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Full text of "Annales de la propagation de la foi, Volumes 17-18"

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ANNALES 



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PROPAGATION DE LA FOL 



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^ve€ approbation des Supérieurs. 



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ANNALES 



DE LA 



PROPAGATION DE LA FOI 

RECUEIL PÉRIODIQUE 



MM LBTTlBf DU irftQUBB Vf OBS «NlOlIRAniBB 

•M MUtHmS BBS DBI7X MOU DES , BT DB TOUS U8 DOCDIIBHTS 

«BLATIF8 AUX MISf 10R8 BT A l'obCTRB DB LA 

VBOPAOATIOII DB LA FOU 

CtfXfiCnON FAISANT SmTE AUX LETTRES ÉMFIA1>(TE8. 



TOME. DIX-SEPTIÈME. 



A LYON, 

^CBBC L'ÉDITEUR DES ANNALES, 
Rot do Pérat, O* 0. 

1846. 

CIBTÎAKT , 

UAUVEKSITY OF CALIFOWIit gitizedbyGoOgle 



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mssiONS 

DE L-OCÉANIE OCCIDENTALE. 



MISSION DE TONGA. 



Lettre du P. Jérôme Grange, Missionnaire apostolique 
de la Société de Marie , à AT. Nicoud, curé de Saint- 
Clair (^hère). 

Tonga-Tabou. 1er juiHd 1843. 



« MoifSIEUR ET BIE?( CHER CuR^ , 

« Uimmense distance qai nous sépare ne fait que me 
lier plus étroitement à TOtre chère paroisse^ et me rendre 
fotre souvenir plus précieux; aussi dérobé -je avec 
boBheur quelques instaais à «mes nombreuses occupations 
pour m'entretenir avec vous. 

« U parait c^tain que Tarchipel de Tonga , d'oii f ai 
llKmneurde vous écrire, fat aperçu, il y a deux cents 
ans , par le Hollandais Tasman ; mais il n*j aborda pas. 
A peine y SHt-41 soixante et dix ans que nos insulaires 

TOV. XVII. 98. JJINVIER 1815. 



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6 

virent, pour la premièi*e fois, un navire qui les élonna 
beaucoup ; ils Le prirent pour une lie flottante , et finireiH 
par le nommer planche ducid, papa langui^ nom qu'au- 
jourd'hui ils donnent indistinctement à tout ce qui est 
étranger. Ce navire était commandé par le capitaine 
Cook. 

« L'Ile de Tonga-Tabou^esi située par le 178®delongi- 
tude occidentale et le 21^ parallèle-sud, et par conséquent 
peu éloignée de vos antipodes. C'est une terre entière- 
ment plate ; point de ruisseaux , point de sources jaillis- 
santes. Sa plus grande hauteur n'excède pas trente pieds 
au-dessus du niveau de la mer. Nous pourrions craindre à 
chaque instant d'être submergés , si nous ne savions pas 
que celui qui a creosé FOcéan, lui a dit : Tu viendras jus- 
qu'ici , et tu briseras contre ce grain de sable l'orgueil de 
tes flots. Sa plus grande longueur est de huit lieues , et 
elle ne dépasse pas quatre lieues en largeur. Elle est en- 
tourée d'une quarantaine d'Ilots, tous plus élevés qu'elle, 
et qui semblent exécuter une danse au milieu du perpétuel 
balancement des vagues. Le terrain, à peu près sans» 
pierres , est d'une grande fertilité. L'île est bien boisée , 
quoiqu'elle ait peu de grands arbres ; il en est cependant 
quelques-uns d'une prodigieuse grosseur , j'en ai mesuré 
un qui avait cinquante-six pieds de circonférence. 

« La population do Tonga-Tabou est d'environ quinze 
mille âmes ; ajoutez-y le même chiffre pour les sept autres 
Iles qui sont habitées , et vous aurez un total de trente 
milte âmes pour tout l'archipel , et non pas deux cent 
aille , oomme je le lis dans presque toutes les géogra- 
phies. Voilà lo troupeau que nous devons énmgélifler» 
mon confrère et moi. Avant de vous parler de nos travaux, 
je vous ferai connaître en peu de mots le peuple qui ttovs 
est cenflé. 

« Sa nourriture oeasiste en baoâiies , igouM» et frvHi 



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à pain ; lecoeo elle kava rorment la boisson ordinaire. Le 
bananier croit imouellement et très-rite ; il produit um* 
seule grappe où l'on compte jusqu'à cent cinquante (ruk.s, 
aussi gros que vos plus belles figues* de France* Aussitôt 
qtie le fruit est mâr, la plante mçurt, et se irouve bien- 
rôt reoiplacée par un nouvel arbre qui sort de sa tige. S^ 
feuilles, longues de six pieds et larges de trois, servent 
aux insulaires de plats et de uble. La banane est d'un 
bon goût, mais peu nourrissante. X'igname , qui fait ^ 
principal aliment dos naturels, est une grosse racine, pe- 
sant de dix à cinquante livres , asse? semblable pour la 
saveur i nos pommos de terre. L'arbre à pain , qni a quel- 
que rapport avec les gros noyers de France, porte un fruit 
de quatre à cinq livres, qui est d'un très-bon goût lorsque! 
est cuit au four. Le cocotier, admirablement placé par ki 
Providence dans ces îles basses et peu arroséo» , demie 
oontinnellement des fruits qui contiennent trois à quatre 
verres cPune eau très-agréable à boire , et dont la chair 
o'est pas à dédaigner lorsqu'on les laisse mûrir. Son noyau 
produit une huile abondante, dont les indigènes font usage 
pour apprêter leurs mets et s'oindre le corps. 11 serait 
trop long d'énumérer tous les avantages du cocotier ; H 
suffit de dire qu'il pourrait servir i nourrir , babiller et 
léger les naturels. Le kava est une plante assez semblable, 
pour l'extérieur, à rhortensia, mais beaueonp plus grande, 
ffos insulaires en mitchent la racine , puis la délayeiH 
dans de Peau qu'ils boivent ensuite avec délices. Les Baio- 
péens partagent peu lour enthousiasme pour cette liqueur 
Aviné , soit à cause de son âpreté, soit à cause de sa pté- 
paration dégoûtante ; mais le Missionnaire ne pourrait sVn 
abstenir sans nuire à la confiance que demandent ses tf«- 
nux. J'en ai pris jusqu^à dix fois par jouf . 

« Ténga^TiAou poasMe eneore des orangers et àeâ 
altronnicrs Mssi forts qne las noyers d^Enropa. Le < 



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8 
nier et la canne à sucre y croissent parEadtemeni bien. Mais 
le fruit qui me parait mériler une mention honorable, 
bien quMl soit peu estimé desnalurcls, est Tananas, grosse 
liraise épanouie sur une tige épineuse, pesant jusqu'à trois 
livres , et surpassant autant par sa qualité que par sa 
grosseur les fraises de France. Cest le seul fruit parfaite- 
ment bon que j'aie mangé dans œs lies. J'ai introduit la vigne 
et le figuier qui , d'après les connaissances que j'ai en 
agriculture, doivent bien réussir. En onze mois la vigne 
a poussé des sarments de trente pieds de long. Les fi- 
guiers nous ont déjà donné deux fois d'excellentes figues, 
et la troisième récolte commence à paraître. Parmi les 
différents arbustes que j'ai apportés, la rose , la balsamine 
et le géranium ont seuls réussi. 

« Nous avons quelques animaux domestiques, tels que 
le cbien^ le chat, le porc, les poules, canards, dindes, 
pigeons. J'ai amené de^ Sydney des brebis qui prospèrent. 
Tonga a beaucoup de rats et de lézards , mis point d'a- 
nimaux venimeux. 

« Les naturels de Tonga ne diffèrent guère des Euro- 
péens pour la taille, les traits et la couleur ; ils sont un 
peu basanés^ ce qu'on doit attribuer à la température 
très-élevée du climat : il est assez difiicile 4'avoir le teint 
bien frais avec trente degrés (Réaumur) de chaleur, 
comme nous les avons pendant quatre à cinq mois de 
l'année , où le soleil est près de notre zénith. Ici , comme 
en France, je me trouve dans la classe des hautes tailIes^; 
on voit cependant ici moins de petits hommes qu'en Europe. 
Si nos insulaires n'ont pas la stature élevée que je leur trouve 
dans les relations de voyages, ils n'ont pas davantage la vi- 
gueur qu'on se platt à leur attribuer ; il en est peu qui 
n'aient quelques plaies existantes ou cicatrisées, et plus 
de la moitié d'entre eux meurt poitrinaire. Outre leur 
mauvaise nourriture, beaucoup d'autres raisons coniri- 



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9 

boeat à cet état de Ëûblesse, sans porkr de leurs excès 
daas le mal. 

« Si les voyageurs qui ont tant vanté leur propreté^ 
avaient été oUigés de vivre seulement quinze jours avee 
eux, ils auraient, je pense ^ changé de langage. Sans 
doute qu'ils ne les ont vus que dans leurs fêtes. Ohl alors 
ibsont parés avec autant de recherche que peut le permet- 
tre une agreste pauvreté , ils savent tirer parii, dans Tin- 
lérét de leur coquetterie, de tout ce que leur fournissent 
findustrie et la nature. Hors de là, c'est une malpropreté 
dégoûtante. 

« Ah reste , on peut dire qu'ils sont beaux , intelli- 
fgeatSj toujours gais; les Français sans éducation sont moins 
polis et surtout moins hospitaliers. Aussi je crois qu'ils 
sont bien loin de mériter^ sous ce rapport, le nom de sau- 
vages qu'on leur donne. Se rencontrent-ils? ils s'offrent 
leurs amitiés, f(<» oto ofa (mon amitié); s'ils portent 
quelque chose qu'ils puissent donner, comme du kava ou 
des firuits, ce serait une grande malhonnêteté de ne pas 
l'offirir. N'ont-ils rien> ils en font mille excuses. Les 
subalternes s'asseyent à terre pour parler à leurs supé- 
rieurs. Allez-vous dans une case? c'est le gracieux salut 
tsi oio ofa , puis des remerclments pour votre visite , des 
félicitations sur votre santé, et tout en vous présen- 
tant le kava , ils s'excusent de n'avoir rien à vous offrir. 
)M vous ne demeurez pas assez longtemps pour qu'ils 
puissent vous préparer des aliments, ils se confondent 
mk r^;rets de n'avoir pas prévu ^votre arrivée. Dans les 
visites de cérémonie, outre le kava , qui est de rigueur , 
Os se font mutuellement des présents ; ils ne savent ja- 
aaîsrien refusej* de ce qu'on leur demande. Dans les rap- 
ports particuliers que nous avons avec eux , ils on^ ea gé- 
■énd la même civilité à notre égard. 
« Les hommes et les femmes ont les cheveux courts , et 



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tas enfaDls des deui sexes portent jiiscpi'à l'Age de dounn 
ans une espèce de tonsure, faite au rasoir ou au mojfen 
d'une dent de requin ; c'est un triangle qui a sa base sur 
te front , et son sommet à la partie inférieure du derrière 
de la tête , laissant de chaque côté un toupet bien frisé, 
i{ui leur donne un air tout à fait gentil. Ils naissent aussi 
blancs qu'en Europe, ce n'est qu'insensibiement qu'ils 
se cuivrent. Les hommes faits sont tatoués depuis les ge- 
noux jusqu à la ceinture ;' ce tatouage est ponr eux l'é- 
poque d'une fête. Ils ont peu de barbe et ils se ra- 
sent souvent. Les femmes portent les mêmes babtllemenis 
que les hommes ; ils consistent en tapes , ou étoffes fiiites 
avec des écorces d'arbres , dont ils se couvrent depuis h 
eeînture jusqu'au genou. Au reste, les usages sont à peu 
près les mêmes ici qu'à Wallis, et vous en avez lu la des- 
eription dans les Atmales de la Propagation de la Foi. 

« Il serait difficile de dire quel est le vice domrnant des 
naturels ; l'orgueil, l'immoraliié, la paresse, marchent de 
pair. Dans leurs rapports avec les blancs ils s^nt assez peu 
respectueux ; ils affoctent même une espèce de mépris. Je 
serais presque porté à croire que ce mépris^ ils l'ont dans 
le cœur , et que les marques particulières d'amitié qu'ik 
leur donnent quelquefois, sont ordinairement intéressées. 
k hurs yeux, tucun peuple sur la terre n'est digne de 
s'asseoir auprès d'un kanack de Tonga. Lui seul sait quel- 
que chose. De même qu'autrefois, qui n'était pas Grec mi 
ftomain, était considéré comme barbare, ainsi, d'après Us 
idées de nos insulaires , celui qui n'est pas de Vlk^Sûcrée 
(c'est ce que signifie Tonga-T^Aou) est ignorant et esdftte. 
Si le roi de France venait ici , on lui donnerait sans doute 
de grandes marques de respect, moins toutefois qu'au 
poi et aux principaux chefs indigènes ; le dernier escltve 
de Tonga se croirait d'origine plus nc^le que lui. Qimin 
à la moralité, n'en parlons pas; le vice ici n^a aucun se- 



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erct, même pour les enfai^. Ksods toutefois qu'on 
nous respecte et qu'on se g6ne beemcoiip en notre pré- 
sence. 

« La paresse semble être leur débat de prédileetien. Les 
naturek ne Font d'antre travail que celui dont ib ne peu- 
vent se dispenser. Hors les jours de fêtes, ils mangent très- 
peu^ de sorte que la nourriture d'un homme en France 
suffirait ici abondamment pour dix personnes. Ils souffrent, 
mais pour eux mille fois mieux vaut souffrir la faim 
qoe supporter la fatigue. Il en advient que nous som- 
mes réduits à (aire de temps en temps bien des jeûnes 
forcés. 

« Les naturels de Tonga ne sont point grossièrement 
idolâtres ; les esprits seuls reçoivent leurs adorations, et , 
eomme les païens de l'ancien monde , ils débitent à lenr 
sujet mille contes absurdes. Le plus grand de leurs dieux 
est Maoui qui , de temps immémorial , pêcba Tonga dans 
l'Océan. On conserve encore, disent-ils, l'hameçon qui 
servit à tirer l'île du fond des mers. Mais ceux qui en ont 
ta garde, ont soin de dire que le premier qui le verra sera 
frappé de mort. La vue n'en est permise qu'au roi seul , 
ea&int bien-aimé de Maoui. 

c Lorsque nous les interrogeons sur l'origine de leurs di^ 
fÎBhés, ilsbatt>uticnt quelques mots, puis finissent par dire : 
« Nons n'en savons rien, nous bisons comme nos pères. » 
Toujours est-il certain qne les objets de leur culte som 
des esprits malins qu'ib craignent beaucoup , mais qu'ils 
l'ahnent pas. Ces dieux habitent inWstblement , dit-on , 
dans les grands dieis et dans les vieilles femmes. Nos in- 
snlaires sont aussi esclaves de mBIe superstitions : too- 
cher ira bâton placé à Tenirée d'ane plantation de bana- 
«iers ou de cannes à sucre , est un crime qae les espi4i6 
funiascnt de mort. Personne, s'il nVst grand chef on ami 
des êieax , ne f^t numger Qtte tortœ o« tmt antre ob- 



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jet estioié dans le pays. Cependanl ces idées s'en vont , et 
les jeunes gens surtout les méprisent. Les vieillards seuls 
font résistance. « Les Dieux que les Missionnaires nous 
« annoncent, disent-ils, sont bons sans doute, mais les 
« nôtres ne le sont pas moins, puisque ce sont eux qiti 
« font croître les ignames , les cocos et surtout le kava. 
« Tenons bon, il faut au moins que la moitié deTtle 
« reste fidèle à nos anciens dieux ; autrement ils se ven- 
« géraient de notre abandon par notre perte. » 

« Les habitants de Tonga tiennent à honneur d'avoir 
un grand nombre d'enfants , et ils les élèvent avec une 
tendre sollicitude jusqu'à Tâge de quatre à cinq ans. A 
cette époque ils les abandonnent ; aussi les jeunes gens 
n'ont-ils aucui^ respect pour leurs parents. Bien difierents 
des Nouveaux-Zélandais , qui exposent leurs infirmes en 
plein air et les délaissent, nos insulaires ont recours à 
tous les moyens imaginables pour obtenir leur guérison : 
le malade est bien logé , sa nourriture préparée avec soin ; 
on fait pour sa santé des vœux et des prières. Si un grand 
c^ef est alité , on coupe des doigts à plusieurs personnes, 
quelquefois même on en immole pour apaiser la Divinité 
malfaisante qui dévore les malades tout vivants. 

« Mais rien n'égale le soin qu'ils prennent de la sépul- 
ture des morts. Dès qu'un naturel a rendu le dernier sou- 
pir, les voisins en sont informés, et a l'instant toutes les 
femmes viennent pleurer autour du corps. — I,ci jamais 
les hommes ne pleurent. — On le, garde ainsi un ou deux 
jours , pendant lesquels on s'occupejà ériger son tombeau 
près de la demeure de ses parents. La maison sépulcrale 
est belle, biiiesur une éminence, entourée d'une jolie 
palissacle de bambous choisis ; l'enceinte est plantée dt 
toutes sortes d'arbustes odoriférants et surtout d'immor- 
telles. Enfin le monument est couvert d'un toit artistemeot 
travaillé. Pour le tombeau des rois ou des plus grands 



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13 

cheEs , on va diercher des pierres colossales dans les iles 
lointaines, pour couronner le sépulcre. J*en ai vu une qui 
^ vingt -quatre pieds de long sur huit de large et dix-huit 
ponces au moins d'épaisseur. L'un de ces tombeaux a été 
construit par les gens de Wallis , qui ont apporté des 
Uocs énormes dans d'immenses pirogues. C'est prodigieux 
pour ces peuples. Mais ce qui fait gémir sur le malheur de 
nos insulaires, c'est de voir ces pleureuses qui, pour té- 
moigner leur douleur , se coupent les doigts , se fendent 
le nez , les oreilles et les joues ; et cependant , tant de 
larmes ne sont que de vaines cérémonies , où le cœur n'a 
point de part : ces femmes sont bien joyeuses lorsqu'elles 
se voient délivrées d'un tel supplice. 

« Nos insulaires n'ont aucune forme régulière d'admi- 
nistrer la justice. La volonté bizarre d'un tyran , qui ne 
pense à faire respecter l'ordre que lorsqu'il y est person- 
ndlement intéressé, voilà l'unique et souveraine loi. J'ai 
vu des hommes en tuer d'autres sans que personne se soit 
le moins du monde inquiété de venger le crime. Avec des 
usages aussi arbitraires , ce qui m'étonne c'est que ces 
peuples ne soient pas parvenus à se détruire. 

m n n'y a pas de despote plus redouté que le roi du pays. 
Lorscpi'îl commande , chacun s'empresse de lui obéir : 
veut-il faire mourir quelqu'un de ses sujets , il n'a qu'à 
renvoyer chercher ; soyez sûr que la victime contre la- 
quelle est décerné ce mandat d'amener, ne cherchera |)as 
i prendre la fuite, lors même qu'elle connaîtrait le motif de 
son appel. Aussitdtque le tyran selève, c'està qui aura Thon- 
nenr de lui baiser les pieds. Ouvre-t-il la bouche? cha- 
cun écoute avec une respectueuse attention ; et ses ora- 
cles fussent-ils autant de sottises, tout le monde de ré- 
pondre : Cest la vérité , hoe! Ce régime d'esclavage 
apportera un grand obstacle à la conversion du peuple ; 
paorce que les cheb ont en général de fortes raisons pour 

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14 

demeufar dans Tinfidélité, et <pie, d'ailleurs, les sujeu sobl 
peuhardisà prendre rinitiative ; nous espérons néanmoins, 
parce que Dieu tient dans ses mains le cœur des peuples 
et des rois. 

« Ici la cuisine est toujours en commun ; c'est assez 
d'apercevoir la fumée d'un banquet pour avoir droit d'y 
prendre place. Quelqu'un prépare-t-il un mets, tout le 
quartier en est informé', et il est de bon ton que celui-là 
seul qui l'a apprêté, n'en goûte point. Si l'on veut faire 
cadeau d'un porc ou d'un autre animal, on vous te 
donne, on le tue, on le mange ; il ne vous reste que 
rbonneur de régaler vos voisins. Je vous ai parlé plus 
haut de l'empressement des naturels à offrir des fruits 
aqs pensonnes qu'ils rencontrent sur leur route; cette 
politesse , cette communauté de biens, qui parait si belle 
au premier abord, est loin d'être utile en réalité. Qu'en 
arrive-t-il? chacun compte sur son voisin, et personne 
ne pense à se pourvoir de ce'qui lui est nécessaire. Ainsi 
nos kanacks vivent dans une funeste oisiveté , et meurent 
souvent de faim, dans une tie si féconde qu'un seul jour 
de travail par semaine suffirait à un père de famille pour 
nager dans l'abondance avec tous ses enEants. 

« Nos insulaires bâtissent avec assez d'élégance ; leurs 
maisons^ sont de forme elliptique, disposées à peu près 
•onune un vaste parapluie, et ouvertes à tous les vents , 
•e qui est un avantage dans les grandes chaleurs. Elles 
sont assez élevées, et pour l'ordinaire d'une grande pro- 
preté k l'extérieur. Je ne pensfs pas qu'un bon ouvrier 
européen , avec une simple hache comme nos indigènes, 
pfti travailler avec autant d'adresse, je dirais même d'é- 
léipnee , la charp^te et les colonnes qui soutiennent leurs 
cases. Us excellent surtout à les revêtir de tresses, dont 
Us forment un tissu de diverses ooul^urs^ représentant des 
igures de hi plus étonnante régularité. C«s tresses sont 



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15 
uM espèce de ftcdle pkne , qui leur seri à lier les beis ei 
leur lient lieii de clous. Leurs embarcations ou pirogues 
soBCd'one beaiuéà ravir l'adintratioa des Européens eû\- 
méoies. J'en ai va qnî avaient œnl cinquante pieds de 
ioBg ; elles étaient ornées de brillants coquillages et de 
phnes des plus beaux oiseaux du pays ; ils savent aussi 
très-bien confectionner les voiles et les ootdages. Montés 
sw ces petits navires, nos insulaires font quelqiiereis 
jMqu'à trois cents lieues, sans autre boussole que les 



« Pmdant les derniires années, des guerres de reli- 
gion avaient divisé et armé les unes contre les autres les 
diverses iribrn de Ten^ Les adeptes des miaistres pro-* 
tesunts vooIaieBt propager leur foi avec les armes parmi 
leurs compatriotes rdielles, qu'ils appdaient k parti du 
HMi. Alors lesdeux camps se sont construit des forts pour 
omettre àTabri des surprises, et ils s'y retirent pendant la 
giKrre ; en temps de paix ils habitent des villages qui sont 
aax environs. Tonja compte quatre redoutes principale^- 
Bte, oànoùs réiîdons, est la mieux fortifiée ; aussi est- 
elte répmée presque imprenable. Des Eurapéens nous 
assareot qu^Ue a renfermé jusqu'à cinq mille hommes ^ 
je crois le nombre exagéré, m^ deux à trois mille peu- 
vent y habiter h l'atse. Elle est divisée eh companimenis par 
de jolies haies- de roseaux , et ces divers compartiments 
on scmt groupées les maisons, forment des mes qui se croi- 
!wnt en tout sens et donnent à ee camp Taspect d'osé pe^ 
litevillt. 

« Béa a snutoHi un siège il y a trois ans. Une trtlMi 
gngnén an protestantisme , qui tentait depuis plumurs an* 
néas, mais toojonrsen vain, de faire embrasser sa croyanoe 
à b fosçibtie iBÛiëe qui mns donne l'hospitalité, décida 
lendnrdsseeonvertiraiettt, ou qu'ils expieraient leur 
r fnur b mort. Le Ministre anghis, qui dirigenii 



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16 

cette affaire, fit entrer dans ses vaes un comnnodore de ssi 
nation , dont le navire était en rade. On vint donc assié- 
ger la place en forme ; \eparli du diable se mit en état 
de défense, et il fut heureux. Le commodore Croker fut 
tué avec onze des siens et beaucoup d^nsulaires; mais il 
ne périt personne du côté des infidèles, qui restèrent maî- 
tres de trois pièces de canon. 

« Dernièrement, un capitaine anglais est venu ré- 
clamer ces trois pièces ; il les exigeait avec un ton de 
hauteur, offrant toutefois une récompense aux vainqueurs, 
et il ajoutait qu'ils pourraient avoir à se repentir s'ils n'ac- 
cédaient pas à sa demandé. Alors un des chefs , après 
avoir pris Ta vis des autres guerriers , parla ainsi au com> 
mandant : « Vous êtes venus nous attaquer chez nous, 
« lorsque nous jouissions de la paix la plus profonde ; 
a nous n'avons fait que nous défendre, alors que nous 
« aurions eu des raisons pour attaquer. Les canons que 
« nous avons pris , nous appartiennent d'après les lois 
« du pays ; nous pourrions donc les garder et nous en 
« servir contre vous. Mais , afin de vous montrer que 
« nous ne vous craignons pas , nous vous les rendons. 
« Pour les vendre, nous ne le voulons pas ; c'est au pé- 
« ril de notre vie, au péril de la vie de nos femmes et de 
« nos enfants, que nous les avons conqub ; il n'y a pas de 
« prix pour cela. Prenez-les et allez-vous-en. » 

« Quoique le pays ne parle guère à l'imagination , k 
cause de sa monotonie et de son peu d'étendue, les hsiÀ- 
tants de Tonga ne sont pas cependant tout à fait étrangers 
à la poésie. Ils composent eux-mêmes des chansons qu'ils 
savent rendre tristes ou joyeuses selon la circonstance. 
Lorsqu'un convoi de pirogues part poar une Ile loin- 
taine, grand nombre d'indigènes accompagnent leurs fij^yes 
sur le rivage ; puis, au moment où les voyageurs mettent 
à la voile , deux ou trois cents personnes entOBBent oe 

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17 

chant mâaocolique et hariDODieiix : « Où vas-tu , jaune 
« et imprudent oiseau, où vas -tu? pourquoi t'abandon- 
« ner aux caprices des flots et des ondes trompeuses? Tu 
« ne pourras plus désormais étancher ta soif dans le creux 
< du bambou , ou dans Tépaisse écorce du cocotier» Le 
« bananier , de ses larges feuilles , ne te défendra plus 
« des ardeurs du soleil, ni du froid de la nuit ; et si le 
« vent vient à soufiler , tu n'auras plus pour abri les ailes 
« de ta mère. Où vas-tu , jeune et imprudent oiseau , oi 
« vas-tu? » et ils répètent en cadence ce chant si doux 
jusqu'à ce que les pirogues aient disparu à leurs yeux. 

« Laissez-moi maintenant vous parler un peu de no- 
tre nouvelle Mission. Les prolestants sont en possession 
de rUe depuis pins de vingt ans. On ne peut nier qu'ils 
n'aient de leur côté beaucoup de naturels. S'ils sont 
venus annoncer Jésus-Christ à ces peuples, du moins 
ont-ils {Hréché à la manière de Mahomet, et s'ils ont opé* 
ré des conversions^ c'est avec le sabre. Je suis sûr qu'ils 
n'ont qu'un bien petit nombre de partisans sincères et 
qni leur soient attachés. J'ai demandé à plusieurs insulai- 
res poarqoai ils n'avaient pas embrassé le protestantisme, 
àepms si longtemps qu'il y avait des ministres dans leur 
ile ; ei j'ai toujours reçu la même réponse : « J'avais peur 
des coups.» 

€ En effet, on ne voudrait pas croire en Europe avec 
qudie sévérité les protestants traitent leurs néophytes. 
Cea'esi pas assez de lew* interdire tous les amusements , 
on leur impose des jeûnes arbitraires, on les soumet à une 
pém&eace publique. Les travaux forcés suivent de près la 
moiodre infraction à des pratiques indifférentes: il n'est pas 
rare de voir un pauvre kanack attaché à un arfire, frappé 
ittftqQ'àlomber sous les coups, et cela toutsini{^ment pour 
avoir fumé une pipe. Je dois le dire néanmoins , depuis 
aaive arrivée dans cette Ile, les ministres ont cru qn'il était 
TOM. xvii. 98, 2 

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18 
de leur intérêt de reyoïir à un régine plus doux, ec fa- 
teue qu'il y a sur ce poiot une grande aœélioratk». fie- 
¥pe présence n'eùt-eHe amené que ce résultat, 9 foadraic 
encore s'en réjouir pour l'humanité. 

« H n'y a pas encore un an que le P* Cberron s'est 
écabK à T&nffchTabou : deux jours après son arrhrée, il 
tui fui enjoint de partir. Vous comprenez sans peine qnds 
étaient les moteurs de cet ordre. Trois mois pitis tard , 
lorsque f arrivai ici , nous craignîmes nn instant un soulè- 
vement général , et nous ne nous flmes point illusion sur 
ses causes ; mais nous avons pris patience , et peu à peu 
le calme s'est rétabli. Maintenant nous commençons à 
avoir un petit troupeau. Déjà plus de deux cents natorek 
assbtent , matin et soir, è la prière et à nos instructionB. 
Il est à croire que si nous étions venus les premiers, il 
nous eût été fi3icile de les gagner tous ; mais^ après avoir 
été prévenus par un enseignement contradictoire, fliiie 
savent à quelle doctrine donner le choix. D'ailleurs , tant 
d'étrangers les ont déjà dupés , qu'ils sont portés à les 
croire tous trompeurs; et en cela beaucoup d'entre eux ne 
distinguent pas le matelot du Missionnaire, et le Mission- 
naire catboliqne du ministre protestant. Ce sont denétraB- 
fsrs, cda suffit. « Us viennent , disent-ils, pouur se dis- 
puter les uns les autres, pour manger ce que nous avons de 
meilleur, et se moquar de nous; puis ils finiront par s'em- 
parer de nos terres.» Malgré cet obstacle, notre eonrage 
n'est point abattu ; nous comptons sur la grAoe de oeini 
qui est le maître des coeurs , et sur la protection de la 
Vierge puissants qui $euU a terrassé toutes hs kiréme$ 
dms rmiitfere. Tôt ou tard nous triompherons. Llsialli- 
genoe des insulaires aidera même à nos progrès, ear 
ils raisoBBifit assen bien ; je vais vous en douMT ém 
^temples» 

« Un de Ms Servants catéchumèttea disputait m jov 

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«fee jui iieJfii<eoa^triotes juroltstanu. Celui-ci donna en 
premte é^ la yétiié'éd sa sacle qu'elle atait été apportée la 
|V«Bièpe dans Itor lia. Le catéchumène répondit : « Il ne 
« hal pat trop faire attention à Tépoque où une religiot 
« a ilé eBseignée dans un pays ; mais il faut examiner 
« jwecsoiaai las Missionnaires qui Tont prèctiée ont été 
« esYOjés par le vrai Maître* En effet, ajouta-t-il^ les 
« YoleursdtefruitsdeTanceBt toujours le propriétaire.» — 
ba MMvel !■ aillant, qni <rul avair tmwvé une raison 
piMttpiam, flfieafiMiM -de ripoaler avec «n tan de 
mÊkÊmÊtz*MtiûÊKPài§amwÊihÊm iaiMiUettre« carao- 
ara miniiTlra aa!a ^wrin «voir aucune rebtioa avac 
riJpApa^ésnqnettdflrBÎer Tiolieîfoor laisser Se- 
vele (la P« tOeww), parae qu'il est éerit qu'on ne 
ésîi paâtt«Poir4a cenHnnniiatfnB avec les méchants ; 
iaa 4miAmm mas fit tons «dMr.-— C'est bien , c'est 
Uen^ dk leaiéapiqrte, yoîUi «neraîaan <pii prouveen* 
Bglise est bonne. » Puis continuant sa 
s «Mte^dl pasmii, ajouta->t^iU qne le vo- 
, loaaqu'il voîl venir le propriétaire (^ il 
Ies«koseaynléeSy paran qu'il oeaînt'qn'oaiie 
«t qn'on ne lui «plène son Iapein« Ainai fit 
f fwce qu'il anrail lelé Ja religion d'tiijpt* 
, esqnUVéïaii mâle d'enseigner sans ayoir ilé 
laarniArnMrf»» 
Un «mue catéclumi^ftnittfciidit amc le même suooës 
aiflioap qui t en présenoa des naturels , 
dn ohapnle^ suspendu à son non , et rimer- 
d'jMi San ftailknr^ ;sur l'ulîlké de ce cMcr 
La néophôfaa ikit^apellé nihi s'asseoir an jni- 
^en iMé é^ wmima^M lui dit: « Xu 
ce jfna jjgmfin^nniae lainlio (chape- 
let), jovàiae la.diin.La;ohapelet ne «eut 4^'i régler 
de paiiran^ M TeadaB dans Jeqppl 
8. 

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« nous avons Phabitude de les dire. Voici les prières que 
« nous faisons : Je crois en Dieu, etc. Bâbord tu vois que 
« cette prière n'a rien de diabolique j je ctoîs en Dieu...» 
Il allait continuer lorsque le ministre se leva et renura 
chez lui pour cacher sa débite. Le catéchumène se mit à 
rh'e, et tous les naturels, même protestants, d^apphacHr à 
sa réponse. 

« Une autrefois, le roî <ruBe tle voisme et prolastanfte 
étant vénti à Tonga-Tabim, vouhit oonlFaindre un.de.6as 
sujets , qui est notre catéchumène, à retoonier chex 6€a 
parents, où sa foi naissante aurait couitn le plus grand 
danger. Alors un de nos plus fervents disciples prit la pa* 
rôle devant une petite assemblée, eta'adressant au je«n« 
néophyto : « Ne vois-tu pas, dit-il, que c'est p<mr te £ûro 
« toumeir à Phérésie que le roi Ge(^ges veut t'emmea^ 
« avec lui? Au reste, quds sont nos meiUenrs pareois^ou 
« ceuK qui nous ont donné la vie, ou œox qui nousap- 
« prennent à bien vivre? Ne disons^ous pas ton» les 
« jours que notre père est dans le ciel , ce. père coaunun 
« que les tneux Seteto H Bdenimo (Jérôme)i nous .ont 
« bit connaître? Us ont quitté leur pays, leurs familles , 
« leurs amis^ qtd sans doute les aimaient beaucoup ^ 
« leurs parents ont versé bien de larmes à leur départ ; 
« je suis sûr qu'ils les ont acompagnés jusque sur le ma- 
« ge, et le vaisseau avait disparu, qu'Us {deuraÎMit enoo- 
« re. Ces étrangers sont venus pour l'amour de Jiaus-* 
« C3u*ist et pour nous ; ils sont venus nous aanoBoer le 
« bonheur, et maintenant que nous Je ooinaissons, nous 
« pourrions le quitter ? non , janKÛs ; et quand Georgoa 
« débarquerait avec tout son peuple^pour uoas tiœr , noua 
« devrions encore demeurer format. ». Jene^puisvoua 
rendre toitte Véaérgiê de ses paik)ks, tout kfimdason ac- 
^ ; chestle kanacktout poHrle à*lalaiaf les.pieds» lea 



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91 

■ttkft, ksyeu ; lafiguren'est pas^ moins expressive que 
hfaflgiie. 

« Je V0B8 dteraû aa dernier irait qui , pour être plus 
anple, iies«ra pas moins de votre goût. Dans un viÛage 
sitoé à qnalre lieues de notre haUtaiiot^^ souffrait un 
kMnme atleint d^uae maladie grave , et qui refusait obs- 
tinénent le baq[>llme. Mous avions à peu pr^ désespéré 
de le gagna^ à Dieu4 Heureusement que dans {a même 
ifibn se trouvait une de nos jeunes catéchumènes fort in- 
tefligeote. Nous retournâmes qi^lques jours plus tard au 
nèflie Ken ; à notre arrivée, nous aperçûmes cette jeune 
personne accourir à notre renccmtre : « Cela va bien! di- 
« saxt-elle, cela va bienl un petit enfant de cet hpname 
« qui ne voulait pas se convertir^ est tombé malade ; 
« je rai baptisé sans en rien dire à personne. iSn bien 
« fait cokmne tu m'avais dit. 11 est mort tout de suite après. 
« n est allé en paradis , et d^'à il a prié pour son père, 
« qui maintenant d^nande sans cesse à être baptisé. Je 
« lui ai appris tout ce que je savais, il en sait autant que 
€ moi ; il n'attend plus que toi pour recevoir le baptême. » 
Èft effet, nous le trouvâmes bien disposé et suffisamment 
îastrmt ; nous lui' adoûnistrâraes le sacrement de la ré* 
génératioB, et deux jours après il rendait son âme à 
Ueo. 

c La jeune catéchumène me dit encore : « N'ai-je rien 
« gagné pour moi à baptiser cet en£mtP — Tu as beau- 
« coop gagné, répondis-je; car si cet enfanta obtenu une 
« si grande grâce pour son père , qui ne lui avait donné 
9 qa'oae existenee misérable, que n'obtiendra-^t-il pas 
« pour toi, qui loi as procuré une vie étemelle. — Oh! 
m tant mieux , ^ ditrdle , je suis bien contente* » 

« n me semble que depuis peu notre sainte cause a £»it 
bien cfos progrès. Il n'y a pus longtemps qu'à notre arrivée 
Ans anepeuptecle, BOUS ftmea reçus à ooupdesiiSets^et 



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personne ne YOuHit ni nous reeevoir ai noir donér-è 
manger. Nous avions marché la moitié du jour, pur xtm 
chaleur de trente degrés ; nous étions bien h» ; ec mm 
n'eûmes peur abri qu'une cabane abandonnée sur le hmé 
de la mer. Mais nous étions consolés par h pensée qu'aa- 
trefois Marie et Joseph essuyèrent à ft^Ueen uatefobmi 
plus humiliant. Aujourd'hui l'on noi»aeoMHb vncMÊi'^ 
tié dans cette mémo tribu , oè déjà nous eonptons^ sîn 
catéchumènes. Dans la grande tribu protestante, on ndns 
jeta des pierres , la première ft>is que nous y uHftraea : 
aujourd'hui lé grand chef lui-même, bien qu'il soit hé»é^ 
tique, vient d'ordonner i son peuple d'avoir k nous nesr 
pecter^ et, de bit, il donne l'exemple en nous recevant 
lionorablement cbes lui. Un bruit degueere s'éunt éfe^é 
entre sa tribu et la nôtre , il convini on plîitât il profloen 
de s'en rapporter aux dmx vima^ de la BeUyion du 
Pape. 

« Dieu soit béni ! nous voyoas de temps en temps des 
infidèles et même quelques hérétiques yeair à noua. Nous 
avons r^énéré vingt-cinq personnes en danger de mon, 
et le jour de la fête des saints Aipdtres Pieire et Paul , 
nous avons administré le baptême solennel à trente p^^ 
5Uïnnes. J^ai donné à dilférenlB néophytes les aouis de 
mes amis et bienraiteurs, ce qui me rappelle de btta 
doux souvenirs. Parmi ces néophytes on comptait neuf pères 
de ibmille et seulement trois femmes. Les petits onFanis 
suivent toujours le père. Oh! qu'il est consolant de voir 
un kanaek, naguère adonné à tant de ernnes et aux plus 
sottes superstitions^ venir avecdeux ou troisenfiniâ qu'ii 
conduit par là main , solliciter la grfce d'être admis au 
saint baptême ; dP^itendre dire à ces jeanes prédesttnéfr, 
dana leur simple et naïf langage : A vm»s être rdigieux 
W99C mon pér$ ; oJki oU lotu! Qu'il est touchant de ymt 
eepèra, assis dans saeaiHino, oMouréda ces petila aagci^ 



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3» 
dttsler Bos cantiqaeiy réoiter nos ftièrm et le obapelet , 
à qnoi répond rinooceote famille qui mt k peîie bé- 
gayer; mais pour ia mère, couchée nég^gemment sur nue 
uatte, elle ne montre que de rindifférence et même dn mé- 
prit poar ses enfants et pour la Religion I 

« U est en effet à remarquer qu'ici les femmes sont plu» 
éjflkjlffs à eon^ertir que Ie& hommes ; jamais elles ne pren-* 
•eut rimtiative, et quand elles se rendent» ce n'est que. 
iMigtemps après Tabjuration du mari. En Europe je croia 
afoir remarqué tout le contraire ; les femmes y sont géné- 
plus dévouées à la Religion que les hommes* La 
ai est, je pense > qu'ici oom;ae dans tout pays qak 
•'a pas été édairé et civilisé par l'Evangile , les femmes 
aeioBt que des esclaves. La servitude avilit, et, pourem- 
la vérité, pour combattre ses passions, il faut da 
î, delà noblesse, de la grandeur d'âme. Nos po- 
Ijaésiennes sont si méprisées, et , de fait, si méprisables 
fttt leur conduite, qu'on les regarde comme des êtres 
difêrents des hommes. 

« Obi si les femmes d'Europe» si solidement pieuses, et 
paitant si respectées, pouvaient être les témoins de l'é- 
tat d'avilissement et de dégradation où sont plongées leurs 
soeurs de rOcéanie^ elles seraient encore plus dévouées 
à la Religion « qui les a délivrées de cet esclavage ; elki^ 
caoïprendr^ient peut-être mieux encore que si la piété 
est pour elles un besoin du cœur, elle est aussi un de- 
voir de reconnaissance ! Espérons que les Océaniennes, un 
^onr devenues catholiques, rivaliseront de vertu avec 
leurs sœurs de l'ancien monde. 

« Dès num anivée, et après que le tumulte dont j'ai 
parlé plus haut fut apisé, nous pensâmes à la construction 
d'uie église. Cent quatre-vingts personnes » reçues à cette 
fpoqne au rang des catéchumènes» mirent l'affaire en train, 
etmi nombre à peu près égal d'infidèles voulut participer 



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u 

à la bonne oetivre. Celle église a été achevée en quatre 
mois et demi ; ils ont mis à sa construction toute Padresse 
et toute l'activité dont ils sont capables ; et , de &it , elle 
est plus belle qu'on ne pourrait se le figurer en Europe. 
Bâtie en bois, elle a, en y comprenant la sacristie, soi- 
xante-douze pieds de long et trente de large. Douze co- 
lonnes élégantes de bois de fer soutienneut une voûte 
magnifique, élevée de trente pieds. Les murailles sont en 
bambous Uen entrelacés avec des ficelles de cocotier ; les 
poutres qui forment la voûte sont tressées avec des fila- 
ments de diverses] couleurs, et représentent différents 
oiseaux du pays. Deux cents jolies nattes en forment le 
pavé. Je puis dire avec vérité que bon nombre de parois- 
ses en France s'estimeraient heureuses d'en avoir une 
semblable. Le 13 février, jour de sa dédicace, fut un 
grand jour de fête ; plus de six cents naturels assistèrent 
aux offices divins : nous déployâmes tous les ornements 
que nous pûmes nous procurer ; aussi les naturels ou- 
vraient-ils de grands yeux et étaient-ils tout hors d'eux- 
mêmes. Le soir nous fîmes aussi un salut très-solennel. 
Ce fut alors que je me servis pour la première fois du bel 
ostensoir dont Mme"^* me fit présent à mon départ ; ce 
fut alors qu'élevé par mes faibles et indignes mains , le 
Souvenr du monde bénit sensiblement, pour la pre- 
mière fois, celte lie lointaine avec ses tribus encore infi- 
dèles. Ah! Monsieur le Curé, qu'il était beau et conso- 
lant pour un pauvre Missionnaire, le spectacle d'un peuple 
encore à demi sauvage prosterné aux {Hods du Saint- 
Sacrement, et accomplissant déjà sans le savoir l'oracle 
sacré : Ju nom de Jésus, totU genou fléchira au ciel, sur t 
la terre et dans les enfers ! 

« Je vous ai dit qu'aujourd'hui l'on nous respectait à 
Tonga-Tabou. Outre plusieurs autres raisons, ce com- 
mencement d'estime que Ton a conçu pour nous, vient de 



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25 

là kiute idée qu'on s^est fomée de aotre ad^ce^ Nous 
fiihnes les premiers à signaler la gnunde comète que tous 
avez aussi vue en Europe ; mais nous l'apercevions beau- 
coup mieux ici, à cause de h beauté des nuits sous la Zone 
Torride. Nos insulaires ne se rappelaient pas avoir ja- 
mais remarqué rien de semblable; ils crièrent à la mer- 
fdlle et interrogèrent les ministres protestants, qui ne 
purent leur donner qu'uee réponse vague, ne sachant pas 
ce que c'était. Le [capitaine d'un navire anglais qui se 
trouvait en rade, ne put leur en dire davantage ; mais il 
nous les renvoya , en leur disant que les Missionnaires ca* 
liioliques é^dent savants , et que sans doute ils sauraient 
leur expliquer cet étrange phénomène* Aussitôt il nous vint 
dés dépntations de toutes les parties de t'Ue ; nous leur 
dtmes que c'était une comète , chose si peu nouvelle pour 
nous que déjà nous en avions ¥« trois. Je leur expliquai 
eosuite la nature de ces astres errants , et d'après le peu 
de connaissance que j'avais en astronomie, je déduisis 
le temps que celui-d devait paraître sur l'horizon , et je 
rencontrai juste. Pour les intéresser davantage, je leur 
fflontrad la figure de ces corps lumineui^ dans un oavrag<^ 
d^Uranographie ; tout le monde voulut voir la comète sur 
le livre ^Hehnimo; le couoours des curieux dura quinze 
jours. -. 

« Un tremblement de teire extraordinaire, qui arriva 
dans le rnérn^ temps, jeta toute l'Ue dans la consterna- 
tion, fls s'adressèrent encore à moi pour avoir l'explicaiio» 
de ces eflirayantes secousses ; je le fis de mon ndrax^ et 
je leur en niontrai aussi h figînre et les effets sur un, ou- 
vrage de géegraphie raisonnée. lis furem très-eontents de 
œs faciles notions ; mais surtout la représtntaiioa de ces 
phénomènes sur le papier les satisfit pleinement : « JI 
« fSiut qu'on connaisse bien tout ceh , disaiem-ib > puis- 
« qu'on en a (ait la deseriptioB. » 



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• Ua résultat eiotre pkn beuroux, c'esc que Mut 
leur aTODS empécbé de commettre des cruautés. Nos iusii^ 
laires, dans dépareilles drconsunces^ croient que leurs 
dieux sont irrita contre les grands cheb , et que ces phé- 
nomènes sont les signes avant-<x>ureurs de la Tengeanee 
qui les menace ; ils sont donc dans Tusage, pour apaiser 
leurs divinités , de couper des doigts à plusieurs person- 
nes, et même d'en mettre à mort quelques-unes. Déjà 
plusieurs jeunes gens étaient destinés à perdre les doigts 
en la vie. J'avais beau leur dire que les sujets de leur su- 
perstitieuse terreur étaient des effets ordinaires et pure- 
ment naturels, ils ne voulaient pas entendre raison. En&n 
je changeai de batterie, et je trouvai un moyen qui me 
réussit mieux. Voulez-yous foire entrer ce peuple dans 
votre sentiment P dites-lui justement le contraire de 
ce que vous voulez lui persuader. J*allai donc chercher 
une grande mappemonde , et je leur montrai toutes les 
parties du globe ; je les priai ensuite de me désigner. 
Tbnjfo. Ils ne pumt jamais y parvenir, et je m'y atten- 
dais Uen, car c*est un point presque impercepiiBle. Je 
le leur indiquai, puis je fis ce raisonnement : La comète 
se montre par tout le globe ; partout il arrive des tremble- 
ments de terre. Pour la plupart vous savez qu'il n'y a 
qu'un seul Dieu tout-puissant , qui est Jéhovah. Est-ce 
que, par l'appariticm de ces phénomènes. Dieu indique qu'il 
veut faire mourir tous les rois du monde? — Non , répon- 
dn-eat^is ; ceux de TVmjra seulement. — Àh! sans doute, 
leur dis-je, ce grand Dieu Jéhovah , qui gouverne tous les 
empires, ce grand Dieu quia fait twtes choses de rien, 
ne slnquièle poini <te tous les autres royaumes du monde ;. 
to» ses soiBS«Mit pour 2^Mf«, parce que tontes les autres 
terres ne sent rien^ tous les autres rois du monde, tous 
les autres peoipies. sent des sotsi c'est pour Toi^a seul 
que le soleil se lève , que la lune et les astres se meuvent ^ 



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;tece €{ae c'est dans Fonfcr senl quese troureni leftbgnmct 
savants en KeligioB , liobHss à faire des livrw, de gmndi 
oaVires^ des fusils^ des montres^ des haches, des co»> 
leanx , des scies et de belles étoffes! Tof^m est lout, le 
reste da monde n'est rien I Oh I le penple aimé des eieux 
que le peuple de Tonga ! — Ici on m'interrompit en me 
disant : Helentmo y ta langue a assez remué pour nous 
faire honte ; arrète-la, pardonne-nous, nous sommes des 
imbéciles, tu es sayant.— Et Ton ne parla plus décou- 
per des doigts ni de &ire mourir personne... 

« Quelques morceaux de planches arrangés avec des 
bambous, forment dans ma cabane un petit cadre de biblie- 
dbèqoe, où sont placés avec ordre cent quatre-vingts volu- 
mes assez bien choisis et reliés. Tout le monde a voulu les 
voir, les toucher et les compter. Il est bien savant, di- 
saîeot-ils , puisqu'il a tant de Kvrei. Ici je passe pour 
lia érodit du premier ordre. Vous voyez qu'il m*a Min 
venir bien loin pour m'attiror cette réputation. 

« Que de bien à faire dans ces lies! que la moisson est 
grande, et que le nombre des ouvriers est petit! Deux 
Missioanaires et un frère catéchiste pour trente mille indi- 
gènes I et puis Fardiipel de Viti , qui renferme , dit-on , 
an moins un million d'habitants, et qui est tout près de 
nous! Que de brebis errantes et sans pasteurs sont encore 
plongées dans l'ombre de la mort! Oh ! n'y aura-t-il per- 
sonne qui vienne au secours de ce pauvre peuple? Si 
quelqu'un parmi vous meurt sans que la Religion console 
ei sanctifie ses derniers instants, c'est presque toujours 
par sa faute ; mais ici combien d'âmes périssent faute de 
prêtre! Ohl si mes amis de France si savants, si pieux» 
si zélés, pouvaient voir «cette affreuse disette spirituelle, 
combien d'entre eux franchiraient les espaces qui nous 
«éporent , et voleraient an secours de leurs frères sur ces 



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S8 

plages lointaines ! Les dangers de la mer ne sont rien pour 
im apôtre ; despériissurles lieux, il n^y en a pas pour ceux 
que Dieu envoie et protège : pour des peines, ils en trou- 
veront; mais elles disparaissent sous le torrent des conso- 
lations que le Seigneur nous prodigue. 

« Agréez , elc. 

« Jérôme Grahgb , Missionnaire apostolique 
de la Société de Marie* » 



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.29 



LHtre du P. Chévfonj Miaionnaire apoêêoUque de la 
Société de Marier à sa famille. 



Tonga-Tabou, 2ijuia 18-^3. 



m BlEI9 0HBBsPARBIfTfr, 

« Qb m'aimoDoe qu'il vient d'arriTer un navire faisant 
voîle pour Sydney. Je profite de cette occitsion pour vous 
donner signe de vie, et satisfaire au désir bien légitime 
que vous m'exprimes de connaître les lieu& que nous Jba- 
bitons, et les succès cpie nous pouvons obtenir dans nos 
travaux. Ce pays n'est ré^esnent plus pour moi une terre 
étrangère : je croirais presque me retrouver en France en 
TOfant nos sauvages adorer le Dieu de ma patrie^ et si 
ce n'était votre souvenir , je serais complètement Océa- 
nien. 

« Grâces à Dieu , je crois que la domination des mi- 
nistres dans ces pays a reçu le coup morlel, et qu'ils se- 
ront bientôt obligés de céder à la puissance de Marie , au 
nom de laquelle nous avons pris possession spirituelle de 
Tonga. Je ne vous parlerai pas des pénitences cruelles qu'ils 
imposaient aux pécheurs, avant noire arrivée; je vous en 
ai dit un mot dans ma dernière lettre; mais, je le répète 
pour la dernière fois, tous les jours nous voyons encore 
les traces de ces barbaries : des dents brisées à coups de 
poing , des yeux pochés , des cicatrices larges et nombreu- 
ses , certifieront longtemps ici de la douce rporale des pro- 
testants. 



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« HAloos-nous de dire que File eit en paix aujeurd'hiû. 
Aussi le protefttantisme s'en va-t-il avec la terreur qu'il aviâi 
mspirée. Da mit , les défKlions nombreuses que las mi- 
nijtres ont à déplorer devraient peu ks surprendre» s'ils 
faisaient un instant réflexion à ce que deviennent leurs 
transfuges. Quelques-uns, en petit nombre^ se rangent 
de notre côté; mais la grande majorité retombe dans le 
paganisme , ou plutôt, sans rien changer à sa croyance , 
elle reprend toutes ses anciennes [uratiques. Je demandais 
^ à l'un de ces derniers son nom de baptême, il me répon> 
dit qu'il n'en savait rien. — «Combien y a-t-il de 
« Dieux? — Je ne sais pas. — As-tu été baptisé? — Oui, 
« mais malgré moi. J'Iudritais, ajonta-t-il, le fort oc- 
« cidental de Tonga ; depuis lopgtemps on avait eo^pleyé 
« tour à tour les selHcitations et les « ew i oe s poiir«o«s 
« faire embrasser la religion. Comme BOusTefittioiis li»- 
« jours , on rémiit contre nous Yarvan, fiapai et tow les 
« protestants de nie; notre fort fut pris «rt je fuseoMMiié 
« avec bon nombre des nôtres à Vavon, où bm gré uni 
« gré ^ on nous fit tons chrétiens. Àlocs4mme laissa re- 
« venir, et de retoor ici , j'abandonnai la reKgiea. » 

« Si nous n'avons pas vu jusqu'ici un grand nombre de 
protestants se oonverdr à la foi catholique , le bon Dieu 
aous console en bénissant le petit troupeau qui suit nos 
instructions. Nous avons baptisé vingt-cinq personnes 
en danger de mort; daïls peu dt jours notm ferons 
te premier baptême solennel ; trente kanaks y seront ré- 
générés, lesquels ajoutés au même nombre de néophytes 
venus de Wallis , formeront comme le nojtkn de la chré - 
tîenté naissante. Nous espérons qu'die s'accrottra fcientôi 
par un second baptême ; car beaucoup de catéobumènes 
sont venus cette semaine solliciter, mab un peu trop lard « 
h mente &vear.«. 

« J. Cbeviov^ ilfisi. ofoti. • 



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31 



MISSION DE WALLIS. 



UtÊf du Fén Rmdaire, Miêsiotmaire apoêiohfUê de ta 
So€iéU de Marie ^ é un Pire de Im mime SoeiUi. 



Eb Tm de I^jXIm] a bord da Bue^lMe, le !•' d^cembra 1843. 



« Moi wàyiMmv Ptei, 

« Cefmle4]ittiqttenoiiftBioii(Aiiie8àbordde hbelle 
Mgye VUramêy dont Mgr d'AnaU âfiit bit h béaé- 
dîccioB la feille , en présence de rétaMM^. Je crote bien 
^e prtede trois mUk peesonnes oouvrai^t les quais an 
«MBent de notre embarquement; les Touloaaais Ton- 
laiant encore nne fois voir ce jenneETdqaet qa'Us avaient 
eatonré detantdbannenrs etdetant d^aftcUon pendant 
•on s^oor dans leur àté hospitalière. Le Prélat arrive^ 
nooonq[>agBé de tout le clergé de la viUe; et, aumoMeni 
ne il meuait le pied snr le canot, cette pieuse mnkitndir 
iMabait à genoux, et recevait, en fondant en larmes, 
In béÉédietien de l'fivéqne mÎMonnaife. Et nous aussi 
•PUS hisrioin couler les n6tres; oenelutpttssn 
■ss asMMi opprearii parla donlewr^tpe nous sais 
pour k dernière fris, et eèiia généMws viBa de Ts 



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32 

et les nombreux amis que nous y avions renconuréSy et'nou*e 
belle France que nous quittions pour la propagation de 
TEvangile. 

« Bientôt nous mouillâmes à Corée (Sénégambie) ^ où 
nous fïimes accueillis avec enthousiasme par M. Moussa , 
prêtre mulâtre , qui a fait ses études à Paris , et que vous 
connaissez sans doute de réputation. Il est aussi distingué 
par ses talents que par son zèle, et avec Taide de quelques 
sœurs de la Charité , il opère de grands fruits de sahit 
parmi ses compatriotes qui , pour la plupart, sont mabo- 
métans. Le jour de TAscension, Mgr Douarre officia pon- 
tificalement en présence de M. le gouverneur de nos pos- 
sessions du Sénégal , de M. Bruat, gouverneur des cta- 
blissements français de FOcéanie, et d'un brillant 
état-major. 

« Curieux de connatti'e un peu cette terre d'Afrique 
où nous venions d'aborder, nous fîmes une excursion dans 
le petit royaume de Dakar, qui est à une lieue de Corée. 
La première chose à faire était de visiter le roi. Accou- 
tumé que j'étais encore à nos idées européennes^ et à Té- 
elat qui environne nos princes, je me smpris à trembler 
un peu à l'approche de la royale résidence. Qui n'admi- 
rerait mon étrange simplicité? au lieu d'un palais, je ne 
vis qu'une* misérable hutte, semblable à celles qu'hahitezu 
les bergers de nos montagnes ; et à la place du trône , un 
tréteau sur lequel était accroupi le monarque. C'est un 
bel homme , mais, dans toute la rigueur du mot^ une ma- 
j^té sans culotte : une mauvaise ceinture autour des reins, 
un turban autour de la tête, voilà sa parure^ son man- 
teau , son diadème. Nous dunes avec lui une assez longue 
ac intéressante. conversation, à la suite de laquelle nous 
lui infimes une médaille de la sainte Vierge, qu'il ao* 
cepta vdoDders et suspendit k l'iiif tant à son cmu Puifitte 
MMriafartecfacràB8S.«rrçuml ... , .. » 



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S3 

« kxk sortir de la cabane du roi, nous aperçûmes une 
treotahie de marabouts ou prêtres mahométaos , assis de- 
vaot leiur temple et dâlbérant avec beaucoup de gravité 
sur le difttiment à infliger à une femme qui avait commis, 
ofi vol. Je ne sais quelle sentence porta le tribunal ; mais 
pendant qu'il était tout occupé de cette affaire , saas 
trop prévoir de danger sérieux , nous pénétrâmes dans la 
mosquée ; heureusement que nous ne fûmes pas décou- 
verts^ car le poignard doit ^tirer vengeance de Tinfidèle 
assez témà^ire pour oser firancbir ce seuil sacré. Pour 
louer le vrai Dieu aux lieux mêmes où le démon reçoit 
tant d'hommages , nous chantâmes quelques couplets de 
nos pîaix cantiques en passant devant les marabouts , et 
ib les trouvèrent fort beaux. 

« Nous avons séjourné trois semaines à Valparaiso. 
Vous dire Taccueil que nous ont fait les Pères de Picpus , 
est une chose impossible. Ils ont eu pour nous toute la 
charité que saint Paul demandait aux Corinthiens pour 
ion cher Timothée. 

« Pendant notre séjour dans cette ville, Mgr Douarre 
s adnûnistré le sacrement de Confirmation à plus de cinq 
mille personnes, et, ce qui nous a surtout comblés de joie, 
il a donné le baptême solennel à un jeune indigèue de$ 
Des Marquises. C'étaient les prémices de son apostolat. 
M. Bruat et sa dame ont bien voulu être parrain et mar- 
raine. 

« Là encore une scène touchante a aussi fait couler 
nos larmes. Un vénérable Evêque , couronné de cheveux 
blancs, s^était vaitré à Valparaiso par suite des troubles po- 
litiques survenus dans les républiques américaines , qui 
Tont contraint de quitter son siège. Il vint trouver Mgr 
d^Amata ; et étant la croix pastorale qu'il portait , il dit à 
son jeune collègue : « Monseigneur, daignez accepter cette 
« croix que je vous ofre. Vous êtes digne de la porter, 
TOH. XVII. 98. 3 

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34 

9 VOUS qui Be craignee p^ d^affronter de é grauds pé- 

• ritg peur étendre le règne de Jcsus-Cbrist. Pour mai, 

• serviteur inutile^ je n'ai rien fait, je ne puis plus rien 

• pour sa gloire ; du moins je vous suivrai de mes vœux., 

• **t je ne cesserai plus de prier pour le succès de vos tra- 
« vaux. Vous allez faire lever le soleil de justice sur de 

• nouveaux peuples, vous allez enfanter une nouvelle 

• Eglise au Sauveur : partez. Monseigneur, et que TAnge 

• du Seigneur accompagne tous vos pas I » 

« Enfin nous reprîmes la mer; nous avons vu quelques- 
Mns de ses dangers ; mais Marie , cette étoile si chère au 
Missionnaire voyageur, nous a guidés vers le porU Après 
U'ente-deux jours de navigation , nous arrivâmes, no sa* 
mfèdï soir, devant les Marquises où la France a devi^ éta- 
l>lissenients. Nous avons mouillé en vue de TanaU , et le 
lendemain^ dimanche 15 octobre, Mgr d'Amata a çâébré 
h Messe pontificale sur le rivage , sous un arbre grand et 
u>uffu , qui lui servait de cathédi*ale. Un modeste autel 
avait été dressé pour Tauguste sacrifice , là où peut-être 
maintes fois des sacrifices humains s'étaient offeru. L«s 
naturels contemplaient avec étonnement , sous les coco* 
tiers e^ les arbres à pain , cette cérémonie que rendait 
eitrémement imposante la présence du gouverneur, celle 
de son état-major, de la garnison et de l'équipage de 
r£^rant>; joignez à cela la musique et les salves d'artillerie. 
A rélévation, la frégate a salué de quinze coups de canon, 
et !e fort a répondu. 

« Nous avons trouvé là, avec deux Pères de Picpus, une 
cinquantaine de kanacks d'une Ile voisine qui, persécutés par 
t^n^rs parents à cause de la religion qu'ils avaient embraa- 
»oe , ont mieux aimé s'exiler que d'abandonner Jésus- 
Ohrist. ih venaient au-devant de nous avec toutes les mar- 
qiu*)( de b plus vive affection ! Kaoc e U Maiana : Bonjour j^ 
tiif.'i PJre! et il fanait répondre à chaque instant Kaoa ; 



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cVfuUoitt Sea loulaoide^iiuts. Uae pauvre fieiiia fille 4$ 
hùt à oeuf ans, nommée Aamette, venait nous baiser la 
■aiii à teQs , en nous dkaeu que nous étions bien bons. 

« Je vous assure , mon cher Père , que je vois peu de 
difiârence entre les Européens et les Marquisiens ; ceux<i 
mm très-bien Ëiits squs tous les nqpports. Seulement il y 
a une diose frappaute, que tout le monde remarque : c'est 
la diOSrence d'expression qui distingue les indigènes bap* 

s de ceax qui ne le sont pas. Ces derniers ont qualité 
) de sauvage et de triste dans Tensemble des traits; 
dbez les autres , c'est le regard de Tagoeau ^ «t Ton dirait 
^'une teinte de christianisme reste visiblement empreinte 
mr leor visage. J'ai aussi fait cette observacioii h Ton^a , 
et l'on m^issure que j'aurai lieu de la Êiire partouu 

« Le lundi, nous nous sommes rendus à la grande lie 
fhdahiva. L'amiral DupetU-Thouars s'y U'ouvuît avec 
«q bAdments sous tes ordres. Sur-le^chanp il mît le 
Bmc^kale à la disposition de Mgr d'Amata, et le ^''no- 
«nri»^ nous faisions voile pour Tonga-Tabou. C'est là que 
oons avons dit adieu à nos compagnons de VUr4mie* Pen- 
dnt une aussi longue traversée , nous n'avons eu qu'à 
«ans loner.de leurs égards; mais nous devons une recon- 
toute particulière à M. le gouvemeor Braat ; ce 
officier nous aimait ; ansai il n'a pu quitter 
Vgr d'Amatasans verser des Im^mes. 

« Le jour <ie la Présentation de la sainte Vierge, nous 
eiioBs en vue de Tonga. C'étmt la première Missien de 
•atn Société que nous avions le bimlieur de vkiter. Com* 
bien ne fàmes^ous pas heureux de nous jeter dans ks 
brM des Pères Cli^rroa et Crange et du cher irère Atodel 
Le dénAmem dans kquel nous les avons trouvés lions a 
irracbé des larmes. Vous avez des panvres en France » 
non révérend Pirre ; mais je no pense pas qne, dans Tex- 
(3èft defindigencff, leur détresse égale ce que nos eo ntr è ws 

3. 

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ont eu à souftir pendant plusieurs mob. S*ils pknteut la 
croix , c*est en Tarrosant de leurs sueurs ; ,ib travailtodt 
dans la fetm , la soif et la nudité. Ils ont été admirables 
de courage et de confiance en Dieu dans leurs épreuves ^ 
âu milieu des persécutions que leur ont suscitées des mi- 
flistres protestants établis dans cette île depuis 1825. Des 
circonstances majeures ayant forcé Mgr Poropallier k 
les laisser dans une espèce d'abandon , nos ennemis n V 
valent pas manqué de dire aux naturels que les prêtres 
catholiques étaient des aventuriers , des gens sans aveu , 
expulsés de leur patrie et jetés par la t^onpéte sur les 
rives de Tonga. Cette imposture a été dévoilée lorsque 
les indigènes ont vu l'accueil honorable que leur faisaî«M 
MM. les oflkiers du Bucéphale. 

« Nous avons visité presque tous les chefs de TUe, même 
celui du fort protestant, et le Toux-Tonga^ espèce de demi- 
dien ou grand roi de Tarchipel. Tous ont dtné à bord^ et 
après avoir bu le cixva français, qui est un peu meilleur 
que celui de Tonga , le chef protestant que notre visite 
avait probablement embarrassé , à cause de ses ministres , 
s'est uU peu ouvert ; il disait à deux insulaires catholiques : 
« Entre ces deux religions, nous ne sommes pas assez ia* 
struits pour discerner de quel côté est la vérité ; il serait 
bon cependant de savoir à quoi s'en tenir, et pour cela 
que vos Missionnaires et nos ministres eussent une con- 
férence. Si nous les entendions discuter aitre eux, nous 
pourrions bien juger qui a tort ou raison. — Mais à qui 
la faute? répliquèrent les cbe& catholiques ; nos prêtres 
ont été voir vos ministres, et ceux-ci n'ont même pas 
vouhi les recevoir : diaque fois que nos Pères se présen- 
tent dans vos villages, vos pasteurs ont soin de se cacha*. 
— C'est vrai, répondît l'antre. » 

« Je crois qu'aujourd'hui le succès de k Mission esc 
assuré. Nos confrères qui, depuis quatorze mois, se* 



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Si 

mùitùX dans ks larmes» noissmiâeronl biemAt dans l'ai- 
Ugresse. Ib ont d^ ceot néophytes qm sont iHen itt^eots, 
éenx cents catédunnènes qui leur donnent beau<^np de 
ooosobtion, et en tout près de deux nulle personnes qui 
le rangent de leur côté. Nous pouvons assurer, et c'est le 
ténoigDage général', que les deux Pères sont aimés de 
ions les insulaires , même des protestants; et pourrait-il 
en être autrement? Us pansent et guérisi^t leurs mala- 
des; ils leur donnent ou prêtent des outils; ik suppor- 
tent arec patience leur ingratitude et quelquefois leurs 
aqvis , sans jamais cesser de les instruire. 

« Jusqu'ici nos confrères n'ont point encore eu de disr 
CBSskm avec les ministres; au rette, il n'y a pas lieu de 
s'efiayer de leur sciew^ ; les connaissances fie la plupart 
d'entre aix se bornent k savoir et à débiter avec anOisance 
■ne fimle de sottes objections OHutre le cathdicisme. Ce 
qu'ils fimt le mieux, c'est le commerce et leur fortune, lis 
s'y entendent , je vous l'assure. 

« Pendant notre s^our à Tonga^ les officiers du Bueé- 
pkde furent invités à une de ces fêtes meurtrières, que le 
catholicisme détruira un jour ou du moins réformera, nous 
en avons la confiance. Six mille hommes environ étaient réu- 
nis dans une immense plaine ; un morne silence régnait 
dus tonte l'assemblée , lorsque tout à coup un chef se 
lève et harangue le peuple. A Tinstant deux champions 
mutent dans l'arène , armés chacun d'un énorme casse^ 
télé. Chacun des combattants portait des coiq[» terribles ^ 
son antagoniste, qui devait être assez habile pour les 
éviter. Un grand nombre de lutteurs vinrent successive- 
, se joindre aux premiers, et rassemblée ne fut dis- 
I que lorsque la victoire fut assmce à l'un des deux 
pmis. .Heureusement ce jour-là il n'y eut que quelques 
blessés. Pauvre peunle, d'être asservi à des coutumes si 
MNmsl 



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38 

« Cette tie est sans contredK ia plus avant^ée daos fa 
eiTHisaiion polynésietine ; son itifttiences^étend sur tous ks 
archipels votsinsy tels (|ue les Samoa, les Fidji, et même 
ju8qu*aux HéhriJts , avec lesquelles elle communique au 
moyen de ses belles pirogues , bien construites , excel- 
lentes voilières , et assez grandes pour contenir une cîn-* 
quantaine de personnes. Espérons que le Seigneur bénira 
un peuple si intéressant , et que bientôt , grâce aux ef- 
foru de ses dignes SGssionnaires, Il appartiendra tout en* 
lier à la véritable Eglise. 

« Nous voHà donc à Wallis , celle terne de désiré Je 
dois y demeurer pour établir notre imprimerie qui sera 
4\me immense utilité. Le temps me presse ; je me réserve 
de vous donner une autre fois plus de détails sm* nos 
dières MissitHis. Après -demain aura Heu le sacre de 
Mjpr BataiÀon. 

« Daignez agréer, etc. 



• P. S. ie reprends ma lettre pour vow retniecr use 
scène très-touckinte qui vient de se passer à notre débar- 
quement. Mgr Bataillon , qui était venu nous embrasser 
sur le navire, voulut nous emmener h terre avec Ini. Lors- 
que le canot s'arrêta sur les récifs, les naturels qui noni 
attendaient sur le rivage, an nombre de quatre cents envi- 
ron, mirent à la mer une de leurs pirogues et nous y firent 
monter. Comme ces embarcations calent très-peu d'eaa, 
n'étant composées que d'une seule pièce do bois , ils nous 
poussèrent eux-mêmes un assez long espace de chemiit , 



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H 

tturcbant dans la mer, et n'ayant de Teau que jus(|u*à !;# 
crâture. Enfin la pirogue toucha le fond et ne put plos 
atancer. Alors ces bons c-hrétiens , sans nous laisser le 
temps de descendre, se rangèrent tout aulour de nous en 
penssant de grands cris^ prirent la pirogue sur leurs 
épaules , et nous enlevant ainsi au milieu des acclama- 
tions de tout le peuple , comme nos ancêtres enlevaient 
autrefob les Pharamond sur leurs boucliers au jour de 
enr triomphe, ils allèrent nous déposer au milieu de ras- 
semblée rangée en bce de Téglise. Le chef qui présidait vint 
alors rendre ses hommages à Mgr d'Amata. De là , nom 
entrâmes à Téglise où Monseigneur donna la bénédiction 
^ffmelle. » 



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UUf de Mgr BataiUon , Bvêque JCEnot elHcain apaUtn 
KqH$ de fOeéame eentralCf au R. P. Colin , Stspérieur 
finirai de la Société de Marie. 



(kéêmit «Dtrale , tle WaUif» • d^cMibrt 1843. 



« HOR TEÈS-léviEBlID PEU , 

« Ces lignes sont celles da dernier de vos entuits, de 
cdai qui se plaisait à être ignoré dans son Ilot lointain, et 
#|ai tout à coup se voit forcé par son père même de re- 
cevoir un fardeau tout à fait au-dessus de ses forces, 
d'être subitement donné en spectacle aux Anges et aux 
hommes. Monseigneur d'Amata, arrivé aux lies Wallis le 
30 novembre, m*a remis les Bulles de la Cour de Rome, 
avec vos lettres par lesquelles vous me dédaries que , 
m'opposer aux intentions du Souverain Pontife, serait aller 
contre la volonté de Dieu. Eh bien ! mon révérend Père , 
je vous ai obéi , et me voici Evéque ; mais vous en êtes 
responsable; vous êtes tellement obligé de prier pour 
moi , de me veiller de si près , que je puisse me sauver 
dans la position redoutable où vous-même m'avez placé. 
D y a plusieurs jours que j'ai reçu Ponction sainte , et il 
me semble encore que c'est un rêve ; je me trouve comme 
dans un labyrinthe d'oà je ne sais par où sortir. Que Dieu 
m'assiste I » 



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41 

«Ruit-il TOUS dire les fcnix et les espérances qui reitt- 
pfoent mon coeur? Je sens en moi , Dieu en est témoin^ 
me Tolonté terme de sauver mon âme d*abord, et pnis de 
mPKT celles dont je dois un jour répondre ; je désire ar- 
demment procurer la gloire de TEglise romaine , assurer* 
le bonheur de tous les peuples qui me seront con6és , et 
mrtout odui des prêtres et des frères qui me seront don- 
nés pour collaborateurs. Telle est mon unique pensée, mon 
adôite ambition; mais je vous en conjure par votrn 
snour pour Notre-Seigneur , par llntérétque vous portes 
à vos Missionnaires , pensez sans cesse à moi , au saint au- 
va , afin que Dieu conserve^et perfectionne Tesprit dont II 
m^amme. Qnant if mes espérances , j'ai le pressentimenc 
que nous touchons à Tépoque où le Seigneur doit faim 
^ter ses miséricordes sur les peuplades de rOcéanie« 

€ J'ai llionneur d'être » etc. 



• f PlEABBi Evêqut d*EfioSf et Ficaire apostoUqu 
dt VOcéanie centrale. » • 



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49 



MISSION DE LK IfOUYELLE-CALÉDOIliE. 



L$Ure du Père RougeifrQn^ Miitionnaire aposioUçue de la 
S^âélé de Marie, au Jt» P. Favier, de la mime Société. 



PMtBikit.N9imlMW49me,ai déocabre lg43. 



% Mon &£inÉRElfD PÈKB, 

« Arrivés eafin au terme de aotre loag voyage » après 
avoir mis le pied sur celte terre de la Nouvene-Calédonie, 
qui pendant si longtemps avait été l'objet de nos conversa- 
lions et de nos plus vifs désirs, nous avons hâte de jeter un 
regard en arrière sur la route que nous avons parcourue , 
peur vous raconter quelques-unes des circonstances de 
notre navigation. Je suis heureux de reporter mes pensées 
vers vous et vers la maison du noviciat ; vos sages con- 
seils vont me guider , et Tespoir que vous prierez pour 
moi , me soutiendra dans les épreuves. 

« C^est le 29 novembre dernier que nous aperçûmes 

Wallis. Je vous laisse à penser quelle fut notre joie à la 
vue de ces riants Ilots qui envirennent Tlle principale. Sur 
eette terre ciiérie nous devions embrasser le digne Con- 
frère, qui par la consécration ^épiscopale allait devenir 
Mtre Pasteur et notre Père. 



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4» 

• Nms àvon tfométoP. BÉtifflldn êêm ébàfiftaà^ mu 
loiilierB » n*apnt plus que de miséràUes vèCementsM Idm* 
beaux. Ah I qu'il a souflfert et combattu peiMfeMit k» six 
années de son séjour à Wallls 1 Quel autre aurait été mmi 
figue d*étre le premier ▼ieaii*e apîîMtolîqtfe de deOe neu- 
feOe Mission , quMl a fondée avec tant de pmoP Tm 
nous a charmés en lui , même sa glorieuse pauvreté* L'fc 
•ntière a applaudi de grand coeur au choix dnSainCrSiége ; 
toi seul a été consterné de sa promotion à Pépiscopat. En 
rapprenant, il est resté interdit. Que vonsaorieB éié hen* 
reon, mon référencIPère, ai iMts aûei été comme nnas 
t^Dotn de la joie de ses néophytes I 

« Cette nouvelle se répandit m un iaatant d^ beat à 
Panlre de WaHia; de imites partt on entsadait crier i 
ItaM Bpikopé , AMh» Efikojm^BëtmMùn m Bvéfmi 
Bt lia venaient en feale ae ppcat^sarà sas pieds, ponr 
recevoir sa bénédiction. 

«Lacéréjncmiedesaconséoralion entlienle S déoM»- 
hre, époque bie^ mémoraUé. Ortreqoee^était ki Cftied» 
Patron des Missions , c'était aussi le même jour que, sK 
ans auparavant , Mgr Tévêque d'Aios avait dit , pour ki 
première fon, la sainte Même dans une Ibrêt de cette Ile. 
Après la cérémonie qui édifia beaoconp nos bons fndi^ 
gènes, eut lieu un festin où assistèrent le roi et la reine de 
WalK^ , ainsi que HM. les oflteiers du Bueépkide; la tù/tt 
se termina par une partie solennelle de kava. 

« Htais ce quim'ale pks touché, c'est la ferveur de la 
primitive Eglise que j'ai vue renaître dans cette Hé. Tous 
kssoi^, chaque vIDage se réunitdans sa chapelle poilrfiiire 
bp^ère; un catéchiste pré^e rassembl a ; Tèxerdee 
flaif Ils se retirent, les uns dans leurs cabanes, les autres 
sur le rivage, tandis que le reste demein*e dans^ la vallée, 
et alors Ils récitent le chapdet , et chantent des cantiqnet» 
en Phonneur de Jésus et de Marie. Le samedi, ces dont» 



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H 
ae prokofeac jusqu'à OBie heures el même jniauit^ de 
sone <|oe de tome part yiw$ entendez des hymnes pienx ^ 
et qse tonle celle Ue bénit h la fois le Dieu qui Fa 
ttttfée. 

« Le matin enchanta recommencent dès raurore , et 
an lever du soleil le Missionnaire sonne la sainte Messe , 
oà tons ae rendent avec empressement. Omibien leur re- 
cueillement ne m^o-t-il pas édifié et couvert de confusion I 
Rien ne saurait les distraire dans ce saint exercice. Un jour 
<pie j'accompagnais Mgr Donarra , nous nous trouvâmes 
Mmt près d'un groupe considérable de pieux chrétiens en 
prières. Us nous entendirent; deux seulonent détournèrent 
tant aoit peu la télé, ec paa un ne quitta la prière pour venir 
à nous, ce qui est si naturel à un Polynésien. Sur deux 
mUe personnes cpù peuvent communier, près de cinq 
esnts s'approdienl ehMfue dimanoba de la saiitte table. 

« Autrefois ce peuple était fourbe, voleur de profes* 
sien, pirate et anthropophage; aujourd'hui, tant la grâce a 
été puissante pour changer les cœurs, la douceur forme 
son caractère, Ja franchise lui semble naturdle, et il a It 
volen horreur. Ici Ton n'a plus besoin de serrures; le 
Missioanahre peut laisser firuits, vin^ argent, effets, sous I4 
main des naturels, sai» crainte qu'ils y touchent. Heu- 
reux peuple d'avohr si bien go&té le don de Dieu I Heu- 
reux nous-mêmes de penser qu'ils lèmiit sans cesse vers In 
del pour nous des mams suppliantes! Sans doute qu^ib 
d>tiendront pour des milliers dinfidèles le bien&it d'une 
prodiaiae oonversion* 

« La mort ne semble plus avohr pour eux, ses horreurs. 
« Pourquoi la craindre?me disait un néophyte.NesenM:ia- 
« nous pas plus heureux dans le cid?» Pendant mon aéjomr 
à Wallis, une vieille femme vint â mourir; et ses parents, 
an lieu de ae désoler, vinrent se réunir autour du corps , 
récitèrent des chapelets et chantèrent continuellement des 



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u 

cantiques. Une autre Cm je plaignais. un malade, qui 
sodfrait beaucoup; il me répondit : « Père, ne me plains 
« pas; lasoufiranceestbonnepourleciel.» Il avait raison. 
Ces chrétiens talent mienx que nous , qui depuis si long- 
temps sonunes comblés de grâces. 

«Après une dizaine de jours passés auprès de Mgrréfè- 
que d'Eues, il Mut quitter Wallis ; mais que notre petite 
tfoope apostolique avait diminué 1 Cinq de nos confrères 
étaient encore aux Marquises; le P. Matthieu restait avec 
Mgr Bataillon, ainsi que le Père Roudaire et M. Grézel. 

« Et moi je parlais pour la Nouvelle-Calédonie, 
avec Mgr Douarre , le P^e Viard et les deux frères Ta- 
ragnat et Marmoiton. Le bon Père Roudaire a vârsé des 
torroits de larmes en se séparant de Monseigneur^ et 
f avoue que cette nouvelle séparation m'a été aussi pénible 
que celle de mes parents et de ma patrie. Mais nous 
n'étions pas seuls dans les pleurs ; toute Tlle était dans 
TafiDjction à cause du départ du Père Viard. Ce bon Père a 
bien voulu passer quelque iemps avec nous à la Nouvelle- 
Calédonie, avant de rentrer à la Nouvelle-Zélande. Lors- 
qu'on apprit qu'il allait s'éloigner , ce fut une désolation 
générale. La veille de son départ , le roi et les chefs vin- 
rent consulter Mgr Bataillon , pour savoir s'il y aurait 
péché h l'enlever. Leur projet était de l'emporter dans un 
bois et de Tatuicher à un arbre , jusqu'à ce que le navire 
f&t parti. Le Prélat leur ayant répondu qu'il n'était pas 
permis de s'opposer à la volonté de Dieu , ils se retirèrent 
en pleurant , et toute la nuit se passa en cris et en lamen- 
tations. Ils répétèrent sur un ton lugubre, et plus de deux 
mille fois, la phrase suivante : Notre Père est mort, pleu- 
rons! 

• Plus de trois cents Jeunes gens l'ont accompagné 
l'espace de deux lieues , chargés chacun d'un panier de 
fruits pour le Père. Mais le moment de se dire adieu était 

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H 

ttrKiyé; d^ nous avimcio«s V6C8 le canou Alors tom Iç 
vSlage se iraospocte sur le rivage, et pousse des cris de 
douleur. Plusieurs tombaient d'évanouissement* Déjà nous 
diioDs au lar^e , lorsque tout à coup uneCdule d'innilairei 
le jettent à la nage et accompagnent le canot, pour voir 
encore une fois le boa Père ipiileur était ravi. 

« Mgr Douarre avait demandé un jeune homme dévoué 
pour raccompagner à la Nouvelle-Calédonie. Il s'en prér 
iioate un sur-te-champ. Mgr lui fait un tableau terrible 
des dangers qu'il va courir. N'importe ; il répond qu'il^sst 
urep heureux d'élre choisi pour aller au martyre. Tout 
était arrangé pour son départ, lorsqn^un chef y mit toulà 
i:oup obstacle. Il vint néanmoins sur le rivage, mais 
on le tint attaché pour qu'il ne pût pas nous suiffe» 
Ce pauvre jeune homme fondait en larmes. Nous étions 
déjà bi^ loin en mer, lorsque nous découvrîmes an 
insulaire à la nage qui venait vers nous : c'était lui ; 
saaissix hommes qui le poursuivaient, l'atteignirent, et 
reotralnèrent à teire. 

« Enfin nous sommes arrivés à la Nouvelle-Calédonie ^ 
le 21 décembre. Vous raconter dans ce moment tout ce 
qui s'est passé depuis l'instant où nous avons mis pied à 
terre , me serait impossible. D'aiUeurs , j'en pourrai 
Eure la matière d'une longue et intéressante letnre. Cette 
nouvelle patrie peut avoir quatre-vingts lieues de long sur 
<)uînse de large. Je n*ai pas encore tu de pays qui me 
mppelâtaussi bien mon Auvergne. Elle a de hautes monta- 
gnes, de riches vallées, de magnifiques cascades* Il est à 
croire que nous sonunes les seuls Européens qui habitent 
ce pays sauvage. Jusqu'à ce jour les indigènes nous ont 
Men reçus; nous ne savons pas si cette bienveillance est 
sincère; la crainte du navire peut y être pour beaucoup. 
Cependant nous espérons qu'il en sera de même dans la 
suite; car la Providence veille sur ses Missionnaires, et 



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4» 

Marie sur ses enfents. Nous allons commencor noire apo- 
stolat ; nous nous attendons que dans le principe ce sera 
un apostolat de patience et de prière. Nul n'a autant be- 
soin que nous du secours d^en faant ; abandonnés au mî- 
lieu d*un peuple qui peut-être sera pour nous plus férooe 
<|ue les tigres, Dieu seul va être notre défense. Ce qui nous 
encourage, ce qui nous rend heureux , c'^t la pensée que 
la obère société de Marie ne cesse de prier pour nous, que 
chaque jour nos confrères font mémoire de nous au saint 
autel ; enfin nous sommes fortifiés par la touchante com- 
munion de prières qui existe surtout entre les associés i 
rCEuVre de la Propagation de la Foi. 

« Nous ayons Tespoir que dans quelques mois un nou- 
veau bâtiment viendra nous visiter, nous apporter des se- 
uoars et de nouveaux confrères. Nous devons une grande 
reconiiaissance à M. Tamiral Dupelit-Thouars, à M. le 
içwvienieur Bniat , ii M. le c(»unandani La Perrière , et i 
ums les oflBciers du BucipkàU. Us ont été admirables de 
géoérosité envers nous et envers les néiçhytes de toutes 
i«s Missions que nous avons visitées. Je puis dire sans exa- 
gération que M. La Perrière a constanuttem déployé le 
«èle et le défooeiDent d'un Missionnaire. 

• Agréez , etc. 

• RoueBTioif ^ WiitionnaireaposioU^*» 



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4« 



àsure de Mgr Douane ^ Fieatre apoiioUpie de la Nau- 
vdle-Calédomê, d MM. les Membra de$ Conseile cen- 
Ispaux de Lyon et de Paris^ 



Eo rade de Balade, i jaDvier l^U. 



« Messieurs, 

• n me serait trop pénible de laisser partir le Bu- 
sépkale qui vient de^^nous déposer dans la Nouvelle-€alé- 
^Mie , sans profiter de cette occasion pour vous témoi- 
^er ma vive reconnaissance. Moins heureux que le Vicaire 
^ipostolique de TOcéanie centrale, je ne puis pas encore 
vous parler de ce que j'ai fait ; je m'en dédommagerai 
tiéanmoins en vous entretenant de mes espérances. 

« Avant d'appeler votre attention sur la Nouvelle-Ca- 
^donîe, je dois quelques mots de reconnaissance aux ma- 
telots, officiers et commandants de rt/ironte, du Phaè'ton, 
rit du Bucéphahf dont les bontés envers nous ont été sans 
wombre. 

« Je consacrerai aussi quelques lignes à Wallis ; car 
ïjooiqueMgr Bataillon l'ait fait lui-même, il pourrait bien 
:»veir supprimé plusieurs circonstances propres à édifier. 

« Les commencements de cette Mission avaient été pé- 
nibles ; la goélette qui avait débarqué notre confrère et son 
c!;>téchiste était encore sur la rade , que déjà la presque 
Malité de leurs effets était pillée ; pour s'emparer du 
'Mte, défense avait été £ûte de leur fournir des vivres; et 

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49 

sans une ûUe du roi qai leor portait en cachette quelques 
aliments, ils n^avaient que la mort, une mort prochaine i 
attendre. 

« Xétais trop ému au moment du sacre , pour vous 
rendre compte de ce qui s'est passé pendant la cérémonie; 
On y était accouru de toutes les parties de Tile; chaque 
naturel avait demandé à Dieu les grftces les plus abon* 
dantes pour ce Pasteur tendrement aimé ; s<nr et matiii 
l'église de saint Joseph était pleine , et à la tenue des ha* 
bicims on voyait assez quUls priaient de tout leur cœur; 
« Un officier du Encéphale , appartenant à la religion 
protestante^ m^avait demandé la permission d'esquisser la 
scène imposante dont il allait être témoin , ce que je loi 
avais accordé avec d'autant plus de plaisir^ que je lui étais 
très-redevable pour les bons procédés et les services qu'il 
t'avait cessé de nous rendre en toute occasion; mais ravi 
du recueillement de ces bons sauvages , les crayons lui 
étaient tombés des mains; un cantique par lequel ils 
avaient terminé la cérémonie, l'avait éleetrisé. 

« J'ignore quels vont être mes épreuves et mes bo* 
soins , ne connaksant pas encore assez la terre que j'ai 
à défricher. Si je prévois pour les commencements 
beaucoup de danses à faire , tout me porte à concevoir 
de grandes espérances : les habitants sont, il est vrar, 
ignorants, pauvres et très-paresseux; mais ils me pa^ 
raissent bons. 

« C'est le 31 décemln^ que je me prosternai sur celle 
terre tant désirée^ et cpie j'invoquai sut elle les grâces d'en 
haut. Le jour de Koël , je célâ)rai le saint sacrifice sur 
remplacement de ma case : le temple était beau , il avaU 
pour voûte le firmament; Tairtel ne Tessemblait pas mork 
par sa pauvreté à la crèche de Bethléem, et les bons nc>- 
tnrtls qui l'envû-onnaient dans le plus profond silence, m» 
rappetaient assez les bergers accewusaoprès de l'Enfant'^ 
TOM. xviî. 98. 4 . 

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66 

Dieu, après avûii* eoieiidu les Ângea enioimer ces bellas 
paroIeB : Gloire d Dieu au plut haut des cieux^ et paix 
sur la tare aux hommes de bonm volonté. Elles E^adras- 
saient aussi en ce moment à mes sauvages ; du moins 
le demaudais-je de tout nu)n cœur au divin Eniant. 

« Je vous ai peu entretenus des ressources matérielles 
de nie : ses montagnes, très-élevées^ sont tout à fait arides; 
il n'en est pas de même de ses nombreuses vallées, qui pa- 
raissent d'une fertilité surprenante* De belles cascades ali- 
mentent des ruisseaux et même des rivières, qui coupent 
rUe dans tous les sens. Dernièretnea i en allant visiter le roi, 
j'en ai trav^sé une d'une largeur assez considérable; mi 
poun^ait sans eiagération la comparer à la Seine : elle 
parcotti't une longue plaine assez bien cultivée sur quelques 
points. Le bananier, le taro et un fruit violet, ressemblant 
assez pour la forme et la grosseur à la pomme de terre, font 
toute la richesse des habitants^ Leurs cases, qu'on pren- 
drait pour de grandes ruches à mid , n'ont pour toute 
ouverture qa'uiie petite porte étroite et basse , en sorte 
que poiu* y être àl'aise il ne faut pas avoir besoia debeau- 
coup d'air pour respirer , et surtout ne pas craindre la 
fumée. 

« J'ai des graines de cotonnier et d^ua grand nombre 
de légumes d'Em^ope; j'espère également avoir sauvé 
quelques pieds de vigae : je vais donc tenter fortune, 
avec une cei*taine probabilité de réussir , le doMit parais- 
sant asses tempéré. Cemme les pitnragcs sont, abon- 
dants , je compie eiqployer l'aunitee que vous avms eu k 
bonté de m'aHooer, à fiiire venir, dans cinq ou six mois, 
des bestiaux qui potnront offlrir aux Missioiuiaîras d'abord, 
et ensuite auk «aturels ^ linéique resaourûe pour l'avettir. 
Je pense, Messieun, anttisr dans vos vnesM agiiSttntde b 
snrte; car, aprèsav^ir fiiitdis chréti^M^ il fiuukaprésérvnr 
«es itis«laîiw4e r^isiveiét tourne de tant de vices( et linotti 

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61 

ne pouvons les eogageràun travail pénible, pcnt-lue 
pourrousr-nous en faire des pasteurs. 

« Loi*&que je parlerai un peu la langue du pays , je vi- 
siieraî Fînt&'ieur de l'Ile, accompagné du bon Père Viard , 
aa déYouement duquel je ne saurais trop rendre témoi- 
gnage , afin de connaître les différentes localités où la pré- 
sence d*un préti*e serait nécessaire, et savoir positive- 
ment s'il y a ici des protestants et des ministres, ce dont je 
doute, par la raison que, s'ils avaient voulu occuper 
quelque points ils se seraient fixés au port Balade ou ditt^ 
kl irallée du roi. Inutile , Messieurs , de recominaudîT à 
voire pieux souvenir la Nouvelle-Calédonie; vous m'aiderez 
surtout à remercier la divine Providence pour tant dé soins 
partiariîers qu'elle nous prodigue, et ajouterez ain>i h tm 
dette de reconnaissance qui ne saurait être plus vive ! Je 
■'aurai , pour reconnaître ce que .vous et les membres de 
ii Propagation de la Foi faites en faveur de ma Mission, 
qœdesvoeux et des prières; mais Dieu les exaucera, parce* 
qu'ib parient du coeur. Ces sentiments que j'ose vous 
exprimer, vous les agréerez , Messieurs , ainsi que rboifi- 
nage du |m>fond respect avec lequel j'ai Tbonneur d'être» 

« Votre très-humble et obéissant serviteur , 

« t G. DoiTAftRE , Bvêque tAnMé. tt 



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63 



ExUraii ^une lettre du même Prélat à M^te C. Monatpn. 



PortBaWe, 12 jâtiTifr 18S4. 



« Mademoiselle, 

« Je ne vous parlerai ni de Tonga qui promet beau- 
coup , ni de Wallis dont la Mission , sous la rapport spi- 
rituel, est très-florissante , pas même de Futuna , que 
le sang du Père Chanel a fertilisé; il faut que j'arrive de 
suite à ma Nouvelle-Calédonie ; c'est là le lieu de mon 
repos, du moins celui de mon séjour; j*y habiterai , non 
pas paroe'que je l'ai choisi , mais parce que le Seigneur 
me Ta destiné* 

« Avant d'aborder cette terre si désirée , il y avait en 
moi un peu d'agitation intérieure. Comment serons-nous 
reçus? me demandais- je. Les protestants ne nous auront- 
ils pas devancés? J'ajoutais cependant que Dieu devait 
avoir préparé la voie, que c'était son œuvre, qu'il n'arri- 
verait que ce qu'il voudrait bien ^ et le cœur se calmait. 
Nous avons été agréablement surpris : pas un protestant , 
paç même un Européen , ce qui est irès-étonnant , car 
vous ne pouvez aborder dans une tte sans en rencontrer. 

« Le jour de la fête de saint Thomas je me prosternai 
sur celte terre infidèle, sur laquelle j'aurais voulu attirer 
toutes les bénédictions du ciel. Le Seigneur m'entendait 
bien certainement , et Marie jetait sur moi un regard de 



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S3 
Mère. UAnge du Seigneur nous avait précédés; les cœurs 
ccaient déjà à nous. Un chef est devenu malade par la 
crainte seule de me perdre); il a de la peine à mo voir 
aller visiter d'autres chefs. Le jour de Noël j'ai célébré le 
saint [sacrifice sur remplacement de ma case. Ponvais*je 
dioisir un plus beau jour 1 

« Il y a quelques jours , nous sommes remontés , le 
Père Viard et moi , à une douzaine de lieues dans] Tinté - 
rieur ; nous avons fait une partie du chemin pendant la 
nuit , accompagnés de sauvages que nous ne connaissions 
pas; et mon cœur était aussi tranquille qu'au milieu des 
mes de votre pieuse cité. D'un village à l'autre c'était à 
qui ferait des tordies pour nous éclairer, et tout cela sans 
que nous le denumdassions. A mon retour du hameau de 
Boodet, résidence d'un grand chef qui ne savait comment 
eiprimer sa joie de nous voir , et avec lequel j'avais laissé 
oxm ccmfirère , pour aller rejoindre seul la station , je fus 
obligé de traverser une rivière de la largeur de kt Seine. 
Comment bîre I Me sachant pas nager, je dépose mes effets 
que je confie à un naturel, et me voilà dans cinq ou six 
pieds d^eau , entre deux bons sauvages qui nagent d'iuie 
main, et de Tautre me soutiennent jusqu'à ce que nous 
sojnoDS arrivés à l'autre bord. Je suis <d>ligé de m'en tenir 
là pour cette fois ; dans six mois je vous écrirai très-Ion^ 
foedient. 

« t G. DouARRE, BvêqUe âjtmala* » 



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64 



MISSIONS DE LA NOUTELLE-ZËLMIDB 
ET DE FUTUNA. 



SwbraU d'une lettre du Pire ServwU, iUHiommre opo^ 
eioUque de la Société de Marie, d M* Meumed, curé 
de Saint-fféant (Loir«). 



Fnliiiia. lefOaoût 1S4?.. 



« MONSVim BT DtORE Ccfii y 

• J'ai quitio la Nouvelle-Zélande ponr un petit coin de 
<erre , picsquc imperceptible dans l'Océan , et à peu près 
foronnu des géographes ; mais je n'ai pas tout à fait perdu 
fe souvenir de ma première Mission , à laquelle Futuna 
ressemble sous plusieurs rapports. Ici comme à la Baie 
des lies , je retrouve cette étemelle fougère qui exerce tant 
de fois la patience du voyageur ; je gravis encore les col- 
Unes par des chemins escarpés , heurtant à chaque pas 
4'ootrc les racines des mêmes arbres ; c'est aussi une terre 
%olcanique avec ses ruisseaux d'eau chaude , avec ses cra- 
tères qui fument encore dans les temps de pluie, et «es 



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\ éè tmm aox seooiisses phM tûdeoies (ftCà 
h llowr6llc^2éfanMl6« 

« Dam les néc^hytes qui m^entourent^ Je retrouve 
mes Nouveaux-Zélandais, vifs, travaillant par boutade, 
bcilet i la colère et prompts à la v^geance , mais très- 

Bibles à Tamitié. 



« Que TOUS dirais-je de la population de Fotuna P Dia- 
prés les rapports de quelques vieillards qui an ont été lé- 
moinSy la grande tie était autrelbis habiCëe dans toutes ses 
vallées et contenait plusieurs milliers de kanaoks ; mais le 
fléande la guerre a presque tout moissonné, et c'està peine 
s'il en reste neuf cents. Une mortalité plus 6fH»jante encore 
a fi'ap|)é la petite Ke, dont tes nature jadis au nombre 
de qiûnae cents, soat aujourd'hui réduits à cinquante. De 
plus, le prédécesseur du roi , aaassiQ du révérend Père 
Cbaael, était un monstre qui a tué et mangé plus d'uoi 
minier d'bommes(l)» Les mères elIes4néoies ne se faisaient 
pas scrupule d'âter la vie à leurs enfants*. • Maintenant la 
population augmente de jour en jour; depuis que les in- 
digènes ont embrassé la foi catholique, on voit partout s'e- 
lever, sous ses auspices, une jeime génération dont les pro- 
^h finiront par combler le vide des familles. 

« Ud OMt sur la maniera dml les Futuniens font la 
gierre. An momeai d'engager Taclkuit ils se peignent eii 
'CttnrauBS, se jpevélent d'une belle cein(ui*e, lient 
\ elMvasx an lOOMaei de la léie^ (ont rouler des yeux 



;t) Ob • cmnp^ a* i<Mt i|f aturat cadaf res sar la table de m pnnut ; 
^cvre trooTÛl^ ^m «'^(«il tropfM fflur W 4tiie»d'«a roi. 

{ Extrait d'^tu leHr^ du /». Chetron. J 

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^•eelanu dans leur orbite, el s'éhuiceftl an ooabftt» Ims 
«n désordre, poussant des hurlement& affineox ei fiiisint 
<les contorsions horribles. Leurs armes sont des massues 
^l de longues lances dentelées qu'ils manient avec adresse. 
La femme accompagne son mari sur le champ de bataille, 
portant avec elle de Thuile et des lapes pour Tensevellr en 
cas qu'il succombe. Lorsqu'un parti est vaincu, il se réfu- 
gîe sur le haut des montagnes oti les naturels ont des 
forts. Mais les vieillards, pour qui la fuite serait un dés- 
lionneur, restent paisiblement dans l^rs habitations, 
attendant une mort certaine; et quand le parti vainquenr 
a tout pillé, tout ravagé et tout tué, il va présenter aux 
vaincus des propositions de paix. 

o..^ Futuna abonde en reptiles. A la grande tle, iln'est 
çavU que de petits serpents aux conlenrs brillantes et va- 
riées ; mais à la petite Ile il en est de toute dimension 
^ de toutes nuances; le plus gros est presque ^là un 
corps humain , et d'une longueur proportionnée à sa 
«grosseur. 

« n est certain que ces serpents sont venimeux , puis- 
>que plusieurs naturels atteints de leur morsure ont été 
malades ; cependant on n'a pas entendu dire que quelqu'un 
•d'eux en soit mort. 

« Id sortout le aerpeot a miUe msee po«r saisir sa 
qfvroie ; souvent il grimpe sur le haut des aiiireiqn'il en* 
lace de plusieurs contours, et présente k travers le feoiU 
lage une partie de soi corps qnt ressemble à une em Itm- 
pide ; l'oiseau, surtout le pigeon , trompé par cette appa- 
rence, va pour s'y désaltérer , mais il j trouve la mort. 
D'autres fois, caché dans l'épaisseur des rameaux, il 
itoame sa tête de oAté et d'antre pour épier sxproie, et 
^'élance sur elle avec impétoeaité pour la saisir. 

*% Mais la Providence a donné aux oiseaux un merveil- 



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67 
fcui iDslinct pour s*averiir muluellemenl du danger. 
Pïirait-il un petit serpent, ils se réunissent plusiews 
dans Tendroit où se cache leur ennemi commun , et (bat 
entendre simultanément le cri d'alarme. Quand le serpent 
est gros, il n'y a qu'un seul oiseau qui annonce sa pré- 
sence. 

« Je ne vous ai rien dit encore de la température de 
Futuna. Qaoique nous soyons dans un pays tropical, nous 
i^avons pas beaucoup à souffrir de la chaleur ; souvent 
les brises de mer nous rafraîchissent, et nous avons une 
foule d'arbres pour nous ombrager. 

« En finissant , je vous prie de recommander à Dieu k 
peuple dont le soin m'est confié. Il nous donne beaucoiq» 
de consolation par les heureuses disposiiions qu'il apporte 
aa baptême. N'oubliez pas non plus celui qni se dit um 
^rôtre, dans les saints cœurs de Jésus et de Marie. 

« Sbkvant, Miss, apott. • 



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Extrait tune leUrt du P. Reignier, Missionnaire de ta 
Sod^é de Marie , d ses parents. 



Hm^nik^'déwét , SOnan 1813. 



« Mon cber PinB et xa cnàR^ MiaB , 

« Depuis longtemps j'attends en vain quelquossîgnes 
de vie de votre pari; je n*aî point eu le bonheur de rece- 
voir de vos nouvelles. Dieu soit béni de tout , je ne vous 
en porte pas moins dans mon cœur, et prie toujours le 
Père de la grande famille qu'il nous réunisse un jour 
dans son sein. 

« Grâces à la miséricorde divine , mon séjour ici n'a 
pas été inutile ; déjà un certain nombre dMmes sont allées 
au ciel, qui, sans le secours de mon ministère, n'auraient 
pas maintenant le bonheur de voir Dieu pour toute Téter- 
nité. 

« Mes premières courses apostoliques se sont faites en 
compagnie et sous la direction du Père Comte. Pendant 
que nous travaillions de concert au bien de* la Mission, 
nous eûmes la douleur d'apprendre qu'une bande de sau- 
vages venaient de dresser des embûches h une tribu rivale, 
et que plusieurs naturels avaient été massacrés. Les cada- 
vres des vaincus, mis en lambeaux, furent dévorés par 
les vainqueurs. Cette horrible scène, dont les kanacks pro- 



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&9 
i€s|uite 6M)îca( les auteurs, a jeié uo gt-and discrédit sur 
b KQde, qu'elle • couverte de confusion, et par suite, 
les iusulaures ont embrassé la foi catholique en grand 
oointNre. 

« Mes cbers parents , animés peur moi d'une exeessive 
teadr^sse» vous vous troublez peui*étre dans ia cruinle 
qm J6 ne devienne aussi la proie de quelques cannibales : 
cessez, je vous en prie, de vous alarmer à mon sujet ; les 
peuples au milieu desquds je vis, avaient, il est vrai, b 
coutume affreuse de dévorer les chairs fumantes de leurs 
enn^nis vaincus; mais, grâces aux bienfaits de la Reli- 
gion, ces scènes dTiorreur sont devenues extrêmement 
rares; je suis ici aussi en sûreté qu*en France; les natu* 
rds craignent les Européens, et respectent les Mission- 
aaîrcs. 

« Tai entrepris récemment un voyage ù une cinquan- 
taise de lieues dans Finiérieur de TUe, et j'ai eu le bon- 
heur de faire retentir les saints noms de Jésus et de Marie 
parmi des populations perdues au milieu des bois, là ou 
jiwiii prôtre n'avsât encore pénétré. Avec quel étonne- 
vent ces pauvres sauvages nous voyaient ! avec quelle joie 
beawx>up d'entre eus nous recevaient dans leurs cabanes I 
Diea, dam sa miaérleorde, m'accorda la grâce immense , 
peur l» eoMir d'un Missionnaire , de donner à Jésus-Qyist 
denettveasai 4jseiplBSy en conférant le saint baptême à un 
jinuMl loaibre dWanis ; plusieurs de ces petits anges sont 
sllés peu après au ciel , et j'ai la consolation d'avM* en 
euK autant de saints et puissants protecteurs. 

« Onns ma Wsmu nouvelle , la pays présente des phé- 
aemènes estrâroepeni cviaux : on trouve au fond des 
vaUém ûonune sur les momgftea une multitude desomw 
fm tièdea^u bnuittuitâs, 4m ruisseaux d'eanx chnurles 
H souMes, des' abîmes brAlanm* 4'ai vu futre autres 



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60 

irae vaste fontaine, dont les Jets bouillonnants s'élançaient 
jusqu'à six ou sept pîeds en Taîr, au mflieu'd^une épaisse 
fumée blanche. Nos insulaires les appellent les soupifùux 
4e Vempire de Satan. 

« Ces sources ont, du reste, leur utilité; outre qu'elles 
oflrcnt des bains très-salutaires, elles servent encore au\ 
naturels de fourneaux pour cuire leurs aliments ; chacun 
y porte ses pommes de terre , ses légumes ou ses poissons, 
et fait une cuisine aussi prompte qu'économique. 

« Plusieurs montagnes présentent le spectacle le plus 
imposant. L'une d'elles, extrêmement élevée , a ses flancs 
couverts de neige, tandis qu'une grande source d'eaux 
chaudes jaillit au sommet. Combien de fois j'ai contemplé 
avec admiration le penchant d'une autre colline dont l'as- 
pect est autrement grandiose que les palais de vos plus 
rrches cités ! A la cime s'épanche un bassin d'^ax ther- 
males, dont les nappes azurées se déroulant en cascades^ 
successives , sur ime échelle de gradins d'une centaine de 
pieds, bondissent sur des aiguilles de granit , qu'elles en- 
veloppent comme^e gracieuses toureHesd'un nuage trans- 
parent , et glissent jusqu'à vous sur un lit marbré de 
bleu , de rouge et ^de mille autres fraîches couleurs. 
L'eau qui baigne les d^és de «e curieux amphithéitrè , 
permet cependant de ks franchir et d'arriver jusqu'au 
9(Mnmet. Alors , je le répète , le coup d'œil , dans 9on en* 
semble, est plus magniOqne que oelui de vos momaiDenis 
tes phis admirés. 

« Tout récemment, au retour d'une de mes courses, 
j'nlfai me reposer quelques joofs diez on de mes confirères 
voisins; là j'eus la consolation de domer la saints com- 
munion à vittgt-deox naturels. Ronr la première fbb ils re- 
cevaient le Dieu de tonte charité^ qui daignait purifier des 
lèvres qui s'étaientautrefois sonillées en dévorant la chair 



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61 

de lairs semblables 1 Que la grâce de mon Dieu est puis- 
sante , pour transformer ainsi les hommes les plus Téroces 
eo dons agneaux I 

« n faat, mes trës-chers parents, que j'abrège ces dé- 
tails; je suis appelé par des malades. En une journée^ 
marchant le long des bords de la mer, sur le sable , j'ar- 
rÎTerai jusqu'à eux. 

« Votre fils qui vous aime ardemment et prie Dîe« 
pour TOUS de tout son cœur, 

« Reignier^ Miss, apost. » 



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I« 



/ 
Extrait d'une UUre du Père L. Rozet » Missionnaire apo- 
italique de la Société de Marie , à M. Chirai , euré de 
tteuville-surSaône* 



l^'atigaroa , Mission de l'Epipliatie 8 aoTcnibre 1943. 



« MOi^SIEUA LE Cu&i, 

« Le Maori est un peuple jovial et bon. Nauirellemeai 
doux et hospitalier, il a beaucoup perdu de ses vertus prî« 
mitives au contact des Européens, dont Texemplea fini par 
le rendre égoïste. Une fois qu'il vous a donné sa confiance, il 
est assez docile. Un fait récent va vous en fournir la preuve. 

« C'était auurefois Tusage parmi les chefs d'enlever la 
leune fille qu'ils désiraient pour épouse. La tribu où je réside, 
oubliant combien ces moyens sauvages sont réprouvés par 
b décence chrétienne, était allée, sans me prévenir, se 
mettre en embuscade pendant la nuit, sur le passage 
d'une jeune insulaire, et l'avait portée en triomphe à celui 
dont elle avait fixé le choix. Aussitôt que je l'appris , je 
montrai la plus grande indignation ; j'exclus tous les cou- 
pables de la prière publique et de Fentrée de la cJiapelte, 
«t leur dis que je ne les voulais plus pour mes enfimts. Ils 
m'ont envoyé quatre ambassades pour me fléchir; ils m'ont 
écrit pour me demander pardon; raab fai feint d'être 
isexorable. « Je vous abandonne, leur ai-je bit répondre : 
• retournez & vos anciens usages, si vous veniez ; faîtes* 

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«3 
« vous proientanls^ si toos Taiinez nietix ; pour moi, j'é* 
« criraî à FEvéquc , et j'ailendrai sa décision ; mais voos 
« êtes exclus de la prière. » 

« La tribu s'est moutrée inconsolable; le gramd chef ;i 
pleuré deux nuits ; son Ois aine ne voulait plus ni boire , 
01 manger, ni parier à personne. Voyant que j'avais réussi 
à leur inspirer une douleur salutaire, propre à prévenh* 
le retour d'un semblable soindale, et craignant d'ailleurs de 
trop lesabatue, je fis appela* le fils aine du roi, qui étaii le 
buor époux ; je lui énumérai toutes les marques d'aflfectîoB 
que j'avais données à ses compatriotes, et je me plaignis 
que pour récompense de cet amour, ils eussent aitaché 
ane note d'infamie à ma Religion^ en suivant des usages 
mauvais. Après beaucoup de larmes^ « Eh bien I me dit-il, 
« que (aiU-il donc faire? Je suis repentant; c'était notre 
« ancienne manière de nous marier, et je ne pensais pas 
« Cadre en m'y conformant un si grand mal. » Je lui dis 
qu'avant tout j'exigeais qu'il allât rendre la fille enlevée. 
« J'irai deoiain , me répondit-il, car il est nuit à présent, 
« et je ne poun*ais pas arriver ; mais au moins permetsr 
« nous de prier avec toi* » 

« Voyanttantdesoumissionetdedéréi*ence,je consentis 
à ce qu'ils fissent la pi*ière en commun dans leur maison; 
cela les consola un peo, mais ils me questionnaient tous les 
jours pour savoir si Monseigneur leur permettrait de 
revenir dans notre chapelle, et, sur ma réponse que je 
n'en savais rien , ils reprenaient tristement : « Tu es dur 
« pour nous , toi qui nous connais ; l'Evéqua qui vit loin 
m de nous le sera peut-être autant que toi ; eh bien 1 s'il 
« ne veut pas nous recevoir, notis ne suivrons pas nos an- 
« ciens usages , puisqu'ils sont mauvais ; nous n'irons pas 
• aux protestants, parce que leur Eglise est fausse; nous 
« ferons la bonne prière , ta prière, dans notre maison^ 
« jusqu'à ce qu'il vienne un autre Evéque qui veuiUi 



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64 

• bien nous pardonner; et nous voolons tâcheri par notre 

• oondtt&ie, en attendant que nous soyons reçus, de rc- 
« gagner ton affection. Cependant, si nous venions à mou- 
« rîr pendant ce temps-là , nous pensons que tu retrou- 
« verab encore pour nous ton ancien cœur de père , et 
« qu'après avoir béni notre tombe, tu y laisserais tomber 
« une larme et quelques prières. » 

« Il a fallu me faire violence pour ne pas pleurer de 
joie à de si beaux sentiments. Cependant pour rester fi- 
dèle à ma parole, je n'ai pas voulu les admettre à la prière 
publique de ma propre autorité, leur ayant dit que je 
laissais tout à la disposition de TEvéque ; mais je leur ai 
promis de partir pour Kororareka, et d'intercéder en leur 
hveur. 

« A cette admirable docilité , nos jeunes gens joignent 
no vif désir de s'instruire. Un jour que je leur racontais 
quelques traits de l'histoire sainte , et que je leur parlais 
du paradis ten'estre, deux Maoris se lèvent aussitôt : • Al- 
^ tends un peu,» me disent-ils; et les voilà sortis ; une ou 
deux secondes après, ils rentrent avec des charbons de bois 
à la main. Je continue ma narration, et mes sténographes 
s'efforcent d'écrire sur leurs jambes ce que je leur disais. 
Après avoir rempli ce livre d'une espèce si nouvelle, après 
avoir crayonné , noirci le vélin sur toutes ses faces , ils me 
prièrent de suspendre mon récit pour ce jour-là , et ils se 
retirèrent dans leur maison pour tirer copie, sur du pa^ 
pier, de ce qui était écrit sur leur peau... 

« Louis RozET, Miss, apost. » 



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66 



MISSIONS DE UARABIE. 



Lettre du révérend Père Joguel, religieux espagnol dm 
Servîtes de Marie et vice-préfet apostolique de VJràbie^ 
à M. le Présidera du Conseil central de Lyon. 

(Traduction de l'italien.) 



Aden , le 9 juin 18U. 



« MONSIEUH LE PRÉSIDErtT, 

« Bien que la moisson recueillie jusqu'ici dans cette 
Mission abandonnée ne soit pas très-abondante, cepen- 
dant je crois devoir vous donner un aperçu de son éiat 
présent avec quelques détails sur rétablissement primitif 
du christianisme dans ces contrées. Puisse cette fidèle 
peinture d'un passé qui ne fut pas sans gloire pour 
l'Evangile , vous intéresser aux malheurs actuels de ee 
pauvre peuple, et le recommander de plus en pins à la 
charité de votre pieuse et à jamais bénie Association! 
TOM. xvn. 98. ô* 

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66 

• Trois religions différenies se partageaient TArabie 
«vant Fère chrétienne. La plus répandue était comme par- 
«mt ndolàtrie; chaque ville avait son sancloaire, chaque 
tribu son autel ^ consacrés à des simulacres dUionuneSi de 
femmes ou d'animaux divinisés. Déjà , à cette époque , la 
Mecque possédait un grand temple qu'on pouvait appeler 
le Panthéon de FArabie, puisqu'an rapport des écrivains 
nationaux il renfermait trois cent soixante-cinq idoles. 
Cn giand nombre de pèlerins y accouraient au mois fixé 
pour ce dévot exeicice, et pendant ce temps une espèce 
de trêve sacrée régnait entre les tribus les plus hostiles. 

« A ce culte grossier se joignait lesabéisme, dont les 
sectateurs faisaient remonter leurs traditions jusqu'au ber- 
ceau du monde, pi*étendant que leur religion avait été 
iVivélée a Adam , puis écrite par Seth , et propagée prin- 
cipalement par Enos; mais ceux qui l'embrassèrent, pri- 
rent, dit- on, leur nom de Saba , autre fils de Seth. Ils 
adoraient les astres, qu'ils croyaient animés et établis par 
Dieu comme des génies médiateurs entre lui et les hommes, 
êlont ils se chai geaient de faire agréer les vœux et les 
prières. 

« Le judaïsme avait aussi beaucoup de partisans en 
Arabie , non-seulement parce qu'un grand nombre d'Hé- 
breux s'y étaient réfugiés au temps de la captivité de Ba- 
bylone, mais encore parce que l'émigration même s'était 
ffeîcratée d'une foule de prosélytes. Il tf est pas non plus 
absolument improbable qne la reine de Saba, nommée 
par les Arabes Balkis^ ne se soit convertie à la vraie rdi- 
pûoD dans le voyage qu'elle accomplit à Jérusalem ; et que, 
plus lard , rentrée dans ses états , elle ne Tait propagée 
parmi ses sujets. 

« Tel était Pétat religieux de TArabîe lorsque vînt su 
monde le Rédempteur du genre humain. Cette contrée , 
par son rapprochemettt de la Palestine, ne put demeoner 



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67 
longtemps sans recevoir cpielque rayon de la céleste (u- 
mière » destinée à se répandre d'un bout du monde à 
rauire, et à éclairer tous les peuples assis à Vomir e de la 
wunri. Il parait hors de doute que saint Paul en se retirant 
daos ces sc^tudes après sa conversion^ saint Thomas 
eo les traversant, comme on le pense, pour aller planter 
h croix dans Tlnde, n'y aient porté TEvangile. Et, ce 
^ue les historiens ecclésiastiques constatent, les progrès 
de la fûj y furent si consolants , qu'on put compter jusqu'à 
trente-cinq sièges épiscopaux dans la seule Arabie-Heu- 
reuse. Le christianisme pénétra même dans le désert , où 
plusieurs tribus se soumirent à Jésus-Christ. Quant à 
rArabîe-Pétrce, plus voisine de la Palestine, elle était 
pres<|ue toute convertie à la foi. On nous a conservé la 
méflioire de deux conciles provinciaux qui s'y tinrent au 
troisième siècle pour Textinction de diverses hérésies, pro- 
pagées ici, comme dans tout le reste de l'Orient, avec une 
déplorable facilité. 

« L'Eglise arabe eut aussi ses martyrs, entre lesquels, 
pour ne parler que des plus illustres , on cite saint Aretta 
00 Hareth et ses trois cent quarante compagnons, quj 
sottflErirent sous Dhu-Naan j tyran juif, comme s'exprime 
le martyrologe romain. 

« Mais cette ardente charité devait bientôt s'éteindre 
dans le schisme et l'hérésie. Alors la main de Dieu finit 
par s'appesantir sur ces malheureux peuples : après avpir 
inutilement attendu leur retour à l'unité, elle saisit lepée 
de Mahomet pour venger de longues mjures; elle imposa 
les dialnes de Tesclavage le plus accablant à ceux quijne 
voulaient pas se soumettre au joug si doux de Jésus-Christ. 

« L'Islamisme, si terrible pour tant d'autres contrées , 
fut plus &tal encore à l'Arabie , où depuis ce moment il 
a srâl régné dans toute son intolérance. S'il s'est conservé 
quelques fidèles , ce n'a été qu'en se réfugiant aux extré- 

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68 
miles de la péuinsule; du moins, à présent^ ne trouve- 
t-on qu'à Tor el à Suez, sur la mer Rouge , à Karak près 
de la mer Morte, à Hanran et à Basra, quelques débris 
des chrétientés indigènes. 

« Depuis peu , un assez grand nombre d'Européens ca- 
tholiques , attirés par le commerce , étaient venus s'établir 
à Gedda, port de la Mecque; et c'est ce qui détermina la 
sacrée Congrégation de la Propagande à m'envoyer à ce 
poste en 1840. Mais à cette époque les événements poli- 
tiques ayant forcé Méhémet-Ali à retirer ses troupes de 
l'Arabie, je ne trouvai plus en arrivant à Gedda qu'un pe- 
tit nombre de coreligionnaires; et encore, parmi eux, 
plusieurs étaient-ils silr le point de partir. J'informai aus- 
sitôt la Propagande de Féiat des choses, et je reçus l'ordre 
de me transporter à Aden , où s'était formé un troupeau 
plus nombreux depuis que les Anglais avaient occupé 
cette ville. J'y trouvai, en effet , quatre cents catholiques, 
la plupart militaires irlandais; le reste appartenait aux 
troupes indigènes de l'Inde. Le nombre '^de ces derniers 
a sensiblement augmenté depuis. 

« Ici, sous la domination anglaise, le Missionnaire, tout 
libre qu'il est dans l'exercice de son ministère apostolique, 
est naturellement placé dans des conditions moins favora- 
bles que le ministre protestant; et néanmoins nos consola- 
tions ne nous laissent rien à envier aux siennes. Tandis que 
ses assemblées religieuses ne sont, pour ainsi dire, qu€ 
des réunions nationales, nous, en jetant les yeux sur notre 
humble chapelle de roseaux , nous y retrouvons ce carac- 
tère de catholicité promise à la seule Eglise de Jésus- 
Christ; nous y voyons confondus, au pied du même autel, 
ces hommes de diverses tribus , de mœurs opposées , de 
langues et de couleurs différentes , auxquels le Sauveur 
nous a ordonné^ dans la personne des Apôtres, d'aller 
prêcher son Evangile. 



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69 

« Le nombre des adultes baptisés ici en trois années, 
qumque pea considérable, me console, cependant et m'en- 
coorage quand je pense à la nullité absolue de Tinfluenca 
cfarétienn,e dans ce pays durant tant de siècles; il y a eu 
quinze personnes régénérées par la gnke. Mais, hélas 1 
qu'est-ce qu'un tel chiffi^e comparé aux seize mille habi- 
tants qui m'entourent, et parmi lesquels tant d'dmes ne 
connaissent pas encore ou connaissent mal Jésus-Cbçist 1 

« Et maintenant^ si je porte mes regards sur le reste 
de l'Arabie^ quel affligeant spectacle elle offire aux yeux de 
la foi 1 J'en ai été témoin moi-même dans un récent voyage 
entrepris après la célébration des fêtes de Pûques à Aden. 
Comme je l'ai dit plus haut, j'avais laissé à Geddaun cer- 
tain nombre de catholiques; il me tardait de les visiter, 
et ils se sont tous montrés heureux de me revoir. Pendant 
mon séjour parmi eux , j'assistai dans ses demiars mo- 
ments un voyageur français, brisé par une chute de<jia^ 
meau : fonction bien triste à remplir, si elle n'eût été bien 
consolante pour celui à qui, loin de sa patrie et sur la 
tarre in&dèle. Dieu envoyait ainsi dans ces redoutables 
instants le ministre de paix et de pardon. 

« Un mois après mon arrivée à Gedda, je repartis sur 
Boe barque qui faisait voile pour Suez. Parvenu en voe de 
Raja, petite rade voisine de Tor, je descendis à terre, et 
je trouvai là dans un pauvre village une ciaqnantaine 
de daytiens grecs-scfaismatiques, administrés par un moine 
du moDC Sinal. Deux jours après, je me metttis en ront0 
pour visiter cette sain(e montagne, distante d'une journée 
et demie du bord de la mer. Le chemin est mauvais, et à 
l'exceptioa de quelques parties du vadi kabran , ombra- 
gées de mrespftkmen près de EaûUesconrs d'eau, on n'a^ 
perçoit de végétatkm nulle part. 

« Arrivé au monastère oA^ comme vous le savez, la 
crainte des Arabes n'a permis de pratiquer qu'une porte 



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sôutermine du côte au jardiiii je fus enlevé par le cabestan 
à une hauteur de quarante pîet's, et mlioduii par la fem'- 
tre qui seit d^enlrée principale au couvent. Je fustrès-blen 
feçu par les religieux , quoiqu'ils soient schisnoatiques. 
Us étaient alors au nombre de vin^^'i-deux, la plupart ori* 
ginaires de la Valachie , et comptaient parmi eux quatrr 
prêtres seulement. 

« L'intérieur du couvent offre peu de régularité dans 
(a construction ; mais Péglise est Vraiment comparable aux 
grandes basiliques de la Terre-Sainte, attribuées à sainte 
Hélène et à Constantin. Un archevêque du litre du Mont- 
Sinal est h la tête du monastère; et néanmoins, comme 
le supérieur actuel, il réside souvent à Gonstantinople. 

« Ce couvent a obtenu autrefois de Mahomet un firmaft 
pour le proléger contre la fureur de ses farouches disci- 
ples , souvent plus lunatiques que le prétendu prophète. 
En effet , Tédifice serait déjà détruit malgré cette puissante 
sauvegarde, si les moines n'avaient consenti à y laisser 
bâtir une petite mosquée qu'on voit encore (1). 



(1} <f Le monastère de ta TraasSguralion.au ment SiBaï , est «oe m- 
pèee éé féXh tHiage enlourd dt haaies ntcraitlet, dont les {pierres moC 
(Téimnaiei Mon lo gisait. La ttôtof* tomo «n uni ^, fW rtioi éê 
•it «élét, a fMtrt«viRfla al qacl^Mi toiata da l aag o ur ; l'iBlénaar ■*aal 
qu*im amai de bAtinenta irrëgoliera , eooatruits d'apcàe différanta plana, 
aor un terrain trèa-ioëgal. Excepté IVgJitOf loat y eal paorra; aaU 
partout règne la plus grande propreté. 

«r Vttfi dès eboses que la toyagenr j ntiriir^e le ^ni ti<« et aroe h 
floa do ^aiair en «rrinni da éeaort , o'aal r^hmimtm do foMa, «io •> 
manque jamaia. Onlre ces aourcaeqni aafibaail m^ divèta haaofaa, il y a 
on puits célébra qui date , dit-on , dn temps daa Paliiarches. On fréload 
que ce fut tout près que te libéralenr des Hëbroni reacomra loa fiQet éê 
Jéihro. 



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71 

« Le jour qoi suhrit noB arrivée, Je viâiai k ^ 

noBtagiie où le chef vénéré du peuple |de Bien reçnt lu 

tables de la loi. Le rade sentier qei meneau aomoiei est 

bordé de diapelles en raines. C'est m resie de celhili» 



« Le eov^nl propremml éU fol bâti tm l'att 527 paf Veraperetir Jm- 
twif . Ob y ▼«* tntan ïéUSaê fak serrait d*4f lue a«i oalhatiqaet , «t 
^«à ik f«MBt eipvM • U j « otnl qmiMiite aof , par Icfi groce i4éi^ 
■alv]iie» <|ai eo spnl auUret aujonrd'haL 4e Qe ftu arrêter mei rej^ai^ 
Mr le moDiuneol , sans ëprooTer un tif sentiment de douledr. Htflaa ? 
si le^ciel ne Tient an secours des catholiques , l'or et Fintrigue des gi«c« 
le«r enlèTCTOBt iascBsibleBieDt tons les saÉctnaires . et ne laisseront ^m 
en kmr poMissina im sent an iaUbsemattls qnSlsoot en Otient. 

« En me eondoisant à Féglise , le frère me fit apereeroir une «^ 
qnée fni, me dit-il, aTait iié construite par les Arabes etviplo) os jadis a» 
•erric» intérieur de la maison. 

« La beauté de IV-^lise mo surprit : elle est dirisée en trois nefs pac 
dcvx rangs de colonnes de granit , qni supportent une To&te peinte en 
Vim et parsemée d'étoiles d*or. Cas coloanaa qu'en a mal à peapos «#- 
Tèlvea de plèla», apfarii sm isu t à difera ardeet d'«rcbitoeture ; la pki f it 
sent du corinibiaii : aUes ramonlentau commencement du sixiéoieaiècleu 

« Toal le paré est , ainsi que les murs du sanctuaire , en aarbe^e 
Uanc et Botr tiré d'Italie et d'un fort beau tvarail. 

« L'éflise est éclairée par une multitude de lampes d'argent et de ter- 
meil. Ce sent autant de cadeani faits par les Russes, parce que le corpa 
de saisie Galbarina » pa^r laquelle iia qn^ «nq grande ténération , j ré- 
pète. Las mnraille» sont ornées de Qombreui tableaux ricbemeotasca- 
dré» ; nuis U n'en est pas nn dont la peinture ait quelque mérite. 

« Après cette TÎsite , je fus mené dans la ckapelle appelée du Muium 
mréeni. C'est an lien même on Dieu manifesta sa présence par un si grand 
prodige , que , d'après la tradition , est bâtie la chapelle destinée à m 
perpétuer le aonTenir. 11 n'est permis d'y entrer que pieds nus. Le aanc- 
maire est es toat semblable è ceux de la Palestine : nn antel^élefé , aan- 
•emi par des oa lo n ne a , et sons l'autel le lien référé. » 

{PèUHmmf à /émia/em ,eU.,fwr h réUr$nd Fir€ Mwriê^oêtpk 



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72 
auirefois liabkée^ par 4e saiou enniies. A ces retraites Bt 
joîgnaieiit les jardins ombragés de cyprès et d'oliviers ; 
et maintenant que ceux qui les plantèrent ne sont plus, 
ces arbres toujours verts contrastent encore admirablement 
avec les arides rocbers dont se forme le groupe de THoreb 
et du Sinai. 

« A la vue de cette dernière montagne, une pénible 
réflexion venait désoler mon esprit. Je me disais : Voici 
doue où la loi fut donnée à Tbomme sur des tables de 
pierre; et maintenant les lieux mêmes où Dieu la pro- 
mulgua jadis aux éclats de la foudre , en ont perdu le son^ 
venir. Ce fetal oubli sera-t-îl donc éternel! L'Arabie au- 
rait-elle pour jamais fermé les yeux aux clartés de la foi I 
Ab I loin d'elle ce malheur, mais plu0t qu'elles se réalisent 
enfln les espérances de salut dont mon cœur aime à se 
nourrir. 

« Après huit jours de voyage dans celte péninsule con- 
sacrée par les plus grands souvenirs, j'arrivai aux sources 
connues encore aujourd'hui sous le nom de Fontaines de 
Mcise. EUes scmt ombragées par quelques palmiers , et se 
trouvent situées à quatre heures ettvht>n de Suez* De là 
j*atteignis bientôt le rivage de la mer Rouge. 

• Agréez , Monsieur le Président, etc. 

€ JoGVET, Fice-Préfet apastoliqtie 
de la Mission de V Arabie. » 



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73 



MISSIONS DE L AUSTRALIE. 



ExirtUi Jtune lettre du Père JUmis-^Marie PfêciaroU^ reli^ 
peux passianùie^â San Bminenee le Cardinal Gaepard" 
Bernard PianeUi » Bvêque de Fiterhe. 

(Traduction de TitalieA. ) 



\\9 Demncb;, le 29 janrter laU. 



« Emirekce, 

« Pftuvre Missionnaire I conduit par la Providence sur 
ne plage lointaine, transporté du sein d^une riante na- 
ître au nûlieu de sombres forêts, et sans autre société que 
des tribus sauvages , c'est une douce insolation pour 
■tt de tracer sous vos yeux une rapide esquisse de ma 



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74 

sftuatioD nouvdle. J'ose espérer que Voire Eminence vou- 
dra bien agréer ce témoignage de mon humble dévoô- 
menu 

« La station qui nous a été assignée 'par Mgr Polding 
pour Tévangélisation des sauvages, est Tile Denwich, 
située entre le 27® degré de latitude et le 161* de longi- 
tude^ à une dstanee de six êenis milles enviroB deSkf- 
ney, dans la direction des côtes du nord , et quarante- 
cinq milles avant d'arriver au petit village de Brisben- 
Town. Celte Ue, de quarante mille? environ de longueur, 
mais beaucoup moins large , ne compte pas plus de cent 
cinquante habitants. 

« La^ nous sommes quatre Missionnaires passionnistes 
établis au fond d'une baie , dans une maison eir ruines , 
qui a servi autrefois de prison avx Anglais déportés. Non 
loin de notre réndence^ s'arrAte souvent une bande de 
sauvages composée d'eaviros quarante persoones. — l^ 
plus nombreuses tribus ne comptent pas au delà de 
soixante indigènes. — Quoique chacune d'elles ait un 
rayon déterminé qui est censé la propriété héréditaire et 
exclusive de la peupbde^ cependant elle n'occupe point 
de poste fixe. Proonenant d'un lieu à l'autre son existence 
vagabonde , elle ne campe jamais plus de huit à dix jours 
xlans la même vallée, semblable^ si j'ose le dire, ù ces 
troupeaux nomades que la faim pousse vers des p&turagos 
nouveaux, et qui abandonnent sans regret la prairie après 
l'avoir dévastée 

« Nos sauvages, à début dTiabitations permanentes , 
se cottscrotsent de misérables huttes avec des écorccs d'ar- 
bres , frètes abris d'un jour que le lendemain verra aban- 
Comtés ou rédnits en eendres. 



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75 

c Depuis longtemps Êimib'arisés avec les Européens, les 
indigènes qni nous avoisinent sont plus sociables ; ik se 
metient volontiers en rapport avec nous, et samblent même 
ooDs écouter avec docilité : toutefois, nous sommes avertis 
de ne pas trop nous fier à ces apparences ; car ils sont d'un 
ooturd à trahir même ceux qui leur font du bien. 

« Os ont la physionomie moins disgracieuse et la cou^ 
leor moins noire que les nègres d'Afrique , mais en Eut 
d'ornements ils ne dioisissent pas mieux ; ils croient s'em- 
beffir en se barbouObnt la figure av^ du charbon, sur 
fe^oel ils étendent, en guise de fard, une couche de terre 
rouge 00 d'autre matière fortement colorée. Avec une 
laffle élevée et une constitution robuste. Es sont polu^ns 
i Feicès ; la gloutonnerie et la somnolence se partagent 
km ?ie, heureux encore si la vengeance n'avait pas pour 
eux phis d'attrait que le sommeil ! 

« n est rare^ à la vérité, que les membres d'une même 
tribu 9e divisent entre eux par des querelles intesUnes ; 
ïïàk h guerre s'élève plus d'une fois entre peuplade et 
peuplade^ et les armes dont se servent alors les combat- 
tants sont la massue , le bouclier et la hnce. 

« là , comme dans vos sociétés dégantes, la vanité a 
aiBsi son martyre. C'est un axiome reçu parmi nos sau- 
vages que les prétentions ii h beauté sont le prix de la 
douleur. Ausû n'est-il pas d'homme qui , pour se donner 
cm oonplément de grâce, ne se déduit les bras, la poi- 
trine , le dos et les jambes avec des coquillages , afin d'ob- 
ttnir à diaque incision une hideuse excroissance de cbair, 
qu'A étale avec la plus repoussante coquetterie. 

t Quant aux finnmes , c*€»t moins le goàt de la parure 

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76 

que l'idée d'un sacrifice religieux qni les porte à se mutila*. 
Lorsqu'elles sont encore en bas âge, on leur lie le bout du 
petit doigt de la main gauche avec des fils de toile d'arai- 
gnée; la circulation du sang se trouvant ainsi interrom- 
pue , on arrache au bout de quelques jours la première 
phalange , qu'on dédie au serpent boa , aux poissons ou 
aux kanguroos. 

« Sans doute que nos sauvages espèrent par cette of- 
frande obtenir une chasse heureuse et une pèche abon* 
dante ; car ils n'ont presque pas d'autres ressources pour 
vivre. U est vrai qu'ils recueillent aussi une espèce de ra- 
cine dont le goût diffère peu de celui de la patate, qu'ils 
mangent au besoin un reptile assez semblable au léz^, 
mais beaucoup plus gros, qu'ils surprennent parfois le 
renard-volant I qu'on prendrait pour une grosse chauve- 
souris ; mais après le kanguroo qui se trouve en grand 
nombre dans les lies voisines, leur principale nourriture est 
le poisson. Réunis sur la côte au nombre de six à huit , et 
armés chacun d'un filet qu'ils confectionnent avec ki racine 
d'un arbre réduite et tordue en mince ficelle, ils s'avan» 
cent en demi-cerde dans les flots, murmurant à voix basse 
je ne sais quelles paroles; et quand ils ont cerné leur 
proie, ils la poussent doucement vers le rivage. Alors tous 
ensemble ils poussent de gprands cris , comme pour l'é- 
tourdir, et s'en emparent avec facilité. Aussitôt pris, le 
poisson est jeté palpitant sur la braise « et dévoré même 
ayant d'être rôti. 

« Pour du feu , ils en ont toujours à leur disposition » 
Tusage , je dirai presque la dévotion de ce peuple , étant 
de ne marcher qu'un brandon à la main. Si par mégarde 
ce tison vient à s'éteindre , ils s'empressent aussitôt d'en 
allumer un autre , et voici comment : ils prennent un sar- 



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*?7 

ment bien poreux auquel ils pratiquent une légère en- 
taille ; sur cette incision ils appuient la pointe d^un second 
sarment plus sec encore , ils le tournent et retournent ra- 
pidement entre leurs mains comme un fuseau, jusqu'à 
ce qu'éciiauffé par le frottement, il iîune et puis s'en- 
flamme. 

« Cette espèce de culte des sauvages pour le ieu se re- 
produit encore dans leurs funérailles. Avec le guerrier 
qu'on vient de déposer dans la tombe , on ne manque 
jamais de placer d'un côté une de ses armes défensives , et 
de Tautre un tison ardent. Pensent-ils que ce compagnon 
ioséparable de ses migrations pendant la vie , est encore 
plus nécessaire à ses membres glacés par la mort? Je se- 
rais plutôt porté à croire que cette pratique est pour eux 
un symbole d'immortalité ; car de même que la flamme , 
en se dégageant des corps qu'elle consume, s'élance vers 
les cieux, ainsi sont-ils persuadés qu'au sortir de ce 
monde ils s'élèvent dans les régions supérieures , où les 
]»îvaiions de la terre sont oubliées dans les joies d'un éter- 
nel festin. 

« Vous le voyez , nos pauvres insuiaires sont encore 
bien éloignés des) saintes idées de la foi. Le moyen de les 
leur inculquer serait de prêcher aisément dans leur langue 
naturelle; mais malheureusement nous ne la parlons pas 
encore avec facilité : elleçst embarrassante pour un Euro- 
péen surtout^ parce qu'elle a cette pauvreté , ce laconisme 
et cette absence de liaisons, qui jettent ordinairement tant 
de difficultés dans l'idiome des nations priioitives et des 
tribus sauvages. 

« Eminence , il est temps que je termine cette lettre , 
M ic ne veux pas trop abuser de vos moments et de votre 



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80 



Extrait d'une Uttre de Hong-Kong j du 24 juillet 1843. 



« Il y a dans cette lie une église catholique fort jolie, 
desservie par sept ou huit Missionnaires français, italiens , 

espagnols et inùuic chinois. Ciiaquc jour on y dit sept ou 
huit messes. Ainsi, clans un lieu, inhabité il y a deux 
ans , et où s'élèvent déjà de vastes édifices , les catholiques 
possèdent une belle maison de prières. Mais ce qui ma 
frappe et me réjouit encore davantage, c'est de voir sur 
celte partie du sol chinois s^agenouiller au même instant 
des représentants de presque toutes les nations qui sont 
sous le soleil, avec leurs différents costumes, avec toutes 
les nuances de couleurs sous lesquelles Tespèce humaine 
se montre ; et ces hommes , si différents de mœurs, d'in- 
térêts , de couleur, de langage , sont^ au pied de Fautel y 
également attentifs, également recueillis et occupés du 
même objet : unité merveilleuse que [notre sainte Eglise 
romaine a seule réalisée- » 



LTOR , IVP. DB I. V PBLAGACD. 



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81 



MISSIONS DU LEVANT. 



Extrait cTune lettre de Mgr Guasco, Evéque de Fez et 
DAégat apostolique de V Egypte et de VJrabie, à MM. 
les Membres du Conseil central de la Propagation de la 
Foi à Lyon. 

Alexandrie d'Egypte, 16 octobre 1844. 



« Messieurs , 

« Le bot que je me propose en vous adressant cette 
esquisse des mœurs égyptiennes , est d'ofinr à vos As- 
socies un gage de ma vive reconnaissance. Je n'ignore 
pas que ce tableau, souvent ébauché par beaucoup' 
d'historiens et de voyageurs, ne ^ composera en grande 
partie que de traits déjà connus ; mais si la vérité des 
descriptions peut suppléer à Tintérét de la nouveauté, 
si le caractère d'un peuple a toujours quelque chose de 
saisissant lorsqu'il est tracé avec exactitude, j'aurai aisé- 
ment ce modeste avantage ; car en peignant les Egyptiens 

TOM. XVII. 99. MARS 1818. Digt0dbvL.OOgle 



82 
tels qu'ils sont , ce sera simplement yom redire ce qui 
se passe autour de moi ou sous mes yeux. 

« La population indigène se partage en deux EunUIes 
principales, les Arabes et les Cophtes; ces derniers, 
comme seuls descendants des anciens Egyptiens, se pré- 
sentent aussi les premiers à ma pensée. L'étymologie de 
leur nom , avivant quelques historiens, parait dériver de 
Cophtos ou Kypt, ville autrefois célèbre dans ce pays. Il 
en est qui lui attribuent une autre origine; mais quelle 
que soit la diversité des opinions à ce sujet, tous les au- 
teurs s'accordent à regarder les Cophtes comme les habi- 
tants primitirs de la contrée. 

« Soumis depuis plus de vingt siècles au despotisme 
étranger , ils ont oublié peu à peu le génie, les arts et les 
connaissances de leurs ancêtres ; touterois , ils ont con- 
servé plusieurs de leurs usages ; et les notions qu'ils se 
sont transmises de père en fils^ touchant les terres ense- 
mençables et les produits les plus favorisés par Tinonda- 
lion périodique du Nil, les font choisir , même aujour- 
d'hui, pour remplir les fonctions de secrétaires ou d'in- 
tendants, sous l'autorité des beys et des gouverneurs. 
N'allez pas croire que pour servir d'instruments à une 
civilisation qui n'est pas la leur, ils démentent leur ori- 
gine : loin de là ; comme les pères écrivaient en carac- 
tères hiéroglyphiques, pour dérober au vulgaire le se- 
cretde leurs seiences,- ainsi les fils écrivent en copbte pour 
mieux cacher l'intelligence de leurs calculs. Voilà, sans 
'aller en chercher d'autre cause, d'où vient que la langue 
àe% anciens Egyptiens ne s'est point perdue. 

« Les Cophtes embrassèrent la foi chrétienne presque 
aussitôt qu'elle fut apportée en Egypte par l'évangéliste 
•saint Marc. Ils la gardèrent dans toute sa pureté jusqu'à 
la noiwance du monothélisme. Abandonnant alors les 
iianiles traditions pour les nouveautés de la secte, ils 

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83 

portèreai daM letir égarement cette opiniâirelé et*oei 
esprit de parti, qui reaéeat ra^eoglemeat pveaqae imm^ 
nUe, 8ttrt<mt loraqa'à la farreur d'uae éçeàsm ignoraacé 
il a reça la aaiietioii da leai^M et de i*liabitiKle. L*liépé$ie, 
d*aillein<s, perdit bieotdc obez eax son caraeière primitif^ 
€0 8*allia»t aax superstilioas ioealea^ et en faisant aiu; 
sovrenirs de Panoîen paganisne desemproats piua cou*" 
pabks encore. 

« An reste , ks Copbtes Talent nienx que ko» 
croyances; tlssontdonx, hnmaînset hospitaliers; sensî^ 
Ues à la tendresse paternelle, comme à Tamour ttiarl, Sk 
honorent et respectent les liens du sang. Le commerce 
qalls font dans rintérfeur dn pays, et radministratie» 
des aflËûres qu'on leur confie Tolontiers, leur procurent 
parfois des trésors considérables. Mais ces richesses 
Biéaie sofit presque toujours la source de leurs malheurs ; 
car à peine a-t-on deviné leur opulence, que des maIwiU 
lants ou des envieux les accusent de concussion ou de 
rapine, et sans ph» d'examen le gouvernement les dé- 
fMHiiUe sans pitié. Trop heureux encore s'ils pouvaient 
toujours s'en tirer par la perte de leur fortune. Malgsé 
ces vexations continuelles, ils n'ont jamais rien entrepris 
contre la tyrannie qui les écrase; au contraire^ ils-en 
sapportent le joug avec une patience à toute épreuve : 
tant il est vrai qu'nae longue habitude peut rendre Mh 
gers les fers même de l'esclavage. 

« Après les Cophtes , les Arabes sont le phis ancien 
pen|de de l'Egypte. Ils forment à peu près les deux fiera 
de la population. Leurs mœnrs diffèrent arec le genre 4e 
vie auquel ils sont adonnés. Je ne parierai pas des fett&kSf 
parce que le silence est le seul voile que la charité puisse 
jeter sur leurs défems. 

« Ceux qui sont connus sous le nom de bédotfins, •m 
qm cottvvent les solitudes brûlantes situées à l'orient et 

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84 

ik Toocideiu de l'Egypte» présentent des caractères beau- 
coup moins odieux. Divisés par bordes nomades, ils dé- 
daignent ia culture, vivant de fruits sauvages et du pro- 
duit de leurs troupeaux. Aussitôt que les pâturages oà 
ils ont fait une halte passagère sont ^isés, ils char- 
gent leurs tentes et leurs familles sur leurs chameaux, et 
vont se fixer dans une autre oasis. Ces hôtes des déserts, 
Trais pirates d'un océan de sables, sont la terreur des 
caravanes. Malheur à celles qui ne peuvent leur oppeser 
des forces supérieures ; elles doivent se soumettre au 
tribut ou accepter le combat. Repoussés, les bédouins 
échappent à toute poursuite en disparaissant comme un 
Irait dans des profondeurs inconnues ; ont-ils l'avantage, 
ils dépouillent les vaincus et se partagent entre eux le 
butin ; mais ils n'abusent pas du succès pour répandre 
le sang, à moins qu'ils n'aient à venger quelques-uns 
de leurs compagnons morts ou blessés. 

« Malgré leur goût pour le pillage^ ces peuples res- 
pectent les droits de Thospiialité ; le voyageur qu'ils 
priment sous leur sauvegarde, n'a plus rien à craindre 
ni pour son or ni pour sa vie , car leur parole esc un 
sarment inviolable, et je ne crois pas qu'il y ait d'exem- 
ple qu'aucun bédouio se soit rendu parjure. 

« Il est une troisième classe, celle des Arabes-culti- 
vateurs, qui ne connaît pas plus la cruauté du fellah que 
la fierté indomptable du bédouin. Ce sont les plus doux 
et les plus humains des orientaux. Le désir de la ven- 
geance, si naturel aux nations à demi barbares , n'est 
point éteint dans leurs coeurs; mais si l'ennemi dont 
ik ont résolu la perte, peut se soumettre à Tenir boire 
le café aTec eux, il n'a plus à trembler pour ses jours; 
à cette marque de confiance, ils oublient tous leurs res- 
sentiments. 

c Avant de commencer leur repos , qu'ils prennent 

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86 
ordinairenieDt à Titrée de iairs cbaaiiuëres on de 
leurs tentes, les Arabes-agi^icuUeurs crient à bante voix : 
Que cdui qni a faim approche et mange ! et cette invita- 
tion n'est pomt une stérile formule de politesse; tout 
homme, quelle que soit la religion à laquelle il appar- 
tient/ a droit de s'asseoir à leurs côtés, et de se nourrir 
des aliments servis à leur femille. 

« Avec tant d'excellentes qualités, et attachés à la 
colture d'une terre qui ne demande qu'à produire, iU 
devraient, ce semble, jouir de toutes les délices de la vie. 
Toutefois, ils sont les plus malheureux des hommes. Du 
matin au soir, et d'un bout de l'année jusqu'à l'autre, ils 
travaillent sans se reposer un moment; leurs pénibles 
sœurs produisent chaque année des richesses immenses, 
et cependant ces malhenreux languissent dans la pau- 
vreté au milieu de l'opulence qu'ils entretiennent ; de 
tontes leurs fatigues, il ne leur revient que les coups 
de fouets qui trop souvent ensanglantent leurs épaules. 

« Au-dessus de cette caste agricole, dont l'activité n'a 
d'égale que la misère, les grands de TEtat s enoormen 
dans h mollesse et l'oisiveté. Convaincus qu'une aveugle 
fatalité préside aux destinées humaines, ils attendent 
Farrét du sort sans porter un regard curieux sur l'ave- 
ur; Ib jouissent avec insouciance' du présent, pensent 
peu, n'ont pas les rêves de l'ambition parce qu'ib n'en ont 
pas l'énergie, et sont capables de fumer un jour entier 
fans ennni. 

« Toot seigneur musulman, en Egypte, se lève avec 
le soleil pour respirer l'air frais du matin. Bientôt 
après, des esclaves lai apportent de l'eau. H se purifie en 
se fatimt le visage, les mains et les bras jusqu'aux cou- 
des, el les pieds jusqu'aux chevilles; cela fak il se tourne 
«ers Forient et oommence ces prostrations. Viennen lea- 
uûte d'mtrw esdnves qni Ini présentent le caC6 et b 



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»6 
pnpt, et tant ipie dvre le déjeuaer du ntllfe » 9i ae 
licnûest debéot detant lui , les muins croisées sur b 
loeitriiie , cherchant à prévenir ses motndres vokHUés. 
S«s enfoats, qif il ettroie chercher, paraissent alors ta sa 
prôseRce : il leur dil quelques mots^ les caresse grave- 
ment, leur donne sa main à bwer, et les âih reeouduîre 
auprès de leur mère. 

« De si( fanûile il passe au som de ses aSuîres , qui 
ne sont jamais compliquées; quelques heures suffisent 
à ce travail sérieux , après quoi le musulman n'a plos 
qs'à se chercher des distractions. 

« S'il survient des visites , il les reçoit le plus poli- 
méat qu'il sait, mais sans beaucoup de complimenis. 
Ses inférieurs doivent se tenir à genoux devant lui» ap- 
puyés seulement sur leurs talons ; ses égaux oui droit 
de s'asseoir à ses c6tés ; un sopha est réservé aux vit»- 
K'urs de disiinaion. Dès qu'on s'est placé dans le nu^ 
4|ui convient à diacun , le maître du logis bat des mains , 
ei h rinstant un esclave entre et pose au milieu de la 
Italie une cassolette où brûle un encens précieux ; en 
apporte de longues pipes garnies d'ambre et tout alla- 
inées; on sert le café, des confitures et des sorbets, et 
U conversation se poursuit, lente et amicale, au milieu 
de rafraîchissements exquis, à travers un léger auiige de 
vapeurs odorautes. 

« Les visiieui*s parlent4Is de se retirer, un esclave re- 
paraît , un large plat d'argent à la main ; il y place ki 
«;H8^olette aux senteurs embaumées, et la présente tour à 
leur à chacun des assistants, qui s'en parfument la barbe. 
k/e$m de rose est ensuite versée sar leur léie , et après 
««ile cérémonie, on est libre de reprendre ses paotoa^ 
fle»^ dese dire adieu. 

« Le soir, on va à la promenade : monté sur dee Éaes 
ea sur des chevaux riehemeac capavaçoanés^ on suit les 



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87 
rifes du MU ou le bord des canaux ,Jpoor jouir de b 
Mnbeur du crépuscule. Une beur^ après le coucher du 
soleil^ chacun est rentré cheESoi. On aoupe^n famttle» 
on se couche tout babillé pour se rq[>oser d^uue journée 
toisivâ , et Ton ne se réveillle que pour reprendre, où on 
i-avait laissée, la trame uniforme d'une vie toujours m- 
dolente. 

« En Egypte comme dans tout rOrient, Texistenoe 
des femmes riches est en quelque sorte murée dans Tin- 
térieor du logis ; elles naissent , vivent et meureni a|i 
sein de ce sanctuaire impénétrable. Toutefois , le soin 
des ailaires domestiques et l'éducation des enfants ne 
lesafasorbentpas tellement qu'elles n'aient encore de.doux 
loisirs; dies ne sont même pas aussi prisonnières qo'uo 
pourrait le penser. Tous les jeudis, elles sortent avec 
leurs esclaves chaigées de rafraicfaissemeuts. Des pleur 
reuaes à gage les suivent. C'est qu'un devoir sacvé les 
appelle au cimetière public. Là elles fout entonner des 
hymnes funèbres ; à ces lamentations metH:enaire> elles 
méleat loues acceuts plaintifs, elles versent des kirmes 
H des fleurs sur les t mbeaux de leurs parents, qu'elles 
«ouvrent ensuite des mets apportés par leurs suivantes, 
<:tla. foule, après avoir convié les dme> des morts, prend 
un repas religietix , dans la persuasio» que ces ombres 
chéries savourent les mêmes aliments et qu'elles s'aaao^ 
cieot au sympathique ban(|uet. 

« Les Egyptiennes sortent enoore une ou deux (bis par 
semaine pour visiter leurs parentes ou leurs amies. ÀusHiôt 
qu'une dame étrangère ^e préseiteau divan des femmes, la 
maltresse du logis ss lève en souriant , et va l'embrasser 
au milieu de la sille; elle lui prend une main qu'elle 
presse sur son ojeur ù plusieurs reprises ; elle l'invite à 
s'asseoir sur le so, ha d'honneur : « Comment avex-vous 
• pu. nous oublier si lon^lemps ? lui dit -elle; ne savez- 



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88 ' 
« TOUS pas combien nous sommes heureuses de vous 
« voir? Votre prince ennoblit notre demeure; vous 
« êtes le bonheur de notre vie , U prunelle de nos 
« yeux, elc. » Tels sont les premiers compliments 
d'usage. Bientôt les inévitables pipes, le café, les sor- 
bels, les fruits , les confitiires et les parfums sont appor- 
tés par les esclaves ; Teau de rose coule sur les mains ; 
on mange, on rit, on folâtre avec une joie que j'appel- 
lerais enfantine, si la candeur n'était pas inconnue à ces 
enfonts de la servitude. 

« Au moment de se séparer , on se dit plusieurs fois : 
« Dieu vous accorde une nombreuse postérité^ que le 
€ ciel vous donne une longue vie ; puisse votre sanlé 
« être aussi durable qu'elle nous est chère 1 etc. • Mais 
on ne s'appelle jamais par son Bom; ma mëre^ ma sœur, 
ma fille , voilà les titres qu'on adresse à la femme d'an 
âge mûr, à la nouvelle mariée, et à la jeune p^- 
soune. 

« Tels sont les Egyptiens dans leur vie privée ; tels 
sont du moins ceux de leurs usages qu'un Missionnaire 
peut décrire ; cai* s'il les connaît sous beaucoup d*au^ 
très rappor !s, ce n'est pas pour en parler, mais pour en gé- 
mir devant Dieu. Et quand je pense combien est profond 
l'abUne qui les sépare de la vérité , je m'attendrb sor 
leur aveuglement funeste , je verse des larmes amères 
sur leur avenir éternel que je voudrais prévenir , fftt-ce 
au prix de mon sang. 

« Daignez agréer, Messieurs, Icxpression du respect 
avec lequel je suis, eic. 



« t Fr.-Perpetuo Guasco, Bvêque de Féz, 
Fimireet Délégai aposL de F Egypte et de VArahte. 



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89 



Jutre lettre du même Prélat à M. le Président du Conseil 
central de Lyon. 



Alexandrie d'Egypte, 24 fét rier iS^%, 



« Monsieur le Pe&idert , 

« Je suis heureax de fournir mon tribut à vos Annales. 
Lesoj^u dont je vais vous entretenir est bien simple; 
K s'agit que d'une tonte jeune fille ; mais dans celte 
tt&Dt a éclaté le triomphe de la grâce, et c*en est 
aaez pour fixer Tattention de vos pieux lecteurs. 

• Sur la fin de 1841, une famille catholique compo- 
sée de trois personnes, le père, la mère et une fille de 
dix ans, quittait Alep pour se rendre en Egypte. Après 
aiDor visité les lieux saints et traversé la Judée , elle 
i'esfoDça danft le désert par la même route qu^avait autre- 
Ui pireonme la sainte famille, fuyant devant la colère 
''Bérode. Déj& elle apercevait dans le lointain les murs 
f El-Aricb, Tantique Gerara, lorsque apparui une bande 
de ioldats albanais : à cette vue l'épouvante saisit noi» 
pnax voyageurs, ils courent au basara et se oispersen 
daat la solitude qui ne peut les cacher. La jeune fille 
bt trouvée par ses ravisseurs, pâle, tremblante, appe- 
Itttsa mère qu'elle ne devait plus revoir^ et fut emmenée 
captive ao Caire où on l'enferma dans la maison d'un 
Amante. 
« L'iaCmrtiuiée y passait ses jours dans les pleurs » 



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pouvait -«ile irop^ en répandre sur sa liberté perdue 
ec sur sa famille égorgée I Un seul bien lui restait ; 
c*était sa foi naïve au Dieu des orphelins^ et ce trésor 
menacé, elle le défendait avec un héroïque amour : 
« Sache bien, disait-elle souvent à son maître, sache 
« bien que ton esclave est chrétienne. » 

« Hélas 1 il ne l'oubliait pas. Chaque jour, frémis- 
riant de n'avoir pas encore brisé ce faible roseau qui se 
redressait toujours sous l'effort de sa main, il recourait 
à de noavelles ruses, flattait par de plus éblouissantes 
promesses, s'abaissait aux supplications pour se relever 
vaincu , mais furieux , et dans son dépit essapit de 
nouvelles tortures , aussi impuissantes que ses prières 
méprisées et ses vaines menaces. Des larmes et des san- 
glots, c'est tout ce qu'il arrachait à hi pauvre en&ni. 
En vain, le Turc lui disait -il : « Captive d'un musul- 

• man, tu embrasseras la religion de ton maître, on ta 

• vas périr de sa main. — J^rends ma vie, réponduk- 
« elle, mais laisse-moi mon Dieu; la jeune fille qui 
« a tout perdu en ce moade, ne consentira pas à se 

• fermer le ciel. ■ 

« Et la grÂc« compUiit un triomphe de plus chaque 
fois que l'oppresseur assaillait fra victime. Comme ces 
vierges timides des premiers siècles, à qni il fut si soa- 
vent donné de dompter dans l'arène des lions rugis- 
sants, de les voir enchaînés à leurs pieds par le d^rme 
divin d*une angélique vertu, la chrétienne d'ÂJep impo-> 
»ait au Turc dans sa propre maison, devenue pour elle 
un amphithéâtre; et le soldat albanais, indigné deeàder 
la victoire à une fille, à nue enfant, se retirait étonné et 
confus de sa défaite. 

« Un jour, et ce fut le 18 janvier 1845, la porte de 
la maison où notre captive gémissait depuis deu^ ans , 
était restée entr'ouverte : ne doutant pas que le momeni 



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91 
de sa délivrance ne fût venu, elle franebit sans élre aper- 
çue le seuil de sa prison, et courut se réfugier au hasard 
dans rhabiiaiion voisine. Par bonheur c'était <Selle d'un 
arménien caiiioUque. Â la vue de celte en£int qui en- 
irait chez lui tout efiarée, il la reçut dans ses bras, lui 
'iemanda qui elle était, d'oii elle venait, cequ':;lle vou- 
lait de lui; mais elle, tremblante, et comme poursuivie 
jur des ennemis intisibleft, ne sut répondie quo par ce 
«ri déchirant : « Sauvez-moi ! achetez-moi I » 

« Le bon Arménien pensa qu'il fallaii la retirer pour 
fc moment, et étant parvenu à la tranquilliser, il Fin* 
terrogea de nouveau et avec plus de succès. Elle lui ra- 
t.oata lous ses malheurs dans le plus grand détail, pois 
eUe ajouta : « Vous ne me rendree pas au meurtrier de 

• ma famille ; car cette ibis il tiendrait sa menace, et 

• pour prix de ma fidélité à notre Dieu , je serais ou 
« égorgée dans sa maison, ou vendue aux nègres du 
« Sem^aar. » 

• 11 n*en follut pas davantage pour intéresser l'Armé- 
fûea au sort de l'orpheline : d'abord il la tint cachée pen- 
dant plusieurs jours; mais craignant de s'exposera quel-^ 
«ine avanie si d'autres que lui révélaient son secret, il 
jugea prudent d'informer lui-même l'autorité musul- 
uiane de tout ce qui s'était passé. 

« Sm*sadcpo?iition, le gouverneur égyptien fit ame- 
ner à son tribunal la fugitive et le soldat albanais ; il 
<|uesiionna la jeune fille sur son pays, sur ses parents et 
s:i religion : à quoi elle répondit avec beaucoup d'assu- 
r ince qu'elle était chrétienne, native d'Alep, qu'elle avait 
i^téenlevéede force dans le désert par des soldats albanais, 
«i qu'à défaut de ses parents elle reconnaissait le curé ar- 
ménien pour son père. — «Fais toi mahométane, lui 

• dirent les Turcs assii pour la juger, et tu partageras 

• notre fortune et nos plaisirs. — Je suis reine par 



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92 
« ma foi, répondit -elle: tous f os biens ne valent pas 
« ma couronne; je souffrirais la mort avant d*y re- 
« noncer. » 

« Tant de courage confondit dans une même admira- 
tion le tribunal et Tauditoire, les musulmans comme les 
chrétiens. Parmi les spectateurs se trouvait un jeune 
Chaldéen catholique, qui avait suivi ces débats avec Ir 
plus vif intérêt : charmé des vertus de la jeune fille, ravi 
de ses réponses, et s'estimant heureux s*il pouvait lui 
faire oublier ses longs malheurs , il la demanda pour 
épouse; son offre fut agréée, et le curé de Terre-Sainte, 
Don Léonard de Spigno, mineur observantin, a comblé 
ses vœux en bénissant, il y a peu de jours, ces noces 
fortunées. Toute la population catholique du Caire a 
pris part à sa joie, et mon cœur de père, trop souvent 
abreuvé d'amertume, s*est reposé avec une indicible con- 
solation sur ces deux enfants, si dignes l'un de Tautre par 
la générosité de leur foi et l'innocence de leur vie. 

« Fasse le Seigneur, dans sa miséricorde, que j'aie 
bientôt des relations aussi édifiantes à envoyer au Con- 
'seil : je m'empresserai de les lui communiquer et de 
lui renouveler l'assurance du respea avec lequel je 
suis, etc. 

« f Perpéluo Guasco, EvêquedeFex^ 
ficaire et délégai aposi. de r Egypte et de F trahie. ■ 



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93 



^émire adreisé aux Conseib centraux de VŒuvre de la 
Prifpagaiion de la Foi, par M. Eugène Bore. 



17 dikemkrt iai3. 



« Messieurs , 



« Celui qui dierche à se rendre compte de Tétat reli- 
gieux des peuples soumis à la domination musulmane, 
est arrêté par des difficultés qui le poussent à des 
«inclusions en apparence contradictoires. Tantôt il est 
porté à louer, et même à envier pour de grands états de 
''Europe, l'espèce de sécurité dont jouissent', en divers 
fodroits et à certains moments, les chrétiens de la Tur- 
loie et de la Perse ; d'autres fois quelques actes lui re- 
tracent la barbarie intolérante des premiers siècles de 
l'Islamisme. Souvent il rend grâces à Dieu de trouver ses 
6'ères libres dans la pratique de leur religion, et tout à coup 
uo incident lui fournit la triste preuve qu'ils sont gênés, 
molestés et dépendants dans l'exercice de leurs droits 
H>iriinels. Comment expliquer cette opposition? par 
l'examen du caractère musulman, tel que l'a formé la 
h» de Mahomet, et par les influences hostiles à l'Eglise 
lu changent sa droiture naturelle* 

« La religion musulmane, contrefaçon grossière de la 
loi mo8a1q«e avec le mélange de quelques principes 



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94 
cturéiiens, a emprunté au judaïsme la (m profonde et 
inébranlable à TuBiié divine , Tobservation mélhodi(i»e 
et scrupuleuse de ses renflements hygiéniques, mais sans 
se pénétrer de l'esprit de charité qui vivifie la l»î nou- 
velle, complément et perfection de Vanoienne. Or, «roire 
sans aimer, c'est ne remplir que la moitié de la vocationim- 
posée à rbomme, eiquiconque s'arrête ainsi à mi-chemin 
dans la voie de la vérité, demeurera nécessairement in- 
complet et défectueux. Telle est done la nature du mu- 
sulman ; vous admirez en lui sa disposition h adhérer aux 
dogmes constitutifs de toute religion ; vous n'êtes point 
effrayé de cette audace de la raison niant et raillant chez 
nous les croyances des autres ; au eon traire, la parole on 
l'acte qui honorent Dieu, sont toujours respectés et ap~ 
prouvés de lui, quelles que soient la bouche ou la main 
qui les offrent , et la seule faute impardonnable et in- 
compréhensible à son bon s^s est le monstre de rincré- 
dulité philosophique. Inaccessible aux lâches suggestions 
du respect humain, plusieurs fois le jour il se met en 
prière sinr la terrasse de sa maison, se prosterne dans In 
poussière des chemins et des places publiques ; il récite 
par les rue^, sur son chapelet, les mille et un attributs 
glorieux du Créateur, et pendant les trente jours de 
jeftne du Ramazan, l'homme qui peine à la corvée, la 
femme délicate ou son enfant ne porteront pas à leur 
bouche un morceau de pain ou un verre d'eau, tant qiie 
la lumière qui nous éclaire entre les deux crépuscules 
permet de diatinguer le fil blanc du fil noir. 

« Le mal d'amrui doit unijours ooilkter à dire, et c'est 
poiu*quoi nous ne voulons point exposer ^es défauts dn 
caractère turc en regard de ses bonnes qualités. Notre 
intention est seuiemesi de révéler ici oertaii^ vices qui 
lui sont ayovtés par l'espril et les principes de la reli- 



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9o 
(ion musulmane* parce que ces mêmes vicas formeni le 
priocipal obstacle au triompfaede TEvaiie^ie. 

« Et d*abord, la postérité dlsmaël étant proclamée 
par Mahomet le peuple élu à qui doit appartenir Vem^ 
pire de la terre , toute autre race qui mécomiait en 
o'adopte point son symbole doit être extaminée par le 
gbive, à moins qu'elle n'achète par un humiliant tribttt 
le droit d'exister. Si les gouvernements des états mu- 
iolmans vivent aujourd'hui en bonne harmonie avec la 
ahrétienté, c'est la nécessité de leur faiblesse qui les y 
eontraint» Car, selon le Coran, ils ne peuvent jamais 
déposer les armes, et la guerre sacrée, leDjVAarf, est non- 
seulement légitime mais de précepte obligaieire, tant 
qu'il existe des infidèles , terme qui dans leur bouche 
désigne toute société non musulmane. Il ne faut donc 
point croire à une amélioration de leur part, sous ce 
rapport ; elle' est incompatible avec l'Islamisme. Pour 
le comprendre, il suffit de montrer dans quelle sujétion 
vivent les peuples d'une autre religion soumis à la raœ 
croyante. 

« Tous sont encore désignés aujourd'hui sous le nom 
humiliant de Raïasj mot qui, sans avoir d'analogie phi- 
lologique avec le mot parias qu'il rappelle, exprime au 
fend la même idée. Son radical arabe signifie le Iroii- 
peau de brebis que le pasteur fait paître, tond et trait à 
sa guise. Or, tel est véritablement la condition des 
chrétiens vivant sous le joug de la domination musill- 
aiane, sauf peut-être quelques exceptions dans la Perse, 
l'Egypte de MehemetAli et le Liban ^ où leur unité 
compacte les préserve des vexations arbitraires des 
pachas. 

« Le Rcûîa n^est pas une personne devant la loi maho- 
«éiane, ta^h plutôt une chose utile, dont elle use et 

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96 
abuse trop souvent. En Turquie, les fcmctions civiles et 
le service militaire lui sont interdits. Il a pour compensa- 
tion le service domestique, l'industrie des arts et des 
métiers ; et le plus haut degré de l*échelle sociale auquel 
aspire sou ambition est la profession lucrative de ban- 
quier. Toutefois , si les voies d'une fortune rapide lui 
sont ouvertes, et s'il peut à satiété se gorger des deniers 
publics, Tavidité jalouse de ses chefs trouve aisément 
aussi le prétexte de sa ruine, et il finit bientôt comme 
les victimes engraissées pour l'immolation prochaine du 
sacrifice. Hors des cités, il se livre à Tagriculture ; mais 
, la libre possession des terres ne lui est pas assurée, et il 
•est plutôt serf que propriétaire. Ce n'est pas que Timpôt 
légal soit trop pesant ; mais il est aggravé par les taxes ar • 
bitraires des gouverneurs locaux et de leurs subalternes ; 
en sorte que le paysan, privé par ces injustices des pro- 
fits de la récolte la plus abondante, ne veut plus tra- 
vailler inutilement pour les autres, et se borne à ense- 
mencer le coin de terre suQisant aux besoins de sa mai- 
son. Telle est la cause de la diminution progressive de 
la culture, et' le voyageur, habitué à la fertilité des cam- 
pagnes de l'Europe, croit en mettant le pied sur le terri- 
toire ottoman entrer dans un désert. 

« La Perse , malgré le caractère aciif et industrieux 
de ses habitants, ^ffre un spectacle plus attristant en- 
core, à cause de Fusage d'aflermer et de sous-affermer 
les villages, livrés de la sorte aux mains de spécula- 
teurs avides et peu scrupuleux de s'enrichir en les ap- 
pauvrissant. Le Rcûia persan a sur celui de la Turquit 
l'avantage de pouvoir légalement occuper les emplois 
publics i il peut être anobli^ devenir chef et adminis- 
trateur de son village ; libre à lui encore d'enirer dans 
la carrière militaire, qui le conduit, avec la faveur du 
prince, jusqu'au rang de généralissime et de gouverneur 

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97 
de province/ comme le prouvent de récenls exemples. 
Celle tolérance des Persans^ qui a l'inconvénient d'ha- 
bituer trop aux mœurs musulmanes les chrétiens vivant 
parmi evix, tient moins à leur propre religion , plus su- 
perstitieuse encore que celle des Turcs, qu'à la posidon 
particulière des chrétiens, dont le petit nombre ne peut 
inspirer de crainte au gouvernement. IL en est autrement 
de la Turquie, où la moitié de la population est chré- 
tienne. Tout droit politique est refusé aux Ratas ^ de peur 
qu'en s'unissant et venant à se compter, ils ne mettent 
un twme à la* domination qui les opprime. 

« L'homme des états libres de l'Europe ne peut 
s'habituer au spectacle de populations douées des plus 
riches dons de la nature^ ayant eu un passé glorieux, 
et maintenant tombées dans le mépris et l'avilissement 
Voyez le Rata en présence du Turc : ses habits comme 
sa maison, lorsque la façade en est peinte, n'ont point 
les couleurs éclatantes que se réserve le musulman ; il 
est condamné à porter perpétuellement le deuil , et 4 
Constaniinople où la force irrésistible de la civilisation 
triomphe du fanatisme, lors même qu'il est velu comme 
son maître , ù la nouvelle mode adoptée par feu Mah- 
moud, il doit encore coudre à sonLonnet une bande de 
taffetas noir, indiquant à tous son état de servitude. 
Dans les provinces où l'oppression n'a encore ni frein ni 
contrôle, un pacha voyant des chrétiens se présenter à 
lui avec des vêtements un peu propres, osa le leur re- 
prodier en disant : • Des misérables comme vous ne doi- 
• vent se promener qu'en haillons. » 

« Le Rata entre*t-il dans une assemblée de musri- 
mans accroupis sur leurs canapés^ il se tiendra timide- 
ment debout jusqu'à ce qu'il reçoive la permission et 
s'tsseoir» et encore se mettra-t-il au dernier rang preicnt 

TOp. XVII. 99. DigfedbyL.OOgIe 



98 
par rétiqucue cérémoniale. Ses regards seront baissés et 
furtifs; le ton de sa voix sera craintif et doucereux, et 
sa posture celle de Taocusé à la barre du juge. Le plus 
souvent il ne vient pas les mains vides, ou bien les bé- 
néfices résultant de la négociation cpii Famène, peuvent 
settlement lui concilier de la bienveillance. Il y a peu 
(TaiMiées encore qu'ui> Arménien fut renversé de cheval 
et tué, parce qu'il eut le malheur de se trouver au détour 
é'one rue devant le cortège du Sultan. Il sera irès-diffi- 
cile et quelquefois impossible au marchand de recouvrer 
sf-s créances, s'il a eu affaireà un acheteur de mauvaise foi* 
Ces cas, très-fréquents en Perse, sont rares en Turquie 
où la loyauté est une qualité assez ordinaire du carac- 
tère national. £t encore oserions-nous émettre le doute 
r^ue les consciences, si scrupuleuses touchant la restitu- 
tion des petites sommes , se conservent aussi pures 
dans le maniement des grandes ; car le juge ne refuse 
jamais les cadeaux , et la tache de concussion souille la 
tnémoire des plus nobles caractères politiques. 

« Jamais le Rata n^oserait entreprendre avec le mu- 
sulman une discussion ouverte sur la religion ; ce serait 
une témérité punie de mort immédiatement , surtout 
s'il mettait à nu les impostures du prophète. Beaucoup 
lie fidèles interrogés sur ce point, se retranchent dans un 
sflence absolu, qui a la lâcheté apparente de Tapostasie. 
Un livre .de controverse ne pourrait encore être imprimé 
publiquement à Constantinople, sans mettre en péril les 
jours de l'auteur. Le Franc lui-même n'entrera point 
dans une mosquée sans la permission spéciale du gou-^ 
vemement, et plusieurs hommes de police doivent l'ac- 
compagner pour sa sûreté personnelle. 

« L'esprit de prosélytisme est encore ardent parmi 
t«s sectateurs de Mahomet, et ils usent de toutes le^ sé- 
ductions que la fortune et Tautonté mettent entre leurs 

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99 
mains pour gagner de nouveaux disdples. Si la foi des 
chrétiens orientaux était languissante et incertaine 
comme celle d^un trop grand nombre de chrétiens de 
roccident, que de défections TEglise aurait à déplorer I 
Que de scandales mettraient à l'épreuve la persévérance 
des fidèles! Ne (aut-il pas avoir une conviction pro* 
onde et un attachement tenace à la croyance de ses 
pères, pour la préférer avec les humiliations et la pau- 
ïreté qui raccompagnent , aux honneur^ et à la ri- 
cfaeste, récompense immédiate de tout renégat? Il suffit 
de prononcer cette courte formule. « Il n'y a pas d'au- 
« tre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. • 
On même de dire plus laconiquement encore : Je le 
nd$, Oulouroum. Dès que deux musulmans témoi- 
gnent qu'ils ont entendu cette profession de foi, on est 
contraint d'opter entre l'islamisme et la mort. Et souvent 
des pi^es sont perfidement tendus à la simplicité des 
Rmas. On en cite qui ont été déclarés musulmans pour 
avoir répété machinalement ces paroles avec le crieur 
qui les chante cinq fois le jour du haut des minarets. 
D'anu*es, excités à les balbutier dans un moment d'i- 
vresse, étaient ainsi punis de leur intempérance. Quel- 
ques-uns même, convaincus d'avoir proféré ces paroles 
au milieu des illusions d'un rêve^ n'ont pu échapper h 
b persécution. Il n'est guère de Turc un peu fervent 
qui ne cherche à convertir ceux qui sont sous sa dépen- 
dance , et nous pourrions citer beaucoup de cas on les 
BM^rens employés étaient la menace et la violence. Nous 
avons rencontré de ces victimes dans l'intérieur de Isê 
Twquîe et de la Perse, ^ un mot, partout où la pré- 
senoe d^agents européens n'arrête pas l'audace des do- 
■doatenrs. La plupart étaient des Grecs et des Arméniens 
eokvés à leur famille dans un âge encore teudie, et 
eipartés au fond des provinces où iU remplis^^y^^gj^ 

7 • 



100 
fonctions de secrétaires, d'inspecteurs et de trésoriers. 
La supériorité intellectuelle des races chrétiennes force 
les musulmans à y choisir ceux à qui ils confient les em- 
plois de la comptabilité et de Tadministration. A quels 
excès plus graves encore devait les porter le fanatisme, 
dans dts temps où il n'était pas contenu par Tinfluence 
de la politique occidentale? On pourrait presque en con- 
clure que le musulmanisme aurait déjà péri d'épuise- 
ment en plusieurs localités, s'il n'avait sans cesse comblé^ 
par cesVecrutemenis illégitimes , les vides que faisaient 
à sa population la guerre, la peste et la polygamie plus 
destructrice encore que les deux autres fléaux. 

« La traite des esclaves, abolie piésentement par 
rhumanité chrétienne des grandes puissances de TEb- 
rope, est prospère et impunie dans les Etats mahomé- 
tans. Les Circassiens , les Abazes et les marchands du 
Sennaar ont toujours la commission d'approvisionner les 
marchés de Smyrne , de Constantinople et du Caire. 
Combien de femmes chrétiennes sont arrachées à leur 
famille et à leurs maris, pour contracter malgré elles un 
second mariage, dont le premier abus est de les priver, 
par lé fait, de leur propre religion et de leâ rendre mu- 
sulmanes I 

« En Turquie , le chrétien peut offrir à Dieu les 
prières et les hommages consacrés par sa liturgie , sans 
craindre jamais que le gouverneur ou Timan, intervenant 
dans l'intérieur du sanctuaire, en trouble les rits et les 
cérémonies. Mais, par une contrariété bizarre, cette 
église où il est si libre, lui n'est pas libre de la bâtir. Il 
fout premièrement qu'il y ait un titre antérieur, reconnu 
par l'autorité musulmane , et constatant que ce lieu , 
avant la conquête, était consacré au culte divin. Sans 
.cela on ne permettrait pas l'érection d'un monument 
4ont la destination est opposée à la foi du Coran. Il est 

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101 

vrai qo'on élude aisément cet interdit légal ; et puis on 
a surtout recours à Targument décisif du richoei , mot 
spécial qui manque heureusement à nos langues et à nos 
usages , puisqu'il exprime le prêtent offert aux grands 
et aux juges pour acheter leur approbation. Ce défaut a 
euTabi toutes les classes de la société , le palais , le mi- 
nistère , le divan ou le tribunal de la justice , la mos- 
quée, le marché et Téchoppe de Fartisan. 

« Une fonction n'est point conférée, sans que le can- 
didat n'engage ses émoluments , et quelquefois durant 
plusieurs années, pour payer et récompenser les person- 
nes qui ont servi d'entremetteurs. La sentence juridique 
finit presque toujours par être favorable à la partie la. 
plus riche. Il ne se passe guère de contrats et de mar- 
chés sans que l'acheteur ou le vendeur ne se réserve 
un bénéfice équivalent à notre mot trivial de pot de vin. 
Mais c'est en Perse^ surtout , que ces habitudes de véna- 
lité sont devenues publiques et sociales : personne n'o- 
sera TOUS demander un service, sans promettre d'avance 
des dédommagemenst, et plusieurs fois nous avons vu 
de pauvres gens qui, jugeant de nos coutumes d'après 
les leurs, se croyaient obligés de payer en quelque sorte 
le droit de nous visiter, en se présentant avec un fruit 
on une fleur à la main. Ils auraient craint d'être éconduits 
s'ils ne se fussent concilié notre intérêt par l'appât d'un 
bénéfice quelconque. Gomment ces pauvres gens peuvent- 
ils comprendre l'absolu dévouement de la charité chré- 
tienne 1 Mais revenons au sujet. 

« L'Eglise anciennement bâtie tombe-t-elle en ruine, 
OH un simple pan de mur miné par les eaux pluviales 
menace t-il de crouler, la construction partielle de l'é- 
difice devient aussi difficile à obtenir que la reconstruc* 
àoia totale. Il feut dans les deux cas dresser ime requête 



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102 
qui doit passer par h fili^e de tons les bureaux du mi- 
nistère^ et chaque signature obligée qu'elle rencontre 
sur sa route se paye au poids de Tor. La faculté de bâ- 
tir coûte autant que la bâtisse, et nous connaissons beau- 
coup de villages catholiques qui dans quelques années 
resteront privés du culte, parce que la pauvreté crois- 
sante des populations chrétiennes de Tempire ne leur 
permet plus de faire la demande officielle de la répara- 
tion des églises. Et qu'on ne croie pas la justice exercée 
gratuitement par les musulmans, surtout à l'égard des 
chrétiens. Les avocats et les écrivains cherchent souvent 
h embrouiller les affaires^ à trainer en longueur les pro- 
cès, à doubler la somme des amendes^ et les juges ne se 
font pas scrupule de vendre leur sentence aux deux par- 
ties à la fois, en donnant gain de cause à celle qui rétri- 
bue le plus largement. « Ton adversaire m'a mieux 
« payé que toi , » disait en Perse un magistrat à un 
pauvre Gialdéen qui se plaignait d'avoir perdu son 
procès. 

« Outre ces rétributions destinées à récompenser des 
services rendus , le clergé est obligé encore de verser 
d'énormes sommes dans les bureaux, et d'offrir des pré- 
sents pour détourner de sa tôte les avanies qui le mena- 
cent. Nous savons tel pauvre Bvéque faisant dans une 
ville de province une rente mensuelle à un riche musul- 
man, son voisin, seulement pour conserver la jouissaaoe 
de l'église qu'il a fait bâtir dernièrement* Quand le terme 
est passé de quelques jours , le Turc lui dit : « La 
« clochette de ton église fait beaucoup de bruit ; o* 
« matin , les chants de tes prêtres ont réveillé mes 
« feounes. » Et l'Evéque qui comprend l'allusion s'em- 
presse de lui jeter l'os à ronger^ et s'obère de dette» 
pour qu'on le laisse, lui et son troupeau, vaquer au euke 



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103 
éma. Tel autre faisait poser qnelques tuiles sur le kmi 
d^ sa chapelle, lorsqu'un musulman rdperç(»it et accourt 
et lui disant : « Donne-moi telle somme ou je te dé- 
• nonce. » Le Prélat qui craignait de payer une 
amende plus forte , si le fait allait aux oreilles du gou- 
verneur, dut accepter ces conditions. 

« 'Les habitants des villes , et principalement de k 
capitale, ont encore une existence assez tolérable compa- 
rativement à celle des habitants de la campagne , surtoia 
lorsque les villages sont situés sur les grandes routes de 
Tesipire. On sait que dans tous les étals musulmaas 
il n'y a pas d'hôtellerie. Les voyageurs sont obligés de 
recourir à l'hospitalité publique. Mais ce devoir de- 
vient une corvée ruineuse pour les chrétiens, quand îk 
sont forcés de recevoir quiconque frappe k leur porte. 
Us musulmans les traitent en maitrei; on s'empare dt* 
letv maison ; les brebis, la volaille, la crème du bit, 
les jardins, quand il y en a, tout çst mis à contribution 
ponr le repas du soir, et nous avons vu de misérables 
hboureurs apporter le dernier boisseau d'orge , destiné 
iileur famille, pour nourrir le cheval d'un soldat. 

« A ces plaintes l'on peut répondre, à rhonneur du 
geuvemement actuel de la Turquie , que ces désordres 
mtautaat de violations des dernières lois de CM-hmè. 
Les hommes les [dus capables sentent le besoin d'une vé- 
ftniie, ils la désirent, et si Dieu a des desseins de misÂri- 
cMde sur l'empire, il leur fournira sans doute les morcus 
et le courage de l'exécuter. 

« En terminant cet exposé , nous attiferons Tatlentido 
éfk lecteur sur ce fait affligeant , & savoir qu'à la «MMie 
te maux endurés par les ratas de la part 4as miwttl- 
nans, maux partagés par les catholiq«es, il faut a}Ottier 
«a surerott d'avanies que les enfants delà véritable E^Use 
Wi souffrir de la part des chrétiens disftidests. Le «à- 



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104 

iholicisme est bien toujours, et partout U signe que f <m 
contredit , la pierre angulaire contre laquelle heurtent 
toutes les passions ; et à ce caractère exceptionnel on de- 
vrait reconnaître sa divine vérité et sa conservation mira- 
culeuse. Nos frères dans h foi, mince débris des grandes 
ruines de TEglise orientale, sont encore clair-semés et 
placés çà et là, comme la lumière sur le candélabre au 
milieu des ténèbres. Leur existence, qui est une protes- 
uiion continuelle et manifeste contre le schisme et Thé- 
résie, irrite ceux qu'elle condamne. Aussi ont-ils Fines- 
iimâble avantage dVtre éprouvés et purifiés périodique- 
ment par les persécutions promises en partage aux véri- 
tables enfants du Christ. Chose remarquable I ces diffé- 
rentes sectes, rivales et divisées sur tous les points , 
s'ac(^rdent néanmoins en celui de combattre l'orthodoxie» 
comme leur ennemi commun. De même que l'amour um- 
versel des hommes unit indistinctement les membres de 
la société catholique, et les porte à se dévouer pour 1« 
salut de leurs frères égarés ; ainsi une haine particulièrt 
rassemble et ligue les dissidents, dans l'unique but d« 
nuire spécialement à ceux qu'ils ne peuvent convaincro 
d'erreur. 

« Le récit des outrages, des violences et des opposi- 
tions de tout genre que les catholiques ont eu à souffrir 
el endurent encore dans l'exercice de leur culte, est trop 
long pour trouver place ici : autant vaudrait-il compier 
les épreuves journalières qui remplissent la vie de Time 
fidèle. Le plus ordinairement^ la grande accusation in- 
tentée aux catholiques est d'être Franct et amis des Francs, 
et ces dénonciations étranges se font aux Turcs, afin d^ex- 
dter leur ressentiment et de provoquer leurs vengeances. 
Sans cesse on leur fait craindre que la foi religieuse des 
catholiques ne cache la pensée politique de s'unir avec 
rOccident pour les 4pposséder de leurs conquêtes. Grecs, 



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lOS . 

ncsteriens, jacobites, cophtes, arméniens désunis, tous 
acceptent la môme calomnie et en usent comme d'un 
épouvanlail près de^ autorités turques et persanes ; les 
ministres protestants mêlent au besoin leur voix à cet 
harmonieux concert, notamment en Perse où, depuis 
cinq années, ils travaillent par ce moyeu déloyal à arrêter 
les travaux de nos Missionnaires et à les faire bannir du 
ropume. 

« E. BoRé* » 



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106 



Lettre du P. Riccadonna^ de la Compagnie de Jésu.^, 
au P. Flanchet, de la même Société. 



« Moff BÉréREND Père y 

« Vous me demandez si dans mes courses apostoli- 
ques je n'ai pas recueilli quelques traits propres à vohs 
édifier. En voici un qui répondra peut-être à tos pieux 
désirs. 

« Au commencement de 1841 , une famille ncsto- 
rienne composée de trois personnes ^ une pauvre veuv«* 
nommée Nassimou , avec son fils Nuejié et sa fille Schi- 
mouni^était venue d'Âmadie se fixer à Erbella. Le pays 
voisin était habile par de^ ehaldéens catholiques. Bien- 
tôt il s'établit en ire eux et la famille nestorienne de fré- 
quents rapports, à la suite desquels ces trois enfants 
de Terreur embrassèrent notre Religion sainte. 

« Or, un jour que la jeune Schimounî allait puisrt 
de Peau à la fontaine publique d'Erbella , un musul- 
man, aussi connu pour ses vices que pour sa bainr 
contre les chrétiens, s'approcha d'elle et lui propos:t 
de se faire mahométane. Sans lui répendre, Schimounî 
s'enfuit pleine d'horreur ec d'eflroi chez sa mère. 

« Le turc ne devait pas l'y laisser en paix. Voyant 
sa première tentative échouéo, il s'en alla trouver un<' 
fenune musulmane, à qui il dicta le rdie odieux qu'elle 
avait à remplir, convint du prix avec elle, et le lend<» 
main, cette misérable, voilée selon l'usage du pays, 
fut conduite devant l'babitatien de Nassimon. Là, eu 



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107 

présence de dc« témoins, le tore rinterrogc; elle n^- 
pond qu'elle M SchKnoiioi et qu'elle veut embrasser 
le Koran... Aussitôt Fimposteur mène les témeins aaprè.s 
du cadi, pour certifier la déclaration qu'ils tiennent 
d entendre; et eelui-^i ordonne à son tour que la jeune 
fille lui soit présentée. La vraie Schiraouni comparait 
à sa barre. On la félicite de $on abjuration. Mais elle, 
afee autant d'indignation que d'étonnement, jure qu'elle 
ne sait rien de tout ce qu'on lui impute. De leur eAté, 
les témoins aflirment qu'elle a déclaré devant eux changer 
volontairement de religion. C'est tout ce qu'il en faUiât au 
juge ; la preuve légale existait : il adjugea donc la chré- 
tienne au prophète. En vain protesta*t-eUe contre la sen- 
tence. Sa fermeté ne 6t qu'af^praver son malheur. Le 
eadi prononça qu'dle serait incarcérée et sonnuse aux 
tortures, jusqu'à ce qu'elle reconnût la vérité de ses pré- 
tendus aveux. Elle fut en effet jetée en prison, les pieds 
et les mains chargés de chaînes^ sans autre alioaient 
que du pain et de l'eau , et condamnée à reoevoit* la bas- 
tonnade troi^ fois par jour, et cela pendant cinq jours 
eoBsécutib. 

« Mais ce fut sans nccès ; la courageuse jeune fille 
éuit bien résolue à mourir, s'il le (allait^ plutôt que 
de renier son Dieu. Les musulmans, d'ailleurs, n'étaient 
pas sans appréhension sur les suites de cette affaire ; ih 
le rappelaient que trois mots auparavant le consul Iran- 
çàiê de Bagdad avait tiré de leura mains plus de vingt 
ehrétiennes, réduites en esdavage par le bey de Ravan- 
dôme: s'il apprenait de nouvelles violenocs^ n'était^il 
^ à craindre qu'il n'intervint de nouveau , et que son 
caergie bien connue ne fU retomber la persécuxion sar 
•es auteura? Ils ôtèreat donc k Schi«M>uni ses lourdes 
chaînes, et cessèrent de la frapper pour essayer sur elle 
(a sédnetÎM des promesses. Elle y résista eomme elle 



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108 
avait fait aux tourments. Mais, devenue un peu plus 
libre depuis que le genre de ses épreuves avait changé, 
elle en profita pour méditer son évasion. On lui avait 
dit que le vice-consul français de Mossoul, M. Jean 
Benni, couvrait les opprimés de sa protection géné- 
reuse : dans son malheur c^était son unique ressource ; 
elle se déroba furtivement à la surveillance de ses gar- 
diens « et le 8 juin elle vint à Mossoul avec sa mère 
^ mettre sous la sauvegarde de Tagent consulaire* 

« M. Benni raccueillit comme son enfant , loua sa 
constance et ranima son courage. Tandis quelle com- 
mençait à respirer sous l'égide du vice-consul , un nou- 
veau malheur la frappait dans son frère ; car à peine sa 
fuite était -elle connue, que le cadi d'Brbella avait fait 
incarcérer Nuejié comme otage. M. Benni réclama aussi- 
tôt sa mise en liberté , et fut assez heureux pour obtenir 
la délivrance de cette seconde victime', qui vint aussi s« 
l'éfugier à Mossoul. 

« Par malheur le yisir Mohammed-Pacha se trouvant 
alors à Mardin. En son absence , le gouverneur de Mos- 
soul se mit aussi en tète de. contraindre Schimouni à l'a- 
postasie. II fit donc venir les témoins d'Erbella , et le 
29 juin , somma le vice-consul de livrer là jeune fille à 
son tribunal. Un refus énergique fut tout ce qu'il obtint. 
Au lieu de sa pupille , ce fut M. Benni qui se présenta an 
divan , pour demander sinon qu'on abandonnât les pouf • 
suites, au moins qu'on les différât jusqu'au retour pro- 
chain du visir. Ce n'était pas ce que Toulaient les jugcss. 
Persuadés que Mohammed rendrait justice à la chré- 
tienne, ils repoussèrent tout ajournement, et comme ils 
avaient la force en main , sans respect pour le représeit«> 
tant d'une puissance alliée, ils violèrent son domicile ec 
en tirèrent l'infortunée Schimouni qui, toujours intré* 
pide et toujours fidèle à son Dieu, pretesta qu'on la eou- 



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109 
peraît ea morceaux avant de lui arracher une abju- 
ration. 

« Tandis qu'elle passait du tribunal dans un cachot 
affirenx , dont il fut défendu aux chrétiens d'aj^rocher, 
le zèle du vice-consul ne restait pas oisif. Déjà il avait 
expédié au visir des* lettres pressantes qui, malheureu- 
sement f furent interceptées par les arabes du désert. Un 
second courrier fut plus heureux'et rapporta des iostruc* 
tions favorables. Mais le gouverneur n'en tint pas compte. 
H la réception des dépêches, il convoqua le divan , où 
ragent français fut* appelé, et sans communiquer les or- 
dres qu'il avait reçus/il lut la lettre dans laquelle M. Benni 
dénonçait au visir l'iniquité des magistrats de Mossoul : 
« Et Toilà, ajouta-t-il en fureur,. les accusations qu'un 
« râla se permet contre nousl Je le livre à vos insultes, 
« et si vous cr.oyez que sa mort puisse expier votre in- 
« jure, je l'abandonne à votre vengeance! » 

« On n'osa pascependantse porter contre lui à cette ex- 
u*émité*MaisSchimouni paya pour levice-consal. Ra{q[>elée 
de nouveau à la barre du gouverneur, elle repoussa avec 
une nouvelle énergie les dépositions mensongères des té- 
moins. N'importe , on voulait en finir : « Au nom de nos 
« lois , dit le juge , je te déclare musulmane ! — Et moi^ 
« s'écria la captive , je déclare que je suis chrétienne , 
« que je l'ai toujours été^ que je le serai jusqu'à la mort.» 
Le juge , bondissant sur son tribunal , commanda aux 
bourreaux de la flage^er. Jille reçut ce jour-là près de 
cent coups de bâton. On lui arracha avec les cheveux des 
bmbeanx de peau saignante. — « Tant qu'il me restera 
« un souffle de vie, il est à JésuS'^Christ, » murmurait h 
jeune fille d'une voix étouffée par la douleur. A ces mots, 
le cadi s'en prend aux bouire^ux : « Ils ne font pas leur 
« devoir, dit-il au gouverneur. Ne voyez-vous pas, à la 
« mollesse de leurs coups, que l'argent du vîce-consi;logle 



110 

« retient leurs bn»? L&issez-moi faire; je me cliarge , 
« moi y de mesurer le châtiment à l'obstination de la 
« chrétienne. » Et il la fait emporter chez lui sur un 
brancard, loin de tout encouragement, de toute conso- 
lation humaine, afin de la torturer plus à son aise. 

« Libre cette fois de persécuter sans contrôle et sans 
témoins , il chargea de fers sa victime , la tint constam- 
ment eiposée, sous un ciel de feu, aux ardeurs brûlantes 
du soleil, joignant chaque jour le supplice du fouet à la 
privation presque totale des aliments. Aussi fut-elle bien- 
tôt réduite à la dernière extrémité. Un médecin qui la vit 
dans cet état, pensa qu'elle ne pouvait pas vivre au delà 
de vingt-quatre bemres. Et pour désoler encore son ago- 
nie , le cadi lui répétait sans cesse que si elle ne se faisait 
pas musulmane , on allait Tabandonner comme tm vil 
jouet aux outrages de la populace turque. 

« Dieu ne permit pas qu'il réalisât cette horrible me- 
nace. On venait d'apprendre à Mossoul que le consul gé- 
néral à Bagdad avait porté ses plaintes à Constantinople ; 
de son côté, M. Benni avait écrit de nouveau au visir, et 
des ordres plus impérieux de Mohammed avaient enjoint 
au gouverneur de suspendre la procédure jusqu'à son re- 
tour. Il fallut bien céder. Après trois mois et demi d'ab- 
sence , Mohammed rentrait enfin à Mossoul , et le jour 
même où la Chaldée fête la patronne d^ Sdiimouni , cette 
héroïque néophyte était rendue à sa mère. Elles reprirent 
ensemble le chemin d'Amadie , lieu de leur naissance ^afin 
d'y achever leurs jours en paix, dans la pratique de la 
Religion et k fidélité à la foi dont elles avaient foilU être 
les martyres. — J^étais moi-même dans cette ville an mo- 
ment où dles venaient y chercher le repos. 

€ Agréez, mon révérend Père, etc. 

€ RlOCADOIVRA , 5. J. » 

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111 



MISSIONS DE SIAM. 



Uttre de M. Grandjean , Missionnaire apostolique dans 
le royaume de Siam^ d ses frères et sœurs. 



Bangkok, le 1" août i&i3« 



« Mes CHEas Fabres et Scburs , 

« Je ne puis répondre aujourd'hui à toutes vos ques- 
tions; mais puisque mon cher Joseph est si curieux de 
savoir comment les Siamois font la guerre, je vais vous 
en dire un mot. Permettez^moi auparavant quelques ob- 
servatîoas sans lesquelles vous ne comprendriez rien au 
système militaire que je vais exposer. 

« 1* A Siam, personne n'est indépendant : dès qu'on 
jeune homme a atteint Tâge de seize à dix-huit ans, il 
est obligé de se donner à un prince ou à quelque grand 
mandarin qui le prend sons sa protection , et auquel il 
a recours lorsqu'on lui suscite une querelle ou qu'on lui 

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112 

iatenie quelque procès. 2° Lorsqu'il s'est ainsi inféodé à 
un grand du royaume , c'est comme soldat , comme 
médecin, comme peintre, comme orfèvre ou comme 
exerçant un état dont ce seigneur peut tirer profit, en le 
faisant travailler pour lui et gratuitement pendant trois 
ou quatre mois de Tannée ; le reste du temps il est 
libre de chercher sa vie comme il peut. 3** Si le client 
n'a ni état ni profession , il est obligé d'apporter chi- 
que année une certaine quantité de riz, de fruits, de 
gibier, d'ivoire ou d'autres choses utiles , en tribut à son 
suzerain. 4° Dès qu'un Siamois &'est constitué vassal, 
tous ses enfants mâles, de génération en génération, dé- 
pendent du prince dont il est feudataire, et lorsqu'ils 
sont en âge , ils sont tenus de rendre à ce prince les 
mêmes services que leur père , c'est-à-dire d'être soldats 
si leur père était soldat, médecins s'il était médecin^ etc. 
Voilà pourquoi tous nos chrétiens sont ou militaires, ou 
médecins, ou interprètes. 6® Un chef est-il appelé par le 
roi sous les drapeaux, il emmène avec lui tous ses clients, 
les uns en qualité de combattants , les autres de ra- 
meurs, ceux-ci pour prendre soin de sa santé, ceux-là 
simplement pour lui former un cortège d'honneur ; en 
sorte que sur cinq ou six mille hommes qui entrent en 
campagne, il n'y en a quelquefois que cent ou deux 
cents qui ^rtent le fusil. 6^ Au retour de l'expédition, 
chacun re^id son arme et rentre dans ses foyers : de cette 
manière, il est beaucoup de Siamois qui sont allés sou- 
vent à la guerre, et qui n'ont pas fait feu une seule fois 
en leur vie. 7® Un soldat reçoit une paye annuelle 
de trente -six francs; un médecin et un interprète, de 
quarante-huit ; et pour un si beau salaire ils sont assujet- 
tis à des corvées qui les occupent au moins deux ou trois 
mois par an. De plus, lorsqu'ils sont en campagne , leur 
absence «e prolonge quelquefois une ou deux années, 

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113 
pendanl lesqvaUeft îk sont obligés de se procurer, à 
leur compte, la nourriture et les véteoientsBécessaîres; 
or, près ou lôki de leurs familles^ eu temps de guerre ou 
eo temps de paix, ils ne reçoivent jauiaîs que leur solde 
aosuelie , qui se distribue en présence du roi et avec 
uae grande solennité. Aussi la plupart de nos cbréiieus 
sont-ils très-pauvres, et c'est presque toujours la feumie 
qai nourrit le mari et les enfiints, soit en faisant des 
gâteaux, soit en péchant des écrevisses à la ligne , ou en 
élevant des pores qu'elles vendent aux Chinois. 

« Lorsqu'une expédition est résolue, et qu'un chef a 
reçu ordre du roi de mardier à l'ennemi, il fait aussitôt 
sverthr tous ses dients de se préparer à partir au premier 
lignai. Chacun alors fût sa petite provisicm de rix, de 
tsbac^ de sd, d'arèqne et de bétd, qu'il met dans un 
satc, ainsi qu'un vase en terre pour cuire son riz ; et au 
joor marqué on se rend chez te prince, où on l'attend 
jusqu'à ce qu'il soit prêt : il parait enfin, monté sur 
son déphant, et chacun le suit à pied, péîe-méle , sans 
ismbour ni trompette. 

« On se met en route avant le jour; vers les neuf ou 
dSx heives du matin , on s'arr^ pour prendre un peu 
d'ilimeot et d^repos; et quand la ctoleur commence & di- 
oinner, c'est-à-dire vers trois hem*es du soir, on continue 
la marche jusqu'à la auiu A peine a-t-on fait halte, que 
h troupe s'éparpille; chacun va ramasser un peu de 
bois, bit cuire son riz, le mange et.se couche à la 
bdie étoile. Il n'y a que le général et les grands cheis 
qui soient abrités pa^ des tentes; tous les autres dor- 
meott oo du moins passent la nuit, exposés à te rosée, 
au veut et à la pluie. 

€ Au bout de quinze jours, de trois semaines au 
phs, les peUtes provisions des soldau étant épuisées, 
ib u'out plus de resaouree pour vivre que dans le vol ou 
vos. xm. 99. A 



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114 

Vkmatme^ matscamme ils n'ont pas toujbun oocasMfttte* 
pRier 08 de mendier ^ ih passent souvent no et doux- 
jours sans aucniie nonrriture. La fiè>Te ùâi alors purm 
eu3i d'affirenx ravages; et ce qui mnliiptie encore les* 
VYCtimes, cVsl <{ue n'ayant point dli^itaux, les médie- 
CM» ne soignant le malade qu'autant quil peut suivre le 
corps d'armée ; dès qu'il n'a plus la force de soutenir une 
longue marche, ne fût-il que légèrement blessé, on lui 
prépare deux rations de riz, et on l'abandonne ainsi au 
milieu des- déserts où il est bientôt la proie des bétes fé« 
i*oces. Figurez-vous un de ces malhenreux délaissés dans 
èes higtibres solitudes, quel ne doit pas ttre son déses*- 
poir ! Mais c^est bien autre chose, lorsque après une ba-» 
(aille on en abandonne ainsi deux ou trois centi qui ne 
peuvent plus marcher, et qui se voient movrir de fiai» 
ou- dévorer par les tigres I 

« Il est vrai qu'ils évitent le combat autant qu'ib 
peuvent , et qu'ils ne cherchent guère qu'à surprendra 
çà e^ i^ quelques hommes isolés, afin de les présenter 
au roi comme un gage de leur victoire. Quelquefois ils 
^ont surpris, à leur tour, par l'ennemi qui les massacre 
^ns pillé , ou les nenvoîe dans leur pays après lea» 
àvorr coupé le nez , les oreHIes , ou les extrémités des 
pieds et des mains ; car les Annamites ne se soudent pâs^ 
comme les Siamois , de fairo des prbonniers^ 

a Dans la guerre qui eut lieu Tannée deiwère.^ 
coitime presque tons mes dbréUens éftaieat- partis, aveé 
un frère do roi , qui^dirigea son expédition par m^, il 
n*en mourut qu'un sent, et ce fttt de maladfev Ce génénil 
avait la réputation d'bn prince guerrier : sans doute q«t 
^ valeur s'était signalée par de plus briffants eitpiéit»; 
cai- après avoîï' examfné de loin avec une innêtte d*ap- 
proche ta forteresse qu'on voulait emporter , it se reUrs 
S deux |ournèes de cR5taiw?e, eftjcnyftwilf è ses h?a»pes de 



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eommencer Tattaque. On suivit ses ordres, c'est-à-dire 
qa'oD tira le canon pendant quatre ou cinq jours , mais 
4e si loin que les boulets n'arrivaient pas même au pied 
des remparts ; puis on lui fit dire que les projectiles el 
la poudre étaient entièrement épuisés. Aussitôt il envoya 
un messager prévenir le roi que la citadelle était impre- 
nable, et il reçut ordre de revenir. Il n'en fut pas aiosi de 
ceux qui formaient l'année de terre, presque toute com- 
posée de païens : ils sont encore en campagne ; la fièvre» 
la fiiim et la misère en tuent tous les jours un grand nom- 
bre ; jusqu'à présent ils ont fait prisonniers environ trois 
eentsCœhiiichiBois tout au plus, et leurs morts s'élèvent 
déjà à plus de quinze mille. En voilà assez , je pense , 
pour TOUS donner une idée du courage des Siamois et de 
b manière dont ils font la guerre. 

€ Je ne sais pas si dorénavant je pourrai vous écrire 
aussi souvent que je l'ai fak jusqu'ici ; car dernièrement 
il a été résolu qu'aussitôt là saison des pluies passée , 
c'est-à-dire vers la fin de novembre, je me mettrais en 
route pour essayer de pénétrer dans le Laos, pays que 
Monseigneur voudrait enfin évangéliser. Ce voyage qui doit 
durer pRès de deux mois, toujours en barque, ne pré- 
sente rien de bien dangereux de la part des voleurs ou des 
bétes féroces; mais comme je suis obligé de partir en 
cachette, vu qu'on ne m'accorderait point de passeport , 
je ne sais pas encore quel parti prendre pour éviter les 
douanes des frontières, qui ne manqueraient pas, si 
j'étais reconnu, de me ramener à Bangkok de brigade en 
brigade. Si, une journée ou deux avant d'arriver à ces 
douanes, je rencontrais un guide qui .voulût, pour de 
l'argent, me dérober à leur surveillance, en me condui- 
ant à pied par monts et par vaux, je laisserais là ma 
barque et je partirais volontiers avec lui , m'abandon- 
liant à la Providence ; autrement , je serai obligé d'al- 

8. 



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116 

1er droit aux postes militaires, sans paraître les craiD- 
(Jre, et si je m'aperçois qu'on songe à m'arrêter , il fau- 
f]ra alors tûcher d'épouvanter le chef en lui faisant en- 
tendre que je suis libre, et qu^il n'a aucun droit sur ma 
personne, ou bien lui fermer la bouche avec de l'argent. 
Qu'un de ces moyens réussisse, il est bien probable que 
je m'établirai au Laos, pour ne plus revenir à Bangkok. 
A la volonté de Dieu I Tout ce que je puis vous demander, 
c'est de prier pour le succès de mes travaux au cas que 
je puisse annoncer l'Evangile h ce pauvre peuple. 

« Je suis, daos^Ies saints Gbots de JésQS et de 
Marie , 

« Votre tout dévoué Frère , 

« J. -B. Grakdjeaii , Miês. apost. » 



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117 



Extrait éTune letlre de Mgr PalUgoix, Ficaire apostolique 
deSiam, à M. Alhrand, directeur du Séminaire de» 
Missions étrangères. 



Bangkok, le 2t jaiUe( iSï^. 



« Cbek Confère , 

c Je \ien$ de faire un long voyage avec M. Vachal et 
H. Albrand, voire cousin. Après avoir navigué an sud-ouest 
de Bangkok, Teau venante nous manquer, il fallut Ci- 
rer nos barques sur la vase; puis tournant à Pouest et re- 
montant un magnifique canal tiré au cordeau, nous en- 
trâmes dans la rivière 7%d c;Am, dont Tembouchure est 
large et majestueuse. A demi-Journée de li, oa com- 
mence à reifcontrer des bâtiments immenses oà l*on fa- 
brique le sucre ; chaque manufacture occupe au moins 
deux cents ouvriers, tous Chinois. Or, ces établissements 
se comptent par centaines. Votre cousin m'avait devancé 
auprès d'eux; le lendemain matin ^aperçus ce Mission- 
naire debout sur le rivage, à la tête d'une soixantaine 
de Chinois chrétiens* Ma barque mandarine se dirigea 
de ce côté , et je débarquai devant une petite église 
couverte en chaume où l'on célébra les saints mys- 
tères. 

« Je laissai M. Albrand préparer ses néophytes i h 
confirmation, et en compagnie de M. Vachal je poussai me» 



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118 

découvertes presque jusqu'à la source de la rivière, Tes- 
pace de soixante lieues environ. Arrivé à la ville appelée 
Sùphântbâburi, je fus arrêté par des bancs de sable in- 
surmoni ibles. Là se trouve une population de plusieurs 
milliers deLaociens, le fleuve est extrêmement poisson- 
neux et infesté de crocodiles ; les plaines , parsemées 
d*an tiques palmiers, sont d'un coup d'œil magnifique; 
en |)or(ant ses regards à Test, sur un terrain légère- 
ment ondulé et fuyant à perte de vue , on a le même 
horizon qu'en mer ; à Touest , il est borné par une 
diatne de montagnes ou abonde surtout le bois de cam- 
pèche. 

« De là nous redescendlnes vers «se petite ri- 
vière qui coule au nord ouest; nous y trouvâmes une 
quantité de barques annamites, appartenant à nos chré- 
tiens qui foBt la pêche , et qui nous approvisionnèrent 
de poissons et de tortues. Nous visitâmes Sông-Phiaàng, 
gros village pittoresque , bâti au milieu des campagnes 
de riz et tout près de la lisière des bambous sauvages qui 
bordent le pied des montagnes. J'allai offrir quelques 
présents au chef du village, riche propriétaire qui a une 
vingtaine d'éléphants et plusieurs cenuines de buffles. 
Je me mis à le prêcher ainsi que sa famille, et il reçut b 
bonne nouvelle avec joie, promettant de venir plus tard 
s'insuuire à Bangkok. De SôngPlunông nous nous ren- 
dîmes i Nâkôn-xâi-sl, ville considérable dont la popu- 
lation se conii>ose de Chinois , de Laociens , de Cambo- 
giens et de Siamois; sa latitude est à peu près huit lieues 
au nord de la capitale. Quand j'eus confirmé et visité les 
néophytes, nous revînmes à Bangkok par un canal étroit, 
éont la navigation est exploitée par des douaniers. 
Comme leurs attelages n'étaient p^ prêts , et que 
nous ne voulions pas attendre, nous flmes remorquer nos 
barquei^ par nos rameurs. Quand ils furent essoufflée» 



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119 
hors 4%«lttne, il feUut bien nom mettre de la ptr- 
lie et tirar Dôufl-mémes comme des buflles. Qwt ne 
rieivil ici dte enUrefH^neiars de canaux et de §kmmm 
4eferi 

c Je suis pfe3sé, je pars cette miîi pour Juthia* Jie 
foos prie de présenter mes amitiés àfoitô nt^s ehers dÎMO- 
««OIS. Tous mt% GOnfirères se portant Um.Pnn pour 



« Votre très -humble serviteur et frère en Jésus- 
Christ. 

« f J. BAFtisn^ Bvêque de âlMm, 

Ficairt apeÊtélique dH.Simïïi. f 



SHieê mtr U numdarin.BenoH, par U même PrdaL 



« Le mandarin Benoit a été d^une grande édificatioM 
pour la chrétienté de Bangkok pendant sa dernière et 
longue maladie, et ses funérailles ont été Faites avec 
beaucoup de pompe, pour répondre aux dé$*irs du roi 
^ des princes. 

« Benedicto Ribeiro dss Alvergarias , issu d'anciens 
^irtugais, autrefois auxiliaires à la cour de Camboge, 
UiBsmigra de la province de Battarabang i Bangkok, 
avec lous les chrétiens de son village, tl était alors ^é 



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ISO 
d*me donsaine d'années. Peu après, ses parents ren- 
voyèrent an collège, et de Ik il fut assoaé, comme collu- 
bcMrateur, à un prâtre qui allait faire misûon. II m*a ra- 
conté lui-même qu'il a fait bien des courses et essuyébien 
des fiitigues pour procurer le saint baptême à une foule 
d*enfanis moribonds. 

« Plus tard il se maria; msis le choléra lui ayant bientAt 
enlevé soa épouse, il détacha de sa succession deux vastes 
bâtiments qu'il offrit à TEglise pour en faire un presbytère. 
N'étant encore que lieutenant*canonnier, il avait su cap- 
tiver les bonnes grâces du roi qui, l'ayant emmené à la 
.guerre du Laos, lui faisait préparer les mets de sa table, 
ce qui indique qull avait une . confiance exclusive en sa 
fidélité, craignant sans doute que tout autre ne l'empoi- 
sonnât. 

« Un jour que le roi avait fait attacher des prisonniers 
Laociens à la bouche d'un canon, il ordonna à Benoit 
d'y mettre le feu ; mais lui, en digne chrétien qui a hor- 
reur de servir d'instrument à un acte de barbarie , se 
tenait prosterné devant son prince sans bouger, quoi- 
qu'il sût bien qu'il s'exposait à la mort par une telle 
désobéissance. Le monarque irrité le fit saisir pmr ses 
satellites, et un autre fit feu à sa place. Quand la colère 
du roi fut passée : « Misérable , dit-il , je te pardonne ; 
« mais pourquoi n'as-tu pas fait feu à mon ordre ? — 
« Je craignais le péché, répondit Benoît. — Vous au- 
« très chrétiens, repartit le prince, vous observez une 
« religion bien austère. » 

« Quelque temps après, le roi éleva Benoit au grade 
de grand mandarin, avec le titre de Phdja Fîsét Sông 
Kram min pûn jâi (mandarin précieux de la guerre , 
habile à tirer le canon). Le jour de son installation, il y 
eut selon la coutume une procession solennelle autour 
des remparts avec musique et fanfares. Le nouvean 



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flMBcburm élail kahiUé en costume de général eturopéen, 
avec chipeau i grand plumet , assis les jambes croisées 
sur une estrade dorée que supportait un petit char 
attelé de deux ânes , monture d'honneur dans ce pays. 
Toot le cortège, composé de plus de deux mille hommest 
défila sur la place royale devant Sa Majesté siamoise qui^ 
placée au balcon d'un belvédère, frappait des mains en 
signe d^applaudissement. 

« Le mandarin Benoît avait un si bon coeur qu*il au- 
rait voulu rendre service à tout le monde; chrétiens et 
paiens s^adressaient à lui de tous c6tés, et quand il s'agis- 
sait de leur obtenir quelque faveur , malgré une hernie 
qui le tourmentait sans cesse , il était d'une activité sur- 
preKmte. Plus d'une fois, en voyant qu'il achetait sou- 
vent des esclaves paienSt trop jeunes ou trop vieux pour 
'ui être d'sncun secours, je loi demandais de quelle «U- 
lité lui seraient ces gens-li? « Je les achète, répondait^!, 
• pour avoir leur âme ; » et, enefliet, le plusgrand nom- 
bre de ses esclaves a été baptisé. 11 a aussi procuré le 
même bienfait i «ne femme de distinction que le roi hiî 
anit fait épouser eh secondes noces. 

« En 1834,.qnand les Siamois allèrent attaquer la Go- 
<4rinchine, Bendt eut encore souvent occasion de mon- 
trer su charité peur les malheureux. A la prise de Cho- 
dok, ordre fut donné par le barcalon, ou général en cht C 
de massacrer tous les prisonniers qu^on trouva aux (rrs 
ou à la cangue dans les cachots. Dès qu'il le sut, Beuok' 
se hâta d'aHer implorer la démence du grand mandarin, 
deifandaftt au moins la vie des chrétiens détenus pour 
cause de rdigioB* Il fut as$ea heureux pour Tobienir, et 
ausshdt il courut , aitiva juste au moment où le i^laive 
altattt frapper les vidônes , et arracha dee mains «les sfl* 
data une doinaine de chnétîena, qu'il amena .commckea 
triomphe à la barque de guerre ^{1^1 meiiiaH« 



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1Î2 
« Il avait aussi tin tèîe extraordiâdrê pMr ie ouke 
divin. Ayant équipé et chargé une somme dinroîso, il 6i 

'%*t3eu 'qu'au retour du navire il emploiratt la moitié du 
gain ft construire une belle église : mais ses désirs funeni 
trompés, la somme fit naufrage, et néaomoivs deux ou 
trois nns après il se donna tant de movvenieits qu'il put 
élever un beau temple au vrai Die« ; on peut dire q«e te 
fut à la sueur de son front, puisqu'il surreilluit lui- 
même Fouvrage, encourageait les travailleurs et mettait 

' souvent, avec eux, la inatn à IVeuvre. 

« n seraittrop long de raooncer tous les services qu'i / 
a rendus à la religion sur ceite terre idolâire. PiEu*ve«u 
(É Fige de soixante-sîK ans, ses infirmités dégénérèrent en 
«rises très-douloureuses; il se bdu donc de mett» ordre 
à sa maison et i sa conscieiios..Il dit à son frère^ en ma 
présence : « Je t'en prie, charge-toi An soin de tnès 
« affaires, des remèdes et de tout ce qui regarde le 
« corps; pour moi, je neveux plusm'ooeuper quede mon 

' « âme. s A la nouvelle qu'il allait plus mal, le roi lui 
envoya sept de ses médecins qui ne le quittèrent plus. 
Un chef des pages venait ions les jours de sa part avec 
des présents de fleurs et de fruits rares , éi allait rendre 
compte au roi de l'état du malade. Ua jomr Sa Mi^é 
lui fit dire : « Je vois bien que mes oiédetitts auront de 

• la peine à vous guérin dites à l'Evéque et aux prêtres 

• qu'ils fassent des bonnes oeuvres tant qu'ils pourront, 

• pour vous ooneerter la vie. • 

« Bnfin, afffès avoir reçu tous Isa secours de la reli- 
gien, purifié par une longue et emelle ottladie , et sen- 
tant sa fin approcher, il appda sa femne et ses enfiotts , 
lenf fit te signe de la croix s«r le front, ieur dsmui sa 
béftédiciton dernîèrt, eta'endonmh daas le Seigneur, le 
8 mars 1 S43. Dans cette MkAk «éoM, son frère alla en 
porter la nooveHe a« roi qui lui dit anee ua leadrt infeé- 



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123 

rét : « Eh bien! maintenant , foules- vous que j^envoie 
• cent lalâpoins pour prier auprès de son corps? — 
« Sire, je ne le désire pas. — Voulez -vous que j'aide en 
« quelque chose aux funérailles? — Gomme il plâtra à 
« Votre Majesté. » Le roi fit donner des parfums pour 
laver le corps, des étoffes blanches pour Ten^evelir, de la 
dre et une somme de quatre-vingts ticaux (1). 

« Pendant l^ huit jours qu'on employa à préparer 
les funérailles, des groupes de chrétiens siamois, cambo- 
gians, chinois et annamites récitaient le chapelet, chacun 
i son tour et dans sa langue, au lieu où le corps était 
eiposé ; pendant ces huit jours, bien des princes et des 
oandanns envoyèrent aussi leur offrande. Enfin les 
ebsëqoes furent célébrées avec pompe, au milieu d'une 
■lulliiade de cbréliens et de païens qui regrettaient eo 
U \mt chef, leur ami et leur bienfaiteur. » 



ii) « La tical Tant «nriroo tîogt-cioq ffanc« df oo(rf roooDaiif. 



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134 



Lettre de M. Raymond Jlhrandj Missionnaire apostolique, 
d M. JJhrand, son frère. 



Bangkok, 24 mars 1 843. 



« Mon chee Frèib , 

« Depuis que Mgr Courvesy me rappela en 1834 de 
ma chère Mission de Syncapour , pour venir évangéliser 
les Chinois qui habitent le continent et qui forment la 
moitié de la population siamoise « jusqu'à Tarrivée de 
mon cher confrère, M. Dupont, ma vie a été des plus 
monotones. La seule ville de Bangkok, si grande et si 
peuplée , étant plus que suffisante pour occuper tous 
mes instanu, je ne pouvais faire aucune excursion danr 
riniérieur du pays. Poser les premiers fondements de 
ma chrétienté naissante , lui donner le développement 
dont rheureuse disposition des Chinois envers notre 
sainte religion la lendait susceptible, chercher de nou- 
veaux prosélytes, et pour cela parcourir en barque les 
rues*canaux de la capitale, qui est bâtie sur pilotis 
comme Venise, les instruire, les baptiser, leur accorder 
les soins et les secours de mon minisièie, que leur jeu* 
nesse dans la foi, leur fervente piété rendaient indispen- 
sables, tel a été mon apostolat pendant cinq ou six ans : 
apostolat si consolant que, n'eussé-je pas obtenu d'autre 



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125 

résolut de mes efforis , je me croirais trop dédommagé 
de tous mes sacriGces; non, ce n^est pas inutilement que 
fauraîs traversé les mers. Peut-on trop faire pour le 
salut d'une seule âme? Et, quand un Missionnaire voit 
soD ministère béni par des conversions nombreuses, est- 
il au monde une position préférable à la sienne? 

« Après 1840, UM. Dupont et Vachal m'ont été succès- 
tifemenl adjoints, et Parrivée de ces deux confrères m*a 
rempli le cœur de joie. Désormais je suis assuré sur Ta- 
îenirde ma Mission, mes pauvres Chinois de Siam ne se- 
ront pas abandonnés ; je puis , quand le Seigneur k 
foadni, chanter mon Nunc dimitiis. 

« Ce double renfort a ouvert un plus vaste diamp à 
mon ministère. Mgr Pallegoix , notre Vicaire apostoli- 
<iue, a jugé le moment opportun d'appeler^ par une pré* 
dication plus directe, & la connaissance de TEvangiie et 
i la participation du sahit tous les Chinois répandus sur 
la surface du royaume. En conséquence, dans les trois 
années qui viennent de s^écouter^ fai multiplié mes 
courses à travers les provinces. Je consacre environ 
ni mois à cette œuvre, b'est-à-dire la seule partie de 
Tannée où Ton peut voyager sous ces climats brft- 
bntset mabams* Partout le Seigneur a béni les travaux 
de son pauvre prêtre ; diverses localités sont devenues 
des stations chrétiennes où s'oAre de temps en temps le 
^Ariiable sacrifice ; je ne leur fais pas de visites sans y 
baptiser im certain nombre de nk>phytes de tout âge, 
préparés d'avance par mes catéchistes qui presque ton* 
joon m'y précèdent. Ces catéchistes me sont du plus 
P*9d secours poui* le succès de mon ministère; mais 
(onbien serait pins abondante la moisson, s^il nous ar- 
rinit de ftouveain eolldliorateurs, si nos ressources 
teient moins en ^dftproportion avec nos besoins I 

« Torin-toos atoir une idée de mes cesses aposto* 



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tiques ? Pout* cela , je n'ai qu'à raccmter mon dernier 
foyage, car ils se ressetublenl tous. Bang-pla-foiy sla- 
tioQ nouvellement érigée , a reçu ma première visite. 
Pour m'y rendre, ainsi qu'aux autres chrétientés épar- 
ses à Test de Bangkok^ il me fout traverser le golfe, ce 
qui n'est pas très-rassurant, vu la petitesse de ma bar- 
que. La tempête nous surprit au milieu des flots ; plu- 
sieurs fois ma faible embarcation &illit chavi^^r : néan- 
moins, alors comme toujours, j'étais sans crainte, sa- 
chant par expérience qu'il y a une Piovidence spéciale 
pour les Missionnaires. Et d'ailleurs, en cas d'accident, 
qui y [perdrait 7 Assurément ce ne serait pas moi. 

« Dans toutes mes excursions , je porte avec moi une 
ample provblon de quinine , afin que, si la fièvre venait 
à me saisir, je pusse m'en défendre avec quelques pi- 
lules. AssQz souvent je trouve occasion d'en faire part 
aux malades que je visite, et il n'en faut pas davantage 
pour me faire auprès d'eux la réputation de docteur. 

f Cette précaniion est surtom nécessaire lorsque je 
vais pr^ des montagnes. Les naturels disent qu'elles sonc 
inle^i^ de malins esprits qui font mourir en vingi- 
quatre heures. Avec des idées plus saines, nous appelons 
tout simplement ces malins esprits fièvre des bois :mz-; 
ladie très- dangereuse en eSet , et qui a bientôt em- 
porté ses victimes; pour en être atteint, il suOit de se 
reposer sous les arbres touffus des montagnes, ou d'y boire 
de l'eau fraîche. On voit sur les sentiers^ au milieu de 
âes forêts insalubres , beaucoup d'ossements humains. 
Jusqu'ici , grâce à Dieu, j'ai été préservé du fléau. 

« Mon flostume de voyage est assez singulier pouir 
qpie jevousen dise deux mots. Saps bûs,.i^an$ souliers, 
jans ekepeaa, à plus forte rtiaoA sans soutane, je che- 
mine avec tout le sans-Êiçon du pays , eoqmrt d'uçe 
^mple cbemise et d'un pantalon* Ce c|tti serait, j^reique 



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w 

UA ^caudale «n Francf est ici nécessiié ; nous sommes 
oUigéa de aous vêtir de la sorte, afin de xi'étre pas^ re- 
coMus comme, étrangers et ramenés à la capitale, où 
probablement on ne nous ferait d'autre mai que de 
nous ÎBierdire de nouvelles sorties. Les Siamois prennent 
cette précautiou par la crainte de favoriser Tinvasion du 
i^piime, ^laissant circuler en liberté des eitplorateurs 
e^neoiÎB. Pour nous la m^esure est mutile : travestis de 
lamiaoière <^ je viens de décrire, nous pass(ms pour des 
diiiécieBs i»aii& de Siam ; seulement, le profil de notre 
tes et la nuance de notre leînt nous trahissent quelque- 
Kms* aux Cliînois même païens je ne fais pas mystère de 
ma naissance, ils na m*ont jamais dénoncé; et pour mes 
Chinoi» convertis^ je a'oserais pas même leur faire Tin- 
juve d'an tel soupçon» 

« Tous ne sauriez croire jusqu^à quel point ils me sont 
rtoonnaissan^s du bienfait de la foi , que le Seigneur a 
daigné leur accorder par mon ministère. Lorsque mes^ 
QHéciiistes esihortent à s'amender quelques chrétiens 
oeins fervents que les auu*es, je les ai souvent sur- 
pris à leur dire que leur conduite attriste le vieux Père , 
lai qui a quitté parents, famille et patrie, qui est venu 
^siloînippur le salut de leurs âmes. C'est là, de tous^ 
barguaieiili, celui qui fait le plus d'impression sur leur 
^œor. » 



Bangkok, 12 féfricr 18U. 



• Cette année , j'ai éprouvé de nombreuses tracasse- 
ries. Cependant j'ai baptisé une centaine d'adultes, et j'ai 
euverc deux nouvelles Missions qui donnent de glandes 



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138 

espérances. BienlAt je vais me rAiettre en course. Des 
catéchumènes préparés au sacrement de la régénération 
m*attendent en cinq endroits différents, que je tisiterat 
en poussant jusqn^à Tchantaboun. 

« J'ai avec moi huit h dix petits enfants qui me rendent 
quelques services, en môme temps que je les forme aux 
sciences; le plus Agé a treize ans, et le plus jeune en a dix 
ù peine. Comme leurs parents habitent la province, je 
suis obligé de les nourrir. Plusieurs do ces enCsints m*oiit 
été donnés par écrit, en sorte que personne ne peut les 
ravir à ma sollicitude. Voici Thistoire de l'an d'eux : Son 
pèie et sa mère, qui sont païens, l'avaient venda deux 
livres d'argent; heureusement pour lui, son aïeul ma- 
ta^nel, chrétien octogénaire, parvint à se procurer cette 
somme et le racheta. Alors il me confia ce précieux dé> 
pôt; mais craignant qu'après sa mort les parents ne 
vinssent me l'enlever pour le revendre encore , il m'a 
foit un écrit par lequel il déclare qu'avant de m'arracher 
mon pupille, ils doivent me rembourser le prix de 8a 
rançon, et c'est ce qu'ils ne feront jamais. Je Tai baptisé, 
je suis content de lui; fesp^e qu'un jour, proma au 
sacerdoce, il sera l'apôtre de sa famille et de son pays. 
Que u% puis-je le montrer aux jeunes prêtres d'Europe 
pour les engager à venir sauver de si belles âmes! 

« Raymond Albiàhd, Miss. apoU. » 



^ .«..«. 



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m 



MISSIONS 

DE L'OCÉANIE ORIENTALE. 



UUre du P. Prançtns-^Jstise Caret , de laSùeiéêide 
Picpuif d Mgr PJrchevêque de Càkédoine^ Supérieur 
général de la même Société. 



Wmon de Notre-Dan^e-Foi iTtbiii , le 21 fëfner 1842. 



« MONSEIG!! EVR , 

« C'est pour la troisième fois que je vous écris de 
Tahid , où je suis avec les Pères Saturnin et Armand , 
depuis le 31 décembre dernier. Craignant que mes let- 
tres ne TOUS soient pas parvenues, je répète dans celle-c^ 
les nouvelles qu'elles contenaient. 

« Le 26 juin, Marguerite Huaputoka^ la troisième 
de nos catéchumènes de Vapoo , vint noua prier de Tin* 
T0¥. XVII. 99. 9 



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138 

l'on de Bos ooûfrères , le Pire ColombâBy anrita de Ta* 
huaia dans rimenUon de me décida à partir pour Tsdûiî« 
Il avait j disait-il , acquis la certitude que^ malgré ke 
promesses faites par la reioe Pomaré de nous recevcw 
dans ^ états , les protestants allaient nous Termer Ten** 
trée de ces Iles, si Ton ne se hâtait de prévenir lenrs ma* 
ncBUYres. Que foire dans cette alternative? Je n'avais 
personne que je pusse laisser à ma place auprès de ma 
congrégation naissante, qui n'était encore, il est vrai, 
ni chrétienne ni catéchumène, mais qui montrait la bonne 
volonté à laquelle la paix du ciel est promise. Je ne pus 
me résoudre à Tabandonner an moment du péril. Je 
chargeai donc le Père G)lomban d'aller prendre le Père 
Armand avec le catéchiste Nil à l'Ile Nukahiva, et de se 
rendre avec eux à Tahiti ; il fut convenu que je resterais, 
quelques mois encore à Yapou avec le Père Saturnm , 
pour voir si nos néophytes soutiendraient la rude épreuve 
que nous attendions à la prochaine arrivée du roi. Tout 
le monde savait qu'il avait plusieurs fois menacé de nous 
massacrer, s'il nous trouvait encore dans l'Ile à son re- 
tour. Chaque jour on le répétait à nos néophytes : ^ Quit- 
« tez donc la parole de ces étrangers , leur disait-on ; le 
« roi va les tuer en arrivant, et on pillera tout ce qu'ils 
c ont. «.Néanmoins tous persévéraient à venir auprès 
de nous; et Tinstruciion les fortifiait de plus en plus. 

c Une épreuve inattendue était réservée à Huaputoka. 
Un jour que nous étions réunis , la reine entra dans no- 
tre cabane et voulut que nos disciples chantassent un 
cantique; oa s'empressa de la satisfaire. Pendant ce 
temps* là, quelques sauvages qui cueillaient des Afel'sur 
des arbres voisins, tentèrent , en lançant la perche dont 
ils étaient armés, de percer notre toit de feuilles : je les 
réprimandai en présence de la reine, qui ne dit mot. 
Mais & peine Huapuioka fut-elle de retour chec elle, que 



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133 

la raiies*y rendit, et entourée do peuple qui s^ètak ât* 
ttoiipé, elle paria arec beaucoup décolère à cette patmre 
femme , la menaçant des pins terribles supplices, si elle 
revenait auprès de nous. La foule criait et hurlait contre nos 
disciples» et plusieurs disaient qu'il fallait les mettre au 
Ibur avec nous, puisqu'ils s'opiniâtraient à nous écouter. 
Le vieux père de Huaputoka passa la nuit à presser ta 
fille de céder à l'orage; mais il ne gagna rien sur elle : 
elle lui prouva au contraire que TEvangile fst la parole 
du sahity et elle déclara en finissant qu'elle mourrait avec 
aes deux enfants plutAt que de retourner au paganisme, 
dont elle connaissait l'absurdité et les fourberies. EHe 
vint en efiet le lendemain comme à l'ordinaire , et le Sei- 
gneur la récompensa de sa fermeté en lui donnant de 
nouvelles forces. Elle en avait besoin ; car c'était contre 
die que les piîiens dirigeaient surtout leurs efibrts, la re- 
gardant comme la personne la plus influente de tout le 
troupeau. 

« Cependant, comme nos auditeurs commençaient à 
bien connaître notre sainte Religion , nous en admîmes 
onze au catéchuménat, la veille de l'Assomption de Marie. 
Je n*ai pas besoin de vous dire que la cérémonie se fit à 
buis clos , sans qu'aucun païen le sût, et le lendemain, 
tous vinrent, dès le point du jour, assister à la messe 
Jusqu'à l'offertoire; ce qu'ils firent tout le temps du ca- 
téchuménat. 

€ Enfin, le roi débarqua le 18 septembre, et nous re- 
çûmes par le même vaisseau des lettres du Père François 
de Paule^ qui nous donnait avis 4|ue ce prince, en quit- 
tant Tahuaia, avait déclare de nouveau qu'il nous ferait 
périr à son retour à Vapou. Je laisse à penser si nous 
étions sans inquiétudes. Un jour se passa sans qu'il arri* 
ât rien^ sinon que le fils aîné de Pueri (c'est la plus 



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134 

Igée àeM^OktàtiiÊÊnimm) qui était rtMM vno le m, 
âdbraisa & sa itère de nt^tliato reprochostur ee qu'elle 
éuii assea bile poor écouler net prédicacioot; il ajooti 
4»*il se regardait comme déshoneré wx yeoK de «me 
rile» d'avoir aae mère qui, à se» âge « abandoDiiait les 
«ngea de ses ancêtres. Cétait toucher cette naiiieQraise 
fefln&e à INendroit sensible : elle fut ébnMt , sans toute- 
fins cesser de venir aux exercices; le dimancbe 96 sep- 
tembre elle parut enoere à la messe avec les autres ca- 
léehuDiènes; mais ce jour fiit un jour de catastrophe. 

« Comme nos disciples se. retiraient de grand malin , 
après avoir assisté à la sainte messe et à Tinatruciion, les 
deux femmes Huaputoka et Pueri furem arrêtées par on 
prêtre des idoles qui leur dît : « Pourquoi vous ol)sliBei- 
■ vous à aller chez les Missionnaires , malgré les défenses 
« qu'on vous a faites? » Au même instant le roi parut 
lui-même , et sa colère éclata : « Voilà donc , s'éûria-t-il^ 
« ces femmes opiniâtres, qui n'ccoutent rient si je les 
« vois approcher de ce lieu , je les perce moi-même de 
« ma lance, et si je les trouve chez les Missionnaires» je 
«^les brûle tous dans leur maison. • Ces deux pauvres 
femmes s'en allèrent sans rien dire ; et quelques heures 
après, Huaputoka reparut chez nous : elle était exu*é* 
memeat souffrante , mais décidée à mourir plutdt que de 
trahir sa foi. Ce même jour, la u*ibu d'Alipope vint tout 
entière à Hakahau fêter l'arrivée du prince. Tous les jeunes 
garçons que nous aviens admis au catéchuménat étaient 
dans notre maison , lorsque, vers dix heures du matin, 
la tribu dont je viens de parler se porta eu masse sur 
notre demeure , qu'elle cerna. Nous Tentendions s'exciter 
à la démolir, ce qui eût été chose fedle. Comme l'audace 
de ces insulaires allait toujours croissant, notis crûmes 
qu^l^ avaient ordre du roi de nous massacrer. Alors nous 
prtmes le parti d'ouvrir notre porte, et de leur deman- 



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135 

der m ipt^ils'voulaîeftl* Nous nooi préseatâniM donc, le 
PëreSat«rns«iaiDi, àreMr«eclenolre aaisM » ot nous 
teur parlâmtsdi peu près ea oes termes c 

« Nous toîlà tous les deux ; vous pourez nous tuer ; 
« nous sommes snns armes. Mais répondez : quel tml 
« vous avons-nous fait pour nous traiter comme des v6- 
« leurs et des assassins? Nous vous annonçons , vous te 
• savez , qu'il n'y a qu'un seul Dieu qu'il faut adorer : 
« voilà tout norre crime! Encore une fois , tuez-nous, si 
« cela vous plaît ; que votre roi vienne, qu'il soit témoin <fe 
« notre mon. Nous irons an ciel; peut-être obtîendvons- 
« nous de Diea qu'il ne vous puni&se pas d'^v#ij* vemé 
« notre sang. Mais que diront les étrangers , quaad ils 
« apprendront que vous nous avez ôlé la vie htxm $iiî»i, 
« à nous qui sommes vos hâtes? » IbrécoutaîeKt em 4- 
leoce. Qu^ues-uns même nous dirent : € Pourquoi vMs 
« Eorions-noas do mal? Vous âtes des gesa pacifique»^* 
Peu à peu noua vtaies œtie foule ae disperser paiaible- 
meat , à Texception d'un petit nombt e d'insubirtS^qoi 
demeuraient immobiles à nous regarder. Nous diaiea à 
ces da*niers : « Puisque vous ne voulez nous faire a^cun 
« mal , nous renurous chez nous. 9 Noos ferjp^es en 
même temps notre porte , et un instant après il n']| ^tft 
plus personne autour de notre cabane^ 

• Aasurémeiit, ce fut INeu -qui nmia inspira* ^e^Jenir 
Ittrier avec tant de douceur; car ooite apprlma» depuis 
qu'ils ne dierchaitat qu'un piéleaiia pMr aoiM « m s a i 
crer« Durant toute cette scène, nos catéchirtiftum aè aoM- 
pwtrou avee un sangfMd admirable , 4 reioa|)Mft die 
l'un [£w% , mommh Aaphaël , qtû vouiait r é si ne r aaiil i^ 
laua ; nab no«t le calMAmea, 

m etf&àààPi le ÛH ataé de Pveri pressa létteMMéi 
iitte Hk jom soivanls, cyi^elle céda «afla ^ m psiAk 



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136 

plus. Avec die UN»ba sa GUe, ainsi qu'une catécbamèiie 
infirme que ses parents menaçaient de hisser mourir de 
faim. Huaputoka et les autres disciples ne furrât nalle- 
ment ébranlés par ces défections , ce qui irrita de plus en 
plus le roi contre cette néophyte ; il ordonna même à 
quelques hommes de l'étrangler. Heureusement c'étaient 
des parents de la catéchumène , et ils refusèrent d'obéir. 
Alors le roi déclara que si cette femme s'obstinait à dé- 
serter le paganisme , il faudrait trancher la difficulté en 
exterminant les étrangers qui l'endoctrinaient. 

« Conune nous craignions à cliaqne instant d'appren- 
dre la mort de Huaputoka, je la baptisai le 2 octobre, 
sous le nom de Marguerite; et depuis ce moment, son 
cœur fut soulagé. Ses deux enfants , avec deux autres 
Jeunes garçons , furent aussi admis au baptême, la veille 
de la fâte de tous les Saints. Nous comptions donc alors 
«ept néophytes que nous cultivions de notre mieux^ et 
auxquek nous donnions les avis {M^opres à les diriger 
après notre départ, dans le cas oili nous serions (d)ligés 
de nous séparer d'eux. 

« Ainsi , depuis près de six mois , nous étions tou- 
jours à la veille d'être dévorés par' ces cannibales , dont 
la fureur n^était évidemment retenue que par la puis- 
sance invisible du Seigneur. Chaque jour les menaces et 
la rage des païens s^augmentaient d'autant plus qu'ils 
ne poutaimit, malgré tous leurs efforts, réussir à ébrankr 
Mena de nos disciples. Enfin, le 21 décembre, la goé- 
lette le R^A^Rtn, portant le pavillon de Tahiti , parut au 
large dans la baie. Je me rendis an rivage, oh aborda 
blentdt une petite erabivcation qui me porta à bord avec 
le roi de Yapou. Là , après avoir pris connaissance des 
lettres de nos Pères qui me marquaient que ma pvésence 
hélait indispeasable à Tahiti , je dammdai p«ssi^ po«r 



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137 

teite fle , et j^averiit le roî de la néoettilé où |e œe trou- 
Tab de parlir, ajoutant que si plus tard lui et soa peuple 
désiraient entente U parole du salut , on leur enverrait 
des Missionnaires. Je lui demandai encore si on pillerait 
DOS effets au départ : il me donna sa parole qu'on les res- 
pecterait; i} fil même semblant de nous r^retter. Il me 
donna, an sujet de nos chrétiens, que je lui recommandai 
en grâces, toutes les promesses/ que je toulus , bien dé- 
cidé à n'en tenir aucune. 

« De retour à terre, j'annonçai à mes néophytes que 
BOUS allions partir, sans pouvoir ks prendre avec nous , 
parce que le capitaine manquait de vivres» Que de pleurs 
alors , que de sanglots de la part de ces pauvres Indiens ! 
« QiQiDd TOUS aérez loin , s'écriaiaat^ils , nous serons 
« tous mis sui four si nous n'apostaaions pas. Mais nous 
« préSéreroBs toujours la mort au crime, m Je tûchai de 
faoimer leur coofianee en Dieu, et je leur promis que je 
revieadrais au plus tôt les conduire à Mangaréva. Ils se 
consolèreBt un peu. Cependant nous procédâmes sans dé- 
lai an transport de nos effets sur le rivage; mais au mt^me 
instant , notre maison lut encombrée par len . païens qui 
eommencèrent à piller tou> ce que noi» avions. De spn 
«Aie, le roi , malgi*é les présents que nous lui avions of- 
Icrts poiff conserver k ce prix quelque chose, fit trans- 
ponsr nos^malles chez lui, où eU^. furent brisées, et 
iBtt œ qu'elles contenaient enlevé. Je ne conservai 
ponr ma part que les médailles qui m'avaient été données 
par le Saint-P^e en 183&. Mais, en même temps, nous 
rtmes liai d'admirer une marque signalée de la divine 
Providence : c'est que, dans ce pillage universel, aucun 
tks ornements sacerdotaux , aucun des vases ni des lin- 
gis sacrés, ne tomba entre les mains des sauvages ; nous 
conservâmes aussi nos livres, et nous fûmes fort heureux 
^ aous sauver avec cela et la soutane que nous avions 



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136 

sur le corps, bioore ce pai<|Be mm conaenriou t-u'û 
été presque entièreneni Marié par la mer. Nous avons 
perdu dans cette circonstance h valeiir de BsilW piastres 
environ , sans compter que nous avons éié sur le point 
d^étre mas^acré8• 

« Quant à nos néophytes, ou las insultait sous ans 
yeux, on les menaçait devant noua de les manger a#ri8 
notre départ. L'un d*em, nommé Pierre, eut assez, de 
vigueur pour s'arracher des mains de ceux qui vo nla i io i 
Penu-ainer loin de nous, et pour se maintenir dans notre 
barque avec un autre cbrétien nommé Raphaël* U«e 
veuve avec ses deux enfuiis s'était avimcée jusque anr 
une pointe de rocher, pour se jeler à la mer et gag^ner le 
navire ; mais le capitaine refusa de la prenApe à so» Wrd* 
Il but avoir «i autant de peine que nonsà amcher eos 
âmes an démon , pouf comprendre combk» notre cœur 
eut k souffrir en nous séparant de ce petit troupeau, plus 
fervent encore que celui de Gambier, parce qu'il s'est 
formé et fortifié au milieu de la persécution. Hélas l q«e 
:ioni-i's devenus? ont-ib persévéré P Icc 2rlH>m tués 
comme on les en menaçait? nous n'as savons sio»* Lnn 
deux aveugles de la tribu d'Atipopo, qui s'étaient for^ 
mellement prononcés pour notre sainte Religion , on^^ila 
pu communiquer avec leurs frères, coaame nous le kor 
avions recommandé? Jean, ce Job de la terre de Yapou^ 
a-t-il été abandonné? nous Fignorons. S'il nous arri^mic 
un navire de guerre, nous le prierions d'aller au 
de ces infortunés néophytes. • 



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139 



Tahiti, le 2 juin I8i2 



« Le Père Colomban, en revenani de Gambier» a 
touché à Vapou. Quelques naturels étant montés à bord^ 
il engagea le capitaine à les retenir en otage, pendant 
que trois fidèles de Mangaréva, qu'il conduisait avec 
lai , allèrexit ù terre pour savoir des nouvelles des chré- 
ùeos que j^y avais laissés. Ils trouvèrent l'infirme Jean 
daas la maison de Marguerite, avec les trois autres 
cfa*étiens, les anciens caté(tbumènes et trois nouveaux 
disciples. Pas un n'avait fléchi devant la persécution. Les 
Mangaréviens leur proposèrent de se réfugier à bord ; 
iMûs ils répondirent qu'ils ne pouvaient le faire, et qu'ils 
aaoHbîefit Tareta (Caret) Ah 1 quand pourrai-je revoir 
ces bons néophytes 1 peut-être vont-ils se multiplier 
ainsi par eox^méines. Les desseins de Dieu sont si diSé- 
rents de c«ux des bonnes I 

« Je sais, etc. 

« François -d'Assise Caret. » 



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140 



LeUre du Père Cypricn Liausu, Supérieur de la Mission 
de Notre-Dame-de-Paix aux îles Gambier, I\-êlre de la 
Société de Picpiis , d Mgr F Archevêque de Calcédoine. 



l\e Maagarëfa . le 16 juin 18S2. 



« Monseigneur, 

« Dans le cours de Tanoée dernière, j'ai en l'honneur 
de vous transmettre les détails les plus consoluits rar 
notre Mission ; aujourd'hui je me bornerai à reproduire 
les mêmes nouvelles^ parce que dans ce pays, maintenant 
tout cbrétien , les choses vont toujours à pen près de la 
même manière. Notre population continue à augmenter 
rapidement : vous en jugerez vous-même en apprenant 
que, cette année, nous avons compté ici cinquante-deux 
naissances^ tandis que nous n'avons eu que vingt-denx 
décès. La piété se maintient : il y a eu , en 1841, six 
mille trois cents coomiunions dans la grande Ile, qui 
ne compte que seize cents habitants. On ne cite dans tout 
TÂrchipel que quatre indigènes qui n'aient pas fait leurs 
pûques. 

« Vous savez , Monseigneiur, que notre but en venant 
parmi ces peuples a été avant tout d'en faire des chré- 
tiens , et puis d'améliorer aussi leur existence maté* 
rielle, en leur apprenant les arts de première nécissité 
et les connaissances qui sont pour l'homme un bienfait» 



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Ul 

Il blWa d'abord songer à les nonitir, à les v<^tjr et à les 
loger : c'ett aussi de ce côté qne s'est portée d^abord no- 
ire attention. Dieu a béni nos eCTorts^ et nous n'en som- 
mes pla« maintenant à de simples essais ; nous avons, à 
la grande Ile seulement, huit métiers de tisseranderie, 
lesquéb ont conrectionné cette ann/e deux mille trois 
cents brasses de toile. Tout le coton a été filé en deux 
mois et demi et tissé en sept mois. La quantité d'étc^e 
qui est revenue à chacune des fileuses, a été aux unes 
de trois à cinq brasses, et aux autres de dix à onxe , pro- 
portionnelleoient à leur travail. 

« Les bltimenu nouvellement élevés sont^ à Taravai, 
une église de soixante-quinze pieds de long , avec ta sa- 
cristie en ddiors; une ma^n pour le roi , de quarante- 
deux pieds de façade ; une autre résidence pour nous de 
trente pieds. A Âkamaru les habitants s'occupent à réunir 
les matériaux nécessaires à la construction d'une église 
de quatre- vingts pieds de long, y compris la sacristie 
qui sera derrière Tautel. Nous avons déjà quatre fours à 
daax , et on va en faire un cinquiècne. Tous nos insu- 
laires sont résolus à se bâtir des maisons en pierres, parce 
qu'ils trouTent qne les consuructions en bois se pour- 
rissent trop vite, et les obligent iroip fréquemment i 
abattre leurs plus beaux arbres. 

« Hais cette bonne volonté se trouve enchaînée pour 
le moment par la nécessité où ils sont de se procurer de 
la noiuriture. Ils ont assaini tous les endroits marécageux 
pour y planter du taro ; ils ont arraché les forêts de ro- 
yaux inutiles qui couvraient les montagms, et ont planté 
^ la place des patates douces. Après le terrible ouragan 
<lel84l, ils avaient semé dans les vallées des courges 
qui , dans la pénurie presque absolue d'autres aliments , 
l<or ont sauvé la vie. La crainte de la famine, jointe à 



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14S 

QO» exlioruUons, leur a doué lui lel geèt pour Vagri* 
culture, qu'îk eut défricshé jusqu'aux plus bimyms ter- 
rains occupés par la Toogère. Nooaespénnis que dans la 
suite ils n'auront plus à redouter ce fléau. Leurs arbres 
à pain , si cruellement endommagés par Torage dont j'ai 
parlé, repoussent avec vigueur, et donneront do fruit 
dans cinq ou six mois. 

« Nous sommes id trois prêtres, depuis l'arrivée du 
fête Potentien Guilmard,qm nous est venu de Valparaiso 
tout malade. Les frères Gilbert et Fabien jouissent d'nne 
bonne santé , et travaillent toujow^ avec ardeur à nos 
établissements. Les mis et les autres mt diargent, Mon- 
seigneur, de vous profiter leurs hommages , et de vous 
dire qu'ils sont bien contents de leur position. 

• Je ne sais point d'autres noiivenes dignes d'être 
adressées à Votre Grandetnr. Il ne me reste qu'à vous 
prier d'agréer Vhommage du profond respect avec lequel 
je suis , etc. 



« Cyprien Luusv, Missi&nnairt ofôsU^Uque^ 
Supérieur de la Mission de Natre^Dame-de-Paix. 



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t43 



UUTê du Père Désiré Maigret^ Prêùrê de la SodHé de 
Piqms, Prifei apostolique des îles Sandwich , à un 
Rr^e de la même Société. 



Hoodlola , 30 octobre 18i3. 



« MOM RéfiftBffl) PéftS, 

« Le navire qui vous portera ceue lettre est tJjax , 
coBUDandé par M. Letellier de Lillebonne; ses marins 
ttit pour la plupart du diocèse de Rouen. A leur arrivée 
ici 9 an horame qui se donne le titre de chapelain des ma- 
telots, leur a distribué , avec TEcriture sainte , quantité 
tk petits livres sortis des presses protestantes de TAmé- 
ri^e. Selon les ministres, autant de Bibles placées, au- 
oat de conversions faites ; de sorte que , si ces Bibles 
tomes seules changeaient les cœurs, comme ils le préten- 
tet, nous ne verrions que des saints sur les navires. 
BéJas 1 il s'en faut bien qu'il en soit ainsi I Les assassins 
des Sept Jle$, près de TAscension, où j'ai été relégué 
pendant sept mois, avaient aussi des Bibles; ils y fai- 
>tteat des lectures deux ou trois fois par jour; ils savaient 
fresque par cœur ce livre sacré ; mais il faut voir comme 
ik le commentaient au profit de leurs passions, et comme 
ces interprétations, laissées à leurs caprices individuels, 
teient propres à les rendre meilleurs. 

« Pour revenir wl matelots de VAjax^ je doute fon 



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144 

qu'on ail réussi à eu faire des protestants par le moyen 
des livres qu'on leur a distribués. Cependant il serait 
bien ù désirer que les catholiques fissent pour conserver 
la fui de leurs frères , ce que les protestants font ponr la 
détruire. Ne pourrait-on pas répandre une foule de bons 
ouvrages dont la réimpression coûterait peu , et qui se* 
raient bien autrement capables de convertir les marins 
ou de les prémunir contre le vice , que ces misérables 
brochures américaines qu'on voit partout , et qu'on ne 
lit qu'une fois , si tant est qu'on les lise? Si ces opuscules 
ne coûtaient rien , le matelot les recevrait avec plaisir; il 
les lirait plus souvent qu'on ne pense, et en tirerait du 
profit pour le salut de son ûme. J'ai vu nos marins^ hon- 
teux de ne pas posséder un seul livre, venir m'en de- 
mander : que n'avais -je, comme notre chapelain protes- 
tant, une bibliothèque nombreuse à leur offrir 1 

« Messieurs les ministres viennent d'établir ici une 
société de tempérance, à l'instar de celles d'Angleterre 
et des Etats-Unis. Us y ont fait entrer tout ce qu'ils ont 
pu recruter d'insulaires; des milliers de kanaks, qui nV 
vaient jamais bu que de l'eau , ont juré qu'ils ne boiraient 
jamais de vin. Ceux qui ont donné leurs noms font partie 
de ce qu'ils appellent Pualijnu vai (armée qui boit de 
l'eau). Les soldais de celle nouvelle milice sont distin- 
gués par une cocarde qu'ils portent au chapeau , s'ils en 
ont , ou pendue au cou ; et sur cette cocarde , qui n'est 
qi'un morceau de papier, est écrite la devise : Plus de 
liqueurs enivrantes, rien que de Veau fraîche» 

• Ces jours- ci, notre Pualijnu vai a fait une prome- 
nade solennelle dans la ville. Il y avait des bannières, il 
y avait des pavillons; et, sans parler des missionnaires cal- 
vinistes et du gouverneur en grand uniforme , il y avait 
des kanaks en masse, des hommes, des femmes et des 
enfants : tous mardiaicnt en rang, cinq par cinq, ou dix 



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par dix. La poussière, qui ne manque pas dans nos rues' 
éttti si {^ude , que quelquefois la Paali jnu vai dispa- 
i^aissait à nos regards. Placés au haut du clocher, à^ou 
nous découTrons toute la ville, nous avons suivi des 
yeux cette singulière procession , où personne ne priait ; 
die est enfin entrée dans le temple protestant , et là on 
a fait répéter à tous les membres le serment qu'ils ne 
boiraient plus que de Teau. 

« Le soir même, le commandant d^nn navire de guerre 
américain , qui se trouve dans la rade , vint me voir, et 
me raconta que Tun des porte-bannière étant allé à son 
bord, on lui avait présenté de Peau-de-vie , et que le 
brave bonme en avait bu deox grands verres. Ce que 
vdjtnt, le capitame avait fait emporter la bouteille, ai 
Mettre à la plaœ du vin de Bordeaux , dans la crainte 
qi^il ne s'enivrftt; et le porte-bannière ^ qui probable^ 
mentarak la tète solide^ avait enc(H^ bu quatre verres 
devin. 

« Attorémenf la tempérance est une excdlente chose ; 
iutts on me permelMt de dontar que ce moyen réussisse 
k PétabKr parmi nos insalaircs. En vain on interdira les 
liqaeiiiv éùraagères al tes^boissoBS fennetitéea; il fisui- 
énàt duAger lescienrs pomr empêcher les exoès;. mais 
c'est ce que les calirinisles ne feront pas, parce qn'jb ne 
som point les envoyés tfe Gehi^ qiû cbitige à aoQ|;ré les 
vdontés les plus rebelles. 

c Je sais, etc. 

«L. D. MàiGifir* 
Pr^cmirt et BréfH aposloiique. » 



T0«. xm. 99. 10 

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m 



lettré du R. P. De^auUy Ptêire de lé Société de Picpui^ 
à un Prêtre de la même Société. 



Iles Sindwioh, OallYi , 29 àécfuAn iai3. 



€ Mon RÉYÉsstc» P£ii, ^ 

m Le .23 do oûoraBt , m navire de guerre iran^dity te 
Bmêsàk^ commandé par M. VrigMud , a amiUé dam le 
rade de Honohilu. Nous nous aitendiéns énfim à recetmr 
ées notnrellês de Mgr de Nilopolto; maii nous atoos été 
craeUement trompés dans notre attenta. Le Goanoiiidaot 
naos a dit qu'un bateau à vapeur avait parcouru k dé** 
tfoit de Magellan* pour aller à sa vBtïaéMmy etqo^l mV 
vait rencontré aucan vesUgé de wm piaacigft : aoraicrii 
dênc péri dans les fioft avce masses oomapaguniB? S6o^ 
veot nos néophytes noos demandettt s^ibrefevrontbieBfét 
towr Ëvéque : cpie leur répondra? BtlerAqu» eeile perii 
ittm connuov quel elbt elle va pràdoirt «or Is» esprttt I 
^ierlMea «pie le déocMirogenleHli ae se meuë pas pàmi 
DOS chrétiens. 

« Comme si ce n'était pas asseï des angoisses oh qous 
plonge un malheur qui nous parait que trop certain , nos 
minemîs no«i persécaient tXKijours de leur mieux. M. Mai- 
lot, commandant d&TEmbmcadey qui vint visiter ces lies 
au mois d'août de l'année dernîèrç, avait fait accepter au 
I oi les conditions suivantes : l* que les élèves de la haute 
école catholique ne seraient plus obligés de payer la taxe 
personnelle , et qu'ils jouiraient des m^|«es privilèges que 



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U7 

eeai de la hamie école prolestanle; 2^ qm la loi qui de- 
fend de se marier à eeux qui ua saveol pajs lire , serait h 
rarfoîr appliquée avec une inpartialtté égale aux pro-^ 
lestaols et aux catholiques; 3^ que rinspecteur de» écolei 
déiÎTrerait desdipiâmes k ceux de nos élèTes qui seraient 
capables, suis avoir égard à la religioo qu'ils professeot; 
4* qu'il s'y aurait plus de persécutions ni de tracassenea 
de la pan des agents subalternes* 

« Nous ne désirions qit'une cbose» c'était que ce$ 
ionditicHis fassent exécutée» Mais, le navire imefois parti» 
^arbitraire recommença comme aiqparavant. Et, pour ne 
psier que de nos écoles, à la fin de l'année 1843, les 
élèras de M. Maigret furent mis aux fers , parce qu'ils ré- 
damaient Texécotion de la parole donnée; et pour sortir 
de prison , il leur fiillut payer double laxe. Il nous est 
nujours impossible d'obtenir un seul diplôme. Bien de^ 
fois nous avons présenté des candidats qui , au jugement 
dn gouverneur, du roi lui-même et dfi tous les étrangers 
qui avaient assisté à lenrs examens, étaient fort instruits : 
l'inspecteur les a toujours refusés. Je suis convaincu que 
ie jflm savant homme d'Europe, s'il avait le malheur 
d*étre papiste, et qu'il vint se faire examiner par nos doc- 
teurs > ne semii pas trouvé capable de tenir une misérable 
école de sauvages* 

« On va jusqu'à nous contester, à nous Missionnaires , 
le droit d'instruire la jeuneme^ et l'on veut que nous 
baraioos notre enseignement aux personnes d'un âge 
mtr 01 aux viëUards. Dans plusieurs dîsuicts, on a en- 
levé de ioroe les Plants de nos écoles, et réduit leurs pau- 
vret parctttfl à mourir de faim en les dépouillant de leurs' 
terres et eu leur interdisant fo m^ el la montagne. Con- 
iràirenieiit* aux promesses du roi données pai* écrit au 
mmamndvat4erEmb$madfi, on a forcé nos. chrétiens c{è 
Q^ïvaaier au)L^ églises 4t aux oraisons d'écoles calvinistes; 

10. 



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148 

et ceux qu! ont refusé de le Ibîre ont été mis à FameDde, 
fiés avec des cordes, tratnés de tribunal en tribunal, et 
traités de la manière la plus barbare, jusqu'à leur faire 
Tomîr le sang. A Hawai, les agents de police sont venus 
souvent porter le trouble parmi les chrétiens , et le* 
chasser de TEglise, lorsque, le dimanche, ils étaient réunis 
pour prier. Partout enfin les violences se succèdent avec un 
caractère de jour en jour plus alarmant. A Kauai, le ré- 
vérend Père Barnabe a été saisi par Tordre du gouverne- 
ment, et relégué dans sa case, pour Tempêcher de ré* 
futer les calomnies atroces accréditées sur son compte. 
Pendant la nuii , on a renversé un au(el érigé par ce Mis- 
sionnaire dans une maison quMl avait louée , et en même 
temps on lui a fait signifier la défense de le rétablir. Ces 
jours derniers nous avons appris qu'une église, nouvelle- 
ment construite par les catéchumènes de Mauij a été li- 
vrée aux flammes , et la main qui a profité des ténèbres 
pour allumer Tincendie est encore inconnue. Faut-il en 
conclure que ces vexations ne se font pas sans Tordre da 
roi ou des principaux chefs^ puisqu'on n'a jamais puni 
ceux qui en ont été les auteurs? Je laisse à d'autres le 
soin de prononcer. 

« Vous voyez, mon révérend Père, que nous ne som- 
mes pas sans peine ni sans combats. Nos adversaires sont 
nombreux et puissants. Dans une histoire de Havcaï 
qu'ils ont récemment publiée , les protestants ont fait le 
recensement des ministres , maîtres d'écoles et médecins 
qui se trouvent dans cette lie : leur nombre se monte i 
quatre-vingt-neuf. A cette légion nous ne pouvons op- 
poser que neuf prêtres catholiques qui manquent de tout : 
quatre sont à ÔoAtf, trois à Hatoaï et denx à ATatiol*. Ce- 
pendant notre troupeau ne eesse pas de s'aocrottre; il se 
passe peu de jours sans que nous inscrimns le nom de 
quelque nouveau catédiumèoe. Noos avons di^ près de 



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149 
douze mille cinq cents cbréiiess dans noire ardiipel : ce 
n'est guère que la dixième partie de la population. Sur 
cent dix ou cent Ttngt mille habitants que Ton compte 
dans ces Ues, il y en a près de la moitié qui sont indiflë- 
rents, c'est^-à-dire qui veulent vin'e au gré de leurs in- 
clinations et qui tiennent encore, quoique secrètement, 
aux anciens usages. Le reste se partage entre les préten- 
dus réformés et nous* II y a par conséquent trois classes 
bien distincte : les calvinistes (kapoe kalavina)^ les ca- 
tholiques (ka poe kaklika) , les infidèles {ka pot etmi). 
Les calvinistes ayant de leur côté tous les chefe, et par 
conséquent toutes les richesses du pays , sont naturelle- 
ment plus nombreux que les catholiques. L'erreur esl sur 
le trône : jugez si elle doit voir Qvec plaisir la vérité se 
répandre et Ëiire tous les jours de nouveaux progrès. 
Aussi , comme vous l'avez vu , elle n'oublie rien pour en- 
tiaver notre ministère ; mais àous espérons que ses efforts 
seront vains contre la vérité. » 

2 janvier 1844. 



« Hier, M. le commandant de la Boussole nous a fait 
l'honneur d'assister à l'^amen de nos élèves, avec quel- 
ques-uns de ses officiers et M. notre cx)nsul. Ils ont bien 
voulu nous témoigner leur satisfaction , et ils ont ajouté 
que jamais ils ne se seraient attendus à trouver tant d'ap- 
tiuide et d'instruction chez des enfants qui ne viennent 
que de sortir de l'état sauvage. Il faut avouer en effet 
qu'il y en a beaucoup parmi eux qui se feraient distinguer 
dans les écoles d'Europe. 

« Il me reste à vous dire un mot sur Tétat actuel de 
tes Ues et les mœurs de leurs hubiunts. A l'exception de 
quelques améliorations opérées par les étrangers dans les 



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150 

endroits qu'ib habitent, les terres sont dans le même étai 
«fo^antrelbis. Les plaines qui se trouvent sur le bord 
de la mer sont en général fort arides : on fait souvent 
cinq ou six lieues sans rencontrer un arbre; on n'y xoti 
d*Qutre verdure qu'un peu de gazon et quelques arbri6- 
seaux. Souvent il n'y a que la terre nue et des pierres. 
I^s ruisseaux qni descendent des nioniagnes sont la seole 
ressource du pays. On pratiqne diverses saignées pour 
faire couler l'eau dans les marais où l'on plante le tare. 
Si les ruisseaux viennent à tarir, c'est alors nne disette 
coniplète dans le pays. 

« Quoiqu'il y ait des montagnes fort arides, surtout 
au sud , elles sont généralement verdoyantes. Cest In 
qu'on va chercher le, bois nécessaire pour la coiastruc- 
tion des maisons et pour le chauffage. Les kanaks, natu- 
rellement paresseux, parce qu'ils n'ont aucun encou- 
ragement , ne se mettent nullement en peine de faire des 
plantations aux environs de leurs demeures. Us aiment 
mieux aller chercher le bois dont ils ont besoin à deux 
et même trois lieues de dislance. Il est vrai aussi que 
s'ils avaient un terrain bien cultivé et couvert de beaux 
arbres , les chefs le leur enlèveraient bientôt. Parmi les 
naturels, quelques-uns ont appris des métiers; maiis ils 
sont en fort petit nombre. Au reste, la dépravation des 
mœurs , la faim et la misère font ici de tek ravages , qtie 
la population diminue tous les jours d'une manière eF- 
frayante : je suis persuadé que, sur six décès ^ ù peine 
y a-t-il une naissance. 

« J'ai dit que les insulaires indifférents tiennent en- 
core en secret aux vieilles superstitions. Il n'est pas rare , 
en effet , de rencontrer des médecins du pays , qui , lors- 
qu'ils vont visiter un malade, lui ordonnent d'offl'ir un 
sacrifice aux anciennes divinités , sacrifice qui consiste à 
tuer un coq, une poule ou un eochon , éi à renfouir en 

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151 

tenre wprès Favoir fait cuire. D'autres fois on prend ^e& 
cheiretix du malade et on en fait un petit paquet qu'on 
enterre avec un soin religieux. Nous avons souvent été 
témoins nous-mêmes de ces exiravaganceç. 

m Les choses qui provoqueiraient le plus de dégont 
en Europe , sont un excellent mets pour les Sandwicbois. 
Si un chien , un cocbon , un cheval viennent à crever-, 
ils les dévorent jusqu'au dernier lambeau; ils ne se don- 
nesl pas même la peine de laver les intestins : après les 
afok jetés sur les charbons» ils les avalent en un clin 
d'oAU Je dois avertir cependant que Ton ne rencontre 
rien de pareil parmi nos chrétiens. 

« Je termine, mon révérend Père, en vous recom- 
mandant de nous envoyer quelques secours le plus tôt 
powîhle ; sans cela ^ vous cox^penez bien qu'il nous serait 
impossible de (lire face à tant de besoins et a tant d'ea- 



« F. D. Desvault, Mi$$. ap0$t. • 



Après trois aa^ de silence et d'incertitude sur le sort 
de Mgr l^uchouze^ nof^ sommes forcés de dire qu'il ne 
aous nXbe plus d'espérance. Tant qu'il a été possible de 
douter de ^Qin naiafrfige , nous avons dû garder pour npus 
fjMXi SÎnîst yps pressemimente, de peur de porter un deuil 
Jprématii^ dfms un grapd nombre de familles, où l'ex- 
.ftmm^ de nos c^iaintes aurait été prise pour l'annonce 
oficîelle du malheur qu^ell^s redoutaient. Mais aujourd'hui 
4M im necbeid^ les phi9 actives n'ont pu renaettre sur 
Je tnifed^ ^injsseaH disparu , après qu'on a vainement ex- 
Ji|aré.jli9id(itroUs, qu'im a înterrogé sans succès les i^vi- 
^m <i(emandé d|9s ^naqgpemems à fm» les pprts 



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m 

sans obtenir une seule réponse favorable , il faut biea te 
résigner à en conclure , avec les Missionnaires et les ma- 
rins , que le Marie-Joseph aura sombré au cap Hom. 

C'est , ea effet , près de File StatenrLand ^ Test de lâ 
Terre de feu , et par un temps d'orage , qu'un pieux voya- 
geur, dernier témoin peut-être de sa détresse, a cru l'aper- 
cevoir au moment où il fuyait emporté par les vents. Voici 
les notes qu'il nous a été donné de puiser dans son journal : 

« Le 13 mars 1842 , par la latitude de 51 degrés et 62 
« de longitude , nous eûmes en vue un navire français 
« qui était à la cape ; c'était peut-être celui de Mgr Roa- 
« chouze , qui se rendait à la Mission de l*Océanie-Orien- 
€ talc; peut-être y avait-il à bord un bon nombre de re* 
« ligieux et de religieuses. Si loin de la patrie et att 
€ milieu d'une mer si orageuse, la pensée <}ue fêlais si 
« près de zélés compatriotes , me consolait : j'aimais à 
c l'entretenir longtemps encore après que j'eus perdu de 
« vue le navire. 

« Quelques jours après nous remarquâmes les trois 
« nuages que les marins connaissent sous le nom de 
€ nuages de Magellan. Deux sont blancs et un autre 
€ grisâtre. Je me rappelais en quittant ce cap des tem* 
« pêtes, tous les dangers qu^avaient courus nos derniers 
« Missionnaires; ils avaient rencontré plus de vingt mon** 
« tagnes de glace flottantes, contre lesquelles ils avaient 
« &illi se briser. Ces montagnes, qui ont souveUt plus dte 
€ six cents pieds de hauteur, se détachent du pAle à la ffkt 
« de l'hiver , et sont poussées par les vents quelquefois 
« jusqu'au cap Horn ; ce qui rend ces parages très-dan* 
€ gereux dans certaines saisons. 

« Ce ne fut qu^après vingt-un jours de traversée 

c que nous arrivâmes à Desterro , chef-lien de lile de 
c Sainte-Catherine. Le naVire ne devait pas aller plut loicu 
€ Le pilote qui vint & bord, nous dit que le bâtiment <fo 



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« Mgr Roucbouze avait mouillé pendant quinze jours près 
« de rUe. Le Prélat avait perdu une religieuse et un jeune 
« Sandwichois qu'il ramenait de France , où ce fervent 
« néophyte avait Cuit ses études. La première avait été 

< enterrée dans le cimetière du petit village de Saint- 
« Michel , et le Sandwichois dans celui de Desterro. Ce 

• jeune insulaire avait beaucoup de talents et de vertus, 

< et aurait fait un bon Missionnaire ; mais il ne cessera 
« pas de l'être dans le ciel. » 

Nous citerons encore un passage d'une lettre écrite 
par tm membre delà société de Picpus , parce qu'en rap- 
pelant à nos Associés toute l'étendue du désastre qui vient 
de frapper une grande Mission , elle leur apprendra les 
premières mesures prises par le Souverain Pontife pour 
te réparer : 

< Convaincu que nous avons un grand malheur à dépl#- 
« rer, notre supérieur général, par une circulaire du 7 no- 
« vembre dernier , a demandé ponr Mgr de Nilopolis , 
« pour les sept prêtres , les sept catéchistes et les neuf 
« religieuses qui fâuxx>mpagnaiettt , les prières d'usage 
« pour les membres de la Congrégation décèdes. 

« Dans la même persuasion, le Saint-Siège vient de nom- 
« mer Vicaires apostoliques deux de dos Pères qui sont 
« actuellement aux Marquises: Tun, M. Duboize, avec 
« le titre d'Evéque d'Arathie, aura sons sa juridiction 
« rarchipel Sandwich; l'autre, M. Baudicfaon (François 
« de Pàule) a le titre d'Evèque defasilinopoUs, et les 

• Hes Marquises, Tahiti, GamUer, etc., formeront son 

< vicariat aposttrtique. Le Père Baudicfaon > vu l'incerii- 
« tnde qtH règne toujours sur le sort du MrtV-Jos^ t 
« aara provisoirement laV^^ ^^ ooadjuteor de Mgkr de 
« Nilopolis. Je vous le répèle , nous n'avow reçu aueate 
■ nouvelle ofidèUe; maïs queMe conjecture peut nous 
« autoriser à conserver encore de l'espoir? » 



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U4 



Extrait d'une lettre du R. P. Armand Chausson y dé ta 
Société de PiopuSy à «n ISrétre de la même Société. 



T«hiti, 8 oclohre'18'^3. 



«t Mon RÉTEREND PiHB , 

« A mon arrivée dans cette tle , au mois d'août 1S41 , 
la petite vérole avait déjà emporté bien des victimes. 
Gomme Tépidémie iaisaît des progrès, et que sur un 
espace de deux lieues, à Tahiti, deui cent vingt in^- 
laires avaient déjà succombé , nous xinmes couseil , mon 
compagnon et moi , avec quelcpies personnes churitables , 
parmi lesquelles je dois citer M. Lucas ^ capitaiiiô fran- 
çais , M. Joseph Brémont , négociant de Marseille , M. je 
consul américain et un Espagnol de Bui:gos. Il fut décidé 
que j'irais , à une demi-lieue du port , soignier les ma- 
lades qu'on pourrait rassembler dans une cabane destinée 
à servir d'bôpitaL Rendu à Tendroit désigné, je trouvai 
^es malheureux hors de leurs cases, dans de mai^vaises 
buttes faites à la bâte, sans aueun secours, exposés à 
toutes les intempéries de Tair, et pour la plupart , aban- 
donnés même de leurs pareniA*.. Ji» ne pua d'abord réunir 
que neuf oMlades dans mon hôpital ; l^s aiitres se trou- 
vaient on anr le point de Baourlr, ou trop éloifl^ ; d'ai^- 
Mt «D^ mmumn mim\ weater dava leurs bsm» , afin 
4?OTroir, diiiiflDi*ib, la oonaalMion de BMuvir sur leurs» 
terres. 



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155 

« Toul en soigeani le corps , od juge bien qne je pcn* 
sais à l'âme. Néanmoins trois personnes seulo^neari, une 
femme et deux hommes, me manifestèrent )e désir de 
moorir catholiques* La femme fut bsquisée la première, et 
quatre heures après, elle n'existait plu^ A quelque tempN 
de là, ayant été obligé de m'absenter durant une nuit , 
pour aller an port chercher des vivres et des remèdes, il 
survint une grosse phiie. Aussitôt mes malades, qui jtis- 
qu'aloTs s'étaient tenus à Tabri , profitèrent de mon ab- 
sence pour sortir et recevoir l'eau sur le corps, afin de 
se rafralchn*. Il n'en fallut pas davantage : sur huit 
qui avaient commis cette imprudence , six étaient morts 
le lendemain à mon arrivée. Les deux autres respiraient 
encore ; c'étaient précisément ceux qui m'avaient témoigné 
le désir de rentrer dans le sein de l'Eglise : je m'empres-^ 
sai de leur rappeler la demande qu'ils m'avaient Ëiite. 
Gomme ils me témoignèrent qu'ils persévéraient dans 
leur résolution , je les baptisai sur4e-cfaamp, et ils mou^ 
mrent à un quart d'heure d'intervalle. Si d'un calé 
j'ôprouvai une grande joie de la faveur que Dieu venait 
de foire à ces deux pativres sauvages , d'un autre côté je 
ressentis une profonde tristesse en considérant le terrible 
jugement qu'il avait exercé sur les six autres , auprès des- 
quels pavais pourtant &it les mêmes eiforts. 

« Je voulus, après cet accident, réunir d'autres ma* 
lades dans le même local , pour être plus à portée de l^tr 
donner mes soms; mais tout fut iniitih». Dion pins, le» 
juges du port me firent défense d'aller voir ces uiaUmureux, 
sons peine de demeurer confiné dans hi prenrière case où 
je mettrais le pied. Un autre chef me dédara qne l'on tire- 
rait sur les fié\Tcnx qui sortiraient du lieu où îis se 
trouveraient , et i>eut-6tt*c ménae sur moi. Je me via 
ainsi réduit a attendre , les bras crobés, la cessation en 
•éau. n sévit encore quelques semaines , pqb disinirtif 



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ne 

entièrement. On découvrit alors que plusieurs naturek 
que Ton avait chassés de leurs cases , parce qu^ils étaient 
atteints de l'épidémie » étaient morts dans les bois el 
y avaient été dévorés par les porcs. Telle est cependant 
la civilisation de ce peuple , si vantée par ceriains voya* 
geurs qui n'ont jamais vu Tahiti que sur la carie ; tel 
est le résultat des travaux des missionnaires protestants. 

« Cette même année , le 25 septembre^ Dieu voulut 
bien bous envoyer un sujet de consolation. Sur les six 
heures du matin, une dame anglaise, protestante, viat 
frapper à notre porte; elle conduisait une femme indienne 
toute en pleurs , et portant un petit enfant auquel oa 
avait, la veille, administré un poison^ croyant lui don- 
ner un remède* Cette dame nous demanda si nous ne 
pouvions pas soulager cette innocente cféature. Je ré- 
pondis que le plus pressé était de bapUser promptement 
l'enfant^ après quoi nous irions chez le docteur qui de- 
meurait à deux pas. La mère me laissa faire, et dix mi- 
nutes après , elle sortait de chez le médecin , en pleurant 
son enfant qui avait expiré ena*e ses bras. 

€ Uoe autre fois, je rencontrai encore une pauvre 
mère qui me demanda des remèdes pour son Gls^ âgé 
d'un an environ. Je lui fis entendre que je n'étais pas en 
état de soulager le corps de l'enfant , mais que je pou- 
vab procurer un bonheur infini à son âme, si elle me 
permettait de le baptiser. Elle parut y consentir. Mais le 
démon , jaloux de cette conquête , s'empressa d'y mettre 
obstacle i le grand-père^ qui se trouvait là , voyant que 
j^allais baptiser son petit- fils , le saisit promptement entre 
se& bras , tandis que je cherchais de l'eau , et s'enfuit sans 
vouloir me permettre d'accomplir cette bonne œuvre. 
Je me retirai^ le coeur navré de doideur ; j^espérais toute- 
fbb , ayant recommandé le salut de ce jeune indien à 
Marie, notre bonne mère. 



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167 

« Deux mois s'étaient écoules sans que j'eusse enienda 
parler de lui , lorsque , me trouvant au port , je ren- 
contrai un Français allié à cette famille. Je lui parlai 
du refus qu'on m'avait fait, et du chagrin que j^en avais 
ressenti. « Ne craignez rien , me dit cet homme; si Ten- 
« faut est encore en vie , je vais le faire porter chez moi, 
€ et vous le baptiserez en sûreté; car il m'appartient: 
c je l'ai adopté pour mon fils. » Effectivement , trois 
semaines sfpr^ , le Français vint me chercber à la vallée 
Dapetit-Thouars. Je monte à cheval à l'instant , je me 
rends à trois lieues de là, et je puis enfin régénérer 
ce pauvre enfant. Je repassai au même lieu, deux jours 
après , et j'appris qu'il était mort la nuit qui avait 
suivi son baptême. N'est-ce pas là une admirable misé- 
ricorde? N'est-ce pas à Marie que cet ange doit son sa- 
lut? Oh! quand nos Tahiliens seront- ils tous ses en- 
fants! Joignez, dans ce but, vos supplications aux nôtres; 
que Ton sache bien, en Enrope, que la conversion des in- 
fidèles est attachée à la violence que les saintes âmes fe- 
ront au ciel par leurs continuelles prières. Sans cet indis- 
pensable secours , hélas I que pourraient faire les pauvres 
Missionnaires ! Quant à moi , je déclare avec sincérité 
que toute mon espérance, par rapport à l'avenir de te 
peuple 9 repose uniquement sur la ferveur des membres 
de la Propagation de la Foi. 

« Ce nous serait aussi une consolation de recevoir 
eiactement lés numéros des Annales. Nous pourrions 
Msi nous réjouir avec l'Eglise des travaux et des vic- 
toires de nos confrères , et nous consoler par là despel* 
nés qui nous éprouvent. 

« Agrées , oioa révérend Père, etc. 

« Armand Chaussow , lUisê, apoM. • 

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t£8 



LcUre du P. FvMçotê-iTJsiise Caret, Prêtre de la Société 
de Piepuê et Préfet apostolique de VOeéanie orientale, 
à Mgr V Archevêque de Calcédoine, supérieur générd 
de la même Société* 



MtsskNi deIf«tre4IUtt-de-Foi, à lïihtii ,> 7 jailiet 1844. 



« MONSEIfilfEUR , 

« Je profite du dépari du navire firançais la Marie , 
pour vous infonner 4u malheur qui vient de frapper vos 
onfanis de Tahid. Le 30 juin dernier^ notre maison , celle 
dont je voua ai tant de fois parlé dans mes lettres , et 
^i nous avait coûté si cher, fut consumée par les 
Hommes avec tout ee que nous possédions : nous n'avons 
pu rien sauver. Notre chapelle a eu le même sort. Ce 
âoùi les baUtants de Tahiti qui ont mis le feu , pour 
veiner, dlt-^n, la mort d'un ministre protestant an- 
glais qu'ils ont tué eux-mêmes, il y a quelques jours, 
))endant la bataille livrée à Matavai entre les Français ei 
les Tahitiens. 

« Nous n'avons sauvé que Fhabit que nous avions sur . 
le corps. Jamais dénftment n'a été plus grand que Te 
nôtre; tout est à recommencer, comme si nous n'eussions 
jamais rien fait. Nous étions bien pauvres quand nous 
arrivâmes & Gambîer; mais celte pauvreté n'était pas 
comparable à notre détresse présenta» Heurettsement 
M. le gouverneur est venu à notre secours pour la nour- 
riture : nous sommes admis , mes confrères et moi , à la 



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ni 

lâbledes officiai; et nos trois frères reçoivent la ration 
aa magasia des tivres. H nous a aussi promis du bois 
pour construire une nonrelfe maisbn. 

« J'évalue la perte que nous venons de feire à cin- 
quante mille francs ; mais si Von m*cn eût offert cent 
mille, pour abandonner te qui vient d*étre brùfié, je 
Q'âarais pas accepté Vcifte. Sans dôme, ce n'étaient p:is 
nos meubles ou d'autres effets qui auraient pu représenter 
cette valeur, puisque noas avons ombrai pour tou- 
joars la pantreté qai nom est ehère; c'étaient, ootre 
ks f ases et lingns sacuâs , nos livres et tous nos manu-- 
scrifis ; c'étaient , dK)se que }e regrette emtée mille auMs 
pertes, tes travaux que nous avions Mes sm* la langue 
iie Tahiti et des Marquises* Le catéebism» qno nous 
^tvions composé pour ce dernier archipel , était entière^ 
ment prêt h mettre sons presse : H est brftié. Un dietion* 
mire de la langue de IhMti, dqà très^vancè, et que 
tout le monde attendait , brûlé. En£n , pourquoi ces dé- 
^*ls, quand tout est perdu ? Nous avons la vie sauve , et 
pois c'est tout» 

i Un jeune postulant dont le Père François de Paule 
a dû vous parler dans ses lettres^ pensa éu*e tué : on tira 
w lui presque à bout portant ; mais on le manqua. Je 
restai à mon poste jusqu'à onze heures du malin , quoi- 
«p'il y eût eu qudques coups de tirés auprès de no- 
tre maison ; j'aurais peut-être^ attendu l'ennemi, dans 
Tespoir de lui faire entendre raison, si le frère Zenon ne 
m'eût pressé de partir. Arrr\é à la couf du gouverneur, 
je la trouvai encombrée de troupes sous les armes. 
K; Bmat était h trois lieues de 'là , a la tétc de quatre 
cents hommes, aux prises avec les insurgés. Tout le 
>K»de me demandait si notre maison était en feu , parce 
fi'an «vaii appri»>4{ae celle d'un Polonais , placée sur 
fck route de fenneniî, î vingt minutes de la nôtre, était 



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169 
Lr&lée. Je répondis qu'à mon départ les sauvages bV 
vaîeni pas encore dépassé la Inuiaur qu'on appelle au- 
jOurd*lmt la Pointe de$ Missionnaires y i cause de notre 
demeure dans cet endroit ; j'ajoutai que j'allais y retour- 
ner avec mon cheval. Tous les officiers me représentèrent 
que ce sarait de ma part une imprudence ineicusaUe, 
que je m'exposais à me faire tuer en pure perte. On oie 
proposa un canot pour aller à bord de ÎUranie^ ou je 
trouvai le Père François de Paule et'Ie firère Gilbert qui 
étaient dans les plus vives inquiétudes à mon sujet, me 
sacbaflt au milieu dea ennemis. JUe frère Zéàon, qui était 
pesté au presbytère, en était heureusement parti quel- 
ques minutes après moi. Ce fut vers quatre heures du 
soir que le feu fut mis à notre maison ; l'incendie dura 
jusqu'au matin. La chapeUe et le reste furent brûlés le 
jour suivant. La guerre avec les insurgés contmue tou- 
jours : qui sait quand elle Gnira? 

« J'ai l'honneur d'être , etc. 

« François d'Assise Caret, Miss, apost. » 



L'espace nous manque pour annoncer les derniers 
Mandements publiés en faveur de l'Œuvre : nous nous 
empresserons de les faire connaître dans le prochain 
Kuméro. 



LyMi| infr. U J. B. PéLàSAB». 



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161 



COMPTE- RENDU 

DE iSU. 



LorsqHe des hommes pleuK s'unissent pour une œuvre 
charitable , il en résulte deux biens : celui quUls se pro- 
posaient de faire à autrui , et celui qu^ls se font. Ils ne 
Toyaient d'abord que des pauvres à secourir^ des ma- 
kdes, des affligés, des pécheurs; et ils découvrent tout à 
coup quQ Dieu même est avec eux , et ils s'en aperçoivent * 
au surcroit de lumière et de chaleur qui se répand dans 
leurs âmes. Aussi n'est-il pas sans intérêt d'étudier le tra- 
vail intérieur que l'Œuvre de b Propagation de la Foi doit 
iaire en nous-mêmes, et en cela nous pensons bien moins 
cnu^prendre son éloge que cherclier à réchauffer notre zèle. 

La foi est le premier besoin des &mes , et comme il n'y 
a pas de vertu plus nécessaire, il n'y en a pas de plus com- 
battue. II a toujours été laborieux et difficile de croire ce 
<|ui ne flatte point, ce qui veut des privations et des sacri- 
fices, Cest pourquoi la Providence n'a jamais cessé de 
suscita' des docteurs pour défendre le dogme dans les 
écoles et dans les chaires. Mais en même temps elle a mé- 
nagé an plus grand nombre des hoinmçs une sorte de dé- 

TOI, XVII. 100. VAI 1S4ft* 11 , ^^^U 

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162 
0oiis(ration qui les touche davantage, celle des (bits et des 
exemples. L*Œuvre de la Propagation de la Foi donne 1 
joeax qui lisent ses Annales deux spectacles instructifs. — 
D'un côté, elle nous montre Terreur à tous les degrés, 
iTec toutes ses conséquences, chez de grands peuples où 
elle a pu se produire sans contrainte et sans détours.. On 
voit d'abord Thépésie dans ces villes, populeuses des Etats* 
Unis où diaque secte a son temple , éptscopaiiens^ pres- 
bytériens, quakers, anabaptistes. Ailleurs, sur les ruines de 
ces vieilles cités d'orient , si longtemps célèbres par leurs 
grands Evéques et leurs conciles, on voit le schisme réduit 
an dernier abaissement. En même temps, on peut appren- 
dre chez les nations mahoméianes combien devient stérile 
le dogme même de l'unité de Dieu^ corrofbpu par l'im- 
posture , déshonoré par une société qui repose sur la vio- 
lence , l'esclavage et la polygamie. Plus loin , le paga- 
nisme est encore mattre des belles contrées de l'Inde et 
de la Chine ; il y règne avec tout l'éclat qu'il eut chez 
les peuples fameux de l'antiquité. Il a des écoles, une 
jftlérature , des arts qui le ^rvent , des lois qui le gar- 
dent. Mais sous ces beaux dehors son vrai génie se 
trahit pai- les sacrifices humains et pV le meurtre des 
enfants nouveau-nés. Un pas de plus; et si l'on parcourt 
les archipels de la mer du Sud, on y trouvera la dernière 
dégradation de la nature humaine dans ces fêtes sanglan- 
tes où le vainqueur dévore le vaincu. Am.esure qu'il y»a 
plus d'égarement dans les intelligences , le désordre çst 
plus profond dans les mœurs. Dieu n'a pas permis que le 
mal restïU caché sous les prestiges de la docurine, il le 
pousse à bout dans la pratique^ et le contraint de se faire 
juger par ses œu^Tos. 

La vérité nous donne un spectacle bien différent. Cha- 
que Mission est un combat dont nous devenons les té- 
moins. Le chrisiianrsme y trouve tous les ennemb qu'il a 



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163 
jiiiiais em% il y trouve aussi tous les genres delmtoB. U 
s'y a pas de oontroverses soutenues par les apologistes de 
l*Eglise qu'il ne fiiille recommencer, soit pour confondre 
les étemelles i^ariatîons du protestantisme , soit pour dé* 
mtier les subtilités grecques , soit afin de percer les nua- 
ges de cette métaphysi^e ténébreuse ou Tidolâtrie orienr 
taie s'enveloppe. Et s'il s'agit de ees peuples barbares où 
h parole évangélique n'a pas de doctrines à vaincre » quel 
eSnrt ne ftut-il pas pour pénétrer dans des esprits q)pri^ 
nés sous les sens, et tirer enfin l'intelUgence immortelle dp 
celte ohair et de ce sang qui l'étouffiiient? U n'y a pas non 
phude pénitences , de luttes contre la nalmre, entuqprises 
par les selitoires , par les moines qui convertirent la moi* 
tié de l'Europe, qu'on ne voie se renouvder àsm la vie 
héroïque de ces Missionnaires, vokmtairemeBt exilés, er- 
nms sur des mers menaçantes , dans les.foréts , sous tm 
ciel meurtrier, parmi des chrétiens pnsiUaniines qui s'efr 
fraient <fe leur présence au milieu des inidèles qui 
ipient leur passage. Qu'ils envieraient souvent, s'ils pour 
vaient rien envier ici-bas , le frugal repas de l'anadKNnète, 
fat sécurité de sa cellule et la liberté de ses cantiques ! Hais 
comme P^pneuve décisive est ^le des persécutions , elle 
SB répète aussi dans tous les siècles. Ce sont^le nos joues 
les prisons du Tong-King toujours pteini», les confesseurs 
de laClûnemourant de faim dans les déserts, et les écbafauds 
nierés dans les villes de Corée, afin que le témoignage du 
Mg ne cesse pas. Ainsi aucune sorte de combat ne s'inter- 
rompt dans rEglise, ni celui de la parole, ni celui de la mor* 
tificaiîon, ni cdjui du m«*^re. Tout ce cpi'elle fut aux épo- 
fKssQcoessivesdascm histoire, elle l'est encore. Elle montre 
souverainement son immortalité par ce pouvoir qu'elle a de 
toujours souSnr , de toujours mourir, sans jamais s'étein^ 
dre. Elle montre aussi sa fécondité; car enfin, tant de 
meurs et de sang ne demeurât pas stériles : en dépit des 

11. 

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164 

résistances , la conquête chrétienne s*élend et s^aiTermic. 
Dans ces vastes empires d'Asie où les mandarii» font fou- 
ler aux pieds le crudfix, des néophytes diaque jour plus 
nombreux s^agenouillent autour de cette image chère et 
sacrée. Les écueils de TOcéanie qui n'étaient &meux que 
par les naufrages des navigateurs , voient fleurir avec la 
civilisation moderne les vertus des premiers âges. Ainsi, 
selon Fadmirable langage de Fénélon : « La source des 
« bénédictions divines ne tarit point.. •• ParTaccompUs- 
« sèment de sa promesse , Jésus-Christ montre qu'il tient 
c dans ses mains immortellesles cœurs de toutes les na- 
« tions et de tous les siècles (1). » Voilà comment Dieu 
II0U3 fait ix>nnattre la puissance de la vérité. Il sait que les 
cœurs drdits ne résistent pas à ce g^ure de leçon. Oavrez 
la ctièbre lettre des fidèles de Lyon sur le martyre de saine 
Pothin et de ceux qui l'accompagnèrent. Il y avait dans la 
ville des chrétiens timides. Mais quand ils eurent vu leurs 
frères traduits devant le juge, et qu'ils ^rent entendu 
leurs confessions et leurs réponses ; alors , disent-ib, leur 
foi s'afiermit , ils firent gloire de s'avouer en publk;^ et de 
confesser hautement le Sauveur. Les mêmes scènes conti- 
nuent sous nos yeux. Le prétoire n'est pas fermé , les ha- 
ches sont encore sanglantes : nous avons entendu les in- 
terrogatoires de nos frères , nous avons assisté à leurs tour^ 
ments, à leurs glorieux supplices. Ne sentirons-nous pas 
une foi plus ardente se réveiller dans nos cœurs ; et , fiers 
du triomphe des nôtres, ne nous écrierons-nous pas aussi : 
« Nous sommes chrétiens I » 

En assistant, en prenant -part à ces combats de l'Eglise 
pour le service de Dieu, à ces morts victorieuses » à ces 



<1) Fëttéloo , Sermon pour h fîU dt l'Epifhaniên 

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coBCosttons intréfMdes des néoi^ytes, à tant de sacrifices 
et de vertiis , il faut bien lot ou tard qu'on ait honte de 
sa-méme et qu'on veuille aimer Dieu davantage ; on s'at- 
tadie plus tendrement à cette bonté éternelle qu'on voit 
sans cesse occupée à solliciter les hommes, sans cesse re- 
poossée par la haine et le mépris. On finit par se pénétrer 
de cette sainte passion si énergiquement exprûnée par 
Bonrdalone , lorsqu'il montre « les intérêts de Dieu remis 
t (» nos mains tellemoat que nous en devons être les ga* 
c rants , et qu'autant de fois qu'ils soufirent quelque alté-* 
« ration et quelque déchet , Dieu a droit de s'en prendre 
« i nous , puisque le dommage qu'ils éprouvent n'est que 
« l'effiH et ime suite de notre^ infidélité.. • Quand vous 
« travailleE pour vous-mêmes, eontinue-t-il, comme vous 
« êtes vous-mêmes petits, quoi que vous fussiez, tout est 
« petit, tout est borné , tout est réduit à ce néant insé- 
« parable de vos personnes et de vos états. Mais quand 
t vous vous intéressez pour Jésus-Christ, tout ce que vous 
< faites a je ne sais quoi de divin (1). » Ce n'est pas, en 
efo, uie vaine formule que cette invocation : « Saint Fran- 
« ^Xavier, priez pour nous. » Invocation qui rsq>pelie 
b mémoire de cet homme à' qui l'amour divin ne lais- 
sa pas de repos. Ce denier recueilli chaque semaine » 
c*m une coopération à la rédemption du monde par le 
sasgde Jésus-Christ. Voilà l'ouvrage auquel nous nous asso- 
cions. A l'exemple du Sauveur, nous commençons à aimer 
te hommes sans œs liens plus étroits que forme la com- 
Qttnauté de race , de patrie et de religion ; à en aimer au- 
^t que le Sauveur en aima sur la croix. Chez ces peuples 
penwrs, maudits par les voyageurs; parmi ces tribus can* 



(1^ BwifdiWne , S$nwn fitr U Zitu 



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166 
nibales dont on noos a raconté les horribles festins, noos ne 
voyons phis qae des âmes hnmorteUes , souverainement 
dignes de pitié et de dévouement. En apprenant ainsi h 
secourir des misères absentes , comment resterions-nous 
insensibles à celles que nous voyons , que nous touchons , 
qui nous attendant au seuil de nos portes , dans nos rues , 
au fond de nos prisons et de nos hôpitaux? Non, rCBorre 
de la Prqxigation de la Foi, en tournant le cours delà cha- 
rité vers des contrées lointaines , n'dte rien aux pauvres 
de nos villes. Quand vous ne savez plus refuser au eoUec- 
teur qui vient recevoir l'offrande périodique, fermerez-^ 
vous la porte aux enfants éplorés qui viennent y deinander 
du pain? Quand de pauvres montagnards des Alpes, quand 
les pédieurs de la rivière de GéÉes , ou les soldats irbn- 
dais des garnisons de Tlnde retrandient sur leur nourriture 
\y>nr la caisse des Missions , ne voyez-vous pas qu'il n'y a 
rien qu'on n'en puisse attendre? • 

Que sera-ce si , nous élevant à des vues {dus hmles «t 
phs dégagées des pensées de la terre , nous regardons où 
vont nos offrandes. Elles prennent le même dienmi que 
nos prières. Elles vont dans ces trésors de Dieu , où Tobole 
de la veuve est comptée, où un v^re d'eau n'est pas 
perdu, où nul ne donne tant, qu'il ne reçoive bien davan* 
tdge. Nos faibles mérites vont s'y confondre avec ceux des 
Apftcres , des Martyrs, de tant de catholiques soufrante*, 
persécutés. Enore eux et nous tout est commtm : nous 
avons une fleur dans toutes leurs couronnes; il n'y a p&s 
une de leurs larmes que les Anges recueillent cpti ne prie 
au ciel potu* nos péchés , qui ne fasse descendre la nûsért*- 
corde sur nos têtes et sur nos maisons. Nous ie sommes 
oubliés dans aucune de leurs supplications ; ils ont appris 
à prier pour nous en voyant chaque année , au temps de 
1^ commémoration des morts , leurs prêtres monter à l'au* 
tel pour les Associés défunts de la Propagation de fai Fol. 



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167 

Lis Përas ct« iliraier ccmrïe aiQérîcaia daBdthnore s'uatf* 
leot aux Evéques de la Chine et de la Corée, afin de nous 
bénir (1). Bien ne peut résister ^à cette sainte conspira- 
lion. Si la moitié de TEurope au XVP siècle tint Terme 
contre les tentaiiTes de la réforoie et contre ses violences, 
peut-être fut-elle secourue plus qu'elle ne le pensa par ces * 
nombreux Missionnaires italiens, françaîa, allemands, 
portugais , espagnols , qui portaient la* foi dans les deux 
mondes. Peut-être le salut de plus d'un peuple fut-il dé^ 
ddà par l'immolation volontaire de ces milliers de ehré- 
tiens qui mouraient au Japon , ou par la prière innocenta 
de ces pauvres, sauvages du Canada qui sortaient de l'eau 
baptismale. Et maintenant que. nous .voyons se fonder tant 
d'Eglises nouvelles ; les chrétientés se miilif plier sur toutes 
les côtes de l'Asie^ de l'Afrique, de l'Amérique, dans 
toutes les lies de TOcéanie, ne semble-t-il pas qu'en allu- 
mam autour de nous tant de foyers de. charité , la Provi- 
dence veuille réchauffer en6û nos vieilles Eglises qui se re- 
froidissaieiit. « 

Etc'esl nous A^odésd^ la Propagation de laFoi qui sûm- 
mesdioisis pour étreksâriisans de ce dessein. Quand, dans 
les ohantîersd'un port y des manœuvres se courbent sur lebois 
qu'ils ajustent, combien peu comprennent l'importance de 
lewviravail 1 Cependant ces bois rassemblés formeront le aa*- 
Vttiequi portera siur touteslesjuers lepavillon de la patricftn^ 
looré desouvenûrs et de gloire. Ainsi nous $onunes»lesma^ 
Mavres,6tnosaumôness(HitlesiaiblesmoyeusqueDieuveuC 
bien employer pour former et mettre à flot la barque de l'a- 
postolat. Mais cette barque porte l'étendard de la croUg^^et 
«vec ki leme la lumièr&et toute Ja civilisation du mooédé 



(1) Lettre des Pères do demâème GMeile 4% BeUîmMe. Uutméê 
î, le Tinire apoitoU<itte de Sitm el l'£Tèt|ae de Cafis. 



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170 

(1) Dans h CoUl àm receUei m trmiirffUetiBpnf 4ifmn dmê partie«> 
ken, parmi lesqoelt nous citerons lei tuivanU : Diocèse d'Alby, 800 fr« 
* Aogoaléine , 10,000 fr. — Aolim , 400 fr. — Goatances , 586 fr. 
70 cent. — MonUoi>an , 2,000 fr. — Nantes , 1,400 fr. — Rennes » 
850 fr. — Saint^Glande, 3,000 fr. — Yersailles, 2,500 fr. ^ Yi? iers, 
300 fr. — Tonrvy , .5,847 ir. A9 tnà. -^ Bêle r 7>W7 fr. 15 eeol. — . 
6a?oM, M38 ft. 85 oenU^ Torin, 764 fr. 40 cent. — Yercail, 
1 ,000 fr. — Portugal , 3,121 fr. -^ Hé Boarbon , 1 ,000 fr. 

Il a élé reçu de di? ers diocèses , tant de France que de Be^iqne , des 
dons pour le baptême et le rachat des cBfiiâtt chinois , dont le total »*âèTO 
àl4311fr.44eenf« 

Tons les dons faits arec «TTectatidn tfp^îale , soit pour le btplême et 
le. rachat des enfants chinois , soit ponr toat antre objet , recoTront fidèle- 
ment leur destination. 

NovB derons ajouter que tons les bienfaiteurs de l'OEufre, signala oo 
non dans cette note, se recommandent d*ane manière spéciale aux prières 
des Missionnaires. 

Le produit des Annales et coUectiona Tendues se trouro nni aux 
chiffres des recettes de chacun des diocèses dans lesqueb la Tente a été 
effectua. 

(2} Yoir cette somme an compte de 1^ , poblid dans le cahier de 
mai 1844 ,^no 94, pag. 207. 

(3) Les Annales sont tirëes actuellement k 171,900 exemplaires . 
MToir : Français, 94,000. —Allemands, 24,000. — Anglais, 14,000. 
— Espagnols, 1,500. — Flamands , 4,800. — luliens , 30,000. — 
Portugais, 2,500. ^Hollandais, 1,100. Cependant ce nombre d'exem- 
plaires a élë un peu moindre en moyenne pendtnt Tannée ^olëe. 

Dans les frais de publication sont compris Tachât du papier, la com* 
position , le tirage , la brochure des cahiers , la traduction dans les di- 
f erses lingues et la dépense des impressions accessoires , telles que ceHns 
des prospectus , coup-d*mil , tableaux , billets d*indulgence , etc. , ttt. 11 
faut remarquer en outre que Textension de TOEurre nécessite quelquefois 
plnsieors éditions dans la même laiigue , soit â casse de la distance doa 
lieux , soit far snîle de rëléfatioo des droilade do u aa ei •»:aBtre0 sotifc 
grares. C'est ainsi que parmi les éditions ci-dessus énumérées , il t'en 
trouve deux, en allemand , de«x enanglais vltoii en italien. 

(49 Dans les frais d'administration sont comprises les dépenses faites 
Don-seulement en France, mais aussi en d'atires coatiées. Ces dépensai 
«e composent des traitements des employés , des frais de harctax , loyert » 



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m 

ic^tns» ports de lettres pour la correspondjuice tant arec les diren 
ëiocèscaqoi eontrikieDt à l'OEiiTre par l'enToi de lant aamltaes, ^afee 
les Mileioiis de toot le globe. 

Les fonctions des administrateurs sont toujours et partout entièrement 
fratnites. 

(5) hb reste en excédant des recettes sur les dépenses de chaque année 
ferme ie premier fonds employé an payement des allocations adressées aox 
dit erses Missions dans Tannée suifante, Â'après une nourelle répartition 
fâ est Totée après la clôture dli cOUipte de la précédente année. Ainsi , 
l'excédant des receltes de chaque apnée close^ de môme que les aumônes 
successif ement recueillies dans l'année courante , ne s^euroent e» réalité 
' que k Aoins possible itm lei caÎHM de l'OEuTre. 



DÉTAIL DES AUMONES 

TBAHSMI8B8 PAR tES DIYERS DIOCÈSES QUI t)Nt GOIfTAIBITi 
A L^ŒVTRB EN 1S44. 

FRANCE. 



Diocèse d'AIX. ...... 

— d'Ajaccio. ... . . 

— de Digne • ' 

— de Fr^us 

• —- de Gap 

— de Maneille. . . • . 

_ IVAIJIY {^^^ ll,85if^0c. 

— UiiUttï.jg^^^ 9,342 40 



14,483 f. 35 c. 


1.667 


25 


6,141 


95 


26,784 


80 


9,655 


»» 


Ur3^i 


47 


21,196 


9» 

* 


116.2Wf.7»c 



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172 
Rqport 
Diacèse de Cabors 

— deMende. • • • • • 

— de Perpignan 

— de Rodez (1) 

— tf AUCH 

"' Cl /\ire* •••••• 

— de Bayonne. . . • • 

— de Tarbes 

— d'AVIGNON 

— de Montpellier 

— deNtmes 

— de Valence, . . • . • 

— de Viviers. • • • • • 

— de BESANÇON. • . # 

— de Bdley. . ♦ . . * 

— de Metz # 

— de Nancy. . • . • é 

— de St-Dié. 

-^ de Strasbourg 

— de Verdun 

— de BORDEAUX. • . . 

— d'Agen. .••... 

— d'AngouIéme 

— de la Rochelle 

— de Lnçon. 

— dePériguenx 

— de Poitiers 



1 15,260 f. 72 c. 


19,776 


20 


21,041 


16 


9,500 


• ■ 


34,384 


95 


25,000 


»» 


26,461 


70 


26,000 


■» 


12,545 


>> 


28,586 


»> 


34,000 


•» 


19,281 


80 


17,70t 


85 


26,482 


60 


31,630 


09 


23,604 


25 


30,050 


85 


15,219 


42 


15,300 


»• 


41,883 


35 


13,000 


»» 


40,982 


15 


15,300 


9» 


13,000 


»» 


11,716 


»» 


26,089 


13 


4,630 


mm 


24,000 


mm 


719,427 f. 21c. 



(1) 1 ,540 fr. 60 cent. , arrii^ après Ii dôtvre au compte, feront 9tm^ 
fdl daps la recette de 18i5. Le cbifTre des aumônes rccaeillîes dans It 
iiocèie^e Redei en ASii est donc eo rëaiité de 35.925 fr. 55 cent. 



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173 




Report 719,427 f. 21 c. 


Diocèse de BOURGES. 


. . . • 8,431 10 


— de Qermont-Ferram 


i . . . 36,589 31 


— de Limoges . » ■ 


. . « . 11,444 85 


— du Puy. . . •. ; 


. .' , . 21,692 25 


— de Saint-Flour. . 


. . , . 22,713 90 


— de Tulle. . . 


. . . 4,703 60 


— de CAMBRAY. . 


. . . 89,806 16 


— d'Arras. . . , 


, , , 21,637 45 


— de LYON. . . 


. : . ■ 175,067 60 


— d'Autuo. , . ■, . 


. , . 16,937 36 


— de Dijon. . . . 


. . . , 9,498 »» 


— de Grenoble. . - 


. .. ^. 39,663 20 


— ' deLangres. . . .. 


. . , . 19,890 »» 


— de Saint-Claude. 


. , . . 19,511 »» 


— de PARIS. . . • 


. . . 92,371 86 


— de Blois. . , - 


. . . 6,200 .. 


— de Chartres. -; - 


. . 7,469 V, 


— deMeaux. . . . 


, ^ . 2,123 10 


— d'Orléans. . . • 


. . 9,032 75 


— de Versailles. . . 


. .. '. 11,862 20 


— de" REIMS. . . 


. . . 15,306 26 


— d'Amiens. . . 


. •. •. 14,858 »» 


— de Beauvais. . . 


. -. . 12,166 .. 


— de Châlons-sur-Man 


10. . . 8,800 »« 


— de Soîssons. . . 


. . 12,017 65 


— de ROUEN. . . 


. . . 29,005 10 


— de Bayeux. . . % 


. . 29,966 »> 


— de Coulanccs (1). . 


. . 16,424 .» 




1,472,853 f. 78 c. 



(I) Une somme de 5,000 fr.. appartenant à l'exercice. de iSi%, a i\é 
comprUe par erreur dans les recettes de l'exereice de 1943. 



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INoeëse d'Evrenx. • 
"— cte oé6s« • ■ • ^ 

— deSENS. . • 

— de MooKiis. • i 
«— ' doNèfora* • « 
•— deTroyes. . .• 
~ de TOULOUSE. 

— de Garcassomie.. 
^ de Slontaiiban. • 
^ de Faniiers* • « 
•- deTOURS. • . 
-— d*ADgers. • .-^ 

— du Mans* • 's 
— ^ de Nantes* • « 

— de Quimper* 

— de Rennes.* • • 
— ' de Samt-Brieux. 

— de Vannes. . * 



lf4 

Report 



1,472,853 f. 78 e, 

6,800 90 
10,54fi 

9,600 

7,416 

6,568 

7,100 
63,218 
18,093 
16,029 

7,422 
13,836 
40,038 
44,714 
60,168 
21,424 
64,637 
41,010 
27,864 



35 

B» 
B» 

30 
85 
20 

»« 

20 
35 

'25 
70 
35 

,80 



25 



COtomB» rURÇAISBI». 

Diocèse d*AIg«r. ,-\ «^ « • 2,687 65 

Ile.BpuiJwii * * 7,500 »» 

Gnadeloi^e < 90 - »> 

Martinique. ....... 4,993 *89 

Poiidicbà7 (1) » »» 

SéBéêaU . . *..„>* 278 »» ^ 

,1,933,809 f. «2 Ci. 

mBSSBBSsaasi^tssBmaam 



9) Fondf «0» f«nti|iif. 



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176 . 
ALLEBIAGNE. 

floriot. kr. pf.. 

De divers i'ocèscs. • 5,790 20 » 12,507 f. 12. c. 

GRIflID DtrCHJ' DE BJUIB. 

Diocèse de FRffiOURG 6,820 20 2 12,571 94 

GBAlfD DtNSnS DB HBSSB^DÂâHBVMyr» 

Diocèse de Mayence. . 1,382 38 1 2,986 60 

WIHTIIBBIG* 

DiocèsedeRottenbourg 13,669 »»* 1 29,525 05 



57,590 f. 61c. 



AMÉMQUE DU NORD. 

pMitret. 

'>»eèscdè*** 200 l,000f.»»c. 

CANADA, 
livret, th. è. 

DkKJse de QltËBEC 2,137 18 *» 45,608 50 
-r-'de Montréal. , «52 2 6 13,912 »» 
— de Toronto (1). » •• » » p^ 

•£TAT8-4mi8. . . 
* • Mollfrs. • ' 

Diocèse de New-Yorck. • 6 30 26 50 



60,547 f.»» c 



d) F«ndf Bon parroraiw ' 

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176 

Report 60,547 f/»» c. 

dollars. 

Diocèse de la Nouvelle-Or- 
léans (1). . . » »» » »» 
— de Philadelphie. . 10 »» 50 »» 

If ou VELLE-'iCOSSE • 

Diocèse d'HaUfax.. • • 504 »» 2,620 •» 



63,117 f.»» c. 



AMÉRIQUE DU SUD. 

BRESIL. 

Diocèse de Maragnan . 43,200 »» 270 f. »» c. 

CHILI, 
piastres. 

Diocèse de SANTIAGO 1,2&6 84 6,43i 20 
— deCoquimbo. . 138 ■» 690 »» 

7,391 f. 20 c. 



BELGIQUE. 

Diocèse de MALINES (2). . . 36,330 f. 21c. 

— de Bruges 22,249 .. 

— deGand.. * . . . . 43,639 74 

102,218 f. 95 c. 



f (1) FondsBoa pirreniu. 

(S) Une partie nottUe dat tomiiMi rccDeillif * d«iu ce diocèse pr*« 
yieal de d«u «tw m moi deiiiMtioo •pVciile. 
\ 



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177 

Report 
Diocèse de Liège 

— deNamur 

— de Tournay 



102,218 f. 95 c. 
33,615 22 
10,21C ' 81 
31,635 05 



ILES 


BRITANNIQUES 


177,686 f. 03 c. 


» 




• 


ANCLETERKB. ■ 








liTrei tt. >h. i. 






District de Lancaslre. 


441 17 4 


11,312 f. 31c. 


— de Londres, i 


394 15 7 


10,106 


35 


— dTorck. . . 


200 3 4 


6,124 


24 


— du Nord. . . 


50 »» 6 


1,275 


32 


— du Centre, i 


167 5 7 


4,282 


30 


— de l'Ouest, i 


176 5 7 


4,614 


34 


— de l'Est. . . 


49 118 


1,264 


38 


Pays de Galles. . . 


. 55 13 9 

Ecosse. 


1,420 


03 


District da Nord. . . 


. 46 B» » 


1,177 


60 


— de l'Est. . . 


59 9 5 


1,622 


42 


— de l'Ouest. . 


18 111 

niANDE. 


475 


»» 


Diocèse d'ARMAGH. . 


122 19 6 


3,154 


22 


— d'Ardagb. . .• 


17 3 4 


440 


44 


— de Clogher. . .■ 


18 6 9 


470 


38 


— de Derry. . . 


51 18 1 


1,330 


99 


— deDownetCon- 








nor. . . . 


60 17 4 


1,564 


16 



TOI. XTII. 100. 



49,434 r. 48 c. 
12 

Digitized by LjOOQ IC 



176 





Report 


49,434 f. 48 c. 




liT. tt. .k. a. 






Diocèse de Dromore. 


26 6 8 


675 


08 


— de Kilmore. • 


81 13 4 


2,098 


74 


— de Mealh. . • 


247 9 6;/, 


6,337 


42 


— de Raphoë. • 


7 6 8 


188 


»» 


— de CASHEL. . 


270 16 3 


6,943 


20 


— deCloyneelRosî 


{ 369 6 » 


9,472 


63 


— de Corck. . . 


845 5 3 


21,680 


03 


— -deKerry. . . 


118 2 6' 


3,029 


90 


— de Killaloë. * 


163 13 9'/» 


. 3,941 


14 


— de Limerick. • 


111 11 8 


2,867 


60 


— de Waterford . 


622 7 8 


16,993 


16 


— derftJBLIN. 


. 1,924 14 4 


49,465 


12 


— de Feras. • « 


366 16 . Va 


9,126 


>» 


— de Kîldare e 


t 






Leighlin. . • 


686 1 B'Ii 


16,032 


73 


— d'Ossory. . 


343 >» 4 


8,798 


35 


— deTUAM. . • 


63 11 7 


1,373 


58 


— d'Achonry . . 


16 17 10 


407 


78 


— de Clonfert. « 


13 10 » 


348 


60 


— d'Elphin. . . 


92 9 3 


2,379 


11 


— de Galway. . 


67 3 3 


1,724 


34 


— de Killala. . . 


4 16 » 


123 


60 


— de.Kiliiiacduagi] 

GOLOl 


i 30 11 » 

(IBS BRITARRIQDÉS. 


782 


08 


-Caksntfli (i)* . . 




B 


mm 


Cap de Bonne-Espéra 


noe« • • • • 


1,799 


»» 






214,020 r. 67 c. 


0) F«a4t MM pirrcDnt 









Digitized 



byGoogk 



17» 



Duniniqne. 
Gibralur. 
Jamtique. 
Hadns. 



Report 214,020 r. 57 c. 

. . 76 15 

. . . 1,70« 98 
. . . 340 »» 

. . . 8,263 60 



Maurice (!lé) 2,326 .» 

Sjdney (Australie). 10,280 >» 

Térapolly (ÇJalabar) (1). . ... • »» 



236,914 f. 30 c. 



RÉPUBLIQUE DE CRACOVIE. 
Diocèse de Cracovie. . < < « . 363 f. 63 c. 



ÉTATS DE L'ÉGLISE. 





cens ronsins. 






nUffi. • • • a 


. .9,&89 25 » 


62,116 f. 49 c. 


Koeèie d'Acqua-Peu- 






éaOïB. . . 4 


40 » » 


217 


39 


~ d'AIatri. . . 


l&O »» » 


815 


22 . 


— d'Albano. . . 


87 44 » 


476 


22 j 
61 


~ d'Amelia. . . 


, 62 »» » 


282 


~ d'Anctee. . . 


134 32 » 


730 


HV 


— d'AacoU. . 


224 06 » 


1,217 


72 


— tfAaaiK. . . 


. . «2 70 » 


449 


46 • 


— deBagnorea. < 


«4 32 » 


A6S 


26 ' 


*• deBfiNÉVENT. 


308 64 » 


1,133 


91 






«7,895 f. 28 c 


P) Tmèt Ma ptrreaw. 












12. 


■ 






Digiteedby Google 





ISO 








Report 


£7',895f.28c 




êaa romaJBs. 






Diocèse de Bertinoro. 


63 £3 » 


34£ 


27 


— de Sarsina. • 


26 31 » 


142 


99 


— de BOLOGNE. 


1,£60 »» » 


8,478 


26 


— de Cagli. . . 


84 71 m 


460 


38 


— de Pergola. . 


£2 £0 » 


285 


33 


— deCAMERINO. 


226 08 » 


1,228 


70 


— de Treja. . . 


30 95 » 


168 


21 


— de Cervîa. . • 


30 70 > 


166 


85 


— de Césène. . . 


227 04 > 


1,233 


91 


— de Citta della 








Pîeve. • . 


47 08 » 


255 


87 


— de Cîita dî Ois- 








tdlo. • • • 


170 »» » 


923 


91 


— de Civîta-Vec- 








chi2k . . . 


63 » » 


342 


39 


— deCivîta-Castd- 








lana. . . • 


39 03 > 


212 


12 


' — de Corncto. . 


30 »» » 


163 


04 ' 


— de Fabriano. • 


• 90 »» » 


489 


13 


— de Matelica. . 


125 £8 » 


682 


£0 


— de Faenza. . . 


388 20 * 


2,109 


78 


— deFano. . . 


330 »» » 


1,793 


%8 


— de Ferentino. • 


76 28 . 


414 


£7 


— de FERMO. . 


667 22 6 


3,626 


22 


— de FERRARE . 


719 7fi » 


3,911 


69 


— de Foligno. • 


114 •» » 


619 


£7 


~ deForli. . . 


320 ». » 


1,739 


13 


— de Forlimpopoli 


82 69 » 


449 


40 


— deFossombrone 


79 80 » 


433 


78 


— deFrascaii. . 


48 84 > 


266 


44 




88,837 f. 12 c 



Digitized 



byGoogk 



181 





Report 88,837 f. 12 c« 




écos rontim 






e â*Iesi. . • • 


73 35 > 


398 


64 


dlmola. • . 


520 » > 


2.826 


09 


deLorelteetRe- 








canati. • • 


54 71 > 


297 


34 


de Macerata et 








Tolentino. • 


205 » > 


1,114 


13 


de Montalto. • 


61 04 l 


> 277 


42 


deMontefiascone 


42 90 « 


233 


15 


deNarni. • • 


18 92 > 


102 


83 


de Nepi, SuUi 








etTolb. . . 


40» > 


217 


39 


de Norcia. 


30 39 > 


165 


16 


d'Orvieto. . . 


173 35 i 


S 942 


15 


d'Oskno. . . ^' 


68 SO I 


370 


65 


de Palestrina. . 


140 » > 


760 


87 


dePennabniL. 


268 91 i 


i 1,461 


49 


de Pérouse. • 


421 48 • 


2,290 


65 


de Pesaro. • • 


475 » 1 


2,581 


62 


de Poggio-Mir- 




~ 




teco. • • • 


£6 60 > 


307 


61 


de RAYENNE. 


348 11 > 


1,«91 


9D 


de Rieli* • • 


102 » 1 


554 


35 


de Rimini. 


160 » 1 


869 


6'. 


de Ripatransone 


110 »» > 


597 


83 


deSan-Sereriuo 


95 »» 1 


516 


30 


de Sinigaglia. . 


222 »• 1 


1,206 


52 


deSPOLETTE. 


171 14 I 


930 


10 


de Segni ec Ga- 








vignano. . * 


560i 


30 


43 


deTerni. » * 


60 »» 1 


326 


09 




1 10,107 f. 30 c 



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tsi 





Report 


1 10,107 r. 30 c 




écQt ronMiiif . 




Diocèse de Terracine , 






PipernoetSezze 


67 60» 


367 39 


— de Tivoli. . • 


140 »» > 


760 87 


— de Poli. . . 


5 20 » 


28 26 


— deTodi. . . 


123 .. . 


668 48 


— d'Urhûnîa. . 


133 72 > 


721 30 


^^ de San-Angelo 






ÎB Vado. • • 


23 40 » 


127 17 


— d'URBINO . . 


76 »» « 


413 04 


•— de Velletri. . 


99 56 » 


o41 08 


— de Viierbe. * 


106 67 » 


&79 73 


— de Toscanella . 


66 27 > 


305 81 



114,620 f. 43 c 



Pe divers diocèses. 



ESPAGNE. 

féaux. 

. 6,222 . 



1,555 f. 50 c 



GRÈCE. 



Diocèse de NÂXIE. . 

I — de Saniorin. . 

— deSyra. . . 

— de Tine (1). . 



Jntchnitt. 

90 »» 

333 34 
336 67 



81 »» 

300 » 
303 » 



(1) 867 fr« , trntëf tprès It clôture da compte , seront eomprii < 



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183 




ILES IONIENNES. 




AiocisedeZante. * 


d04f.S5c. 


LEVANT. 




piastres tor^et. 




Vicariat apostoUqne de 




CONSTANTINOPLE • 6,876 »» 


1,719 r.»»c. 


Diocèse de SMYRNE (!)• 4,656 »» 


1,164 » 


— deScio. . . . 700 »» 


175 » 


— d'Alep. ... 981 30 


230 99 


— de Beyroutb. . 576 »» 


143 75 


Vicariat apostolique de 




VÉGYFTB. . . . 5,29» IJ) 


1,340 75 




4,773 f. 49 c 


LOMBARD VÉNITIEN 




(royaume.) 




lÎTr. •Qtrich. 




Diocèse de MILAN . 46,061 43 


39,162 f. 22 c. 


— de Bergame. . 13,794 12 


11,725 .» 


— de Brescîa. . 16,749 70 


13,659 78 


- de Côme . . 4,171 76 


3,646 »> 


— de Crème. . 774 63 


658 44 


- de Lodi. . . 2,437 66 


2,072 »» 


— de Manloue. • 706 88 


600 »» 


-de VENISE. . 2,362 »» 


1,964 20 


Dedlva^ diocèses. . 12,674 76 


10,688 55 


Diocèse de **^. . 3,667 66 


3,024 «» 




86,990 f. 19 c. 


^ 


# 


(1) 21 fr., tirifét après It cMlore du compte, feront compris dans !• 

•m*mn^ J^ 40CK 



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184 
DUaiÉ DE LUCQUES. 

livres lacqnoîwt. t. è. 

Diocèse de LUCQUES 12,166 19 4 



9,125 r.2£c. 



ILE DE ftlALTE. 

tan mtlltà. 

Diocèse de Malte. . 5,962 1 18 



12,194 r. 36 c. 



DUCHÉ DE MODÈ^. 



Diocèse de Carpi. . 

— de Massa. . 

— de Modène. 

— de Nonantoh. 

— de Res^io. . 



. 1,639 r. 10 c 

2,417 83 

7,917 18 

262 33 

7,491 07 * 

?19,727 f. 51 c. 



DUCHÉ DE PàRME. 

Diocèse de Borgo-San-Donnino. . 700 f. 06 c. 

— deGuastalIa ■ 5S4 09 

— de Parme '6,707 90 

— de Plaisance '7,609 62 



14,571 f. 67 c. 



PAYS-BAS. 

floriai. 

Vicariat apostolique de 
Bois-le-Dac. • • 14,723 »» 
— deBréda. . • 2,700 »» 



31,159 r. 68 c. 
6,714 30 

36.873 r. 98 c. 



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^korlat apostoUqueda 

Limboui^. . 

— du Luxembourg 

Ardijprétré deSdûdand 

De dhers arcfaiprétrés. 



186 

Report 

0oriiis. 

7,338 »» 

£,276 »» 

£00 »» 

15,260 80 



PORTUGAL. 



(Kocèse de BRAGA. . 

— d'Ayeiro. • • 

— de Bragance. • 

— de Coimbre. . 

— dePinbel. . • 

— de Porto. • . 

— de Vbeu. • . 

— tfEVORA. . 

— de Beja. . • 

— d'Elias. . . 

— de LISBONNE. 

— de Guarda. . 

— de Lamego. • 
-- de Lâria. . . 



rtîs^ 

1,231,120 

105,680 

86,880 

389,810 

£,060 

1,279,330 

341,460 

163,705 

65,600 

119,850 

1,917,396 

79,320 

20,160 

457,020 



36,873 f. 98 c 



15,528 

11,168 

1,058 

. 32,297 



93 
72 
20 
98 



96,927 r. 81c. 



7,694 f. 50 c 
660 50 



543 

2,380 

31 

7,995 

2,134 

1,023 

410 

749 

11,983 

495 

126 

2,856 



73 

80 

03 

06 
20 
75 

»• 
38 



lus AÇOBES. 

Diocèse d'Aogra . . . 467^080 2,920 »» 

ns PC ■AOikB. 

Diocèse de Funchal. . 19,240 120 25 



42,123 r. 20 c 



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186 
PBU6SE. 

CBAND DUCHi DE POSER. 
lUen. ni. pt 

fiiocëse de POSEN 

etGNESEN. . . £88 29 11 9,t64t.99c 

nOYIRCE DE ncssE. 

Diocèse de Yannie. . 1,709 10 2 6,215 73 

PKOTIRCE KHéNARB. 

Diocèse de COLOGNE 21 ,990 20-11 82,465 11 

— de Trêves < .- 3,533 8 6 13,249 SI 

snistB. 

Diocèse de Breshu. i 5,234 »» 2- 19,105 67 
*— de Prague (par- 
tie prussienne) 470 » » 1,716 60 

'WESTPHÂUB, . . 

Diocèse de Munster. 9,788 20 8 36,707 68 

— dePaderbom. 5,467 6 4 20,561 9t 



1^2426 f. 90 c 
ÉTATS SARDES. 

DUCBé DB ciNES. 

Diocèse de GÈNES 31,216 f. 18 e. 

— d'Albenga 4,613 14 

— deBobiMO. . . . . . \ 1,574 99 

37,404 f. 31c 



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1«7 

Report 37,4«4f.3Ic 
Diocèse de Nice. ...../ 6,438 86 

— de Samne. . . , . . • 2,379 65 

— deSavone- . .. • .^ . . 6,70« 63 

— de VinUfflille. ^ ^ . . . 2^77 69 

piéarorfT. 

Kocèse de TUWN. . . . . . 61,000 2» 

— d'Acqai. . ... . ... 3,609 80 

— JAlbe. . 6,12s »» 

— d'Aoste. . ft^400 .1. 

— d'Asti 3,198 93 

-y de Coni 2,600 »» 

— de Fossano 2,291 80 

— d'Ivrée (1) 8,522 66 

— de Mondovi 12,141 86 

— de Pignerol. . • . . . 4,906 60 

— de Saluées 6,312 70 ^ 

— de Suse 1,662 70 

— de VBRCEIL 8,009 26 

— d'Alexandrie 2,620 60 

— de Bielle . 6,670 »» 

— de Casah , 6,^1 61 

— deNovare . 7,000 »» 

— de Tonone . 8,991 30 

— de Yigevano 2,221 »» 



211,973 f. 81c 



(1) 520 fr., trriWs après It clôlore da compte, leront comprit àêw 
^ recette de 18i5. 



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188 

Report 211,973 f. 81 c. 

Diocèse de CAGLIARI. . • . • 141 74 

-^ de SASSARl (ï) » »» 

— d'Alghero (2) # » »» 

SATOIE. 

Diocèse de CHAMBÉRY 12,000 »» 

— d'Annecy. . . . . . • 26,838 »» 

— de Moutiers. 4,760 »» 

— de SaintrJean-de-Mauriepne. . 2,825 »» 

258,528 f. 55 c. 



DEUX-SICILES. 




BOrAUSE DE RAFLES. 




• 


dacats. pr. 




Diocèse de NAPLES. 


. 11,096 76 


47,893 f. 62 c. 


— de Noie. . . • 


• 127 »•. 


548 13 


— de Pouzzoles. 


40 »» 


172 64 


— de SORRENTO • 


1,779 ». 


7,678 17 


— de Gaeie. . • 


• 68 35 


295 »» 


— de Sora. . . . 


180 00 


776 88 


— de Sessa. . . 


160 20 


691 43 


— d'Alife ei Telese 


30 » 


86 32 
68,142 f. 19 c. 



(1} 6i2 fr. 44 cent., irrivës aprèt la ctô4are an compte, seront com- 
pris dant U recette de 18i5. 

(2) 150 fr.» arrivét après la dutare do compte, seront compris dans 
la rrccUc de 1845. 



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189 








Report 


58,142 r. 19 c, 




^QMtt. gr. 






Diocèse de CAPOUE. • 


250 »» 


1,086 


96 


— tfAversa. • • • 


44 88 


193 


71 


^ d'Isernia. . . • 


12 » 


51 


80 


-deSALERNE. . 


131 .^ 


665 


40 


— de Caya. • . • 


140 »» 


604 


24 


— de Nocera de Pa- 








gani* • • • 


280 .» 


1,208 


48 


— deMelfietRapoIIa 


100 » 


431 


60 


— de Lucera. • • 


7 £5 


32 


5» 


— dcœNZAelCAM- 


• 






PA6NA« . . 


£0 » 


215 


80 


— deMANFREDONIA 


50 »» 


216 


80 


— de CoDversano. . 


230 » 


992 


68 


— deTRANIelNA- 








ZARETH. . • 


86 70 


374 


20 


— de Monopoli. • \ • 


72 30 


312 


05 


— de Casidlaneta. \ 


112 55 


485 


77 


— dTOria. . . • 


102 »» 


440 


24 


— de Lecce. • • 


360 »» 


1,610 


60 


— d'Ugento • . * 


89 60 


386 


72 


— deOalUpoli. • • 


12 10 


52 


23 


— deœSENZA. . 


100 >» 


431 


60 


— de S. SEVEHINA 


100 » 


431 


60 


— d'Oppido. . . 


233 50 


1,007 


79 


— deNicoteraelTro- 








pea 


60 »» 


215 


80 


— de Mileto. . . 


100 » 


431 


60 


— deLANCIANOet 








ORTONA* . • 


60 »» 


258 


96 


— ' d'Aquila. • • • 


256 87 


1,108 


65 






7l,t89f.06c. 



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Report 


71,189 f. 06 c 




docatt. gr. 






Diocèse d'Apnitina et Te* 








ramo. • • « 


104 >• 


448 


87 


— d'Alri et Penne . 


120 >» 


517 


92 


— de Gerace, . , 


150 »» 


«47 


40 


— deMuro. . • • 


60 » 


258 


96 


— de Giovinazzo , 








MolfetUetTerlizzi 


i 411 £0 


1,776 


04 


— deTARENTE. - 


80 »» 


345 


28 


— de Venosa. • 4 


50 » 


215 


80 


— d'Avellino. . i 


57 40 


247 


74 


— deTrivento. * < 


40 » 


172 


64 


— de Bojano. . < 


58 36 


251 


89 


— d^Amalfi. • • « 


13 » 


56 


11 


— d'OTRANTE. , 


126 60 


546 


41 


-^ deSolmonaetVaF 


ra lOp »» 


431 


60 


— de Monte-Cassino 


300 »• 


863 


20 


— de Foggia. . 


50» 


215 


80 


— de Gotrone. . 


20 M ' 


86 


32 


— îl'AscoB. . . . 


10 »» 


43 


16 


— de Bisceglie. • 


IID *• 

SICILE. 


474 


76 


Diocèse de PALERME. 


. 1,854 01 6 


7,725 


08 


— ^ MESSINE. 


568 09 5 


2,867 


08 


— de MONTRÉAL. 


327 25 5 


1,363 


58 


— de Catane. . 


674 >• » 


2.795 


84 




749 & » 


3,124 


38 


— de Syracuse. • i 


66 97 » 


274 


88 


— de Girgenti. • 


760 70 » 


3,10e 


59 


— de Gsdlagirone. 


SIO »• > 


875 


»» 




100.484 f. 3.9 c. 



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191 



Report 100,484 r. 39 c. 





da<9U. gr. 






DiooisedeCeGaù. . » 


31 37 5 


130 


76 


— de Paui. . . * 


46 60 » 


193 


65 


— de Nicceia. * * 


18 20 » 


75 


85 


•— de Upari. » » 


16 50 » 


68 


75 



■ 


100,953 f. 39 c. 


SUISSE. 




ftruiet raîtset. 




Diocèse de Me, * . 18,258 60 


26,083 f. 62 c. 


— de Coire. , . 3,791 67 


5,416 67 ^ 


— deCôiDe(Tessio) 2,800 »> 


4,000 » 


— de Lausanne. . 7,901 04 


11,287 20 


— de Saint-Gall. . 3,351 64 


4,788 05 


~ de Sion. . • .' 3,753 19 


5,361 70^ 




56,937 f. 24 c. 


TOSCANE. 




iir.toM. 1. i. 




OiooàsedeFLORENCE 24,718 15 2 


20,763 f. 76 c. 


— de Colle. . . 654 11 8 


549 85 


— de Fiezole. . 4,611 »> » 


3,873 24 


— de Pistoie. . 3,092 »» » 


2,597 28 


— de Plato. . . 2,183 9 »' 


1,834 10 


— deSim-Mniiato. 4,086 » » 


3,432 24 


— deSan-Sqwlcro 3,284 »» » 


2,758 56 


— de PISE. . . 8,786 »» » 


7,379 40 


— de Uvonme. . 3,818 9 » 


3,207 50 


— de Pmitremoli . 600 »» » 


504 »» 



46,899 f. 93 c. 



Digitized 



byGoogk 





193 








Report 


46,899 f. 93 c. 




lÎT. tose. t. à. 






Diocèse de SIENNE. . 


2,696,»» » 


2,263 


80 


— d'Arezzo. . . 


3,116 11 4 


2,617 


08 


— de Chiusi. • • 


356 13 4 


299 


60 


— de Cortone. .• 


700 »» » 


688 


»» 


— deGrosseto. •• 


320 »» » 


268 


80 


— de Massa etPo- 


' 






pulonia. • • 


1,207 »» » 


1,013 


88 


— de Modîgliana. 


638 16 8 


536 


57 


— de Montalcino. 


619 16 4 


520 


64 


— de Monte-Pul- 








ciano . • • 


346 13 4 


291 


2i, 


— de Pescia. . . 


1,200 »» » 


1,008 


»» 


— de Pienza. 


152 13 4 


128 


24 


— de Sovana. 


1,464 »» » 


1,229 


76 


— de Volierra. . 


2,012 13 4 


1,690 


64 




(0 


59,366 f. 14 c. 


De diverses contrées 


du nord de 






l'Europe (2). . 


• • • • 


2,627 f. 79 c. 











(1) Dam la recette des dioccses de la Toscane loiit compris plosieora 
dons qui en ëlèTcnt le chifTre* 

(2) Danf celle somme se troorent compris 267 fr. 74 cent., prodoîl 
de la rente d*iin capital de G, 000 fr., proTcnant du diocèse de Varsofie» 
donne à TOEufre en 1813 , et dont il a éié fait mention dans le compte 
précèdent* 



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193 



La répartîttcn des aumôneê entre les ikerses Mmi(m$, 
peur 1844^ a été atrêtêe dans V&rdre suivant : 



MISSIONS D EUROPE. 

A Mgr Carriithers, évéq«e, 
tkaire apostolique d'Edimboiurf 
(EcosiBe) 39,000 r.»»c 

A Mgr ScoU, évéqne, vkaire 
apoMôUqae chi disirict oecideo-. . . 
Ul (id.). . 54,000 »• 

A Mgr Kile, éréque^ vieaire apo- 
UoUqoe du district du Kord (id.) dl,000 »» 

A Mgr Mostyn, éyèqiie, vicaire 
apostoliqQe do district da Nord 
(Angletïsrrc) 8,000 »/ 

A Mgr Waraog, évéqae, vicaire 
apostoKqne da district oriental (tW.) 8,000 »» 

Att Vicariat apostolique de Lon- 
dres, pour TEf^ catholique de 
Saim-GecH^ (id.). • • . . 16,000 »• 

Au inétte;^ pow h Mission dé ' 

Jersey. • • • •■ • • • • 6,000 »» 

Att Vicariat apostolique du dis- . 

trict ocddeMil (Angleterre) , pour 
Il Mission de Bristol. . . . . 4,000 •» 



166,000f.»»c 
tM. xtii. 100. 13 



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Report 165^900 f. »» c. 

A Mgr Brown , é^éque , vicaire 
HfûSUAioe dttfMQfs de Galles (An- 
^eterre). . . . r . . . 16,000 »» 

Pour la Mission des (Uibts de 
Karie immaculée en Cornouaiiles 
(Angleterre) 19,000 »» 

Pour la Mission des Rédeinpto* 
nstes en Cornouaiiles (tW.)* .. • 11,500 w» 

A Mgr Yenni,évd|«c*dè Uu- 
saume et Genève (Suisne). • . » . Sfi^OOO »» 

A Mgr Salzmann , éfvéque -de- * * 
Bâle, pour TEglise tMiioli(|in ^ > 
Bàle (id.) - w . .> 6^9 ^ 

AMgrl'EvêquedcBeihléem.abbé' *• * 
de SaÎDt-Manrice, po«f TEgltoe c»- 
, ibolîque d'Aigle (ûf,). é . • • 4,fi00 »• 

A Mgr Hughes , érdque , vicaire 
aposteUqœ de GilH*altar« • • • 15, #09 #ft 

Pour diverses Missions du Nord 
de l'Europe* ..,..•. 1Î0,ÏÔÔ »» 

A Mgr Paul Sardi, évéque, vio- 
leur apostolique de la Moldavie (Mis- 
sien des RR. PP. Mineurs Conven- 
tuels.) ....... r 5*>000 »» ' 

A Mgr Mdlajoni , év^uQ a^i; . . , 
Bislrateitr du^vicarial ap6&tûli)()ae 
de la Valachie et Bulgarie ^ssioE , . 

d» RiL PP. Passionistcs). . . ^,500 *» , 

488,600 f. »» c. 

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, Âeport 488,600 f. »» c. 
Pour la Mission des RIL PP. Ca- 
pucins à CaB^antinople. • • • 4,800 »» 

Pour bMiisioD des RR. PP. Do- 
mmi^DS à Constantinople. . • 10,000 sa 

A Hfr BHlereau, archevêque^ 
ncaire apostolique de Constaau- 

iqi^e. • M 31,000 »» 

^'À MerlIaiiMeî,arcfaevéqnearmé- 

aien catboliqm de ConstaDtinople. 26,500 »» 

Mission des Lazaristes à Gonstan- 
tbople, collège, écoles et éuUis- 
sement des Sœurs de JaCbarité. « 34,436 »» 

A Mgr Blands, évéqne de Syra 
et dâégat apostolique de la Grèce 
contineotale S9,0t(l •'» 

Pour la Mission des BR. PP. Ca- 
pucins à Paros ' • • 3^100 »» 

A Mgr Castelli , archevêque de 
Maxie 3,600 »» 

Pour la Mission des Lazaristes 
iNaxie. • • • 3,398 »i> 

Pour les Missions des RR. PP. Ca- 
pudtts à Céphakmie et à Itbague. • 3,100 »» 

l^r te diocèse de Zante et Ce- 
phsIoBie . . 3,000 

A Mfpr SM^la, évéque de San- . 
torÎB 61^0 

IV)ur la Mission des^La^ar^te^ 



»» 



634, ll>ff.»»c. 
13. 



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IM 




Beport 


«S4,lt4r.»c. 


et réiaUissemeiit des Sœnrsde la 




Qwrilé à StmUHrin 


10,S70 .. 


A Mgr Zaloni, évèque de Tine. 


3,S00 •• 


Pour les Bliasions de la Compa- 




gnie de Jésus à Tioe et à Syra. . 


3,000 »» 


Pour 1^ MiasioBsdesRR. PP. Ca- 


1 


^ns <Ëiiis 111e de Candie. . . 


«,400 •» ' 



655,984 f.»» 



tfmtOlfS D'ASIE. 

A Mgr Mufôabini, archevêque 
de Smyme et vicadre apostolique 
de r Asie fitineore 29,000 f.»»c. 

Hiasioii des Lazaristes à Smyme» 
écoles et écabEssement des Soeurs 
de la Charité . 25,043 •• 

Pour la Hissioa des RR. PP. Ca- 

pudnsàScio )«500 •• 

\ AMgrJustiiiiani,évéquedeScio. 4,600 »» 

\ PourlaMissiondesRR.PP. Hi- 
taeon RéTomiés à Méldin. . • • 3,000 •» 

Pour les Miasioiis de File de 
Chypre* . • 16,00e •» 

PourdivergesMiflsiOii8âesRR.PP. 
Cqpudns en Asie. •• . • • • $,700 •• 

83»743f.»»c. 



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9W 



m» 



1»7 
Report 83,743 r.»>c« 

A 1^ Vinardell, mimétpe, 
délégat J|>06lolique da Liban, et . 

pour les divers rits unis. • . • 93,&10- »» 

Voar le collège desRR. PP. Ca- 
pucins à Alep* • • \ • • • 3,100 »»* 

IG«oiis des'RR. PP. Capndns 
en Syrie. ...••.. 6,200 >» - 

MisBioiis des RR. PP. Carmes 
en Syrie. 3,200 

Miisioiis des Lazaristes à Alept i 
Duas, k TrqK>li de Syrie, et cd- 
lége d* Aittova. ....••, 9,632 

MissÎMis de la Compagnie de Je- 
tosen Syrie, et séminaire de Gasbir. 51,000 »» 

A Mgr Triodie , évéqoe, dflégat 
apoic4lqned6Babylone,etpotnrles * 
<fifers rite unis. . .... 38,000 »» 

lli»on Arménienne en Perse* 3/HiO »» 

Mission des Laaristes es Perse. . 27,618 »« 
Ifimioii des RR. PP. Dominicains 

dms la Mésopotamie. .... 1S,0M »» 

MMon des BR. PP. Carmes dans 
b Mésopotamie.. ..... 3,0t0 «» 

MUoB 4bs RR. pp. Capodas 
dwlaMésopolMiie Ut600 >» 

Srais4if0fages de Missionnaires . 
Uarisies partis pour le Levant et 
liCUae*» ....... 5,325 •» 



280,5231.»» c 

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Report 280,523 f. »» c. 

Mission des RR. PP« Sernies cft 
Arabie • ♦ 7|6M ■» 

A MgrBorgki, évéque^ vîraifB 
apostolique d*Âgra (Mission des 
RR. PP. Capucins ) 60/)M »» 

A MgrCarew, évécfae, vicaire 
apostolique de Calcutta. • .• • 24,500 »• 

Mission de la Compagnie de Jésus 
àCaIoutta,eC€onége 7,000 «> 

A Mgr Fortini, évéquê, vkaire 
apostolique de Bombay (Miss£o# des 
RR. PP. Carmes) H,<W6 »» 

A Mgr François-Xavier , arche- 
vêque, vlcaiiie apostolique de Vé- 
rapolly (Malabar) (Mission dns RR* 
PP. Carmes). ..•.«• f8»080 •* 

A Mgr Bonnand , évéque, vicaire 
apostolique de Pondichéry (Coro« 
DUindid) (OoÉ^négation des Missfons 
étrangères). • • • » . • • 46,400 »» 

Mission dé h Compagnie de Jésus 
au Maduré. ...•«•» 46^000 •• 

A Mgr Fenttelly, évèque, vicaire 
apostolique de Bladras. • » • S9>400 •« 

Bfiêsion dés Oblats de la Sainit- 
Vierge il Madras. . » • . • 3»f9è «^ 

A Mgr Cereui, év/^ue, vicaire 
apostolique de Pégu ec Ava (Mis- 

532,433 r.»»ç. 

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199 
• ^ Report 632,423 f.»»€. 

sioBiitesOblaUdelaSaiBte-Tierge) 37,000 »» 

PréfecAire apostoKque et Pro- 
cvre des Mfe^ns Usdieimé^ à 
HoQg-Kong. . ...... 15,300 •• 

A Mgr PérOQMu , étéqtie , ^ 
otre apostolique du Sa^Tchoen 
(CoDgrégatioD des MiiiieM éirair 

gères). ; 27,995 •» 

kMgtPonsoîj é^èffaBf ynmre 
apostolique du Yû^-Ntôi em CMae 

{idem) « « « • IS^SIO mm 

Pour la Procore de H Ccn f Pé gfc 
tiondesMissioiisétrapgèniiàMteaa. at»fiS6 14 

k Mgr CaqKAa , évéque, vieaire 
apostolique da Fo-KieM (MiarisQ 
desIlR. PP. DominicaiMi). • ^ tO,MO •• 

Pour la Procnre des MiMisos es^ 
pagMlesTàlfM»o(û{.). • • « 3,200 »» 

Pour la Mission des Laiaristss 

iPékia. . .' S,000 mm 

A MgrRDfQSttn, évéque^ vicaire 
afMMoliqoe da Tcbé-Ktoqf et du 
Kaag^i (Missions .des IsomsUk). 1 1 ,000 m 

A Mgr BsUas, évéqoe, vieairt 
apostolique du Ho-Nan (Wsrion 
des Lttailsl^V • - \^ - **^^ «^ 

Séttittiire et Proiwt Jss'I^mi^ 
Hstisà M«^,ftMi86iQ«deIcliéo»- 
Son. . . . « « ^ « . . 3»,9«7 7ê 

m^kmM HfCoopHim de Je- * 
^mCtàtm. 30,000 *• 

753»101f,j|lA 

« 

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2«e 

Report 753,101 f. Me. 

A^Hgr Houly, évéquCi vicaire 
aposioliqae de la Tartarie*MoDgoIe 
(Mission des Lazaristes). • • • 8|125 »» 

A MgrVéroIle, évéque^ vicaire 
apostolique de Léao-.Tong (Congré- 
gation des Missions étrangères). • 21,600 »» 

A Mgr Ferréol, évéqiae, vicaire] 
apostolique de Corée (Congrégation ( . - ^ |»^ 
des Missions étrangères). ^ .A "*^^ '• 

Mission de Lieou-Tcb<m (itf.) J * 

A Mgr Hermosilla , évéque ^ vi«- - 
caire apostolique du Tong-King 
oriental (Mission des RR. PP. !>». 
minicains). ...«•,• 99|000 »» 

A Mgr Retord , évéque , victiie 
apostolique du Tong-I^g occiden- 
tal ( Congrégation dee^ Miaûons - 
étrangères) M,0*Q ^w 

A Mgr Cuénot, évéqne, vicarfre ^ 
apostolique delà Cochinchiœorien-- .... 
taïe(»d.) . 84,170 »» 

A Mgr Lefebvre, évéque, vicaire 
apostolique de h Cochinobine ooct«- 
deotale(trf.) ...... U/m »» 

A Mgr Courvety, vicaire aposto- 
lique de la presqu'Ue Malobe (ti^O . a&tftM »» 

A Mgr PaHegoijt, évé^M, vfaeir* 
apostolique de Siam (it). . . n^m» *» 

Pfor le cotUige général de P4iIo«* 

[(«^'O é . ^Mt^MO U 



mfiAILQAc 



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Mi 



«SSIOIVS D*APMQOB. 



A Hgr Burron , évéqae, ncairt 
apostdiqiie des deu Gainées. • 30,000 L>» t. 

A Mgr Griffiu, évéqne, vicaire 
apostolique da Cap de Bonne-Bs* 
pérance (Mission des RR. W. Bo* 
ninicains) 99,000 »» ' 

Pour les établissements des or- 
phelins et orphdines et autres ceu* 
vres et institutions dans le dioeèse 
d'Alger 60,000 »» 

Pour rétablissement des RR. PP. 
TrapfMstes dans le même diocèse. 9,000 »» 

A Mgr Fidëe de Ferrare, évé- 
que , vicaire apostcdique de Tunis 
(Missioa des RR. PP. Capucins). . 8,240 »» 

Pdur la Mission des RR. PP. Mi- 
seors Réformés à IVipoIi de Bar- * 
barie 3,200 »» 

A Mgr Solero, érèque, vicaire 
aposuriiqae de l'Egypte, et pour 
les <Svm riu rais 38,840 »» 

Mission desLaiaristes etétaUîs- 
temeat des Sesurs de la Oiaké 1 
Alettttdrie (^nrP<«^). . . ^ . 90,1«8 »> 

Pour les Missions desRR. PP. Mi- 
BevsRéSmaâi de la Haute-E|^. 6,4410 né 

364,848 r.»»c. 

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3M 

Rfiport S54,846f.»* c. 

Pour les MissioBS de la Congré* 
gaticjp de Saini-Lazare dam TALya- 
sînie et le Sennaar 16,000 »» 

Pour la Mission de Madagascar. 30,000 »» 

SM,S4Sf:B»c. 



■KsieM ifmiÊâQwu 



A Mgr Fleming , évèque , Yîcaire 
apostolique de Terre-Neate. • • 30,000 T. » » c. 

A Mgr Proveiicher, é?éque, vi- 
caire apostolique de la Baie <fUdsoik 35,000 »» 

Pour les Missions du vicariat apo- 
stolique de k) Nouvelle*Ecosse. . 33,000 »» 

A Mgr Donald Mac -Donald» 
évoque de Charlotte-Tovm. • • 10,500 »» 

A M^ Power, évéque de Toronto 
(Haut-Canada) 31,000 »» 

A Mgr Gaulii^ évâque de Kia§^ . 
ston (tiL) 18,000 •» 

A Mgr SUffBfàjf archevêque de 
Québec (Bas-Canada). ^ • . . M^OM m 

A Mgr Bourget, évéqke 4e Uaa%^ 
réal(W.). M,000 •m 

Pour la Mission des 'OUats de 
Marte ioi«Kieélée au Caiiadi» • . 3,000 »• 



193,100f.»»e. 

ê 

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Report 192,100 f.»><i. 

Pour les Hissioiis de Iêi Compt** 
gniedeJlésiisaa Canadi. • • » SO,#W •m 

A Mgr Blândiet, évéqtte, tlctire 
apostdiqiie de TOréfsqn., . • *. • 16,400 m 

# Hgr Loras, évèqiie de Du- 
bQqae (Blats-VÛs). ^ • . . % - * 3(^,606 •« 

A Mgr Letévère , évdque cood'- 
jtttoor ec adttinistrafeiir da Détroit * 
{iim). • 31,500 mm 

k Mgr Pureéll, évèqae de €ii>- • 
ciiuttti (il/.)* ••*••. JMO^ •» 

A ligr Femrick , évâqoe de Bos- 
ton (t<f.). ^ 10,008 •« 

A Hgr Kenrids, évéque de Phila- • 
deipine (ûf.)* ^ . . . . . 12,000 »# 

A1^0'CûiHM)r,évé^dePilC» • 
dMorg (t(f.)* ••««•/ M,000 «• 

A Mgr Wh^Mi, évéquexle lUdi- * • 
méod (ûl.)* •••»•• ^^ 37^MM .m 

A Mgr Hogtitos, érécpede Rew^ 
Yorck(Mt.). . . . . ^ . 9S;000 «• 

Pour h IfisskmdeiKnieAlii 
MîsériDordeètfew-YordL^W.). . - 41 ,000 •• 

A Mgr Miles, érèqâe é& Ibsl^ 
ti!fe(«.).^. . .•..'. it,600 mm 

A Mgr Flagei, dvéqbe de Loai&- * 
tîUe («•)• -.,.•.. 3S,0»« •• 

AUgr de la Hallandike , évéqae 
de Tînoennes (irf.) . .'•*.•. 66,000 •• 



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S94, 
Report - £95^8 f. »b e* 

A Mgr KenridL , évèqoe de Saiot- 
Look (Eutt-Unis). « . . ^^. 57,264 40 

A Mgr Henni» évèque de MQwaii^ 
lki(id.) Ifi^OOO >» 

A Mgr Byme , évéqne de liule- 
BockCiW.). 30,000 »» 

A Mgr Qaarler, ér&pie de C3it- 
cago(ftf.)*a«. ••..•• 12,000 »» 

A Migr Chandies, évéque de Mat- 
ABt(td.) 12,500 »» 

A Mgr Blanc, évèque de b NSit- 
^rile-Orléans (id.) 40,800 »> 

A Mgr Portier, évique [de Mo- 
bile (û!.) . . 41,000 »» 

A Mgr Keynolds , . évâqœ de 
CbarlestOB (nf.)*^ • • • • • 15,000 »» 

Po«r lesHiasiluis des Lazaristes 
in Etats-Unis 35,000 »» 

Pmt les Missions delà GMDpagnie 
4éJésa^,aa Missouri (Etats-Unis.) 50,046 16 

Fnht les Massions de la ndème 
CompagHiè aux Blon|aflpBS-Bo- 
éiemm(id.).>^ 40,000 »» 

PiDor les Missions de^ la ȏme 
Compagnie au Kentad^y ( Euts- 
Unis) 10,046 IG 

Pour les Mimons de la Congréga- , 
tien de N.-D. de Sainte-Croix aux 
Iiau-Unis. 17,000 »» 



951,364 f. 72 c. 

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905 

J<^n 951,364 r. 73 c 

Pour ks IIi»oii8 des Ml. PP. 
Dominkaios aux Etats-Vois. • • 12,000 •• 

AMgr Odin, évéque, vicaire apo- 
stofiqne du Texas (Missioit des La- 
aristes). .•..••• 30,000 »• 

A Mgr Mac-Donnel, évéque, 
mire apostolique des Antilles an- • 

«bises. 16,000 m. 

Pour la Préfecture apostolique 

fTHûd 96,«t0 «• 

à Mgr Fernandez, étèque, Ticaire 
ifOBlù&pe de la Jamaïque. • • 15,000 »• ' 

A Mgt Hynes , évéque adminis- 
mceor du Vicariat apostolique de 
h Guyane Britannique. • • • 30,000 »» 

Pour la Mission de Curaçao» • 32,434 IS 

Pov la Mission de Surinam. » 9,863 80 

Pour les Hissions de la Compa- 
gnie de Jésus dans F Amérique du 
Sud. « 15,000 mm 

Pour hMissionde la même Com- 
pignie dans rétat de Guatemala. • 15,000 »» ^ 

1,127,162 f. 70c. 



nSSIOHS M L^ocf Afin. 



A Mgr Grooir, évêqoe, vicaire 
^ostoliquede Batavia. « ^- ^ . 36,000Lm€. 



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Report SBfiOOt.nwc 

Pour le Vicariat apûilDli^tae de 
rOeéaoi* orientale (MissioB&dèln 
CoDgrégation de Picpus). . . . 13M09 96 

k Mgr Epalle, évécpiev vienre 
spoÊÊoikfoe 4e la Mélanésie et Mi- 
cTwésie (MisûOQs des RB. PP. Ma- 
riâtes )• 105,000 »» 

A Mgr nmllon, évéqoe, vicaire . 
^O6toIiqaederOcéanie€eiitrale(tV20 4D»000 •» 

A Mgr liftiiirre, évéqoe, poar les . 
Missions des RR. PP. MariiUes dass ' 
b Sauvdle-GalédoDie. • . . • 16,000 »r 

Pour la Procure de la mfime Coiv- 
grégation à Sydney (Australie). • 3£946D »» 

pMir le ¥ieariat apostolique de 
rAHrtrsAe* 1£,000 »> 

A Bfgr Poldingi arcbevâqne de 
Sjdnejr (Ausuralie)v . . • • S^OO «t 

A Mgr Humpbry, Mqm d'Adé- 
bide (td.) • • , . 12,320 »• 

A Mgr WiUson, évéqve d'Hobart* 
Immk (TkmfteYm-DiéxÊmy • 9,500 »• 

430,889 f. 26 c. 



La rédaction de ce compte terminée , nous recevons une 
somme de 1,370 tbalers, soit 6,106 fr; 69 cent., rc- 
cneiTlie en 1844 dans^O'ditcèie de-Culm (ftum) ; /«lie 
i reportée au complexe IMÂ. 



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Mr 



MISSIONS DE LA CHINE. 



VICARIAT APOSTOtlQlIB DU KIANG-Sï. 



extrait d'une lettre de M. Laribe^ Missionnaire apostolique 
& la Cmgrégatim ie St-dJXM/re^ à M. Metnm^ tHpec- 
teur des Nùvioes de ia fnême SodiM. 



Mm-Wdm^nM^ieÊàht^ 184e. 



« HûNSl£4J£ ET nÈ$-CnEK CoNFRÊEE, 

• fuieqm dois ma dendàre letitre je tous 9i jf^otBlà 
N décaib ck&«ni ptteriv^ au H#iipé„ wyage » fécpuA 
eiiaMHHnr»dei«titfaif«) illMitbi«B^iiejewtts tkmn^ 
fveit. ¥oQ8 ne irouveitec pas -nuurnU , je pease, 'que.* 
IMBam les dioata d^M |)iiiflitf hma , je.voiB disa •% 
métaitnDa MîvMd^i mMMol^^ii j*aUais m éurât^pAré i 
ceiesefamwftir ^wdtqitaioe^Mimq îo«r8.«^acrîir«^ 



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â08 

et voog aurez ainsi h snke non interromime de tonles mes 
éprennes pendant Tespace de deux mois. 

.m L'année denûire, snr le soir du 22 septembre, la 
terreor était grande parmi mon troupeau de Kieou-Tou; 
si grande, qu'il se croyait à la veille d'être égorgé 
par la population idolâtre. Or, ce qui avait mis odle-ci 
en fureur, c'était, de la part de nos héophytes^ le refus de 
oonconrir avec les paiens à certaines réjouissances annuelles, 
oà la superstition s'allie toujours au scandale. On avait 
d'abord espéré assoupir aisément cette affaire ; déjà il y avait 
euàee sujet quelques pourparlers, auxquels on avait appelé, 
dans un esprit de conciliation et d'un mutuel accord , les 
maires des villages voisins; mais les infid^es pereistant 
dans leurs exigences et lés chrétiens dans leur résolution , 
la querelle s'enveniaaa à telpoint , que le 21 septembre, 
\ la nuit tombante, les arbitres efrayés crurent devoir 
prendre la fuite. 

c Heureusement Dien permit qu'un néophyte qui, à 
' oettelieure-Ui, travaillait encore aux champs, les vit s'éloi- 
gner en toute hâte, et courut leur en danander la raison. 
« Vos adversaires ne sont pas des hommes , lui répond!- 
«^«Bi-Hs, mais des bèM fiirooes qui ont juré de s'a* 
« breuver de votre saii^. Cest pour n'être pas témoins 
« de leurs exoèsi pour n'être pas un jour accusés de 
c compUciié avec eux, que nous nous sauvons. » 

« Ce chrétien vola ausritAt aivertir les autres ûiHes 
qui, profitant de la nàit, onrent secrètement en sàreté 
tons les d>Jets de région oontenos dans la chiqpdle ou dans 
leurs haUtations particaltères ; polsi ils tinrent un conaeS oà 
il fat décidé, sur l'avis des ptai sages, qne, loin d'en venir 
à une mâée génén^ , on ne se dMndMt qu'autant qu'on 
ee(^MsH{né^toarfaMMe«^ propre maimu Eb6d, 



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309 
après avoir recommaiidé à Dieu le snocès de la. bonne 
canse, ils s'exhortèrent les uns les autres à comparaître, 
s'il le Cillait , devant les tribonaux en chrétiens prêts à 
soutenir leurs droits , sans dissimuler ni trahfar leurs 
croyances. 

€ Ce fut une résolution bien prudente, mais aussi bien 
difficile à tenir, que celle d'éviter le combat ; car, entre Chi- 
Doîs, on désire beaucoup plus qu'on ne craint d'être blessé 
par ses ennemis. II n'est pas rare, en effet, de voir un 
homme qni a reçu à peine une égratignure , se saisir d'un 
«bateau pour se balafrer le visage , ou s'armer d'une 
pierre pour se meurtrir le corps, et cela dans l'espoir de 
çagndr son procès, ou tout au moins de faire infliger une 
forte amende à son adversaire; il s'en trouve même qui 
recourent au poison , léguant à d'autres le soin de les ven- 
^'er ea exigeant comme chdliment de l'homicide une plus 
grosse somme de piastres. 

« On conçoit qu'au milieu de telles angoisses , la nuit 
dot paraître bien longue à nos fidèles; elle s'écoula néan- 
moins sans accident ainsi que le lendemain. Ce ne fut qu'à 
l'entrée de la nuit suivante, qu'une centaine de païens 
fondirent sur notre chapelle ; ik avaient pensé que les nd- 
1res accourraient pour la protéger , et qu'alors s'engage- 
rait une action où le nombre leur {n^om^tait la victoire ^ 
(nais ils s'étaient trompés. Ils eurent beau menacer de 
UNtt mettre à feu et à sang , firapper contre les murailles, 
«branler les portes et les fenêtres , découvrir le toit et ai 
briser les tuiles , aucun chrétien joe se présenta pour dé- 
ieodre un bâtiment qu'ils avaient eu le temps de vider la 
veille; chacun attendit l'ennemi chez soi, afin que son 
agression, s'il en venait à violer les domiciles, pût être pré- 
^^cntée aux magistrau comme une attaque contre les pro* 
Priétés plttiôt que comme une guerre de religion. 
TOX. XVTI. 100. H 

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SIO 
« Ftate de rétistAiice, il ii*y tmi donc point de combat. 
ToMee borna à hke le plus de dégât posside; aprè^cpoî, 
It bande des assaHlomt prie le parti de se retirer, e«ipor> 
<anl ponr tout trophée qoelcpies images du Sa«veur et de 
sa sainte Mère , avec un écriteau qu'ils avaient enlevé du 
frontispice de la chapelle, et qu'ils allaient, disaient-ils, 
comme ils le firent fort bien, porter au mandarin du lieu. 
« Ho-Koun , ajoutèrent-ils (c'est mon nom chinois) Ho- 
41 Koun n'est plus ici ; mais si profonde que soit sa retraite, 
« nous saurons bien le déterrer. Nous allons, dès cette 
« nuit^ au nombre de plus dequatre cents, uous mettre à 
« sa poursuite; avant le jour il sera entre nos mains, et 
M demain nous le traînerons au tribunal. Âpres nous être 
« débarrassés du chef, nous nous délivrerons de sa suite ; 
« car nous voulons en finir avec tous ces Si-yan-gin (Eu- 
« ropéens) auxquels nous ne permettrons plus désormais 
« de puiseï' au puits commun. » 

« L'alarme des fidèles fut pour lors à spn comble. 
Poussés à bout , ils prirent en désespoir de cause la réso- 
lution d'aller se jeter d'eux-mêmes entre les bras du man- 
darin , qu'en leur qualité de chrétiens ils avaient jusque- 
là tant redouté. 

« Ils n'étâieiit pas non pins sans inquiétude à mon su* 
fec. Aussi me datèrent-ils pnHBpiement à iTten-TUbii^ 
Fou leur mattie d'école , chez les parents duquel j'étais 
alors caché. Il (ut suivi de près par quelques astres dtfé- 
tiens, portant des charges de sapèqnes, qu'il font ici mon- 
trer ouvertement à l'appui des meilleures raisons, pour que 
les satellites , les avocats et même de plus grands person- 
nages prennent une affaire à cœur. En suivant par pré- 
caution des sentiers mseï éloignes de la graode route , ils 
avaient évité toute rencontre âeheuse , et , qooiqm kms- 
ses de fatigue, se trouvant un peu plus à l'aise q«e dans 

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911 

leor rillage, ito voulureni bien me hiaser achever e& repos 
mie nuit, et eux-mêmes s'endonnirent. Ce ne fit que 
im les quatre heures da matin que , troublant sans le sa- 
voir, en me levant, leur très -léger sommeil, j'apprk 
de leur bouche tout ce qui s'était passé. Pùû-fd, ktnr 
répondis-je, I-hhthim-tcku j ne craignez pasi rappelez- 
mu quHl y atm Dieu. 

« Le jour allait panrftre, Imrsqm arrivèrent aussi qtoet- 
fKS astres fidèki de la aème duvdenté , dont qoelques- 
Ms partaient las iasigaes du âj m mg ^Ming «* c'est uae e&- 
fhtt de nobkMe chinoise, toute personnelle et non hécé- 
itaire, qui eonfère le droit de ceindre sa tâle d'un beuoet 
tné d'un banloa deré, méaie eu préaeoce du mandarin. 
0BM la conridécacion qu'aHe dowte vis^^vis du simple 
yeaple, die cseoipie de cerlaiaes servitudes à l'égard 
detaotoritéa, etdàivre de œitains ohAtinenis en cas de 
Mit; «n aorte que la première punition qo» puisse ébte 
îàcBadéoarés chinois, pnuilion qui est sensée iort 
^, est la porte du Kmmg^Ming , ou nom à mériUg. 

« Dès le grand malin , ils aflèrent tous ensemble s'a- 
éesœr an plus fiimeux avocat de la ville , pour loiiûre 
^ llnstant rédiger leur pétition an mandarin. Ils déclaré- 
•m à eo dernier, dès la première entrevue , ^'à part 
lear qualité do chnàtieas^/\iy4eA«f^t-^», ils ne voyaient 
Heneuenx qui pÉtcomprometire labontéde leur cause. 
& peine celle praunère pétition était-dle présentée, qu'il 
^yauttusidHet leur tmnoneer que les païens avaient 
^enlevé les bomfii des AuniUeo chrétiennes, et xju'ik 
■ <tiiç aien t de ooptnrer leeoir le reste du béuil. Ou £t 
uMsiiôt d rot a cr. aele de ces nouveaux grieb, qui parurent 
^ odieux an magistrat, qu'il dépêcha incontinent cinq t$eig' 
9*a , espèce de gendarmes chinois , pour bire en son nom 
^^tter le pillage et rendre les animaux enlevés. 

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SIS 

« Quant à moi, je reçus dans le m£me moment, comme 
un autre coup de foudre, une lettre de Mgr Rameaux , qui 
m'intimait Tordre de me rendre sans délai au Houpé, pour 
prendre^ au nom de Sa Grandeur, les informations de- 
mandées par le Souverain Pontife au sujet de M. Per- 
boyre , notre si digne confrère et glorieux martyr. Cette 
injonction qui m'arrachait à mes disciples au moment da 
> danger, me jeta d'abord dans une profonde tristesse ; mais 
réfléchissant ensuite que ma présence au plus fort de la 
crise était pour eux un embarras , et que mon arrestatioB 
mettrait peut-être le comble à leur malheur, j^adorai le» 
desseins de la divine Providence , et je disposai tout pour 
mon départ. Je quittai enfin ma chrétienté de A-Afen, on 
de la Pùrie^U'Nordj pour traverser en plein jour toute 
la ville^ et aller me cadier dans le faubourg Ifân-Mm^ oa 
de la PàrU'di^Midi^ dont les fidèles étaient déjà venus eat 
cérémonie m'ofrir une retraite. Là je m'occupai de cber^ 
duer une barque qui pàt me porter an plus vite, et sû- 
rement à lÂn-Ktang-F&u , éloigné d'une quarantaine de 
lieues, pour rendre visite à.Mgr Rameaux, et me mmir 
avant mon départ de la bénédiction de Sa Grandeur. 

« Le lendemain , j'appris que les cinq gendarmes en- 
voyés à Kieou^Tou pour rétablir l'ordre, revenaient sans 
avoir rien obtenu : les insurgés leur avaient répondu qu^ik 
ne rendraient pas les bœub aux durétiens de leur village , 
à moins que le mandarin n'y descendit m personne ; ib 
avaient en outre , et pour ainsi dire sous leurs yeux , ycié 
tes cochons de nos néophytes ; ils m^iaçaient de leur enle- 
ver encore ce jour-là le riz de leurs greniers , de couper 
ensuite celui qui était en herbe, et puis ils parlaient de 
ne s^arréter qu'après leur «itiëre extermination. 

• Voilà, mon très-cher ami, là face que présentait déjà 
cette malheureuse affaire, lorsque je montai sur ma bar* 



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213 

ffÊe, à une heure bien avancée de la nuit, et tout absorbé 
par les trbtes réflexions que m'inspiraient un état si ora- 
geux et un avenir si incertain. « Les chrétiens, me disais- 
« je , ont sans doute quelque chance de gagner leur 
c procès , puisque leurs ennemis s'y prennent si mal- 
c adroitement. D'ailleurs , s'ils n'avaient pas aupara- 
« vaut pris toutes leurs mesures , comment s'expliquer 
c de leur part l'audace d'une telle démardie auprès 
c du mandarin? Mais d'un autre côté s'ils succombent, 
« que deviendront-ils? les uns vont renoncer à la foi , les 
« autres partir pour Pexil. . . » 

c Tandis que je m'abandonnais à cette pénible médita- 
tion , la barque que nous avions &it démarrer avant le 
jov, par l'effet d'une crainte dont nous ne pouvions en- 
tièrement nous défaire, arriva près de la malheureuse 
cèrétienté de Kieau-ToUj dans laquelle je me trouvais il 
n'y avait pas encore deux jours. J'envoyai aux informa- 
tioQs un de mes compagnons de voyage , qui revint aus- 
sitAt avec un néophyte de l'endroit pour nous annoncer 
^le mandarin, irrité de ce qu'on n'avait pas tenu compte 
deiesordres, avant envoyé la vdlle d'antres fM^-^, en 
phi grand nombre; mais que, pour toute réponse à cette 
MBfdle sommation , une vingtaine dinfldèies étaieut aSAi 
àlnr tour, pendnt la nuit , porter contre les nôtres une 
déMiciation en forme. C'est akisi qu'après avoir ijottlé 
mt nouvelle aniiété à toutes oeUes qui d^ déduraieBt 
BM cœor, et craignant à cbaqne instnit de finre h r«i- 
cmire de quelque eqnon , je eeutiuuai ëe desœudre le 
leuve que longe , pendant une heure et demie envm>n, k 
mte qni conduit de noire nKilbeureux ISeainTm à ISm- 
TdmjF m$: je voy»s d^ monta- et desœudre les dif^ 
Imis courriers que kg cbrétiais et les padens envoyaient 
Hchef-lieu et renvoyaient au vfflage, pour doMier et lUfh 



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214 
porter les nouvelles cTane affiiire si compliquée. Ce fui 
seulement après avoir dépassé de quelques lieues cette 
route, que mes rameurs me crurent hors de danger. Alors, 
le cœur péniblement serré, les larmes aux yeux, je re- 
commandai de nouveau à la tendresse du divin Pasteur ces 
ouailles confiées pendant si longtemps à mes soins, ce 
troupeau que je quittais sans presque espérer de le re- 
voir, et dont je laissais une partie exposée à la rapacité 
de loups furieux; je le mis aussi derechef sous la pro* 
teoiion toute-puissante de Marie immaculée , et le laissant 
i la garde de saint Vincent de Paul que je lui avais donné 
pour patron, je lui adressai une dernière fois mes tristes 
adieux» 

• La barque prise h Kiën-Khâng me porta très-heureu- 
sement à Lin-Kiâng-Fou , auprès de notre Evéque, qui 
fut bien affecté des nouvelles que je venais lui apprendre. 
Quoique Sa Grandeur voulût me retenir quelques jours , 
je pris bientôt congé d'elle pour aller remplir llionorable 
mission dont j'étais chargé, et je me rembarquai le 6 sep • 
tembre , qui était un vendredi. 

« Leaaltrmeeel tes dangees ne 86 firent paitoii^teiiips 
sMeadre ; en deu. jours j'étaâ parwan à NmhêhângSmg^ 
eefitale 4e noire proimce. Lee fidMes a^es enrraf pas phK 
tAi ceaoiiefiMK», qi^ib aceourarent, mus des flm à- 
Mlles renseigaeineBts , penr me délovmer de passer par 
O^Tdtimgj dvétieaté qui se irowait BatareHenent ear 
NMferettte«Un JiHlas^bieitoowiiipoarfeI,me disaii-OB, 
eawliMait là me pereéeatÎDn générale pner lent le Aïmif- 
J|. Qne fiêre? Mffr HanManx, qm n'en avait pas été en- 
cena pr^penv, m'avait reeemmandé de mtor eecte lo- 
cafté, à cuMe de qadqaea infirmes qni réclmnaîent les 
amanis de la Religion. Je pen^ qaefaidnnité, d'accord 
iy devait l'eaiperttr sar la prudeiice, 

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2iâ 

et aprèft aveirTSMuré de 110a nrieax les cèrében, jefMr^ 
suivis aoH kiniraîre» 

« Avant de débarquer à Ou-Tching , qui est Tendroii 
le plus commerçant du Kiang-Si^ je fis demander en se- 
cret au premier catéchiste dans quel état se trouvaient ses 
malades. Ce brave homme vint au plus tôt me cherclier^ en 
me soutenant qu'il n'y avait rien à craindre. «LeJudas dont 
on m'avait parlé, me dit-il , n'est qu'un pauvre homme , 
baptisé, il est vrai , dans son enfance , parce qu*îl descend 
de parents chrétiens; mais qui, une fois parvenu à l'âge de 
raison, n'a jamais voulu prier : probablement qu'il n'a 
jamais vu de prêtres ; ainsi par lui-même il est daps l'im- 
puissance de faire des révélations.» Cependant, comme 
l'expérience me l'a malheureusement U'op bien prouvé de- 
pok, il ne manquait pas d'émissaires pour le mettre au 
courant. 

« Pendant la irait que je passai à terre, j'entendis qoei- 
qnes oonlessions et j'administrai deux malades ; f apprifr 
plus lard que Vvà d'eux était mort trois jours après. Lors- 
que ensuite il s'agit de dire la Messe, qucôqu -il ne fût pu» 
«oeore jour, les avis se partagëreai tnr le dai^er que nous 
pouvions eonrtr pendant le saint Sacrifiée. Je te célébrai 
pourtant à la pluralité des voix, et puis je courus 10^ re-* 
poser dans ma nacelle. Comme j'allais inmtédiatefiicat ea- 
irer dans te grand lae de Pô-Yêng-Boû , iouii^s» ré- 
iservoir formé de toutes les litières du Mimng^, j« éwft 
abandonner là ma- première nacelle pour lui substituer 
une autre barque, plus capable de résister aux tou et d» 
l)raver Forage. 

« Lu froviace du Kiang-Si , prise dons son ensemUe y 
rcpréeeuseassexfttt naturel une kmlle d'arbre : le pclk)lct 
ou. b tige, enust iucUaé vers le nord; à rorieni, à Tocci- 
iHÊL et «tt nûdi, des moutagues âevées en dessineai h) 



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216 
cottloir. De œ» haateors portesl , comme un réseui de 
veines régulières, toutes les eaux dont le pays est arrosé. 
Leur pente les entraîne vers une grande rivière qui tra- 
verse la contrée d'un bout à l'autre , comme Tartère prin- 
cipale , à laquelle toutes finissent par se rattacher; elle^ 
vont ensuite , un peu au-dessous de la capitale , se jetei 
dans le vaste bassin du lac dont j'ai parlé plus haut ; et ce 
lac à son tour se décharge dans le fameux ISang , Tun de» 
plus beaux fleuves de la Chioe. 

« C'est là que j'ai vu pour la première fois , avec 
une surprise qui tenait de Tadmiration , flotter les énor- 
mes radeaux des marchands de bois de Nang-Ring. 
Je les prenais de loin pour des Ilots Couronnés d'habita- 
tions. Les uns se mettaient en marche , parce qu'on ve- 
nait d'avoir quelques nouvelles de la paix; un plus grand 
nombre stationnaient encore, à mison de l'incertitude de 
ces bruits publics. Pour mouvoir ces masses, vastes comme 
des villages et hautes comme des tours , il ne £siat rieo 
moûÉs , dit-on , que l'effort de quatre-viigts à cent bom- 
Bies, dont les uns, montés sur des pinasses, font l'oflKe 
de remorqueurs, et les autres, diantant en choeur comme 
vos gondoliers, pirouettent en cadence autour des cabes- 
tans pour haler un cordage fixé à de grosses ancrés* 
qa'nne chaloupe va jeter les unes après les autres en avant 
de ces immenses radeaux. Et quoique du matin jusqu'au 
•air se continue une telle manœuvre , encore fiiut-il être 
en tàOb de la flottille pour s'apercevoir qu'elle base le moin- 
dre mouvement. 

« On dit que sur le Pà-Yang-Hou les tempêtes sont 
très-firéquentes. Il y a peu d'années , le fib d'ua catéchiste 
éiOû-Tching y périt avec tout l'équipage. Nom anoos 
nous-mêmes fait la rencontre d'aoe lûirqQe maa^aria^, 
abandonnée depuis peu de jours , et dont il ne poraissaii 



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517 

fins am^essns de Peau que les mâts avec une puriie de la 
proae. 

« Le troisième, jour de notre navigation , nous abordâ- 
mes à un endroit malheureusement trop célèbre , appelé 
Lao^Ye-Miao , Pagode de Laoyi. La divinité qu'on y 
adore n'est autre qu'une tortue ; et voici , d'après une 
fable populaire , l'origine de ce culle monstrueux. L'em- 
pereur Tchu'Fuen-Loung , qu'on croit fondateur de la 
dynastie Ming-Tchâo , et qui dut le Urône à la révolte , li- 
vra sur ce lac , contre son maître , une bataille décisive : 
or, pendant le combat, le gouvernail du navire qu'il mon- 
tait ayant été emporté, il trouva après la victoire une tor- 
tue accrochée à la poupe avee ses dents, laquelle aurait ainsi 
tenu lieu de timonier. Vraiment, nn service de ce genre mé- 
ritait bien un autel chez les Chinois , qui en ont élevé pour 
beaucoup moins. Aussi s'empressa-t-on d'installer la vi- 
hine béte dans sa pagode , où elle s'est rendue si redouta- 
ble , qu'il n'y a point de chef d'embarcation assez hardi 
pour doubler cette lie sans aller auparavant lui présenter 
qudque offrande. On ki r^ale ordinairement du sang 
d'un coq : c'est du reste, comme vous voyez, une assez 
pauvre libation. 

« Quand le capitaine et les passagers chinois eurent sa- 
crifié à la déesse , nous levâmes Fancre , par un vent favo- 
rable , pour longer la plus stérile et la plus haute monta- 
gne du Kiang-Sù Majestueusement assise au milieu du 
lac , elle n'est guère habitée que par des bonzes, dont les 
pagodes, au nombre de près de deux cents, éparses ci 
at là et acculées contre des rochers i pic, font de loin 
vm très-bel effet. Je n^ai rien vu de plus pittoresque, 
comme site, que ce lieu consacré à un culte ridicule , 
où accourent les pèlerins de toutes les provinces envi- 
ronnantes. 



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218 
« Gmioie nous sdliom eairer dans le Kiang , couvai 
de barques qui foBt par eau le commerce de six à sept 
départemeols^ il ËiUut nous présenter à une douane qui 
doit accumuler en peu de temps bien des millions pour ht 
fisc , à en juger par la multitude de bâtiments de toutes 
dimensions soumis chaque jour à son contrôle. La taxe , 
dit-on, se perçoit sans avoir égard ni à la qualité, ni à 
la quantité des marchandises, mais uniquement à la lon- 
gueur et à la largeur des bateaux. Après cette première 
ligne qu'on dit très-sévère, il en ^t encore une peut-être 
plus difficile à éviter, c'est celle des pauvres qui, sans 
avoir même Tapparence de la misère , viennent par bandes 
innombrables dépouiller publiquement les passagers. Leur 
audace est telle , qu'en plein jour et en face du palais 
mandarinal , ils s'en prennent aux effets qu'on a sous la 
main, et même aux habits dont on est revêtu, pour peu 
quils ne soient pas contents de la somme qu'ils ont ex- 
torquée. 

« Apnt de nouveau hissé les TOiles , nous parvînmes 
sans autre accident à Pu-Hô-, ville située au confluent de 
huit rivières. Notre pilote, qui avait là sa Tamille, voulut 
y séjourner une semaine, pour célébrer avec les siens une 
fête en l'honneur d'une divinité diinoise qu'on appelle 
vulgairement Ching-^Mou, la Sainte Mbre, et même quel- 
quefois ThiénrHéou , Reine du Ciel. On en distingue or- 
dinairement deux, l'une indigène de la province de Lou- 
Kienj et l'autre étrangère qui aurait été apportée des îles 
de rOcéanîe. Si vous êtes surpris de trouver ces exprès- 
stoQS sur les lèvres des Chinois » je l'ai bien été davantage 
ea voyant, dans un Hvre de notre capitaine sur la création 
du monde , une estampe représentant un vieillard à une 
seule tête, mais à trois visages, avec cette inscription au 
\yA% : Ytchy-san ^ San-yichy, une subsianee^trais , (rois- 



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21» 

ufki tiAâUmei. Que pinmât dooc sifoifier une sanUable 
idole, si ridée d'un Dieu créaleur on troig poraornies D'ea 
»^ 1^ fat base : êrinuê H unu$P C'est sans doute un em- 
prunt iait à BOB livres smals; car il parait hors de doute 
que les CbiBois les ont connus i diverses époques. 

« D'abord , on croit génà*aleraent que saint Thomas 
lui-même les a évangélisés. Les païens adorent cet Àpdtre 
sous le nom de Tha-Mi^ et parmi les deux compagnons 
({ifils lui donnent, se trouve toujours un nègre qui l'avait 
probablement suivi de l'Inde. Ils diseirt fonnellemest 
()ue c'est un Si-koûe-gin j un homme de Voceidmt par 
rapport à eux. Ils ajoutent qu'ayant appris que sa mère 
était mourante, il n'avait Elit que poser quelques bam- 
bous sur la superficie des eaux, et qu'ainsi il s'étaîf 
comme envolé au delà des mers. 

m Eu saxmd lieu, il est constant que dans la province 
du Hô'Nan il existe, au milieu d'un temple d'idoles, une 
pierre sculptée^ d'une époque très-ancienne^ contenant des 
traits caractéristiques de l'Histdre sainte, tels. que ceux 
(le la création et de la rédemption. Des redierches faites 
dans un bot religieux , il j a, je pense, un peu plus de 
deux cent cinquante ans , ont encore amené bien d'autres 
découvertes touchant les monuments nationaux, qui prou- 
vent que plfsieors siècles auparavant la foi chrétienne 
était connue et suivie par une partie de la population , 
dansées nombi*eux ropumes ou états dont la réunion a 
coMimé depuis l'inuBense eoipire de la Orne. Dans le 
A*«f-Sj, par exemple , nos devaneiers a'ont^ils pas dé- 
terré une grande croix en for qui portait la date la plus 
andenne? et Boi-^méme, il y a ^ d'années, n'ai-je pas 
vu de mes yeux, dans une espèce d'oratoire de notre ca* 
pttale, une grande statue de fomme dont les pieds s'ap- 
puyaient inr la Ida d'an proa serpent^ tandis qu'elle toiâic 



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330 

an tout petit enfant entre ses bras? Derrière cette statue 
s'en trouvait une autre d'égale grandeur, figurant un 
vénérable vieillard dans Fadmiration , et tout autour une 
dizaine de staiiiettes ayant assez Tair de simples bergers 
qui, le genou en terre, présentent à la femme et à Ten- 
Euit diverses offrandes : les uns, chose étonnante, font le mo 
deste hommage de deux colombes, les autres d'un agneau. 
M'est-ce pas là une véritable Nativité? Les Chinois disent 
que la déesse Abuan-JTn ou Ching-Mou, doqt j'ai parlé 
plus haut, est vierge, quoiqu'ils placent presque toujours 
un enfant dans ses bras , et un oiseau blanc au-dessus de 
sa statue, avec l'inscription suivante que j'ai lue : Kiau- 
ehé-tche-mau , mère libératrice du monde. N'est-ce pas la 
sainte Vierge avecie Saint-Esprit sous la formé d'une co- 
lombe? Le malheur est qu'au lieu de se rattacher à nous 
par ces traditions éparses, qui attestent le passage de l'E- 
vangile dans ces contrées lointaines , les Chinoisdénatu- 
rent ces emprunts faits à la vérité par des interprétations 
ridicules ou monstrueuses. Quelquefois je fais malgré moi 
sur ce sujet des réflexions bien amères , et je crois y trou- 
ver les raisons pour lesquelles on a beau déployer sur tous 
les points de la Chine l'activité du zèle apostolique , on 
n^opèrè pas néanmoins de nombreuses conversions ; c'est 
que nous n'avons plus à Eaiire à de simples infidèles , mais 
en quelque sorte à des apostats. Le soleil du christianisme 
a i^usieurs fois déjà éclairé de ses rayons cette terre in- 
grate, et autant de fois les yeux se sont volontairement 
fermés à sa Ueniaisante et divine lumière ; Geiut-il ensuite 
s'étonner qu'ajoutant ainsi nuages à nuages, ingratitudes 
à ingratitudes , ces peuples aient laissé passer pour eux , 
sâon h menace de l'Apôtre, le temps de la grâce et du 
sahit? 

« J'insisterais davantage sur c^te pensée, si eUe n'était 

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pas une pore digression. Je revie&s donc à mon voyage. 
Les huit jours que je perdis à PurHo , me parurent bien 
longs et ne furent pas sans quelque danger. Cependant ma 
confiance en Dieu était sans bornes. J^aimais à penser que 
ce retard était un effet des desseins paternels de sa divine 
previdence envers moi , et qu'il me délivrerait peut-être 
d'obstacles plus sérieux, que j'aurais rencontrés au ZTott- 
Pé si j'y fosse arrivé plus tôt. En effet, si notre trajet eût été 
plos rapide , j'aurais été y selon toute apparence, englobé 
dans la persécution qui éclata à Han-Keou dix jours avant 
mon arrivée ; peat-étre n'y aurais-je trouvé personne qui 
voulût me recevoir. Enfiù , la fête de la déesse terminée , 
nous contiouâmes de voguer sur le fameux Aiang. Quelle 
lenteur à. remontarson cours I Vraiment, si l'on n'était 
embarrassé par ses effets , le mieux serait d'aller à pied. 
Ce n'est pas la rapidité du fleuve qui vous arrête : il pro- 
mène presque toujours tranquiltenent ses eaux , et malgré 
cela , en l'absence de tout obstacle , on ne fait guère que 
se traîner- à fi>rce de bras le long de la rive. 

« La ligne des barque remorquées les unes à la suite des 
autres est interminable; le Xiang en est bordé dans toute 
^ longueur. — Jamais les Européens ne pourront se faire une 
juste idée du commerce intérieur de la Chine. — Or, dans 
cette multitude de bâtiments qui suivent à la file , il est de 
rigueur de conserver son rang contre ceux qui veulent 
Tusurper, sous peine , une fois hors de ligne^ de ne pou- 
voir pas y rentrer avant un mois et plus. De là , des con- 
flits sans cesse renaissants, des impréca(ions.à faire frémir, 
et des menaces d'en venir aux coups d'avirons : bruyante 
et continuelle cohue qui, tout en retardant beaucoup la 
manœuvre, l'interrompt néanmoins rarement; car ces 
combats se bornent presque toujours k des injures , et de 
toutes ces perches levées les unes contre les autres, à peine 



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«n vûic-oa qadipwn met slrilMtlce «ir les técet qu*ellfs 
mentoeot. 

c Unn des bords da Kitrng deviettt-îl iropraiicafale :iii 
halage et feut-il atteindre le bord opposé , ces barquci» 
mettront phisiears heures à effectcvsr le (Mmage, et leors 
moyens de résister an courant sont si btUes , qu'elles n*y 
nrriyeront qne trois on quatre stades a«-dttsoos du point 
de départ. C'est ainsi que quatre à dnq fois le joar il faut 
altemaiitement visiter les deux rires. Si le vent devient 
lisrvorable^ ces milliers d'embarcadons prennent bien tant 
soit peu le large; mais la eonin^n et les cris ne cessent 
point pour cela , parce que , sendriables à une troupe de 
canards , ce qne lait une barque , Pantre Timite aMssH^; 
et eHes sont ainsi continnellenient menacées d'avaries ea 
s*entre-clioquant. 

« Rarmi bm nitelots s'en trewait m pins grand et 
plus fort, usais surtout plus fonfimm cpie les autres, qtij 
croyait donner nne plus haute idée de sa bravoure en rem- 
chérissant encore sur l'insolence de ses camarades. Il avait 
servi précédemment dans la marine impériale, et il venait 
d'échapper depub peu, disait-il, à Tincendie de pins de 
trois cents navires, que les Kcung-kùuy-tse (1), les Jn- 
glais, avaient brûlés près de la ville de Tsin-Kiang-Fou^ 
dans le Kiang-Nan. Comme mes deux guides ime faisaient 
passer pour un mandarin , tous ces gens s'attendaient à 
recevoir de moi une plus forte étrenne. Pour mieux la mé- 
riter sans doute , ils ne cessaient, notre Ëinfaron surtout. 



(1) n y a bîoi des «né» fM Icf Glûioif leur donnooi ee non , ^' 
•i^iBe iUkîm rmtfn. 



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923 
d'iflsoher do matitt au soir ceox^Ià mêmes qtû nemettaieiit 
smcaD ^hstade à notre narche. Après qu'une si indipe 
conduite nous eut attiré maintes reparties des plus dés- 
ag^réables, elle finit par nous Taire donner une leçon dont 
je me serais bien passé , tjuoiqne tout Péquipage en eât 
{^nd besoin. Void comment : le troisième jour après no- 
tre sortie de Ph^-Hq, nous avions été enqyoriés par une 
bourrasque loin des autres navires. Nous eAmes beau faire 
efcrt pour nous en rapprocher, de nouveaux tourbillons de 
vents nous tinrent àdistance, et par là exposés à devenir 
la proie des bari^res qui infestent le Kianj. k la faveur 
d'une belle lune, nos $;ens ramèrent longtemps de toutes 
leurs forces; mais la hitigue finit par les vaincre, et tout 
en avouant que Tendroit n'était guère tenàBle, ils résolu- 
rent de jeter Tancre pour prendre un peu de repos. 

« Ils étaient à peine endormis , qu'on entendit de loin 
venir une barque. Peu à .peu le bruit des rames se rap- 
firochait. Enfin une seoousse nous avertit que déjà Fagraffe 
avait été jetée sur notre bâbord. Notre fier matelot , celui 
que je vous ai dit si plein de son mérite et si âpre à l'in- 
jure, crut le moment arrivé de Grire ses preuves, et pensant 
aven* affiiire à des corsaire que le bruit allait mettre 
en fuite, it enchérit encore sur tout ce que je lui avais en- 
tendu proférer d'épjthètes flétrissant» et de défis insul- 
»rats. Les provocations continuant de part et d'autre , les 
sgrssseurss'écrîii'eBt pour dernière r^onse : Au piliagel 
au pillage I et quatre à cinq d'entré eux montèrent à l'in- 
stant sur notre barque. 

« Le pilote au désespoir vint aussitdt m'appeler. J'é- 
tais loin de dcumir pendant un tel vacarme. Je me rends 
sur lé pont et je trouve tous mes gens à genoux , deman- 
dant, sans pouvoir I%btenir, pardon pour les injures 
adr mées aux prétendus brigautb. «Puisque nous prend 

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234 

« pour des voleurs, répétaieat ceu&-ci, eh bien ! nous to- 
« lerons ; il nous faut le pillage. » Eu aueudant , sans oser 
pourtant trop s'avancer, ils trépignaient si fort sur noti*e 
faible tillac, qu'à chaque instant il nous semblait le voir 
s'enfoncer. Ma présence et celle de mes deux guides, kiang- 
koug^ ayant rétabli le <silme, fen conçus un heureux 
augure, et je me décidai à tirer tout le parti que je pour- 
rais du personnage qu'on me faisait jouer. AfiTectant donc 
une fierté toute mandarine , je dis à ces étrangers : « Vou- 
« iez- vous qu'on vous ait fait un outrage? Soit; mais ne 
« savez-vous pas dans quels parages nous sommes? l'heure 
« à laquelle vous venez n*excuse-t-elle pas une méprise? 
« D*aiUeurs, on vous demande pardon de ces injures : 
« que vous faut-il de plus pour être satisEûts ? Puisque vous 
« n'avez rien de commun avec les corsaires , ne les imitez 
« jpas par un acte de brigandage. » 

« Pendant que je leur adressais ces paroles, ils étaient 
constamment restés immobiles ; ils me regardèrent qud- 
ques instants d'un ^ir effaré , puis tout en murmurant je 
ne sais quoi entre leurs dents, ils finirent par se retirer 
en emportant , sans que nous nous en aperçussions , diffé- 
rents agrès de la barque. Le lendemain, notre fier matelot 
resta bien humilié de celte aventure ; mais ce fut l'affaire 
d'un jour. Nous revîmes un peu plus loin nos agresseurs 
nocturnes : c'étaient des soldats qui s'en retournaient par 
eau dans leurs familles ; ainsi nous eûmes un sâr garant 
de la paix conclue avec les Anglais. 

« L'accident de la nuit nous avait abattus ; nous fûmes 
égayés le lendemain par une rencontre plus heureuse* 
D'innombrables marsouins s'en vinrent folâtrer à l'entour 
de nos barques : ils se jouaient plus gaknent dans les eaux 
que de jeunes taureaux ne bondissent dans la prairie. Au 
lieu de les épouvanter, le bnfit de Téquîpage-ne Gût que les 

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225 
enhardir dans leurs légers ébats ; ils en metient plus d'ar- 
deur ec de grâce à plonger dans les flots, puis à reparaître 
pour se dérober encore aux regards des passag^^s qui 
sourient i leurs évolutions. 

« L'apparition des marsouins est généralement regar- 
dée, comme un pronostic de tempête. En effet, l'atmosphère 
ne tarda pas à se charger ; le vent souffla avec tant de 
force, que plusieurs barques n'osèrent déployer les voi- 
les; mais notre pilote plus courageux en profita pour at- 
teindre heureusement le port où il devait déposer sa car- 
gaison de papier. Le lendemain, 28 octobre, après avoir 
opéré son déchargement, il voulut continuer sa route ^ 
quoique le vent fût encore plus violent que la veille ; il se 
flattait d'arriver ce jour-là même à Han-Kéoù , terme de 
mm voyage, et dont nous étions encore à plus de trente 
lieœs. Nous voilà donc emportés de nouveau au gré du 
mit et à pleines voiles. 

« Pendant plusieurs heures notre barque cingla à mer- 
veille; vous auriez dit un brick français; encore lui au- . 
rions-nous peut-être disputé le pas. Le malheur fut qu'a- 
près avoir fait plus de vingt lieues, le vent , toujours dé- 
chaîné, cessa d'être constant; il nous venait par bouffées 
et nous prenait en travers. D'un autre côté , les vagues 
grossissaient à vued'œil; notre embarcation privée de 
son lest menaçait de chavirer, et en ce cas ^ il est certain 
qae c'en eût été fait de nous tous^ nous trouvant alors 
au milieu du lit du Kiang que les Chinois disent pres- 
que sans fond. Le pilote alarmé se hâta de serrer les 
voiles, et nous dirigea vers la côte; mais il était trop 
ttrd : k proue n'eut pas plus tôt regsa*dé la rive où no» 
toidkms , qu'on coup de vent furieux nous y jeta avec 
lia rapidité de réeUnr. En un instant, le gouvernail s'en- 
iMioedaiisla vase et y reste immobile, les voiles tourmes- 
T<w. XVII. 100. ^* r- 

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326 

létr pnr Tongo qui s'irriic de lew nliirtance, se ééeki* 
m^ eu emporleiit le somoiel des mais qui se brisott 
iwiiiif mtsmi de roseaux. Uo horrible diqoetk de iwr- 
gnss rompues se fait entendre sur nos têtes, tandis q«e 
sons nos pieds craquent les ais disloqués du navire, qui 
soBdyre çnfin et nous pesé tous dans le fomeax £im3. 

m Après avoir reçu , sans savoir comment , deux contn- 
( au bras et à la jambe droite, dont les suites se sont fait 
' plus d'un mois , je me trouvai alors comme au sortir 
d\ni sommeil brusquement interrompu; et, le croiriez- 
vMs, ayanf de Teau an-dessus de la ceinture, planté sur 
le» débris de la barque, je considérais pour ainsi'dfre snne 
snrprise et sans émotion nos ^ets surnageant pélensiéle 
atotour du navire échoué. 

« Un de nos guides me tira de cette stopeiir lélhariP^pM 
es me criant : Jésus , Marie 1 En même temps il me ten- 
dait sa main que je saisis pour le rassura. Les matelots 
ne sachant où donne^de la tête, se bornaient à £ure un 
grand tapage. «Sauvez avant tout les personnes, » leur 
criâmes-nous. Ils détachèrent aussitôt la chaloupe qui 
aède était demeurée intacte , et nous ramenèrent. Après 
être montés dans la nacelle , nous nous mtmes à la rem- 
plir chacun d'une partie de nos effets. Craignant ensuite 
qu^^e ne coulât à fond , on s'empressa , les uns à force de 
rames, les autres avec des perches, de la conduire à terre, 
où malgré ma prétendue dignité de mandarin , j'aidai de 
mon mieux au sauvetage^ piaflUnt dans la boue jusqu^aux 
genoux. 

« HMis au plus Ibrl de ee rude tfivMl, cul kidigM 
spectade peifr «n Européen naufiragé se préKfile i m» 
jmt\ Le lîonjf s'était couvert de eannls qài BtâkiefimaÊ 
vers nous , et , à men grand étonnement y ks mMiois «i 

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227 
les aperoevant se sent tous écriés : Paûrkaol p&ùrhaol 
n0m$mmnei perdue t nous somma perdus 1 ie croym an 
cemrtîre qoe c'étaient autant de sauveurs qui volaient à 
nette eeeoors : je fus bientôt gttà*i d'une si grande bon- 
boBÎe. En un instant nous sommes cernés par ces pi- 
raiBB. bnpossible dès lors de rien retirer du navire. Le 
cri de pilbge se fait entendre, et nous sommes attaqués. 
Mon nom de mandarin aurait dû glacer et terrifier oesbri- 
ginda; <m eut beau le &ire sonner Inen haut , comment 
pomoir se taire entendre au milieu d'up si horrible brou- 
habaP 

« Un combat s'engagea entre nos sept pauvres mate- 
lots et les forbans qui crœssaient toujours en nombre ; ils 
étaient peut-être plus de deux cents. La lutte cessait-die 
avec nons , ils se battaient entre eux , les plus forts vou- 
lant se faire la part du lion. Ce qui m'étouta davantage et 
me fit en mtoe temps le plus de peine , fuf de voir quatre 
i cinq dialoupes montées uniquement par des femmes , de 
vnâes harpies , qui surpassaient peut-être les hommes en 
ardeur pour le j^age. 

tf Pendant celte scène révoltante, des barques mar- 
diandes de toutes grandeurs montaient et descendaient le' 
fleuve ; nons avions beau leur tendre les bras en signe de 
liétresse ; arrivées à quelque distance de nous , elles foi- 
saiaat nn long détour, et le pilote ou le timonier, aprè» 
nous avoir fait de la main plusieurs signes négatift , conti- 
nuait tranquillement sa route : on m'a (fit ensuite qu'il» 
craignaient eux-mêmes de s'exposer an pillage. 

« Quand il ne resta, plus rien à prendre , une partie 
de Gtt maraudeurs seretira avec son butin ; alors nos ma- 
(ebls^ enhaiwihi par le petit nombre de ceux qui restaient, 
reiinreat à lirctofe avec fureur» et cherchèrent à mettre 

16. ■ 

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328 

en pièces les bateaux des retardataires. Moins peut-être 
par commisération naturelle que par crainte de trop irriter 
ces misérables , et de provoquer de leur part une terrible 
revanche, je courus mettre le holà^ en dkant à nos ma- 
rins que pour compenser autant que possible nos pertes , 
jis devaient traîner ces canots à terre au lieu de les dé- 
truire. Aussitôt ils s'élancent sur le plus proche , et le ti- 
rent à force de bras bien avant sur le rivage. Ceux qui le 
montaient étaient loin de s'attendre à ce que l'affaire prit 
une telle tournure ; les voilà qui se jettent pêle-mêle dans 
le Kiang pour regagner d'autres barques; mais les nôtres, 
animés par le succès, se saisissent de deux fuyards^ et 
me les amènent par leurs longues queues; puis ils retour- 
nent encore donner la chasse aux traînards , en sorte que 
tous se dispersèrent sans qu'il en restât un seul , à Fexcep- 
tjon de nos deux prisonniers. 

« Agenouillés dans la boue , devant moi qu'ils ap- 
pelaient le grand Lao-ye, ou seigneur, ces deux misérables 
me faisaient mille prostrations et révérences , en me sup- 
pliant avec des hurlemenls affreux de leur accorder la li- 
berté. Notre réponse fut d'abord qu'ils allaient payer 
pour tous leurs complices, et que pour faire un exemple 
dont ces déleslables parages .avaient besoin , la corde les 
attendaient à Ou-Tchang-Fou où nous allions les conduire. 
A la fin cependant, comme la nuit approchait, nous les 
relâchûmes après leur avoir fait promettre de revenir nous 
tirer de là , et tout en gardant le canot pour caution de 
leur parole. 

« Après leur départ , je demandai à notre capitaine ce 
qu'il comptait faire des effets que nous avions sauvés. 
« Hélas ! me répondit-fl en poussant un profond soupir, 
« cette nuit même on nous les ehlèvera. » De leur côté , 
les matelots se préparaient à une défense acharnée. « Vie 

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229 

« pour vie, disaieot-ils, nous vendrons du moins la nôtre 
« bien cher; nous repousserons l'attaque tant qu'une 
« goutte de sang coulera dans nos veines. » 

« Pour moi , prévoyant assez qu'en cas d'assaut , leur 
nombre et leur courage seraient insuflisants pour nous dé- 
fendre , je délibérai en moi-même s'il ne serait pas expé* 
dient d'abandonner les bagages et de nous enfuir à travei-s 
diampsy sous la garde de la Providence. Je m'en ou- 
vris à mes fidèles conducteurs. « Père, c'est impossible > » 
me dit l'un d'eux qui avait fait l'office d'éclaireur en allaïUi' 
an moment du pillage , cherclier de tout côté du secours; 
« Nous sommes ici dans un ilot , entre le lit principal du 
« Kiang et un bras consîdéi*able de ce fleuve. Faute d'is- 
« sue , il faut se résoudre à y passer la mauvaise nuit qui 
« s'approche. » 

« En effet , le jour était sur son déclin , le vent souf- 
flait toujours avec plus de violence , et une grosse pluie 
commençait à tomber du ciel, dont l'aspect sombre et me- 
naçant nous présageait une furieuse tempête : où trouver 
on abri ? Nous eûmes recours au bateau que nous avions 
pris à nos pirates ,'et qui n'avait pour nous protéger qu'un 
très-petit couvert en treillis de bambous sur le milieu. 
Après avoir amoncelé à l'entour tous nos effets , nous nous 
blottîmes dedans tous les dix, péle-méle, accroupis les uns 
sur les autres. 

« Mon dier confrère, que cette nuit fut longue I dans 
qudles angoisses nous l'avons passée ! Harassés de fatigue, 
et n'ayant pas même un peu de place pour nous étendre ; 
sneoombant au sommeil , et n'osant nous y livrer qu'à 
demi , parce que nous regardions conmie inévitable un 
Donvd assaut ; péniblement coudoyés et heurtés les uns 
parles autres, nous dûmes rester assis sur nos takns, et 



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S8B 
'encore fiillait^fl être contmaéllement an agueis. XTn peu 
après minnit , yoilà que j'entends comme la voix tfune 
personne encore dans le lointain. «Ecoutez, m*écriai-je, 
« les brigands reparaissent. » Après que chacun eut pen- 
dant longtemps prêté une oreille attentive, je passai pour 
avoir donné une fausse alarme. Biais Févénement vint 
bientôt après prouver le contraire : nous étions à jaser 
comme des pies, tandis que des inconnus s^approchaient , 
sans lumière e^ sans le moindre bruit , du gîte où nous 
étions retranchés. Lorsque enfin nous nous en aperçûmes, 
dieu sait le violent Qui vive! que leur adressèrent nos 
matelots. Ils y répondirent d'abord d'un ton assez mesuré 
en nous demandant pourquoi nous nous étions empares 
du bateau. « C'est, réparthnes-nous, parceque ceux à qui 
« il appartient, ne sont que des pillards. Au reste, après 
« l'avoir retenu pour passer la nuit, notre mtention était 
« de le leur restituer demain. » 

« Après quelques autres pourparlers^ auxquels nos 
i|;ens ne mêlèrent que deux ou trois apostrophes d'une 
rage bien prononcée, et que mon guide Tchang-siang- 
koung sut parfaitement adoucir , en donnant le titre de 
Lao^ta-gin, vieMard^grand-homme, au plus âgé de la 
troupe , ees inconnus ajoutèrent : « La(Hf/ê souflre trop 
« dans oette position , nous rengageons à nous suivre. 
« — Et ses gens, réponJis-je, qui les emmènera? — 
« Nous viendrons les chercher au jour. — Ainsi seul , 
« où allez-vous me conduire? — Dans la ps^^ode du 
« village. » 

« Il est & remarquer 'que^ par mie superstition des 
(rios inhumaines , les Chinois sont persuadés qu'il soflit 
4^tre malheureux pour éure coupable ; en nous recueil- 
km dans leurs maisons, ils auraient craint d'attirer sur 
MX Me partie des maux qu'ils voyaient peser sur «ous , 



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£31 
et tkMit iB Haas croyaôent poarssivis p«r iiiie j«9lioe «é* 
leste. Nms étiwM A lears yeux des fan^ênj maif ai êem' ê ^ 
et des victimes dn T^tffi-mtfijf , destin du ckL 

« Je fiais par leur dire que puisqu'ils venaient oiefiaii- 
ver seul , je remettais au lendemain racoeptation de lèmss 
bons offices, et ils se rethràreat en répétant que la posisÎM 
é(»t trop douloureuse peur Jun Lao -yé. Quelle était Jewr 
véritable intention? nous n'avons pu le savoir. Quant ji 
moi , fêtais assez tenté de les suivre ; mais pourtant , Me 
disais-je, si à quelques pas d'ici ils me précipitaient dans 
le Kiang , pour se débarrasser de la crainte que plus tard 
je ne dénonce au vice-roi leur brigandage ; après s'être 
défaits de moi, ne prendraient-ils pas au même piège mes 
compagnons d'infortune ?... 

« Notre situation, comme vous le voyez, était erili- 
que , et le reste de la nuit se passa dans de cruelles ap- 
prâiensions ; cependant personne ne reparut , et le 
en ramenant la lumière , nous rendit Fespérance. Nos i 
telots reprirent la vie qu'ils semblaient avoir perdue. Hw 
bewreiix que le capitaine qui n'avait pu sauver une seole 
sapèque, je portais sur moi quelques pièces d'argeat; je 
les montrai à nos marins; et par je ne sais quelle] 
crête, de morts qu'ils étaient auparavant^ les voilà i 
suscités. Péi^ltaol Vécrient-ils , plus risa d traimimi 
Tkim^p thien^l le ciel esi pour nous 1 le ciel est pournêm! 
ce qu'ils, entendent du firmament, sanss'élever jusqu'à Hdêe 
de l'Etre suprême qui en est l'aulenr. 

« A l'instant, et malgré une pluie d'orage qui n^aimt 
père cessé de la nuit , quelques matelots s'en allèrent k la 
rechercbe d'u moyen de salut; les uns se placeront ^b 
observation sur le rivage, afin d'adresser des signant 
de détresse au premier navire qui s'offrirait à leur vw; 



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232 
taineau^te : il ne s'en présenta pas un seul durant toute 
la journée. Les autres qui s'étaient dirigés vers le bras 
secondaire du Kiang^ aperçurent bien un certain nombre 
de barques amarrées à Taulre rive ; mais ils eurent beau 
supplier ceux qui les montaient , et faire luire les taâ$ à 
leurs yeux, pas un mouvement ne se fit 'en leur faveur; 
ib crurent seulement entendre qu'on leur disait pour toute 
réponse : « Nous tenons plus à notre vie qu*à votre ar- 
« gent; attendez que le vent cesse ; nous irons à votre se- 
« cours dès que nous le pourrons sans danger. » 

« Ce péril qu'ils n'osaient affronter ni par cupidité ni 
par compassion , nos gens se décidèrent à le braver sur 
leur faible chaloupe, qu'ils s'étaient jusque-lù ménagée 
comme une dernière planche de salut. La nacelle mise à 
Teau , urois ou quatre coups de vagues suffirent pour la 
leur enlever : heureusement qu'aucun d'eux ne fut em* 
porté avec elle. En la voyant poussée au large par les flots^ 
notre capitaine jeta un cri de désespoir : « Cette fois nous 
« sommes perdusl » dit-il , et il se mit à verser un tor- 
rent de larmes. 

« Pour moi , au milieu de tant de revers , f avais en- 
core la force de retenir les miennes ; je m'abandonnais , à 
b vérité , aux plus affligeantes réflexions ; mais il me res- 
tait une secrète espérance; je pensais qu'après tant d'é- 
preuves , le Seigneur ferait éclater sur nous sa provi- 
dence : « Priez, disais-je à mes deux chrétiens, priez Dieu 
• qu'il nous aivoie enfin quelque ange libérateur. » 

« Quelques heures après l'enlèvement de la chaloupe , 
le capitaine prit le parti d'aller lui-même à la découverte. 
Peine perdue; le résultat de son excursion, comme celui 
èm précédentes, fut qu'il n'y avait point de secours pos- 
sible tant que durerait la tempête. Je dois avouer qu'à son 



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333 
retour la constaroatioQ devint générale et qu'elle fut à 
son comble. Tous^ jusqu'à moi , nous crûmes arrivé le 
moment du sacrifice. Le jour touchait à sa fin , le vent 
et la pluie continuaient avec la même violence. Oh ! pour 
le coup*, je le répète , je sentis toute espéi^ance s'évanouir 
dans mon cœur. Il nous semblait voir le ciel et la terre 
araiés en même temps contre nous conspirer ensemble 
notre perte. Depuis deux jours-^ nous n'avions pris au- 
cune espèce d'aliments. Notre corps, meurtri par le nau- 
fi^ge, était encore couvert d'habits humides, et cela sans 
avoir pu prendre un peu de repos. Nous allons donc 
mourir ici de faim et de froid , me disais-je , ou plutôt les 
brigands qui nous ont épargnés la nuit dernière , nous ré- 
servent pour celle-ci nne visite dans laquelle nous serons 
tous égorgés. 

« Je n'étais pas non plus très-rassuré sur le compte 
de nos matelots , tous païens , qui auraient bien pu se dé- 
dommager de leurs pertes à nos dépens, et se défaire de 
nos personnes pour mieux jouir de nos dépouilles. 

« Ce qui me faisait le plus de peine était de périr ainsi 
sur ce misérable Mot, sans aucune utilité pour la Religion, 
après avoir si souvent et si ardemment désiré l'honneur de 
pouvoir un jour prêcher un mandarin dans son prétoire, 
et , au sortû* de là , d'être envoyé au martyre* 

« A ce regret se mêlaient des souvenirs qui m'inspi- 
raient de justes craintes. Je me rappelais avoir entendu 
dire qu'à la nomination du deuxième Vicaire apostolique 
de la Corée, le courrier qui lui portait les insignes épisco* 
paux , ayant été, pendant son voyage à travers la Chine, 
arrêté par des voleurs , dépouillé de tout et puis garroté 
à un arbre, fut ensuite rencontré dans un si pitoyable état 
par des satellites qui le détachèrent. C'était bien jusque-là. 



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984 

Alais ses libérateurs, ayant appris à quelle espèce de geas 
H aTâit en affiiire, se mirent aossitAt à leur ponmiie , et 
avec les malfiiiteurs s'emparèrent aussi des objets irolés , 
ce qui donna sujet à une grande perséontton. Je craignais 
également de voir se renouveler à peu près la même scène. 
Comment pourrait-il se Êiire , me dîsaisi'e , qu'un pillage 
accomf^ en plein jour, et auquel tant de mauvais sajeis 
ont pris pnrt, n'éveillât pas enfin Tattention et la vigilance 
de Famtorité? Peut-être mes ornements , mon cmciis et 
autres objets de religion sont-ils déjà entre les mains des 
magistrats! Tout le monde ne sait-il pas ici que les ma- 
kouay, satellites chargés de répondre des voleurs avx 
mandarins , partagent le [>lus souvent le butin avec eu , à 
condition de protéger leurs nouvelles tenUtives de ra- 
pines. Comment pourrait-il donc se faire qu'en paru- 
géant nos dépouilles, ils n'aient pas reconnu que les objets 
enlevés appartenaient, pour la plupart, au culte desdnré- 
tiens , à cette religion des martyrs et des proscrits, contre 
laquelle on avait récemment publié tant d'édits dans tout 
le Houpé? Quelle bonne fortune pour eux que cette dé- 
couverte! Outre qu'ils y gagnaient la prime promise aux 
dénonciateitfs d'un prêtre, ils disaient preuve de vigi- 
lance , et se trouvaient, par la seule arrestation d'im IGs- 
sionnaire, dispensés pour longtemps d'être sévères envers 
les malfoiteurs. Aussi ne voyais-je que la prison au sortir de 
notre Ilot, si toutefois j'en sortais ; et s'il fallait y mourir, 
je tremblais de léguer encore la persécution à une pr^ 
vince déjà inondée de sang chrétien. 

« Que bire pourtant pour conjurer ce malheur? Pavais 
déjà beaucoup prié^ et non-seulement je ne voyais pas mes 
supplications suivies d'un heureux dénoûment ; mais cha- 
que pas, an contraire, nous enfonçait plus avant dans 
l'aUme. II me vint alors, quoique un peu tard , l'idée 



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936 

d'ane nouvelle prière , qwe voici : « Swgneur^ ne repbus- 
« sez pas mon fanmble demande ; par rinteroession de vo- 
« tre nouveau martyr, Jean-Gaibriel Perboyre , venez à 
« notre secours 1 » Je la répétai trois fois avec une fer- 
veur dont je trouverais peu d'exemples dans ma vie; après 
quoi , me persuadant que je venais d'accomplir en grande 
partie ce que f avais à faire , soit pour la vie , soit pour 
ia mort, je m'abandonnai à la divine Providence, et 
comme décharçé du poids de mes inqm^des , je suc- 
combai enfin au sommeil. 

« A peine étais-je assoupi, qu'un matelot s'écrie: 
« Voici un bateau ! voici un bateau 1 » Celui qui le mon- 
tait ne venait probablem^t que pour épier s'il restait 
quelque chose à prendre. A notre vue, il voulut passer 
iMitre^ sous prétexte que les vagues étaient encore trop 
jbautes pour qu'il pût abords sans danger. Mais Dieu 
permit qu'à force de promesses et de prières, le nauton- 
nier qu'il nous envoyait, consentit à chercher et trouvAt 
enfin , à une centaine de pas de nous , un endroit acco- 
stable. Quaure ou cinq de nos gens s'emparent à l'in- 
stant de sa nacelle , pour aller à la sution la plus voisine 
située à peu de distance. J'aurais bien voulu être de la par- 
lie; mais le batdier s'y opposa, soutenant qu'avec un plus 
grand nombre de passagers sgn frêle esquif courrait risque 
d'être englouti. Je dus donc me contenter de la promesse 
qui me fut faite, qu'on allait, pour nous, louer au port 
une plus grande luirque. Nous pouvions d'ailleurs atten- 
dis plas pntienmeiit leor retour : la phû avait cessé, le 
ifM ae oalanit^ Mtraoorar siabatla aeirawait à anoitié 
nfevé de son JttcaMcawnt, après «ne si cruelle angoisie, 
la pfa» gnmde que j'aie ene de oia vie , parée tpk'diie «a 
a.éîëlaplosjflqîiw. 

« Nos matelots , fidèles à leur parole , après avoir, 

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236 

comme de juste , apaisé la &im qui les dévorait , n'eurent 
rien de plus pressé que d'exposer nos malheurs au com^' 
mandant du port. Il eut ou il fit semblant d'avoir grande 
pitié de notre position , et dépécha , pour nous en tirer, 
un des six navii*es au service de la station. Les huit hom- 
mes qui le montaient , quoique d'une taille et d'une force 
peu ordinaire, avaient grand'peiue à vaincre la boule en- 
core soulevée par la tempête expirante. Ramant de toute 
la vigueur de leurs bras, et toujours en cadence pour 
mieux s'animer, ils nous amenèrent à l'entrée de la rade, 
où j'aperçus peut-être plus de trois cenls personnes , ac- 
courues pour voir un mandarin avec la mine d'un nau- 
fragé. De tous ces spectateurs , partagés en deux rangs , 
les uns riaient aux éclats , les autres semblaient s'a- 
pitoyer sur mon sort; la plupart me voyant chanceler, 
ou m'offraient un appui bienveillant, ou m'adressaient 
quelques mots de politesse. Enfin , après être tombé en 
défaillance dans la boue une dizaine de fois^ je parvins en 
face de l'hôtellerie où m'attendait avec toute son escouade 
un preux caporal chinois , que je distinguai des autres à 
son espèce de schakot. 11 me reçut en grande cérémonie. 
Par ses soins un grand feu m'avait été préparé , une sorte 
de collation avait été servie, et je pus en toute liberté rom- 
pre une diète absolue de plus de deux jours, en faisant 
main-basse sur une assiette pleine de pâtisseries , et tout 
en répondant à mille questions plus embarrassantes les 
unes que les autres. 

« En attendant on m'apprêtait un bon souper, pour le- 
quel notre commandant et notre majordome voulurent être 
de la partie, afin de me continuer une courtoisie dont je me 
serais fort bien passé, d'autant plus qu'un de mes conduc- 
teurs avait déjà eu l'imprudence de dire que, dans le pil- 
lage, j'avais perdu deux malles contenant des effets très- 



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237 

précieux. Le caporal, voyant les spectateui*s se reiirer peu 
à peu , revint sur cet article qui m'avait jusqu'alors tant 
intrigué ; car j'appr^endais qu'on ne les eût recouvrées , 
et qu'à la vue de l'étrange contrebande qu'elles renfer- 
maient , on ne se doutât de mon caractère. Je m'aperçus 
cependant qu'il me craignait autant que je le redoutais 
moi-même. Et en effet, c'était une chose assez humiliante 
pour un homme de sa profession , payé avec ses gardes- 
cAtes pour maintenir le bon ordre, qu'à sa barbe on 
fût venu impunément attaquer et ^dépouiller jusqu'à un 
mandarin! Il commença donc par s'excuser en m'ex- 
posant que l'année avait été des plus malheureuses, à 
cause de l'incmdation qui s'était élevée plus haut et qui 
avait duré plus qu'à l'ordinaire. « Ces parages, ajouta-l-il, 
« confinant aux dépendances de trois grandes villes, pul- 
« lulent de malfaiteurs de toute espèce, qui, pour- 
« suivis devant les tribunaux d'une juridiction , passent 
« aussitôt sur le territoire des autres pour s'esquiver et 
« gagner du temps , en sorte qu'il est impossible d'en 
« finir avec eux. » Ravi de lui voir ainsi prendre la dé- 
fensive , je l'eus bientôt rassuré sur les suites de sa cou- 
pable négligence, en lui répondant que j'étais par&itement 
au fait des difficultés de sa position, que je ne tenais pas 
à mes malles , qui réellement contenaient des objets pré- 
deux et même de l'argent ; mais que j'en faisais volontiers 
le sacrifice , pourvu que je pusse sain et sauf parvenir à 
Han-Keou; qu'en supposant même que plus tard il pût les 
découvrir, je lui en faisais l'abandon , à condition pour- 
tant qu'il ferait punir les ravisseurs. 

« Le repas fini, mes convives insistèrent pour me faire 
passer la nuit à l'auberge, afin d'y reposer plus à mon aise ; 
mais je m*y refusai, pour me mettre à l'abri de tout leur 
babillage. Je retrouvai au port nos bons matelots, dé- 



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2âi 

peuillés de tout , qui m^afHwhÎMitpoM; me prier de leur 
faire à chacun Taumône de oe qui lui était néeessaire pour 
s'en retourner dans sa faunille, sanûce que je leur rendis 
bien ^(mtiers, parce qu'en dfet ils m'avaiait toujours 
été très-fidèles» AÎ>rès tous ks moufaments d'une scène s^ 
étrange, pendant laqodfe l^ams été firaoéde jou«r tantde 
réies bizarres, dans quel profond et tranquille sommeil 
je fiis bientôt enserdi au fond de ma nouvelle bar- 
que! On aurait pUf je eroisi m'éoindier ipe je a'aurais 
rien senti» » 

(La mite au pr§chmn ffuméro» ) 



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2S» 



MISSIONS DU CANADA. 



A mesiire que le diamp des Missions devient plus 
vaste et plus ferdle, le Seigneur y appelle aussi des ou- 
vriers plus nombreux. Il ne suscite pas seulement des 
apôtres isolés à ce divin ministère, il fait naître encore des 
Congrégations nouvelles, dont le dévouement collectif ré- 
ponde mieux à des besoins généraux. Parmi ces Institu- 
tM» récentes, il en est une que nous Serons aujourd'hui 
oonahre plus spédaleman à nos keteors : e*est la pre- 
màirt fois qu'elle prend place dum les Annales , et nous 
devons indiquer son origine avant de raconter ses tra- 
vaux. 

La Société des OHêkIê i$ Mmrk ImmaeuUe, fondée 
doMleiMAdelaFraMiepar Mgr de Maaeood , évéque 
mmi de IfcmiHe, conpl» d^à pfan de dix-huit ans 
d'existence. Elle n*ava)t encore signalé son zèle qu'aploor 
de son berceau , lorsqn'en 1841, Mgr Bornât , évéque de 
Montréal dans le Canada, étant Tenu en Europe pour des 
liées aux intérêts de la Rdigion , et en particu- 



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240 

lier pour chercher des hommes apostoliques qu'il dési- 
rait établir dans son diocèse , demanda à Mgr de Mazenod 
une colonie de ses prêtres OkhUs de Marie. Ses pieux dé- 
sirs furent exaucés, et le digne Prélat, auquel TEglise du 
Canada était déjà si redevable, eut la consolation d'y in- 
troduire encore ces nouveaux collaborateurs. 

Leur maison ayant été régulièrement constituée, ils 
commencèrent aussitôt les travaux de leur ministère, que 
le Seigneur accompagna partout d'abondantes bénédic- 
tions. Les Obhts de Marie Immaculée au Canada sont 
actuellement au nombre de dix-neuf, dont quinze Mis- 
sionnaires profès et quatre novices. Ils possèdent trois 
établissements. L'un , qui est à Longueil , où réside le vi- 
siteur général et où se trouve le noviciat, est spé- 
cialement chargé du soin spirituel des Townships. On 
appelle de ce nom les habitations dispersées sur les 
frontières du Canada et des Etât-Unis , qui , ne possédant 
pas une population assez nombreuse , ne peuvent être éri- 
gées en paroisses avec un prêtre à poste Oxe. On conçoit 
aisément les besoins religieux de celte portion peu favori- 
sée du troupeau. 

Une autre communauté des Oblais de Marie , appelée 
par Mgr Signay dans le diocèse de Québec, a été établie 
dans la partie nord-est du Saguenay, sur les bords de la 
rivière qui porte ce nom. Outre les missions et les retraites 
données aux paroisses catholiques , les Pères de cette mai- 
son embrassent l'apostolat des sauvages , dont quelques 
tribus occupent toujours les sources de la rivière Saint- 
Maurice et du Saguenay , ainsi que les rives da MontBio- 
rency. 

Plus au nord , vers le 52™* degré de latitude, il existe 
encore des Indiens Papinaehois , entre les lacs Àmnitchta- 
gan, Papimouagan et Pirretîbi. A la droite du fleuve Saint- 

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241 

Latnrent, vers la partie orientale da Baé-CaïUKia , appMè * 
Gaspésie , on trouve anssi les restes des Mtêtmàê on 6a#- 
péiiens, aatrefois très-nombrenx, et reffiarqaid[)Ies par lenr 
civilisation avancée. Les débris de ces diftrentes penphi- » 
des, encore infidèles, étaient visités depuis plusieurs an- 
nées par MM. de Saint-Sulpice et par d^ntres prêtreaca- 
Badiens. Grâce à leur zèle , de grands soeeès ont été obte- 
nus; il en est même plusieurs qui ont recoeSH, avec une 
abondante mo&son d*imeS| la palme ordinaire du dévoue- ' 
mem : vicdmes de leur charité, ils ont succombé aux 
btigues d*un si pénible ministère* Aujourd'hui les Pères ' 
OUaU de Marie Immaculée ont la sollicitude de toutes ces 
Missions, et quelques-uns d'entre eux doivent, chaque an- 
née, parcourir les différents postes où se groupent les sau- 
vages , afin de faire parmi eux de nouveaux prosélytes , et 
de fournir à ceux qui sont déjà chrétiens les secours de 
la Religion. Ils se proposent , dès que leur nombre le per- ' 
mettra, de pousser leurs courses dans le Labrador, jusqu'au* 
pays des Petits-Esquimaux, pour en arracher leshaBttants, 
soU i leur idoUtrie , soit à la séduction des frères M(H*a- 
ves, qui ont déjà formé parmi eux quelques établissements* 
La troisième maison des Oblats de Marie Immaculée est 
à Bytown , diocèse de Kingstcm , dans le Haut-Canada. 
Les membres de cette communauté , comme ceux de Mont- 
réal, sont destinés à donner des missions aux paroisses 
dSjà formées, et à évangéliser la population catholique. dis- 
séminée dans rintérieur des terres* Outre ce ministère , ils 
embraésent eiico^ celui des chaïUters^ Jusquld des mH* 
fiers debAcherons, dispersés pendant six mois de Fannée 
daoïs les forêts, potnr s'y livrer à l'exploitation des bois, 
étaient dans le plus complet abandon sous le rapport reii^ 
gienx. Confiés aux soina des (^lats de Marie Immaculée^ 
3l pourroBt désormais participer aisément à tous les se- 
cours spirituelf que le zèle et la charité savent multipper, 
T0«. XVII. 100. 16 

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dA Bytown sMl, de pAms^^ chargé» de porter le fiaipbeaui 
dft bfoii aw. $»«i««e0.^^gKm9ifNii et ^fUttiU*»» i:é()aBdii& 
da«ft t» farcie eordronesi du Cabada, entre l8s,50^ et 
62*^ dtiwh de liHîtude. Autrefois nombseitaes, ces tribus. 
8(MqMiiiile9aB& Dédwtes à une bie»foîble pepuIaiioiL : las 
guMefr Aéqpiesiee, cpt^elles se sont tim entre dloa» ou 
qtt'eUei^Ollt AM^wies contre les blancs, les avaient déjà 
crnelteieQfid^iQiinées vei» la fin du demîec aiède ; ei de*^ 
pim,, l^émigraijon européenne allant lonjoui» creissant^ 
ces.8Mva(es»nQli»ii]é$,datts leur». ibi:£tt^ ont. j^i; pour la. 
p^Êgm. de laim et de misère. 

De son côté^Mgt* le Vicaire apostolique de laBaiedlIud- 
son appelle aussi les OUaU dans son immense district; ils 
iipnt y commencer leur^ travaux Télé prodiain. Or, dans 
CM contrées prcsqiiie aussi ^Fastes que TEurope , et qui s'é- 
l^ent du TO"*"^ au 142™® degré de bngitude ocdden- 
t^e , et du 481"* au 68"* de latitude boréale ^ c'est-à-dire 
d'un côté d^ujs les limites occidentales da Labrador 
jusqu'au delà, des Monlagoes-Bocbeuses vere les bords de 
rpcéan. Pacifique^ et de l'aulie depuis le lac supérieur ei 
If^ frontières sq[>tenirîonales des Etats-Unis, jusqu'à la 
m» G]nçiale,.il n'y a que cinq prêtres dont la vie entiène», 
absoii)ée par les soins que réclame une pqmlation d'jen.*- 
won trois mille catholiques, suffit, à peine à la visitti 
dfts divers postes de la Compagnie anglaise/ t 

Ces prêtres, malgré tout 1^ zèle, n'ont pn enaonç. 
jMsr qu'en pnssant la bonne tu mcwm dnns ces immenses. 
nigîQns, où la plupart des trUms ons conservé leur indé^ 
BSttdsnce. BientAt ils^e^pèmit aller sa fiser an centrsdo; 
OBI peuplades prçsqpeeBeone inoornines, qui portent di£- 
ttoenisnoms suivant ksxxmtréesqn'^eanecni^t et qnl 
tontes paraissent disposées à bien ameaUclss^nmislna 
de rfi>^n6iie» 



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243 



UUr^ du J?« P. Samrâiia^ Mimiotmairt ObkU de Matiê 
Jmmaatlé$, w M* P* Mwarai^ de la mêa^ Cm^ 



Troif-EÎTièret, le25 joillet 1844. 



« Nous Tôid dé retour de notre MSssioii sur le Saiut^ 
Mannce. Les fruhs de grâce et de satut dont Dieu a bien 
voofti couronner nos faibles travaux, nous ent ample- 
Bent dCdôonnagés des fatigues d'un si pàiible voyage. 

« Le SaAit-lfauriee , dont le cours est d'environ deux 
cents lieues , serait une trës-beUe rivière sans les rag^des 
et tes doutes fréquentes ^r en rendent la navigation si 
diflfcilk. C'était aur sauvages qui en bordent les rives qœ 
aoos étions envoyés, M. Harault et moi , pour rempiaoer 
M, Paymant , missionnaire plein de zèle et de vertu qui 
les avait visités Tannée précédente , mais qui se trouve 
pris en ce moment d'un riinmatisme universel , par smte 
des s^ufhmees quH a endmiiës^ dans ses courses apeeiu-' 
liques. Ces sauvages, qui se nomment TMiMMoiife, «a 
loat énmgéBsés que depuis s^ ans» et déjà Qi doment 
beauooup de onâcdatien an Ifissiomnires <pii leir ont 
porté la boime nouveHe. Je ne vous racoBtetui due ma 
leme4]iie fes dëfiâlt de nette deraière eqpéditioBé. 

« Ré» édone partisses 2M^Ai'tMlr«04e S Ji6h a^ 



16. 

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944 

à vingt-cinq pieds de longueur , monté par dnq ! 
et un jeune sauvage qui avait passé Tannée cbeEM. Pal- 
liant ; nos eOets et nos petites provisions aUaieÉUires com- 
posaient loute la cargaison. Pour ne point nous arrêter à de 
trop longs préliminaro , je ne décrirsli pas notre voyage 
sur le Saint-Maurice , ni les divers incidc^iits qui l\mt ae« 
compagne. Vous pouvez vous en fiiire une idée en voua 
représentant deux Misssionnaires, montés sur un frtfe es- 
quif, voguant seuls sur une grande rivière dont le coaranc 
permet à peine de bâte une demi- lieue à l'heure, ne vbyaac 
autour d'eux que rochers , précipices et arbres gigantes- 
ques, obligés, à cause des fréquents et longs portages, 
de mettre souvent pied à terre et de diarger sur leurs épau- 
les, non-seulement leurs provisions et leur petit bagage, 
mais encore le navire lui-même quil devient impossible de 
conduire sur le fleuve* * 

« Ajoutez à cela que les campements de la nuit , qui 
auraient dûi nous délasser un peu de la Êitigue du jour, ne 
nous présentaient pas un repos fort agréable. Le souper 
et le lit étaient en parfaite harmonie avec notre étrange 
manière de voyager, et dignes en tout de la vie apostoli- 
que. Ordinairement nous nous arrêtions vers le crépus- 
cule , auprès de quelques grandes chutes. Nos gens com- 
mençaient par décharger le canot et le renverser sur la 
rive; chacun prenait ensuite part aiui préparatifs du sou- 
per : Tun coupait du bois , Tautre apprêtait la diaudîère, 
un troisième £iisait jaillir de la pierre des étincelles, qull 
recueillait sur qoc^iues feuilles sèches. En quelques in- 
stants une vapeur assez abondante s'élevant de notre mar- 
mite avec Todeur de h viande salée , nous avertissait que 
nous pouvions commencer notre modeste repas. 

« Comme le n<«nbre des plais se réduisait k la plus 
simple expression, un morceau de porc nous semûai tout 
i la fois d'çtttiwflto «ttéi mDm\Mmsù9 < 



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f45 
BUtes mÊÊÛBÊt pottr florber à h 80 de Tagreste banqnef. 
Ven^t eosoiie la prière que noos faidoiis en coromun , et 
pois B Mbàt songer à préparer son gîte pour le repos de 
la mut. Al<miioas dresftkms notre p^ite tente sur le ter- 
rain le plus uni et le moins humide; diacun se munissait 
de deux ooayertures en laine, dont Tune, mise en double, 
servait de matelas , Fautre recoon*ajt le corps pour le dé- 
fendre du froid et de la rosée , et nous ToilJk couchés aussi 
gaûement cpe si nous avions été sur le meilleur Kt et dans 
ïbAliA le plus confortable. Demander ensuite si Ton dor- 
mait bien, c^est antre chose; car outre que nos épaules 
ne s^aecoutomaient pas très-fecilement à la dureté de no- 
tre couche, mom éûcm continuellement tenus en éveil 
par «ne armé^ innombrable d'insectes qui ne nous lais- 
saieiit ancon repos. Tous les maringouins , les moustiques 
et tesbrolots des forêts voisines semblaient s'être donné 
rendez-vous sous notre tente ; le nombre en était tel , qu'à 
peine poovimis-nous reqptrer, et vous devez penser s'ils 
aoos épargnaient les coups d'aiguillon ! 

« Noos avons ainsi voyagé une vingtaine de jours ^ 
tantôt naviguant sur le fleuve , tantôt campés sur sa rive , 
et d'autres f<râ marchant à pied et obligés de nous fbyer 
péniblement le diemiu à travers les bob. Je ne vous dirai 
rien des beautés de cette nature grandiose, qui ne se ren- 
contrent nolle part si frappantes que dans l'Amérique dtt 
Mord ; mais je dois pourtant friire une exception en favefir 
do la femense drate du Chawenigan* Nous avions passe 
b Miit du 9 jtnn au pied de cette cataracte. Le lende* 
main, aooonqpagné du diarpentier et de notre jeune sau«^ 
^9», je TOttlas aller jouir de cette cascade importante; 
dont là Tefflâ nous n'avions pu voir que la partie infé- 
rienre* Nous grimp&mes à travers un bois touffu jusqu'ait 
sommet de la collitte, d'oA se précipitent en tourbillonnant 
ka e(m jmqrides du Saint-Maurice. Un bruit sourd et 



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majestueux nous avertit que nous n'étions pas éloignés <lu 
gouffre, et quelques minutes après nous contemplions , 
à son point de vue !e plus heureux, celte scèiie ma|;nitiqae. 

a Une île, ou plutôt un amas de rocliei^, en divisiiiit 
la rivière à Fend roi t de la chute , forme ainsi deux, iin- 
tnenses cascades dont les eaux se rejoignent au fond de l'a- 
1 Ime pour reprendre leur course en commun. Nous ne yimes 
que la branche Est de la cataracte, le temjîs ne nous per- 
mettant pas de visiter celle du Nord qui^ à ce qu'on as- 
sure, l'emporte de beaucoup sur la première. Celle clnuc 
du Saint-Maurice, située à douze lieues des Trois-RivR-res, 
3 près de cent pieds d^élévation ; elle est visitée par un 
trrand nombre d'étrangers que la curiosité y attire de 
toutes parts. Mais 'j'ai lais oublier ma promesse de m'abs- 
lenir de toute digression. Et pourtant il faut vou^aconier 
f^ncore une circonstance de notre voyage, qui se raiiacbe 
plus directement à mon but. 

« Le 16 juiu , huit jours après notre départ , étant au 
bas des huit grands rapides qu'on aperçoit après le fameux 
passage de la Juque , nous ne fûmes pas peu surpris d'y 
trouver un canot qui venait à notre rencontre. Il était 
luonié par quatre jeunes hommes de la tribu sauvage de« 
Têks^e-bouîe qui, partis de Warmaniashing le 12, 
avaient fait en quatre joui*s près de quatre-vingts lieues. 
Ils nous saluèrent affectueusement, mais ils paraiss^tM^nc 
tristes. M. Marault leur demanda en hn^ne Jbérmqm quel 
pouvait être le sujet de leur peine. L'un d'entre eux ré- 
pondit: « Nous sommes surpris et attristés de ne point 
« VQÎr ia r(Ae noire qui nous a visités l'ann^^e dernièi-e. — 
« M. Paymant a failli mourir et n'a pu cette fois refeour- 
« ner parmi vous, leur a répondu* M. MarauU , et 
« cd&imc le Gardien de la prière (FEvoque) ne veut 
• p^ vous abandonnei-, il nous a envoyés à sa place pour 
1 \Qm ipyruire. « Ces (^uel^ues parole» sulEreal pour 



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^47 
ks flafftfafre. OnrtimiaM ato^ dé s'aâfeâsér à moa coa- 
Mre , ib kri (Hrefit : « fkm étions très efi peine de te» ft 
« WaraumaaMag, ^ant qne tm n'arrivans pas; Atem 
« BOUS BOUS sommes dH : Partons et altom Tîte atN 
« 4a^àm de la fvèe fMvrv. Hous aTons donc descendu le 

• fleuve , bien résolus de poursuivre notre roirte Jtisqtt^îWi 
« grMâ village (QuAec), ti ïioes ne t'avions rencotfiré. 

* Maimenant» merci au GraiwWBsprit qui vent (jne tn soii 
« veiiii au miBea de nous; nous allons le prier pour qn^ 
« te protège jusqu'à ton arrivée à la cabane de ta prière 
« (PEgliBe), où ta dois nous instruire. » 

w Ces bons néophytes ne vorfnrcnt phs se séparer de 
bous; leur canot vogttait à cAté du nâtre pendant les six 
jours que nous emptoyâmes i nous rendre an poste dk 
Wamtnlasl iipg* Nous y arrivâmes le 22, à la tombée dé 
laint. En présence de x^e liea tant désiré, à la vue des 
sawages <fi^>ersés sm* la rive du fleuN^e ^ quelles douées 
émoiioBs s'emparèrent de mon Ame! Dangers du voyage , 
nravBBt , faUgues , privations; lout avah disparu en aper- 
œvanti deux pas de moi des amis, des frères, plus qut 
oda« des âmes racbetées an prix du sang de Jésus-Christ, 
que fêtais appelé à samer! Je ne les connaissais pas en- 
core; mais fa peSne qu'ils m'avaient cofttée me lei rendait 
biendiers. 

« Je les voynis, hommes, femmes et enfants, sautet 
dé jm et e^rimer à leur manière Je bonheur qu'ils éprou- 
vaiett de notre arrivée au mflieu d'eux, k mesure qu'a- 
vançait notre barque, on se hâtait de terminer sut 
la rive les prèparatife de noire récepuon. Sur les ordreii 
de M, MeLcoï, commandant du posic, le pavillon avait 
été hi»éf et les hommes réunËi en groupe chargeaient 
Icvmfunk. Nous menons pied à terre, et aussitôt unt 
dédiarge générale se feît entendre pour nous saluer. Après 
<iue}ques paroles édiangées avec M. Me Lcod , après nos 



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S48 
remerclmenu pour ses offim dJigeauas, nous lèunes h 
nos sauvages : il fallut leur donner à lous la main; amme 
ils étaient nombreux , la cérémonie fut assez longue* Us 
ne nous quittèrent plus de tout le soir, et la journée fut 
terqiinée par la prière en commun que nous fîmes au pied 
d'une grande croix. 

« Le 22, nous eûmes le bonbeur de célébrer h sainte 
liesse dans un des appartements du fort. Oh ! que j'offios 
de bon cœur à Dieu la viclime sans tache pour le salut 
de ces pauvres Indiens l 

« Après le saint Sacrifice, OsIdlolSy un des dieb, 
suivi de plusieurs hommes de sa tribu, vint nons deman- 
der audience. S'adressant à M. Marault, il lui parla ainsi ; 
« Mon Père, te voilà enfin au milieu de nous ; qu'il y ^ 
« longtemps que nous t'attendions ! cinq dimanches sont 
« passés depuis que nous sommes ici; nos provisions 
« sont toutes consommées , et nous ne prenons presque 
a pas de poisson, parce que Feau est trop haute* Les en- 
« droits où H y en avait beaucoup , en sont aujourd'hui 
« tout à Eût dépourvus. Qu'allcns-nous devenir^ mon 
« Père? Cependant nous aimons mieux mourir que de 
« nous passer de confession cette année* Voici ce que nous 
« avons résolu. Si la pèche est toujours malheureuse, 
« nous jeùnorons pendant dix jours pour demeurer avec 
« toi ; nous souffrirons , mais n'importe ; nous le terons 
« avec plaisir pour sauver notre ûme. Au bout de dix 
« jours , si le Grand-Esprit ne nous envoie pas de pois- 
« son , la nécessité nous forcera de partir ; nous te quilte- 
« rons enfin , quoique avec beaucoup de peine. » 

« Otkiloè' ayant cessé de parler, nous lui répondîmes 
que notre intention avait été d'abord de nous arrêter 
quelques jours à Warmantasbing ; mais, ajoutâmes-nous , 
puisque la disette de vivres ne vous permet pas de demeu- 
rer plus longtemps , nous allons nous acheminer ensemble 



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^9 

fera b diapelle de Kikeiidate. Noos ikhis latmes, en effet, 
en marche le lendemain; je pris les devants avec quelques 
sauvages qui m'offidrent leur canot, et le 27 nous mettions 
pied à terre à Kikendate. Un coup de fusil tiré à dessein 
avertit de noire arrivée les sauvages campés aux environs 
de la chapelle. 

« Ils vij^ent en trè&-grand nombre me. présenter leure 
félicitations. Je causai assez longtemps avec eux; ils 
étaient si heureux de posséder un Missionnaire , qu'ils ne 
savaient comment exprimer leur reconnaissance. Le len- 
demain M. Marault arriva avec le reste des Indiens que 
nous avions rencontrés à Warmantashing. Nous réglâmes 
aussitôt les exercices de la Mission, que mon confrère ou* 
vrit le soir même par une instruction préparatoire. 

« Nos sauvages, après une si bague attente, ne pou- 
iraient être plus avides de la parde sainte, et dès les 
premiers jours nous pûmes jouir amplement des fruits 
de leurs bonnes dispositions* Les catéchumènes surtout 
se distinguaient par le zèle et Tardenr qu'ils mettaient à 
s'instruire, afin d'avancer l'heureux moment où, par le 
baptême, ils seraient eo&û admis an nombre des fidèles. Les 
plus grands sacrifices n'étaient conq^rtéspour rien quand, 
à ce prix, il fallait mériter la grâce de recevoir ce pre- 
mier sacrement. Nous les taoûons à l'élise plus de six 
heures par jour ; la plus giande partie de ce temps était 
destinée au catéchisme et à des instructions familières ^ 
où tout le monde assistaiu Bien loin d'être fotigués de ces 
exercices , qui auraient pu paraître longs même à des 
dn-étiens plus formés, ils n'étaient pas plus têt sortis de la 
dapelle, que se réunissant en divers groupes, ils tâ- 
chaient de se rendre compte entre eux des choses que 
MUS \ea^ avions dites, et cda durant des heures «en^ 
••ères , quelquefois même bien avant dans la aiit. 
.. « Doqs Jeurs do\i^s et (lilBcultéSy ils ymfjmt «m* 



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SfiO 

sultcr les Missionnaires ; alors , que nous fussions couchés 
ou non , endormis ou éveillés , ri fallait leur donner au- 
dience et répondre à toutes leurs questions. Nous le fai- 
sions d'autant plus volontiers que ces éclaircissements 
fournis à quelques-uns, étaient aussitôt par eux répétés à 
tous, et nous épargnaient ainsi de longues explications sur 
les mêmes sujets. # 

« Grâce à cette ardeur pour apprendre les vérités de 
la Religion, nous pûmes, dans l'espace d'une qiiinxaine 
de jours , administrer le sacrement de baptême à vingt 
personnes , adultes pour le plus grand nombre , et bénir 
six mariages. Nous préparâmes, de plus, à la communion 
cinquante sauvages qui avaient é|^é baptisés les années pré- 
cédentes. Outre les heures désignées pour les instructions, 
nous avions destiné d'autres moments de la journée à îa 
prière^ qui se faisait toujours en commun. C'est là, dans 
ces douces réunions de frères, que j'étais profondément 
touché de voir la solitude embellie par tant de piété et de 
ferveur : vous auriez dit des Anges plutôt que des hom- 
mes ; fortement appliqués à l'objet de leur foi et de leur 
amour, ils paraissaient avoir oublié la terre. Leur mo- 
destie dans le lieu saint était parfaite , surtout pendant le 
saint &icririce. Malheur à celui qui par légèreté eût seule- 
ment tourné la lête ; un soufflet vigoureusement admi- 
nistré par un de ses voisins , l'eût sur-le-diamp averti de 
sa faute. « 

"^« Ces intéressants néophytes aiment beaucoup la prière, 
et eft font pour ainsi dire leur nourriture quotidienne. 
Pour les pèr^ et mères, c'est une consolation autant qu'un 
devoir d'en inspirer le goût à leurs «ifants, et plus d'une 
fois nous avons eu occasion de juger par nous-mêmes que 
leurs peines n'étaient point perdues, que la semence jetée 
clans ces jeunes cœurs tombaient sur une bwme terre. 
« Vous me permettrez , en terminant celle lettre , de 



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561 
Ttas tt dlêr ta «Kaoafie aMre nâle dcmt f II M 
Un s^ qoeje ni*eittrete«ûs avec nos faoBuoes dans fes- 
pèoe de «acris^ qui bous mmak de logement, fentencfis 
kmt à ooap uoeToix dTe^Bt qui semUah partir ^a lieu 
saint. Il était environ cKx beores et demie du soir. Cu- 
rieux de savoir ce que ee poa?ait être, je regarde à tra- 
irers les fentes de la cioison , et jHiperçois deux petitse»- 
GMitBqoi paginaient fifoir de Iwit à dSx ans ; k pliis je«^ 
modescenent agenoniHéenfMe de fautd, fateait sa prière, 
tandis que Tantre, ddHMH i iMé de loi , ^eibit ice qn^I 
$*aoqnt(tftt bien de ee de^mr saoré. La prière fine, te feone 
Mentor bk baiser la terre à son peik élève , fac c o wpa g ne 
jusqa'à la porte de la diapeHe , fai présente de l^eam bé- 
Jiita avant de le laisser sortir, et revient ensuîie se mettre 
à genoQx près da sanctuaire pour y continuer sa prière 
qui dura encore assee loi^mps; après quoi il se retira 
poor aller prendre son sommeil , qui dut être bien doux 
après une telle action* kté teluAant spectacle , je ne pus 
retenir mes larmes ; le souvenir de ces deux innocentes 
créatures ne pourra plus s^^oer de mon esprit ; il me 
semble les voir encore , offirant à ce Dieu, qu'ils ne con- 
nûssaientque depuis quelques jours, Thommage d'un cœur 
pur et ingénu. 

« Enfin , grAce aux diqpoations extraordinaires de ces 
bons Indiens , il ne reste plus dans tonte leur peuplade 
que trois infidèles; encore donnent-ils des marques d'une 
prochaine conversion. Tous les autres sont d'une conduite 
irréprochaUe, et nous font espérer que tant qu'ils ne com- 
muniqueront pas avec les UÔnei ^ ils seront toujours de 
fervents chrétiens. Les progrès qu'ils ont faits dans la tem- 
pérance et les autres vertus sont vraiment surprenants, 
e» enx-^némes en sont étonnés : « Que nons étions mé- 
« chants, nous disait Tun de ces sauvages, avant que 
« MM. Dumoulin etJPaynnni eiiçsent pénétré flans nos 



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269 
«. déiertsi qoe de iHen ib ont fût li notre Ame, et que 
• BOUS nons trouToas diangés aujoard'hui* Ahl mon Père I 
« remercie nos frères les haHiprianU (les Associés de h 
« Propagation de la Foi) à canae des nies noirei que 
c nous devons à leur générosité. » 

« Tel est , mon révérend Père, le peuple béni de Dieu 
auquel j'ai été ^voyé cette année. J'aurais vdontiers 
passé le reste de mes jours auprès deoes chers néq>bytes; 
mais le temps fixé pour notre départ était venu. Tous 
les préparatib de voyage étant donc faits , nous nous em- 
barquâmes de nouveau sur le Saint-Maurice, et quittâmes, 
nonsans regret, cette terre de bénédictions oà le Seigneur 
nous avait bit trouver une moissim si abondante. 

« J*aî rhonneur d*étre , mon révérend Père , avec un 
profond respect , votre très-humble et très-obéissant ser- 
viteur, 

« A. M. BouRBAiSÂ, 0. M. /. » 



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353 



Extrait éCime hêtre du rétéreni Ptre FùietU, ONat iê 
Marie Immaculée, au rMrend Pire Çuiguei, de la 
même Ccngréffaêim* 



Q«âceJed««&ilSI4. 



« Mon rév£r£Nd Pèrb, 

« Je suis de retour à Québec deptiis hier, et je m^em- 
presse de vous rendre compte de notre Mission chez les 
sanyages Montagnaie. Noos nous embarquâmes , M. Bon-* 
cher et moi» le 16 mai i sur la goélette la Loutre^ pour . 
parcourir les divers postes où nous devions rencontrer les 
sauvages. Après un jour de navigation , nous nous trou- 
vions devant Jaiousac , à quarante lieues à Test de Qué- 
bec; c'est le premier établissement français au Canada. 
Situé à la jonction de la rivière du Saguenay avec le Saint- 
Laurent, ce poste se compose, comme les autres dont 
)'aurai occasion de parler, de quatre maisons pour les 
directeurs et les employés de la Compagnie , d'une cha- 
pelle et de quelques constructions pour servir de ma* 
gasins. 

« Après avoir passé deux jours à Jadousae, nous nous* 
«tnbarquâmes pour continuer notre voyage , et le 12 juin 
nous toudiions à Mosquaro, sans avoir rien observé 
sur noure route qui mérite d'être signalé. lÀ devait être 
le terme de notre course apestdique; c'est àms ce poste 
9ie nous devions trouver les sauvages à qui nous venions 
' «M Misuoii. Ib y étaient en effet réunis efi asses 

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3S4 

grand nombre depuis phisieurs jours* Après quelques 
heures de repos , nous flmes l'oirrerture des exercices par 
k ciiaM du Ftvi Cvmâor. Je fasénu jusqu'au larmes» 
(gmnd j'eptfifldi» œ» pawww» Miittwm de» ferte bbiob- • 
ner dans leur chflqpdle celte t#uaiMMe prière. L'Es- 
prit-Saint écouta CaiTorablement leur pieuse invocation , 
car tous ces Indiens profitèrent è F^vi de ce temps 
de grâcesf Ifii ph» jeuaet. même furent entendus en 
cenlession , et plus de cent en£uits eurent le bonheur 
de s'approdier de la table sainte. Tous les sauvages que 
BOUS avons rencontrés dans ces vastes régions , témoi- 
gnent un respect extraordinaire pour la divine Eudia- 
ristie ; il faut en quelque sorte les forcer de comsuinier, 
parce qWilft ne se CE^ieni; jamais assot bien pcépaféspour 
UM si grands fiureur» 

«^ Je dois. ranfflNpnr en pKwaaf qu^il j a une grands 
pureté de mœurs chesB ces bdiens^ «mi fois qa'ita^SMit coor 
vertis ao diristianisniu La^phis gnmde nésme nègiie te«r 
jours dans leurscéuiûoDs entre les perseAiwsde diffiwent 
sexe. S^Hsse laissaittit naguère aitratn» à. toule sorte de 
vices par Tusage immodéré de»bMSOPS eniviantei^ au- 
jourd'hui; qu'ils ont secoué le joug de cette fimesie pas- 
sion^ on les trouve pleinà de zèle pour la pratique des ver- 
tus^ et de générosité dans raecompUssement de leurs, de- 
voirs rdigieux» Ua sauvngje, sfadressant à monosofirère, 
hii disait un jpur : « Tiens, quand on bavait», on na se 
« souvenait pas de tes leçons ; mais depuis que nous 
« avons cessé,, tout reste làk » Et il montrait son ooeur. 

« Les exercices de notre Miasioa terminés^, il fsUm 
nous arracbar du nuUea de nos néeph|rtok Ce fbc we 
seène bienattendrissanie 91e odie dademier adieu. Qa^A 
était toudiaat.da veut ces pa«iffefrm«yags»ieadaiit es 
larmes è notre départi Notre caM(.i^aît d^ (ni lekr 
dieux, ^'ikétaient enoore mur le nvac^ iM ]^ i 



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jssqu^à ce que rétojjgaeiBent mm est dérobétà leur ^ 

« Ces heureuses cRqi^tioiiSy mou (èer Père, se re- 
trouvent daus les dmérentes tribus que nous avons vi- 
sitées. Je ne veux pas vous- rapporter les ^détails de cha- 
que Mission en particulier, paixe qu'il n'y a rien eu d'ex- 
traordinaire , si ce n'est la fervenr qui leur était commun» 
i toutes ; je me contenterai de vous dire le résultat de aos 
travaux* Sur six cents sauvages environ que nous avant 
rencontrés dans les différents postes,, près de cent cin- 
quante ont en. le bonheur de communier, les uns pour la 
|remi^ fois, les antres pour la seconde ou la troisiène; 
irente-six en&nts ont reçu le baptême, et quinze nt- 
riages ont été bénis selon le rit de l'Eglise. 

« Vous savez sans doute quels sont les moyens de aid>- 
sistance pour ces peuplades : la chasse et la pèche, c^est 
là toute leur ressource et leur unique industrie^ Aussi les 
voyes-vous, au sortir de laMissioa, se répandre damte 
bois on le long des rivages de la mer : ceux-ci pour sur- 
prendre le loup marin dont ib tb*ent une huile excellente, 
et ceux-là pour tuer le castor et la martre dont ils vendeaf 
les peaux aux agents de la Compagnie, en échange des 
«èjets de première nécessité. Malheur, à eux quand le gi- 
bier et le poisson viennent à mancpier ! Ils sont exposés à 
périr misérablement au milieu des tourments de la laim* 
Pariez-leur de cultiver la terre pour en tirer leur subais^ 
tance , ik ne vous écoutent pas* Dites-leur de faire des 
provinons, car souvent la chasse, étant abondante, 9s 
pourraient aisément se pourvohr pour des temps plus mau- 
ves; ils ne eomprennent pas une pareille préeaoïion. On 
sauvage mange et dort tant qu'il a des vivres ; après, i 
recommence la chaeie ou la pèche» au risque de jeâaar 
des semaines entières. 

« Tels sont les hommes que nous aTons visités, et encan 
ie son^ôb pas les pinsà pîaindrel car eux au moinst 



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édaîrés des lumières de la foi , quils onl eu le bonheur de 
recevoir depuis plusieurs années, tandis qu'un grand nom- 
bre de leurs frères, répandus dans rintérieur du pays, ne 
connaissent pas encore le vrai Dieu. J'ai appris dans mou 
voyage qu'à cent lieues de la mer, l'honorable Compagnie 
de la Baie d'Hudson est en rapport avec des sauvages qui 
n'ont jamais été évangélisés; et cependant , m'a-t-on dit, 
ces Indiens sont d'un caractère doux, et ils accueilleraient 
volontiers les ouvriers apostoliques. 

« L'an dernier un d'entre eux , vieillard octogénaire ^ 
se présenta à la baie de Ha-Ha où réside un Missionnaire 
à poste fixe ; il avoua que depuis longtemps il désirait ren* 
contrer une de ces robes noires dont il avait autrefois en- 
tendu parler, afin d'apprendre la véritable prière du 
Grand -Esprit, Après avoir reçu les instructions suffisan- 
tes, il fut baptisé, et le lendemain son ûme régénérée par 
la grâce s'envolait au ciel. Combien d'autres sauvages au- 
raient le même bonheur, si des Missionnaires en plus 
grand nombre pénétraient dans leurs solitudes, pour y por- 
ter la bonne nouvelle! Il en serait temps; car îî est à 
craindre que les ministres de l'erreur ne nous devancent 
auprès des Nascapis , comme malheureusement ils l'ont 
déjà fait auprès des Petits-Esquimaux ^ qui ont été en- 
doctrinés par les frères Moraves. Espérons que Dieu fa*a 
éclater enfin sa miséricorde sur ces peuplades abandon- 
nées , et qu'il enverra des apôtres pour leur rompre le 
pain de la divine parole. 

« Je suis , njop révérend Père , votre tout dévoué , etc. 

-^Uèr»i jI} OfS\MiLl ItC , p, FlSSETTE , (7. M. L » ^^ 

eîii 



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257 



Extrait d'une lettre duR. P. Laverlochére, Ohlat de Marie 
Immaculée, au R. P. Guisues, Fisiieur général de$ 
Missions du Canada. 



Lac des Deux-Montagoes , 25^aoùt ISii. 



c Mon RivéREicD Pbke , 

« Après trois mois d'absence, nous sommes revenus, 
hier au soir, sains et saufe an lac des Deux-Montagnes» 
Des drconstances imprévues noos y retiendront quelques 
jours. Je vais donc profiter de ce repos forcé pour résu- 
mer Pensemble de nos courses apostoliques , et vous édi- 
fier de leurs résultats sur les tribus sauvages que nous 
avons visitées. 

c €e fot le 14 mai que nous partîmes de Monâ*éal, 
M.Moreau et moi, après avoir offert le saint Sacrifice 
pour le succès de notre entreprise. Dieu nous fit corn- 
prencfre, dès le début, qu'il la bénirait. Arrivés^ le 30 , 
au fort William situé à quatre-vingt-cinq lieues de Mont» 
réil , nous trouvâmes une quinzaine de fomilles indiennes 
qui nous attendaient avec impatience. Nous les réimlmes le 
aorméme sous une sorte de hangar, que la Compagnie de 
la Baie d'Hudson)iOtts avait offert pour y accomplir les exet- 
ciees religieux. Presque tous ces sauvages ont eu le boa- 
heur de s'approcber de la sainte tiMe, presque tout aussi 
out voulu s'enrôler dans la société de tempérance; afvir 
Tov. xvn. 100. 17 

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268 
es fttoir pris l'engagement entre les mains de M* Moreau, 
ils sont allés notifier leur résolution au principal commis 
du poste. « Il imporle , lui ont-ils dit , que tu saches ce 
m que nous venons de faire : nous venons de promettre 
« au Grand-Esprit , en présence de nos Pères les robes 
m noires, de ne rien boire désormais qui fasse de nous 
m d'indignes priarUs (chrétiens) ; si donc tu t'avisais de 
m nous ofinr encore de la liqueur de feu (du rhum) tu 
m sauras que nous la refuserons* » 

« Nous ne passâmes que six jours au milieu de ces fer- 
wnts néophytes, tant leurs bonnes dispositions avaient 
abrégé notre travail l Le 15 juin^ et toujours en remontant 
rOttawa qui prend , ù quelque distance du fort William , 
le nom de Riviêre-Creusej à cause de là hauteur et de la 
proiûmité de ses deux rives , nous arrivâmes en vue de Té- 
iqH&anûng. A mesure que nous avancions, oMS aper- 
cevions les cabanes des sauvages dispersée çà et là wir les 
b^rds dm Qeuve, puis enfei les sauvi^fes eux-mêmes qui 
■«us attendaient au nombre d'environ ipois oonts. Ajaqsî* 
tAtaprès que [nous eûmes salué les employés du posie, 
MUS nous nilmes en devoir de visiter atiiasi m» ladio^ 
dtms leurs propres habitations : c'est le seul moyen de 
xakifire en eux une certaine timidité qui les empécbeiait 
4e ^enir à nous, malgré Tardent désir qu'ils en Couvent. 
Dès Get(e furemière entrevue, il ne me £a;i pas difficile de 
dasonguer nos chréliensjdes infidèles ; je les reconnaissais 
naa seulement à leur modestie et à leur aSsibailé , mais 
t à la propreté et à la décence d^ lears vêtements. 

m Le soir, nous fîmes l'ouverture de la Mission fMr 1» 
^dtt Fmi Creaiarj qui fut suivi de la prièro et da 
qwlqttes cantiques traduits en langue îadieDne. La musiqud 
ptate singatièrameiit aux sanvtges; ils dumieiit nuit ec 
jMT, ee je suis oonvsmicn qu'un des meaUmm moyeas do 
teifKtruire ppomptemeat , serait de conposer en vers M 



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2S9 

abrégé des vérités de h ReUgion tjm pèt leur servir de ea« 
tédnsme* Rien de plus édifiant que la piété et lé recueiDe- 
ment qu'ils apportaient au tribunal de la péliitenoe ; qud- 
qiefois ik passaient des journées enti^^ agenouHIés ou 
assis à la porte de la diapelle, en attendant que leur tour 
arririt ; exposés durant tout ce temps aux injures de Tair, 
ils ne se faussaient ni distraire par aucun objet extérieur, ^ 
ni vaincre par la kim , eux natureBemeiit m curies et si 
fortement deninés par la soisualité. 

« M. Iforeau s'occuppait spécialement des dirétiens ; 
pour moi , je donnais mes soins aux sauvages encore infi- 
dèles, que je réunissais à part afiii de leur apprendre les 
prières et las premiers éléments de la Religion^ Ik me strt- 
vaiaitpareottt, et j'étab heureux de cet empressement, 
parce que je pouvais plus aisément converser avec eux , et 
leur faire répéter phis souvent ce que je voulais graver 
dans leur mémoire. J'employais aussi quekpies moments de 
loiâr à leur dresser une espèce de calendrier, dans lequel 
je marquais par des signes symboHque» ks jours de di- 
mandie et de ftte ; ainsi, par exeaq^, le jotur de TËpi- 
piame écak ëésigué par une étoile, k Fète^iw par un 
ostmsair, la^wteeAte par une colondie , etc. 

« Qaiiqu*il f «AC <»core beftueeup à £aûre dans ce 
poste, MBS dAuMsaoaferatt départ; ms sauvages çom- 
mençttent k mimqner eMèremeat de nourriture^ JSous 
leur dbtrilmibièsoe qui nous restait de provisions ; mais 
qt'élait-oe que odaj[)our une troupe de trois cents £unc- 
liquaP 

« Le l*' juitie^ après avoir offi^t^ascore une fois l'adora- 
Me vidiflie pour ces chers néofAytes^ et leur avoir adressé 
nosderaiènes recoaunandations, nous nous éloignons de la 
cfa4)eile. La foule bous suit tristement vers le bord du lac : 
IsaiMB versevi des larmes ; les auures prient ; ceux-ci nous 
conjura im^jjBirtfut de prolonger encore notre séjour 

iT. 

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26« 
parmi eux : « Nous avons d^à betucoiy jeftné , disaient 
« ces braves gens ; mais nous saurons jeàner'enoore si vous 
« restez quelques jours de plus avec nous. » Au moment 
de quitter le rivage, il nous Ëdlut donner la main à tous* 
encourager les hommes, consoler les femmes et bé4iir les 
eofonts. Cependant une cinquantaine de chasseurs, rarme 
au bras, se tenaient sur deux rangs, et dès que notre ca- 
not eut levé Tancre, une détonnatkm de cinquante coups 
de fusil annonça que nous quittions Témiskammg. | 

« Ce jour-là le vent nous était contraire, et malgré tous 
nos efforts^ nous ne pAmes nous rendre qu'à deux lieues 
du poste,. Le lendranain nous atteignîmes les ^ntiue-Ar- 
tage$^ ainsi appelés à cause de quinze rofiies assez rap- 
prochés les uns des autres, où Ton est obligé de porter, à 
travers les bois, bagage, provisions et même le canot. 
Nouç r«içonirâme§ çp?uiiç ui) g,-4ûd lac dont les bords 
%m\ , dk-on , visités en Wver par des légions d'ours. En- 
fin , le 9 juillet , vers les neuf heures du matin , nous dé- 
couvrîmes devant nous le fort tfAbbilibbi, qui semblait 
s'élever du sein des eaux , tant est basse la pointe sur ta- 
qoetle il est bâti. A notre arrivée , nous pûmes fiMJlemept 
remarquer une grande diffièrence entre les sauvages de ce 
poste etceuxdes forts Wffliam et Tànîfliomîng; car quoi- 
qtfils fussent près d'une centaine réunis <knsoe moment, à 
peine y en eut-îl quelques-uns, déjà chrétiens, qui vinrent 
^ous saluer. Quant aux infidèles, ils semblaient nous fuir; 
ce ne fut qu'au bout de trois jours, et après que nous 
leur eûmes fait nous-mêmes plusieurs visites dans k«r$ 
cabanes, causant familièrement avec eux et caressant leurs 
enfants , qu'ils commencèrent à s'apprivoiser et à se r»- 
dre aux exercices. Ces Indiens , généralement plus gros- 
siers que ceux de l'Ottawa, sont tous d'une voracité in- 
croyable , ils mangent ou plutôt ils dévorent du matin au 
soir ime quantité énorme de viandes et de poissons. 



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261 

« L^accueil que nous avions reçu ne nous promettait 
pas de la part des Abbitibbes un concours bien empressé. 
Heureusement, Tarrivée d'une quinzaine de sauvages de 
Témiskaming qui venaient de Moose, fut pour la peuplade 
une vraie bénédiction]du ciel ; comme ils devaient repartir 
le lendemain, ces fervents néophytes voulurent tous se con- 
fessar, et il fallut passer une grande partie de la nuit k 
les entendre. Avant de s'embarquer^ ils assistèrent tous à 
la Messe avec un recueillement admirable* « Voilà une 
« troupe de saints , me dit un Canadien qui voyageait 
« avec eux; nuit et jour ils prient ou ils chantent les 
« louanges de Dieu. » Leur exemple produisit sur oeux 
d'Abtntibbi un changement sensible. Dès ce moment» 
nous eûmes la consolation de les voir plus assidus à tous 
les exercices, et correspondre à nos soins avec une fidé- 
lité parfaite. 

« J'ai hâte de le dire, mon révérend Père, s'il reste en- 
core dans ce poste plus d'une âme infidèle dont nous 
avons à déplorer le malheureux état^ il y en a aussi un 
grand nombre qui déjà font la gloire de la Religion et 
Tédification de leurs compatriotes. Là , comme dans les 
autres stations , on trouve chez les nouveaux du*étiens des 
vertus qu'on ne rencontre plus guère ailleurs. Ils sont 
surtout fortement pénétrés de la pensée des biens étemels ; 
l'espérance d'une autre vie leur fait endurer avec beau- 
coup de patience , et quelquefois avec joie , la faim , le 
froid et tous les genres de maux auxquels ils sont expo- 
sés. «Pauvres enfonts, leur disait un jour M. Moreau, 
« vous êtes bien malheureux ici-bas ; je suis vivement 
« touché de vos misères. — Gila est vrai , mon Père , 
« répondit une pauvre veuve , dont la fille est depuis 
« longtemps malade ; quelquefois je suis tentée de me 
« décourager et de céder aux murmures ; mais aussitôt 
« je me dis : Eh quoi I je perdrais confiance en celui qui 



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963 

« a iant souff^rrpour me gagner le ciel ^ ei qui me ré 
« compensera de tout ce que j*endure pour son amour ! 
« celte pensée me console, ei je prie ; et quand j'ai prié, 
<c je ne sens plus mes peines. » 

« Ces bons néophytes se laissent-ils aller à quelque faute, 
ils tombent aussitôt à genoux , et ib disent : Tebmùmién 
H ki nikim chawenimichim Kas$ia mawickm : O toi, 
mon Maître , qui as été bUssé pour moi^ prendê pitié de 
moi et pardonne ma faute. Le récit qu'on leur feraîl 
de la pénitence des solitaires et de la pauvreté des religieux, 
ne produirait sur eux aucune impressicm ; car b vie qu'ils 
mènent est bien plus dure, et ils ne possèdent pas une obo)e 
sous le soleil. Leur parle-t-on de la beauté des grandes 
villes, et des avantages que procurent les arts et Tindustrie 
aux peuples civiIisés,Hls ne témoignent quede rindifférenoe; 
mais ils se montrent enchantés si on leur décrit la magni* 
ficence de nos églises , la majesté de nos cérémonies et 
Téclat de nos solennités religieuses. Poussant alors un 
soupir , ils s'écrient : « Oh ! qu'ils sont heureux ]es priants 
« du grand village (Montréal) l Que n'avons-nous de 
« pareilles cabanes pour la prière ! Si nous pouvions imi- 
« ter les priants de là-bas, dont tu nous parles sou- 
« vent! » 

« Du lac Âbbitibbi nous reprimes en toute bsite notre 
direction vers TOttawa. Nous suivîmes ensuite le cours de 
cette rivière jusqu'au Grand-Lac , à travers beaucoup die 
difficultés et même quelques accidents; car il fallut fraa- 
chir plusieurs porraflfe* pénibles et des rapides dangereux. 
Ce que nous avions craint était arrivé : lessauvagesaui^- 
quels nous avions donné rendez-vols ne pouvant nous 
attendre plus longtemps à ce poste, faute de provisions, 
s'étaient déjà retirés dans leurs terres de chasse; il ne 
restait plus que cinq ou six Ëimilles. M, Ittoreau baptisa 
une jeune fille qui se mourait; j'entendis quelques oon- 



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9*3 
ib^ions; [^dprès quoi nous partîmes pour Kanikevm^ 
nai&k. 

« Noos y troavâmes huit familles indiennes. De ce noffri> 
bre était celle du grand chef Kitié o Kima , qui , (^Mé 
gn observation sur un petit monticule, nous regardât 
Tenir* A pe^e étions*nous débarqué, quUl fut auprès A 
BOUS. Ce Saehem était vêtu tout eu rouge ; il porOH i 
son cou trois petits médaillons à Teffigie du dernier rtk 
d^AngletaTe , de la rehie actuelle Victoria et du goufwr^ 
ncur du Canada', et, de plus, un gros collier de perles, 
un chapelet et une médaille de rimmaculée Conceptel 
de BIftrie. Les quatre premiers objets ne décorât ra pti- 
trin^ qu'aux jottrs de paarade ; quant au chapelet et à là 
médaille, il ne les quitte jamais. 

« Kitié o Kima était accompagné d'un chef suballerttë: 
Après qu'ils nous eurent tous les deux donné la main, iè 
premier nous adressa ces psu^oles : «Vous êtes salués^ 
« nous, nos Pères les rches noires. Avec quelle impatience 
« nous désirions voire arrivée I plusieurs familles de fltt 
« tribu sont retournées dans leurs terres , quoi que j'aie 
« fait pour les retenir encore : c'est qu'elles jeûnaient de- 
« puis plusieurs jours ; et moi je jeûnais aussi , mais fàk 
« voulu vous attendre. Nous ne serons pas seuls : il vies- 
c dra bienldt d'autres indiens , quand ils sauront l'ârxiiée 
« des robes noires. » 

c En effet, les jours suivants, il arriva une dizaine 
de familles; nous avions en tout, y compris les enlbfilB» 
environ soixante personnes. Nous arrangeâmes sans àëm 
h cabane qu'on avait dressée l'an dernier pour les es»- 
dces de la Mission , et nous y plaçâmes une table qui aflat 
servit d'autel. Par malheur, dès le lendemain , M. Msattm 
tomba malade d'un excès de &Ugue. Au cinquième joar« 
cependant, il put reparaître au milieu des sauvages ^ «t 
leur adresser quelques instructions, ce qui les rempËtêê 



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364 
joie. Ces néophytes sentaient que nous avions peu de forces 
et peu de temps à leur donner; et ils tâchaient d*y suppléer 
par l'empressement et le z^e : nous devons dire qu'ils ont 
profité de nos soins au delà de toute espérance. 

« A notre retour, nous aurions volontiers passé quel- 
que tanps à Bytown, mon compagnon et moi ; mais des 
paires importantes nous appelant au lac des Deux-Monr 
tagnes , nous partîmes le lendemain pour ce poste où nous 
avons reçu , de la part des MM. de Saint-Sulpice, un ac- 
cueil bien propre à nous faire oublier les peines et les fa- 
tigues de notre long voyage. 

« Je ne veux point finir cette lettre , mon révérend 
Père^ sans remplir un devoir de reconnaissance envers les 
agents de Phonorable Compagnie de la baie d'Hudson; 
dans tous les postes que nous avons visités , ces Messieurs 
ont eu pour [nous toute sorte d'égards , et nous ont 
traités avec cette distinction et cette noble^Ubéralité qui 
les canKîtérisent. ^ 

« Agi'éez, mon révà*end Père , etc. 

« J. N. Laverlochère, MisSn 0. M. /. » » 



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296 



BxIraU d*une lettre transmise au Conseil central de Lyont 
par Mgr VEvéque de Montréal. 



HinioD dM TowMibps de l'Eit, 18U. 



Messieurs , 



« Je me conforme à vos désirs en donnant quelqaesdé- 
taiksur l'état de cetteMission, qui a pris un aspect si con- 
solant, depuis surtout qu'elle a reçu la visite de son pre- 
mier Pasteur. Ce qui m'a le plus frappé dans les Totm- 
skips de.FBst» c'est raccroissement rapide des catholiques, 
c'est le respect des protestantsen général pour eux et pour 
kirs prêtres , et par ooatre-ooup le discrédit des minis- 
tres, de ceux surtout qui sont le plus hostiles à notoe 
«aiiite Bi^gioii. 

« En effet, si Ton compare les anciennes statisticpies 
avec le dernier recensement, on se convaincra qu'il y a 
en notre Ëiveur augmentation de plus du double. Aussi, 
les Américains eux-mêmes en font-ib la remarcjue : 
« Comme votre Eglise grandit 1 nous disent-ils. » Pour- 
quoi ce changement qui nous étonneP D'où sont venus 
tous ces enfants à celle qui semblait stérile? — Pourquoi ? 
les Missionnaires que Safîrandeur a envoyées parcourir ce 



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366 

champ désert, ont soaflDé, et bien des ossements arides 
se sont ranimés à leur toix. U y avait des catholiques ca- 
chés, qai relaient à peine par le souvenir de leur enfiuMe; 
ils avaient fléchi le genou devant Baal , ils rougêsaient du 
plus beau de leurs titres : la prédication les a rappdés à 
leur devoir, et ils se sont montrés enfin tels qu'ils étaient, 
tels qu'ils auraient dû toujours paraître. 

« Plusieurs d'entre eux avaient même abandonné la 
foi de leurs pères , parce qu'on les entretenait dans l'idée 
que jamais ils n'en entendraient plus parler : ils ont été, 
à leur grande joie, convaincus du contraire ; aussi i 
chaque Mission avons-nous à enregistrer quelques re- 
tours. 

* 

« D'un autre côté ceux de nos firères qui sont disper- 
sés, sans temple, sans autels et sans prêtres dans les Etats- 
Unis, viennent aussi se fixer dans cette partie du Canada, 
attirés par l'espoir des secours religieux. Il est certain que 
pour un grand nombre de familles , la cessatioB des IWb* 
sions serait le signal du départ. Un jour, nous rencontroM 
un Canadien qui déménageait. — « Pourquoi partir, non 
« anil — Que vouies-vous que je fusse ici sans préMf 
« Je ne veux pas vivre comme un païen. — Comeieiil 
c donc? — Ibis on m^ dit qM. vous ne reviendriez ptae^ 
« et j'ai démonté ma maison. — Alors, vous pouvee la 
« remonter, car vous aurex toiiyours des Missionnaôres. » 
Et il s'en retourna content. Des faits semblables se («6- 
sentent tous les jours. Cela prouve combien avait raison 
ce membre du Pariemeni anglais, qui disait que le sari 
moyen de coloniser les Towmihps, était d'y bâtir des 
églises catholicpies, et qui engageait le gouvernement à 
en faire la d^p«D8e# . 

« Néamsrini cette partie du psjs est encore en majo^ 

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»7 

liié protailMito. QatMm ea sont les iqbsods? O» pré- ^ 
tead que la Grande-Bretagne, par soite d'une déiance 
iojuate envers les Franca-Canadio», à qui deux fois die 
a dà la cons^rvalion de cette colonie, a voula les en- 
tourer d'une ceinture anglaise, que pour cela die y a 
domé asile i des Loyalietes aoiéricains , ei ensuite y a 
Yersé le surplus de sa population. Lai^e anglaise, rdi- 
gien protestait, pays montagneux, il n'en fidlaic pas 
tant pour éloigner le Canadien des TmMuihpt^ surtout 
quand il s'agissait, pour aller s'y fixer, de quitter sa grande 
rivière qui est son orgueil et sa vie. 

« Htds il ftttfinit de éoo amour peur son doeber et 
peur la.maisoaottil a pns naisHuu». L'Américain n^apas 
et fidDiHe; sa patrie est le lieu où il peut foire une for- 
tune rapide. Pour le Canadien c'est dÛRSrent ; il sera in- 
tnépkie TOyagear tant que vous vradnez; vous l'emmènerez 
jusqu'au détroit de Bérbing j mm ne lui erietrez pas Tes- 
pérancede revenir au foyer paternel. Autrement, comment 
pottvndthil se readre àla taUe coramone, où tous les en- 
iurn, qsd que soit leur Age, doivent venir s'asseoira la 
«mveHe année, après avoir reçu la bénédiction du chef 
de fanuUa? Usage tonehinl et pairismal auqud tout Ca- 
mdiea se ferak un scrqpple de déroger 1 

« Dpos oeadcmiers tvnps, les trodUes politiques joints 
an amées de disiKc, oot détemné une émigration 
pbtt oonsidénMa; il a bien foUu quitter le pays natal; 
nais il était trop tard. Qaelqaes OMioea piua tétoneèt pu 
être propriéiaire iwlépaidiutt sur les terres oà Ton con- 
sentait às^enlcr; joaûntcMiBi on eara journalier et nadanft. 
Ha là leirisie ém dee Miiaew canadisnnes dans ks 
IVwmi'ifi de TBat^ tans que la IVo|n«atîa»4e la Féi n'^ 
pu dernier les moyens d^y pourvoir. Des gens qui étaient 



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268 
allés y diercber un morceau de pain, étaiait km de pou- 
voir bâtir des églises , les orner et soutenir des prêtres ; 
rOSuvre a dû faire toutes les dépenses. II est bien néces- 
saire que ses secours soient continués et augmentés même 
pendant quelque temps. Alors les pauvres catholiques , 
sûrs de trouver des Missiimnaires , accourront en foule au- 
près d'eux pour y recevonr les consolations de la Religion, 
ou pour s'y fixer détinidvement loin de toutes les séduc- 
tions de Thérésie , et ainsi se formeront des paroisses qui 
poiûTont un jour se suflire à elles-mêmes. 

« Maintenant veut-on avoir une idée de la manière 
dont s'exerce le ministère dans ces ècmtréesP En été, il 
n'y a rien de bien saillant : deux Mis^nnaires, un pour 
chaque langue, partent munis de tout ce qui est nécessaire 
pour dire la Messe ; ib stationnent phis ou moins long- 
temps dans chaque poste , et reviennent après une tour- 
née de cinq ou six semaines. 

« Mais en hiver, c'est un peu plus accidenté : voyagm* 
par 25 ou 30 degrés Réaumur, en voiture décoKvene, ne 
paraît pas trop réchauffiuit au premier abord. C^peâdamt 
rien de ph» dâideux. Vous avez vu quelquefois , au 
moins en peinture , ces gentils petits Lapons, traînés pm* 
des rennes aussi rapides que le vent; à la place du renne, 
mettez un petit dieval du pays qui lutterait presque avec 
lui de vitesse, exce^ dans nos numugnes, et vous aurez 
le voyageur canadien à travers les nages. On l'encapu- 
chonnc bi^ ; deux ou trois manteaux , une peau d^ours 
quand on l'a, deux ou trds paires de chaussures «pii dé- 
passent le gencm , ne sont pas de trop; on met sur la tête 
une grosse casquette en fourrure , appdée cascpie, sans 
dottteàomsedesaforme^deaoDvdume, et par-dessus 
le casque un bon capw^on, partie obligée du costume 



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269 

d'hiver. Puis un diAle eiiYelopi)e le cou , le menion , la 
bouche et souvent le nez ; de sorte qu'il ne parait que 1^ 
yeux ; encore si on n'est pas curieux, et qu'il poudre (1), 
on fera fort bien d'abattre sa visière. Il est même des 
personnes qui portent des masques. 

« Boni nous voilà partis ; nous aHons voler. — Pas 
rite : une rencontre I Quand le chemin n'est pas plus large 
que la voiture^ et qu'à côté il y a quatre ou cinq pieds de 
neige molle , une rencontre c'est la croix des courses d'hi- 
ver. Alors il faut patauger là dedans^ hommes et che- 
vaux ; heureux quand vous ne tournez pas sens dessus 
dessous. 

« Mais nous ne rencontrons plus personne; tout va 
bi^ all^ au moins cette fois. — Attendez ; voilà devant 
vous de lourds attelages qui font une lieue en deux heures; 
quand vmis en feriez six dans le même espace de temps^ 
il Êiudra que vous preniez patience jusqu'à ce qu'il plaise 
anx diemins de s'élai^ ; en attendant , vous languirez 
une demi-journée à la suite de ces voilures. 

« Enfin les voilk passéesl nouvd obstacle : cfesi un lac 
qsi TOUS barre le passage; on ne le traverse plus en ba- 
team, mais il n'est pas certain que, sur cette glace douteuse, 
on poisse le frandiir en voiture. Il n'y a pourtant pan 



(1) « Je dosie^que tom tmatiec te mot daas veCre Dietiomire. 
Tons ^MUMkicf leTCBt brftUatdvdéiert , les siUet qv*il faH toarbiUoii- 
■er ; nettei 4 la place m^ Teat glacial et âne neige extrêmement fine, qui 
pénètre partout , et tous ares ne idée de la fouànrU. 

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270 
d'aulre mojm* En avait donc I Covetté co^er. Quels cm- 
qnemeiitsl mums-aous; il n'est pas bon de bwe à la 
glaoe en ce temps-d. Et poortant je connais qodqu'un 
qui, au mois de janyier, a vu loi manquer ce plancher 
trompeur, et sa voiture se changer en bateau ; il est resté 
là demi-heure , et peut-être y serait-il encore si une main 
charitable n'était vewe l'en tirer. 



MANIEMENTS Ef N0UVHLL2S. 



La main des Evéques ne cesse pas de nous bénir. 
Mgr de Lvçon ^, à difirentes époqutt, avûtdi^ i«- 
commandé l'Œuvre à son dergé par ^patre eiroslairèa 
spéciales , vient encore d'en feire Tobjet d'un nouveau 
Mandement adressé à tousses fidèles; Nosseigneurs de 
Troyes et de Gap ont voulu signaler leur entrée dans ces 
diocèses, par des paroles d 'cn co nrag eme nt pow l'Associar 
tion. A ces augustes suffrages nous sonunes heureux de 
joÎMhre œox deNesseigneurs les AnBhavéfOâS d'Avignon 
«l de Novarre (Piémont), des Evéques d^AIbe ^émom), ' 
de Massa (Mod^e), de Périgueos^ de Yerdiuit dfî ff^W 



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cl ds Valence ; Hgr RidÉaixl-PMriA SoOih, Mqae 
dtNyvpe, vicaire aposudiqoe des Antaies anglaises ec 
«laioises, a daigné publier aussi dans le néme sens une 
faHmclicMi pastorale. AinsirŒuvre se soutieitt et poursuit ' 
saaission, aj^yée sur la reoonnaissanee*des chrétientés 
UntaineB, sur la prière dei martyrs et la protection 
dttomrSpiBa^t. 



Mgr Borghi , dont nous annondons le départ d'Europe 
a y a près d'un an, est arrivé heureusement à Agra, le 
17 janvier dernier, avec la nombreuse colonie qu'il em- 
menait dans son Vicariat apostolique. 



Huit prêtres du séminaire des Missions -Etrangères 
tiennent de s'embarquer à Bordeaux, sur un vaisseau 
qui va en Chme : quatre s'arrêteront à l^fugapore , les 
«itres iront jusqu'à Macao. Les quatre premiers sont : 
MM. Labbé, du diocèse de Verdun; Lamaudie, du dio- 
cèse de Cabors ; Daniel , du diocèse de Quimper, desti- 
nés pour la Mission de Siam; et M. Couellan, du diocèse 
de Vannes, destiné pour la Mission du détroit de Malaca. 



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2T2 

Les quatre aiUres sont : MM. Castex , da diocèse de Tou- 
louse ; Dagobert , du diocèse de Bayeux ; Pidion , du 
diocèse du Mans ; et Le Turdec , du diocèse de Saint- 
Brieue. Le premier est destiné pour le Tong-King; ks 
trois autres seront à la disposition du procureur des Mis- 
sioDs-Etrangères , résidant à Macao , qui les enverra dam 
celles des Missions qui auront un besoin plus urgent d'oo* 
vriers apostoliques. 



Lyon, Impr. de J. B. rtuoAtr». 

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273 



MISSION DE L'ABYSSINIE, 



Lettre de M. de Jacohis , Missionnaire italien , de la Con- 
grégation de St-Lazare^ et Préfet apostolique de l'Jhys^ 
rinie, à M. Etienne^ Procureur-général ( aujourd'hui 
Supérieur général ) de la même Société. 



Aioua, 18 juin 18 'é3. 



« Monsieur et très-cher Confrère, 



« 



La grdce de Noire-Seigneur soît toujours avec nous, 
c Vous savez que la guerre qui nous fut déclarée 
par révêque cophte , dernièrement arrivé d'Alexandrie 
BOUS avait obligés à nous séparer, afin de ne pas attir 
rer sur nous sa colère. Aujourd'hui , cette colère est peu 
redoutable ; impossible de dire dans quel discrédit il est 
tombé. Si fen crois des rapports auxquels f attacha 
tome confiance, il serait déjà question de le chasser du 
TAbyssinie. Ras^My^ qui à présent remplace Tempe* 
reor, ff^aisaro^ sa mère, Timpératrice , et d'autre 
grands personnages aturai^nt résolu de s'en débarrasser ; 
lei plus graves accusations pèsent stir lui , et entre aiitces 

TCV.xTn. lOl.^mLunr it4s. U 

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274 
choses j.ùa hii reproche d'être favorable à la croyance des 
protestaau f lesquels s(Hit mal tus de nos Abyssins. 

c En même temps que la Providence abaissait ainsi le 
pouvoir désolant de Tévéque hérétique , elle Edssut 
grandir l'influence de FÉglise d'une manière si sensible, 
qfie.M. Sdiimper, naturaliste allemand et protestant , 
en a été frappé. Ce savant, en abjurant ses erreurs pour 
entrer dans le sein de l'unité, est lui-même devenu une 
de nos plus grandescansdaitoiis : mb zèle est admirable, 
sa piété touchante. Une conversion si remarquable a fait le 
désespoir des ministres de la prétendue réforme , tout 
récemment venus dans ces contrées.^ — ^M. Schimper sem- 
ble aujourd'hui fixé parmi nous; il vient d'épouser une 
dame catholique d'Âbyssinie. 

« On m'assure qu'à Gondar ou demande avec em- 
pressement un Evêque catholique. Nous avons déjà dans 
cette ville une espèce d'école ouverte aux enfants et à 
toute personne qui désire se faire insuwe dans la foi ; 
le catalogue où sont inscrits les noms de nos catholiques, 
permet d'en compter trente-sept ; nous errons rece- 
voir bientôt dix autres abjurations. 

« Ce ne sont là que de faibles commencements; mais 
nos espàranœs sont grandes* JiHi Gchtmuh AtiCrefoîa 
emporeur^ aime beaucoup notre foi ^ et protège les ca- 
tholiques qui jouissent dans VHamara d'une parâûte li- 
berté. U nous j^met des églises si le bon Dieu lui repd 
Fempiré. — Tous les cie/lera, c'est-à-dire nosbooimes 
d'étude et de science , lesquels jouent ici:le mèocie xtAt 
foe les scribes de l'Évangile, sont peu éloignés» °?H* <^ 
en* de prodamw publiquement la cooyance eathoUqoe; 
et c^estun bruit public dans tout le royaume H ama ri r p i ft , 
que dans le temps qu'Oubié envoyait en Eur oy^demander 
un évéque au jpatriarcbe go|^, oa eanitaquiétait ku^i- 
lempt demeoiHi «u dé«srt da Bajfiiila» pràa de^ Gek 

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275 

ba-Bgim^ pAut à Gondar, disant qu'un mauvais évé- 
qite Tiendrait en Abyssioîe , envoyé par les^Cophres; 
qu'après lui , un autre évéque serait donné par Rome , 
et que ce serait t'époque où l'AbjfSsinie deviendrait ca- 
tholique. 

« Après cette suite non interrompue d^événcments qui 
sablaient devoir renverser noire Mission naissante , et 
dont te ciel a- fait pour nous autant de moyens de salue , 
nous croirions nous rendre coupables d'ingratitude, si 
nous Hietticuis en doute la protection de Marie conçue 
sans pécbé tant de fois invoquée par nous ; aussi la petite 
bsûlle catholique que le ciel nous a déjà donnée, ne cesse- 
t^lle de prier cette tendre mère pour le succès de nos 
irai^Hix aveeune piété si touchante que souvent nous ne 
pouvons retenir nos larmes. 

« Voyant aiqsi ies^ feuilles du figuier apparaître, nous 
mom oonpria, selon: la parole de Jésus-Christ, que l'été 
approchait, et qu'il nous Ëiudrait bientôt sortir )[>our nous 
Uvrer aB& travaux, de la moisson. Afin de nous y prépa- 
rer , nous nous étions réunis dans les,hoit jours qui pré- 
cèdent la P^ecôte pouv vaquer auK e^reices de notne 
votraitespîriliiâDe* Ce fiit pendant ces saints jours que nous 
riQàmtti la uouivdle de J'approche du roi Oubié et de soft 
armée vietflrîeu^ de tous; sesennenns. Noire retraite ter- 
ottoée , nous vms hâ^ùones de nous mettre en roBte pour 
aBerleiFoir. 

« Ce pânce avait plaoé son: camp à jéufié^ avec Fin^ 
leniîoft d'y passer l'hiver : je vous épai^gnerai le récit 
de» détailiL de moa voyage; mais je ne pois m'empfcber 
dftwuft.<yre quelques mots sur les remarquables mos- 
tagnes que Ton rencontre sur la route ; on les appelle ici 
Jmba; il est comme impossible de ne pas voir, dans ces 
ii^poeantei constractioQS de la pâture, autant de places 
de refuge (Hréparéea par la Providence^ afin d'empôebor 

18. 

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276 
que la guerre toujours allumée dans ce pays ne détruise 
pomplétement la nation éthiopienne qui me semble des^ 
tiuée à de grands événements religieux, j^thiopia prœ^ 
veniet manus gus Deo (1). Figurez-vous des masses énor^ 
mes d'une pierre d'argile , ferrugineuse , couronnées par 
un plateau de quelques milles carrés d'étendue , d'où Ton 
peut dominer les villages voisins : on croirait voir des 
cbdteaux bâtis de main d'homme; car ces blocs immenses 
sont régulièrement coupés dans leurs contours, et ne 
laissent dans les précipices qui se trouvent à leur base 
qu'un étroit passage très-facile à garder. — Nous vou- 
lûmes monter VJmba Bwrhairi(jsx(mVè$ùià de poivre rouge) 
que nous avions trouvée sur notre route , et qui est une 
des plus remarquables du Tigré ; mais des paysans qui ne 
nous connaissaient pas , armés de pierres formes , nous 
rarent bieniAt iait renoncer à notre projet. 

« Nous sommes restés quatre jours au cunp du roi 
Oubié , nous avpns été parfaitement accueilUs et par loi 
et par son armée ; notre urrivée a même tsnàié une^n^ande 
joie ; les cadeaux que le Souverain Pontife a envoyés à œ 
prince , ceux qui lui sont venus de la part du rc» de 
Naples , les récits qu'il a entendus de la bouche de vingt- 
Irois Abyssins qui revenaient de Rome, sur le eano- 
tère divin du successeur de saint Pierre, le tenaient dsms 
une espèce d'extase qui partageait son cœur entre l'admi- 
ration et l'amitié. Une fois la saison des pluies passée , 
il doit nous donner tout ce qui est nécessaire pour nous 
établir définitivement dans l'Abyssinie. Peut-être poor- 
rons-nops alors ( c'est là du moins notre projet ) réarfr 
un certain nombre de catholiques abyssins, pour former 



{1} L'Ethiopie t'onpreitMrt d*tfi«idr« fCf maïnf vert le Seigaevr. 
<F».67.Sa.} 



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277 

me cbrétiaitésiir le modèle de ces réduclkMis deveones 
si célèbres dass riiistoire du Paraguay. Pour le moment 
nous sommes réduits à attendre le jour marqué parla 
Providence , et nous nous condamnons nous-mêmes à 
une espèce d'inactivité , bien résolus de ne faire autre 
diose que ce que Dieu veut que nous fassions ; mais nous 
sentons le besoin que nous avons d^étre aidés continuel- 
lement par les prières des catholiques d'Europe, ù qui 
j'attribue les succès que le bon Dieu daigne accorder à 
sa cause. Aussi , avant tout, nous supplions ceux qui ont 
du zèle pour la propagation de lâ foi , de ne pirs nous 
priver du secours de leurs prières ; qu'ils invoquent sou- 
vent en notre faveur le nom sacré de Jésus ; qu'ils re- 
commandent à Marie conçue sans péché notre pauvre 
Mission : c'est sous la protection de cette auguste Vierge 
qu'elle se trouve heureusement placée. Voilà le genre de 
secours que nous réclamons avant tous les autres ; plus 
1 jird , nous serons obligés de bâiir et d'orner des églises ; 
de là naîtront d^autres besoins , Ton sait ce que deman- 
dent de pareilles entreprises. 

« P. S. Massovrah. — Après le bon accueil que j'ai 
trouvé auprès du roi Oubié, j'ai pu enfin sans danger 
m'éloigner de lui pour m'occuper des intérêts de la Mis- 
sion. Je me suis mis en cx)urse avec l'intention de cher- 
cher dans les environs de Massowah un endroit propice à 
rétablissement d'uncx)Ilége. J'aurais des nouvelles pleines 
dJintérêt à vous communiquer ; mais les chaleurs exces- 
sives du mois de juillet dans ces contrées me rendent 
comme impossible un travail de longue haleine. — Je veux 
seulement vous dire en toute hâte que le bon Dieu nous a 
amenés dans l'endroit le plus beau peut-âtre de l'Abys- 
smie. Là , nous avons trouvé dans le désert du Samha$ 
rl^x ermites qui avaient la direction spirituelle de trois 
difétientés inconnues et très- vas tes. Ces ermites, que la 



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278 

grAcaArameBÀàUfoi caiholiqoe» nous oMcnt le poêle 
qu'ils oocapeot dcl«ellfiiiieiit avec leors tmifieiises terrains 
presque tous déseris , mais diannaats et fertiles^ ib nous 
abandonnent en ontre k direction spirituelle de kurs 
chrétientés. Ce pays est complètement indépendant, et le 
plus convenable peut-être de toute TAbyssinie pour Té- 
ducation des jeunes gens. 
« Je suis , etc. 

« De Jagobis , prUre de la Mksion. • 



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279 



Lettre de M. jintoine d'Jbbadie à M. le Comte de 
MontaUmbert, Pair de France, etc. 



Saka daoé Ewrya , ce 19 octobre ïBiZ, 



« Mon cher Ami, 

« Vous (tocbem m wa sur les canes le nomduliev 
4'où je vaii»écris,ll^t«lUiésous tea8 dngp^ osM mi 
de latitude oord, et peu à FestdaiBéridieB de JénisdeoK 
En y vennt j'ai tm umempUr le plus gnoid devoir d'm 
vejratgeur : si j'ai mal fiût, je sois peal-étre eMmsàble, car 
fêtais «eol , et n'avais peraoBtie pour me conseiller. Mais 
trt/e de paroles; éeoutez et juges. 

« D'après uti fdan tf 4la4ss ft^^nMeet tpi'il n'est pas 
domié à UB^seal hoanais de terminer , je m'étais afpUqoé 
à la oonnaissanœ dss langues de la Hattte-*Btbiq;Me,paje 
ÎBOonMi au monde civilisé depuis le iwjAge ém Père àa^ 
toiae Femandex qui fut plus Iwarenx qne moi. Âveelea 
hagoes f apprenais bitn^des détails nénb sur oes coDtvéea 
înoommes : feateodais idire par dès mnsulmans et àm 
psiens quelam^^orité deJaHant^-BtUopie eit^teétiaoaei 
mais privée 4]e prêtres depuis près de 300 ans. Je parbia 
le gaUa conramme^iy je savais un peu de godama^ j'a 



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S8« 
nne kmgue habitude de] la manière de voyager dam ces 
singulières régions; Je me disais que le soin d'explorer 
des contrées nouvelles sous le rapport de la Religion, est 
moins le devoir du Missionnaire que celui du chrétien 
voyageur; que s'il m'arrivait quelque malheur dans mes 
courses, mes amis de France parleraient de* moi pour me 
I^laindre et non pour me blâma*. Toutes ces idées 
m'avaient engagé à retarder encore d'une année mon 
retour dans ma famille, auprès de laquelle m^appelait un 
autre devoir peut-être plus impérieux que celui qUi m'a 
poussé ici. 

« Je me mis en route au mois d'avril dernier , et tra- 
versai deux déserts effrayants par les meurtres qui s'y 
commettent journellement , mais qu'il est facile d'éviter 
quand on connaît d'avance le pays. Dans le Goudron , 
|tremier pays galla que nous foulâmes, se trouve une nom- 
breuse population chrétienne. Choumi-Metcha, l'homme 
k plus riche du pays^ et oramoy c'est-à-dire païen, me 
ffitiat quinse jours diez lui, et malgré l'ékHgnesient de nos 
moears, nous devînmes amis. Je lui demandai plus dhme 
kmjce que ses eompatriotes feraient à un homme de mon 
pays qui viendrait les bénir et leur enseigna* la foi du 
Go^m (pays chrétien de l'Abyssinie) I « Nons^ le ferk>ns 
« asseoir à notre foyer, me dit-il, nous le défendrions de 
« notre lance. Pour moi le ciel m'a&it riche, je lui donnerais 
« une jolie terre, une maison et des esclaves, é — Un autra 
Goudron me disait : « Notre pays est devenu si riche et si 
c peuplé, qâenonsne tarderons pas à nous choisir un ioi ; 
« nous aurons aussi à opter entre Tislamisme el l'Evan- 
ftgtle'; car la religion oromo ne nous suffit pas. Nous 
« penchons pour votrefoi; les musulmans d'Enaiya sont nos 
r ennemis. » En quittant le Goudron, nous entrâmes dans 
Djomma, pays oromo où il y a aussi des chrétiens. Il en est 
de même de Lofe et de Leka. Dans ce dernier pays un 



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S8t 
gnerriar vint ua jour déposer sa lanœ et son bovdier à 
mœ pieds, puis me moatrant son maiet (cdlîer porté par 
les chrétiens seolemeot) il Me dit: «Mon nom est WaMa 
€ Mikael (fils de Michel) ; j'ai un fils déjà grand qui n'a pas 
« ene(Hre été baptisé; je voudrais i'envoyar avec vous au 
€ Gojam pour ai^prendre vos livres et la manière de trouver 
« le jour de Pâques , car nous n'avons pas un prêtre cbes 
« nous* » En admirant son haireuse physionomie , je ne 
pus m'empécher de dire tout bas ces paroles d'un saint 
Pontife qui voyait pour la première fob des en&mts an- 
glais, picore païens, dans le mardié aux esdaves de 
Rome (1). 

« En sortant de Leka nous avions un dés^t à tra* 
verser. Prévoyant les obstacles qui m'arrêtent aujourdlmi, 
je voukiis passer par Gomma, «lais cela n'était plus pos- 
sible : trois Gallas» dont un enfant, voysfgeurs comme 
nous, venaittit d'être massacrés à nos c^tés ; nous entrâmes 
dans Enarya comme en un lieu de refuge. Deux journées 
de marche dans un pays sur et florissaint nous menèrent 
jusqu'à Saka, demeure d'Abba-Bagibo, musuhnan et Hri 
d'Enarya. Malgré les primes offertes pour l'apostasie , il y 
a encore ici ime quarantaine def familles chrétiennes. Abtar 
Bagibo n'a pu attirer à lui que vingt familles les phis 
paiivres et les plus faiUes. Les cent soixante ou eau 
quatre-vingts chrétiens qui restent, vivent à part conittM 
des proscrits : voici venir la quatrième génération qttî 
n'a pas vu de prêtre, et les gens riches sont obNgés d*en- 
voyer leurs enfents au Gojam pour les (aire baptiser ; ter 



(1) « Fout-il , s'ëcrio Grégoire en soupirant, cpio des crëatures iUJfifti 
« belles soient sous la puissance du d^mop!... (V, Godescard , Yn d* 
Mmt Grégoire !• Grand. ) A>^e 4u U. 



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S8S 

feft EtUopicBs, coomie viHisttvaK, oroient à tort ^ue le 
hf^itme Be peut é»e Bàaànmé par od lak. C'est 
im vrai mirMle que la t oi ii jwt i pci i faén mce de ces mat* 
beoreux ; mais ce n'est pas tout : à câté d'fi&arya est Mona 
oi les durétiens sont fort nombreux (près de trois ceats 
faflx.) L'un d'entre enx, guerrier benreu, aacqrô une 
frande prédominance dans Noua ; il est assez instroh 
p^r calcnler le jonr de Pâqoes. Om le ^t célébrer avec 
ses cordigiomiaîres toutes les fôtes de TégUse abyssine ; 
mms depuis près de cent ans Noaa n'a pas de prâtre, et 
piis«n deees chrétiens n'a été baptmi* Je n'ai pas de 
renseignements sur les fidèles de Gouma et de Bjomma, 
pays limitrophes de ceka-cL Géra près Djonmia «st un 
petit royaume indépendant; il renferme beaucoup de chré- 
Cieas et un prêtre. Non loin de là est Motcha, pays à lan^ 
gpesodoma, ^»te, froide populeux, rempli d'alises «i 
ddchrétiens. Ces infortuasés, qui n'ont p» un seul nriaislre 
de Dieu, mènent tous les dimanches lews enfiants et lem*s 
inanpeaiix aolonr de kurs églises, ^ crient à lue^tôte : 
isNotts t'invoquons^ ^ Marie 1» A Test deJCafaon r^- 
eontre huit à dix petits rogranmes indépendants, dont les 
principaux sont Walama et Koulto. Us ont une langue et 
use. éoiuire à part, et se disent aussi chrétiens; mais on 
les vittie peu , et les musulmans qui m'oirit s^enseigné 
sMfent peu de chose sur leur reUgion, 

« A cinq petites jenmées d'ici , au delà dn fleuve 
Cndjab, est Kaia , royauaoe si grand, qu^oa met trois se^ 
maines à le a*averBer« Cest là que se réfaigîèrent , à l's^- 
proche des Gallas , les populations chrétiennes de race 
sMama qui occupaient tout le pays compris entre le 7*^ 
et 10^ degré de latitude. Ce royaume est tout entier 
dirétien. li y a deux ou trois ans, des envoyés de 
Kala parvinrent jusqu'à Gondar , et engagèrent forte- 
ment l'un des prêtres de la Mission apostolique à les 



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aeconpagaér chas - enu Mais 1t cHsMioe à pariSMrir 
éfiaîc eoBsidérible; h Mksionéudt esvoyé^M iîi^fliiie, 
et non au Kafin; la pradeace ^ te devoir 4iotèfeBi un 
refus positif* 

«En panant pour ces pays faim BoiDsàfiiire pour la 
stïieDce que pour leaaooès d^na aasilon à^^eoir, dont je 
croyais déj4 ptétpÉanr les fines. Je Toaliis approdKir de 
Kafa auiaut^iue possible, atje deniaBdaî à ilbbsnBa^to 
la permissiop €t*y alleri, afia de m'arréterdanaDjamna, «et 
de prendre tontes sortes de reosdgneaieBts -miprès des 
gens de Kafe ^ de KoiiNo> qui vianiient -mx nuBchés ^ 
€ep:iys. Âbba-^agtbo nie pendit avec «ne affabttitéiqd 
me trompa4*abord>'4ae.«laaaismdasplaieséiaitaiMnvaiaa 
pour un v<^agenr; qu'il idlait procbaîoenienteiifoyér «aa 
nombreuse ambassade pour reoevoir la fiUeda roi de KaAi 
qui lui est promise en naariage, cft qne j'irais en màM 
temps en «aute s&l^té. Je vécns ici trois mois sur c0|le 
promesse. J'ai su dep«ns >pa« la waie cause de oe long 
délai. Le roi d'EnaryamiRut vendu Jèrt cher an une antre 
cenaottUe le passage 4Vmpréu« atqfasin; aujourd'hui il 
espère échanger ma persontts & des cotiditions beanooup 
plus avantageuses. Les gens de Kafa raisonnent avec wm 
simplicité qui lût nson nudbanr 4 auprèa de ve«s die pro- 
voquera plus d'un aoorire : «tîet étrwigor n'a jpas 4e 
« femme, donc il est un saint ; il sak lire» donc 11 est 
« ]u*éire ; il est blanc, donc il est^éqae, «t pomrra aacivr 
c lesprétres dont notts av<Hi8 tant basons^ » — Le nné 
roi d'Ensurya aearMiie oeeta abgtlièra t^ion , car elle 
tend à (aire «mplk* ses trésorsw 

« De mon «AtA ai j'étais prAtra, je aliésilirais pas 
à nTenterrer vivant dana Kafo; car tont «in pcapie m\tp- 
pelle, et demanda à être instruit. Ifaia, dans asa posî^ 
tion, qu'irais-je 7 cbardiarP « ja tefose de béwr et de 
sacrer, on m'en Imt nn crima ; asalgré aœs proie»* 



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S84 
tAiîoM on ne m'en retiendra pat moiM, et si mes rares 
leciffèl parvieaBent jamais de Kab en Europe, quel Mis- 
sBtaBftire osendts'aventiirer sans de longues instmctioDs 
qu^I n'est guère possible de donner par écrit? 

En arrivant, j'annonçai Hntenlion de m'en retourner 
avec la caratane du mois de novembre ; cette époqne 
approche, et Abba-Bagibo refuse de me laisser partir. II 
me reste un seul espoir, c^est qu'en me cramponnant ici et 
prévenant mon frère que je laissai au Gojam , je pourrai 
Dure arrêter les mardiands musulmans qui font le com- 
merce entre Mousiamwa et Enarya. J'échapperais alors, 
car ce pays vit uniquement de son commerce avec l'Âbys- 
sîaie. Si mon frère est retourné en Europe comme il en 
avait l'intention, j'ai moore une ressource auprès de 
Fagent consulaire de France à Mouszamwa; mais sans 
doute il n'osera pas friire ce qui est très-légal dans 
toute l'Ethiopie , où l'on arrête à chaque instant des 
marchands et des voyageurs pow se foire rendre un 
fompatriote ou un ami. Kafo vit principalement du eom« 
merce avec Choa; ainsi l'influence de Mouszamwa serait 
ncrile pour me délivrer, si j'étais une fois entré dans 
Kafii. 

« J'ai beaucoup parlédemoi dans tout ce récit pour vons 
faire semir combien serait belle la position d'une Mission 
dans Kafa. Cinq ou six prêtres feraient bientôt oublier le 
shigulier usage en vertu duquel on veut me retenir , uni- 
quement parce que je suis seul, et qu'un homme qui sait 
quelque chose est regardé comme trop précieux pour êtwe 
jamais renvoyé hors du pays. Je vous prie d'appeler l'atlcn- 
tidn des supérieurs ecdésiastiques sur tout cerî. En Tigué 
les Missionnaires sont reçus avec indiffisrence , à Gondar 
avec défianoe; au Gojam où ils n'étaient pas encore allés 
Fan demi^, on les interrogerait avec curiosité, car le 
Goîam est resté fervent. Dans Ka& la religion est asses 



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386 
tombée en oidi>li, faute de prêtres » pour qu'on ignore 
toCâlenent les dîsinolioM qà i^parest eiindieorrase- 
ment Féglise abyssine de celle de Rome. Qu'il soit oanon 
possible d'y envoyer une Mission, ces nouvdles sont aqef 
importantes pour que j'aie dû vous les écrire, et vous in- 
viter de rendre grâce au Très-Haut qui a conservé jusqu'à 
nos jours un reste de la vraie foi dans le centre de 
l'Afrique, 
c Je suis, etc. 

« AiifTomE n'AiHUDiE. » 



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26ê 



MISSIONS DE LA CHINIU 



VICARIAT APOSTOUQUB DU KIANG-Sl. 



Suite de la lettre de M. Laribe, Missionnaire apostolique 
de la Congrégation de Saint-Lazare , d M. Martin ^ 
Directeur des Novices de la mênw Société. (Voir le 
numéro précédent, p. 207.) 



« Le lendemain, nous eûmes le bonbeur d^appareiller 
avec un assez bon vent pour continuer notre roule vers 
HafhKéoûj distant de neuf à dix lieues seulement. Avant 
la moitié du chemin» le vent avait d'abord cessé; il 
reprit bientôt, mais contraire à notre direction : heureu- 
sement nous avions à faire à des gens déterminés, bien au 
fait de notre positicm et qui ne redoutaient pas la fatigue 
du vograge. Deux de mes petites malles avaient édiappé à 
notre désastre; mes compagnons de voyage avaient été 
assez heureux de leur cAlé pour sauver celle qui conte- 
nait leurs vêtements. C'était comme un présent du ciel 



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387 

daaatette cir^niianoek Las hdrits dont mm éUoQs cetn 
^lerts émîait eiiaovebaiilideB; (Faillenrs, fiotre séfonr 
éàm le ElmhPé^ o& nont a vioiis ft prendre les informations 
dftfûdndéea^diBvâBt durera» à sepc mois, an rapport de 
Mgr RaOMQox lui-iiièBie, et eda pendant la saison ia pins 
ngoarense, cette demiire ceseonrce noua devenait d'une 
■écesaité indiapensaUe. 

« Nos yeux cherchaient la terre qnand ib rencontrè- 
rent enfin, sur la soir, l'imposant aspeet de Timmanae 
forêt de mâts, dont les cimes innombrables commencent 
à s'élancer du milieu du Kiang, cfest-à-dire à deux on 
.ifois lieues au-deaaoua de Oùr-Tthtmi-Smg^ BanrYm^r 
Foû et Han-Kém^ trois grandea villes cjpû > à cause de 
leur proximité» ne semblant en former (jpi'une seule» La 
nuit était déjà obscure lorsque nous parvînmes à l'endroit 
du fleuve où il est a n ti& r e m e n t couvert deees navires et 
embarcations de toute grandeur, de toute forme, et 
▼eous de presque toutes les provinces d'un si vaste empire. 
Se ne crois pas qu'il existe au monde de port si fréquenté 
que ce lieu. Du reste, il passe pour le pbia QMBaMVÇàsn 
dotpaysi» NousanttiamdBUBiiBadescYoiaaqiHy smto»- 
varies, espèce de mes bordées deadetnt oOté^ de boutiques 
flottantes; et enfin, vers les dix ou onze heures du soir, 
dégagés, non sans une peine extrême» d'un si long et si 
difficile bbyriothft^noua arrivâmes, sana antre perte qœ 
cdledtt tempsi à notre débarcnière qpe je omyaîaàtort 
le terme de nos nudbem» 

« Tchénq-SiÊÊ^oàmi deaondit aossiiôt à teire pour 
prévenir leaebfétiens de notre arrivée; ne le voyant pas 
devenir, je me doutai de quelque mauvaise aventure, et mes 
soupçons furent bientôt fortifiés par l'abordage d'une 
bai^iue qui vint déposer auprès de la nôtre trois hommes 
et uai^finnaia* Le bnteliar» emré dans ki viUe, se mit à 



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388 
crier aux porte-bis ec aux curieux qui , à cette heure, 
eacombraieiit encore le quai : Ce sout des khi-têôy^ (1) 
dont le mandarin vient de 6ûre la capture. Bien que 
je n'eusse pas entendu nomner la rdigion chrétiennet 
(J%m-Tchu'K%ao)j j'avais, malgré cela, un td pressen- 
timent qu'il s'agissait d'elle qu'un premier monvement de 
terreur s'empara tout d'abord de mon âme. «Eh quoi I ak 
« dis-je aussitôt, pi r^rettais de laisser ta vie dans llloc 
« de Yè-Kià-Tcheôu : eh bienl Dieu t'a exaucé, tu pour- 
« ras h finir pins honorablement, ou dans les cachots, on 
« sur l'écha&ud. » Mon conducteur arrive enfin après 
s'être fait si longtemps attendre, et le résumé de son rap- 
port est que, nous trouvant avec des effets tout fangeux, il 
fallait un peu plus de temps pour préparer des appartements 
convenables. Je tâche de m'approdier secrètement de son 



(1) roM-l«ijH* Ml le nom qa'on doniid pofolaifMMBt à toaict Icf 
religions oa sectes diflërentes des trois reconnoes par le yon yemei pet. 
tatoir : !<> celle des Lêiirét, qui hoDorent Gonfocias» el n'admettenl, 
4'oiie mtiiiire eoeore fort obsenre, ^e lee principes g^nëranx des pve- 
•îetrderoirsderkMua» , bieH ^*4 r«t4tiear ik pratiquent let dewL 
aatres religions par ostenlatieo ou par oonfenanee ; a^ celle des Ibeeee, 
qui adorent un Chinois dn nom de Ip, et qu'ils appellent Ltà^Kiûn, e*ert«- 
à-dire Vieillard-Roi, Yieillard-Mattre : ce Lj pasu, dit-on, quatre>TÎBgls 
ans dans le sein de m mère ; pour en sortir, il la tua en brisant nue de se« 
edtes, et parut à la TÎeJa barbe et lesebetenx d^l Uanca; 3o celle des 
fonces qui adoreot le Foi, renn de flarfe; fc«s-ei sont a» sarrSee te 
ehtn on ^oé^iâ, espèce d'esprits qui sont mmk lee bienfiiileiifs êm 
hommes ; on les appelle quelquefois a? ant la mort d'une personne po«r 
qu'ils tollkltsot m guërison avprèi de Feè : le phm souTent on lef M 
Tenir après le trépas pour qu'ils dirigent lee àmee dans le ténAren 4é- 
dale de l'enfer, puis les ramènent à la rie on sons b forme I 
ou sous les dehors de quelque animal, suirant leun bonnee ou leurs i 
Taises actions. Toute leur fbtiegie consiste dane cette dégradante mf- 
iempejFcneee. 

NoMaTODsparid dei tAfiiMbaMi^Us; kaOhioeiiapp40calAe«<<y 



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289 
oreille : Qu'est-ce qu'il y a donc, lui dis-je? Perséculion, 
me répond-il ; nous ne pouvons pas débarquer. — Quel 
nouveau contre- temps? Le beau mandarin qui ne peut 
pas se déclouer de son bachot I 

« Plus de dix fois, pour être tant soit peu libre, j'avais 
dità nos bateliers de préparer leur souper : par politesse ou 
autre motif, ils refusaient de s'en occuper; à les entendre, 
seul je devais être l'objet de leur attention ; ils n'é- 
taient que des gens inutiles... Toutefois, ils ne nous lais- 
saient pas ignorer qu'après la décharge de nos effets ils de- 
vaient se rendre ailleurs pour passer la nuit, sous prétexte 
qu'il n'y avait pas dans cette rade de sûreté pour leur 
barque. Quel moyen de nous tirer de là! Les chrétiens, 
en nous accueillant, s'exposaient à se faire prendre avec 
nous; d'un autre côté, où trouver une auberge qui con- 
sentit à nous recevoir avec un si pitoyable bagage 1 Le 
ciel vint encore à notre secours , et d'uue manière inat- 



l'espèce opposée , qui est réputée l'eDuemie des hommes. Si donc ils 
Tiennent k ëprooTer quelque rcyers, s*ils tombent malades, ils l'attribuent 
de suite k la malice de ces derniers, et mandent les iàO'pi pour leur donner 
la chasse. En cas de guërtson , les imposteurs se félicitent et triomphent : 
M finfirmilë se prolonge, ils tous disent, pour gagner de Tirgent, que le 
malade a perdu l'âme , et an bruit d'un afTreux tintamarre, ils vont la 
cherefaer, soit sur les montagnes , soit dans les plaines ; puis » après de 
longues fatigues, la lui rapportent en la tenant avec la main soigneuse^ 
ment renfennëe dans un pan de leur robe. Si le malade demeure dans !e 
même ëtat , on bien s'il meurt . ils prétendent qu'ils ont ëté appelés trop 
tard. A moins de connaître tontes les superstitions de ces différentes 
sectes, ii vous est impossible de comprendre tout l'excès de leur ridicule; 
je pourrai peut-être tous en dire encore quelque chose une autre fois. 

La dénomination de tcht^-lsay-ti , censée injurieuse, signîGe littérale- 
ment obsenratenr d'abstinence ; on l'a appliquée aux partbans des cnlies 
non autorisés par la loi , parce qu'ils sont plus mortifiés que ceux qnî 
roÎTeot l'une ou l'autre des trois religions reconnues. 

TOK. XVII. 101. 19 

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290 

tendue.... d^'àun catéchiste est là sur le rhrage; de loin il 
nous adresse ces paroles : Venez à terre. Nous obéis- 
sons, il me prend par la main, et, après avoir fait je ne 
sais combien de détours pour tromper les obsenratenrs, 
il m'introduit dans sa demeure. Cétait Tavant- veille de la 
Toussaint. Voici comment il avait appris mon arrivée: 
tandis qu'il allait tenir conseil à mon sujet avec d'autres 
chrétiens, il avait rencontré par hasard, ou plutôt par une 
disposition providentielle, les quatre personnes dont j'ai 
parlé plus haut, savoir, deux chrétiens et une chrétienne 
qu'un satellite reconduisait chez eux après huit jours de 
captivité, non pas que leur affaire fût terminée, mais par- 
ce qu'ils avaient pu, avec de Targent, trouver des cau- 
tions en promettant de reparaître en (^s d'un nouveau 
jugement. Instruit par eux, le courageux catéchiste 
avait pris aussitôt sur lui de venir nous délivrer. Que le 
ciel l'en récompense largement! 

« Me voilà donc, après tant de traverses, dans le célè- 
bre HànrKéou vis-à-vis de Ou-Tchang-Seng (capitale du 
Hou'Pé) dont il n'est séparé que par le Kiàng^ et à 
côté de Ban-Yâng-Foûj détachée seulement par uim 
rivière qui se jette dans le fleuve. Au milieu du Kiang 
jnsque fort au-dessous de Han-Kéou^ la plus commer- 
çante de ces trois villes, en flotte une quatrième formée 
d'innombrables navires. Dans l'espace de cinq à six lieues 
pour le moins, soit en montant, soit en descendant ce 
fleuve que l'on prendrait pour im bras de m&t^ on ne 
▼oit que maisons sur les deux rivts, et an mili^ 
une infinité de barques de la forme la plus belle. et 
en même temps la plus bizarre. Les unes sont à rancre« 
les autres croiser? le fleuve du matin jusqu'au soir, dans 
toute cette étendue. 

« Péking passe pour la ville la plus vaste et la plus 

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S91 

peuplée de runiven , en raison du territoire qu'elle oc- 
eope; eh bien I V6n dît que la population de ces quatre 
▼illes, dont je Tiens de parler, qui tout naturellemeat 
B*en fom qu'une, s'élève au triple de celle de la tHIc 
impériale. On parle beaucoup de la magnifique situation 
de CoiMtantinople ; je doute fort qu'elle puisse offrir une 
aussi belle perspective : si elle a quelque chose de plus 
séduisant, elle est loin certainement d'être aussi imp^ 
saute. Quoique foutes les puissances européennes 4^ 
qoentent le superbe Bosphore, son commerce est assu- 
rément bien auniessous de celui de notre Bosphore JM- 
fénaisj aujourd'hui même que la guerre avec les Ânj^aâs 
lui a porté un si rude coup. 

« Les dix^hnit provinces de la Chine proprement dise 
comptent un grand nombre de villes murées, savoir 
cent quatre-vingt-huit fous ou villes du premier ordie, 
deux cent txeate^nepiteheoûê ou villes du deuxième ordre» 
et douze cent soixante et dix-neuf AtVfitf 'ou villes du troi- 
sième ordre. On connaît donc ici les remparts, mais«e 
sont des remparts qui, vu leur peu d'élévation, pourraieuâ 
(tre dits à la Vauban : pas une tour qui les défende, 
mais seulement quelques misérables bastions, qudtpns 
créneaux à barbaeane, écroulés en partie ou gravemem 
sillonnés de profondes crevasses. Près de chaque ville, à 
h distance de quelques lys se trouve une seule tour de 
forme octogone à neuf étages, et autant d'avant-toits, oè 
les esprits protecteurs de cet édifice fixent, dit-on, leur 
demeure. Quant à Pintérieur des villes, ne venez pas y 
cherdier de beaux quais, de superbes monuments^ des 
rues élégantes et alignées au cordeau. Vues de loin, les 
quatre dont je viens de vous parler présentent un coup 
d'orîl imposant; si vous approdiez, vous ne trouvez sur 
le rivage du Kiang que d'informes talus ^ horriblemeot 

19. 



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292 

détériorés par les inondations ; dans les rues» que des 
éclioppes entourées de palissades» de pauvres ateliers 
minés par les eaux ou ruinés de vétusté. Les vides laissés 
entre ces masures sont comblés par des immondices qui 
répandent partout une odeur suffocante. Point de régula- 
rité dans Talignement des maisons, point de trottoirs, 
point de lieu pour se mettre à Tabri de la foule qui vous 
presse^ qui vous coudoie , qui vous dispute le passage ; on 
y marche péle-méle au milieu des bœu&, des porcs ou 
d'autres animaux domestiques, se garantissant comme 
on peut de Finfection que répandent les ordures de toute 
espèce, recueillies avec soin par les Giinois dansTiniérêt 
de l'agriculture, et transportées en plein jour dans de 
petits tonneaux découverts. Seulement de distance em 
distance, la vue fatiguée rencontre quelques riches 
magasins, de belles et vastes maisons, d'opulentes pago- 
des. Les places et promenades publiques sont remplacées 
par des jardins, des étangs et même des champs. 

Mais à quoi m'occupé-jc. Monsieur et très-cher Con- 
frère? Est-ce là le noble but de mon importante Mission? 
Hélas! j*ai la douleur de vous appreùdre que j'ai été 
loin de pouvoir l'atteindre. Adorons les desseins de Diea 
qui a voulu qu'elle fût traversée jusqu^à la fin. Je ne 
manquais pas de bons chrétiens pour me dédommager 
par leur empressement des rudes épreuves de moa 
voyage; mais je ne pouvais arriver dans des circon- 
stances plus intempestives : point d'Evéque , point de 
prêtre. Mgr le Vicaire apostolique avait auparavant fixé 
sa résidence à OtU-Chang-Foû; mais personne ne con- 
naissait sa retraite actuelle. Les autres prêtres étaient 
tous dispersés en différents districts. D'un autre côté, la 
fomeuse tempête nous poursuivait encore de ses tristes 
suites. Nous eûmes trois jours de pluies continuelles ; 



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293 
nos effets périssaient et infectaient ; enfin, après trois au- 
tres jours passés dans une maison qui du temps de 
Mgr Rameaux avait servi de chapelle , et depuis cette 
époque était trop bien connue des satellites^ le danger que 
redoublait encore le concours des fidèles dans mon asile 
me fit songer à le quitter. Mon stang-houng fut chargé 
de repassser le Kiang pour annoncer aux chrétiens de 
ChU'Chang-Fcû que, puisqu'il m'était impossible d'agir 
sans Mgr d'Arade et que je ne pouvais parvenir Jusqu'à 
lui y j'allais me rembarquer pour le Kiang-Si. Ces bons 
fidèles qui étaient venus bien des fois m'inviter, quoique 
im peu froidement par crainte de la persécution , à me 
rendre au milieu d'eux, accoururent aussitôt pour m'an- 
noncer que Mgr Rizzolaii était en route, et qu'il venait 
même d'indiquer une entrevue auprès de leurs maisons. 
Le lieu était une petite chapelle formée d'un galetas^ et 
que je trouvai très-bien ornée. Monseigneur le Vicaire 
apostolique arriva effectivement, et j'appris que, pendant 
l'alerte qui venait d'avoir lieu, il avait choisi pour sa re- 
traite une hôtellerie païenne où on le prenait pour un 
marchand chansinois. 

Voici l'occasion de cette alerte : M^ Rîzzolati avait 
Catit acheter des matériaux en bois , briques, chaux, etc.^ 
dans l'intention de faire agrandir une chapelle, con- 
struite autrefois dans une chrétienté appelée Péhiè^ dis- 
tante d'une journée tout au plus d^Ou-Tchang Sêng^ et 
d'y ajouter encore quelques appartements pour un petit 
séminaire. Ce projet coïncida malheureusement avec celui 
des Anglais dans la province de Kiang-Nàn. Bien qu*é«- 
loignés de Han^Kéou de quatre à cinq cents lieues, ik 
ne laissaient pas d'inspirer la terreur d'une prodiaine 
invasion : on disait dans le public « que les Âbtmjh 
c Kouy-Tse^ ou diables rouges, une fois entrés dans le 



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294 

• Kiang, avaient affiimé le nord et conquis le midi; que 

• l'empereur Tao-Kouang était en fuite ; qu'un prince 
« dePancienne dynastie, nommé Tchu^ lui avait été 

• substitué pour les provinces situées au septentrion» 
« au-dessus du Kiang\ que celles du sud au-dessous du 

• fleuve , formaient un nouvel empire sous la dominatioii 

• des vainqueurs. A Han-Kéou, Ou-Tchang et Han^- 
« Fang, on allait jusqu'à dire que mille Anglais étaient 
« déjà cachés dans la chrétienté de Pékié. » Aussi, lors- 
que les infidèles virent à Teau la peûte flottille chargée 
des matériaux de constructicm que les chrétiens avaient 
CB nmprudence d'expédier tout à la fois, on s'empressa 
de divulguer qu'on attendait à Pékié plus de dix mille 
Anglais pour lesquels on voulait bâtir de dignes habita- 
tioos^ On n'avait pas encore commencé à déposer les 
nutériaux sur le rivage que déjà grondait la persécu- 

« La nuit mémo qui suivit le départ de Mgr Rizzolati, les 
satelGtes enlevèrent de la chapelle les effets , vêtements 
et objets de religion qu'on y avait déposés. Un édit fut 
lancé par le mandarin TchthPeaO'y'Foug-Oum'Chu , et 
six chrétiens arrêtés ; les autres avaient pris la fuite , ne 
laBsant dans leurs maisons que les femmes et les enfants» 
Cet ordre se renouvela plusieurs fois dans une huitaine 
de jours , et autant de fois les chrétiens furent obligés 
de déserter. 

•Ble trouvant donc de l'autre côté inKiang avec Thon- 
aev de jouir, dans celle ^hjXotkt à'Ou-TehangSéng , 
de ta présence de Mgr Rizzolati, nous employâmes les 
pmniers jours aux formalités voulues pour les procédures 
e» matière de canonisation. De sinistres nouvelles vinrent 
bieal6t les interrompre ; les bruits de persécution se 
■Mltiplîaient : un chrétien au milieu des tom*men(s venait 



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295 

d'avouer au mandarin qu'il y avait dans la province deux 
Européens , un îy, c'était TEvéque , et un md, c'était son 
Provicaîre , M. Maresca. Interrogé encore si Mm-Taô- 
Vnenj Mgr Rameaux , très-connu sous ce nom dans tous 
les tribunaux du Hou-Pé pendant la dernière persécution , 
s'y trouvait aussi , il avait répondu négativement , affir- 
mant qu'il en était sorti et qu'il ignorait le lieu de sa 
retraite. Un autre chrétien , baptisé depuis peu , était en 
prison : son père et sa mère, encore païens , menaçaient 
chaque jour de poursuivre en justice Mgr d'Arade pour 
Fobliger à leur faire rendre leur fils. Ces bruits et 
d'autres semblables nous obligèrent à songer à nous sé- 
parer. Toutefois j pour ne pas manquer eniièrement le 
but de mon voyage, je crus devoir supplier Mgr le Vicaire 
apostolique de vouloir bien s'occuper, quand le temps le 
permettrait, des informations juridiques sur le martyre de 
notire cher confrère , puisque mes péchés m'enlevaient la 
consolation de mener à bonne fin une œuvre aussi impor- 
tante. 

« J'étais pressé de partir; mais il m'en coûtait trop, 
après un si long voyage , de m'en retourner sans rendre 
visite aux restes de M. Perboyre , qui reposaient à deux 
lieues de nous , hors de la ville , du côié de la seconde 
porte oiientale Oùt-Toûng-Mén. Un dimanche donc, 
veille de mon départ , immédiatement après la messe , je 
m'acheminai avec un guide vers le lieu de la sépulture : 
elle était située dans un carré de quelques arpents seule- 
ment , penché vers le couchant et par conséquent vers 
notre <^e Europe ; quelques mottes de terre superpo- 
sées à une légère élévation la protégeaient de tout côté. 
Cest dans cette modeste retraite que reposent les pré- 
deux restes de notre saint Martyr, en la compagnie dt 
neuf autres apôtres, dans Tordre suivant : au milieu, du 



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296 

côté d'en haut, sont les tombeaux réunis de trois frères 
de Tordre de saint Ignace : l'un de ces trois frères mou- 
rut dans le Hou-Pé , après deux ou trois mois d'aposto- 
lat; îe second , dans la même province d'où il fut ensuite 
transporté à Out-Chang-Foû par le troisième qui tra- 
vaillait alors dans le territoire dont cette ville est la capi- 
tale. Au commencement des deux lignes collatérales, ce 
sont encore deux Jésuites aussi bien qu'au second rang de 
la colonne à gauche ; en tout, six frères , tous Français. A 
côté du dernier tombeau des frères Jésuites se trouve 
celui d'un Lazariste : c'est M. Perboyre. En face, à droite, 
est celui de M. Clct; enfin, deux prêtres de l'asso- 
ciation de la Sainte-Famille terminent des deux côtés 
l'une et l'autre colonne. 

« Les sépulcres de ces bienheureux Missionnaires sont 
ornés d'une pierre sculptée , en haut de laquelle est gra- 
vé le monogramme du Sauveur, et au-dessous, leur 
nom chinois^ leur nom de baptémie et l'année de leur 
sépulture. Trois , cependant , savoir : celui de M. Per- 
boyre et ceux des deux prêtres de la Sainte-Famille sont 
encore bien informes et privés de toute indication des 
trésors qu'ils renferment. J'ai pris des mesures pour pr^* 
curer une inscription à celui de notre illustre confrère. 

« L'épitaphe qui a été placée sur le tombeau de 
M. Clet, également martyr, est ainsi conçue : Taô- 
Kouûng-AurMien , y-yan sont , KouAieim-douy-Esie, 
Ouey4oêng'ichto-hoey-sâ't8ê'tô , c'est-à-dire : « La ciii- 
« quièmc année de Tao-Rouang (empereur actuel) a 
« été déposé ici Louis Lieoû, prêtre de la Congr^ation 
« de saint Vincent. » Cette cinquième année correspond 
à 1826, époque où le corps de notre confrère, enseveli 
ailleurs, fut transporté dans la terre où il repose. Les 
siècles antérieurs sont exprimés par ces mots : V-yan- 



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297 

50ttt , qni ne sont autre chose qu'une (jies soixante diffé- 
rentes indications employées pour désigner toutes les 
années successives de Tempire chinois, jusqu'au commen- 
cement du règne actuel; en sorte que ce nombre de 
soixante une fois épuisé , le tour recommence , et ainsi 
de suite indéfiniment. Lieoû est le nom chinois de M. Clet, 
et Louis son nom de baptême; d'autres disent qu'il s'ap- 
pelait François (1). 

« Le tombeau de R. Haubin , qui finit aussi sa vie 
dans les fers pour la confession de la foi , se trouve à qua- 
tre ou cinq journées de distance de ce cimetière, et dans 
les dépendances d'un hien ^ ou ville du troisième ordre ; 
je crois avoir entendu dire que M. Dumazel avait été in- 
humé sur les montagnes de Kou-Tching-Hien. 

« A notre arrivée, quelques infidèles qui habitent dans 
le voisinage étaient venus nous offrir leur ministère pour le 
cas où nous voudrions ajouter quelque ornement à des 
tombeaux si simples : nous eûmes beaucoup de peine à 
nous débarrasser de leurs importunes instances; la pro- 
messe de les employer plus tard put seule les faire dis- 
paraître. Enfin, il me fut donné de répandre en toute li- 
berté mon cœur, mes prières et mes larmes sur ces tom- 
bes chéries. Mille réOexions tour à tour consolantes et 
sombres, douces et terribles , traversaient successivement 
mon esprit. Le temps qui marchait vite en ce lieu plein 
d'intérêt pour un enfant de saint lancent, me força bien- 
tôt d'y mettre un terme. Je récitai neuf Gloria au tom- 
beau de M. Perboyre, un Te Deum pour lui et pour 
M. Qet, plusieurs De profundis pour tous nos autres si 



(1)M. Qei 8*appelait Jean-Fraoçois, et non LonU. {Kpte dit R.) 

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298 

dignes prédécesseurs dtBS Tapostolat , et je leur fis eofin à 
ums de respectueux et douloureux adieux , en priant nos 
deux confrères de m'obtenir la grâce d'imiter leurs bâroi- 
ques vertus. 

« Et maintenant, Monsieur et très-cber Confrère, 
puisque la volonté de Dieu, au lieu de me laisser parcourir 
les plaines et gravir les montagnes du HourPé et du Ho- 
Nàn , me condamnait à battre simplement » pendant 
une quinzaine de jours , le territoire de HaxhKéou et 
de Out'Chang-Foû y il £dlait*bten s'y soumettre et s'en 
retourner , afin de cesser d'exposer soit Mgr d'Arade , 
soit le Père Maresca. Ce dernier, qui devait aussi 
prendre une part active aux procédures et devenir 
mon compagnon de courses , n'était arrivé que depuis 
deux jours. Toute mesure possible étant donc prise poiîr 
la réussite future de notre importante affaire, je me rem- 
barquai pour le KiangSi et recommençai un autre voyage 
qui devait » comme le premier, être traversé jusqu'au 
terme. 

« Or, td fut le principe de mes nouvelles et dou- 
loureuses infortunes. Pour diminuer les frais de naulage, 
je permis qu'on me rettm à Han^Kéou une barque mar- 
ctende sur laquelle se trouvait déjà un passager pékinois ; 
nous fumes tous d'accwd que le baragouin du nord diSSé- 
rait assez de cebii du midi pour que nous n'eussions rieR 
à eraifidre de mon accent étranger ; par le fait c'était na 
bo»me de la plus ais^le et de la plus sûre compagnie. 
Cette cMoession , et bien plus encore Tamoiur du gaia, 
avai^t porté notre pilote à prendre, à notre insu, un troi* 
sième passager; nous ne soupçonnâmes pas la supercherie et 
ne la découvrtnaespcMnt à l'embarquenent. Une fois désan- 
crés, la faute se trouva commise, sans qu'il nous fût possible 
de la réparer. Bie»t6t j'aperçus un bomoi qui préparait 



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299 

un lit sur rarrière da bdtiment : j'en ressentit de la peine, 
et j'adressai aossitdt mes reproches au capitaine; celui-ci, 
pour toute excuse, me répondit que le proposé du bureau, 
chargé de la surreillance des barques , lui avait imposé ce 
voyageur , sans lui laisser la liberté de le refuser. Je 
parus goûter fort peu cette défaite ; je menaçai le ca- 
pitaine de diminuer d'autant le prix de nos places^ et 
nous continuâmes à suivre paisiblement le cours du 
fleuve. 

« Peu à peu notre iaconnu s'introduisit dans l'intérieur 
de la barque et ne fut pas longtemps sans nous faire pen- 
ser que nous avions fait en lui l'acquisition d'un dan- 
gereux garnement. Cependant i) se contint un peu durant 
les premiers jours. 

« A l'approche du lac Pô-Fang, il ne se passait pres- 
que pas de moment dans le jour que nous ne rencontras^ 
sions quelque détachement de l'escadre chinoise qui re- 
venait de Kiang-Nàn. Je suis porté à croire qu'ils appar- 
tenaient à l'armée de terre, non à la marine; ils ne 
montaient que des bâtiments frétés ; chacun d'eux avait 
arfooréun pavillon sur lequel on lisait l'indication des décu- 
rîes , des centuries , des divisions, des légions auxquelles 
appartenaient ces soldats» et le nom de la province qui les 
avait fournis. Cette yaillante armée, qui n*avait pas vu 
l'ennemi , n'en revenait pas moins triomphante, comme si 
eHe Teût taillée en pièces. Son chant de triomphe com- 
mençait par ces mots : Hoûng4ioûy^ri : Ce drapeau dé- 
pl^f U$ emwmii mi friê la fmUl 

« A en juger par les détachements qui passèrent comme 
en revue devant nous, l'armée chinoise devait être fort 
considérable; on dit que cette fois -là Tempereur avait 
véritablement fait des levées dans tout son empire , ce qui 
n'empêclui pas qu'a^ouit même que son armée ne' fikt rts- 



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300 
semblée sur le théâtre de la guerre , il ne capitulât avec 
les Anglais , leur accordant la liberié de commerce dans 
cinq de ses ports , et leur promettant deux mille taëb^ 
environ vingt-huit ou vingt-neuf millions de francs. Ce 
prince faible et inconséquent faisait en même temps un 
grand déploiement de forces , et un traité honteux, plutôt 
que de courir les chances d^une bataille. 

« Il parait que la somme promise aux Anglais a mis 
de la gène dans le trésor ; peut-être faut-il attribuer à 
cette cause une mesure que vient de prendre Fempereur. 
Sur une pétition adressée par les six premiers tribunaux 
de Pékin , il a rendu une ordonnance qui retranche ju9- 
qu^à nouvel ordre la moitié de leurs traitements à tous 
les mandarins de Tempire. Je tiens ce fait d^un chrétien 
déjà gradué qui se rend à Pékin pour obtenir quelque 
emploi par la voie du concours public. 

« Cependant notre barque, nullement contrariée, pour- 
suivait paisiblement le cours du fleuve ; je trouvais, 
après mes méditations et mes prières , un agréable dé- 
lassement à considérer le fameux Kiang , dont l'aspect 
étsdt bien différent de ce qu'il avait été pour moi lorsque 
je le remontais. En allant au HaurPèy (c'était le moment dei 
inondations) je pouvais à peine distinguer un fleuve dans 
cette mer sans rives; actuellement il roulait ses eaux 
tranquilles entre deux bords couverts de moissons déjà 
verdoyantes. 

« Je vous ai dit que dans les années où les inondations 
du Kiang sont considérables , les habitants de ses bo^is 
émigrent dans d'autres provinces, et pariiculièremcait 
dans celle du Kiang-Si. Or, voici la manière dont se fgot 
ces émigrations : 

« Lorsque le débordement conuaence à amener la 



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301 

disette , les pauvres mettant à contribution les riches 
du chef-lieu , en reçoivent du grain à titre d'em- 
prunt. Si rinondation ne diminue pas assez tôt pour 
qu^on puisse faire les récoltes successives du blé, du riz, 
du coton , des fèves , du maïs et de diverses plantes 
inconnues' en France et d*un grand usage en Chine, 
l'émigration est jugée indispensable et définitivement ar- 
rêtée. 

« Alors ces pauvres riverains se réunissent en troupes 
de cent ou deux cents ; chaque Bande prend pour chef et 
pour guide un membre d'une famille riche ; celui-ci ne 
peut pas refuser ce singulier honneur sans s'exposer à 
perdre le grain qu'il a prêté , et sans voir même ses biens 
livrés au pillage; s'il accepte, au contraire, il peut es- 
pérer de récupérer ses fonds , et d'en retirer même un 
intérêt avantageux. 

« Les émigrants partent ainsi , à la suite de leurs chefs ; 
quelque part qu'ils se dirigent , ils gardent une exacte 
discipline. Us n'entrent pas dans les maisons pour quêter; 
le long des chemins , quoique leurs regards se portent sur 
les passants avec une douloureuse anxiété, on ne les voit 
jamais leur demander la plus légère aumône. Spnt-ils 
arrivés dans un village ou dans un marché, le chef, qui 
0st ordinairement un bachelier, quoique en habit de men- ' 
diant, s'adresse, au nom de tous, aux anciens du vil- 
lage , aux notables du bourg , avec lesquels il traite seul 
de l'aumône qu'il demande. S'ils entrent dans une ville , 
le [même ordre s'observe. C'est toujours le chef de la 
bande qui seul a le droit de porter la parole : il va d'abord 
au mandarin qui, pour l'exanple et pour satisfaire à 
son devoir, fournit une aumône convaiable; chacun donne 
ensuite suivant ses dispositions et ses moyens; il est rare 
qu'ils soient complètement rebutés. 



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302 

« Ces dispositions générales envers les émigrants les 
empêchent de mourir de faim ; mais elles leur laissent bien 
des maux à souffrir : c^est à peine si les deux tiers peuvent 
revoir leur pays ; les autres périssent durant rémigratîon, 
par les marches excessives, Thumidiié, le froid, les cha- 
leurs , rinsalubrité des aliments , les intempérances qui 
succèdent à ces jeûnes forcés, et surtout parla malpro- 
preté. Le plus souvent les bandes se subdivisent en deux 
sections : la première se forme dliommes avec leurs 
femmes, et de jeunes gens maigres et défaits, haletants sous 
le poids des instrum^ts de cuisine, du riz , de la paille, 
du bois, etc. La seconde est composée de femmes et de 
filles, les nnes jaunes comme du safiran, les autres aussi 
pâles que la mort. Ces infortunées ont , pour la plupart, 
besoin d'un bâton pour se soutenir sur leurs pieds ; et 
cependant il leur faut encofe porter sur les bras ou char- 
ger sur leurs épaules les plus jeunes des enfants; leur 
cœur est déchiré par les cris de ceux qu'elles mènent à 
leur suite, trop lourds pour être portés, et trop faibles 
pour soutenir les fatigues de la marche : aussi tombent- 
Ils souvent de lassitude. Voilà, mon très-cher Ami, Taf- 
fligeant spectacle dont j'ai été déjà cinq ou six fois le té- 
moin oculaire. 

« Un jour, le soleil des tropiques darde ses rayons sur 
la tête presque nue de tant de malheureux ; le lendemain 
ils sont inondés d'un torrent de pluie. Et puis, où iront- 
ils passer la nuit? il ne se rencontre p^*sonne qui leur 
offre un asile; il n'est point d'auberge qui les reçoive; 
ils s'arrêtent dans la soirée, sous quelque hangard, 
sous le vesta)ale de qodque pagode, au risque d'être 
étouffés par la fumée, suffoqués par la mauvaise odeur, 
dévorés par les insectes qn'esgendre la malpropreté. 
Telle est leur vie de chaque jour. 



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303 
« Ceux dont les forces rémteit à tant de souffranoeB, 
trouvent, dans les secours qui leur ont été alloués, noa- 
seulement de quoi s'arrachcA* à la faim , mais encore des 
ressources pour acheter les grains qui doivent les nour- 
rir jusqu'à la produiine récolte , aisemencer leurs terres, 
acquitter leurs dettes » raviver le grand-père et la 
grand'mère laissés dans le pays inondé, si toutefois ils 
les retrouvent encore. 

« L'année dernière, avant mon départ pour le Hùu- 
Pi , une troupe de plus de cent cinquante de ces malheu- 
reux parvint à une de nos chrétientés, éloignée d'environ 
deux journées de celle où je faisais la Mission. Un caté- 
chisme aperçu sur une table par le chef des pauvres, 
amena une reconnaissance entre le mattre de la maison 
et la bande des mendiants, toute composée de chrétiens; 
notre catéchiste en fut averti : ilreçutdanssademeurt* 
tous ces chrétiens, qui étaient de notre ancienne Mission 
du Hou-Péi ils prétendaient porter le même nom que 
notre confrère, M. Ly (Joseph) ; ils se disaient même de 
ses parents ; après noAs avoir demandé avec empresse- 
ment de ses nouvelles^ ils nous témoignèrent leurs 
tefMA de ce qu'ils ne pouvaient lui rendre une visite. 
Notre cher confrère était pour lors occupé dans la pro- 
nnnoe de Tehé-Miâng. Ils racontèrent aussi à nos fidèles dn 
JKcmgSi plusieurs particularités touchantes du martyre 
de M. Peii>eyQe. L'entrevue, en un mot, fut très -cor- 
diale de part et d'autre : nos ohrétiens voulaient doubler 
leurs aumônes; mais les pauvres émigrés s'y refusèrent, 
et n'acceptèrent que des rafratdiissemenls* 

« Il est temps que je revienne à notre malencontreux 
eompagnon de voyage. Cétait le plus fin Argus que j'aie 
eonnu de ma vie. Il se disait de la capitale du Kiang-*Si , 
d'où il venait, disait-il, de conduire un naandarin à Pékin; 



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304 

de Pékin il en avait conduit un autre jusqu'au Hou-Nân ; 
actuellement il se rendait dans sa Ssimilie. Malheureuse- 
ment on me faisait passer aussi pour mandarin. S'il était 
vrai qu'il eût eu des rapports si fréquents et si intimes 
avec ces hauts personnages , il était diflBcile qu'il ne pé- 
nétrât tdt ou tard le secret de ma position véritable ; com- 
ment la modestie du missionnaire et la simplicité de TapA- 
tre pouvaient-elles ne pas contraster à ses yeux avec la 
jactance mandarine? comment soutenir une conversation 
qu'il ramenait sans cesse sur les mandarins , qu'il se pi- 
quait de connaître presque tous, lorsque je ne con- 
naissais pas même un seul mandarin du Kiang-Si, d'où 
Ton avait dit que j'étais moi-même? je le laissais par- 
ler, j'approuvais des yeux, du sourire, de la tête; je 
me tenais au large , je faisais le grand en me rendant 
rare. 

« Malgré ma prudence et ma réserve, je ne tardai pas 
à comprendre que cet homme , qui se donnait le nom de 
ZtVou-1%, m'épiait et cherchait à me deviner. Véritable 
Prêtée, il savait revêtir toutes les fofmes : après avoir 
conversé avec moi, il accostait mes deux Siang-Kaungj et 
leur faisait mille questions à mon sujet. Ces bonnes gens 
n'avaient pas cru mentir en me faisant passer pour un 
haut personnage; car, si le prêtre est le lieutenant du roi 
du ciel, est-ce trop l'élever que de le ranger parmi les 
officiers des princes de la terre? Mais la partie n'était 
pas égale entre eux et mon espion. Il conclut beaucoup 
de choses de leur embarras et peut-être de quelques 
contradictions inévitables. 

« Cependant il dissimula , et résolut de ne rien dire 
ouvertement, ni de ses soupçons, ni de ses projets contre 
moi, jusqu'à la douane. En venant, nous l'avions passée 
à Ta-Kou-Thang. Cette fois-ci nous devions le laire à 



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305 
Kian-Kiang-Fou* Nous ne pouvions y arriver qu^assesi 
avant dans la nuit. C'était le temps que Liéou-Ye avait 
choisi pour lever le masque. 

« Quoique sur une même barque assez petite, nous 
avions, dès les premiers jours, établi entre les deux voya- 
geurs et nous une sorte de séparation avec des marchan- 
dises et des ballots; à Taide de celte clôture, nous 
pouvions départ et d'autre dire et Êiire bien des choses 
sans être vus ni étatendus. Mes deux Stang-Koung ron^ 
Client dans ma case; pour moi^ bien que je fusse couché» 
je ne dormais pas enccHre ; je faisais quelques prières, qui 
ne tardèrent point à être interrompues par la conversa 
tîon qui commença entre Liéou-Ye et l'autre voyageur > 
brave homme de Pékin d'environ trente ans. 

« Je ne comjffènais pas d'abord les paroles de LiéotH 
Ye, qui parlait avec beaucoup de feu et de volubilité; 
j'entendais de temps en temps le Pékinois lui répondre^ 
chef ché, c'est vrai , c'est vrai l Un voyageur d'une autre 
barque ayant passé sur la nôtre, comme sur un pont pour 
prendre terre, Liéou-Ye l'appela pour lui faire part de 
ses conjectures sur moi. Il énuméra devant ces deux iii^ 
terlocuteurs une dizaine d'indices , auxquels il avait re- 
connu que je n'étais pas Chinois ; toutes ses observations 
étaient vraies et dénotaient un esprit pénétrant. C'est 
probablement un Anglais , ajoutait-il, et par conséquent 
un espion ; il vomissait contre moi toutes sortes de ma- 
lédictions , et jurait avec imprécation de dénoncer cet 
Européen aux mandarins dès la pointe du jour, avant la 
visite de la douane. 

« Je me sentis saisi d'une agitation involontaire , et 

beaucoup plus pénible que la frayeur du naufrage dont 

je vous ai parlé. Le visage de Liéou-Ye, bien que spv- 

rituel, était celui d'un scélérat consommé. Nulle sûreté à 

TOM. XVII. 101. 20 

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396 

lui faire une confidence, même accompagnée de piastres; 
«t par quel moyen pouvais- je espérer de me tirer de ses 
mains? Tandis que le cœur serré et respirant à peine je oie 
^nais assis sur mon lit pour mieux penser à ce que j'avais 
il laire, j'entendis Liéou-Ye dire à ses deux compagnons : 
« 11 faut interroger le capitaine, et voir s'il sait d'où est 
« cet bonuDe. » 



« Réveillé d^un profond sommeil , le capitaine 
répondit . « Tout ce que je sais, c'est que je l'ai 
« pris à Ban-^Kemi , oà il logeait dans me grande «t 
« belle maison. » Mes espions, après avoir encore res^ 
êassé leurs conjectures jusqu'à ce que la lampe s'étei- 
gnit Saute d'huile , se laissèrent à leur tour aller au 
sommeil. 

« Hélas I il n'y avait pas pour moi c^e repos dans cette 
cruelle nuit. Rien ne saurait vous donner une idée du 
tourment que j'endurai ; dussé-je paraîire bien peu pré- 
paré au martyre, je ne puis m^empôcher de vous raconter 
mes angoisses. Toute la nuit mon esprit fut livré aux plus 
sombres réflexions ; un homme passa , par hasard, sur le 
pont , au-dessus de ma petite chambre , d'où je ne l'en- 
tendis point sauter sur la barque voisine : aussitôt je 
m'imagine que l'interlocuteur survenu est allé donner 
l'alerte, et qu'à sa suite les satellites sont accourus et se 
sont portés sur le pont de la barque, pour me saisir au 
réveil. Celte pensée acheva de m'accabler ; tantôt je me 
tenais sur mon séant , tantôt je m'agitais dans mon lit ; le 
«œur me battait avec violence; ma respiration était pré- 
cipitée et brûlante ; et je tremblais encore qu'en hale- 
•ttiDt avec si grand bruit , je ne vmsse à réveiller mes 
bourreaux, et à ooafirnMr leurs soupçons. Qùrimq^ 
l^ice queceiui de lu crainte I le BBal lui-oiteie nous ferak 
'moins souffrir. 



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M7 
« Une pensée îni|»iétaiite whit eneore atigmeoter mes 
angoisses. Je me rappelai que le Vicaire apostolique da 
Chan-Si, ayant été reconnu il y a quelques années pour 
un Européen , passa une si cruelle nuit , bien quMl 
eût donné soixante piastres pour acheter le silence, 
qu'il trouva le matin ^ barbe toute blanchie; je ne 
doutai point que la mienne n*eàt le même sort, ce 
qui n'aurait pas manqué de me trahir , et je fus étonné 
au retour du jour de la trouver de la même couleur que 
la veille. 

« Enfin le jour parut, j'ouyrîs ma maUé, j'en retirai 
Targent qui me restait, j'en fis troi3 parts dont étia% 
pour mes Siang-Koungy et je les engageai à venir visiter 
^•» place de Kian-Kiang-Fou ; îi leur en coûtait de 
sortir si matiM ; je leur secouai la main pour les réveiller, 
et leur dis à Toreille que j'avais à leur communiquer des 
eftoses de tiaute importance. " 

« Nos incommodes voisins dormaient profondément | 
Hs se reposaient de la peine quils s'étaient donnée à me 
fourmenter. 

« Nous confiâmes aOBéfiets nn iqattrs delà barque^ afin, 
lui dimes-nous, qu'ils ne devinssent pas la proie des t^v% 
pauvres qui pourraient nous moleSter comme ils l'avaient 
ftft à Ta-Kourthang, 61 nous primes terrée Âus^itAt 
Ae tenir conseil sm% pairU à prendre.. Fautr il, leur disais* 
je , que je confie moik salut à l'agilité de mes jarrets ? dois^ 
jefàîre tomber ma barbe, et changer de costume? devons- 
AOQS'ttous séparer ? Si nous fuyons, sera-ce par la voie de 
ttlire eu par celle dû fleuve P faudra-t-H le descendre ou là 
remonter? laisser nos hardes ne sera pas un gros sacrifice; 
mais si- elles sont saisies sur la barque, elles déposeront 
eoBtre pous. — Nous étions i plus de trois journées ^efs 
plus vobine de nos chrétientés, el en Ms de dénondalîM^ 

se. 

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308 
et de poursuite, nous aurions été saisis mille fois avant d'y 
être arrivés. 

« Plus nous délibérions, moins nous étions filés sur le 
parti à prendre. Déjà avec notre mine de mourants , nous 
avions fait le tour de cent échoppes, visité sans les voir 
autant de bazars , et nous étions aussi irrésolus qu'au 
premier instant. «Prions Dieu, dis-je à mes deux cour- 
riers ; si nous ne le pouvons pas de bouche, prions dans 
le fond de nos cœurs. Adressons-nous à tous les saints, et 
surtout au glorieux martyr Gabriel Perboyre, et puis di- 
sons comme Judas Machabée : Sicutautemfumtvoluntas 
in cœlo, $ic fiât (1). » 

« J'envoyai Tu-Sien-Cheng dans la barque , comme 
pour y chercher un panier qui nous servit à emporter des 
provisions, et dans la réalité pour savoir ce qui s'y passait. 
Tout y était tranquille. Liéou-Ye qui n'avait pas quitté 
le bateau , dit en souriant qu'il y demeurait pour le 
garder. Une cruche à remplir du bon vin de Kian-Kiang 
nous fournit le motif apparent d'un second voyage ; la 
barque avait déjà été jaugée^ le nautonier était allé au 
bureau, pour obtenir qu'on lui délivrât l'attestation. 

« Quelques heures après je fis engager mes dangereux 
compagnons de voyage à prendre avec nous, dans un 
restaurant, une tasse de camphou. Le voyageur pékinois 
se rendit à notre invitation. Liéou-Ye refusa, prétendant 
qu'il était obligé de demeurer dans la barque, pour faire 
sécher des linges qu'il avait trouvés humides dans set 
maUes. Ce fut une prévention de plus pour nous contre 



(1) Qoe ce qui est ordonné par la yolonté de Diea dans le ciel , s'ac- 
covplisae. {i. Mach. 3. <M>0 

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309 
cet bommet que bous n'appelions au restauranl qu'afinde 
le sonder de plus près. Pour notre Pékinois, nous M 
tronTâmes son air de bonhomie ordinaire ; ce qui nous 
fit présumer qu'on ne songeait pas encore sérieusement à 
exécuter de sinisU*es projets contre moi ; peut-être ne se 
croyait-on pas assez sûi; de son coup , et n'osait-on pas 
essayer un esclandre qu'on aurait, en cas d'erreur, payé 
fort cher. 

« Nous primes le thé , battîmes encore le pavé de 
quelques rues, et n'en pouvant plus de lassitude, je dis 
adieu au Pékinois , lui donnai un Siang-Koung pour l'a»- 
compagner, et pris l'autre avec moi pour regagner notrt 
barque. Nous y trouvâm^p encore Liéou-Ye oa:upé à dé- 
ployer ses effets; nous aperçûmes, non sans quelque 
effroi, au fond d'une de ses malles, plusieurs contoiurs 
d'une grosse chaîne en fer : depuis lors la véritable pro- 
fession de ce protée nous parut plus que jamais une énigme 
inexplicable; je ne doutai plus que cet homme ne jouât 
un rôle, et qu'il ne se donnât pour ce qu'il n'était pas. La 
pensée me vint qu'il avait emprunté sa chaîne à Kian^ 
Kiang pour mon usage ; j'eus lieu de penser , plus tard, 
qu'il l'apportait de plus loin. 

« « Je luiadressai quelques p^iroles polies^ elfallaiprier 
Dieu et me reposer, lorsque Tu-SienrCKeng y'mi m'avertif, 
que Fusage étant de régaler les matdots d'une barque 
passée à la douane , Liéou-Ye avait fiiit préptfer un gala 
auquel il m'invitait. Nouveau piège , dîmes-nous, nouvelle 
séance d'obso^ation I Cependant je ne pouvais pas refuser* 
Je fis répondreque j'acceptais, à condition que je suppôt- 
ferais la moitié des firais durqpas. LePâûnoiset Tdumjf' 
Siang-Kimngi après s'être longtemps fut attendre, am- 
vèrast ; on se mit àtable; le r^l se prolongea jusqu'à 
ta nuit. Je fus toujours traité en grand personnage, et le 



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310 

MtiUa LiéOB^Ye vovhit méipe qadquefbiB me servir à 
lN)ire, œ qui esl la fonction la plus basae parmi les convi vas 
<UfK>i8« Point de couteaux, point de cuillers, point de 
lonrcbettes. SansdouteLiéon-Ye m'attendait à la manière 
éantje ferais jouer lesÂotkiy-r^, c'estrà-dire les deuxlxh- 
ttaoetSy qui, comme on lésait, remplacent cb^ les Chinois 
m)s services d'Europe. Je pouvais subir ceite épreuve 
Sdus les yeux de Liéou-Ye ; dix ans d'habitation dans le 
noble Tchoûng-Koûe m'avaient rendu habile à faire u^ge 
des bâtonnets. Je craignais moins cet exercice que celui 
des contes à débiter. Noire intrigant en fit un pas- 
sable débit; en homme important je lui donnais de 
temps en temps de^ sourires d'approbation. Mon Tchang* 
Siang-Koung, qui savait que j'avais besoin d'être suppléé, 
se montra à son tour conteur habile ; il mit sur le tapis 
des anecdotes de mandarins, matière favorite de Lléou- 
Ye , qui excitèrent dans notre assemblée une gaieté si 
vjVe, que les passagers des autres barques , attirés par 
les éclats de rire, vinrent se mêler à notre belle humeur. 
Les contes furent longs, et je n'eus pas besoin de faire des 
frais de conversation. Liéou-Ye n'osa m'adresser qu'une 
(|uestion : « Quel âge avez- vous? » Et comme s'il eût été 
trop hardi envers un homme de ma dignité , il se hâea 
di'igoùter : « Vous n'avez pas passé dO ans? — Non; lui 
« dis-je, je ne les ai pas encore atteints. — Je suis dbnc 
m. votre aine, me ditr^il d'une manière assez peu polie. ^ 
U> avait fait acheter , je ne sais à quelle intention^ une 
élfkùe d'eau-de-vie si forte , que quelques gouttes suffi* 
itàmi pour bràler le palais* J'ordonnai au Siang-Koung dé 
Airecbauff^ une pince de notre vin qui était doux etpa&» 
Noblement bon, quoiqu'il neiitkt pas de raisin : comme roel 
4itevives lui faisaient honneur de bonnç grâce , j'en fis 
AuttSér une saq^nde, f y joignis trois uisrettea de pâtis^ 
iBrie« dont m-avaient fiut présentdes chrétiens du Hùu*Pk 



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31t 

Mm fialB^lre célèbre gala; on prit une lasse de thé, od 
fama noe pipe; pois je fi& mes prières , et tombant de 
lasttlAide, je m'endormis profondément après avoir répété 
mire devise : SictU. auiem fueril voluntas in cœlo, sic 
fiak 

«Le lendemain, Dieu ayant permis qu'on levât l'ancre 
et même de grand matin , nous continuâmes notre 
roule. Lèvent nous fut favorable jusqu'à l'enirée du lac, 
c'est-à-dire pendant deux jours; mais là, il s'éleva une 
forte brise du midi qui nous était contraire. Il fallut 
awarrer de nouveau coQtre un bord déjà garni d'autres 
kirques qui attendaient, comme nous, un meilleur temps* 
Les voyageurs passaient la plus grande partie de ta jour^ 
née à terre pour respirer plus à l'aise et pour babiller. Je 
fis un jour entier de retraite forcée, au fond de notre 
barque, de peur d'être reconnu par les gens de Kian- 
Kiang-Foûf qui, faisant le commerce à llan-KéoUy 
pouvaient m'y avoir vu parmi les chrétiens du village de 
KieoU'TovL* Liéou-Ye s'en formalisa; toutes mes hon- 
nêtetés n'avaient pu l'apprivoiser; nous eûmes encx)re la 
douleur de l'entendre dire, qu'arrivés à Oû-Tching^ lieu 
du débarquement, il saurait bien qui j'étais^ dût-il poui* 
cdia me suivre partout où j'irais. Le capiinii^e, auprès, du* 
qnel on me Élisait passer pour être duKiang^Si^ dit aussi 
qu'il ne savait pas d'où je pouvais être ; Liéou-Ye lui 
awt sans doute communiqué ses soupçons. Le lende* 
maitt je i^ontrai que je pouvais rompre mon ban ; tout en 
rftdaol; sur le rivage , jetins conseil avec un de mes gui- 
des» et nous crûmes pouvohr tirer enfin la conclusion tani 
désirée: Fuyons» fuyons! Je rentre dans la barque; je ma 
plaiostout haut d'un vent qui peut encore apporter à mes 
pressantes ai&iires plusieurs jours de retard ; j'annonce aii 
cai^taine que je débarcpie ; je le prie de me faire con-. 



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312 * 

duire jusqu'à Ta-KourTang , où je dois prendre la rouit 
déterre; maisfai beau l'assurer que rcAan^-Stony-iTouiij 
doit demeurer avec nos effets sur la barque, dont le nau* 
iage ne sera pas diminué , il fait la mine, ne bouge pas, 
et laisse à TthSien-Cheng tout l'embarras de mon petU 
débarquement. Je fis mes adieux à mes deux compagnons 
qui me promirent très-gracieusement de me rendre leur 
visite à Ou-Tching^ et m'embarquai pour Ta-Kou-Tang^ 
dont nous n'étions éloignés que de trois lieues. 

« Le vent était contraire ; nous n'arrivâmes que vers 
le milieu de la nuit ; mais le danger avait fui loin dt 
bous; du moins nous le pensions. ••!!! Le lendemain 
BOUS étions balancés dans de commodes palanquins, 
et trois jours après nous arrivions dans notre première 
chrétienté d'Ou-Tchtng. 

« La persécution que l'on craignait dans cette ville 
lorsque j'y passai , comme je l'ai dit au commencement 
de ma lettre , y avait éclaté depuis huit jours. En y ar- 
rivant cette fois-ci , sur le soir, je descendis sans me dou- 
ter de rien , dans la boutique d'un catéchiste qu'on avait 
mis en prison ; mon arrivée, aussi inopportune qu*inat* 
tendue, jeta ses employés dqns un extrême embarras , et 
Ddoi-méme dans de nouvelles perplexités. Je demandai ou 
était la chapelle , f avais promis à Tchang-Siang-Koung de 
l'y attendre. Hélas I cette chapelle le mandarin l'avait fait 
iarmer depuis quatre jours. Les autres catéchistes , in* 
struits de ma présence parmi eux, ne jugèrent pas la mai- 
son de leur confrère assez sûre; ils furent tous d'avis qu'il 
fidiait me cx)nstituer un gtte plus à l'abri, qui fftt sur k 
bord du lac, afin qu'en cas d'alerte je pusse plus faci- 
lement me dérober au danger. Ce fut un galetas qui me 
servit d'aile; j'y passai ma première nuit sans accident , 
mais abîmé dans une multitude de réflexions diverses : 



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313 

« Je De sors donc d'an péril que pour retomber dans un 
« autre ; je fois comme le lierre qui , après avoir parcouru 
« vallons, collines et montagnes, revient de lui-même 
« se placer sous le feu des diasseurs. Cette fois enfin, Fivii 
Dominas^ disais-je avec David , quia uno tctniùm {ut ila 
« dicam) gradu, ego manque dividimur (1). Je regret- 
« tais de mourir à Ve-Kia-Tchéou, parce que là le sacrî- 
m fice de ma vie n'anrait été d'aucune utilité pour la Reli- 
« gion; à KianrKiang-Fou ^ parce que j*étais incoa» 
tt nu ; à HanrKiou , parce que je n'étais pas escorté 
« de mes chrétiens. Ici, je n'ai pas lieu d'éprouver 
« un seul de ces regrets : le pasteur est au milieu de 
« ses ouailles ; je peux les exhorter de la voix et de 
« l'exemple , et , comme M. Perboyre , entrer dans la lice 
« avec les paroles d'Eléazar : Quamobrem fortiter 
• viid excedendo... exemplum forte relinquam, sipromjh 
« to anima ac fortiter pro gravissimis ac sanctissimis 
« Ugibus hanestd marte perfungar (2). 

« Dieu se contenta encore de ma bonne volonté , et 
ne me trouva pas digne du martyre. — Le jour suivant 
je pus m'embarquer pour Nan-Tchang^eng , notre ca- 
pitale , dont tons les chrétiens s'empressèrent de m^ac- 
cueillir de leur mieux. Mais, comme on n'était pas sans 
crainte , à cause du voisinage de OurTching , je ne fis 
pas long séjour; j'ai su depuis que cette chrétienté de 



(1) n n'y a pow tint; dira qn*an poiol entre ma rie et mt mort. 
(l.Reg.ao. 3.) 

(Î5 C'est poarqvaîmamoteoinrageiifement je laimerai un exemple 

de fermeté ea souffrant arec conMance et a?ee joie one mort honorable 
poar le cahe sacr^ de m Irk^intei loîa. ( 2. Mach. 6^ Î7 et 28. ) 



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314 

Nan-Tchang-Smg ^aii tombée eUe^mène sons le feu, 
d'Dne cruelle persécutioii. 

« De là , Je me rendis à Choui-Tchéou-Fon , chrélienié 
éloignée d'environ vingt-deux lieues de celle de Nanr 
TchangSeng; j*y trouvai Mgr Rameaux. Ce digne Evéque 
fat on ne peut plus étonné de mon arrivée ; son cœur pa^ 
ternel compatit, autant qu'il est possible de le faire, à 
mes longues infortunes; il rfomit rien pour me faire ou^ 
blîer mes fatigues. 

« J'avais enGn touché au terme de mon pitoyable 
voyage: des contre-temps, des acxîîdcnts, des dangers, 
l'avaient sillonné depuis le commencement jusqu'à la fin ; 
peut-être Dieu voulait-il par là punir mes péchés , me 
faire sentir mon indignité, et me donner au moins lë 
mérite des tribulations. 

« Mon Tchang-Siang-Koung, que j'avais laissé sur la 
barque pour conduire mes effets, eut toutes les peines du 
monde à se défaire de Liéou-Ye ; il y parvint cependant 
et arriva heureusement à Ou-Tcking. 

« Qu'allez-vous penser d'une aussi longue lettre? Si 
favais prévu sa longueur, je n'aurais pas eu le courage 
de la commencer; aurez- vous celui de la lire? 

« Mgr Rameaux est parti dès les premiers jours de 
janvier, pour aller faire sa visite pastorale dans la pro- 
vince de Tche-Kiang; il n'est pas encore de retour. Sa 
Grandeur a été retenue , plus longtemps qu'elle ne pen- 
sait , par la visite qu'elle a dû faire aussi à l'Ile de ïYnjr- 
ffay ou TchoU'San, que les Anglais occuperont jusqu'à ce 
que les Chinois aient entièrement payé l'amende qui leur 
a été imposée. 

« Depuis ledépart de Mgr j'ai pu reprendre mes courses 
sans autres maladies que quelques rhumes, au commen- 
cement du printemps. J'ai visité dix-huit chrétientés. J'ai 



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su 

bapdsé quinze adultes. C'est à peu près mon contingent de 
dhaqae année. Je y'iem encore de baptiser deux personnes : 
la première est une femme de soixante ans , retenue dans 
son lit, elle est de la ville de Nan-Foung-Hien; la 
seoonde est un jeune homme de vingt ans, de Kior^ 
Tehang-Fou. Hélas I que de raisons n'ai-je pas de crain- 
dre que la persécution ne rende encore les conversions 
plus rares I Je dois aussi vous dire que le procès que 
favais laissé entre les chrétiens de Kieou-Tou et les infi- 
dèles du même village est terminé à l'avantage des fidèles. 
Le mandarin s'est montré juste ^ ce qui est rare; les 
païens , du reste, avaient agi, dès le début, de manière à 
compromettre leur cause; pendant tout le cours du pro- 
cès, ilsontétémenacés des peines les plus infamantes par 
lemandarin, qui, cependant, n'a pas jugé en dernier res- 
sort , parce que les deux partis , après avoir supporté de 
gfandes dépenses , ont mieux aimé s'arranger à l'amia- 
We. Les chrétiens sont, d'après le traité, délivrés, soit de 
la contribution aux spectacles , soit de toute part aux au- 
tres superstitions usitées dans le village... Ici de nouveau 
un grand SU nomen Domini benedicktm; car toute cette 
affaire s'est heureusement pacifiée contre l'attente géné- 
rale. Nous n'avons point à déplorer de ces haines inter- 
minables qui paraissaient fort à craindre. Nos chrétiens 
ont gain de cause, et cependant ik sont regardés par les 
paûlens comme leurs bienfaiteurs, 
k Je suis , etCé 

« Laribe. » 



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316 



MISSIONS DE LA GÉORGIE. 



LeUre du R. P. Damien de Fiareggio, Capucin et Préfet 
apostolique de la Géorgie, d Monsieur le Président du 
Conseil central de Lyon. (Traduction de ritallen.) 



Trébûondo, 1-13 fëfrier 18i5. 



« MoifsiBUR LE PubiDBnr; 

« La générosité avec laquelle les Conseils de l'Œurre 
de la Propagation de la Foi ont secouru les Missions ca- 
tholiques de la Géorgie^ confiées depuis plus de deux ans 
à mes faibles soins par la sacrée Congr^tion de la Pro- 
pagande , me fait regarder comme un devoir de vous 
adresser le récit fidèle de notre injuste expulsion de ces 
contrées , où , dès l'année 1661 , (m nous a\'ait toujours 
vus sujets paisibles et soumis. 

« Le projet de ce bannissement n'est pas nouveau ; d^à il 
avait préoompé le gouvernement moscovite dès les pre- 
mières années qui le virent mature de la Géorgie; mais 
les [H^édécesseurs du monarque actuel n'en étaient point 



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S17 

vernis à Texécution : ib voulaient trouver un prétexte 
qm revêtit une telle conduite des apparences de Téquité et 
de la justice; aussi, pour le faire naître, on n'a rien 
épargné. 

« Ilest impossible de dire en combien de manières 
nous fûmes constamment vexés, tourmentés par la multi- 
tude incessante de lois, ordres et décrets impériaux. 
C'était peu de nous prohiber, sous peine de Texil en Sibé- 
rie , de recevoir à la foi catholique tout membre de la 
secte grecque; on nous défendait encore, sous la même 
peine, de Tinstruire; la conversion de tout hérétique, 
païen , infidèle , rendait celui qui en était l'auteur, passi- 
ble de graves peines. Bien plus , entretenir des correspon- 
dances avec le Saint-Siège, et surtout avec la sacrée Pro- 
pagande, prendre le titre de Missionnaires^ recevoir des 
secours de l'Europe, nous montrer dépendants de toute 
autorité spirituelle qui ne réside pas dans l'empire , écrire 
ou dire que nous n'étions pas soumis au consistoire de 
Hohilev, foire ordonner des prêtres ou demander les 
saintes huiles à tout Evêque qui ne fàt pas sujet russe , 
c'étaient autant de délits dont le moindre châtiment était 
l'expulsion de la Géorgie. — Il nous fut pareillement dé- 
fendu, sous peine de l'exil en Sibérie, de baptiser aucun 
enfant né d'un mariage mixte contracté entre catholiques 
et grecs-schismatiques ; mais c'est peu que tout cela : 
nous avions défense de nous opposer, même par de simples 
conseils, à de tels mariages; et si on en célébrait dans 
l'église grecque-russe, on voulait nous obligera les con- 
firmer par une bénédiction solennelle. — Il n'était'pas 
permis de bâtir des églises dans les lieux oh la population 
catholique n'arrivait pas à quatre cents âmes; et là où elle 
atteignait ce chiffre, il fallait , pour construire, le permis 
impérial : or ce permis, on ne l'obtenait jamais ou que très- 
difficilement. Même dans ces derniers temps, l'empereur 

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318 

avait expressément ordonné, pour les seuls catholiquesde 
la Géorgie, qu'ils ne pussent jamais mettre pierre sur 
pierre , soit pour bâtir des églises nouvelles , soit pour 
réparer celles qui tombaient en ruine. 

« Je serais trop long si je voulais rappeler un à un 
les décrets presque innombrables que le gouvernement 
russe ne cessait de publier, ou iaisait publier par le 
consistoire de Mobilev , pour nous obliger à trahir nos 
$aints engagements; et cependant comme tant de vexa- 
tions trompèrent Tattente du pouvoir qui voulait ou trou- 
ver un prétexte pour expulser les Pères de leur Mission, 
pu du moins les fatiguer et les contraindre à Tabandon- 
ner volontaii*ement , on eut recours à d'autres intrigues 
encore plus honteuses. On prit le parti de fomenter et de 
protéger la désobéissances! Finsubordination de quelques 
prêtres arménO'caiholiquesd'Akhalzikh,que le gouver- 
nement jugeait propres à seconder ses projets. 
, « Parmi eux se trouvait un certain D. Paul Sciagu- 
liaoti/^trop connu dans ces contrées et même à Rome 
pour ses transgressions. Déjà, en 1826, il avait été déposé 
du poste de supérieur de cette province, excommunié et 
déclaré suspens de ses fonctions sacerdotales par son supé* 
rieur légitime , Mgr Vincent Coressi , archevêque de 
Sardia et vicaire apostolique patriarcal de Conslantiuople, 
qui n'agissait pas en cela sans avoir consulté le Saint- Siège. 
Dans la suite, Àkbakikh ayant été placé par le Vicaire apo- 
stolique patriarcal de Constantinople sous la juridiction 
des préfets apostoliques de la Géorgie , Sciagulianti fut, 
parleur intercession, réintégré dans ses fonctions sacer- 
dotales, nourri pendant dix années à la table des Pères 
capucins , dans le couvent de Tiflis , et de là envoyé une 
seconde fois conune supérieur d'Âkhalzikh par le feu Père 
Joseph de la G)lla. — Pour reconnaître tant de bienfaits , 
tl ne fit cependant que se montrer toujoui*& plus insubor* 

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319 

doDfié, et les réprimuideft ne «ervaiau qu'il le jeter d&BS 
4ei excès plus -grives* EoceiuMgé par les promesses 
jd'im sénatenr, que Teftpemur avait envoyé remplir mat 
iDinoD en Géergie , biealét SciafttUaiiti ne recommiph» 
-^lesapérîeur et travailla même à la ruine des I%es. 

« Vers la fin de 1842, la sacrée Goa(régi^im delà 
Propagande m'élal préfet de la Géorgie; et en lSiâ,k 
Vicaffe patriarcal de €aii8tantinop)e me pria de cobA- 
nnety comme mon prédécesseur, à exercer une enlikre 
juridiction sur ta pr<KNMed'AkhaI^kb. J'en donnai ausMtôt 
avis au clergé de cette pMfinde, et spécialement à Sciagn^ 
Uanti , que j'inviM à reniner dans la voie de Tobéissaoce, 
-hii promettant , à cette eonditioB , Foubli dn passé , et 
pouà rafCftir, tons tes témoignages d'un amour fraternel. 
, — Mais au lien d'accueillir celte invitation muie de 
paix, il rédigea des mémoires gros de calomnies et 
d'impostnres contre nos Pères et contre moi; puis les 
fit tenir à la police d'Akhahikh , au eauvemeur de la 
Géorgie et de Tlmérétie, dememrant à Tiflis, et enfin ^ 
au général en chef lui-même , nommé Nddgard. Pour 
accréditer ses mensonges , il avait eu soin de les présen- 
ter revêtus des signatures de quinze prêtres arméno-ca- 
tholiqnes, de la province d'Akbalzikh» — Je fus appelé 
bientêt par les susdites autorités oiviles et militaires à 
jme justifier, et àexiiiber les pièces ofiicielles qui consta- 
taient ma nomination; oe q^e je fis sans hésiter un seul 
instant. 

« Cependant le général en chef Neid^^ , tenant à con- 
naître toute la vérité , envoya à Athnlrikh le colottel 
Ccniébic, luthérien y muni de tontes les pièces do pcck 
eès , avec ordre de prooéderèune enqnêteminutiottse» Le 
oolonel, étant arrivé sur les lieux, interrogea un à un tov 
les prêtres de oetie province} U leur présenu les pétitiogs 
revétties de leui^iîgnaittresi Wur demandant, s'ibroeon- 



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320 

Baissaient dans ces signatures Touvrage de leur main , 
et sMIs pouvaient prouver toutes les assertions que ren- 
fermaient ces documents; mais les quinze prêtres, dont 
on invoquait le témoignage, affirmèrent tons , à l'excep- 
tion de quatre , qu'ils n'avaient point donné leur signa- 
ture, et qu'elle avait été falsifiée. Or, les auteurs de ce 
mensonge étaient Sciagulianti et trois autres ennemis 
des Pères , parmi lesquds deux prêtres frappés des cen- 
sures de l'Eglise. 

€ De retour à Tiflis , le colonel présenta les docu- 
ments de son enquête au général en chef Neidgard qui , 
après les avoir lus soigneusement d'un bout à l'autre, 
m'écrivit une lettre ministérielle sous. la date du 31 fé- 
vrier 1844, dans laquelle il reconnaissait notre inno- 
cence et condamnait la fausseté de nos accusateurs, 
mais surtout de Sciagulianti (source et origine de tant de 
maux). En même temps il le rappelait à Tiflis, pour 
qu'il ftkt soumis par moi à la pénitence qu'il avait méritée; 
cependant Sciagulianti refusa d'obéir; il prétexta son 
grand âge et la mauvaise saison. Alors le général en chef, 
qui ne voulait pas le laisser impuni , le condamna à restar 
dans sa maison, et pour qu'il n'excitât plus de nouveaux 
troubles par ses discours , il lui défendit de prêcher. 

€ Nous crAmes dès lors posséder la paix ; mais le gé- 
néral Neidgard avait, dans sa décision, consulté sa 
bonne foi et non les intentions de son gouvernement , 
dont la pensée était bien différente de la sienne. En effet, 
après quelques semaines , le général reçut un décret im- 
périal, sous la date du 19 mars 1844, où il étaiudit : 
« Que vu le rapport très-soumis du clergé arméno-catho- 
€ lique d'Àkhalzikh , sur les affiih*es qui avaient eu lieu 
« entre lui et les Pères, sa Majesté avait daigné ordon- 
« ner , en vertu de son pouvoir suprême, que Sciagu- 
< liant! serait le supérieur absolu de tous les catholiques 

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S31 
« arméaiens de la Géorgie et des proTlnces y annexées ; 
« que , quant aux Pères • ils poorraient rester dans leurs 
« emploîty BMÎs au ocmditions suitantes : 1^ qu'ils 
« préleptiflit senwHt de se regarder à jamais comme su- 
« jets du trtee russe ; 2^ qu'ils n'ain-aient pins aucune 
« correspoBdaoMse aveo les autorités spirituelles de Té- 
« tranger ; 3® qu'ils n'entretiendraient plusaucime corn- 
« munication ni avec ledergé, ni avec le penple catho- 
« lique arménien ; 4^ qu'ils dépendraient en tout du 
« consistoire de Mobilev. — On ajoutait que, s'ils ne 
« voulaient pas accepter res conditions , ils devaient être 
« expulsés iBunédîatemenfhors des frontières. » — Le 
gèràral en cW, avant de nous donner connaissance de 
ce décret, écrivit au ministre, rinformant d'une manière 
détaillée de tout ce qui avait eu lieu , et défendant vive- 
oient notre cause ; mais bientôt il lui fut répondu de 
Sftinf-Pélersbonrg que, sans faire de nouvelles recher- 
ches, il eût à exécuter le décret impérial* 

€ C'est le 3 juin 1844 que ce fuial décret me fut 
signifié par le chef du gouvernement civil , le général 
Gurco. On m'ordonnait en même temps de faire connaître 
les Pères qui acceptaient les conditions susdites et vou- 
laient rester en Géorgie ; et l'on me prescrivait de remet- 
tre h la chaoceUerie du général en chef tous les papiers 
de Qos archives concernant le gouvernement spirituel des 
Arméniens catholiques. Je répandis , sous la date du 13 
juin , qu'étant liés par notre vœu solennel d'obéissance, 
nous ne pouvions prendre sur nous aucune réponse d^- 
nittve sans la permission du Saint-Père; que nous deman- 
dions au gouvernement russe de solKdter lui-même une 
décision, ou de nous permettre d'écrire à Rome. Ma 
lettre fut envoyée au ministre : pour toute léponse le gé« 
oéral Gurco me signifia , le 27 août de la même année , 
que la cour de Russie ne voyait aucune nécessité de 
TOH. XVII. 101* 21 

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$M 

diiPiiidpr iumi permitiion mi Pafei 4|ue nMSikiriMfi prA- 
ler «ferment luB^kôt, ou te*» expiiMi. 

« Gepeodâni le gouveroaCMU fit puUiir psst là poiiœ 
émê toutes les viUes et toue les yilis«is où ae iuMvaieBi 
*das cttbdiqiies le nouveM titre de eepéricur 4mmé À 
SdaguliaoU ; ce qui fui pour les iidèlesleeuîeid'am lelte 
désoiatioB, qu'où u*eii(€iiduU puruii eux que semptrs, que 
pleurs et que ^éuMuesueuts. Mae curiurfiques de TifltSviie 
Gorii de Koutais, proteetèreia,<|u'a]rantioiûours«ppartfinu 
m lite latia , ils ue poumieut reeefotr pour leur curé on 
iopérieur m SciafuUauii , ni siueun préire de son rite. 
Ces oppositions ayaut obligé le gouteruenent local de 
Tiflis d'écrire de nouveau au umislre» notre expulaîon fut 
ajournée. — De leur c6(é les catholiques du rite armésieu 
des provinces de Lores et d'Alexandropoli, ainsi que umk 
leurs curés, et même tm très- grand nouibre de eeus 
.d'Akbalzikh présentèrent de chaleureuses suppUcadoos au 
gouvernement,, demandant i rester sous la direction des 
Pères; mais on refusa de les écouter. Au ceatrarne le 
général Guroo , le gouverneur civil et le directeur de la 
police ne cessèrent, par des ordres reitérés et deamenaoeib 
de réclamer les papiers dont j*ai parlé ci-dessua , coa* 
cernant les catholiques arménieus; et la coaatance de mm 
refus les ayant tous lassés, le 10 ieptei»bre de la mène 
année le directeur de la police se rendit à notre couvent, 
et ravit à nos archives les papiers en question. 

« Cependant j'appris que le mallieur^x Soiagulianti^ se 
confiant dans la proteciion du ministre, avait ooeupé noire 
irèa-ancienne église latine d'Akhaltikfa; et ^pe même, sans 
autre autorité que celle qu'il tenait de la polke ^ il avait 
déclaré suspens d ditini$ le prêtre qoe*i'y avais établi» 
A cette nouvelle, n'écoutant que le cri du devoir , j'en" 
voyai sur-le-champ le Père Chérubin de Serravesxa qui» 
pour se conformer à mes ordres , aymit mis les sct^'Iés 



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3»a 

h cette ^ise âfee qm sceau préfectoral et avec celui de 
la police, en rapporta ks elefeii Tiflis. 

«rSor ces^ esiftfiitet, on me reoiit une lettre du dîrec- 
ie«r de la pelke de Tiffo , portait la date du 2 ftep- 
Ifqnbre 1S44. Oa m'y denaudait Tioventairc de tous les 
dfcts et emeoeats 4le ladite église. Cette lettre , je la 
kiwaî «ma réponse ; mais je compris que no^ touchions 
à Textrénilé, et ipie bieot^ j'allais être contraint par la 
force à abandonner oette portion chérie du troupeau de 
Jésus-Christ* 

« Dans cette persuasion , je crus qu'il était de mon 
devoir d'offirir une messe solennelle de morts pour le 
repos des âmes de tous cevx de nos confrères qui a^aienl 
pendu lenrdemier sonpiren Géorgie* Le lendemain j'offris 
naesecoBde fois le saint Sacriice pour tous les catholiques 
défimts de cette contrée. — Ici, Monsieur, je dois avouer 
que le coeur me manque pour vous raconter la douleiur , 
la consternation de nos pauvres catholiques. On les voyait 
courir à l'égUse dm matin au soir, tristes, les larmes aux 
yenx, et en si grand nombre, que souvent ils ne pou« 
vstou pae y entrer. Leurs prières éiaieni incessantes ; le 
spectacle qu'ils nous offiraient était déchirant : les ons 
restaient prosternés, les lèvres collées contre terre; les 
antres élevaient kars bras tremblants vers le saint taber- 
nacle ; d'autres fondaient en larmes devant l'image de la 
sainte Vierge; et tous accompa^^iant leurs prières de 
tek cris et de tek sanglots, qa'o«i les aurait pris pour des 
condamnés qui vont subir la mort. C'était un spectacle 
à Cendre le cceur. Tous sans exception voulurent recevoir 
les sacrements de pénitence et d'eudiaristie , comme 
s'ils louchaient à leurs derniers jours. — Chez les ca- 
dioliques des autres villes, on vit se renouveler les 
mêmes scènes aussitôt qu'on eut connaissance de notre 
prochain bannissement ; et ceue consternation et cette 

21. 

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334 

ferveur, loin de se ralentir, allèrent touloucs croiwaBt 
îusqu'au jour de notre expulsion. 

• Cependant le général en chef Neîdgard revint à 
Tittis de la guerre du Daghestan, où il était resté envin» 
8ÎX mois avec une armée très-nombreuse , et conraw il 
était pleinement informé de tout ce qui avait eu lieu, H 
fit de nouvelles et plus vives instances auprès du ministre 
pour qu'on nous laissât en paix. Pour réponse on lui 
reprocha amèrement de ne nous avoir pas déjà chassés , 
et on lui envoya un ordre absolu de nous expulser à 

nnstant. 

« Ce fut alors que le général Gurco m'écrivit , m'inti- 
mant Tordre de partir avec tous mes confrères. Mais 
comment obéir à une telle injonction? je ne pouvais 
abandonner ce troupeau qui m'avait été conBé par le Vi- 
caire de Jésus-Christ. D'ailleurs la neige était assez 
abondante , et l'hiver s'annonçait rigoureux. J'adressai 
donc au général en chef, sous la date du 14 novembre , 
une supplique , dans laquelle je demandais qu'il nous 
fût accordé un délai jusqu'après la mauvaise saison , 
attendu que l^s routes se trouvaient dans un tel état , 
qu'il était impossible d'entreprendre un si long voyage, 
sans s'e^iposer au danger manifeste de perdre la vie. Cette 
supplique fut acceptée et envoyée au mînisure; mais la 
réponse fut que , sans avoir égard à nos observations, 
on devait nous conduire aussitôt hors des fipontières. 
Ce dernier arrêté du ministre nous parvint vers le 
milieu de décembre ; toutefois il ne fut pas de suite mis 
à exécution , parce que la neige était tombée si abon- 
dante, qu'il était impossible même aux cosaques de nous 
accompagner. 

« Le 29 an matin , un oflicier de police vint nous 
annoncer qu'il fallait absolument partfa» ; puis nous pré- 
sentant nés passeports , il réclama deux roubles d'ar- 



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326 
geni qui en étaient le prix. « Qui donc, » lui dis*je 
atec calnae , « vous a demandé de partir ? Si vous nous 
« chassez par force , avons-nous besoin de vos pass*- 
« ports? reportez-les à celui qui vous les a remis; ec 
« diteskluique^ si je possédais quelque chose, je le don*- 
« nerais aux pauvres, et non k la police pour de sem* 
« blables actes. » — Sur cette réponse inattendue , ce 
malheureux satellite jeia les passeports sur mon lit, et se 
retira. 11 ne revint que le soir du jour suivant pour nous 
annoncer que, par une concession du directeur de la po- 
lice, nous pourrions célébrer la messe le lendemain. 

« Enfin le premier jour de la présente année 1845 
on amena devant la porte de noire couvent deux char- 
rettes allemandes , qui avaient la forme de deux litières. 
Elles étaient entourées de plusieurs cosaques armés de 
lances, de fusils et de pistolets. Peu après vinrent des 
oflkiers de police suivis de sbires ; ils entrèrent dans 
notre couvent et nous traînèrent dehors par force. Il était 
deux heures de raprès-midl. Cependant je ne voulus 
pas abandonner notre demeure sans en avoir auparavant 
scellé les portes, quoique nous fussions environnés de 
satellites, et exposés aux regards d'une foule immense* 
Je vous laisse à penser. Monsieur, dans quelle mer d*hor* 
ribles angoisses devaient nager nos cœurs et ceux de nos 
pauvres catholiques , nous voyant ainsi séparer les. uns 
des autres par la violence la plus barbare. — L'un des 
assistants, comptant pour rien la crainte des tourments 
auxquels il s'exposait , courut sonner la doche et l'agita 
de la manière qu'on a coutume d'employer pour les 
offices des morts : il voulait faire comprendre à tous que 
oe pauvre troupeau allait être privé de ses pères spiri- 
tuels, et cette Eglise de Jésus-Christ rendue veuve par 
nôtre injuste exil* — Pour moi , quoique je me sentisse 
à la vue de tant de larmes que les catholiques 

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336 
n'étaient pas seab à répandre; (car plasd'm hérétique 
pleurait atec eux ; ) je ans qall était de mon devoir , 
avant d-abandonner le troopeau confié à mes soins , de le 
reooromanderau tendre cœur de Jésus , ei de l« faire 
entendre une dernière exhortation. Je ranuosai donc toitf 
mon courage, et fendis la foule. J'étais accompagné de 
mes confirères, savoir : du Père Chérubin de Serravexza, 
du Père Philippe -Marie de Boiogne, a dn Père Emidia 
ée Morrovalle^ ainsi que de deax autres préures catbo* 
liques arméniens qui devaient être également chassés ; 
savoir : du Père Sitnéon Giulardian , religieux méchita- 
riste, et de D. Jacques Halaician. Sans d'autres armes que 
le cruciiix qui reposait sur notre poiirine, nous enir&mes 
dans Téglise, et arrivés près du grand autel où se con- 
serve la sainte Eucharistie , nous nous agenouillâmes 
devant la table de communion. Nqus éuons là, priant 
depuis environ une demi* heure , lorsque les satellites 
russes qui nous entouraient et qui croyaient ne pouvoir 
nous décider h abandonner Téglise^nous signifièreat qu^tl 
était temps d'obéir. Je leur répondis avec fermeté que si 
la religion et la décence le leur. permettaient, ils n'avatoit 
qu'à nous arracher de cet autel ; car nous , sans trahir 
r>os devoirs, nous ne pouvions abandonner de notre 
propre mouvement l'église que le Saiat-Pèi*e nous avait 
conGée. 

« Alors un officier de police alla donner avis de ce 
qui se passait au général Gurco , clief du gouvernement 
civil, et sur ses ordres^ le directeur de la police Spaginski 
entra dans l'église pour nous en arracher. A peine parut- 
il dans le sanctuaire , suivi de ses ofliciers subaUerneSt 
et s'approdia-t-il avec eux pour nous inviter à partir, 
qu'il s'éleva du sein de la fo»le un bruit confus de pleurs 
«t de gémissements capables d'attendrir les rocbera. Je 
aompris alors qu'il n'y avait (dus. de «essource conlm k 

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327 

despoiisnie et la force ; je me levai , et m'éiani revélu de 
réiole , je bénis noire désolé troupeau. Trois fois je 
m'écriai , en soupirant et en pleurant : « Mes enfants, 
« mes cbers enfants, soyez forts dans la foi catholique, et 
« le Dieu tout- puissant sera notre protecteur. » — En* 
soite nous nous livrâmes entre les mains des ministres dû 
la police. Mais , 6 Dieu ! que de peines, que de douleursi 
pour arriver jusqu'au seuil de l'église! 

« Les catholiques se jetaient en foule sur nos pas pour 
nous dire un dernier adieu ; ils voulaient baiser nos 
habits et nos mains, et tout baignés de larmes, ils 
s'écriaient : « Ah! Pères! comment nous laissez-vous 
« orphelins? qui nous assistera au moins au moment 
« suprême de notre mort ! Ah ! par pitié , enterrez-nous 

d'abord, et puis abandonnez-nous! » Mais les 

Russes, insensibles à tant de gémissements et de larmes*^ 
nous poussèrent hors de Téglise, et nous ayant forcés de 
monter sur les charrettes qu'on avait préparées, ils nous 
firent escorter par des cosaques^ un oOGcier de police et 
d'autres satellites qui ne nous quittèrent plus jusqu'à la 
frontière de Turquie. 

« Ainsi il nous fallut quitter Tiflis; les principauii 
d'entre les catholiques, au nombre dé cent pour le moins, 
nous accompagnèrent en pleurant pendant un long trajet ; 
puis s'étant mis à genoux, ils nous demandèrent notre 
bénédiction^ que nous leur donnâmes d'un grand cœur^ 
les exhortant de nouveau à se maintenir fermes dans 
la foi catholique. 

« La nuit du 3 janvier, nous arrivâmes à demi morts 
de froid à la ville de Gori. Ayant appris que le gouverne- 
ment, déconcené par Pintrépidité de nos deux confrèreB 
chargés ds soin de cette Mbsion , n'avait pu jusque-là 
les chasser de leur poste, je demandai comme une grâce 
à foBicier de police la liberté de passer au moins cettd- 



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328 
Dttii dans le couvent : ma demande fut repoussée ; mais un 
des principaux catholiques de Gori , M» Jacques Zub- 
bolanti , à force d'instances , obtint du gouverneur la 
permission de nous offrir Thospitalité dans sa maison. 

« Le jour suivant, nous devions être les témoins 
d'une scène encore plus déplorable que celles qui, jusque- 
là , étaient venues nous désoler : )e supérieur de cett^ 
église de Gori^ le Père Emmanuel d'Iglesias, s'éuit 
persuadé que les Russes, en qualité de chrétiens, n'ose- 
raient pas employer la violence pour l'aiTacher du lieu 
sdittt. Fort de cette persuasion , il s'était retiré dans une 
chapelle revêtu de ses habits sacerdotaux, et là il se 
tenait en prière. Le gouverneur de la ville» à qui les au* 
t^Hlés supérieures de Tiflis avaient déjà Intimé l'ordre 
d'en chasser les Missionnaires , fit conduire devant la 
p()rte du couvent deux charrettes escortées comme les 
nôtres par des cosaques ; puis accompagné d'un colonel, 
du directeur de la police, d'autres officiers et de sbires, 
3 pénétra dans la chapelle et en chassa tous les catholi- 
ques qui étaient à genoux , fondant en larmes devant le 
très saint Sacrement, ou bien se confessant à l'autre 
llissionnaire, le Père Bernard de Bologne. Après ceh, 
le gouverneur intima au Père Emmanuel l'ordre de dépo- 
ser ses ornements sacrés et de partir ; et comme le Père 
n'obéissait pas ^ le gouverneur lui-même, de ses mains ;sa- 
cilléges^ et avec l'aide des agents de la police, osa le 
dépouiller. Les deux bons Pères , obligés ainsi de céder à 
là force y ne purent pas même dire un dernier adieu à leur 
peuple affligé; mais, placés sur la charrette, ils furent 
chassés comme deux malfaiteurs. 

« Le lendemain il nous fallut poursuivre notre voyage; 
tous ceux qui connaissent l'élévation et l'aspérité da 
mont Sùwtam^ pourront aisé/nent se fiûre une idée de ce 
qjCte nous^ eûmes à souffrir pour le traverser dans une sai* 



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32» 
son si rigoureuse. Le 9 janvier , grdce k Dieu , nous 
étions en vue de la ville de Koutais. Là , nous trouvâmes 
un grand nombre de catholiques accourus à notre ren- 
contre , et qui , par leurs pleurs , nous témoignèrent une 
tendre affection. Entrés dans la ville, nous descendimes, 
accompagnés de Tofiicier de police qui ne nous quittait 
jamais, chez M. Etienne Acopovi , où nous reçûmes Tac- 
cueil le plus filial. — Bientôt je fus instruit de la manière 
inhumaine dont avait été chassé de cette ville le Père 
Florent de Torgiano, que j'y avais établi, depuis deux 
ans , en qualité de curé. Le gouverneur, usant de ruse , 
Pavait fait appeler chez lui ; aussitôt avait paru devant 
sa maison une charrette de poste accompagnée de deux 
cosaques armés et d'un officier de police; et le Père 
avait été obligé d'y monter, sans pouvoir obtenir la per- 
mission de célébrer la sainte Messe, quoique ce jour- là 
fat un jour de fête , et sans qu'il liu eût été donné d'aller 
au couvent prendre une légère collation , avant de se 
mettre en route. — Les catholiques, qui s'étaient aperçus 
de la violence qu'on faisait à leur Père , étaient accourus 
en foule pour lui baiser la main; mais ils avaient été 
cruellement repoussés par la police. 

« Et nous aussi il nous fallut partir de Koutais, après 
avoir obtenu avec peine d'y demeurer presque deux 
jours. Ils furent employés à confondre nos' larmes avec 
celles de nos affligés catholiques , qui voulurent encore 
nous accompagner, en pleurant, pendant un long trajet, 
sur le chemin de notre exil. — Ainsi , avec le cœur percé 
d'épines toujours nouvelles et toujours plus doulou- 
reuses, nous nous acheminâmes par la très-difficile 
route à'UsurgheUi. Ohl que de souffrances, que de 
Irayeiurs nous éprouvâmes en traversant ces âpres mon- 
tagne^, toutes couvertes de neiges et de glaces!... Cha- 
que pas <pie Gsiisait notre cheval dans ces sentiers glissants^ 



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330 
mettait nos jours en danger, et , après ces journées rudes 
et laborieuses^ nous étions contraints de passer la nuit 
sur la terre , dans des chaumières enfumées , que des 
bêtes de somme partageaient avec nous. 

« Enfin , après quatre jours d'un aussi pénible voyage, 
nous arrivions à Usurgheiti. Une grande consolation 
nous y attendait. Nos confrères de Gori se reposaient là 
depuis plus d'un jour, il nous fut donné de les revoir... 
Tous ensemble nous fûmes escortés jusqu'aux frontières 
de la Turquie , où nous devions rencontrer, chez les ma- 
hométans, celte hospitalité que nous refusaient si cruel- 
lement des chrétiens moscovrites. 

« Le 17 janvier, vers le soir, nous arrivâmes à Ctu- 
rukfu , premier village turc au delà des frontières russes. 
. Nous descendîmes chez M. Paul Borro , Génois , où nous 
trouvâmes le Père Flprent de Torgiano. Nous aurions 
voulu fixer notre demeure dans ce pays, pour êire plus 
rapprochés de nos pauvres catholiques de la Géorgie ; 
mais l'impossibilité de trouver une habitation nous con- 
traignit au départ. 

« C'est pourquoi , le 20 du même mois, mais bien à 
contre-cœur, nous nous embarquâmes pour Trébizonde , 
où nous étions rendus le soir du 25 janvier (6 février) 
après avoir essuyé deux furieuses tempêtes. : — A Trébi- 
zonde, nous avons été accueillis avec beaucoup d'afia* 
bilité par tous les habitants , mais sunout par le consul 
de France, M. de Cleirambault, qui voulut lui-même 
nous donner l'hospitalité jusqu'à ce qu'il nous eût trouvé 
une habitation commode. — C'est dans cette nouvelle 
demeure que nous sommes tous réunis , attendant qtie la 
sacrée Congrégation de la Propagande nous ait indiqué 
notre destination. 

« Quoique les satellites russes ne nous aient jamais 
quiués dans notre voyage au travers de la Géorgie^ 6e<- 



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331 

pendant, partout o& nous avons passé, nous avons pu 
satisfaire la piété des fidèles , écoutant leurs cobressions , 
les communiant , et donnant aux enfants qui ne ravalent 
pas encore reçu , le sacrement de confirmation. Le spec- 
ucle des injustes traitements qu^on nous faisait subir, 
inspirait à nos chrétiens de tels sentiments de compone- 
f ion , que tous ceux qui , avant notre départ , avaient des 
difféiends, se réconciliaient , et que tous voulaient régler 
leurs alTaires par notre entremise. 

« En quittant la Géorgie , j'ai posé les scellés sur tous 
nos couvents, après avoir distribué aux pauvres les 
effets mobiliers qui s'y trouvaient; mais il ne m'a pas 
été possible de sceller les églises de Tiflis , de Gori , de 
Koulais, parce que j*ai dû respecter les prières des catho- 
liques. L'unique consolation qui leur restait, me disaient- 
ils , c'était de pouvoir s'y réunir et d'y prier ensemble 
pour que Dieu leur vint en aide pendant l'horrible per- 
sécution qu'ils redoutaient. Pour ce qui concerne les effets 
dont la propriété est aux dites églises, je les ai confies à la 
garde des principaux catholiques qui m'en ont délivré 
rinveniaire , et se sont engagés à les conserver. — Tou- 
tefois j'ai cru devoir protester , par avance , contre 
tout envahissement des biens, meubles et immeubles, 
qui appartiennent à la Blission , et fai donné ma pro- 
curation à M. Monnot , chargé d'affaires du consulat fran- 
çais à Tiflis. J'ai joint à cette procuration une copie de 
la protestation expédiée par moi, de Koutais , au général 
en chef Neidgard. — Enfin, j'ai gardé dans mes mains 
tous les titres des biens immeubles, quoique le gouver- 
nement m'eût tah écrire cent et cent fois de les lui 
remettre. 

« Eg outre, avant de partir, j'ji confié por écrit à 
D. Antoine Glacov tous les pouvoirs qu'il m'était permis 
de communiquer, le priant instamment, tant que le 

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333 
Russes le laisseraient dans cette Mis^n , de prendre soin^ 
non-seulement des catholiques de Kouiais, mais aussi de 
tous ceux qui étaient sous ma juridiction. 

« Voilà , M. le Président , la déplorable histoire de 
notre expulsion d'un pays où les Pères de notre ordre 
avaient paisiblement passé cent quatre-vingt-trois ans. 
Toujours chers aux diflcrcntes sectes et aux diverses na- 
tions qui l'habitent , ils avaient été constamment respec- 
tés par les gouvernements qui s'y étaient successivement 
établis, je \eux dire les Perses, les Géorgiens et les 
Turcs. Déjà une première fois, il est vrai , ils avaient été 
expulsés par les rois géorgiens ; mais ces mêmes rois ne 
se contentèrent pas de les rappeler , ils voulurent encore, 
comme pour dédommager nos Pères, leur donner et des 
terrains et des esclaves , ainsi qu'il est prouvé par des ac- 
tes authentiques qui sont encore entre nos mains. Les 
Russes seuls n'ont cessé de nous inquiéter dès le pre- 
mier jour qu'il les vit maîtres de la Géorgie. Est-ce ainsi 
qu'il fallait recompenser notre fidélité et tant de services 
que nous leur avons rendus?... Ils ont fini par nous expul- 
ser de la manière la plus barbare, sans avoir aucun 
reproche à faire peser sur nous; au contraire, après les 
plus longues et les plus sévères perquisitions^ ils ont eux- 
mêmes reconnu notre innocence. 

« Ce qui, par-dessus tout, m'étonne, c'est que, pour 
justiGer la nomination de l'intrus Sciagulianli, on ose 
avancer, comme me l'a écrit le consistoire de Mohilev, 
sous la date du 30 novembre 1844, que le gouvernement 
a été poussé à cette nomination par les prières de tous 
les caUioliques, ce qui est complètement faux. J'ai eu, par 
les soins des catholiques eux-mêmes, les copies fidèles de 
plusieurs pétitions présentées par eux au gouvernement, 
dans lesquelles ils déclinaient l^autorité de Sciagulftnti, et 
demandaient à rester sous celle des Pères. Une de cet 



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333 

pétitions qui avait été adressée au mois de novembre au 
général en cbef Neidgard , par onze villages entiers ca- 
tholiques-arméniens , disait formellement qu*ils avaient 
été trompés et trains par les espérances à l'aide desquelles, 
après la guerre soutenue contre la Turquie, on les avait en- 
gagés à venir dans Fempire russe. Alors on leur promettait 
qu'ils seraient libres dans l'exercice de la Religion catho- 
lique; et maintenant, ajoutaient- ils, nous voyons par expé- 
rience que nous avons perdu cet te liberté dont nous jouis- 
sions sous la domination ottomane ; car elle nous laissait 
gouverner par les supérieurs que l'Eglise nous donnait, 
6 nous contraignait point d'en accepter d'autres» 
« J'ai dans mes mains, Monsieur le Président, les 
preuves authentiques de tout ce que j'ai rapporté ci- 



Je vous prie d'agréer, etc. 



« J. Dahien de Viareggio, Capudn, 
Ex-Préfsi aponU de la Géorgie. » 



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3M 



MISSIONS DU TONG-KTNG. 



iMire eu A. P. Raytmnd SatcdOj DominietHn ei Procu- 
reur des Miêsians BSfûgndei d$ la Chine et du Tcng- 
King^ au Conseil central de Z.2f<m«(TrâdncUoD de Tes* 
pagnol.) 



BIicto,i6iiiail844. 



« Messibubs, 

« Appelé par mes supérieurs à diriger les affaires des 
Missions de la Chine et du Toog-King , je regarde comme 
UD devoir de faire arriver à votre vénérable conseil l'ex- 
pression de la graiitude et de l'affection respectueuse que 
tous les membres d'une association , à laquelle nous de- 
vons tant de bienfaits, inspirent aux Evéques, aux Mission- 
saires et aux fidèles du Tong-King. 

«Ces sentiments de reconnaissance dont je suis pénétré, 
mi'împosent également l'obligation de vous faire connaître 
les es{iérances de la Mission du Tong-King, de. cette 
terre auosée du sang de tant de martyrs ; mais le dou- 



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335 

looreux événement, dont je vous entretiendrai bientôt, mt 
meUant dans Tinipossibiliié de vous envoyer nn tablea^i 
eomplet , je laisse ce soin à mes supéi'ieurs,et , pour moi» 
je me contenterai d'ajouter ù l'esquisse mal ordonnée de 
mon voyage quelques renseignements généraux. 

« Après irois années de séjour nu Tong-King , an mo- 
ment où, toutes les premières difficultés étant vaincues, 
je m'abandonnais avec une joie inexprimable à Tespérance 
de pouvoir travailler uiilement à la conversion d'us 
foyaume auquel je me sentais si fortement attaché, je re- 
çus, tlans le courant d'octobre, de notre Père provinci^d 
résidant à Manille, l'ordre de me rendre à Macao pour y 
prendre la procure des Missions de notre ordre en Chine 
et au ToDg-King. Abandonner mes nouveaux chrétiens , 
était pour moi un sacrifice; ntais en obéissant j'aiqciais à 
penser que si, au Tong-King, je travaillais comme un Mis- 
sionnaire isolé, à Macao je pourrais participer aux tra- 
vaux de tous ceux de mes confrères qui se dévouent aux 
Missions. 

c Consolé par cette pensée , je partis du Tong-King au 
mois de novembre. Notre barque , montée par des cbré- 
lieas, était accompagnée de deux autres barques d'infidè- 
les^ qui conduisaient une provision de riz. J'étais oMi^ 
de me tenir caché pour n'être point aperçu. Toutefois^ 
cette gène devait être la nu)indre mortification de mon 
voyage. Après trois jours de navigation , comme nous 
étions arrêtés par un calme au pied de la iorteresse du 
grand mandarin du district, nous vîmes arriver à nous 
quelques jonques montées par le Secrétaire du manda- 
rin, par des officiers et des soldats. Elles venaient réclamer 
l'impôt dont est frappée l'exportation des vivres. I>ans 
une situation aussi critique, je n'eus d'autre ressource 
que de me blottir, en eniassant sur moi toutes les vieiltos 
h^des des matelots, quelques meubles et hi voilure de 



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336 
rembsurcation, de sorte que pour conserver là vie je TailUs 
étouffer. Bientôt nos visitears eurent sauté dans la bar- 
que ; ils s'y arrêtèrent même pour prendre leur repas , et 
fe secrétaire du mandarin resta couché pendant deux heu- 
res à mes côtés ; mais tous partirent sans soupçonner 
qu'il y eût là un Missionnaire. Pendant leur importune 
visite le premier des catéchistes que j^avais avec moi ré- 
citait le chapelet; c'est peut-être à sa fervente prière que 
je dois mon salut. 

« Le 4 décembre nous abordions à b Fku, prem^re 
▼ille chinoise. Les habitants de cinq villages des environs, 
dont deux diinois et trois tong-kinois, étaient privés de- 
puis deux ans des secours spirituels. J'avais reçu Tordre 
de leur administrer les sacrements. Les termes me man- 
quent pour vous exprimer la joie avec laquelle ces pauvres 
néophytes m'accueillirent. Tous voulaient profiter d'une 
occasion si favorable; ils accouraient en foule pour se 
confesser; et les mères apportaient leurs entants pour 
leur faire donner l'eau sainte du baptême. Attendri i la 
vue d'une telle ferveur que n'avaient pu ralentir deux 
années d'abandon , je me livrai tout entier au travail, 
si bien qu'il m'est arrivé de rester trob jours et trois 
nuits sans goûter le sommeil , afin d'entendre les con- 
fessions. 

« Mais cette dévotion , cette ferveur de nos pénilenu, 
vous l'apprécierez bien davantage lorsque vous pourrez 
vous faire une idée de la manière dont on se confesse an 
Tong-King. Représentez-vous des maisons construites en 
roseaux et couvertes de paille; de petites ouvertures pra- 
tiquées à un mètre d'élévation au-dessus du sol , leur 
servent de fenêtres; et ce sont elles aussi qui remplacent 
la grille du confessionnal ; le prêtre est placé dans l'inté- 
rieur, et les fidèles qui se tiennent à genoux en ddiors 
sont exposés à la rigueur des saisons ^ ce qui relève sîn- 



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337 
gafi^ement le mérite de leur piété , surtout pendant k« 
nuits d'hiver. 

« Pour moi , les Ëitigues de celte station ont été abon- 
damment récompensées par les fruits que j'ai eu la conso- 
lation d*y recueillir. Car dans l'espace de quatre rnois^ 
faiconréré solennellement 99 baptêmes, soit d'enfants « 
soit d'adultes; j'ai entendu 1,036 confessions, donné Ja 
cominiuiion à plus de 1,000 personnes, administré 17 
extrêmes-onctions et béni 4 mariages. 

« Dans cette foule de pénitents, on a pu remarquer 
quatre ou cinq mandarins locaux (maires) le second 
mandarin du district et le secrétaire du mandarin prin- 
cipal. Tous ceux qui avaient scandalisé leurs frères en re- 
tournant aux superstitions pendant la persécution prccé- 
deote, ont donné des témoignages publics de leur sincère 
repentir. Pour réparer ce scandale, je les avais réunis 
dans l'église ; tandis que je me préparais à célébrer , iis 
se tenaient debout, et chacun d'eux versant d'abondantes 
larmes, faisait sa profession de foi en disant : « Mes 
€ frères , je crois, en Dieu le Père , le Fils et le Saint- 
€ Esprit. Vous connaissez Icc superstitions auxquelles 
« j'ai pris part. Je veux sincèrement me corriger. 4c 
€ TOUS conjure de ne pas suivre mon exemple et de 
« prier pour moi Notre-Seiçneur Jésus- Christ.» Les as- 
sistants fondaient en pleurs ; et moi-môme jo me sentais 
ému à la vue d'une scène si louchante. 

« Mon séjour à la /%u commençait ù se prolonger im 
delà des limites que j'aurais voulu lui donner ; mais en 
sortir n'était pas chose facile. Cependant il fallait prendi« 
un parti ; je me décidai à acheter une barque que j'offris 
en payement à ceux qui voudraient bien me conduire à ma 
destination. J'en trouvai une qui était si petite et eum 
mauvais état que c'était exposer sa vie que de la lui con- 
fier. Jugez ce qu'elle pouvait être , puisqu'elle ne nom 
TOV. XTII. 101. 22 

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338 
eoôta que deux cent cinquante francs, y compris les ac- 
cessoires. Je m'embaïquai avec sept Chinois et trois Tong- 
Kinois; nous étions groupés les uns sur les autres, surtout 
quand nous voulions reposer ; mais ce n'était lù que le 
commencement de nos maux. 

« Après quelques jours de navigation, nous nous vîmes 
Assaillis par trois barques de pirates qui, s'étant élancés 
sur nous, saisirent noure gouvernail et s'emparèrent de tout 
ce que nous possédions, sans la moindre résistance de notre 
pùitt. Notre argent, nos provisions , Teau douce que nous 
avions prise pour le voyage, tout nous fut enlevé ; môme ib 
nous dépouillèrent de nos bardes et emportèrent quelques 
pkmcbes de notre frôle embarcation. Mais ce qui m'affligea 
davantage, ce fut de voir tomber dans ces mains sacrilèges 
Fe crucifix , la boito des saintes huiles , les reliques des 
martyrs et la correspondance des Evoques , du Vicaire 
provincial et des Missionnaires. Parmi ces écrits il s'en 
trouvait un fort^étcndu, destiné aux respectables Conseils 
dé FŒuvre de la Propagation de la Foi. N'écoutant que ma 
douleur, je priai ces pirates de me rendre le Bré- 
viaire et les papiei-s qui devaient leur être complètement 
iimtiles; mais celui qui tenait le gouvernail fut si irrité 
de ma demande, qu'ayant saisi son sabre, il m'en 
aurait tué, si je n'avais eu l'adresse de me cacher sous le 
pont. 

« Impossible de vous peindre les sou£Erances qu'il nous 
bilut endurer pendant les sept jours que dura encore 
notre vo}*age. Sans ressource contre le froid , sans autres 
provisions qu'un peu de riz et quelques poissons déjà 
en ponrriiore , n'ayant pour toute boisson qu'un peu 
^taa douce mélangée d'eau salée et remplie d'ordures ei 
«Tinsecles, notre troupe offrait le plus triste tableau; 
qnriques-uns d'entre nous étaient tombés malades; les 
infidèles se désespéraient ; tous nous nous attendions k 

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339 

monrir de besoin et de misère ; mais grâce à Dieu , nous 
arrivâmes à Macao : c'était le vendredi saint. 

« Ici je devrais terminer mon récit , si les pirates , 
comme je viens de le dire, ne m'avaient pas enlevé la cor- 
respondance du Vicaire provincial , le Père Dominique 
Marti ; mais désirant réparer autant que possible une perte 
si dodoureuse, et en attendant le retour du courrier que 
j'ai expédié à ce Père pour le prier d^écrire de nouveau sa 
relation , je veux , à Taide de quelques faits qui se sont 
passés sons mes yeux , essayer de vous faire connaître 
les espérances de la Religion auTong-King. 

« La preuve la plus éclatante des progrès que fait le 
christianisme dans celle contrée , c'est que Tannée der- 
nière huit villages dinfidèles , sans excepter leurs manda- 
rins locaux (maires) ont demandé tous ensemble des 
catéchistes , pour leur enseigner h doctrine chrétienne et 
les disposer au baptême. Je ne saurais vous dire quelle 
^e nous apporta cette heureuse nouvelle. Des catéchistes 
lurent envoyés à Finstant ; leurs instructions, celles des 
Missionnaires et de quelques prêtres indigènes, mais sur- 
tout le zèle et l'activité de Mgr le Vicaire apostolique qui 
s'était empressé d'accourir , ont tant avancé les choses, 
que ce digne Prélat, pour sa part, a baptisé en deux jours 
quatre-vingt seize adultes, et donné la communion à cent 
nooveaux convertis. 

« Mais celte joie fut troublée par l'ai'restation d'un 
catédiiste nommé Dat , qui avait été envoyé par le Père 
Marti pour compléter Tinstruction des néophytes de ces 
villages. On le conduisit chez le mandarin delà justice, 
qui le condamna à recevoir quarante coups de roiin. 
Celte sentence fut exécutée d'une manière si cruelle, que, 
lui ayant déchiré les chairs, on le laissa dansi'état le plus 
pitoyable; puis il fut renvoyé en prison. Mais, A Dtd» 
de mMrlcordel que vos yoles sont impénétrables I qw 

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340 

\oè pensées ressembleni peuaoK pensées des homn^s!.... 
Le mandarin voulail punir ce caiéchiste en le jetant dans 
un cachot ; et dans celte même prison , ce catéchiste a 
converti et baptbé un assassin qui, nprès avoir pleuré ses 
crimes , a souffert avec tant de résignation la peine qu'il 
avait méritée, qu'au moment où on lui coupait le poignet, 
on l'entendit s'écrier : O Jésus I et il mourut ainsi, 
en invoquant le très-doux nom de notre adorable Ré- 
dempteur. 

« Cette convei*sion ne fut pas le seul événement re- 
marquable qui accompagna Farrestaiion du catéchiste. 
Pendant qu'il attendait la sentence déGnitivedu mandarin 
de la justice, le roi apprit la manière arbitraire avec 
laquelle ce naagistrat avait agi à son égard. En effet 
aucune autorisation ne lui avait été donnée ; il avait laissé 
de cdté les formalités ordinaires; même il n'avait point 
présenté de rapport au mandarin général. Dès lors certain 
que le roi lui ôterait la vie , ou du moins son emploi ; ne 
pouvant supporter cette pensée humiliante que le man- 
darin général serait son juge, il eut recours au suicide. — 
Après sa mort des négociations furent entamées avec le 
mandarin général; il accorda la liberté du catéchiste, 
moyennant la somme de 20 barres d'argent , c'est-à-dire 
1,400 francs. 

a A la même époque, dans le district de Mgr Ximcno , 
coadjuteur de Mgr Hermosilla , deux autres villages de- 
mandèrent également le baptême. On leur envoya des 
catéchistes; mais quelques infidèles, irrités de voir déserter 
de la sorte les rangs de l'idolâtrie, présentèrent un rapport 
au maire du village voisin qui , accompagné de plusieurs 
satellites, arrêta les catéchistes et quelques chrétiens zélés 
qui les aidaient dans leur ministère. Mgr Ximeno envoya 
de suite avec des présents une des personnes les plus 
narquantes de l'endroit où je résidais, afin d'obtenir da 

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341 

mandaria général le rachat des captifis. Celui-ci répondit 
qu'il donnerait Tordre de ne pas les conduire à la capi- 
tale, et qu'on leur rendrait la liberté immédiatement. — 
Us furent effectivement mis en liberté, mais un peu 
plus tard , parce que tous les mandarins s'étaient rendus 
aux funérailles de ce mandarin de la justice qui s'était 
suicidé. 

m Id je dois vous signaler une circonstance qui me fait 
ooncevoir les espérances les plus flatteuses pour l'avenir 
de la Religion dans le Tong-King. Le mandarin qui avait 
arrêté les catédiistes était allé , accompagné d'autres 
Humdarins locani, rendre visite au mandarin des sceaux, 
qui est le secrétaire du roi : il croyait obtenir de sa 
part des marques de saiis&ction ; mais le contraire 
arriva ; car ce haut fonctionnaire lui dit d'un ton indi- 
gné : « Vous êtes plus coupable que les chrétiens eux- 
€ mêmes, vous qui les avez arrêtés , sans en avoir reçu 
m l'ordre du roi ou des grands mandarins; et je me 
« rendrais coupable à mon tour, si j'approuvais cette ar- 
m restaiion. » Cette sévère réprimande enleva tonte espé- 
rance au mandarin prévaricateur; les catéchistes furent 
délivrés, ainsi que je l'ai dit, mais moyennant une somme 
d'argent; bientôt ils retourneront aux mêmes villages qui 
tiennent de les redemander avec de vives instances, en di- 
sant qu'ils ne craignent pas les infidèles. 

« Dans le courant de celte même année, Mgr le Vicaire 
apostolique et son Coadjuteur , accompagnés de quelques 
prêtres indigènes , ont visité un grand nombre de chré- 
tientés et administré le sacrement de confirmation à plu- 
sieurs miilliers de fidèles. De son côté , le Père Vicaire 
provincial ne laisse échapper aucune occasion de mani- 
fester son zèle. Comme j'étais encore à la PMi, je reçus une 
lettre dans laquelle il m'annonçait qu'il venait de partir 
pour la province méridionale : c'est elle qui fut le théâtre 



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342 

de- la dernière penéottUon ; depuis oeile époque f,90u& en 
étions comme exiié$« Il lui a Tallu traverser une rnukâtode 
d'obstacles : nous avons bien des raisons de craindre qu'il 
n'ait déjà été arrêté; toutefois nous aimons à espérer que 
la divine Providence ne nous privera pas d'un ap6tre 
qui, à kii seul, peut tenir lieu de plusieurs Missipnnairesi 
et dont les secours sont réclamés par une province qu'a 
sanctifiée le sang de tant de martyrs. 

« Tel est Fétat de la Mission du Tong-Kîng oriental; les 
choses sont à peu près sur le même pied dans le TcHig- 
King occidental; de sorte que la Religion gagne pea à peu 
cette terre que l'ennemi infernal tenait depuis taaldesiècles 
sous son empire. Tous Iv;s jours elle envoie desélus au ciel ; 
mais c'est surtout parmi les enfants qu'elle va lescbercber. 
Notis avons des catéchistes et plusieurs médecins chrélieBS 
qui, appelés à donner leurs soins à ces pauvres enfonts, i 
l'article de la mort, parlent avec énergie à leurs parents 
des avantages du baptême. Souvent ceux-d se décident à 
les laisser baptiser, a6n de les envoyer au ciel ; ils exigent 
seulement qu'on leur donne de quoi se proairer le cer- 
cueil ou la robe nécessaire pour leurs funérailles. Ces 
bonnes oeuvres sont , il est vrai , pour la Mission, la 
source d'une dépense de quelques milliers de francs; 
mais qu'importe la dépense, si l'on envisage la conquête 
de tant d'dmes dont les unes vont peupler le ciel , et 
les autres restent conune une espérance pour nos Mis- 
sions? 

« Connaissant, Messieurs, le tHe de votre pieose Asso- 
ciation , je croirais vous faire une injure si j'entreprenais 
d'exciter votre foi , en vous exhortant à poursuivre 
votre si glorieuse carrière ; mais vous écrivant pour la 
première fois, au nom de cette Eglise du Tong-King 
qui vous doit , en grande partie , ses progrès , je vou- 
drais pouvcMT vous dire jijsqu'où va la reconnaissanoe des 



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343 ' 

Evéques, des Missionnaires, des Pères ei de lous les Gdèlff 
de ces contrées. 

« Je conjure tons vos Associés de ne point se laner 
de contribuer à cette belle Œuvre, si digne de la charité 
chrétienne; leurs aumônes sont reçues par Dieu conHne 
HO sacriGce d'agréable odeur ; et je dois ajouter poor 
ienr consolation, que tous les prêtres du Tong-King 
célèbrent deux messes chaque année, et les élèves de 
la maison du Seigneur récitent chaque jour le chapdet 
pear que Dieu leur accorde les bénédictions du temps et 
de rétemité. 

« Je suis , etc. 

« Fb. Ràtvohd Barcblo. • 



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Extrait (Tune lettre du même Père à M. le Président du 
Conseil central de Lyon. (Traduction de TespagnoU) 



Macao,4j«iUell8U. 



« Monsieur lb Présidbivt , 

« D'après les lettres écrites par le Vicaire aposto 

Itque Mgr Hermosilla en mars et mai de cette année , la 
persécution qui recommence ses fureurs , rend de jour 
en jour TEglise du Tong-King plus digne de compassion. 
Un des gouvemeursde cette contrée a promulgué un décret 
vraiment diabolique qui renouTclle tous les édits anté 
rieurs de persécution , et intime aux mandarins inférieurs 
fe plus strict accomplissement des dispositions qu'il con- 
tient. Le samedi saint on a arrêté un Père indigène de 
notre ordre et un catéchiste, ainsi que le maître d*une 
maison dans laquelle s'étaient retirés trois chrétiens qui y 
vivaient paisiblement* Le catéchiste et les autres capti& 
ont été rachetés avec de grosses sommes d'ai^ent ; mais 
te Père a été soumis à la torture du rotin , et comme 
malgré les tourmentSi il demeurait constant dans la foi, on 
Ta conduit en prison la cangue au cou. Il y est encore 
aujourd'hui. — Le même jour on a saisi un autre Père 
indigène du Vicariat occidental, le même qui, déjà Tannée 
dernière, avait été pris et racheté. Ce Père a été bâtonné 
deux fois. Mais sa constance ne s'est pas démentie , ainsi 



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345 

que l'écrit Mgr Retord, qui lui-même a été Fobjel de vives 
poursuites; car les païens étaient venus un jour cerner le 
I^urg où il résidait ; mais averti à temps , le Prélat put 
prendre la fuite avant que les troupes ne fussent ar- 
rivées. La capture s'est bornée à quelques livres euro- 
péens et autres effets; 

« Le 23 avril dernier, un antre Père indigène, domi- 
nicain , a été également arrêté avec sept chrétiens qui 
raccompagnaient. Rien de plus odieux que les circon- 
stances de cette arrestation : le Père allait administrer les 
sacrements; il était obligé de passer devant la maison 
d'un infidèle qui déjà avait dénoncé un autre Père, il y a 
quelque années; aujourd'hui il montrait le plus vif in- 
térêt pour les dirétiens, ce qui n'empêchait pas les Euro- 
péens de se défiei* de lui, et l'événement a prouvé que ce 
n'était pas sans raison. En effets lorsque le Père fut arrivé 
près de l'habitation de ce païen, cdui-d, venant à sa ren- 
contre, l'engagea à entrer et à se reposer dans sa demeure. 
Le Père s'en excusa; mais l'insistance , ou plutôt la vio- 
lence du païen fut telle, qu'il devint impossible de ne pas 
céder. Cependant, à peine le Père eut-il mis le pied dans 
la maison, que l'infidèle, fermant la porte, appela ses do- 
mésUques, et tous ensemble s'étant Jetés sur lui et sur ses 
compagnons^ ils les traînèrent devant le mandarin. Ceux 
qui suivaient le Missionnaire furent rachetés; mais pour 
lui, après avoir subi la rude épreuve du rotin, il fut con- 
duit la cangne au cou à la prison où se trouve l'autre Père 
dbminicain dont j'ai parlé plus haut. Jusqu'à présent, il 
vtj a pas encore eu de jugement rendu contre eux, et l'on 
^nore ce que pensera le roi de leur capture. J'aurai soin 
de vous tenir informé des suites de cette afl&ire. 

€ Le Procureur deê Missions espagnoleê. 
Fa. Raymond Barcblo. » 



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Lellre du même Pêne au Préiident du Conseil cetHral de 

Lyon. (Traduciion de Tespagnol. ) 

Macao, 10 juillet 18ii. 

« MemsiBUR le Psésident , 

« Dans ma lettre du 16 mai dernier , je vous amionçais 
'que f avais expédié un courrier au Père Marii , Vicaire 
provincial, pour le prier de faire une seconde copie de h 
relation qui vous était d^tinée, et qui m'avait été en- 
levée" par*' îes' pirates. Ce Père vient de m'écrire ; mais 
dans la crainte de vous fatiguer par des redites , je 
laisserai les passages qui reproduisent, quoique avec plus 
de détails , les nouvelles que je vous ai déjà données. 
Je me contenterai d'extrair« de sa lettre ce qui lait suite a 
Histoire de la conversion des villages dpnt je vous au 
entretenu , et ce qui a ti-ait au voyage du Père dans la 
province méridionale. 

« Voici ce qu'il me mande relativement au prenter 
point : 

« Je ne pouvais abandinmer notre catéchiste après son 
« arrestation ; afin donc de suivre la trdc e de ses pas, it 
« quittai les cliréiienlés nouvelles qu'il venait de fonder. 
« Ces clirélientés on\ montré un constant amour pour kt 
« Beligion chrétienne. Dès qu'elles an^rirem que leur 
« catéchiste était en prison, elles s'empressèrent de 
« nous envoyer des députés pour nous prier de 0e pai» 
« les abandonner. Cette demande nous oonbki 4e joie. 
« Ifous nous liâtâmes de leur envoyer un nomlnre soflS^ 
« sant de catéchistes. Il nous fallut les prendi^ parmi nos 
« étudiants en morale. Ceux-ci continuèrent les instroc- 
« tions déjà commencées, avec persévérance, et en sui- 
« vaut une méthode plus convenable et moins bruyante, 
« sans que cependant ils se cachassent pour aoseiguer ; 



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347 
car il esl impossible de catéchiser en secret quatre ou 
cinq villages à la fois. — Le nombre des adultes 
auxquels a été conféré le baptême dans ces villages, 
dépasse déjà le chiffre de deux cents. Presque tous 
Tout reçu des mains de Mgr le Vicaire apostolique qui, 
pendant deux ou trois mois de séjour dans ces localités, 
a travaillé avec un zèle infatigable. » 
« Le Père Marti, venant a raconter son voyage dans lu 
ovince méridionale, continue ainsi : 
« Depuis Tannée 1838 , époque oà la province méri- 
dionale inférieure, nommée Nam-Dinh, fut le théâtre 
d'une si sanglante persécution, aucun Européen n'avait 
osé y pénétrer. Cette province cependant compte plus 
de 124,000 chrétiens. Nous étions (rf>Ugésde diriger, 
de la frontière, plas de vingt préires indigènes, qui, au 
plus fort du da«ger, n'ent pas cessé de résider dans k 
pays, comme l'attesie le grand nombre de martyrs sa- 
crifiés par Tring-Kang-Kang* — Au commencement 
de 1843, alors que la fureur de la perséctttîoa s^était 
on peu apaisée, nous avions fait bâtir «ne petite 
maison à Ztic-7%uy; c'est Teodreil roéme où était 
autrefois notre ^lége pour TenseieBement de^Ia bio- 
raie. Depuis lors, ayant appris que les priBcIpaox de 
ce village désiraient le retour du Vicaâre pnmndal, et 
qu'ils étaient décidés à braver tous les dangers, je fis 
part de cetle nouvelle à Mgr h Vicaire apestoUque, et 
muni de sa bénédiction,, je rmontai au cemmencanent 
de septembre vers le distriet deCM^JEs , simé dans ki 
province méridi(»ale supérieure» avec respéranee de 
descendre un peu plus tard vers lAêe-Thm/^ 
« H me parut convenable de donner anx fidèles de Coo- 
Xa des exercices publics et soleonek^ antam que les 
circonstances le pennettraidDt.I>Bns cette pensée, j'avais 
décidé les principaux luibitants i construire noe 



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ut 

petite église de cinquante pieds de long sur vingt de 
large. Depuis plus de six années ces exercices n'avaient 
pu avoir lieu dans ce district, h cause de la persécution ; 
et œtle fois même ils furent accordés i la con- 
dition que ceux d'entre nos chrétiens pour lesqueb 
ils étaient plus nécessaires ne manqueraient pas d'y as- 
sister. Malheureusement ce n'était pas chez eux que 
nous devions trouver la meilleure volonté. II me fallut 
donc les envoyer chercher un à un par nos catéchistes; 
et encore, m'étant aperçu de la focÛité avec laquelle ils 
se laissaient aller à la dissipation, je pris le parti de les 
faire rester chez moi , afin de pouvoir les assujettir à 
une vie réglée pendant la durée de la retraite. 
« Qui aurait pu croire que de si faibles moyens dussent 
amener de grands résultats? Mais Dieu, qui est riche en 
miséricorde, a versé si abondamment ses grâces , que 
pendant les dnq derniers jours des exercices nous en- 
tendîmes plus de 500 confessions , dont la plupart 
étaient de deux, trois et cinq ans; quelques-unes même 
remontaient encore plus haut. Le Père Rivas et deux 
Pères long-kinois me prêtaient le secours de leur mi- 
nistère; nous étions jour et nuit au confessionnal; et 
cependant nous ne pûmes satisfoire les désirs de tons 
nos chrétiens dont plusieurs furent renvoyés pour être 
entendus après lesexercices. Ce ne furent pas seulement 
les habitants de Cao-Xa, comme nous l'avions pensé 
d'abord, qui arrivèrent à nous : il en vint aussi d'autres 
chrétientés; de sorte que la foule était telle, que l'église, 
et la cour qui est assez vaste, se trouvaient encombrées. 
Le matin et le soir le nombre des assistants dépassait 
le chiffre de mille, et le dernier jour qui était la fête du 
saint Rosaire , la plupart d'entre eux furent obligés 
de rester debout même pendant Félévation , tant l'af- 
fluence était considérable. Ce jour-là nous avions orné 



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349 

c notre pauvre église à Taide de tentures et de jolies gra- 
« vures venues de France; il y eut Grand'Messe et ser- 
« mon. Jamais nos chrétiens n'avaient été témoins d'une 
c semblable cérémonie ; aussi ils se retirèrent singulière- 
« ment touchés. Bien ne vint troubler Tordre ; et par là 
c nous voyons que, lorsque Dieu inspire une pensée, il 
« sait la conduire à bon terme, au delà de toutes les pré- 
m vbions humaines. » 

a Souffrez, M. le Président, que je bisse encore parler 
le père Marti. Je sais Fimportance que vous attachez à 
tout ce qui intéresse la Religion. C'est lui qui va vous dire 
avec quelle solennité la fête de notre père et patriarche 
saint Dominique vient d'éti*e célébrée au Tong-King. 

< Mgr le Vicaire apostolique étant venu dans notre col- 
« lége pour traiter de quelques affaires , nous voulûmes 
« solenniser ensemble la fête de notre glorieux père saint 
« Dominique. Notre petite église n'a rien de splendide; 
« des tentures en damas et quelques tableaux qui nous 
« ont été envoyés de France , nous servirent à l'orner : 
« sa toiture est soutenue par trente-deux piliers qui lui 
« donnent un certain aspect; mais ses trois nefs, longues 
< seulement de 70 pieds et larges de 25 , ne pouvaient 
« suffire à la fouledes fidèles. Nous fumes obligés de dresser 
« une tente. Mgr le Vicaire apostolique se voyait ce jour-là 
a^entouré de quatre prêtres européens, de neuf prêtres 
a tong-kinois , et environ de deux cents catéchistes ou 
« étudiants. Aussi il nous fut donné de célébrer , avec 
« toute la solennité qu'on pourrait déployer en Europe , 
« une messe pontificale suivie d'un sermon. Cette fête fut 
« accompagnée d'une octave. Jamais le Tong-King n'a- 
« vait vu une si pompeuse cérémonie. » 

« Ves Associés, Monsieur le Président, auront peine ù 
comprendre que l'on puisse célébrer au Tong-King de pa- 
reilles solennités sans qu'elles arrivent à la connaissance 



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350 
des mandarins. Mais il faut savoir que les maisons y 
sont séparées les unes des autres par des jardins plus ou 
moins vastes qu'environnent de grands et épais roseaux. 
L'habitation la plus insignifiante est aussi bien cloîtrée 
que peuvent Tétre beaucoup de couvents en Espagne. 
De là, la facilité de faire des réunions nombreuses sans 
être aperçu au dehors. Pour les églises et les résidences 
des Missionnaires, surtout pendant les persécutions, elles 
sont encore plus retirées. L'endroit le pliis sâr et le plus 
reculé du village est celui qu'on choisit pour les bâtir. Le 
jardin qui les environne n'est pas seulement fermé par 
une haie de roseaux : il a sa muraille, son fossé et son 
fiontre-fossé ; et ce n'est là pour personne un sujet d'éton- 
ucment ; car c'est ainsi que sont construites les bonnes 
maisons. Mais ce qui leur donne encore plus de sûreté , 
c'est qu'elles se trouvent entourées des habitations des 
plus fidèles chrétiens , habitations qu'il faut nécessaire- 
ment traverser pour entrer ou sortir. Aussi il est im- 
possible que le Missionnaire et les assistants soient surpris, 
à moins que les fidèles ne se prêtent à la trahison, ce 
<]ui n'a jamais eu lieu; et pour celui qui connaît le respect 
etledévouement dont nous environnent ces bons chrétiens, 
il n'est pas facile de supposer que cela arrive jamais. Les 
Missionnaires, il est vrai, ont été quelquefois arrêtés au 
moment du saint sacrifice, ou pendant qu'ils remplissaient 
d'autres fonctions sacrées; mais c'était alors que , fugitirs, 
ils portaient les sacrements aux malades, et jamais dans 
leur résidence. 

« Veuillez, Monsieur le Président, recevoir l'assu- 
rance, etc. 

o Le Procureur des Missions espagnoles ^ 
Fr. Raymond Bargelo. » 



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351 

Extrait d'une lettre du R. P. Martin de tordre des Frères 
Prêcheurs y et Ficaire provincial du Tong-King oriental ^ 
au Conseil central de Lyon. ( Trad. de Tespagnol. ) 

Cao-Xa, aa Tong-King. 28 JMvier i8U. 
« ItesSIEVRS, 

c .... Les abondantes aumdnes dont nous sonuoes rede- 
vables à votre inépuisable charité sont venues si à propos 
soulager notre misère , et les diverses applications que 
nous en avons faites ont eu des résultats si précieux, que 
ce sera pour vous et pour vos Associés un besoin de bénir 
le Seigneur qui a daigné se servir de vos offrandes pour 
opérer les merveilles de sa grâce. 

« Nous avons commencé par venir au secours d'une 
multitude de pauvres ; le nombre en est grand dans ces 
contrées. La persécution les avait multipliés ; mais nor.s 
avons pu indemniser , en partie du moins , plusieurs de 
nus néophytes qui avaient payé fort cher leur dévouement 
à la foi. Tous ceux qui souffrent pour le nom de Jésus- 
Christ ont été Tobjet de notre sollicitude. Ainsi les fa- 
milles de ces illustres soldats qui ont honoré noire sainte 
Religion par leur héroïque martyre, sans vos aumônes se* 
niient restées plongées dans la misèi'e; aujourd'hui, dé- 
liinrées par vous, elles bénissent le ciel pour vos bienfeits. 
Nous soutenons vingt-deux maisons de pieuses filles de 
notre tiers-ordre, et trois maisons de Religieuses dites 
Amantes de la croix y que la persécution n'a pu encore 
détruire. Ces servantes du Christ qui ont toujours vécu 
bien pauvrement , sans autre ressource que le modique 
produit de leur ti*avail, vous doivent également de ne pas 
airoir à gémir dans le dénûment le plus complet , elles 
dont la résignation vraiment exemplaire a déjà à lutter 
contre des vexations et des avanies de tout genre. Pendant 
les deux dernières années , à la fête de notre Père saint 



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352 

Dominique, el à celle de saint François Xavier, nous avons 
fait passer un subside assez considérable à chacime de 
ces maisons, enjoignant à celles qui les habitent une com-^ 
munion et des prières pour tous les Associés vivants ei 
défunts de cette grande et bienfaisante Œu\Te de la Pro- 
pagation de la Foi. Ainsi ceux que Tocéan sépare , la 
charité sait les unir par des liens étroits. Oui , sans con- 
naître seulement le nom de nos chrétiens , vous leur en- 
voyez d'abondantes aumônes ; et eux à leur tour , qui 
ignoreraient même votre existence si elle ne se révélait 
par des bienfaits, ils élèvent leurs mains et leurs vœux 
vers le ciel pour en faire descendre des bénédictions qu'ils 
invoquent sur vous. 

« Je dois encore vous faire part d'une autre bonne 
œuvre que vos aumônes nous ont rendue possible. Elle 
est plus importante, plus agréableàDieu et plus utile aux 
âmes que toutes celles que je viens d'énumérer. Un grand 
nombre de chrétiens , quelquefois même des chrétientés 
entières, sont obligés de payer certaines contributions su- 
perstitieuses, et cela en vertu des édits iniques de Minh- 
Menh et des lois municipales des villes. — Situation dou- 
loureuse! les enfants de Dieu tributaires du démon ! ! !... 
Et comment , laissés ù nous-mêmes , pourrions-nous les 
racheter d'un si honteux esclavage? Mais aujourd'hui , 
grâce à vos secours, nous avons pu délivrerplusieurs mil- 
liers de fidèles de ce tribut infâme; nous espérons même 
racheter tous les autres, si' vous continuez à nous faire 
passer vos aumônes , si surtout vous nous aidez de vos 
prières. Non, l'argent ne saurait suffire à arracher lésâmes 
de l'esclavage du démon. Dieu seul peut toucher le cœur 
de ceux de nos infidèles qui ont en main la puissance. 

« Je suis , etc. 

« Fr. DonmiQUE Marti , 
Fie. provincial du Tong-Ktng oriental. » 



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353 

Lettre du même Père au R. P. Gétmal de Vordre des 
Frères Prêcheurs. (Traduction du lalin.) 

28 mai i8U. 

c Très-Revereno Père , 

« J'ai appris par une lettre de notre R. P. procureur 
de Ifeicao que vous désiriez vivement recevoir des 
nouvelles de cette Mission du Tong-King oriental. La 
manifestation de ce désir est pour notre Mission la preuve 
de la singulière affection que vous lui portez. Aussi 
c'est avec joie que je prends la plume pour essayer de 
satisfaire, autant que me le permettra un temps qui me 
presse, des vœux aussi bienveillants. 

« Vous savez déjà, irèsR. P. par quelles épreuves a 
passé celte Mission , surtout pendant les dix dernières 
années qui viennent de finir , et de quelle manière , au 
fort de la persécution , ont combattu pour la foi et rem- 
porté la palme du martyre les deux Evéques qu'avaient 
fournis notre ordre et notre province , savoir : le très- 
digne Vicaire apostolique Mgr Delgado , et son illustre 
coadjuteur , Mgr Hénares. — Vous n'ignorez pas davan<> 
tage la glorieuse victoire remportée , dans ce même com- 
bat, par le Vicaire provincial de la Mission, savoir : le 
P. Fernandez qui eut pour compagnons de son triomphe 
8 religieux indigènes, 4 prêtres séculiers , 13 catéchistes 
ou simples fidèles , parmi lesquels on comptait 8 chré- 
tieuis de notre tiers-ordre. Tous ces faits vous sont par- 
faitement connus , trèa R. P. ; vous ne sauriez même 
ignorer les circonstances les plus mémorables du martyre 
de ces illustres confesseurs, après qu'elles ont été racon- 
tées dans une multitude d'écrits qui les ont portées chez 
toutes les nations de l'univers. 

TOM. XVII. 101. 23 

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364 
« Cétaii dans rannée 1838 , et dans les années qui sui- 
virent, que tous' ces généreux a: hlètes versaient avec 
gloire leur sang. En 1841 , ie Seigneur brisait la verge 
de fer dont , il s'était servi pour éprouver cette Eglise 
désolée. En effet le 20 janvier de cette année, le cruel 
tyran Minh-Menh, qui avait formé de noirs desseins con- 
tre le peuple de Dieu, qui avait résolu d^ exterminer ses 
saints et d^ effacer le nom ele ( son Qirist ) par un juste 
jugement se vit rayer lui-même de la liste des vmnis* 
La miséricorde divine nous a préservés d*une ruine com- 
plète; car la fareur que déployait cet ennemi de TEgliae 
était si cruelle, si fourbe, si incessante, que» si Di^ dans 
sa honte n'eût abrégé ces mauvais jours ^ personne. nlM 
échappé. 

«Depuis qu'il n'est plus, la pa*sécution s'est peu à pM 
ralentie ; nous avons proûté du premier moment de calme 
pour rassembler les membres dispersés d'Israël. 11 nous a 
fallu raffermir ce qui était faible, consolider ce qui ét»it 
brisé , rétablir ce qui était tombé , et mettre tout en oeuvre 
pour relever les murs de notre mystique Jérusalem. 

«Le premier objet qui s'est présenté à notre sollioUude, 
e^est la réunion de nos étudiants qui, semblables à des Wé* 
Kè privées de leur pasteur , s'en allaient errants çà et la* 
De leur éducation, en effet, dépend la conservation et Tao- 
ci'oissement de la Mission; car c'est dans leurs rangs que 
nous allons chercher ces prêtres et ces catéchistes qui CQih 
sacrent péniblement leur vie à la conversion des infidèles 
et à l'administration des sacrements aux chrétiens. Pour 
les Européens , comme ils sont ordinairement très-peu 
nombreux , et d'ailleurs plus exposés aux persécutions,, 
il est rare qu'ils puissent publiquement et avec Vb^Aé 
exercer de semblables ministères. C'est pourquoi ,..dè8 
l'année qui vit mourir le tyran, nos deux collèges où s'en- 
seignent le latin et la théologie furent relevés « mm d^m 

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365 

un autre Iica , et avec de grandes fatigues cl dépenses. 
« Déjà notii en avoiis vu sortir douze prêtres. Toui, â 
Tetception d'an seul qui , à peine élevé au sacerdocô , à 
fendu le dernier soupir, travaillent tx\ec des soins dignes 
d'éloges an salut des âme^ ; mais la persécution ùous en 
avait raii un nombre égal , d'où il résulte que sept oii 
huit autres prêtres que ht mort nous a enlevés, sansavoî^ 
besoin du glaive, n'ont encore aujourd'hui personne qHÎ 
tes remplace. — Tous nos religieux profôs , ïhissionnaSires 
IMrgènes , ne dépassent pas le nombre de 30 ; et encdrè 
deux d'entre eux sont retenus dans les fers. Pour les aà-^ 
très prêtres séculiers qui exercent le ministère dans cette 
Mission, ibsont au nombre de 18; Vtitk d'eux égalemeiri 
est en prison po^r la fol. Si donc vous ajoutez 6 Mission- 
fliSres eurôi^éens, Mgr le Vicaire apostolique et son Coad- 
joteur, vous serez amené à conclure que le clergé de tonte 
la Mission se compose seulement de 66 prêtres ; et si 
Toas dédirisieis les pHsonniers et les infirmes , il en restera 
à peine 60. Que ce nombre est petit , en présence d'une 
si ricte moissotil Dieux on trois Européens nous seraient 
fiéœ^sdires ; en égard à la gêne où nous jette la persécu- 
tion , ils nous suffiraient. Aussi avons-nous songé à aug- 
menter le nombre des Missionnaires indigènes , comme 
nous étant d'une indispensable ressource. Mais héla^! 
itfleAôns reste qtle 8 candidats en théologie et 20 éfe- 
TCs en latinité ; encore nous raudi*a-t4l attendre bien des 
années avant dé pr6i(houVoIr ces derniers aux saints or- 
<k*es : car telle est la faiblesse annamite qu'on ne saurait, 
Mis imprud^ce, élever les naturels au sacerdoce , avaw 
de longues épreuves et toute la maturité de l'âge. En se- 
conde ligne , et comme une espérance moins prochaine 
éneore pour la Mission , se trouve un nombre considéra- 
ble de Jeunes geiis appliqués à l'étude des lettres euro- 
péennes et des caraetères dnnoU. Vous dire eombiéii ils 

23. 

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356 

sont , m'est chose impossible , parce qu'en dehors des col* 
léges dirigés par nos Pères , chaque prÊtre en réunit le 
plus qu'il peut dans sa demeure , en attendant que Mgr le 
Vicaire apostolique juge à propos de les admettre au cours 
de théologie» Ce qui est certain , c'est qu'ils sont aujour- 
d'hui moins nombreux qu'autrefois , parce que , d'un côté 
le martyre, de Tautre le découragement, ont éclaira leurs 
rangs. De ces derniers, plusieurs qui avaient cherdié un 
abri dans leurs femilles, se sont*établis. Donc avant dix 
ans, nous ne remplirons pas le cadre d'ouvriers apostoli- 
ques nécessaires à cette Mission. 

« Voilà pour le clergé. Quant aux néophytes , ils ont 
peut-être gagné en nombre et en ferveur. Ce n'est pas que 
la persécution les ait épargnés^ qu'elle n'ait occasionné 
bien des clmtes; mais l'apostasie des vaincus a été passa- 
gère ; un prompt retour a suivi l'égarement momentané 
de la peur. A quelques rares exceptions près (et on peut 
dire de ceux-là , qu'avant de quitter nos rangs , ils n'é- 
taient déjà plus des nôtres) le renoncement à la foi , le 
concours aux superstitions légales , ont été puranent ex- 
térieurs ; on s'est prêté à des apparences criminelles , pour 
échapper à des tourments horribles. 

« Mais aussitôt l'orage calmé, tous sont venus aux pieds 
du prêtre déplorer leur pusillanimité sacrilège ; bien plus» 
on a vu ceux qui passaient pour indifférents avant la per- 
sécution , ceux dont la tiédeur trop connue était pres- 
qu'un scandale , secouer depuis leur sommeil léthargi- 
que , devancer leurs frères aux tribunaux sacrés , et servir 
de modèles aux âmes les plus pieuses. D'après les notes 
que les Missionnaires m'ont transmises , il est constant 
que , sur plusieurs points de nos districts du nord et de 
l'est , le total des sacrements adaûnislrés l'année dernière 
égale, s'il ne le dépasse pas , le chiffre des années de paix. 

« Cest qu'en effet nos prêtres annamites ont pleine U* 

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367 

b^rté, de la part des mandarins, pour l'exercice du saint mi- 
BÎstère ; s^ib s'assujettissent encore à quelques précpuiions 
dictées par la prudence , c'est moins pour éviter les pour- 
svkes des soldats, que les pièges de certains spéculateurs 
cupides* qui , dans la capture d'an prêtre , voient un 
moyen d'extorquer une rançon. Les Missionnaires euro- 
péens eux-mêmes ne craignent pas de se montrer dans 
les YiHages qui leur ofirent une certaine sécurité ; ainsi 
Mgr le Vicaire apostolique et son vénérable Coadjutcur 
viennent de parcourir presque toute la province du nord^ 
et dans chaque viHage qu'ik ont visité ils ont administré 
la confirmation. 

« Plus de réserve est commandée dans la province du 
midi, ou l'autorité se montre plus sévère, et les méchants 
plus audacieux. Là , par conséquent , la témérité du zèle 
ajqpellerait évidemment le danger, ainsi que viennent d'en 
&ire l'expérience deux de nos prêtres annamites : l'un , 
IKxniniqae JosejA /Vue , prêtre séculier , a été 
arrêté le 7 avril, et l'autre, Thomas Than , reli- 
gieux de notre ordre, le 21 du même mois. Je sais que 
l'amour de l'or a été l'unique cause de celte double arres- 
tation; mais le bruit n'en est pas moins parvenu au chef^ 
lieu de la province, où les deux prisonniers sont mainte- 
nant dans les fers. Je reviendrai un jour sur cet événe- 
ment et sur tout ce qui a trait à l'année courante , potir en 
parler plus au long. Pour le moment , qu'il me suffise 
d'ajouter que, malgré l'incarcération des deux Pères tong- 
kinois, tout continue à marcher assez en paix. Je suis 
dans cette province depuis le mois de janvier , et quoî- 
qu'Européen, jusqu'ici mon poste est tenable. Nos prêtres 
annamites, qui veulent me consulter en secret, le peuvent 
sang danger. Pourvu qu'ils s'environnent de toutes les pré- 
cautions commandées par la prudence , rien ne vient iar 
tenomfre l'exercice de leur ministère : c'est que nos chré- 



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^59 
tifst^^ aguerris par les épreuves qui oui dmifé plus d'éoer- 
({ie i leur foi , plus d'élao à leur charité , pâlissent mains 
«ievant le péril. 

«Le roi Thieu-Tri parait avoii* hérité dei^ip^piété de sctt 
ftfre. Toutefois^ jusqu'ici il n'a lancé cQftlre.le^ chréu^ui 
aupun nouveau décret ; mais cette trêve qt^'il leiir accorcte^ 
est peut-être moins la preuve de s^ di^posiMOOS bîeaveil- 
tentes , que le résuh^t de la frayeur que lui inspire la 
Ei*ance ; et il est à craindre que cetU$ frayeur venant à 
cessai*, sa fureur n'éclate avec plus de rage. Mais nous sar 
\xms et nous croyons fermement q^ue le cœur des rois esl 
dans la main de Dieu. Si donc la ferveur de nos prières et 
riijcdeur de nos soupirs monte jusqu'à ce Roi des rois , il 
saura nous donner la paix pour la gloire de s^n nom et Id 
sjituit des âmes. Et c'est pourquoi , veuillez, très R. P., rer 
coo^nander à tous ceux de nos frères, q^t bat>itent près dç 
vo^St 1^ maison du Seigneur, de s^ souveuir dans leurs 
l^>9;ise$ veilles d^ nous qpi pojrtoos le poids de la dialeur 
«a du jour, de se rappeler aussi celle Eglise du Tong- 
Kic^ , demandant pour e|le une paix si désirée et si ion- 
^emen^ attendue. Je coiyuce encore et je Siipplie nos. 
tryi^-clières sœurs, les épouses du Christ, de ne pas ou- 
Uiei* dans leurs prières et ng» personnes et notre Mission; 
oi« me servant des paroles de saint Léandre de SévîUe 
à^s^^œur sainte Florentine, je leur dirai : «fe tiens pour- 
caiain que Dieu 8*inclitie pour écouter en mire favewr la 
priire des vierges* 

f Enfin, très-révérend Père, je me recommande d*une 
loaiû^e spéciale à vos pieus^ souvenirs , etc.. 

« Fr. Dominique Mai^ti , 
Fie. prov. des Misûons du Tong-JCing oriental. » 



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S69 

Boièrmi fiPimc ttitre 4u même Père au Conseil central 

de Lyon. ( Traduction de Tespagnol.) 

Luc-Thoy auToDg-King* 22 août J844. 
« MesSIEtAS, 

• L'intérêt que vous daignez porter à nos Missions 

iB'invite à vous rapporter quelques fait§ douloureux qui 
viennent de s'y passer. Plus tard , mieux informé moi- 
rtiéme, Je vous raconterai avec plus de détails ce dont je 
ie puis vous donner aujourd'hui qu'un simple aperçu. 

« Dans le courant du mois de janvier , des mandarins 
se sont mis à la poursuite de Mgr Retord, Vicaire aposto- 
lique du Tong^King occidental. Ils espéraient l'arrêier à 
Me-Finh^ village qui appartient à la province du midi. 
Abu dès la veille le Préfat avait pu s'enfuir. Cependant 
qadqMs livres et [riosieorsolqets de religion ont été saisis, 
ce qui a occasionné l'arrestation du maii*e du vifliige et 
(f aoires personnes marquantes. 

« Le samedi saint 6 avrilMgr Gautbier , coadjuteur 
deligrlteterd,aété également l'objet de vives poursuites. 
Mm Dfeu ai permis que les mandarins qai en voulaient à 
sa pcTKMHie ne posseBt ratteind^e. Leurs re<^rches ce- 
peathm r ORt pas été stériles^ Ils cm arrêté on prêtre îd-^ 
(Kgèœ et plttsieiffs cfaréiieas. Deux attirée prêtres ont ea 
le même son y Vmm ce joar-là même, Faqtre quinze jours 
apiès. Keo que la ovpidité de quelqaes spé^daieur^ait 
éléb cause de ces deux ctemières arroméeeis 1^ <to«t 
(*a|Rifii ont élé OMS dans les mams du gomerBeor de le 
province méridionale, qui ayant ordonaé qu'on inslniiflt 
leiv preeès sotvMrt les lois tynmniqafe el eee^oors en 
vigneQr de Miab^Menfa, a im par les ooadboMMr à ^voir 
la lêle firanehée. Lee irifaonaux sufrêmes, diavgée d'exil 
nmcr œs. sortes de catnes , n'ont peseneers donné leur 
aiissnreells-ct» We n ini ic ndons «fee—puért qm'tte s'eifB* 
qiioi* AJors'eeeteiBeiit ne» poortone-saEnnr gmlkc i 



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360 

les idées qui dominent à la cour , à i'égardde la Rdigion 
clirélienne. 

« A la même époque, dans la provincede Nghé qui est 
voisine de la Cochinchine , M. Masson courait les plus 
grands dangers. 11 a pu sauver sa personne; mais il ne 
lui a pas été donné de préserver de la destruction plusieurs 
petites églises qu'il avait fait construire. 

« Peut-être, Messieurs , serez-vous tentés d'ajttribuer 
tous ces douloureux événements à la trop grande liberté 
que nous osons prendre. J'avoue que je n'oserais nous 
disculper entièrement; mais notre témérité ne trouve- 
t-elle pas quelque excuse dans notre triste position ?iVot<« 
voyons des enfants qui nous demandent du pain; pour- 
xions-nous l'efuser de le leur rompre ? Ici les naturels se 
laissent tellement dominer par les sens , que si on lea 
prive des ressources extérieures de la piété, il est grandop 
ment à craindre que leurs sentiments religieux ne soient 
bientôt remplacés par une froide indifférence. Il est rare 
d'en trouva* parmi eux qui sachent réciter le chapelet 
autrement qu'en public. L'usage et aussi le génie de leur 
langue demandent que cette prière soit faite à haute voix 
•t comme en chœur. Aussi dès que les poursuites nous 
bissent un peu de répit , nous nous voyons obligés d'indi- 
quer des réunions plus ou moins nombreuses , afin de 
donner à leur piété un aliment qui lui est nécessaire. La 
ferveur avec laquelle «Is se livrent à nos exercices, les sou- 
tient et les encourage; elle les porie à se croire plus en 
sûreté qu'ils ne le sont en effet. 

« Un mot encore; il vous aidera i nûeux comjNrendve 
le besoin que nos néophytes ont des moyens extérieors 
pour soutenir leur dévotion. Chaque fois qu'ik font leur 
prière , ib aiment à placer devant eux quelques pieuses 
images. Pour les conserver plus longtemps, ib ont s<Mn 
de les éiindre sur une toile , puis ib les roulent autopr 



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361 

d'an roseau ; mais ccmime ils les déplient eC replient sans 
cesse, elles ne sauraient avoir une grande durée, surtout 
si rhumiâité les pénètre, ce qui arrive souvent , obligés 
qu'ils sont, en plus d'une rencontre, de les cacher entre les 
roseaux qui forment le toit de leurs pauvres habitations. 

« Cependant, malgré les tristes événements dont je 
viens de placer le récit sous vos yeux , Tadministration 
spirituelle de nos chrétientés n'aurait point été interrom- 
pue, si à celte même époque on n'eût pas fait courir le 
bruit que des navires français allaient apporter la guerre 
et détrôner Thieu-Tri. On vit aussitôt les espions se mul- 
tiplier, surtout dans la province du midi ; de sorte que 
les prêtres indigènes eux-mêmes furent obligés de se tenir 
cachés. Depuis un mois ces bruits de guerre circulent 
infiniment moins, et comme les espions n'ont fait que des 
démarches inutiles, leurs recherches sont beaucoup moins 
actives. 

« La confirmation de la sentence prononcée contre nos 
deux préti*es indigènes arrêtés dans le mois d'avril vient 
d'arriver. Les termes dans lesquels elle est conçue semblent 
prouver que la haine de la Religion chrétienne et de ses mi- 
nistres est à peu près la (nême. Toutefois, en môme temps 
que l'on approuve et confirme le jugement, l'exécution en 
est suspendue jusqu'à nouvel ordre, ce qui dans les tribu- 
naux du Tong-King est considéré comme une diminution 
de peine. Faut-il voir dans cette mesure la preuve que la 
cour attache plus de prix au sang des chrétiens , ou bien 
devons-nous l'attribuer à des considérations politiques 
qui naissent de ki crainte d'une guerre avec la France? 
C'est là un problème dont le temps donnera la solution. 

« Aujourd'hui comme toujours, nous nous recomman- 
dons à vos prières, etc. 

« Fr. DoHiif iqve Marti , 
Fie. provincial du Tong-King mental. » 



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362 

Les deux relations qui suiTeuit sont du R. P. Marti 
dont on vient de lire les intéressaixes lettres. Nous au- 
rions désiré être ii ffiéme de les publier plus tAt; mais 
quoique anciennes de date, nous n'avons pas cru devoir 
en priver la piété de nos lecteurs , tout ce qui se raita- 
che aux martyrs étant sacré pour eux. 

Extrait d^une relation du R. P. Marti. 

Cl Lorsqu'en 1838 parut le premier édit du roi Minh- 
Menh, qui ordonnait à lous les soldats de fouler la croix 
aux pieds, la province orieniale avait un gouverneur dont 
lotite l'élude éiait de ne molester personne. Aussi le 
petit nombre de soldats chrétiens qui se trouvaient sous 
ses ordres furent laissés en paix. Un second décret parut 
au mois d'octobre : un autre gouverneur plus timide 
avait remplacé le premier. Les soldats reçurent Tordre 
de comparaître devant lui et de fouler aux pieds b 
oroîx, — Parmi ces soldats il s'en trouvait un nommé 
Hoafih. Sa loyauté et sa valeur lui avaient acquis une 
célébrité qui ne le cédait en rien ù celle des trois soldats 
vénérables martyrs, dont on a déjà rapporté rhistoire(l). 
Hoanh refusa de commettre le crime qu'on lui deman- 
dait, et fut jeté en prison. Cependant le gouverneur, 
qui au fond était humain , ne voulait ni contraindre le 
confesseur par la violence, ni lui intenter un procès- 
11 craignait d'exciter la colère de Minh-Menh , en lui ap- 
[««'enant que dans sa province il se trouvait encore des 
chrétiens qui refusaient de so soumettre à ses prescrip- 
tions. Ne sachant à quoi se déterminer, il prit le parti 
de laisser cette affaire k lun des grands mandarins de 
la province qni se chargea de faire aposiasier le va- 
lent eux Hoanh. Mais la ruse et les tourments furent 



i^) Voir tow. XÏI. !!• 73, p. 5*a. 

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363 
iiujLtiiemeo|..eiiHiloyés; le coaftpa^eur opposa une iavûcibhi 
pu|iei?ee et perfiévéra d^os sa Coi. 

« Au mois de piars 1840 arriva un atUre gouverseur. 
Pensant que la coosuince du soldat tenait au peu da 
rigueur qui avail é(é dçployé contre lui, il résolue 
<ie le vaincre i^ force de tourments : par ses ordres , 
Hoanb resia cinq jours privé de toute nourriture ; puis 
il le fit comparaître à son tribunal , espérant que le 
courage du généreux chrétien serait abauu par suite de 
la faiblesse de son corps exténué ; mais il ne tarda pas 
à reconnaître son erreur* Alors changeant de conduite^ 
il essaya la séduction des promesses ; puis il revint aux. 
menaces. Tout fut inutile : Fiuvincible soldat de Jésus- 
("iirist se content^ de liii répondre ; « Je suis préf^ 
« à souSî'ir tous les iotu*ments et la mort même plutôt 
« que d'exécuter vos ordres , en profanant Timage d# 
« mon Dieu. Jamais je ne foulerai aux pieds la croix; ja- 
« mais je ne ferai un tel outrage à mon Seigneur. — 
n Quel seigneur? dit le mandarin en colère. Insensé, 
« ne vois'tu pas qu'il n'y a là qu'un morceau de bronze? » 
— « Du bronze? oui, g^od mandarin» je le sais ; mais 
f parce que le bronxe a servi à fabriquer cette image» 
% en est-elle moins celle de mon Seigneiu* ? C'est dofc 
« avec i*aisan que je h vénère , sans faire attention à 
« hi matière dont elle est Ciite^ » 

« Alors, le gouverneur ordonna à ses satelli(es.d'a|tacber . 
le confesseur par les pouces avec de petites cordes, pun 
de 1^ tirer avec tqute la violence possible , et , peindant 
qt^'il serait étendu en croix, de le frapper sMr les jatnbef- 
<'t sur les bras ^ve^ des nerEi de boeuf armés de fer aux 
(>\irémttés, ne cessant de le tourmenter jusqu'à ce qu'il 
eût mis les pieds sur un crucifix qu'on avait jeté devaii t luî^ 

« Pendant une torture si horriblp, Tinvinciblc soldat 
restai^ immobile, ferme comme ipa rocher contré lequel 



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364 
vient se briser la tempête. Sa beuche se proférait pas une 
plainte; mais ses yeux s'élevaioit vers le ciel, d'oà lai 
descendait le secours à l'aide duquel il supporta une 
grêle de coups qui bientôt Teurent couvert de sang et 
entièrement défiguré. A la fin , le gouvemenr, stupé&it, 
ordonna aux bourreaux de s'arrêter. Assez, dit-il; qu^on 
le repcHTte en prison ; ce n'est pas un homme , c'est un 
monstre. — Depuis ce jour il n'osa plus le faire compa- 
raltreàson tribunal; ilse contenta de le condamner à mort. 

« On a su qu'un catéchiste, qui était allé le visiter dans 
sa prison pour le consoler et Tencourager, l'avait trouvé 
plein de courage et d'allégresse. C'est ainsi que le Sei- 
gneur se plait à répandre les grâces les plus précieuses et 
les dons les plus abondants sur ceux qui souffrent pour son 
saint nom. On a su aussi que , dans cette même prison, 
se trouvait un mauvais chrétien jeté pour vol dans les 
fers. Celui-ci, venant h comparer ses tourments à ceux 
du martyr, fut tellement frappé en voyant combien les 
causes de leurs souffrances se ressemblaient peu, et avec 
quelle résignation l'intrépide soldat supportait des dou- 
leurs plus violentes que celles qui excitaient ses murmu- 
res , qu'il se prit à détester ses pédiés avec une douleur 
sincère. En témoignage de son repentir^ il aimaii a 
rendre les services les plus humbles au généreux confes- 
seur^ et on le voyait employer une grande partie des 
jours et des nuits à réciter avec lui des prières. Que 
deviendra cet invincible soldat? On l'ignore. On dit que 
le roi a commué sa sentence de mort en une condamna- 
tion à l'exil ; toutefois , on ne sait encore rien de positif. 
jéutre rdaiion du même Père. 

« Au moment où le père Joseph Hien était jeté en pri- 
son, les mandarins s'étaient également emparés d'un 
jeune homme de 18 ans, appelé Dominique Doû. H s'ea- 
fnyait du liou où le Missionnaire a>'uit été découvert , 



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365 
quand il fut rencontré par des soldats qui lui dirent : 
Es- tu chrétien?— Et pourquoi ne le seraJs-je-pas? ré- 
pondit-i\ — Alors ils lui ordonnèrent de fouler la 
croix aux pieds* Mais lui de répondre hautement : Je 
n^en ferai rien. On le mena donc au gouverneur qui 
voulut l'interroger h son tour; même question , même ré- 
ponse* 

« Le gouverneur, voyant rînirépidîté de Dominique , 
composa son visage^ et , prenant un aîr de compassion ^ 
mâle de douceur , comme s'il eût plaint l'aveuglement 
de son prisonnier : « Mon fils, lui dit-il, tu ne peux 
« demeurer chrétien* Abandonne la religion de Jésus ; 
« c'est une religion fousse, marche sur la crofx. » 
Mais le valeureux confesseur répondit aussitôt : « Non, 
c mandarin, la Religion de Jésus-Christ n'est pas fausse ; 
« tous nous devrions la suivre* Je la suis donc et la 
« suivrai jusqu'à la mort. Le mandarin peut me tuer ; 
c mais jamais je ne foulerai aux pieds la croix. » Le 
gouverneur, irrité de cette réponse , ordonna de le lier 
aux chevilles , et de commencer à le frapper. Les bour- 
reaux eurent bientôt sillonné de plaies ce tendre corps ; 
mais l'intrépide jeune homme opposait à tant de barbarie 
son invincible patience, et ne cessait de confesser la foi. 

« Ce supplice fut répété avec la même cruauté pendant 
plusieurs jours consécutif, mais toujours supporté avel 
une constance qui ne se démentit jamais. 

« La dernière fois le tyran fit lier le confesseur parles 
mains à une poutre ; puis , ayant ordonné qu'on le sus- 
pendit en l'air, il dit : Frappez-le jusqu'à ce qu'enfin il se 
détermine à obéir. L'ordre Ait exécutéavec tant de barbarie 
que tous les assistants étaient saisis d'horreur , en voyant 
les chairs du jeune Dominique voler en lambeaux; mais 
lui , d'un visage serein et plus résigné que jamais , in- 
vitait les bourreaux à firapper plus fort. Le mandarin, 

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366 
eoorusi ik cesser eofia cette boudierie, nais dénna de^ 
epdves poar qa*on laissât le coeressevr plusieurs jourâ 
sans noun*iture. Puis, if le fit exposer, la caugae au 
cou ^ à la porte de la ville ^ forlemeiit lié, et dans un<^ 
situation pénible, qui^ à elle soute, étaîl un toormeiït 
eoBtînuel. Dominique supporta toutes ces tortures avee 
patience et courage. Enfin, legouverneur ordonna qu'on 
le traînât de force sur la croix ; mais le confesseur criaic 
qu'on lui faisait violence, qu'il était chrétien et ne cesse- 
rait de Téire jusqu'à la mort, que le mandarin pouvait le 
tuer , que jamais il ne lui ferait abandonner une religion 
dans laquelle il voulait vivre et mourir. 

« Le mandarin déconcerté, et ne voulant d'ailleurs ni 
foire mourir Dominique, ni envoyer un rapport ao roi , 
appela les chefe du village tf où était le confesseur , ainsi 
que quelques membres de sa femille; puis, le remettant 
entre leurs mains : « Emmeaez-le av^ vous , dit-it , et 
m prenez soin de l'instruire , afin qu'il abandonne la reli- 
« gion de Jésus-Christ* » Maisl'iBvincible jeune homme 
s^ hâta de répondre : « Que les chefs de mon village fas- 
« sent de iBoi tout ce qu'ils voudront, jatiiais jo n'aban- 
« d(»inerai la Relig^n véritable.» — «Quoi donc, 
c s'écria le gouverneur qui ne pouvait plus retenir sa 
« colère, je suis le grand mandarin ; tous m'obéisseat , 

I et ce mauvais sujet ne m'obéira pas II Mat- 

c heureux , si je ne ta mets pas à mort, c'est que je 
« ne veux pas que les chrétiens te regardent comme un 
« saint ; mais souviens-toi que je ne te laisse pas en paix. 
« Je te rappellerai, et je te ferai soufirir de tels tourments 
« qu'à la fin tu t'estimeras heureux de fouler aux pieds 
« la croix. » 

« Jusqu'ici cependant le barbare mandarin n'a pas mis' 
à exéeotion ses menaces; mais le jeime Dominique eapère 
et désire avoir le bonheur de DMMirir pour JésusrCbrist. 

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U7 

fHHJVELLES, HAlfMRHTS, BéPAM »E HMMHflfÀIBBS. 

Nos Associé! apprendront arec joie fne le natire ^ fnituit Anff«rs 
a« commencement de mai 1844 , emportant MK. Charrier et Galjr, eM 
arriyéà Macao. Dans une lettre adressée de celte rille à sen eonsin 
M* Benelin, curé de Monlromand (Rb6ne) sons la date da 30 noTes* 
kre, le premier de ces denx illustres eonfesstnrs de la foi dît avte •» 
ton de calme et d'intrépidité que nous arons si sourent adairé en ki^ 
« Je suis arriré en Chine bien portant et après une narration de cin^ 
« mois et quatre jours, sansoompter dix-huit jours de reUche à Syncapour. 
« Notre trarersée a été aaseï longue pour nous faire goûter de tous les 
« Itmps et respirer tous les Tnnts. Une tempête des plus furieuses • 
m failli nous engloutir dans les mers de la Chine. Pendant douze heures 
« elle BOUS a tenus entre la fie et la mort. Tout le monde priait. 
« Grâce à Dieu , aucune ararie au navire. Nous arons salué V Empire 
« Cihiie, et mouillé à Bfacao le 24 octobre, six jours après le maurais 
« temps. 

« Mon séjour dans oette Tflte ne sera pas très-long. Je dois partir 
« deflMÎn par. une Somme «hinoMe qw me conduira josqu'auv fhmtières 
« de la Chine et du Toni^'ffing. Li, je tftdieni d'en tronrer une autr? 
« pour aller plus loin. La persécution au Tong-King est dans le mène 
« état qu'au momsnt d^ notre déliTranoe. Le roi faK toujoursscrupuleu- 
« seoMMtexéentw leserdoiiiianoeide son père. Les mandarins continuent 
• à £iîre la. chasse; cep en da nt, dms ces trois dernières années, ils n'ont 
« pn saisir avcnn Européen. JiCS païens se conrertissent en foule, et tons 
M les oufrisrs apostoliques trataiHent selon la mesure de leurs fortes. 
« Las direts objets que j'emportai il'Europesont arrirés ici arec moi: 
« jeleieB?oieanT0Éi(^Kmg pw trois toies difB^rentes, afb que si une 
« partie TÎcat à se pc i é i s , Taiiiresoît savrée. 

« le ne prend» avec OMÎ-que le strict nécenaire. Encore me faudra 
c i-il, one fois arrivé em firontfèree de la Chine , laisser pour quelque 
« temps mon petit bagage. Heureux si je pub me faire accompagner de 
« mon bréviairel Heureux, encore ei- jo- puis nMt*mème me tirer d'af- 
« faire , en faisant ainsi W contrebiBdo... » 

Nons n'avons point dt nenvetteoM s^et de m. Ifiebe , Dnelos et 
Bemewu 



Une leUre du R. P. Gérard , préfet apostolique de 4a Mission des 
Mineurs réformés à Constantinople , nous annonce T heureuse fondation 
d'un étabnssement religieux dans Ftle de Mételiu (ancienne Lesbos). 



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368 

Cette tle , autrefois ponrrue de toutes les ressources spirituelles, se trou- 
vait depuis de longues eno^ sass église et sans prêtre qui y r/sidàl. 
Depuis le mois d'août ISii, ellese Toitdotëe d'une chapelle et d'un éta- 
Uiisement confiés aux soins des Mineurs réformés. Mgr Mussabini, ar- 
cheréque de Smyme, a bien touIu se rendre en personne à Mételin pour 
inaugurer cette chapelle qui est dédiée à la Mère de Dieu. M. le baron 
de Bourqueney, ambassadeur de France à Constantinople , et M. Bar- 
thélémy Geymut , consul de Sardaîgne à Smyrne » ont employé leur 
crédit et leur zèle à aplanir toutes les difficultés qui s'opposaient k 
eette utile fondation* 



Nous avons la douleur d'annoncer à nos Associés la mort de denx 
Evêques missionnaires; ce sont : Mgr Mac-Donnell,éyèque d Oljmpe et 
vicaire apostolique des Antilles anglaises, décédé le 26 octobre 1844 ; 
et Mgr François-Xavier de Ste-Anne, archevêque de Sarde et vicaire 
apostolique du Malabar, décédé le 7 décembre 1844, après un 
ttra apostolique de plus de 44 ans. 



Le R» P. de Smet, ainsi que les prêtres et religieuses qui l'accompa- 
gnaient, sont arrivés à la Colombie au commencement du mois d'août 
dernier. 

Plusieurs religieux appartenant à l'ordre des Mineurs de TObservanee 
sont partis pour diverses Missions, savoir : pou l'Egypte inférieure , le 
P* Antoine d'Orsogna de la province de St-Bemard ; — pour le Chan-Si 
(Chine) le P. Barthélémy Sandrini, de la province de Toscane , et le P. 
Benoit Dominique, Espagnol ; — pour la Chine, le P. Pierre de Lucqoes ; 
— pour l'Albanie, le P. Diego de Turin, et le P. Henri de Nocera. 

Quatre religieuses de SUoseph , de l'Apparition , parties il y a 
quelques mois avac le R« M* Brunoni, missionnaire apostolique de 
H Propagande, sont arrivées à Lamaca , tle de Chypre, où elles s'oc- 
cupent de l'instmclion des personnes de leur sexe et du soin des 
malades. 



Notre Œuvre continue à recueillir les bénédictions de l'épiscopat : 
Mgr Brown, évêque d'ApoUonie et vicaire apostolique du pays de Galles, 
et Mgr l'Evéque de Namur, viennent de la recommander, le premier, 
dans son mandement du carôme ; le second , dans une lettre circulaire 
adressée aux doyens et curés de son diocèse. 



LyoD; Iinpr. de J. B. FiLiOAcn. 

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369 



MISSIONS 

DE LA TARTARIE MONGOLE. 



UltredeM. Huc^ missionnaire lazariste en Mongolie, 
à M. Donatien Hue , avocat à Toulouse^ 



TtrUric MoDgole ; Villëe des Baux-Noiret^ 
le .8 jaof if r 1844. 



« Mon GHBB FBèRE , 

« J'ai reçu avec un iadicible plaisir ooue l^tre iatc* 
reiaance, oà tu as bien voulu lae fiiire un peiit compte- 
rendu de ce qui se passait en France* Quoique ce ta- 
bleau tracé à grands traits m'ait para un peu som- 
bre, il a néanmoins captivé longtemps mon attention ; 
cpand on peut jeter un ooup4^«Btl sur «on pays , sous 
quelque couleur qu'il apparaisse ^ il est toujours beau k 
von**..*. 

« Puisque tu as eu la complaisance de me fiûre un 
croquis de l'état actuel de la France , il but bien qu*en 

TOU. XVn. 102. SEPTIVBRB « • â »• 34 

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3?« 

retour je te parle un peu de ma nouvelle patrie , de 
la Tariarie Mongole. 

« OIi! la Tariarie ! S*i1 existe au monde un pays neur, 
un pays inconnu , un pays qui ne ressemble en rien aux 
auues contrées , c'est sa»s eoBtredlk celui que j'habite. 
Les Européens vont partout, excepté en Tartane. L'Amé- 
rique est depuis longtemps européanisée; les Indes le se- 
ront bientôt; les choses de la Chine ^ grâce à TéchaufTou- 
rée des Anglais , finiront par vous devenir feinilièrts. Vos 
na\ires européens sillonnent les mars dans tous les sens. 
Il n'est peut-être pas une tie, pas uh rocher dans l'océan, 
qu'on n'ait reconnu et analysé. Dernièrement enfin , M. 
Durville, à force d'énergie, n'a-t-il pas fait l'impossible? 
N'est-il i^s allé voir ce qui se passait parmi les glaces du 
pôle? Mais qui songe à la Tartarie? A part qudques Mis- 
sionnaires français qui depuis peu y ont planté leur tente, 
et qui cherchent à y semer le grain évangélique, per- 
sonne ne vient explorer ses déserts. 

« Et il ne faut pas dire que la Tartarie est si peu de 
chose qu'elle n'en vaut pas la peine. Jette plutôt un coup 
d'œil sur la mappemonde , et considère l'espace qu'elle 
y occupe. La Oiine, si vaste d'ailleurs, n^est presque 
lien ctNiiparée à nos régions de l'Asie centrale. De plus, 
la 'Fartorie ^ un aspeec. tout dilëreÉt des amres pays. 
En Europe, pur ei^mple, eesoKtdesvidet, delvÛiH 
ges , des moinons d'une variété pvodigieisc, qui retou^ 
vriMit h sdI. AiHeurs ek la civiliialion n'a pas encore pé- 
nétré, ofi* remoiMe à» foréuinBieaM», avec lui Ion 
inoitf de végéMiodi. Débs leapoyaautrefeiafloriasaMtct 
maintenaM btutitMft jusc|«'à k mrviliKle, ce sasidt» 
peuples étrangers qui ont pris la place des nations éteia^ 
taa, «t quî» moitié civiUsés, moitié harbaros, passent 
lear y'm pavw 4es nm» ^ dps déoombpes ^i attas- 



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teat la splendeur des leœps anciens* En T^Ktarie» i 
de ceut cela : ce sont de vastes pKârîes et des sfldiindea 
înunenses. Dans chaque rojamie oa rMwomia seulqawt 
une viUe, ou pUiiétune modesie habhalion où le uni 
(m sa réflidenee. Les popatations vivent sons la lèmev 
sins jamais avoir de peste fixe* Elles campent tantôt ki 
9t' tantôt U^y prenant pour règle de leurs migrations s«f^ 
œssives la variation des ssîsens et la bonté des pSmn 
rages. 

a -AuJoiird'Mti , voilà' une vaste étaûdae de tél*mh <|tii 
oine Taspect le plus vivant et le pins anioié. Sor le font 
vert de la pmirie on vcfit s'élevw dés tentes de divem» 
^ndeors; u)ut à T^ntoiv, dans les gorges des mmâêh 
glies , sor le versant des collines, aunî' loin que la vnef 
peut s^étendtv vera rberiaon, TcbII ne découvre qnêidoi 
nronpeaux isMnenses^ de IkooCi , de chameaux et de obe^ 
viras; dans la plaine, cesrgnuida troupeaux ne se £bm 
<Ksiingoer que par l<rars, ondula tioss ; on dirait la nier qui 
nioiitonne et qui oomnKnee à grossir. Cependant ce W^ 
Menu est sans- cesse ailonaé par des Tartares à dieiisl^ 
qni, armés d*ane langue perche, galoppeat de côté et 
d'autre pour réunir à la masse du troupeau les aniasans! 
qui s'en sont écartés. A Tendroit où sont les tentes, €b 
sont les enfants qui folâtrent et badinent , les matrcnes 
qui font cuire le lait^ ou vont puiser de Teau ^ la dteme 
qu*on a creusée la veille. Toutefois le lendemain on 
paysage, aujourdliui si pittoresque et si vivant , n'est ^m 
qu'une vaste solitude. Hommes, troupeaux, babitatiofis^ 
tout a disparu : une fumée noire et épaisse qui s'âève{à 
et là de quelque foyer mal étemt , le croassement des 
oiseaux de proie qui se disputent des débris de cbametttt 
abandonné , voilà les seuls indices qui annoncent qtte le 
nomade Mongon a, la veille , passé par là. Et si ta me 

24. 

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372 

^temandes pour quelle raison ces Tartares ont si brusque- 
ment abandonné ce poste , je te répondrai : I^urs trou- 
peaux avaient dévoré toute Tb^bequi couvrait cette phi- 
ne ; ib les (mt donc poussés devant eux,, et ils ont été 
chercher plus loin, n*iniporte où, de nouveaux et plus 
frais pâturages. Ces grandes caravanes s^^ vont ainsi à 
travers le désert sai» dessein formé ; elles donnent où la 
nuit les surprend; et quand ces pasieura ont rencontré un 
endroit à leur fiuitaisie, ils y dressent leur tente. 

« La "Vartarie offire en général un aspect sauvage et 
profondément mélancolique. II n'est rien qui y réveille le 
souvenir de l'agriculture et de l'industrie ; les pagodes 
et les lamaseries ou couvents de religieux idolâtres sont 
les sails monuments qu'on rencontre. Les Tartares y 
attachent une grande importance. La rdigion est tout 
pour eax. Le reste est k leun yeux vain , fugitif et indi* 
gne d'occuper lemrs pensées. Aussi, tout ce qui ressent 
la richesse et l'opulence , tout ce qui porte l'empreinte 
des arts, se trouve cono^tré dans les pagodes. Par la 
même raison , tout ce qui se rattadie de lom on de pris 
aux sciences et aux lettres ne dépasse pas l'enceinte des 
lamaaeries. 

« Il ne serait pas étonnant, mon cher Donatien , que 
tout ce Tartarisme fût peu conforme à les goûls et à 
tes habitudes d'avocat. Peut-être que ces gardiens de 
troupeaux sont à tes yeux des personnages fort bizarres, 
des excentriques, comme disent les Anglais. Mais je dois 
Cavouer que , pour mon compte , je les trouve intéres- 
sants au dernier point ; je soupire après le moment où il 
me sera donné d'aller vivre parmi eux, et j'espère que 
ces peuples naturellement religieux , quand ils connaîtront 
la vérité chrétienne , renonceront sans peine aux erreurs 
du bouddisme. 



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378 
c Qnoicpie je me sois aTaacé à pMs de deax œsts 
lieoes yers le nord de la Tartarie , je ne paisse pourtant 
pas haUtuellement mes jours parmi les Mongous. C'e^ 
encore avec les Chinois que j^ai plus ou moins affiûre. 
Dans la vaste patrie de ces derniers il y a un si grand ai* 
combrement d'hommes, que le trop plein de la popula- 
tion se déverse partout aux environs, dans les pays voi* 
ains. Ainsi , les Chinois du nord de l'Empire s'ii^trent 
peu à peu dans la Mongolie , ou ils achètent des rois 
Tartares la permission de défricher quelques arpenis de 
terre dans les gorges des monti^;nes. La vallée des Baux^ 
IfaireSf où je demeure actuellement, est cultivée par des 
Chinois chrétiens. Le temps que me laisse l'exercice du 
saint ministère , je le consacre exclusivement à l'étude 
des langues Mandchou et Mongole. Cependant il n'est per- 
sonne qui ne sache que ce n'est pas avec des livres et des 
dictionnaires qu'on apprend à bien parler une langue. 
C'est pour cette raison que dernièrement j'allai faire une 
visite h une iamille Tartare, qui n'est guère éloignée d'ici , 
que d'une journée de chemin. Je vais te raconter ce voya- 
ge un peu en détail ; les petits incidents , qui pourront 
s'y rencontrer, te mettront peut-être mieux au courant des 
moeurs locales, qu'un exposé sec, brusque et rapide. 

€ J'avais besmn, pour me conduire chez ces Tartares, 
d'un homme qiû connAt la route. Un brave dffétien se 
présenta. Dans sa famille le désceuvrement était ses uni* 
que occupation , de plus il aimait à dievandier. Cétait 
bien l'hcmime qn'H me falhit ; il me convenait d'autant 
mieux qu'ayant eu autrefois qudques relations aivec la 
fiimille où j'avais dessein d'aller, il pouvait en quelque 
façon me servir d'introducteur. 

« Ia jour que nous avions fixé po«r eette aspédiimi 
élint arrivé, mmis Ames dt grand matin nos { 



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374 
ierwytge* J'insérai une écrHom et quQtqiies livres 
> le sac qui eootenaH ma.couvertuce et mon înaielas» 
MoD conducteur , de son càtè , se chargea de faire la pra<* 
vision nécessaire de tabac à fumer et d'eau-de*vie, ou 
pour mieux dire d'un violent alcool que Ton relire, par 
le moyen de la distillation, de certaines céréales que pro- 
duit le pays. Quand les cbréliens m'eurent solennellement 
souhaité bon voyage , je m'installai de mon mieux sur un 
petit mulet proportionné à ma taille; et mon guide, après 
«voir escaladé les flancs escarpés d'un grand et maigre 
cheval , alla s'asseoir au-dessus des bagages. 

« La route que nous suivuucs est vraiment difficile à 
«lécrire. Ce sont des ravins qu'il faut traverser, des ro- 
chers^ des montagnes qu'il faut giavir et descendre, des 
flaques d'eau , des lagunes qu'on doit passer sur la glace. 
Sans cesse on est obligé de faire de longs circuits pour 
éviter des précipices ou pour tourner des hauteurs inac- 
cessibles; en un mot, on s*en va en zig-zag, choisissant 
(levant soi les endroits qui offi'ent le moins de diflicultés. 
Après avoir fait cinq lieues, allant toujours de celte façou 
par monts et vaux , mon conducteur me dit : « Nous 
allons nous arrêter là-bas pour dîner... » et du manche 
de son fouet il m'indiquait quelques maisonnettes de 
teire, habitées par des cultivateurs chinois. — « Plus 
« loin , ajouta-t^il , ce sont les prairies ; les hommes n'y 
« habitent pas. » Je ne demandais pas mieux que de 
faire une petite halle; il était près de midi, et j'avais 
(juclque raison de soupçonner que mon estomac ne se re- 
fuserait pas à prendre quelque nourriture. "•- i- 

M Arrivés à ce hameau , il ne fut pas nécessaire de dé- 
libérer sur le choix de Taubergc. Nous nous estimâmes 
fort beiu*eux de rencontrera notre disposition unesom- 
Ik'c et sale grange. Nous nous y introduisîmes aprc's avoir 



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39« 

aOttRÉé iMtt aai ÉiMW t à we fevtht &eliée«B lenre, deiMft 
kporte. Le» gensde Tendroii;» jemM et viaox , ne tav- 
dèratt fas 4e wstr iiûms rendre Ytsiie dèa qu'ik ûchm 
— *« D'où esrttt? Où vas-tu? Quel esi toa 
fliiieire? » Voiti les qveslioftft obligées et indis- 
pensables que Ton s'adresse. Bientôt cbacun alliune sa 
pipie; el^^B ptfeiUeeâreonstance le pauvre voyageur n'a 
pas 60 soin de pnépaFér quelques provisions , après avoir 
ftimé sa pipe , il est obligé de se remettre en route , car il 
est censé avoir dfné. Mon conducteur avait prévu le cas ; 
il lira de son havre-sac une bonne tranche de mouton rôti ; 
on nous apporta un peu de sel sur un fragment de porce- 
laine , et dans un clin d'œil le repas fut Gni. Après dîner , 
fl est convenable de prendre le thé; c'est réiîquelie des 
gCDs comme il faut. Nous demandâmes donc aux Chinois 
qai nons entouraient s'ils n'auraient pas une théière ï 
Dous prêter. Ils se mirent à rire , et nous montrant leurs 
habits déchirés : « Est<e que nons pouvons encore boire 
« du thé, nous autres? dirent- ils. » Cependant un 
homme de bonne volonté sortit et rentra un instant après, 
apportant de Teau bouillante dans un large et profond 
récipient. Je détachai bien vite de ma ceinture le sac à 
ihé ; je jetai une poignée de feuilles dans celte eau , et 
nKm compagnon de voyage et moi , armés chacun d'une 
écndle, nous nous mimes à puiser dans celte théière 
peu élégante , il est vrai , mais proportionnée aux cir^' 
masimcm^ Hmm i6vii4om la aaciM à mism notre 
emmpit , et iMMéc dnuMn «rim à la voode pokm 
éum le iMMpKt «aa tapsa ë'eHi baa tt tnat a Quand loak 

fjpa^ ai Dùa» rafiHaiea aom mma ««eo m 



« Ayrèi avoir £ravi une montagne assez escarpée, 

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376 
nous nous trouvâmes sur le Man4imHlMe. On appelle 
ainsi un immense plateau qui s'élève aundessus du niveau 
ordinaire du soi. Le Man4im-dxe, sur lequel nous ve- 
nions de monter, a peut-être plus de cent lieues de cir* 
conférence. Là-dessiis point d'habitation^ point de terre 
cultivée, pas un seul arbre ; ce n'est qu'une seule pi-airie 
qui s'étend en vaste et incommensurable plaine; c'est 
comme un océan de verdure qui n'a pas de limites. 

a Les voyageurs courent gi^and risque de s'égarer sur 
le Man-tien-dzi ; car il est entrecoupé ei sillonne par mille 
sentiers qui se ressemblent tous , et qui tous ont une di- 
rection différente. Si on a la maladresse de perdre celui 
qui seul peut vous conduire au but de votre voyage, et si 
pour comble de malheur le temps vient a s'obscurcir, et 
qu'on ne puisse se guider d'après la marche du soleil , on 
se trouve alors exposé à de grands dangers ; on est comme 
un capitaine de navire qui aurait perdu, dans un coup de 
vent, son gouvernail, sa boussole, sa carte marine et 
tous ses instruments nautiques. Si c'est pendant l'hiver, 
on est perdu sans ressource ; car sur ce terrain élevé le 
froid est des plus terribles. Quand le vent souffle avec 
violence, il n*est pas rare d'entendre dire que chevaux 
et cavaliers ont été gelés en traversant ce fatal labyrinthe. 
Malheur donc au pauvre voyageur qui s'égare sur le Mati" 
tim-dze ! 

« Or, nous nous égarâmes... et le soleil venait de se 
coucher, et nous étions vers la (in du mois de novembre I 
Je r^ardais mon conducteur qui avait Tair tout ébahi , et 
qui tournait la tôte de côté et d'autre, comme un homme 
qui cherche et qui ne trouve pas. « Eh bien! lui dis-je, 
« est-ce que par hasard nous aurions perdu la route? — 
« Hélas I me dit-il , dans mon cœur 11 s'élève des doutes... 
« Depuis le temps que nous sommes en chemin , nous de- 



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« vriODs élre (U^ daseesdas da plateaui nous devrions 
« BOUS trouver dans la vallée des Mûrien... Rdintmssoiis 
« chemin , rd^roassons diemio , s'écria-t-il avec énergie ; 
« à cette heure , ceUe affaire devieni blanche et luisanU 
€ (c^est-à-dire, je comprends oette affaire) ; nous aurions 
« dû iMrendre le sentier que nous ayons rencontré à 
« gauche. » 

« Nous virons donc de bord et nous entrons dans ce 
sentier d'espérance, qui nous conduisit, en effet, sar les 
bords du Man-tien-dze. Déjà, du haut de mon petit mulet, 
je découvrais là -bas , loin dans renfoncement , des champs 
coltivés, et mon cœur s^épanouissait insensiblement. — 
« EeiHie que cela peut encore passer? grommela mon 
« conducteur entre ses dents. Aujourd'hui, vraiment, 
« je ne suis que mastic et colle (je suis stupide) I Voilà 
« que cette vallée n'est pas la vallée des Mûriers ! » 

« n ne fallut ps^ délibérer longtemps ; nous descen- 
dhnes de cheval. La nuit commençant à se fiadre, il était 
prudent de nous réfugier dans cette vallée, où nous pou- 
vions espérer de trouver quelque habitation , puisque nous 
apercevions des champs en culture. Cela valait infiniment 
mieux que de s'exposer à bivouaquer la nuit entière s«r oe 
malencontreux Hkm-tien-dxe. 

« Cependant je ne pouvais considérer sans effroi celle 
descente , longue et ardue , qui conduisait à la gorge ou 
nous comptions trouve^ quelques renseignements. J'étais 
travaillé d'une soifdévôrante, et je ne me sentais pas grandes 
forces aux jambes pour me soutenir sur le versant de cette 
montagne escarpée. — « Allons , il n'y a pas d'autre 
« m«jreB, disait mon hemmt à masdctià coUe^ il faut 
« àégnngOer ptkv id. ^G^Hiam, nais je suis btisé ; 
m je mews de soif. — Akt mus avCM ut aotr* Muie 
« pleiae; b«v«ns m «««p Cetu-de-ii». ~à k bmm 

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« heure , lui dis-je eni^iant, quoique lu te sois fourvoyé, 
« tu sais encore donner un bon conseil. .. » En disant 
cela , je m^emparai de Poutre que f appliquai pron^^e- 
ment à mes lèvres. J'ciaîs si atféré que je nem^apercevais 
ni du goAt rrl de ta feroe iftm si violent breuvage. J'en bus 
i longs traits^ fl me ^ntfMait qi» fêtais à une sonrœ 
d'eau fraîche et délicieuse. Je me sentis à l'instant plein 
de vigueur. Nous tirâmes donc nos montures par la bride, 
et tantôt assis, tantôt debout^, tantôt nous roulant et nous 
culbutant , nous nous trouvâmes enfin au bas. 

•'' « 11 était nuit close. Nous remarquâmes dans un en- 
foncement, au pied d'une colline , une lueur vers laquelle 
nous nous dirigeâmes comme par instinct et sans nous 
rien dire. C'était la cabane d'un berger. Nous appro- 
châmes vers la fenêtre, et à travers les crevasses du pa- 
pier qui , dans ces pays-ci , lient lieu de carreaux de vitre, 
nous vîmes un Chinois, accroupi à côté de quelques ti- 
sons, et fumant tranquillement sa pipe, a Holà ! mon vieux 
« frère aîné, sommes-nous dans le chemin de la vallée 
M des MâriersPn A l'instant cet homme fut à côté de 

lïous. — a Est-ce que cela peut encore passer? dit-il 

« vous vous êtes égarés sur le Man-tien-dze , n'est-ce pas? 
« La vallée des Mûriers est au détour de celle gorge; il 
« y a encore une lieue, et plus; la route est bonne. » Ces 
paroles du vieux frère aîné nous rassurèrent. Après 
l'avoir remercié et lui avoir souhaité du bonheur, nous 
montâmes à cheval. Nous chevauchâmes encore pendant 
rme heure dans l'obscurité , et nous arrivâmes enfin, saH$ 
nouvel encombre, à la demeure des Tartares Mongous. 

«• « Nous fûmes accueillis avec une expansion et une 
cordialité au delà de toute expression. « Voilà Takoura , 
« le chef de fimiille, » me dit mon conducteur, en me 
montrant un homme de taille moyenne, mais d'une mai- 



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.3» 
gtmt ^ÊÊÊtpmUè. AçAê mm ^éftpeftft «MiBeUeflMit la 
««éreoce) le ^Aêux TakovMn noM mnktk à nous asseoir. 
Jl eut la bfljiilMmîe de me preadve poer on hoBHiie de 
<|Qdqtte impeftanœ , el en conaécpieBce il' me fit meMreà 
,bhphoe d^honaeiir, elea^^dire weAlèopposéàlaperte 
dteitBée. Je .me laiss^ti foire., et bieiit<^t tout le monde 
Rassit en rond , et à'ia-foçen des taîUeurs , autour du bra- 
sier qui répandait eneore plus de fumée que de cbakur. 

« Après nous être offert les uns aux autres la petite 
fiole de tstbac à priser, après avoir allumé nos pipes et en 
avoir fait mutuellement rechange^ le vieux Tarlare m'a- 
dressa la parole. — « Tu n'es pas Qiinois, me dit-il , tu 
« es Tartare Mandchou; je comprends cela k la frange 
« qui est au-dessus de ton bonnet ; quel est ton noble 
« royaume? — Je suis du royaume de France. — Ab ! 
« ah! du royaume de France? c'ésl biea... Et quelle est 
« la ville illustre? ^ Je suis de la ville de Toulouse. — 
« Ah I ah I tu es de la ville de Toulouse... c'est bien » 
« c'est bien. — Sans doute, lui dis-je, tu as été à la ville 
« de TotdoïKA; il s'y fait .un grand commerce. — Non , 
« me répondit-il ; j'ai été seulement un^ fois à MoukdfiA; 
« mm je ne sui^paa^uxlyéJila^iUe de Toulouse* p 

« H n-est pas nécessaire de dire que ias ï^rtares Vbm^ 
gous ne sont pas trës4evts en géographie. Les boiiMi 
gens s'tmagMrirent, sans sonipale^ qae le royaume de 
France, la vitie de Toulouse, tout cda était renfBnmé 
dans la M:uidebo«rie. Cette croyanoe ne me paraisKun 
nuUemoM dangerMse, Je h leur ai laissé tranquilleiMBl 
pfdesser, eu wkUI de la laberté des epinioBs prodaMét 
parlaChanede 1^0» 

« Quand on se fut paisiblement orienté de part ec 
d'autre , voilà que la conversation s'engagea rapide m. 
animée, comme au plus fort d*une querelle. — «Mais 



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« eafioi criiitdetoniestes forces le chef de fanOle, d*ici 
« à la vaUée des EauX'Noire$ il n*y a pas loia ; com- 
« ment pouvez^vous arrÎTer si tard? Est-ce que cela peut 
« encore paeser ? — Ah I c'est difficile à dire , c'est diffi- 
« ciie à dire, répondait sur le même tmi mon conducteur, 
« cela ne peut pas passer; liens, vois-tu, nous nous 
a sommes égarés sur le Man-tien-dze. — Comment , tu 
« ne connais pas encore le Man-tien-dze^ toi? Tu fais si 
« souvent le trajet, et tu peux l'égarer encore? En vé- 
« rite, cela ne petit pas passer,,* N'est-ce pas que lu es 
« bien fatigué? me disait-il en me frappant sur l'épaule. 
« — Suffisamment fatigué; mais n'en parlons plus, me 
« voici arrivé chez loi , tout est bien. — Tiens, regarde , 
« ajoutait-il en poussant mon conducteur avec le bout de 
<c sa pipe, regarde ; toi, tu t'égares sur le Man-tien-dze en 
« plein jour ; moi , je puis voyager par une nuit obscure, 
« je ne perdrai jamais la route. » Et puis c'étaient des 
éclats de rire, des soupirs et des condoléances à n'en pas 
finir. 

« On avait posé sur le brasier une cruche en fer , 
pleine de thé au lait. Pendant que la compagnie raison- 
nait à tue-tête sur les routes du Man-tien-dze, je buvais 
sans discontinuer de ce ihé au lait à grandes rasades. 
Bientôt on apporta les petites herbes salées et Teau-de- , 
vie. C'est le prélude obligé des repas chinois et tartares. 
On se grise avant le repas; c'est absolument l'opposé de 
la méthode anglaise. Le chef de famille prit mon petit 
verre , le remplit et me l'offrit cérémonieusement en le 
soutenant des deux mains. Je l'acceptai de la même ma- 
nière, et quand tous les verres furent remplis, Takoura 
prit le sien , et faisant à la ronde une petite inclination de 
tête , il nous inviïa à boire, o Mais ton vin est froid , me 
dit l'amphitryon, je vais te le changer. » Il le versa dans 



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la petite urae à vin qnl fiunut sur lei okarboas, et ne 
remplit de nouveau le verre. En Chine et en Tartai*îe, ri 
n'est pas d'us^;e de boire froid. L'ean-cb^ néme, on 
plutôt ce virulent esprit de vin, on nous le sert tout 
chaud et tout fumant. 

« Ce soir-là je n'étais guère d'humeur de boire de 
Teau-de-vie bouillante; je sentais comme un incendie 
dans mes entrailles. « Si tu as de Teau froide, dis-je à 
» Takoura , pour le moment , c'est tout ce que je dé«re. » 
Je n'avais pas encore adievé d'émettfe ceue hasardeuse 
proposition, qne de toutes parts on me tira des àr^ 
guments à bout portant, pour me prouver qu'il n'était 
ni bon ni prudent de boire de l'eau froide. Mais un jeune 
hma de hnit à neuf ans, arrivant fort heureusement avec 
nne grande tasse d'eau fraîche , coiqpa court à cette alter- 
cation. Je m'emparai de la tasse; je demandai à mon ar- 
gumentatrar s'il en voulait bohre ki moitié, et pendant 
qn'il riait de toutes ses forces, j'avalai d'un seul trait 
cette eau dâideuse. Je rendis la tatie au petit launa, en 
hû recommandant de la renqpyr de nouveau. « C'est une 
« affiûre finie, dit alors Takonra, piûsque absohnnoit tu 
« neveuxpasboiredu vin, qu'on serv^ le sovper.» 

<c Pendant que Madieke , fils atné de la famille , enle- 
vait les petits verres et Teau-de-vie, Tsanmiaud^ son 
frère , autre lama de vingt-un ans , apporta un grand plat 
où s'élevait en pyramide un hachis de viandes de mouton. 
A l'aide de mes deux bâtonnets, j'en saisis quelques mor- 
ceaux , puis rejoignant les bâtonnets et les élevant hori- 
zontalement à la hauteur du front : « Mangez lentement, 
« dis-je aux convives; pour moi, j'ai feît. » Et comme 
je m'aperçus que le bon Takoura allait encore batailler, 
je m'empressai d'ajouter : « Tiens, écoute mes paroles et 
« ne va pas me quereller. Nous sommes bons amis , n'est- 



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3St 

• <e pas? Tiii le Mib, dam ta fan^, c^ert comne si 
«' l'élaîs <:liesMM ; peur leinooMnt., je sois trop (Ssitigiiér 
« mm tte oriiiis pts^ detmki 110» reparierons de tout 

• eria. » Pendant qne le Taitare répétait>n branlant la 
tête : « Cela ne peui pas passer, » jemé letat et j'aUU 
m'élendre à l'endroit qu'on m'avait assigné pour passer 
la nuit. Je m'y enveloppai de ma couverture , et bientôt 
je m'endormis d'un sommeil de plomb. 

« Le lendemain , j'eus lieu de m'apercevoir que pen- 
dant mon sommeil mon conducteur n'avait pas perdu son 
temps. Il ne s'était pas fait faute de boire quelques verres 
d'eau-de-vie, et cela l'avait rendu disert outre mesure. H 
avait fourré dans la It^tede nos Mongons, candides et in- 
génus , que j'étais un homme extraordinaire , d'une science 
a faire trembler les plus fameux lamas. Il leur avait an* 
nonce quel était le but de mon voyage : je savais à peu 
près, assurait-il, les langues des dix raille royaumes qui 
sont sous le ciel ; je désirais encore apprendre la langue 
mongole, et c'est pour cela que j'avais dessein d'habiter, 
pendant quelques jours , chez les Tartares. Ainsi, je dus 
à la magnifique amplification de mon conducteur tous les 
témoignages d'honneur, de respect etd'afl'ection, dont je 
fus entouré dans cette famille. 

« — Docteur, me dit Takoura , puisque tu as le des- 
« sein d'apprendre les paroles mongoles ^ tu as très-bien 
« fait de venir ici; le lama Tsanmiaud a beaucoup de 
« capacité, dans peu de temps il l'aura enseigné tous les 
<t mots. Quand tu sauras exprimer les choses essentielles, 
« nous ne parlerons plus chinois. » J'acceptai de bon cœur 
celte invitation , et comme mon conducteur ne m'était plus 
nécessaire, il s'en retourna le jour môme dans sa famille- . 

« Quand nous eûmes pris le repas du matin , après 
avoir prouvé à ces Tariares, par des faits irrécusables. 



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3ii 
que je ne méprisais ni le via ni les mets de leur taUe, 
j'étalai sur un buffet ma petite bibliothëque. J'ouvris 
mes livies et je les femUetai tous les. uns après lesauires. 
Ces bonnes |;ens étaient pressés autour de moi , les ymx 
gmnds, ouverts et la bondiebéantecomme des enlants au- 
tour de la table d*un« escamoteur* Ameaure^iiaft je prenais 
nn livre, le père de fomillo annonçait solennellemeni à 
Tasscaiblée la qualité de la marchandise. « Voici, disait* 
« il , un livre chinois ; voici un livre mandchou y voici un 
« livre mongou««. » Mais quand je 6s paraître mon bré- 
viaire doré sur tranche letrdié en maroquin violet , ce fut 
un enthottsiasne difficile à. décrire. Après l'avoir ouvert, 
j/d le présenui au Jama comme au (dus lettré d^ la société» 
A peine eut--il aperçu lescaracières européens^ qii'il s'é- 
cria aussitât : Choral chmxtl 11 fit passer le livre à la 
ronde, et tous, a|»^ Tawoir ieuilleté, répétaient avec 
stupéfiiction : Un Uwe c&otW 

« Les lamas mongous et thibetains donnent le nom de 
charak une certaine écriture énigmatique ei mystérieuse,, 
dont la forme ressemble beaucoup aux lettres gothiques. 
rm ai rfimMpquÀflUc towie» 8i«iQÉiUwe»>dft>pritees^ui 
se iroufttBt ÔÊouklm pnjaiiiff ttim'eitï ^P(MMt>ea paa a éc que 
«ria ptiiurmit tendes. tvMtfÊmà^ Gatrcaradèraa sont' totts>, 
ea dfot, souBgnésearougBy.elibiontarépaodusçàetlfli 
danslecorp8dnTelunie,de^attnîèpeàlai>e;roiaa«wcntrdfla 
astifAcmaires et des livres de priàres du moyesa âge. On 
rencontre encore beaneoup. de ee^caractàle» dkséminés 
parmi les peintims des ve&tea4]tt pafodes..Les lamas ne 
comprennent rien àcette écritum, ib^ie sawMt pas même 
la lire ; de là vient qu!ila domieB|JftnMi de ckar(kk tmte 
langue qui est jpour eux inintelligible. 

« Le jeune XsaBnûand, me i^miettantle bréviaire , me 
dil d'une vm tMM tmnbfamieiVémoiiQo: « Nlest-ce pas 



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384 
. que c'est du eKara?-Si ce n'est pas du chara, lui 
- dis-je, qoe sera-ce? » Il s'assit alors à côté de moi 
avec l'air satisfit d'un homme qui vient de faire une trou- 
vaille. U prit de nouveau le bréviaire entre ses mains , et 
il ne cessait de le tourner et de le retourner dans tous les 
sens... • Mais, dit-il, est-ce que tu connais le chara, 
« toi? — Oh I Je suis très-fort en ekairo; tiens, regarde, 
. je le lis même plus vite que le chinois et le mandchou ; 
. avec le cftora je puis parler et écrire tout ce que je 
. veux. — Dans la pagode où fai étudié les livres, il y 
« a plus de huit cente lamas : aucun ne connaît cette 
« langue; il y a seulement un vieux lama qui sait en Ure 
. quelques mots... Mais, ajouta-t-il, quelles paroles y 
. a-t-a dans ton Uvre ehara? — Ce Uvre contient des pa- 
« rôles saintes; c'est mon livre de prières. — Ohl est- 
. ce que tu récites des prières? s'écria le vieux Takoura. 
• -Et pourquoi n'en récilerâis-je point? Jepne tousles 
. jours, et plusieurs fob par jour; Uens, maintenant je 
« vais prier encore, le moment est arrivé. . Et je me 
levai aussitôt pour réciter mon bréviaire. 

. -Puisque ta veux prier, me dit Tsanmiaud, je vais 
. teconduire dMS «« aulre leole; « ssras plus tnm- 
. quille; id a y a trop de iwmuUe. . J'allai donc dans 
la tente voisine aooompagné du lama et de son neveu. 
Durant tout le temps que je mis à dire mon bréviaire, ils 
nslèrent debout, à côté de moi, gardant un religieux 
sHence. Quand j'en, terminé, Tsamniaud me demanda « 
favais fini ma prière, et sur ma réponse affirmauve ils 
me filant l'an et l'autre une indinalion profonde , comme 
pour me féliciter de ce que je venais de faire. 

. Une fois que mes hôtes se lurent aperçus que j'éuis 
un homme de prière, je fa. décidément un ami de la &- 
miUe. Les Mongous sont «ssemieUemeot reUgieux. Hs 

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385 
croient à une irie future i et ils s'en occupent sérieusement. 
Les choses d'ici-bas sont pour eux d'un intérêt secondaire* 
Takoura était le plus fervent de la famille. Au commence- 
ment de cbm^ue repas, pendant-que je récilais monBene^ 
dieUe, il trempait son petit doigt dans son yerre, puis il 
projetait au loin quelques gouttes d'eau-de-vie. Cette 
pieuse libation ne l'empêchait cependant pas de se griser 
assez souvent. Ce bon vieillard [ne savait pas prier dans 
les livres ; mais il savait presque toujours son chapelet à la 
main. Les Mongous se servent , en eifet , pour prier d'une 
espèce de chapelet composé de cent huit grains. A chaque 
grain ils doivent dire : Paix et bonheur aux quatre par^ 
ties du mande... C'est une formule que Fo enseigna aux 
hommes, disent-ils, pendant qu'il propageait les prières* 
Hais ses disciples ne sont pas très-scrupuleux sur ce point ; 
il en est beaucoup qui ne récitent rien du tout. Takoura 
avait adopté cet usage facile et expéditif. Il se contentait 
souvent de dérouler entre ses doigts les grains du chape- 
let , et cela ne l'empêchait pas d'entretenir la conversation 
à droite et à gauche avec le premier venu. 

€ Comme pour le moment je ne devais pas faire m 
kmg s^onr parmi les Tartares Mongous, je me hâtai de 
rêdBger nn petit manuel de convcnation, vme espèee de 
dictionnaire omtenant les expressions les plus usmUcs» 
Pendant que j'écrivais en français ce petit ouvrage, ces 
bonnes gens étaient consternés d'étonnement ; ils ne poor 
taient comprendre comment, à l'aide de ees mt BOt b r u 
thara, corons ils les appelaient, je pouvais écrire 4es 
mots mcmgous. — « Maître, me dit le vieux Tartare, 
« pvisque ta t*empflres de toutes nos paroles, tti vovdat 
« bien m'enseigner quelques expressions ^ara... je M 
« sois pas trop vieux pour les apprendre? Ma langue eut 
« encore assez souple, n'est-ce pas? » A l'iosiant il mm 

TO». Xni. tOS. DigitizelRjOOgk 



386 

montra un couteau, puis un briquet, en me demandant 
le nom ekara de ces divers objets. — « Ceci s'appelle 

• couteau, luidis-je, cela s'appelle briquet... Quand lu 
« iras dans le royaume de France, si tu dis couteau, 
« briquet, tout le monde te comprendrai » Mon homme 
cîfait dans le délire de renthousiasme. Si quelque étranger, 
Chinois ou Tartare, venait le visiter, il répondait à leurs 
formules de politesse , eu leur criant de toutes ses forces : 
Couteau, briquet, et puis il se prenait à rire d'un rire 
inextinguible. 

« Ce petit succès dans ses premières études de la lan- 
gue chara Tencouragea outre mesure. Il apprit encore ik 
dire : Ma pipe, fumer tabac... Mais je m'arrêtai là ; je me 
fardai bien de lui en apprendre davantage; car il me ré- 
pétait à satiété ces deux ou trois mots, et je ne pouvais 
' plus obtenir de lui qu'il me parlât mongou. La première 
nuit qui suivit son initiation dans la science chara, il l«i 
arriva plusieurs fois de me réveiller brusquement pour me 
demander si c'était bien couteau, briquet, qu'il fallait 
dire. Je fus obligé de me fâcher et de lui répondre que ia 
nuit était faite pour dornfiir, et non pas pour apprendre 
les langues. — « Ah I me répondii-il , tu as dit vrai ; tes 
a paroles abondent en raison 1 » Dès lors il ne me tour- 
menta plus; mais il ne se faisait pas faute de faire de temps 
en temps des à parte , et de marmoter entre ses dents : 
Couteau^ briquet^ mapipc^ fumer tabac. Une autre raison 
plus grave m'empêcha de Tintroduire plus avant dans la 
connaissance du chara; je m'étais aperçu qu'en récitant 
son chapelet, au lieu de dire : Paix et bonheur aux quatre 
parties du monde ^ il disait sans trop se gêner : Cauteau, 
briquet , etc* 

« Le troisième jour après mon arrivée , Takouia fut 
obligé de faire un voyage à un marché chinois qui se te- 

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387 
ttiU à deox. jiCNiniées de sa réôdeace* J'avoue que cet it* 
éUent ne me contpfurta guèrei; je fiia dès lors plus vr$ar 
quille pour comioner avec le lama mon peiit dioiioB-' 
naire* Tous les jours » aooompagné de TsaiaoïiaiMl , falfaûii 
Élire «ne prosaeuade à une petite pagode» qui n*éli9}i 
fUispe éloi|^ que d'un quart d'heure. Elle est située dans 
we position vraiment pittoresque. Figure-loi une m<m^ 
tagçe escarpée et rocailleuse, dooi les flancs entr'ouveris 
forment une espèce d'angle aigu; c'est dans cet enfonce^ 
ment qu'est érigée la pagode. Aux environs se trouvent 
diseéminées çà et là , sans régularité et sans plan , les e^ 
Iules ou habitations des lamas. 0es arbres mQgniiiqiies 
s'^èvent parmi ces maisonnettes, et au pied de la mon- 
tagne les eaux d'un torrent bondissent à travers d'énormes 
quartiers de roche. Quand les lamas, velus de leurs 
grandes robes rouges ou jaunes , prennent leur récréation, 
le taUeau est vraiment ravissant. 

« La pagode dont je te parle était alors en réparation; 
deux lamas travaillaient aux peiniures ^.la voàie , et il 
m^a paru qne ces artistes mongous n'élaient pas défkmifvns 
d'habileté. Je voudrais bien pouToir te dire en lenMs 
techniques quelque chose de raisonnable sur les décora- 
tions kmanesques , je sais que cela t'intéresserait ; mais 
tu n'as pas oublié, je pense , que je n'entends rien en 
peinture. Tont ce que je puis dh*e , c'est que le bizarre et 
le^ grotesque dominent dans tous les desms des pagodes. 
Les fhiits et les'fléurs sont rendus avec firatdemr et âëÊ* 
catesse ; mais les personnages sont tous sans vie et sans 
mouvement; leurs yeux ne regardent pas; la camatidli 
est froide et morte. Les peintres de ces pays-ci n^ontpi» 
la moindre idée du dài^-obseur ; dans les paysagci , IMl 
se trouve aligné sur le même plan. 

«^LesfrÛlr^Mtt^iés àçeue p8«pfle4qpt peuQçai" 

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388 
breus. Il y en a tout au plus une cinquantaine ;. mais ce 
qui en augmente le nombre, c'est que diaque lama, en 
général, a sous sa direction deux ou trois chabi ou no- 
vices, auxquels il enseigne les prières et la liturgie. 
Tous les jours , j'allais causer avec ces lamas qui ont tou- 
jours clé pour moi pleins d'affabilité et de prévenance. Je 
ne sais pour quel personnage ils me prenaient; mais ils 
poussaient le respect à un tel point, que par pudeur je 
fus obligé de leur défendre de me faire la prostration à 
deux genoux quand ils me saluaient. Une fois je vis le 
moment qu'ils allaient me creuser une niche dans leur 
pagode , et me placer à côté de leurs fétiches. •"' ' * * 

« Un jour que nous causions tous ensemble de diffé- 
rentes choses : « J'ai envie d'apprendre le thibetain, 
« leur dis-je, est-ce bien difficile? — Très-difficile, me 
« dit un lama; quand on ne commence pas jeune, on 
« étudie, on étudie, et c'est vainement. — Voyons, va 
« chercher un livre thibetain. — Il courut à la pagode et 
revint un moment après chargé d'un énorme in-folio* 
« Lis-moi , lui dis-je , une page de ce livre ; mais lis bien 
<( lentement et avec une grande clarté. » 

» A mesure qu'il lisait, j'écrivais en caractère soi- 
disant chara. La page étant achevée , ils me demandèrent 
pourquoi j'avais écrit du chara. a Dans un instant vous le 
saui^z, leur répondis-je. » Et je me mis à fumer une pipe 
jjpndant qu'ils s'amusaient à regarder mon écriture énig- 
malique. Quand j'eus fini de fumer, « Tenez , leur dis-je , 
« je vais vous lire ce que j'ai écrit... — Oh ! oh ! firent- 
« ils tous a la fois, c'est inutile, c'est inutile; nous tie 
« comprenons pas le chara, nous autres. — N'importe, 
a écoutez; et toi, dis-je à celui qui avait lu le passage 
« thibetain , clierciie l'endroit que tu viens de parcourir, 
c et éecwte si m€^dkrraa*aoo(Nile on ne s'accorde pas.» 

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U9 
« Pendant qae je Usais , tous ces pauvres hunas reie*- 
na^ot leur respiration. A peine j'eus fini : « Tout s'ik> 
« corde, s'éci*ièrent-ils ; les paroles une à une, um à 
c une, tout s'accorde. » Et alors tout hors d'eux-mêmes 
ils se demandaient entre eux , en gesticulant avec vigueur : 
« Hais comment cela se fait-il ? on lit thibetain , il écrit 
ckara... puisîl Ut son chara, et c'est tUbetain. » 

« Un lama, écartant alors les autres de ses deux bras> 
vint se placer devant moi , et me regardant fixement : 
« Es-iu Fo vivant? me demanda-t-il.... » Cette singu- 
lière interpellation me fit crisper les nerfs. — « Tu es un 
« insensé ! lui répoodis-je avec énergie. — En vérité » 
«^ajouta-t-il, en se fra{^ant avec la main , en vérité^ je 
« ne sais pas, je ne comprends pas; mais certainement 
c les Fo vivants n'en savent pas tant que toi. » 

c Qu^un Chinois qui%e connaît que ses caractères 
presque hiéroglyphiques , ne puisse pas se faire une idée 
juste des idiomes alphabétiques , à la bonne heure ; mais 
les langues mandchou , mongole et thibetaine sont pu- 
rement alphabétiques , et je ne comprends pas comment 
ces lamas n'ont pas encore soupçonné qu'à l'aide d'un 
alphabet on pouvait écrire toutes les langues. Au reste , 
ces lamas ne ni'ont pos paru grands amateurs de l'étude. 
4*ai eu lieu de ra'apcrcevoîr qu'ils passaient leur vie dans 
une oisiveté profonde ; de plus, leurs idées ne sont guère 
spiritualisées. I!s n'ont pas de leur état une très-haute 
opinion. Tous m'ont dit, il est vrai, qu'être lama valait 
mieux qu'être homme noir (c'est ainsi qu'on appelle les 
gens du monde, ou ceux qui no rasent pas leur tête). 
Bfais quand je leur ai demandé en quoi l'état de lama 
l'emportait sur celui dliommc rioîr, j'ai été surpris et cho- 
qué d'entendre toujours la même réponse. Tous m'ont 
dit: c Tant qu'on est chabi^ ou étudiant^ on a, il est 



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39» 

• vrai, beatusQOfi à toBA*ir ; mais quand on a appris les 
c prières jijoqa'au b<mt , tout est fini > on n'a plus be^in 

• de traTailler ; on peut se reposer da matin au soir ; on 
« n'a pas à se préoccuper ni du boire, ni du Tétir, ni du 
« manger. » 11 ne faudrait pas pourtant généraliser ce 
qoe je dis ici ^ peut-être qu'ailleurs les choses iront diffé- 
remment. Il pourrait bien se faire que l'esprit de r^i- 
chement se fût introduit dans la petite lamaserie dont je 
parle. Quand j'aurai visité les grandes pagodes, peutr 
être serai'je obligé de tenir un autre langage. 

« Les lamas ne sont pas cloîtrés. Us ont en général 
le caractère ambulant. Ils courent sans cesse de pagode en 
pagode, quelquefois par esprit de dévotion , souvent par 
humeur de vagabondage. Cest ce qui m'a fourni l'Occa- 
sion d'en voir un grand nombre. Un soir que j'étais paisi- 
bkment occnpé à écrire la nomindature des expressions 
rnoog/sÀSi que me dictait Tsanmiaod, nous «itendlmes au 
dehors cooune le piétinement d'un grand nombre de cbe^ 
vaux. Nous allâmes voir , c'était un escadron de douae 
lamas. Ils venaient de fort loin , et ilsavaiau encore plus 
de cent lieues à faire avant d'arriver au terme de leur 
voyage. Ils allaient en pèlo'inage à k^ grande pagpde de 
Têlonùr. Ces lamas étaient inconnus de la famille^ ikfur 
rent néanmoins ébergés comme des amis et des frères. On 
leur servit d'abord le tbé au lait , et afNrès qu'on eut pré- 
paré un repas frugal , mais copieux « on leur disposa des 
tentes pour passer la nuit. Lesdroiu de l'hospitalité sont 
ioviolables chez les Tariares. Il ne s'est pas passé de jour 
sans qu'il ne vint quelque étranger, et je n'en ai pas vu 
éoonduire un seul. Tous ont été accueillis avec une sincère 
et loyale générosité. Je suis moi-même une grande preuve 
du caractère hospitalier de la nation mongole. En défini- 
Uve , je n'étais qu'un étranger pour ces gens-là, puisqu'ils 



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3»! 

ne croyi^est Mandchou; je ne lent wms jamak rmim 
aticon service , ils n'avaient rien à aliendre de moi; 1» 
voyaient clairesieot <itie c'était mon i&térét profïre, am» 
avantage qui m'avait conduit et qui me retenait ciiezeuL;. 
et pourtant, il faut le dire, j'ai été traité comme ne le 
serait pas un bienfaiteur par ses protégés. 

« Esin^, après sfa: Jours d'abseaee, Takoiira &t de 
retoKF de scni voyage à Outa-Mada. Qmaid il parut, fé» 
{^OBvaidè»l)attcnenlideccrar; en vérité, ce fut commi 
s» je retroiivaisi.im ^ieil ao^ Je Inî deiwmdai en mongi» 
desnew^es de s» samé, si le voyage avait été h^wsKy 
sf la neige qui éiafc tondit ejtk abondanee ne lui avait peiril 
easié ôemat^é BfcscpestkmséUttent rapides, aMnéesefc 
paipîtantfts d'émotion ; je lui décochais sans iniemij^liM 
toutes Ics^ phrases sentimentales que TsanMand mteaU 
enseignées. Mais à mon grand désappointement, jeii^ab«t 
tins pas un seul mot de réponse. Je me sentis alors pro- 
fondément humilié , et je demeurai convaincu que je {Pro- 
nonçais mal le mongou. Je changeai d'Idiome , et sur u» 
ton un peu plus modeste, je lui adressai en chinois les 
mêmes questions. •• Même profond silence!... Takonr^ 
était toujours immobile devant moi ; ses yeux me regtkr-^ 
dàient fixénient; sa figure s'enflammait et prenait peu à 
peu nn caractère vi^ment effrayant. La peur s'empara de 
inoi , je li'osai pas hasarder d'autres questions. Je cru* 
qu'il avait éprouvé quelque grand malheur^ et que par 
suite son système cérébral s'était détraqué. Enfiki, spth 
iin silence de part et d'autre, ^ence vraiment sinistre et 

lugubre, fexplosion eut Ken Ctmkant hriquef! 

s'écrîa*t-il d'aine voix vibrante et métaffique*; et pub m 
laissant aTIer sur nn large tapis de feutre, coùude tm 
homme épuisé par un grand effort : — « Etofiti , ajoata-^ 
« t-ît d^une voix sourde et étouffée, à force d« pemer^ le 



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392 

« êwvenir tst mmU Ma pipe, fumer uAae. » Je 

pris^vitemeat sa pipe , je la garnis de labac ei je la lui 
offris en disant : « Tu parles admirablement le chara. » 
Cette petite flatterie ne Ait pas sans effet ; elle me valut des 
compliments à perte de vue sur mes progrès dans la lan* 
gue mongole. 

« Ce jour fut comme un jour de fête pour toute la fa- 
mille, et le repas du soir avait Tair d*un petit festin. Le 
bon Takoura, qui voulait me régaler, avait acheté quel- 
ques gourmandises à la station chinoise. Pendant que nous 
buvions le vin, il appuya la main sur mon épaule, et 
8*approchant confidentiellement de moi, il meditàToreille 
et à Voix basse : « J'ai acheté un paquet d'ognons; nous 
« aHons en mangerun , n*est-ce pas?... » Et puis prenant 
le ton du conmiandement : « Voyons, s*écria-t-il , qu'on 
m^apporte les ognons. » 

« Les ognons de ce pays-^â ne poussent pas de bulbe 
grosse et renflée, comme ceux de TEurope. Ils sont oblongs 
et semblables aux porreaux. La saveur est pourtant la 
même; elle est également brûlante et acre. Un ognon est 
pour les Tartai*es et les Chinois un mets très-friand , el 
cela m*a fait comprendre comment le souvenir des ognons 
d'Egypte avait pu si fortement exciter les murmures des 
Israélites dans le désert. Ceux que Takoura me fit servir 
s^étaient gelés en route ; ils étaient dur^ et raides comme 
des barres de fer. « Je m'en doutais , me dit Takoura ; 
m mais n'aies pas peur , j'en ai inséré quelques-uns dans 
m mes bottes, et j'espère qu'ils ne seront pas gelés. » 
Aussitôt il enfonça son bras dans i^e de ses bottes , et en 
letira, en effet, un ognon qui était tout fumant. Après 
ravoir essuyé avec soin sur le devant de son gUet, il m'en 
iAit généreusement la moitié. Nous le mangeâmes sans 
autre apprêt , à peu près comme si c'eût été une orange. 



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393 

' « Après avoir passé une douzaine de joui^ chez ces 
Tartares Mongous , je songeai à revenir dans ma vallée des 
Baii^Noires. — « Demain^ au soleil levé , je pars , dis- 
« je au chef de famille; il faut que je m'en retoiurne. » 
II est inutile de dire quelles furent les instances et les sup- 
plications de ces bonnes gens, pour m'engager à rester 
parmi eux encore quelques jours. Il était dix heures du 
soir, et le vieux Takoura n'avait pas encore achevé ses 
harangues, -r^ « Il est tard , lui dis-je , le temps de dormir 
est arrivé ; tu dis des paroles toutes blanches ( vaines) ; 
deaoain il faut que je m'en retourne. — Tu as raison , 
il est tard; disons seulement une parole, que ce soit 
une parde droite et raisonnable : Est-ce que demain 
au soleil levé tu dois absolument partir? — Absolur 
ment; j^en ai pris la résolution. — Dans ce cas-là* •» 
Madieke , fais diaofler l'eau-de-vie ; bis frire quelque» 
tranches de chevreau. — Estrce que tu vas encore man- 
ger? — Tais- toi , me dit-jl ; tiens, je n'écoute plus tes 
paroles... Comment I tu pars demain, et avant de dor- 
mir nous ne boirions pas encore ensemble un verre de 
vin I » Je dus me résigner et subir cette intempestive 
coUati<m. 

« Le lendemain, quand le jour parut, je me hâtai 
d'empaqueter ma bibliothèque de voyage. « Le déjeuner 
« n'est pas encore prêt , me dit Takoura , tu n'as pas be- 
« soin de tant te presser, attends un insunt , je vais de- 
« hors examiner le temps. » Il rentra quelques minutes 
après , et me dit avec l'air et le ton d'un homme con- 
vaincu : « C'est affi*eux! le temps est abominable; au- 
« jourd'hui on ne peut pas voyager, il est impossible de 
« traverser le Man-tien-àxe; en vérité, ce temps est 
« affreux ! » Takoura me disait tout.cela avec un sérieux 
vraiment admirable. Le ciel était pourtajat pur et serein ; 



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3H 
pendant Thiver on ne pouvait désirer un plus beau jonr. 
« Cela n'est pas bien, Takoura, je vois que tu dis de» 
« paroles creuses » tu éparpilles des mensonges. .. Puisque 
c tu ne veux pas me lester le cœur, je partirai sans dé- 
jeuner. » — « Ce n'est pas cela , ce n'est pas cela ; je sais 
« bien que tu veux partir ; mais tu ne peux pas t'en aller 
« seul; Tsanmiaud t'accompagnera; je vais faire seller les 
« chevaux : quand on est deux , vois-tu , la route est 
« riante et animée. » 

« Cette prapeskâonne phitassec; màiTskcfon était 
Mwtjouf^ d'une teniear insuj^portable; le déjeimer n^en 
fifisifiHt pas, c'était to^MT» à recoMinncer» Le temps 
Sikaii pourtant son dieoun, et je n'ataispes «nvie deme 
trouver en route pendant lasuit. Aa4ieHd6 hftter avec 
moi les péparatife du départ , mon bftte élaic co wn i e 
pétrifié; il avait toujours quelqw oiéchante nrtooo à 
m^objeeter pour me retenir encore quelques minutes. 
« Qu'as4u peur, vat deaut^il, le temps est magnifique, 
« le soleil est chaud et briRant^ la soirée ne peut pas être 
« froide... » Enfin, après nous én*e salués le plus affec- 
tueusement possible, ou , en d'autres termes , après nous 
être fait les adieux en braillant, je me mis en route accom- 
pagné du lama. 

c Quand ROI» eûmes gravi ime haute montagne , nous 
nous trouvâmes sur le Man^Hm^xe. Le vent, qui ne se 
faisait pas remarquer dans ta vallée, était pourtant glacial 
et violent ; il passait sur la figure , tranchant et aign 
comme des lames de rasoir. La neige , qui était tombées 
en abondance les jours précédents, ajoutait encore i b 
rîguetir du froid. Pendant l'hiver eHèest ici peraumeme; 
l'orage la disperse et la b:daie de côté et d'autre; quel- 
quefois eHe va s^iocumider dans quelque enfoncement , et 
alors elle devient mamovible, les chaleurs de l'été n'en 



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395 
fimdent que la superficie. Ce jonr-ti le vent enlevait en 
tourbillons cette neige glacée, et nous la lançait avec 
fiolence ; c^était à peu près comme si on nous eût jeté au 
visage des, poignées d'épingles. Nous ne rencontrâmes pas 
un seul voyageur sur le Man-Hen-dze; nous aperçûmes 
seulement au loin quelques troupeaux de brebis jaimes et 
de bouquetains qui s'enfuyaient à notre approche , et des 
optantes qui se bittâitiit emporter dans les airs par la ra- 
pîdiiéda vent. Lesôleil vtMÎtdeseoeaeher quand noos 
encrâmes ^iaiis la vaUée des Bamûo^oiret^ oè les bons 
«ttce» dea ebrétieia chinois qui atieadaîoot mon retiNv, 
nova firûBilyâHAt oddîer les petites ineommo 
rouie. 

« Sans doute, mon cher Donatien, qu'en lisant les 
quelques pages que je viens de t'écrire^ tu t'es formé une 
idée quelconque de cette &mille Tartare-Mongole , où j'ai 
reçu une si franche et si cordiale hospitalité. Cependant 
j'ai bien peur que cet^ idée ne soit pas très^xacte ; je vais 
donc encore ajouter quelques mots et essayer de la rec^ 
Ufier. Il faut maintenant apf)eler les choses par leur 
nom. Pendant douze jours j'ai donc eu pour habitation un 
palais; les Montons, aveclesqueb je t'ai foitEûre connais 
sanee, sont tous membres de la iamiRè royale du royaume 
dé Pé{é; le bon Takoura n^ ni plus m moins qu'un 
prince du sang ; les filset les petks-fils <fai prinee Takoura, 
tous ces enfùms sales et morveux sent des dues , des 
comtes, des barons, des marquis, que sais-je? C'est que 
les ÊmriDes prineières ne sont pas par ici dorées et nrt>a«^ 
tées comme en Europe. B m'est venu en pensée que tous 
les monarques de TaflCiquité , tous ces rois magnifiques 
qu'Homère a eu l'exliêaie f omphisanre 4%ibilkr si riche- 
meot, pourraient fort bien aiveir^ des personnages à la 
façon dn prinos TaJummf Qmaà je vejraiala duehesse 



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396 
Biacfadie, aax habits tout reluisants de graisse et de 
beurre , se traîner manssadement à la dteme voisine et 
charrier avec effort Teau nécessaire au ménage, je me figu^ 
rais ces grandes et illusti*es princesses d'autrefois qui , au 
dire des poètes , ne dédaignaient pas de porter leurs pas 
sur les bords des fontaines , et de purifiei* de leurs royales 
mains les tissus de lin et de soie... 

« Et pour te bien persuader cpie le prince Takonra est 
en effet un haut et puissant personnage, un grand seigneur 
s'il en fut jamais , je dois ajouter que sur sa ten^Cèodale , 
autour de sa royale habitation , il possède qudques Ëimilles 
d'esdaves. Oh 1 je t'en prie , ne va pas l'efiaroucber; que 
cette idée d'esclavage ne resserre pas trop fort tes entrailles 
constitutionnelles. L'esclavage, tel que je l'ai vu mis en 
pratique dans la vallée des Mûriers, ne m'a pas paru quel- 
que chose de bien affreux ; le plus lîgide républicain n'y 
trouverait certainement rien à redire : les princes et les 
esclaves traitaient toujours d'égal à égal ; ils prenaient 
ensemble le thé^ s'offraient mutuellement la pipe quand 
ils fumaient ; lesenCants jouaient et se battaient ensemble, 
le plus fort assommait le plus foible, qu'il fût comte ou 
esclave... et voilà tout. 

« Je dois pourtant avouer qu'ils rougissaient et ;|vaien( 
honte de dire qu'ils étaient esdaves : ce burlesque sobri- 
quet n'avait pas trop l'air de les flatter. C'est qu'en effet 
l'esclavage, si mitigé qu'on le suppose, ne se trouve pas a 
b hauteur de la dignité humaine, et voilà pourquoi il a 
été insensiblement abdi partout où l'Evangile a pénétré. 
Si plus tard il vient à être chassé du sol de la Tarlarie , 
ce sera encore l'œuvre du christianisme. 

' « Avant de clore celte lettre, il est peut^tre bon que 
Je prévienne une observation que tu pourrais me faire, 
sur ce que ma lettte ne rappelle pas souvent le souvenir 



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397 
d*un Missionnaire apostolique. Usant de ton privilège de 
chicane^ tu pourrais me demander comment il se fiiit 
qu'étant parti de France avec mission de prêcher l'Evan- 
gile et de combattre l'idolâtrie , j'aille jusque dans les pa*- 
godes, vivre familièrement avec des lamas, être témoin 
de leurs cérémonies idolâtriques , me coudoyer, pour 
ainsi dire, avec les statues de Fo, respirer en un mot un 
atmosphère d'erreur, et pourtantretasir la vérité captive... 
Il est écrit : Quomodà eredeni et , quem non audieruni? 
juomodô auiem audieni $ine prœdicanteP quomodà verâ 
prœdieahminisi miiianiur (1) ? Et s'il m'était permis d'a- 
jouter un mot aux paroles de saint Paul, je pourrais en- 
core (Hre : Et comment prêcheront-ils , s'ils ne savemt pas 
parier ? Avant donc que de prédier aux Mkmgous , je dois 
chercher à apprendre la langue mongole. La petite pagode 
ou j'ai été me paraît un endroit très-&volrable; mais ti 
de prime abord j'allais dire à xe& lamas : « Brûlez ce que 
vous adorez, » je me priverais, sans contredit, du moyen 
d'apprendre une langue qui m'est pourtant indispensable^ 
et que je ne puis étudier que diez les paient. Quand je 
saurai le mongou , je n'aurai plus rien à ménager ; les per- 
sécutions qui pourront s'élever ne me feront pas reculer, 
je l'espë^e. Ainsi donc, patience encore qndque temps ; 
dans ma prochaine lettre tu recevras , si Dieu le veut^ des 
détails apostoliques. Au mois de mai j'irai me fixer dans 
cette petite pagode, et je n'en sortirai que lorsque jeserai 
capable de parler correctement et rondement h langue 
mongole. Nous avons dit nos conventions avec le sous» 
supérieur qui m'a paru le plus instruit et le plus studieux 



(1) ComiDflot croinmt-Us en lai , f'iU b'«o ooI point catondn ptrier r 
Ettommeot en eateadronl-ib ftrier, fi pecMmie m Irar prêche? El 
inMMiil Umt prècliera-l-M, li Om m' mi «BToy4 ? (8. Pi«l ata Rom.X, 



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308 

de la oommoiuaité* Jeldj^erai daB&samaîsefiiieiie^ils'eit 
charge de m'apprendre le moigoa ei le thibetaio : ea re* 
vancbe j'ai pris ïeafpigsm&at de lui. donner des leconsile 
mandchou ec de chinois. Quoique je ne sois pas fort dass 
ces deux langues, ce sera une bonne occasion pour moi 
d'y £iire quelques progrès ; car on n'apprend jamais mieux 
une chose que liU'squ'on esc obligé de l'enseigner aux 
autr^. 

« Adieu , mop cher Donatien* Me soyez nullemeot es 
sollicitude sur mon compte. Je vous embrasse lous de 
toute l'affection de mon cœur. 

. « E. Hoc, Mistiaimaire ffetkdijw. > 



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399 



MISSIONS DU BRÉSIL. 



Lettre du P. Joêq^Satôj Misiimmaire ie la Compagnie 
deJéêUi, à «m fiire de ja même Compagnie. (Tra^ 
doctioD de TespogooL) 



Forto-AJ^rc (Provmce de Rio-Gfaadt d« Sod dam le Brëul), 



« M09 BéviftERD Pèbs ^ 

« Çesi sffx retour d'une Mission que nous venons de 
donner dans le nord de cette province , que j'ai reçu 
yotre leftre. Elle m*a tàk bien du {>bisÉr » et pour vous 
<D lénoigner leuie ma^reconoaissaiioe, je m'empresse de 
TMft eatoysr une petHe rdation de celle course apo- 
«Krfiqtte, qui a élépoor moi la pramière dans te aoaveaii 
monde. 

« Nous étions partis, le P. Sfertos et moi, le 1 1 avril, 
pour nous rendre aux Champê de f^acaria , situés à une 
distance d'environ soixante Kenes de Porto- Alegre. Voas 
serez sans doute étonné d'apprendre , mon révérend 

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400 
Père I que malgré la vitesse des chevaux et notre marcbe 
accélérée , il nous a follu sept jours pour arriver à notre 
destination; mais votre étonnement cesserait bientôt, si 
vons pouviez voir ces chemins et ces déserts. En allant 
et en venant, nous dûmes traverser par deux fois des forêts 
habitées par des Indiens féroces : la première où nous 
nous engageâmes n'avait pas moins de cinq lieues , et la 
seconde était de trois lieues environ. Le sentie est très- 
scabreux et triste sous tous les rapports; on ne finit que 
gmyiv et descendre des montagnes très-élevées , ooa- 
'vertes de toutes sortes d*arbres sauvages; à chaque pas 
les pierres et les rochers vous barrent le passage ; et 
<Ittand ils laissent une issue , elle est si étroite , que bien 
auvent un homme à cheval a de la peine à en suivre les 
détours sans se blesser ; à droite et à gaudie vous n'avez 
qu'une masse d'arbres qui vous empêchent de rien voir à 
quelques pas de distance. Dans certains endroits , engagé 
sous une sombre voûte de feuillage qui ne permet pas 
même de découvrir le ciel , on doit traverser de si grands 
bourbiers, qu'il y a danger pour le cheval et le cavalier 
d'y rester ensevelis , à la première méprise ou disurac- 
tion des guides. Il faut enfin s'ouvrir de temps en temps 
de nouveaux passages en se jetant dans l'épaisseur du 
boiS| après avoir mis pied à terre et coupé quelques arbres* 

« Ajoutez & tout cela la crainte continuelle de 
tomber dans quelque embuscade des Indiens^ qui se 
trouvent là diez eux, et font de fréquentes sorties contre 
les passants qu'ils poursuivent de leurs flèdies pour les 
tuer , ou les obliger du moins k quitter la forêt avec 
prédpitation. Le pb est que dans ces malheureuses ren- 
contres il est bien diflkile d'échapper de leurs mains ; 
car à travers ces arbres, cesrodiers, ces bourbiers et ces 
ravins dont j'ai parlé , et mille autres (d)sudes contre 

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401 
lesquels il faut lutter à la fois, on ne peut ni courir à 
pied , ni précipiter sa fuite à cheval. 

« Nous avions ainsi marché , les uns h la suite des 
antres, pendant une journée tout entière, quand la nuit , 
avec ses ténèbres qui paraissaient au milieu de ces bois 
bien plus épaisses que partout ailleurs , vint nous sur^ 
prendre. Il n'était pas possible de continuer noure mardie, 
et force nous fut d'attendre sous un arbre le retour da 
soleil. Nous allumâmes nn grand fen potfr nous défendre 
da froid et pour épouvanter les bétes fauves qui parcoo-* 
rent ces forêts. Le profond silence qui y règne le jour et 
fai nuit, silence qui n'est interrompu que par les rugisse* 
ments de quelque tigre ou de quelque pandière par lés 
cris du bugio (c'est une espèce de singe rouge) par te 
bruit d'un grand nombre de sangliers qui rôdent ensem- 
ble, ou par le vent qui agite les branches de ces arbres 
majestueux ; enfin la proximité des Indiens qui sont presque 
tonjoursen observation : tout cet ensemble rnspâre une cer- 
tasie horreur qui n'est pas fiE^dle à décrire, et qui se &H 
sentir même au cœur du Missionnaire. Cep^dant avec 
l'aide du ciel nous sortîmes sains et saufs de ce mauvais 
pas. 

« Le jour suivant , après avoir traversé deux grandes 
rivières, dxmi l'une est très-dangereuse par la rapidité 
de son cours, nous parcourûmes trois lieues de désert 
sous une pluie torrentielle^ qui nous trempa jusqu'aux 
os, et noos obligea de mettre pied à terre, de crainte âm 
tomber éûas d'affreux précipices avec nos chevaux qui 
giissaientcontinuellement. C'estainsique nous marchâmes 
jusqu'à kl nuit , presque sans avoir pris la moindre noup- 
riture , et nous arrivâmes avec peine à une cabane , oà 
uae pauvre femme nous reçut avec grande charité, et 
mom logea de mm mieux. Le lendemain , malgré la pluie 
TOB. xm. IW. ^9'^'^^^ by ee3ogle 



402 

cous résolûmes de continuer notre voyage, et nous &tieî- 
gnlmes enCa le lieu désigné pour oofflmenoer la Mission. 

a Vous savez, mon révérend Père, que ce pays 
porte le nom de Champs de Facaria (de -vacherie) panoe 
que c'était dans ces parages que nos anciens conTrères 
faisaient élever (es troupeaux destinés à Tentretien ec i 
la nourriture de leurs néophytes, les Indiens Cwirm^is. 
Vous comprendresK facilement comtnen la vue de ces forêts 
et de CCS champs , jadis témoins des efforts et des vertus 
de nos Pères , devait nous suggérer des réflexions de tom 
genre. Elles s'offraient en foule à notre espriû Le souvenir 
de leurs immenses travaux , par lesquels ils étaient par- 
^uus à adoucir les mœurs féroces de ces sauvages , à les 
civiliser , à les instruire si parfaitement dans les vérités 
de la foi , qu'ils firent l'admiration du monde par leur 
piété , produisait en nous un charme inexprimable , et 
nous encourageait à surmonter tous les obstacles pour 
devenir, sur le théâtre deleurs succès, le&imitateur&fidèifis 
d'un aussi noble dévouemept. 

tt Les forêts qui entourent de toute part le territoire 
connu sous le nom de Champs de Facaria , sont habitées 
par des Indiens plus ou moins sauvages. Parmi eux pn 
distingue doux nations d'un caractère très-cruel : l'une se 
compose des BokcudoSj ainsi appeléi à cause d^un 
trou qu'ils se forment sous la lèvre intérieure^ par lequel 
ils sifflent d'une manière horriUe , soit en attaquant leurs 
ennemis , soit pour se denumder mutuellement Au secours 
-dans les rencontres difficiles; l'autre porte le nom de 
Car<madoSf parce qu'ils ont sur la tête u&e courooiic 
ou tonsure semUable à celle de nos préù^. €es 
deux tribus irrécoBciliable& se font une guerre atraoe; 
leurs armes sont des péchas et de petites laoces; 
ks B^kûudotj les arcs .et ks flèdiét aMt-d'uae dû 

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403 
son bien plus grande que chez les Coronados : les uns ec 
les autres ont , du reste, grand soin de les orner avae 
tOHte la recherche possible. 

« Ces Indiens ne font usage d'aucun vêtement ; ils ftoat 
très-forts, et sortent rarement de leurs forêts. Us n'asdail* 
lent les passants que quand ils sont sûrs de leur coup^ 
ce qui les oblige à rester quelquefois .plusieurs jours en 
cbservaUon pour mieux atteindre leur but : les malheureux 
qui tombent entre leurs mains sont toujours impitoyd)le« 
WÊiaa massacrés ; mais leurs effets sont laissés intacts , & 
Boîns qu'ils ne contiennent du fer. Ce métal étant Puni- 
que objet de leur convoitise , ils Tenièvent avec empres^- 
«efloent : contean , don , serrure , tout est bon pour eux ; 
ikr l'arrangent et s'en servent pour leurs flèches et leurs 
ianees. Le reste, et même l'argent, est abandonné, excepté 
peot-étre quelques pièces de monnaie pour orner le coU 
des Indiennes. 

« Mais il est bien temps, mon révérend Père, de 
revenir à notre Mission de Facaria. Arrivés à l'endroit 
où elle devaitcommeucer,c'est4-dire à une petite cabane 
ibrmée de roseaux , nous eàmes le bonhem* d'y réunir en 
peu de jours environ quatre cents personnes. Cet audi« 
loire qui , sans doute, vous paraîtra bien petit , surpassa 
cependant de beaucoup nos espérances ; car le pays est 
presque désert et les haUtanls demeurent très-éloigués 
les uns des autres. Pendant treize jours que nous restâmes 
là » notre prhicipale occupation fut d'apprendre à ces 
ftttvresgens les premières vérités de notre sainte Beligion , 
ignorées d'un grand nombre : leur abandon avait été si 
absolu, que la plupart ne s'étaient jamais approchés des 
sMreipcnts , et que plusieurs n'avaient pas même Tûf)â 
le baptême* Mous eûmes la consolation d'en v^ésAtat 
près d'une centaine^ nous fîmes aussi quelques iuaria||i^ 

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404 
et nous arrangeâmes les différends qui existaient entre 
les familles. 

« De là nous nous rendîmes au point central des Champs 
de Vaearia, à une dislance d'environ quatorze lieues vers 
Touest, ou Ton trouve une petite église qui tombe en rui- 
nes ; nous y employâmes' quinze jours aux mêmes tra- 
vaux et avec le même fruit que dans la Mission précédente. 

€ Pour vous former une idée de l'ignorance de ces pau- 
vres Indiens et de leurs besoins spirituels , il suflQra de 
vous dire qu'ils passent plusieurs années sans voir d'au- 
tre ecclésiastique que quelque prêtre en voyage : peut- 
être s'arrêtera-t-il un ou deux jours parmi eux ; mais 
quand la nouvelle arrive aux habitants les plus rappro- 
chés de la cabane qui a eu le bonheur de le recevoir , 
ce prêtre est déjà parti pour continuer son itinéraire. 
Aussi les mauvaises herbes poussent-elles de fortes raci- 
nes dans un champ si inculte , et il faut bien de la patien- 
ce pour les en arracher. Cependant le Missionnaire , appe- 
lé à cette œuvre difficile, n'est pas sans consolation au 
milieu de ses fatigues et de ses embarras ; la joie la plus 
pure monde son- cœur en voyant les effets admirables de 
la grâce divine sur ces esprits simples et dociles. Rien ne 
peut les détourner de la Mission : pour y assister ils aban- 
donnent leurs cabanes; ils font plusieurs lieues de che- 
min chargés de leurs provisions, et portant sur leurs 
épaules les petits enfants qui ne peuvent pas marcher ; ib 
supportent le froid , la pluie et des privations de tout 
genre. J'ai été extrêmement touché de leur constance à se 
rendre à nos instructions, et du recueillement avec le- 
quel ils nous écoutaient, malgré un froid si intense que je 
ne me souviens pas d'en avoir jamais éprouvé de pareil ; 
Ut manquaient d'ailleurs de tout abri pour s'en défendre, 
dtf ils sont dans le dénèment le plus complet. 

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405 

« Nous avons eu le bonheur de remettre ces pauvres 
gens dans la voie de la vertu et de la religion ; ils se sont 
approchés des sacrements de pénitence et d'Eucharistie ; 
les ennemis se sont publiquement réconciliés ; la récita- 
tion journalière du chapelet a été introduite dans tou- 
tes les familles y et nous avons enfin terminé la Mission 
par la plantation solennelle de la croix , que ces néophy- 
tes se font un devoir de visiter fréquemment. Voilà , mon 
révérend Père, le fruit de nos fatigues. Depuis notre re- 
tour , j'ai repris Texerdce du saint ministère dans cette 
ville ; et le Père Coris , dont la santé nous avait donné des 
craintes , se dispose, maintenant qu'il est rétabli , à re- 
commencer ses excursions avec le Père Martos. Ces deux 
Pères vous présentent leurs respects , et je vous prie 
aussi, mon révérend Père, d'agréer l'assurance, etc* 

« Joseph Satô , 
Missionnaire de la compagnie de Jésus, ê 



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406 



ijttM du P. Miehel Cabezay Misiionnmre de la Compm 
gmê dé Jésus ^ à un Père de la mêmeCon^agnie, (Tf»» 
dtictioD de l'espagnol.) 



Do DMkf ro (Provinct de Ste-Catherme dons le BrëMM 
leJOaoûllSU. 



C Mon RÉVBRBND PÈRB , 

« Je ne saurais vous exprimer la joie que votre leltre 
est yenue m^apporter au milieu de mes montagnes. Elle a 
été pour moi œ qu'ont toujours été vos instructions : ma 
force I ma consolafion et ma lumière. Vous jugerez dn 
besoin que j'aide vos conseils » au récit des circonstances 
difficiles où me place l'exercice de mon ministère. 

« Sainte-Catherine , oh je débarquai le 30 avril 1843, 
est une des provinces méridionales de l'empire du Brésil 
située entre Rio-Janeiro et Rio-Grande. Elle est divisé* 
en deux parties, — le continent et l'île du même nom, — 
séparées par un bras de mer de trois cents pas de lar- 
geiur. Dans toute la province il n'y a que dix-sept pa- 
roisses i six dans l'ile et onze sur la> terre ferme, très- 
étendues, mais peu peuplées et mal distribuées. Les 
naturels, pauvres pour la plupart, sont disséminés d^ns 
les montagnes et les déserts, et habitent des maisons 
d6 terre couvertes en chaume, où il n'y a' d'autre meubte 
qu'une simple natte. Un pantalon de toile , une chemise 
de cotOB I un chapeau de paille, voilà tout leur habille« 



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401 

ment; ils ont pour diaossure une espèce de sandale 
appelée Tamango, formée d^une semelle de bois et d'une 
empeigne de cuir qui embrasse la moitié du pied. Leur 
nourriture consiste en Parotas ou haricots , en maïs et 
en viande sèche quand ils peuvent s'en procurer. Malgré 
l'ignorance où il croupissent, on découvre en eux un fonds 
de foi et de religion qui présente de grandes ressources 
aux ouvriers évangéliques. Il suffit de leur proposer les 
vérités du salut pour les ramener à la pratique du bien. 

c Aussitôt après mon arrivée à la capitale, mon pre- 
mier soin fut d'étudier la langue portugaise qu'on parlô 
dans ce pays. Au bout d'un mois je commençai à faire le 
catéchisme aux enfants dans l'église du Rosaire, qui 
appartient aux nègres, et même de petites instructions 
que j'étais obligé d'écrire et d'apprendre par cœur. Je 
trouvai d'abord tant de difficultés dans cette étude , que 
si le motif de la gloire de Dieu et du salut des âme$ 
ne m'avait soutenu, l'amour-propre m'aurait fait tout 
abandonner ; je surmontai toutefois ma répugnancei 
naturelle, dans l'espoir qu'avec l'exercice je parviendrais 
enfin à me faire bien comprendre. Dieu voulut récom*- 
penser celte constance qu'il me donnait lui-même ; le con- 
cours augmentait chaque jour et remplissait la petite 
église , où j'établis la dévotion journalière du chapelet , 
si propre à toucher le cœur de la sainte Vierge. 

« Sm* €99 emreGMtM) les PP. Vilà et Lopez arrivèrene 
et s'aBSOoièMot à mes travaux* Ce renfort m'eacoorsiBMw 
Pimdaiit q«eh|ue temps encore, prêcher, coninMr, 
liater ka prisons et les hèpîtaiix fiirttit nos oocupaliiaf 
ordîiairBS, jiwiii'à os ipi^ayant acquis assez^ de finiirt 
(tans larlangue, no» confàmss un plan plus vaste. Nonft 
étions bien iafonnés da malheureux état du pays par 
«apport à b religios ; et, pour y remédier, nousprhi» 



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408 
la résolution de faire des Missions dans toute la province , 
d^abord dans les paroisses de File, ensuite dans celles do 
continent , et enfin dans la capitale. 

« Vousn^attendez pas que je tous donne tous les détails 
de nos excursions ; ce serait trop pour une lettre. Je me 
contenterai de dire un mot du nombre des Missions que 
nous avons faites, de Tempressement du peuple à y assister, 
des difficultés qui ont éprouvé notre zèle , et du succès 
dont nos fatigues ont été couronnées. 

c Nous avons parcouru jusqu'à présent quinze pa- 
roisses ; dans ce nombre , il en est qui ont une étendue 
de quatre, cinq, et même de vingt-deux lieues. Les che* 
mins sont bordés de précipices ou entrecoupés de rivières 
et de marais. Vous concevez par laque les habitants, 
surtout les plus pauvres qui allaient à pied , devaient 
essuyer de grandes fatigues pour assister aux exercices 
reUgieux; les autres y venaient par eau dans des pirogues, 
ou à cheval, ou sur des chars quand la route le permet- 
tait. Pour leur épargner cette peine , nous faisions quel- 
quefois de petites Missions dans des bourgades intermé- 
diaires. 

« Mab la plus grande difficulté pour eux, c^était de se 
procurer un habit convenable. Dans les montagnes, oà 
Us sont presque toujours , un vêtement ordinaire leur 
ioffit, et ils n'en ont point d'autre pour assister à de sem- 
bbdldes réunions, dans lesquelles ils ne veulent cependant 
pat ae présenter en pauvres. Or , pour avoir cet habit, ils 
tendent quelquefois les firuits qui leur sont nécenaires 
fmtr subvenir aux [M*emiers besoins , on ib l'achètent à 
crédit , ou ils l'empruntent au moins ponr recevoir les 
incréments. Dans une occasion Je disais k im pénitnnt 
de revenir dans trob ou quatre jours, et il me répon- 
dit : « Mon Pire, je ne puis pas; cet habit appartient à 



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409 
« iiD attire, qui m^a dit de le lui rendre tout de suite, car 
« il doit communier demain. » Cet usage est très-général ; 
et, soit orgueil , soit bienséance , ik y tiennent beaucoup, 
et il n'est pas possible de les y faire renoncer. 

« A ces obstacles se joignent les intempéries de la 
saison ; mais, pour leur salut, ces bons fidèles se con- 
danment à tous les sacrifices. Quelquefois nous vou- 
lions suspendre la Mission, dans la pensée que Torage les 
empêcherait de se rassembler ; mais lorsque nous comp- 
tions pouvoir respirer un peu , nous voyions arriver des 
groupes de vingt ou trente personnes , toutes trempées et 
couvertes de boue, et nous étions forcés de continuer 
notre travail. L^auditoire a toujours été nombreux ; nous 
y avons compté jusqu^à trois ou quatre mille âmes. Dans 
ces grands concours, l'église ne pouvant pas contenir 
toat le monde , il fallait placer la diaire près de la porte, 
afin que ceux qui étaient dehors pussent nous entendre. 

« Nos prédications, grâce à Dieu, ont porté leurs 
fruits : elles ont amené autour de nos confessionnaux une 
multitude de pénitents , dont la persévérance , nous Tes- 
pérons, nous fera oublier nos fatigues. 

« Partout le ciel a répandu ses bénédictions sur nos 
tmvaox ; partout il y a eu des scandales réparés , des 
haines invétérées assoupies , des désordres détruits. Aus- 
aitAt que la Mission s'ouvrait dans nn village, les 
eonemis savaient déjà qu'ils devaient se réconcilier; et , 
chose admirable 1 peu de joursaprès, des hommes qui 
amdent conservé pendant plusieurs années un ressenti- 
ment mortel, s'embrassaient publiquement; il arrivait 
•ouvent que l'ofibiisé allait chercher l'agresseur avec le 
même désir de se réconcilier avec lui , que s*it avait été 
lui-même le coupable. Telle est la force d'en haut! Des 



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410 

personnes, témoins de ces changemesls, ne sayaie&t eom^ 
ment nous en exprimer leur admiration. 

« Quant à nous, mon révérend Père , en présence de 
ces prodiges de la grâce , nous sentons à peine les priva- 
tions , les fatigues , les souffrances , au prix desquelles 
le Seigneur veut bien les accordcTé II est vrai que sou- 
vent les choses les plus nécessaires nous manquent : un 
peu de riz et des haricots cuits à Teau ont été notre 
nourriture la plus ordinaire ; il faut souffrir de la cha- 
leur , du froid , des orages et des insectes ; mais tout 
cela devient léger à un ministre de Jésus-Christ crucifié 
pour le salut des âmes. Et d'ailleurs , quels sacrifices au- 
raient pu nous coûter, en voyant ces généreux fidèles venir 
avec tant de confiance et d'émotion chercher à nos pieds le 
remède à leurs maux ? 

« Pour la plus grande gloire de la divine bonté qui 
opère partout des prodiges de sa miséricorde, laissez-^mot 
vous dire, entre autres spectacles de vertu que nous avons 
rencontrés au fond de ces forêts , la constance admirable 
d'un pauvre esclave. Un jour que je lui demandais s'il ne 
fréquentait pas les assemblées trop souvent funestes des 
autres nègres de sa condition : «Non, me répondit-il; 
« quand mies camarades ai'invilent à prendre part à 
« Wurs fêtes dissolues , je m'y refuse en leur disani cpie 
« j'ai une âme que je dois rendre à mon Créateur, ai 
« que je ne veux pas la perdre. » J'hésttaisà croire à ont 
vie si pure dans un esclai»* Je lui demandai s'il réduôcte 
chapelet ou quelque autre pri^. « Oui , mmi Père* , 
« ajonta-t-il ; je sais Ure, et tous les soirs, avant de mr 
< coucher y je dis le petit oflBce de la sainte Vierge. « Je 
compris alors que sa conduite exemi^aîre était VefiM 
d'une protection spéciale de la Mère de Dieu. 

c Le chiffre total des confessions que nous avons en- 



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4tt 

tendaes dans tontes nos excursions, est de quatorze mille 
emriron. Elles auraient été plus nombreuses, s^il y aYait 
eu plus de confesseurs^ Nous a^ons administré le bnptême 
n.pltts de soixante enfants et adirites : parmi ceux-ci^ il 
y avait un protestant allemand qui est rentré dans le sein 
de réglise. La plupart des enfiints baptisés appartenaient 
au district le plus abandonné de la province; c'est 
un désert , regardé comme un lieu d*asile pour leV 
criminels. Les émigrés de tous pays , qui y habitent au* 
nombre de quatre cents familles , subsistent de la pêche 
et de la chasse, et manient le ftisîl et le poignard avec* 
une dextérité qui devient une source de meurtres. Sans 
temple, sans prêtre, sans autorité capable de les contenir, 
ils vivent dans une espèce d'indépendance du ciel et de 
la terre. L'église la plus prochaine est à dix lieues de dis* 
tance. 

« Les tristes renseignements qu'on nous donna sur ces 
malheureux colons , nous appelèrent parmi eux. Une 
vieille maison de chaume nous servit de logement et de 
chapelle ; nous avions pour cloche un pistolet dont Texplo-, 
sion , comme un signal convenu , appelait aux offices cca 
pauvres gens, que Ton voyait aussitôt accourir du haut de 
leurs montagnes. Cette Mission , dont bien des circon- 
stances semblaient devoir rendjre le succès très-incertain, 
a parfaitement réussi ; nos néophytes étaient si contents, 
qu'ils ne savaient comment montrer leur gratitude pour 
le bienfait que nous leur avions procuré. Maintenant ils 
ont l'intention de bâtir une ^lise , pour avoir auprès 
d'eux un prêtre qui les dirige et leur enseigne les 
devoirs qu'ils avaient toujours ignorés , ou qu'ils n'avaient 
jamais remplis. 

« Dans le courade nos Missions mnsB?av«nsrien reçnv 
pas même la plus légère amntee , afin d'^oigner d» no« 



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412 
loot soupçon d'avaijce. Par là , ces gens connaltrout que 
oe que nous cherchons dans leurs montagnes , ce sont 
uniquement leurs âmes. 

« D'après tout ce que je vienà de vous dire , mon 
révérend Père, il vous sera facile de comprendre Taffectîon 
et la reconnaissance de ces habitants pour nous. A notre 
départ de chaque paroisse , la douleur se peignait sur 
leurs visages. Tous voulaient que nous restassions avec 
eux. S'ils ont compris que cela étaitimpo6sible,du moins 
BOUS ont-ils conjurés de ne pas sortir de la province » 
dans Tespoir de nous entendre encore. Leur plus grand 
plaisir est de recevoir de notre main une petite médaille, 
une croix, une image ou un chapelet. Partout les 
autorités ecclésiastiques et civiles ont favorisé nos travaux, 
et conuribué au succès de nos Missions. Les curés nous 
ont donné des preuves de leur dévouement. L*un d'eux , 
âgé de trente-trois ans , prêtre de beaucoup de moyens 
, et d'une rare vertu, fut si ému à notre séparation, que 
les sanglots étouffèrent sa voix. Il écrivit au président de 
là province de nous conserver au pays, pour le plus grand 
iMen des âmes. En effet, aussitôt que nous rentrâmes à 
b capitale , M. le gouverneur accompagné de son aide- 
de-camp vint nous voir , nous remercia de ce que nous 
avions bit pour les habitants de Sainte-Catherine, et nous 
promit sa protection. L'assemblée provinciale a voulu aussi 
montrer sa gratitude , en nous allouant une pension an- 
nuelle d'environ cinq cents francs , pour le loyer de 
notre maison ; elle est même dans rint«{ntion de Taug- 
monter plus tard , dans le double intérêt des Missions et 
de rittstruction publique. Qu'en sera-t-il ? je l'ignore ; 
chaque fois qu'on nous parle de cette affaire , nous répon- 
dons que nous dépendons de nos supérieurs qui , bien 
informés, ordonneront ce qui sera plus agréable à Dieu 
ec plus convenable i l'utilité de ce bon peuple. 



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413 

« Voilà, mon révérend Père, Pétat des choses dans 
œtte contrée. Il me reste à vous dire que le mois d'oo- 
tobre prochain nous partirons pour le nord , où nous 
passerons trois ou quatre mois; ensuite nous reviendrons 
faire la Mission à Do Desterro, et nous aurons ainsi par- 
couru toute la province de Sainte-Catherine. 

« Agréez , etc. 

« Michel Càbbza, Missiofmaiu de 
la Compagnie de Jésus. • 



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414 



Extraù d'une lettre du P. Samuel de Lodi^ Capucin , 
au P. André d^Jrexxo^ Procureur général des Capucin» 
à Rome. 



Bahia, le 16 mars 1845. 



« Mon revérskd Pêrb^ 

« Le Père Louis de Livourne, homme vraiment aposto- 
lique, dont le nom est répété avec éloge et avec amour en 
Italie comme au Brésil , s'est décidé à sortir momentané- 
ment des forêts qui sont le théâtre ordinaire de son zèle, 
pour venir passer deux mois dans notre hospice. J'ai 
profilé de sa présence au milieu de nous pour recueillir , 
sur les sauvages indigènes de la province de Bahia^ toutes 
les notions qu'un séjour de vingt ans parmi eux avait pu 
fournir à son esprit observateur ; et ces renseignements , 
écrits en quelque sorte sous sa dictée, je me fais un devoir 
d'en envoyer à votre Révérence un résumé fidèle, dans 
l'espoir qu'elle les Gra avec le même plaisir que nous les 
avons entendus. 

« Ces Indiens occupent, entre les fleuves Rio-Pardo 
et Taype^ un territoire d'environ trois cents milles de long 
sur deux cents milles de large , tout couvert de forêts 
encore vierges, tout hérissé de montagnes , ou coupé par 
des vallées marécagaises. Ils forment quatre tribus dis- 
iioctes, connues sous les noms de Camacans, de Botecu- 
doi, de Pataxoi et de Mongaioe. Sans deute , ces enfants 

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415 
dégénérés appartiemient comme nous à la grande familie 
bomaine ; mais on a souvent de la peine à reconnaître des 
bonmes dans ces créatures rebelles' ou étrangères auK 
grâces de TEvangile. 

« La chasse, la pédbe, des fruits sauvages et quelques 
racines alimentaires qu'ils trouvent dans les bois , four- 
nissent auK premiers besoins de leur existence. Ils 
mangent à toute heure , et prennent plus ou moins de 
nourriture selon -quMk ont pu s'en procurer , sans mettre 
rien en réserve pour le lendemain. Presque toujours va- 
gabonds, le plus qu'ils s'arrêtent dans un même lieu est 
Tespaoede quelques jours; une cabane dressée à la hâte 
pour se défendre de la pluie, est le seul établissement 
qu'ils élèvent dans la vallée qui a su fixer un instant leur 
fie errante. Le caractère traditionnel de la tribu se per- 
pétue et se transmet, invariable et uniforme, des vieillards 
aux enfants; le fils imfte son père , la fille se modèle sur 
celle qui lui a donné naissance , et c'est là toute l'éduca- 
tron de la jeunesse. 

« Dans leurs mariages , ils ne respectent ni Tunité ni 
i'indissolidbilité de cette union. S'il suffit d'un consente- 
ment mutuel et de l'aveu des parents pour former le 
contrat, il suffit aussi de la volonté capricieuse des époux 
pour le dissoudre : le caractère difficile d'une femme, sa 
stérilité , ou quelque infirmité habituelle , sont autant de 
motiis qui autorisent le divorce. Ils n'en ont pas moins en 
horreur l'adultère , et toute femme convaincue d'un tel 
<^ritne est sévèrement châtiée ; quelquefois on l'attaclie à 
un arbre, et son mari vient lui-même venger son injure , 
en rimmolant à coup de flèdiea. 

« Quand une femme est sur le point de donner le jour 
h son enfistnt , elle se retire au bord d'un torrent solitaire, 
afin de pouvoir l'y baigner aussitôt qu^il sera né. Plus tard, 
ce souvenir rattachera par un lien religieux le jeu^ iç^^ 



416 

dien à son premier berceau ; ce torrent sera pour lui une 
eau sacrée, l'objet du culte le plus affectueux; rarement 
il s'éloignera de sesTives, et s'iU'en écarte jamais, ce sera 
pour y revenir avec un nouvel amour ; il croit même re- 
tremper sa vigueur affaiblie chaque fois qu'il boit à cette 
source, où dès son enfance il s'est désaltéré. 

< Gomme tous les sauvages, ceux de la province 'âé 
Bahia sont excessivement jaloux de leur indépendance ; 
il n'y a parmi eux ni supérieurs, ni lois, ni administration 
qui règle , en la restreignant , la liberté des individus. 
Chacun est mailre de lui-même et de ses actions. La seule 
autorité qu'ils reconnaissent est celle de l'âge; encore leur 
soumission au vieillard qu'ils ont au , est-die une pure 
déférence qui exclut toute contrainte. En temps de guerre 
ils se choisissent un chef, dont le pouvoir expire aussitôt 
la campagne terminée. 

« Entre eux , ces guerres sont rares , et n'ont jamais 
pour origine l'esprit de conquête, ni l'avidité du butin; 
quelquefois c'est une injure personnelle qui la provoque, 
d'antres fois une atteinte au droit de [M*opriété. Que des 
étrangers, par exemple, viennent chasser sur le territoire 
d'une autre tribu , la peuplade offensée déclare alors la 
guerre, non par des ambassadeurs ou par de bruyants 
défis, mais de la manière suivante : L'indien qui croit 
avoir à se plaindre , place une flèche en travers sur le 
sentier que doit parcourir l'étranger. Celui-ci, arrivé % 
reconnaît à ce signal que sa &ute est découverte, et il se 
hâte de consulter sa tribu, pour savoir s'il doit donner sa* 
tisEaction ou accepter la guerre. Si les avis sont pour la 
paix, il dépose une autre flèche parallèlement à celle qu'il 
a rencontrée sur son passage ; si au contraire les Indiens 
acceptent le combat, leur flèche sera placée en face de la 
première, et les deux pointes tournées Tune oontie 
l'autre. 

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417 
« A son tour, le sauvage offensé revient observer la 
direction des flèches pour savoir la réponse de Tennemi. 
Si c^est la paix, il se garde de toute représaille ; si au con- 
traire la guerre est déclarée, ses compatriotes s'y disposent 
sans délai , ou si leur nombre est insuffisant pour assurer 
la victoire, ils vont [en diligence chercher du renfort chez 
leurs alliés. Les femmes suivent leurs maris au combat, 
soit pour porter les flèches , soit pour recueillir les traits 
que lancent les deux armées ; il en est même qui , dans 
le moment du péril surtout, se mêlent aux guerriers, et 
manient Parc aussi bien que les hommes. A l'exception 
des femmes âgées ou de celles qui allaitent de petits 
enfants, toutes se rendent sur le champ de bataille. 

« Vous savez que tous les guerriers sauvages cherchent, 
en se défigurant plus ou moins, à se donner un air ter- 
rible. Les Boiecudos sont peut-^tre ceux qui y ont le 
mieux réussi. Ils ont coutume de porter dès Tenfance un 
morceau de fer introduit dans la lèvre inférieure et aux 
lobes des oreilles; ils y attachent un anneau de bois 
peint, de quatre à cinq pouces de diamètre, dont le poids 
allonge nécessairement ces parties; la lèvre surtout se 
replie et pend sur le menton. Ils coupent leurs cheveux 
bien près par le bas, et les laissent croître dans la partie 
supérieure de la tête; puis à force de gomme ils les fixent 
dans une direction horizontale. Cette forme hérissée de 
leur chevelure, jointe à sa coupe circulaire , lui donne 
assez Paspect d'un chapeau. Les paupières et les sourcib 
ont aussi leur préparation particulière; ils les teignent, 
ainsi que le reste du visage^ avec le suc d'un firuit nommé 
aeafiroa , qui donne un jus couleur de sang. De 11 cet 
aspect horrible de leur physionomie , qui ne laisse pas 
d'imprimer une certoine frayeur à leurs ennemis. 

c Ib mangent par fois de la diair humaine^ non pitf" 
QD excès de fërocité, mais, ce qui paraîtra incroyable, par 
tw. xm. 108. 

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418 

mi seatiioepit ex^^éré de tendresse, fl y a peu de temps 
qu'uQe mère mangeason enlant que la mort wait de loi 
ravir , soit qu'elle voulût s'incorporer la substance de ce 
(Hs bien-aimé , soit qu'elle ne pût se résoudre à le confier 
à la terre pour y devenir la pâture des vers. D'autres, et 
ce sont les guerriers, dévorent leurs ennemis ; ils pensent 
protéger ainsi leur vie contre la vengeance du mort, et 
même se rendre invulnérables aux Sèches de toute la 
tribu. 

« Cette manière étrange de traiter les morts tient sans 
doute à l'idée qu'ils se sont faite de l'état des ilmes dans 
une autre vie. Voici un £ait assez curieux qui vous en dira 
sur ce sujet plus qu'un long commentaire ; je le rapporte 
tel que le Père Louis me l'a raconté. 

c n y a environ deux ans qu'il entendit, k la porte de 
sa cabane, une grande rumeur de voix confuses» comme 
un cri d'alarme poussé en tumulte par des gens surpris 
par un assaut. C'était sur les dix heures du soir; le cial 
ét;âi^ serein, et les étoiles scintillaient sur un ciel sans 
nuages; la lune seule refusait sa clarté. Attiré par et 
lyruit inattendu, le Père quitte sa demeure^ et trouve une 
foule de CatiMcans plongés dans la stupeur et l'effroi, et 
iHisant à la hâte leurs préparatifs de défense. « De qnoi 
s'agit-il donc? leur demande le Missionnaire. — Com* 
ment I lui répondent-ils, vous ne voyez pas, Ji l'obseur*- 
cissen^t de la lune, le malheur qui nous menace! Cei 
asu*e est le rendez-vous des âmes séparées de iews 
corps; aujourd'hdi elles y sont en si grand nombre, qoe 
leur multitude voile son disque tout entier. Qui sait it 
Ouâjigiahara (l'Etre suprême) ne les renverra pas 
parmi nous, pour rendre à la lune aa lumi^P Alors 
ces espriu s'incorptrerent aux tigres , aux serpent» 
vepiffieax et aux bétes féroces, pour dévorer ies.n* 
Yant^*»«a » 



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419 

« Le Père Loois fit de son mieox pour les tranquiili*? 
aer, tenr aasvrant qu^il n'y aradt rien à craindre, et qne œ 
qni GSiuaait leur effiroi éuût un phénomène tout naturel , 
oomiu sous le nom d'éclip^ ; mais ils n'entendaient rien i 
ses exfdications, et leurs vieux préjugés remportant dans 
leur esprit sur ses paroles, ils continuaient de se tenir sur 
la défensive. Alors il imagina , pour les tirer d'angoisses, 
une expérience qui lui réussit : il alluma un flambeau, et 
prenant deax corps sphériques, il montra aux sauvage» 
eoBunënt ces globes pouvaient , dans leurs évolutions, 
pregeter tour à tour leur ombre Tun sur l'autre ; ce qui 
expliqua à ces bonnes gens la cause de leurs vives inquié^ 
tndes et finit par les détromper. 

«Nos Indiens portent un grand respect aux morts, et les 
cneevelissent avee toutes les marques d'un deuil profond. 
Qaand un membre de la peuplade vient de fermer les 
yeux, sen plus prodie parent se place «i pleurant à ses 
côtés, et lui exprime tous les sentiments que la douleur 
inspire à ceux qui aiment. Ses doléances finies , un autre 
parent le remplace et feit de même ; ensuite cbacnn des 
assistants témoigne à son tour l'affliction qu'il éprouve, et 
tes larmes ne tarissent souvent qu'au bout de six ou sept 
heures. Pendant ce temps , on prépare le cercueil, qu'on 
recouvre de feuillage après que le corps y est placé , et le 
convoi marche vers le lieu de la sépulture, où on le dépose 
doucement et en silence. Un des parents veille tout armé 
auprès du tombeau , afin d'en écarter les bétes féroces. 
Cette garde funèbre est ainsi continuée durant neuf à dix 
jours par diaenn des parent. Dbm eet intervalle, il y a 
toujours avec la sentintUe ^quelques amis du défunt qtf 
vîeuuent géflûr sur sa tombe, et «'entretenir tvec son itm 
qu'ils craieDi préMute bien qu^inviaiMe, car ils supposent 
qu^elk s'éloifiie pe»du carpe qtt'eUe^uMMu 

• ••«••itirQiDtieraisvetfaalieBêey mon révérend Père^ 

27. 



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430 

il je terminais cette lettre sur nos Indiens sans vous dire 
6Ù en est rœuvre de leur conversion. Jusqu'ici le zèle d% 
nos confrères a rencontré des obstacles presque insur- 
montables; et cependant le ciel a déjà reçu, comme tribut 
de ces forêts séculaires , plusieurs centaines d'enfants on 
d'adultes, que le Père Louis a baptisés au moment de leur 
mort. 

« L'année dernière j'ai eu la consolation d'apprendre 
que la tribu des Botecudo$ demandait à s'instruire de b 
Religion dirétienne ; aussitôt je lui ai envoyé le PM*e An- 
toine de Faleme, dont le dévouement n'est pas resté sans 
succès, pubqu'il compte déjà quarante catédiumènes 
parmi ces sauvages. En m'annonçant cette heureuse nou- 
velle, il y joignait l'espérance de voir bientôt ce nombre se 
multiplier ; mais pour cela il implore l'assistance de nos 
prières, sachant bien que vainement les Apôtres plantent 
et arrosent, si Dieu ne fait croître, n'affermit et ne per- 
fectionne. 

« Veuillez agréer, mon révérend Père, etc. 

SiHUEL de Lodi , Mis$. apo$t. » 



P. S. « Le P. Loms de Uvoome a quitté l'hospice de 
Bahia dès que ses Corées l'ont permis; il lui tardait de 
revoir ses (^ers Indiens qu'il évangélise depuis vingt* 
quatre ans. On n'est pas surpris de son empressement à 
retourner dans l^vssombres forêts, quand on sait tout le 
l^ien qu'il jr a défà opéré, et celoi, pittt grand encore, 

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431 
qo'il est peat-étre au moment d'accomplir. Les sauvages^ 
qn^il a convertis en grand nombre, vivent sous sa direo» 
lioa comme une grande famille sous la tutelle révérée d'un 
père. Il est tout pour eux : apôtre, grand-chef, médecin, 
ardiitecteet organisateur du travail ; sous sa conduite » 
les hommes se sont formés à Tagriculture , et les femmes 
oot appris à tisser des étoffes. Bientôt, si les espérances 
du zélé Missionnaire ne sont pas trompées , l'œuvre de 
civilisation chrétienne s'étendra à plusieurs tribus ; un dés- 
armement général des Indiens est sur le point de se con- 
clure par sa médiation , et il se flatte qu'après les avoir 
réconciliés , il aura aussi le bonheur de les convertir. •^ 



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4St 



MISSION DE UILE IVIAURICE. 



LHire communiquée à MM. les Membres du Conseil 
central de Lyon, par Mgr Jllen-CoUier , Ficairt 
apostolique de Vile Maurice. 



15 mars 1845. 



« MeS8IE0BS^ 

« AU sein de la vaste mer des Indes, il est une Ue que 
sa beauté et sou importance signalent à Tintérét du voya- 
geur. Vos compatriotes l'appelèrent île de France. Elle a 
repris maintenant le nom àitle Maurice , qu'elle portait 
avant l'occupation française. La nature s'est plu à féunir 
sur ce point de l'océan des avantages dont peu de pays 
cm été favorisés; elle lui a donné des sites pittoresques 
d'une rare magnificence, un sol d'une fertilité inépuisable, 
et un climat dont nul autre ne surpasse la salubrités 

« Mais la Sagesse incréée Ta dit : La terre avec tous ses 
trésors ne peut suffire au cœur humain. Il lui faut un plus 
noble adiment pour le nourrir et le vivifier ; il but que la 



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423 
parole de i*éterndle Vérité descende, comme un rayon qui 
les échauffe, sur les œuvres mortes de la nature , et leur 
communique ce charme qui les anime , nous captivé et 
Qous enchante. Sans cette effusion de la lumière infinie, It 
création, cette servante de Dieu , ressemble au corps de 
rbomme^ au moment cà l'ouvrier suprême venait dêr h 
fermer : elle peut bien offirir par elle-même un spectacte 
latteur à Vceil qui la contemple ; mais Gant que le souffle éé 
l'esprit régénérateur n'a point passé sur elle» ses tableatix, 
même les plus brillants, ne disent rien à l'âme ; ib sont 
froids et sans mouvement ; ce n'est qu'une peinture ina- 
nimée ; ce n'est qu'une demeure consuruite par un ardii* 
lecte habile, mais privée des habitants qui devaient doMWt 
de l'intelligence à ses murs et de la vie à sa solitude^ 

« Tel est le sort de l'Ile de France; elle est belle sans 
doute, mais elle le serait au centuple, si ses grâces natu- 
felleffétaien t ennoblies par l'influence sacrée de la Religion • 
Aujourd'hui c'est un corps sans âme ; mais il fout le dire , 
son triste état est plutôt le fruit d'un malheur que celui 
d*une faute. 

« A la fm du siècle dernier , lorsque File appartenait à 
h France , le christianisme avait presque disparu de b 
bce du pays; un gouvernement, qui proscrivait chei lui te 
culte de Dieu, ne pouvait être disposé à le propager dans 
ses colonies. Quelques prêtres , dont le nombre dépassa 
rarement dix ou douze, luttaient contre les progrès du iiial« 
H répondaient de leur mieux aux besoins ^iritueb de la 
population. Il est vrai qu'alors elle ne s'élevait prd>ablâ* 
■ait pas à la moitié du chiffre qu'elle atteint aujourdlmi» 

• En 1811,lesdeuxllesdeFraflceetd0BMfteiOi^ 
ébreni aux forces de la flotte brUauMque, tifmnmMùm 
réespar les troupes an^ises^ itV'utmimhfMiiiÊàk 



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424 
rendirent Bourbop à ses anciens maîtres^ et gardèrent Ftle 
de France qui reprit son nom hollandais de Maurice» 

« A en juger par le nombre annuel des baptêmes , bi 
pqmlation catholique doit dépassa* quatre-vingt mille 
âmes. La grande majorité se compose de noirs , dont la 
profonde ignorance est le résultat du malheur de leur con- 
dition. Pour une Eglise aussi considérable , le goovanw- 
mcÊki a reconnu et rétribué d'abord huit prêtres , et plus 
tard dix. Ce cbifli^e n'a pas été dépassé depuis que la co- 
lonie appaiiient à TAngleterre. 

• Les esclaves , dont le nombre s^élevait à soixante 
miHe, furent émancipés en 1839. Avant leur affranchis- 
sement , ils étaient généralement traités avec humanité et 
presque avec bienveillance. Bien qu'ils vécussent dans 
l'ignorance de la doctiine chrétienne, faute de prêtres et 
de catéchistes pour les instruire , ils étaient presque tous 
baptisés. Aujourd'hui encore la plupart d'entre eux, tout 
en se disant catholiques, ne connaissent pas les premiers 
éléments de la Religion , et ne savent pas même réciter le 
Pater ^ ni faire le signe de la croix. 

« Il est certain que depuis l'émancipation leur condi- 
tion n'a fait (|u'empirer : indolents par caractère , ils se 
refusent au travail dès qu'il n'est plus pour eux une né- 
cessité. Leur unique ambition se borne à se procurer un 
petit eoin de terre pour y semer du maïs et se construire 
une méchante cabane ; tout leur bonhetu: consiste à passer 
leur temps couchés à terre sous ce chétif abri. Un peu de 
riz soiBt à leur nourriture, et le labeur d'un jour leur en 
fournit assez pour vivre une semaine entière. 

• Ils aiment beaucoup les cérémonies religieuses; et 
éê UMMs les Anes, celle qui émeut le plus leur piété est la 
as— ifcwjiHJiOn des morts. Lesoh-, ibse rendent an dme- 
iikm et j br èl s t des Gtef|;e8 sur les tombeaux de leurs 



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425 
amis défiints; Tenccinte Ainéraire ressemble alors à ud 
champ en feu, dominé par une croix lumineuse elle-même. 
Au centre s'élève un grand crucifix ; des flots de lumières 
se pressent h ses pieds , et le serrent de si près que la base 
en est toule noircie et presque à demi brûlée. C*est un 
spectacle singulier et vraiment saisissant de voir ce lugubre 
séjour des morts, inondé ainsi d'éUres vivants qui, vêtus les 
uns à Teuropéeniie, les autres à la mode bizarre des Orien- 
taux, viennent se courber tristement sur des tombes , au 
milieu d'une forêt de torches embrasées. 

« Dans la ville de Port-Louis , il y a un prêtre , 
M. Tabbé Laval , qui se dévoue exclusivement à Tinstruc- 
tion des nègres. Ses travaux sont excessifs , mais Dieu a 
daigné les bénir. Dans Tespace de vingt mois qui se sont 
écoulés depuis son arrivée dans Tile , il en a préparé cinq 
cents au sacrement de confirmation. Chaque soir il passe 
deux heures et demie à les instruire, à réciter avec eux le 
rosaire, à chanter des cantiques dans Téglise, où ils ne 
manquent jamais de se trouver réunis au nombre de deux 
ou trois cents. De l'état d'ignorance et de dégradation pro- 
fonde ou ils étaient plongés, il les a élevés à la dignité des 
vrais enfants de^Dieu, à la connaissance de leurs devoirs ; il 
en a fait non-seulement des hommes honnêtes et indus- 
trieux,mais de bons catholiques. N'est-il pas déplorable 
qu'un si petit nombre ait eu jusqu'ici la possibilité de se faire 
instruire? G)mbien n'avons-nous pas à gémir sur le sort 
de tant de milliers d'autres^ égarés encore dans les ténèbres 
et le vice, et qui cependant profiteraient aussi bien que 
les premiers des bienfaits d'un enseignement religieux I Os 
sont tous disposés à le recevoir, ils le désirent même; mais 
ils n'ont personne qui puisse le leur donner. Ib prquvenl 
su$samment leur bonne volonté par l'empresseacnt avec 
lequel ils apportent leurs eolant* au bapttaie. 



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426 

« Naguère TEvéque avait annoncé qu'il irait donner ce 
sacrement dans le district de Savanne, qui est à rextrémité 
de 111e la plus éloignée de Port-Louis. La nouvelle s'en 
répandit aussitôt, et tous les habitants des localités envi- 
ronnantes accoururent pour présenter leurs enfants à 
feau sainte de la régénération. Nous connaissons le pays 
et la route que Sa Grandeur eut alors à parcourir. Laissant 
Port-Louis au nord> on arrive bientôt à Grand-River^ tor- 
rent rapide, qui comme toutes les rivières de File coule 
dans un ravin non moins escarpé que profond. Son lit est 
encombré d'énormes blocs de rochers, à travers lesquels il 
se précipite avec fracas. Souvent il se dérobe aux regards 
sous les massifs de verdure qui ombragent ses rives ; mais 
alors même que ses eaux disparaissent, on les entend mu- 
gir , elles s'indignent et frémissent contre les obsucles 
qui semblent vouloir les empêcher de courir vers l'océan. 

«Ces ravins, que l'on rencontre fréquemment dans l'tle, 
sont tellement abruptes et vont se perdre si loin , que les 
oiseaux du ciel peuvent seuls en visiter les gouffires inac- 
cessibles. Le voyageur en voit souvent voltiger, au-dessus 
de ces abîmes, de nombreuses tribus aux ailes blanclies 
et rouges : paisibles habitants de ces solitudes , dont le 
brillant plumage œnlraste heureusement avec la soni!>i*c 
verdure de la végétation. L'éclat d'un ciel admirablemifiit 
pur ajoute à ce paysage un charme ravissant, et lui 
donne l'aspect d'une terre enchantée. Plus loin on tra- 
verse une plaine qui s'élève par gradation à mesure 
qu'elle s'éloigne de l'océan. Elle offre à sa surface, comme 
tout le reste du pays, des traces de son origine volcanique* 
que les siècles ne peuvent eflEicer. 

« Dans rintérieor de IHo , en rencontre une finréc tra^ 
fMée dans sa kmgarar et sa largeur par une botme 
route. Les arbres qui la bordent, mteroeptent la vue dam 



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427 
toutes les directions, tq point que le Toyageur n^aperçoit 
plus rien devant lui ni au-dessus de sa tête, si ce n'est par 
intervalle le sommet âpre et sauvage de quelques mon- 
tagnes qui, comme la chaîne dont elles dépendent, pré- 
sentent les formes le» plus irrégulières. Elles semblent 
braver les lois de Féquilibre ; on dirait qu'agitées par 
quelque génie malfaisant qui s'est enfui soudain, mais qui 
va revenir leur rendre le mouvement, elles attendent son 
retour pour précipiter leur chute un moment interrompue. 

« Un ruisseau souterrain et un lac formé dans le cra- 
tère d'un volcan éteint se font remarquer à peu de distance 
de chaque côté de la route : ce sont encore, au milieu 
d'autres indices si nombreux, comme des témoins irrécu- 
sables des agitations convulsives qui ont autrefois boule^ 
versé le pays. Des lits de corails^ des stratifications soushm- 
rines, trouvées dans le centre de l'Ile , attestent que les 
points les plus élevés gisaient autrefois dans les profon- 
deurs de l'océan. 

« Après un trajet de douze ou quatorze milles, on son 
de la forêt et Ton arrive à l'extrémitéde File, dans un pays 
ouvert et bien cultivé. C'est là qu'est situé le village de 
Port-Souillac, dont la population est considérable. L'Evêque 
avait £iit annoncer qu'il viendrait y donner le baptême. 
Aussi tous les habitants, jeunes gens et^vieillards, étaient- 
ils accourus de plusieurs lieues pour assister à la cérémo- 
nie. On avait choisi une place à l'abri des ardeurs du soleil^ 
pour y réunir les ouailles autour du pastemr ; elles se 
terraient de si près autour du Pontife , qu'à peine lui 
feaiait-il Tespaoe nécessaire pour se tenir debout. Après 
ime inscruttion sur la nature et les obligations du bap- 
têoie. Monseigneur commença Tadminisiration de ce 
tacre m ent, et ait bout de quelques besres il avait régé^ 
iéré cent soiianie et dfat persottnei; Cet fi <Me »s e st à 



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438 
ireaie ou quarante milles de la chapelle la plus rappro- 
chée, et jamais ils n'ont eu de prélre résidant au milieu 
d'eux. Ceux qui peuvent supporter la dépense d*uD 
voyage, amènent leur jeune famille de Textrémité de File 
à Port-Louis, et ils y séjournent tout le temps nécessaire 
pour instruire et préparer leurs enfants a la première com* 
munion. Ensuite ils retournent avec eux dans leur pays 
où, suivant toute probabilité, le reste de leur vie s'écoulera 
s>ans qu'il se présente pour eux une nouvelle occasion de 
voir un prêtre et de s'approcher des sacrements : heureux. 
si à leur dernière heure la Providence leur ménage ceice 
consolation ! 

« On ne s'étonnera pas qu'il en soit ainsi , quand on 
saura qu'à Port-Louis même, oii le clergé est comparati- 
vement nombreux ( puisqu'il y a quatre ecclésiastiques) 
il est impossible de procurer les secours de la religion i 
tous les mourants qui les réclament. En (ace des trente à 
quarante mille catholiques de cette capitale , les prêtres 
sont réduits à voir un grand nombre d'infortunés, arrivés 
au dernier période de la misère et de la maladie, implorer 
en vain leur assistance et mourir sans sacrements , parce 
ç|ue nos confrères se trouvent dans l'impossibilité absolue 
de donner leurs soins à tous ceux qui les sollicitent dans 
le même moment. Peut-on, sans verser des larmes, songer 
au triste sort d'un malheureux qui, à son heure suprême^ 
supplie le ministre du salut de venir , pour l'amour de 
Dieu, le préparer à paraître devant son juge étemel , et 
qui s'entend dire pour toute réponse : « Faites de votre 
« mieux pour vous disposer vous-même ; le prêtre que 
« vous attendez ne peut venir I » Et quelle pénible si- 
tuation pour un pasteur, forcé de Caire un choix au mi- 
lieu., des demandes multipliées dont son ministère est 
robjet > sans jKiveîr quelle directton il doit prendre, vers 



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429 
quel agonisaDt il portera ses pas , n'ignorant pas qu'au 
moment même où il va administrer un malade, il en hisse 
derrière lui un ou deux autres qui expireront peut-être 
dans le désespoir l Ah I daigne le Seigneur avoir pitié 
de cette multitude de pauvres catholiques, condamnés à 
un si cruel malheur dans cette lie abandonnée ! 

« Au milieu de ce dénûment de secours spirituek , les 
annemis de l'Eglise ne restent pas oîsîfe ; à peine y a-t-il 
dans toute Tile un village ou même un hameau un peu 
considérable, où les médiodistes n'aient érigé , pour les 
enfents du peuple, une école gratuite, dont la direction est 
confiée à des maîtres et maîtresses venus d'Angleterre. 
Les enfants de la classe émancipée^ qui vont y chercher 
l'instruction, s'inoculent en même temps les préjugés 
dont leurs maîtres sont imbus , et quoiqu'ils aient été 
baptisés, ainsi que leurs parents, dans TEglise catliolique, 
aussitôt qu'ils ont fréquenté ces écoles, les mmistresles 
considèrent comme appartenant à leur communion. 

« De notre côté, nous avons aussi à Port-Louis une 
école gratuite, soutenue principalement par l'Evêque; 
mais elle ne peut contenir que cinquante élèves, ce qui 
nous oblige presque tous les jours à refuser ceux qui se 
présentent. II n'est pas douteux qu'en donnant à cette in- 
stitution un développement plus convenable, on prévien- 
drait la chute de plusieurs centaines d'enfants catholiques 
qui , pour se faire instruire , n'ont d'autre ressource que 
les établissements méthodistes du gouvernement colonial* 
Pourquoi faut-il que notre pauvreté nous condamne à les 
TOUT périr , quand ils tendent vers nous leurs mains sup- 
pliantes , et nous conjurent de les arracher au péril immi^ 
nent dont leur religion est menacée I 

« Un collège royal a été fondé pour l'éducation des en- 
fcnts d'origine européenne. Sa direction, confiée d'abord 

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430 

h im prêtre catheliqae, a ptssé entre les mah» d'un pro- 
ttsuol irlanàiis. 

« On y donne un soin tout particulier à Tétude de l'an- 
glais, dont on se sert pour l'explication des auteurs clas- 
siques* Les efforts du gouvernement tendent à introduire 
l'usage de cette langue, aussi bien que l'esprit et les cou- 
tumes anglaises : il est urè8-prd)able que l'entreprbe 
réussira , elle ne demande que du temps pour atteindre 
son but. Mais avec sa langue le gouvernement espère 
(et nous croyons qu'il s'en flatte vainement) que la co- 
lonie adoptera la religion nationale de la Grande-Bre- 
tagne. 

« Sans considérer quelles funestes conséquences en traîne- 
rai t pour l'ordre social le conflit de tant d'églises qui, pour 
être toutes protestantes, n'en sont pas moins rivales, on 
cberdierait vainement parmi les naturels de llle un seni 
homme sensé qui ne regrettât devoir ^on pays, où la seule 
religion professée jusqu'ici était celle qui compte dans son 
sein deux cents millions d'Ames, se partager en mille sec- 
tes opposées, dont les doctrines oontradictdres ont wm 
pe« la charité pour résultat qae It vérité pour principe. 

« Une mortalité progressive a décimé la population 
nègre depuis son émancipation ; la cause en est surtout 
dans la funeste halntude de l'ivrognerie, vice qui, dans 
un climat cbaud, est toujours fiital. Pins d'une fois on a 
n*ottvé le long des diemins qndqnes-uns de ces malheu- 
reux morts des suites de Pivresse. n a été constaté que 
dans le cours de l'année pins de quarante noirs avaient 
suecombé, victimes de leur intempérance, avant d'arriver 
à la porte de l'hApital et avant d'avoir reçu les premiers 
secours du médecin. A cet égard, la dégradation des nè- 
gres, il but en convenir^ s'est aecrae depuis leor affinan- 
obissement. 



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« Sans doute, r6sclava([6 est une plaie d« Thumaoîté 
dont la Religion s'afflige; il ne devrait pas être toléré par 
un peuple chrétien, et tout gouvernemeot qui protégerait 
un tel système par desconsidéraiions d'intérêts matériels ou 
politiques, mériterait la flétrissure des nations civilisées. 
Néanmoins, il est maintenant démontré par Texpérience 
f|ue son abolition dans les colonies britanniques, faute 
d'avoir été'ac<:ompagnée de ces mesures sages et prudentes 
qui seules pouvaient en assurer le bienfait, est devenue 
un véritable malheur pour cette classe infortunée, en fa- 
veur de laquelle on l'avait si généreusement conçue et si 
loyalement exécutée. Pour remplacer les bras dont Ta- 
griculture, et particulièrement la culture de la canne i 
sucre, se trouvaient privées par Témancipation , on intro- 
duisit dans nie , Tannée dernière , plus de vingt mille 
coolies amenés ici des différentes présidences de Tlnde. Ce 
sont des hommes de couleur cuivrée > de haute taille et 
d'une maigreur affreuse; ils portent pour tout vêtement 
une ceinture de toile autour des reins, et un lambeau de 
même étoffe roulé autour de la tête; ce qui leur donne 
une étrange tournure aux yeux d'un Européen. Qndqnes- 
uns reeherdient avec une prédilection tonte particulière 
les vieilles vestes que nos soldats ont jetées au rd>ut; ce 
sont pour eux des habits de luxe. Rien n'est divertissant 
comme devoir l'air de satisfocdon avec lequel ils posent 
•t s'admirent sous cet accoutrement favori,avec un turban à 
la tète, et autour du corps un misérable haillon rouge, d'oè 
s*MiBppe une longue paire de jambes noires et toutes 
Bues. Cette classe d'hommes est eneore païenne ; elle a 
OMiservé Tusage de brûler tes mùHs. Jusqu'ici il n'a pas , 
été possible d'entreprendre sa conversioa; car^ ainsi que 
je l'ai dit plus haut, le nombre des prêtres est si limité, 
qu'il ne peut même suffire à l'administraticm des catbo- 
Ikpes. 

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43Î 
< Dans un climat où la chaleur est excessive » la dis- 
tance à parcourir pour se rendre à Téglise , distance qui , 
en Europe, serait comptée pour rien , devient souvent un 
obstacle] très-sérieux. A ce sujet, je ne puis résister au 
plaisir de ciler la conduite édiGante d'une pauvre femme/ 
dont la demeure est située à plus de vingt milles de Té- 
glise la plus rapprochée. Cette pieuse insulaire avait Tba- 
bilude de se rendre à Port-Louis , à des époques fixes, 
pour participer aux sacrements. II lui fallait pour y arri- 
ver une journée entière de marche; et ce qui augmentait 
encore la fatigue d'une course déjà au-dessus de ses forces, 
par la longueur du trajet et la chaleur de la température, 
c'est qu'elle avait à traverser un torrent dont les eaux 
débordées avaient emporté le pont. Seule, elle n'aurait po 
le*passer à gué ; elle se faisait donc accompagner par son 
mari qui , après lui avoir aidé à franchir cette rivière en 
ayant de l'eau jusqu'à la poitrine, retournait à ses tra- 
vaux , laissant la fervente voyageuse continuer sa route 
avec ses vêtements tont mouillés. 

« Dans cet état elle avait encore seize nulles à psffoou- 
rir pour n'être point surprise par la nuit. Mais au dédia 
du jour, lorsque le ciel avait perdu sa couleur azurée 
pour revêtir une nuance de lilas éclatant, lorsque les nua- 
ges se coloraient de cette teinte verdâtre, inconnue peut- 
éure en tout autre climat, en ce moment notre voyageuse 
arrivait ordinairement àla ville.T^me de son pèlerinage, 
l'église recevait sa première visite. Le lendemain naaiiAf 
elle s'approchait toujours de la sainte table , et , ce jneax 
devoir accompli, elle ^ remettait en route. Arrivée an 
passage de la rivière^ elle y trouvait son mari qui la por- 
tait à l'autre bord, et rentrait avec elle ^n logis. 

« La Mission de Maurice a sous sa dépendance diffé- 
rentes lies , dont les habitants catholiques ont bien lieu de 

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433 
déplorer leur malhair. Llle Rodrignez , aitoée à une di^ 
tance de quatre ceois milles du côté de Test , a été peuplée 
par des familles qui autrefois émigrèrent de Tlle Maurice. 
Elles [M^fessent notre foi , et se composent d'environ^cinq 
cents personnes. Ces infortunés, non-seulement n'ont pas 
de pasteur au milieu d*eux , mais on dit qu'ik n^ont jamais 
reçu la visiie d*un prêtre ; ils vivent sans secours religieux 
et meurent algpdonnés à leur sort, quel qu'il puisse étre> . 
pour l'éternité. 

« A six cents milles, dans une autre direction^ File 
d'Âgalega c(»npte qudques centaines d'hs^itants condam- 
nés au même abandon. Cinq cents milles plus loin , et à 
phis de trois cents lieues de Port-Louis , on trouve le 
groupe des Iles Seychelles. Là aussi, les principales famille» 
soot originaires de Maurice, et revendiquent le nom de 
catholiques, parce que leurs pères s'honoraient de le 
porter. Jamais , depuis qu'elles existent , ces lies n'ont joui 
de la présence d'un prêtre , bien que leur population soit 
d'environ six mille âmes, y compris les nègres qu'on y a 
transportés des côtes d'Afrique. A diverses reprises, leurs 
habitants ont adressé des pétitions au gouvernement local 
podr obtenir un ministre de leur culte ; mais ces demandes 
étaient toujours restées sans résultat. A la fin cependant 
cm leur donna à entendre qu'il serait lait droit à leurs 
justes réclamations ; line lueur d'espoir brilla on instant à 
leurs yeux , la satisfaction était peinte sur tous Tes visages 
et semblait un présage assuré du bon accueil réservé aa 
pasteur si longtemps attendu. Enfin le vaisseau arrive et 
leur :ttiiène , non pas un prêtre catholique , mais un mi* 
nistre protestant; pour me servir du texte sacré : « lia 
« avaient demandé du pain , on leur donnait ime pierre I » 

Quelques-uns de ces pauvres gens sont si bien dSsposés 
pour la Religion, qu'on les a vus^ comme cela est encore 
TGV. XTII. 103. 38 

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<3( 
arrivé l'aniiee âeraiàre , entreprendre le tojage de Ptk 
Manrice poar recevoir le bâpi^e des'mains d'ua prêtre 
catholique ; ils s'en relouroaient ensuite en bénissant Die« 
lie leur avoir accordé eettc faveur, qu'ils ne croyaient paft 
avoir achetée trop cher par un trajet de sept cents Ueuei 
s^ur rOcéan. Puisse le Seigneur, qui voit ks besoins spi- 
rituels et Tabandon de ces bons insulaires, inspirer i 
quelqttes âmes généreuses la pensée de les«6courir! Oui^ 
l>euple affligé, ne désespère pas encore! Jusqu'ici le vfim 
de catholique a toujours été cher ù ton cœur ; ce titre 
^Horieux ne te sera pas onleTc : îl a été ton soutien dans 
la détresse , ton appui dans la iribulniion , comme il est 
rneore ton espoir au milieu de ton délaissement ; cette 
«onfiance ne sera pas trompée , le prêtre- de Dieu viendra 
Co visiter, il viendra habiter sur tes rivages, tu entendras 
lit; sa bouche les paroles de rétemclle vie^ ses bénédictions 
descendront sur toi et sur tes cnrants , et tu apprendras à 
chanter avec lui Tliymne de la reconnaissance au Dieu qtû 
t'a délivré. Dirupisti vincuîa mm; tilitacrifiùabo koHiam 
taudis. 

BAPTÊJffi DES ENFANTS D'INFIDÈLES. 

Longtemps on n'avait pu régénérer les enbnts d'infi- 
«KMes que sur des points isolés ; le nombre de ceux qui 
passaient du berceau dans la tombe avec lesoeau dubop^ 
téme était encore peu considérable, et voilà pourquei 
nous en avons parlé rarement aux pieux Lectenrs de nés 
Annales. Mai» depuis quelques années, ce bienftits*est dé^ 
vi(4oppé dans des pi*oportions plus consotacnles. Nos Missim - 
naires, avec les aninOnes de T Association , sont partentu 
à le généraKsef dans les principales chrétientés de TAsie; 
bientôt on aura peine à compter les jeunes prédestinés 
dont ils pcMfleront le ciel ; déjà mème^ le tableau de ceux 



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435 
4ju'îb lui ont donnés, est assez rîchc pour provoquer la 
l'ecDonaiisaoce et Tadmiralion de notre foi. Aussi roflrons- 
nous aux. membres de l'OEuvre avec un religieux empres- 
sement. Il ne se composera que de chiffres; mais des 
difllres sont assez émouvants lorsqu'ils représentent une 
multitude d'âmes conquises au bonheur éternel! 

« Cesl par millions, écrit Mgr Pérocheau, Vicaire 
apostolique^ que chaque année en Chine les parents 
tuent leurs propres enfants. Quand ils ne les étouffent 
pas à leur naissance, ils exposent ces malheureuses 
créatures sur la voie publique, où leurs corps servent 
de pâture aux chiens et aux loups. L'autorité le sait , 
rt ne punît point ; personne n^improuve , personne ne 
blâme même les riches qui n'ont pas, comme la classe 
jMmvre, le prétexte de la misère pour excuser un si* 
grand crime. H n'y ti tpie la charité chrétienne qui s'en 
alarme. Gnîce aux aumônes de la Propagation , nous 
avons déjà sauvé un grand nombre d'orphelins, qui vous 
doivent le baptême et la vie. 

« — (1) Aux époques de disette , on dirait quela na- 
mre perd tous ses droits sur le cœur des Chinois païens. 
Alors on a vu des pères et mères refuser de partagc^^ 
Yefur dernière poignée de riz avec leurs propres enfants; 
qui , après avoir poussé à leurs oreilles des cris husacB- 
tables pendant quelques jours , se sont éteints dans une 
maigrew effrayante. D'autres > pires que les tigres , 
ont tné les enfants qui venaient de naître , snrtout le& 
filles, ou les ont jetés à la voirie, comme chez nous 
on jette un petit chien qu'on ne veut pas élever. Ces 
pamvrcs créatures exposées sur le bord des rivières > 
au milieu des broussailles , ou dans queltpies trous fan- 
■fwa , fcnt entendre tles cris déchirants ; et l'égcfere 



{i) Eittiit4*«af lettre i% M» BertraBi, MMsionoaire apo<»tolif}e. 

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436 
Chinois qui les voit ne s'en émeut point : que dis-je ? 
il en rit comme si c'étaient de vik animauy Pauvre 
peuple ! que de fois j*ai senti mes entrailles émues à 
la vue de tant de malheurs! « Que n'avons-nous la 
liberté? me suis-je dit bien des fois. Je ferais au ^onts 
en petit ce qu'a réalisé saint Vincent de Paul en Fran- 
ce. » Vœux inutiles ! Ne pouvant sauver la vie du 
corps à ces petits enfants , j'ai cherché à procurer le 
salut de leurs âmes... Deux hommes instruits et quel- 
que peu médecins que j'emploie à cette bonne œuvre 
depub huit mois , en ont baptisé six cent vingt-quatre, 
dont plus de cinq cents sont déjà montés au ciel. 

« — (1) La Mission du Su-Tchuen poursuit son œuvre 
du baptême des enfants païens en danger de mort , et 
le Seigneur continue à la bénir. Chaque année le nom- 
bre de ceux qu'on régénère va toujours croissant. 
«Il était en 1839, de 12,483 1 
en 1840, de 16,766; 
en 1841, de 17,826; 
en 1842, de 20,068 j 
en 1843, de 22,292; 
9 II s'élève cette année à 24,381. 
« Nous avons observé que les deux tiers de ces en- 
fants environ meurent dans l'année même de leur 
baptême. C'est ainsi que sur le chiffre de 1844,seiie 
mille sept cent soixante-trois ont pris peu après leur 
vol pour la félicité étemelle. Ces âmes bienheureuses 
jégénérées par nous dans les eaux salutaires du bap- 
tême, fiCî'^ï'ont-elles nous oublier? Pourront-elles ou- 
blier la généreuse As9ociation , qui , après Dieu , lenr 
a ouvert les portes du ciel? 

(1) EiUrait d*iiiie ItUre de Moueigneor Përodieaa , fietira tf ii H 
lifM an So-Tclracii. ^ 



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437 

« Nous payons des fid^es , hommes et femmes , qui 
connaissent les maladies des enfants , pour aller cher- 
cher et baptiser ceux qu'ils trouveront en danger. II 
leur est facile d'en rencontrer , surtout dans les villes et 
dans les bourgs où affluent , les jours de foire , une foule 
d'indigents réduits à la dernière détresse, qui viennent 
là demander l'aumône. C'est surtout l'hiver que le 
nombre 'en est plus grand, parce que la misère est 
plus pressante. On voit alors partout, sur les routes, 
aux portes des villes et des villages , ou entassés dans 
les mes, dçs pauvres sans nombre privés presque en- 
tièrement d'habits, n'ayant ni feu ni lieu^ couchant 
tn plein air, si exténués par les longues tortures de 
la &im qu'il ne leur reste que la peau et les os. Les 
femmes , qui sont ici les plus à plaindre, portent sur 
le dos des enfants réduits à la même extrémité qu'elles. 
Nos baptiseurs et baptiseuses s'en approchent avec les 
douces paroles de la compassion, offrent gratis des 
pilules pour ces petits agonisants , donnent souvent 
aux parents quelques liards, toujours avec une grande 
bonté et avec l'expression du plus vif intérêt. 

« Pour ces malheureux , c'est un spectacle ravbsant, 
presque inouï. Ils permettent volontiers que nos gens 
examinent l'état de l'enfant , et leur' versent sur le front 
quelques gouttes d'eau , qu'ils assurent leur être sa- 
lutaire , en même temps qu'ils prononcent les paroles 
sacramentelles. 

€ Nos chrétiens baptiseurs .sont divisés en deux classes. 
Les uns sont ambubnts et vont au loin chercher les 
enÊints moribonds. Les autres , attachés à des postes 
fixes, dans les villes et les bourgs, se consacrent à 
la même œuvre dans leur voisinage. Je viens de faire 
imprimer des règles distinctes pour les diriger et les 
stimuler tous dans leurs belles fonctions* 



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43S 

« Les hommes forment une association spéciale qui 
a pour nom Association Angélique. Chaque année , de 
vive voix et par écrit, je presse tous les preuves de 
donner plus d'extension à celte œuvre qui me tient 
fort au cœur. J*espère pouvoir , Tan prochain , lui don- 
ner un développement beaucoup plus considérable, si 
le Seigneur nous conserve dans noire peliie tranquil- 
lité. C'est seulement depuis quatre ans qu'existe ÏJsso- 
dation Angélique , et c'est à son zélé concours que 
nous devons d'avoir levé sur le paganisme une si abon- 
dante moisson. Plus elle fei*a d'eiTorts, plus il y aura da 
dépenses ; mais l'argent peut-il être mieux employé? Nous 
comptons sur la charité des Directeurs et des Associés d« 
rOEuvre si admirable de la Propagation de la Foi. 

La même Association, récemmentélablieauYun-Nan par 
Mgr Ponsot, porte déjà ses fruits : 2,000 enfants d'infidèles 
ont été baptisés pendant les six premiers mois de 184^. 

Au Tchè-Kiang, il ne se passe pas d'année qu'on n'en 
baptise au moins 400. 

Dans le Xan-Si , les infidèles sont dans l'usage d'in- 
viter eux-mêmes les chrétiens à baptiser leiurs enfants , 
lorsqu'ils sont en danger de mort. 

Vicariat apostolique du Chan-Si. — (1) « Il s'est éveillé 
parmi nos néophytes un esprit d'émulation qui nous comblt 
de joie; tous rivalisent de zèle pour le baptême des enfants 
moribonds ou exposés ; quand on peut leur conserver la 
vie, c'est à qui aura le bonheur de les élever pour l'amour 
de Jésus-Christ. Nos médecins ont la plus grande pari à 
<'ette bonne œuvre ; les uns eh baptisent dix , les autres 
trente pnr an , les plus habiles ou les plus heureux vont 
même jusqu'à cent et au delà. Une vierge chrétienne, 



ft) Extrmt d*uiie Wttte de IHgr Alphoate , Vicaire «pesloli^e ém 



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«oœmée Aii0éKqiie Son?, apparieouu à usericbe^unUle, 
a consacré, pesdant vingt aos, sa fortune à sauver ks en*- 
(MMtde sonsMce. Afin de prévenir le meurtre si commun 
rfe ces pauvres créatures , die prometiaît une prime auk 
mères qui coonervenûent kurs filles, s-engs^^nt, de 
phm, à les nourrir et à les ëmer à sesfrais* Lesâmesdom 
•Ile a peuplé le ciel, r<mt appdée, il y a peu de temps, à 
neoevoir réteroeUe récompense; ses âUes qui lui oui sur- 
Técii, pkurent encore celte mèi^ adoptive, et ma douleur 
aéra longue à se oakner. 

ProvinceduHoVi-KooaRf. — (1) « J'eoci^uragepartom 
le baptême des eaianfs abandonnés ; mais je ne puis déve- 
lûf^r autimt^ue je le désircaraiscotte oeuvre ijoiéredsonte, 
parce que je suis trèsr-pauvre. Cepeudaiàt, avec Faidede 
vos aumânes, j'd)tiens des résoluits bien précieux* Une 
seule femme chrétienne en a bapiîsé 4(^3 dans Fespaoe de 
din Ddois. 

Ile de HoBg^Koag. — (2) a On élève aussi dans rilo di; 
Hoeg-Kong une maison pour recueillir ks enfants cbinoi>, 
si crnellemem ^riiandounés et en si grand nombre daus ce*. 
«laibeureuiL empire. Et ce quidoitredoubkr notre ardetu* 
pour la diffusion delasainteOEuviedelaPropagisitiondela 
Foi,c^eBt qu'on doit aux aumônes des Associés^ non-seuli«- 
IMnt cette pieuse fondation, mais encore tout le bien qui se 
iNt d^BsTile. Le fruit qu'on espère de toutes ces dépens^j^ 
fit d'autant plus grand, qu'ici les p^uvresChinois sont ui- 
franchis du joug tyrannique du céleste emperettr, et qu'iiâi 
peuvent, dans toute la liberté de leur conscience^ rendit* 
à Dieu le seul culte d'agréable oJeui*. 

« — (3) Pour la consolation de vos Associés, laissez-moi 

■ I I I ■ I ■ i > ■ I I I I ■ I n y 

(1) Extrait d'une \e\Lre de Mgr Rizzolati. Vicaire aposloliq^ue da Uov- 
Kotiang. 

(2) Extrait d'une lettre du Vhn Cherubino, MÎMÎonnaîrt rrancûtcair:» 

(3) Extnit d'une lettre du f^, QiliViél ll«r<*Ht. Miitear olnwrf anttn. 



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440 

yiom dire Tusai^ que nous faisons de leurs aufliAnes ; elles 
ne pouvaient pas , ce me semble, recetoir une desttnaUon 
plus conforme aux inspirations de leurs coeurs généreux. 

« Vous savez cpiel est, dans ces contrées infidèles, le 
sort d'une multitude d'en£aints exposés sur la voie pu* 
blique : leurs corps sont dévorés par les plus vils ani* 
maux , et leurs Âmes restent privées pour toujours du 
bonheur céleste*. • Ce que vous aurez peine à croire, c'est 
que Tavarice des parents soit la cause la plus ordinaire de 
4:es infanticides. Il est d'usage ici que le futur époux 
achète sa femme. Or , plus un père a de filles à marier, 
moins il peut les vendre cher , parce qu'on suppose 
qu'obligé de bire beaucoup de dépenses pour les nourrir, 
il est pressé de s'^ défaire. D'après ce momtrueux calcul, 
il sacrifiara donc sans pitié cinq ou six en&nts à l'espoir 
de placer plus avantageusaonent une fille unique. 

« Déjà depuis plusieurs années, la charité des Vicaires 
apostoliques avait recueilli quelques-unes de ces infortunées 
créatures, qui sont devenues plus tard de ferventes dire- 
tiennes et d'excellentes mères de famille. Mais l'expérience 
a fait voir que, faute de lait, leur aliment naturel, plusieurs 
d'entre elles étaient enlevées par une mort prématurée ; 
c^est pourquoi l'on a conçu l'année dernière le projet,qu'on 
exécute celle-ci , de construire un hospice, où, réunies 
toutes ensemble , elles pourront au moins être allaitées 
par des brebis, notre pauvreté ne nous permettant pas de 
taire mieux. 

« Cet hospice est situé dans un bourg tout composé de 
dirétiens. hmï% sur une gracieuse colline , il est protégé 
contre la violence des vents par une ceinture de montagnes 
hautes et incultes , qui servent de pâturage aux brebis 
nourricières. 

« Noire intention était de ne recevoir au plus qu'une 
<louzaine d'orpheKn&i Mais quand cet asile sera connu 

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441 

dans le resce de la province, les pareuts qui conserveni 
encore quelques sentiments d'humanité , préféreront sans 
doute nous apporta en secret leurs p»ivres enfants, que 
de les jeter en pâture aux bétes. Alors , fisuidra-t-il les 
laisser périr à la porte de Tbospice construit pour être 
leur refuge? Nous n'aurons jamais cette cruauté. Quoique 
le nombre de ceux que nous avons reçus soit déjù. supé- 
rieur à nos ressources, nous accueillerons encore ceux 
qu'on viendra nous offirir ; le cœur plein de confiance en 
Dieu, et les regards tournés vers TEurope, nousadop-. 
terons oes nouveau- venus au nom de votre sainte Asso- 
ciation. 

Siam. « — (1) Il y a parmi nous une foule de gens qui 
exercent la médecine. Quand l'occasion se présente à eux, 
ils ne manquent pas d'administrer le baptême aux enfants 
moribonds; mais combien la moisson neserait-dlepasplus 
abondante, si l'on pouvait en douter dans les villes voi- 
j^ines et même au loin, en leur donnant un secours annuel 
de quarante à soixante francs, tant pour les remèdes que 
pour frais de courses l Un des médecins que nous avons 
à [Juikia , parvenait à baptiser de 60 à 100 enEatnts 
< jûu]ue année ; de scMrte que, s'il nous est permis de le 
dire, on sauverait une Ame an prix du plus léger sacrifice. 
Certes, y a-t-il meilleur moyen d'empliqrer lesamnônesde 
l'Œuvre ? Depuis quelques années, le nombre de ces petits 
anges monte à quatre ou cinq mille. 

En Mongolie, le dernier cUffi^ que Mgr Mouly nous 
ait bit connaître, était de 6,000 enOemts pliens régénérés 
à l'article de la mort. 

CocUnchine. « — (2) Vous recevrez avec plaisir qud- 
cpies détails sur une de nos osuvres^ petite en appa- 

(i) Extrait d^nne lettre ée MgrlPallegoix, Vicaire apostotîqae do Siaiii. 
t3) Extrait àuu9 lettre de H. Feouiat*, «««(nmalre apditot{qn% 



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44i 

renée, mais qui a de grands réAiUats pour le saint 
des âines; je veux parler des enfants païens baptisés 
à l'article de la mort. Tout le monde peut s'en oce«- 
per, mais on peut dire que c'est principalement l'œo- 
we des femmes; elles a^introduisent plus facilement dans 
les maisons , et (m s^en défie moins que des hommes. 
Par lears charitables soins nn nombre considérable de 
tes' petites créatures re^îTent à peine la vie, qu'elles 
l'échangent avec les joies sans fin du paradis. 

« Dans im village dont le maire est chrétien, il 
existe une maison de Rdigiensss, que Monseigneor en- 
voie de côté et d^autre à la recherche de ces iofbrts- 
nés enfants. EOes vent ordiMrement denx à deux, 
une vieille et une jeune; et pendant qne la plus dgée 
lie conversation , Tanire qui doit , selon les oonvenan* 
res j lui céder la parole , s^approche de la mère cpn 
rieni Tenfaot malade, on s'assied près de la natte sur 
laqueile il est abadonné; elle le flatte, le prend dans 
ses bras, et tandis qu'elle hri prodigne les cm-eases, 
elle parvient h iaire dégoutter sur son front un peu 
d'eau d'un flacon qu'elle tient caché dans sa longne et 
Isrge manche. L'an dernier ces BeUgieuses en ont régé- 
néré 145, et depuis environ im mois elles 'ont déjà 
atteint le chifire de 96. 

« Un jour elles en baptîsènot lÂ; quelquefois eUes 
n'en rencontrent que S on 4; mais qwand elles ae 
■KUent en quête , il n'esi pat de jom* qu'elles ne fes- 
sent des bJenhemonx* 11 arrive parfois q&'elles ne re- 
viennent au logis qu'après une sennîne de courses. 
Elles s'arrêtent en voyage cImi les chrétiens qui les res- 
pectent beaucoup. ToiOes leun dépensée sont aïK frais 
de la Mission. 

« Lorscpie vient le teaaps des maladies poiu* ces 
enjants, que de parents offinoit à nos Rdigieoses leurs 

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443 

nooT^aU'tiés pour quelques ligatures et même peur 
moîûs ! Quand ils ont déjà quatre ou cinq ans, et qu'on 
trouve d^ chrétiens qui veulent s*en charger, on en 
achète quelques-uns. Combien d'autres femilles les don- 
neraient pour rien , à l'âge de quelques jours , ou de 
quelques mois I Ah 1 si nous avions les mêmes avanta- 
ges que la France! Si, comme vous, nous avions des 
Hospices vastes et en grand nombre, lisseraient bien- 
tôt remplis de ces pauvres délaissés. 

« On ne peut être que profondémem affligé , en 
iftyant le peu de cas que les païens font de ces pe- 
tites créatures. Dès qu'elles sont dangereusement mala- 
des, ce n'est plus pour eux qu'un fardeau. On les en- 
veloppe dans des lambeaui.de natte, et on les éloi- 
gne de sa vue I — Une de ces personnes que Monsei- 
gneur envoie baptiser, renoonlra siaù un enfant éo 
quelques jours , jeté nou krin d'noe BKiisoii sur le fu- 
mier , la figure enfoncée dans la fonge* Heureusement 
il vivait eneore , et put recevoir le bapléme 1 

« — (1) Les païens ne peuvent concevoir le lèle 
de nos néophytes à rechercher les enfonts en danger 
de mort. Pour l'expliquer, ib forgent nûUe contes ab- 
sBides : les uns disent que les chrétiens enlèvent leurs 
ânes et se les approprient; d'autpes, qu'ils jettent sur 
les enianfs des soru pour les filtre mourir à leur plaœ, 
et se prolonger ainsi la vie à euK-*méflMS. 

« Si puériles que smnt ces suppositions, elles ne 
laissent pas que de |H*évenir contre nous oertains esprits. 
Ainsi, une dirétienne de cette province fut arrêtée, 
il 7 a quelques mois , par la mère de f enGnt qu^eilc 
venait de b^tptiser , et inÉiiée devant deux petits man- 
darins mttitaires qui te tronvaient dans la cooMninc. 

(1} Eurait d'iroe kttr*4e Mgk- Giifii#t, éfèqw de M^(«lIopotU. 

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Ai* 

th lui demandèrenl ce qu'dle avait fisiit à oe petil i 
ribond : elle l'avaaa sans détour ; et ces mandarins, lois 
de la punir, louèrent au contraire le zèle généreux qtti 
b portait à faire du^ bien aux âmes des enfants. 

« Voici le résultat de nos efforts pendant une série 
de neuf ans, c'est-à-dire de 1836 à 1844: 
en 1835, 133, . 

en 1836, 498, dont 47 ont survécu, 
en 1837, 1,027, 104 

en 1838, 663, 110 

en 1839, 729, 60 • 

en 1840, 770, 94 

en 1841, 1,881, 300 

en 1842, 2,565, 534 

en 1843, 8,273, 1,457 

Dans la Gochinchine occidentale, nouvellement érigée 
en Vicariat apostolique, plus de mille enfants mori- 
bonds ont aussi reçu le baptême en 1843. 

Le total des en&nts baptisés, pendant Tannée 1843, 
dans la Mission espagnole du Tong-King , est de 11,260. 
Au Tong-King ocddental , Monseigneur Retord , grou- 
pant les chiffres des vingt dernières années, porte à 
32,558 le nombre des entants de païens baptisés em 
danger de nKNrt. « La |rinpart d'entre eux ont succombé 
peu après, ajotlte le Prélat, et jouissent dans le ciel 
de la félicité suprême. »- 

« (1) — Le zëe entreprenant de Monsagnenr de 
Metdbpolis, qui avait donné une si heureuse impul- 
sion à rœuvre du baptême des enfants en danger de 
mort, vient de compléter ce premier bienfait en do- 
tant la Codiinchine d^uoe fondation nouvelle en faveur 
des enfiints trouvés. Plusieors maisons pour Fun et Tau- 

(1) EMrtil é*unt lettre de M. Miche, MissioDiiaîre apostolique, 

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446 • 

tre sexe sont déjà élevées à cet effet , et remplies de 
jeunes iooocents qui y troavent , outre les secours né- 
cessaires à la vie y la grâce* du baptême et une solide 
instruction. Un jour ils béniront la divine Providence de 
les avoir arrachés du sein de leurs mères dénaturées, pour 
les placer entre les mains d'un père adoptif qui, sans né- 
gliger les soins du corps , veut avant tout en faire des 
enfants de Jésus-Christ. Dans ce moment, Sa GrandeiM* 
avise aux moyens de multiplier«ces pieux asiles qui pro- 
mettent d'autant plus pour Tavenir^ qu'Us seront placés, 
non pas hors du royaume , mais sur les lieux mêmes 
ou les en£aints sont recueillis. Cette œuvre entraînera 
sans doute de grandes dépenses; mais la Providence y 
pourvoira. 

« Voilà les fruits de votre Œuvre, — écrivaient, il y a 
quelque temps, MM. les Directeurs des Missions étnm- 
f^res dans une lettre collective adressée aux deux Conseib; 
— c'est vous qui peuplez ainsi le Ciel de ces innocentes 
créatures qui en auraient été exclues, si vous n'étiez venus 
kor en ouvrir l'entrée. Par vous, ces enfonts sont de- 
venus les amis de Dieu , et leur reconnaissance vous 
assure leur protection • 

« U nous est doux de vous répéter que personne ae 
s'intéresse plus que nous au succès de l'Œuvre que vous 
dirigez, parce que vous êtes \youT nous une seconde Ptqh 
jidencey et que nous n'existons, pour ainsi dire, que pas 
vonsu Aussi, Messieurs , nous aimons à nous associer à ce 
eencert de bénédictions qui montent sans cesse vers le 
ciel pour appelen$nr vos têtes une rosée de grâces, à ces 
nuéeê de petits enfants qîsi vous doivent le bonheur de voir 
Dieu, et à tous ces martyrs qai» sous la hâdie du boor- 
reaa, vous léguèrent tant de précieux souvenirs , et voas 
firent pour le ciel tant de promesses, qu'ils n'auront fm 
iiaiH|ué<le réaliser. 



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• 446 

NOUVELLES. 

LeilreduP. FrançoUdsPhughe, préfet des Capudm de 
Syrie, à M. le prisiderU du Conseil central de Lyon. 

Beyrouth, le Jiin 1845. 

« Monsieur, 

« Je viens aujourd'hui , plutôt avec mes larmes qu'a- 
vec la plume, retracer^les cruautés et les infamies de 
tout genre commi^ dans la Syrie au mpis de mai 

dernier^ et particulièreroent dans le Liban Huit 

jours avant ces scènes déplorables , Abei se trouvait 
(iqà occupé par les soldats du gouvernement turc , et 
le commandant de ces troupes , au lieu d'empêcher les 
flésordres , se mootira onvertanent hostile aux Maronites 
et partisan des Druses, puisqu'il enlevait aux chré- 
tMB tous moyens de défense eu leur ôtant leurs ar- 
mes, tondis €|u'il laissait à lears ennemis tous les 
oMijens d'attaque. 

« Sur ces entrdaitts j'étais retourne d'Abéi à Bey- 
routh , persuadé que la paix allait se rétablir. Mais au 
conu*aire, le 8 mai, les Druses, d'accord avec les 
«oldats Uffos , projetèrent la destruction d'Abéi. Le 
vendredi 9, tes Drases au nombre de plus de deux 
aile entourent œ village de tous côtés, et Tassaillent 
,p»en|n'à l'improvista; ils tuent tons ceux qu'Hs ren- 
oontrent, et awlient le fen aux maiiODs des chrétiens : 
fas sue n'échappa à l'inoendie. Les Marotiltm se déien* 
dirent natant qu'ils pnrent; mais étant en très^petit 
nombre, ib m réfagièrent dans k maison d'un prinoe 
dvélien oà ils firent enêore quelque réaîalance. A la 
4n ib dirait céder , et lonqu'ik ae fiflrent vendus, te 
Jkuses, au présence du eomosandant des troofes or» 
qnes, en égorgèrent treize. Puis un chef nommé Bttnmd^ 



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447 
Aba-Macliat, suivi de ses gens, tlAiacta<iiier notre coii^ 
rent où se trouvait le Père Charles-de-Lorette. A la vue 
de ces barbares, le Missionnaire se mît à fuir ; loais 
poursuivi et atteint, il fut neuversé à coups de sabre 
sur la tête et sur les épaules. Ses assassins Tacbevèrent 
.à coups de fusil, lui ouvrirent le ventre et brûlèrent 
soB cadavre. Ils enlevèrent ensuite les vases sacrés «t 
les linges de Tautel, déchirèrent un tableau représen^ 
tant Tassomption de la Vierge, et mirent la cloche de 
réglise en mille pièces. Le professeur arabe de Féco^, 
un moine maronite et deux jeunes élèves âgés de douae 
ans, périrent avec le Père Charles. Les missionnaires amé* 
ricains ont trois maisons à Abéî , elles furent respec*» 
lées, et eux se montrèrent tout à fiiit indifféraus au 
désastre des catboliqties. 

« Dans la province de Meten , ks chrétiens avaieR 
d'abord été victorieux; mais plus tard les Drnsesbrù* 
lèrent toutes leurs maisons et saccagèrent notre couvenf 
do Solima. où ils prirent tout ce qu'y avaient laissé 
■os deux MissioHUÛres, lesquels prévoyant ce qiii po»- 
«ût arrivei-, étaient descendus à Beyrouth , depuis quel- 
ques jours. On ne voit plus dans ce pays une seule 
oMÛson ni une seule église ;^ y a eu grand massacre 
des chrétiens et surtout des etcdésiastiques. Ceux q«i 
mu fm éviter la mort, et en {MUtiailîer les femmes et 
les eoÊuits , fugitife et dîspenés i Beyroudli et ailleors, 
tirent les larmes des yeux à ceux qui les voient ainn 
languir de misère ; et les cmaulés ifui ont eu .lieu à 
Géun et aux envirens Suit hotreur i entendre. Lm 
Arases attaquèrent ces kwiditéft, qnoKpt'mi y efttpbcé 
A» ifldato pour maintBnir le bm ordres mais 
ci firent tout le contraiie., 0tr ik ne fcnû^nt qpas 4 
dv^iens de se défendre. Ces fanatiques, ainsi déchaî- 
nés et libres^ caaaDhnent lea ]Aus horribles cruautésec 



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448 

les barbaries les plus exécrables, tuèrent autant de chré- 
tiens quils purent en trouver, mutilèrent de jeunes 
filles, égorgèrent des enfonts dans les- bras de leui-s mè- 
res, et assassinèrent les prêtres et les moines qui n'eu- 
rent pas la possibilité de fîiir. Ensuite ils saccagèrent 
le pays, de concert avec les soldats du gouvernement,- 
mirent le feu aux maisons , aux églises , et livrèrent aux 
flammes les cadavres des preuves et des religieux. 

« Tout est détruit^ on ne trouve plus rien d'entier 
de ce qui appartenait aux chrétiens. On compte plus 
de 40 prêtres et moines massacrés, 130 églises incen- 
diées et démolies, et avec elles douze monastères. 
Quant aux maisons brûlées et en ruines, elles sont 
innombrables. On voit clairement que ceci est une guerre 
contre la Religion , et si les souverains de l'Europe ne 
mettent pas un frein à cette persécution, je ne sais 
comment la chose finira pour tous. les Missionnaires. De- 
puis trente-neuf ans , je suis dans cette Mission de Syrie, 
et je n'ai jamais rien va de pareil. Ici , dans les villes 
de Beyrouth et de Seyde, nous avons un grand nom- 
bre de chrétiens que l'intervention des consuls a déli- 
vrés. Ils sont à demi nus, privés de tous leurs biens, 
exposés aux rigueurs de la saison , et si les Europe»» 
et MM. les consuls n'en avaient eu pitié et n'étaient 
venus à leur, secours par des aumônes dignes de leur 
générosité , ils auraient certainement péri de misère et 
de faim. 

« A l'instant même, j'apprends que dans le village 
de Gézin , quarante Maroniies, hommes et femmes , qui 
y étaient demeurés cachés dans les décombres, ont été 
découverts par les Dmses , et obligés de se faire musul- 
mans pour échapper à la mort. » 



Ljoo, imprimerie de J.>B. PsLàOAVP. 

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449 



rassiONS 

DE ^AMÉRIQUE DU NORD. 



CANADA. 



Lettre du R. P. Chazelle, de la Compagnie de Jésui, é 
MM. les Membres du Conseil central de V Œuvre de la 
Propagation de la Foi, à Lyon. 

Sandvrich (Haut-Caoada), 17 otHI 18i5. 



« Messieuks, 

« La nouvelle Mission du Canada, établie dans le 
diocèse de Toronio, vous remercie des secours qui 
viennent de lui être accordés. Unis à près de huit cents 
sauvages catholiques qui sont nos enfants en J.-C. , nous 
offrons pour vous et pour tous les membres de voire As- 
sociation, à Celui qui récompense en cette vie et en 
l'antre, le saint sacrifice de la messe , nos prières et nos 
faibles travaux , avec les heureux résultats que la grâce 
leur donne. 

«Ainsi, Messieurs, vous arrive des extrémités de 
rAmérique duKord et des derniers rangs de lafarnî^' 

TOM. XVII. 1 03. NOVEMBRE 114 5. ^'^'^^"^ ^^ ^"iftPS^^ 



460 
des nations , ce même tribut de reconnaissance que vous 
recevez, de toutes les parties du monde et de tant de 
peuples divers. Que cette communication réciproque des 
trésors de lu charité est un beau spectacle I 

« Plus d'une fois, sous ce point de vue, je me suis 
arrêté à contempler TOEuvre de la Propagation de la 
Foi , et bientôt, entraîné par le cours naturel de mes ré- 
Oexîons, je la voyais, dans Tesprii qui l'anime, dans 
les prodiges qu'elle opère , dans son organisation et dans 
son histoire, m'offrir plusieurs de ces iraits divir.s aux- 
quels on reconnaît les institutions que Dieu inspire et 
bénit. 

« Rien de plus obscur et de plus faible que les com- 
mencements de cette Association. Et, cependant, née 
dTiier , elle remplit aujourd'hui le monde. Par elle, les 
nations sont bénies. Ce n'est pas des grands et des riches 
qu'elle tire ses puissantes ressources , mais des petits et 
des pauvres. Combien de fois, chaque jour, à chaque 
heure, l'obole de la veuve est offerte , par les motifs les 
plus élevés , avec une courte mais fervente prière ! Vo- 
lontiers je croirais que les Anges président à l'harmonie 
qui règne dans une Association dont les parties, si nom- 
breuses et si diverses, sont toujours unies et agissantes 
dans un accord parfait. Us en éloignent les obstacles , ec 
s'appliquent surtout à faire circuler , dans tous les mem- 
bres de ce vaste corps , le principe de zèle qui lui donna 
aaîssanee. 

« L'époque esc encore récente , ojl l'Eglise , à qui tou- 
les les nations ont été promiseB et qui a tant de* pertes 
douloureuses à réparer y porta ses regards sur tant d'îles 
éloigiiées , jusqn^ors inconnues , et , les voyant couver- 
tes de peuples infidèles , elle fut toucliée d^un vif sen- 
de compassion , elle^ cria vers le Seigneur et 

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451 
fut exaucée : l'Œuvre de la Propagation de la Fol 
exi&te* 

« Et c'est dans la ville qui, après Rome, est la ville 
des Martyrs, que ce magniBque don fut fait à TEglise. 
On le comprend : un si puissant secours pour propager 
le christianisme devait se trouver là, où si abondamment 
fut répandu le sang qui est la semence des chrétiens. Vous 
savez , Messieurs , quel est celui qui écrit , et il n'est pas 
nécessaire de vous dire si son cœur est touché de cette 
nouvelle gloire de sa patrie. 

c En vous offrant aujourd'hui l'hommage de leur re- 
connaissance , les missionnaires du Haut-Canada désirent 
vous Caire connaître les principaux résultats qu'ils se pro- 
mettent de vos secours, sur lesquels reposent toutes 
leurs espérances. Il est juste et bien naturel que vous 
sachiez où tend une œuvre qui est la vôtre. 

« Je crois que le zélé Prélat , à qui la Providence a 
confié la fondation du diocèse de Toronto , vous a fait 
part de ses désirs et de ses projets pour la conversion 
des sauvages. Dans ce but, quelque chose a été com- 
mencé ; je vous dirai ces premiers essais* Mais aupara- 
vant il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur les peu- 
ples que nous avons à évangéliser. 

« L'Amérique, avec ses sauvages, offre un spectacle 
digne d'occuper les esprits observateurs et solides , de 
même qu'il a intéressé toutes les itnaginations. Mais , de- 
puis que les froids calculs du commerce et de la coloni- 
sation se sont emparés principalement de l'Amérique du 
Nord , l'espèce de prestige qui s'attachait à ses forêts , 
vaste domaine d'une race presque mystérieuse, a disparu, 
et ce grand phénomène a été négligé par la science et la 
philosophie , comme par la curiosité publique. 

« D^autres causes , teUcs que l'obscurité des traditions 

29. 

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462 

locales , ont encore contribué à détourner l'esprit euro- 
péen de tout ce qui pouvait Tintcresser à l'homme pri- 
mitif du Nouveau-Monde; et peut-être TEgiise elle-même 
ne trouve pas, dans l'histoire de ses grandes entreprises 
apostoliques, la page que méritent les Missionsdu Canada. 

c Je ne prétends pas répandre quelque lumière sur 
un sujet peu connu. Mais j'habite le pays des anciens 
peuples américains : il est peu changé; je vois leurs des- 
cendants dispersés autour de moi : ils sont encore sau- 
vages, ils sont encore presque tous hors de la vole du 
salut; et, par conséquent, lorsque je cherche & ac- 
quérir les connaissances dont un Missionnaire a besoin , 
le passé ne peut que se mêler au présent dans mes étu- 
des, et, l'un par l'autre, ils se manifestent et s'expli- 
quent. 

« Je dirai d'abord quels sont ces débris de nations 
vers lesquels nous sommes envoyés. Dans les diocèses de 
Québec et de Montréal , qui renferment le Bas-Canada, 
se trouvent des sauvages de trois ou quatre tribus prin- 
cipales. Ils errent presque tous au nord , loin des lieux 
où il y a un commencement de civilisation. Peu nom- 
breux , ils vont s'aflaiblissant sous le poids d'une misère 
extrême. 

« Le Haut-Canada ou Canada-Ouest est divisé en deux 
diocèses : le diocèse de Kingston et celui de Toronto. Le 
premier n'a que mille sauvages environ. C'est dans le se- 
cond qu'habitent ceux pour lesquels notre Mission a été 
établie : ils sont plus de neuf mille. 

« Deux langues forment la grande division entre les 
races indiennes de ce pays : la langue iroquoise et la lan- 
gue algonquine. La première, appelée Mohawk par les 
Anglais, est celle des Six-Nations, établies depuis 1776, 
•or la Grande-Rivière, ouRivière-Ouse, qui se jettedans 

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46S 
le lac Erié. Cinq de ces nations sont les mêmes qui for- 
mèrent autrefois cette confédératron , que les sanglantes 
défaites de tant de tribus sauvages et les malheurs de la 
Nouvelle-France ont rendue célèbre. On les appelait or- 
dinairement les cinq cantons troquois. Voici les noms qui 
leur furent donnés par les Français : les Agnins , les On- 
cyouthes, les Onontagués, les Guyogouins et les Tson- 
nonthouans. Aujourd'hui les Anglaisdisent : les Mobawks^ 
les Oneidas , les Onondagas , les Cayagas et les Sénécas^ 
Ces peuples habitaient le pays qui est maintenanl Vétâd. 
de New-Yorck , au N.-O. , principalement le long du la€^ 
Ontario. Comme la plupart restèrent fidèles à TÂngie- 
terre , durant la guerre de Findépendance , Georges 1U« 
leur accorda une étendue de teires considérable sur' le& 
bords de la rivière Ouse. Les autres , après avoir vendu 
ce qu'ils possédaient, sont allés s'établir, pour le plus 
grand nombre , dans le voisinage d'une baie du lac Mi- 
chigan, la Baie-Verte; ils sont connus sous le nom d'lEt« 
diens de Ncw-Yorck, 

« Cesircquois, qu'on peut appeler les Romains de 
rAmérique du Nord , s'incorporaient quelquefois les na- 
tions vaincues. Une d'enlr'elles a conservé son nom : les . 
Toscaroras. Voilà pourquoi on dit maintenant les Six- 
Natîons. L'année dernière je les visitai : je parcourus le» 
bords de la Grande-Rivière. Cette population se monte 
à deux mille trois cenu âmes; et sur ce nombre deux 
mille environ sont encore infidèles : ils ont conservé le 
sacrifice du chien-blanc. 

« Sous le rapport de la civilisation , le progrès est 
à peu près nul. Encore quelques années et l'on ne trou- 
vera plus ces sauvages sur les bords riches et pittores- 
ques de la Grande-Rivière; ils s'éloignent et le gouver- 
nement veut les éloigner. Tels sont les Iroquois d'au- 



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45i 

jourd'kui. Le nom qu'ilft uenneDl de Kurs ancétre&« 
fait encore trembler les autres sauvages , laniii^ que 
rabaissement auquel ils sont réduits inspire au voya- 
geur Téionnement ^et la compassion. Comme Dieu « 
visité riniquité des pères sur les enfants! Esl-ce assez? 
Le sang des martyrs ve demande- t-il pas aussi misàri- 
corde? El n'y aura t-il poiut, parmi ces naiions barba- 
res, comme autrefois, du moins quelques âmes choisies? 
Nous Tespêrons et nous prions le Seigneur d'envoyer 
et de remplir de son esprit ceux à qui celte œu\re d'a- 
pôtre est destinée. 

« L'autre langue , dont il a été question , n'a rien de 
commun avec celle dos Iroquois. Elle est presque uni- 
verselle , depuis la baie d'Hudson jusqu'aux Moniagnes- 
Roclieuses : c'est la langue du commerce. Elle a plusieurs 
dialectes, mais peu difîbrents. Nous l'appelons Àl^on- 
quine, quoique le peuple de ce nom ne parle peut êire 
qu'un dialecte. 

« Je ne rapporterai ici que les deux grandes divi- 
sions, sous les(|uelies les Anglais et les Américains com- 
prennent presque toutes Ie> tribus indiennes qui parlent 
TAlgonquia : les Ollawas et les Chippewais. Ce sont-là 
les sauvages qui, avec le> Molia^ks, se trouvent daias 
le Haut-Canada, et forment uoe population de plus de 
10,000 âmes. Il y en a environ 8,000 dans léiat du 
Michigan, dans le diocèse du Détroit. 

« Le gouvernement anglaîs a partagé ceux qui sont 
sous sa domination en surintendances. Il y a un dépar- 
tement indien qui administre le produit des lerrt^ ven- 
dues à la couronne. Le revenu annuel de ces fonds en 
eoiployé à bâtir des églises, des écoles et des maisons 
dont souveot les sauvages ne veulent point. Il sert num 
k ce qii'on appelle les Présmts^ c'est-à-dire à une diftUi- 



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465 

butioD annuelle d'armes et de munitions , de couteani, 
de couvertures de laine et de quelques morceaux d'é- 
toffes. 

« Ce ne fut qu'en 1830 qu'on vit, dans le Haut- 
Canada, des missionnaires hérétiques clierchant a cou- 
veriir les sauvages. Ces missionnaires étaient des métbo- 
disies. Âpeine ont-ils pu fonder trois établissements biea 
faibles. Mais, par leurs courses et leurs Camp-Meetings ^ 
ils ont obtenu une inQuence qui est devenue en quelques 
endroits un grand obstacle, le seul, à proprement parler, 
que nous présente le protestantisme. Car , avec toutes ses 
ressources , Téglise d'Angleterre n*est point une riva^ 
dangereuse. Nous ne lui demandons que la liberté, qiu 
d'ailleurs nous est garantie par les traités les plusse 
lennels. 

« Je ne saurais dire ce que le catholicisme a fait pour 
ces pauvres sauvages du Haut-Canada, pendant pr^d'ut4 
siècle , alors, qu'ils étaient beaucoup plus nombreux 
qu'aujourd'hui et qu'ils aimaient, en général, à seia|^ 
pelt'r les Robes-Noireê. Le diocèse n'avait point smm 
d'apôtres pour leur en envoyer. Voici seulement ÏSL^e^ 
tième année depuis que M. Proulx, prêtre c^nadieM, 
rouvrit le premier une Mission indienne, et s'établit dan» 
lu Grande-Manitouline. Enfin ^ après bien des éximt' 
ments , nous que la Providence a appelés , nous «m 
heureux de ce que la porte nous a été ouverte. 11 conviem 
de dire un mot de nos vues , de nos désirs et de nos «m" 
vaux commencés. 

« Sandwich est une paroisse presque entièrement com- 
posée de Franco-Canadiens. Elle fut divisée en deux il j 
a dix-huii ans. Ces deux paroisses, Sandvrich et Âmhost- 
burg , sont les seules qu'il y ait dans toute ccite partie éû 
Haut-Canada qui est uo pays de Missions. Sandwich «t 



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456 

a ville du Détroit, capitale de Tétat du Mlicliigm, ne 
urent dans Torigiae que deux villages sauvages. Les Jé- 
suites y avaient réuni les Hurons catholiques, qui ne 
descendirent' point à Québec après la sanglante catas- 
trophe qui, jointe à la famine, détruisit presque toute 
cette nation puissante. Le dernier Missionnaire , le P. 
Pothier, mourut ici en 1781. Ses successeurs furent des 
prêtres de Québec. Mais déjà vers les dernières années 
du P. Pothier, presque tous les Hurons étaient partis. 

« Cette paroisse , appelée autrefois TÀssomption du 
Détroit, en nous oifrant un ministère important à rem- 
plir auprès des catholiques d'origine Irançaise et des 
Irlandais du voibinage , devient le premier poste d*oii 
nous nous élançons au-devant des tribus sauvages qui 
nous attendent. 

« Sandwich est situé à neuf milles du lac St-Claûr et i 
soixante-quatorze du lac Huron, sur la rive gauche du 
fleuve du Détroit. La première Mission que nous avons 
fondée est dans une lie, i l'entrée du lac St-Clair, ap- 
pelée rile-du-Sud ou l'île Walpole. Cette Ile n'est habi- 
tée que par les Indiens. Quoiqu'ils soient un mélange 
4e diverses nations, ces sauvages sont prodigieusement 
unis dans un esprit de nationalité dont on ne trouve ail* 
leurs aucun exemple. Ils se glorifient d'être les seuls des 
PeauX'Rouges qui soient restés fidèles aux coutumes de 
lenrs ancêtres. Ennemis par conséquent de tout ce qui a 
Tapparence du christianisme, ils nourrissent et fortifient 
leur éloignement pour la prière et même pour la civili- 
sation, parles pratiques habituelles de la jonglerie on 
magie sauvage. Depuis près d'un an que nous sommes 
dans l'Ile Walpole, le Seigneur nous a envoyé bien des 
^preuves, mais il ne nous a pas laissés sans consolations* 

c A vingt-cinq milles de Tlle Walpole , près du lac 



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467 

Huron, est ce qu'on appelle une Réserve indienne y c'est- 
à-dire une certaine étendue de terres que le gouverne* 
ment a laissée aux sauvages. Cette réserve est de quatre 
milles carrés sur la rive gauche du fleuve St-CIair. Les 
méthodistes y ont une mission établie depuis 1831» Là, 
tous les ans au mois de septembre ou d'octobre , se re- 
nouvellent dans un camp-meeting les hurlements et les 
convulsions de la plus fanatique des sectes. Là , cepen- 
dant. Dieu nous a aussi donné un petit troupeau de 
néophytes. 

« De Port-Sarnia à la plus grande des lies du lac 
Huron, appelée Manitoualine ou Manitouline, la distance 
est d'eaviron deux cents milles. Cette lie appartient aux 
sauvages. Le nombre de ceux qui Thabitent se monte à 
onze cents. Il y a cinq villages. Dans un seul , on voit des 
cabanes bien bâties, une église, une école, des ateliers; 
c'est celui où l'église d'Angleterre a réuni tous ses con- 
vertis. Ils ne sont pas plus de cent soixante , quoiqu'on 
donne un logement et d'autres gratifications à quiconque 
veut se faire protestant. Les catholiques ne reçoivent 
rien, et cependant ils sont près de sept cents. Vaste, 
riche et admirablement située pour des sauvages , la 
Grande-Manitouline pourrait être considérée comme un6 
terre promise , ou le Seigneur appelle les tribus algon- 
quines dispersées et errantes. Il semble que leurs infor- 
tunes ont fait monter vers le ciel un long cri de détresse 
qui a touché le cœur de Dieu. 

« Depuis 1648, époque où les Jésuites fondèrent leur 
première Mission à Manitouline, que de changements sur 
l'un et l'autre hémisphère 1 Et la grande tie du lac Huron 
n'a pas changé I Ses rivages, ses forêts, ont conservé 
leur beauté primitive , et c'est la vieille race américaine 
qui l'habite encore. Les brillants steamboats et les hauts 



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458 

navires de tout genre qui «illonneni le lac Huron» ne 
l'ent point encore visitée. Elle n'aime et ne reçoit que U 
petite barque, Tarbre creusé en canot et la Nacelle d'é» 
corce. 

«Au mois de juillet, époque des Présents ^ vousvoya 
CCS canots arriver par centaines de tous cAtés, principale- 
ment du lac Supérieur. Bientôt les tentes, les cabanes de 
joncs , de feuillage, sont élevées, et deux ou trois camps 
principaux existent sur les bords pittoresques de quelque 
baie. Vous apercevez bien , ici et là , quelques hommei 
et des choses qui annoncent la civilisation; mais ce n'est 
que comme un faible contraste. Le grand spectacle c'est 
la vie sauvage, en temps de paix et dans ses jours solen- 
nels. Alors la Robe^Noire peut ^ comme il lui plaît, se 
promener autour de ces camps, entrer dans les cabanes, 
s'asseoir sur la natte du chef; elle peut causer, prêcher, 
se faire tout à tous, sauvage môme pour gagner les sau- 
vages. Une chose néanmoins lui manque, une grande 
diose! le temps; car aussitôt que b distribution des 
présents est finie, cette foule se disperse. Cependant on 
conçoit les heureux résultats que le saint ministère peut 
avoir dans une réunion si nombreuse. 

« L'année dernière, le P. Choné s'y est trouvé avec 
M. Proulx. Il venait d'arriver de Sandwich. Depuis lors 
ce Missionnaire n'a cessé de travailler, non sans quelque 
succès , auprès de ses cbers insulaires catholiques ou in- 
fidèles. Manquant presque de tout, il semble n'épi*ouvcr 
d'autre besoin que celui d'avoir des colkiborateurs, parce 
qu'il voit ce qu'on peut espérer et ce qu'on devrait faire. 
Le Seigneur lui enverra sans doute bientôt des secours 
spirituels et temporels; son troupeau ira croissant, et 
la Grande-Manitouline deviendra le centre des Missions 
que noas avons à fonder. Tel est notre espoir. 



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459 

« An sujet de ces MissioBS à fonder , je dois dire que 
Mgr TEvéquedu Détroit, d'accord tixec celui de Toronto, 
BOUS appelle au Saut-de-Sie-Marie où nos Pères avaient 
jadis uae ebrétienlé florissaitte. J'ajouterai que le même 
Prélat nous presse aussi d'aller sur le lac Supérieur, 
qu'il nous indique Tcndroit où nous devons nous établir, 
ei qu'il nous présente, avec quelques néophytes, une 
foule d'infidèles à qui il ne peut envoyer de Missionnaire. 
A cette invitation de Mgr l'Evêque du Détroit répondent 
tous nos désirs; car les Missions dont je viens de parier, 
împorianles par elles-mêmes, le deviendront surtout par 
celles qui en continueront la cbatne : elles doivent nous 
conduire bien loin. Quand, sur les bords du lac S^ 
Clair, l'imnée dernière, nous dressions notre lente, déjà 
nous songions à la transporter sur le rivage de quel- 
qu'une des baies du plus grand lac du globe, en face de 
celle immonsiié de forêts, de prairies et de lacs, qui 
s'éiend jusqu'aux Montagnes-Rocheuses. 

« Cette pensée, ce désir tienner.. au fond même de 
notre entreprise et sont impérieusement commandés par 
les circonstances ; et, en effet, les nations indiennes les 
mieux conservées, les plus nombreuses, sont répandues 
dans cet inunense Ouest qui touche au lac Supérieur. La 
plupart n'ont jamais eu de Missionnaires catholiques , et 
depuis assez longtemps elles sont visitées par desprédî- 
cants méthodistes» Quand on s'arrête à cette pensée « il 
n'est pas besoin d'avoir beaucoup de zèle poiur sentir 
ses entrailles émues. 

« Je dirai encoi*e une chose : ces sauvages , tels que 
nous 1q& connaissons, depuis le lac Si-Clair jusqu'au lac 
Supérieur, ont de q;uoi intéresser vivement quiconque 
a quelques seniimenU apostoliques, non-seulement à 
cause de leurs grandes inforuuiei nati«nales et de leur 



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460 
misère privée , qui est quelquefois extrême , non-seule- 
ment par leur déplorable situation aux yeux de la Foi , 
mais encore par des qualités estimables qui se révèlent à 
un sage observateur, par un certain penchant au catho- 
licisme et par l'autorité puissante , paternelle, divine, 
qu^ils aiment à reconnaître dans la Robe-Noire. 

« Je sais qu'on a dit : Le sauvage est, dans l'espèce 
humaine, au dernier degré. Mais cette proposition, à 
cause de sa généralité et dans le sens qu'on lui donne 
ordinairement, est fausse. Car l'Indien a son type de 
beauté physique assez remarquable : on en est quelque- 
fois singulièrement frappé. Or, est-ce là tout ce que Dieu 
lui aurait donné? Est-ce là tout ce qu'on admire dans 
un guerrier de la race rouge? Si les formes et les maniè- 
res peu attrayantes ne sont pas un signe de l'absence 
des belles qualités de l'esprit et du cœur, pourquoi les 
habitudes de la forêt le seraient-cUes ? Il faut qu'on ap- 
prenne à mieux juger les sauvages* 

« On dit encore : L'Indien n'est pas ce qu'il fut autrefois* 
— Dans le conseil de guerre et sur le champ de bataille, 
cela est vrai ; mais , s'il a moins de sagesse et de valeur, 
il a aussi moins de fourberie et de férocité. On peut dire 
qu'il n'est pas méchant. Ses défauts ont été singulière- 
ment affaiblis et ses bonnes qualités ne sont pas éteintes. 
Le sauvage est un véritable enfant. Toute éducation ne 
lui convient pas. Vouloir l'élever et le civiliser comme 
un Européen , c'est presque vouloir changer la couleur 
de sa peau. 

« Seule, l'Eglise catholique, cette sage et tendro 
mère de tous les habitants du globe , sait donner à cha- 
que peuple, comme à chaque individu , ce qu'il lui CitM 
pour cette vie et pour l'autre. Elle peut, modifiant la 
nature et les habitudes de l'Indien , le rendre chréUen 



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461 

fervent et heureux, sans qu*il cesse d'être sauvage. Au 
contraire^ moins il aura de rapports avec Thabiiant des 
cités 9 plus sa régénération sera aisée et durable. 

« Voilà pourquoi la Grande-Manitouline nous paraît 
être un refuge, un sanctuaire pour nos sauvages. Dans 
cette lie , loin des sectes et des vices des hommes dvi- 
lisés I loin des marchands et sur tout des vendeurs de 
boissons enivrantes , nous avons Tespoir de recueillir uH 
bon notnbre de ces pauvres enfants de la forêt, que pour- 
suit, jusque dans leurs plus éloignées et leurs plus âpres 
solitudes , cette cruelle civilisation qui les a dispersés 
et presque anéantis. 

« Ici , une pensée se présente bien naturellement. 
Voilà donc à quel degré de misère et d'abaissement sont 
descendus les maîtres de ce riant et magnifique pays I 
Sans doute une parole de châtiment et de mort fut en- 
voyée d'en haut contre ces nations barbares : elle a eu 
son accomplissement. Mais la miséricorde suit la justice ; 
le Seigneur a pitié de ceux qui souffrent , et un jour ar- 
rive où il a surtout pitié des peuples sur lesquels son 
bras s'est appesanti, et qui n'existent plus que dans quel- 
ques restes dispersés et mourants. 

« Ces restes^ d'ailleurs, appartiennent à l'Eglise, puis- 
qu'elle acheta, il y a deux siècles^ cette nouvelle terre , 
au prix des sueurs et du sang de ses Missionnaires. Alors, 
autour de ces lacs et de ces forêts immenses , elle re- 
cueillit de belles prémices. Nous le disons même aux 
sauvages païens ou protestants : « Vos përes furent ca- 
tholiques. » Ils nous écoutent , et il y a parmi eux assez 
de souvenirs pour que ce iait ne soit pas contesté, assez 
d'intelligence pour qu'il soit compris. 

« Par conséquent, dans ceux qui furent autrefois ici le 
peuple de Dieu , toute cette postérité sauvage doit trou- 



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462 

ver des bénédiciions. C'est noire pensée, c'est noire es- 
poir 9 et c'est aussi un encouragement accordé à noire 
faiblesse. Car/ aussi bien que nos néophytes, nous avons 
besoin de nous rappeler le passé et d'y voir nos pères. 
il est vrai que, par la comparaison, ce passé nous hu- 
milie et pourrait nous abattre; mais aussi , sons tant 
d'antres rapports , il est bien propre à nous dcmner des 
forées. 

« Que Dieu soit béni 1 II a daigné nous appeler , et 
nous soonnes venus avec joie et confiance; nous avons 
commencé cette ceuvre de salut, et nous la continuons» 
animés des mêmes sentiments, parce qni3 nous comp^ 
tons sur les grâces si puissantes de TEglise , sur celles 
de notre vocation spéciale, et sur les prières que fait 
pour nous l'Association , véritable miracle de Providence 
opéré pour être un nouveau et puissant auxiliaire du 
miracle toujours subsistant de la propagation de la foi. 

« J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect et la 
plus vive reconnaissance , Messieurs , 

« Votre très-humble et obéissant serviteur, 
« P. Chazelle. » 



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463 



COLOMBIE. 



Extrait d'une lettre de M. Bolduc , Missionnaire 
apostolique, à M. Cayenne. 



CowHu, le i5 février 181'*. 



« Monsieur, 

« Voilà près d'un an que je n^ai pas eu la satisfaction 
de pouvoir vous écrire. Depuis celle époque j'ai fait en- 
core, parmi nos sauvages, de nouvelles excursions dont je 
me propose de vous rendre compte , après vous avoir 
dit quelques mois sur les vastes solitudes que nous évan- 
gélisons. 

« D*après les rapports des premiers navigateurs an- 
glais qui visitèrent les côtes de TÂmérique, au nord du 
fleave Colombia, il parait que le territoire portant le même 
nom fut anaennement découvert et habité par des Espa- 
goois ; Ton voit encore aujourd'hui des ruines en briques, 
restes de ces premiers établissements, formés dans la vue 
cfanker les nations sauvages à b connaissance de TEvan- 
gile. Parmi les bdigènes on a trimTé ici des reliques at- 
mtant ce &it ; un cruci€x de enivre, tout usé, est de temps 
imniémorial au pouvoir d\me tribu. Comment, par qui 
fat-il apporté? voilà ee qa'dto ne prat dire. (Test; très- 

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464 

probablement vers le temps où ils s'emparèrept de la Ca- 
lifornie, que les Espagnols formèrent un établissement sur 
l'île Vancouver, séparée de la terre-ferme par le détroit 
de Juan de Fuca. Gray découvrit le fleuve Colombia ; Van- 
couver le remonta jusqu'à la pointe où est bâti le fort qui 
porte son nom, et prit possession du pa}*s environnant. 

« La vaste contrée qui s^étend entre les Montagnes- 
Rocheuses et rOcéan pacifique , se divise en deux zones 
distinctes par leur climat, par leur aspect, par leurs pro- 
ductions; la ligne de séparation court parallèlement aux 
rivages de la mer du sud, dont elle se tient éloignée d'en- 
viron deux cents milles. Moins boisée que les régions 
de Touest , la partie orientale s'élève par plateaux, dont 
les plus éloignés servent de base aux monts Hood, Sainte- 
Hélène, Reignier et Raker. Les cimes de ces montagnes s'é- 
lancent dans les airs à une hauteur de quinze & seize mille 
pieds, et sont couronnées de neiges éternelles. L'année 
dernière, les monts Baker et Sainte-Hélène sont devenus 
volcaniques; et même depuis quelques mois , le premier 
a éprouvé des changements considérables de forme, du 
côté où se trouve le cratère. Dans la zone orientale, le 
climat est sec et sain ; en hiver comme en été la pluie y 
est très-rare ; la neige ne s'élève jamais à plus d'un pied. 
On n'y voit ni marais ni plaines inondées par les grandes 
eaux ; point de brumes ; aussi les fièvres n'y sont pas 
connues. 

« Dans la partie inférieure, depuis octobre jusqu'en 
mars, les pluies sont presque continuelles ; des nuages 
épais , dont l'atmosphère est constamment chaînée , 
cachent le soleil pendant des semaines entières , et il n'est 
pas rare de passer jusqu'à quinze jours sans qu'on puisse 
l'apercevoir. Cependant, dès qu'il peut se faire jour à 
traders les vi^^eurs, il répand aussitôt dans l'air une chaleur 

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465 
douce et yhîfiante. Gel hiver a élé loat à &it remar- 
qfjisibh p^ le peu de pluie que Ton a eu ; pendant une 
grande partie de février et vers le commencement de mars 
le temps a été magnifique ; c'était comme au mois de mai ; 
rberbe croissait dans les prairies , les fraisiers étaient en 
pleine floraison. 

« En mars, les pluies sont plus rares ; un soleil ardent 
réchauffe la nature, qui se pare d^une verdure naissante. 
Le blé semé en automne, peut déjà en avril rivaliser de 
beauté avec celui qu'on voit dans le Canada au mois de 
juin. Dès lors et pour tout Télé , temps clair et fortes 
chaleurs. Quelquefois cependant d'épais nuages s'amon- 
cdlent ; on dirait qu'ils vont se fondre en torrents de 
pluie ; mais bientôt ils se dissipent sans avoir fait en- 
tendre de coups de tonnerre^ sans mémQ donner la 
moindre ondée, que les moissons paraissent désirer si ar- 
demment. 

« Dans le mois de juin, les rivières gonflées par la fonte 
des neiges sur les montagnes, inondent les plaines basses, 
et augmentent encore les dépôts d'eau croupissante for- 
més par les pluies d'hiver. Les vapeurs qui s'en élèvent 
sons un soleil brûlant , occasionnent ou entretiennent les 
fièvres tremblantes, plus fréquentes dans les années où les 
rivières ont été plus débordées. 

m Cette maladie règne dans presque tout le pays de- 
puis la fin d'août jusqu'à la mi-octobre. Il est générale- 
ment assez rare que ceux qui en sont une fois attaqués, 
ne le soient pas plusieurs années de suite; et comme je 
Fai eue cette année pendant plus d'un mois , j'ai tout Uai 
de craindre encore pour l'avenir quelques nouveans 
accès. 

« Ycm ne muriez crràre condbien ont été épouvasH- 
Vhê Im savages qa^ce$ fièvres ont portés parmi les do»* 
TOH. xvn. 103. 30 

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466 
brenses tribus qui habUaient aurrefofe les bords du Co- 
lombia. H suffit de dire qu'on û trouvé de gros camps 
hidiens enilèrement détruits par ce fléau. Quand lessan* 
tages se sentaient attaqués, ils allaient sans perdre de 
temps se précipiter dans leseaax froides des rivières, et 
ib mouraient sur-le-champ. Les blancs, avec les soins 
convenables , n^en meurent jamais. 

« lime semble que Tannée dernière, je vous ai annoncé 
que je devais faire une Mission clans Puget-Sound , et 
pénétrer, si je pouvais, jusque dans Tile Vancouver; 
cette Mission a eu lieu et je vais vous eu dire quelques 
mots. 

« Pour parvenir à mon but, il eût été peut-être 
dangereux de pénétrer seul dans la grande ile Vancouver ; 
aucun prêtre ne s'y était encore montré, et les sauvages 
de cet endroit ne sont pas encore bien familiarisés ayec 
les blancs. Or, en ce temps-là, Th onorable compagnie 
de la baie d'Hudson se préparait à aHer bâtir rni fort à 
fextrémité sud de cette île. M. Douglas qui devait diriger 
cette expédition m'invita généreusement à prendre pas- 
snge à l)ord de son vaisseau. J'acceptai bien volontiers 
ses offres, et je quittai Covflhz le 7 mars pour me rendre 
i Skvirally. 

« Le steamboat le Beaver (le Castor) nous attendait 
depnis quelques jours; cependant, comme il y avait plu- 
sieurs préparatifs à Ëiire pour le voyage, nous ne mon'» 
limes à bord que le 13 au matin. Après avoir mardbè 
tente la journée du 13, nous ancrâmes dans nn remons 
formé par une pointe de llle Whidbey, appelée Pointe- 
Perdrix. Deslignesfurent aussitôt préparées,' et, pendant 
la veillée, nous eûmes le plaisir de prendre, pour lé 
•du teodemaÎB, me grande <iuatiiité^<P«iËCtîltenis 
I , aiBa sembliMes poar h ftÂtiië 'e« (^dar ti g«A^ 



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k h nôrflie daCmada; f ^ ai remarqué plusieurs de qua^ 
ne pieds et long. 

m Les eaux de !a baie de Puget sont richement peuplées^ 
Le saumon y abonde , c'est la plus grande ressource deà 
indigènes. Dans les mois de juillet , d'août et de septem- 
bre surtout, ils en prennent à ne savoir qu'en faire. Oit 
troo^ ici une espèce de poisson bien plus petit que ceux 
dont je viens de parler, et qui paraît être particulier à là 
o6le du Nord-Ouest. On le voit remonter les rivières au 
printanps en quantité prodigieuse. Il contient une telli 
abôjidaBce de graisse, que quand il a été pris da«i la 
bonBe saison e^ qn'H est un peu sec, on peut l'ailaniet 
Ipar le bout de la quMe et il tn^ûle comme une cbanddle 
jusqu'à la tète* Les sauvages en font une excellente kuile 
(fui leur sert à assaisonner leurs aliments. 

« Le 14, de bon matin , nous levâmes l'ancre et diri- 
geâmes notre course vers l'entrée du détroit de .'uan de 
Fuca. Nous allâmes à terre, et , après avoir visité un petit 
camp de sauvages de la grande tribu des Klalnnis, nous 
nous portâmes sur la pointe sud de l'île Vancouver. Il 
était à peu près quatre heures du soir , lorsque nous y 
arrivâmes. Nous n'aperçûmes d'abord que deux canots ; 
mais ayant tiré deux coups de canon, nousvtmes les in- 
digènes sortir de leurs retraites et entourer le steam- 
boat. Le lendemain, les pfrogues arrivèrent de tous côtés. 
Je descendis alors à terre avec le commandant de l'expé- 
dition et le capitaine du vaisseau ; cependant ce ne fut 
qu'au bout de quelques jours, c'est-à-dire lorsque j'eus 
des preuves bob équivo^es des bonnes dispositions des 
Indiens que je me rendis à leur village , situé à six mil- 
les du port , au fond d'une diarmiffile petite baie. 

« CoauBe presque toulies les ti*ibus d'alentour , celle-d 
possède un petit fort en pieux d'environ cent cinquai^te 

30. 

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468 
pieds carrés^ On se fortifie ainsi pour se mettre à Tabri 
des surprises des Yonglelats, tribu puissante et guer- 
rière, dont une partie campe sur Tile Vancouv^ elle- 
même; le reste habite sur le continent, au nord de la 
rivière Fraser. Ces féroces ennemis tombent ordinairement 
de nuit sur les yilbges qu'ils yeulent détruire, massacrent 
autant d'hommes qu'ils peuvent , et prennent les femmes 
et les enfants pour esclaves. 

« A mon arrivée, toute la tribu , hommes , femmes et 
enfonts, se rangea sur deux lignes pour me donn^ la 
main , cérémonie que ces sauvages n'omettent jamais. Je 
les assemblai tous dans la plus grande loge , celle du 
chef; et là je leur parlai deTexistence d'un Dieu créateur 
de toutes choses , des récompenses qu'il promet aux bon- 
nes actions , et des châtiments éternels dont il punira le 
crime. Mes instructions furent souvent interrompues par 
les harangues de mes auditeurs» En voici une que j'ai 
crue propre à vous intéresser. Au milieu de la foule je vis 
un homme d'environ trente ans qui se leva précipitam- 
ment et me dit : « Chef (1 ), écoule-moi. Il y a bien dix 
« ans, j'ai entendu dire qu'il y avait un maître en haut 
c qui n'aimait point le mal, et que , parmi les Français, 
« il se trouvait des hommes qui apprenaient à connaître 
m ce maître. J'ai aussi entendu dire qu'il viendrait un 
« jour de ces hommes-là sur nos terres. Depuis ce temps, 
« mon cœur, qui auparavant était très-méchant, est 
« devenu bon; je ne fois plus de mal. Maintenant que 
« tu es arrivé chez nous, tous nos coeurs sont contents. » 

ji Un jour i]ue je leur parlais du baptême et que je leur 



1) Ils donnenl gënéralemenl le oom de chef, dans leur lingw tiàh , à 
■t penonnage de diftinetion. 



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469 
disab qae d^à plusieurs nations avaient (ait régàiérer leurs 
enfiuits , un vieillard se leva et me dit : « Tes paroles sont 
€ bonnes ; mais on nous a raj^rté que ceux qui ont Mé 
« baptisés chez les Kwaitlens etIesKawitshins (à la rivière 
€ Fraser) sont morts presque aussitôt; cependant, comme 
« tu dis que c^est une bonne chose, nous te croyons» 
« Puisque Teau sainte leur fera voir le maître d'ai haut 
« après leur mort , baptise tous ceux de notre c^mp ; fiût* 
« leur cette charité, car ils meurent presque tous. » Je 
leur promis que je reviendrais, le dimanche^ pour conférer 
ce sacrement et que tous devaient s'y trouver. 

« Cependant le bruit de mon arrivée s'étant ré- 
pandu, plusieurs nations voisines arrivèrent en masse. » 

« Le 18 , qui était un samedi, fut employé à la con- 
struction d'une espèce de vaste reposoir pour célébrer à 
terre le jour du Seigneur. M. Douglas me donna plusieurs 
de ses hommes pour m'aider dans cet ouvrage. De longues 
branches de sapin formèrent les côtés de cette chapelfo 
agreste, et les tendeletsdusteamboat, la couverture. 

« Le dimanche au matin , plus de douze cents sauvages 
des trois grandes tribus Kawitshins, Klalams et Isamishs 
étaient rassemblés autour du modeste temple. Notre 
commandant n'oublia rien de ce qui pouvait contribuer 
à rendre la cérémonie imposante; il me donna liberté- 
entière de choisir à bord tout ce qui pouvait servir de 
décoration. Lui-même, il assista à la messe, ainsi quif 
quelques Canadiens et deux dames catholiques; Ce fut 
au milieu de ce concours nombreux que^ pour la pre- 
mière fois , nos saints Mystères furent célébrés sur cette 
plage depuis tant d'années en proie aux abominations de 
l'enfer. Fasse le ciel que le sang de l'Agneau sans tacbe 

ende cette terre fertile, et lui donne de produire upe 

abondante moisson. 



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47« 

« Ce jour éttot celui que y^vm &té pour le btptèflie 
deseabiito, je me rendis au village principal, accomp»- 
ignè de toute la ioule qui avait afiëisté au service diti«. 
£a arrivant , il iiatUut encore iionner la main à plus de 
«ix cents personnes. Les enfants furent disposés sur deux 
lignes au bord de la mer ; je leur distribuai à chacun un 
mmj écrit sur un petit bout de papier , et je coaunençai 
laoérémonie. Il pouvait être environ dix. heures du ma- 
dn , et lorsque j'eus fini il était presque nuit. AJors^ je 
comptai les nouveaux chrétiens et j'en trouyai cent deux^ 
J'étais épuisé de fatigue ^ et néanmoins je dus faire einxHre 
plus de deux lieues à pied pour revenir au steamboat. 

« Sflivant le plan de voyage tracé avant notre départ , 
sous ne devions rester ici que quelques jours, et poursui- 
vre ensuite notre course de fort en fort , jusqu'à l'établis- 
sement des Russes à Sitka ; mais le petit navire qui por- 
tait les provisions destinées aux divers établissements delà 
côte, était attendu de jour en jour et n'arrivait point. Ce 
retard me contrariait beaucoup. M. le Grand- Vicaire 
m'avait dit que son intention était d'établir, au commen- 
cement de l'été, une Mission dans l'île Wîdbey, et que 
je devais en faire partie. Voyant donc qu'à la suite de la 
caravane, je ne pourrais pas être de retour assez tôt pour 
remplir ses vues , je me décidai à revenir sans délai sur 
mes pas. J'achetai un canot, et , ayant engagé le clief des 
Isamislis et dix de ses gens à me conduire directement à 
nie Wîdbey, je quittai Vancouver le 24 de mars, em- 
portant avec moi les plus vifs sentiments de reconnais- 
sance pour tous les égards du commandant de l'expédi- 
tion et du capitaine Brotchie , dont j'avais en tant i me 
louer pendant la traversée des fies Sandwich au fort 
George. 

« La mer était bien calme, mais le tea^ é4M oouvert 



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471 

d*UDC iinmt épaisse. Par précaation , J^avais pris m 
coœpgs, sfp$ quoi je me serais indubiiaWement égaré, 
ayant une u-aversée de vingt-sept milles à faire. Le pre- 
mier jour nous alleignîmes une petite lie qui se trouve 
etitre Pextréifnité de Vancouver et le continent. Noos y 
passâmes la nuit. Mes Indiens qui avaient tué im loup 
naritt d'un coup de fusil, firent grand festin le soir. Yoib 
ne sanriez croire combien un sauvage peut manger dans 
un seul repas ; maïs, s'il est vorace dans Tabondanee, il 
«ait aussi jeûner plusieurs jours de suite, sans en éprou- 
ver beaucoup de fotîgue. 

« Le 25 « il Caisait une forte brise du Nord-Ouest; oies 
rameors avant de s'éloigner du rivage, montèrent sur une 
coliioe pour reconnaître si la mer était bien grosse au 
milieu du Détroit. Ils furent assez long-temps à se déci- 
der. Enfin ils dirent qu'avec l'aide d'une voile on pourrait 
se tirer d'affaire. Un mât fut donc préparé, une couver- 
ture servit de voile ^ et nous voilà à la merci des flots. 
Ters trois heures de l'après-midi^ nous abordâmes à Plie 
Wîdbey, non sans avoir couru quelque danger. 

« Un grand nonibre de sauvages Klalams et Skadjit^ 
vior^t me recevoir sur le bord de la mer. Je connaissais 
de réputation k premier chef des Skadjâts et je demandai 
ii le voir : ou m% répondit qu'il était parti depuis deux 
^jourspoiir l'Ile Vancouver, afin de m'y rencontrer. A ^ 
place, on me présenta ses deux fils. L'un d'eux , en me 
sorrautla maip,, médit : «Mou père Netlam n'est pas 
f ici, il est alléàKamosom (nom de la pointe sud de 
« rUe Vancouver) pour t'y voir; mais s'il apprend qoe 
« tu es ici , il va revenir à la course, 11 sera bien coa- 
« tent a lu restes parmi nous, car il est fatigué de dire 
« la mute tons' tei dimanehes et de prêcher à ses gewl • 
'ai 98 {dus tard que sa messe consistait à expliquer avx 



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472 

sauvages de sa tribu TécheUe chronologico-faistorique de 
la religion , à faire force signes de croix et à chanter quel* 
ques cantiques avec le Kyrie^ efetiofi. 

« Je dressai ma tente près de la croix que M. Blanchet 
avait plantée dans cette lie en 1840 , lorsqu'il y aborda 
pour la première fois. I^ lendemain , tout le camp des 
Skadjâts se rendit près de moi pour entendre la parole de 
Dieu. Pour vous donner une idée delà population de cette 
tribu ^ il suffit de vous dire que je donnai la main à une 
file de six cent cinquante personnes, et ce n'était pas 
tout; plus de cent cinquante Indiens qui avaient passé la 
nuit près de ma tente , n'étaient point de ce nombre , et 
presque tous les vieillards, les femmes âgées et beaucoup 
d'enfants étaient restés dans leurs cabanes. Après Tin- 
struction , plusieurs cantiques furent chantés avec un ton* 
nerre de voix étourdissant. 

«Plusieurs parents m'avaient prié de baptiser leurs 
enfants; je me rendis au village et demandai qu'on nie 
présentât tous les jeunes Indiens, au-dessous de sept ans, 
qui n'avaient pas encore reçu la grâce de la régénération* 
Aucun d'eux ne fut oublié; ils étaient an nombre de cent 
cinquante. Cette fois, la cérémonie eut lieu dans une pe- 
tite prairie , entourée de hauts sapins séculaires. Il n'était 
pas midi lorsque je commençai et je ne finis qu'au coucher 
du soleil. J'étais mort de fatigue; le ciel avait été sans 
miages et le soleil ardent , ce qui m'avait causé un vio- 
lent mal de tét^. De plus, un bien mince déjeuner que 
f avab pris de bon matin, dut me soutenir jusqu'à la nuit 
dose. 

€ Le 27 , le chef des Skadjâts me déclara qu'U necon- 
Timait point que je fusse logé dans une maison de toile 
(sous une tente) : «C'est pourquoi, ajouta^t-il, demain 
« tu me duras où tu veux que nous te construisions une 



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473 

« demeure^ et lu verras combien ma parole est puissante 
« quand je parle à mes gens. » Voyant la bonne volonté 
de ce chef, je lui indiquai une petite éminence , et ausd- 
tôt je vis arriver plus de deux cents travailleurs; quel- 
ques-uns avaient des haches et étaient destinés à couper 
le bois ; les autres devaient le charrier sur leurs épaules. 
Quaire des plus habiles se mirent en devoir d^ajuster la 
diarpente. En deux jours tout Ait terminé , et je me trou- 
vai installé dans une maison de vingt^huit pieds de long 
sur vingt-cinq de large. Bien entendu que le bois était 
brut; mais le toit était couvert en écorce de cèdre, et 
rintérieur revêtu de nattes de jonc. Pendant toute la se- 
maine, je fis plusieurs instructions à ces sauvages, et 
leur appris des cantiques; car , avec eux, si on ne chante 
pas, les meilleures choses ne valent rien; il leur faut du 
bruit. 

« Savais terminé les exercices de la Mission, lorsqu^ar- 
rivèrent plusieurs sauvages du continent. Dès qu'ils mV 
perçurent, ils se jetèrent à genoux près de moi, et s'expri- 
mèrent ainsi : « Prêtre, voilà quatre jours que nous sommes 
« en chemin pour te venir voir , nous avons marché la 
« nuit comme le jour et presque sans manger. Mainte- 
« nant que nous te voyons, nos cœurs sont dans une 
€ grande joie. Aie donc pitié de nous ; nous avons ap- 
c pris qu'il y a un maître en haut^ mais nous ne savons pas 
« lui parler. Viens chez nous , tu baptiseras nos enfants 
« comme tu as baptisé ceux des Skadjâts. » J'étais at- 
tendri par ces paroles. Assurément, je n'aurais fait au- 
cune difficulté de les suivre dans leurs forêts; mais je 
n^avais que peu de jours pour me rendre à Skwally où 
j'étais annoncé. Il fallut partir. 

« Je quittai ces bons hidiens le 3 d'avril. Pendant 
mcm séjour au milieu d'eux , je n'ai éprouvé que des con- 



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474 

solations. Ce sont eux qui m'ont nourri , et bien certaine- 
ment ils sont allés au delà de mes désirs. 

« Vous voyex. Monsieur, par celte relation qve ht 
sauvages de la baie de Pugei montrent asses dezëlepMr 
la religion; c^ndant ils ne comprennent guère Tétea- 
due de ce mou S'il ne s'agissait que de safoir quelques 
prières et de chanter des cantiques po ur être chrétien , il 
n'y en aurait pas un qui ne voulùtle devenir. Mais fl est 
un . point capital qui les relient , c'est la réforme des 
mœurs* Aussitôt qu'on touche cette corde , leur ardeur se 
change en indifférence. Les chefs ont beau faire à ce aqet 
de Téhémenies harangues à leurs gens , quelle impression 
peuvent-ils produire, eux qui sont les plus coupables! 
Je ne me défie nullement de la Providence ; mais on fem 
dire, sans trop s'exposer à commettre d'erreur , que nos 
principales espérances ne reposent pas sur les tribus qyi 
habitent les bords de l'Océan, ou qui sont fixées à l'em- 
bouchure des nombreuses rivières qui s'y jettent. 

« J'ai l'honneiu^ d'âlre. Monsieur, votre très-hunbie 
serviteur, 

« J.-B.-Z. BoLDUG, Mi$t. apoti. • 



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47$ 



Extrait d*une Jettrt du P. de Smet , de la compagnie de 
Jésus, d M. de Smet, son frère y à Gand (1). 



Stiote-llarit du Widkmelte, 9 «ctobre f844. 



« Mon cbea Fbèib , 

« Cest après une navigation de près de huit mois 
que, le 28 juillet, nous découvrîmes les côiesde i'Orégon. 
Oh 1 quelle joie alors 1 quels transports d'allégresse I quelles 
actions de grâces dans nos cœurs et sur nos lèvres I Tous , 
nous entonnâmes Thymne de la reconnaissance, le Te 
Deum; mais à peine nous étions-nous livrés aux premiers 
sentiments de bonheur, que Tidée de nouveaux périls à 
affronter vint renouveler toutes nos inquiétudes : nous 
approchions du Colombia. L'embouchure de ce fleuve 
est d'un accès difficile et dangereux , même pour les ma- 
rins pourvus de bonnes cartes; et nous savions que notre 
capitaine, n*ayant pu en aucune manière s'en procurer, 
ne connaissait pas les rodiers et les brisants , qui rendent 



(1) On sait qae Im PP. De Smet A YercrajsM, accompagni^ de 
^■atrf Mmiftsê BMsbret de \% mètat G*flipig«îe et d» m lœiiTe de la 
4tagrégatieo de Katee-JOame, ^ oitiètent le poct d'Aorert ie 12 dëcen- 
bre 1&43 pour sa rendre aux Montagues-Rocheusês. Le DaTife Vlnfëti- 
gahle qui les portait, après afoir trafers^ l'Ccëan Atlantique, doublé la 
pointe mëridioBale de l'Amérique du sud et remonte l'Océan Pacifique. 
•rnf I le 2S juillet IBii eo irqe dw cAfae de VOrigitn, et le & aoibft sui' 
f «fit il mooilU au fort Vaneouvtr aitué sor la rire du ûeum Cokmbia, 



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476 

rentrée du fleuve presque infranchissable dans la saison 
où nous étions. 

« Nous aperçûmes bientôt le cap Désappointemenij qui 
semble indiquer aux voyageurs la route qu'ils doivent sui- 
vre. Comme il était déjà tard , le capitaine prit la résolu- 
tion de virer de bord , pour éviter les côtes pendant la 
nuit. Pendant que le vaisseau s'éloignait de la terre ferme, 
nous considérions de loin les hautes montagnes et les 
vastes forêts de TOrégon. Çà et là , nous vîmes s'élever la 
fumée des cabanes de nos sauvages. A cette vue une foule 
de sentiments s'emparèrent de notre âme; les redire ici ne 
me serait pas possible. U faut avoir été dans noure position 
pour comprendre ce que nous sentfanes alors ; notre cœur 
palpitait de joie à l'aspect de ces pays immenses , où se 
trouvent tant d'âmes abandonnées', naissant, vieillissani 
et mourant dans les ténèbres de l'infidélité, foute de Mis- 
sionnaires ; malheur auquel nous allions mettre un terme» 
sinon pour tous, du moins pour un grand nombre. 

« Le 29, tous les Pères célébrèrent le saint Sacrifica; 
nous voulions faire une dernière violence au ciel. Le conv- 
mencementde ce jour fut sombre, nos esprits Fétaienl 
aussi ; vers dix heures le temps s'éclaircil et nous permit 
d'approcher, avec précaution, de cette vaste et alTreuas 
embouchure du Colombia. On ne tarda pas à découvrir 
d'énormes brisants , signe certain d'un banc de sable de 
plusieurs milles d'étendue. Les écueils traversent le fleuve 
dans toute sa* largeur, et présentent une barre qui 
semble en interdire l'entrée. Cette vue nous jeta vrai- 
iBent dans la consternation ; on sentait qu'il était inu- 
tile de tenter le passage, et qu'infoilliblement nous y trou- 
verions notre perte. 

« Dans cette triste situation , que foire , que devMiir, 
où aller? 



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47T 

« Le 30, le capitame se tronvaiit aa haut du mAt pour 
faire qaelqoes découvertes , aperçut un navire qui longeait 
le cap pour sortir du fleuve. Ou ne le vit que peu de temps^ 
car il alla jeter Fancre derrière un rocher, en attendant le 
vent favorable. Nous conjecturâmes alors qde le fleuve 
était encore praticable^ et nous espérâmes pouvoir nous 
diriger sur la course de ce navire. 

« V^rs trois heures, le capitaine envoya le lieutenant 
avec quatre matelots pour sonder les brisants et diercher 
une voie pour entrer le lendemain, 31 juillet, jour de la 
fête de saint Ignace : cette heureuse couiddence ranima 
nos espérances et rdeva nos coursées. Nous attendions tout 
de la protectii» de notre fondateur, et nous le priâmes, avec 
toute la f(»rveur dcmt nous étions ciqpables , denepas nous 
abandonner dans ce péril extrême. Ce devoir rempli, on 
n*eut rien de plus {uressé que d'aller sur le tiHac , pour 
découvrir la chaloupe montée par le lieutenant. Vers les 
onze heures , elle rejoignit VInf€Ui$€Me;\es visages tristes 
et découragés des matelots nous annonçaient de mauvaises 
nouvelles^ on n'osait les int^roger... Cependant le lieu^ 
tenant dit au capitaine qu'il n'avait pas trouvé d'obstacles, 
et que la veille , à onze heures du soir, il. avait traversé 
la barre avec cinq brasses d'eau ( 30 pieds). Alors on dé^ * 
ploya les voiles, et VInfaUgàbk s'avança à la faveur d'une 
légère brise. Le ciel était pur, le soleil brillait de tout son 
éclat , depuis longtemps nous n^avions pas eu une aussi 
belle journée. 

« n ne manquait plus, pour b rendre la plus belle de 
imtre voyage, que Pheureuse entrée dans le leove. A ne- 
sure qu'on approchait, tons redoublèrent leurs prières , 
chacun se recueillait et se tenait prêt k tout événemoit* 
Cependant le vigilant et courageux c^rftaine ordonne de 
jeter le plomb. Un matdot s'atladie au deiNm du vaisseM 



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4iB 
et sonde; on entend le cri : 7 brasses. De cinq en cinq 
minâtes le cri se renouirelle ; puis 6 brasses. . . 5 brasses. . . 
le nombre dÎBfnniiait toujours. On devine ccm* ien chaque 
cri devait faire palpiter nos cœufs. Mais «jifand on cria 
3 brasses, tout espoir s'évanonil; carc*é(?jt le minimum 
de Teau nécessaire au narire. On crut un instant que le 
vaisseau allait se briser contre les récife. Le lieutenant dit 
au capitaine : fiNous sommes entre la vie et la mort; mais 
il faut avancer, » 

« Le Seigneur voulait mettre notre foi ù Tépreuve, il 
n'avait pas résolu notre perte. Le cri de 4 brasses se bit 
entendre, on respire , on prend cotnrage; mais le danger 
n'était pas passé. Nous avions encore deux milles de M-* 
sauts à franchir. Un second cri de 3 brasses vînt de non* 
veau nous remidir d'èponvante. Le lieutenant dit alors an 
capitaine : •Nousfmu sommes trompés de rouie.^ — Bahl 
reprit le capitaine , ne myez^^ous pas qne {Infatigable 
passe partout? Jvasuex*^. Le Gel était pour nousl Sans 
kii j ni rhabileté du capitaine , ni la bonté du navire , ni 
l'activité 4e l'équipage n'eussent pu nous préserver d'une 
perte certaine* Nous étions à plus de cent mètres de la 
bonne voie , au milieu <f« canal du Sud , que jamais vais^ 
' seau n'avait traversé. Quelques moments après , nous ap- 
prîmes d'une manière positîvn que nous avions échappé 
nomme par mirade. 

« En effet) noire vaisseau avait pris, d'abord, une bonne 
direction à l'entrée du fleuve; mais à peu de distance de 
ton eari)aachuief le Colombia se iGvise en denx branches 
fimnant eomnie deOK canrax; i'wi au Nord, non loin dn 
cap DéÊtfpamtimaUj est œlnî que nous devions suivre; 
l^anipe, an Snd , n'est point fré^enté, à cause des bri* 
•aoli^pii en bantntt Tenirée, et sur lesqfoeis noua nronê 
posé les piM É Uii «t ppobeMenMit les doi nitc s > lions 



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479 

sûmes CDOore que le gouverneur du fort Jstoriaj nous 
ayant îipirçus depuis deux jours, s'était rendu à Textré- 
mité dsi cip avec quelques sauvages et que, pour nous 
atlirei de ce côté , il avait allumé de grands feux , élevé 
nn drapeau et tiré quelques coups de fusil. Nous avons , 
n est vrai , remarqué ces signaux ; mais nul d'entre nous 
o^ea avait compris le motif. Dieu sans doute voulait nous 
nootrer qu'il est assez puissant pour nous exposer au dan- 
g^ et nous en retirer ensuite sains et saufs. Que son saint 
oom soit béni ! gloire aussi à si ini Ignace qui a protégé» 
visiblement ses enfants le jour île sa fête. 

« Vers quatre heures et demie, us csuMit m dirigea vera 
leoft; il était monté i>ar «tes sauvages Clmpsaps^ ayaol à 
leur tête un Américain établi sur les côtes; leurs cm 
éUnnèretit beaucoup nos P^^es et les sœurtde Notre-Dame. 
Noos ne pâmes distinguer que le mot Catche qu'ils répé<- 
: à riiifini. On leur fit signe d'approcher, et le capî* 
leur permit de monter à notre bord. Aussitôt l'A* 
mérjcain m'aborde et m'expose le cbager cpae noosavîoiis 
coam; il ajoute qu'il avait voulu ventr à notre secours, 
maiê que les sauvages, voyant le péril , tt'acvaieiit pas oeé 
s^ exposer. 

« De leur côté, les Indiens nous racontaient par signes 
quelles avaient été leurs craintes , comment à chaque in- 
stant ils s'attendaient à voir le navire renversé et brisé; ils 
avaient pleuré, et déchiré leurs vêtements, sûrs que, 
sans l'intervention du Grand-Esprit , nous n'eussions ja- 
siais échappé au péril. En vérité, ces braves sauvages ne 
iSéiaient pas trompés. C'est le témoignage de tous ceux 
qin connaissent l'histoire de notre passage; ils ne cessent 
de nous en féliciter, comme d'une chose unique et mer- 
frilleuse. 

« La seconde visite, que nous reçûmes à bord , fut celle 

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480 

de quelques TeKinùuh$^ peuplade établie dans rimmense 
forêt qui s'étend sur la rive septentrionale du fleuve. Les 
Clapsopt occupent la rivemâridionale, et fonnentnne po- 
pulation d'environ cent cinquante hommes. Les Tchinouh 
habitent trois grands villages au delà de la forêt ; ces deux 
nations , quoique voisines , sont ennemies Tune de Tautre. 
Les hommes s'enveloppent d'une couverture pour paraître 
devant les blancs. Ils mettent toute leur vanité dans leurs 
colliers et leurs pendants d'oreilles; ils donneraient tout 
ce qu'ils possèdent pour s'en procurer. Ces sauvages se 
mettent extrêmement à leur aise ; il faut être très-réservé 
avec eux, afin d'empêcher la trop grande familiarité. Il leur 
suffit qu'on ne les chasse point; contents pour lors, ils 
n'exigent pas qu'on s'occupe autrement d'eux ; ils sont d'un 
naturel paisible, leur physionomie ne diSère en rien de 
celle des peuples civilisés ; ils sont robustes et bien faits; 
trouvant facilement de quoi sarïsfoire à leurs besoins , ils 
mènent pour la plupart une vie fainéante et oisive ; leur 
unique occupation est la pêche et la diasse. Le saumon 
abonde dans leurs fleuves, et le gibier dans leurs forêts. 
Après s'être pourvus chaque jour de ce qui leur est néees- 
saire^ ils se couchent au soleil des heures entières, sans 
bouger. Ils vivent du reste dans l'ignorance la plus gros- 
sière de la religion. 

« Le lendemain matin nous vîmes une chaloupe qui 
s'efforçait de nous rejoindre; elle p<N*tait M. Burney , le 
même qui les jours précédents s'était, du haut du cap, si 
vivement intéressé à notre sort. Il nous aborda avec toute 
la bienveillance possible; c'est à lui que la garde du fort 
Asîoria est confiée; il y fait sa résidence avec sa famille, 
et il était chargé, de la part deson épouse et de ses enfants, 
de nous inviter à descendre chez lui , pour leur procurer 
le plaisir de nous voir. Persuadé qu'après un si long se- 



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481 

jour sur mer, celle visite serait très-agréable à chacun dfe 
nous, j'y consentis. Pendant que^cette honorable famille 
BOUS préparait à dîner, nous fîmes une petite excursion 
dans la forêt voisine. Nous y adminimes des sapins d'une 
hauteur et d'une grosseur prodigieuses. Il n'est pas rare 
d'en rencontrer de deux cents pieds de haut sur quatre 
pieds et demi de diamètre. On nous montra un tronc de 
sapin qui avait quarante-deux pieds de circonférence. 
Après une course de deux heures, M. Burney nous re- 
conduisit au fort. 

« Dans une seconde promenade, plusieurs d'entre 
nous admirèrent des tombeaux de sauvages. Le corps du 
défunt est placé dans une espèce de canot , fabriqué d'un 
tronc d'arbre; on le couvre de nattes ou de peaux , puis 
on le suspend à un arbre, ou on l'expose sur les bords de 
la rivière. Nous vîmes jusqu'à douze tombeaux semblables, 
réunis dans un même endroit ; ils se trouvent ordinaire- 
ment dans des lieux de difficile accès , afin d'être ainsi 
plus à l'abri des animaux féroces. Non loin de ce ci- 
metière, un de nos Pères plus curieux que les autres, 
ayant aperçu à l'écart le museau d'un oiirs qui n'avait pas 
t'air trop apprivoisé , s'en revint saisi d'une panique asse» 
plaisante. 

« Le 2 août, je résolus de devancer mes compagnons 
au fort Fancouver, pour informer le Rév. M. Blanchet 
de noire heureuse arrivée. Du reste, voici pour nos Pères 
ee qui concerne le reste de lemr voyage : le 3 et le 4, la 
marche du navire fut retardée faute de vent; d'un coup 
d'œil on pouvait apercevoir le chemin qu'on avait fait en 
upoîs jours. Vers le soir une légère brise se leva et permk 
de continuer la route. Au bout de quelques heures , on 
fut au delà des écueils c[ui se prolongent l'espace de six 
lieues. Cette distance une fois parcourue , on peut tenir 

TOM. XVn. 103» DigitizedbyJJbOOgl 



e 



482 

oonstamment le milieu du fleuve; il s'y trouve toujours 
use quafiUié d'eau suflisante , mais les nombreuses sinuo- 
sités exigent une manœuvre continuelle* 

« Ici la rivière est des plus belles : surfece unie comme 
on cristal , courant intercepté à la vue par le rétrécisse- 
ment du lit et des rochers, mugissement sourd desdraies 
et des cascades ; rien n'est plus Tarie ni plus agréable que 
le Colombia. On ne se lasse pas d'admirer la richesse , la 
variété et la beauté des sites, que la nature offre dans 
ces régions solitaires; des forêts vierges bordent les deux 
rives, dans presque toute leur longueur; elles sont cou- 
ronnées de naoniagnes également boisées. En remontant 
le Colombia, on renconure çà et là d'assez larges baies, 
au milieu desquelles de jolies petites îles, semées sur 
les flots comme des groupes de fleurs cl de verdure, 
présentent un coup d'œil charmant; c'est ici que les ar- 
tistes devraient venir étudier leur ait, ils y trouveraient 
les vues les plus pittoresques et les plus gracieuses qu'on 
puisse imaginer : les couleurs les plus variées, les sites 
les plus ravissanU sont prodigués sur celte terre. Plus on 
tançait , plus les perepeclives étaient gi*andes et majes- 
tueuses. EnDn le S août, le navire arriva au fort Fancou- 
€6T, vei's les sept heures du soir. M. le gouverneur, homme 
plein de religion , accompagné de son épouse et des per- 
«omies les plus notables , se trouvait sur la rive pour nous 
recevoir. Nous jetâmes l'ancre ; nous nous rendîmes aus- 
«itût au foii , où nous fûmes SKMCueillis et traités avec toute 
la coi*dialilé possible. 

« Le 12, après huit jours d'attente, arriva le Rév» 
M. Blancheu H n'avait pas reçu la leure que je lui avais 
édite ; mais aussitôt que la nouwUe de noire arrivée lu 
fut parvenue , il se hâta de nous rejokidro, accompagné 
d'un bon nombre de ses paroissiens. 11 afvaît voyagé tout 

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483 

«D joar et une mut sans s^arréier. Sa pésence nous oom- 
Jda de joie. Qooique nous fassions très-bien au fort , nom 
-déârioBS au plus tôt parvenir à Tendroit que la divine 
Phïvidenoeuons avait destké ; les religieuses de leur cAté 
soupiraient après leor nouveau couvent de fi^allameUe. 
En conséquence M. Blanchet ^ok'donna les préparatife du 
idqpart , et le 14 nous quiltAnies le fort VeokcmtiDer. 

« Un adieu bien sensible nous restait à faire au capi* 
laine de notre navire; il nous attendait au bord duflenve. 
L'émotion Ait vive de part et d'autre : lorsque pendant 
huit mois on a partagé les mêmes dangers, et qu^ensemble 
on a vu si souvent de près la mort, on ne se sépare pas 
sans larmes* 

« Notre petite escadre se composait de quatre canots^ 
montés par les pproissiens de M. Blanchet , et de notre 
chaloupe; nous remontâmes le fleuve, et bientôt nous en- 
trâmes dans la rivière Wallameite^ qui se jette dans le 
Cohimbia. 

« Aux approches de la nuit , nous amarrâmes nos bar- 
ques et nous allâmes camper sur le bord. Là nous nous 
réunîmes autour du feu en table d'hôte assez pittoresque^ 
puis nous nous livrâmes au repos; mais les maringoums 
Tinrent par milliers interrompre notre soipmeil ; les reli* 
gieuses, auxquelles on avait cédé la tente, ne furent pa9 
plus épargnées que oeux qui dormaient à la belle étoile* 
Vous compr^ez sans peine que la nuit nous parut un pea 
ioBgue; aussi fûmesHious sur pied au premier rayon dtt 
jeor. J'aidai les religieusesi dresser on petit autel ; e'élai€ 
k 16 aoàt, jour de TAssomplion , léte qu'on ne célèfcvv 
«osidbis ici qte le dimanche suivant. M. Blanchet ^A^k 
fessnot ^Q:à&m^ Mis bftâotres communièrent. 

« Enfin le 17, à onze heures du matin , on aperçât b 
dière Mission de ff^oHamettc. M. BInncbet eut soin de 



— 'dbyLjOOgk 



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484 

faire iransporter nos bagages ; les religieuses furent coa- 
duiles en charelle à leur demeure, éloignée d'environ cinq 
milles de la rivière ; à deux Heures nous étions tous ras- 
sembles et prosiernés dans l'église de ff^aUameUe, pour y 
adorer et remercier notre divin Sauveur, par un Te Deum 
solennel qui fut chanté avec une vive émotion. 

« Le dimanche 18 , ici fêle de TAssomplion , dès huit 
heures du matin on vit arriver en foule les cavaliers cana- 
diens y qui avaient amené de loin leurs femmes et leurs 
enfants pour assister h la solennité. A neuf heures la foùle 
se pressa dans Téglise , les hommes d'un côté, les femmes 
de l'autre, dans un ordre parfait. Vingt >enfant8 de duBur 
environnaient Faulel; le Rév. M. Blanchet célébra le 
saint Sacrifice. Quant à ses paroissiens, à peine civilisés > 
9s nous édifièrent beaucoup [xir leur piété. 

« Depuis mon arrivée dans l'Orégon , j'ai fait une 
grande maladie; Dieu m'a accordé la guérison, et au- 
jourd'hui, 9 octobre, date de ma lettre, j'ai le bonheor 
de me mettre en route pour les Montagnes Rocheuses. 

« Je suis, 

P. J. de Smet , S. J. 



« P. S. Dès le 9 septembre, en attendant que leur 
maison fût habitable , les Sœurs commencèrent à instruire 
en plein air les femmes et les enfants qui se disposaient k 
la première communion. Le 12 , elles avaient déjà dix- 
neuf élèves , âgées de 16 à 60 ans; toutes ces personnes 
viennent de loin , apportent des vivres pour plusleufs 
jours et couchent dans la forêt , exposées à toutes les in- 
jures de l'air. On ne peut concevoir combien ces pauvres 
gens sont avides d'instruction ; on consacre jusqu'à six 

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485 

heures par jour à leur enseigner le signe de la <Toix et 
les prières ordinaires. Un jour, on apprii qu'une femme 
était depuis deux jours sans manger; les chiens avaient 
dévoré sa petite provision , et elle n'avait pas voulu re- 
tourner chez elle, afin de ne pas perdre la leçon du ca- 
téchisme. 

« On ne saurait croire combien les Sœurs sont chéries 
et respectées, et quelles démonstrations de reconnaissance 
ces Indiennes leur témoignent; les unes leur apportent 
des melons, les autres des pommes |le terre , du beurre, 
des œufs , etc. 

« Le couvent n'ayant encore, le 34, ni portes, ni 
châssis, à cause de la rareté des ouvriers, on vit ces bon- 
nes Sœurs, les unes s'essayer au maniement du rabot, les 
autres placer les vitres , peindre les portes et les fenê- 
tres, etc. Ce qui leur fait aésirer si ardemment leur nou- 
velle habitation , c'est que déjà on leur a présenté un« 
trentaine de pensionnaires Canadiennes , qui leur procu- 
rei'ont le moyen de nourrir gratuitement les jeunes or- 
phelines qui se trouvent abandonnées dans les bois. Ces 
petites malheureuses, recueillies chez les Sœurs, pouiv- 
ront ainsi recevoir des soins spirituels et corporels ; mais^ 
pour réaliser ce projet qui promet de si beaux ré- 
suluts , il faudrait quelque secours qui permit de fournir 
des habillements k ces pauvres enfants, le produit du pen- 
sionnat ne pouvanl servir qu'à leur nourriture. Voici, du 
reste, le brillant prospectus de ce pensionnat : 

« Par irimesire : 100 livres de farine, 26 livres de 
lard ou 36 de bœuf, 4 livres de sain doux , un sac de 
pommes de terres , 3 galons de pois, ^ douzaines d'œub, 
un galon de sel , 4 livres de chandelles, une livre de thé, 
4 livres de riz. 

« Cest au mois d'octobre que les Sœurs sont définit!* 



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486 

• 

CBtrées dans leur coniHnt; le Rév. M. Blandiec 
fiât pea après bénir leur chapelle avee tome la solen- 
ailé pott3>le. Depuis ce momeiit dles ont le boobeur d*»- 
voir tous les jours la sainte Messe, cpi'on des Pères nia- 
iionnaires établis au lac Ignace, Tient y cél^M'er. Dès les- 
premiers jours de leur installation , elles ont eu encore la 
douce consolation de voir faire la première communion à 
use trentaine de femmes, qu'elles avaient instruites et pré- 
farces. Ces succès obtenus en si peu de temps ont fait 
concevoir le projet de former une seconde maison de co 
genre au village de la Cuhute. M. Blanchet et le P. de 
Vos petlsent que la disparition des ministres protestants, 
qui vient d'avoir lieu après d'infructueux essais, est une 
circonstance bien favorable à ce nouvel établissement des 
religieuses. Malheureusement la station de sainte Marie de 
Wallamette fournirait à elle seule de quoi occuper douze 
Sœurs , et elles ne sont que six. 

« Nous apprenons avec plaisir , qu^aussitôt après 
son sacre, Mgr Blanchet se rendra en Europe, afin de 
Élire de nouvelles démarche pour obtenir encore douze 
autres religieuses. Fasse le ciel qu'il réussisse, et que le 
défaut de moyens pécuniaires ne mette pas un obstacle 
insurmontable au grand sacrifice que, cette fois encore, 
la pieuse Congrégation des sœurs de Noire-Dame s'impo- 
serait avec la même générosité. » 



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487 



DIOCESE DE DUBUQUE. 



ExtraUd^unehttredeM. Crétin, Missionnaire apostolique y, 
d sa sœur. 



Fort AtkinsoD. Ie22 jaio 1845. 



« Matrès-cheresœur, 

« Comme je vons Tavaîs annoncé dans ma dornître 
lettre, je suis depuis quelques mois parmi les sauvages 
Ouinébégo ou Puants. Ces pauvres Indiens paraissent 
irès-bîen disposés; ils ont adressé au gouvernement péti- 
tions sur pétitions pour en obtenir des prêtres catholi- 
ques ; mais on ne fait nulle attention à leurs instances, et 
malgré eux on continue à leur imposer des minisires 
prolestants, qu'ils sont obligés de payer vingt-cinq mille 
francs par an, bieq qu'ils ne les écoutent pas. 

« L'année demièrç, je crus un instant que leurs \œnx\ 
si long-temps méconnus, allaient enfin être exaucés. La 
fête de saini Jean-Baptiste avait été fixée pour l'ouverture 
d'an grs^d conseil de la nation ; tous les chefs des Puants 
et la plupart de leurs guerriers devaient s'y trouver 
réunis, pour entendre les propositions d'un commissaire 
du gouvernement, chargé de traiter avec eux de la vente 
de leurs terres* 



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488 

« Les sauvages convoques dans renceinle du fort, 
refusèrent d'y Unir leur séance, déclarant que leur cou- 
tume n'était pas de se réunir en tel lieu ; qu'enfants des 
champs et des forêts , ils ne savaient délibérer librement 
qu'en pleine campagne , et non sous des remparts , en 
face du soldat et à la gueule du canon. Aussitôt on donna 
ordre de construire une immense tente de feuillage, à un 
quart d'heure du fort ; des sièges y furent convenablement 
préparés, et deux jours après , à dix heures du matin, 
par un temps superbe, la première assemblée s'ouvrit au 
bruit de l'artillerie. 

« Tous les saiu âges étaient en grande tenue indienne, 
parés de plumes et de panaches, et la face tatouée avec 
des variations infinies. Le commissaire qui était le gé- 
néral Doge, gouverneur du Wîsconsin, prit la parole et 
leur dit quel était son message; il leur fit entendre qu'on 
leur donnerait un très bon prix de leurs propriétés. Ce 
prix se réduisait h payer environ cinquante centimes 
l'arpent.de leur excellente terre, qu'arrosent six rivières 
considérables, et dont l'étendue comprend deux millions 
trois cent mille arpents. En leur enlevant ce vaste terri- 
toire, on avait pour but d'en transporter les possesseurs 
à Test du Missouri. Les sauvages ayant écouté cetie 
proposition, demandèrent un jour pour en délibérer 
ealr'eux ; ainsi la séance fut levée et renvoyée au len- 
demain. 

« Cette fois, le eoncours des spectateurs fiil encore 
plus nombreux que la veille ; beaucoup de colons dee 
rives du Chien encombraient la place du conseil , lorsque 
parut le premier chef, le grand orateur de la nation 
appelé ÏFakou^ Bien qu'il ne fût pas chréUen , on voyait 
avec surprise briller sur sa poitrine un grand crucifix de 
dix pences environ. Ce vieillard à cheveux blancs s'a^anoo 



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489 

avec dignité et avec une politesse peu connue des sau- 
vages ; il salue les dames qui se pressent sur son passage 
en grand nombre, leur tend la main , et leur adresse ces 
paroles : «Je suis bien aise, mes soeurs, que vous assistiez 
« à celte conférence ; votre présence nous prouve l'intérêt 
« que vous prenez à notre sort ; je vous en remercie an 
« nom de tous les hommes de ma tribu. » Puis, se tour- 
nant vers le général Doge : « Mon frère, lui dit^il, je te 
« revois ici avec plaisir; en te députant près de nous, 
« noire grand père (le Président des Etats-Unis) ne 
« pouvait faire un meilleur choix , car nous t'aimons 
« tous ; tu as déjà présidé plusieurs fois à nos traités avec 
« les blancs , et nous nous sommes applaudis de ta 
« loyauté ; tu as toujours été un ami pour notre nation, 
« nous espérons que tu seras encore notre défenseur 
« auprès de noire grand père. Si je parle seul aujotuv 
« d'hui , garde-toi bien de croire que je sois seul 
« capable d'exprimer les sentiments de ma tribu ; tous 
« les chefs ici présents savent manifester leurs pensées; 
« mais habitué dès ma jeunesse à porter la parole dans les 
« conseils^ on m'a élu comme le plus ancien pour défeo- 
« dre, au nom de tous, nos intérêts communs. 

« Tu viens, dis-tu, de la part de notre grand père, 
« nous demander la cession de notre territoire? Mais 
, c aurait- il oublié les magnifiques promesses qu'il m'a 
c faites à Washington, à deux époques diflerentes? Pour 
« moi , il m'en souvient comme si c'était ajourd'hui ; * je 
« reçus dans cette vilie le plus gracieux accueil ; tout le 
c monde était enchanté de me voir , de me montrer ce 
« qu'il y avait de curieux dansles cités que je traversais; 
« les marques du plus entier dévouement nous étaient 
« prodiguées ; on nous disait qu'on ne nous inquiéterait 
« plus sur les terres où nous nous retirerions, et ea 



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490 

m àgsii d^mie inakâraUB aUitneft oirne donna mte m^ 
« daiiie d^arevit, représentant deux mains enlacées. — 
« Gomfites snr moi , me disait le grand père; je Yons 
« défendrai loujonrs; Yons serez mes eafonls; si l'os 
«' tous £ait quelqne tcvt, adressas^toos toujours à mon 
« vos sujets de plainte cesseront dès qu'ils me seront 
« connus, et je vous défendrai. — Et moi, simple enfisint 
« de la nature, qui n'ai qu'une langue , je croyais à la 
« sincérité de ces promesses; mais, voilà que malgré nos 
« réclamations , toutes nos affaires ont été administrées 
« sans même nous consulter. On a renvoyé des agents 
« que nous aimions pour nous en donner d'autres, sans 
« prendre noire s^is. Nous avons adressé des pétitions 
« auxquelles on n'a eu aucun égard. On nous avait bien 
« promis qu'on nous laisserait toujours sur les terres 
« que nous occupons, et déjà on veut nous envoyer je ne 
« sais où? Mon frère, tu es notre ami, dis à notre grand 
« père qu'avant de prendre le chemin d'un nouvel exil, 
« ses enfants ont besoin de faire ici une balte plus 
« longue : l'arbre qu'on transplanterait sans cesse , ne 
« tarderait pas à périr. 

« Pour se dispenser d^étre juste envers nous , on 
« nous accuse d'être la nation la plus perverse qui soii^ 
« sous le ciel. Si le reproche nous était fait par des 
« Indiens, je montrerais qu'il est exagéré. Mais ce sont 
« les Blancs qui nous l'adressent , et je me borne à ré- 
« j>ondre qu'il retombe sur eux. Pourquoi nous imputer 
«- des vices que vous mêmes avez fomentés? pourquoi 
« venez-vous nous tenter jusqu'à la pprte de nos cabanes 
« avec votre eau de feu, si destructive de notre tribu ? 
« s'il se commet des crimes parmi nous, c'est par suite 
« de l'ivresse; et qui nous enivre? qui? des honmies 
« avides qui nous vendent du poison au prix de nos 
« dépouilles. 



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491 

«Comme ttf m'as iimtéi ce faire tatit6s4es4 

« qw jjê croirais vtHes ï ma natioii, permets qu^vimldit 

« finir je t'en adresse une de la plus haute ioqxirtattoe» 

« Hêtre grand père nous aiait dit : — Je vons enverrai 

« des hommes qui vous apprendront à bien: vivre. — ' 

« Ces hommes sont venus en e&t; mais quoiqu'ils 

« soient assez bons , nos enfants ne les écoutent pas 

« mieux que nous. C'est que nous voulons des Prêtres 

« catholiques. Ceux-là se feront mieux écouter, sois-en 

« sûr. Je prends Dieu à témoin que ce que je dis est 

« Texpressîon des voeux de ma nation; j'en prends 

« aussi à témoin les chefs ici présents. » Et tous les chefs 

firent entendre un murmure approbateur, sans qu'il 

s'élevât aucune réclamation. Alors le commissaire déclara 

que sa mission était remplie, et qu'il rendrait au grand 

père un compte exact de tout ce qui s'était passé. 
«■ 

« Le lendemain, les sauvages demandèrentencore une 
{^semblée. Plusieurs autres diefs prirent la parole , et 
ne firent qae confirmer ce qui avait été dit la veille; 
maïs avant l'ouverture de la séance, le grand orateur 
ayant exprimé le désir que je \Jnsse m'asseoir à côté du 
président, je fus mvité à prendre la place du comman- 
dant du fort, ce qui n'a pas peu étonné beaucoup de 
protestants. Si Dieu lève enfin les obstacles qui s'op- 
posent à mes desseins, j'espère avec sa grâce contribuer 
à améliorer la condition de ce pauvre peuple. 

« Je suis encore seul ici , avec une famille sauvage 
dont la mère , très-bonne chrétienne, parle un peu 
français; logé dans une maison formée de troncs d'arbres 
couchés horizontalement l'un sur l'autre , et recouverte 
d'écorce^ j'ai à peu près le nécessaire. Les deux plus 
I^us grands inconvénients du pays sont les serpents à 
sonnette et les cousins. On ne peut marcher avec assu- 



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492 

pance dans les bois et les prairieSi surtout près des ri- 
vières, où à chaque pas on entend bruire la queue de cet 
aOreux reptile; il est très rare cependant quMI morde ; 
il n'attaque jamais, à moins qu'on ne Tait prévenu en le 
foulant du pied dansTherbe. 

« Les cousins sont encore plus inquiétants; feu suis 
dévoré depuis trois jours , sans avoir un instant de repos 
ni le jour ni la nuit. Ils sont ici par myriades. Mes 
pauvres chevaux se roulaient ce soir à terre pour s'en 
débarrasser ; ne pouvant plus tenir dehors , ils ont cassé 
teurs harnais et sont venus se caclier dans Tétable, où ik 
ne se sont pas mieux trouvés. Je porte des gants de soie, 
je chausse des bottes, je couvre ma face d'une gaze pour 
éviter la piqûre de cet insecte incommode ; mais pendant 
h messe il s'attache à mon chef dépouillé, alors sans dé- 
fense; et bientôt ma tête enfle d'un demi-pouce au moins, 
pour une demi -journée. 

« Je termine ma lettre à la prairie du Chien , ce 9 
juillet. Je ne dis rien des divers dangers que j'ai courus, 
et auxquels j'ai échappé par la grâce de Dieu. Continuez 
bien de prier pour moi. 

« Votre tout aifeciionné frère , 

« J. Cbetin^ Miss^ tipost. » 



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493 



DIOCÈSE DE VINCENNES. 



Extrait d'une lettre du P. Sorin, de la Société de 
Notre-Dame de Sainte Croix, d M. le Supérieur de la 
même Société^ au Mans. 



NoUoaa56ibi. 22 janTÎer ii\ô. 
« Mon RÉvéEEIlD PÂREy 

« J'arrive, et je bénis le ciel de me ramener au milieu 
de mes chers néophytes. Les sauvages sont à cinq lieues 
d'ici, dans les bois; dans deux ou trois heures ils vontéire 
avertis de mon retour ; ils seront auprès de moi cette nuit 
même. J'ai dû m'informer tout d'abord de leur persévé- 
rance ; voici la réponse que l'on m'a faite : « Père , le 
« changement de cette tribu est devenu le sujet de toutes 
« les conversations du pays. Jusqu'à Fhiver dernier 
« c'était une bande d'ivrognes et de voleurs, le scandale 
« et l'effroi de tout le voisinage. Depuis leur baptême, ce 
« ne sont plus les mômes hommes : tout le monde admire 
c leur sobriété, leur honnêteté, leur douceur, et surtout 
« lear assiduité à la prière ; leurs cabanes retentissent 
« presque continuellement de pieux cantiques. » 

« «C'est un mystère pour moi, me disait tout à l'heuve 
« un vieux chasseur canadien , que le spectacle de ees 



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494 

c Indiens (els qu'ils sont aujourd'hui. Croiriez- tous que 
« j'ai vu de mes yeux ces mêmes sauvages , en 1813 et 
« 1814, livrant au piUûge et aux flammes les habita- 
« lions des blancs , saisissant les petiis enfants par le 
a pied et leur écrasant la tête contre les murailles , ou 
« les jetant dans des chaudières bouillantes? Et mainte- 
« nant^ à la vue d'une robe noire, ils tombent à genoux, 
a baisent sa main comme des enfants celle d'im père; ils 
« nous font rougir nous-mêmes ? » 

« La cruauté parait avoir été, en effet, la plus saillante 
de*leurs inclinations naturelles. Lors du fameux traité 
de Harisson avec la nation indienne en 1815, quand le 
Président de TUnion, après avoir reproché au chef de la 
tribu son ancienne barbarie, lui fit demander s'il oserait 
bien encore commettre quleque acte du même genre : 
« A la première occasion que j'en trouverai, » répondit 
fièrement le sauvage. L'armée des Etats-Unis parvint , 
après mille dangers, à les refouler dans leurs forêts, et 
finalement à leur imposer la loi ; maïs il n'appartenait 
qu'aux ministres de Jésus-Christ de changer ces oobuk 
farouches, et d'en faire des hommes en en faisant des 
chrétiens. 

« Je viens de visiter un de leurs anciens cimetières. 
On voit encore distinctement chaque tombe. Avec eux 
on "enterrait leur carabine, leur casse-tête, leur corne à 
poudre, leur pipe et leur plus bel habit. D'après une vieille 
tradition ils demandaient, en mourant, qu'on ne Bt 
pas passer la charrue sur leurs corps. Moins heureux que 
leurs descendants , ils ignoraient encore qu'il y eàt 
quelque chose de meilleur à solliciter de ceux qui leur 
survivaient. Cette réflexion me fait souvenir d'un fait 
iréceiH, -dont nom avens tous été beaucoup édifiés. €ne 
'iveuve tiidimoe vînt à perdre Také de ses deux fife,i 

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495 
TÎBgl-bttû listes de Soath-Bena. EHe sacrifia le peu qui 
loi restait pour fitire apperier les >estes du cher défnt 
dans le cimetière de Notre-Dame du Lac. Pïmvre mère I 
il jr avait treize jours que le convoi fen^jreétait en marchei 
quand il arriva à l'église. Linfidèle qu'elle avait gagé 
pour lui rendre ce service, ne pouvait s'empêcher lui- 
même d'admirer, dans une femme sauvage, un pareil ^uste 
de religion. 

« Quand un Indien a embrassé h prière , vous diriez 
presque qu'il ne pense plus à autre chose. Il y a deux 
mois, un de ceux que nous avons convertis avait cru me 
voir passer dans la diligence, à quelque distance de Na- 
taouassibi ; deux heures après, tout le village était aocouru 
de plusieurs lieues à l'endroit où ils supposaient que je 
devais m'anéter. Gnq joùi'S entiers, m'assure-t-on , ils 
restèrent là à m'attendre, pensant toiy'ours que j'allais 
venir. Pauvres sauvages I si j'avais soupçonné leur nié- 
prise I Aujourd'hui je les attends à mon tour , et plus 
heureux qu'ils ne l'ont été, je ne serai pas frustré du 
plaisir de les voir. 

« Ke suis-'je pas trop heureux aussi , non révérend 
Père, de trouver une si belle occasion de vous éonre , 
après avoir en vain cherché qudques heures pour le faire, 
depuis cinq ou six jsemames ? Je vais donc, puisque j'en ai 
le temps, passer en revue toutes nos œuvres, vous entre- 
tenir de nos projets, et vous confier toutes nos«spérances. 

« Je ne vous parlel*ai point du collège que vous cou- 
Baissez; nous y avons déjà trentenleux élèves, c|ui eussent 
ÎMitilement cherché ailleurs, à plusde deux cems milles à 
la ronde, une éducation chrétienne. Le manque |>re6que 
total de récoke, l'année d^ni^, nous prive d'en ammr 
davantage. Je nentionaei'ai à peine notre nouveau novi- 
ciat de Xrùres , quelque dvilicieux qu'il paraisse à tous 

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496 
ceux qui le visitent. Cest déjà beaucoup qu'il soit fondé 
dans rUe Sainte-Marie, qui, de Taveu de tous ceux qui 
y pénètrent, est un des plus beaux sites qu'on puisse ima- 
giner. Ces humbles murs, dont la conslrucûon n'a pris 
que huit jours de travail , sont aussi riches d'avenir que 
ceux du collège. C'est là que je demeure depuis deux 
mois avec seize novices , dans une petite cellule de sept 
pieds sur six, plus content et plus iieureux que jamais. 

« Toutefois , ce qui nous rend cette ile Sainte-Marie * 
si chère à tous, ce n'est pas tant sa beauté naturelle^ que 
la richesse mestimable des privilèges dont elle est dotée* 
L'Archiconfrérie vient d'y être canoniquement érigée 
pour tous les catholiques du pays ; j'allais aussi ajouter 
pour les protestants ; et pourquoi non? Si cette Associa- 
don de prières a pour but la conversion des pécheurs, 
chacun d^eux ne peut-il pas dire avec saint Paul : Quo- 
rum primus ego sumP Nous avons achevé il y a quelques 
' semaines une chapelle dédiée au cœur immaculé de la 
sainte Vierge ; Marie ne l'a pas laissée vide de témoi- 
gnages sensibles de sa protection et de son amour. 
Le jour de l'Epiphanie, une famille respectable du pays 
(le père et six enfants), guidée par l'éloile du salut, venaic 
chercher à Notre-Dame du Lac sa régénération dans les 
eaux sacrées du baptême ; quelques jours après, la mère 
de cette famille, cédant aussi à l'empire de la grûce, de- 
mandait à jouir du bonheur de ses enfants, en abjurant 
à son tour ses erreurs. 

« Le reste de la nuit ne me sufiSrait pas, mon révéirend 
Père, pour vous décrire tous les pieux monuments que 
je vois dici se grouper autour de la chapelle du saint et 
hnmaculé cœur de Marie. Que n'anrais-je pas à vous 
dire^ d'abord, de ces modestes ateliers, où tant de petits 
malheureux, sans ressources, vont trouver, avec unepr^ 

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497 
fession honorable, des exemples et des leçons qui feront 
d'eux, un jour, h consoladon de TEgiise catholique^ et 
Thonneur de la société. 

« Voyez, un peu plus loin, ces chers petits orphelins 
dans leur asile. Ils sont venus à Noire-Dame couverts dt 
haillons, transis de froid et mourant de faim. Les eussiei- 
Tous repoussés, bon Père? et quand vous n^aurlez point 
eu de pain assuré pour le lendemain, n*auriez-vous pas 
partagé celui du moment avec ces petits affamés? 

« Que je vous montre encore une chose que Dieu a 
faite au sein de ce désert, et que je ne puis considérer, 
d'ici même, sans que mes yeux se remplissent de larmes* 
Nous sommes an milieu de la nuit, le spectacle n'en sera 
que plus beau. Voyez -vous sur les bords de ce lac qu'on 
vous a tant vanté, voyez-vous ces trois lumières? Ce sont 
les lampes solitaires des trois chapelles que le Seigneur a 
fait élever à sa gloire par les mains de vos enfants. N« 
TOUS serable-t-îl pas entendre Jésus-Christ répétant k 
jour et la nuit a notre communauté naissante : « Ne crat^ 
« gnez pas , petit troupeau. Je ne vous laisserai point 
« orphelins. Voici que je suis avec vous. Deliciœ meœesn 
« cumfiliishominumP» 

« Si on m'avait dit, il y a deux ans, lorsque nous ar- 
rivions sur les rives de ce lac alors couvertes de neige, que 
sitôt les arbres d'alentour auraient fait place à tout ce 
qu'on y voit aujourd'hui ; si l'on avait ajouté que duift 
deux ans, du même coup d'œil on pourrait voir briUer , 
au milieu de l'obscurité de la nuit, ces trois biapes attu- 
inée$ devant trois différents tabernacles du Dieu vivant, 
Taurions-nous pu croire? Aujourd'hui que les résultais 
ont dépassé toutes nos espérances , ne devons-nous pos 
dire avec le Palmiste : « Ce changement est l'œuvre àm 
Très* Haut?» Si nous n'avions le calice du salut à oflnr 

TOM. XTU. 103. DigitizedSJ^OOgle 



49S 
dkkqàe mti^M, que rendrioM-iiovs aa Seignewr paat tant 
àôljimbiiB doni il nous a comblés? Oui, fiusîons-itoiis 
eocore plus dépourvus et plus souffirants^ si Jésus-Cbrist 
c#( si près de nous, nous sommes assez riches, assez bien 
gprdés. G^'lui dont la main nourrit lès petits oiseaux , et 
qui donne aux lis des champs leur parure, sait bien ce 
qiii nous est nécessaire. Depuis plus de trois ans que nous 
soaunes sur cçite terre étrangère , aux soins journaliers 
du 8auveur Jésus , que nous a-t-il manqué? Rien, Sei- 
gneur, rien. 

, «) Il esc vrai que le retard des secours sur lesquels nous 
coiiplions, joint au manque de récolte, nous a jeiés dans 
de ^nds embarras ; mais j'aurais honte de craindre. 
Personne ne mourra de faim à Notre-Dame du Lac. Nos 
espérances ne seront point confondues ; nos églises s'élè- 
vtront; le mouvement donné, de jour en jour ira pro^ 
gressaut ; les infidèles , les protestants et les sauvages 
».#root évangélisés ; le nom dp Dieii , mieux connu , sera 
aiuf»! plus aimé et béni dans nos solitudes. 

m Et cependant, si la confiance avait dû nous man- 
quer, c'eût éié aux premiers jours de notre établissement. 
Qui d'entre nous a oublié ce long voyage de Saint-Petersà 
Notre-Dame, oà nous cheminions sur une neige qui n'avait 
pAs moins de cinq pieds d'épaisseur? La rigueur du froid 
Hait extrôme. Nous couohioM sur la plancher; une seule 
ciwvertHre servait pour trois; l'un de nous voilait à l'en- 
UMiea du feu, ec aliuKOtait le foyer pendsiic la met. El 
malgré tCNHW les fatigues «c les eonlre^tanps, notre petite 
Gokmm était heturenset ec personne se laitta éebapper 
tam piÀinu* Lorsque h faim uoussatsissaileB roote^ nous 
mtm âdrasaiûDS au firère Vincent, notre écoMme; alors il 
fmnMJt na p»D, le plaçeit sim* un iroae d'arbre, et par- 
«ipaicv eprfei^rois ott quaûre vigaoreBx coups de hache» 

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499 
â en détacher quelques morceanx, que nous mangions 
avec autant ^'appétit que les mets les plus friands. 

€ Adieu, bon Père, recevez l'assurance du respect, 
de la reconnaissance et du déronement de votre chère 
famifte de Notre-Dame du Lac. Bénissez-la du fond de 
votre cœur paternel ; c'est Tardenie prière de votre afiec- 
tiosnéfils, 

« E. SoBm. » 



Dans une autre relation, le même Missionnaire donne 
les détails suivants sur les sauvages soumis à sa dfreo 
tioD spirituelle. 

« La plupart des Indiens qui nous avoîsinent sont de 
\a prière j c'est-à-dire catholiques. Il n'y a que douze ans 
qu'ils sont convertis, et bien qu'ils aient eu beaucoup à 
souffrir de la part des blancs, je ne sache pas qu'un seul 
ait abandonné la religion. Quoique naturellement mous et 
indolents, une fois qu'ils sont instruits, ils se montrent 
zélés et ardents pour les pratiques de l'Eglise ; la seule 
chose qu'ils paraissent avoir à cœur, c'est d'être bons 
chrétiens; le commerce, les ricliesses ou les plaisirs de la 
vie présente ne semblent leur faire aucune impression. 
Pourvu qu'ils puissent recueillir quelques épis de mais ^ 
tuer quelques chevreuils ou quelques chats sauvages, et 
puis venir saluer quaniah (la robe noire) ils sont con- 
tents. 

« Ils sont communément d'une taille élevée et même 
majestueuse. Leur caractère d'aujourd'hui me semble 
très-doun ; et tependanl je sais qu'il y a dix ans, ils ne 
tenaient pas plus & la vie de leurs camarades qu'à celle 
de leurs chevaux. D'après le portrait digne de foi, que 

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600 

plusieurs personnes m^en ont fait , ces mêmes sauvages 
que je trouve si bons maintenant, étaient d^une cruauté 
à faire frémir. On me parlait dernièrement d'une Indienne 
qui^ pour une légère injure, avait froidement £ait asseoir 
sa propre sœur sur un billot devant elle, pour lui fendre 
la téie, à son aise, d'un coup de hache. 

« A la barbarie ils ajoutaient une incroyable supersti- 
tion. Quelquefois au plus fort de l'hiver, ces hommes si 
fiers et si cruels étaient tellement épouvantés d'un songe, 
que dans la crainte d'avoir déplu au Grand-Esprit , ik 
s'imposaient à eux-mêmes les pénitences les plus sévères, 
oomme , par exemple , de monter au haut d'un grand 
arbre de la forêt, et d'y rester sans boire ni manger, 
pendant deux ou trois jours, jusqu'à ce qu'un nouveau 
songe vint leur apprendre que la colère du malure de la 
vie était passée. Alors ils descendaient, reprenaient leurs 
fusils, et le premier gibier qu'ils rencontraient, devait 
faire les frais d'un festin pour tout] le voisinage, sans 
qu'il fût permis^au chasseur d'en>ien goûter. Ce n'était 
que de la seconde pièce qu'il pouvait [rassasier sa faim. 
Depuis que la lumière deTEglise abrillé^sur eux, ils sont 
devenus aussi doux , aussi humains , quelquefois même 
aussi pieux que les meilleurs chrétiens d'Europe. Le 
vol est inconnu parmi eux , ainsi que le mensonge ; ils 
ignorent de même la plupart des vices des peuples 
civilisés. 



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£01 



Statistique de V Eglise catholique aux Etals-Unis en 18^6, 
adressée par Mgr PurceUj Evêque de Cincinnati^ d 
MM. les Membres des Conseils centraux de Lyon et de 
Paris. 



Ohio, 10 mars 1845. 



« Ualmanach caibolique de cette année vous aura, sans 
doute, déjà annoncé qu'il y a maintenant dans les Etats- 
Unis, sans comprendre le Texas qui va nousélre annexé, 
21 diocèses et un vicariat apostolique, 675 églises et 592 
chapelles, 572 prêtres engagés dans les Missions, 137 
prêtres dans les collèges et séminaires, 22 institutions 
ecclésiastiques , 220 séminaristes , 28 collèges et écoles 
supérieures pour les jeunes gens, 29 communautés reli- 
gieuses , 94 sociétés catholiques de bienfaisance > et une 
population catholique évaluée à 1^300,000 âmes; peut- 
être même va-t-elle considérablement au delà. 

« Les statistiques comparatives présentent des résul- 
tats qui ne sont pas moins intéressants^ car elles constatent 
les progrès continus de notre sainte Religion dans ce pays. 
Ainsi en 1835 il y avait aux Etats-Unis 13 diocèses, 14 
Evéques, 272 églises, 327 prêtres, 12 séminaires ci 9 
collèges; et dès l'année 1840 on comptait déjà 16 dio- 
cèses, 17 évoques, 454 églises, 482 prêtres, 18 sémi- 
naires et 1 1 collèges ; enfin en 1845 il y a 21 diocèses , 
1 yicariat apostolique, 26 Evéques, 675 églises, 709 



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prêtres, 22 sémi^ires et 15 collèges, sans parler de Tac- 
croissement des communautés de femmes et des écoles pour 
les demoiselles. 

« Ce calcul, Messieurs, vous montrera que vos dons 
géucreuK ne tombent pas sur une terre stérile, et que 
les fidèles de nos diocèses sont disposés à rivaliser «vec 
leurs frères d'Europe, avec celte contrée si éminemment 
catholique , qui nous prodigue depuis tant d'années ses 
aumônes avec une piété au-dessus de tout éloge. 



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6Ùi 



MISSIONS DU LEVANT* 



Lettre de Mgr HiUereau , archevêque de Petra^ el vicaire 
apostolique de Constanlinople , à M. Vahbé Boujf, 
chapelain des Dames-CarnxéUtes^ à Marseille. 



CoastoniUiople, le 4 mai 1^44. 



c Mon CSBH ÂBBÉ , 

« Depuis mou retour de France à Constanlinople , êm 
occupations de tout genre ne m'ont pas permis de i 
plir les promesses que je vous avais biles. Vans 
sur une longue lettre , car vous m'avez répété 
fois : EeriwA-nm longuemmi ; je veux satisfaire vios d^ 
sûrs, je le dois même, puisque votre obligeance &« se fc^ 
(ose à auottne peine quand il s'agit de me rendre sefvioit 

€ Pour trouver du charme au récit des événements ^ 
pour suivre et comprendre les moindres incidents dont ïiê 
se compliquent, il faut préalablement connaître bien déd 
choses sur le pays dont on parle. Ainsi , vous suives avec 
beaucoup d'attention et d'intérêt tout ce que 11» joummi 
pablieni ^tr les diocèses de France , parce que la cou* 



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604 

fonnité dans les usages religieux , l*aiial(^îe et Tunilé 
dans Torganisation ecclésiastique, font que vous êtes tout 
de suite comme sur les lieux, et placés au point de vue fa- 
vorable pour bien juger de l'action. Quant aux missions, 
I n'en est pas ainsi : le plus souvent Pimagination erre 
ea quelque sorie dans des régions idéales; ni les instru- 
ments, ni les agents des faits ne sont assez connus pour 
donner une couleur fixe au tableau que Tesprit se re- 
présente. Je vais donccommencer^ en vous donnant des no- 
tions précises^ par vous mettre en état de tout lire à l'avenir 
sur ces Missions avec autant d'intelligence que vous le 
furiez si vous aviez séjourné longtemps dans le Levant, si 
vous aviez tout vu et observé avec autant de soin que U 
pins infatigable touriste. 

« Je sortirais de mon sujet si je vous parlais de Pétat 
de ces contrées dans les temps anciens ; c'est à l'histoire 
à vous dire ce qu'elles ctaienlàrépoqueoùlepaganismeet 
la fable y avaient établi leur empire; et, plus tard, ce 
qu'elles devinrent quand les courageux chrétiens d'Europe 
vinrent, avec leur redoutable épée, tracer au milieu de ces 
provinces une route qu'ils parcouraient par centaines de 
mille, pour aller retremper leur foi au berceau du chris* 
tianisme. Je vous renvoie aux mêmes sources pour ap- 
prendre ce qu'étaient ces contrées, lorsque le vieux tronc 
de l'empire romain s'y desséchait jusque dans ses der- 
nières racines. Il £iut parler de l'Orient tel qu'il est au- 
jdQrd'hui , et de l'organisation qu'il a subie après quatre 
siècles d'occupation par un peuple qui est resté à côte 
des vaincus sans rien faire, ni pour le pays, ni pour les 
hommes ; qui a laissé au temps la peine de détruire tous 
les monuments ancienssans presque rien élever àleur place» 
et qui a établi sur des décombres un trône qui s'est 
promptement assimilé lui-même à des ruines. Aujour- 



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505 
d'Itui on peai Yèair.en Orient pour y contempler des mi- 
nes immenses, pour exhumer les souvenirs d'un passé 
plein de grandeur, et en quelque sorte pour y voir , dans 
le mélange des peuples et dans la confusion des institu- 
iions contraires , une autre Babel , dont la construction 
semble plus avancée que ne Tétait celle dont parle 
Moïse. 

« Dans cette lettre sur la Turquie , je ne vous entre* 
tiendrai que de sa constitution religieuse et de Toi^anisa-r 
tion civile qui en découle. 

« A Constantinople et dans le reste de Tempire , tous 
ceux qui font profession de Tislamisme composent la 
famille turque ; de quelque race ou pays qu'ils soient ori- 
ginaires, dès qu'ils embrassent le Coran^ ils sont par 
ce seul fait considérés comme membres de la nation. 
Seuls , les Turcs sont aptes à remplir les emplois qut 
donne le gouvernement et ù porter les armes ; bien plus, 
il n'y a qu'un musulman dont le témoignage soit reçu en 
justice contre un musulman, même dans le cas où le dé- 
bat serait entre un turc et un raya. Ainsi , un chrétien, 
dans un procès avec un mahométan, doit nécessairement 
trouver des témoins qui professent la religion de la par- 
lie adverse : les titres écrits ne compteraient pour rien ; 
le témoignage des chrétiens n'est admis que dans les af- 
faires des chrétiens entre eux* 

€ Sous l'autorité et dépendance des musulmans , se 
mmvent ensuite autant de nations qu'il y a de croyances 
rdigieuses; et, parmi lés chrétiens , ces nationalités se 
fractionnent en autant de catégories qu'il y a de ri is ou 
lie liturgies diOërentes; enfin, au sein de chaque rit, 
ceux qui professent la foi catholique forment une nation 
distincte, et les hérétiques en fent une autre. Chaque 
eorp6 ou lambeau de nation conserve sa langue, a un 



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506 
cfaef parlicultâr ^ élu par les naïaUes, ei sMotisi par h 
Porte à gouveroer ses MlioiniQX. 

« Voici la nomenclature de ces nations ; ce sont 1° les 
Francs. On entend par là tous les sujets des puissances 
européennes, domiciliés ou de passage, soit a Consianti- 
nople , soit sur quelque autre point de l'empire ; ils ne 
relèvent que des ambassadeurs respectifs , ou des consuls 
et agents consulaires, dans les différents lieux où ils se 
trouvent. 2^ Les Raya$. Ce mot désigne tous ceux qtti 
^sont sujets du sultan, mais qui ne professent pas 
r^lamisme. Parmi eux on compte : — Les Lalins-Rayas^ 
ou catholiques qui sont du rit latin ; ils ont un cbef 
à Constàntinople, quoiqu'ils soient peu nombreux : — 
les Grecs i qui ont à Constantinople un patriarche 
chargé de leurs affairés nationales et particulières; dans 
tes provinces, les Evéques sont , pour les intéréu tem* 
porels, des espèces de sous- gouverneurs qui relèvent 
de lu'. 

« Dans là nation grecque se trouve la snbdiYisioo 
des Grecs mekhites , qui habitent la Syrie et autres pro- 
TÎnces voisines; les uns sont hérétiques, e? ceux-là sont 
administrés par les Evéques que leur envoie le patriar- 
che hérétique de Constantinople ; les autres professent 
notre foi et ont à leur tête un prélat qnî a le tif re de Pa- 
triarche d'Antioche, bien qu'il ne soit reconnu par la 
Porte Ouanane que comme simple métropolitain. Il a 
•otis lui une douzaine d'évéques, à laide desquels il gour 
verne son peuple poui* le temporel et pour le spirituel, 
iadépendanunent de tout autre chef raya* 3" Les Jrmé* 
niesis. Leur supérieur, fixé à Consuntinople, est qualifié 
par la Porte Ottomane de patriarche, mais dans TEglûe 
nationaie il B!en a ni le rang ni le titre.; le vrai patriar^ 
che estrEvéfue d'Esmia^cim, aujt confins de h Géorgie t 



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607 
aujourd'hui du domaine de la Russie. Le patriarche ar- 
ménien de Constantinople gouverne sa nation pour le 
temporel et pour le spirituel par Tentremise d'£véquds 
et vicaires , ses subdélégués. Au sein de la nation ar- 
ménienne existe la subdivision des catholiques, qui for- 
ment un corps à part. Grâce aux gouvernements eu- 
ropéens , et spécialement à la France , ils ont éié déta- 
chés de la nation hérétique par un Firman ou décret im- 
périal donné en 1831, Depuis lors , ils ont un supérieur 
ecclésiastique, simple prêtre, qui est accrédité auprès de 
la Porte comme patriarche , et en exerce l'autorité quant 
au temporel; il fait administrer, hors de Constantinople, 
par des subdélégués, partout où il y a des catholiques de 
son rit. 4^ Les habitants du Moat Liban appelés Maro- 
mt€$. Ils ont été jusqu'ici, po»r le temporel, sens le 
goavernement d'un prince portant le titre d'émir; povr 
le spirituel , ils relèvent d'un patriarche assisté de pith 
sieurs Evéques , qui n'ont eu jusqu'à ce moment aucune 
rebUon avec la Porte Ottomane. 5® Les Syriens. iJn pa- 
triarche reconnu par la Porte, gouverne pour le temporel 
et le spirituel les hérétiques de cette nation , auxquels où 
donne ordinairement le nom de«/acoit/^:sarésidenceha- 
bîtuetle est à Merdi n , en Mt sopotaroie. Ceux d'entre les Sy- 
riens qui professent notre foi ont un patriarche à Alep; c'est 
lui, avec les Evéquesqu'il nomme, qui dirigeeepetit trou- 
peau. 6^ Les ChcUdéens. Les membres hérétiques de cectft 
nation, connus sous le nom de NeHoriens , ont un chef 
chargé du tempord et du spirituel avec le titre de F«- 
triarehe; sa résidence était naguère à quelque distance 
de Mossul, où dernièrement il a dû se retirer et fixer son 
$éjour. Les Oialdéens catholiques ont à leur tête un pa 
triarehe résidant à Bagdad. Son autorité, n'étant pas re- 
connue par la Porte, ne s'est exercée jusqu'ici que sous la 
dépendance directe des pachas des provinces ; mais oa 



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508 
agit actuellement auprès du pouvoir pour le faire agréer 
cdinme chef d'une nation , et on y réussira sans doute. 
7^ Enfin les Juifs noéones forment une catégorie à part , 
sous la Présidence de leur grand rabin^ qui a, lui aussi, 
ses subdélégués et agents, au religieux comme au civil. 

« Dans les grandes villes, ces diverses populations 
occupent des quartiers différents , parlent chacune leur 
langue, et n*ont de relations que celles que les affaires et 
les besoins de la vie nécessitent; chaque individu s'occ^ipe 
de sa petite nation, comme si elle était seule dans le pays ; 
chacun traite de ses intérêts auprès de Faulorité musul- 
mane^ et quelquefois avec plus de rivalités et de jalou* 
sies que les royaumes entre eux. 

« Vous pouvez maintenant , après ce que je viens de 
vous dire, vous former une idée de l'organisation reli- 
gieuse et ecclésiastique de ces contrées. Chaque langue 
ancienne forme une Eglise , et chaque Eglise une nation.. 
Nous avons donc en Orient, d'abord des Latins qui ont des 
Eglises à Constantinople et dans quelques autres villes de 
la Roumélie. Au même rit appartiennent diverses riiré- 
tieatés en Moldavie, en Yalachie, en Bulgarie, en Servie, 
en Bosnie et en Albanie, sous la direction d'Evéques qui 
relèvent directement de Rome. Après ki liturgie latine, 
viennent les liturgies proprement orientales : la liturgie 
^-ecque^ Tarménienne, la syrienne, la chaldéenne et la 
OQphte ; c*est-iklire les Eglises où Ton se sert des langues 
grecque, arménienne, syriaque, chaldéenne et cophte. 

« Voulez-vous maintenant savoir comment les affaires 
de ces Eglises sont traitées auprès du gouvememeilt , 
quand son intervention est nécessaire? Si les Eglises dont 
il s'agit appartiennent aux Européens ou Francs , c'est 
l'ambassade de France ou Fambassade d'Autriche qui 
doit agir directement , et sans que les supérieurs ec- 



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609 
clésiasliqaes aient à paraître. S'agit-il de personnes 
rayas ou d'églises appartenant aux rayas? l^affaire doit 
être portée au reis-effendij ou ministre des affaires étran- 
gères; toutes les questions religieuses sont de sa compé- 
tence, et elles doivent être poursuivies auprès de lui par 
les patriai*ches respecii& résidants à Constantinople, de 
conceri avec les parties intéressées qui doivent aussi se 
transporter à la capitale, s'il y a à débattre de grands in- 
térêts. Quant à la manière dont elles sont traitées et ter- 
minées , je n'entrerai pas dans le détail ; il y aurait trop 
de choses à dire sur les lenteurs de l'instruction, et sur les 
moyens de lever les difficultés. 

« La multiplicité des affaires religieuses portées à 
Constantinople , fait penser à organiser les divers rits 
dont se compose le catholicisme en Orient, pour en 
former un seul corps ; c'est une œuvre ù laquelle l'ambas- 
sade de France donne toute sa sollicitude, et de son côté 
la Porte Ottomane y prêle volontiers la main, pour 
soustraire ses rayas aux influences d'une intervention 
étrangère. On profite de ce que les chefs des principales na- 
tions orientales sont ici, pour traiter d'une combinaison 
et la rendre la moins mauvaise possible : celle à laquelle 
on paraîtrait s'arrêter de préférence, serait de prendre le 
chef orthodoxe de la nation arménienne pour chef tem- 
porel de tous les rayas catholiques, en le chargeant de 
résoudre, d'intelligence avec un agent particulier de 
chaque corps , toutes les questions qui demanderaient 
fe concours du gouvernement. A la fin de Tannée pro- 
diaine, je pourraivous faire connaître le résultat de cette 
grande et importante mesure. 

« Voilà pour ce qui regarde le catholicisme en gé- 
nérai. Quant à ce qui nous concerne en particulier, je 
n'ai rien d'extraordinaire à vous apprendre. Le bien s'est 



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510 
contiiraé tout petitement ; des conversions ont en lieu à 
)a dérobée, car il n'y a pas^ d'antre moyen de les opérer, 
les hérétiques ayant en main la force du gouvernement 
et Tautorisation de s'en servir con ire ceux qui voudraient 
embrasser la foi catholique. La liberté du culte accordée 
par le sultan, cette tolérance dont les journaux ont Tait 
tant de cas , se réduit en réalité à pouvoir allonger de 
quelques pas les processions, qui de temps immémorial se 
font autour des églises^ à pouvoir sonner quelques 
cloches, et à porter les morts aux cimetières avec autant 
de pompe qu'on le veut, il est vrai qu'en cela le gouver- 
nement a fait une concession qui a dû lui coûter beau- 
coup ; mais les instances des ambassades de France et 
d'Angleterre réunies ont été telles^ que les préjugés reli- 
gieux ont dû plier, et il a été établi en droit que les chré- 
tiens qui ont embrassé l'islamisme pourront , s'ils le 
veulent, sans danger pour leur vie, retourner à leurreU-^ 
gion primitive, et faire de nouveau profession du chri- 
stianisme. J'ai dit qu'on l'a établi en droit; car pour le 
faity il faudra encore bien du temps avant que ks raoé^ 
gats revenus à la profession publique de l'Evangile , 
puissent habiter Coçstantinople sans que leur vie soit 
menacée. 

« Le point sur lequel il y a eu réellement amélioration 
notable, est l'instruction de la jeunesse. Les Frères de 
la doctrine chrétienne ont jusqu'ici un plein succès ; ils 
réunissent autant d^enfants que leurs classes peuvent en 
contenh*. Leur nombre dépasse trois cents. Les Sœurs de 
la diarité jouissent également d'une faveur qui ne laisse 
rien à désirer ; elles ont dans leur maison une réunion 
assez considérad)le de petites orphelines, et en outr« un 
pensionnat composé d'une centaine de demoiselles. Leurs 
classes pour les externes softtfréqo^tées par plus été 

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511 

trois ce&ts enfants ; elles assistent les infirmes, dbtribuent 
des remèdes gratis ou à bas prix, donnent et fonl donner 
par des médecins qui ventent bien les ^seconder dans 
cette bonne oeuvre , des consultations gràluiles auï- 
pauvres malades, dont ie nombre s'élève quelquefois 
jusqo^à deux cenis par jour ; elles prodiguent auic 
indigents des secours do tout genre, et leur industrieuse 
charité ne néglige aucun moyen de soulager les mi- 
sères. Cependant ces deux Congrégations vouées à Pin- 
struGtion de la jeunesse, ne font encore qu'une partie du' 
bien qu'il y aurait à faire, parce que leurs établissements 
se trouvent placés loin du centre de la population , à 
laquelle elles sont appelées à rendre service- Nous espé- 
rons qu'avec le temps elles pourront s'en rapprocher par 
des fondations nouvelles. 

« L'éducation, du reste, tend à prendre des dévelop- 
pements en Turquie. Les catholiques d'Andrinople m'ont 
fait plusieurs demandes pour avoir une maison de reli- 
gieuses ; ceux de Salonique ont le même désir ^ et ont 
fait à cet effet plusieurs démarches. M. Bore, déjà connu 
par ses ouvrages et ses écrits scientifiques et religieux, a 
fondé à Angora (l'ancienne Ancyre) une école qui doit 
porter des fruits. La maison d'éducation que dirigent 
les Lazaristes^ donne aussi de la satisfaction à tous les pa- 
rents par la manière dont les enfénts sont élevés. 

m Telle est <ei la faible moisson qui croît parmi les ron- 
oes et les épines; et c'est encore beaucoup au milieu de 
l'abondante ivraie semée par tant de mains dans ce champ 
dm père de bmille. Vouléfr^ous que je vous dise encorep- 
ea peu de mots ce que font ici les puissances européenne» 
em fcvenr du christianisme? ovi en sont à notre égard lesi 
disoositioBS des mosnlmansf en queHes voies marcbent 
les hérétiques, grecs et arméniens? 

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612 
« Deux gouvernements européens, la France et TAii* 
triche, agissent en faveur du catholicisme, et Taf^uient 
de toute leur inQuence : TAutriche à Constantinople et 
dans les provinces limitrophes de ses états ; et la France 
dans la capitale et dans tout le reste deFempire. L'An- 
gleterre et la Prusse aident à répandre le protestantisme; 
mais la terre n'est pas bonne pour celte semence. La 
Russie dirige occultement Téglise grecque, et prépare sous 
main une suprématie plus directe ; elle accorde des déco- 
rations aux évéques, et des subventions aux membres du 
clergé qui peuvent la servir; elle cherche' à intervenir 
dans Télection du patriarche de Jérusalem, pour pouvoir 
accroître son influence et son action sur les lieux saints. 
L'église grecque est toujours dans le même état d'atta- 
chement à ses vieilles erreurs ; cependant les liens de la 
subordination se relâchent , et les métropolitains des 
grandes provinces marchent à grands pas vers l'indépen- 
dance; déjà l'église de Grèce se gouverne par elle- 
même ; la Servie veut son primat indépendant ; la Bul- 
garie agit auprès de la Porte pour se donner elle-même 
des évêques de sa propre nation. A Constantinople^ le 
patriarche accepte en secret l'appui et les faveurs de la 
Russie, qu'il renie auprès du Divan par crainte d'une 
déposition; le clergé grec parait peu satisfait de ses 
supérieurs , et, si au moindre signe de mécontentement, 
le patriarche n'envoyait au Mont-Atlios les évéques et 
les Prêtres qui lui résistent , pour les y tenir ù la chaîne 
et sous le bâton, il y aurait fréquemment des dissensions 
ecclésiastiques. En même temps^ par complaisance pom* 
son puissant protecteur du nord, le synode de l'église 
grecque défend l'étude de la langue française , comme 
source de corruption morale , et favorise l'étude de la 
kogue russe, que beaucoup de prêtres prévoyants cultivent 
atee soin. 

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513 
« Nos Arméniens semblaient , il y a quelques mois, 
vouloir tendre la main aux catholiques , et se laisser 
attirer à Tuorté; mais ils ont changé de direction. 
Les chefs voyant le bon accueil que Fempereur de 
Russie a fait au patriarche de leur nation , qui réside 
actuellement sur ses terres , paraissent pour le moment 
disposés à sympathiser avec les Moscovites; et pour en 
donner une preuve extérieure, le patriarche vient de 
changer la coiffure de son clergé, et de lui en faire 
adopter une qui, pour la forme , se rapproche beaucoup 
du bonnet des prêtres russes. 

« Quant aux Musulmans, le christianisme n'a jusqu'ici 
opéré sur eux aucun effet, et dans les régions où les 
lumières de la civilisation commencent à pénétrer , le 
changement qu'on remarque dans les idées se réduit à 
un léger dégoût, à une certaine teinte d'indifférence pour 
la Religion. Du reste, le peuple turc professe toujours le 
même attachement pour ses croyances , et se montre 
fidèle à ses moindres pratiques. Le pouvoir, de son côté, 
veille à l'accomplissement des préceptes de la loi musul- 
mane; il vient même d'établir une censure sévère, chargée 
d'examiner tous les livres écrits en langue turque ou 
arabe, pour s'assurer qu'ils ne renferment rien de con- 
traire à la religion et au gouvernement. Il est vrai, le fana- 
tisme n'a pas Eût de victimes cette année-ci comme 
Tannée dernière, où un renégat a eu la tête tranchée à 
Constantinople pour être retourné an christianisme , et 
un autre a été pendu pour le même motif à Bilégik; mais 
pourtant il a montré par la démolition du couvent des 
Dominicains à Mossul, par les mauvais traitements exercés 
sur les Missionnaires qui s'y trouvaient , par l'usurpation 
violente et à main armée d'un terrain appartenant a.x 
catholiques de Merdin, par la démolition d'une églisp dar s 
To».xyn.l03. «...^L^oogle 



514 
le faubourg de Constantiuople , sous le seul prétexte 
qu'elle était au milieu d'un quartier musulman^ où ce- 
pendaDtelIeexistaitdepuisuombred'années, il a montré, 
dis-je, qii'il est toujours vivant, et même sanguinaire dans 
Toccasion. 

« Voilà ce que je puis extraire aujourd'hui de mes 
mémoires ecdésiastiques ; à la fin de 184£, je vous ferai 
le récit de ce que Tannée aura présenté d'événements 
propres à servir d'aliment à votre piété. Veuillez tou- 
jours nous continuer le secours de vos bonnes prières, 
et agréez l'assurance de mon bien sincère et affectueux 
attachement. 

« f J. M. HiLLEREAu^ Archevêque de Pétra, 
Vie. apost. de Constantinopk. » 



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£15 



MISSIONS 

DE LA COCHINCHINE. 



Lettre de Mgr Dominique Lefehvre^ Evéque ihmmh- 
poUSy Ficaire apostolique de la Basse-Cockinehiiu ^ é 
Mgr Etienne T%éàdore Cuenot^ Evéque de AÊMhpoUti 
Ficaire apostolique de la Coekinchine orieniak. 

10 décembre iSH. 

€ HoNSiisifKm, 

c II convient que je fasse à Votre Grandeur le récit 
de nos souffrances; car, quoiqu'on ait déjà publié au 
loin les principaux événements qui nous concernent , il 
est, sans doute, bien des circonstances qui vous sont en- 
core inconnues, ou qu'on vous a faussement exposées. Ja 
vais autant que possible retracer les faits dans toute leur 
exactitude. 

« Je commence par la cause qui , après Dieu , m'a 
conduit sur la grande scène, où j'attends en paix le dé- 
noûment. Votre Grandeur sait que, d'après ses instruc- 
tions^ j'avais institué niây-Phuôc (1) catéchiste en titre. 



(1} Lf mot Théff signifie mattre. Phêèû eit le nom propr» de ce 

ratéchiite. 



Digi 



it^ftyLjOogle 



516 

L'année dernière il me demanda une lettre lesUmoniale 
en texte annamite, outre celle que je lui avais donnée Tan- 
née précédente en langue latine. J'hésitai un instant 
devant les inconvénients de cette mesure ; mais sa de- 
mande éuit juste, car sa lettre en latin, comme il m'en 
fit Tobservation^ ne lui servait de rien aux yeux des in- 
digènes qui ne comprennent pas cette langue, et n'auto- 
risait pas suffisamment sa mission. Je lui délivrai donc 
la lettre qu'il sollicitait, non sans craindre les suites fu- 
nestes qui pouvaient en résulter. 

€ Le caractère de [ce catéchiste est de faire les dioses 
trop en grand pour les circonstances actuelles. 11 acheta 
uue barque et se fit suivre partout par deux servants. 
H prêchait hardiment dans quelque lieu qu'il allât , et 
sans prendre aucune des précautions conunandées par la 
prudence, bien disposé qu'il était à tout souffrir pour la 
meilleure des causes. 

« J'avais soinMe l'envoyer au loin, de peur qu'il ne 
me compromit. Vers Ic^mois d'août, je désignai à son zèle 
un village tout païen, appelé Cén-ngao, à deux ou trois 
journées de ma résidence : ses instructions furent bien 
écoutées, il forma plus de trente catéchumènes ; mais 
l'ennemi de tout (bien lui suscita des diflScultés i natten* 
dues. Trois des principaux habitants du village ne goû- 
tèrent pas sa doctrine , et cherchèrent le^moyen de lui 
tirer de l'argent, qu'ils estimaient plus que ses belles 
paroles. En conséquence ils se saisirent de sa personne , 
de deux chrétiens qui se trouvaient là par circonstance, 
et d'un de ses servants. Ils exigèrent cinquante ligatures 
de leur prisonnier, lui promettant la liberté ù ce prix. 
Thdy-Phuôc refusa de les^donner : ils en demandèrent 
vin^, sans qu'il voulût entendre parler de rançon. Pour 
dix, le catéchiste aurait pu se tirer d'affaire , et obvier 
aux uristes suites de^^son arrestation, qu'il ne prévoyait 

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517 

pas. Sur son refus obstiné, on le chargea de la cangue, 
et on porta son aflaire au chef du canton, qui se rendit 
sur les lieux, fit dresser le catalogue de tous les effets con- 
tenus dans la barque de Thây-Phuôc , et informa Vâng^ 
huyen (1) de cette prise. 

« Ce fonctionnaire évoqua raflûreà son tribunal, et 
interrogea le catéchiste pour savoir s'il était prêtre , et 
par qui il était envoyé. Thày-Fhuàc satisfit à toutes les 
questions sans compromettre personne, même quand il 
fallut rendre compte de la feuille qui portait mon nom. Je 
crois néanmoins que, malgré ses réponses évasives, le man- 
darin ne laissa pas de soupçonner fortement la présence 
d'un Missionnaire européen dans la contrée. Il parait 
même, d'après les rapports les plus plausibles, que le ser- 
vant du catéchiste arrêté avec lui leva tous les doutes, en 
déclarant positivement le lieu de ma résidence. 

c Thây-Fhuàc resta plus d'un mois à la sous^éfec- 
ture, annonçant les vérités du salut à qui voulait l'enten- 
dre, et faisant admirer ses connaissances et sa fermeté au 
mandarin lui-même. Après avoir pris ses informations 
aussi exactes que possible, celui-ci alla faire son rapport 
au premier magistrat de la province. Ordre fut aussitôt 
donné d'amener ThAy^Phudc au chef-lieu ; et en consé- 
quence il y fut conduit sous bonne escorte avec son ser- 
vant. Les deux autres chrétiens arrêtés avaient été mis en 
liberté pour une somme modique, quoiqu'ils eussent 
constamment refusé d'apostasier. 

« Depuis longtemps je sentais tout le danger de ma 
position ; le mattre et la maîtresse de la maison que j'ha- 
bitais, étaient morte l'un et l'autre , et j'étais resté seul 
possesseur des bâtiments et du jardin , sans avoir personne 



(1) Ong^kvtfftn Tent dire Chef 4e iouê-prifeeêurê. 



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518 
ponr me couvrir de son nom. Il est vrai qu^on avait placé 
«D néophyte du village dans cette demeure ; nuûs c'était 
m pauvre jeune homme qui passait beaucoup phis pour 
4tre logé cheE moi, comme il l'était en eSet, que pour le 
propriétaire. J'étais donc trop connu pour être bien 
caché dans un moment si critique. 11 parait aussi qu'un 
païen de Tendroit avait eu vent de ma présence en ces 
lieux, et qu'un jour, dans un mouvement de mauvaise hu- 
meur contre les cheb du village, échauffé d'ailleurs par 
les fumées du vin dont il avait l'habitude, il avait dit pu- 
bliquement devant un grand nombre de soldats païens et 
d'officiers suballernes, que le hameau recelait un maître de 
rdigion europé^. Ce discours, ayant été porté aux 
oreilles des grands mandarins de la province , leur fit 
prendre des informations précises ; ils furent aidés dans 
leurs investigations par le servant même de Thây-Phuàe^ 
qui apostasia, et dès Ion ne cacha plus ce qu'il savait. 
JFixés par ses aveux , les mandarins se réunissent en 
^grand conseil, il est décidé qu'il Esiut se saisir de ma per- 
iame, et plus de deux oenu soldats se mettent en cam- 
pugne^oommandéspar Vong4anMnnhon diefdelamiUcê» 

m Sor-Ie-chsunp je fiis informé de cette expédition. Le 
3S octobre, après avoir célébré le saint sacrifice, sinon 
peur la dernière fois , au moins pour ne plus l'oflrir de 
longtemps, je cherdiai une retraite plus sûre dans une 
antre maison, en attendant l'arrivée des satellites pendant 
la nuit : ils ne vinrent pas eneore. Le lendemain 29, on 
ent le temps de cacher tous mes efiets ; les Religieuses et 
loos nies étèvesprirem te fuite, et motHOiéme je me réfegiaî 
dan&nn viUage voisin, ou on ne m'aurait jamais décwK 
^mu J'y passai la naît et la journée du 30 dans les 
alarmes^ songeant aux maux qui allaient désoler la 
pauvre chrétienté qui m'avait donné asile. 

« En effet, la soldatesque était airivée vers k corn- 



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519 

mencement de la nuit. Un enfant de treize ans, fils du 
chef de canton, qui connaissait ma demeni%, conduisit la 
troupe tout droit ù la maison que j'avais quittée. On lui 
mit trois épées nues devant les yeux, et on lui ordonna de 
déclarer si c'était là qu'habitait le maître de religion eu- 
ropéen : l'enfant l'affirma ; on lui demanda encore 
pourquoi il ne s'y trouvait plus : il répondit que son père 
et deux des principaux du village qu'il nomma, l'avaient 
eimneiié ailleurs , mais qu'il ne savait où ils l'avaient 
conduit. 

« Là'dessus , le mandarin envoya ses soldats prendre 
le premier chef du village, vieillard septuagénaire, appelé 
Ca-ngô. Le chef du eanton Tôngloc et un autre chef 
nommé Câu-Tkiên se rendirent à la maison qu'on fouil- 
lait, pour répondre aux envoyés. On se saisit de leurs 
personnes et on les conduisit devant le mandarin, chargés 
de la cangue. Ils soutinrent la première question avec 
assez de constance. Trois néophytes qui étaient nouvelle- 
ment installés dans ma demeure , et qui s'en disaient les 
maîtres, subirent aussi courageusement les premières 
épreuves; mais ils avaient h foire à un mandarin qui ne 
se hisse pas vaincre aisément. Quelques enfonts lui 
avaient déclaré le secret qu'il cherchait; on n'avait d'ail- 
leurs pu si bien détruire tous les indices de mon séjour 
en cet endroit, qu'il n'en restât encore des signes pea 
équÎToques ; 'et après maints et maints coups de rotin 
rigoureusement assénés ; mes catéchistes eux-mêmes 
furent contraints de fairedes aveux. 

« Restait à découvrir le lieu où je m'étais retiré : cette 
révélation coûtait beaucoup à mes gens, mais le mandarin 
menaçait, tempêtait, frappait; il ne cessait de répéter, 
comme il me l'a dit depuis, que si je ne paraissais pas> 
phis de cinquante personnes du village périraient; qœ 
je devais me sacrifier mot-même pour le salut du peufrie» 



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520 
II tenait le môme langage qu'aulrerois Caiphe^sansmienx 
compi'endi^e le sens de ce qu'il disait. Mes catéchistes cé- 
daient peu à peu à la forôe de son raisonnement, surtout 
quand il en venait aux arguments physiques ; n'y pouvant 
plus tenir, ils résolurent d'indiquer ma retraite. 

« Cependant, je me croyais en sûreté dans mon asile ; 
sans xien savoir de ce qui se passait entre le mandaria 
et les catéchistes dans l'intérieur de la maison, je recevais 
seulement de temps à autre quelques nouvelles de ce 
qu'on pouvait observer au dehors et de loin. Le soir, on 
m'avertit que plusieurs embarcations se dirigeaient vers 
le lieu de ma retraite. Aussitôt je cherchai mon salut 
dans la fuite, je traversai le champ voisin, et m'enfonçai 
dans l'épaisseur du bois, avec deux jeunes gens qui me 
suivaient. J'entendais le bruit des barques qui abordaient 
sur la rive du fleuve, et les cris des soldats qui menaçaient 
du rotin les personnes de la maison que je venais de 
quitter. Bientôt je distinguai leurs pas qui se dirigeaient 
dans la plaine vers l'endroit où je me tenais blotti ; ils 
avaient pu, à la faveur du clair de lune, suivre mes traces 
à travers les champs; déjà l'un de la troupe s'était avancé 
tout près de moi, lorsqu'un caporal lui cria : « N'entre 
pas dans la forêt. » Cette parole me sauva du danger pour 
cette fois. Après avoir parcouru le terrain dans tous les 
sens, les soldats se retirèrent. Je restai encore longtemps 
à mon gtte ; j'étais môme disposé à y passer la nuit, 
/(uitie à être dévoré par le tigre que j'entendais parfois 
trôder à peu de distance; mais je le redoutais moins que 
mes persécuteurs. 

« Enfin une voix se fait entendre : je reconnais une 
voix amie ; j'y réponds, et je me dirige vers l'endroit d'où 
l'on m'appelait : c'étaient trois néophytes qui venaient 
me chercher. Je m'informe si les soldats sont partis; on 
me répond affirmativement, mais on exige que je me 



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621 

livre. « Eh bien ! répondis-je, s^il le faut» je le ferai vo« 
« loniiers; retournons d'abord ù la maison, et voyons 
« clairement ce dont il s'agit. » 

« Arrivé là , je trouve toute une famille plongée 
dans raffliction , et versant un torrent de larmes ; je lui 
adresse quelques paroles de consolation, et me montre 
disposé ù supporter avec une parfaite égalité d'dme tout 
ce qu'il plairait à Dieu d'ordonner. Alors on me raconte 
que les satellites avaient saisi quelques effets, etfrappé une 
ou deux personnes; puis, ajoute-t-en, ce qu'il y a de 
plus désolant^ c'est notre chef de canton qui a amené lui- 
même cette troupe de furieux; il a fortement réprimandé 
le maître de la maison de vous avoir fait évader, et il a 
déclaré hautement que, sans délibérer davantage, vous 
n'aviez qu'à vous remettre à la discrétion du mandarin. 
« Après un instant de réflexion et de prières^ je com- 
pris que je n'avais pas d'autre parti à prendre. Une con- 
sidération m'embarrassait, c'est que j'allais abandonner 
le soin de la Mission, sans en avoir chargé personne à 
ma place : je désirais m'aboucher avec M. Fontaine , tant 
pour lui demander une dernière absolution de mes fautes, 
que pour remettre les rênes de l'administration entre ses 
mains. Je dis au maître de la maison que si on venait de 
nouveau pour me prendre, comme on n'en doutait pas, 
il fallait déclarer que je me livrerais dans l'aprèsHooidi 
du 31; que je demandais seulement une demi-journée 
pour mettre ordre à mes affaires. Il parait, à en juger par 
l'événement, que cet homme, ou ne fit pas la déclaration, 
ou ne fut pas cru de ceux qui la reçurent. 

« Aussitôt je me dirigeai, avec le père Thiing et 
quelques guides, vers la chrétienté ou résidait notre dier 
confrère. 11 fallut nous frayer une route à travers des 
champs incultes , où l'herbe dépassait notre tète : après 
avoir ainsi voyagé pendant toute la nuit, l'espace de trois 



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522 
ou quatre lieues, nous arrivâmes an point dn jour près do 
village dont j'ai parlé. Le père Thiêng et deux de mes 
guides prirent les devants, p(nir savoir en quel lieu du 
village se trouvait M. Fontaine , car je l'ignorais , et 
pour chercher une barque destinée à me conduire secrè- 
tement auprès de lui. Pendant ce temps , je restai assis 
derrière un buisson, avec un jeune écolier et un membre 
de la famille que je venais de quitter ; je récitai là mon 
chapelet, demaudant que la volonté de Dieu s'accomplit. 

« A peine avais-je fini ma prière^ qu'un homme à 
figure sinistre parut, armé d'une lance ; puis deus. le sui- 
virent, puis trois autres accoururent. « Ce sont ceux qui 
vous cherchent, » me dirent mes compagnons. Je me lève 
h l'instant , et marche gravement à leur rencontre : ils 
reculent d'an pas, d'un air timide , en me présentant 
leurs piques : i\^ me croyaient nmni de pouvoirs extraor- 
dhiaîres pour leur nuire, et ils se mettaient en défense. 
Je leur tends les bras, en leur disant qu'il était inutile de 
venir à moi avec des sabres et des piques , qu'ils pou* 
vaient me prendre aisément , puisque j'étais sans arme. 
Rassuré par ces paroles, un des plus hardis s'avance, me 
saisit par le bras, me fsii mettre à genoux, et me lie les 
mains avec une corde, sans bien serrer le noeud. 11 m'é- 
pargna les trois ou quatre coups de rotin qui' sont 
d'usage toutes les fois qu'on se saisit d'un mal&iteur. 

« On me demancb pourquoi je ne m'étais pas livré 
plus tôt, pour faire cesser les vexations qui accablaient 
oies chrétien». Je répondis qne ma résolution en avait 
été prise ^ du nromeot où j'avais été informé de ces ri-^ 
gueurs ; quesi telle n'avait pas été ma disposition, j'aurais 
encore pu échapper au poursuites de mes ennemis. 
Un des che6 de la troupe m'a8sm*a que son dessein 
n'étmt pas de m^arr^cer; mais qne l'aflinre de Thây- 
/%ti^(r ayant mis les gouverneurs d^ns la nécessité d'agh*. 



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533 
on avait yonlu sealementme donner la chasse. Du reste, 
les mêmes protestations m'ont été répétées plus d'une 
fois par d'autres mandarins : ù leurs yeux , m'avouaient- 
ils, je n'étais coupable d'aucun crime ; mais les édits de 
Hinh-Menh pariaient plus haut que mon innocence; il 
avait bien fallu me traiter en proscrit , autrement on 
n'aurait plus été l'ami du César annamite. 

€ Tous ces mandarins m'assuraient, d'ailleurs, que je 
ne serais pas envoyé au supplice, et que j'en serais quille 
pour retourner en Europe. Néanmoins, malgré ces paroles 
officieuses, et quoique je les priasse de se cont^ter de 
mon arrestation et de ne plus tourmenter personne à 
mon sujet , ils recherchèrent encore mes deux compagnons 
cachés tout près de là, et les prirent l'un et l'autre. 
Hais leur captivité fut très-courte , et sur quelques 
instances que je fis au mandarin , il les relâcha tous les 
deux. Pour moi , à Taide d'une barque qui se trou- 
vait dans le voisinage, on me transféra à Cai-Nhum 
oik résidait le grand mandarin militaire, ayec une partie 
considérable de la force armée. Le chef de l'escorte 
me traita avec beaucoup d'humanité et d'égards ; après 
avoir ordonné qu'on ôtât mes liens, il me fit asseoir 
sur sa natte et manger à sa table : c'était me faire des 
lumnenrs dont je me serais passé volontiers. 

« Vers les neuf heures du sonr, nous arrivâmes au 
chef-lieu de la province. On me conduisit sans délai 
ao palais du premier mandarin, qui s'avança aussitôt 
dans la cour pour me voir et m'adresser quelques ques- 
tions : « Etes-vous Européen ou Annamite P me dit-il . — Je 
sois Européen. — Mais, dit le mandarin, il parle comme 
vn homme de ce pays* » Alors il quitte son siège, vient 
me considérer de près, et, à la feveur d'un flambeau, il 
n'a pas de k peine  me reconnaître pour un étranger; 
il retourne donc s'asseoir , et continue ainsi son inter- 



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624 

rogatoîre t «Quel âge a^^ez-vooa ? — Trcnte-dnqaiis.— 
€ Trente-cinq ans^ el vous êtes duc-thay (1)? — Oui, 
« mandarin, je suis maitre de la religion. — Depuis com- 
« bien de temps étes-vous arrivé dans ce royaume?— 
« Depuis neuf ans. — D^où éies-vous venu? par où êtes- 
« vous entré? — Je suis venu de Macao et je suis entré 
« par le nord du royaume. — Et ensuite quelle pro- 
« vince avez-vous traversée, où avez-vous établi veut 
« résidence? — Je ne me suis û%é dans aucun endnnt, 
« j'ai logé partout, mais seulement en passant^ jusqu'à 
€ ce que j'aie pénétré dans la région du midi. — De- 
€ puis combien de temps étes-vous dans cette contrée? 
« — Depuis trois ans. » Cette durée de mon séjour 
avait déjà été déclarée par les personnes du village de 
Cai'Nhum; je ne pouvais plus refuser cet aveu. 

« Après ces questions, le sumdarin dit qu'il ne vou- 
lait pas me presser davantage; il me fit asseoir sur 
une natte, m'offrit un dgare et donna ordre de me 
préparer un lit dans son palais. Dès que je le pas, 
j'allai m'asseoir sur ce lit , où je fus suivi d'une foule 
de curieux ; enfin ils se retirèrent pour me laisser re- 
poser, et je dormis d'un profond sommeil : la nuit 
précédente avait été mauvaise. 

« Le surlendemain , 2 novembre , je fus appelé i 
comparaître devant le grand mandarin pour reconnaître 
mes effets, qui étaient tombés entre les mains des sa- 
tellites. Les trois catéchistes compromis , Tông-loc^ Cà- 
ngô et CdurThién venaient d'arriver , chargés de la csa- 
gue : le juge trouva mauvais que la Thùnrtrûong (2) 



(1) Duê-thay est U nom qu*on donne en G>diincbin0 aax Ef^oei; il 
signifie Souverain maître^ 

(2) Qief on maire d*an ikon, c'est-à-dire d'ane commune de secoed 
ordre. 



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BU 
ne fût pas au nombre des captifs, et le lendemain on 
alla prendre avec Inl les trois hommes qui avaient géré 
les affaires du village depuis que fy avais cherché un asile. 

« Vint ensuite la visite de mes effets. On avait pris 
quatre grands vases pleins de farine , et un autre con- 
tenant du vin pour le saint sacrifice. « N'est-ce pas 
« avec cela, dit le juge, que vous enchantez les chrétiens?» 
Je protestai hautement contre cette calomnie, et le 
mandarin lui-même parut n'y pas croire fortement, car 
il accepta un verre de vin , et convint, après l'avoir bu 
sans craindre de se laisser enchanter^ ^ue c'était un 
breuvage fortifiant. Plusieurs des assistants suivirent son 
exemple, et le vase fut bientôt vide. La farine me fut 
rendue pour mon nsage ; car j'avais déclaré que c'était 
l'aliment ordinaire des Européens, et on croyait que je 
m'en nourrissais habituellement. Parmi mes effets, se 
trouvaient deux ornements pour le saint sacrifice : le 
mandarin me commanda d'en revêtir un : je m'y refu- 
sai en disant que ce vêtement bénit étant destiné au 
culte divin , je n'osais le prendre pour satisfaire une 
vaine curiosité. Ordre fut alors donné à un homme de la 
foule d'endosser une chasuble; il la mit sens devant 
derrière, et je lui criai tout irrité, qu'il ne devait pas 
se mêler de ce qu'il ne connaissait pas , et qu'il eût à 
me rendre mon habit ; il le fit stu'-leK:hamp. 

c Le grand mandarin examina ensuite ma boite aux 
sahdtes huiles : « Quelle est la liqueur contenue dans 
« ce vase? demanda-t-il. — C'est, répondis-]e, de Thuile 
« ordinaire d'Europe. — A-t-elIe quelque vertu parti- 
« culière? — Elle a la vertu de procurer aux malades 
« qui reçoivent la sainte onction, des grâces de salut. 
« — N'arrachez-vous pas les yeux aux enfants morts 
« pour composer cette huile? — Non, c'est encoire une 
« calomnie inventée par Ie3 ennemis de notre sainte 

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536 

« Rdigion : si nous avions ces faorriblas pratiques, paur- 
a rions-nous faire un seul adepte? Vous savez que nous 
« faisons aux plus petits enfants des funérailles bonora- 
tt bles; comment donc supposer que nous proianions 
« leurs corps par de révoluuites cérémonies I > 

« Le peu d'ef&u qu'on m'avait pris, fut porté sur 
le catalogue. Je voulus retenir mon bréviaire , ainsi qu'un 
nouveau Testament et deux ouvrages de piété, dont 
la lecture m'aurait consolé dans ma prison : ils me 
furent refusés^ sous prétexte que je n'avais plus per- 
sonne à instruire, et partant plus besoin de livres* 

« Des feuilles, sans'nom et sans date, destinées i 
accréditer la mission des catéchistes , éuûent tombées 
sous la main des soldats; elles Curent ejamînées avec 
attention; on me demanda qui les avait composées. 
Pour toute réponse , je priai le mandarin de ne jamais 
me faire de pareilles questions, parée que je ne pourrais 
le satisfaire , ma Religion me défoidant de rien dire 
qui pût être préjudiciable à mon prochain. « — Mais, 
« ajouta-t-il, sî l'on vous livrait à la torture, paiie* 
« riez-vous alors? — Frappez, tortonei comme il vous 
« plaira, lui répondis-je; vous ne m'anradteres aucun 
« aveu de ce genre. » On ne poussa pas les interro- 
gations plus loin. Mes effets furent seéllés et confiée à 
la garde d'uA mandarin subalterne. Si je suis libéré, 
ces effets devront m'étre rendus, siboa ils seront con - 
llsqués. Mais ce qui est une f<Ms entre, les main» de 
ces juges avides, a bien de la peine à en sortir jamais. 

« Ce même jour , je ib dire au mandarin que, tout 
honoré que j'étais de loger dans son palais , je désirais 
qu'il m'assignât une autre demeure, parce que mes chré- 
tiens n'oseraiait jamais approcher de moi dans un lieu 
peuplé d'oflSciers et de soldats païens. En conséquence « 
on me fit préparer un gite à la caserne. Je ne m'y trou- 

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627 

vaî pas mieux, et au bout de quelques jours, sur de 
nouvelles demandes, on me conduisit à la prison publi- 
que , où je resterai Yraisemblablement jusqu'à mon dé- 
part pour la capitale. L'accès jusqu'à ma loge est un peu 
plus facile, quoique je sois loin de pouvoir correspon- 
dre librement avec mes néophytes. Au reste, j'ai Thon- 
ueur d'être compté , chaque jour , au nombre des crimi- 
nels et des brigands qui partagent ma captivité : Et cum- 
iniquis reptUatm est. Qu'il est beau d'avoir au moins ce 
trait de ressemblance avec notre divin Maître I 

« Il me reste à rendre compte de ma troisième com<> 
parution devant le grand mandarin. Dans cette séance, 
qui eut lieu le 5 novembre , il s'agissait de faire mon rap- 
port en règle, afin de l'envoyer au roi. Après avoir écrit 
mon nom , mon âge, et l'époque de mon arrivée dans la 
Cochinchine, on. me questionna de nouveau sur les lieux 
par où j'avais passé» Je répondis que je m'en tenais à ce 
que j'avais déclaré déjà ; que j'étais arrivé par le nord du 
royaume, et que j'étais venu peu à peu jusqu'au midi; 
que jamais je ne désignerais aucun des villages qui m'a- 
vaient donné asile; que je ne pouvais d'ailleurs me les 
rappeler tous ; qu'on était libre de me torturer comme on 
voudrait , mais que jamais je ne ferais de déclarations 
plus précises. Là-dessus, le mandarin me demanda si je 
sentirais la souffrance sous la verge des bourreaux. — 
« Je n'en sais rien, répondis-je, je n'ai pas encore été 
« soumis à la question; mais je pense que j'éprouverais 
« quelque douleur. » 

« Mon interrogatoire fini , le juge reprocha à Thây- 
Pkuùc d'être cause des suites de mon arrestation, et lui 
proposa de fouler aux pieds la croix. Ce brave chrétien 
n'hésita pas, il déclara que les sentiments de la Religion 
avaient pénétré jusqu'à la moelle de ses os , et qu'il ne 
pouvait y renoncer* C'était la quatrième ou cinquième 

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538 
foisqu^il faisait cette généreuse confession. On interrogea 
ensuite Ca-ngo : il allait faire une dissertation pour mo- 
tiver son refus <f apostasier ; mais comme je n'aime point 
ces longs raisonnements de la part de gens peu instruits, 
qui parlent ordinairement d'une manière peu claire et 
peu exacte , je pris la parole et je représentai au mand:^.- 
rin que mes néophytes ne pouvaient se prêter à une ab- 
juration; que les vérités de notre religion sainte étaient 
si incontestables , que les renier serait un des crimes les 
plus diflSciles à pardonner. On ne me permit pas d'en 
dire davantage, et on m'ordonna de laisser répondre 
ceux qu'on interrogeait. 

« Après m'avoir imposé silence , on somma de nouveau 
mes trois compagnons de captivité de déclarer, oui ou non, 
s'ils oseraient marcher sur le crucifix. Noi Khong dain 
(Nous n'oserions pas) leur criai-je , et il firent tous 
trois cette réponse , même Tong-loc dont la foi était si 
chancelante. Quelques mandarins me reprochèrent , en 
présence d'une foule nombreuse, de ne pas prendre les 
intérêts de mes chrétiens en leur défendant de fouler la 
croix, puisqu'ils auraient ainsi évité les tourments dont 
ils étaient menacés. Je répondis qu'en effet cet acte d'a- 
postasie les aurait délivrés de quelques maux passagers, 
et leur aurait fait trouver gr&ce devant un roi de la terre; 
mais qu'il leur aurait fait encourir la disgrâce du grand 
roi du ciel, et les aurait rendus dignes de supplices sansfin; 
tandis qu'en se dévouant à souffrir ici-bas les tourments 
et la mort, ils acquéraient pour l'éternité un poids im* 
mense de gloire. «Mais, dirent-ils, on ne voit pas ce 
« ciel dont vous parlez. — ïl n'est pas nécesaire de le 
« voir, il suffit de savoir avec certitude qu'il existe: 
« tous les jours vous croyez des choses que vous n'avez 
« pas vues. » J'en vins à parler du châtiment réservé au 
crime , et des récompenses promises à la vertu : et j'ai 

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&29 

tkisî préehé trois 'on quatre fois mes jugés. Mais qoel 
fruit espérer de ces esprits étroits, dont tous les désirs 
se bornent aux choses de la lerrel ik ne ydient que leurs 
places; et pour embrasser TEvangile, il fondrait s'expo- 
ser à les perdre! En général^ ils aimait et estin^ent notre 
Religion sainte ; souvent je les ai entendus dire dans leurs 
conversations particulières : ir Cette doctrine est vraie; 
« ce mattre est dans la voie droite. » Mais qu'ils 
sont loin de tirer la conséquence naturelle de pareils 
aveux I 

«Le village où je résidais a beaucoup souffert et court 
risque d*étre entièremeAt détruit, surtout si les chefs . 
principaux sont longtemps retenus prisonniers. Heureu* 
sèment, le Qtuin Phu (chef de la préfecture) qui craint 
de se trouver en faute pour ne m'avoir pas arrêté, depuis 
si longtemps que j'habite des' lieux soumis à sa juridic- 
tion, a épousé la cause de cette malheureuse phrétienté, 
et il va faire le procès auiL mandarins qui m^ont pris. Je 
ne sais encore ce qui résultera de ces débats ; je préi&ume 
que le roi fera grâce au village, et qu'on pourra le réta- 
blir. M. Fontaine en a été quitte pour la peur ; il n'a pas 
même abandonné sa résidence ordinaire, seulement il est 
plus au secret qu'autrefois. 

a Ce confrère pourra satisfaire Votre Grandeur sur* 
les diverses demimdes qu'elle m'adresse ; il m'est impos- 
able, pouir le moment, de faire un tableau exact des be- 
soms de ma Mission. J'ai habituellement quinze ou vingt 
écoliers à nourrir. C'çst le premier objet de mes dépenses. 
Après mes élèves, ce sont des milliers de chrétiens dans 
la détresse qu'il est indispensable de secourir, des famiK 
les sans nombre engagées pour detiçs au. service des 
païens, et qu'il faudrait racheter. Enfin ce S(mt des en<- 
fonts, d'infidèlesmoribonds à régénérer dans les eaux dn 
baptême. Depuis que la prison me sépare de tous ces né- 

TOM. XYII. 103. DigitiMyLjOOgle 



530 

cessileuK, je n'ai plus que des prièies à leur donner; 
mais c'est pour moi une consolation biensaisible devcHr 
que, privés de mes soins , ils en deviennent pour Vout 
Grandeur Tobjet d'une plus tendre sollicitude. 
« Veuillez agréer, Monseigneur, etc. , 

« f DoHirtiQUE , 
Evêque d'hauropolis H coadjuUw\ ■ 



Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que 
M. le contre amiral Cécillc, commandant les forces na^ 
valcs françaises stationnées dans les mers de Flnde et de 
la Chine, vient d'écrire au roi Thieu-Tri, pour obtenir la ' 
Ii!)erlé de Mgr Lefebvre , cl la cessation des cruautés 
auxquelles les chréiicns sont en butte. Espérons que sa 
lettre, dictée sous Tinspiralion de la foi et de l'humaDité, 
fera une salutaire impression sur le prince persécuteur, 
et que le nom de M. Cécille , déjà si cher aux apôtres et 
aux néophytes de l'Océanie, sera prononcé avec la même 
reconnaissance par nos frères de la Cochinchii^e et du 
Tong-Kîng. 



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&31 

NOUVELLES DIVERSES. 

Au mob d^Tril d«nii«r, dans one rëunion tenue i S^oey poorla Prd^ 
pagalion de la Foi, Mgr Poldiog qui prë«idait, a annonce qu'il arait reç« 
.de son Téntfrable ami Mgr Pompallier une lellre datée du 13 mars : le 
saint ETd(|ue de la NouTelle-Zëiande loi marquait qu'il était entouré de 
mines de tous côtés, mais que, dans la dernière insurrection des naturels 
contre les Européens, où un si grand nombre de ces derniers ayaît 
pérl« sa maison épiscopale, ses chapelles et tout ce qui lui appartenait 
at ait été religieusement respecté par les insulaires, que ni lui ni aucun de 
•es Missionnaires n'araient reçu la moindre injure , et qu'ils araient les 
plus rires actions de grâces à rendre à Dieu de ce que, au milieu de si 
terribles dÀutres, il atait daigné reiller sur euz« et protéger d'une ma- 
Bière si visible la Misdon de U NouTeHe-Zélande. Mgr Pompallier dit 
dans sa lettre que kf chefr des naturels éUient Tenus le trourer, et lui 
avaient dit : « Etéque 1 n'aie pas peur. Nous sayona que tu n'es venn 
• ici parmi nous que pour nous faire du bien. Nous saTons aussi que im 
« ne te mêles pas des aflaires politiques. Continue d'en agir ainsi, et ta 
« n'a4 rien à craindre. » Le Prélat afîBrmequ'àsa conoaisiance aucun des 
uMigènes qui ayaient embrassé la foi chrétienne, n'avait eu part aux 
outrages eiercés contrôles Européens. Cette conduite de leur part/ ajoute 
rArcheyèque de Sidney. prouve que les y raies Aaximes de la foi catho- 
lique eiereent ééjk une puissante influence sur les esprits des nouveaux 
coavertia. 

Mgr Brady, qui avait exerce le nunistère apostolique pendant doute 
aas k rUe Bourbon, avant d'ôtre appelé auprès de Mgr l'Archeyèque de 
Stdnej en qualité de Yicaire général, a été sacré à Rome, en mai dernier, 
Evvque de Perth dans l'Australie. Outre son vaste diocèse, Mgr Brady 
est chargé des deux Yicariats apostoliques de Port-Essinglon et de la 
Sonde, qui eonfprenaont la moitié de la Nouyellc-Hollande, et renferment * 
vue population considérable d'indigènes. 

Ce Prélat s'est embarqué à Londres, sur le navire VEUtobtth, emme- 
nant avec lui 27 personnes, ddit 6 Sœurs de la miséricorde. Me Dublin ; 
2 Bénédictins espagnols t les PP; Giuseppe Serra du diocèse de Barce» * 
lone, et'RosendôSalyado du diocèse de Pampelone ; et un Prêtre élèya 
de la Propagande, M. Angelô Confalonieri, du diocèse de Trente. On ne 
sait pu les noms des autres Miuionnaires. 

Mgr Collier, y ioaire apostolique de l'Ile Maurice, s*est embarqué le 1<^ 
jaio à Gravesend (Angleterre) pour son Vicariat. Il emmène avec lui 
deux Prêtres, trois Etudiants en théologie, et huit Religieuses de la 

34, 



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5» 

maison de Lorelte, de Dublin. Trois Eccl^iastiqnes s'dltienl déjk em- 
barquas à Londres, il y a quatre mois» pour cette intéressante Mission. 

Quatre Prêtres do Séminaire des Mimîont é^ngèresse sont embarqués 
à Bordeaux, le 6 juin, pour Pondicbery ; ce sont : MM. Dëpemmier, du 
diocèse de Chambf^ry ; Couderc, du diocèse. de Qm'mper ; Godet, du dio- 
cèse de Versailles, et Moncourrier, du diocèse de Tulle. 

Le 14 août, deux Prêtres et trois Clercs de la Congrégation des Oblals 
de Turin sont partis de Cirita-Vecchia pour les Missions d'Ara et (de 
Pt^gu, dans Tempire birman; co sont: MM. Vincent-Martin de Meué 
(profince d'Yvrëe) Esprit Famdli de Cirt^e (proTince de Turin) Can- 
dide Parazza de Seimio (province d*AIbe) Cbarles Pregni d*lsola (pro- 
Tince d*Asli) et Jean Bazilia de Partula (prorince de Bielle). 

Noms des Prêtres et des catécbistea de la GongrëgatÎMi de Picpvs, q«i 
se sont embarqua à Brest sor le €r€iêquëur, le 29 juittet 18i5, ponr 
Jes Missions de TOcéante orientale. 

Prêtres MM. Favens, du diocèse deCabors. 



Dordilloii 


de Tours. 


Mouret 


deMende. 


Holbein 


de Rennes. 


Hébert 
CSnk» 


de Coutanees. 
- de VenaUles. 


. Pouaoi 


d*Orléans. 


Jaussen 


- de Viviers. 


Fouroon 
Sous-Diacres MM. Migorel 
Morcno 
CaU^chisles MM. Gabriac 


de Rouen, 
de Seez. 
Espagnol, 
de Rodez. 


Valle-'c • 


deCharUes. 


Darleil ^ 


deCabon. 


Guerric 


de Cabors. 


PrêroU 


de Viviers. 


CarbonnJor 


• de Ciaborsi 


• . D'Arriolâ 
. • • Deipccb 
* Darque 
Andréi 


Espagnol., 
de Cabors. • 
de Tulles 
de Viviers. 


Dufnas 


deSt-Flour. 



Et un jfune Sandwicbois appelé' Evaristc Lohéolé. 
vm ne ToMR mx*»mtkmiL, 



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&33 



TABLE DU TOME DIX-SEPTIÈME. 



Compte-rendu, />(ijf. 161. 

MaDderoent» et nouyelles, 78, 270, 367, 531 . 

Départ de Missionnaires, 78, .79, 271, 272, 368^ 

. MISSIONS D'ASIE. 

CHIKE. 

Extrait d'une lettre de M. Latibe, lazariste, 207. 
Suite de la lettre du même, 286* 

TAnTAmiB M^60LE. 

Lettre de M. Hue, lazarîstev369[* . 

GOCHmCHME ET foKO/-KII^G« 

Lettre de M^ Lefebvrci 515. 

Lettre du R^ P. Raymond Barcelo, dominicain, 334. 

Extrait d'une lettre du même Père, 344. 

Lettre du même Père, 346. 

Extrait d'une lettre du R. P. Marti, 351 . 

L ttr^ du même Père, 353, 359, 362, 364. 

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534 

SIAV. 

Lettre de M. ÇrandjeaD) Missionnaire apostolique, 111* 
Extrait d'une lettre de Mgr Pallegoix, 117. 
Notice sur le mandarin Benoit par le même Prélat, 119. 
Lettre de M. Raymond Albrsind, Missionnaire, 124* 
Notice sur le baptême des enfants d'infidèles, 434. 

MISSIONS DU LEVANT. 

ARABIE. 

Extrait d'une lettre de Mgr Guasco, éyêquo de Fez, 81. 

Autre lettre du même Prélat, 89. 

Lettre du R. P. Joguet, Religieux espagnol, 65/ 

Mémoire de M. Eugène Bore, 93. 

Lettre du P. Riccadonna, 106. 

CONSTANtmOFLE. 

Lettre de BIgr Hillereau, 503. 

GÉOKGie. 

Lettre du R. P. Damien de Varreggîo, Capucin et Préfet 
apostolique, 316. 

MISSIONS D'AFRIQUE. 

ABYSSINIB. 

Le:tre de M. de Jacobis, Missionnaire lazariste, S73* 
Lettre de M. Antoine d'Abbadie, 279. 

ILE MAURICE. 

Lettre de Mgr Allen-Collier, Vicaire apostolique de Til^ 
Maurice, 422. 



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S35 ' 

BUSSIONS D'AMÉRIQUE. 

CANADA. 

Notice sur la Société des Oblats de Marie Immacu- 
lée, 239. 

Lettre du R. Bourrassa, Missionnaire oblal, 243. 

Extrait d*une lettre du R. P. Fisseite, 253. 

Extrait d'une lettre du R. P. Laverlochère, 257. 

Extrait d'une lettre transmise au Conseil central par Mg;r 
l'Evéque de Montréal, 265. 

Lettre du P. Cbazelle^ Missionnaire jésuite, 449. 

COLOMBIE. 

Lettre de M. Bolduc, 463. 
Lettre du P. de Smet, 475. 

£tats-unis. 

Lettre de M. Crétin, Missionnaire, 487. 

Lettre de Mgr Purcell, Evéque de Cincinnati, 501. 

Lettre du P. Sorin , Missionnaire, 493. 

BRÉSIL. • 

Lettre du P. Joseph Satô, Jésuite, 399. 

Lettre du P. Micliel Cabeza, Jésuite, 406. 

Extrait d'une lettre du P. Samuel deLodi, Capucin, 414. 

MISSIONS DE L^OCÉANIE. 

AUSTRALIE. 

Extrait d'une lettre du P. Louis-Mar'e Pesciaroli, 73. 

OCÉAlflE OCGIDEUTALB. 

Tonga. 

Lettre du P. -Jéréflfte Grange, 5. 
Lettre du P. Chevron, 29. 

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&36 

WALLIS. 

Letti^ du P. Roudaire, 31. 

Lettre de Mgr Bataillon, Evéque d'Enos, 40. 

NOUVELLE GÀLÉDONIE. 

Lettre dii P, Rongeyron, 42. 

Lettre de Mgr Douarre, Vicaire apostolique, 48. 

Extrait d'une lettre du même Prélat, 52. 

NOUVELLE -zéLAlf DE ET FUTUIU. 

Extrait d'une lettre du P. Servant, 54. 
Extrait d'une iSttre^lu P. Reignier, 58. 
Extrait d'une lettre du P. L. Rozet, 62« 

OGÉANIE ORIENTALE^ 

Lettre du P. François d'Assise Caret, 129, 158. 

Lettre du P. Gypriea Liausu, 140. 

Lettre du P. Désiré Maigret, 143. 

Lettre du^. Desvaulty 146. 

Lettre du P. Armand Chausson, l54. 



Lyon, ûnprimerie de J,-B. Pâlagaod. 

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ANNALES 



M U 



PROPAGATION DE LA FOI. 



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Jvec approbation des Supérieurs. 



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ANNALES 



DE LA 

PROPAGATION DE LA FOI. 

RECUEIL PÉRIODIQUE 

DBS LETTBES BES ÉVâQOBS ET DES laSglORKAlJlBS 

USngglOKS DES DEDX MONDES, ET DE TOUS LES DOCOHENTS 

ULATIF8 AUX HISSIONS ET A L'CEOVBE DE LA 

PROPAGATION DE LA FOI. 

COUECnOR FAISANT SUITE Al'X LETTRES ÉDIFIANTES. 



TOME DIX-HUITIÈME. 



A LYON, 

CHEZ L'ÉDITEUR DES ANNALES, 

Bm du tint, n* 0, 

1846. 



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6 

mmaimumiimmmm 



MISSIONS DE LX)CÉÀ]NIE* 



UUreduP. Mathieu , PrùcUair^ apoiUAifM de h ioeiétê 
de Marie , d $a famiUe* 



YalKaOrnailBéê. 



« BUN CHBRS PaBBNTS, 

« Voici bientdt six mois que je suis à Wallis, au mT- 
Kea de ce bon peuple que Dieu bénit toujours avec on» 
inépuisable tendresse : c*est plus de temps qu^il n^en al- 
lait pour bien conaallre ma nouvelle patrie. Je puis donc 
nttintenant vous en tracer un tableau fidèle , et je le fai» 
avec joie, parce qu^en vous'peignant nos chers néophytes, 
je suis bien sâr de vous les faire aimer. 

« L'Ile de Wallis a près de dix lieues de tour ; elle est 

environnée de plusieurs Ilots, et, par delà, enfermée dan» 

une ceinture de réci£s, qui ne laisse d'entrée aux navirm 

que par une passe très-éiroiie. Sa population n'exoède 

XVIII. 104. jAi^viEi 1846. 



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ê 

pas deux mille six cents habitante. Il y a une dizaine 

«I^H^ft^^K --_ k^MUiBMH ^MaOÉ* m^^g^^^» «^^^.A^^^m^« a^ 
%MvatïïtOC9 y ^^9 UVIUDWIV VCmvir% TQDWW^ UVO M/lVUt^U^y nt* 

ont en effet , à une époque assez récente, égorgé trente 
Européens, brûlé un bâliment anglais, et massacré tout 
réquipage , à Texception d^un mousse. Depuis , la grâce 
les a si bien changés, qu'il n'j a gtt&re de ports dans 
toute rOcéanie, ou les étrangers soient mieux reçus ec 
plus en sûreté. 

« Au physique, le type des Wallisiefts se dessine avec 
une certaine grandeur ; leur physionomie, généralem^it 
noble et bien caractérisée, difl^ peu de celle des Euro- 
péens; leurs longs cheveux flottant sur les épaules, ou 
crêpés autour de la tête en forme de turban, donnent une 
expression à la fois originale et fière à leurs traits ba- 
sanés. Us ont pour vêtement^ deiwis les aisselles jittipi'aux 
pieds, une grande tape qui enveloppe plusieurs fois le 
corps, avec une natte fine^ serrée autour de la taille par 
une ceinture de corde. On remarque qu'ils ont presque 
tous le petit doigt de la main coupé; mutilation qu'ils 
s'imposaient en l'honneur de leurs dieux. C'est aujour- 
d'hui le seul vestige qui reste de leurs anciennes su- 
perstitions. 

« Nos insulaires sont d'un naturel enjoué ; ils aiment 
la bonne plaisanterie et s'y connaissent. Rien n'égale le 
respect qu'ils portent à leurs Missionnaices , si ce n'est 
Taffection qu'ils leur témoignent. Parmi eux la politesse 
a ses règles aussi strictement observées qu'en France ; 
nous devons les connaître et nous y conformer, au moins 
jusqu'à un certain point. Le cava^ par exemple, fait partie 
obligée de toutes les réunions ; on ne peut rendre ou re« 
cevoir une visite sans que la racine traditionnelle soit pré- 
sentée, mûchée et distribuée avec toutes les cérémonies 
voulues. 

« Ce qui distingue surtout les indigènes de Wallis , 



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f 

€m. kor goàt prononcé pour la iMsiqne. On poHl ëÊm 
qn'ib chantent continuelloineni , soit quHb tranaMëlt, 
ipoit qn^iismarebent, aoit qa*ite portent des ftrdeattx^ o« 
9^ï\a pritem. L'harmonie a peiir «ox tant d^aitrait, qd^ 
M sacrifient vokm^rs tes beares destinées ao repos ; <m 
drait qa'aprè& avoir porté le poids do |oor et do la dMK 
leiir, ils se tirassent miem au charme de lèttrs aocorll 
que dans le calme d'un paisible sommeH. Dians les MMfis 
soirées d*4té, lorsqae l'ttt est rafraîchie par te brîie , ta 
qa'nn asuw pins cbux a remplacé le soleil des trofriques 
dbwla popvtolkm s^rénnit dmia qnalque siie graeîaaK, 
BOUS itn grand arlu<e, ou ù la porte de Téglise. Là, ims 
tMHardss'asseyent sor des nattes ; à qvelqiiedtstaAoe, h 
îemewepvead place sur la pelome^ par groupes de ciaqfl 
si« peroonnes rangées en cercle et tournées en feoe lis 
«les denautres; ces groupes sont aocaat do cheeurs dow»- 
sioieatet de musiciennes parfaitement eieercés* Quoiqaè 
In WaUisioB» aient presque tm» do très-beDes vdx, n'^tt 
pia admis qui' Tant à prmidre part au concert ; il n'y # 
q«e eeM dont Torgane^ reconnu pur et OexiMie, sepàèes 
avec plm de boriieiuf aux effets do rbarmonie. 

m AlorSf chaque ehosur se ftut entendre tour à tour: 
les uns répètent sans cease le roA^ain, les aotres ts«t le 
«hant, ou donnent une expression plus animée au féctm- 
tif ; et ces accords se succèdent ainsi durant la mnt>«»- 
titafO, sans autre imerruption que les a|)plandissenienis 
dis awiîleurs*^ 

« Si ronreaMtfque dans les voix bea«coiip d'ënsemUa 
etde mesure^ on; est eneore plus frappé de rimmolnUlént 
du oalme impertuièable des mnsMiens* Quoique las 
ehatfl soient paa^ dans le genre comique^ ot fniiHs 
excitent les édala de rire da tome rassemblée, on nvvit 
jamais le phia léger asenveaseni dans la (A^ioéomiedb 
Oiox qm exéeatont. Qi^nd le motif est tnste^ dasl 



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ottlMi qoeHpdbis de leon yevx, iBitt ans qse k^ 
ioit le moins do monde altérée. 

€ Le refirtin qui est, d^CMNlinaire» qvekpiemot noa?e«i 
introduk per les Missionnaires dans leor lai^iiet n'a 
sooYent àuGon rapport avec le reste du cbaat^: c*est une 
espèce de bomnlon qui n'eu là que poor rharmonie; on 
k r^iètedeax on trots foisi la fin, et on termine bnisqne* 
■MBC en le lateant inachevé. 

• Ootresesconoertsnootnnies, WaDis a encore des 
diants de promenade on de marclie. Il arrive souvent, le 
dimanche^ que jWends tout k coup les hommes et les 
jeues gens entomer leur loti (chant) avec des voix de 
stentor. Ds parcourent ainsi d'un pas grave les différents 
quartiers du Yillage. Lor^*on les invite à entrer dans 
une maison pour y prendre le eava, ils acceptent , puis 
recommencent leur marche jusqu'à l'heure du chapelet ou 
jusqu'à la prière du sdr. Leur thème musical est presque 
UM^ilrs inspiré par la reoonnaissanee ou la Religion ; en 
Toici quelques phrases des plus populaires : « Amitié au 
• Père Boudaûne , au Père Mathieul Ce sont nos prêtres 
é et nos pilotes ; ils conduisent notre pirogue au del. » 
— » Ou bien : « Amour et respect au souverain Poatifii 
m qui règne à Rome I » — Ou enowe : « Prions saint 
€ Pierre cpii lient les deb du Paradis^ pour qu'il nous en 
€ ouvre k porte. » 

« Il y a des chants innombrables en l'honneur de 
N. S. P. le Pape Grégoire XVI, et du Prince des Ap6trss, 
auquel ils ont une grande dévotion. Us mettent également 
tn musique les histoires de l'ancien et du nouveau Testa* 
ment, et toutes les vérités ée la Religion à mesure qu'ils 
les apprennent. Pour vous donner une idée de ces hymnes 
pieux, je vous envoie un cantique composé par la fille 
du roi, lorsque 1^ Bataillon anaonça qu'il s'absenterait 
pour visiter son vicariat apostolique : j'ai tâché de le tra* 



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9 

doire aussi UttértleiiMDt que postible, mâh sans espoir da 
faire passer dans le fraaçttt ces ummures si natres, ceite 
douceur si harmonieuse de la langue des Wallisiens^ 
qui se prête admirablement à tous les sentiments qu'ils 
veulent exprimer. 



« Eyéque, partes; moi, Je pleure. 
« Est-il chose plus déchirante que d'entendre notre 
père qui nous dit : Mes enfants , vous prierei sans 
cesse pour moi ; sdutenes-vous de celui qui Tousa fiûts 
enfants de Jésus-Christ, quand vous offrires à Marie la 
couronne du rosaire.... Ecoutei mes dernières instruc- 
tions; je vais me séparer de vous. 
« Pouvions-nous être frappés d'un coup plus sensible ! 
Parents d'Ouvéa, pleurons; il va parUV; n'ayons tous 
qu'un seul cœur pour pleurer. 
« Si notre père s'éloigne , qâe vont devenir ses en^ 
fimts? Quand reviendra notre père? hélas I reviendra- 
t-il jamais? Pleurons! 

« Hais le ciel le veut. Un message saint lui a été ap- 
porté par Douane. On lui a dit : Bvéque, une portion 
de l'univers a été assignée à toi seul par le Père de tous 
les chrétiens. 

« O mon père, partez, mab souvenez- vous de vos en- 
Tants, et revenez les bénir; car ils sont sans forœ, 
comme la jeune plante qui vient de naître. 
« O Jésus, déjà nous le ravir! laissez-nous encore 
notre père ; car pour moi, quand f entends son adieu, 
je sens mon âme hésiter entre la vie et la mort. Oui, il 
vaut mieux que je m'en aille de ce monde avant le 
départ de notre père. Qu'il soit , du moins, quelque 
temps encore le souti^ de notre fiiibieBse. Notre âme 
est chancelante, et» s'il ne la fortifie, elle tombera 
dans la mort. 



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10 

«: Pèiaeé to t i , ayw ykié da TanfoiU q«i vous prie. 
» ProBoacaK «ir moi la senteBoe que ^us .voiMkiz; quo 
« ja le smey.car je Hie cens déiXMiragée et faible. 

« Je BA puis lapportor désorBKiu un plus long eûl 
« dans ce monde ; s^i noire souiien s^éloigoe de nous , 
« n^est-il pas à craindre que nous ne retournions aux 
« idoles que nous ayons adorées? 

«• Cest pourquoi ^ désire tant» Père céleste^ de me 
« réunir avons, pour eélébrer àjaroaisdaas mes chants 
• w>4M teme-poissante maîesté. » 

• — Je mm dérangé par nue (bsubmi de la parusse, 
qui tient regarder i ma porte pour v<Mr ce que je bis; 
e'eac leur habitude. BUe me demande i qui j'écris. — Je 
lui r^ud&que c'est à nt% pareMu t~ H la»t encore lui 
décliner tous vos noms. ^ — A mon tour, je lui demande 
si' aile n'a rten à tous iaire dire. — Oui, elle présente 
Sis amitiés à JuUka (AagéUque) ; elle serait b^en aise 
de la voir venir ici pour instruire les feimncs d'Ouv^ ; 
elle me prie de vous remercier d'avoir envoyé un prêtre 
ftti peut leur donner les sacrements et la sainte comma*: 
^■ion ; car» ajoaie-t-elle» rt)e était bien malheureuse avant 
Karrivée des Missionnaires. 

« C'est une chose amusante de voir l'étonnenienide 
eas sauvages lorsque arrive d'Eurq>e quelque obiet qu'ils 
n'ont pas enoora vu. Après l'avoir bien regardé, ils le 
tittchent, ils le sentent, ils le tournent de toute mauiàre, 
puis ils expriment leur admiration par une exclamation 
eu un peUt claquement de laague. Je les intrigue beau^ 
eeupavec un canif taiHe-plume. C'est un cri d'admira- 
tion chaque Cois que la plume en sort toute taillée. 

« Il y a peu d^ joum , on débarqua un riieval que le 
gouverneur frangais de Taiti envoyait en présent au roi 
de Wallis. La pauvre béte avait été si maltraitée à bord 



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11 

far le rouIis> qu'elle faisait pitié. Auttkât arrivée 4 terre, 
elle fiu emourée d'une fbulè de naturels ,. qui ne pou- 
laieal se lasser de contempler un si grand animaU Ils 
ra]K>eièrent ensuite un gros diien ; mais ils en avaient 
peor, et à chaque mouvement qu'il faisait^ les adminir 
teurs prenaient la fuite. Ils me danandaient s'il était 
mécha n t» s'il mangjeait les hommes q]uand il était est 
colère » s'il aimait la viande , s'il mordait comme les 
chiens. Moi je le caressais pour les rassurer. On lut 
9ffostaL des feuMles et de l'herbe ; ils l'examinèrent 
nanger très-longtemps , regardant comme ses dents 
étaient; faites ; enfin , après s'éure lassés en observa^ons 
et en conjectures, ils s'en allèrent en me disant : « Main* 
« tenant nou^ connaissons cettegrande béte;» nous l'avons 
€ vue tout &ire ; il ne nous reste qu'à l'entendre chauler. » 
c Les maisons des WaUisiens consistent en un gran4 
uât de forme circulaire » couvert de feuilles, et souteniji 
par des pieux* Â Tintérieur sont étendues des nattes , sur 
lesquelles on s'assied, on se couche et on mange. Quoique 
les habitations soient disséminées presque sur toute la 
côte, il y a cependant trois points ou villages principaux, 
oà l'on a construit des églises. L'une est dédiée à Motre^ 
Dame de Bon-Espoir , l'autre à saint Joseph , et la 
troisième à saint Pierre* Ces églises sont en bois. Tontes 
les pièces en sont unies avec de petites cordes de coco ; 
les planches même sont fixées de cette manière; «t 
cependant les plus violents orages ne peuvent les ébran- 
ler. Il y a , dans chaque sanctuaire, une lampe qui 
brûle devant le Saint-Sacremcat. Les fenunes Teatre- 
tiennent avec un soin extraordinaire. Chaque fois qu'il 
£Eût grand vent , je les vois se tenir auprès de la lampe 
avec un tison, la nuit aussi bien que le jour, pour la ral- 
lumer dans le cas où elle viendrait à s'éteindre. A 
piques pas de l'église s'élève une maison carrée,, divisée 



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12 

en pedtei diambres pour nos confirtres , et près de 11 
une habiUliott pour les jeunes gens qui veulent partager 
leurs CEiUgaes. Ces jeunes gens sont au nombre de trent» 
ou quarante ; ils se sont oflerts d'eux-mêmes aux Mission* 
■aires pour les servir, les accompagner , et seconder nos 
frères dans leurs travaux. 

• 96 juin. — Je reprends ma lettre , interrompue 
par un événement qui m*a donné poiùr uh instant quelques 
inquiétudes. Le lendemain du départ de Mgr Bataillon , 
on vint m'avertir qu'il y avait un navire en vue. BiçntAc 
je sus que c'était la goélette des missionnaires protestants, 
quMls cbercbaimit à entrer par la pûsse située derrière 
111e, et que leur canot avait déjà mis à terre plusieurs 
personnes. Je courus sans délai vers la paroisse voisine 
du lieu de leur débarquement, pour être plus à portée 
de connaître leurs menées, et bien décidé à leur résister 
de tout taon pouvoir a'ib cherchaient à infecter le trou--^ 
peau. Deux ministres anglais descendirent eu effet à 
Pq3, avec quelques naturels de Tonga et de Niùka ; mais 
ils n'y restèrent qu'un jour, et repartirent très-inquiets^ 
dit-on, du voyage de Mgr le Vicaire apostolique à Tonga 
et à Fidji. 

• Quelques jours après je reçus une lettre à l'adresse 
de Monseigneur; le second de la goélette, qui était ca- 
tholique, Pavait laissée à terre ; elle était du P. Chevron, 
Missionnaire à Tonga. Ce confrère , rendant compte des 
efforts lentes par l'hérésie pour entraver son ministère, 
disait à Sa Grandeur que les prolestants calomniaient 
également la France et le catholicisme dans leurs ser- 
mons ; qu'ils avaient ordonné des prières publiques et des 
jeûnes pour préserver llle de l'arrivée d'un navire de 
guerre Trançais; qu'ils peignaient nos compatriotes aux in- 
digènes conune leurs plus grands ennemis, comme des en- 
vahisseurs qui cherchaient à s'empara de leur pays pour 



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13 

Im réduire en esclavage. De tdles cakHoanies font nne . 
gnaàe impression sur ce peuple, naturellmneni ombra- 
geux et méfiant à r^;ard des étrangers, et plus jaloux 
de son indépendance qu'aucune nation du monde. Voua 
pouvez juger quelle délavenr en résulte pour les praires 
cathcdiques , qu'on cherdie par ce moyen à foire passer 
pour des agents politiques , préparant les tdes à une 
usurpation. 

« n est arrivé derni^ement un baleinier américain à 
Wallis, ayant à son bord une vingtaine de protestants in- 
digènes de Niu)uiy qui avaient demandé à être tranq[>or- 
lés ici. Nous apprîmes, par eux ^ par un Anglais qui 
était resté quelques années dans leur lie, quels traite- 
Bients les ministres font subir à ces pauvres naturels. C'est 
incroyable! Pour certaines fautes, <m les flagelle k coup 
de corde jusqu'à ce qu'ils spient tout en sang. Plusieurs 
même expirent sous les coups. A d'autres on arrache les 
cheveux et les sourcils. On nous fit une telle peinture de 
ces cruautés, que nous n'aurions pu y croire, si nous 
n'avions vu nous-mêmes les marques de la torture em- 
preintes sur le corps de ceux qu'on débarqua. QueHe 
triste position que celle de ces peuples, condamnés à 
marcher sous le fouets comme les animaux , parce qu'on 
ne leur a inspiré que la crainte du maître, au lieu de leur 
apprendre à aimer la vertu I . 

« A Wallis, nous n'avons aucune législation, aucun 
code pâial^ point de tribunaux ; et cependant toutela po- 
pulation se conduit bien, par la seule grâce de Dieu et le 
accours des sacrements. Dq[>uis que je suis ici je n'ai en- 
tendu parler d'aucun délit, si ce n'est de quelques accès 
de colère momentanés; mais en même temps qu'on ap- 
prend la faute, on apprend aussi la réparation : le cou- 
pable vient de lui-mèm auprès de nous recevoir sa peine, 
qui n'est qu'une simple réprimanda. En fiiut^ davantafe 
pour des cceurs si bien disposés! 

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14 

« Ce qui entretient dans les hfllMiants de WiUis le stt- 
tifflent et rmnour du devoir, c'est qu'ils sont trts^ W fi das 
de la parèle de Reu. Outre les instruotions éos HËaàomr 
vaires, il y a dans dmque village et petits hameaux des 
catéchismes d'bommes, de femmes, d'enfonts : les plus 
instruits d'entre eux enseignent les autres; cfaacuH aè 
confesse et communie environ tous les mois ; partout oft 
récite, le soir , le chapelet en commun , suivi d'un can- 
tique à la samte Vierge. Quoique toutes les maisons 
restent ouvertes , la nuit comme le jour , on n'entend 
jamais parler de vol. Dernièrement les ofiBciers d'un na^ 
vire français voulurent éprouver nos naturels sur ce 
point. Ils laissèrent irahier à dessein, sur le pont, 'des 
hameçons et autres objets capables d'exciter leur convoi- 
tise; mais les néophytes s'empressaient de les porter aux 
matelots, croyant que c'étaient des objets oubliés par 
mégarde. 

« Ce n'est pas assez pour les Wallbiens de se montrer 
idèles observatem-s de l'ËvangHe ; ils voudraient encore 
en être les apôtres, et aller porter la foi parmi les ido- 
lâtres et les hérétiques. Les jeunes gens demandent ei 
foule à partir avec les Missionnan*es. Mgr Bataillon , cé^ 
danl à leurs instances, en a emmené quelques-uns à Tonga 
et i Fid^. De ce nombre était un petit garçon d'une 
quinzaine d'annés , nommé Selevatio (Gervais). Sa [uété, 
qui en Élisait un petit ange j avtiit décidé Monseigneur à 
l'admettre parmi ses compagnons de voyage, et le bonheur 
de l'eflfant était à son comble. Peu de temps après , je 
le vis u>ut en larmes ; il n'avait pu dHenir de ses parents 
la permisMou de s'embarquer. Je tâdiai de le consoler en 
lui disant que plus tard nous parthîons ensemble ; mus 
œfte promesse ne convenait pas à Fimpatienee de soa 
«èle. T<mt à coup on remarqua quil avait disparu ; ea 
le chereha partout ; enfin , après plusieurs jours, en le 



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u 

^otxvké II 8'é»rit gKflié fortiveMeAt à bord de VJlddplm, 
-H s^'éCMl cetdié à fond de cale; ii «e tenait là blotti, espé- 
rant <|ae le nafvire partirait bientôt, et qu^une fois an 
l«r(^, il ne serait plus temps de le remettre à terre; nmk 
le vaisseau tardant trop à lever Tancre, Selevaiio fat 
irflbi* Cependant il troava sur le pont un de ses parent^ 
et le pria d'intercéder pour lui auprès de son père et de sa 
mère , qni ^ laissèrout enfin toucher et consentipent i 
son dépcnt. Qnand on lui demandait pourquoi il avait 
agi de-la aorte, il s'imaginait en donner une bonne raison 
en disant : « Je voudrais bien savoir si l'Ëvéque -et nos 
« Missionnaires ont attendu la permission de lenrs poFSEilB 
« pour«q«iC(er la France. S'ils TavaientlUty nous serions 
« encore dans notre fakadevolo ( paganisme). » 

« Mgr Bataillon a emmené aussi un homme imrié» 
nommé Plnlîppe. C'est un prodige de mémoire et d'intel- 
ligeace; il «ait tous les dialectes des archipels voisins, 
ainsi que l'anglais et un peu de français. Ces langues, il 
les a apprises je ne sais comment^ dans le but d'être utile 
a la Mission. 

« Tandis que les jeunes gens de Wallis prêtent à nés 
efforts un eonooars si gàrareux , et font souvent plus de 
bien que les Miasionoaives par leur asàle et leurs exemples ^ 
les vieillards continuent d'être pour nous un sujet d'édift- 
caiion ; ils ont encore pour b plupart leur innocence bap- 
tismale. C^est merveiUe de voir, sous ces traits et ces 
dehors sauvages, une douceur toute chrétienne. L'un 
d'eux^ que le commandant de VEmbuteade a surnommé 
k vieuœ tigre, parce qu'il &k a eGGectivemeot les traits^ 
est bien Phomme de Ta^^ect le plus feroucfae qu'il sok 
.possMe de rencontrer. Sou vrai nom est Honorio; il est 
ivonier ministre du roi. U fut un des plus ardents persé- 
cuteurs de Mgr Balûtllon, à son artivée daiK Ttte. M^in- 
tenam c'est un agneaa. Qwmdil séjotone à Saint-Josqpli, 



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1« 

je sais sftr de le voir arriver Unis les matins avec sa 
petite racine de eava qu'il vient nous oflrir. Le soir» il ne 
peut se retirer diez lui sans nous avoir toucbé et baisé la 
main, en signe d'amitié. S'il ouvre la boudie dans les as- 
semblées^ c'est surtout pour recommander le respect et la 
/K>umission aux Missionnaires. «,Pour moi , dit-il , je suis 
« frère d'un vieux arbre penché sur le bord d'un abtme. 
« Je vous ai donné autrefois de bien mauvais exemples. 
« Voici maintenant les guides que vous devez écouter, et 
« qui conduiront voure pirogue au eid. » Ce txm vieillard 
â versé Uen des larmes au départ de Monseigneur ; il ne 
pouvait rester deux jours sans le voir et lui demander sa 
2)énédiction ; aujourd'hui il se console auprès du Saint- 
Sacrement; et, dans l'exercice de cette dévotion qui lui est 
cbère^ il attend en patience son retour. 

« 19 août. — Monseigneur vient d'arriver. Je com- 
mençais à être inquiet de sa longue absence. Les ymts lui 
ont presque toujours été contraires. Il n'a pas réussi à 
Tonga comme il l'aurait désiré, à cause des calomnies 
débitées par les ministres protestants contre nous , et 
surtout contre la France , dont ils nous représentent 
comme les agents ; c'est au point que la qualité de Français 
est aujourd'hui un titre d'exclusion dans toute l'Ooéa- 
nie. Espérons que celte persécution d'un nouveau genre 
ne durera pas longtemps; la vérité touche de près au 
triomphe, quand l'enfer a épuisé toute la série de ses 
mensonges. 

« Maintenant voici notre saint Evéque rentré à Wallis, 
et jesuis tranquille; si nous avons à souffrir, nous souf- 
frirons ensemble. C'était sa première absence ; aussi le re- 
tour a-t-il été une fête. Dès le pdnt du jour, aussitôt qu'on 
put i^rcevoir son navire au loin dans la brume,le8 natu- 
rds vinrent me réveiller avec des cris de joie : Fakapcfor 
hgi Bpikopol Epikopo! Le vent était excellent; le vais- 



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17 

seau mouilla bienlAl en (ace de Téglise de Saint-Josepb* 
Aussitôt j^allai avec les eufants de chœur au boi-d de la 
iner, pour faireau premier pasteur une réception sol^nellew 
Quand le canot aborda, des larmes de bonheur coulaient 
des yeux de tout ce peuple rangé sur le rivage. Après le»oé> 
rémonîes ordinaires, Monseigneur entra à Téglise, précba» 
etcélébi*a la sainte messe. Cétaitpour l'Ile entière use joie 
que je ne puis exprimer. Pendant les trois jours que le 
Prélat resta dans ma paroisse , la maison qu'il habitait 
ne désemplit pas ; chacun venait le visiter, lui apporter 
du cavaj et lui demander sa bénédiction. 

m Les insulaires de Tonga que Mgr le Vicaire aposto-' 
lique a amenés avec lui^ au nombre de sept ou huit, ont 
été aussi parfaitement reçus. Pour la plupart ils ne sont 
pas encoi*e baptisés. Le but de lenr voyage est d'étndîer 
WaHis, d'examiner ce qui s'y passe, afin d'aller ensuite 
en rendre compte à Tonga, et confondre par leur témoi- 
gnage les calomnies des protestants. Ils paraissent trè^ 
bien disposés, et je crois qu'il ne faudra pas beaucoup dt 
temps pour les rendre bons catholiques. 

« Mathieu, Miss. apoH^ 



TOI. xvifi. 104. * 

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It 



Um^ dm P. RmUUausc , Miaionnairt apo$Udiqu€ de la 
êodéêé de Marie, au Procureur dee Miemone de la 
Êêciéié. 



TMga, le di juillet ttM*. 



« Mon Révérend Père ^ 

« Le silence qpe j*ai gardé ù longtemps avec vous a 
dû vous surprendre, après tous les soins dont vous 
m'avez enloaré jusqu'au fond de TOoéanie. PTallez pas 
cependant m'accuser d'oubli et d'indillerenoe. La faute 
en est à nos occupations si multipliées et surtout au 
manque d'occasions: presque toujours placé loin des lieux 
où abordaient les navires , je n'avais connaissance de l'ar- 
rivée d'un bâtiment que lorsqu'il était reparti. Enfin, au- 
jourd'hui que je me trouve à Tongatabou^ dont Mgr Ba- 
taillon bat k visite pastorale , il me reste quelques in- 
stants avant notre départ pour les lies Fidji, où nous 
allons, le Père Bréhéret et moi , jeter la divine semence ; 
feu profite pour vous confier mes souvenirs de peines 
et mes sujets de joie. 

« J'ai passé deux ans à Futuna, et c'est dans ceue 
Mission que j'ai commencé Texercice du saint ministère^ 
au milieu des plus vives contradictions. Nous avions été 
précédés par un jeune chef des tles Wallis, homme doué 
de véritables talents , mais qu'il emploie au triomphe * 
des plus mauvais desseins. Il s'était fiitt accompagner 
de deux cents naturels, qui, pendant une wmià de 



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1» 

sqour à Eutiiiia^ est bk un bqûI qu'il mot a été im- 
possible jusqu'ici de léptrar eatîèreineBC. 
du peu de coiuiaissttMe que noos a? kos de la 
pour accrédUer leurs calosiBtes, is ont prévemi 9m 
FuAunieiis coatre bous, ranimé le feu de la disoerde 
entre deux fstctioBs rivales, et resmeité les aRôn- 
nés snpersiiUone, que les insulaices Sfvaient abm- 
données d'eux-'Bidnies depnis la «ort du R, P. ChaiML 
Deux fois nous avons va la guerte sur le pomc 4l'éda- 
ler ; on a tenté d'assasmer le nonvean roi ^ qni est <»*- 
iholique Servenl; en a &tt mille efforts pour ero p ê A ar 
la oonstmelicn de nos den égKses, <le eeHe sortout *fm 
a été âevée sur le lien m^^ie on le premief ànmjfr 
de rOcéanie a versé son sang. 

« Pour que nous ne pussions pas boos méprendre snrlie^ 
^pcribleauteur de toqtes ces tracasseries, c'était aux iëtesdb 
lasainte Vierge que le démon nous siraekait ptvs d'enira««s« 
Al'une dexxs fèles^ nous allions comme d'habitude, leirè- 
re Marie-Nizier et moi, nous mettre à la tète des tratam 
deTéglise. La vëlle, toat était calme et tranquille dans 
Ftttuna. Aussi, qndle ne fut pas notre surprise de renée»- 
trer les naturels par bandes qni , la hmce h la main, «fii^ 
raient comme des furieux vers la vaUée où était noipe 
d^nenre. Non^ lenr demandâmes ce qo^ j avait; «i 
lieu de nous répondre, ils criaient: « Oà est le rotP oà eer 
le roi? — Nous leur dîmes qu'il assistait à la messe éà 
Père Servant. — Non^ non ; eo vent le tuer, nemcomMB 
b défendre; » et il mws Att impossibie de les retenir. 

« Plus loin, nous vîmes les femmes qu se mnsneat 
vecs les montagnes pour y cacher ce qn'elhs avmeotde 
piécienx, et leurs enlinis qui les avivaient enptearaflU 
Bh Ueal eetle épevvnnle n'avmt mionn motif fmié« 
ssnne beore aprts^ imii notre monde détre0{>éseitfBh 
anienr de nesB pcv te teaMN. 

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90 

« Nous eàmes bien d'autres difficultés au sujet de 
réglise de Pdl. Pendant deux mois, il nous a été im- 
possible de la commencer ; chaque jour amenait un 
nouvel obstacle. Enfin , après les avoir tous écartés Fun 
après Fautre, je partis avec le frère Marie-Nizier pour 
diriger la construction. Toute la population de ces 
vallées était convoquée autour de la croix. Je demain» 
dai qu^on nommât qudqu'un pour présider aux travaux, 
et les voix se réunirent en fiiveur du fils du roi asssosin, 
actudlement did d'une partie de 111e. Dans une courte 
exhorution, j'invitai les naturels à se conduire d'une 
manière digne de l'œuvre sainte i laquelle ils allaient 
se livrer : « Ce n'est pas ici , leur dis-je , une habitation 
ordinaire, c'est un temple que vous élevez à Dteu^ sur 
le lieu même où fume encore le sang de votre premier 
apôtre. » Je donnai ensuite le signal pour se mettre i 
graonx , et nous récitâmes tous ensemble à haute voix 
]e PakTf VAve et le Credo; je fis le signe de la croix, 
et l'on se mit à l'ouvrage. 

« Les quatre assassins de notre confrère étaient là. 
Je leur dois ce téaioîgnage, ce sont eux qui ont montré 
le plus d'ardeur et de bonne volonté, surtout celui 
qui avait finppé le premier coup. Tout son extérieur 
annonçait un sincère repentir, et je ne me rappelle pas 
ravdr vu rire une seiûe fois pendant toute la divée 
des travaux. 

« L'église de Pol est assez bien ; elle a soixante* 
quinze pieds sur trrate; l'entrée regarde la mer; dans 
le sanctuaire se trouve renfermé l'emplacement que le 
B. P. Chaud habiudt ; la partie droite de l'autel ooo» 
vre le lieu oà il était assis quand il reçut le coup de 
la mort; l'endroit oà reposait sa tto et oà a coulé soa 
sang est aussi à droite, dans le sanctuaire, près de h 
balustrade; la croix qui rindifne /est teUe que l'a pi»- 
téc Mgr Poropallier. . , 



91 

« Vig]kfb a^aobevait, lorsque notre bonne Hère nous 
délivra du plus grand ennemi de noire Mission. Le chef 
dont je TOUS ai parlé, aÎMuidonna Futuna avec sa bande. 
Nous respirAmes alors, le P^e Serrant et moi. Nous com- 
mencions à nous fiiire comiH*endre assez bien des natui els; 
nous nous adonnâmes donc avec une ardeur toute nouvelle 
i leur instruction. 

« Dès ce moment , les choses diangèrent de face. Nous 
nVûrnes pas de peine à faire comprendre aux néoph]rte6 
qu'on les avait trompés, qu^ils s'étaient laissé séduire par 
des ennemis de leur repos. Le jour ne suffisait plus pour 
entendre les confessions ; il fallait y donner une partie des 
nuits. Peu à peu les abus disparurrat, ^ aujourd'hui 
cette Mission est dans un état florissant. Tous les natu- 
rels sont baptisés; déjà une bonne partie d'entre eux 
a £iit la première communion; ils se conduisent d'une 
manière vraiment édifiante, et avec autant de réguhuîté 
que les plus fervents chrétiens d'Europe; il ne leur man- 
que qu'une instruction plus complète. Encore un an ou 
deux, et Futuna sera, je pense, la plus bdle Mission 
du vicariat apostolique de rOcéanie centrale. Le pen 
de communication qu'elle entretient avec les étrangers, 
Famour du travail et la force du caractère de ses habi- 
tants me confirment dans cette opinion. 

« D'ailleurs^ la conversion de ce peuple est toute de 
conviction , elle n'a rien eu d'intéressé. Nos néophytef 
n'ont pas été gâtés par les présents. Depuis que nous 
sonunes parmi eux^ nous ne leur avons rien donné, puis- 
que nous, n'avions rien pour nous-mêmes; et, connne m 
la divine Providence voulait continuer encore une situation 
que la nécessité avait faite^ tous les objets que vous nous 
aves envoyés de France à la fia de 1841 , ou ont 
été engloutis dans les flots , ou ont été gardés par 
le baleinier diargé de fkus les remettre; rien^ absolu-- 

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it rien B'a parti è Fouwa. B e raih g i gt eiKX>re la 
portion d'efleis que Mgr Balaiiloa deaiiurit à cetle lie , 
a*écé presque en toialilé eoDsnméepar les flammes. 

« Oa remarque parmi les Fuumieos plus de sknpU- 
fAié qu'à Wallis, plus d'énergie qu'à Tonga. Ce sont 
4» bomœes qui raisonnent^ qui réiédrissenC : ils ne 
m rendent pas aisément; mais une fois convaincus^ Hs 
p p iiu ent leur parti a?eo fermeté , et ne retournent pas en 
arrière» 

• Pwsent les Fidjiens , va« lesquels je sais envoyé , 
Iwr resseM^rl Mais ce que j'ai af^m d'eux ne me 
fMmiet pas trop oette errance ; on les dit féroces 
îmiii'à l'antiiropopbagie. Si j de mon côté , il me fallait 
êtKi dévoué jusqu'à la mort, j'emporte avec moi un sou- 
«amr qui m'en donnerait la force : Mgr Bataillon m*a 
«Nifié kl croix de Misûonnsûre que portait notre vénéré 
•ffire Cbonel; sa vue m'animera à tous les sacrifices. 
Vcnillez, mon révérend Père, nous obtenir par vos prières 
Jift ^iKfs dont nous avons besoûi dam une Mission ai 
i, et crmre aux saitiments de respect et de re- 
kssaaee avec lesquds je suis , etc. 



J. F. RwLLBMJX, itfjmofifiatfc 



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M 



LeHn du R. P. Grange^ SKsêfonnaire ap^klique 4$ 
la êêciéU de Marit, à un Père de la mime société* 



Tonga, Mars l&U 



« Mon Réyéremd Père , 

« Ce qu'on nous adresse à ce bout du monde qom 
arrive bien tard, si tant est qu'il nous arrive. Mak 
ne TOUS lassez pas de nous écrire, je Yoesen conja-» 
re ; confiez à la mer autant de lettres que voos pour- 
rez : elle ne sera pas toujours cruelle , et^ quek|ae joar^ 
un flot bienfiiisam jettera sur la rive un de vos éêmx 
messages , que je recueillerai arec bonheur ei reco»-* 
naissance. 

« Vo«s ne demandez, mon Père, qudie est mûn 
occupation à vos antipodes. Eh I ce que vous foités «n 
Fhmce, je le fins dam mon lie; seulement je k iûs 
moins bien ^pie vous, ie m'iMlDwa et j'insirnis tes « ifc n y 
j'apprends à nos kanaeks b fin pour laquetti ilta moM 
snr la terre; je les preMe de- qokterie neniôDfe poap 
h vérité, il en est qm nféeoutent et qui 
«ndgMinetts en pmiqne teenx^là sont w 
D^trea prêteM me oreille iMet attesii^ à mea f«*o|et » 
sans se tionaer la Mine de rétamer lenr vie ^ maia te 
grand ttOidi>re juge tm^éûcêrim ts^fi séiitea^ «t jW la 



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24 

douleur de les voir 8'éloigner de moi , au moins pour 
fiQ temps. Le soleil fait en vingt-quatre heures le tour 
du globe, et partout il trouve les hommes avec le même 
caractère et les mêmes inclinations ; partout il les trouve 
de glace pour leurs intérêts étemels , et tout de feu pour 
la vanité et le mensonge. 

« Conune vous encore , je db mon bréviaire , je tâche 
de me recueillir pour prier, je célèbre la sainte messe 
à peu près tous les joura ; mais c'est pendant votre re- 
pos, de même que vous faites ces saintes actions pen- 
dant que je me livre au sommeil ; et si je m'en acquit- 
lais avec ferveur , no^s accomplirions à la lettre les pa- 
roles du Psalmiste : Diei diei éructât verhum, et nox 
mùctiindical scientiam. Ainsi nous formerions commedeux 
choeurs qui chanteraient alternativement les louanges du 
ieignear Jésus ^ et notre Dieu serait glorifié dans tous 
les temps comme dans tous les lieux : à moi seul 
est la faute si la perfection manque à ce pieux concert. 

« Dans mes lettres du mois de juillet dernier , que vous 
coaaaissez sans doute (1), je parlais en détail de Tonga et 
de ses habitants; aujourd'hui je vais détache^ quelques pa- 
ges dt Bion journal, pour vous mettre au courani des 
difficultés que nous rencontrons dans la prédication de 
l*£faogile, et des espérances que noos pouvons conoe- 
foir. 

« fiepais cette époque, IHea nous a ménagé bien des 
épettves qu'il a cependant Eût tourner à «a gloire^ après 
s'm être servi pour nous purifier. D'abord les mission* 
Mires Wesléiensimt redoublé leurscalomnies ooatre nous; 
je tt'ea sais pas surpris : chaque jour ils voient décret 
%m iMr inAoence, et la nôtre grandir en proporiion; 
ih VQMt que ceux de lesuns eoreUgJonnairei, qui pea« 



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96 

vent avdr des cmnmunicatîOQS aTec bous, inissent cou^ 
jours par se rasger de notre côté , sans qu'ils obtien- 
nent le même avantage de leurs rapports avec nos chré- 
tiens. La raison en est, en deBors de la grâce, que 
nos disciples ont Tait librement profession de notre sainte 
foi , tandis que les adeptes de Thérésie y ont élé symené» 
par la violence. Parmi nos néophytes de Wallis, un 
seul qui habitait la grande tribu protestante, consen* 
tit après maintes soUicilations à se dire enfant de la 
réforme ; mais cette apostasie de qudques jours n'a servi 
qu'à prouver une fois de plus, et par un témoignais 
irrécusable , que les ministres appellent l'intimidation en 
aide à leur prosélytisme. Quand arriva le saint jour de 
Pâques, voyant ses frères catholiques aller à la table 
sainte goûter un bonheur dont il s'était privé par sa bi- 
blesse, notre prodigne vint en pleurant se jeter à nos 
pieds et implorer la grâce d'être admis à la communion de 
FEglise. 11 demanda aussi pardon à ses frères du scan- 
dale qu'il, avait causé, en i'excuiani sur la violence 
f M'on lui avait faite. 

La confession^ qui parait au (nremier abord «ne prati- 
que si onéreuse à notre orgueil , a été embrassée avec 
joie dans notre lie. J'avoue que les ministres protestants 
y oot bien un peu contribué; car ils exigent de leurs 
adeptes la confession et la pénitence publiques. Sans 
doute que nos insulaires ont vivement apprécié la doo- 
eeur du joug de Jésus-Christ, qui ménage la faiblesse 
du pécheur en couvrant sa ocmfiision volontaire du 
secret le phis inviokible. D'ailleurs nos kanacks avaient 
d^ une espèce de concession, avant l'arrivée des Eu- 
ropéens. Elle se pratiquait surtout en cas de maladie*. 
Dans leur opinion , si cpielqu'un est visité par la souf- 
france, c^est totqours pour avoir efiensé une divinité 
qui tire ainsi vengeatece da coupable jMipi'à ce tpi'il 



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26 
slmniitie; et, lorsque le malade est trop faible pour 
s*aocii8er Idi-méme, un ami qui oonnak sa faute en 
fiittenson nom Taveu réparateur. 

« On comprendra mieux eombten cet antique usage 
BOUS iarorisait , quand on saura jusqu'où vont les prér 
tentions vaniteuses de ce peuple, dont l'orgueil égale, 
si toutefois il ne surpasse pas son extrême pauvreté* 
A leurs yeux un Européen est à peu près ce qu'est 
ailleurs un nègre esclave* Nos kanacks disent sans façon : 
iVm Uanc, mon Européen, comme nos planteurs des 
AntHles disent : Mon nègre, mon esclave. Je n'approuve 
certes pas TEuropéen qui méprise son frère^ parce qu'il 
est noir ; et néanmoins je reconnais qu'il lui est de beau- 
coup supérieur par les connaissances et la civilisation. 
Mais qu'un pauvre insulaire de Tonga nous foule smx 
pieds et nous méprise comme une race déchue, c'est 
par trop ridicule. Quoi qu'il en soit , un des principaux 
die6, celui qui nous a reçus sur ses terres, nous tra- 
cassait depuis longtemps , et prétendait même nous dicter 
des lois dans les affaires du culte : Si le catholicisnie 
Esiîsait autorité , disait-il , c'est parce qu'il était sa reli- 
gion , et non parce qu'il avait été apporté par les deux 
vieux. 

« Dans la crainte d'une rupture générale, nous ne 
lot avions résisté que légèrement; enfin à l'occasion 
d^me grande tête, ce chef prit un arrêté qui défea- 
dait la danse à nos néophytes , et qui la commamilait , sous 
peine d^une rude amende^ à ceux qui n'étaient p» 
baptisés. Peut-être rirez-voiisl mais nous vîmes dans 
cette ordonnance un danger sérienx pour la Mission, 
et voici comment. Dès notre arrivée, dans 111e , nous 
atiens dit aux naturels que plusieurs de leurs danses 
étaient permises : en eSSet^ il en est qd s'exécutent avec 
me convenance parfirite; eHes ont lien entre i^ersonnss 



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dm inémt mxe , ei encore» poQr s'y li^mr p rom w Ml ik 
des habits plus décents que de coalQine. Si nous latt^ 
éom interdire à nos chrétiens ce que nous avions d'abord 
rec(Hmu licite, nos adversaires étaient là pour nous 
accuser de mensonge : ils n'auraient pas manqué de 
dire que leurs prédictions se réalisaient ; qu'après nf9us 
être introduits sous le masque . de la tolérance , nous 
4:onunencions à tyranniser nos discifdes^ et que no«pi 
ne nous arrélerions €|u'aprèsJe^ avoir faits esclaves. Kous 
voulûmes donc mainienir à la lettre ce que nous avions 
professé : tout d'abord nous avions promis la liberté, 
nous ne voulûmes pas qu'au nom de*]a religion, ua 
chef vint y porter atteinte. 

« Nous lui déclarâmes donc que son ordonnance n'était 
pas juste. A ces mois^ il s'emporta devant toute l'as^ 
semblée et dit : « De quoi se mêlent ces deux blaocs, 
c jetés par le^ vagues sur mes terres? chez qui demMk 
« rent-ils? u'estrce pas chez mpî? » Nous lui réponcfiaM» 
aussi en présence de tout le monde : « C'est vrai , 
c c'est chez toi que sont logés ces deux blancs ; ils Vem 
« remercient; mais sache qu'ils ne sont pas ici pour 
< iaire ta volonté ; ils y sont pour le monlrer le chn- 
« BGÛn du salut , ainsi qu'à tauc peufde disposé à ks 
« entendre. Us hadwient ehez toi. Bttis si tu n'es pas 
« oonteut, lun'asipi'à le dire; ik trouveront à Vi^>ri- 
« ter ailleurs; toutes les terres se fitusseat pas mai bouc 
« de ton domaine, et plusieurs chfrft qui sont m par- 
« tageront volontiers avec eux leurs cabanes. Tu peuK 
« commander à d'autres blases^ mais noo à ceux qu'ea- 
« voie le Très- Haut. Mous reo^plârons notre mimom 
« »vec une entière iadépeadance, el si personne ueuwt 
« nous recevoir , nous n'auvooa pas uMÎns fiut ce q/m 
« nous devions. Comme nous l'avons dit plusieurs faii^ 
« nous partirons avec les béuédîeimis que nous éiionê 



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9S 

« venus t^apporter, ne laissant peut-être derrière mous 

« que la malédiction divine. » 

« A ce mot de malédiction , il baissa la tète et garda 
un profond silence. Nous nous éloignâmes alors de lui, 
suivis de plusieurs insulaires qui nous prièrent de lui 
pardonner : Ce n^était , dîsaientwis, qu*nn accès de colère 
qui passerait bientôt. À l'entrée de la nuit il q^ivoya 
un de ses eniants nous demander si nous voulions le voir; 
nous répondîmes qa^*l pouvait se présenter, que nous 
n'avions jamais de haine contre personne. II accourut 
aussitôt, portant une grosse racine de cava, et accompa-^ 
gné d'un des* plus sages vieillards , qui venait de 
£iire sa première communion. Il s'assit à la porte de 
notre cabane, et lorsque nous lui eûmes fait de nouvelles 
instances pour entrer , il se jeta à nos pieds tout bai- 
gné de larmes, nous demanda pardon et nous baisa 
les mains, puis, la tête baissée et dans un morne si- 
lence^ il attendit humblement nos reproches. Quand il 
vit qu^au lieu de l'en accabler , nous l'assurions à di- 
verses reprises que nous avions tout oublié : «Pardon, 
« s'écria-t-il , mille fois pardon des paroles offensantes 
« que Je vous ai dites. Ma maison est la vôtre; je 
« suis trop heureux que vous vouliez bien y demeu- 
« rer; je vous demande eomme une grâce de ne la 
« quitter jamais, de prier Weu qu'il me rende meil- 
« leur. Nos ancêtres étaient méchants, et nous sommes 
« comme eux. Vous^ qui savez si bien souilrir pour 
« le nom de Jésus-Christ, âoignez de moi les malé- 
« dictions dont vous m'avez menacé; commandez dé- 
« sormais, et vous verrez si je sais obéir. » Là-dessus 
nous hii fîmes un petit cadeau, et il se retira content. 
Nous avions bien pensé que cette affaire n'aurait pas 
d'autre issue. 

« Ce n'est pas de ce côté que nous viennent les plus 



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99 

mdes combats. Il bous a fallu bien da temps ayant 
de pouvoir pénétrer dans toutes les parties de 111e, parce 
qne les méthodistes s^étaient plu à nous peindre sous 
des couleurs fort peu favorables. Cependant , comme la 
vérité finit toujours par avoir raison , ces fâcheuses im- 
pressions, suite de leurs calomnies, ont disparu peu 
à peu , et ne se rencontrent plus que chez quelques ex- 
altés; en général on nous aime. 

« Vers la fin de juillet dernier^ nous visitâmes pour 
la première fois une tribu toute protestante. Le grand 
chef et les habitants nous firent un excellent accaeil. 
Nous rendîmes même une petite visite au ministre qui 
nous reçut poliment y mais avec froideur. A peine étions- 
nous sortis qu'il monta en chaire , et se mit à débiter 
contre nous et notre religion toutes les calomnies d'usage; 
il alla si loin que dans la soirée nous dames opposer 
i ses attaques une réponse publique. Nous avions ses 
prières disciples pour auditeurs; ils n'en forent pas 
moins très-satisfaits de nos explications. Après avoir ré- 
futé sérieusement ceDes des objections qui méritaient 
d'être discutées , nous combattîmes les autires avec le 
ridicule^ arme parfcÀ très-puissante auprès de nos in* 
sidaires. 

« Je m'aperçus néanmoins que mes réponses par 
rapport à la croix fiiisaieBt peu d'impression sur un 
dief qui nous avait accueillb avec une extrême bien- 
veillance ; alors je me mis à crayonner quelques mots 
sur mon carnet : « Qn'écris-tu là? me dit-il. — Je note 
« la belle réception qne tu nous as faite. Je suis très- 
« sensible à ton amitié, et j'espère en garder toujours 
« te souvenir ; je veux même que mes amb de France 
« la connaissent, et sois en sûr, ils t'aimeront aussi 
« quand ils viendront à apprendre que tu m'as fait du 
« bieii. Aujounfhui j'ai Inenla résolution de me rappeler 



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• lenjcnir» les bornés; mais comme Pfaomme est faible, 
m el qu'il ouUie fSeicikmeiit les choses qu'il lieodrait 
« le plus à ûiwr daos sa mémoire, quand il n'a 
« sous les yeux, aucun signe qui lui en retrace le sou* 

• venir, voilà pourquoi je prends ces notes. Si jamais 
« l'accueil que tu nous &iis en ce jour s'dfaçait de mon 
« esprit, ce livre me redirait ta générosité ; en y jetant 
« un coup d'œil, je retrouverai pour toi touie ma 
« reconnaissance* » Comprenant aussitôt ma pensée, 
fne la croix était un signe vénér^le , destiné à nous 
tappeler l'immense amour de Dieu pour nous^ il me 
Ait : « Vieillard^ la langue est druiie , et ton coeur 

• l'est sans doute ans». » 

« Quant i l'accusation qu'on nous fait d'imposer 
noire religion par la vmlence, comme je me trouvais 
dans une tribu que les protestants avaient conver- 
tie les armés à la main , je répondis : « Oui , nous 
grossissons nos rangs par force; notre religion est 
une rdigion qui tue, qui UÊfke à la raine des 
hommes ; la vAÛre sons doote ne se propage qne par 
la douée persuasion , c'est ne religion de paix et 
d'amour ; partout oà ont passé vos ministres , on 
voit des marques de cette évangélique charité; j'ai 
vois moi-même ici des prewes, et en venant vous 
visiter aujourd'hui , j'ai traversé le territoire d'Hirie 
(c^est une tribu qui a été toute massacrée pour n'avoir 
pas voulu se bire protestmite) ; j'y cherchais des 
bommes, et je n'y ai trouvé que des ossements. Cen 
là de l'amour, j'en conviens; mais de cet amour 
qn'ont les chato pour les rats, les requins pour les 
antres poissons. » Id, un vieiUard qui était de cette 
Iribtt dUttle, et qui avait tout vu, m'interrompit: 
Ta langue est sévère, mnrmunhi^^ mais eUe est 
vraie ; ne nom parie plus de œla,; ^^ttfgimHM)m 
des regrets. » 



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31 

« Le miaistre fuc époinramé da C6tle bonne réoepttoa 
qu'on nous avait fail» : « Ces ensorcelés . de papistes, 
« dit-il^ sont capables d'attirer trout à eux. » En con- 
séipience il défendit à tous les siens d'avoir aucun 
npport avec nous : « S'ils reviennent, ajouta-t-il^ 
« se les recevez pas; car il n'y a pas de crime plus 
« grand qne de oomoiuniqiier avec un catbolique* » 
Aussi 9 à notre seconde visite , fûmes - nous accueillis 
froideinent, et lorsque nous (]piittâmes la tribu ^ un na- 
turel nous suivit^ avec mission de dire que le chef 
nous priait de ne pas remettre le pied sur ses terres. 
Nous jugeâmes à propos de retourner sur nos pas^ 
pour avoir avec ce chef une explication ; nous lui par- 
lâmes à peu près en ces termes : « Nous revenons auprès 
« de toi pour connaître au juste ta pensée , et savoir 
« pourquoi tu nous reçois si mai aujourd'hui , toi qu 
€ nous fis l'autre fois un accueil si cordial. » Comme il 
ne faisaitque balbutier , nous reprîmes : «Tu ne veux pas 
« nous exprimer tes véritables sentiments, mais noot 
« les comprenons ; ton langage à notre ^ard u'ess 
« plus le même, mais ton coeur n'a pas changé, c'est 
« toujours un cœur bienveillant et généreux^ un vrai 
« cœur Tonga. En efiet , depuis que vos lies sont con- 
« nues , tout le monde s'est accordé à leur donni^ le 
« nom d'Ile des Amis , à cause de la douceur de leurs 
« habilants. Au sein même de l'infidélité, vous étiez 
« déjà amis de tous les hommes, et maintenant que 
« TOUS avez embrassé la religion , elle a dû , si elle est 
« divine, augmenter et perfectionner la bonté de votre 
, « coeur. Nous pouvons donc conclure que votre inimi- 
« tié à notre égard n'a pas pris naissance dans votre 
« lie; elle vient d'une terre étrangère. Mais, que par- 
« lé-je d'inimitié I ce n'en est que l'apparence ; elle est 
« bien sur vos lèvres; mais il n'y en a point dans votre 



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32 

« âme. Oui, quand ou vous a iolerdit mille choses qui 
« ne sont défendues , ni par la *Ioi de Dieu , ni par 
« la coutume d*aucun peuple du monde, vous avef 
« cédé 9 parce que vos cœurs ne veulent que la paix ; 
« mais quand on voudra vous commander la haine , il 
« vous sera impossible d*obéjr : autant vaudrait ordon- 
« ner aux poissons de voler , ou à la mer de quitter 
« vos rivages. » 

• Du reste, pourquoi nous halriez-vous? Avonls-^ious 
<i fait du mal à quelqu^un? Avons-nous appelé la pan- 
« sance des armes au secours de nos prédications? 
« Nous venons visiter les peuples en amis; si quel- 
« qu^un désire connaître nos doctrines , nous sommes 
« toujours prêts à les lai enseigner. — Mbis, reprit-il , 
« nous avons notre religion et notre missionnaire. — 
« Si votre ministre a pour lui la vérité, pourquoi se 
« cache- t-il à notre approche? SU est vrai missîonnafa*e, 
« qu'il vienne montrer ses titres et défendre sa cause; 
m il n'appartient de fuir la lumièi*e qu*à ceux qui font 
« le mal : nous , nous cherchons le grand jour , et dé- 
« sirons que tout le monde voie nos œuvres. » 

« Pendant que nous parlions ainsi , le pauvre dief 
tremblait de tous ses membres ; nous ne pûmes lui ar- 
racher que ces paroles : « Je ne vous défends pas de re- 
« venir ; vous ferez comme vous voudrez. » Toutefois^ 
effrayés qu'ils étaient par les menaces du ministre , ni lut 
ni les siens n'osèrent nous donner l'hospitalité ; ce qui 
est inouï à Tonga, Il était nuit, nous partîmes; mais, 
épuisés par la faim et la fatigue , nous fûmes réduits h 
nous jeter dans une case abandonnée qui se trouvait • 
hors des limites de cette tribu. Nous étiotos contents; 
disdples de celui qui n'avait pas où reposer sa Céte , 
nous avions plus que nous ne méritions. 

« Un autre chef, celui du village que nous habî- 

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33 
tons, s'élait converti depuis peu, et, dans un pre- 
mier moment de ferveur, avait formé la résolution de 
forcer^ les infidèles et les protestants à se faire ca- 
tholiques, ou à sortir de sa tribu. Avant de rien entre- 
prendre, il vint nous consulter. Nous lui dîmes de n'en 
rien Élire , et nous insistâmes avec énergie pour qu'on 
Itissit à chacun une pleine liberté. — « Mais les pro- 
« testants , dit-il, ont bien usé de violence. » — « Oui , 
« mais ils ne sont pas les envoyés de Dieu; ils ne 
« connaissent pas Tesprit de FEvangile qui défend la 
« Gpntrainte, et nous enseigne à gagner les infidèles 
a et les hérétiques par nos bons exemples > par la per- 
« suasion et l'ascendant de la vérité. Si le Seigneur 
« voulait employer la force, qui pourrait résister h sa 
« toute-puissance? Il respecte la liberté de tous lés hom- 
« mes : gardons-nous d'y porter atteinte. » Cette ré- 
ponse, qui a été connue de toute Tile^ a fait dire 
au natm^ls : « Les papistes ne sont pas comme les 
m autres; quand nous voudrons une religion nouvelle, 
« c'est la leur que nous embrasserons. 

« Peut-être s'écoulera-t-il encore bien du temps avant 
quMls prennent ce parti , qui ferait leur bonheur. Toute- 
fois la grâce opère déjà d'une manière assez sensible, 
et en voici un petit trait. Une vieille femme avait gra- 
vemait mjurié le fils d'un grand chef, qui est catho- 
lique ainsi que toute sa famille : il était décidé que h 
coupable recevrait en punition quarante-cinq coups de 
bâton. Heureusement pour elle , la femme du chef, qui 
est notre plus fervente néophyte, intercéda auprès de son 
mari : « Tu veux , lui dit-elle , châtier cette femme 
« comme si tu étais infidèle ; mais avant d'être baptisé 
« tu ne disais pas cinq ou six fois par jour : Pardon- 
« nex-notM nos offenses , comme nous pardonnons à eeitx 
• qui nous ont offensés. Ne m'objecte pas qu'il faut 

Tov. XV111. 104. 3 

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34 

m bien infliger une peine proportionnée à l'injnre : si 
« Dieu nous traitait comme nous le méritons, que se- 
« rait-il Tait de nous? Puisqu'il est si bon que de 
m nous remettre nos énormes et innombrables fautes, 
« n'est-il pas juste que nous remettions aussi les ofienses 
« que nous avons reçues? C'est ce que nous prêchaient les 
n deux vieux ^ dimanche dernier; fais les venir, et 
« tu verras ce qu'ils t'en diront. » Nous fumes, en effet, 
oppelés, et nous prononçâmes en faveur du repentir. 
Cette femme qui était inGdèle se convertit aussitôt. 

« Dernièrement , un grand sujet de guerre s'est élevé 
par suite d'un vol commis dans la tribu où nous rési- 
dons. II s'agissait de quelques dents de baleine qu'on 
y adorait. A force de tentatives auprès des deux partis, 
nous sommes parvenus h rétablir la paix. Les deux vieux 
ont encore eu le bonheur de terminer heureusefloent 
plusieurs autres querelles, prêtes à dégénérer en combats, 
et ce ministère de conciliation a été assez avantageux 
à notre sainte cause. Tout le monde a dit : « Le» 
« missionnaires Wesléiens nous ont entraînés à faire la 
« guerre^ et ceux-ci nous retiennent quand nous allons 
« nous entr'égorger : leur religion est une religîop 
• d'amour , elle est bonne pour Tonga. 

« L'état actuel et les progrès de notre Mission peu- 
vent se résumer dans les chiffres suivants : Noos venons 
de conférer le baptême solennel à quarante personnes, 
dont quinze avaient appartenu à Théresie ; quelques joturs 
après, nous avons admis à la première communion vingt- 
quatre néophytes; en tout, nous comptons aujourd'hui 
cibquante-quatre communiants dans notre petite chrétie»- 
lë. Que vos prières nous aident ù en augmenter le 
nombre I 

« Parmi nos catéchumènes, se trouve une petite 
6Ue, âgée de sept à huit ans, et déjà bien instruite. 



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3a 

qui noos a montré que Tespril et le sentiment ne sont 
étrangers à aucun peuple. Son père et sa mère se 
(lisaient, bien catholiques, mais se mettaient peu en 
peine de se préparer au baptême. Comme nous avions 
des raisons pour ne pas régénérer cette enfant sans 
sa fomille, nous lui dîmes d'attendre encore. Elle fut 
profondément affligée de notre réponse, et s'en alla 
confier son chagrin à ses parents : « Que je suis à 
« plaindrel leur dit-elle ; rien ne m'est plus cher que 
« votre salut , et vous repoussez toujours la grâce du 
o baptéfiie, qui est la porte du ciel. Si vous veniez 
« à mourir dans cet état, le paradis vous serait fermé, 
« comme disent les deux vieux. Encore ne vous con- 
« tentez- vous pas d'être malheureux; vous êtes aussi 
« cause que je le suis : voilà que toutes mes com- 
a pagnes vont être heureuses après-demain , et moi je 
a demeure dans mon malheur , et c'est à cau^ de vous! 
« Puis vous dites que vous m'aimez 1 » €omme elle 
sanglotait en achevant ces mois, ses parents lui ré- 
pondirent : « Console-toi, chère enfant, au prochai» 
« baptême , tes désirs seront satisfaits. » 

« Après un trait si édifiant^ ne vous imaginez pas 
qu'ici tout soit merveille. Partout le bien et le nrial 
sont mêlés. On rencontre à Tonga rindifférence pour 
la religion, l'ingratitude et même le mépris pour 
ses ministres ; mais , comme ailleurs , le bon Dieu sait 
y discerner ses élu«. De ce nombre et parmi les pre- 
miers convertis , se trouvaient deux jeunes mariés , 
dans lesquels nous rencontrâmes une grande droiture 
d'esprit jointe à une piété solide : nous les priâmes 
d'aller demeurer dans une tribu infidèle , espérant que * 
leurs bons exemples amèneraient quelques personnes i 
la foi. Notre confiance n'a pas été trompée. Ils ont 
tellement répandu la bonne odeur de Jésus-Christ autour 

3. 

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38 
d'eux, que déjà nous comptons dans cette petite peu- 
plade plus de quarante néophytes, qu'on dirait avoir 
été formés sur le modèle des deux fervents époux. 

« J'ai trouvé, dans celte môme tribu, un petit pro- 
dige auquel vous aurez peine à croire. C'est un enfant 
de cinq ans , et toutefois déjà assez instruit pour que 
je n'aie pu l'embarrasser par aucune question de son ca- 
téchisme , en l'interrogeant de toutes les manières. Ce 
petit ange nous a demandé la permission d'apprendre 
la doctrine chrétienne à ses parents qui , à Texception 
de son père et de sa mère, sont encore tous .dans le 
paganisme. C'est un catéchiste d'autant plus excellent, 
qu'on ne peut rien refuser à son innocente simplicité; 
c'est lui qui dit le bénédicité et les grâces dans la &- 
mille. A peine a-t-il vu célébrer la messe cinq. ou six 
fois, et déjà il en imite toutes les cérémonies; une feuille 
de bananier lui sert de corporal, une coquille de mer 
lui tient lieu de calice : quand il sera grand, repète-t-il, 
il veut la dire tout de bon. Plaise à Dieu que cette voca- 
tion s'affermisse , et qu'un jour l'Océanie le compte au 
nombre de ses apôtres. 

« Croyez, mon cher Père, qu'une ou deux conso- 
lations de ce genre font oublier bien des fatigues. 
Qu'après cela il y ait encore à souffrir , je ne le dissi- 
mulerai point. Oui , nous avons des misères , et même 
beaucoup; si je les racontais toutes, je pourrais peut- 
être effrayer quelques-uns de ceux qui pensent à venir 
nous rejoindre. Mais Dieu est puissant pour soutenir ceux 
qu'il envoie. Somme toute , les consolations ici surabon- 
dent encore. Des misères! Tapôire en a peut-être moins 
que certains navigateurs; les mers sont sillonnées par 
une infinité de marchands, qui souffrent autant et plus 
que nous. Des misères 1 il en est aussi pour les pécheurs 
de baleine et pour les trafiquants de perles; il en est 

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37 
surtout pour ces marins qui, poussés par Tamour de 
la gloire, ou Tirrésislible besoin de connaître, vont 
d'un pôle à Tauire , au risque d'être ensevelis sous des 
monceaux de glace , chercher le magnétisme terrestre. 
Et nous ne ferions pas pour gagner des âmes, pour pé- 
dier les perles immortelles qui doivent faire un jour 
Pomement des deux , ce qu'on accomplit tous les jours 
pour favoriser la vanité ou enrichir le domaine de la 
science? 

« Un mot , en terminant , sur le cep de vigne que j'ai 
planté. Après mille essais divers, je suis parvenu à 
arrêter sa force exubérante de végétation , et j'ai eu la 
consolation de lai voir porter des fruits. Que pensez- 
vous que j'aie fait du premier raisin qui ait mûri à 
Tonga? que je l'ai donné? conservé? Non rien de tout 
cela : je l'ai cueilli religieusement , je l'ai pressé dans 
un linge très-propre , puis après en avoir clarifié le jus, 
je m'en suis servi pour dire la messe , le premier jan- 
vier 1844. Commp mon confrère était alors absent, 
je n'avais personne à qui exprimer mes vœux de bonne 
année, et pendant que vous passiez ce jour dans l'al- 
légresse, au milieu de vos nombreux amis , je me trou- 
vais seul à cinq mille lieues de la pairie. Mon cceur avait 
pourtant besoin de s'épancher. Que faire? Je célébrai 
pour tous les membres de la société de Marie , pour 
mes parents, amis et bienfaiteurs d'Europe , et je char- 
geai celui qui est de tous les temps et de tous les lieux 
de vous faire parvenir mes souhaits : puissent-ils s'ac- 
complir , et vous serez heureux , heureux sur la terre où 
probablement nous ne nous reverrons pas, plus heu- 
reux dans le dd où j'espère vous devancer pour ne 
vous quitter jamais. 

« J. Grange , flltssîonnaire apostolique de la 
Bociéié de Marie. » 



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38 



Lettre de Mgr Bataillon, Évêque d'Enos, au R. P. 
Colin , Sitpérieur général de la société de Marie, 



\\n\\\s , 20 aoùl lgl4. 



a Mon RÉvÉRE?iD Père, 

« J'aitelidab pour vous écrire que ma visite des Mes 
fût terminée , oGn de vous donaer des détails phis pré- 
cis sur toutes nos Missions de TOcéanie» Je sais cembien 
il importe qne vous soyez au courant du véritable éfsrt 
des choses, aussi vais^je tâdier de les peindre telles qaè 
je les connais. Ce rapport vous montrera, ici comme 
partout , un méhnge de bien et de mal ; ici comme 
partout, Tœavre de Dieu ne s'q)ère que lentement, 
et s'achète au prix des conli^adiclions et des souflj^ances. 

« C'est le 1 7 mai , six mots après le passage de Mgr 
d'Amaia , que nous soat airivés les VP. Caiinoa , Favier 
61 Bréhéret , avec les deux frères Annct et Jean. A cetle 
«époque, les Pères Mathieu et Rondaii^ commençaient à 
ptrier la langue des indigènes, et pouvaient à la rignevr 
me rem(4acer à Wallis ; je me déterminai donc à me 
•éparer pour quelque temps de cette chrétienté, et je louai 
la navire Trançais VJdolpke, qui avait amené nos nwjt- 
imux confrères , afin d'aller moinnéme tes installer dons 
las Mes auxquelles je les destinais. Mous partions, le 11 
juin ; nous avons touché à Fuluna , à T^ftigaL tl à Fidji ; 
aigourd'hui, 20 août, je suis de retour d'un si long 
voyage , et c'est encore à YJdolphe que je confia cette 



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39 
lettre, pour qu'il vous la porte en Finance. Je donnertii 
séparément un aperçu de chaque Mission, en vous disant 
d'abord un mot sur celle de Wallis. 

r Mmion itOuvéa (If^allis) dite Mission de N.-D. 
du Bon-Espoir. 

« Voas avez déjà reçu, au sujet de celte Mission, det 
renseignements qui me dispensent d'entrer dans beau* 
€0opMe détails. Elle est toujours sur un bon pied et 
noos donne de grandes consolations. Une seule chose 
«eus alanme pour l'avenir, c'est un noyau de proies- 
lants venus de Vavau et protégés par un chef très- 
puissant , eetui-là même qui doit occuper le trône après 
le roi actuel. Nous n'avons pas d'autre épreuve à Wallis- 
J'aime à croire que Dieu nous l'envoie dans sa miséri- 
corde , pour stimuler notre vigilance et tempérer notre 
joie; car, sans celte inquiétude, nous serions peut-être 
trop heureux. Nos néophytes sont fervents et pleins de 
bonne volonté , amis du travail et assidus à la prière , 
aussi avides d'instruction qu'empressés à recevoir les 
sacrements; pour la plupart, ils savent déjà lire et 
écrire , et sont à même de rendre compte de leur foi et 
de réluler toutes les objections du protestantisme. 

« Cette année-ci , nous avons pu nous occuper de la 
première communion des enfants. Elle a eu lieu dons 
les deux paroisses principales , Notre-Dame et St.-«Ioseph; 
diacune d'elles comptait deux cents jeunes Wallisiens 
environ. La veille du grand jour , loi*sque ces enfants, 
déjà réconciliés avec Dieu, allèrent demander un nou- 
veau pardon à leurs familks , ce ne fureat que picurt 
d'aHendrissement éam tout le village. Avec quelle émo- 
tion ils entendirent , le lendemaio , la clocbe qui les ap- 



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40 
pelait à Téglise 1 Ils étaient tous babilles de tape blanche. 
11 ne m^est pas possible de vous dire combien je fus 
touché de leur maintien respectueux , de leur modestie 
et de leur ferveur. 

« Après la messe il y eut un déjeuner commun. Mous 
servîmes nous-mêmes ces petits anges, placés sur deux 
rangs et assis sur de belles nattes ; nous leur distri- 
buâmes des images de première communion; ensuite, 
tous leurs noms , inscrits sur un tableau dédié à la sainte 
Vierge » furent suspendus à im pilier de Téglise. A leur 
tour ces heureux enfants vinrent nous remercier, et après 
les avoir bénis, nous les renvoyâmes à leurs parents. 
Priez , mon révérend Père^ pour que nos néophytes con- 
servent cette ferveur, et surtout pourqu^ils ne soient pas, 
un jour, en butte aux persécutions de Tbérésie. 

2® Mission de Tonga, ditp Mission de la Fier ge 
immaculée. 

« Vingt-deux jours de navigation nous conduisirent 
de Futuna à Tonga-Tabou (1). Comme nous avons Tin- 
tention de nous fixer plus tard dans cette ile , qui est 
sans contredit la plus importante de notre vicariat, nous 
avons cru devoir y placer le Provincial pour nous pré- 
parer les voies. Nous n'avons encore à Tonga qu'un bien 
petit nombre de prosélytes ; mais la Mission n'est qu'à 
son commencement, et l'avenir lui appartient. Avant de 
propager la foi , il a fallu d'abord dissiper les pré- 
jugés , et faire tomber les calomnies que les ministres 



(1) Noos sapprimoDS le passage de cette leUre qni concerne Fotona . 
parée qu'il rentre dans les détails déjà donnés par le P. Routteanv* 
Voir pins haut la lettre de ce Missroonaire , p. 18. 



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41 

protefttauis avaient répandues de toute part et surtout 
aooréditées à Tonga. J'ai ?a avec plaisir que nos Pèree 
en étaient déjà venus à i>out. Ib vont maintenant dans 
toute rUe , et sont fevorablement accueillis, de tout le 
monde, des infidèles comme des hérétiques; et certes 
ce n'est pas un mince progrès d'avoir amené les choses 
ù ce point / dans un pays où , d'abord , on ne pouvait 
même supporter notre vue. Sans parler des néophytes 
qui ont reçu de nos mains le baptême et h confirma- 
tion, BOUS avons inscrit, avant notre départ, soixante 
nouveaux convertis au moins , sur le tableau des caté- 
diumènes. Ce qui a jusqu'ici ralenti l'essor de cette 
Mission, c'est l'absolu dénûment où sont restés nos con- 
frères : nous allons maintenant y remédier, et sous peu 
nous espérons que la chrétienté de Tonga comptera parmi 
les plus florissantes. 

3° Mission de Fidji ^ dite Mission de N.-D. des Sept- 
Douleurs. 

« Après un séjour de trois semaines à Tonga , VAdoi- 
phe a fait voile pour l'archipel de Fidji. Mon inten- 
tion était d'y placer deux prêtres. Sur quel point poui- 
rais-je les établir, je l'ignorais encore: je péichais pour 
les lies les plus importantes du groupe, quoiqu'elles 
lussent les plus sauvages; mais des obstacles de plus 
d'un genre en décidèrent autrement. C'est à Namouk;* 
que je déposai nos confrères. Ils ont été très-bien ac- 
cueillis par la population , bien qu'elle soit protestante ; 
déjà même ces insulaires les ont pris en afiection , c^t 
sont venus à bord au moment de mon départ, pour 
me prier de ne pas assigner aux Missionnaires d'autre 
poste que leur Ile , me donnant à entendre qu'ils n'étaient 



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42 

pas loin de se Convenir au cathoUcisme. Sur leurs ia- 
stances, je fis direauiL Pères Roulleaux et Bréfaéret qui 
étaient à cerre , de séjourner quelque temps à Nsunouka 
pour y apprendre la langue^ a moins que des circonsian* 
ces imprévues ne leur offrant ailleurs une moisson beau- 
coup plus abondante, leur fissent un devoir d^aller la 
recueillir. Nous avons laissé près des deux Pères le 
frère Annet et deux catécbisles de WalUs avec quatre 
néophytes Fidjiens, que nous avons ramenés de Tonga 
dans leur patrie. Telte est à son dâ>ut la nouvelle Eglise 
de Fidji. Puisse Motre-Seigneur bénir son humble ber- 
ceau ! Je la reeonnmide , ainsi que toutes nos MilssioBS , 
à vos saints sacrifices et aux prières de la société. 
« Agréez, mon révérend Père, elc. 



« f Pierre , Évéque dEnos. » 



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43 



LeUre du Pire Escoffier, Mimonnmre a^siolique de la 
tociéU de Piejms, à ses foretUs. 



Nodu-HÎT* , archipel des Blarfuûes. 



« MOK BtE{« CUK PÊRB et HA BORNE MÈ&E , 



« Il VOUS (arde sans doute de recevoir de mes nou- 
velles. Le vopge é\xnl long, les périls sont communé- 
ment nombreux; vos craintes poor moi étaient donc 
fondées : aussi que de vœux n'avez-vous pas form^ 
pour votre enftntl Elles étaient ardentes, vos prières, 
tar le Seigneur nous a constamment protégés; les vents 
ent presque toujours été lavoraWes , et sauf les misères 
tnbérentes à la navigation , nous av(His fuit la traversée 
la plus heureuse possible. 

« Partis le 4 mai de Toulon , nons arrivions le 23 
«oàt à Valparaiso; nous étions on vue des Marquises, 
le 33 septembre ; le t4 octobre , à dix heures du nralin, 
notts jetions Tancre; enfin le lo, une gratid'messe d'ac- 
tien de grâces était chantée ^r cette terre , derenue 
Résonnais notre patrie et le Ken de notre repos. 

« Je ne vous dirai pas la joie que f ai épnmvée en 
Voulant pour la première fbis<;e sol sauvage. — Dieu bé- 
nira les désirs de mon cœur, me diaaia-je à moi-même; 
'et bientôt ees hommes à Tair fëreoe seront mes anm. 



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44 

Je les aime tant , je leur prouverai mon aOcciion de 
tant de manières, qu'ils écouteront ma parole; Jésus- 
Christ la gravera dans leurs cœurs, et quand ils l'au- 
ront connu, ce Dieu qui est la bonté infinie, ils lui 
rendront amour pour amour. Oh 1 priez , mon cher Père 
et ma bonne Mère, que celte pensée de votre enfant 
ne soit pas un rêve de son cœur. Priez la sainte Vierge ; 
j'ai la confiance que, par elle, il n'y a pas de merveille 
qu'on ne puisse opérer. Vous le savez , j'ai toujours mis 
en Marie mon espérance; et ce n'est pas après avoir reçu 
tant de preuves de sa tendresse, que je cesserai dV 
voir recours à sa puissante protection. 

« Maintenant je reviens sur quelques circonstances de 
ma longue traversée. En passant à Gorée , j'allai visiter 
Dakar, petit village situé environ à deux lieues de la 
pointe où nous étions descendus. Arrivé là, je demandai 
l'honneur d'être présenté au chef du pays. Nous fûmes 
introduits auprès de sa majesté a(ricaine par une espèce 
de confident , armé d'un petit poignard , emblème de sa 
dignité ; nous trouvâmes le roi assis sur quatre planches, 
reciMiverles d'un vieux tapis rayé de jaune et de rouge ; 
il était accroupi comme les tailleurs; il me tendit la 
main avec beaucoup de bienveillance , et me fit asseoir 
à sa droite. 

a Après les premiers saluts d'usage , je fis quelques 
questions au prince sur son royaume , sur ses sujets, ec 
même sur son auguste personne. Ce mot d'augusie le fit 
sourire, et il m'insinua qu'il était moins puissant que le 
roi de France. — « Un roi étant pour moi le représentant 
de Dieu sur la terre , lui répondis-je, quelle que soit 
sa puissance , il. est toujours auguste à mes yeux. — 
Sa majesté parut contente et me serra la main avec 
beaucoup d'affection. Puis, vint la religion. Ce roi 
est mahométan; après une petite explication de nos 



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45 
dogmes, il comînt que le catholicisme élait bon ^' et il 
m^avoua que s'il était convaincu que sa croyance fût 
mauvaise, il n'hésiterait pas à Tabandonner. 

« Je n'avais pas le temps de poursuivre l'œuvre de 
la grâce. Je tirai de ma poche une médaille miracu- 
leuse^ que je lui offris après l'avoir baisée avec respect. 
11 la reçut , la baisa aussi , la mit à son cou , et m'as- 
sura qu'elle serait l'objet de sa vénération. Or, mon 
dier Père et ma chère Mère, on n'a jamais entendu 
dire que personne ait en vain prié Marie... Nous nous 
embrassâmes et nous quittâmes bons amis. 

a Le 22 juillet^ nous étions à la hauteur de La Plata. 
Il élait une heure après minuit. Le vent soufflait depuis 
deux jours avec violence. Un matelot vint me prévenir 
que la mer était U'ès-grosse, et qu'une tempête nous 
menaçait. Je me lève aussitôt, et soigneusement enve- 
loppé de mon manteau de toile cirée , je monte sur le 
pont. 

« La mer était en feu , les éclairs se succédaient dans 
le ciel avec une effrayante rapidité ; des gerbes d'élec- 
tricité s'échappaient de toutes les vergues ; le long des 
mâts , près des canons , partout où il y avair un clou, 
brillait un jet de flamme ; des rafales s'engouffraient avec 
fracas dans les quatre ou cinq voiles que l'on n'ayait 
pu serrer; des montagnes d'eau tombaient à chaque in- 
stant sur le pont , et semblaient vouloir engloutir le navire. 

« J'avais souvent désiré de voir une tempête ; maîn* 
tenant assis au pied du grand mât, je sentais l'ardeur 
de ma curiosité s'éteindre dans le déluge qui m'inondait. 
Des pensées bien plus graves préocuppaient mon esprit. 
La mort était là devant moi; et en présence d'un m 
terrible ennemi, il est difficile de ne pas éprouver^ je 
ne dirai pas un sentiment de peur, mais quelque chose 
de très-approchant. J'attendais la fin, et je priais Celui qnî 



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46 

tient sous sa Diain les vents et les orages, je priais 
aussi ma Mère qni est au cieU 

« Tout à coup un furieux coup de vent emporta toutes 
nos voiles. Le fracas fut si horrible qu'un moment je 
crus que le navire, brisé contre un écueil, allait s'en- 
tr'ouvrir et s'abîmer. Je levai les yeux , tout était encore 
debout. * Seulement^ quelques lambeaux de toile, agités 
par la violence du vent, fouettaient les vergues et les 
mâts. Le navire n'était plus guidé que par les Anges 
qui veillaient à notre conservation. 11 était bien gardé*. • 
Je rentrai dans ma petite couchette en chantaqt ce couplet 
du cantique : 

Les vents et la mer en furie 
En vain voudraient me submerger. 
Caché sous l'aile de Marie ^ 
Je ne redoute aucun danger. 

« Vous voyez > ma bonne Mère, que partout et tou- 
jours la sainte Vierge protège votre enfant; aidez-moi 
donc à la remercier pour tant de faveurs, 

« Quand, avant mon départ, je vous parlais de mes 
misères à venir, vous me témoigniez vos craintes et vos 
inquiétudes : eh bien! au Uea d'un arbre, à l'ombre da* 
quel j'espérais me mettre à l'abri , on nous construira une 
jolie petite cabane en feuilles de palmier , tressées avec 
un art admirable. Je n'attendais pour me reposer, le 
soir, que le sable fin du rivage, et voilà que la Provi- 
dence me ménage un délicieux lit de mousse; à côté, 
sera mon petit bagage; en (ace, une croix, avec une 
image de Marie; et là^ je prierai mon Dieu de ne ja* 
maism'abandonner^ de veiller siu* moi, de me fortifier 
et de me conduire, afin que je lasse jusqu'au bout sa 



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47 
volonté. Dans ma cellule je graverai les noms de mon 
père, de ma mère, de mes frères et de mes sœurs , 
ainsi que ceux de quelques amis véritables, et je prierai 
pour eux tous les jours. 

« Adieu , mon cher Père et ma bien bonne Mère. 
« Je vous embrasse de tout mon cœur et suis votre 
enfant tout dévoué. 



« Alphonse Escoffier , Missionnaire apostolique 
de la société de Picpus. » 



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48 



MISSIONS DE SIAM. 



If tire de M. Grandjean^ Missionnaire aposiolique, dsa 
famille. 



Baogkock , le i^ jaia igl4. 



« Bien €hebs Parents, 

« J'arrive du Laos où mes supérieurs m'avaient en- 
voyé , Tannée dernière , aussitôt après la cessation des 
l»hiies. Quoique mon voyage ait été sans succès, et que 
je n'aie pas même eu la consolation de donner le baptême 
à un seul enfant moribond, je vous en ferai néanmoins le 
vét:ii, qui ne sera pas sans intérêt pour vous , puisqu'il 
s'agit d'un pays et d'un peuple encore si peu connus 
•a Europe. 

« Je sortis de Bangkock le 5 décembre 1843 , avec 
i|ntre rameurs ; j'étais accompagné de H. Yachal , mis- 
spMinaire arrivé à Siam depuis un an ; ce confrère était 
une autre barque. 



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49 

« De Bapgkock à Laiteon-Lavan , ville que nous atleir 
gntmes le 16 décembre, les bords du Me^liuim sont 
assez peuplés; on trouve coniinuellement des maisons 
éparses çà et là sur la rive; de temps en temps 2cpp9f 
raissent de gros villages , et presque chaque jour on 
rencontre quelques petites villes où réside un gouver- 
neur. Jusques-là le fleuve n'est pas encore très-rapide, 
et le voyage n^est pas sans agrément. Mais lorsqu'on 
a dépassé Latteon-Lavan , rhorizon^ resserre graduel- 
lement et s^àssombrit ; à droite et à gauche on com~ 
meuce à apercevoir des montagnes , entre lesquelles le 
Meinam se précipite avec la fougue d'un torrent , cou- 
vert de gros arbres déracinés qu'il entraîne au moment 
des pluies, et qu'il laisse ensuite plus ou moins en- 
foncés dans le sable. Lorsque l'inondation a cessé , cet 
obstacle fait qu'on ne peut, plus voyager de nuit , et 
rend même la navigation périlleuse pendant le jour ; 
car il n'est pas rare que la barque heurte conure quel- 
ques-uns de ces troncs à demi cachés par l'eau , qu'on 
ne distingue pas toujours assez à temps pour les éviter. 

« Les bords du fleuve ne sont [dus que de vastes forêts, 
presque impénétrables , remplies de tigres' et d'autres 
animaux féroces qui ne permettent plus de dormir près 
du rivage ; on est obligé d'amarrer la barque assez loin 
de ces bords dangereux. Ce n'est , au reste , qu'après 
deux , trois et quatre jours de marche qu'on rencontre 
un médiant village, où l'on ne trouve rien à acheter ; 
les villes y sont encore semées à de plus longs intervalles : 
nous n'en avons aperçu qu'une , assez petite , depuis 
Latteon-Lavan jusqu'à Rahang où nous arrivâmes lé 31 
décembre» 

« Dans tous ces pays il régnait une telle disette qu'a* 
peine avons- nous pu nous procurer le riz nécessaire : 
heureusement que nous avions apporté de Bangkock 

To«. xnit. 104, 4 



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50 
ime assez boone prorisieii de poissons secs , et qae nos 
gens nons tuaient de temps à attire quelques péUcans 
oa quelques gros hérons ; sans quoi ik>us aurions 9icm^ 
vent été obligés de nous cent^ter de notre ris tom 
seul. 

« Cest avec un de ces oiseaux que nous noua ré* 
galâmes le jour de Noël , sur un beau banc de saUe, 
où nous nous étions arrêtés pour passer ce saint jour. 

« Du reste, ce premier mois se passa sans aucun 
accident (adieux , et sans qu'on pensât même à nous 
arrêter ; car conune nous étions tous deux siur des bar- 
ques qu'on appelle JnnamiteSy et que les couiriers du roi 
emploient ordinairement pour leurs messages, on nous 
prit partout pour des agents du prince , en sorte que 
gouverneurs et douaniers ne songeaient pas même à 
demander à nos gens qui ils étaient ni o& ils alkiient* 
Quant à nous , il va sans dire qu'en toucbant aux 
stations soumises à la surveillance des officiers, nous 
nous gardions bien de montrer notre £sice. Cepen- 
dant, quand nous fûmes arrivés àRahang, ville assez 
considérable , distante seulement de vingt ou trente 
lieues de Moulmien^ qui appartient aux Anglais , siu* le 
golfe du Bengale , nous y trouvâmes une douane très- 
sévère qui ne laissQ circuler aucune b:irque sans passe- 
port : aussi n'essayâmes-nous pas de franchir furtive- 
ment le poste, comme nous avioiis fait ailleurs ; nuûs 
nous jugeâmes plus à propos de nous rendre directe- 
ment et en plein jour chez le gouverneur , pour voir s'il 
ne serait pas possible de le gagner par quelques petits 
présents, sauf, en cas de refus , à tenter le passage de 
quelque autre manière. Je pris donc avec moi une bou- 
teille d'eau de cologne , un petit paquet de thé et une 
paire de ciseaux , puis me présentant hardiment devant 
lui , je lui annonçai que nous étions des Bàd JLuang 
de Banghock (car c'est ainsi qu'on nous appelle) ; que 

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61 

BOUS avions intention de nous rendre à Xieng*Maif {»- 
pitale du Laos occidental, et que nous n'avions pat voota 
passer outre sans le vçwar et lui oflrir quelques gage» ig 
notre amitié. Api^ès.ce début ei sans lui laisser le teoip» 
de répondre» je lui deourndai laquelle des deux voies il 
jugeait la plus iadle , ou de continuer notre route m 
barque, ou d'aller par terre avec des éléphants* 

« J'espérais par ce ton d'assurance lui faire croirs que 
nous étions en règle, et qu'il était inutile d'en exiger 
la preuve. Mais ma ruse ne réussit pas, car sa première 
parole fut de nous demander si nous avions des paise* 
ports, — Oui, nous en avons, lui répondis-je auasicdt* 
Nous avions en eflFet une méchante lettre d'un manda- 
rin chrétien qui portait en substance , qu'il y avait or- 
dre de tel prince à tous les gouverneurs des villes , 
chefs de villages et de douanes , de laisser circuler libre- 
ment et de ne point molester tels Bàd Luang , qui al- 
laient visiter les chrétiens chinois et annamites , dispersés 
dans le royaume ; mais on ne disait pas qu'il nous fui 
permis de prêcher aux païens , bien moins encore, que 
nous pussions franchir la frontière. 

« Comme il demanda à voir ces passe-porls , force fut 
de lui présenter cette lettre en laquelle nous n'avions au- 
cune confiance, mais que le cas difficile où nous nous 
trouvions, m'obligeait à manifester. Par la grâce de Dieu , 
eUe fut mal comprise et fut même regardée comme une 
recommandation, émanant du prince même 'dont il était 
quesuon dans la lettre. Aussi se garda-t-on bien de nous 
arrêter. Au contraire, après avoir lu cette pièce, le gou- 
jwnneurnous ditque nous étions libres d'aller où nous voû- 
tons : quant àpoursuivre noire route par le fleuve, nous 
»ele pouvions pas, ajouia-t-fl, àcausedes cascadesnom- 
Creuses qu'on rencontre; à la rigueur pous pouvions aï^ 
» par terre avec des éléphants ; mais les chemins 
«smx très- difficiles , nous ferions mieux de prendre telte 



£2 
rWière qull nons indiqua ^ et qoi nous condairait à une 
▼ille appelée Thoën , d'où nous atteindrions plus aisé- 
ment Xieng-Mai avec des éléphants. Je lui répondis que 
nons suivrions son conseil. Après avoir obtenu de lui une 
lettre qui était un passe-port en bonne et due forme pour 
pénétrer dans le^Laos , nous continuâmes notre route jus- 
qu'à Thoën où nous arrivâmes en sept jours. 

« Comme vous voyez , nous passâmes le nouvel an à 
peu près comme nous avions passé les fêtes de Noël. Nous 
n^eûmes pas d'oiseaux à manger ce jour-là , mais nons 
nous r^alâmes avec du poisson sec et des œufs salés, que 
nous avions achetés à Rahang. Je pensai un peu à St-Dié, 
à vous tous, et aux personnes qui me sont chères ; hélas I 
je n'eus pas le bonheur d'offrir pour elles le saint sacrifice. 

« Arrivés à Thoën, nous confiâmes nos barques au gou- 
verneur , et nous prîmes des éléphants pour traverser les 
montagnes immenses que nous avions devant nous. Elles 
ne forment pas une chaîne très-élevée ; mais elles sont 
remplies d'éléphants sauvages, de tigres et de panthères, 
qui en rendent les défilés assez dangereux. Nous mîmes 
cinq jours à les franchir , pendant lesquels nous passions 
les nuits à la belle étoile , n'ayant que l'épaisseur des ar- 
bres pour nous garantir de la rosée, et de grands feux al- 
lumés autour de notre camp pour nous préserver desbé* 
tes féroces. Ces feux, que nous avions soin d'entretenir 
jusqu'au jour, servaient aussi à nous réchauffer ; car vou$ 
sentez bien qu'au mois de janvier , au milieu des forêts , 
et à une latitude de vingt degrés an moins, nous devions, 
surtout pendant les ténèbres , respirer un air assez frais. 

€ Lorsque nous arrivâmes au sommet de la plus hante 
de ces montagnes , et qu'il nous fut donné de jeter les 
yeux sur ce pauve Laos , où jamais Missionnaire n'avait 
encore mis le pied , je me sentis ému ; mille pensées di- 
verses roulaient dans mon esprit; ne pouvant contenir les 



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53 
mouvements qni agitaient mon âme , j'entonnai à haute 
voix le Je Dèum , pour remercier Dieu de m'avoir fiait 
la grâce de pénétrer dans ces régions infidèles, parmi ces 
nations privées depuis tant de siècles des lumières de TE- 
vangile. Je chantai ensuite le Feni Creator , pour con- 
jurer le Seigneur de vouloir bien achever son ouvrage , 
et faire fructifier au centuple la sainte semence que j'al- 
lais bientôt confier à cette nouvelle terre , encore toute 
couverte de ronces et d'épines^ Il n'est guère possible , 
il est vrai , de trouver quelqu'un qui chante plus mal que 
moi ; mais comme ces montagnes , jusqu'alors maudites 
du ciel, n'avaient jamais eu le bonheur d'entendre bénir 
le Dieu qui les a Élites , je» vous assure qu'elles étaient 
si enchantées de ma voix , qu'on eût dit qu'elles se plai- 
saient y par leurs échos , à répéter à L'envi mes accents. 

« Pendant tout ce temps-là , je marchais seul avec 
deux petits serviteurs qui m'accompagnaient. Mon con- 
frère , qui était un peu indisposé , me suivait de kîn 
monté sur un éléphant. Lorsque nous fûmes descendus 
4ans la pkiine , nous cheminâmes encore deux jours i 
travers une campagne assez vaste et assez agréable , qui 
paraissait avoir produit une belle moisson de Hz : on ve- 
nait de lever la récolte. Enfin nous arrivâmes sains et 
m& â Xieng^ai , le 18 janvier 1844. 

« Ce petit voyage à éléphant nous coûta cent vingt 
francs environ , sans compter les frais de nourriture qui 
se sont élevés toutau plus à six francs pour monconfrèfe, 
pour moi , pour deux hommes et trois jeunes euGuils. 
Dès la pointe du jour , on frûsait cuire le riz, qu'on Mm-* 
geaitàla hâte, puis on marchait jusqu'à quatre heures du 
soir sans s'arrêter. On faisait alors im secoml repus sem- 
blable à celui du maiiR , après lequel on se délasssélâ 
rire et à causer prèsdct finix qu'on avait uUonés pour 
banit. . 



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64 

m On diatiDgae ordmaireaeBt deux sortes de LaodeBi^ 
tm UM qu'on appelle Utoung-Damy c'est-à-dire Ftn£re$^ 
NêWê f et les autres qu'on appelle Thoung^KItao , c'estr 
^wiire FctUrtê-Blana, On les nomme ainsi parce que les 
JMOimfffT de la race Fentres-Noùrs, arrivés à l'âge de qua*- 
ionpe ou seÎEe ans, ont coutume de faire peindre sur leurs 
wrçé différemes 6gures d'hommes , de fleurs , d'élé- 
(AsBts 9 de tigres , de serpents et autres animuux. Cette 
i>péf otion se fait en pratiquant , au moyen de plusieurs 
aiguilles jointes ensemble , une foule de piqûres sur l'é- 
piderme; puis ils y versent une encre noire qui foit res- 
sortir Cous les uraits dessinés sur la peau ; ils ont beau se 
laver ensuite, l'impression ne s'e(&ce jamais. Ce tatouage 
«e s'exécute pas sans douleur, puisqu'on est obligé de gar- 
rotta* le patient , qui demeure ordinairement malade 
pendant quinze joui's, et qui en meurt même qudquefois* 
-Cepenxlant comme Us jeunes Laociei» ne pourraient trou- 
ver da fiancées si ce genre de beauté leur manquait , il 
•te est aucun paruii eux qui ne souffre volontiers cette 
i>lpératioa douloureuse. Les Fenùres-Blancs, au: ooutraire» 
te contentent de leurs grâces naturelles. 

« Tous ces peuples s'étendeat, au nord jusqu^aux fnm^ 
4U»es de la Chine , au midi jusqu'au royaume de Siam ; 
A t'est ils confinent avec la Cocfaincbine et le Tong-King , 
flif ouest avec l'empire des Birmans. Aux Fm^reê^BUma 
gppartieot la région oriastale, les FmUres-Noir» occupeat 
taiprovincts de l'ouest. Us soat divisés en une fodte de 
palks royaumes , dont chaque prince a droit de vie <C 
*éi«ion ; mais, à l'exception dedeux ou trois seuleaMOt» 
jb 4épende»t tous du roi de Siatm^ q» les somme ou ks 
«bMtltfesekmsoobonpkiisir; ilssoat,.depltt0fOUigéade 
iwi payer ua irîbai aenoeL NéaoaMini., ceoMne ib aoftt 
«te-ékwiés de BaaelMk , et que, snis ae iéuaia«ûeol, 
ib pourraient bien faire trembler toute la puifsanoe 6ia- 



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u 

moise, k prince suzerain a pour eux beaucoup d^égards, 
il ménage ces vassaux couronnés , et leur fait toujours 
quelques présents lorsqu'ils apportent leurs tributs. 

« En général, les Fentres^Blanes ne tiennent pas beau- 
coup à leurs talapoins ni à leurs idoles; leur caractère 
se rapproche assez de celui des Cochinchînois , et il pa- 
rait qu'il ne serait pas bien difficile de les convertir au 
chrtttiaiiisine. Les FerUrcs-Noirs ont , au contraire , un 
lUMrel qui diffère peu des Siamois ; ils sont fortement 
attachés à leurs pagodes , à leurs livres religieux , et qui- 
conque parmi eux n'a pas été talapoin , du moins pen- 
dant quelque temps , est généralement méprisé ; on Tap- 
peHe êchûti-dib , c'est-à-dire kamme-cru ou profane , et 
il a peine à trouver une épouse. Ils sont d'ailleurs asser- 
vis aux superstitions les plus grossières. 

« J'aurais préféré me rendre d'abord chez lesFentres- 
Bhmct , comme présentant une moisson plus sûre et au 
moiiifl aussi abondante ; mais Mgr le Vicaire apostolique 
ne le jugea pas à propos , ou plutôt il crut qu'il valait 
HMVxse hâter de prendre en quelque sorte possession de 
l'oMtf, parce que ces peuples n'étant qu'à quinze journées 
de MoulMiiBi où sont les protestants , il était à craindre 
q«o letbiblistes , établis dans cette viHe , ne vinssent se- 
tter parmi eux leurs erremrs^ avant que nous eussions pit 
les édahw des lumières de la foi. Maintenant que nous 
coDMiitoflsces eontrées par nous-mêmes , nous n'avons 
phifl telle inquiétude , et nous sommes bien assurés qua 
\m ttiiiia i r e s qui ne peuvent faire un pas sans leurs fem* 
nés at 1em*s enfants, ne s'aviseront jamais de dormir peu* 
dant quinze jours au milieu des tigres , pour venir faabi*' 
mr^oM pays oA , avec tout leur or et leur argent, ils m 
poorraientse proeurer aucun des avantages matériels de 
r*eniatenea« 

• Aprtf avoir dit un mot en général sur les Fmtrtt^ 



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£6 

Noin et les Centres-Blancs , il &at miiiiteiiaiit vous par- 
ler plus en particulier du royaume de Xieng-Mai , que 
j'ai habité pendant deu\ mois et dem|« 

€ Ce royaume est le plus à Fouest de tous les états du 
Laos , et c'est aussi un des plus considérables. La capi- 
tale f qui porte le même nom , est bâtie au pied et à Test 
d'une assez haute montagne , dans une vaste et belle plaine* 
Elle a une double ceinture de murailles, entourées cha- 
cune de fossés larges et profonds. L'enceinte intérieure 
a y s'il en faut croire ce que le roi m'a dit , mille toises de 
long sur neuf cents en largeur. Comme celte ville est bâ- 
tie à peu près comme toutes celles de Flnde , c'est-à-dire 
que les maisons ne se touchent pas et sont environnées 
d'arbres et de petits jardins , il n'est pas aisé d'en esti- 
mer la population. Le fils atné du roi m'a assuré qu'elle 
renfermait plus de cent mille âmes ; mais il a évidemment 
exagéré, et de beaucoup ; car, après avoir parcouru Xieng- 
Mai plusieurs fois et en tous sens , je ne crois pas qu'on 
puisse lui donner plus de vingt mille habitants^ même en 
comptant les espèces de faubourgs qui sont hors des oui- 
railles. A l'est de la ville , et seulement à trois ou quatre 
mioutes de l'enceinte fortifiée , coule une rivière dont les 
bords sont en partie couverts de maisons ; malbeureose- 
ment elles sont toutes habitées par des banqueroutiers 4e 
Bangkock , qui se sont réfugiés là en changeant de mmm , 
pour éviter les poursuites de leurs créanciers. Le roi leur 
donne volontiers asile, parce que cela augme&te sa poîa- 
sance et ses revenus. Dans cet eut , les villages sont aasec 
nombreux ; mais, ne les ayant pas vus , je ne saurais ee 
évaluer la population toule. 

« Le vm , les cochons et les poules sont i très^wi 
narcbé ; en revanche il y a peu de poissons^, encore sm^41s 
très-petits , et presque point de légumes ; en aocta q«e 
pendant le carême et les vendredis et samedis nous n'a* 



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S7 

Tiens à mmger que des (fiufs avec les feuilles d'une cer- 
taine rave très^amère ; c'était tous les jours la même répé- 
tition sans aucun changement, âuk gens riches sont ré- 
servés les porcs et les poules. L'aident, d'ailleurs « est si 
rare que peu de familles peuvent se permettre l'usage de 
la viande. On vit communément de riz , sans autre assai- 
sonnement qu'une espèce de poivre rouge très-fort , au- 
quel la bouche d'un Européen a de la peine à s'accoutu- 
mer , ou de petits poissons qu'on a broyés et faits pourrir 
d'avance : je n'ai jamais pu prendre sur moi d'en faire ma 
nourriture. 

« Ces peuples ont aussi beaucoup de vaches , très-pe- 
tites , qui n'ont presque pas de lait , et qu'on ne songe 
même pas à traire. Lorsque nous leur disions que dans 
notre pays on estime beaucoup le lait de vache et qu'on 
en fait un aliment savoureux , ils se mettaient à rire et 
n'avaient que du mépris pour nos compatriotes. Quant 
aux bœufs et aux éléphants, bien qu'ils fourmiOenl aussi, 
les habitants n'en tuent guère et n'en mangent ordinaire- 
ment la chair que lorsqu'ils tombent de vieillesse. Ils s'en 
senreat pour kdEwurer leurs champs , pour porter le coton 
qn'ib vont acheter dans les royaumes voisins, et pour ren- 
trer le riz au temps de la moisson. 

« Ce transport, dont j'ai été témoin plusieurs fois, se 
fût d'une manière trop curieuse et trop divertissante 
pour ne pas en dire un mot. Ils battent le riz sur le 
chaoq> oiéme où 3s l'ont récolté ; puis, lorsque le gram 
êU réui en monceaux , ils s'y rendent tous les matms ,- 
ohactm avec une suite de quinze , vingt ou trente boeufs. 
Le premier de ces boouEi , c'est^fc-dire celui qui marche à 
la tête du troupeau, a ordioaiment hi tête couverte de 
gmriBmiM 9 snrmoBlée d^un bisoeau de^ plumes de 
paons^ et le eoB eathromé de petites dochettes. Tous ces 
auntux ont a«r le dos denx espèces de bottes qui pen- 



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6» 
dent de chaque côté, et qu'on rempUt de râ , après quoi 
on revient à la ville en faisant un vacarme épouvantable; 
car le pont qni est au\ portes de la cité n'ayant touc 
au plus que deux toises de largmir , ks convois qni ren- 
trent se heurtent à ceux qui sortent. 11 en résulte nne 
mêlée générale. Chacun court çà et là pour reconnaître 
son bétail égaré; les clameurs des guides , les mugisse- 
ments des boeufsy se confondent avec le carîlbn de mille 
sonnettes. Viennent, au milieu de cette cobue , les élé- 
phants au pas grave, avec leurs grosses clochettes qui ont 
toutes un timbre différent ; puis les buffles épouvantés 
de ce tintamarre , se frayent , en battant tout en brèche , 
une impitoyable trouée^ suivis de leurs maîtres qui 
crient : Nentua ha di Khuai Souak, c'est-à-dire , Gare ! 
gare 1 c'est un buffle furieux ! Enfin les spectateurs 
oisifk qui se rassemblent en foule, augmentent encore 
le tumulte par leiurscris et leurs éclats de rire continuels. 
Le tout fait un vacarme vraiment comique , une scèaa 
accidentée de trompes d'éléphants , de cornes de bceub» ^ 
de bâtons laociens , qui se dressent , se baissent ei ae 
croisent en tous sens ; et ce spectacle qui commettoe à 
la pointe du jour, se prolonge jusqu'à neuf ou dix henres, 
moment oit on interrompt le trsmsport , parce que le 
soleil devient trop ardent. Tel est pour les vm le tia- 
vail , pour les autres le diverliaBement du mois de 
janvier. 

« Chez ce peuple la cultitre ae bamek pm prti as m. 
L'jndusu*ie est encore mains florissante. Cooinie la rraènt 
qui va à Bangkack esl trèa-dangeveuse ( de Xie^^W à 
Bahang on conpie treola«<de«x oaaaides où phniaoït 
barqnes se brisera obaqse anafo) et <|iie les ooflMMir 
aâcatioaa avec d'Miires viHes ne paotent se faire fw 
par tirant ei h travam des «MMgnoa aaas f n , îLest 
pe« de Lancioia qui a'adosMst m «ooMnafae. àmà 



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*9 
dè$ qu^ils ont levé leur» récoltes, vtventrils dans une obi* 
veté presque complète jusqu'au mois de juin ou de juillet, 
on ils recommencen t i labourer lears diamps.Par la même 
raison , ils ont peu de numéraire, et presque tous les 
marelles se font en échange. Le sel surtout joue ua 
très-grand rôle dans les traesactions; atec lui on peut 
se procurer tout ce qu'on veut ; il vient de Bangkock 
et se vend très-cher à Xieng-Mai. 

« Les lois du royaume sont d'une grande sévérité : 
pour un vol considérable, il y a peine de mort , et pour 
un simple larcin , répété trois fois, on encourt la mémo 
condamnîttion. Aussi dérobe-t-on beaucoup moins qu'à 
Bangkock. Quoiqu'il y ait à Xieog-Mai un grand non^)re 
d'ivrognes (les indigènes font tous du vin de riz, qu'ils 
boivent avec excès ) il est eq)eadafit très-rare qu'ils 
se battent ou se disputent. Pendant tout le temps que je 
suis demeuré dans ce pays , je n'ai entendu parler que 
d'une seule querelle, et c'était entre femmes.L'une d'elles, 
dans sa colère , ayant voulu renverser la cabane de 
l'autre, celle-ci alla porter |4ainte au prince , qui arriva 
aussitôt avec mie uroupe de satellites , s'empara de la 
tapageuse et la raÂt aux fers ou ello resta phis d'un mois ; 
ce ne fut même qu'à foroe d'argent qn*dle parvim à en 
sortir. 

« Quoique je VOM ain dit plus kant que le caractère 
des FmlT^inrê dîApe peu de odui des Siamois, je 
crois eependant las praonsm plot eurieoK et surton 
plus mendiants : cette deratèn qnaUlé , si c'en est une ,- 
va si loin qu'il est arrivé plusieurs fois au minlsupe du rot 
M*Bitee de noua denUMlBr, tsmdt un fruit qu'il 
neagnait aussiiét àmwà wÊm^ eo uw m aurait fiiit mi 
enfant , tanlAc dev on trais umfc quil emportait eftea 
lui. le na voudrais pas dédider lequel des deux peuples 
est kplusraié et k pfass trompeur; capsudiut , sH 



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60 
fallait adjuger une prime, je la donnerais aux Laociens 
qui en imposent d'autant plus aisément qu'ils ont un 
extérieur plus franc et plus ouvert. Ils sont d'ailleurs 
sans respect pour la décence. Je leur ai quelquefois 
reproché de n'avoir d'autre religion que les désirs dé- 
pravés de leur coeur, et ils me l'avouaient sans rougir. 

« Pour les femmes, elles sont plus actives, plus labo- 
rieuses et plus intelligentes que les hommes. Aussi ont- 
elles sur leurs maris un véritable empire , et peuvent- 
elles les chasser lorsqu'elles n'en sont pas contentes. Si 
le prince n'eût pas défendu , sous peine de mort , d'em- 
brasser notre sainte religion , elles n'auraient certaine- 
ment pas tardé à se faire chrétiennes , et leurs maris 
n'eussent pas manqué de les suivre. 

« Il y a à Xieng-Mai presque autant de pagodes que 
de maisons; on ne peut faire un pas sans en ren- 
contrer à droite on à gaudie. On en compte, dans cette 
ville seulement^ au moins une centaine qui sont habitées 
chacune par dix , vingt ou trente talapoins , sans parler 
de celles, en aussi grand nombre, qui tombent de vétusté 
et qu'on ne rétablit pas. Quant à ces talapoins , ce 
sont presque tous des jeunes gens qui savent à peine 
lire, et dont le temps se passe à dormir^ à manger, i 
jouer ou à faire pis encore. Ils m'ont eux-mêmes avoué 
plusieurs fois une partie de leurs désordres ; mais quand 
ils ne nous en auraitet rien dît , nous en avons assez vn 
it nos propres yeux pour pouvoir affirmer, sanscraindie 
de mentir, que toutes leurs pagodes sont des iocks 
d'immoralité. 

« Cependant raveogleflmit de ee pauvre peuple est 
li profond, qu'il persévère dios «a cirite qui le déshonore. 
U «ait , il comprend siaiBleiumt que ton dieu B*est qa'oa 
Eantâme , que sa religiott s'est qu'un tissu de mensonges» 
«es temples des foyers de vices, 6t il tftme wcore de 



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61 

se convertir; il craint les menace» de son roi« Ces in- 
fortunés venaient en foule se faire instruire , plusieurs 
se préparaient déjà au baptême ; mais une seule pa- 
role du prince les a tous replongés dans Terreur. Oh ! 
que les jugements de Dieu scmt impénétrables ! vous 
tous qui lirez cette lettre , je vous en conjure par le 
sang et la mort de Noore-Seigneur Jésus-Christ , ne 
passez aucun jour sans prier pour ces esclaves de la 
crainte, afin qu^à notre retour parmi eux nous les trou- 
vions mieux disposés. 

€ Je ne vous dirai pas ici comment nous avons été 
obligés de quitter le pays ; j^en parie assez au long dans 
ma letu*e à M. Micani , dont vous pourrez prendre 
connaissance. J'ajouterai encore un mot sur les courses 
que nous avons faites à notre sortie de Xieng-Mai , et 
avant de nous rendre à Bangkock. 

« Partis de la capitale le vendredi de la Compassion 
de la sainte Vierge , nous atteignîmes le même jour un 
autre petit royaume appelé Lapoun , au sud de Xieng- ' 
Mai. A notre arrivée, nous nous rendîmes au siège du 
gouvernement, bôtel-deville de Tendroit, où nous trou- 
vâmes six à huit mandarins, qui se réunissent là tous les 
jours pour entendre les plaintes du peuple, juger les 
différends et administrer la chose publique, presque en- 
tièrement absmdonnée à leurs soins. On nous demanda 
qui nous étions, d'où nous venions et quelles affaires 
nous amenaient dans le pays. Us le savaiait déjà, car 
plusieurs d'entre eux nous avaient vus à Xieng-Mai ; 
mais ce sont là des questions banales par lesquelles on 
a coutume d'entamer la conversation. Nous en profitâmes 
pour annoncer la bonne nouvelle de Jésus*Christ. Un 
rire moqueur fui à peu près toute la répcmse qu'on nous 
dimna. On nous permit cependant de nous installer 
dans une epèce de salle, située hors de la ville , oA 



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Boos préotdDMy d» Mati» ao soir , les curieux qui ve- 
naieiK nous examner* Noos n*y fànies pas en repos. 
Penchait la mit , quarante à ctHquaate talapoios se 
rémiissaieiit aulo» de notre mh , battaieiit du tam-- 
bour et powaiest des Tooiférations qui ne nous per- 
mettaient pas on instant de sommeil ; quelquefois même 
ils lançaient des pierre contpe notre habitaition , sans 
touielbis ^poupser plus loin l^Tanîe. 

« Après en avoir îmiUleBient porté plainte à lliôtel-de- 
ville , je pris le parti d'aller seul trouver le roi : Cen- 
trai dans son palais sans me feire annoncer, et lui 
parlai avec tant de hardiesse quUl eut peur^ et fit aussitôt 
défendre à ces talapoins de nous molester à l'avenir. On 
Fécouta ; mais comme ce peuple n'était rien moins que 
(Usposé à recevoir la parole de Dieu , nous secouâmes 
la poussière de nos pieds et nous dirigeâmes notre 
course vers le sud^esc* Après quatre jours de marche , 
toujours au milieu des montagnes , n'ayant que du riz 
et des œu& à manger , nous parvînmes à un autre 
royaume appelé Lakhon; nous y restâmes douze jours, 
ne recueillant, pour fruit de nos prédications , que 
des mépris, des railleries et des insultes. Les choses au- 
raient même pu aller plus loin si nous n'avions pas eu 
des lettres de Bangkok : comme on croyait que ces re- 
commandations avaient le sceau d'un prince royal , la 
■Mdveillanoe n'osa pas en venir aux coups. Voyant donc 
ce peuple rebelle à la grâce, nous songeâmes de non* 
veau à continuer notre route , toujours vers le sud-est, 
et tOHpuirs à travers des monti^iaes sans fin. 

« Jusqu'alors j'avais voyags sur le dos d'un éléphant , 
et quoique la marche de oet animai sdt extrémemeot rade 
et kifiommode , je ma trouvj» encore asses à l'aiM; 
nais dans cette dernière statian n'ayanl pu nous pio* 
eurer qfkè les éléphants néeessaîMa au transport de nos 



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63 

eCBts , il fellm nous résoudre à cheminer à pied. C'était 
att mois d'^stTril : lé del était de feu ; la chaleur avait 
desséché et fait tomber les feuilles des arblres ; les sour- 
ces étaient presque toutes taries, et les sentiers que 
nous suivions n'ofEraient que des rochers très-aigus 
ou un sable brûlant. Dès le premier jour, mes pieds 
avaient tant souffert, qu'en arrivant au gîte où 
nous devions dormir , la peau était levée partout. Le 
lendemain , n'ayant pu mettre mes souliers , je me 
trouvai le soir avec la plante des pieds toute brûlée ; 
quand vint la troisième étape, je pouvais à peine faire 
un pas. A6n d'éviter la grande chaleur du jour , je pris 
avec moi un de mes serviteurs^ et nous poussâmes en 
avant dès le matin , comptant nous arrêter vers midi 
pour attendre les éléphants. Par malheur le guide s'en- 
dormit. 

« Ne voyant rien arriver, nous commençâmes à crain- 
dre que la caravane fatiguée n'eût fait halle avant le lieu 
du rendez-vous. Que foire ? le jour baissait et nous 
mourions de foim : retourner sur nos pas , sans savoir 
s'il faudrait aller loin , c'était impossible , nous étions 
sans force ; passer la nuit sans feu , au milieu des ti- 
gres, cela n'était guère pralicable.Que faire donc? Comme 
on nous avait dit qu'il y avait devant nous, à peu de 
distance, un petit village, nous recueillîmes nos forces 
et nous nous décidâmes à aller demander T'hospitalité 
dans ce hameau , où nous attendrions nos éléphants qai 
ne manqueraient pas d'y passer le lendemain. 

« La nuit s'avançait à grands pas , et nous n'aperce- 
vions encore aucune habitation : mon serviteur n'en pou- 
vait plus ; moi j'allais encore clopin-clopant^ mais je com- 
mençais à croire que nous serions obliges de nous coucher 
à jeun, lorsque enfin nous vîmes près de nous une petite 
cabane. Hous allâmes y demander asile. Les pauvres 



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64 

gens qu^elle abritait , n'ayant poiot récollé de riz cette 
année, n'avaient à manger que des bourgeons d'arbres, 
avec une espèce de pommes de terre sauvages qui crois* 
sent naturellement au milieu des forêts. Ces pommes de 
terre seraient un poison mortel si on les prenait sans pré- 
caution ; avant d'en Enire usage on les coupe en morceaux , 
on les laisse dans l'eau pendant plusieurs jours , on les 
expose ensuite au soleil jusqu'à ce qu'elles soient bien sè- 
ches , après quoi on les &it cuire, et on peut alors les 
manger quand on n'a pas autre chose. 

« Ces pauvres gens donc nous dirent qu'ils n'avaient 
que cela à nous donner, mais que si nous voulions aller 
chez le chef du village , dont la maison n'était pas loin , 
nous y pourrions trouver un peu àe riz. Nous suivîmes 
leur conseil, et après avoir bu un verre d'eau, nous par- 
tîmes* 

« A notre arrivée chez le chef du village , je déclarai 
qui j'étais , et comment je venais frapper à sa porte ; puis 
je le priai d'accorder quelques aliments à deux hommes qui 
mouraient de faim, promettant de le récompenser le len- 
demain lorsque nos éléphants passeraient. On nous ap- 
porta un peu de riz froid , mêlé avec les pommes de terre 
sauvages dont f ai parlé plus haut. Ce riz était pressé dans 
une espèce de corbeille en joncs,, dont l'ouverture était 
tout juste assez large pour qu'on pût y passer le bras. Nous 
nous assîmes de chaque côté , mon domestique et moi , et 
tour à tour nous plongions la main dans cet étrange ra- 
goût ; il était si dégoûtant qu'il fallait boire à chaque 
poignée pour la faire descendre. 

« Le lendemain nos éléphants n'arrivant pas , on nous 
dit qu'ils avaient sans doute pris un autre chemin qui 
passait à trois lieues du village où nous étions : nous en- 
voyâmes à leur recherche , et , le second jour seulement, 
nous apprîmes qu'on les avait vus sur la route de Muang- 



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65 

Tré,etqa*ai^uHpea ils atteindraient cette ville. A cette 
nouvelle , mes hôtes me firent un ragoût avec la peau d'un 
éUpbant crevé; et Je partis. Mes plaies n'étaient pas en- 
core guéries ; mais il fallait :ivancer bon gré mal gré ; 
car mon confrèi*e , dont j'étais séparé depuis trois jours , 
était plus en peine que moi. Je le rejoignis à Muang-Tré 
le soir même. Cette fois mes pieds étaient tellement en 
compote, que je suis resté toute une semaine sans pouvoir 
marcher. 

« Nous touchions à la saison des pluies ; il était temps 
de songer au retour. Nous quittâmes donc Muang-Tré . 
et ap^ avoir encore couché quatre nuits dans les mon- 
ugnes , nous louchâmes à une ville siamoise appelée 
Tait, sur un auire fleuve que celui par lequel nous étions 
montés. Là, nous avons acheté une barque^ et en douze 
jours nous sommes arrivés à Bangkock. 

« Ce voyage a tellement fait blanchir mes cheveux, que 
tout le monde en me revoyant me donnait soixante ans 
au moins ; on ne m'appelait que le vieiuc père ; je me porte 
cependant toujours très-bien , et je me sens encore assez 
de forces pour recommencer. Le bon Dieu bénira peut- 
être un jour nos travaux. 

« J.-B. Grandjean, Missionnaire apostolique. » 



Tos. xviii. 104. 5 

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66 



Autrt Lettre du même Missionncfire à Af. Miemri » 

Supérieur eu sémifunre de Smaé-IHé. 



Baogkock , le 3 juin 18U» 



« MorCSlBUK LB SupiRIEUR, 



« J'ai eu le plaisiir de recevoir voire chère et précieuse 
lettre quelques semaines avant la Toussaint. La recon- 
naissance est Tunique sentiment que je de^Tais vous 
exprimer ; et cependant , permettez-moi de vous le dire, 
je voudrais bien que le Seigneur vous inspirât de m'é- 
crire un peu plus souvent , car vos conseils produisent 
toujours sur mou âme Theureuse inOuence de la rosée 
du ciel sur une terre desséchée. Je ne mérite pas , il 
est vrai ^ qu'on pense tant à moi; mais quand, d'une 
part , je me vois si faible , si abandonné , si dénué de 
tout secours , et néanmoins obligé de vivre non-seule- 
ment au milieu du monde pour le combattre , mais au 
centre du paganisme pour le détruire, en butte aux traits 
de mille passions divinisées, que je suis venu attaquer 
jusque sur leurs autels; quand, d'un autre côté ^ je me 
souviens que j'ai consenti bien librement et de tout mon 
coeur à courir tant de dangers pour le triomphe de TE- 
vangile, je vous l'avoue, c'est avec une grande et ejitiëre 
oonfiance que je demande à Dieu qu'il me rappelle à fai 



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e7 

ftémoire de n^ anciens amis, aoit au saint sacrifice de 
k messe , soit dans leurs communions* 

« Aujourd'hui que j*ai voyagé un peu par le moodi 
îdolâtt^ , j'en rapporte assez de nouvelles pour vous in- 
téresser. Plût à Dieu que j'eusse moins vu et obiew 
davantage ! Je ne m'arrêterai cependant pas à vous réc 
péter ce cpie j'ai' déjà raconté à mes frères : la letlfe 
que je tenr ai écrite est pour vous comme pour eux« 
«elle^ n'en jera que le complément. 

« Lûrsqœ nous arrivâmes à Xieng-Mai, le 18 janvier 
de cette année , comme nous n'y connaissions perseme 
et que personne ne nous connaissait , nous débarquâmes 
dans une espèce de maison commune , que le roi a fait 
élever hors des murs de la ville pour les étrangers. Cette 
habitation , où nous avons passé la première quinzaine ^ 
n'ayant que le toit et le plancher , reste complètement 
ottverte in tons les vents ; en sorte que nous avions pas- 
sablement froid pendant la nuit , et pendant le jour nons 
étions tellement obsédés par la multitude des curieux yq«e 
BOUS avions toutes les peines du monde à nous en débar- 
rasser lorsque nous voulions prendre nos repas ou réciter 
le biliaire. Car il fiaiut vous dire qu'à peine installés» Ja 
noQvtile en fht aussitôt répandue à plus de trois jomrnéfs 
à h ronde ; en acoourak en foule de tous côtés pour jofttr 
&ma spectacle si nouveau ; et com'mc disaient ces pauvres 
gens en leur langue i Ma hà tm louang farangut 4hé 
hac io ttœi han êàc tua : c'esl-à-dire , NcfU» venons v^ 
hs gramds imkqHnnt françaù que ntnn n'avons jamais 
mu de noire vie* 11 en arriva même de Muang-Nàut 9»- 
tre royanme laoeien , distant d'environ dix journées de 
Xieng'Jtfai. Us venaient, disaient-ils, pour contem|pI<r 
les ioA kaula , c'est^ànlire k» talapoitts étrangers , qu'os 
leor avait peints comme des géants, hauts de six coudées* 
^ m VoQS voyez par là^ Monsieur et bien cher Ami , qp^e 

6. 

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6* 

1)0118 me sommes pas entrés dans le Laos en cachette , ei 
que notre Mission apostolique avait eu au loin un prompt 
^ retentissement. 

« Dès que nous fûmes débarqués, nous allâmes trouver 
an grand mandarin, chargé de présenter les étrangers 
au roi , et nous le priâmes de solliciter pour nous une 
audience. Le lendemain , ce personnage vint nous an- 
noncer que son maître était disposé à nous recevoir dans 
la journée , mais qu*il fallait auparavant nous rendre à 
rhôtelde ville, où Ton examinerait nos papiers, afin d'en 
rendre compte au prince. Nous partîmes donc , et Ton 
nous introduisit dans une grande et méchante salle où 
huit à dix mandarins , d'un âge assez avancé et à face 
vénérable , étaient gravement assis à terre et nous at- 
tendaient. Comme il n'y avait là ni bancs ni chaises^ 
force fut aussi de nous asseoir au niveau des vieux aréo* 
pagites. On demanda nos passe-ports qu'on trouva en 
règle , puis on nous interrogea sur le motif de notre 
arrivée dans le pays. 

« Nous déclarâmes franchement que nous étions des 
prêtres, venus d'abord d'Europe et ensuite de Slam, pour 
leur préchar la Religion du vrai Dieu, créateur du ciel 
et de la terre , et leur enseigner l'unique chemin qu^ 
pAt les condoire au bonheur. Cette annonce donna lieu 
h plusieurs questions, auxquelles nous répondions encore 
lorsqu'on vint nous annoncer que le roi nous mandait 
M palais. Il nous reçut asseï bien , nous demanda en 
siamois plusieurs explications sur la Religion chrétienne. 
fioas en profitâmes pour semer dans son cœur quelques 
paroles de vie; puis , lui ayant offert nos présents, nous 
sollicitâmes la permission de demeurer dans son royaume. 
n noua répondit qu'il y consentait bien volontiers , qu'il 
nous ferait bâtir une maison convenable , et qu'en attaii- 
daat nous pourrions rester dans la salle oh nous étions 



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69' 

logés. Ces {Mrésents que nous lui offrîmes oonsisuieiit en 
une petite serinette, une bouteille d'eau de Cologne, 
un prisme , un miroir à facettes et deux verres en 
cristal. 

« Le lendemain nous apprîmes que, pendant la nuit» 
le roi avait convoqué ses principaux mandarins , qu'il 
leur avait demandé leur avis sur notre arrivée, et que 
plusieurs avaient répondu : « Nous avons un Dieu et des 
ministres à nous ! Quel besoin avoos-nous de ces prê- 
tres inconnus et de leur Dieu ? S'ils veulent rester id » 
qu'on les place hors des murs avec les étrangers. » Pea 
de jours après je demandai une nouvelle audience , sous 
prétexte de montrer au roi quelques curiosités que je 
lui offris encore , et malgré l'opposition du conseil , f ob- 
tins qu'on élèverait notre maison dans la ville ; mais 
cette habitation était si peu de chose, que nous commen- 
çâmes dès lors à prévoir ce qui arriva plus tard : c'était 
simplement une pauvre baraque en bambou , qui avait 
tout au plus coûté quarante francs. Quoiqu'elle n'eût 
ni fenêtres ni lucarnes, elle était tellement à jour de 
tous côtés , que nous y voyions irès-dair , aussi clair , 
à peu près , que si nous avions eu le ciel pour toiture. 

€ Un prince étant un jour venu nous voir avec un de 
ses plus jeunes fils , je m'avisai d'offirir à cet enËmt un 
petit pantalon en indienne. Pendant que j'étais encofe 
à Bangkock,j'avais fait confectionner une vingtaine d'ha- 
billements semblables, pour les donner à des familles pau- 
vres ; ils me revenaient chacun à sept sous et demi. Je 
n'avais donc pas lieu de m'attendre à enchanter mon 
illustre bambin avec un si mince cadeau. Mais il ne 
l'eut pas plus tôt reçu , qu'il s'en revêtit et retourna Mi 
palais , je ne dirai pas joyeux' comme un^ prince^ mais 
bien comme un roi. Le lendemain la reine elle-inéflie 
ae rendit avec une troupe de neveux et de petita-ilt, 



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r0 

dans une maison voisine da ma salle , et m'envoya «n 
gros morceau d'argent avec prière de lui vendre dix 
pamlalons : « Va dire ù la reine , répondis-je au messa- 
m gcr , que je ne suis pas marchand de culoltes , que 
« je lui en donnerai volontiers dix pour rien , mais 
« qu'elle se présente une autre fois; car tu vois bien, 
« H y a trop de monde citez moi pour que je puisse la 
• recevoir. » 

n Elle fut satisfaite de la réponse , et quelques jours 
a^ès ne pouvant revenir elle-même , elle m'envoya trois 
princesses, ses flUes, toutes ti*ois déjà mariées, pour 
demander les vêtements que j'avais promis. Ces prin- 
«t^es étaient accompagnées de, beaucoup de suivantes, 
dont les unes m'apportaient des présents en riz et en 
fruits^ les autres portaient ou conduisaient par la main 
tes petits princelots qui venaient se partager les pan- 
talons. Je lis asseoir a terre mes nobles visiteuses ; elles 
fiimèi'ent chacune leur pipe et moi la mienne , en cau- 
sant en laocien tant bien que mal, car alors je savais 
«ocore assez peu la langue. Chaque enlant reçut eii^ 
suite son pantalon et fut heureux comme un ange. €ki 
voulut encore m'en faille accepter le prijt , que je refu- 
MÎ comme vous le pensez bien : je me trouvais déjà irop 
payé d'avoir \m , avec si peu de chose , me concilier de 
leyoles affections* 

« Quinze jours après notre arrivée à Xteng*-Mai , nous 
iB^ines habiter la maison que le roi nous avait fait coa- 
su*ttire : ce n'était, comme j'ai déjà dit, qu'une petke 
baraque en bambou où nous étions très a l'étroit; 
«ianmoins , comme on l'avait élevée dans l'enoeinte de la 
^Ule , assez près de la porte principale et sur le bord 
4»b grande /ne, nous n'en demandions pas davantage 
fÊmr le moment. I<ious avions oontinuellemeiit des audi- 
ts et notts prtefaions tous les jours du matin au soir. 



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71 

« Le dialecte deXieng-Maî,e! généralement de tous les 
Laocitns f^entr es- Noirs , diflere assez peu du siamois 
dans les livres; mais le langage vulgaire et surtout la pro- 
nonciation ont beaucoup moins d'analogie. Au bout de 
quinze jours, cependant, je pouvais le parler assez bien pour 
me faire comprendre. Je suis môme allé prôchcr chez plu- 
sieurs princes , cousins du roi , qui m'avaient invité. 
Héhs ! qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le 
royaume des cieux ! Ils reconnurent la vérité , et ils la 
méprisèrent. L'un d'eux, plus orgueilleux que les au- 
tres, se voyant à bout d'objections , termina par ces 
mots la conférence : « Vous direz tout ce que vous 
« voudi^ez , Père ; je ne veux pas de votre religion , et 
« personne à Xieng-Mai ne l'embrassera. » — « Comme 
« vous voudrez , lui répondis-je ; mais songez que , 
« tout prince que vous êtes, vous mourrez un joar , 
« que vous quitterez vos biens e{ vos plaibirs , et qu'une 
« fois entre les mains de ce Dieu dont vous repoussez 
« aujourd'hui la doctrine , vous ne vous en débarrasse- 
« rez pas aisément : si fort et si robuste que vous 
« soyez, la mort vous menace dé plus près que vous 
« ne le pensez peut - éti*e !» Il se moqua de ma ré- 
flexion , et qu'mze jours plus tard il avait paru devant 
Dieu. 

« Quant au peuple, il venait en foule nous entendre : 
qndqnes-uns paraissaient mal intentionnés , d'autre» 
éCafent assez indifférents, mrais le plus gi-and nombre 
montrait des dispositions satisfaisantes. Parmi ces der- 
niers, il en était plusieurs qui auraient déjà consenti ^ 
se préparer au baptême , slls n'avaient craint , disaienl- 
ib, le roi et les prinqes. Cet aveu nous fit appréhender 
qu^on