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Full text of "Annales de l'Academie de Reims"

s.'jy^ 



ANNALES 



DE 



L'ACADEMIE DE REIMS. 



18A2 — J 8/40. 



/f^^; 



L'ACADEMIEDE REIMS 



C r 



Premier Voliinie, 

18/i'2-18i3 




REIMS , 

L JACQUET, UHRAIRt;, IMPIUMKUU DR I.'ACADKMIK , 



MnOCCM.Ill. 



ANNALES 



DE 



L'ACADEMIE DE REIMS. 



LETTRE 

A M. LE MINISTRE 

SECRlirAlRK D'liTAT 

AU DfiPARTExMENT DE L'INSTRUGTION PUBUQUE. 



MONSIEUK LE MiMSTRE , 

Nous avons I'iionneur do sonmcJfre a voire cxamen 
les Slaluts orj^^aniques d'unc association dont le but, 
loul inlellecluel , repond a I'un des be&oiiis de uolre 
iudusliieuse cite. 



— 6 — 

he l\hv d'Aaule'niie de Heinis , (jut- nous projTOsons 
deliii (lonner, nous ;« paru le plus en rapporl avec I'in- 
tenlioti litlerairc ct scicnlilique d'une telle creation. 

Reims n'est pas seul mcnt la \ille des grands sou- 
venirs hisloriques , et d'uiio puissanlc aclivite indiis- 
Irielle ; Reims , k loutes les epoques de son hisloire , 
s'est placee au premier rang des villesdu memeordre 
que recommandent le gout des letlres et les travaux de 
rinlelligence. Sesecoles, celebres meme au temps de 
la conquete romaine, iurent, sous la deuxieme et au 
commencement de la troisieme race , illustres entre 
loules cellos qn'avaient fondees les capitulaircs , et que 
soutenail le genie chrelien. Pour des maitres comme 
Gerbert, saint Bruno, Jean de Salisbery, les ecoles de 
Reims eurent des disciples tels que le roi Robert et le 
pape Urbain II. 

A ti avers les iuUes barbaresdu moyen-age, cesdco- 
les , dont la principale fut le college des Bons-Enjanls , 
conserv^rent )e depot de la science et les traditions 
des bonnes etudes; et, tandis que le genie des Li- 
Bergier, des Robert de Coucy enfuntait les merveilles 
de la cathedrale et de Saint-Nicaise , Robert Sorbon , 
Guillaume de Filliastre, Jean Gerson,GuillaumeCoquil- 
lart, ct tunt d'aulres, sortis des ecoles de Reims , ele- 
Taient a la jurisprudence, a la theologic , aux sciences 
et a la podsie , d'imperissablcs monuments. 

Ce mouvement des esprits fut constaniment soutenu 
et encourage par les archeveques de Reims; nul n'a 
maiupK' a cettc noble mission, etqnand Charles de Lor- 
raine fnnda rUniversite , il continuait, dans la mesure 
de sa haute position et des besoins dc Tepoque, I'oeuvre 
de ses pn-decessenrs. 

En meme lernps que I'univorsile, rimprimeric s'cta- 



— 7 — 

Mil a Reims vt y aiuciia les cclebres Nicolas Bacquenois 
el Jean dc Foigny. Les arts el le? leltres brillerent 
alors (I'un iiouvel tk:lat , et ies grands Iravaux de Ber- 
gier, de Marlol, de Mabil'ori, de Dora Kuinart; le 
talent du gravcur N;in!euil , rerudition de Rainssanl , 
et apre&eux I'abbe Pluche , I'itbbe Batleux, Levesque 
de Pouilly ctle P. Fery , profond raalbemalicien, con- 
servcrcnl a la patrie remoise sa vieillc illnslralion. 
Puis Yint Joan-Baptislc dc la Salle, qui fonda rensei- 
gnenient pi imaire, et le [>erfteliia dans un inslitul, dont 
le berccau futa Reims, el dont le bienfait s'est repandu 
sur lout le monde civilise. Enlio, des cours graluils de 
mafheniati(iaes et de dessin , elablis par le eonseil de 
villc el doles par la munificence de Nicolas Rogier , 
complcierenl, en 1748, ies institutions locales d'cnsei- 
gnenient public. 

Versce temps, et plusieurs fois depuis, I'esprit d'e- 
niulation et le goiil des arts provoquercnl la creation 
d'une societe iilteraire et scie:itifique ; si le succes n'a 
pas repundu a ces genereux eftbrts , on sail qu'il faut 
I'altribuer a I'insouciance d'qn pouvoir enerve , el aux 
perlurbaliuns poliliques de la findu xviir sieclc. Ces 
terilalives reitereL's constatenl neanmoins la tendance de 
I'cspril public a Reims, ct ce n'csl pas sous un gou- 
vernemenl qui a lant I'ait pour la propagation de I'en- 
seignement el le progres des artset des leltres, ce n'est 
pas quand Ic bi'soin d'inslructionct de corumunications 
inlellectuellcs promptes el faciles est devenuun besoin 
de premiere necessite, que nous pouvons craindre de 
voir nos vreux repousses, ct Reims jirivee plus long- 
1em[)s (I'une instilution <iui lui nwuKiuc. 

Nousavons done, monsieur le IMinisliv, la confiaiice 
quo le gouvcrncuieni se monlrera I'avorable au [uojet 



— 8 — 

que nous lui soumcllons , el pour lequcl nous soUiei- 
lons voire ai)pui. 

Nous sommes avec respect. 

Monsieur le Minislre , 

Vos tres-liuiubles et Ires-obeissants servileurs, 
TaoMAS , archeveque de Reims, le V" de Buimont, 
Derode-Gehlzez, de Savigny, Saubinet, 
Maille-Leblanc ,Robillard , Bandeville, 
de GoiuGAs , 11. Fi.EiBY , Herbe, L. Paris y 
Nanolette, Fanart, Boi'CiiE , Brunette , 
P. Tarbe, Th. Contant , 11. Landoizv. 

Reims y k 1.") Mai 18 H, 



auu£te 

KL. .MIMSTH1, Dk. LlNSTnUCHON riBUQUE. 
MlNlSTfeRE DE l'INSTRUCTION rl'BtlQUE. 

N" 29182. 

Nous, IMiiiistre secretaire d'Etat au departement de 
riiislruction publique, grand-raailre de I'llniversite de 
France , 

Vn la deinande qui nous a etd adressee par plusieurs 
habilanis notables de la ville de lleims, a reflet d'etre 
aulorises a se reuuir en sociele sous le litre d'Acade'mie 
de Reims: 

\ II los Statuls de ladite Sociele , dont les diverses 
dispositions soni suscopUblcs <rctre ap|)rouvees, 



— 9 — 

AKHKIONS : 
AimCLIi Pltl^MIEB. 

L'Acadt^iiiie de Reims est aulorisee a se consliluer 
deliiiitivenieiil, ot ses Slaluls reyleiiieiilaires sont ap- 
piouvcs Ic'is qu'ils sont annexes a sa denianclc. 

AUTICLE DEtlXIEME. 

M. le Prefet du dcparleiiient de la Marne est cLaige 
de Texecution du })resLM]t anele. 

Fait a Paris, le G Deceud^re 1841. 

Signe: Villemain. 
Pour ampliation, le chef du secretariat. 

Siyne': A. Dantojv. 



— 10 — 
EXTRAIT DU PROCfeS-VERBAL 

DE LA PREMlfeRU SEANCE, 

Le 20 Dccembre 1841 , sept lieures du soir, les mem- 
brcs de I'Academie elant reunis sous la presidence 
provisoire dc inonseii^neur rArcheveque, il esl precede 
a la formation du bureau deriiiilif , et a la nomination 
dcs membres du conseil d'administration, suivant les 
formes prescrites par les reglements. 

Monseigneur I'Archeveque ayant reuni l'unanimit6 
des suffrages au premier tour de scrutin, est elu presi- 
dent annuel de 1' Academic. 

Sont elus : 
Vice-President, MM. Derode-Gcruzez. 

Secretaire , Landouzy. 

Secretaire-Adjoint, Contant. 

Tresorier. Saubinet. 

Membres du conseil d'administration : MM. L. Paris, 

Maille etFleury. 

Le Secretaire de I' Academies 

Signe: H. Landouzy. 



STATUTS 

DE LACADfiMIE DE REIMS. 



Article premier. 
L'Academie de Reims est constiluec, confornieraent 
a Tarrete ininisleriel du 6 Dccembrc 1841, dans le but 
de travailler au developpemcnl des sciences, des arls 
et belles-lettres, et surtout de recueillir el de publier 
les inateriaux qui peuvenl servir a I'Listoirc du pays. 

11. 

L'Academie se compose de trente membres titu- 

laires, de dix associes rcsidants, et de membres houo- 

raircs et correspondanls dont Ic nombre est indeter- 

mind. 

III. 

L'archeveque de Reims , le prefet de la Marne , le 

sous-prefet de I'arrondissemont et le raaire de la ville 

ont dioit de seance dans les asserablees de rAcademie. 

IV. 

Lc bureau sera compose d'un president , d'un vice- 
president , d'un secretaire, d'un secretaire-adjoint et 
d'un tresorier. 

V. 

La police des reunions appartient au president ; il 
est cliarge d'ouvrir el de clore les seances , de faire les 
discours d'ouvcrlurc des seances i>ubliques , dc pro(^la- 



— 12 — 

nier les noius des lauroats, cdOu de faire les honncurs 
de TAcadi'mie, et d'y inlroduiie les etrangers qui vou- 
draient lire quelque luemoire ou rdpeler quelque ex- 
perioucc. 

En I'ahsence du president, le vice-president jouit 
des memcs prerogatives et remplit les memes fonctions. 

VI. 

Le secretaire est charge de la correspondance ge- 
nerale, de la convocation des seances ordinaires, de la 
redaction des proces-verbaux, et du rapport historique 
'des travaux de la compagnie; il doit faire annoncer les 
seances publiques, adresser aux journaux les sujets de 
prix ainsi que les noms des laureats; il conserve en sa 
garde le sceau de 1' Academic , et loutes les pieces qui 
composent les archives. 

VII. 

Les proces-verbaux de chaque reunion ne seront 
transcrits sur les registres qu'apres avoir ete lus et 
approuves a la seance suivante. 

VIII. 

Le tresorier est charge de la caisse de 1' Academic , 
et de la rentree des sommes qui composent ses reve- 
nus ; il fait toutes les recettes et toutes les depenses : 
ses comptes sont verifies a la fin de chaque annee. 

IX. 

Le conseil d'adminislration est comp se des mem- 
bres formant le bureau et de trois autres menibrcs 
Mommes au scrutin ; il s'occupe specialonicnt de tout 
cc qui a rapport aux interets materiels et moraux de 
rAcadenjie, ol de la surveillance de ses publications. 



— 13 — 

X. 

Lc prdsidenl el le vice-president sont elus au scrulin 
secret, a la niajoiite absolue; la-dureede leurs fonc- 
lions est d'un an ; ils peuvent etre reelus apres une 
annce d'inlervalle. 

Apres deux loirs de scrutin sans resullal, il y aura 
scrulin dc bullolago entre les deux eandidals qui auronl 
reuiii le plus de voix. En cas de pari age des voix , le 
plusancien d'age I'emporiera. 

XI. 

Le secretaire, lc secret a ire-adjoint et le Iresorier sont 
nomraes dans la meme forme , pour un an , raais ils 
sont indefiDinient recligibles. 

XII. 

Le conseil d'adnrainistraiion est renouvele lous los 
deux ans ; les memes membres ne peuvent y etre ap- 
peles qu'apres une annee d'inlervalle. 

XIII. 

Les membres du bureau et ceux du conseil d'admi- 
nist ration ne peuvent etre clioisis que parmi les tilu- 
laires. 

XIV. 

Les titulaires seuls seront admis a dnnner leurs voles 
dans les elections et d;ms les affaires d'adminisi ration. 

Les associes residanis auront voix deliberative dans 
(outes les questions qui concernent les travaux de I'A- 
cademie. 

XV. 

Les assemblies de 1' Academic ne prendronl ancune 
resolution qu'elles ne soient composces de la majorite 
des membres titulaires, et il ne pourra etre procede a 



- u — 

aucune election sans tjue les cloux tiers au nioins des 
iiiembres (itulaires soient preseiilsi 

XVI. 

Tout candidal a une place vacanlc dans le sein de 
rAcademie sera teuu d'adresser au president ses litres 
a radraission. 

XVII 

Ces litres seront ren\oyes a une commission qui en 
fera I'objet d'un rapport par ecril dans une reunion 
speciale. Si les deux tiers des sufliages se reiinisserit 
en t'aveur du candidal , le president proelamera sou 
admission ; dans le cas contraire, son nom ne sera pas 
inscrit au proces-verbal. 

xvni. 

Le tilulaire ou I'associe nouveilement elu presentera, 
dans la seance dc reception, un travail sur uue ques 
lion a son ehoix. 

XIX. 

L' Academic puhliera annuellemenl ses travaux. 

XX. 

Les menihres tilulaires sonl lenus de donner tons les 
ans un travail ecrit sur un sujet a leur choix. 

XXL 

Los memhres correspondants s'engagent a eonmui- 
niqnei' a rAoaderuie lours ouvrages et le fruit de leurs 
rechercbes; si I'un d'eux laisse ecouler Irois annees 
sans executer cette clause, il sera cense renoncer a son 
litre, et son nom pourra etre raye du tableau. 

XXIL 

Tous les ouvrages, iniprimes ou raanuscrits, seront 



— 15 — 

soiimis a uno roiiiniission cliar^ec d'oii loiuiro C(im[)(e 
a la i'()iin>agiiie. Si f|uolqiies experiences nouvelles et 
importantes s'y troiivaient indiquecs , ellcs pourront 
otre repetees dans les seances particulicres de I'Aca- 
detnie. 

xxin. 

L'Academie n'admettra aiiciin ouvrage qui blesser!»it 
la morale, la religion , on le respect du aiix lois de 
I'Elat. 

XXIV. 

Chatjue anne'e rAcademic liendra une seance pii- 
!)liquc dans laquclle seronl distribues les prix ; il ne 
sera In dans cette seance qiiedes travanx ])realablenu'nt 
soumis a I'examen de la corapagnie. 

XXV. 

Le programme des questions mises an concours sera 
rendu public, apres avoir ete lu dans la seance an- 
nucUe. 

XXVI. 

Aucun membre residant ne pourra concourir , ni 
sous son nom, ni sous un nom emprnnte. 

XXVII. 

Jusqu'h ce que des fonds speciaux soient mis h la 
dis|X)sition de I'Academie. les membres residants s'im- 
poseront une cotisalion qui sera delerminee cliaqiie 
annee. 

XXVITI. 

Tonic proposition qui tendrail a modifier les pre- 
sents statnts dcvraeire signee [)ar Irois membres , lue 
a rAcademic, et renvoyee a une commission, qui, apres 
avoir entendu les motifs des membres eignataires, fera 



— 1G — 

un rapport par ecril. II scia alors prorodo au scriilin , 
el la pro[)osilion ne pourra ctre adoplee qu'aiiliiiil 
qu'ellereunirail au moins les Irois quails ties suffra- 
ges. Los niotlitications adoptees par la compagnie 
seront soumises a Tapprobalion du Ministre. 

Le President de l' Academic, 
Stgne .• THOMAS, archeveque de Reims, 

Le Secre'laire de r Academic ^ 
%He.H.LANDOUZY. 



EXTRAIT DE R^GLEMENT 



a'or&:anfsnfloii Int^rleure. 



ARTICLE I'llEMlEK. 

L'Acad^mie se reunit lo 1" et Ic 3°"= Ventlredi de 
ch;iquc mois, a 7 heuros du soir, sauf le cas de convo- 
calion cxiraordinaire. EUe clot ses seances le S""" Ven- 
dredi du mois d'Aout et fail sa renlree le 1" Vendredi 
de Novembre. 

II. 

L'ordre a observer dans les seances ordinaires est 
clabli ainsi qu'il suit : 

1° Lecture du proces-vcrbal ot de la correspon- 
dance. 

2" Des travaux des membres correspondants. 

3" Des personnos etrangeres a I'Acadeniie. 

4° Des membres tilulaires et residanls. 

5* Rapporls des commissions. 

6" Discussion des objets d'adminislration. 

III. 

Les membres qui auront a fairc des lectures ou des 
communicalions devront s'inscrire a Tavancc au secre- 
tariat, et la parole leur sera dounce suivant l'ordre du 
jour Gxe par le president. 

a 



— 18 — 



IV 



Tous les travaux adresses a rAcademic seronl , (a 
I'exccpliun dc. ceux des meinluos litulaires ou lesi- 
<lanls), soiimis a rexanien du bureau, a\anl qu'il en 
puisseeire donne lecture a la coiupagnie. 

V. 

Lorsque dans une seance ordinaire on devra s'oc- 
cuper d'un objet independant des Iravanx habiluels , 
il y aura convocation expresse avec designation du 
molif. 

VI. 

Quoiquc les seances ordinaires ne soicnt pas publi- 
ques, les Strangers peuvent y assister pourvu qu'ils 
soient presentcs par deux raerabres. 

XI. 

Tout candidal au titre dc Correspondant devra etre 
presenle par deux membros titulaires ou residanis, 
un mois au inoins avant reieclion. 

Les noms et les litres des candidatsseront inscrils 
sur un tableau dans la salle des seances <le rAcadeniie 
avec les noms dos ineinbres presentateurs. 

XII. 

Les elections des membres titulaires residanis ou 
corresi)ondants qui doivenl completer la compagnie, 
auront lieu deux fois par annee, en seance extraordi- 
naire, le 2"'* Vendredi de Mai pour le premier semestre, 
el le 2""= Vendredi de Novembre pour le deuxi^me 
semeslre. 



— 19 — 

XV. 

La compagnic dcceinera le litre d'Academicien 
<riionneur dans ceriaines ciiconstanccs speciales dont 
elle se reserve I'apprecialion. 

XX. 

Tous les rapports devront etre presentes h I'Aca- 
cadeiiiie dans le delai de deux mois; passe ce terme, 
ils seront de droit portes ii Tordre du jour. 

XXI. 

Tous les ans dans la 2'' seance de Mai, dcs rappor- 
teurs seront nommes pour analyser les travaux de I'in- 
stitut de France. Ces rajiports devront elre fails dans le 
1" et le S"" trinieslre. 

XXVII. 

Les droits de dii)16me sont de dix francs pour les 
uienibrcs litulaires , residanls ou correspondanls. 



SfiANCE PLBLIQUE DU JEUDI 4MA1 1843. 



Presidence de Ms> l'archeveqde. 



La Seance est ouverle a 1 h. 1/2 en presence d'un 
nombreux auditoire. 

MM. leSous Prefet de rarrondissoment , M. le Pre- 
sident du tribunal civil , M. le President du tribunal 
de commerce el M. leMaireoccupentdes sieges d'hon- 
neur a cboileet a gauche du bureau : 

Sont presents : 

MM. DEKOnE-GKRDZEZ, PE BRIMONT, DE SAVIGNY, 
S.VrBINET, MAILLE-LEBLANC, ROBILLARD, BANDEMLLE, 
HERBE , BOUCHE, L. PARIS, L. FANART , NANQUETTE, 
BRliVETTE, TH. CONTANT , H. LANDOL'ZY , DE BELLY, 
WAGNER, BARA , HOUZEAU , BONNEVILLE, PIIILLIPPE, 
QUERRY , HUBERT , GARGET , E. DERODE , GOBET , 
MAILLEFER , LECONTE , M. SUTAINE , TARBE DK 

s.-HARDOUiN , membres lilulaires. 

MM. MAQUART , GEOFFROY DE VILLENELVE , 
Dl QUENELLE , MONNOT DES ANGLES , LOUIS-LCCAS > 

soiLLY , HE josciERES , moubrcs rc'shlanls, 

MM. AUBERT , BARBEY , CIIARPENTIER , COLLESSON , 
DAGONET , DES8AIN-PERIN , GOSSIN , LELEU d'aUBH LY , 
DE MAIZIERE, DE MELLET, MOI'INOT, POVII LON-PIEURARP, 

UONDOT, mcnibres corn'sj)ondaiUs. 



— 22 — 
ORDRE DU JOUR. 

Discours d'ouverture, par Mg"^ l'arcueveque, Presi- 
dent. 

Comptc-rendu des travaux de I'Acadeinie , par 
M. Landoczy , secretaire. 

RAPl'OHTS 

De MM. Bonneville, surla question d' economic poli- 
tique. 

Nanquette , sur la question historique. 

Maillefer-Coqcebert , sur la question iVe- 
cononiie agricole. 

LECT[!RES • 

De MM. RoBiLLARD , visite aumont Saint-Michel. * 
Le C"' de Mellet , de Varcheologie consi- 
de're'e sous le triple rapport de la religion , 
de riiisloire et de Fart. * 
L. Paris, note sur la publication de Dom 

Marlot. 
Phillippe , essai historique sur la vie et les 
outrages de Jean Goulin , medecin ne a 
Reims. 
Wagner , voyage autour de mon cabinet, 
(vers ). 
Proclamation des prix et des medailles d'encoura- 
geinenr. 

Programme des concours ouverts pour I'annee 1844. 

'* Ces (Icux pieces , faisant partie d'ouvrnges qui ont etc impriracs 
(lepuis In seanro i)»il)li(nie, n'ont \m etre insorces tlaiis le voluaie 
aiimiel. 



DISCOl'RS 



DE 



MONSEIGNEUR L'AUCriEVf:oUE DE REIMS. 



Messieurs, 
« li y aura bieiitot deux ans que vous avez congu 
le piojel (le former dans coUe \ilie uiie socield litte- 
raire et scientifique. Secondos par I'admiuisI ration du 
premier mai^islrat do la eile, qui vous a donne dans 
cette circonstanc3 une nouveile prcuve dc son zele 
pour tout ce qui est bien , vous a\ez oblenu du gou- 
vernoment du Roi I'autorisafion de constiluer cette 
sociele, sous le litre tVAcade'inie dc Reims, et vous I'a- 
vez constituee. C'est a vous, Messieurs, a vous tons 
qui avez bien voulu vous associer a scs Iravaux, que 
I'Academie que j'ai I'honneur de presider doit son 
existence. 11 n'y a pas raoins de f,'loirc a souteuir ct a 
fortitier une organisation naissante et debile, rju'a lui 
donnor la vie : continuer et devel<jpi)er uue oeuvre, 
c'est en qucUiue sorte la creer. 



'2^ 



(f II Yous a sp.mhle qu'un evequo, qii'im archevcque 
de Reims surlout, ne pouvait, a raison de la posi- 
tion qu'il ocoupe au milieu de vous, etre tout-a-fait 
elranger a TiX^cution d'un projel dont !e but diait 
d'entretenir le gout des sciences, des arts et des Icl- 
tres. Je parlageais votre maniere de voir a cet egard, 
et je vous reiiiercie d'avoir compris mos scntimenls. 
Non, je ne saurais oublier le double temoignage et 
du respect que vous porlc/. au caraclere auguste dont 
je suis revetu, et de la confiauce dont vous m'avez 
honore, en ra'associant a une oeuvre que je regardais 
et que je regarde comme un hommage offert a votre 
pays, a ma patrie; car votre patrie, Messieurs, est 
ma patrie d'adoplion. 

« Depuis que Ics etudes serieuses sont en honneur, 
la science a fait de rapides progres; les arts d'ulilitd 
publique, corame les arts d'agreraent, se developpent 
et se perfcclionnent de jour en jour. Partout, conl'or- 
mf^meiit aux dosseins de la divine Providence, se raa- 
nifeste un mouvement inlellectucl qui doit tourner au 
bonlieur des peuplcs et a la gloire du pays. Ce mouve- 
ment, qui est la vie des intelligences, ne s'arretera 
point. C'esl une loi generale pour les nations comme 
pour les iiidividualites qui les composent : plus on 
avance dans le domaine immense et inepuisable de 
la science, plus aussi on est fortemcnt pousse, plus 
on eprouve d'allrait, d'cnlraincmenl. Le progres, en 
dilalant notrc intelligence, ne la rend que plus capa- 
ble, et plus avide de nouvclles decouvertes. Cepen- 
dant, [)arce qu'il n'est pas de loi qui ne soil limit^e 
dans son objet, celle qui nous donne celte salulaire 
impuNion pour la culture el le ddveloppcvement des 
sciences, vcuf que nous respect ions ces veriles d'un 



2.') 



ordre plus eleve que la religion proclame imrauabU's 
el iriaccessibles a nos inveslic,Nttions; telle laloiqui.eii 
imprimant le mouvemenl a I'Ocean, lui fait respecter, 
jusque dans sa fureur, les limites qui lui ont ete Ira- 
cees par le Creatcur. 

« line impulsion generale lUant soulenue par le Pou- 
voir, ne pouvait etie sans resullat. Parlant de la capi- 
tale, et se comniuniquant de province en province, de 
vilie en ville, elle a remue tous les esprils; il n^est pas 
une parlie de la France oil elle n'ait rauime I'emula- 
tion et forme des sujets capables de disputer les pal- 
mes de la science. Aujourd^bui, dans le raodesle ha- 
meau comme dans la bourgade, dans les plus pelites 
villes comme dans les plus grandes cites, on rencontre 
des homraes qui cullivent avec succes ou les leltres, 
ou les sciences, ou les arts. 

" Mais vous I'avez reconnu , Messieurs, cesresulfats 
qui etonnent retranger, on los doit principalemenl a 
I'esprit d'association. En elVet, quelles que soient les 
facultes de ri)omrae, il n'est pas bon qu'il soil seul; 
s'il est abandonne a ses propres forces, sans guide, 
sans direction, sans secours, ses efforts deviennent 
impuissants, ses travaux sferiles; loin de pouvoir rien 
faire pour les autres, il peut a peine se sullire a lui- 
nieine. Nos connaissanccs les plus precieuses sont des 
connaissances d'era])runt; le genie meme ne produit 
qu'autant qu'il est feconde dans le sein d'une societe. 
Ce n'est que par le concours perseverant des etlorls 
individuels et des homraes et des generations, qu'on 
peut execuler de grandes clioses, creer des etablis- 
semenls durables et vrainient utiles. Vous le savez. 
Messieurs, car I'liisloire nous I'apprend : c'est a des 
associations laborieuscs el legulieres que la republi- 



— 20 — 

que dos loltics csJ redevablc do la consorvalion dcs 
tbofs-d'(ruvre de ratiliqiiitd. Ce sont des associalioiis 
qui nous ont laisse ces prodiges d'orudilion, oil nous 
reUouvons les litres primilifs de nos annales, ces vas- 
les recucils iniprinies ou raanuscrils, oil nous pouvons 
suivre la raarche progressive de notre civilisation, elu- 
dier Torigiiie et la formation de notre langue, le carac- 
lere des dillerents ages, les habitudes et les moeurs de 
nos percs. Ce sont des corporations encore qui ont 
eleve nos basiliques , ces superbes monuments qu'oo 
a ai)peles gotluques et bartarcs, apparemment parce 
que, ayant quelque chose de surhumain dans leur 
conception, ils cessaient d^etre conformes aux regies 
du classicisme qui nous est venu des Grecs et des 
Romains. Ces merveillesde I'artchretien font I'admi- 
ration de notre siecle, la gloire des villes qui les pos- 
sedent, comma elles ont fait pendant longtemps le de- 
sespoir des plus habiles architectes, qui ne pouvaient, 
comme aujourd'hui le peuvent nos jeunes artistes, s'in- 
spirer au foyer de quelque association scientifique. 

« C'est parce qu'on a compris que Tassocialioa est 
le priiicipe le plus fecond en resultats, que toutes les 
grandes villes ont etabli des academies, oil, par une 
admirable alliance peu connue des anciens, I'emula- 
tion fait marcher de front les belles-lettres, les scien- 
ces et les arts. C'est la que le pretre et le magistral, 
le mililaire et le paisible citoyen se reunissent aux sa- 
vants el aux hommes lettres, non-seulemenl pour pren- 
dre le plus doux ct le plus noble delassement, mais 
encore pour s'instruire davantage, et etendre le cer- 
cle de leurs connaissances. Dans un corps academi- 
quc, lous los membres sans distinction, par une com- 
munication libre et mutuelle, sc donnenl et recoivent 



— 27 — 

en meme lemps une dirccUon coineiiiiblo ;i cliacun, 
sans qn'il y ait ni ori-ueil ou tlominalion tl'aucuiie [)ai I, 
iii humiliation pour (jui que ce soit. 

<( Vous connaissiez, ces avanlages, Messieurs ; vous 
avez pu les apprecier en suivant les Iravaux de la 
societe acadeniique de Clialons, a laquelle plusieurs 
d'entre vous appartienncnt, et dont j'ai moi-nieme 
I'Jionneur d'etre un des meinbres correspondanls. Aus- 
si, a rexeni[)le de vos voisins , et conime eux jaloux 
de concourir au progres de la science dans I'ancienne 
province de Cliampagne, vous avez fonde I'Acadc'mie 
de Reims. Vous avez pense d'ailleurs qu'il ne con- 
Tenait pas qu'une ville riche de souvenirs et d'illus- 
trations en tout genre; que I'antique Durocort qui, 
au rapport du rheteur Cornelius Fronto, cite par Con- 
sentius grammairien du cinquienie siecle , et depuis 
par le docle Cellarius, avail su, des le lemjjs de Marc- 
Aurele, meriter le surnora d'Alhenes par la reputation 
deses etablissements litteraires; que Reims enfin, lais- 
sat vaquer plus longtemps sa place dans la liste 
honorable des societes savanles , dont nous voyons le 
norabre augraenter tous les jours. 

« Ce n'est pas , Messieurs, qu'en dofant notre ville 
decette nouvelle institution, vous ayez eleve des pre- 
tentions ambitienses. II n'est point donne generalement 
a une academic de province de rcculer les borncs dc 
Fenipire des sciences. Cost pour elle une assoz grandc 
gloire d'inspirer et d'entretenir le gout des bonnes elu- 
des , d'encourager par son suffrage et ses recompenses 
le talent naturellenient timide a son debut, de suivre 
les progres des sciences et des arts, pour en faire d'u- 
liles applicalions; de recueillir les (ladilions populaiies 
(pii i'ont le tharme d'un recil liisturitpie, dc I'airc dc 



— 'IS — 

noHVcllos reclierclies, el de publier celles qui sont res- 
lecs inediles, sur I'histoire litleraire, eccl^siastique et 
civile du pays. 

«En oflrant ce vaste champ a nos travaux, vous vous 
etes associe des horames amis de la science el de la 
Tertii que vous regardez comrae inseparables. Aussi , 
fidiiles a i' esprit de vos sages institutions, vous ne vous 
ecarterez jamais dans vos ecrits du respect que vous 
professez pour la religion , la morale, Taulorite des lois 
et des magistrals. La science , quel qu'cn soil robjel, 
est une emanation de la lumiere qui nous vient d'en 
haul, de cette lumiere qui eclaire, echauffe et feconde; 
elleest pour celui qui en est depositaire un don duciel, 
qui doil retourner a celui qui en est le premier au- 
teur, en r^pandant sur nos freres une douce et salu- 
laire influence. 

« Messieurs , lorsque vous avez organise VAcade'mie 
de Reims, vous m'avez fait I'bonneur de m'appeler a la 
presidence pour la premiere annee de vos travaux. J'ai 
ete d'autant plus sensible a ce nouveau temoignage, que 
je ne pouvais ignarer le senlimeot qui vous I'avait 
dicle. Qu'il me soil done permis, en cedant le fauteuila 
celui qui sera designe par vos suffrages , d'expriraer 
ma gratitude a I'lionorabie corapagnie, en la priaut de 
compter loujours sur mon parfait devoueraent. » 



COMPTE- RENDU 



DES 



TIUVAUX DE L'ACADEMIE, 

PENDANT i/annee 1842 - 1843 , 
Par 11. L.ANDOLIXV. Secretaire. 



Messieurs, 

L'obligalion imposee aux academies de rendre compte 
iJiaque annee de ieurs travaux, eu seance publique, ne 
derive pas, vous le savez , d'une idee de vaine poinpc 
el de sterile solennite. 

Inslituces dans le but de propager la science, les 
arts et les belles lettres, les societes savantes avaient 
besoin , pour acquerir I'inllucnce indispensable a loule 
ceuvre intellectuelle, de cette autorile morale que les 
noms Ics plus cininenls nc peuvent donner et qui se 
gagne seulenient par la nianifeslalion positive du pro- 
gres accompli et des actes utiles. 

II fallait lutter surtout par la preuve irrecusable des 
fails conlre ces vieux prejug«5s , rajcunis tous les jours , 
enfants de I'espcrancc decue , de I'amour propre blesse, 
el qui s'atlaquant aux plus illustres classes de Tin- 



— 'M) — 

slilut commc aux plus moclpstes academies, embrassent 
dans une ineiiie prosciijdion Joules les associations 
scientifiqucs, les considerant, si je puis ainsi dire, 
conimc des societes d' admiration mutuelle , commc des 
bureaux d'esprit, oil quelques poiites inedits viennent 
se ceiodre de couronnes et s'cnivrer aux fumees d'un 
enccns reciproque. 

Persuadee qu'une societe savanle ne peut aujour- 
d'liui, sous peine de decheance , se soustraire a ce con- 
Irolc public qui fait, en definitive, la force de tout ce 
qui est dans la verite , TAcadeinie de Reims a voulu 
des sa premiere annee , et malgrd le pen qu'elle a pu 
faire encore, repondre a la conliance du gouvernement 
qui I'a elablie, juslifier le liaut patronage sous lequel 
elle a etc fondee en obeissant avec resignation a ses 
statuts et en venant livrer a rappreciation d'un audi- 
toire eclaire les produits de ses premiers efforts. 

Je ne vous parlerai pas, Messieurs, des travanx 
prelimiuaires necessaires a notre constitution, et des 
obstacles qu'il nous a fallu vaincre. Grace au savant 
prelat qui nous preside, nous avons triomphe aisement 
de toutes ces difficultes, de tous ces mauvais vouloirs 
que rencontrent inevitablcment a leur origine les nou- 
velles creations , celles surtout qui , dans ces temps 
d'effervescence utilitaire , n'apparaissent pas corame 
dcvant ooncourir directement au i)rogres materiel. 

En quelques mois, une bibliotheque deja riche 
elait fondee pour le diocese et mise a la disposition 
de la compagnie ; en tjuelques mois, le palais archi- 
episcopal redevenait conime au neuvieme et au dixieme 
siecle, comme au temps d'Hincmaret de Gerbert^ le 
foyer de la civilisation scientifique ; en quelques jours 
enfin, nous Irouvions pour nos assemblees ordinaires 



— 31 — 

«ne sallo tie s(5ances ornoc naguero pour iin roi ; et 
cerles, si belle que fut la niaison consacrec par Acade- 
mus a la reunion ties savanls d'Athenes et dans laquellc 
cnseigna Platon, nous n'avions rien sous le rapport 
de la splcndeur nialerielle a cnvier aux Peripaleticiens. 
Non , Messieurs , que je veuille admetlrc qu'en ma- 
tiere academique, conimc en jurisj)rudence, la forme 
puisse jamais induer sur le fond; mais ne devons-nous 
paslei>iliuienienl nous feliciter d'avoir pu parupenoble 
hospitalite ecliapper a ce reproclie immemorial adrossd 
aux gens de lettres , reproclie de denuement et de pau- 
vrete plus fatal que jamais dans ce siecle d'or, j'allais 
dire d'argent , oii nous vivons ? 

La, dureste, n'elaicnt pas les plus graves difricnlle's, 
I'academie fondee, il fallait des academiciens , car a 
I'exception de quelques privik^gics qui forraaicnt le 
noyau primitif, on avail, chose incroyable, neglige ce 
preceple si sage inscrit dansl'un de nos codes les plus 
usiles, et qui veut dire en langue vulgaire : pour 
faire unc academic , prenez des academiciens. 

A Reims, I'academie etait faile, il failait faire les 
academiciens. Si I'on n'eiit pas ete si loin, c'est-a- 
dire si Ton s'en fut lenu a la creation abstraite ct in- 
corporclle , il nc se fiit pas trouve assez d'eloges au 
dehors pour une parcille creation. Reims, en cffel , 
I'une des premieres dans la hicrarchie des cites , 
Reims Tancienne capitale de la France orientale , 
Reims, I'ancienne melropole universitaire , si riche en 
maleriaux historiques et artistiques , devait pour son 
honncur et pour la durec de ses souvenirs reclamer 
une academic ; une academic sans pretentions pedan- 
tesques, sans idees de tyrannie litteraire; une acade- 
mic qui eul choisi pour devise : « Vnum scio quod nihil 



^ 32 — 

scio; tout ce que je sais , cesi que je ne sais rien ; » si dans 
sa moclestio die cut osd prendre Jla sublime niaxime 
de Socrale et de Plalon ; unc acadeinie enfiu formanl 
tout simplcnient conune la maison d'Academus ou 
comuie la rctraite de Ciceron a Persepolis, un centre 
oil pourrait s'adresser avec connance tout ce qui se 
raltache au passe el a I'avenir de la Champagne, lout 
ce qui lient an progres scientiiique et industriel du 

pays. 

On connaissait d'ailleurs I'iniluence des socictes 
scientifiques en province; on savait leur puissance ci- 
\ilisatriceaux Etals-Unis, leur force plus grande encore 
dans la savante Allemagnc , et sans aller cliercher nos 
exem[>lcs si loin , on savait parmi nous les heureux 
effets de la societe de Chalons sur la prosperite agricole 
du departeraent de la Marne. 

Toutes ces considerations etaient trop puissantes 
pour qu'on n'ciit pas applaudi a I'ideed'uneacademie. 
Mais, je Ic repele, I'idee devait passer a I'etat de 
realite; lafondalionabstraite devait prendre un corps, 
une forme humaine, et Tacadenue faite homme etait 
\oueedes lors a toutes les censures, a toutes les cri- 
tiques , soumise en un mot a toutes les mis^res de I'hu- 
manite. 

Ce n'elait pas qu'on ne sutqu'une grande cite comme 
Reims n'elait pas, malgre son pen de celebrite ac- 
tuelle dans la rcpublique des lettres , d(5pourvue de 
litterateurs , d'artistes et de veritables savants ! Des 
ouvrages estimes en liaut lieu etaient la pour rappeler 
le nom d'un grand nombre d'adeptes , mais nul n'est 
prophete en son pays, et depuis que cela est ecrit dans 
I'Evaiigile, il a loujours fallu franchir la limite de 
deux deparlements pour se faire juger sans contesle. 



— ;^3 — 

« En man climat de Gascoi(jne, (lit Montaigne, on tient 
pour drulerie de meveoir imprlme : d'aulant que la cog- 
noissance qu'on prend dc may s'eslomgne de won gisle , 
fen vaulx d'aulant mieulx ; fachele les iwprtmeurs en 
Guienne , aUleurs ih m'achelent. » A fortiori devail-on, 
dans notre climat de Champagne , oil Ton est plus rao- 
deste qu'en Gascogne, tenir pour drolerie de voir im- 
primer nos collegnes, qnelque renommee (ju'eussent 
du resleSeurs ceuvres dans les pius grands centres de 
science. 

El d'ailleurs, comment ceshoinmes qu'on avait ren- 
contre's la veiih; , negociants , jugt'S, industriels , mede- 
cins ou avocats , seraient-ils devenus le lendemain 
arademiciens? Ce prohleme etait difficile et embarras- 
sait serieusement ies espiits les plus pliilosophiques ! 

Sans doute , on n'avail pas ete sans remarquer une 
reaction locale bien inanii'esle deniiis queiqnes annees 
en favenr des habiiiidcs scieidifiques, liltcraires ou 
artisliques, et il I'ailail bien qu<> qnelques mains ca- 
chees enssent tra^aillea cette regeneration si ra[)ide. 
Oni! mais c'etait I'eiectricite sous forme latente et dont 
t>n n'apercevait pas I'origine. Cos travailleurs infali- 
gables, ces artistes modestes presqn'incoiiuus I'un a 
rautre,etaient epars, on ne trouvail aucun avanlage a 
les rcunir; pour tout dire, en un mot, la nouvelle insti- 
tution n'etait pas inscrite dans la coulume de Reims. 



Tant et de si puissant s arguments rendaient la ques- 
tion insoluble; aussi rA('ademic sans employer ses pre- 
mieres seances a en chercLer la solution a fait , suivant 
I'espression d'un de nos rapporteurs , comme ce philo- 
sophedevant qui les Pyrrhonieusniaient le mou\emcnt, 

3 



— 31 — 

elle a niat-cW, ct jiendant sa marche, le leraps, ce 
juge iniparlial a Iraiiche la quostion a noire avaniage; 
la nervation ct les douU-s out passe, la critique s'est 
eudormie de guerre lasse ; les temoiguages les plus 
eclatanls , le ooncours le plus efficace , les sympathies 
les plus honorables nous out ete accordes , et nous 
voyons aujourd'hui les premieres auturites de rarron- 
dissement et les premiers magistrats de la cite don- 
ner la preuve la moius e(iuiYoque de Tiriteret qu'ils 
portent a nos travaux , en abandonnant uti instant les 
plus graves occui)ations pour veoir lionorer de leur 
presence cette solennile lilteraire. 

Vous n'alteadez pas de moi, Messieurs, que je vous 
fasse assister en quelqnes minutes aux seances de loute 
une annee. V'ous savez qu'un compte-renilu de secre- 
taire ne peut etre, a moius de reuferraer un volume, 
qu'une simple table de matieres , une seche et rapide 
cnumeialion. Si elendu que soit le resume des sujets 
que vous avez traites, ilserait loujours trop court pour 
faire comprendre I'inlcret qui s'est attache aux travaux 
que i'exposorais, el si breve que soit cetle analyse, 
elle depasserait loujours Jes limites que je dois m'im- 
pnser dans cette seance. 



Je n'ai doriC pas besoin, Messieurs, pour obtenir I'in- 
dulgence que mcriteun travail si ingrat de recourir aux 
phrases obligees de modeslie derriere lesquelles se cache 
I'amour-propre d'auteur; le secretaire est dans toute 
acarlemie, la viclirae otlerte en sacrifice en seance publi- 
qiuv; il est inevilablement ou trop long ou trop court; 
entre ces deux perils mon choix ne pourrait etre dou- 
tenx, mais apres bien des etl'orls j'ai acquis la triste 



-^ 35 — 

conviction que je succombais kl'uu et k I'aatre danger, 
car j'ai ete en raenie lemps trop long et trop court : 
trop court pour nion sujel, trop long pour I'audi- 
toire ; j'obeis done fatalenient aux obligations que 
ra'inipose i'honneur de inon litre : j'ai pour moi I'ex- 
cuse de la necessite. 

Da veniam scriptis quoniiii non gloria nobis 
Causa , sod utilitas olliciiimfjue fiiit. 



Au nombre destravaux que rAcademiepouvait eu- 
trepre.'idre avec le plus de succes, il taut mettre en 
premiere ligne les etudes d'histoire et surtout d'hig- 
loire locale. Longtcmps abandonnos coninie s'ils n'of- 
t'raieiit qu'un sterile iiileret, les siecles qui ont precede 
le notre ont ete toul-a-coup depuis quelques annees ex- 
plores avec un zele qui sendsle vouloir conibler toules 
les lacunes et reuijilir iiniucdiatement tons les vides. 
On a coiupris qu'en dehors d'Allienes et deRomo, il y 
avait une vaste erudition a creer el a acquerir, erudi- 
tion toule nalioiiale, qui tend a eclairer le j)resent par 
un passe rnieux connu, et surtout a rciuplacer les opi- 
nions par les fails, lessystenies pardes documents pre- 
cis, par des chartes particulieie^, des pieces incdites 
de correspondance, par tons ces secrets enfin quede- 
couvrent chaque jour les paleographes dans la pous- 
siere de iios anliivi'> , el <pii dedaigru's par les liislo- 
riens classiques donnent souveut la cause, les moyens 
etia lin des episodes les plus inleressanls. 

Sous ce rapport , le d(^parlement di' la Marne et 
Reims en particulier offrent les sources les plus riches 
a exploiter, et heureusem<'nt aussi, c'est chez nous que 



_ M(j — 

se trouvenlceux qui pouvaienl lelaire avec le plus de 
zeleet do succ»»s. 

Ainsi, pour I'histoire generale tous avez eu de 
M. Louis Paris de precieux documents sur le regne 
de Francois II ; pour I'histoire locale, les notes iesplus 
curieuses sur I'ancienne academic fondee a Reims en 
1749 sous la presidence de M. de Lassalle dont Vol- 
taire faisait si grand cas ; un rapport verbal sur un 
busle antique trouve sous les fondations de I'ancienne 
eglisc Saint-Symphoriea et qui nous a ete adresse par 
M. de Brunei. Ce bronze a dii appartenir a la plus 
belle epoque romaine, il represente Jupiter Olyni- 
pien, et malgrc renormite d'un pareil litre, il a bien 
fallu reconnaiire, avec M. Paris, que le maitre des 
Dieux, porteur d'un crochet sur la tete n'etait, en 
cette occasion , desccndu des hauteurs de I'Olynipe 
que pour servir de peson a une balance romaine. 

M. Paris vous a donne aussi sur I'origine des fa- 
pisseries de Reims des details qui servenl maintenant 
de preface a un magriiflque ouvrage, et cette histoire 
des tapisseries a ete nieme, vous vous le rappelez, la 
source d'une discussion remarquable entre MM. Herbe 
et Fanart sur I'architecture chrelienne et I'acoustique 
monuraentale; discussion qui a porle: ses fruits au 
dehors de I'Academie , puisqu'elle a eu pour resultat 
la reparation des jjIus somplueuses tentures qui deco- 
raient il y a trois siecles le choeur de nos eglises. 

Nous avons obtenu de M. Povillon-Pierrard notre 
infatigable correspondant des renseignements pleins 
d'inleret sur les sepultures et les inscriptions tumulai- 
res niises a decouvert par les fouilles pratiquees I'an 
dernier dans rarrondis?eraent ; 

\)c .ADI Dutpienelle et Louis-Lucas plusieurs lectures 



— 'M — 

siir la numisnijitiqne; el en paiHculier sur les mon- 
naies ol objefs <ranti(.;uit«> trouves a Reims et dans le 
I)ays remois depuis 1820 jusqn'en iSW ; 

De M. Failly, inspeolcar des tlouanes a Cambrai, 
menibre correspondanl, unc note curieuse sur les an- 
ciennes poteries de gres flaniand ; 

De M. Dessain-Perin, membre eorrespondant , un 
projet d'eIude"pour I'apiievemenl («iir le papier) de la 
eathedraltj de Reims (jiie beaucouj) d'enlre nous, sans 
doute, croyaient couiptele et qui li'est point a nsoitie 
lerniinee; 

De M. I'abbe Querry, une analyse de rhistoire de la 
calhedralc de Chalons par M. Esti'ayer-Cabrassole; 

Enfin, puisquJ! j'en suis a la paleographie, un rapport 
de M. Nanqiit'tle que j'aurais a peine besoin de rappe- 
ler, car personnc ne I'a oublie, sui' les publications de 
la societe des bibliophiles. 



Je mentionnerai aussi dans le ujcnie ;^enre un travail 
iniportani de nutre eorres})oiidanl M. Ozeiay de Bouil- 
lon, sur lecuHe des ni>steres d'EgyptCjde Sauiothrace 
et d'Eleusis ; une disserlation du uieme auleur sur une 
question d'erudilion qui a sonieve au dehors de I'Aca- 
deuiie Irop d'orages pour que j'ose m'exposer de nou- 
veau a en reproduiro le lilre. 

Jedois dire seulemewil que riiistoirelilterairedes 16'-" 
el 17" siecles est pleiiie de ces jiaradoxesj gravemenl 
soutenus, en plusiiurs ^olumes, a grand renfort degree 
etdo latin. Les ecrivains elaienl alorssepares en deux 
camps, le camp des dames et le camp des messieurs, 
pour parU-r lexluellenuiit ; les uns, a la tele desijuels 
d faut placer Corntille Agrip['a, exaniinaieid si les 



f 



- 36 — 

houitiies apparleuaient r^elleineut a res},)^("e humaine. 
Les aulres, qui avaieiit pour premier champion Jac- 
ques Olivier^ licencie aux loix el au droicl canon, de- 
fendaieiit les messieurs se retranchant avec lachele 
derriero ce verset de la bible , au chapilre 7 de 
rEcclesiaste i^de mille liommes fenai irouve'un bon elde 
touies les fenimes pas une, » verset que je n'oserais ciler 
qu'en latin si je ri'etais convaincu que les scribes du 
moyen age en out altere le teste et renverse le sens. 

De celte grave querelle est sortie une myriade do 
pelits volumes qu'on trouve dans notre bibliolheque 
pour ou centre regalite <les sexes, pour ou contre 
la preeminence de I'liorame et dela femme; et bien que 
j'aie a peine besoin de rappcier solennellement, pour 
la secuiiledc 1' Academic, qu'clle n'a recu qu'une dis- 
cussion de pure terminologie et non point une discus- 
sion de preeminence, je crois pouvoir assurer que si 
nous eu ctions encore a ces controverses de raauvais 
gout dont le IT-^ siecle etait si avide, I'Academie a 
I'unanimite aurait decide, sans appel, que la femme 
tienl le milieu entre I'homine et les anges, mais en se 
rapprochant beaucoup plusdes anges quedes hommes. 

Je devrais avajit de quitter la section d'histoiro 
mentionner icile rapport de M. Belin sur Dom Marlot, 
et vous parler de I'oeuvre immense que I'Academie a 
entreprise en editant ces precieux materiaux desires 
par lous les sa\aiits; mais celte tache sera beaucoup 
mieux remplie par un de nos confreres plus competent 
que moi en matiere historique. 



Pun que la tendance presente des esprils vers le» 



^ 39 — 

Eludes positives ail iliinliiue peul-etre I'arcleur poar 
ce qu'on appelait autrefois los Icltres piircs , nean- 
moins , il nous a ete fait des lectures assez remar- 
quables et assez nonibreuses en ce genre pour rassurer 
les esprils les plus exigeanis sur le sort des belles- 
lettres dans notre Academic. Ainsi vous avez eutendu 
les discours de reception de MM. de Mcllet, Collosson 
et Dessain, membres correspondanls , de M^I. Louis- 
Lucas , Monnot des Angles, Failly et de Joncieres , 
membres residants. 

Nous avons recu de M. Failly , que je cilais tout-h- 
I'heure, la traduction d'uiie nouvelle indditc d' Hoff- 
mann, sur laquelleM. Derode-Geiuzet, nous a fait un 
rapport '. 

De M. Max. Sutaiii.'^, une Iraduclion de I'ouvrage 
d'Ecizer, intitule : La poe'sie aUeinande conside'n'e dans 
ses rapporls avec la morale ; une notice biograpliique 
sor Perceval, peintre reniois, dont les tableaux 
exposes dans notre musee altestent assez le talent; 

De M, E. Derode, un rapport sur les priucipauxfaits 
de la vie publique du cardisial de Lorraine et sur Tim- 
portanre que presonte pour I'hisluire du pays I'dlude 
d'une existence qui a laisse a Keims taut et de si 
grands souvenirs ; 

De M. Poijsiaet, juge'Ji Sainte-Menehould , nieuibre 
correspondant, plusiours ejjisodes de I'liisloire de la 
Cliaui[jague , panui le^quels je titerai : VArrjonne, 
le champ de balaUli- de Valiiiy^ la me de Tambuur a 
Helms , M"" de Cliateauroux a J'vssesse , etc.; 

De M. Monnot des Angles , uii ia[)porl sur les ou- 
vrages de IM. Ozaniieau, I'un en prose, iiililule les /?(*- 
mains, I'autre en Ncrs , iulitult.' la Mission de Jatnne 
d'Arr ; 



— 40 — 

Di'M. Derode Geruzet , une biograpbie de Liugiiel , 
culebre jiiiiscoMsulle reruois , el run des honimes les 
plus reniaiciiiahles du dernier siecle ; 

De M. I'abli' Bandcvillo, iin rapyjorl surla diablerie 
de Cliauiiioiit, opuscule plein des details les plus eu- 
rieux par M. K- Jolihuis de Kelliel ; 

[)e M. [)ess;.iu-Peiin, uric jolie aneedole de I'i^inigra 
lion, iulilulee le Punier depeckes, et qui a pour heros le 
clianoine Desloges, ancien penilencier du chapitre de 
Reims; 

Enfin plusienrs fragments de voyage par M. Robil- 
lard, donl je pourrais me dispenser de parler puisque 
vous allez, Tenlcndre, el qui fera bienlol, nous resfie- 
rons, pour la Champagne ce tju'll a fail pour la Nor- 
mandie. 



Quant a la poesie, malgre la somnolence acluelle des 
neuf sffiurs en province, 1' Academic a pu reveillerquel- 
ques muses endormiessur les bords de la Vesle oiielles 
niouraient de langueur dans un fatal isolement, corame 
desarbres exotiques sur un sol ingral. Ainsi vous vous 
rappelez VOde a la Champagne et la Premiere commu- 
nion d'nnejeune flic par Til. Wagner ; I'epilreau tisse- 
rand-poele pa!' .\1. Violette ; les stances a TAcadeiRie 
f)ar M. MailleXer; urie elegie et une traduction du psaume 
Super flumina Ikibylonis par M. Des Angles; des pieces 
fugitives de M. Drouel, roembre correspondant ; plu- 
sieurs satires par M. Durelesle de Fismes; la Iraduc- 
liuii des sept|)saumes de la penitence, qui nous a ete 
dcdiee par M. Clicquot, membre correspondant; des 
fables de M. Galis, (jue je vous lirais si je savais lire 
les Aers sans leur oter loule leur poesie; enliu un 



_ /,! _ 

?efiu'il Jc M. Goi'izalles , lnuiiblc ouvrier viaiinent nd 
poele, sur lequel M. Deroilc-Geruz,et uous a iuil un rap- 
l>orl pJeiu d'iulc'ret. 



Au noinbre (lestravaiix que la section des seieiices 
morales, economiqucs et k-gislatives a souinis a I'A- 
eydciiiie, je citerai surtout I'essai de M. Jourdaiii sur 
le credit considere dans ses rapports avec la morale, la 
politique et les interelscoiiimeriiaux; 

Le rapport de MM. llouzeau et Conlant sur la 
question des caisscs d'eparj^nes , adoptee eomnie sujet 
de prix; 

Plusieurs fragments d'nn ouvrage sur la recidive en 
maliere criraineile et un raeraoire sur la repression des 
plaideurs de raauvaise foi par M. Bonneville; 

Un essai de M. Charpentier, mcmbre orrespondant, 
sur riniluonee generate des societes litteraires et sur 
Jes bons eflets qui resulteraient de la creation d'un 
cerlifieat special pour 1' education commune; 

Le rapport de M. Maille-Leblanc sur le Iraite des 
monnaiesdeM. Ikmneviiledc Paris, notre correspon- 
dant; 

Un memoirc sur la division de travail par M. Rondot; 

Un discours de M. le conite de Mellet touchant I'in- 

tlueiice reciproque des doctrines religieuses sur la 

science et de la science sur les doctrines religieuses; • 

Un comple-rendu des ouvrages de M. Bonneville, 

par l\r. E. Derode ; 

Etdin de M. E. Pcrrier de Chalons, membre corres- 
pondant , une analyse reraarqnable du livre intitule 
Travail rl Salaire de noire Ires-regrettable confrere 
M. Prosper Tarbe; 



— 42 — 

Parnii les lectures qui vous oiitdt^faites suiles scien- 
ces exactcs, je oicntioiinerai les noinbreux menioires de 
M. de Maiziere sur les vents alizes, sur la masse du 
calorique, sur les rapides migrations des oiseaux mes- 
sagers, sur les indices fournis par les etoilcs filanles, et 
les savants rapports que MM. Garcet et Tarbe de Sainl- 
Ilardouin vous ont faits au sujet de ces travaux. 

« M. de Maiziere, vous a dit dans un de ses derniers 
«i rapports, M.de Saint-Hardouin, est un de nos corres- 
« pondants les plus laborieux, disciple fervent de la 
« science, il la cullive depuis sa jcuncsse avec une per- 
« severance que le defaut d'encouragement n'a pu las- 
«( ser, el les travaux qu'il vous a communiques sont le 
« resultat de cinquante annees d'etudes et de medita- 
« tions. 

« C'est la certainement, ajoute le rapporteur, un 
o speclacle remarquable dans un siecle corame le 
« iiotre, oil les idees d'hier sont dejii vieillies, oil le 
« decourageraent s'empare des ames de vingt ans 
« quand le succes leur a manque un scul jour. 

Quoique les rapporteurs n'aient point parlage les idees 
de M. de Maiziere sur tons les points, et en particulier 
sur la plus grande queslion peut-etre qu'on ait jamais 
agilee, c'est-a-dire sur laponderabilile du calorique, 
neanmoius ils ont ele, comme toule TAcademie, unani- 
mes a reconnaitre le succes des exjjeriences faites 
avec le paracasse, et le liaut uierite d'une invention 
qui pourrait, en se soumeltant aux uaturelles exigences 
de I'induslrie, produire un jour d'immenses resuUats 
economi(]ues. 

Je n'oraeltrai point parnii les sciences exactes le 
coniple-rendu des travaux malliemathiques de I'lnsti- 
tul pi'ndant I'annce 18i2, {lar M. tiarcel; un menioire 



— 43 — 
SUV la uouvelle eome(e anssi par M. Garcet, donl I'in- 
Uvxihh logique est inall.eurt'usementveni.e clelruire les 
esperances q.ie, d;.ns ses doux souvenirs de 181 1 la 
Champagne foiid.il deja sur an asire si lecond en 
presages ! 



Pour la mecaniijue aj)piiquee, vous avex enfendu un 
rapport tre,-lavoiabIe de M.Tarl.c de Saint-Hardouin 
s.ir ringofiieuse invention dc M. lh\\]y directeur de la 
sailed asde d« quartier Sainl-Remi , et dont la ville 
conuaiL le nierite et le devouement. 

" Ce f.roeede, dit votre rapporteur M. Tarbe de 
♦< baiiit-Hardouin, est destine a laeiHter aux enfanls 
« 1 etude dela geographie. 

« Surune ca.te de France d'unc graude dimension 
«< les noins des departenients et leurs cliefs-Iieux sont 
c« disposes en strophes riniees que i'on Tail chanter aux 
« enlanls sur une uiodulaliou Ires-simple. A mesure 
« qne le nom d'une ville arrive sur leurs levres uu 
" boulon place sous la ville meme sort du tableau et 
« Mcnt ainsi monlrersuccessivement la position geo- 
« Sraphique de tons les points du territoire; a cet ap- 
" pared est joint un petitjeu d'orgues destine a soute- 
« Jiir la voix des enlanls. » 

Cetle machine a ele eidierement concue et executee 
par M. Bailly et avec ses seules ressources , elle le- 

mo.gnepu.ssammenldennlelligenceetdelasoUicitude 
vra.ment lemar.juables .ju'il apporle dans I'educatioa 
rlesjeuues enfanls; a l'..naninnte, I'Academie a vole a 
-M.liailly uneniedaille d'encouragement. 

... En chimic, vous avez distingue surlout un 



— 44 — 

mdnioire de M. Leconle, pliarraacien en chef do I'HoloI- 
Dieu, qui a Irouve par de nouvolles analyses la com- 
position exaclede la geutiane et dcs princi|)es qui la 
constituent : uu essai de M. Lebourdais, sur un iiou- 
\eau procede de preparation des alcalis ve<^etaux , 
sur lequcl M. Leconte vous a fait un rapport t res- 
favorable qui a valu a M. Lebourdais le litre de 
nierabre correspond ant. 

En electro-chiniio, vous avez eu sous les yeax les 
experiences de MM. Houzeau et Duqueuelle sur les ap- 
plications si simples et si puissantes de la melhode 
galvano-plaslique; 

En photographie, les belles epreuves daguerriennes 
que M. Lory vous a presentees aiin de vous montrer 
dans loutes leurs phases les modifications que subil 
depuis son origine cette admirable decouverte. Vou- 
lant encourager la patiente intelligence avec laquelle 
cet ingenieux artiste a suivi les progres incessants 
d'une science si fertile en resultats pratiques , el vou- 
lant recompenser surlout les nombrcux essais (ju'il 
a entrepris pour la reproduction des inaages a la lu- 
miere dift'use et mediate, I'Acadeinie a vole aM. Lory 
une mcdaille d'argent. 

Parmi les sciences physiques el nalurelles je rappelle- 
rai le compte-rendu des seances de I'lnstilut pour la 
physiologic, la botanique el la zoologie; les experiences 
rcpelees en presence de la compagnie touchaut les cu- 
rieuxcfl'ets descourants galvaniques sur lesanimauxa 
sang froid ; un mcmoire sur riiygit^'ne des prisons de 
Keims ; eniin les savanl{'s coninuinicalions de IM. 
le docteur Seurre de Suippes, membrecorrcspoudani , 



— if) 



sur mi cas ties-grave de t'liiiur^ie, et sur I't^pidemie 
dyscnicriqiic qui j)urcoiirLit il y a doiix ans toutes 
nos conlrees. 



Au nombrc dcs travaux dont, nous avons desire 
nous occuper le plus proiiiptominl sc trouvent la (lore 
et ia carte geologiqiie de I'arrondissemcnt , a'uvres 
precieuses non-seulcnicnt comrne monument de slatis- 
tiquenaturelle, mais coinnie documents indispeiisuhles 
a la mclallurgie etsurlout krindustrieremoiscel a Ta- 
gricultiirc raisonn^e. 

Pour la bolanique, MM. de Belly ct Sau'oinet vous 
out ddja communique la premiere partiede leur travail 
sur la tlore, et vous avez recu en outre de M. Saubinet 
une notice pleine d'interet sur les cham[)ignons des 
environs de Reims, avec I'lndication des caracteres pro- 
pres auxespeces comestibles ouveneneuses. 

En geologic, M. Rondot a appeletoute I'altention des 
naturalistes sur une mine d'or recemment decouverte 
au raont Saran pres d'fipernay, sur les giseraents de 
Rilly, des Voisillons et de Ludes, terrains des plus 
iraportants a eludier pour la solution d'une foule de 
questions geognostiques qui divisent encore les savants.- 
Vous avez eu sous les yeux les echanlillons recueillis 
par M. llondot dans notre arrondissement, et le pro- 
gramme si complet et si methodique des reclierches 
qu'il a entreprises, pour remplir la mission diflicile 
que vous liii avez confiee en le chargeant de suivre , 
surtout pour la concliyliologie, les etudes ordonnees par 
le conseil general du departement. 

Pour tons ees travaux d'un grand interet local 
et general , vous avez decerne a M. Rondot une 



— 46 — 
u^daille d'argenl et le litre de ineiubrticorrespoudant. 

Dans les sciences naturelles , ou plutot dans Iciirs 
derives nous dovons ranger aussi raj^ricuUure, le pre- 
mier des arts fjuant a son origine, el le dernier peul- 
elre quant a ses progres. 

Con\aincue que sans elre inconipleleet surloutinulile, 
unesocielesavante ne peut seconcenlrerexclusiveaieul 
aujourd'hui dans les eludes speculatives , 1' Academic a 
\oulu concourir pour sa part a ces louables eflorts 
qu'on failde loute part en faveur dela premiere science 
pratique, et elles'est associee avec empressejiient aux 
\ues d'un de ses plus honorables membres, en conti- 
nuanl pour 1844 le prix fonde par lui cette annee. Un 
autre beaucoup plus competent que moi, vousdira tout- 
a-l'heurc les heureux resullats deeecoucours d'econo- 
mie agricole, ]e me borne a vous rappeler parmi les 
communications qui vous ont ete faites dans cetle sec- 
tion, une note de M. de Vroil sur les avantages que les 
stations d'etalons procurent a I'agriculture ; le rapport 
de M. Mailleler sur le congres vinicol d' Angers ; un 
essai de M. Geofiroy de Villeneuve sur I'amelioratioQ de 
la race chevaline dans le departement de la Marne ; 
les Doles de MM. Rondot , de Brimont et Maillefer 
sur la germination des plantessans terre vegetale, sans 
engraisel sans labour; un memoire deM. de Bnmout 
sur la culture des lerres calcaires, oeuvre qui a deja 
porle ses fruits , car elle a engage nombre d'agricul- 
teurs a echanger conlre leurs anciens precedes la nou- 
velle methode qui valut a noire honorable confrere le 
prix qu'il partagea il y a quelques annees avec le 
celebro abbe de Pradt a la society royale d'agriculture. 

EnOa , un )apport dc M. Geoffrey sur une charrue 



— 47 — 

h plusieurs soos , inveult'i' par M. Huel, cultivaleur Ji 
Nogi'iit-l'Abbesse. Bien que cet instrument ne rem- 
plisse pas coiuplelenient le but de I'auteur, il Idiiioi- 
gne cependant de louables eflbrls qui meritent d'etre 
encourages, et conforineinent au voeu de la coniniission, 
rAcadeinie decerne a M. Huet une medaille d'argent. 

Pour terminer renumeratioii des Iravaux manuscrils, 
je vous cilerai des rapports tres-irapurtanls, quoiqu'ils 
ne rentrent pas directeraent dans I'ordre seientifique , 
de MM. Fanart, Boiiche, Flcury, Conlant , Pliilippe, 
Hubert, Maqiiart et Max. Sutaine. 

Qdaiit aux ouvrages iinprimes qui nous ont ete re- 
mis , je vous ferai grace d'un long catalogue que j'ai 
la sous les yeux , forme pre?que tout entier [)ar les 
ceuvres des raembres de cette compagnie , et en te'e 
duquel je vois Les Actes de la province eccle'siastlque 
de Reims, les Toiles peinles et les Tapisseries de la ville de 
Reims , les Tre'sors de nos eglises, le Traite des monnaies 
d'oret d'argent, etc., ouvrages des plus imporlantset 
par les travaux immenses auxquels ils ont donne lieu 
et par les sacrifices pecunaires qu'ils ontim. oses. 



Quoique coraptant a peine une annee 

d'existence, I'Academie a deja plusieurs membresa 
regretter. Ainsi nous avons perdu comme titulaires 
MM. de Goargas, Fleury et Prosper Tarbe, que leurs 
fonctions ont force de changer de residence et dont tout 
le raonde a pu apprecier les travaux et les talents. 

Parmi ics merabres correspondants , nous avons a 



— /i8 — 

dc^plorer la niort de MM. do Felcourt, Soiis-Pn^fet 
da Vitry, connu par d'uliles essiiis adminislralirs ; 
d'llerbes d'Ay , savant modeste occupe surlout d'e- 
tudes areheologiqucs , et Loriquet, officier de runi- 
versile, qui apres avoir consacre a I'inslruction de 
la jeunesse toutc une vie des plus honorables et des 
plus honorees , employait ses derniers loisirs a raeltre 
en ordre de precious documents sur riiistoirc de la 
ville d'Epernay dent il a pendant quaranle ans dirige 
le college. 



Vous le voyez , Messieurs , jc n'ai 

point eu a recourir a ces ingenieuses Octions dont un 
de nos confreres nous parlait dernierement , et <{uo 
sont contraints d'employcr quelques secretaires dans 
lours comples-rendus annuels. J'ai pu a peine donner 
le litre de chacune des communicalious Hia/iuscr/ifs , 
j'insiste sur ce mot, qui vous ont ele faites, je n'ai 
pu oiler une seule phrase des travauxlesplus iinpor- 
tants , et j'ai deja , en vous lisant une simple table de 
raalieres, depasse les termes en-deca desquels la dis- 
cretion me forcait de roster. 

Continuons, Messieurs, cette oRuvre de regenera- 
tion scienlilique pour laquelle il ne faut plus que 
des efforts faciles. Le defaut de loisirs que chacun de 
nous pent attribuor aux. exigences de sa profession, et 
que nous invoquons par fois pour nous sonstraire a 
la loi de travail que nous nous somraes imposee, est 
rarement le legitime et veritable motif. 

Non , il faut bion I'avouer, ce n'est pas le ddfaut 
de torajw qui met la province si loin do Paris quant 



— 49 — 

aux productions liberalcs, mais le dol'ant d'initiative, 
le defaut d'oxiMuple, le dcfaul d'liahilude. C'est cette 
douce paresse du lulrin, cet inexpriiuahle farnienle 
dans letpiel on s'endort si l)ien en j)rovince, parce 
qu'on n'y est pas, comnie ailieurs, reveille [)ar le niou- 
vement des esprils et par la circulation des idees. 

Une fois endornii dans cette niolle et duuce oisivete, 
le moindre bruit intellectuel vous trouble et vous fati- 
gue; de-la crs plaintes inarticulees , ces vagues inter- 
jections qu'entendent si souvcnt ceux qui travaillent 
et rpii ont eu le uialheur de reveiller ceux qui dor- 
luaicnt. 

Ainsi se gagne de proche en proche cette inaction 
que, par respect liumain, on est convenu d'atlribuer au 
defaut de loisirs et aux necessites de la profession, 
conime si Ton nous demandait plus d'un travail par 
anne'e et de deux heures par quinzaine, comme si Ton 
ne depcnsait pas cliaque jour, et de niille manieres, 
dixfois plus de fenips que n'en eniploient au culte de 
la science , les plus feconds academiciens. 

En vous montrant ce que nous avons fait, et ce qui 
nous reste a faire , ce compte-rendu des travaux de 
I'annee, quelqu'inconiplet qu'il soit, f)rtifiera, on peut 
I'esperer , le zele de la compagnie et la confiance que le 
gouverinent a raise en elle. 11 prouvera d'ailleurs a 
ceux qui ne se laissent pas dominer par les habitudes 
de scepticisme syslcnialique et de denigrerncnt uni- 
versel , a ceux qui savenl seconlenler du possible, que 
Facadc'raie a cree autour d'elle une inijiulsion que I'a- 
venir rendra de plus en plus feconde ; qu'ellea produit 
ce qui n^cut pu etre produit sans elle, et que si, des 
la premiere annee de sa fondation , eHe a excite au- 
dedans et au-dchors une emulation puissanle et des 

4 



-- so — 

Iravaux dont personne rie contesle le merile , il n'y a 
pas a desespcrer du saint des letlres dans I'une des 
plus ancieiines ct des plus iilustres capilales du monde 
sa\aril. 




RAPPORTS 



SUR LES CONCOURS 



ouvERTS POUR i.'annee 1843. 



PROGRAMME 
DES QUESTIONS PROPOSEES. 



ECONOMIE POEITIQllE. 

« (juels seraient les raoyens les plus efJicaces (ren- 
(( gagcr les classes oiivrieres, particuliereraent dans les 
« campagnes, a conficr leurs economies aux caisses 
« d'epargnes , el de quelle niiiniere les maitres , les 
« chefs d'aleliers, les |)ropiietaires, pounaient-ils exer- 
« cer le plus utilemeut leur inlluence a cet effet? 

« Quelle destination I'Etat devra l-il donner aux 
« fonds verses dans les caisses d'epargnes , afin qu'ils 
« ne denaeurent pas iniproductifs et par consequent 
(( onereux pour le Iresor public, sans cependant dirni- 
(( nuer les garanties ni allerer la securite des depo- 
« sants ? » 

L' Academic invite les concurrents a ^tudier d'abord 
I'influence que pent avoir rinsliUilion des caisses d'e- 
pargnes sur la moralisation des classes ouvrieres, en 
introduisant dans le pcuplc I'elemenl d'ordre que por- 
tent avcc ellcs la prevoyance et reconomie ; si des ob- 
jections ont ele soulevees contre cetlc institution, ils 
devront les examiner avec soin; en y repondant , ils 
s'attacheronl a indiquer les moyens de ramener sans 
cesse les caisses d'epargnes aux conditions le plus ea 
liarmonie avec le but moral de leur creation ; enfin ils 
recherciieront dans I'histoire de quelques institutions 



— 53 — 

analogues , toiil ce (jui peut eolairer celte premiere et 
im|>( rlanlc [jartie dc la (luoslion, 

J.e d('i)6t (le loules les economies ties class<'s ou 
vrieres ilans les caisses d'('pari^!tes pouvanl devenir 
ociereux pour I'Elat, si I'on n'elait aulorise a leur don- 
iier une destination utile, les coneiirrents diroiit. quel 
eninloi le gouverncnient pourraiL fairede ces capilaux, 
soil en les appliquanl au\ i^raiuls travaux d'ulilitepu- 
blique, soil en opdrant, i)our le comple des caisses d'e- 
pargnes, dcs achats de forets, soil en les rejetant do 
toute autre maniere dans le commerce el Tagriculture; 
la premiere condition des moyensa proposer, sera que 
les deposanls y trouvent des garanlies inconteslables et 
que leur coufjance ne puisse jamais elre ebranlee;on 
devra entrer dans quclques details sur la forme et la 
nature des litres qui assureraient aux deposanls la 
propriete et la libre transmission de leurs creances. 



HlSTOIRi:. 

« Etude sur Charles, cardinal de Lorraine, arche- 
«< veque de Reims. » 

Les concurrents devront principalenient apprecier 
rinlluence du cardinal de Lorraine , sur les evene- 
ments poliliques el religieux de son epoque; dire et 
caracteriser les institutions qu'il a fondecs dans I'in- 
leret des sciences, des arts eldu commerce, et s'atta- 
cher specialemeni a celles dont il a dole la \ille de 
Reims. 



— 54 — 
AGRICULTURE. 

(( Quel est le mode d'assolement le plus favorable 
aux terrains calcaires du departement de la Marne? » 

Apr^s avoir indique le meilleur systeme d'assole- 
ment, les concurrents devront s'attacher principale- 
ment ii determiner : 1° les avantages qui pourraient 
resulter de la suppression partielle ou totale de la ja- 
chere dans les loams calcaires ; 2" la rotation la plus 
convenable pour les differentes recoltes a faire dans 
ces terrains, et notamment pour celles des recoltes 
sa relies. 

Les prix, consistant, pour chacune des deux premie- 
res questions, en une medaille d'or de la valeur de 
200 fr., et pour la troisi^me question, en une medaille 
d'or de la'valeur de 100 fr. et les OEuvres d'Olivier de 
Serres, seront decernes dans la seance publique de 
I'Academie, du 15 avril au 15 mai 1843. 

Des m^dailles d'encouragcment seront distribuees 
aux auteurs des travaux, des inventions ou des perfec- 
lionncments que I'Academie jugera dignes de recom- 
pense. 



Le President de I'Academie, 

THOMAS, Archrveque ue reims. 

Le Secietaire de 1' Academic, 
II. LANOOUZY. 



EXTRAIT DU RAPPORT 



SUR LE 



GONCOURS D'ECONOMIE POLITIOUE. 



Cuminissaires : MM. Dekode-Gekuzbz, Salbinet, 
HoDZEAc - McrRON , CoNTANT , Llcas ; 

M. Bonneville , Rapporteur. 



Messieurs , 

De toutes les institutions qu'a creees le genie de la 
bienfaisance, la caisse d'cpargncs est a coup siir celle 
qui merite, au plus haul degre, les sympafliies et le 
devouement des horaraes eclaires; car elle est afois, un 
encouragement au travail ; une prime a I'esprit d'ordre 
eld'econoraie; une ressource assuree conlre les besoins, 
el des-lors un preservalif nou seuienu'nl dos \ic€s, 



— 56 — 

mais aussi des crimes qu'enfante la raisere; enfln , ellc 
est pour le travailleur une garantie de bieu-etre et d'iri- 
dependance. Et pourtant, Messieurs, il faut le dire, 
une partie de la France, et principalemcntles habitants 
de nos canipagnes, sont encore, a I'heure qu'il est , 
desherites du bienfait de cette salutaire institution. 

De la, I'ardent desir qu'ont tons les hommes de bien 
de concourir a la muliiplication de ces banques du 
pauvre, que la France doit a deux de ses noms les 
plus veneres , Larochefoucault et Delessert. 

La premiere partie de la question mise au concours 
n'etait autre, que 1' expression genereuse de ce voeu 
philantropique ; elle etait concue en ces terme^ : 



" Quels seraient les moyens les plus efjicaces d' engager 
les classes ouvricres , parliculierement dans les canipagnes 
a confer leurs economies aux caisses d'epargnes ; et de 
quelle maniere les maitres , les chefs d' ateliers , les 
proprie'taires , pourraient-ils exercer le plus ulilement 
leur influence a eel effet ? » 



Mais , de cette premiere question decoulait , comme 
consequence necessaire , un autre probleme , bien plus 
important etqui commence a preoccuper serieusement 
les economistes. 

L'institution des caisses d'epargnes est evidemment 
destinee , soit par la vertude sa propre influence, soil 
par les efforts memes qu'on fera pour la propager , a 
prendre une extension considerable. Nous pouvons 



— 57 — 

deja juger de cetle extension [)ar iin rdsultat qui nous 
louche et qui vienl de sc produire sous nos ycux. Dans 
un document recent, I'honorable rapporteur du conseil 
des directeurs de la caisse de Reims (1) signalait a 
I'altention publique ce fait remarqualjle : que le solde 
a la disposition des deposants pour 1842 : elail 
augmente d'un quart, compare a I'annee 1841; du 
double eu egard a 1840 ; et qu'enOn, Ics depots des 
deux seules dernieres annees (1841 el 1842) avaient 
depasse la somme totale les depots des 17 annees pre- 
ce'dentesf.,. 

En presence d'un raouvement de progression aussi 
brusqueraent rapide , ne doil-on pas esperer que , le 
chiffre des depots aura pris , avant peu d'annees , un 
accroisseraent extraordinaire ?... Quelemploi fera done 
alors I'Etat de ces immenses eapilaux? S'il consent a 
contiuuer aux epargues du travailleur sa genereuse 
garanlie , ne faudrait-il pas, du moins, qu'il cherche a 
uliliser ces foods qui , laisses sans emploi , devien- 
draient, entre ses mains, un sterile et insupportable 
fardeau ? Or , cet emploi exige trois conditions ca- 
pitales : d'abord, il doit presenter une solidile a toute 
epreuve; ce serait un crime que d'aventurer le pecule 
amasse par les sueurs du pauvre; — il doit etrc aussi 
productif que possible ; car il faul que I'epargne mo- 
dique du travailleur fruclilie plus, s'il est possible, 
que celle du riclie; — enOn, cet emploi doit permettre 
la possibilile immediate d'un remboursement; car 
I'ouvrier qui a faira, ou qui est malade, n'a pas le 
lamps d'attendre. 

(i) Rapport de M. Croutclle , sur la situation dc la caisse 
d'ppargiies de Reims, an 3i Docembrc 18/42. 



— 58 — 

Ces conditions , Messieurs , font assez comprendre 
toule la difficulte du second probleme que vous n'a- 
vez pas craint de livrer aux medilations du public. 

Celte derniere partie de voire programme est aiosi 
concue : 

« Quelle destination tEtat devra-til donner auxfonds 
verses dans les caisses dUepargnes afin qu'ils ne demeu- 
rent pas iuiproductifs , et par consequent one'reux pour 
le Tre'sor public, sans cependanl diminuerks garanties 
ni alterer la securite des deposants ?>y 

Parmi les divers memoires envoyes a 1' Academic, 
quatre seulement ont paru dignes de flgurer au con- 
cours ; et sur ces quatre memoires , trois ont altird 
particulierement I'attention de votre commission. 

Je me bornerai a les analyser avec autant de fidd- 
lite que de concision , en commencant par le dernier 
dans I'ordre de nos preferences. 

Ce m^moire a pour epigraphe : « Avant la concur- 
rence universelle , les progres n' appauvrissaient pas 
I'ouvrier. (De Sismondi.) » 

En ce qui touche la premiere question du pro- 
gramme, Tauleur n'a fait que reproduire des documents 
deja connus. Sur la deuxieme question , son systerae 
peut se resumer en deux mots. Selon lui , TElat de- 
vrait recevoir les {onds directement des deposants, et 
il les uliliserait a son profit, par I'etablissement de 
hanf/ues induslriellcs , agricoks ou d'esconiple, dans 
chaeun de nos chefs lieux d'urrondissement. 



— r)9 — 

Ce sysleine , qui a du nioiris I'avantage d'uiie entiere 
siniplicite, aurait naerite d'etre serieusement eludie et 
discute; mais I'auteur s'esl borne a I'enoocer, sans 
aucun autre developpement. 

Ce meuioire , vouslevoycz, Messieurs, ne repond 
que ties-impart'aitement au but de I'Acadernie. Sur la 
premiere question, rien de nouveau ; sur I'eraploi des 
fonds, un mode [)ropose, sans aucune discussion qui 
puisse faire apprecier la possibilited'execution. Cepen- 
dant, ie memoire , dans sou ensemble et surtout dans 
quelques developpement s donnt^s par I'auteur, sur les 
causes et les remedes da 'pauperisme, nous a paru meriter 
reDcoura^emeot d'une mention honorable. 



Le memoire n" 2 a pour epigraphe ces mots d'un 
celebre econoraiste : <« Les caisses d'e'pargnes doivenl 
pounoir a des besoins futurs, au moyen d'e'conomies ac- 
tuelles; les monts de piele, au contraire, offrent une res- 
source immediate^ en vue d'e'conomies futures. » 

II se divise en dyux chapitrcs : le premier pose en 
quelque sorte les notions preliminaires de la discus- 
sion. L'auteur y cMudie les caisses d'epargnes a leur 
origine ; il rappelle a ce sujet la fondation des caisses 
de I'aris, de Strasbourg, de Metz , de Uouen ; puis, 
il jette un coup-d'ceil general sur I'institution actuelie 
des caisses d'epargnes en France , ainsi que sur la 
legislation qui regit I'emploi des fonds. 

Le cliapitre deuxieme est consacrc ii la reponse di- 
rectc au\ deux questions posees par I Academic. 



— 60 — 

En cequi louche Vemploides fonds, rauteur convaincu 
que rfilat seul peut se pronoucer sur une question de 
cellc importance , croit devoir se borner a indiquer 
quclques-uns des moyens d'utiliser les fonds dcs caisses 
d'epargncs,(/a»js les localite's memes oil elks sont e'tahlies. 
En consequence , il voudrait que les fonds fussent 
verses dans lacaisse du Tresor, ou converlis en effets 
publics ^ selon que I'un ou I'autre placement offrirait 
le plus d'avantages; 

Que la caisse escomptat les effets de commerce re- 
velus de bonnes signatures payables dans un rayon 
pen dtendu ; 

Qu'un niont de piete fut annexe a chaque caisse 
d'epargnes, comme cela existe deja a Metz , a Nancy , 
a Avignon , et dans^e Hanovre; 

Que des prets fussent fails a des proprietaires , soil 
sur hypolheques, soil sur letlres de change , avec cau- 
tion solvable ; 

Que les funds pussent , selon les localilds , elre em- 
ployes a divers usages, comme acquisitions de biens , 
prets aux communes ou elablissements publics, etc.; 

EnGn, il voudrait que les caisses d'epargnes pussent, 
comme les tontines , recevoir des placements a fonds 
perdus et a interet progressif. 

Ce memoire est redigd avec methode et clarte ; c'est 
le travail d'un esprit droit : raais I'auleur a complete- 
ment negligL^ la parlie principale de la question, I'em- 
ploi des I'onds par I'Elat. 

Toutetois, Messieurs, comme il contient d'excellentes 
idees, sur I'emploi des fonds a faire par les caisses qui 
ne versent point au Tresor i)ublic , et que , sous ce 
rapport , I'auleur s'esl rapproche des vues de I'Acade- 



— 61 — 

mie , la commission vous a propose de liii deoerner 
aussi une mention iionorable. 



J'arrive au raeraoirc n" 4, travail dc boancoup supe- 
rieur aux doux autres, et qui a reuni, sans comparai- 
son aucune , I'unanimit^ dcs suilVages de notre com- 
mission. 

II se divise en trois parties : La premiere , est la 
description liistorique dcs caisses d'epargnes en France 
et a I'^tranger. Cette parlie est riche de documents 
dont quclques-uns sont inedits. Ella se raltaclie parti- 
culierement a la question posee , en ce qu'clle indique 
les divcrsemplois faitsa I'etrangerdesfonds deposes aux 
caissosd'epargnes. De plus, elle fait parrailemetit con- 
naitre I'etatdes caisses d'epargnesen France, lour legis- 
lation , leur mode de comptabilite , I'emploi des fonds 
dans I'origine et leur destination actuelle selon la loi. 

Par un scrupule de zele que nous ne pouvons trop 
louer, I'auteur n'a pas craint, remontant I'ordre des 
temps , d'etudier la question d'epargne dans le moycn- 
age et jusque sous I'empire Romain. II nous montre 
dans le peculum caslrense des soklats et dans le pecu- 
lum civile dcs esclaves , le type ancicn et generateur de 
nos caisses d'epargnes. Ce rapprochement , Messieurs , 
n'est pas sans interet pour I'avenir; car, de meme que 
le peciile civil a dii fortement contribuer , de concert 
avec les idees chretiennes, a rafl'ranchissement des es- 
claves; de meme, les caisses d'epargnes, en repandant 
dans les rangs infdrieurs de la societe, I'esprit d'ordre 
et de prevoyance, seront le plus fort lovicr de I'^man- 
cipation ct de la liberie des classes laborieuses. 



— (VI — 

Danslaseconde paiiie deson travail, I'aufeur aboide 
la question d't'inploi des tonds. 

Sur cc point , il pcnsc que TEtat devrait oonstam- 
ment reslreindre le chillVe du depot qu'il acceptc, dans 
des liniites telles , que ce depot ne piit jamais com- 
promettre sa responsabilite et que , par exemple , il 
abandonnal auxcaisses, sous la garantie de leur propre 
gcstion , la nioilie des souimes , coniposant le solde 
de com pie. 

«Cela elant, dit I'auleur, si nous pouvons organiser 
un mode d'emploi qui permette aux communes de 
trouver des ressources en elles-memcs, en d^chargeant 
I'Elat de la moitie de sa responsabilite , nous aurons 
resolu un des principaux points de la question. » 

Or, le mode d'emploi quel'auteur propose, c'est le 
placement liypotke'caire deja adopte en Allemagne , en 
Suisse et en Holiande ,comme presentant presqu'autant 
de soliditc et piusde produits que la propriete fonciere. 
II en donne pour exemple pratique, les operations dela 
caisse d'epargnes de Francfort, laquelle ne place les 
fonds deposes que sur liypotheques ou sur obligations 
de la ville. 

11 faitfonctionner ce mode d'emploi , en I'appliquant 
a une de nos caisses d'arrondissemenl ; et il demontre, 
que, si surtout ces diverses caisses voulaient s'entendre 
pour s'entr'aider dans leurs remboursements , on pour- 
rait, au moyen d'un roulement organise de placements 
hypothecaires, a echeance de deux ans , utiliser d'une 
maniere anssi profitable qu'assuree les fonds deposes. 

Toulefois, I'auteur voulant approfondir la question 
sous loutesses faces, n'a pas vouluse borner a vous pre- 
senter un seul systeme d'emploi des fouds de I'epargne. 



— 63 — 

Au ddfaut du plawmenl liypotheoaire , il signale, 
comme deuxiemc nioyen d'emploi, Pamortissenienl.DaDs 
ce nouveau systemc, les fonds dc I'epargne qui sont au- 
jourd'hui verses a la caisse des consif^nations et em- 
ployes a I'acquit de la delte tloltante, seraient exclusi- 
Tement employes a ramortissement de nos 96 millions 
de renle 5 pour 0/0. Par suite, les caisses d'eparj^nes 
se trouveraient subrogees aux garaniies hy pot lie<'.a ires 
attributes a la eaisse d'amorlissemeiit , sur lous les 
biens de I'Elal (1); en telle sorte, qu'au cas d'impossi- 
bilite immediate de reraboursement, les deposants ver- 
raienl au raoins leur pecule assure par uiie garantie 
iraraobiliere. Nous ne suivrons pas I'auteur dans les 
ingenieux developpements qu'il donne a sa proposition; 
mais, sans ricn pn^juger sur sa realisation, nous dirons 
que, dans cette partie remarquable de son travail , il 
a fait preuve d'une etude approfondie de I'adminis- 
Iration et des ressources de la caisse d'amortissement 
ainsi que des veritables elements du credit public. 

Cependant, Messieurs, I'auteur nese dissimulant pas 
les graves motifs qui peuvent determiner le gouverne- 
ment a conserver son action pleine et entiere sur la 
caisse d'amortissement , propose, au defaut du pre- 
cedent moyeii, I'un des modes d'emploi indique par 
votre programme lui-meme, V acquisition de fonts. 
Il pense queces achats faits par I'Etat, avec privilege 
de baillcur de fonds, au profit des oaisses d'epargncs, 
pourraient a la fois procurer au gouverncment de 
grands bencOees et ofl'rir aux deposants toutcs les se- 
en rites desirables. 

(i) Cc privilcjje rcsulte de la loi <lu a5 Mais 1817. 



— ()i. — 

Enfin raulenrsii^n.'ilc, commequ.'Urieme modo d'om- 
ploi des fonds, la faculte accordee aiix deposants Agos de 
50 arisau moins, de convertir uiieparliedu capital par 
eux depose, en une rente vlagere. II prouve qu'il y a tou- 
jours avantage d'une part, pour I'Elat , a araortir une 
deltc en principal , et de I'aulre, pour I'indigent arrive 
au dedin de sa carriere, a renoncer a la possession 
d'un capital , pour toucher un revenu a 10 pour 0/0 
destine a preserver sa vieillesse des souffrances de la 
misere. 

II est inutile de dire , Messieurs, que selon Tauteur, 
tons ces modes d'emploi pourraient etre appliques en- 
semble on st'paremcnl , pour tout ou parlie des fonds 
des caisses d'epargnes. 

La troisieme partie du meraoire traite des raoyens 
de propacjer I'inslitution des caisses d'epargnes et no- 
lanmient dans les campagnes. 

D'apres I'auteur, ces nioyens devraientetre entr'au- 
tres : 

1° « De confier de preference radministration des 
caisses d'epargnes , comme on le fait a Reims , a des 
hommes en possession de la conGance et du respect des 
ouvriers; 

2' De recoramander aux maitres el fabricants de 
clioisir surtout les ouvriers qui, par la representa- 
tion de lour livret d'ef)argnes, prouveraient qu'ils sont 
hommes d'ordre et d'economie ; 

3° D'employer une portion des fonds provenant de 
la liberalite des particuliers ou des municipalites en 
delivrance , a quelques enfants indigents , de livrels de 
caisse d'epargnes. 

Co dernier nioyen de propagation, clait, vous le savez, 



— 65 — 

Messieurs, cclui qu'aimait a employer le prinee dont 
la France plenro si ariit'remenl la perle. C'est grace a 
ses dislrihulions annuelles <le livrels que plusieurs de 
nos graiKJes viiles manuracturieres doiveiit Tetat de 
prosp(5rile de leurs caisses d'epargnos (1). J'ajouterai 
que la ville de Reims , qu'on Irouve loujours la pre- 
miere quand ii s'agit de bonnes actions , a plusieurs 
fois employe avec a vantage ce mode de propagation. 

Enfin I'auleur propose un dernier moycn d'influencc; 
ce serait I'attiibution d'un inleret plus eleveen faveur 
des pelits versemenls qui ne depasseraient pas 200 fr. 
Cette mesure, depuis longtemps conseillee par les phi- 
lanlropes, merile uneserieuse consideration. Les caisses 
d'epargnes ne sont pas seulement une sollicilation a la 
prevoyance, elles doivent elre un encouragement, une 
prime aux vertus du travail et de I'economie. La partie 
de lasociete qui possededitaujourd'lmi aux prolelaires: 
(vSoyez laborieux, soyez economes, soyezvertueux,pour 
que tous les droits soient respectes, pour quevous re- 
posiez, comme nous-meraes, en securile; elle ferait plus 

(i] On tie sent |)as assez tout le bicn que pent produire 
un livret clonno a |)r()pos a un jcune ouvrier. Voici a cet 
cgard un fait nniarquablo. Les 1760 livrets donncs a Paris, 
on 1837 . j)ar M. le due ct niadame la duchesse d'Orlcaus, lois 
<le leur niariagc , et qui rcpresentaicnt, a cette opoque, une 
somme de 40,000 fr., moment actuellement , par suite d'ac- 
cumulalions d'intercts ct de nonveaux vcrsemouts fails par 
les beneliciaires, ;\ la somme dc i52,i85 fr. En cinq annees, 
le capital priinilif se trouve tri|)Ie ; ce qui prouvc que les 
1760 ouvriers pauvres, sur lesquels s'est etendue la munifi- 
cence du prince, sont deveuus des liommes d'ordre et d'eco- 
nuiuie. 



— 66 — 

jilors , elle leur dirait : soyez vertuenx , prol)os, econo- 
mes, el nous, vos aines dans la civilisation, dans la ri- 
chesse , dans le bien cHre social, nous viendrons a voire 
secours, nous adminislrerons, a nos frais, le pro- 
duit de vos economies, nous les ferons fmclifier, et 
nousfcrons da vantage encore; nous vous paieronsl'in- 
teret, le plus haul inteiet possible de vos laborieuses 
epargnes?... f1).» C'est par ces belles paroles d'un de 
nos plus grands oraleurs (jue Taullbr a lermiue sa dis- 
cussion. 



Telle est a peu pres, Messieurs, I'analyse seche et 
decolor^e de I'excellent travail qui a particuliereoient 
fixe les suffrages de voire commission. 

Ce memoire ne resout sans doute pas encore com- 
pletement I'imraense et difficile probleme que vousavez 
propose aux meditations des hommes serieux; raais il 
en prepare et facilite la solution. Du resle , ce travail 
est plein d'erudilion , d'ordre, de logique ; c'est , sous 
un litre modeste, un veritable Iraite sur rinstiluliou 
des caisses d'epargnes. 

En consequence voire commission, a runaniraile, 
vous a propose de decerner une medaille d'or , a Tau- 
teur de ce memoire n° A. 

Maintenant, Messieurs , qu'il me soil permis en ter- 
minanl, de faire oublier la froide monolonie de ce 
rapport par la relation d'un incident qui, je I'espere, 
obliendra vos vives sympalhies. 



(t) Discours de Lamartine a la charabre des deputes, 
seaiice du 4 Fevrier i83!>. 



— 67 — 

M. le secrotaire ayatil, au nom de rAcademic, in- 
foiino I'autcur de la decision qui le conc«rnait, a recu 
de lui la reponsesuivante : 

« Monsieur le secretaire, 

M Je suis on ne pout plus sensible a 1' honorable bien- 
veillance avec laqnelle I'Acsidenne a accueilli mon tra- 
vail siir les caisses d'eparf^nes. 

« L'empressetnent que vous avez mis a na'annoncer 
cetle decision nj'eiicourage a vous confier I'expression 
d'un voeu , dont la realisation ajouterait un nouveau 
prix a la faveur qui in'est accordee. 

« Ce serail que 1' Academic voulut bien affecter la 
valeur intrinseque de la incdaille d'or qu'elle me des- 
tine , a la dislribulioD de quelques livrets de caisse 
d'epargnes. 

« Cette proposition me parait se rattacher a la pensee 
de moralisation et d'humanite que 1' Academic a voulu 
feconder, et j'espere d'ailleurs qu'elle Irouvera naturel 
que pent^tre comme je le suis, de I'cfficacite de ses en- 
couragements, j'exprime le dcsir d'en faire partager 
le bienfait a quelques enfants de la classe laborieuse. 

« Agreez , etc. 

« EuG. GONEL, avocat. » 

Vous le voycz. Messieurs, I'honorablc auleur du me- 
nmire que TAcadi'mie couronnc; a fait plus qu'un bon 
luemoire, il a I'ait une bonne et gcnereuso acliog!.. 



RAPPORT 



DB L\ COMMISSION NOMMEB POUR L'f.XAMEN DES 
MEMOIRES SDR LA OUESTION IIlSTORIODE. 

(M. Nanquette, Rapporteur.) 



Messieurs , 

L'Acad^mie de Reims, dans le concours ouvert pour 
I'annee 1843, a proposed, comme sujet tout a la fois 
litteraire ct historitiue, celte queslion : Elude sur Char- 
les , cardinal de Lorraine, arckeveque de Reims; c'est du 
resullat de ce concours que je suis cliarge de vous ea- 
tretenir. Fidele ii son orit^ine, a la pensee qui a preside 
a son institution, rAcademie accorde dans ses travaux 
une large part a I'liistoire, a I'liistoire locale surlout. 
Creee dans un moment oii hon nombre d'esprits d'clile 
se portent avec ardeur vers I'elude du passe, et recueil- 
lent avidement les traditions reli<5iouse> ct nationalesdu 
pays, ellc est d'autant plus hcurensede s'associer a ce 
mouvement, que notre ville de Reims est liclie en sou- 
venirs bistoriques, qu'elle posscde dans sa bibiiulbequo 



— 70 — 

lesprecieux restes deceslrosors oiionl puise les Mabil- 
loii et lesRuinarl, et que, comme ancienne vilie d'Uni- 
versile, die nous a legue des traditions litlerairesdont 
nous devons a notre tour transraetlre I'heritage a ceux 
qui viondront apres nous. 

C'est dans cette pcnsee que rAcademie a inaugure 
sesconcours parun des plus beaux noms hisloriques qui 
honorenl la ville de Reims. La puissante maison de 
Guise a fourni un grand nombre d'archeveques a notre 
antique raetropole ; raais entre tous, Charles de Lor- 
raine a laisstJ dans les souvenirs reraois des traces pro- 
fondes qui le font encore appeler de nos jours le grand 
cardinal. Possesseur d'imraenses revenus, il savait les 
depenser avec la m;ignitieence d'un prince et I'intelli- 
gence d'un esprit superieur , et il a repandu scs bien- 
fails avec uiie egale profusion sur I'eglise et la cite, les 
sciences et les lettres, les arts et le commerce. C'est 
sans contredit rhomrae qui a cree a Reims le plus 
d'instilulions utiles, qui a attache son nom au plus 
grand nombre d'oeuvres digncs de la reconnaissance du 
pays; les institutions qu'il a fondees parmi nous au- 
raient suffi a illustrer plusieurs vies; celles qu'il a pro- 
jelees, et qu'une raort prematuree ne lui a pas permis 
de realiser, ont laisse encore a ceux qui ont continue 
son ceuvre une gloire precieuse arecueillir. 

Aussi c'elait Thomme de Reims surtout, c'ctait I'ar- 
cheveque, que le programme proposait aux concurrents 
d'etudier, en les invitant a caracteriser specialement les 
institutions dont il a dole notre ville; c'^tait-la pour 
nous le cote important, principal de cette etude. Le 
cardinal considere comrae homme d'etat ne devait fi- 
gurer qu'au second plan, et il y avait la encore pour 
Charles de Lorraine un role honorable ot glorieux; il y 



— 71 — 

avail aiissi pour les concurrents sous !e rapport histo- 
rique, une brillante matiere a I'apprdcialion d'une im- 
portanle t'po<iuc cle nos annalcs, el sous le rapporl 
lilldraire, une belle occasion d'eclaircir les faits par 
une discussion vive et serrde, d'en vivifier le tableau 
par une narration coloree , par un style en quelque 
sorte en harmonic avec la physionoraie si animee du 
seizieme siecle , avec la vie si agit^e du cardinal. Les 
evenemenls si varies et si passionnes de cclle epoque 
jeltent sur celle vie un altrait bien grand, un inleret 
vraiment dramalique. Tout puissant dans les conseils 
de la couronne , investi par ses grandes dignites eccld- 
siasliques d'une espece de suprematie religieuse qui 
I'avait fait surnommer a Rome meme le pape d'au- 
dela des nionls, il sc montre digne, par ses talents et 
son genie , du grand role qu'il est ap|)ele a jouer au 
milieu des envaliissemenis du Protestantisrae. Jugeant 
en veritable homrae d'etat la situation de la France, 
il comprend que par interet politique autant que par 
devoir religieux elle doit rester catholique, et qu'au 
moment oii TAllemagne s'affaiblit el semble se dissou- 
dre au souffle de la reforme , il faut que la France 
conserve son unite religieuse, pour conquerir cet as- 
cendant politique et preparer les voies a cette prepon- 
derance qu'un autre cardinal devait lui assurer au 
commencement du siecle suivant cl qu'elle a loujours 
su maintenir depuis. Pour quiconque penetre au-des- 
sous de la surface des evenements, ce tut celte penseo 
qui Ot la force du cardinal el la puissance de la maisou 
de Guise , parce qu'elle repondait a tons les instincts 
calholiques et populaires de la France du seizieme 
siecle, el qu'elle faisait du parti catliolicpie un parti 
veritablement national. Aussi, au point do vue do ctlle 



— Tl — 

penscc tout a la fois n.itionale ct reli^ieusc , Charles 
(le Lorraiuc nest pas sculemeul I'homnic do sa ramille, 
inais riiuniiue de la France el du Calholicisme. C'esl 
cc grand inlerel qui domine loutes ses vues, qui expli- 
que toute sa conduile, soil commc premier tninistre, 
soit comme chef dc parti , et merne commc arche- 
vequc, qui inspire tous Ics actcs de sa vie religieuse et 
politique, et leur imprinie une puissante unite au 
miheu de certaines variations apparentes : vie toute de 
lutteet decombat, qui a bicn pu lui attirerlahainedes 
partis et I'injusticc d'un grand nombre de ses contem- 
porains, mais qui n'aurait inspire a la posterite d'autre 
sentiment que celui de Tadmiration, si toulesses mesu- 
resavaient ete couronnecsde succes,si lesmoyensqu'il 
a adoptes elaient tous irreprochables sous le rapport 
religieux et moral (I). 

(i) Le caractere et I'iiillueHocde Charles de Lorraine, un des 
pcrsonnagcs les plus calomuios par I'esprit dc parti, commen- 
cent a elre niicux apprecics a mesnre que les etudes liistori- 
ques deviennent plus scrieuses et plus larges. Voici le jugcnient 
qu'en porta un historieu moderne : 

« Le cardinal de Lorraine laissait unc double renommee 
expliquec par les combats de sa vie. Honore par les catholi- 
ques a I'egal d'nn saint, maudit par les huguenots i I'cgal 
d'un bourreau , rhisloire n'a point a choisir entre ces juge- 
ments extremes. Le cardinal avait etc un grand politique, son 
genie fut un genie d'habilctc, de tenacite, de courage; il meia 
I'ambition, sans doutc, a la defense de I'Egiise; mais quel 
homme se degage tout cnticr des retonrs naturels de I'egoismc? 
II lutta pour I'unite nationale ; cc fut sa gloire. Les batailles 
de factions le poussorent au-dcla de la volonlo cicmentc d'un 
pretre ; ce I'nt son mallicur. Sa uiort uc fut pas moins une 
grandc pertc pour I'Rtat; il poiivait encore modcrer, par sa 



— 73 — 

Tel est le siijcl que rAcadomio a mis an concours; 
il est dillicile sans douto, niais c'esl iin dcs |)liis beaux 
pcut-elre, ct assuremont le plus large que puisse 
offrir riiisloire de notre cite. C'est pour nous un 
motif de plus pour rcgretter qu'aucun des cnncurronts 
n'ait pu oblenir Ic prix, c'cst-a-dirc la medaillc d'or. 
Hatons-nous de dire cependant que parmi les memoircs 
qui nous out (ite remis, deux surlout nous ont paru 
assez remarquables pour meriter une recompense. 

L'auteur du memoire inscrit sous le n"2, et por- 
lant pour epigraplie ccs mots de Tite Live ; In hoc 
viro lanla vis animi ingeniique fait ut,quocunque loco 
natus cssel , forlunam sibi ipse facUinis viderelur, consi- 
derc succcssivemonl Charles de Lorraine comme Lora- 
mc politique, comme aroheveque , comme homme pri- 
ve , et 06 cadre comprend naturellement , avec la 
biographic du cardinal, toutes les institutions dont 
Reims lui est n devable , et les principaux evenemenf s 
du seiziemesiccle auxquels il a pris une si grande part. 

L'auteur nous montre que des son entree aux alTai- 
res , a peine age de vingt-trois ans, il se fait une 
reputation d'habile ncgociateur; ses missions diplo- 
matiques aupres des papes Paul III et Paul IV 
preparent la decadence de cet empire que Charles- 
Quint avail rendu si menacant pour I't^quilibrc euro- 
peen; il est mele a tous les evenemenls poliliques du 



sculc presence aupres ilu roi, les conscils funestes, ct imposer 
aux partis ailvtrses; aprcs lui le champ rcdcvciiait ouvcrt au.x 
allcrnalivcs furicuscs ilc la polili(|uc. • LuirtMlii', Uiuoirr dc 
Frnncr, toni. v. p. 4^2. 



— 74 — 
r^gne de Henri 11 (1); sous Francois II, il relablit 
en peu do temps les finances , et associe le chancelier 
de I'Hopilal au gouvernement. Si Ton pent rcproclier 
aux executions d'Araboise une rigueur peut-etre ex- 
cessive , on ne leur reprochera pas du moins de man- 
quer de motif, puisque les conjures sont pris les armes 
a la main marcliant sur le chateau pour enlever le 
roi el massacrer les Guise. L'auteur expose cnsuite la 
lutte du cardinal contre le Protestantisme dans toutes 
ses phases , avec son unit^ dans le but , sa Tari^td 
dans les moyens : il nous le montre essayant d'abord 
les Toies de conciliation; c'est lui qui, au risque de 



(i) Le regne de Henri II, dit un historien moderne , est 
trop peu connu et trop mal juge, et il eut ete grand en tout ce 
qui touclie a la defense, u la dignite et k rimportance politi- 
»jue du pays, sans le funeste traite de Cateau-Cambresis qui 
fut signe la dernicre annee de ce regne. Poirson , Precis de 
I'histoirc de France. — Ce traite, entr'autres conditions one- 
reuses, imposail la reddition de Calais, et ouvrait de nouveau 
la porte de la France aux Anglais, que le due de Guise en avail 
chasses, en leur enlevant, par la prise de cette ville qu'ils pos- 
sedaient depuis aio ans,leseul espace de terrain qui leur 
restait dans un royaume ou ils avaient cu autrefois des posses- 
sions si t'tendues. — Mais ce qui ne fait pas peu d'honneur i 
la politique du cardinal, c'est qu'il fut oppose a ce traite; ce 
fut Diane de Poitiers qui, pour abaisser les Guise que la guerre 
popularisait de plus en plus, et pour se venger du cardinal 
qa'elle ne trouvaitpas assez complaisant, se ligua avec Mont- 
morency pour pousser Henri II a ces concessions et conclure 
la paix a tout pri\. Les negociations furent meme compro- 
mises par les Guise qui firent alors prendre les armes d'An- 
glelerre au Daupliin et a Marie-Stuart. Voir Robertson, His- 
toire de Chailcs V. 



— 75 — 

meconlenter son parti , propose la creation des prdsi- 
diaux qui enlevent aux Iribunaux ecelesiasliques une 
parliedeleurs attributions; c'est lui qui fait decider le 
colloque de Poissy pour ramener, s'ii est possible, les 
dissidents par la persuasion. Dans sa conduite au con- 
cile de Trente comme dans I'adniinistration de son 
diocese , nous le voyons marcher constarament vers le 
meme but; representant des interets de la France au 
concilede Trente, il airae mieux s'exposer a I'accusa- 
tion de trahir Thonneur national en adoplant un moy- 
en terme surune question de preseance, que de faire 
manquer, en se retirant, un concile dont le monde 
cliretien altendait la fin des discordes religieuses et 
civiles. Si, comme arclievOque de Reims, il n'insiste 
pas dans ses reclamations lorsqu'on enleve a sa pro- 
vince ecclesiastique plusieurs dioceses pour I'^reclion 
de la metropole de Cambrai , c'est qu'il comprend que 
dans la situation difficile oil est I'Eglise il ne faut pas 
compliquer les dissensions religieuses. L'auteur discute 
successivement les diverses accusations lancees contre 
le cardinal , et montre que si elles pouvaient s'expli- 
quer, chez lescontemporains , par les passions de fes- 
pritde parti , elles ne s'expliqueraient plus aujourd'hui 
que par I'ignorance ou la mauvaise foi (1). 

(i) Parmi les accusations, dont on a charge la memoire du 
cardinal de Lorraine, il y en a une dont l'auteur du memoire 
ne cherche pas a le justifier, et nous Ten felicitons : c'est sa 
pretendue participation h la Saint-Barthelemy ; l'auteur savait 
que le cardinal etait i Rome dcpuis longtcmps quand la 
Saint-Barthelemy a ete concue et exccutee. • — II est vrai que 
dans UD drame compose dans les beaux jours de gB et qui a 
rcparu sur la scene en i83o, Clienier fait prcceder la Saint- 
Barthelcniy par une parodic sacrilege, oii le cardinal de Lor- 



— 76 - 

II y a dans cc radmoire ties apercus ingcniciix , dc la 
melUode dans I'ensemble, de rint«^ret dansles details, 
une grande sagcsse dans le choix des fails, beaucoup 
de conscience dans les recherches , enfin de la reserve , 
Irop de reserve peut-etre dans certaines appreciations. 
En etFet , I'ensemble du travail laisse apercevoir une 
intention trop marquee de panegyrique; et I'Academie 
en inscrlvant dans son programme : Etude sur le car- 
dinal de Lorraine , indiquait par cela meme qu'elle 
ne demandait pas un eloge ; et quand dans une vie si 
courte et pourtant si remplie, il y aurait quelques 



raine joue un roleodieuxetbenitsolennellement les poignards 
qui doivent servir a massacrer les protestanls. Mais parceque 
certains esprits-forts out priscela pourde I'histoire, ilne s'en- 
suit pas qu'ils meritent I'honneui' d'une refutation. — Voici au 
reste, au sujet de toutes ces accusations , un curicux passage 
d'un autcur qu'on ne soupconnera pas de partialite pour la 
maison de Lorraine et le Catholicisme : « Quelque mechants 
que vous fassiez Messieurs de Guise, il sera toujours vrai qu'on 
leur imputait dans les libelles cent choses qu'ils n'avoient point 
faites. C'est une fatalite inevitable a tous ceux qui se melent 
d'ecrire sans avoir eu part aux affaires, ou sans avoir consult^ 
de bons pnpiers; ce leur est, dis-je, une fatalite inevitable que 
d'avancer mille mensonges, s'il s'agit d'ecrire contre des gens 
dont on a ete nialtraite. On veut se venger, et on estbien aise 
de rendre inQimes ceux qui persecutent; dans cette disposition 
on croit tout ce qu'on cntcnd dire , et quand meme on ne le 
croirail pas, on juge qu'on a droit de le publier, puisqu'on Fa 
cntendu dire. II est done certain que ceux qui publient de cette 
Cspece de petits livres diffamatoires , dissipent leur mauvaise 
humcur ou donnent can iore h leur zele avec beaucoup d'im- 
prudencc. » Bayle, Dictiunnaiic lusturiquc ct critique, t. n- 
art. Guise, p. G5o. 



fautcs et qucUjucs crreurs, ne rcste-t-il pas bicn nseex 
dc grandcs qualiles el d'eminenls services pour qu'on 
puisse, sans compromellre ce fjrand nom , le juger 
avcc rimparlialit(5 de I'histoire plulot qu'avcc I'en- 
Ihousiasme du ])anegyriquc? Lc programme recom- 
mandaitaussi aux concurrcnis dc s'altachcr speciale- 
mcnl. aux insliJulions dont Charles dc Lorraine a dote 
notre ville, el I'anleur en faisanl unc plus large part 
a riionirae d'elal qu'h I'lionmie de Reims , aim pen 
trop sacrifi(^ le principal a ce qui elait pour nous I'ac- 
cessoire. A cole de ces imperfeclions, ce Iravail ren- 
fernie d'asscz bonnes qualites pour mdriler une me- 
daillc de bronze. 

L'auteur du memoire n" 3 qui a pris pour epigraplie 
cclle vieille traduction du Cedant arma togw : 

Les armes faut qn'a la togo conccclent , 
Et les lauriers a I'eloquence cedoiit ; 

est eiitre plus completement dans la pensee du pro- 
gramme; il s^csl a})i)li(]ue a apprecier IMnfluence du car- 
dinal en meme temps que ses actios; il nous fait voir que 
detous les liommes de son teni]is, c'elait lui qui avail le 
mieuxl'inlelli^ence des besoinset desinterels verilables 
de la France; que seul il etait Tame du parti donl Fran- 
cois de Guise son frere n'etait que le bras , el dont au 
reste aucun personnage important de I'epoque n'aurait 
pu diriger lc nioiivemenl. 

«( Quelk'S que soienl les manieres diverscs donl on 
« a juge le cardinal, dil l'auteur de ce memoire , on 
« ne peut nier (ju'il n'ait rendu d'enormes services 
« a la France; et peut-elre que sans lui la religion 
« prolestante scroit de nos jours la religion prin- 



— 78 — 

« cipalc du royaunic. Qu'on se rappelle en effel (ous 
« ces moments de troubles , qu'on cherche parmi les 
« personnagesde celteepoquequel est celuiqui , sans 
« Charles de Lorraine , nous auroil sauves de I'enva- 
« hissement des principes de la reformc. — Elail-ce 
« Calliciine de Mcdicis? mais ne I'a-t-on pas vue en 
« mainles circonstances abandonner les catlioliques 
« pour se ranger du cote des calvinistes; et loule sa 
« vie ne montre-t-elle pas qu'elle n'eut pas balance 
« un instant entre une abjuration et le pouvoir ?— • 
« Etait-ce le roi ? mais oil done ctait Ic roi sous Fran- 
ce gois II et Charles IX?.... que restait-il alors ? Les 
<i Guise et les Coligny : les Coligny etaient preci- 
« seraent a la tele des calvinistes. Le prince de Conde 
« se joignita eux ; le roi de Navarre entraine, ra- 
« mene, puis entrain^ de nouveau, ne pouvait elre 
« d'aucune influence.... — Restaient les Guise , et des 
« Guise, tons, a Texeplion du cardinal de Lorraine, 
« etaient chefs du parli calholique plutot par ambition 
que par enlhousiasme religieux. » C'est de ce point 
de vue qu'il examine loute la vie politique du cardinal, 
qu'il nous fait assister a la lutte si vive et si interessante 
qu'il cut a soutenir. Les vues de I'auteur sont elevees 
et elendues : toutefois au nombre des considerations 
qu'il developpe , nous avons regretle de trouver une 
appreciation des causes de la reforme qui est dt^raentie 
par riiistoire, et qui du reste est un hors-d'oeuvre dans 
son travail. Les details sont animus par une erudition 
attachante, varieCj puisee aux sources; les recherches 
sur la maison de Lorraine sont d'un vif inleret; seu- 
lenient nous aurions voulu que I'auteur les evit com- 
plelccs en nous iniliant a la vie intime du cardinal , a 
ses relations avec les artistes et les hommes cclebres 



— 79 ~ 

dc son temps : nous avons a signaler encore quclques 
erreurs dans les fails , quelques conlradictions dans les 
delails, quelques negligences dans le style qui accusent 
une precipilalion dont I'enseuible du travail a un peu 
soulTerl. JMais lous ces defauts disparaissent quand 
i'auteur traite le cote reinois de la question; le ta- 
bleau anime des bienfaits et des institutions dont le 
cardinal a dole la villede Reims, nous doniie une idee 
assez complete de ce qu'il fut corame arclieveque, et 
c'esta ce litre surlout que 1' Academic lui decerne une 
medaillc d'argenl. 

Voici comment I'auteur resume cette parlie de son 
travail : « Le cardinal de Lorraine emporta en mou- 
rant les regrets de toule la France catholique, mais 
nuHe part ces regrets ne furent plus universels et plus 
merites qu'a Reims; les aflaires poliliques nelui avaient 
jamais fait oublier son diocese , et de tous nos arche- 
veques , c'est celui qui a laisse a la villc de Reims le 
plus de traces de sa soUicilude et de ses liberaliles; 
nous nous soramcs arrete dans le cours de ce recil aux 
plus importantes de ses institutions dans cette ville : 
nous allons les enumerer sommairemcril. 

« En 1547 , il fait acliever le batinient du college. — 
En lo-'fS, il fonde et dote I'Universite de Reims (1); 
la meme annee il redige d'importantes constitutions 

synodalos pour I'administration de son diocese. 

L'anneesuivante, il contribue aux frais de Tcrection du 
grandauteldelaCathedrale.— En 1530, il fonde et dote 
le bureau des pauvres ou dela misericorde. — En 1557, 
il regie avec les etats de Vermandois le ressoi t du 
presidial, et funde le seminaire, qu'il dota suffisam- 

( i) Plus tard il fonda aussi rUniversite de Pont-a-Wousson. 



— 80 — 

inent, dit Anquclil, pour que los jcuncs clcrcs pussinl, 
debarrasses clc loul autre soin, s'appliquer uniqueinont 
ase former dans Ics devoirs de leur clat. — En 15G(), 
il erige la chapcllc Saint-Andre en paroisse. — En 1 5G1 , 
il reniet la predication en honneur , et se cliarj^e de 
preclier le carenie dans sa cathedrale alternalivement 
avec Richard Dupre , celebretheologal. Suivant Ics 
historicp.s , son eloquence altirait a ses sermons une 
foulc immense d'auditeurs ; du reste son talent comnie 
oraleur forcait quelquefois ses adversaires eux-memcs 
a I'admiration , et Tliwodore de Beze qui I'avail en- 
tendu au colloque de Poissy , et qui cut ensuitc a Ueims 
plusieurs conferences avec lui sur Ics matieres contro- 
versees, disait en sortant d'une de ces conferences : 
si j'avoisicUe e'leganceque M. k cardinal de Lorraine, 
fespc'rerois convert ir et rcndre moitie des personnesde la 
France a la religion de laquellcje fais profession. 

« En 1564, il cclebre un concile provincial. — En 
1569 , il recueille dans son palais les Minimes de 
Bracancourt, dont la maison avait ete incendiee par les 
calvinistes,et leur balit ensuitc un convent. — En 1570, 
il donne a sa cathedrale la grosse cloche qui porle en- 
core son nom, et que Pluche cite conime la plus liarmo- 
nieusc et la plus [)arfaite qui esiste. — En 1572, il fait 
des reglements pour I'administralion de I'llotcl-Dieu. 

<< Ce fut aussi le cardinal de Lorraine qui , dans 
I'interet du commerce , obtinl pour les marchands 
de vin rexcn.plion du droit d'aide pendant les foires 
de Saint-Bcmi etde la Madelainc. II fit creuser le lit 
deia Vesle, et praliquer des saignecs dans les marais 
qui par ce moyen devinrcnt propres a la culture. Ce 
grand prelal , dit Dallier , songait a rendre la riviere 
de Vesle navigable ; des etudes furcnt faites et des 



— 81 — 

havaux invent coramenres dans ce but; ilfit construiiv 
la Halle Sainl-Remi (I) ; il voulait aussi balit nnc 
lialle enlrc les deux marches ; deja les plans etaient 
dresses , les aligneraenls traces , el il avail donne 
ordre qu'on araenat des bois de la foret de Joinville. 
Enfin il projetail d'etablir des fontaincs qui auraient 
distribue dans les diilerents quartiers de la ville I'eau 
des inonlagnes voisines , et I'etal des depenses etail 
deja dressd , raais les guerres conlinuelles el one 
morl pienialuree qui enlcva le cardinal a I'agc de 49 
ans empecherenl rcxecution de lous ces beaux projets. 
<( 11 donna aux arls et aux leltres le plus puissant pa- 
tronage , il les inlroduisit a Reims et les y soutint de 
tout son pouvoir : c'est lui qui y elablil le premier impri- 
nieur N. Bacquenois, qu'il avail fail elever, a ses frais, 
fhoz les plus habiles maitres de Lyon; on devail en parlie 
a ses liberaliles et a celles des princes qu'il avail in- 
teresses a cette oeuvre l' elegant portail de Saint-Pierre- 
les-Dames , gracieux monument de la Renaissance. 
La ville lui est redevable de precieux manuscrits. Ja- 
mais, dil Cocquault, il ne retournait a Reims, (ju'il ne 
rapportat des dons pour son espouse. En revenanl du 
eoncile de Trente , il donna a sa catliedrale plusieurs 
tableaux, qu'il avail commandes aux premiers artistes 
de I'ltalie : la NaiiviU du Tinloret,lc Noli me tangere 
du Guide, la Descente de Croix de Thadee Zuccharo , 
el le fMveincnt des pieds , le plus beau tableau que la 
France possede de J. Muliano; il enrichil encore son 
eglise de la somplueusc tapisserie de six pieces re- 
presentant VJIistoirc du fort roy Clovis. C'est de lui 

(i) Oil doit encore ;i ses liboralifos la liallc si romarquabl*' 
d'Altigiiy. 

6 



— 82 — 

aussi que vient un niiignifiqut' Christ en ivuir*' plan' 
uiaintenanl dans ri''ij;lis(' dc Vuilry-les-Roims, ol qu'il 
avail (lonne a I'abbaye do Saint-Pierre, doni sa sonir 
etait abbesse. « 

Ce simple apercu sufTit pourfairc comprcndro que si 
jamais memoirc diit elrc chere au\ Remois , cc fulcelle 
(III cardinal do Lorraine, et quo TAoademie de R»'ims , 
a son debut, no pouvail eboisir un nom qui iVit pbis en 
harmonie avec les sympathies loeales, el en nuMiie 
temps avec la tendance [^j^nerale qui porte aujounriuii 
la science vers les rehabilitations liistoriqucs. 




i\APi>()Rr 



srn i.v 



()UIvSn()> l)'b:CONOMIE agrigolk. 



Commismircs: .\1M. deBm.ly, IVIaii.leff.r-Cooiri!Eiii, 

LliCO'TE, CiEOFFIlOY l)E VlLI.EiNElVE. 

M. .MAiLLEFEU-CoyiEisEiiT, liapporlrur. 



AFossicurs , 

I'll (Ics ivsultats les plus rcmarqiiablcs ilii t^rand 
rnouYomonl induslriol iiui s'esl manift'ste dans la so- 
cielt', (Icnuis une vingtainc d'annecs, est, sansconlrc- 
dit, Ic devoloppcinctit dc rindustrie at^ricolc ct I'lu'U- 
reuse applicalion a la culture dcs tones d'unc parlie 
des conquelcs de la cliimie et do la geologic. 

L'arrondissement de Ueims et notamment Ics can- 
tons dc Bourgogne et de Beinc ont fait des pas immen- 
ses dans eette carrierc. 

Des lerres arides, qui n'offraient naguerc que des 
plaines sleriles, parees mainlenant des plus riolii^'. 
niuissons ; 

(iCs especes de landes presque itnproduclives (pii 



— 8/. — 

foiiruissaient a peine la iiourrKure suffisantc a im 
petit nombre de brebis niaigros ct ilecliainees , coii- 
vertes raaintenant de succulents paturages ailificiels 
et de noinbreux troupeaux pleins de \igueuret de saute; 

D'iniportantes ameliorations dans Ics melliodes adop 
tees pour elever les chevaux et cngraisser les bes- 
tiaux, qui assurenl le placement prompt et avantageux 
des uns et des autres, dans les departements (jui nous 
avoisinent, et jusques sur les marches de la capitale; 

Telles sont en tres-peu de mots les principales con- 
sequences, dans nos environs, du developpement de 
I'industrie agricole. 

C'est tout h la fois pour en accelerer et en regler la 
raarclie, qu'un honorable anonyme a fonde I'annee 
derniere, un prix en faveur de I'Auteur du meilleur 
memoire sur cette question : 



« Quel est le mode d'assolement k phis favorable aux 
« lerrains calcaires du deparletnent de la Marne? » 

Trois memoires ont ete adresses a l' Academic. 

Les num^ros 1 et 2 ont attire et Gx«^ Tattcntion do 
la commission, par la maniere large dont ils ont envi- 
sage la question proposes. 

Beaucoup moins explicite que ses concurrents, I'au- 
teur du n'' 3 , dont je crois devoir vous entretenir de 
suite, admet quelques-unes des ameliorations dont I'ex- I 
perience a demontrt^ I'avantage. 

Ainsi , il est d'avis que Ton empouille un tiers des 



i 



— 85 — 

jachercs en prairies artincielles ou en |)lantes fourra- 
geres, a condition qu'on ne les laisse pas arriver a 
maturile. 

II conleste I'avautage de Tassolement allerne et con- 
clut au maintien de Tassolenient triennal en vigueur 
depuis un leins immemorial. 

Les raisons qu'il en doune n'ont pas paru pouvoir 
etre adniises sans de nombreuscs reserves , el Ic juge- 
menl porte a runanimile sur ce niemoire , le meltant 
en quelque sorte, liors de cause, nous pcrmet dc passer 
a I'cxanien des numeros 1 et 2. 

Par une ingenieuse fiction , I'auteur du memoire nu- 
mero 1 suppose un agronomc , chercliant a se creer 
un domaine dans les vaslcs plaincs de la Champagne, 
sur un terrain saos construction , sans abri, sans 
riviere, et sans eau. Le sol arable ne lui oflre qu'une 
epaisseur de 1 5 a 20 centimetres , et se compose dc 
roches crayeuscs reduites a I'elat pulverulent, de de- 
tritus de vegelaux et d'un pen de terre sablcuse. Le 
sous sol calcaires tres - lendille en lignes verticales 
fillre les eaux a une profondeur considerable. En pre- 
sence de ces difficultes I'auteur concoit et developpe le 
mode suivant d'exploitation. 

A la seclicresse et aux nuisibles effels des fortes 
clialeurs. il opposera un systeme d'irrigation <|u'i[ 
pourra entretenir aussi longlemps et aussi souvent qu'il 
le jugera necessaire. 

Une pompc raise en mouveraent par le jeu dun niou- 
lin a vent pourra elever I'eau a la Lauleur necessaire 
pour la dirigersur les differents points de[son exploi 
tation. 

Ce point du problerae , Messieurs , a ete rcsolu par 



- 80 — 

raulcur, el votrc coniniissiun oi», a coHslaU* Ics heuieuv 
ell'els dans ses jaidins (ju'cllc a visiles ellc-nieuie. 

II lie souleve el nc retourne le sol qu'en raison de 
I'epaissour de la coiiehe arable, fait parquer ses lerres 
avant de les enseraencer , ne leur coniie d'abord que 
de I'avoine, du trelle, et du sarazin dont il fait manger 
quelques pieces en vert qu'il retourne eusuite. 

II prelude ainsi a son systeme d'engrais qu'il divise 
en trois classes. 

Engrais gazeux sur les prairies artificielles. 

Engrais gras et materiels pour les grains ; 

Enlin , engrais forts et resistanls pour les plantes 
sarclees. 

Ne suivons pas, Messieurs , I'auteur daus les details 
de rapplication de son systeme ^ mais arrivons a son 
opinion sur le meilleur mode d'assolement des lerres 
calcaires. 

Sur une propriele de 80 hectares, Tagronome veul 
qu'onen mette un tiers au moins en prairies artificielles, 
et un tiers en gros grains ; 

Le dernier tiers recevra tons les menus grains connus 
sous le nom de mars et quelques plantes sarclees. 

II ne laissera sans rapport, qu'un dixienie environ de 
la lotalile, on 8 hectares. Toulefois , il ne dissimu'e pas 
les avantagesdelajachere i)our lelabourcur denue de 
moyens pecuniaires et qui n'a pas beaucoup d'engrais. 

Dans ce eas, dit-il, un pen de repos, de bons et fre- 
quents labours permettent a la terre de s'amender par 
les eaux pluviales, les brouillards et les neiges qui con 
tiennent tant de principes ferlilisanls et par les herbes 
qu'on enfouit el qui se convertissent en engrais. 

11 ne permet enlin au laboureur la culture des [Ann 
tes sarcl(5es qu'aulanl qu'il peut soutenir et enriehir 
sa terre par de nombreux engrais. 



•- 87 - 

Lc iiMMiioirc n" '2 nous presentc. Messieurs , le ta- 
bleau lie I'elal de i»eiiecliou auquel on peul desirer de 
\oir parvenir I'agrieullure dans nos terrains. 

L'auleur passe d'abord en revue les diverses planles 
sarcleesj fourragercs et cereales que I'experience a de- 
niontreeonvenir plus ou moinsanotre sol. 

II expose les avantages qui resultent de la suppres- 
sion delajacliere. 11 propose la rotation qui lui parait 
la plus eonvenable pour les differentes recolles ^ faire 
dans les terres ca lea ires. 

II suppose celle exploitation d'une contenance de 
120 hectares; toutefois il en distrait les deux neuvicmes 
pour prairies arliUeielles , donl un tiers en sainfoin 
et deux tiers en luzerne. 

II developpe dans un tableau presentaut un assole- 
ment de 6 ans, la serie des planles, fourrages el cerea- 
les qui doivent se succeder dans chacune des divisions 
entre lesquelics il a partage son exploitation. 

Chaque division se subdivise elle-meme en deux ou 
trois parlies , suivant qu'elle est destinee, par I'ordre 
qu'elle occupe dans rassolement prccite, a porter des 
planles sarclees, fourrages pour elre manges en vert, 
ou cereales. 

A cetlc indication generalcderemploi des terres suc- 
cede dans le memoire, 1' expose de I'opinion de l'auleur. 

1° Surlesamendements qu'ildivise en trois classes 

2" Sur Tordre dans lequel le cultivateur doit les 
employer. 

3" Sur la quanlile d'engrais a meltre par hectare, eu 
raison des grains ou des graines qui lui sonl conflds. 

Plus loin, l'auleur, fixe le nombre de personnes qui 
sont neccssaires j)our rexploilation de la propricle de 
120 hectares, et la quanlile de bcsliaux qui devront 



— 88 — 

se paiiager Ics Iravaux, cirecluer la consommalion des 
produits, et par la, assurer la confection des cngrais. 

Riea de plus clair et de plus precis que la marche 
adoptee par I'auleur [)our prouver la verite de ses as- 
sertions. 

II ouvre un compte d'enlree et de sortie a chacun 
de ses produits en nature, et de la balance de ces comp- 
tes d'entree et de sortie il resulte bien clairement. 

1" Qu'ils ont d'abord largement fourni a la nourri- 
ture du personnel et des bestiaux de toule nature que 
demande son exploitation. 

2" Qu'ils ont donne et au-dela, la quantitede fumier, 
designee par Tagronome pour ramcndeiuent de ses 
terres. 

3° Qu'entiu , ce dernier a trouve dans la vente de 
I'excedant de ses grains , de ses laines , des bestiaux 
engraisses, un chiffre qui lui assure, apres avoir pre- 
leve le paiement de toutes ses charges et I'interet i\ 
50/0 de sou capital d'exploitation , un beneflce net de 
8,500 francs. 

Ce resultat , Messieurs , prouve les richesses que 
pent procurer I'abriculture bicn entendue; car en sup- 
posant que le cultivateur soit ferraier etqu'il loue les 
terres sur le pied de 45 francs I'hectare, il lui reste- 
rait encore apres avoir vecu lui ettoute sa faraille , un 
beneOce net de 3,000 francs. 

On ne saurait desirer trop vivenienl de voir cetle 
heureuse idee d'ordre et de comptabilile se repandre 
dans nos campagnes. 

Elle mettrait le cultivaleur dans la necessitc de se 
rendre compte de ses operations, d'encalculer les con- 
sequences, d'en eviter les ecueils, et de sortir enlin do 
telle Yoie dangercuse (pi'on appelle la rouline. 



— 89 — 

Pernieltez-nous nminlonant , un court rapproche- 
ment entre les mt^moires n" 1 ct 2. 

La llieorie, ou pour raieux dire, I'applicalion cic 
la theorie du n ' 2 , suppose des terres rallcinles, e'est- 
a-dire, des terres ante'rieurement et convenabkment 
fumc'es, condition bien rare, on peut nieme dire ex- 
ceplionnelle dans noire pays , condition a laquelle 
ragriculteur ordinaire ne peularriver qu'apres delon- 
t;ues annees s'il est proprielaire, et qu'a prix d'ari^ent 
s'il est fermier, et malheureusement, vu le taux cleve 
de I'interet des capitaux , il est peu de ferraiers qui 
soient en etat de faire les avances propres a leur assu- 
rer de prompts succes dans I'exploitation de nos terres. 

L'auteur du n'^ 1 se place au conlraire dans des con- 
ditions plus ordinairesct raoins favorables. 

C'est un terrain raaigre, aride, infertile qu'il acliele; 
la, livre a ses propres forces, il est oblige de tout 
creer autour de lui. 

Vous le voyez aux prises avec la sterilite du sol ; il 
Tallaque corps a corps, I'eloigne peu a peu et tinit par 
la bannir de son domaine. 

Le n" 2 dans I'hypoihese oil 11 s'est place, n'a plus 
qu'a cnlretenir une rotation que ses terres peuvenl 
supporter. 

Le n" 1 vous donne les moyens d'amener un terrain 
nud et presqu'improductif, a I'etat de culture regu- 
liere. 

Le n" 2 ne devra le succes <lc ses recoltes . (ju'a la 
regularitc et a rinfluence des temps favorables. 



— 9() — 

Lo u" I par sou sysli'ini' dirrigalions , vous incl en 
main dcs amies [)uiss;tiilos pour couibatlro avec suc- 
cc's les cfl'cts pernicieux dcs seclicrcsses et des ohaleuis 
longteraps prolonj^ecs. 

Pour nous resumer , Messieurs , I'Academie lout en 
appreciant les racriles divers des memoires u"^ 1 et 2", 
a dii ne pas perdre de vue les deux conditions in»po- 
sees, par le fondateur du j)rix en faveur du meilleur 
memoire sur le mode d'assolement le plus favorable 
aux terrains calcaires du departement de la Marne. Ce 
memoire devait : 

1" Signaler les avantages qui pourraient rt5suller do 
la suppression partielle ou totale de la jacliere dausles 
terres calcaires. 

2° Inditjuer la rotation la plus convenable pour les 
difl'erentes recoltes a faire, dans ces terrains et notam- 
raenl pour celles des recoltes sarclees. 

La maniere dont ces deux questions ont etd Iraitees 
l)ar I'auteur du memoire n" 2, lui a assure uue su|)c- 
rjorite incontestable sur I'auteur du n" 1. 

C'est done a I'auteur du n" 2 que I'Academie a de- 
cerne, a I'unanimite, le prix fonde par I'lionorable 
anonyme, niais en meme temps, considdrant les vues 
utiles developpees dans le memoire n" 1 et les immen- 
ses avantages qui resulteraient du systeme d' irrigation 
bien applique, elle. a cru devoir, par une exception ho- 
norable, voter une medaille d'encouragement h son au- 
leur, el prouver, par cettc faveur, I'interet qu'elle porle 
a tout ce qui peut assurer le succes , de I'agriculture 
daus nos contrees. 



EXIRAIT 

in I'HOCES-VEUBAL I)K I.A SEAiX.li I'l'HI.KjUi; 

DU U MAI 18i3. 



Sur le rapport des commissions chargees d'cxaiiniier 
les Iravaux envoyes au coiicours, its prix cl les men- 
lions honorables sont proclames dans i'ordre suivant 
par M. le secretaire ; 



ECONOMIE POLITIQUE. 

" La medaille d'or volee en taveur dii moillcin md- 
moire sur la question des caisses d'epargnes csl de- 
cernce a M. Gonel , avoeal du barreau de Ueims , 
auteur du memoire n° 4. 

« Far un sentiment que nous n'avons pas bcsoin de 
loner, car ii est au-dessus de tout eloge. M. Gonel a 
voulu que lesfonds destines h la medaille d'or fussenl 
employes en livi-elsde caisse d'epargnes qui seront de- 
livres dans la prochaine seance publiqne aux eleves des 
ecoles designes par le comile communal. 

" L' Academic s'esl associee avec en)pressement a 
celle genereuse idee et elle decerue une medaille a 
M. Goi>Ei. comme souvenir de son ccuvre. 



— 92 — 

« Pour le nieme ooiicours il esl accorde ties mculioiis 
honorablcs : 

(( A MM. Bali.l>n (Armaiid-Gabriel) , diiocleur dii 
Mont-dc-Piete el archiviste de racadcmie royale de 
Rouen, auteur du raemoire n" 1. 

(( Et Lancelot, chef d'InsUlution a Bourges, anteur 
du meuioire n" 2. 



HISTOIRE. 

« Le prix n'a point et^ dc^cerne. 
« La premiere m^daille d'encouragemenl esl accor- 
dee a M. Henri Paris d'Epernay ; 

c< La deuxierae, a M. I'abbe Sury, cure de Loivre. 



ECONOMIE AGRICOLE. 

« Le prix est partage ex (vquo enlre MM. Taillei 
(Andre-Claude), adjoint au maire de la commune dc 
Brimont; 

(( Et Laurent ( Joseph-Augustin) , regisseur de la 
ferme de rHermilage, auteurs du m^moire n" 2. 

(( (Le fondaleur anonyme du prix a joint aux me- 
dailles le Theatre d' Agriculture d'Olivier de Serres , 
el la Maison rustique du \IX' siecle. 

« Une medaille d'argent esl accordee a M.Guillot 
Cheon, proprielaire aux Mesueux, auteur du memoire 
n" 1. 



— 1»3 — 



iMliuAILLES 1) ENCOURAGEMENT. 



" Sui" le rapport de la commission ties medailles 
d'encoiiragement , l' Academic decerne des medailles 
d'argent 

A MM. KoNBOT, de Saint-QueiiUn, pour ses travaux 
en geologie; 
Lory, de Reims , pour ses epreuves photo- 

grapliiques ; 
Bailly, de Rheims, pour sa Carle me'ca- 

nique de geographic ; 
lIuET, cullivateur a Nogenl-l'Abbesse , pour 
son invention d'une cliarrue a i)Iusiours 
socs. » 

Les laureats vicrinenl successivcmcnl recevoir leurs 
medailles des mains de monsieur le president, au mi- 
lien d'unanimes applaudissements. 



M. Contanl , secretaire adjoint , donne lecture du 
programme des concours pour I'annee 18 W. (Voir a 
la fin ilu y^olume.) 




SCIENCES MORALES. 



ECONOMIR POLITIQUK. 



NOTION 

DE LA RICHESSE 

Par M. C'h. SAINTK-FOl. 



La vraie notion de la richesse est une notion toute mo- 
rale ol toule spirituelle. L'horarae seul estrichesurcette 
terrc, parce querhommeseul vil, ensociete. Otez laso- 
eiete, et vous rendez la richesse impossible, v6us de'trui- 
sez sa notion, vous tarissez sa source ct vous niez son 
principe. L'animal renferme dans le moment present 
etdans celte parlie de i'espace ou il trouve la nourri- 
ture et le repos, ne peut-etre riche ; car il ne se sou- 
vienl pas el ne prevoit pas. II possede moins les objets 
qu'il consomme, qu'il n'est possede par cux. Ce n'est 
point la volonte qui met un frein a ses appelits, et qui 
les circonscrit dans de justes limites, mais c'est un 
instinct aveugle auquel on ne peut resister. Aussi ne 
saurait-il epargner , parce que dpargner c'est prevoir. 

L'liomme dans I'etat sauvage n'a qu'un sentiment 
vague et confus de la richesse. II jouit du pn-sent, 
sans se souvenir du passe ni prevoir I'avenir. II pos- 

7 



— 98 — 

sede, parce qu'il congoil jusqu'a un certain tlegrt^ \o 
rapport qui exisle enlre la volonle de I'ljomme et les 
obicts cxlericurs. Mais comme il nc sail point les ani- 
mer, en Icur conimuniquant en quelque sorle sa vie 
et en les rcndant produclifs comuie tout ce qui est vi- 
vant, ces objets ne soat qu'imparfailement en son 
pouvoir : ils ne sortent point de I'etat brut, grossior, 
je pourrais dire inanimeoii il les a trouves. Cc n'est 
pas la la richcsse : car la il n'y a ni vie ni mouve- 
meut. 

Au reste coraraenl eo serait-il aulrement, lorsqu'il 
n'y a ni vie ni mouvemcnt parmi les homraes eux-me- 
mes ? Les rapports des choses avec I'horame ne peuvent 
pas otre plus inlimes que nc le sont ceux des hommes 
entre eux ; el la societe de la nature avec la volonte hu- 
maine, ne pent pas ctre plus parfaite que ne Test I'ac- 
covddes volontes humaincs cntrccUcs. II n'y a point de 
richcsse chez les sauvages, parce qu'il n'y a point chez 
eux de production : et il n'y a point de production par- 
ce qu'il n'y a point de desirs qui la sollicitent. Car 
c'est une loi de la nature, qui se naanifesle sous des as- 
pects divers dans les diverses classes d'etres, que le de- 
sir doit preceder et activer la production, et il y a dans 
la societe comme dans le corps humain une sorte de 
concupiscence, qui, quoique souvent impure dans son 
principe, et imparfaite dans ses formes, est sanctifiee 
parson but, et qucDieu faitservir nussia la reproduc- 
tion. Qu'un hommc desire une chose; ets'il ne peul la 
faire ou se la procurer, il trouvera toujours un autre 
homme qui la lui donnera, car I'homme a eld fait pour 
la societe; etvivre en societe, c'est se desirer mutuel- 
Icment, c'est avoir besoin les unsdes autres , il n'y a 
de societe possible que parmi des hommes de ddsirs. 



— 99 — 

Dieu en donnant a rhommedes hesoins, liii a donne 
on meme lemps le desir et les moyens dc les satisfai- 
10. Tout desir est done a la fois et la manifestation 
d'un besoin, et un inouvemcnt vers le hien qui doitle 
remplir. Plus il y a de desirs dans une nation, plus 
elle possede d'elenients de richesse et de prosperite, 
plus elle a de vie etde mouvement. La valeur des cho- 
ses leur vieut du nombre plus ou moins grand de desirs 
qui se groupent aulour d'elles et qui les convoilent. Le 
principe de cette valeur est done tout spirituel, puis- 
qu'il tient a ce qu'il y a de plus inlime dans riiomme, 
aux actes les plus profonds de son coeur et de sa vo- 
lonte. 

L'homnielui-nienie n'a une valour sociale, qu'autant 
qu'il est necessaire aux autres, que les autres ont be- 
soin de lui et le desirent. Aussi toute son ambition est 
de so rcndre necessaire a ses semblables. II est a charge 
a soi-inome, des qu'il est inutile aux autres, et son or- 
gueil est humilie des qu'on croit pouvnir se passer de 
liii. II vaut tous les desirs qu'il excite, tous les besoins 
qu'il pent remplir, tousles boiineurs qu'il pent cor.ten- 
ler : son chiffre s'eleve avec sa position. Ce n'ost plus 
un individu seulement, c'est un membre vivant de la 
sociele, c'est une puissance. Le besoin le plus irape- 
rioux pour rhnmme est d'etre un besoin pour les autres, 
comme son premier devoir est de les aimer: et la jha- 
rltcqui est la vertulaplus elevee, a de cette nianiere 
sa racine dans la passion la plus profonde du coeur hu- 
main. 



La valeur d'un objet ne consiste ni dans I'objel lui- 



— 100 — 

nieiue, iii dans le desir de ceux (jui le convoilent. Si 
die consistait dans les clioses, celles-ci seraient supe- 
rieuresa riioniine, et lui feraient en quelque sorte la 
loi. Si elle consistait uniquement dans I'opinion qn'on 
s'en fait, ce ne scrait plus ricii de reel, raais quelque 
chose de facticeet d'imaginaire. La valeur des choses 
n'est lien d'absolu, c'est un rapport entre un objet et 
UD desir. Par la merae raison, la richesse qui est la 
somme de loules les valeurs ne consiste pas seulement 
dans la production; puisqu'une quanlite moindre de 
produits peut valoir plus dans un temps ou dans un 
lieu oil elle est plus demandee , qu'une quantile supe- 
rieure ne vaut la oil elle Test moins. Elle ne consiste 
pasnon plus dans la deraandequ'on fait decesproduils; 
maisdaiisle rapport qui existe entre leur production et 
les desirs qu'ils doivent satisfaire, c'est done une con- 
duite egalemenl funeste a la richesse d'unpays, que de 
multiplier la production bien au-dessus de la demande 
qui peut eJre faite des objels produits, ou de provoquer 
par une excitation factice des desirs qui ne peuvent etre 
satisfaits. Et la cause des revolulions quiboulcversenl 
leselats est bien souvent,ou dans I'inaclion a laquelle se 
trouvent condaranes les capitaux accuniules oulre me- 
sure, ou dans I'agitation febrile des desirs et des intd- 
rels qu'une politique imprevoyante a souleves pourpa- 
rer aux exigences du moment. Dans le premier cas, la 
classe entieiedes producteurs; dans le second, celledes 
coDsommateurs s'inquiele el menace le repos de I'etat 
qui a si peu compris et si pcu menage leurs interets. 

Voila cependant, il ne faut pas craindre de le dire, 
le grand mal dont souflre aujourd'hui la society euro- 
peenne, et qui doit s'accroilre avec le temps d'une ma- 
niere efl'rayante, si la sagesse et ia prudence des gou- 



— 101 — 

vernemenlsnese Jjatcnt d'y apporler remede. II iic faut 
pas, sans doule, Icur altribuer tout le mal qui a cte 
fait jusqu'ici; car les circonstances onl ete si difficiles 
ct si imperieuses, que lous les calculs el tous les cfTorts 
huinains auraierit ete insuffisants, sinon pour relarder, 
dunioins pour arretcr leurcours. Meleseux-mcraesdans 
la lulte des inlerets les plus divers ct des passions les 
plus opposees : obliges de se sauver pour pouvoir sauver 
ensuite les peuples de leur propre fureur, et conserver 
parmi eux ce reste d'ordre sans lequel nulle societe ne 
pent vivre, les gouvernements ne consultant que le 
danger present, ont appele a leur secours, les inte- 
rets dans lesquels ils croyaient trouver protection , 
et pour prix de leur assistance, ils les ont favori- 
ses outre mesure, aux depcns des interets opposes; de 
sorte que la lutle est devenue plus vive et plus achar- 
nee. Mais comment songer a I'avenir, lorsqu'on pent 
a peine se defendre contre le present? Celui qui dans 
un naufrage va s'abimer sous les flots, saisit la main 
qu'on lui tend, sans examiner ce que devra lui coiiter 
plus tard le seryice qu'il accepte. Quelle sagesse liu- 
maine ne serait de'concertee dans des conjonctures ex- 
traordinaires ou la regie manque pour les hommes et la 
mesure pour les choses, oil toute I'attention del'esprit, 
et toute I'encrgie de la volonte semblent se concentrer 
dans I'inslinct de la conservation, dans cet instinct qui, 
aux jours de peril, tient lieu d'babilete et de genie ! 

La societe etant absorbee parle soin des intt^rets ma- 
teriels , il n'y avait de prise sur elle que par eux. Les 
gouveTnements crurent done ne pouvoir se soulenir 
qu'en s'appuyant sur eux. Le principe de la libre con- 
currence cut pour resultatdans la pratique une produc- 
tion demesuree, ct une ambition cffrende dans les pro- 



— \02 — 

ducleurs. Mais pour dounor du j^rix a Cfs produils 
surabondanls, et pour leur procurer un ocoulenienl ra- 
pide, il failut exciter par lous les moyens el jusque 
dans les dernieres classes dc la societe ces dcsirs I'ac- 
ticeSj el ces besoins iuiaginaires , qui en aclivant la 
dcmande, favorisenl la production. C'esl ainsi que 
I'ambition des riches provoqua dans le pcuple I'amour 
du luxe , que les vices et les passions des uns appele- 
rent a leur secours les vices et les passions des autres , 
et qu'un abiine invoqua uu autre abime. L'activile- 
fievreuse qui resulta d'abord de ce cboc et de eette 
melee des iulerels divers, qui parurent un instant ou- 
blier leur inimilie el s'embrasser dans un nuituel 
accord, cette aclivite put faire illusion aux esprils qui 
preoccupes du present ne songent point a I'avenir. 
Mais deja dans plusieurs etats de I'Europe, I'epuise- 
ment a succede a celte Gevre. Les desirs des consoni- 
lualeurs n'ont plus repondu a I'appel des producleurs. 
Ceux-ci out vu leurs produils diiuinuer de valeur dans 
leurs mains, parce qu'ils n'elaient plus dcmandes. 
Ceux-la sonl restds avec leurs desirs inquiets , sans 
aucun moyen de les satisfaire. Apres s'etre trompes et 
appauvris mutuellement par leurs provocations insen- 
sees , ils se sonl tournes les uns conlre les aulrcs , ou 
sesontunis pour altaquer ensemble les gouvernemeuls, 
et pour les punir de leur iraprevoyance et de leur 
apathie. 

Ceci nous raene a conclure, que la vraie richesse 
d'une nation consisle dans un rapport bien etabli enlre 
la production et la deiuande, entre les objels produils 
et les desirs de I'liomnie qui leur donnent leur valeur, 
Mais un rapport ne peul etre fixe que d'apres une 
regie qui pose dans ses v^ritables limites les termes 



— 103 — 

qu'il doit concilier. Cctle regie , que sera-l-elle? oil la 
trouverons-nous? quelle qu'elie suit, no craij^nons pas 
de dire d'avance que saus elle, il n'y a point de ri- 
chesse assuree pour un peuple , qu'elle est le premier 
tresor qu'il doivcse procurer, puisque sans lui tous les 
autres sont iiuililes, et que celui qui la possede a 
un element et ime garantie de prosperite que rien ne 
saurail suppleer. 



Pour que les uns produisenl , avons nous dit , il faut 
que les autres ddsirent. On ne pent done pas savoir 
mauvais gre aux premiers d'exciter dans les seconds 
des desirs qui activent la production, ni a ceux-ci de 
demander a ceux-la les clioses dontils ont eveille en eux 
le desir et le besoin. Ces provocations niulucUes sont 
non-seulement permiscs , mais elles sont encore avan- 
tageuses a un etat, parce qu'elles y augmentcnt la valeur 
des clioses et des liommes, et qu'elles y developpent le 
mouvement et la vie. Elles ne comraencent a devenir 
dangereuses que du moment oil elles depassent les li- 
raites dans lesquelles elles doivent se renfermer. Trou- 
ver Ic moyen de developper I'activite des producteurs, 
sans exciter leur cupidile, et de provoqucr les desirs 
des consommateurs, sans enflarnmer leur vanite et Icur 
araour-pi'opre, ce serait posseder cctle regie que nous 
cherchons , et qui doit fixer le rapport eutre la produc- 
tion et la deraande- 

Le but de cette regie ou de ce moyen en indiquc suf- 
Gsammcnt la nature. 11 est clair que ce ne pent etre un 
moyen purement exlerieur , ni I'objet de quelque loi 
sp^ciale et passagere; mais il doit etrc fourni par la 



— lOA — 

conslilulion meme de la nation, par celle constitution 
morale qui est le resullat de I'liistoire et le fruit des 
temps, qui est ecrite, non sur le papier, mais dans les 
coeurs, dans les moeurs , dans les habitudes du peuple. 
Car il n'y a point de loi humaine et ecrite qui puisse 
penetrer dans les profonds abimes du coeur, et y tenir 
enchainees ces passions qui tiennent a la nature m(5me 
de riiomme, et qui ne meurent qu'avec lui. La loi pent 
arreter ou punir la main qui s'etend pour derober ou 
pour frapper, mais elle ne peut aller rcprimer au fond 
du coeur la cupidile ou la venjfeance qui pousse au vol 
ou au meurlre. Cette fonction est reservee a une loi 
superieure, qui ayant son principe plus haut peut s'e- 
tendre plus loin, et penetrer plus avant dans la cons- 
cience ; je veux parler de la religion, qui doit viviQeret 
consacrer les constitutions de tous les peuples, sans la- 
quelle ces constitutions ne sont qu'une lettremorte, 
un arbre sans racines , que le moindre coup de vent 
peut arracher. 

Et sous ce mot de religion , je comprends I'ensemble 
des devoirs qui obligent I'homme envers Dieu, envers 
sa palrie, envers ses freres; je comprends cette loi vi- 
vante qui s'applique h tout, qui regie tous les rapports^ 
qui fortifie tous les liens, qui elargit tous les senti- 
ments, qui eleve toutes les pensees , qui multiplie en 
quelque sorte celui qu'elle anime , en I'associant par 
une charite profonde aux intdrets et aux esperances de 
ses fi'feres, et en le faisant vivre de leur vie : qui fait de 
chaque homme un citoyen noblement dpris de la gloire 
de sa patrie, pret a dcfendre au prix de son sang ses 
droits et son independance , et pour lequel rien n'est 
etranger de ce qui est grand, beau et glorieux. L' homme 
par un cotd de son ^tre , penche insensiblement vers 



— 105 — 

la lerre : il lui fant un eontrc-poicls qui lasse c'<juilibre 
a cclte loide la nature, ct qui le redresse i)GriK'(uclle- 
ment vers le cicl. Sans cela, il va s'inclinant toiijours 
(iavantage, et finit par oublier ct son origine et sa 
On. Que peuvent les conslilution>^ les plussavantes, les 
lois les plus parfailes snr un peuple qui ne reconna?l 
point de loi supericure, et qui est entrafne coinrae par 
son propre poids vers les inliirels materiols. Que i»ou- 
vcz-vous allendre d'un tol peuple, sinon la guerre de 
chacun contre tons, la luttc de regoisme contre la cu- 
pidite, ralTaiblissement de tous les sentiraenls gene- 
reux, et une depreciation sensible dans la valeur de 
riiomme? L'experience des derniers temps n'est-elle 
pas la pour confiriner cette lugubre peinture ? Nous n'a- 
voiis qu'a reniucr les mines qui sont sous nos yeux, et 
il en sortira des enseignements puissants el salutaires. 
La societe a tous les elements de richesse et de 
prosperite , mais ellc n'a point oil les meltre pour les 
conserver, elle n'a rien qui les contienne. II ne suflit 
pas de faire descendre I'eau des montagnes , si on ne 
lui creuse un lit oil elle puisse se jeter, et qui renipe- 
che de s'epuiser en se repandant outre mesure. La 
juste limite des choses n'est pas ce qu'il y a de moins 
pr&ieux en ellcs , puisque c'cst cette limite qui les 
retient et les rend propres a notre usage; et que sans 
elle , les objels qui nous sont les plus neccssairos, nous 
seraient inuliles ou raeme nuisibles. Or, ou trouvera- 
t-on des bornes a la cupidite et un frein pour les pas- 
sions, si ce n'est dans le sentiment religieux ? La reli- 
gion est done le principal element de richesse pour un 
peui)le, parce qu'elle seule pent reglcr les desirs , eta- 
blir les rap])orts, donner aux bommcs leur vraie valeur 
et aux choses leur veritable mesure. Elle est le priu- 



— 10b — 

cipal tileineiit tie lichcsse cl de t'orte, |)aroe qu'elle 
comprinie loutes Ics passions ()ui ap|)auvrissent, etoufl'e 
lous les vices qui enervenl , I'l doveloppe avec la cha- 
rite cc niouvcinent harnionioux el rej^le, oil consistc 
propremcnt la vie des peuplcs. Hois d'clle, vous n'a- 
vez aucun inoycn d'arreler oeltc Inlle deplorable des 
divers inlerels, vous u'avez aucun reniedc conlre I'e- 
goisme el la cupidite. 

Je ne sais par quel avcuglenionl ou en est vcnu a ex- 
clure la religion dela sociele, a souslraire a ses divines 
inlluences Ics rapporls et les devoirs qui constituent 
celle-ci, el a la relegucr dans Ic cerclc etroil de la fa- 
milies au lieu de la considerer comme I'atmospbere 
qui doit envelopper, penelreret vivifier tout rhomnie, 
et qu'ildoitrespirer, dansquelque lieu, dans quelque 
position qu'il soit. L'action de la religion est plus nd- 
cessaire a i'liomme dans I'excrcice des fonclions de la 
vie sociale, qu'elle ne Test dansraccomplisseraent des 
devoirs de la famille. Car plus les obligations sont im- 
portanles et coiupliquees, moins il est facile a I'bomme 
de les remplir par les seules forces de la nature : et il 
ne faut point douter que la negligence des devoirs du 
citoyen et I'affaiblissenient du patriotisme ne viennent 
du peu d'empire que la religion eserce sur les ames , 
et de la defiance cju'on a concue contre elle. 



Le premier effet de la religion, lorsqu'elle est bien 
comprise, c'est de faire tomber les barrieres derriere 
lesquelles I'egoisme de I'hoQime se retranche , de le 
faire sortir de soi-meme , de le disposer a toutes les 
afl'eclions genereuses, el a eel esprit dc d^vouement et 



-- 107 — 

de sacrifice qui les ciitit'lienl t4 les aliiucuU;. C'cst ati 
feu divin de la religion que s'alluuie le feu sane dti 
palriolisrae; el celiii-ci n'est a propremcnt paiicr qu'uii 
reflet de celle-la. La putrie c'est le sol beiii consacre 
par la religion, Le sol toiilseul, ce n'est pas encore la 
palrie; aulrenierit la planle qui enfonce ses racines 
dans la terre, etl'animal qui en broiile I'lierbe, au- 
raicntune palriecomme I'liomme , et nieme plus que 
I'Loninie, puisqu'ils tiennenlau sol plus fortement que 
lui, et qu'on iie peut quelquelois les en arracher sans 
Icsdctruire. Mais qu'un layon du ciel tombe sur cello 
terre el la sanelifie, el la |)alrie apparait. 

L'idee de patrie est Ires-complcxe , car elle se com- 
pose de plusieurs elements divers, dont I'un tienl a ce 
qu'il y a de plus spirituel, la religion, landis que I'autre 
apparlient a I'ordre materiel. Ce serai I avoir une idee 
incomplete de la patrie quede separer ces deux elements 
qui lui sont essenliels. Mais il en est encore un troisienie 
qui n'enlrepas moins necessairement dans la compo- 
sition decette idee : c'e4 le temps. Le temps et I'es- 
pace eleves par la religion dans une sphere superieure 
a Tun el a I'autre; c'est la [)atrie. II n'y a pas de [)a- 
Irie pour I'animal , parce qu'il n'a point de siecles der- 
riere lui , point de siecles devant lui; inais que renferme 
dans le moment present, il ne voit jien au-dela, II n'y 
a point de patrie sans une hisloire ; et I'liistoire, c'est 
le developpemenl plus ou moins regulier du temps dans 
uncertain espace, et leur reaction muluelle et cous- 
tante. Card n'y a point derepos dans la vie dcs peu- 
ples. Le temps fait I'espace et les liommes; il les chan- 
ge ou les raodifie : I'espace a son tour lait les liommes 
et le temps , et les marque de son cmpreinle : les liom- 
mes aussi font le temps et I'espace et les domineni de 



- 108 — 

toule la puissance de leur in(eUigence el de leur vo- 
lonle. El au-dessus de ces aclions el de ces reaclions 
diverses el incessanles, plane I'actron supreme de Dieu 
qui lienl en sa main lous les fils de I'liisloire, les rompl> 
quand ils n'ont plus de lorce, les renouc , quand ils 
sonl rompuSjCtramene a I'unitc toutes ces diverfrences. 

Apres la religion, le premier Iresor d'un peuple 
c'est le palriolismc ; et sans paliiolisme il n'y a poinl 
de palrie, raais seulement une aggloraeralion plus ou 
nioins nombrcuse d'individus vivanl sur un certain es- 
pace de lerre, et soumis a la meme force. Chez un peu- 
ple ou regne I'amour de la palrie, les individus peuvent 
etre pauvres, mais la nation est toujours riche et puis- 
sante, parce qu'elle pent tonjours disposer des cojurs, 
desbrasetdu sang delous lesciloyens. Sans cct amour 
au contraire, quelque riches quepuissent etre les indi- 
vidus, la nation est toujours pauvre et indigenle, puis- 
qu'elle ne peut compter, ni sur le devouement ni sur les 
ricbesses de ses enfanls. 

Depuis que I'idee de la societe s'est perdue^ on a 
fauss^ de la manierc la plus elrange la notion de I'u- 
nile. Ce n'est plusun principe, c'est un rdsultat.Cen'est 
plus un tout homogene, ayant des conditions d'exis- 
tencequilui son propres; c'est un melange informe et 
un compose des elements les plus divers. Ce n'est plus 
quelque chose de superieur aux elements qu'elle com- 
prend, qu'elle unitet qu'elle embrasse, mais c'est I'ad- 
dilion, la somme de lous les raembres qui la compo- 
sent. De ce point de vue materiel et grossier, ce qui 
fait la puissance d'une nation, ce n'est plus la magnifi- 
cence deson histoire, la gloirede son passe, la richesse 
de ses souvenirs, son action providentielle dans lemon- 
de : c'est le nombrede citoyens qu'elle compte, et I'e- 



— 109 — 

lomlue dc teriaiii qu'elle occii()e. I/;ti>[)recialioii do celte 
force c'ldecctle fmissance n'ost plus dii ressoiLde I'his- 
toire ni de la pliilosopliie : c'est le fait de la statislique. 
On compleles bommcs, ctl'on inosure lesol, el lout est 
Gni. Dans cette fausse balance, telle nation nee d'bier, 
pese plus que I'Espagne, que la Suisse, que la republi- 
que des Pays-Bas, et tant d'autrcs elats qui out joue un 
role si important et occupe une si grande place dans 
I'histoire. 

Pour apprecier la richesse d'un peuple, on cmploie 
la memeinesure. On part encore des individus, parcc 
qu'on ne sail plus voir que cela. On compte et 
onaddilionne les valours que chaquc citoyen possede, 
et Ton se persuade que la somme de ces valeurs reprc- 
sente la richesse de la nation. Mais que le jour du dan- 
ger arrive, que des eveneraents ini[)revus conlraignent 
I'fitata des efforts exlraordinaires, el Ton verra si sa 
puissance consisle uniquement dans le uombre des 
honimes, et si sa richesse n'est que la somme des va- 
leurs dispersees entre les mains des individus. Si le pa- 
triotisme s'est eteint dans les Ames , de quelle utilite 
sera pour I'Elat cette muUitiide d'hommes qui lui refu- 
seront leurs bras et leur sang? Les tresors qu'ils au- 
ront amassds sauveront-ils la palrie, si pour les leur ar- 
racher , elle est obligee d'avoir rccours a la force, 
au risque de les armer centre elle, etd'ajouler aux 
embarras d'une guerre exterieure les hasards plus 
terribles encore d'une lutte intestine? qmlque grand 
que soil un corps, oil sera sa force, s'il n'y a point 
d'ame qui I'anime, ct s'il n'est qu'une masse inerte? 

Si vous lui donnez une amc, je comprcnds que la 
force de chaque organe tournc au prolit du corps en- 
tier. Si la nation eslriche de palriolisme et de devoii- 



— 110 — 

nieiit : si la patrio est dans chaqne citoycn, conime 
rAme csl dans ( liaqiie p.utie du corps, et si chaque 
citoyen vit dans la palrie et pour la palrie, des-lors il y 
aura uric veritable unite, et non plus seulement une 
composilion et une addition de nomhres. La nation sera 
puissanle, forte et riche; parce que la puissance, la 
force et la ricliesse de tons les citoyens lui appartien- 
dront, et qu'elle en pourra disposer, sans avoir recours 
a la contrainle. La personne et la fortune des citoyens 
n'appartiennent a I'Elat que parlepatriofisme : j'avais 
done raison de dire au commencement de ce chapitre, 
qu'apres la religion, le patriotisme est la principale ri- 
chesse d'une nation. 

Mais, pour ccla, il faut qu'ilsoit cclaire, intelligent, 
moral, jnsle et coraplet, car, il y a un patriotisme 
aveugle, fanatique, destructeur, haineux, injuste, in- 
complet el immoral, qui ne voit dans le monde qu'un 
petit espace, et qui dans cet espace ne voit que le mo- 
ment present; pour qui le passe et I'liistoire u'esistent 
pas, qui rcnie avec une coupablc indifference les plus 
belles gloires de la patrie, qui ne craintpas d'en renver- 
ser les plus magnifiques monuments, etqui etroitement 
ingrat insulte ou calomnie les noms qui I'ont le plus 11- 
hislree. Aimer la patrie, c'est I'aimer lout entiere, 
c'esl I'aimer dans tons les lieux el dans fous les temps 
qu'elle a remplis de sa gloire, c'est aimer son passe et 
son avenir aussi bien que son present; c'est aimer tou- 
tes les pages de son histoire, tous les monuments qui 
parlenl de sa foi, de ses triomphes ou de ses revers, 
tous les noms qui ont ajoute quelque chose a sa gloire 
ou a sa puissance, car la patrie, c'esl tout cela : c'est 
quelque cliosc de vivant, qui commelout ce qui vit, ne 
s'arrete jamais, jamais n'cst acheve, raais commence a 



— Ill — 

fhaque inslani dc sa Hum*, sans oosscr d'tHre ce qu'il 
elait dans Ic moment precedent,. Lorsque !os citoyens 
d'un etat s'armerit les uns coiitre lesantres, Ton re^arde 
avec raison cos dissenlions intestines comnic un des 
plus grands nialheurs qui lui puissent arriver. Mais nos 
ancelres ne sont-ils pas nos concitoyens au meinc litre 
que ceux qui vivent en meme temps que nous? N'ont-ils 
pas habile etcullivele meme sol? parlela meme langue? 
Tout, riiistoire , !a gloire, la religion, les lois, n'est-il 
pas commun enlre nous? C'est done veritablement une 
guerre civile, qiieceUe Inlle dansle memo dtat des ge- 
nerations les uncs contre les autres, que celle haine du 
present conlre le passe. Ces dissensions sont peut-etre 
plus dangereuses pour la gloire d'une nation que celles 
qui divisent les citoyens d'une meme epoque , car elle 
snntordinaiiiairement accompagnees d'un caraclere de 
lacliete qui est plus rare danscclle-ci. 11 y a pen de cou- 
rage, en eQel, pour un homme dans la fleur de I'age, 
fort el vigoureux, a'attaquer un vieillard qui ne pent lui 
resisler. Et dans ce cas la \ictoirene pronve ricn pour 
la justice de la cause en faveurde laquelleelle se decide. 
L'ecole malerialiste, considerant plulot les cflets 
que les causes , et les produits que la production , en 
est venue a eel exces de n'estimer I'liomme que par la 
quantite de produits qu'il fouriiit imniedialement, et 
de n'attribuer aucuiie valeur a ceux qui enriclissent 
lenr pays deverlus, de gloire ou de genie. Adam 
Smith lui-meme, si eleve d'ailleurs au-dessus des 
hommes qui , soil avanllui, soil depuis , se sont oc- 
cupes d'economie fmlitique, nie que les savants el les 
pretres contribuent a augmenter les richesses d'une 
nation. De ce point de vue , le macon qui taille la 
pierre aurait plus de valeur que Ic soklat qui verse son 



— 1 12 — 

sang pour la palrie , ou que I'arliste qui I'enricliil <le 
chefs d'oeuvre. On ne serait point descendu a une theorie 
aussi huniiliante pour la nature liuraaine , si on avait 
reflechi que les produits supposent la production , ct 
que la production se compose d'un nombre plus ou 
moins grand d'operations, dont quelques-unes sont de- 
terniinees par des causes purement morales , et dont la 
premiere consiste dans la volontc de travailler ou de 
produire. La premiere cause de la production etanl 
dans rinlelligence et dans la volonle de I'homme, on ne 
pent regarder comme indifferent pour la ricliesse d'un 
pays , tout ce qui pent imprimer le mouvementa celle 
premiere cause , ou I'accelerer , si elle I'a dejii regu. 

II y a deux clioses dans I'homme : le corps et I'ame ; 
les bras et la volonle : et la production exige le con- 
cours de ces deux choses. Mais comme le corps est mu 
par les determinations de la volonte , et qu'il est regld 
dans ses mouvements par les lumieres de I'esprit, 
on peul dire qu'unc nation est d'aulant plus riche 
qu'il y a en elle plus de volonle et d'intelligence; et 
que les horaraes les plus precieux pour elle^sontceuxqui 
peuvent donncr aux autres ou des lumieres ou de la 
force pour agir. Et ce que je dis ici des hommes, doit 
s'entcndre pour la nieme raison des choses. On ne voit 
pas au [ircmier abord do quelle ulilile pent etre , sous 
le rapport de I'economie politique , un monument na- 
tional qui rappelle a I'esprit les gloircs du passe , et 
aux yeux I'image du beau ; et pourquoi il ne serait pas 
plus avantageux de le changer en un alelier , oil des 
ouvriers pourraient, par Icur travail, developper I'in- 
dusliic du pays. 11 est certain que, si le corps ne de- 
pendait pas de I'ame dans I'exercice de son activile , 
et si la force pouvail lui tenir lieu de volonti^, le point 



— 113 — 

de vue oil se place I'ecole niatdrialiste serait le seul vrai 
et raisonnable. Mais si les bras sont mis en niouvement 
par la volont^, je ne connais rlen de plus utile pour la 
richesse d'une nation , que ce qui augmcnte la force de 
la volontc, on d(''f,'ageant I'ame de la servitude des sens, 
en relevant au-dessus de cefle sphere elroite et basse, 
oil s'agilent toutes les passions qui arretent , ou re- 
lardent, ou dereglent ses niouvements et son activile. 
Nier la puissance du vrai , du bien et du beau sur 
Tame, c'est nier celle-ci : et nier leur influence sur les 
actions exterieureset par consequent sur !a production 
c'est nier le rapport qui existe entre I'ame et le corps. 
Un savant , un artiste , un pretre, un beau monument , 
unbeau tableau, une belle statue , un bon livre ne pro- 
duit rien , je I'avoue : raais savez-vous tout ce qu'il 
fait produire ? A quoi sen le bras , si la paresse ou 
quelque autre vice paralyse son action ? Vous estimez 
le medecin qui guerit les maladies du corps , et I'ar- 
tiste ingenieux qui en augmente la force par la de- 
couvertc de quelque instrument. Mais les maladies de 
I'ame sont bien plus improductives que celles du corps 
et I'homme qui donne a celle-ci un instrument , ou un 
procede pour agir , (;'est-a-dire une dispostion ou une 
vertu , enrichit bien plus la societe que I'artiste dont 
je parlaistout a I'heure. Mais, pour comprendre ces 
considerations, il ne faut pas s'arreter a la superlicie, 
ni au rdsultat des clioses : il faut reraonter a leurs 
principes et a leurs causes; et c'est ce que peu de per- 
sonnes savent faire. 

J'appelle lioureux un pays riclie en Jiommos, ot les 
hommes pour moi , ce n'est pas seulemenl des bras, 
luais c'est encore des volontes et des cceurs pleins de 
courage, de vertu et d'encrgie. Le travail le plus pro- 

8 



— 114 — 

(Uictifopl celui qui pioduil des liommes , c'esl-a dire 
des intelligences el des volonles. L'elal le niieux ooiis- 
lilue est celui ou fliaque liomrae peul devolopper le 
plus facilcmont Ics deux coles de son etrc, les puis- 
sances de son es|)ril el les faculles de son corp^; oil il 
pent donner a la sociele tout ce qu'il a et tout oe qu'il 
est, et I'enrichir de tous les Iresors que Dieu a jiis 
dans son intelligence el dans son coeur. Point de pros- 
perite par consequent pour un elat, sans une liberie 
sage qui laisse a chacun les moyens de produire au 
dehors tout le l>ion qui est au dedans de lui. Toute 
servitude est pour I'anie ce qu'est la paralysie pour 
le corps. Elle rend improductifs ces precieux tresors 
donlDieu a enrichi la nature liuinaine ; elle appauvrit 
i'inlelligence et la volonte, et tarit ainsi la source meme 
de la production et de la richesse. L'bistoire est la 
d'ailleurs pour confirmer cette verite par ses ensei- 
gnemenls. Elle ne nous oCfre pas un seul peuple qui 
ait etc riche sans liberie, et il est arrivd plus d'une 
fois qu'un gouvernenientoppresseurn'adonneau peuple 
qu'il oppri mail , un peu de liberie que pour pouvoir 
en tirer plus d'argent , en lui laissant le moyen de pro- 
duire davantage et de devenir plus riche faisant ainsi 
servir la liberie, a raccomplissement de ses projels am- 
bitieux ou de ses folles esperances. 




LECtISLAIION. 



1)]': LA RtPKESSlON 



UES 



PLAIDIUJRS DE MAI YAISE FOI, 



Par A. B O .\ I\' l<: V 1 L, 1. K. 



DES 



PLAIDEURS DE MAUVAISE FOI. 



• 11 s'agit phit6t de r(^gulariser et d'ameliorer 

• ce qui fxiste, que de dOtruhc, pour inventer 

• et renouveler, sur la foi de th6crieg hasar- 

• deuses. Gdizot. 

(Cxpost del luolifs it la loi lur I'lnsiruclion primairt.) 



SOMMAIRE. 

Comment on pourrait, en etendant a tous les cas de mauvaisefoi 
jtididairement constatee la pcualite d'amende prevue par I'art. 2ia 
du code de procedure civile, 

1. Eloigner du sanctuairede la justice ces plaidcurs frauduleux, 
que la loiromaiue appelait improbi lifigatore.s; 

2. Dimiuuer d'autant le uorabre dcs proces civils et comnierciaux; 

3. Imprimcr aux decisions de la justice un nou\eau cachet de cer- 
titude et de veritc ; 

4. Faire cesser I'impunile et le scandale actucis de la mauvaise foi 
judiciaire ; 

5. Enfin, couvrir, chnque anni'e, au moycn de cclte dime salu- 
lairc levee surrimprobitc, tout ou parlic de renorme impot des frais 
de la justice crirainelle. 



La statistique criminelle, ce grand el aulheiiliiiue 
indicaleur de la moralite publique , nous deiionce , 
depuis 1830, dans le nombre des crimes et delils, un 



— 118 — 

accroisscmi'nt hors de toute proporJion avec le mouve- 
ment rle la population et le developpcraent progressif 
de la liclicssc commune (1). Elle coristalc un autre 
fait symplomatique non moins grave , c'est que cet ac- 
croissement de criminalite porte exclusivement sur les 
divers mefaits, qui out pour mobile une meme passion : 
LA CCPIDITE. (2). 

D'une autre part, la sfatistique civile signale aussi , 
quoique dans une moindrc niesure , un accroisseraent 
anorraal dans le nombre des proccs civils et de com- 
merce (3); et bien que la cause n'en soil pas indiquee, 
on peut facileraent s'en rendrecompte. 

Kn eflet, d'ou proviennent en general les proces? de 
Irois causes principales : 

De l'ignorance de la loi; 
De l' esprit de chicane ; 
De la mauvaise foi. 

Sur le premier point , tout le monde convicndra que 
jamais la loi civile n'a ete, a aucune epoque en France, 
plus simple, plus claire, plus uniforme, plus a la 
porlee de tons les ciloyens , par consequent moins 
ignore'e. 

On ne peul disconvenir davantage que I'esprit de 
chicane et de plaiderie ne lende chaque jour a dimi- 
nuer , a mesure que les citoyens s'eclairent sur la 

(i) Voir la serie des comptes generaiix de la justice crinii- 
miiielle. 

(2) Voir la serie des comptes geiieraux de la justice crimi- 
nclle, et notammeut rapp. du conipte dc 1840, p. 2 et 3. 

(3) Voir la serie des comptes- rendus de la justice civile, et 
sperialcmeiit ccux <lc 1840 el dc 1841. 



— no — ' 

nature ot les liraites de Ifurs droits. Ce qui Ic prouve 
du reste,c'est la progression ascendanle du nombrc 
des conciliations obtenucs (1). 

Cela tHar)t, si , en i)resena' de rallaiblissement evi- 
dent de ces deux premieres sources de litiges , le noni- 
bre des proces civils et de commerce continue nean- 
moins d'augmenter, ne faut-il pas conclure que cet 
accroissement ne saurait provenir que de la Iroisieme 
source que j'ai indiquee, la macvaisk foi? 

Ainsi done, ks crimes el de'lils, qui provoquent I'ae- 
tion de la justice repressive , comnie les proces, qui 
udcessitent I'intervention de la justice civile ou consu- 
laire, vont sans cesse augmenlant, sous I'intluence ge- 
nerate d'une meme cause; et cette cause commune, 
celte cause unique, c'est la passion qui doniine toutes 
les tendances de ce siecle, c'esl I'amour des clioses et 
des jouissances materiellcs , c'esl I'amour de I'argeut^ 
c'est, en un mot, la cupidile'!... 

Cette verite, sans doute, est triste a dire, mais il faut 
pourtant oscr la proclamer; car la est la plaie endemi- 
que de I'epoqiie; c'est vers ce foyer de contagion qu'il 
faut dinger loutes les etudes. C'est la qu'il faut se hater 
d'appliquer d'energiques reraedes. 

Or, tandis que, de leur cote, le jury et les tribunaux 
s'cflorcent de plus en plus (2) d'apporter a la repres- 
sion des crimes une severite s;ilulaire, ne serail-ee pas 
une heureuse pensee, que de clierther a arreter la hon- 
teuse progression des proces resuUaut de I'improbile, 

(i) Voir, compte de la justice civile de 1840, r;ipp., p. 36. 

(2) Les comptes criininels de 1837 , 38 , 3g et 40 coiistu- 
teiit une reciiidesceiice ties-mar(|uoe dans la repression des 
crimes el delils. — V. r.ipp. ile 1840 , paj^e 10. 



— 1-20 — 

par TefTet (Vune pc'nalite d'amende, contre tout plaideur 
judkiairement convaincu de mauvaise foi?... 

J'ajoule que cetle penalite pourrait , sous un autre 
rapport, acqu^rir un nouveau degre d'importance. 

Les crimes et delits ne sont pas seuIcmeDt une at- 
teinte journaliere a la securile des citoyens; ils sont, 
et c'est en general ce qu'on ignore, un des impols les 
plus onereux de la vie sociale. On a peine a imaginer 
I'enorme capital que les crimes el delils de ciipidile pre- 
levent annuellement sur les honnetes gens (1). Ces 
derniers, apres avoir fourni la matiere des crimes, ont 
encore a payer, en frais de justice criminelle^ une somme 
qui, augmentant chaque jour (2), s'eleve, pour 1840, 
a plus de quatre iuillions (4,571,325 fr.) (3)! 

Dans cet elat de clioses , la mesure penale que je 
viens d'indiquer ne serait-elle pas un i)recieux progres, 
une sorte de bienfait public , si , iudependamment de 
ses resultats directs pour la morale, pour la diminution 
des proces, pour la ineilleure adrainislration de la 
justice , elle permettait encore , au moyen de ces 
amendes infligees a la mauvaise foi , de couvrir , en 
tout ou en parlie , le chiffre si lourd des frais de la jus- 
tice criminelle ? 

Voyons si nos esp^rances , a cet egard , sont fon- 
dles , et s'il ne serait pas possible de les traduire en 
des resultats pratiques. 

Pour cela , je me demaude si rediction <i'une amende 

(i) Le produil moyen de chaque crime de vol est pour 
1840 de 28 fr. Voir compte crim. de iS/iO, pag. i5. 

(2) Elle n'ctait en i83i que dc 3,43/,,383 fr. 

(3) Ciiruiaire du niinistere de la justice du 16 aout 184a. 






— 121 — 

coiitre les plaideurs de mauvaise foi , serait chose ur- 
gente et legitime en soi; si elle serait justifiee par 
quclques precedents repress! fs , soit du droit roinain, 
soit de Dotre ancienue legislation; si elle serait d'une 
application simple, facile, exempte d'arbitraire; si 
eiilin son produit aurait I'importance financiers que 
nous avonspresuraee. 



I. 

Urgence et legitimite d'une penalite d'amende. 

Chacun sent qu'entre le plaideur ignorant ou teme- 
raire et le plaideur de mauvaise foi , 11 y a une diffe- 
rence immense. 

On concoit qu'un homrae , ne sachant pas les lois , 
ou les comprenant nial, puisse se tromper sur la na- 
ture et I'etendue de son droit, et que , par suite , il 
plaide. 

On concoit encore qu'un homme ardent, entete , ani- 
me par la discussion, et poussc peut-elre par une liumeur 
processive,aillelemerairement reclamer, al'appui d'un 
droit douteux ou exagdre, I'intervention des magistrals. 
La justice est la pour I'eclairer , pour le ramener a des 
sentiments de sagessc et de conciliation; au besoin , 
pour lui faire coraprendre la legerete et le mal fonde de 
ses pretentions. 

Mais lorsqu'un homme , qui salt n'avoir pas payola 
somrae qu'on lui reclame, vient, paresprit de dol ou de 
mauvaise foi, soutenir qu'il I'a payee ; quandil presente 
a I'appui de ses pretentions injustcs , des allegations 
fausses et calomnieuses; quand il tcnte par la de s'ap- 



— 122 — 

proprier frauduleusement lebicnd'autrui, ce plaideur 
ne commet pas seulement une action immorale , il fait 
plus , il outrage la justice jusque dans son sanctuaire ; 
car il s'etudie a la Iromper ; car il s'cfforce d'obtcnir 
d'elle le resuUat le plus affligeant , le plus scandaleux 
qu'on puissc imaginor : la consecration dc la fraude , 
sous Tapparencc et sou> Tautoritd sacree du bon 
droit !... 

Et cepciidant , on le sail , notre loi civile actuelle ne 
fait aucune difference entre le plaideur honnete que 
I'ignorance ou la te'merite aveuglent , et le plaideur de- 
loyal qui agit sous I'inspiration de la mauvaise foi ! En 
vain sera-t-il evidemment constate que, dans tout ce 
qu'il a allegue , cclui-ci a impudemment raenti a la 
justice; en vain sera-t-il notoire a tous qu'il a employe 
les moyens de defense les plus frauduleus ; cetteodieuse 
conduite , dont la justice aura gemi , dont tous les hou- 
netes gens se seront indignes , ne recevra aucun chati- 
ment. Le plus indigae plaideur, a I'egal du plaideur 
le plus honorable, n'a a redouter d' autre peine, s'il 
succombe , que le simple paiement des frais et celui 
des domraages-interets, s'il y a lieu Cl) !•.. 

Or , je dis qu'il y a , dans un pareil etat de la legis- 
lation, non-seulement une absence de justice et de pre- 
voyance, mais ane prime permanente d'encouragement 
accordee a I'improbite. 

Car remarquez que si les plaideurs de mauvaise foi 
sont soumis, corame tous les plaideurs lionnetes , au 
risque de perdre leur proccs , ils ont , de plus que ces 
derniers, I'espoird'un gain illicite, et la possibilite, si 
leur ruse lriom[)he, s'ils parviennenl a abuser la justice, 

(i) Alt. I'^o a i'\~ , C. pidc. civile. V. la jiaj;. laa. 



— 1-23 — 

tie s'enrichirau dtpens tie leur atlveisaiie : cerlanl de 
lucro captando. II y a done pour eux , par le fait , lout a 
{^agner , rien a pertlre. Et e'est la cc que j'appelle une 
prime d'encouragement accordee a I'improbil^ !... 

Je dis done tju'une peine impostie a la mauvaise foi 
des plaideurs serait la mesure, sous lous les rapports, 
la plus urgente et la plus k^gitime. 

Examinons si elle serait justi Gee par t^uelques prti- 
cedonls Itjgislalils. 



If. 



UEPIIESSION DES PLAIDEURS DE MAOVAISE FOI, 
SOUS LE DllOlT KOMAIN. 

Le droit romain, cet inepuisable trtisor oil \ont in- 
cessainent s'enrichir les legislations modernes , avail 
etabli diverses penalittis speciales contre le plaitleur 
de mauvaise foi, qu'il appelait improbus litigalor (1). 

Et d'abord pour tiloigner a I'avance les artiGces de 
la fraude, les deux parties et leurs ayocats elaieut te- 
nus dcjurer, au dtibut de tout proccs, de ne rien [aire 
et dire, pendant ["instance, par esprit de mensonge 
ET de dol : « se nihil dolo malo, neque vexandi nee 
calumniandi animo ; se nihil calumniose doloscque ac- 
turos (2). )) 

A celte premiere garantie, la loi en avail ajoutt; 
une seconde non moins eflicace : c'etail Taction en 

(i) Inst., lib. IV, t. XVI. 
^■.>) Fliniitrcius, § 1 1 74. 



— 124 — 

dommages-interels r<^suUant du dol meme dont on avait 
use , pour le gain du proces : actio de dolo malo; en 
telle sorle qu'il y avait non-seulcraent, conime aujour- 
d'hui, raction ordinaire en dommages-interels, a rai- 
son du prejudice cause par I'objet du litige, mais une 
action particuliere, a raison des moyens fraudukux 
employe's dcvanl la justice , au soutien d' une action in- 
juste, ou pour resisler a une juste demande. 

Parfois, la loi delerminait elle-meme le taux de ces 
dommages-interets, qu'elle imposait a la mauvaise foi. 

Par exemple, le defendeur qui avouait sur-le-champ 
le domraage fait a son adversaire , n'etait tenu que de 
reparer ce dommage. Mais si , par esprit de mau- 
vaise foi, il niait, et qu'il fiit ensuite convaincu, 11 
etait condamne ac double , « in poinam mendacii et 
calumnice (1). » 

De meme, dans ce qu'on appelait les causes pies 
(picp cawsff) , si I'herilier niait //audu/euscwenf devoir 
le legs fait a quelque lieu saint, il etait, en cas de re- 
jet de ses pretentions, condamne a payer le Double : 
« in duplum condemnatur (2). » II payait ainsi et le 
legs reclame et la peine de sa mensongere denegalion : 
« quod et legatum et panam continet (2). )- 

C'etait, vous le voyez, une veritable amende civile 
imposee a la mauvaise foi. Seulement elle etait sti- 
pulee au profit des parties, non du tresor public. 

Enfin, dans certains cas, une autre peine, la plus 
grave de toutes, Vinfamie, atteignait les plaidcurs frau- 
duleux : a Ex quibusdam judiciis, dit Justinien, dam- 

(l) Inst., § 26, h. t. 
(a) HeniR'ccius, § M74' 
(3) Ibid. 



— 12S — 

nati ignominiosi fiunt. » Les plaideurs ainsi frappes 
^laieot ceux qii'on condaranait civilement pour infrac- 
tion constatee aux contrals de tutelle,de d^pot, de 
societe et de mandat (1). 

La loi roriiaine avail done trois moyens differents 
de refreuer la mauvaise foi des plaideurs; le serment 
de ne rien dire ni faire conlre la verite; les dommatjes- 
intc'rels spe'ciaux, ou la peine pe'cuniaire^ a raison du 
dol employe dans I'instance ; et I'iiifamie. 

" On ne saurait trop louer, dit Ilcnneccius, cette 
s^verite des anciens Romains <{ui ne soutlraicnt 
pas qu'on vint impuiieuient meiitir en face de la 
justice (2) ! » 



111. 
Repression des plaideurs de mauvaise fo[ sods 

l'aNCIEN droit FRANgAlS. 

Notre ancienne legislation francaise n'avait eu yarde 
de negliger ces moyens de contrcminer les ruses et 
les manoeuvres de la mauvaise foi. 

L'un de nos plus vieux et de nos plus remaiquables 
monuments judiciaires, les fameux eslablissemenls du 
Saint Roy Loys J ayaieni , des I'annee 1270, consacre 
Tusage romain du serment respectif des parlies. 

« El pour ce que malice et tricherie, dit le saint Roi, 
« est si porcreue entre I'humain ligoage, que les uns 

0) Inst., lib. IV, t. XVI, a. 

(i) Heiinecciusj De leg. aquilid. § logS. 



« font souvent ;iux aiitivs tort et ennuy eii niainlcs 
« manieres ; et pour re que nous voulons que le peu- 
« pie dessous nous pnisse vivre loyaument el enpaix, 
« et que li uns se garde de fnrfaire a I'autre; et pour 
« refrener les maufaiteurs par la voie de droit, avec 
i( I'aide de Dieu, qui est juge droiclurier sur lous au- 
« tres, avons ordonnne : 

u Li deraandeur jurera que il cuide avoir droile 
« querelle et droitedemande, et qu'il repondra droile 
« verild, selon ce qu'il croit; el que il ue donnera rien 
« a la justice, ni ne prometlra , pour la querell§, ni 
« aux temoins, fors leurs depens ; ni n'enipechera les 
<i preuves de son adversaire, ni rien ne dira conlre les 
« temoins amends devant lui, qu'il ne croie que vray 
« soil, et qu'il n'uscra dc fausses preuves. 

« Li defendeur jurera qu'il croit avoir droit et 
« bonne raison de soy defendre et jurera les aulres 
« articles qui sont dils dessus. » 

De raeme , par I'ordonnance de Louis XIT de 1499 
(art. 16), le demandeur « etait tenu dcjurer, sur les 
« saints evangiles de Dieu, la virile du contenu en sa 
(' demande, et le defendeur lenu d'y r^pondre perli- 
«< nemmenl et par sermcnt auxdits evangiles. » 

A celte epoque, que nous appelons barbare, oil les 
luttes judiciaires etaienl I'image el souvent le prelude 
de combats reels , on trouvait juste que les parlies li- 
tiganles, semblables a des combaltants en champ clos, 
ne se servissent que d'armes egales el courloises , et 
qu'elles se conduisissent en (oule ve'rite'et !oyaulf',comvu' 
des gens dlionneur. 

Aussi voyez-vous que les plaideurs ne devaient pas 
seulement jurer que leur demande etail jus/e, mais 
encore qu'ils n'all^gueraient , a I'appui de leur bon 



— 127 — 

droit , que des fails vrais ; tju'ils n'useraienl que 
de luoyens avoues par la conscieuce el la loyaule I 

Les ordonnances de nos rois el la plupart de nos 
coulumes couserverent religieuseiuent cet appel a la 
bonne Ibi des parlies. Plusieurs ujcme imposerent une 
pdnalile speciale au cas d'articuialion de fails recontius 
faux. 

Ainsi , par I'arlicle 41 de I'ordonnance de Fran- 
cois l", de 1480 , " la parlie qui uUeguait calomnieu- 
« semenl un reproche faux contre un temoin , elail 
« condaninee a 20 livres parisis d'auiende, ou a plus 
« grande peine, pour la grandeur de la calomnie ^ a 
« I'arbitrage de justice. » 

Par la raeine ordonnance, les parlies « elaient le- 
« nues d'affirmer, par serment, le contenu en leurs 
« e'crilures, el ce, sous peine de 10 livres parisis d'a- 
« mende, pour cliacua fait calomniensement deme, en 
« cour souveraine, el de 100 sols parisis, dans les 
« cours inferieurcs (art. 38). » 

Une peine pareille elail encourue par les avoeats qui, 
« en plaidant, avaienl pose et arlicule aucuns faux 
« fails (art. 40). » 

Eufin , voici ce qu'on lisail a ce sujet dans I'adnii- 
rable ordonnance d'une province limitrophe de la 
Champagne, le pays Messiu ; elle est en dale du mois 
de decembre 1 564 : 

« Art. 4. — Et pour ce que la longueur des 
" proces et desguisemenl de la justice dependent la 
« plupart du temps dc la malvaise foy des parlies, 
« subterfuges, calomnies et mauvaises inventions des 
« procureurs el gens de conseil desdilcs parlies liti- 
« gaotes, il est enjoinl a loute personne voulant faire 
« plainle, demaode, reponse ou defense en justice, de 



— 128 — 

« proposer son fait siwplement el a la ve'rite, sans au- 
« cuns fard ou deguisemenl, soil la partie meme, soil 
« son procureur ou conseil, el defendu d'user d'au- 
« cuns sublerfiif^es ou mauvaise foy, sur peine, pour la 
(( premiere fois, d'etre mis prisounier en prison fer- 
« mee , par deux jours enliers, au pain el a i'eau , 
(( et d'amende arbitraire envers justice. Et, pour la 
« seconde et tierce fois, de double et triple peines 
« de prison et d'amende , et la quatrieme , de peine 
« corporelle. » 

Ge n'est pas tout, et comme pour purifier davan- 
tage encore les voies de la justice, I'art. 17 ajoutait : 

« Enjoignons aux procureurs de se bien informer dd 
« FAIT el DROIT des parties, a ce que, contre leur de- 
« voir et sermenl, il nenlreprcnnent la charge d'aucune 
« CAUSE MAUVAISE ET INJUSTE, Ic tout sur peine de 
prison et d'amende arbitraire envers justice, n 

On ne saurait imaginer un systeme plus coraplet et 
plus energique de repression pour la mauvaise foi 
judicial re. 

D'abord, le sermenl de virile des parties et de leurs 
avocats; puis la peine progressive d'amende et de pri- 
son contre le plaideur frauduleux; enfin, la meme 
penalite d'amende et de prison pour I'a vocal qui avail, 
contre son devoir et sermenl, accepte la charge d'une 
cause mauvaise el injusle!.... 

Telle avail ete , sur ce point , la prudente sagesse 
de nos peres. 

Toutefois, je dois dire que, vers le xvii' siecle, le 
sermenl de bonne foi exige des parlies, jusjurandum 
calumnice, tomba pen a peu en desuetude. On comprit 
qu'il elail difficile d'altendre, de la passion et de I'in- 
teret des parlies liligantes, une complete el candide 



~ 120 — 

sincerile sur la justice de Icurs pretentions, et que 
des-lors ce serinent, de<^enerant en vaine formule de 
style, pourrait devenir la source de nombreux parjurcs. 
On se borna done, en ce qui touche les plaideurs, 
soit a I'execution des anciennes penalites specialeinent 
edictees conlre les articulations de faits reconnus fadx 
(1), soit au droit qu'avaienl toujours exerce les tribu- 
naux de condamner a des peines pe'cuniaires les plai- 
deurs manifcsternent convaincus de madvaise foi. 
Ces amcndes civiles , dont on trouve de nombreux 
exemples dans les arretistes, etaient, dans quelques 
ressorts, appelees aumones (2), parce qu'elles etaient 
en general consacrees aux hopitaux, aux prisons et 
autres Ueiix piloyabks (H). 

Quant au serment par lequcl les avocats juraient 
de ne se charger sciemment d'aucune cacse lnjiste, 
il fut soigneuseraent inaintenu. 

«< On le reiterait, dit Giiyot , a chaque debut dc 
« cause nouvelle, avec declaration qu'on n'entendait 
« nullement favoriser la fraude, ni la calomnie. Plus 
a tard on ne le prela plus que tons les trois raois, et 
« bientot apres, tons les ans seulenient, a la Saint- 
« Martin. » 

C'est de cet antique usage que provient I'liabilude 
qu'ont encore les barreaux de divers sieges, de renou- 
■veler leur serment au commencement dc I'annee judi- 
ciaire. 

A cote de ces mesures , qui tendaient a garantir 
I'enti^re loyaute des plaidoiries et des procedures, ou 

(i) Cout. de Tours, art. 876. 

(a) Merlin , rep. V. Aumoiie , Gnyot. id. 

(3) Encyclopedic de Diderot, \. Aunioiic. 



— 130 — 

qui du moins, arniaifnt la juslicc (run droit souvcrain 
de clialimeril, il y en avail d'aiilres, <iiii jH'rmcUaii iil 
aux tribunaux d'allcindre, en deliors de raiidicnce, 
(ous Ics fails de fraiide au moycn desquels on avail 
|)U s'cmparer du bicn d'autrui. 

C'etait dans ce but que la loi du 22 juillot 1791 avail 
range au nombre dcs delils punissablos le simple Dor. , 
c'esl-a-dire , d'apres la definilion des lois roniaiues , 
« omnis calliditas, fallacia, machinalio ad circumveni- 
endum, fallendum, decipiendum allcrum adhibita (\). » 

D'apres rarticic 35 de cclle loi, tous ccux qui, par 
DOi., ou a I'aide de faux noms ou de manoeuvres fiau- 
duleuses , avaienl cxiorque toul ou {)arlic do la for- 
tune d'autrui , elaient punis correelionnellemenl d'a- 
mende et de prison. 

Ainsi done, sous noire ancien droit, comme sous 
le droit romain, i.e dol oc la mauvaise foi pouvaienl 
etre reprimes, soil qu'ils se produisissent dans le cours 
des procedures, sous I'ceil des magistrals, soil, qu'en 
dehors du sancluaire de la justice, ils se manifeslas- 
sent dans les relations enlre ciloyens. 



IV. 



NCLLITE ACTUELLE DE LA REPRESSION. PENALITE 
d'amendb PROPOSEE. 



Aujourd'hui, raalheureusement, il n'en est plus 
ainsi. En ce qui louche les fails comrais en dehors 
des procddures, tout ce qui ne vienl point exactement 

(i) L. 1, 2. § Z)e (iolo. 



— 131 — 

s'appliqncr ;i la definilioii Ic-fale dii vol, dc V cscro(jUcrie 
on (ie I'abus de confiance , ('cliapi)e ii I'uc.lioii repres- 
sive; et, cliosc lionleuse a dire! Iccoupable est assure 
d'avance d'un bdl juiliciaire d'innocenco, du moincnt 
fjii'il pout ])rouver n'avoir employe, pour s'approprier 
lo bicn d'aulriii , qir i.e dol! qie des manoeuvres 

FRAIDILEISES! 

Ce que j'avance ici n'est pas une cxageration. 

«* II ne suflil pas, pour coustifuer I'cscrocjueric le- 
gale, dit un arret de cassation du 15 mai 1820, de 
s'etre fait reniellrc des somraes d Vaide de manccuvrcs 
frandukiises on doJosives, il faul encore que ces ma- 
noMivrcs aieni ele enij)loyecs pour persuader Texis- 
tencc de fausses cnticj)risos , d'un jiouvoir ou d'un 
credit imaginaire, ou pour faire naltre la crainte ou 
I'cspoir d'un evenomcnl cliinierique. » 

(( Le debilcur, dit un autre arret (1), qui, par une 
fausse promesse, obtiout la restitution du gage par lui 
rcmis a son creancier, ct qui non-seulenient n'exi^cute 
pas sa promesse, raais qui declare menie faussement 
avoir pave sa dette, ne conimet pas le debt d'escro- 
querie. » 

De meme, point d'escroquerie de la part du porleur 
d'ed'ets exigibles qui, « pour se faire livrer des mar 
cbandises par le marcliand debileur de ces eflets , le- 
quel refusait de les acquilter, a exhibe en sa presence 
du numeraire el des billets de banque auxcjuels il a 
substilue adroUemenl les elVets acciuiltcs. — Ce fail , 
bien que morakmenl reprehensible ^ ne constilue pas 
I'escroquerie (2). » 

(i) Cass., 2 4 hrumairf an Vlll. 
(a) C Jiiillot 1826. 17 Foviicr 1809. 



-. 132 — 

Jecllerais, dans cet onlrc ile faifs, un nombre 
infirii d'actos dc la plus iiisigne mauvaise foi, qui, ne 
pouvaut sc olassor sous les rubri(iues incompletes de 
noire loi penalc, obliennent, au grand scandale de la 
justice et dela morale, Timniunite reservec aux actions 
legaleraent irre'prochables . 

Mais je I'ai dit : si I'impunite de la fraude est deplo- 
rable, si elle est dangereuse et demoralisante, c'est sur- 
loutlorsqu'elle se produil dansle sanctuaire dela jus- 
tice, au cours du debal etdcs procedures, sous les yeux 
eta la face memedes magistrals, dansle butdesurpren- 
dre et d'egarer leur religion; parcc qu'alors celte fraude, 
s'aggravant a raison du lien, du raotif, des circons- 
tances, dcvient une sorte de tentative sacrilege. 

Et cependant, pour cette fraude si coupable, notre 
legislation actuelle n'a ni dispositions preventives, ni 
penaliles ! 

Toutes les mesures par lesquelles nos peres s'efibr- 
caient d'cloigner les plaideurs de mauvaise foi, ont ete 
successivement abolies, sans qu'on ait essaye d'y rien 
substituer. Un seul effort glorieux a ete tente contre 
cet oubli des anciennes traditions. 

En 1810, le plus grand legislateur de ce siecle, Na- 
poleon, apres avoir dote la France de I'admirable ^di 
fice de ses lois civiles, apres avoir reorganise la ma- 
gistralure, voulut completer son oeuvre en restituant 
au barreau ses regies et sa splendeur passees. Dans 
ce but, il comprit qu'il fallait rehabiliter avant tout 
la probite judiciaire et la placer en tele des indispen- 
sables vertus de I'avocat. 

En consequence, il se hata d'ajouter au serment 
incoinplel qu'avait impose au barreau le decret de ven- 
lose an XII, celte formulc digne des temps antiques : 



— \Si — 

« Jejure tie ne conseiller ni de'fcndre aucune cause que 
je ne croirai j)as jlste en mon dme el conscience (1). » 

11 elait beau tie voir, cliaque ann(5c, a pareil jour , 
alors que cliaque magislrat prelait, au fond dc son 
cceur, le serinent d'etre fidele a la justice, de voir, 
dis-je, les avocats jurer, en [)resence du public el des 
magistrals, de n'accorder I'appui de leur talent qu'au 
bon droit et a la justice!... Un tel sennent ne pouvait 
que relever encore les nobles attributions du barreau. 
II tendait a consacrer la genereuse alliance que revait 
I'orateur roniain, entre la science du jurisconsulte et la 
probite du citoycn (2). 

Toutefois, I'ordounance de 1822 sur I'organisatioa 
du barreau suprinia, dans le seriuent des avocats, I'ad- 
ditiou faite par Napoleon. On pensa qu'une clause de 
ce genre elait inutile pour les avocats lionneles et 
qu'elle ne retiendrait pas ceux qui auraient intention 
de se parjurer. 

Mais , dans ce cas , il fallait , par la meme raison , 
supprimer le serment entier; car celui qui ue craindrail 
pas d'etre parjure a sa conscience, inlidele a la verite, 
serait il plus exact observateur des autres prescriptions 
du serment conscrvd ? 

Pour moi, je dois I'avouer, j'ai toujours considdre 
cette modification conime la plus sanglanle injure 
qu'on ait faite a I'ordre des avocals, dans les temps 
modernes. Elle est venue donner une sorte de consecra- 
tion legale a cette erreur trop rcpandue , <iue I'olfice 
oblige dc I'avocat est de soutenir indilVereminenl le punr 

(i') Arl. i4 du tlecnt du i4 dctmbic itJio. 
(i) f'h piol/Ks , Ic^iim jiciitds. 



— 134 — 

et le contre avec le plus de talent et d'apparente convic- 
tion possibles : erreur d'autant plus dangei euse, qu'elle 
tend h ravaler une des plus honorables professions au 
raeprisable role des anciens rbeteurs d'Athenes et de 
Rome !... 

Et voyez quelle dtrange contradiction resulte aujour- 
d'hui de celle suppression injurieuse! landis quo la 
loi n'ose plus deniandcr a I'avocat, en nialiere civile , 
de ne pas se cliarger d'une cause mauvaise el injuste, 
elle ne craint point, au grand criminel, de lui imposer 
I'obligation de ne rien dire contre sa conscience (1)!.* 

Or, Ton comprendrait, jusqu'k un certain point, 
qu'a la cour d'assises, alors que la sociele accuse un 
coupable qu'elle tient entre ses mains, prele a le punir, 
I'avocat piit, malgre les apparences les plus fortes de 
culpabilite, defendre, par tous les moyens, le malheu- 
reux dont les interets lui ont ett5 confies d'ofpce. Car nul 
en France ne pent etre condamne sans avoir ele defen- 
du! il y a ici une pensee d'humanite qui domine tout. 

Mais, en raatiere civile , oil il n'y a jamais en jeu 
qu'un interet prive et presque toujours un interet d'ar- 
gent, I'avocat qui, conlraircmenl a sa conscience, plai- 
derait la verite d'un fait qu'il saurait etre faux; qui 
feraitvaloir un moyen qu'il saurait illegal; qui preterait 
son rainistere a des pretentions evidemmcnt injustes; 
cet avocat se rendrait complice de la mauvaise foi de 
son client, et sa condiiile serait d'autant plus repre- 
hensible, qu'un prix d'argent serait la recompense de 
celte coupable collusion. 

Sur ce point, nous sommes convaincus qu'il n'est 
pas une de nos paroles (jui ne Irouve echo dans les 

(i) An. 3i. C. Inst, criin. 



— 1:33 — 

rarif^'S lionorables clu baireau; tons, nous n'eii duu- 
tons |)as, regretteront avec nous I'abolilion de la belle 
Ibimule du decret de 1810. Elle etait pour le bar- 
reau moins une obligatiou imposec qu'un glorieux pri- 
vil^f^e; et s'il est vrai, oe que nous aiinons a admeltre, 
qu'clle n'etait pas necessaire, elle etail du moins ua 
honimage solennei rendu a ces sentiments de bonne t'oi 
ct de loyaule, sans Icsquels le genereux miuist^re de 
la parole n'est plus qu'un vil metier pour ravocat, 
qu'un fleau pour la soeiele (1). 

Mais enfln, reniarquons que I'avocat, qui man(jue- 
rait a ses devoirs de probite, pent etre puni : la loi le 
soumet au conlrole d'une juridiclion discipliiiaire ! 
Quelle sanction penale reste-t-il aux tribunaux contre 
la mauvaise foi des plaideurs?... Aucuue. 

A pari un seul cas d'exception, dont je vais bientot 
parler, noire droit nouveau a aboli jusqu'aux penalites 
speeiales qui s'appli(iuaient a tous les cas d' allegations 
reconnues fausses ou de mauvaise foi consfale'e. 

C'est parce que les tribunaux sentent et compren- 
uenl a inerveille cette facLeuse lacune dela loi, que, 
clierchant a y suppleer , nous les voyons chaque jour 
llageller, par la rigueur aflliclive de leurs conside- 
raiUs, la mauvaise loi i)ruuveedecerlains plaideurs. Et, 
s'il faut le dire, sous ce rapport coninie sous taut d'au- 
tres, la magislrature a, depuis (luehpu-s annees, rendu 
d'eclalants services a la morale publique. 

Toulefuis, celle pralicjue, dont le but est si louable, 
n'olVre-t-elle pas de graves incouvenients ? 

( 1 ) Si fjuis , omissis honestissintis stu<liis mt/onis ct officii , 
conxuniit ontncin operant in cxciritcttionc iliccutli ; is inutilii 
sibi , pciniciosus civispatria' atitur. {Ciccvo; Dc invent.) 



— 13(3 — 

D'uiie part, elle a soulev^ de vives reclamaliorts. 
En agissant, ainsi, dit-on, les tribunaux excedent lours 
pouvoirs. La justice n'a pas le droit de bhimer, et a 
plus forte raison de fle'irir ce que la loi civile ou penale 
ne punil pas. Les magistrals rie sont pas inslitues pour 
oxercer la censure publique , pour professer des cours 
de morale, luais pour appliquer froidomcnt la loi. 

D'une autre part, i! n'est que trop vrai que les 
homnies iniprobes, dont les fraudes appelleraient xxn 
chaliment exemplairc, se jouent de ces considc'rants 
infaniants. Verba juslilia; ridenl et flocci faciunt.. Pour 
eux, c'est une sanction penale qu'il faudrait. au lieu de 
ces paroles inipuissantes. 

Au surplus, la peine d'amende que j'invoque, en de- 
hors des prescriptions du code penal contre la mau- 
vaise foi des plaideurs, n'est pas unede ces innovations 
qui peuvent eflVayer ou surprendre. Elle existc deja 
dans notre code de procedure civile ; il ne s'agirail 
que de I'etendre a tous les cas oil cette mauvaise foi 
serait raanifeste. 

N'avons-nous pas un article 21 3 qui dit : 

« S'il est prouve'que la piece est e'crile ou signe'e par 
celuiguil'a deniee, ilsera condamne'd 150 francs d'a- 
MENDE ENVEiis LE DOMAiNE, outrc les dcpens et domma- 
ges-inle'rels de la parlie, et il pourra etre condamne par 
corps, meme pour le principal? » 

On reconnait, dans eel article, ce seul cas d'excep- 
tion dontj'ai parle , et la seule disposition qui nous 
soil reslee de I'ancienne severitt5 de noscoutumes (1). 

(i) L'art. ?)']G de la cout. do Tours disait avoc phis dc pre- 
cision <'t d'energie: « Qui nic son scing ctsuccombc doit payer 
Vnmcndt (tthitiahr. u 



— 137 — 

Or, quel est le but evident do cot article 213 V... 
c'esl la repression do la mauvaise foi ; c'est le cliali- 
nienl du scandale causd par I'exemple d'une denegation 
iuipudenle et IVaudulouse !... 

Pourquoi done reslreindre la peine a cc cas special 
et unique de mauvaise foi? I'ourquoi ne pasl'etendre a 
tous ccux oil le dol et la fraude sont aussi nianifcstes; a 
lous ceux oil il y a, conirae dans i'espece , scandale 
public et dangereux exeniplc?... 

Quelle dilVerence faites-vous, je le deniande, entre 
cclui qui a teute de voler une raarchandise dans un 
uiagasin, et celui qui, rayantnchetee, en denie fraudu- 
leuseinent le prix devant la justice? Si I'un a tente de 
voler la chose, I'autrc n'a-t-il [)as tente de voler le prix? 
Tous les deux n'ont-ils pas coinniis le meme acte d'im- 
probitd?... Etcependant quelle dillercnce dans les rc- 
sultats!... I'un estpuni, conime voleur, d'araendeetde 
prison; I'autre, on le condamne.... a quoi ?... a payer 
siniplenient le prix de la inarchandise qu'il doit !... 

Et Ton appelle cela de la justice distributive !... 

C'est conlre ce faclieux etat de choses que je m'e- 
Icjve, au nom de la morale et de la justice; c'est pour 
le faire cesser que je reclame I'extension, a tous les cas 
de /rawf/econstote'e, d'une penalile deja etablie par la 
loi elle-raeuie. 

A cet egard, on alleguera peut-etre qu'on pent re- 
conventionnellement reclamer des dommages-interels, 
a raison du pri^judice causd par celte fraudulcuse de- 
negation. 

Je I'admets. Ces doraraages-interets repareront Je 
prc'judice souU'ert par la parlie; mais repareront-ils 
I'irreparable prejudice uioral que fait a la chose pu- 
blique rexenq)lc de la mauvaise foi?... 



- 138 - 

D'ailleurs, remarquez, que cette action en domma- 
ges-interets existe aussi, au cas de dene^alion d'une 
vraie signature, pourquoi la loi y a-t-e!le Hjoute I'a- 
mende enters le domaine'i c'est qu'elle pense apparem- 
mentque ces domraages-inleiels prive's ne sufiiruient 
pas a la repression I c'est que I'amende, dans cecas,est 
a ses yeux la reparation ndcessaire du dommage moral 
cause par remploi de la raauvaise foi ! Done la loi, 
pour etre consequente, devrait altribuer aux tribunaux 
ce droit d'asnende, loutes les fois que la mauvaise foi 
du plaideur serait ^galement manifeste et de nature a 
fairescandale. 

Mais, dira-t-on encore, le legislateur a craint d'armer 

les tribunaux d'un arbitrairelrop grand; il n'a pas voulu 

livrerla consideration et I'honneurdes citoyens a Tap- 

preciation irresponsable des magistrals; dans I'espece 

de I'art. 213, la rnauvaise foi est hors de doute, elle re- 

sulte d'une expertise, elle a pour base un fait materiel, 

et pour ce cas special d'exception. Ton congoitqu'on ait 

pu sans crainte conQer a la justice un droit de penalite. 

C'est la precisement une argumentation que je ne 

puis admeltre. D'abord, peut-on appeler verite horsde 

rfowtecclle qui repose uniquement sur I'art si incerlain 

et si conjectural des expertises? Non, certainement. 

Aussi faut il dire que la conviction des juges nc se 

fonde pas sur ['expertise seule, mais sur I'enserable 

des presomptions resultant du proces. 

II n'yadoncpas, pour le casde I'art. 213, plus de 
certitude que pour les autres cas de fraude duinent 
constatce. La veritc du fait reste toujours soumise a 
I'appreciation souveraine des magistrals. 

Et puis, cette crainte de I'arbitraire, qu'on entend 
si souvcnt alk'gucr, est elle bien loudec i' 



— 1 3D — 

Jc dis, moi, que I'arbitraireest beaucoup plus grand 
cl |>lus rcdoiitable, tel tju'il est aujourd'hui exercc par 
le moyeii delournedes constde'rants. Gar le juye pesera 
toiijours scrupuleuscmcnt une peine d'amende qui 
frappc a la fois la fortune et la consideration du coupa- 
ble; tandis qu'il pourrase montrcrd'autant plus severe, 
dans I'expression de son blame, qu'il s'efTorcera, par 
cette severite des paroles, de suppleer au defaut d'uno 
peine reelle. 

II y aurait done, selon moi, avantages nombreux, 
sans nul melange d'inconv^nients , a inserer au code 
de procedure civile un article geudral ainsi congu : 

« Toules les fois que , dans une instance civile ou 
commerciale , il y aura phedve evideme rfe maiivaise 
foiy celle des parties qui en sera reconnue coupable, sera 
condamnee d' office, sur les conclusions du ministere pu- 
blic a une amende de 150 francs, devant les cours royalcs; 
de 100 francs devant les tribunaux de premiere instance 
et de commerce; et de 25 francs , devant les justices- de- 
paix et les bureaux des prud' homines. » 

On voil que je ne conserve la pdnalite de 1 50 francs 
de I'arl. 213 que devant la juridiction la plus elevee, et 
que je I'abaisse progressivement devant Icsjuridictions 
inferieures. 

Cette simple raesure, qui est un retour aux prescrip- 
tions du droit roraain et de notre ancien droit, et dont 
ra[)plication existe deja dans notre code actuel, serait 
a la fois une lecon de moralite etune saliilaire menace. 
Elle purifierait les abords de la justice el ecarlerait, 
loin de sou sanctuaire, cette tourbe impure de plai- 
deurs, (pii n'y sont amenes que par l'inq)nlsion d'une 
frauduleuse cupidile. 



V. 

RESL'LTAT FINANCIER DE CETTE PENALITE 
d' AMENDE 

11 me reste a demontrer, ainsi que je I'ai annonc^, 
que la mesure proposee produirait, independamment 
desesresullats, au point devue de la morale et de la 
justice, une ressource financiere fort importaote, en ce 
qu'elle permettrait de couvrir , au moyen deces amen- 
des prdevees sur lamauvaisefoi, I'enorme depense an- 
nucUe des frais de la justice criminelle. L'autorile des 
chiffres vient ici justifier mes assertions. 

Nos27 Coursroyales jugent annuellement, (je prends 
le chiffre de la slatistique de 1840, la derniere qui ait 
ete publiee) 17,929, affaires civiles : ci. . 17,929 

Les 3Ci tribunaux de premiere 
instance en jugent 182,940 

Et les 220 tribunaux sp^ciaux 
de commerce 170,323 

Ce qui fait, au total, 353,263 af- 
faires ciyiles et de commerce; ci. 353,263 

Retrancbement de ce nombre 
17,188 aff'aires portees en appel de- 
vant les cours royales, il reste 
336,075 affaire definitivement ju- 
gees ; ci 336,0/0 

Les 2,846 justices-de-paix ju- 
gent 004,219 

A reporlcr. . . . '^^,001 



— 141 — 

Report. . . . A54,00i 

(lonl il faut (5galcraenl retrancher 
Ics 4,12IJaflaires deferees sur appel 
aux liibunaux'dc premiere inslan- 
ce;ci. . . '. 900,098 

Enfin, les 59 conseils de pru- 
d'honinies jugent en bureau gdoe- 
ral, 468 affaires ; ci 4G8 

Total general des affaires liligieu- 

sesjugees definilivement en 1840. 1,254,570 

Ce calcul suppose au moins 2,509,140 parties litigan- 
tes, en ne coraptant qu'un seul demandeur et defendeur, 
par cliaque affaire. 

Or en admettant que sur 200 plaideurs, tant deman- 
deurs que defendeurs, il y en ait six seulement qui 
soient e'videmment de mauvaise foi, (et c'est la certaine- 
menl une proportion dont la niorulite publique aurait a 
se glorifier!) on aurait annuellcment un nombre total de 
75,198 plaideurs repute's de mauvaise foi, lesquels, con- 
daranes a Taraendo ci-dessus fixee, d'apres I'ordre des 
juridictions(l), donneraient une amende totale et facile- 
ment reeouvrable de 3,527,775 fr. 



(i ) Cours royalos, 1,075 plaideurs condamnes a une amen- 
de de i5o fr. donnent i6i,25ofr. 

Tribunaux de premiure instance et de 
commerce, 20,164 plaideurs k 100 francs. 2,016,400 

Justice- de-paix et conseils de prud'liom- 
ines, 54,oo3 plaideurs Jk celle de aS fr. i,35o,075 



Total 3,527,725 



— 1/i2 — 
somme egale, a peu de chose pres, a la moyonnc des 
fiais tie justice criminelle, entre ies deux annees 1831 
el 1840(1). 

Maintenant , supposons la mesure adopfee , il arri- 
vera de deux choscs Tunc : ou bicn la proporlion par 
nous adraise dc 6 individus de mauvaise foi sur 200 
plaideurs, sera au-dessus de la realite , ou bieri , le 
nombre de ces plaideurs frauduleux diminuant insensi- 
blenienl , notre proporlion se Irouvera exageree. 

Dans le premier cas , si le nombre des plaideurs de 
mauvaise foi esl superieur a nos previsions , la pena- 
lile que nous avons proposee n'en devra parailre que 
plus necessaire el plus urgenle; el de plus, le cliiOre 
del'amende cncourue, setrouvanl augmente, permel- 
trait non-seulemenl de couvrir la lotalile des frais de 
justice, mais de subvenir a quelques-unes de ces 
criantes raiseres que I'insuflisance acluelle du budget 
laisse en souffrance. 

Dans le deuxieme cas, si nous elions assez lieureux 
pour que noire calcul fut exagere, ou que le nombre 
des plaideurs frauduleux \inl a diminuer progressive- 
menl , par reCfel de celle prudenle rigueur ; alors nous 
verrions avec joie s'dvanouir , en lout ou partie ^ I'im- 
pot sur lequcl nous avions comple, car Ton aurait 
oblenu le plus beau resultat dont un gouvernement 
puisse s'enorgueillir : celui d'avoir enfin purge I'en- 
reinle des tribunaux de loiis Ies hommes d'improbile et 
de mauvaise foi . 

(i) I.p cliiffro des frais de justice de i83i etait de 
?,,tt-^li,Zf^-i. — Celni (le ifiA", de 4,571,32?.. Moyenne , 
4,«)02,854- 



— 143 — 
VI. 

RESIMK DKS CONSIDERATIONS QUI PRECEDENT. 



En resum^ , de meme qu'en cc moment la princi- 
pale cause de raugmentation des crimes et ddlits est 
la cupidiU, de meme on ne saurait douter que la 
wauvaise foi des plaideurs ne soil la source la plus 
feconde des proces civils el I'obstacle le plus serieux a 
la bonne administration de la justice. 

Tout le mondc, du reste , est frappe du scandale et 
des dangers de I'inipunite acluelle de la mauvaise foi 
judiciaire. 

Les tribunaux, en presence de cetlc trisle irapuis- 
sance de la loi_, en sont reduits , a I'encontre des plai- 
deurs frauduleux , a de vaines paroles de blame et de 
censure. 

Or, pour remedier a ce facheux etat de choses, je 
propose, non pas une de ces grandes innovations qui 
pourraient troubler I'harmonieuse economic de nos 
lois civiles, mais une simple extension, d tons les cas de 
MADVAiSE FOI CONSTATEE , dc I'art. 213 du code de 
procedure civile, lequel est aujourd'hui rcstreint, 
comme on I'a vu , au cas tout special de la ddnegatioa 
frauduleuse d'une vraie signature. 

Cette mesure, d'ailleurssi urgente et si legitime dans 
son but, est justiGee par de reraarquables precedents 
legislatifs tires, soit du droit romaio, soit de notre an- 
cienne jurisprudence. 

Son application serait facile, excmpte d'arbifraire , 
et , sous tons les rapports, excellente dans scs resuUats. 



— 14'. — 

Kile deviendrail , pour chaque citoyen , une haute 
admonition do droiture et do loyautc. 

Par sa penalite lletrissante et d'autant plus efficace , 
elle eloignerait des Iribunaux les plaideurs de raau- 
vaise foi . 

Elle diniinuerait d'autant le nombre des proces 
civils. 

Touteo facilitant I'ceuvre de la justice, elle impri- 
merait a ses decisions un nouveau cachet de certitude 
et de \erile. 

EnGn , elle serait pour ie tresor public , non-seu- 
lerucnt une iiuportante ressource , mais , de tous les 
impots le plus moral et le plus juste, puisqu'il met- 
trait a la charge exclusive de I'iraprobite ces fraisde la 
justice criminclle qui , jusqu'a ce jour, sont supportes 
par les honnetes gens. 

Ainsi done, la yusf/ce, la morale, et le tresor public , 
d'accord celle fois , auraient egalement a s'applaudir 
de radoption de celte salutaire mesure. 




^I#»g&^l^ 



SCIENCES PHYSIOUES. 



lO 



AGRIC11LT[1RK. 



EXTRAIT 



DF, LA NOTICE 



SUR LA CULTURE DES TERRES CALCAIRES, 



I'\R M. LF. VICOMTE RUINAHT UV. nRJMONT. 



Avant (le faire connaitre le rnodc de culture que 

j'ai aclopte ii Brimont , je crois convenable non scule- 
ment de deterininer d'une maiiierc precise la situation 
de mes lerrcs, mais encore d'en faire connaitre exac- 
lemonl la nafnre. Le sol est ;i pcu jurs scniblable a 
eclui qui forme la partic Nord-Ouest du bassin geo- 
logique dans lequel est situee la ville de Reims. 

La plaine de Reims est sur un fond de eraie, comme 
le sont lesabords du montde Brimont; dans cette plaine 
sVleve au nord le mont de Brimont, qu'on peut delinir 
terrain icrtiaire supra cre'lace. 



— 148 — 

On voit en faisant I'cxamen de la superposilion des 
couches qui le composent, et en lescomparant a la inoii- 
lagne d'llermonville, et a celle de Villers-Franqueux, 
qui les avoisinent 5 on voitj dis-je, qu'il ne presenlc 
qu'une parlie des terrains eleves, qui dominent ces 
montagnes; les eaux qui se sont retirees a la suite de 
leur irruption auront diminue la cinie du mont, et 
auront enlraine les couches superieurcs au sable. 

Le sable se trouve par fois sur un banc d'argile plas- 
tique, d'autres fois sur un tuf calcaire, qui precede un 
banc de pierre ou de gres ; ensuite se trouve la craie 
qui forme la base de la montagr.e. 

C'est ce banc de craie qui, depuis Langres, traverse 
partie de la Champagne, le bassin de la Seine, le Pas- 
de-Calais , et qui, devenant alors sous-marin, traverse 
le detroit, et se termine a Richmond, dans le comte de 
Surrey, a 15 milles de Londres. 

Pour agir d'apres des donnces precises, et avant 

de me fixer sur le mode de culture que jc voulais adop- 
ter, j'ai fait proceder sous mes yeux a I'analyse de nies 
terres arables. 

Je me suis adresse pour celle operation a feu Bar- 
ruel, chef des travaux chimiques a la faculte de mede- 
cine de Paris, et I'un des hommcs les plus habiles en 
chimie experimentale. 

Voici le resultat de cette analyse : 

Sable silicieux 278 

Carbonate de chaux .... 667 

Phosphate de chaux 20 

Alumine 23 

Hydrate de peroxide de fer. 12 

1,000 



— 149 — 

On Yoit que ces terres surabondeni en carbonate de 
chaux. 

11 tallait done chercher a altenuer celte surabon- 
dance par des reactions contrairos , et sc rapprocher 
autant que possible du type d'un terrain fertile. 

J'ai voulu d'abord eludier la noethode de culture 
du comte de Kent, sol analogue au mien, et j'ai re- 
connu dans nies voyages en Anglelerre, que Ton em- 
ployait le sable conime amendenient, les planles de 
Varech comme cngrais vegetal, et le poisson comme 
engrais animal. 

J'ai consulte en outre les ouvragcs d' Arthur Young; 
il assure qu'un sol qui conliendrait un 1/3 de craie, 
2/3 de sable raele a de I'argile , serait tres favorable 
a la vegetation : c'est aussi I'opinion de Fabroni, qui 
regarde le sable mele a un sixieme d'argile et a de la 
craie pulverisee, comme conslituant un terrain Ires con- 
venable, lorsqu'on y ajoute des engrais aniraaux. 

L'autcurd'un ouvrage anglais fortestime, The Comp- 
iele Grazier, contirme ces idees. 

Toules ces remarques jointes aux indications de sir 
Humpliry Davy, chiraiste tres-dislingue , m'ont con- 
vaincu qu'il fallait altenuer les effets du carbonate de 
chaux. 

Je lisais dans un ancien ouvrage anglais, 7m//, ce qui 
suit : (( Ileureux le cultivaleur qui est a. me'ine de trans- 
porter des sables datis les loams calcaires, car ilnelardera 
pas a en reconnailre tous les avanlages. nGuidc par mes 
propres observations et par ces renseignements , j'ai 
done eonsidere que nos terres calcaires, etant souvent 
soulevees par la gelee , ou par une trop grande seche- 
resse , il en resultait des espaces vides , dans lesquels 
se dessechaient les racines des plantes. Or les couches 



— 150 — 

de sable repaodues sur le sol doivenl reinplir cos \u- 
terslices, entretenir Vliumidite, et donner plus de con- 
sistance a la terre. 



Convainou (jiie jc pouvais cotiiineucer lues 

tra\aiix d'apr^s ces donnees, j'ai fait conduirc du 
sable sur les jacheres , et j'en ai reconnu de suite les 
avantages. Mais il i'allait des engrais; ines terres 
avaient ele affermeos en partie , et avaient le plus 
grand besoin d'amendemenls. 

Les fumiers de iiies i'ermes ue pouvant suffire, j'ai 
essaye a diverses reprises, comme engrais animaux, les 
bouts de laine, le sang liquide, mais sans pouvoir en 
employer en quantite sufRsanle. Comme les engrais 
animaux etaient sans contredit les plus efficaces pour 
notre sol calcaire, je me suis attache a augmenler mes 
produits en furaier, par des engraissemenls de boeufs ; 
mais ayant bienlot reconnu que ces fumiers me reve- 
naient beaucoup lro[) cher , j'ai trouve plus d'avantage 
a employer des matieres fecales, converties en compotes 
au moyen du sable , et j'en ai eprouve de tres-bons re- 
sultats. 

Un autre engrais animal (^ui est tres-riche, el dont 
I'emploi fait avee prudence est des plus avantageux, 
c'est le sang desseche a la vapeur. 

Le sang est reduit enpoudre; on en seme TSOkilog. 
sur un hectare apres une recolte sarclee, soit de belte- 
ra\es , de rulabaga ou de pommes de terre; cet engrais 
rend a la terre effritee par les racines qu'elle a pro- 
duites, ce que leur vegelatioa lui a enleve, et j'ai I'ex- 
pdrience que les recolles qui suivent sont egalement 
prosperes . 



— ISl — 

Le sang dessdche est de tous les engrais celui qui 
contienl le [)liis d'azote. L'azole a uiio action sliiiiu- 
lante bicn domontree, etc' est dans I'air alniosplieriquc 
que les piantes puisent ce gaz, qui agit avec enicacite 
sur les conduits de leur seve ascendante. 

On pent lire a cet dgard un article fort interessaiil 
de M. Payen, insere dans le CuUivaleur du mois de 
septembre 1841. 

II se fail une grande exportation de sang desseche 
pour les colonies, oil on rem[)loie avec succes dans la 
culture de la canne a sucre. 

C'est un engrais Ir^s-puissant, et d'autant plus pre- 
cieux, qu'il est d'un transport facile, qu'il n'y a pas de 
niain-d'oeuvre, pour en faire I'eraploi. 

Je conipte en semer sur des terres disposees 

a reccvoir des orges, inais je nielangerai alors le sang 
avec du sable, |)our diniiiuier sa force en le divisant. 

Sans doute dans une culture bieu ordonnnee les fu- 
miers de cours pourraient suffire, cependant les terres 
calcaires ont tellement besoin d'engrais , que si , par 
une Industrie bien calculee, on n'aidait pas a ce qui 
peut nianquer, il serail difficile de les maintenir dans 
un etat prospere. 

Cost ainsi qne nos laborieux et estimables voisins, 
les cullivaleurs de Fresnes, Pomade et environs, ont 
vaincu la sterilite que presentaient leurs sols crayoux. 

Ceux qui n'liabitenl pas dans le voisinage d'une 

grande ville, et qui ne peuvent facilement se procurer 
du furuier, ne doivent pas cependant raster station- 
naires. 

Tout cultivateur plac(^ sur un terrain calcaire, doit 
clierchcr a hitter contre I'exces de carbonate de cliaux. 
S'il est assez heureux pour avoir du sable a sa proxi- 



— 152 — 

initt', il doitl'eraployer. S'il a de I'argile, il peut s'en 
servir en la laissant secher. 

La rnarne siliccuse conviendrait bien- I'engrais 
Jeauffret reduit aujourd'liui en sels combines peut etre 
adniis comme essai] les bouts de laine, les detritus des 
manufactures, les corapots de gazons, qui contiennent de 
I'alkali; la suie, qui coiitient beaucoup de sel ammonia- 
que, le noir animalise, et surtout le sang dessecbe, tous 
ces moyens peuvcnl etre employes avec le plus grand 
avantage. Sans doule lis donnent lieu a quelques de- 
penses, mais ces depenses sont bien conipensees.... 

Ah ! que Ton y rellechissc, une fois que Ton est arrive 
suivant I'expression bien comprise dans nos plaines, a 
ratteindre ses terres, c'est-a-dire a les funier dans un 
temps periodique que I'usage local indique comme 
necessaire, on n'a plus qu'a les maintenir dans Tetat 
prospere oil on est parvenu a les placer. Les recoltes 
se suivent, on peut nourrir des bestiaux a proportion 
de leurs produits, et on est recompense de ses [)eines. 

Puissent les idees que j'emets, elre utiles a mes com- 
patrioles cuUivateurs ; puisse le peu d' experience que 
je me suis elTorce d'acquerir, par les differents essais 
que j'ai fails dans I'inleret de I'agriculture, leur venir 
a proflt, et je me feliciterai de m'etre adonne a la cul- 
ture des champs, et de pouvoir terminer ainsi ma Ion- 
gue caniere industrielle, 




DU MODE D'ASSOLE]\IENT 

IE PLUS FAVOBABLE A^X TERUAIKS CALC AIRES 

UU DEPAUTliJlENT DE I.A MARNK, 

Par UM. liALREIVT et TAIIiLET (i). 



Pour suivre avec avantage rassolement de sis ans 
que nous proposons, il faut operer sur une terre en 
assez bon etat, au courant d'amendements et d'en- 
grais, qu'on appellc dans le pays une terre ratleiiUe. 

L'assolement qui a ete suivi sur ces terrains, a lou- 
jours ele celui triennal, oil la 1'^'' annee etail versaine, 
la 2* seigle ou froment avec fumier, et la troisieme 
avoine ou orge dans les terres qui a>/aient ele empouil- 
lees en froment, et qnelquefois du sarrazin. 

C'est cet assolement qui est encore pratique aujour- 

(i) Extralt du ni6moire n" 2 qui a uLteiui lo prlx propose par 
I'Acadtimie. 

Malgrc tout cc que la redaction dc cc travail presente d'incorrect 
iliianl a la forme, nous avons cm devoir I'inserer textuellemenl dans 
nosannalcs, en raison des aper^us pratiques qu'il contient. 

Nous n'avonspas voulu memo fairc disparaitre les nombreuses im- 
perfections du style, aGn d'encourager davantage les habitants des 
i.anipagncs it nous transmcttre, sans pretention t;t sans craintc, le re- 
sultat dc Icur expcrirncc, et dc Icur prouvcr, qu'cn ruatifire d'eco- 
noniie agricole, I'Acadcmic fait completcmeDt abstraction de la forme. 
•:' nc licnt rompt'' que du fond. 



— I5i — 

d'hui ; rinlrocliiclioii ties liizeriies el sainfoins, coniiiic 
prairies artilicielles, n'a rieti change a ce sysleine; il 
n'y a eu reellement variation qu'au moinenl oii on a es- 
essaye la culture du trefle, des vesces ou dravieres, et 
des pommes de terre , qu'on a loujours placees dans la 
versaine, pour suivre ensuite la rotation par les seigles 
ou fromcnts. On s'est loujours bien trouve de ces 
recolles, niais le sol demaude de I'cngrais pour les 
cultiver avantageuseraent : et e'est pourquoi les culti- 
vateurs qui ont une fois leurs terres rallehUes et au 
courant d'amendemenis, peuYcnt lui confler ces plan- 
les, a cause du produiten I'umier qu'elles lui procurent. 

Quelquefois la lupuline est seniee aussi pour faire 
paturer dans Tannee de versaine ; on s'est plaint sou- 
vent que cette plante epuisait considerablement le sol, 
sans prendre en consideration qu'il y a une grande dif- 
ference d'epuisement enlre la rccolle coupee et patu- 
ree en vert, et la nieme qu'on a laisse venir a graine ; 
car il est de fait que cette plante coupee en vert 
n'epuise pas le sol , tandis qu'au contraire, I'epuise- 
racnt est considerable par la grande quantite de graines 
qu'elle produit, lorsqu'on la laisse venir : cetle consi- 
deration est applicable en general a loutes les plantes. 

La navette est cultivee en grand aux environs de 
Reims, pour en livrer la graine au commerce; cette 
culture rend de beaux benefices au cultivateur, mais 
pourtant a la condition de faire I'acquisition des en- 
grais que cetle plante retire du sol, puisqu'elle n'en 
rend pas, comme les cereales, par la liliere : on peut 
cependant y trouver de I'avantage, si on se trouve a 
proxiraile des villes ou des lieux oil il existe des de- 
pots d'cngrais. II arrive quelquefois qu'on la fait patu- 
rer sur place; dans ce cas, ii faut eviter que ce soil 



— 155 — 

pendaul la lloraisoii, paice qu'alors les besliaux qiif 
en mangcraient, seraiont sujets a elre meteorises. 

L'assuienient Iriential produit peu de benefice au 
cullivateur; par rintroductiondes luzernes et sainfoins, 
on a acciu ic revenu; pins tard , en essayant le trede 
et quc'lque pen de pomnies de terre, on a trouve de 
pins grands benefices. Ces considerations prouvent 
cju'on pent supprinier les jaclieres ou versaines, ponrvn 
qu'on suive une succession de culture bien entendue et 
bien combinee. 

Par Tassoleraent de six ans que nous proposons, et 
par Finlercalation des recolles, nous pronvons que la 
jachere peut-etre supprimee ; que les benefices dn cul- 
tivateur seront plus considerables, quand loulet'ois les 
terres seront bien au courant d'engrais ; que le sol s'en- 
tretiendra, net de mauvaises herbes, et meme augmen- 
tera en fertilile. Get assoleiuent aura de plus le double 
avaulage de pouvoir etre mis en pratique sur la grande 
propriete, qui se trouve reunie, pour ainsi dire, en une 
seule piece, et aussi par le plus petit proprietaire qui 
aura ses terres niorcelees parmi les terroirs d'une ou 
plnsieurs communes. 

Le besoin d'elemens a engrais nous oblige a ne 
j)as suiyre strictement la tlieorie des assolemens indi- 
(juee pai- an des meilleurs ouvrages d'agriculture,(nous 
voulons parler de la Maison rusti([ue du XW""' siecle) : 
parce qu'en formant la vegetation, il faut necessaire- 
nieut donner au sol de quoi racliver : el c'est apres 
de longues meditations, et apres des resullats obtenus 
sur des recoltes anterieures, que nous nous sonimes ar- 
retes au systeme suivant, qui nous a paru le mieux con 
venir pour les terrains calcaires. 



— 156 -• 

Nous partagcons le terrain a culliver en six divi- 
sions, en nietlant a part les 2/9 de la superlicie totale 
pour les sainfoins el luzernes, qnantite sufllsanle pour 
le produit en foin , coninic nous Ic prouverons plus 
loin. 



1" Division 



'i*" Division 



3" Division 



4" Division 



5« Division 



Racines, raoilie. 
Navetle el lupuline i)Our pa- 
ture > 1^2. 

Froment, 1/2 
Seigle, I'autre mollis. 

Orge, 1/3. 
Avoine, 1;3. 

Lenlilles avec un peu de sei- 
gle, 1/3. 

Trefle, 1/2. 

Dravieres ou vesces, 1/2. 

Fromenl , 1/2. 
Seigle , I'autre nioilie. 



6° Division , la lotalile en avoine. 



Les racines de la premiere division scronl fumees a 
raison de 36 vuiUires de fumier par hectare , cliaque 
voiture de 1,250 kilos , et comprendront celles-ci : 
1" potnmes de terres 1/4, betleraves 1/3 et navels 5/12. 
Ces racines devront elre cultivees comme planles 
nettoyarites, eu merae temps qu'ellcs seront d'un bon 
usage pour la nourriture des vaches, boeufs el nioulons, 
pendant I'hiver ; on en pourra donner aussi aux pores. 

On devra choisir pour semences de pommes de 
lerrc, cellesjaunesj rondes plates, lialivesel tardives, 



— lOi — 

qui donnenl tie beaux produits, et ii'onl pas I'inconve- 
nient d'avoir une quanlile innonibrable de cheveUis, 
comme certainos varieles , qui doivcnl, par cclle rai- 
son, C'puiser da\anlage le sol. On les planic a AOccn- 
limelres de distance, toulcs les qualrc raies decharrue; 
elles sont Irop sorroes a liois raies. Lorsqu'eiles sont 
bien levees, on les sarclea la houe a eheval, iiislruiuent 
qui fonctionne Ires-bien, ensuite on les bule; voila les 
seuls travaux a faire apres la plantation. Pour cetle 
derniere operation, on se sert de la charriie a buter , 
qui est Ires-simple. 

On choisira pour semence de betteraves , la variele 
rose, sortant de lerre, vu quele peu de profondeur de 
terre vegetale empeclierait sa croissance, si elle devait 
y prendre tout son developpemcnt. Si on dispose d'as- 
sez, de bras , on pourra les senier a la voice , parce 
qn'alors on pourra les sarcler a la main ; en cas con- 
traire, on pourra les semer en ligne, a 60 centimetres de 
distance , pour pouvoir les sarcler a la houe a clieval, 
comme les pommcs de terre. On objeclera que le ter- 
rain calcaire nc convient pas pour les betteraves, et 
qu'elles ne viendronl pas. Nons dirons el nous certifie- 
rons que nous en avons vu dans un terrain de celte 
nature, appartcnant a M. de Vroil , |MOi)riclaire a 
Courcy , ot qu'elles ne laissaient rien a desirer pour 
leur produit; a la verite I'anncc etait favorable pour 
leur vegetation , majs ceia n'autorise pas a dire qu'en 
annee ordinaire , elles ne viendraient jias. 

Les navels propremcnt dits et le rutabaga , ou na- 
vct de Suede , peuvent etro semes avantageusemenl 
tousdeux. II faut remarquer qu apres ^-tre fumee , il 
faut que la terre soit bicn pulvdrisee et bien meuble , 
pour que les graines puissenl lever; apres le dernier 



— 138 — 

taboiii , on doit h«>rser el rouler deux fois avanl. que 
ti'eDSPiiicncer. 

Ces na>ets prosp^renl sur les leires calcairos, ci 
on pent. (Hre certain dela reussite, si on a soin de bien 
preparer la terre. 11 y a une Irenlaine d'annees , on 
en cidtivait beaucoiip sur le territoire de Bourf^gne, 
et ils avaienl quelque reputation sur les marches , prin- 
cipalenient a Reims. 

Apres que la Uipuline et la navelte seronl palurees, 
on preparera la terre comme une versaine, et on amen- 
dera a raison de 18 voitures de fumier par hectare, 
pour y seraer du seigle; on semera en froment I'autn; 
moilie ile la sole, lorsque les racines on seront enle- 
vees. 

Dans la deuxieme division, on fera les recolles de 
Iromenl et de seigle 

Dans la troisieme division , qui sera subdivisce par 
tiers, dont le premier sera empouiile en orge , dans 
laquelle on devra renouveler le sixieme de la quanli!(; 
de luzerne , qu'on devra toujours t nir sur la pro- 
priete , on fera bien , pour assurer la reussite de la 
luzerne, de repandre 18 voitures de fumier par hectare, 
le reslaiit sera seme en trefle : le deuxieme tiers sera 
empouiile en avoine dans laquelle on devra scmer en 
trefle la quantite necessaire, pour que la sole suivante 
contienne moitiede celieplante; le dernier tiers sera 
empouiile en lentilles avec nn pen de seigle. 

Dans la qualrieme division , on fera la recolte de la 
moilie en trefle, el I'autre moitie sera empouillee en 
vesr^s ou dra^ieres, tant d'hiver que de mais. 



— 159 — 

La cinqiiierni' division sera empouilk'e , savoir : 
nioitie en fronicnt apies Uetle, fnmee a 18 voilnres de 
fumier par hectare ; el la seeoiulc inoitie en seigle , 
apres pare ou divers aniendemenls, luniinc sable 
melange de terreau pris sons les fniniers , lerres de 
ilessons lesbesliaux, etc... C'esl dans ce seigle que 
devra etre some le sainfoin. 

La sixi^me division sera empouillee en avoine, on 
pent y semer une portion en sarrazin , et on aura soin 
lie senior de la navelle el de la liij)uline, pour faire 
paturer I'annee siiivante. 

C'est dans celle sixieme division que reulrerunl. les 
sainfoins et Inzernes relournes fnret a mesure de leurs 
defricliemeiils. Or, nons avons dil que les Inzernes se- 
raient semees dans la troisienie division , et celles re- 
tournees lie rentrant que dans la sixieme, par con- 
sequent les qualrieme et cinqnieme divisions ne con- 
tiendraient pas autant que Its j)remiere , deuxienie , 
troisienie et sixieme. II n'en serail pas d(! meme pour 
les sainfoins, qui etant defriches, rentreraient pre'cise- 
ment a la sixieme division , d'oii ceus semes sor- 
tiraienl . 

Nous developpons cet assolenionl dans le tableau 
ci-apres, oil, d'un soul eoup-d'cril, on pent snivre les 
diverses successions de reeoltes. 

On auiail pu inlercaler dans les six divisions les 
prairies arlilicielles, riotamment les sainfoins el luzer- 
nes: mnis nous avons pense qu'd elait mieux d'en faire 
une division a pari, dans I'interet de la culture , car 
il est impossible de preciser I'epoque de leiir defriclie- 
ment , qui depend des saisons plus ou nioins favora- 
bles, et de leur duree, (|ui est toujours incerlaine. 



— 160 







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— 101 — 

Nous avons dit plus haul que nous ferions les 
2/9 de la supeiGcie totale en prairies arlificielles , 
que nous diviserions par sainfoin 1/3 el hizeriie 2/3. 

Afin de ])ouvoir niieux encore d^velop|)er, et cer- 
lilier I'appliealion de cet a^solenienl ., nous allons I'a- 
dapter a uue propriete supposee contenir 120 hec- 
fares; nous suivrons en tout, point les regies posees au 
tableau d'aul re part; ensuite nous etablirons approxi- 
niativement le produil des recolles compare a la con- 
sommalion, la quanlite de besliaux a entretenir , afin 
de ponrvoir au\ fiimiers neccssaires, jjuis enfin le pro- 
duit en numeraire qu'on jionrra realiser. Mais comme 
nous I'avons deja dil , nous supposons cette propriele 
bien ralleinte et au couranl (V amendement . 

De ces 120 hectares , nous avons a soustraire les 
2/9 on 26 lieclares GO ares , dont le tiers en sain- 
foin on 8 lieclares 88 ares , el deux tiers en luzerne 
ou 17 lieclares 78 ares. 

La duree ordinaire des sainfoins est de troisans, 
<|iie[<juefois quatre ans, aiiisi on aura a en semer tons 
les ans le tiers ou le <(uarl , selon les besoins , afin de 
reinplacer ccux qui seronl defriclies. 

(idle des lu/.ernes est ordinairemeiil de six ans ; 
ainsi on en semeia le sixienu; lous les ans, pour en 
del'iiclier la nieine (juaiilile. 

Des circonslances imprevues euipechenl <piclque- 
fois le cullivateur de suivre a la letlre la regie gene- 
rale, telle est par cxemple rannee 1842. Beaucoup de 
semis de luzerne et de trelle w'onl pas reussi , en 
consequencCj on se trouve dans I'obligalion de con- 
server d'anciennes luzernes qui (-laient destinees a 
elre retournees ; il faut faire celle rcnjarque en 



— 162 — 

passant, el rapporler les paroles d'un agronome 



distingue 



« Tout est relatifen agriculture, rien n'est absolu. » 

Nous diviserons les 93 hectares 34 ares qui resteiil 
en six divisions pour la culture. Nous avons dit plus 
liaut que les (juatrieme et cinquieme divisions no de- 
vraient pas conteniraulantque les premiere, deuxieme, 
Iroisieme et sixiemc , parce qu'en semant les luzernes 
dans la troisieme, elles sortent a la quatrieme , et celles 
retournees ne rentrent que dans la sixieme. D'apres 
ce, les premiere, deuxieme, troisieme et sixieme divi- 
sions, contiendraient chacune 16 hectares 55 ares , 
et les quatrieme et cinquieme seulement 13 hectares 
57 ares. 

Nous Savons bien qu'on n'est pas lenu de siiivre cxac- 
lement la quantite enoncee dans chacjue division : cela 
est impossible, les conlenances de chtique piece de 
terre n'etanl pas semblables, y mettent obstacle , mais 
nous dirons qu'on doit s'en rapproclier autant que 
possible. 



1" Division. 

Conlcnant 16 hectares 55 ares : 

2 hectares 07 en pommes de terre. jFumor a raison 

2 — 76 en betteravcs. \ de 3G voit. dc 

3 _ 44 en navets. ) fumicrparhec. 

4 — 14 en navelte. 1 Pour patnrer en 
4 — 14 en lupuline. ( vert. 



— u;;^ 



2 Division. 



Conloiiant Ki hectares 55 ares : 

8 heelares 27 en IVomciU apres racines, 
8 — 28 en sei^Me , apres pature , fumer a 
18 Yoiliires dc funiier par heelare. 



3" Division. 



Conlenanf 16 !iecl»ires 55 ares : 

5 heelares 52 ares «'n orue. 
5 — 52 — en avoine. 

•' — 51 — en lenlilles nielangees avec dti 

seiiile. 



C'est dans I'orge qu'on dcvra senier la luzerne. 
On devra, pour celte parJie, fuiner a raisun de 18 voi- 
lures de luniier par lieelarc : il convieiidra anssi, pour 
inieux assurer la bonne reussile de la in/.erne, de se- 
nier I'orge un pen clair; on ehoisira unc terre nette 
d'lierbes : celle qui aura [)orte des racines, conviendra. 

L'avoine se seniera dans le restanl ties |)ieces qui 
ont [lorle du fromeni , el les nieilleures de eelles qui 
elaicnl (inpouillees en si;igle ; dans I'orge (pii ne sera 
pas ensenience en luzerne , on y seniera du trelle ; on 
en seniera dans l'avoine la quantile necessaire pour 
que ia sole suivanle en contienne la uioilie. 



— 164 — 

l"^ Division. 

Conlenant 13 hectares 57 arcs : 

6 hectares 78 ares en trefle. 

6 — 79 — on vesces ou draviercs do Mars 

el d'hiver. 
Ces dernieres seront mangoes en verl. 



50 Dii^isjon. 

Contenant 13 hectares 57 ares : 

6 hectares 78 ares en froment apres treflo , avoc 

18 voitures defumiora I'hect. 

6 — 79 — on seigle apres pare ot divers 

amendements. 

Cost dans ce seigle qu'on semera le sainfoin ; la 
reussile en sera plus assuree que dans les mars. 

Pour parquer en seigle, 100 moutons el brobis , re- 
cevant une bonne nourriture , peuvenl parquer 1 hoc- 
tare en f)3 nuits , ou 1 are 60 centiares par nuit. 



fi"" Division. 

Contenant 16 hectares 55 ares 
La tolalile cp avoine. 



— 165 — 

On pourrti lelraiicher ujie [)arlie des 16 hectares 
55 ares , pour semer du sarraziii , si on desire en 
recolter. 

On ne perdra pas de vue, que c'est dans cctle divi- 
sion qu'il faudra semer la lupuline et la navette, pour 
fairc paturer I'annee suivante au printemps. 

Les sainfoins et luzcrnes retournes , prcndront leur 
point dc depart de celte division pour la succession 
des recolles qui, apres I'avoine, denoandeut a etre fu- 
mees ; en y cuitivant les racines, comrae plantes sar- 
clees, on detruit I'lierbe qui habitueliement se montre 
dans les prairies arlificielles defrichees. 

Nous allons mainlonant comparer les produits de cet 
assolcraeiit , avec les besoins de la consommation , tant 
pour les houimes que pour les bestiaux. 

Surces120 hectares, 9 chcvaux suffisent pour la 
culture; il ne faudrait pas avoir au-del;i de 350 mou- 
tons, brebis et agneaux; une plus grande quantite 
consommerait plus de paille, et elle sera precieuse a 
conserver coinmc liliere ; 30 vaches , taureaux et 
eleves suffiront ; ensuite on aura a opter pour 
engraisser 15 boeufs ou vaches, ou I'equivalent en 
moutons : 300 volaillcs ; seulemcnt 3 pores pour les 
besoins de la maison. Si on en veut faire une Indus- 
trie ou une speculation a part, on devra suivre la regie 
pour les clever, les acheler et les engraissser pour la 
vente : on aura aussi un ane ou un petit cheval , pour 
faire quelques menus charrois , comme aller chercher 
de riierbe, conduire les liens aux moissonneurs, etc... 
Habitueliement, ce dernier vit avec les chevaux de 
ce qu'ils out de superflu. 

La cuisine sera composee de 10 personnes avec 
les allants et vcnants. 



— 160 — ^ 

1" FUOiMENT. 

Produits. 

R^colte (le 8 hectares 27 ares ajiies 
racines, evaliieea 90 douzaines I'liec- 
tare = 744 douzaines a 37 litres dc 
rendement I'une, fait 275 heel. 28 lit. 

Recolte de 6 hectares 78 ares 
apres Irede, evaluee a 75 douzaines de 
I'hectare ■-= 508 douzaines , pouvant 
produire 25 iilres par chaque dou- 
zaine, fait 127 



Total 402hect.28^il. 

Report de la consofiirnatioii 132 30 



Disponible 269 hcct. 98 lit. 



2° SEIGLE. 

Produits. 

Recolte de 8 hectares 28 ares avec 
1;2 fumier, evaluee produire 75 dou- 
zaines I'hectare =621 douzaines, a 
40 litres de rendement par douzaine 
fait 248 hect. 401il. 

Recolte de 6 hectares 79 ares, ii 
75 douzaines I'hectare, chaque dou- 
zaine a 35 litres fait pour 509 dou- 
i^aines 

Total 
lleporl de la consonimalion 

Disponible 



178 .. 


15 


/i26 heel. 
400 .) 


55111. 


26 hect. 


55 lit. 



— 167 — 

1° FROMENT. 

Consommation. 

Pour la cuisine (1/3 en froraent et 
2/3 seigle), pour I'annee 

Seraence de 15 hectares 5 arcs, a 
3 hectolitres par hectare 

Aux moissonneurs , 180 litres de 
1' hectare 

Aux batfeurs le 1/18^ 

Criblures pour les volailles 

Total ~~ 



20 hectolitres. 



45 



27 
22 
18 



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» 



30 



132 hec. 30 lit. 



2 SEIGLE. 

Consommation. 

Cuisine (pour 2/3). 

Semcnce de 16 hectares 07 ares, 
a 3 hectolitres de I'hectare. 
Moissonneurs et homines de inoissons 

Balteursau 1/18'. 

Aux boeufs en graisse, chacun 4 
litres par jour pendant Tannee. 216 

Gage au berger. 38 

Total 



40 heel oli Ires. 

45 » 
37 .. 
24 .) 



400 hectolitres. 



— 168 — 

3 ORGE. 

Prod nils. 

Recolle de 5 hectares 52 ares eva- 
luee a 60 douzaines rhectarc, fail 330 
douzaines , pouvanl rendre chacune 
50 litres par douzaine. 165 heclolilres. 

Report de la consoniiuatiou 1 17 » 90 

Disponiblr 47 hect. tOlit. 



4 AVOINE. 

Produits. 

Reeolte de 22 hectares, 07 ares, 
pouvanl produire 51 douzaines par 
hectare, tail 1 122 douzaines a 75 li- 
tres de rendenient. 841 heel. 50 lit. 
Report de la consoniniation 587 » 



Disponiblt". 254 hect. 50 lit. 



— 109 — 

'V OKGE. 

(^onso)nntatioH. 

Eaii blanche pour les chcvaux. 3 heel. 

Aux trois pores a yraisser. 18 » 

Volailles. 24 » 

Serncncede 5 hectares, 52 ares, a 

3 hcetol. par hectare, 10 » ^q 

Moissonneurs, 180 litres par hec- 
tare. 9 „ 90 

BaUeursau l/18^ 9 » 

Pour 75 af>neaux, 150 jours a 25 

litres. 37 „ 50 



Total 1l7hect.90lit. 



4' AVOINE. 
Consomnialion. 

Aux 9 chcvaux, a chacun 12 litres 
()ar jour, pendant 8 mois, 259 h. 20 I. 
et litres par jour, pen- } 'Sill hect. 

(lant quatre mois. Gi h. 80 I. 

Troupeau, aux brebis et nioulons 
^0 lit. par jour, pendant 5 mois (iO h. ( 
75a<5neaux, 150 jours a 'lO lit. (10 h. ) 

Seraence de22 heclaresa 3 hecto- 
litres. 

lialleurs au 1/18- 

Volailles. 

Fores. 

Total 



6() 


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47 


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24 


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6 


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hect. 



— 170 — 
S" lOlNS. 

Pruduits. 

RecoUc tie la premiere eoupe de 
Juzerne en 17 hectares, 78 ares a 3,000 
kilos par chaque heel. 53,3A0 kil. 

Recolle de la deuxieme coupe sur 
11 heel. (6 hectares, 78 ares pour etre 
mange en vert) a raison de 2,250 kil. 
del'hectare. 24,750 

Recolte de la troisieme coupe sur 
11 hectares ii 1,125 kil. de I'hectare. 12,375 

Recolte de 8 hectares, 88 ares de 
sainfoin, a 2,700 kil. de I'hectare. 23,760 

Recolte de 6 hectares, 78 ares de 
trefle 1^" et 2« coupe a 6,000 k"' par 
hectare. '^Q>680 

Total 154,905 kil. 

Report de la consomraaliou 150,000 

Disponible 4,905 kil. 

6° PAILLE DE FROMENT ET DE SEIGLE. 

Produils. 
Produit de 1,252 douzaines de fro- 
ment, a 8 bottes de 5 k"' par dou- 
zaine. 10,016 hot. 

Produit de 1,130 douzaines de sei- 
gle, a 8 bottes de 5 k"' par dou- 
zaine. 9,0^0 

Total 19,056 bot. 

Report de la consommatioD 17,520 

Disponible 1,536 bot- 



— l?i — 

,V I OINS. 

ConsoiiDiiatioii. 

9 chcvaux a cliacun 15 k"' par jour 
piMKlanl 240 jours 32,400 k- ) 

et 10 k"' par jour, > 43,200 kil 

pendant 120 jours. 10,800 k"^ ) 

30 Vaches a cliacuMc 5 k" par 
jour pendant 9 inois. 40,300 

15 boeufs a graisser a chacun 7 k"' 
par jour pendant I'annee 37,800 

Troupeau, 80 brebis a 80 k"' par 
jour pendant 5 mois 12,000 k" 

200 moutons, a lOOk"' 
pendant 3 mois 9,000 ) 28,500 

75 Agneaux, a 50 k"' 
pendant 5 mois 7,500 



Total 150,000 kil. 



6" I'AILLE DH FROMENT ET DE SEIGLE. 

Cotisomnmtion. 

A 9 chevaux, 120 joursa 2 boltes 
pour ehacun par jour 2,160 ) 

Et 240 jours a cliacun > 4,320 boltes 

1 bolte 2,160 ) 

Ap troupeau , pendant 5 mois , 
04 boltes par jour 9,600 \ 

Et pendant A mois a > 13,200 

30 boltes 3,000 ) 

Total 17,520 bottes 



-^ 172 — 

7 1>AILLE D'OllGE ET D AVOINE. 

Produits. 
De 330 douzaines d'orge a 6 bottes 1 ,980 boltes. 
De 1,122 douzaines d'avoine a 6 
boltes ^'^-^'^ 



Total 8,712 boltes. 

Report de la consommation ^^-^i^^Q 

Disponible 3,312 boUe^. 

8^ LENTILLES MELANGEES DE SEIGLE. 

Produits. 
Recolte de 5 hectares 55 ares en 
lentillats, a 60 douzaines de I'liecto- 
lilre 3,960 gerbes. 

Report de la consommation 3,60 

Disponible 360 gerbes. 

9' RACINES. 

POMMES DE TERRE, BETTERAVES ET KAVETS. 

Produits. 
2 hectares 7 ares en pommes de 
terre, a 200 hectolitres par hectare 400 heclolitres. 

2 hectares 76 en belleraves, a 150 
hectolitres 420 

3 hectares 44 ares en ngivelte a 

100 hectolitres par hectare 3^4 ^ 

Total 1164 hectolitres. \ 

Report de la consommation 1040 ^^ 

Disponible 124 hectolitres. 



— 173 — 

7" PAJLLK nOUGE ET 1) AVOINK. 

Consomniation. 
Aux 30 vaclics, IT) Imlles parjoiir, 
p('n(l;ui( Taiinee 5400 holt.es. 



8 LENTILLES MELANGEES 1)E SEIGLE. 

Consommalion. 
An Iroupeau , pendant 4 mois , 
30 i,'eiijes par jour 3600 gerbes. 



On ballra seulemenl ce qui scm necessaire pnw 
la semeiice. 



9" RACINES. 

POMMES DE TEKKE, HETTEKAVES ET iVAVElS. 

Consommalion. 
Aux 30 vaohes , 3 licctolilres par 

jour jjcndanl 7 mois 630 \ivct. 

Planlalion el sujels pour graino 70 
Au Iroupeau, deux Iioctolitrcs par 

jour pendanl 120 jours 2-10 

Auxporrs, (pommesdeterrecuites) 50 
Cuisine, (poinmes de terrc) 50 



Total 1040 hcct. 



- 17/. - 

Ainsi qu'on lo voit d'aulrc part, tons los hestiaux 
et loiitos les personnes employes dans la culture des 
120 hectares , recevront ce qui sera necessair*' pour 
leur nourriture, et il restera en outre du disponible sur 
les recolles. 

Nous avons portc a 180 litres par hectare , le prix 
pave aux raoissonneurs, pour en couper et Her le grain, 
c'est le plus haul prix qu'on donno peut-etre dans tout 
le departement de la Marnc ; en consequence , si on 
jjcul le faire faire a 150 litres, ou menie 140 , il res- 
tera plus de disponibloi 

Les boeufs a I'engrais recevront paijour quatre li- 
tres de seigle cult , niele avec du son el 8 k'" de fuin 
hache pour chacun ; on obtiendra avec celle nourri- 
ture des boeufs propies a la bouclicric', en 5 ou 6 mois. 

Les brebis recevront la quantitede foin qui leur est 
allouee; aux moutons , on alternera avec les lentiiles, 
c'est-a-dire, unjour du foin et nn jour des lentiiles. 

Quoiqu'il se trouve de la paillc de disponible , ce 
n'esl pas qu'il faille en vendre , on pourra la faire con- 
soronier par les moutons, nienie quand ce serait dans 
le tem})S qu'ils vont au pare , et qu'on a que peu 
de pfiture a leur faire manger. 

On aura soin de ne pas faire consumnicr des ponimes 
de lerre aux vaches : nous avons la certitude qu'cllcs 
rendront plus de laiten consommant des navcts on dos 
betleraves ; mais de plus, le beurre qu'on en obtiendra 
sera de nicilleure qualile; les moulons, les pores el la 
cuisine suffiront pour leur consommation; on ponrrait 
nienie mettre 1/4 navels ou betleraves avec 3/4 pomraes 
de tcrre pour le troupeau. 

On melangera les racines avec les menues-pailles 
donl on disposera, ce qui formera une bonne nourri- 
ture pour les vaches et le troupeaii. 



— 175 — 

Maiiitenaut, nous avons a prouver qu'avec eel asso- 
lement et la noiirriturc qu'ori donnera aux besliaux, 
on fcra dans I'exploilalion memo, tons les furaiers ne- 
cessaires. 



II faudra en fumier : 

1 " Pour 8 liecfares 27 ares en racine, 

a 36 voitures par hectare 298 voilures. 

2" Pour 8 hectares 28 ares on seigle, 

a 18 voitures par hectare 140 

3° Pour 3 hectares pourorge, a semer 

en hizerne , a 18 voitures par 

hectare 5 J. 

A ■ Pour 6 hectares 78 ares en fromenl 

aores Irelle , a 18 voilures par 

hectare 122 voilures. 



Knsenihle 623 voitures. 

Nous avons dit qu'on aurail pour besliaux : 

9 chevaux ; 
30 vaches ; 
15 I)oeufs a (^raisser ; 
35 pour 350 moutons (10 pour 1); 
1 pour ane , volailles, etc. 
Knsemble 90 teles de betail qui pro- 
duiront chacun 7 voitures de fu- 
mier par an , fait 630 voilures. 



ou 7 voitures en sus des besoins ("). 

(*) \o\ez h 1,1 fin (In pn-si'iit. 



— 17G - 

D'apres M. Moll, on aurait uiie autre manierc Ue 
calculor les produits en fumier , d'apres la consom- 
maliun dos besliaux. Selon lui, la production du fu- 
mier est toujours en raison directe a\ec la quanlile de 
nourrilure que consomme Ic belail, et un poids dourie 
de foin employe avec un quart de liliere, rend le dou- 
ble de son [)oids en t'uniier ordinaire, el un pen plus 
avec un tiers de liliere; ainsi 100 k"' de foin, consom 
mes par du belail, sous lequel on aura mis, en merae 
temps, 2a a 30 k'" de paille pour liliere , rendroul 
250 a 260 k"^ de fumier. 

Ainsi nous dirons que les bestiaiix consoninienl : 

1" en foin 154,905 k"» 

2' en racines, 1/2 de leur poids 45,000 
3" Failles , consommees \ 

37,300 k- I 149,440 

Paillos en liliere, 1 12, 080 I 

i" Grains evalurs a 40,000 



Ensendile 389,345 k- 

A ajouler le meme eliiflVe, 
pour avoir la quanlile de fumier 
indiqur par M. Moll, 389,345 



Total 778,090 k"' 



de fumier qui divises par 1,250 k"' poids d'une voi- 
lure, produit 623 voitures. Done, il est prouve qu'on 
trouvera le fumier necessaire pour suivre eel assole- 
ment dans I'exploilalion meme. 

On objectera que la paille consommee, ne peul 
produire un(> aussi i^i-.^nde quantite de fumier que Ic 



— 177 



foin, cela est vrai; inais afin de ne pas ^lablir iino 
trop grande quantite de chilVies, nous avons conservd 
le poids, en mome temps que nous n'avons pas portd 
au-dela de son poids, le grain consomme par Ics bes- 
tiaux, qui a reoUemcnt plus de valciir nutritive que 
le foin, et qui , par ec raisonnement, rend plus de 
fumier. 

Maintenant nous avons a donner un apercu deslravaux 
a executor raois par mois pour loute I'exploitation. 

On tlevra loujours tenir et avoir a la maison, outre 
le cultivateur ct son epouse, qui exerceront la direc- 
tion el la surveillance do tons Ics services : 

1° Un maitre charrelier et deux aides [»our Its 
chevaux ; 2" un liomme pour remmcnagement dcs fu- 
raicrs; 3" un homme pour avoir soin des bestianx 
a I'engrais , et qui veillcra a la conservation dcs di- 
vers instruments; 4" et deux lUIes de basse coiir. Le 
cultivateur aura soin dcs grains, et fera les semences. 
Le berger est suppose avoir son men;ige a part. 



MOIS OR JANVIF.R. 


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3 C 


cJ5 S. j 

-J t/i 


Soins a donnner aux fumiers 

Cliarrois de 55 voitures de I'u- 
inier a la. distance moyenne dc 
t,500 metres 

Divers cliarrois, reparations des 
cheniins, entreliens, rentrees des 
riienles 

Un homme pnur aider le berger 


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18 

20 
30 


1 

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Tot^iux 


77 


98 


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— 178 — 



MOIS DE FtVRIER. 



Soins a donoer aux fuiniers 

Charrois des 55 voilures de 
fumler 

Divers charrois , comme plus 
liaut 

Un homme pour aider le bergcr 

Totaux 

MOIS DE MARS. 

Soins a donner aux fumiers 

Charrois de 48 voitures de fumier 

Etendre les 268 voilures de fu- 
mier 

Semailles de 12 hectares d'avoine 
el couvrir la se.nence 

Herser avant et apres les se- 
mailles 

Divers charrois 

Elendre les laupinieres sur les 
prairies artificielles 

Charrois des cendres sulfureuses 

Totaux 

MOIS D'AVRIL. 

Soins a donner aux fumiers 
Charrois de 48 voilures de fumier 

A reporter 



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179 



SUITE DU MOIS d'aVRH. 



Report 

Etendreles48 voitiiresde fumier 
Semailles de 10 hectares d'avoine 
el couvrir la scmence 
Iferser avant et apres 
Semailles de 5 hectoiilros , 
52 d'orge et couvrir 

Labour avant les semences 
Trois liersages 

Labour de 2 hectares 07 ares, 
pour po mines de terre 

Metlre le lumier dans la raie 
Pour la plantation 
Hersage apres la [jlaiilatiou 
Labours pour 2 hectares 79 ares 
en betteraves 

Mettre le fumier a la raie 
Semer la graine a la voice 
Herser apres les semailles 
Labours de 3 hectares hh ares , 
jjour navets 

Rouler les bles , seiglcs , orgcs , 
avoines, racines 

Semailles et labours sur 3 hec- 
tares pour dravieres de mars 
Semer les ccndrcs sulfureuses 

Tolaux 



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1 



150 134 



14 



180 — 



WOIS DE MAI. 



5 g 



Soins a donncr aux fiimiers 

Charrois de 48 voitures 

fi lend re les 48 voi lures 

Semailleset labours de 1 hectare 
72 ares pour navels 

Mellre le furaicr a la raie 

Hersage et roulage 

Reparation des chcniins 

Divers charrois 

Verser 1/2 des patures et dravie- 
res 9 hectares , 50 ares 

Totaux 

MOIS DE jum. 
Soins a donner aux fumiers 
Charrois de 48 voit. de fumier 
Elendre les 48 voilures 
Seraailles, labours, furaier a la 
raie , liersage et roulage sur 1 hec- 
tare 72 ares en navels 

Renlree de 97,460 k°^ de foin , 
a 1,000 k°' par voitures, 97 voi- 
tures , 4 par jour 
Hommcs neccssaircs a la rentree des foins (*) 
Sarcler les ponimesde tcrre ot bellcraves 
Verser 1/2 des palures el dra- 
\iercs 9 hectares BO ares 

Totaux 



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2i 

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6 

» 

2 

60 

20 

38 



24 



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10 



38 



11 



155 



30 

16 



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2 

40 

12 

19 



150 123 



30 
16 



50 

» 
10 



19 



Q. 

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132 



93 



(*) On ferait faire la fauchaison el fenaison des foins a la tiche. 



— 181 — 



MOIS DE JUILLET. 



Soins a tlonner aux I'umiers 
Cbarrois do -^8 voitures de fumier 
Rontree de 73 voilures de sci- 

gles et lenlilles de cliacune 20 dou- 

zaines , 6 par jour 
Pour rengrangement 
Buter les porames de terrc 
Sarcler les bctleraves et navets 
Divers charrois 

Tolaux 

MOIS D'AOUT. 
Soiiis a donner aux fumiers 
Cliarruis de 48 voi lures de fiiinier 
Rentree de 63 vultures de fro- 
ment 

Pour rengratigement 

Rentree de 13 voitures d'orge 

Engraugeuienf. 

Rentree de 45 voitures d'avoine 

Engrangeiuent 

Labours sur 15 hectares pour 
seigle 

Labouis sur 5 hectares 51 ares 
pour Icntilles 

Divers charrois 

Totaux 
N* Rentree et engraiigcmont de i'i.Vbo k" 
foin. 2* coupe luzernc 

Ensemble 



24 

30 

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6 
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24 
I) 

60 

22 

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180 



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Journees 

de 
chevaux. 


.loumecs 
'employes. 


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85 

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115 



182 



MOIS DE SEPTEMBRE. 



Soinsa donner aus furaiers 
Cbarrois de 55 voitures de fumier 
filendreles 150 voitures de fumier 
Rentree de 20,000 k°' de foin, 

2* coupe de trefle 
Engrangeraeots 
Pour la semer, la couvrir, herser 

??ant el apres sur 20 hectares 58 

ares de seigle et lentilles 
Mettre le fumier en raie 
Divers charrois 

Totaux 

MOIS DOCTOBRE. 
Soins a donner aux fumiers 
Charrois de 55 voitures de fumier 
Elendreles 120 voitures de fumier 
Arrachage des pommes de terre 
el rentree 

Arrachage des betteraves et ren- 
tree 
Arrachage des navels et rentree 
Enmagasineiuent des racincs 
Semailles, labours, herser avan^ 
et apres sur 15 hectares en fro- 
monl 

Mctlrc Ic i'umier on raie 
Rentree de 12,375 k"' de foin 3^ 
coupe de huerne 

Totaux 



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— 183 — 



MOIS DE NOVEMBRE. 



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Not*. Achevcr les fromens si il on 
reste a fa ire. 

Soins a donner aux fumiers 

Charrois de 55 voilures de fu- 
mier 

Labours de 20 hectares 83 ares, 
pour etrc ensemences en racines et 
marsa";es 

Divers charrois el journees 

Totaux 

MOIS DE DlfiCEIMBRE. 

Soins a donner aux fumiers 

Charrois de 53 voilures de fu- 
mier 

Labours de 15 hectares , pros 
arlificiels pour marsages 

Divers charrois 

Pour aider le beiger 

Totaux 



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25 



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15 


117 


113 



Ainsi qu'on le voil par la distribution des Iravaux, 
le mois qui comporte le plus de journees pour les 
chcvaux, est le mois d'Aoul; en supposant qu'il y ait 
24 journees de travail dans ce mois, 1) chevaux sufli- 
ront, puiscju'ils feraiont 216 journees et que les tra- 
Aaux n'cn dtjmandcnt «pK' 20 'j ; les aulres mois deman- 
denl moins de Iravaux aux chcvaux. 



— i84 — 

Cc'lui^qui demande It plus de journ^es d'hommes et 
de femmes eslle mois d'oclobie, jjarce qu'il faul daus 
ce mois arracher les lacines et les emmagasiner; ou 
devra sc meltrc ea mesure d'avoir des ouvricrs eu 
sufTlsance; pour que celte operation n'aille pas en lan- 
gueur, on pourra prendre aussi des enfans. 

Nous n'avons pas compris dans le nombre des jour- 
nees, la faucbaison des grains et des foins : ces dernicrs 
ainsi que les avoines se font, a lantde I'hectare, pour 
couper et faire la fenaison, ou pour amasser; quant aux 
gros grains, nous avons porte a leurs coraptes les 
droits paves aux moissonneurs. 

Nous comprenons aussi aux comptes des grains les 
droits payes aux batleurs, qui habiluelleraent font aussi 
la faucbaison des grains el des foins. 



h' 



Nous allons donner un apergu d'apres les depenses 
et recettes des produits eu argent qu'on pourra tirer de 
I'exploitation. 



ne^peiises pour la cullare des tZO Iiectarest 



Fermage de 120 hectares de 
terre, a raison de 45 fr. I'hectare 5,400 f. 

Impositions ou contributions 600 f. | 



Assurance mobiliere et sur les 



800 
Prestations ou corvees 70 



besliaux 130 i 



A reporter 6,200 f, 



^ 185 - 



Reporl 6,200 f. 



16,40 



Artiste v^teriuaire 100 f. 

Gages du i" domcstique 300 

d° des 2'^ et 3^ d" 500 

d° des deux Giles de basse cour 250 

d° celui qui aura soin des fuiuiers 150 
d° celui qui aura soin des bes- 

tiaux 200 

Gages des bergers 140 



IMenage, bois, vin, epiceries, vais- 
selie, linge, lessives 1,000 

JourneeSj faucbage, fenaison des 
foins el avoines 1,600 

Achat de ceiidres sulfureuses 150 

niarechal 250 

Memoires d'ouvriers : charron 200 \ 600 

bourrelier 150 

Reparations locatives 500 
Interets du capital d'exploitation , 

25 000 fr. 5 pour 0/0 1,250 

Pour divers, iniprevus 460 



Total des depenses 13,400 



6,488 f. 



— 186 — 

Recettea des prodoKs de la cultaro des 
1%0 hectares. 

Sur le disponible en grains. 

270 hectolitres de froment a 
16 fr. I'un 4,320 f. 

26 hectolitres 50 litres de seigle 
a 10 fr. Tun 265 

A7 hectolitres d'orge a 8 fr. Tun 376 

253 hectolitres 50 litres d'avoine 
a 6 fr. I'un 1,527 

Vacherie, 30 vaches produisant 
soit par laitage ou veau, chacune 
100 fr. par an, nous deduirons le 
produit de A d'entr'elles pour les 
bcsoins du menage 2,600 

Bestiaux en graisse a 15, suppose 
\endu deux fois dans Tannee 80 
fr. I'un 2,400 

Troupeau, produit des laines 2,750 

Venle de trente-cinq moutons 
gras a 30 fr. I'un 1,050 ) 4,500 

Vente de 35 hrebis d'age grasses 
a 20 fr. : 700 

Produils de la basse cour, volail- 
Ics, oeufs, etc. 612 



Total des produits 16,600 

Report des depenses 13,400 

Balance ou produit net 3,200 f. 



187 — 



NoTA. On doit observer que la masse d'engrais sera 
augment^e par le disponible en foin , en paille et en 
divers grains, et par les fourrages en vert qui servi- 
raient a la nature des bestiaux. 

II est a observer que nous avons 628 journe'es en 
sus du travail oblige des chevaux ; nous n'en comple- 
rons que 500 que nous pouvons evidemment employer 
en ameliorations, en charrois de terre neuve, etc. 
etc.. pour boniGer les terres, et nous aurions a cet 
effet les moyens d'y faire transporter 1,250 voitures. 






BOTANIQUt:. 



NOTICE 



sun 



LES CHAMPIGNONS 

frouves aux environs de Reims , 

AVEC INDICATION DES liSPECES COMESTIBLES OU \ENUNEUSES, 

Par 11. SALIBIIVKT alue (i). 



La famille des champignons est sans contredit, 
une des plus curieuses , et celle qui offre le plus vaste 
champ d'etudcs a ramateur de cryptogaraie. 

C'est aussi une do cellos qui oITre" le plus de diffi- 
cuKos dans I'exacte determination des especes. 

Depuis douze ans, j'eiudic avcc soin les champi- 
gnons, ct cependant, je dois avouor que sans le sc- 
cours des belles gravurcs, jointes aux excellents ou- 
vrages de Bulliard et de Roques , je n'eusse pas acquis 
la certitude d'une bonne determinalion, et que j'eusse, 
peut etre, die force d'abandonner leur etude. 

(1) Ci'llc notice, iiuh'iiondamniciil ilc rinUTct pOni-ral qu'ello 
oiTro, an point de vue de la science , est une (tuvre d'ulililo pratique 
fort rcronirnandalile , en pn'seiicc des nomhreiix enipoisonnenients 
qui ont encore lieu par les champignons. 



— 190 — 

J'ai I'honneur de mettre sous les yeux de I'Acade- 
raie la liste de 94 champignons cueillis par moi aux 
environs de Reims. 

Parmi eux , Buliiard el Roques reconnaissent 25 es- 
peces suspcctcs ou vcneneuscs , et 1 9 especes comes- 
tibles. J'ai cru utile de les indiquer. 

II m'a fallu Luit annees d'etudes suivies, pour ac- 
querir la confiance de bien connaitre les champignons 
comestibles. Je ne puis trop recommander d'apporter 
les plus grands soinset une minutieuse attention dans 
leur recolle, car plusieurs especes veneneuses peuvenl 
etre facilemcnt confondues avec les especes comestibles. 

J'ai classe les champignons d'apres Tordre adopte 
par Duby dans son liotanicon Gallicum. 

J'ai, pour les champignons comestibles, suspects ou 
veneneux, indique leurs noms vulgaires, le lieu oil je 
les ai trouves et le raois dans lequel je les ai cueillis. 
J'ai egalcment indique le numero des planches de 
I'atlas de Roques. 

Jeles cousidererai 1" Sous le rapport de leur beauts 
et de leur singularile de formes; 

2" De leur qualile suspecte ou veneneuse ; 

3« De I'avanlage qu'ils offrent comme comestible 
sain et abondant. 

Sous le rapport de la beaute et de la singularile 
de formes, je signalerai : 

La fausse Oronge [Agaricits muscarius^ Lin.), dont 
lechapeau d'un rouge vif et agreablement mouchet^ de 
pellicules blanches flatte beaucoup la vue. Ce champi- 
gnon est tr^s-veneneux. II abonde dans tons nos bois; 



— 191 - 

a Louvois , il se trouve quelquefois en telle quantity , 
que la lerre semble couverte d'un tapis de poiirpre. 

La veritable Oronge (Agarkus aurantiacus , Bull.) 
est au corilraire un chainpigrioo comestible delicieux, si 
connu et si eslimd des Remains, que Tempcreur Neron 
I'apjjelait c'lbus Deorum, mels des dieux. Elle ne vient 
pas dans nos environs; on en trouve quelquefois aux 
environs de Paris, mais dans le midi oil elle est tres- 
appreciee, on en fait une grande consommation. 

L' Agaric bulbeux {Agaricus vernus , DC, bulbosus 
vernus. Bull.), surnomme Boule de neige a cause de son 
eblouissanle blancheur, est un des poisons les plus 
actifs et les plus dangereux. Sa ressemblance avec 
I'agaric comestible {Agaricus edulis. DC. campestriSy 
Lin) a etc fatale a bien des persotmes. 11 en dill'ere par 
la bulbe qui se trouve a la base de son pedicule, par 
I'odeur nauscabonde et virulente qui se manifeste par- 
ticulierement a sa bulbe, et par desssus tout, a I'impos- 
sibilite de peler son chapeau, tandis que celui de 
V Agaricus edulis se pele tres-faciloment. 

Le Bolet comestible (Boletus edulis, Bull.), dont qiiel- 
ques individus soot si gros, que le chapeau a trente 
centimetres de diametre, el le pedicule vingt cinq. Sa 
couleur varie du fauve au rouge brique, et du blanc 
au brun. 

La Chanterelle {Canlharellus cibarius, Fries.), cham- 
pignon comestible, dont le parfum suave annoncc la 
presence, etdont les coupes sont dorees et festonnees. 

Sa couleur d'or et son petit chapeau en forme d'en- 
tonnoir la font facilcmeut reconnaitre. 

La Clavaire (Clavaria coralloides, Lin.), champignon 
comestible, resserable a un buisson de corail, forme 
d'une multitude infinic de branches Ones ct deliecs 



— 192 -^ 

i'eposanl sur iin tronc d'une blancheur dblouissaot^; 

L' Agaric sio\el (Agaricus violaceus, Lin.), comesliblo. 
Ce champignon est du plus beau YJolet pourpredans 
toutes ses parlies. 

L' Agaric eleve (Agaricus procerus^ Scop.); il a jus- 
qu'a quarante centimetres de hauteur , et son cha- 
pcau s'elevc en forme de parasol. Ce chapeau est 
d'un roux panache de brun, recouvert d'dcailles im- 
briquees par I'effet de la gercure de I'epiderme. 

L'Hydne (Hydnum rcpandum, Lin.), comestible, 
remarquable par la parlie inferieure de son chapeau 
garnie d'aiguillons serablablos a des pointcs de cloux. 

La Merulc corne iV nhondancc (Cantharellus cornu- 
copioides, Fries) ,dont laforraeest celle d'une trompelte; 
sa couleur noire lui a fait donner le nomlugubrede 
Trompette des morts ou du jugeraent dernier. 

La Morille (Morchella escukiKa, Pers.), comestible , 
se fail remarquer par sa forme pyraniidale. Le chapeau 
est compose d^alveoles semblables aux cellules des mou- 
chesa miel. 

L'Agaric echaude {Agaricus cnistuluniformis, Bull.), 
remarquable par sa ressemblance avec I'echaude dont 
il aflecte la forme , ct par la maniere dont il est seme 
sur la terre : tantot autour d'un arbre, a la distance de 
deux ou trois metres; tantot au milieu d'une praiiie 
ou d'une foret ou il forme des cercles immenses rcgu- 
liers , ou des bandes sinueuses ayant quelquefois jus- 
qu'a cent metres de longueur, sur six a huil decimetres 
(le largeur. 

Comma veneueux, j'indiquerai particulierement, 
outre la faussc Oronge et TAgaric bulbeux menlionn^s 
ci-dessus comme tels : 



— 193 - 

L' Agaric rude (Agaricus asper, DC); sa chair est 
blanche iuterieurement, et sa superficie est d'un rouge 
vineux. 

L' Agaric rouge (Agaricus ruber, DC), remarquable 
par son chapeau couleur de sang. 

L'Agaric a lait jaune (Agaricus (heiogalus, Bull.)- Sa 
chair natnrclleinciit blanche, jaunit Kirsqu'on la coupe; 
elle est saturce d'un sue jaunatre et amer. 

L'Agaric fourchu [Agaricus furcalus, DC), dont le 
chapeau d'un vertlerne, farineux et comme moisi , 
annonce la mauvaise qualite. 

Je crois utile d'avertir l^qu'il faut se garder de 
rueillir les champignons trop Tieux ; 

2" Que tout champignon qui a conserve h demeure 
sur son chapeau des pellicules blanches, est vend- 
neux ; par exemple : la fausse Oronge; 

3" Que tout champignon , dont la chair preod im- 
mediatement , ou par suite de la rupture une tcinte ver- 
datre ou bleualre, est veneneux , ou toutau moinsfort 
suspect, etqu'il estainsi tres-prudent des'en abslenir; 
par exemple : le Bolet azure. 

J'appellerai particulierement votre altenlion sur 
quatre especes de champignons dclicienx que deja je 
vous ai signales comme comestibles, et dont la forme 
est telle qu'on ne pent les confondre avec aucun autre : 
il suflit de les avoir examines une fois avec attention , 
pour les reconnaitre ensuile au premier aspect. Leur 
recolle ofTre Ionic especedc securite sans crainte d'au- 
cun danger, ce sent : 

1"La MorWU' (MorchcUaescuknla, Pers.), un des plus 
sains el des plus delicals champignons. Elle est assoz 

i3 



— 194 — 
abondaiitc a Clienay, Merfy,Trigny. Elle sc rencontre 
aussi assez frequemnoienl a Aubilly et sur toute la li- 
siere des bois de la luontagne de Reims, de Ludes ^ 
Villers-Allerand. 

2" La Chanterelle {Canlharellus cibarlus. Fries.), dont 
le parfum decele la presence. Elle est en aboiidance 
dans tons nos bois, et aiVeclionne les lieux humides ct 

ombrages. 

3° La Clavaire {Clavaria coralloides, Lin.), ({ui so 
plait dans tous nos bois de haute futaie oil elle est tres- 
abondante. 

4° L'hydne {Hydnumrepandum, Liu.), est tres-abon- 
dant dans tous les bois de la raontagne. 



II en est d'autres qui, pouvant oflVir un aliment 
sain et agreable, presentent cependant plus de difGcul- 
tes dans leur determination ; ce sont particulieremont : 

L' Agaric comestible (Agaricus campestris, Lin., 
edulis, BaW.), que tout le raondeconnail,puisqu'il vient 
sur les couches , et qu'on le vend dans nos marches. 
Get excellent champignon est abondant dans tous les 
patis de nos montagnes , et pr^s de la ferme de Boenf : 
j'ai vu des paturages tout blancs par la masse de ces 
champignons. A Bouzy , Trepail, Verzenay , Chigny , 
Rilly , il est commun sur les plaines de la montagne, 
mais il taut bien le counaitre. 11 se cont'ond tacileuient 
avec I'Agaric bulbeux. , qui est un poison violent. Je 
vous reitere que souvent des accidents bien funestes 
en sont resultes ; il faut done faire bien attention aux 
differences que j'ai signalees entre ces deux especes. 

Le Bolet comestible (liokius cdulis, Bull.}, connu 
sous le noni de Cep , est un champignon excellent 



— 195 — 
(li)iil la pulpoest line, delicate, d'nn parfiiin agieablo, 
<rune blaiichear perrnanente , siirlout dans les jeunes 
iiidividus qu'on doit toujours preferer. Ce cLampi- 
gnori tres-estinie dans le iiiidi do la Fiance, se Irouvc 
si abondanuucnt dans lous nos bois, que tres-certaine- 
ment il serait facile, dans I'espace d'uneheuie, d'en re- 
coller une siiffisanle quantild pour en rassasier vingt 
personnes. II faut appoiier beaucoup de soins dans 
son choix , et prendre bien garde do le confondre soit 
avec le Bolet, orange (Boletus aurantiacus, Bull,), soit 
avcc le Boletus cyanescens, Bull, auxquels il ressemble 
beaucoup. On reconnaitra ces deux dernieres especes 
qui sont suspectes ( suivant Bulliard) a la leinte bleua- 
tre ou verdalre qu'ils prendronl apres la rupture. On 
doit aussi se mefler du Bolet a tubes jaunes (Boletus 
sublomentosus , Pers.), qui est plus dangereux que les 
deux autres. Ce dernier champignon est un des plus 
comniuns, surlout dans les sapinieres, et il peutfacile- 
nieiil elre conlbndu avec une variele da bolet comes- 
tible. Sa chair est mollasse, jauae, et prend une (einle 
grisatre , verdatre ou bleuiitre lorscju'on I'eutauie. 
Quelquefois aussi ce changement de couleur u'a pas 
lieu , ou du moins il est pen sensible. 

Em Icrminant, Messieurs, je vous exprinierai mon 
vif regret lie >oir I'elude des chanqjignons si negligee 
par les habitants de la campagne. En les eclairant sur 
le danger de certaines especes , elle leur ferait trouver 
dans certaines autres un aliment agreable et abondant, 
qui serait encore une veritable ressource pour les indi- 
gents. 

Je me trouverai heureux, si sous ce double rapport , 
la notice que j'ai riionneur de vous presenter peut 
etre de ipiohpui utilite. 



NOMS 

Des especes de champignons trouve's aux environs de Reims 
Classes suivant Duby, en son Botanicon Gallicinn, 

Avec indication des especes comeslibles nu 

\enenenscs, et celle des planches 

de TAtlas de Roques. 

Nota. Lesigne>L. veutdire planchc/gr.signilie figure, et v.vanete. 



i 



Morchella escuknla. Pers., comestible, pl. 1,/?gf. 4 et 
5, avril, Merfy, Chenay, Trigny, Aubilly et toule 
la lisiere des bois de la montagne de Reims. 

M.— escuknta. v. fulva. Fries., comestible, avril, 
Merfy. 

M.— semi libera. DC, comestible, raai,iReims , Bois- 

d' Amour. 

Pistillaria micans. Fries., raai, Bouzy. 

Clavaria cornea. Batsch., oclobre, Ambonnay. 

C— coralloides. Lin., comestible, Tripelte, Barbe de 
chevre, Mainolte, Pied de coq, Buisson , Gauleline, 
CheYclioe, Balai, Bouquinbarde , pl. 1 , /?g. 1 , en 
octobre, Bouzy et tous les bois de la montagne de 
Reims. 

Thelephora carifopkillea. Pers., novembre, Bouzy. 



— 197 — 

Thelephora hirsula. Wild., novembre , Bouzy. 

T. — rubtginosa. ScUrab., novembre , Bouzy. 

T.^ purpurea. Pers., novembre, Bouzy. 

r. — corlicalis. DC, novembre, Bouzy. 

T. — aurantia. Pers., novembre, Bouzy. 

T. — crelacea. Pers., novembre, Vandeuil. 

Auricularia mesenterica. Pers., novembre, Reims, aux 
promenades. 

Hydnum repandum. Lin., comestible, Rignoche, 
Eurcljon, Curchon , Pied de Mouton blanc, PL. 2, 
fig. 2 , oclobre , Bouzy el lous les bois de la mon- 
ta^ne de Reims. 

Boletus subtomentosus. Lin., chrysenleron. Bull., suspect, 
PL. 8, fig. 3, octobre , Bouzy, Brimont et tousles 
bois de la raontagne de Reims. 

li. — luridus. Scha3ff., perniciosus. Roqucs, veneneux\ 
PL. 7, fig. 1, 2, 3, seplembre, Bouzy et tons les 
bois de la monlagne de Reims. 

B."- edulis. Bull., comestible , Cepe , Ceps, Gyrole, 
Gyroule , Bruguet, Poliron, pl. 4, fig. 2, pl. 5, 
fig. 1 , 2 et 3, seplembre, oclobre, novembre, Bouzy 
et tons les bois de la montaonede Reims. 

B. — (vreus. Bull., comestible , Ce[)s noir , Ceps bronze 
PL. 3, fig. 1,2, el 3, pl. 4, /?g. 1, seplembre, 
oclobre J novembre, Bouzy et tons les bois de la 
monlagne de Reims. 

B — viscidus. v. B. — aurantiacus. Bull., suspect, 
Roussile , Gyrole rouge , pl. 9 , fig., 2 et 3 , seplem- 
bre, octobre J novembre , Bouzy et lous les bois de 
la monlagne de Reims. 

B. — cyanescens. Bull., suspect, pl. 8, fig. 1 el 2, 
seplembre , octobre , novembre , Bouzy el lous les 
bois de la monlagne de Reims. 



— 198 — 

Polijporus perennis. Lin., aout, Villers-Mainiciy. 
P. — varius. Fries., aoiil, Climissee de Vaudelre. 
p. — hispidus., Fries., octobre, an Clialeau de Ver- 

geur. 
P. — aduslus. Fries., novembre , Bouzy. 
p.* — suaveolens. Fries., suspect, oclobrc:, ruisH'au 

de Crilly-sur-Vieux-Saules et a Saiut-Brice. 
P. — versicolor. Fries., suspect, octobre , Bouzy. 
p. — fomentarius. Fries., novembre, Bouzy. 
p, — ignarius. Fries., novembre, Bouzy, Muire. 
P.' — salicinus. Frios., novembre, Bouzy. 
P. - squamosus., Fries., jniu , Ludes. 
Dcedakagibbosa. Pers., Janvier, .iiitour de Reims. 
D. — suaveolens. Pers., suspect, novembre, Bouzy et 

Clairmarais. 
£). — variegala. Fries., novembre , Bouzy et Clairma- 
rais. 
D. — unicolor. Fries., novembre , Bouzy. 
D. — belulina. Rebenl, mars , Bouzy. 
J). — quercina. Pers., decembre, aux promenades de 

R(ims. 
Schizophy Hum commune. Fries., noveinl>re, Bouzy. 
Merulius lacrymans. DC, novembre, Reims. 
Canlharellus cornucopioides. Fries., suspect, Trompette 
des morls, du jugement dernier, novembre, Bouzy. 
C. — lufescens. Fries., novendjre , Bouzy. 
C.—cibarius. Fr\cs., comestible, GyroUo, Gcrille , 
Cheveline, Chevrette, Gingoule, Jaunelot, Girandet, 
Escraville, Oreille de lievre, PL. 10, //(/. 1 el 2, 
seplembre, oc4obre, novembre, Bouzy et tous les 
bois d(> 1;> monlagne do, Reims. 
Agaricus dellquesccns. Bull., decembre, Reims , Bois- 
d'Amour. 



-< 109 — 

Aijaricus digilalifonius. Hull., oolobic, Keiins. 

^. — hydrophorus. Bull., oclobre, Bouzy. 

A. — striatus. Bull,, septembre, Bouzy. 

A. — hydrophilus. Bull., novembre, Bouzy. 

.4. — laierilius. Schceff., Amarus. Bull., veneneux , 
I'l.. 15, fig. 1 , septembre , Bouzy. 

A. — fasckularis. Bolt., veneneux, pl. 15, fig. 2, oc- 
tobre , Bouzy. 

A. — h(vmalospermus. Bull., oclobre , Bouzy. 

A. — campesiris. Lin., Edulis. Bull., comestible, pl. 14, 
fig. 1 a G, Boule de nei^^e , Paturons, avril, septem- 
bre, octobre, novembre, Bouzy et tous les patis ties 
monlafines, et les paluragesdes environs de Reims. 

A. — crelaceus. Bull., oclobre, serres de M. d'Aubilly, 
a Aubilly. 

A. — variabilis. Pers., novembre. Bouzy. 

A. — pygmocits. Bull., noNcmbre, Bouzy. 

-1. — crustuhmiformis. Bull., veneneux, octobre, Bouzy. 

A. — violaceus. Liu., comestible, pl. 17, fig. I", sep- 
lend)re, Bouzy. 

A. — lurbinalus. Bull., comestible, oclobre, Bouzy. 

.1. — collinitus. Sow., octobre, Bouzy. 

A. — slyplicus. Bull., veneneux, pr.. 10, fig. 5, novem- 
bre, Bouzy. 

A. — petaloidcs v. li.spalhulatus. Pers., oclobre, Bouzy. 

A. — conchaius. Bull., novembre, Bouzy. 

A. — incoiistans. Bull., novembre, Bouzy. 

A. — corticalis. Bull., novembre, Bouzy. 

A. — pellucidus. Bull., novembre, Bouzy. 

A. — androsaceus. Lin., aoul, Brimont. 

A. — cyatitiformis. Bull., noviMubre, Bouzy. 

A.- — inl'undibulijormis.. Bull., comestible , novem- 
bre, Bouzv. 



— 200 — 
Agaricus driophilus. Bull., no vt' in I) re, Bouzy. 
A. — velutipes. Curl,, deccrabre , Bouzy. 
A. — sulphureus. Bull., suspect, pl. 16, fig. 6, aout, 

Brimont. 
A. — arcuaius. Bull., octobre, Bouzy. 
A. — laccalHS. v. B. amethysteus. Bull., comestible, 

PL. 15, fig. 3, octobre, Bouzy. 
A. — puniceus. Fries., novembre, Bouzy. 
A. — dentalus. Lin., octobre, Bouzy. 
A. — virgineus. Wulf., comestible, octobre^ Bouzy. 
A. — Eryngii. DC, comestible, octobre, plaine de 

Conde-sur-Marne. 
A. — piperalus. Scop., comestible, Vache blanche. 

PL. 13, fig. 1 et 2., octobre, novembre, Bouzy. 
A. — (heiogalus. Bull., veneneux, aout, Brimont. 
A. — subdidcis. Pers., suspect, septembre, Bouzy. 
A. — nigricans. Bull., octobre, Bouzy. 
A. — furcatus. Pers., yeneneux, pl. 12, fig. 2, septem- 
bre, Bouzy. 
A. — Ruber. DC, veneneux, pl. 12, fig. 1, septembre, 

Bouzy. 
A. — pectinaceus. v. A. fulvus. Bull., Emelicus. Pers., 

veneneux, PL. xi, fig. 1 a 5, novembre, Bouzy. 
A. — accrbus. Bull., octobre, Bouzy, 
A- — eburneus. Bull., comestible, octobre, Bouzy. 
A. — annukirt'us. Bull., veneneux, octobre, Bouzy. 
A. — clypeolarius. Bull., suspect, septembre, Bouzy. 
A. — procerus. Scop., comestible, Griselte, Couleu- 

vre'e. Parasol, Columelle, Pol iron a bagues , Bru- 

guet , PL. 17, fig. 3 ct 4, novembre, Bouzy, 
A. — asper. DC, veneneux, octobre, Bouzy. 
A. — pan(heri)ius. DC hcrpcticus. Ro(j., veneneux, 

PL. 20, ^f/. 3, octobre, Trepail. 



— 201 — 

Agaricus muscarius. Lin., veneoeiix, pl. 18, fig, I el 2, 
PL. 19, fig.'i,2 et 3, it. 20, fig. 1, oclobre, no- 
verabre, Bouzy et lous les bois de la monlagne de 
Reims. 

A. — vaginalus. Bull., comestible, juillet, Brimont. 

A. — phalloidcs. Bull., Bulbosus. Bull., veneneux, 
PL, 2',], fig. 1 et2, novcmbie, Bouzy. 

A. — Vernus. DC, Venenatus. Roq., veneneux, pl. 23, 
fig. 5, aviil, Bouzy. 




<C5^^ 



r.KOLOGii:. 



MPPOHTc) 

sun I. A 

STATISTIQUE MINERALOGIQUF, KT GFOLOGIQI'K 

1) U I) E P A 15 T E M E N T D E S ARDENNES, 

DE MM. SilVACK F. 1 KUVK.MlilX , 

Meinhres corrcspondants do rAcadi-iuic. 



La science de la geologie est. une des conquetes de 
notre epoque , nous pouvons en rcvendiqner toutc la 
j^loire. II y a quelqucs antiees a peine, que les savants 
n'en avaienl pas la uioindre idee, et deja nous en soni- 
nics au point de connaitre d'lme inaniere a peu pres 
certaine la constitution nialerielle du globe que nous 
habilons. Des fails constants, verifies en divers lieux ct 
en diverses circonstances constatent que le centre de la 
tcrre est dans un elal d'incandescenec, et (lue la soli- 
dile de son enveloppe est diie au relVoidisseinent gra- 

(i) Dc iU.Qiieiry, mciiibrc I i tula ire. 



— 20 1 — 

duel dcs points qui sont eii conlact avec ralmosphere. 
11 a fallu iin ospace de lomps inappreciable et d'innom- 
hiables bouleversemenls exterieurs , pour que noire 
planele fiH susceptible dc recevoir dcs habitants et de 
fournir aux besoins de leur existence. 

Nous rcmarquons en eCfet que la surface dc la terre 
est formee d'un grand nombre de couches distincles. 
Lcs malieres dont elles se composent varientdans leur 
nature et dans les objets qu' elles renfermeni. Ce sont, 
d'une part, dcs roches d'une contexture tres-dure , 
immediatement en contact avec les feux souterrains 
qui les tenaient autrefois en etal de fusion, telles que 
les basalles, les granits, les porphyres, etc.; d'autre 
part, ce sent des depots laisses par les eaux qui les te- 
naient priniitivcraenten dissolution : on en jugc par les 
debris d'une multitude d'animaux aquatiques dont ils 
sont reniplis. 

Uu monde nouveau s'est revele a nos yeux; le do- 
maine de I'histoire naturelle est presque double; de 
jour en jour de nouvelles races d'animaux eteintes 
aujourd'hui , presentent leiirs debris a I'investigation 
et aux conjectures des naturalisles. 

Quel magniliquc spectacle que celui que nous oflre 
cette longue serie d'etres, de toutes formes, de toutes 
grandeurs ! c'est dans leur contemplation que Ton com- 
prend la justesse de cette sublime expression de I'Ecri- 
turesainto, qui, pour caraclcriser Taction du Createur 
faisant tout sortir du neant par une seule parole, nous 
dit que cette operation divine n'a ete qu'un jeu pour 
sa loute puissance : Ludens in orbe tcrrarum. 

Mais qu'eiit etc pour nous lant de raagniGcence, s'il 
ne s'etait trouve quelques uns de ces hauts et vastes 
genics, qui, par la perseverance de leurs recherches el 



— 205 — 

!;i profondc'ur ile lours concci)tions, out niussi a soiik'ver 
Ic vdilo <Ioiil la saj^esse elcrnelle avail envoloppc ses 
ouviages? Nous aurions vu sans comprciulrc, sembla- 
bles a CCS honimes ignoranls qui ne voienl qu'avec in- 
dilTeronce le firmament parscnie de ses etoilcs brillanles, 
parce qu'ils ne savent point que ce sonl aulaiil de globes 
immcnses sc mouvant a dt's distances inliiiies, avec 
I'ordrc le plus parfait. Grace done a ces hommes illus- 
tres, les diverses formations de tiotre globe sont coor- 
donnccs ct classees,on sail ce que cliacune d'elles con- 
tient et ce qu'on peut esperer d'y decouvrir en les 
fouillant. Les elrcs qu'elles conliennenl sont raltaches 
d'avancc [)ar dcs caracteres speciaux a une 'amille 
commune qui la separe de lout autre, et cLacun est 
designe par uri noni (]ui lui est propre. Avec des in- 
dicalionsaussi precises, il n'exisJe plus de crainte de 
s'egarcr lorsque Ton vent s'appliquer a I'elude de la 
description d'uiie coiilree <iuelconque; on n'erre plus a 
ra\cnlure a la poursuile d'un systcme qiu pent etrc 
comballu ct rcnverse par d'aulres plus habiles. 

C'esl guides par ces travaux precedents que MM. 
Sauvage el Buvignier sonl venus vous decrire la cons- 
titution geologicpie dudepartemont des Ardennes; I'ou- 
vrage qu'ils vous onl adrosse connne tilre a leur ad- 
mission parmi vous, est rem[)li des details les plus inle- 
ressanls, etcotilient les renseignements les plus utiles. 

Ce livrc elanl un recueil dc fails cl d'observations 
se prelera peu a une analyse, aussi n'enlreprendrai-jc 
pas de la faire; je me conlcnterai de vous signaler la 
methode suivie par ses auteurs , en faisant ressortir 
quebjues traits plus saillants de cette savanle descrip- 
tion, lis ont su y concilierdeux chosesbien difliciles: ne 



— 206 - 

ricn omellre el nc jamais se it'|»eler, lualgrd les rap- 
ports d'identilf.' {pi'avaienl los lieux el les clioses (ju'ils 
avaienl a decrire, el ils I'onl fail sans confusion, sa- 
chant soulenir I'inlerel du k'cteiir du cumniencemenl 
a la fin. 

La statistique j^eologique des Ardennes est divisee 
en qualrc parlies auxquellos viennenl se joindre deux 
appendices, I'lin servant d'inUoduclion pour rapj^e- 
ler les priiicipes dc la science i^eognoslique, I'autre 
place a la fin et servant dc coroUairc a loules les ob- 
servations conlenues dans Touvrage : c'est un diclion- 
naire de lous les villages da departeracnt avec Tin- 
dication de I'espece de terrain sur lequel ils scmjI cons- 
truits, et des richesses que le sol pent offrir a ses 
habitants. En outre, des cartes, <les plans el'conpes 
geologiques avec des dessins de tous les fossiles nou- 
veaux et inedits trouves dans les Ardennes sent ajou- 
tes au texte, pour en donner an lecleur une parfaite 
intelligence. 

Les trois premieres parties sont consacrees a la des- 
cription generale et somraairc du sol sous les trois 
rapports, lopograpliique, geologique et ujineralogique. 
Les auleurs nous y donnent les evaluations exactes 
de la hauteur des principaux soramels des Ardennes 
et de la profondeur dcsvalleespar lesquelles s'ecoulent 
les rivieres qui arrosent la contree. lis nous moiitrent 
loules les revolutions de la surface de cette lerre, et 
les diverses especes de terrains que possede le depar- 
ternent. Au Nord, les schistes ardoisiers et anlraxiferes 
imniediatenient places sur les roches primitives; au 
centre et a I'EsI, les terrains secoudaires, et entin au 



— 207 — 

Slid el ;i rOiiesI Us terrains tlits de !a craic, sem- 
blahlcs a ceux de ranondisseiiicMit de Kciins. 

A rexceptioii dcs terrains priinitifs, le departenient 
des Ardennes ofl'i e dans sa snporficie toules les cspeces 
de depots dus a Taction des eaux, depuis les schistes 
ardoisiers et les gres, jusiju'aux couches formces par 
le dernier cataciysme qui a houlcverse noire f^lobe. 

Ainsi, le livre de MM. Sauvage el Buvifiiiier en main, 
on pourrait, sanssorlir des Ardennes, laire nn cours 
a peu [ires complet de geologic, et former un ricbe ca- 
binet de mineralogie. 

C'est surlonl la 4*^ parlie qui excite I'inferel non 
seuleraent des savants , niais tie tons les hahilanls dn 
defiartenienl en general. Elle est consacree a I'enunie- 
ration de toules les ricliesscs que Ton peut lirer du sol 
jusque dans ses plus grandes profondeurs. II serail ne- 
ressaire a lous les cultivaleurs d'en faire une etude 
speciale, ils en i-etirciaienl de grands avaiitagos pour 
ranielioration de ieiirs terres, pour I'agrenjenl el la 
solidilc de leurs habitations , el le developpenient de 
leur coniracrce. On ne peut douler, a la precision de 
leurs descrij)lions, qu'ils n'aienl explore par eux-rae- 
mes lous les lieux dont ils parleiil, el alors on peut 
se i'aire une idee des fieines (pi'ils so sonl donnees pour 
produire une oeu\re eonsciencieuse a tous egards. 

L'exploitation des ardoises dans la parlie N. du 
deparlenienl a surtoul attire leur altenlion, el il de- 
vail en etre ainsi, pnis»|ue c'est une ricliesse speciale 
a ceftc contree. Ils ont savaninient decril le mode 
d'exploilalion, le uonibre iriiunuues tpii y elaienl em- 
ployes, les depeuses i\c:^ travaux , les diverses chances 



— 208 — 

lie succes qu'ollniient les explorations, puis cnGn les 
benefices qui en revenaienl aux proprielaires , ct les 
somines que ce commerce versait clans le pays. Sous 
ce rappoit, cet ouvrage esl special, c'est un traite com- 
plet sur I'exlraclion et le commerce ties ardoises. 



En un mot, le livre que je vous signale reraplit par- 
faitement son but, qui est de donner une notion exacte 
des dilTerenls terrains doiit se compose le sol du de- 
partement des Ardennes, et de signaler lout ce qui 
pent y inleresser la science, I'induslrie, le commerce 
el I'agriculture. Nous avons a nous feliciler de ce que 
les memes savants qui ont jusqu'ici fait preuve d'une 
si grande aclivite el d'uoe si consciencieuse exactitude 
dans leurs publications, aienl ele charges de dresser la 
slatistique du deparleraent de la Marne, parccque nous 
savonsd'avance ce que sera eel ouvrage, et le bien qu'il 
fera; et quelque parfaite que soil celle des Ardennes, 
nous avons lieu d'esperer, que de nouvelles observa- 
tions faitessur des terrains identiques, raais places dans 
des rapports dilYerents , agrandiront encore le ccrcle 
de ces connaissances qu'ils vont consacrer a noire in- 
struction el a noire utilite. 



tTUDE GJ^OLOGIQUE 



DO PAYS DE REIMS. 



RAPPORT 

DE M. N. RONDOT, 

MEMBKE COniVESPONDANT , COMMISSAIRE DE l'aCAD^MIE. 



(Seances des 28 avril et IG juin 1843.) 



Messieurs , 

Dans la Jst^ance du 3 mars , sur la proposition de 
M. le sdcrelaire, vous avez decide la noiuination d'un 
comniissaire , charge de vous representer dans les etu- 
des de la carle geologique du departemenl de la Manie , 
et de vous rendre corapte des progres du travail. Vous 
m'avez fait I'honneur de me conOer celte mission , et 
m'avez associe mon savant ami , M. Garcet. 

Voire commissaire , Messieurs, doit tout d'abord 
vousprier de sanctionnerle nouvcau mandat qu'il s'est 

1 4 



— 210 ^ 

imposd. Nous n'etions appole qu'a ninplir un rolo se- 
condaire , nous avons pense plus utile crintervenir 
acUvenicnt , de prendre I'inilialive dcs eludes et de 
conslilucr ainsi en fait la carle geologicjue sous le pa- 
tronage de rAcademie. 

Depuis Reaumur el Buffon (I) , la science a singu- 
lierement progressc , entraiuce el fixee par Cuvicr el 
Elie de Bcaumoul : une carle geologi<pie exacle est 
done possible aujourd'liui ; et elle n'esl pas seulement 
precieuse comme monument de slatislique nalurclle , 
comme conslatalion locale des cataclysmes myslerieux 
qui ont modifie le relief de noire globe; — elle est 
snrtout imporlanle par son interet pratique, car c'est 
a elle que I'industrie, la metallurgie, Tagriculture vont 
demander leurs renseignemenls. Deux de nos confre- 
res, MM. C. Sauvage, ingeaieur des mines et A. Buvi- 
gner , de la sociele geologique de France, seront , 
sans nul doute, charges de celle lopographie ; une 
communication officieuse leur en a donne I'assurance ; 
leurs noms temoignenl suflisamraenl de Texaclilude in- 
lelligente el du talent avec lesquels seront dirigees leurs 
recherches. 

Ces fails poses, pcrraeltez-nous, Messieurs, de tous 
exposer noire but et nos premiers travaux. 



(I) I/historicn dc I'Academie des sciences pour I'annee 177.0 disait : 
• Pour parlcr plus surcmcnt sur cettc malierc (riiypolhesc dun gnlfe, 
proposcc par Keaumur pour explupicr la presence des falunicres do la 
Toviraine), il faudrait avoir des especcs de carles geogra])ln(iues dres- 
seos selon toutes les minieresde coquillages enfouis en terre : quelle 
quanlite d'ol)servatif)ns ne faudrait-il pas , et quel temps pour les 
avoir? Qui sail eepeiidant si les sciences n'iront pasjusque la, du 
nioiiis en pnrtie ? ■> 



— 21 1 - 

Nous voulons preciser I'age el I'boiizon geologique 
de chaque foiinalion , de chaque assise do la strati- 
fication tcrliaire; nous avons done decide de recueillir 
ct coordonner tous les documents speciaux a la C(»n- 
rliyliologie geognostique. Un programme a etc arrets ; 
un modele de catalogue, un tableau somraaire de la 
faune tcrliaire ont etc dresst^s , el ces elements de re- 
cherches ont etc partiellcment envoyes a MM. les na- 
turalistes du deparlement. Nous y avons joint une serie 
de questions pour veriGer les conclusions du meraoire 
de M. Elie de Beaumont sur lescalcaires grossier et 
siliceux de la montagne de Reims, et noire opinion sur 
la denudation diluvienne du sol de la Champagne. 

Vers voire commissaire convergent deja tous les 
fails, toules les observations, toules les recherches. 
Les maitrcs s'empressent de nous eclairer de leurs lu- 
mieres et de Icur savanle experience; et, par la dillu- 
sion de leur savoir , I'eohange des renseigneraents , la 
discussion des idees, nous avons [)u rectifier ccrtaines 
erreurs, provoquer des explorations serieuses ct pre- 
parer quclqucs materiaux. Nous les avons d«^duits de 
documents verifids sur les lienx , constates par cchan- 
tillons caracteristiqnes. C'est conime systeme de preu- 
Tcs , comme medailler resumant les litres clironologi- 
ques de chaque terrain, ijue nous avons voulu elablir 
une collection des fossilestertiaires. Pour nous, ce n'est 
qu'un moyen dontrelude philosophique est le but, et 
lefait, ainsi precise, ne nous inleresse que comme 
auxiliaire de I'idee , comme lemme de geomdtrie. 

Nos eludes ne sont encore que sommaires ; elles 
n'ont porte que sur six gisemenls , dill'erencies d'ail- 
leurs a tous egards, dont nous allons avoir I'honneur 
de vous entrelenir successivement. 



— 212 — 

Bien que noire rayon d' exploration soil limits par le 
2° 5' de longitude et le 48" 50' de latitude, nous men- 
lionnerons pour memoire le terrain creiace inferieur , 
qui se montre a I'E. et au S. E. , dans les arrondis- 
sements de Sainte-Menchould et de Vitry-le-Francais. 
M. Drouet (1) y siguale le terrain ne'ocomien : sans 
avoir visitd celte region , nous cmeltons le doute , 
d'apres nos renseignements et nos echantillons , que 
cctle formation marine, synclironiquo, comme vous 
le savez, Messieurs, du TFcaWen, soit relev^e et af- 
fleure bien caraclerisee en quclque point du d^par- 
' tement. 

En effet, — il est borne au N., de Berry a Monthois, 
au S.j de Villenauxe a Chavanges, par la craie blan- 
che h inocerames et spatangus cor-anguinum (terrain 
senonien d'A. d'Orbigny), dont au S. E. la limite est 
determinee par uneligne dont Margerie, Gigny, Arzil- 
licres, Couvrot el Cliangy precisent le contour. Le 
^au// (terrain albien, A. d'Orb.) lui succede, rccouvert 
de craie tufau, d'alluvions anciennes , et sa puissance 
est telle qu'a Vitry-le-Francais, un forage commencd a 
dejii traverse une ^paisseur de ISS-" 75, et qu'a Cour- 
dcmange, un second sondage n'ena point atleint la fin 
a 129" 93. Les seuls fossiles que nous connaissions de 
notre gault sont la turbinolia conuhis , Miclielin, et 
neuf especes de c^plialopodes tentaculiferes aramo- 
nid^s : 

(1) . LcdepartetncnldelaMnrno appartienta trois granJos divi- 
sions : 1° Le terrain cretace. premier elage des terrains sccondaires, 
comprenant de bas en haut les sables el grcs verts; le terrain ik'oco- 
miien, I'argile gault, la craie tuffau et la craie blanche, etc. •3/. nrouef, 
do la Geologic du departement de la Marne; Ann. de la sociele d'agri- 
cullure de Chalons, 1840. p. 232. 



-^ 213 — 

Ammonites i)itcrruphts,BT\ig.Gnr\d[trii{\rA.),Sauvageetliuvigner. 

A. Denari us, Sowcihy. id. arr. de Vassy, Co/nwer 

A. Lijelli, Leymcric. id. Aube farg. legulines) Leijmerle. 

A.latidorsatus ,W\c\\(i\'m. id. id. 

A. Jicudanli, Brongiiiarl id. id. 

A.bknrvatus, Michclin. arr. de Vassy,C(/r;iMeJ. id. 

A. Dcshaycsi, Leymcric, id. 

Crioceras? 

JIamites alterno-tuberculatus, Leymcrie. id. 

(Collection de M. Dutemple). 

Au S. E., a Scrmaize, regne le grcs vert tnfe'rieur 
(terrain albien) avec Veccogyra sinuala [gryphcea lalis- 
sima,Lk!), \a terebralula sella, Sjw., la plicalula in- 
flata elliserpula socialis, Goldf., des lutraires, quel- 
ques dents de pycnodus, etc. C'est un segment de cette 
zone qui semble le rivage de la mer Senonienne et 
court du N. a TO. en passant par Aubenton, Grandpre, 
Sainte-Menehould, Vassy , Brienne , Ervy, Auxerre el 
Cosne. Le terrain crclace inferieur n'est pas seulemcnt 
cite a Sainte-Menehould qui, suivanl M. Wyld (1), re- 
pose sur la craie tufau ; M. Arnould a observe celle-ci 

a Damraartin , Berzieux et le lovoer- green- sand a 

Vienne-la-YillCj Florent, Passavant, Ante, la Neuville- 
aux-Bois, etc. 

Enfin au N. E., sur la lisiere des Ardennes, le cal- 
caire a astartes et le kitnmeridge-clay a exogyra vir- 
gula, Goldf. plongent sous le gault et la craie tufau ; 
celle-ci y est caraclerisde par Vendogenites erosa, Fi tton, 
Vammoniles Ucnauxianus J A. d'Orb. et Vhamttes ar- 
matus, Mantell. 

En resume, nulle part d'indicalioa du terrain nt'o- 

(t) Coup-d'a'il botaniquo ct pc'ologiquc siir I'.irrnndissrnicnt de 
Sainle-Moiu'hould, par M. ilr Lambcrtyr. Ann. de la Sor. d'agric. d<' 
r.bolons, 1842. p. 204. 



— 21A — 

comicn; sa direclion de relevement du S. S. 0. a 
I'E. N. E. explique d'ailleurs comment il peut passer 
de I'Aube dans la Haute-Marne, et de Tarrondissement 
de Vassy dans la Meuse, sans se montrersur notre sol. 
— Le riche mineral defer oolithique exploitea Cljemi- 
non , se reirouve a Vassy, a Sommevoire, a Narcy, non 
point dans retapeneocomien, mais dans la partie infe- 
ferieure du green-sand, au-dessus de i'argile a plica- 
tules. Quant au calcaire que M. Drouet (p. 247) pense 
devoir etre utilise pour la construction et le pavage, 
ce ne peut etre que I'analogue du gres jaunatre (lower 
green-sand) des Cotes noires de Moelains, mais non pas 
des calcaires a pavds dela Haute-Marne, qui sont I'oo- 
lithe vacuolaire et le calcaire tubuleux du terrain su- 
pra-jurassique. 

Nous terrainarons. Messieurs, en vous faisant re- 
marquer le silence de M. Leymerie sur la presence 
dans le departement de la Marne de la formation qui 
nous occupe. — Le terrain neocomien, dit-il , forme 
autour du bassin de Paris unc ceinture qui I'entoure 
dans toute sa partie orientale, en traversant les depar- 
teraents de la Meuse, de la Haute-Marne, de I'Aube, de 
I'Yonne et de la Nievre. Celte ceinture, qui n'a jamais 
plus de 2 lieucs de largeur, altcint une longueur d'en- 

viron 50 licues Sous le rapport de I'etendue, le 

terrain neocomien du bassin de Paris semblera consi- 
derable, si Ton se rappelle que cetle ceinture n'est que 
rallleurement d'une nappe qui probablemcnt se pro- 
longe sous le green-sand et la craie jusqu'en Picardie 
et en Normandic... » (1 ) 

(1) Consulter : A. Leymerie. Mem. sur le terrain cretace du dcp. de 
I'Aube. Mem. de la Soc. Gcol. t. IV. N" V. — J. Cormiel. Mem. sur 
les terrains cretacc inf. ct supra-jurassicjue de rarrondissrmcnt do 
Vassy (H.iutc-Marne). Mem. dc la Sue. GOol. t. IV. N IV. 



— 215 — 

La faunc de la craie blanche qui allleure dans les 
depressions de I'arrondissement d'l<)pernay , nous est 
connue par le cataloj^ue de M. Dutemple, de Pierry , 
qui I'explore avcc une intelli}>ente aclivile. A Chavol , 
outre les lerebratula DeFrancii et subundala , il a dis- 
tingue parmi ncuf genres de polypiers indetermiues 
VEscltara cKsdcha de Goldfuss (1); a Craiuant, il a 
trouve une anatife ot six especes de thecidee; k Dizy, 
la belemnilelUi quadrala, d'Orbigny. Si la craie blanche 
de lleinis (2) a enrichi le cabinet de M. Ilardouin Mi- 
chelin dun aplychus, et celui de M. de Saint-Marceaux 
du belemniles dilatalus deBlainville(3), d'apiocrinidees 
et de spatangus bufo , A. Br.; les foraminiferes sti- 
chostegues et les peclinibranches de Chavot altachent 
un vif iiilerel a la collection de M Dutemple ,et assu- 
rent sa superiorite. Nous ne mcntionnerons que sa no- 
dosa ire et ses deux belles especes iut^diles , peut-etre 
uniques. 

Les sables infe'rieurs (glauconie inferieure do M. d'Ar- 
chiac) reposent partout immediateinent sur la craie 

(I) Conchifcrcsdc la craie blanche siipcricure de Chavol: — Chama 
(2 varictcs) , Ihna (5 var.), pfcfcn versicostatus , Lk. , pccten 
(8 especes) , i/jo«rfyiKs (3 varletes) , podopsis? ( 2 varictes), exo- 
'jyra , oslrca (4 especes), crania parisicnsis , Defr. (bivalve), 
terebralida suhundnta , Sow., T. ocloplicata, Sow., T. alat<i. 
Lk. f T. cameo, Sow., T. Dt/rancii, Broiigniart. T. concam , Lk, 
(Collection de M. Dutemple). 
. (2) On trouve parfois dans la craie blanche a helemnitella mucro- 
nafa, (d'Orb.)de Reims, des plaques de fer oxide hydr.ile cpii sem- 
blent avoir une originc organique, et (pii, tout mutilees qu'elles soul , 
rappellent par leurs formes arrondics et leurs expansions laterales , 
I'lisM'let interne des hrlrmnosepia. 

i.i) .M. .\. d'Orbigny ne uwuiionnc \c belemnitc.t dilafo'iis , Bl. que 
dans les terrains neocomiens ties Basses- Alpcs et du V.ir. I'alionl'ilo- 
pie franeaisc. }. 52. 



— 216 — 

ct constituent la base de nos colUnes. Leurs dunes 
s'el^vent vers Cumi^res et Ambonnay a 230 pieds au- 
dessus de la mer , et a partir de ce point culminant, 
se depriment et se perdent vers I'O. A Chalons-sur- 
Vesle , a Muizon , a Thil , a Cormicy , a Villers-Fran- 
queux , se monlre le premier efage de ces sables , 
caracterise par les 

Pectunculus terebratularls . Laniarek. 

Cardium semigraniilosum. Sowerby. 

Cyrena intermedia. Melleville. 

Buccinum Jissurahim. Deshayes. 

JS'atica labellata. Lk. 

Turritella imbricataria. Lk. (Variete locale.) 

Melanin inquinata. DeFrance. 

Melanopsis buccinoidea. Ferussac. 

Neritina vicina. Mell. 

Tornatella biplicata. Mell. 

Toutes coquilles d'une fragility extreme, deposees par 
lits onduleux. M. Melleville , de Laon , y a recueilli 
43especes, donl 23 nouvellcs qu'il a nomraees (1), 
et parrai ccUes-ci , nous citerons : 

Pholadorrya plica fa. Melleville. ' 



Helix fallux 


Id, 


Pupa elongata. 


Id. 


Vedipes crassiden.i. 


Id. 


Panopcpa Remensis. 


Id. 


Pyruln intermedia. 


Id, 



Nous avous dans notre collection Vostrea rarilamel- 
la? (Villers-Franqueux), I'ostrea punctkulala , la neri- 
tina ornala, \adi'€issene antiqua, la corbis lamellosa, la 
teredina personata ct dcs serpules (Clialons-sur-Vesle). 

(3) Mcmoire sur les sables terliaircs iiifcrieurs du bassin 'do 
Paris, 18iJ. 



— 217 — 

Toulefois I'espfece qui spi^cialise le plus netteraent cet 
etage est une huilre dont le type et les varietes , tout 
commuDS qu'ils sont, n'ont pas, que nous sachions , 
encore ete decrils. Jusqu'alors nous n'avons point vu 
ces huitres en place, non plus que les dents de squa- 
les et les ossements d'emjdes; toujours ils sont epars 
a la surface du sable, au milieu de fragments de gres 
ferrugineux coquillier et de feuillets sableux, ondules 
comnie si le depot de cette formation s'etait effectu^ 
sous une mer sans cesse agitee, ou avait ele charrid 
par les vents (1). 

Au centre des bultes elll[)tiques de ChSlons-sur- Vesle, 
de Chenay, etc., cnchassees le plus souvent eotre deux 
bancs d'un gres pen etudie, M. Melleville a constate 
la presence d'amas d'argile plastique et de lignites, 
affeclaiit la forme d'un cone tronque renverse , comme 
s'ils s'(5taient moules dans des bassins en entonnoir. 
Cette disposition que nous avons verifiee , Messieurs , 
dans des circonstances diverses, nous a conduit a ad- 
mettre ce theoreme geologique , — que les argiles 
a lignites ne constituent point a la base de la formation 
lerliaire des bancs continus, mais se sont deposees 
dans les sables inferieurs en amas circulaires ou amyg- 
dalo'idcs. — Nous avons regrelte d'etre force, par 
I'evidence des faits conchyliologiques, a ne plus croire 
acetle theorie des afllucnls deM. Constant Prevost, qui 
nous semblait si ralionnelle. li etait si simple de pri- 
me abord de considercr nos giscmeots d'argiles, do 

(() Dans la seance du 4 aoilt, nous avons prcsente a rAcadomic ilcs 
cchantillons dune roclic siliceuse c()m[)actc, criblte do f;yro{<oiiiles 
(churn mcdicarjinula, Lenian), ct d'autres graines , (jue nous avons 
rccueillic dniis lo itrcniior ota^<; dos sabk's. infOriours, a Chalons-sur- 
Vo^le. 



— 218 — 

lif^nitcs, de sables, commc aulant de points deliuiilant 
le cours d'une iiomense nappe d'eau douce, qui s'^pau- 
dail sur le continent cretacc et deboucliait vers Laon 
dans la mer du Ccrithium giganteum (Lk.) ; si simple 
d'expliquer comment le cataclysmc du diluvium, eli- 
n)inant par denudation et ravinant une partie de notre 
sol, les avait constitues sur nos coUines en bassins 
isoles et distants. La tbeorie dcs puits naturels de M. 
Mellevilie, I'opinion de M. Dufrenoy nous ont ramene 
a un tout autre ordre d'idees, que nous nous reservous 
de devclopper devant la compagnie. 

IM. d'Arcbiac (coordination dcs terr. tert.) intercale 
le cakaire pisolithique entre la glauconie inferieure et 
le calcaire tuface lacustre; M. Cb. d'Orbigny (coupe 
Ibeorique du bassin de Paris) le place directeraent au- 
dessus de la craie, et ne mentionne ni nos sables infe- 
rieurs de Cbalons-sur-Vesle, ni notre travertin hphysa 
gigantea de Rilly et Sezanne. 

Nous rcgrettons vivement, Messieurs, de n'avoir 
point etudie nous-meme le gisement de cette forma- 
tion ; aussi les observations que nous avons I'honneur de 
vons soumcttre sur ce sujet, sont-elles eraprunlees 
aux rechercbes de M. James Wyld, d'fipernay. 

MM. Duval etMeillet (Bull, de la soc. gcol. t. XIV, 
p. 100) affirmcnt avoir reconnu le calcaire pisolithique 
a Sezanne et au mont Saran, pres Cramant. — « Je 
pretends positivement , nous ecrit M. Wyld (6 mai 
1843), qu'il n'y existe point, non plus qu'a Rilly; 
c'est un depot tout local dans notre pays, ayaiit au 
mont Aimeetaux falaiscs de Verlus sa plus grande 
puissance. » — A Meudon, pres Paris, oil il agglutinc 
nombre de debris de polypiers, tie radiaires et de 
coquillcs [orbUoUtes planay (in-binnUa cUiplka, A. Br. 



— 211) — 

cardhun pondosum , Lk., area bianfjula, Lk., mo- 
diola cordata, Lk., nerita atigiostoma, Dcsh., turritella 
imbricataria, Lk., etc.) il csl reellement au-dcssous de 
cecongloracrat d'os dc iiiaiiiniiferes etde li^'Qiles, etage 
inferieur de I'argile plaslique, caraclerise par I'ano- 
donlaCuvierii Cli. d'Orb. , \(\ j)aludina leiUa, Sow., 
lemosasaurus cl le lopliiodon. Par analogic, on pent 
done supposer que sa position est la meine au mont 
Aime ctaVerlus; celtc probabilitc est pour M. Eiie 
de Beaumont une certitude , bien que le fait ne soit 
point prouve , le calcaire pisolitliiquc n'y ctant sur- 
monlc d'aucune couclie fossilifere. 

Les points oii il sc raonlre dans le dcparteraent sont, 
nous le repetons, tres-iimites; M. Wyld I'a vu adossd 
a la craie au bois de la Ilouppe; — la craie s'y eleve 
a 2-jO m. au-dessus de la mer, c'est le niveau du 
mont Aime et des falaiscs : il nc rcparait niau N. du 
b jis de la Ilouppe , ni a I'O. de Vertus , et il n'cn 
existe aucune trace a Givray , a Loizy , a Soulieres , 
a Saran, etc. M. d'Arcliiac le cite au plateau de la 
Magdeleine. 

M. Dutemple a recucilli dans la roclie dolomili((uc 
du mont Aime un grand poisson indctcrmine, et M. 
Arnould des dents de squaluide, des \erlebresde cro- 
codiles, etc. 

Le Calcaire travertin ancien a physa giganlea n'a 
encore etc observe qu'a Rilly la-Montagne, a Sezanne, 
a Roraery et a Scrmiers. De la rarete et du pou de 
puissance de cetle formation on pent inferer qu'olle est 
toute locale, corarae sa parallele et peut-Otre sa com- 
temporaine, la marne blanchalre a Physa cohim- 
nariSy Desli., Paludina Dcsnoycrsi , Desh., Cyclas 
hvifjata y Dcsb., cl ;i graiues do Chara hcliclcres, 



— 220 — 

Ad. Br. (1) du mont Bernon. 

Pour qui a dresse la coupe de la sabli^re deRilly (2), 
I'age du calcaire travertin lacustre est. neltement 
precise. 11 est supericur a celte puissante assise de 
sable blanc, exploile pour les cristalleries de Baccarat, 
Saint - Quirin, etc., qui repose directement sur la 
craie; il est inf^rieur a I'argile plastique et aux lignites 

(1) Les characees sont des plantes aqaaliques classces dans 1«8 
crj'ptogames, cntre les marsileacees ct les mousses. 

(2) Goupede la sabliere de Rilly (25 septembrc, 1842). 
l.Terre vegetale, fragmens de meulieres sur le plateau. 

2. Tcrre siliceuse ferrugince. 

3. Marne avec rognons de calcaire gris tres-dur. — Quelqucfois 
on y trouve des concretions sableuses tubiformes. 

4. Argile plastique gris noiratre. 

5. Marne. 

6. SaWe. 

7. Argile plastique. 

8. Marne blanche avec nodules silicens ct coquilles d'apres M. Ar- 
uould. 

9. Calcaire travertin lacustre dur, en rognons concrctionnes. 

10. d°. altere. 

Lps assises superieures ne sont composees que d'un limon argileux 
ferrugineux. 

11. Calcaire travertin lacustre, (banc dur). 

12. Sable forruginoux. 

13. Sable quarlzcux blauc avec gres blanc. (3". 25) 

14. Siible. (i». .) 
ij.SiUjle rougealre. (0. 65) 

16. Gravior (appele chalin par les ouvriers) avec coquilles. (0. 65) 

17. Craie blanche. 

Dans le petit l)ois qui domine la sabliere, on trouve une cendriere 
akiudonnc'cdonl voici la coupe : 

1. Sable gris avec pctites meulieres et silex. 

2. Sable ocreux avec gres ferrugineux ii gros grains. 

3. Lignite avec petits cristaux de chaux sulfatee (sans fossiles). 

4 . Sable blanc. 

5. Sable ferrugineux. 

0. Lignites (fyreMa, Area, Cerithium vaiiabile). 



I 
I 



— 221 — 

coquilliers, inf^rieur nalurellemcnt au calcaire gros- 
sier, bien qu'il manque ilans la localile, et au cal- 
caire siliceux, avec lequel on I'a quelquefois confondu. 
Les especes qui le caraclerisent sont rares encore au- 
jourd'hui dans les cabinets : ce sont avec des valvata, 
des limnees, des cyclades, des ancylcs inddits les 

Helix hina. Mich.iud, Mag. de zool. cl. V. pi. 81 a 85, 1«37. 

Helix fiemisphccrica. id. id. 

Helix ArnoiUdii. id. id. 

Physagigontea. id. id. 

Cyclosfomn Arnouldii. id. id. 

Paludina aspersa. id. id. 

Pupa bidimoidea. id. Act.de la soc. Linn. dcBord.t.X. 4"!. 1838. 

Pupa col umelhr.s. id. id. 

Pupa sinunta, id. id. 

Pupaoviformis. id. id. 

Pijramidella exarata. \d. (Claitsilia exarata, XmouldJ (I). 

Hetix Drmietii. de Boissy. 

Quant au mode de formation de cc tuf lacuslre, il est 
diversement expruiue. On ne sail si les molecules eal- 
cairesctaieuten solution ou en suspension, et Ton o'est 
pas d'accord sur les dispositions topographiques. « 11 
me semble assez probable, nous (^crivait M. V. Raulin 
(25 decembre 1843), (pi'apres la revolution cfui a inler- 
rompu la formation de la eraie, des maleriaux sablrux, 
amcnes vraisemblablement par des courants lluviatilos 
dans un bassin marin peu profond, s'y sont accuraules 
enformantdes dunes, prinoipalementsur les l)ords. Ces 
dunes ont laissc enlre elles des espaccs ou s'accumu- 

(O'Ellono poul appartonir ni aux claiisilics, ni aiix auriculos; 
— Limarciv, dans son histoiro des animaux s;ins vorti'brcs, somblc- 
rait no pasolro certain (juo les r\vramidpllos soiont marines. • 

MiCHAUD. Actes de la societe Linncenii" de Bordeaux, I. X. 4'liv., 
juillet, 1838. 



— 2'2'2 — 

laienl cxclusivemcnt doseaux, soit pluviales, soil flu- 
vialiles^ct momcdc sources, cliargecsdc calcaire qui, 
on sc dcposant, a pu cnglobcr Ics mollusquos lerres- 
Ires et lacustres, vivant sur les bords et dans ces eaux 
memcs, ou amcnes par les fleuves qui ne pouvaient 
nianquer de venir des lerres alors d^couvertes (Ar- 
dennes, Lorraine, Bourgogne, etc.))) 

Quant a nous , Messieurs , nous pensons que les 
strates a clausilia cxarata de Sezanne et de Rilly , 
sont des travertins , c'est-a-dire des depots de sources 
siliceo-calcaires; et tout en reconnaissant d'apres 
ridenlitc de la faune, Icur conteraporaneite absolue, la 
nature mincralogique de la roche nous porte a ad- 
meltre, en faveur de Sezanne, une anleriorite relative. 
La marne du mont Bernon ne nous semble point avoir 
la meme originc; e'est Ic lit de quelque bassin d'eau 
slagnanle, couverle de charac^es, sediment vaseux qui 
a conserve les tests si freles des mollusques qui y 
vivaient. 

L'argilc a lignites des environs de Rilly-la-Monta- 
gne a etc I'objet de nos rechercbes les plus assidues. 
Nous avons recueilli aux Voisillons (Vaux-Sillons) , 
pclit gite de cendre vitriolique cncaissee dans les sa- 
bles inferieurs , et exploitee pour ramendement des 
vignes , une serie jusqu'a present unique d'especes et 
de varietes marines et lacustres. 

ESPECES LACUSTRES. 

Melania inquinata. De France (9 varietes, dont 3 nouvelles) (1). 
Melanopsis buccinoidea. Ferussac (plusieurs varietes). 

(1) Melania inquhiaia, Defr. — Var. callosa , nobis. (Caracterisec 
par une cxcroissancc au milieu du boni coluniellairc , callosite sail- 
lante, on forme domega , qui est peut-etrc un effct de lage ). 



--- 223 — 

Nerilina (jlobulus. Fit. 
Neritina pisij'onnis, For. 
Ncritina (Espocc inoditc). 
Cyrena anliqua. For. 
Cyrena cuneij'ormis, FOr. 
Cyrena teUtneUa, Fcr. 

ESPECES MARINES. 

Auricula hordeola, Lamarck. 

Kativa labellata, Lamarck. 

Katica ( 2 especes indelerminees ). 

Cerithiiim variabile, Dosiiaycs (12 var. dont 5 nouvelles) (1). 

Cerithium turris, Dcshayos (3 var. dont 2 nouvelles). 

Buccinum scmicoslalum, Desliaycs. 

Corbula (Espcce ineditc). 

Nuciila (lelloidea, Lamarck. 

Oslrea (3 especes). 

Oslrea sparnacensis, DeFrance. 



Osscmcnls indclermines. 
Denis de squaloide. 

Mandibules de poissons (identiques a celles de la burge du cal- 
caire {irossier supericur d'llermoaville). 
Cypris. 

Nous avons remarque que Tabondance ct la pre- 
sence de certaines espi^ces varicnt siiivant la profori- 
deur. A telendroitse inonlre la raelanie souillee, a tel 
autre, Ic cerile tour; telle depression oflVe le bueciu 
demi coslule, qui ne se relrouve en nul autre point; 
telle fouille dans le lignite aniene au jour la corhule et 
I'auricule <^rain d'orge et dans lo sable ferrugineux la 
variele A (Desh.) du cerile variable : enfin, telle poclie 
sableuse ne rcnlerme que des fossiles roules, cyrenes 

(1) Cerilhium rariabile , Drshayes. — Var. A.l. nobis. Ai\frac(i- 
bus unistriatis , iubercvlis serra/is, tiumeroxis , corona I is ; strid 
scrrafd. Var. Alt, nobis. Ai\fractibu!! unistriatis, tuberculis serratis, 
uumerosis, corouatis , strid simplicc. 



— 2'24 — 

tcllinelles cl cundiformos, ndrilines el mdlanics. Colic 
localisalion des rspcces sur unc surface d'a peine cetU 
pas Carres cl dans une profondeur maximum de 2 me- 
tres, nous a paru merilcr d'elrc racnlionnee (1). A 
Coulommcs du rcsle , peut sc remarquer aussi cello 
originalile d'une faune speciale a cliaque etage, car 
I'argile qui recele les plaques vermiculees de trionyx, 
les ecailles d'un crocodile analogue au gavial de Caen, 
les vertebres, les palais de sauriens el dc poissons , et 
les dpines que nous croyons provenir de silures , celle 
argil eest supericurc h la fausse glaise h ostreoj cyrena, 
ceridiium el ne renferme aucune coquille (2). 

Ce qui allache tant d'inlcrel a I'elude du sysleme de 
I'argile plaslique dans la montagne de Reims, c'cst la 
dissemblance de chacun de ses gisemenls el la mulli- 
plicile des accidenls geologiques qui les singulari- 
scnl. — Mailly (270™ au-dessus de la mer) semble 
elre I'hcrbier de la flore lerliaire infericure. Cliaque 
coup de pic y delache par clivage des feuillels d'une 
glaise rougealre qui a conserve I'empreinte fidele des 
tigcs, des fouilles, des fleurs, des graines des vegelaux 
dicotyledones des crealions passdcs. Fismes est re- 

(1) A mi-c6tp, calraircsiliceiix a Limncpa longiscata , A. Br. 

1 . Sable gris avec blocs de grcs ferrugiiieux a gros grains etcallloux 
rouliis. 

2. Sable fernigincu\. 

3. Lignite avec pelits crislaux dc chaux sulfatce. 

4 . Lignite avec efflorescences vitrioliques. 
6. Sable lignitifere ferrugincux. 

6. Argile a lignites. 

7. Sable gris dans lequelsont deposes les lignites coquilliers. 

(2) M.Mellevillo a omis dans sa coupe dc Chamcry a Coulommcs 
(Rullelindela Soc. Geol. t. X. p. 16), le terrain dc I'argile plastique. 
qui dans ce dernier village a une puissance de plusieurs metres et 
est caraclerise par nombre de coquilles et d'osscmcnts. 



— 225 — 

ftresenlc dans les cabinels parson mylilus; Bernon par 
sa websUirilc aliimiiiifere ol son Fiy<^r.iie d'alumine r^- 
sinifornic; Sisraii j)ar la corbula Drouelii cl la cyrena 
(iravesii?; Ainbonnay par ses iVuils , Villers-Marniery 
par son succin; Bern, Bouzy par leurs belles crislallisa- 
tions prisniatiqucs de chaiix sulfalee, creee au soin des 
iignit»>s vitrioliqucs par double di^composilion eleclro- 
chimiqne. A Pouilloii (1), celebrc par ses lignites fi- 
brcux. el ses osseiuenis de sauricns et, de cheloniens, 
s'esl, depuis 1838, altachee une reimtalion classique. 
Les sondages execules par ordre de M. Andrieux, cot 
inontre, aA'2 metres, les argiles non point adossecscon- 
tre le ealeaire grossier, raais parallelesa ses assises, et 
prouve qu'elles lui sont constamment inferieures : ce 
fait , veriije par M. Arnould sur un ou deux aulres 
points du dep irlenient , est acquis aujourd'hui a la 
science. 

II n'en est point de nienie du rang qu'occupent dans 
recliL'lle lertiaire celles du vtrsant N.N.E. de la mon- 
tagne de Reims, et c'est sur ee point indecis que 
nous appelons I'attenlion serieuse de nos amateurs. 
II existe, d'apres M. Melle^ille, deux etages d'argiles 
h lignites: « Pour ne vous parler que des environs de 
Reims, nous (^crit-il (8 mai 18W), si vous parcourez 
tout le i)ays compris enlre Fismes et Monchenul, vous 
leuiaKiuiz. dans la plaine el reposani sur la craie, des 
amas d'argile i)lasli(jue associes aux sables interieurs 
(premier etagc); puis , sur le versanl des colliues et 
imau'diatemenl sous le ealeaire grossier, d'aulres bancs 

l\) A l*()uilh)n, 1)11 ;i trouvi' drs fragmoiils tie Ironi's do palniiiTS 
(Statist, du canton de Bourjiogno par C.haletto, 1838). 

M. .1. \V\ld a recuoilli a Mailly imc l('to do Chi-loiiion, que M. Va' 
li'ncii'iiiies a rocounu jirovoiiir d'unc grandc cspccr do Tnonyx. 

i5 



- 2'i6 — 

puissanls d'argiles plus ou inoins sableuses, quejc lap- 
porte aux fausses glaises des environs do Paris. Meniea 
fails dans la vallee de la Marue. On Irouve an meme 
niveau , sur le versant de la montagne d'Arabonnay el 
au-dela, soil des depdls isoles, soil des bancs conlinus 
d'argiles avec ou sans lignites , puis, au fond de la 
vallee, a quelques metres seulement au-dessus du ni- 
veau de la Marne, d'aulres depots toujours isoles d'ar- 
giles avec lignites (notamment sous Chalillon et pres 
de Passy). 11 y a enlre ces deux syslemes une diffe- 
rence de niveau qui va la a pres de cent metres. Memes 
observations pour le massif tertiairc qui separe la 
Vesle de I'Aisne. » — Ces fails admis, que Ton suive 
les affleurements de nos lignites dans la monlagne : 
entre Jonchery et Giieux , ils se montrcnt dans les de- 
pressions du continent crelace, puis leur niveau s'cMeve 
insensiblemonl,et,un j'euen avant deChamery, semble 
atleindre eelui du banc superieur et se confondre avec 
lui. A quel systcme appartienneiit les dqwls de Vil- 
lers-Allerand , de Rilly, de Chigny el ceux de Verze- 
iiay, qui sont a une hauteur de 25!^ metres? Telle est la 
question pjsee par noire savant correspondant , ques- 
tion lonli- d(^ geognosie, car les fossiles semblent elrc 
connnuns aux deux elages; cependant les ccrithium 
turris, terediiia personata, osirea sparnacensiSj parais- 
sent propres, suivantlNI. Melleville, au sysleme supe- 
rieur (fausses glaises), {.'iVosirca bcllovacina a rinferieui' 
(argiles plasliques). — Celte derniere e9i)eoc est lout 
aussi rare dans nos environs que les planorbis inccrius 
el punclum de Ferussac , caiacteristiques , d'apres M. 
Brongniart, de la monlagne de Reims; — et (jue I'os- 
(rea plicatella, que M. Deshayes annonce (t. i. p. 362} 
se trouver habiluellement dans les terrains a lignites du 



— 227 — 

SoissDiinais ct <le la Champagne. {Oslrea testa ovatu- 
elongald., apice altenuatd, depressd; plicis angusfis, ;•«- 
ga'forniis, racliantibus utnujuc vakd ornatd; umbonibus 
longis, aculis; pi. L, fiq. 2-5.) 

M. d'Aichiac a elUcure ce snjet (Bull, de la Soc. 
Geol. X. p. 179) : malgre uae difference d'altitude de 
198 metres , Ics lignites de Verzenay et de Soissons lui 
paraissent deriver d'uii 7neme systeme, qui s'iiicline de 
I'E. auN. de 11 metres par lieue. 

Nous n'entreticndrons point rAcademie dc ccrtaines 
pariieulaiites geologiques qui donnent plus d'interet 
encore a nos terrains tertiairos inferieurs ; nous avons 
hale de lixer devant elle les points d'unc discussion 
sur la determination de I'age des sables a gros grains 
quarlzeux el a leredina personala qui recouvrent les 
argjk's a lignites. C'est un eorollaire du probleme que 
nous Neiiuns de poser. Caracteiisee a Bernon (Strate 
n"5de la coupe de M. Preswich) pai' une faune tres- 
variee, a Guys par Vumo truncalosa, (Micliaud),Iesano- 
niiis et les ossemenis d'horbivores, a Cliavot par unc 
Uiuletle inedile, a Mailiy par une cyrene egalenienl 
inedite, celtc assise a jusija'a present ete comprise dans 
I'argile plaslique. La phipart de ceux qui I'onl observee 
avec soin n'onl point adopte iin classement (pii no pre 
cise rien. Done, les uns raltachenl ees sables a I'etagei 
inlerieur du calcaire grossier ; d'autres proposent de' 
les c(jnsliluer en fornialion inlerrnediairo, indepen- 
dante; plu^^rurs ( nliii, cl p;irmi icux.-ei nous nous cile- 
rons a\ec MM. \V\ld cl Dulenqjie, desircnt ^oir eum- 
bincr le second projel avec raneicnae opinion, e'l'St-a- 
dire, caraeteriser ce sable par runio liiDicatosa el I;' 
terediiui personala, el lout en le maintenant dans i'ar- 
gile i)lasliqur , I'isolcr dc la parlie sujicricurc dc '-4 



— 228 — 

syst^nie. — Le sable a mulelles, nous ^ciivait M. Rau- 
lin, est uae ancienne plage heureuseiuent appropriee; 
c'est un cle ces accidents puremeni locaux, loiijours 
tres-liinites, et que Ton n'a guere encore constales 
que dans le pays de Reims et d'Epernay. — (1) 

MM. James Wyld et Preslwich out rt'cueilli an 
mont Bernon dans ce strate (1"" 40 de puissance) les 
fossiles suivanls : 

Melanla inquinata, De France. 
Melanopsis buccinoidea, Ferussac. 
Paludina. 

Vnio. ( r. fruncatosa ? Michaud J 
Teredina pe.rsonata , Lamarck. 
Poissons. Ecailles et aretes. 
Crocodiles. Plusieurs deats. 
Mosasaurus. Partie de cote et dents. 
Trionyx. Plusieurs ossements. 
Emys. id. 

Serpent. Vertebres. 
Lizard (petite espece). Machoire. 
Anthracothertum (petite espece). Dent inolaire. 
Lophiodon (pcut-ctre deux especes). 4 dents molaires inferieures e( 
1 dent canine inferieure. 
Rongeur ou Carnassier. Un femiir. 
Mammifere indeterminable. Une vertebre (atlas). * 

Un marchand de mineraux, M. Danhaiiser nous a 
declare sans preuves y avoir {)ris en place el posseder le 
fususbulbiformis, Lk., lapi/ru/a Iccvigata, Laink.,quel- 
ques cerites et une dent de carnassier. Les ueritina 

(l)Au mont de Bi-ru, dans un sondagc execute pour rcchercher 
les cendres vitrioliques, la sonde a traverse, avant de les atteindrc, un 
sable (in, jaunatre, analogue a relui d« calcairo grossicr de Courtn- 
gnon; M. de St-Marceaux y a trouve un fragment de Teredina perso- 
nata, Lk., la Melania uiquinata. Def., !c Ccrithium variabile, Desh., 
des petilcs huitres et des cyrenes fC. oblongue, trigone; la cbarniere 
prcsonto sar la valve gauche .T dents rardinales, dont la niedi.ino est 
biHdej. 



— 229 — 

globulus, Fdr. opercul^es do la colled ion deM. St-Mar- 
ceaux sciubleiil provenir, non poinl de ces sables suik*^- 
lieurs, rnais de I'argile plastiijue bruiiatre a cyrenaan- 
tiqua, Fer. (strale n° 14 de la coupe de M. Prestwicb). 
L'argile bigarree de rose vif avec fer hydroxyde 
aurifere dn niont Saran n'appartient pas , comme I'onl 
pen-e MM. Duval et Meillct, a la ivgion inoyenne de 
l'argile plastique lignitifere. Elle en est, d'apres 
M. JisraesWyld et nous, la couebe la plus superieure, 
conlemporaiiie des sables h teredines du mont Ber- 
non, de Cuys, de Cbavot et de Sainl-RIartin-d'Ablois. 
M. Elie de Beaumont, (jiii I'a examinee avec M. Wyld, 
pense qu'elle depend du calcaire grossier, et le repre- 
seute a Saran. Quelques details sur ce precicux af- 
ileurement interesseront la coinpagnie. L'or ne se re- 
niarque pas seulcment tapissant de petiles lamelles 
cristallines les fissures nalurelles de l'argile (1) ; souil- 
le d'un pou de pyrite jaune verdalre, il rooouvre assez 
souvent d'une mince [tellicule les pisolilbes d'hydrate 
de sesqui-oxyde de fer. C'est la premiere fois que l'or 
se monlre dans les terrains tertiaires dans une position 
detinie, non plus en paillettes roulees , delacbees des 
roches priuiordiales , mais en lamelles qui sont evi- 
demment le resultat d'une precipitation electro-cbirai- 
que. Le dissolvantn'a pu el re qu'un sulfure alcalin qui, 
decompose par uii metal avide d'oxygene comme le fer, 
a forme un sulfure forrique, en menie temps que l'or 
revivifie s'est depose en cristaux ou en coucLe mince. 
M. Melleville a trouve dans cetle decouverte d'or natif 

(I) Ln masse scchec, pulvirisee ct traitce par Ic morcuro pur, iioiis 
a donno do l'or en parcelles Ircs-reconnaissablcs. 500 grammes decelte 
Fubstaiicc nous out fourni environ .'> contigrammes d'or ; l "/,). Duv<il 
ftMnllel. lUill.delaSoc. Geol. I. XIV. p. 100. 



— 230 — 

(Ui puissant arguinonl on favour do sa iLoorio tlos piiils 
nalurols : o luoniooxplication quo pour Ic gjpsc , nous 
dit-il; en dosconclant a travcrs Ics couches, Ics canaux 
nalurols pouvaicnt arrivor a colics qui fornienl lo 
gite ordinaire do cc molr.l. » (I) 

Le calcairc grossicr dc nos environs morilerait Ics 
honncurs d'une monographic. Courlagnon , grace a la 
reputation que lui a faite sa chjilclaitie si co(|uoUomcnl 
savante , est depuis longtemps le but du pelorinagc dcs 
naturalistes. M. de Buflon cile, dans sa Theorie de Iq 
terre , ce banc dc coquilles qui, suivant lui, a pros 
de qualre licues de largcur sur j)lusiours de longueur. 
Le ravin de Chamory (C. G. niodio-infcrieur) (2) et les 
carrieres d'Herraonville (C. G., ini"., movon, sup. et G. 
M. I.), Damcry el Harty, Rosnay el Jonchery altirent 
chaque annee de nombroux visilours, et les belles es- 
peces fossiles qu'ils recelent sent parlout rechcrchees , 
parloul dludiees avcc c-'uprcsscmonl. Nous no vous rap- 
pellcrons point. Messieurs, conibion varioc est la faune 
de cclle puissaiile formalion ; nous no vous Iracerons 
point I'hydrographie de Topoque du cerilhium gigan- 
teum de Lamarck, celte coquille-reinc qui osl devonue 

(1) " J 'ni ties grains dc for hyilrate il'uiio niontagnc loulc voisiiic 
(Ic Saran (Ogcr), quisont rcunis parunciniciit fort dur rt composes do 
couches conccntriqucs rcvetues d'or natif. " M. Arnould. Lctlro du 
11 fevrier, 1S43. 

(2) Coupe prise a Chamery par M. Mellcville (Bull, de la Soc. Gtol 
t. X. p. 19). 

1 . Graic blanche. 

2. Sable vert duC.G. 

3. Calcaire (jrossicr parisicn h Cerithhnn 'jiganteinui^li'"). 
'..Sable ((J. M. 1..') 

5. Marnes d'cau douce a limnees et plaiiorbes (.iO""). 
0. Silcx meuliores et calcaire silieeux. 
7. Marnes (a 2.)0"'. au-(les>usde la nier). 



id. 


id. 


Hi. 


id. 


id. 


id. 


id. 


id. 


id. 


id. 


Courlngnoii. 


id. 


Chamcry. 


id. 


t>. id. 


id. 


M-y ct Courtagiion. 


id. 



— 231 — 

unc (lato ^tkilogiqiu! ; nous vous citiMOiis (juelqiies noms 
Isolds d'ecliantillons dune bellnconsoi v.ilion, qui offri- 
ront k nos amateurs un vif inleiel. 

Nautilus Lamarckii, Desh. Chamery. calc. grossicr med. inf. 

Volula fondosa, Lnmk. 
V. turgidula, Dcsh. 
Slromhus ornafus, Desh. 
Has Ml aria mncroplcra, l^imk. 
Murcx frondosus, Lamk. 
Uarpa mutica, I^mk. 
I'tcrocera pespelicani . 
fidopfera belcmniloidea, Blaiuvilie. 
Tcrcdina persona fa, l,nuik. C.liamcr 
Umncea et I'lanorhift. Hcniinnvillo. Gros marin inf. ou dc liraii- 
cliamps. 

Cardium aviculare,La.mk. id. id. 

(Collcctitin dc M. dp Sl-Marccaujc.) 

M. J.Wyld d'Epernay s'est specialomenl occupc de 
determiner les limiles du calcaire grossicr dans le de- 
|)arlement : Sermiers (|ires Monclieiiol), Courtagnon 
(un peu a I'E.), Cumieres (a i'O.), Boursault (a i'E.), 
Mareuil-cn-Brie et Moiitriiirail , lels sondes points qui 
precisent le trace de cette ligne. Ni MM. Elie de Beau- 
mont , Arnould, Dutemple, AN'yid, V. Uaulin, ni nous- 
mcme, personne, jusqu'a |)resent , n'a vu le calcaire 
grossierau-delade Cumieres; M. Melleville declare Ta- 
voir reconnu enlrc ce village et Ay :<< lorsqu'on sc dirige 
de Dizy sur Reims par la grande route, nous ecrit-il , 
on marche jusqu'aux deux-tiers an moins de la mon- 
tagne sur la craie. Arrive la, on rencontre d'aborddcs 
sables (sables inl'erieurs, premier elagej, dans lesquels 
sonlcncaissees des argiles a lignites parfaileraent, ea- 
racterisees par leurs fossiles. Iinnu'diatemenl au-des- 
sus, on trouve un banc de calcaire friable , desaj^rrece ^ 

'DO' 

en lout semblable a celui de Fleury-la Riviere , et ren- 



— 232 — 

ffniianl cti abondaficc les meiiies fossi'es. » Nous n'a- 
\ons pu encore verifier cefait, mais nous no donlons 
pas que noire savant correspondant d'Epernay ne s'eni- 
presse de rechercher et d'eludier eel affleurenient ex- 
ceplionnel (1). 

Ce trace deliniilatif du calcaire grossier dans la 
Marne acquerra une singuliere imporlance geognosti- 
que, des qu'il sera complete par I'indicalion dn passage 
lateral du calcaire grossier au calcaire siliceux, et des re- 
lations de posilion qui cxislenl entre ces deux sysleme?, 
les masses argileuses vertes et les lignites. C'cst une 
etude donl M. Eiie de Beaumont a trace les proldgo- 
menes dans un memoire depuis Ionglem[)s celebre : 
{Observations siir t'efemlue du systeme tcrliaire infc'rieur 
dans le nord de la France et sur les depots de lignites 
qui s'y trouvent. Memoires de la societe geologique de 
France. T. 1. N" V.). 

' II est a regret ter qu'il n'y ail pas consacre quelqnes 
lignes a la description des argilcs su[)erieures au cal- 
caire grossier d'Hermonville. M. de Saint-Marceaux 
semble etie le premier qui les ait reraarquees, et per- 
sonne encoie, que nous sachions, nelcs a menlionnees. 
C'esl cliose singuliere pourlant de voir alterner, au 



(1) Le 15 aoiit dernier, nous avoos gravi la montagno, depuis Dizy 
jusqu'au-dessiis de Bcl!c\ ue, en cxaniinant avcc atlcnlion les terrains 
qui sc montrent sur Ic revers de la route , et nous n'avoiis observe, 
comme MAI. Elie de Beaumont et Arnould, que la sericsuivante: 

1. Craie. 

2. Sablesavec veinules d'argilcs el meianopsides, cyrcnes, etc. qui 
proviennent do (juclque nffleurement de lignites. 

3.Manies jjlanclies et vrrdatres. 
4. Culcairc siliceux etnu iiliires. 

Cntrc iesraarncset les sables infericius. nous navons apereu au- 
cune trace de ealeaire gros-sier eoquillior. 



- 23:^ — 

milieu (les diearls, des veiucs tl'iirK' espece d'ar^ile a 
ligiiiU's , dont cliaquc feuillel est convert de rayiiades 
tie corbules et de paludincs , si fraichos encore qu'on 
se preiul a ouhlier leur mysterieusc antiquite. 

Noire coupe itidique approximativement la succes- 
sion et la puissance des couches : 

I . Sables infcrieurs (sans fossilos). 

a. GlauconioduC. G. a grains (lc<iuartz et defer silicalc, et cal- 
caire grossier inferieur, ii .\innmuli/cs Icevigafa, Lk., Venericardia 
planicosta, Lk., ct Turrilella terebellala, Lk. 

.'i. Calcaire grossier nioyen a OrOitolites plana. O" 50 

i. Calcaire grossier superieur a ('pr/7/«M)« ?«;;((/?</«, Lk. as 
!>. Calcairo grossier sahleux h. Area mod inli/oi-mis ,Desh., 
Cerithivm Bnitci , Desli., Na/ica labcllata , Lk., dents de 
squale ct mandii)ules de poissons (Burge). 3 »• 

(j. Sable ealeairc a rfr(^/i(M»t conoideum, Lk., C. echidnvi- 
des, Ui.,yo(ica dcprc.'isa,Dci\\. • '" 

7. Ores raarin inferieur (Ores de Beauchamps) a l.ucina 
saxorum, Lk., l.ucina cunlorta, Def., L.divaricata, Lk., Par- 
mnphorus eluntjatus, Lk., etc. (1). 1 »•• 

8. Rognoiis de sile.x , engages dans une marne sableuse' 
jaune et empalant des eoquillesdu G. M. L (cessilex allernent 
souveut avec les sables superieurs n- 7). 

9. Lit mince de calcaire arenace avec culmites, phijllites,elc. ^ 

10. Rognons de silox engages dans une marne sableuse jaune | 
(sans fossiles). 

II. (Uurgin.) .^0 

12. (Franc-Burgin.i .10 

13. Argilegrasse feuilletee mi-partie ferrugineuse, mi-parlic 

d'un noir brillant. oa 
I'l. Argile brune. 18 
l."i. Calcaire blanc compacteavec raresempreintesde bival- 
ves. Wb 
10. Calcaire niarneux. 22 
17. Argile grasse d'un noir brillaiil : siir los feuillels sont 

(I) Onremarque dans ces sables (G. Nt. 1.; beaucoiip de melanin 
lactea,Lk., percees par la troinpe relractiic de mnllubqiios Iracbeli- 
pores carnivores. 



— 23i — 

conscrvecs iiUaclcs ilos inyriados de corhtiles (voisliic» ties 
Corhula sthala c\ roslra(a) ct di- pctitcs jiyluiiincs (voisincs 
dcla Pahidinn subiilotn,\)o?\\.). 0« 3(i 

18. Argilcgrassc vcrdatrc(sansfo.ssilcs), 10 

19. Argilc grassc vcric avec les memos ospocea que le n« 17, 

dcs cyrcncs?, dcs vcgctaqx, de lrcs-.-poUtes vitU'Ijits ol ocailles, lo 

Cos trois stratcs, supcricurs aux sal)lcs dc Boauchamps, sont 
bicn dislincls do ccslignitrs fluvio-marins , avcc nalices, ctJri- 
Ihcs, vi-nus, paludinos, limnocs, que !\I, Dosnoycrs a signales 
en 1824, a Vaugirard, da\is Ic calca'iro grQssier raoycn a orbi- 
tolites plana. 

20. Marnc vcrto. ^'^ 

21 . Calcairc hlanc compacto (Clicart) que qous rapportons au 
cakairc siliccux. '^ ^^ 

22. Marnc verto. <* -"^ 

23. (Clicart.) 50 

24. Marnc vcrle. ^ '•* 

25. (Clicart.) " ^-^ 
20. Argilcbruno. ^ "^ 

27. Marnc vcrle. 2 »■■ 

28. (Crayon.) ' "" 

29. Argilcbruuatrc. ^ '^ 

30. (Crayon.) . " '" 

Du nn|ieu ties argiles ot fles marrws eboulees , iioiis 
avons d('>;igedes plaques de calcaire blanc avec em 
preintes cle corbulcs , mais nous n'avons |)u reconnattie 
h quelle assise dies se rappoiienl. — MM. Ciivier et 
Proiif^niarl (Dose, gi'ol. di's eiiv. dc Paris) orit obser- 
ve un bauc analogue a la |)artic superieine dn caleaire 
grossier, au-dessus dc la roche a cerilliium lapidiim. 
II est, diseiil-ils, peu epais, mais diir ; leniarquablc 
par la prodigicuse <iuanlite de corbules alloiigecs el 
striees qu'il presente dans ses fissures horizonlales. 
Ces corbules y sontcouchecs a plat el serrees les iines 
conlre les autres. — Celle indication s'a|)plique aux 
echanlillons d'llermonville , nous pensons done pou- 
voir les classer enlre les n"^ i el 5. 

L'ordre dc stratificalion nous conduit , Messieurs, 



— 235 — 

avous pnrlertl'un terrain dcdocouvcrte r(ronl(>, dont 
nous n'avons pu encore qu'clKuichcr I'etiide. La mon- 
tagnc dc Ludes csl le dernier anneaii de la chainc de 
rollincs, qui, dc Coulorame a Mailly, se deroiile en arc 
de cercle devant Ucims , qui an S. 0. avail la craie a 
sa base of au S. E. lui voit alteindro pros de sa crele 
a uno altitude de2i0 (netres : aiissi doja a Ludes cerc- 
levemcnt de la formation secondairereduit-il nosslratos 
tertiaires a unc faihlc epaisseur. Le calcaire grossier 
et les marncs vcrles ont disparu enlre Sermiers etMon- 
cficnof ; les lignites nc sont rcpresenles que j'arqucl- 
ques banes d'argilcs figulinos , le calcaire siliccux s'a- 
niincil et se tcrinine en his' au ; mais los meulieres re- 
couvrcnt un terrain nouveau pour nous, qui parail avoir 
en ce point sa plus grande puissance. Le gypse man- 
que en Cliampagne, il est vrai , mais a Ludes, nous 
voyons devcloppec toute la formation qui le receic , 
ospece d'anomaiie originaliseo par d'autres anomalies. 
A I'etage inlV'rieur, un calcaire a fossilos maiins et 
lacustrcs ; au milieu, Ics argi'os fcuillcteos avec debris 
organiques; au sommet, les sikx meulieres a limne'es. 
Nous avoiis done sous les ycux , Messieurs, non seule- 
nienl toule la serie dcs st'-dimonls d'eau douce moyens, 
niaisaussi I'assise la plus remarquable, la contcmpo- 
rainc de celte marnc calcaire jaunatre (n" 18, 3' 
masse) do Monlmartie , dans laquollo IVLM. Desmarets 
el C. Prevosl ont , il y a plus dc *25 ans , rccueilli uno 
si belle serie d'cspeces marines. 

Notre calcaire a plioladomyes est plus inleressani 
encore par ce fail, qu'il ollVe le melange dcs cspcccs 
marines et lacustres; nous n'y coimaissions que le cy- 
clostomc en momie, M. Danliaiiser nous a monlre sur 
le memo echanlillon les limne'es, Ics psamnidbics, les 
liiiilrcs, Ics 'volutes et les arches. II a appeld nnin> 



— 230 — 
attention sur un fossilc assez coniimin , ninis d'exlrac- 
tiou difficile : c'esl un fjuneau tubuloux , torniine en 
arriere par une niassue siibco!n|irimoe , qui presente 
une valve decouvcrle encbassee dans la paroi , landis 
que I'autre valve semble etre libro. Ces caracteres 
sont propres aux clavagelles , que nous n'avions jus- 
qu'alors remai(|uees que dans Ics calcaires grossier 
inoyen d'Hernionville el medio-inferieur deCourlagnon. 
Nous avons cu I'honneur de meltre sous les ycux de 
laconipagnie, dans la seance du 20 Janvier, les fossiles 
caracleristiques et le relevement geodesique des diffe^ 
rents elages de la montagne de Ludes: depuis cette 
epoquBj nous I'avons i)lusieurs fois exploree avec atten- 
tion, et, d'apres ces nouvellos observations, nous avons 
dresse la coupe suivante, plus exacle par la precision 
des details et veriiiee par les ouvriers carriers. 

COUPE DE LA MONTAGNE DE LUDES 
Au point maximum, eutre ce village et la tuilerie (environ 275 metres 

au-dcssus de la mer). 



I 
II 

III 



IV 



Ga/.on. 
Grasse des picrres 

a ])atie. 

Pierre a batic ou 

meuniere. 



Grasse des i)ierrcs 
rouges. 

Pierre rouge. 



Torre vegetale. 

Manic argileuse jaunalre cm-^ 
pataiit los meulicros u" 3. 

Silex meuliere ordiuaire,dont les 
petites caviles sont quelqueftiis 
tapissees de quartz nianielmuK' 
crisl.illin (sans fossiles). Banc ex-J 
ploite a la Fcrte-sous-.louarre. 

Marne argileuse jaunatre dans| 
laquelle sont engagees les mculic- 
resn" 5. 

Silex meuliere calcedonieux com- 
pacle, avecgcodes tapissees de pe- 
tils uiamelons eristallinsdequarlzl 
hyalin. — Limna'a longisca/ci, Ai.j 
Br., Cijiloaloma wvniiii, Lk., pe-j 
titespaludincs(macolleclion)./'/ff- 
(ior&i.s (collection de M. deSaint- 
Marceaux). 

Meulieres contemporaines de col- 
ics de la Ferte-sous-.lnuarre et de 
Noizy , pres Paris. 



.l" 2.^ 



237 -- 



VI 



VII 



VIII 



IX 



Premier liais ou 
clicart. 

Blanc lie la 1" 
pierrc a chaiix. 



Grasso dcs pierres 
mal faitos. 



XI 



Grasse dcs pierres 
argenlees. 



Pierre argeutie. 



XII 



Pierre mal faite. 



Pierre a cliaux a 
yeux (le banif 
ou gros yeiix. 



Calcaire compactc (ieiulritique. 
(M. Danhaiiscr pretend y avoirob- 
serve los cijpr'isfaba, Desm.) 

Marne frial)Ie. (Quelques ou- 
vriers carriers pensent y avoir rc- 
marque do toul [jctits grains I'gy- 
rogonilcs ; ; nous n'eu avons jamais 
vu.) 

Marne argileuse feuillelocjaunc 
vcrdatre, au milieu de laquelle est 
le banc de calcaire n" 9. (Le maitrc 
tuilier nous a\ail [irevenu (jue cet 
tc argile renl'ermait dcs coiiuillcs 
nous Tavons en ettct trou\cc per- 
force de tubes (]ni scmblent avoir 
une origine organiqueet otVrent un 
peu d'analogie avec les lubicolesde 
Lamarck, el (pieiques pelits Irons 
rallies ipii pement provcnir de 
graines. 

Calcaire compacte grenu tra 
verse par des veines do calcaire 
spalhique en cristaux rliomboedri- 
ques, — quclquefoisen rognons in- 
famies, le plus souvent en pseudo- 
morphose exageree du gyi)se len- 
ticulaire (sans fossiles). 

Marne argileuse, vert-jaunatre, 
fissile, dcndritiipje. 



Rognons de calcaire dur a grain 
fin, i)res(pie toujours geodique , 
fendille.relreci par ladessiccatioii: 
les fissures et les [)arois do cesgeo- 
dcs produiles par retrait, sont ta- 
pissecs tantol de cristaux do ciiaiix 
carbonati'i' limpid" mctastalique et 
rlicimbocdii(|ue, tant()t d'lm \crnis 
spallii(|ue transparent ou colore en 
noir (sans fossiles). Cos rognons 
nc seraient-ils pas les analogues 
des splieroidesgeodiques de stron- 
tianesulfateelerreuse.engagcsaus- 
si dans une marne argileuse vert- 
jaunatre, qui caracterisentaMont- 
martre I'assise moycnnedugy|)se-' 

Calcaire compacte a\ ec especes 
marines et lacuslres. 

I. (larngpUa (Ma collection^. 



11 30 



i; 



o .'SO 



.so 



— 238 — 



2' (I) Crassalella lamcllosa , 
Lk. (Ma collection.) 

3' Corbula. (Ma coll.) 

4. Corbula ttmbuncUa , Dcsh. 

5. Psamviobia. (Ma coll.) 
G* Pholadoni'ja. (3 cspeccs.) 

(Ma coll). 
0. Lucina. 
7* Cijtiicnva. (Ma coll.) 

8. C'jtiicrcra multisulcata. D. 

9. Venericardia. . . . (iinbri- 
cala, Lky) 

10* Cardium porulosum , LL. 
(Ma coll.) 

1 1 . Area (doux espcces) (Ma coll) . 

12. Pectunculus. 

13. Aucula?{Mn coll.) 

14. Cliama rusticula , Dcsh, 
(Ma coll.) 

Id. Modiola litltopliaga , Lk 
(Ma coll.) 

16. Oslrea. (Yarictes de VOstrea 
longiTostris, Lk.) (Ma coll.) 

17. Anomia. (Ma coll.) 
18* Calijptrcra troc!ii/oniiis,lA^. 
11). Cijclostoma muinia , Lk. 

Museum d'hist. iiat.) 

20. Limncra longiscala, Al. l?r. 
^Museum d'hist. nat.) 

21. raludina. 
11. yatica. (Ma coll.) 
23. Turbo. (coll.dcM. Aiibriot.) 
24* Turrilella. 
To' Ccrlthium. 
26. .BucciHwm. (Macoll.) 
27* Voluta. 
28 Voluta spoiosa, Lk. (Coll. 

do Mi de S-iiiit-Marcoaux.) 

29. Miliolik's. 

30. Serpula (adhcrant aux Os- 
trea). 

31. Bulanus. (Coll. dc M. Ar- 
iiould.) 

M. C. Pivvost a trouve a Monl- 
martrc (Hullc-au.v-Cardos), dos 
oursins el dcs cruslaces; les fossi- 
Ics que nous y lapportons, iic sonl 
pas assez raraclcriscs pour devoir 
clre luentionnes. 
(1) Les ;isleri.>i|ues indiquent les genres et les espcces que 
besQiarets ills el C. I'revosl ont rccucillis a Montmartre. (Dcsc. 
dcs env. dc Paris . 



MM. 

geol. 



'z:\\) — 



XIII 



XIV 



XV 



Deuxii'ino liais ou 
(leuxii'inc clicart. 



Dciiiiii'mc blatic 
(iespierrcsachaux 



Freiiiflasse. 



XVI 



Coijiiil 



La partip infcrieure du b;inc pcut 
constitucr unc assise a i)art, car lo 
calcairc y esl allcrc , dcsagrego ; 
cVsl uue vraic nianie, caraclcrisct' 
d'ailloi'.rs par la pruscuce d'uiip 
graiuliMiuautilL' d'aiiomiesetd'liui- 
Ircs. I'armi ccllcs-ci, nous avons 
datls notro coUccUon Vos/rca pseu- 
do-cliaina, Lk. ct unc aulre va- 
riclc de Vostrva loncjirostris , Lk. 
Calcairc compactc avcc dendri- 
tes luangancsiqucs. I'ctites paludi- 
sallongccs? Liiunces clcyclos- 
lonut inuiiiia, Lk. (loujours apla- 
lis). Trcs-peu de coquilles. 

Marnc argilcusc blanche. (Les 
cchantillons de cctte marne que les 
ouvriers nous ont niontrcs, etaicnt 
reniplis d'anomies ct de ijclites 
huitres; nous croyoiis devoir dou- 
ler de rexacliludc de Icurs rensei- 
gnenienlssiir ce point.) 

Calcaire iiiarneux Mane, dcsa- 
grege avec pen de coquilles. — 
Cijctostoiiiu mumia , Lk. d'apres 
M. Arnould. — iVtiies paliulines, 
d'apres M. Danliaiiser. Nous n'a- 
vons pa voir cc ftrate en place, et 
les divers niorceaux (jue Ton nous 
en a reniis rcut'crniaient ou les I'os- 
siles du dcttxicjuc blunc, ou ceux 
de la coquiUc. « Les coquilles de la 
vraie frcignassc iie sont pas les 
men»es que vous nvez vucs dans les 
ijeux dc btnij'\ clles sont un pen 
plus allongecs. " (Lettredu niaitre 
luilicr de Ludes , 2-ijuillet ) 

r Calcaire lacustre siliccux. — 
LhiDtcra Uttiijisciilu, \. Hr., Pla- 
norbis rotuiidii/tis, A. lir., Cijclos- 
lovia muxiia, Lk. 

Gcs trois (>;peccs, lres-al)ondan- 
les, se trouvent le plus convent 
isoltes: le ajclostoma iituinia se 
uiontreseul a la partic supcrieure, 
les plannrljcs a la partic mo\ cnne . 
les lin>nces au-dc>>ous. 

•>"•' Calcaire lacustre siliccux 
plus compactc, rcnfcnnant luoius 
dc coquilles ',Limucva lonrjiscuin 
el cijclns/o)iia miimia}. 



35 



C5 



XVI. 

XVII 
XVIII 

xrx 

XX 

XXI 



, XXll 

' XXIII 
XXIV 
XXV 
XXVI 
XXVII 
XXVIII 



Coquilie. 

Saincdecombre. 

Polit sieu. 
IJros sieu. 
Cpudrasse. 

Blaiwdelameulc. 

Vertc. 

Fioiis tirans. 
Brouilla luinii. 

Fioiis foras. 

Fions Ucuretles. 

Fions iialurels. 

Fions saveloniia. 



— 240 — 

3"? Calcaire lacuslro siliccux , 
trcs-coiupac'tp, avec moins encore 
d'individus fossiles (l.iiiinn-a Ion 
yisca!(i, cyclostoDUt intimki, peli 
tes paludines, gyrogonites?) 

1" Argile maigrc (sablcuse) ver 
dalre,sansfo.ssiles. 

2" Argile maigro id. 
sansfossiles. 

Argile maigre id. 

datre, sansfo&siles. 



1- I'tV" 



70' 



vertt 



ver- 



A: gile maigre 



id. 



verte , ' 



XXIX 
XXX 

XXXI 
XXXII 
XXXIII 
XXXIV 



iiruiis iions. 
Chair dane. 

Brune. 

Lousliaux. 

Forte terre. 

Trrtinnx. 



sans fossiles. 

Argile dure verl-fonce avec qiiel- 
ques "inliltralinns ferrugincuses. 
Traces de coiiuilles. » U y a, nous 
ecrivail If maitre tuilirr, dcs pe- 
tiles coquilles allongees dans la 
ccndrasse. " 

Marne tendre , se dosagregeant 
facilemont , traversoe de li-sures 
reuiplics d'argile verte. (Limna-a 
longiscala, A. Br. (avec le test); 
petilcs paludines et gyrogonites 
{C/iarn medicacjhiula, Lcuuin). 

Argile grasse verte. (C'est ce 
banc (pii rctient les eau.v). 

Argile sabJeuse gris-jaunatre. 

— grasse rouge de sang. 

— sableusc gris-jaunatre. 

— id. blanc-grisatre 

— id. id. 
Sable argileux blanchatre. 

COMMENCE.MFNT 

PES ARGILES <iLAISi;s. 

Argile brunatre. 
Argile grasse jaune, bigarree de 
rose vif. 
Argile brune. 

— grisatre. 

— brun fonce. 

— lirune. 

Ccs argiles sont employees pour 
faire des luiles el des briqucs; on 
n'y a jamais Irouve , ainsi que 
dans les lions, que despelits grams 
(pcut-etrc pyrileux) (jue les ou- 
vriers appellent./VroA-. 



;)o, 

35 



50 






80 





35 





15 





05 





20 



241 



XXXV 

i 


Sable. Sable blanr micace (sans fos- 
silcs). 

On a creuse 9"° 75 dans ces sa- 
bles sans en alleindre le fond. Vers 


y- 75 

I 

1 


1 
1 
XXXVI 




la fill du soiulajrc, on a remarcjiie 
qu'ils etaient souillcs d'unc lugere 
leintc forrugincuse. 


i 

! 

1 


Craic blanche. 



Celte coupe n'est point definitive : la determination 
des especessera revisee, la delimitation do chaque lor- 
nialion fixee avec precision , les points indecis serout 
>erifies; ces rectitications ne peuvent se faire que lors 
du forage de nouveaux puits d'extraclion. Nous espe- 
rons que ce document, tel qu'il est, intercssera nos 
confreres. 

Quelle est la stralilicatiou Iheorique de Ludos? — 
Telle est la question que nous allons eftleurer. 11 est 
tout d'abord utile de rappeler les renseignements sur 
lesquels la sociele geolagique de France s'est basee dans 
sa discussion. 

Coupe drcssce par M . Arnotddet communiqudeparM.dePinieoille. 

1. A partir de la surface du sol, prosiiu'au somniel de la niontagne, 
MeuliiTe. 

2. Terrc argileuse jaunatre (9"" .30). 

3. Calcaire blanc. 

4. Calcaire avec serpnhi, pholadoiuya , corhula, cardium, area , 
cliama , anoniia , lurritclla , miliola, ostrea (2 espcces ) , et 
quehjues autres fossiles dont les genres sont indelcrminablos. 

5. Clicart sans coquilles. 

C. Calcaire avec cyclosloma niumia.) . 

. -, , . , 7 „/ iC est len° XVI de notre coupe. 

7. Calcaire avec Inniurn longiscata. } *^ 

Les argilcs qui vicnnenl ensuite apparticnuent au systcme des ar- 

gilcs plastiques, qui est recouvert par le calcaire siliceux. 

Bulletin de la Soc. Geot. de France, I. XIV, p. 41. 



Cc n'est, on le voit,qu'une tres simple osquisse qui 
profile, loutefois assez nettemeut, la succession des 

l6 



— 242 — 

couches. Tout renscmble, suivant nous, so rapporlc an 
terrain lacustre raoycn. Noire calcairc marneux a co- 
(juillesd'cau douce (rv xvi) represente Ic calcairc sili- 
ceux de Saint-Oucn ; nous liesitons d'y rallacLcr la 
marne a gyrogonitcs n" xxi qui en est separee par cinq 
strales argileux. Noire banc n" xii est I'anaiogue des 
marncs marines de la partic inferieurc du gypse, carac- 
tc^risees aussi par les plioladomyes a laChapcUe Saint- 
Denis el a la Hulle-aux-Gardcs, au pied de Montmar- 
tre. L'ctagc moyen est forme par nos marncs argileuses 
fissiles jaunes-verdatres, qui, prcs de Paris, renfernicnt 
deux ou trois ovoidcs de gj'pse- Les raeulieres, comme 
a Pantin ct dans la Brie, termincnt la formation gyp- 
seuse. — Le bassin amygdaloide dans lequel elle s'est 
deposee, est tres-limite; a Villers-Allerand, le calcaire 
siliceux couronne le plateau; a Mailly, les argiles a li- 
gnites aflleurent sur les crctes. 

Un mot, avant de terminer, sur ces bivalves que 
nous classons avec M. Arnould, dans le genre phola- 
domija de G. Sowerby. Notre but n'est point de ravi- 
ver une discussion eleinte, mais de la resumer el de 
donner uu exemple do la divergence dcs opinions en ma- 
liere de conchyliologie. La pholadomye de Ludcs est 
d'ailleurs pour nous une medaille historique, une date 
de la chronologic terliaire, etil importe de s'accorder 
sur sa determination generique. — Pour memoirc, nous 
citcronsun amateur dcMclz, M. T... qui, vers 1840, y 
crut rcconnailre, apres un examen sans doute superfi- 
ciel, lescaracteres desmulettes, el !a nomma unioabbre- 
viala ; depuis longtemps, elle elait cataloguec tanlot 
comme trigonie , lanlol comme lutraire, el le 15 d(^- 
cembrc 1842, M. DeFraiice nous ecrivail : « Jc n'ai 
jamais vu de plioladomyes que dans les terrains de tran- 
sition , ct jc nc puis croire que le moulc que vous 



— 2A3 — 

soupconnez elru cclui d'une pfiolailoniyo ait, jamais ap- 
partcnu a une coquille de ce genre. » — Les pholado- 
njyes nc se montrent guere qu'a parlir des stralcs les 
plus inferieurs du lias; ellcs abondent en individus et 
en especes dans les terrains jurassiques, diminuent 
dans les eretaces, se reduisenl dans les tertiaires a 3 
oil 4 especes (1), el a une dans la faune actuelle (Pliol. 
candida,Sovf., des cotes d'lslande). M. DeFrance lui- 
meme (Diet, des sciences naturelles) rapporte au genre 
pholadomye (t. 39, p. 536) les lutraria ovalis, lirafa et 
ambigua qu'il a recueillies dans le Portland-stone, le 
blue lias dc Normandie, le calcaire du Jura et la craie 
inferieure(t. 27, p. 378). 

Tout en maintenant nos bivalves dimyaires el bail- 
lanles dans ce genre, parceque reellement elles sont 
par I'idenlitd des formes les socurs de celies des ler- 

(I) La faimc dc nos environs fournit la prcHivc de cclte asser- 
tion. 

Ardennes. Formation liassique : 1 2 especes. (P/i. /fausmanni, Godf.^ 

Ph. decotata, Zietcn, Pli. clnnrjnfn, 
Mun8ter, etc.) 
"'• '"'• j'lrassique : 37 esp. (/'^i. ;)«,{•«/«, Rffimer, r/i. 

ovalis et conccntrica , CidW . , rfi. 
Protei, Br. etc.) 
'^- ill- rretaeee : 5 esp. indetcrminees. 

Smwugc et Buvigner, Slalistiquc peol. des Ardennes. 
Aiibe. Terr. neoc. Calc. a spatangucs : 6 csp. (Ph. tieocomcnsis, 

Leym., Pli. Langii, Voltz ^ 
Ph. solenoidcs, Desli.. etc.) 
"'• '^l- Arg. ostrecnnes : 2 esp. (Ph. Prcvosd, acxtti- 

sulcala, Desh.) 
id. Terr, crctace. grcsverlclarg. teg. : (Pli.nnttisulcata. Desh.) 
'**■ i'J- craie blanche. (Ph.cordi/ormis.Dcsh.) 

A. Leyvierie, inem. dc la soe. peol. I. IV. ir V. 
Nous avonsdans les sahles niferieurs tertiaires de Laon et Chaluns- 
sur-Vesie les Pho(adomi/a margarifacca, .Sow.. e\j)licafa, Molleville. 
MvllevUli', inem. sur les sahles inf. d^rl. p. n m. pi. 1. 



— 244 - 

rains oolilhiques, uous pcnsons qu'il y a lieu de divi- 
ser le type dii calcaire gypseux de Ludes en plusieurs 
especes. Si, sur certains echanlillons, les cotes longitu- 
dinales et transversales qui sedessinent si Dnemeni sur 
le moule, indiquenl et un lest slrie et I'extreme tenuite 
de ce test, s'il y a absence non-st-ulement de dents car- 
dinales, mais encore d'impressions musculaires ; dans 
d'autres, celles-ci et I'lmpression palleale sont forle- 
ment pi'ononcees; le moule est ou lisse , ou deforme 
par les plis d'accroissement; une lame cardinale rudi- 
menlairc s'apercoit sur le crochet; enlin Tangle forme 
IMivVapex et les extremites orale et anale varie sou- 
vent de 25 degres. 

Quant a I'espece n^ 5, nous devons avouer que nous 
I'avons rangee dans les psammobies , plutot que dans 
les sanguinolaires et les psammolc'es, non point d'apres 
le nombre des dents qui est variable, mais d'apres la 
forme gdnerale. Quoiqu'il en soit, les noms d'nm'o elon- 
ga(a (M' T.) et d'amphidesrae (D.) doivent elre rayes 
des catalogues. 

Qu'il nous soit permis, Messieurs, de rcvenir un peu 
sur nos pas, et d'ajoulcr quelques traits a I'histoire du 
calcaire siliceux. A Ludes, inferieur a la formation gyp- 
seuse, il allleure, vouslesavez, ami-cole; enlre Rilly 
et les Voisillons, il se montre sur I'escarpement supe- 
rieur de la montagne, sous un calcaire dur a oslrea et a 
ajclostoma mumia, identique, suivant M. de Pinteville, 
au banc a pholadomya; de Villers-Allerand a Mon- • 
chcnot, il se releve jusqu'a la Crete oil, caracterise par 
la limncea lotigiscala, A. Br., \ecyclosloma mumia, Lk., 
le planorbis rolundatits, A. Br. et des rognons de silice 
brunalre, il iiousoUre letype du travertin moyeu. Dans 
le bassin d'fipernay, safauneest plus variee. A Guys, a 
Chavot, a Monllielon,a Ay, il surnionle le sable a ti^redi- 



I 



— 245 — 

nos el ii rauleltes , donl le separent des niarnes vertcs 

qui nous semblent appartenir nu gypse (1), — ((Le cal- 

caire siliceux renfcrrae quelqnefois dans ses assises in- 

fericurcs des coquilles marines analogues ii celles du 

calcairo grossier, melees avec des coquilles d'eau douce, 

el senible faire ainsi le passage de la formation marine 

a la formation d'eau douce qui la recouvre (Descripl. 

geol.des env. de Paris, p. 276). » Celte observation que 

M. Brongniarl faisait en pensant aux coquilles lurricu- 

l^es de Villiers pres Mantes, s'applique naturellcraent 

au travertin du bassin d'fipernay, qui renferme avec le 

ceriihium lapidum, Lk., les limncea longiscala^A. Cr., 

planorbis rolundatus, A. Hr., pahidina kn(a, Sow. 

(junior, P. angulata. Midland), cyclostoma mumia, 

Lk., et une cyciade inedite. 

Partout les meuli^res s'exploiteut a la surface du 
sol : ellcs couronnent les plateaux de la montagne de 
Reims, el s'etendenl dans laplaine onduleeqni separe 
les raonls Bernon et Saran. Nous pensons qu'elles se 
rallachenl au traveiUii nioyen. 

En eflet, — M. V. Uaulin nous ecrit (25 decembre, 
1842):A la parlie superieure (de Ludes), comme a 
Panlin et dans toule la Brie, se trouve nn terrain de 



.1) Coupe dusol d'Ay, d'apres les renseignemcnts de MM. Arnould 
elDrouet. 

Eau douce .uuyenno [ Me^Iierc inftrieure. 

I Lalcaire sdiccux, avec marues vertes. 

iArjiile avecgrossable (lt;'rt5dincs!. 
Sable lia (nK-laiiopsides , melaiiies, eerites 
cyrcncs). 
Sable gris (raelanopsidesK 

Hanc de eraie .... Oaie superieure. 

.Mem. sur lapyralede la vigne par M. iMujviiet. Aim.de la .S)C. 
il'agrie. de Chalons, 18J"J, p. ?.8i. 



— 2AG — 

niculieres qui est odui pxjiloilr a la Ft rl(^ fous Jouanc, 
mais qui n'csl pas le terrain lacuslre supdrieur do 
M. Brongoiarl, puisqu'il en est separc par le sysleme 
marin des gres de Fontaincbleau. C'csl ce que M. Wjkl 
a reconnu dans rarrondisscment d'Epernay. — M. d'Ar 
cbiac dans sa coordination des terrains terliairos(l), 
etablit la straliflcation Iheorique suivantc: — A' groupe. 
1° Marnes ( a I'E. de la montagne de Reims), argiles, 
calcaires lacustrcs (sous lout le plateau; collines cntrc 
Epernay et Verlus). 2° Gypsc. 3" Marnes vertes (sur les 
deuxversants de la montagne, collines cntre Epernay 
et Montnairail). 4° Marnes, calcaires niarneux, avec si- 
lice dissdniinee ou en rognons (Montchenot). 5" Argiles 
et meuli^res (elles recouvrent tout le plateau superieur 
de la montagne, et atteignent a sa pointe orientale, 
entre Verzy et Verzenay, une hauteur absolue de 280 
metres; c'est le point le plus elevc des terrains tertiai- 
res du N. de la France). Cette coupe concorde exac- 
tcment avec cclle de M. Cli. d'Orl)igny (1838), et ce 
nous scmble tres-ulile, raalgre le double emploi, d'en 
resumer la partie qui nous interesse : 1° Travertin 
inferieur; alternance de calcaires et de marnes, a 
graines et tiges de chtira^ feuilles de typhat paludincs, 
li ranees, planorbes, cyclostoraes en momie; magnesite 
et silex menilitc, couronne par desmeulieres en quel- 
ques points (Montereau). 2'' Gypse. 3^ Marnes lacustrcs 
de Pantin el Montmarlre. — Les cylhercea plana el 
convexa appartiennent, suivaolM. Deshayes, a u genre 
glauconotnya de Gray, vivanl dans les rivieres del'Inde. 
— Marne vert-jaunatre (Melun) avec rognons gdodiques 
de calcaire. — Rognons de celestine calcarifere pre- 
sentanl dansl'intericur des retraits prismatiqucs, sur 
les parois desquels sont iiij[)lantds des crislaux acicu 

(1) Bullclin do laSor. Ocol. 18.TJ. t. X. ji. "JOn. 



— 247 — 

laiica (le cclcslino. 4' Travcrlin moyeii, cakaiie de la 
Brie avcc limnees, planorbes, paludines ct roi^nons de 
silex brunalrc. 5"^ Meulicrcs cxploitees a la Ferte-soiis- 
Jouarre et a Montmirail. 6" Marnes marines a huitres 
do Monlmartrc,elc.7" Sables et gresdeFontaincbleau. 

Nous venon? d'indiquer Ics formations de sddiment 
qui se niontrcnt dans le departement de la Marne , 
nous avons insislc siir celles qui offrent un interet do 
localile , il nous resle a enlrctenir la compagnie du 
terrain de transport ancicn. 

Le calaclysmc qui accompagua le soul^vement des 
Pyrenees terrnina brusquenicnt la pdriode cretacde ; 
Ics rclevenicnts de la eraie detcrminerenl des escar- 
pements et des depressions ; celles-ci se trouverent 
conslitucr , les unes des bassins marins ou lacustres 
dans lesquels coramen^^a la sedimentation terliaire , les 
autres des ouvertures de puits naturels, par lesquels 
affluerent les oaux Ihermo-niinerales et les roches an- 
cienncs remaniees. D'apres de telles conditions geo- 
geniques, il est nalurol de rctntuver le calcaire gros- 
sier, parexem[)le, liorizonlalenienl depose an pied des 
recifs plus anciens , qui ont conslitue le rivage du 
bassin parisicn. Si dans les Ardennes, les arrondisse- 
mcnts de Vilry et de Sainle-Menelioidd , et I'Aube , 
il nous est facile de preeiser les limiles de la nier Sd- 
nonicnne, en suivant les escarpements conlrc lesquels 
scs Hols se brisaienl ; dans le pays de Reims , aucune 
delimitation n'est possible , car il ne nous reste dc I'an- 
cienne surface qu'un lam beau qui a resisle aux. ero- 
sions diluviennes , que le bourrelct monlagneux qui 
court du N. a I'E. C'esl au systeme de soulevcment 
de la cbaiue principale des Alpes que Ton rapporlo (1 ) 

(1) Elie (le lifuunwnl. lli'volutions tic la suifnco du globe. Manuel 
H<'cil. (loI.a Ui'clio. Traducl. fr;ni(;,, p. f..'>.'t-o.'i.i. 



— 248 — 

et celle dt^nudalion , el le grand alterissemetit detri- 
tique, el le rel^veinenl de nos terrains tertiaires dans la 
direction 0. 16° S. a E. 16' N. 

Notre terrain de transport ancien est analogue k 
celui de Paris, et uos greves alluviales , commc celles 
de la plaine de Boulogne , presentent les preuves luine- 
ralogiques de I'irruplion des puissanls torrents dilu- 
vjens (1) qui ont ravine et cnleve une parlie de noire 
sol terliaire. Elles recouvrent vers le S.-E. nos landes 
et nos mamelons de craie d'un gravier de 5 a 6 melres 
d'epaisscur, dontleselemenls, fossiles roules etgalets, 
sont le plus souventempruntes aux travertins siliceux 
ou a la couche sous-jacenle. A Isse , pres Conde-sur- 
Marne, c'est un congloraerat a granules crayeux , 
cimentes par un limon brunatre , que les ouvriers 
appellent tuf. Dans le mois de mai dernier, les travaux 
du canal de I'Aisne a la Marne y amenerent la decou- 
verle d'un squelette enlier , donl une parlie des osse- 
menls a ete offerle an musec de la ville par I'inge- 
nieur en chef, M. Paycn. Nous avons pu, Messieurs, 
en examiner quelqucs-uns , inais nos connaissances 
osteologiques sont si bornees, que nous devons nous 
abslenir de loule affirmation absolue. 

Les noyaux des deux cornes, par leurs caracteres et 
leur direction , classent I'animal dans les runiinaiils 
cavicornes (4" genre de la 4° section), lis ressemblent 
presque en tons points a ceux qui couronnent une lete 
trouvee en 1816, dans le marais de Saint- Vrain, canton 

(1) Les phenomencs geologiques de celte perioilc sont gentTalcmont 
designes sous le nom de (/(/(uif /is, quoiqu'ils soieul aiiterieurs au de- 
luge uoacliique et n'aient delruit que les grandes especesde tuainmi- 
feres (raastodonles , rhinoceros , ours des cavcrnes , dhiotkcrium , 
rlephas i^rimignnus) , ronlomporains des epoque* de la molasse et 
du terrain subapennin. 



249 — 



(rArpajoii (Ciivier, OSS,, loss. t. IV, pi. XI, 1 — 4), el 
le diametre a la base est presque le meme. Dans ceux- 
ci, il egale 0" l/i ; dans les notres, le grand axe de 
I'ouverlure elli|)lique (dianielre \ertical)= 0™ 15. Cu- 
vier (l. IV, pi. XII, fig. 3 — 8) et Faiijas (ann. duMu- 
seum, t. II, 1 1. XXXIV) figurent deux eornes, donl 
la circonfercnce a la base du noyau = 0™ 336 et la lon- 
gueur suivant la courbure = 0" 720. Ces dimensions, 
combinees avec celles du crane, annoncent, suivant eux 
(p. 151), un Individu dc 3™ 90 de longueur el de 3'" 
10 de hauteur an garrot. La circonference du noyau 
des eornes d'lsse=0'" 340, leur longueur suivant la 
courbure = 0"" 610 et en ligne droite O"* 430. Le ta- 
bleau suivant reunit quelques cotes de coiuparaison. 



JOYAUX DKS (.ORNES. 



Circonfiirciico du 
noyau 'a la base. 

Ifliiguour (lu noyau 
cii suivanl la cour- 
bure 






o 



o,;t4o 



o.oni 



o — ^ 

5^ *■ •-■ 

^ (D *j 

S- "5 









0,189 



UOF.fK rniMITIF. 

Bos 

primif/enius , 

Bojanus. 



^; 






o' 



o,;i8() 



o,;i.v? 0,840 



o.a.io 



0,720 



■ — 2 

-5 



^=9 



3 



AI ROCIIS 
FOSSI I.E, 

Bos priscus , 
Bojanus. 






0,3.i0 



0,,'i40 









0,350 



— 250 — 

Cuvicr e&timc la lon^uour de Taurochs de Bonn a 3" 
70 et sa hauleur au garrot a 2'" 40. — La lete de I'aui- 
mal d'Isse nous manque ; aussi la grandeur dcs 
proeminences frontales n'est-elle pour nous qu'un ele- 
ment secondaire dans I'appreciation de la laille, et 
nous avons pense Irouver dans les mcsures com- 
paratives des ossements une indication plus sure. 
Nous presentons ci-dessous le releye des plus impor- 
tantes : 



OSSEMENTS. 


RTJMINA 

des alluvions 
d'Iss 


G. ClJVlER. 

Osteologie des Ruminants 
t. IV, p. 139. 


> 
c 

o 

C/2 


1 


> 

c 

-5 

o 

O 






NT 

ancienncs 
e. 


> 

» 
o 


t3 

a 




g 

C 
3 
3 


3 
c 

a- 

c 
3 


3 
to 


Eumdrus , lonf^ueur du 














sommet de la tubcrositc 














cxternc au has du con- 














dyle du memo cote. . . 


0,398 


0,306 


0,337 


0,350 


0,400 


0,350 


Hmnerus, largcur de la 














tete superieure , d'avant 
en arricrc 


0,123 


0,121 


0,114 


0,136 


u 


n 


Humerus , larpeur de la 














tete infei'ieure 


0,102 


0,088 


0,09j 


0,092 


» 


» 1 


Fdmur, longueur 


0,495 


0,420 


0,420 


0,405 


0,480 


0,420 


id., largeur des deux 














condyles infcrieurs 


0,131 


0,111 


0,111 


0,116 


» 


» 


Canon de rfeyan^ longueur 


0,239 


0,217 


0,200 


0,202 


» 


n 


id., largeur de la tete 














sui)erieurc. . . . 


0,080 


0,070 


0,068 


0,073 


& 


" 


ill... largeur de la tete 














infcrieurc .... 


0,080 


0,070 


0,071 


0,077 


i> 







— 


251 - 


— 
















G. CUVIER. 

OstMorjic des numnianta 


Cuv., 
AurocI 


> 

d 


5 


1 

: OSSEMENTS. 


_ 5 S 
f£ S 2 


t. IV, p. 13 

1 


9 : 


ro 

•XI 


^^ 


o 
3- 






ANT 

ancicnues 
e. 


> 

o 


i 


w 


3 


1 
S5 


3 

C 

B 




\Canon dc derrierc , 














longueur 


0,27.^) 


0,265 


0,236 


0,229 


» 


.. 


id., largeur dc la tctc 














supencurc. . . . 


0,005 


0,05G 


0,055 


0,000 


■ 


.. 


id., largeur dc la tctc 














inforicurc .... 


0,075 


0,064 


0,064 


0,069 


" 


B 


11 y a idcntite enlre ces femurs, humerus, melacarpes, 


Illegal arses, etc. dont nous donnons les dimensions, cL 


ccux figures dans Tosteolo^ie dcs ruminants dc Cuvier 


(oss. foss. t. IV, pi 


n, fig 


.2,4, 


6, 7,1 


0), coramc ap- 





partenanl au genre bwuf. — Done, d'apres I'examen 
d'unc pariie des debris, nous pensons qu'ils provicn- 
nenl d'un ruminant du gome banif, ct si I'on desire une 
approximation plus grandedans la detcrminalion gene- 
rique, nous ferons observer que, eu egard a la forme des 
noyaux des cornes, a la force des osscmenls de locomo- 
tion, ils paraisscnt sc rattaclier au bos primigenius de 
Bojanus, lypede cellc race sauvage, dillerente de I'au- 
roehs, qui a ete, dit Cuvier (IV, p. 150), la veritable 
souclie de nos bnuifs domestiques; race <jui aura etc 
aneantic par la civilisation, eommele sont niaintenanl 
celles du cliamcau et du dromadaire. — II y a pourlanl 
plus de rapport de grandeur entre nos ossoments el ceux 



— 252 — 

(jeraurochs />os/>mcus, Bojamis, ct celtc reinarque nous 
avail porlc a les croire analofj;uos. Nous avons regrelle 
tie ne pouvoir veriDer sur le frontal du crane les carac- 
teres osleologiques qui differencient les deux especes, 
et, en considerant la longueur moyenne (0°^ 27) dos 
apophyses epineuses des vertebres dorsales, la gros- 
seur des os (greles dans I'aurochs), etc (1). Nous avons 
])ersiste dans notre opinion premiere. 

La presence d'unsquelettedebceuf, voire meme d'au- 
rochs, diitts\e diluvium, n'a rien qui nous doiveetonner: 
on salt combien, durant la periode de I'older pliocene, 
les raammifercs herbivores, pachydermes et ruminants 
se sont multiplies ; leurs resles se retrouvent na- 
turellemenl dans les greves detritiques des vallees , 
contemporaincs du refroidissemenl et de I'inonda- 
tion qui les out detruits. Aussi cette trouvaille n'est 
pas unique dans nos environs : a Maizy (Aisne), 
on a Irouve, dans les fuuilles du canal lateral de 
I'Aisneala Marne, des machelieres de I'elephas primi- 
genius (Blumenbach) et des dents de pachydermes; a 
Chalons, on a vuplusieurs fois des molairesd'elephants 
par mi des fossiles oolilhiques charries de la Haute- 
Marne (2); M. de Villarce en a envoye deux de Cham- 
pagne au cabinet du roi (Cuvier, 1. 1, p. 109); etc. 

(1) II y a proportion exacte de hauteur entre les canons de devant 
et de derriere dans le ruminant d'Isse et le type du boeuf. La preuvo 
en est fort simple :— O" 236 (lonjiueur du canon dederrleredu boeuf): 
0"" 206 (longueur du canon de devant) :: 0-° 275 (long, du canon de der- 
riere de notre ruminant) : x — x. = 0,240 — La hauteur mesuree du 
canon de derriere est de o" 23 'J. 

(2) II y a quclques annccs, on a trouvc dans un bane de picrre, silue 
au voisinagc de la Marne (a Chalons), des os qui ont paru etre ceux 
dun eicpliant; on n'en a conserve qu'unc dent de 10 centimetres de 
longueur sur 4 de largeur. — Essai sur la statistiquc de la villc 
de Chalons-sur-Marne par /o?/!/. Ann. de la Marne, 182n.p. 82. 



— 253 — 

Te! est, Messieurs, le rt^sura^ de nos ubservalions : 
il y a liuitmois a peine que nous consacrons nos loisirs 
a I'elude geologique du pays, et nos explorations n'ont 
pu elre que rapides et reslreinfes, nos recherches de 
fossiles que peu fructueuses. MainlerianI que, commis- 
saire de I'acadeniie, nous nous somnies assure I'actiye 
collaboration des amateurs du departement, nous es- 
j)erons, grace a ce concours, remplir digneinent la 
mission dont vous nous avez honore. Deja nous vous 
pouvons proniettre les plans delimilalifs des calcaires 
pisolitliique et grossier dans les arrondissements de 
Reims et d'Epernay, la coupe de la surface triangu- 
laire dont Ay, Avize et St-Martin d'Ablois sont les 
sommets, ainsi que le programme des etudes de la carte 
agronorai<iue, auquel a pleinement adhere M. de Cau- 
mont (1). 

Vous nous excuserez si, dans le cours de cct essai, 
nous avons oublie la reserve que notre jcunesse nous 
ini|)nse, et si quelque valeur s'y attache, veuillez en 
deferer le merite a MM. Arnould, James Wyld, a tous 
ceux qui, comme eux, nous ont eclaire de leurs conseils 
et entoure d^utiles renseignements. 

Nous nous sommes borne a vous presenter I'expose 
des fails que nous a vous constates ou snr lesquels nous 
appelons I'attention de nos confreres, et nous sommes 
abstenu de developper les belles idees Bucklandiennes 



(I) !^ur la proposition do M. Iloiulot, dans la scanco du I'J mai, une 

commission a etc chargec dc dresser la carte agronomiquc do I'arron- 

disscmeiil de Reims, d'a|)ri's les idees et les plans de M. de Cauinont. 

— Ont etc nommi's conmiissaircs : MM. Kuinart de Bnmoiit, de Belly, 

Saubinct, Ilouzeau-Miiiron, Maillefer-Coqucbcrt, Geoffroy de Ville- 

neuve et Rondot. 

(Mote du secretdirej 



— 254 — 

surl'unite, r harmonic, la perfection des creations orga 
niques passees. Nous aurons i'honncur, Messieurs, de 
vons en poser Ics prolegomencs, car pour sc reporter 
aux premier ages de la nature, il faut, aiusi que Ic dit 
M. de Buffon, suivrc les points fixes dans rimniensite 
de I'espace, et se guider d'apres les picrres nume- 
raires placees sur la route clcrnclle du temps. En re- 
montant a la genese du globe, nous vous rappellerons 
la mysterieusc histoiredeses revolutions, depuis laQui- 
dite ignec des rochesprimordiales, depuis Ic jour ou la 
vie organiquecommcnca dans les nicrs par I'apparition 
simultan^e de vertebres, de mollusques, d'articules, de 
rayonnds et de cryptogames fucoides, jusqu'au dernier 
fiat de Dieu, la creation del'liomme. 




PinSlQUE MATni;:iMATIOUE. 



PHYSIQUE MATflfiiMATIQUE. 



RAPPOPvT , 



(0 



!)E LA COMMISSION CHARGEE DEXAMINER LE MEMOIRE 
DE M. DE MAIZIERE , MEMBRE CORRESPOXDANT, SDR 
LA PONDERABILITE DD CALORIQUE. 

H. TABBE €lc Sx-IIARDOUIIV, rapporteur* 



Uans la seance du30 ddcembre dernier, I'Academie 
nous a charges, MM. Garcet, Lcconle et moi d'oxami- 
ner Ic niemoire de M. do Maixiere sur la Ponde'rabilile 
du calorique. 

Nous nous soraraes appliques a celte lachc avec 
rintoret qui s'allachc a toutcs les productions de I'au- 
leur. M. de Maiziere est encffet un de vos corrcspon- 
dantslcsi)lus laborieux; disciple fervent de la science, 
il la cuUivc depuis sa jeunesse avoc uno perseverance 
que le det'aut d'encouragemenls n'a pu lasser, el les 
travaux qu'il vous communique aujourdhui sont le 
resullat de cinquante aonees d'etudcs et de medita- 
tions. 

(i) Par oxtrait. 

>7 



-- 258 — 

C'esl la certainementun spectacle remarquable, dans 
un siecle comme le noire, oh les idees d'hior sont deja 
\ieillies, ct oil le dccouraf^ement s'empare des hommes 
deTingt ans, quand le succes leur a manque un seul 



jOur ' 



Mais independaniment dc la position parliculiere de 
I'auteur, la nature desestravaux suffiraitseule a com- 
mander I'attention la plus serieuse. 

En effet, si d'un cole M. de Maiziere s'atlaque aux 
parties les plus elevees de la science, dc I'autre il pour- 
suit avec Constance I'applicalion d'un procede dont 
une experience recente ademonlre les chances de suc- 
ces, et qui pourrait avoir une influence marquee sur 
une des graodes industries du pays (1). 

Dans le memoire dont nous avons a nous occuper, 
M. de Maiziere a etudie la nature inlirae du calorique; 
il a cherche a dlablir que c'elait une substance ponde- 
rable^ analogue aux corps gazeux que nous connaissons. 
La consequence de cclle idee serait que le poids dos 
corps augmente a mesure qu'ils s'echauffent, coqui ne 
seraitpasen contradiclion avec le fait general de la dila- 
tation par suite duqucl la chaleur diminue la dcnsite 
des corps, ouleur poids sous I'unile de volume. 

Jusqu'k ce jour, dans I'enseignement de;la physique, 
on a represente lecalorique (ou la cause dos phcnorae- 
nes de la chaleur) comme un agent imponderable, dont 
I'essence etait inconnuc. 

Celte ignorance oh nous sommes de la constitution 
intimedu principede la chaleur s'etend a tons les corps 



(1) Lcparacassc, appareil destine a orapecher la cassc des bou- 
teillcs dc via mousseux. 



— 259 — 

et a tous lesagents dc la nature, mais die n'arrefc pas 
la marclH! dc la science . 

En etlet, Ic but de la physique est uniquement de 
connaitrc Ics lois des phenomeocs qui se produisent 
dans I'etat des corps; 

Lorsquc I'etude deces phdnomenes a montre un cer- 
tain nombre de relations constantes, entre les elements 
qui les constituent, on chercbe a reunir les rdsultats 
par une hypothese sur leurs causes premieres , bypo- 
tbese qui sort ensuile a manifester de nouvelles lois 
echappees a I'observation. 

La plus celebre des bypotheses de ce genre^ est 
celle de I'attraction univcrsellc en vertu de laquelle tou- 
tes les parties materielles des corps tcndent les unes 
vers les autres prnporlionnellement a leurs masses et en 
raison inverse ducarre des distances qui les separent. 

L'existence de celte force et la loi qui la regit ssr- 
vent aujourJ'bui de bases a la Ibeoric physique la plus 
complete et la mieux elablic parmi les connaissances 
humaincs. 

Cependant la science ne secroit pas fondee a admet- 
trela realilcde Taltraclion ; elle admetseulementcette 
idee provisoireraent, comme la manifestation de la 
cause inconnue des plienomenes celestes et comme un 
moyen d'en rend re raison. 

Dans son niemoirc, M. de Maiziere rappclle ces 
doutcs avcc unc sorle de (risfesse et annonce sa foi 
complete dans la realile dc raltraclion; il s'indigne 
de voir meltre en question un principe qui sert de 
base a tout renseignement de la physique et de Tas- 
Irunoniie. 

Quant a nous, ce doute nous etonnc et nous afflige 
moins; car nous ne croyons pas que Thomme soit 



— 260 — 

destine en ce monde au bonheur dont parle le po^te 
latin et que M. de Maiziere poursuit avec Constance: 
Rerum cognoscere causas. Lcs theories physiques ne 
sont generalcment pour nous que des Jiypotheses pro- 
visoires dcstinees a etre modiQees,oumeme rcnversees 
par les progres de la science, et qui pour elre inQrniees 
par certains faits ne pcuvent pas moins etre ulilisees 
comme instruments d'explication. 

Ainsi la theorie de remission de la lumicrc, quoique 
formellemenlconlreditepar un grand nonibre de plieiio- 
menes est encore employee dans I'enseignement com- 
me moyen simple et facile d'enoncer et de faire conce- 
voir ceux qu'elle ne contrarie pas. 

11 en est a peupres dc meme de la theorie de la cha- 
leur; quoique I'liypolhese de remission permette d'cx- 
pliquer fort simplement la plupart des phenomenes 
calorifiques, de nouveaux fails et particulierement les 
experiences de M. Mellon i sur la transmission de la 
chaleur a travers diverscs substances , I'ont amene a 
des conclusions fort embarrassantes [lOur cetle theorie. 
D'un autre cote, la theorie des ondulalions n'ayanl 
pas encore donne une explication tres salisfaisaulc de 
tous les phenomenes de la chaleur, il en resulle une in- 
certitude qui heureusement n'a rien de facheux, car 
on peut se passer de toute hypothese sur rorigioe de la 
chaleur pourdecouvrir ses lois. 

Cetle digression parailra longui, mais elle elail ne- 
cessaire pour faire comprendre dans quelle disposition 
d'esprit nous a trouves la lecture dcM. de Maiziere : 
car nous nepartageons pas ses opinions sur la possibi- 
lite de decouvrir la constitution intime du calorique, 
non plus que sur I'importance des resultals qu'il an- 
nonce devoir decouler de cette decouverte. 



— 261 — 

Mais revenons a I'objet de son lu^moiie, el exarai- 
noDs successivement les motifs sur lesquels ii fonde 
son opinion: 

1" « La substance ignee est mobile, done elle est 
« corporelle, done elle pese. » 

Ces conclusions ne nousparaissent pas rigoureuses, 
car elles s'appuyent sur un point qu'il faudrait demon- 
trer, savoir. que le caloriquc est une substance spe- 
cidle. 

Deja Ampere et OErsted ont demontre que le magne- 
lisme n'c'tait qu'un cas particulier de I'electricite, et 
de nombreuses experiences semblent indiquer que la 
lumiere et la chaleur sont dues a un meme agent; de- 
puis long-temps Davy avait emis Tidee que la chaleur 
n'etait que du fluide electrique neutre, et quoique 
cette opinion hardie n'ail pas encore ete coniplelemenl 
Terifi»^e,retucle des phenomenes lliermo-elccliiqucs est 
venue dcinonlier qu'il existait un rappoit inlime entre 
la chaleur et la lumiere. 

Nous pensons done que la science pourra bientot 
enoncer ce magnifique tlieoreme, savoir , que la lu- 
miere , la chaleur el releclricile , ou les trois agents 
principaux de la physique out une meme source ou une 
meme cause, dont elles ne sont que des manil'eslatiuns 
parliculieres. 

Le caloricpie n'est done pas pour nous une subslancc 
spiciale; si, coiume ledit M. de Maiziere , il est mo- 
bile, cela ne prouvepas que cesoitune substance ro/yjo- 
relle, car leson aussi est mobile, et personiie n'a pense 
•|ue ee fut un corps; c'est seulement un elVot Iraiismis 
a distance jiar I'intermediaire d'un lluide, etle calori- 
que est pour nous chose semblable. 

"2° La substance it^Miet- fditM.de Maiziere), peul 



-^ 262 — 

" etre accumulee au point de deveuir visible, coloree, 
« done elle est materielle, etc. » 

La coloralion qui se uianifeste dans les corps sounois 
a une forte chaleur est pour nous le rcsultat d'un chan- 
gement dans la disposition des molecules qui les con- 
stituent, et non pas la preuve de Taccumulation d'une 
substance parliculiere. 

Le troisieme motif sur lequel s'appuieM. de Mai- 
zi6re est deduit du rayonnement des odeurs. 

L'auteur expose qu'il est impossible de n'y pas voir 
de longs courants de calorique rayonnant, emportant 
quelques atomcs de la substance odoranle. 

Nous ne pretendons pas donner Texplication de tons 
les phenomenes que pent presenter le rayonnement des 
odeurs; mais celle de M. de Maiziere n'est p?s a I'a- 
bri des objections, car il en resulterait que les corps ne 
pourraient elre odorants qu'a condition d'emeltre de la 
chaleur, ce qui n'est pas deraontre. 

Les effets de la foudre qu'invoque ensuite l'auteur k 
I'appui de son opinion nous paraissent aussi faciles a 
expliquer par la repetition tres-rapide de vibrations 
violentes, que par le secours d'un courant de calorique 
anirae d'une enorme Vitesse; car on sait, qu'independam- 
ment de toute action electrique , des mouvements vi - 
bratoires suflisent pour amener la fracture des corps. 

Enfin,M. de Maiziere s'appuie sur ce que le fonde- 
ment de I'imponderabilile du calorique n'est pas plus 
solide que celui de I'iraponderabilite de Fair et de 
I'incorapressibilite de I'eau , admis jusqu'au dix-sep- 
tieme siecle. 

II est incontestable , et nous I'avons rappele plus 
haul, que la plupart des principes de la physique ne 
sont que provisoires, mais pour pretendre a les renver- 



— 263 — 

ser, it faut employer une rigueur inaltaquable, el s'ap- 
puyer sur des experiences precises. 

Aussi M. de Maiziere propose-t-il h rAcademie 
d'encourager un moyend'experiraentation directe pour 
apprccier la difference du poids d'une masse de fer 
en fusion et de la meme raatiere refroidie. 

Son appareil se coniposerail d'une cuve en platine 
portee sur un bateau plongeant dans un reservoir d'eau 
cabne. 

On ferait arriver du fer en fusion dans le recipient 
qui serait ensuile fermd de toules parts ; on nolerait 
avec soin la hauteur de la flollaison du bateau et on 
laisserait le fer refroidir; si, comrae le suppose I'auteur, 
le fer perd alors de son poids, le bateau sera allege , 
son tirant d'cau diminuera, et il semble qu'on pourrait 
en employant une masse de fer tres-considerable arri- 
ver a apprecier une diflerence de poids tres-petite dans 
I'unile de volume. 

Mais mallieureusement il n'en est pas ainsi. Suppo- 
SODS en effet , comme I'auteur, une masse de fer de 
trente metres cubes; il resulte d'autres reclierches qu'il 
nous a communiquecs, qu'il evalue la densite du calo- 
riquc a 900 trillioniemes de celle de I'air ; en admet- 
tant qu'elle augnaente dans le corps proportionnelle- 
menta la temperature, la difference du poids de celte 
masse de fer, entre la temperature de 1500 degres el 
celle de ne serait que de cinq centigrammes ; or, Je 
bateau devrait dcplacer au moins 300 metres cubes 
d'eau ; en lui donnant un tirant d'cau dc deux metres , 
son relevement total pendant 1' experience ne serait 
quede trois dix millioniemes d'un millimetre ( looo^aooo )- 
Quels que soieiit les moyens de precision employes , il 
nous parait evidemraent impossible d'apprecier un 
mouvement aussi faible. 



— 26A — 

L'augmenlatioii de la masse in^tallique ne ferait 
qu'accroitre les difficulles d'execution que nous anions 
signaliies a M. dc Maiziere, avant de calculer les re- 
sultats de son experience, ct dont il serait superflu 
d'entretenir rAcademie. 

II nous suffira de dire que la principale provient de 
ce qu'il nous seniblerait impossible de reunir une 
masse de plaline suffisante pour elablir le creuset, 
merae en le restreignanl a la contenance de Irenle me- 
tres cubes ; ce metal ne pourrait etre d'ailleurs rem- 
place convenablement par une autre substance. 

Nous n'avons pas cherche a calculer la depense to- 
tale de I'appareil , maiselle serait necessairement I res- 
considerable , car le vase de platine exigerait 60 mil- 
lions de metal (pour une epaisseur decinq centimetres) 
en supposant qu'on le payat a son prix ordinaire; il est 
yrai qu'il pourrait ensuite etre utilise, mais il faut tenir 
comple des difficuUes d'approvisionneraent et de main- 
d'oeuvre. 

En resijme , la Commission tout en rendant hom- 
mage a la sagacite ct a I'erudition qui signalent toutcs 
les recherches de M. de Maiziere , ne se croit nulle- 
ment autorisee a adracttre les conclusions de son me- 
moire sur la constitution du calorique; et tout en re- 
connaissant ce que le mode d'experimenlalion indi- 
que presente d'ingeiiieux et de seduisant au premier 
apercu , elle est convaincue qu'il ne pourrait jamais 
etre realise. 

En admetlant d'ailleurs les hypotheses de I'auteur 
sur la masse du calorique , citle masse serait si petite 
qu'elle nous parait etre en dehors des liraites d'appre- 
ciation possible d'une experience quelconque. 

La Commission regret ic done de ne pouvoir dans 



— 265 — 

cette circonslance uppuycr aupres de rA<ademie les 
iddes el les propositions de M. de Maiziere (1). 

(1) Malgrc la severilc dcs conclusions dc cc rapport , TAcademie en 
a decide 1 'impression dans ce volume afin dc raontrer I'importance des 
sujctsdont M. de Maiziere I'a cntreteuue cette annee. 

M. de Maiziere a d'aiilcurs prescnte sur le memc objet un nouveau 
memoire qui est en ce moment soumisa Texamen d'une commission. 




ARCIIEOLOGIE. 



UES ANGIENNES TAPISSERIES 
ET TOILES PEINTES 

Pli I.V 

CATHEDRA L E D E R E 1 M S. 



DISCUSSION 



sun LF.S AVANTAGES ET LES INCONVEXIENTS I) APPLIQIER CES SORTES 
UE TABLEAEX A LA DECORATION IKTERIEIRE UES EGLISES CHRE- 
TIENSES. 

Pur UU. L.. PABIS. Ei. FAlVAItT ct UERBU. 



LECTCRE PAH M. PAUIS. 

(Seance du 4 Novembre 1842.) 



Nous conimeiicerons par rendre lioniniaije au zele 
(Jesiiiteresse que deploienl (luclqnes amis dcs arts, 
pour la conservation iles monunienls tie I'ancienne 
France. Lcs eludes archeuloi^icjuessi puissannneiit cn- 
couragc'cs par le niinislerej si habilinient dirigees par 
les coniiles hisloriquos auroiit pour licureux resullat 
lesalut dt'S chefs-d'oeuvre echappes aux uiaHaisantes 
inspirations du dernier siecle. Deja los reiuarquables 
travauxde jM. le conile de -Montaleudjert, de MM. do 
Caunionl, Vitet, Meriniee, Didron, el du regrettable 
Du Soninierard ont rendu accessible a tons, I'elude dc 
ces nierveilleux ediliccs, qui riagueie encore n'exci- 
taieiil (lie/, n ms qu'une ininleiligente el sterile admi- 
ration. Bienlot, grace aux efforls de ces homracs d'e- 
lite, le savoir des gens du monde ne se bornera pas a de 
simples notions sur les divers styles arcliilecloni(pies : 



— 270 -- 

on vouclra connaitro les nombreuses transformations 
qu'a subies, durant le cours dessiecles, I'art des Liber- 
gier, des Luzarche, des Robert de Couci. Le domaine 
de la critique s'agrandira de Tinlerprelation des types 
sacres, des figures niyslerieuses et symboliques, des 
creations singiilieres, parfois bizarres ct pleines d'e- 
nigmes qui decorent et surchargent nos plus beaux 
edilices religieux. Que ne doit-on pas attend re de cette 
association d'esprits gencreux et distingues qui, sur 
tous les points de la France, travaillent a la rehabilita- 
tion , helas ! an pen tardive, de la maconnerie du 
raoyen-agc. 

Toiitifois, osons Ic dire : ce culte de la pierre peut 
avoir son exagcralion, son ecueil! Nous voyons en effet 
quele respect pourFoeuvre du maitrc entrainc quclques 
esprils au-dela des liraites raisonnables. A force de 
vouloir rendre au monument, objet des predilections, 
sa niajeste primitive; a force de le degager des ornc- 
inenls etrangors a son style, des decorations dont un 
gout suspect I'a surcharge, on en vient ii devetir cet 
edifice, eta I'evider de telle facon que bientot on le re- 
duit ases seules murailles, et que ce temple, naguerc 
si riche des pienx tributs de cent generations ctcintes, 
n'offrc plus a la vuc que Timage d'une vastc solitude, 
d'une immense sallc do pas perdus, ou bien encore 
d'un puissant navire que la fcmpete a dcmale. El c'est 
au nom de Tart que sccomnietteut ces enormiles ! 

Mais c'etait pareillcracnt au nora de I'arl et du bon 
goiil,et pour rendre au monument son majcstueux as- 
pect, qu'au sic'cle dernier les chanoines des cath(''drales, 
comme aussi les moines des abbayes demolissaient les 
jubes, detruisaient les clotures sculptecs du choeur de 
ieurs eglises, et posaient a leur place, les grilles et les 



— 271 — 

balustrades en fer dont nous avons aujourd'hui I'esli- 
tiraable possession ! 

C'etait au nom dc I'art et du bon gout, ct pour le plus 
grand lionneur du monument, qu'aux aulels golhiques 
rayonnant autour du rond-i)oint,"on subsliluait des au- 
tels a la romaine avec eolonnes marbrecs et jaspees , 
d'ordre ionifjue ou corinlhien, surmontees de I'astueux 
baldaquins ! 

C'etait au nom de I'art et du bon goiit ct pour donner 
plus d'eclat a la basilique que, vers le memo temps, on 
surchargeait d'un platras epais les peintures a frcsque 
des chapellcs, et que I'ou brisait les vitraux peinlspour 
les reniplacer par des verres eclalants de blancheur ! 

En uii mot, c'ost au nom de I'art et du bon gout que 
se sont acconq)iies les mille el une devastations doot 
nos plus celebres eglises ont elc le theatre ! 

Tout le monde reconnalt aujourd'hui I'odieux ct le 
ridicule deccs pretendus crabcllissemenls; commenous, 
on uiaudil lu manie des demolitions, des restaurations, 
des enjolivements, du badigcou ; mais commc nous, 
tout le monde n'a pas au memo dcgre I'horreurdesiu- 
novations. Nous accuscrons racme certains hommes, 
dont nous honorons d'aillcurs le caractere et admirons 
le talent, d'etre les propagatcuis d'idcesqui, pouretre 
nouvclles , n'en sont pas raoins a nos ycux ciitachees 
de vandalisme. 

Par exemple, une opinion prolcssee par quelques ar- 
tistes dc noire temps, opinion que semble avoir ins- 
piree un livre tres-remarquable de t<ius points, c'est 
que la peiuture a I'huile forme uu coiilrc-scns dans nos 
Eglises <^othiquca ct qu'elle n'y jieut trouvcr la plus pe- 
tite place ! — En cflct, nous dit-on , outre rinconve- 
nicDt qu'elle a loujours de couper dcsagrJablemcnt 



les li[>nescle rarcliitecture, elle n'esl jamais en harnio" 
nie avec le style religicux tie redifice. L'un est I'oeuvre 
de rartchrelien du moyen-age, epoque de conviction ot 
de foi sincere, I'autrc de la Renaissance, epoque de I'in- 
Irusion dans I'art, de lout cc que le materialisnic a de 
plus grossier. Les ycux sont peniblement alVectes de 
rencontrcr, a cote des fornrjes si pures de la sculpture 
syrabolique du xiii" siecle , ces compositions charnelles 
el tout-a-fait paiennes de I'ecolc moderne. Aux temples 
eleves par des artistes plcins de foi, il faut des pein- 
lures que la foi ail egalement inspirees, et depuis bien 
longtemps la foi manque aux liomnies qui s'occupenl 
de peinlure. — Voila ce que nous disent quclques amis 
zeles de I'art chretien. 

Nous avons , quant a nous, un mediocre amour pour 
la peinture dite religieuse de Tecole moderne, et nous 
reconnaissons qu'elle manque absolumcnl de ce feu 
divin qui respire dans les belles compositions de Cima- 
bue, de Fra Angelico, de Giotto, de Thadeo Gaddi, et 
memo dePerrugino,cesderniers representantsenltalie 
de la peinture du moyen-iige. Mais, en premier lieu, 
nos eglises de France n'ont jamais ete fort riches des 
ceuvres de ces raaitres auxquels on nous renvoie, et les 
compositions eslimables donl les artistes francais, leurs 
conlemporains, avaient pcuplc jusqu'aux moindrcs de 
nos chapelles, no sont pas meniearrivees jusqu'ii nous. 
Lefaux codt, le zele malentendu des decorateurs dusie- 
cle dernier, zele que le clerge encourageait et soldait, 
n'en a pas laissele moindre vestige. II faut deplorer a 
jamais ces acles d'incroyable vaudalisme;mais enfln le 
mal est fail : el maintenant qu'il ne nous resle rien de 
ces grandes mosaiques que nous avaient leguees les 
premiers siecles de I'dglise el que nos peres appelaient 



— 273 — 

la pcinture de Tetemite; raaintenant que nos fresques 
sont badigeonnoeSj nos panneaux brules, nos vilraiix 
defonccs, faut-il rcnoncer loul-a-fait a la peinlure? 
faul-il bannir de nos eglises un art qui lienl le pre- 
mier rang parmi les arts? Et si les tendances du siecle 
ont perverli les pieuses intentions des artistes, doit-on 
leur fenner les porles des seuls lieux oii rins[)iralion 
sacrec leur puisse etro rendue? D'ailleurs, a defaut de 
peinlres cxcliisivement mystiques, irez-vous proscrire 
Raphael parce qu'il a peinl la Fornar'xna? II faudra 
done exclure Leonard de Vinci, Le Titien, Lesueur et 
Le Poussin, et tous ces dieuxde la peinture moderne, 
parce que tous sont coupables de quelques prolanes 
compositions? 

Nous no pouvons supposer ces pretentions serieuscs. 
Le calholicisme ne s'est pas produit sous le patronnfre 
de I'art revetu de telle ou telle forme : en appelant au 
conlraire I'hommea la liberte, la foi clirelienne a ravive 
pour tous les sources de vie; elle a ouvert a tonics les 
intelligences d'incommcnsurables voles, et I'art depuis 
longlemps oblitere sous le fail d'une depravation gros- 
siere, a du prendre sa part de ralTranchissement. 
Pourquoi done retrecir son domaine en I'enfermant 
dans un cercle inllexible, en lui assignant des formes 
absolues, exclasives? — Pour ce qui nous concerne, 
Dous ne doutons pas que le mode architectonique dont 
nos zeles antiquaires se declarent champions ne soil le 
plus expressif et celui qui se plie le mieux aux exi- 
gences du culte : nous regrettons les pieuses et tou- 
cLantes peintures du moyen-agc, parce qu'elles par- 
laient vraiment a I'ame et savaient reveiller la foi; 
maisen presence menie de I'impuissance du siecle, il 
y aurait temerite a dire que rc:?|iril huinain n'ira fihis 

18 



— 27i — 

au-delh. — Et puis, il ne faut pas oublier que le chris- 
lianisnie est ne sous I'ere bizantine, et que I'art grec 
qui lui a prele scs premieres basiliques se formulait 
tout autremenr, quoique d'une facon non moins cm- 
preinte d'amour et de fui. Aussi rccherchons nous avec 
un zele passionne les images de celle epoque primi- 
tive, qui ne sont pourtant que les derniers produits de 
I'art antique degciiere. Ces peintures perdraient-clles 
done beaucoup a nos yeux si, au raeme sentiment re- 
bgicux, elles reunissaient certaines eludes anatomi- 
ques, une plus grande correction de dessin, et cc co- 
loris vigoureux que Ton admire dans Tantiqae? 

Voila I'essaiqu'a voulu tenter la Renaissance, etcer- 
les elle n'est pas si coupable; mais il est arrive que 
deja le doute s'etait glisse dans les esprils : Lutlier 
etait aux portes, et les convictions ebranlees n'ont pas 
laisse aux artistes le temps d'operer ralliancereclaraec 
au nom du gout et de la foi. Qui faut-il en accuser? la 
societe tout entiere qui, dominec par un puissant be- 
soin d'innovalions, s'elancait hors des voics connues a 
la conqueled'impressions nouvelles. Les artistes I'ont- 
ilsdevancee on suivie? La est toute la question. Ainsi 
ne di?ons anallieme a personne et ne faisons point un 
reproche aux Medicis, et a Francois !■=' du magr.anirac 
appui qu'ils preterent aux sublimes hardiesses des 
horames d'art de leur epoque , ces hommes s'appelas- 
sent-ils Jules Romain , Michel-Ange, ou Jean Goujon. 

Quelle que soit desormais rinfluencc du sentiment 
religieux dans les arts, il faut rcnoncer aux suaveset 
deiicicuses productions des ecoles de Sienne et dc 
rOmbrie, a ces types divins consacres par les Fiesole, 
hs Gozzoli, et que disputerent au raaterialisme dc la 
Renaissance le picux Lorenzo di Credi et rimmorlcl 



— 275 — 

Barlholomco : d'aiUrcs idees ont marchi', I'l'cole dilc 
(In naluralismc a grandi, il s'cn est suivi la rehabili- 
lation da beau selon la terrc, et par consequent la 
science des contours et dcs formes, I'etude dcs chairs 
et du coloris. Des-lors, il nous a falUi donner lettres de 
credit a desocuvres qui se presenlaient sous rautorite 
dc Raphael ou de Tilicn, ou qu'aTaient signees, chez 
nous, dcs eleves tcls que Lesueur ou Lc Poussin. Et 
nous I'avouons bien ingenument, si religicux zelatcur 
que nous soyons dcs traditions catholiqucs, nous nc 
saurions nous decider a stygmatiser ces hoinmes de I'e- 
pilhete de barbares, et proclamer leur epoque cellc d'une 
nouvclle et funeste decadence. 

De tous Ics chefs-d'oeuvre d'autrefois, la calhedralo 
de Reims, balie au xiir siecle nc possede plus que 
huit peintures, et toutes de I'ecolc modernc : quaire 
toiles italiennes qui sc recommandent par Ics nomsdc 
Muliano, du Guide, du Tintoret ct de Taddee Zuccha- 
ro (1); quatrc autrcs pour Icsqnellcs on invoque Ics 
noms de Poussin, de Stella son eleve , de Lahircct de 
Rubens. — Un archeologue cnierite, un ardent pr'Vro- 
p/t(7(?, qu'on nous passe ce mediant mot, nous adjurait 
tout receraracnt dejoindre nos ctforls aux siens pour 
obtcnir de I'autorite conipelenle rcnlevcnicnt dc ces 
pcinturcs dont lc style est payen. I'origine equivoque, ct 
qui troublcnl I'liarmonie dcslignesct salissenld'odicux 
points noirs la coupe symelrique dcs pierres, le plein dcs 

(1) Un princo franrais, au dcrnior sieclo , ofTrit au chapitrc do 
Nolro-Damo dc Reims uno somnio de cent niillc francs pour deux do 
CCS tableaux dont, en oulre, il promeltail dcs copies executocs par 
Van Loo. Los loilcs furcnt livrecs : uno circonslancc heureusc, I'in- 
solv;d)ilile du prince , valul ;ila calhedrale la restitution dc cos dcux 
lal)ie;uix, avarios il est vrai par suite d'une longuc traversec. 



— 27G -- 

parois laloralcs! Grande ful, ilfautleclire,notres!upefac- 
tion,ol malgtc noire liabituol respect pour la parole dii 
inailre , nous osaiiies refuser noire concours a colic me- 
surc, sollicileeau noru de I'art, mais que, lout has, nous 
prenions la liberie grande de taxer de n(^o-vandalisnio ! 
Plaignez-vous que Ton sillonne les murs de nosegli- 
ses qotfiiques des hideuses productions dcsdernicrs ra- 
pins de I'ecole dile moderne; que les fabriques des ca- 
thedraies raellent a la foile encliere la rcslauration, par 
la brosse et Ic badigeon, des fresques antiques; qu'elles 
livrent a la mcrci d'un ignare el grossier niaeon les ele- 
ganles slaluelles, les mervcillcuses sculptures du moyen- 
age; qu'elles laissent les plus beaux monuments de 
I'art Chretien aux mains d'un architeclc plein de su- 
pcrbe et d'outrecuidance , lequel Iraitant de pair a 
compagnon les oeuvrcs les plus justement reverdes de 
I'art ogival , s'en va mutilanl, reedifianl a sa fantaisic : 
pose un cloclieton , obstrue un ceinlre; i)uis radoube 
un chapiteau, applique un dais, detruit unc console, 
compose des raoulurcs, intronise des types , imagine 
des figures , depuis les plus cxigiies jusqu'aux plus 
colossales dimensions, el tout cela sans arret comme 
sans controle , et de par romnipolence qu'il s'arroge en 
vertu de la haute opinion qu'il a de son lalentel de son 
iinpcecabilite ! Plaignez-vous, oh ! joignez-vous a nous 
pour \ons plaindre dc lous ces deplorables abus conlre 
lesquels une docte el chaleurcuse plume a deja si 
nobl( ment pris parti ! Mais au nom du ciel , au nom de 
I'art n'allez pas provoquer conlre les sacres debris 
echappes a I'aveugle fureur dudix-huiliemesiecle une 
nouvelle cl dernicre invasion des barbares. — Asscz 
de vandalisme commc cela ! 

Etpuis, si c'est au nom du moycn-age et de I'art 



— 277 — 

oatlioliquc, que vous sollicitez la proscription de la 
pi'inturc niodcrne, si cos images n'oilVcnt a vos yeux 
cHaroiulii's que ties rt'ininiscenccs impurcs de I'ait 
jjayen , comment se fail-il quau noni d'autres idees 
sansdoute, mais loujoursen vertu de la question d'arl, 
on en Vienna a depouiller nos temples delcuis anti- 
ques tapisseries, lesquelles, de I'aveu de tout le monde, 
sonl aujiiurd'hui les seuls tableaux cmpreitits de I'es- 
prit religieux du moyen-age , ks seuls qui donnent 
une idee de la naivete des croyances , do la foi vive et 
poclique de nos peres ? 

Icis'eleve un grave et nouveau d(5bat enlre nous et 
certains professeurs d'eslhetique. Qu'on nous permeltc 
done une courle digression. 



Nous ne tenons point h imprimer, apr6sune infinite 
d'autres , que , de temps immemorial, les tapisseries 
out ete cliez les peuples civilises de verilables objets de 
luxe el que les tissus de laine et de soie des Plirygiens 
jouissaient d'une grande celebril*^, bien avant I'ere 
cliretieune. Nous ne I'erons pas la moindre recherche 
pour etablir que les Grecs suspendaierit dans leurs 
temples les tapisseries peinles et historiees que fabri- 
quait Pergame, et que les Romains au temps meme de 
leur prosperile ])laraient ces produits de I'art phry- 
gien , opus pkri/(jiuiii acu pictuin , au premier rang des 
oeuvres d'arl et de haule curiosile. 

Pour juslilier leur presence dans nos dglises, nous 
nous bornerons a rappeler la nuillilude d'orncments 
de ce genre repandus daus les basili(jues de Rome , 
pendant les premiers siecles de I'ere cluelieiine : le 
nombre en est prodigieux , au rap[U)il c^Ana^tase 



— 278 -- 

le bibliolhecaire , qui nous apprend non-seulement les 
sujets et broderies de quclques unes de ces pieces , 
mais encore I'usaye auquel on les dcstinait. 

Desles premiers lenips du chrislianisnie a Reims 
nous voyons les tapisscries liisloriees decorcr les jiarois 
des saints lieux. Gregoire de Tours, dans son recit de 
la ceremoniedubapteme de Clovis, nous monlre les rues 
de noire cile ombragees par des toiles peintes et ses 
^glises ornees des plus riches tenlures : lelis depkiis ad- 
umbranlur plalew, ecclesia; corlinis albenlibus adornan- 
tur; etje ne pense pas qu'il soil dillicile d'etablir que 
depuis saint Remi, I'usage d'orner ainsi la metropole 
de Reims, s'est de siecle en siecle, et sans interrup- 
tion, continue jusqu'a nous. — Flodoard nous parle 
des riches tapis que Hincmar donna a son eglise : et 
parmi les nombreux presents que fit a la cathedrale 
Tarcheveque Herivee, notre chroniqueur se garde bien 
d'ometlreles tapisscries: « Ce prelat, dit Tannalisle, 
enrichitreglisede Reims dc vases precieux.... ileleva 
au milieu du ehoeur un autel en I'honneur de la sainte 
Trinite, il I'entoura de tables revetues d'argent, il 
couvrit d'or la grande croix, I'orna magnifiquement de 
pierreries etdesaintes reliques; decora la nefprinci- 
pale d'un grand nombre de tapisscries de soie. » 

Mainlenant nous faut-il suivre la longue serie des 
rois, des princes et des prelats dout les liberaliles en- 
richirent Icglisc de Reims? On sait que de temps im- 
memorial les rois a leur sacre laisaieut de riches pre- 
sents a la cathedrale, et qu'ils laissaient habituelle- 
mcnt a la iabrique tons les ta[)is (lui avaient servi 
a la decoration du teuqile pendant I'augusle ceremo- 
nie. Quant aux archeveques , c'elait une obligation 
<]u'ils contraclaicnta leur aveuement d'olYrir a rcglisc 



-^ 279 — 

quolque somplueux hoinmage, et il arriyait frequem- 
luent, surlont au leinps de la f^rantle rcnoranide des 
tenlures de Flandie, que cet honimage consislail cii 
tapisseiies historiees et a personnages. Et qu'on ne 
croie pas que ces loiles ou lapisscries fiissenl simple- 
menl des tapis de pied ou des tenlures pour dossie- 
res et banquettes! II y en avail pour cet usage, sans 
doute, niais c'elaient les moindres par le travail cl la 
maliere. Outre les tentures d'apparat pour les jours 
de grande solennite, pour les processions exterieures, 
il y en avait pour rornement liabiluel de TediGce. 
A defaut des fresques qui manquaient en bien des en- 
droits, les tapisseries historiees elaient la seule pein- 
ture dont fussent decores les bas-cotes, la nef et tous 
les vides qu'offraient le transccpt, les chapelles cir- 
culaires et les parois des murs de cloture. Regnault 
de Cbartres, qui sacra Charles VII, est signale dans 
I'histoire de Reims comme ayant enrichi son eglise 
de magniliijues tentures; c'est de lui, si Ton ea 
croit la tradition , que la calhedrale avait recu cetle 
belle tapisserie « oii estoit represente le roy Charles 
VII allant faire son entree en la ville de Reims pour y 
eslre saere, a la conduite de la pucclle d'Orleans, 
en 1420 ; » tapisserie dont , grace aux soins de 
messieurs les fabriciens, ilexislait encore un fragment 
en 1817, lequel a depuis disparu, sans que personnc 
puisse ou veuille dire ce qu'il est devenu. — Cetle ta- 
pisserie, qui retracait I'undes plus beaux fails de I'his- 
toire nationale, meritait cepeuilant quehjue resi)ect! 

Parson testamenl, en date du li mai I'ljT, Jac- 
ques Juvenal des Ursins leguc, entre aulres objels 
precieux a sa cathedrale, six belles tapisseries pour 
la decoratiou du cha'ur. Item, cidcin ecclesiiv liemcnsis 



— 280 — 

lego sex magna tapeta mea quw sunt de armis ecclesiw 
pra-falcB et meis^ ut (endantur in chow j)r<vfat(B ecclesim 
dicbus festinis^ et volo adhoc capilulum ilia recipiat, et 
se obligel ila facere. 11 faisait ensuite un legs de lapis 
de iDoincIre valeur pour couvrir les bancs des cha- 
noincs : Item, pariler eidem lego ecclesiw rcmeusis 
quatuor hanqueria facta ad anna pra;dicta. « Et ont 
les cxecuteurs ieslamenlaiics, « dit un acte joint au 
testament J » csliuie les dils tapis et banquiers la 
soinnie de six cents escus d'or. » 

Robert de Lenoncourt , le menie qui donna a I'eglise 
Saint-Remi la belle tapisserie de dix pieces qu'a pu- 
bliee M. Achille Jubinal , offrit a Nolre-Dame une 
autre tapisserie de douze pieces , representant I'histoire 
de la Vierge , pour orner le cboeur et les bas-cot^s 
des nefs. « La charite de monsieur de Reims n'estoit 
oisive envers £o:i eglise, dit en parlant de ce prelat un 
historien du xt:i' siecle; il donna en 1530 une tres- 
belle tapisserie pour cntoarer le chwur, afin d'ea 
bonorer Dieu , en laqucUe est representee la vie de la 
Vierge. » 

Charles, cardinal de Lorraine, a qui la ^ille de 
Reims est redevable de lant de fondations utiles, 
desi precieux tableaux et de si beaux manuscrits , en- 
richit son eglise de la somptuouse tapisserie de six 
pieces re|)resenlant Vllisloire du fort roy Clovis. « Mon- 
sieur de Reims , dil le meme historien que nous venons 
de citer , estant de retour , donna a I'eglise , le 2 de- 
cembre 1373, six grands lapis : et esta remarquerque 
jamais il ne retournail a Reims qu'il ne rapportat des 
dons pour son espouse. » 

Le cardinal de Guise, qui ful lud aux dials de 
Blois , pcut-etre le plus riche prelat de France, aimait 



— 281 — 

a parer la cathrdrale de nombreuses et magnifiquos 
lapisseries qui toutcs sorlaient des meilleures manu- 
factures du temps. Outre sept pieces deBeauvais, que 
nous ne saurions renseigner aulrement, faute de notes 
precises, et dont aux grandes solennites il ornait la 
nef, le cardinal possedait encore pour lesbesoinsdeson 
^glise « sept pieces de tapisserie a personnages oil se 
■voyaient les hisloires de Jacob ; six pieces oil se voyait 
I'histoire de David et de Goliath, et huit pieces, aussi 
a personnages, oil se voyait I'histoire deDelbora. » 

Henri de Lorraine, ce prelat dont on a ditqu'il ne 
faudrait pas ajouter bcaucoup d'inventions a son his- 
toire pour la faire ressembler a un roman , et qui 
occupa si peu scrieusement le siege de Reims , avail 
ndglige de payer a son eglise le droit de joyeux avene- 
raent dont nous avons parle plus haul. Mis en demeure 
parson chapitre, il s'acquilta par ledon de douze gran- 
des pieces de tapisserie et quatorze autres petites « pour 
tendre dans le choeur es lieux necessaires et pour Tor- 
neraent d'icelui. » — Cc sont les tapisseries signees Pe- 
persack, si viveraent critiquees par M. Vitet, et qui ne 
merilcnt pas a nos yeuxtout le mepris queleur a mon- 
tre le docte et spiriluel archeologue. 

D'autres dons, faitsacolte epoque ou depuis, aug- 
menlerent la precieuse collection de I'eglise metropo- 
litaine de Reims. Le chapitre lui-merae pourvoyait u 
ses besoins en ce genre. Nous voyons nolamment un 
traite fait par devant notaires, a la date du 17 Jan- 
vier 1025, par Icquel un sieur Lombard, marchand 
tapissicr en la villc d'Aubusson , diocese de Limoges , 
s'oblige a faire et fournir au chapitre , dans le delai de 
six niois , « quatre pieces de tajiisscries de Paris, se- 
luees de lleurs delis jaunes : la premiere, a la figure de 



— 282 — 

rAssomptioD de Notre Dame ; la deuxi^me , h la Ggure 
de la Vierge , qui liendra noire Seigneur sur son bras; 
la troisieme, a la figure de saint Nicaise; et la qua- 
trieme, plusgrande,ala figure de Monsieur sainlReniy.)) 
L'esliuie que faisait le chapilre des tapisseries de 
I'eglise melropilitaine se prouve encore par le soin 
qu'il mettait a leur entretien et conservation. II etait 
de Teiiiploi des coutres (cus(odes) de leur faire prendre 
I'air au luoins quatre fois I'an ; de les battre, epous- 
seter, netloyer avec toute I'attenlion possible; de si- 
gnaler les pieces qui demandaient a etre reprises, ren- 
traitees, doublees ou rafraichies; etles frais que pou- 
vait entrainer celle restauralion n'ar/etaient jamais 
le conseil de fabrique. Nous en avons la preuve dans 
un autre marclie, du 29 avril 1650, par lequel MM. 
du chapitre s'obligeut a payer a Gilles Gadret et a Guy 
de Lanoy, la somrae de 3,500 livres tournois , pour 
la simple restauration des six grandes pieces de tapis- 
scrie de haute lisse, represeutant les Baptemej mariage 
et guerres de Clovis. 



Et puisque cet liistorique des tapisseries de Notre- 
Dame de Reims est eulame, veut-on avant de repren- 
dre notre plaidoyer , nous permeltre de le continuer 
jusqu'a nos jours? 11 n'est pas sans interet de connai- 
tre le sort de ces antiques monuments pendant les 
mauvais jours de la fin du sieclc dernier. 



On a beaucoup parle du vandalisme revolutionnaire; 
mais on n'a rien esagere. 11 serait dillicile de s'ima- 
giner rell'rojable pele-melc oil perirenl taut de chefs- 



- 283 — 

d'oeuvre divers! — Des membres de la Commune, 
ceiuls de rccharpe tricolore, forcaient, au nom de la 
loi, la porte des lieux saiuts : puis, sans autre I'orma- 
lite, procedaient a Tinvenlaire des mallercs d'or , 
d'argent, et des pierres prceieuses, lesquelles mises, 
seance tenanle, sous la main de la nation, elaient im- 
mediatement dirigees vers Paris. Quant aux objets 
que le metal ne signalait pas a la rapacite des agents, 
ils elaient briscs, laceres, foules aux pieds, comme 
\ains liochels de la superstition, ou tout siinplenient 
abandonnes a la justice du peuple, redeveuu libre. 
Puis airivaient Ics liommes du fisc, avcc mission de 
poursuivre la vente des edifices nationaux; puis ceux 
de la bande noire qui, sansrelache, abattaient, deinolis- 
saient, meme avant renlevement du mobilicr, dedai- 
gne par la nation et laisse a la discretion des autori- 
tes communaies. Les sculptures, les boiseries, les 
peintures et les lapisseries, inlactes justiue-la, elaient 
alors precipitees au milieu des decombres, et y res- 
taient ensevelies jusqu'au moment oil quelque rare an 
liquaire, venant a profiler du gaspillage general, sau- 
vait pour son propre compte quelque saint et precieux 
debris. Peut-elre a-t-on oublie ce qui se passa a lleims 
au SL'jct de la cathedrale. 



En peu de mots nous en dirons riiistoire. 

Trois ardents patriotes, grands cro(iueniilaines de fa- 
natisme et tort habiles industriels, avaient souniis- 
sionne et sollicite, moyenuant quel([ues cljitVuus appe- 
les assigtials , le [)rivilege de demolir Ic cliel'-d'a'uvre 



— 284 — 

de Libergier. La petition, chaiitle de patriotisme, et 
appuyee d'une honnete prisec, avail pros dcs adrai- 
nistrateurs les plus grandos chances de succes, et 
durant quelques jours fut reelleraeiit mise en ques- 
tion rexistence du plus beau monument de la chrc- 
tiente. Un ami des arts , un pretre jureur peut-elre, 
que deguisait suffisamment la casaque du Sans-culolte, 
Ct la motion de convertir la ci-devant eglise Notre- 
Dame en Temple de la Raison, et d'y etablir le siege 
de la socield populaire. Get avis prevalut, et comme 
si Ton eut a craindre les raeprises du bon sens public, 
on se hata de gralter les jolies sculptures de I'bistoire 
de la Vierge qui decoraient le fronton de la porte prin- 
cipale, et Ton ecrivit a la place en lettres ridicule- 
nient colossales ces mots significatifs : 

TEMPLE DE LA RAISON. 

LE PEL'PLE FHANCAIS RECONNAIT l'^TRE SUPREME 
ET l'iMMORTALITE DE l'aME. 

L'arriere-choeur, cboisi pour le siege des reunions 
des Jacobins, vit elever dcs clotures de cbarpente et 
de maconnerie, et la chaire evangclique devint la tri- 
bune des freres et amis. C'est alors que furent d'une 
grande ressource les tapisseries delaissees ; on en cou- 
vrit les dalles froides du nouveau club, et Ton en ta- 
plssa les recentes clotures afin de garanlir des impres- 
sions de I'air les Cassius-Brutus , les Caius-Gracchus, 
les Mutius-Scaivola, el aulres farouches monlagnards. 
On devine avec quel respect furent alors Inutees les 
belles tenlures de Robert de Leuoncourt et du cardi- 



-- 28JJ — 

nal de Lorraine! Je tous assure qu'il s'y faisait bon 
niarclic dcs scenes du Mijslcre de la Conception et de 
VJIisloire du fort roy Clovis! — Et de tout ceci ne fai- 
sons point un reproche exclusif a I'autorite ! la plu- 
part du temps, debordee par le torrent des mauvaises 
passions, elle se trouvait desarrae'e, sans pouvoir com- 
nie sans energie, contre les exigences brutales ct de- 
vaslatrices de ?a tourbe patriotique. 

Ileureusement pour I'art et pour la sociele, le tri- 
oniphe des grossiers instincts n'eut pas de duree. Le 
rapport de Gregoire a la Convention , sur le vanda- 
lisme, y mit un frcin salulaire. Daus le rapide tableau 
que tracait I'oratenr des demolitions impies, des rui- 
iies, des debris dont on jonchail le sol de I'ancienne 
France, se trouvaient queiqucs mots sur les devasta- 
tions comraises a Reims, la villc du sacre et de la sainte 
Ampoule. L'ex-dveque de Blois eut pu jcler un cri 
d'indignation a I'aspecl des spoliations impies corn- 
raises au nom de la tolerance et de la liberie; il eiit 
pu surlout deplorer le sort des monumenls du culte, 
de ccs majestucuses basiliques, deja livrees au marlcau 
des demolisscurs ou vouees a d'infames conciliabules, 
a d'ignobles trafics; I'abbe Gregoire s'en lint a des 
expressions de regret contre certaines peccadilles de 
mauvais goul du sans-culottisme. « A Reims, dil-il, 
on a mulile un tonibeau d'un beau travail, el preci- 
pite d'une bauteur de vingt pieds un tableau de Tba- 
dee Zuccharo : le cadre a ete brise ; et la loile degra- 
dee a ete Irouvee dernierement sur les marches d'un 
escalier. » 

Ce pen de niols proferes a la tribune de la Conven- 
tion lit une inqiression profonde chez les admiuislra- 



- 286 — 

teiirsdn dislricl dc Reims, qui nc manquerent pas dc 
clicrchcr a se disculper. 

Ce qu'il y ade certain c'cst que cctlc denonciation 
partie de si liaut fiit tres-favorable anx objels d'art 
(ichappes a la devastation. Par une hcureiise coinci- 
dence, un arret du proconsul Albert vcnait de pronon- 
cer a Reims la fermeture des socieles populaires : c'e- 
tait le moment pour rautorilc municipale de remettre 
la main sur les tapisseries. Pour avoir une idee de ce 
qui se jiassait alors , il faut lire la correspondancc 
qu'entrelint alors avec les merabres de la commune, 
le prepose a la garde du musee, dont la creation \e- 
nait d'avoir lieu. 

C'est, et nous le pouvons dire aujourd'hui, au zele 
infaligable du conservatenr du musee (feul'abbe Ber- 
gcal), que fut due la conservation des tableaux, des 
objets d'art, et surtout des belles tentures que posse- 
dent encore aujourd'hui les eglises de Reims. Trans- 
ferees dans une des salles da I'lIotel-de-Ville, ces der- 
nieres y furent quelque temps soigneusement roulees 
en attendant qu'il pint a I'administralion d'octroyer 
un local favorable a leiir exposition. L'exiguite de la 
chapellc de I'hopital dc Sainte-Marthe , converlie en 
TOUsee, ne permettait pas I'exhibilion de tous les ta- 
bleaux et objets d'art provenant de cinquanle eglises 
on chapellcs que possedait Reims au moment dc la re- 
volution. Les lapisseries notamnicnt , au nombre de 
plus de cent einquanie, etaient un grand embarras. On 
profita de la premiere honnele occasion pour s'en de- 
faire. — EUe ne tarda pas a se presenter. 

Apres les ineples devastations du sans-culotlisme, 
et les fetes paiennes en I'honneur de la Raison , I'anti- 
que melropole cut encore a subir les chants des secia- 



— 287 — 

teurs de la Nature, Ics hymncs a rEtre-Suprcnip, et les 
fades honielics dcs theojihilanthropes. Ces demonstra- 
tions, non moins niaises qu'irapies , ne prouvaient 
qu'unc chose: la necessite d'lin culle. Une villc aussi 
profondrmcnt calholiquc que I'etail Reims ne pouvait, 
se trainer longtemps a la remorque des sophistes 
broiiillons que Ic caprice ou la folic du jour erigeait en 
thaumaturges. Aprcs lant d'aberrations, ellereviiita 
la foi antic/Lio. Dcs petitions couvertes de plusieurs 
milliers de signatures soUicitaient le retablissemenl du 
culle calholique; force fut d'aviser a la restauration des 
edifices religieux echappes au marteau des demolis- 
seurs. II en resfait qualrc que Ton rouvrit aux fide- 
les. C'est alors que le Musee, riche des depouillcs des 
cinquante basiliques de Reims , devinl a son lour la 
proie d'un nouveau genre de vandalcs. Dans la fer- 
vcur de la reaction, il suffisait de se dire calholique et 
paroissien do telle eglise, pour obtenir de I'agenl mu- 
nicipal , cx-patriote en passe do devenir marguillier, 
les tableaux, les reliquaires, les orncments au choix. 
Ainsi disparurent sans retour dcs objets de la phis 
haute curiosile. Force dans ses attributions, le conser- 
vateur ne songea plus qu'a syslematiscr la mine du 
Musee, a regulariser le mode dont se ferait le depouil- 
lement du depot dont il avaitla garde. Sur sa f)roposi- 
lion, on crea des commissions [)our rcxamen des dc- 
raandcs, et Ton soumit a des manieres de formalifes 
les restitutions ou dons volontaires qu'on etait, en tout 
ctat de cause, decide a fairc aux soUiciteurs calholi- 
ques : en quelques jours fnrent videes les salles et de- 
pendanecs du iMusee. Nous avons plus d'un lemoignagc 
ecrit de ccs liberalites munieipales. II suflira de dire 
que dccctle facon revinrcnt aux egliscs, defcctucuscs 



— 288 — 

et cndommagees, il est vrai , les antiques tapisseries 
dout nous nous occupons. 



Voiliile recit soramairc des faits qui concerncnt les 
tapisseries de la ville de Reims, jusqu'au nnomentde la 
rdouverlure des eglises. Fous alions jeler un coup d'ffiil 
sur ce qu'elles sont devenues depuis cette epoque. 



II ne faut pas attcndre de la sociele remoisc, au 
commencement du xix"" siecle, une protection bien 
eclairce pour ces sortes de monuments. Une fois re- 
mis en possession , debarrasses du controle du conser- 
vateur, les proposes a la garde du mobilier des eglises 
ne se crurent pas tenus a de grands menageraenls pour 
des tissus flctris depuis longlemps du nom de gothi- 
ques. On en appliqua quelques-uns aux murs des nefs 
laterales , mais la plus grande partie servit , comme 
chez les freres et amis de la societe populaire, a dou- 
bler les portes en maniere de paravents , et a joncher 
le pave pour I'assainissement du cbceur et du sanc- 
tuairc. D'un tel etat de cbose qui pouvait sc plaindre ? 
Le clerge , les bedeaux , les marguilliers y trou- 
vaient leur compte : les amis des arts seuls eussent 
pu r&lamer ; mais sous Tempire, et raemc durant les 
premieres ann^es de la restauration , ouse trouvaient 
les amis des arts ? Notre ville en comptait fort peu. 

Toutefois , on I'a vu : Reims avait eu dans M. Bcr- 
gcat son Alexandre Lenoir. Un autre citoyen , non 
moins dpris que M. Bergcat dc I'amour do son pays , 



— 28<) — 

M. Povillon-Pidrard (1) , prit en main les inlerels des 
amateurs dc I'arclu'ologie. Sans autre guide que son 
propre goiit, depiturvu de toule espece d'encourage- 
meul, M. Fovillon selivraa la reeherclie de toules les 
ancieniies tapisserics que pouvait posseder la ville de 
Reims, et des 1817 entreprit I'enumeralion , I'hisloire 
et la description de ces antiques tableaux. Nous ne 
dirons pas que M. Povillon ait toujours apprecie a 
sa juste valeur eliacune de ces toiles ; qu'il en ait 
completement cxplique les sujets , distingue les styles, 
fixe la date el I'origine. Travaillant deson propre mou- 
vcment , a une epoque oil I'arclK^ologie nalioiiale etait 
si peu stiniulee ; oil les artistes , les antiquaires eux- 
niemos alTeclaient le plus profond mepris pour tout ce 
qui seiitait le gothique, M. Povillon ne pouvait ap- 
porter dansl'examen auquel il se livrait la malurite de 
gout, la saine critique, el les connaissances speciales 
(pi'il est aujourd'luii si facile d'acquerir. On n'en doit 
[)as nioins de reconnaissance a riioranie sludieux el 
ami de son pays qui sutfaire entrer dans le cercle de ses 
modestes et silcncieuscs etudes des monuments d^- 
daignes de lous, foules aux pieds, exposes a toutes les 
degradations , et pour ainsi dire condamnes a pourrir a 
riuuiiidile corrosive des murs ou dans reternelle pous- 
siere desgaletas. 

Mais les travaux'dt; IM. Povillon, resles raanuscrits 
et sans i)r6neurs, ne pouvaient exercer une grande in- 
fluence :ur le sort des tapisseries de Keims. D'aiUeurs, 
a des liommes parfailement etrangers aux queslions 
d'art, ii eul fallu, avant lout, inspirer I'estime de I'ar- 

(0 Autour (i'uiic descnp/ion imprimcc rfe la CatMdrale , et d'un 
graiul noiubro d'ouvragcs inedits. 

'9 



— 290 — 

cheologie : il eut lallii siuiout vaincre la rcpuf-naiico 
d'honrit'tes margiiilliers a faire la moindre depense 
pour de vieillcs tcntures passees de mode, el dont ils 
ne pouvaic!il soiipconncr rexecution golhiquc capable 
de ilallorjainais le f^out de pcrsonne! Le seul avaiitage 
qu'eurenl done les notices de M. Povillon, avantage 
assez grand il est vrai , fut de faire eoniiaitrc d'une 
niauiere precise le nombre des tapisserics que posse- 
dait cliaque depot, la dimension et le snjel de cliacune 
d'elles. Ces notions unefois acquises, le temps pouvail 
arrivcr d'en lirer i)arti. 

\]n instant on dut croire a lour prochainc rehabili- 
tation. M. Vitet, inspecteur-general des monuments 
historiques de France, se trouvant a Reims en 1830, 
s'elait fait montrer tout ce que la ville du sacre pou- 
vail avoir conserve de curieux el d'anti(jue. II avail 
vu les tapisseries de Notre-Dame el de Saint- Uemi, 
les toiles peiiiles de rilolel-Dieu, et il avail pu con- 
nailre Testime qu'on faisait chez nous des plus beaux 
moiiumenls de ce genre. Ce fut M. Vitet qui le pre- 
mier decouvrit, dans la loge d'un sonneur de cloches, 
an haul de la tour du nord de la calhedrale, un frag- 
ment tout docliire d'une des tapisseries de Clovis! « A 
mon grand chagrin, dit-il dans son rapport a M. le 
ministre de rinterieur, je me suis convaincu que si 
ces tapisseries et ces toiles restaient encore qiielques 
annees dans les lieux humides et maipropres oil on les 
entasse, il n'y en aurait bienlol plus de vestiges. Ilon- 
reusemcnt, M. le sous-prefel de Reims m'a promis 
qu'il ferait tons ses eflorls pour obtenir des desscr- 
vants de Sainl-Remi et de ceux de la calhedrale , 
aussi bien que des religieuses de rho[)ital, que le d6- 
p6t en fut fait a rHotel-de-Villc : la, on les roulera sur 



— 291 — 

des stores, de raani^re a pouvoir les etaler et les rc- 
plier a volonle et sans trnp de fatigue. Si ce pro- 
jet se realise, a ajoule M. Vilel » , la ville de Reims 
qui aujuurd'hui n'a pas de musee se retrouvera tout- 
a-coup en possession d'une des plus riches et plus 
precieuses galcries qu'il y ait dans nos departements. 
Si comme je I'espere, M. le Ministrc, vous approuvez 
cc plan, je vous prierai de vouloir bien recommander 
a M. le sous-prelel de Reims de persisler dans les dis- 
positions oil je I'ai laisse, et d'engager M. le niaire de 
la ville a i'aciliter de son cote rexeculion d'un projet 
dont ses adminislres n'ont que des avanlages a attcn- 
dre. » 

II faut desespdrer de I'art dans une ville oil de pa- 
reilk's idees ne trouvent aucun accueil. Ce n'olait ce- 
pendant pas la difficultc d'execulion qui pouvait em- 
pecher la creation de ce musee. II s'agissait simple- 
nient pour I'aulorite de reclamer ccs tapisseries, qui 
etaient sa propriele : propriete dont elle ne s'etait des- 
saisie qu'a litre de depot, et sous la proraesse d'une 
scriipuleuse conservation; et la rentree en possession 
etail d'autant plus facile que personne a Saint-Remi, 
a I'Hotel-Dieu, a Notre-Dame, ne se souciait jdus de 
cc genre d'ornement, qui, par son volume et sa dete- 
rioration, etait un veritable enibarras. Les clioses n'en 
resterent pas moins dans le menie etat, et le rajjport 
de M. I'inspecti'ur des monuments liistoriqiies ii'cnt 
d'autre ell'et que de metlre a jour le pen d'inlltienoc 
qu'cxerce dans les affaires administratives d'une ville 
I'inlerNention oflicieuse du gouvernenicnt. 

Depuis cetle epoque, des artistes, des gens de lef- 
Ire, <U's liomnies de goiit s'employereni pour n-veiihT 
ratlenlion do I'autorite sur oes moiiunients , .'uiliquc 



— 292 — 

honneur de la cite. Et bien desfois, il faut le dire, 
M. le Mairc actiiel , qui se distingue par un gout 
eclairedes beaux-arts et un pencbanl naturel a fecon- 
der les idees genereuses , cssaya d'iiilervenir et de 
Irancher la question ; mais des obstacles imprevus, le 
manque de local et de concours, enchainerent scs bon- 
nes dispositions. ■ — C'esl alors que voyant I'incurable 
insouciance du pays, des archeologues distingues, 
e'traugers a la iocalile, concurcul la pensee de sauvcr 
au mollis le souvenir denos lissus, en reproduisant par 
la lithogruphie ou la gravure ccux qui, deja a demi 
ruines, pouvaient flatter le plus la curiosile publique. 
Ainsi M. Du Soramerard songeaafaire entrer dans son 
grand ouvrage : Les Arts au moyen-dge , la lapisserie 
de I'JIistoire du fort roy Clovis; M. Durupt, jeune ar- 
tiste de grand espoir, que la mort a trop tot raois- 
sonne, se mit a esquisser pour un editeur de Paris Ics 
Miracles de la sainle Vierge , tandis que M. Achille 
Jubinal se hatait de faire graver, pour sa splendide 
[)ublication des Anciennes Tapisseries , la suite si re- 
raarquable de la Vie de saint Renuj. C'est cgaleraent a 
cetle epoque que I'un des p'us savants antlquaires de 
France, Thonorable M. de Monraerque, nous conseil- 
lait, comme une etilreprise dostinee a un grand succes, 
la publication a part des toiles peiutes de I'llote!- 
Dieu. 

Instruit de toutes cos dispositions, et persuadd qu'il 
fallait cherchor I'ensemble dans une entrepiise de cede 
nature, et que d'ailleurs s'il y avait quelque honneur 
a livrer au uionde arlisticpiela reproduction dece pre- 
cieux musee , la ville de Reims, qui possedc un re- 
venu de plus de 400,000 francs , pouvait en assunier 
tout le soin, M. IcMaire chargea I'auteur de cette no- 



— 293 — 

ticede Ini fairo un rapport sur les divers depots de la- 
pisserios de la ville, ct dc lui presenter un |)lan de pu- 
blication, avec devis des depenses necessaires. M. le 
maire voulait soumettre le lout au conseil, et oblenir 
les fonds necessaires a I'entreprise. 

Le rapport fail et presente fut soumis au conseil 
municipal: nous ne sif^naleroiis ])as ee que pouvaienf 
avoir de del'ectuenx revaluation des depenses , et 
d'exagere riiyi)othesc des benclices ; nous dirons seu- 
lenient que, sans vouioir prejuger la question, le con- 
seil, dans sa seance du 10 fevrier 1836, ajourna la 
proposition jiisqu'a presentation d'un projet plus com- 
plet. 

La fin de non recevoir cpii repoussait la liberale 
pensee de M. le niaire ne devail pas former les yeux 
sur les mesures conservatrices que I'auteur du rap- 
port sollicitait en faveur des lapisscries. Des rc[)resen- 
tations iteratives furent faites aux personncs cliargees 
specialeraent de leur entretien. On va voir quelle fut ^ 
pour celles de la cathedrale notamment, relict de cetle 
puissante soUicitude. 

On se plaignail de la deterioration de quelques-uns 
de ces tissus , el notamment de leur mauvaise dispo- 
sition dans I'eglise. Fatigue de ces per|)etuelles do- 
leances, le conseil dc I'abricpie jugea le moment venu 
de signaler son aulorile |)ar une denuinstiation signi- 
ficative. Dans les premiers jours du prinlenqjs de I8i0 
les quaranle-cjualre tenturcs qui decoraient les murs 
des nefs collalerales furent subitement decroclices , et 
dis|)arurent avec la magique instanlaneite d'uiie deco 
ration de theatre. 

Grand fut rebaliissemcnt public ! On se demanda le 
motif de cetle enorme resolutiou. Dillicilcmcnt on ima- 



— 294 — 

ginait qu'un conseil de fabrique eut, suffisantc autorite 
pour conBsqucr au proQt d'inlerets inconnus une pro- 
"priete publique de celle iraporlance? Les personnes 
religieuses reclamaient contre renlevcment subroptice 
de CCS tableaux de la Viedu Christ el de la sainte Viergey 
lesseules images dc piete quipussent convenablement 
remplir le Tide immense des parois laterales. De leur 
cote, les amis des arts gemissaient et difficilement con- 
teaaienl leur impatiente liumeur. II fallait des explica- 
tions. Quelques gens bien intentionnes propageaient le 
bruit qu'enfin edifie sur la valeur reelle de ces anti- 
ques produits de la fabrique remoise, Ic conseil des 
margnilliers avait pris le parti de los soumettre a une 
salutaire et complete rcslauration. On allait racme 
jusqu'a preciser la sorame votee pour celle louable cn- 
treprise, et Ton ajoutait que, dans quelques mois, a la 
grande edification des fideles et jubilation des archeo- 
logues, ces precieux tissus, splendides hommages de 
la piete d'illustres prelals, reparailraienl eclatants de 
fraicheur et de coloris. Ces espcranccs vtlaient bien 
un peu d'altenle. — On attendit. 

Cependant 1' horrible vide produit dans I'ddifice par 
la disparition des tapisseries, soulevait de jour en jour 
de plus grandes clamcurs. Le conseil de fabrique sen- 
tit la neccssite d'une justification. Le 28 mai, parut 
dans un des journaux de la localite I'article que Ton va 

lire: 

« Les murs lalcraux dc la ccUhcdrale viennent d'etre debarrasses 
des tapisseries qui les couvraiont, et qui inlerrorapaient d'une ma- 
nierc dcsagivablc les lignesarchitccturalcs, sous prtHoxte dc prcscn- 
rer a I'oeil dc fort mauvaiscs copies de bons tableaux de I'aiuieune 
ecole italienne. G'cstdoncpreuvcdebon goiit que d'avoir fait dis- 
parailre ces tentures dccolorees, dont le scul merilc est d'avoir etc 

'1)11 est bien entendu qu'ii ncs'agit ici que A'intcn'/s artistiqucs. 



— 2Ub — 

lahriiiuoos i\ Reims ct a Charlevillo sous lo cardinal ile Lorraine. Deux 
ccpcndant raeritenl d'etre distiiiguees ; re sontcelles, beaucoupplus 
precieuses, qui represeiileut la bataille de Toll)iac, ct que des details 
d 'amies et d'habillenienls du moyou-age rendeul fort iulercssanles. 
Au moineut oul'ou s'occupe do former uii muscc, ce serail unc excel- 
lenteidee que dechercher aacquerir pourles y placer, ces deux ta- 
pisseries inutilcsdesormais. Sous un autre rapport, la cathedralc a 
beaucoup jjajjne aussi : nous voulons parler dcs proprietes acousti- 
(luesdumonunienl, qui, parfailement calculees par les arclutccles, 
souHraienleonsiderablementde rimmeusc ai)Sorption dcson, causec 
par ces lentures. Maintonant ces sous roulent lihremenl dans redilicc, 
s'y corroborent sanssc reperculer, pourvu toulefois cpi'ils ne soient 
pasemis avec trop de j)recipilalion ct que les chants soient graves, 
conimc il convient pour des exerciccs rcligieux fails dans un vasle lo- 
cal. 11 faut esperer (pic cettc reforme complement indispensable de la 
premiere s'operera, ^([udc quoniam mcrcenarli sunt no percera 
plus dans la preeipilation avec laquclle on scnible souvcnt vouloir 
sc debarrasser des chants sacres. » 

Voiis le voycz, ici sc tlecelc ronuiipotence ignorce 
(.III conseii dcs niarguillicrs. L'arlicle, il est vrai, nc 
designe pas ces messieuis comme aulcurs de la mc- 
surc; iiiais a cct cgard, pas le [)lns petit doute. Ainsi, 
nulle apprehension, scde vacanle(^\), d'une juridiction 
snpei'ieiifc , non plus que d'un appel a I'opinion pii- 
bliijue. Toutcs les questions soulevees par les archeo- 
logues se trouvcnt resolues d'un seid coup. 11 n'esi 
plus besoin de savoir d'oii viennent ces lapisseries, ee 
(jn'elles sont, ce qil'elles valenl, ni ce que Ton pour- 
rait faire pour Icur rcstauration : on les sui)prime, on 
les met au galetas; ec sont de vieilles lentures deco- 
lorees, inutiies desorniais; seuleraent on croit a pro- 
pos do flatter quclcjues gouts excentri«pies : le goiit de 
certains archilectes, qui dans unc eglise gotliique ne 
veulent que le nu de la pierre; le gout des amis des 

(I) L'eulevemcnt des lapisseries dc la calhedrale eul lieu (juelques 
scinaines avant I'arrivee dc monscigncur Tiiooias Goussct. 



— 1>06 — 

arts, Jon I de niauvaises copies de bons Ubieaux de- 
■vaient attrisler lesyeux; le gout enfin du maitre do 
chapelle et du serpent, dont Ics plus heurcuscs modu 
lations se trouvaieut absorbees par ccs epais tissus de 
laine. Vuila bien des gens satisfaits. Qui done se re- 
crierait? — Nous, peul-elre! mais qu'iniporte? 

Cel article badin et serieux est evidcmment de deux 
mains. Le debut, qui senible la boutade d'un arche 
ologue, est bien plutot la facetie d'un homme d'esprit 
qui donne des plaisanteiies pour des raisons. 

Les tapisseries n'interrompaient aucune ligne arcbi 
tecturalo : appendues de droite et de gauche le long 
des murs lateraux, au-dessous des fenelres, elles ne 
pouvaicnt masquer la moindre moulurc. Ce n'elaient 
point do mauvaises copies de I'ccole italienne, car ou 
appellc ancienue ecole italienne que les produits de la 
peinturc anlerieure aux Mcdicis. Or, ce ne sontpas des 
tapisseries, dont les plus auciennes sont de 1530, qui 
peuvent etre reputees telles. Tons ces tissus sontdesou- 
vrages de la Renaissance, el n'ont d'ailleurs aucune ana- 
logie avec les types italiens; ce sont des dessins fla- 
mands, bourguignons ou frangiiis, rien de moins, rien 
de plus. On nous dit que c'est une preuve de bon goiit 
que d'avoir fait disparaitre ces tentures decolorees : oui, 
conime serait' la disparition des toiles du Tintoret ou 
de ThaddceZuccharo; mais alors comment nomineriez- 
vous Taelc qui soumettrait les unes et les autres a une 
intelligente et habile rcslauralion? Puis, oil a-t-on \u 
que nos tapisseries aicnt ete fabriquees a Charleville? 
Letapissier Pepersack deuieurait bien en cette ville, 
quand en 1640, Henri de Lorraine le fit venir a Reims 
pour y executer la vie dc Jesus-Chrisl- mais aucune des 
tentures de la calhedralo, )»,t^ nienie relies <iu<> donna 



— 297 — 

le cardinal de Lorraine, ne ful excculcc a Cli;ule\ilk', 
attendu (]nc la tondation de cctte ville nc dale que de 
1G0G, et que I'illustre Archeveque elail inort des I'an- 
nec 1574. Nous pourrions poiisser plus loin la critique 
de la premiere parlie de cet article , si, bien evidern- 
ment pour nous , I'auleur que nous relulons n'avait 
voulu s'v jouer dc ses lecteurs : — chose tres-licite 
dans un journal, comme chacun sail. 

Nous serous nioins a I'aise avec rargunnent auxi- 
liaire de la seconde partie, qui nous senible, a nous, 
beaucoup plus specieux, el ra3uvrc d'un artiste, a la 
verile beaucoup trop exccntriquc. 

Touletois . nous ne discuterons pas langlemps la 
question dc savoir si les lenlures qui tapissaicnt les 
collaleraux dela cathedrale elaient dc nature a anioin- 
drir la vibration des sons de I'orcLestrc ou la reson- 
nance des chants du lufrin. U pourrait etrc trop facile 
d'exciper coiilre nous de I'opinion du Grand-chantre ou 
de I'autorite du Serpent, qui tons deux ne manqueraicnt 
pas de nous dire qu'ils ont conqiare I'etat acoustique 
de la cathedrale, et que depuis renlevement des tapis- 
series les sons de Icur reciproque instrument rouleiil 
bien plus librement dans redilke , et s'y corroborenl 
enfin sans la moindre repercussion. Nous preferons 
avouer tout d'abord qu'il y a i)cu de matieres plus ab- 
soibantes des sons que les lissus de laineet de coton, 
et nous nous empressons de reconnailre qu'une eglise 
simplemcnt tcndue de noir perd beaucoup de sa sono- 
rile. Qu'on nous dispense done de I'interventioM de 
tiers, fiit-cc des plus habilcs physicieos dc Tepoque. 

Mais est-il jamais venu dans Tidec de (juelqu'un, 
pour la plus grandeglorilicalion du lulrin, de rcnoiicera 
Icndiedc noir les (''gb>cs au jour des funeraillcs et des 



- 298 — 

commemorations ? Et dans les ceremonies d'appnral , 
oil Teqlisc lienl a honneur dc dcployer sa magnifleence, 
a la mcssc du sacrc , au mariage du souvcrain , au 
bapteme du prince bereditairc , a-l-cUe jamais ecsse 
d'exposcr scs plus somptuc-ux lapis , et s'cst-on jamais 
arrele devant les scrupulcs ou Ics exigences d'un 
mailre dechapelle? 

Nous Youdrions bien que Ton fiit moins exclusif, et 
que la passion du contre-point , non plus que celle 
des ligncs droites, n'ontrMuiat personne au-dela du 
raisonnable. La luusique veritablement religieuse est a 
coup siir une excellenle chose : les proleslan(s, qui 
reprochent les images aux calholiqucs comrae une 
vaine superstition , out cru pouvoirse la rescrver. Ce- 
pcndant ainsi que la peinture et la sculi)ture , la mu- 
sique n'est qu'un moyen de parler aux sens. Mais la 
piete n'est pas raoins eveillee par la reproduction des 
scenes ediflantes de la vie des martyrs , que par I'exe- 
cution musicale des plus savanles compositions. Cc 
sont des moycns d'action qui loin de s'exclure vont 
au raemc but , et nous ne scrions pas mieux vcnu a 
demander la suppression de la musiquc dans les eglises, 
sous prctexic qu'clle distrait les esprits de la contem- 
plation des images, que Ton pent I'etre a solliciter I'e- 
loignemeiit des nroduits de la peinture, par la raison 
qu'ils nuisent a relict de I'acoustique ou des ligues 
archilcclurales. Le raisonnable ici , c'est de menager 
tousles inte'rets. 

Au lieu de chercher a so supplantcr les uns les 
autres, nous voudrionsque les artistes revinssent a cet 
esprit d'association qui les inspirait siheureusementau 
moyen age : ctsi ce que Ton dit de la commune origine 
et de la fraternile des arts est vrai , ne semble-l-il pas 



— 299 - 

queccdoive clre surtout quand il s'agit de la decora- 
lion du temple. Ccst du uioins bien ainsi que I'enteii- 
daient les premiers chreliens , cliez qui les arts elalent 
avanl tout tribulaires dcs eglises. Sous les iramenses 
arceauxdes basiliques venaient s'aggloraerer les chot's- 
d'oeuvre de lous les pays : chaquc sieclo , chaque ou- 
vrier ceiebre teoait a lionneur d'y laisser I'expressioQ 
de son genie. La sculpture, la peirilurc,rorfevrerie, la 
ciselure , la menuiserie , s^ingeniaient k rcproduire 
sous les formes les plus diverses les pieux snjets que 
le calholicisme reconnnande a la meditation des fideles. 
Les eglises en un mot etaient les seuls museos nalio- 
naux : et lapeinture entre tous les arts y tenait le pre- 
mier rang. 

Maiutenant est-il besoin de nous resumer? Nous 
nous somines plaints avec MM. de Monlalembert, 
Hugo, Didron , du mauvais gout qui preside aux [)re- 
lendu'.'s reslauralions des edifu-es religieux : nous 
avons deniande que les travaux qui s'y execulent , fus- 
sentsoumisau coiilnMe, a la surveillance d'hommosspe- 
eiaux, et que les plus beaux monuments de I'art ne 
tusseut plus livres a la direction d'un unitjue arehitec- 
te qui, si habile qu'on le vcuillc bien dire , n'olTre pas 
loujours les garanlies requiseii pour un si grand oouvre. 
— Nous avons gemi ties aetes de vandalisnie commis 
dans les temples aux diverses epoques de notre liis- 
•oire : nous avons deploriJ la perted'uuc multitude de 
chefs-d'cruvrc pendant le vandalisnie revululionnaire ct 
nous avons indiipie comment de cette ere funrste, date 
sinon le nie[)ris \nn\i' les produits des arts, aumoins la 
fatale insouciance de leur conservation. Nous avons dit 
Telatdc deterioration ct d'abandon dans kupiel genera- 
lement on laisse perir les plus precieux tableaux, el 



— 300 - 

nous avons rogrette que dos horaraes oraincranienl oa- 
tlioliquos el distini:;ues lavorisassent ce nouveau van- 
dalisme jar ties susoeplibilites honorables sans doule, 
mais Irop exai^erees, eu egard au lemps oil nous vi- 
vons. Puis nous avons parle d'autres exigences non 
moins desastreuses , forraulees par quelques horaraes 
speciaux, et des outrageanls dedains prodigues a leiir 
instigation au\ antiques et veneiables tissus de Flan- 
dre, de Beauvais et de Reims. — Que nous reste-t-il a 
ajouter? Quelques mots peul-etre : un appel a la haute 
intervention du pieux et savant prelal aux mains de 
qui sont confiees los deslinees de I'Eglise de Reims. Si 
nous n'osans le fonnuler, nous prendrons du raoinsHa 
liberie de rapj-eler a Tappui de r.os no^ux un precedent 
sublirae et digne d'etre cite pour exemple, meme au 
vertueux suceesseur de saint Remi. 

Le pape saint Gregoire ayant appris queSerenus, 
eveque de Marseille, avail fait oler les images qui 
elaient peinles dans son eglise, le repril fortemenl, ct 
lui dil que ees tableaux avaienl pour objel d'inslruire 
ct de faire penser a ce qu'il faut croire et a ce qu'on 
doit honorer : la peinture, ajoute ce saint ponlife, est 
le livre des ignorants, et vous vous garderez de la re- 
pousser de voire eglise. 

« Aliud est picluram adorare, aliud per piclura; 
hisloriara (juid sit adorandum addiscere; nam quod le- 
genlibus scriptura hoc idiotis prccstat pictura ccrnen- 
tibus.... El in locis venerabilibus sanctorum depingi 
historias, non sine rations vetustas admisil (I). » 

(l)SaiicU Grcgorii Pap® vita et opera omnia 1705. Part. 4. Pag. 98. 

* L'Acadimie, en pubUant cette interessante discussion , n'a 
enfendu prendre la rcsponsabilUe ni des idees ni des ejrpressions , 
souvenl un pen vires , des autettrs. 



SUITE DK LA DISGLSSION. 



C Seance du 18 Novembrc 1842). 

LFXTURE DE M. L. FANART. 



Messieurs , 



Dans voire derniere seance, un de nos confreres, 
que dislinf,fuenl ejfalement une profonde erudition ct 
une diction aussi facile que spirituelle, vous a lu une 
fort intcrcssanle preface oil il fait riiisloriquc des ta- 
pisseriesde la calhedralede lleiras en ecrivaiii elegant, 
en lionarae verse dans I'arclK^ologie : il iie pouvait en 
etre autrement, et cela n'a surpris personne. Mais ce 
qui devait naturellenient causer queique etonneinent , 
c'elait de voir la fin du travail du savant acadcraicien 
tourner au plaidoyer, et I'aulcur conciure Gr.alenient 
a ce que les lentuies qui avaient si lu'ureusement 
disparude la calhedralc, y fus<ent reinlegri'-es et fus- 
sent appeiidups de nouveau aux murs lateraux de cct 
edifice. Je dois I'avouer, Messieurs , celte proposition 
inattenduc m'a paru tellement exhorbitante quejen'ai 
pas cru devoir la laisser sans re[)onse. Si une pareille 
restauralion devait avoir lieu, cequ'a Dieu nc plaise ! 



- 302 — 

au moins il ne sera pas dit qu'aucune voix ne s'est 
elevee , qu'aucune proleslalion n'a ete formulee centre 
un pareil acte de vandalisine. Nous verrons tout a 
I'hcure si celle expression est exagerde. 

Je viens done, Messieurs, soutenir la proposition 
diamotralcment opposec a celle qu'a avancee mon hono- 
rable ami , et je nie propose dc developper devant vous 
les raisons qui m'engagent a conibaltre son opinion. 



Sans doute, vous n'aurez pas a m'entendre le meme 
plaisir, le meme interet que vous avez eprouves a suivre 
les developpements dans lesquels notre collegue est 
entre; mais fort de votre justice, j'ai la confiance qu'a- 
pres avoir cnlendu I'attaque avec faveur, vous ecou- 
terez la defense non sans quelque bienveillance; fort 
des grands interels dont je me constitue I'avocat, c'est 
presqu'un droit que j'exerce, en reclamant d'une socie- 
te, qui s'occupe d'art , une rcligieuse et scrui)uleuse 
attention , un jugement fonde sur les verilables princi- 
pcs artistiques et base sur I'estlietique la plus ration- 
nelle. 

Comme notre docte confrere me semble done d'une 
singuliere faculte d'interprelalion, etqu'il a vu je ne 
sais combien de gens dans un article de journal de 
quelques lignes oil pcrsonne n'est nommc ni indique, 
je crois devoir prealablcment declarer ici, en guise de 
precaution oratoire , que je ne suis ni le mandataire 
de la fabriipie , ni la caution de I'arliste excenlrique 
qui a ecrit I'article, ni le fonde de pouvoir du grand 
chantre, ni le Iruchementdu serpent. Tout ce monde 
defendra sa cause comme ill'entendra, quant a moi, 
je parle en mon propre et prive nom , je ne prends en 



— 303 — 

main les inlerels de personne, mais ccux de I'art au- 
pres dosquels les questions individiicllosme paraissent 
fort minces ct d'une valeur tres-minime. 

Ensuile, Mossienrs, 11 est nii avni qne je dois faire 
avanld'eiilamer ledeb;il : c'cst. queje iie nie suis livre 
en fait de tapisseries a aucuni; etude hii>toiique , a nulle 
recherche d'erudilion; j'aime mieux le dire ainsi fran- 
chementet ingenument que de voir plus tard etablir 
cela a grand renfort de savants et penibles commen- 
f aires. Au lieu de preparer, conirac I'adit Boileau, de 
douloureuses tortures aux Saumaises a venir, je les 
leur epargnerai : il faut bien aussi avoir quelque fois 
pitie des savants, et menagcr le temps des doctes fure- 
teurs de paperasses. 

Aiiisi done, tandis qu'un autre aurait peut-etre es- 
saye d'elever seiciu'c centre science , d'opposcr a des 
citations d'autres citations, a des textes concluanfs 
d'autrcs textes non moins decisifs; tandis (ju'nn autre 
aurait degaine Tarrac redoulable de I'erudilion , arme 
souvent a deux Iranchants, conime chacun salt, argu- 
ment ulrinque foricns , j'ai prefere m'en tcnir aux cita- 
tions rapporlees parle savant bibliolhecaire, et pren- 
dre toutes ses assertions pour parole d'evangile. Cola 
fait mon compte de toute maiiierc : d'abord cetle com- 
binaison favorise singulieremcnt mix paressc, et je suis 
en ce point un jjcu de I'avis du chanoine Evrard : 

Moi , (lit-il , qii'a mon age ecolicr tout iiuiivtau , 
J'aille pour un liitriii me troubli-r le cirvcaii. 
lo plaisaiit couscil! noii , iioii, soiijjooiis a vivre. 
Va maigrir si tu vtux et sciher sur un livre. 
Pour nioi, je lis la Bible autant que I'Alcoran ; 
Je sais ce qu'un fermicr nous doil rendro par an ; 



— 304 — 

Sur quelle vigne a Reims nous avons hypotheque. 
Viiigt inuids ranges chez moi font ma bibliotheque. 
En plarant un pupitre on croit nous rabaisser : 
Mon bras seul sans latin saura le renverser. 

Ensuite, pour peu qu'on y mettede bonne volonle 
et de pcrsistance de partet d'autrc, loule discussion 
de texte est a peu pros interminable , et Dien sait si la 
guerrequi pourrait s'allumer en cetle circonstance se- 
rait moins iongue que celle de Troie ! 

Enlin, et c'est la ma raison principale , comme 
nous sommes parfaitement d'accord, I'aulcur de la 
preface et moi , sur unc foule dc cLoses, sur I'anliquite 
de I'usage des tapisscries , par excraple ; sur I'epoque 
de leur confection , sur I'interet qu'elles presentent 
et I'utilite au point de vue artislique de leur exhi- 
bition; corame nous nedifferons en realite qu'en un 
seul point : savoir si on doit ou non les relablir dans 
I'eglise , je ne vois pas pourquoi je me livrerais a une 
guerre d'escarmouche, pourquoi j'irais me perdre dans 
un dedale sans issue, tandis que mon dcssein est d'at- 
taquer la question de haut et de grand , non pas a la 
maniere de la mouclie qui vient s'embarrasser dans Ics 
fils habilementtendusde I'araignee, mais a I'instarde 
la gucpe , qui les rompt et passe au travers. 

Mais , me dira-t-on , comment se fait-il que n'ayant 
fait aucune recherche hislorique ou eslhelique sur les 
tapisseries, vous n'hesiliez pas cepcndant a parlerde 
cette matiere qui est elrangere a vos eludes et a vos 
travaux? Je pourrais sans doute en reponse a cette 
objection , me jeler a corps perdu dans le paradoxe , et 
soutonir comme bicn d'aulrcs, qu'on est d'autant plus 
apte a parler d'une chose qu'on la connait moins; que 



— 305 — 

doh.inasse des fiadilions liisloriques , dcs discussions 
d'ecole et des considerations techniques, I'esprit est 
hien plus indepcndanl, bien plus libre dans son allure 
et dans son jugemenl ; qu'il est beaucoup mieux prepa- 
re a apprccier les iwuvresd'art pour ce qu'elles valent 
on au bcsoin a improviser de nouvelles theories. Mais 
j'ai allaiie a un rude adversaire , qui serail bien capa- 
ble de me repondre qu'une semblable ari^umentation 
apparlient de droit aux journaux oil il est tres licite de 
sejouer de seslecteurs, mais ue saurait etre produite 
devant une docle assemblee comme la voire ; voici done 
une reponse plus serieuse : lorstju'un horame s'occupe 
d'un art special quclconque, il est, par cela meme 
enetatdc prendre part a toules les discussions "ene- 
rales qui ontles aulres arts pour objel; raisonner autre- 
m(MJt, ce serait dire que les arts ne procedent pas tous 
dos naenics principes f,H!iieraux , n'ont pas les niemes 
idecs radicales pour point de depart; ou bien encore 
ce serail soulenir que certains arts u'oiilriende com- 
uiun avecd'autros : deux cljoses egalement absurdes. 
Eusnite , lorsqu'il arrive, ctje vous prie de remarquer 
quiic'est ici I'especc, lorsqu'il arrive , dis-j,>, qu'aux 
(lueslions generales d'art que doit trailer cethonime, se 
joiynent des considerations puisees dans I'art qu'il 
cultivespecialement, il n't-u est que ])Ius apte a les 
presenter avec quciqu(; avanlage, a les disculer avec 
quel(]ue IVuil. 

Mon dessein est de ncgliger certaines questions de 
detail, pour ne m'occuper que de considerations d'un 
oidre pluseleve; aiiisije lu; me metlrai pas du foutea 
Irais, pour elablir que la vie de J.C. et de la Vierge 
sont plutot des copies de tableaux italiens, que des ty- 
pes originaires de la Flandre ou de la Bourgogne. 



20 



— 306 — 

C'estunn querclle qu'il I'aul laisser les arclieolognes vi- 
der entre cux. 

Jc ne clierclierai pasd'avantageaelucitlcr laqueslion 
desuvoir : si Ips lapisserics de Daniel Pepersack onl on 
q'ohI pas ele i'aites a Reimsct a Cliarlcvilie. M. Povil- 
lon dit dans sa description de ia calhedrale, p. 1G7, 
que sous rarclicveque Louis de Lorraine, il y avail a 
Ueinis une manufacture de tapisscries dont les direc- 
teurs elaient desociele avec une autre etablie a Cliar- 
lcvilie, d'ou il semblerait naturel de conclure que les 
tentures en question elant une coraniande importante, 
ont bien pu occuper les ouvriers dcs deux villes. C'est 
du reste ce que dit positivement M. Geruzet, tome II, 
p. 379, et le journaliste dont se plaint noire confrere, 
n'a peut-etrecu d'autre tort quo de copier mot pour 
luot cct aulour. 

Je nMnsisterai pasnon plus sur unesinguliere preoc- 
cupation deTauleurde la preface, qui, entraine par 
I'ardeur qui le domine et par Ic dcsir de prouver que 
les tapisseries out ele fabriquees a Reims, sembleou- 
blier qu'il y a ou plusieurs arclicveques car<linaux qui 
ont apparleuu a la maison de Lorraine. Qu'ainsi que I'a 
avance Ic doctc cerivain, la ville de Chaileville ait etc' 
fondee en 1G0G, c'est uu fait queje n'ai nulleenviede 
contoster, et qui, a vraidire, me scmble passablement 
etrangerala question; quele cardinal Charles do Lor- 
raine soil mort des loTi, etn'ait|U par consequent 
appeler Daniel Pepersack en 1G40, ccla mc parait fort 
vraisemblable; mais il n'y a ricn la dedans qui prouve 
que les tapisseries n'aient ete fabriquees a Reims cl a 
Cliarleville sons un cardinal de la maison de Lorrain^; 
car, preciscment de 1629 a 1G4-I, le siege de Reims 
e'tait occupe par un prince de I'Eglise, apparlenanla 



— 307 — 

cello colebre malson, — du raoins a ce que disent les 
hisloripns. 

Mais encore un coup, il faut laisser loulcs ces dis- 
cussions aux gens du metier, celte guerre de y^rous- 
sailles n'cst pas mon fait. 

II faut les laisser faire, et ce ne sera certes pas moi , 
chelif et inconipetent, quioserai metlre unpoids dans 
la docte balance dont un des bassins porle les archeo- 
logues, et rautrc les aiilaiophilcs. 

J'aborde done la principale discussion. 

Des deux questions que je me propose de soumettre 
a voire jugenient, Messieurs, I'une est absolue, I'autre 
relative. 

« Esl-il convenable de placer des tapisseries d'une 
manierepernianenle dans une eglise de style ogival? » 
Telle est la premiere proposition que j'exaniinerai. 

« Et (juand bien raeme celte exliibilion eut ete ra- 
lionnelle dans les temps anterieurs , le serait-elle au- 
jourd'bni? » 

Voila la seconde. 

On doit avoir le courage de son opinion, et dut m'e- 
tre appliquee retl'royable denomination de pe'lrophilc, 
chose dont au i csle je siiis hoinine a ne m'inquieterque 
mediocreuient, je peiise qu'il n'y a de i)lace dans les 
eglises romano-byzanlines el dans celles du style ogival 
ni pour des tableaux, ni pour des tapisseries. 

Mon opinion etaitbien failc, bienarretee acet e'gard, 
elj'elais fort dispose a la defendre quaiid bien nicme 
j'eusseeteseul de mon aVis, lor^tjue j'ai appris par la 
savante preface de noire eoniVere, epic je n'avais pas a 
craindre d'etre isole dans unsemblable combat, etqu'un 



— 308 — 

grand nonibre d'archcologiies dislingiies etaient arrives 
par des oiisidrralioiis propres a Icur art, an mesne 
resultalauiiuel j'avais etc condnil j'ar une deduction 
lo"iquc des priiicipcs eleraenlaires dc I'cslbeliqiie ge- 
nerale. La preface nous ditaussi qu'un iivre tres-re- 
marquable soutient et developpe la menie doctrine. 
J'avoue que ce renfort inaltenda m'a singulierenient 
enliardi,m'alout-a-faita{Termid;'.ns ma maniere devoir. 
11 suflit dc cherclier un moment la pensee des ar- 
tistes de genie, qui onl eleve les grands monuments du 
douzieme et du treizieme siecle, pour etre frappe de 
I'evidence dela proposition que jeviens d'enoncer. En- 
tronsdans la cathedrale de Reims, par exeniple; I'aut-il 
lonfT-leraps pour nous apcrccvoir que tout dansceltead- 
mirablc basilique s'elance vers les nucs? La richeorne- 
mentation du baut del'eglise qui represente leciel, les 
curieux arabesques des chapitcaux, les tores et les ba- 
guettes des archivoltes, Tcleganceet la disposition des 
colonnettes de la galcriesupericure, lespeinlures et les 
images repandues a profusion sur les verrieres, les me- 
neaux bardis et caprioieux qui se joucntdans les fene- 
tres, les nombreuses nervuresqui vontse rejoindreaux 
clefs de voules, lout concourt a cebut, toutproclame 
cette tendance. Lebas dcredifice, c'est ia terrcqui ne 
merile pasnos regards; aussil'artistes'est-il bien garde 
de les attirer par une orneuientation hors dc propos et 
a laisse nus le soubassement qui regne dans tout I'inte- 
ricur dc I'eglise, les murs lateraux, ainsi que lespiedes- 
taux et les fiits des colotmes, Eleve entre la voute et le 
pave, entre le ciel et la terre, un seul objet orne attire 
I'altention : c'est Tautel. C'est en en'et le scul point par 
oil la divinite et riuimanite se toucbent, par oil leciel 
et la terre se donnent la main. 



— m) — 

Telle esl evideiiimcnt la pensee mysterieuse (jui a 
preside a I'ercctiori de celle vasle basilique. C'est un 
elan sublime de Tamour divin, dignc de ces sieeles de 
foi, c'est un raagniliqueconimeiilaire du desideriiim ha- 
beas dissolvicl esse cum Chrislo de Sainl-Paul (1); une 
splendide para|)liraso du respicite el levate (capita ves- 
tm : qiioniam appropinquat rcdcinplio veslra (2) de 
Tevangile; et du sursiim corda de la lilurgie. 

Voulez-vous une preuvesurabondante de cette inten- 
tion mystique? voyez , c'est seulement lorsque reflet 
qu'il a voulu esl pioduit, c'est alors que vous allez sor- 
tir du temple etque vons lournez lo dos a raiilol, que 
I'aicliilecte s'cst depaili du sysleme de sobriele d'orne- 
mentation des parties basses qu'il s'est impose ct qu'il 
a si religieusenient observe dans tout le reste de I'edi- 
fice. Oh! alors les ornements etles statues doscendent 
jusqii'au soubassenient, presque jusqu'au pave ! Deux 
roses raagniliques, denorabreuses niclies ogivales, dcs 
myriades de statues de saints, des caissons ornes de liu- 
ceaux, des draperies rclevees avec gout, ibrment un 
magniUque ensemble et couvrent le mur intericurdu 
portail. Cela , du reste , se concoit parfaitement, car la 
penseequidevait frap[)cr Icchreticn a sou entree dansle 
temple, et hii iiidi<jueren abrege la tendance de toutle 
culte, n'est j)as colle (pii doit lui elre presentee lors- 
qu'il en sort sanctilie el digne d'etreadmis dans la com- 
pagnie des saints. 

Si, dans cette derniere circonslance, la grande {)ensee 
symboliijue dontj'ai parle n'avait plus d'application, 
cllen'eu avail j)as davaiilage dans le j)rolongrnu'nt des 
nefs laleralesautour du clioeur, et dans les cliapellesdu 

(1) Ad PhUippcnscs . i, ■13.— (2) Luc, \.\i, 28. 



— 310 — 

rond-point, dispositions imaginees k rd|)oquede tran- 
sition du sjie hyzanlin au style ogivjil. Ceci cxjtiique 
pourquoi les miirsde clolurc duclioeur elaienlornes le 
long des deambulaluria, de bas-reliefs repiesentant des 
scenes einprunlees a I'histoire sainle on a Tevangile, 
et distribuees souvcnten coniparliments par des pilas- 
tres charges d'arabesqiies. Ceci expliqiie encore pour- 
quoi les ehapelles de I'absitle avaient une ornenienla- 
tion toulc dill'erenle de celle du resle de I'inlerieur de 
Teglisc, et pourquoi leurs parois etaient cou\ertes de 
peinlures. Ricn dans tout cela ne vcnait contredire la 
peusee principale, le grand effet moral doiit Tarehi- 
tecte avail voulu Irapper Ic fidele, a son entree dans le 
temple. 

Dans toute oeuvre d'arl, recUemeiil dignede ce nom, 
ce n'esl pas resecutioii inalerielle qu'il Taut cheroher 
en premier lieu, niais bien la pensec morale. Pour cela, 
il faul se reporter a I'epoque oil vivaill'arlisle, il faut 
se penetrerdes idees qui elaient en circulation de son 
temps. Or, Messieurs, si Ton veutbien se souvenir que 
lesarchitectes du moyeii age etai'jnt des uioincs ou du 
moins avaient rccii rinslruction qu'ilsposseduient dans 
le cloilre, si Ton veut se rappeler les sermons asceli- 
ques dudouz.iemeet du treizieme siecle, on seconvain- 
cra que I'explication que ]e presenle de la basiiiqueogi- 
vale, explication qui seule rend reeliemenl comple de 
toutes ses dispositions interieures el cxlerieures, est 
parfaitemenl en harmonie avcc les idees mystiques do- 
minantes a cette cjjoque. 

Voyezdu resle, commeloutse lient dans cette archi- 
tecture vraiment chrelienne. Le lidele s'avance vers 
le temple, lejugemenUlernier figure sur le tynipan dti 
portail, le pesemenl des amcs, les peines des damnes, 



— 311 — 

tout cola lui rapiJclle Ics I'aulos qu'ila commises, la ne- 
cessile d'en iniplorer le j)ardofi; il va trancliir ie scuii, 
inais ici se prescnle le pilicr symbolnjue qui pai tage 
en deux porlions le diemin du sancluaire. Osera-t-il 
prendre le chcminde droile reserve aux jusles? Passera- 
t-il lionleuscmenl par celui de "auclie destine aux pe- 
chcurs? quelle leeon terrihle et sii^nilioalive, avani d'a- 
Yoir franchi le seuil de I'eglise! Enfui il penelre dans la 
basiliquc: le ciel est ouverl, il y porte les yeux, sc pros- 
torne dans la poussiere, protesle de son repenlir; pen- 
dant ce temps, I'aulel s'est illumine, la \ictime de salut 
et de propitiation aete orrcrle, le chrelien s'on retourne 
justifie, eomble de Leiiediclions, rcm])li d'esperance et 
dejoie intericure; les saints desccndent aii-devant de 
lui pour le rceevoir, il est desormais digne d'etre comma 
eux, citoyen de la Jerusalem Celeste. Notre eonlVere 
avaitraisondo le dire, les images, les syrabolos sontle 
livre des ignorants, des illelres, quelque Ibis aussi , 
ajouterai-je, des savants et des erudils; seulement il 
fautmettre les images a leur place, etlessyraboles oii iis 
doivent etre. 

Je nc crois pas devoir insister plus long-temps sur 
I'evidence de cette intention architecturale. La nudile 
des niurs lateraux est dans la basiliquc ogivale aussi 
essenliellc! (|uc rornemcntation des parties cMevees, 
Tunc est le conijilement, la reponse de I'auire. Apres 
cela, que Ton ait meconnu plus ou nioins souvent et a 
des epoques plus ou moinseloignees, la pensee symboli- 
quedel'artiste ; que Ton se soitavise d'appendre aux 
murs des representations bonnes ou mauvaises, chre- 
tientics ou payennes, s[)i ritual istes ou entachees de 
malerialisnie, c'est un lait liistoricjue (]ui est tort bien 
etabli, et qui prouve (pj'oii n'a pas craint parl'ois d'y 



— 31-2 — 

iiitroduiredessuperfelalions qui cii obliteraient le sens, 
en rendaientia signilicalioninintelligihic, la disposition 
mystique mcconnaissable. 

Pour enlrer dans la pensee qui a preside au noonu- 
ment, ilfaut done bien se garder de couvrir d'aueune 
toile peinte, d'aueune tapisserie la nudite des niurs la- 
teraux. A un autre point de vue nioins eleve, il est 
yrai, mais quia aussi son importance, ces frufescences 
hibrides ont encore de graves inconvenients, je veux 
parler de la perspective qu'elles obstruent , et dans la- 
quelle elles font une espece d'accroc desagreable, lors- 
qu'elles ne cachent que les parlies planes des murs, ce 
qui arrive rarement; je veux signaler les details im- 
portanls d'architecture qu'cllcs cachent ou denaturent, 
et c'est le cas le plus cominun. 

Appliquons ceci aus lapisseries remoises. 

Puisqu'on voulait a loute force faire un contre- 
sens ridicule, et placer dans un edifice qui n'etait 
pas destine a en rocevoir, une quarantaine de pieces 
de teiiture, peut-elre la place qu'on Icur avail assi- 
gnee elail-ellc encore, apres loul, la nioins mauvaise, 
et celle ou elles pouvaient le moins obslruer les ma- 
gnificences architecturales de la ba«ilique. El cepen- 
dant , au point de vue puresnent architectonique et 
tout-a-1'ait materiel, quel desordre n'apportaient elles 
pas deja dans les ligncs de la perspective? Un bon 
quart de la hauteur des fenelres des nel's lalerales avail 
disparu sous cestissus ; ce qui, a la place de Icurs pro- 
portions svcltes et elancees , leur donnait utie allure 
lourde et epatee discordante avec le reste de I'edi- 
fice. Uu cordon ou assemblage de moulures (jui regne 
dans loute la basilique el qui sej)are parlailement ie 
rez-de-chauss^e du premier elJge, disparaissail d'un 



— 3i;j — 

cole, reparaissailde raiitre, Ic (out sans rirncni raison, 
el sans qu'il I'lit possible d'eii tleviner la dcsliiialioii. 
Enlin les piliers enj^ages dans le mur lateral qui ren- 
ilent raoinscrue la nudite de celle paroi, et repoiidcnt 
syraefriquemenf aux piliers de la nef principale, et !e 
soubassemcnt dont la saillie regne dans tout le pourtour 
de Tedifice, tout cola elait parfaileinent ni\e!e par ces 
malencontieusesleiilures,etseniblait uiie surface plane. 

Qu'un maron vienrie proposer d'enlevcr le soubas- 
semcnt, de taillcr les piliers engages du mur lateral, 
et de faire de toule celle parlie de I'edilice un plan urii 
coninie uue glace, les archeologues crieraieul bien liaut 
et bien fort, ct certes ils auraient raison. Ilh bien I 
tel elail relict dcs tapisseries dans le lieu oil ellcs 
ponvaicnt etre i)lacecs avec le moins de desavanlage ! 

Je n'accuscrai pas assuremont noire collegue de 
donner des facelies pour des raisons, je dirai seulement 
qu'il n'avait passes souvenirs bien presents, lorsqu'il a 
dit (|ue les tapisseries n'inlerrompaient aucune ligne 
arcliitecturak", et qu'appcnducs de droite el de gauche 
le long des murs lateraux, au d''ssous dcs fenelres, 
ellcs ne pouvaieiil mas(iut'r la moindre moulure. II 
serait pen courtois de ma part d'atlaqner une scm- 
blablc assertion : c'esl une erreur niaterielle que 
cliacun pent verifier, car les entaillcs dcslinccs a rece- 
voir les bonis dcs tringlcs (pii snpj)ortaicnl les tai)is- 
scries, existent encore sur les piliers engages des murs 
lateraux. 

Telles soul. Messieurs, les consideralions qui m'ont 
suggere les notions generales communes a tons les 
arlislcs. Commc les aulres arts, rarcliitecUire est 
souniisf aux grandes lois (jiii regisseiil louU-s les pro- 
ductions pdcliques de rinleHigeuce; sans cela, elle nr 



— 314 — 

serait qu'im inelier ct ne mcritcrail pas qu'un s'eu 
occupat. C'est pour celle raison quej'en ai aburde les 
principes fondamciitaux avec line ceilaine confiance. 

II n'en serail pas de meme des details dont il fau- 
drait fairc une longue etude pour chercher I'esprit et 
suivre la filiation : j'enlreTois bien qu'a I'aide de 
cette science je corroborerais puissammcnt la pro- 
position que j'ai avancee , mais je crois ce que j'ai dil 
bien suffisant , et il est plus sai^« , a mon avis , de nc 
point aborder une matiere dont les eleniens ir.e sont 
etrangers. 

J'abandonne done, Messieurs, rarchcologie monu- 
menlale pour enlrer dans un ordrc d'idees qui m'csl 
plusfaniilier. Ce que je vaisdire, doil, si je ne in'abuse, 
exciter quclque inleret dans uneacaderuie, car il s'a 
fiit d'une science enlierement ueuve ct incuUe, dont 
je pose ici la premiere pierrc, et dontpersonnene s'est 
encore serieusement occupe , bien qu'elle soit d'une 
ulilile evidente : je veux parler de I' archeologie acous- 
lique. 

Un temple est un lieu destine a adorer la divinite, 
a ecouter I'instruction du pretrc. Or, chez tous les 
peuples ct dans tous les cuUes , I'adoralion et la pri- 
ere se sont fornudees par le chant , I'instruction sacer- 
dolale, par le discours. Done, favoriser I'audilion par 
tous les moyens possibles, oflrir aux ondulalions 
sonores les lignes les plus favorables a leur propaga- 
tion , tel a dueUe , a loutes les epoques de civilisation 
avancee, le but constant des arcbitectes qui ont eleve 
des constructions rcligieuses. 

Dans un ediQce quelconque , destine an chant et h. 
la parole, trois defauls sont parliculierement a redou- 
ter : la depeidition , I'absorptiun et la repercussion des 



— 315 — 

ondes sonores. Quel que soil, celui dc ces incouveiiienls 
qui domine dans un lei ediOce , il n'esl plus que livs- 
imparrailemenl propre a sa desUnalioii , il manque 
aux condilious les plus essenlielles (jue Ton est en 
droit d'exiger de lui. 

Dire comment les arlisles d'Alhenes, de Byzance 
etde Rome elaient parvenus a trouver les regies acous- 
tiques qui doivent presider a I'ereclion des grands mo- 
numents; determiner s'ils les avaient rencontrees par 
suite de latonnements multiplies, par I'elude de quel- 
qucs phenoraenes nalurels comme I'e'clio , I'antre dcs 
Tiophoniuson I'oroille de Denys, on hien par I'appli- 
calion d'une tlieorie prealable, cela serait ditficile. La 
derniere hypolliese me semblerait toulel'ois la |)lus 
probable, car la tlieorie cxistait et elait menie fort 
arancee a une cpoque deja Ires-aneicnnc. Plusienrs 
passages d'Aristote et surlout le eliapilre huil du 
deuxteme livre de l'ui!}C , oii il enscigne d'une ma- 
niere fort remarquable les lois de la propagalion dn 
son, le lomoigncnt de facon a lever touie espece de 
doutca cet egard. 

Quoi qu'il en soit , les archilcctos de I'anliquite 
a\aienl non-seulemcnt conslruil des {cmplcs qui f;e 
laissaient ricn a desirer sous le rapport acousUque, 
niais encore des lliealrcs qui, places ilans des condi- 
tions bien plus defavoiahles , puisqu'ils elaient a ciel 
ouvert et quelquel'ois abriles par des lissus , n'en 
(itaientpas moins si parlailemcnt calculesque, 80,000 
spcclaleurs places a I'aise pouvaient y entendre la voix 
de raclenr. 

Ces belles traditions , ces secrets precienx s'claienl 
transmis d'agc en age , el les ariliiteolis clireliens en 
avaient herile des artisles de I'antiquite. Hien n'est 



— 31G — 

plus rare que de voir un edifice du moyen-Age ne pas 
eiredans les conditions acousliqucs les plus favorables 
et les mieux raisonnees. 

Certes, Messieurs, cette partie inleressanle el jus- 
qu'alors incxploree de I'ancienne raaronncrie 'vaudrait 
deja bien la peine qu'on s'y arrelul quelque peu , 
qu'on y lit quelque atlention , pcul-elre nieme qu'on 
y sacriliat quelque chose et qn'on se gardat bien de 
lout ce qui pourrait ou reflacer , ou meine lui nuire. 
Que sera-ce done lorsque je vous aurai dit qu'a 
I'heure qu'il est, ce grand art de la conslruclion acous- 
tique est perdu compleleraent el qu'on ne peut guere 
esperer en ressaisir le fit quo par une elude palienleet 
attentive des monumenls du moyen-age, oii il est ve- 
nu en quelque sorte rendre le dernier soupir. Ce ne 
sont pas seulement de vasles edifices comme le Pan- 
theon, la Bourse ou Nolre-Dame-de-Lorette, qui chez 
nous sont enlaches des defauls que j'ai signales, mais 
nous ne savons plus conslruire meme une chapeile, 
unc salle d'asseniblee , un Ihealre qui reunissent, sous 
ce rapport, les condilions desirables. Lorsqu'on reussit, 
c'est par hasard , lorsqu'on ne reussit pas, et c'est le 
cas le plus ordinaire, ce n'cst que par des tatonnements 
et des remanietnenis sans fin que Ton parvient a cor- 
riger les vices de la conslruclion , quand toutefois on y 
parvient. 

Comme ces idees peuvent elre nouvelles pour certai- 
nes personnes et comme leur esprit pourrait conserver 
quelques doutes , j'invoquerai a rap[)ui de ce que je 
\iens d'avancer I'aulorite du plus savant des acousli- 
ciens modernes , du grand experiraenlalcur Chladni : 
« 11 serail tres-ulile, dit ce physicien , de savoir tou- 
« jours la meilleure nianiere de conslruire des salles , 



— 317 — 

« pour que le son puisse elre enlendu parlout ilistitjc- 
«i fement, sans sacrifier (juelques aulres qualiles ou 
« convenlionnelles , ou iiecessaires pour d'aulres buls. 
<f Dans !a plupart dos sallcs oil Ton y a reussi , cela 
« PARAiT etui: I'l.iror in efi kt dv iiasard qie celii 
« d'une TiiEOuiE EXACTE. {Die cicustih., parag. 207). 

A parL toutcs ses aulros magnilicences, la calhcdrale 
do Reims est uq des eilifiees dont les lignes sonores 
sonl le mienx ontendues. Cetle basilique est nieme cal- 
culce a cet egard avec une si extreme precision que 
vide, clle est un peu retenti-sanfe, et rcmplie, ellc de- 
vient j)art'aite en laison dc la (jualile absorbante 
qu'exerccnt sur le son les vetenicnis. Elle vibre dans 
toule son etendue conime un instrument a cordcs , 
nuUe partil n'y a ni deperdiiion de son , ni echo; les 
ondulalions sonores ne s'y reperculent en aucun lieu, 
niais s'y propagent en se rcnforcant; les sons gri'les y 
prenncnt du corps, les sons aigus s'y adouoissent, 
tout y ac<iuiert un fiui, un fondu qui, pour celui qui 
etudie avec soin cet admirable monument, en font une 
veritable merveille d'acouslique. 

Ft, Messieurs, ce serait a une aussi belle et aussi 
rare disposition qu'il s'agirait de lonelier ; ce serait ce 
precieux et magnifique resle d'un art perdu et oublie 
qu'il serait question dccacher aux artistes pour les em- 
pecher d'cn saisir le secret ; ce serait ces lignes admi- 
rables corabiiiees avec lanl de soin par Robert de 
Coucy , qu'on voudrait obslruer? Non, je ne puis le 
penser, cela ne serait digue ni de notre siccle oii Ton 
rccherclie avec soin les dcbiis du passe, ni du prelat 
savant et eclaire dont la splendide basilique est au- 
jourd'liui le siege episcopal. 

Mais les lapisseries produiront-elles rcellement cet 



— 318 - 

cffet d^saslrcux? Si quelqu'un me faisait s^rieusement 
celle question je le renverrais a inon honorable conlra- 
dicteur , leqiiel liii expliquerait comme quoi il n'y a 
•^iiere de raalieres plus absorbantes des sons que les 
lissus de laine et de colon (1). Seulement je dirai en 
passant qu'il est a regrelter que noire collegue soit 
resle en si beau cliemin et n'ait pas fail suivre sa pro- 
position de ses conseijuences nalurelles. II est evident 
en elTet que s'il est peu de nialieres plus absorbantes 
des sons que les lissus de laine et de colon , en appen- 
dre dans tout le pourtour d'une eglise, c'est la rendre 
beaucoup nioins propre a sa destination, c'est de- 
truirc totiles les combinaisons de rarchitecle.' 

Done, c'est evide.nraentun conlre-sens que d'exhi- 
ber, d'une manierc |)erraanenle, des tapisseries dans 
unc eiilise du style 05,ival : telle devail-elre la conclu- 
sion logique et iuevilable du principe ad mis par le 
savant academicien; toutefois, il s'est bien garde de la 
consigner dans son ecrit , car ce n'est pas la qu'il vou- 
lait en venir. 

Puisque noire collegue parait eprouver une cer- 
laine aversion pour les aeousticiens et les pbysicicns 
qui ont traile cetle luatierc ex professo , j'en appellerai 
a vos souvenirs. Messieurs, est-il quelqu'un dans 
une ville comme la noire , oil I'industrie lainiere est si 
repandue , qui n'ail eu mainte fois I'occasion d'obser- 
ver que des salles tres-sonores converlics ca niagasin 
de laincs ou de pieces d'elofle , devenaient subiteiuent 
sourdes et sans aucun relentissement? Faut-il de pro- 
fondes eludes sur I'acouslique, pour savoirqu'un ban- 
deau place sur les oreilles, que du colon inlroduit dans 

(l)PagexxM. 



— .SI 9 — 

le tuyau audilif, absorbent uiie i;ianclo parlie dessons 
qui viennent frapper rorgaiie?EL d'ailleurs, qu'est-il 
besoin de raisonnements et de coinpaiaisons ! N'avons- 
nous pas, pour I'objet (jui nous occupc , la raeilleure 
de toiiles les demonstrations : i'oxperience ? N'avons 
nous pas observe tous une immense diflerence entre 
relaldela calhedrale telle que I'a connie rarchitecte, 
el la maladie aphonique donl ello elait tVappee sous 
I'iiiduencedes orncmentssuperflus et, heterogencs dont 
on voudrait I'aQublcr de nouveau? 

Que depuis le quatorzieme siecle ily ait eu de nom- 
breux exemples de tapisserics appendues dans les 
dgliscs , cc!a n'a rien de surprenaul, ol je dirais prcsque 
qu'il ne pouvait en etrcautrement. En ellet, Messieurs, 
c'esl a parlir de celle epoque que loules les grandes 
idees syniboliques commenccnt a etre negligees et 
ificomf)riscs, el que le myslicismc et les allusions as- 
celicjucs des monuments lombcnl jjou-a-pcu dans I'ou- 
bii. Au qiialoizieme siefie, om Tiiil disparailrc les murs 
laleraux, donl la nudite etait une si liaulo Iceon , en 
ouvranl des chapelles dans lout le pourlour de I'egli- 
se; auquinzieme et au seizieme, I'ogive el les Tontcs 
qui s elanraicnt si ardemment vers leciel, a I'epoque 
preeedciitc, se surbaissenl cl lendent \ers la tone; et, 
de jieur sans doutc que celle tendance ne soil pas 
assez remarquee^ les clefs de voutcs sonl scu!j)lecs 
el rcloudjenl en espvce de pcndcntif ou de cul-de-lam- 
pc, de maniere a ce que les edifices paraissent moins 
eleves rju'il ne lo sont reollemenl. 

Enlin le nu des muraillcs el descolonnes qui dcplail 
si fori a noire confrere, disparait sous des oriieinonlsde 
toute espece; les piliers sonl enlicnmenl entourej; de 
moulures prismaliques et de guirlaiulos; les murs la- 



— 320 — 

leraux, lorsqu'ils ne sonl piis perces de chapelles^ sont 
ornos d'aicadcs Irilohees , souvont a plusieurs elages. 
Ell un mot, larl ogival est en plcine decadence et pre- 
pare les voies a ce complet boulevcrsemenl de loutes Ics 
idees d'art que Ton a nomme renaissance. 

Qu'on ait nieconnu alors la pens4e poelique et reli- 
gieuse des grands edifices des deux premieres epoques 
du style ogival, je le concois; que ceux qui possedaient 
quelqu'une de ces basiliques n'en aient plus couipris le 
sens inysleiieus, et qu'ils aient voulu remediera des 
imperfections imaginaires par des correctifs deplora- 
bles, cela est plus affligeant qu'etonnant; mais de ce 
qu'une faute est ancienne elle n'en est pas plus vene- 
rable : une absurdile a beau \ieiHir, elle ne devient pas 
pour cela une verite. 

Enfin, Messieurs, comme il s'agit ici d'une discus- 
sion oil la bonne fji est complete de part et d'aulre , je 
ne ferai aucune difficulle d'avouer que les defauts 
acousliques provenant de I'absorption des ondcs sono- 
res, etaietit a tout prendre moins intolerables et moins 
sen>^ibles dans les temps anciens que de nos jours j 
qu'aiusi il devient moiosetoniiant qu'on n'ait tenu que 
peu de compte, au quatorzieme et au quinzieme siecles, 
d^inconvenients acoustiques dont aujourd'hui nous ne 
pourrions que dilTicilement supporter les consequences. 

Ainsi donc,quand bienmeraeon auraiteujadis loutes 
les raisons du monde de garnir les murs d'une eglise 
de lapisseries, il serait indispensable aujourd'hui de 
renoncer ace mode d'ornemenlation. — Telle est la se- 
conde question que je m'etais propose de developper : 
mais je crains deja d'avoir abuse de la patience de I'as- 
seniblee : je n'en dirai que peu de mots. 



— 321 — 

Corame jc I'ai rcmarque plus haul , Messieurs , I'a- 
doralion et la pric-re se sont forrnulees par le chant 
dans lous les teraps, dans tous les licux, chez lous les 
peuplcs, sous toutes les formes religieuses. Plus que 
tout autre culte, le christiaiiisme devait adopter cette 
pratique universelle: il n'y nianqua pas. Le chant etait 
choz les Chretiens non-seuleraent I'expression dcs^gran- 
des et poctiques ideos qu'inspire la religion, non-seu- 
lement uue mesure d'ordre qui reunissait la parole de 
tous en une seule et immense parole, niais aussi un ad- 
mirable syrabolc qui rendait sensible I'union des cocurs, 
la charite evangelique, la communaule de la foi. Le 
chant religieux du peuple dont il est impossible d'as- 
signer I'origine, tant il est naturel et conforme a la 
raison, s'elait done Iransmis d'age en age, dcpuis les 
epoques les plus rcculees jusqu'au christianismc; ; et 
celui-ci s'en etait erapare pour en faire une magniQ- 
quesynthese, lorsqu'arriva celte funesle epoque de la 
renaissance qui devait t'ausser toutes les idees artisti- 
ques , qui devait substitucr la forme a I'idec, le male- 
rialisnie a 1' esprit, I'art payen a I'art Chretien. 

L'esprit d'innovation et de reforme qui travaillait 
alorsla societe se faisait jour souvent do la maniere la 
plus imprevue, prenait parfois les formes les plus 
bizarres : nous allons en voir un singulier cxemplc. 
Le roi Francois I" qui afTectionnait parliculiercment 
les voix basses, s'avisa de peupler sa chapelle de gros 
Picards descendant a toutes les profondeurs que pcut 
atteindre la voix humaine. II aimaitsingulierement en- 
tendre ces grosses voix escalader peniblement Techelle 
vocale, arrivees au sommet beuglcr a tout rorapre, puis 
desccndre datis les regions les plus caverneuses, et 
marmoltor, in limo pwfuiuh, un iiiitilelligible galima- 

3 1 



— 322 — 

tias. C'elait pen religieux , mais c'etait un caprice 
royal qu'on pouvait passer chez lui au Roi Chevalier : 
il etait d'assez bonne maison pour cela. Cependant, 
grace au senum pecus des courtisans et des imita- 
teurs, ce caprice, qui n'etait ricn dans Torigine, devait 
avoir en France les resultals les plus funesles pour le 
chant religieux. Les eveques et les abbes de cour ne 
parent se dispenser de trouver admirable celte royale 
billevesee et, pourprouver corabien ils la prisaient, ils 
s'empresserent de doter leurs cathedrales de chceurs 
recrutes parmi les voix de taureaux taurinm voces , 
corame on les appelait alors. De prochc en proche ce 
fut a qui aurait les taureaux les mieux condilionnes : 
les mugissements etaient a I'enchere; bientot les cathe- 
drales de toutes les villes de Test et du nord de la 
France relenlirent des beu£jlenienls des Picards etdes 
Allemands. En verite , si la plaisantcrie etait adraise 
en matiere aussi grave, on pourrail dire que le chris- 
tianisme etait retourne alors a son berceau : a I'etable 
de Bethleera. 

Les consequences d'une pareille folie etaient inevi- 
tables : le chant ccclcsiastique que saint Ambroise et 
saint Grcgoire s'etaicnt ingenies a ordonner de telle 
sorte qu'il fut accessible a tous, chante qu'il elail de- 
sorinais par des voix tout exceptionnelles et qui sont 
en immense minorite dans la race humaine, fut aban- 
donneparlepeuple qui ne pouvait plus suivre lechocur, 
et devint le privilege exclusif des quatre ou cinq tau- 
reaux que pouvait stipendier la calhedrale ou I'abbaye. 
Centre toute raison et a I'enconlre des regies ccclesias- 
tiques , le clergd et le peuple ne chanterent plus qu'm 
petlo les louanges du Tres-IIaut, et le chant populaire 
vint expirer devant une courtisanerie aussi grotesque 
que coupable. 



— 32:5 — 

Ce n'est la loutefois qu'uiic paitie du mal: au clix- 
septieme siecle, la lievrc dcs rel'orraes avail gai-ne les 
cveques eux-meuies; ils lU' craigiiirenl poinl de por- 
ter la main sur la litiirgic, et de la reformer chacunasa 
guise et a sa fanlaisie. Dire ce (jue ces reformes im- 
prudentes causerent de ravages dans le chant eccle- 
siaslique, serait une longue airaire,et je veux abreger. 
Je ferai scnlement ohstrver que ce fut le dernier coup 
porte au chant populaire. Pour de nouveaux textes, il 
fallut invenler do nouveaux chants, et Dieu sait toutes 
les monstruosites qui virent le jour a cette occasion. 
Jusqu'aiors, les melodies sacrees avaient ete aussi le 
livre de I'ignorant , ellcs soutenaient sa memoire et lui 
rappelaient leslexles saints par une sorte d'operation 
mnemonique analogue a celle du rhythm3 faisant re- 
trouver les vers: 

Kumcros memiiii, si verba tenerem ! 

a dit le poete. Mais a compter de cette epoque , les 
chants nouveanx et inconiius desorienlerent complete- 
ment les Gdeles, et ils durent meme renoncer a leur 
chant inpello. Une langue inconnue des melodies qui 
n'avaient pour dies ni le grandiose du caractere, ni les 
souvenirs des anciennes , e'en elait trop : le peuple 
cessa completcmenl de prendre part a la liturgie. Sla- 
bal populus speclans , dil revangile, c'est I'histoire du 
peuple Chretien de nos jours, grace a la renaissance et 
k Francois I'''. 

Aujourd'hui, Messieurs, et voire institution en est 
une preuve vivante, on cherche a relrouver les bonnes 
traditions en fait d'architeclure, de peinlure, de sta- 
tuaire; il faul esperer que la mn«iqnc aura son tour. 



Le clerg^ actuel nioins lourmenU' ilans sa vie inle- 
rieure que celui qu'a si cruelleraeul ballole la lem|)ete 
revolutiontiaire , fait des etudes profondes et seconde 
puissamment ce mouvemenl; il vout, comnie aux jours 
anciens, que la lelii^ion domic la main a la science. II 
est impossible qii'il tarde longlemps a compreiidre que 
la musique n'esl pas un vain assemblage de sons et que 
« toute musique n'est pas bonne pour louer Dieu dans 
le sanctuaire, » comrae I'a dil un grand mor.disle. II 
y a done lieu d'esperer que nos pays, disgracies par la 
renaissance, reverront quelqnc jour la lumieie, el que 
nous sortirons dc I'orniere fangeuse oil nous sommes 
arret^s depuis trois siecles. Mais pour celle salutaire 
rdforme, il faut du temps: retrouver le plain-cliant avec 
son harmonie, reconstituer ses traditions aujourd'hui 
perdues, enseigner ccs graves et severes melodies aux 
jeunes generations, et leur faire prendre part aux chants 
religieux, tout cela n'est pas I'affaire d'un jour el n'est 
pas exempt de difficuUes. 11 y a done beaucoup de 
chances pour que nous en soyons encore reduits long- 
temps aux agreables voix de taureaux, c'est-adire, a 
cinq ou six voix au lieu des dix mille qui retentissaient 
dans le temple, avant le caprice de Francois I". 

Maintenant, est-ce bien en presence d'une execution 
aussi piteuse du plain-chant qn'il serait convenable et 
prudent de diminuer la puissance sonore d'une ba- 
silique? Vous ne le pensez pas sans doule, et je n'ail 
pasbesoinde vous dire qu' avant de songer a installer 
de nouveau des etouffoirs comrne les faj)isseries dans la 
cathedralede Reims, il serait a propos de lui restituer 
au moins le chant populaire qui seul pourrait en atte- 
nuer quelque peu le funesle effet. 

Notre confrere nous a dit que dans eertaines occa- 



— 325 — 

sions, aux fuuorailles dcs princes , au mariage et au 
sacre dcs rois, on ne nianqnail pas de couvrir les mu- 
railles, de jonclier le pave do force tapis et tenlurcs. 
Ceci est Ires vrai, niais nos orchestres modernes , nos 
orgues aux sons si puissants , et niAme les taureaux 
doues des plus larges poitrines , echoiient coniplete- 
raent dansees circonslances ou du moins ne sent plus 
que I'onibred'eux-memes : le sacre de Charles X el les 
tunerailles de Napoleon sunt la pour le prouver. Le 
plain-chant seul avec son allure grave et myslerieuse , 
execute par de nombreuses voix hautes, acconipagne 
par Torgue , les conlrebasses et les voix graves , peul 
jusqu'a un certain point luller sans trop de desavan- 
tage conlre les terribles quail les absoibantes de la 
laine et du colon; rexi)erienee laile reeenunenl aux 
funerailles du due d'Orleans ne laisse point de doute 
a ce sujet. 

Je crois avoir demontre, Messieurs, que soil au point 
de vue de la pensee religieuse qui a guide I'archilecte, 
soil sous le raj)porl puremeiil archilectonique, les la- 
pisseries sonl un conlre-sens. Abordanl ensuile I'ar- 
cheologie nuisicale, j'ai essaye de f'aire voir eombien 
est important et preeieux le peu qui nous resle de la 
science acousticjue de ranlicjuile. J'ai allire voire at- 
tention sur la perfection des lignes sonores de noire 
calhedrale el j'ai signalo loules les (jualitesde eel etli- 
fice que feraienl disparaiire ininianquablcuient les ten- 
lures que Ton [)ropose d'y replacer ; en\isageanl enfin 
la question sous une autre face, j'ai demontre que dans 
I'elat acluel du chant ecelesiaslique , c'elait moins que 
jamais le moment opporlun de diminuer la sonorile 
(les edifices religieux. 

J'ai fail passer aiusi sous vos yeux loules les pieces 



— 326 - 

du proces, j'ai porLe aulanl qu'il est en nioi la luniiere 
dans cette difficile discussion, puisse-je avoir etd asscz 
heureux pour vous faire parlager ma conviction! 

Que les tapisseries soient conscrvees avcc soin , re- 
parees selon leur style, qu'elles ornent les sacristies, 
les salles capilulaires et meme qu'on les appende si Ton 
veul dans I'eglise lors des processions solennolles , rien 
de mieux. Mais il y a enlre ces tentures et la cathe- 
drale repulsion complete, je pense I'avoir demontre. Or 
entre I'oeuvre de Robert de Coucy el celle dc Daniel 
Pepersack, le choix ne saurait el re long. 

L'ecrit que je refute aurait pu donner lieu a quel- 
ques autres observations, mais j'ai deja depass^ de 
beaucoup les bornes que je m'etais imposees, je termi- 
nerai par une simple reflexion. 

Gracearadrainistralion, au clerge , aux academies, 

aux socieles savantes, la France est couverte a I'heure 

qu'il est de savants archeologues , organises entr'enx, 

qui reconstitueat le passe et conservent a I'avenir nos 

vieux souvenirs et nos vieux firts. L'archeologie est 

enseignee dans los grandcs ecoles, les livres qui en con- 

tienncnt les principes et les resultats sont cdites a 

grands frais par le gouvernement et vont porter dans 

les localilesles plus eloignees du centre intellectuel les 

decouvertes interessantes, les hypotheses ingenieuses 

dues aux maitres de la science. Je suis loin de me 

plaindre d'un pareil etat de choses , mais je ne puis 

m'empechcr de remarquer qu'il n'existe rien de sem- 

blable pour I'archdologie musicale. Perdus, dissemines 

sur le sol du pays , sans aucun lien qui les rattache , 

aucune correspondance qui les unisse , les cinq ou 

six horames qui cultivent en France eel art desherite 

ne peuvcnt opposer dans leur isolement que de bien 



— 327 — 

faibles eQ'orls a des innovations subversives ou h d'ir- 
rcparables destructions. Aussi , Messieurs, je ne nae 
suis pas fait illusion, et dans la lutle que j'ai essaye de 
soutenir, je ne me suis pas flatte de Temporter. J'ai 
contre moi le noinbrc et Ic talent, e'est trop de moitie. 
Si je succouibe, au raoins ceux qui plus tard s'occupe- 
ront d'archeologie musicale n'aurout pas a m'accuser 
d'etre reste muet et dc n'avoir pas energiquement pro- 
tcsle dans une semblable circonstance. 11 me restera la 
satisfaction d'avoir renipli un devoir , la conscience 
d'avoir paye une dette sacree. 




SUITE ET FIN DE LA DISCUSSION. 



LECTURE DE M. HEUBfi. 



(Seance du 2 deccmbre 1842.) 



Messieurs , 



Je ne viens pas defendre la cause des tapisseries , 
nous vivrons lous assez longlemps j'espere pour les 
voir replacer ; je desire seulement retablir quelquos 
fails dans leur propre verite. 

Dans notre derniere reunion, on a pose en principe, 
que la volonte fixe des architecles du moyen-age elait 
de forcer les Chretiens a lever continuellement la tete 
vers le ciel pour elever leur time; et de sacrifier a celte 
idee toutc la ddcoralion infc^rieure des eglises. Sans 
doute dans les edifices dits golhiques, les hauls piliers, 
les \oiiles elevees, les colonneltes, les clochetons el les 
tours iminenses, sont comrneon I'a dit, Ic symbolc de 
la pensee religieuse, et autant de doigts qui moutrcnt 
le ciel. Cettc idee fut commune a tous les peuples ; 
Ovide ue disail-il pas en parlant de la divinileef 
ccBlum lueri jussit : les obelisques des Egyptiens, les 
fleches des pagodes de Tlnde, les minarets des Turcs 



el les domes de la Russie avaienl le nieme l)ul, aiiisi 
que nos edifices non trotliiques; ear il etait impossible 
de passer sur le quai du Louvre, sans porter les yeux 
au ciel, lorsque la grande croix d'or de Sainte-Gene- 
Tieve, embrasccpar les derniers rayons du soleil, bril- 
lait a une telle hauteur qu'une imagination exallee 
aurait pu y voir une croix celeste. 

D'apres le meme principe on a dit que les architectes 
muUipliaient les orncmenls vers la voute, aQn de for- 
cer les fideles a diriger leurs regards et par consequent 
leur pensee vers le ciel. C'est une erreur ou plutot un 
raisonnement specieux qui tombe dcvant la moindre 
objection; car on ne pent pas dire a des hommes, qu'en 
levant la lete vers des objets insignifiants ils cleveront 
leur ame : or je dis que dans nos eglises les fenetres 
les plus liautes et les merveilleuses rosaces sont des 
objets insignifiants pour la pensee religieuse, puisqu'on 
ne pent distingucr les snjots qui s'y trouvent represen- 
tes. La simple pierre d'un tombeau sur laquelle on 
lira , en baissant la tete, mon Dieu ayez pilie de moi^ 
devra emouvoir I'ame et elever la pensee bien plus que 
les bigarrurcs eblouissantes des verres colories que Ton 
regarde pres de la voute. Si tel cut etc le but de 
nos architectes, ils auraient etc surpasses bien victo- 
rieusement par I'architecle payen qui construisit le 
Pantheon de Rome. Get edifice u'est eclaire que par 
une vastc ouverlure siluee au sommet de la coupole. 
A peine avez-vous I'ranchi le seuil du lenq)le que vous 
levez iorcement la tete ; la ce n'esi point une voute ele- 
vee a quclques pieds de hauteur et barbouillee de jaune 
et do bleu, ce ne sont point des grillages garnis de ver- 
res blancs ou colories ipii I'rappent vos regards ; c'est 
|a voute etheree, c'est le ciel lui-merae qui s'oll're a 



— ;i30 — 

vous sans obstacles. Tout retlilice semble triste et som- 
bre et disparait a vos yeux ; unc seule chose vous oc- 
cupe c'est le ciel, loujours le ciel, dont les rayons de 
lumicre,cn plongeaut dans le temple, frappent snr 
tous les assistants et sembient un regard de la divi- 
nite qui penetre jusqu'an fond des coeurs. J'ai meme 
la conviction que plus d'un Italien coupable est sorli 
en tremblant de cetle enceinte sacree , sans oser porter 
ses regards vers la voule, dans la crainte d'y rencon- 
trer la face de Dieu. Aussi la pensee de nos grands 
architecles avail si pen pour but de fixer constamment 
I'attention vers les hauteurs, qu'ils y placaient les ob- 
jets les nioins importants. Ainsi , nous voyons au bas 
dos portails, ou des martyrs ou des vertus person- 
nifiees; vers le haut, la foule insignifiante des grands 
de la terre : a I'interieur , les voiites aussi elevees que 
possible, parfois peintes en bleu et semees d'etoiles 
d'or, parfois couvertes de mosaiques, semblaient s'e- 
lever encore au milieu de la fumee d'une multitude de 
cierges et de la vapeur de I'encens , el se perdaient 
pour ainsi dire aux yeux qui, s'abaissant vers les par- 
ties inferieures, y trouvaient d'uliles enseignements. 

Faul-il done vouloir prouver par de brillants sophis- 
mes que la nudite des murs etait dans le goiit et dans 
I'esprit des architectes du moyen-age, quand on sail 
qu'ils I'avaient en horreur. Oui, Messieurs, telle etait 
I'horreur qu'ils avaient pour celte nudite, que la voute, 
les fenetres, les murailles, tout jusqu'au pave meme 
etait couvcrt de peiutures , de dorures, de ta- 
pisseries et de mosaiques ; dans cet enthousiasme de 
decoration, on peignait au treizieme siecle meme les 
statues de marbre et il est incontestablement prouve 
que les voussures des portails etaient peintes et dorees. 



— 331 — 

Or, Messieurs, retablisscz un moinodl dans voire pensee 
la voiile avcc ses pcin lures , loutes les fenelics avrc 
leurs vitraux, Ic pave avec sa mosaique el le [xjrlail 
avec sa profusion de dorures , et laissez le resle dans 
I'etat actuel; oserez-vous dire alors que la pensee du 
grand arehitecte esl complete, et n'aurail-il pas agi avec 
aussi peu de sens que celui qui araasscrait les mer- 
vcilles de I'art dans une anli-cbambrc, pour laisser a 
nu les murs du salon. Tel est pourtant le sysleme 
que pronenl aujourd'hui les Petropliiles. Toutes ces 
grandes parlies de murs elaienl masquees par des 
fresciues, des loiles peintes , des tapisseries ou des ta- 
bleaux a la colle, peints sur de grands panneaux de 
bois ou sur des chassis garnis de loile. Si i'on rellechit 
a la fragilile de ces peintures, aux causes nombreusesde 
degradation , tellos que les offices nocturnes, les fetes 
des diacres , la manie des illuminations , les gucrrcs, le 
pillage, et les sacres surtout; on comprendra facilement 
en quel etat deplorable dies se Irouvaienlquand la l"u- 
reurdu badigeonnage vint les expulser de nos temples. 
Jamais, excepte de nos jours, personnc n'osa pre- 
tendre que le temple de la divinile dul etre moins 
orue non-seulement que le palais du roi, mais encore 
qu'unc simple maison bourgeoise. Pounjuoi [)ro(liguer 
dar.s nos eglises modernes les productions les plus fas- 
lueuses de la nature et des arts , si la nudite la plus 
rigourcuse convient scule a nos vieilles catliedrales? 
Avons-nous done deux culles et deux diviniles? Per- 
sonnc n' Ignore que depuis le temple du Soleil en Perse, 
jusqu'a Tcglise de la Madeleine a Paris, I'usage de 
peindre ces edilices n'a presquc jamais etc interrom[)u. 
Les Egypliens, les Grecs, les Uomains peignaient I'in- 
terieur de leurs temples, et souvenl memc Texterieur. 



— 332 — 

Nos ayeux conserveroril celle habitude; aa septienie 
siecle, des evequcs d^VUcrnagnc jH'ignaienl eux-memrs 
les voules el los murs dc lours eglises, ot on ne dira 
pas qu'ils les badigconnaienl , puisque la chroniquc 
ajoute limale, et qu'en meme temps ils fondaient des 
ecoles de peinturc dans leurs convents : au dixieme, 
des empereurs d' Alleraagne faisaient venir des pcintres 
d'ltalie; un religieux de Morlier-en-Der etait domande 
pour restaurcr les ancienncs peintures de I'eglise de 
Chalons : au douzieme, Roger, moine de Reims, excel- 
r.iit dans la peinlure a la colic et dans celle des vitraux. 
Parlout enlin les religieux s'adonnaient avec zele a 
I'etude de la peinturc, de rorfevrerie et de la niosaique 
pour orner leurs eglises, ol)jcts de tous leurs solus, 
de toutes leurs afl'ections ; car beaucoup de sculptures 
sont failcs avec amour : et Ton vient nous apprendre 
aiijourd'hui qu'il nc prenaient tant de peine que pour 
laisser a nu dans I'intcTieur, les parties les plus visi- 
l)les de redifice. 

On a parle bicn haul du jugement dernier place au- 
dessus de la porle d'entree, du pilier allegorique qui 
separe les elus des danines ; on a dit : un horame tour- 
menle par ses rcmords se presents ; passera-t-il a 
droile du cote des damnes, osera-t-il passer a gauche? 
Eh bien! si I'eglise eut ete telle qu'elle est aujourd'hui, 
il nc serait passe ni a droite ni a gauche, il aurait pu 
entrer par une des quatre porles qui n'ont pas de juge- 
ment dernier, el il n'aurait rieu trouve qui renouvelat 
ses craintes, puisqu'il n'aurait vu a Tinterieur (jue des 
pierres aussi froides et aussi dures que son cocur: raais 
il n'en etait pas ainsi , car il rencontrait a chacjue pas 
les tableaux des Sainles Ecrilures ou dc la Vic des 
Saints, qui lui rappelaient les myslercs et la moiale de 



la religion. Notre eglise nc posseiJe plus los lapisst-rrr-;. 
qui represenlaienl la vie do Jesus-Clirist, dies out 
cte retirees par les petrophik's qui Ini disputent en- 
core le peu de tableaux qui restent : qu'ils les retirent 
done, afin que Ton reconnaisse plus tot leur iitiiife el 
que Ton rende aiix temples leur aiili((ue spleiideur. 
A la verile , ces tableaux acoroclics au hasard pour- 
raieiit etre niieux plaees, lis aKesteiit beaucouj) (I'ln- 
souciance, puisquc ceux qui furent fails les deiniers 
ne sont pas assortis au style du monument; mais scm- 
blables a des les de riche tenture plaees dans un palais, 
ils font moins desirer leur expulsion que rachevemcnt 
de la decoration. D'aillcurs les objets d'art exposes 
dans un temple, outre leur utilile d'ornemontct d'ins- 
truction ne sont- ils pas un hommage rendu au createur 
en reconnaissance du bienfait de tantd'inlelligence? 

Puisque la sonorile est maintenant le motif avoudde 
I'expulsion des tapisscries , jc prendrai la liberie de 
relever une petite erreur qni st^ rapporte a la musique. 
On a dit que Francois r- avail fail reclierclier pour sa 
chapelle les plus fortes basses-lailles que je ne llelrirai 
pas du nom de taureaux, et cpie celte innovation s'e- 
tant repandue dans toutes les eglises avail fait cesser 
les chants du peuple : e'est une erreur et j'en altesle 
toutes les i)etites eglises de province et celles des eam- 
pagncs, oil il se trouve eependant des cliantres a lories 
▼oix, mais oil il n'y a pas de musique. Oui, iMessieurs, 
c'est la musique seulc qui a fait cesser dans nos tem- 
ples les chants du peuple, parce que ne retrouvant plus 
scs airs simples el habiluels, ct ne [jouvant pas sui- 
vre les modulations varices de la musi((ue, il fiil bien 
force de se taire pour eviter la cacophonie. Mais \n\ 
reproche aussi grave et anssi juste que Ton doitadres- 



— 334 - 

ser a la nuisicjue, c'est il'avoir avili nos eglises en les 
assimilanl a (les salles de concert; c'est d'y avoir attire 
line foule de curieux, qui , la canne dans une raainct le 
lorgnon dans I'autrc, viennent s'y proniener avec im- 
pudence et scandalisent les personnes vraiinent pieuses. 
Assurenicnt la grande musique peut attircr des ama- 
teurs aux olticeSj raais elle ne fera pas de Chretiens. 
Puisque c'est pour die que Ton a retire les tapisse- 
ries, je dirai que bien des personnes onl pu regretter 
qu'elles ne fussent plus la pour adoucir parfois le d«^s- 
accord des intrumenls et des chanteurs , ct si, corarae 
on I'a dit, nous devons entendre encore longtemps les 
voix de taureaux, c'etait uiie rai?on pour ue pas nous 
priver de leur presence bienfaisante. Sans doute leur 
bannisscment est prononce sans retour, puisque Ton 
sufTit a tout maintenant par la majesle des grandes 
lignes. Cependant les architectes du moyen-age etaient 
loin d'y attaclier autant d'importance que nous; car 
ils les barriolaient de mille manieres , les couvrant de 
rosaces, de trefles, de zigziigs, d'oiseaux et de feuilla- 
ges, en les peignant de couleurs souvent discordantes 
qui s'harmoniaient a une petite distance , allcgissaient 
les piliers , augmentaient la perspeclive a(5rienne et 
doublaient riniraensile de I'ediGce. Souvent les piliers 
eclaires par la lumiere pour ainsi dire prismatiquedes 
fenetres , changeaient de couleur el disparaissaient en 
partie sous les nuances brillantcs et vaporeuses des 
vitraux, parfois ils se mariaient avec un charme indi- 
cible aux feux elincelants des verrieres , aux pcintu- 
res, aux tentures brodees, aux rideaux de sole, aux 
banniercs suspendues (ii et Ih dans le temple, dont les 
couleurs vives et les dorures eclatantes redetant de 
loin en loin les Incurs raystericuses d'une lumiere affai- 



I 

I 



— 335 — 

blie, changeante et coloree, ollVaienl aux regards tout 
I'effet tl'une fascination fecriqiic ot ravissante. Puis 
aux offices, une multiliuK; dc cicrgos et de lampescfia- 
toyantes repandaient une leinte de feu dans renceiiile 
obscure du sanctuaire, qui se remplissait de I'odeur 
des parfums et retentissait bienlol du chant grave 
des pretrcs pares de leurs riches veteinents. Ensuite, 
on voyait apparaitre au loin pres de I'aulel et comme 
dans un nuage forme d'encens , un venerable pontife a 
la barbe longue, aux cheveux blancs , qui , environne 
de son clerge eblouissant d'or et de pierreries, venait 
celebrer les saints mys(eres : et tandis que les vapeurs 
odorantes ne permellaient plus de I'apercevoir que 
corarae une sainte apparition, les sons de I'orgue 
araortis par les tenlures de rcdifice, venaient douce- 
ment resonner aux oreilles du peuple silencieux, comme 
une musique aerienne et celeste. Get ensemble magique 
et enchanlcur faisait sur le Chretien une impression pro- 
fonde qu'il ne pouvait relrouver nulle part, qui lui 
faisait aimer Soneglise dont il ne sorlait jamais sans re- 
grets, et oil il se retrouvait toujours avec jilaisir. Que 
nous est-il reste de tant de nierveilles? la I'roideur et la 
secheressc de la pierre , la bruyante musique d'un pe- 
tit theatre , et des eglises eclairees et decorees comme 
nos halles et nos marches converts. 

C'est une etrange maladie, (jue je craindrais de 
qualifier , que celle qui pousse quelques hommes 
a demandcr le depouillement de nos eglises, quand 
tout le monde depuis le riche bourgeois qui , fiit-il 
pelrophile , orne son appartement de tableaux , jus- 
qu'au malheureux ouvrier qui attache des images a 
ses murailles, tout le moiule nianifesle Tavcrsion que 
leur nuditc* inspire. Pour moi , un mur de pieire est 



— 336 — 

I'image do la durete , de la captivitc el de la moil : 
ce n'cst qu'un cercueil ou un cacliot : a sa vue mon 
coeur se serrc, mon imai^iiialion se glace et son as- 
pect repoussanl m'attriste et in'cloigne. Et c'est pour 
nos eglises dont le bul estd'altircr et d'inslruire, que 
Ton reclame ce trisle privilege ! Faul-il done tanl de 
choses pour remplir un do ces grands panneaux ? Pla- 
ccz-y une copie du petit tableau de Salario represen- 
tant la Vierge allaitant son fil?; elle le couvrira lout en- 
tier. II y a tant d'amour el de bonheur dans ces teles divi- 
nes, que personne ne pourra s'empecher de les regarder 
pour ne voir bientol plus qu'elles; aucune femme n'y 
porlera les yeux sans apprcndre a cherirses devoirs de- 
licieux, en sentant augmenler son amour nialernel. 
Placez-y une seule slalue , celle de saint Nicaise, tout 
est change; a sa vue, le souvenir d'une action subli- 
me remplit la pensee, le coeur s'anime, I'imaginalion 
s'exalte; on croit voir le saint prelat s'efl'orcer de ras- 
sembler son peuple, s'en emparer comme de scs en- 
fanls; on enteud le cliquelis dcs amies, les cris des 
Barbares; on voit ce pere genereux se pre'cipiler aleur 
rencontre, les repousser avec courage et perir, en de- 
fendant la plus sainte des causes, celle de rinuocence, 
de la faiblesse et du malbeur. C'est alors que la pensee 
remonle vers Dieu et qu'on sent le besoin de croire a 
rimmortalile. 

Sans elre belles, nos tapisseries representaient la 
Vierge et la vie de Jesus-Christ, et chacuned'elles nous 
rappclait que lui aussi est mort pour la cause de I'hu- 
manite. Ah! Messieurs, contre de pareilles considera- 
tions, le prolongement d'un cordon de pierre ouun pen 
plus de sonorite me paraissent de bien f)auvres raisons. 



NUMISMA.TIOUE. 



22 



NUMISMATIQUE ET ARCHEOLOGIE. 

NOTICE 

SUR QUELQUES DfiCOUVERTES D'OBJETS D'ANTI QUITE 

ET 

DE MfiDAILLES ROMAINES , 

Faites d, Rei7ns et dans le pays Remois , de 1810 & 1840 (1) . 
Par II. L.OUIS-IiUCAS. 

L'Academic de Reims est cunslituee 
dans le but de travailler au dcveloppe- 
ment des sciences, des arts et belles- 
lettres, et surtout de recueillir ct de 
publicr les mat^riaux qui pcuvent ser- 
vir II I'histoire du pays. 
(Staiutsde r Academic de lieims, art. i.) 



Messieurs, 



Soumis au texte meme de vos staluts, je vous ap- 
porle, coimueunefaiblc marque de ma reconnaissance, 
un exlrait des documents que je possede sur I'liistoirc 
Dumismatique de Reims. 

(1) Extrait du discours de reception de M. Louis-Lucas , seance du 
3Fevrierl843. 



— 340 — 

Une notice raisonnee des raonnaies el antiquites 
Irouvees a Reims et dans le pays Rt5raois, pendant 
20 ans, serail Irop longue, aujourd'hiii, Messieurs, si 
je voulais me Uvrer h tons les details que comporte ud 
aussi interessanlsnjol. 

Tel n'est pas mon but, du raoins quant a present. 

Indiqucrsnccincteraentles decouvertes qui sont ar- 
riveesala connaissance do mon perc, de 1820 a 1840; 
donnor en quolqne sorte la table des raaliercs de I'ouyra- 
ge qu'il m'a laisse a faire sur son medaillcr et sa riche 
collection d'antiquites Remo-Romaines ; rendre hom- 
mage a samcmoire veneree, en le montrant toujours 
assidu a completer aniant qu'il elait en lui, un cabinet 
qu'il savait rendre public, voila le seul plan que j'aie 
niaintenant forme, me rcservant de I'agrandir plus 
tard, et de donner a cLacun des articles que je vais 
menlionner, la page dont il est digne. 

Je le sais, Messieurs, I'Academie a ddja ecoutd avec 
plaisir un travail semblable de I'un de ses lionora- 
bles mcmbres. M. Duquenelle vous a donne un recit 
plein d'interet sur les decouvertes faites dcpuis deux 
ans; mais, comrae I'auleur a commence son recit a une 
epoquc a laquellc j'ai I'intenlion de finir le mien, ce 
sera presque completer son ouvrage, et ce sera d'ail- 
leurs lui fonrnir a lui-ineaie, pour son plan d'hisloire 
des monnaios et antiquiies Gallo-Roraaines, des ren- 
seignements iiicdits, puisque seul, pendant pres de 20 
ans, mon pere a eu I'idee, je dirais presque le courage 
de composer une collection a laquelle ses nombrcux 
deves sont encore loin d'atteindre. 

Sous I'impression saisissante de la vie des grands 
hommes de Plutarque, qu'il venait de lire dans la tra- 
duction primitive d'Amyot, en 1820, M. Lucas ap- 



— 341 — 

prend qu'a Lappion, dans rarromlissenienl dc Laon, 
on vit-nt de d(?couvrir dcs raonnaies roniain(>s. 

Le desir, I'espoir de conterapler !es trails de quel- 
qucs uns des grands hommes dont il venait de lire les 
hauls fails, Gl naitre en lui un goiit qu'il ne pertlil 
qu'avec la vie. 11 parlit et rapporla un vase de terre 
Irouvd en pleins champs, conlenanl environ huit mille 
pclils bronzes sauces, d'une bonne conservation en 
general, ct quelques pieces de billon ou has argent. 
28 teles irapcriales dilTerentes , a partir de Gallien 
jusqu'aux Maximiens, et plus de trois cents revers va- 
ries, vinrent le consoler de sa deception. 

En effel, Messieurs, Anayot ne lui avail donne la vie 
d'aucun des hommes qu'il pouvait voir, du nioins en 
effigie; mais, i)ossesseur deja, et d'tm soul coui) de 
lilel, comme il se plaisait a le dire, de 28empereurs, 
et de 300 pages de Icur hisloire, il ne pouvait plus 
s'arreter en aussi beau chemin, ct la decouverle de 
Lappion ful pour lui le prelude d'une trouvaille beau- 
coup plus imporlanle. 

liu 1821 , le 3 Decembre, a Trigny, a trois lieues 
de Reims, dans un champ lieudit la Voie-du-Tresor, 
a peu de distance de la V^esle et du village de Mui- 
zon, un coup de pioche vint rendre le jour a un 
grand vase de cuivre , d'un beau verriis antique , 
mais d'une forme asscz commune. It contenail plus de 
quatorze mille pieces romaincs, loutes en argent, a 
dill'erenls litres, suivant les dillercnles epoques aux- 
quelles elles apparlenaienl. Dans moitie seulemenl 
(le ce tresur, on a rcconnu quaraule huit teles impe- 
riales dilTerentes dont quelques unes fort rarcs, telles 
que les Gordien d'Afrique pere et Ills, les Munlia 
Seanlilla, les Cornelia Supera, les Aquilia, les Orbia- 



— 342 — 

na, les Maxime premier, les Pertioax, les Pescen- 
Dius Niger, etc. etc. Ces pieces remontaient dans le 
haut empire jusqu'a Commode, ct descendaient jus- 
qu'kGallieQ; elles offraient une vari«5te de 500 re- 
fers environ ; les Gallieo etaient moins nombrcux que 
les autres tetes. 

La seconde moili*^ de ces pieces est devenue frau- 
duleusement, a I'epoque du dernier sacre, la propriele 
d'un Anglais pour la majeure partie ; le surplus ap- 
partcnail a M. Firmin-Clicquot de Reims. 

Je conserve precieusement le vase sur le couverclc 
duquel se trouve une inscription raalheureusement 
indechiffrde et peut-elre indecbiffrable. 

Je me propose d'offrir a 1' Academic , dans une 
procliaine lecture, un travail special sur cette decou- 
verte, sur les dillerents systemes d'interpretation aux- 
quels elle a donne lieu, et d'y joindre avec le des- 
sein du vase un catalogue raisonne par tete et par 
revers, des raonnaies qui la coraposaient. 

Aujourd'hui, Messieurs, aprfes des siecles de revo- 
lutions, un sapin plante par le possesseur du champ, 
pour perpetuer le souvenir de I'originc providentielle 
de sa fortune, eleve majeslueuseraent sa tete sur la 
tombe de ces heros antiques ; comme si le villageois, 
sous sa rude ccorce, avait percu I'inspiration qui 
dictait au chantre de Paul et Virginie, ses admirables 
pages sur la sombre beaute des arbres funeraires, 
dans les Harmonies de la nature. 

Leplan (jue je me suis trac^ pour aujourd'lmi, Mes- 
sieurs, ne comportant pas de devcloppementsje n'ai a 
vous signaler que tres-soramaircment les decouvertes 
faitesdans nos parages, del 822 a 1829. Ces annces, 
quoiquc ferliles, n'ont rien amene de fort important; 



— 343 — 

ruais si, pics denous, h Foloinbray, a Marcuil-sur-Ay, 
a Slcnay, a Reims, a DaraiM-y, des pieces isolees de 
bronze, d'argent et d'or venaient seulenient consoler 
rouvricrde rapretedesestravaux, sans ranimer beau- 
coup le zele et 1' emulation des coUecteurs, un autre 
pays, mieux favorise que nous, elonnait I'Europe en- 
liere par la richessedc ses tresors. Les fuuilles de Fa- 
mars scront loiiglemps encore, Messieurs, Tobjel de la 
convoitise etde Tadiuiration des antiquaires. 

Malgremon extreme reserve sur les details, je vous 
signalerai a Mareuil, en 1826, la reunion dans un 
meme vase de pieces a I'dTigie des empereurs depuis 
Postliume jusquu Magncnce ; de pieces a refflgie des 
villes de Rome et de Constantinople , et de la petite 
piece remoise a trois tetes , sur laquelle on lit pour 
loute legende Remo. 

II scnible, Messieurs, qu'a I'eruption du volcan 
qui remua le mondeen 1830 , la poussiere de la Rome 
des Cesars se soit encore emue. Aucune annee ne fut 
pour nous plus riche , [)lus variee dans les decouvertes 
qu'elle nous Gt faire ; et ici Ihistoire numismatique de 
Reims reprend tout son inleret. 

Dans le clos de rancicn chateau feodal de Damery , 
on trouva dans cette meme annee , une premiere fois , 
4000 petits bronzes d'une belle conservation, mais 
jtresiiue tons de Gonslanl el de Constance II; une se- 
condc fois, 4000 pieces de billon de I'epocpu? de Sep- 
tirae Severe a Postliume; une troisieme fois, 500 autres 
desniemesepoques, lorsqn\'niin,a cote de ces richesses 
de bon aloi, le destin par une deces bizarreries dont 
il a senl la clef , vint signaler I'exislencc d'une fabrica- 
tion de faussc monnaie. Singulier hazard , qui vient 
en cpu^lque sorte justifier le present par le passe, et 



— aw — 

moDtrerdans I'lioinme detous Ics temps line insatiable 
cupidite (1). 

Je ne puis rnieux faire. Messieurs, que de vous citor 
sur cette decouverte, dont M. Hyver, ancien substi- 
tut a Reims, aujourd'hui procureur du roi a Orleans, 
a rendu un comple detaill^ dans la revue numisma- 
lique (2), je ne puis, dis-je, mieux faire que de vous 
transcrire Ics notes que raon pere a prises a eel egard. 

« En 1830, dans le pare de Damcry , on decou- 
« vrit plusieurs objets d'antiquitc^, quelques vases, 
c< des ustensiles, toutes les traces d'un atelier de 
« monnaie; ciseaux, pinces, crocbels , debris d'un 
« fourneau : une grille en fer d'un metre carrd, qui 
« defendait I'enlree de la fenefre de cet atelier, un 
(( grand nombre de monies en terre cuite reunis, ot 
« encore occupes par les pieces coulees et garnies de 
« leurs bavures. Ces monies dlaient ranges dans un 
« ordrc qui ne permet pas de douler qu'ils n'aienl 
« ete reraplis sur la place raeme. J'ai recueilli la 
« grille, tons les ustensiles , une trentaine de moules 
(( et quelques unes des pieces moulecs, qui portent 
« les empreintes de Caracalla, de Philippe et de Po&- 
(( thnme. On n'aura pas eu le temps d'extraire ces 
« pieces des moules, el de les finir, (ajoule I'anno- 
(( tateur), avant de fuir ces lieux dans un moment de 
« trouble, de confusion, de poursuites pent etre. » 

Consolante pensee. Messieurs, qui repose I'esprit 
afflige de I'honnete honirae, en lui montrant la justice 
brandissant son glaive au-dessus do la tele des me- 
diants de tous les ages. 

(1) Voir la note ci-apri'S, pag, 347. 

(2) L'artkle de M. Hyver a eti- n-prodiiit ilaii»i la clnoniijuc df, 
Champagne, torn. ii. 



— 345 — 

Dansle memo temps, a Reims, dans les fotidaliuns 
d'unc maison de la rue des Telliers, on decouvrait 
des constructions Romaincs a 25 pieds de profon- 
dcur. On en retirail, entr'autres choses, un petit bneuf 
en l)ron7.e massif de 28 lignes dc longueur; il fait au- 
jourd'hui parlie dc ma collection. 

Toujours en 1830, une trouvaille des plus impor- 
tantes se fit dans le ciinelierc du Nord, a Reims. Plus 
de 200 pieces d'or de la plus belle conservation et de 
la plus grande rarete, devinrent, apres leur exhuma- 
tion , la propriete de M. Firmin- Clicquot. Je vous 
citerai des Pertinax et un Albin , et lout le monde 
connait la rarete dc cette piece qui mnnque aujour- 
d'lmi an cabinet du roi, depuis la fatale catastroidte 
de 1835. 

Je ne \eux pas fatiguer voire attention, Messieurs, 
du rdcit des decouvertes faites en 1832, a Reims; je 
menlionneraiseulement, dans le jardin de M. Leiarge, 
p;cs le eimctiere, un vase de terre noire fort conmiune, 
contenant plus de 150 pieces d'or a I'efligie des Neron, 
des Otlion, des Vitcllius, des Vespasien , des Titus, 
des Domitien, des Trajan, des Adrien,des JEWns , des 
Antonin, des Faustine, des Galba, dcsMarc-Aurele, des 
Lucius Verus ; pres du vase uue fiole de verre et des 
chainclles de cuivre. 

A Clienay, des pieces de Dioclcilien a Maxime , au 
revers de Genio PopuJi liomani, avec une tete de Cy- 
bele en terre cuile, et uu Ecce Homo en cuivre dore de 
la plus belle conservation, du modele le plus parfail. 

Je ne vous parlorai pas de Coriiiioy, de Cnmieres , 
de Tours-sur-Marno, d'Evergnicourt el de luaucoup 
d'aulres lieux. Je m'arrele encore un iiislanla de nou- 
velles fouilles faites a Reims , dont je n'aurais jteut- 



— 346 — 

tire pas dii quilter le sol , lanl il est lichc, el je vous 
signale, Messieurs, trois aigles Roraaines exhumees a 
I'Esplanadc Ceres , sur le terrain de M. Baron-Gigot ; 
une Gguriiic Rouiaine, entieremcnt calcinee, trouvee 
dans le jardin dc M. Contet-Muiron ^ une Victoire 
ailee , a la couronne lendae , aux velenients des mieux 
fouilles, pour meservir de I'expression d'unantiquaire 
distingue, M. Vionnois, trouvee au Mont-d'Arene; des 
pieces de grand et de moyen bronze etd'argent; des 
figurines, des vases , une patere en cuivre, une mo- 
saique Roniaine ; une borne railliaire, trouvee sur le 
terrain de notrc honorable confrere M. Houzeau ; un 
raedaiilon d'Antonin, en bronze, de la plus grande 
beaute et d'une incontestable rarete ; un autre de Ves- 
pasien,en argent, trouves dansl'ancien aquedue de la 
Suippe a Reims; des tombeaux en pUitre, converts 
d'inscriptions , trouves a la fois sur le sommet de la 
raontagne Sainle-Gcncvieve , et dans le terrain qui a 
servial'agrandissement de I'ancien cimetierc du nord; 
des Gbules , des agrafes de cuivre, d'argent et d'or , 
des aoneaux, des colliers, des bracelets; dans le terrain 
de M. Croutelle , rue Libergier , des cuilleres a larmes, 
des lacrymatoires en verrc, des lampcs, des vases et 
des raonnaies romaiiies ; dans I'ancien Jardin des plau- 
tes, une sybille egyptienne, un Amour digne d'Her- 
culanum elde Porapei. 

J'abuscrais trop longtemps de votre bienveillante 
attention , Messieurs, si je voulais vous donner , meme 
en apercu, la nomenclature des objels qua recueillis 
mon pere, et des lieux oil ils I'ont ete : des creusets , 
des baches, des vases en verre, des inscriptions, des 
trepieds , des masques de theatre, des statuettes, des 
Mrnes cineraires , des debris de chars et d'autcls, des 



- 347 — 

lanipes sopiilcbrales, ties stylcis, ties amies, dcs ins- 
(lumenls tie supplice, ties objels tie toilet Ic viennent 
aider le scrutaleiir dcs temps aDlif]ues de notre cil('', 
a en preciser I'Listoire. 

Vous le voyez, Messieurs, ici , je nc rue suis occupd 
que d'une epoqiie;jc n'ai nullement aborde les graves 
questions que peuveut faire naitre toutescesrccherehes, 
je ne me suis elendu sur aucune d'elles , et cependant 
que de fails iraportants a preciser ! que d'etudes a 
faire ou a corai)leter ! tjue de controversesa etablir ! que 
deluniieres ne pcuvent jaillirde toutes ces decouvertes, 
que de points obscurs ne peuvent elles pas eciairer ! 



NOTE. 

Apresavoiretudie avcctoute I'attcntionqu'elles meritent, les 
reflexions savaiites et pleincs d'interet qu'on va lire , je crois 
devoir maintenir, coiitrairenicnt a ropinioii de M. Diiqiienelle, 
ce que j'ai dit sur I'atclier de faux monnoyeurs decouvert a 
Damery. 

II est certain pour moi que M. Duquenelle s'est trompe sur 
ia position de Bibe. Uaraery ne s'est paseleve, comme il le 
suppose, a la place de celte ville antique. 

II sulTit pour se convaincre de cette vcrite, de consulter : 

i°Ledictionnaire de Geographic ancienne de Mentelle, fair 
sant partic de rEncyclopcdie methodique, tome premier, page 
321, Bibe-Chailly. 

2° Le dictionnairc universel abrcge de Geographic an- 
cienne comparee, de Dufau etGuadet, tome premier, page 
209, Ribe-Chailly. 

D'apros ces autorites , Bibe scrait aujourd'luii dans le de- 
partenient de Seine et Marne, et sur la rive gauciie de l.^ 
Marne. 



— 3-'.8 — 

"i" La carte dc la Gaulc par Danville. Bibe y est place a 
l'extr6me frontierc des Icrritoires des Rami, des Suestionncs 
et des Cntalauni. C'est h. pen prcs la position de Saint-Martin 
d'Ablois, et c'est, comme Saint-Martin , sur la rive gauche de 
la riviere de Marne, et a meme distance. 

/i' L'Atlas universel de Geographic ancicnne et modernc 
de A. Brue. Carte generale des Gaules. Bibe, place an sud- 
onest de Dmocortorum (Reims), rive gauche de la Marne, 
49' degre de latitude boreale. 

Ainsi, que Bibc soit du departement de la Rlarne ou dn de- 
partement de Seine-et- IMarne, que Bibe ait fait place aujour- 
d'hui i Saint - Martin d'Ablois, comme je le crois , ou ci 
Chailiy, ce qui me parait peu vraiseniblable, il est certain, 
d'apres tous les autcurs , que Bibe etait sur la rive gauche 
de la Marne; Damery est sur la rive droite. Bibe etait au 
nioins a une distance de la Marne, qu'on peut evaluer a 
deux de nos lieucs anciennrs, ^ vol d'oiseau, Damery est baigne 
par les eaux de la IMarne. — Qu'on me cite enfin un seal 
empereur qui depuisCaracalla aiteteelu, couronne, ou porte 
sur le pavoi a Bibe , et qui ait du faire i Bibe largesse au peo- 
ple et aux soldats. 

Je pense que I'opiniou des premiers pos.sesseurs des debris 
de I'importante decouverte de Damery, est la seule vraie, et 
qu'cloignes, sur le lieu o^ vit anjourd'hui Damery, de toute 
habitation, des malfaiteurs s'y etaient reunis, pour fabriquer 
dela fausse monnaie. 

LOUIS-LUCAS. 



QUf:LQUES RfiPLEXIONS 



SUR 



L'ATRLIER MONfiTATRE DE DAMERY 



Par M. Unfiiiencllo. 



Messieurs , 



Dans la seance du 3 dc ce mois, M. Louis-Lucas a In 
a rAcademie nne notice curieuse sur i)lusieurs enfouis- 
scmeiits monelaires qui out conlribue l\ former la riche 
colleclion qu'il a le lionhenr de posseder ; les details 
qu'il nous a fait connaitre sont donnes avec une pre- 
cision et une exactitude dignes d'eloges: je ne partage 
copendant pas son avis quand il est arrive h parler de 
la trouvaille faite a Daraery , d'unc grande ipiantite 
de medaillos, monies en terre, uslensilcs qui durent 
servir a un atelier monetaire, ct qui, scion I'auteur dc 



— 350 — 

la notice, vinrent signaler Toxistencc d'une fabrication 
de fausse raonnaie. Cctlc allribution a des faussaires 
de I'atelier de Dainery est due aux premiers posses- 
seurs de la trouvaille , et leur opinion a ete adoptee 
par bieu des amateurs ; comme elle n'efait appuy^e 
d'aucune preuve, je ne I'ai jamais partagee, et depuis 
quelque temps j'avais I'ideede la combattre , lorsque la 
notice de M. Lucas est venue m'en tburnir Toccasion. 

La fabrication de la fausse monnaie nepeut consister 
que dans I'alleration du metal et dans I'abaissement 
du tilre legal des monnaics, tout en leur conservant 
leur forme et leur aspect. 

Eh bien ! parrai toutes les meclailles trouvees a Da- 
raery, il n'y en a pas une qui soil d'un litre inferieur 
aux medailles de ces epoques trouvees dans des en- 
droits difTerents : j'en ai essaye plusieurs, et la compa- 
raison ne m'a fourni qu'une difference trop faible pour 
admettre I'idee de fausse monnaie; si depuis le regne 
de Seplime Severe jusqu'a celui de Posthume on ren- 
conlrait des medailles d'argent On , comme sous les 
premiers empereurs Romains, on scrait autorise a 
regarder comme fausses, toutes les pieces qui presen- 
leraient des differences dans la composition metallique; 
mais il n'en existepas, et a celleepoque, dans tons 
les pays soumis a la domination Romaine, les monnaies 
d'argent ont rccu comme alliage une plus grandequan- 
tite de cuivre, et on ne voit plus que des pieces dites 
de billon , ou bas argent; sous Gallien el Posthume , le 
titreest tombe si bas, qu'a peine on pcut les distinguer 
des medailles de cuivre. 

Ce n'est done pas a la cupidile des faussaires qu'il 
faut atlribuer le mauvais litre des medailles trouvees 
a Damery , puisqu'il est impossible de leur en com- 



— 351 — 

parer qui soicnt de bon aloi. L'alteralion qu'on y re- 
rnaiquc est le faitseul des cmpercurs, qui souvent i)cu 
riches, etaient ccpendant obliges dc faire largesse aux 
soldats qui les elcvaieni a renipire; alors, pour rern- 
plir avec economic cctlc indispensable formalile, ils 
altererenl le litre des inonnaies. Cette alleraliou alia 
progressivement , au point qu'a I'epoque des tyranson 
ne volt plus que des petits bronzes blanchis a I'argent 
et que les antiquaircs otit noniines bronze sauce. Ces 
pieces, des leur apparition, etaient destinees sans aa- 
cun doute a remplaeer les monnaies d'argent donl elles 
avaient I'aspect. 

Une circonstance extraordinaire et qui a pu faire 
nailre rideede faussaircs, c'esl la reunion dc plusieurs 
teles parmi les nioules et les medaillcs; voici comment 
je me I'explique : 

A des epoques dilTercntes le regne des empereurs elait 
cpliemere , souvent leur election elait le resnltat ou 
d'une revolte ou bien de la morl accidentelle et presque 
loiijours violonte de leur i)redecesseur. Les soldats 
qui venaiont d'elcyer a I'enqiire un de Icurs generaux , 
devaient recevoir le prixde ces elections , etn'auraieiit 
pas atlendu palieramcnt que Ton eiil frappe des mon- 
naies a reffigie du nouvel erapereur ; il eut fallu quel- 
que fois plus que la durce d'un regne pour graver des 
coins ; on devait se hater de satisfaire leur cupidile : 
alors on fabriquait des moules en lerre avec les md- 
dailles desempereurs precedents, eton livraitle produit 
de cecoulage au peuple qui ne se montrail pas difficile 
sur les empreintes et la bonne confection des monnaies, 
pourvu qu' elles eussent la memo valeur. Une fois ces 
distributions faitcs , I'empereur faisait frappor a son 



— 35-2 — 

cllioie los |!elils Ijionzes que l"on rencontre en si 
-rande quaiilito, etqui, sous (lurlques rei^nes, ne prc- 
senleut que ties dcssins grossiers el des legendes in- 
dechitlrables. 

Celte consideration me donne le droit de placer 
apies Posthunie et sous le regne d'un des Irenlo tyrans 
la t'ondation de eel atelier raonelaire. 

Uans un coraple-rendu insere a la revue nuinisnia- 
lique , M. Hiver qui a ele temoin et possesseur de celte 
decouverte de medailles , conclut qu'elles ont ele fa- 
briquees sous le regne de Constance, attendu que dans 
un endroit voisin, on a decouvert une grande quanlit^ 
de petils bron7xs a reffigic de cc prince , el dans un 
clat de conservation qui indiquail qu'ils n'avaient pas 
. ele mis en circulation. 

En examinant les petits bronzes, on rcconnait qu'ils 
ont ele fabriques au raarlcau ou coin de cetle epoque: 
ils sonl lies-minces , exempts de bavures ; leur relief, 
quoiquc peu saillanl, n'a pas cetle rondeur que Ton 
reproche aux medailles coulees ; si ces pieces sorlent 
de I'atelier de Damery , on aurait du trouver des lin- 
gots de cuivre , des coins qui auraient servi a leur 
fabrication , ou bien des moules , si on veut qu'elles 
aienl ele coulees; mais les fouilles n'ont rien fait d«^- 
couvrir a ce sujet , et on est oblig(5 de regretter I'ab- 
seiice complete de debris qui eussent confirmd I'o- 
pinion emise; lesobjets de ce genre auraieiil pu se con- 
server comme les medailles ; il n'ont done pas 6l6 
fabriques a Damery , el puisce n'est pasprecisement 
dans le luC'me lieu que les petils bronzes ont ele de- 
couverts : c'est contenus dans un vase , dans un en- 
droit voisin, au milieu de debris de constructions lr«^s- 
vasles. 



— 353 — 

Or ces tonstructioDs faisaienl partie dc l'ancienn& 
villc de Bibe , sur les ruines de laquelle pose Dame- 
ry ( l). C'etait une cite imj)ortante, el dans ces temps 
de devastations , il est possible qu'elle eiita subirplus 
d'une t'ois les tristes consequences de la guerre : dela 
pourmoi lapensee, que les diffdrents objets dccouverts 
par des fouilles ont pu elre enft)uisa des epoques eloi- 
gnees les unes des autres , surtout quand je vois sur 
les petits bronzes dont il s'agil, les marques de la 
monnaie de Lyon et de Treves : pourquoi ne voudrait- 
on pas admettre qu'elles sortissent des ateliers qu'ils 
indiquent. 

Les empercurs Constant et Constance ont fait frap- 
per a leur effr^ie des montiaies d'arijenl On; ils ont 
cberche a marquerleur passage a i'empire, en consa- 
crant sur leurs medailles le bonlieur, la gloirc et les 
victoires du |)euple romain, (car ce sout les legendcsqui 
sc rcncontrcMit le plus ordinairement) ; leur puissance 
etait grande a celte epoque , comment admettre qu'ils 
aienl eu la volonte de couler des medailles a I'enigie 
d'empereurs oublies depuislong temps? Cette suppo- 
sition ne me parait pas vraisemblable. En resume , je 
pense que I'alelier monetaire deDamery n'a pas ele 
un atelier de I'aussairos, |)arce que cetle industtie no 
leur ent pas procure de benefice, qu^il ne s'y fabri- 
quait qiu'des pieces dites de billon, qu'ildatede I'ep'^'^l'ie 
des trtute tyrans, et (ju'enlin les bronzes trouves dans 
cette contree etant d'une epoque eloignee n'oiit etc 
enfouis dans les ruines que par suite de la destruction 



(t) II est aujourd'hui dc loule evidence que les mines sur les- 
quelles Daracry est bati, soni relies de Bibe. {Revue numismatique 
1837, page \ll). 

a3 



— 354 — 

de la ville de Bibe, longtemps apres I'abandon del'a- 
telier raonetaire. 

Je n'ai pas la pretention d'iraposer a tous mes con- 
victions , car dans uoe discussion si fertile en conjec- 
tures, ellespeuventetre deserreurs, qu'une etude plus 
approfondie pourra demontrer ; mais sice point d'his- 
toire vient a etre eclairci d'uae raaniere irrevocable, 
j'aurai du nioins la satisfaction d'avoir provoque ces 
dclaircissements. 




LITTERATURE. 



£i |jrrmicr comtc be $alm-Bpfh. 



NOUVELLE INEDITE 



D'TIOFFMANN 

Traduitc dc I'Allemand, 
Par fil. L'o-a. rAII.LY. 

Menibrc concspondant. 



AVANT-PROPOS DU THADUCIEUR. 

II y;i qiiinze ans que me Irouvarit a Fraiut'urt chcx 
M. Winkler, un des amis intiiues d'lldtTnianti, je lui 
demandai un aulographedu celebre auleur des Contes 
Fantasli(|ues. II n'avail conserve aucune de scs leltres; 
inais il me nionlra el me lul une Lvgemle liislori(jue 
qu'HolVmann lui avail detliee, et lui avail remise ecritc 
de sa propre main. II lui eu eijulail de se dessaisir de 
>iv. precieux manuscrit: mais me rappeUuil que M. Win- 
kler avail ele pendant dix ans ollicier dans Ics armees 



— 358 — 

frangaises, ]e lui offris en echange une lettre ecrile et 
signee par rempereur Napoleon , et je devins ainsi 
possesseur de la nouvelle d'lloffraann. 
C'est la traduction de cette nouvelle que je public 
aujourd'hui, sous les auspices deH'Academie de Reims. 

FAILI.Y. 



Cambrai, le 18 avril 1842. 




I 



— 359 — 

Wcbicacc 

A mon excellent el ancien ami M. Winkler, mari de ma bonne cousine 
Slephanie de Lauter. 

E. Til. W. Hoffmann. 
J8 juillet 1820. 



AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR. 

La nouvelle que le lecleur a sous les yeux est liree 
(I'une ballade qu'on oliaiite encore aujourcrhni aux 
veillees tics herds da Illiiii. Elle y est coiinue sons le 
iiom de Dek Tfxfel vo>' Salm-Dvck. (Le (liable de 
Salm-Di/cli). Comme les vieilles chansons alleraandes, 
elle a un j^rand nonihre de stances, de couplets. Celle-ci 
n'eo a pas moios de cenl-huil. Elle conduit le conite 
Ernest chez les Ilon^^rois, et le raniene au chateau de 
Dyck, apres niillc circonslances des plusbizarres. J'ai 
pense que je devais supprimer des evenements trop 
multiplies et partrop uniforraes. Le merveilleux, le 
fantastlque, pour iuteresser le lecleur, ne doivent pas 
long temps lefatiguer. 

Le comte Ernest, duns ma nouvelle, n'estaux prises 
avec le diable que pendant vingt-quaf rehcures; et I'es- 
prit se repose facilemont entre les deux epreuves qui 
sonlseparees I'uue de I'autre par la seco.idc ai)parition 
d'Anna. Dans la ballade, au contraire, le comte Ernest 
iutte avec Satan depuis le jour oii Pfilluiann est venu a 
Bude lui apporterles dernieres volontes d'Albert. Cetle 



— 3()0 — 

lultom'a senible Imp longue. Anna se moiitre assex pen 
dans la lef^ende : die n'y intdrcssc que niodiocrenicnt. 
J'ai pense qu'il elait possible de la rendre plus inleres- 
sanlelout en nc la nionliant qu'avec la reserve adoptee 
par inon orij^'inal. J'ai cru devoir conserver lilterale- 
ment piiisicurs eouplets de rinlerminable ballade (1) : 
ce sont ceux qu'elle fait dire, dans la foret, par Anna et 
par ses compagnes. 

Enlln, dans la vieille legende, tout parait sacrifie 
pour faire briller le diable qui finit pourlant par suc- 
coraber. L'arrangeinent de ma nouvelle ne lui fait pas 
plus d'honncur qu'il n'en merile : j'y raontreaussiplus 
nettement que c'est a la croix que moo heros doit line 
victoiretant disputee. Le comte Ernest et sa gentille 
Anna devaienl domincr la scene sans contrarier la tra- 
dition, que j'ai respectee dans sa On; raais que j'ai rao- 
difiee seulementdans les moyens qui la preparent. 

II y a, je le reconnais, dans notre ancien langage, de 
certaines graces naives qu'on ne saurait reproduire 
dans la languede Goethe : mais le lecteur avouera que 
celle nouvelle langue lui olTrcde grandes compensations. 
C'est done a lui de juger si j'ai reussi a I'anauser par 
un rdcit suffisamment anime et digne de son inte'rel. 
Je me recomraande a son indulgence accoutumee. 

Francfort, Iel8juillet1820. 



(1) L'AlIemagne posscde un grand nonibro de ces vieillos ot lon- 
gues ballades , soil historiques soil rcligicuscs. Ce sont des poi'mcs 
chantes. La mcmoire ne suffit pas pour les retenir. Un jcune honime 
chantc les couplets le li\ re ii la main, ot les riloiirnclles sont repetees, 
apres cliaquc stance, par tons les assistants a la veillee. Une seule 
chanson sufHt ainsi a I'amuseinent de toule une soiree d'hiver. 

{Note de I'mitevr.) 



LE PREMIER GOMTE DE SALM-DYCK, 



LKGENDE DU \\ SIECI.E. 



Au commencement d'oclobre de I'annee 1485 , la 
veille de la fete de saint Lumier , le comte Ernest 
de Salm prit possession du riclie doraaine prin- 
cier qui vcnait de liii ccheoir par la mort du comte 
•Albert , son IVerc aine. Ernest avait trenle ans . 11 y 
avail dix ans qu'il cjuerroyait vaillaniincnt centre les 
Hon^rois qui I'avaient garde longlcmps au fond deleur 
royaume. Sa rangon avait epuise la pelile fortune que 
lui avait laissee son pere ; et la mort inaltcndue de 
son frere aine venait metlre le jeune comte en i)osses- 
sion dune fortune et d'un pou^oir bieti au-ilessus de 
ses esperances. Son frere, en le faisant son legataire 
universel, lui imposait deux obligations faciles a rem 
plir : la premiere, c'etait d'arriver au chateau suivi seu- 
lement d'un valet de chambre et d'un cliien; la se- 
conde etait de rcsler vingt-cpiatrc Iieures scnl , et d'ou- 



— 362 - 

vrir, sans tcraoins^ iin petit coffre de for, ilont la clef 
lui serait remise par ie chapclain , ct qui renfermait 
le Iresor le plus precieux qu'ii put lui legucr. Le 
comte Ernest arriva au inanoir de ses percs le 2 octo- 
bre, suivi de son valet de conflanee Pfiffraanu, le 
menie qu'il savailavoirrecu le dernier soupir ducoinle 
Albert, et precede de Dyck , son docile epagneul. 

Apres qu'Ernesteut passe le pont-levis, uu major- 
dome lui preseuta uu lourd trousseau de clefs , et le 
chapclain lui remit un petit paquet cachete conlenant 
la clef du colTre qu'il devait ouvrir secretement, Ce de- 
voir rempli,les nombreuxdomestiques s'agenouillerent 
silencieusement devant le nouvcau maitre; le chapclain 
et I'intendant vinrent aussi baiser avec respect la main 
de leur seigneur qui se retira seul , dans la chambre , 
oil son fr^re avait rendu son ame a Dieu. C'etait la que 
se trouvait le legs mysterieux. 

Le comte Ernest avait de I'intrepidite; il etait aguerri 
contre les plus grands dangers : cependant il ne pou- 
vait se defendre d'unecertaine emotion en se trouvant 
seul, pres du lit oil son frere etait mort; et surlout en 
se souvenaut, qu'a sa derniere heure, ce bon frere s'oc- 
cupait encore a le rendre heureux 11 lit allumer un 
grand feu dans la chambre et, apres avoir soupe en 
compagnie de son epagneul, il se ddcida a ouvrir la 
petite cassette qui lui fut presentee par son valet de 
chambre. Calui-ci voyant I'emotion de son maitre , lui 
dit : — Monseigneur , elle est bien legere; elle ne doit 
pas contenir de richesses. Si vous m'en croyez , vous 
la jeterez, au feu , et vous eviterez peut-etre par la de 
grands malheurs. 

Le comte Ernest sc delermina a suivre le conseil de 
son valet; mais en la laucanl dans le brasier, il atteiguit 



— 363 — 

son epagneul qui fut ainsi poussc vers la flamme , co 
qui ompeclia le petit coffrc d'y allcr lui-memc. 

— Ma foi ! se ditlecomte, je vols bien que jcdois 
obeir a raon frere. 

II caressa son chien, congedia son valet, ramassa 
la cassette, et se mit en devoir d'y introduire la clef. 
L'cpagneul appuya sa belle tete sur les genoux de son 
maitre, et semblait le suivre des yeuxquand il ouvritla 
precieuse boite. EUe contenait un petit reliquaire en or 
emaille presentant un E etun N enlrelaces; il s'y trou- 
vait aussi un parehemin roule sur lequel etaienl ecrits 
ces mols : « Cher Ernest , ma mort n'a pas ele naturcUe, 
Tune pourrais la venger quand tu aurais lout le pouvoir 
de I'empereur Frederic. Evite les erabuches que I'esprit 
malin ne cessera dete susciter; tu ne pourras le vaincre 
que le jour de la Saint-Luniier ; tons les autres jours 
del'annce tu devras ceder a sa puissance. Porte cons- 
tamment sur toi le reliquaire qui accompagne ce par- 
ehemin; avec lui tu seras loujours fort ; mais, quelque 
chose que tu fasscs , tu ne seras debarrasse de ton 
ennemi , que lorsquc tu auras vu un petit oiseau crever 
I'a'il a un vieil epervier borgne et boileux; et quand 
tu auras, en outre, pris loi-memele nom de ton chien. 
Si tu triomphes , tu batiras dans le chateau une cha- 
pelie a saint Luniier , pour y deposer le sacre reli- 
quaire qui, jusque la, ne doit point le quitter. Donne 
ton cceur et ta main a la jeune fdle sur le voile de la- 
quelie se roposera le petit oiseau vainqueur de I'dper- 
vier. Adieu, cher Ernest ! je meurs avec I'espoir que, 
changeant bienlot de nom , tu epuiseras aussi la mau- 
vaise fortune de noire niaison. Songea I'ancienne devise 
de noire banniere .jamais en arriere. » 

Comte Albekt de Salm. 



— 364 — 

La leclure (li> re hillol jetail Ernest dans uri ^raiul 
trouble. — Quoi, se ilil-il, je croyais Irouvcr ici la for- 
tune , la puissance, le rcpos; et la succession de mon 
frere ne me promel que raalheurs ct combats! Le conite 
Albert passail pour le plus heureux des homines ; qui 
peut I'avoir abreuve de chagrins? qui peut avoir 
sitot abrege ses jours?.... 

Ernest avail fail une longue route, el s'ctait fatigue. 
))0ur arri ver le jour des Saints-Anges au chriteau de Sal ra . 
II s'endormit devant le grand feu qui petillait dans 
I'alre Son chien se mil aussi a dormir entre scs jarabes. 
11 y avail a peu pres un.' heure que le comle Ernest 
sommeillait,quand loul-a-coupil se reveille en sursaul, el 
que voit-il? son chien Gdelc esldress^ sur ses pattcs de 
derriere, et semble le couvrir de son corps. Laporte de 
I'appartement est ent'rouverle ; il croit pourlanl I'avoir 
Cermee. Est-ce Timporlunite de son chien qui I'a re- 
veille ? le comle le pensa , el le chassanl brusquemcnt 
de sa chambre, il ei'.t bien soin d'en rofermer la porle. 
Mais en revenant s'asseoir dans son fauleuil , il s'a- 
percoil que quatre boutons manquenl a son pourpoint : 
lis ont ete coupes; il y porte immediatcinent la main , 
et renfonce le reliquaire que son frere lui avail re- 
coramande de ne jamais abondonner. En vain le comtc 
essaya de se rcndormir; Ics aboiements de son chien 
ne le lui permirenl pas. lis durerent jusqu'au moment 
oil minuit soiuia a I'horloge du chateau. Alors des 
rugissemenls effroyables se lirent entendre de tons les 
points. Le comle appelle PGflinann, qui demande a 
passer la nuil dans la chambre de son mailrc. Rassure 
par la presence de son valet, le comle se remet a 
dormir ; mais re|)agncul , relegue a la porte de I'ap- 
parUnunl, ne cesse de pousser des cris plaintifs, ct 



— 365 — 

il fait lanl, de ses paltes et dc sis dents, qu'enfiii die 
cede. Le courageux animal ne fait (ju'nn bond de la 
porte au fauteuil du cotnte. Deja Plillraann lui avait 
assujeli un mouchoir sur la bouehe , ct il allait le de- 
pouillcr lie son pourpoint. Le comte Ernest , dont le 
somineil etait ties piofond , se trouvait conime sous le 
poids d'un caueliemar : sa respiration etait diffieile ; 
il ne faisait aueun oiouvement. Le chien s'elance sur 
IMill'inann , le terrasse et lui fait a la figure une hles- 
sure qui lui cmporte I'oeil droit. Ernest se reveille, 
voitla lutte entre son chien ct son valet; ildenoue avee 
peine le mouchoir qui lui fermnit la bouclie et, se 
trouvant presque deshabille de son })ourpoint , il coni- 
prend que son valet est un trailre , et que son eliien 
fidele a pris sa defense coutre cc miserable. II tire son 
epee et poursuit son valet , sans pouvoir ralleindrc , 
jusque dans la cour du chateau. Mais au moment oii 
il y penetre , dos nuees de chauves-souris et d'oiscaux 
de proie se precipitent sur lui et le blessent au visage 
de leurs morsures et de leurs grilles. L'epagneul ac- 
court pour defendre le comte; mais il disparait bientot 
accable par le nombre de ses ennemis. Ernest I'ap- 
pelle en vain a son secours; au lieu des aboiemenlsdu 
chien, si fidele a repondre a la voix de son maitre , 
il n'entend plus que le cri d'un petit oisoau blanc qui 
lui somble re|)eler : Dytk ! Dyck ! 

Une lumiere fuligineuse cclairail la vieille cour de 
I'antique manoir de Salm. Le comte apercoit dislincle- 
ment un grand epervier noir a (jui paraissait obiiir la 
multitude des oiseaux qui se ruent sur sa personne. II 
court droit a lui, et d'un coup d'epee , lui abat une 
de ses serres. L'epervier pousse un cri aigu qui fait 
disparallre la foule des oiseaux de nait; il reslcseul en 



— 360 - 

face du comtc tlont lo visage et les bras sont meurlris 
de blcseurcs. Uo petit oiseau, semblable a ceux qu'on 
nomme liachslelze, et qu'on rencontre souvcnt sur les 
greves du Rhin , vient alors se reposer sur I'epaule du 
coiute , et par le cri de : Dyck ! Dyck ! semble defier 
I'epervier, etencourager Ernest a recomniencerle com- 
bat. Celui-ci ressaisit son cpee et se precipite sur I'e- 
pervier : I'oiseau noir recule et le comte s'apercoit que- 
sonenncraiest borgne.Cettepoursuilcle conduit a Ira- 
versdcshalliersirapenetrables. Apres les avoir franchis, 
11 tombe dans une fondriere que des milliers de vers 
luisants illuminent de leurs cretes phosphoriques. Le 
comte, en courant dans les broussailles,met en lambcaux ■ 
ses habits; sa poitrine dechiree est a nu ; il a perdu le I 
reliquaire de saint Lumier; et aussitot I'epervier pousse 
une sorte de ricanement qui semble presager an comte 
sa defaite. Ernest se sent un moment decourage; mais 
le petit oiseau , poursuivi par une volee de chouettes , 
descend precipitamment dans la fondriere , et aux cris 
de : Dyck ! Dyck ! lui rapporte le reliquaire qu'il tient 
dans ses pattes. Ce talisman redonne du courage au 
comte Ernest. II vent se jeter sur son ennemi qui se 
met a crier : Pfiff ! Pfiff ! et qui s'envole , laissant le 
comte tout meurtri et dans une affreuse obscurite. 

II etait depuis une heure retenu dans cette fosse pro 
fonde , quand il se sent enveloppe par une longue cciu- 
leuvre dont la tete semble flairer, I'une apres I'autre, 
toutes les parties de son corps. II fait des efforts ex- 
traordinaires pour s'en debarrasser; mais le reptile 
I'etreint de plus en plus de ses anneaux tortueux. U 
va succomber a ses douleurs , quand il entend la Ber- 
geronnette s'abattre sur sa tete en rdpefant son cri do : 



i 



— 367 — 

Dyck! Dyck ! 11 ouvrc les ycux , ot voit avec surprise 
CO petit oiseau piqucr dc son bcc poinlu le nez de la 
liideusccouleuvre qui lui parait avoir perdu I'ffiil droit, 
et qui sort aussitot de la fondriere en sifflant le cri : 
Pfiff ! pon ! 

Le jour commenfait a poindre. Le comte parvicnt a 
se tircr dela fosse oil I'epervier I'avait ontraine. Guide 
par le petit oiseau qui voltigcait devant lui , il relourne 
au chateau. 11 y rdpare ses forces etprend de nouveaux 
vetements. 11 appelle encore a grands cris son bel 
epagneul ;miis il avait disparupour toujours.... Ernest 
donne des regrets a ce compagnon Gdele, dit une priere 
a saint Lumier , prend un leger repas, et se jette 
sur son lit , apres avoir attache solidement son pre- 
cicux reliquairc sur sa poitrine. 

Son frere Albert lui apparait en songe pour rencou- 
rager a supporter de nouvelles epreuves, plus dures que 
cellcs qu'il venait de subir; il lui recommande encore de 
ne jamais , quelque ful le mal dont il serait menace , 
[aire un seiil pas en arriere. 

Ernest se reveille seuleraent a I'heure a laquelle finis- 
sait dans la chapelle TofTice de saint Lumier. L'ombre 
commencait a descendre dans les cours du chateau. II 
entend avec bonhcur des cantiques chantes par les 
Toix harmonicuses des jcunes Giles qui sortaient de la 
chapelle. Ellcs s'arretcnl un instant devant les fene- 
tres ouverles dc la chambre du comte ; et I'une d'elles, 
en flechissant le genou , termine les chants par une 
priere a la sainte Vierge , pour le bonheur de leur nou- 
veau souverain. Cette jeune fille dtait Aoilee, de sorle 
que le comte ne putapercevoir ses traits; niais il garda 
le souvenir de la douce voix qu'il venait d'eulendre. 
U pensa au testament dc son frerc , et desira confuse- 



— :m — 

luenl que son pclit oiseau desccndit quelque jour sur 
la tele dc la jeune inconnuc. 

A peine les chants avaient cesse que le comte voulut 
fermcr la poitc de sou appartcnient ; mais avant qu'il | 

y fat parvenu , Vepervier borgne se precipita dans la I 

cliambreen poussunt son redoulable cri : Piiff! Pfill! 
(1 se placa sur le dossier du lit, et de sa patte, a la- 
quelle la veille le comte avail coupe plusieurs i^iiires , 
il le meuacaitel le deliait aunnouveau combat. Ernest 
lance aussilot a I'eperYier un tisoii cnflamme qui le 
faitfuiren boitant par le grand escalier du chateau. 
Ernest sentait bien que sa destinee elail allachee a la 
destruction de cette \ilaine bete; il la poursuit dans 
les cours, dans Icsjardins, dans le pare, et enhn, il 
entre dans un bois de sapins croissant sur les roches 
escarpees qui bordent un niarais dont les eaux vont se ^ 
perdre dans le Rhin. C'etait la que ratlcndaient les S 
oiseaux de proie qui ravaicut attaque la veille. Leur W 
nombre est si grand, ils se serrent de si pres, que | 
le comte ne pent pas faire usage de son epee. Tous 
cherchent a dechirer son visage etsa poilrine ; et, tan- mk 
dis qu'ils le blessent , le harcellcnt et le fatiguent de H 
leurs cris et de leurs morsures , I'epervier vient furti- H 
vement (1) tenter d'ouvrir ses habits. Mais Ernest ^P 
avail place la croix de son epee sur son coeur ; de 
sorte que I'epervier n'osa deplacer -ce signc sacre de 
noire redemption pour s'cmparer du saint rcliquaire. 

(1) Le manuscril d'HolTinann portc... Auf ciner Pfote hiipfond... 
[ on sautillant sur unepattc] II aurait peut-etre fallu traduire par 
la locution francaiso : a doche-picd , qui n"a pas d'equivalonl dans la 
lani;ue allemande. J'ai cru devoir supprimer ici ccs qualre mots , et , 
avec d'autant plus de raison , que I'idee qu'ils exprimcnt se Irouve 
dcja deux fois repclee dans le cours de ce petit ouvrage. [ Note du 
traductcur. 1 



— 369 — 

A ce moment , le comte en tend it la douce voix de 
celte jeune fille , que naguere il avait vue prier pour 
lui. EUe elait venue avec scs amies faire une stalion 
pres d'une large pierre en veneration dans la contree. 
On croyait qu'a cette place saint Lumier avait jadis 
preche la Ibi chrelieune au\ populations Allemandes 
des bords du Rhin, qiiand Charlemagne prit la deter- 
mination de les convertir el de les soumeltre. 

La jeune fille disait de sa voix pure et sonore ; 

Grand saint , patron de nos campagnes , 
Centre Satan protege nous toiijoiirs ; 
La pauvrc Anna reclame ton secours 

Pour elle et ses jeunes compagnes. 

Ma mere a predit en mourant , 

Que si je gardais I'lnnocence , 

Je partagerais la puissance 

D'un noble comte, au coeur vaillant. 

CIIOEUR. 

Grand saint, patron de nos campagnes, 
Centre Satan protege nous toujours; 
La pauvre Anna reclame Ion secours 

Pour elle ct ses jeunes compagnes. 

J'ai vingt ans, et jusqu'a ce jour 
Aux doux propos fermant I'oreille , 
Dans un saint repos je sommeille , 
Et je ne connais pas I'amour. 

CHOF.CR. 

Grand saint , patron de nos campagnes, 
Contre Satan protege nous toujours ; 
La pauvre Anna reclame ton secours 

Pour elle et ses jeunes compagnes. 

14 



— 370 — 

Mais je sens qiril faut maintenant 
Un protecteur a ma jeunesse ; 
Ma mere , accomplis ta promesse ; 
Qu'il vienne, car raon cneiir rattentl. 



CHOEUE. 



Grand saint , patron tie nos campagnes , 
Contre Satan protege nousloujours ; 
La pauvre Anna reclame ton seconrs 

Four elle et ses jeunes compagnes. 



Apres avoir chante la derniere ritournelle , les jeunes 
filles reprirent ensemble le chemin de leurs demoures, 
et le corate resta sous le charme de la voix angelique 

d'Anna Absorbe dans mille reflexions, il se de- 

mandait si I'esperance ne lui etait pas'permise, et pres- 
sant sur son coeur la reliquc de saint Luraier, il invoquait 
sa protection , plus encore pour qu'il lui rendit Anna 
favorable, que pour qu'il abregefitscs cruels Iravaux. 
Cent fois il fut tente de suivrc le groupe des jeunes 
chauteuses , et d'aller se jeter aux genoux de celle qui 
paraissait les conduire; mais il se souvenait dela der- 
Diere recommandation de son^frere : ne recule jamais f 
recommandalion qui etail, d'ailleurs, en harmonic avec 
son caraclere ferme el courageux jusqu'a la temerite. 
Il devait bientot elre mis a une epreuve plus terrible 
que celle de la derniere nuit. 



371 ~ 



II. 



Au chant dcs jeunes (illes en prieres , I'epervier et 
les oiseaux de nuit s'elaieut prcoipilammcnt eiifuis. 
Mais a peine le clincur eul-il cesse , que I'oiseau borgne 
et boitoux roparut, annonco par son alTreux. silflement. 
II lit signe au comte de le suivre, el s'envola a la clarte 
d'une lumiere incerlaine. Ernest en le poursuivant 
traversa des eaux croupissantes et fetides qui le con- 
duisirent a une ile dont tous les arbres etaienl enflam- 
mes et [)etiilaient comnieun brasier infernal. Le sinistre 
oiscau s'elanca au milieu dcs flammes en sifllaiit; et 
le comte, arme de son cpee, le suivit de si pres qu'il 
I'atleignit a I'une de ses ailes, et quelques plumes 
tomberent dans le brasier. Mais une de ces plumes 
vint s'attaclier au pourpoint du comte et renflamma 
tout aussitot. C'en etait fait du saint reliquaire, lorsque 
Ernest pour le sauver le place rapidement dans sa 
bouche. L'epcrvicr ne pent contcnir sa rage ; il pousse 
de nouveau son cri de "uerre , el se lancant avec im- 
petuosite a la figure de son ennemi , il le renvcrse , 
apres lui avoir cruellement dechire les levres. Le comte 
se releve bieulot, et saisissantde ses mains vigourcuses 
une des ailes du terrible oiscau , qu'il espere pouvoir 
dtouffer , il est enlraine par une force surnalurelle au 
bord d'un precipice d'ou s'echappe uneepaisse fum<'e. 
L'epcrvicr fait milie tentatives pour I'entrainer dans 
cet abime ; mais le comte se montre assez fort pour 
ne pas ceder. Immobile pres du goulTre incandos(:;ant, 



— 372 — 

il entcnd aussitot mi lie voix s' eerier : — II a re- 
cule ! n est vaincu ! II est a nous! — A I'instant 
meme arrive ;i son oreille le cri de la petite Baclislelze^ 
et il apcrroit qu'elle lui fait signe de se preci|jiter a 
son exeuipic : — Nod , je n'ai pas recule ! — s'ecrie 
Ernest, et il s'elance aussitot dansle cralere. II (onibe 
sur des cendrcs brulantes qui tourbilloiincrit aulour de 
son corps. Bieutot se presente devant lui uii chevalier 
noir , arine de toules pieces , <iui le pressc Tepee a la 
main. Le conite n'avait pas d'armure, et ses velenients 
etaient en lambeaux ; mais heureux de trouver un 
digne adversaire , il commence contre I'homme arme 
un combat a outrance , oil celui-ci d'abord a lout I'a- 
vantage. Aucun des coups d'Ernest ne peul onlamer 
I'armure de son ennemi (jui lui a deja fait dix blos- 
sures. Enfin , desespcrant de pouvoir I'atteindre avec 
le traiichant de son epee, il en saisit la lame de ses 
mains puissantes, et dans I'espoir de rassommor , il 
assene la lourde croix de son arme sur la viniere baissee 
du casque de son adversaire. Le chevalier est aussitot 
renverse] et conirae le corate se baissait pour achever 
sa victoire , il ne voit a ses pieds que I'oiseau de I'eiifer ; 
la tete mutilee [lar le terrible coup qui I'a terrasse, il 
cherche encore a effrayer Ernest de son cri rauque et 
sauvage. Mais la petite Bergeronuette volligeait prcs de 
son ami ; elle semblait , par sou cri repele , le presser 
d'exterminer Tepervier. Voyaut qu'a I'aide de son reil 
ensauglante celui-ci essaye de se diriger en rampant 
vers une crevasse voisine , elle se jette au devant de 
lui , et s'elancant sur la tetede I'oiseau de proie, d'un 
coup de bee elle lui creve le seul oeil qui lui permit de 
voir la lumiere. Le comte eerase I'epervier qui se debat 
encore sous les pieds de son vainqueur ; mais enfln il 



— 373 — 

esL poiissc niorl dims le tiou ou il voul;iit so ii'luf^ier 

vivaiit. A peine I'horrible oiscau y eut-il ete jete > que 

des nainmes de souftVe en sorlirent , el <jiie niille voix 

invisibles repcterent en hurlant : dainne ! damne ! Le 

gouffre, I'lle, le marais , la foret disparaissent ; et le 

coinle, accorapaf^iie de sa fidele Bergeronnette, se 

Iroitve soudain a la porlede son cbaleau. Minuil sonnait 

qnand il y enlra. Le niajofdomeel le cbapelain I'y recu- 

rent.Tous trois jKisserenl le restede lanuitenpriercs 

eten actions de grace. Le lendemain au point dii jour, 

le couite accooipagnc de tous les ofliciers de sa maison, 

porte sur un coussin de drap d'or, le reliquaire de 

saint Lumier a I'eglise voisine d'un oouvent de Fran- 

ciseains. 11 y fail le vwu soleimel de lonsacrer bicntot 

a ce saint prolecteur une riche chapcllo dans renceiiile 

de son chateau. Rentre dans la cour d'honneur, il y 

(rouve les habitants de la conlree, sesvassaux, qui 

lui oftVeut avec empressement leurs horamages ; les 

jeuties lilies, en lui presentant des tteurs et des cou- 

ronnes , chanlerent des ehceurs que dominail la voix 

harmoiiieuse d'Anna , doul le visage etait loujours 

couverl d'un long voile. A cc moment la pctile Bachs- 

telze vint se poser sur la lete d''Anna, et apres avoir 

agile ses ailes argenlees , et fait entendre pour la der- 

niere fois son petit cri : Dyck ! Dyck ! elle prit son vol 

vers le cicl. Ernest la suivit long-lcmps des yeux , et 

la vit euliii disparaitre dans rcspacc, corame un dia- 

mant ticlatant se perdrait dans une nier de saphir. Elle 

ne reparut plus. Le comte, depuis ce jour , ajouta le 

cri du petit oiseau a son nom de familie, (on se souvient 

que ce nom avail ele celiii de son chicn lidele : ) et , 

depuis lors , cette branche de rillustre luaison de Salm 

n'a plus etc conuuc que sous le nom de Salui-Dyck. 



— 374 — 

Eruest, repose de ses incroyables Iravjux , sentit 
qu'il manquait queUiue cliose a son bonheur. Le sou- 
venir d'Aniia revenait sans cesse a son esprit; il rera- 
plissait son ca3uri c'elait bien I'epousc que lui desi- 
gnaicnt les dernicres volonles de sou frere; mais eelle 
union elait-elle digne de son illustre naissance? 11 Gt 
appeler son chapelain, et lui deraanda quelle etait 
eetle Anna qui maieliait la premiere entre les jeunes 
lilies de la eontree. Le prelre lui repondil : 

Monseigneur, il y a bientot vingt ans qu'une riche 
litiere s'arrela devant la uiaison de la viiuve sans en- 
fanlsd'un des officiers du comle Albert. On descendit 
de la litiere une petite fdle entouree de langes somp- 
tueux. Cette enfant fut coiifiee a la bonne veuve a qui une 
feinme asee remit en outre une lourde escarcelle pleine 
d'or, et un ecrin scclle de deux cachets. « Elevez cette 
« enfant, lui dit la vieille femmc; ellc est baptisee sous 
« le nom d'Anna ; nc negligez aucune depense pour 
« son education : si cette bourse ne sulfit pas je vous 
« en ferai tenir une iiouvelle. L'ecrin ne devra s'ou- 
u vrir qu'apres le niariage d'Anua : elle y trouvera 
« devoile le secret de sa naissance, ctce qu'il contient 
« de plus sera sa dot. Tel est I'ordre de sa mere. » 
La veuve Lcnnig a eleve la petite Anna comrac s'il 
se flit agi de sa propre fille ; et jamais soins ne furent 
recompenses d'aulant de bonheur. Anna est d'une 
bonte, d'une douceur dont les Anges eux-memes se- 
raient jaloux; les pauvrcs la benisscnt, le peuple la 
cherit, les grands ne jurent que par elle; ses amies 
I'oat nommee la premiere d'entrc elles; et e'est sans 
vanite pour Anna, comme sans jalousie pour ses jeu- 
nes compagnes, quelle occupe la place d'honneur dans 
toutes nos ceremonies. — J'ignore si la veuve Lennig 



— 375 — 

connait le secret ile la naissance d'Anna. Seuleinent 
ellc nous a dil, qu'il y a quatre annees, la vieillo t'emnie 
qui la liii a coiifiee est venue lui reiuellre, pour la 
dernicre fois, une grosse bourse de Uorins d'or, et lui 
annoncer (juc la mere d'Anna venail de mourir. Ellc 
apporlait a la iille les benedictions de sa mere avec ['as- 
surance qu'elle deviendrait I'epouse d'un grand sei- 
gneur, si elle conlinuait a pratiquer la vcrlu. Anna 
donna d'abondantes larmes a sa mere inconnue. Dejiuis 
ce moment elle n'a jamais para en public sans etre 
voilee. J'ai dit a Monseigneur tout ce que je sais de la 
jeune Anr)a. Dans le pays, on iijoute a son nora celui 
de sa mere adoptive; et c'est pour cette veuve une 
grande recompense, un grand lionneur que d'avoir 
donne son nom a un enfant aussi part'ait. 

Le recit du chapelain jeta le comtc Ernest dans une 
douce et indicible emotion. Le jour, la nuit, il ne pcn- 
sait qu'a cetle jeune Gilo qu'il n'avait pourlant pas en- 
core vue. Knfin il Gt annoncer a la veuve Lennig qu'il 
se j>resenterait cliez elle. II esperait y voir cello dont 
le souvenir rassie^eait sans cessc. La bonne veuve fut 
toucliee do I'lionneur que lui faisait son souverain. A 
son entree dans la modeste demeure, la veuve Lennig 
et sa Glle d'adoplion flechirent toutes deux le genou : 
dies devaient cette marque de respect a leur seigneur. 
Le comte parla dcs services rendus a sa famille par le 
brave Lennig, mort en sauvant la banniere des comics 
de Salin. 11 assura que de pareils souvenirs no se per- 
daicnt jamais el que , dans la bonne comme dans la 
mauvaise fortune, il serait loujours pour la veuve d'un 
tel servitcur un maitre reconnaissant et affectionne. 11 
lui parla ensuite d'Auna, du mystere qui enlourait sa 
uaissance, mystere qu'il serait bienhcureux d't^claircir. 



— 37t; — 

II demaocia a voir los deux cachets de recriii qui con- 
teiiail la dot d'Anna. La veuve Lcnnig voulut (lue sa 
fille le presentat elle-meme au comte. EUe le roraiten 
tremblant aux mains d'Ernesl qui n'cut pas de peine 
a reconnaitre le sceau de sa famille, et cclui de la mai- 
son souveraino de Neuss. 

Eloi^ne dopuis hicn dcs annees des hords du Rhin, 
tout entier aux expeditions qu'il avail dirigees contre 
les Hon^rois, Ernest ignorait lous les evenemenls qui 
s'etaient passes dans les petites cours voisines de la 
sienne. Cependant aide par les souvenirs du vieux 
majordome et du bon cliapelain , il put constater ipie 
la belle-soeur de relecleur de Munsleretait morle pre- 
ciseraent depuis quatre ans. Cette noble dame etait la 
fille ain^e du comte de Neuss, a laquelle son irere le 
corate Albert s'etait fiance, il y avait un peu plus 
de vingt ans. Quelques rivalites entre les deux raai- 
sons avaient fait rompre une alliance deja sccUee, di- 
sait-on, par un raariago secret; et I'heureux et lier 
comte de Neuss, ignorant cette derniere circonstance, 
s'etait empresse de i)roriter de cette rupture inesperee 
pour placer sa fille ainee pres du trone electoral de 
Munster. Claire ne cedait qu'a la contraintc en epou- 
sant le frere du prince-evequc. Les chagrins et les re- 
grets altererent bientot la sante de la trisle coratesse; 
et elle expira de laugueur a trente-six ans, regrcttant 
le bonheur qu'elle avait reve et qu'clle s'etait promis 
avee le mari de son choix, et donl I'ambilion d'uu 
pere Tavait separee pour touj'^urs. Albert ayant [)cr- 
du tout es|)oir d'etre heurcux en ce monde, et renon- 
cant a toule autre union, maudissait son existence; 
on pretendait meme dans le pays qu'en un jour de 
desespoir il s'etait donne a Satan, lui el toute sa fa- 



— 'Ml — 

raiilo. C'«Hail de ce jour, on s'en ressouvcnait, quo. le 
valel Pfiflmaiiu etait entro a son service. Ce miserable 
falsa i t le nialheur des vassaux de son uiailre, qu'une 
conGance illimitec avail Irop lonf^tenips aveugle. Cc 
fut aussi depuis ce moment qu'une vague croyance 
s'etait repandue que Ic diable avail un sup[)ot tlans la 
conlree, el que cot ecliappe tie Tenfer guettait toules 
les occasions d'attircr a lui iesjeunes fdles qui ne so 
placaient pas sous le patronage dc saint Luinier. 

— La comtesse Claire, au moment de monrir, cnvoya 
secrelcmcnl au comte Albert le reliquaire d'or et le bel 
epagneul dont Ic comfo Ernest devait si tot heriter. 
Elle ordonnrtit au comte d'unir leur fille a son jeune 
frere, et s'etait mise sous la protection speciale de 
saint Lumier, qui I'avait inslruitc par un songe de la 
destinee future de sa fille, et des recommandations a 
laisser apros clle au comte Albert. Par I'intercession de 
ce saint patron, le comte de Salm etait niorl en clne'- 
tien; mais les exactions de son valet lui etaient restees 
toujours cachees. Avant de rondre le dernier soupir , 
Albert avail encore eu le Icmps d'ecrire un billet a son 
jeune frere , et de le conlier au cliapelain qui devait 
le rcmeltre fidelement a son futur seigneur. Pfiffmann 
cut la rage dans le ca'ur en voyaul Albert mourir cbre- 
tienneincnt. C'etait la rclique de saint Lumier qui 
avail opere ceprodige, et ce precioux talisman pour- 
rait soul empecher le comte Ernest d'etre a lui. De la 
les embuelies tendues a son nouveau maitre pour par- 
venir k Ten deposseder. 

Ces diverses circonstances , tous ces souvenirs reunis 
furent aulanl de traits dc lumicre pour le comie Ernest, 
II n'y avail plus pour lui I'ombre d'un jloute : Anna 
etait la fille deson i'rere et de la comlesse Claire de Neuss; 



- 378 — 

il lui fit ofl'rir son oo!ur el son noni, et co ful avee bon- 
lieur qu'Anna vit s'accoraplir la prediction de sa noble 
mere. Le pape Innocent leva les obstacles que la pa- 
rente opposail a cet heureux mariage. Les compagnes 
d'Anna etaient heuieuses d'avoir une amie dans leur 
souvcraine ; elles assisterent a minuit , a la ceremonie 
qui devait unir les deux epoux ; et Ton a raconte qu'au 
moment oil le chapelain benissait I'union de ses raai- 
tres , on apercut pies d'eux une Ogure angcliquc qui 
souriait a leur bonheur , et qui remonta dans le ciel , 
sur un nuage d'azur, quand les paroles sacrees eurent 
ete prononcees par le pretre. En entrant au chateau , 
la comtesse Anna leva le voile qui cachait ses longs 
chcveux d'ebene , et s'inclinant devaut son Leureux 
epoux , lui reniit sa dot. Le comte fut encore plus 
ebloui de la beaute ravissanle de sa femmc que des 
magniflques diamants que contenait I'ecrin : il y lut , 
signe de Claire el d' Albert , un acle par lequel ils 
reconnaissaient Aiina pour leur fille. EruL'st, au comble 
de la joie , lui reaouvela le sermeul de faire sou bon- 
heur ; et jamais promesse ne tut tenue plus Gdelement. 
La bonne Lennig finil ses jours pres de sa flUe adop- 
tive qui I'aima toujours comme sa mere. 

Quand les jeuncs Giles eurent reconduit leur heu- 
reuse mailresseau chateau , elles redirent, sous le bal- 
con de la chambre nupliale, la rilournelle de la ro- 
mance chautee par Anna dans la foret. 

La voix de leur amie ne s'unissait plus a leurs 
voix;mais avant qu'elles ne s'eloignassent, la com- 
tesse voulut l?ut dire un adieu qui leur exprimut 
toule sa felicity. Elle s'avanca sur le balcon, et y chanta 
ce dernier couplet pour terminer la romance donl le 
comte , uaguerc , s'elail montre si charme : 



— 379 - 

Pour nioi quel avenir flatleur ! 
Je connais eiillii ina famille ; 
Oh .' ma mere , benis ta lillc , 
Car elle a trouve le bonheur. 



Apres CCS paroles prononcees d'une voix tend re ct 
melodicuse , Anna lourna ses beaux yeux bleus vers 
Ernest qui la pressa sur son camr... Lcs luniieres de 
la cliambrenuptiale s'eloignirent, et dans le silence de 
la nuit on n'entondiL plus que les voix lointaines et 
expirantes dcs jeunes lilies qui s'en relomnaienl en 
chantant !e choeur qu'elles avaient dit avec Anna pres 
de la chaire (1 ) de saint Luoiier. 



(1) II est a roiiiar(]U(T que nos anootrcs avaient une veneration toutc 
jiarlieuliere pour lcs nionuuients pres dcsquels on les avail inilies au 
culte de I'ovangile. Ainsi la chaire de saint Rigobcrt, eveque de Reims 
au 7' siecle; celle de saint Araould, eveque de Metz, elaient religieu- 
senient conservees dans les deux villcs oil ces eveques avaient ])ropage 
ou affermi la foi catholique. Dans des temps moins cloignes, deux 
eliaires, dans lesquelles saint Bernard avait preche la 2°"' croisade en 
Champagne, elaient conservees dans la calhedrale de Reims el dans 
une plaine des environs de Chalons-sur-Marnc. Mais ellcs ont disparu 
au moment de la tourmente de 1793. Ces chaires avaient etc primi- 
tivemenl de grosses pierres sur lesquelles elaient monies les premiers 
missionnaires Chretiens, atin de pouvoir se faire entendre d'unc assem- 
blee noinbreuse. Sculptees et ornics dans la suite, par honneur pour 
la memoire des saints personnages qui lcs avaient oceupees, ellos ont 
depuis etc placecs dans nos temples. 

II existe en Suisse, a quelques lieues de Basle, un ermitage celebre 
connu sous le nom de Marie de la Pierre (f/er Maria vom SIcine). 
C'est une portion de rocher du haut duquel on raconte qu'un des pre- 
miers apolres du christianisme dansl'IIelvetie avail catechise les ha- 
bitants de celte contrie. 



— 380 — 

Les monolithes dc granile dimension paraisscnt, d'ailleiirs, avoir 
etc dc lout temps en possession do frapper Timagination des peuplcs; 
ct piusieurs onl Ole, mcme avant IVtablisscmcnt du christiaiiisme, 
I'objet de leur respect religieux; temoins les sphinx et les obelisques 
de la vicille Egyptc, Ics idolcs dc Balbec, de nnde; temoins aussi 
ces picrrcs druidiciucsqui, sous differcnts nonis, servaient sans doute 
dc tribunes aux pri'tres dc Teutatcs, en meme temps qu'cllcs lui ser- 
vaicnt d"autcls. Dans I'antiquc Etrurie, Saturne elait adore sous la 
representation d'une grossc pierre informc ; el les cnfants de Mahomet, 
agenouilles sur la grande pierre dc la mosquee de la Mecque, y invo- 
qucnt encore aujourd'hui Icur saint prophcte. (Note du Iraducteur.) 




CRITIQUR LITTfiRilRE. 



RAPPOllT 

SUR LRS TRAVAUX 



DE LA 



SOCIETl^ DES BIBLIOPHILES 

Par II. I'Abtoe IVAXftUETTE. 

( 8(^0^6 du\9 Mai iU2.) 



Quoique rAcademie de Reims soitbien jeune encore, 
elle peut deja se considerer , sinon coinme la mere , au 
moins comme I'ainee d'une autre sooitte que son but 
lilteraire, aulant que Ic uora de la plupart de ses fonda- 
teurs , meltent en rap|)orl de famille avec la noire. 
La Societe des Bibliophiles de Reims a ete londee le 
8 aoiit 18A1 , et cette creation , comme celle de I'Aca- 
deraie, est un iodice de la tendance des esprils versles 
etudes litteraires et historiques. Nous devons done ap- 
plaudir sans reserve a cette societe naissaiile : dans 
la sphere restreinte qu'elle s'est tracee , elle contri- 



— 382 — 

bucr^ ccrtainement a reveillor lej^out des Icttres; sous 
la direction des talents deja muris et eprouves qu'elle 
renferrae dans son sein, elle fournira a des talents plus 
jeunes Toccasion de se produire , et deviendra comme 
une pepiniere ou 1' Academic pourra se recruter. 

La Societe des Bibliophiles est forraee dans le but de 
faire imprimer des ouvrages inedils ou devenus tres- 
rares. Ce but semblera peut-fHre un peu frivole a 
ceux qui pensent que , dans les travaux de ros[)rit , on 
doit avant tout se proposer une On utile el applicable 
aux besoins moraux ou materiels ; quelques autres que 
les bibliophiles appelleraient volouliers les puritains 
de la litterature , les accuseront peut-etre aussi de ne 
rechercher , de n'aimer , de ne goiiler dans leurs 
livres que ce qui est purement accessoire, comme 
le meritc typographique ou le charme de la rarete , 
sans s'inquieter le moins du monde de leur valeur in- 
trinseque ; mais quaud ces reproches seraient foiides , 
nous devons reconnaitre que les bibliophiles seraient 
peu disposes a s'en emouvoir, s'il est vrai que le 
bibliophile vraiment digne de ce nom, le bibliophile 
pur sang , le bibliophile tel que le comprend et le de- 
crit le spirituel Charles Nodier, ne lit pas meme les 
livres auxquels il a voue un culte , qu'il n'en connait 
que le litre et la couverlure, la date et le nom de 
I'imprimeur. Les bibliophiles vous repondronl qu'ils 
n'aimeut pas plus le pui ilanisme dans la litterature que 
dans la theologie , qu'ils ne sont pas et ne veulent pas 
etrede I'ecole utililaire, mot qu'ils n'ont jamais ren- 
contre dans aucun de leurs vieux livres. Ce que vous 
appelez une manie, ils I'appellent une noble passion, 
la passion de certaines natures privilegiees que le pro- 
fane vulgaire peut bien ne pas compreadre, mais que 



— 383 — 

la morale la plus severe est. obligee de proclamer io- 
nocente : pour eux, recherclier les vieux livies, c'est 
un besoin irresislible ct plain de charmes; les decou- 
vrir, les posseder, c'est le supreme bonheur; et loiu de 
leur rcprocher celtc jouissanee, nous devons remercier 
les bibliophiles de Reims de chcrcher a propager le 
gout qui les domine, et a inilier quelqiies profanes 
aux delices intimes qu'ils y frouverit. C'est une peusee 
qui n'est pas sans merile dans ee siecle d'dgoisme qui 
semble avoir adople la maxime : Cliacun pour soi. 

Au reste, hatons-uous de reconnaitre que les biblio- 
philes de Reims ne se bornent pas a ce plaisir conlem- 
platif, et raeritent de trouver grace, meme aux yeux 
de Tecole ulililaire, par le choix de leurs publications. 
Tons les volumes publiesjusqu'acejour par la Societe, 
se rapportenl a I'histoire, parliculierement a I'histoire 
du pays de Reims, et nous ne pouvons que la feliciter 
de celte direction qu'elle donne a ses travaux. La So- 
ciete des Bibliophiles n'a encore que iieuf mois d'exis- 
tence, et deja elle a publie sept volumes, qualre edites 
par M. P. Tarbe, deux par M. L. Paris, un par 
M. Louis-Lucas. Depuis quelque temps, la Societe pa- 
rait avoir ralenti le cours de ses publications; faut-il en 
attribuer la cause a la desertion de plusieurs des mem- 
bres fondateurs? il ne nous apparlient pas de I'exa- 
miner ici ; nous aurons encore moins la pensee de les 
blamer de cette desertion, puisqu'elle n'a eu pour mo- 
tif, a ce que Ton assure, que le desir de consacrer plus 
de temps et de zele aux travaux academiques. Nous 
pensons seulemenl que les bibliophiles regrelteront 
que des hommes litteraires et scientiliques comma 
MM. Fleury, Landouzy, etc. etc, soient sortis de la 
societe, sans apporter d'autre tribut quecelui deleur 



— :i8'^ — 

colisalion. M. Paris s'est mis a I'ahri d'un tol rcproche ; 
rae perraeltra-l il d'examiner lout-a-rheure s'il n'en 
auraif {las encouru quolqne autre ? 

Les qualre volumes publies par M. P. Tarbe sont 
1° Discours de ce qu'a fait en France lehe'raut d'Angk- 
lerre, el de la re'ponse que lui a faite le roi le 7 Juin lo57; 
2"" Le noble elgenliljeu de I'arbalele a Reims; 3" Louis XI 
el lasainte ampoule; 4" Vllisloire chronologique ,palho- 
logique, politique, economique , artistique , soporifique et 
melliflue du ires-noble. Ires excellent etlres-vertueux pain- 
d'epices de Reims. La premiere ot la troisieme brochure 
sont des reimpressions que le savant editeur fait pre- 
ceder d'une preface et suivre de notes ?ouvent plus in- 
teressantes encore que le corps de I'ouvrai^e. Dans les 
notices historiques qui accorapagnent les i)ublications 
de la Sociele, on \oit toujours dominer I'esprit et les 
predilections dn bibliophile ; on raconte avec bonheur 
toutes les circonslances qui peuvent rendre ces publi- 
cations cheres a un veritable amateur; raais souvent 
aussi on y trouve de hautes considerations historiques, 
d'un interet plus eleve et plus general. 11 faut lire dans 
la preface du premier opuscule une belle et genereuse 
appreciation de la conduile de la France dans sa lulte 
conlre I'Anglais ; e'est une introduction qui prepare 
raerveilleusement a tout ce qu'il y a dc beau, d'eleve, 
de chevaleresque dans la reponse du roi a la decla- 
ration de guerre qu'on vient lui faire an noin de la 
reine d'Angleterre. 'Duns Louis XI et la sainteampoule, 
les consideralions historiques attestent non seulcmenl 
une science profonde, mais encore la sage reserve, la 
mesure avec laquelle I'auteur aborde des questions 
delicates ; ce qui loutcfois ne nous a pas converli a 
SOI) opinion sur la Pragmatique Sanclion, opinion oil 



— 385 - 

Ton peul reniarquer que I'espril luulementaire n'est 
pas lout-a-fait iiiorl avec les parlenients. 

Le noble et genliljeu de I'aiiialete ii'avail jamais ele 
iiupiime; M. Tarbe I'a cxtrait des nianuscrils tlu clia- 
noinc Lacourt ; celte publicalion offre un j^raiid inle- 
let pour la cite lenioise ; on y Irouvc, par ordre de 
date, de nombreuscs receptions de chevaliers; on y 
lit les noms d'un grand nuiubre de families, nobles 
et bourgeoises, qui existent encore, tels que Maillefer, 
Moet, Colbert, Desrodets, Legoix, Auger etc., etc.; on 
y voit qu'un archeYequede Reims, Juvenal des Ursins, 
n'avait pas dedaigne le titre de chevalier de I'arbalele. 
Independaniment de cet inleret local, les staluls de la 
compagnie ne sont pas sans unc certaine im[)ortance 
pour i'historien et le publiciste, a raison des delails 
de mocurs qu'on y trouve. La religion, le palriotisme, 
I'honneur et la douce fralernile en ont dicte les prin- 
cipaux articles : nous adoptons done completement la 
reflexion par laquelle redileur terraine son introduc- 
tion : « les arbalelriers de Reims ont peri, etc'est un 
« malheiir , car toutes les institutions qui lient I'hom- 
« me a I'liomtne, qui echaull'ent dans son ccour les 
« croyanccs picuses, et raniment en lui la religion de 
<( la patrie et Tamour du bien, ne devraieiil finir 
« qu'avec le monde. » 

Le dernier opuscule, dont M. Tarbe n'est pas seu- 
lemenl I'edileur, mais I'auteur, c'est I'llisloire chrono- 
logique. palholugique, politujue, economique, ai'listique, 
soporifquc el melliflue du Ires-noble, ires-exceltenl el Ires- 
verlueux pain-d'c'pices de Reims. Ouoique ce titre pro- 
mellebeaucoup, I'auteur tienl tout cecpi'il [)roniel; c'est 
une histoire consciencieuse tlu pain-d'epiees de Reims, 
une physiologic complele (ju'ii ne faut pas confondre 

25 



— 386 — 

avec ces physiologies crcusos et Irop souvenl iiiaises 
qui deshonorent la litleralurc acluelle. M. Tarbea com- 
pris son oeuvre et I'a execulee en veritable bcnedic- 
tln; il y a dans ce petit livre un parfum dc bon goiit 
et d'erudilion choisie qui en rend la lecture aussi ap- 
p^tissantc que la patisserie qu'on y celebre. S us le 
rapport chronoloiiique, I'historien du pain-d'epi(-es a 
la modestie d'avouer qu'on ne I'a pas encore trouve 
a I'etat fossile entre les dents d'un crocodile ou les 
cotes d'un mastodonte, et par consequent il ne renionte 
pas au-dela du deluge ; inais a partir de cet epoque, 
il recueille tous les souvenirs hisloriqueset classiques 
qui se rattachent au melange du miel et dc la farinc; 
il nous le nionlrc offert sur I'autel des Dieux, servi au 
festin des grands et meme sur la table du pauvrc, 
chante par Homere, Horace et Martial , celebre par 
Athenee et le docte Pline. Puis M. Tarbe suit I'his- 
toire de son cher pain-d'epiccs a travers les obscuri- 
tes du moyen-age, et c'est quand Reims a conquis le j 
droit d'y ajouler son nom , quand le pain-d'epiccs est 
devenu une des gloires remoises , c'est alors que I'au- 
teur decrit avec amour toutes les varietes de cette pa- 
tisserie succulente, qu'il celebre sa puissance patho- 
logique, soporiQque et melliflue, qu'il montre sa haute 
influence politique dans les receptions princi^res, qu'il j 
indique meme a I'art une source d' inspirations nou- 
velles en a[)pliquanl le bonhomme de pain-d'epices a 
Qos pelits grands hommes. II y a sur tout cela des 
choses charraantes, mais j'aime mieux vous renvoyer 
a I'ouvrage. 

M. Paris a publie deux opnscules : 1° Une dmeule 
en 1649 ; 2* Les m^moires du chanoine Maucroix. C'est 
aussi dans les manuscrits de Lacourt, veritable tre- 



— 387 — 

sor d'criKlilion ot ilo rcnscii^ncmeiils hisloriques, que 
M. Paris a puise la mazarinadc reinoisc dont il est 
I'editeur. On y voit que ceux de Reims avaient pris 
parti pour le parlenient contre la couret le Mazarin; 
. ils entrclcnaient des correspondances qui les infor- 
maiciit de lous Ics mouvemonls de Paris. Or, le mar- 
quis de la Vieuvillc, lieulcnant du roi, a qui ce com- 
merce de lettres elait suspect, ordonna qu'on lui ap- 
portat les valises des courriers et des messagers, pour 
que les lettres fusserit ouvertes en sa presence. Ce 
fut le pretexte et le signal de I'emeute qui eclata 
au Bourg-de-Vesle, dans la maison occupdc aujour- 
d'hui par M""' V" Lcroy-Myon; I'liistoirc conlempo- 
raine attcsle que les traditions de remeute ne sont pas 
encore perducs dans ce quartior; je ne raconterai pas 
que, dans celle de 1G49, les emeutiers n'ont d'abord 
atraire qu'a quelqucs honiracs d'armes, qu'iis ecrasent 
par le nombre et accablcnt generensement a coups de 
pierre, et que c'est seulenient quand I'ardeur de I'in- 
surrecliou commence a se ralcnlir, que la garde bour- 
geoise se presente avcc une force imposanle; on m'ac- 
cuserait peut-elre de faire de I'histoire con tern poraine, 
et de manqucr de respect envers une precieuse insti- 
tution dont plusieurs de mes confreres out le bonheur 
d'etre niembres. 

La ma/.arinade est prccddec d'une introduction oii 
Ton retrouve la verve, I'esprit, roiudition et toutes les 
qualites littcraires que I'auteur nous a accoutumes 
a aimer et a admirer dans ses ocuvres. Toutefois 
je dois dire que I'idee fondamentale de cetle intro- 
duction nie semble quelquc pcu liardie, voire meme 
irreverentieuse. M. Paris s'atlache ii ddsabuser ceux 
qui ont encore la candeur de croire a la (idelite pro- 



— 388 — 

verbiale dc la Nille dii sacre. II nous assure que tuilfe 
ville du royaume ii'a porld d'aussi frequentcs attcintes 
a la loi corislilulive de Telal ; et il n'est pas douleux, 
ajoute-l-il, que si Reims cut ele en possession de dis- 
poser du sort de la France, I'ordre de sueressil)ilile 
au Irone, en ruoins de trois siecles, courait risque d'e- 
tre quatre a cinq fuis interrompu, et ce, toujours au 
profit de I'etranoer. Puis armo de l;i science- d'nn eru- 
dil consomme, il nous monlre en 1418 Reims adheratit 
aux propositions du due de Bourgoi^Dc, qui leedent 
a faire reconnaUre en sa persoiiue les droits de pre- 
somptif heritier de la couronne, dont la ville declare 
a jamais depouille Charles, dauphin, fils de France. 
Quatre ans plus tard, a[)res la mort violentc de I'am- 
bitieux Bourguignon el eelle de rinforluncCharU-s VI, 
les Re'mois, a I'instigalion d'Isabeau de Baviere, mere 
vindicative et denaluree, se livren! a I'Anglelerre, et 
proclament roi de France Henri VI, faible enfant, age 
de moins d'un an, auquel lis reconnnaissent pour tu- 
leur, avec le titre de regenl du royaume, un Anglais, 
le due dc Bedfort. En 14G1 , eclale rdmeute ecMebre 
sous le nom de Micwaque dc Reims. Durarit les trou- 
bles de la ligue, Reims declare le troue vacant, et a 
I'epoque de la Fronde, le meme esprit d'insMrreclion 
faillit couter la vie au manpus de la Vieuville, lieule- 
naotduroi. Tels sont, independamment dc I'histoire 
contemporaine dont M. Paris veut bien ne pas se pre 
valoir en faveur de sa these, tels sont les fails aceu- 
mules pour reconcilier Tantiqucet bonne ville de Reims 
avec ces ardenls putriotes (jui ne revenl qu'atiVanchis- 
senienl et progres. 

Comrae notre patriotisme est un peu moins turbu- 
lent, nous a vouons que nous avons ete quelque peu etou r- 



— 389 — 

di (le cis cilalioiis, vX mddiocreiiieol salislait tic la si 
i;nilicatioii que leurdoime notre savant confrere. Nous 
allionsdiscuter eesfaits,el essayerde les presenter sous 
un aspect moins rdvolulionnaire, lorsque nous avons 
lu, a la derniere page du volume, sous le litre de 
Fostfacc, ces paroles qui nousdispensent de toute poie'- 
mique : « 11 est bien enleridu, et nous ue voulons point 
« tromper ici nos lecleurs, que la proposition princi- 
« pale de notre discours preliminaire est une simple 
« allaire de paradoxe. II nous a paru piquant a nous 
« qui professnns pour la ville do Reims raltachempnt 
« le plus filial, ct qui faisons de Telude de son liis- 
« ttire roceupation ct le delassement tie notre vie, de 
« soulenir I'opinion la plus erronee, la plus coiilraire 
« aux idees recues, quoique certainement la plus spd 
« cieusc par les documents qui I'etayent.DNousavouons 
que nous avons etc d'abord scandalise de ces paroles 
qui nous prouvaicrit que nous avions ete viclime d'uiio 
myslilicalion : mais apres y avoir murement reflechi, 
nous avons pense que tout ceci n'est qu'un jeu d'csprit 
par lequel I'auteur a voulu nous donner une idee de 
la litterature de la Fronde, epoque oil Ton raelait la 
plaisanterie aux clioses les plus sericuses, oil le coad- 
juteur se consolait de la journee des Barricades on I'ap- 
pelant la premiere aux Corinlhiens, et oil I'esprit faisait 
pardonner tant de folies. 

La seconde publication de M. L. Paris contient ics 
memoircs du chanoine Maucroix sur Ics difficulles 
qui s'«^leverent cntre le cardinal Barberin et le clia- 
pitre de sa cathedrale : independainnient de I'inte- 
ret Ijistorique qu'ollrent ces details pour fixer los sou- 
venirs d'usages anciens, la severite de ces discussions 
est temperce par des episodes attachants. M. L. Paris 



— 390 ~ 

a ^te tres-sobre de reflexions el de notes dans cello 
seconde publication; ii se borne a quolques details 
historiques etlitteraires sur lechanoine Maucroix, I'a- 
mi de La Fontaine, de Racine et de Boilcau; peut- 
etre eut-ce ele le lieu d'appre<ier la nature dos rela- 
tions entre I'ordinaire et les anciens cliapities ; M. Pa- 
ris n'cn dit pas un mot; nous regreltcrions davanlage 
son silence, si nous n'avions pas craint qu'il n'eul ce- 
d6 a la tcnialion de donner a un nouveau paradoxe 
historique I'autorile de sa science et de son talent. 

Les publications dont nous avons a rendre coinple 
se terminenl par V Entree du roi noire sire en la ville et 
cite de Paris. Ce sont de vieilles rimes oil un po^te du 
temps raconte le retour du roi Charles VllI k Paris, 
le 8 Juillet 1A84. Get opuscule so rapporle iiioins 
directcment que les publications precedenles a I'his- 
toire locale; mais en revanche, I'edileur M. Louis- 
Lucas donne, dans une introduction de 25 pages, una 
ample description de I'enlree du roi a Reims ; il nous 
fait suivre la marche trioraphale du prince, et repro- 
duit les harangues en prose et les inscriptions en vers 
par lesquelles nos peres exprimaient leur naif enthou- 
siasme. 

En resume, les publications de la Societe ont un me- 
rite reel et incontestable sous le rapport historique et 
litteraire,et nous ne sommes nuUeraent elonne ([u'clles 
obtienncnt un succes qui suflit a couvrir les depenses 
de Tentreprise. Nous en felicitons tout a la fois les 
Bibliophiles et noire bonne ville de Reims qui s'asso- 
cie avec lant d'intelligence au raouvemenl litleraire 
qui reporte les esprils vers I'etude du passe el les tra- 
ditions classiques. Ce succes de I'ocuvre est un motif 
de plus poui regreller que la societe ail instfre dans 



— 'M)l — 

ses slatuts iin article qui ne permct <|ira un petit iiom-. 
bre d'lieureiix i)i'ivil(^[^ies de posseder ses publiealinns. 
Cel article ne doit pas, ce Jiie semlile, tioiivei" ;^race 
devant une Acadciuie qui se propose {)our but de pro- 
pager et de pai>ulariser le goiit des sciences, des arts 
ct belles-lettres. 




HISTOmE 

DK LA CITE, VILLE ET UN'IVERSITE 

I)E UEIMS, 

METROl'OLITAINE DE LA GACLE 15ELGI01K , 

Fardom (iuil. MAKLOT. 

MANUSCRIT INKDIT. 
Publie aux frais et par les soins de VAmdemic dc lii'iins. 



NOTE 

SUR CETTE rUBLICATION 
Par M. L. PARIS. 



On sait assez les elranges exclusions rormulecs de 
nos jours contre les travaux historiques dcs si^cles 
preccdenls, et quelle depense s'est faite de spirituels 
sophismes eld'ingeiiieux paradoxes pour i)rouver que 
la masse des fails dont se composent nos annales, nous 
est arrivee a I'dlat de chaos, et qu'a nous sculcmcnt 
etait reservee la haute et sainte mission d'ecrire I'his- 
loirc. 

Partie de ce principe, la science moderne s'est ever- 
tuee a baltre en breche les historiens antorieurs a uo- 



— 39 'f — 

lie e|>oquo. EUe a remis en qucslion lout le passe, cile 
a declare suspccls de prejuges, de fraude on de pas- 
sions elroilos U-s recilssurla foi desquels avaienl vecu 
nos anceties. Elle a re[)udie I'hisloire ecrile pourd'au- 
Ires siecles, bien que cetlc histoirc fiit en haiinonie el, 
pour ainsi dire, en rapport de resseniblance avec eux : 
— el Ics grands travaux, naguerc en rccomniandalion, 
soul un instant tombes, comme si leur base nalurelle, 
la verite, etait venue a leur nuinquer. 

Unelegere reaction s'opere loutefois en fa\eur des 
anciens. O'lelques bons esprits, suflisainment doues 
d'iraagination et de talent pour produire, scion le pro 
gramme de I'ecole moderne, en reviennent aux \ ieilles 
traditions. Des travaux serieux sent par eux entre- 
pris, et sous leur direction on se remet partout aux 
etudes fortes et palientes. On reconnait peu a peu que, 
raeme au i)oinl de vue philosophique, c'est encore la 
meillcure maniere d'eludierel de faire I'histoire, — si 
tant est que I'liistoire soil a refaire. 

Les comites bisloriiiues, la Societe de I'liistoire de 
France, rinslitutmeme, donnentle signal et I'exeiuplc 
de publications qui tendent a rehabililer les anciennes 
doctrines en matiere d'enseignemenl historique. 

C'est au monienl oii ces grandes compositions sela 
borenl, oil Ton aecueille avec ardeur tout ce qui ali- 
mente le goiil de ranliquite, oil Ton se passionne pour 
tout ce qui a le vernis du passe, que 1' Academic de 
Reims a voulu signaler ses debuts par un travail qui 
lui conciliat les sympathies des amis de I'archeologie. 
En publiant Vllisloire de la cite', ville et universile de 



— :'m — 

Reims, (Ic doni Marlol, liistoiro ('crilo en Iraiicais ct 
rcsli-e inc'dilc, I'Acadoniie a criisorvir los iiilenis tie 
riiisloircnalionalc, non moins ([ue la passion des nom- 
breux amis do la ville do Reims, dont oc livre reproduil 
les curicuses annales. 

Lc mondc savant connait assez rouvraG;e dc dom 
IMailot inliliile: Metropolis remensis JIistoria^'2. volumes 
in-folio, dont les exem[)laires, aujounriiui fort rares 
dans le commerce, sont d'ailleurs a la portee d'un assez 
jielitnombre de lecteurs. II parait certain que I'auteur, 
benedlctin dcla congregation de Saint-Ma iir, avaitd'a- 
bord compose son Ilistoire en francais, et (ju'il nc se 
mit a la Iraduire et a la publier en latin que sur les re- 
presentations de ses doetes confreres, dont Tamour-pro- 
pre litteraire ne s'arrangeait pas d'une publication en 
languc vulgaire. 

Quoi qu'il en soitde celte assertion, que Ton tronve 
consignee dans plusicurs ecrils dn dernier siecle, le 
texte francais que possede la Bibliollieque de Reims 
est bien autrement interessant, comme histoire, que le 
texte latin. La narration y est plus abondante , plus 
suivie et plus prolongee : la traduction latino s'arrelc 
a 1603, ct I'original francais va jnsqu'en 1003; on y 
trouve bon nombre de malieres dont I'absenee est com- 
plele dans I'liistoire laline, et sur tons les objets qui 
servent de texte a celle-ci, I'liistoire francaise ollVe des 
dillerences et des ameliorations si notables, qu'clle 
forme un ouvrage a partet tout-a-fait nouveau. 

C'cst cetle histoire depuis long-temps souliailee du 
l)ublic, dont I'Aeadcmie de Reims entreprcnd la dis 
peiidieuse publication. 



-- ?,{){) — 

Le (lays dc Reims, a pari les ecrils de Marlol, u'a 
juis, conim(! I.i pluparUles villcsde France, son cours 
coinplel (I'liislDire : car il n'esl guero perrnis do duiiiicr 
cenom a rescjuisse, estimablea divers (ilressans doule, 
inais par lroj> superlicielle, qu'a publiee AiKiuclil : 
lion plus (lu'aux nombreux opuscules que qucl<pies-uns 
de scsmonuaients ou cei tains points deses annates ont 
pu faire naitre. Et cepeiulanl (luelle cil^ ollVe uii plus 
>aste champ aux eludes de I'liistorien, de rantiquaire 
eldu philosophe? 

La premiere parlie de Marlot est d'abord la jiara- 
plirascderiiistoiredcFlodoard, leseul ouvrage quijolle 
quelqucs Uimieres sur les anli(]uites ccclesiastiques de 
la province, mais qui, comau! ebauchc, avail besoin 
d'etre retoucheo en plusieurs points. Celle partiede 
I'liistoiredc Marlol sc distin<i;ue loutefois de Flodoard 
par le soin que met I'auleur a debrouiller le chaos des 
origincs de la ville de Reims; et des le commencement, 
plusieurs de ses chapitres sont autant de precieuses 
dissertations qui lui apparliennont en propre. Ainsi , 
I'etat dupaysavanl la conquele des Gaulos, les alliances 
des Remois avec les Romains, et toutce qui precede, 
a Reims, I'ctablissenient du christianisme, devient 
chez lui I'objet de savantesrecherches. A raesurc qu'il 
s'eloignedes temps primitifs de noire hisloire, et des 
<]u'il n'est plus circonscril dans les rares leinoignages 
que lui olTrent Flodoard el les ctironiqueurs des i)re- 
miers siecles, son livre prend de ranq)leur et de la 
vie. Les carlulaires eccldsiastiques servenl a I'auteur 
pour I'hisloire clericale ; les archives de I'llotel de Ville 
pour I'hisloire uumicipale, landis (ju*! les biblio- 
theques publiqucs achevenl de I'ediiier sur les ditle- 



— :<97 - 

roiils points do I'liisloire goiicral qui roiilrcnl dans poti 
cadre. 

Marlot etudic scnipuleusement cliaquc cpoque dont 
il s'occupe; il intcrrof^e Ics cclios, il suil lours traces; 
il rcconiposc piece a piece, et pour ainsi dire, sur 
place, et avec ses debris aulhenliqiies toufe la societe 
remoiseau nioyen-af^e. Ilexhumeles clironiques et ies 
niemoiros, il decliilVre Ics vieux manuscrifs , il rcniue. 
tout ce qui porte le caractcre ou la date du temps ; et 
a travers beaucoup de poussiere et d'obscurile , il ar- 
rive a conipleler la taclic dilficile qu'il s'esl iraposee. — 
On trouve dans son livre , et suivaiit I'ordre des tenips, 
hi succession de I'episcopat, continuee jusqu'au dix- 
septieiue siecle inclusiveraent, avec la biographic des 
hommes qui , sous cbacun des prelats , se sont dislin- 
gues dans Ies sciences et Ies letlres. — Puis la fon- 
daliou dosabbayos de laville et du diocese; Telablisse- 
nicnt des hopilaux, des corporations. On y voil naiire 
el grandir la bourgeoisie , la part qu'elle prit aus af- 
faires , depuis raflVanchissenient de la commune et Ic 
retablissemcnt de I'echevinage , puis ses lultes inces- 
sanles avec I'figlisc et le pouvoir feodal ; Ies conciles , 
dont quatrc furent presides par des papcs , et Ies sy- 
nodes i)rovineiaux : — le tout etaye do nombre de 
cliartes, buUes et diplomes. 

Vhisloirc delacile, ville el universile de Reims u\'il 
cepeudant pas si reslreinto qu'elle nc puisso interesser 
vivenient un grand nombro do personnes etrangeres a 
la cite. — Pour (uiniprendrc par <iuels i)ninls nombreux 
elle sorallacho a riiistoiro geueralo , il sulVira do dire 
-lue ri'glisf de Ueims a donne a la clireliente qualre sou- 



— :m — 

vcrains pontiles: Sylvcslrc II, qui on avail olo arclic- 
voque sous lo noni tie Gerbcrt; Uibain II, chanoine sous 
celui de Odon de Chalillon; Adrien IV^ , arcliidiacre 
sous Ic nom de Nicolas; et Adrien V, egalement arclii- 
diacre el cliancelicr, sous celui d'Ollobon : — qu'elle a 
vu douxc princes assis sur son siege, donl deux fds de 
France et quaire princes du sang royal : — que trcizc 
de ses prelats et quinze de ses ciiannines furenthonores 
de la pourjire ; el que beaucoup d'entre eux , olficiers 
de la couronne , ou charges d'and)assades et de hautes 
missions diploraatiques, rendirent a I'Elat les [)lus emi- 
nenls services. 

D'un autre cote , les relations lioslilcs ou amicales 
des archeveques do Reims avec les grands vassaux de 
la couronne et les barons du voisinage, fournissenl a 
I'auteur I'occasion d'interessanles notices sur les 
grandcs families de la province. Les comics de Cham- 
pagne, de Rethel et da Grandpre; les sires de Cha- 
lillon, de Roucy, les comtes de Vertus et aulres puis- 
sants seigneurs, y onl leur genealogie. La translation 
du siege aposlolique de Rome a Avignon, les brouille- 
ries des conciles de Constance et de Bale; I'amende 
honorable de Jean de Varenne, le champion de I'anti- 
pape Clement; — les revelations de la blanchisseuse 
Ermine, et aulres particularites singulieres, joltent une 
grandc variele sur le reoil des fails ecclesiiisliques : — 
tandis que la balaille de Bouvines et la part glorieuse 
qu'y prirent les Remois; les croisades et I'elan gene- 
reux dont elles furent I'origine, sont aulant do fails de 
rhisloire generale qui fournissenl a Marlot des pages 
curieuses,et dans lesquclles I'historien est souvent a la 
liauteur de son sujct. 



— 399 — 

Vicnncnl cnsuilc, ties le quinzierac siocic, cles rcia 
lions direcles clu chef de Telal avec Ics niagislrals ci- 
vilsde la cile. — Une corrcsporidance royalc, aclivo 
cl voliimineuse, el donl los originaiix soiit eneore a 
I'llolel de V^ille , allcsle rirni)ortance poliliqne de la 
\ille de Reims a celte epoque. — Les gueircs prolon- 
gees conlre les Anglais, el la s.iinte mission de I'lieroine 
de Vaucouleurs; — les troubles susciles par le protes- 
lanlisme, el les discordes civiles nees de la ligue, sent 
des faits nalionanx auxtpiels se melerent trop active- 
nienl parfois nos lenmanls ancetres. — Le role qu'ils 
y jouerenl csleonsigne dans les aroliivcs municipaies, 
que Ma riot a conscieucieusement eludiees. — II n'en 
cxagere ni dissimule la portee. 

Cependant, il faut le dire, malgre I'etenduc de son 
livre et les immenses defails qu'il einbrassc, le Iccleiir 
exigeanl trou\era de frequenles lacunes dans IMarlol. 
— Bien que I'auteur ne neglige aucune dale hislori- 
(|ue sur I'epoque des constructions de cliacun des edi- 
fices religieux, civils et militaires de la villc, I'ami 
des arts j)ourra lui reprocher I'absencc de toule notion 
sur les peintres-imagers, les sculpteurs, les arcliilecles 
el lous ces brillants artistes qui, par le nombre et I'ex- 
cellence des monumenls donl ils Tavaienl reniplie, 
a\aienl fail de Reims, au moyen-age, une ville que 
les etrangcrs n'hesitaient pas a surnommer la Nouvelle- 
llooie. 

Puis dansce tableau de fails ap[)artenant a un passe 
que sa Irop giande dissemblance aM'c le picjcnt ex- 
pose a I'oubli, Marlot, tout occupede la puissance Urn 
porelle de I'Eglise, s'elend peu sur les creations in- 



- 400 — 

(lustrielles, roriginc, la niarche et los d«5veloppemenls 
du coininerce. Mailot francliit souvent les limites tie 
sa maison pour embrasser rensenible des fails qui 
renlrent dans le cadre de ses vues, toutes a I'lionneur 
de son pays ; — mais ecrivain du cloitre, il ne presage 
un gloricux avenir pour sa palrie que dans la perpe- 
tuile des institulions clcricales, — elraiij^eres, il faut 
ra\ouer, au renouvellcment social qui caraclerise I'e- 
poque a laquelle nous apparlcnoiis, ct dont le raou- 
vcment progressif de I'induslrie pcut en grande parlie 
reveodiquer I'honneur. 

Nous ajoulerons encore , et sans doute au grand 
blame de Mariot, qu'il nc faut pas s'atlendrc a trou- 
ver dans son livre, raalgre rinlerot liislorique qui y 
domine, de pelils recits lout faits pour le Magasin pit- 
toresque, le Bijou- Eeepsake, ou le fcuillelon d« journal : 
ineslimables recueils dont la lilleralure palpit;inle 
d'iuleret et d'actualite, sera, nous n'en douloiis guere, 
rimniortel honneur de noire siecle! — Dora Mariot 
n'a point prevu les tendances litleraircs et les pre- 
tentions toutes legitimes des liseurs de notre epoque : 
il est meme douleux qu'avec son caractere ct ses gouts, 
il se flit jamais prele aux exigences auxquelles heii- 
reusement suffisent les ecrivains qui, de nos jours, 
lienncnt bureau de beau style et de science prime- 
saulierc. — Mais a ces graves reproches la reponse 
est facile. Mariot est de son siecle, et son histoire 
se ressent des idees de son siecle : elle est en harmo- 
nic, en concordance avcc ces idces. — Son livre a la 
forme severe d'un ouvrage mclhodique; rerudition 
s y (ait juur a eliaque page, — car I'erudition elait 
dans le goiitdesL'S lecleurs. — Quant au style, nous 



— 401 — 

ne le ilcfondrons pas conlrc les sarcasincs des phraseo- 
logues brillants de nos jours ; il est ce qu'il peut, 
sous la plume d'un moine du dix-seplieme siecle. 

Malgre les impcrfeclions de I'cEuvre, le travail de 
Marlot est sans contredil ce qni a jamais etc compose 
de plus complet et de plus satisfaisant sur I'hisloire 
d'unc j^rande cite. C'est une source immense oii cha- 
cun pourra loujours ulilement rccourir, ne fiit-ce 
qu'a litre de coiisullation. Marlot est pour les amis 
de I'hisloire et des institutions de leur pays, ce que 
sont pour les jeunes debutants au barreau ces anciens 
avocats, dont la tele a conserve toutes les vieiiles tradi- 
tions judiciaires. 

L' Academic de Reims s'est propose la publication 
de I'oeuvre de dom Guillaume Marlot, de rilisloire 
de la cite, ville et universite de Reims, telle que I'au- 
leur I'avait d'abord composee en francais, et sur uu 
plan ([u'il a singulierement relreci dans son histoire 
latine. — Delerrainee a ce travail par des sollicita- 
tions reilerces et sous la haute et liberale inspiration 
du savant prelat qui la preside, 1' Academic ne veut 
rien (imeltre de ce qui lui sera possible pour con- 
dnire I'auvre a sa perfection. — Mais I'Academie sent 
tout le poids de celte vastc Qutreprise; deja sure de 
I'appui du gouvernemenl, de la sympaUiie de tous les 
corps savants, elle a besoin encore d'un favorable ac- 
cueil du public, car rien de grand et de vraiment utile 
ne se fail sans I'aide du public. 

OEuvre essenliellemcnt patriotiquc et lout cnfiore a 
I'honncurdu pays, nous sollicilons, pour la |)ublication 
4lu Marlol, le coucoursde lous lesvrais Remois, jaloux 

u6 



— 402 — 

des souvenirs tie leur patrie ; nous appelons les syni- 
palhies des amis dcs etudes historiques et de tons 
ceus qui, a I'avancc, n'onl pas pris le parli dc renier 
la gloire et de repousser tout souvenir de rancienne 
France. 




BIOGRAPHIE, 



I 



NOTICE 

SUR LINGUET 

Par Pi-A. UUBODK, Mon nevcu< 



Parmi Ics honirues hoiioritbles que noire cite se 
glorifie d'avoir vii nailre, permcltez moi, Messieurs, <le 
vous enlrelenir queiques inslaulstrun membre de rna 
famille, de M. Linguel, si connuparlcs succesqu'ilob- 
lint au Barreau, el dans la carriere dcs lettres. 

Plus d'une fojs deja, j'ai eu la volonle de rae livrer a 
une analyse raisonnee dcs principaux ouvrages de Lin- 
guet, toujours j'ai trouve la laclie au-dessus de mes 
forces. Peul-elre essairai -je un jour. En attendant j'ai 
pense qu'il y aurait utilite a rappeler a vos souvenirs 
queiques epoques saillantes de la vie d'un remois,qMi 
occupe, et occupera toujours un rang distingue parmi 
les ecrivains du XVIII' siecle. 

Simon-Nicolas-Hcnry Linguet est ae a lleinis , le 
14juillet 1736. Son pere , (ils d'un cultivateur de 
Senile (Ardennes), avait fait de fort bonnesetudes a Pa- 
risi au college de Beauvais, oil il remplit ensuile les 



— VOG — 

fonclioDsde sous-principal, el de professeur d huiua- 
nites. Eiile a la suite des tracasseries du jansetiisnie, 
parlettrede cachet du 17 septembre 1731, il se rctira 
a Reims, s'ymaria, etdeviiil greffier eachef de I'Elec- 
lioii. Tout eu remplissaat les modesles fonctions de sa 
place, il ne uegligea pas la culture des loltres. II avait 
etc intimement lie avecl'abbe Vertot, et une tradition 
de faniille voulait que le dernier volume de I'histoire de 
Make, celui qui en conlient les annales, tut en enlier 
I'ouvrage de sa plume. 11 mourut beaucoup trop tot 
pour le bonbeur de sa famille, laissanl cinq enl'anls 
dont I'aine, cclui dont nous nous occupons en ce mo- 
ment, avait a peine dix ans. 

« Ne sans fortune, a dit lui-meme Linguct, je suis 
» loin d'en rougir : Glsd'unhomme cslime, persecute, 
» que j'ai eu le malheur de perdre dans le plus bas- 
» age, il ne m'a guere laisse que son nom et sa desli- 
» nee; il aurait pu dans ses derniers moments me dire 
» comme Enee : 

Qisce, puer, virtutein ex me veriiin que laboiem, 
Fortunam ex aliis. 

» Engage je nesais comment dans les folies du jan^ 
» senisme, temoin je ne sais pas plus comment d'un 
)) soi-disant miracle du bienheureux diacre, il fut mar- 
)) tyr du despolisme exileur, comme son fils I'a ete plus 
» tard du despotisme rayeur: il perdit en consequence 
» sa place de professeur a I'Dniversite de Paris, revint 

» a Keims, s'y maria C'est ainsi queje suis ne sous 

» les auspices d'une lettre de cachet. » 

Linguetfit ses etudes a Paris, dans le meme college 
de Beauvais oil son pere avait ete professeur; il s'y 



— /i07 — 

ilislintiua d'une inaDiire brillante et vraiiuent cxlraor- 
dinaiic, en vemportaiit en 1751, a I'dge tie 15 ans, les 
trois premiers grands prix de I'Universite. 

Lors([u'il eut termine ses dludcs, les succes qu'il y 
avail obtenus lixerenlsurlui I'atlention d'uii iM'iiioeetran- 
<^ev, du dnc de Deux-Ponls, (lui i'eniniena en Polognc, 
avec le tilre de secretaire parliculier. Les motifs qui 
empecherenlLinguel de rester long temps avec ce pre- 
mier proleeleur nous sonl inconnus. Nous le voyons 
seulement un peu plus tard, s'atlacher au prince de 
Heauveau, et le suivre lors de la guerre du Portugal, 
en qualite d'aide-de-cainp, charge de la parlie inathe- 
matique du genie. Un sejour de deux ans (ju'il fit en 
Kspagne, le mil a meme d'aj^prendre la langue natio- 
n;de, asse'z a f(jnd |)our pouvoir un peu plus lard pu- 
blier uue fori bonne traduction du theatre espagnol, 
etnous t'aire connaitre les chefs-d'(cuvre des Lopez de 
y^cga, des Caldcronne. 

L'independance de caracterede Linguet, son amour 
pour les leltres lui rendaient peu agrt^'ables les fonc- 
tions abstrailes qu'il avail commencees, aussi ne tar- 
da-t-il pas a y renonccr : 11 quitla le prince, revint en 
France, et se livratout oiilier anx eludes (jui avaient 
laiitd'allrails pour lui. Uejailavait public un opuscule 
tres-agreablcnient ecrit, en ()rose melangee de vers, 
et intitule Voijage au Jardin du Hoi , ouvrage extreme- 
ment rare aujourd'hui, et qui annonce les heureuses 
dispositions de son auteur. Mais le veritable debut de 
Lingnet dans la carriere litleraire ne dale quede 1701, 
epoque oil, a I'agc de 25 ans, il publia son histoire du 
siecle d' Alexandre. 

Get ouvrage fit une veritable se.'isation par les idees 



— 408 — 

neiives qu'il renferiue, par une censure judicieuse ol 
hardie d'anciennes opinioos accreditees par les nonis 
de Bossuet, de Rollin et autres ecrivairis de haute rc- 
nominee. 

Ce n'est pas seulement I'histoire du conqucranl, du 
heros que Lin<,met se propose d'ecrire : c'est sous un 
point de vue lout-a fait nouveau qu'il veut Icfaircen- 
visai^^er; il regarde le siecle d'Alexandre conimc I'epo- 
quela plus interessante de i'hisloire de rosi)rit liumain, 
il examine ce qu'etaicnl les nations qui occujiaient la 
scene du monde, avant qu'Alexandre ne vint Tenvahir. 
11 cntre dans des details assez elendus sur les gouver- 
nementSj les moeurs, les usages, les lois, les inipols, le 
commerce, la litteralure, la religion et la philosophic 
des divers peuples avant et apres Alexandre; cnfin il 
trace a grands traits la situation du monde a Tepoque 
oil vivait I'horame extraordinaire dont il ecrit soramai- 
remenl I'histoire. II est impossible de renfermer plus 
d'erudition, de veritables connaissances, dans un ca- 
dre aussi resserre, oii la diction est toujours rclevee 
par la magic d'un style aussi pur que constamment 
correct. 

Linguet publia ensuite divers ouvrages egalement 
remarquables, jusqu'en 1764, epoque oii il se dccida 
a embrasser la profession d'avocat, et a entrer au Bar- 
reau. II nous apprend lui-merae les motifs qui out de 
termine sa resolution, a J'ai vu de bonne heure, (dit-il), 
» que ce n'elait pas dans ma famille que je devais at- 
» tendre la fortune. Jecroisqueje m'en serais passe 
» tout comme de la celebrite, si la volontd impcrieuse 
)) d'une a'ieule, ne m'avait, apres des tentalives ass-ez 
» faibles dema part dans plus d'une carrierc, ne m'a- 



— m) — 

» vail, dis-jt', pousse vers luie, oil Ton ju-ul espc'rcr 
» voir I'aisance accompagner la gloirc, cl on iHrc Ic 
» fruit. >) 

Cc fut done determine par les instances de son aieule 
que Linguet vint prendre a Kcinis le grade de li- 
cencie en droit , et fut ensuite inscrit sur le tableau 
des avocats au parlement de Paris. 

Parler iei des succes qu'il y oblint, des causes im- 
porlanles dont il fut charge , et dans lesquelles \\ de- 
ploya un si beau talent oratiire; signaler les cin-ons- 
tances cxiraordinaires qui donnerent naissance aux 
deineles qu'il eut ensuite avec I'ordre des avocals , et 
qui se lerniinerint par sa radiation du tableau, serait 
devancer le desscin que j'ai nianifeste , de me livrer 
plus lard a une analyse raisonnee de ses nombreux 
Guvrages. A mesure que j'enlrerai dans cet examen, 
les diflerentes phases de sa vie trouveront mieux 
leur |)lace , elles prcsenteront plus d'interet , qu'en 
les agglomerant sechement aujourd'hui , sans pouvoir 
developper en memc temps les causes qui en ont 
rendu le cours si orageux. 

Je crois done devoir me restreindre a reunir, h con- 
signer les circonslanccs malheureuses qui ont amene 
la catastrophe qui a lerniine sa vie dans loute la ma- 
turite de son talent. 

En s'eloignant du Bareau , Linguet avait repris la 
redaction d'un journal politique cl lilteraire, dont il 
s'etail deja precedemment occupe. Quelques censures 
un peu vivos de plusieurs actes du gouverncment , lui 
susciterent des ennomis puissants parmi les ministres de 
Louis XVI. M.de Vergennes principaloniont, minislre 
des alVairesetrangeres, ne pouvail lui pardonner de no 



— 410 — 

le (lcsiii;ner qne sous le noiu de luinislre etrangcr aux 
a (la ires. 

Linguel craii^nanl pour sa surclo personncUc , sere- 
tira en Anylelerre. Ce ful la qu'il commcnca la publi 
caliondc st.s annales poliliques el lilleraires, si conuues 
clans le temps, si eslimcesaujoiirtriuu , et qui lui as- 
sigiiereut le premier rang parmi les pubiiciles de 
rei)oquc. 

En 1778 et 79, appele pardes inlerels parliculiers, 
ii reviiit dillerentes fois en France, suns y etre aucu- 
iiemcnt inquiele pendant lesejour qu'il y fit. 11 n'eii fut 
pas de memc en 1780; momentanemenl de retour a 
Paris, et traversaut le faubourg Saint-Antoinc pour se 
rendre a la campagne oil il devait diner, il ful ariete en 
plein jour, et depose a la Bastille, oil il sejourna pendant 
20 mois, sans que pendant celtelongue detention il piit 
obtenir le moindre eclaircissement sur les causes de sa 
captivile, comine aussi il ne lui en fut donne aucun, 
lorsde sa mise en liberie au mois de mai 1782, en lui 
annoneantsimplement qu'il devait s' eloigner de qua- 
ranle lieues de Paris. 

Ce ful alors qu'il vint babiler Bruxelles, oil la i)ro- 
tection specialede I'empereur Joseph II luiassurait un 
asile aussi siir qu'agreable. II y conlinua ses annales, 
jusqu'a I'epoque oil la revolution de 89 vint changer 
en France la face du gouvernement. II crut voir s'ouvrir 
une carriere plus propice a ses talents lilleraires, a son 
genie observaleur, et il ceda au desir de revenir aParis. 

Linguet conlinua ses annales , et ajouta encore a la 
haute repulalion dont il jouissait , par la sagesse des 
vues qu'il y developpa , et par I'esprit de moderation 
qui dirigeait sa plume. La solidile de son jugemenl le 
preserva de cetengouemeul qui dans les premiers mo- 



— 411 — 

mcnts d'oll'oivesconce, stkliiisil, oi^ara Ics iiioilleurcs 
leles. 

Ennemi jure du clcspotisme , dont il avail, cu taut 
a se plaindrc, ildesirait vivcrnent la reforme desahus, 
maisil eiille courage de s'elevcr contre Iapreci[)ilalion 
avec laquelle les asseniblees conslituantcs el legisla- 
lalivos sapaicnt, j usque dans ses foiulements le grand 
etiilice social, ouvrage du tem[)s et de I'exiHM-ience de 
nos peres, sans songor a reuiplacer i)ar de sages ins- 
titutions, I'ancien ordre des choscs que I'on boulevcr- 
sait si violerainenl. Lc premier des ecrivains de cette 
epoque, Linguct signala tons los maux qu'un sysleme 
aussi vicieux dcvait deverser sur la France. 

Avant raeme que la lourmente revolutionnaire ne se 
deployiil dans toute sa force, Linguel avait eu la prudence 
de deposer son burin , et de renoncer a toute discussion 
politiipie : retire dans une trcs-jolie proj)riete qu'il 
avait acquise a Marne pres Ville-d'Avray, il ne s'y 
occupait plus que de travaux lilteraires et agricoles. 

Devenu niaire de sa commune, il s'opposa aux vio- 
lences des anarcliistes de son canton, avec une energie, 
avec une fennel^ qui altira sur lui I'animadversion 
des chcis du parti , et reveilla la liaine de quelques 
anciens eunemis. Denouce au club des Jacobins , au 
comite de salut public , comme partisan des arislo- 
crales , il fut arrelc conime suspect et conduit a la 
Conciergerie. 

Une maladie grave dont Linguet fut atteint pen de 
jours apres son entree dans cet horrible sejour, scniblait 
»Hrc un bienlait de la providence : il aurait pu lui de- 
voir la conservation de ses jours. Eu cll'el. il fut Iransl'ero 



— 412 — 

dans unc maison tie sante du faubourg Sajnt-Aoloino, 
qui avail t'le couvertie cii maison d'arret. 

Les eveiiomfcnts sesucci^daient avecune telle rapidile 
que n'elant plus sous les ycux des bourreaux , Linguel 
en fut bieulotcompletement oublie. II cutcertaincment 
eeliappe a leur fureur, si a peine revcnu Ji la sante, 
rirapctuositedeson caraclere ne I'eut poussea des d-- 
marches qui devaient decider sa perle. 

La liaine innee en lui conlrc tout ce qui etait despo- 
lisme, le revoltait conlre la detention arbitraire dont il 
etait I'objel : une des vexations qu'il ne pouvait suppor- 
ter etait la conduile du commissaire de sa section, 
qui s'etait approprie I'usagc de ses chevaux, de sa voi- 
ture, de ses domestiques , et lui faisait payer bien 
exactement cliaque scniaine, la nourriture des uns et 
le salaire des autrcs. Fort de sa conscience, ne pouvant 
croire que la justice n'existat plus en France que de 
nom, il voulul , malgre les instances de ses amis, les 
supplications de sa faraille, presenter a la Convention 
une rpquete dans laquelle, tout en se plaignant amere- 
ment dela detention illegale qu'on lui faisait subir, il 
demandait des juges devant Icsquels il put connaitre, 
confondre ses accusateurs , et demootrer son inno- 
cence. 

La liardiesse, I'encrgie de sa petition reveillerent la 
haincassoupie. Peu de jours apres il fut rcintegre a la 
Conciergerie, traduit devant le tribunal de sang, et 
condamne avec soixante-douze autres victimes, con- 
vaincu, dit I'arret inique , d'intelligence avec les pretres 
refraclaires et la famillc des Bourbons. 

Le 9 mcssidor an II, Linguct fut conduit au sup- 
plice : il murcha vers I'echafaud aveccette tranquillite, 



— 413 — 

colle I'ermele , I'onijtaf^nes inseparables do riiiiio- 
cence, Dans Ic trajcl , il chercliail a soulcnir par ses dis- 
cours le courage de ses conipagnons d'infortune, el, 
prive comine eux a celle terrible epoque des eonsola- 
lioiis dela religion, il recitaii a haute voi\ des passages 
de Seneque surle niepris de la mort. 

Un des prineipaux motifs de la condamnalion, cpii 
ne tut consignc^e dans Tarret que sous les rnots vagues 
d'inlelligence avec les Bourbons^ fait trop d'lionneur a 
la memoire de Linguct pour que je ne m'eraprcsse pas 
de leretablir ici. 

Lorsquerinfortune Louis XVI fut mis en etatd'accu- 
salion, Linguel sollicita vivement I'lionneur d'etre mis 
an nombre de ses defenseurs. Dans une letlre qu'il 
adressa au malheureux monarque, il developpait le 
plan qu'il sc proposaitde suivre dans sa defense. Ses 
ofiVes ne furent pas acccptees, parce tpie deja le roi 
avail fait choix tie deux jurisconsultos celebres, de 
Maleslierbes el Tronchet, Celte letlre relrouvee dans les 
papiers du prince ne pouvait Irouver grace aux yeux 
ties tyrans quidecimaient lamalheureuse France, el la 
compassion inanifeslee pour de grandes iufortunesetait 
aupres d'cux un crime impardonnable. 

Linguet peril a 50 ans, el par const^quenl dans toute 
la raaturile de son talent. Sa mort n'a precede (jue dun 
mois, jour pour jour, la cliTite du feroce Robespierre. 
S'il eut pu survivre a celte mtMnorable epoque, on pent 
presumer (juelle brillante carriere se tut ouverte pour 
lui, sous la protection du grand liomniecpii viiil cicalri- 
ser les plaies de la France, el reunir autour de lui lous 
les talents assez heureux pour avoir echappe a la faulx 
n'volutionnaire. 



— 'tVi — 

Liiiguel a du laisser (U's mamisorits prOcieux qui 
ii'iiuronl ccrlainenunt pas ole pcrdus pour lout le 
montle. J'ai parfois ronianjuo dans les on v rages d'nn 
criliquc v\ fouilletonisle cclehro sous I'cnipire, dos 
luoircaiix qui avaient pour nioi des airs de faniillc avec 
lesticritsde Linguet, elsurl'origine desquolsjene crois 
pas me Iromper : nous avions d'aillours la certitude 
qu'il s'occupaitdepuis longlemps d'unc histoirc com- 
plete de la France , liistoire que ses etudes particu- 
lieres le ir.eltaient plus que personne a meme de bicn 
ecrirc. 

Lorscpi'apres la chiite du gouvernement revolutiou- 
res les bicnsdcscondamnes poliliques furcnt rendus a 
leur famille , nous sollicilames la remise des papiers 
qu'avait pu laisser noire inforlune parent : il nous fut 
repondu qu'il n'en exislait plus aucune trace, que sa 
bibliotliO([ue enliere, ainsi que lous les papiers, ouraa- 
nuscrils qui s'elaient Irouvesdaiis son cabinet, avaient, 
ele transporles en masse a I'Ecole JMilifaire, et em- 
ployes a faire des cartouches !!! 

Linguet etait d'une taille moyenne, assez raaigre, 
il'une constitution frele en apparonce, mais robusle au 
fond; rien de bien saillant dans ses traits, mais dans la 
chaleur du debit ou de la discussion, son ceil ctince- 
lait, sa pliysionomie s'animait, tons les sentiments que 
I'orateur exprimait venaient s'y peindre avec unc mo- 
bilite qui ajoutait beaucoup au charnie de son debit. 
Son organe elait peu elcndu, mais clair et sonore, 
et il arliculait avec une telle nettete, qu'a rextremite 
meme de la grande chambre du Parlemont, on ne per 
dait pas un mot de ses plaidoyers, 

II avail la reparlie extremement vive el piqiiantej: 



— 415 — 

il savait avec a-propos distrihuor I'riogc ot profitjM' 
(les circonsfanccs fnvorahlosa sa cause. Dans uiiedcs 
proniitTos alTaircs dont la dofonse liii fiit conCiec, il 
a\ait poiir ])artie ad verse M. Gerbier, doiil la repu- 
tation elait colossaleau palais. II s'agissait d'uti grand 
seigneur qui, a la suite d'une didiculle d'interetssurve 
nue entre lui et un particulier, s'elaitdans la chaleur 
de la diseussion oublie au point <le le pousser asscz 
violemmenl pour lefaireroulerenhasd'un esralier; ilen 
elait resulle uue luxation du bras lelleuient grave qu'il 
avail fallu en venir a I'amputation de la partie frac- 
liiree. Dela plainteet proces a la Tournelle. 

Gerbier avait defendu le puissant personnage avec 
un talent vraimenl extraordinaire ct digne d'une ineil- 
leure cause. Linguet, danssa replique, dit que tel elait 
relVet jjroduit par Teloquence de son confrere, que le 
pauvre ferniier lui-meme; quoiquc parlie lesee, n'eiit 
pu s'empecher de joindrc ses applaudissenients a 
ccux de I'auditoire, si la brutalite du client de I'illus- 
tre avocat n'eut prive a jamais celui du raodeste de- 
butant, dela possibilite de donner ce signe d'apjiro- 
bation. 

Get eloge delicat, qui faisait ressortir en nierne temps 
loute la gravite du debt, fit une telle impression sur la 
conr, qu'elle alia de suite aux opinions, el prononca 
une condamnation severe centre le grand seigneur; 
bien enlendu que la condamnation nefutquepeeuniaire, 
ce qui etait deja beaucou}) pour I'epoque, oil eette 
scene se passait. 

Dans unecirconstance oil Linguet ne devait pas etre 
dispose il la plaisanterie, il lui echappa une repartie pi- 
quante, qui prouve toute ia vivacite de son esprit. Ce 
fut le lendemain de son entree a la Bastille. Le porle- 



— VI 6 — 

clefs inlroiliiisil des le matin dans sa chambre uh 
lionimo long ct maigrc, qui s'approchant avec maintcs 
salulalionsjui (Htqu'il venaillui olVrir scs services. — 
Qui ek's vous done? demande Lingucl. — Le barbier 
<le la Bai^tillCj pnur vous scrvir, lepond le nouvel arri- 
vanl. — Le barbier de la Bastille, s'«5crie viveraent Lin- 
guel! Ell mon ami que ne coniinenciez-vous par la ra- 
ser! — 11 ne prevoyait guere que liuit ans a peine 
apres, la main puissante du juniple se chargerait decet 

fittlCC. 

Linguet elait doue d'une mcmoire prodigicuse, et il 
I'avait bien cuUivde, car je lui ai entendu dire que 
pendant plus de dou/.e ans, il avail constamniant tra- 
vaille au raoins douze hcures par jour. Ilcomposait 
avcc line facilile extraordinaire. Sa raain,qiioique tres- 
cxercee, ne pouvait suffire a rendre la rapidite de ses 
idecs, aussi ne Iragait-il souvcnt qu'une portion des 
lettres necessaires a la construction des mots, ce qui 
rendail son ecrilure Ires-difficile a lire, parce qu'il fal- 
lait conslamnienl suppleer a ce qui raanquait. 

En hivcr comme en ete, Linguet se levait de qualre 
a cinq heures du matin, et travaillait liabitueliement 
jusqu'a pareilie heure du soir, ne prenanl dans ce 
long intervalle que quelques lasses de the. 

Tel tut Linguet. Ses ennemis Ton I represente comme 
un homnie d'une susceptibilite, d'une exigence extraor- 
dinaires, d'un caracterebouillant,imperieux, tres-iras- 
<?ible. J'ai vecu assez longlemps avec lui pour le 
bien connaitre, et je puis affirmer qu'il elait dans son 
interieur d'un commerce doux , facile ct agreable. II a 
eprouve lanl d'injustices, qu'il est bien excusable, si 
parfois il en a pris et lemoigne de I'humeur : comme 
il senlail tr«>s-vivemcnt, il riposlait de meme. 



— 417 — 

On ne pent disconvonir que les tracasscries dont il 
fut souvent I'objet ct la victime, n'aient indue d'une 
maniere tr6s-prononcee sur sa gloire litterairc; il atitd 
force do donner a des discussions polcmiques, sans au- 
cun inleret pour la generation actuelle, un temps pre- 
cieux, ctdes talents qui eussent ete raieux employes a 
la composition d'ouvrages dc littcralure el d'histoire 
plus dicnes delui ctde la posterite. 

Quoiqu'il en soil, si une plume plus exercee que la 
niicnne voulait prendre la lachc de I'envisager commc 
historien, comme orateur, commc publicistc, comme 
litfe'rateur, comme critique, elle Irouverait ample ma- 
tiere a faire son elogc, et il lui serail facile de prouver 
que Linguct fut un des bons ecrivains du dernier 
siccle, et un orateur distingue dont le nom sera tou- 
jours un litre d'honneur pour la ville qui I'a vu naitre. 

Les principauxouvrages de Linguet sont : VJlistoire 
dusieclc d' Alexandre ; rjlisloire des re'volulions Romai- 
nes^ faisant suite aux Irois volumes de I'abbe Vertot ; 
rilisloire impartiak des Je'suiles; La The'oriedes lois ci- 
viles; Des Canaux namjahles en France; Essai sur h 
Monachisme, el enfin les Annales lilic'raires formanta 
elles seules vingl volumes grand in-8. 

On a aussi dc lui une intinite de memoires et plai- 
doyers,dont les plus saillants sont ceux pour le comlede 
Morangies, \&com(csse de Heihune, \educ d'Aujuillon, 
etc., etc. On voil que le nombre de ses produclions est 
assez Tolumineux, el qu'il est facheux que Ton n'ait 
pas encore songe a donner une edition de ses rruvres 
cboisies. Ce serail, je crois, faire une cliose utile a 
riiistoire, a la lilleralure, an barrenu et a la librairie. 



— 418 — 

Dans les Annales civiles, politiques ct lilleraircs, 
on trouve une foule do fails curieux, de reflexions ju- 
dicieuses qui donnent la clef d'une infinite d'evene- 
mentSjdunt il prevoit les resultats avec une sagacile qui 
lui fail le plus grand honneui. Ses annales seronl tou- 
jours consultees avec fruit, par lous ceux qui voudront 
ecrire I'hisloire des temps modernes. 



^-^?mWa---^- 




ESSAl 



HISTORIQUE, CRITIQUE ET LITTERAIRE 

SUR LA VIE ET LES OUVRAGES 



DE 



JEAN GOULIN, 

MEDECIN, N£ a REIMS, 

Par M. le Docteur PHILIPPE. 



Messieurs , 

Cost surlout aux societes lilteraires qu'est confie'c 
riionorable mission de faire parailrc an grand jour les 
travaux des honimos qui se sont rendus eininenls a 
quelque tilre que ce soil ; c'cst un devoir pour elles de 
derouler le tableau de leur laborieusc carriere , et de 
rendreii leur memoire un pieux et solennel honiniage: 
aussi , Messieurs, je crois avoir inlerprele fidelement 
les sentiments de I'Aeademie de Reims, el avoir con- 
quis les sympathies , en esquissant la vie de I'un des 
hommes les plus savants qui aient eu noire eile pour 
berceau. 

Toute ma crainte, aujourd'liui . est de ne pouvoir 



— 420 — 

faire ressortir au grii des dcsirs et des justes exigences 
de celte Sociele, d'imraenses et iniportantes oouvres, 
et de rester bien au-dessous de raon sujet. 

En general , on no prend pas un grand interet a 
I'histoire d'un honinie , quelque cclcbre qu'il soil , 
lorsqu'il n'a joue aucun lole sur la scene du n)onde ; 
mais poiirlant , lorsque cct liomme a fait preuve dans 
ses norabreux ouvrages, de la plus "vasle el de la plus 
prodigieuse erudition , lorsqu'il s'est distingue avec un 
succes a peu pres egal dans presque lous les genres tic 
litterature, alors toute inquietude doit cesser, on pent 
esperer de lui conquerir les suffrages , et ce n'est pas 
une temerile de compter pour lui sur I'admiralion et 
la reconnaissance publique. 

Telles sont les considerations qui m'ont determine. 
La route qu'ii me faut parcourir , pour arriver a mon 
but, est longue et seraee de diflicultes : plus d'une 
fois , avant de m'y engager, j'ai senti mon courage 
defaillir. Ebloui par reclal de cetle iete Academique , 
j'aurais renonce a I'insigne, mais perilleux honneur de 
parler dcvant des juges aussi eclaires, si en parcou- 
rant cette enceinte, mes regards n'avaient rencontre 
des auditeurs pleins d'indulgence et sensibles a I'altrait 
de la science. 

Dans la rue des Telliers, vis-a-vis le portail de 
I'Eglisc Saint - Pierre , une maison de chetive ap- 
parence renfermait au commencement du dernier 
siecle , une famille malheureuse qui vivait avec peine 
du produit d'un travail peu lucratif. C'est la que 
naquit le 10 fevrier 1728, Jean Goulin , eel honime 
dont le nom n'est peut-etre pas meme connu de vous, 
et avec lequel je viens aujourd'hui vous faire faire 
connaissance. Son pere , pauvre taillcur d'habits, le 



— i21 — 

iaissa orpheliii alors qu'il etait h peine erilie dans la vie. 
Sa mere appreciant toiUe rclcndue de la perte qu'elle 
v(^iiait dc faire , ne troiiva plus d'aulre consolation au 
monde quo dans son Ills doiil elle ful elle-meine le pre- 
mier mailre. Feraine d'originc obscure, uiais d'une 
trempe d'csprit peu commune , elie consacra tous ses 
raomenls a i'instruction de cet enfant; elle iui faisait 
r^peler des lecons de {^ranimaire tous les jours avant la 
priere du soirj; elle allail quelanl parloul des livres 
d'hisloire et de morale dont elle Iui lisait les plus beaux 
passages; enfin, par une sollicitude de tous les instants, 
elle parvint a cvciller dans son jeune eleve cette pas- 
sion pour la lecture et cette avide curiosite de savoir 
qui , comme le dit lui-meme Goulin dans ses memoires, 
ont fait le principal ressort de sa vie. 

On se plait a reclierclier dans ie premier age des 
hommes qui se sont rendus celebres, les premiers traits 
de genie qui les revclent a leurs contemporains; a cet 
egard, I'enfance de Goulin fut toulc negative; elle ne 
Iaissa pas echapper de ces eclairs qui sont comme le 
presage d'uii brillaut avcnir et que I'avenir ne dement 
que trop souvent ; seulement, il se fit remarquer par 
une aptitude precoce aux travaux de I'esprit el par une 
application opiniatre qui porta plus d'une fois at- 
tcinte a sa constitution frele et maladive. Avec ces dis- 
positions, Goulin entra dans uue ecole oil il apprit 
bienlot tout ce qu'on pouvail y apprendre : provision 
bien Icgere sans doute , mais plus que suflisante pour 
Iui qu'une fortune conlraire semblait condamner a 
passer ses jours dans I'humble atelier de son pere; 
mais un genie bienfaiteur veillait sur cet enfant. Soil 
dessein , soil hasard , un homrae qui cacha toujoura 



— 422 — 

ses bienfaits sous un voile que la reconnaissance n'a 
pu penetrer , vit Goulin , et le voir c'elait I'aimer. II 
demela sous dcs dehors simples et negliges , sous un 
air grave et refleclii quelle etail la vigueur et la sa- 
gacite de sou esprit; il le regarda eonime son enfant, 
le fit entrcr au college, et pour metlre le comhle a tant 
de felicites, il lui donna dcs mailres particulicrs. Benis 
soient les hommes qui tendent les mains au merilo 
naissant, et aplanissent devant lui lesdifticuUes que lui 
suscilenl Irop souvent la misere et le denucmont ! Dans 
une situation si lieureuse , Goulin ne negligea rien de 
ce qui pouvait I'lionorer aux yeux de son bicniaiteur : 
tons les ans il venait deposer aux pieds de sa ra^re les 
palmes qu'il avail cueillies dans ses lultes lilteraires , 
et ces premiers succes presagcaient les vicloires ecla- 
tantes qu'il remporta plus lard dans les joules Aca- 
demiques. 

Guide par son etoile , et cedanl a la voix d'un secret 
instinct, Goulin fit ses atlieux au college de Reims et 
se rendil a Paris oil de nouveaux trionipbes rallen- 
daienl; il enlra au college de Navarre, d'oii sonl sorties 
tant de lumieres el de vertus. L'abbe Balleux , si 
connu dans la republique dcs lellros, et qui etail alors 
professeur d'eloquence dans celte institution, remarqua 
ce jeune homme au caraclere reveur el meditalif, a 
qui les langues anciennes elaient dcja familieres ; il 
se pint a developper en lui les premiers gerraes du 
talent el du gout , el ce qui est une condition necessaire 
de tons les succes durables , il inspira au jeune Goulin 
la passion des etudes ausleres. 

Anime par ce grand modele, ce sludieux enfant 
^/assait ses nulls a Iraduire Horace , a lire Terence e( 



— 423 — 

Qiiinlilion, et I'aulKi malinale I'a surpris plus d'une 
fois mcdilant les doctrines luetaphysiques des philoso- 
plies aiiciens. 

Ainsi le tableau du premier age qui, dans les hommes 
vulgaircs , ne prescntc qu'un tissu de faiblesses, revele 
dans Goulin les premiers indices d'une ame fortement 
Irompee. Mais bicntot arriva I'epoque difficile oil il 
fallut se decider pour une profession : Goulin devait 
etre d'aulant plus embarrassc dans son clioix, que la 
variete de ses connaissanees el la soliditc de son esprit 
le rendaient a peu pres propre a toutes celles qui exi- 
gent des lettres. Pourlant le souvenir de ses annees de 
college I'invitait h se consacrer au culte des Muses 
dont I'amour ne s'eteint jamais dans le cccur de celui 
qui I'a une fois senli ; mais sa mere , modele accompli 
de la piele la plus pure , sa mere qui regardait a juste 
litre I'etat ecclesiaslique eomme un sanctuaire oil les 
verlus morales se conservent et se perfeclionnent, de- 
sira qu'il entrat dans les ordres; il avail une autre 
vocation. 

Les jeunes gens ont en general plus de resolution 
que les hommes nmrs; ils ignorent Tart de legilimer 
par de faux arguments et un langage sophistique , une 
demarche oblique que la conscience reprouve et de- 
savoue. 

u Un horaine de qu.'irante ans , dil Goulin, aurait 
). signc la buUe unigenilus , pour se consorver une 
). place; je ne I'aurais pas signec pour conserver mes 
» jours , parce qu'en la signant j'aurais agi conire nion 
» honneur el ma conscience. » Goulin ne consent il done 
pas a entrer dans les ordres. 

Tout inleresse dans la vie d'un hommc celebrc, mais 



— 424 — 

on y recherche surtout avec avitlile tout ce qui pent 
Jeter quelque jour sur la niarche do ses travaux; on 
voudrait le suivre dans tons les detours par oii il a 
passe pour fonder sa renoramee ; on voudrait demeler 
jusque dans ses premiers pas quelque chose de la 
tournure de son esprit et du caracterc de ses pensecs. 

La vie de Goulin presente un de ces exemples trop 
rares peut-elre pour I'inleret des lellres , niais au 
moins trop rarement recueillis pour etre oQerls a la 
curiosite publique , du mcrite luttant sans cesse conlre 
I'adversile , puisant de nouvelles forces dans les obs- 
tacles merae qui s'opposent a son devcloppemeni, et 
recueillantpour prixde ses eflorts I'avantage de devoir 
alui seul les succes auxquels il parvint; c'est un encou- 
ragement precieux a oft'rir surtout aux jeunes gens qui 
se vouenl au culte des sciences graves et austeres , et 
qui s'engagent dans celte route douce et facile en ap- 
parence, sans songer aux epines (ju'ils rencontreront 
dans leur chemin. 

La mort avait enleve a Goulin son bienfaiteur; sa 
mere qui avait eu a supporter des charges nombreusos 
et qui etait convaincue que le talent peut suffire a tout, 
laissa a son fils le soin de chercher une carriere qui 
fut couforme a ses goiils. 

Un ami chez lequel il goutait depuis plusieurs mois 
les douceurs d'une franche et cordiale hospitalitc^, I'en- 
tretint de la dignite et de la pjofession d'avocat; celte 
proposition sourit a Goulin , mais la necessite des de- 
penses enormes auxquelles il etait hors d'etat de pour- 
voir, et la perspective d'une carriere oil il faut long 
temps semer avant de pouvoir recueilllr, le determine- 



— /i25 — 

rent a renoncer a une profession (jii'on iui av;til f;ul 
envisager sous un aspect tiop seduisant. 

Pourtantj on essaya de I'inilier dans le barrcau, en 
le placant chcz un dc ces officicrs publics qu'on appe- 
lail procureurs, el il enira clic/, un dcs principaiix 
coryphees dn [larli jansenislc oii Ton cnseignait les 
ruses et les sublililcs de la chicane. 

Voilh done un jeunc homme qui avait cle I'honncur 
du college de Navarre, qui savait par coeur Iloniere, 
Virgile, Horace et Ciceron, qui avait deja donne de 
riches traductions d'une fouic d'auteurs grecs et latins, 
dont I'csprit etait meuble de toutes les richcsscs clas- 
siques, engage dans le tortueux dedale dcs procedures , 
rabaisse au niveau des expeditionnaires, et occupe a 
transcrirc des exploits et des sentences. II sentit bien- 
tot que cetle carriere ne pouvait Iui convcnir, et d la 
quitla pour suivrc celle de renseignement. 

Fier d'un eleve qui avait eld si eminent dans ses 
classes, Tabbe Balleux le pourvut d'une place de pre- 
cepleur qu'il conserva pendant plusieurs raois, parta- 
geant son temps enlrc les penibles devoirs de sa pro- 
fession et la meditation des auteurs aneiens dont il f;ii- 
sait sa passion exclusive. Conime il connaissait mieux 
que personne le prix du temps, il Irouvait encore des 
moments pour travailler avec un homme de leltres dis- 
tingue de cette epoque , a un ouvrage important et de 
longuc haleine,qui, malheureusement, n'a pu voir le 
jour, faule d^irgcnt i)our le livrer a Timprossion. Ce- 
pendant, indigne de ce que la famillc oil il etoit n'ap- 
preciait pas le bonheur d'avoir un instiluteur probe et 
moral, profondement blesse du pen d'eslimc qu'on 
accordail au prccepteur qui dtait assimile, pour ainsi 



dire, aiix valets de la maison , Goulin secoua le joug 
intolerable qui pcsait sur lui el alia reprendrc, dans sa 
mansarde, ses habitudes d'independance. 

II passa ainsi plus d'une annee; il supportait avec 
la plus stoique Constance les privations Ics plus 
dures, ou piutot il les oubliait facileraent: car tout ce 
que d'autres auraient juge nccessaire lui paraissail a 
peine desirable. On ne peul lire sans altendrisseraent 
les details qu'il donne de sa raisere, quandil eutquilte 
la maison deson eleve; on ne peut retenir ses larmes 
quand on le voit aux prises avec la faim, et quand pour 
faire taire la vois iniperieuse de ce premier besoin de 
la nature , on le suit courant de bibliotheque en biblio- 
Iheque, se livrant avec un acliarnement et une perse- 
verance dont I'histoire des sciences n'offro peut-etre 
aucun exemple, a des reclierches historiques et litterai- 
res qui devaient etre le fondement de ses grands tra- 
vaux, oeuvres prccieuses qui dorment ignorees au mi- 
lieu de nos rares manuserils, et dontje regrette de ne 
pouvoir vous douner aujourd'hui I'analyse. On doit 
savoir grea ceux qui mettent une partie de leur gloire 
a augmenter celle des autres_, soit en traduisant des ou- 
vrages inaccessibles au vulgaire, soit en reunissant des 
meraoires dout la collection interesse les progres des 
sciences ou des leltres, ou encore en faisant revivre des 
noms eteints ou des gloircs oubliees. Ce genre de tra- 
vail n'est pas le seul auquel Goulin se soit livre, niais 
il est I'un de ceux auquels il s'est adonne par predi- 
lection. Comrae il savait lire dans leur langue origi- 
nate lesauteurs liebreux, arabes, grecs , latins, il a en- 
trepris une foule de traductions , revise des textes mal 
interpreles, moins dans I'espoir de tirer de ce labeur 
aucun profit, ce qui lui eiit ete facile et legitime, mais 



— 427 — 

dans la scule vue de perfeclionncr son inslruclion el 
d'agrandir le champ de ses connaissances. 

Ricbedes tresors de rantiquile, Goulin alia sc pre 
senter avec son bagage bUeraire a son oncle alors be- 
nediclin a Saint-Denis. Peu soucieux d'une renouiniee 
precoce qui le signalait a I'allenlion du monde savant, 
d sollicita de son parent I'agrement d'enlrcr dans cet 
ordre rebgieux donl I'erudilion est devenue proverbiale. 
Son oncle, malgre les instances snppbanles de I'abbe 
Batteux, et pour des motifs qui sont tonjours restes 
inconnus, bii refusa son assenliment et priva cette sa- 
vante societe d'un homme qui n'eut pas nianciue d'etre 
I'un de ses plus infatigables collaboralcurs. Goulin sa- 
crifia ses goiils a son devoir; ii obelf. 

Cependant sa sante que les privations de toute es- 
pece et que ses brulantes nuits d'eludes avaieiit deja 
sensiblement allerce, sedelabra tellement qu'ilfiitcon- 
Iraint de revenir a Reims, pour puiser au milieu des 
joies de la famille, les forces que lui avait enlevees la 
vie necessiteuse de Paris. 

11 resta deux mois pres de sa mere. 

Mais bientot une inquietude qu'il ne pouvait mai- 
triser et qui n'est que I'instinct du genie, le faisait ge- 
mir sur les moments pre'cieux qu'il passait dans I'inac- 
tion, et le porlait malgre lui vers une situation qu'il 
chercbait sans la connaitre : une ardcur lievreuse le 
poussait vers Paris dont le sejour etait pour lui uu be- 
soin irresistible. 

Paris etait a cette epoque , comme aujourd'hui , la 
villc du monde la plus spirituelle et la plus polie; ello 
avait ses artistes, ses poetes, ses ecrivains, ses pljiJo- 



- 428 — 

sophes; elle avail ses theatres, ses academies, ses 
combats et scscouronnes lilteraires. 

Dans un sejour si plcin de charmes et quelque vive 
impression qu'en resscntit Goulin , que lui imporlaient 
etlesprodigcsdesarts, etles merveilles du luxe, etcetle 
tMegance de mauiere a laquelle repoiidail si peu la siin- 
plicile des [siennes? il ne vivait dans Paris que pour 
etudier. 

Oq concoit que dans celte brillanle cite oil mille 
jwrtes sont ouverles a I'amour du savoir et oil I'ins- 
truction est aHs>i diversifiee que les talents, on concoit, 
dis-je, que Goulin ne tarda pas a decouvrir qu'elle 
etait la nature du sien. Conduit, soit par le hasard , 
soil par une espece de divination, a d'eloquentes le- 
cons de mddecine, sur le champ son choix est fait el 
son parti pris; d'audileur il devient disciple, et, seui, 
sans appui, sans recommandation comme sans res- 
sources, il va se refugier dans THotel-Dieu de Paris, 
pour y aborder I'elucle epineuse de I'art de guerir. 
C'est en vain que I'abbe Balteux qui le destinait aux 
ordres le detourna de son projet et voulut I'arreler sur 
le seuil du temple d'Esculape : sa resolution fut in- 
flexible. 

Paris s'lionorait alors , malgre la faiblcsse el rim- 
perfection de Tenseignement public, d'un petit nombre 
de professeurs dont le savoir el I'eloquence donnaieut 
a I'analomie, a la medecine et a la chirurgie un eclat 
que ces sciences n'avaient nuUe part a un egal degre. 
On voyail briller parmi eux rillustre succcsseur de 
Winslow, Ferrein, aux cours duquel la jeunesse slu- 
dieuse se pressait tons les jours ; Vicq-d'Azir, dont le 
genie profond et les immortels travaux preparaient la 



— /.>29 — 

grande reforme operee plus Jard par Cuvior dans I'a- 
natomie comparee, et tanl d'aulres encore dorit les iioms 
rappellenlde grandcs decouvertcs. Tons prodiguerent 
a Goulin les temoignages do leur bienveillance et le 
guiderent dans les premiers pas qu'il fit dans la car- 
riere. Elcve assidu des plus illuslres nu'decins de I'e- 
poque dans rintimite dosqnels il vivait , il cullivait 
avee un sucoes egal loules les parties do la medecine, a 
I'etude de laquellc il ne consacrait pas moins de liuit 
Iieures par jour. 

Ces grands modeles et ce puissant patronage allu- 
merent dans Goulin la plus vive ardeur; averli par 
son instinct que dans cc concours d'cfTbrls inlellectuels 
qui agitaient Paris, les siens le conduiraient a d'uliles 
decouvertcs , il devint non-sculenient un emulc de ses 
mailres, mais encore un guide fait pour les conduire 
a son tour dans la recherche de la verife. 

Des ce moment done, livre sans partage a sa science 
de predilection , il donna a ses etudes une direction 
fixe , car la Constance imperturbable de ses vues a lou- 
jours etc le trait distinctif de son caractere. 

Cependant le terme des etudes medicales etait ar- 
rive et le temps des actes probatoires approchait. Mais 
le completdenuement oil se trouvait Goulin rompecha 
d'entrcr en licence dans la faculte de Paris. II passa sa 
these dans une autre faculte, et une main genereuso 
vint et paya pour lui Thermine doctorale. 

Maintenant Goulin va-t-il paries ressourccs que lui 
assurera son honorable profession , Iravaillcr a mellre- 
un terme aux anxietes de sa longue misere? 

II avait goute bien des charmes dans les etudes me- 
dicales, et I'eclal des theories Tavait scduil.Quel altrait 



— .^30 — 

en cftVl, flans celte science qui embrasse tout I'liomnie, 
son organisation, ses facultes, Ics merveilles de son in- 
tellii^eiice , les alterations que lui impriment tous les 
agents de la nature, les habitudes qu'il sefait, les pas- 
sions qu'il se creej les institutions et les lois qu'il se 
donnel 

Mais lorsqu'a ees sublimiles ideales succedent les 
tristes realiles de ce monde, celles surtout que la rae- 
decine aspire a changer, c'est-a-dire les maladies et les 
souflVanccs, leur cortege ordinaire ; lorsqu'il s'agit de 
transformer la science en art et de lui faire tenir tout 
ce qu'elle a proniis, quel cmbarras , que de tatonne- 
ments, que de poignantes deceptions ! que la science 
tient mal sa parole et qu'elle fait rapidement passer de 
la confiance au desespoir! Cos sorabres reflexions ef- 
frayerent Goulin; il renonga a la pratique de la me- 
decine, et bien qu'une place de medecin pres d'un 
comte Palatin lui cut ete offerlc avec de grands a\an- 
tages, il prefdra la vie studieuse el alia se renfermcr 
avec ses livres comnie avec des divinites domestiques 
auxquelles il avait vou6 un culte religieux. 

C'est a cette epoque qu'il faut faire remonter le ma- 
nage de Goulin. En 1766 , il s'allia a une famille ho- 
iiorable qui I'avait comble de bienfaits; il djjousa la 
fillecadettede Paris, cdlebre opticien dont il a public 
I'eloge dans le journal encyclopedique du mois de 
juillet 1767. 

Deux enfants etaient nes de cette union ; il les perdit 
pen d'annees apres leur naissance. Goulin devait etre 
encore frappe d'un plus rude coup , quand il vit des- 
■cendre dans la tombe sa femme , jeunc personne d'un 
'esprit distingue et dont les charmes etaient rehausse's 



— 431 — 

par racial ties plus rares vertus. Le lemps qui use 
tout ne put tarir ses larmes. Dans ces ^ramies infortu- 
nes de la vie, Goulin ne trouva d'autre consolation que 
I'elude el la relraite; il fit ses adieux au monde et se 
relira a Mennccy-Villeray, bieu decide a y passer le 
reste de ses jours; c'est alors (ju'il imagina un nou- 
veau j^enre de travail , celui d'apprcndre I'Arabe, afln 
de lire dans I'original les auleurs qui ont eciit dans 
celte langue, Avicenne surtoul, dont la versinn latine 
est inintelligible et ne peut guercs aider a comprendre 
le texte. 

Rentre a Paris en pluviose an 3, par suite de cir- 
constances qu'il seraittrop long de rappeler , ilappril 
que le comite d'instruction publique I'avait porte sur 
le registre des gratifications , comme ctant un des 
savants qui avaient fixe les regards de la Convention. 
La malveillance vint se jeter a la traverse; I'ignorance 
qui est toujours envieuse et qui n'aime pas a louer 
plusieurs talents dans la merae personne, Taccusa d'a- 
voir donne trop de temps a la theorie et aux sciences 
accessoires , comme si la niedecine etait une science 
sans principe, ct comme si c'elait un devoir de les 
ignorer ou un crime de les apprendre. De coupables 
manoeuvres dont on sait si bien se servir, quand on veut 
egarer les esprits faibles, produisirent tout I'eiTet que 
leurs auteurs devaient en attendre ; on bifl'a le nom de 
Goulin. 

Deux mois plus tard, lors de la creation des cooles 
de niedecine , Goulin fut propose pour etre bibliollie- 
caire de celle de Paris. Certes , il eut apporte dans cet 
emploi les connaissances bibliograpliiques les plus 
etendues et le plus profond savoir; la calomnie lui 



— 432 — 

hernia encore une fois Ic passage : tie tellcs injusUccs 
tloivcnt-elles elonner ceux qui sont accoutumes au 
spectacle des choses humaines? 

Pouitanl la fatalile devait bienlot se lasser de le 
poursuivre ; on lui olTrit, corame compensation de ces 
deux dcnis de justice, une place d'employe dans le 
depot liUeraire national de la rue Saint-Antoine. Goulin 
fut Ires-gracieiisenient accueilli par Ameilhon qui clait 
conscrvateur de cc depot, et ne tarda pas a donner des 
pi'euves de riramensite de son savoir et do son ardcur 
incomparable dans les recherches liistoriques; en deux 
decades, il a\ait fait plus de quinze cents inscriptions 
d'ouvrages grecs el latins. 

Toulefois, trop rcsserre dansl'etroite atmosphere de 
celte place , son genie n'aurait pu prendre tout son 

essor; il fallait a Goulin un tlicatre plus large pour rd- 

pandre lous Ics tresors d'erudilion amasses par ses 

rudes labeurs. 

La Providence lui Tint bientot en aide; en messidor 

del'an 4, il fut eleve a la chaire de professeur d'his- 

toire dela medecine, a I'ecole de Paris. 

Goulin comptait treize lustres quand il aborda la 
carriere si diflicile de renseignement, mais chez lui les 
annecs, au lieu d'aCfaiblir les ressorts de I'esprit, 
semblaient, auconlraire, en raniraer I'activite: la foule 
se pressail tons les jours autourdesa chaire, etce qui 
sans doute etait bien fait pour relever a ses propres 
yeux le prix de ses lecons, c'est que les medecins les 
plus celebrcs de cette epoque les honoraient de leur 
presence, et venaient se meler a la jeunesse studieuse 
des ecoles; et ce trait de deference, ou plulot, eel 
hontmage rendu au savoir ajoutait encore a la juste 



_ 433 — 

adniiralion qu'il inspirait et aclieva tie mellre a sa ce- 
lebrite le sceau de I'approbalion publique. 

On allaitccouter ce vioillard donl le tcint have et la 
pliysiononiic soufl'ranlc attestaientles ravages cousomp- 
lifs des biulanles nuits d'etudes. Muet d'etorinement, 
son immense andiloire recueillait avec avidile les do- 
cuments inconnus que le savant professeur rapjiortait 
de ses laborieuses peregrinations. Avec quel cliarme 
on le voyait percer les voiles tcuebreux des premiers 
ages pour remonter aux sources cachees de la mede- 
cine; avec quel interet on I'entendait discuter les doc- 
trines medicalos de I'antiquite la plus reculee! ! 

C'est ainsi que pendant quatre ans les cours de 
Goulin brillerent du plus vif eclat. On y apprenait, je 
ne dis pas les details de la science medicale , (tous les 
livres lesdonnent), mais I'liistoire et surtout I'histoire 
philosophique de cette science qu'il n'etait donne qu'a 
lui seul de presenter 

Goulin ne se faisait pas seuleraent rcmarquer par 
son incomparable erudition, ses lecons realisaient en- 
core tout ce que Timagination pent concevoir de plus 
brillant et de plus solide; justesse , elegance, encliai- 
nement dans la methodc. Son regard inspire penelrait 
la foule attachce a ses paroles; il savait distinguer dans 
les rangs les plus eloignes I'espril difficile qui doutait 
encore, I'csprit lent qui ne comprenait pas; il rodou- 
blait pour cux d'argumeiils et d'iraages, il variait ses 
expressions jusqu'a ce qu'il eiit rencontre celles qui 
pouvaienl les frapper, et ne quittait une matiere que 
quand il voyait lout le nionde egalement convaincu. Si 
sa parole etait quelquefois en luttc avec la pcnsee , 

28 



— 434 — 

c'etait pour sorlir de cette lulte, encrgiqnc, pas- 
sionnee, couranl a travers son auditoirc qu'elle pend- 
Irait d'unc sympathie vive et profonde. 

Tel elait Gouliu, alors que du haul de sa cliaire il 
planait comme un aigle sur Ics vastes champs de la 
inedecine. 

On concoit qu'une aiissi haute renommee devait ou* 
\rir a Goulin Ics portes de toules Ics societes savanles de 
son temps: aussi toutes les academies se dispulerent- 
elles I'honneur de le recevoir dans leur scin ; il etait 
membre des anciennes academies de La Rochclle,d' An- 
gers, de Nismes, de Lyon, de Villefranche, de Caen, 
de Tonlouse, de la societe de Hcsse-Harabourg, dont 
il elait, h Paris, le secretaire general, de la socield mc- 
dicale d'emulation. 

Maintcnant, qu' etait Goulin dans le commerce de 
la vie, dans ses relations avec le monde? Qu'etait-il 
avec lui-meme? Quels ouvrages a-t-il laisses? Trop 
superieur aux aulrcs pour faire sentir ses avantages, 
il etait naturel et simple; mais on le Irouvait aigre 
dans la discussion, ardent a I'attaque, trancliant dans 
la dispute, obsline dans l' assertion; d etait tcUement 
insaisissable dans sa gymnastique plcine de souplcsse, 
qu'a I'aide de repartics piquanlcs, brusques, inatlen- 
dues, il savait toujours echapper aux plus fausses po- 
sitions et se donner tout Tavantage. 

Quoique pen expansif, il suffisait de presser la de- 
tente au point sensible, pour le faire sortir de son ca- 
ractere ordinairement empreint d'une sombre melan- 
colie; alors I'esprit eprouvait une veritable jouissance 
a suivre sa parole infatigable qui sc promenait capri- 
cieusementa travers tous lessujcts imaginables, scmanl 



— 435 — 

sur son chemiii la science, les apercus litteraires les 
plus originaux, les vues politiquos les plus profondes, 
les anecdotes les plus piquantes , les plaisanteries Ic 
plus delicatcmcnl assaisonnees, etc, etc. 

Ainsi, apii's avoir parle d'un |)assage obscur et mal 
interpreted'Hyppocrate, savamracnt comracnte par lui, 
il passait lout-ii-Cdup aux details les plus curieux sur 
la slerilild de Catherine de Medicis guerie par I'illus- 
tre Fernel; apres avoir etabli de la maniere la plus 
claire la genealogic de Platon et des autres philosophes 
de la Grece, il venait se jetcr brusquement sur quel- 
que ridicule de la vcille; il abandonnait une savante dis- 
sertation sur Plutarque ou Tite-Live, pour vous par- 
ler malicieusemenl d'une aventure scandaleuse du 
jour : poeles ambitieux, pliilosoplies tenebreux, femmes 
savautcs, rien ne lui echappait ; les reputations equi- 
voques ne trouvaient pas grace devant lui, et rnallieur 
a qui tombait sous la main de re Rivarol Reraois, car 
il ne menngeait porsonne , et sans etre precisenient 
meurtrieres ses, saillies faisaienl de bien cuisantes bles- 
sures. 

Si on veut recherclicr 1' explication de ce caraclere 
inquiet et lourmentc, on le trouvera non dans un vice 
de coeur, mais dans un principe qui etait bon en lui- 
memc. Battu par les orages de la vie et ayant ete 
constamment en lutte avec la niisere depuis le ber- 
ceau jusqu'a la tonibc, Goulin, dans son humour clia- 
grine, s'indignait de rinjuslice des honimes jusque 
dans la distribution de la renomraee et des recom- 
penses qu'elle attire; il s'insurgeait lorsqu'il voyait 
le nouvel initie prendre la place du savant labo- 
rieiix et les brigues insolenles I'emporter sur le vrai 



_ 436 — 

nierile. D'ailleurs, d'linc droilure intlexible el du dc- 
sinteressenieiit le plus parfait, il ne conipronait pas 
I'tMivie et toules les basses passions de ceux qui n'ont 
qu'elles a defaut de meiile, el si ellcs se monlraient a 
lui, il les nieprisait. Jamais hoiume ne fut plus fideic a 
I'aruitie : il demeuia coustamnienl lie jusqu'a sa luort 
avec des hommes qui lenaienl le premier rang dans les 
sciences ct les belles-lellres; tons rendaient justice a 
ses imnienses connaissances dans la litteralure, et, pleu- 
rant sa destinee niallieureusc, rivalisaient d'efforls ea 
tous genres pour en adoucir ramerturae. 

Sa coujplexiou triste et nebuleusc le portail a re- 
pousser les louangcs, raais par un relour de cet amour 
propre dont la chair de I'liomme est comme petrie, il 
ecoutait par fois les cloges avec un veritable bonheur; 
mais il les recevait moins comme un vain encens que 
comme un baume bienfaisant qui endormail I'aiguillon 
de sa misere. 

J'ai trace le portrait de Goulin, quelques ombres 
pourlant vieunent se former sur ce tableau, et peut- 
etre en aurais-je detournc vos regards, si je ne m'e- 
lais fail un devoir de dire toute la verite. A une epo- 
que sinislre, alors que les passions les unes genercu- 
ses raais dereglees, les antres haineuses et implacables 
tourraentaient le corps politique, Goulin avail iiivoque 
des mesures violentes et des innovations precipitees; 
des pensees de revoke avaient agile son cspril inquiet, 
et il avail oublie qu'en France la liberie est insepara- 
ble de la royaute ; que ces deux diviniles protectrices 
Tune de I'aulre, n'ont parmi nous qu'un temple et 
qu'un aulel , et que lours adoraleurs doivent les con- 
foudre dans les memes horamages ct le meme cuHe. 



— 437 — 

Cepcndant, que cette erreur cic Goulin ne donno pas 
le cliange surson vrai caractere; son aine, il est viai, 
^lait coiisuraee cle je ne sais quelle fievre de [)erfection 
ideale dont Ic type est introuvabic, mais on no trouve 
rien dans cet dcart dont on ait a rougir pour sa nie- 
raoire. Toutefois, une obsession si conslante et si vive 
que j'appellerais presqiie une hypnchomliie politique, 
lit ressentir a s-es orgaiies les plus facheuscs secousses; 
une aflection d'une nature dangereuse se fixa dans le 
«;erveau; la nutrition devint bienlot languissante; des 
douleurs vives detruisirent le repos et le soranieil. 
Goulin chercliait toujours dans I'elude une consolation, 
mais bientot les sources di- la vie se tarissant par lant 
de causes a la fois, il s'eleignit dans uu elat soporeux 
le 11 floreal an Yll, a I'age de 71 ans. 

Telle a ete la vie de Goulin. J'en ai puisd les details 
dans six volumes in-foliooii il consignait jour par jour 
et presque a cbaque heure tout ce qu'il a\ait fait ot 
presque tout ce qu'il avait pense ; habitude qui ne 
saurait api)artenir qu'a un lionime qui s'eludie sans 
cesse, ct qui ne perd jamais de \ue I'inteulion et I'es- 
poir d'un perfectionnement moral. 

J'ai emprunle aussi a Sue, bibliolliec:iire et profes- 
seur de I'Ecole de medecine de Paris des documents 
qui, bien qu'incomplets et Ires-souvent inexacts, m'ont 
ete d'un grand secours. 

Mais e'est le hasard qui m'a le mieux servi ; un nie- 
decin de Paris , depositaire tl'une foule d'oeuvres ma- 
nuscrites laissees par I'illustre Cliaussier, a trouve, en 
lescompulsant, dcprecieux rensoigneracnlssur Goulin, 
el me les a adresses corame pouvani servir a rbistoire 



— A38 — 
d'une dos plus haules illuslrations lilteraires qui aient 
honord la ville de Reims. 

Les ouvrages laisses par Goulin formenl une collec- 
lion de 29 volumes iu-folio. 

La partie la plus importante deces travaux est, sans 
nul doule, cclle qui est reslee manuscrite. 




POESIES. 



VOYAGE 

AUTOUR 1)E MON CABINET , 

I'AK M. WAdNKK-Dlil-AMOlTli. 



Un auteur reuomine, galaul, parfumo d'ambre, 

En touriste elegant a parcouru sa chambre; 

Plus modesle (juc liii , clans I'espace d'un Jour, 

IMoi, de mon cabinet je veux faire le tour. 

Je commence, et d'abord j'apeicois dans la glace 

Les rides dont Ic temps a sillonne ma face ; 

Je gemis en voyant Ic ravage des ans , 

Et le caduc liiver remplacer mon printcmps. 

Que sont-ils devenus ces moments pleins d'ivresse, 

Ou brillant de sante, de vigueur, de jeunesse, 

Jouissant du present, dedaignant I'avenir, 

Chaque instant se trouvait marque par le plaisir? 

Ballottc par les flots d'une mer inconstante , 

Je rials du danger, j'etais sans epouvante ; 

Pilote insouciant, sur le fleuve du temps , 

A bord d'nn frule esquif, je bravais tous les vents. 

Imprudent nautonnicr, sans boussolc , sans voile , 

Pour guide je n'avais qu'une bien fuible etoile , 

Et mollemcnt berce dans mon Icger bateau, 

Je regardais le ciel et laissais couler I'ean. 

Anjourd'hui que la triste ct froidc experience 

Dissipe le brouiliard de mon imprcvoyancc, 



— 442 — 

Je sitis qu'il vient uii jour, oii noire esprit plus niAr 
Nous fait voir que le ciel n'est pas toujours d'azur. 
Le chagrin nous otrcint desaserre cruelle; 
Le monde nous trahit; noire sanle chancelle; 
Mais il nous reste encor le coiisolant espoir, 
Qiiand le matin finit, de jouir d'un beau soir. 
Le bonheur est partout pour qui le sait comprenJre; 
II est d'abord au coeur d'uue mere bien lendre, 
Quand son enfant cheri I'eutourant de ses bras , 
La couve du regard et suit partout ses pas : 
II luit encore aux yeux du respectable pere 
Qui, souvent indulgent, et quelquefois severe, 
Du fils qu'il a guide voit les succes brillants, 
Et sesjeunes lauriers orner ses cheveux blancs. 
Au seiu denos palais, au toit de I'indigence , 
II se moutre parfois, mais notre conscience 
Nous le donne toujours quand on a fait le bien 
Et qu'on trouve en son coeur les vertus du chretien. 
L'heure au timbre argentin frappe sur ma pendule ; 
Elie marche toujours et jamais ne recule; 
Nous suivons meme loi : c'est I'arret du destin; 
Allons done! sans compter la longueur du chemin. 
J'avance de deux pas et jc vois deux gravures 
Retracant d'un anglais les celcbrcs peintures (i). 
L'une me represente un rigide intendant 
Qui, la plume k la main, compulse lentement 
Des nombreux tenanciers la stricte redevaoce , 
Et suppute longfemps pour leur donuer quittance. 
Les fermiers rassembles, en attendant leur tour, 
Paraissentennuyes d'un aussi long sejour : 
L'un tousse, I'autre bailie, et type britanuique, 
Deux autres dans un coin , parlent de politique. 

(i) Les deux tableaux dont on I'ait ici la description soDt due au 
pinceau du celfebre Wilkie, peintre anglais, ct conniis sous les noins 
de Rent-Day et Distraining Ibr-Uent. 



— 443 — 

Ccluici, sur ses doigtscompte et recomptc cncor; 

Oil voit qn'avec regret il a doiine son or. 

Celui-Ia, beau vieillard a la taille voutec, 

Demande ^ I'intendant une note acqiiittee. 

Unejeune fermiere avcc scs deux enfaiits, 

Pensive, rcflechit aux divers accidents 

Qui peuvent entraver sa paisible existence , 

Et son coeur maternel en gemit paravance, 

Tandis que son mari reclame de|Milord 

Un a-compte verse qu'on lui conteste encor. 

Plus loin, pres d'une table abondamment servie , 

Trois gloutons afiames jouisscnt de la vie; 

Tons ont la houclie pleine, et leur gosier trop sec 

Engloutit a la fois et porter et bifstaeck. 

Dans le second tableau, contraste deplorable ! 

Le malheureux fermier allait se ineltre a table, 

Quand soudain un recors a I'air rebarbatif , 

Arme de son exploit, vient au nom du shorif 

Saisir lemobilier d'une familleentiere 

Qu'un bail trop onereux reduit a la misere. 

Ministre rigoureux de I'inflexible loi, 

Rien ne le louche ; il voit sans trouble , sans emoi , 

Le desordre effrayant qu'amene sa presence : 

Sur ses traits endurcis se peint rindifference : 

Des voisins ameutes I'imprudente clameur 

A seule le pouvoir d'allumer sa fureur. 

Le pere consterne, dans sa douleur amere, 

D'une larme ne pent humecter sa paupiere; 

Le coup qui I'a frappe I'elonne, le confond, 

Et ses doigts contractes se crispenl sur son front. 

Au coin de sou foyer, la mere evanouie 

Sent tarir en son ca;ur les sources de la vie; 

Autour d'elle empresses, ses pauvres serviteurs 

Lui prodiguent leurs soins , les yeux niouillcs de pleiiis, 

Et sa fille, ;\ I'aspcct d'un inallieur qu'elle ignore, 

Seinble dire: luamaii , va, je te icste encore I 



_ 444 — 

Un jcnme cl faiblo enfant au sourire innocent, 

Rt'gaide tout Ic monih; avec etonnement. 

Lc scribe de I'luiissicr, d'line plume trauquille 

Inscrit tousles effets de I'lionnete famille; 

Son ceil inquisiteur voit tout: rouet, fuseau, 

Les ianges de I'enfant et jusqu'a son berceau. 

Je detourne les yeux d'une scene aflligeante; 

II faut d'autres sujets a mon liumeur changeante. 

Voyageur curieux, amateur des beaux art5, 

Sur un fronton sculptc j'arrete mes regards. 

Les divers instrumens de la geometric. 

La regie, le compas ornent la boiserie. 

J'admire le travail de I'liabile sculpteur, 

Mais il aurait pour moi beaucoup plus de valeiir. 

Si, dans les attributs que je viens de dccrire, 

11 avail d'ApoIlon represente la lyre. 

La lyre, dira-t-on, mon cher, y pensez-vous ? 

ApoUon ! c'est bien vieux , ce temps est loin de nous! 

Je vois plus d'un savant dire, en hochantla lete, 

Dansun siecle penseur qu'est-ce done qu'un poete? 

Un poete est un aigle au vol audacieux. 

Qui, d'un sublime essor s'eleve jusqu'aux cieux ; 

Par ses vers imniortels il annoblit I'histoire; 

II prelude aux combats, il mene a la victoire; 

Ses cantiques sacres resonnent au saint lieu ; 

Son langage est celui qu'il faut parler a Dieu. 

Qu'on le nomme Virgile, on Corneille, ou Racine, 

Horace, Fenelon, Le Tasse ou Lamartine, 

Ces hommes genereux, a la puissante voix, 

Sont I'honneur de leur siecle et la gloiie des rois. 

J'oubliais qu'au milieu du morceau de sculpture 

L'artiste^avait du monde imite la figure. 

Le monde ! ^ ce peuser quel triste souvenir ! 

Criminel au debut comment doit-il finir? 

Surle globe, un seul nom rempli de poesie 

Vient s'offrir il mes yenx , et ce nom , c'est I'Asie : 



— 445 — 

Sol sacrequi, pour moi, commence aBetlileem, 

Et qui fiuit aux lieux ou fut Jerusalem. 

Qu'on vante d'lsrael la rciiommce antique , 

Ses succes , ses revcrs , sa couslance lioroique , 

Ses pontifes, ses rois; je lie vols qu'im bcrceau, 

Une vierge divine, un glorieux tombcau. 

Oil va done m'emporter ma verve tcmeraire ! 

Mon voyage est trace; j'ai mon itineraire; 

Je nc penx m'ecarter ; si je fais quelqucs pas , 

Je me trouve bien loin de mes petits etats, 

J'arrive cependanta ma bibliotheque, 

De I'csprit des anciens prccieuse hypotheque. 

Dans mes livres clicris je cherche un sur appui 

Contre bien des douleurs, contre le sombre ennui. 

Si des hommes je veux sonder le caractere, 

J'ai pour guide certain Montaigne et Labruyere. 

Je nicditc toujours et Seneque et Platon ; 

J'aime le vieux lloilin , je lis souvent Buffon ; 

Politique, morale, on vous effleure a peine: 

Je trouve tout cela dans le bon Lafontainc; 

Ses tableaux si n.iifs offrent a mon esprit 

Le resume profond de tout ce qu'on ccrit. 

Parfois, si du chagrin le poison deleiere 

Vieiit attrister mes sens, vite j'ouvre Moliere; 

Son Bourgeois-Gentilhomme excite magaite, 

Et je ris de bon coeur de sa naivete. 

J'entends plus d'un censeur, exercant sa critique , 

Me blamer d'oublier I'ecole romantique : 

11 faut bien I'avouer, je suis coupable, helas! 

Je connais sa doctrine et je ne la suis pas. 

J'honore les talents de la moderne ecole, 

Mais je n'approuve pas son brillant prolocole ; 

J'aime mieux un ruisseau coulaiit parmi les fleurs 

Que d'un torrent fougueux Ir-s flots dcvastateurs. 

D'Aristole oubliant les sevcres maximes , 

On n'attachede prix qu*i la beaute des rimes j 



— 44(; — 

Assemblage inoiii de crimes monstrueux , 

Ledrame echevele montreses traits hideux ; 

Et des auteiirs fameux, chers a notrememoire, 

Le progres dodaigneiix vient contester la gloire; 

Pour moi, sans dedaigner le systemc nouvcau, 

J'adinire encor Racine et je tiens a Boilcau. 

Conlinuons ma course ; entre cliaque fenotre, 

Sur le pannemi boise se trouve un barometre : 

.T'aime a le consulter ; il m'annonce souvent 

Du beau temps quand il pleut, s'il fait beau, pluie ou vent. 

De roracle trompeur la marche retrograile, 

M'a fait plus d'unefois manquer ma promenade; 

C'est ainsi, qu'au printems, I'aurore au teint vermeil 

Nous promet un beau jour qui (init sans soieil. 

Je me retrouve enfin pros de ma chemiuoe ; 

C'est mon point de depart ; ma tache est terminee. 

Puisse votre indulgence acceulliir le labeur 

D'un Poete, oh! non pas, mais d'un pauvre rimeur. 




LA PREMIERE COMMUNION 

d'cNE JEDNE FILLE , 

PAU M. WAGNER-DEI. AMOTTE. 



Apr^s avoir clu Cicl implore I'assistance, 

La jeiine fiUe en paix se livre au doiix sommeil; 

I.cs songps gracieiix qui bercenl rinnoconce 

Nc quittent son chevet qu'au moment tin n'-veil. 

Son ceil s'ouvre, et deja ses premieres pensees , 

Sont, pour le Tout-puissant , un hommage d'aniour; 

Ellc s'accuse encor de ses fautes passees , 

Et par le repentir en prcvient le retour. 

Pres de ses bons parents, limide, elle s'avance ; 

J'ai pu vous affliger, dit-elle avec doiileur, 

Mais que ce jour, pour moi, soit un jour de clemerice, 

Je veux a I'avenir vous donner le bonlieiir. 

Le ciel a pardonne; fais comme lui, ma miMo! 

Je t'apporteun coeur pur, soumis et repentant; 

J'ai bien prie pour toi ; j'ai prie pour mon pere ; 

Priez aussi pour moi , benisscz votre enfant ! 

Les ycu\ noyes de pleurs, la mere de famiile 

De la Vierge divine invoque le secours: 

Reinedes Cieux, dit elle, oh ! protege ma fdie ! 

Donne-lui tes vertus et veille siir ses jours ! 

RLiis deja le temps fiiit, i'liorison se colore, 

Le soleil apparait briliant et radieiix ; 

Les autcis sont pares , ct la cloche sonore 



— M8 — 

Vait retentir les airs d'un bruit majeslueux. 

Le front calme et serein de la vier^je pudique 

Secouvre d'un long voile cdatantde blancheur; 

EUe tient h la main, suivaul I'usage antique, 

Uncierge, emblcme heureux d'une ardente ferveur. 

Pcur arriver au temple die marche en silence; 

Elle entre; et son regard se tourne vers Ic ciel. 

Exalte par la foi , par la reconnaissance, 

Son esprit s'agrandil: die voit I'^ternd. 

L'ttcrnd! son nom seul indique sa puissance; 

II sait encourager, recompenser, punir ; 

Le monde est dans sa main; son pouvoir est immense, 

II est tout: le passe ,le present, I'avenir ; 

Par un sublime effet de sa bonte supreme, 

Ineffable mystere, holocauste immortel , 

Une seconde fois il s'immole lui-meme, 

A la voix du ponllfeil descend surl'autd. 

Un nuaged'encens couvrele sanctuaire : 

La icune tille attend le moment solennd ; 

Dans une douce extase, die craint , die espSre, 

Quandle pieux pasteur d'lm accent pateruel 

Lui dit : 6 mon enfant! bicntot avecivresse 

Vous allcz recevoir votre divin sauveur; 

Mais, pour lemeriter, la sublime sagesse 

Vous commande d'abord la craiute du Sdgneur. 

Honorez vos parents; pratiques la pncre; 

Fuyez toujours le mal; craignez la vamtc; 

Respectez le malheur; soulagez la misere; 

Aimez votre prochain: voilala chante. 

A la loi du devoir soyez toujours fidele; 

Renouvelczles voeux fails pour vous en naissant; 

I e pretre vous absout , I'^glise vous appdle ; 

ie ne vous retiens plus, allez, Dieu vous attend. 

D'un pas modesto et lent la jeune neopl-Yte 

A„ cdeste banquet s'acl.emin.. en tromblant ; 

Silot qu'dle a franchi la derniere limite, 



— W9 — 

Elle lombe a gciioux et s'incline en piiant. 

Le ininistre sacre lui presente I'liostie ! . . . 

D'liii plaisir inconnu son coeur est agite, 

Car Dic'ului donno alorsune nouvelle vie 

Et le gage certain de I'imniortalite. 

Lc boulieur qu'clie gouleest pur et sans melange; 

Dans son ame resonne un luthharmonieux, 

II ne lui manque plus que les ailes d'un ange, 

Pour quitter cette terre et voler vers les Cicux. 




FABLES. 



FABLES 

I'AR M. GAL IS. 



LES SAINTS ET LES IlfillOS. 



Un enfant parcourait la carte tie la terre; 

Pourquoi done, disait-il, mon pere, 
Vois-je tant de cites, villages et hameaux, 
Portant ie nom des saints, pendant qu'il n'cn est gueie 

Qui portent le nom des heros? 
La gloiic des derniers pourtant reniplit Ic inonde. 

Et le pere lui repondit : 

C'est que la religion fonde 

Tandis que le glaive detruit. 



LE COLOSSE DE RHODES. 



Dans Rhodes oii jadis Pallas fut adorec 
Pour ia premiere fois, 
Un colosse immense autrefois 
Du port, dit-on, gardait I'entree. 
Dressant au haut des airs cliaque nuit ses flambeaux v 
11 survcillait les flots de la mcr azurce. 
F.nlre ses jambcs, les vaisseaux 
Les plus larges et les plus hauts, 
Passaient a plcincs voiles, * 



— 454 — 

Et soil front dans Its cieux se couronnant d'etoiles, 

Des Dieux seniblait braver les coups. 
Le peuple ccpendant qui sans cesse est jaloux 
De tout ce qui s'elcvc, 

Sc dressant dii bas de la grove, 

L'examinaitavec mepris : 
Le peuple ! il fallait bien qu'il en rit a tout prix. 

L'uD se moquait de sa tournure, 
Un autre critiquait de sa vaste stature 

Les immenses proportions ; 
Celui-ci declamait sur Tetrange nature 

Des materiaux de sa structure, 
Celui-la le jugeant dans ses dimensions 
Et de la perspective ignorant la mesurc, 

Trouvait le chef un pen petit ; 
Chaque artiste en faisait une caricature. 

Mais pendant tout ce contredit, 

Voila (ju'nn jour, par aventure, 
Cybele se lassa de porter ce fardeau. 
Conjurant les eclairs, le feu, les vents et I'eau , 
Elle unit les efforts de la nature eniiere. 
Puis ebranle la masse et la renverse a lerre; 
L'uuivers retentitde ceite chute aitiere , 
Le sol sentit craquer ses vastes ossenicnts, 
Et Pluton crut encor que des Dieux la colore 
Venait de son empire ouvrir les fondements. 
Quand le colosse alors fut gisant sur le sable, 

Le peuple, engeance variable, 
Courut le mesurer. En (in , sorti dVrreur, 
De sa longue injustice il fut inconsolable , 
L'adinira, mais trop tard et plaignit son malheur. 

L'homme, depuis, n'a point change de caractcre ; 

II est tel roi, tel empereur 
Dont le peuple aveugle ne connut la grandeur 
Que lorsque le deslin I'eut renverse par lerre. 



— /(55 — 



L'ENFANT ET LE CIIIEN. 



Azor, quel bonlicur est le lien ! 
Toi, tu ne vas pas a I'ocole, 
Disait iin enfant a son chien; 
Azor le leche et le console, 
Et I'enfant poursuit I'entretien: 

Veux-tu jouer nous deux? courons!... mais ce lien 

Pourquoi te retient-il? — Si Ton m'avait dans I'age 

Conime toi, dit Azor, a I'ecole enyoyc, 

Jo ne languirais pas de la sorte lie. 

Rlais je suis ignorant, helas! et I'esclavage 
De I'ignorance est le GIs premier ne. 

Pour un chien, il n'avait pas trop mal raisonne. 




4 



APPENDICi: 

AU MfiMOIKE DE M. RONDOT 



SIR 



LA GEOLOGIE DU PAYS DE REIMS. 

(Voir page 209.) 



■1°' 30 



COUPE PRISE A LA SABLIERE DE RILLY 

(Septembrc 1843). 

1. Liinon rouge-bruii, nrcnace ou argileux, dans leqiieli 
soiit engages des fragments et blocs de silex-raeuliercs , lesj 
uns poreux sans fossiles, Ics autrcs conipactcs avec limnees. ' 

2. Sable ferrngineux avec quelques debris de meulieres el / 
de gres nibiglneux, alternant parfois avec des veinules dei 
marnc verdatre. 

Celte assise ne presente qu'enbien pen de pointsl'horuon- 
talitfi ordinaire ; la discordance de stratitication est due a 
des failles ct a des bossclures de la manic sous-jaocntc. Cellc- 
ci offrc aussi des depressions (cavees) souvent profondes , 
comblees par Ic limon arenace delritiipie. 

3. Marne blanchatre, engageant vers sa limile superieure 
de rares blocs de meulieres compactes. Nous y avons trouve 
un fragment de coiichifcrc (jue nous rapporlons a la dj- 

rena cwici/onnis, Ferussac. 1 '.'.<1 

4. Argile plastitjue jninie-brunAtre. 

id. brune. 



.'iO 



— 458 — 

Avcc petits iiids dune farinc mincrale blanche , fine, insi- 
pid.- ct quclqucs pisolithes dc fer iiydroxide. 

5. Lits arenacis, — glauconicu\, — jaune-rouille,— jau- 

natrcs. 30 

6. Marne calcaire blanchatro, ayant iisa partie superieure 
des galets calcaires anguleux; a I'inferieure, finemcnt vci- 

nulee de marne jaunc. * ^^ 

7. Argile plasliqucbrunalre. 35 

8. Marne siliceuse grisc, compacte, durcissaut a I'air ; — 
souilloe par places d'unc tcinle ocreuse , — empatant des 
especes de ckailles, nodules calcareo-siliccux gris-noiralres, 
d 'une grande durctc, — percee dc plusieurs tubulures dc 
marne ocreuse,— sillonnee parfois de crevasses horizoutales, 
etroites, remplies de glaise brunc. 

M. Arnould nous avail signale dans cottc marne la pre- 
sence de coquilles, sans en indi(iuer la nature ni les especes : 
nous y avons recueilli des echantillons intacts de Phijsa gi- 
gantea, de Pahidina aspcrsa, d'Hclix Droiietii. Ces fossiles 
sont trcs-rares ; leur test est sLliceux, noir ou roussatre, lui- 
sant, tres-dm-; I'interieur est ou un spath radie, ou le calcaire 
siliceux ferrugine des nodules. 3 » 

9. Calcaire jauue tufacc lacustre (travertin ancien), tantot 
en blocs engages dans la marne precedente, tantot en assises 
massives alternant avec des lits de cette meme marne. On 
remarque dans les interstices des blocs du banc superieur, 
un limon argileux brun, depose peut-etre par les eaux qui 
ont traverse les glaises superieures. 

Les especes caractcristiques sonl la Physa gigantea, la 
Paludina aspersa, la Clausilia exarata ct VHeliic hetnu- 
pharica: leur nature mineralc est variable; certains indivi- 
dus sont a I'etat de monies siliceux ; la plupart ont leur test 
spathifie et I'interieur est ou un limon calcaire, ou de la 
chaux carbonalee libro-radiee. 1 3^ 

10. Sable gris. '^ 20 

1 1 . Sable jaunc ferrugineux. o 'iO 

12. Sable carmine mangancsique. 

13. Sable blanc pur, a grains quartzeux fins, peu raicace; 
on y trouvc des concretions tubulaires et tubiformes de gres 

blanc peu coherent. •' ^^ 

14. A la partie inferieure, le sable blanc alterne avec des 
sables jaunes, et devient de plus en plus gris, en meme temps 
que ceux-ci acquitment plus tie puissance. II preseule une 



— 459 — 

succession continue de lineoles de parlicules blanches, (jue 

nous pri'sumons etrc des forauiiuiferes. 1 uo 

A Sermiers (enlre Monchenot et Chamcry), on trouvc 
sous lesableblanc exploite un aulre sable noiratre eircmpli 
dc sovfre, au dire des ouvricrs. 

la. Gres rouge ocreux avec galets siliceux avellanaires 
ct ovoides, la plupart jaune-bruns ou noiratres (noyaux 
noirs, csquilles translucides), plusieurs blonds, rccouvertsdc 
cacholong grossier blanc. Ce gres est sans doute ;ic cludiu 
des ouvricrs. 

Nous y avons observe des delinuaments rouge-])runs, des- 
sinant les contours que nous rapportons a des genres de 
conchiferes marins et quelquescuipreintcsindetenninables. » » 

16. Graie. 

Ce sable blanc quartzcux de Rilly a etc ancienne- 
ment exploite au pied de la cole de Monchenol , a la 
base des coUines isolees qui s'elevent enlre la route 
d'fipernay et Villers-Allerand. 11 y est surmonld de 
sables gris alternant avec des bancs de gres arenace, 
dans lequel nous avons recueilli des enipreinles et des 
nioules de feuilles,de Lucina conlorla , Lk., Pectuncu- 
lus ierebralularis, Lk., Cardium semigranulesum, Lk., 
CucuUcea, Natica, Buccinum, etc. — C'estTanaloguc 
du gres de la Herelle pres Breteuil (Oise) , caraclerise 
paries fossiles d'Abbecourt et de Bracheux, peut-elre 
aussidu gres dur a stalactites bacilliformes de Muizon. 

Nous rapportons tons ces gres au premier etage des 
sables inferieurs tertiaires. (Classification de M. Mel- 
ville). 




ACADfiMIE DE REIMS. 



PROGRAMME 

DES CONCOURS 
OL'VEUTS PODR l'ANNEE 1844. 



« Quel etait I'etat de rancienne Dliuocort 
« cles Remois avant et peudant la doiniiia- 
« tion romaine, jiisqu'au regne de GIoyIs 
« exelusivement'' » 



L'auleur dcvra envisagcr la question sous Ics divers 
points do vue qui suivent : 
II disculera 
L'originc des Remois, I'elat toi>ogra[)hiquc de leur 



— 4G2 — 

cik', soa elenduc, ses clependances; Ics principaux 
inonumenis ilonl I'liistoire on la tradition onl pii con- 
server le sou\cnir, ses aqueducs ct ses grandes voics 
de communicalion. 

II enlrera dans quclques details 

Snr Ics monurs des habitants, qui penvcnt en partie 
se prcsumer par les freijueiiles exhumations de nion- 
naics, niedailles, ineubles, uslensiles et aulrcs objcts 
d' usage comnuin. — 11 donnera I'idee de Icur gouver- 
nement et de leurs institutions religieuses, judiciaires, 
civilcs et militaires. 

II rechercliera les motifs qui ont port^ les Remois 
a sc detacher de la ligue gauloise pour s'allier et se 
souraettre aux Romains. — II discutera les moycns de 
d(^fense qu'ils pouvaient opposer aux etrangers, le rang 
qu'ils occupaient dans la confederation gauloise. — 
Leurs possessions, leurs alliances et la part qu'ils 
ont eue a la reunion finale des Gaules a rerapire 
romain. 



(Economic In^ustricUe, 

« Quels pourraient etre les nioyens d*evi- 
« ter les inconvenients de la concurrence 
« sans nuire a la liberte du commerce ? » 

Les candidats tlevront donner un apergu de ce qu'e- 
tait le commerce autrefois, le representer tel qu'il est 



— 463 — 

aujourd'hui, et indiqucr les inoyens qui Icur sembleront 
les plus efficaces pour regulariscr la concurrence et 
evitcr les effels dcsastreux dont cllc est la source. 



« Rechercher I'ctat du sol foresticr de la 
« Champagne au moment de I'invasion ro- 
« maine. — Examiner rinfluent'e successive 
« du dcboisement des crctes, indiquer les 
« changements atmosplieriques qui en ont 
« ete la suite, et dire quelles modifications 
« le sol arable a pu eprouver. » 

L£S prix consistant en une me'daille d'or de la valeur 
de 200 francs , pour chacune des deux premieres ques- 
tions, el en une me'daille d'argentpour la troisieme, scront 
de'cernes dans la seance publique de l Academic du ^5 
Avril au 1 5 mai 1 844. 

Les auleurs, ne devant point sefaire connailre , ins- 
criront leur nom et leur adresse dans une note cachele'e , 
sur laquelle sera repele'e I'epigraphe de leur manuscrit. 

Les me'moires devronl etre adresse's ( franco ) d M. le 
docteur Landodzy , secretaire de I' Academic, avant le 
'd Janvier 18 i i- , t erme de rigu eur. 



— 46A — 

L'Academie distribuant en outre des medailles d'en- 
couragcraeut aux auteurs des travaux qu'elle juge 
digoes de recompense, les personnes qui croiraient 
avoir droit h cettc distinction, enverront leurs titres 
au secretariat, avant le 15 Mars 1844. 

Le President de 1' Academic , 
BONNEVILLE. 

Le Secretaire de 1' Academic, 
H. LANDOUZY. 




CATALOGUE 



DES 



OUVRAGES IMPRIMES ADRESSES 

A L ACADEMIE DE REIMS 

Pendant Vann^e »84!?-184.'5. 



1" OBVR.VGES A01VES.S15S PAB LEURS AlTELRSi 

Ai.LARD. Dcs concretions saiif^uines. 
Bem.\-Delaui\ay. Du Traile U'Aiidclot; brochure. 
Paris, 1843. 

Berriat St-Prix (Ch.) Des circonslanccs attcnuantes 
en matiere de coutumaces; brqcli. Tours, 1842. 

Bonneville. De la Recidive en matiere criminelle; 
in-8 premier volume. 

—De rinnucncede la Magisfrature; broch. in-8. 

— De la Liberie, de I'lnstruclion, du Travail el de la 
Morale coramc bases du bonheur public; bro- 
chure in-8. 

— Compte-rendu de I'adrainistration dc la justice ci- 
vile, criminelle ct commcrciale; broch. in-8. 

— Du sentiment du devoir chez les magistrals; bro- 
chure in-8. 

3o 



— AG6 — 

Bonneville (Fr<^tU'nc). Traite des Monnaies d'or et 

d'argent en usage chez tous les peuples connus; 

grand in-f". richemenl rclie ct dore sur tranclie. 

BouBGLiN. Uecueil de fables; in-12. Paris, 1842, 

Chapedoye. Mcmoire sur les laines , les besliaux et 

I'engrais des terres calcaires. 
Charpentier. Graramaire. 
Le comte de Ciievigne. La Chasse et la Peche, suivies 

de poesies diverses. 
— De rfiducation. 

Clicquot. Les sept Psaumes de la Penitence traduits en 
francais; broch. dediee a TAcademic de Reims. 
Cousin. Cours d'Hisloire. 
Dagonet. Memoires sur differents points d'llistoire 

naturelle. 
Danton. Cours d'llistoire de la Philosopliie morale au 

IS*" siecle. 
De Maiziere. Diverses brochures relatives a son inven- 
tion da paracasse. 
De Montry . Assurance sur la vie, moyen de fonder le 

bien-etre individuel sur I'epargne collective. 
DERODE-GERrzEZ. Mcmoires sur Reims; 1 vol. in-8. 
Des Etangs. Notes sur quelques plantes observees 

dans le deparlement de I'Aube. 
— Memoire sur les bois employes dans les charpentcs 

des anciens edifices. 
Dessain-Perin. D'Alvaire , comedie en 5 actes et 

en vers.|ReimsJ184t. 
Drocet. Homelie de St.-Bazile sur la famine, traduc- 
tion nouvelle. 
— Hecube, tragedic d'Euripide, traduite en vers fran- 

gais. 
DcHEME. Recueil de chansons. Douai, 1834. 



— 407 — 

Du Mege. Conjectures sur uri bas-relief de I't^glise 

St.-Nazaire a Carcassonne. 
Fka>coeur. Sur le calendrier des Mahomelans. 
GoBARD. Creation de la proprii^ld intellecluelle; brocli. 

Bruxelles, 1843. 
Gonzali.es. Poesies diverses. Reims, \SU''2. 
GossiN. Les avantages de la reunion territoriale. 

Proverbes. 
— Manuel elementaire d'agriculture a I'usage des ^coles 

priraaires des departements de la Meuse, de la 

Meurtbe, de la Moselle et des Ardennes. 
— Manuel Elementaire d'agriculture a I'usage des ecoles 

primaires des departements de la Mayenne, d'lile- 

et-Vilaine, des C6tes-du-Nord, du Finistere, du 

Morbihan et de la Loire-Inferieure. 
Godsset (Thomas), archeveque de Reims. Les Actes de 

la province ecclesiastique de Reims. 1843. 
Haudouin-Michelin. Observations sur une nouvelle 

organisation adonner alaCour des comptes. 
Haudy. Compte-rendu des travaux de la Sociele ana- 

tomique. 
— Essai sur les concretions sanguines qui se forment 

pendant la vie dansle coeur et les gros vaisseiiux. 
Hebert. Nouveau manuel du garde cliampelre ; broch. 

Epernay, 1841. 
Hubert. Geograpliie historique du departement des 

Ardennes. 
JoLiBOis. La Diablerie de Cliaumont. 
— Les Clironiques de I'eveche de Langres. 
II. Landoizy. Memoire sur un cas d'hermaphrodismc 

masculin observe a rHotel-Dieu de Paiis, en 183G. 

In-8" avee une planchc gravee. 
— Cominunioalions anorniales enlre les cavitcs du 

cn'ur. Paris, 1838. 



— .'»08 — 

— Observaliou dc paralysie dii mouvcmenlol duscnli- 
nicnt de la face, produile par line lesion de la cin- 
quicQie etdc la seplieine paire. Paris, 1838. 

— Traite du varicoceh! et en parliciilior de la cure radi- 
cale de eelle allceLion. (Ouvrage traduilen Anglais 
et en Allemand), 1838. 10-8" avec une planclie 
grav^c. 

— Essai sur la grippe obscrvdc a I'Hotel-Dieu de Paris, 
pendant les niois de jativier et de ievrier 1837. 

— Memoire sur une corne Iminaine developpee a la 
face. 183o. In-8\ 

— Analyse des theses soutenues au concours pour la 
chaired' hygiene, en 1838. 

— Des hallucinations et des aberrations dc perception 
et de sensibility. 1837. In-8". 

— Memoire sur la pneumonic epidemique qui a rcgne 
en meme temps que la grippe, pendant I'annce 
1837. (Ouvragecouronne par la Faculle de mede- 
cinede Paris, au concours de 1839. Premier prix.) 

■ — Ilistoire del'epidemie desuettc miliaire qui a regno 
dans le departement de Seine-et-Marne, pendant 
les mois de mai et juin 1839. 

— De I'hemiplegie faciale chez les enfants nouveau- 
nes. ln-8\ 1839. 

—Essai sur la doctrine des revaccinations. In-8M8iO. 

— Memoire sur les procedc% acoustiques de I'auscuUation 
et sur un nouveau mode de stethoscopic applica- 
ble aux dtudes cliniques. 18A1 . 

— Leltres sur lestrabismeelle begaiement. In S'\ 1841 . 

— Memoire sur 1' epidemic dc typhus qui a regno dans 
les prisons de Reims en 1839 et 18i0. (Gouronnd 
par laFaculle de medecine de Paris, au concours 
dc 18il. Premier prix.) 



— /i6y — 

Lc conitc DK Ladevezf, Hfclierclius sui I'llisloiie de 

France flepuis lc lemps ties Mc^rovingicns jusiju'a 

nos jours. 2 vol. in 8°. 
LoissoN UE GuiNAtmoNT, Les Veillccs inslruclives. 
— Quelques reflexions sur les Doctrines du jour. 
— Rellexions sur la question : quel serait lc mode 

d'e'ducalion le plus en harmonic avec nos m(jeurs 

aclucllcs el nos inslUutions? 
— Nouveaux entreticns religieux et pliilosophiques. 
— Dialogue sur riuitnutabilito des Doctrines religieuses. 
Louis. Kccherches analoniiqueSj pathologiques et the- 

rapeuliques sur la muladic connue sous le nom de 

lie V re typhokle. 
— Essais sur dillerents points de pathologic et d'a- 

nalhomie patliologique. 
Louis-Lucas. L'entrce du roy nostre sire en la ville et 

cite de Paris, le 8 juillet 1484. 
M. LE Maire de Reims. Catalogue des imprimcs de 

la ville de Reims. Tom. 1". Reims, 1843. 
Malo (Charles). L'apolheose de ftloliere, poeme. Paris, 

1843. 
Mareuse. Essai sur les necrophages de France et prin- 

cipalenient du nord. 
Matiiieu. Elogc hislorique de Merlin. Paris, 1842. 
Maupassant. Infiuence de la morale sur ragricullure 

et de ragricullure sur la morale. 
Maurin (Leonce). De rinlluencc du chrislianisme sur 

I'esprit de famille. broch. Nismcs, 18i3. 
M()i>not-i)es-Akgles. Traile de rlietoriquc. 
NicOT. Comptc-rcndu des travaux de rAcadc'iiie 

royale du Card. Rroch. Nisnies, 18'i3. 
OzANNEAux. Les Romains. 
— Jeannc-d'Arc (poeme). 



— 470 — 

OzERAY, Coup-d'oeil sur les archives do I'ancien cba- 

pitre de la cathedrale dc Chartrcs. 
^Hisloire de I'ancien duche de Bouillon. 
— Histoire generale, civile et religieuse de la cite des 
Carnutes et du pays Cliartrain, vulgairement ap- 
pele la Beauce. 
— Coup-d'ccil sur les critiques verbales et dcrites de 

cetle histoire. 
— Reeherches sur Buddon ou Bouddon. 
L. Pahis. Collections de documents inedits sur I'his- 

loire de France. 
— Memoires du chanoine Maucrois, chanoine et sene- 

chal de I'eglise de Reims. 
— Une emeute en 1G49. — Mazarinade. 
— La chronique de Rains. 
L. Paris, et Leberthais. Toiles Peinles et Tapisseries 

dela ville de Reims, avec planches coloriees. 
P. Paris. Nouvelles reeherches sur le veritable auleur 

du songe du Vergier. 
Patris du Breuil. Eloge de Louis XVIII , roi de 

France. 
Peraot. Notice sur le vieux Paris. 
Perrier (E.)Notice biographique sur M.Theodore Prin. 
Philippe. Essaihistorique sur Caqud, aiicienchirurgien 
de rHolel-Dieu de Reims. Broch. Reims, 1842. 
PoviLLON-PiERRARD. Dissertation sur les anciennes se- 
pultures Roraaines , Gauloises et Uemoises , decou- 
vertes hors de I'ancienne cite de Reims , depuis 
le 16''si»^cle jusqu'a nos jours. 
— Description de la cathedrale de Reims. 
Pregnon. Evidence duchristianisme. 
Prin. Notice sur M. L. A. Gobet. 
Remy. Notice sur le relablisscment des anciennes foil- 



— 471 — 

laiiies (Ic Chatillon-sur-Marne. Reims, 18i3. 
Charles Saime-I oi. Le Livre des Pcuplcs et des 

Rois; 2 vol. in-18. 
— Theolof> ie a r usage des gens du monde; 1 vol. iD-18. 

Reims, 1843. ' 
Sauavesse. Essai sur la fabrication des eaux minerales 

gaze uses. ■ 

Sadzet. Rapport sur les divers precedes employes pour 

la destrucUon de la pyrale de la vigne. Lyon, 1 8VI3. 
De SuKAu. Tableaux synopliques des difllcuUes de la 

langue Alleraande. 
— Cours completdc langue et de lillerature AUemandes. 

4 vol. in-8'\ Paris, 1842. Ouvrage dedie a I'Aca- 

demie de Reims. 
— Diclionnaire elymologique des racines AUemandes. 

1 vol. in 8°. Paris, 1840. 
Tarbe. Lois et reglements a 1' usage de la Cour de cas- 
sation. 
— Nouveau manuci complet des poids et mesures, des 

monnaies , du calcul decimal et de la verification. 
— Nouveau petit manuel classiquedes poidset mesures, 

pour I'enseignenient elementaire autorise pour les 

eColes [trimaires. 
— Nouveau manuel des poids et des mesures a I'usage 

des agents forestiers , garde-ventes, garde-ports , 

proprietaires et raarchands de bois , cbarpentiers 

et constructeurs. 
— Nouveau petit manuel des poidset mesures ii I'usage 

des ouvriers et des ecoles. 
P. TARnK. Travail etsalaire. 1 vol. in-8''. Reims, 1842. 
— Examen critique et analytique de divcrses chartes 

des X, XI, XII et xiir siecles relatives a la Tou- 

raine. 



— 472 — 

— Miniatures d'une bible du xiv^ siecle, et fac-siinile 

du texle. 
— Histoire chronolof^ique, pathologique, politique, ^co- 

noraique, soporiGque et raelliflue du tres-noble , 

tres-excellent el tres-vertueux pain-d'epices de 

Reims. 
— Le noble et gentil jeu de I'arbalestea Reims. 
— Les sepultures de I'eglise Saint-Remi de Reims. 
— Louis XI etla Sainte- Ampoule. 
— Discours de ce qu'a faict en France ie Hcraut d'An- 

gleterre , et de la responce que lui a faicte ie roy. 
— Le purgatoire de saint Patrice, legendedu xiii"' siecle, 

publiee d'apres un manuscrit de la bibliotbeque 

de Reims. 
— Inventaire aprfes le deces de Richard Picque , arche- 

vesque de Reims en 1489. 
— Les Lepreux a Reims au xv^ siecle. 
TuRCK. Mode d'action des eaux minero-thermales. 
— Essai sur le cancer. 



3" ouvRAGES adhesses par les academies et sociixfis 

CORRESPOND ANTES. 

Actes de I'Acad^mie royale des sciences , belles lettres 
et arts de Bordeaux. 

Annales de la Societe d'agriculture et d'industrie du 
deparlement d'llle-et-Vilaine. 

Annales de la Societe d'agriculture, des sciences , 
d'arts et de belles-lettres du departement d'lndre- 
et-Loire. 

Annales de la Socictd economique d'agriculture , com- 
merce, arts et manufactures du departement des 
Landes. 



— 47a — 

BuUetifis des seances , corai)te-rendu mensuel de la 
Sociele royale etcenlrale d'agriculture. 

Ikillelins do la Soci(5t6 d'agricullure du deparleracnt 
du Cher. 

Bulletins de la Societe d'agriculture , sciences et 
belles-lettres de Rocbefort. 

Bulletins trimestriels de la Societe des sciences , 
belles-lettres et arts du Var. 

Congri^s scientifique de France. 

Coniple-rendu des travaux de la Societe d'agriculture, 
sciences et belles-lettres de Macon . 

Ephcraerides de la Societe d'agriculture du departe- 
ment de I'lndre. 

Extrait des travaux de la Societd ccntrale d'agricul- 
ture du departeraent de la Seine-Int'erieure. 

Journal des travaux de la Societ<^ de statislique du 
departeraent des Deux-Sevres. 

Memoires de la Societe royale d'agriculture et arts 
de Seine-et-Oise. 

Memoires de la Societe centralc d'agriculture. 

Memoires de la Societe d'agricullure , sciences et 
arts du departeraent de I'Aube. 

Memoires de 1' Academic royale du Gard. 

Memoires de I'Acaderaie royale de Melz. 

Memoires de la Societe royale d'agriculture et dc 
commerce de Caen. 

Memoires de la Societe de statisticiuc du departe- 
raent des Deux-Sevres. 

Memoires de la Societe d'agriculture , sciences et arts 
de Calais. 

Memoires de la Socidte academique de la villc dc 
Saiat-Quciilin. 

Memoires de la Sociele d'horticulturc du deparlcmeiit 
de Seine et-Oisc. 



— 474 — 

Mdmoires de la Societe archeologiquc du midi de lu 

France. 
Meuioires et analyses des travaux de la Societd d'agri- 
culture, commerce, sciences et arts de la ville de 
Mende (Lozere) 18'i-l-1842. 
Notice bislorique et descriptive sur Pont-le-Voy. 
Nouveauxmemoires de la Societe des sciences, agricul- 
ture et arts du departement du Bas Rbin. 
Precis aualytiques des travaux de I'Academie des 

sciences, leltres et arts de Rouen. 
Publications de la Society d'agriculture , sciences et 

arts de Meaux. 
Rapports a la Societe d'agriculture, sciences et belles- 
lettres de Macon. 
Rapport sur les travaux de la Societe royale et cenlrale 

d'agriculture. 
Rapport a la Societe d'emulation des Vosges. 
Rapports sur les travaux de T Academic de Pont-le- 
Voy. 
Rapport sur les travaux de la Societe imperiale d'dco- 

Domie rurale de Moscow. 
Recueils de la Sociele libre d'agriculture , sciences , 

arts et belles-lettres du departement de I'Eure. 
Seance publique de la Sociele d'agriculture, com- 
merce , sciences et arts du departement de la 
Marne(1843). 
Travaux de la Societe philharmoniquedu Calvados. 

— Societe racinienue de La Ferte-Milon. 

.^ — Societe des bibliophiles de Reims. 

Joumaux. 

LWrdcnnais , journal politique et litteraire. 
Le Journal de Reims, idem. 



LISTE 
DES SOClfiTfiS COURESPONDANTES. 



Acadeiuie d'Aix. 

— des sciences d'Amiens. 

— d'Arras. 

— des sciences et arts de Bezancon. 

— des sciences et letlres de Blois. 

— rojalc de Bordeaux. 

— des sciences de Caen. 

— des sciences de Clermont-Ferrand. 

— royale du Gard. 

— des sciences de Lyon. 

— de Macon. 

— des sciences de Metz. 

— de Pont-le-Voy. 

— royale de Rouen. 

— de Toulouse. 

— des jeux floraux de Toulouse. 

— de Vaucluse. 

Sociele d'emulalion d'Abbcville. 

— medico-scientilique de I ile de Corse, h 

Ajaccio. 

— d'agriculture d'Angers. 



— 47G — 

Sociele vel^iinaire du Calvados et dc la Manthc, li 
Bayeux, 

— d'agriculture et sciences de Boulogne. 

— royale d'eraulalion de I'Ain , ii Bourg. 

— d'agriculture de Bourges. 

— des anliquaires de Normandie, a Caen. 

— d'agriculture et de commerce de Caen. 

— d'agriculture, sciences et arts de Chalons. 

— d'agriculture de Chateauroux. 

— d'agriculture de Chaumont. 

— royale, academique de Cherbourg. 

— d'agriculture de Digne. 

— des sciences du Var, a Draguignan. 

— d'cmulation d'Epinal. 

— d'agriculture d'Evreux. 

— academique des sciences de Falaise. 

— d'agriculture de Grenoble. 

— Havraise. 

— d'cmulation de Lons-le-Saulnier. 

— d'agriculture^el sciences du Mans. ' 

— d'agriculture, sciences et arts de Meaux. 

— d'agriculture, sciences et arts de Mende. 

— d'agriculture et sciences de Moulins. 

— d'agriculture et sciences de Montautjan. 

— d'agriculture et sciences de Mont-dc-Marsan. 

— royale des sciences, lettres etarts de Nancy. 

— royale academique de Nantes. 

— d'emulationl^de Nantua. 

— d'a£jriculture"et sciences de Niort. 

— royale d'horliculture de Paris. 

— royale et centrale d'agriculture de Paris. 

— libre des bcaux-arls de Paris. 

— philomalhiquc dc Perpignan. 



— 477 — 
(rcncouraqcment pour rindustric nationalc de 

Paris, 
dos anliquaires de I'Ouest, a Poiliers. 
d'agriculture de Poiliers. 
d'agriculturc, sciences el lettrcs dcRochefort. 
(i'aj^ricultiire de Rennes. 
dcs lellres, sciences et arts de rAvcyron, a 

llhodez. 
cenlralc d'agriculture de Rouen, 
industrielle de Saint-Eliennc. 
dcs anliquaires de la Morinie, a Sainl-Omer. 
des sciences du Bas-Khin, a Slrasbouig. 
des sciences de Toulon, 
des anliquaires du niidi, a Toulouse, 
d'agricullure de Tours, 
d'agriculture de Troves, 
de slalislique des arts utiles de Valence, 
d'agricullure et arts de Versailles. 



LISTR 

DES IVIEMRRES COIWPOSANT 

L'AGADEMIE DE REIMS 

au i'^ oclobre 1843. 



B»©ooo<; 



President dlionneur. 
Monseigneur Godsset ^^ archcvoquc de Reims. 

Memhres d'honneur. 

M. ViLLEMAiN G. *&, membrc dc I'Academie Fran- 
caise, rainistre de I'lnstruction publi<jue. 

N.'. . . 

BUREAU 

Pour rannec 1S43-1S44. 



MM. Bonneville, president. 

QuERRY , vice-president. 

H. Landoi'zv , secretaire. 

CoNTANT, vice-secretaire. 

SArniNKT, tresorier. 



— A80 — 



Mcmbres tilulaircs fondateurs. 

Monseigncur Gol'SSEt O. ©, archevequc dc Reims. 
MM. Deuodk-Gerczez -Si , membre du conseil gene- 

ncral do la IMarne. 
Le Vicomte Ruinart de Brimont ^ , ancien 

inaire ct depute de Reims. 
Saibinet , membre de la Soei^te d'agricullurc, 

sciences et arts du departeraent de la Marne. 
H. RoBiLLARD , juge d' instruction. 
Bandeville , aumonicr du college royal , cha- 

noine bonoraire. 
Herbe , peintre. 

BoLCiiE, hatonaior de Tordre des avocats. 
L. Paris , bibliotbccaire dc la villc de Reims , 

membre du comile bistorique. 
L. Fanart , membre du comile d'Instruction 

prima ire. 
Nanquette , cure de Saint-Maurice , chanoine 

bonoraire. 
Brunette , architecte de la ville. 
Tii. CoNTANT, uotairc, liccncid en droit. 
H. LANnorzYj membre correspondant dc I'Aca- 

demie royale de raedecine. 



Mcmbres titulaires c'lus. 

MM. De Belly, membre dc la Societe d'agricullurc, 
sciences ct arts du departement de la Marnc. 
(23 Dec. 1841.) 



— 'i8l — 

M!VI. Wagnfh, oncicn nej^ociant. (23 DoccniI»rcl8'i-l.) 
Baka, cur<^ dc Nol re-Dame , vicaiie-general lio- 

noraire. [id-) 
llouzEAL-MiiRON it , niaiuifaclurier de prodiiils 

cliiiiiiqi es, depute do Reims, (id.) 
A. BOiNNEViLLEj prociirouv du roi. {Id.) 
Piiii.ii'i'E, menduT correspondatii de I'Acaderuie 

royale de medecinc. (30 Dccembre 1841.) 
QrEiiRY, vicaire-general. (t 'i Janvier 1842.) 
HriJERTj homme de lettnjs. 
Oarcet, agrege des sciences, profi sscur de ma- 

tliemaliques speciales au college royal. (2 mars 

1842.) 
E. DEnoDE , avocat. (13 Mai 18'j2.) 
Gobet, licencie en droit, (id.) 
Maillefer - Co()UEBERT , ancicii negociant. 

(ITJiiin 1842.) 
Leconte , pharnrieien en cbofde rilotcl-Dieii. 

(30 Di.H;oml)re 18's2.) 
SuTAiNE , negociatil , inemi)rc di' la Societe des 

amis des arts. (27 Janvier 1843.) 
Tarre de Saint Harooitn, ingenieur des'ponts 

el cliaussees. {ul.) 



Membres rt'sidanfs.] 

M!\l. Maouart, chef de la division des heaiix-arts a la 
niairie. (14 Janvier 1842.) 
Geoffroy de ViLEENEiiVE, propric'laii'o, mcm- 
hre du Conseil d'arrondissenicnl de. Saissons. 
(4Mars18i2.) 
DiQiENELi.E, i)harmacicn. (id.) 

31 



— /i82 — 

MM. MoNNOT-DES- Angles, professeur au college 
royal, officier tie I'Universite. (20 Mai 1842.) 
LoDis-LucAs, notaire. (30Deceinbiel8V2.) 
SoiLLY, proviseur du college royal, oflicier s»i- 
perieur de I'Universite. (27 Janvier 18W.) 
GoNEL, avocat. (26 Mai 1843.) 
Gai.is, notaire, licencie en droit, {id.) 



Memhres honoraires. 

MM. P. Tarbe , substitul du procureur du roi a 

Versailles, ancien inembre titulaire. 
De Gourgas ^, inspecteur de I'Acadt^mie de 

Lyon, ancien membre titulaire. 
H. Fleuby, redacteur en chef de I'Ardennais , 

ancien nierabre titulaire. 
Bemn , professeur d'histoire au college de 

Douay, ancien membre residant. 



Conseil d' administration. 

MM. Les membres du bureau. 
Mgr. L'archeveql'e. 
L. Paris. 
De Belly. 

Membres correspotulanls. 

MM. AcBERT, curede Saint-Remy, a Reims. 

Anot DE Maizieres, professeur de rethorique, a 
Versailles. 



— 48;? — 

MJVi. Arnadlt, pcintre, a Troyes, inspccteur des mo- 
numents hisloriques. 
Ballin, archiviste de 1' Academic royalede Rouen. 
Bally it, ancien president de I'Academie royale 

de raedecine, a Villeneuve- le-Koy (Yonne). 
Barbey, membre du Conseil d'arrondisscment , a 

Fisraes. 
Barthelemy (Anatole) , liomme de lettres , a 

Palis. 
Berger de Xivrey it, membre de I'lostitul , a 

Paris. 
BoNJOUR (Casimir), bomme de lettres, a Paris , 

bibliotbecaire de Sainte-Genevieve. 
Bonneville (Frederic) it , ancien essayeur de la 

Banque de France. 
Boulloche ^,avocat general a la Cour royalede 

Paris. 
BouRGEOis-TuiERRY, mcmbrc du Conseil generalj 

a Suippes. 
De BrssiERES it , officier supcrieur du gdnie en 

retraile, depute de Reims , a Paris. 
Carrette^, capitaine du genie, a Alger. 
Carrette, avocat aux Conseils du roi et a la Cour 

de cassation , a Paris. 
Carteret, avocat a la Cour ruvale , a Paris. 
Cayx it, inspecteur de I'Universite. bibliotbecaire 

iV^ TArsenal , depute, a Paris. 
Cuaix-d'est-Ange it, balonnier de I'ordre des 

avocatsa la Cour royale de Paris, ancien depute 

de Reims. 
Cfiarpentier, inslituteur primairc superieur , a 

Reims. 
CLirQCOT, homnie de lellres, a Reims. 



— 'i8A — 

MM. Chatbry -ft^ conscillcr a la Cour royale <le Paris, 
meinbrc du Conscil general de la Marne. 
CoLi.ESSON , ancien inspccleiir de I'enregislrc- 
mcnt, jiigc siippleanl, a Reims. 

CORKKAUD 1)E BllEBANT, jllgl' , h TlOyOS. 

Dagonet, docteur en m«^dccine , a Chalons. 
Danto.n^, ehef du secretariat au minislerc dc 

rinstriiction publique, a Paris. 
Datdevillk, president de la Sociele acaderaique, 

a Saint-Qncnlin. 
Dei.afosse, profcsseur a la Facull<5 des sciences , 

h Paris. 
De Loisson it, ancien depute de la Marne, a 

Pierry (Marne). 
De Maiziebe , ancien profcsseur de I'UniTersite , 

a Reims. 
Le comte De Mellet, proprielaire, a Challrait 

(Marne). 
De MoNTMERQiE it , conseiller a la Cour royale, a 

Paris. 
De Royer , substilut du procureur du roi , a 

Paris. 
De Sauville , conseiller de prdfecture, a Me- 

zieres. 
L. Desrocsseaux de Medrano , ancien mcmhre 

du Conseil snperieur des manufactures et du 

commerce, conseiller general des Ardennes, a 

Charleville. 
Dessain-Perin, proprietaire aCumi^res (Marne). 
DiDRON , inspecteur des monuments liistoriques, 

a Paris. 
Drouet , ancion profcsseur dc I'Universitc, a 

Reims. 



— A85 -. 

I^IM. DriiAiu.K, jiif^o au tribunal du la Seine , nienilnc 

(!u Conseil general de Seine el iMarno , a Paris. 
DiiiEME, doclenr en niedecine, a Douai. 
Dri'ATY (Jules), subsUlul pr^s le Uibunal civil de 

la Seine, a Paris. 
Elie de Sainte-Marie, a Vilry-le-Frangais. 
EsTRAYEu Cabassole, clianoine a Clialons-sur- 

Rlarne. 
Etie>.\e (Gillais), bibliolli^caire de la Chanibic 

des Pairs , a Paris. 

Failly, inspecteur des Douanes , aCambrai. 

ForiiMER, cure , a Rethel (Ardennes). 

Gari>et^, conseiller do Prefecture , a Chalons- 
sur-Marne. 

Gautiiieh if, arcliitecle, menibre de I'lnslilut, a 
Paris. 
, E. Gerlzet if, profcsseur a la Sorboune, a 
Paris. 

GossLN, agricuKeur a la Tour-Audry (Ardennes). 

Hardy i( , niedecin des hopitaux , a Paris. 

Le baron Hemart it , proprielaire , a Ay. 

IIiVER it , procureur du roi , a Orleans. 

Hubert, profcsseur de philosophic, a Cliarlcville. 

IIuBiGNON, juge d'instruclion, a Vouziers. 

IIcssoN it , menibre de TAcadeiuie royale de nie- 
decine , a Palis. 

E. JonBois , profcsseur au college , a Relliel. 

JopPE, bibliolhecaire, h Chalons-sur-Marne. 

JouRDAiN, liomrae de lettres, a Paris. 

JiBrNAi. ( Achille) it, i)rofesseur a la faculle des 
lettres, a 3Ionli)ellier. 

Le conile de Ladeveze , liomrne de lellres, a Or- 
bais. 



MM.Le comle de Lambertye, proprielaire a ChallraK 

(Marne). 
Lair, conseiller do Prdfecture, secretaire dc 1' Aca- 
demic, ii Caen. 
Lebertiiais , dcssinatcur , h Paris. 
Lebourdais, chiinisle, a Noj^cnl-le-Rolrou. 
Lejeune , professeur au college royal de Reims. 
Leleu d'Atbilly, mcmbre du Conseil general de 

la Marne , a Aubilly (Marne). 
Lelievhe, ancien censeur de I'Universite, a Ste- 

nay. 
Levesque de Pouilly it , au chateau d'Arcy- 

Ponsart. 
LiENARD, peintre, a Chalons-sur-Marne. 
LoDis it , medecin en chel des epidemics du de- 

partement de la Seine , a Paris. 
A. MAxruED, avocat h la Cour royale de Paris. 
V. Maredse, avocat a la Cour royale d'Amiens. 
Maupassant, professeur de philosophic au col- 
lege de Chrdons-sur-Marne. 
MiCHELiN Hardol'in it , mcmbre de la Socidle 

geologique de France, conseilier-maiire a la 

Cour des comptes, a Paris. 
MopiNOT , doctcur en raedecine , a Fismes. 
MuLLBACH, professeur de litterature Allemande, 

a Reims. 
NiSARD it , depute , chef de division au ministere 

de rinslruclion publique, a Paris. 
OzANNEAu^, inspecteur general de 1' University, 

^ Paris. 
OzERAY, archivisle-paleographe , a Bouillon (Bel- 

gique). 
|I. Paris, licencie en droit, a fipernay. 



— 487 — 
MM. Paius, nolairc, a fipeinay. 

P. Paris >;?, rnembrc dv I'lnslilui , a Pans. 
Pai HIS i)L' Breuil , homme de lellres , a Troyes. 
Paiffim , chef dc division au minislere dcia Jus- 
lice , a Paris. 
Perin , peintre , a Paris. 
Peunot , nieniJ>re de la Sociele arclieoloiriciuc de 

la Maine, a Paris. 
Peruier (Eugene), secretaire de la Sociele d'a- 
gricullure, comracrce, sciences et arts, a Cha- 
lons. 

PoLONCEAU ^, ancien recleur de I'Universite, a 
Paris. 

PoNsiNET, juge-suppleant, a Sainte-Menehould. 
PouLET, chef d'inslilulion, a Senlis. 
PovFLLO^-PiEUARD, houinic de lellres, a Reims. 
PRE(i\o>f, cure a Torcy (Ardennes). 
Pri>, docleur en inedecine, a Chalons-sur-Marne. 
Hal'i.in, mailre des requetes au Conseil d'etat, h 

Paris. 
Uo.NDOT, negociant, a Reims. 
RoYEK-CoLLARD ^, professeur a I'Ecole de droit, 

a Paris. 

Sauvage, ingenieur des mines, a Mezi^res. 

Selrue, docleur en niedecinc, a Suijpes. 

Oe Spckad, professeur de lilterature Allemande 
au college royal de Saint-Louis, a Paris. 

TiRMAN, docteur en medecine, a Mezieres. 

TiiiERRioN (Jules), proprietaire a Nanleuil (Ar- 
dennes). 

TRANCHAnr, president du Tribunal civil, a 
Vouziers. 

Vallet de ViRfvir.LE, archivistc-paleographe, a 
Paris. 



— 488 — 

MM.Vaiun, doyen tie la FacuUe uos lellres, a lUnnos. 
ViLLAiU) (;iine)j avocat, a Rclhel. 
Vii.MET, cure a Monlhcrine (Ardi'nnes). 
VioLETTE, homnie de lellres, a IMary-sur-Marne. 
Weiss i^ , bibliotlu'-caire, a Besancou. 



Memhres de'cede's. 



MM. le lieutenant general baron Hllot (g^), meiubre 
correspondanl h Cliarleviile. 
LoRiQiET, ancien principal du college d'Epernay. 
Beknage, professeurde relhorique , a Dijon. 
deFelcoukt ^, sous-prefel de Vilry-le-Francais. 
d'Heku£.s, lionimc de lellres , a Ay. 



— /i89 — 
EXTRAIT DU RtlGLEMENT INTERIEUR. 



ARTICLE PREMIEU. 

L' Academic se reunit le 1" el le 3'"'' vendredi de 
chaque muis, a 7 hciires du soir, sauf le cas de convo- 
calion extraordinaire. 

Elle clol ses seances le 3"" vendredi du niois d'aout 
el fait sa rentree le l*""^ vendredi de novembre. 

Art. VI. 

Quoiqiie les seances ordinaires ne soienl pas publi- 
qnes, les dtrangers peuvent y assisler pourvu (ju'ils 
soienl presinles par deux membres. 



EXTRAIT DES STATUTS ORGANIQUES. 

Art. XXI. 
Les nicrabres corrcspondanls s'engagent a commu- 
niqiier a 1' Academic leurs ouvrages el le fruit de leurs 
recherclies; si I'un d'cux laisse ecoulcr trois annees 
sans executer cette clause, il sera cense renoncer a sou 
tilre, el son nom pourra etre raye du tableau. 



ni.lMS. — 1. JALQllLI, IMriUMJ.lK l>i; I, ACADl.Mli;. 



.u^ 



TABLE DES MATIi:UES, 



Lettre ii M. le miiiislrc de I'lnstruction publique , pour 

soUiciter la creation de YAcndcmif dc Reims, 5 

ARRETEdeM.Ie ministrede I'lnslruction publique porlaut 
autorisation el conslitulion dfliiiitive de V Academic 
dc Reims et approbation de sei slatiits, 8 

Extrait du proces-verbal de la premiere seance. — 

Election des membres du bureau, lo 

Statuts de I'Acadcmie de Reims, ix 

Extrait du reglement d'organisalion inlerieure, 17 

Si^ANCE PUBMQCE annuelle du jeudi4iuai 18 43, '^i 
Ordre du jour de cette seance, a 2 
Discours de Monseigneur I'archeveque de Reims, pre- 
sident annuel, aS 
CoMPTE-RENDu des travaux de I'Academie pendant I'an- 

nee »84a-i843 , par M. Lnndouzy, secretaire, 29 

RAPPORTi sur les concours ouverls pour I'aunee 1845, 5 1 

Programme des questions propos(5es : 

Economic politique, 5 2 

Histoirc, 53 

Agriculture, 54 

Extrait du rapport sur le concours d'cconomie politi- 
que, par M. Bonneville, 55 

Rapport de la commission d'examen des memoires sur 

la <]uestion historiquo, par M. Nanquctte, 69 

Rapport sur la question de I'economie agricole, par M. 

Mnillcjcr- Coqucbrrt, 8 i 



^ /)92 — 

Extrait dii proccj- verbal tie la seance publiquc dii 4 mai 
1843, — RecoiMpenscs accordees : 

Premier conrours : Economic politique^ 91 

Deuxieme-coiicoiirs : f//4rof>ff, ' 9a 

Troisieme coiicours : Agriculture, Ibid. 

Medaillei d'eucomagement pour objets divers, gl 

SCIENCES MOUALES. 

Economic politique. — Notion de la richesse , par 

M. Charles Suinte-Foi, 97 

Legislation. — De la repression des plaideurs de mau- 

vaise foi, par M. Bonneville, 1 1 7 

SCIENCES PHYSIQUES. 

AGRICULTURE. 

Extrait de la notice sur la culture des terres calcaires , 

par M. le vicomte Ruinart de Brimont, i^y 

Du mode d'assolement le phis favorable aiix terrains 
calcaires du departemeul de la Rlarne, par MM. 
LcHirent et Taillet, 1 53 

BOTANIQUE. 

Notice sur Its champignons trouves aux environs de 
Reims, avec indication des espcces comestibles ou 
veneneuscs, par M. SctuOinet a'me, i8y 

GJKOLOGIE. 

Rapport sur la statistique mineralogique et geologiqtie 
du dcpartement des Ardennes, de MM. Sauvage el 
lUivignier, par M. QuERRV, , 2o3 

Etude geologique du jiays de Reims. — Rapport de M. 

ISuiludis Rondot, meinbre corrcspondant , commissaire 

d.- PAcademie, 209 



— 493 — 

rilYSIQL'E-MATTIliMATIQrn:. 

R.ipport <le la cnnmiission chargce d'examincr Iv iiu'- 
moircde M. de Maiziere, membrc corrcspondant, siir 
la pondorabilile du caloriquc, par M. TmhediSaint- 
Hnrilouiiif 357 

ARCHKOLOGIE. 

Dfs anciennps tapisscries ct toiles peintes dc la calhc- 
dralc dc Reims. — Discussion snr les avanlages et les 
inconvonicnts d'appliqner ces sortes de tableaux a la 
dororalion inlcrieiiro dcs cgiises chretiennes , par 
IMM. L. Paris, L. Fanart et Hcrhc, 569 

Lecture dc M. Paris (seaucc du /, novenibre i8/,'2), afJc) 

Suite dc la discussion. Lecture de M.Z. Fanart (seance 

du 18 novcmbro 18.^2), 3oi 

Suite et (in de la discussion. Lecture de M. //rr/;^ (seance 
du a dccembre i8/)a), 398 

NrMISMATIQlE. 

iS'umismatiqucct archeologie. — Notice sur rpicUpics <le- 
couvertes d'objets d'antiquite el de nicdailies ro- 
maiucs faites a Reims et dans le pays rcmois, dc ' 
1820 a i8/jo, par M. Louis-Lucas, 3^9 

Quclqucs rcjlexions sur I'atelicr monetaire de Damery, 
par M. Duqucncllc, 3^9 

LITTERATURE. 

Le prfmifr comte de Salm-Dyck. iXouvelle incdite 

d'Hoffman, traduite par M. Failly, 357 

Critique litteraire. Rapport sur les travaiix de la 
Societc des Ribliopiiiles de lleinis, par RL Nariqucltc, 38 1 

ITiSTOiRK dc la cite, ville et universite de Reims, par 
(lorn Giiil. 3farlnt; manuscrit inedit public aux frais 
ct par les soins de I'Acadcmie de Reims. — Note sur 
cette publication, par M. L. Paris, 398 



494 — 



BIOGBAPIIIE. 



Notice sur Linguct, par M. Derode-Gertizci, 4° J 
Essai historiquc, nitiqiie et litterairc sur la vie et les 
ouvrages ile Jcaii Goulin, medecin ne h Reims , par 

le docteur Philippe, ^^9 

POESIE. 

Voyage autour de mon cabiuet, par M. fVagncr- 

Delamottc, ^ ^^^ 

La premiere communion d'lme jcune fiUe, par le meme, /j/l7 

FABLES par M. Galis, 4^3 

Les Saints et les Heros, A53 

Le Colosse de Rhodes, A 53 

L'Enfant et le Chien, A55 

Appendicb au memoire de M. Rondot sur la geologic 

du pays de Reims, 4^7 
CoNOouRS ouverts pour I'annee i8/|4 ; programme des 

questions proposees : 4^2 

Histoirc et Archeologic^ ibid 

Economic industrielle, 463 

Agriculture, 4^4 
Ouvrages imprimes adresses a I'Academie par leurs 

auteurs, 4^5 
— par les Academies et Societes correspondanles, 47^ 
Academies et Societes correspondaiites, 47^ 
Membres composant I'Academie de Reims, 479 
Extrait du reglement interieur et des staluts de I'A- 
cademie, . 489 




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ANNALES 



1)E 



L'ACADEMIE DE REIMS 



SECOND VOLUME. 



18A3-18A4 





REIMS, 

L. JACQUKT, IMPRIMEUR ET LinRAIRE DE L'ACADfiMIE, 
BRISSAUT-BINET, UBRAIRE DE L'ACADEMIE. 

MDCCCXLIV 



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ANNALES 



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L'ACADEMIE DE REIMS. 



18i3— 1844. 



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ANNALES 



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L'ACADEMIE DE REIMS 



Second volume. 



1843-1844. 








Co.. 



L. JACQUET, IMPRI.MRUR ET LIBRAIRE DE L'AGADfiMIE. 



MDCCCXLIV 



ANNALES 



DE 



L'ACADEMIE DE REIMS. 



EXTRAIT DU REGLEMENT INTERIEUR. 



ARTICLE PREMIER. 

L' Academic se reunitle premier et le troisiemc vcn- 
dredi de chaquc mois, a 7 lieures du soir, sauf le cas 
de convocalioD extraordinaire. 

Ellc clot ses seances le troisieme vendredi du mois 
d'aoiil, et fait sa rcntree le premier vendredi de no- 
vembre. 

Art. VI. 

Quoique Ics seances ordinaires ne soient pas publi- 
ques , les dlrangors peuvent y assister, pourvu qu'ils 
soient presentes par deux mendires. 



EXTRAIT DES STATUTS ORGANIQUES. 

Art. XXI. 

Les membres correspondants s'cngagcnt a commu- 
niquer a I'Acadcmie Icurs ouvrages et le fruit de Icurs 
recherches; si I'un d'eux laissc ecouler trois annees 
sans exccuter cette clause, il sera cense renoucer a son 
litre , el sod nom pourra etre raye du tableau. 



SEANCE PLBLIOIE ANNIELLE 

Du 25 MAI 1844. 



Presidence de M. Bonneville. 



La seance est ouverte a 1 heure , dans la galerie 
liistoriquc du palais archi -episcopal. 

MM. BoniDON , Sous-Prefet de rarrondisscment , 
M. Lecointue, President du tribunal de commerce, 
M. Carteret, Adjoint, faisant I'onctions de Maire, et 
M. le comte de Ciievigxe , Colonel de la garde natio- 
nale , occupent des sieges d'lionneur a droite et a gau- 
che du bureau. 

Sont presents : 
MoNSEiGNEiR l'arciieveqie , MM. Ic vicoiute DE 

CRLMONT, SAIBINET, ROBILLARD, BAXDEVTLLE, BOl'CHE 
DE SORBON , L. PARIS, L. FANART , NANQCETTE , 
BRUNETTE, Til. CONTANT,II. LANDOIZY , DE BELLY, 
WAGNER, BARA , PHILLIPPE , QIERRV, GARGET, 
E. DERODE, GOBET, LECONTE , M. SIXMNK , TARBE 
DE ST-IIARDOriN, MAQLART , CARTERET, GEOFFROY 
DE VILLENEOVE, DUQUENELLE , MONNOT DES ANGLES, 

inembrcs titulaires. 

MM. LOUIS-LLCAS, SOILLY, GONEL, CLICQIOT, COLR- 
MEAUX, GllLLEMIN, PINON , BERGOUGNIOIX , Al'BRIOT, 

assock's re'sidanls. 



I. 1>EU01)K-«;E1UZEA, IIERBE, MAIIIE-LEBLANC , 1)E 

SAVIGNY, memhres honoraires. 

MM. E.AUXOl ID, AlBEUT, BARBEY, BOIRDOXNE, CHAB- 
PENTIER, COLLESSON, COmlC tlc LADEVE/E, DE LOISSON, 
DE 3IA1ZIEKE, DE MILLY, DLCllEXE, GUOSJEAN, LEJEUXE, 
3IEXNESS0N, JIOl'INOT, MIILBACH , POYILLON-PIERRARD , 

RocssEAU, memhres correspondants. 



ORDRE DU JOUR. 

Discours d'ouverture, par M. Boxxeville , presi- 
dent. 

Compte-rendii des tra\aiix de rAcadeinie , par 

M. Landol'zy, secretaire. 

RAPPORT de l'annf.e 1843- 184i. 

Sur les concours, parM. Gobet. 

LECTURES 

De MM. Fanart, Ne'cessile d'introduire Vhisloire de 

Van dans les etudes miisicales. 
Le comle de Ladeveze, Invasion de la Champagne par 

Charles-Quint , en 1544. 
Galis, Lucas et son dne;—Peretle et sa boite [fables] (1 ). 
Wagxer , Mes loisirs (vers). 

Proclamation des medailles d' encouragement. 

Distribution de livrets de la caisse d'epargnes. 

Pro<Tramme des coucours ouverls pour I'annee 1845. 

(1) M. Robillard a bien voulu doimcr lecture des fables de M. Galis, 
qui, par suite d'indisposition, n'a pvi assisler ;i la seance. 



DLSCOURS 

DE M. BONNEVILLE, 



l';ilriotismi> el scicnci,' 



Messieurs 



II y a uno annec, a pareil joiir, iinc affluence nom- 
breiisc se pressail, dans cello enceinle , pour assisfev a 
la premiere de nos seances solennelles. rent-eire eul- 
il etc temeraire alors d'oser nous feliciter de ce con- 
cours et de cef cmpresseraent du pul)ric; car, si la plu- 
part venaient a nous par bienveillance , quehpies-uns 
aussi cedaient a cet altrait malin de curiosite qui s'at- 
laclie a loutes les choses uouvellcs. 

Mais anjonr<riiui. Messieurs, que notreVuil, (\uv nos 
travaux onl i)u el re apprecies })ar une ei)reuve de deux 
annees; anjourd'liui , que les railleries inq)uissantes 
ont dii se taire devant I'iniposant sufUVanede I'opinion, 
il ne nous est plus periuis de nous meprendre au vrai 
senliineni <pii aninie cette reunion de (outes les nola- 
hililes de la cile. Ce sentimeni , que je ne crains plus 



— 8 — 

d'intcrprc^ter , et doiit nous pouvons ciilin nous cnor- 
giuMllir, ('"est la synipalliie gcnt5reuse, c'csl. rodatant 
appui cpie lescsprits eclaires , que les coeurs honiuHes 
ne refusent jamais a loute inslilution serieuse ct ulilo. 

Deja, Messieurs, le savant prelat , sous le patronage 
duijuel s'est inslituee TAcademie , \ous a cntrelenus^ 
des houreux ellcts do Vesprit tVassociation. Je viens, en 
quclque sortc , continuer cclte these; et , nie placant 
sous I'echo protecteur de son eminente parole, j'es- 
saierai de vous presenter quelques considerations sur 
riniportance du role desorrnai* reserve a FAcaderuie 
de Reims. 

II est , pour les societds comme pour les individus , 
une vie materielle et vegetative , — une vie intellec- 
tuelle et morale. L'industrie , le commerce , I'agricul- 
ture assurent aux populations la satisfaction des be- 
soins physiques. Lesbelles-leltres, les arts, les sciences 
satisfont a cet irresistible besoin de penser qui releve 
et ennoblit I'existence de I'liomme. 

C'est assez dire qu'il n"y a , pour les societes , de 
prosperity durable et complete que lorsque le inouve- 
ment des idees y suit d'un pas egal le mouvement de 
la richesse materielle. Des que I'un de ces deux mou- 
vements se ralentit, I'equilibre est rompu ; il y a ma- 
laise social ; le peuple commence aincliuer vers la mi- 
sere ou vers I'ignorance. 

Notre vieille cite remoise a eu plusieurs fois a subir 
ralternative de ces situations anormales. Avant de 
compter parmi les villes riches ctindustriellcs, elle fut, 
a diverses epoques, une ville savante et aflislique. — 
Reims avait des ecoles celebres, des cours publics de 
droit canon , de philosophic , de belles-lettres ; elle 
composaitdes livres; elle elevait a la religion I'une des 



— 9 — 

plus adniiraldos hasiliques du raonde clireticii : ellc 
pretait a Rome st>s savants eveques , pour en I'aire des 
souvorains ponlil'es ; alors quo son aiiricnUuro etaif 
|)rcs(jtu^ niillt' ; son comniercc, sansdebouclies; son In- 
dustrie, bornee a la fabrication de quelciues lissus a 
I'usage des yensde guerre etdu menu pcuple. 

Oserai-je le dire , meme devant rAcademic ? c''elait 
la une situation illogique, une veritable inversion du 
cours regulier des clioses; car , s'il I'ant pourvoir aux 
besoiiis intellectuels des populations , il faut aussi , et 
avant lout, leur assurer du travail el du pain... d'oii je 
conclus que nos pcres ont fait preuve jadis dc raison et 
de palriotisme, lorscpie , repondant aux otTres gene- 
reuses d'un illuslrebienfaiteur , on les vit preferer, a 
tin etablissement universitaire , une simple manufac- 
ture... 

Mais aujourd'hui, Messieurs, que , grace a cette en- 
tente sage et persistante du premier besoin des popula- 
tions, Reims a su semer Tor etla fertilite sur son sol 
calcaire; aujourd'liui , qu'elle s'Cst placee an premier 
rang des villes manufacturieres et commercantes , le 
moment etail veuu d'y raviver le mouvement inlellec- 
liiel, quelque pen endormi sous les legitimes j)reoccu- 
pations de riiuluslrie. — Reims, ranciennemetropole 
de la Gaule Relgique, Reims, la villeaus grands sou- 
venirs religieux , litleraires et polilicjues ; Reims qui , 
dans tons les temps, a tenu une place si brillanle dans 
noire liistoire ; Reims enlin, le berceau de cette in- 
struction j)rimaire (pii depuis s'est repandue, conuue 
un reseau de lumieres, sur toute la surface du pays ; 
Reims ne ponvait resler ])lus longlenqis deslierilee 
du bienfail d"nnc association scientitique. 
(j'est. Messieurs, ceque le bon sens public a contpris 



_ 10 — 

C'esI ce que le gouveriiemenl a \oiilii fairc, en t^la- 
blissant a Reims une institution qui pilt rallier a elle 
tons les lioniines d'etude et de savoir ; eoncentrcr en 
un seul foyer les rayons diverges de la science, el, par- 
la , concourir efflcacenient a ee proselytisrae inleilec- 
tuel qui doit etre le premier devoir des epoques de 
pais et de prosperite nationalcs. 

J'aidit a dessein une ms<«7u<iOH, parcequ'icije veux 
faire entiere abstraction des hommes qui la composent. 
J'oidjlie les apotres, pour ne signaler au respect et aux 
sympathies que I'apostolat en lui meme. — Maispour- 
tant. Messieurs, cette liuniilite que j'accepte volonliers 
pour nous , je ne puis , ni ne dois I'accepter pour nos 
successeurs. Qui done oserait pretendre que la ville 
qui a donneau monde savant les Ilincmar, les Ge)tert, 
les Libergier, \es Scrbon , les Gersou, les Buinarl , 
les Mabillon , les Delassalle, et tant d'autres illus- 
trations dans les sciences , les arts et les leilres , que 
la ville qui songe a elever des statues a des enfants 
lels que le grand Colbert et le brave Drouel, ne puisse 
pas, a un jour donnc, reunir dans son sein un certain 
nombre de capacites dignes de sieger dans un corps 
savant.'... 

D'ailleurs, Messieurs, quelque modestes que Ton sc 
piaise a supposer les societes academiques des dejjar- 
tements, leur merite, a mes yeux , e'est qu'ellessont, 
dans leur humble sphere, la reduction de cette grande 
association de science universelle , de cet Instilut qui, 
depuis quaranteans, maintient la France a la tele des 
nations civilisees... Ne sont-eUespas,en effet, les an- 
neaux conducteurs par lesquels relectricite inlellec- 
tuelle se communique du sonmiet aux extremites .-',.. 
>'e sont-elles pas les mille ruisseaux qui vont porter, 



— 11 — 

siir lous les points tin lerritoire , les eaux forlilisantes 
(le la scii'iice?... 

Or, jc le <h'inaii(lc, ile ce ([lie le ruisseaii est pclil ; 
de ce qii'il sei'penle eaelie sous les haules lierbcs de la 
prairie, Teaii qui y court en est-elle on moins vive, on 
moins pure, ou moins salutaire?... 

Ayons done foi , Messieurs , dans rinfluence ct dans 
les cllbrts des academies de pro\inee, alors suilout 
que, comme celle de Reims , elles se sont cree desde- 
Aoirs s])ecian\ i)our raccomplissemenl descpiels elles 
n'onta craindre ni rivalite, ni impuissance. 

<< liccueillir ct publier lout ce qui tient a Pliisloire de 
« lieiins ; propager autour d'elle le gout des arts, des 
<^ sciences et des belles-lettres ! >^ telle esl la double el 
patriolique mission a laquelle s'esl vouee rAcademic. 

L'eludede noire hisloire locale, oulre ses nombreux 
avantages , oulre qirelle pent seule eclairer el rectifier 
I'histoire generale du pays , est surtoul prolilable , en 
ce qu'ellecontribue a entretcnir Tun des plus doux sen- 
timents du coeur liumain, le palriotisme de localile; non 
pascet esprit de rivalite egoiste et hostile (juijadis I'ai- 
sait de cliaque portion du lerritoire un elat distinct ; 
mais eel amour pioux du pays natal, extension gene- 
reuse de I'esprit de famille qui, gans briser sagrande 
unite nationale, devient, entre les citoyens d'une memc 
cite, un lien de i'raternitc , un element de force ct d'u- 
nion, un mobile puissant d'emulalion, ])ar consequent, 
une source de bonlieur ct de prosperile pour lous. 

A re|)oque oii chacune de nos provinces francaises 
avail pour ainsi dire ses lois, ses usages, sa langue, son 
costume, sa nalionalile ^ropres, le palriotisme local dnl 
^Ire necessairement exagere a I'exces. — Mais noire cen- 
Iralisalioii nioderiie ne s'esl j)as bonu'e a d^'lnruM' <(! 



— 12 — 

qu'il y avail de trop exclusif, de trop ^troit dans cetto 
honorable passion du pays natal. Elle lend cliaque jour 
a I'aneantir; quedis-jc? a y substiluer la passion con- 
traire. Aujonrd'hui, Messienrs, jc ne sais quelle dispo- 
sition envieuse et jalouse, (piel esprit chagrin do deni- 
gremenl s'allache parmi nous a poursuivre, a rabaisser 
les horanies et les choses de la localile. 11 semble que 
nous ne devions plus avoir d'adrniralion que pour ce 
qui nail et se produit loin de nous; si bien , qu'a force 
de lout deprecier, de lout araoindrir ainsi, nous linirons 
peul-elre par avoir presque regret, presque honte 
d'etre de noire pays ! 

C'esl la, Messieurs , une tendance impie el deplo- 
rable !... chaque localile a, comme chaque faraille, des 
souvenirs, desgloires, desinterets a elle, qu'elle doil 
conserver et defendre ; qu'il ne lui est jamais i)ermis 
d'abandonner , parcequ'ils sont Tht^ritage inalienable 
des generations passees, la richesse du present, le pa- 
trimoine sacre de la generation qui nous suit... Ainsi , 
soil qu'une ville entiere se leve tout emue el fasse en- 
tendre au pays sa voix pour faire respecter ses inlerets 
materiels raeconnus; soil que, reconnaissante, elle con- 
fie au marbre et au bronze les traits de ses antiques 
bienfaileurs ; soil qu'elle decore de leurs noms veneres 
ses monuments el ses voies publiques; soil enfln, qu'a- 
nimee d'un juste orgueil, elle se presse , en habits de 
deuil, au convoid'un grand citoyen , par tons ces actes 
elle s'honore egalemenl , parce qu'elle accoiuplit un 
pieux devoir de patriolisme local. 

L' Academic de Reims , Messieurs, a misau premier 
rang de ses obligations celle de raviver ce patriolisme 
pemois par la recherche el la glorification de lout ce 
qui, dans les evenements , dans les edifices , dans les 



> 13 — 

luanirs, dans les hommes cnfin , a jadis rendu si nota- 
ble le pays de Reims. 

La publication de I'histoire franeaise inedilc du sa- 
vant Dorn Marlot, est le premier liommage rendu par 
elle a ce culte des aneiens souvenirs locaux. Elle conti- 
nuera, soit par elle-menie (1), soitpar les eflbrtsisoles 
de ses membres (2) , une serie de publications , qui 
loutes auront pour objet I'etude approfondie de I'liis- 
toire du paysdc Reims. 

Puisse-t-elle , IMessieurs, en rappelanl ce qu'ont 
fait, ce qu'ont ete nos peres; en retracant leurs verfus, 
Icurs devouenients , leurs sacriQces, leur puissance, 
rendre a chacun de nous Taniour et lo respect d\ine 
cite qui a ete et qui sera toujours grande entre toutes 
les autres, par le cceur et rintelligence ! 

Palriotisme et science : avec ces deux leviers , rien 
n'est impossible aux populations. Reims , Messieurs , 
si riclie aujourd'hui des mcrveilles de son Industrie, 

(1) L'Acadcimie sc propose dodilor succcssivcinont iinc traihiclioii 
de I'histoire dc I'rfjiise de Reims, par Ic savanl Flodoaid; — les a'uvres 
iiH'dilesde Gerbcrt, ancieii archeveque de Reims, clc. 

(2) Les membres de TAcademic s'ettbrceront de siiivre dans leurs 
Iravaux particuliers I'lieureuse impulsLou doniice par la compagnic. 
Plusieurs ont dcja fail oii jireparcnt des publications prccieuses pour 
I'hisloirc gcnerale du pays de Reims. Dc cc nombre sont : Les toiles 
peintesel fapisaeries de la ri/lede Reims , avec planches colorioes , 
par .MM. L. Paris et Leberthais, grand in-4", Reims, 1843 ; les Tn^sors 
des efjlises de Reims, par MM. Tarbe ct Maijuarl, grand in- 5", Reims, 
1844; Durocorl, on Reims sous les Romains, maiinserit du chanome 
Lacourt, public et annotc parM. L. Paris, in-32, Reims, 1844 ; les 
Aeles de laprovinee eeelesiaslitjtte de Reims, recneillis et publics sous 
la direction dc Mgr Gousset, 4 vol. in4", l^eims , 1844; iHislone po/i- 
tique, rcligieiise, Ulteraire et ar/isdque de loutes les paroisses du 
Dioei'se, i)ar le merae ; la Dissertation stir les aneiennes sepultures 
rnm(tines,gauloises et r('moi';es, par M. Povillon-Pierrard, etc... 



— u — 

n'a (jua le vouloir pour reconqueiir, parnii les cilt's 
savanles, la place lalurcllcqiii hii est due. — Malliou- 
rcusement, la science a, coinme les croyances religieu- 
ses , ses indiHerents , ses incredules , ses adversaires. 

Croirail-on (ju'au iiiomoiit oil jc parle, il esl encore 
des homines de bonne foi (juipretendentquela culture 
des leltres, des sciences ou des arts , est incompatible 
avec I'exercice des professions serieuses. On ne sau- 
rait etre , disent-ils , bon notaire , avocat ou medecin 
distingue , veritable industricl , qu'a la condition de 
rester toujours et exclusivement occupe des choses du 
notarial, du barreau, de la mcdecine , de I'induslrie. 
— Sans doute, Messieurs, I'liomme qui aurait I'esprit 
assez fortement trempe pour consacrer sans reldche sa 
Tie a I'etude exclusive de sa profession, pourrait y ob- 
lenir une certaine superiorite spcciale ; mais I'esprit 
del'liomme a besoin, pour entrelenir le librejeu deses 
ressorts, dedclassement et derepos. Or, quel repos 
plus digne , quel delassenient plus fruclueux que des 
occupations nouvelles?... 

Ne craignons pas de le dire, IMessieurs , ce qui seul 
estincompalible avec Texercice serieux, honorable de 
ton te espece de profession , c'est I'ignorance, c'est la 
paresse, c'est I'inutile dissipation du temps precieux 
dont la vie est faite. Mais les distraclions intellec- 
tuelles; mais I'etude des lettres , des sciences et des 
arts; mais les meditations thcoriqiieset speculatives, 
loin de nuire a I'exercice des professions serieuses , ne 
font que les rclever et les rendre plus prolilables au 
pays. « Ce n'est {\\\o\\ unissant ainsi, ecrivait naguere 
« un savant academicien , ce n'est qu'en unissant les 
« travaux de la llieorie a ceux de la pratiipie , I'elude 
<( de la philosophic el de I'liistoire a cellc du droit, que 



— 15 — 

« les magistrals honoreat leiirs i'Jiar^os . el (m'ils ac- 
<' <]iiiercnt dcs litres reels a la consideration pnldiipie 
<< et a la favenr dn gonvernement. » 

Ce qne disail ia de la inagislratnre Tilluslre |)i"o- 
eurenr-goneral de la eonr de cassation , pent el doit 
s'ai)[)li<|ner a tontes les professions. La varietedes tra- 
vaiix sera tonjours le pins honorable des delassenicnts, 
car e'est parFetude, c''est par le travail qe.e les honinies 
acqniercid , anjonrd'iini pins (pie jamais , la veritable 
snperiorilc sociale ! 

Mais a (jnoi bon , Messienrs, disenter nnc these <pie 
chaqne jonr Texperience vient si hantement denientir .' 
Combien ne voyons-nous pas d'honmies que la voix 
jjublitiue se plait a citer pour modeles d'exactitnde et 
de perfection dans leuretat, et qni pourtant, a force 
de nniltiplier le lemps par ra(;ti\ite, savent donner en- 
core deprecieux loisirs a la enllure des sciences et des 
lettres ? 

Ces cxin;ences sacrees du devoir et de la profession 
ne sauraient done ni ralenlir nos propres travaux, ni 
faire obstacle au concours que nous attendons de tons 
les amis de la science. Qne tons vienncnt a nous avec 
conliance et secnritc; c^ar, pour nous, la science, c'est 
remanalion de reternelle sagesse ; c'est la luniiere fe- 
conde vers laquelle riiunianite doit incessamment mar- 
cher; en un mot, c'est la ve'ritc'en tout... 

Ce n'est pas a dire que TAcadeniie ait ranibitieusc 
pretention de (out savoir ; mais , a reNenq)le des asso- 
ciations (pii ont le courage, je dirai presqne Taudace 
genereuse de se voner au saint ap(jstolat de la science, 
elle veut encourager tout ce cpu lui paraitra bon, vuai, 
BEAU, LTiLE ; clle veut feconder de ses ellorts, appuyer 
de ses eioges tout ce qui , dans les sciences , les arts , 



— IG — 

les belles-lettres , teiidiu a rehausser et a auieliorer 
Texistence morale , physique et intellectuelle de 
rhominc. 

C'est dans cette voie large et liberalc qu'a jiisqu'ici 
marche rAcadeniic de lleims. Au milieu du niouve- 
ment tumuli ueux et absorbant d'une graude \ille , elle 
a eleve uue tribune d'oii elle a signale a I'attention tout 
ce qui lui a semble meriter interet et publicile. Inven- 
tions sciciilifiques on industrielles , oeuvres litteraires , 
reeherclies hisloriques , travaux de numismatique et 
d'arclieologie, perfeclionnements daus les arts, peusees 
philantropiques, elle a tout accueilli, tout soutenu, tout 
encourage. Tant il est vrai qu'elle a deja reussi a im- 
primer a Reims un mouvement, ou, si Ton veut , une 
sorte d'agitation inlelleclnelle tres-remarquable , et 
qui est le symplome d'une veritable recrudescence lit- 
teraire et scientiQque. 

Du reste , vous allez pouvoir apprecier , Messieurs , 
la mesure do ce resultai , par le compte-rendu que va 
nous soumettre notre honorable et laborieux secre- 
taire. 

Pour moi, je ne crains pas de le proclamcr, une in- 
stitution qui , en moins de trois annees , a pu produire 
cette salutaire impulsion , est, des-a-present, un bien- 
fait ; sera pour I'avenir une gloire pour le pays de 
Reims ! 

Remarquez , Messieurs , qu en osant exprimer ici 
cette opinion, je ne fais que resumer les mille tenioi- 
gnages de concours et de protection (jui nous ont ete 
accordes de toutes parts. 

Le roi, les ministres, les conseils de departement e* 
d'arrondissement, les fonctiounaires et les divers corps 
fonstitues se sent efforces de nous prodiguer les mar- 



- 17- 

ques les plus flatteuses d'appui et de sympathie ( I ). - 
II y a plus, on a fait a rAcadcmic (ou egard sans doiile 
a Tantiquc renom de la cile do Uoims) un honneurau- 
qucl oUc n'avait pas d'abord osc pi olciidre. On no s'est 
pas borne a suivrc avec un inleiet marque ses seances; 
mais les liommes Ic plus haul places par les lonctions, 
par le caraclere, par rintelligence ; des lionimes dont 
so glorifient le minislerc (2), le parlenient (3), I'insti- 
tut , le conseil d'etat (4) , la magistrature supe- 
rieure (5), n'ont pas dcdaigni- le lien de confralernite 
etde collaboration quiles unit desoriuais a rAcademie 
de Reims. 

Si je rappelle ces fails , Messieurs , ce n'est pas pour 
que nous en tirions vanite ; c'est pour que nous ayons 
foi en nous-niemes ; c'esl pour que nous ayons confiance 
dans le resultat de nos eflbrts ; c'est surtout pour «jue , 
enliardis par le succes, nous puissions nous livrer, avec 



(1) S. M. a daigne souscrirc, pour scs bibliothc(iucs parliciiliercs, 
a I'Histoirc de Reims de Dom Marloi , ouvrago iiiddit, public aux 
frais ot par les soins de rAradomio. M. le ministre dc rinstructior> 
publique a egalemcnt souscrit pDur 2 j cxemplaircs l\ cettc imijortaute 
publication. — Le conseil-gencral dc la Marne a, sur la proposition 
du couscil d'arrondisscraent , vote en faveur de rAcademie une sub- 
vention de "00 fr., etc. 

(2) MM. Villemain, ministre de Tinsfruction publique, Martin 
(du Nord), garde-dcs-sccaux, Ctcnin-Gridainc , ministre de I'agri- 
culturc el du commerce, ont accepte avec un bicnveillaiit empresse- 
mcnt le litre de mcmbrcs d'bonneur dc rAcademie. 

(.3) MM. Ilimzeau-Miuron, depute, membre tilulaire; VcBussibres, 
Nisarcl , Cn/yx, deputes, mcmbrcs corrcspondants. 

(4) P.Paris, Gautliicr, Bcrgcr de Xivreij , de I'lnstitut, Raulin . 
maitre des recpietes, membres correspondants. 

(5) De Mont-Merqui^ et Chauhnj, conseillcrs a la cour royale de 
Paris; Boidloche, avocat-gencral a la meme cour; Dufaur-Moiifort , 
drocureur-general a Nismes. 



~ 18 — 

|jlus d'ardeur que jamais, a notre ulile mission do pro- 
selylisme scicnlifique. 

Peul-elre(]u'iinjour , a cetle mission pnrement in- 
fcUecluellc vicndra se joindre une autre altril)utioii 
plus precieuse cucore. 

Peut-eire qudque cceur genereux voudra-l-il con- 
fler a 1' Academic de Reims la noble prerogative donl 
jouit a cette lieure rAcademie francaise, prerogative la 
plus sainte et la plus glorieuse de toutes , puisqu'elle 
est une sorte de reflet terrestre du pouvoir de Dieu. 

11 serait beau , Messieurs , de voir rAcademie re- 
moise recompenser a la fois les oeuvres de Tintelli- 
gence et celles de la vertu ! 

Alors ces reunions publiques auraient une portee 
vraiment salutaire et patriotique! L'esprit n'aurait pas 
etc sculement eveille par les merveilles de la pensee ; 
le coeur s'ouvrirait aux douces emotions que fait naitre 
le recit des bonnes actions ! 

Alors rAcademie pourrait doublement s'enorgueil- 
lir de sa creation , car elleaurait enfin associe, dans la 
distribution de ses couronnes , deux clioses qui ne de- 
vraient jamais etre separees, le talent et la verlu ! 

En terminant, Messieurs, je ne saurais trop vous re- 
mercier de Tinsigne honneur que vous m^avez fait en 
me conferanl la presidence de vos travaux. 

Get honneur, que je ne meritais a aucun litre , je ne 
Tai accepte que pour vous donner une preuve de ma 
gratitude et de mon respect. 

Heureux si , grace au concours cfficace que m'ont 
prete le bureau et le conseil d'administration, j'ai pu ne 
pas trop faillir a mes devoirs, et conservcr intacts les 
inlerets, les droits et la dignite de la compagnie ! 



COMPTE-RENDII 



DES 



TRAVAUX DE L'ACADEMIE 

mMYf l;.l^^EE 1843-1841, 
Par II. Ii.4:%'l>OUZV. Seer(>talr(>. 



Messieuks, 

Si , des le premier compte-rendu de nos travaux , 
j'ai ete force de reclainer voire indulgence pour unc 
ceiivre necessairenienl unifornie el aride , a i)lus forte 
raison dois-jele faireatijoiird'lii'ii, (jue le /,ele lonjours 
croissant de TAcademie a encore augmente les diflicul- 
tes de ma tache. 

Le bul de ces rapports annnels est moins , vous Ic 
savez , d'examiner dans Ions ses details cliacune des 
conmiunicalioMs failes a la conijiagnie , rpie d'en indi- 
qiier Tidee principale ; si nous >ous en presentons I'a- 
nalyse, c'est pour que vous fassiez vous-memes lasyn- 
these, et que, de tous ccs documents reunis, vousjugicz 



— 'AO — 

si r Academic est fidele a I'esprit de sa fondatioii ct a 
ses staluts organiques, c'est-a-dire, si elle travaille avcc 
fruit au devclo[)[)enicnt des sciences, des arts et des 
belles-lettres, si elle recneille avec zele les materiaux 
qui ])euvent scrvir a riiisloire du pays. 

Deja, vous connaissez en partic ce que nous avons 
fait ; TAcadeniie savait trop bicn son siecle pour pen- 
ser qu'aucunc institution ptit vivrc utilenient dans 
I'orabre et la retraite; et, quoiqne les alms dc la pn- 
blicile fussenl chose trop patenle eliaquc jour pour 
qu'elle piit les ignorer, elle n'a point voidu cpie Tabus 
fit exclure I'usage. A Texemple des premieres societes 
savantes du royaume dont le sanctuaire, autrefois im- 
penetrable, est devenu public aujonrdMini, elle a vou- 
lu que I'asile de ses travaux fiit accessible a cliacun , 
quelles que fussent les dispositions de son esprit , cu- 
rieux, severe, bienyeillantou envieux. 

« Mon cher Eulliyphron , dit Socrate , au premier 
« dialogue de Platon , etre un pen moque n'est peut- 
« etre pas une grande affaire ; car , apres tout , a ce 
« qu'il me semble, les Atheniens s''embarrassent assez 
« pen qu^in liomme soil habile, pourvn qu'il renferme 
« son savoir en lui-merae ; raais, des qu'il s'avise d'en 
<( faire part aux autres , alors ils se meltent (out de 
« bon en colere, on par envie, comme tu dis , ou par 
« quelquc autre raison (1). » 

L'Academie n'a pas pense qu'il put en etre a Reims, 
en 1840, comme a Athenes il y a 22 siecles ; elle n'a 
jamais admis, dans sa naive philosophic, qu'aucun Re- 
raois d'aujourd'hui piitsc mettre en coIcn\ 9v[xovvzai, 
comme un Athenien d'autrefois, parce que quelques 

(I) (Eurresde Platoy, \^^^ M. V. Cousin , toni. l", pag. 13. 



~ s<i - 

&cad(iini(iei»s, reunis par le froflt (oiniuun des sciences^ 
se feraient part modostement de Icurs niodestes es- 
sais; aussi , ne demandant aucunclogo, ne redoutant 
auciin blAnie, rAeadeuiic conlinncra sa vie pnljli(|neet 
exlerieurc, persuadee en definitive (pfa 1..ms e-ards 
et pour les asseniblees comnie pour les individ".s , la 
crifique est plus utile que la louangc. 

La publicalion d'une partie de nos travaux , conse- 
•juenee de la puhlicite de uos seances, vousavant ini- 
ties a nos «:|udes les plus importanfes; je devrai done 
passer rapidement sur certains points deja connus. 

Ainsi, ueparlerai-je ni du recueil des Actes de la 
province de Reims, par noire savant archevequc ni 
de rilisloire des arts en France par les monume'nts 
de M. Ilerhe, ni des Tresors de nos ej-lises, par 
MM. Tarhe el Maquarl, ni meme des premieres livrai- 
sons de Doin Mailot , annolecs par MM. Nanquette 
Monnot des Angles, Bandeville et Gobet. ' 

Parmi les plus zeles explorateurs des temps anciens 
de la Champagne, doitse placer (fabord M. L. Paris, 
qui nous a donne, avec les manuscrits de Lacourl, des 
notes dont, mallieureusement ,)our le savant chanoine 
i Jnteret lera peul-(-(re trop oublier le (exie. ' 

Dans cettecharmante edition, qui sendde sortie des 
presses d'Elzevir (1), rorlhographe du mot Reims se 
trouvc irrdvocablement resolue par la proscription de 
la lettre h, introduite dans Reims au temps de la Re- 
naissance. 

Fideie aux >raies traditions liistoriques, FAcademie 
avail , des son origine, adopte, pour loules ses publi- 

(1) A Reims, cticz L. Jacqtiet, imprimcurd,. lAcndomie. 

i 



- 2-2 — 

cations, la Yoritahlo orthographceiunnee des plus an- 
ciens monuments, convainoue que, nialgre la lettre de 
sa devise , senare et auyere, elle devait ici couserver 
sans augmenler. 

Notre coUegue nous a donn^ , en outre , une notice 
sur Te'glise de St-Trezain d'Avenay. C'est a Tanatlieme 
fulniine par S. Trezain , le patron d'Avenay, contre 
Its habitants d'Ay, (pie M. Paris attribue leur chute 
dans le schisme de la huguenoterie; c'cst aux divisions 
intestines creees par cetanathemeentreles gens d'Ay, 
les messieurs de Mareuil el les. . . d' Avenay(je passe sous 
silence, par respect pour Tassemblee, Tepithete don- 
nee par la legende aux liabitants d'Avenay) , c'est , 
dis-je , a ces divisions , que I'auteur rapporte cc re- 
frain, qu'on entend encore clianler tous les jours dans 
le canton , et qui doane une idee de la poesie locale a 
cette epoque : 

Parpnillot d'Ay , 

T'cs bicu miserable ; 

T'as quitle ton Di 

Pour scr^ ir Ic diable ! 

Tu 11 'auras ni chicn iii chat 

Pour te chanter Libera , 

Et tu mourrasnian-chretien , 

Toi qua maudit saint Trezain 

Vers que je n'aurais ose rcproduire ici, pas plus que 
le dicton populaire rappcle tout-a-l'heure, si la section 
d'histoirene m'avait assure que ces dernieres expres- 
sions, d'uii etat qui n'est plus , sonl indispcnsables a 
Finlegrite dcs souvenirs du pays. 

Nousavons recu de M. Povillon-Pierrard des ob- 
servations pleines d'inlerct, en reponse au memoire de 
M. Dcssain, sur I'achevement de la cathedrale; des 
recherches precieuses sur la statistique historique 



— 23 — 

ties paroisses du diocese ; el enlin deux ni^inoires sur 
les e{,'lises Saint-Jacques et Saint-Andr^ de Reims. 

Dc M. Louis-Lucas, le catalogue general et par- 
ticulier dresse par M. Lucas-Dessain , dc toules les 
niddailles roniaincs trouvees a Lapion en 1820, et a 
Trigny en 1821 . 

De M. Duquenelle, un rapport sur deux raedailles 
gauloises en or , frouveesa Cambrai par M. Failly, 
membre correspondant , et le catalogue raisonne de 
1 ,960 medailles roniaines, en argent el billon, trouvees 
a Reims en Xovenibre 1843, et dont renfuuissement 
datait de Tan 22G de Terc clirelienne. 

De M. Ponsiiiel, membre ('orrcs])ondant a la Fertd- 
Aleps, plusieurs fragments liisfori(]ues sur Claude dc 
Liege , president aux traites foraines de Ste-Mene- 
hould; sur le chateau deGrandpre, Tun des plus an- 
ciens monuments de noire province de Cliampagne ; 
sur Teglise St-Medard de Grand[)re, qui rcmonle au 
xirsiecle, celle epoque dc Iransilion oil I'art clirelien 
s'emparait de I'ogive el s'essayait, jusipie dans les plus 
Immbles >illages, a ces chefs-d'oeuvre edifies par des 
mains inconnues. 

Enfin, comme Tceuvrc la i)lus imjwrlante, sanscon- 
tredil, par la hau(oinq)ulsioii (iirelledonneraelqu'elle 
a deja donnee a rarcheologie, il J'aul rappeler linstruc- 
tion adressee par Mgr FArcheveque a lous les cures 
de rarrondissement de Reims el du departement des 
Ardennes. Excitees en meme temps par le precepteet 
par Texeraple, ces nouvelles etudes, outre qu'ellesse- 
ronl, ])our les pasteurs des eampagnes , un sujet des 
plus inslruclifs delassemenls , protegeront beauoi)up 
d'anciens chefs-d'oeuvre contre les <legradalions ame- 
nees par Tincurie, contre les reparations infligees par 



— n — 

ri<^iiuranco, el renicHruiil cii liimiere uno funic do da- 
cunienfs in^dits, do chartes preoieuses, de litres au- 
thenliques qui pouiTont servir iitileinent I'Jiistoire lo- 
cale, et, par suite, riiistoire generalc du pays. 

Doja, ces conseils partis de si haul onl porld lours 
fruits, et TAcademie a enlcndu recenimonl, de M. Nan- 
queltc, la uionograpliie cornpleic de rdglise abhaliale 
de Sl-Xicaise, construite au plus beau temps du style 
ogival , sous la direction des deux plus grands maitres 
du Moyen-Age , Hues Libergier et Robert de Coucy. 

Contrairementasesdevanciers, qui negligerent lou- 
jours les merveilles arcliitecluralcs de reldganle basi- 
lique pour se consacrer tout enlicrs a rexplicalion du 
celebre pilier tremblant, I'auleur fait proniple justice 
de tous ces paradoxes a I'aide desquels on proclamait 
comme niiraculeux un plienoiiiene dont pouvait rendre 
compte la statique la plus elementairc , et avec ce ju- 
gement si droit qui pent rendre physicien nidine un 
archeologue, il confirme I'opinion deja emise par Plu- 
che, que la grosse cloche , en \ ertu do son poids et de 
sa position vicieuse , inqDrimait aux tours un mouve- 
ment qui se transmettait surtout au pilier tremblant, 
parce qu'il etait moins solidement Gxe que les autres 
a la masse de I'edifice. 

II est bon do remarqucr , d'apres Tauteur , qu'an- 
ciennomonl lo premier pilier etait en possession du 
mouvcment quia illustre le troisieme ; que le second 
I'a eu a son tour, et que le troisieme, enfin, a succede 
aux deux autres. Le manuscrit cite par M. Nanquettc 
ajoute qu'on fit cesser le tremblement du premier et 
du second pilier en les consolidantet en les reliant for- 
temonl a la voute ; le sieur Fleury , mailrc couvreur, 
empecha egalement le troisieme de trembler ; mais au 



- '25 — 

passage de Louis XV, coinine on voulail liii donrier 
le spectacle du pilier lienihlaiit, le sieur Fleury , qui 
I'avail lixe, en recut de vives reprimandesetfut oblige 
de le desceller ct de lui rendre la liberie de trembler. 
Celte monograpliie devantfaire partie des Annales ^ 
je uie garderai bieu d'en diiiiiruier Tinleret en en par- 
lanl davantag.e; j'ajoulerai seulementqu'en entendant 
I'archeologue i)assionne , on croyaitvoir se redresser 
cet elegant j)ortique et ces (laches acrienncs qui de- 
fiaient la nietropole; on s'indignait avec lui de cc van- 
dalisnie conlre lequel la niuuicipalite remoise a proleste 
vainenient ; on s'associait enliu an vceu par lequel il 
termine son oeuvre, en demandant la resurrection de ce 
monument, I'une des gloiresde Reims, I'une des merr 
veilles de Tart chretien. 

L'epoque la plus obscure de Thistoire de la Cham^ 
pagne est celle oii elle efait administree par ses dues. 
M. E. Gallois, par de savantes et consciencieuses re- 
cherches presentees a I'Academie , a reuni toutce que 
les sources originales pouvaient donner de renseigne- 
menls sur celle question conlroversee. Tronipe nean- 
moins par des documents incomplels, il avait meconnu 
ou rejete plusieurs dues. Le rapporteur, M. Bande- 
ville, prouve par des tenioignages contemporaiiisrexi- 
stencedu ducVimar, ou plutot Vaimar, eonteslee jjar 
M. (iallois, qui avait clierclie ce personnage a une epo- 
que I'ausse. M. Bandeville relablit aussi le due Ar- 
nould, dont M. Gallois n'avait fail aucune mention, et 
relevant, avec cetle science qu'on lui connait, certaines 
erreurs de M. Beraud , auteur de Vllisluire des comles 
de Cliampaijne, il demoulre comment elles ont cause 
une partie des inexactitudes de >L Gallois. 



— 26 — 

L''Acadeiuic a rccueu oulre, de M. Uaiuleville, une 
dissertation profoiide sur retablissement du christia- 
nismealleims. 

L'auteur combat surlout, dans cc lra\ail , Topinion 
nee an viir' sieclc, que Teylise de Reims remonlait an 
temps dcs apolres, el a laide des plus ancieiis temoi- 
gnages, il elablilcpiela mission de nos premiers eve- 
ques a eu lieu seulement vers la fin du iii'' siecle. 

Au norabre des travaux historiqucs viennent se pla- 
cer encore leprojet de M. Pinon , sur Terection d'une 
statue a noire concitoyen Colbert, cetlc gloire , Tune 
des plus pures du grand siecle. 

Nous de\ous menlionner aussi, les biographies de 
De Perthes et de Germain, par M. Max-Sulaine; car 
de rhisloireparliculiere dechacuu des artistes conci 
toyens, derive sans contredit I'hisloire generale des 
arts dans la cite. 11 est loutcfois un danger auquel sue- 
combent la plupart desbiographes el qui , il faul la- 
vouer, enleve presque toule valeur a leurs Iravaux. 
C'estcette incontestable tendance a elever outre me- 
sure les hommes dont ils veulent sauver le souvenir, et 
a faire de toules pieces, apres la morl, des genies qui 
furent souvent de t res-humbles talents pendant leur 
vie. Halons-nous de le dire, les etudes biographiques 
de noire collegue ont loujours paru complelenienl a 
Tabri decereproche, parliculierementpour Germain , 
donl les ceuvres avaient souvent ete louees avec une 
exageration qui rendaitbeaucoup plus difficile la tachc 
du critique. 



Les vers se dise.ntet ne s'analysentpas , malheureu 
sement pour I'assemblee ; aussi suis-je rMuit a vous 



— 27 — 

^niimerer sechement coinmerau dernier, les litres seuls 
de nos poesies. 

Nous rappelleronsd'ahord uiic piece doiit IWcadeniie 
n'a pas voiilu prendre lesnjel an serieux, c'est-a-dire, 
les adieuxd'un seplua^eiiaire a ses muses, parM. Po- 
villon-Pierard, a qui la poesie laline est. aiissi fami- 
liere que la versifioatiou fraiicaise ; 

Les eonseils a une jeune fdle , par M. A. Mathieu , 
de Paris; 

Le moulon fabuliste , par M. Gobet ; 

Les eliauts du soir, par I'd. PauHlu , nienibre corres- 
]»()ndaiit a qui rAeadeniie a voulu prouver toule sa syin- 
palhieen luidecernant aujourdliui une niedaille d'ar- 
gent. Jedevraisdonner a Fappui decelte marque d'in 
leret, le rapport de la eomn)ission sur les poesies de 
M. Chery l^auffin : je prefere lire simpleiuenl une let- 
Ire adressee, il yaquelques jours, au poetepar^L Vic 
tor Hugo, qu'on soupconnera inoinsdepartialile. 

" Je lis Yos beaux vers, Monsieur, moi que le deuil 
accable et rend mijet, et eu ecliange des nobles stro- 
phes que vous m'adressez , je serais tente de vous en- 
voyer ce vers que j'ecrivais autrefois : 

" Apres avoir clianle,j"ccoute etjccontemple. 

« C'est votre tour maintenant ; vous etes de la gene- 
ration autour de laquelle rayonnent la vie et I'avenir. 
Allez, Monsieur, rejiandex la saine poesie, semez les 
nobles idees ; expliquez la nature et riioninie j)ar Dieu ; 
expliquez Dieu par I'lioinme ct par la nature : c'est lu 
aujourd'liui la mission despoetes; jamais elle ne fut 
plus grande ; jamais elle ne fut plus utile. 

"Vous avez uii beau talent; ayez une belle desti- 
n(5e ! 

«TMai 1844. Victok HUGO... 



— 'i8 — 

Je cilerai encore t'epil^i'i^ arAcaddmieparM. Ernest 
Arnould ; 

Une ode tirec du cantiqne de Moise, et une autre 
surle jngement dernier, par M. Monnot des Angles ; 

De M. Clicquot , Le Voeu du poete ; Ics stances au 
conite d'Erlon ; plnsieurs odes traduites d'Horace , et 
laXeige et les Enfanis; 

De M. Galis , la Taupe au congres des animaux, les 
Grenouilles voisines , i'Anon etle Loup, les Souliails 
du renard , Lucas et son ane, la Fenime et la Boite ; 

DeM. Wagner, la Rose etle Pavot , les deux Epis, 
le Coclion et la Fonrnii , la Pic etle Ilibou, I'Eau be- 
nile, I'Omelettc au lard et la culotte de peau. 

La savante Academic des Arcades recoit les femmes 
au nombre de ses menibres, niais, je me hate de le dire, 
pour la poesie seule ; I'Acaderaie de Reims , tout en 
pensant comme les Arcadiens de Rome, que le culte 
des Muses est peut-etre le seul genre litleraire propre 
a la fcmmc , qui veut conscrver intactes tc?utes les qua- 
lites speciales a sa nature, n'aura jamais Timprudent 
orgueil d'attirerdans son sein les Muses en personne ; 
raais elle accueillera toujours avec reconnaissance leurs 
inspirations, etdans son vif desir deles encourager, 
elle decerne aujourd'lmi a mademoiselle Sophie Mixnc- 
glier une medaille d'argent , pour les vers quelle lui a 
soumis,en attendant que grace a quelque nouvelle 
Clemence Isaure, nous puissions , comme 1* Academic 
des jeux floraux, ollrir chaque annee aux poetcs pre- 
feres Teglantine d'or ou le souci d'argent. 



Comme transition naturellede la poesie a la prose, 



— 29 — 

jioiis rappellcions une Esquisse au paslel de M. Uohil- 
lard, dans la(iuelle se Iroiive dcssine avec un fini de- 
licieux , ce nionde a part qui s'etait forme dans la der- 
niere nioilio dn rt'gne de Louis XIV, sous I'inflaence 
de niadame de Mainlciion jiarticulirrenionf , et dont 
([Molqiies vesfigesl)rillan(s se vnyaieiil ciicoreen 182o, 
cliez la viconitessede Nielles, « la femme de Paiis (jui 
savait lemieuxtenir un salon. » L'auteur avoue qu'il hii 
arme de legretter parfois ces elegantes traditions du 
passe, comme tout ce qui a eu son eclat veritable , son 
harmonic passagere. 

Nous avonsenfendu encore de M. \\ohi\hnd guelques 
reflexiuns a propos du roinan moderne , avec celte epi- 
graplie espagnole : Papcl pur cigaritos, Vn\)\cr pour ci- 
garres. Prenant le romau au berceau pour le suivre 
jusqu'a la decrepitude, si Ton pent ainsi dire, M. Ilo- 
hillard prefere a toute cette litlerature desordonnee les 
anciens i'abliau\ de nos percs et jusqu^uix contcs de 
notreenfance, Pcau-d'ane ou la Barbc-Iileue. On ne 
[)eut analyser, du resle, les ocuvres dont I'espritet Tex- 
pression font le principal raerite, aussi me borne-je a 
souliailor que nos roinanciers modernes deniandent 
souvent a l'auteur de nouveau papier pour cigarres , 
snrtont s'ils pouvaient s'inspirer du style el du bon 
gout des cigaritos. 

M. Hobillard nous a aussi ihnmchx Suite d'uii voyage 
en basse Normandie., conmumce I'aa dernier. L'auteur, 
comme vous savez, n'est, a proprement parler, cpi'un 
flaneur qui voyage uiiiqucmeut pour voyager , enipor- 
tanl avec lui celte donee uieiancolie que Montaigne a 
grand raison (rap))eler friande. Ksclave soiiniis des 
objetsqui ialVectent, 11 leur api)arli(Mil el les rellecliil 
tour-a-lour de maniere a les peindre ; regardant lou$ 



— 30 — 

les points dc Mie, (5('outi«nl tons ics causeurs, souvent 
artiste , toujours philosophe , il essaie de tous les 
bancs, se repose en tout lieu, et, bien que le recit flane 
alors coiume le voyageur, on seprend a regrelter qu'il 
ne flane pas plus lonpitemjis. 

Dans un genre ditlerent, .\{. Paris nous a lu PAulo- 
grapliomanie, tableau pliysiologitjue dans le(iuel se 
trouveesquissee('lia(|ue esjiece de collectionneursmo- 
noinanes, et. particulierement raulograjjliopliile. 

Ce u'est pas le moins du raonde, selon M. Paris , le 
texte d'un manuscrit qui touclie I'amateur d'auto- 
graplies, c'est la forme des mots. Par de simples vir- 
gules, il devine, acoup-siir, le caractere, la profession, 
Taae, le sexe et meme la figure des tjens. Le style est 
riiomme , a dit ButTon ; Tautographile va plus loin , et 
ne craint pas de dire : Ic style c'est fe'criture. « Et en 
« effet , ajoute M. Paris, I'ecriture de Louis XIV etait 
« grandiose , noble et ferme comme son caractere ; 
<( celle de Fenelon , toujours posee, toujours reguliere, 
<' toujours sereine comme son ame ; celle de Bossuet , 
« rapide et tuniultueuse comme un torrent; Jeau- 
« Jacques, qu'on croit passionne, n'etait qu'un sopliiste, 
<( un liomme etudie, ses lignes semblent faites a la me- 
« canique; quelle dillerence avec Mirabeau, ce talent 
« d"insj)iralion, de fougue et d'emportements ! son 
« ecriture est brisce , precipitee ; ne remarque-t-on 
« pas dans I'ecriture maigre , lecliee, aigue de Ilobes- 
« pierre , toute rajjrete et la perfldie de son caractere ? 
« voyez au contraire celle de Danton , large , brutale , 
<i incoherentc et boueuse comme sa vie; doutez-vous 
«que dans celle-ci, rapide, anguleusc et pleine d'a- 
« brcviations hachces , on ne reconnaisse facilemenf 
<(l'in)j)alicnce et la fougue de Tecolier de Hrienne? 



— 31 — 

J'ai examine avec soia cc manuscrit de M. Paris, 
dans rinlcnlion de verifier rinfailliljilite de sa doc- 
trine, et, eiTeclivemerit, j'y aidecouvert les signes qiril 
don no ooninie api)ar(enanl excUisivoinent a reerilure 
dn IdhlioUiecaire, du nuuii^niale, j'allais dire de I'au- 
lograpliopliile. 

Nous devons classer aussi dans la section des belles 
Icltres, les etudes es1heli(jues, encore prdsentes au 
souvenir de tous , que IM. Courmaux a eonsacrees aun 
ta])leau iniporlanl de M. Destouchos, peintre renio.s 
deja eelebrc , et un oonipte-rendu par le uieme auteur 
du 1" volume de nos Aunales, precede de considera- 
tions sur le role des academies de province et sur la 
partd'initiative qu'elles sontappelees a prendre dans 
le mouvement intellectuel du siecle. 

Les remarquahles rai)porls de M. Macquart sur les 
travaux de Tacademie dn Gard, et sur TFIisloire des 
monunienis du vieux Paris, ])ar M. Pernot ; de M. Go- 
bet, sur les Fables de U. Bouroain, de Sedan, et sur le 
projet d'inscription funeraire demandee a I'Academie 
par I'antorite municii)ale, pour perpetuer le souvenir 
du devouement de M. le docteur Cliabaud , pendant 
le typluis epidemicpie de 1839 et 1840 ; de 31. Geof- 
froy de ^'illcIleuve, sur la premiere seriedes Annales 
scientifiques du departemeiit de IKure ; deM. Paris, 
sur les deux premiers volumes de I'llistoirede France 
de M. le comte de Ladeveze ; deM. P«oJ)illard, sur les 
31emoires de la Socicte de Calais ; ceux de M. Monnot 
des Angles: le premier, sur les Annales de la societe 
de I'Anbe; le second, sur un Kxpose de la conq)osilion 
lifteraire, presente a rAcademie par M. Gouniot, et 
«lans leqnel le rapporteur signale des qualites pr0))res 
a faire oublier les ouvrages anterieurs au traite dont 



— 32 — 

il (loiine raiialyse ; enfiri, de M. Contant , sur les ou- 
A rages consacres par M. Charpentier a I'instruction de 
la jeuuesse. 

Dire que les ouvrages dont il est question dans le 
rapport ont ete couronnes deux fois par la societe 
d'encoiirageniont pour I'insl ruction primaire : dire que 
M. JoudVoy, dans ses conclusions , loucliant le ma- 
nuscril de M. Cliarpcnlier relalif aux ecoles normales, 
exprime hauteinent le desir de voir ee travail livre a 
la publicite, c'est rendre assurement toute analyse et 
tout eloge superllus. 



Les beaux-arts se confondent presqueavec les belles 
lettres, aussi rappellerai-je immediatement I'autel dn 
Saint-Laict, I'un des anciens chefs-d'oeuvres de la 
cathedrale de Reims, grave par M. Lebertliais, a la 
deniande de M. Paris ; 

Les jetons de presence de I'Academie, dont nous de- 
vons le dessin a MM. Macquart et Sutaine , et la gra- 
vure a M. Pingret, notre correspondant; 

Une vue de Reims, prise du rempart Dieu-Lu- 
miere, et executee au lavis lilhograpliique ; un dessin 
representant le portail de Saint-Nicaise, et un autre 
les medailjes P'icessaires au texte de dom Marlot, par 
M. Maquart. 

M. Boudie, de Reims, dont le talent est justement 
apprecie depuis longf emps , a ete charge de Texecu- 
tion sur pierre de cetle deuxieme planche. 



Dans les sciences morales et poliliques, I'Academie 
a cntendu 



— 33 — 

De M. Bonneville plusieursfragnieiilsd'un ouvrage, 
trop loue par tons les organos serieux de la jurispru- 
dence pour qu'il me soil permis d'cn parler, sur le 
systeme de penalile de rancioniic legislation fraiicaise 
et europeenne a Tegard des recidivisles; 

DcM. le comlede Mellct, un niemoire sur les rege- 
neralions sociales ; 

De M. Carville de Clianiprond, deux projets sur les 
apprentissages des professions publiques el sur I'or- 
ganisation des banques ; 

De M. Levesque de Pouilly, un niemoire sur le com- 
merce des Indes orientales, que Tanleur a pu eludier 
sous tous ses points de vue , comme allache a la ma- 
rine de la conq>agnie des Indes; 

Dc M. Ilouzeau le programme des qneslions a adres- 
ser a M. Rondot , notre regrellalde confrere , pendant 
son >oyage en Chine, etspecialemenl sur les j)r(»cedes 
de (ilage, de tissageet de teinture; sur les conditions 
du travail , sur la correlation entre le salaire et les de- 
l)enses ordinaires de la vie ; sur le forage des i)uils 
artesiens, etc ; 

De M. de Belly, un rapport t res-pen fa\oral)le a 
Tanteur, sur la slatistique generale dn departenientde 
la Marne, et en parliculier sur Particle lUims, ecrit il 
y a un niois a peine, et qu'on croirait dale d'un siede, 
fanf on a tenu pen de compte du developpenicnt pro- 
gressif de notre cite ; 

\)cM. E. Goncl, plusieurs lectures plcines d"un in- 
leret acluel , sur la legislation cliarilalde et sur les 
moycns de repriiner la mcndicite. 

Apres un historique complet des depots dc mcndi- 
cite, de lenr origine, de leur decadence et de toutes 
'cs influences politiques qui reagissent jusque sur les 



— 34 — 

mendianis, raulcur termine par I'exainen d'un projet 
dedepol de mendicite pour deux dopartementsvoisins, 
suivant le rei:;iine de communaulc prescrit pour les 
maisons d'aliones. Sans vouloir considerer les choses 
dans leur application administrative, la conipagnie a 
dii voir neaninoinsavec line juste satisfaction, ces doc- 
trines exposees par rauleur , parfailement d'accord 
aveccellesde la Mairie de Reims, a qui Ton devra 
bientot un elablissenient depnis lon^lemps desire, ot 
qui renlre evidennnenl dans le syslemc de conlrainic 
auquel M. Gonel donnait la preference dans ce IraYail. 

Bien que I'Academie de Reims n'ait point ecril 
conime celle d'Athenes, au dessus de ses porles : 
nul n'enireici^ sSl nest geometre (et \ous savez que la 
geometric resumail a celle epoque presque loutes les 
sciences exactes), la section des sciences nous a fouriii 
comme Tannee derniere un grand nombre de precieux 
travaux. 

C'est qu'il est facile, en etiet, de trouver dans 
les sciences malhematiques et dans les sciences natu- 
rclles des points specianx a elucider, des regions com- 
pletes a explorer ; c'est que, particulierement en phy- 
sique, en chimie, en medecinc, en histoirc nalurelle , 
toutexperinientateur patient , tout obscrvaleur atten- 
tif, peuventelre certains, s'ils mesurent toutefois , 
conime Horace, la matiere a leurs forces, de donner, 
ponrcliaque question longucment medilee, sinon une 
solution complete, au moins des elements qui aideront 
beaucoup a la resoudre. 

Parquoij, a dit Montaigne, que jc cilerais plus 
souvent encore , si Ton ne devail craindre Tabus des 



30 
a — 

meilleures choses : Parquoij, ne soyons si simples el 
si paresseux , de nous reposer el endormir snr le labcnr 
des anciens, comme s'ils avoient lout sceu ou lout dit ,■ 
sans rien laisser a excogiler, el a dire a ceux qui vien- 
droient apres eux. 

En tete desinvesti<^jileurs Ics plus /a'U's, on})oiiri-ail 
dire, a son Jioniicur, los pluspassionnes, il fanl placer 
M. de Maiziercs, dont M. Tarbe do Saint-IIardniu 
vous a fait connaitre Tan dernier le genre partioulier 
d'esprit, el (jui clierclie a resoudre toutes les ques- 
tions les plus ardues a I'aide des seuls calculs matlic- 
inaliquos. 

Parmi les nombreux fravaux (pi'll a souniis cclte 
anneea rAcaden]ie,je citerai surtout : I" un memoire 
sur les vents ali/x's dans Icqucl, notre collegue re- 
jclant la cause attribuee au \ent d'csl equatorial, la 
rapporle a Tiinpulsiou du iluidc solaire sur la masse 
d'air qui euNcloppe le globe tevresire, et parvient a 
deduire des calculs bases sur cclte livpolliese, que Fa- 
tome de lumiere est le trillioiiieme de Tatome d'air; 
2" un memoire sur la cause unique des vents irregu- 
liers generaux , atlribuee par Tauieur au conlre-cou- 
rant superieurquieutraine de requateur vers lenord- 
ouestdaus notre hemisphere, des masses enormes de 
buUes d'air et d'eau , salnrees de caloriipte, elevees 
de la zone lorride par la puissance de la vaporisation; 
3" un travail sur deux ouragans observes en un siecle 
sur la cole nord-est des Etats-Unis. ClKU[uefois,quoi- 
quelc vent soulllat du nord-est , la tempele regnant 
sur une cole de 300 lieues, a commence an sud el a cou- 
ru vers le nord avec une vitesse de 40 lieues a riieure. 

Notre coUeguc refute rancienuc explication, fondee 
sur unegrande rarefaction operee sur le golfe du Me- 



— 36 - 

xiquo. Pour que cetle explication , la seulc atliuisejus- 
qu'iri dans la science , fiitvraie, ilfaudrait, d'aprcs 
M. do Mai'/ii'ie, que lacolonne baronictrique, qui ne 
baisse, dans nos plus grandcs feuip»'tes, que de 5 cen- 
timetres sur 70 , cut cclte fois baisse de [)liis de tiO 
eentinielies. ... I llfaudiail de plus rjue, sur cliacune 
des 32 aires de vent, ii I'entour de riiorixon du golfe, 
il eiil regne cluuiue fois une tenipete aussi effioya- 
ble quecelle obscrveesur la cole nord-esi des Etats- 
Unis ! ! ! 

L'aufeur expliqueleplicnomene par un immense ef 
unique torrent aerien , d"un lit de plusieurs centaines 
de myriamelres dc longueur, existant d'abord en une 
haute region, dans le plan nord-est du Mexique, son 
axe etant dirige vers le golfe, sous un grand angle 
commc 50" ; maisle fleuvese condensant, par suite des 
resistances opposees a son niouvement ra])ide,le lit 
tout entier du torrent lombe, en verlu de la gravile, 
d'un niouvement accelere , les points succcssifs de la 
chute, parcourent rapidement la ligne nord-est en 
monfanl dusud au nord ; eta chaque nouveau contact 
du torrent sur la terre, il exerce ses ravages dans une 
sphere circonscrite autour dece centre. 

4" Des rapports pleins (rinteret sur les bulletins de 
la societed"horticulture deSeine-et-Oise; sur lesmeii- 
leurs procedes propres adelruire les insectes nuisibles 
a lavigne, eten particulier sur Techaudage des ceps, 
sur le tlanibage des echalas propose par nos coUegues 
M. Raclel de Romaneche et M. le docteur Dagonet de 
Chalons. 

5" Enfin , de nombreux documents fournis a la com- 
mission chargee de I'examen du brise-bouteille inven- 
teparM. Rousseau. D'apres des experiences etdej!- 



— 37 — 

ai'fifumcnts qui lui sont proprcs, M. dcMaizicre dtablit 
qu'on associcrait avccle plus grand a>antaye Ic brise- 
bouloille a son paracassc. 

« En cmployanl isolement Ic brise-boulcille , dit 
M. do Maizieic, los fails etlc raisonncment s'accordent 
pour prouver qu'apri's unc premiere depeiise d'au 
moins 2 con limes par bouleille, on neparviendra qu'a, 
reduire entre 12 et G pour 100 la casse, durant I'epo- 
que critique de la fermentation, c'est-a-dire, qu'on fera 
depenser au producteur 8 a 14 centimes par bouteille. 
« Tandis (ju'en associant le casseur au paracassc et 
a luon coiiq)as d'epaisscur, on fera prcccdcr le tirade 
d'unclioixde bouleillcs d'unc force garanlie, sansqu'il 
en ail coiite rien en definitive au producteur. 

« Nulle bouleille ne casscra durant le travail de la 
mousse, parce que le paracassc protege le verre , fut- 
ii mince comrae le i)apier, et alors meme que la fer- 
menlalion la i)lus fiu'icusc aurail porle a 80 pour 100 
la casse du pareil 'sin, conduit solan la routine. 

«A la sortie du paracassc, le verre renlranl dans 
Pair libre, nulle bouleille necassera en vcrtuduclioix 
judicicux prcalable. 

« Kniin , il u'cn coutcra au producteur que les 2 cen- 
times un quart, pour la valcur el la i)osc du para- 
cassc. » 

Je devrais m"elendre davantagc sur les ccuvres de 
notre savant confrere, mais il serait a craindre que ses 
deduclions si complexes ne pussent elrc api)rcciees 
a unc simple analyse. J'ajoutcrai sculcmcnl, comnicle 
fail le plus icuiarfpiablc dans les lra\aa\ qui nous 
occupcnt , Icur conncxile tl leur eneliaiucMieul rcci- 
proque. <( Tout se lie, vous a dit dcrniercmcnl M. Gar- 
« eel, dans les travaux dc .M. de Maiziere, et la solu- 

3 



— 38 — 

« lion qu'il vous prc^sente aujourd'hui est loujours I'ap- 
« plication des idecs dont il vous a entretenus hier. 
« Pour lui 5 la theorie des ondulations dc la lumiere 
<( n'est qu'une aberration d'un esprit distingue ; pour 
<( lui , la lumiere et la chaleur sont un seul et menie 
« corps materiel , pesant , soumis aux lois de I'altrac- 
(( tion , et done de la vitesse de 77,000 lieues par se- 
ct conde. II a fait et imprime d'immcnses calculs pour 
t( demontrer que le poids d'un atome de calorique 
« n'est pas la trillionieme partie du poids d'un atome 
« d'air, et que cependant la grandeur de sa \itesse 
<( suflit pour compenser amplemcnt dans les chocs la 
« tenuile de sa masse. Aussi est-ce au choc de la lu- 
« miere du soleil levant contre I'air, qu'il attribue Te- 
(dement est duvent alise des tropiques; aussi nie-t-il 
« I'existence de la force repulsive du calorique , et 
« veut-il expliquer la constitution intime des corps par 
« la seule attraction newtonienne. » 

L' Academic partagea I'egard des travaux de M. de 
Maiziere I'opinion de son rapporteur ; elle connaissait 
trop, pour formuler un jugement irrevocable, les vi- 
cissitudes de toutes les doctrines , meme de celles qui 
paraissent dcriver le plus directcment des sciences 
exactes. 

La compagnie a etc plus explicite a I'egard du pla- 
nisphere soumis a son examen par M. Chemin, pour 
calculer la distance de deux points quelconques du 
globe, ne pouvant servir que pour le cas oil deux 
lieux seraient sur le meme meridien, ou sur le meme 
parallele. 

L'Academie, tout en appreciant les talents dc Tau- 
teur, s'est vue forcee , sur le rapport de M. Garcet, 
de refuser son approbation a ce travail. 



— 30 — 

Nous avons recu dc M. Garcet un aulre rapporl an 
sujetclu menioire deM. Dcrode-Geruzcz sur Ics dan- 
gers que presentcnl les chemins dc fer en temps d'o- 
rage : et quoiquc la commission ait pense , comnic 
M. Derode, que le vide malliematicine produit deiriere 
les ^vagons })ar la vilcssc des convois diit faciliter 
Texplosion de la foudre , ncannioins elle n'a pas cru 
qu"il piit en resuller de dangers imminents pour les 
voyageurs, car le fluidc elect rique suivrait dc prefe- 
rence les ferremcnls et les rails, qui feraient ainsi fonc- 
lions de paratonnerre. 

Enfiu, le comple-rendu des seances de rAcaddmic 
des sciences (partie malliematique) pendant le premier 
trimestre de 1843. 

Dans ce rapport que , corame tons les hommes d"un 
savoir vrai et profond , il sait rendre inlcressant pour 
tons, poclcs, theologiens on jurisconsultcs, M. Garcet 
a principalement insisle sur les Iravaux matJiemaJi- 
ques dc l"ancien archcveque de Reims, Gerbert, in- 
venteur de I'liorlogc a balancicr , aufeur du Traile sur 
les nombres , el dont la science elait telle, qu'a Rome, 
comme a Reims , elle le faisait passer pour sorcier, 
alors meme qu'elle Tavait fait elire souverain ponlife. 



Au premier rang de nos Iravaux en h'stoire nalu- 
relle doit sc placer le memoire de M. Saubinet sur les 
mousses et les fougeres des environs de Reims. L'au- 
ieur a mentionneparticulicrement, parmi les mousses, 
sous Ic point dc vuc de relegance, le didymodiim pur- 
purcum, le lypnum splcndens, proliferum, et Ic funa- 
ria hygromelica, qui, par sa seusibililc aux variations 
almospheriques , pourrait servir d'hygrometre au 



t 



— 40 — 

budieron. Sous le point dc yue dc rutilitc , Ic po- 
lytrichum , tres-abondanl dans tous nos bois , et qui 
pourrait clre , comme dans les Ardennes , cmployd 
avec avanlage faire des brosscs. 

Panni les fougercs, la plcris acjuilina , quo I'auleur 
recommande pour la conservaliun des trulls el des 
raisins ; I'asplenium , le polypodium , radianlhum , 
tres-communs aux environs de Reims , ct qu'on em- 
ploie utilement en medecine. 

II serait superflu de signaler les services que pcu- 
vent rendre a la science et a I'induslrie ces uiono- 
grapliies speciales qui nous indiquent le lieu precis oil 
SB trouve cliaque planle, les caracleres qui la distin- 
guent, et I'usage auquel elle est propre. 

Nous avons \u sou vent nos bolan isles , MM. Saubi- 
net, de Belly , Lecomle , revenir le soir , apres avoir 
marche tout le jour , ayant cherclie , quelquefois en 
vain, une fougere, un champignon, un lichen donl ils 
soupconnaient rexistence sur ({uclque lisiere isolee 
d'un bois, et a la recherche dcsquels ils pronieltaient 
bien de retourner le lendcmain. Et, quand on pensc 
que c'est sculement en plcin hiver qu'il est possible 
de bien etudier les plantes cryplogames, on ne sail 
vrairaenl lequel on doit le plus admirer des mcr- 
vcillcs de la bolanlque on du zele des bolanistes. 

En liisloire nalurelle didactique , nous nientionne- 
rons les lecons elemenlaires a Tusage des gens du 
monde, que 3i. Grosjean, de Fismes, Tun de nos plus 
sludieux correspondanls , a soumis a Texamen de 
IxVcadeniie. 

Dans un rapport qui vous initio presque a tout Tou- 
vrage, 31. de IJelly vous a fait apprecier avec quelle 
lucidite I'auleur a su metlre a la porlee des esprits les 



- Al — 

moins sciciilifKfiios , non-sculcinciil la classification 
des i)Iaiitcs, mais rclude do leurs fonclions, Ic jcii de 
leiirs organes, et la notion dc leurs princijjaux usages. 
Malgrd les eloges bien nieiilcs que Ic rap[)orleur 
donne a M. Grosjean , 11 est ({uelques points speciaux 
sur lesquels 11 cessc d'etre d'accord avec lui, et partl- 
culiereruent sur les fonctions da bourgeon, sur les ra- 
cines i)ivotanles, sur la definition de Tovule. Nous nous 
garderons bien de nous meler icl a ccs questions de 
physiologic vegetale , et , d'ailleurs , renqiressenient 
aveclequel sont communiques tons les rapports per- 
met que ees divergences se vident toujours facilement 
au profit de la science, entre I'auteur et le rapporteur. 

En 5cV)/o(/(e, I'Academie a recu de M. Rondot une 
serle dc fossilcs caracteristiques , des argiles a li- 
gnites des environs deRilly, etdesmarnes inferlcures 
au gypsc de Ludes ; — une arglle fluvio-marine , su- 
[)erieure aux sables de Beauchamps, decouverte a Her- 
moiiville par M. de St-lMarceaux ; une madioire en- 
liere d'ours fosslle {ursus spelwus de Blamenhach) de 
la caverne du Vauclusc ; — enfin, un squelette fosslle 
trouve dans des alluvions ancienncs a Isse, pres Con- 
de-sur-Marnc, et qui otTrall tant d'lnteret pour la 
paleonlologie , que les professeurs du museum de 
Paris en onl soUicite avec instance une parti(i pour 
leur collection. Ce squelette provenait, du hos primi- 
genius , que Cuvier croil la souclie de nos bocufs 
domesticpics. — ])e IM. Querry, un rap})orl sur la 
geologic du deparlemenl des Ardennes, par MM. Sau- 
vnges el Bnvignier; — de M.Bazin, un niemoire sur le 
bane CDcpiillier dc faiisse-I.amotle, j)res (>ompiegnc 
(Oise), el une eolU'ction de coquilles I'ossiles de TOise^ 



— 42 — 

classees ct catalogut'os par M. Aubriot , el que I'Aca- 
ddmie a oirertes an rausde dc Ileiins. 

En e'conomie agricole, vous avez cntendu la lecture 
d'un memoire important sur la race chevaline dans 
Tarrondissement, parM.Demilly, anjounriuii nienil)re 
corrcspondant. 

De M. GeolVroy, une note sur les considerations ii 
I'aidc desquciles pourrait etre deterniinee la nature 
de notre sol forestier an moment de rinvasion romaine, 
et sur Tepoque et rinOuence du deboisement des crcles 
de la Champagne. 

De M. le vicomtc dc Brimont, deux rapports : le 
premier, sur les principales industries agricolos du 
departement , ct sur Topportunile d'eclaircr colic 
question en la soumcttant au concours ; le deuxieme , 
sur un travail adressc pour le concours de 18'i'J- par 
M. Auger, cultivaleur a Courcy , dont les heureux ef- 
forts en faveur de Tagricnlture out paru a la commis- 
sion digues d'encouragement. Suivant les conclusions 
dc riionorablc rapporteur , et ])our prouver surtout 
qu'elle n'attache pas moins d'interet a la culture de la 
terre qu'a la culture des lettres, la compagnie a vote 
line medaille d'argent en faveur de M. Auger. 

En chimie, je signalerai les considerations presen- 
tees recemmenl par M. Bcrgouhnioux , sur les clian- 
gements qui s'operent dans les liquides combines a des 
gaz,, lorsqu"ils traversent des tubes capillaires. Celte 
observation a d'autant plus d'importance et d'actua- 
lite, que, dans plusicurs methodcs proposees aujour- 
d'hui, le vin de Champagne traverse, a Taide d'uiie 
compression energique, des tubes d'un clroit dianiclre, 
el que, dans cc Irajet, la combinaison d'acide carbo- 
nique pourrait elrc delruile en partie. 



— /i3 — 

Unc note de M. Urban, miidecin ii Isle, sur les dif- 
ficultes que rencontre la chiinie experiineiilale dans 
la fusion des substances refractaircs, ct sur un nouvel 
appareii quil appcUe fori^o portative , et qu'il pro- 
pose de subslituer eii memo temps a la lanipe d'e- 
luailleur, au fouriieau de .Mistelicrliolit et aux forges 
d'ateiiers prives. Un creuset de Hesse, conlenant 100 
grammes de metal de cloche, a etc soumis par la com- 
mission au feu de cette forge, et, en moins d'un quart 
d'heure , la fusion a ete complete ; celle de I'argent 
monnaye n'a pas dure cinq minutes : experiences suf- 
llsantes pour nioulrer toule Tintensite de la chaleur 
oblenue. 

Malgre quelques critiques de detail , malgre qucl- 
ques remarques sur certaiues modilications a intro- 
duire dans la forme du foyer , pour le rendre encore 
plus act if , la commission n'a pas hesite a recomman- 
der cette invention a la compagnie, et, conformement 
aux conclusions du rapporteur, M. Duquenelle , une 
niedaille de bronze a ete accordee a M. Urban , a titre 
d'encouragemen t. 

En zoolofjie, M. V. Mareuse, membre correspondant, 
nous a envoye , outre une monographic complete sur 
les serricornes, nn essai sur les necrophages de 
France , insectes de la tribu des coleoplercs , c'est-a- 
dire des plus intelligents : vraie famille de croque- 
morts et de fossoijeurs , suivant Texpression du rajj- 
portcur, y\. Fanart, et dont les fonctions consistent a 
ronger ou a enterrer les cadavrcs des petits auimaux, 
dans le but providonticl de prevenir des euiaiial ions 
riuisiblcs , et irenlreteuir constaiunient la purele de 
Tair. Ou jugera de la prouii»tiluile avec huiuelle pro- 
cedent les nccrophores par une experience cat ego- 



s 



— 44 — 

licjue : enfermes sous une cloche dc vcrre , on Ics vit 
enterrer, dans I'espace de trcnle jours , quatre gre- 
nouilles, deux sauterellcs, les entrailles d'un poisson 
et deux poumons dc bwuf. C'est a peu-pres , ajoutc le 
rapporleur, commesi quatre lioranies enlcrraii-nt, dans 
le merae espaco de lenips, deux ou Irois baleines , et 
encore, n'est -ce pas assez dire , car riiomme diniinue 
son travail an nioyen des instruments qu'il emploic. 

Du resle, rinstinct des necrophages est tel , qu'un 
naturaliste \ouIaut faire dessecher une grenouille , et 
Tavant placee an sonimel d'un baton plante en terre , 
alin d'eviter (ju'ils ne >inssent renlever , ces insecles 
creuserent sous le baton, et, apres Tavoir fait louiber, 
rensevelirent, ainsi que la grenouille. 



Dans les sciences r.u'dicales , TAcademic a recu dc 
M. le docleurMopiuot, dc Fisines, menibrc correspon- 
dant, la relation d'un cas dliydropliobie declare apres 
une periode d'incubation de sept mois : observation 
tres-importante , sinon unique, dans les annales dc la 
science , par le fait de la guerison du chien qui avait 
inocule la rage. 

De M. Lesure fils, d'Attigny , un menioire sur Te- 
pidemie de scarlaline qui a regne dans la coniniune 
de Saulces-Charapenoises (Ardennes) , en 1840. Une 
circonstance digne d"etre meditee par les economist es 
a etc signalee par le rapporteur de ce travail, c'est-a- 
dire, la modification du temperament constH;utive au 
diangement de {)rofession. En eflet, dit M. Lesure, 
la commune, autrefois exclusivement agricole et assez 
pauvre, est devenuc, dcpuis une quinzaine d'annees , 
en partie industrielle. Les habitants, employant a pei- 



il 



45 



gncr et a tisscr la laiiu' tons Ics nioiuciifs (|uc iic re- 
clame pas ragrii'uUurc , onl ac(iuis plus d'aisaiioe ; 
mais, depiiis cctte epoque , la sante geiierale est ini- 
comparablemcnt moins bonne, la constiliiUou nioins 
robuste et phis sensible que par le passe aux in- 
fluences morbiliques. L'auleui" aUiibue cctte revolu- 
liou lacheuse, qui. maliicircusemcnt, tend a se re- 
pandre, au ehanycnient d'habitudes, a rencunibrenient 
des clables transforniees en ateliers, et aux dmana- 
tions du cliarbon necessaire au peignage. 

L'Academie a recu aussi , de WM. Mozer et Lan- 
douzy, un fait de morve aigue coniniuni(piec du che- 
val a riionime par morsurc , fait doublemcnt intercs- 
sant(l), et i)arce qu'il signale plusieurs plicnonienes 
inobserves jusqu^dors (2), et parce qu'il conslitue Ic 
premier cas de diagnostic bien precis do eette affection 
dans notredepartement, oil , sans nul doute , elle se 
manifeste comme dans les autres contrecs depuis long- 
tenqis, mais oil elle ctait confondue avec des maladies 
analogues. ])eja Tatlention, eveilleepar cet accident, en 
a rencontre de nouveaux, etM. Pliillippe nous a com- 
munique tout recemment, sur le menie siijet, une ob- 



Acachhnie roijnle de modecine. 
(1) Monsieur et Ires-honore confrere, 
L'Academie a recu, aveclc plus vif intei'ot , voire iellrc sur un ens 
(le transmission do la morve du (•hc\ al a I'liomme. IClle altcnd les de- 
tails ((ue vous lui annoncez , pour se f.iirc rcndre comi)le d'lin fail qui 
lui itarait pluscomi)lct el plus decisif que tous ceux dont elle a recu 
jusqu'ici communication. 

Agrcez , elc. , le secretaire perpeluel , I'.vimset. 
(2) Parmi les causes, Vinoculaiion par morsure ; parmi Ics 
symplomes, L'opucHc de la cornee ; parmi les lesions necroscopi- 
ques , les uleeralions inle.ilinalcs. 



— 46 — • 

servalion complete, qui sera inseree dans uosAiinales. 
Enfln, rAcadeiuie a entendii, de M. Phillippe, un 
travail dont elle espcre bienlot la suite , en faveur de 
la localisation des facultes cerebrates : doctrine que 
M. Landouxy avail combaltue dans une precedenle 
seance, en rcndant conipte des observations faites sur 
la tete du dernier condamue. 



Dans les sciences applique'es , I'une des questions 
qui ait le plus occupe la compagnie est, sans contredil, 
celle de la viniflcation. 

Frappe des enormes desastres produits Pan dernier 
par la casse , et de rinsuffisance des moyens qu'on y 
opposait, M. Werle concut Tideed'un appareil inge- 
nieux, propre a permettre Tissue du gaz beaucoup 
plus pronq)tenient que I'acupuncteur imagine par 
M. le docteur Rousseau. 

L'Academie , consultee sur cette invention , dut 
proceder avec toute la reserve qu'imposaient la gra- 
vite et les difRcultes de la question ; aussi, ajournant 
I'examen de la metliode et jugeant uniquenient le 
procede, elle n'a pas liesitc a donner, parmi tous les 
appareils, la preference a Tacupuncteur raecanique de 
M. Werle. 

Statuant dcpuis, non plus seulement sur les instru- 
ments , mais sur I'operation elle-meme et sur ses re- 
sultats delinitifs, la commission a declare, par Tor- 
gane de M. Sutaine, que loules les donnees fournies 
par Tobservafion la plus attentive ne permettent pas 
de regarder Tacupuncture conime un moyen propre a 
etre utilement oppose a la casse. 

Est-ce a dire que les acupuncteurs doivcnt suivre 



— 47 — 

les destins de raoiipuiicturc? non, saiisdoule; el, dans 
le cas oil rcxperience vicndrait reiidrc plus aJjsolue 
encore Topinion de TAcadeiuic sur rinsufllsance dii 
piquage , I'appareil de M. Werle ii'en restorait pas 
mollis dans la science indusiriclle, coniine instrument 
de laboratoire indispensable aux experiences en I re- 
prises de loutes parts pour eclairer la manulontion 
des vins. Deja racnpuncteur mecanique, muni dun 
manomelre el de la soupape proposee par M. Maillet 
fds , a servi a apprecier instanlanement la pression 
inlerieure dans les bouteilles de tirages ditlerenls ; 
deja il a ete applique, comme moyen de perfect ionne- 
nienl, a la machine a remplir de M. le docteur Rous- 
seau ; par ces considerations , TAcademie decernc a 
M. Werle une medaille d'argcnt. 

Dans le meme rapport, IM. Max. Sutaine a rendu 
comple d'une machine destinee a boiicher les bou- 
teilles de vin de Champagne, construite par M. Lcroy, 
et a laquelle cc mecanicicn a fait subir des perfec- 
tionnements tels, qu'en Tabsence du brevet, ils ont ete 
aussilot imites de toutes parts. A defaut d'a litres 
preuves, ce dernier fait aurait deja une incontestable 
valeur, mais les commissaires ont \eriQe par eux- 
menies le merite comparatif des ditlerentes machines 
en usage aujourd'hui, et, selon lenr vani, une medaille 
d'encouragcnuMit a etc accordce a ^I. Lcroy. 

On C(innaild(''ja les heureuses tentativcs tie M. Rous- 
seau d'Epcrnay, pour iniprimer a la vinitication une 
marche plus i)recise, plus scientifupie, et qui puisse, 
en substituant les lumieres de Tobservation a Tempi - 
rismede la routine, mellre le commerce a I'abri de ces 
chances desast reuses dont beaucoup scront loujours 
au-dessus de loutes les previsions luuuaines , mais 



— 48 — 

donl quelqucs-iincs , sans conlredil , pcuvcnt olre coii- 
jurees par Ics ellorts tie la science induslrielle. 

Les deux machines, Tune a essayer, I'aulrc a doscr 
ct a remplir, que y\. Kousscau a soumises celle aiince 
a rAcadcuiie , ont ele I'ohjet d'un exanien approfondi 
el dc nonibrenses ex[)('rienccs dont M. Tarbe de Saint- 
Ilardouin a fait connailre le restdlat. Les rapports 
de notre savant confrere devanl faire partie de la pro- 
chaine publication , je n'essaierai point de les ana- 
lyser. Je rappellerai seulemcnt les experiences inle- 
ressantes faites par la commission au moyen du compas 
d'epaisseur de M. de Maiziere, et du brise-bouleillc 
de M. Rousseau, afin de coutroier I'un par Tautre ces 
deux appareils , et de chercher la relation existanle 
cntre I'epaisseur du verre et la resistance des parois. 
J'ajouleraienfin, avccM. de Saint-IIardouin, (jue I'ef- 
froi cause par les complications apparcnles des ma- 
chines cesseraitbien vite, si Ton sc donnait la peine 
d'en etudier et d'en comprendrc le mecanisnie. 

En resume , M. Rousseau , par ses dillerentes in- 
ventions, a bien merite de la science et de Tindustrie , 
et rAcademie, qui I'avait deja elu membre correspon- 
dant, est heureuse de lui donner une nouvelle preuve 
de sympathie en lui offrant une medaille d'argent. 



I 



Tel est, Messieurs, le compte-rcndu, bien long quoi- 
que tres-abrege de nos travaux depuis Tan dernier. 
11 cstun point que j'aurais voulu signaler particuliere- 
ment, mais ({ui se refuse a toute analyse, e'est ce 
bienfait emane du principe nieme de Tassociation , ct 
que comprennent facilement tons ceux ([ui vivenl par- 
iois de la vie sciculifKxue; c'est cet echungc rcciproquc 



— A9 - 

dc connaissanccs varices, ccttc ciuulafion sans jalousie, 
cellc induli^encc miil iiello , cos discussions souvcnt 
inslructives , parlbis tres-vivcs et toiijours sans ai- 
greur, ce parlagc eonfraternel , scule application 
possible, sans donie, dc la loi ai^raiic, qni mcl en 
connnun nos biens inlellccluds; c'csl celtc lihcrle 
compleic de notrc n'publifpic oil Ics premieres di- 
gniles nc pcnvenl dnrer plus d'un an, oil lonihent, 
l)endanl les lieures aeadeniiqucs , lonles les barrieres 
dc la hierarchic, oii enfin, grace a line bien lonable 
et bien rare modestie , nous voyons un arclievcque 
preside, a son tour, par son grand -vicaire , i'aire 
revivre parnii nous ces lenips dc I'age litteraire, 
oil les rois el les papes s'honoraicnt de I'aniitie des 
peintres el des poiites, et devenaient les phis lidcles 
emules, les plus devoues consodalcs des savants ct 
des artistes. 

Parmi les Iravanx que j'avais a signaler, j'ai dii mc 
borner exclusis eiucnt a ceux (|ui nous out etc prcsentes 
manuserjts, et encore ai-je pu en oublier ])lusieurs. 
Le catalogue des ouvrages imprinies offerts a la com- 
pagniedevrait cgalement, comme dans lesautres acade- 
mies, trouver place ici,niais j'ai di\ja trop abuse de voire 
attention. Vous ne rciidre/. pas , du resic, ^iessieurs, 
rinslilution solidaire des fautcs de sun interprcte, et 
lout en ne pouvant, sur des donnees aussi succincles et 
aussi incompletes, porter un jugement catcgoriqiic, 
vous resterez convaincus que si les occasions de tra- 
vail ne manqiienl pas a TAcademie , elle ne manque 
pas anx occa.^ions. 

Kl d'ailleurs, les sympathies qui ravaientencouragee 
jusqu'alors ont etc plus nombreuses encore et plus 
puissantes cette annee; ainsi, taiidis epic Ic ministre de 



— 50 — 

rinslruclion publiquc souscrivait, pour les principales 
l)iljliotlieques du royaunie, a notre odilion de Doin iMar- 
Jot, le garde des-sceaux nous adrcssait les collections 
si precieuscs du Journal des savanis; rAcademic des 
sciences nous donnait ses complcs-rendus licbdoma- 
daires; rAcademie des sciences morales et poliliques, 
ses rapports mensuels. 

Ainsi, nous toj ions le sous-prefet de Tarrondisse- 
ment s'arracher aux plus serieuses occupations, pour 
assister a la plupart de nos seances; ainsi, enfin , a 
rexemple de toutes les grandes cites, radmiuistralion 
municipale souinettait a notre examen les questions 
specialenient scientifiques , litleraires ou arlistiques 
qu'elle etait appelee a resoudre. 

Ces hauls lemoignages d'une puissante solljcitudc 
pour la science et pour unc institution qui en fait son 
seul mobile et son seal but, ne resleront pas steriles ; 
ils augmenteront necessairement encore le zele de TA- 
cademie et le bien qu'elle doit faire, et la rendront de 
plus en plus digne de Tappui qui lui est prele de toute 
part. 




RAPPORT 

SUR LES CONCOURS 

OUVERTS POUR l'aNNEE 18U. 



PROGRAMME 
DES QUESTIONS PllOPOSEES. 

- r — ^ . ^^ » -aTr» - 



IIISTOIRE. — ARCIIEOLOGIE. 

« Quel etait I'elat de I'anoienne Dcrocout des lle- 
« mois avant et pendant la dominalion romaine, jus- 
(( qu'au regne de Clovis exclusivement? » 

L'auteur devra envisagcr la question sous les divers 
points de vue qui suivent : 

11 disculera 

L'origine des Reniois, Tdl at topograpliique de leur 
cite, son ctendue , ses dependances ; les prineipaux 
monuments dont I'liistoire on la tradition onl pu con- 
server le souvenir , ses aqucducs et ses grandes voies 
de communication, 

II enlrera dans quelques details 

Sur les mocurs des habitants , qui pcuvent en partie 
se presunicr par les frecpienles exhumations de mon- 
naies, medailles, meubles, ustensiles et autres objets 
d'usage commun. — 11 donnera I'idee de leur gouver- 
nementet de leurs institutions religicuses, judiciaires, 
civiles et militaires. 

II recherchera les motifs qui ont porle les Remois 
a se detaelier de la ligue gauloise pour s'allier et se 
soumettrc aux Romains. — Ildiscutera lesmoyensde 
defense qu'ils pouvaient opposer aux etrangers, le rang 
qu'ils oceupaient dans la confederation gauloise. — 



— 53 — 

Lcurs possessions , leiirs alliances , ct la part qu'ils 
ont euc a la reunion finale des Gaules a I'empire 
romain. 

ECONOMIE INDUSTRIELLE. 

<( Quels pourraient etro les raoyens d'evilcr les 
« inconvenients de la concurrence sans nuire a la 11- 
<( berte du commerce? » 

Les candidats devront donner un apercu de ce qu'e- 
lait, le commerce autrefois, le rcpresenter tel qu'il est 
aujourd'liui, et indiquer les moyens qui leur sombleront 
les plus efficaces pour rcgulariser la concurrence et 
eviter les elTels desaslreux dont elle est la source. 

AGllICULTURE. 

« Recliercherretatdusol forestier de laCliampagne 
« au moment de Tinvasion romaine. — Examiner Tin- 
it fluence successive du deboisement des cretes , in- 
« diquer les cbangemenls atmosplieriques qui en ont 
<i ele la suite, et dire quelles modifications le sol 
« arable a pu eprouvcr. » 

Les prix, consistant en une medaille d'or, de la va- 
leur de 200 francs, pour cbacune des deux premieres 
questions, et en une medaille d'argcnt pour la Iroi- 
sienie, scronl decernes dans la seance publique de 
rAcadeuiie du 15 avril au 15 mai 18'»i. 

Les auteurs , ne de\aul pas se faire connaiire, in- 
scriront leur nom et leur adresse dans une note ca- 
cbetce , sur laquelle sera repetee Tepigraphe de leur 
rnanuscrit. 

4 



— 54 — 

Les memoires dcvront elre adressds (franco) a M. le 
docleur Landouzy, secretaire de 1" Academic, avant le 
3 Janvier 18A4, tcrme de rigueur. 

L' Academic dislril)uant en outre dcs mcdailles d'en- 
coiiragement aux auteurs des travaux qifelle jiige 
dignes de recompense , les personnes qui croiraient 
avoir droit a cette distinction, enverront leurs litres 
au secretariat, avant le 15 mars ISA'f. 

Le President de TAcademie , 
BONNEVILLE. 

Le Secretaire de I'Academie , 
IL LANDOUZY. 




RAPPORT 



Sl.'R 



LES TROIS CONCOURS 

OIVERTS M 1843. 
(M. GoBET Rapporlcur.) 



Messietrs, 



L'Academic m'a decerne , avec une bicnveillancc 
doiil je mc plais a lui leinoigncr toule ma gralitudc, 
riioiineur perilleux de rendre fonipte du resuliat des 
Irois concours omeils par ellc dans sa seance publi- 
<juc de Tannee derniere. 

La loi du plus severe laconisrae ni'est iinposee : [)er- 
mellez-donc que, sans preainbule, j"enlre lould'abord 
en matiere. 

La premiere qnesUonestainsi posee : 

«Ueclier('her I'elal du sol lorestier de la Clianipa- 
« gne, au monieul de riiivasion roiuaine. — E\anii- 



~ 56 — 

« ncr rinfluence successive du d^boisenient des cretes, 
« Indjqiier les diangenicnts almosplieii(iues qui en 
<i ont ele la suite, et dire quelles modifications le sol 
« arable a pu eprouver. » 

Aucun travail n'a etc presente sur ce sujet. 

L' Academic a decide qu'il seraitajournc. 

Voici les raisons qui ont motive sa determination : 

La question se divise en deux parlies distinctes ; 
nousnedissimulons pas que, ii raisoii do I'absence de 
documents contemporains de I'epoque de Jules-Cesar, 
la premiere partie, purement liislorique, est difficile a 
resoudre. 

Mais la seconde , plus importante au point de vue 
de I'utilite , est d'aulant plus facile a trailer que depuis 
AO ans elle recoit journellement une solution pratique 
dans tout le departemcnt de la Marne, et particulie- 
rement dans I'arrondissement de Reims, et qu'il suffi- 
rait, pour atteindre le but propose par 1' Academic , de 
signaler, dans quelques pages ecrites d'un style popu- 
laire, les nobles exemples de MM. Ruinart de Bri- 
montjde Pinteville de Cernon, Loisson de Guinau- 
mont, I'abbe Gallois, Saint-Denis freres, Charpentier- 
Courtin, et de tant d'autres lionorables agricultcurs, 
dont ies travaux perseverants ont reconquis au sol 
forestier dc la Champagne, de vastes terrains cpii pa- 
raissaientcondamnes a une eternelle stcrilite. 

Le second sujet mis auconcours a etc propose dans 
les termes suivants : 

« Quels pourraient etre les moyens d'eviler les in- 



— 57 — 

« conv^nients de la concurrence sans nuire a la liberie 
« du commerce ? » 

Celle question , qui replonge dans le creusel dc la 
critique I'axiome absolu laissez [aire, proclame par 
les economistes du dernier siecle, consacre par I'as- 
semblee constituante, defendu par les publicistes de 
Tecole libcrale, qui a choisi pour chef Tillustre Jean- 
Baptiste Say , vivement attaque de nos jours par des 
hommes haul places, soil dans la theorie , soil dans la 
pralique des sciences induslricUes, provoque, ajusle 
raison , les meditalions des hommes d'elal de I'Europe 
entiere. 

L'Academic reconnaitque la reunion desmaleriaux 
slalistiques ct des documents speculalifs necessaires 
a la discussion du probleme , exige un temps plus con- 
siderable que ce lerme assigne par elle au concours. 

Elle ne s'elonne done pas de n'avoir recu, sur cette 
importante question, qu'un scul memoire dont la com- 
position se ressent de la precipitation avec laquelle 
Tauteur a du travailler. 

La premiere et la plus considerable parlie dc son 
memoire, modcstement intitule £ssai, est consacree a 
des reflexions generates sur une multitude d'objcis 
qui ne se rattachent au sujet que de loin et Ires-indi- 
reclcment. 

Cetl(! espece d'avant-propos accuse de la part de 
I'auleur une vaste leclure, une memoire largement 
approvisionnee , el malheureuscment un peu Irop de 
pretention aregenler les puissances de la lerre. Aiusi, 
si la reine de la Grande-Bretagnc voulail suivre scs 
conscils, ricn no serait plus facile que de resoudre pa- 



— 58 — 

cifKincmcnt Ics graves difficultds religieuses, sociales 
et poliri(jucs qui ilivisentles trois parties dii royaunie 
uni. — Aiusi, a riinifalion des graiuls historiens do 
la Greceet de Rome, I'autcur place dans la boiicbe des 
chefs de rarinee franeaise en Algerie, une harangue 
patheliquedont le but estde convierremir Abd-el-Ka- 
der et ses partisans aux benefices de la paix, de la Con- 
corde et dc la civilisation europeenne. — Ainsi encore, 
il propose aux electeurs francais une melhode infail- 
liblcpour n'appeler a lachambre pleheienne, que des 
representanls patriotes, incorruptiblcs, et inaccessibles 
a toute passion. 

La deuxieme partie qui forme le corps de I'ouvrage 
semblait devoir etre reservee specialement u I'examcn 
de la question ; mais I'auteur, pressepar le temps, do- 
mine par la surabondance des maleriaux, et entraine 
dans les hautes regions des sciences spcculatives, ne se 
rappelle son sujet que pour tranclier brusqueraent la 
difficulte par des conclusions dogmatiques qu'il ne 
daigne pas moliver. 

L' Academic, regrettant de ne pouvoir decerner au- 
cune marque de distinction a cette ceuvre conscien- 
cieusement entreprise i)ar un homme de bien , mais 
ti'op legerement meditec et trop precipitamment exe- 
cutee, s'estdetermineea ajourner la question, persua- 
dee que les Iravaux recents des chefs de la science 
economique, telsqueMM. Blanqui, Wolowski, Michel 
Chevalier, Jobart de Bruxelles, et autres fourniront 
bientot aux concurrents futurs les elements necessai- 
respour une solution convenable. 

La troisieme question misc au concours etait ainsi 
concue : 



IT 



— 59 — 

K Quel elait Telat de ranciennc Durocort dcs Rc- 
» uiois avaut et pendant la domination roinaiuc, jus- 
» qu'au regnc de Clevis cxelusivenienl ? » 

L'Academie n'a rccu jusqii'a present aucun travail 
sur ee sujel liistorique , et elle le mainticnl au concours 
pour I'annee procliaine. 

Le programme dans lequel elle enumerait les points 
de vue divers sous lesquels la question devait etre en- 
visagec , necessite un grand nombrc de recherehes 
qu'il etait difficile de completer dans le delai deter- 
mine. 

Elle sait d'ailleurs que plusieurs bons esprils ont 
deja recueilli sur ee sujet des materiaux qu'ils se dis- 
posent a mettre en ordre. 

lis proQlerontde lacuricuse publication due a notre 
honorable confrere, M. Paris, du raanuscrit de Jean 
Lacourt , ayant pour titre Durocort , ou les Re'mois sous 
las liomains, et surtout des notes precieuses dont le 
savant editeur a enrichi rceuvre du laborieux clia- 
noine. 

Qu'il me soit permis ici de feliciter 1\I. Paris du cou- 
rage, si rare i)armi les commentateurs , avec lequel il 
refule les raisons i)usillanimos que Lacourt enumerc 
pour justiGer I'alliance injusliliable des anciens lle- 
mois avecles dominateurs Uomains , et leur desertion 
parricide dela cause nalionale. 

Je devais a M. Paris cet Lommage public , ne fiit-ce 
quo j)our le purgerde raccusation tenierairenienl forr 
muleecontre lui par quelques esprils chagrins, davoir 
viole leslois de la piele liliale en condamiiani Tcrreur 
fatale de nos peres. 

L'hisloire, sous peine de (rahir sa mission morale. 



— 60 — 

doil dire le nial commc Ic bien , ctUebrer les actions 
glorieuses pour en propager riinitation, et condamner 
les fautes pour en prevcnir leretour. 

Quenos concurrents futurs marchent dans les yoies 
tracees par M. Paris ; qu'ils puiscnt aux sources dont 
il leur a facilite I'acces : et TAcadtMnie aura Taniiee 
prodiaine la satisfaction de couronnerdcsocuvresin- 
teressantes pour riiistoire generale , plus intercssante 
encore pour I'liistoire particuliere de notre cliere pa- 
trie remoise. 



J'ai rempli, Messieurs, bien insuffisamment sans 
doule , la taclie qui m'a ete departie , et je cesserais 
de parler si Ton ne m'eut accessoirement charge de 
Tous entretenir d'un ol)jet qui, bien qu'etranger aux 
trois concours dont je vous ai expose le resultat, m^- 
rite toule voire bienveillante attention. 

Vous venez d'entendre les paroles gencreuses par 
lesquelles M. le president a termine son allocution. 
Vousavez applaudi, conime nous, aux sentiments qui 
I'ont inspire. Oui, sans doute , il est bien de recompen- 
ser les travaux de I'esprit ; mais il est mieux encore 
de courouncr les ceuvres du coeur : la satisfaction est 
complete quand les deux elements etant reunis, il est 
possible de rendre simultanement hommage au talent 
eta la vertu. 

Les voeux noblement exprimes par notre digne chef, 
commencent des aujourd'hui a se rcaliser. 

Vous \ous rappelez que le laureat du concours ou- 
vert I'an dernier sur les caisses d'epargncs, a mani- 
feste le desir que la valour de la mcdaille qui lui a ete 
decernee, fut employe a I'acquisition de livrels d'epar- 



— 61 — 

gnes au profit de qiielquescnfanls crouvriers frequen- 
tant les ecoles primaires dc la ville. 

Ce desir est accompli : liuil cnfanis dcsign<5s par 
M. le niaire de Reims se parlageront le bienfait du 
laureat que nous sonunes hcureux dc saluer aujour- 
d'hui du nom de cont'rere , et temoigiierout ainsi des 
solliciludes sympatliicjues de rAcademie pour tout ce 
qui est beau , tout ce qui estbon, tout ce qui est utile 
a rhumanite. 




ECONOMIE l^OIJTIQUE. 



NOTES ITISTORIQUES 

SUR 

LE COMMERCE DES INDES ORIEMALES 

par fil. LKVEfliQLiB-: OE rOUILE-V. 



On Irouve dans les plus aucicns ouvrages qui nous 
sont parvenus, ct dans les livres des ccrivains sacres, 
des renseignemenis qui nous prouvenl que les produc- 
tions do rOrient etaient, il y a plus dc Irois mille ans, 
recherclii'es desnalions eloignees (i) ! Ouollc elait la 
vole de coranuniiealiou , quel elail le peuple <pii les 
leur faisait parvenir? Lc commerce de ces temps nous 
est inconnu. L'histoire ne nous a transmis qu'un vague 
et incerlain souvenir des expeditions de Sesostris etde 
Scmiramis dans les Indes, et ne nous a laisse aucun 
detail sur ces conqneles reelles ou fahuleuses. 

Les premieres relations commercialcs des Plieni- 
ciens nous sont mieux cuunues. Us etaicnt les maltres 

(1) Gcnesc xxxvii. 



— C4 — 

de quelqiies ports sur le golfe Arabiciue. Les habitants 
des Lords dc rEuplirate Icur portaient avec des cha- 
rueaux les productions de I'lnde. Les Phenicions fiirent 
le premier pcuple qui dut une puissance reelle a son 
commerce. Les nations voisines virent avec envie les 
richessesdcTyr et de Sidon. Les Juifs voulurent pren- 
dre part ail commerce du golfe Arabiipie. lis s'empa- 
rerentdes ports d'Llatlietd'Asiongaber dans la terra 
d'Edom (sur la mer Rouge), et sous les regnes de 
David et de Salomon , lis rapporterent de Tarsis et 
d'Ophir ces marcliandises dont quclques ccrivains 
nous out fait une description peut-etre exageree. 

La situation de ces deux ports, oil se rendaient les 
flottes de Salomon, dtait toiijours restee inconnue; 
M. d'Anyille et le voyageur Bruce (1) les placent dans 
le royaume de Sofala , sur la cote sud-estde I'Afrique. 
Mais ces voyages maritimes des Juifs n'eurent lieu que 
pendant le coursdequelques annees ; et lesPheniciens 
entretinrent toujours des rapports commerciaux avee 
les habitants des rives dc I'Euphrate, jusqirau temps 
oil Alexandre, irrite de la longiie et etonante resistance 
que Tyr avait opposee a toutes ses forces , eut detruit 
cetteville, et jele les fondements d'Alexandrie qui, 
pendant dix-huit cents ansfut le principal entrepot du 
commerce des Indes. 

Les relations des officiers d'Alexandre , Ptolemee , 
Aristobule et Nearque , depuis copiees par tous les 
historiens, nous ontdonneles premieres connaissances 
que nous ayons sur Tlndeetscs habitants. Depuis plus 
de deuxmille ans, les ludiens ont toujours conserve le 
meme culte, les memes lois, les memes coutumes, le 

(I) Liv. VII , chap. i%. 



— G5 — 

jneine genre (I'industric. lis sont encore divisds en cas- 
tes qui ne se melent jamais. Cliacune de ces castes a 
toiijours conserve I'usage dii nieiue genre d'aliinents ; 
lenr liabillement nicinc n'a ]>as varie. Le Vedain pres- 
ent a la veuve d'uu hraiuine de sejcler dans les 11am- 
mes du biiclier de son niari , cet usage alroce rapporte 
dans les relations des olTiciers rlWloxandre, n'est pas 
entierementaholi ; et malgre toute la surveillance des 
Anglais, il est encore quelques viclimes du fanatisme 
qui se resignent a cetle mort cruelle, et se soumeltent 
en secret a la loi de Hrama. 

Si la civilisation a eu son berceau dans Tlnde , elle 
y est reslee bien staf ionnaire.Celte ininiobililoprovient 
de la division des Indiens en castes, et des rapports 
de cette division avec les dogmes religieux. 

[.'expedition d'Alexandren'clablit point de rapports 
permanents entre lEurope et I'Asie, el, pen de temps 
apres sa mort, la partie sepfentrionale de Tlndostan, 
qM"il avail reunie a ses etats sous le nom de royaume 
de Baclriane (I), ful enlevec par des hordes de Huns 
et de Tartaresa ses successeurs. Depuis cetle epoque, 
aucune i)uissance europeenne ne se monira dans ces 
contrees jusqu'au tenq)s oil labrillanlc valeurdes Por- 
lugais Vint asservir tousles habitants des rivages de 
rOcean Indien. 

Alexandrie devint opnlenle sous le regno de Ptol^- 
mce, lils de Lagus. C\'st ce prince (pii (it clever le fa- 
nal (le Tile de Pharos (2). Ploleinee Philadelphe, son 
Ills , fill aussi le foiidaleur de Herenite sur le iiolfe Ara- 
bi(|ii('. De cetle ville les mareliandises elaient porlees 
l)ar terre jusqu'a Copte, oil elles etaieni cmbarquees 

(l)Slral)oii, liv. ix, |\ng. 77'.); M. do Giiigiios, Mcmoircs de UtU- 
mtiiic, iiag. 17.— (2) Slrabon, lib. xvii, p.ig. 1 140. 



— G6 — 

sur uu canal depuis lunglemps abantlonne , mais dont 
on reconnait encore remplacemcnt sur les Lords du 

C"est le couiiuercc qui elcva Ics figyplicns a un de- 
gre de richesse et de splendeur qui n'avait encore eu 
rien de coniparal>le , surlout lorsqu'apres la destruc- 
tion de Carthage (ttdeCorinthe, ilsdevinrent lesseuls 
navigateurs de la Mcditerranee , et lorsquc Tusage 
qu'avaient les Romains de parlager les depouilles des 
peuples vaincus eut apres leurs nonihreuses conquetes 
allereles moeursde Tancienne republique et repandu 
dans Rome un gout effrene pour tous les objcts du luxe 
de I'Asie. 

On salt quelles fiirent les prodigalites de' la vo- 
luptueuse Cleopatre ; et lorsqu'ii la raort de cette der- 
niereprincesse dusang des Plolemees, I'Egypte fut 
reunie a Tenipire roniain , suivant le tenioignage de 
Pline(2), les richesses d'Alexandrie, transportees dans 
Rome, y firent doubler le prix des terres, des denrees 
et des marchandises. 

On voit dans un ouvrage sur la navigation de la 
mer Erylhree, attribue a Arricn , que les pierres pre- 
cieuses , Tencens , les vernis, les epices , Tambre, I'i- 
voire, Tebene, Tecaille, les elegants ouvrages de coton, 
et plus encore la soie, et sur tout les aromates dont il 
se faisait une grande consommalion sur les buchers 
funebres des morts , elaient les principaux objets du 
commerce de TOrient. Dans les jours de son opulence, 
Rome recliercliait avec avidite toutes les productions 
de rinde. 

Jules Cesar fit present a Scrvilie, merede Brutus, 

(1) M. O'Anville, Memoires sur VF.gijpte, pag. 21. — (2) Plinii, 
Historla naturaUs , liv. vi, c\\. 17. 



— 67 - 

d'une pcrlequi lui avaitcoule une sonimc corrcspon- 
dante a ccUc do onzc cent soixante-deux mille livres 
tournois (1). Jusqu'a la fin du iii'' sieclc les Romains 
donnaicnt une livre d'or pour une livre de soie. 

Dans les temps les plus anciens dont nous ayons con- 
naissancc, il y cut quelque communication enlrc la Pa- 
lestine et la Chaldee. Maisil paraitque cc nc ful (jue 
sous le regne de Salomon que le commerce etablit des 
rapports constants entre les liabitants deces contrees. 
Ce prince fitbatir au milieu du desert, dans une por- 
tiou de terrain fertile , mais de pen d'etcndue , une 
ville a laqueile il donna le nom de Tadmor (2), qui fut 
depuis designee par les Grecs sous celui de Palmyre. 
L'etablissement deeelte colonic ouvrit un passage aux 
productions de I'lnde. Les habitants de Palmyre les 
transportaient avec des chameaux sur les cotes de la 
Mediterranee. 

Rien nc pent donner une plus liaute idee de la puis- 
sance d'un pcuple commercant. Malgre tons les obsta- 
cles que lui opposait la nature, une ville opulente s'e- 
leve au milieu des deserts. La plus grande partie de 
TAsie-Mineurc estsoumise a ses amies Tictorieuses , 
et elle repousse tons les elTorts des Romains deux cents 
ans encore apres cpie tons les peuples de son voisinage 
ont subi le joug deces maitres du monde (3). 

Quelle autre source que le commerce des Indesau- 
rait pu verser dans Palmyre les immenses richesses 
que possedaienl ses habitants, sons les regnes d'Odenat 
et de Zenobie, et dont la realitc est attestee par la 
magnificence de ses ruines, par les restes encore exis- 



(1) Robertson, Vinde ancicnne.—{2) III.Rois, ix, 18. — (3)Appien' 
de Belli) civHi , lib. iv; Procopc , lib. ii. 



— 68 — 

tants des plus beaux monuments que rindusfrie hu- 
maine ait jamais eleves. Appuyees sur les bases de 
quelques-unes des colonnes de Palmyre, de chetives 
eabanes de pauvres Arabes prescntent aujourd'luii le 
spectacle de la misere, sous les portiques memes de ces 
palais qui fnrent jadis le sejour da luxe et des arts. 

Depuis la destruction de Palmyre par Aurelien , il 
n'existe prcsque plus de commmerce entre les liabiLints 
de la Syrie et les provinces situees sur les bords de 
rEuphralo.Quelquefois cependantdescaravanncs, pas- 
sant parxVlep, se rendentiiBassora. CVst la route que 
suivent les courriers anglais qui fontle Toyage des 
Indes par terre. 

Strabon nous apprend (1) qu'il existait de son temps 
encore une autre voie par laquelle les marchandises 
de rOrient parvenaient en Europe ; elles etaient trans- 
porlees par des chameaux sur les bords de I'Oxns, 
dont elles suivaient le coursjusqu'a la mer Caspienne, il 
de la elles arri\aient par terre et par les rivieres na- *■ 
vigables au Pont-Euxin. Plus tard Constantinople, 
par sa position , devint naturcllement Tentrepot de 
cette branche de commerce ; elle contribua longtemps 
a soutenir la puissance des empereurs d'Orient , qui 
en vendirent le privilege aux Genois. Ce privilege fit 
la richesse de Genes jusqu'au temps oii Constanti- 
nople fut soumise a la domination des Turcs. 

Le fanatisme fougueux des Arabes et les conquetes 
de ces premiers sectateurs de Mahomet, qui donnerent 
de nouvelles moeurs a unegrande partic des habitants 
de I'Afrique et de I'Asie , amenerent aussides chan- 
gemcnts dans le commerce des Indes. 

L'Alcoran ayant prescrit a tons les fideles musul- 

(1) Lib.:<ii, pag. 776. 



GO — 

" ' ' 'a 



mans do faire, uuefuisdaus leur vie, levoya"e do h. 
Meoque, pour y rendre liommagc au prophole, el y 
faire racquisilioii du linccul dans lequel ils doivent 
olre onsovolis , ions les ans do nombrcuses troupes dc 
croyants parlonl des rivagos dc rAtlantiquo oL des 
exlromiU's do TAsie pour \isiler les lieux sainls. Dos 
spoculalions de commerce s'allient toujours a cetacte 
de de\olion, II est aussi des caravanes qui , sans au- 
cun sontiment religieux, mais seulcment guideos par 
des motifs d'inleret, dirigent leurs pas vers PArabic. 



LInde depuis le seizieme siccle. 

Les Venitiens qui avaient d'abord entretenu des rap- 
ports avocAlexandrie,finirontpar obtenir dos soudans 
d'Egypte un traild de commerce avantageux, et lou'^- 
fempsils porteronl dans toute TEuropc ct surtout aux 
villes anseatiques les productions dc I'Oricnt. 3Iais a 
son tour, la puissance venilienne fut aneantic, quaud 
lesPorlugais, bravant tons les dangers, eurent penotre 
dans les mors de I'lnde, et lorsque les Espaguols eu- 
rent ddcouvert un nouveau monde. Des-lors toutos les 
relations furoni changees : le commerce rocut une nou- 
velle impulsion , elablit dc nouveaux rai)puils onlre 
les peuples les plus dloignds , rdpandil j)armi cnx les 
lumidres et detruisit quolquos-uns de lours jircju'^es. 
Ces evenements eurent la plus grande inlluence sur les 
sciences, les arls, los manirs, les usages ct rindustrie 
de prosque tous los liabilanis dc la torrc. 

En 1488, lorsque Pinlrdpidc Vasco dc (iania cut 
passe le ca[) de Bonne-Espdrance , il conlinua sa route 
vers rOrionI, alia ddbarquoi dans les etals du zamoriu 



6 



— 70 — 

de Calicut, et rapporta en Europe les productions de 
la cole occidentalc del'Inde. 

Emmanuel,quiregnait alors en Portugal, sut profiter 
de rpnthousiasme de ses sujets : ilchoisit pour les com- 
mander des liommcs distingues par leurs vertus el par 
leurs talents. Le desir d'aoquerir des ricliesscs, celui 
de propager la foi clirelienne, la jalousie (pie leurinspi- 
raient les nouvelles decouverles des Espagnols dans 
TAmerique, etle recit des brillants succesdeYasco de 
Gama et d'Alvarez Cabral enflaramerenl les Portugais 
d'une nouvelle ardeur. lis parlirent tons en foule a la 
voix d'Albuquerque qui les appclait a la gloire et a la 
fortune. Bienlot la cote de IMalabar fut conquise, les 
couleurs portugaises prirenl la place du croissant sur 
les remparts des villes arabes , les flottes du soudan 
d'Egypte furent battues dans la mer Rouge ; depuis 
le cap de Bonne-Esperance jusquc dans les mers de 
la Chine, nul vaisseau n'osa se montrer sans un passe- 
port du gouverneur de Goa , et cent-cinquante princes 
tie rOrient devinrent tributaires du roi de Portugal. 

Albuquerque fut humain, desinleresse ; ses succes- 
seurs furent cruels , avides de richesses. Lorsque le 
Portugal cut etc rcuni a I'Espagne , sous le regne de 
Philippe II , les gouverneursde Goa refuserent de re- 
connaifre la puissance espagnole ; ils se rendirenl in- 
dependants par leurs brigandages, par leurs cruautes, 
par relablisscment du tribunal de Tinquisition , pai' 
tous les excQS auxquels ils se livrerent. Les Portugais 
etaient en horreur aux peuples de TAsic, lorsque Fa - 
miral Warwick, le fondaleur de la puissance desHol- 
landais dans Tlnde, ^int Icur arracher Tenqjire des 
mers de rOrient, Cependanl les Ilollandais n'ont eu 
que pen d"etablissements dans la prescju'llc cn-dcca 



I 



— 71 — 

du (langc. lis I'l'uiiirent prcsque toutes leuis forces 
dans los lies do Java ol do Covlan. 

Sous le regiie do Fliilippe le Ilardi, fds dc saint 
Louis, les niarchands ilalions apportaient en Franoe 
quelques-unes des riches productions de rOiivnf. Le 
commerce alors ctait avili. Ce prejuge des barhares da 
Nord, vainquenrs de TEurope, s'elail perpetue avec Ic 
gouverncnient f('odal.Cc|)cndant,deja dans les gnerros 
de la Palesline, les usages des orienlaux avi'ient eu 
quelque atlrait ])our les croises. La France ne pouvait 
donner en echange que I'excedent des produitsde son 
sol , faible ressourcc , coniparee a loules celles que 
peuvent fournir les produits de I'indnsfrie. Les plus 
sinq)les cienienis du conunerce etaicnt encore si in- 
connus qu'on li\ail le prix des denrces. 

Dans le seixieme siecle, les armees francaises ayant 
passe les Alpes, furent eblouies de la magnilloe;ice de 
Genes et de Vcnise. Les nianufaclures se perfection - 
nerent, la cour voluptucusede Francois I*""" rechercha 
tons les ohjcls d'un luxe seduisanf, el cnfin, avcc Ca- 
therine de MediciSj'lous les arts de lltalie vinrenlse 
fixer en France. 

Ce ne fut ccpendanl que sous le ministerc de Colbert 
(]ue le commerce comnienca a prendre quelque essor. 
Ce ministre, dont un Francais ne pent prononcer le 
nom sans eprouvcr un scniimeni dc reconnaissance , 
crea en lOtiV une Conq)agiiie des ludes or'ciilales. En 
1720 , elle avait eu assez de siuTes pour preter au 
gouvernenient quarante millions. Surate , situee au 
nord de la cole de Malabar, fut pciulant quehjues an- 
n^es le port oil se rendaicnl les vaisseaux de la Com- 
pagnie; elle acheta du nabab du Carnate, en 1674, la 
pelile bourgade de Pondichcry. 



— 72 — 

(Juelquos Francais, abandonnant Madagascar, oh ils 
avaicnt voulu former un etablissement qui servit de 
relaclie aux vaisseaux qui passaient dans les mers de 
rinde, se retirerent. en 1720 dans les iles jusqu'alors 
descries de France et de Bourbon. Kn 1735, IM. de la 
Bourdonnaie y conduisit quclques luibitanls, et fut le 
veritable fondateur de ces colonies. 

Sous la direction de Dupleix, on vit egalement s'e- 
lever le commerce et la population de Chandernagor 
et de Pondichery. Dans la guerre de 17i3, le genereux 
la Bourdonnaie equipa a ses frais une escadre composee 
d'un vaisseau de soixante canons et de cinq navires 
marchands armcs en guerre. 11 battit les Anglais sur 
la cote de Coromandel, et leur enleva Madras. 

Le souba du Dekan gouvernait, pour I'empereur du 
Mogol, tous les pays situes depuis le cap Comorin jus- 
qu'aux frontieres du Bengale. Les nababs et les rajahs 
de la partie meridionale de Tlnde lui etaient soumis. 
Le nabab est un prince de race mahoraetane, et le 
rajah est de race inuienne. Mais tous ces gouverneurs 
s'etaient rendus presqu'independants et le souba ne 
faisail passer au tresor imperial qu'une faible partie des 
tributs que lui rendaient les nababs. Dupleix forma le 
projel hardi de nommer un souba qui fut interesse a 
soutenir la puissance des Francais. 

Charge de rexecution de celtc entreprise qui pa- 
raissait temeraire, M. de Bussy surmonta tous les ob- 
stacles; il battit les Anglais, repoussa les Indiens , et 
conduisit triomphant dans Aurengabad, sa capitale, le 
nouveau souba, qu'il placait sur le trone. Cc prince, 
recut a genoux, des mains du general francais, le fir- 
man de Tempereur du Mogol, qui le mellait en pos- 
session du Dekan , formalite qui fut jugee nccessaire 



— 73 — 

pour lui aUiier Ic respect dcs peuples qu'll d^jvait 
gouvcrncr. Pour prix dc tous les services (juc venaieiit 
de lui rendre Ics Francais , lo 6oul)a leur cc^da une 
grande etendue de pays sur les cotes dc Coromandel 
et d'Orixa. 

La puissance francaise y paraissait solidenieat ela- 
blie, lorsque M. Dupleix fut rapi)ele et reniplace par 
M.de Lally. MaisenlTGl, les Anglais devenus les raai 
tres de la raer , s'emparerent de Cliandcrnagor ; ils 
prirent aussi Pondichery qu'ils reduisirenl en cendres. 
Les Francais revenus en Europe, descspcres de la 
perle de leur fortune, eleverenl (ous la voix contre 
M. dc Lally , et il perit sur un ecliaraud, viclime des 
rcvers que nous avions eprouves. Cc})endant Pondi- 
chery se releva de ses mines et le conmiercc francais 
y avail repris quelquc activite, lorsqu'en 1780, les An- 
glais fuyant devant rarniee victoricuse du sultan de 
Mysore, notre allie, lui abandonnaiciil la parliemcri- 
dionale des hides. 

Ces oftlciers de notre marine qui, sous les ordres de 
I'aniiral Sullren, avaienl rcleve I'honncur du pavilion 
francais dans les niers de I'Asie, et qui avaient arrache 
rAmerique au joug de I'Angleterre , viclinies de nos 
discordes civiles, ont peri sur les rocliers de i)m- 
beron et sur les champs de bataille dc la Vendee. 
Lorsque, dans les mouvements convulsifs dont la 
France fut agitee, la Convention nalionale, avec une 
energie dont les annales du monde n'ollVent pas 
d'exemple, meltait a mort ses cnncniis ou Ics souinet- 
fait a ses volontcs , et dispcrsail ]<'s armees <l<'s rois 
de rEiirope, le minislre Pilt s'ecriail dans le parlcmcdt 
d'Anglctcrre : Je fc'licile d'avance nton pays dcs liaules 
destine'es auxquelles la rc'voluliun de France vient do 



- 74 — 

Vappelcr. II pr^voyait cK*s-lors que la marine anglaise 
u'anrait plus d'enneinis a coniballre. 

En 1802, il leslait encore clans Pondicln'iy <juel- 
(jucs families europeennes et quiuze niille Indiens «pii 
en furenl enlcves pour etre Iransporles clans Madras. 

La Coinpagitie anglaise ties I tides orienlales. 

La marine des Anglais ira commence a devenir 
importanle que sur ia fin du seizieme siecle. Tanl que 
durerent les guerres sanglanles des maisons de Lan- 
caslre et d'Vorck, il u'y eut aucune Industrie en An- 
glelerre. Les villes ansealiques exportaicnt ses bles 
el. son elaiu,el lui rapporlaient ses laines que les >illes 
de Flandrc avaienl mises en ceuvre. 3Iais a peine mon- 
tee sur le trone, Elisabelh sut cncourager tous les arls. 
Sous son regne, des vaisseaux sorlcnt de lous les porU 
d'Anglelerre ; Tamiral Drack combat les Espagnols , 
les poursuit dans toutes les mers, et re^ient charge de 
leurs depouillcs, apres avoir fait le tour du monde. 

Cette reine crea en IGOOune Compagnie des Indes 
orientales , qui, des les premieres annees de son ela- 
blissement, fit un grand commerce d'epiceries. Mais, 
sous le rogne du mallieureux Charles l"", elle perdit 
la plus grande partie de ses possessions. En 1G89 , 
lorsque Guillaume de Nassau fut raonte sur le Irone, 
une autre societe de negociants oblint la permission 
de naviguer dans les mers de I'lnde ; il y eut deux 
Compagnics. Eiles se nuisirent reciproquement dans 
les marches de TAsic, cL leurs vaisseaux finirent i)ar 
sclivrer des combats, jusqu'en 1702,'(iu'elles reunirent 
leurs fonds. Un nouvcau privilege exdusif fut alors 
accorde a cette Compagnie qui exisle encore aujour- 



— 75 — 

d'hui , el (lui parvinl a un dcgrd de fortune et de 
puissance don I I'hisloire n'oflVe pas d'excmple. 

Bencoolen, siluee dans Tile de Sumatra, favorable 
au commerce de la Chine par sa ])osilion prcs du de- 
troit des lies de la Sonde, fut un des ))rcmiers etablis- 
sements dc la Compagnie. 11 a ele cede en 1820 aux 
IIollandais,qui out abandonne en conlrc-ecliauiTeleurs 
comploirs dansl'lndostan; el pour reniplac(!r Bencoo- 
len, les Anglais viennent de faire, en 18V0, un nouvel 
etablissement a rexlremile de la prescju'ile de Malaca, 
a Singapor, point de relaclie pour los navigaleurs qui 
vont dans les niers de la Chine, aux Pliilipi)ines et dans 
la merdu Sud. 

La siirete du port de Bombay decida egalement les 
Anglais a se fixer dans celte ville, qui est a present 
Ten I repot de tout leur commerce sur la cote de Ma- 
labar. 

Madras esl devenu le marclie general de toutes les 
toiles de la cole de Coromandel ; mais c'est a Calculi a 
qu'est le principal etablissement dc la Compaguie» 
Cette ville n'existait pas en 1720 ; dc})uis la conquete 
du Bengale on vil successivement s'accroitre sa popu- 
lation et ses immenses richesses , et elle renfernie a 
present dans ses niurs sept cent mille habitants. 

On regarde Tamerlan connne le fondaleur de la 
puissance Mogole. Ce ne fut cei)endanl que son sixieme 
descendant, Baber, qui soumitavec sesTartares loules 
les provinces septentrionales de llndoslan ; ii aban- 
donna Samarkande et choisit Delhy i)0ur la cajutaie 
de ses elals. La parlic meridionale des Inches ne fut 
meme soumise a cetcnq»ire tpren IGtU) , sous le regne 
d'Aurcngzeb. On a longlemps vanie le luxe el la ma- 
gnificence des fastueux empereurs du Mogol ; mais. 



- 76 — 

CI) 1739, los Pcrsans , sous la conduife de Sliali-Xadir, 
plus connu des Franrais sous Icnom deThamas Kouli- 
Khan , enlrerent vainqucurs dans Dclhy, et s'empa- 
rerent de tous scs tresors. Le faible inonarque, qui 
n'avait pas pu combatlrc \cs porsans , nc sut pas 
maintenir sou autorite sur Ics ifonvcrueurs des pro- 
vinces. Ce fut sous sou rcgne que les soubas , les 
uababs et les rajahs conimcnccrent a devenir indepeu- 
dants, et le successcur de Tamerlan est aujourd'hui 
roduit a la possession de tcrroir de Delliy. 

En 1756, un des principaux officicrs du Bengale, 
poursuivi par les ordres du souba , vint chercher un 
asile cbcz les Anglais ; le rel'us quMls tirent de le livrer 
aniena la guerre ; elle fut heureuse pour le prince 
indien souvcrain du Bengale ; il s'empara de Calcutta, 
en fit massacrer la garnison. Le general Clire et I'a- 
niiral \yatson re\inrent avec I'espoir de reprendre 
Calcutta. Le souba fut trahi par les Indiens revoltes 
de ses injustices et de ses cruautcs. Les habitants du 
Bengale regarderent les Anglais coinme leurs libera- 
teurs , et les riches pays, arroses par le Gauge , leur 
furcnt soumis. 

Clive lerriit sa victoire en faisant etrangler le souba 
qu'il venait de delroner. Les tresors de ce gouverneur, 
cedes a renipcreur du Mogol, le deciderent a signer un 
acte formel par lecpiel il abandonna a la Compagnie la 
souverainete du Bengale et du royaume de Benares. 

Une sociele de marchands de Londres devint souvc- 
raine d^un pays peu})Ie de dou/e millions d'habitanls, 
et son commerce ne fut plus alors qu'uu des nioyens 
secondaires de sa puissance. Ln acte du parlement lui 
garantit toules ses proprietes dans Tlude. Elle nc prit 
d'aulre engagement que celui de payer tous les ans neuf 



I 



— / / — 



millions an j^oiivcrnomont ; et la cour dcs direcleurs 
coiiserva la nomination do tons les emplois civils et 
mililairesdans tous les pays situcs au-dela dii cap dc 
IJonne-Esperance. Elleconfia le droit dc fairc la paix 
ct la guerre au conseil supreme de Calculi a. Ce fut 
aiissi dans cette ville que furent places les trihunaux 
supericurs, le gouverneur general et tous les princi- 
j)aux agents de la Compagnie. Le commerce interieur 
se fait a Daca, situe au centre des manufactures, et 
presque toutes les forces militaires sont a Benares. 

Benares est la ville sacree des Indous, qui donneiit 
trois mille ans d'antiquile a ses temples eta son obser- 
vatoire. Des milliers de pelerins y viennent constain- 
ment de tous les pays soumis au culte de Brama, pour 
se purifier dans les eaux du Gauge. 

Ces paisibles facteurs , qui n'avaient jusqu'alors 
exerce leur industrie que dans des travaux utiles a la 
societc, devinrentdes conquerantsinjustes. Apres des 
combats etdes negociations que la force militaire et la 
puissance de Tor firenl toujours tourner a leur avan- 
tage, ils imposerent, en 1767, des tributs sur le Car- 
nate et le royaume d'Arcot, et se Orent ccder en toule 
propriete, par le souba dn Dekan , toutes les provin- 
ces situees sur la cote d'Orixa. 

I/usurpafeur de la couronnc de IMysore, Ilyder Aly, 
qui s'efait fait proclamer , en 1700, sultan des ctats 
dont il elait le regent pendant la minorite du jeunc 
l)rince dc rancienne dynastic, a etc rennemi le plus 
redoutable des Anglais. Le royaume de .Mysore, situe 
<laiis la partie meridionaledes Indes et dans I'interieur 
des terrcs, n'avail point eu jus(pralorsa combattre les 
Euro[)eens. Encourage par ses sucees conlie les Ma- 
rattesct tous les peuples voisins, llyder Aly alia atla- 



— 78 — 

qucr Ics Ani;;lais sur la cote de Coiomanclel. 11 leur fit 
line longue et sauglantc guerre, perulaiit le couis de la 
(juelle il reinporla presque loiijours sur eux des avan- 
tafies. Tij)poo-Saliel», son Ills, lierita de sa valeiir el de 
sa liaiiie coiilre les Anglais. Cepeiidant en 179'2, vaincii 
par lord Cornwalis, il fill obligi; de oeder ii lu Coni- 
pagnie line parlie de ses etats. Mais irrile de ses revcrs 
il forma le projet de reuuir conlre sescnnemis tousles 
peuples de Tlnde. 

Les Maraf(es sonl la nation la plus belliqueuse de 
ces contrees ; ils habitent les pays qui splendent de- 
puis le royauniede^Iysorejusqu'aux portes de Delliy. 
Leurs armees nombreuses et aguerries auraient dii 
reiinir a leur empire la plus grande partie des Indes ; 
mais la forme de leur gouvernement a mis jusqifa pre- 
sent un obstacle invincible a leurs succes. Divises en 
un grand iiombre de tribus , dont cliacune a son chef, 
ils reconnaisscnt il est \rai la superioriie de I'un d'eux, 
aiiquel ils donnent le nom de peichva , et dont la resi- 
dence est dans la ville de Poonah. Mais jaloux de leur 
iiidependance, ils n'ont donnea ccclief presqu'aucune 
autorite; etlorsque Scindiah, leur peichva, par lescon- 
seils d"un emigre francais, le chevalier du Dresnay cut 
ameliore son artillerie , et qu'egalement inslruit par 
eel clranger dans Tart d'aliaqucr et de dcfendrc les 
places, cei)rince cut remporle des avantagcs sur ses 
rivaux, tons les chefs Marattes, ses plus hdeles allies, 
craignant qu'il n'usurpal un pouvoir absolu , reunirent 
leurs forces acelles d'llolkar le plus redoutabledescs 
concurrents. 

Cependant les querelles et les divisions de ces di- 
verses tribus eesserent ; les promesscs que les emis- 
saires de Tippoo-Saheb firent en son nom, Tor qu'ils 



— 79 — 

repaiidireiit trionipherent de tous les obslacles. II se 
forjiKi line conlederalion gdnerale des Maralles conlre 
les Anaiais. 

All nord dcDelliy sontdes hordes de Tartares ina- 
liomelaiis, les Afj^liaiis, les Patanes, les Abdallas ; ils 
n'ciilrelieiinent aueuiie relation avee rindostan. Ce- 
pendanl Tippoo-Salieb siit engager le plus puissant de 
leurs chefs, Zemaun Shah, a prendre part a la guerre 
qu'il allait entreprendre. Mais rinfatigablc aetivite 
du gouverneur du IJengale, lord Morninglon, aujour- 
d"liui designe sous le noni de inanpiis de Wellesley, 
frere du due de AVellinglon, Irouva les moyens de 
delruire tousles projets du sultan de Mysore. II envoya 
le colonel Pohluian dans la villede Poonah. Cetofficier 
autorise a disposer des Iresorsde la Compagnie, cut 
Tadresse de faire renouveler les anciennes divisions 
des chefs Marattes, et leurs guerres inlermiuables ro- 
conunencerent. 

Sur les frontieres du Thibet est uiu' nation connuc 
sous le nom de Seiks. lis ne veulent i)as reconnaltre 
dansMahouiel renvoyedeDieu,etonl les mahometans 
en horreur. Le lord Morniugton sut profiler de ce 
sentiment de hainc (]ue leur inspire une difference de 
religion, pour les ariner contre les troupes de Zeniauu 
Shah. Leseomniencenients de la guerre furenliieureux 
pour les Tartares nudiomelans, el ils allaient envaliir 
le royauuic de Benares, lorscjue les Seiks remportereut 
siw eux une victoire <'oni|)lele a la hn de I'annee 1799, 
sur les bords de la riviere de Beiah, connue des anciena 
sous le nom d i{\|)liasis, eUpiiful egalemeul le terinc 
de la niarche dAlevandre. Les Seiks, \ain(iueurs, 
reprirenl Lahore, el poursuivireul leurs enneniis 
disperses jus<pu- dans les montagnes du Caudahar. 



— 80 — 

Lahore a6\6 la capilalc des elals dePorus,vaiiiou par 
Alexandre, et la capitale des dtats de Kundjel-Sing, 
mort en 1841, dont Tarmee, organisec par le general 
Allard, aurail pn, dit-on, braver les efl'orts de la puis- 
sance anglaise. Mais Shere-Sing, ills deRundjet-Sing, 
loin de eombatlre les Anglais dans la canipagne cpi'ils 
viennenl de faire contre les Afghans, a conclu avec eux 
un traite; et quelques voyageurs assurent meme qn'il 
a vendu ses etats au gouvernement britannique pour 
une pension de cinq millions. 

En 1798, le general Chapny s'elait rendu pres de 
Tippoo-Sahebavec deux cents Francais,d'apres la de- 
mande que ce prince en avait faite au commandant des 
lies de France et de Bourbon. Des ambassadeurs fu- 
rent en meme temps envoyes par le sultan de Mysore 
vers le directoire executif avec de riches presents., Mais 
le vaisseau sur lequel ils etaient embarques fut pris 
par une fregate anglaise pres de Madagascar. 

Les forces deTippoo-Saheb montaient a cent-soixante 
mille hommes, celles de la Compagnie a cent mille 
Cypaies et vingt mille Europeens. L'nearmee, sous les 
ordres du lieutenant-general Harris^ parlit de Madras 
a la fin de I'annee 1798. Le nizaon ou souba du Dekan, 
fidele allic des Anglais, leur donna un corps de trente 
mille auxiliaires. Cette arraee eut a souflrir des mar- 
ches penibles ; ellc ne pouvait eviter les pluies abon- 
dantes qui tombent successivement sur Tun ou Tautre 
cote de la chaine des montagnes qui, s'etendant du 
nord au midi , separe en deux parlies Tlndostan. Ce 
flit la eontinuite de ces pluies, qui, suivant le rapport 
de tons les historiens , avait iini [)ar lasscr la con- 
stance des soldats d'Alexandre et mettre un terme a 
ses trioraplies. 






I 



— 81 — 

Tippoo-Sahcb fut vaincu dans i»lusioiirs combats 
sanglants. Scs efforts , sa valcur ne purcnt arreter la 
marclie viclorieuse de ses ennomis. Oblige dc fair , il 
alia s'enfermer dans la capitale dc scs etals avec les 
debris de son armee. Lc general Harris arriva pen de 
temps apres lui, le 5 avril, pres de Scringa[)af nam, et 
trouva campee sous les murs de cette \ille une autre 
armee anglaise commandee par le general Stuarl. 

Cette armee , composee de toutes les troupes qui 
etaient stationneesa Bombay et sur la cote de Malal)ar, 
etait partie de Cananor en meme temps que rarmee 
formee sur la cute de Coromandel sortait de ^Madras ; 
et apres avoir mis en fuitc les troupes dcTippoo-Salieb, 
commandees par Doondeah, le general Stuart s'elait 
rendu le 4 avril dans la plainc de Seringapatnam. 

En apprenant la defaite enliere des armees du sulfan 
de Mysore, plusieurs nababs et rajahs vinrent reunir 
leurs forces a celles de ses ennemis. Le siege fut 
commence et suivi avec ardeur. Le 4 mai 1799, les 
generaux anglais promcllent a leur armee, aunom de 
la cour des dircctcurs, vingt-quatre miUions; etdans 
la journce meme, Seringapatnam est emporle d'as- 
saut. 

LorsqueTippoo-Saliebvit Hotter sur ses rcni])arls le 
drapeau des Anglais, il allachercher la mort parmi les 
bataillons ennemis. On cut peine a rctrouvcr le corps 
de ce prince sous la foule des morts dont il etait cou- 
verl. Tons les officiers anglais, reunis sous les ordres 
du general Stuart , furenl obliges de combatl re leurs 
soldats qui voulaient enfoncer les portes du palais ; 
et ce ne fut qu'en abandonnaiit la ville an i)illnge, 
qn'ils purcnt sauver le serail et les tresorsde Tippoo- 
Salieb. 



— 8-2 — 

Le gent^'al Chapuy fut pris avec six olllcicrs fraji- 
cais, et ramene en AngU'terro, en 1801, a bord dc la 
I'rt'gate le Triton. 

On voil anjoiirdhui, dans le niusec oriental de Lon- 
dres, line parlie dcs oinements du serail el un grand 
nond)re de livres sanscrils trouves dans Seringapat- 
nani , parmi lesqucls on remarque riiistoirc ancienne 
el jusqu'a present inconnue dcs peuples de I'Asie. 

Lesaetionnaires de laCompagnie, qui avaient espere 
recevoir encore d'aiUres richesses, firentaux gcneraux 
anglais le reproche de n'avoir pas agi avec iine fidelite 
scrupulense, lorsqu'ils dedarercnl n'avoir Iroiivedans 
le Iresor du sullan que les vingt-quatre millions qu'ils 
distribuerent a leur armee. 

Fideles au principe iju'ils ont adopte de paraitre ne 
gouverner que sous le noni d'un prince indien , les 
Anglais remplirent la formalite de placer sur le trone 
un enfant age de sept ans , Kirlienrai-Weddiar , du 
sang des anciens rois de 3Iysore, el dontTaieul avail 
ele detrone par Hyder Aly. 

Apres la conquefe du royaunicde Mysore, on com p- 
taitvingt-six millions d'habitanls dans les pays souinis 
a la Compagnie , et les impels qu'elle levait sur ses 
siijcis nionfaienl a deux cent soixante millions , sans 
compter les trjbuls que lui payaicnt les nababs el les 
rajahs , el qui sont loujours consacres a enlrelenir des 
guerres enlre ces princes. 

Cependant Tinsatiable aviditc de ces marchands 
n'etail pas encore salisfaite de lant de richesses et de 
puissance. Vainqueurs des Maratles, lis s'emparerent 
des pays si lues enlre Surate etSatlara; ils delronerent 
successivcment les naljabs et les rajahs de Nepaul, de 
Pehvall,deKootak,de Jeypour, de Rohilcand, de Me- 



I 



— 83 — 

dorahad; el loule la pi'tjinsule formec par roct^an lu- 
dien , le Gange cl I'liidus, poiiplde de cenf-cinqiianlo 
millions d'liahilanls, fiit souinisc a la doiniiiali(m bri- 
tanniquc. 

LaCompagnio n'a rocllemonf que eentdon/e millions 
de siijefs, niais olio recoil des (ribuls de tons ies prin- 
ces qui gonvernenl le resle tie la peninsule indienne. 

Cependant ellcerut n'ayoir pas encore assezde vas- 
saux, etvoulut porter son empire au-deUi de I'lndos- 
tan. En 1824, apres plnsieiirs cond>ats dans lesquels 
Ies Anglais, sous Ies ordres du general Campbell, furent 
toujours vainquenrs, IVnipcneur des IJirmans, souve- 
rain de la peninsule orienlale qui renferme Ies rovau- 
raes d'Ava,de Siam el de Pegu, s'engagea a leur payer 
un Iribut, et leurabandonna le dislriclde Tanasserim, 
sur le golfe de Bengale, au siid d'Ava. 

Tribuls payc's par Ies princes indiens. 

Lp nizain d'llydcrabail , 10,000,000 

Leroid'Oude, G, 000,000 

Lc rajah de Ncypour , 3,000,000 

Le sullaii dp Mysore, 3,500,ooo 

Lc rajali dcSatlara, I.oOO.ooo 

Lo. rajah de Baroda , ?., 000,000 

LesSeiks de la rive gauclic du Sulcdje, . . . 3,000,000 

TravaiicniT et Cochin, 1,000,000 

Les iHnnhreiix princes du Rajcpout , .... 10,000,000 

Boundescouud , 1,300,000 

Scindiah, 4,000,000 



51,500,000 

Gouvernemenl el adininislralion. 

Le gouvernemenl. anglais aurail depiiis longlemps 
supprimela Conq)agnie, et se serait enqiarede I'adnii- 
nislralion de Ions les etablissements f(tndesdans I'lnde 



- 84 — 

et dansl'Asie, si Ic parii de ropposition n'y avail con- 
stamnienf mis obstacle. Cependant le gouyernemenl 
l)rilanni(|uc a finipar oblcnir plusieurs actes dii par- 
lement , qui ont succcssivement diminue Ics attribu- 
tions etlos prerogatives de la cour des directcurs et 
du coiiseil de Calcutta, et ne leur ont detinitivenient 
laisse presque aucun pouvoir. Apres de longues liesila- 
lions , la forme du gouvernement et radministration 
furent ainsi modiflees : 

La cour des direcleurs , composee de vingt-qualre 
aclionnaires, conserve la nomination des emplois subal- 
tcrnes, et a le droit de presenter trois candidats pour 
les emplois superieurs ; elle ne peat exercer de pou- 
voir que sous la direction de la chambre du controle. 

Cette chambre du controle, ministere special, est 
composee d'un minislre du roi, president, du chau- 
celier de rechiquier, du ministre des allaircs etran- 
geres, etde six commissaires pris parmi les membres 
du gouvernement. 

Le pouvoir dugouverneur general estpresqueabsolu; 
il a le droit de faire la paix et la guerre , de faire grace; 
il nomme les agents diplomatiques; il pent lirer autant 
de lettres de change qu'il lejuge eonvenable, sur la 
(>ompagnic, qui est obligee de les accepter. 

Un actc du parlcnieut de 1835, a enleve a la Com- 
pagnie le monopole du commerce avec I'lnde. Ce com- 
merce est libre pour tout sujct anglais. 

La valeur des magasinsde la Compagnic, the, sucre, 
indigo, cafe, etc., a ete fixeca 525 millions. 

On en a consacrc 225 a ramortissement des dclles 
de la Conq)agnie ; 50 a Tamortissement des actions, el 
250 a des ameliorations sur le sol indien ; aux ports, 
fortifications, routes, etc. 



^So- 
il y a six niille actions dc cinquantc mille francs cha- 
cune. Elles nYHaient dans Toriginc que dc vingt-cinq 
mille francs; mais, produisant dix pour cent d'interct, 
elles ont double dc valeur, ctun acledu parlemcnt en 
a fixe le remboursement a cinquantc mille francs. 

Ainsi finit la puissance de cctte Corapagnie , dont 
les armecs avaicnt subjuguc Tlndosfan , et que ses es- 
«adres avaicnt rcnduc souvcraine dcs mers de TAsie ; 
et c'est avec un capital de cent cinquantc millions , 
qu'ellecst parvenuedans lecours de cinquantc ans, a 
fonder eta soumeltre a seslois un pays peuplc dcplus 
decent millions d'habitants. Creec en 1702, la Com- 
pagnie nYUait qu'unc socictc commcrcante ; ellc fut 
souvcraine du Bcngale en 1 736, et de toutcs les Indes 
orientalesen 1806. Elle dut une grandc partie de ses 
triomphcs a Tetat de misere et d'anarchie dcs nations 
indiennes, et a leurs guerrcs sans cessc renaissantes. 
Aucun prince nc pent re'gner dans I'lndostan , au- 
cune autorite nepeut y ctrc cxercec sans avoir obfenu 
un firman de rcmpereur du Mogol. En lui abandon- 
nant une partie dcs tresors du prince detrone, le vain- 
queur entre en possession dc ses etats. C'est ainsi que 
la Compagnie a rccu Tinvestiture du Bengale , du 
royaumc de Benares, de tons ses domaines; et la fidele 
vassale du Grand-Mogol, la rcine Victoria paiecncore 
ii present une pension annucUe dc quaire millions a 
son seigneur suzerain, le succcsseur de Tamcrlan. 

La diflcrcnce de religion a loujours entrctcnu enfre 
les Mahometans et les Indiens un sentiment de haine 
qui les a empeches de se reunir pour conibatlre la do- 
minalion an^laise. 

La di^ision dcs castes est un dogmc rcligieux con- 
sacr^ par le Vddam. Les quaire princij)ales classes se 

s 



— 86 — 

subdivisent en un grand nombrede corporations ; cha- 
que metier forrac, pour ainsi dire, une caste separee. 
Get ardent amour de I'egalite, qui dans d'aulres pays 
a quelquefois rompu tons Ics liens necessaires au main- 
tien de I'ordre social, est inconnu aux Indiens. Les 
Anglais ont etabli parmi eux le jury. On a forme des 
listes pour chaque caste ; un Indien n'aurait pas con- 
fiance dans I'imparlialite d'un jury d'une autre caste 
que la sicnne, et toutes jouissenl de Tegalitc devant 
la loi. Celte institution a contribue a attacher Ics clas- 
ses inferieures au gouvernement. 

Mais ce n'est pas la reconnaissance des parias pour 
rAngleterre qui a fait sa puissance , et lui a donne 
I'empire de Tlndostan : c'est la politique adrcsse avec 
laqueile elle a su armer les princes indiens les uns 
contre les autres, comme elle a su opposer en Europe 
Louis XVIU a Napoleon, dom Miguel a dom Pedro, 
Espartero a la reine Christine. 

Le but de la triste et desastreuse expedition que les 
Anglais viennenent de faire dans le Kaboul , etait de 
renverser Dost Mohammed, roi des Afghans , ami des 
Russes, pour placer sur son trone un prince dcvoue a 
leurs inlerets. Ackbar Ran qui commandeles Afghans 
dans le Kaboul , est le fils de Dost Mohammed. 

D'apres les rapports fails au parlement, les impots 
leves par la Compagnie ont produit de 1 818 a 1 829, an- 
nuellement, deduction faite des frais de 

perception 465,000,000 

Les depensessesont elevees a . . . 440,000,000 

reste . . 25,000,000 

Dans le cours de ces dix annces , la Compagnie a 
perdu dans les relations commercialcs de I'lndostan 



— 87 — 

avec rAii^lelorre , aniiuellement cinq millions, et en 
a gagnc vinf^t-cin<[ dans son conirneroe avec la Chine. 
Reste en benefice vingt millions. 

Les viiigl millions dii beiielice du commerce et les 
vingl-cinq millions du benelicc des im[)ots ont ele 
employes a payer toutes les depenses de la Compagnie 
en Anglelerre, scs immenses magasins, sesnombreux 
employes, les rclraites , Tinleret des actions, Tarme- 
nientet Tequipcment de scs armecs, qui sont tons tires 
d'Europe. 

11 est evident, d'apres les comptes rcndus au parle- 
ment par les directeurs des douanes, que la posses- 
sion de riiidostan, dont les productions et le com- 
merce lirent toujours la ricliesse des peuplcs qui pu- 
rent s'en emparer, n'olTrc plus aujourd'lmi les memes 
avantaiies. Les inventions miraculeuses dWrkwricht 
et de W alt ont paralyse Tindustrie des Indous. Les 
cotons travailles de Manchester et de Lancastre sont 
a present transportes a Madras et a Daca, au centre 
raemedes manufactures ilu Bengale. 

Pour donner de Touvrage a des milliers d'Indiens 
reduils a la mendicile, le gouvernement anglais eher- 
che a propager la culture de la cannc a sucre, du cafe, 
de Tindigo, mais pour (pie ccs cultures donnent des be- 
nefices reels en Asie, il faut que I'esclavage soit aboli 
dans toule I'Ameriquc. 

Les comptes rcndus par la cour des directeurs et les 
tableaux des recettes des douanes prouvcut qu'il nc 
reste rien au gouvernement ni a la Compagnie du pro- 
duit des im[>ots de Tlnde, el de ses relations com- 
mercialcs avec la metropole. II y a cependanl des be- 
nefices considerables faits par un grand nond>re de 
particuliers. 



— 88 — 

La sdlde des officicrs en cong«5 3,000,000 

Le fret payd dans los ports anglais. . . 3,000,000 
Pensions civiles et inililaircs payees en An- 

-leterre 2,500,000 

Paieineiit des employes de la Compagnie a 

Londres " 2,500,000 

£(]aip[)cment et arniement des armees ache- 

les en Angleterre 12,000,000 

Interet des actions 15,000,000 

Inleret des economies qn'ont rapporlees 

les employes civils et niilitaires. . . 37,000,000 

Total 75,000,000 

Et dc plus, les benefices du commerce avec Tlnde et la 
Cliine,porles a vingt millions dans les comptes rendiis 
an parleraent. 

L'article des trente-sept millions, represcntant Tin- 
terct des capitaux qui ont ete economises par les em- 
ployes civils et militaires, peat au premier abord pa- 
raitre exagere ; mais le paiement de tous les emplois 
de rinde est si eleve, que tous ceux qui en sont revetus 
en rapportent en Europe la plus grandc partie. 

Dans chacunc des quatrc presidences,a Agra, Bom- 
bay, IMadras et Calcutta, il y a un tribunal, une cour 
d'appel, dont cliaque juge_recoit le traitement annuel 
de deux-cent mille francs, un juge de second rang cenl- 
cinquanlemille, la plus faible retribution d'un employe 
civil est dc douze mille francs. II y en a de trente-six , 
de soixante-quinze, de cent mille francs et plus. 

Malgre les services qifils ont rendus a Icur pays, la 
raemoire de Clive, d'Haslings, et dc plusieurs autres 
agents de la compagnie, reste a jamais tkUrie par le 
scandalc de ces immenscs fortunes, dont ils n'ont pas 



— 80 — 

pij juslilior rorij^iiio. Ce soul loiites ces valenrs, hieu 
ou iiial ac<iuises, niais tonjoms iai)[)orlces en An- 
gleterrc, (ini font i)arleraYec oxagdralion des riches- 
ses tlu IJengale. 

L'arniee del'Indc est coniposce de vingt-cinq millc 
Anglais ct dc cent soixante-quinze niille lndiens,inde- 
pendamment des troupes que les ))rinces tributaires 
doivent niellre au service de la ('onqiagnie. L'arniee 
des Cypaiesn'est pas souniise aux punilions corporel- 
les severement infligees dans les troupes anglaises. Les 
olTiciers des regiments de Cypaies sont des Anglais 
sortant dc deux ecoles speciales, situeos pres de Lon- 
dres, Hailesbury et Addiscourls, et les Indiens aux- 
quels on donne le nom d'ofliciers, ue sont reellcnient 
que des sergents. 

11 ne faut pas croire que la puissance des Anglais 
s'ecroulerait avec la perte de leurs [)ossessions dans 
les Indes orientales. On ne s'est pas apercu qu'ils 
aient etc adaiblis par la perte de louljs les provinces 
des Etats-Unis. Eblouis par lous les prestiges de la 
gloire militaire, entres en vainqueurs dans prcsque 
loutes les capitales de I'Europe, les compagnons d'ar- 
mes de Napoleon ayanl le sentiment de toute leur 
force et de leur valeur, eoufiants dans la fortune de 
Cesar, pensaicntqu'il ne leur serait pas impossible 
d'aller delruire la puissance anglaibc dans les Indes; 
lis croyaient pouvoir surmonler tons les obstacles, bri- 
scr toutes les resistances. Maisquand nieme, poursui- 
vantson vol audacieux, I'aigle des Francais aurait ele 
planer sur les remparts de Benares , eul-il ele pos- 
sible d'altaquer les Afiglais sans marine, ot de les 
conibattre sur une elendue immense de quaire niille 
lieues de cotes, dcpuis le cap de Bonne- Esperanccv 



— 90 - 

jusque dans les mers de la Chine, cl dans toutes les 
lies qui leur sont souniises, depuis le cap Coniorin jus- 
que dans la nier du Sud ? 

La rente des toiles de Coromandel et de cent did'e- 
renles especes de lissus de colon ont produit des be- 
nefices immenses an commerce anglais ; mais (ous ces 
objets, aujourd'hui fabriques en Europe, y sont a un 
prix moins elevequ'au Bengale, On volt, par les rap- 
ports faits par les direcleurs des douanes au parlement 
que le commerce des Indes occidenlales est devenu 
bien plus considerable que celui de toutes les produc- 
tions de toute TAsie; et que c'est de I'Europe memo que 
sort la plus grande partie des marchandises importees 
en Angleterre.L'immense et endue de ses colonies, son 
commerce illimite el ses deux cent quarante-mille ma- 
telots, sonl les veritables causes de sa puissance. 

11 esl evidenl que la facilile des transports augmente 
la valeur etla quantite des produits du sol et de Tin- 
dustrie ; qu'elle fait baisser le prix des productions 
etrangeres ; qu'elle assure une plus douce existence a 
tous ceux qui sont employes par le proprietaire et le 
fabricant, ce qui coraprendpresque toute la population ; 
qu'elle augmente en meme temps les revenus de I'etat, 
par la recette des douanes et des droits etablis sur tous 
les genres de consommation , et qu'elle est la veritable 
cause de la prosperite publique. II ne peut y avoir 
d'activite dans le commerce sans une marine mar- 
chande , et la marine marchande ne peut exister que 
sous la protection d'une marine militaire. 

L'Espagne a cu a sa disposition les mines du Mexi- 
que et du Perou : TEspagne est pauvre. Les compa- 
gnons de Cortez etdePizarre, vainqueurs de I'Ameri- 
que, ont meprise le travail, en ont dedaigne les produits. 



— 91 — 

lis croyaienl leurs tr(^sors ini^puisablos, et tousces Ir^ 
sors ne leur ont servi qu'a payer Tinduslrie des nations 
etrangeres.il eslh remarquer que la fabriquede Keims 
a du en parlie sa prosperitd a celle indolence des 
Espagnols, qui n'avaient pas su metfre en oeuvre ces 
belles laines que la nature a accordees a leurs Irou- 
peaux. 

Depuis le regne d'Elisabeth, qui a encourage la 
marine , TAngleterre a constaniment vu s'accroilre sa 
puissance et ses richessos. Ses colonies font a present 
la sixieme partie du globe. De deux milliards cinq cent 
millions de marchandises qui sont tons Ics ans appor- 
tees dans ses ports,la moilie est exporlecjl'autre moitie 
reste a ses habitants, et devient le prix de leur Indus- 
trie. Ses escadres vont soumettre a ses volonles le Da- 
nemarck, laHollande, I'Espagne, le Portugal, I'lndc et 
la Chine, et portant chez des peuples sauvages quel- 
ques-uns des bienfaits de la civilisation, vont dans TO- 
ceanie creer un nouveau monde, 

Celui qui avoit su arracher la France a toutes les 
horreurs de Tanarchie, et qu'une suite continuelle de 
victoircs avait rendu le protecteur et le chef supreme 
du continent europeen, en changeait a son gre les gou- 
verncmentset les dynasties. Cependant I'Anglcterre, 
defendue par ses escadres, bravait inq)un(''mcnl la puis- 
sance de Napoleon, qui conduisait loajours et partout 
ses armees triomphantes, sur les bords du Tage, du 
Niemen ou du Danube. La destruction de ses vaisseaux 
a Aboukir, a Naples, a Trafalgar, a Lisbonne, a Cadix, 
lui a fait perdre TEspagne, a pre[)are sa chute. Sans 
marine, il n'est pas de commerce, il n'ost pus de i)uis- 
sance. 

L'lnde exposee aux attaques des Birmans, aux revol- 



— 9-2 — 

les des Marattes et des Seiks, et dans un avenir inde- 
termine, a uno invasion russe; la plaie du paujicrisme; 
la question inextricable de I'lrlande; la dette «5norme 
de TAnglelerrc, dont Tinleret monlc a six cent (juatre- 
\ingt-qualorzc millions, ct rinuncnsc etendue de ses 
conquetcs, sont des causes d'une decadence vraisem- 
blable. Mais il est plus que vraisemblable, il est certain 
que le maintien de la paix et Tetablisseraent de la co- 
lonic d'Alger sont favorables a notr« marine, ctque les 
Elats-Unis voient aussi s'augmenter lous les ans leurs 
relations commerciales et le nombre de leurs matelots. 
Si le parlage des depouilles de Tempire Ottoman, 
si la possession des istlunes de Suez et de Panama, ou 
quelque autre grand interet commercial vient troubler 
la paix du monde, rappelons-nous avec confiance qu'a. 
la fin de la guerre de I'independance americaine, la 
France et les Etats-Unis ont dicld les conditions de la 
paix. 




SCIENCES 

MATIlfiMATIQUES ET PHYSIQUES. 



BOTANIQUE. 



NOTICE 



SUR I.KS 



MOUSSESET LES FOUGERES 

Des environs de Reims , 

Par ai. iiAUBI^'ET nine, 

Luc a I'Academie dans la seance du 21 Juillet 1844. 



(EXTRAIT.) 



Messieurs 



Les mousses forment une charmante faiiiillo, 

dont plusicurs especes n'ontpas plus de 3 a 4 niil- 
linietres de hauteur , el dont quehpies autres attei- 
gnent jusrpi'a 30 a /iO centimetres. 

La couleur de leur feuillage varic du vert clair au 
vert fonce, et meme parmi celles qui habilent les ma- 
rais , on en distingue dont la couleur d'un vert tres- 
l)laricliatre les fait decouvrir de fort loin. Elles appar 
tiennent particulierement au genre Sphagnum. 

L'oeil superficiel du simple promeneur irapercoit 



— 96 — 

que des fcuilles Jans ces beaux el cpais lapis dc mousse 
qui flaltent agrdablenient scs regards et Pinvitent au 
repos ; mais I'oeil plus excrcc du bolaiiislc y decouvrc 
un vegetal complet muni de tout ce qui est necessaire 
a sa conservation et a sa reproduction. 11 voit, quand 
la plantc a acquis un certain developpement, s'elcver 
a cote de la feuille une petite tige tres-ferme, nommce 
pedicelle, ou la tige elle-meme se prolonger en pedi- 
celle termine par une capsule, ou urne, traversee elle- 
meme par un axe flliforme nommd columelle. Cette 
urne renferme les seminules ou tres-petites graines qui 
sont en nombrc prodigieux. 

Le peristome, oubord de I'urne, est souvent entourd 
d'un anneau elastique, ou borde d'un rang de cils ou de 
dents, ou de deux rangs dc dents. 

L'urne est terminee par un opcrcule ou couvercle 
de forme tres-variable , tantot obtus et sans pointes 
dessus, comme dans le Gymnostomum pyri forme; tan- 
tot long conique a pointe tres-allongee, comme dans le 
Dicranum scopariuni ; ou a pointe grosse et courte, 
comme dans le Grimmia pulvinala. 

Cet opercule, quitombe h la maturite, est reconvert 
d'une petite coilTe cucuUiforme, toujours caduque, ou 
d'une coiffe longue et velue, entierement semblable a 
un eteignoir, comme dans VEucalypta vulgaris. 

Je ne vous fatiguerai pas. Messieurs, par I'enu- 

meration des noms scientifiques des 75 mousses trou- 
vees aux environs de Reims, et pour la nomenclature 
desquelles j'ai suivi Duby, en son Bolankon GalUcum. 

Je ne vous signalerai pas d'especes rares, parce que, 
en cryptogamie, il est reconnu qu'il n'y a pas de plan- 
tes veritableraent aftectees a une localit<i speciale. 



- 97 - 

Toutos sc trouvent partout , dans les bois, Ics en- 
droits sal)lonncux, les lieux humidos, sur lo l)ord dos 
ruisscaux, sur les collines, romme sur les montagnes. 

J'aj)pelleraiseuleinent votrc attention sur quclques 
especes parliculieres, rccomniandablcs par Icur forme 
ou lour utilite, et je vous citerai : 

Le Didymodon purpureum el le Didymodon paUi- 
dum, donl les longs pedicellcs, pourpresou d'uu jaiiiie 
pale, fonlde loin le plusjoli elTet. 

Les IJypnum spkndeus c( proliferum, dontlefcuil- 
lagc est t res -remarqu able par son elegance et sa de- 
licatessc. 

Vllypnum cupressiforme, dont les feuillcs, finenient 
decoupees comme celles du cypres, fornient dans nos 
bois des gazons d'une immense (^lendue. 

Enfin, le Funaria hygrometrica, qui par sa sensibilile 
aux variations atmospheriques, pourrait servir dc ba- 
rometrc au biicheron. L'humidile tend ses longs pedi- 
cellcs , et la secheresse, aucontrairc, les lord et les 
roule sur eux-memes. 

Sous le rapporl de rutilile , je vous signalerai Ic 
Polytriclium commune^ qui est trcs-abondant dans tons 
les bois de rarrondissement de Ueims. Ccltc belle 
mousse, dontle pedoncule est solitaire , rougcalrc, et 
atteint 8 a 12 centimetres de hauteur, est employee 
dans les Ardennes afaire desbrosses. On Vy rccueille 
avec soin. Jc ne sache pas que dans nos environs on 
en fassc cet usage , ni mcinc <pfon recollc cclte 
mousse- 
La mousse s'emploie utilement pour la conservation 
et remballage des fruits, des grclles et mcme dcs 



— 98 — 

flcurs ; ct ces magniliques bouquets qu'on envoie de 
Paris a plus de cent lieues, pour faire I'ornemcnt des 
bals, doivent a la mousse dans laqucUc ils sont enibal- 
U's la conservation de leur fraicheur et de Telegance 

de leur forme. 

Tons les pctits oiseaux, dont le chant fait le cliarme 
de nos bois, tapissent leurs nids do mousse; etl'ecu- 
reuil, qu'on airaea voir sautiller d'un arbre a un autre, 
en construit sa demeure habituelle. 

L'indigcnt Irouve dans la mousse sechee et conve- 
nablenient preparee un matelas economique , et le 
riche lui-meme, dans ses jardins somptueux, en garnit 
ces grottes artificielles et ces bancs qui lui otlrent un 
lieu de repos et un abri contre les ardeurs de Tele. 
Tant il est vrai qu'il n'est pas de plante, quelque vile 
qu'elle nous paraisse, qui n'ait son degre d'utililc. 

J'aurai peu de details a donner sur les fougeres. 

11 vous est sans doute arrive, Messieurs, en vous 
proraenant au printemps dans les bois , d'avoir les 
yeux frappes par une tige herbacee ou ligneuse , cou- 
verte d'ecailles roussatrcs, membraneuses, lermineecn 
crosse roulee sur ellc-meme. Cette forme extraordi- 
naire excite nalurellement la curiosite d'un promeneur. 
C'est, Messieurs, le commencement d'une fougere qui, 
pen a peu en deroulant sa crosse , montrc aux yeux 
etonncs une feuilleailee dont la face infericureest mar- 
quee de (aches regulieres et saillantes d'un jaune dore. 
On les prendrait , au premier abord , pour le resultal 
deThumidite, ou pour le produitde la piqiire de quel- 
que insecte ; mais ces taches ne sont rien moins que 
des capsules depositaircs des moyens dc reproduction 
do la plante. Ellcs sont rcunies en petiles masses, 



— 99 — 

presque toujours protc^gees par iinc membrane nora- 
mj5c indusc {indushim), pourvue d'un anncau elas- 
liquequi se rompt a la maturile des graines. 

La forme des fougeres est agreahle et varieo. 

On les Irouve semblables a une feiiillc tres-simple, 
grande et lineaire, dans le Scolopendrium officinale; 

A un epi, dans le lilcchnum spkans ; 

A line espece de grappe rameuse , dans le liofry- 
chium lunar ia ; 

Enfin, aun petit arbre, dans la Pterisaquitina, qui, 
dans nos environs, alteint plus d'nn metre et demi de 
hauteur. II a merile le nom iTaquilina, paree que, en 
coupant la racine, la disposition des fibres represente 
grossierement un aigle a deux tetes. 

Sous le rapport de Tulilite, je vous rappellerai I'lMii- 
ploi qu'on fait des fougeres pour former des lits aux 
enfants rachitiques, et retablir ainsi leur sante et leurs 
forces. On enqjloic plus particulierement pour cet 
usage les Pleris aquilina et Polijslicum filix mas, 
deux fougeres fort communes dans tous nos bois. 

A Paris, oh fait une consommation enorme de fou- 
geres, el les jardiniers en alTerment la recolte dans les 
bois. lis emploient particulierement la Pleris aquilina 
pour conserver et emballer leurs fruits et leurs raisins. 
Je ne sache pas que dans nos environs on en fasse 
send)lable usage. 

L'incineration des fougeres procure beaucoup de po- 
tasse, aussi en briile t-on une grande quantite dans 
nos campagnes , pour en recueillir les cendres cpii se 
vendent avantageusement dans les verreries. 

De la cetle denomination <le verrcs de fougeres. 



— 100 — 

donnee a ccs cristaux legers et fragiles dans lesquels 
nous ainions a voir petiller le produit de nos vigncs. 

Je ne crois pas inutile d'indiquer ici Ic nora des 
fougeres trouvees aux environs dc Reims , et que le 
docteur Merat signale comme employees utilement en 
medecine. Cc sont : 

Pour Ics maladies devessie, Wisplenium trichomanes; 

Pour les crachemenls de sang, le Scolopendrium offi- 
cinale ; 

Pour le racliitisme, la Pleris aquilina, le Polysli- 
chum filix mas ; 

Comme purgatif, le Poh/podtum vulgare ; 

Comme pectoral, VAdiantlmm nigrum ; 

Comme vulneraire, Y Ophioglossum vulgatum le lio- 
(ryckiutn lunaria. 

Vous parlerai-je aussi. Messieurs, de la place que 
les fougeres tiennent dans le langage des flcurs ; oui, 
car ce 'angage, mieux que Tecrilure, se prete a toutes 
les illusions d'une imagination vive et brillante, et il 
est yieux comme le monde. 

La capillaire est le symbole de la discretion , et la 
fougere, sans acception d'espece, celui de la sincerite. 

En terminant, Messieurs , je vous dirai que c'est en 
Jiiver, (juand il n^y a plus d\ipparence de vegetation , 
dans celle saison si dure pour tous, que le naturaliste 
pent etudicr avec le plus de fruit la cryplogamie , et 
qu'il trouve le plus d'occasions de reconnaitre et d'ad- 
mircr res mille phenomenes de la vegetation, qui nous 
montrent le doigt de Dieu partout, el beaucoup mieux 
que ne pourraienl le faire tous les raisonnements de 
!a pliilosophie. 



— 101 — 
NOMS 

Des cspcces ile mousses trouvees aux environs de /ieims, 
Classocs suivant Dcdv, en son Botankon GalUcum. 



Polylrkhum jumperinum. Mai, garcnne d'Ecueil. 
P. — pih'ferum. Avril, garcnne d'Ecueil. 
P. — commune. A\ril, jiiin, Trepail, et dans tous nos 
^ bois. 
P. — suhrolundum. Octobre, Mont-Saint-Marlin, j>res 

Fismes. 
P. — undulatum. Avril, oclobre, Cliampigny el Lou- 
vois. 

Bariramia pomiforis. Mars, Merfy. 
Funaria Ivjijromclrica. Avril, I>ou7,y, garenned-Ecueil. 
Bryum androgynum. Xovembre, Louvois. 
B. — palusire. Avril, niarais de Cbenay. 
B. — rosi'um. Novembre, Verluel. 
B. ■ — homum. Novenibre, Vertuel. 
//. — roslmium. Avril, marais de Clienay. 
B. — cuspidatum. Novembre, Louvois. 
B. — punclatu)!). Seplembre, Vandeuil. 
B. — pyri forme. Seplembre, Vandeuil. 
B. — argenieum. Octobre, renjparls de I'einis. 
B. — capillare. Novembre, Bouzy. 
B. — cespUium. Mars, INIerfy. 
B. — ventricosum. Avril , Chenay. 
B. — carneum. Seplembre, Vandeuil 
7?. — nutans. Avril, Chenay. 
I\'echera viliculosa. Mars, Louvois. 
N. — curlipcndula. Avril, Bonzy. 



— 102 — 

Fonllnalis andpyrelica. Juin, sur loute la Vesle. 

Hijpnum trichomanoides. Avril, Merfy. 

//. — riparium. Decembre, Reims. 

//. —purum. Avril, Chcnay. 

//. — serpens. Avril, IMiiire. 

//. — sericcum. Avril, Louvois. 

//. — lulescens. Avril, Louvois. 

H. — splendens. Avril, Louvois. 

II. —proUferum. Avril, Bouzy. 

//. — abielinum. Avril, Clienay. 

//. ~ pnvlongiim. Avril, Merfy. 

//. — rutabuhm. Mars, promenades de Reims. 

II. — rusci forme. Octobrc, Vandeuil. 

II. — cuspidalum. Avril, Clienay. 

H. — cordifolhim. Avril, Merfy. 

H^ —fdicinum. Octobre, Vandeuil. 

II. — aduncum (variete). 

H. — revolvens. Avril, Merfy. 

H. — aduncum (varie(e) * 

H. — lycopodicides. Octobre, Vandeuil. 

II. --cupressi forme. Mars, Bouzy et Reims, au Bois 

d'Amour. 
H. — molluscum. Avril, Chenay. 
Tortula enervis. Octobre, Vandeuil. 
T. —muralis. Octobre, remparts de Reims. 
T. — ruralis. Mars, remparts de Reims, 
T. — subulata. Avril, Bouzy et Jonchery. 
T.—unguiculata. Avril, Vertuel et Chenay. 
Didymodon purpureum. Mai, Cliampigny et Bouzy. 
D.— pallidum. Mai, mines de BuIIon. 
Dicranum glaiicum. Mai, ruines de Bullon. 
D. -r-undulalum. Avril, Merfy. 

D. — scoparhm. Novembre, Bouzv. I ^' 

^ 1 p^ 



— 103 — 

Dicmnitm scoparium (varielo). 
£), — iiiajus. Avril, maiais dc Mcil'v. 
D. — licleromallum. Avril, Chainpigny. 
Wcissia conlroversa. Avril, Merly. 
Tlicsaiiomilrion flcjcuosiim. Avril, Vcrlud. 
Eticahjpta vulgaris. Octobre, Vcrliicl. 
JL — slreplocarpa. Oclohre, Vandoitil. 
Trichoslomuni canescens. Avril, Mort'y. 
T. — laniujinosum. Oclobre, Verliu^l. 
Grimmia pulvinata. Mars, rcmparts do Reims et par- 
lout. 
G. — apocarpa. Mars, Crilly, a la Perlo. 
Ortholn'chum cupulalum. Mars, Bouzy. 
O. — anoinalum. Mars, Bouzy. 
O. — a/Jine. Octobre, Vaiuleuil. 
O. — diaplianum. Avril, promenades de Reims. 
O. — slrialum. Avril, promenades de Reims. 
O. '- fasdgiatum. Novembre, Vandeuil. 
O. — crispum. Novembre, Bouzy. 
Anictangium cilialum. Seplembre, Trenail. 
Gymnostomum microstomum. Mai, Vertuel. 
G. — ovalum. Oclobre, Bouzy. 
G. — pyriforme. Mai, Clienay. 
Sphagnum oblusi folium. Juillet, Cliaumuzy. 

XOMS 

Des especes de fougeres (rouve'cs aux environs dc Ilcims , 
Glassees suivant Duin, en sou Botanicon GaUimm. 

Ophioglossum vulgatum. Aout, Livry. 

Bolrychium lunaria. Juin, Chenay. 

Polypodium vulgare. Mars, Ludes et dans tons les bois. 

Polysdchum dilatatum. Oclobre, Ourges. 



— 104 — 

Polysttchum filix mas. Aout, Ludes et dans tons les 

bois. 
P. — (variele) abhrevialum. Oclobre, Bouzy. 
Alhyrium (ilix femina. Juin, Saint-Imoges. 
Aspleniumadianthum nigrum. AyrW, p;arenne d'Ecueil. 
A. — rula muraria. Aout, Ville-cn-Tardenois. 
A. — irichomanes. Octobre, Bouzy. 
Scolopendrium officinale. Octobre, Bouzy. 
Z?/cc/inum s/)i'ca«s. Decembre, Vert uel. . 
Pleris aquilina. Septembre, Louvois, Bouzy, Monche- 

not et dans tous Ics bois. 



f 



I 




ME DEC INI'. 



HYDROPHOBIE 

Apres Hiic pc'riode (Tincubalion de 7 mois; 

lue a rkademic, dans sa seance du 22 Mars 18ii, 

Par U. lo docleur lIOPI\OT. de FI«nic«, 

Membro corrcspondanl. 



(EXTRAIT.) 

Mal^re les fails nombreux d'hydrophohie que coii- 
tient riiistoiredc la medecinc, j'ai cru cependant de- 
voir Iransmetlrc a I'Academie robservation suivanle, 
el pour payer Ic tribut que m'imposenl les slatuts, 
et pour consif,mcr dans les annales uu fail qui me pa- 
rait elrejus(iu"alors sans exempledans la science. 

Le 5 mars 18'iO, vers minuit, je fus mandeen loute 
hate a Arcy-Ie-Ponsart, pour y visiter un maladc dont 
I'airection donnait les plus sericuses in(iuiotudes. Che- 
min faisant, j'appris que Bellier, cetail le noni du ma- 
lade, etailalite depuis deux jours seidemenl. IM. llemi, 
ollicierde saute a Lagery, qui Tavail vu seulemeul la 
veille, lui avail pralicjue deux saignees, dans I'espoir 
de diminuer la violence d"aceidenls nerveux dont il iie 



— lOG — 

pouvait encore dcHermincr la nature. Mon miide ajoiila 
(jue, dcpuis quelqnes lieures, Bellier n'avalait les bois- 
sons qu'avcc la plus grande difTiculle. 

Tels furenl les seuls renseigneinents que je pus ob- 
tenir jusqu'a mon arrivee aiqires du nialade, qiiej'a- 
bordai sans aucuuo idee preconeuc. 

Mon enlrce fit sur Bellier une impression qui m'ellVaya 
tout d'abord. Sa figure fut contractee par des mouve- 
nients eonvulsifs, ses yeux devinrent etincelanlsct lia- 
gards, les muscles de la poitrine et des mend)res agiles 
si Aiolemment, (jue deux liommes avaient peine a le 
contenir. 

Cette scene ne dura qu'un instant, et fit place h. un 
calme presque complet, pendant lequel Bellier m'a- 
dressa quelques paroles de remerciement sur la de- 
marche que je faisais a une heure aussi avancee de la 
nuit. 

Questionnc sur le siege de ses douleurs, le malade 
porta les mains a sa gorge, en disantquc, sije nc trou- 
vaisaucun moyen d'empeclier la constriction qu'ileprou- 
vait dans cette region, 11 e'lranglerait, c'est Texpression . 

Frappe d'une pareille reponse, je me souvins que ce 
symptome e(aitl'un des plus constants de la rage, et 
Tidec d'une aussi terrible affection me Tint a Tcsprit, 
presque malgremoi. 

Sur mon invitation, on presenta a Bellier un Terre 
de tisane qu'il saisit avec avidite; mais a Tinstant oii 
il Tapprochait de ses levres, un mouvcmcnt spasmo- 
dique 11! jailiir auloin une partiedu liquide. 

jMalgre Tevidence d'un pared phenomene, j'avais 
encore besoin d'une nouvelle epreuve pour arreter ma 
conviction. Une glace de petite dimension se trouvait 
accrochee a rextrcniile de la cliand)re ; je Tapprociiai 



— 107 — 

(Ic la f)<^ure tie Bellier sans Ten prevenir, et an mome 
iiislaiit il cntra dans un acc^s convulsif, qui dura plus 
lonylcnips encore que celui dont j'avais ete temoin 
quelques minutes auparavant. Plus de doule, j-aiais 
alFaire aun casd'hydrophohie : il s'ai^issail de remon- 
ter a la cause. 

Apres avoir attendu que le nialadc seful remis lui 
peu de ses dorniors paroxysmes, je lui deiiiandai s'il 
n'avait pas ete mordu ; a peine avais-jc leruiine lua 
plirasc,qu'un nouvelacces se manifesta, semblable aux 
precedents; niais le calme revint bientol, et permit au 
nialade de me raconter ce qui suit : 

Dans le courant du mois d'aout 1839, IJellier, alors 
raaitre charrctier cliez M. Laplanche, cullivaleur a 
Arcy-Severin, fut reveille, ainsi que ses camarades, 
vers deux lieuresdu matin, par les aboienients d'une 
cliienne qui deja plusieurs fois avail trouble leur som- 
nicil. EUe appartenait a M. Caucliemetz, cullivaleur 
dans unc ferme voisine, el se trouvait alliree cliez, 
M. Lai)lanclie par un chien qui d'liabitudc couchait 
pres de Tecurie. Plusieurs fois les domesliques sY'laieut 
proniis de clialier vigoureusement le visiteur nocturne 
qui venait si souvent troubler leur rcpos. Bellier, plus 
audacieuxque les autres, fut le premier a quitter son 
lit. Anne d'un baton, il se prccipita sur raninial, qui, 
de son cole, montra une resistance a laquelle il etail 
loin de s'attendre. Au moment oii il se dis[)osail a la 
fra})per de nouveau,lachienne ratteignil au poignetet 
lui fit une morsure assez profonde dans la paume de la 
main, vers reminence thenar (rexamen de la cicatrice 
ne m'onVit rien de remarquable, elle elait lineaire, et 
pouvait avoir Irois cciitiiiietres de long; e!le elait in- 
dolore el legercmenl violacee). Les domeslitjucs arri- 



— 108 — 

vcrent presijue aiissilot pour faiie cesser cetle luUe, 
qui dovail avoir pins lard dcs resullals si fuuesles. 

La blessurc fut pansee, conime on a l"liabiludc de le 
faire dans certains villai^es, avec I'eau de boule dc 
ISancy ; la cicatrisation ne fut coniplcle qu'apres trois 
seinaines. I ne parfaite securite ne cessa de re<;ner 
dans la ferme, la cliienne elait connue, ses frdquenles 
visitcs s'expli<piaienl facilement ; rien, ni dans sa con- 
duite,ni dans ses allures, nepouvait donner le nroiii- 
dresoupcon. Lesmoisdc septembrc, octobre, novein- 
bre et decenibre se passerent done sans le plus petit 
e\enement , Tepoquc du rut s'etait ecoulee, el la 
ehienne n'avait plusreparu. 

Ce ne ful (ju'a la (in de decembre qu'il s'opera chez 
Bellier un cliangement qu'il ne pouvait s'expliqner hii- 
rneme. Son caractere devint sombre et taciturne; il 
fuyait la societe de ses camarades, sans Irop savoir 
pourquoi ; son sommeil etait agite par des revos peni- 
bles et sinislres; tout Tirritait ; rattachement qu'il 
portait a sa ferame et a ses enfants diminuait de jour en 
jour ; les questions qu'on pouvait lui faire sur un tel 
cliangement dans sa conduite, le fatiguaient et reslaient 
toujours sans rcponse. II remplissait d'ailleurs ses de- 
voirs a la ferme, mais ce n'etait plus ni la meme ardeur, 
ni le meme zele, ni surtout le meme caractere. 

Enfin, dans les derniers jours de fevrier, Bellier fut 
poursuivi par des idees de suicide qui revenaienlsans 
cesse. Envoyea Fismes, le 1" mars, pour y cherchcr 
descendres sulfureuses, vingt fois pendant son voyage, 
me repeta-t-il, la pensee lui Niiit de mettre un terme 
a ses maux, en se jetanl la tele sous les roues de sa 
voilure. Luc voi\ interieure send)lail lui crier (pfuno 
position plus affreuse encore lui elait reservce. 



— 109 — 

Tel fut lo lecit tie liellier. Sa feinme et les assislanls 
nie conliinierenl en tous [toiiils ce qiril venait tie me 
raconter. La clartti et la precision tie son Uuigage me 
|)rouverent([u"il n"a\aitoublie aucune ties circonslan- 
t'cs tic la scene du njois d'aoul. Je voulus savoir si 
pentlant Ics six niois tiui sY'taient ecoultjs, I'image du 
eliien s'elait tjuelquefuis presenttie a son esprit; si, 
an milieu de son sonimeil, il n'avait pas elc obsede 
par le souvenir de sa blessurc; jamais, m'assura-t-il. 

Quand parfois il Ini arrivait, dans les premiers 
temps, tie pcnser a la eliienne tjui 1' avail mordu, cc 
n'etail jamais avec un senliment tl'in([nitj(nde. Eniin 
il paraissait tres-surpris <pic j'insislasse snr ces cir- 
consfaiices passees,fjui, tra[)reslui, nepouvaient avoir 
aucune espece de rapport avec son etat acluel, et il 
m'assura que je devais cherclier ailleurs les causes de 
sa malatlie. 

En quelques lieures les accidents augraenterent 
d"unc maniere ell'rayante. Les convulsions se renou- 
velaient a de courts intervalles. Un pretre fut demande, 
Bellier Taceueillit avec reconnaissance, il recut les se- 
cours de la religion tpie son etat permit de lui atluiinis- 
trer. 

Kienlot le mal fut a son cond)le, le delire s'empara du 
moril)ontl, qui vomissait des imprecations et cliercliait 
'» se Jeter sur lous lesobjels environnanls. A defauttle 
camisole de force, on I'entoura de liens dont il parvint 
il se debarrasser ; cct titat d'exaltation prectida dc 
queltpies Iieures seulement ragonie. IJellier mourul 
cnfin apres avoir offerl le tableau le plus conqilel de 
la rage. 

Maintenant, Messieurs, il inqxnle de savoir ce (pi"esl 
devenue la cliiennc en (piittanl la ferme d'Arcy-Seve- 



— 110 — 

rin. Les parents de Bellier et ses amis, qui, sans lui 
faire part de Icurs craintes , avaient pris inimediatti- 
nicnt des renseignements precis sur I'dlat de I'animal, 
apprirent dii proprietaire lui-meme que jamais cetle 
cliienne n'a\ait paru suspccte , qu'elle elail en t res- 
bonne sanle, el que le blessc pouvait etrc en parfait*; 
seeurile sur les suites de sa morsure. II en donna la 
preuve en la conservanl dans sa cour jusqu'au mois 
de mars suivant, epoque a laquelle il jugea apropos de 
s'en defaire, en raison d'une maladie de pcau, survenue 
sans molif appreciable. 

Des considerations du plus haul interel se raltaclient 
a cetle observation. D'abord on a rarenient note une 
periode d'incubation aussi longue ; mais le fait le plus 
reraarquable est sans contredit la guerison,ou du nioins 
la guerison apparentc du cliien. II eslpeut-etre sans 
analogue dans la science. M.le docteurLandouzv et moi 
nous sommes livres aux reclierches les plus actives 
pour reconnaitre si eel te circonslance avail ete nolee , 
et nuUe pari nous ne I'avons vu menlionnee. 

Malgre la rarete du fait, il faul admellre cependant 
que I'animal a gucri de I'hydrophobie donl il elail al- 
teint au mois d'aoul , sans quoi I'invasion de celle 
maladie cliez Bellier serail inexplicable, el de loute ne- 
cessite le chien n\a pu la transmettre sans etre afl'ecle 
lui -memo. 

Voudra-t-on faire ici la part de I'imaginalion? Dans 
ces derniers temps , Messieurs , on en a fail justice. 
C'est deja beaucoup, c'est deja Irop pour I'espece hu- 
maine, qu'une maladie sendjlable lui soil transmissible 
sans que rimagination a clle seule puisse en favoriser 
le developi)emenl. Aux especes canis et felis seules est 
reserve le trisle privilege de Thydrophobie spontanee. 



— Ill — 

Dans cerlaines afteclions graves on a notr, il esf 
vrai,des accidents rabiformcs qui ont pn, pour un in- 
stant, en imposer aux assistants Irop creduies. 1/inia- 
ginalion a pu qnelqucfois engendrcr celle trislesse (pii 
niene a I'liypocondrie ; mais ce cortege de s\ mptomes 
si caracleristiques, mais riiydropliohie avec tons les 
signes specitiques qui Tacconipagncnt , il u'en existe 
pas d'exemple. 

Adefaut de ces raisons,jc rappellerai que, pendant 
les quatre mois qui ont suivi la niorsure , Bellier n'a 
pas cesse d'etre le menie an pliysiipie et an moral ; 
qu'en outre, a son lit de mort, alors que la ferreur 
aurait pu angmenter ses craintes plutot que les dinii- 
nuer, il m'assurait qu'il avail toujours etc sans la 
moindre inquietude sur les suites de sa blessure , que 
Panimal lui etait trop connu pour que I'idce d'une 
pareille maladie lui vint jamais a Tesprit. 

Ainsi donc,B('llier est mort d'hydropliobie confirmee, 
alTection qui lui a etc communiquce par la cliienne 
qui I'a mordu au mois d'uout et chez laquelle le virus 
s'est developpe sans doute sous I'influence de Vccstus 
veneris. 

Sans contredit , Tinoculation du virus rabique pris 
chez ce malade el Iransmis a un cliien eul rendu Tob- 
servation plus comi)lele, mais des difriculles qu'il n'a 
pas ele en mon pouvoir de surmontcr , malgre tons 
mes eflbrts, onl rendu cclte experience inqjossible. 

En resume, le malade a ele mordu unc seule fois, i)ar 
un seul cliien qu''il voyail tous les jours, el qifil ne pou- 
vail confondre avcc aucnn autre. Tous les caracteres de 
la ragese sont manii'esles cliez lui , precedes par les 
symptoMies qui les de\anccnt ordinaireuioni , soil que 



— 112 — 

la pt^riotleirincubalion soil longue, boitqu'elle aitpeu 
de durde. 

Lc chien a continue a presenter tons les signcs ap- 
parent s de sante, lorsqne, on/.e mois apres raccident, 
on s'cn defaita cause d'une maladie de peau. 

Loin de nioi I'idee de tirer d'un fait unicpie aucune 
conclusion ycnerale ; j'ai cm sculenienl devoir le si- 
gnaler a rallention des observateurs ; car, dans le cas 
oil 11 se re[)eterait avec des circonstances analogues , 
peut-etre pourrait-on constaler dans la rage canine plu- 
sieurs periodes, comme on les constate dans d'autres 
allections virulenles. 

Celte eruption cutande, en etTet, sur laquelle je n'ai 
pu avoir des renseignenienls assez precis pour qu'il 
me soitpermis d'invoquer sa nature particuliere, cette 
eruption ne serait-elle autre que la modification chro- 
nique d'un type aigu? 

Les maladies speciales aux animaux ont-elles cMe 
cludiees jus(]u'ici d"une maniere assez conqilele pour 
qu'on saclie le dernier mot sur tous leurs caracteres, 
sur toutcs leurs varietes possibles? 

La rage liumaine a ete Tobjet de meditations scrieu- 
ses; mais la rage canine a-t-elle ete suivie dans toutes 
ses phases, avec celte exactitude qui ne laisse rien de 
vague etd'inconnu? 

Quelles sonl les experiences , ou sont les observa- 
tions qui demonlrenl que la rage est necessairemenl 
mortelle? 

Si lc virus rabique inocule cliez riiomme resle quel- 
quefois jjlusieurs mois, plusieurs annees meme, sans 
donner lieu a aucun accident a[)preciable, ne sc pour- 
rail-il pas qu'il reslat latent chez le chicn , lout en 
elant inocnlablc pendant une certainc periode? 



— 113 — 

Le virus rabiquc, onfin, ne peut-il cesser nioiuenfa- 
nemcnt de manifesler sa presence dans la race canine 
par des syniploines aigus, pour sc reprodnire plus 
fard sous d'aulres formes? coinine on voit ic viius sy- 
philitique, depose localenient, donner lieu apres de 
longues annees a des lesions qui envahisscnl la peau, 
le larynx, les muqucuses, les os, cnfin les organes les 
plus profonds? comnie le virus niorveux qui donne 
lieu tanlot a unc niort rapide , tanfot a toufes les alle- 
ralions eonnues sous le nom de farcin clironique. 

Celtc opinion , je le rcpete , n'est qu'une pure hy- 
polliese; mais elle est (out aussi specieuse , ce nie 
semble, que celle de I'incurabilite necessairc de la 
rage, ou de sa transformation en un type clironique. 
Si je Tavance ici d'ailleurs, c'est pour refuJer d"a- 
vance le mot impossible, et pour engager surlout les 
palhologistes a des experiences sur un point qui me 
parait mal connu dans I'etat actuel dela science \ete- 
rinaire. 

Ce fait vient encore, du resle, a Tappui de ce que les 
auteurs out not^ depuis longtemps , c'est-a-dire, que 
I'epoquc du rut favorise le developpement de la rage, 
ct que, pendant cetle periode, il est dangereux de nial- 
Jraiter les chiens. Non pas que je veuille avancerqu'a- 
lors les niorsures sent constamment graves , mais 
toujours est-il qu il existc a ce moment un etal d'ere- 
thisme nerveux tout particulier, qui doit nous engager 
a mcnager Tanimal. 

Parmi les mesures de police qu'on a proposdes 

depuis bien longtemps commepropres iiprevenir, au- 
tant que possible, les accidents de la rage , mesures 
qui inferessent aun si haut degre I'hygiene publicpie, 
les meilleuresseraient, sans conlredit.de lever sur Ions 



— 114 — 

ks chiens , «'XCopt(5 sur cclui de raveugle et dii l)erger, 
un impot d'autant plus fort que ces animaux sonl moins 
utiles, et dc fairc abattre en tout temps ceux qui sonl 
trouves sans mailrc. Hspcrons que bientot les medc- 
cins distinques qui rcprescntent le corps medical a la 
chambrc dcs deputes, soumellront cctlc question a la 
soUicitude du gouvernemenl , qui en comprendra 
loute Timporlance 




MORVE AIGUE 

Trammtse du Cheval a V Homme par morsure ; 

OBSEKVAIIO^ 
lue \ rAcadcmie de Reims, dans sa seance dii 19 Janvier 1 8 ii , 
Par U. le Docteur ■i.AlWDOUZV 



(EXTRAIT.) 

Bien que tous les travaux particulicrs qui ont pre- 
cede et suivi les savantes discussions dc TAcademie 
royale dc niedccine aicnt presque cntiorcmcnt resolu 
la plupart des questions pafhologiques relatives a la 
raorve , je crois devoir fairc part a la conqiagnie , an 
nom dc M. Moser et au mien , d'un cas recent qui , 
sous le rapport du mode d'inoculation , du debut des 
accidents et des lesions nccroscopiques n'a point en- 
core , je crois , son analogue dans la science. 

Voici les faits : 

\^n vigneron de Verz.y (Marne), le nomme Beuzart, 



— il6 — 

liu^e de 55 ans, irun lomperament sangnin, d'une con- 
stitution robuste, d'une bonne sante habituelle, soi- 
gnait depuis plusieurs mois , avee la plus grande as- 
siduite, un cheval morveux qu'il avait achete au mois 
«le juillet, el qui avait deja communique la morvc a un 
ane place dans la menie ecurie. 

Le mardi 19 decembre, il ouvrait, suivant sa cou- 
tume, au moyen d'une corde, la bouche du cheval pour 
lui faire prendre plus facilemeni un breuvage ordonne 
par le veterinaire, quand, tout a coup, la corde ayanl 
glisse, il en resulta entre la tete de Thomme ct celle 
du cheval un choc fel qu'une des dents de la machoire 
superieure de Tanimal fit une plaie profonde a la joue 
de ce raalheureux vigneron. 

La peau fut d<^chiree dansl'espace de 3 centimetres 
environ ; il y cut une hemorrhagic assez considerable 
qui s'arreta spontanement. La plaie, "])realablement 
lavee avec de Teau salee, fut recouverle de fleurs de 
lys imbibees d'eau-de-vie (procede usuel dans les cam- 
pagnes), et le malade, sans s'en inquieter davantage, 
se livra a ses travaux habit uels et passa une tres-bonne 
nuit. 

Le lendemain, apres avoir beche sa vigne une grande 
partie de la journee, il fut pris dans I'apres-midi d'un 
malaise general et de frissons repetes qui, cependant, 
ne I'empecherent pas de continuer son travail jusqu'au 
soir. 

Rentrc chez lui, et en proie a une ficvre ddja vio- 
Icnte , il soupa neanmoins comme d'ordinaire avec sa 
famille, et se coucha aussitot en accusant des frissons 
dans le dos et dans les epaules. 

Beuzart passa loute la nuit dans une agitation ex- 



— 11? — 

Ireme, se plaignant dc grands niaux de lele, dc doii- 
leurs dans toutes Ics parlies du corps, ct parlicidiorc- 
ment vers le siege de la blessure. 

Sa famille , qui Tavait vu plein de courage dans 
toulcs les circonstances, etnotannnent dans plusieurs 
maladies graves, ne pouvait concevoir rahalteraent 
subit oil il etait plonge ; e'est alors , c'est-a-dire 48 
heures environ apres raccident , que M. Moser est ap- 
pele a visiter le malade. 

Une plaie contuse et dechirce , de 4 centimetres en- 
viron d'etenduc , existe a la region malaire gauche , 
et jusqu'a Tos de la pomnielte qu'on sent a nu avcc un 
stylet. 

Toute la face est le siege d'une rougeur erysipela- 
teuse. Les environs de la plaie offrenl une teinte bla- 
farde et sont couverls de nombreuses phlyclenes. Bien- 
tot une prostration extreme , des douleurs sourdes 
dans les membres , un empatement considerable a la 
handle gauche, des ecchymoses et des pustules sur 
toute la surface du corps , une grande dyspnee , et 
enfin un ecoulement sanieux par les narines se mani- 
festent , et M. Moser pent constater tous les caracteres 
de la morve aigue. 

Appele en consultation lei" Janvier 1843, je n'eus 
qu'a confirmer en lous points cc diagnostic ; parmi 
les phenomenes les plus remarquables , nous notames 
parliculicrenient Taboiidance de recoulement nasal, 
la conlluoncedcs puslnles sur la poitrine et ral)domen, 
rinlensile de la dNspnee, Fobscurite du son (iKiraciquc 
et du murmure respiraloirc, la difliculle dc la deglu- 
tition , et cnlin Topacite des deux cornees. 

Le 1''' Janvier 18'l4, a 3 lieurcs apies-inidi, veilie de 

8 



— 118 — 

la mort liu malade , nous inoculamcs a un iiiie age ilc 
14 ans , tres-sain et tres-vigoureux, la matierc pro- 
venant de I'abcesqui venait d'etre oiivert a la nialleole, 
et celle qui avail cte recucillic dans les fosses nasales. 
L'inoculalion fut faite par plusieurs piqures profondes 
aux regions spapulo-liunierales. 

Des le deuxieme jour de rinoculation, on remarquait 
un abattement cl une faiblesse manifestes, de I'anorexie, 
un gonflement enonne des parlies sur Icsquelles s'etait 
faile rinoculalion. 

Bieutot on put constater les signes les plus caracte- 
ristiqucs de la morve aigue, jetage tres-abondanl d'uue 
couleur jaunatre, gonflement des ganglions de I'auge, 
dyspnee progressive. 

Chaque jour I'animal fut visite et ausculte au nioins 
une fois. Nous ne connaissions pas assez le type nor- 
mal de la respiration chcz I'ane pour noter les altera- 
tions de caractercdu murmure respiratoire, maisnous 
avons pu facilementtenircompte des alterations d'in- 
tensile, et, sous ce rapport, la respiration nous parut 
diminuee a chaque exploration. 

L'odeur fetide exhalee par I'animal etait telle, que 
bien qu'il fut place en plein air, entredeux mcules de 
foin, le palfrenier qui le soignait etait force de changer 
de vetements a chaque pansement. 

Mort spontanee le 7 Janvier , c'esl-a-dire , 7 jours 
apres Tinoculation. 

Comme lesions necroscopiques principalos chez 
I'ane nous mentionncrons repaisissemcnt de la mem- 
brane pituitaire, Teruption pustuleuse confluente des 
fosses nasales, Texistence d'innombrables taches ec- 
rhymoti(pies d'un rouge vif sur les cornets et jusquc 



- 1 10 — 

dims Ics points les plus recules dos sinus fronlaux el 
inaxillaires. 

Ces caviles conlenaient un mucus abondani, jauna- 
fre, slrie dc sang. 

Les deux poumons etaienl eribles jusqu'au centre 
du parenchymc, dc noyaux en suppuration tellemcnt 
semblables a ceux signales chez le malade de Verzy, 
({ue les internes de rUotel-Dieu, cpii avaient fait avec 
nous I'autopsie , reniarquerent immediatenient cette 
analogic complete. 

Le volume de ces noyaux variait entre celui d'un 
pois et celui d'une noisette. Le tissu pulmonaire qui 
entourait cLacun des lobules etait crei)itant ct parais- 
sait sain. 

Nous ajouterons enfin que M. Demilly, veterinaire 
de rarrondissement et i)raticien des plus distingues , 
qui parlageait, au sujet de la morve,les idees de Tecole 
d'Alfort, etqui avail, avanl Taulopsie, manifesle fran- 
clicnienl tons ses doutcs sur le resultat des recherches 
auxquelles nous allions nous livrer, demeura comple- 
tementconvaincu de la specificitede toutes ces lesions, 
et n'liesita pas a les regarder commeappartcnant a la 
morve la mieux caracterisee. 

K('JIcxions. 

Parnii les rcmarques auxquelles pcul donncr lieu 
celle observation, nous nolerons d'abord le mode p;ir- 
(iculior de contagion cl I'invasion si brusque de tons les 
signcs de la maladie. 

Le ehovai (]ui a communique la morve a IJeuzard 
ayant ele abaltuel enterre aussitot apres I'accident, et 
n'ayant pu , par consc(]ucnt , elre cxamiiie par les 



— 12() — 

lionimes de I'ailj nous dcvons commencer par etablir 
neltement les conditions dans lesquelles il se trouvait. 

Ce clieval^ age de 8 ans, fut achete en juillet 1843 ; 
pen de jours apres , Beuzart s'apercut que I'aninial 
jetait par les deux naseaux, mais surtout par le naseau 
droit. 

Des boutons nnmbreux sur Ic corps et sur les niom- 
bres, un engorgement prononce des ganglions de I'auge, 
enfin un ecoulenienl nasal puriforuie f'urenl constates 
par le velerinaire, el le choval fut declare raorveux. 

Peu de temps apres rarrivee du cliev;d , un ane de 
quatre ans, bien porlant , et qui habilait la raenie 
ecurie, fut pris subitement , a la fin de noverabre , de 
tous les symploaies de la niorve aigne, a laquellc il 
succomba en quinze jours; le gonfleraent de la pitui- 
laireetaittelcliez ce baudet,que les voisinsentendaient 
le siffleraent produil par I'embarras de la respiration. 

Beuzart soignait seul son 5ne et son cheval, mais 
sa sante etait restee bonne jusqii'au jour de I'accidcnt. 
L'integrite de la sante auparavant, les troubles si ca- 
raclerisliquos qui I'ont snivi inimedialemcnt , ne lais- 
senl done pas le nioiudre doule sur son origine. 

La contagion une fois etablie, doit-on admcltre que 
la scule application des dents , des levros , des secre- 
tions salivaires, etc., ail pu la produire? L'attribuera- 
t-on au contrairc a I'impregnation de la jjlaie par le 
mucus nasal au moment du choc? Ces deux hypotheses 
sont egalement admissibles , sans contredit; mais les 
nombreux fails d'inoculation inscrils dans la science ne 
permcllenl pas de doiitor que tous les lissus et tous les 
liquides d'un animal morveux puissent communiqucr 
la raorve, et nous ne voyons aucune I'aison pour rejeter 



— 121 — 

rinoculation direcle par la dent (jui a perfore la joue. 

Si maintcnantnous rapproclionscetle observation de 
celles quiont deja etc publiees, nous verronsqu'il existc 
bien enlre loutes line complete analogie , inais qu'clles 
difl'erent assex^ cepcndant, sur plusieurs points necros- 
copiques pour qu'on |)uisse encore regarder coramc 
definitive I'histoire anatomo-pathologicjue de cette af- 
fection. 

Ainsi, on remarquera, pour le cas dont nous venons 
de donner la description, une opacite considerable des 
corneos, <iue nous n'avons vue iniliquee nulle part, et 
qui, du reste, no peutetre atlribuee a un elTetcadave- 
riquc , car nous I'avions ctudiee avec soin pendant 
la vie. 

L'inflaramalion , I'ulceration de la conjonctive , !e 
clieniosis ont ete notes pliisivurs fois dans les autres 
cas, et cette opacite de la coi nee ii'est qu'un degrc i>lus 
elevesans doule de ccs lesions qui, sauf les ulcerations, 
existaient aussi chez notre nialado. 

IMais le point le plus important que nous ayons a 
signaler a Tattention des observateurs, pour les autop- 
sies futures, c'est I'etat du lube intestinal. 

Jusqu'ici, en elTet, rinjeetion des vaisscaux , les al- 
terations de couleur ou de consislance de la nuiqueuse 
digestive ont ele seules constaleos parmi les lesions 
anatomiques de la raorve ; or, nous avons rencontre 
dans le cfBCum, au milieu d'uiie eruption assez, abou- 
danle de grains miliaires , des ulcerations tcllement 
prononcees, que la membrane sercuse seule se Irouvait 
epargnce, et (pie nous faisions romanpier aux elevcs 
combien elles elaient voisincs de la perforation com- 
plete. 

Ouanl a cette eruption de grains blanchalres qui 



— 122 — 

remontaienl aa-dela tlu ccecuiu dc chaque cote , sans 
tloute elle appartcnait au doveloppcnient des follicules 
isoles dc Brunncr. 

Loinde noiisl'idoedcconclure iiunc relation de cause 
a cQ'ct entre la morve, alTection ulcerciise et oruptiye, si 
I'on pcut ainsi dirc,et I'ulceration el I'cruptinn inteslina- 
les; car nous n'ignorons pas que ces ulcerations du coe- 
cum se manifestcnt dans toules les formes dc la do- 
Ihienenterie, dans la pbthysie, duns la dysenteric; que 
Ternption des cryptes solitaires se rencontre, et dans 
les aflections precedentes, et dans le cholera asialique, 
lasuette-miliaire,lascarlatine,la peritonite puerperalc; 
raais nous ferons remarquer senleraent , comme un fait 
parliculier de la [)lus haute importance, I'absence com- 
plete de ddveloppement des plaques elliptiques, coTn- 
cidanl ici avec I'ulceration et I'eruption coecales. 

Considerations siir les moycns de prcvenir Id Morvc 
dans la race chevaline. 

En presence de ces accidents , bcaucoup phis fre- 
quents qu'on ne pcnse , mais rareracnt sij^nales , en 
raison sans doute de leur analogic cxterieure avcc 
d'autres maladies, on ne peul trouver superflucs quel- 
ques considerations sur les mesures hygieniques (jn'il 
serail important de prendre pour conjurer le retour de 
la contagion. 

La maniere la plus large et la plus logique d'en visager 
la question, consiste a cherclier les moycns de prcvenir 
les eiletsde la morve chez I'homme, en en delraisantla 
cause dans la race chevaline. Mais c'estunehabiludedc 
noire vanite de comraeucer toujourspar les moycns les 
plus com[)lexes, comme si I'art, qui doit elrc Timitation 



— 123 — 

tie la nature, ne devait pas loiijours proceclcr par les 
voiesles plus simples, qui sont cellcs de la vdrite. 

Nous cherclions a grand'peine les moyens de guerir 
le mal avant de sonyer aux moyens hcaucoup plus fa- 
ciles de le prevenir, cl I'liygiene, qui , sans contredit, 
dansdes temps plus eclaires,CGnslitucra seule presque 
toute la medecinc , est tellement neji^ligee niainlenant, 
qu'on trouve difficilement , non pas un bon ouvrage , 
mais seuleraent quelques documents precis sur cetle 
premiere de toutes les sciences humaines, puisque c'est 
la science de la sante. 

Ainsi j'ai ete frappe, en lisant tout recemment les 
ouvrages de medecinc velerinaire , des vains efforts 
<ju'on fait encore pour guerir la morve , quand on 
possede aujourd'hui le secret presque infaillible de la 
prevenir. 

II resulle en effet du rapport communique en 18'i0 a 
I'academie des sciences par le ministre de la guerre 
que rencombrement des ecuries est la principale,siDon 
I'unique cause de la maladie. 

« La commission , dit le ministre, cbargcc de pre- 
" senter le projet d'une ecuric modele, ct d'indiquer 
« les conditions que devait reunir uneecurie pour que 
« les chevaux y fussent dans la meilleure situation 
(( physique, a propose d'cspacer et de barrer les cbe- 
<( vaux a 1'" 50, de les placer sur deux rangs dans une 
(( ecurie de 13'" de largeur sur 6'" de hauteur. Ccs 
<i dimensicns sont a peu pres celles qui ont ete adop- 
(( lees dans les etablissements mililaires des puissances 
(( voisines, qui ont vu ainsi la morve disparaitre enli^- 
« rement de leurs regiments. » 

Or, pourquoi, des que la contagion est reconnue 
posiliveraent pour la race cbevaline, pour la race bu- 



— 124 — 

maiuc el pour jdusicurs especes animales ordinaircraent 
libres , ne pas faire de cclte question une question dc 
sanle publiquc, et ne pas forcer Ics pro[)rielaires a dis- 
poser leurs ecuries de telle sorte qu'ellcs ne puissent 
devenir des foyers de contagion pour les aniuiaux et 
pour les hoiumes qui en approchent? 

Non seulement ces mesures liyj^ieniques, bien obser- 
vees , auraient pour resultat de faire disparaitre la 
morve dans nos fermes,comme ellesl'ont fait disparaitre 
entie rement ,i''insislQ surceraot, chez, les puissances 
voisines , mais dies anielioreraient promplemenl la 
race clievaline, en la nicltant dans les raeilleures con- 
ditions de sante possible; et Ton peut s'elonner a bon 
droit de voir le gouvernement , qui fait de si grands 
frais pour les remontes et pour les haras, omettre I'une 
des principales bases detout progres, en negligeantde 
faire parlieiper les cullivateurs aux conseils qu'il recoit 
des corps savants, et dout il fait, d'une nianiere si utile, 
I'applicalion a I'armee. 

Je sais qu'on pourra dire : Pourquoi tant de soUici- 
lude pour I'espece chevaline , quand on en a si peu 
pour respecehumainePpourquoivouloir que les chevaux 
el les anas respirenl lout a I'aise une atuiosphere pure 
el suffisanle, quand on voit, entassees dans des chau- 
mieres ou dans des greniers sans air, sans luaiiere, 
des families entieres quis'etiolent et propagcnt parnii 
les generations futures la scrofule , le rachitisme ou la 
phthisie ? 

Pourquoi exiger, par un reglenient d'adinini>lration 
publique, 50 metres cubes d'air pour les chevaux, quand 
nous voyons les enfants des salles d'asile ne pas avoir 
a respirer la ciuquieme partie dc I'air qui leur serait 
indispensable. 



— 125 — 

Mais , outre que cette soUicilude pour los chevaux 
s'exerce surlout en ce qui louche la sanle humainc , 
nous ne voyons pas pourquoi , sacliant quelle est la 
sorame d'air sans Uujuellc I'intt^griletle la sanid ne pent 
se luaintenir , on n'exigerait pas que cette premiere 
condition de toute salubrite publi(iue ou privdc so 
trouvat remplie de par la loi. On a hien pu empeclier 
legalement les habitants des campagne decouvrir leurs 
maisons en chaume, afin d'eviter la propagation de 
I'ineeiidie , pounjuoi no les obligerait-on pas a avoir 
des habitations salubres, au nioins quant a I'air ct a la 
luraiere, afin d'eviter la propagation du typhus et de la 
phthisic, bien autrement crucls que le feu? Et, s'il 
fallail d'autres considerations que des considerations 
d'amelioration physique absolue pour etre autorise a 
de semblables mesures, on ne manquerait pas de les 
trouver dans la fre(|ucnce du typhus contagieux , con- 
fondu chaque jour avec la fievre typhoide (1). 

Cette question iucidonte est tro[) grave , du reste , 
pour que j'y insiste accessoirement, et je restreins Ji la 
race chevaline les observations que je veux presenter 
aujourd'huij rae proposant de revenir bicntot sur I'hy- 

(1) Peut-on s'etonner (jue l"aulorite omctte d'eclaircr le pcuple sur 
ces promiires condilions , aussi cssonliellps (}uc le pain , (luaiul die 
nej^iigc do se faire eclairer clie-nieme, par ies corps savants ou par les 
homines speciaux , sur les meiilcures dispositions hygiOniques a donncr 
aux asilesqu'elle ofTre a toutes les misi-rcs ? 

Ladniinistration uiunicipaie de Reims vieut de donner ee[iendant 
un exemi)le salutairc , en demandant aux medeeinsdes rapports pc- 
riodi(]ucs sur la salubrite des eeoles commuiiales ; niais c'esl a\ ant de 
construire les etablisscnients (ju'il imiiorlerail surlimt lie eonsulter, ct, 
sous ce rapport , on doit regrctter dc ne pas voir executer en province 
I'arrete ministericl cpii interdit au roiiseil des hopitaux de Paris toutc 
construction non apiirouvee prealaitlcnieiit par la connnission des^ 
medocins. 



— V26 — 

giene des habilalions el sur les reglcmenls speciaux qui 
pourraieni raraeliover, si I'Acadeuiie y attache quel- 
que interet. 

II ressort dooc de cc que nous avons dit plus liaut 
sur la disposition des ccuries , qu'en les meltant dans 
de nieilleures conditions, on detruirait entierement la 
morve, puisqu'elle a ele ainsi detruile dans les pays 
voisins, oil elle sevissait comme cliez nous. 

Or, qu'on jctte los yeux sur le tableau suivant, dans 
lequel sont indiques les resultats du cubage des douze 
principales ecuries de Reims , et Ton verra corabien 
nous sommes loin des conditions de salubrite prescrites 
au ministre de la guerre, etl'on comprendra comment, 
selon les paroles textuelles d'un savant professeur 
d'Aifort : La mone c'lend chaque jour ses ravages sur 
I'espcce chevaline , dans une progression re'ellemenl ef- 
frayante{l). 

L'ecurie n" 1 donnc p. chaque cheval 39 m. c. d'air(2). 

2 _ 27 

3 — 22 
A — 22 
5 — 21 
G — 20 

7 _ 15 

8 —13 

9 — 12 

10 — ti 

11 — 11 
12—5 

(1) II. Bo\i\QY,de la Morve sous /ofmechroniqtte;ie\Tkr 1843. 

(2) On coniprend Ja reserve qui m'emiicche de donner le nom dc9 
proprietairos, dont rcltc indiscretion scicntifique pourrail compro- 
mctlrcrindustrie; mais les nomscorrcspoiidanls aux numcros sont 
inscrils sur le tableau depose aux archives de rAcademie. 



— 127 — 

Dans I'dcurie n" 3, Tunc des phis salubres dc Reims 
par son excellente tenue ( c'est celle do la posle aux 
chevaux), les chevaux n'onl done pas mOme luoiliede 
la sonime d'air reoonmie in(lisi)onsuble a la resi)iralion 
norniale. lis n'on auraicnt pas lequarldans la plupart 
des autres , si ron tenait coniple du volume du cheval 
lui-meme, du defaul d'aerage , de la presence d'un , 
deux, quelquefois trois palefreniers qui couclient pres 
des chevaux, etc., etc.; enOn, dans I'ecune n" 12, 1'une 
des plus raalsaines, ils n'en on I pas le dixieme, c'est- 
a-dire le tiers a peine de ce qu'il faudrail a un chien 
de moyenne taille. Aussi , dans cclte ecurie , Irois 
chevaux sur sept ont succombe a la morve en un seul 
hiver. 

Dans I'ecurien'C, 11 chevaux sur 12 ont eteabaltus 
comme morveux en nioins d'une annee. 

Dans Tecuric n" 2 , qui donne a cliaque cheval unc 
somme d'air superieurc aux dix premieres , il y a eu 
conslammcnt des chevaux morveux. 

11 yenaeu frequemracnt dans Its ecuries n"' 2, 4, 5, 
6; il n'y en a eu qu'un seul depuis trois ans dans reeurie 
n° 3; enfin, le proprietaire de I'ecurie n" 1 (M. Mail- 
Tail), qui se rapproche le plus des conditions exigccs 
par I'experience, assure que, depuis plus de 'lOans, il 
ne s'est pas manifcste un seul cas de morve parmi ses 
chevaux. 

On voit qu'il serail impossible d'elablir , par les 
chitlresde ce tableau, une relation exaclcenlre Tiiisuf- 
fisance de I'air et la frecjuence de la morve, puisque le 
n" G, qui donne 13 fois plus d'air a chaque cheval (jue 
le n" 12, perd onze chevaux, surdouzc, tandis que le 
n" 12 n'en perd que trois sur sept. Mais qu'en dehors 
de I'oriyine sponlanee de la maladie, on lienne conqjtc 



— 128 — 

de ta contagion, tie I'infeclion, de I'obscurile (1), du 
defaut d'adrage el de mille antres circonstances dont il 
est impossible de raeconnaitre I'inlluence, mais dont ii 
est impossible aussi de constater la valeur en chiffres, 
on comprendra comment le n" 2, par exemple, pent 
elre considere comme dcs plus insalubres , quoique 
des mieux proteges sous Ic rapport absolu du volume 
d'air. 

En resume, la moyenne gen^rale de I'air fourni aux 
chevaux dans les douze principales ecurics de Reims , 
est de 19 metres cubes environ au lieu de 50 : aussi, 
n'est-il qu'uneseuledecesdcurios, etc'est la plusvasle, 
dans laquelle la morve n'ail point penetre. 

Une circonstance b'en propre a deraonlrer la nd- 
cessite d'instructions pratiques, si ce n'ost de regies 
adminislralivcs sur I'liygiene clievaline , c'est le soin 
avec Icquel tout est renouvele a grands frais dans la 
pluparl dos ecuries qui ont logedes animaux morveux: 
les murs sont bianchis a neuf , tout est lave, gralte, 
passe au chlorure, depuis le I'atelier jusqu'aux plus 
simples objels de pansage; tout est change, tout est 
modifie; tout, excepte la cause genitrice. Je me trompe, 
elle est quelquefois rendue plus puissante encore. Ainsi, 
je visitais ce matin merae un cultivateur (indique au 
n" 9 du tableau |)recedent), qui , apres des pertes con- 
siderables, cliangea Iroisfoisses ecuries en en diniinuant 
chaquefoislesdimensionSjdesortequ'apresd'immcnscs 

(I) Le rapport au ministre de la guerre ne fait, je crois, aucunc 
raeution de la lumicre , ce ((ui me parail une lacune nianifcste. On sail, 
en effet, de quelle maniore le scorbut se produit dans les apparteinents 
les plus salubres d'aillours , des que la lumiere n'y penetre pas; or, 
les elements qui sont indisponsables a I'homme , doivent Tetre aussi , 
dans certaineslimites, aux animaux dont la conformaUon sc rapprn- 
chele plus de la sienne. 



— 120 — 

sacrifices, scs chances de perle sont aiijourd'luii plus 
graiulcs (lu'ellos nc I'etaicnl avant ses premiers efforts 
pour detruire la niorve. 

De pareillos crreurs, aussi falales a la fortune privee 
qu'a la salubriLe publique, seraienl-cllcs done si difli- 
ciles a i)revenir? 

Nul douteque les droits de I'adminislralion nc soient 
en rapport avoc scs devoirs; or, les lois appelant 
specialement ralteiilion des man-islrals municipaux sur 
la salubrite publique, oni. du leur donner le pouvoir 
d'arreter loutes les mesures propres a la mainlenir, ct 
je ne vols pas en quoi la defense de nieltre dans une 
ecurie plus de chevaux qu'elle ne doit en contenir serait 
plus lyrannique que la defense d'elablir dans sa propre 
maison une Industrie reputee insalubre, on que miilc 
aulres mesures qui entravent avec tant de raison la 
liberie de nuire. 

Depareilles reformes, si simples et si utiles qu'elles 
soient a ceux meme qui Its subiiaient, ne s'obtiennent 
pas facileraent, j'en conviens. A defaulde la cause , il 
faut done s\attaquer aux ellets ; car, malgre tous les 
efforts de la science , la morve sevira Irop lon<;tcmps 
encore pour qu'on puisse sc dispenser de prevenir de- 
sormais de trop graves infractions a la salubrite el a la 
seaurite |)ubli(pies. 

Je sais que I'arret de 1781, ordonnanl/a declaration, 
la visile, la marque, la sequestration , Pocdsiondes rhe- 
vaux mon-eux et renfouissemcnt de lears cadavres dans 
la terre, s'opposcrait de la maniere la i)lus efficace a 
tout danger, s'il elait execute dans foule sa rigueur ; 
mais les commcntateursde la jurisprudence veli^rinaire 
laissenl a rexporlise nn champ si vasle, que les articles 
les plus rigoureux onl fini par lombcr en desuetude; 



- 130 — 

ctj qiiandles aulours du Iraile de police sanitaire le 
plus modernc mcllent en doule ii cliaque paf5e la con- 
tagion de la morve aij^ue a riiommc, et de la raorvc 
chronique au chcval, pout-on condamner Phesitation , 
rindulgcnce et la longanimite parfois funeste des me- 
decins velcrinaircs meme les plus dislinguds, appelcs 
cLaque jour a staluer sur un arret que condamncnt 
les plus grands mailres de leur science ? 

Je n'ignore pas que le code penal punil do peines tres- 
severes les infractions a ce reglement ; mais n'cst-on 
pas en droit de deraander des arreles parliculiers pour 
remedier a I'impuissance de la loi , quand on voil aux 
portes de Reims, par exeraple, unecourouverte a tous 
\enanlSj dans laquelle des chevaux morveux sont equar- 
ris sans surveillance, a I'insu de loule autorite, et livres 
en paturea des cliiens qui peuYcnt s'inoculer le mal 
et le transmetlre aux liommes et aux autres animaux? 

Sans aucun doute, les faits legal ifs sont incompara- 
blcmenl plus nonibreux ici que les faits affirmatifs , et 
ces trois chiens que je niets en ^tat de suspicion pour 
avoir mange sous mesyeux un ane morveux, je les ai 
vus encore aujourd'hui parfaitement sains; mais s'ils 
ont ecliappe a I'inoculation bier, ils pcuvent ne pas y 
dcbapper domain. 

Sans aucun doufe, la regie generale, c'esl que les 
chiens de Reims mangent impuneraent , comme ceus 
de Paris etde Monlfaucon, les chevaux morveux; I'ex- 
ceplion, c'est qu'ils s'inoculent la morve et I'inoculent 
a riiomme ou a d'aulres animaux ; mais , des que la 
science a prevu le cas, personne ne doit avoir a crain- 
dre de conslituer par sa mort une nouvolle exception 
a la regie generale. Or, les observations de MM. Rayer, 
Rrescbct, Rossi, Hamont, elc. , demontrcnt de la ma- 



nierela phis calei^orique la Iransmission dc la morve 
ail lion, aucliicn, au chevrean et an mnuton. 

Loin tic inoi I'iclee tie tlemandcr I'onliere cxticiilion 
de I'arret de 1784, et d'inlcrdirt-, par cxomple , I'em- 
ploi des debris cadavoritiuos. Non que jc rc^arde 
comnie M. Dclafond, aulcur dii dernier Irailiidc police 
sanitaire, tes manipulalions faites sur ces debris comme 
n'e.rposant les homines a aucitn accident ; rcxperience a 
prouv(3 Ires-souvcnt leconlraire ; mais de siraplcs pre- 
cautions suffisent pour conjurer le danger; et, livrt? a 
des gens qui en font leur unique occupalion, ce mtilicr 
n'expose pas plus que cent autres dont on no parle pas. 

Je ne pense pas non plus que la chair des animaux 
morveux puisse etre impunc^ment donnee pour nourri- 
lure a des animaux lihres ; mais, donnee a des animaux 
captifs, et chez lesqucls rexpt^rience a prouvti I'inno- 
cuilt; tie la morve, tout danger disparail. 

Jelivreraisdonc a I'inrlustrie , qui en tire un Ires- 
grand parti , lestk'bris des animaux morvcux , mais 
rabaKageetrequarrissagc anraicntlieu dansun enclos 
special tilabli a oOO metres au nord de la ville , et sous 
cerlaines conditions de surveillance Gxtjcs par I'auto- 
rite. 

On comprendra la necessile de pareilles mcsures , 
quand on saura qu'a Reims (comme dans beaucoup 
d'autres villes sans doule), le premier venu, liommc ou 
feinme, pent depccer ks thevaux morveiix, et cxposer 
sa vie par son inaptitude ou son ignorance du dan^-er. 
Ainsi, m'etanl rendu, il y a quinze jours, a la t'abrique 
de noir animal pour y examiner les poumons d'un clie- 
val morveux, j'ariivais avec le directcur de I'etablisse- 
mcnl , M. Vclly , prndanl qu'en I'absence de I'equar- 
risseur habituel, un ouvrior (^hanger a ce metier et 



— 132 — 

blesse reccnimcnt a la main droilc, s'occupaita panscr 
line plaie qu'il venait de se faire a la main gauche, en 
aigiiisant rinstrument d'equarrissagc. II fallut (oule 
mon insislance , et surtout la defense formelle de 
M. Velly , pour erapecher cet liomme de plonger ses 
deux mains blessees dans des lissus impregnes d'un vi- 
rus mortel. 

« La morve aigue\ dil M. Boiiley (loco citalo) , est 
tine maladie contagicuse : contayieuse par le produil dc 
la secretion nasale , contagieuse par rair expire, conta- 
gieuse park sang, contagieuse par tons les tissusdu ca- 
davre. Apres la ficvre d' incubation , lorsque s'opere te- 
ruption virulente, Vanimal infecte sue , pour ainsi dire, 
le virus par tons ses pores. » 

Comment done expliquer , en presence de ces decla- 
rations si categoriques, le laisser-aller des aulcurs dc 
la jurisprudence veterinaire? 

On conceit , du reste , jusqu'a un certain point , la 
temerilede M. Delafond, car son livre remonte a une 
epoque oil la question de la contagion, quoique resolue 
de la manierela plus affirmative, I'etait trop nouvelle- 
raent encore pour convertir tous les incredules de I'e- 
cole d'Alfort ; mais, depuis qu'on a vu la morve sc 
transmettre, non plus seulement du cheval a Phomme, 
mais de I'liomnie a Phomme, e'est-a-dire du malade au 
medecin • depuis qu'un malheureux eleve de Pliopital 
Necker a succorabe a tous les accidents de la morve la 
mieux caracterisee , apres avoir soigne un palefrenier 
morveux el assisle eonune aide a son autopsie, on ne 
saurait trop cxagerer les precautions. Sousce rapport , 
nous n'liesitons pas a regarder le traite de police sani- 
taire de M. Delafond comme un ouvrage dangcrcux en- 
tre les mains des homraes trop eloignesdu centre, pour 



l)ouvoir souvcnl contiolcr les livies par Ics ilocunitnls 
scieiili(i(jiios. 

J'accordc (loncfju'on no iclin; pas a I'iociuslrie des 
j)roduits utiles. J'accorcle qu'on iiouirisse do cosd'/'hris 
des pores caplifs, et, que nieme, dans une annec de Irop 
i!;rande diselle, on livre a la eonsoaimalion, couimeon 
le fit en 93 a St-Ger.nain et a Vineennes, la cliair^prea- 
lablementcuile, des chevaux morveux , la euisson de- 
coiiiposant toute espece de virus; mais qu'on laisseou- 
verle sur la graiide route unc cour oil eliacun peut en- 
trer sans savoir qu'ils'expose a rinfcelion, a la conta- 
gion et a I'inoculation d'un poison iiiortel ; mais qu''on 
laisse ciiculer librementdes chiens , qui peuveiit allcr 
llaireret ieclii r quiconque, homme ou olieval , en ve- 
nant de plunger leur rauseau dans des p'.aies virulenfes, 
e'cst ee qu'on a peine a concevoir, quaud on salt qu'en 
inoinsde Irois ans (de 1837 a 18i-0), il est niort, dans 
Paris seul, 26 personnes de la morve. 

Quant a des diflerences a elablir selon I'etat aigu ou 
chronique de la morve , on nc pourrail les ailmeltre 
sans entrelenir la plus fatale securite. 11 exisle main- 
tenant de nombreux et irrecusables exemples de farcin 
communique <Iu cheval a riiomme et de riiomme au 
eheval.lM. le dueleur Mopinol, deFismes, en signalait 
encore, il y a quelqnts jours, nn nouveau cas des plus 
remarquables ; el si I'ideidile des deux aflVclioiis, si 
leur passage recipnxpie de I'elat aigu a I'elat chroni- 
que, el de I'elat chronique a I'elal aigu pennetlent d'e- 
tablir certaines tlistinclions scientili(]ui's, eiles ne pcr- 
meltent d'elablir sans lemcrile aucune distinction 
legale. 

En rdsnnie , ct d'apres les considerations qui prece- 
dent, nous proposerions a 1' Academic de discufi r Ic 



— 134 — 

projet de reglement suivant, dans le cas oil I'autorile , 
qui a deja tant fait pour la saluhrite de Reims , vien- 
drait a consulter la compagnie sur cello nouvcllc ques- 
tion, Tune des plus importanlcs de rhygiem; publiquc : 

1. Toule ecurie dcstinee a ioger d'une maniercpcr- 
mancnle des clievaux employes aux services publics ne 
devra contenir que le nombre de chevaux fixe d'apres 
Ics dimensions de reciirie, a raison de 50 metres cubes 
d'air, et de 1 metre 1 12 d'espacement par cheval. 

2. Tout proprielairo ou detenteur d'animaux mor- 
Teuxcstlenu d'en faire immedialcment la declaration 
a TaulorilCj el d'isuler I'animal repute morveux avant 
Ja Tisite meme du medecin-velerinaire, qui, du reste, 
devra avoir lieu dans le plus brcf delai. 

3. Si I'animal est reconnu morveux incurable par le 
v^terinaire , et si le proprielaire consent a le sacrifier 
sans autre formalite, raballage se fera dans le clos d'e- 
quarrissage public, en presence du veterinaire ou de 
tout autre prepose de Tadministralionj qui en drcsse- 
ront proccs verbal. 

4. « Si le proprielaire ne consent pas a Pabaltage, il 
« nommera un veterinaire brevete des ecolcs pour visi- 
« ler contradicloircment I'animal : en cas de dissidence, 
(( I'adminislralion nommera un tiers expert, snivant le 
(( rapport do qui il sera statue. >> (Reglement de la pre- 
fecture de police, art. 9.) 

5. Aucun animal ne pourra etre cquarri ou aballu , 
dans un etablissement prive, sans antorisation. 

6. Les debris cadaveriques des animaux morveux ne 
pourront etre livres a I'industrie sans autorisition. 

7. Nul ne pourra cxercer le metier d'cquarrisseur 
sans permission prealable. 

8. « II est defendu a qui que ce soit de coucher ou 



— 135 — 

« de faire couclier dcs palefreniers dans Ics ecuries oii 
« il se trouverail dcsclicvaux soulomcnt suspectos de 
<i morve. II est dcfendu mr'mc de coucher ou de iniro 
« coucher dcs palefreniers dans Ics ecuries servant d'in- 
« firmeriesde chevaux , et meme dans tout local ser- 
« vanl a loger desanimaux malades, de quelque espece 
« qu'ils soient. » [Prefect, de police, art. 1*".) 

9. De frequenles visiles seront faites , par un mede- 
cin veterinaire ddsigne, clicz Ics proprielaircs de che- 
vaux, afin d'assurer I'executiondes raesures i)rescriles 
par le reglement. 




OBSERVATION 



CAS DE MORVE AIGIIE CHEZ LIIOI^BIE, 

par II. Ic doctcur PIIILLIPPE. 



— "iiif>'f-g<frj'ni — 



(EXTRA IT.) 



Depuis quelques annees , le ddveloppement de la 
morve farciiicuse aiguti chcz I'liomme aevcille Tatlen- 
tion (les nietlecins cles j)iincij)aIos conlreos dii couti- 
DL'ii!, ct plusiours Iravaux d'un haul interct ont etc 
publics depuis peu sur colte afl'cclion redoulable. 

Naguere encore rAcademie royale de mcdccine re- 
tenlissail de savanles discussions souleve'es a I'occasion 
de cellc fatale nialadic , qui jusqu'alors etait reslec en 
dehors des cadres de la nosologic huniaine, et qui avail 
seuible Iongteni{)s etre le Iristc ctexclusif apanage des 
animaux qui aj)parlicnncnl a la classe des solipedcs. 



— 138 — 

Les debats eleves au sein de eel illuslre areopage, 
el auxquels oiil pris part les plus grandes celebrites 
mcdicales de noire, epoque , ont elabli aullicnlifiuemcnt 
que la morve pouvail passer des aiiimaux a riionirae. 

Aussi, la possibilile de la Iransmission de celle ma- 
ladie du cheval u I'homme, par infection ou par inocu- 
lation, n'estplus aujourd'hui raise en question par les 
Iiomraes de I'art. 

Mais, ce qu'on doit regrclter, c'est qu'on n'ait pas 
assez fail pour repandre celle tristc verile, c'est qu'on 
aitneMigedc la fai re passer du ccrcle elroit des socie- 
tesscienlifiques dans le domaine public, afin qu'elle 
puisse semer dans les masses retlVoi qu'elle doit jusie- 
raent inspirer. 

Le cas dont on va lire riiistoire , ajould a ceux qui 
ont deja e'.e publics sur le menic sujct , portera neces- 
sairemenl dans les esprils les plus sccpliques celle con- 
viction, que les chevaux morveux peuvent coramuni- 
quer a rhomme la formidable affection dont ils sont al- 

teinls. 

Jesaisis aveceraprcssement Toccasion qui vient de 

in'etre offerte dans le service de chirurgie de I'llotel- 

Dieu , pour derouier la longue scrie de preuvts que 

j'ai accumulecsa I'appui de mon assertion. 

Je dis avec intention quejo |)rufile de celle occasion, 
caril mMraporle de ne rien negliger pour faire preva- 
loirune opinion qui est une certilude a mes jeiix, un 
enseignement pour la pathologic huraaineel coinparee, 
ct unegarantie pour la sanle des liommes qui , dans 
les travaux de ragricuUure ou autreraenl , vivont en 
commerce permanent avec Tespece chevaline. 

De plus, c'est un devoir que j'accomplis anprcs de 
I'aulorile a laquoUe est confiee la mission de faire ob- 



— 139 — 

server avec une iiillexible rij^ueur les leglemculs fjui 
out la sante publique pour objet. 

Certcs, I'administralioiicliargoedela police sanitaire 
ii'avait pas besoin tie cet averlissciiienl , et je nii' hale 
de reconnailre que sa vii^iiance n'a jamais fait detaut 
dans Ics graves questions qui inlercssenl riiygiene des 
populations. 

Mais cet averlisscment pourra la faiie encore redou- 
bler de zele pour prevcnir de nouveanx raalheurs , et 
pour conjurer des catastrophes semblablesa celle dont 
jesuis aujourd'hui I'liistoricn. 

Mon silence cut ete d'aulant plus coiipable , que lous 
les infurliuies jusqu'ici contius qui ont contracte la 
raorveaigue, ont paye de leur vie le deCaut de mesures 
prophylactiques convenables. 

Peu s'en estfalluquo la niahidie dont on va lire I'his- 
toiie ne passat ina])er^ue ct ir^lul entierenieut perdue 
pour la science. 

La forme obscure qu'elle avait revelue a son debut, 
les difficulles semeiotiques derrierelesquelleselle se re- 
tranchait enavaient suspendu le diagnostic pendant les 
pieniiers jours. 

J'iiiclinais vers uiijugemenl errone, et j'alliis peut- 
elre ni'enyager dans une lausse route, j'eii f;us I'aveu 
sincere ; cepL'ndant, comme en inlerrogeaut uics sou- 
venirs ctmes notes cliniques, je nelrouvai rien qui cut 
uu air de faniille avec ratlection que j'obscrvais ; 
counne en jelant un coup-d'ceil retrospectif sur le pa- 
norama des maladies nonibreuses el varices djulj'a- 
vais ele le.noin depuis (juatorze ans, ilans le service 
de chirurgie el dans la consultation [lublicpio , oil foison- 
nenl tant de cas pathol. yiques divers , je ne rcmarquai 
rien qui piil ehvassiinile au tableau qui etonnuil ines 



— 140 — 

regard?, je inc tins sur mes gardes, ct commencai a 
concevoir des doules serieux. 

Pressddc questions par les cleves de I'ecole de rae- 
decine, je in'abslenais de formuler raon opinion , el 
remettais an lendeinain le soia de poser nion dia- 
gnoslie. 

Bref, ma perplexitt' etait a son comble, quand sou- 
dain un synqilouie caraclerislique, celui qui a impose 
son Dom ala maladie, lejetage paries narines enOn, 
vint eclairer ce len<5breux dedale , et conflrmer mes 
premiers soupcons. 

EXPOSITION DU FAIT. 

Le9 avril 1844, dans I'apr^s-midi, on rccnt a I'Ho- 
tel-Dieu, el on coucha an n" 20 de la salle Saint-Jean, 
le nomnie Radiere (Jean -Nicolas), age de 24 ans, pale- 
frenier, au service d'un cultivaleur de Talma, village 
silue pres de Grandpre (Ardennes). 

Ce raaladeportait, au pied droit, deux ulctValions , 
I'line au-dessus de la malleole eslernc , I'aulre au-des- 
sous de la malleole interne; elles elaient rondes, du 
diameire d'un centime; le fond en etail grisatre, grenu, 
les bords en elaient decolles el bordcs d'un cerele li- 
-vide ; un empatement cedematenx regnait dans le pied, 
notamment aulour de Tarliculalion tibio-larsienne. 

Radiere ne put donnerde renseigneraents precis sur 
la cause de celtc allection ; il parlait vaguemeni d'nne 
enlorse qu'il faisait rernonter a une epoque assc/, eloi- 
gnee, se plaignait d'une douleur ac<^ree dans tous les 
memhres, d'un aeeablemenl general et d'une prostra- 
lioii (les forces telle qu'il cliancclait et trebucliait a 



cliaquc pas. On lisait sur son visago, nnc expression 
profundemenl accusee dc souflVancc el tie fatigue. II 
avait le poulsprecipite et enfonce, la resi)ira(ion (^tait 
anxieiisc el entrcconpoc. 

La riuil suivanle se pitssa dans eel elat. 

Le 10, a ma visile dn matin, rabaitement ne parais- 
sail pas jjIus considerable; il y avail eu de Tinsomnie; 
le niaiade laissait echapper qiielqnes soupirs plainlifs; 
le pon's, tonjoiirs deprime, donnait 104 pulsations, et 
les inspirations elaient de 28 par miriule. 

L'auscultalion laissail entendre un pen de rfde mu- 
(picuxcnarriere eten bas de ebaque eole de la poilriue. 

Dureste, rinlelligence elail saine. 

Snr I'ailc gauche dunez exisJait unepMS/u/eremplie 
d'un liquide roussalre; celte puslule elail environnee 
d'nne rongeur livide diffuse qui allail s'eteindre vers 
le milieu de la joue. Ne soupeonnant ])as la grave mala- 
<lie (pie j'avais a conibaltre, j'ouvris eetle puslule el la 
lis |)enser avec du (juinquina soulenu par de la charpie 
niouillee d'eau ehloruroe. 

Quant aux ulcerations du pied, doiil il ra'e'lait im- 
possible de Oxer le caractere et la nature , elles furcnt 
reconvenes de plumasseanx de styrax ctde compresses 
Irempees dans une decoction de quiii(]uina. 

Uadiere tut mis a I'usage d'une potion tonique et 
d'line limoiiade vineuse. 

Bicn que ce raalheureux n'offrit encore aucun ecou- 
lenienf par les narines, qu'on no renconfrat pas d'au- 
tres pustules que celle que je viens de signaler , bien 
(pie je n'enssc aucun refiseignenient exact sur les cir- 
cunslances antecedeiiles , ponitant l\''tal febrile d'ap- 
pirence grave, I'oppression des forces et Tanxiele (pii 
agitail Uadiere me firent souiiconner Taflcction redou- 



— 142 — 

table qu'on a dccrile i eceuuncnl sous le rioin dc mone 
aiguc chez I'liomine. 

Mes previsions devaicnt bientot se rdaliser. 

Le 11, line puslule d'apparencc mamelonnde, verru- 
qiieuse , d'un aspccl sale, se luanifesla sur la region 
malaire {gauche; son diamelre u'excedail pas celui d'un 
noyau de prune; une tumefaction considerable de la 
joue raccorapagiuiil ; la peau presentait une teinle le- 
gerement rosee ; la moitie gauche du front etait ccde- 
niatide, les tdgunienls de cetle region avaientunc tcinte 
plombee; les paupieres elaient inQltrecs, bleualrcs et 
fermaient completement I'oeil, 

A colede la pustule phlyctenoide de I'aile gauche du 
nez , on reniarquait deux boutons tubcrculcux , sans 
analogues dans les inaladies e'niplives;\(iur surface etait 
inegale, bosselee, d'une couleur brune; I'un d'eux, deja 
ulcere, laissait sourdre une petite quantile de sanie 
purulente. 

L'elat general du maladc avail empire; 1' oppression 
des forces etait plus considerable, I'abattcment s etait 
transforme en cetle espece de somnolence avant-cou- 
reur du com;i, ramaigrissenient faisait des prugres, et 
la peau du corps presentait un aspect lerreux, lerne, 
cadaveriipie. 

La prescription de la veille est continuee ; on ajoute 
quelqucs cuillerees de vin de Bordeaux. 

Le12, la pustule de la region malaire afleclait un 
aspect gangreneux , ainsi que celle de I'aile gauche du 
nez en graude parlie delruite par Ic sphacele; la ron- 
geur livido du front , el rocclusion de I'anl gauche qui 
laissait echapperune sanie jaunatreet visqueuse, djn- 
naient a la face un aspect hideux. 

Une troisieine pustule apparul a droile, vers la ra- 



— 143 - 

cine du nez,; t;lle avail lo diamelrod'unc piece dc vingt- 
ciriq centimes, s'accompaj»nait d'uiie luuiefac)ion ery- 
sipclaleuse de la paupiere inferieure de I'ayd du inerae 
cole, (jue Ic raalade ne pouvait qu'eiiti'ouviir a pfine , 
et d'uii s'echappait uii rKpuile d'un as])ecl seinblabie a 
celui des opiitlialinies })urulenles des nouveaux-nes. 

Le meme jour, un relief du voluuie d'uiie grosse 
aveline se dessina sous la pt'au de la pailie movenne et 
exlerne de la jambe gauche; les ulcerations du pied 
droit versaienl un liquide seinblabie a celui des abces 
froids. 

La pClIU est chaude, seche; le pouls bat 1 18 fois , il 
est tres-deprcssible ; il y a 35 inspirations par minute, 
elles sent accompaguees d'un bruit assez sonore qui 
vibre dans les anfractuo^ites nasales. 

Du reste, on pout lirer facilemonl encore le nialade 
de la somnolence dans laquelle il est plonge ; ses re- 
poiises attcstent (^u'll conserve toute son intelligence ; 
la laiigue est un peu rouge et granuleuse a sa pointe; 
I'auscultalion n'oll're ricn de notable dans les poumons 
el le coeur, les urines sonl assez abundanles, la soif est 
moderee , la sensibilite au froid est tres-prononcee ; 
elle se Irahil par uii frisson convulsif , aussilol qu'ou 
agile les couverUires du lit. 

Le 13, rajuaigribsement est eflrayant. Deux abces 
exisleul au uiollel droit. 

line eccliyraose noiratre se montre au cole interne 
et inferieur de Tavanl-bras gauche, dans la region qui 
correspond a la lele du cubitus; sa dimension est celle 
d'une piece de vingtsous. 

Lne pustule d'uue largeur moitie moiudie, grise, a 
surface areulaire,occupela portion de la levre supeiieurc 
qui uvoisinc la commissure droile do la bouche. 



— i/i4 — 

Une autre pusUilc de nieme dianielre apparail a la 
region cervicale poslerieure ; la narine tlroite laisse 
suinter un liquide tanlot jaune , tanlol sanguinolent , 
dont on augmenle la quantile en pressant legerement 
I'aile nasalc de ce cote; la levre superieure est liorrible- 
ment tumefiee et se releve vers I'ouverturc anterieure 
des narines; le cole gauche du nez est frappede gan- 
grene, ainsi qu'unepartie de la paupifere inferieure de 
I'ceil de ce cote. Lcs glandcs sous-maxillaires sent lu- 
mofiees et douloureuses au toucher (glandage). 

Dans la soire'e, un tubercule pustuleux, d'un aspect 
chagrine, se manifesta a la parlie moyenne de la levre 
inferieure, snr les limites qui separcnt la pcau de la 
muqueuse; il offrait le diamelre d'un gros pels et pre- 
sentait une teinte noire. 

La prostration des forces est tres-grande; la face est 
bouffie et vulfueuse; on pent encore tiror de la som- 
nolence le maladoj qui repond paifois avec justesseaux 
questions; ses gemissements atteslent un malaise pro- 
fond etune vivc anxicle; la langue eslhumide;la deglu- 
tition dcvicnt plus difficile; le pouls est mou et s'eflace 
sous ledoigl; les inspirations sont plus frequenles; une 
selle diarilieique a lieu dans la journee; les douleurs 
des membres sont dechiraules, surtoutdans les regions 
arliculaires. 

Le 14, le pouls ne consisle plus qu'en oscillations a 
peine perceplibles; un rale muqueux se fait entendre 
du cote droit de la poitrine. — Vin de Kina , sina- 
pismes. 

Le 15, lejetiige a augmcnte; le flux nasal est formd 
par un liquided'uii jaune rougvatre sale, plusabondant 
a droilc qu'a ganclie, ol rpii va se perdre, en contour- 
uaiit les com-iiissurcs labialcs, et apres s'olre di^ise en 



— 1i5 — 

plusieurs bras, sous la inaclioirc itifcricure, ct dans le 
voisinagc du menlon. 

L'erapatcment d'un rouge livide qui occupe Ic front, 
les paupieres et le nez, a fait des progres clTrayanls; les 
trails du visage ont quclque chose do monslrueux cl ne 
conservent presque plus ricnde la forme humaineiune 
pustule plus petite que celles que j'ai decriles plus haut^ 
surgil du cote droit et vers la region moycnne du nezj 
elle est ombilique.^, d'uneteinlc noiratre a son centre; 
sa surface est dessechee , et sa circonference presente 
un aspect purulent. 

Le soir meme le liquide provenant du flux nasal 
du nialade fut inocule dans la narine droite d'un ane 
jeune et plcin de santc; le pus des pustules fut de- 
pose dans la narine gauche, au flanc droit et sur le 
ventre; un tampon de charpie impregnc-e de la snnie 
qui s'ecoulait des pustules, fut introduit dans les fosses 
nasales de I'animal et y fut rctenu a I'aide de quelqucs 
points de suture. 

Celte operation fut praliquee en presence de I\Jes- 
sicurs Ciobet et Maquart, tons deux mcmbres de I'A- 
cademie , des el^ves de I'ecolc de medecine , et des 
eleves internes de rHolel-Dieu, 

Je dirai plus bas les resullats de cette inoculation. 

A dix heures du soir,Radiere cessa de repondre aux 
questions qu'on lui adressait; la deglutition clait deve- 
nue convulsive; il avalait avec la plus grande peine 
quelqucs cuillcrees d'une potion tonique quejc lui avals 
prescrite le matin ; il n'avait pas rendu d'urines dcpuis 
18 heures; il avail eu qualrc sellcs diarrheiqucs dans 
la journee; une sueur poisseuse baignait tout le corps; 
des plaintes sourdes et inarliculees se faisaienl enten- 
dre a de courts intervalles; le pouls, ou, pour mieux 



- 1/.6 — 

ilire, les ondulalions ii peine sensiblcs de I'arlere s'e- 
Icvaicntli 135; la rci^piralion clait courte , precipitee ; 
il y avail W inspirations par niinulc. — On scntait 
quclqnes souhrcsauts dans les tendons des muscles dc 
I'avanl-bras. 

Le 16, a la visile du matin , aucun symplome noii- 
■veau ne s'clait manifesle ; cependant il elait facile de 
\oir que le malade s'aclicniinail a grands pas vers la 
morl; trois i^arde-robes d'unc folidile repoussanic 
avaienl cu lieu dans la nuit; le linge du malade elait 
imbibe dc quclques goutles d'urine; la respiration elait 
haletante, suspirieuse et plaintive, le pouls n'etait plus 
perceptible; le malade, inonde d'une sueur abondanle 
et visqueuse , ne pouvait elre eveillc du coma dans 
lequel il etail tombe; les soubresauts des tendons elaient 
plus tumuUuoux que la veille; la peau elait d'un jaune 
terne. 

A quatre licures du sair il avail succombe , apres 
une penible agonic. 

Aulopsie (40 heures apres la morl), 

L'ouverluredu corps , en raison de I'imporlance des 
rccherches auxquolles je devais me livrer, a dure cinq 
heures. Tousles visceres, louslesapparcils organiqucs, 
lousles tissusontet^ iuterroges avec la plus rcligieusc 
attention. 

Voici les desordres que j'ai rencontres : 

fdcg, — Les pustules so presenterent sous deux as- 
pects distincls : les unes etaient entieres; la plupart 
elaient ulcerees; d'aulres elaient gangrenees. 

Les pustules entieres elaient ou remplies d'une sanic 
purulenle, ou mamelonnees , et areolaires ; dans I'un et 
I'autrecas, le scalpel enlevait, en les raclant, une ma- 



— 147 — 

iiercjaunalre qui n'etait rien autre qu'unc infillralion 
purulenle des lames les plus superficiclles do la peau. 

LMnlillralion purulentc des couches dcrniiques etait 
portde au plus haul degrcdans les pustules uleerecs, 

Lespuslules gangrcneuses, depouillecsde la couelie 
noiratre qui les recouvrait , laissaicnt voir les orifices 
du derme plus dilates que dans I'elat normal et occu- 
pes par le pus infiltre ; puis dans le voisiiiage, el dans 
le lissu celiulaire sous tegumenlaire, on decouvrait des 
abees multiples, isoles, circonscrils, analogues sous plus 
d'un rapport aux abces metastatiques , aux depots 
qu'ou rcmarque dans {'intoxication puruierite qui suc- 
cede aux operations de la eliirurgie. 

Ainsi,oulre TinfiUralion pnriilente sous-pusluleuse, 
j'ai troiive deux abces bien dislincts et parfaitement 
isoles dans I'epaisscur dc la levre superieure; Irois du 
volume d'un tres-gros pois dans les graisses et les mus- 
cles de la jouc gauche; un dans I'epaisseur de la pau- 
piere infericure gauche , presque enliercment detruile 
par la gangrene ; cinq dans les tissus de la joue droite : 
ceux-ci elaicnt d'un volume plus petit que les prece- 
d'?nls, el se trouvaient agglomeres dans le voisinage du 
nez; la caroncule lacrymalc de Toeil gauche elait con- 
vertic en une matierc puKacee; du pus en nalure s'e- 
chappail de rorifice des glandes de Meibomius; I'aile 
gauche du nez avait disparu sous les ravages destruc- 
leurs de la gangrene; le lobule recelait une grosse 
goulle de pus. 

Exlrc'niilc's. — L'ecchymose, de la largeur d'un de- 
cime, placeea la parlie interne el inleiieurede I'avanl- 
bras, etait constituee par un sang grumeleux en parlie 
decompose et renfermant quelques goulteleltes d'un 
liquide l)lanchalre sembiable a du pus. 



— \/s — 

Le lissucellulaire cl los iimscles tics deux meiubrcs 
supericurs n'elaicnl le siege d'aucune lesion palliolo- 
gique; mais les arliculations des os qui enirent dans la 
composition de ces membres elaient abreuvees d'un 
liquide d\\n jaune serin [once ; au resle , celle disposi- 
tion se reproduisail dans les autres caviles arliculaires 
du squelette, qui cnt (ile toulcsouvertes, etdans tous 
les liquides de recononiie. 

Jen'y reviendiai done point, afin d'eviterdes rcdites 
fastidieuses. 

Les ulcerations situees aux malleoles interne et ex- 
terne du pied droit n'avaient entame que la peau et les 
lissus sous-jacents ; elles n'avaient aucune communica- 
tion avec les articulations dupied, dont les elements 
constitutifs elaient dans un etat parfait d'integrite. 

Deux abcesdu volume d'une aveline ordinaire elaient 
places dans lajambe droile : le premier formail un re- 
lief sous la peau qui recouvre le muscle juraeau interne; 
le second elait place enlre le |)lan superGciel et le plan 
profond des muscles de ce membre. 

La jambe gauche etait le siege de trois collections 
purulentes d'un petit volume. Deux soulevaicnt la peau 
qui recouvre le muscle jumeau externe; le troisieme 
etait caiitonnc dans I'epaisseur du jumeau interne ; le 
pus dont il etait forme etait mele a du sang a I'elat de 
deliquescence. On remarquait a la partie superieureel 
interne de la cuisse droite une eccbymose de la largeur 
d'une piece de cinq francs ; le tissu cellulaire sous-te- 
gumentairc oil elle siegeait n'offrait plus trace d'organi- 
sation. 

La cuisse gauche prcsentait dans le contour de son 
extremite superieure, trois ecchyraoses ayanl le meme 
aspect. 



— 149 — 

Si/slcme ]ijm]ihatHiue. — Los (k'sordrcs (ki sysfrme 
IvmplKilitjuo in'otil porn ooncordor avcc reruplion pus- 
(ulcuse (Icl.i faced ks ybct's iimllipics cles nicnibivs. 

Aiiisi , !o cliapelot dcs gant^lions sous-maxillaircs 
de chaqiie cote otait infccle, eonsideiabk-mcnl hyper- 
trophic, mais sans ranioUisscracn! inorbidc, et sans 
suppuration. 

Les gan(;lions axillaircs du cole gauche elaicnl lu- 
niefies cl bypcrcmies, Les glandes lyinphaliques da 
j)Ii de Paine , surtout celles qui .coloiciit la veins sa- 
phene, presenlaienl du cote gauche une augnicniatiori 
de volume et une injection remarquable. 

Cellos qui avoisinenl le pharynx etaicnt soulcment 
injectees, sansgonflement. 

Stjsteme sanguin. — Les veines dcs membres et du 
tronc, examinees avec le soin le plus uiiuulicux, n'ont 
laisse voir aucune alter;ition palhologique , a I'oxcep- 
tion de la veine sapheiie interne droite, qui prescntait 
une ecchyraose de deux cenlimelros d'clendue, ainsi 
que la veine tibiale poslerieuredu cok' gauche. 

Le sinus loiigiludinal supe'rieurde la dure-mcre etait 
allecte de la raeme maniere, ct rcnfermait un caillot 
lil)rineux adherent par une de ses exiremite's; les autres 
sinus de la dure mere etaient sains ainsi que les veines 
(k's cellules du (lijtloe ; les veines des aulres cavites 
si)lancliniqiies rcnferniaient un sang Ikiiik^ abondanl, 
et n'utlVaient, du resle, rien tie rcniartjuabh.' daiis kuis 
parois. L'arlne arteriel etait sain; ouverl dans lou!es 
ses ramifications et ses divisions les plus deliees, il n'a 
1 ien fourni a Tobservation. 

Syslihne cc'rchwraihidirn. — Les vaisseanx de !a 

10 



— 150 - 

pie-mere elaient distentlus par du sang noir; la sub- 
slancc du cerveau eta it moUe, friable, sans consistance, 
et laissail suinter, a la coupe , une quanlile inuombra- 
ble de goullelellesde sang noir tres-liquide , surtout 
dans riiemisphere droit, los corps stries et la corne 
d'Ainraon du cote g;iuche. Lc cervelet avait plus de 
densite que le cerveau ; coupe par tranches, il laissait 
transsuderde nonibreuses goultes de sang. Les ventri- 
cules etaient distcndus par une serositeayant la merue 
couleur que leliquidedes articulations. 

Le canal rachidien etait rempli d'un liquide sernbia- 
ble; la tige vertebrale etait diffluente dans une petite 
etendue, un peu au-dcssous du pont de Varole; le 
reste de la moclle etait sain ; les racines anterieures et 
posterieuresdesnerfsqui s'en echoppentn'ont rien pre- 
sente qui merilat d'etre note. 

Fosses nasales. — Voies ae'riennes. — C'est dans cet 
appareil que j'ai rencontre les alterations les plus 
graves, lesdesordres les plus caracterisUques. 

Les pustules dela membrane pituilaire ne formaient 
pas un relief tres-prononce, sans doute a cause de 
raffaissement del' epithelium, du a la dessication du li- 
quide qui le soulevait pendant la vie. 

Le plancher de la fosse nasale droile etait tapisse 
d'un detritus rougerure pullace , reposant imraediate- 
mentsur les os. 

Le cornet inferieur etait le siege d'une vive injection ; 
une infiltration purulenle avait detache la muqueuse 
dans son tiers moyen, et se trouvait en contact avecla 
substance osseuse. 

Le cornet moyen elait couvert de quatre pustules 
lenliculaires. 



— 151 — 

Une pusUilc ulceree, roiulc , ;i surface grisAlre, 
se faisait roiuar(iivjr dans Ic voisinage de rorificede la 
Irompe d'luistache. 

Dans les sinus clliiiioiilaux anleriours el dans Ics 
sinus fronlaux, la membrane piluitaire, d'une teinteli- 
vidc, etait parsemee depoinlspurulents au nombre de 
six, places sous repiUielium. 

Le cornet superieur, les sinus spenoklaux etelhmoi- 
ddux poslerieurs elaienl dans Telat normal. 

Lesiims maxilliaire superieur elait plein d'un liquide 
epais, glu.ml, d'une couleur jaune serin; la mu(iueuse 
rouge, et ramollie sur la paroi externe,supporlait deux 
ulcerations a fond grisatre. 

Fosse nasale gauche. — La pituitaire qui tapisse les 
anfraeluosites de cetle eavite elait convertie en une 
bouillie sero-sanguinolente ; sur [dusieurs points les os 
elaient a nu ; I'organisytion normale avail fait place a 
un ramolli"-sement pullace dans lequel on rencontrait 
ca el la quelques vestiges de pus jaunalre. 

Le sinus maxillaire de ce cole renfcrmail un mucus 
moins abondant que dans le sinus maxillaire droit , 
mais ce liquide avail la meine couleur; deux ecchymo- 
ses sous-musqueuses se faisaient remarquer a sa paroi 
interne 

Le voile du palais elait delruit dans la moilie de su 
baiiteur par une erosion ulcereusc a boids tallies a pic. 

Lamuqucuse palatine pre^enlait une vasle ulceration 
donl le fond, compose d'un diHritiis uoiralie, reposait 
imraedialement sur les os; les bonis de cetle ulcera- 
tion etaient irreguliercmonl festonnes. 

L'amygdale droitc liypcrtrophiee renfermait deux 
abces parfailemcnt dislincis el limites. 



— 152 — 

L'amygdale gauche, plus tuQiiifiec que la droile, en 
recelait trois parfaitemciit circonscrits. 

Trois ulcerations a fond terne ct giisatre se lais- 
saient voir a la paroi postcriourc du pliarynx. 

Unabces du volume d'uue grosse aveline etait loge 
duns le lissu cellulaire posl-pliaryngien. 

Trois pustules miliaires suppurces se remarquaient 
surl'epiglotle, et deux surchaque corde vocale. 

La tracheeel les bronches elaientfortcment injeclees 
et remplies d'une spume sanguinolente. 

Poitrine. — Les plevres rcnforraaient environ un li- 
tre d'une serosite de couleur jaune serin. 

Les deux poumons etaient lacheraent unis aux ple- 
vres costales,par quelques adberences cellulaires faciles 
a detruire. 

Leurtissu etait le siege d'une pneumonie hypostali- 
que a la partie poslerieure. 

Treize abees se faisaient reraarquer sur le lobe supe- 
rieur du pounion gauche; ils bosselaient la plevre sous 
laquelle ils etaient iraniediatcnient places. 

Les uns conlenaienl un pus parfaitenient lie el ho- 
moaene ; d'autres etaient formes par unc substance 
derai-concrete, analogue en apparence a la substance 
des tubercules an debut de leur ramoUissement. 

Qualre d'entre eux etaient entoures d'un cercle ec- 
chymoliquc. 

Le parenchyme de ce poumon recelait en outre deux 
eccliymoses, deux depots iiemorrhagiquLS, au centre 
tiesquels on apercevait du pus en nature. 

Le volume de ces nombreuses collections purulentes 
n'excedait pas celuid'un Ires-gros pois. 

Le i)ouinon droit renfermait neuf abces, dont quatre 



— 133 — 

elaieiil [daces dansle lobe superieur, el forniaienl iin re- 
lief tlu volume d'unc pelilc aveline ; les cinq aiilres 
elaient ronfernics dans Ic parencliynic du lobe int'ericur; 
ils claieiil entoures d'un eercle ecchymolifiue, et n'ex- 
cedaienl pas le volume d'un noyau dc cerise. 

Lepericarde necontenail (ju'une petile quanlile de 
serosite de coulenr jaune serin. 

Lo occur elail dans un dial normal [)Our la consiri- 
tance el le volunn'; une large tache eccliymolitine occu- 
pail la parlie moyenne du ventricule droit; les cavites 
gaudies de eel organc ctaient vides ; celles du cole 
droit renCermaient du sang a demi concret. 

Appareil digestif. — L'esloinac etait d'un petit vo- 
lume el comuie recroquevilld; deux cccliymoses de la 
largeur d'un ccnlime se faisaienl reraarquer sous la 
muquciise dela })arlie moyenne de la grande courbiire. 

Les intestins greles etaicnt constelles d'ecchymoses 
poncluecs placees sous la sereuse peritoueale. 

J'ai rencontre trois tres-pelitcs collections purulentes 
dans I'epaisseur des membranes du gros inteslin. 

Le foie etait sain. 

La rate elail friable; son parenchynie, imbibe de 
sangnoir, se reduisait en bouillie sous la plus legeie 
pression. 

Appareil urinaire. — Le rein gauche i)resen(ail une 
large extravasation sanguine qui se trahissait par une 
taclie blcualre siliiee sur sa face anterioure. 

La vcssie conlenait de I'uriiie <loiit la Itintc elait 
seniblable a celle que j'ai reiiiarqiiee dans tons les li- 
quidcs de reconomie. 



- loi — 

Tels sonl los ravages que celle aflVeuse maladie a im- 
pririies sur son passage. 

L'iiiiportancc cle I'dliolugie dans la (juestion de la 
inorve, los doutcsqui subsisteul encore ii cesujet dans 
quelques esprits, m'ont fait \in devoir de recLercher 
avec le plus grand soin les causes qui pouvaient avoir 
fait naitre rairection a laquelle Radiere a succombe. 

Des horanics eniinents onl agite la question de savoir 
si riiomme, place dans les nieraes conditions que les 
chevaux, pouvait conlracler sponlaneinent la morve, 
independanameril de la contagion. 

Mais jusqu'ici , corame cette maladie n'a se'vi que 
sur des individus qui se trouvaient en relation avee 
des chevaux morvcux, cette question doit elre laissee 
de cote; car dans un sujet aussi grave, on ne peut ar- 
gument er en dehors des fails, 

II i'aut done se contenler d'etudier et de conslaler 
I'iutluence des aulres conditions qui concourent au de- 
Aclopperaenl de la morve, de concert avec le virus 
morveux. 

Recapilulons en peu de mots les causes du develop- 
pement spontaiie de la morve ehez. le cheval, toutes ad- 
mises par presque tons les hijtpialres; ce sont : 

1" L'entassement des aniniaux dans les ecuries ; 

2" L'aeration incomplete, I'obscurite, I'humidile uu 
local ; 

3" Les marches el les Iravaux exagere's ; 

4" Une nourriture iusultisanleou malsaine; 

5" Les operations pratiquees sur les animaux. 

On lie peut faire I'application de ces causes a Ra- 
<liere, et aucune d'elles n'a pu concourir a develojiper 
thez lui la maladie donl il a ele viclimc. 



— 155 — 

M. de Boulleaois, aussitol qu'il eul connaissance de 
la mort mallicureusc de Radiere, se rendit en loute 
hate au village de Talma, pros de Grandpre, pour re- 
cueillir des ronseigneinenis sur I'elat sanilaire des ecu- 
ries de M. Labbe, cullivaleur, chcz lequel Kadiere 
avait servi en qualile de palefrenier; la, il apprit que 
M. Labbe ne laissaitpenetrerpersonne chcz lui, qu'il 
avait perdu plusieurs chcvaux vers la fin de raunec de 
184-3, et qu'il sequeslrait soigneusement ccux qui lui 
restaient. 

Sur la priere que je lui en adressai, et afin de ren- 
dre plus precises les instructions dont j'avais besoin, 
M. de Boullenois deraanda un rapport a M Guille- 
mard, a Grandpre. Get habile velerinaire uie fit par- 
venir les details suivanls : 

Le 8 de ee niois (mai 18Vi), M. Guilleuiard visila 
les ccuries de M. Labbe : eiriq chcvaux y etaient ren- 
fermes; il constala sur I'un d'eux le jelage par les 
deux narines d'un liquide verdalre, abondant, un en- 
gorgement prononce des glandes lympalliiqucs de 
I'auge, et des ulcerations multipliees de la luuqueusc 
qui lapisse les fosses nasales. 

Deux ans auparavant, M, Guillemard avait dcja 
doane des soins a ee cheval, sans que le trailement ra- 
lionnel auquel il le souniit alors eiit procure !a plus le- 
gerc amelioration dans son ctat. Presse de questions 
auxquelles il refusait d'ab ord de repondre, el voulant 
se mcllrc a I'abri de (out soupyon, M. Labbe, conime 
tons ceux qui out des torts a se reproclior, commcnca 
par se Jeter dans une serie de denegalions au milieu 
dcsfiuelles il etait difficile de denieler la verite; puis 
enfin il confessa a M. Guillemaid, (pii lui adrcssait de 
vives et de severes inlerpellatinus, (pi'ii avail aoliete, 



— 15G — 

au prix du IrcnJe francs, deux iiiois avanl. que le cho- 
val donl il est question devinl inalade, uiic juinenf 
qui avail Ic jelage v\ qui clait glandc'e , ct qu'unc au- 
tre jumenf, (jui n'avait pas larde aussi a contracter la 
raeme allV'clion, avail ^te aballue dans le courant do 
riiiver dernier. 

M. Labbe a done possede trois chevaux alleinls de 
morve chroniqne. 

C'est au milieu de ces facheuses conditions que Ra- 
diere entra au service de M. Labbe. 

C'elait un jcune homme d'nno sanle (lorissante, so- 
l)rc el de nio'urs lies pnrcs. 

Maintenaril il faul laisser purler M. Outer, medecin 
a Senuc, dont le savoir el I'experience ne peuvenl elre 
mis en doute. Ce pralicien distingue avail donne des 
soins, vers la Gn de fevrier dernier, a Radiere, alors 
alteinl d'une entorse du pied <lroit, puis il avail cesse 
de le voir jusqn'au 28 mars suivant, epoque a laqnelle 
des phenom6nes raorbides inquietanls se declarerenl et 
marcherent dans I'ordre suivant : 

line pustule s'etait ouverte pres de la malleole ex- 
terne du pied droit; il s'en ecoulail un li(}uide lactes- 
cent ; il y avail de la Gevre avee paroxysme le soir. 

Quelques jours plus lard, il survint une cephalalgie 
contusive et accablanle el nne legere surdile; il y avail 
de la lenteur dans les reponses; les mouvements des 
membres ne pouvaient s'cxecuter qu'avec des douleurs 
alroces. 

Le 4 avril, une ulceration nouvellc se declaia dans 
le voisinage de la malleole interne; elle laissait sour- 
dre une serosile baveuse d'un aspect grisalre; un le- 
ger erysipele commencait alors a leiudred'un rose clair 
I'aile gauche du ncz; au centre de eel erysipele ou 



— ir>7 — 

voyail poiiidrc une petite tuiiiour pustuleiise. La fievre 
CDiilinuait ct rabatleiiionl ('tail cxIilmiio. 

C'est clans cct elat que Uatliere \iiit iiiiplorcr Ics se- 
couis (Jc I'ait a I'lIotel-DiL'u do Reims, oil il nioiirut 
apres un sejour d'unc scmaiiie. 

Ainsi, il resulte dii rapjiort dcM. Giiillciiiai(l la certi- 
tude quo M. Labbe, le maitre de lladiere, avait des 
clkvaux nioiveux ; il est avere, en ouire, <]ne eelui-ci 
a dorme <lcs soius a ces aniuiaux, ct qu'il a habile I'ecu- 
rie oil ils elaiciil iml'er;nes. 

De plus, lu note de mon honorable colle^ue M. Outer 
ne laisse aucun doule. Une nialadie I'ebrile i^enerale, 
accompagnee de douleurs simulant le rliuniatisme, se 
declare ehez Radiere dans Ics |;ren)iers jours d'avril; 
iMsulite el ol)scure dans son debut, elle vienl se trahir 
a Reims, pendant la vie, i)ar un ecoulement pulrila- 
ijineux des nariiies, par des bulks gangreneuses a la 
I'cau (jui ne pcuvent etre confondues a\ec celles de la 
pustule nialigne, par une eruption parliculiere, speci- 
pqne, qui ne pent eire assiinilee, parses earacleres 
|)hysiquts, ni a celles de la variole et de la variccile, ni 
aux |)uslulcs de reclhima, ni aux tubcrcules su[»pu - 
rants de I'yaws, ni a aucun autre exanlhenie eonnu. 
Celle maladie, apres avoir pousse, a tra\ers des orages 
cflVayanIs, sa victinieau toiubcau, vicnt attesler, qu'elle 
a eiupoisonne lout rorganisinc, en Idissant des cni- 
preiiiles niorlelles dans tons ics sysleaies , el lout cela 
ajues avoir suivi une uiai( he qui n'appaitienl (ju'a elle, 
el qu'ou cherchcrail en va n dans Ics tableaux uosolo- 
giques. 

Quelle elait dune cclle nialadie dont la pliysionomie 
siiiislre asait ellraye a si juste litre M. le doclein l)u- 
lei et lenusori (.lia'^ioslic en t'chcc? 



— 158 — 

Cetle maladie etait la morve. 

Ce que Ton connait tics desortlres analoiuiquos (juc 
rinveslij^ation cadaveriquc a constates chez lladierc, 
siiffirait pour confirmer cctte assertion. 

Cependant , pour aclicver de convaincre les esprits 
les plus prevenus , jo veux faire parlor un fait contn; 
lequel tons les raisonnements viendront inevitablemcnt 
se briser , et produire une prcuve qui raetlra la vcrile 
dans lout son jour. 

Comment a agi le pus puise dans les narincs et les 
pustules de Radiere , et depose sur I'iine par inocu- 
lation? 

Cepus a engendrela morve. 

Ainsi, un liquide provenanl d'unc maladie morlelle 
survenue chez un homme qui avait vecu avec des 
chevaux malades, ce liquide, dis-je^ a determine la 
morve. 

Cette experience, du reste, n'est pas nouvelle ; elle 
a etc repetee plusieurs fois par des hommcs qui ont 
fait de la question qui nous occupe Tobjet de leurs 
meditations. 

Le 15 avril, rinocuiation a ete faile a la marge de 
chaque ouverlure nasale, au moyen de la lancelte char- 
gee de pus. Ces premieres inoculations furent sous- 
epidermiques ; de plus, au ilanc droit j'ai depose du 
pus sur une petite plaie resultant du grallage del'epi- 
derme. 

L'animal fut ensuitt; confie a un equarrisseur qui lui 
donna dessoins pendant !e reste de son exislence. 

Le 18, je remaKjuai pres de la narine droite une tu- 
mefaction dure el peu douloureuse; elle allait se termi- 
ner pros du cartilage de la nieme narine; I'auge du 



— 159 — 

niemccotc presenlait deja un Ic-i^er cmpatcmenl. L'dtal 
goiieralde I'animal u'avail |)as change. 

Lc 19, je constalai I'exislcnce d'uiic jtusluk! dc la 
largcur d'urie piece de vingl cinq centimes, siluee sur 
la marge dd'ailc exfernedroile du ncz;en coin|iriniant 
celle-ci, 11 s'echappul une sanie iclioreuse j;iuiu\lre. De 
cette pustule parlait une corde farcineuso, noueuse, 
grossecoinme un fort luyau de [)lume, qui se rendait, 
en longeant la levrc snperieure, et apres avoir Cin- 
tourne la commissure, au ganglion engorge dc Pauge. 

Lc20, 1'appetit diuiiuue; on remarque un jelage par 
la narine gauche; le poil de I'animal se dresse el se 
ternit; lc eeutrc est teudu ; la lete est basse; Ics con- 
jonctives s'injectont; les paupieres se couvrent d'une 
chassie jaune et gluantc. 

Le2I,il s'ecoulait de la narine droile tine sc-rosile 
coulcur de rouiile ; I'animal ne mangeait pas; il restait 
couche el agile de tremhlements gene'raux ; le pouls 
ctait accelcre et la respiration precipitoe. 

Le 22, le jelage est tres-abondynt ; il charrie a droile 
des strics sanguinolentes; les yeux sont larmoyants et 
injocles; les battemcnts arleriels sont tuniultueux , pe- 
tilset confus; I'animal se souticnt a peine; il boil en- 
core un peu d'eau blanche; les poils s'arrachenl a la 
moindrc traction ; la respiration est tres-acceleree ; il y 
a trois selles diarrheiijnes dans la journee. 

Le 23, le jelage des deux narifies est sangninolent ct 
trace des sillons ulcereux sur la marge nasale; I'ani- 
inal est tout-a-lait abatlu; le facios est grippe; les ex- 
Iremites se refroidissenl, la respiration esl tres-labo- 
rieuse; I'animal se couche pour ne plus se relevcr, el 
ineurt dans d'horribles convulsions. 

L'antopsieen'fut failctrcntc heures apiesla morl,en 



— 1G0 — 

presence de M. le doclcur llanne(iuin , lucdocin de 
I'Holel-Dieu, de M. Demilly, velcrinaire ct uiedccin des 
epizootics de rarrondisscinent, ct des eleves de recole 
de medecine. 

Disons d'abord que la plupart des alterations con- 
stalees siir cct aiie elaieiit, par leur siege et lour nature, 
semblables a celles qui se remarquent sur les solipedcs 
qui succombenl a la morve aigiie, developpt'e sponta- 
neinent ou par inoculation, d'animal a animal. Nean- 
moiiis, conime la malidio qui a donne la luort ii I'line 
est le resullat de rinoculalion ; comrao elle apparlient 
al'hisloire, encore a faire, des atloctions provoquees par 
rinoculalion de liquides purulentset septiques, je vais 
decrire avec suin les desordres que j'ai rencontres, afin 
qu'on puisse apprecier I'analogie frappanle qu'clles 
prcsetitent, avec celles que nous avons constatecs cliez 
I'infoitune Radiere. 

Tele. - Quatre pustules a surface raamelonnee, en 
parlie ulcerces, a fond grisalre, sale, etaient situees 
sur la parlie luoycnnc de la levre inferieure. 

II y avail idendile absolue cnlrecclte lesion et les 
noiubreuscs |)ustuk's observees cliez lladiere. 

Le lissu libro-carlilagineux de rcuverture des fosses 
nasalcs etait dur, cpais, conime lardace. 

La joue dfoile etail le siege d'unc vaste inGllration 
sanguine qui baignail le tissu ccllulaire el toutlesys- 
leme musculiire de cctte region. 

La joue gauche laissait voir les mcrnes desordres , 
mais ii un degre uioins prononce. 

La narine droite presentail uue multitude d'ele- 
vures , faisanl a peine saillie au-dessus de la rau- 
tpieuse; ellos elaicnl isolees sur certains points, agmi- 



— ICI — 

noes sur d'autrcs, el avaient une (einle d\in blanc mat. 

Oiiclquos-uncs de ces dlcvurcs elaient ulcerees a U;ur 
surface el laissaienl voir le tissu miujiieux imbibe dc 
malieie piirulcntc. 

Cellos (jui elaient inlacles apres avoir etc ineisces 
avcc precaiilion, pcrnieUaicnt dc reconnaitre qu'elles 
consistaienl dans une infillralion piirulenle,dausde ve- 
ritables abces places sous I'epillielium. 

Ces alleralions pathologiqucs se remarquaient sur 
loules les regions de la fosse nasale dc ce cote, inais 
elles etaicnt plus n imbreuses sur la cloison que partout 
ailleurs. 

La meme disposition regnait dans la narine droite , 
seulemenl les ulcerations s'y faisaient voir dans une 
proportion plus grande qu'a droite. 

Les ganglions sous- maxiliaires efaient enorme- 
ment hypertrophies el parsemes d'ecchyinoses. 

Le larynx et la tracheearlere n'oflVaient aucune 
lesion. Le pharynx etait lapisse de pustules purulentes 
miliaires. 

Les poumons elaient farcis d'une enorme quanlite 
de depots purulents qui simulaienl par lour nombre les 
plithisies miliaires les mieux caracterisees ; ces collec- 
tions n'etaienl pas placecs seulementala peripheric, le 
parenchymelui-meme en etait penelre ; quelques ones 
d'enlre elles elaient entourees d'une aureole rouge ou 
cernees d'une zone ecchymoti(iue ; lour grosseur ne de- 
pass lit pas lovolunu^ d'uii pois ; les unes elaient reu:- 
plies d'un pus liquide, liomogene, louable; les aulres, 
et c'etail le plus grand nombre, se composaient d'une 
maliere albumino-librineuse concrete. 

C'cst cette dispnsition et cette lausse resscmb'ance 
avec le luberculo (pii a si longl(>mps induit les veh-ri- 



— 162 — 
n.iirescn erreiiret qui les a conduits a confondre avcc 
cette production patholof^iiiue une secretion morbide 
qui en est tout-a-l'ait dtstincte , qui n'cn a ni le 
caractore physique ni la composition cliimique. 

II n'est pas niicossairc (Pinvoipier Ics luiniercs de la 
cliimie nieJicalc pour obtenir a cot ei^ard dos cclaircis- 
semcnts que dans Tetat actuel de la science elle ne pent 
fournir; chacun sail que le sang des soli|iedes (ane, 
mulct, cheval) donne, dans les conditions normales de 
la sanle, une couenne appclee caiilot blanc par les hip- 
pililres. Cclte singularite nc peut-elle pas expliquer les 
modilications (ju'on trouve dans les maladies qui , 
comnie la morve aigue, se caraclerisenl par des con- 
gestions purulentes? 11 n'est pas dciraisonnable de le 
penser. 

La cavite thoracique etait remplie d'une grande 
quantite de serosite sanguinolente. 

Bas ventre. — La rale etait convertie en une boue 
sanguinolente. 

Le foie elait infilire de sang, et pre'senlait qk et la 
quelques ecciiyinoses sur sa surface convexe. 

Plusieurs plaijues gangreneuscs se dessiiiaicnt sur le 
tube intestinal. Le rectum en portait une qui n'avait 
pas raoins de six pouces de longueur. 



I 



Cerveau. — Les vcines qui rampent a la surface de 
cet organe, les sinus ccrebrauxella substance enceplia- 
lique etaient gorge^ d'une enorme quantite de sang 
noir. 

Sysleme vasculaire. — Les veines etaient remplies 
d'un sang noir et fluide; les arteres n'odVaient rien 
de remarquable. 



— 163 — 

Membres.— On n'a pas trouvd de pus dans les lissus 
ccllulairc et musculairc; loutes les arliculalions , a 
rcxce|)lion de cellc dc la hanche du cole droit , elaient 
rciiiplics d'lin liquidc jaunc serin corame chez Radiere. 

Tcls sont les faits les plus saillants de oelte ohserva- 
lion; ils cuuOriuent pleiiiemont ccu\ qui ont deja ete 
public's sur le meme sujet, et mellent liors de doute 
rexistenccde la morvc chez I'liomme, et sa contagion , 
on passant du cheval a riiomme; ilsviennent porter la 
conviction de la possibilite de cetle transmission mor- 
telle parmi ceux nienies qui, peu confiants dans I'cxpe- 
rience des aulres , croiraienl devoir allendre de nou- 
veaux faits avant de se prononcer sur un sujet aussi 
grave. 

lis demonlrentla nietaraoiphose , la transformation 
de la morve chronique en raorve aigue, qui a lieu par 
sa transmission a rhommc,etlevenl les doutcsqui pour- 
raient encore exister a cet egard. 

lis etablissent , de niaiiiere a fairc tairc toutes les 
objections, la s/)t't»'^t<7edu virus morveux par la nature, 
la physionomie ct Ic siege des desordres constates sur 
lecadavrederiiommecontamineetsurcelui de I'animal 
inocule, ct I'idenlile de la morve des solipedes avec 
celle de I'homme, par la similitude des lesions necro- 
bcopiques. 

Eiifin, ils attestent que la morve est une maladie 
lotius subslantiw, une infection gonerale due a un agent 
loxiquc, a un poison morbide. 

En ellet, ce n'cst pas seulement une lesion des fosses 
nasalcs. 

Sans doute les fosses nasales sont bien le point sur 
lequel la maladie porte sos principales einpreintcs, son 
cachet patlwgnomonifjue, mais ce n'esl pas dans cctte 



— IG/i — 
lesion specifique que reside sa IcHialile. La mort qn'ello 
ti-aine toujonrs a sa suile, trouve son explioalion dans 
dans une vicialion profonde et inysU'ricuse du sang, 
les abccs niidliplos qn'clle fail gernier avee une de- 
solanle prodigalile dans les \isceres el donl elle em- 
poisonne les sources de la vie, dans la purulence cl la 
desorganisalion gangreneuse des organcs les plus ira- 
portauls de reconomie, donl les fonctions succonibenl 
apres une luUe de courtc durec, qui se trahil^ pendant 
la vie, par des phenomenes d'une gravile eflVayanle. 

Tel est le lableau d'une nialadie qui augmentera 
infailliblement le nombre de ses \icliraes , si on ne 
s'applique pas avec une active vigilance a delruireles 
causes sous I'empire desquelles el!e se developpe, et 
sionlaisse dorrair dans I'uubli les reglenienis de police 
sanilaire donl rinexeculion [)eul iHie si funeste pour 
ceux qui sont en conimuriicalion de lous les instants 
avec des aniraaux malades. 




BALISTIQUE 



KEVLEWONS 



siir un Bouveau mode de charger Ics armes rayees , decouverl par 'De\vvqne , 
ancien ollicier d'infantcrie, 

par U. lo baron SSKllART, auclen ollicier 
d'<^tat-major. 



(EXTRAIT.) 

II y a 20 ans environ, lorsqu'on enlcndit par- 
lor pour la premiere fois, dans le monde militaire, des 
inventions dc M. Delvigne, on les prit pour des reves. 
Qni aurail cm, en eflet^ que Ton put forcer la balle dans 
une carabine rayec, avec une baguette ordinaire, sans 
employer plus d'cilorts el de temps qu'on n'en met a 
bourrer la cartouche dans un fusil ordinaire, et que 
cclle balle aussi facilement forcee acquerrait cepen- 
danl plus de justesse et de porlee que celle des cara- 
biniers tyroliens ou suisscs, cliargee peniblement a 
coups de niaillet. 11 elait bien plus difficile encore de 
croire qu'uinsi qu'il le pretcnd;iii , Delvigne ferait sau- 

11 



— 166 — 

tcFj a la grandc porlee tie son armo, un caisson d'arlil- 
lerie cliaque fois qu'il le louclicrait, quand, au lieu de 
se servir de la baile ordinaire, il chargerait avec uoe 
de ses balles-obus. 

Dcs experiences successives conDrmerent cepen- 
dant cliaque fois ce que Dclvigne avail avance. Celle 
derniere invention pouvait avoir des consequences iin- 
menses, qui ajouteraient en cas de guerre desastreuse, 
a I'independance des nations. 11 est telle circonstance, 
en effet, oil quelques tireurs resolus suffiront pour ar- 
reler court une armee victorieuse dans sa marcbe en- 
vabissante : dans les pays de montagnes et de rocliers, 
dans les contrees boisees ou coupeespar des ravins, au 
passage des ponts, dans les lieux favorables a de pe- 
lites embuscades qu'un simple buisson pcut couvrir, 
il suffirait d'une decharge heureuse d'ariues cbargees 
de balles-obus, pour faire sauter le pare de diflerents 
corps et meme le grand pare de Parmee ennemie. Ainsi 
pourrait changer loul-a-coup le sort d'une malheureuse 
campagne, 

Le moyen d'assurer la direction des balles d'une 
raaniere surprenanle fut decouvert, il y a plusicurs 
siecles ; mais les inconvenienls insepaiables de son 
emploi ne perrairent pas de I'appliquer aux amies de 
rinfanlerie de ligne. II consiste a pratiquer dans le 
canon un certain noiiibre de rayures en spirale, et a 
charger I'arme avec uneballe d'un dianietre plus fort 
que le calibre, laquelle doit, par consequent, etre in- 
troduile de force. Celte balle qui se trouve moulee dans 
les rayures, suit I'inclinaison de la spirale et recoil 
ainsi un mouvementde rotation perpendiculaire a I'axe 
du canon; ce mouveraent paralyse toutes les causes de 
deviation dans le sens lateral ; la balle, conservant dans 



— 167 — 

loute sa course la rotation qui Uii est impriniee, suit 
invariablinient la direction (|u'olk' a roeue, satif I'in- 
fluence que le vent pent exerccr sur elle. Mais a cute 
de I'avautage resultant de la justesse du tir dos amies 
rayees, se presenta rincotivenient inevitable de la len- 
teur de la charge, inconvenient resultant de la neces- 
site de forcer la balle a coups de maillet. Neanmoins 
la juslesse du tir elait si supcrieure que Ics difTerenls 
etats de 1' Europe, a rexce[)tion de la France, de I'Es- 
pagnc, des principaules Italienncs, de Genes ct de Ve- 
nise, adoptercnl la carabine rayee pour des corps de 
tirailleurs. Lacompagniedes Indesanglaisesentretient 
depuis long temps un corps de carabiniers tres-bien 
exerces, ct ccs homines presentcnt, dans les circon- 
slances oil ils agissent, urie force bien supcrieure a celle 
de Tinfanterie arm(^e de fusils. L'economie qui en re- 
sulte est done evidente. 

La Suisse est le pays oil depuis longteraps cette arnie 
estlemieux fabriquee;c'cstaussien Suisse que Tons'en 
serl avec Ic plus d'avantage. Le systeine de guerre de 
I'Empire elait tel, que quelques railliers de carabiniers 
n'auraient pas pu avoir une grande inlluence dans les 
operations militaires; quelques essais fails a cette epo^ 
qucet sans discernement n'eurent pasde suite : cepen- 
dant, en 1822, le general d'artillerie baron Evain remit 
au due de Bellune, alors ministrede la guerre, des or- 
dres el des notes de Napoleon au nonibre dc 1 500, par- 
mi lesquels iigurait un ordre de faire arnier de cara- 
bines rayees qualre sous-oflicicrspar compagnie d'in- 
fanterie ; on avail commence a mettre eel ordre a 
execution apres la bataille d'Eylau. Necomprenanlpas 
pourquoi, apres la guerre, on n'avait pas songe , dans 
lanouvelle organisation de Tarmc-e, a suivre rexemple 



— 168 — 

depresque loutes Ics puissances de I'Europe, Delvigne 
s'occupa d'abord de rechercher la cause de cet oubli, et 
apres avoir acquis la conviction que la difliculle de 
charger I'arme etait ^obstacle a vaincre, il parvint en 
1826 a Irouvcrlc moyen d'y remedier. Ce moyen con- 
sisle a forcer au fond du canon, sur une chanibre frai- 
see, convcnablcmenl evide3 a son orifice, <'tpar le siin- 
plecliocde la baguette, une ballc inlroduile libremenl 
par la bouche , en sorte qu'on peul luaintenant charger 
une arme rayee aussi facilemeot qu'un fusil, 

Enlre autresepreuves qui eurenl lieu au camp de 
Saint-Omer, en 1828, on Gt tirer Delvigne en concur- 
rence avec un voltigeur du 61" regiment de ligne, qui 
passait pourtres-habilCj et auquel on remit, un paquet 
de 15 cartouches. A un signal donnti ils commcncerent 
a tirer ensemble, et pendant que le voltigeur tirait ses 
15 cartouches , Delvigne tira 21 coups de carabine et 
amorcait le 22". 

Delvigne se decida plus tard a faire connaitre un 
avantage attache a I'emploi de sa carabine, qu'il avail 
tenu secret jusqu'alors. Cet avantogc consistait dans la 
facilite de rcmplacer Ics balles ordinaires par des ballcs 
inccndiaires , capables de faire sauler un caisson d'ar- 
tillerie a une tres-grande distance. Quelques modifica- 
tions dans la baguette, et la certitude de savoir preci- 
sement quel etait le point de la balle qui touchait d'a- 
bord le but sur lequel on tirait , entrcrent dans Ics 
elements decette nouvelle invention. Les balles consis- 
laicnt en un globe de cuivre rempli depoudre et re- 
vetu de plomb, arme a I'extremite anterieure d'une 
capsule qui fait explosion en dedans, au moyen duchoc 
d'une tete en fer fixec par une poinle arcxtrc'mite op- 
posee. La baguette elant evidcc forcait la balle sans 



— 169 — 

toucher la capsule. Des epreuves heureuseseurentlieu; 
etenOn I'expedilion d'Alger se preparant, le general 
Lahitte , commandant rarlilleric , presida a une expe- 
rience dans laquclle il Gt sauler lui-memea la distance 
de 400 metres, un cube dc bois d'une puissance consi- 
derable, avec une bal!e obuscnacicr. Le general deraan- 
da alors que Delvigne fut attache a I'expedition avec un 
detachement de cent homnies armes de fusils de rcm- 
part,conslruits d'apreslesyslemederiiivenleur adapte 
aux balles inccndiaircs. Aratlatjue du fort I'Empercur, 
cette petite troupe choisie parmi les plus liabilcs fut 
chargec de tirer sur les batteries algericnnes , pour in- 
quicler les topgis. On voyait parfaitement au milieu 
d'une epaisse fumce, les ballcs-obus eclater contre les 
joues des embrasures ; on ent'jiidait merae leur explo- 
sion, ce qui lit donner par les tireurs, au nouveau fusil 
de rempart, le nora de fusil a re; etilion. 

Comparons mair.tenant les deux syslemes d'arme- 
ment , I'ancien et le nouvoau. 

La plus grande portee eflieace du fusil ordinaire, 
contre (les hommcs isoles , est de 250 metres; a cette 
distance, tcrme moyen, sur cent coups , cinq portent 
dans la cible : I'arme de Delvigne, au contraire , en 
met 80 sur cent; la oil le fusil do munition ne conserve 
plus aucune justesse , la carabine de Delvigne porte 
encore la balle avec une precision etonnante. 

Ainsi, on le voit , avec I'arme ordinaire de I'infan- 
lerie, sur un terrain uni , le soldat elant calmeet sous 
la surveillance de ses chefs , il faut 20 coups de fusil 
pour toucher uii homnie. Mais que Ton suppose le sol- 
dat devant rennemi, agite vivcment par le combat et 
dans un terrain accidenli-, Ton pourra I'acilement croire 
que pour tuer un homa'c, il faut des cenlaincs de coups 



— no - 

de fusil : c'esl ce que lo niardchal <le Saxc appellc; dans 
ses Memoires la tireriederinfanlcrie. A la seance de la 
chambre des deputes du 28 jiiin 1839, M. Arago et 
quelques autres deputes qui pi irent part a la discus- 
sion oil Ton s'occu[)a de Delvignc el de son systerae , 
exprimerent I'opinioii que , tcrme raoyen , il y avail 
2,000 coups de fusil tires par honime tu^. On concevra 
des-lors, comment on aete quelquefois oblige de dou- 
bleret mcme de tripler I'approvisionnement des car- 
touches pour I'infanterie, calcule pour unecarapagne, 
a raison de 200 par homme. L'approvisionnement sim- 
ple de cent raillehommes d'infanlerie est de25 millions 
de cartouches, pesanf ensemble 700,000 kilogrammes, 
charge de 1200 voiturcs ou caissons: sui)posons qu'on 
double ou qu'on triple cet approvisionnement , on ar- 
rive au nombre eflVayant de 3,000 caissons; e'est bien 
alors que , comme les Romains , on pent appeler les 
bagages impedimenla, el cependant les leurs elaient 
bien peu de chose en comparaison. 

L'arme de Delvignc tirant 13 a IG fois plus juste que 
le fusil ordinaire, permel dereduire ce nombre cnorme 
de voilures a deux ou trois cenls au plus pour un ap- 
provisionnement decent mille hommes. Quand le sys- 
teme aura ete applique aux bouches a feu de I'artil- 
lerie, ce sera quelque chose de bien plus avantagcux 
encore sousce rapport. 

Je viens de donner une idee des deux parties du 
systeme de Dolvigne, qui onlsoulevede vives objections 
de la part de ses adversaires; il me resle a exposer sa 
decouverte la plus recenle, celle dont les resullals, en 
depassant tout ce qu'on pouvail imaginer, lui onl con- 
cilic les suffrages des hommes de guerre les plus haul 
places, etdcs personnages les plus augusles. 



-— 171 — 

Depuis longtemps on avail essaye de lancer avec dcs 
amies de gros et de petit calibre, rayces et non rayt^es, 
des projectiles allonges de diflcrentes formes. Le but 
principal qu'on se proposait d'atleindre, par Icur ein- 
ploij etaitd'oblenirplus de juslesse de portee et plus 
de penetration , en diminuant la resistance de Fair, 
en proportion de larecluclion de leiir diametrc com- 
pare a celui des projectiles splieriqucs de raerae poids. 
Les dilTercnts essais qui furent tentes n'eurent j)as de 
resultats satisfaisanis , parce qu'a une distance assez 
courte du point de tir, ces projectiles eprouvaient dans 
leur trajet des mouvements de rotation irreguliers, qui 
donnaicnt lieu a dcs deviations tres-considerables. 

En 1828 el 1829 ^ Delvignc avail deja trouve le 
moyen de remedier complelenienl a ces deviations, et 
les balles-obus donl j'ai deja parle , Icsquelles onl uno 
forme cylindro-coniqne, pronverent larealile de sa de- 
couverle. Ainsi Icur juslesse ful conslalec aux expe- 
riences fai les a Vincenncs, coniine superieure a celle 
des balles splieriqucs , dans la proportion de 22 a 
16(1). 

Le probleme etait done re'solu pour la juslesse du 
tir, quand un chef d'escadron d'arlillerie, officier d'or- 
donnanee de Sa Majesle, M. Thierry , fut charge , en 
1838, de prt'j^idor a la confection de 14,000 carabines, 
systerae Delvigne, deslinces aux chasseurs d'Orleans. 



(1) La Riissie a payc loludc (fun syslc-iuc particulicr, rl autre que 
celui de Delvigne , par la pcrte du general d'arlillerie Bontems ; il fut 
tue par I'e.xplosion d"un caisson dont il s'appiocha ajires avoir lire 
dessus uno lialie-obus de son sysleme ; coUe ballc avail pcnelrc sans 
mettre sur-le-clianip le feu a la poudrc contenue dansle caisson; au 
moment ou il on exaniiiiait la cause sans pouvoir la decouvrir, la balle 
pril feu ol le caisson aussi. 



— 172 — 

Mallieureusemcnl M. Thierry niodifla les idees de 
Dt'lvigne dans la conslriicliou de I'arme et dans celle 
de la balle; par suite on eut des resullats fort inferieurs 
a ceux auxquels le ministre avail droit de pretendre. 
On eut encore de bonnes armes, bien superieures a ce 
qui existait dans Tarniee , raais fort inferieures a 
ccUcsqu'on eut pu avoir, si Delvif^ne fiit rcsle charge 
de leur confection. Le diametre d'un projectile s|>lie- 
rique etant Gxe relativeraeot a celui du calibre de 
Tarme, sa forme est une et invariable comme son 
poids. Dans les calculs sur laportee et la justcsse du 
tir dece projectile, on n'adonc a avoir (5gard principa- 
leraentqu'aiix variations dans la charge, dans Tangle 
du tir, dans la longueur du canon, dans I'homogeneite 
du metal du projectile, el a la position de son centre de 
gravile; mais des que la forme est sensibleroent allongee, 
alors s'eleveune foule de questions nouvelles , suivant 
les norabreuses variations que Ton peut adopter, et qui 
influent sur la resistance de I'air, sur le poids du pro- 
jectile, sur sa portee ttsur sa force de penetration. Pour 
s'en faire une idee, que I'on s'imagine les eflets diQe- 
rents d'une fleche, le plus ancien des projectiles cylin- 
dro-coniques , et d'une boule de bois d'un nieme poids 
lancec par la memo arbalete : I'ancien projectile du 
sauvage percera son ennerai a une distance decuple de 
celle a lacpielle la boule, cet unique projectile de la 
science raodernede I'artillerie, ne causera qu'une bien 
faible contusion. Que d'innombrables modifications et 
de calculs differents, snivant qu'un poids dotine sera 
projete en boule ou en cylindre dont le diametre dimi- 
nueraen proportion de rallongement, jusqu'a I'etal de 
la fleche la mieux effilec ! 

Quel ne serait pas I'eirel d'un javelot de fer, du poids 



— 173 — 

de 40 kilogrammes, qui pourrait etrc lance an raoyen 
du nouvoau systcme , noii pas par un canon du poids 
de la fameuse piece de 80, mais siraplement du poids 
de la piece de48, force au calibre de 6? A quelle dis- 
tance n'irait pas ce javelot, si on lui communiquait le 
raouvenicnt de rotation que I'holice en plumes donne 
au projectile du sauvage, ou la rayure en spirale a la 
modenie balle de plonib? Mais revenons a quelque 
chose di" moins gigantesquc. 

Le princi[)e fondamcnlal de la justesse elant le mou- 
vement de rotation communique par la rayure, la pre- 
miere regie a observer dans la construction des arraes 
rayecs, est de proporlionner la resistance et I'adhe- 
rence de la balle dans I'js rayurcs qui la font lourncr a 
I'efforl de la charge de poudre. 

La resistance au mouvement de translation directe 
qui resulte de celte adherence , varie suivant I'incli- 
naison de rhelice, le nombre et la forme des rayures, 
la massede plorab qui s'y trouve cngagee^ et suivant I'en- 
crassemcnt du canon. Avec la balle splierique, qu'elle 
soil forcce el enfoncee par la bouche a coups de mail- 
let, ou bien qu'elle soil inlroduite librement el forcee 
sur une cliambre par I'aplatissoment , corame dans le 
sysleme Delvigne, on ne pent oblenir dans la pratique 
de rarmede guerre, qu'une zone rayee ayanl au maxi- 
mum trois ou quairo millin,ctres de largeur. Or il est 
roconnu que, queique soil le degre de resistance de la 
balle, obtenu par ces differentes combinaisons, il est un 
degre devilesse iniliale corresponclant, qui ne lui per- 
mct plus de suivre les rayures et los lui fait fratuliir, 
sans (ju'elle puisne rccevoir le mouveinenl dc rolaliin 
duquel d^'jund la juslesse du lir. II est a rcmarquer 
que le maximum de vitcsse iniliale iju'il est possible 



— 174 — 

d'obtenir, en conservanl la condition essenlielle du 
raouvementde rotation, est sensibleiuent inferieur ace- 
lui que recoil laballe du fusil de munition. 

Qui necoraprendra raaintenanlque si, au lieu d'une 
balle spherique qui nc pent etre saisie par la rayure 
que sur une zone de trois ou quatre millimetres, on 
force dans le canon un projectile de forme cylindrique, 
ayant une surface quadruple, par exemple, la resi- 
stance al'effortde la poudre estalors considerablement 
augmentee, et pent fairechanger loutes les combinaisons 
et tous les calculs relatifs a la balle spherique ? Ou peut 
alors augmentcr la vitesse de la balle cylindrique sans 
risquer qu'elle franchisse la rayure. DiQerentes com- 
binaisons se presentent, relatives au recul, au poids 
de I'arme, au poids de la balle et a la quantite de pou- 
dre correspondante. On pourraiten indiquerplusieurs, 
qui toutes demandent une suite d'experiences bien faites 
pour etre appreciees convenablement. II y a, au sur- 
plus, une consideration imporlanle qu'il faut signaler; 
c'est que , pour que I'helice de la rayure puisse com- 
muniquer au projectile, quel qu'il soil, le mouvement de 
rotation necessaire, il faut non seulement que la zone 
rayee Toblige a suivre la rayure dans laquclle il est 
engage, mais encore qu'elle rempeche de faire un mou- 
vement transversal sur lui-merae, qui en changeant son I 
axe de rotation primilif pour lui en substituer un au- | 
Ire, diminuerait ou altererait son mouvement de rota- 
lion dans I'air. Get eCfet, qui a lieu assez frequemment, 
lorsqu'un defaut dans la rayure ou une accumulation 
de crasse presente un obstacle au projectile sur un 
point quelco)ique de la rayure, ne peut se produire 
avec une balle cylindrique adherenle a la parol du ca- 
non, dont la large surface rend tout mouvement de cote 
inq)Ossible. 



— 175 — 

Lc frottcmcnl confre les parois du canon ctant plus 
considerable, il taut une impulsion plus forte, une spi- 
rale plus allongee pour la rayure, ct, par suite, le plus 
de Titesse initiale possible, en se servant d'une quan- 
tite de poudre suffisante : de la la plus grande porte'e 
du projectile cylindriqne. Cependant lout n'etait pas 
encore fait; il fallait aussi que son centre de gravite 
fut situe a sa partie anterieure, comme dans la (leche; 
car s'il etait au centre de Ggure, la balle irait souvent 
droit, mais son grand axe s'inclinant toujours dans le 
plan de la trajectoire, la resistance de I'air s'accroi- 
Irait de maniere a faire perdre I'avantage de la portee 
qu'il s'agitd'assurer; el s'il etait a la partie posterieure, 
la balle ferait bientot la culbute el deviendrail folle ou 
sans direction siire. Pour porter le centre de gravitd 
en avant, il faut done evider le projectile cylindrique 
posterioureraent : I'experience a montre que la forme 
cylindro-conique avail des avantages incoutestables 
sur la forme cylindro-splierique, comme fendanl rnieux 
I'air; de plus revidement fait a la parlie posterieure 
permet a la poudre de s'y loger, el en outre de dilater 
cette partie el de contribuer a Gxer le plomb dans les 
rayures. Dans certains cas, cette dilatation serait pres- 
que suflisante pour forcer la balle el assurer le raou- 
vemenl de rotation. Enfin, pour eviler un trop grand 
froltemont sur la surface du projectile cylindro-coni- 
que , Dolvigne evide cette surface ; niais, landis que 
par cette ojieralion il augraente le vent pour le corps 
du projectile, il reserve aux deux extremitcs de la 
partie cylindrique deux anncaux ou bagues circulaires 
d'un dianietre prosque egal a celui du calibre. Ces deux 
cercles reserves enlrent juste dans le canon, assurent la 
position de I'axc du projectile, que le cboc dc la ba- 



— 176 — 

guctle vicnt alors forcer parfaiteinent, roeine en cas 
d'encrasseraent. La capacite et la forme du vide re- 
serve dans la partie postericure de la balle est aussi un 
objet de haule importance et qu'il a fallu etudier long- 
teraps avant d'arriver a une certitude. On concoit que 
la baguette doit aussi etre evidee. 

Le probleme resolu deja pour la justesse, I'etait done 
aussi pour la portee : avec une arme du poids de trois 
kilogrammes et de quarante centigrammes de canon , 
Delvigne a oblenu dos resultats inouis jusqu'a present. 
Au mois d'aout 1843, un proces-verbal, signedeplu- 
sieurs officiers superieurs et autres, a altesie qu'au 
polygone de Vincennes , a 1,000 metres de distance, 
celte arme avait porledans la cible 9 ballessur 22. Les 
coups porlaient encore a 100 metres plus loin. L'ecarl 
horizonlal avec la balle cylindrique, a 600 metres, n'a 
jamais cte en moyenne que de 1 metre 62 cent., laiidis 
que la balle splierique a donne une moyenne de 3 me- 
tres 34 cent. La balle cylindro conique pese 2o gram., 
la chambre contient 6 gram, depoudre, les rayures 
sont au nombre de 8 et font une hetice d'cnviron 1/3 de 
tour. 

Deux annecs aui)aravanl , au mois d'aout 1841 , 
Liege avait ete le point de reunion de plusieurs officiers 
qui desiraient faire des epreuves comparatives des 
meilleures armes connues. Delvigne en fit partie avec 
un lieutenant-colonel d'arlillerie russe , un capitaine de 
la garde russe , deux lieutenants de tirailleurs russi^s, 
deux lieutenants-colonels et un lieutenant d'artillerie 
beiges. Les experiences durerent deux mois; on y con- 
sacrait de frequenles seances de 6 hcures; les amies 
claient tirees par des olficiers Ires-bons tireurs. Le 
proces-verbal des epreuves, signe de tons les officiers. 



I 



— 177 — 

elablil I'avanlage des hallos cylindro conifiucs tl'une 
maniere inconlestable,ainsi que la superioritedcs armes 
de Dehigno. La justessc de sa carabine fut precisement 
le double de celle de la nouvelle carabine anglaise, a la 
distance de 500 metres ; au-dessus de celle distance, 
les aulres armes ne porlaient plus , tandis que I'arme 
francaise criblait encore la cible. Les officiers russes 
recurcnt des marques dc satisfaction de leur gouverne- 
ment; 11 en fut de meme des ofliciers beiges, pour avoir 
concouru a ces experiences qui furent veritablement 
tres-bien failcs. 

II y a a Paris un club de carabiniers parmi lesquels 
on compte des pcrsonnagesd'une haute distinction; les 
armes de Delvigne sont tons les jours Ic sujet d'cpreuves 
et decomparaisons coucurrenunent faites avec des ar- 
mes etrangeres : elles sont restecs jusqu'a present su- 
perieures a tout ce qui a ete presenle. C'est la qu'on a 
beaucoup cludie les efl'els de son pislolet porlant a 
COO metres (1). 

MM. Arago el Seguier , meiidires d'une commission 
qui doit faire un rapport sur diverses communications 
de M. Delvigne, rendent compte des experiences dont 
lis ont ete temoias au polygene de Vincenncs. 

« Les epreuves ont ete faites avoc un fusil raye, de 
« moins d'un metre de long, a balle forcee, ct difterant, 
« par plusieurs [)articu!aiites qui seront decritcs plus 
(( lard, de la premiere arnie de M. Delvigne. La ballc, 
(( conique en avant, pcsait notablemcnt plus que celle 
« du fusil de munition. La charge n'elait que de qua- 
« tre grammes deux centigr. de poudre ; M. Delvigne 



(1) Extrait des comptes -rctidus licbdomnilairos des seanees dc 
rAcndi'iiiic des sciences , seance du 22 nvril iSii. 



— 178 — 

(I tirait a la inaDiere ordinaire, la crosse appuyee sur 
« I'epaule. La mire se composant de trois panneaux 
« Carres ayant chacun deux metres de cot^ et places 
« en contact sur unc meme ligne horizonlale , a 500 
« metres de la mire, 14 hallcs sur 15 ont frappe les 
(( panneaux; 14 balles sur 15 auraient atteint trois fan- 
« lassins places de front. 

« Les balles metlaient deux secondes six lierces a 
« parcourir les 500 metres. En arrivant au but , dix 
<( balles sur quatorze ont traverse trois planches de 
a de deux centimetres d'cpaisseur , placees les unes 
(( derriere les autres, a des intervallesde 2 decimetres: 
« a TOO metres de la mire, deux balles sur neuf onl at- 
« leintlerond noirdu panneau central; trois ont frapp^ 
« ce meme panneau, mais en dehors du rond noir; deux 
« autres balles ont frappe le panneau de droite. Le tra- 
« jets'eflectuaiten quatre secondcs deux tierces. A 900 
« metres de la mire, M. Delvigne a tire Irois coups : 
(( deuxballes onl frappe les panneaux; ellesemployaient 
<i six sccondes a franchir rinlervalle. » 






RAPPORT 



sun 



LES MACHINES A ESSAVER ET A REMPLIR LES BOUTEILLES , 

Membre correspondant, 

Lii a la seance du 17 novembrc 1843 par 11 . TARBE de STHARDOtlN. 

""'iin>h-0 -fi ini III 



Messieurs, 

Nous venons au nom tie la commission chargee dcs 
etudes sur la vinificalion, vous rendie compte de deux 
muchines presenlees par M. le docteur Rousseau d'E- 
pernay, noire correspondant. 

L'line de ces machines a fonclionne devant vous , 
c'est celle a essayer les bouleilles; mais comme elle 
souleve des questions tres-importantcs, nous commcn- 
cerons par examiner I'autre, qui est dcsliude a faire le 
dosage et le remplissage des vins mousseux. 

La maniere dont so font aujourd'liui ces operations, 
a paru, a INI. Rousseau, presenter deux inconvenienls 
principaux : 



— 180 — 

1° La regularilii du dosage depend tout-a-fait do 
rouvricr qui I'execule , et ellc nc peut eire conslante ; 

2" Le remplissnge se faisantiiraii" libre, il en resulte 
une perle noluble de gaz et unegrande difficulle pour 
remplir Ics recoideuses. 

M. Rousseau a cherche a eviler ces defauls; vous 
jugerez s'il a reussi. 

Son appareil se compose de deux corps de pompe 
places vcrticaleiucnt el contenant I'un du viu cH'aulre 
de la liqueur ; la tige du deraior est graduee en divi- 
sions qui correspondent a la capacile d'un cenlilitre 
dans le corps dc pompe, ce qui permet de regler a 
volonte et avec la plus grande exactitude la dose de 
liqueur a introduire dans chaque bouleiUe. 

Une fois la valeur de celte dose Gxee , le mouvcmeiit 
du piston s'arrote de lui-m(!'me , a 1' instant convenable 
pour chaque bouteillc, par Teflet d'un mecanisme iu- 
gonieux, ct Terreur n'cst pas [jossible. 

Voici d'ailleurs le delail el I'ordre de I'operatio;? : 

La [)ailie inferieure du corps de pompe comnju- 
nique avec des reservoirs de liquides , et on les rem- 
plit en soulevant les pistons a I'aide d'engrenages a 
ciemaillere, raus par des manivellos. 

On ferme ensuite la communication des reservoirs 
aux corps de pompe; on place la bouteille degorgee 
sur un support elaslique , el elle est saisie au-dessous 
de la bague par une pince dont les brandies a ressort 
se rapprochenl et la presseiit en meme temps qu'elles 
la soulevent vers un obturateur conique qui penetre 
dans son col. 

Ce mouveraent s'effectue par la simple rotation 
d'une manivcUe. 

L'obturatcur est perce de trois tuyaux qui abou- 



— 181 — 

lisseiil aux deux pDinpcs cl a uiii' soupape ticstineo a 
doiirier issue au gaz exciiclant dans le cas oii la pres- 
sioii deviendrail trop forte et risqucrail de biiser les 
liouteilles. 

Oil etablit successive.iieril a Taide de robinels la 
commimicalioii eiiire les corps de pompe et la bou- 
leille, et les liqiiidcs s'y inlroduisent par I'eflet des 
poids qui son! suspendus aux pistons; la pression qui 
a lieu dans la bouteillc rt'sulte de ces poids el de ceux 
qui cliargent la sou[)ape. On voit done qu'on peut la 
regler a volonle et d'une nianiere sure. 

Le mode d'application des bouteilles est fort inge- 
nieux, et apparlient a M. Rousseau; nous le relrouve- 
rous dans son autre niachiiie. 

Ceile-ci est d'une manffiuvre simple, eta cet egard 
elle a recu la sanction de rexperience, car elle lonc- 
tionne deja a Reims , a Avize et a Epernay. 

On pent seuleinont regretler que I'inventeur n'ait 
pas reniplace par un autre mocanisme les robiiiets 
qu'il faul oiivrir el i'ernjer a chaipie operation. 

Au reste, ce perfoctionneinenl est si simple que, si 
M. Rousseau negligcail de s'en occupcr , 11 pourrait 
bien etre devance |)ar un ouvrier de nos caves , qui 
ferail pour eelle machine ce que fit, il y a plus d'uti 
siecle, pour les machines atmospheiiipics , un enfaril 
donl rAiiglclerre a garde le nom. 

Gel enfant ( lJumi)liry Potter ) etail charge de tour- 
iier les robinels qui , dans les lourdes machines de 
Newcommcm , doivent successivement , a chaque mou- 
vemcnl du piston, melire le eyiindre en communica- 
tion avec la chaudiere et I'air exlericiii-. 

Enimye de celte occupaliofi monotone, cl desircux 
d'aller jouer avec ses camarades, il allacha aux ba- 

12 



— 182 — 

landers des ficcllos qui tournaienl les robinctsa I'in- 
stanl convenable^ et celtc invention incjoniciise suggera 
a ringoiiicur IJeiglitoii, en 1718, I'ldi-e d'une tringle 
verlicale mobile avoc le balaiicier , (jui csl encore em- 
ployee dans les grandes machines;! onvrir et a fernicr 
les soupapes, <'t qui a servi de point de depart aux 
perfection neniin Is successifs apportes a celie parlie 
des machines a vapour. 

Mais laissons cette digression, et arrivons a I'appre- 
ciation definitive de la machine. 

Pour le dosage des bouteilles , elle donne un avan- 
lage bien tranche a cause de la regular! te de I'opera- 
tion; mais elle ne realise pas une eeonomie de 
raain-d'ceuvre : car nous avons verifie, et M. Rousseau 
lui-meme nous a declare, qu'elle ne marcliait pas plus 
vite qu'un atelier ordinaire de cl^gorgeurs ; il est vrai 
que sa manoeuvre exige aujourd'hui deux ho'nnips, et 
que Ton pourrait probablement en snpprimer un 
apres quelques perfectionnemenls de mccanisme. 

Mais c'est surtout pour le remplissage des recou- 
leuses que cette machine presente sur les procedes or- 
dinaires une immense snperiorite, et M. Rousseau 
nous a aflirme qu'un negociant de I'arrondisscnient 
d'Epernay avait pu la payer au bout de quelques mois, 
au moyen du benefice qu'elle lui avait procure dans 
cette operation. 

Ceux de nos coUegues a qui la manutention des vins 
est familicre pourront raieux que nous verifier cctle 
assertion ; mais chacun on compiendra la vraiseni- 
blance, en se rappelant cpie la perte, lors du remplis- 
sage des recoiileuses , est aujourd'hui moyennement 
de 5 °/o, et que, dans I'apiiareil de M. Rousseau, ce rem- 
plissage se fait sans aucune perte et sous une pression 
que Ton peut rcgler a volonle. 



— 183 — 

Coiimic cello inadiinc est dcsliuce h etre niise enlre 
les mains des otivrit'is, M. Uoiisseau a dotme aux 
pieces qui la composenl des proportions un pen fortes 
cl peul-elre inenie exagerdes; mais il n'eii resulte 
qu'un Ires-petil iriconveiiicnljet les chances d'accidents 
en soiit considerahlement dimiiuices. 

En resume, la commission n'besile pas a donncr 
son approbation Cdniplcte a la machine de M. Rous- 
seau, el a la recommandera rallenlion des producteurs 
ct des commcrcanis en vins de la Champagne. 

Elle les engage a ne pas se laisser enVayer par sa 
complication apparente , car celte complicalion dis- 
parait a mesurc (pi'on etudie ef. (pi'on comptend Ic 
mccauisme. 

Passons maintcnanl a la seconde machine de M. 
Rousse:iu; el d'ahord nous nous permeltons de crili- 
quer le nom de brise-bouleilles qu'il hii a donne el 
qui n'exprime pas son objet. 

En ed'et , commo nous le verrons plus lard , son 
principal el son meilieur mode d'application doil clrc 
d'essayer ios boulcilles sans les briser , ct si on nc 
voulail rigoureusement qu'un hrisc-bouleilles, on en 
trouvcrait facilemenl de plus simples el de plus expe- 
dilifs. 

L'idee mere d'unc mrtchine a cssayer les boulcilles 
n'appartietil pas a iM. Houssean ; ccilo <lc ]M. Colar- 
deau est depuis longte!ni)B corinue, el nous allons la 
comparer a celle qui nous est sonmise. 

Elle se compose d'une pompc aspirante et foulante, 
dont le piston mis en mouvimcnt au moyen d'un 
levier, chassc; I'cau qu'il conlienl, d'unc part dans la 
bouteille a cssayer, et d^uilrc part dans un mano- 
melre el sous une soupape. 



— 18'. — 

La force ties bouleilles osl indiquee par la hauteur 
a laquelle le mereurc s'esl eleve dans le nianomelre, 
ou par le poids qui charge la soupape, suivant la ma- 
niere dont I'experience est coiiduile. 
, M. Rousseau trouve a cetle machine plusieurs in- 
convenienls graves : 

1" II fant beaucoup de temps pour fixer a la ma- 
chine les bouteilles a essayer ; souvent elles sont mal 
bouchees , quoiqu'on exerce au-dessous de la bague 
une pression assez forte pour en briser un grand 
nombre. 

2" L'action de la main sur le levier determine une 
secousse (]ui peul casser les bouteilles sous une pres- 
sion moius forte que celle qu'elles eusseut supjtorlee, 
si cetle action eiit ele mieux menagde. 

3° Les indications du raanometre sont fugitives et 
ne peuvent etre veriGees en cas de distractions ou de 
desaccord des observaleurs. 

Get instrument est sujet a se deranger, fragile, ct 
ne peut elre confie a des ouvriers. 

4" M. Rousseau trouve plusieurs causes d'erreurs 
clans les indications des soupapes : ce sont surtout 
I'incertitude dans la mesure de la surface reellement 
soumise a la pression interieure, et la possibilite que 
les soupapes out de se soulever obliqueinent. 

Mais ces defauts peuvent etre evites parune construc- 
tion ralioniielledes soupajjcs, et, sansentrer a ce sujet 
dans des details qui fatigueraient PAcadeinie , nous 
donnons pourexemple le mo lele i:idique par la com- 
mission centraledes ra:ichines a vapeur , a la suite de 
I'instruction du 22 raai 1843. 

L'appareil de M. Rousseau se com|JOSc, comme celui 
tie M. Colardeau, d'une pompe aspiranle et foulante 



— 18S — 

qui chasse I'eaii dans la bouleille a essayer ; niais nous 
allons faire ressorlir les principales dilTcrences qui Ten 
dislin^ucnt. 

1" Le mode d'application des boutcillps est lo raeme 
que dans la macliiue a remplir, et nuirile les meuies 
(^loges. Les lioiileillos sont fixees rapidenienl a la ma- 
chine, el bouchees tres-exactement, quelles que soient 
les defectuosiles de I'ouverlure du col. 

Unc communication de mouvement donl I'idee est 
beureuse, permet de reiever le piston el d'opdrer I'aspi- 
ration de I'eau par la meme rotation de la manivelle 
qui degage les bouleilles dont I'essai est termine. 

2"Comme dans la m;iel)inc a vapour, la [)ressi<)ti est 
operee par un poids agissant sur le piston et que Ton 
regie a volonte; ellc se communique a la bouteille par 
un luyau qui traverse l'oblurateur,et qui est ferme d'un 
rob i net. 

Un autre tuyau place dans I'obturateur aboulit a 
une soupape cylindrique chargee par un levier ; le dia- 
nielre de la soupape et la longueur du levier out etc 
calculi's par M. Rousseau, de manierea cequechaque 
poids de 200 kilogrammes representat exaclenient la 
pression d'une atmosphere sur la soupape , de sorte 
que , lorsqu'elie se souleve , on connatt facilenient la 
pression que la bouteille a supportee. 

Ici , M. Rousseau a reniarque que sa soupape pre- 
senlaitun grand nombre de frottements variables qui 
devaient alterer ses indications , et il a cherche a re- 
connaitrela pression , independamment de toutes cau- 
ses d'erreurs. 

Voici le moyen qu'il emploie : 

Une romaine ordinaire, suspendue verticalemeiit au- 
dcssus de la sotq)ajte , sort a soulever le [>iston apres 



— 18G — 

chaque experience, cle la ineme uianiere que I'eau vient 
de le soulever , en reproiluisanl tous les frotteinenls ; le 
poids iiuliqiie par la roiuaine represerite done txacle- 
ment I'ell'url (jue hi boiilcille a supporle. 

Ce procede , uiali^re ou plulol a cause uiome de sa 
simplicile, indique cliey. rinveuteur la coriiiaissanccdes 
veritables principes de la niecanique , el mei ile a tous 
les litres I'approbation de I'Academie. 

Les indications qu'il donae ne sontpas fugilives, et 
peuvent etre reproduiles plusieurs fois. 

Le poids qui charge le piston de la ponipe doit etre 
calcule, pour chaque experience, de maniere a doiiner 
uue pression qui ne soit qu'un pcu superieure a ceile 
qui resulte des poids qui chargent la soupape. 

S'il en etait aulreuient, lorsqu'on ouvre le robinct, la 
pression se coinmuniquerait bruscjuonient , et pourrait 
soulever lasoiqvape et briscr la bouteille, sans que i'on 
stit positivemeut quel aurait ete rcQort supporte. 

Les dispositions adoptees par M. Rousseau perniet- 
tent d'ailleurs de faire ces modiGcations d'une ma- 
niere rapide. 

II resulte de ce que nous avons dit,qn'au inoyende 
I'appareil dc M. Rousseau on pent mesurer facilement 
et exactenient la resistance des boulcilles; il rcsle a ap- 
precier ses applications a I'iudustrie. 

M. Rousseau propose d'abord, pour determiner cha- 
que annee le choix a faire entre les diil'erentes verre- 
ries, de prendre dans chacune un meme numbre tres- 
restreinl de buuteilles , et de les suumettre a <les pres- 
sions graduees jusqu'a la I'racture. 

II ne nous a pas expose la regie generalo a suivre pour 
elablir celte pret'erence au moyen des resultals obte- 
pus, el I'un des membres de la commission , qui ap- 



— 187 — 

porlc, dans relucle tie toutes les questioiisscieiililiques, 
uii z,elc el utie clialcur que Ton peul proposer |)our nio- 
deles aux jeuues membres do la cuini)amiie, M. deMai- 
ziere , dis-je, car deja vous I'avez iioiiuiie , a vivement 
corilesle rapplicaliua de celle nielliiide. 

11 a objecte le cas oil la soiiiiue des resistances des 
boulciliescassees serait la memedans les deux groupes 
compares. 

M. Rousseau a rcponduqu-ilelioisirailalorslegroupe 
qui aurait donne le nioindre nombre de bouleilles au- 
dessous d'une resislaiice moyenne, 12 almospheres , 
par exemple. 

M. deMaiziere , au conlraire , a dit qu'il prel'erait 
I'auUe groupe , par la raison qu'ayanl donud plus de 
bouleilles faibles que I'aulre, il devail en rester iiioins 
duns le lol correspondanl. 

Cel aigunienl est vicieus, car il suppose que les deux 
lots oUVenlle nienie uouibie de bouleilles faibles , au- 
quol cas il serail inutile de cliercher a les comparer. 

Cependant, nous croyons que les critiques de M. de 
Maiziere sont en partie fondees , el nous preferons le 
nioJe qu'il indique,c'est-a-dire I'essai d'un certain uom- 
bre de bouleilles a une pression moyenne de 10 a 15 
alujiispberes. 

Ce procede presente aussi une cause d'incerlilude , 
e'est I'ignorance oil Ton est. de la pression qui a casse 
les bouleilles, el qui a pu etre fort dillerenle dans les 
deux lots, quoiquc le nombre des bouleilles cassees ait 
ele le raeme. 

Nous croyons done qu'aucun des deux nioycns indi- 
<jues n'esl a I'abri de la critique, el <pie la macLine ne 
|)cut etre employee ulilementde celle inaniere, qu"au- 
lant qu'il existerait entre les produits des dillerentcs 
verreries des inegaliles eonsidcrables. 



— 188 — 

Toulos les fois que ces iiiegaliles seronl faiblcs, los 
indications scront incertnines. 

Mais il exisle un anire mode d'omploi hcaucoup plus 
importiuit, c'est celui nuiconsislerail a cssayer preala- 
blement sous une niiMne prcssion tonics les boiileilles 
destinees aux vins niousseux, de mnniere aeliraincr a 
I'avance les plus faibles qui casseraienl forcemcnt au 
tirage. 

On peut cssayer ainsi AGO bouteilles ( suivant M. 
Rousseau ) par heure, avcc une seule machine, ce qui 
ne feraitrevenir qu'a deux francs la depense f)our mille 
bouteilles, en y cornprenant menie I'inlerel du prix de 
I'appareil, qui est de 500 francs. 

En faisanl cet essai aux verreries, on econouiiserail 
les frais du double transport des bouteilles faibles et du 
verre casse. 

II reste a resoudre deux grandes questions : 

1° A quelle pression conviendra-t-il d'essayer les 
bouteilles ? 

2° Quel sera le prix des bouteilles essayees? 

Ici nous devons declarer que les indications de 
M. Rousseau sont tres-vagues; il suppose d'abord que 
I'oncassera G "/o des bouteilles, et calcule raugmenlalion 
du prix qui en resuitera pour les autres; mais il n'ex- 
plique pas pourquoi il s''est arretd a cette proportion. 

Plus tard il dit qu'il faudrait determiner la pression 
d'essai par tatonnements. 

La premiere fois, on s'arrangerait pour briser une 
quantite de bouleillcs un peu nioindre que cellc qui 
casse habiluelleraent, et on rectifierait cette fixation 
chaquc annee d'apres le resultat, de maniere a n'avoir 
plus de casse , sans avoir sacrifie inutilement un tro[) 
grand nombre de bouteilles vides. 



— 189 - 

Celte miithode de latonneraenls nous pnrail lout-a- 
f.iit inapplicable a cause des cnornies ilitll'rcnccs qui 
se ula^it'e!^lL'tlt souvcnl dans la casse de deux annees 
conseculives; ainsi, si on eliininaiL dii tiracje de Tannee 
procliaine un nombre do bouloillcs ci^al a ccini qui a 
oassc ccUe annee, on en rebuforail, f ics-probaljlcnient 
bcaucoup trop ; il faut necessaireinciil baser sa delcr- 
mination sur des consideralions plus solides. 

IVJ. de Maizierc, (pii a eludic avee beaucoup do suin 
la machine de M. Rousseau, a bien voulu nous commu- 
iiiqucj" son (ravail, et nous y trouvons sur la question 
qui nous occupe des renseignoments plus precis. II ad- 
met que la tension finale dans une bouteille de vin 
ruousseux est de deux atmosi)her<!S ; pour que les bou- 
leillos rosislent a celte pression qui s'exerced'une ma- 
niere conlinuo, il faut, d'apres les principes de la resi- 
stance des maloriaux analogues, qu'elles soient ca[)ab!es 
de supporter instanfaneiucnt uno tension quadruple, 
c'est-a-dire eg.ile a liuil almosph'ues. 

Or M. de Maiziere d'apres ses experiences suppose 
que moyennement sur cent bouteillcs, six seulement, 
sont brisees par une semblable epreuve (nous rotrou- 
vons ici par lusard la proportion indiqueepar M. Rdhs- 
seau) : le prix des bouleillis otant dc; 24 francs a la 
vorrerie , ot de 28 en Cliam])agne , ce deinior prix 
(apres avoir casse les six plus faibles) serait augaiente 
de 1,44, soit I centime 1/2 par bouteille coaservee. 

II y aurait a ajouter la depcasc de I'essai qui est 
de 0,20 pour cent bouteillcs et a en deduire la valour 
du verre casse. 

L'augmentation du |)ri\ des bouteilles serait done 
insignifiante ; mais I'essai a huit atmospheres que nous 
venonsd'indiquer, lout en diminuant la casse de toutcs 



— 190 — 

les b')uteitL's brisees a la vern;rie, ii'en preserverait pas 
d'unRinani^re complete, d'abonl, parce qu'il peul arri- 
vor que la tension finale depasse deux almosplieres, et 
surlout parce que, pendant la fermentation, la tension 
peul s'elever moiiionlanemcnt bien au-dula de quaire 
fois la tension finale. 

Si Ton poussait la pression d'epreuve a douze at- 
mospheres pour plus de securile , M. de Maiziere an- 
nonce qu'on casserail 30 bauteilles sur cent, et le prix 
des autres serail augmenle de 10 centimes. 

lei M. de Maiziere rappelle que son paraeasso ne 
coiite que deux centimes 1/4 par bouteillc , mais en 
meme temps il indique un moyen de reduire !a depense 
d'essai; nous allons vous le faire connaflre. 

Notre infatigable collegue a imagine un compas avec 
lequcl il niesuie facilemont I'epaisseur des bouleillesa 
I'epaule, qui en est la partie la plus mince. 

Des experiences failes par lui sur un grand nombre 
de bouteilles et de Tetude des lois de la resistance du 
verre,il a deduit la relation qui existe entre la moindre 
epai?seur d'une bouteille et sa resistance. 

Cette relation est simple , le nombre d'atmosplieres 
qui represente la resistance de la bouteille dans le %iile, 
est egal a cinq fois son epaisseur exprimee en milli- 
metres. 

La commission a cprouve un vif d^sir de verifier 
elle-meme un resultat aussi remarquable ; le temps lui 
a manque jusqu'a ce jour, luais MM. de Maiziere et 
Rousseau out promis de se prefer a cette experience 
qui interessc la science autantque rindustrie. 

Admelbms aujourd'hui ce resultat comme exact , et 
chercbons ses consequences ; M. de Maiziere mesure- 
rail I'epaisseur des bouteilles avant de les soumettrea 



— 192 — 

I'cssayour; il rebuterait toules celles qui seiaicnt d'a- 
pres ses calculs irop minces pour ia prossion lixec , ct 
les sauvcrait tl'une casse inevitable : ces boiiteilles se- 
raionl vendues pour vins rouges. 

On souinettrait les autres a I'essayeur pour briser 
celles qui presentent des defauls do recuit, el. dont le 
nombre est suppose assez rcslrcint. 

On mettrait ensuile les bouteilles dans le paracasse, 
et on eviterait ainsi loute perte |)0ur une deponse totalc 
deO,03 cent, par bouteille. 

Telle est, Messieurs, la perspective seduisante que 
M. do Maiziere olTre aux cosniuercanlsen vins; nousde- 
sirons qu'elle puisse se realiser, niais il y a lant de dis- 
tance entre la conception d'une idee , quolque logique 
qu'elle soit, et son application a I'industrie , que nous 
ne pouvons prejuger le moment oil ce vceu pourra 
s'accomplir. 

Apres avoir expose ces idees , s'il nous elait permis 
delesjuger, nousdirionsqueM. de Maiziere n'accorde 
pas une attention suffisante a la composition chimique 
des vins , composition qui varie chaque annee , et qui 
nous semble avoir sur la casse une influence aussi 
grande que la marche de la temperature ou la ditle- 
rence des verreries. 

M. de Maiziere a parfailement eludie le traitement 
des vins dans ce qui a rapport a la pliysifpie. 

M. Rousseau y a applique avec bonlieur des connais- 
sances raecaniques fort elendues ; mais lous deux , 
j)reoccupes uni(piement dela science qui lenr est fanii- 
liere, onl neglige d*y joindre I'etude de la diimic. 

L'ap[>lication de celle science au traitement des vins 
mousseux n'a encore ete faite , a notre connaissance , 
quo dans le memoirc de M. Franyois, qui conlient des 



- 19-2 — 

id^es fori bonnes, niais qui ;mraitbesoin d'etre refait. 

Nous souliaitons que celte lache soil prompleraent 
remplie; alors seulenient il sera possible d'indiquer 
pour le Iraitenienl des vinsune theorie complete. 

Pour terminer notre examen de la macliirieliessayer 
lesbouleilles, il ne nous resle plus qn'a resuuier noire 
opinion sur ses deux modes d'eniploi, 

1° Dans I'essai d'un petit Dombre de bouteilles a 
diflerentes pressions, celle raacliine ne va p.ts plus vite 
que celle de M. Colardeau, mais elle prescnte sur die 
de nombreux avantages , relativemeul a I'exactitude 
des resultals et a la facililc de roperalion ; au reste, 
ce mode d'eniploi nous parait presque exclusivemont 
scienlifique. 

2° Dans I'essai de toutes lesbouleilles a une meme 
pression, il faut ajouter, aux avantages dont nous ve- 
nons de parler, une rapidile dont celle de M. Colardeau 
n'approche pas; on peut meme dire que c'est seule- 
nient avec la machine de M. Rousseau que I'essai de 
toutes les bouteilles peut etre realise. 

II estseulemenl a regretter que M. Rousseau n'ait 
pas indique d'une maniere plus precise les regies de ce 
mode d'eniploi , qui peut avoir un grand avenir in- 
dustriel. 

En resume , la commission dont nous sommes Tor- 
gane, propose a I'Academie les conclusions suivantes : 

1" Les deux machines de iM. Rousseau se distingucnt 
par de tres-ingenieuses dispositions, et rcmplissenl bien 
ic but que finventeur s'etail propose. 

2' Cesdeux machines peuvent recevoir immediate- 
ment dans I'industrie des vins des appHcations eminem- 
menl utiles. 



— 193 — 

Ajippiidice ati Rapport sur Ics inailiiucs de M. Rousseau. 

Dans le iapf)ort lu le 17 iioveriibre dernier sur ies 
machines de M. Rousseau, nous disioiis que la corn- 
iiiission avail projole de verilier, au moyeti d'expe- 
rieiices diiecles , ies calciils de M. de Maiziere sur la 
rcsislaiice des bouleilles. 

Ces experiences ont ele failes lundi dernier, 27 no- 
vembre , el nous nous enipressons d'eu faire conuailre 
le resultat. 

M. de Mai/.iere avail a Tavance uiesiird Ies epais- 
seurs d Vc'paule d'un certain noinbre de bouleilles el 
derai-bouteilles fournies par noire collegue M. Sutaine; 
il avail calcule, au nioyen de ces mesures, la resistance 
theorique de chacune d'elles, el Pavait inscritesur un 
morceau de papier cache sousleur base. 

Le chitlVc decetle resistance dans le vide (en atmo- 
spheres) serait cf^al, pour Ies bouleilles , a quatre ft)is 
I'epais-Jeur doniiee en inillinielres ; pour Ies deini-bou- 
teilles, il serait egal a pres de sis fois el quart I'epais- 
seur. 

M. de Maiziere avail indique deux causes qui de- 
vaient principalement alterer I'exactilude des resullats, 
surtout dans une experience reslreinle ; ces deux cau- 
ses , (pii ayissenl en sens conlraire , s.»nl d'une part , 
la ilinieulle de Irouver la moindre e()aisseur du verre, 
et d'aulre part, I'inegali ted u reeuit. Aides deM. Rous- 
seau, nous avons soumis a I'essayeur treize bouleilles 
et huit dcmi-bouteilles , en auguientant graduellement 
la pression jusipi'a lu rnpliiie. 

La resistance (inale etail chaijue fois mesuree au 
moyen d'une romaine dnt nous avons verilie Ies indi- 
cations. 



— 194 — 

Le Jableau ci-apres resume les experiences que nous 
avons failos. 



\ . \iouVc'v\\cs. 



'i. De.mv-\)o\v\e'v\\ts. 



Totaiix 



c 
3 


c — ■ 
f 1 




IT 
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1 


lj 


21,ju 


0,li<) 


2 


10 


11, JO 


1,31) 


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If. 


21,50 


0,74 


4 


17 


2r>,50 


0,04, 


3 


18,.-i0 


lC,oO 


1,12 





20 


10,50 


1,21 


7 


20 


21,50 


0,93 


8 


20 


22,-. 


0,'.I1 


9 


20 


23,".. 


0,8"! 


10 


21 


21,50 


0,97 


II 


22 


24, »» 


0,92 


12 


23 


17,50 


1,31 


13 


27 


14,.... 


1,93' 


|I3 25.'>,50 


257,50 


0,99 



1 

V. 


=, so 

c 2. 


— ■ ^ 


o 

■" 1 


1 


12,.... 


17,».. 


0,70 





13,50 


19,.... 


0,71 


3 


1.5,»« 


22,50 


0,67 


4 


16,50 


29,.... 


0,57 


5 


18, »» 


31,.... 


0,58 





19,65 


32,50 


0,60 


~ 


15,»» 


23, »» 


0,65 


8 


15,.... 


29,-. 


0,-,2 


8 


124,65 


203,. » 


0,61 



Tot. 



Rapport moyen. 



moycii. 



Lc nombre dos bouleillcs essayees a die de Ireizc ; 
pour sept d'enlreelles, le rapport de la resistance efl'ec- 
tive a la resistance theorique a ete coinprisenlre 0™,87 
et 1 ,20; mais pour les six autres, ce rapport a varie de- 
puis 0,69 jusqu'a 1,93, c'est-a-dire que la resistance 
clTc'ctive a etc tantol le double, tantot les deux tiers de 
la resisUuice annoncee. 

Ct's anomalies sont tres-considerables , et semblent 
delruire lout I'interet des experiences ; mais il n'en est 
pas tout-a-fait ainsi : la derniere ligne du tableau si- 
i^nale un resullat curieux, c'est que la somme des re- 
sistances ellectives se trouvc egale a la sorarae dos resis- 
tances calculees, ou, en d'autres termes, que les valeurs 
moyennpsde cesdeux colonnes sontprecisement egales. 

Ce resullat pout etre altribue au liasard , a cause du 
petit nombre de nos experiences ; mais il pourrait aussi 



- 195 — 

s'exjiliqucr, en adiiictlant que les rietix causes d'errours 
que M. de Maiziere avail annoncees a I'avance, ct qui 
doivcnt influer sur Ics resullals en sens oontraire , se 
sont precisenienl balaiicees. 

Pour Irancher celle queslion , ii faudiaif, reconimen- 
cer des experiences semblables , iiiais b;\uicoiii) plus 
nombreuses; cela nous sera mainlonanl d'autanl pbis 
facile, que nous sommes familiarises avec la marcbede 
rinslruinent. 

Le tableau relatif aux demi-bouleillcs presente des 
resultats differents, m;iis egalemenl curieux. 

Ici , le rapport des resistances elTtctives aux re- 
sistances annoncees par M. de Maiziere est a-pcu-pres 
constani, mais il diflere beaucoup de ['unite. 

Ses limites sont 0,52 el 0,71; sa n.oyenne , 0,01 ; il 
suit dela que, dans les huit denii-bouteilles essaydes 
par nous , la resistance s'est trouvee proportionnelle a 
I'epaisseur du verre, mais que la formule de M. de Mai- 
ziere donne des cbiflres trop faiblcs dans le raj)port dc 
60 a 100 : cela prouve en d'autres termes , que , dans 
les demi-bouteilles , la diminution du volume ecarle 
presque completeraent les defauts de reeuit, etdonne au 
verre a epaisseur egalo uno augmenialionde resistance 
que M. de Maiziere n'a pasevaluee assez hauf. 

Ce fait est verifie dans la praticpic , car il est de no- 
loriete publique que les demi-bouteilles "cassent beau- 
coup moins que les boutcilles , toules circonstances 
dgales. 

Quoique nos experiences no soienl pas aussi con- 
cltiantes quL< nous I'aurions desire , nous avons pense 
qu'elles merilaient d'etre exposees a I'Academie, parce 
qu'ellos ouvrent la vole a une seric de redierclios cu- 
rienses inexplorees jusqu'a ce jour, et que la niacliine de 
M. Rousseau facilite singuliereraent. 



— 19G — 

II est (lone a d<5sirer quo, dans rint«5ietdela science, 
cetic maeliine ne quilte pas notre vilic, el qn'un de nos 
conciloyeiis aeliele celle que IM. Rousseau ticnt depuis 
plusieurs mois a la disposition de rAcadeinie. 

Reims , le 30 novenibrc 18^3. 



Notes. 1° Depuis la redaction lUi mpporl qui preci-de , M. Rous- 
seau a fait uiie lirureusc application de racnpunclour de M. Wcrli', 
en le substituanl a I'obtuialcur de sa machine a rcraplir. 

Deux robinets places enlre racupunclrur et la machine permetlent 
de laisscr echapper le gaz de la bouteiUe, et d'y introduire du vin, de 
sorte que Ton peul ainsi reraplir les bouteilles recouleuses a travers 
lebouchon lui-memc, et»ans aucune'perlc de vin. M. Rousseau pro- 
seute ce procedc commc bcaucoup plus avantageux et plus ex|)editif 
que celui que donnait la disposition primitive de sa machine. 

Nous partageons son opinion a cet egard, et nous pensons que celte 
nouvclle comnmnication de notre ingenieux confrere juslilierait en- 
core (s"il en clait besoin) Tapprobation quel'Acaderaie a donnec a ses 
precedents travaux, ainsi qu'a I'acupuncteur de M. Werlc. 

Reims, le 20 mai 1844. 

2° M. deMaizieres a demande qu'il fut expriaie dans le rapport, 
que malgre les critiques qu'il a I'ailcs de quckjues-uns des principes 
mis en avant par M. Rousseau , il rendait pleine et enticre justice 
aux dispositions ingenieuses de ses machines et au merfted'invcntion 
qu'ellessignalent chez leur auteur. 

Adoptant nic fond toutes les idees du rapport, M. de Maiziere s'est 

pleincment nssocie aux conclusions de la CommissLon dout il faisHit 

partie. 

Reims, le 22 novembre 18i;i. 



RAPPORT 

l)E LA COMMISSION ClIARGEE DE LEXAMEN 

DK 

DIVERS PROCEDES RELATIFS A L;\ TIMFICATION. 



Commissaires ■• MM. de Belly, Contant, Landoczy, 
Leconte, Gakcet, Taube de Saim-Har- 

DOUIN , de MaIZIERE. 

(M. SuTAiNE, rapporteur). 



Messieurs , 

La commission cliai'gee par vous tie I'examen de 
divers procedes et a[)pareils relalifs a la maiuUenlioii 
des vins de Champagne a bieii voulu me confier I'lion- 
neur de vous commniiiquer le resultal deson travail et 
de scs observations. 

Ce rapport pent etre divise en deux parties bien dis- 
linctes : la premiere oonsaeree a la casse produile par 
I'exces de fermentation, et aux moyens de la pievenir 
et d'en arreler les progres; la seconde reservee a 

»3 



— 198 — 

Texamen des machines soumises h rap[)robation tk- 
rAcadeinie. Nous avons adopte ceUe division pour 
doniier plus de precision a noire travail. 

PREMir.RE PARTIE. 

De Pacupuncture, de la casse, el des moyens de la 
prevenir el d'en arreter les progres. 

Une question dehaule imporlance,celle deracupunc- 
tureap[jliqueeauxvinsmousseux,adii fixer toutd'abord 
I'altenrion de voire commission. Un savant rapport de 
notre honorable secretaire, M. le docteur Landouzy, lu 
devant vous le Tjuillet dernier, vousdonnait une des- 
criplion fort cxacle des divers acupnncteurs en usage, 
notaniment de celui invente on plutot perfect.ionne par 
M. Werle, el qu'une co;nraission speiiale avail exa- 
mine i)recedemment. 

Je vous epargnerai done. Messieurs, de nouvclles 
explications descriptives , me bornanl a vous rendre 
compte des eflels el des resultats de I'operation qui 
faisait I'objel de I'enquele dont vous nous aviez char- 
ges. 

Enlerminanl son rapporl,M. Landouzy vous disail 
que la commission, se renfermant dans les limites d'nne 
prudente reserve, s'elait prononcec uniquement sur le 
merite des divers instruments de jjiquage , el avail 
ajourn6 son opinion sur racupuncture clle-meme. Le 
temps a m arche depuis, Messieurs, les fails se sonl de- 
veioppes, I'exporicnce est venue eclairer la question, et 
nous eroyons pouvoir completer riiiteressanl travail de 
notre collegue, en jugcan! aujourd'hui meme le procede 
du piquage. 

Lors de la rt^union qui eul lieu chezM. Werle, nous 



— 199 - 

nous porruimts d'exprimcr qticliiuos doules sur I'elli- 
ci\c'\U', de I'acHpuncfnre ; cos doules so sont depuis 
changi^s en ccrlilndo , el volrc^ counMission , en effet , 
a reconnu fpie !csresult;itsoblenuspar le piqnagcetaient 
loin de rcpondrc aux (speranccs qu'il avail pud'abord 
faire concevoir. 

Tout le inonde coraprendra la discrdlion que nous 
devons apporter dans la divulgaliori des renseignements 
recus dcMlivors negoci;>.nts qui onl en cetfe annce re- 
cours a I'acupuncture : nous iie [)arlerons done avcc 
quelques dclails que des expericncos faites par nous- 
nieincs. 

Nos prenjjei's essais furent executes sur une polite 
partie de 2,000 bouteillos , avec le Irocard de M. le 
docleur Konsseau, d'Epernay; I'operation n'ayanl nul- 
lement diniinue la casse, nouslnnes piqaer une seconde 
fois les nieines bouleilles, en suivant, les prescriptions 
que I'inventeur avail en I'obligeance de nous donner 
lui-meme, c'cst-a-dire, en laissantle gaz acidecarbo- 
niqnes'ecliappor aplnsii'urs reprises par I'aleae creuso 
du piquoir. Cettc deuxienie opJration n'obtint pas un 
succes plus lu'ureux que la premiere, el la casse conti- 
nuaa sevir sans que sa violence fat en rien affaiblie. 

Sans doute, M. Rousseau |)relendra que nous n'avons 
pas encore perdu ass(!Z de gaz , (jiie le vin conlenait 
encore tro[) df |(arlies sucrecs, et qn'il l.dlaiten con- 
scciuence renouveU^r ToperaUon. Mais dos cuvees ont 
ele piquees deux fois, el M. Ron^^sean lui-meme a re- 
connu qn'apres un second pi(juag.", le vin n'avait plus 
tonjours une mousse convenablc. L'esperance et les 
calculsdu speculateurseraicnl done, dans ce cas, doii- 
blemenl decus, la premiere fois, en n'arretanl pas la 
casse , el la seconde fois , en faisant perdie an vin sa 



— "200 — 

mousse. Nous ajoulerons encore que des ouvet-s iin- 
portaiitos operees cello .-inneo avec racupuncteiir de 
M. Rousseau ont du elre ensuite remises en cercle, 
pour couper court a la casse que le piquagc n'avait 
iiullemenl diminuee. 

Nous n'ignorons pas qivau moyen decalculs plus ou 
moins approximatifs des degres de sucre et d'acide 
carbonique conlenus dans le vin, on arriverait peut-elre 
a I'indication d'une raetbode a I'aide de laquelle on 
pourrait determiner la quantite de gaz qu'il faudrait 
laisser ccliapper; mais qui ne sait aussi combien 
la plupart de ces theories si precises , si exactes en 
apparence, deviennent vagues et inccrtaines dans ['ap- 
plication. Heureux encore quand cetle application 
n'aggrave pas le nial an lien d'y remedier. 

Au surplus, M. Rousseau, qui a d'autres litres plus 
serieux a la reconnaissance du commerce, peut facile- 
raent passer condamnation sur ses acupuncteurs. Ses 
deux machines a remplir et a cssayer les bouteilles 
peuvenl, nous le croyons, rendrede bons et reels servi- 
ces, et sufliscnt pour assignor a leur auleur une place 
honorable parmi leshonimes utiles. 

Une autre partie dc 1 ,000 bouteilles a subi deux pi- 
quagcs, le premier avec I'acupuncteur de M. Rousseau, 
le second par le procede de M. Wcrle. Les membres 
de la commission ont examine cctte partie, et ont pu 
voir les ravages qu'y avait cxcrces la casse. 

La ne se sent pas encore bornes nos essais. Quelques 
centaines de bouteilles-ont ete piquees et laissees en- 
suile, pendant plusieurs heures,(lebout. Lesbouchons, 
en assez grand nonibre, doiil la plaie ne s'etait |)as re- 
fermee immediatenient , donnerent })apsage au gaz, et 
au >in. Cette perte de gaz dura plus ou moins long- 



— -201 — 

teni[)S, suivaiill;! plus on inoiris gra ide lesion <lu bou- 
liioii ; et tonics ces bouleilles jiyant etc ouvertes quol- 
ques heuiesapres , il se trouva qu'nn grand nombre 
avaienl perdu la plus loiie partio do Icur mousse. 

Ce moyen, employe parqnelques negociants, a pusans 
doule dimiiuier nn pen rinteiisild de la casse , mais il 
ofTre deux inconvenienis tres-graves. II determine 
d'abord, nous le croyons , une tres-grande inegalite 
dans la juousse, et ensuite il prepare pour I'avenir da 
serieuses diflicultes dans le travail du vin. Le depot 
des bouteilles ainsi niises debout s'altache a la parol 
inferieure, el forme une lenlillc dont I'adlieronce i)ent 
eire plus tard lui obstacle a la lim])idite du liqui<le. II 
faut done, ou laisser subsister celle luntille, ou sccoucr 
energiquement la bouteille, en la rangeant de nouveau 
en tas, pour la detacher. Or, dans ce dernier cas, la 
secousse que Ton fait subir au vin provoquera une 
Douvelle casse parmi les bouteilles dont les bouclions 
n'auront pas laisse iilcr le gaz, et dont la plaie sc si^a 
subiteuient refermee. 

Nous devons ajouter encore que les 1 ,200 bouleilles 
piquees avec I'acupunctcur de M. Werle out etc rele- 
vecs douz-e jours apresl'operalion, et qu'au bout de ce 
laps de temps, bicn court cepcndant, un coulage consi- 
derable fut constate. On trouva 110 bouteilles plus ou 
moins vides, et ce resullat doit inspirer des craiiitcs 
serieuses pour I'avenir des vins piques de celle ma- 
niere. 

Tel est, Messieurs, le resume sommaire des observa- 
tions el des experiences que nous avons failes nous- 
menies. Les renseignemenls qu'onl bien voulu nous 
transmettre plusieurs diefsde maisons sur les resulfals 
de I'acupuiicture coincident parfaitenicnl avecuos pro- 



- 202 — 

pres cssais, et sonl venus forlifier encore noire convic- 
tion personnolle. 

Celte conviction , Messieurs , votre commission I'a 
parlagee. Ellen'a pashesilca reconnaitrc unanimeiiient 
que le piquage, d moins qiCil ne regoive de nomhreux et 
se'rieux perfeclionncments, est un lemede presquc cnlie- 
rement negatif conlrc la casse, et doit, sons lo rapport 
du coulage et du depot, araener de dcplorablcs conse- 
quences. Nous n'avons done pas balance a rejeter 
ce procede dans la classe de ces demi-mesures donl 
I'emploi ne pent que faire perdre un temps precieux 
dans un moment de crise, sans donner aucun resullat 
satisfaisant. 

Au surplus, le raisonneraent Tient ici a I'appui de 
I'experience. La quantite de gaz degagee par la piqure 
du bouchon est si faible, relalivement a celle qui est 
renfermeedans labouleillc,queleremede estlotaleraent 
illusoire. Pour arriver a des chiffres aussi exacts que 
possible , nous avons di\ recourir ausavoir de collegucs 
bien plus competents que nous en fait d'apprecialions 
cbimiques ou malhematiques. QuMl nous soit permis, 
avantde passer outre^dete.'uoigner ici noire reconnais- 
sance pour les bons conscils qui nous ont cte donnes, 
et qui sonl venus en aide a notre inexperience. 

Au moyen d'un aj)pareil simple et ingenieux, on a 
pu extraire et recueillir foul le gaz contenu dans une 
bouteille de vin, et on a trouve que cette annee, au 
tnolsde juillet, c'esl-a-dire au moment de sa plus grande 
effervescence, le vin de 1842 en bouleilles renfermait 
une quanfite de gaz equivalente a six ou sept fois son 
volume, de sorte qu'une bouteille conlenait ainsi cinq 
a six litres d'acide carbonique. Maintenant , un coup 
de I'acupuncteur degage, il est vrai, a peu pres ton I le 



— -203 — 

gaz contoiiu dans ia chainlne, c'esla-dirc dans I'espace 
couipiis on! re le vin el \v. boucbon. Or il a ele calcule 
que la chanibre elanl d'une diniensiuii ordinaire, c'est- 
a-dire de G a 8 cenliinclres cubes environ , un coup 
d'acupuncteur pouvait degager ainsi 10 a 12 cenlilitres 
de gaz, c'esl-a-dire un cinquanlieme seulenient du gaz 
comprinie dans la bcutcille, el ce 1/50" csl immediatc- 
inent romplace par le gaz eniprisosme dans le vin. 
D'aiilrcs calculs l)ornonl memo a un soixanle-douzieme 
seulemeril la quanlile de gaz exlraile de cetle ma- 
niere {\). 

L'insignifiance de ces resullals suflil deja , vous le 
voyez, Messieurs, pour conslaier L'impuissancede Tacii- 
puncture ; mainlenaut il resle a signali'r le peril de I'o- 
peralioii. Tous ceux qui connaissent le Iravail du vin 
de Champagne savenl , par experience , combien il est 
daiigereux d'agiler, de lourmenter (en langage usuel) 
les bouleilles au niomenl du [dus grand developpe- 
nienl de la luousse. Le depot ou precipite , qui s'elait 
fixe sur la'paroi inferieure, se Irouve ainsi rejele dans 
le vin, ou sa presence, en i>rovoquanl uiie fermeuta- 
lionplus active, peut donner lieu a de graves desor 
dres. 

Or, lei est le role quejoue Tacupunclure; elle tour- 
mente le vin an moment oii Ton doit le plus rcspecler 
son repos , el la miiiinu; quanlile de gaz qn'clle de- 
gage est largernent conq)ensee |)ar la recrudescence 4le 
ferinenlation qu'elle occasionne. De la les rcsnUats 
que nous avons sigiiales. 

Toutefois, Messieurs, en condamuant roperalion , 
nous n'avoiis pas hesile a reconnailre tout ce quo 

(1) Le rahiil it unc cxiu'iioiuc (linrlc sur la ciive a mercuro out 
(loiiiu' r, a S coiitiniMros ciilios ilp gar.. 



— 204 — 

I'invention avail d'ingenieux , lout ce qu'avait d'lio- 
norable I'empresseiuenl avec leqiicl M. Werle mil a 
Ja disposition de ses confreres un moyen qu'il avail pu 
croire efficace conlre le danger qui les menacail alors. 
M. Werle a voulu parlager avec lous le benefice du 
perfeclionnement qu'il avail apporle au procede de 
M. Rousseau, el, sans conlredit , cct acle de libera- 
lisme induslriel ne saurait etrc Irop haulemenl pro- 
clame. 

Vous nous aviez encore , Messieurs , conGe une im- 
porlanle mission , celle d'indiquer les nioyens d'arr^- 
ler les desaslres d'une casse excessive, dans le cas oil 
I'acupunclure n'alleindrail pas ce but. Quelques com- 
mercants onl essaye celte annee de deboucher les 
bouteilles, de les vider a peu pres au cinquierae,elde 
les remplir ensuite. Cetle operation a donne des re- 
sultals satisfaisants ; mais elle a I'inconvenient d'etre 
assez longue el d'occasionner des frais considerables. 
D'aulresont rcmis leur vin en futs^ cl I'onl lire de nou- 
veau el iramedialemenl en bouteilles. Ccs moyens 
sent violenls sans doule, mais du moins ils sont effi- 
caces, remedienl energiquement au mal, el sonl, dans 
tons les cas, preferablos a une casse de 35, 40, 50 pour 
cent , el plus. L'operalion de la remise en cercle est 
tres-rapide , el nous n'hesilons pas a conseiller I'em- 
ploi de ce moyen aux speculaleurs donl une casse pre- 
maluree el exageree menace de coraproinetlre la for- 
tune. Ceux qui Tont appeiee a Icur aide celle annee 
s'en felicilenl sous lous les rapports. Toulefois , pour 
oblenir un succes complet, l'operalion doit etre faile 
en temps utile, c'esl-a-dire jusquc vers le 20 juillel 
au plus lard. Nous considerons aussi qu'il est de la 
plus grande importance de peser le vin avec le gleuco- 



— 205 — 

renoinetre, avanl de le remettrc c;i bouleilles, afiii cle 
s'assurcr de la qtiantite tic sucre qn'il coiilionl encore. 

A ce propos, el commo moyen pievcnlir, voire com- 
mission croit devoir recommander a tons les negociants 
en Yin de Champagne un opnscule , tres-connu du 
resle, de M. Francois, ancien pharmacien a Chrdons- 
sur-Marno , ct qui a pour titre : Traile sur le travail 
des vins hlancs mousseux. 

Cc livre , tout en laissant encore bcaucoup \\ d«>sirer, 
renferme cependanl d'excellenles notions snr la vinifi- 
cation en general , et particulierement sur la quanlite 
de parties sucrees que doit conlenir le vin jiour obleiiir 
une mousse parfaite. Sa thoorie du ferment est incom- 
plete sans doute; elle nous deinontre bien (lu'un vin 
renfermant Irop ou pas assez de celte substance ne 
moussera pas ou mousser.i pen, mais elle ne nous 
donne pas les raoyens de reconnaitre dans quelle pro- 
portion elle se trouve dans le lijpude. Neanmoins , nous 
le repetons, I'ouvrage de M. Francois estun grand pas 
fait vers la science, el le coaunerce pent lirer un im- 
portant profit des lecons qu'i! renferme. 

Malcrre les eludes serieuses d'homuies consciencieux, 
les mysteres de la fermenlalion sont , a ce qu'il parah, 
bien peu connus encore; la nalnre [irocede par des 
moyens qui ont jusqu'ici echajipe a I'analyso ; el ce- 
pcndant, Messieurs, il y aurail la de belles questions 
a resoudre. C'est une mine riclie dont qucbiues filons 
seulement sont decouverts, mais (jue la science finira 
sans doute par echiirer. Nous connaissons la maniere 
de peser le vin et le degre de sucre qu'il doit conlenir : 
que la science nous apprenne maintenaid a operer de 
raenie sur le ferment ; qu'elle nous enseigne les raoyens 
de combiner dans des proportions exactes cetle sub- 



— '206 — 

stance avec le sutre iiu'elle doil transformer en acide 
carb'inique , et les lirages de vins raousseux , de va- 
riables et incertains qu'ils sont encore, deviendront 
simples , a pen pres posilit's, et seronl, en grande par- 
tie du mollis, degages des chances nombreuses qui 
inenacent rinduslrie el le commerce. 

II exisle encore un moyon bien simpL' de prevenir, 
sinon tolalement , du Jiioins en parlie les tlll'ts de la 
casse : ce moyeii, donl iinus parleroiis tout-a-l'heure 
avec i]uelques developjjeinenis , c'est I'essai prealable 
des bouteilles dans les verreries, et le rejet de toules 
celles qui ne supporteraieut pas une pressiou donnee. 

Puisqu'il est question de la casse et des precedes 
qui doivenl delivrer les caves de ce fleau destrucleur, 
nous ne pouvons passer sous silence I'appareil inge- 
nieux sur lequel voire allention a deja ele appelee , 
mais dont I'experience rs'a pas encore consacre reffi- 
cacite : nous voulons parler du paracasse de M. de 
Maiziere , destine peut-ef re a jouer un role important, 
quand il aura subi les niodificalioiis propres a le rendre 
d'liu emploi usuel. 



DEUXlEME PARTIE. 

Eocanien des divers appareils [propres a la mamilenlion 
des vins mousseux. 

Voire commission , Messieurs , avail a examiner en 
outre divers a[)pareils dont la destination s'a]>plique 
d'une maniere plus on m()iiii> directe au travail des 
vins mousseux. 

M. le docleur Rousseau d'Epernay, dont I'esprit in 



1 



— 207 — 

vfiilif a (\v.\l\ crco plusieurs riuichiiics pr(»[)rcs a siiii- 
plifier oil a regulaiiser la snaniilcniiou , nous denion- 
Irait ses deux procedes pour reriiplir les vins et pour 
essayer la force des bouledles M. Tarbe d;' Saint- 
Ilardouin vousa lu derniereiiienf sur ces deux afspareils 
un r.ipport savant et detaille d')nt nous ado[)fons en- 
tierement les conclusions. Qu'il nous soit porniis de 
joindfo noire suffrage a eelui de riionorable rappor- 
teur, et d'exprinier I'espoir que M. Uousseau augiuen- 
lera bientot encore le nombre de ses inventions et de 
ses perfeclionnenients. 

Nous pensons avec MM. de Maiziere et Rousseau 
que I'essai prealable des bouleillcs est de la plus liaute 
importance pour le corunierco. II dcviendra indis- 
pcuKdjle que toutes les bouledles destiiiees aux vins 
mousseux soieut eprouvees dans les verreries , et que 
celles-Iii souleraent qui auraient resiste a la pression 
d'un certain nombre d^itmosplieres soient livrees a la 
consommation. Ce sera, tout le monde le compreud , 
un inoyen assure d'eviter deja une grande partie de la 
casse , puisque les bouteilles reconnues les plus faibles 
auront cte rejetees d'avance. II est bien enlendu tou- 
tefois que , dans cette epreuve , on ne devra pas jiorler 
a un chiflVe trop eleve le nombre d'almospheres; car 
eu exagerant la pression, on pourrait deplacer cer- 
taines molecules du veire e! dimiuuer ainsi la force dc 
resistance de la bouteiile. 

M. de Maiziere, qui se livre aussi a d'interessanles 
etudes sur la fabrication des vins, a imagine un cora- 
pas d'epaisseur avec lequel il raesure les bouteilles a 
leur endroit ordinairement le plus faible, c'est-a-dire 
a I'epaulement. Cakulant la force de resistance d'apres 
I'dpaisseur du verre, !M. de iMaiziere espere arriver 



— 208 — 

a (It's LHiualions Jippruximatives , et determiner ainsi la 
pr^'ssion momcntanoeet iiulelinie que pourra supporler 
chaquc houleille. Nous avons assiste le 27 novciiibrc 
1843 a one experience tres-iutenjss.mlc , dont le but 
otait d3 controlcr la Ihejiie de M. do Maiziere a I'aide 
de I'appaieil de M. Rousseau; nous devons le dire, 
corlaincs dillerences assez notables onl eleconslatees,et 
la prali(iue n'a pas toujours ele d'accord avec leschif- 
fres; jnais M. de Maiziere jarait avoir trouve depuis 
de nouvelles formides plus precises el qui lui perrael- 
tront sails doute de rectifier sa theorie. 

Le proceilede M. de Maiziere, au surplus, a cela de 
tres-avantageux qu'on peut a son aide cssayer les bou- 
teilles sans les briser. De cette uianiere les plus faibles, 
cellesqui, selonl'inventeur, succomberaient a une pres- 
sion de 5 a 6 atmospheres, soiit mises immediatement 
aux rebuts, sans subir I'epreuve radicale de la machine 
deM. Rousseau qui le? ca>scr;.ii. On n'ess:iicrait plus 
avec ce dernier appareil que les bouleilles indiquees 
par la theorie comme etant i)lus resistantt's, et dont on 
devrait alors verifier la force. Oa couiprend de quelle 
utilite seraitle coiupas d'epaisscur, puisqu'il reduirait 
ainsi de beaucoup le nouibre des bouleilles brisees 
aux verreries, et par consequent le prix de revient des 
bonnes bouleilles. Au reste , M. de Maiziere sem- 
ble lui-nu-me reconnaitre comme nous qu'on pourra 
bien, avec son eorapas , approcher plus ou moins de 
la verite , mais qu'on n'y alteindra jamais complete- 
meni. Les imperfections involontaires qui se rencon- 
Irent souvent dans la composition du vcrre, les iue- 
galifes du recuit, les defecluosiles du souHllage, mille 
aulres circonst;mces que uos instrumeiils ne |)euvenl 
apprecier , dejoueront sans doutc longtemps encore 



— 209 — 

les calculs les plus profonds. Toiilofois Ics avanlages 
iiue nous venous dc sifi,ualer plus haul sonl imporlanfs 
(i('i;i, el Ton ne pcul que s'appkuulirsinceiciueulde voir 
ainsi iles hommes scrieux appliqucr leur inlelligcnce 
aux |)erfectionnenipnts d'une iniluslrie qui laisse lanla 
desiier encore. 

En menie lemps que M. Rousseau nous presenlait 
sa machine a rompiir el a dosor, M. Huinct soumet- 
lail egalemenl a noire examen un appareil invenle par 
lui, el destine aux memes fonclions. Voici la descrip- 
tion succincle do ce procede : 

Un vase en cuivre elame ou argente , el garni d'un 
couvercic, recoil la liqueur qui, s'ech;q)panl par un ro- 
binct, va rcmplir un lube en cristal indiquanl la dose 
dont on vcul se servir. Ce tube est gradue, el la cham- 
bre qui renferme la dose peul etre diminuee ou aug- 
mentee a volonte au moycn d'uu piston mobile garni 
de buffle el qui ferme hermetiquemcnl; un conduit en 
cuivre argente met ce tube en oonimiinicalion avcc la 
boulfcille qu'on vent doser. Pour recevoir la liqueur^ 
la bouleille placee sur uu pied a ressort vienl s'appli- 
quer hermeliqueraenl au bee en forme conique de ce 
raeme conduit qui a deux issues : I'une donnanl pas- 
sage a la dose, I'aulre comrauniquanl par un tuyau a 
un reservoir d'oii toinbe le vin (jui doit achever de rem- 
plir la bouleille. 

Si le vin avail unc forte mousse, le gaz, en cherchaut 
a s'echapper par le robinet de la liifueur, pourrail 
nuire a la proiupte introduction do la dose dans la bou- 
leille. M.Kuiiiet, pourobvier a eel inconvenient, a mi? 
la bouleille en rajiport avec un tube etroil qui va se 
perdredans la partie siipericure du res'rvoir dont nous 
venous de parler. Ce tuyau, garni d'uiu' soiipape, sort 



— 210 — 

a rechappemenl (\\i ^nz; si la mousse viont '» nionttT, 
la fernielurc (\o l.i soiipape, eii interceptant I'air, la 
f.iit ik'sccnilre . it pcrinet ainsi de reinplir convenable- 
monl la boiiteille. 

Le reserv.)ir, dans Icquel va se perdre le gaz qu'on 
a du laisser ecliap|)er, est 1,'arni, pour empeclier toute 
evaporation, d'un couvcicle tl'rmaiit a vis. On voit 
done que pendant I'opeiation le vin n'a ancun contact 
avec Tail- exierieur, et ne peut en consequence rien 
perdre de son bouquet. Les vases ou reservoirs de I'ap- 
pareil elant parfaiteinent bouches empeclient I'intro- 
duction dans le liqnide de tout corps etranger qui 
pourrait nuire a sa liin|)idite. 

Get appareil ingenieux et elegant est peu complique 
et facile a inanoeuvrer; cependant il pourrait, a cc 
qu'il nous semble, etre rendu d'un usage plus commode 
encore [)ar une combiiiaison plus simple de la soupape 
qui s.'ita I'echappemcnt dugaz, ot du robinetqui laisse 
touiber le vin dans la bouleille; le jeu de ces tieux pie- 
ces, qui sent a))pelees a fanctionnersimultanenicnt,nous 
a paru un peu gene, et devoir nuire a la promptitude 
de I'operation. Au surplus, ceci est affairs d'liabitnde, 
el I'ouvrier charge du travail surmontera sans doute 
aisemcnt celte difficulte. 

La machine do M. Uuinet offre sur le dosage a la 
main, lei (ju'il est pratique maintenanl, un avanlage 
reel qu'il iraporte de canstaler : e'est une grande preci- 
sion dans la (juaniite de liqueur a introduire dans la 
bouteille; mais, d'un autre cote, le dosage a la main 
semble Teinporler un peu en promptitude. Dans I'ap- 
pareil de M. Ruinet, la liqueur, qu'aucune force n'en- 
traiue, ne se precipite pas assez. rapidenient dans la 
bouleille, (t, sous ce rapport, nous croyons devoir don- 



— 211 — 

nor la pn'fc^ronce a la niaohiiio de M. Uoiisst'aii. Dans 
cctle deriiiiMc la liijueur cl le viu fjui serl a remplir, 
chiisses avoc cnerp;ic par des pnmpos loul.inles, s'in- 
troduiscnt dans la bouteille sans perte de gaz, sans 
alteration possible de la mousse. Si M. Ruinet pent 
obfenir des resiillats analo^uvs, el Ic talent d'inven- 
tion d(jiil il a fait jnouve nous en donno I'espoir, des 
lors il ama porfectionno bt'aucoiip son appareil, qui, 
tel qu'il est, vaut mieux doja,sous plusieurs rapports, 
que le procede raannel. 

Tout en donnant la preference a la machine do 
M. Housseau, \otre commission. Messieurs, a cepen- 
dant ajiprecic' les elVorts ingenicux do M. Ruintt. Elle 
a pense <jue son appareil, d'un |)rix asst'z pen eleve 
d'aillcursj poiirrait, avecles modifications que nous ve- 
nous d'indiqucr, rendredes ser^ices an commerce (1). 

Apres I'appareil dont nous venous de vous enljete- 
nir, la commission dot examiner encore la niacliine a 
bouchiT les vins ra3us>eiis do M. Leroy, mecanicien a 
Reims. 

Pour bien coniprendre le service que M. Leroy a ren- 
du au commerce, il est indispensable , Messieurs , do 
faire retrograder nos souvenirs el de nous reporter a 
quelques annees en arriere. De toutes les series d'ope- 
lalions que traverse le vin moiisseux avant d'etre livn'' 
a la consommation, le boudiagc, cette fiarlie si impor- 
tante du travail, est, sans cotdredit , celle qui a rccu le 

(1) M. L. M. Canneaux, negociant en vins a Reims, vionl aussi dc 
faire cxecnlcr lUKMnachiiio (1(> soil iincntion, (Imil !a (li'slinalioii est 
la lueinc ([ue eolle des appareils de M. Uousseau el Uuinet. Celle inn- 
chine assez simple ct pen voliimineuse.nousn pani fonctionner aver 
precision, el nous croyonspouvoi" la considerer comme une nnielio- 
rn t ion . {.\ole du rappor/ctir . . 



— 212 — 

plus d'lieurousos ameliorations. Le temps n'est pas en- 
core bicn loin do nous oil Ics tonneliersne connalssaienl, 
pour deprinicr Ic boiK'hon ol le forcer d'cntrcr dans la 
boutcille , d'aulre moyen que do le serrer entre leurs 
dents, moyen nuisible a la sanld de quelques-uns , et , 
dans lous les cas, fort pen energique et pen con ve- 
nable. On im.igina alors d'adapter aux blocs a boucher 
des pinces ou machelieres en fer qui se manoeuvraient 
avec unepedale, el a I'aide desqueUes onassouplissait, 
en la scrrant, I'extreinite du bouchon. Ges blocs, dont 
se servcnt. encore quelques niaisons, surlout pour bou- 
cher les vins rouges, parurent bienlot insuflisants. Les 
bouchons de mojeiine grosseur, les seuls qu'on put em- 
ployer avec cet appareil^ ne garanlissant pas du cou- 
lage, on sentit la neoessite de recourir a desengins plus 
puissants, et qui permissent I'emploi do bouchons plus 
forts. 

Ce fut alors vers I'annee 1827 qu'on importa aReijns 
une machine a bouchor venant de la Bourgogne. La 
principale piece de cet appareil consistait en un tube 
en for de forme legerement conique, place verticale- 
ment, et dont la partie superieure, qui etait en meme 
temps la plus large, recevait le bouchon. Un boulon 
chasse par un levier faisait glisser le bouchon jusques 
dans I'embouchure de la bouteille appliquee centre I'o- 
rifice inferieur ducone. A I'aide de ce procedc, les bou- 
chons, se trouvant soumis a une pression considerable, 
pouvaient elre employes de toutes grosseurs. 

M. Fauveau , mecanicien a Reims, perl'eclionna le 
premier cotle machine. Au levier il substitua un vo- 
lant el un systeme d'engrenages qui rendirent le jeu 
plus facile. 

Plus tard, M. Coquillard, de Chalons-sur-Marne, di- 



I 



— 2U^ — 

visatiten deux pieces la parlie iufdricure du lube co- 
iiicjuc, permit a ce tube de s'oiivrir autnoyen d'un res- 
sort a echappemeiit , (juand la bouleille etait houcliee. 
Au moyen de eel ecarlemcnt , lo banchon so di'i^ajreait 
phis facilemeiit de son elrciide, c'el.iil encore un pro- 






Enfin, MM. HanriotetGillol, dcNiiils, remplacerent 
!e levier et le volant par un raaillet, et simjilifierent en- 
core le precc^dent appareil. Les premieres machines de 
CCS messieurs parurent a Reims vers la fin de 1830, et 
furent aceueillics avcc favenr. Malhcureusemenl elles 
etaient bieu imparfaites encore , icur peu de sobdile 
necessitait de IVequentcs reparations , ct les services 
quY'lles rendaient ne repoiulirent pas aux esperances 
qu'elles avaient fait concevoir. 

M. Lcroy eluilia alorsavccsoin I'appareiide MM. Han- 
riot ctGillot, en decouvril les defauts, et, ce qui valait 
mieux encore , Irouva les inoyens d'y porter remede. 
Dans la machine de ces messieurs, I'ouvrier etait oblige 
de manoeuvrer avcc la main le boulon qui enfonce le 
bouchon etle tiroir qui ouvrc le bee infcrieur du tube 
couique. M. Leroy, lui, releve ce boulon au moyen d'une 
pedal(! qui agit en meme temps sur le ressort du tiroir, 
et rend ainsi a Pouvrier la liberie de ses mains. Quand 
la bouleille est bonchee , un coup de maillot applique 
sur une gachctte snftit pour soulever le coin en fer qui 
s'o{)pose a recartemcnt du bee du cone. Par un inge- 
nieiix eoncours de pieces de son invention , M. Leroy a 
rendu a cot appareil la precision ct la solidite qui lui 
manquaient; aussi ses macliin.'s a bonchcr , dont Tune 
a fonclionne devant vous , ont-elles ele adoptees par le 
commerce de preference a tonles les aulres ; ce sent a 
a peu pres les seules en usage maintenant. 

14 



— 214 — 

M. Lcroy, Messieurs , a dosire que rAcad^raie sanc- 
tionnal par sou approbation los noni})reux perffctionne- 
meuls appoi k's par lui aiix appareils a boucher les viiis 
mousseux. Convaincue de la sujxiriorile dc ses luacliines 
el des services r.';els qu'elles rendenl au commerce, vo- 
ire cojumission n'a pas hesite a vous deniander ccttc 
sanclion, el a recomuiande d'nnc manicre loulc parlicu- 
liere M. Leroy a la couimission cliar^a'c de la distribu- 
tion des medailics d'cncouraf^cincnt. 

En decernanl celte recompense, vous rendrez double- 
ment juslice. Un ancien ouvricr de M. Leroy , elabli 
depuis quelque leraps a Chalons-sur-Marae , construit 
dans celle ville des a[)parcils-a boucher, d'apres le pro- 
cede de son ancien maitre. Une raacliine,cxposee par lui 
et calquee snr celle de noire compalriote, lui a valu 
dernierement une menlion honorable de la societe d'a- 
griculturc, sciences et arts de Chalons, qui ne connais- 
sait pas M. Leroy , et a ainsi recompense un homme 
qui n'avait rien invenle, rien perfeclionne. Rendons a 
cbacun ce qui lui appartient, Messieurs, c'esl lemoyen 
d'encourager les Iravaillcurs et de slirau'.er les intelli- 
gences. 

II est leraps , Messieurs , de resuraer ce rapport dejii 
trop long; les maliercs que nous avions a trailer exi- 
geaient un certain developpement, et, malgre son eten- 
due, nous senlons conibicn il laisse a desircr encore. 
La carriere resle ouvcrle aux adeples de la sci.nce ; ils 
ont un vasle champ a defricber , car la manutcntion si 
imporlante des vins mousseux est loin d'avoir atteint 
son dernier degre de perfection. 

Voici , Messieurs , les conclusions que nous avons 
rhonneur de vous proposer au nom de la commission : 

1° L'acupunclure , pratiquee avec les instruments 



— 215 — 

connusjtisqu'ace jour, a (ilereconnue impuissantecon- 
tre la casse, cl miisible a la bonne condition dii vin; 

2" La commission recorinait que I'cssai proalablc des 
i)Oul('ilk's dans Ics vcrrerics csl dc!a plus liauic impor. 
tancc ; 

3" Elle recommaiide d'unc riianiere loule specialc, 
a la commission des recompenses annuclles, M. Leroy, 
pour sa machine a boucber. 




BEAUX- ARTS. — MUSIQUE. 



DISCOURS 



SUR LA NfiCESSITl!; D'fiTUDIER LA ML'SIQUE DANS SO?l 
HISTOIRE, 

Par II. FANABT. 



Qui evitat discere incidet in mala. 

PrOV. XVII, IG. 



Messieurs , 

Pour peu que Ton examine attenlivement la situa- 
tion des beaux-arts a notre epoque, on est frappe de 
I'etal d'inferiorite relative dans lequel se trouve la mu- 
sique. 

P.irtout, dans le monde civilise, une nouvelle et ge- 
iieiTuse impulsion porte aujourd'hui les lei Ires a recher- 
cher le beau avee ardeur, sans acception d'ecole ni de 
sysleme , quelle que soil la forme qu'il ait revelue ou 
la bannierc qu'il ait adoptee. Parlout la litterature et 
les arts nicttent a prolit les loisirs d'une longue paix 
pour restauror leur j)asse, pour salucr avee amour les 
vieux ecrivains, les vicux artistes, les vieux monuments 
qui gisaient delaisses sous la poussiere des siecles, 

Seule, etitre toutes les productions de rintclligence, 



— 218 — 

la iiiusique si-nible otraiigere a ce mouvomonl ties os- 
prils, oUj s'il existe dans son sein, il y est prcsque a 
I'etat laloni, el reste a peu pres inii)enH'plibU'. Get art 
senible fr.ipiiede lorpcur ct de lelliaigie; sans foi dans 
sou passe, ^ans esperai)Ce dans son avenir, il denieure 
immobile , il etreint fortemcnt le present, qui est tout 
pour lui, et rec,arde ceux, en petit nombic, qui cber- 
chent a reliabililerses gloircs anliqiies, avcc unc insou- 
ciance qui confine a I'indi (Terence de I'Arabe conteni- 
plant un savant occupe a dechillVer les hieroglyphcs 
des vieux monuments du desert. 

D'ou vient cet etrange phenomene? quclles causes 
assignor a celte bizarre conlradiclion? comment expli- 
quer cette immobilile an milieu dn mouvement qui 
se manifeste dans les autres arts? Comment ciifin sor- 
tir de cette inconcevable situation? 

C'est ce que je me suis [)ropose d'examiner brievc- 
ment, et en elaguant, aulant que possible, la seclieresse 
inherente aux discussions eslhetiques et a la metapliy- 
siqup de I'art. Si je ne me trompe, la musique est 
trop repandue de nos jours dans toutes les classes de 
la sociele , |)our qu'une semblable question n'excile 
pas quelque interet. 

Un fait qu''il importe de conslater des le debut de 
cette discussion, c'est que si ce grand paralytique , 
qu'on a[)pelle I'art jnusical, semble frajjpe d'une in- 
curable inertie, il n'a pas la meme excuse que son 
confrere de I'Evangile, et ne pent point dire comme 
lui : Uominem non habeo. Aux noms celebres que I'his- 
loirc et I'archeologie citent avec orgiieil ; aux Guizot, 
aux Thierry , aux Caumont, aux Montalemberl, aux 
Merime, aux Didron, la musique peut opposer sans 
desavantage ses Fetis, ses Kieswelter, ses d'Ortiguo, 



— 219 — 

ses Diiiijou, ses Coiisseuiakcr, doiil Ics rem.'tr(iii;ibles 
el savaiiles i!ivosti<];atioiis <»iit icniis en liimuMC l.iiil 
tl'oeuvres oubliocs, out ravivc avt^c t'clat lant do noms 
cfl'aces on obsciucis, orit ivkoIu taut dc (jucslioiis re- 
puU'os insolublcs. 

Voila (lone d<''ja iiii poiiil liuis de doiile, c'cst que si 
riinmcrisc niajorile dos musiciens resle slaiionnaire, et 
refuse d'enlrcr dans la voie qui scule peul allVancIiir 
leur art des lisieres du prejujjo, tl Ini I'aire faire de 
veritablcs cl soiides progres, ec ne so.it point, les liau- 
los inlenigtmccs, canables de lui impriuier le monve- 
iiuMit, qui font dOfaul ; ce nc sent point les chefs ex- 
ps'iinientes qui inanquenl j>our les j^iiider dans cettc 
caniere de renovation et de liberie. Non, lo nial n'tsl 
point en haul, niais en bas : il n'est i)oint dans !es soai- 
niilC!?, mais dans les masses. Aussi, que voyons-nous 
dans la itiiquiiT des eerifs snr la tnusiquc, sinon les 
iJees les plus etroites, les plus relrecies, les plus inco- 
luTentes sur la nature et la destination di' Tail ; les 
theories les plus bizarres, les plus irralionnelles, les 
plus contradictoires qui se soient jamais protluites, et 
la teiulanee la pins sint^uliere ii la porpeluelle glorifi- 
eatioii du present? Ennemis aeliarnes du passe el de. 
I'avenir, les niusioiens craif^ucnl par-dessus tout ce 
qui ponrrail les troubler dans leur innnobile eonlem- 
pliiion d'fiouvres, qui n'ont souvent, helas! pour tout 
nierile que rinsii^niliiinte consecration de la mode, et 
les sulTrai^es (res-lUitteur.^ peutetre, mais assuremcnt 
fort pen coneluanis, fort peu delinitils d'une fonle inin- 
lellij^enle, dcsliluee de lout inslinci du beau, de lout 
sentiment vcritablement artislique. II esl facile de de- 
«luire les fatals et inevitables resullals d'une aussi iu- 
croyabh' esllu'licpie. t.e ii'esi qn'apres de louus cnni- 



— 220 — 

bats qui cpiiisent cu pure perle clos forces qu'il pour- 
rait employer si uliienu'tit au profit de Pari, qu'uri 
liomme de genie conime Monleverdc, Gluckou Beetho- 
ven, petit fane aceejjler s-es a-uvres, si elles oiil I'audace 
de s'eloigner quelqiie peu des habitudes dcs linisieiens. 
Moins heureux encore, celui qui, a I'exempiedeChoron, 
essaierait de reiidre leur lustre et leur eclat aux i>ran- 
des eonceplioiis des temps ancieiis , n'aurait {^uere 
d'aulre perspective, de son vivant tlu moiiis, que 
la j)lus vive opposition, et ne p.urrail esjierer, en re- 
lour de ses labeurs et de ses sacrifices, que I'indifl'ercnce, 
si ce n'est la haine et les sarcasmes de ceux qui orit 
le plus d'interet leel a de semblables tentalives. 

C'est en presence de ces facheuses tendances, de colic 
rcf^reltable disposition des nnisioiens a juger, non d'a- 
pres les lois constitulives du beau, mais d'apres les ha- 
bitudes qu'ils ont contraetees , qu'uri critique a vues 
elevees, mais severe dans ses expressions, s'ecriait na- 
gueres : u Hors do la roulitie point de salut : voila le 
principe clieii des masiciens qui placent , en general , 
Torthodoxie d.ins des opinions inconipleles , dans des 
prejuges d'habitude (I).)) 

Cerles, je comprends qu'un exalte, qu'on glorihe les 
ceuvres reraarquables qui out el^ produiles a une epo- 
que recenle, et j'applaudis de loutes mes forces a un 
tel sentiment ; mais qu'on lasse de cesoeuvres une sorte 
de type invariable, une maniere d'etalon qui soit decla- 
re a tout jamais la mesure riguuieuse du beau, le mo- 
dele unicpie et absolu de loule amvre d'ait, c'est une 
pretention que uul homme , doue d'un jugemeut sain , 
ne saurait admeltre. Quoi done ! uu chef-d'oeuvre fait- 

(1) M.Bonrges, Gazette musicale, 1843, pag. ';in. 



— 221 — 

il inevitahknient oublier ses aines? Viiiiilo a-l-il diitrone 
llomcre? Corneille et Racine ont-ils fait renlrer dans 
lo Meant Sophocic et Euripidc? Est-cc que , depuis le 
Parllienon, rarchitcclure cle I'liuie et celle de I'Eirypte 
ont cesso d'etre conipfecs an nonibre dcsplns niervoil- 
leuses creations de I'esprit luiniain ? roui(]iioi scrions- 
Dous done plusexclusifs en musique que dans Ics autres 
arts? Penserait-on , par hasard , que le genie eonteni- 
porain ne pent briller (pi'a condition de condamner a 
I'oubli le genie passe , et d'elouirer dans son germe le 
genie futur ? 

Je comprends encore qu'il y ait dans les arts des 
querolles animees. Un homme qui met au jour une pen 
seeoflrant peu de poinlsde contact avec les idees en 
circulation doits'atlendre a une vive opposition , jus- 
qu'a cequ'une fusion se soil etablie entre cetlcpensce, 
si elle est juste, et ce qu'il y a de vrai dans Ics idees 
qui I'ont prccedee. Dans le uionde moral comme dans 
le mondc j)liysique , dans la politique comme dans le 
domaine de I'art, c'est une loi goneraie que deux prin- 
cipes soient sans cesse en presence , qu'il faut concilier 
et niettreen equilibrr. Le bieii et le mal, la raison el la 
foi, I'ordre el la liberie, la resistance et le mouvemenl , 
que S'jnt-ils autre chose, sinon Tcspression diverse de 
deux forces qui se balancent sans cesse, et qui causent 
d'enormes perturbalions, lorsque I'unc d'elles vient mo- 
nienlanemeiit a prevaloir el a predominer. Je concois 
doncle sonlimenl de repulsion qui accueille toule pen- 
see de reslauration ou d'iiinovalion dans une forme 
quelconque de la pensee humaine ; c'est une loi de la 
nature contre la(pielle on reclamerait en vain, et Fon- 
tenellc I'a dit avec autanl d'esprit que de sens : « Une 
idee uouvelle est un coin qu'on ne peut fairc cntrer que 



0'22 

p.M' legros bout. » Mais cc qui me passe, c'est (jiie , 
chcz k-s inusiciens, cette opposition soil toujours a peu 
pies gL-neraie et universclle; c'est qii'elle tournej d'or- 
tlin.iirf, ;i I'enteteracnt le plus obstinc, se refuse ;i tons 
les raisonnenienls , ii revitience ineiue , el nc prenne 
On, pour la pkipart dii len.'ps, (ju'avcc la generation 
qui a \u naitre la discussion. 

V^oila ic nial dans toute son clendue, la pl;iie dans 
toule sa protbndeur : cssayons d'en clierclier I'origine 
et d'en indiijuer le remcde. 

Sans doule, Ics causes qui ont amene cet aflligeant 
etat do clioses sont nombreuses, raaistoutcs peuvenl se 
reduire a ceile ci , savoir : I'ab'^ence de notions j)Osi- 
tives, cbez la plupart des musiciens, sur l.i verilable 
Iheorie de leur art. Or, cetle tlieorie leiw ecliappera 
toujours, lant qu'ils n'eludieront pas I'liistoiro de la rau- 
sique, qui scule pent rcclifier lour ju^einent . ouvrir 
une vaste carriere a leur genie, leur donner la clef des 
preceples (|u'ils professenl sans en coniprendre la si- 
gniflcalion reelle, substiluer, ca unmot, d;ns leur es- 
prit, des vues philosophiques larges et elevees a cette 
raesquini? et aveugle pratique a laquelle ils ont donne 
le nora lionnete d'instiiict musical, pratique qui est leur 
seule boussole, a laquelle ils attribuenl une chimerique 
infaillibilile,etquij le plussouvent, les trouipe et les 
egare. 

L' omission funeste de I'liistoire, dans le programme 
de ronsci^nement de la nmsitjue, est tout le secret de 
Vinferiorite actuelle de cet ar! et du d'isastreux mate- 
rialismeauquel il se laisse de plus en plus entrainer. 
Dans toutes lesautres branches des coimaissances hu- 
niaines, on a conqiris que la seule maniere de former 
le gniit el le jugemeut des adeptes est de meltre sous 



— 22:j — 

lours yt'ux ies meilleiirs modeles tic tons les leMi()s ol. 
de toulcs les t'coles; on a senti la rK'cessito do Icurfuur- 
nir en abondance des points de comparaison qui leur 
permisscnt de juqer en connaissance do cause cc qui 
vienta se produire ; on a voulu leur inonlrer la deduc- 
tion logiqne des fails, des idecs, dos decnuvertes, des 
revolutions qui ontamcne succcssivenienl unait ou une 
science de son e'tal priniitif a sa force actuelle. Le phi- 
losophe, le theoli gien, lejnriste, le poets, lesculpteur, 
le peintre , le niatliematicien , le chiniisle , tous con- 
naissent ct ctudient sans oessc I'liisloirc el les monu- 
ments de la science qu'ils professent ; tous puisent sans 
inleriii[)lion de i^rands cnseignenien's ;i ce!te source 
intaiissable que Ciceron appelle avec tant do justesse 
la lumiere de la verite, la vie de la mernoire , !a rej^Ie 
dela vie (1). Le musicicn seul fail une exception incon- 
cevableet irralionnelle a cettemetliodegoneraleet uni- 
verselle. II s'en tient a la pratique de Tart acluel , il 
s'arrete an felichisme obsline de la forme consacree , et 
se lenfcrme de gaite de cceur dans un cercle etroil au- 
dela duquel il n'y a rien pour lui que le neant et I'ex- 
travagance. Aussi parlez-lui , non pas de ces composi- 
teurs anciens qu'il faut etudier longlemps pour bieu 
comprendre, mais sim-plenient de ceux qui , ap[)arte- 
nani a une epoque pcu eloignec de nous, n'exigent au- 
cun tiavail prealable ; deniandcz hii quelle est son opi- 
nion sur les cBuvres de Schiilz, de Handel, de Bach, de 
Keiser, deLulli, de Canqua, de llanieau, de Fresco- 
baldi, de Scarlatti, tic Durante, de Pergolese, il nc pourra 
vous repondrc , car si d'aveuture il a parfois entendu 
prononcer le nom deces niaitres. il ne connail rien de 

(I) Deoralorc, \\h. ii. 



— 224 — 

leurs ouvrages : iis sont pour lui coinme iion avenus. 

Eh bien ! je le dis avec I'illustre favori deTheodoric, 
je le declare avec le savant Coece : celui qui se borne 
a praliqiier la rausiquepar le mioislere des doigts ou 
du larynx, cl qui n'eii ])ossede pas la Ihcorie ration- 
nelle et speculative, celui-la , dis-je , n'est pas digne 
du nora de musicien : il peut avoir une grande liabilete 
raecanique, raais ce n'est assuremcnt pas un artiste. 

Je vais essayer defaire apprecierles imnaenses avan- 
tages qui re^ulteraient pour I'art et pour les artistes, je 
ne dirai pas d'une etude approfondie^ mais d'une con- 
naissance menie legere et superQcielle de I'histoire de 
la ruusique. 

Etd'abord j'appellerai votre attention sur un point 
qui est peut-elre le plus important de tons , sur I'en- 
seignement de I'art musical. 

" 11 n'est personne, a dit M. Fetis ^ il n'est per- 
sonne qui, voulant se livrer a I'etude de la rausique, 
ne soit frappe d'abord de Tin) perfection des ouvrages 
elementaires et desmelhodesqu'on emploie pour I'en- 
seigncr. Rien n'y fait voir I'origine des fails qui sont en 
general presenles d'une maniere empirique. La cause de 
rimperfeclion de ces metliocles el de ces livres reside 
dans I'ignorance ou sont la plupart des musiciens sur 
I'histoire de leur art et sur les transformations qu'il a 
subies pour arriver a I'etat ou il est aujourd'hui. II 
est done necessaire d'avoir recours aux etudes hislo- 
riques pour connaitre comment la science actuelle de 
la musique s'est formee, et pour en refaire d'une ma- 
niere rationnelle les Elements et le langagc (1). » 

(I) Coins de philosophu' tnusicale el d'hisloire de la musique, 
II' loron. Revue musicale, annee 1832, pag., 309. 



— •2'2:> — 

Au fond , ces pl;iin(cs siir la regrottablo insoiicinnce 
des musiciens en ce qui concorne la llieorie de leur 
art ne soril pas nouvellos : il y a plus d'un siecle que 
Rameau adrcssait de vifs reproclies aux artist's de son 
temps sur leur aveugle atlachement a unt; rouliniere 
pratique , atlacliement qui , les rendant improprcs, sc- 
ion lui, a se rendrecompte des fuits , les mettait dans 
Timpossibilite de se defaire d'une mullilude de preju- 
ges, et de communiquer lenrs connaissances par Ten- 
seignement , s'ils j>arvenaieiit a en acquerir queiques- 
unes(1).Non nioins severe, Framery ecrivait , en 1793, 
a Suremain-Missery : « Votre article Mesure me parait 
parfaitemcnt bien fait. Vous y donnez une nouvelle 
preuve de ce que j'ai cherche a faire voir da