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Full text of "Annales de la science agronomique franaise et trangre"

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LiBRARY OE ïHê msv Yoiac ûOTA?;icAL gajrden: 



ANNALES 



DE LA 



SCIENCE AGRONOMIQUE 



FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE 



Comité de rédaction des Annales. 

Rédacteur en chef : 
L. GRANDEAU, directeur de la Station agronomique de l'Est. 



D. Gayon, directeur de la Station 
agronomiiiiie de Bordeaux. 

Guinon, directeur honoraire de la Sta- 
tion Hgronomii|ue de Ciiâteaiiroux. 

Margoltet, recteur de l'Académie de 
Lille. 

Th. Schlœsing, membre de l'Institut. 

E. Risler, diiecleur de l'Institut na- 
liotml agronomique. 

L. Mangin, docteur es sciences, pro- 
fesseur au lycée Louis-ie-Grand. 



A. Miintz, membre de l'Institut. 

A. Ronna, membre du Conseil supé- 
rieur de l'agriculture. 

Ed. Henry, professeur à l'Ecole na- 
tionale forestière. 

E. Reuss, inspecteur des forêts à 
Fontainebleau. 

C. Flammarion, directeur de la Station 
de climatologie agricole de Juvi^y. 



Correspondants des Annales pour les colonies 

et l'étranger. 



COLONIES FRANC.VISES. 

H. Lecomte, docteur es sciences, pro- 
fesseur au lycée Saint-Louis. 

ALLE.MAGNE. 

L. Ebermayer, professeur à l'Univer- 
sité de Munich. 

J. Kônig, directeur de la Station agro- 
noinnjue de Munster, 

Fr. Notbe, directi'ur de la Station 
agi'onouiii|ue de Tharand. 

ToUens, professeur à l'Université de 
Gôttingen. 

ANGLETERRE. 

R. Warington, chimiste du laboratoire 

(Je UuthainsLed. 
Ed. Kinch, professeur de chimie agri- 
cole au collège royal d'agriculture 
de Girencester. 



ESPAGNE ET PORTUGAL. 

Joâo Motta dâ Prego, à Lisbonne. 

ÉTATS-UNIS d'aMÉRIQUE. 

E. W. Hilgard, professeur à l'Univer- 
sité de Berkeley (Californie). 

HOLLANDE. 

A. Mayer, directeur de la Station agro- 
nomique de Wageningen. 

ITALIE. 

A. Cessa, professeur de chimie à l'É- 
cole d'application des ingénieurs, à 
Turin. 

NORWÈGE ET SUÈDE. 

D' Al. Atterberg, directeur de la Sta- 
tion agronomn^ue et d'essais de se- 
mences de Kalmar. 



SUISSE, 

E. Schultze, directeur du laboratoire 
agrunuinique de l'Ecole polytech- 
nique de Zurich. 

RUSSIE. 

Thoms, directeur de la Station agro- 
nomique de Riga. 



BELGIQUE. 

A. Petermann, directeur de la Station 
agronomique de l'État (Gembloux). 

CANADA. 

Dr 0. Trudel, à Ottava. 

ECOSSE. 

T. Jamieson, directeur de la Station 
agronomique d'Aberdeen. 

Nota. — Tpus les ouvrages adressés franco à ta Rédaction seront annoncés dans 
le premier fascicule qui paraîtra après leur arrivée. Il sera, en outre, puhlié, 
s'il y a lieu, une analyse des ouvrages dont la spécialité rentre dans le cadre 
des Annales (chimie, physique, géologie, minéralogie , physiologie végétale et 
animale, agriculture, sylviculture, technologie, etc.). 

Tout ce qui concerne la rédaction des .\nuales de la Science agronomique 
française et étrangère {manuscrits, épreuves, correspondance, etc.i devra être 
adressé franco à M. L. Grandeau, rédacteur en chef, 4S, rue de Lille, à Paris. 



ANNALES 



DE LA 



SCIENCE mwm 




FRANÇAISE ET ETRANGERE 

ORGANE 

DES STATIONS AGRONOMIQUES ET DES LABOllATOlUES AGRICOLES 

PUBLIÉES 

Sous les auspices du Ministère de l'Agriculture 

PAR 

Louis GRANDEAU 

DIRECTEUR DE LA STATION AGRONOMiaUE DE l'eST 

UEMBRE DE LA SOCIETE NATIONALE d'aGRICULTURE DE FRANCE 

RÉDACTEUR EN CHEF DU « JOURNAL d'aGRICULTURE PRATiaUE » 

PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET METIERS 

INSPECTEUR GÉNÉRAL DES STATIONS AGRONOMiaUES 

VICE-PUÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d'ENCOURACEMENT A l'aGRICULTURE 

MEMBRE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE l'aGRICULTURE 



2= SÉRIE — cinquième: année — 'ISQS 

Tome I. 

Avec figures dans le texte. 



BERGEU-LEVRAULT ET C''% LIBRAIRES-ÉDITEURS 



PARIS 

5, ItUE DES BEAUX-ARTS 



NANCY 

18, KL'E DES GLACIS 



1899 



LA 

STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE 

DE JXJVISY 

PREMIÈRE ANNÉE (1894) 



PAR 



M. Camille FLAMMARION 



DIRBOTCHR DK LA STA.TIO^f 



La Slalion de climatologie agiicole a été établie à l'observatoire 
de Juvisv au mois de mai 1894. 

Celte station est fondée surtout pour l'étude des radiations solaires 
et de leurs actions si multiples sur les phénomènes de la végétation. 
L'observatoire s'occupe de l'observation constante du soleil et de sa 
surface si variable, mesure l'étendue des taches et cherche à poser 
les bases astronomiques nécessaires pour découvrir les rapports qui 
rattachent les variations de la température terrestre à la source même 
de toute chaleur et de toule lumière pour notre monde. La station de 
climatologie agricole étudie, par l'observation et par l'expérience, 
l'absorption des rayons calorifKjues et lumineux du soleil par les 
plantes, analyse l'action des diverses couleurs du spectre solaire et 
observe les diverses transformations de l'énergie solaire dont dépend 
si intimement la vie terrestre tout entière. L'altitude de la pelouse 
où sont installés les instruments est de 85 mètres. 

L'exposé de ces études peut être divisé par chapitres, suivant 
l'ordre naturel de leur organisation. 

ANN. SCIENCE AGUON. — 2» SÉlUE. — 1890. — I. 1 



2 ANNALES DK LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

I. — Le soleil. 

Le soleil s'est U'ouvé dans l'année 1893 en une période d'activité 
maximum. On a observé presque constamment des taches gigantes- 
ques, dont plusieurs ont été visibles à l'œil nu, des groupes remar- 
quables, des facules, des flammes et des protubérances en nombre 
considérable. J'ai eu l'honneur de signaler à l'Académie des sciences, 
dans sa séance du 24 septembre 1894-, des mouvements cycloniques 
observés et mesurés en juillet et août sur plusieurs taches énorgies. 
Plusieurs taches ont dépassé cent mille kilomètres de diamètre. On 
sait que l'activité solaire est soumise à une périodicité de onze ans 
environ. L'avant-dernier maximum était arrivé en 1888, mais beau- 
coup moins élevé : il y a eu, cette année-là, 1 155 millionièmes de la 
surface solaire tachée; il y en a eu 1420 en 1893 et environ 1250 
en 1894. Le dernier minimum a eu lieu en 1889, avec le coeffi- 
cient 78. Depuis cette époque jusqu'en 1893, l'activité solaire est 
allée en croissant. Elle commence maintenant à diminuer, et redes- 
cendra graduellement jusqu'au prochain minimum, qui arrivera 
vers 1899. 

Les perturbations magnétiques et les aurores boréales ont été in- 
tenses et nombreuses, comme il arrive à toutes les époques de 
grande activité solaire. L'oscillation diurne de l'aiguille aimantée a 
éoalement atteint son maximum. 

La température, à Juvisy, représentant le climat des environs de 
Paris et sensiblement celui de toute la région nord de la France, n'a 
pas été élevée, comme on le verra aux tableaux suivants. Tandis que 
l'année 1893 avait été très sèche, très chaude, claire et lumineuse et 
d'une remarquable insolation, l'année 1894 est humide, tempérée 
et bruineuse. En 1893, on avait eu 70 jours consécutifs sans pluie, 
du 28 février au 9 mai, disette de fourrages, moissons de rendement 
inférieur à la moyenne, à cause de la sécheresse, vendanges abon- 
dantes et excellentes. En 1894, pluies fréquentes, sans être extrême- 
ment abondantes, ciel généralement couvert, fourrages de bonne 
qualité et de quantité moyenne, moissons contrariées par le temps, 
vendanges médiocres. Les tableaux météorologiques montrent que 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 3 

les moyennes annuelles, soit pour la lempéralure, soit pour la pluie 
tombée, n'indiquent pas le caractère réel d'une année et qu'il est 
indispensable, pour l'apprécier, de comparer les observations men- 
suelles. C'est ce que nous allons faire. 



II. 



La température. 



La température de l'air, sous abri, est enregistrée constamment 
et, de plus, observée tous les jours: 1° à un thermomètre étalon, 
vérifié exact sans correction ; 2° aux thermomètres maxima et mi- 
nima. On a déterminé les températures de chaque jour: 1" par la 
moyenne des vingt-quatre heures; 2" par celle des maxima et mi- 
nima. 





MOYRNNES 




MOIS 


des 


(lés inaxima 


REMARQUES. 




24 heures. 


et minima. 




Janvier .... 


2M0 


2°33 


Mois normal, pluvieux. 


Février .... 


4 78 


5 07 


Mois chaud. l'eu de pluie. 


Mars 


7 62 


7 60 


Id. 


Avril 


12 00 


12 36 


Mois chaud. 


Mai 


11 r,o 


11 44 


Mois iroid et sec. 


Juin 


16 16 


16 57 


Mois frais. 


Juillet 


18 31 


18 74 


Mois uormal. 


Août 


16 90 


17 70 


Mois frais. 


Septembre . . . 


13 78 


13 82 


Mois froid, couvert, pluvieux 


Octobre .... 


10 13 


10 62 


Mois très doux, pluvieux. 


Novembre . . . 


G 76 


7 18 


Mois très doux. Sec. 


Déceiubre . . . 


3 49 


3 69 


Id. 


Mojeoae de l'anDée. 


10''29 


10" 59 


Année tempérée. (Février à 



au-dessus de la normale.) 

C'est par les comparaisons que l'on peut apprécier avec exactitude 
le caractère météorologique d'une année. En regard de la courbe 
thermométrique mensuelle de cette année 1894, nous avons tracé la 
moyenne climatologique. On voit que février, mars et avril ont été 
fort au-dessus de cette moyenne, tandis que mai a été fort au-dessous 
(et même au-dessous d'avril). Il est fort intéressant de voir égale- 
ment combien l'allure du printemps de 1893 offre d'analogie avec 
celle du printemps do 1894, de février en mai, tout en restant plus 
élevée (fig. 1). 



4 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

Les mêmes observations quotidiennes sont faites pour la pluie, 
l'état du ciel, le vent, l'hygrométrie et l'évaporation. 

Les courbes thermométriques enregistrées chaque jour sont con- 
servées sur des registres spéciaux ; elles manifestent les moindres 
variations de la température et diffèrent considérablement d'un jour 
à l'autre. 



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Janv. 


Fév. 


Mars 


Av 


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Mai 


Juin 


Juillet 


Août 


Sept. 


Cet. 


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Fig. 1. — Température mensuelle de l'année 1894 comparée à la moyenne normale 

et à l'année 1893- 



Nous signalerons comme type d'une courbe normale d'une belle 
journée calme et sans nuages celle du 1^' juillet 1894, et comme 
exemple d'une journée irrégulière et agitée celle du 14 juillet. Dans 
la première, la température a dépassé 30 degrés. Dans la seconde, 
elle n'a pas dépassé 20 degrés, quoique ce fût au maximum de l'été 
(fig. 2 et 3). 

La comparaison des températures montre que les mois du prin- 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 5 

temps qui agissent le plus sur la végétation, février, mars et avril, 
ont été chauds; aussi la feuillaison et la floraison des principales 
plantes de nos climats ont-elles été en avance. Mais le mois de mai a 



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22 

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18 

16 

14 

12 

10 



Fig. 2. — Courbe de la température pendant une journée calme et sans nuages 

(l'r juillet 1894). 

été froid, et l'été a été assez frais, couvert et pluvieux. L'automne 
au contraire a été très doux, et la température a été remarquable- 



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XII 



Mt 




Fig. 3. — Courbe de la température pendant une journée agitée et pluvieuse 

(14 juillet 1894). 

ment élevée du 22 octobre au 15 novembre, tandis que rniinée der- 
nière la fin d'octobre avait été très froide, ainsi que la première 
quinzaine de novembre. Le chiffre ihermométrique ne suffît pas 



6 ' ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

pour faire juger du caractère d'un mois, même au seul point de vue 
de la température : ainsi la température d'octobre 1893 a été 10" 9, 
tandis que celle d'octobre 1894 a été 10<'l ; cependant, ce dernier 
mois a paru plus cbaud que celui de l'année précédente, parce qu'en 

1893 la température a décru à peu près régulièrement du commen- 
cement à la fin, et était descendue à 4°51e dernier jour, tandis qu'en 

1894 elle a sensiblement remonté à la fin du mois. De même en 
novembre : tandis que le 10 novembre 1893, par exemple, avait pour 
température moyenne 0"7, le même jour avait, cette année, 12° 6. 

La température passe deux fois par jour par sa valeur moyenne, 
une fois le matin et une fois le soir. On pourrait obtenir la tempéra - 
lure moyenne par une seule observation diurne faite à 8, heures du 
soir pendant toute l'année, ou bien faite à 8'' 30. du matin de 
l'équinoxe du printemps à l'équinoxe d'automne, et à 9''30deréqui- 
noxe d'automne à l'équinoxe de printemps. 

Les phénomènes naturels sont intimement liés à ces variations 
annuelles de la température. On a noté avec soin la feuillaison, la 
floraison et la maturation de tous les arbres fruitiers et d'un grand 
nombre d'autres, ainsi que l'apparition et la disparition des oiseaux 
migrateurs et les dates de toutes les récoltes, en comparant ces ma- 
nifestations de la vie à la température, à la pluie et aux divers états 
de l'atmosphère. 

Tous ces phénomènes vitaux, y compris les nids, sont, en quelque 
sorte, fonctions du degré thermométrique. La place nous manque 
pour reproduire ici ces tableaux. 

III. — Chaleur solaire reçue à la surface du sol. 

La température de l'air à l'ombre et sous abri n'est pas celle qui 
agit directement sur les végétaux, sur les feuilles, les fleurs et les 
fruits. 11 nous a paru indispensable d'observer et d'enregistrer l'ac- 
tion directe des rayons solaires, et nous avons fait construire, à cette 
intention, un certain nombre d'appareils qui constatent et enregis- 
trent cette action. 

En premier lieu, nous avons fait construire un thermomètre rempU 
d'espril-de-vin et communiquant par un tube à un appareil enregis- 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. i 

Ireur. Ce cylindre a été colorié en vert, de la couleur du gazon, et 
est placé sur le sol. Il reçoit donc tous les rayons solaires reçus par 
le sol sur lequel il est couché, est exposé à toutes les intempéries et 



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Fig. 4. — Tlicniioin(iti'o vci't à la surface iki sol ya/.ouué, i)ar uue belle joui'iiéo d'été 

(5 juillet 1894}. 



à la radiation nocturne. Sa température n'est pas la mêm'3 que celle 
du sol, parce qu'il est en métal; mais elle se rapproche autant que 
possihle de celle des ohjets placés à la surface du sol, et fait connaî- 
tre le maximum de la chaleur solaire reçue. Ni le gazon ni les arbres 



8 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

ne voient leur température s'élever aussi haut au soleil, notamment à 
cause de la circulation de l'eau, de l'air et des gaz dans les tissus des 
plantes, mais l'appareil enregistre le maximum de chaleur reçue, et 
c'est là un élément climalologique important. 

Les courbes, qui sont conservées sur un registre spécial, montrent 
l'oscillation calorifique de chaque jour. Cette oscillation s'est étendue 
d'un minimum de 16" 6 à un maximum de 59*9, ou près de GO degrés, 
le 2 juillet, journée chaude, tandis que dans certaines journées 



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42 
40 

38 

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31 
32 
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Fig. y. 



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Le même thermomùtrc par une jouruéu agité 3 (7 juillet 1894). 



froides, on la voit resserrée, par exemple le 18 octobre, entre un 
maximum de 8" 7 et un minimum de 2'' 9 et souvent moins encore. 

Dans les journées calmes et ensoleillées, la courbe de ce thermo- 
mètre enregistreur est remarquablement nette, comme on peut le 
voir [)ar la ligure 4- (5 juillet, vent du nord). La moindre variation 
atmosphérique, nuage, vent, pluie, fait baisser la courbe diurne et 
produit des oscillations correspondant à l'intensité frigorifique de la 
perturl>ation. La figure 5 montre une journée très agitée (7 juillet, 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JL'VISY. 9 

vent d'ouest). Ea comparant les courbes de ce thermomètre couché 
sur le sol gazonné, avec l'actinomètre et avec le radiomètre, on ob- 
tient une appréciation complète de l'action solaire pour chaque jour. 

IV. — Température intérieure du sol. 

La température intérieure du sol joue le plus grand rôle dans les 
phénomènes de la végétation, pour l'horticulture comme pour l'agri- 
culture, un très grand nombre de plantes alimentaires vivant au- 
dessous de la surface du sol, cl les racines des arbres s'y développant 
à des profondeurs variées. L'un des premiers soins de la Station cli- 
matologi(|ue de Juvisy a été de faire construire des thermomètres 
enregistreurs calculés pour être installés à diverses profondeurs au- 
dessous de la suiface du sol et pour enregistrer perpétuellement les 
vaiiations de la température ; celles-ci se transmettent aux appareils 
posés à 1 mètre au-dessus du sol, et peuvent être lues simultané- 
nvnU et constamment comparées. Cinq thermomètres, composés de 
cyh'ndres métalliques remplis d'esprit-de-vin, ont été placés respec- 
tivement aux profondeurs de 0'",05, 0'",'10, 0'",25, O-^jôG et 1 mètre: 
ils cnreyislrent constamment les températures. La compai-aison des 
courbes diurnes conduit à des résultats aussi curieux qu'importants. 

Et d'abord, l'oscillation diurne va naturellement en s'alténuant à 
mesure que l'on pénètre plus profondément dans l'intérieur du sol, 
et la forme comme le degré de cette atténuation varie avec les sai- 
sons. Le premier thermomètre, placé à O^'jOD seulement au-dessous 
de la surface du sol gazonné (profondeur des semis), indique exac- 
tement la chaleur solaire reçue par le sol même. La courbe diurne 
est analogue à celle du thermomètre couché à la surface du sol, mais 
moins étendue. L'amplitude de l'oscillation diurne diminue à mesure 
(|ue l'on descend. A 0'",iO, les moindres irrégularités se manifestent 
encore. A 0"',25, elles s'affaiblissent et se fondent dans une courbe 
moyenne très adoucie. A 0"',50, l'oscillation diurne, la différence de 
température entre le jour et la nuit, a complètement disparu, et il 
n'y a plus qu'une ligne droite qui s'élève ou s'abaisse lentement, de 
joui' eu jour, de semaine en semaine, selon la chaleur solaire absorbée 
par le sol. A i mètre de profondeur, cette ligne droite se modifie 



10 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

plus lentement encore avec les saisons. On se rendra compte de l'al- 
lure de cette série de thermomètres, par l'examen des courbes d'une 
belle journée d'été, celle du 30 juin par exemple (fig. 6). Ces oscil- 



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42 
40 
38 
36 
34 
32 
30 
28 
26 
21 
22 
20 
18 
16 
14 
12 
10 



Fiff. 6. — Températui-e Ju sol par une belle journée d'été (30 juiu 1894). 
(Voir, pour la signiflcation des courbes, le tableau des signes de la figure 7, à la page suivante.) 



lations, qui sont si régulières ici, sont au contraire extrêmement 
agitées par les journées nuageuses. 

Le maximum de la température de l'air arrive vers 2 heures. 
Celui de la surface du sol le précède, arrivant vers i heure ; celui 



LA. STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 11 

du thermomèlrc à 0"',0o arrive vers 2 h. 30 m. ; celui de 0"',10, 
vers 3 ii. 15 m. ; celui de 0"',25, vers 6 heures. Ces données se rap- 
portent aux journées ensoleillées. Le minimum du matin se produit 
dans l'air et à la surface du sol un peu avant le lever du soleil ; à O^jOfj, 
un peu après ; à 0'",10, une heure après ; à 0'",25, quatre heures après. 
On voit que dans cette dernière courbe l'oscillation diurne, même 
dans la plus magnifique journée d'été, ne varie que de 2-2H) à 26" 3, 
l'amplitude n'étant que de 4 degrés, et la moyenne étant de 24»1. 



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Température de l'air 

— du sol à 0™ ,00 . . . 

— — ,05. . . 

— — ,10. . . 



Température du sol à 0™,23 . . 

— — ,50. . 

— — 1 ,00. . 



+— + — + 



Fig. 7. — Température du sol par une journée froide et sombre (29 novembre 1894). 



On a eu, en cette journée qui peut être regardée comme une journée 
type de belle insolation : 

TEMPÉRATURE 

DéSIQHATION. *" ^e"^" MINIMUM. M.iXIMUM. 

21 heures. 

Air 22»4 H^S 28°4 

Surface du sol 31 15 55 3 

Sol à 0'",05 26 5 18 5 35 G 

Sol à ,10 26 20 33 4 

Sol à ,25 24 1 22 26 3 

Sol à ,50 21 8 21 8 21 8 

Sol à 1 mètre 17 3 17 3 17 3 

Combien difTérenle est l'allure d'une froide et sombre journée 

d'hiver ! Notre figure 7 représente une de ces journées. Toutes les 



12 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

couches du sol sont plus chaudes que l'air et l'oscillation diurne est 
à peine sensible. 

L'examen de la variation mensuelle de la température à l'intérieur 
du sol n'est pas moins utile ni moins intéressant que celui de la va- 
riation diurne, car depuis les plantes potagères, les céréales ou les 
fleurs de nos parterres, jusqu'aux arbrisseaux et aux arbres les plus 
puissants, tous les végétaux ont leurs racines se nourrissant précisé- 
ment en cette couche du sol, de la surface à 1 mètre de profondeur; 
voici les résultats des températures enregistrées: 

Températures mensuelles à l'intérieur du sol comparées à celles de l'air. 

MOIS. AIR. **^u^so^,"' 0'",05. 0">,10. 0'»,23. 0",5a. ln»,00. 

Mai (22-31). ... 10° 4 

Juiu 16 2 

Juillet 18 3 

août 16 9 

SepteQibre .... 13 8 

Octobre 10 1 

Novembre .... 68 

Décembre 3 5 

Nous avons représenté ces températures sur un diagramme spé- 
cial (lig. 8), qui permet de les lire et de les apprécier à première 
vue. 

L'étude des moyennes mensuelles conclues des observations con- 
duit aux conclusions suivantes : 

La chaleur reçue à la surface du sol a été plus élevée que celle 
de l'air de mai à novembre ; le plus grand écart s'est manifesté 
pendant les fortes chaleurs de l'été, surtout en juillet. Cette chaleur 
reçue à la surface du sol descend, à la fin de septembre, au-dessous 
de la température du sol à i mètre de profondeur; en octobre, 
au-dessous de la température à O'^jSO; en novembre, au-dessous 
de la température à 0"',25, et voisine de la température à 0™,05, 
tout en restant au-dessus de celle du sol à 0"',40 et de celle de 
l'air. 

La température du sol à 1 mètre de profondeur a été supérieure 
à celle de l'air en mai, inférieure en juin, égale en juillet, supérieure 



1403 


13° 1 


U°0 


13°G 


14°2 


13°5 


22 1 


19 6 


20 1 


18 7 


17 9 


15 2 


25 2 


22 


21 9 


21 3 


20 9 


18 3 


21 3 


19 6 


19 1 


18 9 


18 8 


17 9 


17 5 


15 8 


15 7 


15 8 


16 4 


16 9 


11 5 


10 9 


10 3 


11 3 


11 8 


13 


7 3 


7 3 


6 8 


8 2 


9 9 


II 6 


3 


3 2 


2 9 


3 9 


5 1 


7 6 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 13 

en août, très supérieure en septembre, octobre, novembre et dé- 
cembre : dans ces trois derniers mois, elle est la plus élevée de toutes 
les températures. 

Quant aux diverses variations thermomctriques des autres profon- 
deurs, la plus juste appréciation que l'on en puisse faire est d'exa- 
miner le diagramme qui les représente : on juge exactement et dans 
leur aspect d'ensemble ces variations si curieuses. 



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Mai 






Juin 






Ju 


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Température lie l'air . . , . 

— (lu sol à O'",00 

— — ,05 

— — ,10 



Température tlu sol à Ora,25 . . . 

— — ,50 . . . 

— — 1 ,00 . . . +— +— + 

— des eaux souterraines. -^ -— .^ =- 



Fig. 8. — Température à l'intérieur du sol. 



Une inversion des températures se produit en septembre. Tandis 
qu'en été la température diminue pour chaque couche (sol, 0"',05, 
0'",10, 0"',25, 0'",50 et 1 mètre), il arrive un moment où, les couches 
voisines de la surface se refroidissant, la température est à peu près 
la même à toutes les profondeurs (le 27 septembre, elle était par- 
tout de 16»5 envii'on); puis, en hiver, la température augmente avec 
la profondeur. 



14 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

La vie des végétaux, celle des insectes qui s'enfoncent plus ou 
moins au-dessous de la surface, celle des petits mammifères souter- 
rains sont en rapport constant avec ces températures. Il en est de 
même de nos plantes vivaces, dont la santé et même la vie dépen- 
dent précisément de la chaleur ou du froid qui arrivent jusque-là. 
Un maximum de 35 à 40° dans l'air n'entraînera pas la mort des vé- 
gétaux, mais, s'il se prolonge et agit à l'intérieur du sol, les plantes 
|)ériront par la sécheresse, comme on l'a vu pendant l'été de 1803. 
Les journées de maximum ont été en 1894 (moyenne des vingt-quai re 
heures) : 

Surface du sol 32° 7 le 1" juillet. 

Sol à 0", 05 27 8 le 1" — 

Sol à ,10 27 5 le 1" — 

Sol à ,25 25 1 le 2 — 

Sol à ,50 23 I le 3 — 

Sol à 1 mètre 19 le 10 — 

La journée la plus chaude (température de l'air) a été celle du 
1''' juillet également : 23" 7. 
Les plus hauts maxima atteints ont été : 

Thermomètre noir 63° 

Thermomètre vert à la surface du sol 59 9 

à 0"', 05 de profondeur. ..... 380 

à ,10 — 35 5 

Sol gazonué ( à ,25 — 27 5 

à .50 — 23 I 

à 1 mètre — 19 

On voit que, dans nos climats, la chaleur reçue du soleil peut éle- 
ver jusqu'à 63" la température d'un ohjet exposé à ses rayons dans 
les meilleures conditions d'ahsorption calorifique et lumineuse, et 
que le sol gazonné peut atteindre 38°. 



V. — Eaux souterraines. 

L'épaisseur des nappes d'eau des puits et la température de ces 
eaux sont des éléments climatologiques importants. La température 



LA STATION DE CLIMATOLOCtIE AGRICOLE DE JUVISY. 



15 



de ces eaux soulerraines est généralement considérée comme tiès 
voisine de la moyenne annuelle du lieu. Nous avons à Juvisy deux 
puits différents sur lesquels les observations sont faites, La profon- 
deur du premier est de 13"', 56 et celle du second est de 14'", 08. Ces 
observations ont donné : 



.imu. , 
Juillet 



Août . . 
Septembre 
Octobre . 
Novembre 
Décembre. 



PUITS 


A. 

Hautonr 
d'eau. 


PUITS 


B. 


Tempéra- 
ture. 


Toinpijra- 
tuve. 


Hauteur 
d'eau. 


IfS 


3'^,48 


11»2 


5™, 16 


11 6 


3 ,21 


Il 4 


5 .09 


11 G 


3 .38 


11 l 


4 ,93 


11 8 


3 ,38 


11 5 


5 ,23 


11 9 


3 ,49 


11 8 


5 ,12 


11 5 


3 ,37 


11 3 


5 ,15 


Il 4 


3 ,41 


11 1 


5 ,14 



On voit que ce sont là deux nappes différentes, qui, tout en élant 
très voisines et presque à la même profondeur, n'ont absolument ni 
la même épaisseur ni le même débit. Ces puits sont creusés à tra- 
vers la terre arable et la roche calcaire des terrains du plateau de 
Juvisy. 

Le premier est en moyenne de 0''2 plus chaud que le second. La 
température moyenne de la station est de 9"9. Celle de ces deux 
puits dépasse de plus de 1" cette moyenne. Elle subit une oscillation 
mensuelle assez légère, de quelques dixièmes de degré, le maximum 
arrivant en octobre et le minimum en avril. 



VI. — Influence de la couleur sur la quantité de chaleur 

solaire absorbée. 



Les colorations diverses jouant un très grand rôle dans les phéno- 
mènes de la végétalion, nous avons mis en expérience une série 
d'appareils destinés à fournir des documents pour l'analyse de cette 
influence: 

i° Une série de 10 thermomètres à mercure, à réservoirs cylin- 
driques encadrés dans des montures en bois, comprenant les sept 
couleurs principales du spectre solaire, plus un thermomèlre noir 



16 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

mat, un noir brillant, un blanc mat, et un blanc brillant. Ces ther- 
momètres ont été construits par M. Molteni. Ils sont placés sur 
une planchette de bois à charnière mobile et à mouvement azi- 
mutal, et peuvent toujours être exposés normalement aux rayons 
solaires ; 

2° Une autre série de 11 thermomètres à mercure, à réservoirs 
sphériques, isolés, montés à jour, comprenant les mêmes couleurs, 
portés par un support isolé et pouvant être inclinés normalement 
aux rayons solaires. Ces thermomètres ont été construits par M. Ju- 
les Richard ; 

3° Des serres en verres colorés dont les verres ont été examinés 
au speclroscope afin d'obtenir des couleurs monochromatiques ne 
laissant passer qu'une série de rayons de longueurs d'onde détermi- 
nées. L'un de ces verres laisse passer les rayons de l'extrémité rouge 
du spectre solaire, un autre, ceux de l'extrémité violette, un troi- 
sième ne se laisse traverser que par les rayons verts. Une serre de 
verre transparent a été adjointe comme comparaison. Afin d'éviter 
un accroissement de température trop élevé et pour rester autant 
que possible dans les conditions de la nature, un courant d'air est 
établi dans ces serres, sans que pour cela aucun relTet de lumière 
blanche extérieure puisse pénétrer. Les deux séries de thermomè- 
tres colorés ont été observées par tous les jours de bonne illumina- 
tion solaire. 

Les couleurs qui absorbent la plus grande chaleur sont le noir et 
le bleu foncé, qui sont très souvent égaux et alternent, l'indigo dé- 
passant parfois le noir et réciproquement. 

Viennent ensuite le vert, le violet et le bleu clair. 

Le rouge, le jaune et l'orangé viennent après. 

Enfin les thermomètres qui s'élèvent le moins haut sont le blanc 
mat et le verre transparent, celui-ci occupant toujours le bas de cette 
échelle comparative. 

Les différences sont souvent considérables entre les diverses ab- 
sorptions et parfois dépassent 10" entre le thermomètre ordinaire à 
verre transparent et les thermomètres foncés. 

Nous avons vu plus haut que le maximum atteint a été QS" par un 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 



17 



thermomèlre noir, le 1" seplembrc à 2 heures. On a eu ce jour-là 



la gradation suivante 



Thermomè 


tiv 
de 


blauc brillant 

blanc mat 

jaune 


. . 51°5 
53 
53 




orangé 


55 




rouge 


57 


— 


bleu 

indigo 


58 

59 


■ — 


violet 

vert 


60 
60 5 




noir 


63 


Maximuai 


Tair à Tombre 


29 



Ces observations sont résumées dans la figure 9. 













XII 






1 








2 








3 








63 




























































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58 
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53 
52 




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47 
46 


































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44 









































l'ig. y. — Thonuoiuùtrcs de couleur (journée du 1" septembre 1894). 
ANN. SCIENCE AURO.N. — 2" SÉRIE. — 1899. — I. 2 



18 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

Il est extrêmement difficile d'obtenir des couleurs stables dans la 
coloration de ces thermomètres constamment exposés au soleil, à 
l'air et aux intempéries, et aucun essai n'a complètement réussi, 
surtout pour le violet, qui passe très vite. Les verres fournis comme 
fabriqués spécialement et intérieurement colorés dans la substance 
même du verre n'ont pas donné non plus les résultats désirés. Les coef- 
ficients d'absorption des produits chimiques sont fort différenis. On 
a dû tenir compte de la modification des couleurs dans les chiffres 
admis comme hase de discussion de ces températures relatives. 

Les maxima des thermomètres de couleur ne correspondent pas 
toujours à ceux de l'air. Ainsi, par exemple, le 31 août, le thermo- 
mètre noir a atteint C2°5 et l'air 27"7, tandis que, le 30 juin, le pre- 
mier s'est arrêté à ôS"^, l'air atteignant 28°5. La transparence atmos- 
phérique joue ici un rôle important. 

Nous arrivons ici à la radiation solaire elle-même. 

VII. — Étude de la radiation solaire. 

Le soleil agit sur les plantes par sa chaleur et par sa lumière. Un 
certain nombre d'appareils ont été imaginés pour mesurer les radia- 
tions calorifiques et lumineuses, soit en laissant ces radiations agir 
ensemble, soit en essayant de les séparer et de distinguer leur action 
respective. L'étendue visible du spectre solaire ne représente d'ail- 
leurs, comme on le sait, qu'une partie de l'action totale, les rayons 
calorifiques invisibles de l'infra-rouge, comme les rayons actiniques 
invisibles de l'ultra-violet ayant déjà pu être mesurés dans leurs lon- 
gueurs d'onde et dans leurs vitesses jusqu'à une grande distance des 
extrémités visibles du spectre. Notre station de climatologie possède 
comme appareils d'étude observés chaque jour : 

Un actinomètre enregistreur de M. Violle à Ihermomètres blanc 
et noir conjugués ; un actinomètre vaporisateur ; un enregistreur 
dei heures d'insolation ; un photomètre horaire; un radiomètre de 
Crookes. 

Le premier de ces appareils enregistre les variations de l'énergie 
calorifique des rayons lumineux, indiquée par la dilTérence des deux 
thermomètres, l'un enfermé dans une boule de verre étamé blanche 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AfiRIGOLE DE JUVISY. 19 

brillanle, réfléchissant la plus grande somme possible de rayons lu- 
mineux, l'autre enfermé dans une boule de verre noir et mat absor- 
bant la plus grande somme possible de ces mêmes rayons. Deux 
styles inscrivent constamment sur un cylindre tournant la tempéra- 
ture de chaque thermomètre, et la différence de ces températures 
est relevée et consignée sur des registres, spéciaux. Cet écart entre 
les deux courbes constitue le degré actinométrique. Comme pour les 
antres instruments, les courbes sont relevées de deux, heures en deux 
heures et les 12 nombres obtenus servent à constituer le degré acti- 
nométrique. moyen de la journée. Nous avons eu : 

DEGRÉ 

actinométrique. 

Journée Moyenne 
maximum. du mois. 

.luiii 14°3 3°2 

Juillet 15 7 3 3 

Août Il 2 3 

Septembre 15 2 4 

Oclobre 12 5 13 

ÎNovcnibre 128 09 

Décembre 100 07 

L'écart maximum a eu lieu le 27 juillet, et n'a pas correspondu 
avec la journée la plus chaude de l'année. 

Ce degré actinométrique a été plus grand au mois de septembre 
qu'au mois d'août, quoique le mois ait été moins chaud : '13"8aulieu 
de le^Q. 

L'observation de l'actinomètre vaporisateur complète utilement 
celle de l'appareil précédent. 

Celui-ci se compose d'un réservoir sphérique coloré en bleu foncé 
rempli d'alcool éthylique. Dans ce réservoir pénètre l'extrémité 
effilée d'un tube ouvert. Le réservoir à alcool est entouré d'une 
boule de verre dans laquelle on a fait le vide. L'appareil étant 
exposé au soleil, la boule bleue s'échaude plus rapidement que le 
tube, et l'alcool distillant tombe en gouttelettes dans le tube, qui est 
gradué en centimètres cubes. H sufïît d'examiner la colonne d'alcool 
occupant le tube pour lire le nombre de centimètres cubes distillés 
par les i-ayons solaires. 



20 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

Voici le résumé des observations quotidiennes : 

Distillation solaire par l'actinométre vaporisateur. 



JODKNÉE 


MOYKNtTE 


naximiim. 


du mois. 


38'='^ 5 


21'='=5 


3G 8 


23 8 


25 2 


Iv) 2 


25 2 


17 7 


20 4 


11 7 


16 4 


6 3 


15 4 


4 8 



Juin . . , 
Juillet . . 
Août. . . 
Septembre 
Octobre . 
Novembre 
Décembre. 



Le maximum de 38*%5, le 29 juin, n'a correspondu ni au maxi- 
mum actinométrique qui a eu lieu le 27 juillet, ni au maximum ther- 
mométriquo qui a eu lieu le 6 juillet. 

On voit que ces observations mettent sur la trace d'une série de 
causes climalologiques différentes à déterminer. 

D'après M. Houdaille, qui a fait à Montpellier l'étude comparative 
de ces appareils, on peut obtenir le nombre de calories reçues par 
jour en divisant le volume d'alcool distillé ou les différences des 
tliermomètres conjugués exprimés en degrés-heures, par les nom- 
bres suivants : 

.. . PRINTKMPS 

ETK. . . HIVER. 

et autoiiine. 

Actinomètre vaporisateur 0,0437 0,0392 0,0347 

Actinomètre enregistreur 0,307 0,289 0,271 

On aurait dune par le premier de ces appareils : 

Juin 2P%5 X 30 = eiô-'^O— 14 719 calories. 

Juillet 23 ,8X31=730 ,G=IG626 — 

Août 19 ,2X31=5<)5 ,2=13 620 — 

Septembre 17 ,7X30 = 52.) ,5=12 1lG — 

Octobre 1 1 ,7 X 31 = 362 , 7 = 8 300 — 

Novembre G ,3 X 30 = 189 ,0 = 4 840 — 

Décembre 4 ,8X31 = lib ,8= 4 280 — 

Les heures de soleil ont pu être comptées à partir du 15 aoûl, 
après un grand nombre d'essais de papiers sensibles, à la suite 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 21 

desquels nous avons adopté le ferro-prussiate. L'appareil a enre- 
gistré le nombre d'heures suivantes, auxquelles il est indispensable 
de comparer les heures théoriques du lever au coucher du soleil : 



Septembre. 
Octobre. . 
Novembre . 
Décembre . 



HEURES 


R VPPORT 


de soleil. 


théoriques. 




lôGi^SO" 


376'' 30» 


0,41 


100 00 


327 37 


0,31 


49 50 


274 00 


0,18 


63 20 


2ôG 17 


0,24 



On voit que les heures de soleil ont été très rares, surtout en no- 
vembre. 

La nébulosité a été estimée : 



Juin 6,2 

Juillet 7,0 

Août 7,4 

Septembre .... 5,1 



Octobre . 
Novembre 
Décembre. 



7,* 
8,0 

8,4 



l'évaporomètre a donné : 



Juin 3°"", 8 

Juillet 4 ,3 

Août 3 ,0 

Septembre ... 2 ,4 



Octobre .... 
Novembre. . . , 
Décembre. . . . 



i mm -7 

1 ,3 

1 ,3 



VIII. — Pluie. 

La pluie recueillie aux deux pluviomètres a été pour toute l'année 
en millimètres de hauteur d'eau tombée : 



Janvier . . 


. . GO""", 2 


Février . . 


27 ,1 


Mars . . . 


32 ,9 


Avril . . . 


58 ,9 


Mai . . . 


31 ,9 


Juin . . . 


40 ,4 



Juillet. . , 


38»"',8 


Août . . . . 


59 ,2 


Septembre . 


61 ,7 


Octobre. . 


33 ,0 


Novembre . 


20 ,8 


Décembre . 


38 .6 



22 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

Ce régime des pluies a été 1res ditïérent de celui de l'année 1893, 



car nous avions eu 



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Juillet . . 


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Février . . 


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Août . . 


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Mars . . . 


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Avril . . . 


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Octobre . 


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On appréciera au premier coup d'œil cette-difTérencc par le dia- 
gramme (fig. 10). 

• Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juillet Aodt Sept. Dot. Nov. Dec. 
90 m m 

80 
70 
60 
50 
40 
30 
20 
10 


Fig. 10. — Pluies en 1893 et 1894. 

Les mois qui ont donné le plus d'eau ont été :. septembre, janvier, 
août et avril. Le mois le plus sec a été novembre. Ce ne sont pas les 
jours qui donnent le plus d'eau qui sont les plus sombres. Nos cli- 
mats ont trop souvent des séries de jours d'une intense nébulosité, 
absolument dépourvus de soleil et ne donnant pas pour cela une 
seule goutte d'eau au pluviomèlre. Depuis l'organisation de nos ob- 
servations climatologiques, nous avons essayé de classer tous les 
jours de l'année par catégories, relativement à l'état du ciel pendant 
les vingt-quatre heures de chaque jour, les partageant en : 

1° Jours complètement purs sans un nuage; 

2° Jours avec quelques nuages ; 

3° Jours nuageux ; 

4." Jours entièrement couverts ; 

3 et 4 his, Jours où il a plu. 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AC.RICOLE DE JUVISV. 23 

îNoiis avons en : 



DBSIONVTIOS. 



Jours ciimplùloaicul purs. . 
Jours avec quelques nuages . 

Jours nuageux 

Jouis euliùrement couverts . 



Total. 



Jours où il a plu 



Juin. 



Juillet. 



iloiil. Srpti'inhrp. O.'lubrf. ïiicTiiKra. Dcc.Miirs. 



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IX. 



Température interne des arbres. 



Quelle est la lempérnture interne de.s arbres? Dépend-elle iini- 
qiienienl île la chaleur solaire reçue? Suit-elle la température de 
l'air? Gomment agissent l'exposition, le diamètre de l'arhre, l'essence 
végétale à laquelle il appartient, l'âge peut-être? Pour résoudre ces 
questions, nous avons fait construire des thermomètres coudés, dont 
le réservoir en forme de boule d'un centimètre de diamètre environ 
a été enfoncé dans le cœur même de l'arbre, à la profondeur d'un 
demi-diamèlre. l'uis le tube qui pénètre dans l'arbre est calfeutré 
d'étoupes et de sciure, de telle sorte que l'air extérieur n'y pénètre 
pas. La lecture se fait directement à toute heure du jour ou de la 
nuit sur la tige coudée verticale ressortant de l'arbre. Ces thermo- 
mètres ont été comparés au thermomètre-étalon et les corrections 
ont été inscrites sur chacun d'eux. 

Afin de reconnaître rinfluence personnelle des arbres dans ces 
températures internes, des arbres morts ont été placés comme po- 
teaux de comparaison, avec des thermomètres analogues. 

Pour commencer ces expériences, nous avons choisi des arbres 
d'essences et d'expositions différentes : i° un peuplier-tremble ex- 
posé au soleil pendant la journée entière, ayant non loin de lui : 
2" un peuplier mort, de môme diamètre comme comparaison ; 3" un 
acacia exposé au soleil pendant la journée entière (un peu à l'ombre 
le matin), et 4* un autre acacia entièrement à l'ombre, sous bois; 
5" un épicéa qui reçoit le soleil le malin jusqu'à 11 heures; 6* un 
cerisier sous bois, accompagné : 7" d'un autre cerisier mort, égale- 
ment sous bois. 



24 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

Parmi les meilleures journées d'observation, celle du 6 aoùl a 
donné les résultats les plus élevés. La voici : 





PSUPIjIER 


POTEAU 


ACACIAS 




CERISIER 


POTEAU 




HEURE 


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au 




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SOUS 


SOUS 


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soleil. 


au soleil. 


à l'ombre. 




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21°5 


19°5 


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19''2 


18<>2 


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19 8 


19 S 


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20 5 


21 2 


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23 


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21 2 


31 5 


21 5 


22 3 


23 5 


24 6 


25 4 


25 2 


10. 


21 9 


25 4 


22 7 


23 4 


25 1 


25 


25 1 


20 5 



On voit que la plus haute température atteinte a été celle du peu- 
plier-poteau exposé au soleil : SS^ô. L'air a atteint 3i°6. Le bois 
mort, à peu près sec, atteint un maximum un peu après celui de 
l'air et se refroidit ensuite assez vite. Le diamètre de ce poteau est 
de 0"',175 et il en est de même de celui du peuplier voisin. La tem- 
pérature de ce peuplier s'est accrue pendant toute la soirée. Nous 
parlerons plus loin des heures précises de maximum et de mini- 
mum. 

Ainsi, l'arbre vivant ne se comporte pas comme l'arbre mort ; sa 
température, comme celle du bois mort, arrive, par conductibilité, 
mais moins rapidement et d'une autre manière. La sève, l'eau, les 
gaz, les liquides en mouvement dans les diverses couches de l'arbre, 
de l'écorce au cœur, couches de conductibilités différentes elles- 
mêmes, agissent sur cette température qui relarde considérable- 
ment sur celle de l'air. Tyndail a trouvé qu'en tous les points non 
situés au centre de l'arbre, le bois possède trois axes inégaux de 
conductions différentes, à angle droit l'un sur l'autre. D'autre part, 
l'arbre est en communication avec le sol qui lui transmet sa chaleur. 

Si nous comparons au peuplier l'acacia, exposé comme lui au so- 
leil, nous voyons que sa température a atteint 22°7 à 10 heures du 
soir. Le diamètre de cet arbre est de 0"',31 . Remarque assez cu- 
rieuse, l'acacia à l'ombre, dont le diamètre est un peu inférieur 
(0°',26), s'est élevé plus haut que le premier et avait atteint SS^-i à 
10 heures du soir. 



1. Maximum de \^Z0"'. 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 25 

L'épicéa (diamètre 0'",32) s'est élevé plus haut encore, à 25"! n la 
même heure. 
Le cerisier, à l'ombre, à atteint 25°. Son poteau avait atleintSS"^. 
Avant de tirer des conclusions, faisons d'autres comparaisons. 



i: non 
4 6 



13 août 



14 août 



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XII 











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20 

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18 

17 

16 

15 

14 

13 

12 

11 



Tenipératuri^ de l'air 



Température du sol à 0"',00 . . . . 

Poteau au soleil 

Tremble au soleil 

Poteau sous bois + 



Cerisier sous bois + — H H 

Épicéa +-- + -- + 

Acacia au soleil . —^ 

Acacia sous bois . . . 



Fig. 11. — Température interne des arbres (13 et 14 août 1894). 



On peut considérer avec intérêt les courbes des 24-25 juillet, 
13-14 août (fig. il), 13-14 octobre et 9-10 novembre (fig. 12). 

Dans la première, le peuplier-poteau a atteint 29°, à 4 heures du 
soir, l'épicéa 24°, à 10 heures du soir; le cerisier-poteau, 23°7, à 
6 h. 30 m. ; le cerisier 23°3, à la même heure ; l'acacia au soleil, 
23°, à 10 heures du soir; l'acacia, à l'ombre, 22^4, à 9 heures du 



2Ô ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

soir. L'arbre le plus froid a été le peuplier. Journées chaudes, plu- 
vieuses. 

Dans la seconde, le peuplier-poteau a atteint 20°8, à 5 heures du 
soir; le peuplier 17°5, à la même heure; le cerisier-poteau 17M, à 
1) heures; le cerisier 16°6, à la même heure; l'épicéa 16°9, à la 



9 novembre 



10 novembre 



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Tempéi'atiire de l'air. 



Température du sol à 0"',00 . . . 

Poteau au soleil 

Tremble au soleil 

Cerisier sous bois — 1 1 



Poteau sous bois -|- + 

Épicéa + — I — 4- 

Acacia au soleil ._ 

Acacia sous boi.s ,, . 



Fig. 12. — Température interne des arbres (9 et 10 novembre 189i). 

même heure. L'arbre qui s'est élevé le moins haut est l'acacia a 
l'ombre. Journée assez chaude, nuageuse. 

Dans la troisième, le peuplier-poteau a atteint 15°7, à 4 heures du 
soir; l'acacia, au soleil, 15", à 8 h. 30 m.; le peupher, 13"r^, à 

5 h. 30 m.; le cerisier-poteau, IS^-i, à 6 h. 30 m.; le cerisier, 1% à 

6 h. 30 m. ; l'épicéa, 12^5, à 8 h. 30 m. L'acacia à l'ombre est l'ar- 
bre qui s'est élevé le moins haut et le peuplier celui qui est des- 
cendu le plus bas (de 13°2 à 6"2). 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGniCOLE DE JUVISV. 27 

La série du 9-10 novembre est exlrèmenient curieuse. La tempé- 
rature a continué décroître pendant toute la nuit, et il n'y a pas eu 
de minimum. La température de l'air est restée fort élevée jusque 
dans l'après-midi du 10. Le peuplier-poteau est resté le plus chaud 
jus(ju'au 10 vers 5 heures du soir, puis s'est refroidi ; le peuplier le 
suivait de près, mais s'est moins échauffé et s'est refroidi moins 
vite ; l'acacia au soleil, qui était le plus chaud, est devenu ensuite le 
plus froid ; l'acacia sous bois, qui élait d'abord plus froid, est de- 
venu ensuite supérieur au premier. On voit que si l'allure des arbres 
a été de suivre en général celle de l'air, d'une part l'oscillalion est 
moins forte, d'autre part, le maximum a suivi de deux à quatre heu- 
res celui de l'air, le plus tardif étant l'épicéa. 

Les observations faites pendant les grands froids de l'hiver mon- 
treront jusqu'à quel degré la température interne des arbres peut 
descendre. On voit, dans tous les cas, qu'un grand nombre d'élé- 
ments distincts sont en jeu dans celte température. 

X. — Expériences diverses sur la végétation. 

Un gland de chêne de nos bois a été semé dans le btU de placer le 
chêne qui en sortirait dans les conditions climatologiques où se trou- 
vait la terre avant l'existence des saisons, avant l'apparition des es- 
pèces d'arbres à feuilles caduques, conditions analogues à celles de 
nos climats tropicaux actuels, et d'essayer si un arbre de ces espèces 
modernes ne pourrait rester toujours vert, c'est-à-dire acquérir des 
feuilles nouvelles avant d'avoir perdu les anciennes, en un mot, n'êlre 
jamais sans feuilles vertes, comme les espèces à feuilles persistantes. 
J'ai choisi le chêne, parce que c'est l'un des arbres de nos climats 
qui gardent le plus longtemps leurs feuilles et parce qu'il y a des 
espèces de chênes à feuilles persistantes. Nous avons fait nos efforts 
pour que la température à laquelle l'arbre pouvait être exposé ne 
descendît pas au-dessous de 10" et fût généralement entre 15 
et 20°. 

L'expérience, entreprise depuis plusieurs années, a parfaitement 
réussi. Le gland dont il s'agit a été semé dans un pot en février 
1891. 



28 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

Voici la pousse de la lige centrale de chaque année: 

1891 0™,36 

1892 .26 

1893 ,22 

1894 (janvier) ,10 

Hauteur totale 0"',94 

La pousse de 1894 s'est formée du 19 janvier au 6 février. Au 
milieu de février, l'arbuste s'est surtout étendu en largeur; le 17, 
il avait 13 branches vertes et 74 feuilles du vert le plus tendre. 

La hauteur n'a pas augmenté du 6 février à la fin d'octobre. Alors 
il avait encore 28 feuilles anciennes et portait à sa cime une cou- 
ronne de 5 feuilles nouvelles, avec une pousse d'un centimètre. 
Ainsi, nous avons réussi à ce qu'il ait des feuilles nouvelles avant 
d'avoir perdu les anciennes. Il est en plein air du 1" juin au 30 sep- 
tembre. 

Nous avons aujourd'hui : 

Pousses de 1891 0",36 

— 1892 ,26 

— 1893 ,22 

— 1894 (janvier) ,10 

— 1894 (décembre) ,04 

La nouvelle pousse s'est développée à partir du 48 décembre, elle 
mesurait : 

Le 18 décembre 0",015 

Le 20 — '. . . ,020 

Le 22 — ,030 

Le 25 — G ,035 

Le 31 — ■ ,040 

La tempéralure de la véranda où ce chêne est placé varie entre 
10° et 21°. Belle lumière. Sa température habituelle est de 17° à 
20°. Dans les jours très froids, elle est descendue à 8° et même à 6°. 

Ce petit chêne a actuellement (1" janvier 1895) une couronne de 
cinq larges feuilles à son sommet, un bouquet de petites feuilles à 
sa cime et trois nouvelles pousses aux branches secondaires. 



LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 29 

Nous avons fait, d'autre pari, des expériences sur la culture du 
maïs et avons trouvé : 

l" Que la profondeur de 0"',05 pour les semis de cette plante est 
celle qui donne les meilleurs résultats; 

2° Que le maïs semé le 16 juin est arrivé à floraison complète 
en 80 jours, pendant lesquels le radiomètre vaporisateur a distillé 
2 048 centimètres cubes, ce qui correspond à 52 240 calories en- 
voyées à la surface du sol par les rayons calorifiques et lumineux du 
soleil. 

Des thermomètres placés dans l'intérieur des tiges de maïs ont 
montré que la température intérieure du maïs suit celle qui est mar- 
quée par un thermomètre vertîx la même exposition, et que réchauf- 
fement à la surface du sol est toujours égal ou supérieur à la tem- 
pérature des plantes. Comme exemple de maximum, nous citerons 
l'observation du r3 septembre à i heure : 

Maïs 20° 4 

Tlierniomètre vert, à côté 28 1 

Surface du sol 29 

Air 25 1 

XI. — Action de l'électricité sur la végétation. 

La question de l'influence de l'électricité sur la végétation étant 
très discutée, depuis plusieurs années surtout, et les expériences ayant 
donné des résultais contradictoires, nous avons cru devoir ajouter 
le chapitre des radiations électriques à celui des radiations solaires 
cl faire quebpies expériences indépendantes. 

Des pla(iues de cuivre et des plaques de zinc de 0"',70 de lon- 
gueur sur 0'",45 de largeur, repliées à angle droit, ont été placées 
aux deux extrémités de plates-bandes de l^jôS de large et de 4"', 50 
de long, enfoncées dans le sol, en dépassant un peu la surface et 
reliées entre elles par un fil de cuivre isolé. On crée ainsi des piles 
zinc-sol-cuivre, où l'on suppose qu'un courant électrique peut 
s'établir. 

Une première expérience faite sur des semis de petits pois n'a 
donné aucun résultat. La planche éiectriséc s'est comportée comme 



30 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

la planche non éleclrisée. Il est ulile de remarquer que la Lerre 
était resiée sèche pendant l'expérience, car il n'y avait pas eu de 
[iluie. 

Une seconde expérience a été faite sur des navels. Les légumes 
voisins du pôle négatif (zinc) et à droite du courant cuivre-zinc ont 
paru plus précoces et plus actifs que les autres, mais l'expérience est 
restée très douteuse. 

Nous avons pensé alors activer le courant en y ajoutant une pile 
Lcclanché de tiois cléments, et, pour une précision complète, on a 
compté les graines semées et l'on en a suivi avec le plus grand soin 
la germination, en ne laissant pas arriver les mauvaises heibes. 50 
haricots ont été semés en hgne, dans chaque plate-bande, le 31 août. 
On a fait passer le courant pendant dix heures, puis on l'a inler- 
l'ompu pour le ramener ensuite par intermittence, tantôt pendant la 
nuit et tantôt pendant le jour. Les résultats obtenus sont dignes d'at- 
tention et mettent en évidence une action certaine de l'électricité. 
Les voici : 

PLAKCHB ÉLECTRIBÉE. PLANCHE TÉMOIN. 

A septembre A graines sont levées et montrent leurs cotylédons. Néant. 

5 — 16 graines sont levées 2 graines lèvent. 

G — 35 graines sont levées et 7 ont 2 feuilles épanouies. 8 

7 — 45 graines sont levées 14 

8 — 53 graines sont levées 28 

10 — 54 graines sont levées 3i 

11 — 54 graines sont levées 40 

12 — 56 graines sont levées et 53 ont deux feuilles. . . 40' 

13 — 56 graines sont levées 45 

On se rendra compte au premier coup d'œil de celte différence 
par le graphique (fig. 13). 

11 résulte de celte expérience : 1" que la germination a été beau- 
coup plus rapide dans la parcelle éleclrisée ; 2" que la di'oile du 
couranl a élé favorisée, ainsi que le pôle négatif. Entreprises trop 
tu'd, nous n'avons pu les prolonger jusqu'à la maturité, mais nous 
nous promettons de les reprendre. 



1. 27 ont deux feuilles. 



LA STATION DE CLIMAl'OLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 31 

Tel est le résumé sommaire des observations el des expériences 



57 
55 

53 
51 
J!l 
•17 
45 
J3 
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39 
37 
35 
33 
31 
20 
27 
25 
23 
21 
19 
17 
15 
13 
11 
9 

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400 


85 000 


5 


500 


01 000 



nilrale déduit, de la racine. 



kilogr. f.-. 

» » 

9 500 il CMcs 100'' = 190 
11700 — =234 

tO 100 — =202 

15 500 — =310 



fr. 


g'-- 


» 


1 180 


li2 


1 328 


102 


1 303 


100 


1 337 


190 


1 422 



Le rendement plus faible de la parcelle 4 s'explique par ce fait 
que les plants ont été dévorés en partie par les courtilières; ils ont 



très utile de mettre sous les yeux de nos lecteurs. Les directeurs des Stations agrouo- 
iniqiit's et les professeurs déparlemcntaux y trouveront des renseignements d'autant 
l)lus intéressants que Tensemble des documents que nous avons réunis se rapportent 
à des sols et à des climats très différents. Nous avons groupé en deux catégories les 
documents que nous publions : la première comprend les expériences, concours, essais 
(le cultures relatifs aux céréales, aux plantes sarclées et à diverses cultures; la deuxième 
Il trait à l'application des engrais minéraux et particulièrement du nitrate de soude à la 
fiiuiure des vignes. Nous publions sans modilications les rapports des expérimenta- 
teurs, leur laissant la responsabilité des renseignements qu'ils renferment mais nous 
nous réservons de faire suivi'C la publicalion de ces documents d'un résumé critique 
des résallats et des conclusions pratiques qui en découlent. 

(Note de la Rédaclion). 



40 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

été remplacés, mais ceux-ci n'ont pas atteint le poids des betteraves 
de première plantation. 

A part cela, on peut constater un accroissement de récolte avec la 
dose de nitrate employée, soldant par un bénéfice net très notable. 

Nous avons analysé des échantillons de betteraves provenant des 
diverses parcelles pour rechercher quelle était l'influence du nitrate 
sur la qualité : 





MATIÈRE 


, 


sncKE 


ACIDK 


[Oi 


sèche. 


PROTEINE. 


dans le jus. 


nitrique 




p. 100 


p. 100 


p. 100 


p. 100 


1 


11.34 


0.84 


10.1 


0.090 


2 


11.30 


1.01 


10. 1 


0.081 


3 


10.93 


0.91 


9.8 


0.095 


4 


11.40 


1.05 


9.8 


0.054 


5 


11.66 


1.26 


9.6 


0.126 



Ces chiffres montrent que la quantité n'a pas été obtenue aux dé- 
pens de la qualité; le taux de la matière sèche reste sensiblement le 
même ; la proportion de protéine (matière azotée) augmente, si 
celle du sucre subit une légère diminution. 

Nous avons dosé l'acide nitrique dans les betteraves, pour recher- 
cher si une partie du nitrate avait été absorbée par la plante sans 
être élaborée par elle et transformée en matière azotée nutritive 
(protéine). On sait que dans les terres très riches en substances azo- 
tées assimilables, les betteraves se chargent de salpêtre, qui les rend 
purgatives. 

On peut constater que jusqu'à la parcelle 5 ayant reçu 500 kilogr. 
de nitrate à l'hectare, la dose d'acide nitrique n'augmente pas; celte 
parcelle présente une augmentation de 0.036 p. 100 qui ne peut 
avoir grande importance quant à l'alimentation, mais représente 
environ 58 kilogr. de nitrate de soude par hectare absorbé inu- 
tilement. 

Dans le sol où nous avons expérimenté, la dose de 400 à 440 ki- 
logr. représente donc la limite à parlir de laquelle le nitrate n'est 
plus avanlageux pour les betteraves fourragères, soit pour le rende- 
ment, soit pour la qualité des racines. 

La dose habituellement recommandée est de 300 à 500 kilogr. par 
hectare. 



EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 41 

2. — Un deuxième essai, dans les mêmes conditions, a été fait 
chez M. Creux à La Bourdonnelte-sous-Lausanne, en terre graveleuse, 
sèche, qui constitue une des anciennes terrasses du Léman. La ré- 
colte de 1897 était de l'avoine avec 25 000 kilogr. de fumier par 
hectare ; au printemps 1898, il en avait été appliqué 33 000 kilogr. 
environ. La variété cultivée était aussi la a Jaune de Vauriac ». 

Le champ a reçu, en outre, comme fumure auxiliaire, du super- 
phosphate et du sulfate de potasse, aux doses indiquées précédem- 
ment. Quatre parcelles de 1 are ont reçu respectivement 0, 2, 3 et 
4 kilogr. de nitrate répandu entre les lignes, en trois fois. 

Voici les rendements obtenus rapportés à l'hectare : 



îjot 


FUMURK 

azoti'e 
(nitrate). 

kilogr. 


POIDS 

(les racines, 
kilogr. 


EXCÉDENT DK RÉOOLTE. 


BÉNÉPIOB 

net, 
nitrate déduit. 




kilogr. fr. 


fr. 


1 





64 000 


» » 


» 


2 


200 


74 900 


10 900 à 2f les 100'' = 218 


170 


3 


300 


90 GOO 


26 600 — = 532 


460 


4 


400 


102 300 


38 300 — = 766 


G70 



Ces résultats sont superbes; il faut cependant tenir compte du fait 
que les betteraves, ayant souffert de la sécheresse, ont dû être arro- 
sées et il est possible que celles des dernières parcelles aient reçu 
un peu plus d'eau que les premières, ce qui peut avoir influencé un 
peu sur le rendement. L'action du nitrate a été néanmoins prépon- 
dérante et a exercé la plus grande part d'influence sur les rende- 
ments. 

Nos essais montrent donc que l'emploi d'un engrais azoté d'action 
rapide comme l'est le nitrate de soude, peut donner pour la culture 
de la betterave fourragère des excédents de récolte rémunérateurs, 
même avec l'application simultanée du fumier. 

La décomposition de celui-ci n'est pas assez rapide pour fournir 
aux plantes la nourriture dont elles ont besoin pour produire des 
récoltes maxima. 

Il ne faut pas perdre de vue le fait qu'un engrais azoté ne peut' 
produire son plein efi'et que si le sol est suffisamment pourvu en 
substances minérales : acide phosphorique, potasse, chaux. Son ap- 
plication ne sera réellement avantageuse que si elle a été précédée 



42 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 

d'une fumure phosphatée (superphosphates, scories Thomas), si né- 
cessaire, potassique et calcaire. 

L'emploi exclusifet répété de fumures azotées, en détruisant l'équi- 
libre dans la composition du sol, aboutit forcément à une diminution 
dans les récoltes. 



]¥• « 



CONCOURS DANS LE DÉPARTEMENT DE l'oRNE, EN 1898 
Rapport de M. Langlais, professeur départemental d'agriculture. 

Conditions de la campagne 1897-1898. — La façon des blés s'est 
faite dans de bonnes conditions; en outre, l'hiver a été doux et a 
favorisé le développement des racines. 

Seul le printemps a été froid et humide, ce qui a relardé la végé- 
tation et l'ensemencement des avoines. En revanche, les mois de 
juin et de juillet ont été beaux et chauds. Les blés et les avoines 
avaient la plus belle apparence au moment des visites. Malheureuse- 
ment, dans la 2* quinzaine de juillet il est survenu des orages qui 
ont provoqué la verse trop tôt et diminué sensiblement le rende- 
ment des blés qui promettaient le plus. La récolte aélé bonne quand 
même. 

La floraison des blés s'est effectuée seulement dans le courant de 
juillet et la récolte n'a commencé qu'à partir de la première semaine 
d'août et ne s'est terminée, avec un retard de 15 jours, que vers le 
20 août. 

1. — M. Persehaye (Jacques), à Tan ville. 

a) Essais sur blé : 

Dans une pièce de 40 ares nommée les Éclos, en sol gréseux, 
sortant de sarrasin fumé avec 200 kilogr. de superphosphate 
14 p. 100, il fut semé, le 25 octobre, un mélange de blé Dattel et 
de blé de pays, qui fut enterré à la charrue. 



EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 43 

Le 20 mars, un nouvel épandage d'engrais eut lieu sur 30 ares. 
Cet engrais était formé de 40 kilogr. de nitrate de soude et de 
110 kilogr. de superphosphate. Soit, par hectare, 130 kilogr. de 
nitrate et 370 kilogr. de superphosphate. 

Le témoin avait 20 ares. Toute la pièce fut alors hersée puis 
roulée. 

Le blé était très propre et pour cette mauvaise terre les rende- 
ments furent très satisfaisants. La récolte eut lieu le 8 août. 



GEAIN. 


PATI,I,E 


kilogr. 


kilogr. 


2 130 


5 000 


1 500 


3 500 



^ „ .130 kilogr. nitrate ^ 

Parcelles avec engrais. •, „ „ ^ , ^ /