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ANNALES DU MIDI 



\ 



• ANNALES 

DU MIDI 

Il E V U E 

ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET PHILOLOGIQUE 

DE LA FRANGE MÉRIDIONALE 

Fondée sous les auspices de l'Université de Toulouse, 
PAK 

ANTOINE THOMAS 

l'UBLlEE AVEC LE CONGOIHS u'uN COMITE DE l'.EHACl lUiN 
PA U 

A. JEANROY, P. DOGNON et L. DELARUELLE 

PROFESSEURS A L'UNIVERSITK DE TOULOUSE 



« Ab l'alen tir ves me l'aire 
« Qu'eu sent venir de Proenza. u 
Peire Vidal. 



VI NGTIÈMK ANNÉK ^~\ \ \Q 



TOULOUSE 
IMPRLMERIE ET LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

14, RUE DES ARTS (SQUARE DU MUSÉE) 

Paris. — Alphonse PICARD et fils, rue Bonaparte 82. 



LA 

VILLA ROMAll DE MARTKES-TOLOSANE 

VILLA ACONIANA 



Quatre fois, au cours cU, x.x» siècle, on a fouille les rumes 
gallo-romaiues de Marlres-Tolosane. L'explorat.ou en re- 
prise de 1897 a 1899 par la Société archéologique du Muh de 
la France sera sans doute la dernière. On a remue le sol 
presque partout. Il est protable que peu de marbres sculptes 
'•y cachent encore. On a levé le plan général des bâtiments et 
même les plans des successives reconstructions. M Joui. n 
qui dirigeait les travaux et qui en a publie les résultats , a 
scrupuleusement dénombré les murs, les assises de caillou, 
hourdés. de moellons et de briques, calcule la dimension des 
matériaux, l'épaisseur des joints, noté les divers modes c^ 
pavage et de crépissage. A celte « description détaillée de» 

-0= il a consacré plus d'im tiers de son mémoire, 
maçonneries ., il a consacie piu, 

une' bonne centaine de pages qui constituent, soit dit en pas- 
sant, un modèle d'encombrante statistique. Son principal 
méri e est d'avoir fixe d'une façon définitive le caractère es 
ruines de Martres et la destination des édifices qui nous ont 
livré tant de sculptures. p„„.„ l„ 

Nous sommes en présence d'une magnifique vUla. Entie la 
Garonne et la voie qui reliait Toulouse aux Py-oees ^^s 
murs enfermaient un rectangle de 16 hectares. L hab tation 
L maures, à laquelle on accédait de la ™"'« P--- ^ 
avenue, couvrait une surface de 2 hectares et -lerai. Elle com 
prenait plusieurs corps de bâtiments. Ou a y compte, pour le 

,. r.r.iin vnmains de la nlaine de Martres- 
uons et Belles-Lettres, 1" série, t. XI, 1" partie, IJJO. 



b H. GRAILLOT, 

seul rez-de-chaussée, plus de deux cents chambres, salles et 
réduits. Elle se développait sur trois côtés d'une cour carrée 
à péristyle. Les grandes pièces du côté sud , qui faisaient 
face à l'entrée, étaient sans doute des salons de réception. 
Elles communiquaient avec un portique ouvert sur un jardin 
en contre-bas, qui descendait jusqu'au fleuve. L'escalier qui 
les reliait à ce jardin mesurait en largeur plus de 12 mètres. A 
l'autre extrémité de l'allée centrale, un belvédère hexagonal 
dominait la berge. A droite et à gauche, deux crypto-portiques 
longeaient le jardin et menaient des appartements privés au 
bord de l'eau. L'aile de l'ouest donnait, ce semble, sur un parc. 
Celle de l'est communiquait de plain-pied, par une galerie, 
avec une cour d'honneur ou un autre jardin, que décorait une 
fontaine monumentale. C'était peut-être sur les parois de cette 
superbe galerie, longue de 45 mètres, large d'une douzaine de 
mètres, haute d'une dizaine, que se dressait la frise des travaux 
d'Hercule ou que des médaillons encadraient les bustes des 
grands dieux. Perpendiculairement à ce portique, tout un côté 
de l'aire était limité par les thermes. Avec leurs piscines, leurs 
baignoires lie marbre, leurs étuves, leurs nombreuses dépen- 
dances, ils occupaient un emplacement considérable. Aux jours 
d'été, on allait chercher la fraîcheur dans un nymphée, tout 
dallé et lambrissé de marbres polychromes, orné d'un double 
bassin où se jouaient des eaux vives. Deux portails grandioses, 
se faisant face, s'ouvraient sur un spacieux atrium ; c'était 
l'entrée d'une palestre, close de tontes parts, terminée par 
un vaste hémicycle et flanquée, sur la droite, d'un quadruple 
exèdre. Entre la demeure seigneuriale et les installations 
agricoles, greniers immenses, celliers, hangars, voici trois 
rangées parallèles de maisonnettes isolées, qui alignent leurs 
murs de pisé et leurs pans de bois. Nous nous trouvons dans 
un véritable village, qui renferme les logements des travail- 
leurs, serfs ou colons, les ateliers et les fabriques, les écuries 
et les étables. 

Habitée jusqu'au temps d'Arcadius, cette résidence fut 
transformée à plusieurs reprises. L'établissement primitif, qui 
date au plus tard de Claude, comprenait déjà des coustruc- 



LA VILLA ROMALNE DE MARTRES-TOLOSANE, 7 

tions groupét^s autour de la cour d'entrée, des thermes mo- 
destes et les annexes nécessaires à l'exploitation du domaine. 
Une première restauration paraît être -contemporaine de 
Trajan. Les corps de logis et les thermes furent agrandis. 
Mais les colonnes en briques des galeries intérieures gar- 
daient encore la sévérité de l'ordre dorique; et les mosaïques 
de gros cubes noii-s et blancs conservaient à cette demeure <'e 
campagne son air de rusticité. (Vest dans la seconde moitié du 
ne siècle, sous les Antonins, qu'elle se métamorphose en un 
fastueux palais de marbre. On remanie, pour les développer, 
une bonne partie des anciens bâtiments. On triple la surface 
bâtie. On construit tout un édifice, la palestre à hémicycle, la 
grande galerie, le nymphée, de nouveaux bains chauds. On 
installe un peu partout des hypocaustes. On donne à tout une 
parure de luxe. Les colonnades en marbre remplacent les 
colonnades en brique et se multiplient. Les pilastres se dres- 
sent le long des façades, des absides, des portiques. L'acanthe 
corinthienne étale au soleil l'ampleur grasse de ses feuillages. 
Les baies s'alournent de marbre blanc. Les parois intérieures 
s'enrichissent de lambris, de panneaux, de cimaises, de frises 
en marbres (colorés. Le sol se tapisse de marqueteries, dont le 
marbre fournit encore la matière, et de fines mosaïques où 
dominent les pâtes vitreuses. Pour cette décoration splen- 
dide, ou utilisa les marbres des Pyrénées voisines, dont on 
commençait a exploiter les carrières : marbres blancs et gris 
de Saint-Béat et d'Arguenos; griottes rouges et vertes de 
Seix et deCampan; marbres violacés et bi'èches jaunes de 
l'Ariège; brèches multicolores de Mancioux, qui pourrait être 
l'ancienne Calagorris, à quelques kilomètres seulement de la 
villa. On lit même venir la serpentine du Rouergue et aussi 
Talbàfre d'Egypte. 

Toiit un musée de sculptui'es complétait cescuibelllssements : 
hauts-reliefs de for'tes dimensions, qui prennent place dans 
l'ornementation architecturale, bas-reliefs qui timiiuMit lieu de 
petits tableaux sur les murailles d'un appaitement, figurines 
et groupes, jolis bibelots d'art hellénisti(iue, ilont on meuble 
une salle, une galerie, un bosquet, une fontaine. Nous recon- 



8 H. GRAILLOT. 

naissons au passage Vénus à sa toilette, Eros lançant une flèche, 
Bacchus, Ariane, des têtes rieuses de faunes, une halte de saty- 
res sous un figuier, le berger Attis qui joue de la syrinx, des 
pêcheurs qui ont en main le filet. Un relief très bien conservé 
représente l'enlèvement de Proserpine dans les prairies d'Enna, 
où la jeune fille cueillait des fleurs avec ses compagnes. Mais 
les préférences des seigneurs de Martres n'allaient pas seule- 
ment aux œuvres gracieuses et frêles de l'art alexandrin, dont 
la mode persista si longtemps chez les Romains. L'un d'eux 
acquit une tête d'Aphrodite qui est une belle réplique de la 
Cnidienne de Praxitèle. C'était un raffiné, celui qui s'éprit de 
ce sourire infiniment doux et fit apparaître au pied des monts 
pyrénéens, peuplés de divinités locales et à demi sauvages, cette 
blanche vision de l'Olympe grec. Dans les premières années du 
v^ siècle, les Vandales passèrent par là. D'autres Barbares les 
suivirent. Ceux qui ruinèrent Saint-Bertrand-de-Comminges 
avaient sans doute, chemin faisant, saccagé la riche villa de 
Martres. Ils n'y laissaient plus derrière eux que des murs, noir- 
cis par l'incendie, et des monceaux de décombres recouverts 
d'un linceul de cendres. 

Voila ce que nous ont appris les dernières fouilles. Elles 
nous ont permis de reconstituer, au moins dans son ordon- 
nance générale, un beau type de villa gallo-romaine. Plus en- 
core, elles nous ont permis de revivre un peu sa vie, aux siè- 
cles de prospérité et aux heures de catastrophe. Il n'est pas 
douteux qu'elles apportent à l'histoire de la Gaule méridionale 
une précieuse contribution. Mais, à vrai dire, leurs résultats 
n'ont fait que confirmer une hypothèse depuis longtemps 
émise, et que chaque fouille nouvelle rendait plus vraisembla- 
ble. Lorsque l'on eut groupé dans un plan synthétique les dif- 
férents relevés des fouilles de 1826, 1840 et 1890, le problème 
paraissait déjà en partie résolu. On ne se demandait plus si ces 
ruines étaient celles d'une ville ou d'une villa; toute la ques- 
tion était de savoir si, sur cette terrasse de la Garonne, il avait 
existé une seule et grandiose villa ou deux domaines voisins '. 

1. Lécrivain, Les fouilles de Martres-Tolos(t)ies, dans les Mémoires 
de la iioc. archéologique du Midi, XV, 1891-18%, p. 7-21. 11 croyait à 



LA VILLA ROMAINE DE MARTRES-TOLOSANE. 9 

M. Lécrivain, qui publiait ce plan, en 1896, dans les Mémoires 
de la Société archéologique, ajoutait : « On ne peut trouver 
surprenant qu'une simple villa ail possédé une collection aussi 
considérable d'œuvres d'art. » La même année, M. Joulin, éta- 
blissant « une sorte d'arrêté de comptes des résultats déjà ob- 
tenus », pouvait écrire ' : « A la suite de ces travaux, on ad- 
mettait que les vastes substructions de Martres appartenaient 
à une magnifique villa, élevée au ii® siècle et détruite par les 
Barbares ou dans une insurrection de Bagaudes. » Il n'était 
pas encore préoccupé de se donner beau jeu. Plus tard, dans 
l'introduction à l'exposé de ses propres fouilles, il se montre 
moins équitable envers ses prédécesseurs. Après l'exploration 
de 1840, nous dit-il 2, « la Commission n'hésita pas a attribuer 
à la ville de Calagurris les thermes qu'elle avait découverts ». 
La Commission hésita; car elle déclare dans son rapport^, 
entre autres hypothèses, qu'elle était peut-être « sur les tra- 
ces d'un balneum dépendant d'une immense villa ». Et M. Jou- 
lin avait lui-même écrit, en 1896 : « La découverte, en 1840, 
des fondations de grands thermes, à 100 mètres à l'ouest du 
palais gallo-romain, s'ajoutant aux doutes que l'hypothèse de 
Dumège avait déjà soulevés, ont (sic) fait abandonner l'idée 
que les substructions de Martres appartenaient à une ville. On 
s'est rappelé les magnificences des villas dont parlent les écri- 
vains et les poètes du i^r au v® siècle. » En 1830, enfin, Du- 
mège, au dire de M. Joulin, « conclut que les ruines sont celles 
de la ville de Calagurris*, où il a retrouvé l'emplacement d'un 

l'existence d'au moins deux villas. Le plan qu'il a publié se trouve repro- 
duit, avec des différences insignifiantes, dans le volume de M. Joulin, 
p. 10. M. Lécrivain nous apprend que c'est l'œuvre de M. Ferré, proprié- 
taire à Martres et collaborateur de Lebègue en 1890; M. .louliii néglige 
cette formalité, et ne cite ni Lécrivain ni Ferré. 

1. Revue des Pyrénées, VIII, 1896, p. 285. 

2. Les établissements gallo-romains, p. 12. 

3. Costes, Belhomme, Chambert et Vitry, dans li's Mémoires de lu Soc. 
arch. du Midi, V, 1847, p. 117. 

4. Dumège, Recherclies sur Calagurris des Convenue, dans les Mé- 
moires de l'Académie des Scioices, hiscriptio?is et Belles-Lettres de 
Toulouse, II, 2" partie, 1830, pp. 395, 392, 423. Cf. dans les Mém. de la 
Soc. arch. du Midi, VI, 18')2, p. 67 : c< J'ai retrouvé dans les ruines de 
la belle villa qui touchait aux humbles demeures des habitants de Cala- 
gurris des Convenae deux médaillons en marbre, etc. » 



10 H. GRAILLOT. 

temple consacré à l'Hercule gaulois Andossus. II y avait de 
riches villas dans le voisinage du temple, et les nombreux 
bustes d'empereurs et de personnages provenaient de la déco- 
ration du Capitole de la ville ». Quand on lit Dumège, on le 
trouve moins afflrmatif : « L'édifice dans les ruines duquel 
j'ai retrouvé les images d'un grand nombre d'empereurs fut" 
peut-être ou la basilique du municipe. ou plutôt l'un de ces 
palais (= villas) dont Je viens de parler. » — « Les médaillons 
qui représentent Jupiter, Rhéa, etc., faisaient partie de la dé- 
coration intérieure de la Villa où on les a retrouvés. » — « On 
sait que les Romains aimaient à orner leurs demeures des ima- 
ges des travaux d'Hercule, et la villa de Martres peut en avoir 
été décorée. » Décidément, M. Joulin a mal « arrêté les comp- 
tes ». 

I\ a pourtant lu Dumège. H lui a même emprunté une 
hypothèse qu'il propose comme la conclusion dernière des 
fouilles. Pour expliquer tant de somptuosité dans la décora- 
tion de l'édifice et surtout tant de bustes impériaux dans les 
ruines, Dumège en arrivait à croire qu'un empereur seul 
avait pu faire bâtir un tel palais : « Les portraits qui déco- 
raient l'habitation principale étaient ceux des maîtres du 
monde; et cette circonstance peut porter à penser que cette 
demeure était vraiment une Villa impériale ^» — « Les palais 
des gouverneurs ou des préfets de province, dit-il ailleurs 2, 
renfermèrent aussi les statues et les bustes des souverains, » 
M. Joulin donne à sa théorie plus de précision et une appa- 
rence plus savante : « Une succession de hauts fonctiouuaires 
impériaux peut seule expliquer une pareille continuité de 
loyalisme (allusion à la présence des nombreux portraits d'em- 
pereurs), en même temps que cette réunion de monuments 
figurés importants, qui manifestent si complètement les idées 
leligieuses des hautes classes de la société romaine pendant le 
cours du II® siècle... En voyant Pompée établir, eu — 74, une 



1. Dumège, Recherches sur Calnf/urris, p. 436; cf. p. 4'JO. Sa grosse 
erreur osl de rechercher parmi les Césars du iir siècle qui out séjourné 
en (laule le fondateur de cette construction. 

2. Ibid., p. ;3'.)0. 



LA VILLA ROMAINE DE MARTRES-TOl.OSANE. 11 

colonie d'Espagnols à Lugdunum des Convenae, on peut 
admettre que la propriété, formée surtout de forêts et de 
prairies dans ces pays montagneux, mal assise à l'époque cel- 
tique, était en grande partie tombée, lors de la conquête, dans 
Vager publicus et qu'elle était devenue le patrimoine du 
prince à la création de l'Empire. Ce seraient les procurateurs 
chargés d'administrer ces domaines, augmentés peut-être de 
confiscations dans la plaine, lors des dernières révoltes, qui 
résidaient à Cliiragan^. Cette attribution expliquerait : la posi- 
tion géographique et topographique choisie, et la profusion 
des marbres des Pyrénées, dont les carrières faisaient peut- 
être partie du domaine. Les portraits d'inconnus, les premiers 
héroïsés, les autres en costume militaire, peuvent représenter 
des gouverneurs de la province Narbonnaise, si Chiragan est 
devenu, à partir de Trajan on d'Antonin, l'une des résidences 
de ces hauts fonctionnaires. Le nom roman du petit ruisseau le 
Palas, qui débouche à Chiragan, serait favorable a ces hypothè- 
ses, s'il rappelle qu'il y a eu dans cet endroit un palatium"^.» 
Ainsi se perjiétue sur Martres la tradition des légendes. Nous 
avions eu la légende de Calagurris, celle du temple d'Hercule, 
celle de l'atelier de sculpture et de l'entrepôt de marbres 
pyrénéens. Nous avons désormais celle de la villa des procu- 
rateurs impériaux. 

Je suppose que M. Joulin ne tient pas beaucoup a son ety- 
mologie du mot Palas, encore qu'il ne l'ait pas reléguée dans 
une notule. Les ruisseaux qui portent les noms de Pales, 
Palais, Palis, Palo sont très fréquents dans le 'haut bassin de 
la Garonne 3; et M. Joulin n'irait pas jusqu'à supposer que 



1. Nom du lieu dit où gisent les ruines. On y retrouve le mot chire, 
chiron, qui indique en vieux français un amas de pierres; cf. les diction- 
naires de Godefroy et de Lacurne de Sainte-f alaye. 

2. Etablissements gallo-romams, p. 187-1X8. 

3. Voici ceux que 'j'ai relevés dans Oonnac, Diclioiinaire topographi- 
que de la Haute-Garonne, ms. de la Bibliothèque municipale de Tou- 
louse : Palis, commune de Verfeil ; Palais, aflluent de l'ilers, rive gau- 
che; Palet, c. do Saint-Elix; Pales, c. de Cazaril-Laspènes; Paies, c. de 
Saint-Aventin ; Palo de Castcx et Palo des Mules, c. de Cier-de-F.uchon; 
Palo-Barado, source, c. de Luchon. Dans cette région des Pyrénées,[Palps 
et Palas désignent des prairies en pente. Cf. les Pales do Burat, aux envi- 



12 H. GRAILLOT. 

chacun d'eux baignait les murs d'un palais. Quanta l'existence 
de domaines impériaux dans la haute vallée de la Garonne , 
à plus forte raison dans la plaine, elle reste encore à prou- 
ver; pour le moment, aucun texte d'histoire ou d'épigraphie 
n'autorise pareille hypothèse. 

Mais cette résidence princière, au lieu d'une simple maison 
de plaisaace? Nous la connaissions déjà, tout au contraire, 
par l'histoire. Ausone, Sidoine Apollinaire, Paulin de Pella 
nous en avaient décrit de plus somptueuses encore, aux iv^ et 
v^ siècles. Nous savons par eux que ces palais des champs 
n'étaient point rares en Narbonnaise et en Aquitaine. La bril- 
lante et puissante noblesse de la Gaule, au temps de l'Empire, 
devait presque tous ses privilèges à sa richesse terrienne et 
vivait volontiers sur ses terres, comme avant la conquête. Ces 
grandes fortunes, que plusieurs générations avaient consti- 
tuées par acquisitions et mariages, se composaient de nom- 
breuses villas, un peu partout disséminées ; et l'on traitait 
dédaigneusement de petit domaine, villula, une propriété de 
250 hectares ^ Le maître avait sa villa favorite. Il l'habitait 
une partie de l'année. Il l'aménageait avec tout le raffinement 
de confort et de luxe qui plaisait à ses goûts aristocratiques. 
Il y accumulait tout ce qui fait la vie large et opulente. « J'y 
avais rassemblé toutes les délices de l'existence », déclare 
Paulin de Pella, l'un de ces nobles que réduisit à la misère 
l'invasion des Barbares. Paulin était fier de sa table, de sa 
vaisselle d'argent, de son mobilier, de ses écuries. Leontius 
collectionnait les tableaux. Au second siècle, les seigneurs de 
Martres, voisins des carrières pyrénéennes, propriétaires eux- 
mêmes, peut-être, de carrières en exploitation, avaient la pas- 
sion des marbres. 

Suivant la coutume romaine, ils possédaient leur galerie 

rons do Luchon; le col de la Pale d'Aoïiardo. près du val «l'Aran; le bois 
de Palas, près de Saint-Béat. Le ruisseau de Martres devrait-il son nom 
aux terrasses fluviales où il a creusé son lit? En tout cas, il ne méritait 
pas tant d'honneur. 

1. C'est Ausone (pii jiarie ainsi d'une propriété de LUûO arpents. Les 
domaines de Paulin de Bordeaux, qui fut évèque de Noie, étiiient si consi- 
dérables qu'on les appelait dans le pays régna Panlini. 



LA VILLA ROMAINE DE MARTRES-TOLOSANE. 13 

des ancêtres, un portique où s'alignaient les portraits de 
famille. Toutes ces images, c'étaient leurs titres de noblesse. 
Ausone connaissait un clarissime gaulois chez qui elles étaient 
en argent massif et habillées de tissus de soie. A Martres- 
Tolosane, elles étaient en marbre. On y a retrouvé beaucoup 
de bustes de ces inconnus, dont plusieurs furent sans doute 
de grands personnages, orgueil de leur maison et de leur 
pays Mais pourquoi tous ces bustes d'empereurs? Ces riches 
propriétaires fonciers, qui ne manquaient ni de talent, m de 
culture, ne manquaient pas non plus d'ambition. Nous les 
voyons dès le début de l'empire briguer le titre de séna- 
teurs romains; et ce privilège, accordé plus tard à profusion, 
constituait pour eux un brevet héréditaire d'aristocratie. La 
noblesse gallo-romaine restait la classe dirigeante. « Elle était 
aussi honorée par le gouvernement que respectée parles popu- 
lations C'était même chez elle qu'il choisissait ordinairement 
ses hauts fonctionnaires. L'empire prenait volontiers ces 
nobles Gaulois pour en faire ses préteurs et ses consuls, ses 
gouverneurs de province, ses préfets de prétoire et ses minis- 
Tres ' » Après avoir achevé leur carrière jeunes encore, ils 
revenaient vivre dans leurs domaines, y conservaient leur 
influence, y restaient en relations avec la cour et l'adminis- 
tration centrale, et de là maniaient indirectement les affaires 
de leurs provinces. S'ils étaient comblés de dignités par 1 em- 
pire, ils ne cessaient pour leur part de témoigner aux princes 
leur fidélité. Ils étaient entièrement dévoues au maître qui 
savait utiliser leur intelligence, leur fortune et leur influence. 
11 est donc tout naturel de rencontrer chez eux, même a plu- 
sieurs exemplaires, l'image de l'empereur. Cette galerie des 
Augustes, a la gloire de la « maison divine ^^^^st encore 
pour eux un musée d'illustres souvenirs, a la g^-^.^;^^ '^"^ 
propre maison. Pour expliquer a Martres « une pareille conti- 
nuité de loyalisme., M. Joulin n'avait P- tort de supp se 
une suite de fonctionnaires impériaux. Mais U nen fallait 
poTnt conclure que leur résidence elle-même était impériale. 

1. Fustelde Coulanges. Histoire a.s institutions polit^çues de l'an- 
cienne France, I, p. ^04. 



14 H. GKAILLOT. 

Les propriétaires de la villa de Martres, dont les biisles ont 
le charme mélancolique des vieux portraits anonymes, ont-ils 
gardé jalousement le secret de leur nom ? Sur un piedouche 
destiné à supporter l'un de ces bustes, se lit une dédi- 
cace dont répigraphie ne semble pas être postérieure au 
11*" siècle' : 

GE N!0 

C ^ ACONITAVRI 
VET 
Genio C. Aconi{i) Tauri. — Au génie de Gaïus Aconius Taurus... 

Ou est donc en droit de supposer que le domaine apparte- 
nait à une lamille Aconia. Ce nom gentilice n'est pas rare 
sous l'Empire. M. Joulin le signale en Etrurie, en Ombrie, 
dans le Picenum, en Provence, a Lambèse. On le retrouve 
ailleurs en Italie : à Rome, a Préneste, à Pompei. a Siise et 
près du lac Majeur-. Sur i-in sarcophage de Frejus, où figure 
une chasse de Méléagre, on lit le nom d'Aconius Invalidus». a 
Rome. T. Aconius Karus, qui met Vascia sur sa tombe ', est 
probablement d'origine gauloise. L'un de cesAconii est ancien 
officier et chevalier romain, sous le principat de Trajan; 
d'autres exercent des fonctions municipales; un autre, tribun 
militaire de la treizième légion Gemina,au temps d'Alexandre 
Sévère, est clarissime. Le plus célèbre est Fabius Aconius 
Catulinus, vicaire d'Afrique en 3313, préfet du prétoire en 341, 
préfet de la Ville en 342-344, consul en 349; sa fille, Aconia 
Paulina, épousa l'un des clarissimes les plus connus du iv» siè- 
cle, Vettius Praetextatus. Le personnage de Martres n'eut 
peut-être aucune parenté avec ceux d'Italie. Mais puisque ses 

1. Cf. Joulin, Etablissements gallo-romains, p. 77. Cette inscription a 
été retrouvée au cours des dernières fouilles. Avec une dédicace aux 
Dieux Mânes et une épitaphe du ii« siècle, curieuse par le mélange des 
noms celtibériens et des noms romains, c'est tout ce que Martres a fourni 
au Corpus des inscriptions latines. 

2. En plus des sept inscriptions citées par Joulin, voir C. /. L., VI, 
34200, 34401 (allninchie); XIV, 3313; IV, supplém., p. 308, n" XCV; XI, 
27U0, 2708, 3115, 3117, 3118; V, 7207 et 51'J3. Cf. Forcellini, s. v. Aconius. 

3. C. 1. L., XII, 287, ad>/. 

4. C. I. /... VI. 3 12; 10. 



LA VU, LA liOMAINI-: DE MARTRES-TOI.OSaNE. 15 

desceadanls (léilièreut, un busle à .son geuie, c'est qu'il fut l'un 
des horaine.s illuslres de la maison; et celle-ci CuL certalue- 
meut l'une des plus iinporlanles de la région toulousaine. Con- 
serva- t-elle le domaine pendant toute la durée de l'iunpire? 
Au cours de quatre siècles, ce bien a pu changer de maîti-e.s. 
Toutefois si le propriétaire primitif, celui du moins qui possé- 
dait la terre quand elle fut inscrite au cadastre, est un Aco- 
nius, la villa doit avoir toujours gardé son nom. Elle est 
restée la Villa Aconiana. Or, au xvne siècle encore, la tradi- 
tion locale donnait à ces ruines de Martres le nom, a peine 
déliguré, ù' Angonia. 

Ce vocable nous est parvenu dans une Vie de saint Vidian, 
lequel fut martyrisé en ce lieu. Nous possédons, sur l'époque 
où vivait ce saint, deux versions difïérentes. D'a[)rès l'uce, 
que rapportent Du Saussay dans son Mmiyrologiwin galli- 
canurn en 1()37, les Bollandistes en 175U, le Propre des saints 
de l'église Saint-Sernin de Toulouse en 1759, Vidian fut une 
victime des Gotlis ariens au v^ siècle. D'après l'autre, qui nous 
est connue pour la première fois par un texte de 1634, il périt 
dans une bataille contre les Sarrasins. Mais cette légende est 
d'impoi'tation relativement récente Car elle attribue a Vidian 
de Martres les faits et gestes et la mort même de Vivien de 
France, tels que les content la chanson des Enfances Vivien 
et celle d'Aliscans i. L'histoire de Vivien fui sans doute 
implantée a Martres par des pèlerins du Nord, qui se rendaient 
a Saint- Jacques de Compostelle par Toulouse, et qui, sur la 
route des Pyrénées^ s'arrêtaient a l'oratoire de saint Vidian-. 
Des analogies de nom et de circonstances, jointes au rôle 
commun d'une fontaine sacrée, ont suffi pour déterminer' la 
fusion de la tradition topique et de la légende exotique. De 

1. Cf. A. Thomas, Vivien d'Aliscaiis et la légende de saint Vidian, 
dans les Etudes romanes, dédiées à Gaston Paris; Jeaiiroy, Noies sur 
la légende de Vivien, dans Romania. XXVI, p. 'Wj; Saltet, Saint 
Vidian de Martres-I'olosaHes et la légende de Vivien des Chansons de 
oeste, dans le Bull, de litt. ecclés., publié par l'Institut caliiolique de 
1 oulouse, 1902, p. 44-56. 

2. Le julte d.'.s reliques de saint Vidian à Martres est attesté par le 
cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse dés le début du xu' siècle, avant 
la formation de la légende sarrasine. 



16 H. GRAILLOT. 

plus, ce Vivien était le neveu du duc Guillaume; et Guillaume 
fut préposé à la Marctie d'Espagne, laquelle comprenait le 
pays toulousain et avait Toulouse pour capitale. Cette raison 
contribua aussi, semble-t-il, à faiie transporter sur les rives de 
la Garonne des événements qui s'étaient passés sur les bords 
du Rhône. La vie do saint Vidian comprend deux parties. La 
preniièi'e résume la chanson de geste et, comme celle-ci, nous 
promène successivement à Luiserne ou Lucerne de Galice, 
aux îles d'Angleterre, en France, où Gharlemagne, « assez 
informé du mérite de saint Vidian, l'institue duc en son 
royaume ». La seconde, où reparaissent les souvenirs locaux, 
narre sa mort « au lieu nommé vulgairement le Champêtre 
icampus petrosus ?), qui est une plaine scituée en l'évêché 
de Commenges, au bord du fleuve de Garonne ». Je cite ici 
textuellement le « Sommaire de la vie et miracles de saint 
Vidian, martyr » ; il a été publié par ordre de Jean Louis de 
Berthier, évêque de Rieux; dans le diocèse duquel se trouvait 
Martres ^ L'évêque avait visité l'église et fait ouvrir les châs- 
ses le 25 avril 1634; il apposa sa signature au texte du Som- 
maire le 23 septembre de la même année. « Etant poursuivi par 
ces bourreaux carnassiers, ennemisjurez des chrétiens, le saint 
se réfugia auprès d'une fontaine, qui est au bord de Garonne, 
nommée à présent la fontaine Saint- Vidian dans le terroir de 
Martres, où il lava ses plaies... Le martyre fut accompli et ter- 
miné par les tourmens rigoureux et par le glaive tranchant... 
Plusieurs autres de ses compagnons furent martyrisez en ladite 
ville et endurèrent diverses sortes de supplices..., à cause de 
quoi ladite ville porte le nom de Martyrs, parce que aupara- 
vant elle s'appelait Angonia : c'était une grande cité fort fleu- 
rissante et riche et une "des plus anciennes de la province de 
Gascogne, ainsi que les antiquitez et ruines d'icelle le témoi- 
gnent assez-. » 

1. Ce texte est reproduit dans une brochure intitulée : Les hidulgen- 
ces, la vie et les miracles de saint Vidian, Toulouse, imp. Hébrail, 1887 : 
« Texte confoi'me à l'édition de 17(i9. » 

2. P. 11. Le nom d'Angonia ne se retrouve pas sur le texte latin 
« desnmptum fideliter Toloste in monastorio Sanctfo Marise DeauratfB 
ordinis Sancti Benedicti, a fratro Odone monaclio ejusdemloci, anno 1636 », 



LA VILLA ROMAINE DE MARTRES-TOLOSANE. 17 

Il ne paraît pas douteux que les ruines d'Angoaia, hautes 
encore de plusieurs mètres à la fin du xviii» siècle, perpé- 
tuaient le souvenir et le nom de la villa Aconiaca ou Aco- 
niana'. La table de Veleja nous signale en Italie, dans le 
pagus de Verceil, un autre fundus Aconianus" ; Walckenaer 
le situe à Ogogna, « nommé Agonia et Aconia dans le moyen- 
âge ». Le même vocable antique a nécessairement laissé dans 
la toponymie médiévale, au pied des Pyrénées et par delà les 
Alpes, les mêmes vestiges. Dans le pays de Martres, ce fut la 
hantise de Calagorris qui fit oublier au x[x« siècle la tradition 
véridique. Ce fut la hantise de la villa impériale qui empêcha 
M. Joulin de faire revivre cette tradition. En nous restituant, 
parmi de nouveaux débris de sculptures, le marbre dédié au 
génie d'Aconius Taurus, les ruines nous ont livré depuis dix 
ans leur dernier secret. Ce modeste piédestal, qui rend à This- 
toire le nom de la villa aconiana, doit désormais occuper, 
dans la galerie antique du musée de Toulouse, une place 
d'honneur. 

H. GUAILLOT. 

publié par Saltet, l. c. Dumège, qui connaissait le texte fran.:ais, mais 
qui s'obstinait à identifier les ruines à Calagorris, admettait qu'au delà 
de la voie romaine et sur l'emplacement actuel de Martres, s'élevait un 
hoVLVCT nommé Angonia. L'abbé Jammes, curé de Martres, qui a écrit une 
Vie de saint Vidian, martyr (Bon et Privât, 1810, in-8", 51 p.). brode sur 
ce thème : « ^^lartres existait en môme temps que Calagorris, dont elle 
était la citadelle; son nom était alors Angonia » (p. 2; cf. p. 26). Cette 
nouvelle légende a fini par passer dans .Joanne, Géographie de la Haute- 
Garonne, "1896, s. V. Martres-Tolosanes : « Retranchements antiques, 
restes présumés de la ville ibéro-romaine de Calagorris ou de sa citadelle 
appelée Angonia. » Cf. Grande Encyclopédie, XXIII, s. v. 

1 Sur la transformation d'à en an, cf. laterna et lanterna. On disait 
sans doute Acconius pour Aconius. Cette forme se retrouve précisément 
dans la Gaule cisalpine : C. I. L., V, 5493, 7267. 

2. C. 1. L.. III, p. 226; Walckenaer, Géographie anc. des Gaules, II, 
p 479. En Frânce,'un Aconiacus viens est cité sur une charte de l'an 1003 : 
Recueil des historiens des Gaules, X. p. 582. Enfin, le nom d'Agonac, 
dans l'arrondissement de Périgueux, dérive de la même origine; on disait 
Castrum Agoniacum, au moyen âge. 



ANNALES DU MIDI. 



— XX 



PAOLIN DE NOLE, SOLPICE SÉÏÈRE, SAINT lARTlN 



RECHERCHES DE CHRONOLOGIE. 



Paulin (le Noie et Sulpice Sévère ont été les deux illustra- 
tions de l'Aquitaine chrétienne au temps de l'Empire romain. 
L('un fut le meilleur poète latin de l'ancienne Église; l'autre, 
fort attachant par son rare talent d'écrivain, l'est plus en- 
core par le succès extraordinaire de ses écrits. Il a eu pen- 
dant tout le moyen âge des lecteurs innombrables et des 
centaines d'imitateurs ; toute l'hagiographie occidentale s'est 
inspirée de lui, et il n'y a pas beaucoup de vies de saints 
latines où l'on ne rencontre quelque souvenir verbal de sa 
Vita Martini, sorte d'évangile de la religion des saints. Le 
saint qu'il a révélé au monde a joui pendant des siècles d'une 
popularité sans rivale. Saint Martin a été véritablement, 
comme Sulpice l'avait voulu, l'égal des apôtres; le sanctuaire 
de Tours a été le centre religieux de la Gaule franque; des 
milliers d'églises et de maisons religieuses ont été dédiées à 
saint Martin. Si l'on classait les écrivains par l'influence 
démontrable de leurs œuvres, il n'y aurait pas beaucoup de 
Latins à mettre au-dessus de Sulpice Sévère. 

Il m'a semblé que des recherches qui aboutiraient à préciser 
certaines de nos connaissances sur ces deux Aquitains pour- 
raient trouver leur place dans cette revue d'érudition méri- 
dionale, même si elles devaient être un peu longues et arides 
Je vais essayer de dégager des écrits de Paulin toutes les 
données chronologiques qu'elles contiennent sur Sulpice Sé- 
vère et sur saint Martin. 



PAULIN DE NOLE, SDLPICE SÉvÈEE, SAINT MARTIN. lÔ 



DATES DES LETTRES DE PAULIN DE NOLE A SULPICE SÉVÈRE. 

TOUS ceux qui ont étudié les lettres de Paulin de Noie, et 
particulièrement ses treize lettres à Sulpice Sévère auront 
constaté que ces documents très précieux, et qui sont loin, je 
crois d'avoir dit leur dernier mot, ne se laissent mettre en 
ordre et dater qu'à graod'peine. Pour ma part, j'avais essaye 
sans succès de reprendre le travail de classement tente autre- 
fois par Tillemont et par Lebrun. M. Reinelt, dans une hese 
de doctorat soutenue, en décembre 1903, à la Faculté de heo- 
logie de Breslau ', s'est montré plus patient et plus hab.le et 
a résolu la plupart des difficultés qui m'avaient arrête. Son 
travail est bien le meilleur que l'on possède sur la correspon- 
dance de Paulin. Les cent pages de sa dissertation résument 
heureusement les études antérieures et leur ajoutent beau- 
coup de remarques utiles. C'est désormais une introduction 
nécessaire à l'étude des Lettres. , ,„ aif 

Quant à la chronologie des treize lettres a SulpIce^ la dit- 
fieullé principale était que, les deux amis ne s expédiant 
(sauf de rares occasions) qu'un courrier par an, et la corres. 
pondance entre Noie et les résidences aquitaines de Sulpice 
ayant commence en 896 pour finir en 402 ou 403, on avait 
trop de lettres. M. Reinelt, éclairé par un texte de la le - 
tre XLin (§ 2), a bien vu que les «;"-'- P-™'-\7 ', 
1er non seulement deux lettres telles que XXIII-XXIV, dont 
a seconde n'est qu'un long post-scHptum de la prem.ère, 
ma s deux ou plusieurs lettres distinctes, écrites a quelques 
:X l'intervane. Il a, sur des indices très P-baots^™e.ns- 

„U.e des PaO"-^^-" -n:tx V f uf l'U 
XXII, l'autre XXIX, XXIil ei Jf^^y^ \ j 

-u ^in TMpfp des hl. PauUnus von Nola. — 
T'LëùJeTi, V, XI, XVII, XXII. XXIII, XXIV, XXVII à XXXII. 



20 E.-CH. BABUT. 

XXVIII). Il a pu dresser aiasi une chronologie des treize let- 
tres beaucoup moins erronée que l'ancienne. 

Au tableau que l'on trouvera un peu plus loin des dates 
fournies par M. Reinelt, j'ajouterai celles que propose M. Bro- 
chet dans sa thèse récente sur La Correspondance de Pau- 
lin de Noie et de Sulpice- Sévère (Paris, 1906). On verra que 
M. Brochet a bouleversé l'ordre des pièces admis jusqu'à pré- 
sent. Ses conclusions, malheureusement indépendantes du tra- 
vail de M. Reinelt, qu'il n'a connu qu'en dernière heure, sont, 
à mon sens, presque entièrement à rejeter. Je n'indiquerai 
ici que ses erreurs les plus manifestes. 

La lettre XP de Paulin fut écrite en réponse à l'envoi de la 
Vita Martini. Or, nous savons par Sulpice (rapprocher Vita 
Martini, 23, et Ep. II, 5) que son livre fut composé très peu 
de temps avant la mort de saint Martin, et par ailleurs qu'il 
le garda par devers lui quelque temps (F. il/., préface) avant 
de le publier. A lire le livre tout entier, et particulièrement 
la dernière page, on s'assure que Sulpice entendait n'éditer la 
Vie qu'après que le saint, dont il parle toujours à un temps 
passé, aurait quitté le monde. Ainsi, avant même d'avoir lu la 
lettre XI® de Paulin, on s'attend à le voir parler de saint Mar- 
tin comme d'un bienheureux. En eâet, il l'appelle beatissi- 
mus (§ 13), et, dans un passage plus étendu, il s'exprime 
comme il suit : 

(§ 11). Neque enim, HM donatum fuisset enay^rare Mar- 
tinum, nisi dignum, os iuwm sacris laudibus mundo corde 
fecisses. Benedictus igitur lu homo domino, qui tanti sa- 
cerdotis et manifestissimi confessoris historiam tant 
digno sermone quant justo affeclu percensuisli; beatus et 
ille pro merilis, qui dignum fide et vita sua meruit histo- 
ricum, qui et ad divinam gloriam suis meritis et ad hu- 
manain memoriam tuis litteris consecratur. 

Enarrare, raconter jusqu'au bout, ne peut se dire de la 
biographie d'un vivant, et le texte que Paulin avait en mains 
devait comprendre le récit de la mort de saint Martin, lequel 
se trouve dans la Lettre II de Sulpice, complément nécessaire 
de la Vie. — « Louanges sacrées » serait choquant si le per- 



PAULIN DE NOLE, SULPICE SÉVÈRE, SAINT MARTIN. 21 

sonnage loué était en vie. La phrase antithétique qui suit est 
tout à fait claire : beatus et ille ne s'oppose pas seulement à 
benedicius, mais à liomo, et nous confirme que le bienheu- 
reux Martin n'était plus un homme. — Et comment obtien- 
drait-on la double consécration de la gloire divine et de la mé- 
moire des hommes avant d'avoir passé de la terre au ciel? 
Enfin, manifestissimi confessoris est une allusion à l'épî- 
tre II de Sulpice, où la qualité de confesseur est attribuée à 
Martin, avec force arguments à l'appui. Le texte de la lettre 
répond donc à notre attente. Paulin, quand il l'écrivit, savait 
saint Martin mort. 

M. Brochet s'y est mépris, et il a commis une erreur pareille 
sur le texte de la lettre XVIP où Paulin engage son ami, 
assidu pèlerin au tombeau du saint tourangeau, à ne point né- 
gliger le tombeau du saint campanien Félix. 

Ep. XVII, 4. ... Gallicanas peregrinationes tôt annis{qno- 
tannis?) fréquentas et iteratis saepe intra unam aestatem 
excursibus Turonos et remotiora visitas... Juste fateor et 
mérita Martinum frequentari; sed dico injuste pernicîo- 
seque Felicem ab eodem, qui itlum honoret, promissis 
inanibus ludi, vel secura promissi jam ut aboliti dissimu- 
latione contemni. Qua /ide speras Christi gratiam in ho- 
nore Martini, eadem Christi offensam time in offensione 

Felicis. 

Quand il n'y aurait pas, dans le texte, le mot peregrina- 
tiones, comme les visites faites par Sulpice à Martin sont 
assimilées aux visites que reçoit saint Félix, confesseur du 
iii« siècle, et comme Sulpice peut, par les honneurs qu'il lui 
rend, gagner la faveur du Christ, il n'est pas douteux que ces 
honneurs ne soient un culte et que ces voyages à Tours ne 
soient des pèlerinages au tombeau du saint. 

Pour avoir mal entendu ces deux textes, M. Brochet a 
affirmé à tort que la mort de saint Martin était postérieure 
aux deux lettres XI et XVII; il a de plus, seul de tous les éru- 
dits qui ont étudié F^aulin, placé la lettre XVII« avant la XI». 
Il est certain pourtant que la XP, qui répond à l'envoi de la 
Vita Martini, a été écrite peu de temps après la mort de Mar- 



22 ÏÏï-CH. BABUT. 

tin, au lieu que la lettre XVIt' lui est postérieure au moiflâ de 
quelque deux ans. 

S'il y a, dans le classement des treize lettres, un fait qiii 
s'impose, c'est la liaison des lettres XXIII-XXIV. La XXIV^ 
se donne elle-^même comme un post^scriptum. Il y a chance 
pour que la lettre à laquelle elle était annexée soit la XXIIP, 
ôar dans les manuscrits les lettres XXIII et XXIV sont asso- 
ciées (dans l'ordre XXIV-XXIIl). Mais t»aulin semble avoir 
voulu lever à cet égard tous les doutes. Il dit au début de la 
lettre XXIV : Superioris fine commOniH, de caritatis vide- 
licet etperfectionis verbo... Donc, la lettre à laquelle s'ajoute 
la XXIV» contenait à la dernière ligne les mots Ou les idées de 
Cariias et perfectîo. Et VEœplicU de la lettre XXIIP est : In 
tua tantum dileciione profitemur esse perfeclos. On 
s'étonne que M. Brochet ait rompu arbitrairement Un lien 
aussi manifeste, en adjoignant la lettre XXIV à quelque lettre 
perdue des années 394-396. 

M. Brochet tient pour établi que Paulin s'établit â Noie en 
394^ ayant été ordonné prêtre à Barcelone en 393. Il connaît 
l'argumentation (que nous verrons confirmée) par laquelle 
Rauschen' fixe le voyage de Paulin en 395; mais il la rejette 
sans la discuter. Le texte qu'il invoque, après Tillemont*, est 
celui de la lettre I de Paulin, § 10 : die domini, qUo nasci 
carne dignatus est,... presbyteratu initiatus sum, d'où il 
tire que la Noël de l'année en question dut être un dimanôhe; 
or, entre les années admissibles, cette coïncidence ne se produi- 
sit qu'en 393. Mais il eût été tout à fait illogique d'écrire : « le 
jdur du dimanche, où le Seigneur daigna naître», car la Noël 
»e tombe pas toujours un dimanche. La Noël, si elle n'est pas 
toujours une dies dominica, est toujours un « jour du Sei- 
gneur». L'argument ne vaut pas, et M. Brochet aurait dû 
acceplev, cotnme M. Reinelt, l'excellente démonstration de 
Rauscheûj 

Encore Une innovation singulière de M. Broôhet. Tout le 

1. G. Rauschen, Jahrbiwher dar christlichen Kirche iinter de>n Kai- 
ser Theodnsius deni Grossen. Freiburg im Br. 1897, pp. 549-552. 
g. Mérdom^, t. XIV, pp. 40 et l'êb. 



PAULIN DE NOLE, SULPICE SEVERE, SAINT MARTIN. 23 

monde s'accordait à peûser que, la correspondance de Paulin 
et Snlpice s'arrêtant vers 402-403, comme il y est question de 
la Viia Martini ei de la Chronique de Sulpice, et non des 
Dialogues^ les Dialogues avaient été publiés après ces deux 
livres et après la dernière des lettres conservées. M. Brochet 
suppose (p. 57) que les Dialogues sont antèi-ieurs à la Chro- 
nique. Il reporte la lettre XXVIII, où Paulin répond à une 
demande d'informations que Sulpice lui a adressée en vue de 
sa Chronique^, en 404, ou plutôt en 406-407. Pourtant, Sulpice 
avilit choisi comme terme de sa Chronique l'année du consu- 
lat de StilicoUi pour nous l'an 400 (Chron., IIj 9, 7; cf. II, 
27. 5). Cette année n'avait rien de remarquable et a manifes- 
tement été choisie comme étant soit l'année courante, soit la 
dernière révolue'. L'année où, étant encore au début de son 
travail, il a consulté son ami, doit être l'année 400 ou 401 ; 
d'autre part^ Bernays a montré que deux fragments de la 
Chronique, qui sont tirés de la lettre XXXI, avaient été 
insérés après coup dans le texte de la Chronique déjà rédigée^; 
la lettre XXXI est donc parvenue à Sulpice quand sa Chro- 
nique était à peu près achevée, et elle est certainement pos- 
térieure à la lettre XXVIII. Comment M. Brochet, qui place 
la lettre XXXI en 402, met-il la lettre XXVIII en 404 au plus 
tard? 

J'ajoute que M. Reinelt a usé d'une méthode plus sûre 
que M. Brochet. Il prend comme point de départ la date 
de l'arrivée à Noie, qui est l'année 395; puis il examine 
les lettres, les classe en petits groupes contemporains, les 
espace et les date sans autre secours que les indications chro- 
nologiques qu'elles contiennent. Les trop rares synchronismes 
que permettent d'établir les allusions de Paulin à des faits par 
ailleurs connus ne lui servent que de vérification. M. Bro- 
chet prend au contraire ces synchronismes, et particulière- 

1. Voir le passage II, 51, 8, où les quindecim anni se rapportent à la 
période 385-400. Sulpice a bien voulu arrêter son récit îiti moment bîi il se 
trouvait. 

2. Chron., II, 31, 3 à 6; II. 33, 4 à II, 35, 1. — Paulin, Ep. xxxi, 3-1. — 
Cf. Bernays, Vber die Chronik des Sulpicius Séverua. — Gesammelté 
Abhéndiim^en, t. II, p. 85. 



24 E.-CH. BABDT. 

rement l'incertaine année du retour de Mélanie, comme base 
de ses calculs. Ayant donné peu d'attention à la liaison mu- 
tuelle (les lettres, les éléments de vérification lui font entiè- 
rement défaut. 

Je donne ici, page 12, sur trois colonnes, les dates propo- 
sées par Tillemont-Lebrun, par M. Brochet, par M. Reinelt, 
et sur une quatrième celles qui me paraissent devoir être 
définitivement adoptées. 

Il reste à justifier les corrections que j'ai cru devoir appor- 
ter à la chronologie de M. Reinelt. 

1° Lettre V. — Sulpice nous dit dans sa lettre XXIII, § 2, 
c'est-à-dire en 400, que jusqu'alors, et depuis son arrivée en 
Italie, son ami et lui avaient correspondu une fois par an. La 
lettre V est la première que Paulin écrive à son ami depuis 
qu'il est à Noie; elle est écrite en été. Sera-t-il resté plus de 
deux ans sans donner de ses nouvelles à Sulpice, après ce 
départ définitif, alors surtout que Sulpice songeait à le re- 
joindre? Une seule fois, Paulin note dans une lettre (Ep. xvii, 
1-2) qu'il est resté plus dVme année, de quinze à dix-huit 
mois, sans écrire à Sulpice; il déplore et commente abondam- 
ment cette longue interruption de leur correspondance. La 
lettre V (§ 2) nous apprend bien que le courrier envoyé par 
Sulpice à Noie y a été retenu par les fièvres; mais si Paulin, 
arrivé au printemps de 395, était resté de vingt-cinq à vingt- 
sept mois sans écrire à son ami, il donnerait de ce retard, à 
en juger par la lettre XVII, des explications bien plus éten- 
dues et précises. 

L'unique motif qui détermine M. Reinelt à placer la lettre V 
en 397 est lire du mot du § 14 : Afri quoque ad nos episcopi 
prima aeslate miserunt. Or la lettre VII, adressée à un Afri- 
cain et qui est (date sûrement établie) de 397, parle de lettres 
que Paulin vient de recevoir de cinq évêques africains. Mais 
la lettre III, qui est de l'automne 396, nous apprend que Pau- 
lin a reçu de l'évêque Alyplus une lettre et cinq livres du 
prêtre Augustin contra Manichaeos . La mention de la lettre V 
peut fort bien se rapporter à cet envoi. Le pluriel episcopi 
peut être emphatique (le contexte s'y prêterait); il peut signi- 



PAULIN DE NOLE, SDLPICE SEVERE, SAINT MARTIN. 2'-> 



A. 894 


Tillemonl-Lebrun. 

I 


Brocliet. 

I 

V \ XXIV 

lettre | 
perdue ' 


Reinelt. 


Dates proposées. 


395 


V 


I 


I 


396 






V 


397 


XI 


XVII 


V 
XI 


XI 


398 




XXII 


x^^I 


XVII 


399 


XYII 


XI 

XXIX, XXIII 


XXVII, XXII 


XXVII, 
XXII-XXX 


400 


XXII 


XXVII, XXX 


XXIX, XXIII- 
XXIV, XXVIII 


XXIX, 
XXIII-XXIV 


401 


XXIII-XXIV, 
XXVII 




XXX 


XXVIII 


402 


XXVIII, XXIX, 
XXX 


XXXI-XXXII 


XXXI 


XXXI 
XXXII 


403 


XXXI-XXXII 




XXXII 




404 




xxviii(406-407) 







26 È.-Ctt. BABtJt. 

fier qu'en outre d'Alypius un autre évêqiie africain a fait 
saluer Paulin par son messager. 

M. Reinelt admet que Paulin a reçu la Vita Martini en397j 
quelques semaines après avoir écrit la lettre V, et a répondu 
alors à cet envoi par la lettre XI. On aurait diî faire attention 
que dans la Vita Martini (2, 8), Sulpice a emprunté à la 
lettre V de Paulin (§ 6) les mots evangelii non sùrdus audi- 
tor^. Il faut donc que Sulpice ait recula lettre V avant d'écrire 
la Vie, c'est-à-dire avant la fin de 39G. J'ajoute que, plaçant 
ia lettre V au printemps et la lettre XI vers la fin de l'été de 
l'année 397, M. Reinelt (pp. 15-16) ne peut rendre compte du 
passage de la lettre XVII (vers sept. 398) où Paulin affirme 
ii'avoir pas écrit à son ami depuis le printemps de l'année 
précédente, que par une subtilité peu admissible. 

2° Lettre XXX. — Une lettre de Paulin à Sulpice compre- 
nait deux parties : l'une de circonstance et proprement épis- 
tolaire, l'autt*e faite d'une dissertation sur un sujet religieux. 
La lettre XXX n'étant qu'une fin de lettre et la lettre XXII 
qu'un commencement, l'idée s'offre naturellement qu'elles ont 
été séparées par accident^ et qu'il convient de les réunir. Or, 
dans tous les rnanuscHts, la lettre XXX est placée immédia- 
tement après la lettre XXII; de plus, de la lettre XXII à la 
lettre XXX, la suite des idées est parfaite. Paulin, à la fin de 
la première, cite V Enéide, et il rappelle, avec une ombre dé 
reproche, que Sulpice, dans sa dernière lettre, citait un autre 
endroit de VÉnéide et un prologue de Plaute. A ces trois cita- 
tions, peu conformes aux maximes des deux religieux, fait 
feuite le début de la lettre XXX, qui n'offre en lui-même aucun 
Sens satisfaisant : Beato apostolo diotum est : « Multae lit- 
ierae te ad insaniam perduœerunt. » Je conclus que leë 
lettres XXII et XXX n'en forment qu'une. Il ne me semble 
d'ailleurs pas douteux que les lettres XXVII et XXII ainsi 
Complétée fir'ent partie d'un môme paquet. 

3" Lettre XXVIII. — Un autre paquet comprit les lettreiâ 

1. Impossible de supposer un emprunt de Paulin, car la lettre XI, 
réponse à l'envoi de la Vie, est certainement postérieure d'au moins quel- 
ques mois à la lettre V. 



PAUl.IN DE NOLE, SDLPICÈ SÉVèkE, SAINT MARTIN. 2t 

XXIX et XXIII; c'est le seul poitit sur lequel M. Brochet se 
soit rencontré avec M. Reinelt; il a Seulement éU le tort, 
comme on a vu, do séparer XXIV de XXIII. Ainsi, XXIX et 
XXIII-XXIV ont été emportés par le moine Victor dans àdfl 
premier voyagé de retour de Noie à Primuliacum (cf. Ep. xliii, 
2). A ce volumineux envoi, M. Reinelt a certainement tort 
d'adjoindre la lettre XXVIII. LisOns le début de cette dernière 
lettre : Redit a me tîM Victor, ut redeai a te mihi; Victor. .. 
Sotemné solatium noMs,... Victor* epistolarum nostraruirk 
veredarius pedes... Victor longissimdrum viaruM,... ut 
nos reficiat ànnuis inler ulrumque discur^ibus, ferenà 
indeféssus ac referens commercia litterarum.i. 

Victor est ici un courrier attitré entre Primuliacum et Noie, 
ce qu'il n'était pas dans lés letti'es XXlX et XXIII-XXIV. 
Pour être appelé messager àritluel, il faut qu'il ait fklt le 
voyage au rrioins deux ans de suite. Plus loin , au § 3, Pauliri 
parle d'une convention conclue entre son ami et lui, d'après 
laquelle Victor, qui leur est également chet", doit passer l'hiver 
à Noie et l'été auprès de Sulpice. Cette convention a certaine- 
ment été proposée par Sulpice, patron de Victor, et n'a pii 
l'être que lorsque âulpice eut appris, par la lettre XXIII, que 
Paulin s'était épris de Victor. Ainsi, là lettré XXVIII a été 
emportée par Victor au plus tôt a son second retour de Nolé^ 
Ce voyage de retoui^ est plus probablement le second, Car C'est 
au moment où il fut décidé qiie Victor* ferait un Voyage d'allét* 
et de i^etour par an, qlie Paulin à dû Célébrei^ ses services 
annuels. La lettre XXVIIt, que j'ai placée en 401 , pourrait être 
de 402, noil de 400. En tout cas, oh a vu qu'elle ëtait atité*- 
rieure à là lettre XXXI, 

4° Lettre XX^Il. — Tout le monde avait admis, jusqu'ici, 
que les lettres XXXl et XXXIt, où il est pàtlé des Const^Uè-^ 
tiens de Sulpice à Primuliacum, aVaient été portées pat" Uû 
même courrier; je crois que M. Reinelt a eu tort de les sé- 
parer. Il est vrai que l'une fut écrite un peu avant (Ep. xxxi, 1), 
l'autre peu après (Ep. xxxii, 10) la dédicace de l'église 
que Paulin, de son côté, bâtissait à Saint-Félix. Mais Victor 
passait à Noie tout l'hiver ; il serait conforme aux habitudes 



28 E.-CH. BABDT. 

de Paulin d'avoir écrit les deux lettres, à quelques semaines 
d'intervalle, pendant le séjour de Victor. — D'autre part : 
1° on voit dans la lettre XXXI, § 1, que Victor comptait rap- 
porter d'Italie à son maître, en outre du bois de la Croix 
que lui remit Paulin, des cendres des martyrs; et dans la 
lettre XXXII, § 7, que Sulpice attend, pour son église neuve, 
des reliques. — 2° Paulin parle, dans sa lettre XXXII, du 
fragment de la vraie croix annoncé dans la lettre XXXI 
comme s'il l'avait encore en mains; il l'appelle hanc de cruce 
benedictîonem ; il ne sait pas encore si Sulpice déposera ce 
fragment dans son autel, ou s'il le gardera par devers lui 
comme relique portative (Ep. xxxii, 8); c'est donc que Sulpice 
n'a pas encore répondu à la lettre XXXT. Les deux lettres 
sont parties ensemble ; comme elles sont arrivées à Primu- 
liacum avant la publication de la Chronique, commencée en 
fin 400 ou au début de 401, il faudra les placer plutôt en 402 
qu'en 403. 

Les lettres XXXI-XXXII sont les dernières pièces conser- 
vées de la correspondance de Paulin et Sulpice. On a eu bien 
tort de conclure qu'ils aient cessé, vers 40^-403, de s'écrire, 
et il est singulier de supposer que la circulation des cour- 
riers ait été depuis lors rendue impossible par l'invasion bar- 
bare', laquelle ne se produisit qu'en 407, et n'aurait pu 
avoir qu'un effet passager. Il est certain qu'en 404, Sulpice et 
Paulin s'écrivaient ^, et probable qu'ils s'écrivirent encore bien 
des années plus tard. Le fait qu'aucune lettre postérieure 
à 402-403 ne s'est conservée, alors que des huit années précé- 
dentes nous avons au moins une lettre de Paulin par an, et 
peut-être toutes ses lettres, ne peut être dû au hasard. Du 
vivant de Paulin, saint Augustin connaissait une des lettres 
de Paulin à Sulpice 3. Il n'est pas probable qu'elle lui soit par- 
venue isolément, et l'on sait d'ailleurs que deux religieux 



1. Reinelt, pp. 38-39. — On ignore la date du poème XXIV, à Cythérius, 
où Sulpice est cité au vers 715. 

2. Sulpice, Dial. III, 17. 3. 

8. Augustin, ep. clxxxvi, 40, écrite en 417 (Migne, t. XXXIII, 
col. 831). 



PAULIN DE NOLE, SDLPICE SÉVÈRE, SAINT MARTIN. 29 

aquitains s'occupaient de collectionner les lettres tle Paulin *. 
Il y a des chances pour que, vers 403-404, un recueil de ces 
lettres ait été constitué, et que de ce recueil proviennent la 
plupart des lettres que nous possédons, et notamment les 
douze lettres à Sulpice^. 



II 



LA CHRONOLOGIE DES NATALICES DE PAULIN, 

Paulin eut de bonne heure une dévotion particulière à saint 
Félix de Noie. Depuis l'année 395, il lui offrit chaque année, 
pour le jour de sa fête qui tombait le 14 janvier, la dédicace 
d'un poème anniversaire ou Natalicium. Les Natalices, dont 
treize ont subsisté (plus un fragment), ont été réunis en un 
recueil spécial, où ils étaient rangés par ordre chronologique'. 
Nous possédons de ce Livre de saint Félix en treize articles 
plusieurs anciens exemplaires manuscrits, complets et incom- 
plets. Les treize poèmes portent, dans les manuscrits complets, 
des indications numériques telles que : Incipit laus anni 
primi... Incipit anni secundi... Incipit terlia... Incipit 
quartus^. 

Une première variante dans la numérotation traditionnelle 
tient à ce que, dans deux des trois manuscrits complets (AD), 
le premier poème, écrit par Paulin en Espagne et a la veille de 
son départ pour Noie, est appelé Préface et mis hors série, la 
série ne comprenant par suite que douze articles, tandis que 
dans le troisième manuscrit (E) les treize poèmes sont numé- 
rotés de 1 à 13. Bien que la première de ces deux numérota- 
tions soit certainement la primitive, j'adopte, pour plus de 
commodité, la numérotation de 1 à 13. 

Mais il y a, dans l'ordre où les treize pièces sont rangées 

1. Paulin, ep. xli, 1. 

2. Ku comptant XXII et XXX pour une seule lettre. 

?>. Voir au tome II du Paulin de Vienne (t. XXX du Corp. Scr. Eccl- 
Lat.) l'introduction de l'éditeur, M. de Martel, p. xxii. 
4. Ibid., p. XXV, ms. D. 



30 E.-CH. BABUT. 

dans les manuscrits, un désaccord plus grave. Ce désaccord 
apparaîtra bien dans le tableau ci-dessous, que j'emprunte à 
l'éditeurM. de Hartel, et qui nous donne, pour chacun des neuf 
manuscrits des Natalices, la série des pièces qu'il contient, 
dans l'ordre où elles y sont rangées. Les numéros désignant 
les poèmes sont ceux de toutes les éditions modernes de Paulin. 

ADE 12 13 U 15 16 18 23 26 27 28 19 20 21 

19 21 



Q 


12 


13 


14 


1.5 


16 


18 


23 


26 






^ 


12 


13 


14 


15 




18 


23 


26 


27 


28 


B 


12 


13 


14 


15 


16 


18 


23 


26 


27 






12 


13 


14 


15 
15 


16 

16 


18 
18 




26 


28 
28 


27 
27 



On voit que l'ordre des pièces (en négligeant les lacunes 
de ATGR) est rigoureusement constant dans tous les manus- 
crits, à cela près que les deux poèmes 27 et 28 sont rangés 
dans les trois manuscrits TGR dans l'ordre 28-27. . 

La table généalogique des manuscrits qu'a dressée l'éditeur 

est la suivante : 

Arch. 

/\ 
ADQ X 

/\ 
BET GR 

Oo voit clairement par cette table que le manuscrit perdu x 
donnait certainement les deux poèmes dans l'ordre 28-27, 
commun à TGR. Ainsi des deux branches de la tradition, l'une 
donne l'ordre 27-28, l'autre 28-27. Comment choisir? 

M. Reinelt a fait voir, et il est possible de confirmer ses 
raisons, que l'étude des deux, pièces fournissait des raisons 
décisives de préférer l'ordre 28-27 ; 

1? Le poème 28 doit avoir immédiatement suivi le poème 26. 
A la fin de cette dernière pièce (v. 395-412), Paulin célè- 
bre un tout récent miracle de saiot Félix, l'extioction d'un 
incendie dans les dépendances de la basilique qui lui est dédiée 
{Pavor e terrore recenli. — Vibrât adhuc animas...). Pas 
de description du sinistre; 15 vers pour un tel événement: 
le prolixe Paulin aura manqué de temps, l'échéance du 14 jan« 
vier étant proche. — 11 prit sa revanche de cette brièveté 



PAULIN DE NOLE, SULPICE SÉVÈRE, SAINT MARTIN. 31 

involontaire, et il la prit dans le poème 28, où il consacre 
cent vers (60-166) à l'incendie et au miracle, et où il donne le 
fait comme récent encore (au v. 61, nui^er). Il est par suite 
très probable que, le poème 26 étant celui de 401, le 28» 
doit être celui de 402. — On ne dira pas que dans le 
poème 27 Paulin n'avait pas eu l'occasion de raconter le 
miracle, car il fait allusion, au vers 363 de ce poème, à la 
masure {ohscurum tectum) qui a brûlé. 

2" Les deux poèmes 27 et 28 ont pour objet les travaux 
que Paulin a fait faire à Noie : construction d'une église 
neuve, remise à neuf et décoration de l'ancienne église 
Saint-Félix et du portique rectangulaire placé devant la 
façade. Or, il est dit dans le poème 28 que les travaux exé- 
cutés ont duré plus de deux ans (v. 268-269 : annis sudata 
duobus — tertius eœplicuit), et l'on voit au poème 27 
qu'ils ont duré plus de trois ans. Paulin, en effet, affirme ici 
qu'il y a employé tout le temps qui s'est écoulé entre la pre- 
mière et la seconde visite de Nicétas de Remesiana (v. 350- 
351 : totoquo de fuit... tempore), et, d'autre part, qu'entre ses 
deux visites il s'est écoulé plus de trois ans (v. 333, Venisii 
tandem, quarto mihi redditus anno)'^. 

3° M. Reinelt fait une dernière remarque, qui lui paraît 
suffire à elle seule à établir que le poème 28 est antérieur 
au 27*. Le poème 28, dit-il, nous montre Paulin plein de la 
joie et de l'orgueil des importants travaux qu'il a accom- 
plis. Son église neuve est debout, l'église ancienne a été assez 
rajeunie pour que l'ensemble des constructions présente un 
aspect harmonieux ; le poème n'est qu'une large description 
de tout le système des édifices et des cours. Quant au 
poème 27», interminable, il s'ouvre par une introduction 
de 344 vers sur la fête de saint Félix, sur l'arrivée de Nicétas, 
sur le sens allégorique d'un texte de la Genèse. Et quand Tau- 

1. Notons que Nicétas est parti après son premier séjour, dans la 
belle saison (poème 17, particulièrement v. 25 et suiv.), celle des grands 
voyages, et qu'il est revenu, trois ans après (supputation romaine), à la 
fin de l'année. Car il a assisté à la fêle du 14 janvier, et il est arrivé assez 
tôt pour que Paulin écrivit cinq cents vers du poème 27 (v. 147 à 647). 



32 E.-CH. BABUT. 

leur en arrive enfin à parler de ses édifices, c'est pour ne 
décrire que de raenu^ détails, comme les lampes du sanctuaire. 
Si la matière lui l'ail défaut, c'est qu'il traite un sujet qu'il a 
déjà presque épuisé, — dans le poème 28. 

Suivons Paulin et Nicétas dans la promenade qu'ils font 
ensemble à travers les édifices voués à saint Félix (Poème 27). 

Ils entrent dans le cortile de l'incendie, et contemplent la 
façade nettoyée et décorée à nouveau de la basilique ancienne 
(v. 364-381); ils passent le porche de la basilique, et Paulin 
signale à son hôte le plafond caissonné qui vient d'être achevé, 
et les lampadaires qui ont été pendus aux solives (381-394). 
Puis, revenus sous le portique du même corlile, ils jettent un 
coup d'œil sur les petites salles ménagées sur l'un des côtés 
du portique, à l'usage des hôtes de saint Félix, et munies de 
reliques (395-402). Après une digression sur les reliques (403- 
454), la visite reprend : porche de l'église ancienne (455-462); 
fontaines, alimentées par' des citernes (463-479); communi- 
cation, par un autre côté du coriile, avec l'église neuve, et 
jonction des deux églises contiguës (480-490). Une nouvelle 
digression (491-510) nous apprend que le Christ se complaît 
aux vastes édifices. Paulin revient alors à ses bâtiments, pour 
énumérer les sujets bibliques des peintures de son même 
grand portique (51 1-541 et 596-635). Cette partie finale du 
poème n'est interrompue que par une dernière digression sur 
l'usage, qui ne faisait alors que commencer {raro more), 
de décorer les édifices sacrés de peintures murales (542-595). 

Il n'est pas exact de dire que le poème 27^ soit consacré 
aux détails de la construction. Il a pour sujet le cortile de l'in- 
cendie. A part l'introduction, ce n'est que le récit d'une pro- 
menade autour du portique restauré du grand atrium. Pauliu, 
conduisant Nicélas, ne sort de cet espace quadrangulaire qu'à 
deux reprises, et chaque fois pour un moment (381-394, et 480- 
490). A peine fait-il mention (v. 458 et 482) de l'église neuve. 
Aussi peut-on affirmer que le poème 27 n'est qu'un com- 
plément du poème 28. Paulin n'y a voulu décrire que 
les travaux exécutés pendant la dernière année; et sauf le 
plafonnage à neuf et quelques embellissements de la vieille 



PAULIN DE NOLE, SULPICE SEVERE, SAINT MARTIN. 



33 



église, on n'avait fait autre chose, depuis un an, que de res- 
taurer le portique de la grande cour. 

S'il fallait une dernière confirmation, on la trouverait 
dans un mot du poème 28 ( v. 53-54), où Paulin oppose Varea 
exlerior, qui est la même grande cour, a une autre cour 
{area inlerior, v, 28) qui touchait à trois basiliques. Il était 
obligé de convenir que la première, celle de l'incendie, si elle 
était plus spacieuse, était aussi plus négligée {aeqùore major, 
cullu minor^). Il n'eiit certainement pas dit cela après la 
réfection complète que nous fait connaître leNatalice suivant, 
et ce mot du poème 28 est comme l'annonce des derniers 
travaux que l'on voit accomplis au poème 27. 

Je conclus que l'antériorité du poème 28 est évidente. 
N'y aurait-il par ailleurs, dans la série des treize pièces telle 
que nous la présentent les manuscrits, aucune autre inter- 
version, ou n'y aurait-il pas quelque lacune? La table généa- 
logique des manuscrits doit à cet égard nous rassurer entière- 
ment. L'éditeur du texte n'a constaté dans le texte des Nata- 
lices aucune faute commune à tous les manuscrits, et a fait 
remonter à l'original la bifurcation de la tradition en deux 
familles. Ainsi la série des pièces, en tant qu'elle est attestée 
par la totalité des manuscrits, est bien la série originelle. — 
Au surplus, on verra plus loin qu'il y a corrélation entre la 
chronologie des Nalalices et celles des Lettres à Sulpice. En 
confirmant les dates des Lettres, les dates des Natalices se vé- 
rifieront elles-mêmes. — Nous pouvons dès lors dresser comme 
il suit la table des Natalices conservés, avec leurs dates : 



Nat. 1. Poème 12, 14 janvier 3'J5 



Nat. 8. Poème 26, 14 janvier 402 



2. 


— 


13, 


— 


396 


— 9. 


- 28, 


— 


403 


3. 


„- 


14, 


— 


397 


— 10. 


— 27, 


— 


404 


4. 


— 


15. 


— 


398 


— 11. 


- 19, 


— 


405 


5. 


— 


16, 


— 


399 


— 12. 


- 20, 


— 


406 


6. 

7. 


— 


18, 
23, 


z 


4(J0 


— 13. 


- 21, 


— 


407 



1. Au poème 27, v. 370, Paulin dira, en effet, que la réparation de 
la grande cour s'imposait : Namque hune res poscere cultum — Ipsa 
videbatur. 

ANNALES DU M DI. — XX 3 



34 E.-CH. BABUT. 



III. 



CONFIRMATIONS. 



La série des Natalices va nous aider à vérifier la chrono- 
logie déjà établie des Lettres. Tout d'abord, serait-il possible 
de confirmer les déductions par lesquelles Rauschen a fixé en 
395 l'établissement de Paulin à Noie, la Lettre I, le Natalice I ? 
On se rappelle qu'avant lui, le terme Initial des deux séries 
de documents était fixé un an plus tôt, en 394*. 

Le Natalice XIII, ou poème 21, qui, d'après la table pré- 
cédente, fut lu le 14 janvier 407, a été écrit alors que l'Italie 
venait d'être délivrée d'une grande terreur. Les Getae mar- 
chaient déjà sur Rome par les routes de la montagne (v. 10 
ipsisjam faucibus urMs), quand une grande victoire romaine 
les avait arrêtés; au nombre des morts de la journée se trou- 
vait leur roi (v. 20). — Il s'agit évidemment ici de la victoire 
remportée par Stilicon à Fiesole, sur les Goths de Radagaise. 
Or cette victoire est bien de 406. Prosper la place en 405, 
Marcellin en 406, le chroniqueur de 452 en 407 2; un autre 
fragment de chronique, plus explicite que tous les autres et 
qui procède des Annales consulaires de Ravenne, en 406^. 
Une donnée certaine est fournie par deux décrets d'Honorius, 
datés des 17 et 19 avril 406, qui appellent sous les armes, 
en raison du péril pressant de l'Etat, les esclaves avec les 
hommes libres*. Tillemont se décide, malgré ce texte, à placer 
la bataille de Fiesole en 405 : c'est que, l'établissement de 
Paulin à Noie datant pour lui de 394, il est forcé de dater le 
Natalice XIII de janvier 406; et il ne peut découvrir pour- 
quoi la patrie romaine, en avril 406, était déclarée en danger^. 

1. M. Brochet (v. ci-dessus) et M. Baudrillart {S. Paulin de Noie, 
2' éd., Paris, 1905, p. 58), écrivant après Rauschen, maintiennent la date 
de 394. 

2. Mommsen, Chronica minora, t. I, p. 405; t. II, p. 69; t. I, p. 652. 

3. Ibid., t. I, p. '2!)9 {Additainenta Haunie/isici ad Prosperiwi). 

4. Cod. Theod. VII, XIII, 16-17. Cf. Tillemont. Hist. des Emp. t. v, p. 806. 

5. Il n'y a pas à penser à la grande invasion des Vandales et dea 



PAULIN DE NOLE, SDLPICE SEVERE, SAINT MARTIN. 36 

— La date de 406 s'impose pour la bataille de Fiesole (encore 
que tous les historiens modernes répètent l'erreur de Tille - 
mont), et pour le poème 27 la date dé 407, qui confirme 
celles des douze premiers Natalices'. Ceci dit, les synchro- 
nisraes que l'on peut établir entre les Lettres et les Natalices 
sont les suivants : 

l" On verra un peu plus loin que le Natalice IV ou poème 15, 
composé pour le 14 janvier 398, a été inspiré à Paulin par la 
lecture, évidemment toute récente, de la Vie de saint Mar- 
tin. Nous avons donc eu raison de dater de 397 la lettre XI, 
par laquelle Paulin répond à l'envoi de la Vie. 

2» L'évêque Nicétas de Rémésiana se trouvait à Noie le 
14 janvier 404 (Natalice X ou poème 27). Il y était certai- 
nement arrivé plusieurs semaines auparavant, car le poème 
de 647 vers où Paulin célèbre sa présence (le nom de Nicétas 
y apparaît au vers 151, et reparaît sans cesse dans la suite), 
n'a pu être improvisé à la veille de la Saint-Félix. Nicétas est 
donc arrivé à Noie en fin 403. Or, Paulin, au vers 333, dit à 



Suèves en Gaule ; car un péril gaulois motiverait mal les décrets d'Hono* 
rius, et suivant Prosper les Barbares n'entrèrent en Gaule que le 31 dé- 
cembre 406. 

1. On pourrait tirer une confirmation analogue du poème 26 ou 
Natalice YIII (402), composé pendant une autre invasion, alors que la 
Campanie elle-même redoutait l'approche des Gètes et des Alains (vers 
22-28; 55; 68-74; 103-104; 414; 425-429, etc.). 11 s'agit de la première 
invasion d'Alaric, qui finit par la demi-victoire de Stilicon à PoUentia. 
Il y a accord des chroniques pour dater Pollentia de 402 (Hodgldn, 
Italy and her invàders, vol. I, part. II, Oxford, 1892, pp. 711 et suiv.). 
Mais Alaric était-il entré en Italie le 18 novembre 400, ou le 18 novem- 
bre 401 ? Il y a quelque incertitude sur ce point, bien que, même sans 
tenir compte du poème de Paulin, il y ait une forte probabilité pour la 
date du 18 novembre 4U0. — A la rigueur donc, la date de 401 que l'an- 
cienne chronologie assignait au poème 26 serait conciliable avec les 
faits ; car en décembre 400 Paulin savait l'Italie envahie. C'est pourquoi 
je renonce à tirer argument du poème 26. — 11 faut remarquer pour- 
tant que si Alaric n'est entré dans le Frioul que quelques semaines aupa- 
ravant, on s'étonne d'apprendre j)ar Paulin que déjà une anxiété pro- 
fonde règne jusque dans les provinces du Midi. Ce que Paulin dit des 
combats livrés, des villes qui rebâtissent leurs murs, semble indiquer 
que la guerre dure depuis quelque temps, et l'année 402 convient certai- 
nement mieux au poème 26 que l'année 401. Notons aussi que le 
poème suivant ne contient plus aucune allusion au péril de l'Italie, pour- 
tant aggravé, si le poème 26 est de 401. 



36 E.-CH. BABUT. 

Nicétas : Venisti tandem quarto mihi redditus anno. 
A compter les années à la mode latine, il faut entendre que 
le premier séjour de Nicétas à Noie, lequel avait eu lieu dans 
la belle saison, datait de trois ans auparavant. Nicétas avait 
donc séjourné à Noie en 400. Or, c'est bien en 400 que nous 
avons été conduits à placer la lettre XXIX, où Paulin men- 
tionne à Sulpice la première arrivée de Nicétas (Ep. xxix, 1 *). 
3" On a vu qu'entre les Lettres XXXI et XXXII, que j'ai 
datées ensemble de 402, s'insérait la dédicace de l'église neuve 
de Paulin. Cette date s'accorde-t-elle avec les indications four- 
nies par Paulin sur ses bâtisses, dans ses deux Natalices de 
403 et de 404? — Paulin, dans sa lettre XXXII, ne parle que 
de son église neuve; il ne dit rien de la restauration de l'église 
ancienne (en janvier 403, voir poème 2S, v. 196-228, l'église 
ancienne était déjà restaurée); il y a donc apparence que 
les travaux qu'il fit faire ont commencé par la construc- 
tion neuve. — Il dit d'ailleurs au poème 28 (v. 187) que la 
dédicace d'une chapelle baptismale et de fonts baptismaux 
dans l'église ancienne eut lieu à la Saint-Félix de 403, et l'on 
voit au poème 27 (356-357) que Nicétas, le 14 janvier 404, 
consacra les dernières constructions, c'est-à-dire sans doute 
les petites loges pourvues de reliques qui flanquaient le porti- 
que de la grande cour. La dédicace des divers édifices a donc 
été célébrée en plusieurs fois, et la date la plus indiquée pour 
la dédicace de l'église neuve est bien l'année 402 '. 



IV. 



L ANNEE DE LA MORT DE SAINT MARTIN. 

J'ai dit plus haut que la Natalice IV, de 398, offrait des 
allusions certaines à la Vita Martini. On a sur l'année de la 



1. La basilique de Paulin, qui s'ajoutait à quatre basiliques déjà grou- 
pées autour du tomboau du saint, ne devait être, par ses dimensions, 
qu'une chapelle, et il n'est pas étonnant qu'on ait pu la consacrer un peu 
moins de deux ans (4U0-4U2) après l'ouverture du chantier. 



PAULIN DE NOLE, SULPICE SEVERE, SAINT MARTIN. 37 

mort de saint Martin deux traditions différentes. D'après 
Sulpice-Sévère (Dial., II. 13, 6), saint Martin aurait vécu 
seize ans après la condamnation des priscillianistes, a Trê- 
ves, en 385, c'est-à-dire jusqu'en 401. D'après Grégoire de 
Tours ^ saint Martin mourut la seconde année du règne d'Ho- 
norius et d'Arcadius, sous le consulat d'Atticus et de Caesa- 
rius, qui tombe en 397, Les érudits modernes se sont partagés 
entre les deux traditions, depuis Baronius qui adopta l'an- 
née 397 et Pagi qui tint pour 401. M^"" Duchesne a fait voir 
que, bien que Sulpice. soit un contemporain de Martin et que 
Grégoire n'ait succédé au saint qu'après deux siècles, la vrai- 
semblance était pour que Grégoire élit raison 2. il est inutile 
de résumer les arguments de cette discussion séculaire, où les 
seuls témoignages certains étaient négligés. 

Rappelons au préalable deux faits déjà mentionnés : Sul- 
pice a écrit la Vita Martini quelques semaines ou quelques 
mois avant la mort du saint. Il ne l'a publiée, et en particu- 
lier ne l'a envoyée à Paulin de Noie qu'après la mort du 
saint 3, Prouver qu'en 397 Paulin avait en mains la Vita 
Martini, c'est prouver que saint Martin était mort. 

Les trois premiers Natalices de Paulin avaient été de courts 
poèmes de circonstance ^ Il entreprit, pour la fête du 14 jan- 
vier 398, de versifier une copieuse Vie de saint Félix. Quand 
il eut écrit trois cent soixante et un vers, n'étant arrivé qu'à 
la moitié de son récit, il en remit l'achèvement à l'année sui- 
vante. Cette Vie de saint Félix, formée des deux poèmes de 
398 et 399, est la première en date des très nombreuses vies de 
saints imitées de la Vie de saint Martin. 

Saint Félix, comme saint Martin, est de naissance relevée et 
fils d'un officier de l'armée ^ Il a, lui aussi, bien qu'originaire 



1. De Virt. S. Martini, I, 38. — Hist. Fr., I, 48 et X, 31. 

2. Fastes épiscopaux, t. II, p. 282. 

3. Cf. ci-dessus, p. 7-8. 

4. 39, 35 et 135 vers. 

5. Paulin ne dit pas, dans son poème de 398, que le père de Félix fût 
officier; mais il répare cet oubli dans le résumé du poème 15 qu'il fait 
au poème 16 ou NataliceV : Nam pater emeritis sub Caesare vixerat 
armis (v. 22). 



38 E.-CH. BABDT. 

d'une autre province, été conduit en Italie; toutefois (et c'est 
par l'étrangeté de ces deux vers que l'imitation se révèle le 
mieux) il est venu en Italie avant d'être né ou même d'avoir 
été conçu; car c'est, à proprement parler, son père qui y est 
venu : 

Paulin, poème XV, v. 61 : 

Gui nobile ductum — Ex oriente genus. 

Cf. Sulpice, V.M.,2,i: 

Parentibus secundum saeculi dignitatem non infimis. 

Poème XV, v. 57 : 

Debitus Inde Deo Félix, genitore profecto 
Italiam necdum genitus, tameu in pâtre venit. 

Gf. y. M., 2, 1 ; 

Igitur Martinus Sabaria Pannoniarum oppido oriundus fuit, sed 
intra Italiam Ticiui altus est. 

Étant entré dans le clergé, Félix fait, à l'exemple de saint 
Martin, un stage dans l'ordre des exorcistes (poème XV, 
V. 108-110; V. M., 5, 2). Un peu plus tard, ses vertus déjà 
reconnues, une guérison qu'il opère rappelle de près un mira- 
cle de saint Martin : 

V. 279 î 

Sed neque clamatu est neque pulsu mobile corpus 
Jam simile cxanimo; modicus tamen ultima vitae 
Flatus et internae prodit trepidatio librae, 

Cf. V. M., 16, 2-4 : 

Omni ex parte praemortua vix tenui spiritu palpitabat... solo 
spiritu vivit, jam carne praemortua. 



PAULIN DE NOLE, SDLPICE SÉvÈRE, SAINT MARTIN. 39 

Quand, enfin, Paulin s'écrie que l'on a vu un homme seul, 
sans autre armure que sa foi, triompher d'une multitude de 
soldats en armes, nous sommes assurés qu'il a présent à l'es- 
prit un épisode de la Vita Martini : 

V. 146 : 

... CUJU8 virlnte vel unus 
Fortior inriumeris, pietate armatus inermi 
Armatos feiTO, sed inermes corpora Ghristo 
Proslernit sui^erante fide : 

Cf. V. M., 4, 5 : 

Anle aciem inermis adstabo et in nomine Domini lesii, eigno 
cruels, non clipeo protectus aut galea, hostium cuneos penetraho 
securus..., etc. 

Il est acquis que Paulin, composant à la fin de l'année 397 
son IVe Natalice, avait en mains la Vita Martini. 11 l'avait 
depuis le printemps de 397, car la lettre XP, par laquelle il 
en accuse réception, est du printemps '. 

Voudra-t-on que Paulin n'ait reçu la Vita Martini qu'à la 
fin de 397, en ait aussitôt tiré parti pour son Natalice de 398 et 
ait ensuite répondu à son ami par la lettre XI, que l'on repor- 
terait au printemps de 398? Mais alors on n'aurait plus de 
lettre {)Our l'année 397, et il deviendrait par contre impossi- 
ble de resserrer sur les deux années 398 et 399 les trois pa- 
quets (10 XI; 2° XVII; 3° XXVII, XXIl-XXX) antérieurs à la 
lettre XXUl, qui est de 400; jusqu'au moment de la let- 
tre XXIII, en effet, il y avait régulièrement un envoi par au 
et un seul. De plus, si Paulin avait retenu le messager de 
Sulpice depuis la fin de 397 jusqu'au printemps, il devait, 
d'après ses habitudes, s'en expliquer dans la lettre XI'. La 
lettre XI est donc bien du printemps de 397, 

1. Ep. xvii, 1 : « Nam et illam aestatem , quae pueroïum nostrorum 
ad te reditum consecuta est. » 

2. Cf. ép. V, II; XVII, 2; xxviii, 3. Ce n'est qu'à partir de 4(30, lorsque 
Victor eut commencé ses services, que le courrier de Sulpice fit réguliè- 
rement plusieurs mois de séjour à Noie. 



40 E.-CH. BABDT. 

Tenons compte du temps nécessaire pour que la nouvelle 
de la mort de saint Martin soit parvenue à Sulpice ; pour que 
Sulpice écrivît sa lettre II, publiée conjointement avec la Vie; 
pour qu'un courrier fît le trajet des environs de Toulouse, sé- 
jour habituel de Sulpice, à Noie : saint Martin ne peut avoir 
vécu au delà des trois premiers mois de 397. Tel est le termi- 
nus ad quem; le terminus a quo est la fin du mois d'octo- 
bre 396, pendant lequel Sulpice se trouvait à Tours auprès de 
luii. 

Pourrait-on serrer l'approximation? Sulpice a écrit la 
lettre II aussitôt après avoir su la nouvelle de la mort de 
saint Martin. Il est possible qu'à ce moment il eiit reçu le 
Natalice III de Paulin (poènie XIV), composé pour le 14 jan- 
vier 397. Voici les passages parallèles du poème et de la 
lettre : 

lo Paulin, Carm., xiv : 

V. 4. ... Gœlestem nanctus sine sanguine martyr honorem... 
10. Martyrium sine caede placet, si prompta ferendi 

Mensque fidesque deo caleant; passnra voluntas 

Sufficit et summa est meriti testatio voli... 
21. Denique nil inpar lus, qui fudere cruorem, 

lestibus et titulo simul et virtute recepti 

Martyris ostendit merituni, etc. 

Sulpice, Ep. II, 8-12 : 

Est enim ille consertus apostolis ac profetis, et ... in illo jus- 
toruoa gi'ege nidli secundiis. Nani licet ei ratio temporis non 
potuerit praestare mai-tyrium, gloria tamen martyris non carebit, 
quia volo adque virtute et potuit esse martyr et voluit... Implevit 
tamen sine encore martyriwin. 

1. En effet, Sulpice est auprès de saint Martin pendant le concile de 
Nîmes [DiaL, II, 13, 8). Ce concile fut tenu le 1" octobre, sous le consulat 
d'Honorius et d'Arcadius, c'est-à-dire en 894, 396 ou 401. L'année 401 est 
hors de cause; à l'argument par lequel Me'' Ducliosne {Fastes, I, 346) 
exclut l'année 394, il faut ajouter que cette date est incompatible avec 
toute la chronologie dos lettres de Paulin et de Sulpice. Notons qu'après 
son séjour à Tours, Sulpice, avant d'apprendre la mort de saint Martin, 
a eu le temps d'écrire la Vie et même de la laisser dormir quelques 
«emaincs. 



PAULIN DE NOLE, SULPICE SEVERE, SAINT MARTIN. 41 

2o Carm., xiv, v. 130 : 

Regnantem, Félix, comitaberis agnum. 

Ep. II, 8 : 

Agnum ducem ab omni integer labe comitatur. 

La similitude de ces deux derniers membres de phrases est 
peu significative. Sulpice s'est souvenu directement, comme 
le prouve l'épithète ab omni integer labe, du mot de l'Apo- 
calypse (xiv, 4) : Virgines enim sunt ; ht sequunlur Agnum 
quocumque leHt. — Dans les deux textes parallèles sur le 
martyre dj Félix et de Martin, au contraire, il pourra paraître 
à première vue que Sulpice a certainement imité Paulin; 
mais il faut faire attention qu'aucune idée n'est plus banale, 
chez les écrivains chrétiens du temps, que celle du marly- 
rium, sine sanguine. Saint Cyprien l'avait le premier déve- 
loppée, pour prouver que de simples confesseurs pouvaient 
égaler en mérite des martyrs consommés; on voit le thème 
repris au temps de Sulpice, pour justifier les honneurs rendus 
aux ascètes, par Ambroise, Jérôme, Augustin ^ Paulin lui- 
même avait déjà écrit en 395, dans son premier Natalice 
(poème XII, v. 8) : Vectus in aelherium, sine sanguine 
martyr honorem. Le parallélisme des deux passages de Pau- 
lin et de Sulpice peut donc s'expliquer par une rencontre for- 
tuite. Si l'on croyait l'imitation établie, l'imitateur ne pouvan^ 
être que Sulpice^, ïl faudrait admettre que le Natalice III a 
été envoyé par Paulin à son ami en fin 396 ou janvier 397 
(saison où les voyages étaient fort rares) ; la lettre à la- 
quelle ce poème aurait été joint serait nécessairement la 
lettre V, que Sulpice reçut avant d'écrire la Vie., et il fau- 



1. Textes cités par Lucius, Die A)ifâ?ige des Heiligenkults, Tubingiie, 
1904, pp. 396-397. 

2. Sulpice est à Tours le 1" oct. 396. Il est impossible qu'entre le 
l" oct. et la fin de l'année il soit rentré chez lui ; ait composé la Vie ; 
l'ait laissée dormir quelque temps; ait eu la nouvelle de la mort du saint; 
ait écrit la lettre II et publié la Vie; qu'enfin son messager soit arrivé à 
Noie avant que Paulin eût composé son Natalice de 397. 



42 E.-CH. BABUT. 

drait repousser la lettre V jusqu'à cette date extrême. En ce 
cas. la Vie de saint Martin devrait avoir été composée vers 
février-mars 397, et la mort du saint, qui survint après l'achè- 
vement du livre, serait à peu près du mois de mars de la même 
année. Mais cette conclusion ne s'impose pas, car il est dou- 
teux, malgré la rencontre de mots votutn, virius-, que la 
lettre II de Sulpice soit imitée du Natalice de 397. 

Il faut donc s'en tenir aux limites posées ci-dessus : saint 
Martin est mort au plus tôt en novembre 396, au plus tard 
aux premiers jours du printemps de 397. Notons pourtant que 
Grégoire n'aura pas sans motif rejeté l'indication chronolo- 
gique de Sulpice et donné la date de 397; il y a chance pour 
qu'il ait trouvé cette date du consulat de Césaire et d'Atticus 
attestée dans les archives de son église. Entre les limites cer- 
taines que l'on vient de fixer, la probabilité est pour ies pre- 
miers mois de l'année 397. 



LE JOUR DE LA MORT DE SAINT MARTIN. 

Tous les historiens de saint Martin, sans exception, ont 
admis que le 11 novembre, fête de la déposition du saint, 
était l'anniversaire authentique de sa mort ou de son inhu»- 
mation, Il faut dire pourquoi je n'ai cru devoir tenir aucun 
compte de cette indication de jour. 

Ceux qui se fient à la date du 11 novembre admettent, au 
moins implicitement, que la fête de ce jour a été instituée dès 
après la mort du saint. Or Sulpice ne dit rien de cette fête 
(notons que les Dialogues sont de 4.04). Il est de plus très peu 
probable qu'il y ait eu dans l'église de Tours, au début du 
v^ siècle, un culte officiel de saint Martin. Bricius, son succes- 
seur, avait été et restait son ennemi'. Entre martiniens et 
anti-niartiniens, à Tours, on se querella pendant tout son long 
épiscopat et même plus tard encore ; vers 430, les martiaieng 

1. Sulpice, Dial., III, 15-16 ; Grégoire de Tours, Jlist. Fr., II, 1, et X, 31. 



PAULIN DE NOLE, SDLPICE SÉVÈRE, SAINT MARTIN. 43 

.parvenaient à chasser pour im temps de son siège le vieil ad- 
versaire de leur maître, et pendant son absence forcée créaient 
deux évoques intrus. Est-il vraisemblable que ce Bricius ait 
établi une fête de saint Martin? 

II n'en établit pas, et aux environs de 465 on ne célébrait 
à Tours ni la Saint-Martin de novembre, ni la Saint-Martin de 
juillet (4 juillet). C'est à ce moment, en effet, que Paulin de 
Périgueux composa, sur la demande de l'évêque de Tours Per- 
pétuus, sa traduction métrique en cinq livres de la Vie et des 
Dialogues de Sulpice ' . Il y ajouta un sixième livre qui est pour 
nous bien plus précieux : c'était un De Virtutibus sancli 
Martini^ composé par Perpétuus lui-même, et que Paulin 
n'avait fait que mettre en vers; un recueil de ces bulletins de 
miracles accomplis au saint tombeau, dont Grégoire de Tours 
devait au siècle suivant remplir quatre livres. Or il n'est 
jamais question, dans le livre de Perpétuus-Paulin, d'une fête 
propre de saint Martin. Tandis qu'une notable partie des gué- 
risons rapportées plus tard par Grégoire ont lieu au moment 
des deux solennités du 11 novembre et du 4 juillet, notre De 
Virtutibus du v*^ siècle ne spécifie aucune date, ne mentionne 
jamais de jours privilégiés. Comment les jours de grands pèle- 
rinages n'auraient-ils pas été alors, comme ils le furent au 
vi^ siècle à Tours même et comme ils le sont encore dans nos 
sanctuaires analogues, des jours d'élection pour les miracles? 

— « Il y a, dit le livre de Perpétuus-Paulin, un jour où 
chaque année le peuple (de Tours) rend au saint un hommage 
solennel : c'est le jour de la fête de Pâques. » 

(vi, 351) : 

Obsequium solemne pio déferre quotannis 
Adsuevit populus, reducis cum circulus anni 
Instauraret ovans sanctae solemnia Paschae... 

Et le livre décrit ensuite les cortèges et cérémonies qui 
étaient en usage ce jour-là. Il serait difficile de trouver une 

1. Édition Petschenig, t. XVI du Corp. Scr. Eccl. Lat. de Vienne. 



44 E.-CH, BABUT. 

attestation négative plus claire. Le jour où se célèbrent les 
solennités propres de saint Martin est lejour de Pâques; il n'y 
a donc pas de fête spéciale de saint Martin. Je n'ai pas à cher- 
cher ici l'origine véritable des deux fêtes. Il suffit d'avoir 
montré que la fête du 11 novembre a été établie plus de 
soixante ans après la mort du saint, et qu'il n'y faut voir 
probablement qu'un anniversaire conventionnel. 

Les conclusions de ce travail tiennent en trois lignes : on a 
vu, à la page 12, le tableau des dates des douzs lettres de 
Paulin de Noie à Sulpice-Sévère ; les Natalices de Paulin, qui 
par deux ou trois points intéressent l'histoire générale, s'éche- 
lonnent (Rauschen) du 14 janvier 395 au 14 janvier 407. — 
Saint Martin est mort entre le mois de novembre 396 et le 
début du printemps de 397, et la date obituaire du 11 novembre 
ne peut être admise comme authentique. 

E.-Ch. Babut. 



MKLANGES ET DOCUMENTS 



I. 



LES CHAPITRES DE PAIX ET LE STATDT MARITIME DE MAR- 
SEILLE, TEXTE PROVENÇAL DES XIIl^ ET XIV« SIECLES. 

(Suite^.) 

(XXXIII). Que devet de viandas e[t) de leinhas e{t) de leinnams 
e{t) d'autras causas non sian fatz. 

Item, devet d'alcunas viandas o de leinnas o de leinnams, 
encaras d'alcunas cauzas portadoiras o nienadoiras a 
Mass'. de la terra del senher comte de Proenssa o de Fol- 
5 calquier o de la dona coratessa o dels lurs hères per los 
homes de Mass'. o per alcuns autres per mar o per terra, 
non faran als homes de Mass'. o ad alcuns autres fazentz o 
volentz far aport de las sobre dichas cauzas, ni consenti- 
ran ni sostenran quel ditz deve(n)tz si fassa en alcun tems 

iO le senher coms o la dona comtessa o li lurs successors en lo 
comtat de Proensa o en lo comtat de Foiqualquier o en 
autre luoc en la lur terra, o alcuns tenent luoc d'els (o 
tenent) en Proensa o en autre luoc en lur terra, o alcuns 
officiais d'els ni faran ni sostenran que sian fag en alcun 

i5 tems alcuns enpedimentz o enpachamentz en ditz o en fatz 
per que mentz le ditz aportz sia fag a Mass'., aissi con es 
dig de sus , ni las personas fazentz e volentz far aport 

\. Voy. Annales^ t. XIX, p. 504. 



46 ANNALES DU MIDI. 

a Mass'. de las dichas cauzas o viandas o alcuna cauza 
de no[f° 15 r"]vel non requerran o non suflfriran que sia 

20 requist; enpero en tal maniera que si carestia séria en 
Proenssa, que li Masseilles o alcuns autres non puescon 
traire blat de Mass'. per mar, pos quel deveiz sera fatz en 
Proenssa per le senhor comte o per la cort del senhor comte, 
salvas las viandas necessarias als us dels navegans en las 

25 naus et en los autres lintz; e non puescan portar alcunas 
viandas o alcunas autras cauzas als enemicx del senhor 
comte, pos que ad els sera denunciat per lo seuhor comte o 
per los sieus , si aisso non si fazia de licencia del senhor 
comte del sieu viguieren Mass'. 

(XXXIIII). Que vin o raïms d' autrui terrador non sian 
aportatz o adutz en Mass\ ni el sieu terrador. 

Item, vin fag o raïms natz fora lo terrador de Mass'. en 
aquest tems prezent, o que en los temps que venran seran 
5 fag naisseran foras del dig terrador en alcun tems, non 
suffriran le senher coms o la dona comtessa o li lurs hères 
en lo comtat de Proensa o en autre luoc en la lur terra, o 
alcuns tenent[zj luoc d'eis en Proenssa o en Mass'., que sian 
aportatz o adug o amenatz o portatz en Mass'. ni en lo sieu 

40 terrador o destreg, en tal maniera que nescalre ni en la vila 
viscoratal ni evesqual ni de la gleia de la ses de Mass'. o en 
los lurs terradors per mar o per terra non sian adug o 
amenatz o portatz; et en aisso que dig es del vin' non 
aportar a Mass'. non sia(n) entendutz aquel [vo] vins, lo 

15 quai alcuna vegada s'esdevenria que sobres [en] alcunas 
naus o leintz d'aquel vin que hom auria mes en aquellas 
naus en aquells leintz per cauza de heure en aquellas naus 
o leintz per los homes navegantz o fazent viages en aquellas 
naus o leintz per cauza de venir al port de Mass'., et estier 

20 aquel vin, lo quai séria aportatz per lo senhor comte o per 
la dona comtessa e lur mainada ad ops de heure cant venrian 
a Mass'. et aqui demorarian, en tal maniera que aquel vins 
non sia vendutz. 

1. Ms. : de liun. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 47 

(XXXV). Que le senher coms non guize per Mass. o per lo 
sieu terrador alcun home que aja oftendut en persona o en 
cauzas ad alcun Marsseilles. 

Item, le senhor coins o la dona comtessa o li sieu non 
5 guizaran alcun home en la ciutat de Mass'. o en lo sieu 
terrador, que aja offendut o oflfendes ad alcun ciutadan de 
Mass'. en persona(s) o en cauzas, sens assentiment d'aquel 
que séria offendutz , ni sostenran que sia guizatz per lurs 
officiais, pos que aisso sera denunciat al senhor comte o a 

10 la dona comtessa o a lurs hères o al viguier d'els, lo quai 
auran en Mass'. o a la cort de Mass'., si aquella oflfenssa 
non séria fâcha en guerra de la quai patz fos fâcha, e salvv i 
aisso, si aquel ques auria offendut alcun Mass'. en cauzas 
volria fermar o fermanssa fdar) que estaria a dreg et 

■15 obeziria^ en la cort de Mass'.; et aisso que dig es de la fer- 
manssa e d'obezir a dreg sia entendut tant solament d'aquell 
que sera offendut en cauzas e non en [f° 16 r-^] persona. 

(XXXVI). Be non traire hosla[?]es foras de Masseihla. 

Item, le aenher coms o la dona comtessa o li lurs hères o 
successors, o alcuns tenent[z] luoc d'els en Proenssa o en 
Mass'. o en autre luoc en la lur terra, non demandaran en 
5 alcun tems que lur sian dat hostaje de Mass'., nils penran 
per alcuna razon, ocazion o cauza, ni de Mass'. nols trairan 
ni suffriran que sian trag alcun, ni aqui o en autre luoc 
alcuns ciutadans de Mass'. non voluntairos detenran o 
soffriran que sian dete[njgutz per los lurs homes o per 
10 alcun en nom d'els o dels sieus per nom o per occaison 
d'ostages o de segurtat. 

(XXXVII). Que le senher coms e li sieus non sian tengutz 
requerre als Mass' . aquo que tenon, en cal maniera o tenon, 
e que Irezen^ non requieran '. 

Item, cals que cals homes son o seran en Mass'. o en lo 

5 sieu terrador que ajan o posseziscan alcunas possessions 

o alcuns dretz francamentz, so es assaber sens senssa o 

1. Ms. : en salut. — 2. obeserïa. — 3. crezen. — 4. requiran. 



48 ANNALES DU MIDI. 

sens autre donament ' censal o sens servize en Mass'. o en lo 
sieu terrador, [quej en nenguna maniera per lo senhor comte 
o per la dona comtessa o per lurs hères, o per alcun tenent 

10 luoc d'els en Mass'. o en autre luoc, o per alcun en nom 
d'els aras o en los tems que venran, o per la cort de Mass'., 
o per los officiais d'aquella cort, non sian constreg li sobre 
dig homes o sian tengutz alleguar o mostrar o proar lo 
titol o la cauza de la libertat o de la franqueza de las dichas 

45 cauzas o possessions; e car sovenierament esdeven e pot 
esdevenir que aitals cauzas eu aital maniera possezidas o 
possessions e dreg [o] cams o terras de [v"] vilas o de 
ciutatz 2 son alienatz o transportatz de persona en persona, 
le senher coms o la dona comtessa o li lurs hères o alcuns 

20 en nom d'els o per els, o alcuns tenentz luoc d'els en Mass'. 
o en autre luoc. non requieran * ni puescan ni dejan requerre 
recebre, aras ni per adenant, alcuna cauza per nom de 
laudisme o de tregen o de senssa o de servize o d'alcuna 
autra cauza, per o'ccasion d'aliénation o de transportament 

25 de las dichas cauzas, o nescalre * per occaison d'aquellas 
cauzas, d'aquel que las alienara o las recebra o d'alcuna 
autra persona, ni en alcuna maniera non sian tengutz li 
aliénant o transportant o recebent aquellas cauzas sobre 
dichas far alcuna dénonciation d'aquella translation o alie- 

30 nation o recepcion al(s) sobre dit(z) senhor comte o a la 
dona comtessa o a lurs successors, o als tenefnjtz luoc d'els 
en Mass'. o en autre luoc, o a la corlt] de Mass'. 

(XXXVIII). Que las albarestas que son el palais de Mass'.., 
e que isseran aporladas, sian dels homes de Masseilha. 

Item, las albarestas que seran dadas a la universitat de 
Mass'. per los senhers de las naus o per los nauchiers que 
5 son vengutz de las partz d'outra mar o que venran o per 
alcuns autres, e las quais albarestas la universitat de Mass' 
aras ha, sian proprias sens amermament perpetualmentz de 
la ciutat o de la universitat de la ciutat vescomtal de Mass'. 
a conservation e deffencion de la ciutat^ vescomtal de 

1. do)iant {\^i. prœstalione); cf. xxxviiii, 6. —2. Lut. : vel jura seu 
predia (imprimé à tort predicta) rusticci vel urbana. — 8. Ms. : re- 
querran. — 4. nescals. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 49 

10 Mass'., et a guardar aquellas albarestas cascun an entre 
los autres officiais sian elegitz .ii. prohoif" 17 ro]mes de la 
ciutat vescomtal de Mass'. (per guardar las dichas alba- 
restas), li quais prohomes tenguan las claus de la custodia 
de las albarestas o de las perteguas en que guarda hom las 

15 dichas albarestas, et en la fin de l'an rendan razon d'aquellas 
albarestas al viguier e ad aquels que en aquel offlze per los 
temps seran establitz. 

(XXXVIIII). Que las almornas e las sensas sian paguadas de 
las rendas del senher comte ; li autre deute sian paguatz 
segon la voluntat del setihor comte. 

Item, que de las rendas del senhor comte que aura en 
5 Mass'. sian paguadas las almornas e las sensas els autres 
donamentz annuals que son acostumatz d'esser paguat; 
mas dels autres deutes que dévia le comuns de Mass'., entre 
aquel jorn que fon fachà aquesta patz, sia fâcha voluntat 
del senhor comte, e que la universitat de Mass'. non sia 

10 tenguda nil senhor coms non constrenha la universitat dels 
ciutadans de Mass'. o (de) las singulars personas paguar los 
sobre ditz deutes, ni sostenra(n) le senhor coms que li sobre 
ditz ciutadans et universitat sian trebaillatz per aqnella 
cauza ni alcuns contrais] tz lur sia mogutz d'alcuna o d'al- 

15 cunas personas. 

(XL)'. Que lé coms e li sieus non fassan far prest ni don 
d'alcun ciuladan de Mass'. 

Item, a far prest o don la universitat de Mass'. ho totz los 
homes o singulars d'aquella ciutat, o enquaras quais que 

5 sian autres demorant en Mass'. ciutadans o estrainz [v], 
Crestians o Juzieus o Sarrazins, non constrenheran le senher 
coms la dona comtessa ni li lurs hères ni alcuns tenentz 
luoc dels, aras ni en los tems que venram a la sieua cort, 
per alcuna razon, ocaison o cauza, ni constrenheran alcun 

5 a vendre sos dretz o sos bens o ad alienar en alcuna ma- 
niera, ni enpauzaran ad els alcuna cerviiut o a la(s] lurs 

1. Aïs. : XXX. Et de même dans la suito : nous avons dû aiignieuter de 
dix tous les chiffres. 

ANNALES DU MIDI. — XX 



50 ANNALES DU MIDI. 

caiizas eri Mass'. o ëh lo sieti tei'i*adot' o tenement' de rûar 
e de terra e d'ilaâ e de pdf Iz. 

(XLI). De non far quisias, toutas. Ittilhas per lu senhor comte 
e per las sieus als ciuladans de Mass'., Xpislians. Juzieus, 
Sarrazins. 

Item, qnista, touta, tailha, cuilhida, exaction o adempre^, 
5 alcunas autras despensas per comprar, tener o aver cavals 
per alcuna autracauza, o alcuna aital cauza, en quai que 
maniera o en [quai] que nom sia appéllada, non poiran far 
en alcuna maniera, ni Suffriran que si fassan per lurs 
officiais en alcuna maniera, le senhers coms o la dona com- 

10 tessa ni li lurs successors en Mass'., ni en alcuns homes de 
la ciutaT. vescomtal ni en los habitans ni en los'deraorans 
en ia dicha ciutat, ciutadans o estrains, Crestians o Juzieus 
Sarrazins, per alcuna razon, oeasion o cauza prezent, 
transpassada o que déjà esdevenir, contra la voluntat dels 

13 ciutadans de la ciutat vescomtal totz o singulars o d'alcuns ; 
empero preguar los en puescan 3 e li Marsseilles puescan 
desneiar, se si volran, sens dan e sens alcuna temor. 

(XLII) [fo 18 r'^]. D'aquels eslablimentz que foron cassalz, en 
que si contenian penas al port o a la cori. 

Item, li establiment que aras son en Mass'., en que se con- 
tenon penas ad ops de la cort e del port de Mass'. o de la 
5 cort tant solamentz o del port tant solamentz, sian casse 
sens tota fermesa d'aissi enant, cant als capitols en que si 
conteno erapauzamentz de penas ad ops de la cort o del 
port, empero salvas estans las penas stablidas per lo fag 
del ban, nescalre en tal maniera que per razon del tems 
10 transpassat o esdevenidor alcuna cauza non sia demandada, 
reqnista o receupuda^ 

iXLII). De .VI. prohomes que sian elegitz, que fassan los statutz 
de Masseilla. 

Item, quascnn an entro los autres officiais sôran elegitz 
alcun prohome entro a .vi., entre los quais sia alcuns savis 

1. Ms. : tenent. — 2. L« hitin reproduit le mol proveiii.'al, que Stern- 
feld lit à tort adempne. — '^. Ms. puescam. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 51 

5 de dreg et .j. notari, li quai tutz sian de la ciutat vescontal 
de Mass', a componre o ad ordenar establimentz, aissi com 
es de costuma en la ciutat de Mass', fazent de noVelg esta- 
blimeat[z], ois autres que fatz serian mudant o esmendant 
creissent ô amefmant o en tôt tolleht d ôsttint, empero^ 

10 aisso salvv. queper aquels establimentz non sian araerma- 
das lo domini e la senhoria del senhor comte, ni las sieuas 
rendas. 

(XLIIII). Que H homes de Mass'. puescan leinnar e fustejar 
e far forn de caus els luocx acoustumatz . 

Item, que 11 homes de Mass'. puescan leinnairar e fustejar 
e far forns caussencs e passer lurs bestias on aquels luocx, 
3 en los quais aquestas cauzas son acostumatz a far, e las 
sobre dichas cauzas fassan [v] gens trebailh e sens contra- 
diction de tota persona, quais que sia. 

(XLV)i Que las rendas que eisseran de las judicaturas 
deîs platz no si vendan. 

Item, qH© las intradas e las rendas que venran o eisseran, 

en los tems que venran^ de las judicaturas dels platz o de 

ô las condemp[na]tions non sian vendudas en alcun tems per 

io senhor comte o per la dona contessa o per alcun autre 

tenent lo sieu luoc. 

E que alcuns homs non done peccunia per aver offize en 
la cort de Mass'., ni per peccunia non sia reseuputz ad al- 
40 cun offiz©. 

(XL VI). Que li amirailh que van per mar sian de Mass'. 

Item, que l'amirailhs o li amirailh, lo quai ô loS quais le 
senhers coms ô 11 sieus viguiers establira en Masseilha 
sobre lo fag de la mar, sera o seran de Mass'. eiiltâdan(s) 
5 et habitâdof de la vila VeScomtâl de Masâ'. 

(XLVII). Que li Marsseilles puêsûàn fUf tté^ms B pûiz. 

Item, que la universitat de Mass'. puesca far treguas et 
patz ab totz Sarrazins e comunas'' e comunitatz per los 

1. Empero (E rubrique). — 2. Ms. coninas. 



52 ANNALES DU MIDI. 

negocis de raar, aissi com es acostumat de far, et aisso 
5 fassa de consentiment del senhor comte o de son viguier, lo 
quai aura en Mass'. 

(XLVIII). Be elegir consols en los viages e per quais 
pe?'sonas sian eleyitz. 

Item, que le viguiers del senhor comte, ab conseilh 
d'aquels .vi. que elegiran los autres officiais, poira far et 
5 establir (ab conseill d'aquels .vi. que elegiran los autres 
officiais poira far et establir) e fara et establira, a requista 
del conseill de Mass'., consols en los viages foras de Mass'., 
aissi com es acostumat esser fag, li quai consols foras de 
Mass'. e del sieu terrador relf" 19 r"]giran aquels que seran 
10 sotz lur consolât; mas en Mass". ni en lo sieu terrador no 
ajan ni adobron' alcun regimen^. 

(XLIX). Que le senhevs conis don obra a bona fe queli Mars- 
seilles recohron lurs ft-anquezas outra mar et en autre 
luoc. 

Item, que le senhers coms e la dona comtessa daran obra 
5 a bona fe que li Marseilles recobron e retenguan et ajan (e 
retenguan) aquellas franquezas e libertatz e possessions e 
dretz que sa en reire agron, tengron e pocesirou en Acre et 
en autres luocx outra mar et en Chipre et autres luocs foras 
de Mass'. e del comtat de Proenssa. 
10 E que fâchas las despensas dels consols e dels autres offi- 
ciais messages utils en los dictz luocx, [las rendas dels ditz 
luocx] 3 sian del senhor comte e de la dona comtessa e dels 
lurs hères heretans ad els en lo comtat de Proenssa, aissi 
com las autras rendas del comun de Mass'., e li consols sian 
15 tengutz per sagrament rendre bon comte al viguicr de 
Mass'. 

E que aquils consols ajan aitant cant son aco(n)stumatz 
aver per lur salari per las condempnations, las quais faran 
en los luocx sobre ditz. 



1. Corrigé de adobran. — 2. Voy. lu '.i" partie, ch. i. — ;f. ijiit. : ï?i d. 
locis utilium redditus d. locorum (bourdon). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 53 

(L). Que li homes de Mass . porlon lo gonfanon del senhor 
comte en las naus et en autres lintz. 
Item, que li home de Mass'. en terra et en mar portaran 
en las naus et en las ^t^leias et en los lintz els viages lo 
5 gonfanon del senhor comte el gonphanon del comun. 

E li loin, so es assaber, que portaron gonphanons porton 
los aissi com es acostumat et enaissi cora es usât, e le 
gonphanons del senhor comte sia pauzats en lo plus honrat 
luoc- 

(LI) [vo]. Que le senhors coms non 7'equei^ra alcuna cauza 

d'aquel(la)s que an els murs viels de la ciutat alcuna cauza 

pauzat o fag. 

Item, que le senhers coms o la dona comtessa o li hères 
d'els tenentz luocd'els en Mass'. o en autre luoc, o la cort 
de Mass'. o alcuns autres per la dicha cort o per els, non 
demandaran o non requerran alcuna cauza ni raouran al- 
cuna question ad alcunas personas per nom o per occaison 
de las maisons que son ajostadas als murs viels de la ciutat 
10 vescorataH de Mass'., o per occaison d'aquels carcx, los quais 
las dichas raaizons an en lo dig barri vielh, o per occaizon 
dels ediflcis bastitz sobre lo dig mur o barri, per alcun dreg 
per alcuna razon o cauza. 

E que aquil hediflci ajostat al dig barri, o que son o que 
15 si faran sobre lo dig barri, seran perpetualmentz, sens tota 
molestia o enquietacion, d'aquels dels quais son, aissi cora 
aras son. 

(LU). Que le senhers coms renda e fassa rendre als homes de 

Mass'. aquo que hom ten de lur cauzas per Proenssa. 

Item, que le senhers coms e la sieua cort fassa restituir 

als ciutadans de Mass'. las possessions els dretz, las quais e 

5 los quais le ditz senhers coms o autre en Proenssa non de- 

gudament deten, si alcun o alcunas en deten sobre presit)^. 

E los doutes, los quais deu hom als ditz ciutadans, lur 

fassa pagar. 

E si alcuns doptes d'aijui séria, quon fassa far breu enqui- 

1. Ms. vesco7ntat. - 2. Cf. I. xxi, 6; lat. : si quœ vel si quus detùiet 
occupata. 



54 AWALES DU MIDI. 

10 sicion, salvv lo dreg de sentencia d'aqui donada, sol que 
non sia [f» 20 t°] fag contra dreg. 

(LUI). Que ninguna pet^sona non sia punida o justiziada 
per autrui fag. 

Item, que neguns ciutadans de la vila vescomtal de Mass'. 
o habitaires de la dicha ciutat per cort de Mass'., ni per 
5 persona régent la cort de Mass'., ni per lo senlior comte o 
per la dona comtessa, ni per los lurs successors o per 
alcuns officiais de la dicha cort, sia punitz per autrui male- 
flze o forfag, en tal maniera que las penas tengan(t) tant 
solament aquels que auran fag los maleâzes et forfag. 

(LIIII). Que premieramentz sian paguadas las despensas que 
seran fâchas per recobrar las franquezas, que le coms riaja 
d'aqui alcuna cauza. 

item, que si per recobrar los dretz els bens o las libertatz 

{$ ô las franquezas, las quais ia universitat de Mass'. o li 

homes tutz de Mass'., -o un pasqun sa en reire agron otra- 

xa^v en Acre o en qualque autre luoc, s'esdevenia que li 

Jiomes de Mass', fazessap alcunas despensas, aquellas per 

cert despensas dejan recobrar li Marsseilles de las intradas 

10 de las dichas cauzas recobradas, enantz que le senhers ' 

coms la dona comtessa o li lurs successors o alcups autres 

per els percipian alcuna cauza de las rendas o de las intra- 

dag de las g^uzida^ de las dichas [cauzas], la^ quais cau- 

za,§ gerjan recobradas ab las degpensa^ dels Marseilles; e 

45 sian paguadas aquellas despensas tant solamentz de las 

rendas d'aquel luoc, on la libertat o li bens sobre ditz se- 

rian recobratz. 

(LV). Que aquill que son acoslumatz bannejar en lo lur, 
que puescan far. 

Item, que li homes singulars de Mass'., li quais o li 
ant(r)ecessors dels quais sa en reire son acostumatz [v"] 
5 bannejar e requerre banitz e[ii) aquels luocx, los quais il 
tenon, o tenian li antecessors d'els o autres per els, puescan 
en aquels rnezeis luocx bannejar e requerre banitz, aigsi con 
son sa en reire acostumat far il o li antecessors d'els. 

1. Ms, : lenhers. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. ^^ 

(LVl). Que aquilh que son acoslumatz penre falcons en las 
iLlas de Mass' . e cassar, que o puescan far. 

Item, que li homes singulars de Mass'., li quais o li ante- 

cessors dels qual(s] sa en reire han aoostumatz aver cassas 

o en las illas de Mass'. e los aigres dels falcons, ajan aquellas 

cauzas, aissi con il o li lurs autecessors son acostiimatz 

aver. 

(LVII). Que las taulas dels cambiadors sian loguadas .xxx. j' 
tant sQlament per casouna- 

Item, las taulas dels .-ambiadors de Mass'. dejan esser 

ipguad^S o assenssadas perpetualraent aissi cqn eq aquest 

an foron loguadas, so es assaber per cascuna taul^ .xxx. s'. 

(LVIII). ^ue li homes de Mass\ sian francs et quiti 
del fag dels latz de Iqs riaus. 

Item, que li ciutadans de Mass*. taqt sojapient, li pre- 
zent e li esdevenidors, sian perpetualmeqt quiti e francs 
5 del fag dels latz de las naus e de las galeias e dels autres 
lintz. et aisso entro .1. Ib'. (aco) sia del senher comteS en tal 
maniera que per occaison dels latz de las naus o de Iqs 
galeias o dels autres lintz nenguna cauza non sian tengutz 
paguar, etperpetualmentz s'alegron d'aquesta libertat, aissi 
10 com desobre autrejat es. 

(LVIIII) [fû 21 r»]. Que li homes de Mass". sian francs d'aquei 
d\ que davan en la clavaria, e li estrain d'un dels Ai. de- 
niers que eran acostumatz donar en la clavaria. 

Item, li ciutadans de Mass'. prezent. egalmentz e li 
o esdevenidors, seran francs perpetualmentz de non dar 
aquel denier, o que nol donaran. lo quai per Ib'. donavan, 
en tal maniera que nenguna cauza apostot non daran a la 
Taula de la mar; mas li estrainhs daran ad aquella me- 
zeui^sa Taula .i. denier tant solamentper Ib'., lo quai d'. anti" 
10 guamentz avian acostumat dar, revocat apostot d'aissi 



1. Ce qui suit forme dans le latin un paragraphe spécial, commençant, 
comme In plupart des autres, par Item quod. 



56 ANNALES DU MIDI. 

enant l'autre d'., lo quai li^ dig estrain davan a l'arca dels 

estrains. 
E sian e seran perpetualmentz francs 11 dig ciutadans de 

la prestacion de las gabellas de la car salada e del seu e 
I o del saïn e de l'oli e del mel, en tal maniera que par occaison 

d'aquellas cauzas alcuna cauzanon sia demandada o receu- 

puda dels ditz cuitadans de Mass'. 
E li ditz ciutadans s'alegraran de tota autra franqueza, 

aissi com aquellas cauzas acosturaadas en aquest tems pre- 
20 zent son gardadas [et] obsei'vadas en Mass'., e dels estrains 

alcuna cauza otra las cauzas acostumadas non sia requist e 

receuput per occaison de las dichas cauzas. 

(LX). Que per occaison de las sensas que non son paguadas 

els lents que son passatz, que devian esser paguadas al 

comun, le sen/ier coms non digua alcuna cauza als homes 

que non las an pagadas, sol que las pagon tro la Nativi- 

5 [yo]tat de Nostre Senhor. 

Item, que per occaison de las sensas que non son pagadas 
els teras que son passatz, que devian esser pagadas al 
comun de Mass'., non demandaran le senhers coms o la 
dona comtessa o li lurs hères o autres per els, ni puescan 
M) demandar alcunas possessions aissi com forfachas, per 
occaison de la senssa o del servize non pagat entro en 
aquel jorn que aquestapatz fon fâcha, d'alcuna personaque 
voira pagar; e pague la censsa transpassada entro en la 
festa de la Nativitat de Nostre Senhor. 

(LXl). En quai maniera le senhers coms perdonet e laisset 
a tolz los Marseilles tola rancor e tota offenssa. 

Item, que le senhers coms, en son nom et en nom de la 
sobre dicha dona comtessa e de lurs successors, reraes o 
o laisset o perdonet al dig en Raolin, sendegue de la dicha 
universitat, estiers en Breton [en') Anselm(e) sos fraires 
e'n P. Vielh, tota enjuria, ïa quai ad els aguessan fâcha, e 
tota rancor e tota mala volantat lur feni e tota demanda e 
quesiion e queriraonia e complancha et action, la quai 
10 aguessan o poguessan a,ver el tems prezent o en aquels que 
venran de las cauzas transpassadas de sus recomtadas, 

1. M.S. lo. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 57 

per cals^ li sobre dig senher coms e la dona comtessa fazian 
demandas als sobre ditz homes de la dicha universitat, o 
d'alcunas autras cauzas o cauza contra los sobre ditz homes 

1o contra alcun dels sobre ditz, per quai que occaison [f" 22 r"] 
cauza, al sobre dig sindegue, en non de la dicha univer- 
sitat e de las personas singulars recebent, laisset e desam- 
parot e perdonet e covinent de non demaudar t'es le dig 
senhers coms, en son nom et en nom de la dicha dona com- 

20 tessa, al dig sindegue e per el als Marsseilles, en aquella 
maniera que miels e plus utilmentz ad utilitat de la dicha 
ciutat e dels ciutadans de la dicha ciutat pot esser dig o 
entendut, salvv aisso que li officiais que son agutz o que 
foron del tems do la patz en sa, la quai fes le ditz senhers 

2ï coms en Karles ab Mass'., venguan a dreg comte e rendan 
lo simple tant solamentz d'aquo que non poiran rendre 
dreg comte, [e] d'alcuna autra pena non sian tengutz; e li 
officiais que foron enantz la propdana dicha patz sian apos- 
tot absout sens alcun retenement*. 

"(LXII). Que le senhers coms jure(t) totas las sobre dichas 
cauzas servar e gardar, e li sieu viguier atressi en Vaco- 
menssament de lur regiraenL 

Item, que le senhers coms e la dona comtessa e li succes- 

5 sors de la dicha dona comtessa heretans ad ella en lo 

comtat de Proenssa sian tengutz far sagrament, e nescalre 

lo fassan, de observar e gardar totas aquellas cauzas que 

en aquest prezent estrument si contenon tacitamentz o 

espressamentz, e tu^ li viguiers de la dicha ciutat que per 

10 los tems seran en la dicha ciutat [juron] observar e guardar 

totz los capitols et un cascun en aquest [v"] estrument 

contengut[z] ; et après la fin de lur regimen remanran li dig 

viguier en la dicha ciutat per .\v. jorns continuos^ per 

cauza de respondre o de obezir a dreg e de satisfar aissi 

lo con deuran ad aquels que d'els si conplainneriau. 

(LXlll). Que le senhers coms sia absoutz dels covinentz fatz 
sa en reù^e, salvo enpero los'covinentz d'aquesta patz. 

Item, que le senhers'' coms e la dona comtessa e li lurs 
hères sian absoutz de totz los covinentz o covencions, los 

1. Ms. : per las. — 2. cernent (lat. : retentione, « réserve »). — 3. conti- 
nuas. — 4. Ms. lenhers. 



58 ANNALES DU MIDI, 

3 quais e la? quais el mezeis le senhers en Karles, fill del rei 
de Franssa, cotns sobre ditz, e la dicha dona comtessa, el 
senhor en Ramon Berenguier de bona membransa, e li an- 
cessors d'els avian fag ab la universitat et ab lo cornun 
de Mass'., salvas e retengudas Si. la dicha universitat de 

10 Mass". et a totz los homes et un quascun de la dicha ciutat 
et encaras als autres homes las libertatz et las franquezas 
e totas las autras cauzas que en aquest estrument si con- 
tenon tacitamentz o espressamentz, en tal maniera que, 
non contrastantz 1 aquels covinentz, le ditz senhers coms e 

15 la dicha dona comtessa e li lurs hères heretans en lo com- 
tat de Proenssa ajan o retenguin perpetualment en Mass'. 
et en lo sieu destreg et en los autres luocs dessus nominatz 
totas las sobre dichas cauzas. E d'aquels covinentz sobre 
ditz le ditz syndegues, en nom de la dicha universitat de 

20 Mass'., los absols, en tal maniera nescalre que tutz li habi- 
tantz en ip 23 r»] Mass'. et en lo sieu destreg et en autre 
luoc otra mar que son o an acostumat esser sotz lo destreg 
dels consols de Mass'. juron sobre los santz evanselis de 
pieu salvar e guardar e deffendre totas las sobre dichas 

25 cauzas al dig senhor comte e a la dicha dona comtessa et 
als lurs hères e fldelitat, et aisso sia entendut dels raascles 
de .xiiii. ans^ entre a .Ixx. ans, en quai que tems quen seran 
requist, el sobre digtz sagramentz sia renovellatz de .v. ans 
en .V. ans; e li absent juraran denfra .xv, jornsposque seran 

30 vengut en Mass'. en seran requist o sera ditz en parla- 
ment(z), en tal maniera que per occaison d'aquel sagrament 
non sian tengut eissir de Mass'., et en aquest sagrament 
sian ent[end|udas totas aquellas cauzas que si contenon en 
sagrament de fldelitat, enaissi con en aquest sagrament 

35 gran expressas, en tal maniera que per aquest sagrament 
de fldelitat non sia tenguda la dicha ciutat de Mass'. o tutz 
li homes de la dicha ciutat o singular|sj o alcuns o alcun 
ad autras cauzas, si non ad aquellas que en aquest présent 
estrument si contenon. 

'iO De las quais totas cauzas de sobre donadas e[t] autreja- 

das al 4ig senhpr corpte et a la doqa comtessa et a lurs 

- sqcces^OPS per iD dig syndegvie en nom de la dicha univer- 

1. Ms. ; contrantanz . — 2. Lat. : de puberibus inasculis. 



MÉLANGES ET POCUMENTS. 59 

sitat e dels homes singularâ vole et autreget le ditz synde- 
gu«s, en nom del dig comun, que el raezeis le sentiers coms 

45 [v°] e la dona comtessa per si o per autre puescan per lur 
auctorit^t iatrar en la possession e cais pocession de totas 
las sobre dichas cauzas, et aquella pocession penre e re- 
qijerie totas horas que sera de lur voluntat; et (en) aquels 
rnezeis syndegues, en nom de la dicha universitat e per 

aO aquella uniyersitat, volens transportar la pocession e cais 
pocession de totas las sobre dichas cauzas en lo sobre dig 
senljor^ cùn)te e h\. donna comtessa, establi(rj^ que e| ténia 
e pojezia e.quais posezia, e la dicha universitat fttresaj, totas 
las sobre dichas cauzas de sobre donadas et autrejadas en 

po uora del §enhor comte e de la donna comtessa. E totas 
aquestas cauzas en aquesta carta escrichas abdoas las 
partz, l'una e l'autra, atendre e observar per fermeza sol- 
lempnenientz promezeron per se e per lurs successors, en 
tal maniera que le ditz senhers coms, legitz e recitatz a si 

60 totz los capitols sobre ditz et aquels ab diligencia enten- 

dutz. promes al syndegue, requérant en nom de la univer- 

sjtat de Mass". e dr^ls ciutadans qn qu^soun de la dipha ciu- 

tat, que els perpetualmentz observarap. e negun tems nop 

venran enco[n]tra, totas las Ubertatz de sus autrejadas a la 

63 dicha ciutat o als ciutadana de la ciutat et (a) lotz los autres 
capitols que si contenon en aqijesta carta fazent a utilitat 
a favor dels sobre ditz ciu [i' 24 r'] tadans o3 dels autres; 
et aisso promes per se e per los sieus successors entjera^ 
ifteptz a la dicha ciutat et als ciutadans de la dicha ciutat 

70 perpetualmentz observar et pn negun tems non venir en- 
contra*. E promes le ditz senhers coms al dig syndegue, 
pecebent en nom de la universitat de Mass'. e de totz los 
homes et un quascun da la dicha ciutat, per solepipn^i 
stipulation o promession entrepauzada e requista e pro- 
7û messa et autreja4a, que el fara e cqrara en tal raî^piera 
que Iq. dona comtessa totas las sobre dichas caugasi et una 
quascuna per se et per los sieus hères aura fermas et es- 
tablas perpetwalpientz, et fiquelUas conferipara al t}}t syn- 
degue en nppa de la dipfta ciutp,t e dels ciuta4fins per pu- 



1. Ms. senhor. — '4. On serait tenté de lire establic ; mais cf. fffni, I 
|aJ, lxi, 8, et investi, I [d], 62. — 3 e. — 4. encontro. 



60 ANNALES DU MIDI. 

80 blica carta fermada ab promessions et ab sagrament del 
senhor en Johan de Bona Mena, major juge del senhor 
comte, e del senhor en Robert de l'Aven, maïstre de leis, e 
d'en A[n]drieu del Port, e .d'en G. Chabert, savis en dreg. El 
digz syndegues promes al dig senhor comte que el fara e 
85 curara que le conseils el parlamentz e li homes un quascun 
de la dicha cintat totas las sobre dichas cauzas conflrma- 
ran et adempliran ^ e fermas auran et encontra non vendran, 
et aquestas cauzas juraran sobre los santz evangelis d^ 
Dieu et encartaran al conseil dels sobre ditz. Et aqui mezeis 
90 totas aquestas cauzas que de sus [v") si contenon tacitament 
et expressament le ditz senhers coms sobre los santz evan- 
gelis de Dieu, d'el corporalment tocatz ab la man. a bona fe 
atendre et observar o juret. E li syndegues semhlanment o 
juret, en nom de la dicha universitat et el sieu nom e dels 
93 homes un quascun de la dicha ciutat, sobre los santz evan- 
gelis de Dieu, totas las sobre dichas cauzas atendre e con- 
plir e non venir encontra. 

A las quais totas cauzas sobre dichas foron prezens le 
senhers en Bertran, evesques de Frejurs, el senher en vice 

100 dominus prebost de Grassa, eletz en arcivesque d'Aix, li 
quais totas las sobre dichas cauzas entendentz et conside- 
rentz esser ad utilitat |d]e quascuna de las partz, e nescalre 
de tota la région de Proenssa^, [per] la gran patz e per la 
gran concordia e tranquillitat o suaveza que dels sobre ditz 

4 05 covinentz s'en enseguian, e per la gran discordia que s'en 
toUla e s'en raovia d'aqui, h\ quai discordia granment era 
appareillada, las sobre dichas pactions o covinentz e tran- 
sactions e concordias e donations a requer[era]ent de las 
pa[r]tz lauseron et aproeron, e lur décret e lur autoritat i 

IIO pauzeron. 

E le senhers coms el ditz senhers evesques el ditz eletz 
eP senhers en Baral, senher del Baus, comanderon que 
aquesta carta fos sagellada de lurs sagels ; el ditz syndegue 
atressi comandet que fos sagellada del sagel del comun en 

H5 testiraoni de la cauza fâcha. De las quais totas cauzas 
sobre dichas le ditz senhers coms el ditz syndegue coraan - 



1. Ms. adimpleran. — 2. Ms. o proenssa (lat. : et etiam totius Regio- 
nis). — 3. le. 



MÉLANGES ET DOCDMENTS. 61 

deron e pregueron que fossan fâchas cartas publicas, en tal 
maniera que la una part e l'autra puesca[n] d'aqui aver 
aitantas cai''tas cona si volran, servada la ténor e la forma 

120 sobre dicha. 

Aquestas cauzas foron fâchas ad Aix en lo prat del castel 
del palais del senhor comte en presensa* et en testimoni 
del senhor n'Oto de Fontainas^, senesqual de Proensa e de 
Forcalquier, del senhor en Robert de l'Aven, maïstre de leis, 

1'2o del senhor en Johande BonaMena^, major jutge de Proenssa, 
del senhor Isnart d'Antravenas de Tolon, de Jacme Gan- 
tel|mj, del senhor en Sordel, d'en Bertran de Laraanon, d'en 
Imbert d'Aurons, del senhor en Sentori, savi en dreg, d'en 
Pons Coissin, archediaque de Mass'., d'en Rostain Beguet, 

130 d'en P. Balp, d'en Terjevaira, d'en Johan Vivaut, d'en Vi- 
vaut Dalraas, d'en Ugo Vivaut, de Nicolau Bovier. d'en Phe 
lip Ancelni'i, et en presensa^ de(ls) plusors autres 6. 

[A suivre.) L. Constans, 



II 



NOTES SUR l'Élevage et le commerce des roRCS 
AU XV» siècle. 

Les documents sur le commerce du bétail au moyen âge sont 
relativement rares, la plupart des transactions auxquelles ce 
commerce donnait lieu se faisant alors, comme de nos jours 
encore, sans l'intervention de l'écriture. C'est ce qui m'en- 
gage à signaler ici, sans long commentaire, deux documents 
curieux qui me sont tombés sous les yeux en dépouillant les 
registres (trop rarement feuilletés par les érudits) de la Cour 
des aides de Paris. 



1. Ms. : ]iroensa. — 2. Fontamas. —3. Bonamen. — 4. Le latin ajoute: 
Bernardi Pontevenis clerici, domini Baralli, Provinciœ notarii, Guill. 
de Ave7rione,not. Mass., Poncii Ancelmi, not. publ.Prov., testiumroga- 
torum.—ô. Ms. : proe7isa. — 6. Le latin ajoute : et mei,Joh. de Maflelo, 
clerici domini Senesc. et notarii piihl. Prov. et Fore, qui predictis in- 
terfui et rogatus a partibus hocpubl. instr. scripsiet signo meo signavi. 



62 ANNALES DÛ MlDt. 

Comme le remarque judicieusement M. Alfred Leroux dans 
son beau livre intitulé ; Le Massif central, « l'historien en- 
trevoit assez bien que, dès le moyen âge, l'élevage était une 
des principales occupations des classes agricoles » du Massif 
centrale Mais on ne saurait trop souhaiter que des documents 
circonstanciés soient produits à l'appui de cette vue a priori 
dé l'historien, et nous apprennent dans le détail comment 
cette région concourait à l'alimentation des grands centres' 
urbains, et notamment de Paris. 

Orléans, pâi" Sa pôsitiôû géographique, était nécessairement 
sut* le eheitlin des trnupéàuX conduits à Paris, et si nous pos- 
sédioiis àti cohiplet les archives ôrléanaises, notamment le 
livre de recettes des fermiers «de la ferhiè du bestail à pié 
fourchié », nous aurions là une mine incomparable pour le 
sujet qui nous occupe en ce moment. Deux procès plaides de- 
vant lès élus d'Orléans et portés en appel devant la Cour des 
aides de Paris, en 1452, constituent, à défaut de mieux, un 
commencement de documentation qui n'est pas à dédai- 
gner. 

Le premier intéresse une petite ville qui fait rarement 
parler d'elle, qui ne fat constituée en commune qu'en 1406, 
mais qui réussit, pendant le xv^ siècle, à s'élever laborieuse- 
ment au rang honorable de capitale de province : c'est Guéret 
que j3 veux dire, bien petite capitale d'une bien petite pro- 
vince, mais en fin de compte rivale persévérante et heureuse 
de Felletin et d'Àubusson^. A défaut d'iudustrie, Guéret eut 
recours au commerce, et ses marchands surent se faire une 
place au soleil. Donc, voici ce qui ressort des registres de la 
Cour des aides, à l'actif de notre petite ville. 

Pendant l'année 1448-1449, Martial Garon, marchand de 



1. Le Massif central (Paris, Bouillon, 1898), t. Il, p. 66.— Cf. G. Clé- 
ment-Simon, Rech. de l'hist. civile et jnmiicip. de Tulle, t. I, p. 330 : 
« L'ertgniissement des porcs constituait une branche assez importante de 
l'industrie agricole... Il semble que l'engraissenient en grand était i)lutôl 
le propre de marchands que-de cultivateurs. » 

2. Je rappelle avec émotion le livre très fouillé du regretté D"' F. Vil- 
lard, qui vient de mourir : V>i chef-lieu de prooince au xviii' siècle, 
Guéret, capildte de là Haute-Marché (dtuèret, P. AmiauU, 1898-1905), 



MELANGES ET DOCUMENTS. 63 

Giiéret*. avait conduit quatre cents pourceaux dans les 
limites de la ferme du « bestail à pié forchie » d'Orléans et, 
les ayant vendus, en tout ou en partie, il n'avait pas payé 
l'imposition de rigueur. Le fermier le traduisit devant les élus. 
Pour sa défense, Garon allégua que « s'il avoit fait passer icelle 
quantité de pourceaux par les mettes d'icelle ferme, ce ne avoit 
pas esté pour les y vendre, mais pour les amener a Paris *. Rien 
n'était plus vraisemblable, en effet. Il dut pourtant reconnaître 
qu'à Vierzon^. il avait vendu «douze vingts» de ses bêtes à des 
marchands qui les amenèrent à Orléans ; et finalement les 
élus le condamnèrent à satisfaire les exigences du fermier. Il 
ne se tint pas pour battu, et porta l'afaire devant la Cour des 
aides. Après plaidoiries, la cause fut renvoyée au Conseil; 
nous ignorons ce que dirent les juges de Paris, mais le juge- 
ment nous intéresse moins que les faits de la cause. Le lecteur 
voudra bien se contenter de l'extrait suivant, pris rapidement 
dans le registre des Archives nationales coté Z'A 19, fol. 229, 
à la date du 9 février 1451, ancien style : 



Entre Marcial Garon, marchant, demeurant a Garet, appellant 
des esleuz sur le fait des aides a Orléans, d'une part, contre Ma- 
thurin Ricliai't, partie intimée, d'autre part. 

3... pour ledit appellant, dit qu'il y a eu certain procès parde- 
Vant lesdits esleUz entre ledit appellant, défendeur, et ledit intimé, 
demandeur, soubz colleur de ce que icelluy demandeur disoit qu'il 



1. Famille connue par ailleurs. « Giiillelmus Garron burgensis ville 
de Garacto d arronte à perpétuité à (juillelmus Pignon », de Glénic » unani 
pleduram terre in qua olim fuit domus » sur la place du Marché de Gué- 
ret, le 17 novembre 1416 (orig. parch. dans les archives de M. le comte de 
Montbas, à Amiens). A la fin du xv* siècle, Philippe de Bilhon, receveur 
des tailles et de l'équivalent aux aides en Haut Limousin, est cautionné 
par « Anthoine Garro7i, Thomas Bonnet et Guillaume Bilhon, bourgeois 
marchands de la ville de Guéret » (Bibl. nat., franc. 20684, p. 811). C'est 
à Guillaume Guarron, dit Corps d'ommé, marchand de Guéret, qlic la 
comtesse de la Marche, Anne de France, acheta, en 1507, une maison, 
« tant pour tenir l'auditoire de la justice de nostredit pais que pour y 
faire et establir les prisons » (Arch. nat., P 1375', coté 2595; cf. Titres de la 
ynaison de Bourbon, n»» 7718 et 7720). 

2. Le manuscrit porte, il me semble, VoirsoH, que j'identifie avec 
Vierson (Cher). 

3. Le nom de l'avocat est resté en blanc. 



64 ANNALES DU MIDI. 

estoit fermier delà Cernie du bestuil a pii; forchié vendu a Orléans 
[lour l'année mil iiij « xlviij el finissant l'an iiiil iiij c xHx ; disoit 
icelluy demandeur que ledit appellant avoit vendu durant lailite 
ferme;es niectes d'icelle^ quatre cents pourceaulx, dont luy devoit 
l'imposicion... 

Ad ce icellui appellant et défendeur avoit dit que s'il avoit fait 
passer icelle quantité de pourceaulx par les mectes d'icelle ferme, 
ce ne avuit pas esté pour les y vendre, mais pour les amener a 
Paris... 



Un second procès fui plaidé en appel à la Cour, dans des 
conditions analogues, quelques jours après, le 19 février 1452. 
Dans les quelques lignes que j'ai copiées et que je publie ci- 
dessous, on remarquera un détail fort intéressant : les pour- 
ceaux sont achetés en l'érigord, puis envoyés à l'engrais dans 
les forêts du pays de Forez, enfin de là dirigés sur Orléans. 
Rien n'indique la patrie du marchand, Jehan Brice ; mais 
c'était un homme qui opérait dans un rayon très étendu, car 
il est dit dans la plaidoirie qu'il était en Bourgogne au mo- 
ment de l'enquête ordonnée par la Cour des élus d'Orléans. 

Entre Jehan Brice, appellant des esleuz d'Orléans, d'une part, 
contre Mathurin Richier (s^c), intimé. 

Bouchier pour led. appellant dit que icellui appellant est un bon 
inarcliant et que ceste année il a achecté certaine quantité de pour- 
ceaulx ou païs de Pierregort et iceulx fait amener ou pais de Fo- 
rest et es foretzd'icellui. Dit que iceulx pourceaulx estans en lad. 
forest, en vendit une assez grande partie a un nommé Gérard 
Bouge et l'autre partie icellui appellant les fist passer par la ville 
d'Orléans pour les mener ou bon lui sembleroit... 

(Même registre, fol. 243 \c, 10 février 1451, ancien style.) 

Par arrêt du 24 mai 1452 (même registre, fol. 320 vo) notre 
«bon marchant» fut condamné à l'amende pour avoir mal 
appelé, et son afïaire fut renvoyée devant les premiers juges. 

Antoine Thomas. 

1. Le manuscrit porto, par erreur : dicellui. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 65 



III 

NOTE RECTIFICATIVE 
SUR LA DATE D'DNE LETTRE DE CHARLES VIL 

J'ai publié, dans le tome XIX des Annales du Midi un 
travail concernant Les lettres de Charles VII et de Louis XI 
aux Ai'Chives Tnunicipales de Barcelone^. Parmi les lettres 
inédites transcrites dans ce travail, la deuxième missive de 
Charles VII au Sage Conseil de Barcelone, donnée à Saint- 
Priest et dépourvue de date 2, a reçu, dans la publication, le 
millésime 14'i5 entre crochets. C'était là une attribution iiypo- 
thétique dont je précisais, d'ailleurs, la valeur à mes yeux par 
une note ainsi conçue : « du moins, la pièce est classée parmi 
celles qui portent ce millésime ». Cette réserve était justifiée 
par les erreurs de classement déjà relevées par moi dans la 
collection des Archives de Barcelone dont la pièce fait 
partiel Toutefois, je n'avais aperçu aucun moyen de me faire 
une conviction en l'espèce. 

Or, M. Antoine Thomas, qui connaît le règne de Charles VU 
mieux que personne, a bien voulu me fournir le secret pour 
sortir d'embarras : la lecture de ma publication lui a suggéré, 
en effet, un rapprochement dont il a eu l'extrême amabilité 
de me faire part. Il est question, dans la lettre de Charles VII, 
d'une mission confiée à Taneguy du Chàtel, Jean de Jambes, 
Pierre de Reffuge et Jean Hébert. Une mention de cotte même 
mission se retrouve dans V Histoire générale de Languedoc^. 
Ce passage, qui m'avait échappé, détermine aussitôt le millé- 
sime vrai de la missive royale et la place en 1457. 



L Armâtes du Midi ,i. XIX, p. 57 et suiv. (janvier 1907). 

2. Ibid., p. 60. 

3. Sur ces erreurs, cf. ibid., p. 58 note 2, et Louis XI, Jeioi II et la 
révolution catalane, p. 29. 

4. Hist. gén. de Languedoc, ùd. Pi-iviit, t. XI, p. 37. 

ANNALES DU MIDI. — XX 5 



66 ANNALES DU MIDI. 

Il y a doQC lieu de rectifier en conséquence la date du docu- 
ment original conservé à Barcelone, et je remercie l'érudit 
obligeant qui a bien voulu signaler à l'éditeur un rapproche- 
ment aussi instructif. J. Calmette. 



IV 



LA SEDITION DE MONTPELLIER EN 1645, d'aPRÈS DBS DOCUMENTS 
INEDITS DES ARCHIVES DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. 

La mise en recouvrement des droits de joyeux avènement 
à l'occasion de l'accession de Louis XIV au trône suscita à 
Montpellier une sanglante émeute, qui dura du 28 juin au 
3 juillet 1645. 

Plusieurs récits de oet événement nous sont parvenus ; ils 
émanent de contemporains. D'abord le manuscrit Giroud, 
puis Je mémorial consulaire de Sabatier, qui se trouvent à la 
bibliothèque municipale de Montpellier et n'ont jamais été 
publiés. Un troisième récit est dû à la plume d'André Delort, 
contemporain également de l'émeute ; il a été imprimé en 
1875-76 ^ Il existe encore un récit anonyme cité par A. Ger- 
main, dans son travail sur la sédition de Montpellier. Ces di- 
vers mémoii-es ont servi de fond aux historiens de la ville de 
Montpellier et du Languedoc- lorsqu'ils ont parlé de cet inci- 
dent. Pierre Serres, historien du début du xyiii» siècle, dans 
ses Annales dont on ne posssède que des fragments, s'est ins- 
piré de Delort. VHistoire générale de Languedoc donne 



1. André Delort, Mémoires inédits sur la ville de Montpellier au 
XVIl^ siècle. Montpellier, 2 vol. in-S», 1875-76. 

2. U'Aigrefeuille, Uisl. de Montpellier jusqu'en 1729. Edition de 1875, 
t. Il, p. 131. 

A. Fabre, Hist. de Montpellier, 1897, p. 150. 

A Germain, Les commencements du règne de Louis XIV et la 
Fronde à Montpellier, dans Métnoires de l'Acad. de Montpellier, 
t. III, p. 579 et suiv., année 1859. 

Dom Devic et Vaissete, continues par E. Roschacli, Histoire de Lan- 
guedoc, t. XIII, p. 234-5. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 67 

(t. XIII, p. 234-5) un court récit de la sédition, tiré des mêmes 
sources, mais il renvoie au manuscrit 170 de Ooislin de la 
Bibliothèque nationale, actuellement fonds français J 8830- 
nous y avons bien trouvé quelques documents relatifs à cette 
époque, mais rien qui se rapporte à la sédition. 

Les archives des Affaires étrangères de Paris, Mémoires et 
documents, France, vol. 1634, fo^ 139 et ss., possèdent deux 
pièces très importantes relatives à l'émeute de 1645, et qui 
n'ont jamais été communiquées^ 

La première a pour titre : Extrait du procès-verbal de 
M^ du Bosquet sur la sédition arrivée à Montpellier, et 
porte la date du 4 juillet 1645; la seconde est une lettre du 
maréchal de Schomberg, gouverneur de Montpellier, datée du 
Sjuillet 1645 et adressée à Mazarin. 

Du Bosquet et Baltazar étaient les deux intendants du Lan- 
guedoc pour la police, justice et les finances. Le premier joua 
un rôle dans les événements qu'il relate ; cette circonstance 
donne un grand intérêt à sa narration. Etant donnée sa 
haute situation administrative, ce procès-verbal est en quel- 
ques sorte la relation officielle de la sédition. Ce document 
diffère des récils de Giroud, Sabatier et Delort, dans le fond 
et dans la forme. II contient moins de détails sur le pillage 
des maisons et les excès commis par la populace de Mont- 
pellier à cette occasion, il est aussi moins pittoresque et sur- 
tout moins dramatique; en revanche, il a l'avantage d'exposer 
la suite des faits selon l'ordre dans lequel ils se sont dérou- 
lés, ce que ne fait pas Delort, d'être plus circonstancié, et de 
donner de nombreux renseignements sur les rapports entre 
Schomberg, les intendants et les officiers municipaux. Ces 
dernières particularités sont omises dans le manuscrit de De- 
lort. De tous les récits, celui de Bosquet est le plus clair, le 
plus étendu, le plus complet; tout fait croire que c'est celui 
qui se rapproche le plus de la vérité. 

1. Nous avons également fait des recherchea aux Arcliives nationales, 
Languedoc 748*» à 1109. On n'y trouve rien se rapportant à l'émeute 
de 1645. D'ailleurs presque tous ces documents sont de la fin du xvii« et 
du XVIII' siècles. 



68 ANNALES DU MlDi 

Ea effet, nous n'avons plus ici, un simple témoin sans qua- 
lité, ou un officier municipal, qui écrivent surtout pour la 
postérité et cherchent principalement à faire ressortir le côté 
pittoresque et dramatique de l'événement, mais un fonction- 
naire d'un grade élevé, dépendant du pouvoir central, qui ré- 
dige un rapport destiné à son chef direct, le cardinal de Ma- 
zarin. 

Le procès-verbal de Bosquet forme le complément néces- 
saire des récits de Sabatier, Giroud et Delort et constitue un 
document intéressant pour l'histoire de Montpellier ; c'est à 
ce titre que nous demandons la permission de le transcrire ici 
dans toute son étendue'. 11 fut envoyé à Mazarin par Schom- 
berg et couvert par la lettre de Schomberg du 5 juillet dont 
nous avons parlé ci-dessus; nous la donnerons à la suite du 
procès-verbal de Bosquet, car elle est inédite et forme elle- 
même un second rapport sur les événements de 1645, rap- 
port court, il est vrai, mais très instructif. 

Ajoutons seulement qu'en punition de ces faits séditieux, 
Mazarin eut d'abord l'idée de faire abattre une partie des mu- 
railles de Montpellier; pourtant il n'osa pas pousser aussi 
loin les choses et se contenta de la pendaison des deux femmes 
qui avaient contribué le plus à l'émeute. Un homme, égale- 
ment arrêté, mourut en prison. Louis XIV donna, en 1647, des 
lettres de pardon et tout fut dit. 

Cette répression peu en rapport, pour le temps, avec l'éten- 
due de la rébellion, prouve combien était faibb le gouverne- 
ment de Mazarin; si un semblable soulèvement se fîit produit 
sous Richelieu, il aurait eu assurément pour la ville de Mont- 
pellier de terribles conséquences. 

P. COQDELLE. 



t. Les lettres d'abolition données par Louis XIV, en mai 1647, à la 
ville do Montpellier et dont A. Germain a communiqiu! le ;oxtc dans son 
étude citée, contiennent un court récit de la sédition, <jui semble avoir 
été fait d'après le rapport de Bosquet. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 69 



ExtraiL du procès-verbal de M. du Bosquet. 

4 juillet 1G45*. 

Monsieur Baltazar ayant rendu une ordonnance portant l'exé- 
culion des taxes faites sur les mestiers jurés, Ronianet Iraictant 
desdits droits la fit imprimer et afficlier par la ville de Montpellier 
aux derniers jours du mois de juin et à même temps Ht faire des 
exploits de commandements de payer aux artisans de ladite ville, 
lesquels furent extrêmement surpris tant de la nouveauté de la 
chose que de la grandeur des sommes auxquelles ils estoient taxés. 
Geste surprise fat suivie d'un désir véhément auxdits artisans de 
se descharger du payement; ce qu'ils creurent ne pouvoir estre fait 
qu'en chassant et intimidant le traictant; pour à quoy parvenir, 
ils excitèrent leurs femmes, et pour leur donner des compagnons 
dans leurs entreprises, ils firent courir le bruit que les femmes 
estoint taxées pour le nombre des enfans, que les servantes et 
valets payeroint une portion de leurs gaiges tous les ans et telles 
semblables choses ausqaelles donnoit quelque créance, la longue 
énumération de tous les mestiers et des sommes qui devoint estre 
payées par yceux, contenue dans l'ordonnance, de laquelle des 
artisans les pauvres se plaignoint publiquement et excitoint le 
monde à compassion. 

Les esprits estant ainsy disposés, sans que la chose esclatat 
encore, quelques femmes attaquèrent de parolle le nommé I\Iadu- 
ron, dans la maison [duquel] le bureau de ceste recepte estoii esta- 
bli, et l'on dit que la réponse de Maduron^ feut accompagnée de 
rudesse et de quelque soufflet qu'il donna à une femme 3. L'attaque 

1. Ce document est l'original de l'éi^oque ; il est sur gros papier; nous 
en avons respecté l'orthographe, mais nous avons ajouté une ponctuation 
qui fait défaut, afin de le rendre plus aisé à lire. 

2. Maduron, riche négociant, dans la maison duquel les partisans 
avaient établi un de leurs bureaux. On donnait le nom de partisans à des 
financiers qui prenaient un impôt à partie, c'est-à-dire avançaient au tré- 
sorier royal une partie de l'impôt afin de garder le reste, d'où le nom de 
partisans. 

3. Ici le procès-verbal du Bosquet dilïèrc dos autres récits, on ce (jui a 
trait à la cause immojdiate et déterminante de la sédition. Selon Giroud, 
Maduron ayant été voir le feu do la Saint-Jean, fut hué par des enfants et 
en frappa un à la tète, d'où le tumulte; il ajoute aussi qu'un tailleur fut 
emprisonné par les partisans parce qu'il no voulait pas payer la taxe, lîos- 
quet ne dit rien de semblable et, selon lui, le soufllet duuuc [iar Mailunni 
fut la cause immédiate do la sédition. 



io 



ANNALES DD MIDI. 



de ce Maduron feut bientost suivie d'un attroupement de grand 
nombre de femmes, principalement des servantes et tilles de 
chambre, lesquelles animées par les fausses persuations du paye- 
ment de leurs gaiges, allèrent au logis de Maduron père et fils et 
le pillèrent, se rendirent au logis du Cygne, où logeoit Romanet, 
et l'obligèrent à s'enfuir, enfoncèrent les portes, enlevèrent les 
papiers et ordonnances imprimées, ausquelles ayant leu le seul 
Hom de monsr Baltazar, elles s'animèrent contre luy. Et soit qu'il 
feut véritable qu'elles eussent trouvé des minutes de plusieurs 
nouveaux édicts et les mémoires de .traictés nouveaux, comme 
elles disoint, ou qu'il leur feut ainsy persuadé, elles entrèrent en 
une fureur générale contre tous les traictans*. 

Les consuls de la ville, entre autres le sieur de Beleval, qui 
s'est porté avec un soin assidu et très-grand en ceste rencontre, se 
rendirent au Cygne pour faire retirer ces femmes ; mais leur tra- 
vail feust ynutille et cela ne feut fait que par le sieur de Villes- 
passier, lieutenant en la citadelle, qui y arriva avec une vingtaine 
de mousquetaires 2^ et ce feut le XXX de juin après midy. 

Cette assemblée de femmes ne faisoit pas grand bruit dans la 
ville et ne feut cognue par ledict sieur du Bosquet qu'environ les 
deux à trois heures après-midy de ce jour-là, qu'allant par ville, 
il vit les rues couvertes de pièces et fragment des ordonnances de 
monsr Baltazar et des quittances du trésorier des partyes cazuelles 
ce qui luy donna occasion de senquerir du fait. Et, estant à son 
logis, il manda ledict sieur de Beleval et ledict sieur de Villespas- 
sier. S'y estant pareillement rendu, il apprit de leurs bouches ce 
qui sestoit passé, et ayant eu advis que ces femmes se rassem- 
bloient environ la maison desdicts Maduron, lesdicts sieurs de 
Villespassier et Beleval s'y rendirent avec résolution d'arrester les 
premières personnes qui sopiasteroint à faire du tumulte et les 
amener à la citadelle, attendant le retour de Monsieur le maré- 

1. Delort dit que le vendredi on pilla les papiers de Martin, notaire; 
c'est sans doute une confusion et il s'agit du pillage des papiers de Ro- 
manet qui, d'après le rapport de Bosquet, eut eirectivement lieu le ven- 
dredi. Au pillage de la maison de Maduron, Delort ajoute celui du Cygne; 
nous avons vu qu'il ne fut pas pillé, mais les portes seulement enfoncées 
et les papiers dispersés. Quant au pillage de la maison do Houdon, tréso- 
rier de France, Bosquet ne le place que dans la nuit du 2 au 8 juillet; 
d'ailleurs, le trésorier de France s'appelait do Gretl'euille. 

2. Delort ne parle i)as de cette intorventiou do Villespassier le 80 juin, 
mais le fait venir, le 2 juillet, avec cimiuante à soixante soldats au secours 
du maréchal de Schouiberg ; il doit faire confusion. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 71 

chai de Schonberg, qui estoit à la chasse. Lequel estant arrivé en- 
viron les six heures du soir, ledict sieur Bosquet, s'en allant rendre 
y)rès de luy, le rencontra à la rue avec ledict sieur Villespassier 
lequel disoit que toutes ces femmes s'estoient séparées, et ayant 
concerté ensemble de ce qui devoit estre fait en cas qu'elles satrou- 
passent de reschef, savoir de leur courir sus et d'en ari'ester des 
prisonniers, chacun deux se retira. 

Les femmes seules avointparujusques à cette heure-là, maisenvi- 
ron les neuf heures du soir dudict jour' les hommes de la lie du 
peuple se joignirent à elles, et sestaut animez généralement contre 
tous les partisans et leurs protecteurs, attaquèrent la maison du 
sieur Esmère, commis à la recepte du droit d'amortissement 2, et, 
après avoir enfoncé les portes, la pillèrent. 

Monsieur le mareschal de Schonberg, qui estoit à la ville, y ac- 
courent avec le peu de gens qui se trouvèrent auprès de luy,arresta 
deux hommes prisonniers et donna les ordres qu'il jugea néces- 
saires. 

La nuict feut assès calme et, le matin du premier juillet, les 
femmes s'assemblèrent au son du tambour en la place du pallais, 
demandant les prisonniers, disant qu'ils estoint innocens et elles 
seules les coulpables; Monsieur de la Forest Toiras, qui a agy 
avec vig'ueur et courage en cette rencontre, si porta par plusieurs 
foys, mais en vain, car le nombre de femmes grossissoit à tous 
momens par la quantité des hommes et des femmes qui y accou- 
roint*, lesquels y estoint appelées par un petit garçon battant le 
tambour par la ville et criant à haute voix qu'il faisoit savoir à 
toutes les femmes et servantes de se rendre au pallais, où l'on 
vouloit faire pendre deux hommes injustement. 

Geste émotion continuant, Monsieur le mareschal se rendit au 
devant le pallais, suivy de quelques-uns de ses gardes, et tascha 
dadoucir ces esprils furieux; mais cependant* une partye des sé- 
ditieuses estoint aux murailles de la prison, qui respondent hors 
la ville, et ayilées par des habitants, enlevèrent les prisonniers et 

1. C'est toujours du 30 juin qu'il s'agit. 

2. Le droit d'amortissement n'avait rien do commun avecles droits qui 
avaient suscité la sédition; mais le peuple confondait tous les receveurs 
dans la même haine. 

3. Bosquet n'a pas jugé à propos de donner le nom des deux femmes 
qui dirigeaient réinoute: les autres récits nous ont uppris quelles so 
nommaient la i^rauliiire et la IMoiitcoUe. 

4. Signilie : pendant ce tempsdà. 



72 ANNALES DU MIDI. 

les conduisirent à une lieue de la ville ^ Ces femmes retournant 
de cette action chantoint le triomphe et témoignoint de vouloir de- 
meurer dans le rppos. Et, en effet, il y eut quelque yntervallede temps 
sans rumeur, pendant lequel Monsieur le mareschal de Sclionberg, 
désirant prévenir un plus grand désordre, manda les companies des 
officiers de ladite ville, les consuls et chefz des mestiers en pré- 
sence des sieurs du Bosquet et Baltazar, de la part de la cour des 
comtes, aydes et finances. Les sieui^s de Saint- George et de 
Montlaur, présidentz, et les sieurs de CUausel et de Cauteville, 
conseillers, vindrent offrir à Monsieur le Mareschal leurs per- 
sonnes et leurs services et promirent de se rendre auprès de luy 
au moindre mandement avec cinq cens hoiïimes armés et s'en 
allèrent par ordre de Monsieur le mareschal exorter leurs voisins 
et dépandantz à demeurer dans le repos et à retenir leurs femmes. 
Les mêmes offres furent faits par les sieurs Girard, de Mirmam, 
la Cassaigne, Berrulac, Groset et Greffeuille, trésorierde France, au 
nom de leur bureau, et s'en retournèrent avec les mesmes ordres. 
Les consuls et les chefz des mestiers, s'estant présentés à M. le 
Mareschal, désadvouèrent laction des femmes et nyèrent que leurs 
femmes feussent de la partye, se plaignantz à la vérité des taxes 
qui estoint faits sur eux, qui avoynt peyne à vivre de la sueur de 
leur visage, et de ce que les ordonnances portoint la constrainte 
solidaire, ce qu'ils trouvoint fort injuste et qu'en un mesme jour 
on ait fait faire cinq. ou six cens exploits ausdits artisans. M. le 
Mareschal leur commanda de demeurer dans le repos et leur pro- 
mit de faire modérer ces taxes, et qu'ils en donnassent advis à 
ceux de leurs mestiers. Ce que lesdits consuls auroint promis de 
faire 2. Pendant le reste du jour premier juillet et la nuict sui- 
vante, il n'y eut point de bruit dans la ville, les soins des officiers 
des comtes et trésoriers de France ayant reussy à appaisé les 
esprits. Et pendant ce temps, des marchans à qui on avoit saisy 
des marchandises pour les frais des ambarqués à l'armée de Cata- 
logne 3, de l'an 1G43, ayant pris occasion de ce tumulte, deman- 
dèrent la main levée, qui leur feut promise par M. le Mareschal : 
ainsy tout prétexte sembloit estre osté à la sédition^. 



1. Delort place cette mise en liberté le 2 juillet {op. cit., p. 127). 

2. ];)ftlort ne mentionne pas ces réunions chez Schomberg pendant les 
quelques heures d'accalmie du 1" juillet après midi. 

3. Si^,niifie ; des troupes envoyées de l'armée de Catalogne. 

4. On était loin de s'atlcndrc, le 1" juillet au soir, aux scènes tumul- 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 73 

Mais comme, dans la fureur de la sédition, ces femmes avoint 
dit publiquement quelles vouloint tuer tous les partisans affin 
qu'aucun ne feut sy harili d'entrer à l'advenir dans la ville, qu'il 
ne falloit point payer de quartier d'hiver * et quelles avoint mar- 
qué les maisons de certains habitans quelles vouloint tuer, sous 
prétexte qu'ils estoint yntéressès avec les partisans ou leurs com- 
missaires, plusieurs personnes pourveurent à leur déffence, met- 
tant leurs amis et de gens armés dans leurs maisons, entre au- 
tres, le sieur Massia Eudes, trésorier de la bourse du pays et père 
du receveur général des finances, soit pour la conservation des 
deniers du roy, et le sieur Dupny, cy-devant soubztraiciant des 
amortissements. L'on assure que ledict Dupuy et ses amis, qui 
sestoint barrigadés dans sa maison, attaquèrent avec injures les 
femmes qui passoint en troupe le dimanche deuxième du dict 
mois de juillet 2, sur le midy. Lesquelles ayant appelle les hommes 
à leur secours, une mousquetade feut tirée du logis, qui tua un 
vieux homme, que l'on disoit y avoir esté amené par la curiosité. 
Cet homme mort et sanglant, exposé au peuple et porté par les 
rues, fit un aussy grand eflfect que la chemise de César '. 

En mesme temps, toute la ville feut en armes, les chesnes ten- 
dues par la ville et les maisons de Massia et Dupuy attaquées. 

M.leMareschal en eut advis dînant chez M.Baltazar et y accou- 
rent avec ses domestiques et les s^s marquis de Cauvisson et de 
Toiras, séneschal de Montpellier: La Forest Toiras, de Mousso- 
lens, de Roques, et quelques autres gentilhommes trouvés par 
rencontre, où furent aussy présentz les s""* de S*-George et de 
Montlaur, présidentz et autres officiers de la Cour des comtes, 
qui taschoint d'appaiser le peuple et assistoint M. le Mareschal, 



tueuses et sanglantes que nous allons voir se dérouler le lendemain ; le 
procès-verbal de Bosquet diffère sensiblement ici du récit de Delort, mais 
nous le croyons plus véridique. 

1. Pour le logement des troupes venant hiverner dans les villes. 

2. Si l'on rapproche cette provocation des employés aux finances, qui 
occasionna l'explosion de la haine populaire, le 2 juillet après-midi, du 
soufflet donné par Maduron à une femme, qui causa celle du 80 juin 
(voir p. 65), il faut conclure que ces agents fiscaux eurent une bonne part 
dans les responsabilités de la sédition. 

3. Delort ne mentionne pas la mort de cet homme, mais, en revanche, 
il raconte celle de la dame FageroUe, tuée par les balles des séditieux au 
moment où eJle se montrait à la fenêtre de la maison Massia. Giroud 
place en ce moment l'épisode de M"" Sabatié, arrachant les traitants à la 
mort en les cachant dans sa maison. 



74 ANNAI-ES DU MIDI. 

ensemble le s"" de Beleval, consul, qui feut obligé de se mettre ù 
la teste du peuple pour le détourner de ses desseins. Les prières 
et les exhortations de M. le Mareschal furent inutilles sur les 
esprits de ces furieux et ses armes furent vertement repoussez à 
coups de mousquets, fusilz et pistoletz et de pierres jettées du haut 
des maisons. 

Ils s'estoint retranchés dans les rues estroittes qua peyne deux 
hommes à cheval pouvoint entrer de front et quon ne pouvoit 
enfoncer sans verser beaucoup de sang. M. le Mareschal voulut 
espargner celuy du bourgeois, espérant qu'après cette première 
fureur passée, il pourroit ramener ces esprits par la douceur. 

Il ne peut pas faire néantmoins, quelque tempérament quil y 
aportat, que plusieurs habitans ny fussent tués, un de ses gardes 
blessés à la mort et luy-même frapé d'un coup de pierre. 

Le combat reprit vingt foys^ durant trois à quatre heures pen- 
dant lequel la fureur du peuple regorgeoit par toute la ville et 
tuoit tout ce quelle rencontroit avec le nom de partisans ; mesme 
le fils dudict sieur Mas.sia, chanoine de Narbonne, estant rencontré 
en fuyant, feut massacré. Les maisons deDupuy et Massia furent 
emportées, pillées et bruslées et des hommes tués au dedans avec 
grande cruauté. 

Pendant ce combat, M. Baltazar, ayant ouy sans(?) les cris des 
peuples contre les partisans et les intendantz, se retira dans la 
citadelle, et le sieur du Bosquet, ayant considéré quelque temps 
ce désordre, dont le gros n'estoit pas loin de son logis, quy estoit 
monté au-dessus de la force des armes et de la conduite de la pru- 
dence, se retira dans son logis avec le sieur St-Hilaire, conseiller 



1. La description de ce combat des rues est donnée dans Delort d'une 
manière différente. Selon lui (op. cit., p. 124), les gardes de Schomberg 
tirèrent au début de l'affaire, sur le commandement de ce maréchal, et il 
y eut des tués et blessés. Cet ordre cadre assez mal avec la mansuétude 
et le calme du gouverneur dans toute cette affaire. 

Delort raconte également que Villespassier, lieutenant de la citadelle, 
vint avec cinquante ou soixante soldats pour dégager Scliomberg, et 
également que Goussonville, lieutenant du roi, qui vint place des Sévenols 
pour arrêter des insurgés, fut chassé avec ses hommes et perdit son 
chapeau en s'enfuyant. 

Il semble, au contraire, selon lîosquet, que Schomberg ne fut pas se- 
couru et soutint la lutte contre le peuple avec seulement quelques amis 
fonctionnaires et les gardes de sa maison en fort petit nombre. Il paraît 
aussi, selon les récits, que Carrié sauva la vie de Schomberg en écartant 
un mousquet dont il était visé. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 75 

en la cour des comtes, > qui en est le maistre, et M. le Mareschàl 
se retirant en son hostel, il le suivit i. 

Le feu estant ainsy allumé par toute la ville, M. le Mareschal 
employa tous ses soins affin qu'il ne continuât pas durant la nuict, 
et que s'il iie pouvoit pas diminuer, pour le moins il n'augmenta 
pas. Il manda, à cet efîect, les officiers et donna les ordres néces- 
saires : le peuple ayant attaqué la maison d'un nommé Boudon, il 
fit en sorte que le peuple sy amusa pendant la nuict. 

Le lendemain, troisième juillet, au grand malin, le peuple ayant 
fait entendre à M. le Mareschal que, sil le deschargeoit des taxes, 
bailloit aux marchands la main levée des marchandises saisies 
pour les embarquements, faisoit sortir de la ville tous les traiclans 
et quil ny flst point entrer des gens de guerre, il quiteroit les 
armes et fairoit entièrement ses commandements, Mons. le Mares- 
chal y auroit acquiessé pour appaisser ces grands désordres, qu'il 
ne pouvait réprimer par les armes. Et son ordonnance ayant esté 
^eue et publiée à son de trompe, le peuple auroit crié des « Vives 
le roy ! » et se serait extrêmement adôucy. Et pour tesmoigner la 
joye commune de tout le monde, les principaux marchands et au- 
tres bourgeois, qui navoint point paru dans la sédition, sestant 
contenus dans leurs maisons pour leur detïence, vindrent en nom- 
bre de quatre à cinq cens tesmoigner à M. le Mareschal le desplai" 
sir quils avoint des choses passées et luy offrir leurs services pour 
l'exécution de ses commandements ; mais dautant que la plus 
grand part faisans profession de la R. P. R. 2 estoint désarmés, 
M. le Mareschal leur permit de s'armer et leur commanda de se 
rendre avec leurs armes en l'hostel de ville pour faire ce qui leur 
seroit ordonné par les consuls. 

Les officiers des comtes, trésoriers de France et presidiaux ses- 
tant présentés pareillement, M'' le Mareschal leur ordonna de se 
rendre en armes audict hostel de ville, se saisir des postes, distri- 
buer les corps de garde et les patrouilles en telle sorte qu'ils se 
rendissent les maistres de la ville. Et parce qu'il feut donné advis 
que des soldats et autres gens sans aveu et des paysans des villa- 
ges voisins s'estoint glissés parmy le peuple à dessein de piller, 



1. C'est en rentrant au palais que Schomberg, fuyant devant le peuple, 
rencontra, d'après Giroud, une femme conduisant un petit garçon qui, 
intei'pellée par lui pour savoir où elle allait, lui répondit ; « Je m'en vais 
à la mort », etc., etc. 

2; La religion prétendue réformée. 



76 ANNALES DU MIDI. 

Mr le Mareschal donna ordonnance portant commandement aux- 
dicts estrangers de vuider la ville dans le jour à peyne delavie, et 
aux consuls de fermer les portes de la ville à l'exception des deux 
plus comodes, ausquelles ils établiroint une garde bourgeoise. 

Ces ordres furent exécutés si ponctuellement qu'a mesme 
temps tous les hommes de condition fui'ent assemblés en armes 
en la maison de ville, les sisains distribués par la ville soubz la 
conduite des bons bourgeois non suspects; et ainsy les femmes 
furent séparées, les séditieux éloignés, à la réserve de quelques- 
uns qui ont demeuré sous les armes à la conduite des plus sages 
et le pillage et bruslement des maisons a cessé. 

Ledict jourS Mr le Mareschal, ayant monté achevai, sans au- 
cune suite de gardes, accompagné tant seulement du sieur du 
Bosquet, intendant, des srs marquis de Gauvisson, baron de Res- 
tinelières, de Tarenda et son escuyer, a parcouru toute la ville et 
expliqué ses ordonnances au peuple, tesmoigné son aft'ection 
envers lui et a mis par sa présence et par sa prudence, les choses 
en tel estât, quil n'y a- point dapparence daucun trouble, les prin- 
cipaux habitatis s'estant rendus les mestres de la ville. 

L'impunité de ceste sédition est dune périlleuse conséquence 
pour lauctorité et les affaires du Roy et un exemple de semblable 
rébellion dans toutes les autres villes de la province, puisque 
dans une ville, où il y a citadelle, companie d'officiers souve- 
raine, trésoriers de France, présidial et à la présence du gouver- 
neur de la province et des intendants, la lie du peuple a osé pren- 
dre les armes et résister au combat. Et d'autre part la vengeance 
n'en est point facille, sy elle n'est appuyée d'un nombre suffisant 
de gens de guerre ^ ; encore y aura le danger quil ny ayt etïusion 
de sang, si les principaux habitans ne continuent dans la résolu- 
tion qu'ils ont prise à présent. 

Bref, la calamité et la misère du peuple est sy grande et les 
officiers se plaignent de tant de charges, que Ion juge à plus près 
que tout le monde est bien aise déloigner les traictés nouveaux et 
les traictans, et que ce sera à leur grand regret quils consentiront 
à leur retour, ce quils ne feront jamais que par force. 

Fait à Montpellier, le iiiifi jour de juillet 1645. 



1. Le 3 juillet, dans raprès-midi. 

2. Le succès de la S(''dUioii tiul justement pour cause la faiblesse de la 
garnison de la citadelle, absolument insuflisanto pour la garder et en 



MELANGES ET DOCDMENTS. 77 

Lettre du maréchal de Schotnberg au cardinal de Mazarin^ . 

Monseigneur, 

V. E. verra par la relation que j'envoie à M"" de la Vrillière, la 
sédition quil y a eue dans Montpellier. Le bonheur a voulu que je 
my sois rencontré et V. E. sceaura que sans cela la ville es toit 
perdue absolument. Jai esté assez heureux pour arester cesteémo- 
tion en trois jours, mais je vous confesse. Monseigneur, que ce na 
pas esté sans peine, ny sans un péril qui peust passer pour assez 
grand, puisque avec environ quarante hommes de mes guardes ou 
des gentilshommes qui estoint' auprès de moy, je dissipé, pen- 
dant une heure et demie, deux mil habitans armés, divisés en 
plusieurs cors, que je trouvois logés à tous les coins des rues. 

Enfin, comme je ne voulois pas tuer de peur d'aigrir les choses 
davantage et que dès que je les avois rompus enlespoussant avec 
la teste des chevaux et en leur donnant quelques coups de bas- 
tons, ils saloient rejoindre à cent pas de là, je fus contraint de 
céder à la force, ayant beaucoup de mes gens blessés de mous- 
quettades et de coup de pierre. 

Je ne voulus neantmoins pas quitter, croyant qu'il y alloit du 
service du Roy à ne pas me retirer devant eus, ainsi je me logé, 
avec ce peu de monde que j'avois, dans quelques carfours où ils ne 
me vinrent pas taster, et après qu'ils eurent pillé et bruslé les mai- 
sons de deus partisans, ils se retirèrent et moy après eus ; et leur 
nombre estant acreu par le tocxain jusques à trois mil hommes 
et je croy qu'un peu de vigueur et de fermeté qu'ils recognurent 
dans un si petit nombre de gens les fit rentrer en eus mesmes, et 
comme ils virent que leurs salves de mousquetades et de coups 
de pierre ne nous arreslèrent pas, ils nous laissèrent. 

Le lendemain de ce jour la^, j'envoie quérir tous les O^sS^ flg 
armer les bons habitans qui mestoient venus demander pardon, 



même temps contenir le peuple. C'est ce qui explique comment Schom- 
berg fut réduit à une poignée d'hommes (quarante, d'après sa lettre à 
Mazarin) et obligé de capituler sur tous les points pour rétablir l'ordre. 

1. Arch. des affaires étrangères. Mémoires et documents, France, 
vol. 1684, fol. 145-146. Cette lettre est tout entière do la main de Scliom- 
berg et d'une écriture grande, penchée, diflicile à lire. Nous avons ajouté 
la ponctuation qui fait défaut. 

2. C'est-à-dire le 3 juillet. 

3. Conseillers. 



78 ANNALES DU MIDI. 

donnay des ordonnances pour leur soulagement et fis faire des 
guardes aux places par les mesmes habitans, qui assurèrent tout- 
les choses. 

Je croys que ces peuples seront tousiours asses calmes, pourveu 
qu'on ne parle point de partisans et j'aprehande avec un grand 
sujet que cest exemple ne soit fort préjudiciable a la province i. 
V. E. en voit mieus la conséquence et la suite que personne; c'est 
à Elle à juger si Elle est en estât d'y remédier ou non. 

(leste affaire est la plus importante qui puisse arriver et un 
malheureux fait a donné lieu de désordre à des gens qui véritable- 
ment ont esté bien aise d'en prandre loccasion pour ne payer pas 
le quartier d'hiver, et quoy que cecy semble purement un cas for- 
tuit, il y a lieu de croire qu'il y a eu quelque préméditation pour 
traverser et empescher ledit quartier d'hiver. 

J'envoie à V. E. la démission de M^ d'Audouville quy ma mis... 
{illisible) entre les mains. 

Jatens vos commandemens affin que je puisse entrer en pos- 
session du Saint-Esprit^ et donner en mesme tems {illisible). 

Je suis infiniment marry de la mort de Mi' de Magasoty (?) et je 
regrette bien fort par le desplaisir quen doit avoir eu V. E. à qui 
je suis... à la mort très passionnément et avec toute sorte de res- 
pect, Monseigneur, votre très humble, et très obéissant et très 
affectionné serviteur, 

SCHOMBERG. 

Monfi' ce 5 juillet. 

En marge : Mrs de (îauvisson et de Mousoulieu (?) mont très 
bien assisté à ceste maleureuse occasion. 



1. II n'en fnt rien heureusement, car la sédition de MontpelHer pesta 
un acte isolé; Narbonue et les villes du Languedoc restèrent calmes. 
(Arch. des Affaires étrangères; France, 1634, fol. 147 et passhn.) 

2. Il faut conchire de cette phrase que Schomberg venait de recevoir 
l'Ordre du Saint-Esprit. 



GOMPTKS RENDUS CRITIQUES 



René Poupardin. — Le royaume de Bourgogne (888- 
1038). Étude sur les origines du royaume d'Arles. 

(Bibliothèque ùe l'École des Hautes Études, sciences histo- 
riques et philologiques, 163e fasc.) Paris, Champion, 1907; 
in-8o de xl-511 pages. 

Les lecteurs des Aiinales du Midi connaissent, grâce à une 
pénétrante étude de M. Paul Fournier *, le premier des livres que 
M. Poupardin a consacrés à l'histoire du sud-est de la France au 
haut moyen âge : « Le royaume de Provence sous les Carolingiens 
(8-55-933) ». M. Poupardin vient de faire paraître un second 
volume, qui relate cette fois l'histoire du royaume de Bourgogne 
de 888 à 1038, et qui complète et prolonge son précédent ouvrage. 

Le nouvel État hourguignon fut fondé, au lendemain de la dépo- 
sition de l'empereur Charles le Gros, au profit de Rodolfe (1er), 
alors comte et marquis de Transjurane, qui fut proclamé roi dans 
une assemhlée de grands personnages, laïcs et ecclésiastiques, à 
Saint-Maurice-d'Agaune, au début de l'année 888. C'était, au 
fond, beaucoup moins une résurrection de l'ancien royaume bur- 
gonde et une affirmation d'une nationalité autonome et distincte 
au sein de l'Empire f^'anc, que la simple transformation de l'an- 
cien duché carolingien de Transjurane, augmenté du diocèse de 
Besançon. Cinquante ans plus tard, vers 933, le royaume de Bour- 
gogne s'accrut d'une partie de l'héritage du roi de Provence 
Louis l'Aveugle. Hugues, héritier de Louis l'Aveugle, et désireux 
de se consacrer exclusivement à l'Italie, céda à Rodolfe II ses ter- 
res « tenues en Gaule », Provence et Viennois. Le royaume de 
Bourgogne, ainsi agrandi, et comprenant ce qui sera plus tard le 

1. Annales du Midi, t. XIV (1902), p. 441 et suiv. 



80 ANNALES DU MIDI. 

« royaume d'Arles et de Vienne », a vécu d'une existence auto- 
nome jusqu'en 1032. Alors, en vertu du « testament » de 
Rodolfe m, ce royaume passa entre les mains de l'empereur Con- 
rad le Salique. M. Poupardin n'arrête cependant pas son étude à 
l'année 1032. Il étudie les compétitions qui surgirent entre Conrad 
et Eudes de Blois; ce dernier, parent de Rodolfe III, réussit à se 
faire reconnaître comme roi par un certain nombre de seigneurs 
du royaume de Bourgogne. Une lutte d'influence se produisit 
entre les deux compétiteurs; elle dura jusqu'à la défaite et à la , 
mort d'Eudes, en 1037, à la bataille de Bar. L'année suivante, en 
1038, à l'Assemblée de Soleure, les grands du royaume de Bour-* 
gogne reconnurent Henri, fils de Conrad, comme « roi des Bour- 
guignons ». C'est seulement alors que devint définitive la réunion 
enti'e les mêmes mains de l'Empire et du sud-est de la France 
actuelle. 

M. Poupardin a rassemblé de son mieux le peu que l'on sait de 
l'histoire de ces quatre rois (Rodolfe 1er, Rodolfe II, Conrad le 
Pacifique et Rodolfe III), dont la physionomie est si terne et si 
effacée. Ils ont assisté, inditférents ou impuissants, aux grands 
événements politiques qui inléressnient leur État : invasions lion- 
groises à la fin du règne de Rodolfe II; lutte contre les Sarrasins 
et expulsion de ceux-ci, sous Conrad le Pacifique, par les comtes 
de Provence, Guillaume et Roubaud. Tout au plus peut-on rele- 
ver quelques eflorts faits par les rois de Bourgogne pour recons- 
tituer à leur profit la Lotharingie, grâce à leur situation au centre 
de l'ancien État de Lothaire; ainsi s'expliquent les tentatives, 
toujours infructueuses, faites par les Rodolfiens pour s'étendre 
au nord ou au sud-est : tentatives en Lorraine avec Rodolfe 1er ^ 
en Italie avec Rodolfe II. Les Rodolfiens n'avaient pas de res- 
sources suffisantes pour mener à bien de semblables projets de 
conquête. 

D'ailleurs les rois de Bourgogne n'étaient pas, en réalité, aussi 
indépendants et aussi libres dans leur politique qu'on pourrait le 
croire. M. Poupardin a fort bien montré que la réunion du 
royaume de Bourgogne avec l'Empire en 1032 n'a pas été le résul- 
tat du hasard, mais la conclusion de tout un développement histo- 
rique. Nous pouvons suivre, pas à pas, les progrès de l'influence 
de l'Empire dans le royaume, influence que les rois des Francs 
occidentaux, trop taibles encore, ne pouvaient songer à contrecar- 
rer. C'est d'abord, dès le lendemain de la fondation du nouveau 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 81 

royaume, la reconnaissance de la suzeraineté du roi de Germanie 
Arnulf, suzeraineté purement nominale d'ailleurs, et dont il ne fut 
plus, semble-t-il, question au xe siècle*. Ce sont surtout les cons- 
tantes interventions des Empereurs dans les affaires du royaume. 
Au lendemain de l'avènement de Conrad le Pacifique en 987, 
Otton 1er s'empare temporairement de la personne du jeune roi et 
du royaume de Bourgogne, afin de les protéger contre les efforts 
faits par Hugues, roi d'Italie, pour rétablir son autorité en Bour- 
gogne, au mépris de la cession qu'il avait consentie en 933 au 
profit de Rodolfell. Plus tard, Otton II et Otton III jouent encore, 
vis-à-vis du même Conrad, le rôle de protecteurs, et s'occupent 
notamment de chasser les Sarrasins du roj'aume de leur protégé. 
Avec l'avènement d'Heni'i de Bavière, la politique des Empereurs 
se précise et se fait plus brutale. Henri s'empare, en 1006, de la 
■ ville de Bàle, jusqu'alors comprise dans le royaume de Bourgogne; 
et dix ans plus tard, toujours sous prétexte de « protection », il 
dirige une expédition militaire contre les seigneui's insurges du 
royaume de Rodolfe III, en particulier contre le comte Otte-Guil- 
laume. Ainsi les voies étaient ouvertes à la réunion du royaume 
de Bourgog'ue à l'Empire, et aux traités qui consacrèrent cette 
cession au profit de Henri II, puis de son successeur Goni'ad le 
Salique : cession faite à l'Empire lui-même, diront les uns; cession 
faite seulement à l'Empereur et à sa famille et ne créant qu'une 
union personnelle entre l'Empire et le royaume de Bourgogne, 
diront les autres, désireux de justifier ainsi l'intervention des 
Capétiens dans ces régions, en diminuant l'importance du lien qui 
unissait le royaume à l'Empire. 

Après avoir ainsi groupé, aussi complètement que possible, les 
renseignements, en somme très pauvres, que nous possédons sur 
toute cette histoire, M. Poupardin essaie de définir la situation des 
différentes forces politiques du royaume de Bourgogne. C'est 
d'abord le roi, qui, comme le dit un chroniqueur, « ne possède 
que le titre et la couronne ». La royauté bourguignonne ressemble 

1. M. Poupardin, p. 126, 187 et s., soutient que cette suzeraineté n'a 
pas existé en droit, même après le traité de 1U16 entre Rodoll'e III et 
Henri II. Il nous semble au contraire, comme à M. Piister (Revue his- 
torique, t. XCIV, 1907. p. ;J84 et suiv.), que le texte de Tliietmar ao Mer- 
sebourg (« Omnem namqae Burgundiie regionis primatum j^er manus ab 
avunculo suimet accepit ») indique, aussi nettement que possible, une 
reprise en fief da royaume de Bourgogne, et l'établissement, au moins à 
partir de ce traité, de la suzeraineté d'Henri II. 

ANNALES DU MIDI. — XX () 



82 ANNALES DU MIDI. 

fort, dans ses caractères-juridiques, dans son organisation admi- 
nistrative, dans les manifestations de son activité, aux autres 
royautés nées du démembrement de l'Empire carolingien, royautés 
des Francs occidentaux ou de Germanie, avec cette seule différence 
que ses ressources sont encore plus restreintes et plus maigres. 
La vraie force sociale, dans le royaume de Bourgogne, pst aux 
mains de la féodnlite'', laïque ou ecclésiastique; et l'étude de cette 
féodalité est une des parties capitales du livre de M. Poupardin. 
La période rodolfienne est, en effet, une période de constitution 
et de développement pour les grandes maisons féodales qui domi- 
neront plus tard dans le royaume d'Arles. Nous n'avons pas à 
insister, dans une Revue consacrée avant tout à la France méri- 
dionale, sur riiistoire que M. Poupardin nous donne de la maison 
des comtes de Bourgogne. Mais d'autres parties du même chapitre 
intéresseront directement le lecteur des Annales. M. Poupardin 
nous a donné, sur l'origine des Maisons seigneuriales de Savoie, 
de Dauphiné et de Provence, un résumé très concis, mais très 
nourri, des nombreux travaux parus dans ces dernières années. II 
accepte dans ses grandes lignes, en ce qui concerne l'origine delà 
Maison de Savoie, la thèse soutenue par M. de Manteyer, c|ui rat- 
tache Humbert aux Blanches-Mains, chef de cette famille au début 
du xie siècle, à la famille de Garnier, comte de Troyes et vicomte de 
Sens au début du xe siècle, époux de Thiberge, la sœur de Hugues 
d'Arles; et il note, après M. de Manteyer, l'importance de la « poli- 
tique ecclésiastique » de cette Maison, qui est arrivée à mettre la 
main, au cours du xie siècle, sur une série d'évèchés du roj'aume 
de Bourgogne (Vienne, Belley, Aoste, etc.). — Sur la question tou- 
jours ouverte de l'origine des Dauphins, M. Poupardin rejette réso- 
lument l'opinion des auteurs qui, avec MM. de Terrebasse et Pru- 
dhomme, y voient des descendants des anciens comtes carolingiens 
de Graisivaudan. Il accepte les données du préambule de la fameuse 
charte du cartulaire de Saint-Hugues, qui, si elle n'est pas contempo- 
raine des événements qu'elle raconte, a au moins « la valeur d'un 
texte historiographique ». Il pense donc que les évoques de Grenoble 
sont arrivés, grâce à l'affaiblissement de l'autorité royale et à la 
disparition d'une administration comtale régulière, à être ;\ peu 
près seuls maîtres en Graisivaudan au xe siècle. La famille des 
Guignes a ses origines, non pas en Graisivaudan, ntais en Vien- 
nois: sa fortune vient de ce qu'elle a suivi « la tacti({ue qui devait 
également faire la fortune des princes de la Maison de Savoie, en 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 83 

accaparant les évêcliés voisins ». Cette famille a pris, vers 1035, le 
titre comtal; et M. Poupardin voit là le résultat d'une usurpation 
pure et simple. Il n'adopte donc pas l'hypothèse si séduisante, pro- 
posée sur ce point par M. de Manteyer, d'api'ès laquelle ce titre 
aurait sa source dans une inféodation du Viennois méridional, 
consentie par les archevêques de Vienne, au xie siècle, au protît de 
la Maison d'Albon : hypothèse qui trouve, croyons-nous, un fort 
point d'appui dans les hommages que les Dauphins ont prêté, par 
la suite, aux archevêques de Vienne. — M. Poupardin étudie enfin 
le développement du pouvoir des comtes d'Arles, devenus marquis 
de Provence: et il a pu, sur cette question, utiliser les résultats du 
travail encore inédit de M. de Manteyer, La Provence du ler aie 
xiie siècle. Il montre que ce développement s'est produit surtout 
après l'expulsion des Sarrasins, et a eu, comme contre-partie, la 
disparition des autres comtes des comtés provençaux. Les comtes 
de Provence sont déjà, dans la période rodolfienne, à la tête d'une 
administration de fonctionnaires; ils ont su garder la haute main 
sur la féodalité de leurs domaines. M. Poupardin étudie à ce pro- 
pos l'institution des vicomtes, qui apparaissent à Marseille, à 
Fréjus, à Nice, à Sisteron, à Gap, à Embrun, soumis à l'autorité 
des comtes de Provence. On trouve ailleurs encore des vicomtes, 
notamment à Vienne, et M. Poupardin a réuni des éléments pré- 
cieux pour l'histoire, encore à faire, de cette curieuse institution, 
mi-administrative, mi-féodale ^ 

L'auteur s'occupe enfin de la féodalité ecclésiastique, qui a été, 
dans le sud-est de la France, particulièrement forte, soit grâce à 
la disparition, dans beaucoup de cités, du pouvoir comtal, dispa- 
rition qui a permis aux évêques de s'emparer des droits régaliens 
dans leur cité ; soit à la suite d'une concession formelle, faite par 
les rois de Bourgogne aux évoques du royaume, du curailaLus de 
leur cité, c'est-à-dire de l'ensemble des biens et des droits attachés 
à la fonction de comte : ainsi à Vienne, en Tarentaise, à Sion, à 
Lausanne. M. Poupardin revient encore sur le sens des mots 
coniUalus, res de comitalu, qu'il avait déjà étudié de près dans 
son travail sur Le royaume de Provence; et c'est là un fort inté- 
ressant morceau d'histoire jçénérale des institutions carolingien- 

1. En même temps que le livre de M. Poupardin, paraissait une fort 
intéi'essante monograpliie de W. Sickel, Der frànhixchc Vicecomitat, 
1907, tentative de systématisation des diverses études locales aur cette 
question. 



84 ANNALES DU MIDI. 

nés, appuyé sur une documentation empruntée à des pays très 
divers de l'Empire. 

Ainsi, par ses développements, l'œuvre de M. Poupardin dépasse 
les limites de l'histoire locale ou régionale. Son livre constitue 
l'une des plus importantes contributions de ces dernière>; années 
aux problèmes historiques nombreux que soulève l'histoire de la 
décadence carolingienne et de la formation de la société féodale. 
L'auteur a si bien senti que ses conclusions avaient une portée 
autre que celles d'une monographie locale, qu'il a rapproché à 
maintes reprises, avec grande raison, ce qui se passe dans le 
royaume rodolflen de ce qui se passe à la même époque dans les 
États voisins, royaume des Francs occidentaux ou Saint-Empire. 
Son travail peut, à tous égards, être comparé à d'autres travaux 
tels que ceux de M. Halphen sur le comté d'Anjou au xi» siècle, 
ou de M. Vanderkindere sur la formation territoriale des princi- 
pautés belges au moyen âge. Et c'est par une série de monogra- 
phies et d'études régionales de ce genre que l'on arrivera peu à 
peu à dégager une histcrire, faite, non pas de théories a priori et 
d'idées préconçues, mais de faits précis et eiassés, des origines de 
la société féodale. Robert Caillemer. 

Louis Jacob. — Le royaume de Bourgogne sous les 
empereurs franconiens (1038-1125). Essai sur la 
domination impériale dans l'est et le sud-est de 
la France aux XI® et XII® siècles. Paris, Champion, 
1906 ; iii-8" de 159 pages. 

M. Jacob a voulu résumer, dans un court travail, l'histoire du 
royaume de Bourgogne entre les mains des empereurs de la 
Maison de Franconie, depuis l'année 1038, date qui marque la 
réunion définitive du royaume des Rodolfiens avec l'Empire, 
après la défaite du prétendant lùules de Blois et la reconnaissance 
de Conrad le Salique par les grands du royaume à la diète de 
Soleure, jusqu'à l'année 1125, date de l'avènement de la Maison 
de Souabe, et point de départ du livre de M. Paul Fournier sur le 
royaume d'Arles et de Vienne. M. Jacob a donc voulu combler la 
lacune qui existait encore dans l'histoire générale de la France du 
sud-est au moyen âge, entre les livres de M. Poupardin et le tra- 
vail de M. P. Fournier, afin que nous possédions une Iiistoire con- 
tinue de ces régions, depuis la décadence carolingienne jusqu'à la 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 85 

mainmise des Capétiens sur le Lyonnais, le Dnupiiiné et la Pro- 
vence. 

La période examinée par M. Jacob est particulièrement {);iuvre 
en documents. Il n'y a, pour tout le siècle qu'il étudie, qu'une 
quinzaine de diplômes impériaux relatifs à la Bourgogne; et les 
annalistes sont très brefs sur la politique bourguignonru; des trois 
empereurs, Henri IH, Henri IV et Henri V, qui ont porté pen- 
dant ce temps, avec la couronna impériale, la couronne de Bour- 
gogne. Le seul fait à retenir dans cette administration impériale 
en Bourgogne est l'institution du rectorat, créé par Henri IV au 
profit de Bodolfe de Rheinfelden, rectorat qui d'ailleurs réussit 
mal et se termina par une révolte de Rodolfe. C'est la première 
manifestation d'une tendance à donner au royaume de Bourgo- 
gne une situation autonome dans le Saint-Empire, tendance qui 
se traduira plus tard par le rétablissement du rectorat sous 
Lothaire de Supplinbourg, et par l'institution de vicaires impé- 
riaux dans le royaume d'Arles. 

Mais le véritable intérêt de l'époque décrite par ]\1. Jacob est 
ailleurs. Il réside dans les premières péripéties de la lutte entre 
l'Empire et la Papauté, et nous assistons à ces"débuls de lutte, 
auxquels le royaume de Bourgogne est directement mêlé. Assez 
habilement, les nouveaux maîtres du royaume des Rodolfiens, en 
particulier Henri III, avaient fait leur possible pour constituer 
dans ce royaume un clergé Qdèle et docile aux Empereurs, pour 
s'assurer le dévouement des évêques, en les défendant contre la 
féodalité laïque : ainsi Henri III protège l'archevêque de Besançon 
contre les comtes de Bourgogne, et l'archevêque de Lyon contre 
les comtes de Forez. Mais, sous le règne d'Henri IV, l'action de la 
réforme ecclésiastique se fait sentir en Bourgogne. En 1073, 
l'élection de Hugues de Die par le clergé local et sa consécration 
par Grégoire VII, en dehors de toute investiture laïque, est le 
signal de la grande « querelle ». Le pape excommunie les évêques 
du royaume d'Arles restés fidèles à Henri IV, et les remplace par 
des évêques dévoués à la cause de la réforme. Ceux-ci furent, 
sous les successeurs de Grégoire VIL plus papistes que le Pape. Ce 
furent les évêques de Bourgogne, groupés autour de l'archevêque 
de Vienne, Gui de Bourgogne, le futur Calixte 11, (|ui forcèrent, 
parleur attitude au Concile de Vienne tic 1112, le pape Pascal H à 
revenir sur les concessions qu'il avait, deux ans plus tôt, consen- 
ties à l'Empereur, et qui excommunièrent Henri V. 



86 ANNALES DU MIDI. 

La féodalité laïque a largement profité de cette situation et de 
ces luttes pour accentuer son indépendance vis-à-vis de l'Empire. 
Si les seigneurs laïques ont, en grande partie, favorisé la réforme 
religieuse et adopté la cause pontificale, c'est seulement dans la 
mesure où une telle attitude leur permettait d'affaiblir en Bour- 
gogne l'autorité impériale. Au besoin, le jour où il y aura quelque 
avantage à retirer d'une alliance avec l'empereur, la féodalité 
laïque embrassera la cause impériale. Et même l'une des grandes 
Maisons féodales du royaume, la Maison de Savoie, maîtresse 
de quelques-uns des passages des Alpes, a très habilement su 
tirer parti de sa situation géographique pour obtenir de l'em- 
pereur Henri IV, en 1077, une province qui semble être le Cha- 
blais. 

M. Jacob a bien saisi et noté ces attitudes variées. Il aurait pu 
faire mieux encore. Il a réduit à l'excès l'histoire des Maisons 
féodales du royaume, et il l'a morcelée entre ses divers chapitres, 
bien que souvent il n'y eût aucun lien entre cette histoire et l'his- 
toire générale du royaume. La période qu'il étudie correspond à 
des progrès considérables des Maisons des comtes de Savoie et des 
comtes d'Albon; elle a vu se produire, en Provence, de profonds 
changements, notamment la constitution du comté de Forcalquier; 
l'année où les Franconiens disparaissent, en 1125, le comté de 
Provence se partage entre les Raymond-Bérenger et la Maison 
de Saint-Gilles. Ces faits essentiels auraient dû être étudiés de 
très près par M. Jacob. Ils sont indiqués seulement d'une façon 
superficielle et souvent inexacte *. 



1. Par exemple, si M. Jacob avait lu le texte du dotalitium constitué, 
vers 1075, par Guigues d'Albon au profit d'Agnès, il aurait constaté que 
dès la fin du xi" siècle, le castrmn de Briançon était aux mains des com- 
tes d'Albon, et cela lui aurait épargné le singulier raisonnement de la 
page 104. Il est bien certain que le traité de 1125, qu'il cite à l'appui, ne 
peut pas être pris au pied de la lettre lorsqu'il indique, comme frontière 
entre le marquisat et le comté de Provence, la Durance à partir de ses 
sources jusqu'à son confluent. En réalité, la Durance ne servait de fron- 
tière entre les deux nouveaux lîtats que depuis sa sortie du comté de 
Forcalquier. — P. 103 : « Guigues III a succédé à son père en 1080 ». La 
date de 1080 est douteuse, et le chiffre III no peut guère être attribué au 
Guigues en question. — P. 21 ; dans le texte, Bertrand I" est le père de 
Geoffroi I"; mais, dans le tableau généalogique, note 2, Bertrand est le 
frère de Geotfroi. — P. 62 et 148 : Humbert aux Blanches-Mains aurait 
recueilli, en 1046, le comté de Belley et de Savoie, à la mort du comte 
Amédée, et il aurait ajouté ces posseasions nouvelles à la Maurienne et 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 87 

M. Jacob n'a pas davantage essayé de nous donner, comme l'a 
fait M. Poiipardin pour la période antérieure, un tableau de la 
situation des Empereurs dans le royaume bourguignon. Il aurait 
pu, après avoir exposé les faits politiques, rassembler les traits de 
cette administration rudimentaire, classer les manifestations de 
son activité, faire le bilan de ses ressources. Il est muet sur les 
domaines et les revenus de la couronne de Bourgogne, sur le fonc 
tionnement des justices, sur les questions monétaires. Il a consa- 
cré seulement un appendice à déterminer le caractère « réel » ou 
« personnel » de l'union du royaume à l'Empire ; et, après avoir 
passé en revue quelques-unes des opinions émises sur ce point 
au xvxie et au xvme siècle, il conclut dans le sens de l'union 
« personnelle ». C'est comme héritiers de Rodolphe III, et non 
comme empereurs, que les Franconiens ont recueilli le royaume 
de Bourgogne : de là l'existence d'une chancellerie spéciale à ce 
royaume, de là l'institution des rectorats et des vicariats. Mais il 
faut bien reconnaître que, si cette théorie a été celle des contempo- 
rains de l'annexion, les faits l'ont démentie, car les dynasties 
successives qui ont possédé, après les Franconiens, la couronne 
impériale ont gardé le royaume d'Arles, jusqu'au jour où la politi- 
que capétienne est venue, pièce par pièce, le leuf enlever. 

Le tableau que M. Jacob nous a donné ne saurait donc être 
considéré comme définitif. Son travail semble avoir été fait trop 
vite. Il n'a pas dépouillé métliodiquement les documents, en parti- 
culier les cartulaires, se rapportant à la période qu'il étudie. De 
là des lacunes et des erreurs. Puis, il est fâcheux, dans un tx'avail 
de ce genre, de relever une aussi forte quantité de fautes d'impres- 
sion, surtout dans les mots en langue étrangère i. 

Robert Caillemer. 



au val d'Aoste. M. Jacob devait an moins indiquer d'un mot l'hypothèse 
toute diilerente émise par M. de Manteyer. — P. 62 : quelles sont les 
deux familles comtales qui gouvernent « entre la Durance... et la mer » 
avant 1054 ? 

1. On est désagréablement impressionné par la répétition de -formes 
telles que Cœsar, Burgundiœ, quœ, prœter, etc. On trouve à maintes 
reprises Mausi pour Mansi (pp. 79, 80, 82), Jalm pour Jnhn (p. 82), 
Huillard- Brêtroiles (p. i:J9) , d'Achem pour d'Achery {^j. 05), Ginguis 
pour Ginglns (p. 11}, Beuhme (p. 32); dans les mots alleiuaiuls, M. Jacob 
écrit â, 6 ou ù au lieu de il, de ô et de û. La ponctuation, surtout dans 
les notes, est très incorrecte. 



88 ANNALES DD NIDI. 

Rudolf Bernouilli. — Die romanische Portalarchitektur 
in der Provence. Strassburg. J.-H.-E. Heitz, 1906; in-S'» 
de 87 pages. (Zur Geschichte des Auslandes, Heft xxxviii.) 

L'ouvrage dont le titre est transcrit ci-dessus a été présenté 
comme tlièse à la Faculté de philosopliie en l'Université de Berne; 
il a valu à son auteur le grade de docteur. Il est relatif aux por- 
ches, portails ou simples portes des églises et chapelles de la Pro- 
vence occidentale, depuis Saint-Paul-Trois-Ghâteaux (même 
depuis Valence, qui ne fut jamais en Provence) jusqu'à Marseille, 
depuis Aix et Silvacane jusqu'à Saint-Gilles, en Languedoc; à 
proprement parler, il ne s'étend guère hors de la vallée inférieure 
du Rhône, mais c'est la région la plus riche. 

Avant de rédiger son mémoire, M. R. B., ne se contentant pas 
de travailler sur des photographies et de compulser les publica- 
tions archéologiques, est venu en Provence ; il a parcouru le pays 
dans tous les sens, un peu vite peut-être, mais il l'a visité. En face 
des monuments, il s'est exercé à les comprendre et à les compa- 
rer. En général, il a su voir et il a noté exactement. Que n'a-t-il 
exécuté aussi d'excellentes photographies et que ne les a-t-il repro- 
duites dans son livre, au lieu de nous donner les quelques dessins 
peu précis qui accompagnent son texte? Cette illustration est 
beaucoup trop faible ; l'ouvrage de M. B. aurait gagné cent pour 
cent à en avoir une plus abondante et plus documentaire. 

Les notes archéologiques ont été complétées par des recherches 
historiques; mais bien souvent M. B. a dû se contenter <le recueil- 
lir ce que des auteurs plus anciens avaient rapporté. J'ai déjà eu 
trop l'occasion de constater combien peu de fond il faut faire sur 
les dates et prétendus documents offerts par presque tous les 
archéologues du xixe siècle, pour m'étoimer de retrouver là de 
vieilles erreurs que je pourchasse. 

Les Allemands aiment les classifications : M. B., imitant d'illus- 
tres exemples, a rangé lui aussi les monuments étudiés dans des 
catégories Ijien tranchées. Quand elles sont établies d'après les 
éléments essentiels il n'y a rien à dire, car c'est une manière 
assez commode de grouper les édifices apparentés. Le plus dan- 
gereux, c'est que l'on veuille délimiter dans le temps l'adoption 
de tel ou tel mode de construction. Ainsi, M. B. a attribué seule- 
ment au xie siècle les portes avec montants simples, sans res- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 89 

sauts ; celles qui sont llanquécs d'ime paire de colonnettes débu- 
teraient dans la première moitié du même siècle; celles avec deux 
paires, aux environs de 1150. A considérer tel ou tel système 
employé, on saurait donc facilement trouver la date du monu- 
ment. La chose n'est pas aussi simple, on va le voir. En tout cas, 
il faudrait, pour établir cette classification, être bien assuré de la 
chronologie; mais c'est justement à quoi on ne peut actuellement 
prétendre. 

L'auteur a refusé avec raison de suivre M. Révoil dans ses opi- 
nions sur l'architecture carolingienne. Il a divisé en cinq périodes 
le temps où les édifices dits romans de la Provence ont été bâtis : 
1° le préroman (xe siècle) ; 2" le protoroman (1000-1060) ; 3° l'épo- 
que classique (1060-1150) ; 4° l'époque du style monumental, avec 
les façades de Saint-Gilles et de Saint-Trophime (1150-1200); 5° la 
prolongation du roman (1200-1260). 

Examinons maintenant le détail et vérifions la chronologie, 
puisque c'est la base de tout le système. 

Dans la période préromane, M. R, B. a classé les portes et por- 
ches du baptistère de Valence (je n'ai pas à m'en occuper puisque 
ce n'est pas un monument provençal), de la cathédrale de Vaison 
et de Saint-Pierre de Montmajour. S'il a bien reconnu le caractère 
archaïque des murs contre lesquels s'appuie le porche occidental 
de Vaison, il s'est, à mon avis, trompé, en ne remarquant pas 
combien la construction en est essentiellement différente, bien 
que grossièrement faite de part et d'autre, et en lui donnant la 
même date : le porche n'est qu'une addition tardive. Il faut donc 
le rayer de la liste. La porte méridionale de la même cathédrale a 
fait l'objet d'une réfection vers le milieu du xiie siècle; elle en a 
remplacé une autre (M. B. ne paraît pas l'avoir remarqué) con- 
temporaine de la paroi préromane, placée un peu plus à l'est et 
se trahissant par un support d'archivolte qui a subsisté. Il y en 
avait une seconde, de même date, près de l'absidiole sud, qui a été 
aveuglée et dont M. B. n'a pas non plus parlé. Naturellement, il 
attribue la reconstruction de la cathédrale à l'évêque Humbert, 
en 910. .le crois avoir démontré que la partie inférieure des murs 
latéraux n'a été édifiée qu'un siècle plus tard. Celte date de 910 est 
une de celles qui ont surgi jadis on ne sait trop pourquoi et qui 
ne reposent que sur des affirmations gratuites. 

La chapelle de Saint-Pierre de Montmajour n'a i)as été bâtie 
avant 933, dit M. B., ni après 952. Pourquoi 933? La date de 952 



90 ANNALES DU MIDI. 

serait justifiée par une charte de la fondatrice Teucinde, concédant 
des biens aux moines et à V « ecclesia Sancti Pétri » de Montma- 
jour; mais j'ai vainement cherché ce texte dans la Gallia chris- 
tiana novissima de l'abbé Albanès, à laquelle il est fait un ren- 
voi (ce n'est pas la seule référence inexacte), et dans l'édition de 
D. Chantelou par le baron du Roure. On ne peut guère séparer 
l'étude de cette chapelle de celle de Sainte-Groix et de la grande 
église abbatiale bâtie sur crypte. Justement M. B. a parlé de la 
pr'emière dans son deuxième (§ I) et de l'autre dans son quatrième 
chapitre (§ I). Il ne manque pas, même connaissant l'excellent 
mémoire de M. Brutalls sur Sainte-Groix, de rapporter ce monu- 
ment aux environs de 1019, le commencement des travaux de la 
crypte actuelle à l'année 1012 (erreur encore pour 1016), sa consé- 
cration à 1019, le début des travaux de l'église supérieure au 
xiie siècle et la clôture occidentale de sa nef au commencement du 
xiii"^. Il n'a d'ailleurs daté ainsi Sainte-Groix que parce qu'il a 
remarqué des analogies entre sa construction et celle de la crypte 
en quoi il n'a pas eu tout à fait tort). 

Je ne peux pas, à propos d'un compte rendu, entrer dans une 
discussion détaillée de ces dates; il est utile cependant d'établir 
quelques rectifications et d'essayer d'y voir clair. Il est certain 
que, dès le milieu du xe siècle, presque aussitôt après la cession 
de l'île de Montmajoiir à Teucinde (7 octobre 949), des moines s'y 
établirent sous le patronage de saint Pierre : les nombreuses 
chartes publiées par le baron du Roure le prouvent. Mais est-il 
également certain qu'ils ont commencé par bâtir, en l'état où nous 
la voyons actuellement, la chapelle de Saint-Pierre ? Rien ne le 
certifie. Et si nous trouvons dans son appareillage et sa décoration 
des motifs qui nous reportent à trois quarts de siècle en deçà, 
devrons-nous refuser d'en tenir compte? Nous le devrons d'autant 
moins, qu'évidemment la partie connue sous le nom d'oratoire de 
Saint-Trophime est plus archaïque que le reste. M. B. rapproche 
les chapiteaux de Saint-Pierre de ceux qui sont à Vaison (cathé- 
drale) et Venasque (baptistère). Mais ceux de Vaison (il s'agit 
incontestablement de ceux de l'abside) sont antiques, tandis que 
ceux de Saint-Pierre ne sont qu'une dégénérescence lointaine des 
formes et du style de l'antiquité. Ils sont plus voisins de ceux de 
Venasque, mais combien différents encore, ceux-ci étant, malgré 
leur facture barbare, plus élégants et plus prés de la tradition. Le 
rapprochement proposé n'est donc pas concluant : il tendrait d'ail- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 9i 

leurs à trop vieillir le monument. M. Brutails l'a rangé parmi 
ceux qui sont postérieurs à l'an mil. Il a eu parfaitement raison, 
bien que je n'adopte pas entièrement son raisonnement ni ses 
hypothèses. Mais revenons aux chartes. En 1016, d'après un 
témoignage paraissant ancien, rapporté par D. Ghantelou, on 
aurait commencé l'édification de la basilique placée sous le voca- 
ble de Notre-Dame. Une charte non datée, qu'un anonyme a 
complétée en y adjoignant ce chronogramme : « XIII kalendas 
mail ann. 1019, quo dies XIII kal. maii incidit in dominicam », 
relate la consécration d'une crypte en l'honneur de la Sainte- 
Croix. Évidemment, celui qui a ajouté ces éléments chronologiques 
s'est inspiré ou de l'inscription gravée sur le sommet du fronton 
au porche de la chapelle actuelle de Sainte-Croix, ou d'une men- 
tion transcrite encore par Ghantelou (p. 118 du baron du Roure), 
d'après une vieille chronique de Montniajour. Mais personne ne 
semble avoir remarqué que Tarchevèque consécrateur établissait 
aussi des indulgences pour ceux qui aideraient à la construction 
de l'église de Notre-Dame : crypte et église sont inséparables. Il 
ne s'agit donc là ni du monument qui porte aujourd'hui le voca- 
ble de Sainte-Croix, ni de la chapelle de Saint-Pierre. Il s'agit 
simplement de la première basilique commencée en 1016 et de sa 
crypte, toutes deux édifiées sur l'emplacement de la grande église. 
Celle-ci ne peut eu aucune façon remonter plus haut que le milieu 
du xiie siècle : les comparaisons qu'on peut établir avec les édifices 
cisterciens de la Provence sont caractéristiques. Par conséquent, 
il faut absolument Tadmettre, elle a été substituée, avec sa partie 
souterraine, à une plus ancienne, qui avait été construite dans le 
premier tiers du xi^ siècle et dont la crypte avait été consacrée par 
Pons, archevêque d'Arles. Peut-être au moment de sa reconstruc- 
tion, la crypte aurait-elle perdu son vocable primitif; on aurait 
alors songé à édifier une chapelle distincte, sous le nom de Sainte- 
Croix : c'est celle que nous connaissons. Consacrée le 19 avril 
d'une année inconnue, elle n'est pas du commencement du xie siè- 
cle, mais très proche du xiiie, si elle n'en est pas. Son appareil- 
lage, surtout à la voûte centrale, est trop savant et sa décoration 
trop souple pour appartenir au protoroman, comme le veut M. B. 
Il est impossible de donner de pareils développements à la criti- 
que des autres dates. Je m'en tiendrai aux remarques les plus im- 
portantes. La chapelle qui e.st dans le fort Saint-André de Ville- 
neuve (M. B. ignore qu'elle s'appelle Notre-Danle-de-Beauvezet) a 



92 ANNALES DD MIDI. 

été placée aux environs de 1050; il faut la rapprocher de nous d'un 
grand siècle; sa décoration élégante et son appareil soigné l'exigent. 
Il n'y a aucun compte à tenir du document du 25 octobre 1075 cité 
par M. B. : le monastère de Saint-André avait été reconstitué 
avant Tan mil. Mais l'enceinte du fort, que M. B. suppose avoir 
gêné le constructeur de Notre-Dame-de-Beauvezet, n'a été édifiée 
qu'au xiiie siècle, c'est-à-dire après la chapelle. Si celle-ci n'a pas 
de porte à l'ouest, c'est que ses dimensions trop réduites n'en 
exigeaient pas ; de plus, une ouverture aurait empêché l'élévation' 
de la tribune que dès l'origine on voulut établir au bas de la nef. 

Le porche et le portail de Notre- Dame-des-Doms d'Avignon sont 
considérés par M. B. comme les types originaux de ceux que l'on 
voit dans le même genre en Provence. Je n'y contredis pasj mais 
j'ai déjà expliqué dans mon mémoire sur cette cathédrale pourquoi 
je n'admets pas sa théorie sur la construction du porche et surtout 
ses dates. Quoi qu'on en pense, il est certain qu'on devra reporter 
vers 1150 la décoration du portail, qui est lui-même antérieur au 
porche. On est donc loin de l'opinion de M. B., qui fait commencer 
un siècle plus tôt le « classicisme » dont Notre-Dame-des-Doms est 
le modèle. Je dois reconnaître qu'il a échelonné jusque même dans 
le xine siècle les imitations de ce type : portes et porches de Saint- 
Sauveur d'Aix, de Saint-Gabriel, des églises de Pernes, de Saint- 
Restitut et du Thor, de la cathédrale de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux. 
Mais cette imitation, il n'est pas admissible qu'elle ait duré plus 
d'un siècle et demi; il faut donc avancer le point de départ. 

Ce que je ne saurais encore accepter, c'est que le porche méridio- 
nal de Notre-Dame-du-Lac au Thor soit postérieur au portail occi- 
dental. Et d'abord ses parois latérales sont loin d'être énormes, 
comme on l'affirme ; elles sont, au contraire, d'épaisseur très réduite. 
L'église est tout entière bâtie d'un seul jet et le porche méridional 
n'a fait l'objet d'aucune addition ^ il fait corps avec la construction 
contre laquelle il est adossé. Peut-être M. B. a-t-il été influencé 
par M. Révoil qui, gêné dans ses théories par le texte de la charte 
de 1202 (c'est un conti'at d'échange et non un procès-verbal de con- 
sécration, comme le croit M. B.) relatif à l'église neuve du Thor, 
prétendit que ce qualificatif ne s'appliquait qu'au porche. 

Les dates pour Saint-Sauveur d'Aix ne sont guère plus exactes. 
Il faut corriger les chiflVes indiqués page 20 : l'exhortation de l'ar- 
chevêque llostan demandant des subsides en vue de la construc- 
tion de sa cathédrale est des environs de 1070 et non de 1057; l'avis 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 93 

donné par son successeur du commencement des travaux est de 
1092 (?) et non de 1082. Si la dédicace est hien de 1103, il reste 
encore à démontrer que le portail actuel élait déjà achevé. Or, nous 
savons par maints exemples que la consécration d'une église 
n'a que rarement coïncidé avec la lin des travaux. 

La chronologie de la chapelle Saint-Nicolas sur le pont d'Avi- 
gnon a encore été trop rapidement trancliée. D'abord, observons 
que le pont n'avait pas été établi pour relier la ville avec l'île de la 
Barthelasse qui n'existait pas encore, mais pour communiquer 
avec le Languedoc. Bâti vers 1177, il aurait été rompu peut-être à 
la suite d'une crue trop violente, pense M. B., et restauré avec 
son tablier relevé d'environ deux mètres et demi vers le milieu du 
xiiie siècle. En réalité, le pont fut détruit en grande partie en 1226, 
au moment du siège par Louis VIIL Dans un ouvrage sous presse, 
j'indique qu'il fut réédifîé avec la double enceinte des remparts 
d'Avignon de 1234 à 1237. C'est certainement à cette époque qu'il 
faut attribuer la voûte sur croisée d'ogives qui coupe la nef de la 
chapelle en deux étages. Il y a eu d'autres remaniements, moins 
faciles à déterminer, sans parler de l'abside supérieure, qui est du 
xve siècle. M. B. n'avait pas à en tenir compte. 
. .Je m'arrête. Les quelques discussions auxquelles je me suis 
laissé entraîner montrent que les classifications établies par M. B. 
reposent sur des dates pour la plu|iart non contrôlées et que par 
conséquent elles devront être revisées soigneusement. Ce défaut 
n'est pas particulier au présent auteur; des archéologues moder- 
nes, très respectables, y sont tombés. Avant toutes choses donc, il 
faut établir une chronologie exacte et balayer impitoyablement ce 
qui n'est pas sérieusement prouvé. M. B. ne pouvait guère se 
livrer à un tel travail puisqu'il ne se proposait d'étudier qu'une 
partie accessoire de nos monuments ; quand même, j'aurais désiré 
qu'il fût plus prudent. 

Son ouvrage est du reste loin d'être dénué de valeur : il a des 
observations judicieuses, notamment en ce qui concerne l'inter- 
ruption des travaux dans l'élévation de la façade de la cathédrale 
à Saint-Paul-Tx'ois-Chàteaux (elles auraient été plus complètes si 
M. B. avait su que toute la décoration était sculptée sur chantier 
avant la mise en place); il contient toute une série de précieuses 
indications que feront bien de recueillir ceux qui voudront écrire 
sur k's monuments romans de la vallée basse du RIkuic. 

L.-II. Lauande. 



94 ANNALES DU MIDI. 

M"* DE RiPERT-MoNCF,AR. — Cartulaire de la commanderie 
de Richerenches de l'Ordre du Temple 1 1136-1214]. 

(Mémoires de l'Académie de Vaucluse. Documents inédits 
pour servir à l'histoire du département de Vaucluse, I.) Avi- 
gnon et Paris, Champion, 1907; in-8'^' de clxiv-'307 pages*. 

Le cartulaire du Temple de Richerenches, que M. de Monclar 
vient de publier, est conservé à la Bibliothèque d'Avignon, sauf 
les deux derniers cahiers, qui se trouvent, dépouillés chacun de- 
leur premier feuillet, aux Archives départementales de Vaucluse 
Il comprend 262 chartes, qui se placent entre 1136 et 1214 et qui 
nous donnent d'assez nombreux renseignements sur les terres de 
l'Ordre à Richerenches,. sur la seigneurie de Bourhouton, et, en 
général, sur le marquisat de Provence aux xiie et xuie siècles. 
L'éditeur publie les chartes de Richerenches telles que les présente 
le manuscrit. 11 a donc suivi sur ce point la tradition, encore très 
en lionneur en France, mais qui, à l'étranger, est de plus en plus 
critiquée et abandonnée, qui consiste à reproduire les recueils de 
chartes tels que les offrent les manuscrits, sans essayer de donner 
une édition, aussi complète que possible, des actes relatifs à une 
Maison déterminée, classés chronologiquement. 

M. de Monclar a fait précéder le texte du cartulaire d'une longue 
et fort intéressante introduction, qui est, en réalité, une étude 
minutieuse et approfondie de l'origine et des vicissitudes d'un 
certain nombre de seigneuries du marquisat de Provence : d'abord 
des seigneuries ecclésiastiques (évêchés de Saint-Paul-trois-Châ- 
teaux, d'Orange, de Vaison; abbaye d'Aiguebelle), puis surtout 
des seigneuries laïques. Quelques parties de cette étude attirent 
spécialement l'attention. Dans un chapitre consacré aux cotntesde 
Valentinois, M. de Monclar essaie, après M. J. Chevalier, d'élu- 
cider l'origine des seigneurs de la Maison de Poitiers, qui appa- 
raissent, dans la seconde moitié du xiie siècle, en possession du 
titre comtal en Valentinois. Les résultats auxquels il arrive s'écar- 
tent à maints égards de ceux de ses devanciers. Il trouve la souche 
de cette Maison dans la personne de Laugier de Vence, qui a 

L Nous avons dêjàtlonnédansnotreprécédentnuméro(t. XiX, p. 544) un 
compte rendu de cet ouvrage; mais nos deux collaborateurs se sont placés 
à un point de \uc si dillérent (pie li'urs observations ne font aucuneuienL 
double emploi. N. D. L. R. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 95 

épousé, vers l'an 1000, la vicomtesse de Nice Odila. Depuis les 
travaux de M. Cais de Pierlas sur Le xie siècle dans les Alpes- 
Maritimes, ces deux personnages sontbien connus. M. de Monclar 
croit que leurs descendants ont, par des unions, acquis dans le 
marquisat de Provence une forte situation foncière. L'un des fils 
de Laugier aurait épousé une héritière de la Maison de Mirabel, 
qui lui aurait apporté la terre de Piclavis (de Peitieu, de Poitiers) 
et la vallée de Quint; et il aurait acquis l'avouerie du diocèse de 
Vaison, que ses descendants ont longtemps conservée. L'union 
d'un de ces descendants, Adémar, avec la sœur d'Eustache,comte- 
évêque de Valence, aurait fait passer, à la mort du comte-évêque, 
vers 1160, le titre comtal à l'enfant né de cette union, à Guillaume 
de Poitiers. En 1163, Guillaume possède en olfice [officio 
le comté de Valentinois^. Cette hypothèse de M. de Monclar 
ressemble étrangement à d'autres hypothèses émises récem- 
ment à propos de l'histoire du Dauphiné septentrional. Les 
grandes familles comtales du xiie siècle et des siècles suivants sont 
nées autour de familles épiscopales. Elles ne se rattachent pas 
directement aux Maisons comtales carolingiennes. Possessions 
foncières d'une part, titres ecclésiastiques (en particulier avoueries 
ecclésiastiques) d'autre part, telle aurait été la double source de 
leur fortune. C'est ce que M. de Manteyer et après lui M. Poupar" 
din ont cherché à démontrer pour les comtes de Savoie, à Vienne, 
à Belley, en Maurienne, à Aoste, et pour les comtes d'Albon, à 
Vienne et à Grenoble. La Maison de Poitiers devrait sa fortune à 
une « politique épiscopale » semblable; elle aurait grandi autour 
des évêchés de Valence et de Vaison. 

A la suite de ces notes généalogiques, M. de Monclar a consacré 
quelques pages à l'état social et économique du Gonitat au 
xiie siècle. Il adopte, dans ses grandes lignes, la théorie exposée 
par M. Guilhiermoz dans son beau livre sur Les origines de la 
noblesse en France, théorie d'après laquelle, pendant le haut 
moyen âge, il n'y a vraiment, en dehors du clergé, que deux 
classes : la classe des possesseurs de fiefs, et la classe des paysans 
et des laboureurs. L'antithèse alors n'existe pas entre les libres et 
les non-libres, mais entre les mililes et les nobiles d'une part, 
et d'autre part les lahoratores, les ruslici, les serfs. M. de Monolar 

1. Il est rp^rottuhle que 'SI- de Monclar n'ait pas inséré, pour ccttoMaison 
et aussi pour les autres, des tableaux généalogiques, qui auraient rendu 
plus facile la lecture de son livre. 



96 ANNALES DU MIDI. 

note seulement des différences de terminologie entre le Comtatet 
d'autres pays. Tout cela est parfaitement adiaissihle. 

Au contraire, sur un autre point, nous avons plus de réserves à 
faire. Nous pensons que M. de Monclar se fait des illusions quand 
il croit que le droit romain a persisté dans le Comtat, pendant le 
moyen âge, beaucoup mieux que dans la Provence ou le Dau- 
phiné, occupés par des princes étrangers, espagnols, angevins ou 
bourguignons, et même mieux (ju'en Languedoc. Cette affirmation 
nous semble exagérée. Il y a, au contraire, certaines institutions 
romaines (telles que le testament) qui ont subsisté en Languedoc 
et en Catalogne grâce à leur adoption par le droit wisigothique, et 
qui (M. de Monclar le constate lui-même) ont disparu du royaume 
d'Arles pendant le haut moyen âge, aussi bien du Comtat que de 
la Provence et du Dauphiné. 

A ce point de vue, nous croyons que les documents du cartu- 
lairede Richerenchesne sont pas aussi pauvres en renseignements 
sur l'histoire juridique que M. de Monclar le dit. Ils nous appor- 
tent, en réalité, de précieuses données sur ce qu'a été, dans le sud- 
est de la France, la renaissance du droit romain aux xiie et xuie 
siècles, et ils nous fournissent, une fois de plus, la preuve de la 
lenteur de cette renaissance. Il existe un ouvrage juridique, écrit 
en langue provençale au milieu du xiie siècle, et qui peut être le 
produit d'une école de jurisconsultes artésiens : c'est le Codl, dont 
MM. Fitting et Suchier ont entrepris l'édition, et dont nous avons 
parlé ici môme. Or, si l'on rapproche le droit du Codi du droit que 
nous révèlent les chartes de Richerenches (comme d'ailleurs les 
autres chartes provençales du xii«< siècle), on est frappé de l'anti- 
nomie entre le droit savant et le droit pratique. Dans le cartulaire 
de Richerenches, il y a quelques exemples de gadium (nos 35 et 
38); de tels actes n'ont rien de commun avec le testament romain, 
dont les traits caractéristiques (institution d'un héritier universel, 
révocabilité ad nutum, confection -par le disposant seul et sans le 
concours du gratifié) font ici totalement défaut. La nécessité du 
concours des héritiers présomptifs dans les aliénations immobiliè- 
res, nécessité directement contraire aux idées romaines, est par- 
tout affirmée; les laudaliones des parents abondent dans le car- 
tulaire, indiquées parfois minutieusement, séparément et avecdes 
témoins spéciaux pour chaque laudalor (no 51). — L'idée que les 
seuls actes valables et solides sont les actes à titre onéreux, assu- 
rant à chacune des parties un avantage en échange du sacrifice 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 97 

qu'elle consent (idée toute germanique, qui se manifeste si nette- 
ment dans le launegild des coutumes lombardes, et que la force 
des liens familiaux, hostiles aux donations à des étrangers, fait 
revivre en plein moyen âge) apparaît d'une façon curieuse dans 
notre cartulaire; les donataires remettent aux donateurs une secu- 
rilas en argent ou en denrées (n" 43) ou une caritas, qui a pour 
but, comme nous le dit expressément une charte (no 49), d'assurer 
la stabilité de l'acte. Ailleurs, une donation se cache sous le nom 
d'empcio-vendicio. — Notons encore le gadium et penilencia du 
no 38, qui porte sur le tiers des meubles des disposants : c'est pré- 
cisément le taux normal de la « part du mort », du Todtetiieil qui, 
comme l'a montré M. Brunner, se retrouve au haut moyen âge 
dans tant de coutumes variées du monde romano-germaniquei. On 
pourrait multiplier les exemples de la persistance d'idées non ro- 
maines dans le Gomtat Venaissin au milieu du xiie siècle. Ceux-là 
suffisent à montrer combien, alors, l'on est encore loin du droit 
romain. 

Nous venons de parler de la disparition du testament. Elle a eu 
poureffet le fonctionnement à peu près exclusif, pendant des siècles, 
de la succession ab inlesLat. Or celle-ci, qui appelait tous les en- 
fants à succéder également, a entraîné, dans la région de Riche- 
renches, une incroyable division du sol. L'exclusion des filles 
dotées, à titre local ou exceptionnel, venait seule limiter cette divi- 
sion 2. I/histoii-e du « partage à outrance » de la seigneurie de 
Bourbouton est tout à fait instructive (p. cxxxviii et suiv.) : elle 
se divise par moitiés, par quarts et par douzièmes : et, par suite de 
l'émieltement du domaine éminent, du domaine utile, des diverses 
redevances, cent dix-neuf chartes du cartulaire concernent l'acqui- 
sition, par le Temple de Richerenches, de parcelles ou de droits 
jadis compris dans celte seigneurie. Non moins intéressante est 
l'histoire de la première Maison de Grignan (p. cxir et suiv.). Les 
possessions foncières de cette Maison se sont partagées à l'infini, 

1. Cf. H. Brunner, Der Todtenteil in germanischen Rechten, Zeitsckrift 
der Savig7iy-Stiftimg, XIX (1898;. 

2. Dans quelle mesure cette exclusion des filles dotées, proclamée plus 
tard par de nombreuses coutumes locales provençales, élait-elle admise, 
au xii'' siècle, dans le Gomtat f II semble qu'elle ne soit pas encore pleine- 
ment entrée dans les mœurs. Voir, dans le cartulaire de Richerenclies, 
l'acte n" 257, oii le donateur promet de garantir le donataire contre les 
attaques de deux sœurs : sans doute deux sœurs exclues, par disposition 
paternelle, de la succession de leurs parents. 

ANNALES DU MIDI. — XX 7 



98 ANNALES DÎJ MIDI. 

elles iiomljreiix membres de celte famille ont enfin pris le parti de 
vendre lehaut domaine de toute laterreauxAdhémar, autre famille 
qui, plus liablle, a su se mettre à l'abri des partages successoraux, 
et a édifié sa puissance foncière sur les ruines des Maisons voisi- 
nes. Les représentants d'autres « races naguères prépondérantes, 
ou tout au moins très importantes, comme les Visan, les Grillon, 
les cî'AUan, les Montségur, les Bérenger », ont été rejëtês, par 
suite de ces partages, « dans les rangs les plus modestes, parfois , 
même à celui de simples paysans » (p. 237). L'exclusion des filles 
dotées, et surtout la renaissance du testament, permettaiif l'insti-" 
tution d'un héritier unique, vinrent remédier à cette situation et 
arrêter le morcellement de la terre. (_'.e& institutions ont joué, dans 
le sud-est de la France, le rôle que le droit d'aînesse a rempli dans 
d'autres régions. 

Les quelques lignes qui précédent suffisent à montrer l'intérêt 
de la publication de M. de Monclar. Elle constitue le début d'une 
collection entreprise sous les auspices de l'Académie de Vaucluse. 
Celle-ci annonce, comme devant paraître bientôt, le recueil des 
chartes du pays d'iVvignoii formé par M. de Manteyer. L'objet de 
ce nouveau volume et le nom de son auteur disent assez qu'il sera 
aussi instructif que le premier. Robert Caillemkr. 

André Philippe. — La baronnie du Tournel et ses 
seigneurs. Mende, A. Privât, 1905; iu-S" de cxxxv- 
404 pages. 

Ce grand et beau volume que l'archiviste de la Lozère a consa- 
cré à l'histoire de la baronnie du Tournel (Lo^èi'e, arr. de Mende, , 
cant. de Bleymard, comm. de Saint-.Jutien-du-Touriiei) em- 
brasse la période de la branche directe des seigneurs du Tournel 
issus de la maison de ChAteauneuf-Randon (fin du x[ie siècle-fin 
du xve). Voici le plan du livre : il débute par une Introduclîon 
(un chapitre, ])p. i-xlvi, sur la géogra|)hie; trois chapitres, 
pp. xLvii-cxvi, d'histoire généalogique; trois appendices, pp. cxvn- 
Gxxxv); suivent les Documents (pp. 1-340, au nombre de soixante- 
huit actes, dont deux provençaux et un, n. lxvi, a. 1475, fran- 
çais) : ils ont été tirés par l'auteur, qui n'a pas ménagé ses recher- 
ches, de plusieurs archives. Deux Tables (pp. 341-98), l'une chro- 
nologique, l'autre onomastique, témoignent aussi du soin que 
M. l^hilii)pe a mis dans l'exécution de son œuvi'e. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 99 

De l'histoire généalogique, la partie la plus intéressante est 
consacrée aux origines (xiie et xiiie siècles). J'ai dû m'en occuper 
récemment, dans les Annales du Midi (t. XIX, 1907, pp. 40-54), 
sans connaître le livre de M. Ph., à propos d'En Randon, protec- 
teur des troubadours de la fin du xiie siècle. M. Philippe publie 
pour la première fois, intégralement, des actes que je n'ai pu 
citer que d'après des inventaires, et il en ajoute, pour cette pre- 
mière période (jusqu'en 1250), quatre nouveaux et importants 
(11G6, 1175, 1198, 1238). Pourtant, certaines conclusions, que j'ai 
pu tirer de mes preuves et que les actes de M. Ph. ne font que 
confirmer, manquent à son livre et, en revanche, il en faut élimi- 
ner certaines autres. 

Il se trouve que deux seigneurs, Odiïon Garin (1205-1237), qui se 
nomme seigneur du Tourhel, et Guigues Meschin (1212-1243), qui 
possède des terres formant le Randonnat (lui seigneur d'Altier et 
son fils seigneur du Luc, car à Randon ils n'étaient que cosei- 
gneurs), sont frères (voy. dans notre article la lettre de 1226 que 
« O. Guarini et G. Meschini frater eius » adressent à Louis VIII, et 
cf. l'acte de 1212). M. Ph. connaît les actes en question, les men- 
tionne brièvement, suppose une erreur et passe outre (pp. lxi, n. 4, 
et Lxii, n. 4 : « Les historiens du Lang-uedoc sont muets sur la 
parenté »). Mais il y a plùs; Comment s'appelait leur père, qui 
devait être successeur de Guillaume de Randon (1148-1176/86) et 
en même temps En Randos de la poésie ? Dans les actes de M. Ph., 
nous trouvons jusqu'à son nom ; il y est appelé explicitement père 
de l'un et de l'autre des deux frères (dans l'acte de 1198 : « Ego 
Guigo Meschinus et ego Odil Garinus ejus filius », et dans l'acte de 
1238, sur lequel cf. plus loin : « Nos Guigo Meschinus filius quondam 
Guigonis Meschini »). On voit les résultats de ces informations. 
D'une part, elles précisent, d'accord avec nos conclusions, le mo- 
ment auquel se sont formées les deux branches, — point capital 
pour l'étude de M. Ph. et qui lui a échappé. D'autre part, pour 
nos recherches littéraires, elles nous donnent le nom à'En Ran- 
don qui s'appelait donc Guigues Meschin et était nommé d'après 
son château, comme par exemple En Miraval (les cas en sont, 
d^ailleurs, fréquents) : il est attesté par des actes passés avec 
l'abbaye de Franquevaux pour les années 1175, 1198, 1199 (M. Ph., 
pp. Lix, LUI et 200; et cf. Inv. Arch. Gard, H 63, p. 18, où se 
trouve aussi le dernier acte, que M. Ph. n'a pas mentionné), tan- 
dis qu'il est impossible de dire si c'est lui encore ou son fils du 



100 ANNALES DU MIDI. 

même nom qui figure dans l'acte de 1207 (voy. notre article). En 
outre, le surnom de jNIeschin s'en trouve reculé d'une génération 
{Ann. du Midi, 1907, pp. 232-7). 

Comment la seigneurie du Tournel s'était-elle formée dans les 
mains de la maison de Chàteauneuf-Randon ? A ce sujet, M. Ph. 
adopte pour toute explication et datation, l'affirmation de Gas- 
tellier de la Tour {Généalogie de 1783), répétée par De Burdin 
{Docum. Gévaud., 18't7, t. II, p. 311), et dont la preuve authen-, 
tique n'existe point (M. Ph., p. li, n. 4), que « Odilon Garin de 
Châteauneuf-Randon épousa le 20 octobre 1210 Marguerite du" 
Tournel ». M. Ph., en effet, écrit dans sa table généalogique sans 
aucune restriction : « ép. Marguerite du Tournel (en 1210) »; 
il commence l'article sur 0. Garin (p. Lx) par cette affirmation 
et se demande « ce qu'était cet 0. Garin avant d'être seigneur du 
Tournel ». Or, ici, M. Ph. mentionne un acte de 1205, donc anté- 
rieur à cette date, et que j'ai aussi cité (p. 43) d'après VInv. A7-ch. 
Lozère, G, n. 1081, p. 240. Dans VInvenlaire on lit : « Odilon Ga- 
rin, seigneur du Tournel ». M. Ph., qui a examiné cet acte (p. lxi), 
dit simplement : « Odilon ». I.a notice de VInvenlaire est-elle 
exacte, ce qu'il faut supposer, ou non? Si c'est non, il aurait fallu 
le dire; et, en tout cas, on ne voit point pourquoi M. Ph. a éliminé 
cet acte seul de sea. Documents. Ce qui est sûr cependant, — et 
M. Ph. n'en parle pas, — c'est que la localité de Ghadenet, dont il 
s'agit dans cet acte, faisait partie du mandement du Tournel 
(p. XVI, cf. p. XII et Table), se trouvait dans le fonds de ce mande- 
ment, dans ses limites attestées en 1219 (Z>oc., pp. 3-4), entre Tour- 
nel et Aliène, et qu'il fallait bien être seigneur de cette baronnie 
pour avoir, au sujet de ce terroir, une controverse avec le chapitre 
de Mende, qui y était copropriétaire (comme, en 1312, un autre 
seigneur du Tournel, acte LIV, p. 1(33). Ajoutons l'acte men- 
tionné de 1199, dont M. Ph. ne s'est pas occupé et par lequel Gui- 
gnes Meschin, père d'O. Garin, vend, dès cette date, un mas à 
Cubieiras, localité qui faisait partie du mandement du Tournel 
(homm. de 1219, p. 4). Rappelons enfin, — et cela a frappé M. Ph. 
(p. lui), — queG. Meschin, avec son fils O. Garin, passent l'acte de 
1198 à Chapieu, qui fut le plus ancien château (p. xxi) de la future 
baronnie du Tournel. C'est assez pour regarder l'assertion de 
G. de la Tour comme suspecte et inutilisable. On ne trouvera rien 
sur ce mariage d'O. Garin dans le P. Anselme (1726), qui s'est, lui, 
appuyé d'ordinaire sur des actes vraiment authentiques, et rien 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 101 

non plus sur la femme de sou \u'i'c, dont G. de hx Tour et 13e 
Burdin citent non moins foruudlement le a contrat de mariage, 
23 février 1175 », et qu'ils appellent « Marie d'Assumens [??] ». 
M. Ph. lui-même, a réfuté d'autres informations de G. de la Tour, 
toujours répétées par De Burdin. du même genre et de la même pré- 
cision (p. Lxxxr: « 30 janvier 1278 ») et il a bien vu (p. cxxxv) que 
l'affirmation de G. de la Tour sur le changement prétendu des 
armes de Ghâteauneuf-Randon contre celles du Tournel dès 1210 
était simplement fausse. Les généalogistes avaient grand besoin 
de femmes pour leurs barons et d'héritières pour expliquer des 
acquisitions de seigneuries; mais, dans cet état de choses, il est 
surprenant de voir M. Ph., si circonspect en d'autres occasions, 
accepter aussi bien « Marie d'Assumens » (p. 200, n. 2) que « Mar- 
guerite du Tournel » (l. c), et dater, expliquer ainsi les origines de 
la baronnie du Tournel. 

Savons-nous quelque chose sur le Tournel au xii^ siècle? La 
seule information que je connaisse et que j'ai citée (p. 54) se 
trouve dans une poésie (162, 2) de Garin d'Apchier contre « Tor- 
cafol » (dernier quart du xiie s.) : Ane sagraman non tengues 
Del Toynel quant l'avias, ce qui est très clair et très authenti- 
que. Nous ne savons pas qui était ce « Torcafol », mais il est sûr 
qu'il n'était pas un jongleur de basse condition et non-chevalier, 
comme l'a cru M. Witthoeft {Sirv. ioglaresc, Marburg, 1891, p. 21). 
Cette conclusion est inconciliable avec l'allusion précédente de la 
même pièce et avec beaucoup d'autres; M. Witthoeft l'a tirée de 
quelques vers où Garin reproche à Torcafol la grossièreté de ses 
chansons [malvais sirventes, v. 3) et son manque de cavallairia 
(v. 5), mot qui ne signifie pourtant dans ce cas que : manières 
courtoises. Gomment il a perdu le Tournel, nous ne le savons pas 
non plus (il a simplement vendu la dot de sa femme et il s'agit 
là, paraît-il, d'un château où il est représenté vivant comme une 
sorte de « Raubritter» : Quel vercheria de sa oissor Vendet dont 
son gai maint pastor, Que lai vivi'ab sas lairos, Eiublan las 
fedas e-ls moutos, dans 102, 5; ... el a vendul La vercheria e de 
l'autre granren dans 162.4; est-ce un autre château qu'il a perdu 
et reconquis en combat, d'après sa pièce 162, 8: Viellz Comunal, 
ma tor Ai cobrad' a honor... E fin seluy issir Que a tort la 
lenia...^). En tout cas, c'est ce Torcafol qui avait possédé le Tour- 
nel, et cette propriété passa de ses mains en d'autres vers la 
seconde moitié du xiie siècle. L'hypotlièse qu'il y ait eu au 



102 ANNALES DU MIDI. 

xii** siècle une seigneurie remarquable et une fannlle importante 
du Tourne), et que, cette famille s'étant éteinte, la seigneurie ait 
passé, par mariage, dans celle de C4hàteauneuf-Randon, ne s'ac- 
corde pas bien avec ce fait. 

M. Ph., qui fait d'ailleurs des restrictions pour ce qui concerne 
le xiie siècle, voit les deux derniers membres d'une maison et les 
possesseurs d'une baronnie du Tournel dans deux personnages 
attestés au cours de la seconde moitié du xiie siècle : dans Odilon 
Garin, « seigneur du Tournel », et dans Aldebert « du Tournel », 
évêque de Mende. Je crois qu'il n'en est rien et que nous n'avons 
aucun droit de leur attribuer ces titres. 

Odilon Garin, qui est peut-être (p. lu; l'acte authentique man- 
que) attesté en 1153 comme propriétaire de (ou à ?) Montfort, prêta, 
en 1166, à l'Hôpital de Saint-Jean, hommage pour ses terres et châ- 
teaux de Montjaloux, Rochablava, Lanuéjol, et y ajouta une im- 
portante donation (n. xlix). M. Ph. (p. lui) en prend argument 
pour regarder ce baron comme le dernier d'une maison du Tournel 
et « Marguerite » comme son héritière. Car, dit-il, on lit sur le 
dos (ie cet acte : « Dominus de Tornello [rien de pareil et pas de 
mention du Tournel dans l'acte] recognovit tenere ab Hospitali 
plura in feudo », et il juge cette note contemporaine en « s'ap- 
puj'ant sur les caractères de l'écriture » : question fortdélicate. Voici 
comment je m'explique ce litre, qui ne s'accorde pas avec la teneur 
de l'acte et avec ce que nous savons sur le Tournel au xiie siècle. 
Deux actes, de 1278 et 1281 (pp. lxxxii et 217), attestent que des 
relations se rattachant — ce dont M. Ph. ne parait pas s'aperce- 
voir {l. G. et p. xir, n. 2) — précisément à cet acte (voy. Rocha- 
blava surtout et cf. Lozeret, Charbaldesc, etc.) persistaient, au 
xiiie siècle, entre l'Hôpital et les seigneurs du Tournel; or, 
comme ceux sur lesquels retombait l'engagement de l'acte de 
1166 étaient, au xiii^ siècle, seigneurs du Tournel, on a mis à cette 
époque -dans la chancellerie de Saint-Gilles, au dos de cet acte, une 
note qui, rapportée au xne siècle, était un simple anachronisme. 
L'autre argument de M. Ph. est que la brandie du Tourriel de la 
maison de Ghàteauneuf-Randon posséda, au xiiie siècle, des terres 
qu'Odilon Garin avait possédées vers 1160. Mais alors, puisque 
nous sommes délivrés de la légende d'un mariage lucratif, pourquoi 
n'inclinerions-nous pas, en suivant l'ordre de choses habituel, à 
penser en premier lieu que cet Odilon Garin fut membre de la 
maison de Châteauneuf-Randon? Cf. son nom avec ceux de deux 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 103 

frères, Garin et Odilon, de la génération antérieure (notre article, 
a. 113G; Hist. Lang., V, 886; Prouzet, Iffist. Gév., I, 413). Remarr 
quez qu'il y avait, dans sa propre génération, plusieurs membres dp 
cette maison (îôifî. a. 1152/9) et voyez dans la génération posté:|:ieur^ 
Odilon Garin (1198-1237) qui se démontre héritier de ses terres 
et qui porte le même double noui (dont la seconde partie devint 
un -entilice dans cette branche; cf. M- Ph;j pp. 341 et36G|. ]\lais, 
en tout cas, qu'il fût ou ne fût pas de la maison de Châteauneuf- 
Randon, rien ne prouve qu'il ait été d'une maison du Tournel et 
seigneur du Tournel. 

Aldebert, évéque de Mende (1151-1187), est appelé dans l'histoir^ 
Aldebert du Tournel. Or, je constate que pas une seule mentio]i 
authentique, ni dans les chartes ni datis d'autres sources, ne jus- 
tifie pour lui ce nom. En revanche, il est très facile de voir pour- 
quoi il a été appelé ainsi. Dans son opuscule latin sur la découverte 
de reliques de saint Privât et d'autres saints (analysé par M. Delisle 
dans la Rev. des soc. sav. dép., VIII, 50-7|, e( publié intégralement 
par l'abbé A. Pourcher, Livre de sqiïit Privf^i , 1898, que M. Ph. 
ne paraît pas avoir étudié à fonfl), Aldebert parle de sa « |;urris 
paterna de Monte Teguloso » (D., p. 54; P., p. 93; pour le^ latini- 
sations de Montjaloux, voy. l'acte VIII de M. Pji.) ef de « pastrq 
privato (P. paterno) nqstro cui Mons Fprtis vocabulupi est » 
(D., p. 55; P., p. 257, où l'on voit que l'évêque possédait ce châ- 
teau effectivement : « Quum essem in casti*o... »; cf. ci-dessus 
mention de 1153 pour O. Gf^rin). Et nous n'avons qu'à lire un 
passage, cité par M. Ph. (p. xlix), d'un inventaire dressé 
en 1646-50 au chapitre de l'églii^e de Mende : « Messire Aldebert 
qui vivait en l'an 1161, estoit de \'4 maison du Tournel, ce q\(,i se 
justifie par la relation de l'invention du corps de saint Privât où 
il parle de sa maison paternelle de Montialoux et du château de 
Montfort ou Villefort et du château de Ghapieu [qui n'y est n;)ême 
pas mentionné]... » Op savait que ces phâtequx appartenaient 
au xnie siècle aux seigneurs du Tpurnel (appelés ^ussi, comme 
0. Garin, émancipé du vivant de son père en 1258, seigneurs de 
Ghapieu) et de là cette conclusion qui n'est, elle aussi, aux yeux 
de la critique rigoureuse, qn"un anachronisme. Ce faux raisonne- 
ment se produisit, parait-il, comme l'indiqpe la mention citée, 
au chapitre de Mende même. Le Gallin christ. (1715, I, 90), qni n'a 
pas fait pour cet évêque de recherches directes, met : « ex antiqua 
et vetusta familia deTornello », et ainsi Aldebert du Tournel passe 



104 ANNALES DU MIDI. 

dans riiistoire ; mais déjà l'excellente Hist. Lang. (éd. 17o3, II, 487, 
éd. Privât, III, 817) fait ses réserves : « qu'on dit de la maison 
de Tonriiel »; M. Delisle : « peut-être » (p. 54). — Autre détail : 
Aldebert parle (D., p. 54; P., p. 99; M. Ph., l. c.) de « illustri 
comitissa Arvernorum consangiiinea nostra ». Il devait donc être 
d'une grande famille. Et si cette famille avait été « du Tournel », 
ne serait-il pas étonnant non seulement de n'en trouver aucune 
trace au xne siècle, mais encore de rencontrer, au xiiie, des person- 
nages (non remarqués par M. Ph.) qui s'appellent de Turnello 
(Jordanus, Fulco, Johannes , a. 1207, 1229 et suiv., 1267; voy. 
notre art. p. 54, et M. Ph., p. 393) et qui paraissent n'être que de 
simples vavasseurs? — Ne faut- il pas, pour Aldebert aussi, 
penser à la maison de Châteauneuf-Randon? Voici, à ce sujet, un 
détail. Dans le premier chapitre de son opuscule, l'évêque s'atta- 
che à interpréter plusieurs visions prophétiques ayant trait à deux 
événements : d'abord à une guerre qu'il eut à soutenir, de 1163 
à 1170, contre ses parents surtout (et il s'agit là de faits sûrs 
et connus de tous; en les mêlant à son récit relatif aux reliques, 
Aldebert a voulu — il le dit lui-même, p. 122 — précisément 
corroborer par ces faits « simul perostensa » la foi aux reliques; 
ensuite à la découverte de reliques de saint Privât (1170) et d'au- 
tres saints. C'est là qu'après une série de visions sur la guerre 
qui se sont réalisées (pp. 93-97) et une autre sur les reliques 
(pp. 98-122), il revient à une vision de destruction et de réédifi- 
cation (« Visio ergo fuit talis quod castrum de Randone quod 
est in fundo beati Privati dirutum esset ab inimicis nostris et 
quod illud reedificarem ») qui lui a fait prévoir la perte et la 
récupération du château de Randon , puis la fortification de la 
ville de Mende, enfin la découverte de reliques, et — dit-il — 
« hoc eodem ordine castrum ipsum amisimus, recuperavimus; 
vallo iiiunivimus iirbem nostram ; reliquias sanctorum inveni- 
mus ». Cette mention n'est point une preuve que l'évêque ait 
possédé le château de Randon à titre privé : il s'agit peut-être 
de ses droits suzerains (voy. notre acte de 1151). Mais en tout 
cas, après avoir vu qu'il devait être d'une grande famille du 
Gévaudan, où elles n'étaient pas légion, et après avoir trouvé 
dans ses mains ou dans celles de sa famille les châteaux de Mont- 
jaloux et de Montl'ort, il est intéressant de voir celui de Randon 
impliciuc dans la lutte qu'il soutint contre ses parents. 

En résumé, il n'y a, au xiie siècle, aucune tracé d'une grande 
baronnie et d'une grande famille du Tournel; l'hypothèse la plus 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 105 

naturelle est de regarder comme membres de la maison de Châtcuu- 
neuf-Randon les personnages (Aldebert et Odilon Garin) dont les 
terres se retrouvent dans la seigneurie du Tourne), formée au 
début du xiiie siècle par une branche de cette maison, seigneurie 
oùleTournel, acquis de façon ou d'autre par cette maison. api)a- 
raîl seulement h cette époque comme le principal château. 

Voici quelques autres détails qu'il importe de rectifier. — 
P. LUT, M. Ph. appelle « Guillaume de Randon, le comtor » un 
personnage qui dans l'acte correspondant (p. 201, a. 1198) porte ce 
nom : « G. de Gastronovo lo cumtor », et dans lequel il est aisé de 
reconnaître un membre de la branche des comtours de Châteauneuf- 
Apchier (voy. notre article, pp. 50-4, et cf. par exemple dans un acte 
de 1201 un « Garis de Ghastelnou », Rev. H. Auv. ,11, 221). — P. lix, 
M. Ph. s'étonne de voir Guigues Meschin vendre, en 1175, certai- 
nes terres à l'abbaye de Franquevaux, puis l'évêque Aldebert don- 
ner, en 1176 (et non 1177; cf. Inv. Arch. Gard, H., 63), les mêmes 
terres (et non « sises aux mêmes lieux », cf. ibid.) à la même 
abbaye, ce que M. Ph. veut expliquer par le « morcellement 
extrême de la propriété ». Les évêques de Mende étaient suzerains 
dans le Gévaudan, ce qui suffit à expliquer cette « donation », 
sorte de confirmation de la vente récente par un A'^assal. — Dans 
plusieurs cas (années 1224, 1238, 1242; p. lxii et actes LII 
et XXIII), M. Ph. confond Guigues Meschin (1212-1243), fils de 
Guigues Meschin (1175-1198-1207) et frère d'Odilon Garin (1205- 
1237) avec Guigues Meschin (1237-1278), fils d'Odilon Garin. Dans 
l'acte de 1238, l'erreur saule aux yeux : on y lit en toutes lettres 
« Guigo Meschinus filius quondam Guigonis Meschini » et ceci 
deux fois (comment M. Ph. a-t-il pu supposer une « négligence du 
rédacteur de l'acte [original] »?) ; il s'agit de terres vendues en 1175 
qu'Odilon Garin n'a donc jamais possédées; le G. Meschin de cet 
acte est seigneur d'Altier, qui dépendait du Randonnat; enfin cet 
acte est confirmé par Randon, fils de G. Meschin et de Valburge (cf. 
notre article, p. 49) et seigneur du Randonnat, 1243-127?. M. Ph. 
a été induit en erreur par une bulle attachée à cet acte et portant : 
« Sigillum Guigonis filii quondam O. Gai'ini » ; c'est bien l'au- 
tre G. Meschin, celui du Tournel, qui n'est ])oint nommé dans 
le texte de l'acte; les seigneurs des deux branches confirmaient 
ainsi parfois réciproquement leurs actes; cas absolument analo- 
gue : Randon de l'autre branche appose son sceau à un acte 
(n. LUI, a. 1248) de G. Meschin et de son fils O. Garin. où il n'est 
point nommé. — Dans l'acte de 1228 (p. 142) on lit : e dans la 



106 ANNALES DU MIDI. 

part de N'Odilo Gari jurero el medeys e sos fils Eus Guigo 
e-Ns G. Meschin; M. Ph., qui a probablement pris sos fils pour un 
pluriel, y voit (p. lxvii) deux fils d'Odilon Garin : Guignes et 
Guigues Meschin (alors tous les deux du même nom?). Le premier 
est, en réalité, Guig'ues (Meschin; yoj. passim sur l'emploi facul- 
tatif du surnom) fils d'O. Garin ; l'autre, qui est aussi nommé seul à 
la tête des témoins (p. 144), est frère d'O. Garin. — Conformément 
à ce qui précède, il faut supprimer daiis la table généalogique de 
M. Ph. : « Mart^-uerite du Tournel » au premier degré. « Guigues » 
et « Valpurge » au deuxième (en mettant la date 1228-1237-1278 
pour Guigues Meschin), « Randon » au troisième degré. — Les 
actes de 1238 et de 1242 (nn. lu et xxiii) sont à éliminer des 
Documents, parce qu'ils n'appartiennent p is au chartrier de la 
baronnie du Tournel. 

Passons aux deux actes en langue vulgaire, que M. Ph. a 
publiés sans ponctuation et sans avoir détaché les articles et les 
enclitiques. M- P. Meyer a déjà rectifié {Bibl. Ec. Chartes, a. 1907, 
t. LXVIIl, pp. 168-170), à titre d'exemple, les erreurs les plus 
importantes. — Le premier texte (n. I, pp. 1-11) dont une publi- 
cation, non moins diplomatique, a été faite, comme l'a signalé 
M. P. Meyer, depuis longtemps {B. Ec Ch., IVe sér., t. I, a. 1855) 
est un hommage de 1219, conservé par plusieurs copies, doiit 
M. Ph. donne avec soin les variantes. On pourrait facilefrient 
augmenter la liste des erreurs, mais pour cette pièce il est à peu 
près inutile d'insister : un texte absolument pareil a été publié pai" 
M. E. Bondurand (ifomm. en l. d'oc à l'év. de Mende, 1332, Paris, 
Picard, 1889, extr. des Mém. Ac. Nime^, 1888). C'est l'hommage de 
Raimond d'Anduze, copié sur le même modèle et sans que la 
langue soit rajeunie ; toute la difterence se réduit aux noms propres 
et aux lignes 7-10 (formule ajoutée après 1307, voy. M. Ph., 
p. 60). Le texte de M. Bondurand est publié avec ponctuation et 
traduction presque complète sous forme de notes et sera toujours 
plus facilement accessible aux provençalistes, à l'attention desquels 
il n'a point échappé (voy. la bibliographie du Sxippl.-Woert de 
M. E. Levy, t. I). 11 y faut corriger ou relever : p. 10, 1. 11, per- 
tens, lis. peréeno; — 1. 7 du bas, yssen, lis. y sson; — 1. 3 du bas, 
fauc homenesc e jure, lis. faz (attesté dans le texte de M. Ph.); 
— p. 12, 1. 3, la met part, lis. mia; — 1. 6, le mot manquant est 
conosc; — 1. 13, del, lis. dec; — 1. 13, anessi, lis. atressi ; — 1. 17, 
sorant, lis. serant; — 1. 5 du bas, rozo, lis. razo; — pp. 12-13 à 
noter : eu no séria esiorl:^ que non aiudes, où eslorlz a le sens 



COMPTES REPjDDS CRITIQUES. 107 

de « exempté », qui n'a pas été enregistré avec cette nuance. Dans 
une traductipn en latin, faite de cet ^cte en 1369, 3. Mpndp, p^r 
le notaire de l'évêché (M. Ph-, n. XVIII, p. 71), et où il est inté- 
ressant de voir comment le sens de nombreux mots et passages 
échappait aux traducteurs, pn lit : « non essem quitius sive 
estons quin adjuvarem ». — P. 13, 1, 3-5, e quant frontieyrq- 
men (M- Ph -leyr-ei-ter-) li valria [se. eii] de plag de guerra, 
poyria l'evesques pil s'en (M- Ph. plh sen) tornar $ls chast^ls 
que eu ay. Il faut d'abord dire que le mot fronti&yramen, dont 
il est difficile de serrer de près le sens dans ce pas (Levy, S.-W., 
III, 608), n'a pu être ni traduit ni interprété en 1369 (p. 75 : « et 
quando egq fronlieyrament sibi valere[m] de litigio et de guerra, 
potest dominus episcopus vel illi qui essent pro ipso habit^i'e pt 
morari in castris ») ; ensuite, jl faqt lire : o-il seu tornar e-ls 
chastels, ce qui est ufie correction absolun^ent sûre {oil seu 
revient constamment n coté des noms des contractants et M. Ph. 
imprime constamment sen et sien pour sieu et seu, pron. poss.); 
ainsi on voit tornar, verbe neutre dans ce cas, prendre un sens in- 
téressant et qui n'a pas été, que je sache, enregistré, celui de « se 
placer, s'introduire, demeurer », comme d'aill^iirs dans la traduc- 
tion latine; ce n'est pas « rentrer » qui serait très simple : on en 
a la preuve dans le passage suivant d'un autre hommage gévau- 
danais, de 1151, que j'ai publié ici même, 1907, p. 43, et dont Dp 
Burdin, Boc. Gév., II, 311, avait donné le même texte pour 1134 : 
e quant tu lom \_sc. castel] demandaras par te par to mes- 
satge, eu lot redrai et aquel messatges regard non aurq de me 
ni d'orne qu'eu {&n est une faute d'impression) tornar e« poscfit-,- 
le sens àQ tornar, v. trans. ici, est : « placer »; (on ainierait mieqx 
tornar y posca, majs cf. pour les adv. pron. dans le même texte : 
ni li [= fi; l'ace, y est toujours te] descebrai ni t'en descebrai, 
ce qui est confirmé par l'acte de De Burdin, /. c). — P. 14, 1. 5 du 
bas, si... s'encolpano. Us. -avo; — p. 15, 1. 2, tens, lis. teno, gt 
pour auclreie subj. prés. cf. aussi les leçons autore et auttorfi 
(peut-être auctore?) de M. Ph.; — pour I3 formule du serniejit, 
voy. Annales, t. XIX, p. 44. —La seconde pièce (n. xxxi?;, pp. 141-5) 
est une transaction du seigneur du Tournel avec les habitants de 
Mende, de 1328. En dehors des rectifications de M. Meynr, on peut 
signaler : p. 142, 1. 12 du bas, qfe HodilQ, lis. de N'Odilo on bien de 
n'Hodilo; — p. 143, 1. 1, point après universalmen ; — 1. 2-3, 
quelsque dans aguesson. f'ags... a N'O. Gari... sels Eus 0. Garis, 
lis. Gari..., sols et et. 1. 21, 0. Garis sols e donet e laiset... que 



108 ANNALES DU MIDI. 

jamays wo lar pissa...; dans ces deux cas, il s'agit, à mon sens, 
de la 3nift pers. pi. de solver, forme qui devait être supposée, mais 
qui n'était pas, paraît-il, attestée (voy. 0. Schulz-Gora, AUpr. 
Elem., p. 100); quant au sens, sols est, dans le premier cas, 
verbe transitif, bien que le complément {los ou même los en) ne 
soit pas exprimé (ce qui s'explique sans trop de difficulté dans cette 
construction ; cf. un cas analogue dans la proposition condition- 
nelle, pp. 143 et 144, 1. 1), et il y signifie : « acquitter, absoudre »; 
cf. p. 142, I. 1 du bas, soit e quili; dans le second cas, où ce 
verbe est neutre, le sens paraît être « accorder » ; j'ajoute que, le 
passé étant absolument assuré par les autres verbes, on ne saurait 
penser à une erreur, très facile au point de vue paléographique : 
sols au lieu de soif: — 1. 10, lener per o, lis. lener. Pero; — 1. 11, 
dentés, lis. deu'es ; — 1. 12, qiie-ls deutes... adobe. où adobar a le 
sens de « arranger, payer » et cf. p. 144, 1. 12, se... fos res fag 
que-s feses ad emendar ni ad adobar, aqiio s'adobe per conoy- 
sensa d'unprodomc..., où le sens est « arranger, concilier, paci- 
fier », dont Raynouard, I, 27, donne un exemple de G. de Borneil, 
242, 74 (ms. A, n. 17, st. III), et sur lequel Levy, i'.-W., I, 21, ne 
revient pas ; cette signification est confirmée par Vadobamen 
« accord » (Rayn., l. c, et nos textes, p. 142, 1. 13, et p. 6, 1. 3 du 
bas; cf. p. 16 dans la traduction citée : « ad concordiam sive ad 
adobamen ») et par le moderne s'adouba qui, d'après Mistral, 
I, 32, signifierait, entre autres, « se réconcilier » ; — 1. 18, resem 
so, lis. resemso et penre o portar e menar lis: e porlar; — 1. 19, 
aquellas legnas e'I fuslam que y [se. e-ls sens boscs'] trobaran, 
où l'on relève pour la première fois, semble-t-il, lo fustani qui se 
rattache à fast et fnsta de Levy, S.-W., III, 619-20, et non pas à 
fustam (?) et fustani de III, 622; — 1. 20, point après fa7- lur 
ops ; — 1. 28, point après menadors; — p. 143, 1. 4-1 du bas, si... 
avia malfay... ad home o ad homes de Mernde o yl deges et cf. 
p. 144, 1. 3-4 qiie l'âge.'' malfag oil degnes, où l'on s'attendrait 
à O'I degiies « ou le devrait faire dans l'avenir » et où yl et il 
sembleraient bien être plutôt accusatifs neutres se rapportant à av. 
malfag que datifs se rapportant aux datifs précédents (rem. 
homes pluriel); — p. 144, 1. 7, de non gardar, lis. devon gardar. 
Les rectifications que j'ai tâché d'apporter ci-dessus ne se rap- 
portent, bien entendu, qu'à quelques pages isolées du livre de 
M. Philippe, lequel contient des parties dont l'exécution est certai- 
nement irréprochable. 

St. Stronski. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



Alpes (Basses-). 

Annales des Basses Alpes. Bulletin trimestriel de la So- 
ciété scientitiqae et littéraire des Basses-Alpes. 27« année, 
t. XII (suite), 1906. 

Fasc. 100, janv.-mars. P. 237-47. RirnAUD. [Notice biographique dej Louis 
Daiine, aixois, 27 mars 1828-16 oct. 1905, ingénieur des chemins de fer, 
collectionneur de verreries, fondateur du musée départemental de 
Diane.] — P. 248-61. Damase Arbaud. Les possessions de l'abbaye de 
Saint-Victor de Marseille dans les Basses-Alpes avant le xir siècle, avec 
des recherches sur l'origine de quelques familles de Provence. [Suite 
et p. 318-31, 402-9. Diocèse de Gap, Saint-Geniez-de-Dromon, que saint 
Victor avait reçu des vicomtes de Gap ; l'Escale, Bezaudun, Malijai, 
Beauvezer, diocèse de Gland èves. D. Arbaud a laissé son travail ina- 
chevé ; beaucoup de recherches topographiques utiles, mais grande 
confusion.] — P. 262-73. V. Lieutaud. La Société littéraire de Barce- 
lonette et sa pléiade (1816-1821) [Fin p. 801-17. Amusante étude d'histoire 
sociale, mondaine et, si l'on veut, littéraire; rappelle les noms de quel- 
ques amateurs de lettres inconnus, cite des vers médiocres ; à la lin du 
xviip siècle exista la Société célihatairisque (!). en 1707 la Société dra- 
matique, devenue en 1809 la Société des royales a.ichotles. foyer de 
royalisme, dissoute par le préfet Jean-Pierre Duval, ressuscitée en 
1814 comme Société d'émulation littéraire et complétée on 1821 par le 
Cercle dînant.] — P. 274-98. H.-P. Bigot. Saint-Sauveur de Manosquc. 
[Suite et fin p. 332-48, 3S8-4i)l. (Euvres paroissiales de S. S., pénitents 
bleus, congrégation des femmes, Tiers-Ordre de Saiut-Uominique, Tiers- 



llÔ ANNALES DU MIDI. 

Ordre de Saint-Franc'ois, diverses associations religieuses (Rosaire, 
Bonne mort, etc.); dépendances, établissements religieux relevant de 
Saint-Sauveur. Tableau détaillé, précis, mais en somme peu intéres- 
sant, d'une paroisse d'ancien régime.] 

Fasc. 101, avril-juin. P. 349-58. G. Beknard. Etude sur les anciennes 
familles dé Forcalquier. [Fin p. 410-24. Notes sur les Oandolle, Cha- 
bassut, Chabaud, Charentensi (?), Codurco (?), Daudet, Decoris, Eymar, 
Ferolfus, comtes de Forcalquier, Gassaud, Laincel , Lombard du 
Tronyns, Piolle, Pieri'erue, Sabran, Sebastianni, Talon, familles en 
majeure partie éteintes et qui se ramifient en Provence, en Languedoc, 
à Paris ; plusieurs ont une origine italienne. Notes curieuses, mais 
dépourvues de précision et de références.] 

Fasc. 102, juillet-sept. P. 369-80. G. Aubin. Pensées d'un vieux bibliothé- 
caire. [Amusantes observations sur la vie littéraire d'une petite biblio- 
thèque, vraies pour de plus grandes villes ; citons ce mot de bourgeoise 
qui envoie sa bonne à la bibliothèque : « Madame veut que vous lui 
envoyiez un ou deux romans bien jolis ».] — P. 381-7. Cauvin. Une ré- 
volte au Val des Monts en 1791. [Fin p. 425-39. Bon récit fait d'après les 
documents. Cette révolte avait des causes financières et économiques, 
la région se trouvant ruinée par la contribution foncière et la suppres- 
sion d'une remise de 180,000 livres, concédée en 1784.] 

Fasc. 103, oct.-déc. P. 440-9. Richaud. Quelques légendes. [Locales ou 
localisées : La piado don Rouland, le pied de Roland, le trou de 
Saint-Martin, Saint-Pons et les pics de Valbelle, le diable et le vallon 
de Graï. On voudrait des récits plus précis, plus circonstanciés ; expli- 
cations insuffisantes; en somme, peu utilisable. A suivre.] — P. 450-72. 
V. Savy. Les guerres de religion dans les Basses-Al{>es d'après Louis 
de Pérussis. [Simples extraits ou résumés des célèbres mémoires ; 
donne une liste des mémorialistes provençaux du xvi» siècle, dont un 
corpus est en préparation par mes soins ; l'abbé Savy, provençal inté- 
gral et félibre avant le félibrige (1826-1902), émet ici dès regrets assez 
singuliers sur la réunion de la Provence à la France.] L.-G. P. 

Alpes (Hautes-). 
Annales des Alpes, t. X, 1906, 

p. 5-29. p. G. Les séminaires de Gap et d'Embrun en 1790-1794. [L'un fort 
ancien, l'autre « séminaire départemental » créé en 1791, supprimé 
deux ans plus tard. Lettres écrites aux administrateurs du Directoire 
départemental par les directeurs-économes de ce dernier établissement ; 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. 111 

leur livre de comptes. Le malheureux séminaire s'enlise dans des 
dettes dont le département ne fait rien pour le tirer.] — P. 30-47, 57-77, 
93-116, 143-60, 178-92, 205-11. P. Guillaume. Correspondance des députés 
des Hautes-Alpes, 1791-1795. [66 lettres émanant de douze députés, 
écrites de Paris au jour le jour, sur les faits qui s'y produisent, les 
besoins du département, etc. Nos députés actuels liront avec intérêt les 
lignes suivantes du député Fantin : « Je vous jure que je passe ma vie 
« à travailler pour le département, et que, si tous les députés étoient 
ce aussi demandana que moi, les présidens, les ministres et les comités 
« seroient horriblement fatigués » (n» 16). Les conventionnels des 
Hautes-Alpes semblent avoir marché d'abord avec les Girondins (n"> 37), 
puis avoir tourné casaque aux idées « fédéralistes ».] — P. 54-6. Lettre 
du juge de paix de Ribiers, 28 févr. 1829. [Détails sur son existence 
accidentée (c'était un ancien curé « jureur »), sur le général Albert et 
le mathématicien Bérard.] — P. 77-81. La bibliothèque de Gap en 1842. 
[Demande, d'ailleurs inutile, faite pour elle au ministère, de la Nimiis- 
mntique de Mionnet.] — P. 89-92. XXX. Opinion du « lieutenant du 
roi » d'Embrun sur la cause de la désertion en 1764. [Ce serait la réforme 
introduite par Choiseui, enlevant aux capitaines la propriété de leurs 
compagnies, les séparant des soldats et réduisant ceux-ci à « la servi- 
tude ».] — P. 121-8. G. DE Manteyer. Un dévot d'Apollon dans Gap au 
IIP siècle. [Des travaux conduits autour de la nouvelle cathédrale de 
Gap ont x'emis au jour, entre autres, un débris de l'enceinte romaine 
de cette ville et une pierre portant une inscription fragmentaire, que 
l'on peut ainsi restituer : APOLLINI . MATERNUS . MATERNI . F . 
EX . VOTO .] — F. 129-42. Cl. Faure. Le procès de Lantelme de Cha- 
bannes, prieur de Saint-André-de-Gap, 1332-3. [Dossier conservé aux 
archives du Vatican. Procès engagé par Guillaume Arnoul, chapelain 
do Poligny, qu'appuyaient plusieurs habitants de Gap, se plaignant 
d'être cités par ledit prieur, pour des raisons futiles, à comparaître au 
loin, devant les conservateurs des privilèges de Cluny, et ce sous peine 
d'excommunication. Une enquête eut lieu dont nous ignorons le résul- 
tat.] — P. 165-8. Variétés. [Lettre relative au transport du carrosse de 
La Feuillade à Suze, 21 juin 1705; Contribution patriotique du curé de 
Chanousse, 1789; Deux lettres de l'évêque de Digne au préfet des Hautes- 
Alpes, 1808 et 1812.] — P. 169-78. Lettres au maire Marchon et à la 
municipalité de Gap en 1789-1790. [Ecrites par l'évêque de Gap, le che- 
valier du Bouchage, MM. de Ventavon, de Mévolhon, les académiciens 
d'Arras et Toscan d'Allemond : sur les droits de l'évèché, l'armement 
de la compagnie de grenadiers, lu nouvelle division des provinces, 



112 ANNALES DU MIDI. 

l'étude des événements de l'époque, les impôts anciens et nouveaux et 
notamment les vingtièmes.] — P. 192-204. Variétés. [Mémoire présenté 
aux Consuls, en 18UU, par les communes de la vallée du Queyras sur 
l'importance du canton d'Abiùès qu'elles composent ; Rétractations de 
deux curés constitutionnels, Chevandier, 1796, et J.-J. Raynaud, 1814; 
Règlement de police de Briânçon, concernant les délits agraires et fores- 
tiers, texte latin, 25 septembre 1287.] — P. 214-8. Deux lettres de l'abbé 
Tane aux administrateurs des Hautes- Alpes. [1796. Il met ses talents en 
matière d'instruction et d'invention au service du pays.] — P. 228-36. 
Variétés. [Reconnaissance des habitants de Saint-Etienne-d'Avançon au 
seigneur du lieu, 1568. Les six cas « realx » auxquels ils sont tenus ; 
Mandement du Parlement de Grenoble aux habitants de Gap d'avoir 
à payer 300 florins, au lieu de francs-archers, afin de rejjousser les 
Suisses, 12 juillet 1513; Autographe de Ms'' de Prunières, dernier évêque 
de Grasse, 1773; Revenus de l'archevêché d'Embrun en 1789.] 
P. i-vi, 1-176 (en pagination séparée). P. Guillaume. Aperçu historique 
sur Guillestre et ses environs. [Cet ouvrage, qui sera continué, forme le 
t. VIII des Archives historiques des Hautes-Alpes *. Le laborieux et 
érudit archiviste des Hautes- Alpes, ayant mené à bonne fin l'Inventaire 
des archives de Guillestre. a fait usage des documents qu'il avait clas- 
sés. Guillestre apparaît dans l'histoire en 1118. Etait-il donc nécessaire, 
pour en parler, de remonter au delà de l'ère chrétienne ? Des cinq pre- 
miers chapitres, quatre eussent pu, semble-t-il, être supprimés ou du 
moins fort abrégés ; de même le chap. vi. On rentre dans le sujet avec 
le septième. L'archevêque d'Embrun, dès le xip siècle, était seigneur 
spirituel et temporel de ce « castrum »; une reconnaissance de 1549 
(dont texte, p. 66) précise ses droits, d'où ses revenus dépendaient. Sont 
ensuite examinées en détail l'organisation religieuse et celle de la com- 
mune, pourvue de consuls dès le xiii'= siècle pour le moins » (?). Com- 
mune double, comprenant Risoul ainsi que Guillestre : les quatre con- 
suls y étaient élus d'une façon singulière, et à raison de deux pour l'une, 

1. Dans cette collection ont déjà paru : t. I. Chartes de N.-D. de Ber- 
taud, 1188-1449 (Gap, 1888 ; in-S" de lvi-o68 p.); t. II. Chartes de Durbon, 
1116-1452 (Montreuil-sur-Mer, 1893'; in-S» de xxx-904 p.) ; t. III, IV, V. 
Histoire générale des Alpes-Maritimes et Cottiènes et particulièrement 
d'Atnbrun, leur métropolitaine, par le P. Marcellin Fornier, Tournonois 
(Paris, 1890-92 ; 3 vol. in-8» de Lvi-816, iv-779 et xxiv-559-176' p.) ; t. VI. 
Itive'ntaire des archives seigneuriales de l'Argentière en 1481 (Gap, 
1888; in-8» de 67 p.); t. VII. La période révolutionnaire dans les 
Hautes-Alpes, 1790-1810. par Tli. Gautier (Gap. 1895; iii-8" de iv-190 p.). 
Toutes ces publications sont dues à M. l'abbé P. Guillaume. 



PERIODIQUES MERIDIONADX. 113 

deux pour l'autre localité. Sur leurs attributions financières, voir, p. 137, 
une délibération de 1671, imprimée in extenso.] P. D. 

Bouches-du-Rhône. 

Bulletin de la Société des Amis du vieil Arles, t. IV, 
1906-1907. 

No 1. P. 2-60. M. Chailan. L'Hôtel prieural de Saint-Gilles, à Arles. [Nou- 
veaux détails inédits sur la maison du grand-prieur, ses agrandisse- 
ments, ses hôtes, ses cérémonies, les visites dont elle fut l'objet, les pro- 
fessions des chevaliers, les familles où ils se recrutaient, les événe- 
ments de la Révolution. La note gaie est donnée par l'extrait suivant 
d'un vieux manuscrit, où l'on voit comment la croix de Malte ornait les 
fameux saucissons d'Arles : « Pour es tonnant que soye cette chose, de 
voir la croix Maltoise adorner saulcisses, est pourtant ledict faict très 
vertadier en Arles, vers l'eschoppe d'un appresteur de viandes, de tous 
cogneu. Et grandement sont mirifiques à l'œil ces tant succulentes, 
rondouillardes et drues saulcisses, revestues de belles robes d'argent, 
telles comme poupées avecque la maltoise au col, ains que la soûlent 
porter femmes de ce bourg, quand se veulent adjuster ricliement. Or, 
vient, dict-on, au dict eschoppier telle coustume, jjour ce qu'estant 
sourty de vieil estrangier estoc grégeois, un sien antécesseur avoit esté 
traict jadis dudict pays de Grèce, et mené en Arles dedans la nef des 
chevaliers de Sainct-Jean : ce qu'a faict dire, touchant cest appresteur 
de viandes, qu'a esleu ce mestier haultement graisseux, pour fin de se 
toujours cLiider en Grèce, en soubvenir du sien bien doiilx pais prou- 
mier. »] — 61-9. E. F[assin]. Les rues d'Arles. [La rue des Pêcheurs 
(suite). La rue du Four-Banal.] — P. 70-2. E. F. Les proverbets du pays 
d'Arles. [Faire coumo Vase d'Agoustiii, s'arresta en touti H porto. 
Agostini, vers 18.'>0, était barralier. 11 puisait au Rhône, avec une 
écope, de l'eau qu'il portait en six ou huit barils sur un charreton, et la 
débitait par la ville. L'érudit et spirituel auteur de ces notes l'a connu 
dans son enfance, et en trace la silhouette, comme il sait le faire, siins 
oublier le baudet.] 

N» 2. P. 74-93. M. Chailan et E. Lacaze-Duthiers. Nos vieux archéolo- 
gues. Le chevalier de Gaillard; ses lettres sur les antiquités d'Arles. 
[Notice bio-bibliographique, suivie de la première lettre du chevalier; 
se continue au n» 4, p. 263-71. Le chevalier, comnumdeur de Poët-Laval 
et résidant habituellement à MontéHmar, correspondait avec les princi- 
paux savants du Midi. De bonne licure, il fut eu rapport avec l'abbé 

ANNALES DU MIDI. — XX <S 



1 l4 ANNALES DU MIDI. 

Bunnemant, d'Arles. Il venait aux réunions des chevaliers de Malte 
dans l'hôtel prieural d'Arles, et visitait les monuments avec l'abbé. 
Malheureusement celui-ci, qui avait pourtant beaucoup d'esprit, n'en 
eut pas assez pour supporter les boutades philosophiques du chevalier 
de Rfalte, fort caustique envers l'Église, et finit par cesser, « pour le 
malheur de l'archéologie », toute relation avec lui. Séguier, le savant 
nîmois, fut un des correspondants du chevalier de Gaillard d'Agoult. 
Les lettres que publient MM. Ch. et L. D. vont de 1764 à 1767, ont été 
transcrites par Bonnemant, et sont en réalité un recueil d'inscriptions 
d'Arles et de la région, relevées directement par Gaillard, ou bien 
tirées par lui d'anciens manuscrits et accompagnées de commentaires. 
Il décrit, en outre, tous les monuments qu'il rencontre.] — P. 94-100. 
M. Gautier-Desoottes. Le rétable du Collège. [Planche. Ce magnifique 
travail de sculpture sur bois est du xvii« siècle. Sur l'initiative de la 
Commission des monuments historiques, le Conseil municipal d'Arles 
a donné un avis favorable à son classement.] — P. 101-5. A. Veran. Le 
Beffroi, l'Hôtel de ville, l'ancien Prétoire. Note en vue du classement de 
ces édifices. [Planche.] — P. 107-10. M. Chailan. Une lettre inédite de 
Me"" du Belloy. [L'évêque de Marseille écrit au D'' Pomme, d'Arles, une 
lettre datée de Chambly, 18 décembre 1795, pour lui annoncer qu'il a 
nommé deux vicaires généraux au diocèse d'Arles, pendant la vacance 
du siège, suite du massacre de l'archevêque du Lavi, arrivé le 2 septem- 
bre 1792.] — P. 111-20. E. F. Les rues d'Arles. [La rue de la Dominante 
donnait accès à la tour de Roland, construite sur les arcades du théâtre 
antique, appelée depuis la Domi>iante. En 1791, cette rue devint la 
carrièro di chiffounië. Les réactionnaires étaient appelés chiffonniers, 
parce qu'ils se réunissaient dans une maison établie sur l'emplacement 
du théâtre antique, maison ayant appartenu au chanoine Giff'on. La 
chambrée qui s'y forma prit le nom de la Giffone.'] — P. 121-8. E. F. 
Les proverbes du pays d'Arles. [Noublesso d'Arle signifia longtemps 
une illustre noblesse, mais aujourd'hui le prestige a disparu. L'ausard 
de Bèujo (le hardi de Beaujeu) vise Paul-Antoine de Quiqueran de 
Beaujeu, arlésien du xvii° siècle, vaillant chevalier de Malte.] 
N° 3. P. 130-7. E. F. Le vieil Arles. [L'hôpital Saint-Esprit-du-Bourg est 
mentionné, dès 1201, parmi les légataires de Guillaume Boneti. Il fut le 
plus riche et le plus considérable des hôpitaux dont on constate l'exis- 
tence simultanée â Arles au xiii» siècle.] — P. 138-68. M. Chailan. Un 
grand-vicaire de Ms'- du Lau. L'abbé Pierre de Bertrand des Ferris 
(1741-1819). [Se coulinue et se termine dans le n» 4, p. 210-35.] — 
P. 173-87. E. F. Les rues d'Arles. [La rue d'Alembert porta successive- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 115 

ment les noms de rue du Barri, des Oauquières et des Récollets. Le 
5 décembre 1755, la rue des Récollets vit. à l'occasion des obspques du 
respectable M. de Montblanc, les curés de Saint-.Tulien, de Saint-Lu- 
cien, de Maussane, et le chapitre de la Major, se chamailler et se bous- 
culer, chacun revendiquant le droit de présider à la cérémonie. Quand 
on arriva dans la cour des Récollets, le curé de Maussane, qui s'obsti- 
nait à suivre le cercueil en criant : « C'est mon paroissien! » fut ex- 
pulsé de vive force et, en se débattant, eut la chape déchirée. Cette 
bagarre entre saints personnages autour d'un cercueil était bien dans 
l'esprit du temps.] — P. 188-200. E. F. Les proverbes du pays d'Arles. 
[Vetitres-pourris et hasalois. Ces épithètes avaient cours au xvii» siè- 
cle. Elles naquirent des rivalités entre les anciens et les nouveaux 
nobles. Le peuple appela les anciens : ventres-pourris , et les nou- 
veaux : has-alois. Roimian rènâe-rèn est un des nombreux sobriquets 
du vieux temps. En 1792, le cordonnier Roman, capitaine de la garde 
nationale, était un des chefs de la garde chifibniste ou royaliste. Sommé 
de rapporter ses armes à l'hôtel de ville, il se barricada chez lui en ré- 
pétant : Rrende-rrènl] 
N» 4. P. 236-40. E. F.4.SSIN. Le vieil Arles. [La tour du Tampan. aujour- 
d'hui Tourvieille, servait à la surveillance des embouchures du Rhône. 
Elle remonte au début du xvii» siècle.] — P. 241-9. E. V. Les rues d'Ar- 
les. [La rue Truchet rappelle le souvenir de l'arlésien Michel de Tru- 
chet qui, dans la première moitié du xix" siècle, publia de nombreux 
mémoires sur l'agriculture, l'industrie et la topographie du territoire. 
C'est l'ancienne carriera de VEscola, en la Juzataria ou Juiverie. 
Cette escola dels Juzieus est confondue par les chartes du xv siècle 
avec la synagogue. Le fanatisme populaire incendia la synagogue en 
1457 et la détruisit définitivement en 1484, sans y laisser pierre sur 
pierre.] — P. 250-1. E. F. Les proverbes du pays d'Arles. [A ben fé, 
la Tarescol est un écho des vieilles querelles qui animaient l'une con- 
tre l'autre les villes d'Arles et de Tarascon. Quand la Tarasque pouvait 
atteindre un Arlésien dans ses sorties de fête, le proverbe prête aux 
Ta^asconnais une joie sans mélange.] — P. 253-5. A. Véran. Le temple 
de Diane à Arles. [Planche. M. V., comme architecte des monuments 
historiques, a rendu à l'archéologie arlésienne des services éraineuts. 
Il suffit de rappeler ses travaux de déblaiement et de restauration du 
palais de Constantin. Sa sollicitude s'étend à toutes les reliques de la 
terre d'Arles. Il s'agit aujourd'lmi d'une portion d'architrave reposant 
sur deux jambages. Cet ensemble, formant porte, a été découvert der- 
rière le chevet de la vieille église romane de Saint-Jean de Moustiers. 



116 ANNALES DU MIDI. 

M. V. voit dans cet ensemble une porte antique ayant appartenu au 
temple de Diane. Pour moi, j"y vois simplement une partie d'architrave 
provenant de quelque grand édifice romain et qu'on utilisa, après la 
ruine d'Arles, pour en faire un linteau de porte, en le posant sur deux 
jambages antiques destinés primitivement à autre chose. Il n'y a aucun 
rapport architectonique entre l'architrave et les jambages. L'architrave 
porte les trous de scellement des lettres de bronze d'une grande ins- 
cription qui s'étendait, à droite et à gauche, sur. une longueur beau- 
coup plus considérable. Cette pierre monolithe, étant couronnée sur ' 
chaque face par une moulure d'oves, devait reposer sur une colonnade 
à jour, faisant partie d'un portique extérieur ou promenoir, comme on 
en voyait autour des temples. Si elle avait été un linteau de porte, la 
bordure d'oves s'y replierait à angle droit, à chaque extrémité, pour 
orner les jambages. Au contraire, elle court rectiligne, et se prolongeait 
à gauche et à droite, au-dessus de la longue inscription, commençan 
et finissant sur d'autres pierres, dont l'ensemble couronnait la colon- 
nade. Les jambages sont des blocs nus, sans aucun ornement, et n'ont 
pas pu se combiner', dans l'édifice primitif, avec l'architrave.] — 
. P. 256-62. Destandau. Etude historique de l'hôpital de Crau. [M. D. le 
situe au Mas-de-Payan, dans la plaine de la Crau, territoire d'Arles, au 
levant de la Petite- Vacquière.] E. B. 

Charente. 

Bulletin et Mémoires de la Société archéologique de la 
Charente, 7^ série, t. VI, année 1905-1906. 

Procès-verhaux. — P. xxv. Une représentation théâtrale à Angoulème, 
le 10 février 1787 (extrait du Journal de Salntongé), p. p. Ch. Danqi- 
BEAUD. — P. xxvii. MouRiER. Uu ex-Ubris de Corlieu (1050). — P. xxvii. 
Id. Note du conseiller au présidial Frugier sur la construction du nou- 
veau pont de Saint-Cybard d' Angoulème (12 mars 1750), — P. xxxii- 
XXXIV. Seconde et dernière lettre de la Reyne Mère, Marie de Médicis. 
[Envoyée au roi, d'Angoulème, le 10 mars 1019; réimpression p. p. 
P. MouRiER.] — P. xxxvii-xxxviii. Abbé Mazière. L'Almanach d'An- 
goulème ou Tableau politique et histo)-ique, etc., de 1788. p. p. l'impri- 
meur Puynesge et le libraire Bargeas. — P. xxxviii-xxxix. P. Mourier. 
Ex-libris des La Rochefoucauld Magnac et Maumont (xvi'-xviii° siècles) 
— P. xLvii-xLviii. Procuration donnée par André do Vivonne, faisant par- 
tie de lu suite du roi , pour contracter un emprunt de ;{,000 livres 
(25 octobre 1615), p. p. M. de La Martiniére. — P. lxiv-lxvî. Fa- 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 117 

vRAtJD. Les inscriptions tumulaires de, Saint-Andx'é-de-RuIYec. [D'après 
les copies de Michon ; concernent des personnages augoumoisins du 
XVI» au xvm» siècle.] — P. lxvii-lxix. Id. Notes extraites des registres 
de l'état civil de Ruffec (xviii» siècle). — P. lxxxiv. Abbé Leorand. 
Analyse de l'acte de fondation d'une école à Bouteville par la marquise 
de Lnxembourg-Bouteville (16 mai 1658). — P. lxxxvi-lxxxix. Requête 
de la noblesse de Poitou, Saintonge et Angoumois, généralité de la Ro- 
chelle, au Roy, 1744. [Extraits p. p. D. Touzaud, avec commentaire sur 
les vexations du fisc à l'égard des bouilleurs de cru au xviii" siècle.] — 
P. xcv-xcvi. Abbé Legrand. Un programme d'examens au Collège des 
Jésuites d'Angoulème en 1759. [Analysé, puis reproduit in extenso; 
p. xcvii-xcix.] — P. cii-ciii. J. George. Note sur la journée de la peur 
à Angoulème (28-29 juillet 1789). [D'après diverses sources inédites.] — 
P. ciu-cv. Ch. Jeandel. La grande peur dans les cantons de Montbron 
et de Lavalette. [D'après des traditions orales qui semblent dénuées 
de caractère historique.] 
Mémoires. — P. 1-67. A. Esmeix. L'histoire et la légende de saint 
Cybard. [Etude importante du savant membre de l'Institut sur ce reclus 
et sur la condition des reclus et des affranchis aux temps mérovingiens.] 
— P. 69-98. Abbé Chevalier. Étude sur le terrier de la baronnie de 
Verteuil, xv-xviu' siècles. [Notice descriptive utile, avec renseigne- 
ments sur la contenance et les fiefs ; ce document devrait être publié.] — 
P. 99-126. Le mémorial de Marcillac-Lanville, notes historiques et faits 
divers (1611-1642); extraits des archives de Marcillac par le frère 
Hugues Joubert, religieux du prieuré. [Notice, analyse et extraits par 
M. DE Massougnes.] — P. 140-51. D. Touzaud. La maison de La Ro- 
chefoucauld au xvi= siècle, d'après les Mémoires de Jean de Mergey. — 
P. 159-68. J. DE LA Martiniére. Un mariage au château de Verteuil, 
15 Janvier 1545. [Celui de Louis du Plessis, seigneur de Richelieu, et de 
Françoise de Rochechouart ; l'acte de mariage est publié in extenso. 
Publication intéressante.] — P. 169-220. Le livre des routes du baron 
de Plas, capitaine au régiment d'infanterie du Roi (1757-59), p. p. l'abbé 
Ph. Legrand. [Intéresse l'histoire de la guerre de Sept Ans.] — P. 220-36. 
Ch. Desages-Olphe-Gaillahd. Essai sur la chronologie et la généa- 
logie des comtes d'Angoulème (950 à 1100). [En réalité de 839 à 1087 
Positions d'une thèse présentée à l'École des Chartes et dont la publi- 
cation est désirable : elle établirait les biographies, très défectueuses 
jusqu'ici, des comtes d'Angoulème. Cf. Annales, t. XIX, p. 422.] — 
P. 236-44. Abbé A. Petit. Jean de Saint-Val. abbé de la Couronne et 
évêque d'Angoulème (1178-1203). [S'efforce de démontrer qu'il s'appelait 



118 ANNALES DU MIDI. 

Jean de Saint-Vallier.] — P. 245-58. Etat des fiefs relevant du duché 
d'Angoulême, dressé par le lieutenant général de la sénéchaussée, rece- 
veur du domaine (4 septembre 1651), p. p. L; de la Bastide. [D'après 
l'original existant aux archives de la Société historique et archéologique 
du Limousin • document intéressant, mais publié sans annotations.] 

P. B: 

Dofdognô. 

Bulletin de la Société historique et archéologique du 
Périgord, t. XXXIII, 1906. 

p. 57-72. A. Dujarric-Descombes. La chapelle des Barnabe dans l'église 
Saint-Front de Périgueux. (Il n'y en a plus que des t-estes. Les Barnabe 
étaient de riches marchands : l'un d'eux, Arnaud, six fois maire, bâtit 
la chafielle ; dont acte de 1418; en langue du pays^ bien publié et com- 
menté.] — P. 72-113, 211-43, 311-31. G. Bussiére. Henri Bertin et sa 
famille. [Suite et à suivre. Biographie de Louis-MathieU, marquis de 
Fratteaux, frère aîné du ministte : ce frère, mal vu de son père, fut 
déshérité, persécuté parr lui, enlevé â Londres ; une lettre de cachot le 
fit incarcérer à la Bastille, où il mourut après vingt-sept ans de captivité 
(1732-1779). Cependant, le jeune Henri Bertin étudiait le droit, était 
nommé maître des requêtes, intendant de Perpignan, puis de Lyon, 
lieutenant général de police , enfin contrôleur général des finances 
(1759) ; il obtenait à lui seul plus de la moitié de l'héritage paternel, très 
considérable. Constitution et accroissements de sa fortune territoriale, 
dont la seigneurie de Bourdeille fut le centre : premier baron du Péri- 
gord, il en devint aussi, par la possession de la belle forge d'Anse, le 
premier forgeron. Son activité comme intendant, spécialement à Lyoû.J 
— P. 186-52. J. Roux. L'ancienne église de Léguilhac de Lauche. [Église à 
coupoles, en deux parties, l'une romane, l'autre ogivale, détruite fet 
remplacée en 19U2. Plans successifs. Trahsforihatlong.] — P. 152-60. 
F. ViLLEPELET. Peintres de bannières à Périgueux aui xiv« et xv« siè- 
cles. [« Los penhedors ». Renseignements extraits des livres de comptes 
dfe la ville, en langue romane, dont le premier date de 1314. Ces pein- 
tres peignaient les bannières communales; les pennons des set-- 
gônts, etc.] — P. 161-3. Vente de la forêt do Thiviers consentie par le 
roi de Navarre aux sieurs du Teil et Faurichon; le 7 mai 1582, p. p. 
H. DE MoSTÉGUT. - P. 163-79; 298-311; 884-405, 434-54. E. Roux. Les 
UrsUlineS de Périgueux. [Suite fet à suivre. De 1670 à la fin du xvîï« 
siècle. Historique des supérieures et des principaux hiembres de bette 
importante comitiunauté. Possessions, acquisitions.] — P. 203-10; J; Dlj 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 119 

RiEux. Fénelon ai'chevêque, d'après deux documents inédits. [Une lettre 
de Fénelon en particulier, du 2G mai 1712, sur les passeports accordés 
en temps de guerre aux ecclésiastiques.] — P. 243-5. Prise de posses- 
sion de l'évèché de Sarlat par M»'- de Ponte d'Alburet, 28 février 1778, 
p. p. L. Carvès. — P. 245-62, 331-41. F. Villepelet. Notes et docu- 
ments : les biens ecclésiastiques dans le district de Périgueux en 1790. 
[Texte de la soumission faite par la ville de Périgueux afin d'acquérir 
soit dans le district, soit même dans d'autres, voisins, jusqu'à concur- 
rence d'un million, des biens ecclésiastiques, énumérés et estimés.] — 

— P. 373-82. Cil. Durand. L'église de Bauzens. [Du xii" siècle; de 
façade très élégante. Plans et pliototypies.] — P. 383. Conflit relatif à 
la cloche de Marquay, 1661. Texte p. p. A. Jouanel. — P. 403-5. A. Du- 
jarric-Descombes. Lettre de l'intendant de Ris aux consuls de Péri- 
gueux. [Les remerciant d'avoir arrêté dès le début le soulèvement causé 
par un arrêt du Parlement de Bordeaux sur le pâturage ; 23 juillet 1681.] 

— P. 432-3. A. Maisonneufve-Lacoste. Notice sur une cheminée du 
château de Vaucocour, à Thiviers (Dordogne). [Planche.] — P. 454-5. 
J. Durieux. Une nouvelle lettre de Fénelon. [Du 16 février 1711 
sur une querelle de préséance soulevée dans l'église d'Avesnes.] — 
P. 455-8. A. Dujarric-Descombes. Merlhie de Lagrange (1769-1844). [Né 
à Périgueux, avocat distingué du bai-reau de Paris, très versé dans les 
questions de droit maritime.] 

P. 1 à àO (pagination spéciale). L. Benoit. Table alphabétique des plan- 
ches du Bulletin, de 1874 à 1906. P. D. 

Gard. 

I. Bulletin du Comité de fart chrétien de Nitnes, t. VlII, 
1906 et 1907. 

N» 53. P. 179-232. F. Durand. L'église Sainte-Marie ou Noti-e-Dame de 
Nimes, basilique-cathédrale (description archéologique). [Fin d'un tra- 
vail, avec planches, dont les chapitres précédents se trouvent dans le 
tome VII du Bulletin, p. 267 et 471. Cf. Annales du Midi, t. XIX, 
p. 293.] — P. 233-63. C. Nicolas. Ancienne paroisse de Saint-Pierre 
« de Via Sacra » à Saint-Gilles (1170-1790). [Planche.] 

N" 54. P. 267-321. J. Hubidos. Histoire et décoration de l'église abba- 
tiale de Saint-Gilles. [M. H. donne le plan de la crypte d'après La 
sculpture fra?içaise de M. de Lasteyrie. La question de la date de 
l'église a donné lieu à dos études très savantes, mais aboutissant à des 
conclusions divergentes. Après les impressions de Mérimée, Kévoil 



120 ANNALES DD MIDI. 

Quicherat, Viollet-le-Duc, les travaux très sérieux de MM. Voge, Ma- 
rignan, Nicolas et de Lasteyrie, on aimerait à être mieux fixé. Le débat 
entre les champions n'a pas été sans vivacité. Les deux tenants les 
plus redoutables sont MM. de Lasteyrie et Marignan, lequel ne dé- 
sarme pas. M. H. penche pour le premier, mais gare au second. 
J'espère fermement que ces discussions finiront par dissiper toute 
incertitude sur la date du fameux portail.] — P. 322-9. J. Boudin. Les 
registres de catholicité de la paroisse de Beauvoisin de 1645 à 167L — 
— P. 330-46. C. Nicolas. Anciennes paroisses de Saint-Privat, de 
Saint-Jean-l'Évangéliste, de Saint-Jacques ou des Trinit-aires à Saint- , 
Gilles (1170-1790). [Planches.] 

N° 55. P. 347-50. C. Nicolas. Un nouveau tableau de saint Gilles à 
la National Gallery de Londres, confirmant l'emplacement des sept 
églises paroissiales de Saint-Gilles. [Le saint est représenté en face du 
roi Wamba et dans le lointain on voit la ville de Saint-Gilles.] — 
P. 351-82. H. Brun. Les patrons des paroisses du diocèse. — P. 383-6. 
C. Nicolas. Un pèlerinage danois à Saint-Gilles, 1150. — P. 887-410. 
L. AuRENCHE. Généalogie historique de la maison de Cheylus, Vivarais 
et comté Venaissin. 

N" 56. P. 419-55. C. Nicolas. Le prieuré de Sainte-Madeleine ou la Lé- 
proserie à Saint-Gilles (1158-1790). [Planche.] E. B. 

II. Mémoires de V Académie de Nimes, 7® série, t. XXIX, 
1906. 

P. 1-61. C'=E. DE Balincourt. Avignon de 1520 àl560, d'après les livres de 
raison des Merles de Beauchamps. [Dans les Mémoires de l'Académie 
de 1903, M. de B. avait déjà donné les deux livres de raison de Louis 
de Merles et de son fils François. Il s'agit aujourd'hui du livre de 
raison de Louis II de Merles, fils de François, continué par son fils 
Balthazar en 15.51, par son petit-fils François II de Merles en 1616, par 
son autre petit-fils Louis III de Merles en 1621, et par son arrière- 
neveu Balthazar-François en 1645. Il faut rectifier, dans le titre, la 
date de 1560 en 1650. Renseignements sur le passage de la Reine, puis 
du Roi, en 1533, le camp du Roi en 1536, le passage du Roi en 1537 et 
en 1538, la sédition du blé en 1539, l'apparition de trois soleils en 1541, 
l'entrée du Dauphin en 1592, des combats en champ clos, la peste, le 
massacre de Gabrières en 1542; la venue des rois de France et de Po- 
logne en 1574, la translation des reliques de saint Ruf k N.-D. des 
Doms en 1584, un combat en champ clos en 1591, le passage de Marie 
de Médicis en 1600, la chute d'une arche du pont d'Avignon en 1603, la 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 121 

Tonue de Louis XIII en 1622, la translation du corps de saint Pierre 
de Luxembourg en 1628, la peste de 1629 à 1631, le passage d'Anne 
d'Autriche en 1632.] — P. 63-82. L. Bascoul. Découverte d'une nécro-' 
pole au cliàteau de Saint-Privat du Gard (1904-6). Planches. [Descrip- 
tion soignée, avec deux plans, dos cryptes et des tombes. Les sque- 
lettes ont généralement la tète à l'ouest et les pieds à l'est. Restes de 
murs romains. Cuves de pierre ou tombes formées de tegulce, d'im- 
brices et de dalles. Rien qui permette une date précise. L'auteur pense, 
non sans vraisemblance, que cette nécropole, qui s'étendait en dehors 
du château actuel, peut remonter au v siècle.] — P. 83-90. — E. Bon- 
DURAND. Deux testaments du xv« siècle en langue d'oc. [Ces textes, de 
1481 et de 1482, sont tirés d'un registre de notaire de Saint-Geniès de 
Malgoirès. En l'absence d'un notaire, le premier fut rédigé par un voi- 
sin de bonne volonté, l'autre par un lieutenant (de baile). Ils montrent 
exactement comment on parlait à Montmirat et à Moussac] — P. 123-4, 
E. BoNDURAND. Liste des diplômes carolingiens et capétiens, de Charles 
le Chauve à Philippe-Auguste, conservés aux Archives du Gard. [Il 
n'existe que des copies, figurées ou autres.] — Deuxième partie (pagi- 
nation séparée) : P. 1-49. Inauguration du monument Henri Révoil 
dans le jardin de la Fontaine de Nimes, le 12 novembre 1906. — Annexe 
(pagination séparée) : P. 1-128. C. Nicolas. Histoire des grands prieurs 
et du prieuré de Saint-Gilles, faisant suite au manuscrit de Jean 
Raybaud (1751-1806). [Cette continuation formera le tome III de la pu- 
blication.] E. B. 

Gironde. 

L Actes de V Académie nationale des sciences^ belles- 
lettres et arts de Bordeaux, 1903. 

p. 5-24. De Bordes de Portage. Ausone, cinquante épigrammes tradui- 
tes en vers. — P. 25-31. G.Labat. Simple note sur un tableau de Pierre 
Lacour. [Tableau allégorique commémorant une campagne navale do 
d'Estaing.] — P. 33-15. C. Jullian. Les recherches locales et l'histoire de 
France. [Discours prononcé à la séance générale du congrès des Socié- 
tés savantes tenu à Bordeaux on 1903.] — P. 47-53. G. Labat. Pierre- 
Eugène Claveau (1820-1902). [Peintre bordelais, élève et ami de Galard.] 
— P. 59-63. G. Labat. liO maréchal duc de Richelieu et les jurais de Bor- 
deaux (1780). [Lettre inédite du diicde Richelieu.] — P. 85-101. G. Labat. 
Vieux souvenirs, le vice-amiral Gustave Lugeol (1799-1806). — P. 103-22. 
De Bordes de Fortage. Un portrait de madame de Grignan. [Con- 
servé au château de Caila; belle héliogravure et notice intéressante.] 



122 ANNALES DU MIDI; 

1904. 

P. 7-73. R. Dezeimeris. Etiide bibllog:l'a{)hique et critique sur une version 
peu connue des Moralia de Plutarque. [Travail très fouillé sur cette 
traduction de Gi'userius et.sllr la rivalité dé l'auteur avec Guillaume 
Xylander, autre traducteui* dé Plutarque.] — P. 75-93. G. Labat. Beau- 
marchais à Bordeaux (octobre, novernbré et décembre 1783). [Lettres 
inédites de Beaumarchais.] — P. 95-115. De Castelnau ri'EssENAUi.T. 
De quelques nouveàUx problèmes d'archéblogie au sujet de l'église 
Saiht-Michël à Bordeaux. [DlSbiiëëioli sûr la date du retable de la cha- 
pelle Saint-Jbâepli, qui témonterfiit itvt dëbiit du xvt» siècle et non au 
règne de Henri III.] — JP. 165-88. G. Labat. Le vice-anliral Làîné 
(1798-1875). [Notice biographique.] 

1905. 

p. 5-71. P. BoNNEFON. Rosa Bonheur. [Étude sur la Yie et l'œuvre de la 
grande artiste bordelaise; le premier travail complet qui lui ait été con- 
sacré.] — P. 73-89. G. Labat. Le contre-amiral comte Pierre Baste 
(1768-1814). [Notice biographique sur ce marin bordelais qui prit part 
aux guerres de la Révolution et de l'Empire.] P. G. 

IL RevM phUoniuthique de Boy^deauœ et du Sud-Ouest^ 

1905; 

P. 22-34. A. 'Tersày. feourg-suf-ijironde, son nistoii-e. ^Analyse de la 
âecbnde êditidii du liti-ë de M. E. Mâufras.J — P. 49-62. Sam Maxwell. 
Le cirque de la rue de la Course. [Détails inédits sur les cttiirsés de 
taureaux à Bordeaux au xviii» èlèblë.] ~ P. 63-77, 127-32, 168-84. P. Buf- 
FAULT. Les débuts de la fixation des dunes. [Étude de l'œuvre de la 
Cohimission des dunes, instituée par l'arrêté dii 13 messidor an IX 
pour réaliser les plans de Brémohtier; très intéressant.] — P. 78-84. 
J.-A. Brutails. L'industrie laitière dans l'ancien Bordelais. [Aii 
xviii» siècle et au début du xix».] — P. 97-124. B. de Nabias. L'hygiène 
sociale à Bordeaux. [Coup d'œil sur a la conquête des marécages », 
trait tarâbtêristi'qué dfe l'histoire de Bordeaux.] — P. 145-67. E. de Perce- 
val. Un conflit entr-e seigneurs et tenanciers à la fin du xviii* siècle. 
[Épisode de l'histoire de l'abbaye de Saint-Ferme.] — P. 193-215. 
J. BenzAcar. Les jeux de hasard à Bot-dêaui (1701-1789). [Étude très 
neuve et très curieuse sut- la société bordelaise au xviii' siècle.] — 
P. 229-4U. E. DE Bétoulaud. Bordeaux bapitale. [Pages inédites où ce 
poète de la flii du ttti« Siècle trafce un plan idéal des agrandissemèhts 
et embellissements ddilt Bordeaux serait susceptible; amusant.] — 
P. 286-8. A. C. Montesquieu homme de science. [A propos d'une étude 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 123 

de M. Gautrelet.] — P. 289-308. A. NicdLAï. Étude de mcéurs bordelaises 
au xA^i' et au xviii" siècle, la passion des cartes. [Détails sur les ate- 
liers clandestins de fabrication, la fraude faite parles maîtres cartiers, 
les agents de la contrebande; à rapprocher de l'étude de M. Benzacar.] 
— P. 837-54. L. Plédy. La basoche. [Quelques détails sur la basoche 
à Bordeaux.] — P. 385-40U, 464-75. S.mnt-Jours. Oordouan d'après les 
textes. [Etude historique et géographique importante.] — P. 412-25. 
J.-A. Brutails. Note sur les noms des communes de la Gironde. [Cu- 
rieux et spirituel.] — P. 440-63, 491-521. P. BuFFAUr.T. Etude historique 
sur la propriété des dunes de Gascogne. [Gonelut h la domanialité des 
dunes comme principe général ; important.] — P. 481-90. A. Nicolaï. L'ad- 
ministration du droit sur lés cartes et cuivres à Bordeaux au xvui* siè- 
cle. — P. 533-42. G. DucAUNNÈs-DuvAL. Le corsaire Montauban à Bor- 
deaux. [Document inédit relatant une campagne inconnue de ce cor- 
saire du xvii= siècle.] 

1906. 

p. 1-22. R. Céleste. Les Piliers de Tutelle. [Notice historique; descrip- 
tion de ce monùinfent lii-ée d'iin îllâidoyer dU début dU xtii' siècle.] — 
P. 145-64. J. Beî^zAcâr: Dbiïi Dévienhe historiogt-aphe de GlUenne. 
[Détails inédits sur la façon dont fdt fcompdsée l'Osuvrë dé Devienne; 
coûCliisibnàéVèrë pbiir l'auteur;] — P. 175-81. A.Cagnieul: Autour d'un 
savant, nbtés sur \A vie de Gaâton Lësjiialllt. [Ancien professeul* à la 
Faculté des sciences de Bordeaux.] — P. 224-39, 241-54, 321-34. 
J.-G. Dautet. Historique du dessèchement du marais qui s'étend sur 
le ten-itoire des communes de Bordeaux, Bruges, le Bouscat et Fysi- 
nes. [bepuis le début du xvii« siècle jusqu'à nos jours.] — P. 289-312, 
337-59, 410-20. iî. de la Ville de Mirmont. Géoirge JBiiclianan â Bor- 
deaux. [Copieuse et intéressante contribution à l'histoire de l'huma- 
nisme bordelais.] — P. 385-40Ô. A. Léon. Quelques mots sur le pays bas- 
que. [(Généralités.]— P. 444-B. J.-A. Brutails. Du chifoe des fortunes au 
moyen âgé. [D'après lin registre du xiv' siècle conservé a la mairie de 
Luz.] — iP. 447-75, 497-520. Saint-Jours. Localités maritihies dispa- 
rues ëri Gascogne, [bontinuâtion des impoï-tàhtes études de cet érudit 
sîir ié littoral gàsc6n ; combat la légende dés villes anciennes enseve- 
lies sous lés dùhes.] — P. 48i-9ë, 55^-70. È. LABÀhkifc. Les délik viibs 
du port de Bordeaux au xviii" siècle de Joseph Vernet, gravées par 
Cochih et Lëbâs, notice hlstoriqiie et iconographique. [Détails Sur le 
séjour de Vei-net à Ébrde'âUx 'eH 1737-1759; ideiitificatibh de certains 
personnages figurés dans les deux vues.] — P. 537-54. J. Ramàrony. 
Le Grand-Théâtre de Bordeaux. [Rapport et devis de Louis.] P. C. 



124 ANNALES DU MIDI. 

III. Société archéologique de Bo7^deauœ, t. XXVII, 1905. 

P. 22-52. E. PiGANEAU. Les anciennes chapelles publiques du pays Saint- 
Ertiilionnais (juridiction de Saint-Emilion). — P. 53-60. P. Fourché. 
L'argenterie et les bijoux d'un ménage de la haute bourgeoisie borde- 
laise au xvii" siècle. [Pierre de Lopès, professeur à la Faculté de méde- 
cine de Bordeaux, et Jeanne de Cruseau.] — P. 60-7. J.-A. Brutails. 
■ Quelques photographies de la cathédrale de Bazas. [Montrent les su- 
tures de l'édifice et le raccord entre les travaux d'époques diverses; 
planches.] — P. 67-94. Abbé Brun. La cathédrale de Bazas pendant la 
Révolution (1787-1793). [D'après un cahier d'arrêtés de 1793, seul débris 
des archives bazadaises.] — P. 95-7. Découvertes et nouvelles. [Doubles 
tournois de cuivre à Gensac, haches de silex à Saint-Emilion, poids de 
Castres à Cazalis, lampe romaine.] — P. 118. Vœu au sujet de la 
conservation de l'église Saint-Rémy de Bordeaux, — P. 118-25. Analyse 
[par l'abbé Brun] de la conférence du D"" Capitan sur les grottes pré- 
historiques à parois décorées et les rochers gravés du sud-ouest de la 
France. — P. 141-61. P. Fourché. Quelques documents officiels relatifs à 
la statue de Louis XV à l'ancienne place Royale. [Lettres de Gabriel à 
l'intendant Boucher sur un premier projet de statue; procès-verbal de 
l'apposition des médailles dans le piédestal; traité passé entre la ville 
de Bordeaux et le graveur Dupuis pour la gravure de la statue.] — 
P. 163-64. Découvertes et nouTelles. [Croix pectorale et couverture de 
boîte discoïde en buis.] 

Tome XXVIII, 1906. 

1" fascicule. — P. 41-50. Abbé Labrie. Le dolmen ou allée couverte de 
Curlon à Jugazan. [Avec une note du D'' Manouvrier sur les ossements 
trouvés dans la fouille.] — P. 50-65. Abbé Labrie. Remarques sur les 
monuments mégalithiques de l'Entre-Deux-Mers. [Avec une carte indi- 
quant les dolmens conservés ou détruits, les cavernes et les menhii's; 
travail très intéressant.] — P. 65-6. Abbé Labrie. L'abri préhistorique 
de Baring, à Daignac. [Outils et ossements.] — P. 67-72. Abbé Brun. 
Le trésor des reliques de Soulac (inventaire de 1628). [Document iné- 
dit.] — P. 73-76. Découvertes et nouvelles. [Hache polie au Taillan, cha- 
piteaux mérovingiens à Bordeaux, griffon en terre cuite, etc.] 
Table systématique des matières et table alphabétique des noms des 
vingt-cinq premiers volumes (1873-1894), par E. Labadie. [Ce fascicule 
forme le tome XXVI de la Société, quoiqu'il ait paru en 1906 seule- 
ment.] P. C. 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 125 

Hérault. 

I. Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, Mé- 
moires de la section des lettres, 2« série, t. III, 1900-1907 '. 

Fasc. 3. P. 243-77. Grasset-Morel. Nécropoles montpelliéraincs. [Etude 
littéraire, pittoresque, morale et archéologique sur les anciens cimetiè- 
res ; tombeaux de famille à la cathédrale, à l'hôpital général (inscrip- 
tions funéraires des Bocaud, des de Grave), au couvent de la Providence 
et autres; cimetière Saint-Barthélémy, N.-D. du Charnier, jardin du 
Milanais ; cimetière de l'hôpital général, cimetière protestant, cimetières 
juifs. Beaucoup de détails intéressants présentés avec agrément.] — 
P. 279-474. A. Vigie. Les bastides du Périgord. [Excellente étude d'his- 
toire communale, économique et sociale. L'auteur étudie en détail les 
origines et la fondation des principales bastides ; Villefranche du Péri- 
gord, Beaumont, Molières, Montpazier, plus sommairement Eymet, Cas- 
telréal, Dôme, Puyguilhem, Fonroque, Beaulieu. Villefranche, Beaure- 
gard, Sourzac (devenu Saint-Louis), Lisle en Périgord, et les bastides 
^fondées par le comte de Périgord. Il analyse avec précision les chartes 
et privilèges desdites bastides, les garanties politiques et civiles, l'orga- 
nisation municipale, les juridictions, le droit civil et criminel, les règle- 
ments relatifs aux fours et boulangeries et au service militaire. C'est 
une importante contribution à l'histoire du Sud-Ouest du xn« au 
xiv» siècle.] 

Tome IV. 1904 2. 

Le 2« fasc, paru en 1904, contient les pp. 3G7 à 773 du mémoire de 
Y. Castets sur Bourdaloue. Pour l'histoire locale est important surtout 
le livre IV, 1 : « La mission à Montpellier; le P. Honoré de Cannes; 
mission de Bourdaloue » ; pour l'histoire littéraire, le chapitre sur 
l'authenticité du texte de Bretonneau. 

II. Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, 
tome III ^ 

P. 171-91. M"" GuiRAUD. Le palais des rois d'Aragon et de Majorque à Mont- 
pellier. [Démontre que, contrairement à l'opinion émise par M. Fabrège 
et reproduite ici, la maison à fenêtres trilobées de l'Isle-St-Ravy n'est pas 

1. Le fasc. 1 (p. 1 à 174) a paru en 1901), le fasc. 2 (p. 170-211) en 1902. 
(Cf. Annales du Midi, t. XIV, p. 390.) 

2. Cf. Afinales du Midi, 1902, t. XIV, p. 397. 

3. Le fasc. 1 a paru en 1903 (Cf. Annales du Midi, l'.tol, XVI, 266). Le 
fasc. 2 paraît en 1907. 



126 ANNALES DU MIDI. 

ce palais ; détails topographiques intéressants.] — P. 195-218. M"« Gui- 
RAUD. L'antique cimetière Saint-Firmin de Montpellier et ses abords. 
[Vues intéressantes et de portée générale sur la formatipn des centres 
d'Uabitatipn dans les villes médiévales.] — P. 2|9-94. L. Cassan. Ado^^r 
nistration communale aux xiv et x\' siècles dans quelques commu- 
nautés dépendant des abbayes d'Aniane et de Saint-Guilhem-le-Désert. 
[D'après le statut de Guillaume de Cohardon, 1271, sénéchal de Carcas- 
sonne, et les archives d'Aniane (pour Aniane, LaBoissière, Puéchabon), 
Saint-Guilhem, Saint-Jean-de-Fos, etc.; travail posthume dont l'auteur 
projetait une refonte complète ; utile.] — P. 295-318. J. Sahuc. Charte 
des libertés et franchises accordées aux habitants de la Aille et de la 
seigneurie d'Olargues en 1289, par Bernard d'Anduze, seigneur d'Olar- 
gues. [Publie la charte de 1289, qui ne permet pas de reconstituer com- 
plètement les rapports du seigneur avec les habitants ; analyse et com- 
mentaire d'après d'autres pièces d'archives.] — P. 319-34. J. Berthelé. 
Un prétendu moulin à papier sur l'Hérault. [Légende née d'une mauvaise 
lecture du Repertoriimi Brissoneti, où l'on a pris j^axeria (paissière, 
chaussée du moulin) pour imperia ; c'est le simple moulin bladier de 
Carabottes; étude définitive et piquante sur la formation de cette lé- 
gende typo-topographique.] — P. 335-94. Id. Quelques documents con- 
cernant les moulins de Carabottes au xiii» siècle. [D'après les archives 
du château de Lestang; pièces justificatives du travail précédent qui 
apportent d'utiles informations à l'histoire de la vallée de l'Hérault au 
xiii" siècle; tableau des opérations juridiques et financières nécessaires 
à l'installation d'un moulin.] — P. 395-9. M"» Guiraud. Plans suecesaifs 
de la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier. [;f]tat prin^itif, 1364-1775 ; 
deuxième état du cl^cp^r, élévation, coupe, 1775-^855; vue intérieurs 
du chœur de 1775 pepdant }es déiflolitions ; motif 4e sculpture de la 
tour N. E.; six plancl|es avec notices explicf|,tives trps précises.] — 
P. 399-440. Grasset-Morel. Compte rendu des trav9.uX (et de^ séan- 
ces) de la Société archéologique de Montpellier de 1902 à 1906 (inclus). 
[Y noter d'importantes acquisitions d'antiquités régionales pour le 
musée de la Société.] L.-G. P. 

Isère, 

I. Annales de V Université de GrenoUe, t. XVI, Ï904 ; 
t, XVII, 1905. Néant, — T. ^VIII, 1906. 

p. 309-600. R. Mqniez, P. Fournier, L. BALr.EvniER, R. Busquet. Livre 
du Centenaire de la Faculté de droit. [M- R- M. a prononcé un discours, 
M. P. F. traité de l'ancienne Université de Grenoble, M. L- B. de la 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 127 

Faculté de droit de la même ville (1805-1905) ; M. R. B. a publié un 
recueil de documents relatifs à l'ancienne Université, du xiv° au 
xviii^ s., et un autre sur la Faculté de droit de 1805 à 1905. Cf. un 
compte rendu dans Annales, t. XIX, p. 442.] P. D. 

II. Bulletin de l'Académie delpJmiale, 4« série, t. XX, 
1906. 

p. 13-187. Cl. Faure. Histoire de la réunion de Vienne à la France (18:^8- 
1454) [Suite et fin de ce très sérieux travail, à partir de 1401. Histoire 
chronologique des démêlés de l'archevêque avec le dauphin, dpflt la 
suzeraineté sur Vienne finit par être reconnue, le 10 mars 1454. Nom- 
breuses pièces justificatives : listes des consuls à partir de 1386; ac- 
cords, règlements et chartes diverses.] — P. 189-237. BABTHÉf.pMY. 
Etude sur une réformation générale des forêts de la province de Dau- 
phiné, 1725-1733. [Les commissaires firent la guerre î^u pâturage, au 
défrichement et ^ux coupes exagérées. Leurs visites, notamment au 
massif do la Grande-CJiartreuse : conflit avec les Pères. Ils ont exercé 
leur autorité avec zèle et profit, comme en témoignent les procès-verbaux, 
ifrans et croquis qu'ils ont laissés. Il serait fort à souhaiter, de nos 
jours, que des commissions de ce genre vijissent réprimer les abus, 
presque toujours impunis, par lesquels nos fqrèts se ruinent, au grand 
dommage du pays entier.] — P. 251-367. J. Masse. Histoire de l'an- 
nexion de la Savoie à la France en 1792. [Suite et, semble-t-il, fin de ce 
travail. 4« partie: fin de la mission des représentants Albitte et Laporte 
à l'armée des Alpes (juillet-août 1794); missions de Cassanyes à la même 
armée, de Gauthier dans le Mont-Blanc. Avec Real, Dumas et Bion 
commence la réaction contre les terroristes. Les prêtres réfractaires, les 
déserteurs en profitent aussitôt, ainsi que les émigrés, pour combattre 
le gouvernement français. Le traité de Paris, imposé au roi deSardaigne 
par les victoires de l'armée d'Italie, réunit la Savoie à lai France sans y 
apaiser les troubles religieux, sans en faire disparaître les sentiments 
royalistes. Trop peu de références.] — P. 369-449. R. Busquet. Etude 
sur Pierre Aréoud, médecin et littérateur de Grenoble (1490?-1571?). 
[Natif de Forcalquier, d'une famille bourgeoise élevée à la noblesse, fixé 
à Grenoble avant 1522, sans que l'on sache oii il a fait ses études. Il y 
a soutenu une longue lutte contre les épidémies, contre la peste en 
particulier, avec titre de « capitaine de la Santé », mais aussi des polé- 
miques scientifiques : ainsi sur l'origine de la « fontaine ardente ». 
Entre temps, il organisait des « Mystères»; il en composait; aucune 
« entrée » de grand personnage n'avait lieu sans son concours. Il pro- 



128 ANNALES DU MIDI. 

fessa à l'Université tant qu'elle dura, jusqu'en 1565; sa vie publique 
s'était terminée dès 1564 : protestant modéré, il avait prêché la paix. 
En appendice, plusieurs ordonnances émanées de lui. Très documenté 
et intéressant.] P. D. 

Loire. 

Annales de la Société d'agriculture, etc., de la Loire, 
2" série, t. XXIII (47« vol. de la collection), 1903. 

[La Société publie à partir de 1903, sous forme de supplément et avec 
pagination spéciale, des « notes et documents pour servir à l'histoire 
de Saint-Etienne et de sa région ».] 
P. 1-7. Prix fait... pour la construction des bâtiments de l'hôpital de 
Saint-Etienne, 9 mai 1645. — P. 8-13. Convention passée entre les Mini- 
mes de Lyon, les habitants de Saint-Etienne et Louis de Saint-Priest 
au sujet de la création d'un couvent de Pères Minimes à Saint-Etienne, 
20 août 1608. — P. 14-22. Texte ou analyse de pièces relatives aux égouts 
de Saint-Etienne, au curage du Furan, etc., de 1648 à 1692. — P. 23-6. 
Donation faite au couvent de Sainte-Marie de Saint-Etienne par la 
fondatrice, Catherine Molin, 30 octobre 1622. — P. 27-32. Vente de la 
baronnie de Rochetaillée par la famille d'Apchon à Louis de Badol, 
écuyer, 20 septembre 1644. 

T. XXIV (48e vol.), 1904. 
P. 33-4. Ratification de l'acte précédent, 29 septembre 1644. — P. 35-9. 
Vente à réméré par Gilbert de Saint-Priest à François de Beauvillers 
de la seigneurie de Saint-Etienne de Furan. — P. 40-6. Ventes de 
1565, 1679, 1595. — P. 47-50. Vente par Louis de Saint-Priest à Cathe- 
rine Molin de ses droits seigneuriaux sur les immeubles dépendant de 
la succession de feu Jean Real, mari de cette dernière, 29 avril 1609.] 

T. XXV (49« vol.), 1905. 

P. 309-26. F. Thioi.lier. Sculptures foréziennes des xvk, xvii" et xviii« siè- 
cles. [Pas de grands monuments, mais des statues, statuettes, bas- 
reliefs, etc., des Vierges en particulier. Liste des sculpteur.'- foréziens. 
Bibliographie. 32 planches excellentes.] 

T. XXVI (50^ vol.), 1906. 

p. 137-54. L.-J. Gras. Le prix du blé à Saint-Etienne pendant trois siècles. 
[De 1640 à nos jours. Tables très curieuses; mais il aurait fallu conver- 
tir les boisseaux en hectolitres et en quintaux pour permettre au lecteur 
la comparaison avec les prix actuels.] — P. 293-306. Abbé J. Batiiia. 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 129 

Les « fiUeurs de 3oye » de Virieu, Pélussin et Cliavanay. [Note sur les 
origines et le développement de la filature et du moulinage à Pélussin, 
1590-1790, rédigée à l'aide des registres paroissiaux de l'église de ce 
lieu.] 
Avec pagination spéciale : P. 51-4. Vente à réméré de rentes par Louis de 
Saint-Priest, 10 avril 1640. — P. 55-9. Arrêt du Parlement de Paris entre 
les habitants du mandement de Feugerolles et Gaspard de Capony, au 
sujet des corvées, 7 septembre 1643. — P. 60-1. Vente de droits de dime, 
20 janvier 1643. — P. 62-3. « Abenevis » au profit de Jean Palluat de 
Besset du droit de placer des levées le long des grands chemins contigus 
à ses terres, et en travers, pour recueillir les eaux qui en découlent, 
25 mai 1657. — P. 64 et sqq. Analyse de pièces de 1657 et 1675, 
concernant des ventes. p. D. 

Lot. 

Bulletin de la Société des Études... du Lot, t. XXIX, 
1904. 

^rê-'èi, 207-40, 288-308. L. Esquieu. Essai d'un armoriai quercynois. 
[Suite et à suivre. De Génies à Montratier.) — P. 35-7. Id. Rapport 
sur un texte d'Hirtius. [Celui qui se rapporte au site A'Uxellodunum, 
encore indéterminé.] — P. 38-45. V. Fourastié. Privilèges, franchises 
et libertés de la ville de Sainte-Spérie. [Fin. 73 articles. Texte latin et 
traduction française.] — P. 48-51. Abbé Filsac. Les peintures murales 
de l'église de Rampoux. [Découvertes sous une couche de badigeon. 
Description.] 

P. 5-203 (avec pagination spéciale). Abbé Albe. Autour de Jean XXII. 
Hugues Géraud, évèque de Cahors. L'affaire des poisons et des envoû- 
tements en 1317. [Cet ouvrage remplit tout un fascicule du Bulletin. 
Nous en avons déjà rendu compte, Annales, t. XVIII. p. 85.] 

P. 263-84. F. DE Laroussilhe. Les vins du Quercy et les privilèges de la 
ville de Bordeaux avant la Restauration (1453-1776). [Ces privilèges, 
d'origine anglaise, arrêtaient le commerce des vins du Quercy au profit 
de ceux du Bordelais. Forme un peu singulière et étrangère aux habi- 
tudes des historiens.] 

T. XXX, 1905. 

p. 5-25, 386-403, 465-75. A. Combes. Analyse des registres municipaux de 
la commune de Cahors tenus pendant la Révolution. [Cette collection 
de 21 volumes présente quelques lacunes ; mais le principal en subsiste. 
L'utile travail de M. C. est conçu dans l'ordre chronologique, du 

ANNALES DU MIDI. — XX 9 



130 ANNALES DD MIDI. 

10 mai 1789 au 28 mai 1790. A suivre.] — P. 26-47, 404-25, 476-85. 
J. Daymard. Le vieux Cahors. [Fortificatioiis. Ponts. Hôj^itaux. Uni- 
versité. L'auteur est bien informé. A suivre.] — P. 48-66, 426-49, 486-96. 
L. EsQuiEU. Essai d'un armoriai quercynois. [De Montratier à Tarrou. 
feuite et à suivre.] — P. 77-804 et i-lxxx. Abbé E. Albe. Familles du 
Quercy d'après les archives du Vatican. Maison d'Hébrard et maisons 
apparentées ou alliées. [Cette publication dst la suite de celle qui a eu 
lieu en 1902, sous le même titre, dans les Annules de Saint-Louis-des- 
Français. La maison d'Hébrard, issue de Gourdon, s'établit par des 
mariages a Cajarc, puis â Saint-Sulpice. Elle a fourni un grand nombre, 
de personnages considérables, surtout de hauts digiiitaires ecclésiasti- 
ques. 63 pièces justificatives; 5 tableaux généalogiques.] — P. 497-504. 
Id. Supplément au travail sur la famille d'Hébrard. — P. 531-50. A. Com- 
bes. Catalogue des travaux contenus dans les t. XXI à XXX du Bul- 
letin. 

T. XXXI, 1906. 

P. 5-20, 65-80, 127-42. A. Combes. Analyse des registres municipaux de la 
commune de Cahors pendant la Révolution. [Suite, jusqu'au 15 décem- 
bre 1790. A suivre.] — P. 21-36, 81-97, 143-58, 187-202. J. Daymard. Le 
vieux Cahors. [Suite. Collèges. Congrégations de femmes, d'hommes. 
Séminaire. Ermites. A suivre. | — P. 37-52, 98-102. L. Esquieu. Essai 
d'un armoriai quercynois. [Fin. De Tauriac à Ysarn de Fraissinet.] 
— P. 103-9, 159-71. B. Paumés. Les écoles de Cahors avant la Révolu- 
tion. [Très précis, d'après les Archives municipales. Petites écoles; 
couvents pour jeunes filles; séminaire.] — P. 113-5. Dépenses pour 
l'exécution de criminels à Cahors vers 1735. — P. 172-5. Chanoine La- 
BARTHE. Le prieuré de Catus, par L. de Valon. [Nous mentionnons ce 
compte rendu d'un livre intéressant (Brive, impr. Roche, 1905; in-4"> de 
253 p.) à cause des plans et figures qui l'accompagnent.] — P. 175-9. 
Id. Lacapelle-Marival et les seigneurs par le D'G. Cadiergues. [Cahors, 
impr. catholique, 1905; in-4''. Avec de très curieuses vues cavalières.] — 
P. 203-14. E. Albe Aux archives de Londres pour le Quercy. [Le butin 
est assez mince •-. (Comptes de 1305 et de 1306 au Public Record Office, 
entre autres.] P- D- 

Puy-de-Dôme. 

Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, 1906. 

p. 47-72, 82-115. M. Boudkt. Saint Robert de Turlande. fondateur de 
La Chaise-Dieu. Ses origines et sa famille d'après les Cartulaires. [Voir 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 131 

notre compte rendu, Annales, t. XIX, p. 436.] — P. 117-20. Salveton. 
Notice sur un tombeau romain découvert à Charbonnier (Puy-de-Dôme). 
[Monument très humble, dépourvu d'inscription.] — P. 125-220. E. Ja- 
LOUSTRE. Un neveu de Pascal : Louis Périer. Un cas de conscience. 
[Intéressant, quoique diffus. Un chapitre neuf sur la fortune et les 
finances des Pascal-Périer. Le procès intenté en Hl\ à Louis Périer et 
à sa sœur, à propos d'une succession, par un certain Dieudonné, trou- 
bla la fin de l'un et de l'autre. Louis Périer a été l'occasion première du 
« cas de conscience » qui fit rendre par le pape la bulle Vincam 
JDomini, prélude de la destruction de Port-Royal.] — P. 224-43. De 
Champflour. Journal du chanoine Vidilhe. [Le chanoine fut le dernier 
représentant d'une ancienne famille de bourgeois de Clermont. Son 
journal mentionne pêle-mêle des événements compris entre 1600 
et 1634, Il est de peu d'intérêt.] — P. 239-82. Abbé Mioche. Documents 
pour servir à l'histoire de Chapdes-Beaufort. [Ou Chades : ainsi 
en 1225. Bourg très ancien, sis près du château de Beaufort. Le curé 
« primitif » en fut le chapitre cathédral de Clermont. Vaste surface de 
la paroisse; sa population à partir de 1648 : 160 propriétaires à cette 
date sur la section de Chapdes, 381 en 1906. Les cotes d'impôts étaient 
plus élevées alors qu'aujourd'hui. Les nobles. Texte du rôle de la 
grande taille, du 12 mai 1648.] — P. 283-91. M. Boudet. Note aur la 
fabrication du feu grégeois en Auvergne au xiv" siècle. [D'après les 
comptes des consuls de Saint-Flour en 1380, énuméraut les ingrédients 
employés. Le feu grégeois devait être projeté par deux balistes.] — 
P. 292-5. Du RouRE de Paulin. La bête du Gévandan dans les armoi- 
ries de la famille Antoine. [Antoine, lieutenant des chasses du roi, 
blessa la bête le 20 septembre 1765 et la rapporta empaillée à Paris. Il 
obtint la permission de la mettre dans ses armes. Sa généalogie.] 

P. D, 

Pyrénées (Hautes-). 

Bulletin de la Société Ramond, 3« série, t. I, 1906. 
P. 54-69. A. DuFFouRc. Partage des Landes de Saint-Laurent et du Boila 
en 1782. [Landes de Boc, entre Montréjeau et Mauvezin. Allotissement 
ayant pour but d'y établir la propriété individuelle et d'en provoquer le 
défrichement. Les gens de Saint-Laurent et du Boila font à cette œuvre 
une opposition, dont l'intendant, M. de Vergennes, est obligé do venir 
à bout par ses ordonnances. Textes.] — P. 70-3. F. Marsan. Passif des 
vallées d'Aure, Nestes et Barousse après les guerres do la Fronde. 
[Document du 15 février 1661.] — P. 74. Id. Réponse du comte de Ségur 



132 ÀiMNALES DU MIDI. 

à un questionnaire de M. Laclède, de Pau, auteur de « La mâture des 
Pyrénées ». [Sur les qualités des sapins de la vallée d'Aure.] — P. 75-93, 
157-73. J. BouRDETTE. Notice des barons des Angles de Bigorre. [Suite. 
Maison d'Armagnac; avec une assez longue étude sur Jean de Béarn 
(1377-1406), capitaine du château de Lourdes et sénéchal de Bigorre 
pour le roi d'Angleterre, notamment sur le siège et la reddition du châ- 
teau au duc de Berry, gouverneur de Languedoc : événement considé- 
rable de l'histoire méridionale (1406-1407); texte de l'accord du 12 octo- 
bre 1407, concernant l'évacuation, qui covlta 32,500 écus d'or au duc ou ' 
plutôt à ses administrés.] — P. 174-93. H. Gaidoz. De l'étude des tradi- 
tions populaires ou Folk-Lore en France et à l'étranger. [Intéressant 
article, mais de portée générale.] — P. 194-207. F. Marsan. Météorolo- 
gie ancienne du Midi pyrénéen; nouvelle série, 1243-1871. [Les xm», 
xiv et XV* siècles nous apportent un renseignement chacun! Vraiment 
ce n'est guère, et M. M. aurait pu chercher davantage.] P. D. 

Tarn. 

I. Archives historiques de l'Albigeois, fasc. VII, 1901. 

p. 1-270. Ch. PoRTAL. Extraits de registres de notaires. Documents des 
xiv'-xvi' siècles concernant principalement le pays albigeois. [Extr. 
de la Revue du Tarn. Voir nos dépouillements de cette Revue dans 
Amiales, t. XI, XII, XIV.] 

Fasc. VIII, 1906. 

P. i-viii et 1-378. A. Vidal. Douze comptes consulaires d'Albi du xiv siè- 
cle. [Voir un compte rendu dans Annales, t. XVIII, p. 565.] P. D. 

II. Revue historique, scientifique et littéraire du dépar- 
tement du Tarn, t. XXIII, 1906. 

p. 1-23. Ch. PoRTAL. L'instruction primaire dans le Tarn au xix« siècle. 
[En l'an X, le département possédait en tout une cinquantaine d'écoles, 
ou plutôt d'instituteurs, pour environ 2.000 élèves, sans parler d'un 
nombre inconnu, mais très petit assurément, d'écoles de filles; en 
1837, 242 instituteurs, 45 institutrices; en 1900, 483 et 474 pour 
44.410 élèves. Il y a égalité de fréquentation scolaire per les garçons et 
les filles; c'est un fait récent. Le contingent des écoles privées va en 
augmentant : en 1889, 28 °/o ; en 1900, 40 «/o du total. Ecoles profes- 
sionnelles, écoles primaires supérieures, etc. La dépense pour l'ensei- 
gnement primaire est quinze fois plus élevée en 1900 qu'en 1835. Résul- 
tat : au lieu de 33 conscrits pour 100 sachant lire en 1830, on on 
compte en 1900 de 97 à 98.] — P. 24-34. P. Masson. Complément au 



PERIODIQUES MERIDIONADX. 133 

catalogue des niss. de la Bibliothèque de la ville d'Albi. [Augmente de 
59 numéros les mss. en question, du n° 111 au n» 170, parmi lesquels 
n" 114 : Relation du voyage en Italie de Jacques de Faur-Ferrier ; 
n° 120 : Liber dialogorum beati Gregorii; n» 125 : Notes et copies 
concernant Albi et l'Albigeois, par Ch. Grellet-Balguerie.] — P. ;J5-G3. 
J. Dartigue-Peyrou. L'Église réformée de Vabre au xviii» siècle d'après 
les Archives municipales. [Suite et fin. Baptêmes et mariages au désert, 
d'après cinq registres s'étendant de 1744 à 1792; précautions prises par 
les autorités pour empêcher ces pratiques; étude des actes; enterre- 
ments civils dès nouveaux convertis ; leur état civil après l'èdit de tolé- 
rance. Très intéressant.] — P. 64-9. E. Thomas. Un hôpital à Montdra- 
gon au XVII* siècle. — P. 101-21. Jouhate. La croisade contre les Albi- 
geois. Etude bibliographique. [Il est bien difficile de rédiger à Albi une 
étude de ce genre sans s'exposer au risque d'être insuffisamment ren- 
seigné : c'est ce qui est arrivé à l'auteur, malgré son zèle.] — P. 122-9. 
E. Cabié. Alos, en Albigeois, aux x« et xi» siècles. [Localité mentionnée 
au Cartulaire de Conques sous le nom de de Alans. Preuves histori- 
ques et philologiques du fait.] — P. 180-67. A. Vidal. Un collection- 
neur albigeois au xvii» siècle. [Claude Vitte de Beaulieu f 1739, surtout 
bibliophile. Inventaire de ses livres, tableaux, médailles, estampes, 
publié pour la plus grande partie.] — P. 168-72. E. Tho.ma3. Une con- 
frérie de Saint-Biaise à Montdragon. [Elle existait déjà en 1349.] — 
— P. 169-9. A. V. Glanures historiques. [Pièces diverses de 1610, 1777, 
1783 (contrat de mariage), 1788 (requête en réhabilitation de ma- 
riage), etc.] — P. 205-19. E. Cabié. La Réforme à Lavaur en 1561 et 
1562. |Une erreur typographique de VHist. de Languedoc, éd. Privât, 
XI, 353, attribue à Lectoure un fait qui s'est passé à Lavaur vers le 
15 août 1561 : les chanoines rachetant du pillage leur cathédrale et leur 
trésor. Découverte du document qui atteste le fait (Bibl. nat., ms. 
fr. 15875, f» 154). A ce propos, historique de la Réforme à Lavaur et 
des premières hostilités, très sanglantes.] — P. 220-35. E. Thomas. 
Assermentés et rèfractaires. [A Montdragon, ù partir de 1791, et dans 
les paroisses avolsinantes. Quelques textes.] — P. 209-92. A. Vidal. Le 
mouvement de la population dans le Tarn ep. 1905. [Nombreux tableaux, 
peu rassurants. La nuptialité, la natalité baissent chaque année dans 
ce département, et chaque année la mortalité excède la natalité.] — 
P. 309-18. E. Thomas. Justice seigneuriale à Montdragon. [De la fin du 
XVII' siècle à 1766.] — P. 342-7. A. V. Glanures historiques. Extraits 
des arrêts du Parlement de Toulouse. [Suite et à suivre. Du 22 mars 
1494 au 4 sept. 1527.] P. D. 



134 ANNALES DU MIDI. 



Var. 



Bulletin de la Société d'études scientifiques et archéolo- 
giques de Draguignan, t. XXV, 1904-1905'. 

P. viii-xi. G. PoupÉ. Notes météorologiques recueillies par Joseph Ber- 
nard, de Trans (nivôse-ventôse an III). [Renseignements sur les varia- 
tions de température dans le département du Var ('décembre 1794- 
février 1795) envoyés par Joseph Bernard, agent national du district de 
Brignoles au Comité de Salut public et au Comité d'agriculture de la 
Convention.] — P. xv-xxix. Id. L'instruction publique à Saillans sous . 
l'ancien régime. [Du xv siècle à 1635, le fonctionnement des écoles est 
analogue à ce qu'il était dans le reste de la Provence, c'est-à-dire assez 
précaire. En 1635, l'enseignement est confié aux Doctrinaires, qui finis- 

, sent par être chargés exclusivement, en 1685, d'un modeste collège qui 
suffisait aux besoins de la communauté. Liste des mai très d'écoles, 
des supérieurs et recteurs doctrinaires de 1535 à 1793.] — P. 51-8. Id. 
L'armée d'Italie en juillet 1793. Opinion d'un secrétaire de Barras et de 
Fréron. [Lettre de Cés3,r Roubaud à Charles Duval, député de l'IUe- 
et-Vilaine à la Convention; Nice, 11 juillet 1793.] — P. 59-74. Id. Les 
papiers de la Société populaire de Saint-Zachapie. [Fondée le 14 avril 
1792, les procès-verbaux de ses délibérations ont disparu ; par suite, il 
est impossible de retracer son existence. Les papiers ne se composent 
que de quelques lettres, circulaires ou adresses de sociétés similaires. 
M. P. en publie un inventaire et reproduit le discours prononcé par 
Lipuville le 10 juillet 1792.] — P. 75-96. Abbé H. Espitallier. Les prévôts 
du chapitre de Fréjus. [Liste, avec courtes notices biographiques, des 
prévôts depuis 1085 jusqu'en 1790.] — P. 97-185. Id. Les Antelmy. [Bio- 
graphie de quatre membres de cette famille, Nicolas, Pierre, Joseph et 
Charles-Léonce-Octavien, qui se succédèrent comme chanoines du cha- 
pitre de Fréjus au xvii* siècle et dans la première moitié du xvni*.] — 
P. 191-225. De Roure. Les néophytes en Provence et leur taxe par 
Louis XII en 1512. [Pour prouver l'authenticité de la liste publiée par 
Barcilon de Mauvans , dans la critique du nobiliaire de Robert de 
Briançon, l'auteur donne les noms des néophytes rencontrés dans les 
minutes des notaires des xv et xvi« siècles. Cette liste comprend 
quatre-vingt-sept noms, dont une trentaine se retrouvent sur la liste de 
Barcilon. — P. 227-394. F. Mireur. Les anciens couvents de Dragui- 
gnan. Les Cordeliers. [Histoire détaillée et précise depuis l'origine jus- 

1. Paru en 1907. 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 135 

qu'à la Révolution; description des bâtiments.] — P. 395-121. Id. Les 
décorés de Saint-Louis. [Liste des décorés do Saint-Louis nés ou déci- 
dés à Dragaignan.] L.-V. B. 

Vaucluse. 

Mémoires de V Académie de Vaucluse, 2* série, t. VI, 
1906. 

Fasc. 4. P. 279-503. A. Chobaut. Découverte d'une fibule gallo-romaine 
au mont Ventoux. [Avec planche ; reproduction en grandeur naturelle 
de cet objet en bronze, trouvé en juin 1906 par un chef cantonnier. A 
ce propos, inventaire sommaire des diverses antiquités préhistoriques 
et romaines trouvées au Ventoux et dans ses environs. Utile, mais pro- 
lixe et souvent discursif.]— P. 287-322. J. Girard. Les Etats du comté 
Venaissin depuis leurs origines j usqu'à la tin du xvi» siècle. [Suite et à sui- 
vre, 2" partie. Organisation et attributions des Etats : ch. I. Constitution, 
représentation des trois ordres : convocation, lieu de réunion et pério- 
dicité, procurations, élections, mandats des membres des Etats. Forme 
des Etats (local, présidence, séances d'ouverture, de travail et de clô- 
ture) ; ch. IL Officiers des Etats (procureur général, trésorier, secré- 
taire, sergent); Commissions des Etats (extraordinaires, d'enquête, 
permanentes) ; auditeurs des comptes, assemblées des Élus (suppléant 
pendant les intervalles des Etats). Travail bien documenté, intéressant 
et précieux pour l'histoire du cointat.] 
Pag. sépar. L.-H. Labande. Bibliographie vauclusienne. Année 1905 et 
supplément des années 1894: à 1904. [1882 numéros]. Répertoire métho- 
dique de la bibliographie vauclusienne (1894-1905). 

Tome VIT, 1907. 

Fasc. 1 et 2. P. 1-58. J. Girard. Les Etats du Comté venaissin. [Suite et 
à suivre. Çh. III : attributions ^politiques des Etats ; serment de fidé- 
lité, défense du pays, levée de troupes. Traités, relation avec les souve- 
rains étrangers ; vote des impôts, emprunts. Ch. IV : attributions 
administratives des Etats; répartition de l'impôt, perception; réparti- 
tion des charges de guerres, vérification des comptes. Ch. V : attribu- 
tions législatives, part à la rédaction des statuts, doléances; compé- 
tence des Etats, maintien des privilèges, surveillance et contrôle de 
l'administration pontificale, réformes judiciaires, juifs.] — P. .^9-88. 
VissAC. Ambassade de la ville d'Avignon au pape Clément IX (]667r 
1608). [Mission d'apparat et d'affaires : tenter d'obtenir le rétablisse- 
ment des privilèges supprimés en 1065 après la querelle des Possugaux 



I 



136 ANNALES DU MIDI. 

et des Pévonlina. et les trois années d'anarchie et d'occupation française 
(1662-1665); l'auteur en fait l'histoire en reporter amusant et minutieux, 
d'après le récit manuscrit de M. de Fogasse.] L.-G.-P. 

PÉRIODIQUES FRANÇA.1S NON MÉRIDIONAUX 

fl. — Annuaù^e- Bulletin de la Société de V Histoire de 
France, 1905. 

P. 205-58. A. DE BoisLisLE. Le Conseil et l'assemblée de 1699 pour les 
affaires de la R. P. R. [Le 7 juillet 1699, Louis XIV créa, pour diriger 
ces affaires avec méthode et unité, une nouvelle section du Conseil des 
dépêches et une Commission, oii siégeaient, entre autres, Pomereu et 
Daguesseau père, où se faisait tout le travail. M. de B. publie le pro- 
cès-verbal officiel de quatre séances de cette Commission, pièce rare, 
intéressante, que seul M. Gachon, notre collaborateur, a utilisée (Arch. 
nat., TT 430). Elle ne paraît pas en avoir tenu d'autres; la tentative 
échoua. En appendice, trois lettres ou circulaires de sept.-déc. 1699, 
relatives au même sujet.] 

1906. 

p. 180-212. H. CouRTEAULT. Le manuscrit original de Gaston IV, comte 
de Foix, par Guillaume Leseur. Additions et corrections à l'édition de 
cette chronique. [Edition de la Société de l'Histoire de France, Paris, 
Laurens, 1893-96, 2 vol. in-8». A défaut du ms. original, disparu, on 
trouve à son sujet dans la collection Bréquigny, de la Bibl. nat., des 
remarques de ce savant, fort judicieuses et précises, et des notes éten- 
dues qu'il avait prises en le lisant. Le tout, publié par M. C, éclaire ou 
accroît notablement une œuvre historique que la copie de A. du Chesne, 
seule connue jusqu'ici, a fort maltraitée.] — P. 213-41. B. de Mandrot. 
Supplément aux lettres de Charles VIII. [Collection publiée par feu 
Pélicier. M. de M. y ajoute des missives adressées à M« Raymond de 
Saint-Clar, protonotaire apostolique, prieur de Saint-Léon, au diocèse 
de Périgueux, et quelques autres documents, le tout tiré des archives 
du château de Marzac, en Sarladais. Années 1491, 1492. Cette corres- 
pondance, en plusieurs points, intéresse le Midi : Bordeaux, Dax, Gap, 
Marseille.] P- D. 

». — Bihliotiièque de V Ecole des Chartes, 1906. 

P. 13-59. E. Teilhard de Chardin. Comptes de voyage d'habitants de 
Montferrand à Arras en 1479. [Cf. un compte rendu dans Atinales, 
t. XIX, p. 144.] — P. 162-233, 402-50. P. Guilhiermoz. Note sur les 



PERIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 137 

poids du moyen âge. [Renseignements sur le marc de Montpellier, 
Nimes, Marseille, Limoges, Avignon, la Rochelle; sur la livre poids de 
table (c'est-à-dire poids de marchand) dans toute la France, notam- 
ment sur la livre de Toulouse et celle de Montpellier. On opposait 
cette livre à la livre officielle de Paris. Comparaison avec les poids du 
système métrique. Toutes les livres spécialement employées dans les 
villes de notre région sont évaluées ou ramenées à la livre de Toulouse 
ou de Montpellier, qui étaient les deux types principaux. Influence, 
jusqu'au système actuel, de la livre romaine.] — P. 468-71. M. Jusselin. 
[Lettres de Philippe le Bel relatives à la convocation de l'Assemblée 
de 1302. [A propos de lettres nous apprenant à peu près de quelle façon 
furent convoquées les communautés de la sénéchaussée de Beaucaire, 
publiées par M. G. Picot dans un volume consacré aux « Documents 
relatifs aux Etats généraux et Assemblées réunies sous Philippe le 
Bel ». (Coll. des doc. inéd. sur l'hist. de France).] — P. 587. H. O. Let- 
tre d'Andronic II Paléologue au pape Jean XXII. ![Relative à la mis- 
sion confiée au dominicain Benoît d'Assignano, ou de Côme, par le pape 
et le roi de France, Charles le Bel, pour la réunion des églises grecque 
et latine.] A. V. 

3. — Gazette des Beaux- Arts^ 48« année, 3« période, 
t. XXXV, 1906 (l«r semestre). 

P. 154-74. Gabillot. Les trois Drouais. [Pastel de François-Hubert 
Drouais au musée d'Agen, provenant du château d'Aiguillon. Dans le 
mémoire des ouvrages de peinture commandés par M°" du Barry : por- 
trait de la comtesse en Flore, envoyé à Toulouse, 1769.] — P. 293-309. 
H. DE Chennevières. Les récentes acquisitions du Louvre. [École cata- 
lane : Luiz Dalmau, « la Vierge et saint Ildefonse ». École provençale : 
Pietà de l'hospice de Villeneuve-lès-Avignon.] — P. 393-414. A. Michel. 
Récentes acquisitions de la sculpture au Louvre. [Christ au mont des 
Oliviers, en bois polychrome, provenant de la région albigeoise ; à com- 
parer au Christ en prière de la cathédrale de Rodez et aux sculptures 
de la cathédrale d'Albi.] — P. 409-98. P. Jamot. Les Salons de 1906. 
[La décoration d'Henri Martin pour le Capitole de Toulouse.] — 
P. 499-505. G. GuiLLOT. Un dessous de l'atelier de Rigaud. 

T. XXXVI, 1906 (2« semestre). 

P. 27-44. E. Bertaux. Santo Domingo de Silos. [Bas-reliefs du xii* siècle, 
œuvre d'un sculpteur de l'école toulousaine.] — P. 137-44. P. Bonnekom. 
Un portrait de M-« de Grignan. [Par le Provençal Laurent Fauchier, 
mort en 1672; toile conservée au château du Caila, à Rions (Gironde).] 



138 ANNALES DU MIDI. 

P. 161-72, 256-63. Ph. Anquier. L'exposition générale d'art provençal à 
Marseille. — P. 177-98. J. Momméja. Le « Bain turc », d'Ingres. 

H. G. 

4. — La Révolution française^ t. L, janvier-juin 1906. 

p. 233-38. Ed. Poupê. Les archives révolutionnaires du greffe du tribunal 
de Draguignan. [Indication sommaire des renseignements qu'on trouve 
dans ces archives.] — P. 840-51. Cl. Perroud. Histoire d'un professeur 
pendant la Révolution. [Renseignements intéressants sur Nicolas-René 
Paulin, successivement professeur à Sorèze, à l'Ecole centrale d'Albi, 
proviseur du lycée de Toulouse et recteur de l'Académie de Cahors en 
même temps que professeur d'histoire et doyen de la Faculté des let- 
tres.] — P. 538-49. G. HïïRMANN. Note sur deux condamnés de prairial, 
Peyssard et Brutus Magnier. [Disculpe les Périgourdins Peyssard et 
Magnier des accusations portées contre eux lors de leur arrestation le 
1" prairial an III.] 

T. LI, juillet-décembre 1906. 

P. 5-18, 226-55, 289-311, 385-408. Labroue. Le mémorandum inédit du 
conventionnel Pinet. [Étude biographique sur ce conventionnel, qui 
vécut de 1754 à 1844.] 

T. LU, janvier-juin 1907, 

p. 191-216. Ad. Crémieux. Le particularisme municipal k Marseille. 

[Montre l'influence du particularisme municipal et de l'autonomie com- 
munale de Marseille sur l'histoire de cette ville de 1789 à 1815.] — 
P. 523-44. Gaffarel. L'occupation étrangère à Marseille en 1815. [Détails 

intéressants sur l'occupation de Marseille par les Anglais et par les 
mercenaires siciliens en 1815.] P. D. 

5. — Revue archéologique^ 4« série, t. VII, 1906. 

p. 30-51. M. Besniki^. La cpUection Gampana et les musées de province. 
[Au musée de Carpentr^s, tableau de l'école de Crivelli, Madone entre 
saint Jérôpie et saJRt François ; au musée d'Aix, Madone à l'enfant, 
dans le goût fie Gima de Conegliano ; à Marseille, histoire de Thésée et 
Ariane.] — P. 236-9. M. Logan-Berenson. Une peinture de Taddeo di 
Bartolo, au musée Crozatier, au Puy. [Du même artiste, un triptyque 
au musée de Grenoble ; une petite crucifixion, très repeinte, au musée 
d'Aurillac] — P. 349. S. R(einach). Statuettes de Valence. [Bronzes 
gallo-romains trouvés à Saint-Marcel-lès- Valence en 1892.] 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 139 

T. VIII, 1906. 

p. 170. S. R(einach). La Crète et la Provence. [Possibilité d'une colonisa- 
tion préphocéenne de la Gaule méridionale par les Cretois ; il y avait en 
Crète une rivière Massalias et une ville de Biennos, dont Hécatée faisait 
la métropole de Vienne en Gaule. M. Maas, dans Oesterr. lahreshefte 
1906, p. 144, admet aussi dans la Gaule méridionale une colonisation 
dorienne, dont le point de départ aurait été Rhodes ; cf. Niraes fondée 
par un fils d'Héraklès.] H. G. 

6. — Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. VII, 
1905-1906. 

P. 737-75. Ph. Sagnac. Les ventes de biens nationaux d'après des recueils 
de documents et des travaux récents. [Étudie la vente des biens natio- 
naux dans quelques départements et notamment dans le Gard. Montre 
que la part des bourgeois dans les achats a été prépondérante, mais que 
les agriculteurs ont eu la leur également.] 

T. Vlir, 1906-1907. 

p. 97-108. Ph. Sagnac. Étude statistique sur le clergé do 1791. [Montre 
que le clergé réfractaire dominait dans le Bas-Languedoc; que la majo- 
rité constitutionnelle l'emportait surtout dans le Sud-Est, et que le 
clergé de presque tous les pays pyrénéens a été en majorité constitu- 
tionnel.] — P. 586-99, 703-13. V.-L. Bourrilly. Montaigne, d'après des 
travaux récents. [Examen critique des ouvrages récemment publiés sur 
Montaigne.] F. D. 

7. — Revue de philologie française et de littérature, 
t. XX, 1906'. 

P. 17-69. L. ViGNON. Les patois de la région lyonnaise (suite). Le régime 
direct; le neutre (suite). III. Les formes du pronom et leurs sources. 
I Aucune des formes actuelles du pronom neutre ne remonte à el ou lo 
(de illiim accentué sur la première syllabe ou la finale), mais toutes à 
o (de hoc) ; cette forme unique a été étrangement altérée et différenciée 
par la phonétique syntactique. Détermination des aires de ses subs- 
tituts actuels : 1» o, {z)o, (l)o ; 2» ou, zou, vou, lou ; 3° formes diphton- 
guées ow, aw, œw; 4° u, su, yu; ô" œ, zœ, ze ; 6° é, è; 7° i. — 
IV. Rapport du sujet et du régime.] — P. 70-3. E. Wey. Un mot 
forézien du xii» siècle, asiuraa < ad seperata. [Ce mot, qui dans deux 

1. C'est par erreur que nous avons attribué le chiffre XVIII au lieu de 
XIX (Annales, XVIII, 413) au volume précédent. 



140 ANNALES DU MIDI. 

documents du xiii" siècle désigne une femme, n'est pas un nom propre 
mais l'adjectif seperata (la femme en question était « séparée » de son 
mari) ; seperare existe encore sous diverses formes dans les patois 
foréziens.] — P. 81-110. J. Gilliéron et J. Mongin. Etudes de géographie 
linguistique, avec cinq cartes. [Ce sont quelques nouveaux spécimens de 
ces études, si attrayantes et si fécondes en résultats, dont les auteurs 
ont donné un premier modèle dans leur monographie de scier.'\ I. Dé- 
chéances sémantiques: oblitare. [Détermination des aires de oblitare 
(et ses composés), deexmemorare, discogitare.] — III. Traire, mulgere 
et molere. [Mulgere a vécu dans toutes les parties de la France ; mais 
il a (disparu là où il aurait donné moudre, comme molere.] — IV. Echa- 
lotte et cive. [Le point de départ de la propagation du dérivé de asca- 
lonia doit être cherché dans le Midi, probablement le midi provençal.] 
— V. Comment cubare a hérité de ovare. [Ovare a disparu là où la 
préfixation de que au verbe en faisait un homonyme de cubare, c'est- 
à-dire au Sud-Ouest.] — P. 111-27. P. Barbier fils. La racine « cap, 
tête », dans la nomenclature ichthyologique. [Dérivés des formes capa- 
ceus, capiceus, capoceus d'une part, capito, capitulus de l'autre.] — 
P. 128-35. A. Dauzat. Les doublets dans le patois de Vinzelles (Puy- 
de-Dôme). [Comment s'opère la répartition des sens entre les mots 
patois et les mots importés du français ; comment ceux-ci gagnent peu 
à peu du terrain et finissent par évincer ceux-là. C'est la « vie et la lutte 
des mots prise sur le vif ».] — P. 161-7. J. Gilliéron et J. Mongin. 
Etudes de géographie linguistique. VI. Pièce et Nièce. [Constatent que 
l'aire àe pièce, nièce (formes irrégulières pour j:)èfe, nèce) ne concorde 
pas avec l'aire de la diphtongaison normale de e bref, et en concluent 
que pour expliquer ces formes on ne peut recourir à l'analogie de mots 
comme pied?\ — P. 168-82. J. Désormaux. Mélanges savoisiens, 
V. L'agglutination de l'article dans les parlers savoyards. [Liste abon- 
dante de mots auxquels se sont soudées la consonne (initiale ou finale) 
ou la voyelle finale de l'article ; liste parallèle de mots présentant le 
phénomène inverse de la « déglutination ».] — P. 183-200. P. Barbier 
fils. Sur un groupe de mots de la famille de caput (suite p. 241-64). 
[Étudie les dérivés romans de capaceus, capiceus, capoceus, capuceus 
(cf. plus haut l'article sur ces formes désignant des poissons) ; les déri- 
vés provençaux sont énumérés p. 190-4.] — P. 288-91. A. Jeanroy. Ety- 
mologies françaises ; Fr. pop. blague, blaguer. [Seraient des altéra 
lions de brague, braguer, mots d'origine méridionale.] A. J. 



CHRONIQUE 



Le volume en l'iionneur de M. Clhabaneau, dont nous avions 
annoncé (XVIII, 417) la prochaine publication, a paru en septem- 
bre dernier. [Mélanges Chabaneau. Volume offert à Camille 
Chabaneau à l'occasion du 75^^ anniversaire de sa naissance 
[4 mars 1906) par ses élèves, ses amis et ses admirateurs. 
Erlangen, Fr. Junge, 1907 ; in-8° de 1117 pages; forme le t. XXIII 
des Romanische Forschungen.) Ce retard s'explique par la lon- 
gueur de certains mémoires qui y ont pris place et par le fait que 
le chiffre des collaborateurs a été plus élevé qu'on ne l'avait pensé 
d'abord : partout, en effet, où les études provençales sont en 
honneur se sont affirmés avec éclat les sentiments d'affectueuse 
vénération dont est entouré notre éniinent collaborateur. Nous 
donnons ci-dessous la liste, dans l'ordre alphabétique des noms 
d'auteurs, des articles rentrant dans notre cadre. 

Anglade, Les Troubadours à Narbonne (pp. 737-50); — Appel, 
Zur Melrik der « Sancta Fides » (197-204); — Bourciez, Le verbe 
« Naitre » en gascon (415-23); — ('onstans. Une rédaction -pro- 
vençale du « Statut maritime de Marseille (645-75); — Coulet, 
Spécimen d'une édition des poésies de Peire d'Alvernhe (777-89) ; 
— Crescini, « No sai que s'es n (315-9) ; — Dauzat, Vamuissement 
rfe s r 1 explosifs dans la Basse- Auvergne (235-9); — Dejeanne, 
Sur l'Aube bilingue du m,s. Vatican. Reg. 1462 (77-80); — 
Ducamin, Herran ou V Arlol-qui-pleure . Eglogue 4^ de Pey de 
Garros (289-305); — Dujarric-Descombes, Camille Chabaneau et 
les troubadours du Périgord (283-7) ; — Fabre, Les Proveriça- 
listes du Velay et M. Camille Chabaneau (257-73); — Gauchat, 
R anorganique en franco-provençal (871-85); — Grœber, Zur 
provenzalischen Verslegende V07i der hl. Fides von Agen 
(û97-G2Uj; — Jeanroy, Le Troubadour Austorc d'Aurillac et son 



142 ANNALES DU MIDI. 

sirventés sur la septième croisade (81-7) ; — Kolsen, Ein Lied 
des Trobndors Gitilhem de Cabeslanh (489-95); — Lambert, La 
Pourcairouleto (307-10); — Leroux, L'idiome Vmiousin dans les 
chartes, les inscriptions, les chroniques (437-61) ; — Lollis (de), 
Su e giù per le hiografie proteflÈdli (387-93) ; — Pépouey, U final 
atone = lat. ûlum dans le parler de Bagnères-de-Bigorre et des 
environs (73-80) ; — Rajna, La patria e la data délia « Santa 
Fede » di Agen (469-78); — Ronjat, Noies sur Vaffouagement de 
Maillane (707-9); — Sainéan , Ane. prov. cos,'gos, « chien » 
(353-6); — Salvioni, Il dialelto provenzaleggiante di Roaschia. 
(Cuneo) (525-39) ; — Suchier (Hermann), Provenzalische Beichl- 
formel (425-35) ; -- Teulié, Les vocabulaires spéciaux. 1. Le voca- 
bulaire du noyer à Bétaille [Loi) (905-10) ; -— Thomas, L'origine 
limousine de Marcial d'Auvergne (119-32) ; — Véran, La presse 
de langue d'oc (1019-24) ; — Zenker, Bas provenzalische « Enfant 
sage », Version B (919-68); — Zingarelli, Qua7i lo hoscatges es 
floritz (1025-34). 

Le volume s'ouvre par un fort beau portrait du maître, d'une 
ressemblance frappante, gravé par le peintre Desmoulins d'après 
son propre tableau exposé à Paris à l'un des derniers Salons. Il 
se termine par une Bibliographie som,maire des œuvres de 
C. Chabaneati (pp. 1093-1107), rédigée par M. E. Lefèvre avec le 
soin qui caractérise tous les travaux de ce bibliographe dévoué et 
consciencieux. 



On voit, au Musée de Toulouse, un beau portrait, par Hya- 
cinthe Rigaud, qui est présenté au public comme étant celui de 
Racine. Le comte Clément de Ris avait déjà protesté contre le 
ridicule de cette attribution, mais personne encore n'avait cherché 
à découvrir le vrai nom du personnage que ce tableau représente. 
Dans une communication faite à la Société de l'histoire de l'art 
français (cf. le Bulletin de la Société, 1907, p. 81-7), M. G. Brière 
signale au Musée de Versailles une copie du tableau de Toulouse ; 
or, dans le catalogue, cette copie est désignée comme le portrait 
du célèbre Chauvelin qui, de 4727 à 1737, fut garde des sceaux et 
secrétaire d'Etat des Affaires étrangères. C'est donc Chauvelin que 
représenterait le tableau du Musée de Toulouse. Mallieureuse- 
ment, M. Brière n'a pu retrouver sur le ministre aucun docu- 
ment iconographique qu'on pût comparer à son portrait présumé. 



CHRONIQUE. 143 

Cela n'est pas, selon noUs, pour rendre l'identification moins 
solide. On remarquera, en effet, que le tableau de Rigaud est daté 
de 1737 : c'est justement l'année où Ghauvelin devint minisire; il 
est naturel de penser qu'il se fit peindre à l'occasion de cet événe- 
ment. 



Ce n'est pas un livre d'érudition que le petit volume édité à l'oc- 
casion du Ce?ilenaire du Lycée de Toulouse (chez Ed. Privât, 
1907); il mérite cependant d*être signalé à nos lecteurs. On y trou- 
vera les deux conférences faites pendant les fêtes du Centenaire 
par M. Plassard et le colonel Froment. Consacrées à l'histoire du 
Lycée et de ses bâtiments, ces deux études ont l'avantage de 
rassembler une foule de renseignements précieux pour l'histoire 
de Toulouse et qu'il était jusqu'alors assez malaisé de retrouver. 
Les illustrations dont s'orne le volume en augmentent encore 
l'intérêt. 

Chronique de Bordeaux et de la Gironde. 

La belle édition municipale des Essais de Montaigne, qu'a cou- 
ronnée l'Académie Française, continue à tenir le premier rang 
parmi les travaux entrepris à Bordeaux. M. F. Strowski achève 
l'impression du second volume. On sait que l'ouvrage en com- 
prendra trois, plus un volume d'excursics, préparé de loin par 
des mémoires d'étudiants, dont l'un, dû à M. Joseph de Zangro- 
nis, sur Montaigne, Amyot et Saliat, a eu les honneurs de l'im- 
pression. Cette organisation du travail scientifique mérite d'être 
signalée. 

Le comité départemental pour la recherche des documents révo- 
lutionnaires a soumis au comité central un projet de publication 
des dossiers rehitifs à la vente ;des biens nationaux. M. Marion a 
poussé fort avant le dépouillement de ces dossiers. Il en a déjà 
tiré son étude sur la vente des biens nationaux dans la sénéchaus- 
sée de Libourne; et l'on sait que l'Académie des Sciences morales 
et politiques lui a attribué, pour un travail d'ensemble sur la ques- 
tion, la totalité du prix Rossi. 

MM. Brulails et Gaston Ducaunnès-Duval achèvent le tome IV 
de l'inventaire des Archives communales. M. A. Ducaunnès-Duval, 



144 ANNALES DU MIDI. 

archiviste municipal lionoraire, emploie les loisirs de sa retraite à 
préparer le tome IV de l'Inventaire de la Jiirade. Son fils, qui lui 
a succédé à l'Hôtel de ville, à la grande satisfaction de tous les 
travailleurs bordelais, a, dès son entrée en fonctions, mis sur le 
chantier le tome II de l'inventaire de la période révolutionnaire. 

La Société des Archives historiques consacre son volume annuel 
à la publication du Livre Doré du présidial d'Agen, véritable 
chronique qui permettra de reconstituer la vie de cette compagnie 
judiciaire au xvne et au xviiie siècle. Sous les auspices de la Société' 
archéologique, M. Brutails vient de donner un album d'objets d'art 
conservés dans les églises de la Gironde. La même Société a 
obtenu de la municipalité bordelaise la cession gracieuse de la 
Porte de Cailhau pour y tenir ses séances. Elle a commencé d'y 
installer un musée, qui sera, espérons-le, l'embryon du musée 
girondin depuis si longtemps souhaité. 

A l'occasion de l'Exposition maritime et coloniale de Bordeaux, 
la Société des Archives historiques et la Société archéologique ont 
organisé un congrès d'histoire et d'archéologie du Sud-Ouest, qui 
a réuni plus de cent membres des Sociétés savantes de la région. Ce 
congrès s'est tenu à Bordeaux le 18 et le 19 octobre. Trente-six 
communications ont été faites; elles seront analysées dans un 
compte rendu en préparation. Des vœux concernant un meilleur 
aménagement des archives de l'état civil, la conservation des objets 
mobiliers d'une valeur historique ont été adoptés. On a aussi voté 
le principe de la périodicité de ces congrès régionaux, et décidé 
la création d'une Union des Sociétés savantes du Sud-Ouest. Une 
commission élabore en ce moment des statuts. 

A côté de ces manifestations collectives, plusieurs travaux 
importants, dus à l'initiative personnelle, sont sur le point de 
paraître ou en bonne voie. M. Girot va réunir en un volume ses 
recherches sur les Juifs espagnols et portugais à Bordeaux, déjà 
publiées dans le Bulletin hispanique. On annonce des thèses pro- 
chaines sur Biaise de Moulue historien, sur Geolïroy de Malvyn, 
magistrat et humaniste bordelais de la un du xvi' siècle, sur l'agi- 
tation royaliste dans le Midi à la fin du premier Empire. M. Geor- 
ges Mathieu consacre sa thèse d'Ecole des Chartes à étudier le ma- 
rais de Bordeaux de l'édit de 1599 à la Ri'volution. M. le D"" 
.1. Barraud met en souscription un volume d'études sur le Bor- 
deaux révolutioimaire. Il est question d'une thèse sur Florimond 
de Raymond, le précurseur trop méconnu de Bossuet dans la con- 



CHRONIQUE. 145 

troverse. Si l'on ajoute qu'on bataille toujours ferme autour «Je 
la retentissante brochure de M. le D»' Armaingaud sur La Boélie, 
Montaigne et le Contr'Un, que M. Dezeimeris a donné de sa per- 
sonne, enfin que M. Barckhausen vient de faire paraître son 
volume sur Montesquieu, il est^ semble-t-il, permis de conclure, 
comme le faisait, il y a trois ans, M. JuUian à cette même place, 
que l'on travaille encore à Bordeaux et dans la Gironde. 

Paul GOURTEAULT. 

Chronique de Provence. 

L'année 1906 a été pour la ville de Marseille et pour toute la 
Provence une année de crrande activité, provoquée par l'Exposi- 
tion coloniale, qui a été l'occasion de multiples manifestations, 
non seulement coloniales, mais scientifiques, littérràres et artisti- 
ques, auxquelles elle a fourni le plus admirable des cadres. 

Je ne relaterai ici que celles qui sont de nature à intéresser les 
lecteurs des Annales, à savoir le Congrès des Sociétés savantes 
de Provence et l'Exposition d'Art provençal. Le Congrès des 
Sociétés savantes était une tentative de décentralisaliou, au meil- 
leur sens du mot, qui a réussi au delà de toute espérance. Tous 
les départements provençaux, toutes les sociétés littéraires et 
artistiques de la région avaient envoyé des délégués, qui se sont 
réunis à Marseille, sous la présidence de M. le recteur Belin, 
représentant du Ministre de l'Instruction pulilique. Le Congrès 
s'est réparti entre quatre sections : archéologie, histoire, langue 
et littérature provençales, sciences économiques et sociales. Le 
nombre des mémoires présentés dans les diverses sections s'est 
élevé à quatre-vingt-quatorze. Un volume, actuellement sous 
presse et qui ne tardera pas à paraître, reproduira in extenso les 
plus importants de ces mémoires, et donnera l'analyse des autres. 
A la dernière séance, il a été décidé que les Congrès de ce genre 
seraient périodiques, et que le prochain aurait lieu dans trois ans, 
dans une ville de Provence à déterminer. 

L'Exposition d'Art provençal répondait à une idée de même 
nature. Le succès en a été incontestable : il aurait été plus grand 
encore si les organisateurs s'y étaient pris un peu plus tôt, et 
avaient pu recueillir, parmi les collectionneurs provençaux, plus 
d'adhésions. La section de l'ameubloment, notamment, réduite à 

ANNALES DU MIDI. — XX lO 



14B 'annales du midi. 

line dizaine de spécimens, était tout à fait irisnfflsàrite. On a cher- 
ché en vain, à là jjëillturë, les pirimitifs qui avaient fait l'oi'nèriient 
de l'Ex position de 1904 h la Bibliothèque nationale. Même la col- 
lèctioii de faïences; dé beaucoup la plus importante,' et dii ne man- 
qtikient pas les très belles pièties, aurait pu être plus considérable 
encore. 

Plus heureuses que la Revue historique de Provence, morte au 
bout de dix-huit inois, les Annales de la Société d'études pro- 
ve7içales achèvent la quatrième année de leur existence, qui semble* 
assurée désormais. Et l'année 1905 a vu paraître une nouvelle 
publication annuelle, où, potii- mieux dire, deux, les Annales des 
Facultés des Lettres et de Droit d'Aiœ. C'est grâce à la libéralité 
du Gdnseil de l'Uhitersité, pourtant bien peu riche, que ces 
Annales ont pu se fonder, et c'est grâce à celle du Conseil gênerai 
du département qu'elles Ont pu se développer. Je ne crbis pas 
qii'il y ait dans toute la France un seul département où le Conseil 
général se montre àbssi généreux envers l'enseignement à tous 
ses degréSj et notamment envers l'enseignement supérieur. 

Les Annales des deux Facultés, évidemhient. sont des recueils 
d'drdre généi-al. Mais l'histoire locale y tient une grande place: les 
deux premières années des Annales de la Faculté des Lettres^ 
1905 et 1906j sont entièrement consacrées à des questions de ce 
genre. 

Le 34 juin 1905 e^^t mort un des professeurs les plus justement 
renortimés de la Faculté des Lettres, Georges Guibal, qu'une 
cruelle maladie avait forcé d'abandonner sa chaire depuis plusieurs 
années déjà. Ses derniers travaux avaient été tous relatifs à l'his- 
toire de la Provence pendant la période révolutionnaire. Seuls les 
deux premiers, Mirabeau et la Provence, ont pu être publiés du 
vivant de l'aliteur. Mais un troisième, Le motivemenl fédéraliste 
en Provence^ ne tardera pas, assure-t-on, à voir le jour. 

Une autre perte très regrettable, plus récente, est celle de Numa 
Coste. Peintre d'abord, Numa (]oste s'éprit de passion pour l'ar- 
chéologie et l'histoire locales^ surtout l'histoire de l'art, et pendant 
plus de vingt ans, il s'est livré à de laborieuses recherches, et a 
amassé une énorme quantité de matériaux de tout genre. Il a fnal- 
heureusement peu publié, quelques brochures seulement et (m 
certain nombre d'articles adressés, sous forme de communica- 
tions, H la Société des Beaux-Arts des départements, dont il était 
correspondant. Mais c'est le journal le Séinaphore de Marseille 



CHRONIQUE. IM 

qui a le pins profité de sa collaboration ; il y a fait paraître en 
effet quantité d'articles des plus documentés et d'un style tl-ès per- 
sonnel. Il est infiniment regrettable qu'il n'ait janlais songé à les 
réunir en plaquettes. Il y a publié notamment, peu de temps 
avant sa mort, une série d'articles qui devaient constituer une 
monographie complète de la cathédrale d'Aix, Saint-Sauveur; 
qu'il avait étudiée minutieusement dans tous ses détails. L'œuvre 
reste màlheiireiisernent inachevée} et il est à craindre, paraJt-ilj 
que l'on ne puisse pas tirer parti de ses notes, rédigées; non sur 
des fiches, mais sur des carnets, où elles ont été écrites au jour le 
jour et à la suite les unes des autres. Cela est d'autant plus regret- 
table que j'ai pu constater personnellenlent que Goste avait vu 
très clair sur certaines questions fort intéressantes et encore très 
mal connues dé l'histoire d'Aix. Pour ce qui est de la topographie 
antique de là. ville par exemple, alors que la théorie admise par 
tout le monde et, on peut dire, classique à Aix, veut que la ville 
se soit développée du côté où sont aujourd'hui les aires Saint- 
Roch, Goste a fort bien vu que c'est au bourg Saint-Sauveur, et là 
exclusivement, qu'il faut chercher la ville romaine. Si l'on a la 
patience de dépouiller ses papiers, on y trouvera à coup sûr^ à 
défaut d'études achevées, des indications de haute vah^ur, et cela 
pour toutes les périodes de l'histoire d'Aix. La chose vaudrait la 
peine d'être tentée, et les amis de Numa Goste honoreraient par là 
sa mémoire de la façon la plus digne de lui. M. Clerc. 



Chronique de Vaucluse. 

Deux auteurs vauclusiens s'occupent sérieusement de l'histoire 
antique du département : M. Dùprat, professeur adjoint au IJ'céé 
d'Avignon, qui étudie Avignon et la région; M; l'abbé Sautél; 
qui s'intéresse spécialement à Vaison. Les ouvrages qu'ils écri- 
vent seront présentés comme thèses de doctorat. 

Il serait désirable que des fouilles inéthodiques leur permissent 
de décrire des objets nouveaux : s'il est assez difficile d'en faire à 
Avignon même où, cependant, il n'est pas impossible de suivre les 
travaux qui remuent le sol; il est jiar contre aisé d'en exécuter 
quelques-uns à Vaison. Je crois savoir que des instances seront 
faites dans ce sens auprès de l'Académie des Inscriptions et Bel- 
les-Lettres, à défaut de la Société française des fouilles urchéolo- 



148 ANNALES DU MIDI. 

giques. J'ai déjà signalé les alentours de la cathédrale, surtout du 
chevet, comme particulièrement utiles à explorer. 

En attendant, le hasard a fait retrouver dans le sous-sol d'une 
maison, prés de la place aux Herbes, à Vaison, un fragment très 
important de la mosaïque possédée par le Musée Calvet et connue 
sous lé nom de mosaïque de Narcisse '. Cette découverte a permis 
de constater que le monument du Musée Calvet est en très grande 
partie apocryphe : on l'avait oublié depuis 1858. Le Musée Calvet 
se décidera-t-il à l'acquérir, pour remplacer par des morceaux 
authentiques quelques-uns de ceux qui ont été reconstitués plus ou 
moins mal par des mosaïstes contemporains ? 

Le grand événement de ces dernières années a été l'évacuation 
par la troupe du Palais des Papes d'Avignon. On la désirait 
depuis longtemps, puisque, sous le second Empire, le Dr Paul 
Pamard, maire de la ville, avait, dans ce dessein, fait bâtir une 
nouvelle caserne. On a craint cependant de ne pas encore l'obte- 
nij, malgré le récent traité passé avec l'État et malgré la cons- 
truction d'une autre caserne pour l'infanterie, hors l'enceinte des 
remparts. On ne sait généralement pas que c'est grâce à une série 
d'articles de M. André Hallays dans le Journal des Débats et à 
l'intervention énergique de M. Baillif, président du Touring-Club, 
auprès de M. Berteaux, alors ministre de la Guerre, que la muni- 
cipalité d'Avignon ne put obtenir de nouveaux soldats pour l'occu- 
pation du Palais. 

L'évacuation emportait restauration. La Commission des monu- 
ments historiques s'y préparait depuis plusieurs années : elle 
ajouta une grosse subvention aux quelques milliers de francs 
votés par le Conseil municipal, et l'on se mit immédiatement à 
l'œuvre sous la direction de M. Nodet. Le plus pressé était d'abat- 
tre les planchers et cloisons établis par le génie militaire dans les 
plus grandes salles, notamment dans celles du sud. On se hâta de 
le faire, et les Avignonais eurent la surprise de constater l'effet 
séduisant produit par les admirables proportions de la salle d'au- 
dience à deux nefs et de la grande chapelle pontificale bâtie 
au-dessus. En même temps se retrouvaient, sur les parois d'appar- 
tements voisins, des vestiges de fresques, (pu firent l'objet de 
nombreux articles; en général, on attribuait les scènes de chasse 



1. Voir Bulletm de la Société nationale des A}itiquaires de France, 
année 19U6, p. 311 et 377. 



CHRONIQUE. 149 

et de pêche qui foi-ment la décoration la plus importante aux artis- 
tes de Clément VI, mais décidément elles paraissent n'être (juc du 
xv« siècle ^. 

Du coup, les Avignonais, difficiles à échauflfer jusqu'alors, se 
prirent d'enthousiasme pour le Palais. La municipalité eut l'idée 
d'y installer une exposition industrielle et artistique. Le choix d'un 
tel local, blâmé fortement par les délicats, fut applaudi par la 
foule, et cette exhibition, ouverte au début d'avril liJ07, eut un si 
grand succès qu'on dut la prolonger jusqu'au 1er septembre sui- 
vant. Elle eut au moins l'avantage d'attirer un nombre étonnant 
de visiteurs qui ne soupçonnaient même pas ce que le Palais pou- 
vait être à l'intérieur. Aujourd'hui qu'elle est terminée, on se dis- 
pose à reprendre les travaux de restauration. Mais à quels usages 
va-t-on employer les immenses salles dont on a la disposition? Y 
transportera-l-on la bibliothèque de la ville? Y élablira-t-on un 
musée, comme l'idée en a été lancée? L'avenir nous le dira. 

Les historiens et archéologues ont de tout temps écrit sur ce 
prodigieux monument. Un des plus récents, le P. Ehrle, avait le 
premier présenté les documents qui existent aux Archives du 
Vatican sur sa construction et sa décoration. Son ouvrage, écrit 
en latin, était reslé peu populaire. M. Félix Digonnet l'a mis à la 
portée de tous : il en a reproduit l'essentiel dans le livre qu'il 
vient de publier sur le Palais des Papes (Avignon, F. Seguin, 
1907, in-8o) ; il l'a complété au moyen des pièces d'archives 
fournies par d'autres auteurs avignonais et au moyen de ses obser- 
vations personnelles; il y a mêlé enfin des hypothèses, dont quel- 
ques-unes sont trop risquées pour être acceptables. Le dernier 
mot n'est cependant pas dit sur le Palais : il reste encore au 
Vatican des documents que le P. Ehrle a cru devoir négliger et 
qui ont un trop grand intérêt pour que l'histoire les laisse dans 
l'oubli. 

La (^(Ommission instituée en Vaucluse pour le classement des 
objets mobiliers des églises et monuments religieux a tenu des 
séances à peu près régulières. De longues listes d'objets d'art ont 
été proposées pour le classement, car le département est parti- 
culièrement riche ; mais il est regrettable de constater les retards 
mis à adopter ces propositions. Le Journal offuiel n'a encore 
enregistré qu'une courte nomenclature d'objets classés. FjCS autres 

1. Voir Musées et monuments de France^ juillet 1907. 



150 ANNALBS DU MIDI. 

restent exposés à toute espèce d'aventures. Les vœux émis par cette 
Commission pour le classement des monuments eux-mêmes n'ont 
guère eu plus de succès, et il a fallu des interventions étrangères 
pour placer sous la protection des lois la si intéressante chapelle 
des Pénitents noirs d'Avignon et la vieille église de Saint-Panta- 
léon près de Gordes. Il est pénible, je le répète, d'observer que les 
efforts individuels ou collectifs pour la conservation de nos vieux 
édifices, même classés, aient tant de peine à aboutir. Si le cloître 
des Gélestins d'Avignon, pour lequpl j'exprimais encore des' 
craintes dans ma dernière chronique, n'est plus menacé, la tour 
Saint-Jean, dernier reste de la commanderie d'Avignon, est tou- 
jours visée par les vandales, et le chevet de la cathédrale de 
Cavaillon a été outragé par une société industrielle. 

Pendant ces trois dernières années, la littérature historique et 
archéologique a relativement peu produit. Les principaux ouvrages 
à signaler sont toujours ceux qui concernent les papes d'Avignon, 
ainsi que la continuation des Regestes pontificaux (ceux de 
Jean XXII ont surtout progressé). MM. MoUat et Vidal, qui s'oc-: 
Gupent particulièrement des lettres communes de Jean XXII et dQ 
Benoît XII, ont publié diverses notices sur ces deux papes. Le 
premier, en collaboration avec M. Charles Samaran, a donné un 
excellent livre sur la Fiscalité ■pontificale en France au xiv^ siè- 
cle et exposé l'organisation financière créée par les papes d'Avi- 
gnon i. Le même M. Samaran, avec pn de ses confrères des 
Archives nationales, prépare pour les Dociimeni^ inédits, l'édition 
de la correspondance du cardinal Georges d'Armagnac, qui sera si 
précieuse pour l'étude de la seconde moitié du xvie siècle dans 
toute la région avignonaise. 

L'Académie de Vauclnse a distribué, outre ses Mémoires trimes- 
triels, un ouvrage qui lui fa|t le plus grand honneur : le Oartulaire 
de la. Commanderie de Richerenches de V Ordre du Temple {il 36- 
i214), publié et annoté par le marquis de Ripert-Monclar^. Les 
textes, intéressant la partie la plus septentrionale du département 
de Vauclus^, spnt précédés d'ijne copieuse et savante introduction : 
M. de Monclar, avec une compétence remarquable, y a inséré des 
notices sur les dignitaires .ecclésiastiques, les suzerains (comtes de 



1. Cf. un compte rendu de M. Ch. Molinier, Annales, t. XVIII, p. 391. 

2. Cf. les comptes rendus de MM. Stronski et Caillemer, Annales, 
t. XIX. p. 544, et plus Uauj;, p. UO. 



CHRONIQUE. 151 

Valentinois et d'Orange) et les principales familles nobles de la 
ivgion: il a exposé les renseignements économiques et sociaux que 
présente le Cartulaire, résumé les documents sur l'histoire même 
de la Gommanderie, etc. 

Acluellement, l'Académie de Vauclusc imprime un deuxième 
vol unie encore plus ifapprtant : les Chartes du pays d'Avignon 
jusqu'à la fin du xiie siècle; cette édition est faite par les soins de 
M. G. de Manteyer. 

Parmi les ouvrages qui ont été insérés dans ses Mémoires, je 
noterai tout particulièrement l'étude de M. Joseph Girard, aujour- 
d'hui conservateur de la Bibliothèque et du Musée Calvet, sur les 
Élftts du comté Venaissin depuis les origines Jusqu'à la fin du 
xvie siècle. 

L'^npée 1906 a vu paraître le prpmier volume de Vhiventq,ire 
sommaire des Arçfiives çotnmunales d'Avignon, publié par 
M. L. Duhamel. Il i^e pompriend que la s^rie AA; mais il présente 
cette ïji^gniflqpe sépe de registres contenant les minutes de la 
correspondance des syndics et consuls d'Avignon depuis 1474 jus- 
qu'ei) 1790 (^vep lacunes, malheureusement) et cette non moins 
lf\^llp cpllepf,ipi| de Uas^^§ de lettres reçue? par eux depuis 1308. 
A leiir analyse, M- Duhamel a donné un long développement, des 
plus utiles. Les autres voli^naes d'inventaires (Archives départe- 
]:][jpiitf},les de yafjcjuse, AfP|iiyes copimunalps d'Of-ange et Gavail- 
Ipn) signalés dans la dernière cl|ronique sont encore sous presse. 

On me par4Qnnera si, à la flr^ de cette revue rapide, je note encore 
la réjjniprj ei] vplunie jle la Bilulipgrqphie vauçlusienne, (|ue de 
1894 à 1905 je doniiais en appendice aux i^émoires de l'Académie 
^e Vaitcluse. On n'puhljera pas que M. Duprat a donné pour 
l'année 1904 i^ine bibliographie critique dans les Annales de la 
Société d'études provençales (lOO-ô, p. 65). Je signalerai enfin la 
publication, dans la Gazette des Beaux- Arts (mars et avril 1907), 
de la première notice d'ensemble qui ait été écrite, depuis la pu- 
Ijlication des Z)oci^?«e«^s de M. l'abbé Re((uin, sur \e&- Miniatu- 
ristes avignonais et leurs œuvres. L.-H. Labandk. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Appel (G.)- Deutsche Geschichte in der provenzalischen Dich- 
tung. Rede bei Uebernahine des Rektorats gehalten in der aula 
der K. Universitœt zu Breslau (Sonderabdruck aus n. 733 u. 736 
der schlesischen Zeitung). Breslau, 1907; in-8o de 16 pages. — 
Il s'agit surtout dans, celte brochure des relations des trouba- 
dours avec les empereurs d'Allemagne ^ et de l'attitude qu'ils pri- 
rent dans la lutte de l'Empire avec la papauté et la maison d'An- 
jou. Dans les limites étroites qui lui étaient imposées, M. A. ne 
pouvait naturellement dire que l'essentiel ; mais on sent que l'au- 
teur connaît à fond et domine son sujet; aussi a-t-il fait à cha- 
que partie une place bien proportionnée à son'importance, et par- 
faitement expliqué par les circonstances les contradictions et les 
incohérences que nous trouvons dans les poésies historiques "des 
troubadours. Il serait à désirer qu'il complétât cette excel- 
lente ébauche en la munissant des références nécessaires. Il écri- 
rait ainsi un chapitre piquant, et en grande partie nouveau, de 
l'histoire de la poésie provençale. A. Jeanroy. 

Dauzat (A.). Essai de méthodologie linguistique dans le 
domaine des langues et des patois romans, Paris, Champion, 1906 ; 
in-8o de viii-205 pages. — Y aurait-il donc une « méthodologie lin- 

1. Quelques parties de ce sujet sont traitées aussi dans une récente dis- 
sertation de M. Nickel : Sirventes und Spruchdichtung (Berlin, Mûller, 
1907; in-8» de 124 pages, Palœstra, n° LXIIl) consacrée essentiellement 
à l'étude do la poésie satirique et morale chez les troubadours et les Min- 
nesinger. 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 1 .'53 

guistiqno » propre aux lan^uos romanes? Non, évidemment. 
M. Dauzat ne le pense pas non pins, et il nous le dit clairement 
dans son Avant-propos, où l'objet du livre est beaucoup mieux 
défini que dans le titre : « Ce que j'ai voulu, dit-il (p. ,5), c'est déga- 
ger les règles de méthode qui sont à l'état latent dans les travaux 
des romanistes, c'est coordonner et grouper les vérités qui ont 
jailli de leurs polémiques ou qu'ils ont exprimées çà et là dans 
leurs ouvrages. Il était utile en outre de confronter, pour ainsi 
dire, avec les langues romanes les théories émises par les linguis- 
tes qui se sont occupés spécialement des langues indo-européen- 
nes. Car les règles de méthode ne sauraient être particulières à un 
groupe de langues... La méthode linguistique, vue à travers les 
langues romanes, n'est donc qu'un aspect de la méthode univer- 
selle qui doit servir à l'étude de tous les idiomes. » Ces promesses 
ont été largement tenues : M. D. a exposé, toujours avec clarté et 
parfois avec agrément, les plus récentes théories sur les causes et 
les modes de l'évolution des langues et les méthodes à suivre dans 
leur étude, telles qu'elles se dégagent, non seulement des tra- 
vaux des romanistes, mais des ouvrages d'ensemble écrits depuis 
une vingtaine d'années par des linguistes ou philologues embras- 
sant un domaine plus étendu^. 

Son livre sera donc un guiiie précieux pour ceux qui, se sentant 
attirés vers ce genre d'études, désirent se renseigner sur leurs 
principes et leurs principaux résultats, et pour ceux aussi qui, 
déjà entrés dans l'atelier, mais constamment courbés sur la tâche 
quotidienne, éprouvent de temps à autre le besoin de se redresser 
et de se demander quelle somme d'idées générales se dégage des 
travaux de chacun. La plupart du temps M. D. se borne au rôle 
utile, mais i)eu original, de rapporteur (et il faut bien avouer que 
l'ouvrage ne répond pas pleinement à l'ancienne conception de la 
« thèse » de doctorat '*); 'mais souvent aussi il a l'occasion de 
prendre parti, et la façon dont il défend son opinion montre en 
lui un travailleur bien documenté et un remarquable logicien*. 

1. Ce sont naturellement les travaux français que M. D. connaît et ré- 
sume le mieux. M. Meyer-Lûbkfï {Literaturblatt, 1907, 331) a pu hii 
reprocher d'avoir tenu trop peu do compte de ceux de Wundt, H. Paul et 
Schuchardt. 

2. Cet ouvrage a été présenté à la Sorbonne comme « thèse principale» ; la 
Géographie phofiétique d'une région de la Basse- Auvergne, annoncée 
plus bas, formait la « seconde thèse ». 

8. Les principales idées peraouaelles de l'auteur ont été discutées dans 



154 ANNAl-ES DU MIDI. 

La portion la plus originale forme le « livre » I de la àeiixiènic 
pai'tie (sur l'évolution des patois), où M. D. a montré en l'œuvre, 
à Faide d'exemples topiques, les causes contradictoires qui ten- 
dent, les unes à diversifier à l'infini les patois, les autres à unifier 
leur multiplicité ^ Ces exemples sont empruntés assez rarement 
aux langues romanes littéraires, comme on pourrait le croire 
d'après le titre, mais presque exclusivement au français et aux 
patois galloTromaus, notamment à ceux de l'Auvergne, que M. D. 
connaît si bien : et voilà pourquoi nous avions }e devoir de men-' 
tionner cet ouvrage, à côté de celui, plus riche en faits précis et 
en résultats, qu'il a consacré à ceux-ci en particulier et dont il est 
question ci-dessous. A; Jbanroy. 

Dauzat (A.). Géographie phonétique d'une région de la Basse- 
Aiivergne. Paris, H. Champion, 1906; in-S» de 94 pages, plus 
8 cartes. — La seconde thèse de M. Dauzat est consacrée c\ étudier, 
suivant les principes ailleurs exposés par lui (voir plus haut), les 
parlers de la Basse-Auvergne. M. A. Dauzat a exploré avec un 
soin extrême les parlers d'une région assez étendue (département 
du Puy-de-Dôme). Il paraît avoir observé avec méthode et il a 
noté avec une minutieuse rigueur les sons, parfois très com- 
plexes, qu'offrent les parlers de cette région : ces parlers sont les 
plus intéressants des parlers méi'idionaux, en raison des nom- 
breux changements phonétiques qui s'y sont produits et dont on 
peut encore y surprendre en partie l'évolution. C'est assez mar- 
quer l'intérêt du travail de M. Dauzat. On ne saurait nier que, 
appliquée à des parlers vivants, la méthode descriptive est excel- 
lente, si même elle n'est pas la seule possible; mais elle ne suffit 
pas à rendre compte de tous les phénomènes ; l'histoire de la lan- 
gue — quand la langue a une histoire, ce qui n'est malheureuse- 
ment pas le cas pour la plupart des parlers, — nous montre les 

deux importants comptes rendus, l'un de M. A. Terracher, dans la Revue 
de Philologie et de Littérature (1907, 57), l'autre de M. E. Bourciez dans 
la Revue Critique (19U7, I, 333(. Le premier a donné lieu à une assez 
vive polémique qui se poursuit dans la Revue de philologie, etc., 1907, 
p. 15Ô. 

1. Les deux « livres » suivants : Intérêt de l'étude des patois, — 
Comment on étudie les patois, me paraissent un peu dépaysés dans ce 
livre d'un caractère scientitique : ils ne peuvent servir qu'aux amateurs 
ou aux débutants ayant besoin d'être convertis ou éclairés, et eussent été 
mieux à leur place dans une revue destinée au grand public. 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 155 

maillons de la cliaîne dont les parlers vivants n'offrent en défini- 
tive qu'uni extrémité. 

Dans le détail on peut relever çà et là des inexactitudes ou 
des inadvertances. P. 9 : meskln, où kl est précédé d'une consonne, 
ne peut pas être rapproché de lilyer (claro). — P. 11, n. : ce n'est 
pas le suffixe -î^«re qu'il faut invoquer, mais -idiare; cf. d'ail- 
leurs p. ^1. ^-: P. 29 : qu'est-ce que cannape, avec un p? — 
P. 35 : on a dû avoir 'slêla, mais aussi Stella. — P. 49 : h propos 
de mioitu (miiUo), ne fallait-il pas rappeler esp. mucfio, gai. 
viuilo, etc. ? — P. 51 : qu'est-ce que les a sept voyelles romanes du 
moyen âge » ? L'expression est au moins peu heureuse. — P. 57 : au 
« début du moyen âge » est vague. — P. 70 : il n'est pas parlé des 
dissimilations consonantiques, « phénomènes assez rares dans la 
région », est-il dit en note ; mais la dissimilation, consonantique 
ou vocalique, est « assez rare » dans la plupart des parlers ; 
l'une n'est pas moins intéressante que l'autre. — P. 71 : l'expres- 
sion « dissimilation de i devant i, y » n'est pas rigoureusement 
exacte. J. Angladk. 

Laba-Nde (L.-H.). L'église Nolre-Lame-des-Loms d'Avignon, 
des origines au xiii*? siècle. Piiris, 1907 ; in-8p de 88 i)ages, 8 plans 
et 17 phototypies. (Extrait du Bx{lletin arcliéologique, 1906.) — 
J'ai annoncé la prochaine publication de cette étude dans les 
Annales du Midi, t. XIX, p. 397, en terminant un compte rendu 
de diverses autres monographies d'églises romanes ))rovençales, 
dues à M. L. Le dernier travail de M. L. vient enrichir d'observa- 
tions précises le fonds de matériaux déjà acquis pour son histoire 
de l'architecture romane en Provence et en Bas-Languedoc. Je 
m'efïorcerai d'en donner une idée exacte. 

A- 1^ difïérpnce de Saint-Trophime d'Arles et de Notre-Dame de 
Vaison, l'église Notre-Dame-des-Doms, abstraction faite de diver- 
ses mpdifications, semble à première vue former un tout parfaite- 
ment homogèpp. Plus de parties de mur en petit appareil. Partout 
un magnifique appareil moyen. Le monument parait bâti d'après 
un plan bien étudié et exécuté fidèlement. « Spn examen doit donc 
nous Uv>:er plusieurs des secrets de l'art roman. » 

M. L. déprit l'eniplacement, l'entourage et le plan de l'église au 
xiiie siècle. 

A cette époque, l'église se conipose d'une abside probablement 
demi-circulaire à l'intérieur et à pans coupés à l'extérieur, d'une 



156 ANNALES DU MIDI. 

travée formant chœur, surmontée d'une coupole avec lanternon 
largement ajouré, et d'une nef à quatre travées séparées par des 
arcs-doubleaux et voiitées en tiers-point. Un clocher carré, à plu- 
sieurs étages, se trouve sur la façade. La porte d'entrée, entre 
deux grandes demi-colonnes engagées, qui supportent un entable- 
ment avec fronton triangulaire, encadre son tympan dans une 
archivolte supportée par deux autres colonnes plus petites. Au 
devant, un porche avec murs latéraux extrêmement épais, et sur 
la face principale deux demi-colonnes engagées, soutenant encore 
un entablement et un fronton triangulaire. 

M. L. passe en revue les opinions diverses émises sur la fonda- 
tion et la date de construction de l'église. Le chanoine Calvet, le 
docteur Calvet, Mérimée, Artaud, Courtet, Achard, l'abbé Pou- 
gnet, Revoil, Deloye, de Manteyer varient entre Charlemagne et 
le milieu du xie siècle. Aucun de ces auteurs n'a envisagé l'hypo- 
thèse où le porche serait postérieur et ajouté à la construction pri- 
mitive. 

M. L. étudie ensuite, à la lumière des documents, la basilique 
mérovingienne et carolingienne, la réorganisation de l'église 
d'Avignon au xie siècle et la dédicace de la cathédrale en 1063 ou 
1069. De la basilique mérovingienne on ne sait rien. Les pillages 
des Sarrasins entretinrent le plus grand désordre en Provence 
du viiie siècle au xe. La construction soignée et la décoration 
savante de notre église ne sauraient appartenir à une aussi misé- 
rable époque. En 1027 seulement, commencent des donations qui 
firent succéder la prospérité aux longs malheurs passés. Vers le 
milieu du xie siècle, des bâtiments claustraux durent être aména- 
gés ou construits à nouveau, et l'on dut procéder à la reconstruc- 
tion plus ou moins complète de la cathédrale de Notre-Dame sur 
l'emplacement de la vieille basilique mérovingienne ou carolin- 
gienne. 

Le monument dédié en 1063 ou 1069 est-il bien celui qui subsiste? 

Pour répondre à cette question, M. L. entreprend l'examen 
détaillé de Notre Dame-des-Doms et la compare avec les édifices 
similaires de la région. 

La coupole est fréquente, mais ce qui l'est moins, c'est la façon 
d'égaliser, par la juxtaposition d'arcs latéraux, les dimensions de 
la travée voûtée par la coupole. Quant au lanternon éclairant l'in- 
térieur de la cathédrale d'Avignon, il ne se trouve nulle part 
ailleurs. 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 157 

Le clocher carré, situé sur la façade, dont le rez-de-chaussée 
forme narthex en avant de la nef, est une rareté. 

Le plan de l'église n'a rien qui indique une époque primitive, 
comme la première moitié du xie siècle. Même, des dispositions 
savantes dénotent une grande expérience de la part du construc- 
teur. En outre, la disparition complète des vestiges de l'ancien 
monument plaide en faveur d'une époque avancée. 

Tout l'édifice, abstraction faite du porche, est d'une seule et 
même construction, pour laquelle on a employé un moyen 
appareil régulier. Celui-ci, avec les mai-ques de tâcherons, indique 
pour N.-D.-des-Doms une époque très voisine du milieu du xiie 
siècle. 

Quant à la décoration de l'édifice, depuis la disparition de l'ab- 
side ancienne, elle consiste surtout dans les colonnettes qui, à 
l'intérieur et àTextéiieur du monument, soutiennent les arclùvol- 
tes des fenêtres au lanternon de la coupole; dans les colonnes 
engagées et cannelées, placées aux angles extérieurs de ce lanter- 
non; dans le cordon qui court tout le long des murs latéraux de 
la nef au bas de la voûte; dans les colonnettes qui coupent les 
pilastres supportant les doubleaux; dans la corniche extérieure de 
la nef et du clocher; dans l'encadrement de la porte d'entrée. 
M. L. y relève l'imitation des motifs décoratifs de l'antiquité. 
C'est ainsi que les chapiteaux dérivent de l'ordre corinthien. 

Tous les éléments de la décoration s'accordent à accuser le 
xiie siècle et une date rapprochée de 1150. 

L'édifice actuel n'est donc pas le même que celui ([ui fut dédié 
en 1063 ou 1069. 

L'étude des documents montrant que c'est au milieu du xii" siè- 
cle que le chapitre de N.-D.-des-Doms fut le mieux pourvu , 
M. L. se croit fondé à attribuer l'église actuelle à cette époque de 
grande prospérité. 

Quant au porche, un examen un peu attentif établit qu'il a été 
ajouté plus tard au reste de l'édifice. M. L. en donne une descrip- 
tion très soignée, et en place la date peu après celle du clocher et 
de la nef, vers 1180. 

L'étude du cloître et des maisons capitulaires, avec celle du 
mobilier roman de l'église, chaire épiscopale et autels, faite d'après 
les précieux débris subsistants, termine ce beau travail, où les 
observations et les reclierches précises réduisent dans de grandes 
proportions l'incertitude qui semblait la règle aui)aravant. 



Î38 ANNALES DU MIDI. 

Par l'ensemble de ses monographies d'églises romanes, M. L. a 
rendu les plus grands services à l'histoire de l'art provençal od 
méridional. Ed. BbNDURAND. 



Sabarthès (l'abbé). Essai sur la toponymie de VAude. Nar- 
bonne, Gaillard, 1907; in-8o de 61 pages (Extrait du Bulletin de 
la Commissio^i archéologique de Narhonne). — M. Sabarthès, 
auteur d'un Dictionnaire topographique de l'Aude, dont il termine 
actuellement l'impression, est bien préparé à des travaux de ce 
genre. La présente brochure comprend deux parties. La première 
a pour titre : Elude sur la toponomaslique de l'Aude (p. 1-31), la 
deuxième est intitulée : Essai sur les cours d'eau du départe- 
ment de l'Aude. Les pp. 26-29 comprennent le relevé des suf- 
fixes latins qui ont servi à former la plupart des noms de lieux de 
l'Aude. P. 29 : il n'y a pas de « rhotacisme » dans la forme 
Lézignan, qui vient de Liciniamt^n. L'étymologie (p. 25) de bac 
(côté de montagne exposé à l'ombre) est bien hasardée. Pouv Aude, 
M. Sabarthès reprend l'explication de M. Thomas, mais il s'en 
éloigne à tort pour expliquer Aude par Aide, Aida : Vu est dû^ 
comme l'a dit M. Thomas, à la phonétique catalane. 

J. AngladE. 



ZiNGARELLi (N.). Re Maufredi nella memoria d'un troViatore. 
Testo provenznle e note (Nozze Bonanno-Pitrè). Palerme, 1907 ; 
petit in-4o de 13 pages. — M. Z. republie avec une traduction et 
d'intéressantes notes uii sirventés bien connu sur la ihort de 
Manfred (461j 234), longtemps attribué à tort à Aimeric de Pé- 
guilhan. Il fait rismàrquer justement que ce sirventés n'a paë été 
écrit au lendemain de l'événement, puisque Edouard y est appelé 
roi des Anglais, et qu'il ne monta sur le trôné qu'en 1272. Le 
souvenir de Manfred avait doniî vécu assez longtemps dans le 
cœur du troubadour anonyme^ et c'est ce qui explique le titre dé 
la brochure. M. Z. donne le texte de la pièce d'après la copie 
« très fidèle de Mahn » (copie de/); sans se préoccliper deavai'iàn- 
tes de K-, dont la rédaction serait « identi^ile » à celle de L Ces 
deux affirmations sont inexactes : la copie de Mahn est très mé- 
diocre et K fournit quelques leçons à introduire dans le texte. La 
collation très soigneuse que M. St: Stronski a bierl voulu faire 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 159 

pour moi des deux mss. n'a donc pas été stérile : j'en donne 
ici les principaux résultats ^ : 

V. 19, les deux mss. ont demenen, non demancn; au reste, la 
correction demenan, déjà proposée par Malm, s'impose; — 2\, I, 
séingner, K seigner; corr. seignor, non seignors ; — 24, non nos. 
mais vos (lE), ce qui vaut mieux pour le sens ; — le v. 27 est 
correctement (dans IK) E. e Valors que faran {fan est une falitè 
de lecture) ; l'addition de Preliz est ddhc superflue ; — 83, norl iot, 
niais totz [iK); — i est sup^iléé avefc l^aiâori, inàis il fallait noléi' 
cfii'ii mariqtlè dans les deux iriss. ; — 34, non van r^uan, mais hd7i 
quar (IK); — 38, detnanes est une correction inutile pour dé niûr- 
vez {IK ; voy. Levy, marôés); 46, part, iion parlz {IK) ; — 48,1a 
correction [mtl] iioni fausse la déclinaison; K a correctement 
home, I homs ; — 50, oi] ai K; qi I, par une erreur fréquente à 
l'initiale*. 

Quelques détails de la traduction doivent être modifiés confor- 
mément aux indications ci-dessus. La seule erreur importante est 
aux V. 43-4 : il faut lire (en un mot) Irobares {K trôberes)^ et 
entendre : « Et où, princes et barons, la trouverez-vous (la boime 
foi)? » A. Jeanroy. 



1. Je ne tiens pas compte de quelques menues inexactitudes qui n'altè- 
rent pas le sens, comme tolz pour totz (22), camie pour canie (32), 
veiaire pour viàiré (-iD), joi pour jai (54) (toutes ces leçblis dans les 
détix niss.), été. 

2. Il y a quelques fautes communes aux deux mss. qui paraissent b'en 
imputables à l'auteur, ce qui fortifierait l'hypothèse de l'origine ita- 
lienne de celui-ci : 23, dejan pour dejam ; 24, anam pour a7ipm ; 20 
faute inverse ; 29, trobeiran pour troharan. 

3. Il y a au v. 29 un autre ex. de tz réduit à s {es pour etz). 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



BuFFAULT (P.). La ville d'Oloron et sa forêt du Bager depuis le 
xie siècle jusqu'à nos jours. Toulouse, Privât, 1907; in-8o de 
40 p. 

Catalogue du musée de Rodez, par L. Masson, 2e partie, 2e sec- 
tion. Numismatique. Rodez, imp. Garrère, [1907]; in-8° de 120 p. 

Gauzons (T. de). Les Albigeois et l'Inquisition. Paris, Bloud, 
1908; ia-16 de 125 p. 

Charles-Roux (J.). Souvenirs du passé. Le costume en Pro- 
vence. Paris, Lemerre, 1907; 2 vol. in-4o de 2G1 et 251 p., avec 
planches, dessins et illustrations. 

Chevalier (U.). Répertoire des sources historiques du moyen 
âge. Bio-bibliographie; nouvelle édit., 8e et 9e fasc. Paris, Picard, 
1907; gr. in-8o à 2 col., col. 3817 à 4832. 

FoROT (V.). Les thermidoriens tullois (1794-1795). Paris, Schemit, 
[1907]; in-8o de 100 p. 

Grégoire IX. Les registres de Grégoire IX. Recueil des bulles 
de ce pape, publiées ou analysées d'après les manuscrits origi- 
naux du Vatican, par L. Auvray, T. II. Texte. Années IX à XII 
(1235-1239), 10e fasc. Paris, Fontemoing, 1907; gr. in-4o à 2 col., 
col. 1073 à 1292. 

Grenier (P.-L.). La cité de Limoges. Son évoque, son chapitre, 
son consulat (xiiie-xviiie siècles). Paris, Picard, 1907; 111-8» de 
134 p. 

Irénée-d'Aulon (Père). Nécrologe des Frères mineurs capucins 
de l'ancienne province d'Aquitaine, comprenant la Guyenne, la 
Gascogne et le Béarn (1.582-1790). Garcassonne, impr. Bonnafous- 
Thomas, 1904; in-8o de 81 p. 

Lavillate (H. de). Esquisses de Boussac (Creuse). Paris, Emile- 
Paul, 1907; in-8o de 240 p. avec grav. 

Nigolaï (A.). Population de la Guienne au xviiie siècle (1700- 
1800). Paris, imp. Nationale, 1907; iri-8o de 51 p. 

Panissaud (P.). Monographies de Labastide-Saint-Pierre, Cor 
barieu et Campsas. Montauban, imp. Forestié , 1907; in-8o de 
218 p. 

l^e Gérant^ 

P.-F-D. PlilVAT. 



louluuse. Imp. Doulauoure-PRIVat, rue S'-lluino, Si) — 6070 



CARTULAIRE 



PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DUPONT 

EN HAUTE AUVERGNE 

PRÉCÉDÉ DE 

LA HIOGRAPHIE DE SON FONDATEUR, BERTRAND DE GRIFELILLE 

TEXTES INÉDITS DU DOUZIEME SIECLE 



INTRODUCTION 
I. 

LA BIOGRAPHIE. 

On sait, d'une manière générale, quelle expansion prit brusque- 
ment le inonachisme en France à partir de la seconde moitié du 
xie siècle, mais on est loin de connaître tous les détails du mou- 
vement qui a dontié naissance à de multiples maisons religieuses, 
parmi lesquelles celles de Grandmont, de la Chartreuse, de Fon- 
tevraud, de Citeaux, de Tiron, de Clairvaux et du Paraclet sont 
les plus célèbres ^ Les noms d'Etienne de Muret, de Bruno de 
Cologne, de Robert d'Arbrissel, de Robert de Cîteaux, de Bernard 
de Tiron, de Bernard de Clairvaux, de Géraud de Sales et de 
quelques autres ont été entourés par l'Eglise de l'auréole des 
saints ou, pour le moins, de celle des bienheureux ; quant à Abai- 
lard, fondateur du Paraclet, il a, par ailleurs, de quoi se passer 
de cette pieuse consécration. Mais combien de vaillants « hom- 

1. Qu'il me suffise de renvoyer aux pages écrites à ce sujet par 
M. Achille Luchaire, dans V Histoire de France, publiée sous le noui de 
M. Ernest Lavisse, t. II, '> partie, p. l'tîO, 

ANNALES DU MIDI. — XX 11 



162 ANTOINE THOMAS. 

mes de Dieu » se sont dévoués à la même tâche sur le sol de 
France sans que le succès de leurs efforts, circonscrits dans un 
horizon provincial de peu d'étendue, les ait fait sortir de l'obs- 
curité si chère ù leur ascétisme ! 

Obscurité relative, pensera-t-on, car à tout le moins le Gallia 
christiana a dû retracer, diocèse par diocèse et abbaye par abbaye, 
toute l'œuvre religieuse qui s'est épanouie au xiie siècle ; et là où 
le recueil des Bénédictins offre des insuffisances ou des lacunes, 
il a dû être complété par les recherches des savants de province 
dont la pullulation, au siècle dernier, atteint presque celle des 
moines à l'époque que nous avons en vue. Une découverte faite 
en 1897 aux archives du Vatican, par M. G. de Manteyer, mem- 
bre de l'École française de Rome, et grâce à laquelle l'histoire 
religieuse du Massif central de la France se trouve subitement 
illuminée d'une clarté dont aucun rayon n'avait encore pénétré ni 
dans le Gallia christiana ni dans les ouvrages publiés depuis, 
montre combien notre information est précaire et ce qu'on peut 
encore attendre des bibliothèques inexplorées. Le cas est si curieux 
que je demande la permission de m'étendre sur les circonstances 
dont l'enchaînement a reculé jusqu'à l'heure actuelle la publica- 
tion d'un texte qui avait été signalé dès 1635 par le père de l'his- 
toire de France, André Duchesne^. 

Dans le catalogue intitulé : Séries auctorum, omnium qui de 
Francorum hisloria et rébus f?'ancicis... scripserunt, prospectus 
du recueil monumental des Historiae Francorum Scriptores 
qu'avait conçu André Duchesne, on trouve une notice ainsi 
conçue : 

« Gesta Bertrandi Pictauiensis , primi Domus de Ponte in 
Aruernia fundaloris. Ex Cod. MS. V. cl. Alex. Petauij Senatoris 
Paris '^. » 

Cette notice a été reproduite par le Père Lelong, dans sa Biblio- 
thèque historique de la France, sous le n» 12271 *, et depuis lors 
personne ne semble y avoir prêté attention. 



1. Cf. Antiales du Midi, XVII, 67, une notice intitulée : Une préten- 
due histoire de l'abbaye de Beaulieu au xii' siècle. 

2. Séries, etc., édit. de 1635, p. 21. La première édition, publiée en 
1633, ne contient pas cette notice. 

3. Le Père Lelonj,' a omis de mentionner la source de rinformation de 
Duchesne. 



CARTULAIRE DU PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 16'.^. 

La collection de manuscrits que possédait Alexandre Petau, et 
qui avait été en majeure partie formée par son père, Paul Petau, 
fut acquise par la reine de Suède Christine, en 1651, et vendue, 
après sa mort, au pape ^Alexandre VIII : elle forme encore aujour- 
d'hui le noyau principal de la section dite liegina de la biblio- 
thèque du Vatican 1. Montfaucon a [)ublié un catalogue à la fois 
alphabétique et méthodique des manuscrits d'Alexandre Petau'*, 
rédigé en 1645 : on n'y trouve aucune mention de l'opuscule visé 
par André Duchesne. Mais il n'en est pas tout à fait de même si 
l'on consulte un catalogue postérieur rédigé peu après l'entrée des 
manuscrits de la reine au Vatican (vers 1690), et publié également 
par Montfaucon sous le titre suivant : Bibliolheca reginae Sueciae 
in Yalicana. Dans ce catalogue, l'article 168 est ainsi conçu : 

« Auonymus Historia de Gestis pontificum et Comitum Engo- 
lismensiumex Historia Hngonis Engolismensis desumta. Addiiur 
rr fine Historia monasterii Belliloci Lemovicensis a Berlrando 
Pictaviensi constrnctl 3. » 

Or, le premier de ces deux ouvrages est enregistré dans le cata- 
logue d'Alexandi'e Petau dans les termes suivants : 

« Engolismensium Pontificum et Comitum gesta, 733, 168*. » 

On est donc porté à penser que l'opuscule signalé par André 
Duchesne est le même (malgré la différence du titre) que celui qui 
formait la seconde partie d'un manuscrit des Petau qui aurait 
porté successivement les nos 733 et 168. Là est la vérité, comme 
on le verra plus loin. Mais suivons d'abord la nouvelle direction 
donnée par le catalogue de la reine Christine. Le Père Lelong 
enregistre la mention suivante : 

« Histoire du monastère de Beaulieu, dans le diocèse de Limo- 
ges (uni à la congrégation de Saint-Maur). 

« 11687. Historia monasterii Belliloci Lemovicencis; à Ber- 
trando, Pictaviensi. 

« Cette histoire est conservée dans la bibliothèque du Vatican, 
entre les manuscrits de la reine de Suède, n^ 168. » 



1. Voir Vlter romanum du D"- Boda Dudik (Vienne, IHTm), t. I. pp. Vi.\ 
et suiv. 

2. Bihl. bihl, manuscri^itorum nova, t. I (Pnris, 1739), pp. tjl-yf.. 

3. Ibid., p. 17b. 

4. Ibid., p. 80b. 



164 ANTOINE THOMAS. 

Par suite de l'omission du mot conslructi, voilà notre fonda- 
teur de monastère transformé en écrivain , et sur la foi du 
Père Lelong, Daunou a écrit dans l'Histoire littéraire de la 
France, t. XV, p. 618 : « Bertrand de Poitiers est l'auteur d'une 
histoire du monastère de Beaulieu, au diocèse de Limoges, his- 
toire que l'on conserve dans la bibliothèque du Vatican, parmi les 
manuscrits de la reine de Suède, no 168. » 

M. Alfred Leroux, archiviste de la Haute-Vienne, à qui l'his- 
toire du Limousin a tant d'obligations, était préoccupé depuis 
longtemps de ce manuscrit de Bertrand de Poitiers : à sa demande, 
M. Léopold Delisle et M. l'abbé Ardant firent dans le fonds 
Regina de la Bibliothèque vaticane des recherches qui n'eurent 
qu'un résultat négatif, la constatation que le précieux manus- 
crit ne se trouvait plus là où il était légitime d'espérer le trouver. 
Enfin la lumière s'est faite lorsque M. Georges de Manteyer a 
publié dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École 
de Rome un article révélateur intitulé : « Les manuscrits de la 
reine Christine aux archives du Vatican i. » Dans le manuscrit 
actuellement coté : Miscellanea, Arm. XV, t. 143, il a reconnu 
le manuscrit 168 du catalogue de Montfaucon ini,itulé : Biblio- 
theca reginae Sueciae in Vaticana, et il a constaté que ce manus- 
crit portait encore, entre autres cotes ou numéros périmés, le 
nô 733 indiqué ci-dessus. L'identification est donc pleinement 
assurée. Il ne reste plus qu'à mettre en lumière, après ces prélim-i- 
naires bibliograpliiques indispensables, le profit scientifique qui 
en résulte pour riiistoiro religieuse de notre pays. 

Pour le Limousin, c'est une déconvenue. Bertrand de Poitiers 
n'a pas plus écrit l'histoire de l'abbaye de Beaulieu qu'il n'a cons- 
truit l'abbaye elle-même. Il n'y a pas d'histoire de l'abbaye de 
Beaulieu dans les collections du Vatican et il n'y en a jamais eu. 
Le rédacteur du catalogue de la reine Christine s'est laissé abuser 
par les premières lignes de l'opuscule qui se trouve en tête de la 
seconde partie de notre manuscrit et où il est question de la ville 
(et non de l'abbaye) de Beaulieu. Ces premières lignes sont, d'ail- 
leurs, tout ce qui en a été imprimé jusqu'ici. Elles ont été repro- 
duites par Maximin Deloche dans une note de la page lxxxii de 
son Carlulaire de l'abbaye de Beaulieu, mais Beloche n'a pas 
pris le temps d'examiner le texte (jui lui était tombé sous les yeux 

L Année 1897, pp. 2Hr)-:«:>. 



CARTULAIRE DU PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 165 

et (|ui, en fait, n'avait aucun rapport avec l'histoire de l'abbaye 
dont il publiait le cartulaire'. André Duchesne a intitulé notre 
opuscule : Gesta Bertrandi Piclavien-iis, primi domus de Ponte 
in Arvernia fandatoris. Pour être complet, pour être juste, il 
aurait fallu ajouter ces mots : et Willelmi Rolberti successoris 
ejus. On trouvera plus loin le texte original latin, publié et annoté, 
de cet opuscule biographique; mais certains lecteurs seront peut- 
être bien aises d'en avoir en français une idée d'ensemble. J'en 
ai rédigé une traduction presque littérale que je me permets de 
leur offrir. 

« Bertrand, quittant le Poitou et le chfttean de Givray, d'où il 
était originaire, s'en alla en Limousin dans la ville de Beaulieu. 
Là, pendant quelque temps, il enseigna comme maître la loi de 
Dieu aux clercs qui voulaient l'entendre. Puis, considérant que ce 
que l'on enseigne par la parole n'a pas autant d'action sur les 
esprits que ce que l'on met sous les yeux des spectateurs, il se 
résolut à quitter le monde et à instruire par les œuvres. Il s'éloi- 
gna donc et se réfugia seul, pour servir Dieu, dans la solitude 
d'une vaste forêt nommée Agrifolia; de là lui vint le nom sous 
lequel on le désigna par la suite. Les gens du voisinage voyant 
sa dévotion, bien qu'il voulût rester solitaire, se réunirent et 
bâtirent un oratoire en l'honneur de Dieu et de saint Jean-Bap- 
tiste. Partant de là, à la prière de Hugues de Rupe, seigneur de 
Malaviela, il bâtit un autre oratoire dans un domaine de ce sei- 
gneur appelé Rameria. il i)àtit ensuite, à la prière du vicomte de 
Calviniaco, un autre oratoire nommé Ispaniacus, sur les rives 
d'un ruisseau appelé Celer, près de l'église de Herencgas. 

« L'an de TLicarnation 1151, il bâtit un autre oratoire dans le 
lieu appelé Carmelus. A la même époque, noble homme Girbert 
de Marcenac, ayant entendu parler de lui, le pria de bâtir dans 
ses domaines un oratoire au nom du Seigneur. Accédant à son 
désir, l'homme de Dieu bâtit un oratoire en l'honneur de Dieu et 
de la bienheureuse Marie, mère de Dieu, et il voulut qu'il s'appe- 
lât la Maison du Pont {Domus de Ponte). Plein de joie, Girbert 
donna à Dieu et à la bienlieureuse Marie, et à Doni Bertrand et à 
ses successeurs, des terres à cultiver pour y trouver leur nourri- 

\. Voir Alfred Leroux. Les Sources de l'histoire du Limousin (Limo- 
ges, 1895), pp. 63-64. La citation faite par Deloche a du moins le méritn 
de nous apprendre qu'André Duchesne avait copié sur notre manuscrit 
le te.xte signalé par lui et parfaitement caractérisé dans sa Séries aucto- 
rum, etc. Cette copie se trouve à la Bibliothèque nationale, coll. Du- 
chesne, t. XXXVIII, f" 91, précédée de cette indication : » Ex cod. nis. 
D. PetfaviiJ post Gesta com, Engol. » 



166 ANTOINE THOMAS. 

ture, le droit de pacage dans tout son domaine pour leur bétail 
gros et menu, le ilroit de prendre du bois pour leur usage, le droit 
d'acquérir à perpétuité des bomnies de sa juridiction. Après avoir 
fondé tant de monastères, Bertrand reçut de l'évêque de Glermont, 
Aimeric, la bénédiction solennelle et le titre d'abbé. Mais lui, 
connaissant la réputation de l'église de Notre-Dame-de la-Gou- 
ronne, se donna à ladite église avec ses possessions, à condition 
qu'ils instituassent un autre abbé à sa place, parce qu'il n'ai- 
mait que la solitude. Mais eux n'en voulurent rien faire et insis- 
tèrent pour qu'il gardât son office à sa volonté, consentant seule- 
ment à disposer plus tard de ses possessions. 

« Très affligé, Bertrand chercha et trouva un lieu écarté et sau- 
vage, d'accès difficile, nommé Estorrotz, situé sur le bord d'un 
cours d'eau appelé Elsey, et y fit bâtir un oratoire; c'est là qu'il 
se retirait, toutes les fois que les circonstances le permettaient, 
pour se livrer loin de ses frères à la vie contemplative. A la fin, 
prévoyant que la mort allait lui apportei' la récompense de tant 
de travaux, il appela un de ses compagnons, nommé Guillaume 
Robert, avec lequel il avait la plus grande familiarité et à qui il 
avait confié l'administration de la Maison du Pont, et il lui dit : 
« Frère, sache que cette nuit même, qui est celle dans laquelle le 
Seigneur a délivré ceux qui étaient dans les ténèbres et l'ombre 
de la mort, je sortirai de cette prison corporelle. Après avoir lavé 
et revêtu mon corps selon l'usage, selle un àne et transporte har- 
diment mon corps pendant la nuit dans la Maison du Pont. J'ai 
obtenu du Seigneur la grâce de mourir ici et d'aller attendre là- 
bas son avènement. » Et après l'avoir exhorté à l'observance de 
la sainte religion et à l'honnêteté de la vie, se recommandant lui et 
les siens au Seigneur, il rendit l'esprit au milieu de la prière. 
Fidèle aux ordres reçus, le disciple prit le corps saint et, à travers 
les dangers de la nuit, grâce à sa protection, il arriva au lieu 
désiré. Dès le matin, la nouvelle se répandit de tous côtés. Les 
seigneurs des environs, apprenant le décès du saint homme et 
son enlèvement, rassemblèrent des troupes et se mirent à sa pour- 
suite. Le disciple, plein de prudence, aussitôt qu'il fut arrivé à 
destination, fit prévenir Girbert de Marcenac de ce qui s'était 
passé- pour qu'il pût, si c'était nécessaire, repousser la force par 
la force. L'ayant nppris, ceux qui le poursuivaient s'en retournè- 
rent pleins de tristesse. Alors le disciple ensevelit le corps de son 
maître dans l'église où il est encore honoré de tous les gens des 
enviro n s 

« En ce temps-là, c'était Etienne de Mercœur qui gouvernait 
l'église de Glermont et qui l'illustrait autant par ki splendeur de 
ses mœurs que par la noblesse de sa race. Dom Guillaume Robert 
alla auprès de lui et il obtint ses bonnes grâces au point que 
bientôt il fut très célèbre dans tout le diocèse. L'évêque désirant 



CARTULAIRE DU nilEDRE UE NOTRE-DAME-DU- FONT. 1G7 

favoriser la liaison du l'ont, qui se trouve située dans la paroisse 
de Leynhac, lui donna à perpétuité l'église de Leynhac et toutes 
ses dépendances en ne réservant que le droit épiscopal. 

« Bertrand de Rocafort, Itier, Bernard et l'abbé de Brioude, 
frères de noble race, prièrent Guillaume Robert de bâtir dans 
leurs domaines une maison pour le service de Dieu ; il exauça 
leur désir fidèlement, à la grâce de Dieu ; la maison s'appelle 
Vallis Clara. 

« Il bâtit aussi un autre oratoire dans le donuiine des sei^^neurs 
de Castronovo et à leur prière; on l'appelle Bcllllociis. 

« Il bâtit aussi un autre oratoire dans le domaine d'un chevalier 
nommé Guillaume de Veyrieras; le lieu s'appelle Maralel. 

« Bec de Calmon, dont la mère s'appelait Valborg, donna à per- 
pétuité à Guillaume Robert et à ses successeurs un domaine qui 
est nommé Munmarli, que son père avait acquis pour une somme 
considérable, et il l'exempta de toute redevance. Le même Bec 
donna aussi à Guillaume Robert et à ses successeurs le droit d'ac- 
({uérir de ses hommes et la permission de prendre ce dont ils 
auraient besoin dans sa terre inculte, dans les forêts et dans les 
herbages. 

i< Etienne, dont nous avons parlé, succéda sur le siège de Gler- 
mont à Pons, moine de Clairvaux. Guillaume Robert eut ses 
bonnes grâces au point que celui-ci lui accorda la faveur de ne 
payer aucune dime à aucune personne, soit ecclésiastique, soit 
laï(|ue. 

« Enfin, après avoir gouverné longtemps les lieux dont il a été 
parlé, et s"ètre rendu agréable à Dieu et aux hommes, Guillaume 
mourut dans la Maison du Pont à un âge avancé; il fut enterré 
près de son maître Dom Bertrand , près du mur extérieur de 
l'église. » 

L'opuscule que je viens de traduire est anonyme et le nom de 
l'auteur qui l'a rédigé restera sans doule à jamais inconnu; mais 
il est évident qu'il émane d'un religieux de cette Maison du Pont 
où vinrent côte à côte dormir leur dernier sommeil Bertrand 
de Grifeuille et son disciple et successeur Guillaume Robert. A 
quelle époque faut-il en placer la rédaction? Une seule date y est 
expressément donnée, celle de 1151, relative à la construction de 
l'oratoire de Carmelus. L'auteur connaît très exactement l'ordre 
de succession des évêques de Clermont dans la seconde moitié du 
douzième siècle, d'abord Aimeric, puis Etienne de Mercœur, puis 
Pons [de Polignac], moine de Clervaux; mais il ne nous apprend 
ni la date de la mort de Bertrand de Grifeuille, ni celle de la mort de 
son successeur Guillaume Robert. Il sait seulement que Rertran<l 
reçut le titre d'abbé de l'évèque Aimeric ot que (iuillaume Robert 



168 ANTOINE THOMAS. 

fat très en faveur auprès d'Etienne de Mercœur et de Pons de 
Polignac. Nous savons par ailleurs que Pons mourut en 1188; la 
mort de Guillaume Robert dut survenir vers la même époque. 
Notre biographe anonyme n'a dû prendre la plume que dans les 
premières années du treizième siècle. Son récit a, dans l'ensem- 
ble, une belle allure historique ; mais les éléments nous manquent 
pour faire une critique rigoureuse de tous les détails. Sur un 
point cependant, il semble que la tradition qu'il suivait soit 
sujette à caution. D'après lui, c'est en 1151 que Bertrand de Gri- 
feuille bâtit l'oratoire de Carmelus, et la fondation de Notre- 
Dame-du-Pont n'eut lieu qu'après; plus tard enfin, « fundatis 
toi cenobils », l'èvêque de Clermont Aimeric lui confère solen- 
nellement le titre d'abbé. Or, un document authentique, cité par 
le Gallia ehristiana S atteste qu'en l'an 1151 le siège épiscopal de 
Clermont était occupé par Etienne de Mercœur , successeur 
d'Aimeric. 

Le contrôle géographique est plus facile que le contrôle histo- 
rique, et il ne nous laisse dans l'embarras que sur un ou deux 
points que nous indiquerons à leur place. 

Parti de Givray, en Poitou, sa patrie, Bertrand se fixe quelque 
temps à Beaulieu, en Eiraousin, où il vit dans le monde des 
clercs. Ces deux localités sont assez connues pour se passer de 
commentaire. De Beaulieu, il se retire dans un lieu isolé nommé 
Agrifolia, où l'on bâtit bientôt un oratoire en l'honneur de 
saint Jean-Baptiste. Il s'agit de Grifeuille, commune de Mont- 
vert, canton de Laroquebrou, arrondissement d'Aurillac, où il y 
eut etïectivement jusqu'au xvme siècle un prieuré de Saint-Jean, 
dit aussi de Notre-Dame, dépendant de l'abbaye de la Couronne, 
au diocèse d'Angoulême, sur lequel on ne savait rien jusqu'ici 
antérieurement à l'année 1203 2. J'ignore pourquoi le Diction- 
naire topographique du Capital de M. Amé adopte, comme nom 
modei'ne, la forme Griffouille ; une lettre de M. Lafon, institu- 
teur de Montvert. m'apprend «{u'on prononce Grifieille * et que 



1. Tome II, col. 271). 

2. Voir le Dict. stat. du Cantal, par Déribipr-du-Chàtelet; le Dict. 
topogr. du Cantal, par Emile Amé, et surtout Vllist. de l'abbaye de 
Notre-Dame-de-la-Couroniie, par l'abbé J.-P.-G. Blancliet, dans le Bull. 
de la Soc. arcti. et liist. de la CluirHnte, t. X (1888), p. ',Wo. 

3. Forme francisée du patois actuel Grifièllw, plus anciennement Gri- 
fuèltia. On remarquera que le cartulaire de Notre-Dame-du-Pont, publié 



CARTULAIRE DU PRIEDRÉ DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 169 

ce n'est plus qu'un lieu-dit situé k la lisière des forêts, sur la 
route d'Aurillac à Pléaux , où quelques pierres couvertes de 
mousse sont les seuls restes du prieuré. Aucune carte, pas même 
celle deCassini, ne fait mention de cette localité, dont le nom iloit 
rester attaché au fondateur de Notre-Dame-du-Pont^. 

Grifeuille est à proximité do la roule de Beaulicu à Aurillac. 
Bertrand se trouvait là au diocèse de Clermont, mais à quelques 
kilomètres seulement du diocèse de Limoges", qu'il venait de 
quitter, et du diocèse de Cahors, où allaient bientôt l'appeler les 
instances de ses admirateurs. Rameria, où il bâtit son second 
oratoire, est Laramière, commune du canton de Limogne, arron- 
dissement de Cahors, à environ 75 kilomètres de Grifeuille. Nous 
trouvons etïectivement plus tard mention de Notre-Dame-de-Lara- 
mière parmi les possessions de l'abbaye de La Couronne '. Mais 
que dire de Hugo de Rupe, qui erat dominus de Malaviela, 
dans les possessions duquel se trouvait Laramière? Si l'on 
remarque que Laramière, bien que situé au diocèse de Cahors» 
était sur les confins da diocèse de Rodez, on sera porté à identi- 
fier ce seigneur avec un Hugo délia Rocca qui intervient dans des 
donations faites à l'abbaye de Conques relativement à l'église de 
Maleville, canton de Montbazens, arrondissement de Villefranche 
(Aveyron) *, ou du moins, car les donations faites à Conques 
paraissent remonter sensiblement plus haut, à supposer qu'il 
pouvait être le fils de ce donateur. 

Après la construction de l'oratoire de Laramière se place celle 
de l'oratoire « quod vocatur Ispaniacus super ripam tlumiiiis 
quod vocatur Celer, prope ecclesiam de Berencgas », construit à 
la prière du vicomte de Calvignac. Le Celer est la rivière appelée 
encore aujourd'hui le Celé, aflluent du Lot, <iui passe d'Auver- 
gne en Quercy, et sur les bords de laquelle se trouve effectivement 

phis loin (art. ^8), donne la t'ornie Grcf'olhu. où Va n'est pas dipthonKué 
en lié. 

1. M. Alexandre Bruel croit que le « prior de Agrifnellni » mentionné 
sous le n» 153 par le plus ancien pouillé du diocèse de Saint-Fiour doit 
être localisé kGi-ifeuille, coinnuinede Roannes-Saint-Mary (Poiiilb' des- 
dioc. de Clermont et de Saint-Flour, p. 2-.iô). Je suis l'opinion courante, 
mais je dois avouer que je n'ai pas trouvé de raison décisive en faveur de 
l'une ou de l'autre identilicalion. 

2. Il va de soi que je fais abstraction de la création postérieure des 
diocèses de Tidle et de Saint-Flour (IH17-131H), 

3. Blanchet, op. laud., p. 392. 

t. Cartiil. de Conques, p. p. A. Desjardins, n"» 53(5, 051. 5i')(). 



170 ANTOINE THOMAS. 

l'église de Brengues, canton de Livernon, arrondissement de 
Figeac (Lot). Dans la même région, plus au sud, se trouve Calvi- 
gnac, canton de Limogne, arrondissement de Gahors, dont les 
seigneurs portèrent de bonne heure le titre de vicomte. Quant à 
Ispaniacus, c'est Espagnac, gros hameau de la commune d'Espa- 
gnac-Sainte-Eulalie, canton de Livernon, où se juxtaposèrent et 
se superposèrent au moyen âge trois fondations pieuses : celle de 
Bertrand d'Agri feuille, que nous révèle notre texte, celle d'une 
dame Elisabeth, faite en 12 lU (prieuré de femmes), et celle de 
l'évêque de Coïmbre, Aimeric Hébrard, qui, en 1293, imposa au 
prieuré d'Elisabeth, rebâti par lui dans un lieu moins exposé aux 
inondations du Celé, le nom plus éclatant de Val du paradis 
d'Espagnac. Aimeric Hébrard, comme Elisabeth, s'entendirent 
avec l'abbaye de La Couronne pour leurs fondations, ce qui con- 
firme implicitement les données de notre texte : Bertrand d'Agri- 
feuille avait bien passé par là, et là comme ailleurs l'abbaye de 
La Couronne était son héritière •. 

Avec l'oratoire de Cannelus, bâti en 1151, nous revenons dans 
le diocèse de Clermont pour ne plus le quitter. Il s'agit tVEscal- 
mels, commune de Saint-Saury, canton de Saint-Mamet-la-Salve- 
tat, arrondissement d'Aurillac, où se trouve encore aujourd'hui 
une chapelle, jadis siège d'un prieuré, dédié à Notre-Dame, à la 
nomination de l'abbé de La Couronne. Le Dictionnaire lopogra- 
phiqiie du Cantal de M. Amé fait remonter la fondation de ce 
prieuré au xi« siècle, mais sans donner de preuve à l'appui de 
cette affirmation que contredit catégoriquement notre texte 2. 
Bernât prior dois Calmelhs figure une fois dans le cartulaire de 
Notre-Dame-du-Pont (art. 6); il est plus que vraisemblable qu'il 
faut l'identifier avec le Bernarl, qui revient fréquemment dans le 
cartulaire en qualité de prieur de Notre-Dame-du-Pont. 

La fondation de beaucoup la plus importante de Bertrand 
d'Agrifeuille fut celle de Nolre-Dame-du-Pont. dans les domaines 



1. Blanclict, op. Laud., p. '^97; Edmond Albe, Fduillles du Qiiefcy... 
Maison d'Hébrard (Cahors, 1905), p. H. 

2. Une intéressante mention du prieur d'Escnlmels. qui a échappé à 
M. Amé, se trouve dans le compte de Gérard de Parai, bailli d'Auvergne 
en 1299 : « De priore de Carmelo, pro eo quia aliqui nionaclii dicti prio- 
ratus ceperunt et percusserunt G. Baufet, servientem domini régis, 
XX 1. » Le regretté Aug. Chassaing. qui a édité ce texte (Spicilegium Bri- 
vatense, p. 2r>l), a identifié à tort le pr/or d(^ Carmelo avec le prieur du 
couvent des Carmes d'Aurillac. 



CARTULAIRE DU PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 171 

de Guirbertde Marcenac, paroisse et commune de Leynhac, canton 
de Maurs, arrondissement d'Aurillac J'y reviendrai dans l'intro- 
duction du cartulaire que nous a conservé le manuscrit du Vati- 
can et qui sera publié plus loin intégralement. 

Il ne reste plus qu'une étape géographique dans la biographie 
de Bertrand de Grifeuille, et malheureusement je ne sais où la 
placer. J'ai fait de vains efforts pour locnliser l'oratoire tVEsior- 
rols, b;\ti sur le bord du cours d'eau appelé Elsey, où le saint 
homme aimait à se retirer et où il mourut. L'abljé Blanchet, histo- 
rien de La Couronne, signale parmi les possessions de l'abbaye 
« la capellanie sans bénéfice à'Entrerolz » et, d'autre part, 
«^ Notre-Dame à\\.nterch », qui sont évidemment identiques à ce 
mystérieux oratoire, mais il en ignore l'emplacement ^ 

Dans la biographie de Guillaume-Robert, successeur de Ber- 
trand de Grifeuille, il est question de trois fondations d'oratoires 
faites par lui, et d'une importante donation dont il bénéficia. 

Le premier oratoire fondé par lui, à la demande de la famille 
de Rocaforl, est appelé Yallis Clara. C'est Vaxiclaire^, commune 
de Molompize, canton de Massiac, arrondissement de Saint-Flour, 
où il y a eu effectivement un prieuré de Notre-Dame, dépendant 
de l'abbaye de La Couronne. M. l'abbé Blanchet ne sait rien de 
son origine et se borne à mentionner indirectement des docu- 
ments du xve siècle à son sujet ; le Dictionnaire topographique 
du Cantal est mieux renseigné, puisqu'il cite un acte de 1370 où 
figure \e prioratus Yallis Clare, ordinis beati Marie de Corona. 
Rien ne permet de combler la lacune de deux siècles environ 
qui existe entre cet acte et le témoignage de notre biographe 
anonyme. 

Pour les deux autres oratoires, Bellilocus et Miiratel, je n'ai 
rien de positif à proposer comme identification, et je juge inutile 
de faire des conjectures gratuites. 

Enfin, le domaine de Mun Marti, dont Guillaume Robert reçut 
la donation de Bec ou Begon de Calmont et de sa mère Valborg, 
est probablement Monl-Marty, commune de Saint-Etienne-de- 
Maurs, dont il est question dans le cartulaire de Notrc-Dame- 
du-Pont, art. 41 et 42. 



1. Op. laud., p. ;J88. 

iJ. Ecrit abusivement Vauclair dans l'usage actuel. L'abus est le ni.Mm 
dans CLairvaux, d'ailleurs, et plus difficile à réformer. 



172 ANTOINE THOMAS. 

II. 

LE GARTULAIRE. 

Le cartulaire de Notre-Dame-du-Pont est transcrit dans le ma- 
nuscrit du Vatican, sans aucune solution de continuité, à la suite 
de la biograpliie que nous venons d'étudier; mais les deux docu- 
ments sont absolument indépendants l'un de l'autre, et le biogra- 
phe anonyme ne paraît pas avoir eu connaissance du cartulaire. 

On a tellement publié, étudié et commenté de cartulaires religieux 
qu'il serait tout à fait oiseux de se livrer ici à des considérations 
générales sur cette matière. Je m'en tairai donc. J'estime que ma 
tâche essentielle consiste à publier exactement le cartulaire de 
Notre-Dame-du-Pont d'après le seul manuscrit qui nous l'ait con- 
servé, en y joignant les identifications des lieux et des personnes 
qu'il m'a été possible de faire, et je laisse aux érudits de la Haute 
Auvergne le soin de tirer de ce document tout le profit que peut 
en attendre l'histoire religieuse, féodale et sociale de la région 
qu'il concerne. Voici seulement quelques remarques prélimi- 
naires. 

Le scribe a transcrit les actes à la suite les uns des autres, sans 
alinéa, se contentant de mettre par-ci par-là quelques ||, qui ne 
sont pas toujours rigoureusement et méthodiquement distribués. 
J'ai établi de mon propre chef une numérotation destinée à faci- 
liter l'usage du cartulaire et à préciser les références que les his- 
toriens pourront avoir à y faire. Ma division en numéros n'est pas 
parfaite, car il est parfois assez difficile de distinguer les actes 
des sections d'un même acte ; on voudra bien excuser les quelques 
inconséquences qu'on y pourra remarquer. 

Le cartulaire concerne exclusivement Notre-Dame-du-Pont, la 
Mayso (ou Mayo) dal Pont, comme il est dit à chaque article; il 
laisse de côté les autres fondations de Bernard de Grifeuille et de 
Guillaume Robert. Si le prieur d'Escalmels y figure, une seule 
fois (nu 6), ce n'est pas à raison de sa qualité de prieur, mais 
comme ayant reçu, concurremment avec le prieur du Pont, une 
donation faite à la Maison du Pont. Aucune date chronologique 
ne s'y trouve formellement exi^rimée; notons cependant que 
l'acte 20 est précédé de cette mention : régnante Lodovico rege 
Frnncorum, qui cum exerciLu Jhen/salem peciit ; d'où nous 
pouvons conclure que cet acte est de peu postérieur à l'année 



CARTULAIRE DU PRIEURE DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 173 

1147. Le fondateur du Pont, Bertrand de Grifeuille. ne Jit^nire que 
dans deux donations, où son nom n'est suivi d'aucun titre : c'est 
donc à la loiocrniphie seule que nous devons de savoir qu'il avait 
reçu le titre d'ablié, titre personnel, à ce «[u'il semble, car la maison 
du Pont n'est jamais désignée comme étant une abbaye. Ce titre 
passa-t-il à son successeur (iuillanme Robert? La l)ioora])liie n'en 
parle pas. Parmi les actes, plus nombreux, où ce dernier inter- 
vient, il en est un qui le qualifie de senher dnl Pon (n» 18), ce qui 
porterait à croire qu'il était revêtu d'une dignité personnelle assez 
analogue au titre d'abbé. Mais les autres actes ou ne le qualifient 
pas (nos 4^ 19^ 24, 33, 39), ou le qualifient simplement de prior 
dal Ponl (n" 22). Deux autres prieurs de la maison figurent dans 
le cartulaire : Thomas (no* 6 et 21) et R. Bernard (passim). La 
donation qui porte le n» 21 établit que Thomas est antérieur à 
R. Bernard et la donation 6 que R. Bernard avait été jirieur d'Es- 
calmels avant d'être prieur du Pont. Il est donc probable que 
Thomas succéda immédiatement à Guillaume Robert. 

Les religieux qui vivaient dans la Maison du Pont sont ordinai- 
rement appelés frères {frayres); mais Bertrand de Grifeuille ayant 
affilié toutes ses fondations à l'abbaye de La Couronne, de l'ordre 
de saint Augustin, c'était, à proprement parler, des chanoines; ce 
titre plus précis ne se trouve qu'une fois dans le cartulaire : un 
des religieux, B. Gautier, est appelé prestre e canonjes dans 
l'acte 14, ce qui correspond à la qualification de frayre e prestre 
que lui donne l'acte 12. 

Les chanoines devaient y être assez nombreux à la tin du xn« siè- 
cle, car l'acte 26 nous montre qu'il y avait plusieurs offices claus- 
traux dans le prieuré et comme une manière de petit cliapitre; 
au-dessous du prieur, nous voyons mentionnés le cellerier, l'hù- 
telier et l'écrivain. 

Les donations faites au prieuré s'appliquent toutes à des biens 
fonds ou à des rentes du voisinage. Sa situation sur les confins 
de plusieurs diocèses explique la variété des espèces monétaires 
qui y étaient concurremment en usage : celles de Cahors {Caor- 
cencs), celles de Rodez { Rodanés), ceWea du Puy (Poirs). L'ho- 
rizon de notre cartulaire est singulièrement borné : il ne s'élargit 
que cinq fois, pour nous laisser entrevoir Rome, où les seigntuirs 
de Leynhac vont en pèlerinage (42), et Jérusalem, où le roi Louis 
conduit l'armée des croisés (20), et où des femmes (art. IS) et des 
chevaliers (art. 22 et 34) vont en pèlerinage. 



174 ANTOINE THOMAS. 

Le cai'tulaire de Notre-Dame-du-Pont offre un intérêt particu- 
lier au point de vue linguistique, car tous les actes, sauf un 
(art. 20, rédigé du vivant de Bertrand de Grifeuille), sont rédigés 
non en latin, mais en langue vulgaire. On sait combien sont rares 
les textes de ce genre dans la région de la Haute Auvergne avant 
le xive siècle. On ne possède que quelques lignes remontant au 
xiie siècle ^ La publication de notre cartulaire comble donc une 
véritable lacune linguistique, puisque tous les actes en sont vrai- 
semblablement antérieurs au xiiie siècle. Il est probable que le 
compilateur du cartulaire (qu'on peut supposer avoir vécu dans 
la première moitié du xiiie siècle, plutôt qu'au xiie) et le copiste 
du manuscrit du Vatican (lequel n'est certainement pas antérieur 
au xive siècle) ont parfois rajeuni l'orthographe. C'est ainsi que 
l'emploi fréquent des groupes Ih et nh, pour noter les sons respec- 
tifs de VI et de Yn mouillées/réveille un soupçon de rajeunissement, 
car il est rare dans les pays de langue d'oc avant le xiiie siècle 2. 
J'en dirai autant de la profusion de Vy dans les diphtongues ay, 
ey, et ailleurs. Mais le fond de la langue n'a pas été touché. Il 
n'offre d'ailleurs rien que de conforme à ce qu'on pouvait induire 
des textes postérieurs et du patois contemporain. On trouvera plus 
loin un glossaire alphabétique de quelques mots rares ou non 
attestés jusqu'ici qui figurent dans notre document, avec la tra- 
duction ou le commentaire linguistique qu'ils nous ont paru com- 
porter. 

Antoine Thomas. 



1. Voir R. Grand, Les plus ancie?is textes rùniatis dans la Haute- 
Auvergne. Paris, Picard, 1901 (extrait de la Revue de la Haute-Auver- 
gne). L'auteur de ce recueil n'a pas songé à y faire entrer les actes 525 et 
533 du cartulaire de Conques, relatifs à Molompize et à Saint-Maraet. 

2. La notation nh apparaît cependant déjà dans une charte de la région 
de Toulouse, datée de 116(J, qui ligure dans le Recueil de textes de 
M. P.JVIeyer sous le n» 47. 



CARTULAIRE DU PRIEURE DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 175 



TEXTES 



I. 



BIOGRAPHIE DE BERTRAND DE GRIFEUILLE. FONDATEUR DR 1,A 
MAISON DU PONT 2, ET DE GUILLAUME ROBERT. SON DISCIPLE 
ET SUCCESSEUR. 

1. [Fol. 21 r°] Noverint universi quod domnus Bertrand us, 
egressus de Pictavia\ castro videlicet de Sievray*, imde 
oriundus erat, veait in pago Leraovicino^, in villa que voca- 
tur Bellilocus'% ibique aliquandiii legem Dei clericis audire 
volentibus quasi magister edocuit. Considerans itaqiie ea que 
irritant animos deraissa per aurem, quoniam^que sunt omnia 
subjecta fidelibus et que ipse sibi elegit spectator, quia mun- 
dum relinquere volebat, pari deberedocuerat, operibus docere 
sategit*. Elonguare ergo comrauni conversatione hominum 



1. D'après un ms. du xiv" siècle, coté Miscell., Arm. XV, 1-13, aux 
archives du Vatican, copié par un copiste professionnel, dont le travail a 
été obligeamment collationné par mon jeune confrère, M. Martin-Cliabot, 
alors membre de l'École de Rome, aujourd'hui archiviste aux Archives 
Nationales. .Je prie M. Martin-Chabot d'agréer l'expression publique de 
mes remerciements par son obligeance toute désintéressée. 

2. Le Pont, hameau de la commune de Leynhac, canton de Maurs, 
arrondissement d'Aurillac, Cantal. 

3. Le Poitou, pays correspondant à l'ancienne cioitas Pictavoruni, 
capitale Poitiers, Vienne. 

4. Civray, chef-lieu d'arrondissement, Vienne. 

5. he Lùnousin, pays correspondant à l'ancienne civitas Lemovicum, 
capitale Limoges, Haute-Vienne. 

6. Beaulieu, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Brive, Corréze. 

7. Ms. : qm. 

H. Cette phrase est grammaticalement inintelligible ; je ne devine pas les 
corrections qu'elle comporte et je me borne à rejjroduire la leçon du 
manuscrit. 



176 ANTOINE THOMAS. 

cupiens, fugit' ad serviendum^ Domino soliis in quadam 
vasta solitudine nemoris quod vocatur Agrifolia^ iinde 
deinceps agnominatus est''. 

2. Videntes autem quidam de circumstantibus devotionem 
illius, acceusi calore fidei, licet ipse solitarius vellet manere, 
tamen ilico juncli ediflcaverunt oratorium ad honorera Dei et 
beati Johannis Baptiste. 

3. Inde progrediens, ad preces Ugonis de Rupe, qui erat 
dominus de Malaviela^, edificavit in possessione illius aliud 
oratorium in loco qui vocatur Rameria*. 

4. Edificavit preterea, ad preces vicecomitis de Calviniaco ^ 
aliud oratorium quod vocatur Ispaniacus*, super ripamflurai- 
nis quod vocatur Celer^ prope ecclesiam de Berencgas^". 

5. Anno autem Incarnationis Dominice M. C. primo, edifi- 
cavit aliud oratorium in loco qui dicitur Carmelus'*. 

6. Per idem tempus, nobilis vir Girbertus de Marcenac^^, 



1. Ms. : fugere. La correction en fugit a été adoptée par Duchesne 
(Bibl. nat., coll. Duchesne, 38, fol. 91). 

2. Ms. : cerviendum. 

3. Grifeuille, lieu-dit de la commune de ÎNIontvert, canton de Laro- 
quebrou, arrondissement d'Aurillac, Cantal, où se voient encore quelques 
ruines d'un ancien prieuré. 

4. Bertrand est effectivement surnommé de Agrifolio et, en langue 
vulgaire, de Grefolha dans le cartulaire du Pont publié plus loin, art. ^0 
et 38. 

5. Ms. : malamela. — Cf. un Htiyo de Roca, de La Roca, etc., qui 
fait des donations à l'abbaye de Conques relativement à l'église de « Mala 
Villa » {Maleville, canton de Montbazens, arrondissement de Villefran- 
che, Aveyron), dans le Cartul. de Conques, n°» 444, 536, 551, 560). 

6. Laramière, canton de Limogne, arrondissement de Cahors, Lot, 
sur l.es confins de l'Aveyroii. 

7. Calvignac, canton de Limogne, arrondissement de Caliors, Lot. 

8. Espagnac, commune d'Espagnac-Sainte-Eulalie, canton de Livernon, 
arrondissement de Figeac, Lot. 

9. Le Celé, affluent du Lot. 

10. Brengues, canton de Livernon, arrondissement de Figeac, Lot. 

11. Kscnbnels, commune do Saint-Saury, canton de Saint-Mamet-La- 
Salvetat, arrondissement d'Aurillac, Cantal. 

12. Un Guirhert de Marcenac, lilsd'Austorc, figure dans deux actes du 
cartulaire du Pont (n»' 9 et 24), mais il est postérieur à l'époque de Ber- 
trand de Grifeuille; un homonyme, dont le père s'appelle aussi Austor- 
yius, ligure dans la donation à Conques de l'église de Saint-Mamet (Can- 



CARTULAIRE DU PRIEURE DK NOTRE-DAME-DU-PONT. 177 

audiens famam illius, rogavit eum ut ia possessinae illiiis 
edificaret domum noinioi Domini altissimi. [fol. 21 r"] Cngnita 
itaque vir Dei vokmtate ejus, edificavit oratoriiim iu honore 
Dei et béate Marie, matris Domini, etvoluitut vocaretur locus 
illeDomusdePoute. Repletus igitiir gaiidiopredictusGirbertus 
dédit Deo et béate Marie et doinuo Bertrando et successoribns 
ejus terrain ad excoliendum unde haberent victui necessaria. 
Preterea dédit eis in tota terra sua'pascuaad alenda pecora et 
jumenta. Dédit etiam eis nemoribus quicquid opus haberent 
ad onine opus. Et insuper dédit eis quidquid adquirere pos- 
sent de suis hominibus, ut esset sui juris in perpetuum. 

7. Fundatis igitur tôt cenobiis, a domino Aymerico, Claro- 
montensi' episcopo-, promotus est benedictione solemni [in] 
abbatem. Audiens autem percelebre nomen ecclesie béate 
Marie de Corona^, quod velut nardus odore suavitatis orbem 
resperserat, se et sua predicte ecclesie contulit, tali coniii- 
tione ut ipsi in predictis locis locoipsius abbatem preficerent, 
quia ipse solitudinem hominum afïectabat. Quod ipsi facere 
noluerunt, dicentes hoc contra suum esse propositum, sed 
ipse, quamdiu viveret*, suo fungeretur officio, et postea illi 
secundum propositum providerent. 

8. Quod ille audiens vehementer indoluit, et sollicite per- 
quirens locum proposito suo satis congruum, nomine et 



tal) vers 1U25 (Cartul. de Conques, n° XI), mais il est beaucoup trop 
ancien. Le promoteur de la fondation du Pont appartient à une généra- 
tion intermédiaire de la même famille. Cette famille tire son nom soit 
d'un des quatre Marcenac ou Marcenat actuellement subsistants dans 
le Cantal, soit plutôt d'un hameau voisin du Pont et qui paraît avoir 
disparu; cf. les art. 5, 7, S) et 38 du cartulaire du l'onl. 

1. Ms. : claromuntenci. 

:i. Aimeric, d'abord abbé de La Chaise-Dieu, évètiuc de ClcTiMorit 
de un à 1151 au plus tard. 

3. La Couronne, premier canton d'Angoulème. Charente. L'.abhaye de 
La Couronne, de l'ordre de saint Augustin, fut fondée en 1118 par le 
prêtre Lambert, depuis évèque d'Angoulème (ll;Jt)-]149). 'S\. l'abbé Hlan- 
chet lui a consacré un gros volume (Ili.st. de l'abbaye royale de Xotre- 
Dame de La Couronne, Angoulème, 1888-9. 2 vol. in-8"); il n'a pas connu 
notre texte et il ignore par conséquent l'origine des possessions de La 
Couronne en Auvergne et en Querci. 

4. Ms. : vellot. 

ANNALES DU MIDI. — XX 12 



178 ANTOINE THOMAS. 

aspeciu valde [hjorribilem [locum] invenit. Vocatur autem 
locus ille Estorrotz^ accessu hitic iûde diClicilis, super ripam 
fliirainis qui (52c) dicitur Elsey''^, modicam habens planicieni, 
ibique ediflcalo oralorio oportuais temporibus a cetu fratrum 
se subtrafh eus ia suporni^ laspectoris oculis mo- [fol. 22 r"] 
rabatur secuin. 

9. Ad ultinium, pro tantis laboribus preuiium recepturus, 
divinitus suum previdens obilurn, vocavit unumejus [sociumj, 
qui vocabatur Willelnius Rolberti ' et ei fainiliarior erat, cui 
eliam curam Domus de Ponte commiserat, et dixit ei : 
« Frater, noveris me ea nocle, qua Domiuus eduxit vinctos 
« de tenebris et umbra noctis, egressuruui de hujus corporis 
« ergastulo. Tu igitur corpus ablutum ex more iudne statimque 
« in ipsa nocte, strato asino, uihil veritus. ad Domum de Ponte 
« illud transfer : sip enim oblinui a Domino ut, hic resolutus, 
« ibi prestoler"^ adventum ipsius. » Admouens itaque eum de 
observantia sancte religionis viteque houestate, se suosqiie 
commendans Domino, inter verba orationis misit spiritum". 

10. Igitur apprehensa diacipulus, ut jussus fuerat, sancti 
corporis gleba, iter arripiens, multa incommoda occasione 

" noctis perpessus est, sicnt ille vir Dei predixerat, sed tamen 
omnia meritis illius evadens, prospère ad locum pervenit 
obtatum". Mane igitur facto, rumor facti circumquaque inso- 
nuit. Audienles itaque domini terre illius tauti viri decessum 
et abcessum, congregata multitudine virorum, insecuti sunt, 
Discipulus autem ille, ut vir prudens, hoc previdens, quam 
cito devenit ad metam, rei eventum mandavit Girberto de Mar- 

1. localité non identifiée. 

2. Cours d'eau non identifié : la forme i?/se// paraît être celle du génitif, 
bien que la syntaxe appelle un nominatif. 

8. Ms. : supernis. 

4. Fréquemment mentionné dans le cartulaire du Pont, art. 4, 18, l'.t, 
22, 24, 33, 39. 

5. Ms. : prestoletur. 

6. Il semble, d'après ce récit, que la mort de Bertrnud de Grifeuilie 
soit survene dans la nuit du vendredi au samedi saint. 

7. Par suite, nous pouvons nous faire une idée de la distance qui sépa- 
rait la Maison du -Pont du lieu inconnu, Kstorrotz, où mourut Bertrand 
de Grifeuille. 



CARTULAIRE DU PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 179 

ceuaciit, si necesse eral, vim vi repelleret. Quo cognito, inse- 
quentes tristes redieruut ad sua^ Discipuhis vero magislri 
corpus in ecclesia condivit, iibi iisque nimc a circumslaiitibus 
honoratur-. 

11. Regebat histeinporibusPcclesiarnClaromonteusem dorii- 
nus Stephanus \p 22 v] de Mercor^, eamque sicul* nobili- 
tategeneris, sic moruinspleudoribusillustrabat. Ciijus presea- 
tiam domnus Willelmus Robberti adieas, tantam Camiliarita- 
tem ciim eo adeptus est ut ia brevi par totani diocesim 
clarissimus haberetur. Hujus igitur gratia dictus episcopus 
Domui de Ponte providere voleus, quia prefata Douius sedet 
in parrochia ecclesie de Laihac^, dédit predictam ecclesiam 
cum omnibus pertinenciis suis Domui superius nominate, 
salvo jure episcopaii, perpetuo possidendam. 

12. Preterea Bertrandus de Rocafort^ et Iterius et Bernar- 
dus et abbas Brivatensis^ fratres, nobiles viri, rogaverunt 
predictum Willelmum Robberti ut in possessione eorum edi- 
ficaret doraura ad serviendum Domino, quod Deo douante 
fideliter adimplevit : vocatur ille iocus Vallis Clara^ 



1. Cette prise d'armes des seigneurs des environs à'Estorrotz avait pour 
but la conservation du corps de l'iioinme de Dieu, transporté subreptice- 
ment à la Maison du Pont; on sait de quel fanatisme étaient l'objet les 
reliques de ceux qu'on considérait comme des saints. 

'2. Cette formule semble indiquer qu'un assez grand nombre d'années 
s'est écoulé entre la mort de Bertrand de (irlfeuille et le moment où 
a été rédigée sa biographie. 

3. Etienne de Mercœur, évèque de Clerinont de ll')l, au plus tanl, au 
•^U janvier IKiO (anc. style). 

4. Ms. : cicut. 

5. Leynhac, canton do Maurs, arrondissement d'.\urillac, Cautal, 
l'église était dédiée à Notre-Dame et resta depuis lors dans la dépendance 
du cliapitre de Notre-Dame-du-Pont. 

0. Probablement Roche fort, commune de Saint-Poney, canton de Mas- 
siac, arrondissement de Saint-Flour, Cantal. 

7. Brioude, chef-lieu d'arrondissement, Flaute-Loire. Cet abbé, de la 
famille de Rociiefort, est peut-être l'abbé J5., dont le Gallia christiana 
ne connaît que deux mentions, en 1101 et 1U)2 (t. II, col. -17). 

8. Vaiiclairc (écrit barbarement Vauclair), commune de Moloinpize 
canton de Massiac, arrondissement de Saint-Flour, Cantal, f.e prieuré de 
Notre-Dame-de-Vauclaire est mentionné dans des documents postérieurs 
comme une dépendance de l'abbaye di' La Couronne. 



180 ANTOINE THOMAS. 

13. Aliud eliam oratorium edificavit in possessione domi- 
norum de Castro Novo\ ad preces eorumdem, quod vocatur 
Bellilocus^. 

14. Edificavit et aliud oratorium in possessione cujusdam 
railitis qui vocabatur Willelmus de Veyreyras^; et locus voca- 
tur Muratet*. 

15. Bego etiam de Calmon^, cujus mater est vocata est 
Valborges^, dédit ac^ perpetuo paciflce possidendum concessit 
predicto Willelmo Robberti et successoribus ejus quandam 
possessionem que vocatur Mun Marti ^, quam possessionem 
pater ejus raulta summa pecunie adquisierat et ab omni 
exactione penitus liberam lecerat et immunem. Dédit etiam 
idem Bego predicto Willelmo Robberti et successoribus ejus 
ut quidquid adquirere possent de suis hominibus esset sui 
juris in perpetuum; et iusuper dédit eis in tota terra sua 
inculta quidquid opus haberent in nemoribus et in berbis. 

16 Predicto Stepbano successit in regimine Claromontensis 
ecclesie domnus Poncius, Clare- [fol. 23 r»] vallensis raona- 
chus% apud quem domnus Willelmus Robberti tantam inve- 

1. L'identification de cette famille est subordonnée à celle de l'oratoire 
de Bellilocus. 

2. Localité que je ne puis identifier avec certitude. Il y avait un prieuré 
à Beaulieu-haut, commune de Ruines, arrondissement de Saint-Flour, 
mais il était de l'ordre des Carmes. 

3. Famille difficile à identifier tant que la situation exacte de Muratet 
ne sera pas élucidée. 

4. Peut-être Muratet, commune de Vitrac, canton de Saint-Mamet-La,- 
Salvetat, arrondissement d'Aurillac, Cantal. 

5. Calmont-d'Olt, commune d'Espalion, Aveyron. lia famille de Cal- 
mont a joué un rôle important dans le Rouergue; voir sa généalogie dans 
Hipp. de Barrau, Doc. hist. et génëal. sur les familles... du Mouer- 
gue, I (1853), 579-5'J3. Le personnage ici mentionné est Begon 111, encore 
vivant en 1214. 

G. C'est l'ancien nom germanique Waldeburyis.ll. de Barrau (ojj. laud., 
p. 581, n. 1), mentionne cette dame sous les noms altérés de Balbtirye et 
Salburge. 

7. Ms. : hac. 

8. Probablement Mont-Marty, commune de Saint-Etienne-de-Maurs; 
cf. le cartulaire du Pont, art. 41 et 42. 

9. Pons, moine, puis abbé de Clairvaux, évèque de Clermont de 1170 
à 1187. 



CARTULAIRE OTJ PRIEURE DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 181 

nit gratiam quod eum hac liberalitate donavit ut aulli eccle- 
siastice seii laicali persoue in tota diocesi sua de nutrimentis 
vel laboribus suis décimas persolvere teneretiir. 

17. Denique, cum predictus Willelmus jam dicta loca diu 
rexisset et acceptas esset tam Deo quam hominibus, in bona 
senectute obiit apud Donmm de Ponte, et sepultus est prope 
magistrura suum dpmnum Bertrandura juxta parietera eccle- 
sie forinsecus'. 

II. 

CARTULAIRE DU PRIEURE DE NOTRE-DAME-DU-PONT 2, 

1. [Fol. 23 r°] Guilhelmus de Mala Planha donet se meiz a 
Deo e a la Maj'so dal Pont, e ab se donet a la Mayzo la fasenda 
dal Maset*, que era delieura de tota sessura. 

2. Peyre de La Garriga*, lo payre d'en B. e d'en Guio, 
donet ab se meys a Deo e a la Mayso dal Pon La Lodeira^ tota 
per entier, e donet u camp'^ de terra quels té ab lo Maset, e 
comandet sos filhs que totz temps fesesso anoal a la Mayso 
dal Pont per luy e per tôt son linatge; e se li filhs non fasiant 
l'anoal, la Maysos agués .i. sestier de segle el quart de la Mar- 
tinia" ; e part aysso donet per totz temps lo deyme e la Mar- 
liuia. 

3. Guirbertz de Vigoro donet a Deo e la Mayso dal Pon ab 
se meys la fasenda dal Vigoro* quels té ab los Pausils, e es 
quitia de tota cesura. 

1. Ms. : forinsetus. 

2. Outre la ponctuation logique et l'usage de l'apostrophe, j'ai introduit 
dans le texte des accents (aigus ou graves, selon qu'il s'agissait d'une 
voyelle fennée ou ouverte) pour distinguer les désinences toniques -e et 
-es des mêmes désinences atones. 

3. Le Mazet, commune de Leynhac. 

4. La Garrigue, domaine ruiné, commune de Leynhac. 

5. La Loudiére, commune de Saint-Étionne-de-Maurs: un domaine du 
même nom, aujourd'hui ruiné, se trouvait aussi dans la commune de 
Marcolès, au nord de Leynhac. 

6. Ms. : donet ij. camps. 

7. La Martinie, commune de Maurs. 

8. Il est manifeste que ce Vigoro était dans le voisinage du Pont et ne 



182 ANTOINE THOMAS. 

4. CoDeguda causa sia qu'en B. Paretz se donet, a la fi, a la 
Mayso dal Pon, e donet a Deo e a la Mayso, per se e per son 
payre e per sos frayres que ero trespassatz, la fasenda de 
Genellach' tola per entier, aytal teguda quai sos payre i 
ténia-. D'ayso so testimoni Guilhems Robbertz, que receps lo 
do, B. de La Garriga e G., sos frayre, en [fol. 23 v^J cui raayso 
fo fach. 

5. Coneguda causa sia que li ome^ de Fellinas*, Bos e Mau- 
rizis, sos frayre, e P., lor cosis, demandavo el mas de Marce- 
nach^ una pessa de terra e u sestier*' de seguel de brasatgue^ 
e alberc meyssonenc; e demandavo a La Molinairia** très emi- 
nas el quart e totz los camps e alberc. E sia saubuda causa 
que Bos se donet a la Mayso dal Pon per frayre. e donet a Deo 
e a la Mayso la soa part, e ayso era la quarta part. Ayso, e 
totas las querelas que far sabia en totas las tegudas que la 
Mayos ténia, sols e donet a Dieu e a la Mayo del Pon, a bona 
fé e ses engan, ë juret sobrels sanhs avangelis que ja may noy 
quesis ré el ni hom per lui; e se la pariz de negun de sos par- 
ceriers tornava a lui, per eys sagrament l'autreiet a la Mayso. 
— Per atrestals covens autreiet tôt aysso sos flllis et juret 
sobrels'' avangelis que enayssi o tegués a bona fé. Seguentre 
ayso, P., sos cosis, quey demandava la meytat, fetz acordier 
ab la Mayo dal Pon d'ayso e de tôt quant querre ni deraandar 
podia en totas las fasendas que la Maysos ténia, e juret ho 
sobre l'altar e sobrels avangelis que ja may ré noy quesis niey 

peut être identilié avec Vigouroiix, commune de Saint-Martin-sous-Vigou- 
roux, canton de Pierrel'oi't, arrondissement de Saint-Flour, où il y avait 
un célèbre château. 

1. Qinalhac, commune de Saint-Étienne-de-Maurs. 

2. Ms. : sos payre uenia. 

3. Ms. : que home. 

4. Probablement Félines, commune de Prudhomat, canton de Bréte- 
noux, arr. de Figeac (Lot). 

5. Lieu disparu. D'après la biographie, l'oratoire même de Notre-Dame- 
du-Pont avait été bâti sur les domaines de (jlirbert de Marcenac. 

6. Ms. : e ustier. 

7. Ms. : brasacgue. 

8. Msj : molmama — La Moncyrie (dans Cassini La Molnayvie). 
commune de Jjcynhac. 

'.). Ms. : sobreis. 



CARTULAIRE OU PRIEURK DK NOTRE-DAME-DU-PONT. 183 

demandés el ni hoin per lui; elli frayre receubro lo el beai- 
fach espirital e tornero Ihi de caritat .l. sol. de Caorcencs*. 
Ayso fo fach e la glieya del Pon e la ma R. Bernât, lo prinr: 
e sunt testimonii G. de-Sanh Sauri^, Berlrans La Crolz, 
B. Guirbertz de Laiach^ [fol. 24 r»] preveire, e Joans de 
Fratger*, Joans Trobatz, P. d'Antraygas ■, B. de Catmau% 
P. de Rosol, e molt" d'autres. 

6. Coneguda causa sia a totz homes, als presens e als ende- 
venidors, que Maurisis de Fellinas donet se meys a Dieu e a 
Sca Maria e a la Mayo del Pon per frayre, e donet ab se la 
soa part de totas las fasendas que sos frayre ni sos cosis i 
avio a part parlida. Ayso fetz a la glieya dal Pon e las mas 
d'en R. Bernât (sic), prior dels Calmelhs^'', e d'en Thomas, lo 
prior dal Pont; e de pari juret sobre sanhs que ja may ré noy 
quesis el ni hom per lui; elh frayre receubro lo espiritalment 
e corporalraent el benifach" de la Mayo. e de part dero Ihi 
.XX. sol. de Caorencs^". Ayso vi e ausi Willemsen P. de Sanh 
Mamet", e Bos de Fellinas, sos frayre, B. de La Crotz, 
B. Guirbertz, P. d'Antraigas, Joans de Fratguier^"^, en P. de 
Rosols. 

7. Conoguda causa sia qu'en P. de La Roca'^, que fo filhs 
d'en Guirbertz. donet ab se meys a Dieu e a la Mayso dal 



L Ms. : caorcence. 

2. Saint-Saur y, commune de Saiiit-M;imct-la-SalvoUit. 

3. Leynhac, commune de Maurs. 

4. Fraquier, commune de Leynhac. 

5. Soit Antraigues, hameau avec manoir, commune de Boissot, soil 
Antraygues, village, commune de Saint-Constant. 

6. Le Cap-Mau, commune de Boisset. 

7. Ms. : mois. 

8. Escalmels, commune de Saint-Saury. fondation do Bertrand de(jri- 
feuille. 

9. Ms. : el henifach. 
m. Ms. : caorcence. 

11. Ms. : sanhmaniet. — Saint-Mamrt, commune de Saint-^Mamot-f.n- 
•Salvetat. 

12. Ms. : de falginer. 

l'î. 11 y a plusieurs La Roque dans lo voisinage de Notre-Dame-du- 
Pont, et nous n'avons pas lo moyen de faire une identilication certaine. 



184 ANTOINE THOMAS. 

Pont las très partz del mas de La Rrigaldia^, queis té ab Mar- 
cenach, e las très partz de l'apendaria que a nom Rocacegada, 
e la ribieyra que es sotz Ferrieyras. — De rescaps, sia sau- 
buda causa qu'en P. La Roca, l'oncle- d'aquest, donet ab se 
meys a Dieu e a la Mayso dal Pont la quarta part del mas da 
La Rrigaldia, el bosc de Costa Rossa', e una pessa de terra al 
pè del poh del[s] Paûzils. 

8. Conoguda causa sia a totz [foL 24 v"] homes, als presens 
e als endevenidors, qu'ens Marsas donet si meys a Dieu e a la 
Mayso dal Pont, e donet Ihi La Molinayria, el camp de Cas- 
sannias, e tota la terra qu'e La Molenayria s'aperté. Autorici 
Harnal de Melet\ en P. Forestiers, en Durans La Tron- 
queyra^ en G. La Garriga, que mostret las bolas del camp. — 
Seguentre^ ayso, sia saubuda causa que Daurdè Mantellis (sic) 
fasia demanda en aquesta fazenda, e Ihi frayre de la Mayso 
vengro ne [a] acordier ab lui, e sols a la Mayso tôt quant 
querre ni demandar y podia, e juret sobre sanhs que ja may 
ren noy queris niey demandés el ni hom per lui ; e Ihi frayre 
donero Ihi de caritat. .l. soi. de Caorcencs". Ayso fo fach e la 
ma R. Bernart lo prior. D'ayso so testimoni B. de La Crotz, 
frayre prestre, en Harnais de Melet, en B. La Garriga, en 
Gui, SOS frayre, en P. La Garriga en Steve, sos frayre, en 
Joans de Fratguier", en l^. Brociers. 

9. Conoguda causa sia que Haslorchs de Marcenach donet, 
a la fi, a Dieu e a la Mayso del Pont la senoria" del mas de 
Marcenach e tôt quant demandava a la glieia de Laiach, e la 
soa part del deume de la paroquia. E sia'" causa conoguda 



1. La Rigaldie, commune de Leynhac. 
2.' Ms. : londe. 

3. Coste-Rousse, écart, commune de Leynliiic. 

4. Vraisemblablement Méailet, château ruiné, commune de Fournoulès. 

5. Latronqiii('re, chef-lieu de canton, arrondissement de Figeac, Lot. 

6. Mot de lecture douteuse, plusieurs lettres étant ellacées. 

7. Ms. : caorcence. 

8. Ms. : fratginer. 
1). Ms. : cenoria. 

K). Ms. : cia. 



CARTULAIRE DU PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 185 

que Hastorcs de Fornolés^ ténia lo lieu'^ de Ihui. e quant, se 
mes al Pont, donet a la Mayso t;)t quant querre ni demandai* 
y podia; e donet lo mas del Garrich, que era seus en domini; 
e donet aquo que demandava e La Molenayria, aquo era 
.1. sestier de civada [fol. 25 r^] e una galhina; e sols aquo que 
demandava en Espeltieyra. Aquest do autreiero sieu lilh 
Hebrartz en Guirbertz, e jurero sobre sanhs que may ré noy 
quesisso niey demandesso; elh frayre donero lor .c. sol. de 
Caorcencs', e elh promeyro garentia de totz homes a lor 
poder. D'ayso fo autoricis Bertrans La Crotz*, Guirbertz 
de Laihac, P. de Tornamira% en R. Bernât, en cui teguda lo 
fach. 

10. Conoguda causa sia qu'ens Haustorcs de Cassanhas 
donet a Dieu e a la Mayso dal Pont lo daus (sic) de Cassanhas, 
que es sotz Cantaperditz^. 

11. Conoguda causa sia que la mayre e Ihi frayre de Has- 
torc de Roana' lo donero a la Mayso dal Pont e ab Ihui 
donero la parra desotz La Boria** entro a l'ayga e u vinhal em 
Poh Andrieu; e la parra es quitia de tota cesura. 

12. Conoguda causa sia que Guirbertz Amblartz fo us sir- 
vens de Murât-', e avia sa mayre el castel, e era soa La Ba- 
dolhia, e avia .1. camp de terra e la fasenda de La Casa, e 
altre e Mesina; e fo plagatz e mori; e, a cap de temps, sa 
molbier, que avia sa causer e la terra e l'avia tracha de 
peuhs, e n'Ebratz de Fornolés^", que era sos cosis e sos here- 

1. Le Fournoulcs, canton de ^lanrs. 

2. Ms. : fieus. 

3. Ms. : caoreencc. 

4. Ms. : lacrortz. 

5. Il y a deux Tournemire dans le Cantal, tous deux fort éloignés do 
Notre-Dame-du-Pont, une commune du canton de Saint-Cernin et un 
moulin de la commune de Raulhac. 

6. On ne trouve qu'un seul Catite-Perdrix dans la nomenclature 
actuelle du Cantal, commune de Marmanhac; ce ne peut être le nôtre. 

7 Roamies, commune de Roannes-Saint-Mary. 

8. La Borie, écart, commune do Loynhac. 

9. Mural, nom de deux châteaux voisins, commiim^ <]>• S.-iint-lvlionno- 
de-Maurs, l'un dit La Rabe et l'autre La Guiole. 

10. Ms. : forcholes. 



186 ANTOINE THOMAS. 

tiers', volgro lo sebelhir^ e aportero la ossa al Pont, e sebelhi 
la hom el semiteri, e donero a Dieu e a la Mayso dal Pont 
totas aqviestas fasendas sobre dichas; e jurero'* Hebrartz e 
Hastorcs, sos filhs, que ja may per fort re noy quesesso niey 
demandesso e que d'ayso fesesso bona gareatia a la Mayo de 
totz homes a lor poder. D'aiso [fol. 25 V] so testimonii R. Ber- 
nartz, que era priors, que receup lo do, B. Gautiers, frayre e 
prestre, P. de Raula', P. Brossiers, P. de Rossolh, en B. Es- 
triquers e molt d'autres. 

13^. Conoguda causa sia que Willem Tremolhas^ donet a 
Dieu e a la Mayso del Pont sa fasenda da Rieu Gros', et donet 
a La Bautieyra .x. d. de ces de Rodaués e la terra que ténia 
B. del Toron de lui, et deu n'esser guirens à la Mayso en 
Garniers de Tremolhas en Bertrans, sos filhs, e siey frayre. 
En Willems donet an Garnier la senhoria^ e la vestiso per tal 
covent que tegués aquest do quiti à la Mayso dal Pont. 

14". Conoguda causa sia qu'en Raolfïps (5«c) de Murât, 
frayre de Hugo de Murât, e ssa darrieyra malaudia pausatz, 
donet a Dieu e a la Mayso dal Pont los pratz de Rescinol. 
Aquesta donassios fo fâcha a Taorsach '", e la mayso S. Aymar, 
e la ma d'en R. Bernart, que era priors el receup els bes espi- 
ritals e temporals, s'en levava. Teslimonii so B. Gautiers, 
prestre e canonjes, Joans de Fratguiers, P. Daurdè de Taor- 
sach e d'autres. 

15'^ Conoguda causa sia que la Maysos dal Pont a una 



1. Ms. : heretihers. 

2. "Ms. : sebelhier. 

3. Ms. : iurel. 

4. Peut-être Raulhac, canton (ie Yic-sur-Cère. 

5. Cf. le n" 16, où se trouve une autre rédaction. 

6. Peut-être Trémouill es , commune de Ladinliac. 
1'. Peut-être Le Rieu-Cros, commune de Marcolés. 

8. Ms : an carmer la senclioria. 

9. L'article 35 contient une notice abrégée de cette donation. 

10. Probablement Toursac, commune de' Saint-Julien Toursac, plutôt 
qu'un écart homonyme, commune de Boisset. 

11. Oet article fait double emploi avec l'article 32. 



CARTULAIRE DU PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DD-PONT. 187 

eraina de froment a Murât, e la fasenda G. de Carrio, per 
l'adersi de la mayre Guio de Murât. 

16'. Conoguda causa sia qu'en Willem de Tremolhas donet 
a Dieu et a la Mayso dal Pont la fasenda da Rieu Gros e 
.X. d. a La Bautieyra e la mayso P. del Toron. Testimonii so 
G. de Sorps'-, lo capelas, en G. de Sanh Sauri. P. de Rosolh, 
B. Estriquers, B. dal Mas, n'Astorc dal Mas e d'autres. 

17. Al bosc [fol. 26 r»! en Casilhac^ una terra que té 
.\'j. sestayradas, e det las n'EbrartzdeFornolés' e la ma d'en 
R. Bernart, que era priors. Testimonnii G. de Sorps, prestre, 
en B. Gautier. 

18. Conoguda causa sia que na Gibeliua e sa fllha, que fo 
mollier Ramun d'Ambayrac^ feyro acordier ab Willem Rob- 
bert, que era senher dal Pon, e donero Ibi sa fasenda da la 
Raynaldia, e el donet lor aver ab que anesso oltra mar. 

19. Conoguda causa sia qu'en B. ens Uc Malnoyritz, doi 
cavalier de Murât % se donero a Dieu e a la Mayso dal Pont, e 
donero a la Mayso tota lor terra. E seguentre ayso, Willem 
Robbert felz acordier ab Bonet de Murât : en Bonetz donet a 
Dieu e a la Mayso dal Pont lo mas dal Pont ab totz sos aper- 
tenemens, que era seus en domini, en Willems Robbertz 
laysset Ihi tôt quant avia dels Malnoyritz". 

20. Régnante Lodovico rege Francorum, qui cum exercitu 
Jberusalera peciit, facta est bec cartula a Bertrando de Agri- 
folio. Ugo de Fornolés'* et Guibertus etOstorgius, fratres ejus, 
dederunt ma[n]sum de Lacu de Frigidis Edibus et cambones 
et medietatem de Ver[u]ha" in perpetuum sine uUo retinaculo 

1. Cf. le n" 13, où se trouve une autre rédaction. 

2. Sors, commune de Boisset. 

3. Probablement Cazillac, commune de La Besserette. 

4. Ms. : forcholos. 

'). Probubloiiient Ambeyrac, canton de VillenoiiV"'. arrondissement do 
Villefranche, Aveyron. 

6. Ms. : muret. 

7. Ms. : mais noyritz. 

8. Ms. : forholes. 

9. La Verf))ie, commune de i^t-yidiac. 



188 ANTOINE THOMAS. 

Bertrando de Agrifolio et successoribus ejus et fratribus ejus 
pro matre sua et fratre suc quos recepit Bertrandus in regi- 
raine. Cujus rei testes sunt Willelmus de Becieyra' et P. Va- 
civels et P. de Inter Aquas et Aleaitz de Ma[n]so et ceteri 
multi. 

21. Conoguda causa sia que B. Aldoys d'Albi^ donet a Dieu 
e als frajres dal Pont, per l'arma de so frayre Willem Aldoi, 
los fraus de Las Garrigas [fol. 26 v°j el mole qe s'i aperté e la 
ma del prior Thomas, que receup lo do. E cant mes sa seror 
e la Mayso dal Pont, donet a Dieu e [a] la mayso lo mas dal 
Poh de Freyas Mayos, ab sos apertenemens, e la ma R. Ber- 
nart, qe era priors de la Mayo. 

22. Conoguda causa sia que Willems de Colne da Torsach, 
cant anet oltra mar, fetz acordier ab Willem Robbert, que 
era priors dal Pont, de l'apendaria de La Gardela^ da Freias 
Mayos et sols a Dieu e a la Mayso tôt cant querre ni demandar 
y sabla. — E sia saubuda causa que R. Balsas de Freias 
Mayos e sasor y demanda vo vegayria, e vengro ne a acordier 
ab la Mayso e solsero tôt cant demandar i sabio, e agro ne 
.iiij. sol. de caritat. Autorici B. de Tornamira, en W. Arnal, 
en G. Lhautart, e S. Forestier. 

23. Conoguda causa sia qu'eus R. Balsas de Freias Mayos e 
sa mayre demandavo vegayria el mas dal Lac, e vengro ne a 
acordier ab la Mayo dal Pont e solsero a Dieu e [a] la Mayso 
tôt cant querre ni demandar y sabio,' e agro ne .xx. sol. de 
caritat. 

24. Conoguda causa sia que n'Uc Arnals, en R., en Arnals, e 
n'Amielhs meyro lor mayre e lor frayre e lor soror (sic) e la 
Mayso dal Pont, e donero a Dieu e [a] la Mayso la fasenda de 
Poh GuirbaP e tota la teguda qu'elh tenio aqui de l'afar de 
Garaiach, e Jurero sobre sanhs evangelis e sobre l'altar que 

1. La Bessière, commune de Leynhac. 

2. Il est évident qu'il ne s'agit pas de la ville d'Alby, Tarn; peut-être 
Aubin, commune de Marmanhac, canton nord d'Aurillac, Cantal. 

;j. La Gardelle, écart, commune de Leynhac. 

4. Le Dict. top. du Cantal enregistre Puech-Guiral {Le), domaine ruiné 



CARTULAIRE DD PRIEURE DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 189 

may re noy quesisso ni noy demandesso, e promeyron guoren- 
tia l'us de l'altre e us quex de lolz homes, a lor poder, a bona 
fé; elh frayre antreiero lor et la Mayo lor seboltura (a) ses 
messie e (a) ses dan de la Mayo [fol. 27 ro|, e de part dero lor 
.c. sol. de Caorcencs' de caritat. Autoricis R. Beraatz, en cui 
ma fo fach, en P. de Blasela^, Guirbertz de Laihac, preveyre, 
e molt^ d'autres. — E seguentre ayso, cant fo mort n'Amielhs, 
li autre trey frayre donero a Dieu e a la Mayso dal Pont, per 
la salut de l'arma del mort, una bordaria sotz lo Mas dal 
Pont, e jurero en Uc, en R., en Arnals ^ sobre sanhs avangelis 
que ja may noy quesissunt re niey demandessunt. — E sia 
saubuda causa] que Gui[r]bertz de Marceuhac demandava 
senhoria en aquesta terra e sols a Dieu e a la Mayso tôt cant 
querre ni demandar i sabia, e promés guerentia d'aques[tz] e 
[de] totz autres, y ac ne .i,x. sol. de Caorcenx. Autoricis R. Ber- 
natz, S. d'Andraet"', Haustorc de Fornolés, Aymars de Melet, 
P. Giscartz. Per eis covens o autreiet P., sos frayre, el mos- 
tier da Maurtz" e juret sobre sanhs que enayssi o tegues a bona 
fé. Autorici R. Bernatz, W. de Corbier, Rigalhs de Sanh 
Géré", P. de Caltruna*, B. Benech. E ac ne de caritat .xx. sol. 
de Caorcenx. — E sia conoguda causa que R. Balsas da 
Freias Mayos fasia demanda en aquesta fasenda, e donet a 
Dieu e a la Mayso(s) dal Pont tôt cant y demandava; elh 
frayre de la Mayo donero Ihi una bona gonela de drap nègre. 
— E sia saubuda causa qu'en W. Robbertz fetz acordier ab la 
glieyada Cayrols^ del deman que fasia sobre aquesta fasenda; 



de la commune de Leynhac, et Puechyirbal (Le), domaine ruiné de la 
commune de Boisset. 

1. Ms. : caorcence. 

2. Probablement iy^es/c, arrondissement de Urioiide, Haute-Loire. 

'à. Ms. : mois. 

1. Ms. : en r. harnais. 

5. Un domaine ruiné de la commune de Saint-Gerons portait ce nom 
en 1295; le Dict. toi), l'enregistre sous la forme postérieure Andreit. 

»j. Maurs, chef-lieu de canton, siège d'une abbaye de l'ordre de saint 
Benoît. 

7. Saint-Céré, Lot. 

8. Cautrune, commune de Jussac. 

y. Cayrols, canton de Saint-Mamet-La-Salvetat. 



190 ANTOINE THOMAS. 

e l'acordier fo aytals, que la Mayos dal Pont donès cadans 
[fol. 27 V"! a la glieya de Cayrols ' .xii. Poiés. 

25. Conoguda causa sia qu'en W. Aldoys, lo dous, avia la 
meytat del deime em Poh Guirbal, e cant lo priors e Ihi frayre 
dal Pont se foro acordatz ab los Aruals, preguero W. Aldoy 
que s'acordès ab la Mayo dal Pont d'aquest deime; e dis 
W. Aldoys que aquon faria qu'en Guirbertz de Laynbac dize- 
ria. E ajustero se a la glieya de Cassanhosa^ lo priors dal 
Pont, en Guirbertz de Laynach (sic), en W. Aldoys ab lo[s] 
sens^; e aeordero se d'aytal guia, qu'en W. Aldoys donet a 
Dieu e a la Mayso dal Pont, a bona fé e ses engan, lo deime 
que demandava em Poh Guirbal de tota aytaP teguda cal la 
Mayso dal Pont avia conquistada dels* Arnals, e juret sobre 
sanhs evangelis que ja may aquest deime uoy quisés el ni hom 
per lui; e aqui meseys per eys couvent jureron o siey filb, so 
es a saber Mauris, en Gui, en Austorcs, en P. E ayso fo fach 
lo dia de Pantacosten (sic): en R. Bernatz, que era priors dal 
Pont, receup aquest do. Autorici Guirbertz de Laynbac, que 
fetz l'acordier, en P. de Rosols, en P. Brossiers. Elh frayre de 
la Mayso donero Ihi .i,. sol. de Caorcenx; e après juret ho 
Haldois per eys convent a la Boyga dal Mon^. 

26. Conoguda causa sia qu'en Aldoys avia u'' vinhal em 
Poh Guirbal, e donet lo a Dieu e a la Mayso dal Pont per 
salut de s'arma. Aquest do autreiet sa molhier, e N'Artmans 
de La Scura. D'ayso son autorici R. Bernartz, que era priors, 
en B. Bonafos, lo ce- [foL 28 r^] lariers, en Andrieus, l'osda- 
liers, en Joans Amielhs', l'escrivas. E Ihi frayre autreiero Ihi 
.X. sol. de Caorcenx de caritat. Ayso fo fach a la veyria de la 
glieya dels Calmelhs^ — Seg[u]entre tôt ayso, venc el a la 

1. Cayrols, canton de Saint-Mamet-La-Salvetat. 

2. Cassatiiouze, canton de Montsalvy. 

3. M. : altal. 

4. Ms. : deis. 

5. Il y a La Bouy(jue. et La Bouyyue-al-Bos, commune de Leyiiliac. et 
d'autres La Bouygue dans la région. 

C. Ms. : avia .u. vinhal. 

7. Ms. : aniliels. 

8. Ms. : calsnielhs. 



CARTULAIRR DU PRIEURE DR NOTRE-DAME-DU-PONT. 191 

Mayso dal Pont e prol'ers sobre l'altar lo do ab una candela, 
las vespras de Pantacosten. Autorici G. de Sauh Sauri, 
B. Giiirbertz, Guirbertz Escudiers, P. Arnals. 

27. Bernartz Amielhs donet a Dieu y a la Mayo dal Pont 
l'apendaria de La Rrigaldia, que es sos Poh Guirbal, e es 
delieura' do tota cesura; e donet la Tranlonia de Sandolutz'. 

28. Guirbertz Uc donet ab si meys^ a Dieu e a la Mayso dal 
Pont la fasenda de Camp Maur; e es quitia de tota cesura. 

29. Conoguda causa sia que Harnais de Seiodolutz ac una 
gran raalaudia, e, sse moris, laysava a Dieu e a la mayso dal 
Pont la fasenda d'Antraygas e aquela da La Broa '• ; e no mori 
d'aquela malaudia. E après, per voluntat de Dieu, (e) el ne- 
guet ; e aportet l'om a la Mayo dal Pont, elh frayre receubro 
lo e sebelhiro lo; e syeu amie volgro que la layssa que el avia 
fâcha fos teguda, e promesero ne gu ejrentia a la Mayo dal 
Pont a lor poder. 

30. P. Aldoys, que fo morgues da Orlhac", donet a Dieu e 
la Mayso dal Pont l'apendaria que es sotz Antraygas. 

31. Conoguda causa sia qu'ens Pons Aldoys, quant se mes 
a la Mayso dal Pont, donet a la Mayso lo pradel dels comtalsde 
Lougoyro'*. — E sia saubuda causa que el, en B., [fol. 28 v] 
SOS frayre, demandavo deyme e La Rrigaldia e l'apendaria e 
la vinha domerguieyra, e proferens e la Ribieyra; e done- 
ron ambidoy a la Mayso. — E sia saubuda causa que 
W. Baras da Sanh Estephe" fazia demanda e la ribieyra dal 
Pont e el prat dels Comtals, e venc ne a acordier ab la Mayo 



1. Ms. : déliera. 

2. SatidoLutz, plus bas Saijndolutz (art. '^0) et Issandolutz (art. 3r>), 
paraît identique au nom de la commune d'Issendolus, canton de I.aca- 
pelle-Marival, Lot; mais il doit s'appliquer à une localité disparue située 
dans le voisinasse de notre monastère. 

:j. Ms. : ab sumieys. 

4. Labro, commune de Loynliac. 

T). Aurillac. 

tj. Langoirou, domaine ruiné, commune de Saint-Mamet-la-Salvetat. 

7. Saint-Étienne-de- Maiirs , canton de Maurs. 



192 ANTOINE THOMAS. 

e sols lo seu' drech e la soa raso; elh frayre receubro lo el 
benifach île la Mayso, e ac ne .vij. sol. 

32 ~. Conoguda causa sia que la Maysos dal Pont a ima 
einina de froment de ces a Murât, e la fasenda G. Carrio, per 
l'adersi de la mayre Guio de Murât. 

33. Conoguda causa sia qu'ens W. de Rotgier-^ lo frayre 
d'en B., donet ab si meys a Dieu e a la Mayso dal Pont lo mas 
de La Carrieyra*, el mas Angelbertenc, el mas Gaardenc. — En 
Guirbertz Uc de Cavano avia .c. sol, de penhura'^ el mas de 
La Carrieyra, elh altre doy*^ mas ero delhyeure; en W. Rob- 
bertz preguet Guirbert Ugo que la penhura' que el avia el 
mas de La Carrieyra presés sobrel demiech** mas Angelber- 
tenc, e el fetz ho per amor de lui. Ayso vi e ausi B. de 
Cam[p] Maur'*, en G. de La Carrieyra. — E sia conoguda 
causa qu'en B. Aldoys d'Albi intret en teguda d'aquest 
dimiech mas e, a la fi, redet lo ab si meseys a Dieu e a la 
Mayso dal Pont. — Après ayso, B. de Rogier, lo frayre d'en 
W., fo plagatz per mort, e fetz se aportar al Pont, e donet a 
Dieu e a la Mayso dal Pont lo mas Laurenc; e era totz em 
penhs; en R. Bernartz, que fo priors dal Pont, delhieuret la 
meytat d'aquest mas d'en B. Peyro, e l'autra meytat de Hugo 
Peyro e dels sens'" e de Hugo de [foL 29 r»] Boysset. — E 
seguentre ayso, Hue de Rrogier, que era cosis gernias d'en 
W., e d'en B., Irebalhat la Mayso dal Pont per aquesta 
almorna; elh frayre de la Mayso donero Ihi la meytat del mas 
Gaardenc per so que amès la Mayo. 

34. Conoguda causa sia qu'en B. Aldoys Laymes (sic), cant 
anet oltra mar, laysset a Dieu e a la Mayso dal Pont la meytat 

1. Ms. : ceu. 

2. Cet article fait double emploi avec l'article 15. 

3. Rouziers, canton de Maurs. 

A. La Carrière, commune de Boisset. 

5. Ms. : penulira. 

6. Ms. : doys. 

7. Ms. : penuhra. 

8. Ms. : deimiech. 

9. Le Cap-Mail, commune de Boisset. 
10. Ms. : ceus. 



CARTULAIRE DU PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 193 

del mas Serenc, el fora dai Bosc. — E siasaubuda causa qifen 
Rigals de Rrogier, en P., sos frayre, calumpnero aqnesta 
layssa, e Bardos playget ho, e agro ne .xxv. sol., e jiirero 
sobre sanhs avangelis, per se e per lor frayres, que ja may 
tort ni contraria noy fesesso. Autorici R. Bernart, en cui ma 
fo fach, eu B. Gautiers. preslre, en W. de Sanh Mamet, en 
G. de Felhinas, en S. Auncirs (sic). 

35'. Gonoguda causa sia qu'en Raolff de Mural layssel, a la 
fi, a Dieu e a la Mayso dal Font .xviij. d. de ces el prat de 
Rescinol. Autorici B. Galtier. preslre, en G. de Sorps, lo 
capelas. 

36. Gonoguda causa sia qu'en W. Peyre de Torsach donet 
ab si meys a Dieu e a la Mayso dal Ponl la vinha (iarnieyra 
dlssandolutz^. 

37. Gonoguda causa sia qu'en R. Peyre de Taorsac es sebe- 
Ihit al Pont, e siey filh (e) donero a Dieu e a la Mayso aquo que 
avio en Agrifolieyra^ — E sia saubuda causa que Hue Peyre 
y demandet sa part, e donet a Dieu e a la Mayso dal Pont, e 
ac ne .x. sol. de caritat. 

38. Gonoguda causa sia qu'ens Uc Aldoys, lo dons, donet au 
Bertran de Grefolha la soa part del deyme de la parroquia de 
Laynhac e tôt aytan quant poyria laorar lo cors de la Mayso 
dal Pont. [fol. 29 V] E poysas, quant el fo mortz, Uc Aldoys, 
sos filhs, emplaygi los frayres dal Pont per aquest do, e play- 
get ho l'abas de Maurtz, en Guirbertz de Laynhac, en Uc 
Peyre, e sols e autreiet toi quant Ihi frayre querieu (sic) ni 
demandavo en totz los mas e e las fasendas dal Pont, e e La 
Raynaldia, en Rossoyl, e a la boria de Marcenach, en Pissa- 
lop, e Marcenach lo Vielh. e la Sudria, el mas de Garrich, el 
Maset, e La Molenayria, els fraus de La Molenayria, el cam 
de Cassayacihs (sic); e juret sobrels avangelis, per se e pels 
sens, que aquest do légués a bona fé per lolz temps. Ayso fo 
fach a Maurtz. Testimoni l'abat de Maurtz, Guillem de Cor- 

1. L'article 11 contient une notice plus étendue de cette donation. 

2. Sur ce nom de lieu, cf. l'article 27. 

3. Griffouliëre, commune de Saint-lCtienne-de-Maurs. 

ANNALES DU MIDI. — XX 13 



194 ANTOINE THOMAS. 

hier, W. La Garriga, Guirbertz [de] Laynhac, W. Uc, Uc 
Peyre, P. de Toraamira, eus Andrieus e Joan[s], frayre. E 
quant venc al Pont los deniers recebre, jurel sobre l'altar e 
sobrels avangelis que aquest do tegués a bona te, ses tôt eu- 
gan Autorici Durant Tronquieyra, W. Arnal, W. Pomier, 
P. dal Pont, G. Lauran, Astorc Battitan, Guirbert de Roca, 
P. Brossier, P. de Rossoyl, G. d'Alborieu, Guirbert Miro, 
B. de Capmaur. 

39. Conoguda causa sia qu'en W. Robbertz conquistet 
d'en R. de Galhiac la nieitat del deime de la parroquia de 
Laynhac et det Ih'en .c. sol de Poiés e acOlhi lo el befach de 
la Mayo. Aquest deime era de la senhoria de Gironda. E poy, 
W. Aldoys en B., sos frayre, intrero en aquesta senhoria e 
demandero an W. Robbert(z) lo deime, e dissero que lor dévia 
esser ab aquo que el y avia donat; e vengro ne [a acordier] e 
la ma de l'abat de Tfol 30 r°\ Maurtz, lor fraire ' ; e el playget 
los d'aytal guia, qu'en W. Robbertz agués lo deime de tôt lo 
laor que faria e la parroquia de Laynhac e el mas dal Lac de 
Freias Mayos, e elh que aguesso lot l'altre. — E poy se- 
g[u]entre la mort d'en W. Robbert(z) e d'en B. Aldoy, Ihi 
filhi d'en B., W. e B., emplaygfro los frayres dal Ponl pel 
deime del mas dal Lac, que era de la heretat de lor mayre, e 
vengro ne a acordier ab la Mayso, e jurero sobre sanhs que ja 
may ré noy demaudesso, elh ni hom per lor, en aytant de laor 
cant la mayso poyria far el mas dal Lac ni e la parroquia de 
Laynhac. Autoricis G. Polverels, Guirbertz [de] Laynhac, 
P. de Tornamira, W. Aldoys, en Estols, sos frayre, en Astorcs 
Battitan. Elh frayre donero lor de caritat .xl. sol. de Caor- 
cenx. — Seguentre ayso, W. Aldoy, lo dons, emplaygi los 
frayres dal Pont per la soa part del deime; elh frayre acor- 
dero se ab lui, e dero li .l. sol. de Caorcenx ; e el douet e 
autreiet a la Mayo la soa part del deime de lot lo laor que 
poyria far e lia parroquia de Laynhac, e juret sobre sanhs, elh 
e totz (sic) syey lilh, que ja may ré noy quisesso. Autorici 



]. Mont-Marty, coinimuie de Saint-Etienne-de-Maurs; cf. la biographie, 
article 15. 



CARTDLAIRE DU PRIEURE DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 195 

R. Bernatz, Guirberlz de Laynhac, Bertrans La Crotz, en 
P. Brossiers. 

40. Conogutia causa sia qu'en Arnals de Melet mes so filh 
e lia Mayo dal Pont, e donet a Dieu e a la Mayo dal Pont la 
quarta part del deime de la pàrroquia de Laynhac. 

41. Conoguda causa sia que Ihi senhor de Melet demandavo 
e l'afar de Mont Marti ' .xviij. garbas, .ix. de [fol. 30 v»] seguel 
e .ix. de civada; e d'ayso avia la meytat B. de Mealet (sic). 
E sia saubuda causa qu'ens Symeons, lo bos hom', venc una 
veguada a Melet, e quisi an B. que donès ayso a Dieu e a la 
Mayso dal Pont; en Bertrans, pel prec del bon home, donet a 
Dieu e a la Mayso dal Pont aquestas .ix. garbas. Aquest do 
autreiet n'Arnal, en Aymars, en Berenguiers, siey filh. Ayso 
fo fach a Melet, sus e la sala tnaior, lo dia de la Sanh Peyre 
de febrier ''. Autorici Symeon, en B. de La Crotz, frayre pre- 
veyre, en W. Aldoys, en Uc de Melet, Bernartz de La Garriga, 
candelier, e la molhier d'en Arnal(s), na Galiane (sic). 

42. Conoguda causa sia que li orne* de Laynac demandavo 
la meytat d'una pessa de terra de Mont Marli ques té ab la 
Cumba Guiraldenca, e, cant anero a Roma Guirbertz en 
R., donero a Dieu e a la Mayso dal Pont lo lor dret(z) e la lor 
raso. Ayso feyio. ab l'autorgament de lor mayre, e la ma 
R. Bernart(z), lo prior, en B. La Crotz. — E sia saubuda causa 
qu'en Aymars de Melet demandava la quarta part en tota 
aquesta terra, e venc ne a acordier ab la Mayso, e sols a Dieu 
e a la Mayso tôt quant querre ni demandar y podia, e juret 
sobre sanhs que ja may (ré| noy quisis niey demandés, e ac ne 
.XXX. sol. de Caorcenx. Ayso fo fach e la ma R. Bernart(z), lo 
prior. Autorici Harnal de Melet. — E sia saubuda causa que 
Hue de Melet demandava l'aitra part, e de part demandava 
.ix. garbas, entre seguel* et civada en tota''... 

1. Le Gallia ne connaît aucun abbé de Maurs antérieur au xiii' siècle. 

2. M*. : que home, 
y. Le 22 février. 

4. On ne sait rien par ailleurs sur ce religieux. 

5. Ms. : segueel. 

G. Le scribe a ainsi brusquement interrompu sa copie au luiliL'u d'une 
phrase. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES NOMS PROPRES DE LA BIOGRAPHIE 



Agrifolia, oratoire, 1, 2. 

Aymericus, évêque de Clermont, 7 

Bego de Calmon, 15. 

Bellilocus, ville du Limousin, \. 

Hellilocus, oratoire, 13. 

Berencffax, église du Quercy. 4. 

Bernakdus de Kocafokt, 12. 

Bertrandus [de Agrifolia], fon- 
dateur de Notre-Damedu-Pont, 
1-10, 17. 

Bertrandus de Rocafort, 12. 

Brivatensis (abbas), 12. 

Calmon (de), famille du Kouergue, 
15. 

Calviniaco (vicecomes de), 4. 

Carmehis. oratoire, 5. 

Castronovo (<ie), famille, 13. 

Celer (flumen), 4. 

Clarevallensis (monacbus), 1(!. 

Claromontenses (episcopi). Voy. 
Aymericus, Poncius, .Stepha- 

NUS. 
Carona, (Beata Maria de), abbaye, 7. 
Elsey (flumen), 8. 
Estorrotz, oratoire, 8. 
GiRBBRTOS DE MARCENAC. 6, 10. 
Ispaniacus, oratoire, 4. 



lïERius DE Rocafort, 12. 

Laiac, église, 11. 

Lemorlcensis (pagus), 1. 

Malaviela, seigneurie, 3. 

Marcenac (de). Voy. Girbertus. 

Mercor (de). Voy. Stephanus. 

Mun Marti, domaine, 15. 

Muratet, oratoire, 14. 

Pictavia, pays, 1. 

Poncius, évêque de Clermont, 16. 

Ponte (Domus de), 6, 9, 10,11, 17. 

Ramer ia, oratoire, 3. 

RoBBERTi, RoTBERTi (Willelmus), 

9-17. 
RuPE (de). Voy. Ugo. 
Rocafort (de), famille, 12. 
Sievray, ville du Poitou, 1. 
Stephanus de Meucor, évoque de 

Clermont, 11, lO. 
Ugo de Rupe, 3. 
Valborgks, mère de Begon de 

Calmon, 15. 
Vallis Clara, oratoire, 12. 
Vkyreyras (Willelmus de), 14. 
Willelmus Robberti. Voy. RoB- 

BERTI. 

Willelmus de Veyreyras, 14. 



TABLE ALPHABETIQUE 



DES NOMS PROPRES DU CARTDLAIRE 



Agrifolia, lieu, 37. 

Agrifolio (Bektuandus dk). Voy. 

BERTRANDU!?. 

Aldoys (Austokcs), 25. — (B.), 21, 
33, 89. — D'Albi (B.), 21, 33. — 
(EsïOLs), 39. — (Gui), 2.5. — 
(Mauris). 2.5. — (P.), 25, 30. — 
(Pons), 31. — (Uc) 38. — (W.), 
21. 25, 2(), 39, \\. — Laymes (B.), 
34. 

Aleaitz de Manso, 10. 

ALbi. lien, 21. 33. 

AMBAYRAC (liAMUNS D'), 18. 

Alborieu (G. d'). 38. 

AMBLAKTZ (GUIKBERTZ), 12. 

Amielhs Arnals, 24. 
Amiklh.s(Bicrnatz),27. — (Joans), 

2fi 
Andraet (8. d' , 24. 
Andrieu (Poh), lien, 11. 
Andrieiis, 26. 

Andrieus de Tornamira, 38. 
Angelbertenc (mas), 33. 
Antrai/ffas, lieu. 29. 30. 

ANTRAYGAS (P. !)'), ô, 6. 20 (P. DE 

Intkr Aquas). 
Arnals (Amielh.s), 24. — (Arnals), 
24. 25 — (P.), 26. — (R.). 24, 2.5. 

— (Uc), 24, 25. — (W.), 22, 25, 38. 

— De Melet, 8. — De Sayndo- 
LDTZ, 29. 

Artmans de la Scura, 26 
AsToiiCS (AusTOiiC.s) Aldoys, 25. 

— Battitan, 38, 39. — Dal Map, 
16. — De Cassanhas, 10. — (Aus- 



TOBCS, OSTORGUIS) DE FORNO- 

LÉS, 9, 20, 24. — De Marcexac, 
9. — De Roana, 11. 
auncirs (s.), 34. 

AUSÏORCS. Voy. ASTORCS. 

Aymars (S.), 14. — De Melet, 24, 
40, 41, 42. 



B. Aldoys, 21, 31, 39. 

B. Aldoys Laymes, 34. 

B. Benech, 24. 

B. BONAFOS, 26. 

B. DAL Mas, 16. 

B. DE Capmauk (Caïmau), 5, 38. 

B. DE LA Crotz. Voy. Bernatz. 

B. DE la Gakriga. Voy. Bernarïz. 

B. DEL Toron, 13. 

B. DE Mealet. Voy. Bertrans. 

B DE ROTGIKR, 33. 
B. DE TORMANIRA, 22. 
B. ESTRIQUEUS, 12, 16. 

B. Gautieks, 12, 14, 17, 34, 35. 
B. GUIKBERTZ, 5, 6, 26. 

B. Malnoyritz, 19. 

1!. Paretz, 4. 

B. Peyro, 33. 

Badnlhia {La), lieu dit, 11. 

Balsas (R.), 22, 23, 24. 

Baras (W.), 31. 

Baudo.s, 34. 

Battitan (Astorcs), 38, 39. 

Bautiryra {La), lieu, 13, 16. 

BECIEYHA {W1LLEL.MUS DE), 20. 

Benech (B.), 24. 
Berenguiebs de Mealet, 41. 



198 



ANTOINE THOMAS. 



Bernarïz (R.), prieur d'Escalmels, 
fi; prieur de Notre-Dame-du-Pont, 
5, 8, 9, 12, 17, 21, 24, 25, 26, 33, 34, 
42. 

Beenautz Amielhs, 27. — Dk la 
Garkiga, 2, 4, 8, 41. 

Bertrandus de Agrifolia, Bkr- 
TRANS DE Grefolha, fondateur 
de Notre-Dame-du-Pont, 20, 38. — 
De La Croïz, 5, 6, 8, 9, 31), 41, 
42. — De Melet, 41. — De Tre- 
MOLHAS, 13. 

Blasela (P. DE), 24. 

BONAFOS (B.), 26. 

BONET DE MURAT, 19. 

Boria {La), lieu, 11. 
Bos DE Fellinas, 5, 6. 
Bosu (Lo), four, 34. 
Boyga dal Mon {La), lieu, 2.5. 
BoYs.sET (Hugo de), 33. 
Broa, {La}), lieu, 29. 
Brociers, Brossiers (P.), 8, 12, 
25, 38. 



Calmelhs, prieuré, 6, 26. 
CALÏRUNA (P. DE), 24. 
Canipmaur, lieu, 28 ; cf. Capmaur. 
Cantaperditz, lieu, 10. 
Caorcencs , Caorcenx , deniers de 

Cahors, 6, 8, 9, 24, 26, 39, 42. 
Capmaur, Catmau (B. de), 5, 38. 
Caraiach, lieu, 24. 
Carrieyra {La), lieu, 33. 
Carrieyra (G. de la), 33. 
Carrio (G. DE), 15, 32. 
Casa {La), lieu, 11. 
Casilliac, lieu, 17. 
Cassanhas, Cassannias, lieu, 8, 10. 
Cassanhas (AusïORCs de), 10. 
Cassanhosa, 25. 
Cassayneihs, lieu, 38. 
Catmau (B. de). Voy. Capmauk. 
Cayrols, lieu, 24. 
Ceré (Rigalhs de Sanh), 24. 

COLNE (WiLLEMS DE), §2. 
Comtals de Jjonguiro {pradel de), 
lieu, 31. 

CORBIER (GUILLEM OU W. DE), 

24, 38. 
Costa Rossa, lieu, 7. 



Cros {Rien), lieu, 13, 16. 
Crotz (B. La). Voy. Bertrans. 
Cumba Guiraldenca {La), lieu, 42. 

D 

Daurdè (P.), 14. 
Daurdè Mantellis, s. 
DuRANS La Tronquieyra, Tron- 
quieyra, 8, 38. 



Ebrartz de Fornolés, 12. 
Edibus (Lacus de Frigidis). Voy. 

Freias Mayos. 
escudieks (guikbertz), 26. 
Espeltieyra, lieu, 9. 
Estfphe {Sanh), lieu, 31. 
ESTOLS Aldoys, 39. 
ESÏRIQUERS (B.), 16. 



Fellinas, lieu, 5. 

Fellinas (Bos de), .5. 6. — (G. de), 

34. — (JlAURizis de), 5, 6. — 

(P. DE), 5, 6. 
Ferrieyras, lieu, 7. 
Forestiers (P.), 8. — (S.), 22. 
Fornolés (Astorcs, Austorcs de), 

9, 12, 24. — (Ebrartz de), 12, 17. 

— (Guibertes de), 20.— (Ostor- 

gius de), 20. — (uc de), 20, 
Fratger, Fkaïguier (Joans de)) 

5, 6, 8, 14. 
Freias Mayos, lieu, 20,21, 22, 24,89. 
Fkigidis Edibus (Lacus de). Voy. 

Freias Mayos. 



G. d'Alborieu, 38. 

G. DAL Pont, 38. 

G. DE La Carrieyra, 33. 

G, DE Sanh Sauri, 5, 16, 26. 

G. DE SORPS, 16, 17, 35. 

Galiane, femme d'Arnal de Melet, 

41. 
G. Lhautaktz, 27. 

G. POLVERELS, 39. 
Gaardenc (mas), 33, 



CARTULAIRI-: DU PRIEURE DF. NOTRE-DAME-DU-PONT. 199 



GALHIAC (11. DE), 3',». 

Galtiers, V. Gautiers. 
Gardela {La), lieu, 22. 
Ganileyra ( Viiiha), lieu, 36. 

GAR.NIERS de TaEMOLHAS, 13. 

Gai-rich (Lo), lieu, 9. 38. 

G. Lauran, 38. 

Garriga (B. de La), 2, -t. — (Ber- 
NARTz de La). 41.— (Gui de La), 
2, 4. — (Peyre de La), 2. — 
W. La), 38. 

Garrigas {Las), lieu, 2L 

Gautieus (B.), 12, 14, 17, 31,35. 

Getu'llach , lieu, 4. 

GiBELiNA, femme de Ramon d'Am- 
bayrac, 18. 

Gironda. seisinenrie, 3it. 

GiSCARTZ (P.), 24. 

Grefolha (Berïran de), fonda- 
teur de Notre - Dame - du - Pont ; 
V. Bkktrandus. 

Gui Aldoys, 25. 

Gui de Murât, 15, 32. 

Guibertz de Marcenac, V. GuiR- 

BEKTZ. 

Guibertus de Foknolés, 20. 
GuiLHEMs Kobbertz,v. Robbektz. 

GUILHELMUS DE MALA PlANHA, 1. 
GUILLKM DE CORBIER, 24, 38. 

Guiraldtnca (Ciiinba), lieu, 42. 

Guirhal (Po/i), lieu, 24, 25, 26, 27. 

GuiUBERTZ (B), 5, 6, 26. — (Am- 
blartz), 12. — De Laihac (Lay- 
NHAC), i), 24, 25, 38. 42. — (DE LA 

ROCA), 7, 38. — (de ilARCENAC), 

1), 24. — (Escudiers), 26. — 
(MlK), 38. — (DE Vigoro), 3. — 
Uc (DE Cavano), 28, 33. 

H 

Harnals, V. Arnals. 
Hasïorcs. V. Astorcs. 

HAUSTOKCS, V. AUSÏOUCS. 

Hebrartz, V. Ebrautz. 
Hue, Hugo, v. Uc. 



INTER AquAS (P. de), 20; cf. Autray- 

gas. 
Issaïulolutz, lieu, 27, 29, 36. 



Jhervmlem, ville de Palestine, 20. 
JOANS Amielhs, 26. 

JoANs de Fratger (Fkaïguier), 

5,6,8,14. 
Joans de Toknamira, 38. 
Joans Trobatz, 5. 



Lac de Frétas May us {Lo), lieu, 20. 
23, 39. 

Laiac, Laiach. Laihac, v. Laynhac. 

Larrigaldia, v. R'igaldia {La). 

Laurenc {Mas), 33. 

Laymes (B. Ai.doy^), 34. 

Lnyi.hac (souvent écrit Laiac, Lai- 
hac), lieu, 5, 9, 38,39, 40, 42. . 

Laynhac (GuiRBERTz de), 9,24, 25. 
38,42.— (R. DE), 42. 

Lhautartz (G.), 22. 

Lodeiva {La), lieu, 2. 

LODOVICUS REX Francorum 
(= Louis Nil), 20. 

Longoiro, lieu, 31. 



M 



Mala Piranha (GuiLHELMUs de) 1. 
Malnoiritz (B. et Uc), 19. 
Majiet (G. de t^ANii), 34. — (P. de 

Sanh), 6. 
Manso (Aleaitz de), 20. 
iMantellis (Daurdé), 8. 
Marcenac, lieu, 5, 7, 9, 38. — Lo 

Viclh, 38. 
MAKCENAC (AbïOUCS DE), 9. — 

(EBKARTZ DE), 9. — (GUIRBEBTZ 

DE), 9. — (P. DK, ), 24. 

Marsas (ens). 8. 

Martinia {La), lieu, 2. 

Mas dal Pont {Lo), lieu, 24. 

Mas (Astorc dal), 16. — (B. dal), 

16. 
Maset {Lo), lieu, 1,2,38. 
Mauris Aldoys, 25. 
Maukizis de Fellinas, 5,6. 
Muurtz, lien, 24, 38; abbé, 38. 39. 
Mealet, v. Melet. 
Melet, lieu, 41. 



200 



ANTOINE THOMAS. 



Melet (Arnals de), 8, 40, 41, 42. 

— (Aymars de), 24, 41, 42. — 
(UCDE), 41, 42. — (B. DE), 41. 

— (Berenguiers de), 41. 
Mesina, lieu, 12. 

Moleîiayria, 3Iolina7jria {La), lieu, 

5, 8, 9, 38. 
Mon {La Boyija dal), lieu, 25. 
Mont Marti, lieu, 41, 42. 
Murât, lieu, 12, 15,19,32. 
MuKAT (BoNETDE),19.— (Guide), 

15, 32. — (Raolf de), 14, 35. — 

(UC DE), 14. 



Orlhac, lieu, 30. 

OSTORGIUS DE FORNOLES, V. As- 
TORCS. 



P., V. Peyre. 

Paretz (B.), 4. 

Pausils, Pauzïls {Los), lieu, 3. 

Peyre Aldoys, 25, 30. ~ Arnals, 
26 — D'Antkaygas {de Inter 
Aquas), 5, 6, 20. — Brociers, 
8, 12, 25, 38. — Daurdè, 14. — 
De Caltruna, 24. — De Bla- 
SELA, 24. — De Fellinas, 5. — 
De Inter Aquas, v. P. d'ANTRAi- 
GAs. — De La Garriga, 28. — 
Del Toron, 13, 16. — De Mar- 
CENAC, 24. — De Raula, 12. — 
De Rosol, 5, 6, 12, 16, 25. — 
GiscARTZ, 24. — De Rrogier, 
34. _ De Tornamira, 9, .38, 39. 
— Vacivels, 20. — (B.), 33. — 
(R.), 36, 37. — (Uc), 33, 37, 38. — 
(W.), 36. 

Peyi^o, V. Peyre. 

Pissalop, lieu, 38. 

Plana (Guilh. de Mala), 1. 

Pok Andrieu, lieu, 11. 

Poh Guirbal, lieu, 24, 25, 27. 

Poiés, deniers du Puy, 39. 

Pons Aldoys, 31. 

polverels (g.), 39. 

Pont, Pon {la Maysos dal), Notre- 
Danie-du-Pont, pasulm; l'église, 6. 

— {Lo Mas dal), lieu, 24, 38. 

— (G. dal), 38. 



R. Arnals, 24. 
R. Balsas, 22, 23, 24. 
R. Bernartz, prieur d'Escalmels et 
de Notre- Dame-du- Pont, v. Ber- 

NARTZ. 
I R. DE Galhiac, 39. 
Raolf de Murât, 14, 35. 
Raulha (P. de), 12. 
Rescinol, lieu, 14, 35. 
Raynaldia {Là), View, 18, 38. 
Rieu Cros. 13, 16. 
Rigaldia {La), Larrigaldia, lieu, 7, 

27, 31. 
RiGALHS DE SANH CERÉ, 24. 

RiGALs DE Rrogier, 34. 

ROANA (HASTOKC de), 11. 
ROHBEKTZ (GUILHEMS, OU WiLLEMS 

OU W.), prieur de Notre-Dame-du- 

Pont, 4, 18, 10, 22, 24, 33, 39. 
RocA (Ggirbertz DE La), 7, 38. — 

(P. DE La), 7. 
Rocaceguada, lieu, 7. 
Rodanès, monnaie de Rodez, 13. 
Roma, lieu de pèlerinage, 42. 
Rosol, Rosols, Rossolh, Rossoyl 

(P. DE), 5,6, 12, 16, 38. 
R0TGIER(B. DE). — (RiGALS), 34.— 

(W. DE), 34. 



s 



S'. Aymards, 14. 
s. Al'nciks, 34. 
S. d'Andraet, 24. 

SANH CeRÉ (RlGALHS DE), 24. 
Sanh Estephe, lieu, 31. 
S. ITOKESTIERS, 22. 
SANDOLUTZ. V. ISSANDOLUTZ. 

Sanh Mamet (P. et W. de), 6. 

(W. de), 34. 
Sanii Sauri (G. de), 5, 16, 26. 
Sayndolutz, v. Issandolutz. 
Serenc (Mas), 34. 
Scura (Armans de La), 26. 



1. Cette initiale est probablement celle 
de Sleve (lat. Slej>hanus) ; cf. Esleve et 
Steve. 



CARTULAIRE DU PRIEURE DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 



201 



SORPS(G.DE), 16, 17, 35. 
Steve La Garriga, 8. 
Sudria (La), lieu, 38: 
Symeons, lo bos hom, 39. 



Taorsach, Torsach, lieu, 14, 36, 37. 
Thomas, prieur de Notre- Dame-du- 
Pont, 6, 38. 

ToRNAMIRA (B. de), 22. — (JOANS 

DE), 38. — (P. DE), î), 38, 39. 
Toron (B. del), 13. 

— (Andrieus de), 38. 
Tranlonia {La), lieu, 27. 
Tremolhas (Gauniers de), 13, — 

(WiLLEMS de), 13. 16). 

Trobatz (Joans), 5. 
Tronquieyka (Durans La), 8, 38. 

U 

Uc Aldoys, 38. 

— Arnals, 24. 

— De Boisset, 33, 

— De Fornolés, 20. 

— De iMelet, 40. 41. 

— Malnoiritz. 19. 



Uc Peyre, 33, 37, 38. 

— De Kotgier, 33. 

— (Guirbertz), 28, 33. 

— (W.), 38. 

— Hugo, v. Uc. 



Vacivels (P.), 20. 
Vernha, lieu, 20. 
Vigoro [Lo), lieu, 3. 

— (Guirbertz de), 3. 

■w 

\V., V. Guillems et Willems. 
Willems Aldoys, 21. 25, 39, 41. 

— Arnals, 22, 38. 

— [De Sanh iMamet', 6, 34. 

— De Corbier, 24,38. 

— De Tremoluas, 13, 16. 

— Baras, 31. 

— De PiOTGiËU, 33. 

— Peyre, 36, 38. 

— RoBBERTZ, V. KORBERTZ. 

— Uc, 38. 

— WiLLELML'S DE BeC1EYBA,'20. 



GLOSSAIRE DU GARÏULAIRE 



Acordier,5, 8, 18, 19, 22, etc., accord. 

* Afiersi, 15, 32, direction, entretien. 
C'est la même phrase qui revient : 
Pe7' Vadersi de la viayre Gu'w de 
Murât. Dérivé du verbe aderser, 
mieux aderzer, qui signifie propre- 
ment soit « diriger » soit « élever » 
(cf. Raynouard, Lex. Rom.,\ll, 137) 
et qui s'est employé spécialement 
au sens de « diriger dans la vie 
religieuse » (cf. ce passage d'une 
charte de 1189, publiée par M. Paul 
Andraud, La vie et Vœuvre du 
troubadour Ralmvn de Miraval, 
p. 241 : Per V. nostra seror, qu'en- 
morguero e n'adersero). Dans notre 
cartulaire, adersi correspond au 
latin regivien de l'article 20. 

Alberc, 5, droit de gîte; cf. meisso- 
neng. 

Almorna, 33, aumône. 

Ambidoy, 31, tous les deux. 

Anoal, 2, anniversaire (service reli- 
gieux). 

Apendaria, 7, 22, 27, 30, petit do- 
maine rural. Raynouard, IV, 493, 
se contente de traduire par « dé- 
pendance » ; cf. Du Uange. Dis- 
paru du patois vivant, apendaria 
s'est conservé dans la toponymie, 
et. les LWpenderie, La FendarU, 
La Petiderif, abondent dans l'Al- 
lier, l'Aveyron, le Cantal, etc. 

Autorioi, 8, 10, 22, 24, 25, 26, 34, 38, 
39, garant. Ce mot, calque sur le 
bas latin avctoriciuni , manque 
dans Raynouard et dans le Prov. 
Supp.-W. de M.-K. Levy; il se 
trouve, au sens abstrait (qui est le 



sens primitif) dans un acte du car- 
tulaire de Conques, éd. Desjar- 
dins, n» 546 : Per autorici et per 
laudament del abbad. 

Befach, 39; hen'ifach, 5, 6, participa- 
tion aux prières; cf. Du Cange, 
benefactum et beneficmm. 

Senifach, voy. befach. 

Bola, 8, borne. 

*Bramtgve, 5, redevance de nature 
indéterminée; cf. l'article brada- 
ticum, de Du Cange. Je ne sais à 
quelle source Mistral a puisé l'in- 
dication d'un mot « roman >> bras- 
sadge, 

* Causer, 12, dot. L'existence effec- 
tive de ce mot confirme ce que j'ai 
dit naguère du bas auvergnat 
chansera et du bas limousin tuanse 
dans mes Mélanges d'étymol. 
franc. , p. 47 ; cf. Romania , 
XXXVII, p. 117. 

*Cesnra, 3, 11, 27, 28; sessura, 1, 
cens, redevance. 

Contraria, 34, contrariété. 

*Baiis, 10, mot inconnu, probable- 
ment fautif : peut-être pour //•«?«. 

Beiine, 25, 29; deyme, 2, 31, 38; 
deume, 9, dîme. 

Bkeria, 25, dirait. 

*Domerg7iieyra, 31, seigneuriale. Va- 
riante intéressante de dometigier. 

Elh, 9, 24, 39, ils. 

*Einplaygero, 39, mirent en procès- 

*Eniplaygi, ;<8, 39, mit en procès. 

Fasenda, 1,3, 4, 5, 6, 12, 13, 15, 18, 
24, exploitation agricole. 

Fraus (plur.), 21, 38, terres incultes. 
Manque à Raynouard; cf. Levy, 



1. Les mots doiil ou ne couuait pas d'exemples ailleurs sont précédés d'un astcrlsfjue. 



CARTULAIRE DU PRIEURE DE NOTRE-DAME-DU-PONT. 203 



article frau. De nombreux exem- 
ples pourraient être relevés dans 
les textes latins et provençaux du 
Massif central ; cf. les articles 
fraustum de Du Gange et fro de 
Godefroy. 

Galhina. 9, poule. 

Glieia, 9; /jlieya, 5, 6, église. 

ffuia, 39, guise. 

Mayo, voy. mayso. 

Maysu, 1, 2, 3, 4, 5, etc.; mayo, .5, fi, 
23, 24, 29, 33, maison. 

Meiz. 1 ; meys, 2, 3. 6, 7, etc.; ineseys, 
25, 33, même. 

Meissonenc, 5, qui a lieu à l'époque 
des moissons; cf. l'article meissou- 
nen de Mistral. Bien que le mot 
manque à Ravnouard et à Levy, il 
n'est pas i)articulier à notre texte; 
cf. la charte n» .546 du cartulaire 
de Conques et l'article meisoneys 
de Du Cange. 

*Molé, 21, moulin. 

Mey, 5, 9, 12. 24, ni y. Élargisse- 
ment curieux de ni i. 

Ossa, 12, les ossements. 

Parra (mot oxyton), terre de bonne 
qualité, jardin. Voyez sur ce mot, 



qui manque à Raynouard, Annale 
du iVidi, Yin, 117. 

Plaqatz, 12, blessé. 

Playytt, 34, 38. ménagea (une tran- 
saction); 39, mit d'accord (les par- 
ties). 

*Proferens, 31. sorte de redevance: 
cf. le bas lat. profi-rentia, profe- 
rentium dans Du Cange. 

Promesei'o, 29; promeyro, 24, promi- 
rent. 

Queix (= que si, procliti(jue), 1, 2. 

Querieu, 38 ; queris, 8 ; quesesio, 12 ; 
quosis, ô, 6, 7, 8 ; quesisso, -ssunt, 
9, 24 ; quisps, 25, réclamaient, ré- 
clamât, réclamassent. 

Receps, 4, reçut; ordinairement re- 
cnup, 12, 14. etc. 

Se, voy. si. 

Segle, 2, seyuel, 5, seigle. 

i>i, forme du pron. pers. employée 
(concurremment avec se), 8, 28, 33. 

Vegayria, 22, 23, voirie (terme d'auc. 
droit français). 

Veyria, 26, vitrail. 

Vinhal, 11, 26, vignoble. 

Y (= e conj. devant une voyell»), 
24, 27. 



MELANGES ET DOCUMEiNTS 



I. 



LES CHAPITRES DE PAIX ET LE STATUT MARITIME DE MAR- 
SEILLE, TEXTE PROVENÇAL DES XIIl^ ET XIV» SIECLES. 

{Suite ».) 

(B]. —[Confirmation par la comtesse de Provence]. 

Et en après, en l'an que de sus es dig, en la indiction 
.XV. eua .vi. jorns denfra Jun, a l'intrar, enantz la hora de 
tersia d'aqueljorn, la sobre dicha donna Na Biatris, com- 
5 tessa et marquesa de Proensa e comtessa de Folqualquier 
e d'Anjou 2, moUers del moût aut e moût noble senhor en 
Karle, comte d'Anjo et de Proenssa e de Folqualquier e 
marques de Pro[vo]enssa, présent e volent e consentent lo 
sobre dig senhor comte, segon la promession la quai sobre 

10 aisso avia fag le ditz senhers coms, assi com de sus si 
conten sertiflcada e fâcha certa, la sobra dicha donna com- 
tessa de totas las sobre dichas cauzas e d'una cascuna 
- requistas e promessas e fâchas entre lo sobre dig sen[h]or 
comte per se e per la donna comtessa et entre lo sobre dig 

15 en Raolin, syndegue per la universitat e(t) de la univer- 
sitat de Mass'., aissi con de sus es recontat, lauset adonx 
et apro(p)et e confermet espressament et ac ferm totas las 
sobre scrichas cauzas eft] una cascuna. E promes la sobre 
dicha donna comtessa al sobre dig syndegue aqui prezent 

1. Voy. Annales, t. XIX, p. 504, XX, p. 45. — 2. Ms. : dnuion. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 205 

i9 e recebent en nora de la dicha univers! tat e dels cintadans, 
par si e per ios sieus lieres, aver ferm perpetualment e fer- 
mament observar e gardar totas las sobre dichas cauzas 
e[t] una quascuna. E sobre que tot(as las sobre dichas cauzas 
eltj una quascuna) a major fermeza de totas las sobre di- 

25 chas cauzas, la sobre dicha donna comtessa de son bon 
grat juret sobre Ios santz evangelis de Dieu tocatz corpo- 
ralraentz. per se e per Ios sieus successors, totas las cauzas 
de sobre escrichas e[t) una quascuna, renuncians la sobre 
dicha donna comtessa (e) sobre totas aquestas cauzas sobre 

30 dichas a beneflzi de menoretat et a totz autres dretz et 

autras razons per las quais pogues venir en alcuna maniera 

contra las sobre dichas cauzas o contra [f" 26 r"] alcunas de 

las sobre dichas cauzas. 

Aquestas cauzas foron fâchas a Marsseilla en la raayson 

35 de la Cavallaria del Temple, en presensa e testimoni del 
senhor en Bertran. evesque de Frejurs e del senhor vice 
domine prebost de Grassa, eleg en arcivesque d'Aix, del 
senhor en Baral, sonhor del Baus, d'en Rostain d'Agout. del 
senhor n'Enric, capellan del senhor comte, del senhor en G. 

'lO de Bel Mont, del senhor en Bertran Rairabaut, del senhor 
Odo de Fontainas'. senesqual de Proenssa e de Forqualquier, 
del senhor en Robert de l'Aven, maïstre de leis, del senhor 
n'Imbert d'Aurons, del senlior en Sentori, del senhor en 
Symeon, del senhor en Bertran ^ de Boc, del senhor en 

4J G. Cornut. del senhor en Felip Ancelra, d'en Pelegrin An- 
drieii, d'en G. de Mont Oliu, d'en Blaquieras de Mont Oliu. 
d'en Bernart Gasc, d'en P. Isnart, d'en Pons Anselm e d'en 
Alfan Boissiera e d'en G. d'Avignon, notari. 

[C]. — (Confirmation par le comte de I'rovbncb 

ET LE SYNDIC DE MaRSBILLB.) 

En nom de Nostre Senhor Ih'u Xrist. Amen. En l'an de 

la Encarnation de lui .MCC.lvii.. .vi. jorns denfra luin, a 

5 l'intrar. Coneguda cauzasia a totz homes presentz eltj esde 

venidors per aquesta cominal carta que, ajostatz lo parla- 

ment de la ciutat vescoratal de Mass' en la maniera acostu- 

1. Ms. : Fontanas. — i. B't. 



206 ANNALES DU MIDI. 

mada en lo ciraenteri de Nostra Dona Santa Maria de las 
Acoas, en presensa' del moût aut e moût noble senhor en 

10 Karle, fllh del rei de Fransa, comte d'Anjo, de Proensa e 
de Folqualquier e marques de Proensa, (voj fon legida e 
recitada de paraula a paraula en plen parlament sobre dig 
la pas e la composition sobre dicha ques era fâcha en la 
ciutat d'Aix entre lo senhor comte, en son nom e de sa 

15 moi lier, donna Biatris, auta comtessa d'Anjou 2 e de Proensa 
e de Folqualquier e marquesa de Proensa. tilha et hères sa 
en reire del senhor en Raimon Berenguier de bona memoria, 
comte de Proensa e de Folqualquier e marques de Proensa 
d'una part, e'n Raolin, drapier, ciutadan de Mass' , synde- 

20 gue de la universitat de la ciutat vescomtal de Mass'., en 
nom de la dicha universitat de la dicha ciutat, de l'autra 
part, la quai patz era escricha en publica carta fâcha per 
lo dig G. d'Avignon, notari de Mass'. e de tota Proensa. Et 
explanatz e legitz complidamentz aquels capitols que si con- 

'25 tenon en la dicha patz, le ditz senhers coms promes al dig 3 
syndegue, recebent en nom de ta dicha universitat, e juret 
als sans evangelis de Dieu corporalment ab la si[eu]a raan 
[tocatz] la dicha patz e la libertat e las franquezas e totz 
los capitols que si contenon en la dicha patz. al dig synde- 

30 gue recebent en nom de la dicha universitat, e per ell a la 
dicha ciutat et a totz et a .j. quascun de la dicha ciutat. et 
encaras als estrains venentz o estantz en la dicha ciutat. 
per se e per los lurs hères perpetualmentz et entieramentz, 
sens amermament attendre et [ff 27 r^] observar et en ne- 

35 gun tems non venir encontra. Et en aquella mezeissa ma- 
niera le ditz en Kaolin syndegue, en nom et en luoc de la 
dicha universitat e dels homes singulars de la dicha uni. 
versitat, complidament ad ells legitz et esplanatz los capi- 
■ tols .j. quascun de la dicha patz en lo dig parlament. de 

40 voluntat de la dicha universitat et aquella universitat 
volent et enaissi requerent que fos fag, et ab espres con- 
sentiment dels homes que eran en lo dig parlament, sobre 
las animas d'els et en lo lur nom et en nom de la dicha uni- 
versitat e de la ciutat sobredicha, demandât encaras, si 

45 alcuns volia contradire en alcuna. cauza a la dicha patz, 

1. Ms. : proenssu. — 2. dauioti. — 3. ditz. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 207 

que o dieisses (sic) aqui mezeis. e si non o fazia que d'aqui 
enant non séria auzitz, e nengun non contradizent, promes 
ai d\g senhor oomte requérant o demandant en son nom e 
de sa moiller e de leurs lieres, e juret, sobre ios santz evan- 

50 gelis de Dieu corporalmentz tocatz ab la si[eu]a raan, quez 
el mezeis le sendegues. en nom de la dicha universitat, e la 
dicha universitat. perpetnalraent la dicha patz e totas las 
cauzas que en la dicha patz si contenon, et especialraent 
la senhoria e lautrejament de la senhoria e de la juris- 

5o diction e de totz Ios dretz e de las rendas e de las intradas 
ques eran 1 acostumadas esser del comun de Mass'., fa- 
chas al dig senhor comte e per ell a la dicha donna \v°] 
comtessa et a lurs hères en Proensa fermas, (e) fermas (e 
ferm) aver et observar e gardar perpetualment et entiera- 

60 ment sens amermament, et en alcun tems non venir encon- 
tra; e de totas las sobre dichas cauzas et una quascuna lo 
dig senhor comte, en sou nom e de la dicha dona comtessa 
e de lurs hères, de consentiment e de voluntat del dig par- 
iament envesti et ad el donation e liurament e quais liura- 

65 ment, per cauza de la dicha concordia e composition, de totas 
las sobre dichas cauzas a si et als sieus hères fes, segon la 
forma de la dicha corapozition, las i|uals totas cauzas et 
una quascuna sobre Ios sans evangelis de Dieu juret al dig 
senhor comte, recebent en son nom et en nom de la dicha 

"70 donna comtessa e de lurs hères, le dig en Raolins. en nom 
de la dicha universitat. 

(LXIIII) En quai maniera le coms donet en lo parlament. a 
curar lo port, .0. lb\ de riais quascun an. otra las sobre 
dichas .CGC. lib\ 

En l'an que de sus es dig. .vi. jorns denfra Junh, a i'intrnr 
5 Coneguda cauza sia a totz Ios prezents et als esdevenidors 
que le senhers en Karles, filh del rei de Fransa. sa en reire 
aut coms d'Anjou, de l'roensa e de Forqualquier e marques 
de Proensa, fâcha recitacion de la dicha patz e donation et 
autrejament fâcha de la senhoria e de la jurisdiction e 
40 dels dretz e de las intradas, las quais et la quai lo comun 
de Mass'. avia o dévia aver If" 28 r"! en la ciutat de Mass*. 

1. Ms. : que seran. 



208 ANNALES DU MIDI. 

e de foras, pec en Raolin, sindegue de la universitat de la 
dicha ciutat, en nom de la dicha ciutat, al dig senhor comte, 
recebent en son nom et en nom de la diclja donna comtessa, 

15 moUer sieua e de lurs hères en public parlament de Mass'., 
aissi con de la dicha patz e donation plenierament es ferm 
per carta publica d'aqui escricha per G. d'Avignon, notari 
de Mass'., le dig senhers coms, a requista del dig sindegue 
e d'aquels ques eran^ en lo dig parlament, donet, autrejet 

20 et assignat, ad ops de curar lo port de Mass'., de las rendas 
e de las intradas, las quais lo dig senhers coms e la dicha 
donna comtessa an et aver e percebre^ devon en Mass'., e 
las quais ill o li lurs hères percebran en Mass'. en les temps 
que venran, .C. Ib'. de riais coronatz, otra aquelLis .CGC. Ib', 

23 las quais le dig senhers coms en la carta de la dicha patz 
avia autrejat et assignat ad ops de curar lo port de Mass'., 
et en la cura del dig port quascun an perpetualment se 
dejan despendre; e las sobre dichas .0. Ib'. de riais vole et 
autreget le ditz senhers coms que sian donadas e paguadas 

30 quascun an per son viguier. lo quai aura en Mass., als 
obriers del dig port, de las sieuas intradas e rendas. las 
quais aura(n) en Mass'., per très termes, so es assaber en lo 
mes de Mars la tersa part et en lo mes d'Abrial la tersa 
part et en lo mes de May la tersa part, segon que en la 

35 carta [y°] de la dicha patz e donation de las dichas .CGC. 
Ib'. es plenierament ordenat. 

(LXV).. Qwe hom fion pague mas J. denier al pes del Laurel 
per quascuna saumada. 

Item, donet et autrejet le dig senhers coms en aquel 

mezeis parlamen a totz los ciutadans et ad un quascun de 

5 Mass'., d'aquel jorn enant que aquesta [carta] fon fâcha, 

- perpetualment per se e per los sieus hères, franqueza, 

libertat et inmunitat de .j. denier d'aquels .ij. d'., los quais 

li ciutadans de Mass'. eran acostumatz de paguar al pes del 

Lauret per quascuna saumada de blat que hom portava als 

10 molins per cauza de moire, en tal maniera que .j. sol d'. 

tant solament per saumada sian tengutz de paguar al dig 

pes, l'autre d'. apostot revocat o remogut. 

1. Ms. : que seran. — 2. per recebre. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 209 

(LXVI). De non pagar alcuna causa per Irossœras o per 

matelas. 

Item, en aquel mezeis purlament autrejet le ditz senhers 

coms, en son nom e de la dicha donna comtessa e dels lurs 

5 hères, a totz los ciutadans et ad .j. quascun de Mass'., fran- 

queza, libertat et inmunitat perpetualment. per tota la 

lur terra dels oomtatz de Proensa e de Folqualquier, de lotas 

las bonelas e trossieras n del pesage, lo quai si paguava o 

era acostumat de paguar per occaison de las bonetas o de 

10 las trossieras al dig senhor comte o a la donna comtessa o 
ad autre en nom d'els, en tal maniera que par razon de 
bonetas o de trossieras. o d'aquellas cauzas que seran por- 
tadas en las bonetas o en las trossieras, non sian tengutz 
de [f" 29 F"] paguar alcuna cauza, e d'aquesia franqueza 

15 s'alegron perpetualment li ciutadans sobre dig. 

[DJ. — [Confirmation solennelle devant 

LE CONSEIL DE MARSEILLE). 

En nom de Nostre Senhor Ih'u Xpist. Amen. En l'an de la 
Encarnation de lui raezeisme .M. CC. Ivii., en la endiciion 
5 .XV., .viii. ydus Junii. Coneguda cauza sia a totz prezens et 
esdevenidors per aquesta publica carta que, acampat lo par- 
lament de la ciutat vescomtal de Mass'., enaissi con acos- 
tumat es. en lo cimenteri de Madona Santa Maria de las 
Acoas en Proensa, del moût onrat Nostre Senhor en Kalle, 

10 fllh del rei de Fransa, sa en reire d'Anjou, de Proenssa e de 
Folqualquier comte e marques de Proensa, ton legida e reci- 
tada de paraula a paraula en lo plen parlament davant dig 
la pas e la composition que fâcha era en la ciutat d"Aix 
entre lo davant dig senhor comte, en nom sieu e de sa 

15 moiller, ma donna Biatris , onrada comtessa d'Anjo, de 
Proensa e de Folqualquier e marqueza de Proensa, filha et 
hères de mon senhor en Raimon Berenguier de bona me- 
raoria, sa en reire comte de Proensa e de Folqualquier e 
marques de Proensa d'una part, e'n Raolin, drapier, ciu- 

20 tadan de Mass'., syndegue de la universitat de l;i ciutat 
vescomtal de Mass'. en nom de la dicha universitat daus ' 

1. Ms. : dans. 

ANNALES DU MIDI. — XX 14 



210 ANNALES DU MIDI. 

l'autra, la quai escricha era en publica carta fâcha per mi, 
G. d'Avignon, (e) de Mass'. e de tota Proensa notari. et espla- 
natz aquels capitols e legitz los denant, le ditz senhers coms 

25 promes al dig [v] syndegue, recebent en nom de la dicha 
universitat, e juret als sans evangelis, d'ell corporalment ab 
la man tocatz, la dicha patz e la libertat e [lasj franquezas 
e totz los capitols en la dicha pas contengudas e contengutz 
ad aquel raezeisme syndigue, recebent en nom de la dicha 

30 universitat, e per aqnel ad aquella ciutat et a totz et a 
quasclin de la dicha universitat, e nesqualre als estrangiers 
aqui venentz o estantz, per si e per los sieus hères en per- 
pétua, entierament, sens amermament, atendre e gardar et 
en nengun tems contra non venir. En aquella mezeisraa ma- 

35 niera le davant dig en Kaolins, sendegue, en nom de la 
dicha universitat, legitz ad els et esplanatz qnascun dels 
capitols de la dicha pas en lo dig parlament, de voluntat de 
la dicha universitat, aquella volent et enaissi esser fag 
demandant, e d'espres autrejament dels homes en lo dig par- 

40 lament estantz. demandât, sobre las armas d'aquels et en 
nom de la dicha universitat e de la ciutat, (et) si alcuns 
volria contradire en alcuna cauza a la dicha pas, que so 
dieisses (sic) de mantenent, si que [no] non séria auzit, e 
negun home contradizent, promes ad aquel mezesme senhor 

4.5 conte (e) stipulant en nom sieu e de sa moiller e de sos 
hères, e juret sobre los sans evangelis de Dieu corporalment 
et ab la man tocatz que, tant aquel sendegue en nom de la 
dicha universitat et aquella mezesma universitat quant 
cascun home de la dicha universitat jf" 30 r"] en perpétua, 

50 la dicha pas e totas aquellas cauzas que en la dicha pas si 

contenon, e specialmentz la donation e l'autrejament de 

(la donation e de) la senhoria, de la jurisdiction e de totz 

• los dretz e de totas las rendas e las intradas que aurian 

acostumat esser del comun de Mass'. fâcha al davant [dig] 

55 senhor comte, et per aquel a la dicha donna comtessa et als 
hères d'aquels en Proenssa, fermas aver e guardar perpe- 
tualmentz et entieramen[tz] sens amermament et en negun 
tems non contravenir, e de totas [las] dichas cauzas e quas- 
cunas lo davant dig senhor comte, en nom sieu e de la dicha 

60 donna comtessa e de sos hères, d'autrejament e de voluntat 
del davant dig parlament e dels homes del davant dig par- 



MELANGES ET DOCUMENTS. 211 

lament, envesti et ad aquell |fes) la donation el liurament 
de totas las dicbas cauzas, per cauza de la concordia e de 
la composition davant dicha. las quais totas e quascunas 

65 cauzas sobre (losj sans evangelis de Dieu juret ad aquel 
senhor comte, en nom sieu recebentet en nom de ma donna 
la coratessa e de sos hères, le davant dig en Raolins, en 
nom de la dicha universitat del davant dig pariament e 
d'autrejament e de voluntat d'aquels e sobre las armas 

70 d'aquels. aissi quant dig es de sus, fermas aver e tenir e 
complir en perpétua et en negun tems non contravenir per 
beneflzi de restitution o en quai que quai autra maniera. 

[vf>] Aisso fon fag en Mass'.. en lo cimenteri de Ma Donna 
Sancta Maria de las Acoas . en aquel luoc en lo quai era 

75 acarapatz lo davant dig pariament. en presensa' et en tes- 
tiraoni de mon senhor lo vesque de Frejurs, en nom de mon 
senhor lo prebost de Grassa. eleg er* arcivesque d"Aix, de 
mon senhor en Baral, senhor del Baus, de mon senhor en G. 
de Bel Mon, de mon senhor en Rostain d'Agout, del senhor 

80 n'Enric, capellan de mon senhor lo comte, de mon senhor 
en Robert de l'Aven, savi en dreg, del senhor en Sentori '^ 
d'en Ugo Staca, d'en Symon Laget, d'en Bertran de Boc, d'en 
G. Cornut, d'en Andriu del Port, d'en G. Chabert. de maïstre 
Johan, clergue de mon senhor lo senescal, d'AIfan Boissiera, 

85 de Pons Anselm, notari e de G. d'Avinhon, notari. 



II. — Deuxième paix. 

(LXVII). Ai/sso es la secunda pas. 

En nom de Nostre Senhor l'hu Xpist. Amen. En l'an de 
la Encarnation de lui raezeisme .M.CO. Ixii., en la endiction 
5 .xvi«"^, lo diluns seguentre la utava de sant Martin, en luin 
Coneguda cauza sia a totz presentz et esdevenidors que. 
cora so fos cauza que discordia nada fossa entre l'aut baron 
io senhor en Karle, fllh del rei de Franssa, d'Angou, de 
Proensa e de Folqualquièr comte e marques de Proensa, e 
10 ma donna Biatris sa moiller, comtessa d'aquels mezeismes 

1. Ms. : proensa. —2. Sentoni {\nt. Tcntorii, mais Sanctonii I [a]. 
Lxiii, 12H). 



212 ANNALES DU MIDI. 

comtatz e marquesa de Proensa d'una part, els ciutadans de 
la vila soteirana e sobrana de Mass'. et aquella mezeisma 
ciutat daus' l'autra, per aisso que li^ ditz ciutadans [ô] 
alcuns d'aquels en nom del comun los davant ditz senhor 

15 comte e (la) dona comtessa [f" 31 r") avian despuillatz de la 
pocessioD de la dicha ciutat e del castel de Sant Marcel e de 
la(n)s rendas e dels dretz d'aquels, en la pocession paciflea 
de las quais rendas eran et avia(n) estât ii davant dig 
senhers^ coras e (laj donna comtessa, segon la forma con- 

20 tenguda en la carta de la pas sa en reire fâcha entre lo da- 
vant [dig] senhor comte e ma donna comtessa daus una 
part, et en Raolin, ciutadan de Massehla, sendegue de la 
dicha ciutat e de là universitat (et) de la dicha ciutat daus* 
l'autra, pueissas li davant dig ciutadans, volentz retornar 

25 al senhor et a la senhoria del davant dig senhor comte e de 
la donna comtessa e de sos hères, et a la pas et a la con- 
cordia et a la gratia et a l'amor d'aquels, elegiron lo senhor 
en G. de Laurias et en Guigo Anselm et en G. de Mont Oliu, 
n'Ugo^ Vivaut, n'Augier de la Mar, en Raymon Amielh, 

30 n'Ugo de Jérusalem, en Johan Blanc, n'Andrieu del Port, en 
G. Finaut ^, en Bertran ^ de Boc, en G. Bota, en Giraut 
Alaman, en Bertran Gasquet, en Ferrier, curatier, en Guiran, 
en G. Bascle, notari, a tracta[r] et a far la pas entre lo 
davant dig senhor comte e la donna comtessa e la dicha 

3a ciutat, douant- ad aqueis mezeismes plenier poder de far 
aquella pas, aissi con plenieramentz si conten en una carta 
d'aqui fâcha, de la quai la ténor es aitals : 

En nom de Nostre Senhor sia, en l'an de la Encarnation de 
lui mezeisme .M.CC. Ixii., en la endiction .vi^c"»., pridie 

40 ydus Novembre. Conoisseran tutz li prezent e li esdeveni- 
[v"]dors quel senhor Colomp de Peiia Sancta. poestat del 
comun de Mass'. el conseil gênerai d'aquella mezeisma 
ciutat, tant conseilliers cant dels caps de raestiers, al son de 
las campanas et al vos de crida, aissi cant acostumat es, 

45 fero et establiron tractadors de la pas ab lo senhor comte 



1. Ms. : dans. — 2. le. — 3. senhors. — 4. dans. — 5. dugo. — 6. Le 
texte latin donnant G. Feraudi, il faudrait peut-être corriger Feraud. Ce- 
pendant Finaut se retrouve quelques lignes plus bas, où Sternleld dit en 
MOLe que les noms sont les mêmes. — 7. Ms. : li't. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 213 

de Proenssii o ab 1ns tractadors nobles barons, en G. de 
Laurias, en Guigo Aiicelm. en G. de Mont Oliu, n'Ugo Vivant, 
n'Aiigier de la Mar. en Raimon Amielli, [n'IUgo de Jérusa- 
lem, en Johan BUinc, n'Andrieu del Port, en G. Finaut, en 

:iO Bertran ' de Boj. en G. Bota, en Giraut Alaman, en Bertran 
Gasquet, en Fer[rlier. curatier, en [Guiran, en] G. Bascle, 
notarié, als quais tractadors doneron et autrejeron franc 
poder de tractar sobre los capitols prepauzats, dels quais 
es tractât entre los tractadors trames del senlior comte els 

55 tractadors del comun de Mass'., mejansans messagies o 
tractadors trames del senhor en Jacme, fllh de mon senhor 
lo rei d'Aragon, e dels consols de Monpeslier^, e nescalre 
sobre [totas las autras cauzas que devian estre tractadas 
sobre) * la pas fa[z|edoira e reformadoira entre lo davant 

60 dig senhor comte e la ciutat de Mass'.. als quais sobre 
nomnatz tractadors doneron franc poder e plen poder de 
tractar e de complir e de perfar e de reformar la pas e de 
far, enaissi enpero que neguiis ciutadans de Mass". [de] dins 
o de foras aoras estantz de la ciutat de Mass'. sia gitat, ni 

6.J dampnage alcun en personas o en cauzas sufra, mas gene- 
ralmentz e specialmentz a totz sia fâcha plena remission 
del [ f'J 32 r°] senhor comte, si especial reinession aver volria, 
prometens, en n an del comun e de la universitat de Mass'. 
e per aquels, (si) ferm aver perpetualmentz quai que Iqualj 

"0 cauza en las dichas cauzas et entorn las davant dich;is 
cauzas ab lo davant dig senhor comte el ab los tractadors 
d'aquel fag o dig sera (sera). En testimoni de la quai cauza 
comanderon la prezent carta del sagel pendent de siéra del 
comun de Mass'. per garni ment esser fermât. 

75 Aisso fon fag en lo palais de Mass'. en prezencia et en 
testimoni 5 del senhor n'Angelier, d'en Rairaon de Santys"", 
notari, de Peire Gebelin, de Bernart Raimon de Rabas- 
tenc, de G. Bertran', notari, de Berenguier de Valieras, 
noiari. de » G. de Reihlana, semaniers, e del dig conseill 

80 général, e de G. Lort, notari public de Mass'., le quais, 

1. Ms. : H'I. — 2. tintari. — :>. monpi'sellit'r. — I l'.ounloii; nous nHti- 
blissoiis d'M|(ios li; latin : omnibus aliisquo' fractam/a fuevinl super. — 
.T. Sternfeld supprime les noms proi)rps et sp contciito do dire on note 
qu'il y en a huit (il doit lairo un nom p.irticulior (ii> N/ilxistenc). — 
6. Ms. : sant ys. — 7. 67. — 8. dauant. 



214 ANNALES DU MIDI. 

per mandament del davant dig' senhor poestat o del dig 
conseill gênerai, de las davant dichas cauzas aquesta carta 
escris e de mon senhal l'ai senhada^. 

Li davant dig tractadors, reconoissent los ditz despuihla- 
85 mentz esser fag per los ditz ciutadans de Mass'. o alcuns 
d'aqùels, aissi com de sobre es dig, volent satisfar al davant 
dig senhor comte e |a] la donna comtessa dels davant ditz 
despuillaments (e) de la davant dicha ciutat e del castel de 
Sant Marssel, e nescalre de totas las enjurias e daranajes 
90 donatz per los homes de Mass'. totz e quascuns ad aquel[si 
mezeismes senhor comte e donna comtessa, tractant de fase- 
doira satisfaction epas, perufriron als davant nomnatz [v»] 
senhor comte e donna comtessa de la davant dicha satis- 
faction e de bona pas aquellas cauzas que denfra aissi si 
9o segon : 

Premierament, )i sobre nomnatz tractadors de Mass'., en 
nom 3 de la dicha universitat et en nom lur, volgron et au- 
tregeron que la dicha ciutat de Mass'. el castel de Sant 
Marssel, ab totz los dretz e pertenentz d'els, sian restituilz 

100 als davant ditz senhor comte e donna comtessa, que aquels 
ajon e tenguan paciflcament e quietament aissi quant 
aquels avian e tenian en acomensament d'aquesta guerra; 
e proraeseron aquels restituir cant le senhers* coras sera 
vengutz aura trames sos messugiers. Volgron sobre que 

105 tôt e demanderon que la pas, li quai fon deriera fâcha 
entre los davant ditz senhor comte e (la) donna comtessa 
daus una part, e lo davant dig en Raolin, sendegue de la 
dicha universitat e ciutat de Mass'. et aquella ciutat daus 
l'autra, en ^ l'an .M. CC. Ivii., en la endiction .xve"', [IV] nonas 

110 Junii. li davant dicha pas sia ferma et esteols et en neguna 

cauza déjà esser raudada, exceptatz aquellas que denfra 

•aissi son declaradas, de las quais cauzas denfifr'aissi ex- 

pressas e mudadas li davant dig de Mass'. |los] ditz senhor 

comte e donna comtessa els hères d'aqùels (et) en son nom 

115 e de la dicha universitat, de tôt en tôt absolgron, salvv 



1. Ms. : sig. — 2. Notez le passage de la -'> personne à la première. — 
3. Ms. : non. — 4. senhors. — 5. En, avec une grande majuscule, et, à la 
ligne, comme si c'était le commencement d'un paragraphe important. On 
a mis en marge (fin du \vi' siècle?), en chiltres arabes, le numéro 59, 
comme le n" 58 ci-dessus, 1. 84. 



MF.LANGES ET DOCUMENTS. 215 

aquellas cauzas que per los arbitres, li quai (le lus partz 
foroii elegit, sobre los capitols de la dichapas s'esdevenran 
[fo 33 r"\iver declaradas ', a la ordination e déclaration dels 
quais stia liom enaissi que las déclarations sian gardadas 

120 6 fermament (tengndas?) 2, aissi con los autres capitols de 
la pas. 

Per 3 aqui mezesme , promoseron destruire e esplanar las 
fortalessas * fâchas en las conflnias et aquellas mezesmas 
confinias els fossatz d'aquel|a]s esplanar. enaissi ompero 

12o que las fustas e las peiras e tota la materia de las dichas 

conrinias renaanguan als davant ditz Marseilles a paguar 

losdeutes per las dichas confinias contrachi a) o a far fontz* 

ad adurre aygua. 

Per aqui mezesme, promezeron ad aquels liurar e donar 

130 (e) per nombre donant (?|. per comprar las davant dichas 
cauzas e per bona pas, totas las albarestas que eran del co- 
mun de Mass'. en lo tems de la moguda gueira, e (d)aquellas 
que pneissas al dig comun esdevengron, a far sa voluntat ab- 
soutamentz. enaissi que. si alcuns escondria las dichas alba- 

i3o restas, li cort del davant [dig] senhor comte puesca enquerre 
e recobrar aquellas d'aquels que aquellas aurian escon- 
dudas, aisso pausat en covenent que li ciutadans de Mass'. 
sian francs d'aissi adenant en perpétua de donar e d'aportar 
albarestas, non contrastant l'establiment de donadoiras et 

140 aportadoiras las albarestas, enaissi que li mercadiers de 
Mas>'. ni li senliors de las naus de Mass'. ni li autres ciuta- 
dans de Mas^'. d'aissi enant jnonj sian tengutz |v»l donar <> 
aportar albalestas de las partiras d'outra mar d'autra 
part, las quais eran tengutz*^ d'aportir sa en reire al 

44.'> comun de Mass'.. li autre empero, non ' ciiitadan de Mass'., 
quais que sian seran. sian tengut d'aportar las albarestas 
al senhor comte et a ma donna la comtessa et als hères 
d'aquels, enaissi 'on davant» aportavan al comun de 
Mass'., de las quais puescan li davant dig senher coms e 

LSO donna comtessa far lur voluntat, e li sien hères. 

Per aqui mezesme, voli^^ron et autrejeron li davant dig 

1. Ms. : declaratz. — 2. Le latin doiino : nhservctitnr et finuœ siut. 
— .S. Le ms. ne va pas à la li^ne et einploic un p majuscule ordinaire.— 
4. Ms. : fossas (lat. fortnlicia). — T). fu„itz. — f>. (i'H(ju<lns. — 7. Lat- 
7iimc. — 8. Ms. : adenant. 



216 ANNALES DU MIDI. 

tractadors, en nom lur et en nom de la dicha universitat, 
que li dig senher coms e la donna comtessa els hères 
d'aquels ajaii en perpétua los Juzieus e las Juzieuas en 

loo Mass'. eslantz prezentz et esdevenidors, enaissi que a la 
voluntat sieua en aquels Juzieus et els bens d'aquels pues- 
can quista e tallia far e querre e traire et aver d'aquels 
mezesmes, non contrastant lo capitol de la pas davant dicha 
parlant de la franqueza d'aquels, enaissi empero que li da- 

160 vant dig Juzieu e las Juzieuas donon en las dispensarias 
que si faran per cavalcadas al senhor comte et a la dicha 
donna comtessa et als hères d'aquels fazedoiras aissi cant 
li autre ciutadans de Mass'., et en ninguna autra cauza 
donon al comun de Mass'., mas de tôt remanguan als da- 

565 vant ditz senhor comte e donna comtessa et als hères 
d'aquels. 

De la cavalcada de .v <=. serventz et de .1. cavals armaiz. 

[fo 34 r"]. Per aqui mezesme, autrejeron [e] promezeron 
que li cavalcada de .v.c. sirventz e de .1. cavals armatz, 
170 que eran tengutz far segou lo capitol de la davant dicha 
pas sa en reire fâcha, sia doblada, enaissi qued'aissi enant 
sian trames en cavalcada del davant dig senhor comte e de 
la donna comtessa e de lurs hères .M. cirventz o .C. cavals 
armatz, segon la forma e la maniera contengudas en lo dig 
175 capitol de la dicha pas de la cavalcada. 

Per aqui mezesme, promezeron aï davant dipr senhor et a 
la donna coràtessa paguar très .M. Ib'. de tomes per resti- 
tution de las rendas de Mass'. pertenentz al[s] davant(z) 
ditz senhor comte e donna comtessa, las quais del(s) tems 
180 de la moguda guerra entre ad aquest prezent jorn agran 
.pogut percebre le senhor coms e li donna comtessa, enaissi 
que las davant dichas rendas per lo tems davant dig sian 
dels Marseilles francamentz et absoutamentz. 
Per aqui mezeis, promezeron ad aquels senhor comte e 
185 donna comtessa las cauzas moblas', las quais avian en lo 
castel de Sant Marsel, cant fon près per los Marsseilles. 
Per aqui mezesme, que las cauzas toutas en Mass'. et en 

1. Ms. ; noiielas. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 217 

lo castel de Sant Marssell als officiais de mon senhor lo 
comte en Mass'., et al castellan de Sant Marssel et als ser- 

190 vidors en aquel inezesnie castel o a la lur mainada, en lo 
tems de la moguda [vt>) guerra, sian restituidas ad aquels als 
quais foron toutas, et aisso ad aquels que aquellas agron 
sian de paguar; si que non, li comuns de Mass'. sia tengutz 
de restituir. En aquella mezesma maniera e forma sia fâcha 

19") la restitution del blat e de las autras cauzas totas e presas 
per los Marseilles, las quais avian en Mass". li ' home de 
Proensa, o clergues o laïx, en lo tems de la moguda guerra. 
els deutes sian paguatz als homes del davant dig senhor 
comte d'aquels que o devian; et aquellas cauzas son enten- 

200 dudas d'aquellas cauzas o deutes que en Mass'. devian et 
avian agudas de lo tems de la moguda guerra. Senblan- 
raentz sian restituitz lo|sl darapnage[sj donalz dels Mars- 
seiiles e dels autres estantz en Mass". eu lo tems de la 
guerra al senhor en Phelip Ancelra et a son fraire et a'n 

20.J R. Gantelm et als autres faiditz de Mass'. per occaizon de 
la dicha guerra en las cauzas moveols o non raoveols den - 
fra Mass'. contengudas, et aisso d'aquels que las cauzas 
auran perceupudas e los davant ditz daraajes ad aquels 
mezesmes auran donat sia(n) de (que) paguar; si que non, li 

210 coraun de Mass'. satisfasse ad aquels e de las davant dichas 
cauzas sia saupuda veritat per nazi de la cort. 

Per aqui mezesme fon dig que en nom de las victualias 
es entenduda sal, [salvv] aisso que le davant dig senher 
coras e li donna comtessa els hères d'aquels non sian ten- 

215 gutz donar o autrejar saltvv) als Marseiltes, sinon per 
[fo 35 r"] aquel près per lo quai si donaria als autres homes 
de Proensa en las gabellas del senhor comte. 

Per aqui mezesme, proraeseron li davant(zi [dig] tracta- 
dors queaquil faran e curara[nj que li ciutat de Mass'. et li 

22!) ciutadans d'aquella mezesma totas las davant dichas cauzas 

ratiflcaran e juraran et encartaran, aissi con miells e plus 

utilment si poira far a utilitat et ad bonor del senhor 

comte e de la donna comtessa e de sos hères. 

Seguentre aquestas cauzas, li davant ditz tractadors so- 

225 plegan pregueron als davant digtz senhor comte e (a la 

1. Ms. : SI. 



218 ANNALES DU MIDI. 

dicha) donna comtessa que cant si tenrian per pagatz eper 
contentz de la dicha satisfaction o pagiia, que remezessan 
e perdonessan als ciutadans de Mass'. totz e quascuns tota 
enjuria e tota rancor e totz los dampnages donatz a cells, 

230 [e] que nescalre autregessan ad aquells per bona pas al- 
cunas cauzas que denfra aissi son declaradas. Ad aquestas 
cauzas li davant ditz senhers coms e li donna comtessa, per 
preguieras d'aquels e de moût prelatz e barons e de rele- 
gios enclinatz, autregeron ad aquells mezesmes tractadors, 

135 recebent en nom lur et en nom de la universitat e de la 
ciutat davant dicha, et a quascun de la dicha ciutat. (o) per 
aquella universitat e ciutat. aquellas cauzas que denfra 
aissi si segon : 

Preraieramentz li davant dig senhei- coms e li donna com- 

240 tassa per si e per sos hères receupron las sobre dichas cau- 
zas que li dig [v°] Marsseilles de sobre proraezeron e done- 
ron ad aquels mezesmes, e contentz* de la dicha satisfac- 
tion, feniron e remezeron de tôt en tôt, per si e per sos 
hères e per totz lurs valedors. a 2 quascuns ciutadans de la 

245 ciutat de Mass'., de la vila sotrana o sobeirana, tota enjuria 
e rancor e coraplancha. la quai aurian aver podon contra 
totz los Marsseilles e quascuns, per cal que cal cauza per 
ocaison d'aquesta prezent guerra e de la touta de la dicha 
ciutat e del dig castel de Sant Marssel, e de la restitution 

250 del régiment de la dicha ciutat, e de totz los offendementz 
fatz en personas de lurs officiais de Mass'. e del castellan 
de Sant Marssel e dels servidors d'aquel castel e de la mai- 
nada d'aquells e de totz lurs homes e va'edors, et totz los 
dampnages donatz durant' la guerra remezon de tôt en tôt 

253 ad aquels mezesmes, e lur gratia e lur bona voluntat ad ells 
renderon. et aquels en lur garda e lur protection receupron, 
salvas aquestas cauzas que en aquesta prezent carta de 
sobfe son autrejadas als davant ditz senhor comte e (la) 
donna comtessa et a sos hères. 

260 Per aqui mezeis, autrejeron li davant ditz senher* coms 
e la donna comtessa que las possessions els dretz els bens 
non moveols els deutes de la cort del senhor comte non 



1. Ms. : contengutz. — 2. e. — 1. dauant. — '2. senhor. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 219 

tiratz' e(n) las cauzas moveols non occupadas que li ciu- 
tadans de Masseilla, clergues o laïx, de la vila sotrana e 

265 sobrana de Mass'., avian o pocezian o quaislpocezian] en 
lo tems de lo coraenssuraent d'aquesia guerra [en la lerraj 
del senhor [f" 36 r'^] comte e de la Jonna comtessa e de lurs 
hères, ad els toutas en lo tems d'aquesta gucrra, sian res- 
tituidas ad aquells, li quais aquellas enanlz avian e lenian; 

•.:70 e proraezeron que farian restituir aquellas cauzas ad aquels 
que las tenrian e de oui serian detengudas en bona fe sens 
tôt plag e sens tota controversia. 

Per aqui mezesnie, li davant dig senher coms e la donna 
comtessa, de lur franqueza e gracia, volon que en Guigo 

275 Anselm puesca estar en Mass'. et en tota la terra del senhor 
comte e de la donna comtessa e dels lurs, enaissi com li 
autres ciutadans de Mass'.; e[t] a las preguieras e requista 
dels davant ditz Marsseilles volon et autrejan que li autres 
faiditz. que [faiditz] son de Mass'. per lo senhor comte e los 

280 sieus en lo tems de Tautra paz, o pueissas per occaison de . 
la part d'en Breton, puescan estar en Mass'. et en tota la 
terra del senhor comte e de la donna comtessa e dels lurs, 
aissi com li autres ciutadans de Mass'., e que li davant ditz 
en Guigo e li autres faiditz recobron et ajan totz lurs bens 

;85 non moveols. e de las heretatz d'en Breton e dels autres 
faiditz mortz sian auzit de plan en lur dreg. e sens quai que 
quai enjuria sian fâchas aquellas cauzas que dichas son dels 
davant ditz Guigo e dels faiditz. 

Per aqui mezesme. quar^le senhers coms, enantz aquesta 

290 discordia, de sa gracia avia autrejat als Marsseilles que le 
viguiers fossa tengut recebre francamentz e ses contradic- 
tion homes estrangiers que non serian dels [vj oonitatz de 
Proensa e de Folqualquier ni sieus enemicx manifestiz] en 
ciutadans de Mass'., segon costuma de Mass". 3, volgron e 

295 autregeron aoras li davant dig senher coms e la donna com- 
tessa. (e; d'aquel autrejament enant fag. que li sieu viguier 
que per tems li serian sian tengut per sagrament de recebre 
lo|s] davant ditz^ en ciutadans segon la forma sobre dicha, 
lo quai sagrament fassan en lo comenssament de lur regiraen. 



1. Ms : iratz. — 2. que; cf. 306. — 3. Le latin ajoiito : ri,>,i ru hh,-,- 
tate in qua sunt alii cives Mass. — 4. Ms. : diff. 



220 ANNALES DU MIDI. 

300 Per aqui mezesme cove[n]gron li davant ditz senher coms 
e li donna comtes.^a e li ditz Marseille? que li près dans' 
una part e dans l'autra. de quai que quai condition sian, 
dejan esser laissatz e desliuratz de las carces e sian rendutz 
a l'una part et a l'autra [a la condition (?;] de pagar las des- 

305 pensas d'aquels e gardias atempradas. 

Per aqui mezesme, car le senliers coms avia autrejat 
enantz aquesta discordia que serian elegitz arbitres a co- 
noysser si la pas davant dicha non séria gardada et a de- 
clarar los capitols escurs que eran en la dicha pas, volgron 

310 aora(ra)s et autrëgeron del dig autrejament li davant dig 
senher coms e li donna conitessa que sian elegitz arbitres 
que puescan las davant dichas cauzas far e las fassan en 
bona fe. e puescan ordenar, ad utilitat et honor del senhor 
comte et a profleg de la ciutat de Mass'., la segurtat dels 

315 mercadiers estrangiers e de las lurs cauzas venent et estant 
e tornant a Mass'., e de la tersaria^ non pagadoira pels ciu- 
tadans per^ l'us de la ciutat de Mass'., et a la déclaration 
et ordination d'aquels estia hom e las déclarations et ordi- 
nations d'aquels sian [f" 37 r"] gardadas aissi con los autres 

320 capitols de la pas. 

Per aqui mezeis, le senescal de Proensa, le quais a{d)oras 
es, juri gardar e far gardar aquesta pas e l'autra sobre dicha 
en bona fe e contra non venir; et aquella mezesma cauza 
juraran li autres senescals, li quais per temps i seran, en 

325 lo comensamen de lur senescalsia. 

Per aqui mezesme, li davant ditz Marsseilles daran lurs 
letras ubertas, que aquill autrejeron, que mon senher le 
reis de Franssa, le quais aoras es e le quais per temps isse- 
ria, sens autra destlzation, puesca aquels licenciar de son 

330 règne, enaissi que non ajan segurtat(z) alcuna en lo dig 

• règne ni en personas ni en cauzas, si s'esdevenia aquels 

revelar autra vegada contra lo davant dig senhor comte e 

la dona comtessa e sos hères; e que le senher reis per si 

e per son hères rei al davant dig senhor comte e donna com- 

335 tessa de Proensa sobr' aisso sas lotras autregi ubertas. 

Per aqui mezesme, volon que le senher'' coms e la donna 
comtessa e li sieu hères puescan aquels mezesmes Mars- 

1. Ms. : dans. — 2. h^i -.custaria. — 3. Lat. : prœter. — 4. ]\Is. : lenher. 



MÉLANGES ET DOCDMENTS. 221 

seilles e los lurs bens penre, per si e per los sieus, [sens] 
forfatz, en quai que luoc que serian. si 3'esdeven(n;ia(n) 

340 aquels autra vegada revelar. 

Per ^ aqui mezesme, promezeron II davant dig tractadora 
que aquili e li autres ciuladans de Mass'. pregaran e requer- 
ran, a la voluntat del senhor comte, mon senhor io papa, 
que las dichas totas cauzas confeim et lotas e quascunas 

3i5 cauzas sobre escricbas, et es[)ecial[v»|mentz la pas sobre 
diclia ab en Raolin sa en reire fâcha. Li davant dig senher 
coms e li donna comtessu per si e per sos hères daus una 
part, e li ditz Marsseilles de sobre nomnatz per si e per la 
universitat comunal de la ciutat de Mass'. daus'* l'autra, 

350 voluntariamentz accepteron et volgron (e,, l'una part e 
l'autra, atendre e gardar, e far gardar en bona fe prome- 
zeron, aissi cant de sus son espressas, e nescalre totas las 
sobre dichas cauzas e quascunas li davant dig senher coms 
e ma donna comtessa e li sobre noranatz Marsseilles. en 

3.'j5 son nom et en nom dels ciutadans de la ciutat de Mass'., 
jurerun sobre los sans Dieu(s) evangelis atendre e gardar 
en bona fe e far atendre e far gardar e contra non venir. 

En testimoni de las quais totas cauzas et en perpétua 
fermansa li davant dig senher coms e la donna comtessa 

360 comanderoa aquesta prezent pagena dels sagels esser 
garnida. Sobre que tôt aquist denfra aissi escrig, se es 
assaber znonsenher vescom^, per la gracia de Dieu ar- 
civesque d'Aix, nionsenher en Bertran, per la gracia de 
Dieu evesque de Frejus, e monsenher n'Alan, per la 

365 gracia de Die[ul evesque de Cestaron, e li religios baron 
fraire Jaucelim, ministre dels fraires menors en Proenssa, 
e fraire Peire de Varicias. prier dels predicadors de Mass'., 
e li noble baron en Joan de Acciac, diandemesV e(t) en 
Baral, senhor del Baus, e Peire de Vezins. senhor de Li- 

370 mos, [e] G. de Belmont, a requesta del davant |dig| senhor 
comte e de la donna comtessa e delisj sobre nomnatz Mars- 
seilles. en [f" 38 r") testimoni de totz los davant ditz [capi • 
tels], lurs sagells en aquesta prezent carta pauzar ferou. 



1. Ms. : per (sans ponctuation ni séparation). — '-i. duiis.- :!. vt'scom. 
atin ■ vicedonti}ius.— 4. {sic): latin : de comitis militibux. 



222 ANNALES DU MIDI 

de las quais totas cauzas las dichas partz comanderon osser 

Mo fâchas piusors cartas d'una mezeusa ténor. 

Aquestas cauzas foron facha> ad Aix, en prat del palais 
dels davant ditz senhor comte e (de la) donna coratessa, 
davant los davant ditz prelatz e relegios e nobles barons, 
e fraire Peire Blancait, Johan de Sant Clar, Symon de Fre- 

380 jnrs, G. Vento, ciutadan de Genoa. Robert de l'Aven, juiis 
professor, G. Porcellet, Bertran Gantelm'. baille d'Aix, 
Til»aut de Frene^, Jaufre Caudeon^. en Borgoinnon de Tretz, 
en Rocafueill'', fraire d'aquels, en G!n(ljran de Symiana'», 
Alfant de Sant Charaans^, en Gautier de Alnet, Syraeon de 

3S3 Foresta, G. de Bracsilva, Folco de Puech Ricart, Tibaut de 
Vezins^. cavalliers, Rostain Benêt, Martin de Cordas, cans- 
sellier* d'aquel mezesme senhor comte, e (de) plusors au- 
tres, e (de) mi, Martin de la Magdalena de Paris, canone- 
gue de Sant Maus d'Anjou'', publique notari d'aquel senhor 

390 comte, le qnals per mandament d'aquel senhor comte me- 
zesme e [de] donna comtessa e dels sobre nomnatz Mars- 
seilles aquesta carta ay escricha : 

Karlle, flU del rei de Fransa, d'Anjou, de Proensa e de 
Folqualquier coms e marques de Proensa, a totz et a quas- 

395 cuns aquestas prezentz letras esgardadors salutz. A totz 
volem (volem) esser coneguda cauza que nos prometem en 
bona fe a'n G. de Laurias et a totz los trac[ta]dors de Mass". 
que nos preguarera lo car senhor e(n) fraire nostre Lodoye, 
per la gracia de Dieu rey de Fransa [vo] meut aut, els au- 

400 très pel règne de Fransa e de son destreg, per desempa- 
charaent de [las] cauzas e de las personas dels Marsseilles, 
si alcunas personas sian prezas e detengudas en sa terra o 
dels siens, exceptadas galeias e barcas e las sarclas d'aquei- 
las, que a nos devon esser restituidas dels homes de Monpes- 

405. lier. E preguarem en bona fe per absolution de l'escumi- 
nion en aquels fâcha e de l'entredig en aquella mezesraa 
ciutat*" aquels que an poder d'absolver. et aquella absolu- 

1. Lat. Gerdntelmo. — 2. Lat. : Fvonayo. — 3. Lat. : Janfrido Chan- 
daron. — 4. Lat. : Richifolio. — 5. I^at. : Guircmno de Sumaria. — 
6. Aujourd'hui Saint-Chamas ; lai. : Abnantio (lis. Amantio). — 7. Ms. : 
ve)'i7is. — 8. Lat. : de Dorduiio capella?io. — 9. Ms. : damon; lat. : 6'. 
Maiidi Aiidegavensis. — 10. Ms. : e li (uitredig, etc.; texte latin:e< inter- 
dicti in ipsam cioitatetn. Le traducteur a pris intfrdicti pour un nomi- 
natif pluriel. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 223 

tion et dezpezeguament de las cauzas e de las personas far 
cnrarera en bona fe : et (que) li jutge nostre, los quais en 

410 Mass'. pauzarem, veiran, cant seran enquistas aquellas 
cauzas que son fâchas en las cortz de Mass'. per alcuns 
fazentz si e tenentz per ofdcials, que non sia fâcha alcuna 
cauza al dreg contraria '. (non) per aisso que li officiais de 
dreg aqui non eran. [si que non (')] faran'^ aquellas de nou 

415 sens plag fermas sotz lo nom d'aquells- Deis con(S)tratz e 
dels testamentz fatz foras la oort volem que sian ferin(a)s 
aissi cant en dreg fàtz ^ seran. salvv enpero que las da- 
vant dichas cauzas non sian fâchas en nostre prejudici* o 
dels nostres valedors. En testimoni de la quai cauza en 

420 aqupstas prezentz letras nostre sagell comandem esser 
pauzat. 

Donada fon ad Aix, lo diraartz siguentre la octava del 
benaurat sant Martin d'ivern^, en l'an de Nostre Senhor 
.M.e.CC.lxii. 

(A suivre.) L. Constans. 



II 



UNE CONJECTUUE SUR UN TROUBADOUR ITALIEN. 
OBS DE BIGLLI. 

« N'Obs de Biguli se plaing », chantait Guillem Raimon, 
le troubadour bien connu du xiii« siècle, qui échangea des 
vers, à la cour d'Esle, avec Ainieric de f^eguillian ^ et Ferra- 
rln de Ferrare ". Or, Obs de Biguli pourrait se plaiadre aussi 
de l'oubli dans lequel il fut laissé, depuis que M. SchuUz- 
Gora eut l'heureuse idée de le classer parmi les troubadours 
italiens \ 



1. Ms. : cauza plus c. — 2. Lat. : et si cog?ioverint quod sit factum 
aliquid contra jus, eo quod offiinales de jure ibi non ernnt, facient. 
La restitution n'est pas sûre. — li. Ms. : fâchas. — 1. prcjuziri. — 
5. duuern. 

G. Grundriss de Bartsch, 229, 2. La pièce a été pul)]ic'c par M. Appel, 
Provenz, Chrest, 2, n" 89. 

7. La tençon est publiée dans le Manueletto de ('rosciiii. 2' éd., a" 45. 

8. Zeitschrift f. roman Phil., vu, 2:j3. 



224 ANNALES DU MIDI. 

Cependant, il faut avouer que M. Schultz-Gora n'a chance 
de satisfaire personne, quand il croit trouver à Plaisance la 
famille de son poète, se basant uniquement sur ces quelques 
lignes de Poggiali : «(1288)... l'antichissima chiesetta paro- 
« chiale detta S. Maria de Bigolis, ovvero illorum de Bigu- 
« lis, perché da questa famiglia riconosceva la sua fonda- 
it zione '. » Quant à moi, même sans attacher une grande 
importance au fait que Plaisance n'était pas un pays visité par 
les troubadours, comme Gênes, le Montferrat, Ferrare, la 
Vénétie, je remarque que les relations enlre Obs de Biguli et 
Guillem Raimon devraient plutôt nous amener à le chercher, 
par exemple, parmi les familles de la marche « joyeuse « de 
Trévise, ou dans les contrées qui furent en Italie le berceau 
de la poésie provençale. Je trouve une famille « Bigolini » à 
Padoue ~ et il est permis de supposer que Obs de Bigulin pour- 
rait bien être un « Obizzo de Bigolini ». Cette supposition 
deviendrait une certitude presque absolue, si l'on pouvait 
découvrir un membre de cette famille portant, au xiii^ siècle, 
le nom de « Obizzo i*. Malheureusement, les documents con- 
cernant cette famille ne remontent qu'au commencement du 
XV* siècle ; mais ils nous font connaître, à cette époque, 
comme fondateur de la famille de Padoue, un certain « Vittore 
de Bigolini », maître d'école, venu de Trévise. Notre famille 
était donc originaire de cette ville où les troubadours étaient 
accueillis avec grande faveur par les seigneurs « Da Camino » 
et où se rendait souvent Ferrarin de Ferrare. Pourrait-on 
donc, avec quelque chance de probabilité, avancer la conjec- 
ture que notre Obs de Biguli était un troubadour de Trévise ? 
La réponse sera donnée par celui qui aura l'occasion d'étudier 
les documents du xiii* siècle conservés dans les archives de 
cette ville. " Jules Bertoni. 



1. Poggiali, Memorie storiche di Piacenza. v. 396. 

a. Bibliothèque de la ville de Padoue, ms. B. P. 1376 (Cp. Riv. aral- 
dica di Roma, Agosto 1906, p. 501) ; et mss. B. P. 172; 357 ; 1U42 XXI ; 
1232 ; 1316 ; 1462 I : 1180 IIl ; 1998 ; 2155. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 225 



III 



ŒUVRES INEDITES DE FRANÇOIS MAYNARD. 

La Bibliothèque municipale de Toulouse possède deux ma- 
nuscrits* de François Mayuard, catalogués sous les numé- 
ros 843 (ancien 69) et 844 (ancien 92), que le plus récent 
éditeur de ce poète, Gaston Garrisson^. a eu le tort de ne pas 
dépouiller avec tout le soin désirable. 

Dans ces deux manuscrits, dont l'un, le843, a 279 folios^, et 
l'autre, 53. Garrisson n'a trouvé à relever comme inédites que 
dix-sept pièces^; encore lant-il ramenée ce chiffre à quatorze, 
les pièces numérotées VIII et IX (pp. 292--!) n'étant que les 
strophes 6. 8, 10 et 11 d'une ode publiée du vivant même de 
Maynard^ et les fragments I et II (pp. 301-2) appartenant à 
une seule et même pièce*. 

On serait tenté de croire, sur la foi de Garrisson, qu'en 
dehors de ces quatorze pièces inédites et des trente-six pièces 
pour lesquelles nous sont données, d'après les manuscrits', 
les variantes, les 333folios de nos manuscrits ne contiennent, 
en fait de poésies, ou bien que des priapées^. ou bien absolu- 
ment les mêmes pièces que celles que l'édition reproduit. 

1. Pour la description, la provenance et l'âge de ces niss., voir l'opus- 
cule de M. Drouhet : Les Mcuiuscrits de Maynard conservés à la Bibl. 
de Toulouse (Paris, H. Champion, 1908). 

2. Paris, Lemerre, 1885-8 (8 vol.). 

3. 280 en comptant la feuille de garde initiale qui n'est pas foliotée, 
bien que couverte d'écriture. 

4. Treize dans le ms. 84;î (v. t. 111. p. 287-300) ot quatre dans le ms. 844 
{Ibid., p. 301-3). 

5. L'ode « Louis dont les palmes sans nombre «avait paru dans le /to'«f'(V 
des plus beaux vers de Messieurs Malherbe, Ilaca/i, Maynard, liois- 
robert, etc.. (Paris, du Bray, 1030), recueil ignoré de Oarrisson. 

6. On trouve cette pièce in exlejiso (ms. 841, p. 32) ([uclques pages plus 
loin que l'endroit d'où Garrisson a tiré ces deux fragments. Nous la don- 
nons infra, p. 229-30. 

7. liCS variantes citées par Garrisson sont surtout tirées du Uecueil des 
plus beaux vers (Paris, Du Bray, 1020), des Pièces nouvelles de May- 
nard (Toulouse, 1638) et des Lettres de Mayiuird (Paris, gulnet, I0r>2). 

8. Le chiffre en est assez élevé. Nous en avons compté 83, toutes dans 

ANNALES DU MIDI. — XX 15 



226 ANNALES DU MIDI 

En réalité, Garrisson n'a pas consulté les manuscrits de 
Toulouse avec plus de soin que les œuvres imprimées^; car, 
s'il les eût scrupuleusement dépouillés, ce n'est pas pour 
36 pièces seulement, niais bien pour 277 qu'il aurait pu nous 
donner les variantes et, d'autre part, il aurait pu accroître 
très notablement le nombre des pièces inédites. Les manus- 
crits de Toulouse lui offraient, en effet, 10 des pièces vérita- 
blement inédites données par Labouisse-Rochefort, 40 des 64 
qui ne se trouvaient imprimées que dans les recueils collec- 
tifs de poésies, d'où M. Lachèvre les a exhumées, pièces aux- 
quelles on doit ajouter les 29 tout récemment imprimées par 
M. Drouhet et celles qu'on lira dans le présent travail, où 
nous nous proposons de donner ce que renferment encore 
d'inédit 2 — priapées à part — les manuscrits 843 et 844 de 
la Bibliothèque de Toulouse. 



le ms. 843. Sur ce nombre, 53 ont été imprimées dans l'édition des 
Priapées (Freetown, 1864) aux pp. 5-33, et 2 dans le Cabinet satyrique. 
Des 28 autres, 1 a été attribuée à Sigogne (par M. van Bever), 1 à Car- 
lincas (par M. Lachèvre), 1 a été imprimée par M. Drouhet {op. cit.), enfin 
25 sont inédites. 

1. Pour justifier ce reproche, nous rappellerons : 

1" Qu'il a oublié tr^ois des pièces données dans les Poésies nouvelles de 
Maynard (Toulouse, 1638), et qu'en revanche, il en a reproduit une qui ne 
diffère que par un seul mot {Guy au lieu de Jean) d'une épigramme qui 
figurait déjà dans l'édition de 1646 (cf. t II, 279, et III, 101); 

2° Qu'il n'a pas connu certains recueils collectifs de poésies du xvii« siè- 
cle, entre autres le Recueil des plus beaux vers de 1630, non plus que 
l'édition toute récente des Poésies diverses et vers itiédits de Maynard, 
donnée par M. Blanchemain à Genève en 1867; 

3" Qu'ignorant cette dernière i>ublication, il aurait dû extraire des 
Lettres biographiques sur Fr. Maynard de Labouisse-Rochefort (Tou- 
louse, 1846) non pas seulement les deux rondeaux qu'il cite — sans se 
douter que le second est incomplet, — mais bien 17 autres pièces, dont 8 
ont été données par M. Blanchemain (édit. de 1867), et It par MM. Durand- 
Lapie et Lachèvre dans leur ouvrage : Deux homonymes du xvii" siècle 
(Paris, 1899). 

2. Nous regardons comme inédits les pièces ou fragments qu'on ne 
trouve ni dans Labouisse-Rochefort, ni dans Blanchemain, ni dans Gar- 
risson, ni dans les ouvrages de M Lachèvre, ni dans l'opuscule de 
M. Drouhet, ni enfin dans les Lettres de Maynard. Les vers cités dans 
ces lettres sont fort nombreux : nous y avons relevé, outre 67 fragments, 
31 pièces complètes, sur lesquelles 21 se retrouvent dans Garrisson, 4 dans 
Ijachèvre, 1 dans Labouisse-Rochefort, 4 dans le ms. 843; 1 enfin — un 
sonnet (les 2 quatrains, h?ttre 277, et les deux tercets, 1. 153 bis) — n'est 



MELANGES ET DOCUMENTS. 227 

Nous donaeroQs successivement les pièces composées de plu- 
sieurs strophes, puis les sonnets, les dizains, et ainsi de suite 
par ordre de longueur décroissante, Le même ordre sera con- 
servé dans chacune de ces catégories pour le classement des 
vers^ 

Nous terminerons en donnant les strophes que Maynard a 
éliminées de certaines pièces publiées de son vivant 2. 

Double veau, lu veux que j'estime 
Que ta noblesse et ton dequoy 
Sont par un chemin légitime 
Sous Pharamont venus ches toy. 
Ton ayeul, que tu recommandes 
Avec des parolles si grandes, 
Fut un homme sans feu ny lieu 
Et, quand il paya la nature. 
Il démara de l'Hostel-Dieu 
Pour aller soubs la sépulture. 

N'as-tu pas honte de nous dire 
Que, soubs le dernier des Valois, 
Il estoit par tout cet empire 
L'honneur des armes et des lois? 
Tu veux le tirer des ténèbres 
Avecque ces tiltres célèbres 
Dont faulsement tu l'embellis 
Et ton humeur est asses vaine 
Pour jurer que la fleur de lis 
Estoit sa cousine germaine. 



citée nulle part ailleurs. Quant aux fragments, nous en avons retrouvé 
43 dans Garrisson, 1 dans T^achèvre, 10 dans les mss. de Toulouse; les 
13 autres n'ont pu être identifiés. 

1. l*our tous les morceaux nous indiquons la référence aux mss. Nous 
désignons par A -le ms. 843 et par B le ms. 844. I.es cliilTres — entre 
parenthèses — qui suivent ces lettres renvoient au folio : il s'agit du recto 
quand le nombre n'est suivi d'aucune indication et du verso quand il est 
suivi de la lettre v. 

2. Entre plusieurs formes d(> la même pièce nous avons toujours choisi 
la plus récente; de même pour les variantes. 



228 ANNALES DU MIDI. 

Fay-toy parent des Rois de Trace 
Ou de l'aigle des Allemans 
Et prens la source de ta race 
Dans le plus vieux de nos Romans, 
Je ne veux plus ouvrir ma porte 
Aux petits Messieurs de ta sorte; 
On ne voit rien de si brutal. 
Il faut qu'un homme soit bien grue. 
S'il n'est ennemy capital 
De ceste noblesse bourrue. 



Aminte, esprit clair et net, 
Dont le docte cabinet 
Sert aux Muses du théâtre, 
Nostre âge t'estime tel 
Qu'il se désire idolâtre 
Pour t'eslever un autel. 

Tout ce qui part de ta main 
Est plus céleste qu'humain, 
Tes veilles sont des merveilles 
Et le rond de l'univers 
N'a pas aujourd'huy d'oreilles 
Qui soyent dignes de tes vers. 

Avant que leurs dons accens 
Eussent enchanté mes sens 
Et fait mon cœur tout de glace, 
Mon nom, plein de vanité, 
S'estoit promis une place 
Au front de l'Eternité, 

Mais à peine eus-je entendti 
Les chansons qui t'ont rendu 
L'unique Apollon de France 
Qu'aux Muses je dis adieu 
Et d'une telle espérance 
L'envie occupa le lieu. 



A, 124 V. et 125. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 229 

Pourroy-je n'envier pas 
Tes rimes dont les appas 
Charmeroyent les plus l)arbares, 
Moy, dont le soleil des Rois 
Entre les voix les plus rares 
Autrefois ayma la vois? 

Suy le chemin entrepris 
Et, des plus hautains espris 
Frustrant la gloire et la peine, 
Montre aux François orgueilleux 
Que Garonne comme Seine 
A des cignes merveilleux. 

(A, 60 V, 61-61 V.) 



Le Ciel me veut donc affliger 
Par de longues inquiétudes : 
Ma femme a l'esprit si léger 
Qu'elle est l'antipode des prudes. 

Elle est toute couverte d'or, 
Son équipage est magnifique 
Et Paris n'a point de Médor 
Dont elle ne soit l'Angélique. 

La prodigue a fait enchérir 
La dentelle et le point de Gênes; 
Ma bourse commence à tarir; 
Il faudra vendre mes domaines. 

Pour esblouir les jeunes fous 

Et se décrier pour un ange*, 

Elle a dépouillé des bijous 

Les boutiques du Pont-au-Change^. 



1. Moites de pommade et d'eau d'ange (1. liJ2 à Flotte). 

2. A la suite de ce quatrain on lit (1. 122) : 

Elle se farde et s'embellit. 
Elle se parfume el se l«ve, 
Et c'est pour mcllre dans son lit 
L'abbO, le bourgeois et le brave. 



230 ANNALES DU MIDI. 

La folle a si bien mesnagé 
Les doux attraits de sa prunelle 
Que mon lit se trouve assiégé 
De plus de braves qu'Orbitelle. 

Mon pauvre père est aujourd'huy 
Le plus vieil barbon qui nous reste. 
Et je crains que ma femme et luy 
Méditent de faire un inceste. 

O! que je bénirois les cieux 
Si cete jeune vagabonde 
Alloit débaucher nos ayeux 
Et coqueter en l'autre monde i^ 



(B, 32et 28 u.) 



Voycy le plus divin ouvrage 
Qui partit jamais de chez nous^ : 
On ne peut sans luy faire outrage 
Le lire autrement qu'à genous. 



1. C'est ainsi que se présente la pièce dont Garrisson n'a reproduit, 
en deux fragments (v. t. III. p. 301 et 302), qu'une partie. En envoyant 
à Racan (lettre 265) le dernier quatrain, Maynard écrit : « Voici la conclu- 
« sien de l'épigranime que je vous ai promis. Je sais qu'il faut bien ren- 
« contrer pour, vous plaire et même en un sujet qui vous touche comme 
« celui-ci. » A gauche de cette pièce, sur le même folio, B, 32, on lit les 
variantes suivantes : 

Str. 1. J'ai grand sujet de m'a... (G., III, 302.) 
Str. 2. Elle fait jouer cent rassors. (G., ibid.) 
Str. 3. Elle se pare chaque jour. (G. 111, 301.) 

V. -l. Et court où son plaisir l'appelle. 
Str. i. S'il en faut croire les v... ;_G., ibid.) 
Str. b. Tout me choque. (G., ibid.) 
Str. 6. Je croy que je suis mal-mené, 

Que je sers de matière aux farces 

Et que la nopce m'a donné 

La plus impudique des garces. 

2. Var. : Que cet âge ayt produit chez nous; autre ; Qui parut jamais 
entre nous; autre : Ce beau volume ost un ouvrage | Digue d'estre admiré 
de tous. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 231 

Que cet avcuptle illé^fitinio 
Qu'on place entre les iniinortels 
N'attende plus veu ni victime, 
Ce livre destruit ses autels. 

Il déclare une sainte guerre 
A tous ces espris vicieux 
Qui, pour les beautez de la terre, 
Abandonnent celles des cieux. 

Par le mespris des créatures, 
11 nous attache au ("<réateur. 
Sans doute, les races futures 
Diront qu'un Ange en est l'autheur. 

C'est avecque tant d'artifice 
Que son discours est ajusté 
Qu'il semble que dans le cilice 
On a cherché la vanité*. 

Mais quoy ! sa matière est si haute 
Que, s'il en parloit bassement, 
On l'accuseroit d'avoir faute 
De sçavoir et de jugement 2. 

Puis, c'est contre toute apparence 

Qu'Athanaze ait fait cet escrit : 

Il est né de Ja conférence 

Des anges et du Saint-Esi)rit3. 

(A, 157 et V.) 



Le bruit de nos belles chansons 
Remplira les mers et les terres 
Et le Dieu des mauvais garçons 
Faira place au dieu des guiterres, 
Puisque Gaston ne s'est pas endormi 
Dans les l)ras de nostre ennemi. 



1. Var. : Le soing, la force et l'a... LJont... 

2. Var. : D'éloquence et de... 

3. M.Drouhet, qui n'a reprocluit que les ((nalrains 1. t. C et 7, a sipnalé 
que la fin de cette pièce est la tuème que cello de l'Ode an Pape : « Muses, 
faites un feu de joie. » <G., III, 304-6.) 



232 ANNALES DU MIDI. 

Nos justes veux seront ouys, 
Les vents respecteront nos calmes 
Et tous les jours le grand Louys 
Gueillira de nouvelles palmes, 
Puisque Gaston, etc. 

Nous surmonterons les dangers 
De la guerre qui nous occupe 
Et ferons voir aux estrangers 
Que la France n'est plus leur dupe, 
Puisque Gaston, etc. 

La vaillance de nos guerriers 
Dont la fortune est la compagne 
Ira se couvrir de lauriers 
Dans l'une et dans l'autre Allemaagne, 
Puisque Gaston, etc. 

Ceux qui dans les pais du Roy 
Taschent de ramener la guerre, 
Pasles de tristesse et d'effroy, 
Maudissent le Ciel et la terre. 
Depuis que... 

Ils s'attendoyent que Richelieu 
Ne seroit pas toujours en France. 
Mais qu'ils disent le grand adieu 
A leur malheureuse espérance. 
Puisque Gaston, etc. 



(A, 166 et 167 v.) 



Mon Conte, à qui je tasche à plaire 
De tout l'effort de mon pouvoir, 
Calme ceste ardente cholère 
Qui me deffent de te revoir. 

Pour n'avoir pas veu la Savoye, 
Comme je te l'avoy promis, 
Veux-tu désormais que je croye 
Que tu n'es plus de mes amys? 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 233 

J'aborrc la peste et la j^Mierre 
Et le premier «le ces démons 
M'eiU sans doute mis sons la terre 
Si j'eusse osé passer les mons. 

Le péril estoit manifeste 
Et la force de mon discours 
Veut que je mesnage le reste 
Du petit monceau de mes jours. 

Dis que mon excuse est mauvaise, 

Tu le peux, mais je suis bien aise 

D'avoir reculé mon trépas ; 

On me blàmeroit de folie 

S'il me faschoit de n'estre pas 

Allé jnourir en Italie. 

(A. 122 V.) 



C'est un bien fugitif que la fleur de la vie, 
Nos jours les plus rians sont les premiers passez; 
Diane, ta beauté ne fa guères suivie, 
Ton visage n'a plus que des Lis effacez. 

Tes yeux, qui surpassoient l'Estoilc la plus claire. 
Ont cessé de nous luire et d'escbauffer nos vœux. 
Je croy que ton miroir commence à te déplaire 
Et que l'argent se mesle à l'or de tes cheveux. 

r;eux que tes jeunes ans soumirent à tes charmes 
Et qui sans te tleschir ont versé tant de larmes 
Riront de voir tomber ta grâce et ton orgueil ; 

La parque, dont la main se plaist aux homicides, 
Devroit, pour l'obliger, cacher sous le cercueil 
La triste nouveauté de tes premières rides ^. 



1. Ces deux quatrains et ces deux tercets, qu'on Ht, les premiers, dans 
la lettre 277, et, les seconds, dans la 1. 153 bis, nous pandssent former un 
sonnet qu'aucun éditeur de Maynard n'a reproduit ni signalé. Nous avons 
cru devoir le donner ici, les Lettres de notre auteur étant assez difficiles 
à se procurer. 



234 ANNALES DU MIDI. 

Ce vieux fou, ce roy des badins, 
Dent d'ébeine et taint de carotte, 
Émulateur des paladins 
A la façon de don Quixote, 

Ce bel enfileur de discours 
Au nés couleur de violette, 
Dont l'ordure implore toujours 
La faveur d'une cassolette. 

Par les anges, qu'il hait si fort, 

M'a beau menacer de la mort, 

La crainte ne m'en fait pas blême : 

Quel esprit ignore aujourd'huy 

Qu'il se trempe dans son sang même 

Et non pas dans le sang d'autruy? (A, 41. 



Martin, chaque siècle a son pris 
Et ton pédantisme est injuste 
De n'estimer que les espris 
Qui furent de la cour d'Auguste. 

On ne scauroit asses louer 
Les cignes dont la France abonde. 
Mais tu ne veun pas l'advouer. 
Parce qu'ils sont encore au monde. 

Admirateur des vieux tombeaux, 
Croy-moy, nos ouvrages sont beaux 
Et chers aux filles de Mémoire. 

Cet âge est digne de Mon Roy 

Et si rien en ternit la gloire 

C'est les vers qui viennent de toy'. (A, 121 v. 



1. Même idée, mais conclusion légèrement différente dans G., III, 99 
« Je ne dois pas encore attendre. » 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 23; 

Adieu pour la dernière fois^ 
Vous ne seres plus mes délices^; 
Muses, je vay quiter vos bois 
Et vos bizarres exercices 3. 

Loin, bien loin ceste vanité 
Qui sollicite nos études 
De chercher l'immortalité 
Dans l'horreur de vos solitudes. 

Depuis trente ans que je vous sers 
Et que vos monts et vos désers 
Sont mon cours et mes Tuilleries, 

Mon meuble est si bien ménagé 
Que les rats ont presque mangé 
Mes lits et mes tapisseries. (A, 19i.) 



Espaigne, n'espère plus rien'^ 
Et sçache que ta seule terre 
Sera dans le monde ci*estien 
Le seul théâtre de la guerre 5. 

Devant qu'un lustre ait fait son cours 
Il faut que ta grandeur succombe : 
Ton peuple décroit tous les jours 
Et tes héros sont dans la tombe. 

Le comte, qui dupe ton roi, 
N'a pitié, prudence ni foi 
Et n'est animé que de rage ^, 



1. Var. : Le pompeux séjour de nos Roys 

2. Var. : Me fait monstre de ses délices, 
Autre : M'invite à gouster ses délices. 

.3. Var. : On n'y voit que des précipices. 

4. Var. : Tage. crains tout, n'espère rien. 

5. Var. : Le funeste objet de la guerre. 

6. Ces trois derniers vers sont biffés dans le ms. 



236 ANNALES DU MIDI. 

Ton infant est souvent battu* 

Et n'a pas asses de courage 2 

Pour oser aymer la vertu. (A, 222.) 



Muses, je consens qu'on me passe 
Pour vostre ennemy capital : 
Hipocrène, Pinde et Parnasse 
Sont les chemins de l'hôpital. 

La fortune me persécute 
Depuis le cours de vingt hyvers, 
Il luy fasche que je ne bute 
Qu'à polir seulement des vers. 

Elle me tient loing de mon prince 
Entre des brutaux de province 
Dignes d'estre soûles de foin. 

Quel secours faut-il que j'appelle 

Si Richelieu ne prend le soing 

De me mettre bien avec elle? (A, 150 v.) 



Dés que nous serons dans le mois 
Qui doit commancer la campagne, 
Nous irons soumettre à nos lois 
Toutes les provinces d'Espagne. 

Elle a beau prescher la valeur 
De ses cohortes^ basanées, 
Rien ne diffère son malheur 
Que la nege des Pyrénées. 

Armand, que ne peut nostre Roy 
Avec un héros comme toy, 
Prudent, généreux et fidelle? 

Tes plus insolens ennemis 

Confessent que tes soings l'ont mis 

Dans Arras et dans La Rochelle. (A, 231 v.) 

{A suivre.) Ci. Cl/vvelier. 

1. Var. : Pauvre estât, que deviendras-tu 

2. Var. : L'Infant a trop peu de courage. 



GOMPTKS RENDUS CRITIQUES 



Georges de Manteyer. — Les origines de la Maison de 
Savoie (910-1060) (École française de Rome, Mélanges 
d'archéologie et d'histoire, XIX, 1899, p. 343 et suiv.). — 
Notes additionnelles {Le Moyen âge, 1901, p. 257 et suiv., 
437 et suiv.). — La paix en Viennois (Anse [17 juin?j 
1025) et les additions à la Bible de Berne (ms. Bern. 
A9) {Bulletin de la Société de Statistique... de l'Isère, 
XXXIIL 1904, p. 87 et suiv.). 

M. de Manteyer a publié, dans ces dernières années, non pas 
des fragments d'un livre, mais plutôt une collection de notes sur 
les origines et la situation de la Maison de Savoie aux x" et 
xie siècles. Il a voulu reviser les travaux antérieurs, en particulier 
ceux de Carutti, sur Hunibert aux Blanches-Mains et sur les débuts 
de la Maison de Savoie, et, de plus, utiliser, pour éclairer les ori- 
gines d'Humbert, certains documents du Cartulaire de Montié- 
ramey (Aube, arrondissement de Troyes) édités par M. <jiry, et 
quelques autres textes qu'il a découverts et publiés. 

Il a commencé par classer méthodiquement les textes que nous 
possédons sur la Maison de Savoie avant 1061. Ces textes nous la 
montrent en possession d'importants domaines dans le Viennois, 
dans le Bu}T;ey méridional, en Savoie, et surtout dans le pays de 
Sermorens (à Chàloniiay, à Gharancieu, aux Kclielles). Ces biens 
constituent, en somme, un ensemble de possessions foncières 
groupées sur la rive gauche du RlKJne, entre le Rhône et l'Isère, 
depuis la banlieue de Vienne jusqu'au lac du Bourget. Là fut le 
siège primitif, au début du xie siècle, de la Maison de Savoie, qui, 
peu à peu, devait reporter le centre de son action plus à l'est, «lans 
les hautes vallées alpestres et en Italie. 



238 ANNALES DU MIDI. 

D'où venait cette Maison, ainsi fixée à l'est de Vienne aux. envi- 
rons de l'an 1000? M. de Manteyer montre qu'elle ne saurait se 
rattacher à l'ancienne famille des cc<mtes de Viennois. Si Charles- 
Constantin, fils de Louis l'Aveugle et comte de Vienne au xe siècle, 
a eu un fils du nom de Humbert, celui-ci ne saurait être identifié 
avec Humbert aux Blanches-Mains, le fondateur de la Maison de 
Savoie. C'est ailleurs qu'il faut chercher les origines de cette Maison, 
et M. de Manteyer pense les trouver dans la Bourgogne septen- 
trionale. Des textes historiographiques et des documents duCartu- 
laire de Montiéramey nous renseignent sur l'existence d'une famille 
comtale qui vivait, à la fin du ixe siècle, dans l'entourage et dans la 
clientèle du puissant duc de Bourgogne, Richard le Justicier. Cette 
famille a suivi le duc dans les guerres de conquête qu'il a entre- 
prises contre le royaume des Francs occidentaux. L'un de ses 
membres, Manassès, est comte de Châlon ; un autre, Garnier, est 
devenu, à la suite des conquêtes de Richard, comte de Troyes et 
vicomte de Sens (prise par Richard en 8!)5j. Ce dernier est un per- 
sonnage important. Il a épousé Thiberge, princesse de race royale, 
petite-fille de Lothaire II et sœur de Hugues d'Arles, le marquis 
de Pi-ovence, le futur roi d'Italie, aussi puissant dans la vallée 
inférieure du Rhône que Richard l'était en Bourgogne. De cette 
union sont nés trois fils, Richard, Manassès, qui fut archevêque 
d'Arles, et Hugues que nous retrouverons. 

Une période de revers succéda, pour la famille de Garnier, à 
cette période de puissance. Garnier fut tué dans un combat avec 
les Normands, en 925, à Mous Calaus '. Son fils Richard, qui le 
remplaça dans le comté de Troyes, ne put conserver ce comté. 
Sens et Troyes furent repris par les Francs occidentaux. La famille 
de Garnier, abandonnant ses anciens domaines, quitta la Cham- 
pagne et la Bourgogne et vint se fixer en Viennois. La veuve de 
Garnier, Thiberge, se remaria avec Engelbert, frère de l'arche- 
vêque de Vienne Sobon (927-949), de la famille des vicomtes de 
Vienne 2. Le fils de Garnier et de Thiberge, Hugues, reçut, en 936, 



1. M. de Manteyer avait d'abord pensé à Chauniont-en-Bassigny, puis 
il a accepté l'identilication avec Chalaux (Nièvre, arrondissement de Cla- 
raecy) proposée par M. Lot. — V. Lauer, Annales de Flodoard, p. 27, 
qui propose Glialo-Siiint-Mars(Seine-et-Oise) ou Ohalniont (Seine-et-Marne). 

2. Sobon et Engelbert sont les fils du vicomte Berlion (I"). Notons, à 
ce propos, que M. de Manteyer voit dans cette famille des vicomtes de 
Vienne la souclie de la Maison féodale de Bressieux. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 239 

de son oncle Hugues d'Arles, un grand domaine à Octavion, en 
Viennois. Peut-être ce comte Hugues est-il le même personnage 
que le comte palatin Hugues que nous trouvons, auprès du roi de 
Bourgogne Roilolfe 11, dans des plaids de 926 et de 927 ^ Sa femme 
se nomme Wille, et le nom de cette princesse, qui se retrouve dans 
la Maison des Rodolfiens. indiquerait, à lui seul, que Wille était 
de la famille des rois de Bourgogne. 

En tout cas, cet établissement en Viennois fut, pour les descen- 
dants de Garnier, le point de départ d'une fortune nouvelle. Le 
comte Hugues a eu plusieurs enfants. L'un d'eux. Thibaud, fut 
élu, après la mort de Sobon, en 957. archevêque de Vienne. Une 
très précieuse vie de saint Thibaud, signalée par dom Grospellier, 
nous parle déjà de la puissance de sa famille. Elle nous raconte 
que son père, Hugues,. avait quitté, dans sa jeunesse, la Francia 
pour la Bourgogne; qu'il possédait de grands domaines dans le 
pays de Sermorens ; que sa femme, Willerma (Wille). était la 
nièce d'un roi de Bourgogne (Rodolphe 1er évidemment) ; que lui- 
même, Thibaud, est né au caslrxim Tulnionis (sans doute Tolvon 
près de Sermorens), et qu'il a été élu évêque avec l'appui du roi 
de Bourgogne, protecteur de sa famille. Un autre fils de Hugues 
est le comte Hubert ou Humbert, que nous trouvons dans des 
textes viennois de la fin du xc siècle. 

Or M. de Manteyer croit que ce comte Humbert (1er) est le père de 
Humbert aux Blanches-Mains, fondateur de la Maison de Savoie. 
Cette dernière filiation, essentielle pour tout le système ainsi 
édifié, est seulement hypothétique, et M. de Manteyer est le pre- 
mier à le reconnaître. Mais cette hypothèse a du moins pour elle 
une série de vraisemblances : c'est d'abord la similitude des 
noms de Humbert ou de Hubert, qui indique qu'il s'agit de mem- 
bres d'une seule et même famille (les deux formes de Humbert 
et de Hubert, très distinctes ètymologiquement. sont souvent 
prises l'une pour l'autre à cette époque); c'est surtout le fait que 
les grandes possessions foncières de la Maison de saint Thibaud 
se trouvent dans le pays de Sermorens, c'est-à-dire précisément là 
où nous relevons les plus anciennes possessions foncières de la 
Maison de Savoie : tous ces indices font croire que la Maison de 

1. (Jette identification est évidenunent douteuse : V. Poupardin. Le 
royaume de Bourgogne, P- 1^'^. ^'J-'- Cependant, la Vie de saint Thi- 
baud, parlant, de la situation de Hugues en Bourgogne, nous dit ipi'il 
était inter primas palatii. 



240 ANNALES DU MIDI. 

Garnier, de Hugues et de Thibaud ne fait qu'une avec la Maison 
d'Humbert aux Blanches-Mains. 

Telle est, dans ses grandes lignes, l'idée maîtresse des « Notes » 
de M. de Manteyer, celle qui forme le fond de ses développe- 
ments. Mais il ne s'en lient pas là. Il est conduit, par son exposé 
même, et par le désir de justifier une série de rapprochements 
généalogiques entre la Maison de Savoie et d'autres Maisons féo- 
dales ou princières de la région, à reconstituer les progrès de la 
puissance de la Maison d'Humbert aux Blanches-Mains. Il a in- 
sisté, avec grknde raison, sur la politique « épiscopale » de cette 
Maison : mieux que personne, il a montré comment elle avait 
grandi en mettant la main sur les évêchés de la région. Aux xe 
et xie siècles, beaucoup de parents ou d'alliés de la Maison de 
Savoie ont occupé des évêchés dans le royaume de Bourgogne. A 
Vienne d'abord, nous trouvons tour à tour trois archevêques, 
alliés ou membres de la famille : Sobon, beau-frère de Thiberge ; 
Thibaud, frère du comte Humbert (1er), et enfin Bouchard, qui est 
peut-être le frère d'Auxilia, épouse d'Humbert aux Blanches- 
Mains. La Maison de Savoie a dû largement profiter de cette situa- 
tion. Beaucoup de ses possessions foncières primitives, dans les 
pays de Vienne et de Sermorens, sont des terres qu'elle tient en 
precaria des églises de Vienne, Saint-Maurice et Saint-André-le- 
Bas. M. de Manteyer croit que le comte Humbert (ler) a été, du temps 
de l'archevêque Thibaud, avoué du chapitre et de l'archevêque de 
Vienne ; que son fils Humbert aux Blanches-Mains a été, du temps de 
Bouchard, l'avoué du chapitre (l'avoué de l'archevêque étant alors 
Ulric, le frère même de Bouchard). Lorsque l'archevêque Bou- 
chard eut reçu, en 1023, du roi Rodolfe III, donation du comitatii s 
de Vienne, il dut, vers 1030, en sous-inféoder la partie septen- 
trionale à son beau-frère Humbert; et, si les comtes de Savoie 
n'ont pas porté le titre de comtes de Vienne, du moins la Maison 
de Savoie a possédé, jusqu'au xive siècle, un comté (les textes le 
disent expressément) en Viennois. — Dans d'antres diocèses, les 
mêmes faits ont pu se produire au profit de cette Maison. A 
Belley, dès la fin du xe siècle, nous trouvons sur le siège épis- 
copal Odon, frère d'Humbert aux Blanches-Mains, puis plus tard, 
vers 1032-1037, Aimon, petit-fils du même Humbert. Sans doute 
Odon aura, comme Bouchard à Vienne, inféodé à Humbert le 
comté de Belley, car, en 1051, le fils d'Humbert, Amédée, porte le 
titre de cornes Belicensiiim. — Dans le val d'Aoste, dès 1025, 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 241 

l'évêque n'est autre que Bouchard, autre fils d'Humbert aux 
Blanches-Mains, qui sera plus tard archevêque de Lyon ; or, 
en 1031, Humbert est en possession du comté d'Aoste : ici encore, 
une inféodation du comté, émanée de l'évêque au profit d'Hum- 
bert, est infiniment vraisemblable. 

D'un autre côté, la Maison de Savoie, alliée à une série de Mai- 
sons royales, notamment à la Maison de Hugues d'Arles et à la 
Maison des Rodolfiens, a su profiter de telles alliances. Ses mem- 
bres occupent une place importante auprès des rois de Bourgogne 
et dans leurs conseils. Ils signent des diplômes royaux, et peut- 
être le comte Hugues a-t-il été comte palatin de Bourgogne. M. de 
Manteyer croit même que leur Maison a reçu directement de l'au- 
torité royale le comté de Savoie, démembrement de l'ancien comté 
de Graisivaudan ; car nous trouvons, en 1036, le comte Humbert 
en possession des terres royales en Savoie : « terra régis sive 
Uberti comitis »; peut-être la concession remonte-t-elle au xe siècle 
et émane-t-elle de Hugues d'Arles; on s'expliquerait ainsi pour- 
quoi Hugues et Humbert (1^^), aïeul et père d'Humbert aux Blan- 
ches-Mains, ont porté, dés celte époque, le titre de comtes, bien 
qu'ils eussent perdu le comté de Troyes. Humbert aux Blanches- 
Mains a été, après la mort de Rodolphe III, l'avoué de la reine 
veuve Ermengarde, chargé par elle de la gestion de ses biens pro- 
pres en Genevois et peut-être aussi en Sermorens. C'est sans doute 
encore grâce à la protection des Empereurs, héritiers du royaume 
de Bourgogne, que la Maison de Savoie s'est établie en Maurienne 
vers lOiO ; en 1043, Humbert aux Blanches-Mains figure dans une 
donation de terres épiscopales, à côté de l'évêque et comme suze- 
rain de l'évêque ; peut-être a-t-il reçu la Maurienne de l'Empe- 
reur, à la suite de la suppression temporaire de l'évôché de Mau- 
rienne. Enfin, vers 1045, le mariage d'Odon, fils d'Humbert, avec 
Adélaïde, héritière du marquisat de Turin, a conduit la Maison 
de Savoie dans la plaine du Pô. 

Beaucoup d'autres questions, touchant, les unes de prés, les 
autres de loin, au sujet primitif de ces « Notes ». et concernant 
surtout l'histoire du Dauphiné septentrional, ont été étudiées inci- 
demment par M. de Manteyer. A diverses reprises, il a longue- 
ment examiné les limites des anciens comtés carolingiens de 
Vienne, de Sermorens et de Tullins, s'eflforçant de les reconstituer 
à l'aide des documents des cartulaires, des noms de lieux, ou même 
des limites communales actuelles. Il a étudié attentivement la 

ANNALES DU MIDI. — XX 16 



242 ANNALES DU MIDI. 

situation politique du Viennois au début du xi"" siècle; et il a 
clierché à préciser les droits respectifs du chapitre, de l'archevêque 
et des avoués : les quelques pages qu'il a consacrées à cette ques- 
tion sont fort précieuses pour l'histoire juridique. Ses études de 
géographie historique l'ont conduit à s'occuper des litiges qui ont 
surgi, au xi« siècle, entre les' évèchés de Vienne et de Grenoble, 
au sujet du comté de Sermorens-TuUins, et de l'acte de Pascal II 
qui, en 1107, a partagé entre les deux églises le territoire contesté. 
Mais surtout son attention devait être attirée par les progrés d'une 
autre Maison féodale, qui se développe à côté de la Maison de 
Savoie et en même temps qu'elle, la Maison d'Albon. 

M. de Manteyer prépare, depuis longtemps, un mémoire spécial 
sur les origines de la maison d'Albon. Dès maintenant, il a pris 
position dans le gros débat qui, depuis si longtemps, divise à ce 
sujet les érudits. Il pense que la Maison des Guigues ne se ratta- 
che pas aux anciens comtes carolingiens de Graisivaudan. Les 
Guigues, au début du xie siècle, ne sont encore qu'avoués de 
l'évêque de Grenoble ou « princes » en Graisivaudan. Si un acte 
du 27 février 1016^ porte, parmi les souscriptions, la signature 
d'un comte Guigues, cette signature n'a pu être apposée que plus 
tard, car ce Guigues est indiqué comme étant le frère d'un évê- 
que Humbert; or, Guigues (II), frère de l'évêque de Grenoble 
Humbert, était mort avant 1009; et l'autre évêque Humbert, 
frère de Guigues (III) le Vieux, n'est arrivé à l'évêché de Valence 
qu'après 1025. Encore en 1027, Guigues (III) ne porte pas le titre 
de comte. M. de Manteyer croit que les Guigues ont pris le titre 
comtal seulement vers 1030, à la suite d'une inféodation de la 
partie sud du comté de Vienne, qui leur aurait été consentie par 
l'ai'chevêque de Vienne Bouchard. Cet archevêque, qui, en 1023, 
avait reçu de Rodolphe III le comilalus de Vienne, en aurait ainsi 
inféodé la partie septentrionale à Humbert aux Blanches-Mains, 
et la partie méridionale (Valloire, Galaure, Valclérieux) à Guigues 
d'Albon. La partie méridionale du comté de Sermorens, qui avait 
jadis constitué le comté de TuUins, tomba aussi aux mains de la 
Maison d'Albon, peut-être parce que Guigues (III) aurait été pris 
pour avoué, dans cette région, parla reine Ermengarde, la veuve de 



L La Paix en Viennois, p. 143 et suiv. — Marion, Cart. de Greno- 
ble, p. 75 et suiv. — Cette démQnstration de M. de Manteyer a été 
acceptée par M. Poupardin, Le Royaume de Bourgogne, p. 257. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 243 

Rodolfe III V Et cela a entraîné encoi-e M. de Manteyer à étudier 
les vicissitudes des frontières politiques du Dauphiné septentrio- 
nal, et à retracer les étapes des progrès de la Maison d'Albon dans 
ce pays, aux dépens da la Maison de Savoie, qui, à la suite des 
traités de 1293, de 1355, de 1377 et de 1760, a été peu à peu chas- 

1. Peut-être M. de Manteyer aurait-il pu utiliser, à cet égard, la teneur 
'des actes d'hommage prêtés par les Dauphins, dans les siècles suivants, 
aux archevêques de Vienne. Il y aurait, sans doute, trouvé la justifica- 
tion et, en partie aussi, croyons-nous, la rectification de ses hypothèses. 
Il est très remarquable que, dans ces actes, le Dauphin prête hommage 
à l'archevêque pour un territoire qui excède de beaucoup les limites que 
l'évêché de Vienne avait alors ; ce territoire comprend toute la région 
entre le Rhône et l'Isère, à partir de Saint-Vincent près de Voreppe. 
L'hommage enveloppe donc et traite comme terre viennoise la totalité de 
l'ancien comté de Sermorens-Tullins, disputé au xi" siècle entre les égli- 
ses de Vienne et de Grenoble. Cela prouve que la teneur de cet hommage 
dû par les Dauphins s'est constituée dès avant 1107, car, à cette date, 
l'arbitrage de Pascal II a partagé en deux le territoire contesté, attri- 
buant la partie sud (Tullins, Moirans, Voreppe, Rives, Voiron, les Échel- 
les) à l'évêché de Grenoble, et la partie nord à l'église de Vienne. Cet 
hommage remonte donc à une période antérieure à 11U7, et cela cadre 
tout à fait avec l'hypothèse d'une inféodation émanée des archevêques de 
Vienne au profit de la Maison d'Albon au cours du xi« siècle, à une épo- 
que oîi l'église de Vienne réclamait la totalité du pays de Sermorens et 
de Tullins, jusqu'aux portes de Grenoble. Cela semble bien prouver aussi 
que la source de la puissance des Guignes se trouve en Viennois et non 
pas à Grenoble. Des comtes de Graisivaudan n'auraient pas accepté une 
extension aussi considérable du territoire viennois; ils n'auraient pas 
souscrit à l'attribution à l'église de Vienne de tout le territoire contesté, 
au mépris des droits de Grenoble. Et cet acte cadre ainsi, sur tous ces 
points, avec les hypothèses de M. de Manteyer. — Il les confirme encore 
à un autre point de vue. M. de Manteyer, se fondant surtout sur l'exa- 
men des limites communales actuelles, a soutenu que le comté viennois 
de Tullins devait originairement englober non seulement la rive droite de 
l'Isère en aval de Voreppe, mais aussi des parties de la rive gauche. Or, 
notre acte d'hommage indique précisément que le Dauphin faisait hom- 
mage à l'archevêque de Vienne pour les châteaux de Saint-Quentin et de 
Malleval, situés à gauche de l'Isère. (V. La Paix en Viennois, p. 120 et 
suiv.) — Par contre, il faut, croyons-nous, renoncer à l'idée indiquée dans 
la même étude (p. 149 et suiv.), d'après laquelle le Sermorens du sud (Tul- 
lins, etc.) aurait été directement attribué aux Guignes par Ermengarde, 
tandis que le Viennois leur aurait été rétrocédé par l'archevêque de 
Vienne après la renonciation d'Ermengarde à ce pays et la donation de 
Rodolfe m à Bouchard en 1023. Il est fort possible que, en cédant à 
l'évêque, en 1023, le comitatus Vienne, l'on ait implicitement englobé 
dans la cession le comté de Sermorens-Tullins, que Vienne réclamait 
intégralement. En tout cas, l'inféodation faite par l'archevêque au profit 
des Guigues porte aussi bien sur le Sermorens méridional que sur le 
Viennois méridional. — V. le texte de l'hommage publié par M. Chevalier 



244 ANNALES DU MIDI. 

sée du Viennois, du pays de Sermorens et du Bugey dauphinois, 
et rejetée au-delà du Rliône et du Guiers. 

Dans son dernier mémoire, M. de Manteyer a enfin publié 
quelques documents inédits, dont l'un est infiniment précieux. 
C'est le texte d'une paix de Dieu, qui se trouve sur un feuillet de 
la Bible viennoise de la Bibliothèque de Berne, et qui a été signa- 
lée par M. Bahut. Très minutieusement, M. de Manteyer a fait 
l'exégèse de ce texte et a pu lui assigner la date vraisemblable 
de 1025; il croit que cette paix a été promulguée et jurée au con- 
cile tenu à cette époque dans la ville d'Anse; et le prince, qui jure 
d'observer cette paix, dans un territoire englobant les comtés de 
Vienne, de Belley et de Sermorens et dont on indique les limites 
avec grande précision, doit être précisément Humbert aux Blan- 
ches-Mains, le seul prince laïque ayant, par ses domaines fon- 
ciers et par son influence, une situation considérable dans ces 
trois comtés. 

Ce texte est instructif à maints égards : d'abord en lui-même, 
parce qu'il éclaire la situation politique du Viennois à cette épo- 
que; parce qu'il nous montre les droits et les prétentions du 
prince laïque en question vis-à-vis de l'archevêché et du chapitre 
de Vienne. Mais ce texte nous intéresse aussi, parce qu'il convient 
de le rapprocher du texte d'une autre paix de Dieu, qui fut jurée 
en 1023 par Garin, évoque de Beauvais, et qui a été éditée par 
M. Pfister dans son étude sur le règne de Robert le Pieux. La paix 
viennoise constitue un nouvel et précieux élément de l'histoire de 
la paix de Dieu ; et M. de Manteyer, qui ne craint pas les digres- 
sions, a refait, après Huberti, le tableau de la propagation de la 
paix et de la trêve de Dieu en France, afin de pouvoir y situer 
exactement ces deux textes de Beauvais et de Vienne, très sem- 
blables l'un à l'autre, et ne difterant que par le caractère plus 
détaillé et plus circonstancié de la paix viennoise. 

Les-autres documents publiés par M. de Manteyer sont un cata- 
logue d'archevêques viennois, et enfin la pseudo-prophétie de 

dans les Feuda et recognitiones de l'église de Vienne (Coll. de cartulaires 
dauphinois, II, 1, p. 82, 108, 107). — On peut rapprociier des hypothèses 
de M. de Manteyer les idées un peu différentes exprimées tout récennnent 
par M. Poupardin, Le Royaiitne de Bouri/ot/He, p. 250 et suiv. Ce der- 
nier auteur pense, lui aussi, qu'aucun lien ne rattache les Guignes du 
xi« siècle aux anciens comtes de Graisivaudan ; mais il croit à une usur- 
pation pure et simple du titre comtal, en Graisivaudan, par Guignes (III) 
vers 1035. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 245 

Léger, qui raconte les vicissitudes de l'Empire aux xe etxie siècles, 
qui a dû être faite entre 103't et 1039, qui est conçue sous une 
forme o])scnre et énigmatique, comme il convient à une prophétie, 
mais qui nous intéresse cependant, comme l'a dit M. Poupardin, 
parce qu'elle constitue « le texte le plus curieux au point de vue 
de l'histoire littéraire du royaume de Bourgogne* ». 

On peut, par les quelques pages qui précèdent, se rendre compte 
de l'intérêt des recherches de M. de Manteyer, Si elles se présen- 
tent sous un aspect confus et chaotique qui risque de décourager 
d'abord le lecteur, elles n'en sont pas moins remarquables par 
leur richesse et leur originalité. On ne saurait appliquer plus 
d'ingéniosité à la critique des documents; on ne saurait leur faire 
dire plus de choses. On pourra sans doute trouver que l'auteur 
leur fait dire trop, et qu'il accumule les conjectures. D'autres 
chercheurs, M. Garutti en Italie, AI. Philipon en France, et, tout 
récemment encore, M. (',. Rénaux^ se représentent d'une ma- 
nière très différente le développement de la Maison de Savoie. 
M. de Manteyer lui-même, nous l'avons déjà dit, ne cache point le 
caractère hypothétique des résultats auxquels il aboutit. Mais ses 
conclusions, même hypothétiques, sont fort précieuses, et ces trois 
séries d'études ont fait faire, soit par elles-mêmes, soit par les 
études critiques qu'elles peuvent provoquer, un grand pas à la 
connaissance de l'histoire et des institutions du Dauphiné septen- 
trional et des régions voisines pendant le haut moyen âge. 

Robert Gaîllemer. 

Félix Portai.. — La République marseillaise du XIIP 
siècle (1200-1363). Marseille, Ruât, 1907; iu-8» de 
ix-463 pages. 

Sur une période de notre histoire locale très peu étudiée de nos 
jours (où la faveur du public va surtout aux époques modernes), 
et en somme très mal connue, M. Portai, qui n'est pas un histo- 
rien professionnel, vient de composer un livre qui, s'il n'est pas 
définitif, a le grand mérite de débrouiller d'une façon très satis- 
faisante les complexes obscurités de nos annales nationales du 

1. Poupardin, op. cit., p. 344. 

2. G. Rénaux, Hunibert /" dit au.x Blanches - M ain r , Carcassonne. 
1906, in-H". — V., sur ce travail. Poupardin, dans Le 'Moyen nge, 1907, 
p. 283 et suiv. 



246 ANNALES DD MIDI. 

xiiie siècle. Il y manque une bibliographie méthodique et un 
tableau des sources inédites qui montreraient d'un coup d'œil au 
lecteur la nouveauté de l'ouvrage, la valeur des recherches per- 
sonnelles de l'écrivain, et le peu de secours qu'il pouvait atten- 
dre de ses prédécesseurs. A part, en effet, les vieux classiques 
d'histoire provençale, Ruffi, Papon, V A.7itiquité de VEglise de 
Marseille, l'auteur n'a guère eu à citer que de rares collections 
modernes de textes, parmi lesquels le recueil Méry-Guindon, 
de néfaste et méprisable mémoire, quelques utiles monographies 
de Fabre, Mabilly, etc., la synthèse prématurée de Lambert sur le 
régime municipal en Provence, et surtout le recueil de Documents 
de l'archiviste Blancard. Son travail a donc dû se fonder surtout 
sur les archives communales qu'il a longuement explorées et dont 
il a tiré (et publié en appendice) d'importantes pièces justifica- 
tives. La préparation parait avoir été très consciencieuse. 

Les résultats de ces recherches sont présentés avec méthode. Le 
cadre adopté n'est pas purement chronologique. L'auteur s'en 
excuse, et je serais plutôt disposé à l'en féliciter, car ses divisions 
logiques ont l'avantage de montrer d'une façon claire les divers 
aspects de l'évolution historique communale; et d'ailleurs elles 
ne sont pas assez multipliées pour paraître artificielles. La première 
partie expose V Etablissement de la République. L'auteur en 
. cherche l'origine dans le développement économique et commer- 
cial de Marseille au xiie siècle, dans la formation de la Confrérie 
du .Saert^£'5j3r*7, société religieuse en apparence, mais politique au. 
fond, qui permit à un groupe riche et important de citoyens de 
conquérir dans leur patrie les immunités dont ils jouissaient à 
l'extérieur. Ce groupe devint l'embryon du gouvernement munici- 
pal de Marseille, qui lutta contre les vicomtes et leur arracha peu 
àpeu,par de lents progrès, leur autorité, leurs prérogatives et leurs 
droits financiers. L'histoire des engagements et rachats de droits à 
Huguos Geofiroy III, à Roncelin, à Raymond Geoffroy, à Hugues 
de Baux, à Raymond de Baux et à Giraud Adhémar est faite avec 
une grande précision dans le chapitre iv. Vers 1226 (puisqu'on 
n'a point de .date sûre, ni même à vrai dire de certitude de la 
vente par Giraud Adhémar), Marseille a complètement absorbé 
l'autoi'ité des vicomtes. — C'est à ce moment que M. Portai aban- 
donne l'ordre chronologique (auquel il reviendra d'ailleurs pour 
raconter les derniers temps de l'indépendance) et décrit sépa- 
rément l'histoire intérieure et l'histoire extérieure de la jeune 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 247 

République marseillaise. En six chapitres (v et vi sont mal cou- 
pés, et auraient dû se décomposer en trois), il étudie la topogra- 
phie médiévale de Marseille, en insistant sur les limites de la ville 
inférieure; puis l'organisation municipale avec sou gouvernement 
populaire, le grand Conseil, les cent chefs de métiers, le Conseil 
général, les magistratures municipales, le podestat, les recteurs, 
les syndics et clavaires, le viguier et le sous-vigiiier. L'organisa- 
tion judiciaire vient ensuite, avec le juge du palais, le juge des 
appels et le juge de la commune. M. Portai a même tenté de 
dresser des listes de magistrats municipaux, mais elles sont trop 
sommaires pour être de grande utilité. Il faut noter cependant les 
divers appels faits à des jurisconsultes italiens pour l'emploi 
de podestats : sur sept de ces fonctionnaires, entre 1221 et 1229, 
il y a un Milanais, un Bolonais et un Pisan, et le nom d'un qua- 
trième, Spinus de Surrexina, parait bien déceler une personnalité 
italienne. Les chapitres vir, viii, ix donnent un tableau des finan- 
ces, des règlements de voirie et de police, du commerce et des con- 
trats maritimes et commerciaux. Les renseignements ici réunis 
sont d'autant plus importants, que ces règlements ont survécu 
bien au delà de la chute de la République. Les règlements des cor- 
porations et des métiers sont analysés un peu trop sommairement. 
Le chapitre x, intitulé Principes juridiques, est un essai d'his- 
toire du droit marseillais au xiiie siècle : ce n'est pas en quinze 
pages qu'on pouvait l'écrire; aussi ne faut-il y chercher que des 
indications, notamment sur la situation civile des personnes et des 
classes inférieures (esclaves, bannis, juifs, lépreux, courtisanes). 
— Nous abordons, après cet exposé, tantôt approfondi, tantôt som- 
maire, de la vie intérieure de Marseille, le tableau de sa vie exté- 
rieure, dans la troisième partie de l'ouvrage. Expansion poliLi- 
tlque : peut-être aurait-il fallu distinguer plus nettement l'histoire 
de la formation du territoire marseillais et celle de ses alliances 
politiques et commerciales. Il y a un peu de confusion dans ce 
chap. XI, qui aurait dû former une partie à lui seul. Avec les 
chap. XII. XIII, xtv, nous abandonnons l'histoire de l'expansion 
pour revenir à celle de la lutte pour la vie; l'auteur étudie succes- 
sivement les différends de Marseille avec l'abbaye de Saint-Vic- 
tor, ses rapports avec les comtes de Toulouse et de Provence, ses 
démêlés avec l'évêque de Marseille et la révolte des villes supé- 
rieures. — Avec le chapitre xv, Premiers conflits entre la Répu- 
blique marseillaise et Raimond Bérenger V, commence vrai- 



248 ANNALES DU MIDI. 

ment la quatrième partie : Lutte pour V indépendance . Les événe- 
ments survenus entre 1230 et 1243, que M. Portai distingue en 
premiers et noiiveaiioc conflits, forment en réalité un drame con- 
tinu, où s'entrechoquent les politiques rivales de Hairnond Béren- 
ger V, de Raymond Vil de Toulouse et de l'empereur Frédéric II, 
auquel Marseille fait une soumission temporaire, qui, si elle avait 
été plus durable, aurait pu changer singulièrement l'évolution 
de la vallée du Rhône. Avec l'apparition de Charles d'Anjou et le 
traité de 1252 (chap. xvii) commence la dernière période de notre 
République. Ici encore, on peut regretter que M. Portai ait pré- 
senté pêle-mêle les faits d'histoire diplomatique générale (rachat 
de privilèges dans le Levant, renouvellement du traité avec Gènes, 
traité avec Pise), ou méridionale (transaction avec Béziers, conflit 
avec Montpellier), et ceux qui sont liés plus étroitement à la lutte 
contre Charles d'Anjou. Cette lutte dure onze ans, du traité de 
1252 à l'achat de la ville haute par ce prince, et se prolonge par la 
révolte et le complot de 1263, qui fut réprimé par lui avec une 
cruauté inouïe. 

Ici s'arrête, avec l'histoire de la République marseillaise, le récit 
de M. Portai. Sa conclusion est écourtée et quelques lignes d'une 
éloquence mélancolique sur la destruction de ce foyer d'indépen- 
dance ne sont pas suffisantes. Il a sagement fait d'éviter des con- 
jectures et des regrets sur ce qu'aurait pu devenir, sans son écra- 
sement par Charles d'Anjou, Marseille indépendante. Peut-être 
devait-il marquer avec plus d'énergie, et rien qu'en résumant les 
grands traits de son ouvrage : quelle création forte et vivante avait 
été la commune libre de Marseille; comment elle avait su en peu 
de temps se donner l'organisme nécessaire à une vie municipale, 
faire sa place parmi les puissances méditerranéennes, devenir 
l'égale par ses institutions, la rivale par son commerce de Gènes 
et de Pise; comment elle a continué son rôle extérieur, malgré les 
difficultés internes, malgré les conflits avec les princes voisins; 
et dire enfin que ces quarante années de République comptent 
parmi les plus attachantes, les plus émouvantes et les plus glo- 
rieuses qu'ait vécues Marseille. Voilà, semble-t-il, quelle pouvait 
être la conclusion ; c'est celle où arrivera tout lecteur de cette très 
bonne monographie. L.-G. Pklissier. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 249 

Henri Pècout. Études sur le droit privé des hautes vallées 
alpines de Provence et de Dauphiné au Moyen-âge. 
Documents inédits. Paris, Larose et Tenin, 1907; in-8° de 
vi-282 pages. 

Cet ouvrage, thèse de doctorat en droit de la Faculté d'Aix, 
porte un titre trompeur dans une certaine mesure. Il s'annonce 
comme une étude sur le droit des hautes vallées de la Provence 
et du Dauphiné. Or, en fait, cette étude est limitée au départe- 
ment des Hautes-Alpes et à quelques vallées voisines : Briançon- 
nais, Embrunais, Gapençais, Champsaur, vallée de Barcelonnette. 
Par contre, l'ouvrage, à un autre point de vue, donne plus qu'il 
ne promet, car l'auteur ne se confine pas dans le pur droit privé; 
il s'occupe de la condition des personnes et de la condition des 
terres, et aussi de l'organisation judiciaire et de la procédure, 
matières qui touchent toutes de fort près au droit public. 

Les thèses de doctorat portant sur l'histoire des institutions 
sont rai'es, surtout dans les Universités méridionales. H semble 
que les étudiants de ces Universités croient qu'il y a, sur ces 
questions, peu de chose à faire. Ils vivent sur la vieille idée que 
le droit méridional est du droit écrit, c'est-à-dire du droit romain, 
et qu'il n'y a pas lieu, dès lors, de lui consacrer une étude spéciale. 

A défaut d'autre utilité, un travail tel que celui de M. P. aurait 
déjà ce grand avantage de montrer que le droit médiéval de la 
France méridionale est un droit coutumier très original, aussi 
original que celui de la France du nord. Plus on l'étudié, plus 
cette constatation s'impose. Nous ne parlons pas seulement des 
matières féodales, qui évidemment échappèrent pour une très 
large part à l'action des idées romaines, et pour lesquelles il y eut 
tout au plus, des essais d'adaptation des règles romaines relatives 
à l'emphytéose. (M. P. a très bien noté tout ce qui sépare l'em- 
phytéose du fief, malgré ces tentatives de confusion.) Le droit 
des terres, le droit des contrats, le droit de la famille, la procé- 
dure et le droit pénal de la France du sud ont été, pendant des 
siècles, souvent inspirés par des idées tout à fait étrangères au 
droit romain. Seule la renaissance du droit romain a pu amener, 
dans ces régions, à partir du xine siècle, des modifications par- 
tielles dans le sens des idées romaines. 

Le lecteur de la thèse de M. P. s'en convaincra aisément. Il y 



250 ANNALES DD MIDI. 

trouvera la description d'une masse d'institutions de droit privé 
ou de procédure que le droit romain ne connaissait point, et dont 
plusieurs ont disparu après la renaissance du droit romain*, tan- 
dis que d'autres institutions, fondamentales en droit romain, telles 
que le testament, font défaut aux xi" et xiie siècles, et n'apparais- 
sent qu'au xiiie. Il est même regrettable que M. P. n'ait pas mieux 
accentué rantitlièse entre ces deux périodes de l'histoire juridique 
de la France méridionale. Nous aurions aimé à trouver dans son 
livre un chapitre spécial, où l'auteur, ayant passé en revue les 
diverses branches du droit privé, aurait rassemblé les traits géné- 
raux de cette romanisation, et noté les dates et les étapes de la 
renaissance des idées romaines. 

Une critique détaillée du travail de M. P. nous entraînerait trop 
loin. Il faudrait reprendre, une à une, toutes les matières qu'il 
étudie. Sur plusieurs points, ses conclusions sont peut-être contes- 
tables, et une autre interprétation des textes est possible. Mais 
surtout l'on regrettera l'absence d'un certain nombre de connais- 
sances générales, qui auraient été indispensables dans un ouvrage 
de ce genre. Pour mener à bien un tel sujet, il ne suffit pas d'étu- 
dier les franchises locales et les documents des cartulaires; il faut 
connaitre l'histoire politique de la région étudiée, et aussi l'his- 
toire générale du droit médiéval. Or, cette double série de con- 
naissances a fait défaut, en grande partie, à M. P., comme d'ail- 
leurs à beaucoup d'auteurs de thèses d'histoire juridique : et c'est 
pourquoi celles-ci sont si rarement bonnes. 

M. P. est mal renseigné sur l'histoire des Hautes-Alpes; il n'a 
pas utilisé les ouvrages qui, dans ces derniers temps, ont renou- 
velé en partie l'histoire du Dauphiné et de la Provence, ou, plus 
largement, l'histoire des royaumes de Provence, de Bourgogne, 
d'Arles et de Vienne. Il a remplacé les connaissances précises qui 



1. Ainsi Vostagium conventionnel, si différent de la fidejussio ro- 
maine ; ainsi la tradition per maniim, que l'on retrouve dans l'institution 
allemande des Sabnànner ; ainsi les formalités de la procédure d'exécu- 
tion des biens des insolvables; ainsi surtout la masse des institutions 
familiales, si éloignées du droit romain : garde seigneuriale, augment de 
dot, laudatio des héritiers dans les aliénations foncières, retrait lignager. 
— Nous croyons même que M. Pccout se trompe, lorsqu'il croit à la 
persistance, à travers tout le moyen âge, de certaines institutions telles 
que l'emphytéose (p. 87) ou le régime dotal romain (p. 174). Les textes 
qui nous parlent de ces institutions sont tous postérieurs à la renais- 
sance du droit romain. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. TÔl 

lui auraient été nécessaires par des considérations vagues sur 
« le llux et le reflux (?) des invasions ». De même, le tableau qu'il 
nous donne, au chapitre vir, de l'organisation administrative et 
judiciaire de l'État delphinal présente des lacunes et quelques er- 
reurs. Est-ce bien la faute de M. P. ? A Aix-en-Provence, l'histoire 
du moyen âge n'est pas enseignée; et nous connaissons d'autres 
Universités méridionales auxquelles tout enseignement de ce 
genre fait également défaut. 

Mais surtout M. P. connaît insuffisamment l'histoire générale 
du droit médiéval. Son plan même révèle cette insuffisance.il est, 
en plusieurs endroits, défectueux, car il applique aux institutions 
médiévales des classements qui conviennent tout au plus au droit 
moderne. Par exemple, tout ce qu'il dit de la tradition immobi- 
lière devait prendre place, non pas dans le chapitre des contrats, 
mais dans le chapitre relatif aux terres ; car la tradition est un 
moyen de transférer la propriété, quelle que soit la source, con- 
tractuelle ou autre, de ce transfert. De même, les pages consacrées 
aux successions réunissent artificiellement des règles très diffé- 
rentes, les unes concernant les fiefs, les autres les alleux, d'autres 
encore spéciales au patrimoine des serfs : règles qui auraient eu 
leur place naturelle dans les chapitres relatifs à ces diverses ma- 
tières. De même encore, les droits ou les redevances, dus les uns 
par les personnes de telle ou telle condition, les autres par les 
terres de différentes catégories, ont été groupés ensemble et déta- 
chés de l'étude des classes sociales ou des diverses sortes de teiTes, 
étude qui seule cependant pouvait les expliquer. 

C'est sans doute aussi faute de connaissances générales préala- ' 
blés que M. P. n'a pas aperçu ce qu'il y a de profondément vrai 
dans la théorie, soutenue notamment par M. Guilhiermoz, d'après 
laquelle, pendant le haut moyen âge, il n'y a (si l'on met à part 
les clercs et aussi les bourgeois des villes) que deux grandes 
catégories sociales : d'un côté les nobles, possesseurs de fiefs, et 
d'un autre côté les non-nobles, dans une condition servile ou 
quasi-servile, quel que soit le terme (serfs, vilains, francs, rotu- 
riers) qui sert à les désigner. M. P. rejette cette théorie. Nous 
croyons, au contraire, que les textes qu'il rassemble lui sont plei- 
nement favorables, et que, s'il ne l'a pas admise, c'est parce qu'il 
s'est fait une idée inexacte et trop rigide du servage médiéval. Il 
constate lui-même (pp. 36 et suiv.) que le vilain des Hautes-Alpes 
n'est pas éloigné du serf. Le droit de changer de seigneur à la 



252 ANNALES DU MIDI. 

Noël de chaque année, droit qui appartient aux paysans du 
Briançonnais, n'est pas, comme le dit M. P., une preuve de liberté ^. 
Gela montre seulement que la condition des paysans se rappro- 
che de ce que l'on appelle la « mainmorte simplement réelle », et 
ressemble à celle des homines de inansata des textes méri- 
dionaux ou à celle des serfs de la Bourgogne 2. Un trait surtout 
nous semble caractéristique, trait que M. P. étudie ailleurs 
(pp. 183 et suiv.). Dans les Hautes-Alpes, pendant tout le moyen 
âge, la totalité des populations des campagnes n'a eu que des 
droits successoraux très restreints; à défaut de descendants et à 
défaut d'un testament fait au profit du seigneur, celui-ci recueil- 
lait toute la succession du paysan décédé. Ce droit n'est pas une 
conséquence des règles féodales, comme M. P. le dit (p. 183, note 4) ; 
car il s'applique, non pas à la tenure du paysan, mais à toute sa 
succession. Ce droit de deshominamenlum , qui pèse, dans les 
Hautes-Alpes comme dans divers autres pays (par exemple en 
Savoie, en Valais, en Roussillon), sur toute la population ru- 
rale, est bien l'indice d'une condition servile ou quasi-servile^. 

1. P. 41 et suiv. Ces paysans de Bardonnèche ne peuvent pas se dé- 
placer librement. La charte de 1330 ne leur permet de changer de sei- 
gneur qu'à une date déterminée, à la Noël, et seulement pour aller sur 
la terre d'un autre coseigneur de Bardonnèche. Ils sont, en vertu de la 
même charte, taliahiles ad mercedem. — Les seigneurs des Crottes peu- 
vent saisir tous les biens, meubles et immeubles, du paysan qui émigré. 
P. 43, note 2. Ce sont des traces, aussi nettes que possible, du droit de 
poursuite, c'est-à-dire de la forme la plus dure du servage. 

2. M. P. semble ne pas très bien savoir ce que l'on entend par main- 
■morte « réelle n ou c< personnelle ». II se figure que la mainmorte réelle 

est plus dure que la mainmorte personnelle ; c'est le contraire qui est 
vrai, puisqu'elle permet au serf de devenir libi'e en déguerpissant, tandis 
que le serf de servitude personnelle ne peut échapper à son servage. Il 
y a, dans la thèse de M. P., d'autres méprises du même genre; par 
exemple, p. 71, il appelle « fief en l'air » le fief portant sur autre chose 
qu'un immeuble, alors que cette expression désigne ordinairement la si- 
tuation d'une personne qui, ayant reçu en fief une terre d'un seigneur, la 
sous-inféode en totalité à un arrière-vassal, sans rien retenir devers elle. 
De même encore, p. 175, il oppose le melioraine?îtum dotis à l'augment 
de dot ; s'il avait examiné de près l'augment de dot, il aurait vu que rien 
d'essentiel ne sépare ces deux institutions; les mots melioramentum, 
augnientum dotis, supravita, dotaliciurn, désignent au fond, dans le sud- 
est de la France, un seul et même gain de survie. 

3. M. P. aurait pu rapprocher des textes qu'il cite pour les Hautes- 
Alpes le texte des franchises de Chamonix de 1292 : quand une personne 
meurt sans enfants, elle ne peut transmettre ses biens à ses collatéraux 
qu'à la condition de léguer au prieur le tiers de ses biens {Mém. et doc. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 253 

Nous aurions encore d'autres griefs à faire à M. P^. Il a placé, 
en tète de son livre, une bibliographie où il a entassé pêle-mêle 
les recueils de textes et les ouvrages de troisième main. Nous au- 
rions préféré un tableau précis des sources de l'histoire juridique 
des Hautes-Alpes, nous indiquant : 1" les cartulaires et fonds 
d'archives utilisés; 2» les chartes de franchises et de coutumes des 
Hautes-Alpes ; S» les ordonnances, delphinales ou autres, relatives 
au droit privé, etc. Une telle liste aurait été infiniment plus utile. 
Mais ces imperfections, dont plusieurs étaient fort difficiles à 
éviter, ne doivent pas empêcher de reconnaître tout ce qu'il y a 
de travail solide et sérieux dans la thèse de ^I. P. Il a, en somme, 
étudié directement les sources et en a tiré un bon parti. Ajou- 
tons qu'il a eu l'excellente idée d'ajouter à son livre trois chartes 
inédites : d'abord la transaction conclue, relativement au village 
de Savines, en 1816, par le dauphin et les seigneurs du Savines ; 
puis la charte communale de Gap de 1378; enfin la charte accordée 
par les comtes de Provence, en 1385, à la ville de Barcelonnette. 

Robert Caillemer. 



publ. par la Soc. d'hist. et d'arch. de Genève, XIII, 2, p. 74). De mèriie 
dans la charte d'Orsières en Valais (1376) ( Méni. et doc. publ. par la Soc. 
d'hist. de la Sîcisse romande, XXXVII, n" 2213); dans les statuts de 
Priola de 1397 (Fertile, Storia del diritto italiano, IV, p. 19, note 28|. 
Pour les vallées pyrénéennes, voir les travaux de Brutails. En somme, la 
mainmorte, avec ses variantes (confiscation de toute succession collaté- 
rale, confiscation des biens des intestats, etc.), a duré, dans les vallées des 
Alpes et des Pyrénées, jusqu'au xiv^ siècle. Un certain nombre de chartes 
de libertés, qui se proposent d'améliorer cette situation, n'établissent 
encore le droit de succession en ligne collatérale que dans des limites 
restreintes, jusqu'au 2" degré de computation canonique. 

1. Par exemple, nous ne pouvons admettre que le service militaire des 
vilains n'ait existé que depuis le xiir siècle (p. 103 et suiv.). Les chartes 
de libertés du xui« siècle en parlent pour le limiter. Antérieurement, il 
devait être à tnerci, comme les autres formes de la corvée. — Au con- 
traire, nous sommes d'accord avec M. P. pour admettre que les bois et 
les pâturages ont été, jusqu'au xiii« siècle ou même au xiv, la propriété 
exclusive des seigneurs, et que le droit des paysans sur les communaux 
ne s'est développé que peu à peu, à la fin du moyen âge. 



254 ANNALES DU MIDI. 



Henri Courteaui.t. — Le Livre des Syndics des États de 
Béarn (texte béarnais). 2» partie. Paris et Auch, 1906; 
1 vol. in-8o de viii-234r pages {Arch. hist. de Gascogne, 
XVII« année, 1" et 2* trimestres; 2^ sér., fasc. 10). 

Cet ouvrage correspond à l'une des périodes les plus intéres- 
santes de l'histoire du Béarn ; il a trait aux événements qui se sont 
succédé dans le Sud-Ouest de 1488 à 1521 et comprend l'époqne où 
la maison de Foix-Grailly, à l'apogée de sa grandeur, était arrivée 
au but suprême de son ambition et de ses efforts, à la couronne 
royale de Navarre. A la mort de François-Phœbus, emporté subi- 
tement, en 1488, par un mal mystérieux, la prospérité commence 
à faire place à l'adversité. Catherine, héritièi'e de son frère et 
madée à Jean d'Albret, se voit contester ses droits à la succession 
par son oncle, Jean de Foix, vicomte de Narbonne, qui prétendait 
la dépouiller en vertu de la loi salique. 

Profitant des embarras qui empêchaient Catherine de fortifier 
son autorité, Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, lui suscitait 
des difficultés sans cesse renaissantes pour s'emparer du royaume 
de Navarre. La pauvre reine était menacée de perdre successive- 
ment tous ses États, éparpillés de chaque côté des Pyrénées; en 
Navarre, le parti d'Albret, qui s'alfaiblissait de plus en plus, finit 
par être expulsé du pays par les armes espagnoles. 

Plus que toute autre province relevant de la maison de Foix, le 
Béarn, où les souverains déchus établirent leur résidence habi- 
tuelle, était exposé, par sa situation géographique, à ressentir le 
contre-coup des événements et à en supporter les fâcheuses consé- 
quences. Aux affaires que suscitaient les relations avec l'étranger 
s'ajoutaient les embarras provoqués par l'administration intérieure. 
Les trois États de la province, en accordant ou rejetant les 
subsides, étaient nécessairement amenés à toucher à toutes les 
questions. Dans leui'S livres, les syndics étaient obligés d'enre- 
gistrer les délibérations de l'assemblée, de déterminer les 'motifs 
du vote, de relater les crédits ouverts, d'en suivre l'emploi, d'in- 
diquer les mesures prescrites. S'il était permis d'avoir recours à 
une expression moderne pour définir une chose ancienne, on pour- 
rait dire que les livres des syndics constituaient les annales parle- 
mentaires du pays. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 255 

L'intérêt très vif qu'ils présentent ne peut échapper à ceux 
qui s'occupent des rapports internationaux entre le nord de l'Es- 
pagne et le sud-ouest de la France. L'ouvrage édité par M. C. n'est 
pas seulement un ouvrage d'histoire locale; il tient à l'histoire 
générale par la qualité des personnages qu'il met en scène ou par 
l'importance des faits, tels que la perte du royaume de Navarre 
par une dynastie française. 

Conservé aux archives des Basses-Pyrénées, le manuscrit des 
syndics attendait un éditeur. Le regretté Léon Cadier, de l'École 
des Chartes, l'avait étudié. C'était une bonne fortune pour la 
Société des archives historiques de Gascogne, nouvellement fon- 
dée, de s'adjoindre le jeune paléographe et de lui confier cette 
édition. Il parvint à publier la première partie du Livre des syn- 
dics, avant que la maladie ne l'enlevât à la science en 1889. Restait 
une seconde partie à mettre en lumière. Pour donner à l'édifice un 
couronnement digne de la base, il fallait un ouvrier au courant 
de l'histoire locale, ayant la pratique du dialecte béarnais et 
capable d'éclairer le récit par des notes sur les personnes, les faits 
et les lieux. 

C'est à M. Henri Courteault, archiviste aux Archives nationales, 
ancien élève de l'École des chartes, Béarnais d'origine et d'éduca- 
tion, qu'est revenu le soin de continuer l'œuvre interrompue et de 
la mener à bonne fin. Cette seconde partie, parue en 1906, justifie 
pleinement l'espérance que l'on avait conçue : point de disparate 
dans le travail, dont les parties s'harmonisent aussi bien pour 
la publication du texte que pour la rédaction des notes. 

Le volume est divisé en chapitres, correspondant chacun à une 
session; chaque chapitre, partagé en paragraphes numérotés, est 
précédé d'un sommaire qui donne le résumé des sujets traités; 
enfin une table méthodique reproduit dans l'ordre chronologique, 
sous une forme plus succincte, les sommaires des deux tomes. Une 
table alphabétique de noms de lieux et de personnes facilite les 
recherches. 

Au point de vue philologique, le texte, édité avec soin, offre une 
version satisfaisante et fournit des matériaux pour l'étude du dia- 
lecte béarnais, usité à la fin du moyen Age. Un glossaire donne 
l'explication des mots dont le sens peut présenter quelque diffi- 
culté d'interprétation. 

La Société des Archives historiques de Gascogne continue à 
mériter les éloges et les encouragements qui l'ont accueillie à ses 



256 ANNALES DD MIDI. 

débuts. Puisse-t-elle tenir eu réserve bon nombre de publications 
dignes du Livre des Syndics des États de Béarn! 

F. Pasquier. 

Edmond Cabié. — Guerres de religion dans le sud-ouest 
de la France et principalement dans le Quercy. d'après 
les papiers des seigneurs de Saint-Sulpice, de 1561 

à 1590. Paris, Toulouse, Cahors et Albi; in-4o de xlii-939 
pages. 

M. Ed. Gabié est un de ces travailleurs solitaires qui, dans le 
grand silence de la vie provinciale, comme Fa dit M. Roschach, 
collaborent avec un désintéressement méritoire à la préparation de 
notre histoire nationale. 11 vient de publier un nouveau volume de 
documents puisés, comme ceux du précédent, dans les papiers des 
seigneurs de Saint-Sulpice. C'est le second d'une série qui com- 
prendra un troisième et peut-être un quatrième volume. Le pre- 
mier est exclusivement consacré à l'ambassade en Espagne de Jean- 
Ebrard de Saint-Sulpice, de 1562 à 1565 1. 11 nous a permis de 
mieux comprendre la politique espagnole à l'égard de la France 
au début des guen*es de religion et aussi les raisons pour lesquel- 
les Catherine de Médicis tenait tant au rapprochement des deux 
pays. Saint-Sulpice avait admirablement servi cette politique ; il 
avait réussi à ménager la célèbre entrevue de Ba5'onne qui fut 
considérée comme un très grand succès et le poussa fort avant 
dans la confiance de Catherine de Médicis. 

Le second volume est beaucoup plus étendu que le premier; 
c'est un gros in-4o de 940 colonnes, portant sur une période de 
trente ans, de 1561 à 1590. Le titre choisi par M. Gabié ne donne 
qu'une idée très incomplète et même assez inexacte de ce que ren- 
ferme le volume. Sans doute il y est souvent question des guerres de 
religion dans le sud-ouest et principalement dans le Quercy où ré- 
sidait la famille de Saint-Sulpice et où il séjournait lui-même au- 
tant de fois et aussi longtemps qu'il le pouvait; mais, heureuse- 
ment pour le lecteur, les documents publiés par M. Gabié parlent 
d'une foule de choses que n'annonce pas le titre et qui, à mon avis, 
présentent plus d'intérêt que ce qui se rapporte aux événements 

1. Albi, 1902. Voy. Annales, XVI, 295. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 257 

qui se passent dans le Quercy. Il est d'ailleurs facile de le com- 
prendre. Depuis son ambassade en Espagne, Saint-Sulpice réside 
presque toujours à la cour; il est conseiller du roi en son Conseil 
privé, il a toute la confiance de Catherine de Médicis, il est gou- 
verneur du duc d'Alençon et surintendant de sa maison, il est plu- 
sieurs fois chargé de missions importantes, il est en relations avec 
tous les grands personnages de l'époque; sa correspondance, très 
étendue et très régulière, doit donc nous renseigner sur tous les 
événements auxquels il s'est trouvé mêlé et en particulier sur 
ceux dans lesquels il a joué le principal rôle. 

Uu volume comme celui de M. Cabié ne peut pas s'analyser; 
mais pour en faire ressortir tout l'intérêt, il suffit de dire qu'il ren- 
ferme plus de 170 lettres de Catherine de Médicis, de Charles IX, 
d'Henri III et du roi de Navarre, dont quelques-unes inédites en tout 
ou en partie, et qu'il reproduit à peu près 1,600 pièces ou docu- 
ments divers. Grâce à M. Cabié, nous connaîtrons mieux désormais 
les événements qui s'accomplissaient dans le sud-ouest de la France 
pendant les guerres de religion; nous serons mieux renseignés sur 
le voyage que fit Catherine de Médicis dans le midi de la France 
en 1579 pour conclure la paix avec les princes protestants, qu'elle 
suivit « comme un barbet ». Avant sa publication, nous ignorions 
presque complètement les efforts faits par les catholiques pour re- 
prendre la ville de Cahors, en 1581. De nombreuses lettres parlent 
de la misère profonde qui existait dans les pays ravagés par la 
guerre, du peu de sécurité qui régnait sur les chemins, de la cherté 
des vivres, de la difficulté qu'éprouvaient les marchands pour faire 
circuler leurs marchandises. Saint-Sulpice se plaint souvent du 
manque d'argent, il prêche l'économie à sa femme et à ses enfants. 
Les dépenses qu'il est obligé de faire à la cour sont exorbitantes 
et le roi le paye trop souvent de promesses ou bien il lui donne des 
assignations sur une caisse qui ne peut disposer de la moindre 
somme pendant plusieurs années. Il réclame fréquemment, mais 
ses réclamations restent vaines parce que le Trésor est à sec. Mal- 
gré cela, il reste toujours profondément dévoué à la cause du roi. 

Les enfants de Saint-Sulpice reçurent une éducation conforme 
au rang qu'il occupait. Ils furent élevés au collège de Navarre 
qu'on avait recommandé à Mme de Saint-Sulpice, « tant pour le 
soin qu'on y a de bien instruire la jeunesse en la foi et religion 
catholique et aux bonnes mœurs que aussi pour être le lieu où l'on 
a accoutumé de faire étudier les enfants des princes et des plus 

ANNALES DU MIDI. — XX 17 



258 ANNALES DU MIDf. 

nobles maisons de France. » On ne tarda pas à les conduire au 
Louvre pour distraire le jeune duc d'Alençon ; ils en profitent pour 
entretenir toutes les dames de la reine « le mieux qu'il leur est pos- 
sible ». « Outre cela, écrit l'un d'eux à sa mère, nous apprenons à 
escrimer, et l'escrimeur de Monsieur le duc d'Alençon nous vient 
trouver à notre logis pour nous apprendre. Mon maître Boyresse 
y fait aussi venir tous les jours un joueur de lutii qui m'apprend. 
Et qui plus est nous continuons notre exercice de monter à che- 
val sur les chevaux de M. de Longueville. Ainsi nous ne perdons 
pas notre temps. » Dès qu'ils furent en Age de fréquenter la cour, 
les fils de Saint-Sulpice furent attachés, à des titres divers, soit au 
duc d'Anjou, soit au duc d'Alençon. L'un d'eux accompagna même 
le duc d'Anjou en Pologne quand il alla prendre possession du 
trône, et sa correspondance renferme quelques détails pittoresques 
sur le voyage et sur la réception qu'on leur fit. Malgré les misères 
du temps, malgré le triste état du Trésor, les fêtes étaient nom- 
breuses à la cour. Henri de Sair)t-Sulpice écrit à sa mère en 1571 : 
« La cour est si grosse et il y a tant de presse qu'on ne sait de quel 
côté se tourner; le bal se tient tous les soirs et il y a fort grant 
compaignie. » Trois des fils de Saint-Sulpice suivirent la carrière 
des armes. L'un fut mortellement blessé au siège de La Rochelle 
en 1572; le second fut assassiné à Blois en 1577; le troisième mou- 
rut des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Goutras. Le 
quatrième embrassa la vie ecclésiastique et devint évêque de Ca- 
hors. Il fit un voyage à Rome en 1577 et sou père ne se décida aie 
laisser partir qu'après avoir reçu une lettre fort intéressante de 
l'évêque d'Auxerre, Jacques Amyot, dans laquelle le traducteur 
dePlutarquefait ressortir les avantages que présente pour un jeune 
évêque désireux de s'instruire un séjour prolongé dans la ville de 
Rome. La correspondance du jeune évêque de Cahors fournit aussi 
de nombreux détails sur Tadministration des biens d'église à la fin 
du xvie siècle. 

Dans les papiers de Saint-Sulpice on trouve enfin des rensei- 
gnements sur les grandes familles du Quercy, sur leurs alliances, 
leurs mariages, leurs ressources; sur les épidémies, comme la 
coqueluche, qui de temps à autre désolaient le pays, et sur les 
remèdes qu'on employait. Quand Saint-Sulpice souffre de l'esto- 
mac on lui conseille de manger « un peu moins de vinaigre et de 
fromage et de salade » et de recourir davantage aux raisins de 
Damas et de Corinthe. S'il veut user du lait d';\nesso, le médecin lui 



COMPTES RENDUS CRITIQDES. 259 

donne h ce sujet les prescriptions suivantes : « Faut en premier 
lieu que l'anesse soit nourrie de foin, d'avoine ou orge et de bon 
son, ne permettant que mange lierlje par les prés. Je présuppose 
qu'elle soit de l'âge moyen. Faudra commencer le plus tôt que 
vous pourrez, en en prenant cinq ou six onces le matin, environ 
six heures, tout chaud comme sortira de la mamelle, en y ajou- 
tant un peu de sucre fin mis en poudre afin que soit plus tôt 
fondu, et si voulez un peu dormir dessus afin que l'estomac l'em- 
brasse mieux ne ferez mal. Si vous en trouvez bien, le continue- 
rez longtemps, car le long usage ne dommage point si l'estomac 
ne s'en rend crû et débile. » Pour ses yeux, s'il a quelque fluxion 
avec chaleur, il pourra employer « un collyre de dame-rose fait 
avec un peu de lait de femme, et en mettre le matin, demi-heure 
avant de se lever, quelques gouttes dedans, et le soir avant de se 
coucher ». « Quanta votre toux, je serais d'avis que vous fissiez 
une rôtie, en forme d'écusson, de croûte de pain et la tremper 
avec de bonne eau-de-vie et l'appliquer sur l'estomac sans chauf- 
fer la pointe sur le creux que l'on appelle la fontanelle. » 

Par les quelques indications que je viens de donner, il est 
facile de se rendre compte de la variété et de l'importance des 
renseignements que renferme la publication de M. Cabié. On peut 
la considérer comme une source indispensable pour la connais- 
sance de l'histoire politique et économique de la seconde moitié 
du xvie siècle. Je l'ai lue pour ma part avec un sérieux profit. 

Une table alphabétique des noms de lieux et de personnes faci- 
lite beaucoup les recherches. 

La bibliographie et les commentaires de M. Cabié sont insuffi- 
sants ; mais les raisons qu'il en donne si consciencieusement dans 
son introduction sont de telle nature qu'on ne saurait lui faire un 
grief des quelques lacunes de son intéressante publication. 

F. Dumas. 

Paul CouRTEAULT. Geoffroy de Malvyn , magistrat et 
humaniste bordelais (1545? -1617). Etude biographique 
et littéraire suivie de harangues, poésies et lettres inédites. 
Paris, H. Champion, 1907; in-8»de x-208 pages. (Bibl. lit- 
téraire de la Renaissance.) 

Geoffroy de Malvyn a fait au Parlement de Bordeaux toute sa 
carrière de magistrat. Il semble y avoir laissé la réputation d'un 



260 ANNALES DU MIDI. 

lionniie lionnête et éloquent. Il a continué la tradition de ces 
magistrats humanistes que furent Arnaud de Ferron, La Boëtie et 
Montaigne. Lui-même, à proprement parler, ne fut jamais un 
homme de lettres. En 1563, sa verve de jeune homme se donnait 
cours dans un poème intitulé Gallia geme^is, dont un seul 
exemplaire a survécu. En dehors de cette oeuvre, on ne citait de 
lui que des poésies latines de circonstance, pièces liminaires qui 
sont dispersées dans des volumes imprimés à Bordeaux à la fin 
du xvie siècle. Au moins ces vers montrent-ils qu'il fut un lati- 
niste délicat; et de plus, ils nous donnent une idée des relations 
qu'il entretint avec divers lettrés de son teinps. Tel fut Geoffroy 
de Malvyn, figure assez pfde sans aucun doute, personnage de 
second plan, mais à qui il valait la peine de consacrer une mono- 
graphie : ce sont des livres comme celui-là qui peuvent faire revi- 
vre devant nous ces anciens parlementaires dont, au xvie siècle, 
l'inlluence fut si grande sur l'évolution de la littérature. 

On trouve dans le livre de M. C. toute la richesse d'informa- 
tion et aussi toute la précision minutieuse sans lesquelles de 
pareilles études ne sauraient avoir leur pleine utilité. L'auteur 
a su ajouter beaucoup aux notices, trop sèches ou trop vagues, 
que l'on possédait sur (Teoffroy de Malvyn. Pour écrire sa vie, il 
a mis à profit les documents d'archives qui sont conservés dans 
les divers dépôts de Bordeaux. Pour nous faire connaître l'huma- 
niste et le lettré, il a soigneusement dépouillé le volume qui ren- 
ferme, à la bibliothèque de Bordeaux, les papiers de Malvyn. Son 
étude se divise en deux parties : l'une est consacrée au magistrat, 
l'autre à l'humaniste. Dans un appendice très soigné, on remar- 
quera surtout trente-cinq pièces inédites extraites des papiers de 
Malvyn : mémoires et remontrances au Parlement de Bordeaux, 
lettres diverses, poésies latines et françaises. Rien n'est plus ins- 
tructif, pour la connaissance du personnage, que la lecture de ces 
divers morceaux. 

Ces indications suffisent à montrer l'intérêt de cette étude sur 
Geotïroy de Malvyn. Vraiment, je ne vois qu'un seul reproche à 
faire à M. C. : il aurait pu, ce me semble, resserrer un peu sa rédac- 
tion. Son plan ne laisse pas d'être artificiel; il y a, dans le cha- 
pitre II {VHumanislejy des détails qui devaient ressortir à la bio- 
graphie et qu'on se fût attendu à lire dans le chapitre i. Il s'y 
trouve aussi des pages, d'ailleurs très intéressantes, où nous per- 
dons un peu de vue les travaux littéraires de Malvyn. Il me sem- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 261 

ble que M. G. eût dû rassembler dans un même chapitre tout ce 
qui était relatif à la biographie de Malvyn, qu'il s'agît de sa vie 
officielle, comme magistrat, ou de sa vie de lettré. Et, dès lors, 
dans le chapitre sur l'Humaniste, les analyses ou les citations 
des poésies se fussent éclairées l'une par l'autre; on en aurait 
emporté du personnage, de %or\. talent ou de ses idées, une impres- 
sion plus forte et plus cohérente. Ou l)ien, pour compenser ce que 
l'exposition avait d'un peu flottant, il fallait nous donner une 
table des matières détaillée, qui permît de retrouver les différents 
détails relatifs à Geoffroy de Malvyn. L'index, d'ailleurs excel- 
lent, mais où son nom ne figure pas, ne suffît pas à combler cette 
lacune. 

Telle est la seule critique que j'adresserais à cet excellent travail. 
En la fornuilant, je me suis placé au point de vue des gens pres- 
sés, qui veulent embrasser d'un coup d'œil tout ce qu'un livre 
leur apporte de nouveau. Mais, je le dis bien vite, on ne regret- 
tera pas d'avoir lu page à page celui de M. G. On y trouvei'a, che- 
min faisant, beaucoup de détails curieux sur des hommes ou sur 
des livres du xvie siècle, qui sont aujourd'hui oubliés. Et puis, si 
l'on veut pénétrer dans l'âme de ces vieux parlementaires, il fau- 
dra lire tout entières ces remontrances au Parlement sur l'enre- 
gistrement de l'édit de Nantes, que M. G. a données dans son 
Appendice (pp. 131-154). D'une structure encore incertaine, 
alourdi et comme encombré de citations latines, le morceau a 
grand air malgré tout, et contient des passages d'un style sévère 
et ferme qui atteint à la beauté. G'est, à sa date, un document 
précieux tant poiu" l'Ijîstoire des idées politiques que pour celle 
des formes littérnires. Il faut remercier M. G. de nous l'avoir 
rendu et de l'avoir soigneusement annoté. Bien que j'aie lu tout 
le volume avec une grande attention, je ne vois, pour le détail, 
aucune critique qui vaille la peine d'être faite. L'exécution typo- 
graphique est irréprochable. Aux notes des pages 90 et 91, quel- 
ques erreurs dans les renvois aux appendices. A la note 2 de la 
page 90, lire n° X/" (au lieu de n^ IX). A la noie 3, lire w^ XXX 
(au lieu de n^ XXXII); quant au second renvoi (au no XXVIII), 
il ne se rapporte à rien. A la note ^i, lire no XXIX (au lieu de 
no XXXI). Enfin, à la page 91, note 4, il faut lire n" XXXI {an 
lieu de no XXXIII). L. Delaruelle. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. 

Alpes- Maritimes. 

Annales de la Société des lettres, sciences et arts des 
Alpes-Maritimes, t. XX, 1907. 

p. 107-85. G. Doublet. Gattières. [Suite et lin de l'iiistoire de ce village, 
resté enclave italienne sur la rive française du Var jusqu'en 1760. ]1 
donna lieu à un procès séculaire entre l'évèché de Vence et une maison 
noble, les Grimaldi, l'évèché réclamant la propriété de Gattières. La 
Révolution mit les plaideurs d'accord en confisquant l'objet en litige. 
En appendice, histoire de la Société populaire de Gattières pendant la 
Révolution, et en particulier de l'abbé Chabert, son président, curé de 
Gattières, puis curé constitutionnel, puis, ayant abdiqué la prêtrise, 
agent national à Nice.] — P. 208-14. Chacornac. Comment le collège- 
pension national sarde devint un lycée français le 15 juin 1860. — 
P. 225-373. H. Moris. L'abbaye de Lérins, son histoire, ses posses- 
sions, ses monuments anciens. Deuxième partie. [Les possessions de 
l'abbaye de Lérins, par diocèse, puis par ordre alphabétique, avec 
carte. Suit la liste des abbés. J — P. 375-90. Abbé Rance-Bourrey. 
Masséna et le lycée de Nice. [C'est Masséna qui fit nommer proviseur. 
M. Deorestis. Histoire de l'organisation du lycée.] — P. 391-407 
E. Jaubert. Le siège de Nice en 1691 d'après les écrivains niçois. [Cati- 
nat prit Nice en quelques jours par une surprise hardie et énergique 
qui produisit une très forte impression sur les écrivains niçois.] 

G. D. 

Alpes (Hautes-). 

Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, 25" an- 
née, 1906. 

P. 1-22. Abbé F. Allemand. Notice historique et archéologique sur la 
commune de la Bâtie-Neuve. [Dans une plaine allongée, (jui s'ouvre 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 263 

vers Gap. La Bastida nova date du xnv siècle; la Bàiïe-Xielle, Bas tida 
vêtus, toute voisine, remonte au \i\ Les deux formaient le mandement 
de la Bâtie, appartenant à l'évèque de Gap.] — P. i!5-33. J. Tivollier. 
Convention pour la contribution de guerre levée sur le Queyras eu 
1693. [Ce pays, dévasté ainsi que les vallées vaudoises adjacentes par 
les troupes de Catinat après la révocation de l'Êdit de Nantes, eut en 
outre à supporter une contribution de guerre de 41,000 livres ducales; 
dont texte.] — P. 35-4L D. Martin. La station de Montseleucus et la 
voie romaine des Alpes Cottiennes. [Contre l'opinion de l'abbé Allemand, 
qui identifie avec La Beaumette cette station, en dépit des distances 
fournies par les itinéraires.] — P. 67-85. J. Michel. Le premier règle- 
ment général de police promulgué par le corps municipal de Gap, 
5 août 1792. [En 54 articles, dont texte.] — P. 97-129, 147-88. L. Jacob. 
Essai historique sur la formation des limites entre le Dauphiné et la 
Savoie. [Suite et tin. Travail bien fait et intéressant, mais de seconde 
main pour la plus grande partie. Les maîtres du Dauphiné, dauphins 
ou rois de France, ont su repousser peu à peu les princes de Savoie au 
delà des Alpes et détourner leurs ambitions du Dauphiné vers l'Italie. 
Utiles cartes.] — P. 193-7. Abbé F. ALLEMA^■D. Découvertes archéolo- 
giques à Eambaud et emplacements successifs du principal village. — 
P. 199-209. AcHARD. Le fléau de la peste au village de Trescléoux, 1631- 
1G32. [En huit mois, 140 personnes moururent; 15 familles furent 
anéanties.] — P. 211-5. Variétés. [Supplique d'une veuve dont le fils, 
ayant tué un loup qui ravageait le pays, a succombé à ses blessures (la 
Chambre de l'Edit de Grenoble lui attribue 400 livres à percevoir sur 
les communautés intéressées, dont Trescléoux, qui refuse de payer, 
1G34-35); Devis d'une horloge à construire à Gap.] — P. 219-40. J. Roman. 
Généalogie de la famille de Bonne. [Celle d'oii est sorti Lesdiguières. 
Elle remonte au moins à 1210; mais, jusqu'au connétable, elle a été 
représentée par de simples notaires, établis en Champsaur. Ce travail 
complète celui que M. R. a publié dans son édition de la Correspon- 
dance de Lesdiguières, t IlL] — P. 255-95. Abbé F. Allemand. 
Notice biographique sur Jean-Joseph Serres (1762-1831). [Né à la Roche- 
des-Arnauds, de famille bourgeoise. Député à la Convention, Girondin, 
il manque de périr; il entre ensuite dans le Conseil des Cinq-Cents. En 
1813 il était sous-préfet de Gap, et 1814 le trouvait royaliste convaincu, 
ce qui lui causa des difficultés en 1815, mais le fit sous-préfet d'Em- 
brun en 1816. La monarchie de Juillet le destitua.! 



264 ANNALES DU MIDI. 

XXVIe année, 1907. 

p. 1-10. J. Michel. Les fêtes gapençaises de la naissance du roi de 
Rome. — P. 11-22. Abbé Ach.\rd. Historique des foires de Trescléoux. 
[Deux foires annuelles, obtenues en 1720. Elles durent encore.] — P. 15- 
45. D. Martin. Les camps de Marins en Provence et les fosses Marien- 
nes. [Eend pleine justice au livre de M. Clerc, dont nous avons parlé, 
t. XIX, p. 438, mais fait diverses réserves résultant de ses propres 
observations topographiques ou géologiques ; ain?i le plateau du Ver- 
nègues conviendrait mieux que celui de Barbentanc à l'emplacement du 
camp de Marins; il y aurait eu à la Mérindole un camp secondaire ; 
selon « des probabilités assez sérieuses >i, Marius aurait construit la 
voie romaine d'Arles à Marseille et des Arcades de la Mérindole ; quant 
à son canal, il ne l'aurait pas créé de toutes pièces, mais se serait borné 
à réunir au moyen de tranchées une série d'étangs.] — P. 123-43. 
J. Roman. Généalogie de la famille de Rame. [Rame, château et sei- 
gneurie importante, dont les seigneurs furent les plus puissants de 
l'Embrunais, avec titre de barons. Ils ne fréquentaient nullement la 
cour. Cette famille achève de disparaître au début du xvni" siècle. Cf. 
aussi, p. 294, un tableau généalogique qui la concerne.] — P. 167-87 et 
199-258. D. Martin. Le patois de Lallé en Bas-Champsaur. [L'auteur 
n'apporte à ce travail « aucune prétention philologique » et se donne 
lui-même comme un « naturaliste observateur ». Ce sont précisément 
les travaux de ce genre qui rendent des services. Après une courte 
grammaire, qui pourrait être encore abrégée, vient un dictionnaire où 
les mots sont rangés par familles. La nomenclature est abondante et 
les traductions précises ; mais la graphie n'est pas d'une clarté pai'- 
faite. Nous avons ici de 4 à Chavaire.] — P. 259-67. J. Roman. La 
commune du Poët. [En Gapençais, près de la Durance. « Le Poët n'a 
pas d'histoire » ; il n'était donc pas bien utile d'en parier.] — P. 268-93. 
AcHARD. Relèvement communal de Trescléoux après la Réforme. [Det- 
tes de la communauté envers des particuliers, notables du pays pour 
la plupart. Elle s'en acquitte peu à peu, grâce aux réductions opérées 
par une Commission royale des dettes, siégeant à Gap. Mais la régence 
de Marie de Médicis ramène la misère et il faut rétablir Va aumosnée 
des pauvres ».] — P. 305-20. Abbé F. Allemand. Notice sur la station 
gallo-romaine d'Alabons. [C'est le Monêtier-Allemont actuel, comme 
l'attestent les distances portées aux itinéraires et les inscriptions, rui- 
nes, etc., découvertes en ce point. Alabons faisait sans doute partie de 
la cité dos Voconces ; elle dut être ruinée par les Barbares. Alabons se 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 265 

serait modifié en AUemont; quant au nom de Monêtier = monaste- 
rium, il rappelle le très ancien prieuré de Saint-Martin. Au xi» siècle, 
la localité, en se dédoublant, donne naissance à celle de Ventavon.] 

P. D. 

Bouches-du-Rhône . 

I. Annales de la Société d'études provençales, t. II, 1905. 

p. 15-27. E. PoupÉ. Octave Teissier. [Note bio-bibliographique sur Octave 
Teissier, ancien archiviste de la ville de Marseille, ancien conservateur 
de la bibliothèque et du musée de Draguignan, décédé en cette ville le 
19 novembre 1904.] — P. 39-50. 87-101. F. Sauve. Les épidémies de 
peste à Apt, notamment en 1588 et 1720-1721. [Intéressante étude 
d'après les archives d'Apt, notamment les délibérations et les comptes 
communaux. Nombreux extraits.] — P. 51-4. G. Arnaud d'Agnel. De 
la ressemblance de décor des poteries antiques et des poteries actuel- 
les. [Identité d'ornement — une ligne sinueuse au bord supérieur — 
entre les poteries ligures et les pièces de céramique commune fabri- 
quées par les potiers d'Aubagne et de Saint-Zacharie. Figures.] — 
P. 55-8. De Ville-d'Avray. Fréjus inédit. Deux inscriptions gallo- 
romaines. [Type connu d'inscriptions trouvées à Narbonne et en Italie. 
Figures.] — P. 59-64. Ch. Cotte. Revue de palethnologie provençale. 
[Bibliographie des travaux parus en 1904.] — P. 65-8. E. Duprat. 
Bibliographie vauclusienne, 1904. [Etude très brève sur quelques tra- 
vaux relatifs au département de Vaucluse parus en 1904.] — P. 69-70. 
F.-N. Nicollet. As Ais « à Aix » et non A-z-ais. [Sur la prononciation 
provençale du nom de la ville d'Aix.] — P. 1-14, 102-26. E. Poupé. La 
Ligue en Provence et les Pontevès-Bargème. [Suite et fin. Série de let- 
tres relatives à la prise d'armes carciste de 1578-1579.] — P. 135-53. La 
Provence aux congrès d'Alger et à la réunion des sociétés des beaux- 
arts à Paris. [Etude sur la participation des Provençaux à ces divers 
congrès.] — P. 151-62. E. Aude. Le premier et le dernier des Craponne. 
[Note généalogique sur la famille du grand ingénieur. Textes intéres- 
sants et inédits.] — P. 163-5. P. Bigot. Joseph Liabastres, 1842-1904. 
[Notice nécrologique sur le conservateur de la bibliothèque de Carpen- 
tras.] — P. 183-93. H. Villard. La léproserie de Marseille au xv« siècle 
et son règlement. [Textes en langue provençale tirés des délibérations 
municipales de Marseille.] — P. 194-8. F. Sauve. Itinéraire pastoral 
d'Elzéar de Villeneuve, évêque de Digne, et actes relatifs à son épisco- 
pat (1330-1331). [D'après un registre do M« Pondicq, notaire à Apt.] — 
P. 199-207. P. MouLi.N. L'instruction publique à Salon en 1790. [Docu- 



266 ANNALES DD MIDI. 

ments inédits sur le programme du collège de Salon, dirigé par un 
nommé Dupuis, ancien comédien.] — P. 2(J8-19. G. Eeynaud de Ly- 
QUES. Un prédicateur toulonnais au xviip siècle : le R. P. Hyacinthe 
La Berthonye. [A suivre.] — P. 220-4. V. Teissère. Un discours dans 
un club en 1791. [Harangue prononcée à la Société des amis de la liberté 
et de l'égalité de Trets (Bouches-du-Rhône) par Brouchier, chirurgien 
à Marseille. D'après le registre de cette société, aux archives communa- 
les de Trets.] — P. 231-57. Oh. Joret. L'helléniste d'AnssedeVilloison et 
la Provence. [Intéressant mémoire sur les relations de Villoison avec 
les archéologues provençaux de la fin du xviii« siècle, notamment Guys, 
à Marseille, et Fauris de Saint-\' incens à Aix. A suivre.] — P. 258-62. 
H. de Ville-d'Avray. Fréjus inédit. [Suite de notes sur diverses trou- 
vailles archéologiques. Figures.] 
En supplément : De Boisgelin. Chronologie des cours souveraines de 
Provence. [Suite et à suivre.] — P. Gaffarel. Le blocus de Marseille 
et des environs par les Anglais (1804-1814). [Suite et fin.] — J.Vincent. 
Les hôpitaux à Aubagne. [A suivre.] 

T. III, 1906. 

P. 1-20. Ch. JoRET. L'helléniste d'Ansse de Villoison et la Provence. 
[Suite et fin.] — P. 21-2. H. de Ville-d'Avray. Bijou antique décou- 
vert à Fréjus. [Description d'une émeraude intaille de forme elliptique 
représentant un gladiateur. Figure.] — P. 23-38, 81-94. G. Reynaud de 
Lyques. Un prédicateur toulonnais au xviii" siècle: le R. P. La Berthonye. 
[Suite et fin.] — P. 39-40. Nécrologie: Robert Reboul. [Note biographique 
et bibliographique d'un écrivain provençal auteur de nombreux travaux 
liistoriques, notamment du Dictionnaire des anonymes, pseudonymes 
et supercheries littéraires de la Provence ancienne et nioderne.] — 
P. 55-60. G. Arnaud d'Agnel. Un plat en faïence de Marseille à décor 
bérain. [Belles planches.] — P. 61-70. Id. Joseph Fauchier, faïencier de 
Marseille, et ses statues de la Vierge. [Intéressante note sur un faïen- 
cier marseillais du xviii» siècle. Deux planches.] — P. 71-80. L.-G. Pé- 
lissier. Sommelsdyck en Provence. [Extrait relatif à la Provence de la 
Relation de Madrid du Hollandais Sommelsdyck qui a visité, en no- 
vembre 1654, à son retour d'Italie, Monaco, Nice, Antibes, Cannes, 
Marseille, Aix, Cavaillon, Avignon, etc. Curieux détails sur la vie en 
Provence.] — P. 95-8. G. Arnaud d'Agnel. Notes complémentaires sur 
des découvertes archéologiques au castillas de Vilrolles. [Rectifications 
à un article sur le même sujet, publié dans le compte rendu du congrès 
de l'Association française pour l'avancement des sciences tenu à Gre- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 267 

noble en 1904.] — J. Fournier. Gustave Saige. [Notice nécrologique sur 
l'ancien conservateur de la Bibliothèque et des Archives du palais de 
Monaco.] — P. 139-48. G. Doublet. Robert Céneau, évèque de Vence 
(1523-30) et de Riez (1530-32). [Intéressante biographie d'un prélat qui 
s'est signalé par divers ouvrages théologiques et historiques posté- 
rieurs à son épiscopat en Provence.] — P. 149-54. M. Bertrand. Note 
sur deux inscriptions romaines de Fréjus. [Rectifications à la note de 
M. de Ville-d'Avray [Annales Soc. et. prov., 1905, p. 258).] —P. 171-96. 
E. PoupÉ. Les dessous des élections de l'an VII dans le Var. [Page très 
curieuse de l'histoire politique et aussi, il faut bien le dire, de la cor- 
ruption électorale au temps du Directoire. Nombreu.\ documents iné- 
dits.] — P. 197-206. E. BoucHiNOT. Recherches toponymiques sur les 
anciens « grand » et « petit Montredon » de la baie de l'Huveaune 
(prés Marseille), sur les noms de « Rose », de « Voire », etc. [Hypo- 
thèses sur l'étymologie de ces noms particuliers à un coin de la ban- 
lieue marseillaise.] — P. 207-14. H. Villard. Un pari sur la mort de 
Jeanne d'Arc en 1437. [D'après un acte notarié du 27 juin 1437 par 
lequel un gentilhomme de Maillane, Jean Romey, et un cordonnier 
d'Arles, Pons Veyrier, parient, l'un un cheval, l'autre cinq paires de 
chaussures, au sujet de la mort de la Pucelle. Veyrier affirmait que la 
Pucelle n'avait point été brûlée par les Anglais, et qu'elle était encore 
vivante ; Romey soutenait la version historique. L'opinion du premier 
était sans doute basée sur l'existence d'une fausse Jeanne d'Arc dont 
l'odyssée est racontée par Lecoy de La Marche {Le roi René, I, 208).] 
— P. 215-21. M. Raimbault. Sur le denier arlésien à l'I. [Solution d'un 
intéressant problème relatif à la numismatique des archevêques d'Arles. 
Louis Blancard avait attribué à lldefonse d'Aragon, marquis de Pro- 
vence, le denier à l'I, cette initiale étant, selon lui, celle de ce prince 
Par d'ingénieuses déductions rejjosant sur un examen critique des 
textes, M. R. rectifie cette erreur et établit péremptoirement que le 
denier à l'I a été frappé par Imbert d'Aiguières, archevêque d'Arles de 
1191 à 1202. On n'ignore point que les titulaires de ce siège archiépis- 
copal étaient, depuis Conrad III (1141), en possession du droit de mon- 
nayage ; ce droit subsista jusque sous François I".] — P. 249-72. 
P. Moulin. La propriété foncière et la vente des biens nationaux à 
Salon. [Etude intéressante sur les conséquences de la vente des biens 
confisqués sur le clergé et les émigrés au point de vue de la propriété 
dans une commune rurale. Cette vente a accru la petite propriété : les 
biens de 12 propriétaires ecclésiastiques en 1790 se sont trouvés répartis 
outre 51 acquéreurs. Tableau complet des biens vendus à Salon.] — 



268 ANNALES DU MIDI, 

P. 273-82. Pli. Mabilly. Pierre Puget et ses proches. Leurs professions, 
leurs propriétés. [Note documentée de l'archiviste de la ville de Mar- 
seille sur la famille du grand artiste marseillais. C'est à M. M. que 
l'on doit la découverte de l'acte de baptême de Puget, grâce auquel il a 
été permis de fixer exactement la date de la naissance du statuaire.] — 
P. 283-8. M. Clerc. Un négociant en huile d'Aix au second siècle de 
notre ère. [Curieuse épitaphe relevée à Rome : « L(ucius) Julius, 
M(arci) f\ilius) Volt{i7iia), Fuscus, Aquensis Olearius. » Détails 
pleins d'intérêt sur l'antiquité de la culture de l'olivier en Provence et 
sur la corporation des olearii.] — P. 289-96. J. Gourbin. Un ambassa- 
deur du Maroc à Marseille en 1807. [Note et documents sur le passage 
d'un envoyé — dont le nom n'est pas indiqué — du sultan du Maroc 
auprès de Napoléon P^] — P. 297-310. Ch. Cotte. Revue de palethno- 
logie provençale. [Bibliographie des travaux parus en 1905.] — P. 311-14. 
E. Bos. Découvertes archéologiques à la Torse, près Aix. [Fragments 
de poteries, silex, monnaies romaines.] — P. 321-82. L. Constans. Mis- 
tral et son œuvre. [Etude critique sur l'œuvre du grand poète et son 
influence sur la littérature provençale.] — P. 383-90. G. Arnaud d'Agnel. 
Notice sur le reliquaire de Saignon dit de la reine Jeanne. [Fac-similé 
et texte (déjà publié par Albanès, Gallia christ, nov., Arles, n° 1621) 
d'une bulle du concile d'Apt, du 13 mai 1365, relative aux reliques de 
Saignon. Reproduction du reliquaire.] — P. 391-2. Daniel. Siège et prise 
de Lambesc par Bernard de Nogaret en 1589. [Récit d'après un texte 
provençal tiré d'un registre de comptes communaux.] 
En supplément : De Boisgelin. Chronologie des officiers des cours sou- 
veraines de Provence. [Suite et à suivre.] — J. ViNfENT. Les hôpitaux 
à Aubagne. [Suite et fin. Etude développée sur les institutions hospita- 
lières d'une petite ville de Provence. Sujet déjà traité, avec moins de 
détails, par feu Louis Barthélémy, dans son Histoire d' Aubagne.] 

J. F. 

II. Mémoires de V Académie des sciences^ lettres et beaux- 
arts de Marseille., 1904-1905. 

p. 1-115. L. Legré. La botanique en Pi-ovence au xvi" siècle. [Suite d'une 
étude détaillée des botanistes qui ont herborisé en Provence. Cinq 
notices se suivent dans l'ordre ci-après : T. Jean Bauliin ; II. Jean- 
Henri Cherler ; III. Les plantes de la Provence dans Yllistoria planta- 
rum universalis ; IV. Gaspard Bauhiii ; V. Valerand Dourez. Trois 
de ces botanistes sont originaires de Bàle, et le quatrième, Valerand 
Dourez, est né à Lille. L'étude du regretté M. L., décédé on 1904, ne le 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 269 

cède en rien aux précédentes (V. Annales du Midi, 1905, p. 550); elle 
est accompagnée d'un triple index des noms de personnes, des noms 
géographiques et des noms botaniques.) — P. 119-33. F. de Marin de 
Carranrais. Discours de réception. [Eloge de Louis Blancard, corres- 
pondant- de l'Institut, ancien archiviste des Bouches-du-Rhône, né en 
1831, décédé en 1901.] — P. 145-63. L. Magnau. La renaissance commer- 
ciale de Marseille au xi^ siècle. [Discours de réception. Intéressants 
détails sur les mœurs et coutumes maritimes.] — P. 199-216. Ch. Joret. 
Villoison et l'Académie de Marseille. [Note sur les rapports de l'hellé- 
niste d'Ansse de Villoison , riiembre de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres, avec Guys, négociant marseillais, membre de l'Acadé- 
mie de Marseille. Lettres inédites de ce dernier sur divers objets et 
notamment sur des antiquités rapportées d'Egypte.] — P. 277-86. 
H. DE MoNTRK'HER. Les canaux de Provence. [Note sur les canaux 
dérivés de la Durance dont le plus ancien, le réal de Noves, remonte- 
rait au viii« siècle.] — P. 287-314. Ch. Vinoens. Journal manuscrit d'un 
voyage de Dijon en Provence par M. Fleutelot, en l'année 1719. [Ana- 
lyse du journal de J.-B. Fleutelot, fils d'un conseiller au Parlement de 
Dijon. Curieux détails sur les galères de Marseille. Manuscrit apparte- 
nant à un collectionneur marseillais, M. Emile Ricard.] — P. 315-42. 
E. Martin. Discours de réception. [« Les peintres inspirés par Mar- 
seille », tel est le sujet de ce discours plein de notes parfois copieuses 
sur les artistes des xviii" et xix" siècles qui ont reproduit des coins de 
la ville ou du port.] J. F. 

Cantal. 

Revue de la Haute- Auvergne^ 1906. 

p. .50-89, 199-210. M. Boudet. Foulholes; ses coseigneurs et sa chapol- 
lenie. [Suite. La langue usuelle de la haute société des montagnes au 
xv siècle; le testament trilingue de Guillaume de Murol; appendice : 
Note sur les Pages de Polminhac et de Viscouses ; extrait d'un acte 
de 1468 en roman et en français.] — P. 109-20. Doniol. Le marquis 
de Saluées et le château de Drugheac. (Extrait des papiers de François 
de Murât). [Histoire de ce château et de ses hôtes de 1735 à 1813.] — 
P. 90-108, 150-68, 2.56-78, 395-428. Esquer. La Haute-Auvergne à la 
fin de l'ancien régime : notes de géographie économique (suite). — 
P. 134-49, 279-302, 370-94. Abbé H. Bouffet. Le prieuré de Bre- 
dom. [A suivre. Excellente histoire de [ce prieuré; la fondation; les 
biographies des prieurs jusqu'en 1542.] — P. 189-98. J. Galle. Les fêtes 
publiques à Laroquebrou pendant la Révolution. — P. 233-55. L. Bé 



270 ANNALES DU MIDI. 

LARD. Les maires de Saint-Floiir et les principaux actes de leur admi- 
nistration de 1704 à 1789. [Bonne étude sur ces maires créés par 
Louis' XIV.] — P. 303-20, 429-49. J. Delmas. Les élections dans le 
département du Cantal en 1806 (suite et à suivre). — P. 339. Décou- 
vertes archéologiques dans diverses régions du Cantal. — P. 341-69. 
M. BouDET. Saint-Flour et la Haute-Auvergne pendant les révoltes des 
Armagnacs et des Boui'guignons (xv« siècle). [A suivre. Début d'un 
travail important pour l'histoire générale de la France à la fin du 
règne de Charles VII et au début de celui de Louis XL] Ch. L. 

Charente-Inférieure. 

Revue de Saintonge et d' A unis, t. XXVII, 1907. 

P. 13-33, 117-30, 195-207. E. Labadie. Etude bibliographique sur les édi- 
tions de r« Antiquité de Bourdeaus » d'Elie Vinet. Saintongeais, prin- 
cipal du collège de Guyenne à Bordeaux, au xvi« siècle. [Cet ouvrage 
date de 1560. Vinet ne s'intéressait qu'aux ruines romaines, si abon- 
dantes encore à Bordeaux à cette époque. Description de la première 
édition et du plan, de grande valeur, qui l'accompagnait, plan exact, 
topographique, qui représente la ville en amphithéâtre, prise des hau- 
teurs de la rive droite. Catte édition parut à Poitiers, la seconde à Bor- 
deaux en 1574 : trois autres planches fort précieuses y figurent, dont 
une consacrée à l'amphithéâtre (Palais Galien), une autre au temple dit 
Piliers de Tutelle.] — P. 34-6. Ciiaudruc de Crazannes. Inventaire des 
meubles de M^' de La Rochefoucauld au château de Crazannes. [Du 
17 septembre 1792. Mobilier très simple, presque misérable.] — P. 36-54, 
163-70, 269-76, 330-7, 361-87. P. Lemonnier. Le clergé de la Charente- 
Inférieure pendant la Révolution. [Suite et fin de ce gros travail en 
forme de catalogue, très consciencieusement fait. Y sont compris les 
ecclésiastiques séculiers et réguliers, hommes et femmes. Celles-ci res- 
tèrent toutes tidèles à leurs vœux. Parmi les hommes, 309 refusèrent le 
serment constitutionnel, 387 le prêtèrent. Statistique des sécularisés (75), 
mariés (53), incarcérés, guillotinés, etc.] — P. «74-6, 25.5-69, 388-99. La 
municipalité de Saint-Saturnin de Séchaud. [Suite de ces analyses de 
pièces, rangées par ordre chronologique ; quelques-unes sont publiées 
in extenso. Intéressant. A suivre.] — P. 91-112, 170-94. C Deruelle. 
La révolte de la gabelle en Angoumois et en Saintonge (1548-1549). 
[D'après le livre de M. Gigon, La révolte de la gabelle en Guyenne, 
en 1548. L'insurrection partit du bourg de Baignes, 8 août, et gagna 
promptement Pons, Saintes, ravageant aussi l'Angoumois. En septem- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 271 

bre-octobre, les colonnes d'Aumale et de Montmorency convergent sur 
Bordeaux, principale cité révoltée, et l'écrasent ; le pays saintongeais 
est châtié, désarmé et la gabelle supprimée.] — P. 152-60. Ch. Dangi- 
BEAUD. Gardes d'honneur, gardes nationales et anciens volontaires 
royaux en 1808 et 1815 à .Saintes. [Organisation, habillement ; à la fin, 
texte d'une lettre circulaire relative à l'organisation de la garde natio- 
nale à cheval de l'arrondissement, du 4 décembre 1815.] — P. 160-3. X. 
Les familles du nom de Marin. — P. 228-.55. E. Guérin. La guillotine à 
Saintes en 1794. [Il y eut au moins une exécution à Saintes, mais pro- 
bablement pour crime de droit commun. Suivent des détails sur les 
bourreaux et les exécutions jusqu'en 18S6.] — P. 308-11. J. Pellisson. 
Documents sur la fabrication des épingles à Barbezieux et à Cognac. 
[Actes provenant de Barbezieux, 1698, et des environs; de Cognac beau- 
coup plus tard, 1774, 1796.] — P. 312-4. L. Massiou. Fouilles aux puits 
de Toulon. [Près de Saujon. Débris de l'époque gallo-romaine, peu im- 
portants.] — P. 314-30. E. Darley. Sainte Véronique. [L'auteur a 
signalé « le caractère historique de quelques textes anciens relatifs à 
sainte Véronique d'Aquitaine » [Fragments d'anciennes chro?iiques 
d'Aquitaine, Bordeaux, P^éret, 1906). Il étudie de nouveau les textes, 
les uns, dit-il, anciens, d'accord entre eux sur les faits qu'ils relatent, 
malgré la diversité des lieux et des sources ; les autres légendaires. Les 
premiers prouvent que Véronique est venue d'Orient en Gaule au 
I" siècle ; qu'elle a été, avec saint Martial, l'apôtre de Soulac, Bordeaux 
et Bazas ; qu'elle a été ensevelie à Soulac et de là transportée à Saint- 
Seurin de Bordeaux, etc., etc. Ces fantaisies ne résistent pas à l'examen; 
il s'agit d'une légende née entre les xi^ et xn'^ siècles ; M. Ch. Dangi- 
beaud a cru devoir réfuter M. E. D., à la fin de l'article, en quelques 
lignes qui suffisent.] — P. 348-61. Ch. Dangibeaud. L'église Saint- 
Eutrope de Saintes telle qu'elle était. [Il y a un siècle, avant 1803, date 
où, de crainte de la voir s'écrouler, on jeta par terre la nef romane. 
Essai de restitution de cette « curiosité archéologique de premier 
ordre ». Cinq planches. Il est impossible de résumer ici le savant tra- 
vail de M. Ch. D. On le trouvera aussi dans le Bulletin monumental 
de 1907.] P. D. 

Corrèze. 

I. Bulletin de la Société scientifique, historique et archéo- 
logique de Brive, 1907. 

1" livr. P. 31-134. Le livre des miracles de N.-D. de Roc-Amadour publié 
par l'abbé Albe. [Texte du xii« siècle et traduction faisant suite à l'in- 



272 ANNALES DU MIDI. 

troduction publiée en 1906. Se continue dans les 2' et 3« livraisons.] 
2= livr. P. 137-42. Ph. Lalande. Archéologie gallo-romaine. [A propos 
d'une sépulture découverte à Noailles et de monnaies trouvées près de 
Brive.] — P. 243-4. D"' Charvilhat. Note sur deux anneaux d'or et un 
vase de la période néolithique, découverts près de Pontgibaud (Puy-de- 
Dôme). — P. 245-80. A. de Lamberterie. Un coin du Périgord il y a 
cinquante ans. [Silhouettes et anecdotes dont les historiens futurs au- 
raient pu faire sans doute leur profit, si l'auteur ne s'était avisé de mo- 
difier de parti pris les noms des localités et des personnages.] 
3« livr. P. 281-333. V. Forot. Un domaine royal en Limousin. [Il s'agit 
du domaine de Chameyrac en Bas-Limousin. L'auteur amplifie singu- 
lièrement les documents dont il dispose. Suite dans la 4« livraison.] — 
P, 335-7. Ph. Lalande. Archéologie préhistorique. [Il s'agit des cavernes 
de Gargas dans les Hautes-Pyrénées.] 
4" livr. P. 533-5. D'' Charvilhat. Sur deux sceaux matrices et un cachet 
dfi XVI' siècle aux armes de Ventadour et de Lévis. — P. 537-58. 
BouYssoNic et Bardou. Station préhistorique de la Coumba del Bouïtou, 
près Brive. [Description des objets trouvés.] A. L. 

II. Bulletin de la Société des lett?'es, sciences et arts de 
Tulle, 1907. 

jre livr. P. 5-23. A. Leroux. Un programme de restauration du catholi- 
cisme en 1795, d'après le « Manuel des missionnaires » de l'abbé J.-N. 
Coste. [Nouvelle forme d'un mémoire que les Annales ont déjà signalé 
(t. XIX, p. 291). Se continue dans les livraisons suivantes.] — P. 25-57. 
Th. Bourneix. Trois prieurés limousins : Chamberet. [Suite de cette 
étude de troisième main.] •— P. 59-71. R.. Fage. Exactions des gens de 
guerre dans le Bas-Limousin au xvii*' siècle. [Analyse et commentaire 
de documents publiés dans la livraison suivante.] — P. 73-95. J.-B. 
PouLBRiÈRE. Inventaire des titres du château de Pompadour, fait en 
1765. [Suite de cette publication commencée en 1893 I Se continue dans 
la 3« livraison.] 

2' livr. P. 149-95. V. P'orot. Fragment de l'histoire municipale de Tulle 
de 1794 à 1800. [Suite de cette analyse de reproduction de documents 
originaux. Se continue dans la 4" livr.] — P. 197-217. Th. Boukneix. Trois 
prieurés limousins : Montées. [Liste biographique des prieurs depuis 
1442, sans indication des sources originales.] 

3" livr. P. 275-302. D. de la Roche-Sengensse. Monographie d'une com- 
mune rurale : Saint-Cybard. [Fin d'une étude commencée en 1900.] — 
P. 327-81. G. Clément-Simon. Les commencements de l'élection du 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 273 

Bas-Limousin. [Complète et rectifie sur un point les indications four- 
nies récemment par M. A. Tiiomas sur un poète du w siècle, Henri 
Baudi.] 
4' livr. P. 477-505. G. Clément-Simon. Recherches sur l'histoire civile et 
municipale de Tulle avant l'érection du consulat. [Plan de la ville et 
documents inédits, complétant les savantes recherches de l'auteur.] — 
P. 506-9. R. Fagé. Note complémentaire sur les serrures en forme de 
coupe. [Yoir le Bulletin de 1906.] — P. 511-4. A. Leroux. Une lettre 
inédite de l'abbé Coste. [Cf. ci-dessus lai" livraison.] A. L. 

Dordogne. 

Bulletin de la Société historique et arcJiéologique du 
Périgord, t. XXXIV, 1907. 

P. 51-2. E. Bayle. AftVanchissement de serf. [Texte de 1318. Il n'y a 
aucun lien à établir entre cet acte et l'édit de Louis X, de 1.315, dont 
l'auteur s'exagère la portée et l'influence.] — P. .53-83, 272-314, 37.3-88, 
451-66. G. Bussière. Henri Bertin et sa famille. [Suite et à suivre. 
Création du canal de Givors, qui devait être d'abord un « canal des 
deux mers », entre Rhône et Loire, par le sieur Zacharie, avec l'appui 
de Bertin (1760-1781). Législation sur les mines. La première Ecole vété- 
rinaire de Lyon. La soierie lyonnaise : établissement à Lyon en 17.")3 de 
l'Anglais Badger, possesseur du secret de moirer la soie. Bertin, en 
Périgord et dans sa terre de Bourdeille, cherchait à développer la séri- 
ciculture : en 1778, les fabriques de Bourdeille sont les plus remarqua- 
bles de Guyenne après celles d'Agen.] — P. 115-2L De Fayolle. Mar- 
mite en bronze, décorée de signes énigmatiques (xvi« siècle). [Sic. Lire: 
vi'= siècle, si l'on s'en tient à l'opinion d'Al. Bertrand, que d'ailleurs 
l'auteur conteste. Planches.] — P. 121-7. H. de Curzon. Un souvenir 
du château de Moruscles. [Entre Cubas et Genis. Dernier témoignage 
de son existence : un texte de 1602 publié ; c'est un acte de vente.] — 
P. 127-30. De Saint-.Saud. Notes diverses sur Moruscles. — P. 131-59, 
266-8. E. Roux. Les Ursulines de Périgueux. [Suite et à suivre. Fin du 
xvii" siècle. Planches.] — P. 177-86. G. Hermann. Un triens mérovin- 
gien d'Eovorico; Eosevins monétaire. [Ce triens, très bien conservé, 
permet de lire nettement EOSEVIVS, tandis que M. Prou, déchiffrant 
un autre exemplaire, celui de la Bibl. nat., y avait lu EOSENVS. Le 
nom du monétaire Eosevius se retrouve sur un triens de Sagra- 
ciaco = Sarrazac (Dordogne), et non .Segrais ; Eovorico serait Eyburie 
près d'Userche (?).] — P. 186-92. H. de Montégut-Lamorelie. Philippe 

ANNALES DU MIDI. — XX 18 



274 ANNALES DU MIDI. 

de Chamberlhac. [Prélat périgourdin qui devint en 1383 grand archidia- 
cre de Gand, puis évêque de Sion, archevêque de Nicosie, enfin arche- 
vêque de Bordeaux, 1361.] — P. 193-5. A. Dujarric-Descombes. Hervé 
Fayard. [Consul de Périgueux en 1393, traducteur du traité de Galien 
sur les simples. Portrait.] — P. 195-200. De Favolle. Cloche en fonte 
du musée du Périgord. [Planche. Inscription, dont M. de F. propose une 
lecture partiellement diflërente de celle de M. R. Drouault.J — P. 200-15. 
J. DuRiEUx. Combattants périgourdins de la guerre américaine (1778-1783). 
[Armées de terre et de mer. Listes.] — P. 253-66, 421-51. A. de la Valette- 
MoNBRUN. Autour de Montaigne et de La Boétie. L'énigme du Contr'Un. 
[Réfute la thèse soutenue par le docteur Armaingaud que le Contr'Un 
est l'œuvre de Montaigne.] — P. 269-71. R. Villepelet. I emandes de 
création d'une Chambre de commerce à Périgueux au xviii" siècle. 
[Elles n'aboutirent qu'en 1790.] — P. 343-6. De Fayolle. Ancienne 
église romane de Cadiot. [Ruinée. Planche.] — P. 346-66. F. Villepelet. 
Le mobilier d'un bourgeois et marchand de Périgueux en 1428. [Le 
sieur Thibaut, alors accusé de meurtre et en fuite. Inventaire de ses 
meubles, en latin ; il témoigne d'un bel état de fortune.] — P. 367-73. 
A. Dujarric-Descombes. Le docteur Jean Pascal. [De Sarlat, 1662-1744. 
Son traité des Ferments; autre des Eaux de Bourbon-l'Archambault. 
Portrait.] — P. 390-4. P. -A. Jouanel. Note sur un ancien inventaire des 
archives de Bergerac. [De 1788 ; c'est la base du classement actuel. 
Texte du « répertoire » placé en tète.] — P. 417-21. J.-J. Espande. Les 
anciens cimetières de Sarlat. P. D. 

Garonne (Haute-). 

I. Bulletin de la Société archéologique du Midi de la 
France, 15 novembre 1906-15 juillet 1907. 

P. 19-29. Abbé Lestrade. Histoire de l'art à Toulouse ; nouvelle série de 
baux à besogne. [De 1608 à 1657; pour des stalles, rétables, tableaux des- 
tinés à différentes églises et confréries.] — P. 37-47. De Santi. Un procès 
en 1302, en langue romane, à propos d'un cheval. [Texte et commentaire 
intéressants sur ce procès soutenu en 1302-3 devant le tribunal de 
Sainte-Livrade. L'auteur rejette pour le lieu de naissance du pape Clé- 
ment V Villandraut, qui paraît cependant attesté par une de ses let- 
tres.] — P. 48-9. PoRTAL. Note sur Mercier, artiste toulousain du 
xvii° siècle. — P. 49-53. Galabert. Registres paroissiaux de Toulouse. 
[Etude intéressante sur l'exécution à Toulouse des ordonnances et lois 
relatives à l'état civil de 1539 à 1792; renseignements historiques : statis- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 275 

tiques.] -P. 57-67. Szc.h.. Deux édicules roumains, région n.inervoi.se 
Pasquiek Observations sur cette con.mun.cation (7 lig.). [Signalement 
e descnpt.on de deux piles nouvelles par M. S.; signalement par 
M. P. dune pile ruinée à Saint-Girons.] - P. 68-9. B.quié-Fonadk. 
No e sur le nom de la rue Pharaon, à Toulouse. [Vient de la famille 
d Alfaro.] - P. 70-80. J. ok L.hokoés. Le portail de Saint-Pierre-des- 
Cu.s:nes, Toulouse (5 lig.). [Excellente description de ce portaU, doses 
chapiteaux et de deux chapiteaux du Musée de Toulouse.] - P 81 95 
Abbe DEaEHT. L'humaniste toulousain Jean de Pins d'après des lettres 
:ne nés. [Excellent article où M. D. reconstitue le contenu du recueil 
perdu des harangues et lettres de Jean de Pins au moyen d'un manus- 
cr> de Nnnes donnant les copies de quatre-vingts lettres, dont une sur 
Dolet, une a Erasme. Ce travail est important pour l'histoire de l'huma- 
msme. P. 95-7. Couzx. Une fresque de la cathédrale de Saint-Lizier 
(Ariege) (1 fzg.). [Bonne description de cette fresque de la fin du x„p siè- 

; 9 ] "p^ ^rr ' r^''^''' "^^ '''''-' '^ ^'-^- ^- ^^e-s 

Sain S " ;. n ■ '' "''^"'" '"^ ""'^ ''' P^^^^ ^e l'église 
Sam t-Sermn. [Excellente description de la porte des Innocents et de 
ses chapiteaux, qui ne sont sans doute pas antérieurs à la deuxième 
moitié du xne siècle.] - P. ms. Coozx. Une Pieta limousine à Tou- 
louse. [Origine de Saint-Léonard dans la Haute-Vienne] _ P 12.34 
J_. DE Lahondès. Notes sur de petites constructions rurales, en pierres 
sèches, carrées, avec coupoles en encorbellement, dans la montagne 
Noire. P. 126-33. Dés.z.hs be Mo.xaAi.H.Ho. Les miniaturistes d'ori- 
gme toulousaine établis à Avignon au temps de la papauté. [II s'agit de 
Bernard et de Jean de Toulouse.] - P. 1^5-6. J. Sentil.e. Camp de 
TvJl^r""' ''^ ^^^^---'^-Bigorre. [Description, trouvailles.]- 
P. 138-43. CARTMLHAr. Les mains rouges et noires et les dessins paléoli- 
thiques de lagrotte deGargas, communed'Aventignan(lIautes-Pyrénées) 
Etude très importante.] - P. 144-9. Jouux. Les quatres fouilles de Mar^ 
res-rolosanes (1826-28, 1840,1890-91, 1897-1900). -P. 150-60. De Bourdes 
Vicomtes de Montclar de Quercy. Documents (1457-1554). [Etude généalo^ 
gique; testament, procès-verbal de baptême en langue romane de 1477 et 
rt .!" ''"""■ ^"^^"^«^-^^^^^-- Note sur les archives du comte de 
Brettes-Thunn, au château de Jottes (au Lherm, canton de Muret) [Une 
lettre du duc d'Epernon de 1.594.] - P. 166-9. Barrière-Flavv Les 
sarcophages de Lagrâce-Dieu et de Miremont. [Description et lecture 
des inscriptions des tombeaux de Sicard de Miramont. mort en P87 et 
de sa femme Honor de Durfort. morte en 1287.] - P 170 Delormc 



276 ANNALES DU MIDI. 

Note sur des monnaies découvertes à Toulouse. — P. 174-ti. Roger. 
Haches de bronze trouvées dans l'Ariège. Ch. L. 

IL Mémoires de V Académie des sciences, inscriptions et 
belles-lettres de Toulouse, lO^ série, t. Vil, 1907. 

P. 4-47. Lapierre. Histoire de l'Académie. [Suite. De 1746 à 1767. Cette 
histoire est l'édigée en forme d'annales, avec documents analysés ou 
insérés in extenso.] — P. 48-68. L. de Santi. Molière et le prince de 
Conti. [Sur le séjour de Molière et de sa troupe en Languedoc, les 
représentations par eux données durant les sessions d'Etats et la récom- 
pense de 5,000 livres que leur fit obtenir, en 1656, le prince de Conti, 
attestée par un arrêt de la Cour des aides de Montpellier, dont texte, 
p. 58.1 — P. 69-80. L. JouLiN. La salle des antiques du Musée de Tou- 
louse. [Notamment, exposition des objets trouvés à Martres-Tolosanes. 
— P. 154-200. E. RosrHAfH. Frédéric Le Blanc du Vernet, sa vie et ses 
œuvres (1824-1889^. [Avec une bibliographie d'autant plus utile et mé- 
ritoire que les œuvres très littéraires de cet homme de talent — lettres 
politiques, artistiques, impressions de voyage, etc., — ont été disper- 
sées par lui dans de petits journaux ou autres recueils difficiles à 
trouver, cachées sous divers pseudonymes.] — P. 201-28. F. Dumas. 
La réglementation industrielle après Colbert. [De 1683 à 1715, sous pré- 
texte de prévenir la fraude, des règlements minutieux, sévères, multi- 
pliés tuaient les industries qu'ils prétendaient servir : histoire déjà 
vieille de deux siècles, mais qui en France se renouvelle sans cesse. 
Cette étude générale comporte un grand nombre d'exemples tirés du 
Midi.] — P. 229-311. Desazars de Montgailhard. Histoire de l'Aca- 
démie des sciences. [Suite. Chap. iv. Renseignements complémentaires 
sur le « Musée » de Toulouse, fondé en 1784 ; compte rendu des séances. 
Le « Lycée » succède aux Académies, supprimées par la Convention : 
« Ijycée du Siui-Ouest », où les lettres et toutes les sciences devaient 
être professées, organisé en 1795 par le représentant du peuple Paga- 
nel* tandis que s'ouvrait, dans l'église des Grands-Augustins . le 
« Muséum provisoire du Midi de la République ». L'exposé, ici, man- 
que de netteté, et l'on ne voit pas s'il y eut ou non un lien entre le 
Lycée et l'espèce d'Institut académique fondé en 1797 sous le nom de 
Lycée aussi, sur le modèle de l'ancien « Musée ». M. I). de M. analyse 
longuement les séances, plus solennelles qu'utiles, plus théâtrales 
qu'instructives, de ce Lycée jusqu'en 1802.] — P. 812-75. Juppont. 
L'œuvre scientifique de Cyrano de Bergerac. [Mentionnons cet intéres- 
sant article pour rappeler que le poète-philosophe est né à Paris et que 



È. 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 277 

son nom, Bergerac, malgré l'apparence méridionale, provient de celui 
d'un hameau voisin de Chevreuse.] P. D. 

m. Reviie des Pyrénées, t. XIX, 1907. 

p. 1-22. J. Adher. Le petit Saint-Cyr. [Histoire de la maison d'éducation 
de Lévignac, tenue par les Dames-Noires, l776-9o.] — P. 23-43. F. Du- 
mas. Une émeute d'étudiants à Toulouse en 1740. [Mutinerie qui prit 
naissance au théâtre, se continua par une réunion au pré des Sept- 
Deniers et amena des poursuites judiciaires qui n'eurent d'autre suite 
qu'une sentence des Capitouls cassée par le Parlement. Les études 
interrompues reprirent leur cours.] — P. 44-63. P. Médax. Un Gascon 
précurseur de Racine. [Etude littéraire sur La Mort de Mithridate de 
La Galprenède, et le Mithridate de Racine. L'auteur néglige de nous 
apprendre si La Galprenède était réellement gascon.] — P. 86-106. 
J. Gros. Les conventionnels régicides de l'Ariège en 1816. [D'après des 
documents d'archives.] — P. 149-77, 336-70. Désazars. La famille Grozat. 
[Riches financiers originaires de Toulouse qui, aux xvii" et xviiP siè- 
cles, tinrent un des premiers rangs à Paris par leur fortune, leurs allian- 
ces avec la noblesse et leurs collections. A suivre.] — P. 178-217. 
P. BuFFAUi.T. La ville d'Oloron et sa forêt de Bager, [Excellent et utile 
travail. L'auteur étudie l'état de la forêt depuis le \i' siècle jusqu'à nos 
jours et montre quels avantages climatériques, hydrologiques et pécu- 
niaires sont résultés pour la ville d'Oloron de la régie de sa forêt par 
l'Etat.] — P. 218-30. M. Massif. Les Adieux à l'Univers. Notes sur le 
livre et sur l'auteur. [Le livre parut en 1815; l'auteur était un avocat 
de Toulouse, très estimé, M" Cizos, qui avait pratiqué le théâtre au 
moins autant que le barreau. Ses fantaisistes Adieux n'ont pas grand 
intérêt aujourd'hui, car on ignore les vrais noms des personnages qui y 
figurent, et la valeur littéraire en est plutôt mince.] — P. 231-4o. 
E. Lamouzelle. Le Parlement Maupeou à Toulouse et l'exil de l'ancien 
Parlement en 1771. [D'après quelques lettres inédites adressées à sa 
sœur par M. d'Aguin, frère d'un président au Parlement. N'apprennent 
rien de nouveau.] — P. 309-35. G. Glavelier. François de Maynard. Sa 
vie. Ses œuvres. Son temps. [Etude élégante et précise, couronnée par 
l'Académie des .leux Floraux. A suivre.] — P. 371-81. B; Paumés. 
Cahors contre Montauban. Un institut promis à Gahors, 1792. [Episode 
d'une rivalité que les haines religieuses avivaient.] — P. 385-91. Fr. Gala- 
BERT. Un statisticien au xviir siècle. [Notes extraites des registres de 
l'église de la Dalbade.] — P. UO-1. P. Dupont. Etablissement à Tou- 
louse de la congrégation enseignante de filles connue sous le nom 



278 ANNALES DU MIDI. 

de .Sœurs des écoles du Saint-Enfant-Jésus, dites Dames-Noires. [Ce 
travail et le suivant ajoutent quelques renseignements à celui de 
M. Adher qui est en tète du volume.] — P. 415-20. G. Durègne. 
Une visite au « Petit Saint-Cyr », le 26 juin 1788. — P. 441-54. 
B. Baillaiid. Les fondateurs de l'Observatoire du Pic-du-Midi. [L'initia- 
tive partit du docteur Costallat qui présenta un mémoire sur ce sujet 
à la .Société Ramond. Les vrais fondateurs sont le général de Nansouty 
et l'ingénieur civil Vaussenat.] — P. 517-83. C. Oulmont. Estienne 
Forcadel. Un juriste, historien et poète vers 1550. [Professeur à l'Uni- 
versité de Toulouse, ses traités de jurisprudence se distinguent par la 
prétention et l'amplification banale, ses œuvres historiques par l'em- 
phase, la fantaisie et l'adulation. Ce qu'il a fait de mieux, ce sont des 
épigrammes latines, dont une consacrée, dit l'auteur, à « un sénateur, 
Emile Perrot «. Sénateur I Mais où est le Sénat sous Henri II'^ Se )îator 
ne peut désigner qu'un conseiller au Parlement. Parmi les vers français, 
beaucoup ne manquent pas de grâce ; les mauvais sont les plus nom- 
breux. 11 est regrettable que l'auteur n'ait pas connu l'étude très 
sérieuse faite sur ce personnage par M. J. Fontes, étude publiée pour- 
tant dans cette même Revue des Pyrénées en 1894, tome VI.] 

A. V. 

Gers. 

Revue de Gascogne, nouvelle série, t. VI, 1906. 

p. 1-18. C. Cézérac. Le voyage de Jean d'Aignan à Paris. [D'après la cor- 
respondance que le chanoine J. d'Aignan, archevêque d'Auch, adressa 
à son frère pendant un séjour à Paris en 1664. Réflexions sur le jansé- 
nisme, sur les affaires de Fouquet ; nouvelles de la cour, etc.] — P. 18. 
J. DuFFO. Installation des gabeleurs à Saint-Sever de Rustan. — 
P. 19-30. J. DuFFOUR. Les Etats d'Astarac de 1582. [Les principales 
conclusions de ces Etats généraux furent : imposition de la taille, refus 
de s'associer à certaines charges extraordinaires imposées par lo roi, re- 
jet des doléances d'un receveur des tailles, réalisation d'économies par 
la suppression do plusieurs offices.] — P. 31-5. G. Beaurain. Contribu- 
tion à l'histoire du travail en Béarn : le travail à Ponlacq. [A suivre. 
L'agriculture : les bois; le régime des bois. Commencement d'une 
étude d'histoire économique qui promet d'être intéressante.] — P. 36- 
48, 71-86, 123-31, 173-86,215-34, 348-72, 439-67, .509-24, 5,54-68. A. Decert. 
L'ancien diocèse d'Aire. [Continuation do cette œuvre, capitale pour 
l'histoire, jusqu'ici si délaissée, de cette partie de la Gascogne. A 
suivre.] — P. 49-57, 145-60. A. (.'lerheac. Les nominations épiscopales 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 279 

en Gascogne aux xiir et xiv siècles. [Montre les circonstances à la 
suite desquelles la papauté fut amenée à dépouiller les chapitres de 
Gascogne de leur droit d'élection. Cette étude de détail concorde avec 
les vues que M. Inibart de la Tour expose dans la conclusion de son 
livre sur les élections épiscopales dans l'Eglise de France.] — P. 66-70. 
V. Foix. Les tirs contre la grêle en Gascogne. [Pratiqués déjà il y a 
cent cinquante ans.] — P. 87-8, -i-ii-^S. G. Cézérac. Lettres deDaignan. 
[Texte de la correspondance étudiée plus haut. A suivre.] — P. 80-91. 
Sur quelques identifications de noms de lieux. [Indications données 
par divers correspondants relativement à certaines églises du diocèse 
d'Auch que M. Vidal n'avait pu identifier. Cf. Revue de Gascogne, 
n. série, t. V, p. 537.] — P. 91. A. D[egert]. Florimond de Raymond au 
Parlement de Bordeaux. — P. 97-109, 289-315. J.-.J.-C. Tauzin. Les dé- 
buts delà guerre de Cent ans en Gascogne (1327-1340). [Etude conscien- 
cieuse et intéressante de cette période mal connue.] — P. 109. A. D[e- 
gert]. Le rituel auscitain de 1751 et les jansénistes. — P. 110-22. 
P. DiEUZAiDE. Une dépendance de Roncevaux : la commanderie de 
Samatan. [Suite et fin.] — P. 161-5. ¥. Sarran. De la disparition de 
quelques mots du gascon du Gers. [Vues intéressantes, quoique pré- 
sentées d'une manière un peu décousue, sur quelques points de lexico- 
logie gasconne. Oserai-je énoncer une critique f\u sujet do la méthode 
de M. F. S.? Il semble qu'il soit trop avare de références sur les sour- 
ces où il a puisé et sur le nom précis des localités dont il étudie le lan- 
gage. Tout le monde sait pourtant qu'à l'Ecole des Hautes-Etudes, on 
M. F. S. a étudié, des maîtres tels que M. Gilliéron, ne font point [\ de 
cette précision. L'auteur éviterait ainsi ([uelques affirmations qui, 
vraies pour telle région du Gers, ne le sont plus tant pour certains pays 
tout voisins. C'est ainsi que le mot haios (« faucille ») est encore par- 
faitement vivace dans la partie des Landes que j'ai explorée, depuis 
Labouhoyre, Morcenx (où l'on dit hawts) et Tartas à l'ouest, jusqu'à 
Grenade , Villeneuve-de-Marsan . La-Bastide-d'Armagnac et Lugaut- 
Bergonce à l'est, c'est-à-dire jusqu'aux confins du Gers. Dans le Gers 
même, à Lanne-Soubiran, mon ami, M. Ducamin me donne Ziaics comme 
bien vivant. A Maillas seulement, j'ai relevé hawsilhe. — Autre exem- 
ple : le mot trawi'(k (trai'ik, trab'ùk, ta'ùk...) au sens de « cercueil» 
peut avoir disparu dans les parlers gascons du Gers; mais il est 
encore usité dans la partie orientale des Landes, au moins dans une 
région que limiterait une ligne passant par Labouheyre, Sabres, Saint- 
Martin, Mont-de-Marsan, Grenade, La-Bastide-d'Armagnac. JNlaillas 
et Luxey, pour ne parler que du domaine .que j'ai parcouru moi- 



280 ANNALES DU MIDI. 

même. Une étude du genre de celle que nous offre M. F. S. 
ne peut que gagner à présenter les faits avec plus d'exactitude 
et plus de restrictions.] — P. 166-72. Laplagne-Barris. Saint- Yors. 
[Courte étude sur cette seigneurie de la baronnie de Montesquiou, dans 
le pays d'Angles.] — P. 192-8. L. Couture. A travers les vieux livres. 
[Fragment d'article inédit retrouvé dans les papiers de Léonce Couture. 
Il y est parlé de deux plaquettes paloises de la fin de l'ancien régime, 
qui montrent la sympathie du Parlement de Pau pour le Parlement de 
Paris, exilé à la suite de son opposition aux édits du timbre.] — 
P. 199-208. A. DectErt. Deux anciens bréviaires de Saint-Savin en Lave- 
dan. [Établit l'identité des deux bréviaires manuscrits du xiv et des 
xiv*-xvi'= siècles conservés à la Bibl. de Toulouse sous les n"* 70 et 73.] 

— P. 204-12. De Lary de la Tour. Comptes des funérailles d'un gen- 
tilhomme gascon au xvii" siècle. — P. 213-4. A. Vignaux. Encore Ber- 
nard Lannes. — P. 235-7. A. Laffont. Les « billets de confiance ». 
[Note sur un papier-monnaie créé, en 1792, par la commune de INlau- 
vezin.] — P. 241-56. 330-41. J. Duffour. Les pensions ecclésiastiques 
sous la Eévolution dans le Gers. — P. 256. L. Ricaud. Toujours 
B. Lannes. — P. 257-62. V. Foix. L'Amérique découverte par les Bas- 
ques. — P. 263-6. D. Tr. Un autographe de la bienheureuse Jeanne 
de Lestonnac. — P. 282. J. Lestrade. Papiers du chapitre d'Auch 
déposés à Lectoure. — P. 283-4. A. Vignaux. Où est né Guillaume 
Ader. -- P. 315. A. V. Un autographe de Du Bartas. — P. 316-29, 
529-44. A. Clergeac. Les abbayes de Gascogne du xii" siècle au Grand 
schisme d'Occident. [A suivre.] — P. 329. P. de C. Quel est le sens du 
mot « Tou »? [A la liste des exemples de ce nom, fréquent dans l'ono- 
mastique pyrénéenne, nous ajouterons « les cabanes de Totie », dans 
la vallée de Barèges, au-dessous du col du Tourmalet. Vu du col, l'en- 
droit parait, en effet, assez « enfoncé », mais nous n'osons croire que 
ce soit là le vrai sens du mot, et que le haut allemand tunna soit — 
comme semble l'inférer Mistral (v toufi 4) rapproché de Kôrting 
n» 9587 — pour quelque chose dans son étymologie.] — P. 342-7. 
P. CosTE. Lettre inédite de L.-M. Desbiey au graveur J.-B. Grateloup. 

— P. 373-9. J. Lestrade. Plaquettes auscitaines et paloises, — P. 385- 
414, 481-94. E. Labadie. Les débuts d'un imprimeur en Béarn. [Abraham 
Rouyer, libraire bordelais, imprimeur à Ortiicz en 1610. Gravures, fac- 
similés.]— P. 415-21. A. Laurens. Coutume d'Artigue. [A la limite des 
vallées de Luchou et d'Aran. Sa situation géographique, son histoire 
texte de la coutume. A suivre.] — P. 468-71. La Plagne-Barris. Lave- 
raët. — P. 471. A. D[EGERr]. Silhon imité par Pascal. — P. 472-3. J. Les- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 281 

TRADE. L'archevêque d'Auch et l'évèque de Saint-Bertrand à Garaison 
en 1791. — P. 495-504. S. Daugé. Deux nouvelles « proclamations » de 
Wellington. — P. 505-8. J. Annat. Les « visa » d'Esprit Dumarché. — 
P. 545-53. J. Bénac. Le séminaire d'Auch. [A suivre. Origines : concile 
de Trente ; le cardinal Louis d'Esté ; le séminaire d'Esté.] 

G. M. 

Gironde 

Revue des Etudes anciennes^ 1906. 

P. 47-5L 111-22, 250-2. ?,23-4. C. Jullian. Notes gallo-romaines : XXIX. 
Briga; XXX. Stradonitz et La Vène; Hallstalt; Graeckwyl; XXXI. Sur- 
vivances géographiques ; XXXII. Les fleuves de la Gaule chez Polybe. 
[A suivre. Excellents articles où M. J. affirme l'existence du grand 
empire ligure; revendique pour les Celles les antiquités de Stradonitz 
en Bohème.] — P. 52. Lauzun. La prétendue statue d'Ausone au musée 
d'Auch. [Elle n'a rien de commun avec Ausone.] — P. 59-68. Arnaud 
d'Agnel. Antiquités du musée de Soult. [Six figures.] — P. 125-6. 
Th. Reinach. Timagène, Josèphe et la géographie de la Gaule. [Ne croit 
pas que Josèphe ait utilisé, au moins directement, Timagène.] — 
P. 260-1. Dangibeaud. Monuments gallo-romains inédits. [Du musée de 
Saintes.] — P. 325-37. Villa ni Quelques observations sur les chants 
chrétiens d'Ausone. — P. 340 (pi. VII-XI). C. Jullian. L'édition prin- 
ceps d'Avienus. [Reproduction des feuilles concernant la Gaule.] — 
P. 341-2. A. AuDOLLENT, G. Jullian. Les dernières fouilles au Puy- 
de-Dôme. 

1907. 

P. 13-7, 172-4, 261-2, 351-6. C. JulliAn. Notes gallo-romaines : XXXIII. 
Silius et la routje d'Hannibal; XXXIV. Vo-contii ; XXXV. Tri-Obris 
= Trois-Fontaines; XXXVI. A propos du recueil de M. Espérandieu. 
[Suite de ces notes si intéressantes. Pour la marche d'Hannibal, Silius 
prouverait que le Rhône a été franchi à Tarascon et les Alpes au mont 
Cenis ; les Vocontii seraient le peuple des Vingt ; Obris ou Obra signi- 
fierait source et serait un mot ligure; la difïusion des religions orien- 
tales et chrétienne a réveillé la symbolique gauloise.] — P. 17-47. 
Questions hannibaliques. Freixe. Les bois du Pertus ; Armand. Le 
Rhône à Tarascon fpl.) ; Fournier. Le passage du Rhône entre Tarascon 
et Beaucaire au moyen âge et jusqu'en 1670; Chabert. La vue des Al- 
pes [à propos de Tite-Live. XXI, 32, 7] ; De Manteyer. Le nom du 
Drac; Ferrand. L'hypothèse du Clapier; Fougères. Polybe, 3,41. 2. — 



282 ANNALES DU MIDI. 

P. 48-68. R. Laurent et Ch. Dugas. Le monument romain de Biot, 
Alpes-Maritimes. [PI. II-VI. Etude très intéressante de ce remarquable 
monument, de sa situation, des bas-reliefs. Il appartiendrait probable- 
ment à un poste militaire.] — P. 175-80. G. Dottin. Brica, Briga et 
Briva. — P. 187-8. A. Michel-Levy. Le grenat des Marseillais. — 
P. 267-8. J.-A. Brutails. La frisede Casseuil. — P. 349-50. G. de Man- 
TEYER. Les limites antiques de la Mauriennc sur l'Isère. — P. 357-8. 
Chaillan. L'autel à symboles de Cuech. — P. 362-3. M. Clerc. Desu- 
viaticus lacns. [Ce mot ne figure pas dans les textes authentiques.] — 
— P. 366-8. G. Jassies. Groupe de Dis Pater-Cernunnds et de la Terre- 
Mère. Ch. L. 

Hérault. 

I. Bulletin de la Société atxhéologique de Béziers, 3<'sér., 
t. VI, 2« livr., 1906 (vol. XXXVI de la collection). 

p. 353-446. Soucaille. Statuts de corporations biterroises. [Textes des 
statuts des boulangers, pâtissiers et fourgonniers, de 1630; des bou- 
tonniers et garnisseurs de chapeaux, s. d.; des jardiniers, 1599; des 
laboureurs, 1604 ; des brassiers et travailleurs, 1627 ; des marchands 
mangonniers, 1626; des oi'fèvres, 1598; des tailleurs, 1661; des « teis- 
sutiers, teinturiers, ribantiers et moliniers dé soye », 1629.] — P. 447-568. 
F. Mouret. Sulpice-Sévère à Primuliac. [Identifie cette résidence de 
Sulpice-Sévère avec le tumulus de Saint-Bauzille d'Esclatian, commune 
de Vendres, près Béziers. Un de nos collaborateurs a parlé déjà de ce 
ivâ^SiW [Amuiles, t. XIX, p. 586); un autre montrera prochainement 
que l'intérêt du tumulus est pi'éhistorique, non historique, et que Pri- 
muliac doit être cherché ailleurs.] P. D. 

II. Revue des Langues ï^o mânes, t. L, 1907. 

Janv.-fév. P. 5-44. S. Stronsky. Notes sur quelques troubadours et protec- 
teurs des troubadours célébrés par Elias de Barjols. [I. Notes sur Raimon 
d'Agout et Isnart d'Antravenas, fils de Raimon d'Agout et d'Isoarde de 
Die; p. 16, note intéressante sur la « comtesse de Die n. II. Garsende, 
comtesse de Provence, trobairitz. III. Blacatz, troubadour. M. S. éta- 
blit que Blacatz était mort avant 1238.] — P. 45-8. G. Rurtoni. Per la 
storia del cod. II. (Vatic. 3207). [M. B. établit, entre autres choses, que 
Castelvetro a eu ce manuscrit entre les mains en 1552.] — P. 49-67. 
A. Vidai.. Comptes des clavaires d(> Montagnac (fin). [Avec glossaire.] 

Mai-juin. P. 193-202. .1. Calmette et IIurtebise. Correspondance de la 
ville de Perpignan de 1150 à 1659 (suite). — P. 222-36. E. Kastner. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 283 

Prières à la Vierge en provençal. [Deux pièces tirées d'un ms. du Bri- 
tish-Museum, connues et publiées en partie.] — P. 267-S. C. C[habaneau]. 
Contenances de. table en vers provençaux. La Passion Nostre-Dame 
(R. 1. R. 49, 501). [Corrections à des textes antérieurement publiés dans 
la même revue.] 
.Juillet-décembre. P. 273-310. M. Grammont. A propos des ouvrages de 
M. A. Thomas. Notes sur la dissimilation. [Classement des nombreux 
exemples de dissimilation relevés dans les ouvrages de M. Thomas, dans 
le compte rendu du livre connu de M. Grammont par G. Paris et dans 
un article de M. Salvioni ; nombreux mots empruntés aux dialectes 
méridionaux.] — P. 323-36. J. Calmette et Hurtebise. Correspon- 
dance de la ville de Perpignan (suite). — P. 337-42. P, Barbier fils. 
Remarques sur les dérivés du latin cîlïûm,. — P. 343-4. Id. Un radical 
dam-. [Prov. darnarjas, etc.; mais d'où vient darnï] — P. 536-41. 
Chabaneau. Compte rendu du livre de S. Stronsky, Le troubadour 
Elias de Barjols. [Important. Elias Barjols est de Pujols, en Agenais, 
et non de Perols, en Limousin, comme le croit M. S.] J. A. 

Landes. 

Bulletin de la Société de Borda^ 31^ année, 1906. 

P. 1-48, 73-124, 16.5-78. M. de Chauton. Cahiers de doléances des paroisses 
de la sénéchaussée de Tartas en 1789. [Suite et fin.] — P. 49-58. A. De- 
GERT. Fragment du cartulaire de Cagnotte. [Sept chartes ; dates extrê- 
mes : 1122-1441. Bien que déjà imprimées, l'une dans la Gallia chris- 
tiana, les autres dans un procès de 1766, ces chartes — au moins les 
six dernières — ont tout l'intérêt de l'inédit. Elles sont reproduites avec 
la plus grande exactitude d'après le recueil des Bénédictins (Bibl. Nat., 
lat. 12680), qui seul nous en a conservé le texte.] — P. 59-64. J. Beaur- 
REDON. Le droit dn ^Sanctou et les dunes au xvin« siècle. [Sur ce droit 
de Sanctoii, redevance annuelle que les paroisses du diocèse de Dax 
payaient au chapitre de leur église cathédrale, voir une étude du même 
dans le Bulletin de Borda, 1895, 1-14. M. B. s'attache à montrer que le 
mouvement envahisseur des dunes causa une profonde détresse dans 
les paroisses d'Escalus et de Saint-Girons : c'est du moins la raison 
que font valoir les délégués de ces communes dans leur demande en 
exonération de ce droit de Sanctou.\ — P. 125-56. C. D.vugé. Notre- 
Dame-de-Goudosse. — P. 181-4. A. Blanthet. Passager, de la reine 
douairière d'Espagne à Dax, en 1714. — P. 185-208. J.-M. Dupont. Quel- 
ques notes recueillies sur Notre-Dame-de-la-Merci dans notre région 



284 ANNALES DU MIDI. 

du sud-ouest. — P. 209-54, 261-99. A. Darricau. B'rance et Labourd. 
[Aperçu historique sur le pays de Labourd depuis le moyen âge jusque 
sous l'Empire. Quelque peu tendancieux.] — P. 301-31. A. Degert. 
Le budget d'un évèque de Dax au moyen âge. [A suivre. Très intéres- 
sant. D'après le livre de comptes de Jean Bauffès, évêque de Dax, en 
1375-76, conservé aux archives du Vatican [Collectorie, 17). Sommaire 
explicatif. Texte publié in extenso : notes précieuses pour l'identifica- 
tion de plusieurs localités landaises.] — P. 333-49. P. Coste. Histoire 
de la maison de Ranquine avant le xix" siècle. G. M. 

Lot-et-Garonne. 

I. L'Ame gasconne, V^ année, 1907. 

P. 11-3. Granat. Les repas consulaires d'Agen au xviii° siècle. [Menus 
de repas organisés par les consuls en 1712 et 1727.] — P. 15-8. Bonnat. 
La légende des vieux châteaux : Bonaguil. — P. 38-41. Id. Femmes 
de lettres agenaises. [Notes sur les femmes de lettres nées dans le 
département de Lot-et-Garonne.] — P. 57-60. Id. L'Académie de Mon- 
crabeau. [Académie de farceurs et de menteurs, dont l'existence date 
probablement du xviir siècle et qui siégeait à Moncrabeau (Lot-et- 
Garonne.] — P. 66-7. Granat. Comment voyageait un ambassadeur du 
sultan en France au xviii» siècle. — P. 81-4. Bonnat. La dépopulation 
du Lot-et-Garonne. [De 1841 à 1906, le département a vu diminuer sa 
population de 72.463 habitants.] — P. 111-4. Id. Le puits artésien 
d'Agen (1827-1830). — P. 227-29. Momméja. Le feu de la Saint-Jean. 
[Folklore; origine des feux de la Saint-Jean.] R. B. 

IL Le Lot-et-Garonne illustré, 1905. 

p. 4-7, 25-9, 46-53, 61-8. Loubat. Le château de Bonaquil. [Résumé, ac- 
compagné de nombreuses illustrations, du travail de M. Lauzun sur le 
même sujet.]. — P. 8-11, 30-3, 93-5. P. de Vriés. Iconographie du fou- 
lard gascon. [Nombreuses illustrations.] — P. 73-6. Marboutin (pseu- 
donyme : Arlou). La statue tombale de Sainte-Livrade. [Statue mutilée 
d'évèque du xiv" siècle.] 

1906-1907. 

P. 25 31. Granat. Les voies romaines de l'Agenais. — P. 65-9. Marboutin. 
Laugnac. [Courte monograpliie de cette commune.] — P. 78-81), 129-37. 
165-73. Arqui'c. Saiiveterre-la-Lemance. [Monographie communale.] — 
P. 83-90, 97-9. Granat. Agen à Loupillon ; voyage au pays du président 
de la République. [Renseignements touristiques et archéologiques.] — 
P. 104-12. Marboutin. Le château de Lafox. [xii* et xvi' s.] R. B. 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. 285 

Tarn-et-Garonne . 

I. Bulletin arcliéokxjique et Mslorique de la Société 
archéologique de Tatm-et- Garonne, t, XXXIV, 1906. 

P. 17-41. C. Daux. La communauté de Montech sur la fm du xvii= siècle. 
[D'après le rôle des impositions de 1688 ; intéressants détails sur les im- 

. pots, les dépenses du consulat, l'état social et le dénombrement des 
habitants.] — P. 42-56. D"- R. Belbèze. Le rappel de Dupleix, d'après 
quelques documents inédits. [Lettres de M™" de Montmorency-Laval à 
M. de Saint-Aulas, officier de la compagnie des Indes; ce n'est pas sur 
la menace des Anglais qu'il a été rappelé. Lettres de Dupleix et de Go- 
deheu.] — P. 57-65. H. de France. Notes sur le commerce à Montau- 
ban. [Manufacture royale de draps en 1772, Bourse commune des 
marchands, transports, contrats d'apprentissage, etc.] — P. 77-85. Abbé 
F. Galabert. Les écoles autrefois dans le pays du Tarn-et-Garonne. 
[Fin. Les illettrés.] — P. 91-2. L. Boscus et F. Galabert. Les treize sols 
d'Armagnac. [Dîmes inféodées à Fonneuve et Négrepelisse.] — P. 105-20. 
La collégiale Saint-Martin de Montpezat. Souvenirs de la guerre de 
Cent ans. [A suivre. Quelques renseignements sur la famille des Prez 
à propos de la statue tombale du cardinal.] — P. 160-7. E. Forestié. 
Les tapisseries du château de Bardigues fabriquées au xvi« siècle à 
Aubusson. [Contrats de vente (1578, 1582) donnant les sujets et le prix 
des tapisseries; château de la famille Goût, puis Esparbès-Lussan.] — 
P. 188-92. Abbé Oulès. Le temporel des évèques de Cahors au xvi« siè- 
cle. [Dans le diocèse de Montauban.] — P. 193-206. M. Souleil. Julie de 
Lespinasse et le comte de Guibert. [D'après l'ouvrage du marquis de 
Ségur.] — P. 207-lL Abbé Taillefer. Un écho des guerres religieuses, 
1579. [Lettre à propos d'un conflit pour la nomination du recteur de 
Canhac, près Molières ; sans grand intérêt.] — P. 219-24. H. de France. 
La confrérie des tisserands à Montauban. [Sous le vocable de Saint- 
Ilippolyte, 1505; autres confréries.] — P. 225-;:53. Abbé F. Galabert. 
Les écoles pendant la Révolution. [Elles sont peu nombreuses et peu 
florissantes.] — P. 2.57. Bourdeau. Note sur une borne terminale de 1784. 
— P. 259-60. E. Forestié. Bail de la façon d'un rétable à Saint-Nicolas- 
de-la-Grave en 1.58.3. [Document.] — P. 202. Rumeau. Liste de curés 
de Bouillac, 1481-1776. — P. 267-8. Id. Devis pour le rétable des 
RR. PP. Capucins de la ville de Grenade. [Document, 1700.] — P. 270-2. 
Abbé Taillefer. Entrée en religion à Gravayrac, en Rouergue, de noble 
Marguerite de Vezins, 19 juin 1661. — P. 273-85. A. Grèzk. Quelques 



286 ANNALES DU MIDI. 

documents concernant Saint-Nicolas-de-la-Grave et son seigneur abbé. 
[Analyse de quelques actes, baux à ferme, etc., concernant l'abbaye de 
Moissac dans deux i-egistrea de notaires, 1571-1593; valeur des animaux 
de ferme.] — P. '.^86-90. Abbé Taillefer. Des baptêmes et des noms 
donnés au baptême au xvii'^ siècle. [D'après un registre paroissial de 
Lauzerte.] — P. 291-308. P. Fontanié. Les comptes consulaires de Saint- 
Porquier pour l'année 1666-1667. [Remplis surtout des frais occasionnés 
par le logement d'une compagnie de cavalerie pendant l'hiver.] — 
P. 309-13. Abbé F. Galabert. L'administration communale à Aucam- 
ville, de 1346 à 1446. [Passage de routiers, etc.] — P. 319-23. De France. 
Traité pour les sonneries de cloches à Montauban. [1525; en roman.] 

— P. 337-8. Abbé Oulès. [Note sur l'administration communale de La- 
française, 1791-1793.] — P. 338-9. P. de Vivie. [Inscription de l'église de 
Tauriac (xvif s.).] — P. 339-40. Abbé Bach. Généalogie de la famille 
Fernand, 1458-1573. — P. 342. Forestié. Enseigne de 1553. — P. 346-7. 
Abbé Galabert. [Deux lettres concernant M. de Malatre, curé de Saint- 
Aignan, 1703-1704.] — P. 348-50. Abbé Laffont. De quelques droits féo- 
daux de la seigneurie de Bourg-Devizac. — P. 350-1. Taillefer. Ques- 
tion de dîme, 2 juillet 1786. Fr. G. 

IL Recueil de V Académie des Sciences^ Belles-Lettres et 
Arts de Tarn-et-Ga7 onne^ 2^ série, t. XXII, 1906. 

p. 13-6. L. Guouat. Note sur une judicature inédite du moyen âge. [Le 
corrier ou juge commun de Saint-.Jean-de-Maurienne, agent de l'évêque 
et du comte de Savoie, coseigneur, 1327-1536]. — P. 45-51. Id. Les 
étudiants de Toulouse en 1835. Guy du Buisson d'Aussone. [Engagé 
parmi les troupes carlistes, il est assassiné.] — P. 85-97. Ed. Forestié. 
Un bail à colonage du xvi» siècle en Armagnac. Document en langue 
vulgaire montrant la persistance des mêmes clauses jusqu'à nos jours.] 

— P. 115-28. Em. Forestié neveu. Biographie du poète Pierre-Tous- 
saint Aillaud, bibliothécaire de la ville de Montauban [1759-1827; prêtre, 
il se réfugie en Espagne à la Révolution; fonde à son retour une société 
littéraire; ses œuvres.] Fr. G. 

Vienne (Haute-). 

I. Bulletin de la Société archéologique et historique du 
Limousin, t. LVII, 1907. 

1" livr. P. 5-128. P.-L. Grenier. La cité de Limoges : son évêque, son 
chapitre, son consulat, xii«-xviii' siècles. [Voir ci-dessous le compte 
rendu. Annales, p. 305.]— P. 129-71, 413-78. Abbé A. Lecler. Histoire de 



PERIODIQUES MÊRIDIONADX. 287 

l'abbaye de Grandniont. [Très méritoire compilation, qui se continue 
dans la livraison suivante. Il est regrettable que les sources ne soient 
pas données.] — P. 172-210. P». Drouault. Monographie du canton de 
Saint-Sulpice-les-P'euilles. [Suite et fin de ce long travail, le meilleur de 
ce genre qui ait été publié dans la Haute-Vienne.] — P. 211-62. E. Lyon. 
La corporation des maîtres boulangers de Limoges. [Résumé, avec 
quelques pièces à l'appui, d'une étude beaucoup plus considérable qui 
sera prochainement publiée.] — P. 263-98. J. Bouland. Les origines du 
cimetière de Louyat. [Historique, sur documents originaux, de la trans- 
formation des derniers cimetières intra ?niiros de Limoges en une 
grande nécropole extra muros, qui'fut inaugurée en 1S06.] — P. 299-302. 
A. Leroux. Quelques manusci'its du château de Las Tours, en Limou- 
sin. [Signale l'existence dans ce château, au xvi= siècle : 1° d'un ms. des 
Gestes de Charlemagne; 2° d'un ms. d'un poème en vers provenraux 
qui pourrait bien être la Clumso)! d'Antioche, du Limousin Grégoire 
Béchadi; 3° d'un ms. contenant la Chronique de Geoffroy de Vigeois.] 
2' livr. P. 303-412. A. Leroux. L'assistance hospitalière à Limoges pen- 
dant la Révolution. [Voy. plus bas.]— P. 479-500. D"- H. Fournie. 
Les médailles médicales du Limousin. [Elles appartiennent toutes au 
xix" ou au xx« siècle et concernent les médecins illustres nés dans la 
province (Dupuytren, Gruveilhier, Fonssagrives, Bardinet, d'Arson'val. 
Chénieux, Alajour) ou les sociétés pi'ofessionnelles.] — P. 501-39. P. Du- 
couRTiEUx. Les voies romaines en Limousin. [Suite et fin de cette très 
instructive compilation.] — P. 510-7. A. Demartial. Le peintre Pierre 
Vilatte. [Etude sur ce primitif du xv« siècle, né en Bas-Limousin et 
remis en honneur par MM. l'abbé Requin, Raffet, Bouchot, P. Durrieu.] 
— P. 548-58. P.-L. CouRTOL. Miniature et lettres ornées du moyen âge. 
[Reproduites d'après les originaux des Archives de la Haute-Vienne, 
xn«-xv' siècles.] — P. 559-678. Communications et documents divers. 

A. L. 

II. Limoges illustré, 1907. 

1" janv. D"' Marquet. Les seigneurs de Villefranche, près Rochechouart. 

15 févr. D'' Marquet. Tableau des procès que M. le vicomte de Roche- 
chouart a suscités à la ville de ce nom. 

15 juin. D"" Charbonnier. J. J. Juge de Saint-Martin, magistrat et sylvi- 
culteur, f 1824. 

l"^'' août. Dr Marquet. Divorces des dames détenues au couvent des 
Jacobins de Rochechouart, 1793-94. [Divorces demandés sous prétexte 
que les maris étaient émigrés.] A. L. 



CHRONIQUE 



Une nouvelle revue d'érudition vient d'être créée à Bordeaux, à 
savoir la Revue historique de Bordeaux et du département de la 
Gironde. Elle doit paraître tous les deux mois à partir du 1er jan- 
vier 1908. Son Conseil d'administration a pour président M. Er- 
nest Labadie, membre de la Société des archives historiques de la 
Gironde; parmi les autres membres de ce Conseil et du Comité de 
rédaction, citons MM. les Drs Barraud et G. Martin; MM. Cé- 
leste, bibliothécaire de la ville de Bordeaux, Benzacar, professeur 
à la Faculté de droit, Cirot et Courteault, professeurs à la Faculté 
des lettres, Brutails, archiviste départemental, Ducaunnès-Duval, 
archiviste municipal. Nul doute que la Revue de Bordeaux ne 
fournisse, avec de pareils éléments, une longue et glorieuse car- 
rière. 

Nous avons le vif regret d'apprendre la mort de notre très dis- 
tingué collaborateur M. Mazon, le savant historien du Vivarais, 
décédé à Paris, le 29 février dernier, à l'âge de soixante-dix-neul 
ans. Nous espérons lui consacrer prochainement une notice nécro- 
logique. 



Chronique des Alpes-Maritimes '. 

Le périodique Nice historique, dont le fondateur, Sappia, mou- 
rut en octobre 1906, a compté vingt numéros en 1905 et dix-neuf 
en 1906. Sappia y a traduit et annoté les onze premiers chapitres 

1. En attendant une chronique plus développée, nous croyons devoir 
insérer d'ores et déjà sous cette rubrique le présent compte-rendu du 
Périodique dirigé par fou Sappia. (N. D. L. R.) 



CHRONIQUE. 289 

du Nicaea civitas que Giofredo imprima à Turin eu 1658. Il a 
achevé ses études sur les évêques de Nice jusqu'au xiie siècle 
(chap. 30 à 38), son travail « Nice à ti-avers les âges » (chap. 29) 
et ses remarques sur les archives communales de Contes. Il a com- 
mencé une étude sur « les Barbets de nos Alpes », qui firent parler 
d'eux par leurs brigandages dès septembre 1792. Il a continué sa 
« Biographie niçoise », analysé la notice de M. l'abbé Dufaut sur 
le pèlerinage, populaire dans cette région, de N. D. de Laghet, 
signalé quelques autograplies (un de Guill. du Bellay à son frère 
Jean, deux de J.-D. Gassini, deux de Garibaldi, un de son fils 
Menotti), étudié l'acte de donatiori du couvent des Capucins de 
Saint-Barthélémy, près de Nice, à la fabrique île cette paroisse en 
novembre 1812, l'inventaire de l'évêché de Nice en 1805 et le pre- 
mier livre imprimé à Nice (il remonte à 1620). 

Parmi les collaborateurs de cette revue, signalons en particulier 
jM. Arène (Le couvent de Saint-Augustin à Nice; Notes sur la 
paroisse Saint-Martin à Nice); — M. Aymard (Fricero, peintre 
niçois, mort en 1870) ; — ■ M. Bknsa (Jean Miralheti, fondateur de 
l'Ecole niçoise de peinture); — M. Lieutaqd (La province des 
Alpes-Maritimes depuis sa création (en 14 avant J.-C) ; — 
M. Martiny (Nouveau ms. de la Némaïde, du poète niçois Ran- 
cher; Les fêtes à Nice à l'occasion du sacre de Napoléon 1er; Rap- 
port inédit sur les ossements trouvés en 1827 ilans l'ancienne 
cathédrale du château de Nice : probablement ceux de Béatrix de 
Portugal, mère duduc de Savoie Emmanuel-Philibert);^ M. Morel 
(Andon et les Adunicales; VA. Jos. Garnier, membre de l'Institut, 
qui était né à Beuil en 1813, et son oeuvre; Les écoles à Nice en 
Tan XI ; Lettre inédite de Louis XV à l'évêque de Rieux, mai 1744, 
à propos de la prise de Nice par les armées franco-espagnoles) ; — 
M. DE Orestis (Marie-Louise de Savoie à Nice d'après un mémoire 
inédit; L'horloge du lycée de Nice en 1800); — M. Perrin (Les 
richesses de notre bibliothèque municipale) ; — M. l'abbé Rance- 
BouRREY (Lettres de J.-D. Blanqui ; Notes sur la chapelle de Sin- 
caïre à Nice ; Relation inédite du sacre de Napoléon 1er d'après un 
ms. conservé à Camporosso, près de Bordighera ; Les émigrés 
français à Nice en 1792; Documents biographiques sur le poète 
niçois Ranchcr et son .père; Contributions à l'histoire de l'impri- 
merie à Nice); — M. Rolland (Orthographe rationnelle du dia- 
lecte niçard), — et M. Vieil (Le grand théâtre de Nice). 

Nice hislorique a inséré en outi'e des textes d'un dialecte niçard : 

ANNALES DU MIDI. — XX 19 



290 ANNALES DU MIDI. 

une poésie inédite de riiistorien niçois Toselli*, un poème inédit et 
et trois sonnets inédits de Rancher. G. Doublet. 



Chronique d'Auvergne. 

Cantal. — Depuis quatre ans, les fouilles préhistoriques se suc- 
cèdent dans le Cantal. Des savants de tous les pays, et non des 
moindres, les professeurs Max Verworn et Rallias (de Gottin- 
tingen), Klaatsch (de Berlin), Rutot (de Bruxelles), de Mortillet, 
Gapitan, Boule (de Paris), sont venus interroger les anciens vol- 
cans du Cantal, qui, pour certains, pourraient bien détenir le 
secret de l'origine de l'homme. Les puys «lourny et de Boudieu, 
méthodiquement explorés, fournissent des documents à ceux qui 
s'occupent de la brûlante question des éolithes. 

D'autres recherches et parfois le simple hasard ont fait appa- 
raître de nouveaux vestiges de la civilisation gallo-romaine. A 
Chastel-sur-Murat, on a trouvé des verreries et des terres cuites; à 
Anglars-de-Salers, dans les tranchées de la voie ferrée en cons- 
truction de Saint-Flour à Brioude et prés d'Ydes, diverses mon- 
naies aux effigies d'empereurs romains. Les découvertes les plus 
importantes sont celles de Chastel-Marlhac (vases et coupes de 
verre, urnes de terre décorées) et surtout celles d'Yolet, près d'Au- 
rillac. Là, des fouilles bien conduites par M. Pierre Marty ont mis 
au jour les restes d'un village et d'un stade gallo-romains, ainsi 
que d'intéressants objets en verre et en bronze. 

C'est surtout dans le domaine de l'histoire que s'est manifestée 
l'activité des travailleurs locaux. Il semble même que cette acti- 
vité soit encouragée par les sympathies d'un milieu moins réfrac- 
taire qu'autrefois aux productions intellectuelles. Jusqu'ici pres- 
que exclusivement absorbé par le commerce et l'agriculture, le 
Cantalien se préoccupe maintenant de connaître, de façon aussi 
exacte que possible, le passé de son pays. C'est ainsi que deux 
associations d'émigrants cantaliens de Paris, les Enfants du can- 
ton de Montsalvy et ceux du canton de Maurs m'ont demandé 
pour leurs annuaires des notices historiques. Celle du canton de 

L Le nouveau uuiri de la reine Louise de Saxe est un do ses descen- 
dants. 



CHRONIQUE. 291 

Montsalvy a fait connaître à beaucoup la seule tentative de 
chouannerie organisée dans le Cantal à la fin de la Révolution. La 
monographie du canton de Maurs, qui occupe 200 pages, retrace 
presque au jour le jour l'existence de communes rurales pendant 
l'époque révolutionnaire. Cet exemple paraît devoir être suivi par 
les autres Amicales de Paris. 

D'autre part, les auteurs comprennent la nécessité de situer 
dans le passé le sujet dont ils s'occupent, si moderne qu'il soit. 
Des Guides, comme le Vic-sur-Cère de Jean Ajalbert, le Sainl- 
Flour et ses environs de L. Bélard, contiennent des renseigne- 
ments historiques puisés à bonne source. De même, le docteur 
Tournier a mis à contribution, pour sa thèse de médecine sur les 
Eaux minérales de Vie, les archives encore mal connues du châ- 
teau de Comblât. 

En dehors des articles insérés dans la Revue de la Haute- 
Auvergne, dont le dépouillement a lieu régulièrement ici-même, 
de nombreux ouvrages ont paru depuis 1904. Certes, tous n'ont 
pas la même valeur, mais la grande majorité se recommande par 
un souci de l'exactitude des plus méritoires. Les auteurs compren- 
nent l'utilité de la méthode historique. Ils entendent ne rien avan- 
cer sans documents à l'appui et ils préfèrent laisser des lacunes 
dans leurs ouvrages plutôt que d'avoir recours, pour les combler, 
à leur seule imagination. Il y a là un grand progrés réalisé depuis 
quelques années, et pour le mieux apprécier, on n'a qu'à se repor- 
ter à certains ouvrages « romantiques » parus dans le Cantal il y 
a un demi-siècle. 

Les plus importants de ces travaux ont d'ailleurs reçu des 
récompenses méritées. On sait que M. Ch. Felgères a obtenu pour 
son Histoire de la baronnie de Chaudesaigues une mention au 
concours des Antiquités {Annales, t. XVII, p. 433), et l'excellente 
thèse de doctorat sur Le Pâturage communal en Haute-Auver- 
gne a valu à son auteur, M. (\. Trapenard, d'être chargé de con- 
férences à la Faculté de droit de Paris. 

M. l'abbé Poulhès a fait paraître le deuxième volume de son 
Ancien RauUiac. Je ne puis que donner à ce volume, qui traite 
de l'organisation civile, les mêmes éloges que j'adressais ici au 
premier. Il y a là, grâce à une documentation dont les minutes 
de notaires ont fourni presque tous les éléments, une reconstitu- 
tion des plus intéressantes de la vie d'un village sous l'ancien 
régime. Cette monographie, telle qu'il serait à désirer que toutes 



292 ANNALES DU MIDI. 

les communes en eussent une, sera prochainement complétée par 
un troisième volume sur la période contemporaine. 

D'excellents instruments de travail ont été fournis aux travail- 
leurs et accueillis par eux avec gratitude. Ainsi, une liste critique 
des BailLia des montagnes d'Auvergne, qui s'arrête malheureu- 
sement au xvie siècle, publiée par M. Marcelin Boudet. Pour être 
d'un intérêt moins général, les listes des Archiprêlres de Mau- 
riac, par M. René de Ribier, et des Prieurs d'Y trac, par M. l'abbé 
Ghaludet, n'en rendront pas moins de grands services, grâce à la 
minutie et à l'exactitude des identifications. 

M. de Dienne a retracé la vie de Deux Carladéziens, le comte 
d'Anterroche, le héros de Fontenoy, et son frère l'évêque de Gon- 
dom. Le docteur de Ribier, écrivain infatigable, a publié la Chro- 
nique de Mauriac par Montfort, dont le principal intérêt est 
d'être accompagnée d'utiles pièces justificatives. Du même, la 
publication des Recherches générales de la noblesse d'Auvergne 
intéresse la Haute comme la Basse-Auvergne. M. Roger Grand, 
ancien archiviste du Gantai, a décrit les Campagnes de Dugues- 
clin en Auvergne, et M. Ferdinand Garrigoux a pris pour sujet 
de sa thèse de doctorat le Droit des gens niariés dans la coutume 
d'Auvergne, pour laquelle les arcliives du Gantai lui ont fourni de 
nombreux documents. 

Les archives départementales se sont enrichies par la réinté- 
gration des archives de l'évêché de Saint-Flour et de la fabrique 
de Ghaudesaigues. Les premières n'ont qu'un intérêt fort restreint; 
les secondes, au contraire, constituent un fonds important qui 
remonte jusqu'au xine siècle, avec l'obituaire de Ghaudesaigues. 

Depuis ma dernière chronique, dans laquelle je .signalais la 
mise en circulation de l'inventaire de la série E (fonds de famille), 
un autre volume a paru. 11 comprend l'inventaire des séries G 
et D. La série G se compose des rôles de tailles, de dixième et de 
vingtième des paroisses de la Haute-Auvergne, et des dossiers des 
assemblées d'élections de Saint-Flour, d'Aurillac et de Mauriac. Il 
n'y faut pas chercher l'histoire administrative de la province, 
celle-ci se trouvant dans la série correspondante des archives de 
Puy-de-Dôme; mais pour ce qui est de l'histoire économique de la 
Haute-Auvergne à la fin de l'ancien régime, la série G des archives 
du Gantai en fournit les éléments essentiels et inédits. Quant à la 
série D, elle comprend les fonds des collèges de Mauriac, do Saint- 
Flour et d'Aurillac. Ges deux derniers sont très pauvrement repré- 



CHRONIQUE. 293 

sentes, leurs papiers se trouvant dans les archives municipales 
de ces deux villes. 

L'inventaire de la série L (administration pendant la période 
révolutionnaire) a été entrepris il y a un an. Il est en cours d'im- 
pression. 

Le tome I de l'inventaire des archives d'Aurillac antérieures à 
1790 a été livré aux souscripteurs en 1906. Il comprend l'inven- 
taire des séries AA (actes constitutifs de la commune), BB (admi- 
nistration communale) et ce (comptabilité communale). Le tome II 
et dernier paraîtra dans quelques mois. Il sera suivi d'une his- 
toire de la ville d'Aurillac. 

Deux ouvrages en patois d'Aurillac ont paru ces derniers temps. 
L'un, MignouneUo, est un recueil de poésies de M. Emile Bou- 
charel; l'autre, intitulé Récils carladéziens, dû à !M. de La Salle- 
Bocliemaure, comprend un certain nombre de nouvelles en prose, 
empruntées pour la [)lupart à l'histoire locale. Ces deux recueils 
sont intéressants, parce qu'ils fixent l'état actuel du patois d'Au- 
rillac. 

On a élevé à Boisset, aux vacances dernières, un monument à 
J.-B. Bravât, métlecin des environs de Maurs, mort il y a trois 
quarts de siècle, qui a laissé des poésies pa toises inédites. La 
foiMue en est pauvre; mais Brayat ne manquait ni d'esprit naturel, 
ni d'oljservation, et tel'de ses petits poèmes, comme Lo Noro (La 
Belle-Fille), se laisseencore liresansennui. D'autre part, un comité 
s'est créé pour élever à .J.-B. Veyre, l'auteur des Piaoïilats d'un 
reïpeiil, un monument digne du véritable poète qu'il fut. 

G. ESQUER. 



Chronique du Rouergue. 

Depuis notre dernière chronique, l'histoire du Rouergue s'est 
enrichie de })lusieurs publications dont quelques-unes sont impor- 
tantes. 

Mentionnons d'abord deux plaquettes : i» les Jeux Floraucr de 
Rodez au XVIII' siècle, par M. M. Constans, qui donnent, avec 
l'histoire de la fondation des Jeux-Floraux par Jean de Tuilier, 
trésorier général de France en la généralité de Montauban (testa- 
ment du 18 mars 167.5), l'organisation du concours annuel, la liste 



294 ANNALES DU MIDI. 

des sujets proposés et le nom des lauréats pendant la plus grande 
partie du xviiie siècle ; 2o la réimpression de la Notice historique 
de Bonnaterre sur le Sauvage de VAveyron, suivie du rapport 
d'Itard (Garrèi'e, éditeur, in-12). C'est une relation historique et 
scientifique sur cet enfant, célèbre au commencement du xixe siè- 
cle, qui, venu des bois de Lacaune. fut pris sur le territoire de 
Saint-Sernin ; on y rapporte les méthodes d'éducation que tentè- 
rent de lui appliquer sans grand succès le naturaliste Bonnaterre 
et Itard, médecin de l'Institut des Sourds-muets à Paris. Ce pré- 
tendu sauvage n'était autre qu'un idiot abandonné. 

La Galerie des Préfets de l'Aveyron, par M. F. de Barrau(Gar- 
rère, éditeur, in-12), en est arrivée au cinquième volume. On y ti'ouve 
un résumé des faits intéressant le département au point de vue poli- 
tique, administratif, économique et agricole à l'occasion du rôle ou 
des actes des préfets qui se sont succédé à la tète du département. 
En arrivant aux événements plus récents, la galerie perd nm peu 
de son intérêt, soit que les faits nous soient plus connus, soit que 
les discours de cérémonies officielles y tiennent trop de place. 

Un petit ouvrage sur Conques, son histoire, par M, l'abbé Ser- 
viéres, complète les publications importantes que le même auteur 
avait déjà consacrées à l'antique monastère au point de vue ar- 
chéologique et religieux. C'est le dernier travail de cet écrivain 
érudit, hagiographe distingué, qui a apporté une contribution 
importante à l'histoire religieuse du Rouergue et que la mort a 
ravi à la science en 1907. 

Voici deux ouvrages très considérables et depuis longtemps an- 
noncés et attendus : les Bénéfices du diocèse de Rodez à la veille 
de la Révolution, d'après un manuscrit du chanoine Grimaldi, pu- 
bliés par M. l'abbé Touzery en un gros volume in-S" sur deux 
colonnes; 2*^ VEtat du diocèse en 1771, sous le litre de Réponses 
au questionnaire, adressé par l'évèque de Cicé au clergé du Rouer- 
gue et publié aux frais du département par les soins de M. Lem- 
pereur, archiviste départemental. Ces deux ouvrages mériteraient 
de longues analyses, que l'on pourra lire dans le tome XXI des 
Procès-verbaux de la Société des Lettres de l'Aveyron, qui paraî- 
tra dans le courant du mois d'avril. 

Ce sont des documents qu'il sera nécessaire de consulter quand 
on voudra faire l'histoire religieuse, économique, sociale, démo- 
graphique, scolaire, agricole, commerciale et industrielle à la fin 
de l'ancien régime. L'impression qui se dégage du dernier est celle 



CHRONIQUE. 295 

d'une misère elîVoyable, conséquence du manque d'industrie et 
d'une série de mauvaises récoltes. 

A [)aru aussi en 1007 le tome XVI des Mémoires de la Société 
des I^etti'es, Sciences et Arts de l'Aveyron ; le dépouillement qui 
en a été fait dans les Annales, t. XIX, p. 253 sqq., nous dispense 
d'y insister. 

On ne saurait trop louer la décision qu'un certain nombre de 
membres de cette Société ont prise en 1907 d'entre[)rendre la publi- 
cation d' « Archives historiques du Rouergue », destinées, disaient- 
ils, « à reproduire les textes importants relatifs à notre histoire 
nationale ». Il n'en manque pas : cartulaires de Silvanôs, d'Aubrac, 
de Bonnecombe aux Archives de l'Aveyron, de Vabres à la Biblio- 
thèque nationale, registres de comptes, délibérations communales 
de Bodez, Millau, Saint- Affriqiie, mémoires d'un calviniste au 
xvifi siècle, etc. On commencera par publier le cartulaire de 
l'abbaye de Silvanès, formé de documents du xiie siècle et consti- 
tué dans ce siècle même. Les pouvoirs publics, sollicités, ne se 
sont pas montrés indifférents, et le Conseil général de l'Aveyron, 
dans son zèle éclairé pour l'histoire du pays, a voté en faveur dé 
cette œuvre une première subvention. 

Un Gomiti', s'est formé à Millau pour l'exécution d'un monument 
en l'honneur du poète rouergat Claude Peyrot, prieur de Pradinas, 
l'auteur des Géorgiques patoises et le précurseur des grands féli- 
bres du xrxe siècle. Le monument, dû au ciseau du sculpteur 
millavois Malet, sera .élevé dans le jardin public de Millau en 
septendu'e 1009 pour célébrer le l)i-centenaire de la naissance de 
Claude Peyrot. 

Sur l'iintiative de M. Léopold Conslans, professeur à la Faculté 
des lettres d'Aix, président du Comité, a été créée à cette occasion 
l'Association félibréenne Claude Peyrot, pour favoriser le déve- 
loppement de l'esprit provincial et le maintien <le l'idiome local 
en Rouergue. Cette Association aura pour organe VOrmonac Rouer- 
gas, contenant des poésies, contes, proverbes et récréations diverses 
en patois. 

Le prix Cabrol, destiné, suivant la volonté du fondateur, à ré- 
compenser les écrivains ou artistes avej'ronnais ou à favoriser les 
études des écrivains ou artistes peu fortunés, a été attribué pour 
la première fois par laSociété des Lettres de l'Aveyron à M. Bessou, 
l'auteur si estimé du poème d'Al brès à la loumbo et des Contes à 
la lata Mannou. Le prix était cette année de 1,000 francs. 

Marius Constans. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Barbot (J.). Les Chroniques de la Faculté de médecine de 
louloiise du XlIIe au XA'e siècle. (Thèse.) Toulouse, Trin- 
chant, 1905; 2 vol. in-S" de vii-506 et 324 pages, avec gravures, 
planches et plans. — Cette thèse est une œuvre considérable. Le 
premier volume se rapporte à l'ancien régime, de 1220 à 1793; le 
second embrasse tout le xix^ siècle et s'étend jusqu'à nos jours. 
L'un est une histoire complète de la médecine toulousaine avant 
la Révolution, tandis que, dans l'autre, le sujet se restreint à 
l'histoire de la Faculté elle-même et de son enseignement. L'au- 
teur, qui joint une très grande probité scientifique à beaucoup de 
sens historique, a bâti son ouvrage sur l'étude approfondie de ce 
qui avait été publié sur la question et de tous les documents iné- 
dits qu'il a pu trouver. Archives nationales, archives de la Haute- 
Garonne, de la ville de Toulouse, des Facultés, des hôpitaux, 
archives particulières même ont été mises lai'gement à contribu- 
tion. Le résultat d'un travail aussi consciencieux restera long- 
temps le plus adéquat à la vérité historique en la matière; ce sera 
toujours un livre fondamental à consulter. 

Après un premier chapitre consacré à l'Université de Toulouse 
aux xiiie, xive et xV- siècles, M. B. fait l'histoire de la Faculté de 
médecine elle-même jusqu'à la Révolution. Il la montre se déga- 
geant peu à peu de la Faculté des arts, où de précédents auteurs 
n'ont pas su la voir, placée ainsi à l'origine de l'Université elle- 
même ; mais il ne parvient i)as à combler entièrement une lacune 
dans son existence Itistorique, lacune (jui va de 1242 à 1300. En 
1604, une chaire de chirurgie et pharmacie créée par le roi, mal 
accueillie par la Faculté, finit par être supprimée; mais elle fut 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 297 

rétablie quelque temps après. Enfin, une ciiaire d'anatoniie et 
chirurgie fut fondée en 1705. 

L'auteur nous fait connaître aussi les programmes, la liste des 
professeurs, dont la biographie, malgré ses recherches, reste le 
plus souvent bien pauvre, les ressources de la Faculté, la chrono- 
logie des principaux faits qui l'intéressent, l'histoire des bâti- 
ments, des documents sur la vie des étudiants, etc. Une partie de 
son ouvrage est consacrée aux chirurgiens, une autre aux apothi- 
caires, accoucheurs, sages-femmes, une cinquième enfin à l'Hôtel- 
Dieu et à l'hospice de la Grave. On voit chirurgiens et apothicaires 
se détacher progi'essivement des métiers purement mécaniques 
pour se hausser au niveau des professions libérales, sans que leur 
profession se fondît jamais cependant avec la profession médicale. 
Ces trois corporations sont à chaque instant en querelle. Une 
école de chirurgie, fondée en 17G1, constitue, pour ainsi dire, une 
seconde Faculté ; c'est seulement la Révolution qui rapprochera 
définitivement tous les membres de la famille médicale en abolis- 
sant les corporations. 

Le second volume, de llSd à nos jours, était plus facile à com- 
poser. Les documents étaient plus abondants et plus aisés à 
atteindre. C'est l'histoire du long effort soutenu par la science et par 
la municipalité toulousaines pour faire revivre la Faculté de mé- 
decine. L'enseignement médical d'initiative privée, celui qu'orga- 
nisa Paganel pendant la Révolution, celui qui fut créé par la 
Société de médecine, l'Ecole impériale de médecine et de chirurgie 
(18U6), l'Ecole secondaire de médecine et de pharmacie (1820), 
l'Ecole pi'éparatoire de médecine et de pharmacie (1840-1855), l'Ecole 
de plein exercice (1887) représentent les étapes de sa reconstitu- 
tion, obtenue finalement en 1894. Programmes^ personnel, statis- 
tique des étudiants complètent cet historique. Des index onomas- 
tiques rendent commode le maniement de l'ouvrage, illustré de 
plans et de portraits des professeurs. M. Décans. 



Congrès des Sociétés savantes de Provence, Marseille, 31 juil- 
let-2 aoùl 1906. Comptes rendus et Mémoires. Aix-en-Provence, 
Dragon ; Marseille, Ruât, 1907 ; in-8'i de 908 pages. — 11 est inutile 
d'entretenir nos lecteurs de ce Congrès, dont notre collaborateur 
M. Clerc a déjà montré ici-môme (voir plus haut, p. 145), dans sa 
chronique de Provence, la portée et la valeur. Nous nous borne- 



298 ANNALES DU MIDI. 

rons à dépouiller rapidement le présent volume, fort riche en tra- 
vaux dignes d'intérêt. 

P. 47-56. G. JuLLiAN. Les transformations des sociétés barbares 
de la Provence et le commerce de Marseille grecque. [Rapide et 
clair exposé : la vigueur et la richesse de Marseille grecque ont 
été contemporaines de l'existence autonome de la peuplade salyenne, 
c'est-à-dire qu'elles correspondent à l'époque où il y eut une Pro- 
vence gauloise bien constituée (400-150 av. J.-G.).] — P. 151-8. 
Ch. (~^OTTE. La Provence avant l'histoire. — P. 159-70. P. Goby. 
Présentation de diverses photographies : du dolmen de Colle- 
Basse, à Saint-Gézaire (Alpes-Marilimes) ; du sarcophage des Va- 
lentins de Valdereure ; du tombeau du Puits-du-Plan, à Saint- 
Gézaire. [Avec inscription, planches.] Monnaies romaines trouvées 
à Saint-Gézaire. Monnaies massaliotes provenant de l'arrondisse- 
ment de Grasse. — P. 171-85. G. de Manteyek. Note sur STO(xaAtprj 
[Identifie ce nom, qui se trouve dans Strabon, avec l'étang de 
l'Estoumaou, près Fos. Gatalogue de monnaies romaines trouvées 
sur la plage de Fos : 110 pièces, de l'an 194 à l'an 28 av. J.-G.]. — 
P. 187-206. Dk Gérin-Ricahd. Autels-cippes chrétiens de Pro- 
vence. [Il s'agit uniquement d'autels procédant du cippe antique, 
païens d'origine, mais auxquels le christianisme est venu ajouter 
ses symboles propres. Essai d'inventaire. Planche.] — P. 207-15. 
De Ville-d'Avray. Passages de Gésar et d'Antoine chez les Oxy- 
biens. [Peuplade habitant entre Antibes et le cap Roux.] — 
P. 217-53. Abbé Ghailan. Les livres liturgiques d'Arles au 
xvie siècle. [Le premier est un bréviaire, de 1501; puis viennent 
un office de la sainte Vierge de 1521, un missel de 1530, un bré- 
viaire de 1549, des diurnaux et matines de 1554 (?). I^e concile de 
Trente a fait ensuite adopter, à Arles comme ailleurs, le bréviaire 
romain. Description ; planches.] — P. 255-75. E. HoucHAR'r. Le 
vieux château de Grimaldi à Piiyricard. [Bouches-du-Rhône. Gri- 
maldi, archevêque. d'Aix, 1655, est devenu à cette date seul sei- 
gneur de ce château, dont ses prédécesseurs étaient coseigneurs. 
Il le rebâtit en grande partie, si vaste que l'on ne put l'entre- 
tenir et qu'il dut être démoli en 1711.] — P. 277-86. Abbé 
Requin. Guriosités notariales. [Documents renfermant des dé- 
tails piquants sur les mœurs et coutumes. Ces détails sont 
très variés. A noter des ventes d'esclaves, d'ailleurs non chré- 
tiens, la dernière de 1777.] — P. 287-95. J. Roman. Les sceaux 
de la famille de Savoie-Tende. [A partir de 1508. Glande de 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 299 

Savoie-Tende fut grand sénéchal de Provence et gouverneur de 
ce pays. Il fit disparaître de son sceau une barre de bâtardise, 
que portait celui de son père : gênant témoignage de l'origine illé- 
gitime de la maison.] — P. 297-311. M. Bertrand. Prise des îles 
de Lérins par les Espagnols. [En sept. 1635. D'après des documents 
inédits, dont le procès-verbal de l'assemblée générale des commu- 
nautés de Provence. Les lies ne furent reconquises qu'en mai 1637. J 

— P. 313-59. L. Gap. Oppède au moyen âge et. ses institutions. 
[Analyse. des actes par ordre chronologique, depuis l'an 1044; ils 
deviennent particulièrement intéressants pendant le Grand schisme 
et au xye siècle, quand la ville tombe entre les mains des routiers, 
Bernard de la Salle, Rodrigue de Luna. L'exposé des institutions 
est clair, consciencieux, mais superficiel. Les points de comparaison 
manquent à l'auteur.] — P. 361-77. J.-E. Malausséne. L'adminis- 
tration d'une commune de t^rovence sous l'ancien régime. Saint- 
Jeannet (Alpes-Maritimes). [De 1631 à 1789. Etude des institutions 
d'après les documents.] — P. 379-87. E. Poupé. L'administration 
communale sous l'ancien régime à Rians (Var). [Règles concernant 
l'élection des consuls et des conseillers.] — P. 389-96. G. Arnaud. 
Un ouvrage anonyme de Durand de Maillane. [^Epilre ou tableau 
mis en rimes des causes el effets de la Révolution dans ses rap- 
ports avec r Assemblée constituante. .jU pages en vers de huit syl- 
labes. L'introduction et les notes ne sontpassans intérêt: jugements 
sur la trahison de IMirabeau, sur V « influence pernicieuse » de 
Montesquieu.] — P. 397-411. H. Barré. La municipalité cantonale 
de Cassis sous la Constitution de l'an III. [Précisions très intéres- 
santes sur le budget cantonal, les impôts, l'origine de la conscrip- 
tion, etc. « Les conscrits restent sourds à la voix de la patrie «.] 

— P. 413-28. P. -H. Bigot. La Grande peur et l'organisation de la 
garde nationale à ]Manosque en 1789. [A partir du 31 juillet. Texte 
du règlement fait le 19 août sur la formation d'une troupe bour- 
geoise. Institution d'un conseil amovible, mais permanent. Ces 
deux organismes révolutionnaires issus de la Grande peur vont 
jouer leur rôle au cours des événements qui se préparent.] — 
P. 429-3'i. L.-C. Dauphin. Le club révolutionnaire de Garces (Var). 

— P. 43.5-49. E. DuPRAT. La Grande peur et la création de la garde 
nationale à Chàteaurenard-de-Provence, 30 juillet 1789. [Cf. plus 
bas, p. 302.] — P. 451-66. Destandau. Une page d'histoire des 
Baux en 1790. [Rapport des députés à l'Assemblée nationale, 
réponse du maire.] — P. 467-98. E. Fassin. Quelques pages de 



300 ANNALES DU MIDI. 

l'histoire de la marine arlésienne. [Durant la Révolution, Arles fut 
l'entrepôt des' approvisionnements nécessaires aux armées du 
Midi; sa flotte comptait une centaine de bâtiments, d'ailleurs de 
faible tonnage, 166 tonneaux au plus. Gains réalisés par quelques- 
uns de ces navires, d'après des comptes manuscrits. Journal du 
capitaine Pierre Giot, royaliste, qui, de mars 1792 à janvier 1795, 
errant par mer et par canaux de Marseille à Toulouse, passa beau- 
coup de mauvais quarts d'heure, et n'eut guère plus de chance 
après; son manuscrit se termine en juin 1802.] — P. 499-525. 
V. Teissére. La Société populaire de Trets (Bouches-du-Rhône). 
[D'après son registre de Délibérations, du 12 juin 1791 au 2 ger" 
minai an III. Rien de particulier.] — P. 527-46. Dr Alezais. Le 
blocus de Marseille pendant la peste de 1722. [Après la terrible 
expérience de 1720, on a recours, contre la nouvelle épidémie, au 
blocus du territoire de Marseille par un cordon de troupes, et le 
moyen réussit. Détails sur l'organisation du blocus.] — P. 547-52. 
De Bresg. Notes historiques sur Fontaine-l'Evêque ou Sorps. 
[Belle source où Louis Doni d'Attichy, évèque de Riez, fit construire, 
Vers 1635-36, une maison de plaisance.] — P. 553-60. Gh. Latune. 
Une intervention royale dans une affaire de famille sous le règne 
de Louis XV. [La jeune Belin, bourgeoise de Marseille, ayant 
épousé un gentilhomme portugais, s'aperçoit trop tard qu'il est 
ruiné et veut vivre de sa dot. Dès lors, elle le poursuit à l'aide de 
lettres de cachet. Le ministre Choiseul, M. de Saint-Florentin se 
mêlent à cette affaire.] — P. 561-82. .1. Maurel. La peste à Allauch 
en 1720. [La famine faillit s'ensuivre. Du 20 août 1720 au 1er juin 
1721, sur 5,000 habitants, il y eut 1,200 malades, dont 900 morts; 
mais la maladie se prolongea jusqu'au 4 janvier 1722 : total, 1023 
morts.] — P. 583-99. L. Aubërt et J. Bourrilly. Objets et rites 
talismaniques en Provence, d'après les collections du Museon 
Arlalen. [Deux catégories : 1" restes avérés des religions antiques ; 
2" objets de conjuration. Catalogue dressé d'après cette division.] 

— P. GOl-8. J. Bourrilly. Le costume d'Arles. — P. 609-21. Abbé 
ARNAUD-D'iiGNEL. Notes sur la verrerie en Provence. [Commence 
à Goult, avec Ferri, sous le roi René. Les verreries, ensuite multi • 
pliéos à la lisière des forêts, consommant beaucoup de bois en un 
pays où il est rare, eurent à lutter contre la malveillance des ma- 
gistrats locaux et contre les craintes de l'administration royale.] 

— P. 623-8. G. DouRLET. Note sur les objets d'art de l'ancien dio- 
cèse de Vence. — P. 629-34. Giiillibkrt Les médailles frappées en 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. Î^Ol 

l'honneur de Suffren. [Cinq, dont trois de son vivant, en 1784. 
Description. Planclie.] — P. 635 42. F. Julien. Le théâtre à Aix 
depuis son origine jusqu'à la Révolution. — P. 643-62. P. Moulin. 
Le tliéàtre à Marseille })ondant la Piévolulion. [Le gouvernement 
essaie de s'en servir en faveur de' ses desseins politiques, et par 
conséquent il le persécute et l'amoindrit.] — P. 663-8. M. PiAim- 
BAULT. Un rétable disparu de Féglise de Saint-Maximin. [Deux 
actes, bail à besogne et quittance, du 10 mars 1529, relatifs à ce 
rétable.] -- P. 669-71. E. Aude. Etymologie provençale : Mar^ 
Sarneio. [De Cyrnos = Corse, mer de la Corse?] — P. 673-93. 
F.-N. NicOLLEr. Etymologie et origine de roca, rocha, roche. [Cf. 
plus bas, p. 309, un compte rendu sommaire.] — P. 695-745. 
F. Vidal. Le ténor Richelme, d'Aix, 1804-1845. [Ténor chéri des 
Marseillais, à qui l'on doit l'initiative de la création du Conser- 
vatoire d'Aix.] — P. 747-65. L. Boukrii.ly. La condition des maîtres 
d'école dans la région de Toulon sous l'ancien régime. [Recherches 
précises, surtout aux archives de Toulon; mais il était inutile de 
remonter jusqu'à Charlemagne. Dans la seconde moitié du xviiie 
siècle, les esprits se montraient de plus en plus favorables à l'ins- 
truction, peu d'accord en cela avec les pouvoirs publics, comme 
en témoigne une lettre curieuse de l'intendant de Provence, de 1782 
(p. 765).] — P. 767-92. R. Caillemer. Les débuts de la science du 
droit en Provence : Johannes Blancus massiliensis. [La réno- 
vation de la science juridique, dont l'Italie est le berceau, a gagné 
dès la seconde moitié du xiie siècle le midi de la France. Le ( lodi, 
composé sans doute à Arles, en est une preuve. Au xiiie siècle, 
plaide et écrit Jean Blanqui, Marseillais : il avait étudié àModène 
vers 1234; il prit part à la vie municipale de Marseille de. 1240 à 
1262. Il a composé un ouvrage important sur les fiefs, un autre 
sur les exécuteurs testamentaires, celui-ci perdu, mais largement 
utilisé par Guill. Durand, grâce auquel nous le connaissons en 
détail.] — P. 793-817. Abbé G. Reynaud de liYQUES. L'enseigne- 
ment primaire en Provence avant 1789. Une école de village. La 
Verdiére (Var). [Depuis 1553. Bonne et précise étude, suivie d'un 
contrat de régence de 1772 et de notes sur les écoles de Barjols au 
xvie siècle.] — P. 819-40. A. Crémieux. La taxe du pain à Mar- 
seille à la fin du xuie siècle. [D'après une délibération du 3 avril 
1270, prise par le Conseil général de la ville. Etude serrée d'où il 
résulte que le prix du pain était alors plus élevé et surtout plus 
variable qu'aujourd'hui.] — P. 895-901. G. Valran. La crise de la 



302 ANNALES DU MIDI. 

cordonnerie à Marseille vers 1789. [La cherté delà vie fait hausser 
le prix des cuirs et les exigences des garçons cordonniers, partant 
le prix de la chaussure : de là, baisse de l'exportation. Les maîtres 
veulent y remédier par l'institution d'un bureau de placement des 
garçons, où tous devront se faire inscrire, avec fixation d'un 
maximum de salaire : ce qui leur est accordé par arrêt du Parle- 
ment d'Aix, du 5 avril 1781.] — P. 907-16. H. Dauphin. Simples 
notes sur un vieux plan de la ville d'Arles datant de 1747. [Des- 
siné par Pierre-César de Meyran. Commentaire.] — P. 925-34. 
A. Reynier. La botanique à Aix-en-Provence depuis la seconde 
moitié du xvie siècle. — P. 935-49. F. Sauvk. Une vieille cité pro- 
vençale. Les rues et les quartiers d'Apt. Essai de restitution topo- 
graphique et toponymique. [Au moyen âge. Le tracé des voies ne 
suit pas alors celui des voies gallo-romaines. Seule, la rue du Che- 
min est assez large pour permettre aux mulets bâtés de traverser 
la ville, et toutes sont des cloaques. Quatre hréous ou quartiers 
division qui s'effacera au cours du xive siècle.] 

Regrettons en terminant de ne pas trouver à la fin du volume 
une table de ces ai'ticles, et aussi de ne pas y voir figurer de plus 
nombreux documents. Paul Dognon. 

DuGOURTiEUX (P.). La colleclio7i d'archéologie régionale au 
musée national Adrien Bubouché de Limoges, avec dessins de 
MM. J. Tixier, J. de Verneilh et A. Girardin. Limoges, Ducour- 
tieux, 1907; grand in-8o de 25 pages (Extrait de la Revue scienti- 
fique du Limousin). — Ce n'est point un catalogue systématique, 
mais plutôt un historique de la formation de cette collection et un 
guide commode à travers les tombeaux, statues, chapiteaux et 
autres monuments de pierre qu'elle renferme. Des objets de bois 
ou de fer et de la collection monétaire, il n'est pas question. Le 
lion représenté page 17 n'est pas celui de Saint-Michel-des-Lions, 
comme il est dit. Le tombeau du Bon-mariage représenté page 22 
n'est pas celui de la chapelle des Feuillants, comme il est indiqué. 
Les corbeaux de la maison Beauvieux, page 20, la fenêtre gothique 
reproduite page 21, ne font pas partie du musée et auraient dû par 
conséquent être laissés de côté. A. Leroux. 

DuPRAT (E.). La Grande peur et la création de la garde natio- 
nale à Chdteaurenard de Provence (30 juillet 1789). Valence, 
imprimerie Valentinoisc; in-S" de 19 pages (Congrès des Soc. sa- 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 303 

vantes de Provence, Marseille, août 1906.) — Dans cette courte mais 
substantielle brocluire, M. D. montre que la « Grande peur » se 
produisit à Chàteaurenard à la fin de juillet 1789. L'émotion des 
habitants ne fut pas purement imaj^inaire ; il y avait, en effet, 
dans le pays de nombreux vagabonds et niiséreux qui commet- 
taient de fréquents attentats contre les propriétés.. Pour se défen- 
dre, la communauté créa une milice qui n'était à vrai ilire qu'une 
police municipale. Dans beaucoup de communautés de Provence, 
au contraire, les milices ne furent créées que sur l'invitation des 
députés de Provence aux Etats généraux. La ^ Grande peur » ne 
les fit pas naître; elle liàta seulement leur établissement. 

F. Dumas. 

Fage (R.). Le clocher limousin à l'époque romatie. Caen, 
Delesques, 1908: in-8o de 26 pages et 5 pi. (Extr. du Bulletin mo- 
numental, 1907). — Le clocher limousin est défini :« une tour, de 
plan carré, s'élevant d'un ou deux étages sur une coupole, adop- 
tant au s'cond ou au troisième étage le plan octogonal, amortie 
après un ou deux étages octogonaux par une petite flèche en 
pierre à huit plans ». Les étages sotit en retraite; la transition 
entre le carré et l'octogone est ménagée par un gable massif très 
aigu. Les types les plus caractérisés de ce clocher sont ceux de 
Collonge^ et Uzerche (Gorrèze), Saint-.Iunien et Saint-Léonard 
(Haute-Vienne). Ceux de Brantôme (Dordogne) et. du Puy (Haute- 
Loire) s'en rapprochent beaucoup. Ceux de Saint-Martial de 
Limoges et de Ghambon-Saint-Valérie (Greuse) étaient, très pro- 
bablement aussi, construits suivant la même donnée. Quel est 
le prototype? Ou a admis longtemps que c'était le clocher de 
Brantôme. M. Fage considère à bon droit comme plus vraisembla- 
ble que c'est Saint-Martial de Limoges, bâti en 1050. Le Limousin 
aurait donc bien été le foyer premier du clocher à gables. 

A. Leroux. 

Faure (Cl.). Trois chartes de franchises du Dauphiné. Réau- 
mont (1311), Beaucroissant (1312), Rives (1340). (Extrait de la 
Nouv. Rev. hislor. de droit français et étranger, t. XXXI, 1907, 
p. 392-416 ) — On sait l'importance que présentent, pour la con- 
naissance des institutions et du droit médiéval, les chartes de fran- 
chises et de libertés concédées par les seigneurs aux communautés 
d'habitants : chartes encore rares au xrifi siècle, très nombreuses 



304 ANNALES DU MIDI. 

au xiiie siècle et au xive. Beaucoup sont inédites; un assez grand 
nombre ont été publiées dans des recueils divers, revues ou mo- 
nographies locales, qu'il est souvent difficile de se procurer ou de 
consulter. Une telle méthode de publication est évidemment fâ- 
cheuse; et il faudra bien, lorsque l'on^voudra étudier' méthodique- 
ment ces actes, en revenir à l'idée qui avait trouvé, dans la per- 
sonne de notre cher et regretté maître M. Brissaud, un défenseur 
si convaincu : l'idée d'un corpîis où figureraient, classées géogra- 
phiquement, toutes les coutumes municipales que l'on aurait pu 
retrouver. Un tel ouvrage ne pourrait être l'œuvre d'un seul; il 
devrait être exécuté, morceau par morceau (département par dépar- 
tement, ou bien évêché par évèché), par les sociétés savantes loca- 
les, ou par des travailleurs limitant leurs i*echerches à un cadre 
géographique déterminé. Le jour où un tel travail sera entrepris, 
il y aura presque tout à faire pour certains pays, comme la Pro- 
vence. Au contraire, en Dauphiné, le travail préparatoire est fort 
avanc(', et l'on a déjà étudié et publié un grand nombre de textes 
de coutumes. M. Cl. Faure, en tète de son article, en signale une 
trentaine pour l'ancien État delphinal, en laissant de côté le Va- 
lentinois et le Diois. Encore sa liste est-elle incomplète. Il y faut 
ajouter, par exemple, les chartes concédées aux habitants de Bar- 
donnèche, de Baulard et de Rochemolle, publiées par M. Fauché- 
Prunelle dans son travail sur les institutions des Alpes briançon- 
naises; la charte embrunaise de 1253, publiée en 1888 dans le Bull, 
histor. et philolog. du Comité des travaux historiques et scienti- 
fiques; la charte de Ga[) de 1378 et la charte de Savines de 1316, 
publiées tout récemment par M. Pécout dans sa thèse sur Le droit 
privé des hautes vallées alpines; la charte de Saint- Vallier de 
1204, publiée dans la Petite revue des bibliophiles dauphinois; 
la charte de consulat de Guillestre et de Risoul, éditée en 1880 
dans la Nouv. Rev. Hist. de Droit. 

M. F. a voulu accroître le nombre des chartes dauphinoises pu- 
bliées en nous renseignant sur quatre textes de la première moitié 
du xive siècle : ce sont les franchises concédées par le Dauphin 
aux gens de Réaumont en 1311; les franchises concédées par Guy, 
sire de Tullins et de Rives, à la ville neuve de Beaucroissarit en 
1312; les franchises concédées par le Dauphin aux habitants de 
Rives en 1340; enfin, la confirmation des coutumes anciennes et 
l'octroi de quelques coutumes nouvelles, par le Dauphin, en 1343, 
aux habitants de Beaucroissant. Les trois premiers de ces textes 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 305 

sont à peu près identiques, et M. F. s'est contenté d'éditei- le texte 
des coutumes de Réaumont, en indiquant, en note, les variantes 
des chartes de Beaucroissant et de Rives. Les franchises en ques- 
tion comprennent 44 articles, qui accordent aux habitants, 
non pas des libertés politiques, mais des droits civils et la 
garantie de la liberté individuelle, et qui fixent leurs obligations 
vis-à-vis du seigneur. A plusieurs reprises, ces textes renvoient à 
d'autres coutumes, à celles de Moirans, de Saint-Êtienne-de-Saint- 
Geoirs et d'Izeaux. L'édition semble avoir été faite avec tout le 
soin et la minutie désirables. Robert Gaillemer. 

Grenier (P.-L.). La cilé de Limoges : son évêque, son chapitre, 
son consulat [XIl^-XYllI^ siècles). Paris, Picard; Limoges, Du- 
courtieux, 1907; in-S» de 134 pages (Extr. du Bull.de la Soc. arch. 
dxL Limousin). — Ce travail d'un débutant se recommande à l'at- 
tention par plusieurs qualités. L'auteur tire bon parti des textes 
publiés par feu Guibert, et de ceux que lui-même a su trouver dans 
les arcliives de Limoges et de Paris. Il prouve qu'il a rintelligence 
de son sujet par la manière dont il le divise, par le soin qu'il prend 
d'en exclure l'abbaye de La Règle et par le souci qu'il témoigne 
de se limiter aux questions de droit public. Les faits économiques 
et les événements historiques sont laissés de côté. S'il n'a pas réussi 
à éclaircir complètement les origines de son sujet, s'il n'a point dit 
le dernier mot de tous les problèmes qu'il a soulevés, c'est que 
trop souvent les documents font défaut. La partie la plus nouvelle 
de cette étude est celle qui traite des droits et des devoirs des con- 
suls. Dans les limites qu'il s'est assignées, M. G. a réussi à faire 
pour la Cité de Limoges ce que Louis Guibert voulait faire pour le 
Château. Le mérite n'est pas mince. Il est regrettable qu'il ne soit 
point rehaussé par un souci plus grand du stjde et de la forme. 

A. Leroux. 

GuDiOL Y CuNiLL (.J.). San Pau de Narhona y lo bisbal de Vich 
(memoria llegida en la Real Academia de Buenas Letras de Bar- 
celona). Barcelona, 1905; in-4o de 60 pages. — L'auteur, préposé 
à la bibliothèque et aux archives épiscopales de Vich, s'est avan- 
tageusement fait connaître par plusieurs travaux d'érudition'. Le 

1. L'Excursionisme y l'Arqueologia, J3arcelona (rAvenç), 1902; No- 
cions de Arqueologia sagrada cntalana. Vieil, 1902; xiv-647 pages 

ANNALES DU MIDI. — XX 20 



306 ANNALES DU MIDI. 

mémoire qu'il publie aujourd'hui comprend quatre paragraphes 
M. G. y C. étudie d'abord la personnalité de saint Paul de Nar- 
bonne d'après les données les plus anciennes (Prudence, Grégoire 
de Tours, les martyrologes et les Vies) et montre comment, dans . 
le cours des siècles, en deçà des Pyrénées, le saint narbonnais est 
devenu d'abord disciple des Apôtres et a été ensuite confondu 
avec le Sergius Paulus du livre des Actes. Cependant, au delà des 
Pyrénées, l'antique liturgie espagnole ne donnait à saint Paul 
que le titre de confesseur pontife, ainsi qu'en témoignent le mis- 
sel et le bi'éviaire que fit imprimer le cardinal Jimenez Cisneros 
(1500-1502). Aux xe et xie siècles, la liturgie latine orientale ou 
romaine, venue de France, conquiert peu à peu la Catalogne sur 
l'ancienne liturgie latine occidentale (l'auteur rejette la dénomi- 
nation de mozarabique). Avec la nouvelle liturgie s'introduit la 
légende de saint Paul sous la forme qu'elle avait déjà prise en 
France. La célèl>re fausse bulle d'Etienne VI, fabriquée en vue 
d'établir la suprématie de l'église narbonnaise sur les églises cata- 
lanes, donne enfin à la légende sa physionomie définitive : saint 
Paul de Narbonne ne serait autre que Sergius Paulus amené en 
Gaule et en Espagne par l'apôtre saint Paul et qui aurait fondé 
la plupart des églises catalanes et espagnoles. 

Pour ce qui concerne Vich, d'anciens martyrologes donnent, il 
est vrai, à saint Paul de Narbonne les titres de confesseur, pon- 
tife et successeur des Apôtres, mais les plus anciens missels 
(xje siècle) s'en tiennent sur ce point à l'ancienne liturgie espa- 
gnole. Le culte du saint fut, du reste, peu apparent jusqu'en 
1476. A cette date, Vich fat délivré d'un assaut donné par Altar- 
riba et Mudarra, deux terribles « bandoleros », dont M. G. y C. 
narre les exploits à grands traits. Cet heureux événement, attribué 
à la protection de saint Paul, détermina le peuple et le clergé à 
célébrer sa fête avec une pompe inusitée, selon le rite double 
majeur. Si, depuis, le culte du saint narbonnais a été réduit à des 
proportions plus modestes, le peuple s'est habitué à le considérer 
comme le libérateur de la cité. Cela a même donné lieu à la 
curieuse légende de sant Pau del Yeguer, née d'un épisode de 
l'expédition des Français en Catalogne en 1654. Les conclusions 
du travail ne sont pas nettement exprimées, mais la fin de 



El Museu episcopal de \' ich en 1901 , 1902, etc. {Cf. Rivistade bibliogr. 
cutal., 1900-1903). 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 307 

l'avant-propos les laisse deviner. « II est parfois nécessaire, dit 
l'auteur, de tailler et d'émonder le verger du passé de peur que les 
mauvaises branches n'offusquent sa beauté... La tradition ne 
mérite pas d'être appelée respectable ni de triompher au préjudice 
de la vérité... » Pour avoir été imprimées de l'autre côté des 
Pyrénées « ab llicencia ecclesiâstica », ces paroles méritent d'être 
signalées i. Louis Rigal. 

Leroux (A.). L'assistance hospilalière à Lhnoges i^endant 
la Révolution. Limoges, Ducourtieux, 1907; iu-8o de 119 pa- 
ges. (Extr. du Bull, de la. Soc. liislov. et archéol. du Limousin.) 
— Dans ce mémoire très solidement documenté, M. L. expose 
les diverses phases par lesquelles passa l'assistnnce hospitalière à 
Limoges pendant la Révolution. Il en distingue trois, nettement 
caractérisées : l'une de prospérité relative qui va du mois d'avril 
1789 au décret de messidor an II, relatif à la vente des biens hos- 
pitaliers; l'autre de gène croissante, amenée par Je réduction pro- 
gressive des ressources et inversement par l'accroissement de la 
population hospitalisée. Elle dure depuis messidor an I] jusqu'à la 
loi du 16 vendémiaire an V qui rapportait la précédente. La troi- 
sième va de la fin de 179(3 au milieu de l'année 1800. C'est la phase 
de la détresse consécutive au non-payement des subventions pro- 
mises, à l'épuisement des approvisionnements, au découragement 
du personnel, à rimpuissance des pouvoirs publics, à la ruine 
financière. 

Pour chacune de ces phases, ^NI. L. expose l'administration, la 
composition du personnel, les ressources de l'hôpital, le nombre 
et les catégories des hospitalisés, leur situation matérielle, morale 
et religieuse. 

Par sa sobriété et sa précision, ce mémoire peut servir de modèle 
aux comités de l'histoire économique de la Révolution qui voudront 
étudier le même sujet dans leur département. 

F. Dumas. 

Meunier (D.) [avec la collaboration de G. Leloir]. La covi- 
tesse de Mirabeau {1752-1800) , d'après des documents inédits. 



1. L'appendice contient les textes et pièces justificatives. Les docu- 
ments les plus intéressants ont été tirés des riches archives niunicipah^s 
et épiscopales de Vich et de celles de Barcelone. 



308 ANNALES DU MIDI. 

Ouvrage orné d'illustrations et de fac-similés d'autographes. 
Paris, Perrin, 1908; in-18 de iv-423 pages, — La femme de Mira- 
beau a déjà été étudiée en détail par MM. de Loménle dans leur 
grand et classique ouvrage, mais ils Font considérée moins en 
elle-même que dans ses relations avec son tumultueux mari, et ils 
l'ont jugée sinon avec hostilité, au moins sans bienveillance. 
M. Meunier a pensé que la belle Emilie de Marignane méritait une 
étude plus directe, plus personnelle, que son procès valait qu'on 
le revisât, et qu'il était bon d'en mettre les pièces sous les yeux 
du public, — non seulement celles de l'affaire retentissante qui se 
plaida au Parlement d'Aix, mais celles aussi du conflit continuel 
que fut dès le début cette union , — c'est-à-dire de publier la -cor- 
respondance de la comtesse de Mirabeau. L'idée est bonne; elle 
a été réalisée de façon fort satisfaisante. Le livre est solidement 
documenté grâce aux communications d'inédits que MM. de Mon- 
tigny, Arbaud, de Bresc, de Montvalon, ont prodiguées à l'auteur 
et à celle des notes de feu M. Guibal, le regretté doyen d'Aix, qui 
avait songé à un travail analogue. — L'auteur a divisé son sujet 
en cinq grands chapitres : Mademoiselle de Marignane (1752-72); 
la comtesse de Mirabeau (1772-2 août 74); chez L'ami des hom- 
mes (août 74-2 mai 1776), Madame du Tholonel (mai 1776-91); 
La comtesse dellà Rocca (1792-1800), qui répondent aux principa- 
les étapes de la romanesque et criminelle carrière de son héroïne. 
Il a eu le bon goût de ne pas tenter une impossible apologie, et 
de se borner à plaider les circonstances atténuantes. Les torts de 
Mirabeau envers sa jeune femme sont incontestables, mais n'excu- 
sent pas l'affaire Gassaud, qui a en somme précédé les grands 
égarements d'Honoré-Gabriel. Ensuite, il ressort du récit même 
de M. Meunier, qu'au Bignon, Emilie ne sut pas même, à défaut 
d'une compagne fidèle, être pour son mari une associée utile. Tan- 
dis qu'il expiait au château d'If et à Joux son trop ardent amour 
fraternel etTaftaire Villeneuve, elle ne savait rien faire au Bignon 
pour gagner l'alfection ou la confiance de son terrible beau-père, 
de Madame de Pailly, ni même du charmant bailli. On sent qu'elle 
s'y reprend peu à peu, subissant Finfluence du milieu hostile à son 
mari, et qu'elle ne se soucie plus guère (jue d'abréger sa résidence 
forcée. Encore moins seinble-t-elle disposée à rejoindre à Pontar- 
lier l'interné, malgré ses appels pressants. Sa froideur inintelli- 
gente est certainement responsable pour une part de l'aventure de 
Mi'e de Monier, et cette traiiison éclatante de son mari excuse à so n 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 309 

tour la conduite irrégulière d'Emilie à Aix et au château du Tho- 
lonet. La séparation morale et matérielle des époux est dès lors 
accomplie; la sentence d'Aix qui prononça la séparation de corps 
et d'habitation ne fit que confirmer et légaliser une situation déjà 
notoire. Femme séparée de Mirabeau, Emilie perd pour nous son 
plus vif attrait. Ce n'est plus qu'une de ces « grandes et honnestes » 
dames, non moins dépourvues de mœurs que d'idées, dont la 
société aixoise a toujours formé d'exquis modèles au plaisir des 
mousquetaires et à la volupté des connaisseurs. Cependant, un 
tableau un peu poussé de sa vie au Tholonet, de la société des 
Gallifïet, une description de ce petit foyer de corruption élégante, 
n'aurait pas manqué de charEfie, et l'auteur a peut-être écourté un 
peu le récit des années libres de la belle Emilie. Après ce temps 
d'aimable dévergondage, le plus heureux de sa vie, la pauvre 
femme devient amoureuse, et convole, malgré sa famille, malgré 
l'évêque de Nice, pour acheter un père à son enfant. Avoir été 
Mirabeau, et devenir Délia Rocca! Elle ne le fut pas longtemps • 
son second mari mourut le 23 janvier 1798. Alors, par un étrange 
revirement, que M. M. a noté avec délicatesse, elle redevint la 
veuve de Mirabeau, elle qui n'avait pas su être sa femme. Cette 
dernière période aussi aurait pu être un peu plus profondément 
étudiée. Le livre est en somme intéressant. Il est lisible. M. M. 
a renoncé, à son avantage et au nôtre, à ce style maniéré et artifi- 
ciel qui gâtait son édition des Lettres à Julie et il écrit maintenant 
avec une agréable simplicité. Il devrait renoncer aussi au système 
de la relégation des notes en queue du volume sous forme de dic- 
tionnaire biographique, et donner pour les lettres qu'il cite des 
références précises et l'indication exacte des coupures qu'il y pra-' 
tique. Il y a à la fin du livre une bibliographie utile, quoique 
incomplète, et de bons éclaircissements sur des points de détail. 
A quand la biographie de Marie-Louise de Riquetti, marquise de 
Cabris? L.-G. Pélissier. 

NicoLLET (F.-N.). Etymologie d'origine de roca, rocha, roche. 
Valence, 1907; in-S" de 25 pages. — M. N. détermine l'aire géo- 
graphique du latin vulgaire rocca (non roca); il veut en voir 
forigine dans le latin vernica, employé par Caton au sens de 
« hauteur »; ce mot serait lui-même composé du préfixe celtique 
ver, et d'une racine RG qui aurait donné, d'une part, arcem et 
de l'autre un hypothétique rucus. Le mot serait ligure et aurait 



310 ANNALES DU MIDI. 

été emprunté par les Romains à la langue de la Cisalpine. Cette 
ingénieuse construction se heurte à une grave difficulté : Vu dans 
verruca (et par conséquent dans rucus) est long et toutes les lan- 
gues romanes postulent un primitif avec o bref et c double. 

A. Jeanroy. 

PuECH (L.). Un aventurier gascon. Paul- Emile Soubiran, 
Leclourois. Auch, impr. Léonce Cocharaux, 1907; in-8" de 81 pa- 
ges. — MM. Branel et Pagel ont recueilli des documents sur un 
aventurier qui est resté légendaire à Lectoure. Ils les ont transmis 
à M. Puecli qui a rédigé le récit dont le titre est reproduit ci-des- 
sus et que la Société archéologique du Gers a publié. L'auteur n'a 
d'autre prétention, dit-il, que d'apporter une contribution modeste 
à l'étude du caractère gascon. En deux mots, M. P. dépeint son 
héros : « Pendant toute sa vie Soubiran sut en tirer [de son physi- 
que avantageux] un parti remarquable pour gagner la sympathie 
et la confiance des hommes, devenir leur confident, à l'oCcasion 
leur héritier, et surtout pour séduire les femmes. Il eut des maî- 
tresses dans tous les pays d'Europe, et quelques heures lui sufti- 
saienl pour faire une dupe ». Espion, joueur de profession, escroc, 
voilà le spécimen que M. P. olïre aux compatriotes de Soubiran 
comme un personnage représentatif de leur caractère. M. P. n'est 
pas Gascon et son long séjour dans le Gers, eu qualité de procu- 
reur de la République, n'était pas propre à lui faire couuaitre les 
gens du pays sous leur vrai jour. Comme les peuples heureux, les 
honnêtes gens n'ont pas d'histoire, pas de rapports non plus avec 
les parquets. Il est vrai que, d'après l'auteur, la sympatliie de ses 
compatriotes aida toujours Soubiran à fuir les atteintes de la 
police. Il demanda même, en 1815, les fonctions de sous-préfet de 
Lectoure ou le commandement de la gendarmerie du Gers. Inutile 
d'ajouter que ce fut en vain. 

Le souvenir d'un pareil personnage aurait pu rester, sans aucun 
inconvénient, dans l'ombre d'où INI. P. et la Société archéologique 
du Gers l'ont tiré. L'histoire de la Gascogne et le caractère gascon 
n'y auraient rien perdu, — au contraire. Si modeste qu'elle soit, la 
contribution n'est pas heureuse. A. Vignaux. 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Archelet (Abbé). Sainte Galle, patronne de Valence. Valence, 
imp. Géas, 1907; in-S" de 24 p. 

AuBRY (P.). La rythmique musicale des troubadours et des 
trouvères. Paris, Ghampion, 1907,; grand in-8o de 38 p., avec mu- 
sique. 

Baldensperger (F.). Etudes d'histoire littéraire. Gomment le 
xviiie siècle expliquait l'universalité de la langue française..., le 
genre troubadour. Paris, Hachette, 1907; in-KJ de xxv-:<!24 p. 

Barckhausen (H.). Montesquieu, ses idées et ses oeuvres 
d'après les papiers de La Brade. Paris, Hachette, 1907; in-16 de 
vi-344 p. 

BoNNARD (L.). La Gaule thermale. Sources et stations thermales 
et minérales de la Gaule à l'éftoque gallo-romaine. Paris, Pion, 
Nourrit, 1908 ; in-S" de 527 p. 

BoNNEViLLE-GoLOMB (G. de) et Goste (L.). Gomment les maîtres 
selliers du Puy-en-Velay accompagnaient aux processions la 
sainte image de Notre-Dame. Transaction entre l'abbé de Saint- 
Pierre la-Gour et les maîtres selliers du Puy (21 avril 1525). Saint- 
Etienne, imp. Thomas, 1908; in-8° de 25 p. 

Bordeaux (H.). Promenades en Savoie (le caractère savoyard; 
pèlerinages en Savoie; contes savoyards). Paris, Société française 
d'imprimerie et de librairie [1908] ; in-18 Jésus de 179 p. 

Brutails (J.-A.). Précis d'archéologie du moyen âge. Paris, 
Picard, 1908; in-8o de xv-282 p. 

Gastellanr (de). Le gros toulousain d'Alphonse de Poitiers et 
le toulousain du roi de France. Ghalon-sur-Saône, Bertrand, 
1907 ; in-4o oblong de 11 p. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque natio- 
nale. Auteurs. T. XXXI : Colombi-Gorbiot. Paris, Imp. nationale, 
1907; in-8o à deux colonnes de 1264 col. 

Chambon (F.). Notes et documents sur la famille de Montbois- 
sier-Beaufort-Canillac. Saint-Denis, imp. Bouillant, 1907: in-S» 
de 47 p. 



312 ANNALES DU MIDI. 

GoQUELiN (L.). Montaigne (1533-1592). La vie de Montaigne; les 
Essais, extraits, jugements. Paris, Larousse, [1908]; pet. in-S" de 
96 p. 

Delacroix (Dr R.). Montaigne malade et médecin (thèse). Lyon, 
Rey, 1907; in-80 de 112 p. 

Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, p. p. Dom 
Fernand Gabrol. Fasc. 14. Paris, Letouzey et Ané, 1908 ; gr. in-S» 
à deux col., col. 611 à 896. 

Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la 
fin du xixe siècle, par G. d'E.-A. T. VI : Bou-Rré. Evreux, imp. 
Hérissey, 1907 ; in-8o de 420 p. 

DiGONNET (F.). Le palais des papes d'Avignon. Avignon, Séguin, 
1907; in-8o de 428 p. et 8 planches. 

Drouault (R.). Monographie du canton de Saint-Sulpice-les- 
Feuilles, 2e partie. Limoges, Ducourtieux et Goût, 1907; in-8o, 
pp. 135 à 408. 

Frecon (P.). La navigation du Rhône. Etude historique et éco- 
nomique (thèse). Lyon, Rey, 1907; in-8o de 290 p. 

Girard (J.). Les Etats du comté Venaissin depuis leurs origines 
jusqu'à la lin du xvie siècle. Paris, Ghampion, 1908; in-8» de 
xv-265 pages. 

GouT (L.) et Volane (J.). Histoire del'Ardèche. Aubenas, Tour- 
rette, 1907; in-16 de 127 p. 

GuiBAL (G.). Le mouvement fédéraliste en Provence en 1793. 
Paris, Pion, Nourrit, 1908; in-8o de n-319 p. 

Gijiraud (L.). Le procès de Guillaume Pellicier, évêque de 
Maguelonne-Montpellier de 1527 à 1567. Etude historique. Paris, 
Picard, 1907; in-8<» de xii-272 p. 

Labbé de la Mauviniére (H.). Poitiers et Angoulême, Saint- 
Savin,Ghauvigny. Paris, Laurens, 1908; in-8o carré de 144 p. [Les 
villes d'art célèbres.] 

Lasteyrie (R. de) et Vidibr (A.). Bibliographie annuelle des 
travaux historiques et archéologiques publiés par les Sociétés 
savantes de la France (1903-1904). Paris, Leroux, 1906; in-4o à 
deux col. de 295 p. 

Lemonnier (Abbé P.). Le clergé de la Gharente-Inférieure pen- 
dant la Révolution. La Rochelle, imp. Texier, 1905; in 8° de 117 p. 

Lestrade (Abbé J.). Histoire de l'art à Toulouse. Nouvelle 

série de baux à besogne (1467-1677). Toulouse, Privât, 1907 ; in-8o 

de 55 p. 

Le Gérant, 

P.-Kd. PKJVAT. 



loLilouse. Imp. D0ULA.DOURE-PRIVAT, rue St-Rome, 39 — 6206 



m SIÈCLE D'\DMIMSTRATIO.\ COMMIWLE 

A AUGAMVILLE (Tarn-et-Garonne) 
d'après les comptes consulaires (1346-1446)* 



Population. — Depuis 1346, les rôles d'impôts, à Aucam- 
ville, comprenaient 60 à 63 chefs de maison; cependant, un 
rôle dressé en 1368 pour la construction ou l'achèvement 
des murailles de la ville compte 133 familles, ce qui, à 
5 personnes par famille, donne 665 habitants; ajoutons, 
d'après un autre rôle de 1368, quelques pupilles, femmes et 
pauvres au nombre de 51, et nous atteindrons le chiffre 
de 700 âmes. Nous n'y comprenons point les forains qui 
possédaient des biens à Aucamville : ils étaient au nombre 
de 118 à Grenade; il y en avait quelques autres dans les vil- 
lages voisins. La guerre désastreusement prolongée fut cause 
que, en 1402, il ne restait plus que 51 contribuables, outre 
une vingtaine de vagabonds qui payaient mal les impôts; 
en 1415, les chefs de familles capables de payer les tailles 
n'étaient plus qu'au nombre de 35 ; ils étaient 28 en 1431 et 
seulement 25 en 1433; les autres étaient vraisemblablement 
appauvris, quelques-uns s'étaient enfuis, et les consuls 
de 1379 obtinrent la permission de vendre leurs biens 
vacants. Le déchet de la population amena diverses répara- 
tions de feux que nous verrons plus bas. Aujourd'hui, mal- 
gré son étendue de 1.180 hectares, la commune compte 
880 habitants à peine. 

1. Ces comptes viennent d'être déposés aux Archives de Tarn-et- Ga- 
ronne, ou du moins ce qui en reste, car plusieurs ont été brûlés et d'au- 
tres rongés par les rats. 

ANNALES DU MIDI. — XX 21 



314 F- GALABERT. 

Seigneurs. - A tout seigneur tout honneur. Commen- 
çons par Jean- Jourdain de l'Isle, seigneur d'AucamviUe, 
Merville, Pelleport, La Mothe, Saint-Cézert, baron de Lau- 
nac chef d'une branche cadette de la maison de l'Isle-Jour- 
dain • il résidait ordinairement à 10 kilomètres, dans son châ- 
teau de Launac, rarement dans son manoir, jadis forciaà^ 
La Mothe àl kilomètre d'Aucamville. A sa mort, qui arriva, 
semble-t-il en 1400. son fils Gaspard-Jourdain lui succéda; 
puis ce fut^Jacmes Isalguier, châtelain de Fourquevaux qui 
perçut l'albergue et l'afitage^, tandis que les présents et es 
aides continuaient de revenir au seigneur de La Mothe. 
Cependant, tous les droits seigneuriaux avaient fait retour a 
ce dernier, avant 1445, année où Jacmes Isalguier vint assis- 
ter au baptême de son fils. 

Consuls - Passons aux consuls; ils étaient au nombre 
de cruatre et furent pour longtemps réduits à deux a partir 
de 1391; mais il y en eut trois dès 1460. Ils entraient en 
charge à la fête de la Purification, 2 février, et ils étaient 
choisis par le seigneur. 

Item... feure venc^^ Aucumvila lo d. senho per met? t 
0050^5,1396(^13). 

Item fuerunt créait consules apud Verdunum ad ins- 
tanciam consulum de Verduno et dominus mit cum iiiio- 
expenderunt xiii grossos, 1373 (f^^ H). 

Au quinzième siècle, le juge remplace le plus souvent le 
seigneur dans cette fonction : 

Item 10 dia de Nostra Dona anero los cossols a Granada 
per présenta lo cartel de la élection amossenjuge; despen- 

<iero y'blancas. 
Item dimenge ,ue foc xx de feuria (sic), venc mossen 

1 Ti .Pr« souvent quesiion de ce droit seigneurial dans la suite de 
1. Il «'^'^*.,"7:;,'' f^^ alitanage pesait sur les hommes maries ou 



UN SIECLE d'administration COMMUNALE. 315 

juge per fa jura los cossols nohels, despenser o en pa e en 
caran e en vi ix gros xiiii blancas, 1428 (f° 7). 

Cependant le juge recevait quelquefois leur serment le 
jour même; quelquefois Bernadon, frère du seigneur, lo 
fray de Mossen, était présent, et on lui offrait à boire à lui 
et à nombre de prud'hommes, a lu e a tropi d'autres; tous 
ensemble se régalaient de plusieurs pegas de vin; le pega 
valait 3 litres 1/10. 

Ils étaient élus pour un an, et ils rendaient compte devant 
de nouveaux consuls en présence des conseillers et des 
prud'hommes. Il est vrai que c'était quelquefois plusieurs 
années après leur sortie de charge ; mais avant la fin de la 
guerre de Cent ans, il y eut plus de régularité. La population 
dispersée dans la campagne, per las bordas^ était prévenue 
à domicile, afin qu'elle put venir exercer son contrôle, et elle 
n'y manquait pas, puisque les consuls en profitaient pour 
lever la taille : 

Item le dissapte après, les cossols am le sirvent anen per 
la villa e per las bordas assabenta las gens que fossan, le 
dimars après, ausir les comptes de Johan Depuntis et de 
Arnaut Ponssot^ e que aportessan cascun la talha del 
fogatge novel, e quant aguen feyt despenssen i gros, fé- 
vrier 1414 (fo 14). 

Aussitôt installés, les consuls recevaient le serment de 
leurs conseillers, des homes de sagrament, ainsi que du 
messegucr ou garde-champêtre, ce qui était encore une 
occasion de boire quelques pegas de vin^ qui coûtèrent 2 gros 
et 2 blancs en 1395 (f» 1). 

Les fêtes de la Pentecôte étaient l'occasion de grandes 
beuveries; les consuls donnaient à boire le lundi a las gens 
del solas (on disait, en 1428, lo solas deljoven); en 1450, la 
biga deljoven^ P 6); en 1395, un pipot de vin coûta 4 gros 
[P 1); l'année suivante, il ne fut pas bu moins de 20 pegas 
qui coûtèrent 6 gros 2 blancs, 1396 (f" 13). Il y avait ce 
jour-là de grandes réjouissances; après un solennel ser- 
vice funèbre, on faisait de grandes charités aux pauvres 
(Archives de la Haute-Garonne, sér. 13, Ueg. des minu- 



31G F. GALABERT. 

tes de J. de Campodei. notaire de Grenade, 1393-1397). 
Les consuls donnaient encore à boire après avoir allumé 
le feu de la Saint-Jean : 

Item in vigilia sancli Johannis dedinius hominibus 
comitantibus juxta facuUim i pcgar vint; decostitit un 
tolosanos, 1413; 

Et le seigneur lui-même, quand il s'y trouvait, ne dédai- 
gnait pas de trinquer avec ses vassaux : 

Item la vespra de sant Johan, quan la falha foc alucada, 
Mossen trametec serca n»* justas (5 litres) de vi, de que 
paguem un toisas, 1414 (f« 1). 

Ils servaient encore des rafraîchissements als cassados 
del ausel an non... en vi, nn blancas, 1395 (f» 7) ; 

Item quant prengueron Vauset an nou, despenîm 
vni d. sol. per dar a beure aus que l'aven quassada, 1413. 
Quelques années après, ce jeu ou chasse fit place à celui 
de la cliura ou choreta, dit sor7^eta en 1406 : 

Item lo jor de cap d'an despensero los cossols per fer 
cassar la choreta, en vit n doblas, 1434 (f» 8); 

Item lo dia de cap d'an per cassa la churra, al rey e la 
cotnpania, xn fioris, 1436 (f° 5). 

Ce n'étaient pas les seules occasions de beuveries. L'on 
buvait encore quand consuls et conseillers avaient tenu une 
délibération, quand ils avaient apuré les comptes, 1395 
(fo 2), 1436, etc., quand ils revenaient de leurs courses à Gre- 
nade'ou à Launac, et enfin fréquemment quand les sergents 
venaient réclamer au nom des créanciers de la communauté. 
Les consuls donnaient à dîner au juge quand il venait 
tenir les assises, et quelquefois Bernardon siégeait avec lui; 
nous n'y avons rencontré qu'une fois le seigneur : 

Item venc Aucumvila P. de Sauboneras, loctenen de 
mossen lo jucge del dit loc, per tener sisas ab Bernado de la 
Ylha; fero plaser et despensen los cossols am les cosselhes 
quant de pa e carn e autras causas, i gros, mai 1396 (f" 7). 
llem dijos que foc lo m jorn de novenbre venc Mossen 
en esta vila per tener las sisas, a eau den hun pegua de vi, 
I gros I blanc, 1428 (f'^ 4). 



UN SIECLE d'administration COMMUNALE. 317 

On voyait quelquefois les consuls, précédés de leur messé- 
guier à verge, courir la campagne, avertissant les contribua- 
bles d'avoir à payer la taille, mettant des croix dans les 
champs des retardataires, ou bien, le dimanche, leur faisant 
jurer, la main sur l'Evangile, qu'au jour fixé ils porteraient 
leur argent : 

Item lojorn de sant Marssal los cossols am le messegue 
[anen] per la ribera de Merdans per mètre aloses en los 
blatz e en los prat d'aquels (de Grenade) que no volen paga 
las talhas, e.quan aguen feyt, despenssen vi toisas, 1414 
(fo 2). 

Item lo dîmenge a v del dit 7nes (août) los ditz cossols 
fezen arestar las gens que aguèssan a pagar la dita talha, 
e fezen lor jurar que lo dia de sant Laurens lor aguèssan 
argen, e despensen xi tolozas, 1414 (f° 4). 

Ces consuls laissaient parfois le soin de lever la taille à 
des collecteurs en titre, en 1391 notamment, où Jean Delcos 
fut chargé de lever l'impôt avancé par Jean Boet (f» 19); 
mais ces collecteurs devaient être autorisés par le juge, et au 
jour de la reddition des comptes, ils devaient porter leurs 
cahiers et les faire apurer : 

Item agueron una letra de mosen lo jucge d'esta villa 
que les culhidos de la talha poguessan culhir so que hom 
les ahe mes en carfet, que costec ii gros, 1390 (f" 8). 

Item... remangueron en conte que los culhidos de la 
talha redesson conte de lor cartel, 1391 (f" 3). 

Ces collecteurs recevaient un salaire : 

Item an pagat a Jolian del Cos per sos t^Hbals de culhir 
la- talla assignada a tnaestre Johan Boet xu gros, 1391 
(f" 19j. Il n'en était pas de même des consuls, mais nous 
verrons qu'ils étaient dédommagés de leurs courses, et qu'ils 
touchaient une indemnité proportionnée aux journées de 
travail perdues; une fois même, en 1395, on paya à Jean 
Depuntis, qui était allé à Toulouse, un homme pour faire 
ses labours (f» 9). 

Les consuls étaient cliargés de la construction de l'église; 
ils imposaient pour cet objet et payaient en nature et en 



318 F. GALABERT. 

argent des ouvriers dont plusieurs ont laissé leurs noms et 
leurs factures : Vital de Romagnac en 1415, Johan Séré 
en 1450, et plus tard maître Bélenguié : 

Item paguen a Vital de Romagnac que Vera degut per 
la gleyza, m gros, 1414 [avril 1415, n. st.] (f» 19). 

Item, si so que hieu inaistre Joan Sere ey resçauput dels 
cossols d'Aucunlnla, 1450 (Rôle pour la réparation des 
murailles de la ville). 

Item per v lieuras de car salada per los maistres tan 
quant hobre a la gleysa e al bos ; costava ladieura vi toi- 
sas VI doblas, 1434 (f» 4). 

C'est encore les consuls qui, en 1395, à défaut de ressour- 
ces de la fabrique, payèrent 24 gros le cierge pascal, car 
los obres no avian don o paguessan {P 9). Les fabriciens 
sortant de charge après la Noël laissaient le reliquat des 
fonds à leurs remplaçants et leur remettaient les draps 
mortuaires : 

Item lendema les bayles de la coffrayria reden co?nte als 
bayles novels e reden los draps e so que tenen, e quant 
aguen feyt, despenssen iiii toisas, 1414 (f° 11). 

Les consuls veillaient au service paroissial et au besoin ils 
portaient plainte à l'autorité ecclésiastique; c'est ce qu'ils 
firent en 1395, où ils se plaignirent àl'archevêque de Mételin 
(vicaire général de Toulouse, sans doute,) de la négligence 
du curé qui n'avait pas de vicaire : 

Itei)i lo di7nenge a xxvi del dit mes de novembre, anero 
a Tholosa P. Darmanhac et Johan Depuntis, car mossen 
Varcevesque de Metali, loqual avia visitât la gleya d'Au- 
cunvila^ novelament, les avia af ornât a de part de la, sus 
la querella fayta per los ditz cossols contra lo rector del 
dit loc, car no ténia vicari en la dita gleya... (f° 6). 

Les consuls faisaient nettoyer les fontaines : en 1395, 
celle du Thoron par deux hommes au prix de 3 toisas, celle 
de Fondoniinge au prix de 2 gros (f"» 3 et 4). 

En 1368, voulant mettre la ville à l'abri des routiers, ils la 
faisaient enclore de murailles. Dans la première partie du 
xv» siècle ils firent de grandes dépenses pour la construc- 



UN SIÈCLE d'administration COMMUNALE. 319 

tion d'auvents ou galeries couvertes; sous ces auvents, dits 
alors enhans et aujourd'hui emporges, qui servaient de pro- 
menoirs, les marchands étalaient leurs marchandises'. Les 
piliers étaient tous en cœur de chêne, comme du reste les 
maisons et même les édifices de la ville. C'est ainsi qu'à 
l'hôpital, le premier étage est porté sur une poutre en chêne 
longue de 16 mètres, et soutenue par des corbeaux moulu- 
rés; à l'intérieur, un escalier droit montre encore ses épais- 
ses marches de chêne. 

Les citations ci-dessous font voir que les ouvriers qui 
charpentèrent les auvents venaient de Verdun ; de même 
nous avons acquis l'assurance que les maçons constructeurs 
de l'église étaient de Grenade; sauf deux ou trois damoi- 
seaux, tous les habitants d'Aucamville se livraient exclusi- 
vement, semble-t-il, aux travaux agricoles. Le 5 mai 1415, 
lorsque furent rendus les comptes de l'année précédente, on 
réserva 2 livres tournois pour les ouvriers des auvents : 

Solutis primitus de dictis araragiis magistris amljano- 
rum duas libras turonenses. 

Item paguen als f listes de Verdun en paga dels vi franœ 
que deben aver de fer xii brassas de enbans, tant quant 
s'en pot paga xii gros. 

Item compren de Pey de la Vaca iiii*' latas obs als en- 
bans de la vila en pretz de xx gros^ de que paguen a lu 
metys ix gros. 

Item délies devant Sant Orens (P"" mai) fen careya la 
cabironalha obs als enbatis quayit los maestes fon vengut 
de Verdun, e quant aguen feyt, despenssen m toisas, 1414 
(fo 20). 

Item los cossols feyro mètre doas pijas (étais) als envans; 
despensero am los maistres ii doblas., 1434 (f^ 8). 

Item a maistre Domingz per ix dias que hobrec a la vila 
per recrubi les envans i scutz d'aur (f" U). 

Ite}n per fe rect^ubi los envans en teule e per le maistre 



1. Plusieurs de ces auvents existaient encore il y a quelques années: 
aujourd'hui, il n'en reste plus qu'un. 



320 F. GALABERT. 

pej^ X jornadas e per son despens e per très cens clavels, 
monta tôt quatre escutz d'aur e v gros d'aur, 1437 (f° 2). 

Les auvents construits, il fallut, un peu plus tard, s'occu- 
per des escossières ou chemins de ronde que l'on répara 
durant plusieurs années. Cela coûta 5 moutons d'or en 1435, 
4 moutons d'or et 4 pegas de vin en 1441. On verra par les 
citations ci-dessous que ces chemins de ronde étaient cou- 
verts : 

Item fesem repara xiiii brassas he xvii de las cossieras 
que héron casudas... he costeron de la ma des maistres v 
escutz d'aur, 1435 (f» 8). 

Item meys per la ditta caussa dos milies e quatre cens 
teules caus; costero los dits teules vi escuts d'aur (fo 8). 

Voici enfin d'autres travaux de voirie exécutés par les 
consuls. Ils remirent à neuf le pont en bois du ruisseau de 
Merdans en 1395 (f° 4); sur la réquisition du sergent châte- 
lain de Buzet, ils remirent en état les 2yonts e camîs e los 
passes, 1396 (f" 3); ils refirent la palanca ou passerelle du 
Capraas en 1444 (f'J 16), le pont de Fondominge rompu par 
les charretiers du prieur de Verdun en li36(f'' 2); nous les 
verrons contribuer à la réfection du pont de Bouque. 

Dès 1374, ils entreprirent diverses démarches pour ob- 
tenir, en vue d'une diminution d'impôts, une réparation 
des feux imposables ; l'appauvrissement graduel et la dimi- 
nution du chiffre d'habitants les amena à demander une 
seconde réparation, en 1390; Arnaud Blanc, notaire de 
Montech, en apporta les lettres de Paris; le 3 mai '1413, 
les consuls avaient obtenu de nouvelles lettres royaux dont 
ils remirent copie à mosseji Guilhemes (vraisemblable- 
ment le juge de la jugerie), à Grenade : 

Item die sabbati anie festu77i beati Thome, ivit Arnaldus 
de Naborgna Tholose pro portando argcntum pro litera 
reparacionis, 1374 (f" 9). 

Item quant Manaut Ponssot e Vidal Darles, cossos, ane- 
ron à Motituegz per saber si pogueran aver la leti^i del 
repaî-amenl que Arnaut Blanc les abe trames mesatge que 
anessan parlar ab lu.. 1390 (f" 9). 



UN SIÈCLE d'administration COMMUNALE. 321 

Une des fonctions des consuls consistait à lever les arba- 
létriers : sur ordre du juge, ils s'acquittèrent de ce devoir, 
le jeudi avant les Rameaux de 1374, et ils conduisirent la 
troupe à Verdun d'abord, à Grenade ensuite : 

Item fiiei^unt mandati per dominum judiceni Verduni 
ut haberent balistetnos ; werunt Verdunum Ramundus de 
Cossio et Petrus de Solerio cum dictis lialisteriis et expen- 
derunt iiii grosses. 

Item expenderunt balisterii in omnibus xvi grossos. 

Item expenderunt consules tam eundo Granate quam 
alias vices cutn dicto balista viii grossos (fo 4). 

Dans les affaires d'intérêt commun ils s'entendaient avec 
les autres consuls de la seigneurie de Jourdain de l'Isle ou 
même de la jugerie; en 1391, notamment, tous les consulats 
furent convoqués à Grenade au sujet du sel de Mézin (f" 5); 
Tannée précédente, il s'étaient trouvés tous à Toulouse pour 
délibérer au sujet du « pati » de Gaslelcuiller : per lo feyt del 
pati de Castetculher per totz les cossolatz de la terra (fo 7). 

Conformément à l'article 4 des coutumes octroyées en 
1279, par Bertrand-Jourdain de l'Isle, les consuls avaient le 
droit, avec le baille, de faire des ordonnances de police; 
c'est pourquoi, en 1385, nous trouvons la mention suivante : 

Primo fronterias {sicj sint clause infra xv dies sub pena 
\uden. toi. de voluutate bajuli qui... Guillelmus Bonafos 
cum consulibus. 

En 1388, sous peine d'amende stipulée contre les contre- 
venants, il fut défendu de laisser entrer le bétail dans les 
vignes. 

Les consuls nommaient un berger communal ou porcher; 
ce personnage, malgré Thumble rang qu'il occupait dans 
l'échelle sociale, est resté dans le souvenir populaire; l'on 
aime encore à raconter comment le matin il emmenait, au 
son du cor, porcs et moutons au pâturage et à la glandée; 
commeni le soir, quand la grosse cloche annonçait la ferme- 
ture des portes, ces animaux, suivis des grandes oies de Gas- 
cogne, volant à tire d'aile, rentraient en hâte dans l'enceinte 
murée (parchemin, pièce justificative du compte de 1S94). 



322 F. GALABERT. 

Conseillers. — Dans le gouvernement de la communauté, 
les consuls étaient aidés par des conseillers; ceux-ci pre- 
naient une part considérable aux affaires : six d'entre eux 
étaient allés à Grenade le jeudi saint de 1389, quand les 
routiers de Gastelcuiller (nous en reparlerons plus loin) 
fondirent sur eux et emmenèrent prisonniers trois consuls 
et un conseiller. 

Les conseillers étaient présents quand fut dressé acte du 
blé prêté par Pierre Bert et Jean Boet, pour payer 6 francs 
aux dits routiers. 

En 1395 (fo 7), dans un accord intervenu à Grenade, il fut 
stipulé qu'on obtiendrait le bon vouloir du conseil : 7'eten- 
gut le voler ciel cosselh d'Aucumvîla. 

Assemblée générale du peuple. — L'on ne se contentait 
pas toujours de l'avis des c nseillers; il était des mesures 
pour lesquelles on réclamait le consentement de tous les 
habitants. Ainsi, en 1390, quand mossen Peij Bariu, lils du 
greffier consulaire, chanta sa première messe, la commu- 
nauté, consultée, lui fit présent de deux moutons qui coûtè- 
rent 2 florins : quant mossen Pey Bariu cantec messa, le 
feron présent de ii motos, de voluntat del comu^ que coste- 
ron II florins (f° 4). 

En revanche, quand on voit, en 1390, les prudhommes se 
réunir pour l'octroi d'une seconde taille, ce n'est pas d'une 
assemblée générale qu'il s'agit. Ce terme de « prudhommes » 
désignait plus que les conseillers, mais non pas encore l'as- 
semblée de toute la communauté ; en 1414, en effet, nous 
trouvons mention distincte et séparée des conseillers et des 
prudhommes : 

Item dimenge aprop (le 26 juillet), los dits cossols amas- 
sen los homes de lor cosselh e los autres promes del d. loc 
per empausar la dîta talha (fo 3). 

Toutefois, on ne saurait douter qu'il ne s'agisse du con- 
sentement de tous les habitants, dans le cas d'un marchand 
de Grenade qui ne voulut accepter l'arrière-dîme que garan- 
tie par le serment de tous les dits habitants : ab sagra?nent 
del singular. 



UN SIÈCLE d'administration COMMUNALE. 323 

De même, à la fête de l'Epiphanie 1389, le marchand 
Pierre Bert ne voulut traiter définitivement du prêt de 
4 quartons de blé, que si on lui portait l'acceptation du 
marché par le peuple : e que tornessan ah resposta del 
]7oble le clifauœ signent. 

Il ne faudrait pas croire que le consentement populaire fût 
une pure formalité, car, le 9 décembre 1414, les consuls, les 
conseillers et autres (e gran re cCautres) ayant décidé que, 
pour payer l'albergue et l'afitanage, on se contenterait de 
doubler le rôle du fouage, le peuple se refusa à cette mesure 
et exigea un rôle spécial où la première livre fut frappée de 
16 gros, les autres de 4; le rôle une fois fait, les consuls le 
montrèrent au conseil qui se déclara satisfait : 

Item dùnecres davant Nadal anen les cossols a Granada 
per scriure la talha de Vauberga e del afitanag? pe?^ pagar 
an Pey Boet, quar lo poble no ave bolgut que se fes ayssi 
com era stat autra bet ordenat que hom dobles la talha 
del fogatge, mas que aven de novel ordenat que la pru- 
inera Ihiura pagues xvi gros e cascuna de las autras 
iiii*« gros, e le notari no y poguet vacar, mas que le leyssen 
le Valiuramentper ordena la talha; e despenssen ix toisas, 
e meten lor jorn (f° 10). 

Item dimenge après Nadal ainassen les cossols las gens 
de lor cossel per mostrar lo cartel de Vauberga e del aflta- 
nage, e tenguen se per contemt, et quant aguen feyt des- 
penssen an lor un toisas (f" 11). 

Greffier consulaire. »*kLes consuls avaient pour secré- 
taire ou greffier un notaire de-'-tTrenade. Des habitants de 
bonne volonté inscrivaient à mesure, sur des carrés de 
papier ou carton, les dépenses journalières de la ville. 
Ensuite, le greffier les transcrivait à, leur rang de date, sur 
un registre, quand il venait en ville : 

Item quan fero7i escriue las causaz desus ditas e trayla- 
tar e escriue en est lib?^e so que mossen Johan Perrer abe 
escriu en i cartel, despenderon ii gros^ 1390 (f* 5). 

Nous connaissons plusieurs de ces écrivains de bonne 
volonté; après Johan Perrer, ce fut le consul Andriu Tuffa 



324 F, GALABERT. 

qui, d'une main exercée sinon belle, nota lui-même plu- 
sieurs articles de dépenses, 1391 (1° 12) ; plus tard, ce fut 
Johan Merlle. De 1433 à 1450, ce fut le recteur Pey Fornier 
qui le plus souvent dressa.les comptes consulaires, de même 
que. à titre de procureur du seigneur Jacmes Isalguier, il 
approuva les élections ; d'autres fois, ce furent Johan Maury 
et Johan Laurens qui tinrent la plume : preuve que l'instruc- 
tion n'était pas tout à fait négligée, même dans les campagnes. 

Le greffier consulaire établissait les rôles des tailles et le 
cahier de l'estime, qui, comme notre cadastre, servait de 
base à la répartition de l'impôt : 

Item lo jorn que maestre Johan Bariu, notari, escriu- 
guec la secunda talha, despenden i gros. 

Gomme salaire, en 1405, le greffier recevait 2 francs, plus 
une paire de souliers, et il était quitte de toutes tailles. En 
1447, Pey Fornier toucha 1 écu d'or : 

ftem a ?nossen Pey Fornier, rector del dit loc, per son 
trebal del dit cossolat, que foc lor escritor pcr lo?' an, 

1 escut{z) d'aur, 1433 (f° 5). 

Impôts. — Les impôts ne furent cependant pas toujours 
répartis au marc le franc sur le cahier de l'estime, lequel ne 
marquait que les maisons et les champs. Le rôle établi 
en 1368 pour payer les routiers de Gastelcuiller frappa le 
bétail aussi bien que les hommes, et c'était raison, car les 
soudards enlevaient les animaux de labour aussi bien que 
les hommes quand le « pati » n'était pas régulièrement payé. 
Le dit rôle fut donc établi à raison de 3 gros par homme, 
4 blancs par tête de bœuf, 2 gros par cheval ou mulet, 

2 blancs les ânes, 12 gros les brebis et les chèvres; ce qui 
produisit une somme de 25 francs. 

Le rôle, dressé en 1407 pour les frais de la reddition du 
château de Lourdes, mit la première livre à 5 sous toulou- 
sains, les autres à 5 deniers tournois, et produisit lO'i livres 
1 gros. 

Les impôts étaient souvent payés en nature, soit froment, 
vin, chevreaux, œufs, poules, que les consuls vendaient 
ensuite; le vin levé en 1367 produisit 119 florins 7 gros. 



UN SIÈCLE d'administration COMMUNALE. 325 

Item lo divendres siguenl aneron per las bordas los ditz 
cossos ah lo bayle per cercar les blatz de que aven presas 
las muestras...per pagar latalha, 1391 (f" 6). 

Cependant les impôts rentraient mal et souvent les con- 
suls étaient obligés de recourir à la saisie; c'était le messé- 
guier qui la prati(]uait, et les dépossédés rachetaient généra- 
lement les objets saisis. 

Voici quelques-uns des objets mis à l'encan en 1369 et les 
prix qu'on en retira : 

1 couette, 5 sous toulousains ; 

1 bassine, 6; 

1 pipe de vin, 36; 

1 paijrol (chaudron), 5 ; 

1 pigassa (hache), 12 d.; 

1 pulvinar (oreiller), 3 sous toulousains. 

Cependant, la levée des tailles laissait chaque année des 
arrérages considérables : , 

10 florins en 1355, 



9 


1356, 


23 


1357, 


12 


1358, 


24 


1359, 


25 


- ■ 1360, 


13 


1361. 



Le mal devint si considérable que les arrérages donnèrent 
lieu à des rôles spéciaux : en 1367, il n'y avait pas à perce- 
voir moins de 152 florins; deux rôles en 1868 permirent de 
lever 215 florins et 139 florins et demi ; en 1370, deux rôles 
firent rentrer du passé 285 florins 8 gros et 223 florins. 

Mais le mal était aggravé par ce fait que les consuls admi- 
nistraient les fonds communaux de façon très défectueuse. 
Pour le moment, nous citerons seulement le cas de l'hôte- 
lière qui hébergeait les consuls à Toulouse, qui ne fut payée 
qu'après plusieurs années, et non sans frais. Citons encore ce 
cordonnier de Grenade à qui les consuls de 1405 emprunté- 



326 F. GALABERT. 

rent les souliers ou sabatos promis au greffier; ne voyant 
pas rentrer ses fonds, le cordonnier fit faire une « clameur » 
qui, avec la vacation des sergents, coûta 3 gros 2 blancs; 
après quoi, les consuls se décidèrent à payer, non sans dé- 
penser encore 4 gros ; or, les sabatos ne valaient pas plus de 
14 blancs. 

En 1414, il y avait quatre ans que l'on devait au marchand 
Pey Boet l'albergue et l'affitanage dont il avait fait l'avance 
pour la communauté (f« 9). 

Sergents. — En somme, jusqu'à cette dernière date, les 
comptes fourmillent de dettes arriérées ; aussi les sergents 
affluaient à Aucamville pour réclamer au nom des créan- 
ciers. Généralement, il venaient à deux, quelquefois à qua- 
tre; ils restaient plusieurs jours, même une semaine entière, 
à titre de garnisaires, décidés à ne vider les lieux que lors- 
qu'ils toucheraient avec leur vacation un cadeau peu volon- 
taire : e composeron ab lu. Ils venaient de Verdun, de Gre- 
nade, surtout de Toulouse ; leur salaire ou vacation s'élevait 
à 4, 6, 8, 10 gros, 2 francs, 2 écus ; quelques-uns exécutaient 
leur commission en vertu du sceau de Sommières ou de celui 
de Montpellier. 

Le dimanche après la Purification 1374, un sergent vint 
de Verdun réclamer la finance du duc ; il resta trois jours : 
ses vacations lui furent payées 3 florins. Le 21 juin 1395, un 
autre vint exécuter les consuls pour non-réparation du pont 
de Merdans et d'autres passages. Les consuls se débarrassè- 
rent de lui en lui donnant du blé pour la valeur de 6 gros : 
dero le yi punheras de fro^nen, costero vi g?^os (ï° 3). 

Deux sergents étaient à peine repartis que souvent on en 
voyaif survenir deux autres. Faute d'argent, les consuls em- 
pruntaient, si toutefois ils trouvaient à le faire, ou bien ils 
demandaient un délai, et tout au moins ils perdaient temps 
et argent. Réduits aux abois, ils empruntaient du blé pour le 
revendre. En 1390, ils empruntèrent 10 quartons de blé, 2 de 
haricots (legutnz), au prix de 32 livres (f" 2) ; une autre fois, 
3 pièces de drap au prix de 25 francs pièce. Le montant de 
ces marchandises était destiné à désintéresser les créanciers; 



UN SIECLE d'administration COMMUNALE. 327 

mais ces spéculations, inventées pour tourner les lois cano- 
niques qui prohibaient l'usure, n'étaient pas toujours heu- 
reuses ; ainsi, la vente des draps mentionnés n'atteignit pas 
même le prix d'achat. 

Cette mauvaise gestion, s'ajoutant à la misère publique, 
fut probablement cause que la communauté perdit tout cré- 
dit; les riches marchands se montraient difficiles pour bailler 
des fonds. Aussi, dans leur détresse, les consuls de 1405 
eurent recours au juge du pays de Verdun, qui résidait alors 
cà Grenade, et ils sollicitèrent des lettres obligeant ceux qui 
avaient de l'argent ou du vin à leur consentir un prêt. On 
peut croire que cette demande leur fut accordée, car les con- 
suls de 1413 allèrent réclamer une lettre du même genre, 
qui coûta 1 gros. 

A. tout moment les consuls étaient cités par des créanciers, 
à Toulouse devant le sénéchal, à Verdun devant le juge ; ils 
étaient toujours en route, allant à Beaumont, à Verdun, à 
Toulouse, pour dettes à payer, pour délais à solliciter, lite- 
ram spere, d'où des dépenses qui finissaient par dépasser 
quelquefois la dette elle-même. 

Cependant les créanciers, ne voyant rien venir, perdaient 
patience ; les sergents alors revenaient et, les garnisaires ne 
suffisant pas, ils mettaient les consuls en état d'arrestation. 
En 1373, Arnaud de Naborgna fut retenu pendant sept se- 
maines à Beaumont et il ne dépensa pas moins de 7 francs et 
demi ; Pierre Costa fut emprisonné à Verdun, et les consuls, 
pour adoucir sa détention peut-être, envoyèrent au châtelain 
une paire d'oies valant 6 gros et deux paires de gelines coû- 
tant 7 gros. L'année suivante, les consuls furent retenus 
pendant quatre jours à Grenade, pro facto cabagii, per iiii*"" 
dies^ et leur dépense s'éleva à 6 gros; puis deux d'entre eux 
furent par les sergents emprisonnés à Verdun, à cause de la 
créance de Bertrand, sieur de Marguestaud; en trois jours, 
ils dépensèrent 1 florin. En 1376, un des consuls fut retenu 
à Toulouse in aula nova. Ses collègues envoyèrent diverses 
personnes pour essayer de le faire libérer. En 1369, les con- 
suls furent emprisonnés à Verdun, par ordre du juge, pour 



328 F. GALABERT. 

n'avoir pas payé le subside de demi-franc par feu et pour 
n'avoir pas remis les comptes de trente ans en çà ; mis en 
liberté provisoire, ils durent réintégrer la prison jusqu'à ce 
qu'ils eussent payé 4 francs, etc., 1389 (f° 11). 

Les magistrats municipaux semblent avoir pris assez bien 
leur parti de ces incarcérations fréquentes. C'est qu'ils étaient 
défrayés et que leurs journées étaient payées sur les deniers 
de la communauté. D'ailleurs, n'était-ce pas l'intérêt des 
créanciers de mettre fin à la détention? En 1405, le chape- 
lain, Me Jean Delpech, fut chargé de faire rentrer les restes 
de l'albergue. Dès qu'il se présenta, quelques retardataires 
payèrent sur-le-champ ; d'autres se hâtèrent de réaliser des 
fonds et de les lui porter à Grenade. Ce fut la majorité qui 
ne paya point; aussi le chapelain revint au bout de quelques 
jours et menaça de faire emprisonner les consuls, puis il 
accorda un délai ; le délai expiré, le seigneur fit arrêter les 
consuls ; coût, 5 gros. Mais, après cette mesure, il ne se voyait 
pas plus avancé. Il les fit mettre bientôt en liberté provisoire. 
Ces consuls en profitèrent pour aller quêter par les bordes 
en compagnie du damoiseau Arnaud de Saint-Jean et du 
mességuier, mais ils essuyèrent force refus. Sur ces entre- 
faites, le seigneur vient en ville ; on lui otïre un dîner qui 
coûte 6 gros; il relâche les consuls qui se décident enfin à 
partir pour Grenade pour y contracter un emprunt et ils dé- 
pensent encore 2 gros. 

Les créanciers avaient quelquefois recours à l'arme de 
l'excommunication, arme qui finissait par ne plus sembler 
très redoutable, parce qu'on s'en était servi trop fréquem- 
ment. D'ailleurs, l'excommunié pouvait toujours se racheter 
à l'officialité : il devait payer 8, 12, 20 ou 23 gros, et même 
quelquefois rien du tout quand il était clerc. Ce fut le cas de 
Pierre Dongan en 1391 (f° 7) : 

Item lo dijaus signent aneron a Tliolosa Aza?n Dongan 
et Johan Depuntis per la absolucion den Be?mat, fray de 
Mosen., que les abe fey escwnenjar per lo play que mena- 
ban ab lu per l'auberga del an passât^ e aguec la dita ahso- 
lucion que costee xu gros, 1389 (f*^ 15). 



UN SIÈCLE d'administration COMMUNALE. 329 

Ceux-ci ne reçurent pas moins de : 

35 fois la visite des sergents en 1373, 
105 — — 1389, 

89 — — 1390, 

66 — — 1391, 

24 — — 1395, 

20 — — 1396. 

En somme, si l'on veut comprendre le désordre ou mieux 
le gâchis qui régnait dans l'administration, il suffira de jeter 
un coup d'œil sur le tableau des visites que les sergents 
firent aux consuls. Ce fut au point que, en 1380, la commu- 
nauté obtint des lettres du Conseil du roi qui défendait à tout 
sergent, sauf à ceux de la Trésorerie, d'instrumenter sur les 
consuls ou sur les particuliers. Cinq ans auparavant, une 
autre lettre de la même origine avait, si nous avons bien 
compris, défendu aux sergents de faire des saisies sinon pour 
les affaires de la ville. 

Ce désordre, faut-il en chercher la cause initiale dans la 
misère occasionnée par la guerre et par les routiers dont 
nous verrons les exigences? Certainement la fortune publi- 
que avait baissé pendant la guerre de Cent ans, et les excur- 
sions des routiers, qui ruinaient l'agriculture, étaient une 
des principales causes de cette baisse continue, et cependant, 
établis sur un sol très fertile, les habitants étaient riches. 
Les minutes notariées nous le font bien voir: elles mention- 
nent de beaux costumes, des surcots fourrés de menu-vair, 
des draps de lit de deux largeurs en toile de Reims, des lits 
à deux traversins avec couettes contenant 60 livres de plume ; 
aux repas mortuaires, des porcs entiers mijotant avec des 
quartières de fèves réunissaient les parents et les amis et les 
pauvres ; quelquefois même on tuait une vache avec un ou 
plusieurs veaux; les aumônes étaient nombreuses, ainsi que 
les dons aux églises et aux hôpitaux, et les legs pour lilles à 
marier {Reg. de J. de Campodeî, déjà cité). 

A quoi donc attribuer l'état de gêne communal? A la négli- 
gence, à l'administration défectueuse et peut-être aussi (nous 

ANNALES DU MIDI. — XX 22 



330 F. GALABERT. 

n'en avons point la prenve) au désir qu'avaient particuliers 
et communauté de ne point paraître riches afin d'être moins 
imposés. 

Cependant des pratiques si préjudiciables ouvrirent sans 
doute les yeux au pouvoir, car, dès les premières années du 
XV® siècle, la plaie des sergents diminua et leurs visites 
devinrent moins fréquentes; nous en avons compté : 

4 en 1405, 1 en 1433, 
1 en 1406, 3 en 1434, 

5 en 1413, 1 en 1436, 
5 en 1414», 4 en 1437. 

En poursuivant les recherches jusqu'à la fin du cycle que 
nous avons embrassé, nous trouvons que les consuls de 1444 
reçurent la visite de six fiscaux et d'autant de sergents ; ces 
visites étaient motivées par le désir d'accélérer le payement 
d'une taille pour le dauphin, du fouage, de l'équivalent et 
d'un impôt sur les viandes salées: ces charges multiples 
étaient quelque peu lourdes, et le dernier de ces impôts 
semble avoir été assez impopulaire. Pour comble, un ser- 
gent vint aussi portant, de la part des capitouls de Toulouse, 
une mande de 19 livres et quelques gros; il est vrai qu'un 
fiscal mit bientôt à néant la prétention des magistrats tou- 
lousains. Les visites ou saisies faites par les sergents se 
multiplièrent sensiblement l'année suivante; plus d'une fois 
les consuls furent arrêtés à cause de l'équivalent, du fouage 
et des salaisons; on les vit souvent prendre le chemin de 
Toulouse, n'y portant que de petits acomptes et y joignant 
un cadeau de quelques paires de poules pour le receveur. 
Mais, dès l'année suivante les saisies et les visites diminuè- 

1. Nous devons faire observer qu'une des visites de 1414 n'était nulle- 
ment justifiée, car les consuls purent montrer, à Grenade, les bilhetas ou 
reçus du fouage qu'on leur réclamait. Lorsque les sergents vinrent, en 
1340, leur réclamer les restes du subside, ils avaient déjà payé 32 livres; 
il ne leur restait à payer que 6 livres et demie. En 1438 et l'année sui- 
vante, deux des citations visaient le refus fait par un habitant, Simon 
du Règne, de payer l'albergue et le droit sur les salaisons; une troisième 
avait l'intention de venger Jean de Campodei, greflier consulaire évincé, 
qui réclamait l'arriéré de son salaire. 



UN SIECLE D ADMINISTRATION COMMUNALE. 



331 



rent, et tout rentra rapiflement dans la régularité; aussi ne 
faut-il voir là qu'un accident et non un retour aux mauvaises 
pratiques d'antan. Dans la suite, il ne vint plus guère d'autre 
sergent que celui qui était chargé d'annoncer la mande de la 
taille, Vasabentamen ilel fogdijge (1428, 1434, etc.). 

Une des causes (|ui rai-élièrent les visites des sergents 
c'est la régularité dans le payement des impôts : il y eut peu 
d'arrérages: quant aux dettes, on les éteignit, non sans 
peine quelquefois, et les consuls de 1414 firent de grands 
efforts dans ce but, malgré la crise occasionnée par des im- 
pôts nouveaux. Les subsides ne furent plus levés en nature, 
mais ils furent payés sans recourir aux emprunts; d'em- 
prunts, il n'y en eut qu'un en 1405, de 20 francs qui sem- 
l)lent en avoir coûté 25; un en 1413, où le blé emprunté fut 
porté à Toulouse; peut-être un autre en 1440, et un, enfin, 
en 1443. L'albergue et l'affitanage furent payés annuelle- 
ment et sans retard, sauf en 1413, et ces deux droits, fixés 
définitivement au taux de 16 livres 1/2, ne furent engagés ni 
par le seigneur ni par les consuls. Enfin, les comptes étaient 
rendus presque aussitôt après la sortie de cliarge des consuls, 
quelquefois dans le courant du mois. La chose se faisait en 
place publique, sous l'orme communal; elle eut lieu une fois 
dans la maison du recteur. 

Le résultat de cet effort financier se fit vite sentir. Le 
tableau suivant montre que les recettes balancèrent à peu 
près les dépenses, quand il n'y eut pas un léger boni; il n'y 
eut d'exception qu'en 1441 et 1445 : 



14:3:J 

liât 

1435 
1436 

1437 

1441 
1445 



1. Recettes. 

108 1. 7 gros. 
7(J écus 3 gros 1 double. 
89 écus 2 gros. 



Dépenses. 
110 1. 9 gros. 
68 écus 7 gros. 
87 écus 3 gros 1/2. 



29 écus 11 moutons 1/2. 27 gr. 11 moût. 1/4. 



9 L 6 gr. 1 blanc. 

17 écus 12 gros. 

48 1. 7gr. 1 blanc. 
I 32 écus. 
! 33 1. 1/2. 

lOG 1. 9 gr. 1 bl. 

119 1. 9 gr. 



9 1. 3 gros. 
16 écus 1/2 2 bl. 
48 1. 15 gr. 1 bl. 
28 écus 10 gros. 
43" 1. 10 gr. 6bl. 
119 1. 13 gr. 1 bl. 
138 1. 



Excédant. 

I écu 11 gros. 

1 écu 9 gr. 1/2. 

2 écus 2 gros. 

1 écu 13 gr. 2 bl. 

2 1. 3 gr. 1 bl. 

3 écus 3gr. 2 bl. 



Déficit, 



Arrérages. 
5 1. 9.'r. 



13 1. 
191. 



3:i2 F. GALABERT. 

Nous énimiérons ci dessous quelques-uns des impôts qui 
pesèrent sur la communauté pendant plusieurs années, mais 
évidemment cette énumération est incomplète : 

1429 Part du subside accordé par les Etats du Languedoc 

assemblés à Carcassonne 28 1. 1. 

Idem à Chinon 45 — 

1431 Aux routiers 4 écus d'or vieux. 

1433 Pati de Verdun 2 écus. 

Subside accordé au comte de Foix, lieutenant du roi 

en Languedoc 53 écus 1/2 d'or. 

Don au secrétaire du comte d'Armagnac 5 écus. 

Fouage 35 moutons 1/2 d'or. 

Aux gens d'armes logés à Aussonne et avec qui on 

composa 1 écu d'or. 

Fournitures en avoine et foin à M. de Lomagne : 

1 écu 5 gros. 

1434 Subside accordé au comte de Foix. 54 moutons d'or. 
Quote-part de 2,000 moutons d'or accordés au séné- 
chal 2 écus. 

1436 Subside royal accordé à Béziers 38 1. 1/2. 

Quotepart d'un don au bâtard de Bourbon. ... 2 écus. 

1437 Aide au comte d'Armagnac pour marier sa fille : 

12 écus d'or. 

Subside royal accordé à Béziers 21 1. t. 

Dépenses de guet et garde à l'occasion des compagnies 

de Rodrigo, etc 10 1. 1/2, etc. 

Achat de chandelles pour le guet 111. 

1440 Part du subside de 131,000 1. accordé au roi à Mont- 

pellier 8 1. 1 

Equivalent 20 1. 10 gros 8 deniers. 

Taille 32 1. 7 gr. 

Nouvelle taille 5 1. 7 gr. 1 d. 

Don au vicomte de Tartas 2 1. 

1441 Subside royal accordé <à Montpellier 30 I. 

Dépenses pour les compagnies de Rodigo, du bâtard de 

Bourbon, etc x. 



UN SIECLE d'administration COMMUNALE. 333 

1444 Taille pour le Dauphin 4 1. 1/2. 

Taille pour Monseigneur d'Orléans 11. 

Fouage 5 1. 1/2. 

Salaisons x. 

A ces divers impôts il convient d'ajouter l'albergue et l'afi- 
tanage, les oublies, les aides, enfin les grandes dépenses 
occasionnées par les Compagnies ; et tout cela était indépen- 
dant des frais de constructions communales, enbans, scos- 
sieras, capellanîa ou maison curiale, barbacane avec palis- 
sade et pont-levis, etc., per adoha la porta de la harhacmna^ 
1435 (f^ 3; : 

Item quant feyro lo pal de Ui Mrbacana, de vole des 
prodomes^ desipensero a la taverna, vu blancs, et per ado- 
bar la saralia de... m doblas, 1441 : 

Pour subvenir à ces dépenses, la communauté n'avait que 
le produit de la magenca ou taverne, soit 20 francs et quart 
en 1414, et le revenu des herbages qui, d'après une conven- 
tion de 1427, était partagé entre le seigneur, la ville et le 
sieur de Marguestaud ; il s'éleva pour la ville à 9 écus en 
1429, à 11 en 1433. 

Routiers. — Les routiers mettaient le pays en coupe 
réglée. Les consuls de 1380 avaient déjà, bien à contre-cœur, 
contribué de plusieurs manières à leur entretien; ils avaient 
payé au capitaine qui commandait à Bourret 7 francs 4 gros ; 
au seigneur de Durban, à Bertrand de Launac, à Raymond 
de Marquefave ils avaient donné un repas coûtant 1 florin; 
ils avaient fourni du vin à Pierre de Nizan, ils en avaient 
donné également à Pierre de Montant et à ses gendarmes, 
puis aussi à Pierre et à Bertrand de Banèges qui comman- 
daient à Savenès, et aux compagnies de Poco et de Mena- 
dut; enfin, ils étaient allés au Mas-Grenier payer au 
seigneur de Marestaing une somme à lui assignée par le 
comte de l'Isle. Ils devaient, en 1390, faire présent de vin et 
d'un mouton à Menadut quand il vint loger à Aucamville : 

Quam 7nossen Benazut s'alocget Auqum.villa, le feron 
I présent de vin e de i motou per que no des dapnatge al 
loc, costec tôt, ses la pet del moto, xvi gros (f° 5). 



334 F. GALABERT. 

En 1389, les consuls, qui avaient eu déjà à répondre à une 
demande du châtelain de Puymirol, virent approcher le mo- 
ment de payer. le « pati » aux routiers de Castelcuiller. Mal- 
gré l'avis du seigneur, qui les avait fait citer à Toulouse le 
26 mars, ils laissèrent passer le terme; or, comme le jeudi 
de Pâques ils se rendaient, avec une dizaine de conseillers, 
à Grenade, afin d'emprunter du blé en vue de payer le sub- 
side de 5 francs par feu, les routiers, qui les guettaient sans 
doute, fondirent sur eux; ils emmenèrent prisonniers trois 
consuls et un conseiller. Ceux qui échappèrent portèrent la 
nouvelle en ville. Aussitôt grand émoi ; un homme, par 
ordre du seigneur, suit les prisonniers à Castelcuiller; d'au- 
tres entreprennent une série de démarches auprès des mar- 
chands de Merville qui devaient acheter le blé ; ils vont à 
Toulouse, ils se rendent cinq à six fois à Pelleport et à Gre- 
nade; le prêteur Jean Boet les renvoyait chaque fois au len- 
demain avec de bonnes paroles, les engageait finalement à 
s'adresser à son ami Pierre Bert ; celui-ci, au lieu de 6 francs, 
ne leur en remettait d'abord que 3, puis enfin 3 autres à 
force de sollicitations. 

Cependant les 6 francs ne payaient que le pati; restait 
l'amende ou merca, infligée pour avoir laissé passer 
l'échéance ; cette amende se montait à 10 francs. De nou- 
veau, consuls et conseillers se mettent en quête ; le 4 mai, 
ils vont trouver encore Jean Boet et offrent de lui vendre 
l'arrière-dime pour le couvrir du pati et de la merca. Jean 
Boet répond qu'il n'est pas en fonds et il leur conseille de 
revenir le lendemain ; le lendemain, les pourparlers ne pu- 
rent-aboutir, no deliureron areîi; le surlendemain, même 
offre de Jean Boet, et, une fois de plus, résultat nul. Enfin, 
le dimanche suivant, la négociation est reprise, Jean Boet et 
Pierre Bert veulent, avant de traiter, savoir les ressources 
qu'offre l'arrière-dime en blé et en vin : 

Lo dit Pey Bert dissec les que fessan recerc qiiantas 
cartonadas de terra hi abe bladeras ni cantas vinhas (f"^ 7). 

Peu après, lo dimercles denant lo bon )oy de may, les 
intéressés reviennent à la charge, et Jean Boet les renvoie 



UN SIÈCLE d'administration COMMUNALE. 335 

encore au lendemain, car il verra que s'en poguera fer. Le 
jeudi suivant, les prêteurs Jean Boet et Pierre Bert viennent 
enfin, accompagnés d'un notaire, recevoir l'engagement juré 
par tous et chacun des habitants; mais les conventions 
n'ayant pas agréé à Pierre Bert, il s'en retourne sans rien 
traiter : 

Pcr prene lo sagimment del singular per la venda 
del redeume, e hanc d'aquet jorn no s'encartec^ que Pey 
Boet s'en anec que non consentie al covens (f° 7). 

L'on finit pourtant, le dimanche suivant, par passer acte 
de la vente ; mais que de temps et de démarches en pure 
perte, sans compter l'argent dépensé et les pegas de vin qui 
furent bus! 

Cependant les routiers, ayant été payés, relâchèrent leurs 
prisonniers; les consuls avaient été retenus l'un trente 
jours, le second cinq semaines, le troisième trente jours, 
enfin le conseiller huit jours; aussi, lors de la reddition des 
comptes, on déduisit de leurs tailles le montant des journées 
de travail qu'ils avaient perdues, soit 34 gros, 5 sous 2 gros 
et demi, 14 gros et demi, 13 gros. 

Il semble cependant que les routiers, malgré leurs habi- 
tudes de pillage, n'étaient pas en dehors des lois : chose 
étrange, leur manière d'agir révèle une sorte d'organisation 
légale, et l'on voit que le pouvoir royal comptait administra^ 
tivement avec eux. En effet, les consuls de 1380, essayant 
de se soustraire aux demandes des routiers de Bourret, allè- 
rent voir comment se conduisaient à cet égard leurs collè- 
gues de Grenade, et dès qu'ils se furent décidés à payer un 
pati de 7 francs 4 gros, ils demandèrent l'iiomologation au 
lieutenant du sénéchal ou du juge : 

Item habuerunt i litteram domini locumtenentîs de dicto 
pati; decostitit viii grossos. 

Lorsque approcha, en 1389, le terme dû aux routiers de 
Castelcuiller, le seigneur cita à Toulouse devant la justice, 
le 2t) mars, les consuls quelque peu négligents ; la citation 
coûta 2 blancs(f'3). Le dimanche de Quasiniodo, c'est-à-dire 
trois jours après la capture des consuls, celui qui avait 



336 F. GALABERT. 

échappé aux routiers alla réclamer à Toulouse une lettre du 
sénéchal pour la porter à Gastelcuiller; la lettre fut, en effet, 
remise au bâtard d'Armagnac qui commandait les routiers, 
tout comme la réponse de ce dernier fut ensuite portée au 
sénéchal (f» 5). 

Les divers consulats de la seigneurie, assemblés à Launac, 
le dimanche avant la Sainte-Madeleine, pour décider si on 
traiterait avec les routiers, per saber se hom apacieran^ 
envoyèrent à Toulouse afin d'avoir les instructions du maré- 
chal de Sancerre à ce sujet : 

Item aqui metys foron^ cum desics se conten, a Tholosa 
les cossolatz per saber e bezer la ordenansa de mosen lo 
7nenescaut dels patis de Castetculher... 

L'année suivante, les routiers, craignant peut-être un refus 
ou un retard de payement, s'adressèrent d'abord au seigneur. 
Bernât, fray de Mossen, était déjà venu pour accélérer 
le payement et, devant la négligence des consuls, il les avait 
retenus en prison quatre jours. Il revint avec un petit varlet 
arrivé de Gastelcuiller : ab i macipet que era vengut de 
Castetculher, e despenderon en esta villa v gros (fo 9). 

Item lo dimenge siguent venguec Bernai Jordan, si sizen 
a cabat, per la paga del pati que abe mandat que les cossos 
fossan arestatz... e esteron arestatz per iiii dias (f^ 11). 

Au xV^ siècle, les compagnies à la solde du roi continuè- 
rent les pratiques des routiers et rançonnèrent les popula- 
tions, au moins autant qu'au siècle précédent. Nous trouvons 
les gens d'armes logés en ville, en 1406, et Arnaud Depuntis, 
avec la bête de soihme de Jean Fournier, alla porter leurs 
bagages à Glatens; il employa deux jours à cette course. Les 
prudhomnies envoyèrent aussi le mességuier au Burgaud 
pour s'informer si les gens d'armes avaient quitté le lieu, et 
pendant ce temps les consuls se rendirent au château de la 
Mothe pour parler au seigneur à leur sujet. 

Cependant les comtes d'Armagnac, au faîte de la puissance, 
avaient acquis la seigneurie de ITsle-Jourdain, et leur in- 
fluence s'en fit sentir davantage dans le pays. Jean IV, (jui 
avait d'abord porté le titre de vicomte de Lomagne, avait 



UN SIECLE d'administration COMMUNALE. 337 

traité avec les communautés <à Verdun ; en 1433, Aucamville 
lui paya d'abord 2 écus en la ville de Grenade, puis 3 autres 
par mandement de Bernard Barrière, secrétaire du comte. 
Ensuite, comme le comte avait requis l'avoine et le foin pour 
ses clievaux, les consuls lui fournirent un demi-quarton 
d'avoine et cent bottes de foin ; le tout valait 6 écus d'or : 

Item anec lo cosol Esteve de A7"ma7iac a Granada per 
parlar a Mossen Johan de Armanac per paga dos escut del 
patu de Verdu; despensero i dobla {P 2). 

Item Mossen de Lomania fec demanda as cosolos (sic) 

'd'esta vila de fe e de sivada per sos t^ocies (sic) quant foc 

vengut a Granada, e los cosolos amasero los prohomes que 

li doneso mieUcz carto de sivado, que costec i escut de aur. 

Item may li dero cent trossas de fe que costeron d'en 
Johan de Malamaysso, v gros d'aur (f» 4). 

Gela n'empêcha pas les gens d'armes logés à Aussonne de 
faire, malgré la distance, des courses jusqu'à Aucamville; les 
consuls convinrent avec eux (?) de leur offrir « un barbeau 
de maille », et, n'ayant pu se le procurer, furent obligés de 
leur donner 1 écu d'or : 

Item los dit cossols pagueron a las gens d'armas que 
ero alojadas Ausona que vengro core en esta villa, e fmero 
hun harheu de malia e non troberoti jes, e las ditas gens 
d' armas feyro les pagua per lo dit{z) Imrbeu i escui{z) 
d'aur (fo 5). 

L'année suivante, malgré le payement au comte d'Arma- 
gnac d'un patti s'élevant à 24 écus d'or en trois termes, les 
gendarmes logés au Burgaud vinrent faire des courses sur le 
territoire de la communauté ; pour y échapper les consuls 
consentirent à leur payer 11 écus d'or, en même temps que, 
pour mériter ses bonnes grâces, ils faisaient de petits pré- 
sents au secrétaire Bernard Barrère, dont la terre de Mauvers ■ 
confinait à celle d' Aucamville. 

Item paguem a las gendarmas que ero alojadas al Bru- 
gau que vengro core en esta vila lendcma^ e flro los cossols 
Il scutz d'aur. 

Item paguem a Mossen de Armanhac per lo patu per 



338 F. GALABERT. 

la prumira paga qu'es la tersa part, viii escutz d'aw (f» 6). 

Item los cossols dero, de vole des prodomes, a maistre 
Ber7iat Bariera dos parels de pelas, costeron xi blancas 
I toisa (fo 6). 

En 1435, les consuls envoyèrent un homme cliargé de 
savoir où étaient logées les compagnies, mais ils ne re- 
çurent pas la visite des soldats. En 1441, les gendarmes 
étaient de nouveau dans le pays ; la population, effrayée, 
se tourna vers le seigneur et le supplia de venir la dé- 
fendre ; celui-ci envoya son neveu Guillami. Les craintes^ 
n'étaient pas vaines, car on vit bientôt venir en ville le 
barbier du seigneur, disant que les soldats logés à Saint- 
Gézert fauchaient les blés du domaine seigneurial de la 
Mothe. On lit des présents au barbier, des présents au 
seigneur qui vint rassurer ses vassaux, une course à Gre- 
nade où le seigneur les avaient mandés; tout cela n'empêcha 
pas qu'on ne donnât aux soudards une quartière de farine 
de la valeur d'une livre tournois et du vin pour 8 gros. Il 
fallut aussi fournir des vivres aux soldats logés à Savenès, 
soit à l'arrivée, soit au départ : 3 pipots de vin, 12 pains, 6 
pugnères d'avoine, 1 fromage. Les gendarmes vinrent aussi 
prendre logement en ville la veille de Notre-Dame des Neiges 
(2 août), et on leur donna un pipot de vin et un fromage. 

Item quant las jendarmas vengt^o pel pais, Mossen de la 
Mot a trames en Guilami per gardât^ lo loç; les cossols des- 
pensero per lo dit{z) Guilami un doblas i tholsa. 

Item quant las jendarmas eron a San Sesert venc lo 
barhie de Mossen de la Mota en esta vila dizen que las jen- 
darmas cegavon los Uas de la Mota, e lo dit{z) barbie fmec 
un barreus de vi e très parelhs de galinas, de que costero 
v doblas (f" 3). 

Item paguen a Galhart Depuntis per una cartiera de 
farina que donero a las gens del rey i lieura tomes. 

Item quant las gens d' armas ero a Sevenes lo darie cop... 
hun pipot de vi e douse pas e sies punieras de sivada e hun 
fromayje... (f^G). 

Item mays es degut en Boyso hun pipot de vi quant l'alo- 



UN SIÈCLE D'ADiMINISTRATION COMMUNALE. 339 

jament venc en esta villa la vespra de Nostra Dona de 
Nciis ; item plus hun fromayje (p. 5). 

Il faudrait, pour être complet, noter encore une poule don- 
née au bâtard, ainsi que du vin pour ses gens d'armes ; il 
faudrait marquer l'envoi d'un inessager à Saint-Cézert pour 
avoir des nouvelles des méfaits commis par les soldats; il 
faudrait dire aussi les petits présents offerts au neveu du 
seigneur que gardée la porta pel Vigarda quan anec a 
Tholosa, et enfin un pipot de vin fourni au capitaine Sonto 
qui était logé a Launac. 

En 1444, pendant qu'on envoie savoir des nouvelles des 
gendarmes logés au Burgaud, on apprend qu'ils sont partis 
pour Grandselve; le capitaine Sonto ou Hasonto dîne à 
l'abbaye; la ville envoie un homme s'entendre avec lui et 
lui donne un pipot de vin. Puis ce sont encore des présents 
de vin et de poules aux gendarmes logés à Bessens et à 
Monbéqui, puis encore à ceux des capitaines Montbrun et 
Meric de Coscayt logés à l'abbaye de Belleperclie; plusieurs 
fois la ville fait porter à ces derniers des vivres au Mas- 
Grenier et à Saint-Sardos, après divers pourparlers. Entre- 
temps, on va s'entendre avec les gens d'armes du château 
de l'Isle -Jourdain et traiter de leur logement. 

Item feguen anar Buyso al Burgual per sabe de las gen- 
darmas e fec resposto que eran anat logar a Grant 
Seuba... 

Item deguen a Sonton que ero alojal a Grant Seuba que 
ly diiinet, i pipot de vi que val xii dd. i toisa (f' 2). 

Item deguen a la gendarmas qu'eran aloyat a Bessens 
lie a Monbéqui que lor deguin i pipot de vi... itemnparelhs 
de gallinas... 

Item plus a Bello Pergo i autre alojament de Munbru et 
de Meric de Coscayt, que lo?^ deguen i pipot de vi, xxu dd... 

Item los que porteguen los vioures que a Sen-Sardos 
que al Mas... 

Item los cosols trametegen Johan en Mauri per parlar 
a la gendarmas deu castel de YUia, per alojar lejor, per 
portar la finanso au dil portador (f" 3)... 



340 F. GALABERT. 

De seigneur a vassaux. — Nous venons maintenant aux 
relations du seigneur avec ses vassaux. 

Jean Jourdain de Tlsle vivait en bonnes relations avec ses 
vassaux, mais il avait le goût de la dépense; engageant ses 
rentes pour payer ses fournisseurs; comme Panurge, gou- 
verneur deSalmigondin,il mangeait son blé en herbe; enfin, 
dépassant notablement les quatr<3 cas de l'aide, il quêtait les 
tenanciers souvent. 

Chaque fois qu'il se rendait en ville, la communauté lui 
réservait bon accueil, et lui faisait servir, de la taverne, un 
demi pega de vin : 

Item aquet metys dia venguec Mosen d'esta villa, despen- 
dec mieg pegar de vin que costec vi tnealhas, 1380 (f» 11). 

Item venguet Mossen hun ior en villa e voc beure^ e li 
cosols li dei^o migz pega de vi, m toisas, 1445 (f» 7). 

Quelquefois le seigneur demandait à dîner : 

Item le disapte metys venguec Mossen d'esta vila, e de- 
manet a dignar, e dignec se assi le dimenge e despendec 
en pan, vin e sivada, xn gros, 1389 (f» 28). 

Bonne réception était faite aussi aux divers membres de 
la famille seigneuriale. On offrait à boire à Bernadon, soit 
qu'il vînt voir le livre des coutumes en 1395, soit qu'il revînt 
du pèlerinage de Saint-Jean du Mas-Grenier 1396 (f^ 16). La 
dame du seigneur et sa suite furent également défrayés 
en 1391 : 

Item lo jorn de Nostra Dona de setemhre deron a dinar 
a Madona ah quel que anavan ah lu ; costec la despessa 
que feron tant quan estec aqui sus los cossos, ui hlancas e 
mieja (f° 6). 

La dépense ne laissait pas d'être souvent considérable. A 
l'occasion d'une chasse ou d'une demande d'aide, le sei- 
gneur arrivait parfois avec une nombreuse suite, et son 
séjour pouvait se prolonger longtemps, comme en 1391 : 

Item Mossen leyssetz los cassados en esta villa en gastz 
sus la villa; despenderun a la taherna xxugros (f» 18). 

Un accueil aussi empressé était réservé au bâtard du sei- 
gneur; le jour de ses noces, la communauté lui Ht présent 



UN SIECLE d'administration COMMUNALE. 341 

de 2 moutons et 14 poules, estimées 23 gros; les consuls 
allèrent les chercher par les bordes per dar a las nossas 
ciel horc. Le lendemain dimanche, le bâtard amena sa 
femme en ville, le seigneur y vint aussi avec sa dame et il 
fut dépensé 2 gros pour leur réception; ils y étaient encore 
le lundi, et le seigneur donna à entendre qu'il aurait pour 
agréable qu'on donnât k sa dame un mouton ; ledit mouton 
coûta 19 gros. La dite dame étant accouchée en 1390 (p. 15), 
les consuls lui firent présent de poules et de chevreaux qui 
coûtèrent 22 gros. Quand, au mois de novembre 1395, Mar- 
guerite, sœur du seigneur, vint entendre la messe, sa récep- 
tion coûta 13 gros 1 blanc... sor de Mossen de Launac per 
ausir messa, e fe)-o le despens ab lu e a sas gens, costec al 
tôt XIII gros i blanc (fo 5). 

A la sépulture de Bernadon, frère du seigneur, le 2 sep- 
tembre 1396, les consuls fournirent 4 torches du prix de 
23 gros : 

Item can foc fayta la honor a la gleija per Bernât de 
Launac, los ditz cossols co^npren un torchas e bogia; cos- 
tero XXIII gros (f» 9). 

Quand Ysarno, autre frère du seigneur, fut enseveli à Au- 
camville, le seigneur et sa dame reçurent plusieurs paires 
de poules et autres choses : 

Item can Ysarno foc sebelit Aucumvila, fero p)lase al 
senho et madona de... costec un toisas. 

Item... pars de galinas costen u gros ii blancas, 1396 

(fo 11). 

Madame étant morte dans les premiers mois de 1397 
(n. st.), les consuls offrirent pour sa sépulture des torches 
valant 10 gros, ce qui ne les empêcha pas, à l'entrée du 
carême, de donner au seigneur un mouton payé 10 gros : 

Item per las torchas que comprero a la cepultwa de 
Madona de Launac, paguero x gros (f" 9). 

Itern dero a Mossen de Launac a careyme entran 
1 moto que prenguen de Johan de Jaques^ costec x gros, 
1396 (fo 10). 

Ces pratiques se continuèrent au xv« siècle; c'est ainsi 



342 F. GALABERT. 

qu'on fit présent au seigneur d'une paire de gelines, en 
1428, quand il partit pour la France; c'est ainsi que, en 
1435, nous trouvons mention d'une paire d'oies, valant 
16 gros, qui furent envoyées en présent au seigneur Jacmes 
Isalguier à Fourquevaux; et quand le fils de ce seigneur 
vint l'année suivante, la communauté lui offrit une paire 
de poules et un demi-pega de vin, qui valaient 2 gros 
1 blanc. La même année, le jour de leur élection, les con- 
suls avaient ajouté 2 pegas de vin en l'honneur de deux 
gentilhommes de la maison du seigneur de Fourquevaux 
qui s'y trouvèrent (f° 3). 

Tous ces dons étaient indépendants des aides, qui d'après 
la constitution féodale étaient dues à tout seigneur. 

Aides. — En 1390, les consuls allèrent à Launac où le 
seigneur les avait mandés pour une aide : per parlar a Mos- 
sen que les abe niandatz que anessan parlar am lu quel 
respondessan quel dera d'ajuda; esteron i jorn, despen- 
deron ii gros (f» 12). 

La réponse s'étant fait attendre, Bernadon vint en ville 
quelques jours après ; comme il n'y avait pas eu encore 
assemblée du conseil, on lui fit présent, pour calmer son 
impatience, de deux paires de poules et on but avec lui deux 
pegas de vin. Autre demande en mars 1391; les comptes 
nous font voir les consuls se rendant trois fois à Launac à 
ce sujet, sans pourtant nous faire connaître le genre d'aide 
ou la somme réclamée. Le seigneur formula une nouvelle 
demande d'aide durant la semaine sainte, une autre le 
l®"" juin: nous ignorons quel accueil y fut fait. A ces deman- 
"des il convient enfin d'ajouter celle que fit en octobre 
YsariTO, fray de Mossen, mais à laquelle ils accédèrent par 
peur de mauvais procédés : 

Item paguero a Ysarno per la donacio a lu fayta, am 
voluntat del cosselh, afi que no los maltrates, iiii lieuras 
tomes (f" 5). 

En 1395, pour satisfaire le même Ysarno, les consuls, de 
l'avis du conseil, empruntèrent à Jean Boet une tasse d'ar- 
gent pour lui en faire présent : ...per colrrar una tassa 



UN siècîLe d'administration communale. 343 

d'argent que aven malevada de maistre Johaji Boet, pet' 
so que dero a Ysaryio (fo 2). 

Le 15 janvier 1395 (1396), le seigneur manda aux consuls 
d'aller lui parler; le lendemain il vint lui-même en ville 
mettre en garnison trois hommes d'armes, et Ja ville les 
défraya, ce qui coûta 24 gros. C'est seulement dix jours 
après que les consuls allèrent porter la réponse au seigneur 
et lui promirent les 6 francs demandés: ils payèrent de plus 
1 franc pour la levée. 

Le 6 septembre 1396, il y eut une nouvelle demande, le 
Conseil se réunit, mais elle semble n'avoir pas eu d'autre 
suite : 

Item Vendcmia tenguero cosselJi pe?^ la causa meteysJia, 
e foc reines (fo 10). 

Le 15 juin 1413, le premier consul lut invité à se rendre au 
château de Launac; à la demande d'aides qui lui fut faite, il 
répondit par l'offre d'une somme de 6 francs, laquelle fut 
trouvée insuffisante; il se présenta de nouveau le dimanche 
après la Saint-Jean-Baptiste; mais comme il était sans 
argent, il fut retenu et mis en prison. Libéré au bout d'un 
jour, il promit ou de rapporter de l'argent ou de réintégrer 
la prison; il réintégra la prison avec trois compagnons. 
Mais la prison ne faisait pas l'affaire du seigneur; aussi 
relâcha-t-il les prisonniers au bout d'un jour. Ceux-ci se 
mirent en quête, ils allèrent à Grenade le jeudi et informè- 
rent le seigneur de l'insuccès de leurs démarches; ils conti- 
nuèrent leurs recherches et, après des courses que l'on peut 
imaginer, ils purent au bout de huit jours apporter enfin 
4 livres. Le 18 juillet ils remirent au cadet 1 livre; enfin, le 
23, n'ayant pu trouver toute la somme, ils allèrent encore à 
Grenade passer acte à un marchand qui avança probable- 
ment ce qui manquait. Sur ces entrefaites, le seigneur était 
venu en ville le 19 juillet, en chassant à Tépervier, et les 
consuls lui avaient donné un pega de vin; cela n'empêcha 
point que le 8 août ils ne lui fissent encore présent de 
trois paires d'oisons estimés 23 blancs. 

Ces demandes, qui seraient peut-être trouvées plus nom- 



344 F. GALABERT. 

breuses si une bonne part des comptes consulaires n'avait 
depuis peu disparu, anéantie par les rats, ces demandes 
semblent n'avoir été motivées que par le bon plaisir du sei- 
gneur. Nous ne devons pas cacher que si, dans la suite, les 
vassaux déboursèrent en faveur du seigneur de La Mothe, 
c'est que celui-ci rendit des services proportionnés et défendit 
ses tenanciers ow iiageses contre les gendarmes pillards, no- 
tamment contre le fameux Rodigo de Viliandrando, en 1437 : 

Item foc enpausada una tayla per la clonacio que foc 
feyta a Mossen de la Mota, que los ditz cossols H donero 
de vole?' des prodomes dex escutz, aysi coma apar per lo 
cartel de la ditta donacio. 

Item foc enpausada una tayla per la despensa fayta per 
Mossen de la Mota, quant Rodigo ero per lo pais e Mossen 
istava Aucunvilla per gardar sa tera, que lo ditz Rodigo 
non gastesa sas pageses, e los ditz cossols li feyro son des- 
pes am sas gens, que monta aysi coma apar per lo car- 
tel X lieuras e mige contan (f" 1). 

Itetn a Johan Depuntis per fiun par d'auquas que dero 
a Mossen d'esta villa v doblas. 

En 1441, les consuls, outre 9 gros, tirent encore pour les 
mêmes motifs plusieurs présents au seigneur et à son neveu 
qui vint faire le guet et défendre la ville contre les soudards : 

Itetn quant las ^endat'mas vengro pel pais, Mossen de la 
Mota trames en Guilami per gardar lo loc, los cossols des- 
pensero per lo ditz Guillami m gros i tliolosa. 

Itetn plus venc Mossen de la Motha hen fiesta villa, he 
los cossols li donero hun parelh de galinas, costero ii gros 
(fo 3). 

Item may que donen al nebot de Mosenhor ii doblas que 
gardée la poïHapel Vigarda quan anec a Tolosa (f» 7). 

Semblables dons, justifiés par les mêmes motifs, se repro- 
duisirent en 1443 et en 1444. 

Nous ne trouvons plus d'autre aide seigneuriale que celle 
d'un mouton donné à là dame de La Mothe, quand elle 
accoucha en 1446 : 

Item degueii les cossols, an voler des promes^ que an 



UN SIECLE d'administration COMMUNALE. 345 

dat a Madono, quant s'afaguet, i tnoto de lano que costo 
XVIII doblas e mieja (f» 7). 

Cependant nous ne devons pas oublier les aides qui furent 
aussi fournies aux seigneurs suzerains, le tout indépendam- 
ment des tailles et subsides payés au roi et consentis par les 
Etats de Languedoc. Ces aides sont donc : 

En 1395, celle de 4 francs et demi par feu payée au roi 
pour le mariage de sa fille Isabelle avec le roi d'A.ngleterre 
(f<'4); 

En 1414, un fouage levé per lo senlior de Sant Jorgi 
(f°42); 

En 1436, celle de 2 écus au bâtard de Bourbon, sans comp- 
ter des présents de gelines et de vin en 1441 : 

En 1437, celle de 13 écus 1/2 au comte d'Armagnac pour 
le mariage de sa fille; 

En 1440, celle de 2 livres au vicomte de Tartas : 

Item may an paguat, com par per huna Mlleta de la 
donassio que foc faita al vesquonte de Tartas^ ii^^ lieuras 
(fo 2). 

Garantie des dettes seigneuriales, etc. — Il y eut 
encore des secours d'un autre genre que les vassaux ren- 
daient au seigneur. Par le fait du luxe de l'époque, et aussi 
sans doute à cause des longues guerres, Jean-Jourdain de 
risle se trouvait dans de fréquents embarras financiers; 
pour payer ses fournisseurs de draps et ses marchands de 
chevaux, il leur engageait avant échéance ses droits féodaux, 
oublies, albergues et afitanage {Minutes de J. Campodei, 
déjà cité). Ces marchands appelaient en garantie les vas- 
saux qui devaient les couvrir de leurs avances et peut-être 
même des intérêts; nous disons peut-être, car l'usure avait 
soin de se dissimuler, et nous n'avons trouvé aucune preuve 
de notre insinuation ; mais pourquoi les marchands auraient- 
ils fait des avances si, à la place du seigneur, ils n'avaient dû 
percevoir le montant du droit sans aucun intérêt pour eux? 

Quoiqu'il en soit, le lundi avant la Sainte-Cécile 1389, les 
consuls allèrent à Grenade garantira Jean Boet le payement 
de l'albergue : 

ANNALES DU MIDI. — XX 23 



346 F. GALABERT. 

Item le dielus sigiient aneron a Granada totz les nncos- 
sos.per obligar a maestre Jolian Boet l'aubcrga perMosen; 
esteron tôt lo dia, despenderon un gros (f« 20). 

Ils avaient déjà la même année garanti le payement des 
oublies dudit seigneur, à Martin Bonasenha, et, comme ils 
n'avaient pas été exacts au remboursement, ils avaient eu la 
visite des sergents qui étaient restés en garnison toute la 
semaine et avaient dépensé la jolie somme de 29 gros : 

Item le jorn de la Piplmnia vengueron ii sirvens de 
Tholosa. que la un s'apera VEscarrer e Vautre Megen, 
per lo deute den Martin de Bonasenha per las oUias de 
Mosen que hom l'abe obligadas; esteron en garniso cntro 
al dimenge; agueron ah so que despesseron assi xxix gros 

(fos 20, 21). ■ ^ 

Ils ne furent pas plus exacts en 1391, où Jean Boet leur 
réclamait le remboursement de l'albergue, le jeudi après le 
premier jour de l'an : lo dijaus après an nau... anec per 
parlar ab maestre Johan Boet, per aber sufferta de la 
aiibergade Mossen...(f'>U). 

Les consuls, ayant résolu en 1390 de vendre l'arriere-dime 
pour se créer des ressources et éteindre les dettes de la com- 
munauté, avaient, en compagnie d'un notaire, du messé- 
guier et même en présence de Bernardon, recherché le nom- 
bre d'hommes et d'animaux sur qui pèserait l'impôt, afin 
que les marchands pussent se rendre compte du rendement 
possible de cet impôt. Or, Bernardon, ayant compris qu'il y 
avait de l'argent à gagner en cette affaire, fit savoir qu'il 
prendrait la levée à son compte. Les consuls, qui avaient 
déjà promis à Jean Boet, fort embarrassés, s'en allèrent a 
Launac voir si Bernardon ne consentirait pas a admettre 
ledit marchand de compte à demi avec lui. Il est probable 
que Bernardon ne consentit pas à n'être que de moitié dans 
l'allaire • nous savons, en effet, que, à l'époque de la mois- 
son voyant les paysans emporter les gerbes avant la levée 
de l'arrière-dime, il fit publier à son de trompe qu'ils eussent 
à s'en abstenir sous peine d'un marc d'amende. Les consuls 
allèrent bien à Toulouse essayer de faire retirer cette dé- 



UN srÈCLE d'administration communale. 347 

fense; Bernardon s'y refusa, et, comme ils voulaient relever 
appel, leur avocat les en dissuada : 

Item quan atjueron arendat lo redeumc a ,naestre Juan 
Boef, Bernai Jordan, fray de Mosen. volguec. lo redeume; 
e tribalheron e aneron Vidal Dartes et Jolian Borgnes a 
Naunac (sic), per saber si volguera arculhir lo dit maestre 
Jolum Boet que agues part en la redeume.. afin que no 
aguessa re encontra lor, quar lo dit maestre Johan B oe 
demandalm que hom...per ii dias despenden m gros (fM5). 

Item lo divendres aprop la festa de Sen Pey e Sen Pau 
aneron Andriu Tupha e Pey Darmanhac a Tholosa que 
Bernât Jorda abe feyta fer uca que negun no portes ni 
partis garba de la redeume ses apera.r primer son redeu- 
mer, enpena d\m marc{z) d'argent, e se aneron parlar ab 
lu a Tholosa e non volec ren rclaœar; egueron letra d:apel- 
lacion que costec i g?^os (1391 ; f» 4). 

Deux affaires analogues se produisirent en 1396 et en 1413 

Le 16 septembre 1396, le seigneur, ayant appelé les consuls 
a Launac, leur demanda de céder la levée de l'alberoue et de 
l'afitanage al e/Tant de la Ylha, probablement son fils aîné • 

Ite^n a xvi de setembre anero los ditz cossols a Launac 
on eran mandat z per lo senho... que els oUiguessan Vau- 
berga e afdanatge al efTant de la Ylha, e los cossols dishen 
que els parleran am lor cosselh... (fo lO). 

Très embarrassés de la demande, les consuls, qui avaient 
déjà promis la levée à Pierre Assalhit, marcband, réunirent 
le conseil général des habitants afin de mieux appuyer leur 
refus ; une députation fut même envoyée à Launac pour 
faire connaître l'impossibilité de donner satisfaction. Le sei- 
gneur persista dans sa demande, d'où une nouvelle réunion 
et une nouvelle députation composée de consuls et de 
prud'hommes; puis les consuls coururent à Toulouse deman- 
der conseil à leur avocat : allées et venues à Toulouse et à 
Launac, promesse par le seigneur de dédommager?. Assa- 
lhit. Il serait fastidieux de donner le détail de toutes les 
démarches qu'entraîna cette affaire : elle n'était pas encore 
réglée a la fin de janvier 1397 (n. st.). 



348 F- GALABERT. 

Les consuls furent encore mandés à Launac le 30 septem- 
bre 1413, pour passer acte d'obligation tout à la fois des 
oublies, de l'albergue et de l'afitanage. Pour ne pas déplaire 
au seigneur, ils se rendirent à Toulouse dans l'espoir d'ob- 
tenir le désistement de Guillaume Azémar, à qui les oublies 
avaient été engagées ; celui-ci ne voulut pas renoncer à ses 
droits, ce fut le cadet du seigneur qui céda. 

Au mois de février suivant (1414 n. st.), le seigneur for- 
mula une nouvelle demande; mais cette fois elle parut telle 
qu'on ne put s'entendre, et les consuls allèrent à Grenade 
solliciter des lettres d'inhibition contre lui. Les détails man- 
quent, le compte de cette année ayant disparu. 

Nous devons reconnaître que, après 1414, nous ne trou- 
vons plus trace de pareilles demandes et de semblables 
garanties. Mais notons, outre ces exigences que favorisait la 
crainte de déplaire au seigneur, le sans-gène avec lequel 
Jean-Jourdain s'éloigna plusieurs fois le jour même où il 
avait convoqué les consuls dans son château de Launac. Les 
comptes, dans leur froide rédaction, ne nous disent pas si ce 
procédé laissa les consuls insensibles; ce qu'il y a de bien 
sûr, c'est que ce procédé et ces exigences multipliées ne 
paraissent pas avoir altéré la bonne harmonie entre sei- 
gneur et vassaux. 

Faut-il en voir la preuve dans le bon accueil que, au 
milieu de ces discussions, la ville fit par deux fois aux 
demandes du seigneur, le 16 octobre 1396 et le 15 janvier 
suivant, où lor dis quel ajudessan, et encore que le dessan 
certa soma de pecunia? En tout cas, une preuve moins dis- 
cuta43le c'est que, au mois de janvier 1396 (1397 n. st.), 
quand les consuls furent sommés de réparer le pont de Bou- 
que (ainsi nommé du confluent de deux ruisseaux avec la 
Garonne), par deux fois le seigneur leur accorda son inter- 
vention et une lettre de recommandation auprès d'Estève 
Chalve, maître des eaux : 

Item 10 dijos a xxii de feure venc lo dit senho Aucunvila.., 
per parlar au maestre Steve Chalve (f»» 3 et 4). 
Si, en ce cas, ladite recommandation n'empêcha pas de 



UN SIÈCLE d'administration COMMUNALE. 349 

nombreuses et coûteuses démarches, ni les fréquentes visites 
des sergents {car tôt jorn era7i exequtatz per reparar 
aquel), il est sur que les droits de la communauté furent 
reconnus, et les 11 francs, portés par le devis de Vital Ba- 
vas, furent payés solidairement par les communautés d'Au- 
camville, Verdun et Grenade. Nous voyons, enfin, le sei- 
gneur accorder gracieusement, en 1405, la permission de 
prendre des «hênes dans ses bois pour la charpente de 
l'église; deux de ces poutres mesurent encore plus de 10 mè- 
tres de long sur 0n>40 de retombée. 

Un dernier genre d'exigence seigneuriale, c'est la réquisi- 
tion ; en voici deux cas. 

Le 26 novembre 1395, le seigneur ayant pris le cheval de 
Johan Daraibera, les consuls se rendirent au château de la 
Mothe pour le réclamer. Jean Jourdain remit la solution du 
différend au lundi, à Launac, puis au mardi à Grenade; les 
consuls revinrent encore k ce sujet le mercredi et le samedi 
à Grenade, après quoi il n*est plus question de rien dans les 
comptes : 

Item a xxvi del dit mes aneron Admn Dongan, cossol, 
Johan Depuntis e Johan deu Cas a la Mota, ixirla?^ aqui a 
Mossen de Launac, per lo rossi quel avia fayt prendre d'en 
Jotian Darribera quel îHagties de redre; despensei^o can 
foro vcngutz ii hluncas (f" 6). 

Itein lo dimecres e lo disapte seguens ancre a Granada 
lo dit P. Dar?nanJiac e Johan Darribera a Granada, on 
Mossen de Launac les avia mandat z per lo feijt del dit 
rossi; despe?iden en u forns que demoren de part delà 
III gt^os (fo 6). 

Le fait seul de la réclamation portée au seigneur semble 
prouver que les habitants n'étaient pas à la merci de ce der- 
nier; s'il avait eu le droit de prendre les objets à sa conve- 
nance, comment les consuls auraient-ils osé aller réclamer 
au château? 

Au mois de février 1414 (1415 n. st.), Gaspard-Jourdain 
de risle, par crainte de la peste qui sévissait, voulut envoyer 
sa femme et ses enfants au comté de Foix; les consuls lui 



350 F. GALABERT. 

ayant refusé le louage d'un cheval à cet effet, il les mit en 
prison ainsi que deux conseillers; relâchés au bout d'un 
jour, les consuls accédèrent à la réquisition et accordèrent 
les 8 gros nécessaires; même, le mességuier accompagna la 
dame dans son déplacement, sans compter qu'on porta en- 
core gratuitement deux comportes à Grenade : 

Item lojor métis (2 février) Mos^en fec aresta les cosols 
e Jolian Depuntis e Arnaul Ponssot, acosselhes, per i rossi 
que detnmidava per porta sos enfans al comtat de Foys 
p2r paor de la mortaudat; liesten totz le jorns arestat e 
convenguec que anessan a la Muta parla a7n lu, e co^iven- 
guec que le prometen per i rossi que el ave logat viii gros; 
e mes convenguec que fessen porta a Granada doas 
semais, de que paguen a Johan de Guilhamat x toisas; e 
despensen quant fon bengut de la Mota un blancas. 

... e lo sir vent s'en fos anat am Madona... 

Item paguen a Monatho per porta la farda de Madoyia 
a Balon viii gros. 

Si, à la fin de cette étude, nous résumons nos impressions, 
nous trouvons une administration financière déplorable et 
dont les défauts, au lieu d'être corrigés par l'action des offi- 
ciers royaux, furent augmentés par la plaie des sergents, du 
moins au quatorzième siècle. Nous voyons des vassaux 
quêtes à tout moment et obligés par la crainte, surtout à la 
fin du quatorzième siècle, à garantir les dettes et à satisfaire 
les multiples exigences des seigneurs. Brochant sur le tout, 
il y avait les routiers qui, non contents de leur solde, extor- 
quaient, grcâce à la faiblesse du pouvoir royal et peut-être à 
son insu, tout ce qu'ils pouvaient aux malheureux paysans. 
Par contre, il 3^ avait une vie communale intense, un peuple 
qui prenait part aux délibérations, qui contrôhiit les dépenses 
et faisait même changer l'assiette do l'impôt. Enfin, les sei- 
gneurs vivaient en bonnes relations avec leurs vassaux, les 
défendaient contre les pillards et leur donnaient leur appui 
auprès de l'administration centrale. 

Firmin Galabert. 



LE MOINE DE MONTAUÛON 

ET L'EMPEREUR OTHON IV 



Une étude sur la Cour poétique du Poi Sainia Maria^ m'a 
naturellement amené à chercher à quelle époque exactement 
le moine de Montaudon fo failz seigner de cette cour, de dar 
l'esparvier, et comhien de temps dura sa magistrature. La 
biographie dit lonc temps, tro que la cort se perdel. Or, le 
moine ne prit l'épervier qu'après avoir quitté le prieuré de 
Montaudon : c'est alors que le roi d'Aragon, Alphonse II 
(t 1196), H comandet q'el manjes carn e dompneies e can- 
ies e irobes; et el si fetz; e fo faitz seigner, etc. Mais il 
était encore au cloître au commencement de 1194. La pièce 
L'autr^'ier fui en Paradis est écrite au moment où Richard 
Cœur-de-Lion revient de sa prison d'Allemagne (2 mars 
1194)^, et le moine nous apprend qu'il est resté, pendant la 
captivité du roi, aclis en claustra un an o dos et a perdut 
los baros. Ceux-ci lui retirent leur amitié parce qu' « il aime 
Dieu et le sert » (cobla 2); Dieu lui fait remarquer qu'il ne 
doit pas rester en claustra rescos, même pour les intérêts de 
Montaudon (cobla 3). Cependant, le sirveutés Pois Peire 
d'Alvergn'a chantai est aussi de 1194, d'après Suchier 
{Jahrb., xiv, 12); or, cette satire mentionne que le fals 
MONGEs de Montaudo a laissât dieu per baco. Il est donc 

L J'ai indiqué les grandes lignes de cette étude dans les Mt'dmiges 
Chahaneau, pp. 258-259. 
2. Voir notamment les coblas 5 et 6 de cette pièce. 



352 C. FABRE. 

acquis que le moine put devenir seigneur de la cour du Puy 
dès la fin de 1194. Mais il est plus difficile de trouver la date, 
même probable, de la suppression de cette cour. 

M. Ghabaneau' fait mourir le moine en 1200. Il avait consulté 
Diez, Philippson, Klein "^j V Histoire littéraire, Sabatier, Tho- 
mas. A son avis donc, aucun de ces auteurs ne contredisait 
son indication et il a dû accorder peu d'autorité à l'opinion de 
Klein, qui prolonge la vie du moine jusqu'en 1207. 

Le lonc temps de la Biographie se ramènerait ainsi à six 
années. Même il faudrait réduire notablement ce laps de 
temps : après son départ du Puy, le moine, en effet, anet en 
Espaigna e fo li faitz grans honors e grans plazers per 
totz Los reis e per totz las baros e'is valens homes... e anet 
s'en a un priorat que a nom Villafranca^... e ei lo crée e 
Venriqui e'I meilloret. 

Tout cela, évidemment, ne s'est pas fait en un jour. 

Mais je croîs que M. Ghabaneau s'est trompé, ainsi que 
Klein, dont je discuterai plus loin l'opinion. Le moine était 
encore sûrement en vie en 1210-1213 : cela résulte d'une 
cobla qu'il a écrite nécessairement à cette date. C'est la sui- 
vante (publiée par Philippson sous le n^ XXI, par Klein sous le 
n» X) ' : 

Seigner, sagessetz^ reg^iat a, 

Per conseill dels vostres baillos. bg 

No'ics mandera'l reis N'Anfos hj 



1. Biographies des Troubadours, p. 161. 

2. Ces deux derniers sont les auteurs des deux éditions du moine ; la 
première a paru à Halle en 1878. la seconde à Marburg en 1885. 

3. Yoy. sur ce nom la note additionnelle. 

4. La construction strophique de la cobla n'a pas été saisie par Phi- 
lippson. Cet auteur indique nettement la longueur des vers quand il 
transcrit les autres poèmes du moine; pour celui-ci, il ne prend poiut 
cette précaution et ne i-eproduit pas le rythme en note. Elle ne l'a pas 
été non plus par Maus (Peire Cardenals Stroplienbau ; Marburg, 1881, 
n° 47], forme 6), qui donne uniformément huit syllabes aux cinq pre- 
miers vers. Cette construction serait unique dans la poésie des trouba- 
dours. 

5. Philippson corrige s'arjuessetz, pour se conformer à l'orthographe 
adoptée par les transcripteurs modernes. Je respecte le texte du manus- 
crit. 



LE MOINE DE MONTAUDON. 353 

Tant salut, ni tant amistat, ag 

Ni noi'us agra tant honrat a^ 

Chai\ Proenza"^ ni tola- Lumbardia^. Cjo 

Ni, a Nicart*, non agra seignoria 0^0 

Lo reis Joanz plus que a Saint-Massenz * d,o 

Se regnasselz^ per conseill de servenz. d,o 

dont voici la traduction : 

« Seigneur, si vous aviez régné suivant le conseil de vos baillis, 
« le roi Alphonse ne vous enverrait pas un salut si empressé et 



1. Philippson à chai substitue sai, forme courante chez les trouba- 
dours. Mais, à ce compte, on détruit les formes dialectales des manus- 
crits, quand ils en contiennent. Il est vraisemblable que le moine disait 
c)iai, comme le disent encore aujourd'hui ses compatriotes de l'Auvergne 
et du Velay. 

2. Le mot Proenza désigne ici la Provence propre, terre d'empire, et 
non, comme cela a lieu souvent, l'ensemble des pays de langue d'oc. 

3. Le mot Lu-inbardia désigne l'Italie da Nord tout entière. Le royaume 
de Fouille et de Sicile était considéré comme une contrée distincte, et le 
nom d'Italie n'était pas employé par les troubadours. (Voy. Cha>iso7i de 
la Ci'oisade, éd. P. Meyer, t. II, notamment p. 67, note 2;) 

i. Philippson émet judicieusement l'avis que Nicart est la forme cor- 
rompue de quelque nom géographique anglais. Je crois que Nicart = 
Newark. Cette petite ville anglaise du comté de Nottingham, sur la 
Trent, avait un château fort dont Jean sans Terre fit sa résidence habi- 
tuelle, et où il se réfugia et mourut en 1216, lorsque Louis de France 
s'empara de son royaume. La prononciation anglaise (Niou-ark) du mot 
Newark n'est pas très éloignée de celle de Nicart. Les mots anglais sont 
fortement dénaturés par les troubadours et le 10 peut être rendu par gtc 
ou c : voyez Winchester = Guiiicestre dans la Chanson de la Croisade, 
V. 806 et 3718. Si le manuscrit portait Nicarc au lieu de Nicart, la dé- 
monstration serait faite. En tout cas, il est logique que le moine de 
Montaudon, qui personnifié tout le Poitou dans Saint-Maixent, person- 
nifie aussi l'Angleterre dans une seule ville, résidence ordinaire du roi. 

Klein voit dans Nicart le mot Niort. Il n'est pas possible d'adopter 
son opinion. Le mot Niort est toujours bien écrit par les troubadours 
(voy. notamment Chanson de la Croisade, v. 3397). Il a deux syllabes et 
il aurait été inutile de le transformer en Nicart pour avoir le vers dn 
moine. Quant à la valeur historique de l'interprétation de Klein, je la 
discuterai plus loin. 

5. Saint-Massenz (Saint-Maixent, Deux-Sévres , arromlisscment de 
Niort) désigne le l*oitou, que .Jean sans Terre s'est vu confiscpier par 
Philippe-Auguste dés 1206. Saint-Maixent possédait une ancienne abbaye 
de Bénédictins, l'ordre même auquel appartenait le moine de Montaudon. 

6. Philippson remplace regnassetz par agues régnât et donne à ce 
verbe le mot Joa)iz pour sujet. C'est prendre réellement trop de liberté 
avec les textes. 



354; C. FABRE. 

« tant d'amitiés, et, de ce côté-ci, la Provence et la Lombardie ne 
« vous auraient pas tant lionoré. De même, à Newark, le roi Jean 
« n'aurait pas plus de pouvoir qu'il n'en a à Saint-Maixent, si 
« vous régniez comme le voudraient vos conseillers. » 

On le voit, à mon sens, c'est, selon le poète, la politique 
d'Othon qui affermit le pouvoir du roi d'Angleterre; Phi- 
lippson altère donc le sens en traduisant : 

« De même, à Nicart, le roi Jean n'aurait pas plus de pouvoir 
« (ou de terres) qu'il n'en a à Saint-Maixent, s'il avait régné sui- 
« vaut le conseil de ses ministres^. » 

■ Cette cobla, improprement qualifiée de esparsa par Phi- 
lippson^ et qui me paraît plutôt un fragment de tenson, ne 
nous a été conservée que par le seul manuscrit H. Son inter- 
prétation historique a été tentée par les deux éditeurs du 
moine, MM. Philippson et Klein; mais les remarques de ces 
deux auteurs sont incomplètes : et d'abord, ils n'ont pas réussi 
à identifier le personnage essentiel du poème, c'est-à-dire le 
seigner à qui le moine envoie sa cobla. 

Cependant, l'identification de ce prince, qui a « régné con- 
trairement au conseil de ses baillos », est facilitée par deux 
indications très claires : 1" par celle de la Provence et de la 
Lombardie, qui « ont tant honoré » le souverain en question ; 
2'^ par celle d'un roi Joanz, qui ne peut être que Jean-sans- 
Terre. 

La mention de ce roi circonscrit immédiatement les recher- 
ches entre 1199 et 1216, c'est-à-dire entre les dates qui mar- 
quent le commencement et la fin de son règne. Or, quel est, 
dans cet espace de temps, le souverain qui « a été honoré par 
la Provence et par la Lombardie » ? C'est évidemment un 
empereur d'Allemagne, suzerain de la Provence, roi d'Arles et 
roi des Romains. Lareuommée que se sont acquise dans l'his- 
toire les grands empereurs ferait songer à Frédéric 11 (1213- 
1250), qui fut choisi par le pape Innocent III dès 121!. Mais 



1. Der Mœnch vo>i Montaudon, p. 1*9. 

2, Ibid., p. 55. 



LE MOINE DE MONTAUDON. 355 

ce prince était tout jeune à cette date; il n'avait que quinze 
ans; et quand, après la bataille de Bouvines (1214), il devint 
l'empereur incontesté de l'Allemagne et de tout le Saint- 
Empire, de la Baltique à la Sicile, le roi Jean était déchu de 
sa puissance. 

Ce n'est donc pas lui qui « avait déjà régné contre le con- 
seil de ses baillos», et je suis ainsi amené à penser à son pré- 
décesseur, l'empereur Othon IV (1198-1218). Celui-ci est bien 
le personnage ctierché et les éloges que lui adresse le moine 
sont parfaitement justifiés à partir de 1210 jusqu'en 1214. 
Othon, dont le pouvoir avait été contesté jusqu'en 1208, triom- 
phe enfin partout après cette date. Son concurrent gibelin, 
Philippe de Hohenstaufen, a été assassiné (21 juin) et toute 
l'Allemagne reconnaît Othon comme empereur. Il se fait 
réélire à Francfort, puis descend en Italie, rencontre le pape 
Innocent III à Viterbe et se fait couronner à Saint-Pierre, le 
4 octobre 1209. Aussitôt, tout le nord de l'Italie lui rend 
hommage, ainsi que la Provence et le Dauphiné, et Rai- 
mon VI, comte de Toulouse et marquis de Provence, se rendra 
bientôt auprès de lui pour solliciter son appui contre les 
croisés. Le roi de Castille, Alphonse VIII, qui est son oncle 
par sa femme, Aliénor d'Angleterre, lui envoie l'expression 
de son amitié, et le pape rêve un instant de faire d'Othon le 
chef d'une croisade qu'il veut envoyer en Orient. Cette der- 
nière circonstance fait immédiatement de l'empereur le héros 
de tous les troubadours qui poussent à la croisade. Othon n'a 
que trente-quatre ans ^ 

Quant au roi Jean, c'est aussi à la même date qu'il mérite 
les éloges du moine. 

Je ne rappellerai pas comment, à la suite de sa criminelle 
usurpation, Philippe-Auguste lui enleva la Normandie, l'An- 
jou et le Poitou (1200 à 1206). Mais, en 1209, un retour de 
fortune rendit soudain Jean un des monarques les plus actifs 
et les plus redoutés de l'Europe. Etroitement lié à son neveu 



1. Sur tous ces événements, voyez le récent ouvrage de M. A. Luchaire, 
Innocent III, la papauté et l'Empire, 1907. 



356 C. FABRE. 

Othoa, qui était enfin le maître incontesté de l'Allemagne et 
de l'Italie et pouvait ainsi contenir le pape, Jean triompha du 
clergé anglais soulevé contre lui. Menacé d'excommunication 
par les évêques, il confisqua les revenus de ceux qui avaient 
quitté le royaume, exigea des otages des barons et obtint la 
soumission du roi d'Ecosse. Grâce à l'argent qu'il extorqua 
aux prélats et aux juifs, il put soutenir Othon et passa lui- 
même en Irlande où il instaura une administration analogue 
à celle de l'Angleterre et imposa comme gouverneur son ami, 
l'évêque de Norwich. En 1211, il entra en armes dans le pays 
de Galles, où sa campagne fut également heureuse. 

Il n'y a rien d'élonnant à ce que le moine ait été en rela- 
tions avec Othon IV. Celui-ci, fils de Henri-le-Lion, duc de 
Saxe, et de Mathilde, sœur de Richard Cœur-de-Lion, avait 
passé sa jeunesse en Aquitaine, auprès de son oncle. Là, il 
s'était fait remarquer dans les guerres et les tournois : c'était 
un des plus beaux hommes de son temps et un chevalier d'une 
valeur remarquable. Richard, qui n'avait pas d'enfants, lui 
témoignait une affection particulière et l'avait comblé de fa- 
veurs et de biens. Dès ll90, Olhon rendait hommage en per- 
sonne^ à Vœc (? ; en Poitou, à Guillaume, évêque de Poitiers, 
des seigneuries de Civray, de l'Isle-Jourdain et du Dorat^ Il 
avait quinze ans. Les historiens prétendent que, malgré sa jeu- 
nesse, il fut chargé du gouvernement de l'Aquitaine pendant 
la croisade de Richard (1190-1194). En tout cas, d'après V Art 
de vérifier les dates '^, il fut successivement investi, en 1196: 
l» du comté d'York en Angleterre, 2° du duché d'Aquitaine, 
3^ du comté de Poitiers, Le 29 décembre 1197. il était en- 
core en France et signait à Bénaon (Poitou) une charte en 
faveur des habitants d'Oléron. 

Richard le fit élire empereur à Cologne, en 1198, grâce aux 
subsides qu'il lui fournit en échange de la rétrocession des 
fiefs dont il l'avait investi. 

Jusqu'à cette dernière date, le moine, qui était un familier 



1. Gallia christ., II, 1181. Cf. Art de vér. les dates, II, 3G4. 

2. Ed. 1784, II, 364. 



, LE MOINE UE MONTAUDON. 357 

de Richard, avait, sans (ioute. connu intimement Othon'. Il 
n'y a donc rien d'étrange à ce que, douze ans après, lorsqu'il 
voit ce dernier au faîte de la gloire et de la puissance, il lui 
adresse ses compliments, le félicite de ses succès, fasse l'éloge 
de sa manière de gouverner et le félicite de soutenir sou oncle, 
le roi d'Angleterre. Il n'y aurait même rien d'étrange à ce 
que, comme je le crois, le moine et son interlocuteur aient 
tressé une tenson en provençal. Otlion, ancien duc d'Aqui- 
taine, connaissait sans doute la langue d'oc 2, 

A mon avis, par les baillos et les servenz il ne faut pas 
entendre des ministres proprement dits, soumis aux ordres de 
l'empereur, mais plutôt des conseillers officieux, contre les- 
quels Othon a bien fait de se révolter et d'affirmer sa puis- 
sance souveraine. Or, quels pouvaient être, en Allemagne, 
comme en Italie et en Angleterre, ces conseillers, sinon les 
gens d'église, depuis le pape jusqu'aux simples évêques et 
abbés, en passant par les puissants archevêques-électeurs de 
Cologne, de Mayence et de Trêves? Le règne d'Othon fut 
une longue lutte contre le clergé. Dès 1201, il avait dû pro- 
mettre à Innocent III, pour se faire reconnaître par lui, toute 



1. L'intimité qui unit Richard et le moine de Montaudon est attestée 
par la cobla 5 de la pièce L'autr'ier fui en Paradis (Philippson, 
pp. 37-39). 

Morgues, hen mal o fezis 
Que tost non ânes coichos 
Al rei oui es Olairos 
Qui tant era tos amis 
Per que lau que fo afraigna. 
Ho I quantz bos marcs d'esterlis 
Aurai perdutz els teus dos, 
Qu'el te levet de la faigna ! 

La pièce est de 1194, au moment où Richard vient de sortir de sa prison 
d'Allemagne. La cobUx G en donne la preuve. Klein l'avait déjà remarqué. 

2. Cette opinion est fondée sur les raisons suivantes : l" Le moine de 
Montaudon n'a pas écrit de coblas esparsas ; ses poèmes sont, au con- 
traire, généralement longs ; il affectionne le vers, où le nombre de strophes 
n'est pas déterminé et dépasse celui des cansos. 2° La construction stro- 
phique de sa cobla est unique, d'après Mans (n" 471, forme 6), et se rap- 
proche seulement do loin de celle d'une tenson de Gui d'Uisel, N'Elias, a 
son amador (Bartsch, Gr. 194, 17). Aurait-il créé un rythme nouveau 
pour une simple cobla ^ 



358 C. FABRE. 

l'Italie au sud du Pô. Eu 1205-1206, il avait dû lutter contre 
l'archevêque de Cologne. Comme il avait été vaincu, le pape 
venait de l'abandonner et de reconnaître son concurrent gibe- 
lin. Philippe de Hohenstaufen, lorsque celui-ci fut assassiné. 
L'année suivante, après le nouveau revirement d'Innocent III 
et le couronnement d'Othon, celui-ci eut, en Italie même, à 
lutter contre l'Eglise. Innocent III lui avait demandé tout 
l'héritage de la comtesse Malhilde, c'est-à-dire, en somme, 
toute l'Italie centrale. L'empereur refusa et envahit la Fouille 
pour déposséder le jeune Frédéric de Hohenstaufen, fils de 
Henri IV, et roi de Sicile et de Naples. Il espérait ainsi 
anéantir le parti qui pouvait lui disputer la couronne impé- 
riale. Mais le pape était le tuteur de Frédéric, alors âgé de 
treize ans, et le royaume de Sicile était devenu féodalement, 
par un hommage de Constance, mère du jeune prince, un 
fief de l'Eglise. Innocent s'opposa donc de toute son énergie à 
l'expédition commencée contre la Fouille, excommunia Othon, 
le déposa (10 novembre 1210) et choisit, pour lui succéder, le 
jeune Frédéric lui-même. Celui-ci fut proclamé par une as- 
semblée tenue à Nuremberg en 1211. La guerre civile recom- 
mença en Allemagne et Othon dut repasser les Alpes. Les 
archevêques de Mayence et de xMagdebourg furent, sous les 
auspices du pape, les organisateurs de cette révolution. 

Or. il semble bien que le moine de Montaudon écrit au mo- 
ment où l'empereur a quitté l'Italie. La Provence et la Lom- 
bardie l'ont à ce moment déjà honoré. 

Quant au roi Jean, s'il a triomphé du clergé d'Angleterre 
en 1209 et en 1210, le pape ne le laissa pas non plus tranquille : 
il le déposa en 1212, comme il avait déposé, un an auparavant 
Otho'n lui-même. 

C'est donc à ce moment suprême de la lutte que le moine, 
très indépendant d'esprit, comme on le voit, félicite son ancien 
ami Othon de gouverner contre les conseils de ses haillos et 
des servenz et de soutenir énergiquement le roi d'Angleterre. 
Mais il est évident que la cobla a dû être précédée ou suivie de 
l'exposé de la situation politique, et c'est pour cela surtout que 
je crois à la composition d'une tenson. 



LE MOINE DE MONTAUDON. .S59 

Othon soutint, en eflfet, le roi d'Angleterre detoutes ses forces. 
En 1214, avec le concours du duc de Brabant, des comtes de 
Boulogne, de Flandre, et des contingents fournis par Salisbury, 
il poussa cent mille hommes à Bouvines contre le roi de 
France, agent du pape. Mais il fut vaincu, laissa sur le champ 
de bataille son carrossa et l'aigle impériale, et dut se retirer à 
Hartzburg où il mourut, quatre ans après, âgé à peine de qua- 
rante-trois ans. Jean, son oncle, l'avait précédé au tombeau 
en 1216, après avoir définitivement perdu ses possessions fran- 
çaises et avoir signé la Grande Charte (1215). Il était mort de 
douleur et de rage dans son château de Newark, qui avait 
été sa résidence favorite, tandis que le fils de Philippe- 
Auguste, Louis, s'emparait de son royaume d'Angleterre. 

Il est évident, par la suite des événements, que le moine a 
écrit avant la bataille de Bouvines (27juillet i214), au moment 
même où Othon organise contre ses ennemis la ligue qui le 
conduira à sa perte. Son poème, qui pouvait avoir sa raison 
d'être dès 1210, a donc été probablement composé plus tard, 
en 1212-1213'. 

Il me reste maintenant à discuter l'interprétation de Klein. 

Cet auteur^ donne au poème la date de 1207. Il remarque 
que cette année-là le roi de Léon, Alphonse IX (1188-1229), fit 
alliance avec Jean-sans-Terre. Celui-ci n'avait pas alors perdu 
tout le Poitou dont voulait le dépouiller Philippe-Auguste : 
le pape étant intervenu comme médiateur, une trêve avait été 
conclue, et Jean, moyennant 60,000 marcs d'argent, avait con- 
servé La Rochelle, Thouars et Niort (Nicart, d'après Klein). 

Cette remarque est exacte; mais si l'on admet l'interpréta- 
tion historique qu'elle comporte, ce serait le pape Innocent III 
qui aurait « régné contre les conseils de ses baillos » et aurait 



1. Cette cobla est donc contemporaine de trois célèbres chansons de 
croisade, oii un poète anonyme (3iJ3, 22), Pons de Chapteuil (375, 8) et Aime- 
ric de Pèguilhan (10, 11), déplorent la discorde qui sévit entre les princes 
chrétiens, pour le plus grand profit des Mahométans; elles sont toutes 
postérieures à 1210 et antérieures à 1214 (voyez sur ces pièces K. Lewent, 
Bas altprov. Kreuzlied, pp. 28-33, et comparez ce que j'ai dit des deux 
premières dans mon étude sur Pons de Cliapteuil, pp. 20-1). 

2. Die DichtiDigen des MœticJis von MoiUaudon, pp. 15-0. 



360 C. FABRE. 

été « tant honoré par la Provence et toute la Lombardie ». Je 
ne crois pas qu'une telle opinion soit soutenable. En 1206, 
Innocent III n'a rien fait de particulier pour la Provence et 
pour la Lombardie. Surtout les saluts d'affection que lui adres- 
serait le roi de Léon seraient plus que suspects. Alphonse IX, 
en effet, eut à lutter longtemps contre l'ingérence du pape dans 
ses affaires de famille et dans sa politique. Il avait épousé, 
en 1197, Bérengère, fllle du roi de Castille; Innocent III pour- 
suivit avec persistance l'annulation de ce mariage pour cause 
de parenté. Alphonse IX dut finalement divorcer en 1204, à la 
condition pourtant que ses enfants fussent reconnus comme 
légitimes. Ainsi, le roi de Léon était mal qualifié pour le rôle 
que le poème lui ferait jouer avec l'interprétation de Klein. 

Je crois, au reste, qu'il faut renoncer à voir, dans le reis 
N' Anfos, Alphonse IX, roi de Léon, et qu'il s'agit d'Al- 
phonse VIII de Castille (1158-1214). Celui-ci fut un protecteur 
des troubadours', et l'une des nowve//e5 de Raimon Vidal de 
Besaudun fut contée à sa cour, sous les auspices de la reine 
Aliénor. 

En outre, Alphonse de Castille était l'oncle, par alliance, de 
l'empereur Othon IV. Il avait épousé Aliénor d'Angleterre, 
fille de Henri II, et, par conséquent, sœur de Mathilde, de 
Richard Cœur-de-Lion et de Jean-sans-Terre. Il est donc tout 
naturel qu'il envoie à son neveu son salât et ses amitiés lors- 
que Othon est parvenu effectivement à l'empire. Un fait im- 
portant semble, d'ailleurs, se rattacher à ces relations d'amitié 
et les avoir consacrées. Bérengère, fille d'Alphonse, revenue 
à la cour de Castille dès 1204, songea, en 1211, à fiancer son 
fils aîné, Ferdinand, i'hérilier présomptif des deux Alphonses, 
a une princesse allemande, Béatrix, fille de Philippe de Souabe. 
Les fiançailles définitives eurent lieu en 1217. Or, Othon avait 
épousé la sœur aînée de Béatrix, dès 1211, à son retour d'Italie. 

C. Fabre. 

1. Guillaume de Saint-Didier, notamment, fait son éloge dans le chant 
Quan vei cazer fuoillas e flors, dont j'ai établi la date dans mon étude 
sur Pons de Chapteuil (Le Puy, 1907), p. 26, note 1. Sur les troubadours 
qui furent en relations avec lui, voyez Milà, De los trovadores, ch. v. 



LE MOINE DE MONTAUDON. 361 



NOTE ADDITIONNELLE. 



Je ne crois pas que Pliilippson et Klein aient vu juste quand ils ont 
identifié Villafrança avec une localité du Roussillon. Cette province, en 
etiet, n'était pas alors « en Espaj^ne ». C'était le roi de France qui rece- 
vait l'honiHiage des domaines qui s'étendaient de Montpellier à Tarragone 
et qui appartenaient aux rois d'Aragon. Les preuves de ce fait abondent. 

En voici une autre : Guilleiu de Tudela, qui connaissait bien le pays, 
après avoir nouinié les archevêques (ou évèques) de Tarragone, Lérida, 
Barcelone, met à part, comme venant d'otrals portz d'Espanha, ceux de 
Pampelune, Burgos et Terrazona (v. 150-5). Il dit ailleurs : 

Li u)i van a Tholoza, li autre en Arago7î, 
E li autre en Espanha. 

(Chanson de la Croisade, éd. Meyer, 757.) 

Il faut donc chercher Villafrança en Espagne même, c'est-à-dire en 
dehors du Roussillon, de la Cerdagne, de la Catalogne et de l'Ara- 
gon. Je trouve une ville de ce nom dans la province deGuipuzcoa, district 
de Tolosa, sur l'Oria. A la lin du xii'^ siècle, elle faisait partie de la 
Navarre, mais Alphonse VIII de Castille s'en empara dès 1200. C'est 
vraisemblablement là que s'enferma le moine, sans cesser d'être en rela- 
tions avec les rois voisins de Castille, de Navarre et de Léon, et avec 
divers barons, comme Don Lopez de Haro, qui accueillit aussi Richard 
de Barbezieux. 



ANNALES DU MIDI. — XX 24 



M K LANGES ET DOCUMENTS 



I. 



LES CHAPITRES DE PAIX ET LE STATUT MARITIME DE MAR- 
SEILLE, TEXTE PROVENÇAL DES XIII« ET XIV« SIECLES. 

[Suite et fin '.) 

III. — [Statut maritime]. 

(I). Bels consols establitz foras de Masseilha (Lat. 1, 172.) 

[po 39 r"]. Establem que d'aissi enant, totas horas que 
alcuns consols seran fatz o establitz en los viages de Suria 
o d' Aleissandria, o de Cepta^, o de Bogia, o en alcun autre 
5 luoc foras de Mass'., que aquill sian elegitz e creatz per lo 
regidor de Mass; e semblantmentz sian establitz tais totas 
lieras que aquill consols sian dels meillors per descrecion e 
per gent parlar, per proesa e per honestat e per dilection 
ad honor e utilitat del comun de Mass', d'aquels qu'adoncas 
10 en aquel teras ad aquellas dichas partidas annaran, e que 
aquil consols sian fag e establitz ab conseil e ab consenti- 
ment dels sendegues e dels clavaris del comun de Mass'. e 
dels semaniers dels caps de mestier, o de la major partida 

1. Voy. Annales, t. XIX. p. -504, XX, p. 45 et }i. 2(J1. 

2. Nous suivons les divisions do l'édition Pardessus , Collection des 
lois maritimes, etc. Pour la correspondance avec le texte latin , voyez 
L. Gonstans, Une rédactioti provençale du Statut maritime de Mar- 
seille, dans les Mélanges Chabaneau. Fr. Junge, Erlangen, 1007. 

3. Cepta = arabe Septa, aujourd'hui Ceuta, au N.-O. du Maroc, ville 
qui appartient à l'Espagne. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 363 

d'aquels, et en aquella raezeissa maniera sian donatz e esta- 

15 blitz ad aquells consols consseilliers. E li dig consols tug 
que ad aquellas partidas dichas deuran anar juron als 
santz evangelis de Dieu qu'e[n] nenguna maniera non 
metan, o suffran que sian messas per aicun, putans en lo 
fondegue d' aquella terra en la quai ill sobrestaran consolsi 

iO ni sostenran que aquellas putans fassan aqui stage. E non 
faran o non sufriran que le vins d'alcuns homes non Mars- 
seilles si venda o si meta el dig fondegue aitant longuament 
con aqui sera le vins d'alcuns Marsseilles a vendre. E non 
loguaran ni sufriran que sian loguadas, en alcuna autra 

2'^ maniera, alcunas botiguas ad estranjas personas, so es 
assaber ad alcuns non Marsseilles, sens voluntat e licencia 
espressa aguda del [v°] fondeguar del sobre dig fondegue. E 
(que) al dig fondeguar non encobolaran o non enbreguaran, 
non faran alcuna cauza o alcunas que sian contrarias ad 

30 aquellas cauzas que seran autrejadas o convengudas per lo 
regidor de Mass'. al dig fondeguar. E sembla[ntlment non 
constreineran le dig consol lo fondeguar a comprar d'els ni 
d'alcuns autres vins o ^Icunas autras cauzas per major près 
que non valrian en aquella terra. 

35 Item e que non pausaran ban ad alcun o non conderapna- 
ran alcun sens consseilh e assentiment dels consseilliers 
que lur seran donatz, o de la major partida dells ditz 
conseilliers Pero, si' auran pausat ban o pena, o auran 
condempnat alcun ab conseill de lurs conseilliers o de la 

40 major partida d'aquells. establem que aquo sia ferm tengut, 
aisso salvv que li regires que per lo teras sera(n) en Mass' 
denfra un mes après la venguda d'aquells o d'aquell a oui o 
las quais alcuntz bantz o alcuna pena es o séria condemp- 
natz. aissi com es dig de sus, si le consols sera prezentz e 

45 aquel a cui le bantz es pauzats o es condempnatz si com- 
planhera d'aquo, le dig regires puesca del dig ban o con- 
dempnation conoisser. el dig [ban] o condempnation revo, 
car', si sera vist al rector que en aquel fag sia hom annat 
eniquamentz. Pero, pos le consols aura pausat lo ban, non 

50 puesca nulla cauza apostot relaxar o cambiar sens consen 
timent de sos consseilliers o de la major partida d'aqu ells 

1. Ms. : pero si (pas de point). — 2. renocar. 



364 ANNALES DU MIDI. 

mas sentencia donada non puesca en alcuna maniera revo- 
cari. E si per aventura s'esdevenra que en alcun luoc 
sian .XX. homes de Mass'. o plus, [f°40 ro] o non sia[n] consol 

55 consol[s] establit, segon que es dig de sus. adonc per aucto- 
ritat d'aquest capilol sia leguda cauza ad aquels homes e 
puescan acorda[da]mentz tiitz o ii magers partida d'aquels, 
o aquiil que per ells o per la major partida d'ells serian 
elegitz ad elegir consols o consol, per se elegir consols de 

60 Mass'., li quai sobre ells [els] autres Marsseilles venentz 
aqui ajan aquel mezeis [»oder, lo quai aurian li autre consol. 
segon que es dig de sus, elegut per lo rector de Mass'., 
entro que li autres consols establitz (establitz) en Mass'., 
segon que es dig aqui, seran vengutz, e non outra. Pero, si 

65 aquel que séria elegutz' consols per la major partida dels 

homes de Mass'. refuiava o non volia receber lo consolât, 

sia punitz^ en .xxx. lb'.3 de riais coronatz, si per just 

enpediment non lo refuiava*. 

Semblantzmentz establem que d'aissi enant sia gardât^ 

70 fermament e sens corrumpement que neguns Marseilles o 
autres, don que sia o sera, que uze de major libertat o 
franqneza en Suria o en alcun autre luoc que li autres 
homes de Mass'. comunalment, en neguna autra maniera 
non puesca ni déjà en alcun tems esser fatz o establitz 

75 consols en Suria o en autre luoc o usaria d'aquella libertat, 

si empero autres o autre bon e aondos adonquas en 

aquellas partidas anant s'atrobaran o aqui seran quefassan 

a sostener [e] a perfar l'uflze del dig consolât s. 

Et ancaras ajostant que aquil que son consols un an en 

80 l'autre non sian consols, si non [en] aquel cas en lo quai 
non si trobaria sufâcient[z] 7. 

Semblantmentz establem que neguns fondeguars o nabe- 
tins, (yo) o alcuns que son vin venda o fassa vendre a 
menut, non puesca esser fatz o establitz en aquel luoc 

85 consol, ni alcuns que son mestier a corataria faria en 
[aquella] terra. Estier aquestas cauzas que si déjà gardar 

1. Ms. : re)incar. — 2. punia. — 3. Lat. : .x. libris. — 4. Le latin ajoute 
une dizaine de lignes. — 5. Ma. : gardar. — G. Le latin ajoute environ cinq 
lignes. — 7. Les mots Et aticaras... sufficient sont placés, dans le ma- 
nuscrit, à la fin du chapitre. Le latin les a à leur place. Il faut peut-être 
corriger : [altres] sufficientz (lat. : alius sufficiens) . 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 365 

que si alcuns fondeguars o [nabetins o] alcun[s] en alcun 
tems faran contra lo sagrainent, lo quai auran fago fara[nj 
al regidor de Mass'. en reserason del dig fondegue, perdan 
90 aqui mez6is tôt lo dreg, lo quai adonx [an] en lo dig fon- 
degue. 

[II] '. De gitament de met^cadarias en mar per mal tems 
per autra cauza (Lat. IV, 30). 

Si, sobrevenen - alcun perilh da mar o deventz, o per 
paor de corssaris, o per autras justas cauzas s'esdevenia 
5 esser fatz gitamentz de mercadarias justamentz, que en 
alcuna nau o en alcun lein seran, si aquel gitament[z| sera 
fatz ab corainal concordia dels mercadiers o de la maior 
partida o de la plus sanapartidao d'aquells que en aquella 
nau adoncx serian o en aquell lein, o fossa per justa o per 

10 liai maniera, per cauza d'esquivar raanifest perilh e 
d'aquella nau o d'aquell lein e de las mercz^ carguadas en 
aquellas gardadoiras o de gardar, adoncx lo dan d'aquell 
gitament et pe(rjjuramentd'aquellas mercz'' per aquel gita- 
ment fag sobre tôt l'aver que en la dicha nau o en if" 41 roj 

13 lo dig lein en lo tems d'aquell gitament sera remasut, pero 
comtadas aqui las cauzas salvadas en aquella nau o en 
aquell lein', per sout e per Ib'. sian adeguadas, o que comi- 
nalmentz si pagon : en la quai cominal collida le ditz avers 
que gitatz es e las mercadarias pejuradas sian comtadas 

20 segon que las mercz^ semblantz d'aquellas valran en 
aquella terra, en la quai la^ dicha naus o leintz ad aquells 
descarguara las cauzas salvadas fazent port. 

(III). De gardar los conseroages (Lat. IV, 23). 

Si alcun aura[n] fag entre se conservage o fassan en 

aquell viage que faran de lur bona voluntat o per manda- 

ment del rector o dels consols de Mass'., d'aquel luoc en lo 

5 quai le dig conservages sera(n) fatz en alcun cert viage, et 



1. Ce chapitre est reproduit au ch. XXVI avec des variantes d'expres- 
sion noinltreuses, mais sans importance. — 2. Ms. : sobrene)iOfi. — 
■i et 4. nientz. — .5. Lat. : nave etiam vel ligno ita salvatis ibi compu- 
tatis (le traducteur n'a pas compris). — 6. Ms. : mentz. — 7. le. 



366 ANNALES DU MIDI. 

an promes pena l'un a l'autre d'aisso a gardar. stablem que 
aquilKs), li quai lo dig conservage non observaran, si aisso 
non fazian per just erapediraent entreve[ae]nt, sian tengut 
de pagar la pena promessa ad aquells que voirian gardar lo 

10 conservaje o al comun i de Mass'., si (al comun de Mass'. si) 
al comun o ad alcun per lo conaun li davant dicha pena 
sera promessa; la quai pena si li dig rompe[n]t la fe non 
voirian paguar, li poestat o li consols que per tems seran 
destreinnara aquels que promezeron a paguar la dicha pena 

1."j sens 2 bestenssa. Empero, si pena non sera promessa, mas 
tant solament lo dig conservage establit sera covengut, 
stablem que li poestatz o li consols sobre ditz sian ten- 
[vojgutz adoncx tolre en nom de pena .1. marcx d'argent per 
la nau als rompentz aquell conservaje, e de las dichas penas 

20 aqueila^ naus o li senhor d'aquella non sian tengutz en 
alcuna maniera, si non aquellas partz tant solament las 
quais en aquella aurian aquill forfazedor(s) o delinquent, e 
semblantment si non aquill solet que en aquella nau serian 
en lo dig viage rompe[n]t lo conservage. Slablem semblanl- 

2o menl que totas las dichas penas enaissi agudas del comun 
de Mass'. sian donadas o despendudas en curar lo port de 
Mass\ *. 

(IV) ^ Dels mariniers (Lat. IV, 15). 

Si alcuns aura logat maieniers o autres obriers o autras 
personas, le quai ad ell per près o per loguier stablit 
alcuna cauza leguda aura covengut de far o esser fazedor. 
5 stablem que aquill aquella cauza que auran covengut sian 
tengut de coraplir, si per just empediment e manifest non 
remania; domentz empero [que] aquellas personas. so es 

1. Ms. : alcun. — 2. serns. — 3. aquille. — 4. La phrase eu italiques 
manqaie dans le texte latin et constitue probablement une addition pos- 
térieure. — 5. Ce chapitre et les doux suivants sont reproduits, ajjrès le 
ch. XXI, avec quelques variantes d'expression (ch. XXII, XXIIl et XXIV). 
Cf. par exemple, IV, 1, licita pour leguda; IV, 7, ei)cobolament pour 
empediment; V, If), o per cambi la guazainnaria pour ad autra ma- 
niera l'aquistaoa: V, l'J, o camhiada pour o d'autra ^naniera aquistada. 
— Une double erreur, différente dans les deux rédactions, montre qu'elles 
ne dérivent pas de la même source (provençale) : V, 3, enaissi con es 
acceptât o a bogia (2' réd.); aissi con a certa [= septa du lat.) o a b. 
(l" réd.); cf. V, 7, accepta [2' réd.), ves cepta (1" réd.). La 2' copie est 
d'ailleurs assez négligée (mots omis, etc.). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 367 

assaber marenier [o] obrier, siaa tais que en autra maniera 
si puescan obligar^. E si per aventura s'esdevenia que 

10 l'albres de la iiau en la quai li davant ditz anarian, o timon, 
o timonairas, o antennas , o semblant cauza si rompia, 
o si aquill naus fazia trop d'aiga, adobadas aquellas cauzas, 
li sobre ditz loguatz, aissi con de sobre dig es, non sian 
mentz tengutz de complir per aquel mezesme près so que 

15 auran covengut. La quai cauza si complir non poi[f"^42 r'']- 
rian, quant que plus de près o de loguier ad aquels covengut 
o donat ad autre o ad autres per aquella cauza séria douât 
sens fraus, sian constreg de restituir; e si plus del près o 
de[l] loguier premieramentz covengutz ad ells sera donat 

20 o promes, empero d'aisso car non volian complir cello que 
avian promes, si plus n'auran près, sian constreg de[l] 
rendre. E si plus per aquo ad ells sera promes o covengut, 
aquel que avia promes o covengut ad ells non sia tengut de[I] 
donar. E si [per] aventura alcuns mariniers denfra lo viage, 

2o lo quai auria comenssat, fugia o la nau desamparava, si per 
just empediment non o fazia, stablem que tôt lo loguier, lo 
quai d'aqui auria agut, al senhor de la nau sia tengut de 
rendre; e semblantment al senhor de la nau non mentz 
restituisca tôt lo loguier, lo quai ad autre per aquel defai- 

30 Ihement le senhers o le guiaires de la dicha nau aura donat ; 
e sobre que tôt done en nom de pena atrelant al comun de 
Mass'. 

Establem quel davant dig fugedis leza per l'auctoritat 
d'aquest capitol al senhor o al logador d'aquella nau en la 

3o dicha fuia, o pueissas en qualque luoc que l'atrobara, penre 
e detener et aquel liât e ben gardât ^ o d'autra maniera a la 
poestat o als oonsols de Mass'. adurre per sa auctoritat, so 
es assaber d'aquel senhor o loguador d'aquella dicha nau, 
pero en tal maniera que per aquellas cauzas aquel fugedis 

40 non naflfre ni bâta, o negun menbre non li frainha. Si pero 
s'esdevenia quel senhers (logaires) ol logaires de[v"| la nau 
laissaria alcun marenier, non per colpa d'aquel marenier, 
si^a tengut le senhers ol logaires d'aquella nau rendre e res- 

1. Le texte latin suivi devait porter aliter. Cf. la 2" rédaction 
(ch. 22) : que ses tôt enpedinient si puescan ad aquo ohliguar. Par- 
dessus donne : taies sint qui aliisad ea se valeant obligare. — 2. Ms. 
gardar. 



368 ANNALES DU MIDI. 

titnir al davant dig marenier tôt lo loguier a se covengut, 
4'i et outra totas las despensarias las quais le mareniers faria 
per retornar a Mass'. 

(V). D^aquo mezeis (Lat. IV, 16). 

Si alcuns mareniers alcun[sj aura loguata cert loguier et 
a cert viage, aissi con a Cepta' o a Bogia o ad autre luoc, 
et auran covengut entre'ells de retornar a Mass'. per aquel 
5 mezesnae loguier, stablem que si le senhers o le loguaires 
de la nau o del lein, ves Cepta o autre luoc [on] sera annatz 
o annara, aquella nau tota o autra lein vendia, que le 
senhers de la nau o le logaires tôt lo loguier e las despen- 
sas de retornar a Mass'. ad aqueis mareniers sia tengutz 

10 de donar e de pagar, si per voluntat dels mareniers non 
remania. Si empero le davant dig senhers o loguaires com- 
prava aqui aquel lein o aquella nau, o ad autra maniera 
l'aquistava, li^ davant dig marenier per aquel loguier 
covengut ad ells, aissi con de sobre dig es, sian tengut de 

15 complir aquel viage comensat en lo davant dig lein o nau 
comprada o d'autra maniera aquistada, aissi con auran 
covengut se fazedor en aquella nau sobre dicha, si de volun- 
tat del dig senhor de la dicha nau o ioguador del dig lein 
non remania. 

20 E si IJ dicha naus per los ditz Marseilles sera venduda, o 
le leins, ad autres Marseilles, li quai com[f'' 43 fjprador 
d'aquella nau o d'aquel lein aquel viatge dejan far ab aquella 
nau o ab aquel lin dig, lo quai li premier senhor o Iogua- 
dor vendedor auran perpausat de far, stablem que li^ dig 

T6 marenier siafn] tengut adonquas seguir los ditz compradors 
d'aquella nau o lein en aquel viage per lo loguier covengut 
ad ells del premier senhor o dels premiers senhers de la 
•darant dicha nau o del lein sobre dig. 

(VI). Uaquo mezeis (Lat. IV, 17 (U'^ alinéa) et 18). 

Stablem que tug* li mareniers que si seran acordatz o si 
acordaran o promeseron ad alcun o ad alcuns se alcuna 
vegada anador[s] per merce o per alcun loguier ad ells 

1. Ms. : certa.— 2 et 3. Ms. : le. — 4. (uti. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 369 

5 covengutz en alcuna nau' en alcun viatge, sian tengut que 
eu nenguna maniera, deus que la naus per cauza d'anar en 
lo dig viage sera foras de la boca de! port de Mass'.. non 
jassa[n] de nueg foras d'aquella nau sens licencia o volunlat 
del nauchier de la dicha nau, le quais nauchiers non déjà o 
10 non puesca en alcuna maniera donar licencia ad alcuns 
dels mariniers sobre ditz, que al raentz li terssa partz o li 
quarta dels mareniers sobre ditz de la dicha nau [jassà 
cascuna nueg en la dicha nau] 2. E que li^ dig marenier 
aqui et en autre luoc fassan a bona fe los servizes que per- 
la tenon a la dicha nau, si per just e manifest empediment 
non remania. Si en autra maniera encontra faran , sian 
punitz d'aqui d'aquel transpassament, segon que de sobre 
dig es en l'autre capitol fag dels mareniers, que comensa : 
Si alcuns au7'a loguat mareniers o autres, etc. 
20 [v] Establem que las naus d'outra raar venent e(t) stant 
en lo dig viage en alcun luoc sian tengut donar adonc 
viandas als mareniers lurs de festa de la Nativitat de 
Nostre Senhor adenant, en aissi que .xv. s', de riais donon 
li senhors de las naus ad un quascun marenier per aquo 
25 per quascun mes. Li quai marenier si desempararian la 
nau, (si) que, guardat aisso ad ells. sian punit en personas et 
en cauzas ad albire del regidor dels caps de raestiers * de 
MassV ; e so que dig es de las viandas aja luoc, si non per 
aventura entre los senhors logadors de la diohanau e los 
30 ditz mareniers sacordarian d'aquestas cauzas acordada- 
ment. 

Establem atressi que cascuna naus que cargara pelegrins 
en Mass'. li senhors d'aquellas satisfassan als mareniers 
de lur loguier en aquesta terra, enantz que colle de las 
35 illas de Mass',; e que neguns senhers de nau o logaires de 
nau d'aissi enant uns quascuns non porte o non mené 
non aja outra .iiii. mareniers outramontans en alcuna nau 



1. Cf. 21, 3, e promezeron per itn cert Uxjuier guiznrdon cocengiit 
ad ells en quai que tems sian teiKjutz ainiar en alcuna nau ...que, 
où sian tenffutz est évidemment déplacé. — i2. Nous rétablissons la lacune 
d'afirès le latin : jaceat qualibet nocte in dicta >inve. Une addition pos- 
térieure, dans le latin, développe les prescriptions de ce chapitre. Ce qui 
suit forme un chapitre à part dans le latin (= IV, 18). — 3. Ms. : le. — 
4. Le latin dit : rectoris vel consulum. Cf. 1. 41. 



370 ANNALES DU MIDI. 

fazent yiage de Mass'., si non eran ciutadan de Mass'. 
fazent lurestage aqui ^ E si alcuna vegada alcuns senhers 

40 logaires de nau encontra fara o venra, sia punitz per lo 
rector o per los caps de mestiers de Mass'. per casqun dels 
mareniers en .c. 1'., qiiantz que serian. 

Stablem sembla[ntjmentz que tug li mareniers, qua[i]s 
que quais anaran en las naus de Mass'., sian e dejan ff" 44 r»] 

45 esser e juron als santz evangelis de Dieu esser obe- 
dientz als consols estabiitz de Mass'. en las quais terras 
naveguaran en las naus de Mass'. E si alcuns mareniers non 
Marseilles assajara venir encontra non obesent a son consol 
als davant ditz consols, d'aqui enani non navegue aquei 

50 mareniers tro a .iii. ans adoncx probedans en alcuna nau 
de Mass'. Et outra aisso, si era trobatz en Mass'. per aquo, 
que non sia mentz punitz e[n] .Ix.^ 1'. del regidor [o] del 
comun de Mass'. 

(VII) 3. R'. : De aver fenn las cauzas accitadas davant los 
consols establitz foras de Mass. (Lat. I. 8). 

Ordenam per la prezent constitution que(r) la[s] peti- 
cions, positions, confessions, respontions, atestations e 
5 productions e composicions e transactions, sentencias, man- 
damentz e totz los fatz, los quais li consols en Mass'. sta- 
blit de la poestat o dels consols de Mass'. ad anar en Suria 
en autre luoc, enaissi con dig es en lo pro[pldan capitol 
de sus, o(n) li autres consols foras Mass'. stablitz , dels 

10 quais es fâcha mentions en aquel mezeis capitol, diran o 
dire faran o proferran o far faran o dire, o las quais davant 
ells fâchas seran, aquella mezesma fermetat ajan e forsa 
que aurian , si en la cort de Mass'. en aquella mezesma 
maniera dichas o fâchas serian. E que li ^ dig consol per 

15 'justizia de la cort sian tengut recebre et prenan de cadaiin 
plag, le quais sera denant els o sera ventilât, de .x. bezantz 
de [v] la extimation de .x. bez. e d'aqui en sus lo .x% e 
d'aquells platz que seran denfra .x. bez. o la extimation de 

1. On voit qno ce n'est pas sonlonient de nos jours i[u'ou se préorcupe 
de protéger le travail national, et l'amende encourue est énorme (voy. 1. 42). 

— 2. Latin : .Ix. sol. (I^rançois d'Aix), .xl. sol. (Pardessus). — 3. Le 
latin correspondant est moins développé et présente un ordre dilTéi'ent. 

— 4. Ms. : U. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 371 

.X. bz. lo ters, so es assaberd'aquel o d'aquells, li quai seran 

20 vencut : la quai justizia li ' dig cotisol ad alcun o ad alcuns 

en deguna maniera non puescan perdonar ni laissar, e la 

mittat de la davant dicha justizia sia dels ditz consols, e 

l'aulra mittat sia del dig comun deMass'., al quai coraun ii^ 

dig consol la dicha justizia sia[n| tengutz donar o rendre. Li 

25 poestat o li consols de Mass'., li quais per tems seran, ajan 

gran cura que^ H dig consols, li quais devon esser trames de 

foras de Mass'., sempre sian tais e sian stablitz (li quais) 

discretz e liais et aondos en quadaûn luoc als davant dig 

consolatz drechurieraraentz tenedors e regidors, et outra 

30 aquestas cauzas sian tais atressi quais sobre en lopropdan 

Capitol es dénotât. 

En après establem^ sobr'aisso que lug li davant dig fag 

dels platz mesclatz [e las cauzas que davant] els seran 

fâchas o dichas o ventiladas sian escrichas de notari 

35 public, si aquel adoncx li ditz consols aver poiran e major- 

raent per notarié public stablit de la poestat o dels consols 

de la cort de Mass'. E si notari aver non poiran ad aisso a 

far, adoncx sia escrig flëlment per l'escrivan de la nau, o 

per autre, lo quai meillor e plus covenent aquill trobaran 

40 ad escriure, le quais, enantz que alcuna cauza escriva, 

d'aquojure^ sobre los sans evangelis de Dieu [f»45ro] si am 

bona fe et enaissi com miells sabra e poira escriure totas 

aquelias cauzas, las quais ausira(n) o seran diclias fuzent als 

platz dells plasdeiantlz] davant los consols sobre ditz, un o 

45 plus. E totas aquelias cauzas escrichas flëlmentz li ditz 

consols gardon e servon et ab se en lo cartolari sieu d'aquo 

fag aporton en Mass'. ; en lo quai luoc cant ill seran ven- 

gutz, lo dig cartolari monstron e rendan a la cort de Mass'. 

per so que aquel cartolari d'aqui enant sia gardatz del 

50 comun de Mass'., enaissi con li autre fag de la cort. 

Establera airessi que li consols davant dig, li quais son o 

seran [d'Jaqui en un an, non sian aqui ni remanguan aqui 

consols en l'autre an propdan en aquel luoc et en aquell 

oflize, mas autres consols aqui sian fag et establitz, aissi 

55 con sobre dig es en lo davant capitol (dig); e que li consols 

1 et 2. Ms. : le. — 3. Ms. : o. — 4, estahlen. — 5. natari. — 6. Ms. es- 
criua. 



372 ANNALES DU MIDI. 

sobre ditz puescan e dejan autres consols far et establir, o 
qual[sj que autres en lo sieu luoc laissar ab conseill pero et 
assentiment dels sieus conseiUiers o de la major part 
d'aquels, en alcuna terra de Sarrazins on aquill seran 

60 consols, quant si partiran d'aquella terra. Mais so qu'es 
dig dells davant ditz mandamentz en tal maniera aja luoc, 
so es assaber que aquil consols non puescan donar manda- 
ment o mandamentz entre autres placdejantz davant ells, 
ni autres davant se plaidejant[z) forsar a penre manda- 
mentz. 

65 Si aissil mezeis placdejant non si metian al mandament [v»] 
d'els, mais si per aventura d'autramentz o fazian, aissellas 
cauzas que farian' non vaihlan ren ni Icnguan enantz non 
conlrastantz^ las davant dichas cauzas non vaihlan ren 
apostot. 

70 E tutz li davant ditz consols totas las cauzas que davant 
ill seran ventilladas enquieran en tal guiza e defeniscan 
que tostems en aquestas cauzas, las quais sobre aquo 
conoissent o guarentias auzent o defeniënt faran, prenan 
ab se o ajan dos prohomes e discretz meillors e plus cove- 

7o nens los quais trobar o aver poiran, o almentz .j., estier lo 
notari publico autre.. .^ davant dichas totas cauzas e qua- 
daiina, (o) las quais il mezeis li consols faran, sian raenadas 
e tractadas. 

(VIII). R'. : D'aquels que moron* foras de Masseihlla 
(Lat. IL 50). 

Per lo présent capitol establem, cant s'esdevenra alcun 
Marsseilles, o alcun antre portant [o] avent peccunia o 
5 alcunas cauzas d'alcun Marsseilles. morir en autras partz 
foras Mass'., o s'esdevenra alcun [morir], le quais ad alcuns 
alcunas cauzas coraandadas ^ per gardar, las quais ab se 
avia le morentz, o aquellas mezesmas per gardar o d'au- 
trament liuret o liurara o donet (aquel mort), de las quais 
10 [aquel mort] non aordenet en quai maniera o de cui o per 
cui aquellas cauzas ves Mass'. dejan esser portadas, adoncx 

1. Ms. : fazian. — 2. Je ne comprends pas les mots soulignés : il y a 
probablement une petite lacune, ou même plusieurs. — 8. Il y a sans 
doute ici une lacune que le latin, très abrégé, no permet pas de combler. 
— 4. Ms. : meron. — 5. comande. 



373 ANNALES DU MIDI. 

lésa ad ells o ad ell davant ditz aïs quais aquellas cauzas 
son serian, sens tôt perill sieu, aqui [a] un o dos o plus 
Marseilles', li quai pero per riqiieza o facultatz e plus 

lo honest serian [f" 46 r"] en aquella terra, las dichas cauzas 

. liurar davant garentias aqui ajtelladas per portar las dichas 

cauzas a Mass'. Et atressi ad aquells-a cui aquellas cauzas 

serian liuradas en tal maniera leza sens son perill) aquellas 

cauzas, en covenells temps, en convenell nau , o ancaras 

^0 per terra convenellraent, sens son perill aportar o adurre o 
trametre per personas covenent[z] ab bona fe e sens engan. 
si per aventura aquell o aquill, a cui o als quais, aissi con 
dig es, del mort las dichas cauzas serian liuradas, non tro- 
barian aqui alcuns autres Marsseilles plus coveneuls o 

25 plus honestz d'aissells mezeis, adoncx leza ad ells aquellas 
cauzas, (atressi) aissi con de las autras dig es, sens son peiill 
portar o adure o trametre a Mass'. per personas covenens 
en naus covenens o per terra, ab bona fe e sens engan. Et 
en quai que maniera de las davant dichas manieras las 

30 dichas cauzas venran ves Mass'. o seran aportadas, adoncx 
sian e venguan al perilh dells hères o dells successors del 
dig mort, en tal maniera que a negun autre lo perilh 
d'aquellas cauzas en alcuna cauza non pertengua. si per 
aventura eran de las cauzas ad ells comandadas, o si le 

35 mortz aquellas cauzas laissara ad alcun en tôt o en part, 
sian e venguan a la l'ortuna^ el perilh d'aquel o d'aque^lls del 
quai dels quais ^ aquellas cauzas le ditz mortz avia receu- 
put en coraanda, o a la fortuna d'aquell o d'aquels a cui o 
als quais serian del dig mort laissadas. Mais empero, si [vo] 

40 alcuna cauza de las davant dichas cauzas aportadoyras le 
ditz raortz per aventura establit o adordenat [avia], enaissi 
com el aura dig sia fag. 

Et après dizem que si s'esdevenia o esdevenra alcun 
Masseilles en alcun luoc morir en terra de Sarrazins, le 

'iS quais aqui establiraent dels sieus bens en sana memoria fes 
fara, si aquel establiment per très garens mascles o plus 
al mentz, li quais sian vist de la cort de Mass'. conveneuls 



1. La Coutume de Montpellier, ch. v, exige au moins cinq témoins ori- 
ginaires de Montpellier ou des environs ; de même, plus loin, cinq témoins 
au lieu de trois. — 2. Ms. : forma. — 3. del qunl de 1" main. 



374 ANNALES DD MIDI. 

e li quai ad aquell stabliment apellat e paguat foron, poira 
esser proatz, aquell establiment ferraament sia tengutz 
50 enaissi con fag es, salva pero als enfantz d'aquell mort 
segon dreg estatut de la ciutat de Mass'. la falcidia o légi- 
tima, et atressi salva als privatz, so es als sieus, d'aquel 
mort la légitimât. 

(IX). R'. : En quai maniei-a deu esser venduda cauza mobla 
obliguada per pelnnora (Lat. III, 4). 

Si alcuns alcuna cauza mobla a près en pengnora o penra, 
le quai cauza enpero puesca de dreg esser obliguada per 
5 peccunia legudament e per justa cauza deguda o coveoguda 
promessa [a] paguar en cert jorn o en cert tems, et aquell 
deuteires, le quais obliguet e liuret en l'establit tems o jorn 
assignat a paguar la dicha peccunia, enaissi con covenc non 
paguet. o non a satisfag al crezedor, d'aqui enant lésa al 

40 crezedor, après .ij. mes del dig terme traspassatz . en quai 
que tems el se voira, pueis la dicha peingnora per la soa 
auctoritat ab bona fe vendre, amonestat e requist lo deutor 
que resema [fj 47 vj] aquella peinnora, e certificat premie- 
rament lo davant dig deutor ab garentias, si prezentz es, o, si 

15 le deuteires non es aqui prezentz, fâcha la denunciation a la 
soa moiller o als probdans^ d'aise! deulor, e la licencia de 
la cort de Mass'. sobre aquo requista e receupuda. la quai 
licencia la* dicha cortz sia tenguda e déjà ad aissel crezedor 
donar o autrejar, pos per lo dig crezedor en sera requista 

20 la cort o demandada*. 

(X). R'. : De pegnora donada en las naus per alcuna pecunia 
(Lat. III, 5). 

Stablem que si alcuns homs ad alcun alcun prest fes o 

fara portador en alcun viage a la fortuna ol resegue d'aquest 

5 que presta lo prest, per lo quai prest especialment ad ell es 

donada pegnora, la quai pegnora ab son senhal aura senhada 

o non, si per aventura aquella pegnora, per aventuros cas 

1. Lat. : et similiter ascendentibus iUius defuncti, ce qui est diffé- 
rent. — 2. Ms. •.probeiies (lat. : -propinquis). — 3. le. — 4. Lo latin ajoute 
un petit détail, et à la suite un court paragraphe, qui est une addition pos- 
térieure. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 375 

sens colpa del deutor, eu aquel viage aera perduda, e li^ 
naus en la quai aquella es o sera(ra) carguada o li^ majers 

4 partz d'aquellas cauzas en aquel viage cargadoiras salvas 
anaran al luoc on avian voluntat de portar e d'anar, o(n) 
en autre luoc on 11^ dicha naus fassa port per descargar, 
adoncx le dig deuteires non mentz sia tengutz de dig prest 
o d'aquo que en covenc al dig crezedor, o ad autre per ell; 

■15 et aisso covenc o covenra, so es covenenz sera, entre los 
contrahens lo deutor esser d'aquo tengut(z), salva anant la 
uau la major part de las cauzas en aquella nau cargadas. 
si non, so es si aquesta cauza non fon en co[vo]venent 
entre los contrahens *, mas fag o dig fon entre ells que li 

^0 dicha pegnora vengua^ en aquel viage a l'aventura del 

crezedor, adoncx perduda la peinnora aissi con dig es. aquel 

deuteires en alcuna maniera adoncx d'aquel deute non sia 

en ren tengutz. 

Mas si aquel crezeires neguna peinnora o gênerai pegnora, 

25 so es d'alcunas cauzas en alcuna nau pauzadas, o autra 
cauza cenblant, per lo dig prest receup o recebra, e li ^ naus 
o aquel leintz en la quai o en lo quai carguada sera aquella 
peignera gênerai o autras cauzas del dig deutor, o le ma- 
gers partz de las cauzas aqui carguadas en aquel viage, per 

30 aventures cas périra .o periran . adoncx le dig deuteires 
non sia tengutz al dig crezedor del dig deute, si non per 
aital part soiaraent con salvaria aissel raezeis deuteires las 
cauzas, las quais en la dicha nau o en lo lein auriao (a) que 
pertenon aqui ad ell; quar adoncx per aquella part de las 

35 cauzas en quai que maniera del dig deutor salvadas ad 
aquel crezedor per lo dig prest sia tengutz. 

Mas si li dicha naus o leins en lo davant dig cas o li' 
raagers partz de las cauzas aqui carguadas seran salvas, 
atressi li dig deute adonc sia salvvs al dig crezedor. 

40 Et atressi, si (alcuns) en alcun tems 11^ peignera specials 
séria salvada, adoncx perduda nescalre aquella nau o la 
major part d'aquellas cauzas en aquel viage carguadas, le 
dig deuteires al dig crezedoi- del sieu davant dig deute sa- 
tisfar d'aquella pegnora spécial sia tengutz e non d'autra 



2 et 3. Ms. : le. — 4. contrahers (cf. 1. 16). — 5. vangiia. — 6, 7 et 8 
le. 



376 ANNALES DU MIDI. 

45 part, si non per aventura entre ells adoncx o enantz 
ex [f" 48 ro] pressamentz convenentz séria. 

(XI) R'. : De compainhia[s] e de comandas (Lat. III, 19). 

Stablem que, si alcuns homs ad alcun altro peccunia o 
alcuna cuuza en corapagnia o en comanda a far cert viage 
[ad] alcun luoc nomnat donet o autrejet o dara o autrejara, 
5 et aquel, le quais en aital maniera o receup sens licencia o 
consentiraent del dig compagnon o coraandador o hères 
d'ells, enantz que al dig luoc vengua o en après (pos al dig 
luoc), ad autre liuret aquella cauza o comanda, o aquella 
cauza d'aquo fon comprada o guazainnada o aura laissât 

10 aquella cauza, volentz annarad alcun luoc, adoncx aldavant 
dig que receup aquo, aissi con dig es, le perills d'aquellas 
cauzas pertengua. E segon que alcuns autres dells homes 
de la nau, en la quai annava o promes annar o dec annar 
aquel que receup la comanda, dells autres cemblant[z] mers 

15 al mage ha agut, sia tengutz donar ad aquel de cui receup 
la cauza en comanda, en aissi con dig es, o als hères d'ell. 

(XII.) R'. : D'aquo mezeis (Lat. III, 20). 

Establem que, si alcuns homs ad alcun autre compagnia o 
comanda fes o fara, et ad ell poder donet o donara, que amb 
aisseila compagnia o comanda en quai que viage ad el pla- 
5 zera va(u)gua, el luoc al quai la dicha compagnia o comanda 
[portar déjà non nomnet al tems on la dicha societat o 
comanda ad elj ^ fon fâcha o liurada o carta fâcha, en quai 
que tems 2 viages t'ar voira sens enguan e sens bauzia o 
puesca far. Mas si le compain o le comendaires en après 

10 li comanda per letras ab sagel del capitol o del comun de 
Mass'. sagelladas, dizens que ab la dicha compania o co- 
"manda [v^], coraplit lo premier viage, a Mass'. s'en torne, sia 
tengutz aquel far aisso, si empero non avia comensat autre 
viage, del quai sostenria o li esdevenria gran dampnage si 

15 non lo compila; en lo quai cas puesca ell, non contrastant 
la dicha denunciation, aissel viage que a comenssat com- 
plir, lo quai viage coinplit^ sia tengutz tornar a Mass'., o 

1. Lacune comblée d'après le latin : vel comniiuidani portare debeat 
non nominavit tempore dicte societatis vel commande ei fade. — 
2. Latin : quacumque. — 3. Ms. : complir. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 377 

la dicha comanda o compagnia, so es (o) la part del captai 
e de tôt lo guazain pertenent al dig compagnon, am bona 

ÎO fe per alcun flzel message etconveneull, ab guarentias aqui 
appelladas, al dig compagnon comandador traraetre; et 
aisso fassa le compain', si non remania per just empedi- 
ment. Mais si le luoc, al quai luoc aquella compagnia o 
comanda dévia portar le compain o aquel que receup la 

25 comanda, fon nomnatz, adoncx, complit lo viage del nom- 
nat luoc, sia tengutz tornar a Mass'. o trametre al compa- 
gnon, o(d) ad aissell que comandet la comanda, la part del 
captai e de tôt lo guazain ad ell pertenent, aisi con dig es. 
Mais si aquel que la compagnia o comanda receup contra 

30 aisso fara, aquo tôt, que en la compagnia o en la comanda 
per raison d'aquo avia quoras receup las letras o manda- 
ment en la davant dicha maniera, sia salvv al ^lompagnon 
o al comandador, e sobre tôt aisso la part de tôt lo gazain, 
lo quai auria de la dicha compangna o comanda, cant lor- 

35 nara o^ la compagnia o demanda (en) trametra, ad aquel 
mezeis la tramet(r)a; en los^ quais cas non mens del captai 
sia crezutz aver, si non proava {î") 49 r"] que, cant receup 
las letras "* o lo comandament, en aissi con dig es, avia 
me[n]s del captai. 

(XIII). R'. : D'aquo mezeis (Lat. III, 21). 

Si alcuna ad alcun compagnia o comanda fes o fara, o 
donet o donara, et aquell que aquella comanda o compa- 
gnia receup sera tornatz d'alcun viage, et alcunas cauzas, 
5 non de la compagnia o de la comanda, en aquel viage don 
venc laisset o en autre luoc per alcun autre trames, don 
discordia entre aquells compagnons o comandadors sera, 
adoncx aquell, le quais aquella compagnia o comanda (aura 
o) receup o recebra, aquell de cui las dichas cauzas lais- 

10 sadas o tramessas serian en alcun luoc et en la quai ma- 
niera aquellas cauzas receup d'aquell nomnar e dire sia 
destreg per sagrament de veritat, si al compagnon o co- 
mandador plazeraj [e si] le compain o comandaires davant 
dig, le quais la dicha compagnia o comanda fes o fara, 

.15 proaria per .ii. o per très guarens conveneuls d'autramentz 

1. Ms. -. compagnon. — 2. a. — S. e las. — 4. terras. 

A.NNALES DU MIDI. — XX 25 



378 ANNALES DU MIDI. 

esser la veritat que le dig compagnon juret, adonx la part 
pertenent ad aquel proant de las dichas cauzas, enaissi con 
dig es, laissadas o tramessas en autre luoc el mezeis le 
proantz que proet. enaissi con dit? es, (el) puesca demandar 
20 en lo doble ad aquel que las dichas cauzas laisset o trames 
en autre luoc (enaissi con dig es). 

(XIV). R'. : D'aquo mezeis (Lat. III, 22). 

Stablem que, si alcuns homs compagnia o comanda [V] 
ha d'alcuns, e d'alcun viage sera tornatz, et aquel del quai 
la compagnia o la comanda hac^ o aura o los hères d'els 
5 non trobara, sens licencia d'aquell o d'aquells la part 
d'aquells non trobatz ab se portar o trametre non puesca(n) 
le dig compain o comandaires : la quai cauza si ell fara^ 
et alcuns perill d'aquo esdevenra, la part de la dicha co- 
manda o de la compagnia e non del perill al compagnon o 

10 comandador pertenent sia tengutz de rendre. 

E si adoncx alcuna cauza en aura guazanhat^, las .iii. 
partz d'aquel guazanh ^ en done ad aquel. Mais si per autre 
aqui trames las cauzas de la dicha compagnia o comanda, 
adoncx aquella part pertenent ad aquel compagnon o co- 

15 mandador, ab las .iii. partz del guazanh, si alcun guazanh 
en a, ad aquell mezeis compagnon sia tengutz rendre senz 
demora. 

(XV). Remembransa d'aquo mezeis que es dig de sus 
(Lat. III, 23). 

Generalraentz establem que totz compantz, le quais d'au- 
tres alcunas cauzas per nom de compagnia o de comanda 
5 porte portara en quai que ' viage, adoncx quant sera retor- 
natz del viage, aquella davant dicha compagnia o comanda, 
o las emplechas d'aquo agudas, en lo poder del sieu capi- 
tani, so es assaber d'aquell le quais las cauzas en la compa- 
gnia en la comanda ad ell liuret, si aquel capitanis o li 
10 successor d'ell aisso voiran o querran que offassa, pauze et 
assigne sens demora. Mais si aquel, le quai la dicha com- 
pagnia comanda portet, autras cauzas departidas d'aquella 

1. Ms. : lac. — 2. sai'ci. — 3. guazaginnat. — 4. guazagiti. — 5. en 
aquel (lat. : in aliqiiod). 



MELANGES ET DOCUMENTS. 379 

compagnia o comanda auria [f» 50 r°], al dig compagnon o 
comandador non sia destreg aissellas cauzas consignar ni 
15 liurar'. 

(XVI). R'. : De naus loguadas a nouli (Lat. IV. 7). 

Establem que aquel, lo quais nau o autre lein a nouli 
loguet loguara per menar o trametre ad alcun cert luoc. 
si outra aquel cert luoc nomnat aquella nau o aquel lein 
5 menet o trames, si non per just e manifest empediment 
aisso fes o fara, si ad aquella nau o lein alcun perill o 
dampnage esdevenra, adoncx aquella nau o lein esmendar 
6 lo nouli paguar sia destreg. Mais si li naus o le leintz 
salvamentz tornava, adoncx tôt lo nouli covengut, e la esti- 

10 macion fâcha per millar[ejs d'aitant con outra lo cert luoc 
menet, sia tengutz [en] donar tout lo nouli 2. Mas si denfra 
lo nomnat luoc on non es portz annet o anara, o nau lein 
trames, enaissi con dig es, adoncx tout lo nouli que promes 
pague, mas dell perill o del dan lo quai esdevenc sens colpa 

15 non sia tengutz. Et aisso dizem et entendem de nau de 
lein loguat^ ad escar. 

(XVII). R'. : D'aquo mezeis (Lat. IV, 8). 

Si alcuns nau(s) ad alcun ad alcuns (nomnat luoc) ad 
alcun [nomnat luoc] per menar loguet loguara et en cert 
tems, et aquella nau(s) enaissi com promes e covenc en l'es- 
5 tablit terme ad aquel luoc la menet o la trames, si aquel 
que la nau loguet la carguara [0 non la carguara], lo nouli 
promes et covengut sia tengutz donar. Mais si nouli non do- 
net, si le senhers de la nau o aquel que la nau menaria o 
trametria [vo] d'aquel nouli raentz auria, aquell que la nau(s) 

10 menet lo sia tengut restaurLar] al davant dig loguador. Mais 
si al terme que covenc la nau non amenaria ni trametria, et 
aisso per just empediment remania, si piieis en covenent 
tems ad aquell luoc sens fraus la nau menaria o trametria, 
le logaires a.ja la cargua non, adoncx lo nouli donar al lo- 

15 gador sia tengutz, quant mentz d'aquel nouli aquel que la 



1. Le texte latin a encore un chapitre sur le même sujet (cap. xxiv) , et, 
à la suite, un long chapitre intitulé : Qualiter societates et commande 
repeti possunt. — 2. Lat. : nauliwi inde tribuat. — 3. Ms. .: logiiar. 



380 ANNALES DU MIDI. 

loguet aariao (que) poo aver d'autres en aquell luoc. Mas si 
per just enapeditïient aquo non remania e la nau(s) en lo dig 
terme en lo quai dévia non la raenaria o non la trametria, 
adoncx tôt lo damnage que le logaires en auria le logaires 
20 de la nau al dig logador' recebent la nau per loguier sia 
destreg de rendre. 

(XVIII). R'. : D'aquels que deslian los avers d' autrui 
(Lat. IV, 21). 

Si alcuns aver(s) d'autres en nau o leinpausat o carguat, 
aissi con son cuers o becunas o estain o alcunas autras 
5 mers, sens voluntat del senhor d'aquella mers desliet o 
desliara. et alcun dan en las dichas mers desliadas o pejo- 
rament esdevenria, establem que le senhers d'aquella nau o 
lein, le quais pero en aquella nau o lein anaria o séria, 
aquel que la nau comandada adoncx menaria, tôt lo 
10 dan e lo pejorament d'aquellas mers restituiscan ad aquel 
senhor de las mers, o ad aquell que las carguet en lo dig 

lein o nau, sens demora [ ] ^ al dig senhor de las mers, 

par [f^* 51 r»] sagrament sempre cresut de tôt aquell dan e 
pejorament de las dichas mers [sens] autra probacion. 

(XIX). R'. : Lels escrivans de las naus (Lat. IV, "26). 

Stablem que trastutz li escrivans de las naus, li quai 
anaran en alcuna nau en alcuns viages [sian] tengutz e 
juron [per] especial sagrament queill escriuran^ [et] escri- 
5 van totz los avers dels mercadiers en sos cartolaris, et 
atressi los noms d'aquells mercadiers, e los sobre noms, 
(d'aquells) que * auran fag carguar o carguaran aquells avers 
en aquellas naus; e que los senhals que aquiil mercadiers 
fan o faran en los sieus avers li dig escrivan fassan atressi 
40 " en SOS cartolaris, so es assaber de quadaùn dels merca- 
diers o dels autres homes davant ditz^. li quai an^ aver o 
mers en aisellas naus. Et aisso fassan li dig escrivan de 
totas las mers o avers carguatz en aquellas naus, de las 

1. Ms. : lof/adier. — 2. Lacune ; cf. latin : sine mora; et ultra hoc 
iKtuluni amittant quod iwo illis dveris dissolutis habere debebant; et, 
si illud habuera)it, restituere compellantiir dicto domino. — 3. Ms. : 
que m sian tengutz escriure. — 4. Lat. : eorum ■>nercatoruni et cogno- 
niina et prœ?iomina, qui. — 5. Ms. dig. — 6. a. .j. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 381 

quais, enaissi con diges, il son escrivan o seran. Establentz 

15 atressi que li dig escrivan de toi so que auran escrig sian 
tengutz far e fassan copia sens demora a trastotz los ditz 
mercadiers et a totz autres als quais pertenra per justa 
cauza los davant ditz escritz esser donatz o raonstratz o 
alcun d'aquels escritz ; los quais totz escritz e los eissemples 

20 dels escritz fatz lialraent ara bona fe los donon li davant 
dig escrivan a las dichas personas. 

Ajostantz* atressi aisso, que li dig escrivan non liuron en 
alcuna maniera [v°] ni rendainj ad alcun los ditz cartolaris, 
mas ill los ajan sempre ab se e los retenguan, o autres sem- 

25 blantz et aitals con aquill son, los quais puescan monstrar 

a la cort de Mass'., cant sera ops; la quai cauza si non si 

fazia, sian punitz en cauzas et en personas, per l'albitre de 

la poestat o dels consols de Mass'. o de la dicha cort. 

E totas aquestas cauzas davant dichas fazedoiras dels 

30 ditz escrivans sian tengutz et dejan dire e mo(i)nner aquil 
que stablitz seran a desliurar los negossis de las naus per 
lo comun de Mass'. als ditz escrivans, que ill fassan et atten- 
dan e compliscan fermaraent aquoque sobre dig es 2. 

(XX). R'. : De non portar aver sobre cuberta (Lat. IV, 20). 

Establem .que neguna persona, so es assaber senhors de 
naus o nauchiers o mercadiers o mareniers o neguna autra 
persona, porte voluntozament alcunas mers sobre cuberta en 
5 alcunas naus. si non per aventura sotils mers en cauza de las 
quais mers non sia donatz nouli, estiers a las naus venentz 
d'autra mar, las quais naus njan .ij. cubertas o plus, a las 
quais naus leza en la premiera cuberta portar et aquo sens 
fraus. E si alcuns contra aquestas cauzas dichas fara, e gietz 

10 d'aquellas cauzas que son sobre cuberta sera fag per justa 
paor de mar o de corsaris, aquel de cui aquellas cauzas 
son gittadas, si de voluniat^ d'ell expressa sobre cuberta 
carguadas messas foron, non cobre alcuna ren d'alcun per 
aisso, [i° 52 rf] [ni] non puesca(n) alcun, le quais en la 

15 davant dicha maniera [aura gittatj, alcuns autres conve- 

1. Ms. : Aiostatn (lat. Addentes). — 2. Ce paragraphe développe ces 
mots du latin: Et jurent in curia Massilie onines scriptores predicta 
fideliter adimplere. Le latin a une addition postérieure. — o. Ms. : si 
sens voluntat: latin si volmitutr. 



382 ANNALES DU NIDI. 

nir. E sobre tôt aisso li ^ senlior d'aquella nau, li quai en 
la nau son o seran, per non de pena .c. marcx d'argent 
per justizia al comun de Mass'. donar sian destreg e for- 
satz. 
E si alcuns dampnages als autres raercadiers o ad autras 

20 personas anantz en aquella nau o avent aqui les lurs avers 
lur mers s'esdevenia. tôt aquel dam aquel o aquill, dels 
quais las cauzas seran gittadas, e li dig senhor de la nau 
atressi ab els. sian tengutz restituir (lo darapnage) ad aquels 
que au[r]ian sufert [lo danipnage]. E so que dig es dels ditz 

25 senhors de la nau volem entendre atressi de totz aquells 
que auran nau en comanda , o aquella nau enaissi com 
amaïstradors raenaron en aquel viage et anaran en aisella 
mezesraa nau. 

E si contra las dichas cauzas alcuna convention entre los 
mercadiers e lo senhor de la nau sera fâcha, aquella conven- 

30 cions en alcuna maniera non puesca(n) valer. Mas tôt so que 
dig es en aquest capitol vollem esser guardat en lo retorn 
de las naus solament, lo quai retorn alcunas naus faran ves 
Mass'., venentz d'alcunas partz en quai que teras. Mais 
empero de totas aquestas cauzas exceptam^ totas las naus, 

35 las quais carcx de blat o de frutz. aissi cora es d'avellanas, 
de nozes, de castanhas, de figuas o d'autres semblantz, apor- 
tarian. Et atressi exceptam totas las autras naus, las 
quais [V] naus carguadas en alcunas partz non deurian 
venir per cauza de descarguar ab son fais ves Mass'. 

40 Per aqui mezeis stablem que de la pena sobre dicha de 
.c. marcx en alcuna maniera aissellas cauzas'^ o autres [li 
senhor d'aquela nau oj aquel a cui es comandada la* naus 
non sia[nj tengutz, li quai non venria[n] en Mass'. o non 
seria[n] en aquella nau en la quai [contra] la dicha prohibi- 

45 'tion alcunas cauzas, aissi con dig es, serian portadas. 

(XXI). R'. : Deportar garnions en naus (Lat. IV, 19). 

Generalment establem guardar d'aissi enant que trastutz 
li mercadiers portans en alcuna nau de Mass'. valent .c.lb'. 
de riais coronatz o plus ajan e portan, anant e tornant, 

1. Ms. : le. — 'Z. exccptan. — 3. Les mots soulignés sont peut-être 
corrompus. Le latin donne : >iullatenus ipsa navîs seu alii, domini 
naois illiiis aiit conimendularii, tenenntur. — 4. Ms. : le. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 383 

5 garnizon al mens o ausberc, en quai que viage que anaran 
per peleuc. Et atressi trastutz li portant .d.lb'. o plus porton 
garnion, e per son servicial aubergot o cutell. Et atressi 11 
portantz mentz valent de .c. Ib'. porton perpong e escut ab 
capell de ferre. 

10 E si alcuns veni-a encontra aquest statut mensprezant, sia 
en punitz de la poestat o dels consols de Mass'. en .Ix. s'., 
aitantas veguadas con assajara venir encontra aquestas 
cauzas. Et aquestas cauzas sian tengutz far li senhor o li 
menador de la nau, en la quai anaran li davant dig. E sian 

15 tengutz li ditz senhors o menadors de la nau aissellas cau- 
zas dire a la poestat o as consols per lo comun de Mass'- 
sens tôt [f» 53 ro] alongui, quan tost seran li senhors o li 
menadors de la nau a Mass'. 

(XXVI'). R'. : De las sortz de las naus"^ [l> 55 r°]. 

Per lo prezent capitol establem fermamentz gardar que 
la poestatz o li consol de Mass'. o le viguiers, trastutz li 
quai seran per tems sobre estantz al régiment de la dicha 
o ciutat. sian tengutz e dejan sempre esser tengutz per sa- 
grament tune {sic), en tal maniera que en alcuna maniera 
cauzas que si contenon en aquest[z] capitol[s] licencia de 
contravenir ad ells non sia donada; e gardon ^ fermament 
fasson gardar e tenir per totz aquels que son supleiat a 

10 Mass'. las sortz de las naus e de totas las coquas et isne- 
quas fâchas sa en reire. en lo tems de la poestaria del senhor 
Karlevar (v) de Cazena*, adonex poestat de Mass'., de las 
quais naus et esnequas* e coqua's es fâcha mencions en lo 
cartolari de Mass'., en lo quai escrichas son aquellas que 

15 son e quais son e quantas son. 



1. Pour les chapitres xxii à xxvi, voir les notos aux chapitres ii et iv. 

— 2. Ce chapitre et le suivant n'ont pas d'équivalent dans le texte latin. 

— 3. Ms. : gardan. — 4. M. Félix Portai, dans sa liste de podestats de 
Marseille {La République Marseillaise du XIII' siècle, Marseille, 1907, 
p. lui), donne pour 1221-2 Carlevaire d'Ozan. Couiiiie il n'indique pas sa 
source, nous n'avons pu vérifier l'exactitude du nom de ce podestat, qui 
doit certainement se confondre avec le nôtre. Cf. Méry et Guindon. II, 25, 
note : Jacques Carlavaris de Orsuno (1221-5). —5. Ms. exsnequas (le 
premier e refait). 



384 ANNALES UU MIDI. 

XXVII. R'. : D'espazi de .xx. jorns donadors als mercadiers, 
li quais seran en Mass\ en lo tems de la guerra. 

Establem d'aissi enant gardador que, si en lo tems de 
l'acomensamen de la guerra, la* quai auria le communs de 
Mass'. ab alcuna ciutat o luec o ab senhor d'alcuna terra, 
alcun alcuns mercadiers seran en la ciutat de Mass', d'al- 
cun viage, que d'aquel tems del quai séria ad aquels mer- 
cadiers prezentz en aquesta terra coneguda e manifesta la 
guerra davant dicha, que li davant ditz mercadiers ajan 

10 espazi de .xx. jorns tan solamentz de despezeguar si e lurs 
mers d'aquesta ciutat, denfra los quais .xx. jorns li davant 
dig* mercadiers puescan lur mers vendre o depauzar o en 
autra maniera, aissi con mais si volran, alienar o obliguar, 
e que d'aqui enant, so es assaber otra los davant ditz 

15 jorns .xx., li davant dig^ mercadiers, o l'un o l'autre d'aquels, 
non puescan estar en aquesta terra durant la davant dicha 
guerra, si non remania de voluntat del regidor o del con- 
seill [o de la] major part d'aquells [f" 56 ro]. Et aisso aja 
luoc. si li davant ditz mercadiers non avian oflfendut a ciu- 

20 ta[da]n o a ciutadans de Mass'. en persona o en cauzas. 

1. Ms. : li. —2 et 3. ditz. 

Finito libro sit laus [et] gloria Christo. Amen! 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



385 



VOGABULAllΠ



Absolutz I [A], XXVI, 2, prédicat 
pi. part, passé de ab.wlvre , absou- 
dra. Forme faible : la forme forte 
absout se trouve 1. 11. 

Absoutamentz II, 133, 187, abso- 
lument. 

AcciTADAS, part, passé f. pi. de 
accitar : cauzas ace. davant los 
consoh III, VII, 1, procès appelés 
devant les consuls. 

Adeguadas, part, passé f. pi. de 
adeguar : cauzas ad. III, II, 17, 
objets égalisés (groupés de façon à 
former des parts d'égale valeur). 

Adempre I [aJ, xli, 4, contribution 
imposée par le seigneur pour des 
besoins extraordinaires. Voy. Du- 
cange, s. v. ademprum et adem- 
prare. 

Agut construit avec l'auxiliaire 
esser, aux temps périphrastiques 
de esser : I [aJ, pk., 20, era 
aguda ; 9>\, fussan agutz ; LXi, 23, 
son agutz. 

Aigres {los) dels falcons I [A], LVi, 
5, les aires des faucons. Le texte 
latin reproduit ces mots sous une 
forme plutôt française. Cf. agre 
dans Raynouard, qui traduit à tort 
par « essor » ses deux exemples, 
où il s'agit de nids d'oiseaux, et les 
locutions actuelles du rouergat : 
segre Vagre, flairer l'air natal, et 
counouisse càucun o Vagre, ixcon- 
naître quelqu'un à un air de fa- 



mille. M. Chabaneau {Revue des 
l. rawt.jXVI, 180) tire agred'AGEU, 
ce qu'avait déjà proposé Diez. 
Notre aigre marque la transition 
entre le prov. ag7-e et le fr. aire. 

Alegrar sa de 1 [a], lviii, 9 
{.l'alegron), et LVIIII , 18 {s'ale- 
graran), jouir de (droits, privi- 
lèges, etc.). 

Amaïstradors III, XX, 26, adminis- 
trateurs, ceux (jui exeicent une 
autorité dans un navire. Cf. aviaes- 
traire (Biogr. de Garin le Brun), 
et voy. Revue des l. rovi , xxxill, 
405. 

Amirailh I [a], xlvi, 1 et 2, suj. 
-aiUis , amiral (ici, particulière- 
ment : commandant de port). 

Annar, forme à peu près constante 
pour anar. 

ANÏIGUAMENTZ I [A], LVIIII, 9, 
anciennement. 

Anvantz I [a], xxviiii, 15, auvents. 

Aportadoiras II, 140, -oyras III, 
VIII, 40, qui doivent être apportées. 

Apostot I [a], LVIIII, 10; Lxi, 28 ; 
LXV, 12 (probablement de ad-post- 
totum), entièrement; — avec né- 
gation I [A], LVIIII, 7; III, 1,50; 
VII, 69, absolument. 

Arca I [a], LVIIII, 11, caisse, coffre- 
fort. 

AsSENSSADAs {taulas) I [a], LVIl, 4, 
comptoirs taxés (comme prix do 
location). 



\. Nous ne relevons pas les variantes graphiques, mais seulement les mots qui manquent 
au Lexique roman de Raynouard, ou qui n'y figurent pas avec l'acception qu'ils ont ici. 



386 



ANNALES DD MIDI. 



Adbergot III, XXI, 7, liaubert^eon. 

AUTRAMENT (d') III, VHI, 8, et 

iVautrainentz III, Vli, 6*i, autre- 
ment, sans cela. 
Aveu III, ii, II, 18, etc., marchan- 
dises. 

Banitz (plur.) I [a], lv, 5. 7, rede- 
vances. 

Bannegar I [a], XXIII, 13, bannir. 

Bannejar I [a], lv, 1, 5, 7 (texte 
latin : bannigare). Les mots e re- 
querre banitz, qui y sont joints 
(lat. et hanna ex'igure'), montrent 
qu'il faut traduire par « imposer 
des redevances, des taxes ». La tra- 
duction française publiée par Méry 
et Guindon (IV, 324) donne : 
« ceux qui ont droit de han », ce 
qui n'est guère compromettant. 
Cf. iamiegar. 

Becunas III, XVIII, 4, basanes. Voy. 
Duc, s. V. becuna. 

BONETAS I [C], LXVI, 8, 9, 12, 13, 
synonyme de banastas , benne, 
grand panier évasé (littéralement : 
grand bonnet) 

C'AKGADOIUAS III, X, 10, qui doi- 
vent être chargées. 

Casse (prédicat plur. masc.) I [aJ, 
xm, 5, cassés, annulés. 

Caiissencs (furns) I [a], xliv, 4, 
fours à chaux. 

Cello (suivi de que) III, IV, 20, pron. 
neutre, ce. 

COLLIDA (comblai) III, II, 18, con- 
tribution (mise en commun avant 
le partage). 

Complaisses {soi) I [a], xxvi, 15, 
3« pers. imparf. subj, de conipla- 
nlter, s'en plaignît. 

COMTADORS I [a], XVIII, 10, qui sont 
à compter. 

CONPINIAS (f. plur.) II, 123, 124, 126, 
127, semble indiquer des fortifi- 
cations ajoutées aux murailles au 
moment de la guerre. Dans le 
1" exemple, il a peut-être le sens 
propre de « voisinage » (des murs; : 
et esplanar las fortalessan (ms. : 
fossas, lat. : foi-talicia) fâchas en 
las confinias, et aquellas mczesmas 



eonjinias els fossatz (raqvel[a\s 
esplanar enaissi. 

CONSEUVAGE III, UI, 1, 2, 5, 7, 10, 
19, 24, association pour une entre- 
prise de commerce maritime. 

CONVENELL III, VIII, 19 (fém.), 
-eull III. XI, 20, (masc), -etils III, 
VIII, 47 ; XIII, 1.5, convenable. 

CoNVENS I [a], xxvir, 12, (rég. 
plur.), groupement, société. 

CORRE I [a], XX, 13 (3e pers. Bg. 
prés, indic. de correr), a cours. 

COVENELLMKNT III, VIII, 20, Conve- 
nablement. 

COVENELLS III, VIII, 19, -eull, III, 

VIII, 24, convenable. 
CovEisENT, III, XXIII, convention. 
COVENT I [A], xxvil, 6, groupement, 

société. 

COBERTA, III, XX, 1, 4, 7, 8, 10, 12, 

pont de navire. 
CusTODiA I |Aj, XXXVIII, 13, maga- 
sin où l'on gardait les balistes. 

Dadas I [aJ, xxxviii, 3, fém. plur. 
part, passé de dar, donner. 

De lo II, 201, 266, depuis le. 

DESFiZATiON II, 329, sommation. 

Despensarias III, IV, 4.5, dépenses. 

Despezeguament II, 408, action de 
dégager (au figuré). 

Despezeguar III, XXVII, 10, dé- 
marrer {d. si e lurs navs de). 

Deus que III, VI, 6, à partir du 
moment où. 

Devet I [aJ, xxxIII, 1, suj. devetz I 
[a], XXXIII, 9, 22, défense (d'ex- 
porter). 

Diandemes (?) II, 368. 

DoMENTZ QUE, avec le subjonctif. 
III, IV, 7, pourvu que. 

Domine I f aJ, i, 13, domination, sei- 
gneurie. 

Donadoiras II, 139, qui doivent 
être données. 

Donadors (jorns) III, xxvii , 1, 
jours qui doivent être accordés. 

DUN I [a], VII, 30, pour DON 
{=z de-unde), d'où. 

Ecclesiasticals (personas) I [a], 
XXV, 10, ecclésiastiques. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



387 



El I [a], PB., 12; vi, 9, 10, 11, 16, 
etc. = e lo; I [a], pr., 161 ; ii, 30 ; 
LXIII, & =z e le (suj.); I [A j, 
xxxlv, 2 = en lo. 
Eleq I [b], 37. suj. sg. eletz I [a], 
LXili, 100, part, passé, élu : e. eu 
ai'cive.ique d'Aix, archevêque dési- 
gné d'Aix. Lors de la paix de 1262, 
on ne se sert plus de cette formule : 
II, 367, mon senher vescom, per la 
gracia de Dieu arcivesqve d'Aix. 
Elegisca I [Aj,XX, 5 {eleyiscaoleja)^ 
3<' pers. pg. subj. de eleoir. Notez le 
rapprochement de deux formes 
diflEércntes. 
Elegutz I [a], VII, 17; xii, 10, 
masc. plur., part, passé de elegiv, 
élire, choisir. Cf. eleyitz I [a], Vlii, 
2, 5, II, etc., et ehu/. Voy. leynda, 
Ell I [Aj, PR., 112 = e lo ; ELLS I 

[A], PK., 118 =1 c lus. 
Els = e los I [A], PR., 12, 14, 106, 
132, 142; IV, 7, etc.; = en los I 
[a], l, 4; LX, 2 et 7, etc. 
Enquietacion 1 [a], li, 16. action 

d'inquiéter. 
Entailla I [a], pr., 94, gravure. 
Escar {logitat ad) III, XVI, 16 (lat. 
ad soarum), loué I avec nouriitnre 
comprise (loué à quai, Ducange. 
s. V. .scai'). Pardessus traduit par 
« à prix fait ». 
EscKiEis I [a], Pk., 171, 3e pers. sg. 

parf. de e.scriure, écrire. 
Esnequas III, XXVI, 10, et isnequas 
III, XXVI, 13, chalands, bateaux 
pour charger et décliarger les na- 
vires. Cf. fr. esneche, pic. esneke, 
et vo}'.. Diez, Ëtymol. Wtsr'tei'b., 
s. V. eftn'>i]ne, et Ducange, s. v. 
naca. 
E-TEOLS (prédicat fém.) II, 110, 
(.stiilnlift), stable. Cf. estahla I [A], 
LXIII, 77. 
EsïiEit I [a], xxir, 6; xxv, 11, pour 
entier.^ (cf. [a]; xxlx, !), etc.), [tré- 
po.s., excepté. 
ExPE.NSAs (pi.) I [a], II, 7 (coté à 

tort 32), dépenses. 
EXPKESSA I [aJ, I, 23, pour expvesaa- 
ment, après un autre adverbe en 
ment. 



Fasedoira {.tati-t/aetion e pas) II, 
91, etfazedoii-a {pas f. Il, 59, ca- 
valcadas fazedoiras II, 166) (au 
sens passif), qu'il faut faire. 

Fazedou III, V, 17 {aissi von auran 
covenqut se fazedor (au sens actif), 
qui doit faire. 

Fay I [a] XIII, 1.5, part, passé préd. 
sg. de far : doit sans doute être 
corrigé en fa7jt.; cf. fatz (plur.), 
XXXII, 2. 

Feni I [aJ , Lxi, 8, 3* pers. sg. 
parf. de fenir (actif) , pardon- 
ner, renoncer à, demander satis- 
faction de. 

Fermansa I [aJ, XXIV, 1 et 3; 
XXXV, 15 {fermanssa), personne 
servant àe. caution. Dans I [a], 
XIII, 3, l'accord du prédicat a 
lieu parsyllepse : .nan d'aquiqiiiti 
e dellnre. 

Fermar I [a], PR., 37, 42, assurer, 
promettre en justice. 

Feumessan I [aJ, PR., 43, 3"^ pers. 
pi. imp. subj. de fermar. 

FONDEGUAR II] , I. 27, 28, 30, 3 1 , etc., 
préposé a.\xfondeguc. • 

FONDEGUE III, I et II, passim (de 
l'arabe fondouk, b.-lat. fundicnm, 
ital. fondaco), fondak, comptoir 
européen dans les Etats musul- 
mans, entrepôt de maichandises 
comprenant des logements pour le 
consul et les marchands de la colo- 
nie, ordinairement clos et isolé de 
la ville. Voy. \V. Heyd, H'ist. du 
connnerce dii Levant au moyen âge, 
trad. Furcy-Kaynaud, t. II, 430, 
n. 7, et cf. Mistral. Trésor, s. v. 
foundeyue,foxindigo. 

FOKFACHAS (cauzas) I [a], Pr., C3 et 
forfatvhas I [a] , Pr., 69. choses 
(droits, possessions) dont on est 
déchu pour cause de forfaiture. 

FouFATZ {los) I [a], Pr., 57, rcg. 
plur., part, passé au sens neutre 
pris substantivement, ceux qui 
sont coupables de forfaiture (en- 
vers leur seigneur). 

FlJGEDis (masc. invar.) 111, iv, 33, 
39 ( substantif ) , fugitif , déser- 
teur. 



388 



ANNALES DU MIDI. 



Gabellas (plur.) II, 221, magasins 
à sel. 

Garda (fém.) I [a], xx, 9, gardien. 
Notez l.T, syllepse du genre : e de 
la g. de la dicha moneda establit 
per lo senhor comte. 

Gardadoiras III, II, 12, qui doi- 
vent être gardées. 

Gardador III, XXVII, 3 (sens pas- 
sif), à observer, qui doit être ob- 
servé, pratiqué. 

Garnion III, XXI , 1 et 7, et gar- 
nizon III, XXI , 5, équipement, 
armure complète. 

GuAJAMENTZ(pl.) {far marchamentz 

guajamentz), prises de gages, sai- 
sies. Voy. marchamentz. 

GuiZARAN (3« pers. plur. du futur) 

1 [aJ, XXXV, 5; guize (3^ pers. sg. 
du subj.) I [a], XXXV, 1 ; guizatz 
part, passé) I [a] , XXXV, 8, de 
guizar, garantir, prendre sous sa 
protection. Cf. Bertran de Born 
(éd. Thomas) I, xii, 47, Qu'anc 
Ventresenhz faltz ab benda De la 
jwpa del rel d'armar Quelh balket 

110 lo poc guizar Çu'om ab coutels 
tôt nol fenda, où l'éditeur traduit 
par « guider, conduire ». (Cf. Ray- 
nouard , Lex. roin., s. v. gtiida, 
qui traduit par « diriger».) 

ISNEQUAS, voy. esnequas. 

JUDICATURA, jugement I [a] xlv, 1 
et 4, frais d'un jugement I [a], 
XI, 7. 

JUSTA, pour justamen après un pre- 
mier adverbe en men, I [A], Pr.,72. 

Latz (delfag dels) de las naus I [A], 
LViil, 2, 5, 7 (le traducteur a lu au 
lieu de lacuum, que porte le latin, 
latuum,, qu'd a pris pour le génitif 
pi. de latvs, et a traduit en consé- 
quence). Il s'agit sans doute d'un 
droit de port payé par les navires. 

LAUDISME 1 [A], XXXVII, 23, lods 

(droit perçu sur les ventes). 
Lauket (pas del) I [c], LXV, 8, 
poids public du Lauret (du petit 
laurier). La rue Saint-Gilles, située 
près du cours Belzunce, s'appelait 



autrefois rue du Lauret et était si- 
tuée hors des murs. 

Leguda (fém. sg., part, passé de 
lezer) I [A], Xill, 7, 12; XXXII, 7, 
permise. 

Leja I [A], XX, 6, 3« pers. sg. du 
subj. de legir, élire. Cf. eleqisca. 

Lei {moneda de) I [a], XX, 12, 14, 
monnaie de bon aloi. 

Lein I [A], L. 6; III, 11,9,11,15, 17; 
V, 7, 22, 2G, 28, etc., suj. sg. et rég. 
plur. lelntz I [A], xxxiv, 16, 17, 
18, 19; III, II, 21 ; x, 27, et leins 
III, X, 37, bateau moins important 
que la nav. Cf. lin. 

Leinnar I [aJ. xliii, 1, et lein- 
nairar I [aJ. xliii. 3, couper du 
bois à biûler. Cf. Mistral, Trésor, 
s. V. ligneirk (= * Ugnrrare, de Zi- 
giiaria). 

Lin III, V, 23, suj. sing. et rég'. plur. 
/;rt^îI[A], Pu., 49,.ôl,.52; II, 10,33; 
xxxiii, 25; L, 2 et 4. Forme moins 
employée que lein ; voy. ce mot. 

Marchamentz (pi.), I [a], xxvii 
(voir le texte à V Errata), envahis- 
sement d'un territoire en vue d'ob- 
tenir satisfaction. Carpentier. s. v. 
marchamentum, identifie, avec rai- 
son, ce mot avec <( marche » dans 
notre passage et dans une charte de 
1430, rectifiant Ducange, qui croyait 
à une taxe d'entrée. Le mot favere 
du latin {far du prov.) montre qu'il 
ne s'agit pas ici d'un droit (comme 
le dit Carpentier), mais de l'exer- 
cice de ce droit. Cf. guajamentz. 

Menadoiras I [AJ, XXXIII, 3, qui 
doivent être amenées. 

Mens et Mentz, au sens négatif, 
après un pron. relatif ou la con- 
jonction que, pour traduire le latin 
quominus I [a], xxlx, 8 : aleutt, 
empachamcnt o evipe.dimeut... per 
lo quai m mens j'urscan..., e per 
qu'il vientz ajan c puescan far 
far... e per qu'il mentz puescan bas- 
tir et hedeficar... arcx en carrieras 
cubertas; xxxlll, 16, evipacha- 
mentz... per que mentz le ditz apoftz 
siafag a Mass\ 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



389 



MiLLAUES I [A], XIX, 21; XX, It; 
III, XVI, 10 (millarx III. xvi, 10, 
est une distraction du scribe), mon- 
naie marseillaise, usitée dans les 
ports de Barbarie. 

MONNER (ms. viornner) III, xix, 30. 
avertir de, rappeler (une chose). 

MOVEOLS (causas) II, 210 (2 fois), 
266, 267, 2S9, objets mobiliers. 

Nabetin, suj. Pg. -inx III, i, 82 et 
87 (restitution), aide du foudet/uar. 
Ce mot est joint à fondagnar à 
l'aide de o, c( ou », comme naheti- 
nus (dans le latin correspondant) 
à fundicarius à l'aide de t-el. Il est 
sans doute de la même famille que 
le fr. nabot, avec changement du 
suffixe ^>^en et et addition d'un se- 
cond suffixe. Cf. l'allemand KnajJj'f, 
garçon. 

Nescalke (et ni'squnlre I [d], 31, 
le plus souvent précédé de e (une 
t'ois de (' I [a], XXXVII, 2.5). Le 
sens ordinaire est a de plus, en gé- 
néral », et le latin correspondant 
donne ttiam. Cf. I [a], xxxvii, 2.5; 
LXiii, 102 ; I [ D], 31 ; II, 57, 89, 230, 
352. — A noter une légère dévia- 
tion de sens I [a], lxii, 6, sïan 
tengutz far sagrament, e uescalre lo 
fassan, où il faut traduire par (( et 
en réalité ». — Avec en tal ma- 
niera que (lat. ita etiam quod) I [a], 
XXXIV, 10; XLII,<); L,XIII, 20; III, 
X, 41, il sert à préciser ou à ajouter 
une particularité (cf. I [a], lxiii, 
20, los absols, en tal maniera nes- 
calre que tutz li habitantz en 
Mass\ et e?i lo s'ieu destreg... juron 
sobre los santz evangelis de Dieu 
salvar): et si la proposition est né- 
gative, on peut traduire nesealre 
par (( absolument » (cf. I [a], 
XXX IV, 10, en tal maniera que ?ies- 
calre ni en la vila viscomtal ni 
evesqual.., non siaii, adug o amenatz 
jjortatz). — D'après l'ensemble 
des exemples, l'étymologie 7ies 
{=: ne se) cal re, « il n'y a souci 
de rien, il ne manque rien », nous 
semble s'imposer. Ce mot, à notre 



connaissance, ne se rencontre point 

ailleurs que dans notre texte. 
Nescals I [aJ, xxxvii, 25, faute 

pour nesealre, 
NiLS I [A], XXXVI, .5 = ni los. 
NOL (?) I [A], XVII, 7 (ms. non) 

= no lo (pron.). 
NOLS I [a], XXXVI, 6 = no los 

(pron.). 
NouLi III, XVI et XVII (passim), 

prix du loyer d'un vaisseau : lo- 

gar a nouli III, xvi, 1, 2, noliser. 

III, I, 54, 7ô, adverbe, où. 

01 I [A], XIV, \& = o le; III, x, 4 
:^ al. 

Ols I [A], XLlii, 8=0 los. Qf.els. 
OUTRAMOXTANS {viareniers) III, vi, 

36, marins d'outre-monts (italiens 

ou catalans). 

Pati I [a], XXI, 4, chemin. Voy. 

Mistral, Trésor, s. v. 
Peleuc (per) III, XXI, 6, par mer 
' (\a.\.. per pelagus) . Voy. Raynouard, 

s. v. peleg. 
Pena (passim), amende. 
Perpétua {en) I [d], 32, 49, 71; II, 

138, 158, à perpétuité. 
PERTEGUAS (plur.) I [a], XXXVIII, 

14, hangar (où étaient remisées les 
balistes). 

Fort {far) III, ii, 22 ;x,12, aborder. 

PORTADOIRASi [a], XXXIII, 3, adj- 
fém. pi., qui doivent être appor- 
tées. 

Pues {sobre) l [a], xxi, 6, abusive- 
ment (plus que de raison). 

Prestant I [a], XIV. 19, part. prés, 
de prestar, fournissant. 

Probedans (plur.) III, VI, 49, pro- 
chain. Cf. propdan. 

Propdan I [aJ, 111,6; III, vu, 8, 
30. 53, f. propdana I [aJ, LXI, 28, 
adj.. prochain, voisin. Dans les 
exemples I [a], lxi, 28; III, vu, 
8, 30, le mot est rapporté au passé. 

Publique I [a], Pr., 169, public. 

QUAL que qual I [d],72; II, 69, 
286. 302, cal que cal II, 251 {cal» 
que cals homes son 1 [A J, XXXVII, 4), 
aucun homme (quoiqu'il soit) qui. 



390 



ANNALES DU MIDI. 



QcelI [a], XXIII, 22 — q^iele (suj.). 

Quels 1 [a]., Pk., 57; xii, 8 (ms' 
quel) = que los. 

QUES (pour que devant voyelle) I 
[C],56; I, LXIV,19, quez I [cj, 50. 

QoiT I (prédicat plur.) I [a], xxiv, 6 ; 
LVIII, 1, 4, qu'itas (ms. quitias) 
I [a], xxiv, 2, adj., quitte, ac- 
quitté. 

QUORAS III, XII, Hl, lorsque. 

Raïms (suj. plur.) 1 [aJ, xxxiiii, 1, 
3, raisins. 

REDUYSSEiiON I [a], Pr., .04, S» pers. 
pi. parf. de réduire, ramener. 

Reformadoika II, 59, qui est à ré- 
taVjlir. 

Refujava III, I, 66, 68, 3« pers. sg. 
imp. de refujar, refuser. 

Regimen I [a], xlviii, 11. autorité. 

Reqdista <^^^o\xx requesta) I [a]. Il, 
9 (cliiiïre inexact en marge), re- 
quête. 

Resemson III, I, 89, concession d'un 
comptoir ( obtenue soit directe- 
ment du recteur, soit, ce qui est 
plus probable, par adjudication; 
cf. lat. redeniptio). 

Retenement I [a J, LXi, 29, réserve, 
resti'iction. 

Salvv pour sait- I fAj , xxx, 9 ; 
XXXV, 12; LU, 10; LXI,23; LXIII,2, 
prépos., excepté. Ecrit par erreur 
salit n {salvns pour salvns, salvs) , 
pris comme adjectif III, X, 3!) : le 
dig deugte sia saluns al dig creze. 
dor. Au fém., il est le plus sou. 
vent pris comme adjectif variable; 
Cf. I [aJ, Pr., 78; I, 20; xxxni, 
24 j XLII , 8, etc. (par exception, 
II, 115, xalvv aquellas causas). 

Sendegdat I fA], Pr., 87, siude- 
guat I [A], Pr., 99, 155, 158, sin- 
degat I [Aj, Pr., 155, 158, pouvoirs 
de syndic. 

Sendegue (passim) et plus souvent 
sindegue ou syndegue, syndic 

Sesdeguers I [A], Pr., 34, faute 
pour syndegues. 

Ses {de la gleia de la) de Mass'. 
(I |a] XXXIIII, 11) correspond à 



ecclesla, sedis Massille du texte la- 
tin et signifie « siège épiscopal ». 
Cf., à Aix-en- Provence, l'église de 
Notre-Dame de la Seds, que l'on 
croit remonter à la fondation du 
siège épiscopal de cette ville. 

Si que no I [d], 43, sans cela, sinon. 

Souï III, II. 17 ; XXV, fin, cas régime 
refait sur le cas sujet suutz, sou. 

SOVENIEUAMENT I [a], XXXVII, 15, 

souvent. 

Tan (y) I [a]. XXII, 2, traduit le la- 
tin îtrin (littér. : et autant que 
cela). 

ÏAULA I [a] xxviiii, 2, 11. établi, 
éventaire de boutique; I [a] LVII, 
1,3, comptoir de banquier. 

TAULA DE LA MAR I [AJ, LVIIII, 8 

(cf. 9), caisse des taxes maritimes. 

Temporal I [a], ii, 13, temps, épo- 
que. 

Tersaria II, 321, tierce (impôt du 
tiers). 

TiîANSLAT (ms. trayslat) I [a], Pr., 
99, procuration (transfert de pou- 
voirs). 

Trayslat I [a], Pr., 99, faute pour 
translat. 

Tregen 1 [aJ, xxxvii, 23 (cf. tre- 
zen, 1. 3), droit du treizième. 

Ubertas {Iftras) II, 3.^2, 340, let- 
tres pjitentes. 

Ventilar mm 2)lag III, vil, 16; 
VENTILLAR uiia cauza m, VII, 
71 (litt. : agiter un procès), plaider 
un procès, expo.ser une cause de- 
vant le juge. 

Verssieras I [a], XXVIIII, 15, faute 
du scribe pour uissieras, portes co- 
chères (?). 

Vezenda (ablatif), t^ezaiidam (accu- 
satif ), mots provençaux insérés dans 
le texte latin complémentaire du 
ch. VI du Statut maritime (111) 
et qui semblent signifier « quart, 
tour de veille » (ou peut-être sim- 
plement « service à tour de rôle »). 

Vescom, II, 367, est peut-être une 
faute pour vesdom, que l'on peut 
supposer d'après vicedominus, quj 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



391 



représente le même personnage. 
Voy. ci-après. 

Vice domine I [b], 36, et au cas 
sujet vice doniinns I [a], lxiiî, 
99 (cf. fr. vidamc), désigne le pré- 
vôt (le Grasse, archevêque désigné 
d'Aix. 

ViAGES (pi.) I[a], xlviii, 1, 7, pays 
d'outre-mer (ou ports ouverts au 



commerce dans le Levant, Echel- 
les). 

VOLRA {se ou */ I [A], VI, 30 (deux 
fois); XIX, 23; si volrun I [a], 
XXXII, 40; XLi, 17; futur de se {si) 
voler, réfléchi , pour voler, vou- 
loir. 

VULGALMENT I [a], XiX, .S, -entz I 
[a], XIX, .5, vulgairement. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



1 [a], Pr., 34, lisez : sendeffîie{r)s — xxvi, H. foron fâchas — xxvii, 11. ,ta 
(au lieu de al) — xxxiv, 10, il faut sans doute lire : ru tal maniera nés- 
calre (pie — ^ xxxv, 11, mettez une virgule après : en jVass\: — xLi, A,ade)ii- 
pre se trouve aussi dans le texte latin ; celapourrait faire croire que la 
rédaction provençale est antérieure, ce qui n'est pas exact; — lxii, 12, lis. • 
li dig. 

P. 4, 1. 2, eiïacer le trait d'union entre Gaspar et Serene — P. 14, ch. ii, au 
numérotage, lisez : 5 et 10 au lieu de 30 et 35. 

I [a], xxvi). Que le senker coins... enemicxs. — Sous cette rubrique, nous 
avons imprimé le ch. xxvlil, que nous avons dit à tort (n. 3) manquer au 
manuscrit. Voici le ch. xxvii, dont la copie avait été égarée et que nous 
rétablissons d'après le ms. : 

Item, le senhers coms e li sieu perpetualment sian tengutz 
gardar e deffendre los ciutadans de Mass'. e lurs cauzas en totz 
luocx: e si alcuns lur oflfendia en personas o en cauzas, le senher 
coms sia tengutz los ditz ciutadans ajudar e persegre lurs ene- 
micx e pauzar se encontra per totz los Masseilles et un calc(q)un 
en totz luocs, e far raarchamentz e guajamentz segon que dreg 
o (de) costuma sera de far. Et aisso sia entendut assi con bons 
senhers es tengut de deflfendre e salvar los sieus flzels homes e 
devotz. 

(XXVIII). Que le coms non auja alcuns o alcunas universitatz 
complainnentz se dels homes de Mass\ singulars o de la univer- 
sitat dels forfatz fatz entro al tems d'aquesta patz. 

Item, que nenguna complancha, etc. 

Léopold CONSTANS. 



392 ANNALES DU MIDI. 



II 



ŒUVRES INEDITES DE FRANÇOIS MAYNARD. 

(Suite ^.} 

Rendons heureux le reste de nos jours 

Et nous mocquons de la malice noire 

De ce fascheux qui dit que nos amours 

Sont une lasche à l'esclat de ta gloire. 

Chère Fillis, nous courons au trépas. 

Nos jours s'en vont et ne reviennent pas. 

Mon front se plisse et ta couleur se plombe. 

On tasche en vain de fléciiir le destin. 

Il faut mourir, et tu scais que la tombe 

Est une nuit qui n'a point de matin 2. (A, 117 v 



Fy, fy d'Alix ! qu'on ne m'en parle point ! 
Son corps est sec comme de la canelle. 
Homme vivant n'a peu trouver sur elle 
Pour un grand blanc de solide embonpoint. 
Il est certain que de toute sa vie 
Elle n'a veu qu'avecque de l'envie 
Les estourneaux et les harans sorets. 
Je me tiens loing de sa maigreur estique, 
Son coude aigu c'est un vray fer de pique : 
Que je luy baille un bout comme aux fleurets 3. 

(A, 62 V.) 

Vous aves beau faire le vain 
Avecque vostre rapsodie, 
La grammaire de Normandie 
Vous croit un fort triste escrivain. 

1. Voy. Annales, t. XX, p. 225. 

2. Cette épigrainme est une variante de celle qu'on trouve dans Garris- 
sou (III, 104) : « Crois-moi, vivons au gré de nos désirs. » 

'A. Même épigramnie, mais en vers de 8 syllabes et avec quelques va- 
riantes, dans Garr., 111, 182. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 393 

Avec vos parolles mal jointes, 

Vos antithèses et vos pointes. 

On rit de vous à tout propos. 

Jettes de l'eau sur vostre flamme 

Et croyant à vostre anagramme 

Aymes désormais le repos. (A, 39 v.) 



Cy-gist qui par la courtoisie 

Dont son âme fut le séjour 

Fit mourir ses voisins d'amour 

Et son mary de jalousie. 

Son incomparable blancheur 

Eust une si vive fraischeur 

Que les roses en avoyent honte. 

A rire elle mit son loisir 

Et jamais elle n'eut plaisir 

Tel que celuy d'ouyr un conte. (A, 59.) 



Pol, vostre femme a des appas 

Dont j'admire la douce force 

Et vrayment vous ne devriez pas 

La payer d'un honteux divorce *. 

Les sages ont beau raisonner, 

Leur esprit ne peut deviner 

Sur quoy vostre haine se fonde, 

Personne ne la fuit que vous * 

Et son naturel est si dous 

Qu'elle contente tout le monde '. (A, 227 v.) 



Passant, voycy la sépulture 
Où les destins ont enfermé 
Un sénateur qui fut nommé 
Le Miracle de la Nature. 

1. Var. : Menacer de faire divorce. 

2. Var. : n'en mesdit q. 

3. On trouve dans la lettre de Mainard à Pressai (lettre 248) une va- 
riante de cette épigramme ; les vers 1, 9 et 10 sont même identiques. 

ANNALES DU MIDI. — XX 20 



394 ANNALES DU MIDI. 

Au jugement de nos ayeux 

Jamais sage ne vescut mieux 

Et ne monstra tant de mérite. 

En leur temps, qui ne valoit rien, 

La difîérence estoit petite 

D'un monstre et d'un homme de bien. (A, 129 v.^ 



Nous scavons les conformités 

Des vers de Virgile et d'Homère, 

Réserve tes subtilités 

Pour la classe de la grammaire. 

Docteur, ton grec et ton latin 

Valent bien moins que ton festin, 

Au jugement de cette troupe. 

Elle a de plus fortes amours 

Pour l'excellence de ta soupe 

Que pour celle de ton discours i. (A, 130 v.) 



Quand ta censure envenimée 

Dit que mes ouvrages sont cours, 

Tu crois blesser ma renommée, 

Mais quoy ? tu fais tout le rebours. 

Silvan, ton aveugle malice, 

Sans y penser me fait justice 

Et met mon mérite bien haut. 

Pauvre ignorant, cesse d'en rire. 

Si mes vers n'ont que ce deffaut 

J'ai treuvé l'art de bien escrire 2. (B, 26.) 



Voycy nos beaux jours revenus : 
Toutes nos querelles sont mortes. 
Sortons du temple de Janus 3, 
La paix eu veut fermer les portes ''. 

1. Même idée dans répigrainine : « Tu fais des banquets tous les jours » 
(Garr., III. 118). 

2. La même idée est développée dans l'épigramnie : « Cet ouvrage de 
mon caprice » (Garr., III, 136). 

3. Var. : Déjà le t. 

4. Var. : se prépare à fermer ses p. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 395 

Mars a dépouillé son orgueil, 

Honteux d'avoir fait le cercœueil 

Qui nous a privés de nos pères, 

Et Bellone, selon nos veux, 

Va laisser mourir les vipères 

Qui luy tiennent lieu de cheveux. (A. 123 v.) 



Je suis marry que Pol te raille. 

Il ne presche eu tous ses discours 

Sinon qne ton affreuse taille 

Va du pair avecque nos tours. 

Ses yeux sans doute ont la chassie ' 

Et tombent dans l'aveuglement. 

Si d'un demy-pied seulement 

Il te plaisoit d'estre accourcie, 

Le colosse du défunct Roy 

Seroit presque aussy haut que toy 2. (A, l'^ 



L'escarlate de ton visage 

Vient d'un sang qui n'est pas subtil 

Et la raison est un outil 

Dont ton ame ignore l'usage. 

Quand tu voudras paroistre au Cours 

Où tes ridicules amours 

Sont la fable de nos coquettes, 

Denys, pour te bien ajuster, 

Je te conseille de porter 

Une mante et des coliquettes (?). (A, 191 v.) 



Le capitaine des filous 

S'est fait rimeur en temps de guerre. 

C'est pour faire durer en tous 

Et peser longtemps à la terre. 



1. Var. : Ses y. investis de chassie. 

2. Imitation de l'épigramnie de Martial (VIII, 60). 



3C6 ANNALES DU MIDI, 



A son goust, les plus beaux lauriers 

Qui parent le front des guerriers 

Sont des couronnes diffamées 

Et j'oy dire aux mauvais garçons 

Qu'il ne passe dans les armées 

Que pour un faiseur de chansons'. (A, 224 v.) 



Pol, qui ne te plais à tenir 

Que des chemins illégitimes, 

Les enfers ne scauroyent punir 

Tout ce que ta vie a de crimes 2. 

Si le ciel vonloit m'escouter, 

Sa justice viendroit t'oster 

Les choses mesmes nécessaires; 

Tu n'aurois ny crédit ny bien, 

Et la croûste de tes ulcères 

Seroit ton pain quotidien. (A, 151.) 



Ta France ne peut estre belle 

Ny tes peuples guère contens 

Si tu diffères plus longtens 

A tonner contre La Rochelle. 

Grand Roy, suy la fatalité, 

Va punir l'infidélité 

De ceste ville mutinée. 

Amène luy son dernier jour 

Et devant la fin de l'année 

L'âge d'or sera de retour 3. (A, 100.) 

1. Var. : Il dit à ses petits enfants 

Que les honneurs des triomfans 
Sont des fanfares diffamées. 
Il raille des mauvais garçons 
Et ne va plus dans les armées 
Que pour y faire des chansons. 

2. Var. : Pol, que penses-tu devenir? 

Quel mauvais deraon te manie? 
Ta débauche debvroit finir, 
Puis que ta jeunesse est finie. 

3. Même idée dans l'épigramme « Grand Roy qui fais ouïr partout » 
(G. Il, 189). Une variante des trois derniers vers se retrouve en tête 
du nis. A. Garrisson l'a reproduite (III, 3G8). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 397 

Tes yeux, Marquis, trouvent si belle 

La dame à qui tu fais l'amour * 

Que tu grondes quand on l'appelle 

Autrement que l'Astre du jour. 

Ce titre n'est pas un mérite ^ 

Qui puisse faire qu'elle évite ' 

La honte d'un sinistre bruit. 

Elle est soleil, je le confesse ^, 

Mais c'est un soleil qui se laisse 

Charmer aux plaisirs de la nuits. (A, 86 et 57.) 



Tu dis qu'il faut purger la terre 

Des nobles qui fuyant l'employ 

Et qui sont faschés que la guerre 

Donne tant de palmes au Roy. 

Baron, j'admire ton langage 

Gomme un visible témoignage 

De la force de ta raison. 

Dys-moy, n'aurois-tu pas envie 

De te detïaire de la vie 

Par le fer ou par le poison ^ ! (A, 302 v.) 



Tes sentimens sont éblouys, 

Ils choquent la raison commune; 

1. Var. : La d. d'où vient ton a. 

2. Var. : Ce nom avec tout son m. 

3. Var. : Ne scauroit f. — Autre var. : En la passion qui te pique | Tu 
veux que ce nom magnifique | Serve à luy donner plus de bruit. 

4. Var. : C'est un s., on le c. 

5. Var. : Tu veux q. ce nom magnifique | Soit moins qu'elle n'a mé- 
rité I C'est un soleil, je te l'avoue, | Mais c'est un soleil qui se joue | Bien 
souvent dans l'obscurité. 

6. Var. : Et qui n'ayment pas que la guerre 

Verse leur sang devant le Roy. 
Veux-tu produire un tesmoignage 
Qui nous monstre que ce langage 
Est un effet de ta raison ? 
Denys, contente notre envie : 
Avale une once de poison 
Pour te défaire de la vie. 
Voir deux autres formes de la même pièce : Tu dis que ton humeur 
déteste (A, 199), et : Si le monarque du tonnerre (A, 2UU v.). 



398 ANNALES DU MIDI. 



Le grand appuy de ta fortune 

Estoit l'amitié de Louys. 

Tous les astres sont pour la France; 

Résous ton âme à la soutfrance 

Et n'espère plus qu'au trépas; 

Malgré tes places les plus fortes, 

Mon prince ira graver ses pas 

Sur les montagnes que tu portes. (A, 114.) 



Nos braves sont dans l'employ, 

On ne parle que de guerre, 

Et Denys ronfle ohes soy 

Entre la garce et le verre. 

Ce noble a le cœur si bas 

Qu'il déteste les combas 

Du prince qui nous gouverne, 

Et ce coyon effronté 

Prétend que sa hischeté 

Est une vertu moderne i. (A, 227.) 



Puisque tu m'as provoqué 

Avecque tant d'amertume, 

Il faut que tu sois choqué 

De tout l'effort de ma plume. 

Le goust du Louvre et le tien, 

Pol, ne s'accordent pas bien, 

Si tu ne crains ma satire; 

Je suis dans un tel crédit 

Que le bruit commun ne dit 2 

Que ce que je luy fais dire. (A, 115.) 



1. Var. : Nostre baron fuit l'employ 

Et ne veut point de la guerre 
Qui fait triompher le Roy 
Sur la mer et sur la terre. 
Il condamne le conseil 
Du ministre sans pareil 
De qui l'esprit n. g. 

2. Var. : la gazette. 



i 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 399 

Mon cœur, Lise, n'est plus un lieu 

Où l'amour grave tes merveilles. 

Tes lèvres ne sont plus vermeilles, 

Les roses leur ont dit adieu. 

C'est vainement que tu proposes 

De m'engager dans tes filets, 

Je te mets au nombre des choses 

Qu'on réserve pour les valets. (A, 277 v.) 



Allons prendre le verre en main, 

Le soing du public m'importune. 

Et laissons jusques à demain 

Dormir la gloire et la fortune ! 

Scachés, grand prince de Bourbon, 

Que c'est une fort belle chose 

Qu'une perdrix qui se repose 

Sur un materas de jambon. (A, 22.) 



Que je dirois de belles choses 

Du pasteur de nostre troupeau 

S'il te coronnoit d'un chapeau 

Qui fût de la couleur des roses » ! 

Pour donner un air tout divin 

A mes ouvrages héroïques. 

Je ferois chercher de bon vin 

Dans plus de quatorze barriques. (A, 249.) 



Laisse reposer les autheurs 
De ton code et de ton digeste 
Et beuvons le vin qui nous reste 
A l'aigle des prédicateurs. 



1. On peut rapprocher de ces vers un passage de l'ode adressée à Ch. 
de Noailles, évêque de Saint-Flour, et mise en tête du livre l'Empire du 
Juste : Richelieu, dit Maynard, reconnaîtra que cet ouvrage : 

« Mérite qu'un chapeau te couvre 

<i Qui soit de la couleur du sien. » (G, III, 243.) 



400 ANNALES DU MIDI. 



Délibère donc de me suyvre, 

Beuvons à luy jusqu'au matin 

Puisque ses discours font revivre 

Saint Thomas et saint Augustin. (A, 248.) 



Je ne seray jamais las 

De célébrer les mérites 

Des sermons que tu débites, 

Tu vaux mieux que cent prélas. 

Je te souhaitte un chapeau 

Dont la couleur soit pareille 

A celle du vin nouveau 

Qu'on prend de ceste bouteille. (A, 249.) 



Satirique censeur, 

Puisque la chasse donne 

Une table si bonne, 

Je veux estre chasseur. 

Ce qui te plaist me pique 

Et, pour trop t'imiter, 

Je crains de me gasler 

El d'estre satirique. (A, 248 v.) 



Mangeons du mouton et du veau, 

Beuvons du vieux et du nouveau, 

Discourons d'amour et de chasse, 

Laissons agir le Cardinal : 

Si quelque autre occupoit sa place, 

Nos affaires iroyent bien mal. (A, 248.) 



Ce beau livre qui vient de naistre, 

Amy lecteur, ne scauroit estre 

Trop dignement recommandé, 

C'est où la doctrine profonde 

Du grand Noailles a fondé 

Le plus juste empire du monde*. (A, 255 v.) 

1. Il g'agit de l'ouvrage de Ch. de Noailles intitulé : L'Empire du 
Juste, selon V institut io7i de la vraie vertu (Puris, 1032, 2 vol.). 



MÉLANGES ET DOCDMENTS. 401 

Ennemy juré du bon sens, 
Horrible fléau des innocens, 

des fourberies ^ 

Cœur remply d'inhumanité 

Modère un peu ta vanité 

Tu n'es grand qu'en tes armoiries. (A, 65 v.) 



Les dieux prompts à nostre secours 

Conduiront lentement ses jours 

Jusqu'à la vieillesse tremblante. 

Que nos peuples seront contens 

S'il peut durer asses longtems 

Pour voir le fi'uit de ce qu'il plante! (A, 134, v. 

{A suiV7^e.) G. Clavelier. 



III 

PROV. MEC. 
« E sobretot al [s] ausells que son mec. » 

M. Dejeanne, en publiant dans cette revue (XIX, 221 ss.) 
les trois pièces qui nous ont été conservées de Alegret, fait 
l'observation suivante à propos du vers cité ci-dessus : « Mec, 
« seul exemple de ce mot, probablement d'origine gasconne. 
« Il signifie actuellement bègue. Cf Lespy et Levy. » Et il a 
traduit avec raison : « et surtout aux oiseaux muets. » 

Je ne puis me ranger à l'avis de M. Dejeanne. Mec a bien 
la signification de « muet », comme le sens général du texte 
l'indique, mais on ne peut en resteindre l'usage à la Gasco- 
gne, puisque son origine doit être grecque. Ce mot vient de 
lji.'jy.2ç = àçwvoç avec l'accent reporté sur la première syllabe, 
comme dans l'ital. gobbo (xuçcç), et avec le développement 
de u grec tonique en e fermé (par l'interinétliaire de i bref), 
comme dans aûp-oç, prov. nerto; TrpscSÛTcpsç, a. l'r. pre- 
veire; cruxo^Tov et ficatum, foie; /.ûy.voç, ital. cecino et 
cecero, etc. Giulio Bertoni. 

1. Deu.x. mots illisibles. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES 



D' A. Armaingaud. — Montaigne et La Boëtie. Le vérita- 
ble auteur du discours « sur la servitude volontaire »; 

iQ-8'\ (Extrait de la Revue politique et parlementaire, 
numéros de mars et de mai 1906.) 

La thèse exposée dans ce travail bouleverse toutes les idées 
communément admises sur le célèbre opuscule de La Boëtie. La 
place dont nous disposons ne nous permet pas de reproduire dans 
le détail toute l'argumentation du D'' Armaingaud; nous ne pour- 
rons pas non plus développer dans toute leur ampleur les raisons 
qu'on aurait à opposer aux siennes; en nous bornant à l'essen- 
tiel, nous espérons cependant en dire assez pour que le lecteur 
puisse se faire une opinion sur la thèse hardie qui est soutenue 
dans ce travail. 

Rappelons d'abord quelques faits et quelques dates. La Boëtie 
était mort en 1563. Un fragment du Discours sur la servitude 
volontaire, jusqu'alors entièrement inédit, parut, au début de 
1.574, dans un pamphlet protestant intitulé: le Réveille-malin des 
Français. Ce discours entier fut publié dans les Mémoires de 
l'Estal de France, dont on cite toujours l'édition de 1576, mais 
dont la première édition est antérieure au mois d'octobre 1574; 
Pierre de l'Estoile, ù cette date, les avait en sa possession. Ni 
dans l'une ni dans l'autre de ces publications, on ne nommait l'au- 
teur du Discours. Ainsi fut connue d'abord, grâce aux protes- 
tants, l'œuvre célèbre dont le Dr A. nous dit aujourd'hui : « Le 
Discours sur la servitude volontaire est un pamphlet contre 
Hein-i III, et La Boëtie n'en peut être le véritable auteur. » 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 403 

Pour établir cette proposition, M. A. a relevé soigneusement 
toutes les allusions politiques que semble contenir le Discours, et 
il prétend démontrer qu'elles ne sauraient mieux s'appliquer 
qu'au futur Henri III. On lui ferait tort cependant en accordant 
la même importance à tous les rapprochements qu'il établit. 
Le passage capital pour sa thèse, c'est, de son propre aveu, celui 
où La Boëtie s'étonne qu'on voie le peuple « souffrir les pilleries. 
les paillardises, les cruautés, non pas d'une armée,... mais d'un 
seul hommeau, et le plus souvent le plus lasche et femenin de la 
nation; non pas accoustumé à la pouldre des batailles, mais 
encore à grand peine au sable des tournois; non pas qui puisse 
par force commander aux hommes, mais tout empesché de servir 
vilement à la moindre femmelette » (édit. P. Bonnefon, p. 5). 
Dans toute cette lin de phrase, il faudrait voir le portrait d'un 
prince qui ne saurait être qu'Henri III. Ce dernier trait serait, à 
lui seul, parfaitement caractéristique : l'expression « empesché de 
servir... » doit être entendue comme signifiant « incapable de... », 
et il y là une allusion à l'aversion caractérisée de Henri III pour 
les femmes. 

Et dès lors, si l'on admet que le Discours primitif a été grande- 
ment remanié, reste à savoir par qui il le fut. Sont-ce les protes- 
tants qui y auraient ajouté ces allusions nombreuses, faisant ainsi 
de l'ouvrage un pamphlet contre Henri III? Mais, dit M. A.j 
comment auraient-ils connu un ouvrage dont Montaigne devait 
être l'unique dépositaire ? Dès lors, on voit la conclusion qui 
s'impose ; c'est aussi celle où s'arrête M. A. Pour lui, c'est Mon- 
taigne qui a remanié et développé l'œuvre primitive de La Boëtie, 
et c'est Montaigne encore qui a fait passer aux protestants, pour 
être publiée, cette nouvelle forme du Discours sur la servitude 
volontaire. La chose n'aurait, au reste, rien qui dût nous éton- 
ner : « Montaigne, sans aucun doute, fut révolté par la Saint- 
Barthélémy; on trouve, dans la liste de ses amitiés, les noms de 
beaucoup de protestants; c'en est assez pour expliquer sa conni- 
vence avec le parti huguenot. 

Il n'importe, pour le moment, que ces idées sur la « politifjue » 
de Montaigne soient exactes ou fausses. Ce «lui est grave, 
c'est que le D"" A. attribue à Montaigne l'acte d'un malhonnête 
homme. S'il est prouvé qu'il a remanié, dans les conditions que 
l'on dit, l'œuvre originale de La Boëtie, il est, du même coup, con- 
vaincu « de sournoiserie et de dissimulation » (P. Bonnefon); et 



404 ANNALES DU MIDI. 

C'est le moins qu'on puisse dire de son procédé. Mais, avant d'en- 
treprendre la défense de Montaigne, nous devons voir si le Dr A. 
a vraiment d-émontré que la Servitude volontaire était un pam- 
phlet contre Henri III. Nous ne pensons pas, quant à nous, qu'il 
y ait réussi*. 

On pourrait discuter sur le caractère des passages où il prétend 
reconnaître des allusions politiques. Pour moi, j'y trouve le style 
ampoulé d'une amplification d'école ; les traits qui semblent les 
plus forts s'expliquent par les nécessités de la « gradation » 
qu'exigent les lois de la rhétorique, et le portrait du tyran qui 
s'ébauche dans ces pages est inspiré surtout des écrivains anciens. 
Mais ce sont là encore des arguments subjectifs; on peut en oppo- 
ser de plus précis à la thèse du D' A. On a vu le parti qu'il tire 
de la phrase célèbre que nous avons citée plus haut. 11 faut, il est 
vrai, pour sa cause, que « empesché de servir... » signifie « inca- 
pable de servir... » Or, il est certain qu'on doit comprendre, au 
contraire, « tout occupé à servir... » C'est ainsi que comprenaient 
les premiers éditeurs de l'ouvrage. Dans l'édition latine du 
Réveille-matin des Français, la phrase est ainsi traduite : « Qui 
impudicae rnulierculae servitio totus addictus si t. » Voilà qui 
me semble décisif; nous n'aurons pas la prétention de com- 
prendre Fauteur de la Servitude volontaire mieux que ne fai- 
saient les gens du xvie siècle. 

Ainsi disparait le principal trait de la ressemblance qu'on vou- 
lait trouver entre le futur Henri III et le tyran de la Servitude 
volon'aire. Mais négligeons, pour un moment, la question de 
fait et demandons-nous s'il est vraisemblable que l'auteur du 
Discours ait voulu atteindre Henri III. On voit le calcul bizarre 
que, de sa part, cela supposerait. Au moment où paraît le pre- 
mier fragment de l'ouvrage, Henri III n'est encore que duc 
d'Anjou et roi de Pologne ; il est loin de la France qu'il a quit- 
tée pour recueillir la couronne à laquelle on l'a appelé. Ainsi 



1. Les articles du D' A. ont déjà provoqué deux réfutations auxquelles 
le lecteur pourra se reporter : l'une, dans la Revue politique et parle- 
mentaire (janvier 1907), est due à M. I3onnefon, le savant éditeur de I^a 
Boëtie ; l'autre, qui est de M. Villey, a paru dans la Revue d'histoire lit- 
téraire (t. XIII, 1906, p. l'Zl). Dans chacun de ces articles, j'ai trouvé des 
arguments décisifs, et je n'ai eu souvent qu'à les résumer. Le travail de 
R. Dezeinieris, dont l'objet est un peu différent, fera l'objet d'un compte 
rendu spécial, qu'on trouvera à la suite de celui-ci. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 405 

donc, — pour suivre l'hypothèse du D"" A., — quand Montaigne 
aurait voulu adapter aux circonstances présentes l'œuvre de son 
ami, quand, mécontent de Charles IX, il aurait résolu d'exci- 
ter le peuple contre son souverain légitime... c'est le portrait du 
duc d'Anjou qu'il aurait inséré dans l'œuvre et non celui du 
roi qui avait fait la Saint-Barthélémy. On nous dit bien, pour 
expliquer celte tactique', qu'à ce moment-là, « Charles IX, miné 
par la phtisie pulmonaire, est un valétudinaire que chacun s'at- 
tend à voir mourir d'un jour à l'autre ». C'était perdre ses coups 
que de s'attaquer à lui, et c'est pourquoi les huguenots, le négli- 
geant, se seraient dès lors acharnés « sur son frèro d'Anjou, roi 
et tyran de Pologne aujourd'hui, roi de France demain ». Mais les 
pamphlétaires protestants n'avaient pas le diagnostic du Dr A. 
En fait, M. P. Bonnefon l'a bien montré, ils ne songeaient guère 
à ruiner parmi les Fi-ançais la réputation du duc d'Anjou : d'abord 
celui-ci était loin de France et ne les gênait guère et, même s'ils 
eussent pensé qu'il dût bientôt revenir en France, ils l'auraient, 
comme roi, préféré de beaucoup à Charles IX*. 

Ainsi donc, il n'est pas prouvé, en fait, que la Servitude volon- 
taire soit un pamphlet contre Henri III; et de plus, il est a priori 
fort invraisemblable que l'ouvrage soit dirigé contre ce prince. La 
thèse du D' A. s'écroule tout entière et dès lors il devient superflu 
de justifier Montaigne et de faire voir qu'il n'a nullement remanié 
le texte originel de la Servitude volontaire. Ce n'est pas qu'on 
ait de la peine à justifier les contradictions dans lesquelles il 
serait tombé en parlant , à diverses reprises , du livre de son 
ami. Ces contradictions prétendues, M. P. Bonnefon les a expli- 



1. Dans une épitaphe de Charles IX, que l'Estoile nous a conservée, on 
peut lire ces vers : 

Plus cruel que Néron, plus rusé que Tibère, 
Haï de ses sujets, moqué de l'étranger, 
Brave dans une chambre à couvert du danger ; 



Envieux des hauts faits du roi Henri son frère... 

(Cité par Paul F.-M. Méaly, Les publicistes de la réforme sous Fran- 
çois II et Charles IX, 1903, p. 153). 

On voit le témoignage que nous apporte le dernier de ces vers; quant 
au premier, il montre que les gens du xvi' siècle n'imaginaient pas tyrans 
plus cruels que certains des empereurs romains. Cela fortifierait l'opinion 
courante, qui veut que la Servitude volontaire soit inspirée principale- 
ment par des réminiscences des écrivains anciens. 



406 ANNALES DU MIDI. 

quées de façon très naturelle ; il suffira de renvoyer le lecteur à sa 
démonstration. Et maintenant, faut-il regretter que le D"" A. ait 
dépensé tant de savoir et tant d'ingéniosité en faveur d'une hypo- 
thèse entièrement caduque? Nous ne le pensons pas; il nous a 
obligés à relire la Servilitde volontaire ; aux critiques qui con- 
naissent le mieux ces questions, il a fourni l'occasion d'approfon- 
dir le sens de l'œuvre et de l'evenir encore sur sa portée ou sur son 
histoire ; il a lui-même semé dans son travail beaucoup de remar- 
ques et de faits curieux dont nous nous trouverons profiter : on ne 
peut dire qu'il ait tout à fait perdu son temps. 

L. Delaruelle. 



R. Dezeimeris. — Sur l'objectif réel du discours d'Es- 
tienne de La Boëtie « de la Servitude volontaire », ia-8". 
(Extrait des actes de V Académie des sciences, belles-lettres 
et arts de Bordeaux, 1907). 

Au nombre des heureuses conséquences que devait produire le 
paradoxe du Df Armaingaud, il faut mettre l'apparition de l'inté- 
ressant mémoire que nous envoie M. Reinhold Dezeimeris. M. D. 
se refuse à adopter les idées du D"" Armaingaud, mais il ne les ré- 
fute qu'en opposant théorie. à théorie, et son travail tend à démon- 
trer que, dans la Servitude volontaire, on peut reconnaître le por- 
trait, non du futur Henri III, mais bien de Charles VI. Voilà une 
thèse nouvelle et non moins imprévue, sans doute, que la précé- 
dente. En dépit de l'autorité qui s'attache au nom de M. D., il 
nous semble impossible de l'accepter, et nous en dirons briève- 
ment les raisons. 

Pour justifier ce rapprochement entre Charles VI et le tyran de 
la Servitude volontaire, M. D. a rassemblé des citations nombreu- 
ses et d'origine très diverse : il y en a de Monstrelet et de Frois- 
sart, de Michelet et d'Henri Martin. Qui ne voit ce qu'une telle 
méthode a nécessairement d'incertain ? L'opinion des historiens 
modernes n'a rien à voir en cette alTaire. Seuls peuvent compter 
les témoignages des écrivains que La Boëtie a dû lire pour s'ins- 
truire du passé de son pays. Ainsi j'aimerais, sur Cliarlcs VI, 
trouver ici l'opinion de Gaguin, ou mieux encore de Paul-Emile, 
l'historien humaniste dont l'œuvre fut continuée par le Bordelais 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 407 

Arnaud de Ferron. Ce sont, il me semble, leurs ouvrages qui 
étaient le plus accessibles à La Boëtie ; il y a chance pour qu'il 
y ait puisé la plupart de ses connaissances historiques. 

Mais, nous ditM. D., d'autres que La Boëtie devaient, au xvie siè- 
cle, faire un rapprochement entre leur propre époque et le règne 
de Charles VI. Que va-t-il donc citer à l'appui de son dire ? un 
texte d'Estienne Pasquier et un passage de la Ménippée (voir aux 
pages 24-26 de la brochure) ; le premier est, au plus tôt, de 1581, et 
la Ménippée fut écrite en 1593. Les deux textes font allusion à un 
état de choses bien différent de celui que La Boëtie avait sous les 
yeux, quand, vers 1550, il écrivait la Servitude volontaire : ils ne 
peuvent être d'aucun appui à la thèse de M. D.; ils serviraient 
plutôt à la détruire. Dans le règne de Charles VI, ils nous mon- 
trent surtout une époque d'anarchie, où les factions réduisent à 
rien l'autorité du souverain légitime. Chez La Boëtie, au contraire, 
le tyran est un souverain absolu dont la puissance s'exerce sans 
contrepoids par toute l'étendue du royaume. Si ce n'est pas un 
simple portrait de Néron ou de Tibère, il faut penser à un roi mo- 
derne bien plus qu'à un souverain féodal, comme était encore 
Charles VI. 

Ce caractère d'anarchie est, dans le règne du roi dément, ce qui 
devait le plus frapper les contemporains de La Boëtie. Il se peut 
qu'en ce temps-là les souffrances du populaire soient arrivées à 
leur comble; mais, depuis un siècle, elles n'avaient pas changé de 
nature. On gémissait toujours, au temps des guerres d'Italie, sur 
les taxes trop lourdes et sur les pilleries des gens de guerre. 
C'étaient là des lieux communs de la poésie populaire. Dans la 
Servitude volontaire, le développement du lieu commun n'a ja- 
mais assez de netteté pour qu'on y puisse deviner des allusions à 
une époque précise de l'histoire de France. J'aimerais mieux, en 
tout cas, y voir des allusions aux premiers temps de notre histoire. 
M. D. a bien fait de rapi)e]er (p. 9) les passages de la Franciade, 
où Ronsard a flétri les rois « mange-sujets » de la première race, 
les princes tels que Childéric ou les princesses comme Brunehaut. 
Il valait la peine de noter que, dans leurs pamphlets, les hugue- 
nots ont utilisé ces passages (Paul F. -M. Méaly, Les publicistes de 
la réforme soîts François II et Charles IX, 1903, pp. 135 et 156). 
Pour tracer le portrait du tyran idéal, on pourrait, à la rigueur, ad- 
mettre que La Boëtie eût songé à ces figures semi-légendaires dont 
l'éloignement permettait de grossir les traits. Je ne puis croire qu'il 



408 ANNALES DU MIDI. 

ait eu en vue Charles VI, et M. D. n'a pas démontré non plus que 
le portrait s'appliquât à ce roi. 

Nous avons dit en toute sincérité notre opinion sur le mémoire 
de l'érudit Bordelais ; s'il a un peu déçu notre attente, nous espé- 
rons avoir bientôt un dédommagement, et nous attendons avec 
impatience le travail où il reviendra, nous promet-il, sur la vie 
de La Boëtie, sur ses rapports avec Montaigne et sur la Servitude 
volontaire. L. D. 

Louis Lempereur. — État du diocèse de Rodez en 1771. 

Rodez, 1906; 'm-A° de xvi-775 pages. 

Nommé évèque de Rodez en 1770, Jérôme-Marie Champion de 
Cicé, administrateur zélé et de grand mérite, voulut, connaître 
rapidement l'état de son diocèse. Le 15 octobre 1771, il fît envoyer 
à chacun des 541 curés ou desservants* d'annexés qui dépendaient 
de lui un questionnaire en dix articles subdivisés chacun en une 
série de questions se rapportant au même objet : en tout 48 ques- 
tions. Les renseignements demandés sont très variés. Le nouvel 
évêque nous apparaît comme une sorte d'administrateur civil : il 
demande « si l'air est salubre et sain » (I, 7)2; il montre autant 
de souci pour les hôpitaux, « le bouillon des pauvres », les écoles 
(III, 1, 2, 3, p. 3), les mendiants (VII, 1, 2), le nombre d'habi- 
tants et de villages (IV, 2, 4, p. 3), les grains qu'on récolte dans 
la paroisse, les bestiaux, les terres en friche, la suffisance ou l'in- 
suffisance de la récolte (VIII, 1, 2, 4, 7, 8), les métiers et le com- 
merce (IX, 1, 3) que pour le bon état de l'église et la décence du 
service divin (X, 1, 4), la levée de la dîme (III, 1, 2), les bénéfices 
ecclésiastiques ou les ministres du culte (V, 1, 2, 3, 5). — A ce 
questionnaire, soigneusement divisé par l'éditeur, font suite près 
de 450 réponses* dont les divisions numérotées permettent de se 
reporter aisément aux questions correspondantes. 

1. Le diocèse de Rodoz comptait à cette ilate 475 paroisses et 66 annexes 
réparties en 48 districts {IntrocL, l.) 

2. Les chiffres romains renvoient aux articles du questionnaire, les 
chiffres arabes aux questions qui en font partie. Voir le questionnaire, 
pp. 3-4. 

3. Quinze environ manquent au dossier. M. Lempereur, avec un zèle 
très louable, s'est efforcé de combler ces lacunes au moyen de divers 
documents d'archives antérieurs à 1771, tels que reconnaissances féoda- 
les, procès-verbaux de visites pastorales, etc. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. • 409 

Ces réponses, il fallait s'y attendre, sont de valeur fort inégale. 
Le questionnaire, sur certains points, dépassait peut-être la capa- 
cité de quelques-uns des répondants i. Il faut aussi faire la part 
des négligences plus ou moins volontaires. Nombre de réponses, 
un quart environ, sont presque sans valeur; les curés répondent 
par « oui » ou par « non », ou même ne répondent rien. Toutefois, 
la netteté et la précision du questionnaire et, d'autre part, le 
souci de satisfaire convenablement à une demande émanée de 
l'autorité épiscopale, parfois aussi le désir d'être utile aux parois- 
siens ont déterminé le plus grand nombre des curés à fournir des 
renseignements précis et abondants. Certains font même preuve 
d'un grand souci d'exactitude 2. 

Si la valeur historique et l'intérêt documentaire de cet ELal du 
diocèse ne ressortait déjà de ces considérations, il suffirait de lire 
V Introduction fort bien conçue dans laquelle M. L. a exposé des 
notions fort utiles pour la bonne intelligence du texte et tenté de 
condenser, du moins en partie, la substance de ce volumineux 
in-4o. 

Mais ceux qui pourront s'engager dans la lecture du livre lui- 
même (il y faut, je l'avoue, quelque courage), en s'aidant du ques- 
tionnaire comme fil conducteur, y verront, classés et sériés, les 
renseignements les plus variés, les statistiques les 'plus instructi- 
ves, une masse énorme de détails caractéristiques ; ils y trouveront 
autant de profit qu'au dépouillement méthodique de tout un fonds 
d'archives et plus d'agrément. Lorsqu'on a ainsi épuisé toutes les 
questions, il vous semble qu'on vient de faire à travers le pays 
rouergat de 1772 une longue et minutieuse enquête. Des souvenirs 
dont la mémoire est d'abord accablée se di'îgagent peu à peu des 
« impressions » ou idées générales qui sont le profit de cette fati- 
gante excursion. Je me borne à résumer les miennes. 

Sur le sol accidenté de l'antique pagus 7'utenicus, au sein de 
l'unité territoriale séculaire de la paroisse, la {)res(|ue totalité de 
la population vit encore dans la dispersion et l'isolement par 
petits villages', qui semblent s'être développés au cours des siècles 



L Le curé de Saint-André-de-Najac ignore quel est le seigneur haut 
justicier dans sa paroisse. C'était le roi lui-même (p. 299). 

2. Parmi les meilleures réponses, voir Agen, p. 461; Aiibin, p. 5; Bes- 
suéjouls, p. 148; Caplongue, p. 90; Compeyre, p. 104; Sévérac, p. 492; 
Verlac, p. 577. 

3. Aubin, 40 villages (p. 3) ; Rulhe, 300 hab., 20 villages (p. 10); Firmy, 

A.NNALES DU MIDI. — XX 27 



410 ANNALES DU MIDI. 

sur l'emplacement des demeures d'anciens colons ou serfs ruraux. 
Favorisée par la nature et le relief du sol, la vieille organisation 
féodale a maintenu l'habitant avec plus de force sur la tenure 
ancestrale. Elle enserre encore fortement l'existence du paysan dans 
les mailles lourdes et serrées des multiples juridictions hiérarchi- 
sées et enchevêtrées. Sous la suzeraineté duseigneur haut justicier, 
roi', évoque, abbé, commandeur ou noble laïc, le cultivateur doit 
compter avec une foule de directiers et autres maîtres de rang 
inférieur 2. A tout seigneur, il doit payer quelques impôts ou rede- 
vances, et le nombre s'en est considérablement accru depuis 
qu'ont été établies l'antique a tolte » féodale ou la dlme due à 
l'Eglise jusqu'à l'époque actuelle, où les impôts royaux, toujours 
plus lourds, nécessitent d'innombrables saisies et exécutions. A 
Connae ^, « les employés pour la levée des deniers du roi ne quit- 
tent presque pas la paroisse ». Ces prélèvements multiples sur les 
maigres ressources du paysan rouergat, « extrêmement chargé et 
foulé' », étouffent eu lui tout esprit d'initiative et le réduisent à 
la misère perpétuelle. Sans doute, ici la récolte a été mauvaise 
depuis sept ou huit ans s, là elle a été emportée par le froid ^ ou 
par une « grêle extraordinaire^ », et c'est pour le paysan une 
détresse sans remède. Mais la cause permanente de cet état pré- 
caire est bien l'impôt. Il pèse d'un poids trop lourd sur le cultiva- 
teur. Si les doléances contre les excès de l'impôt ne se font jour 
que çà et là sous la plume des curés, c'est qu'il leur fallait une 
certaine liberté d'esprit et de la compétence pour s'exprimer nette- 
ment sur ce point 8. Une partie de la récolte doit être donnée en 



1,400 hab.. 75 villages (p. 10); Sénergues, 1,000 hab., 56 villages (p. 124); 
Ginouillac, 869 liab.,53 villages (p. 135) ; Bessuéjoiils, 475 hab., 37 villages 
(p. 148); Le Monastère-Cabrespines, 928 hab., 47 villages (p. 169). 

1. Le roi est, en totalité ou en parcage, haut seigneur dans 75 paroisses 
environ. 

2. Il- y en a 18 à Souyri, p. 465; 14 à Bor et Bar pour 809 habitants, 
p. 224; 15 à Saint-Julien-de-RodcUe, p. 24; 17 à Barriac, p. 27; « presque 
autant... qu'il y a de villages ». Flavin, p. 170. 

3. P. 391 . 

4. Valon, p. 374. 

5. Requis ta, p. 381. 

6. Drulhe, p. 359. 

7. La Besse, p. 35. 

8. A Bor et Bar (809 hab.), les 14 seigneurs du lieu perçoivent environ 
3,000 livres (p. 224); à Barriac, 17 seigneurs, y compris le roi, emportent 
e quart de toua les grains de la paroisse et les habitants sont obligés de 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 411 

redevances et une autre partie vendue pour acquitter les charges 
« Le roi et le seigneur forcent le peuple à se défaire du grain et à 
vivre à l'éti-oit^ » On épargne le pain et il manque souvent 2. La 
récolte, à peine suffisante d'ailleurs, se trouve fort réduite : elle 
est parfois épuisée à la fm des nouvelles semences 3; elle permet 
de vivre un quart ou un tiers de l'année; rarement elle permet de 
« percei- » jusqu'à la nouvelle récolte*. Un remède naturel ù cette 
misère serait de laisser ou de vendre sur place les ressources en 
nature que seigneurs ecclésiastiques ou laïques prélèvent sui- le 
pays. Mais, depuis plus d'un siècle, les grands seigneurs sont 
absents 5, et à la cour ou dans les grandes villes ils ont à pour- 
voir, au moyen des impôts et redevances, à leur existence bril- 
lante et inutile. D'autre part, abbés et commandeurs emportent le 
grain et l'entassent derrière les hauts murs de leurs « granges », 
où l'on devra venir de loin pour se pourvoir. Sans doute encore 
la dime, les donations dont églises, abbayes et commanderies 
conservent précieusement les actes dans des cartulaires sont 
principalement destinées à l'aumône , remède traditionnel à la 
misère. Mais prieurs, évoques ou abbayes afferment la dime à 
prix réduit. Le curé en prend une partie pour sa « congrue ». le 
reste s'en va au fermier ou au titulaire qui omettent parfois d'ac- 



vendre leur froment pour payer les charges royales; les autres grains n'y 
suffisent pas (p. 27); à Saint-Hilaire, les seigneurs emportent « le quart 
de tous les grains, et encore les censives en blé, cire, poules et argent, 
chose surprenante et accablante » (p. 176). A Saint-Igest, 426 hab., la 
dîme lève 130 setiers de grain (froment, seigle, avoine) et 15 charretées de 
vin à 20 livres l'une (p, 718); à Claunhac, 600 hab., 250 setiers de grain; 
à Villeneuve, 1,876 hab., 36 setiers avoine, 54 setiers seigle, 450 setiers 
froment (p. 702). Voir encore Buzeins, p. 44; Connac, p. 391 ; le Cuzoul, 
p. 305; Drulhe, p. 359; Mauron, p. 699; Saint-Michel, p. 9; Muret, p. 55; 
Saint-Naamas, p. 52; Recoules, p. 53; Saint-Salvadou, p. 219; Sauganne 
et Touels, p. 40; Vimenet, p. 48, etc.. 

1. Bez, p. 361. 

2. « Il n'y a aucune maison dans la paroisse où l'on n'épargne le pain... 
un tiers n'en a pour ainsi dire jamais » (Sauganne et Touels, p. 39). 

3. Cransac, p. 8. 

4. « Il manqueroit plus que le tiers du bled pour nourrir les parois- 
siens, quand bien même les seigneurs et prieurs y laisseroient tout ce 
qu'ils en prélèvent... » (Vimenet, pp. 47-48). A Caplongue, la récolte est 
de 1,900 setiers; or, il faudrait « au bas tau » 2,640 setiers (p. 92). Voir 
aussi Broquiès, pp. 29-33; Cabanes, p. 335; Sainte-Eulalie-du-Causse, 
p. 25; Firmy, p. 76; Saint-Michel, p. 9, etc., etc.. 

5. Geyi-ac, p. 204. 



412 ANNALES DU MIDI. 

quitter leurs charges ^ Aussi, le paupérisme et la mendicité pren- 
nent-ils d'effrayantes proportions. Il n'est pas rare que les pau- 
vres représentent un quart ou un tiers de la population de la 
paroisse, tandis que sur les chemins les « gueux. » s'en vont « par 
troupes ». « Il yen a sans fîn^. » Le curé, témoin attristé de cette 
détresse, a beau se réduire « à la plus basse frugalité », les hôpi- 
taux, rares et mal pourvus, parfois mal administrés 3, ont beau 
ouvrir lenrs portes aux plus nécessiteux, et les maisons de force'* 
immobiliser une partie des vagabonds, cette misère dépasse tous 
les moyens, déborde toutes les initiatives : c'est une plaie profonde, 
invétérée, dont l'extension et l'aciiité résultent du système social 
lui-même. 

Toutefois, « la misère est un bon maître d'école -j, ainsi que le 
remarque le curé de Durenque*. Malgré l'absence de culture et 
d'instruction qui le maintiennent dans une sorte d'enfance incons- 
ciente 6, souvent sans pain 7, ou réduit à vendre ses « cabaux » ou 
son bien', le paysan « essaye de tout ». A défaut de pain, il se 
nourrit de «jardinage», de fruits (cliùtaignes, pommes, noix), de 
pommes de terre 9, ou de légumes i*' « quand ils réussissent ». Par- 

1. Voir p. 698. a Malgré la misère, depuis phisieurs années, le chapitre 
de Conques, qui perçoit de gros revenus dans cette paroisse, n'a rien 
donné aux pauvres » (Bars, 600 hab., dont 90 p^iuvres et 50 mendiants, 
p. 379). Voir aussi ce qui concerne les liospices ou le « bouillon des pau- 
vres V). 

2. Parisot, p. 340. Voir, en particulier : Aubin, 1,672 hab., 130 pauvres 
valides, 170 invahdes, 100 sans secours, 200 mendiants; Sanvensa (p. 311), 
950 hab., 225 pauvres valides ou invalides, 80 sans secours, 168 mendiants 
(il en passe 60 par jour sur la rout*^ de l'Albigeois à l'Auvergne); à 
Naussac, (p. 331) pendant plusieurs mois, il y a une centaine de pas- 
sants par jour. — Pons, p. 371 ; Eignac, p. 394; Saint-Chély, p. 551... 

3. Voir ci-dessus, note 1. 

4. Rodez, p. 434. 

5. Durenque, p. 41. 

6. Le personnel enseignant comprend environ 66 maîtres ou maîtresses 
d'école, souvent de qualité inférieure et de situation précaire et dont l'ac- 
tion est fort restreinte. Certains centres, comme Bozouls, Entraygues, etc., 
n'ont pas d'école. Dans tout le district d'Estaing, on ne trouve qu'une 
école; celui de Flavin en manque totalement. 

7. Le remède à la misère est « de souffrir beaucoup de faim, en passant 
beaucoup de jours sans manger de pain » (La Vinzelle. p. 130); « manger 
peu » (La Bessenoits, p. 13); « depàtir ou de ne manger que d'herbes... » 
(Golinhac, p. 142); « la besace » (Le Minier, p. 269). 

8. Ceyrac, p. 204; Prix, p. 715, Vezouillac, p. 118, etc.. 

9. Coupiaguet, p. 30. 

10. Montignac, p. 123, «... jardinage, fruits... châtaignes, abstinence, ils 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 413 

fois, ces produits, le vin en particulier, sont assez abondants pour 
alimenter un petit commerce^ et assurer ainsi le nécessaire. On 
exploite le charbon de terre dans la région d'Aubin et de Laissac^ . 
Sur les plateaux du Lévézou et d'Aubrac, les bêtes à laine et à 
corne attirent les marchands du Languedoc 3. Malheureusement, 
les chemins sont « affreux », les communications difficiles et les 
moyens de transport rudimentaires. Des muletiers, « quelques 
misérables voituriers qui se ruinent* », font le trafic du vin, du 
charbon, du blé, rapportent de l'Auvergne du fromage, du lian- 
guedoc de l'huile et de la ville voisine les ustensiles et les produits 
manufacturés. 

C'est du sol qu'il cultive, des animaux qu'il élève que le paysan 
s'est aussi habitué, depuis des siècles, à tirer de quoi se vêtir. 
Partout, sauf vers l'extrémité du Rouergue contiguê à l'Auvergne, 
le paysan cultive le chanvre , que ses bergères , ses servantes 
filent à la veillée. On trouve des tisserands dans toutes les 
paroisses*. 

D'ordinaire, ce produit ne sort pas du pays. La filature de la 
laine semble s'étendre peu à peu de la région de Saint-Geniès ou 
de Rodez au reste de la province. C'est vers cette branche d'indus- 
trie surtout que certains curés d'élite voudraient diriger l'activité 
de la jeunesse « qui s'adonne à l'oisiveté ». « Un des bons princi- 
pes du commerce étant qu'il faut tirer tout le parti possible des 
choses du pays* », certains introduisent dans leur paroisse la 
filature de la laine, d'autres donnent de très utiles conseils, adres- 
sent même des appels chaleureux « aux personnes désintéres- 
sées » et aux }»ouvoirs publics et veulent, parle travail industriel, 



souffrent la faim et passent des journées entières avec des châtaignes et de 
la bouiUie sans pain... ». Entraygues, p. 135; Conques, p. 120; Marcilhac, 
p. 240; Castelnau de Lévézou, p. 205; Milhau, p. 203; Montou, p. 217, etc. 

1. Conques, p. 120; Marcillac, p. 240; Salles-Comtaux, pp. 61, 63; Ville- 
conital, p. 666; La Guépie, p. 654. 

2. Ayrignac, p. 201 ; Lugan, p. 78; Saint-Michel, p. 9; Drulhe, p. 360; 
Pachins, p. 364; Agrès, p. 015. 

3. Districts de Laguiole et de Ségur. 

4. Pp. 9, 18. 61, 63, 343, 360, 361, 650. 

5. A Lapanouse, 1,015 hab., on compte 90 tisserands « qui vivent du 
jour à la journée »; s'ils sont malades, « il faut que la charité leur four- 
nisse tout, jusques aux draps de lit, dont presque toutes les maisons 
manquent », p. 502. Voir aussi Parisot, r. 341; Tauriac, p. 339; Crespin, 
p. 333; Frons, p. 337. 

6. Carcenac-Salmiech, p. 90. 



41 i ANNALES DU MIDI. 

remédier h la misère du paysan ^ Quelques centres, comme Cam- 
boulas (pour les « serges grossières ») mais surtout Saint-Geniès 
(pour les « cadis »), alimentent dans un rayon as.sez étendu une 
activité industrielle qui devient la providence des années de 
disette 2. N'était la difficulté des communications, de puissantes 
industries auraient trouvé sur ce sol un aliment capable d'étendre 
au loin leur influence et de faire pénétrer dans le pays l'aisance et 
es idées économiques nouvelles. 

Quant à l'habitant des hauts plateaux de la Viadène et du Gar- 
ladès, qui doit lutter contre un sol granitique et la rigueur d'un 
hiver prolongé, il a, depuis des siècles, pris l'habitude des excur- 
sions lointaines. Au delà des horizons qu'il découvre du haut de 
l'Aubrac ou du Cantal il va, pendant l'hiver, à la « ressade ^ ». Du 
Languedoc ou de laGatalogne, il reviendra invariablement à l'été 
vers sa montagne, apportant le fruit du travail ou de l'aumône et 
un esprit plus audacieux. 

Ainsi, malgré les difficultés du sol, malgré le poids de la vieille 
organisation féodale, le Rouergat se fait jour peu à peu vers une 
existence matérielle meilleure. Tout entier à son patient effort 
séculaire, il ne semble pas disposé à se séparer de la terre des 
aïeux, ni prêt à maudire ses vieux maîtres. Toutefois, cette vaste 
enquête faite par ses « pasteurs » indique d'elle-même un besoin 
de réformes et fait pressentir les temps nouveaux. La comparai- 
son de cet Etat du diocèse et des Cahiers des Etats généraux, que 
la Société des lettres de l'Aveyron se préoccupe de publier, sera 
fort instructive, et ce ne sera pas pour M. Lempereur un mince 
mérite que d'avoir donné à l'historien les moyens de la faire 
étendue et précise. 

Louis RiGAL, 



1. Voir surtout Agen, p. 464. « Le bien public, soit de la relligion, soit 
de l'Etat, soit des pauvi'es, soit des riches... soit de la ville, soit de la 
campagne, se trouve réuni dans cette iilature w. Elle procurerait du travail 
à la plupart des cultivateurs que leurs travaux faissent « la plus grande 
partie des saisons de l'année et des heures du jour sans occupation » et 
qui « s'adonnent à la fainéantise et à la débauche et tombent enfin dans 
la misère.» Voir' aussi Bessuéjouls, p. 149; Entraygues, p. 135; Rignac, 
p. 496; Saint-Gyprien, p. 153; Sauveterre, p. 480. — La filature du coton a 
été introduite en quelques endroits : Auriac, p. 10'2 ; Sahit-Chrisloplie, 
p. 04'2, etc. 

2. Voir districts de Rodez (Camboulas), de Saint-Geniès, de Sévérac, etc. 

3. Métier de scieur de long : La Oapelle, p. 137; Cassuéjouls, p. 186. 
Voir aussi les districts de Pons et de Mur-de-Barrez. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. 

Ardèche. 

Revue dit Vîvarais^ t. XV. 1907. 

p. 9-13. De Montravel. Montivert. [Château proche do l'église de Saint- 
André des Effangeas, siège autrefois d'une seigneurie. B'amilles nobles 
qui la possédèrent : les Montagnec, les Chalendar, etc. Eenseignements 
généalogiques.] — P. 14-25. F. de Charbonnel. Notes sur Jean de Cha- 
lendar de la Motte, syndic général du Vivarais (sic). [En 1592 il avait 
succédé, comme syndic général de Languedoc — et non du Vivarais — 
à son frère aîné, successeur lui-même de leur père, le vieux Guillaume 
de la Motte (cf. Rev. du Vivarais, 1904 et 1905). Son mariage, dont le 
contrat est publié; ses voyages et « vacations ». Il mourut en 1640.] — 
P. 34-9, 67-79, 200-7, 296-305, 379-88. Abbé Ciiaudouard. Notes sur l'an- 
cien prieuré des Vans. [Les chapelles, les prêtres et prieurs, les revenus, 
qui allaient à 900 livres, dont 3-400 payées comme portion congrue au 
vicaire perpétuel (1676). Détails sur la construction de l'église actuelle 
et du presbytère, à partir de 1625. Quelques textes.] — P. 49-52. Benoît 
d'Entrevaux. Le cardinal d'Aubenas. [Pasteur, d'Aubenas, cardinal en 
1350. Portrait.] — P. 53-66. A. Mazon. Les Gamon d'Annonay (Notes 
complémentaires). [Rectifications et additions à deux précédentes étu- 
des : elles concernent en particulier Antoine Gamon, juge de Vivarais, 
t 1564, et Achille Gamon, membre à plusieurs reprises des Etats de 
Vivarais (1563-1587), protestant modéré, f 1597.] — P. 89-104, 180-99, 
242-51, 292-5. De Chalendar. Le président de La Motte. [Annet, fils de 
Jean, 1606-1686, syndic général de Languedoc comme son père, de 1626 
à 1642, puis président au Présidial de Valence. Contrat de mariage de 
sa sœur Marguerite, 1631 (p. 93). Extraits du livre de raison du prési- 



416 ANNALES DU MIDI. 

dent et diverses autres pièces : missives, testaments, contrats. Il finit sa 
vie parmi les embarras d'argent. Sa postérité est étudiée, avec le même 
détail, jusqu'à Charles-Louis de la Motte, qui fut emprisonné durant la 
Terreur et s'évada grâce à la fille du geôlier, qu'il avait séduite et qu'il 
épousa en 1795.] — P. 105-25, 270-91, 328-12, 361-78. D' Fkancus. Tour- 
non au XV' siècle. [Suite des Notes sur Townon publiées dans la même 
Revue en 1906. Représentation de Tournon aux Etats de Languedoc et 
à ceux du Vivarais. Craintes et dépenses causées par les bandes de rou- 
tiers, dont celle de « Rodigo » (Rodrigue de Villandrando). Différends 
du seigneur, Guillaume V, avec ses vassaux, dont le procès du capita- 
nage (1441-1447), et son testament (1463). L'administration municipale 
d'après les comptes, conservés pour trois périodes : 1420-1448, 1459- 
1461 et 1491-1493. Revenus et budget de la ville.] — P. 126-36. P. Gouy. 
Notes d'ethnographie vivaroise. [A suivre.] — P. 137-47. L. Aurenche. 
Le testament de M^'' de la Garde de Chambonas, évèque de Viviers. 
[Texte, du 18 janvier 1713.] — P. 148-58, 213-27. Chanelosc. [Pas de nom 
d'auteur. Tour et terre sises sur la paroisse de Préaux, au mandement 
de Seray, propriété de la famille d'Iscrand, issue du très ancien château 
de ce nom. Travail de généalogie.] — P. 159-71, 228-41. D' Francus. 
Auguste Broët, député de l'Ardèche à l'Assemblée Nationale de 1871. 
[Saint-Simonien repenti, économiste, monarchiste constitutionnel, il 
siégea au centre gauche de l'assemblée et se retira de la politique en 
1876.] — P. 172-9, 252-7. L. Rostaing. Péages, douanes, impôts en Viva- 
rais au xviii" siècle. [11 s'agit en particulier de droits vexatoires sur le 
papier, dont la fabrication, grâce aux Montgolfier, s'accroissait en Vi- 
varais; d'où fraudes, saisies, procès; ainsi en 1764. Texte d'un question- 
naire de l'Intendant du commerce au sujet de la perception de ces 
droits, et des réponses de P. Montgolfier.] — P. 261-9. De Montravel. 
Le Bousquet. [Château sis dans la paroisse de Saint-Laurent-du-Pape. 
Il avait de longue date appartenu aux Maugiron, du Dauphiné. La mar- 
quise de Vichet, qui habitait dans le voisinage, voulut le faire acheter 
à Chateaubriand, objet de son culte (lettre du 3 avril 1829). Suivent trois 
pièces ^e 1671, 1744, 1750 sur la famille de Maugiron.] —P. 309-13. B. E. 
La découverte archéologique de Lagorce. [Faite dans un champ. Il s'agit 
de cinij grandes urnes funéraires en terre cuite, contenant des am- 
phores de verre, où étaient renfermés des ossements humains calcinés, 
des bijoux, des fioles en verre, etc., le tout de l'époque gallo-roinaino.] 
— - P. 314-27. De Montravel. Les Fontanès, seigneurs de Prost, Chemé, 
La Valette de Pélussin, Lussan, Rochefort, Gajan, Le Sauzay et Gré- 
zieu. [Le château de Chemé- est situé aux confins du Lyonnais. Etude 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 417 

généalogique, du xv au xyiii» siècles.] — P. 343-6. H. Vaschalde. La 
peste, de 1626 à 1629. [A Chassiers, Aubenas, Bourg-Saint- Andéol. 
Textes.] — P. 357-63. A. Bomniol. Notes sur les coseigneurs de Vallon 
aux xiv« et xv siècles. — P. 392-402, 427-49, 485-8. L. Aurenche. Une 
tentative d'établissement d'un collège de Jésuites au Bourg-Saint-Andéol 
(1607-1615). [Provoquée par le testament de Geneviève de Maroan, solli- 
citée par les consuls, la venue des Jésuites se fit attendre, n'eut pas 
lieu, et tout finit par un bon procès, fort coûteux, au Parlement de 
Toulouse. Cet article composé de première main, avec pièces inédites, 
est gâté par des détails inutiles et par une profusion de notes qui s'en- 
chevêtrent les unes dans les autres.] — P. 405-10, 534-9. J. Lemerle. 
Deux Vivarois abbés de La Chaise-Dieu. Pons de Tournon, Pons de 
Baudisner. [L'un de 1094 à 1112, l'autre de 1157 à 1169. Pas de notes et 
rien de nouveau, semble-t-il.] — P. 420-6, 489-98, 527-33. De Montravel. 
Jalès, commanderie de Malte. [En Bas-Vivarais. Les Templiers en 
furent les premiers possesseurs. Listes des donations c|ui leur furent 
faites, depuis 1155; des commandeurs de l'ordre de Malte, depuis 1430.] 
— P. 453-71. D'' Francus. Tournon du temps de Jacques II (14G7-1501). 
[Renseignements divers, dont les plus curieux se trouvent dans les 
comptes du syndic Guillaume Berthelay, 1490-1493.] — P. 472-84. 
L. Rostainct. Maîtres et compagnons papetiers. [Chez les Montgolfier, 
auxviii' siècle, et en Dauphiné. I-es patrons avaient à lutter contre des 
associations d'ouvriers fort ignorantes et tyranniques, ennemies des 
plus utiles innovations. Texte d'un mémoire des Montgolfier au contrô- 
leur général.] — P. 501-25. D"" Francus. Tournon au commencement du 
XVI* siècle (1501 à 1525). [Importance croissante de la maison de Tour- 
non, à qui la charge de bailli du Vivarais fut confiée en 1498 et resta 
jusqu'en 1644. Just de Tournon, qui périt à la bataille de Pavie, avait 
été lieutenant-général en Languedoc, et son frère Claude fut évêque de 
Viviers. Nombreux détails sur les Etats de Vivarais et sur les Etats 
généraux de Languedoc, auxquels ces deux personnages ont assisté et 
présidé. Texte d'une transaction de 1513 entre le seigneur et les habi- 
tants de Tournon. Passages de gens d'armes. Testament de Just, de 
1523.] — P. 549-63. B. E. Le château de Gourdan et ses possesseurs. 
[Près d'Annonay; date seulement du xviii» siècle; beau et somptueux 
monument, entouré d'un parc grandiose.] — P. 564-84. D"' Francus. 
Notes historiques sur Tournon depuis la mort de Just I" jusqu'aux 
guerres religieuses. [A suivre.] — P. 58.5-98. A. Roche. La famille de 
Chabreul. [Depuis le xvi» siècle. Famille bourgeoise de Tournon.] 

P. D. 



418 ANNALES DU MIDI. 

Aude. 

Mémoires de la Société des arts et des sciences de Car- 
cassonne, 2® série, t. II, 1906. 

P. 1-208. A. Cros-Mayrevieille. Mémoire touchant les familles les plus 
anciennes de la ville de Carcassonne. [Publication d'un manuscrit ap- 
partenant à l'auteur de l'article. Ce mémoire anonyme a été rédigé pro- 
bablement par un notaire ou d'après des minutes notariales; il est pos- 
térieur à 1651. Il avait été partiellement utilisé déjà par le P. Bouges 
dans sa très rare Histoire de Carcassonne. et par Viguerie dans ses 
Annales de l'ancien diocèse de Carcassonne, restées en manuscrit à 
la bibliothèque de la ville; Mahul enfin l'avait connu et cité. Il est 
publié ici in extenso et suivi d'une table des 78 familles étudiées et 
d'une table des noms cités.] — P. 209-26. Ed. Baichère. La reddition 
du lieu de Monthault (Aude) par les religionnaires. [Courte notice et 
publication du i-apport fait au duc de Montmorency par le capitaine 
Michel, qui avait obtenu au moyen de négociations et d'argent la sou- 
mission d'une troupe de religionnaires, 3-26 octobre 1583.] 

T. III, 1907. 

P. 24-35. C. Rénaux. Le port de La Nouvelle. [Analyse d'une notice de 
M. M. Bouffet, ingénieur en chef des ponts et chaussées, parue dans 
l'Atlas des ports maritimes de France, du Ministère des Travaux 
publics, n" 118. Outre des renseignements géographiques et hydrogra- 
phiques sur le port actuel de La Nouvelle, on y trouve un aper<;ix sur 
l'histoire du port de Narbonne et l'utilisation des divers graus; ce n'est 
qu'à partir du xiv siècle probablement que le commerce a recouru au 
grau le plus méridional, celui de La Nouvelle. Histoire de la Robine. 
Le projet d'un nouveau port de Narbonne, la description détaillée des 
ouvrages du port actuel de La Nouvelle sortent de notre domaine.] — 
P. 36-48. Pébernard. La fête des moissons sous l'ancien régime dans 
la viguerie de Cabaret. [Exposé des réjouissances populaires la veille et 
le jour de la Saint-Jean.] — P. 49-52. Ed. Baichère. Note sur les or- 
donnances de Ms'' de Grignan, évèque de l'ancien diocèse de Carcas- 
sonne, années 1684 et 1686. [A l'occasion de ses visites, l'évêque faisait 
des remarques sur l'ameublement des églises et indiquait les modifica- 
tions à apporter aux tableaux, statues, reliquaires, etc. Ces ordonnan- 
ces présentent donc un certain intérêt pour les archéologues.] — P. 53-8. 
J.-P. Andrieu. Règlement de difi'érends entre les coseigneurs et les 
consuls de Bram en 1330. [Sentence arbitrale relative au droit de nom- 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 419 

mer le crieur public, d'instituer un peseur public, de surveiller et taxer 
les boucheries, vérifier les mesures.] — P. 59-74. Ed. Baichére. Requête 
présentée au roi de France Henri III par les habitants d'Azille pour le 
rachat de leur village. [Mémoire rédigé pour faire annuler l'adjudication 
de la terre d'Azille, partie du domaine royal en 1577, vendue au sieur 
François de la Jugie, seigneur de Rieux.] — P. 75-200. Ed. Baichére. 
Catalogue des médailles romaines impériales trouvées dans le départe- 
ment de l'Aude et conservées pour la plupart au musée de Carcassonne. 
[Note sur la formation de ce médaillier et description des médailles, 
avec une table des noms de lieux où elles ont été trouvées. Il s'y ajoute 
quelques médailles byzantines.] — P. 201-15. B. Rathgen. Notes sur la 
cité de Carcassonne. [Après quelques remarques sur la double enceinte 
du xiip siècle, vient une étude minutieuse de tous les points de l'en- 
ceinte intérieure où apparaissent des vestiges de la fortification ro- 
maine. L'auteur souhaite l'établissement, à l'intérieur de cette enceinte, 
d'un chemin circulaire à la hauteur du sol primitif.] — P. 216-9. 
A. Cros-Mayrevieille. Noté sur l'inscription de Caïus Julius Niger. 
[Cette inscription figure au Musée central de Mayence et provient de la 
tombe d'un soldat de la legio seciinda Augusta, originaire de Carcas- 
sonne.] — P. 220-35. J. DoiNEL. Courte notice documentaire sur le der- 
nier évèque d'Alet. [Il s'agit de Chai'les de la Cropte de Chanterac, 
évêque d'Alet en 1763, émigré en 1792 et mort en Espagne en 1793. 
La notice se rapporte à l'époque révolutionnaire; elle est suivie de 
l'inventaire des meubles et efi"ets trouvés à l'évèché en 1792.] L. D. 

Drôme. 

Bulletin de la Société d'archéologie et de statistique de 
la Drôme, t. XLI, 1907. 

P. 5-93, 129-60. M. Villard. Maison des tètes et monuments de la Renais- 
sance à Valence. [Suite et lin. Description d'un bel hôtel Renaissance, 
orné de tèles sur les façades et dans le corridor, qui date de 1532 et eut 
pour constructeur-propriétaire Antoine de Dorne, professeur de l'Uni- 
versité. L'auteur fait l'histoire des propriétaires successifs. Un autre 
monument, le Pendentif, qui doit son nom à la forme de la voûte et 
qui est un carré parfait de 7 mètres de haut et de 5 m. 30 de côté, fut 
construit par Nicolas de Mistral, chanoine de Valence, en 1548, pour 
être son tombeau. Après être devenu successivement bûcher, cave d'un 
cafetier, il fut acquis et restauré par la ville en 1839.] — P. 54-60. L. Au- 
RENCHE. Notes sur quelques membres de la famille Eymard de Pierre- 



420 ANNALES DU MIDI. 

latte. [Suite et fin.] — P. 61-76. Ch.-F. Bellet. Notice sur l'abbé Cha- 
lieu. [Savant dauphinois (1733-18U8), apprécié pour ses connaissances 
épigraphiques et historiques en ce qui concerne la Drôme.] — P. 77-90, 
202-19, 279-88, 353-66. R. V. C. Population des taillabilités du Dauphiné 
en 1698 et en 1705. [Suite et à suivre. Analyse de deux mémoires sur la 
population dauphinoise à ces deux dates très précieuse pour les études 
de statistique locale; permet d'établir des points de comparaison entre 
la population sous l'ancien régime et de nos jours.] — P. 91-106, 176-86, 
319-27, 378-96. Dom Germain Maillet-Guy. Les origines de Saint-An- 
toine (Isère). [A suivre. L'auteur reprend l'interprétation des textes qui 
ont servi à Falco pour son Anto>iianœ historiée compendium, Lug- 
duni, 1.534. Donation faite, en 1083, aux Bénédictins de Montmajour. 
Le seigneur Jocelin à qui aurait été remis le corps de saint Antoine, se- 
rait Geilon ou Gellin II, de la famille des premiers comtes de Valenti- 
nois; liste des premiers prieurs de Saint-Antoine; bulle de consécration 
de l'église par Calixte II, en 1119; en 1297, Boniface VIII transfère aux 
Hospitaliers le prieuré de Saint-Antoine.J — P. 114-28, 241-57. Ch.-F. 
Bellet. Notice sur Pierre de Chalus, abbé de Gluny (1320-1342) et évê- 
que de Valence (1342-1352). [Originaire du château de Chalus, en Li- 
mousin, il est connu pour la lutte qu'il eut à soutenir contre Aymar de 
Poitiers, comte de Valentinois. A sa mort, il laissa une belle collection de 
livres, statues et objets d'art religieux, dont on possède deux inventai- 
i-es.] — P. 161-75, 305-18, 367-77. H. de Terrebasse. Chàteauneuf-de- 
Mazenc (1769-1903). [Histoire de cette baronnie et des propriétaires suc- 
cessifs du château depuis sa mise en vente par M. de Piolenc de Thoury 
(1769, M. de Ravel, état descriptif; 1816, le comte d'Albignac; 1861, 
M. Imberton de Pont-Saint-Esprit; 1863, le baron de Vissac; 1903, 
M. Emile Loubet, acquéreur au prix do 300.000 francs).] —P. 187-201. 
Ch.-F. Bellet. L'invasion de 1814 à Tain, d'après le registre des délibé- 
rations du conseil municipal. — P. 220-9, 299-301, 429-38. A. Lacroix. 
Le tramway de Valence à Crest. [A suivre. Description historique et 
pittoresque des bourgs traversés.] — P. 258-78. J. Chevalier. Mémoires 
pour servir à l'histoire des comtes de Valentinois et Diois. [Suite et lin 
de cet important travail, analysé dans les précédents volumes des An- 
nales du Midi. Fin de l'histoire de l'abbaye de Saint-Ruf. sécularisée en 
1771-1774. Le titre de duc de Valentinois continue d'être porté par le fils 
aîné du prince de Monaco.] — P. 328-30. Ch.-F. Bellet. Trouvailles 
numismatiques faites à Croze et à Tain en 1907. [Un aureus d'or de 
Valentinien I" et une médaille en argent avec profil de femme et un 
nom : Lucille.] — P. 331-45, 397-415. A. Beretta. Toponymie de la 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 421 

Drônie. Dictionnaire étymologi(|ue des comnaunes, rivières, monta- 
gnes, etc., du département. [A suivre. Cherche à expliquer par le celti- 
que l'étymologie de quelques noms de lieux : Tancoat (quartier de la 
commune de Peyrins) vient do tcai (chêne) et coat (bois); Jouvancy 
(depuis Saint-Donat), Monjoux et Fanjoux viennent de jou ou foux 
(sapin) et non de Joois (Jupiter); Pontaix et Allex ont incorporé le mot 
aïss ou eisse (source), qu'on retrouve dans Alise-Sainte-Reine, Alaïse, etc.] 

— P. 416-28. A. LA.CR0IX. La Drôme monumentale et pittoresque. Liste 
par cantons et communes des sites et monuments curieux du Dauphiné. 

— P. 439-56. Abbé Feillet. Histoire du diocèse de Saint-Paul-Trois- 
Cliâteaux. Préambule géologique. [A suivre.] 0. N. 

Gard. 

I. Bulletin du Comité de l'Art chrétien, t. IX, n» 57, 
1907. 

P. 5-16. R. DE Courtois de Pélissier. La chapelle Saint-Jacques-le-Ma- 
jeur, en l'église Saint-Jean d'Alais (1319-1791). [C'est la chapelle actuelle 
de la Vierge, que l'on voit à gauche, en entrant par la grande porte de 
l'ancienne cathédrale. On plaida beaucoup et on dévora beaucoup d'ar- 
gent au sujet du patronat de la chapelle Saint-Jacques. Mais, sans l'in- 
curable esprit de cliicane des gens du moyen âge et de l'ancien régime, 
que seraient devenues les innombrables juridictions qui vivaient de la 
sottise publique?]— P. 17-64. C. Nicolas. La Réforme à Saint-Gilles, 
depuis ses débuts jusqu'à nos jours (1545-1900). [La sécularisation de 
l'abbaye bénédictine de Saint-Gilles, en 1588, favorisa la Réforme dans 
la ville. De 1549 à 1551, quatre membres du chapitre se marièrent. Ber- 
nard Arnaldi, maître-écolier à Saint-Gilles, ministre de la parole de 
Dieu, empêcha la procession publique du l'"' septembre en 1560, en me- 
naçant de s'emparer des reliques de saint Gilles. Là procession dut res- 
ter à l'intérieur de l'église et du couvent. L'auteur, familier avec les 
documents d'archives, trace un intéressant récit des événements qui 
suivirent ces débuts et où trop souvent le sang coula. Son travail se con- 
tinuera dans la livraison suivante.] E. B. 

II. Revue du Midi, 1907. 

N° 1. P. 5-22. G. Maurin. L'instruction publique sous le Premier Empire. 
[Suite. Se termine au n° 6, p. 333-52. Les recteurs n'étaient que les 
agents d'exécution; le corps enseignant, que l'armée disciplinée d'une 
pensée éminemment centralisatrice. Le recteur Tédenat se plaignait, de 
Nimes, à son ministre, qu'on le pressât d'exécuter des règlements sans 



422 ANNALES DU MIDI. 

lui en donner les moyens. Il va sans dire qu'on ne lui demandait pas 
son avis. Si étroite que fût la sujétion de l'Université vis-à-vis du grand- 
maître, celle-ci était indépendante de l'autorité administrative. Les pré- 
fets cherchèrent sans succès à s'immiscer dans les questions universi- 
taires. La tension des rapports entre le recteur et les préfets s'accen- 
tuait dès qu'on se rencontrait pour une affaire donnée. En 1812, le 
lycée de Nimes était prospère, au contraire de celui d'Avignon. Les 
désastres de l'Empire troublent l'œuvre d'enseignement sans l'inter- 
rompre. Après les lycées, M. M. étudie les écoles secondaires ou collè- 
ges, les écoles ecclésiastiques et l'enseignement primaire. L'établisse- 
ment du monopole de l'Université mit les pensionnats privés dans une 
situation très dépendante. A Nimes, le préfet D'Alphonse, tandis qu'il 
refusait obstinément de paraître aux cérémonies officielles universitai- 
res, présidait la distribution de prix de l'institution de M. Roman. 
Comme les évoques pouvaient présenter les aspirants ecclésiastiques 
susceptibles d'être exemptés du service militaire, ils enlevèrent aux éta- 
blissements universitaires le plus d'élèves qu'ils purent. Tédenat eut, à 
ce sujet, de grandes difficultés avec les évêques de Mende et d'Avignon. 
L'enseignement primaire fut péniblement ébauché par Tédenat, puis 
ruiné par les revers de la France. La conclusion de cet important travail 
est que l'esprit universitaire, né sous l'Empire, devait lui survivre.] — 
P. 23-43. L. Bascoul. Petites études d'un ignorant : le comte de Tressan. 
[Suite. Se continue dans le n" 2, p. 77-111, et se termine dans le n" 3, 
p. 141-57. Boufflers compara Tressan à une guêpe qui se noie dans le 
miel. Le courtisan caustique, bien oublié aujourd'hui, mourut à 
soixante-dix-huit ans, en 1788, des suites d'un accident de voiture. Son 
fauteuil échut à Bailly, son concurrent détesté de l'année précédente.] 

N° 2. P. 123-33. H. Jacqmin. Les Tribunaux révolutionnaires en Provence. 
[Se continue dans les n°^ 3, p. 158-73; 4, p. 244-60; 6, p. 370-90, et se 
termine dans le n" 12, p. 727-52. L'auteur étudie successivement, dans 
les Bouches-du-Rhône, la première organisation judiciaire, le Tribunal 
populaire, le Tribunal révolutionnaire, la Commission militaire qui le 
remplaça, le Tribunal révolutionnaire rétabli ; puis, en Vaucluse, le 
Tribunal criminel de Vaucluse, la Commission populaire d'Orange. Il 
s'occupe ensuite des Commissions militaires et du Tribunal criminel 
des Bouches-du-Rhône après le 9 thermidor et pendant le Directoire. 
Ce consciencieux travail est fait d'après les archives du Palais de jus- 
tice d'Aix.] 

N° 5. P. 289-92. L. d'Albioussk. Les liefs nobles du château ducal d'Uzès. 
[Introduction.] 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 423 

N» 7. P. 415-36. A. Pieyre. La question des eaux de Nimes, étude histo- 
rique. — P. -437-58. G. Maurin. La Commission militaire spéciale du 
Gard sous le Consulat. [Elle finit par réprimer le brigandage, devenu, 
l'an VllI et les premiers mois de l'an IX, extrêmement alarmant. Le 
pillage des caisses publiques, l'enlèvement des courriers des malles- 
postes, l'embauchage et la protection des conscrits réfractaires, la mise 
à rançon régulière des acquéreurs des biens nationaux, se produisirent 
dans le Gard comme dans le reste de la France.] 

N" 8. P. 461-95. M. Jouve et M. Giraud-Mangin. Correspondance intime 
du conventionnel Eovère après la Terreur. [Se continue dans les n"^ 9, 
p. 533-73; 10, p. 597-642; 11, p. 661-705. Une excellente introduction 
expose l'histoire du milieu vauclusien, que le délire terroriste avait par- 
ticulièrement dévasté, et d'où lo conventionnel Goupilleau (de Montaigu) 
écrira la plupart de ses lettres à son collègue Rovère, député de Vau- 
cluse. Dans cette intéressante correspondance, Rovère donne des ren- 
seignements sur les événements de Paris, et Goupilleau sur les résul- 
tats de sa mission dans le Midi. 11 personnifia le bon sens et l'humanité 
dans des conjonctures difficiles, où les passions grondaient toujours.] 

N» 10. P. 643-58. H. Roux. Le chevalier d'Assas, étude historique. [L'au- 
teur établit que les versions de Voltaire, de Rochambeau, d'Arman et 
de Lombard de Langres ne concordent pas sur le véritable auteur du 
cri héroïque : « Auvergne, à moi, ce sont les ennemis! » D'après Lom- 
bard, ce fut le sergent Dubois qui cria et tomba mort sur le champ. 
D'Assas, comme on le transportait au camp, eut encore le temps de 
faire cet aveu sublime : « Enfants, ce n'est pas moi, c'est Dubois qui a 
crié. » 11 y a encore la version qui s'est conservée dans la famille Delon, 
des Cévennes. M. de Riguerie, l'un de ses ascendants, était, comme son 
compatriote et ami d'Assas, capitaine au régiment d'Auvergne. Dans 
la nuit du 15 au 16 octobre 1760, tous deux s'étant éloignés des retran- 
chements furent assaillis à l'improviste par les ennemis. Riguerie aurait 
crié, comme d'Assas : « A moi d'Auvergne! » L'histoire a fixé la gloire 
de Clostercamp sur d'Assas et elle y restera.] E. B. 

Garonne (Haute-). 

I. Recueil de l'Académie de législation de Toulouse^ 
2«série,t. III, 1907. 

p. 201-19. L. ViÉ. Les origines de la bibliothèque de l'Université de Tou- 
louse. [Fonds de l'ancienne Université ; création des bibliothèques de 
Facultés, de 1822 à 1854 ; la bibliothèque académique (1855) et l'organi- 



424 ANNALES DU MIDI. 

sation actuelle (1879).] — P. 220-48. R. Gadave. Les incunables et édi- 
tions anciennes de la bibliothèque de l'Université de Toulouse. [Descrip- 
tion bibliographique des ouvrages imprimés jusqu'en 1520 inclusive- 
ment qui se trouvent à la bibliothèque de l'Université.] 

II. Revue de Comminges, t. XXII, 1907. 

p. 22-6. P. Adoue. Transaction entre Roger d'Espagne, baron de Mon- 
tespan, et les consuls de Montrèal-de-Rivière (1534). [Texte.] — P. 27-35. 
J. Beffeyte. Une église de village sous le Concordat. [His, arrondis- 
sement de Saint-Gaudens.] — P. 36-43, 76-95, 121-44, 189-208. J. Les- 
TRAPE. Un curieux groupe d'évèques commingeois. [Suite.] — P. 44-51. 
L..ViÉ. Un épisode de l'histoire du Fousseret : la réformation de 1530. 
[Avec une liste des noms de lieu relevés dans les procès-verbaux de re- 
connaissances.] — P. 52-60. J. Dedieu. Une organisation municipale 
au XVII' siècle. Statuts de la ville de Rieux élaborés en 1601. [Texte 
d'une délibération du Conseil de cette ville du 13 juin 1601.] — P. 66-75. 
L. ViÉ. Le Fousseret à la tin du xviii» siècle. [Etude historique sur 
cette localité pendant les années 1780 à 1793.] — P. 96-106, 145-57, 225- 
40. M. GouRDON. Les tours à signaux ou tours de guet dans le haut 
comté de Comminges. [Suite et à suivre.] — P. 107-13. E. Espagnat. 
Hyacinthe Sermet à Cazères-sur-Garonne. [Notes sur son séjour dans 
cette ville de vendémiaire an IV à vendémiaire an V.] — P. 162-8. 
D' Soubde. Un médecin, du Comminges à la fin du xviii' siècle : Fran- 
çois Pointis, maître en chirurgie (1741-1835). [Etude biographique, avec 
un fac-similé de lettres patentes de maître en chirurgie; l'auteur fait 
aussi connaître l'organisation du Collège royal de chirurgie de Paris et 
de l'Ecole de chirurgie de Toulouse vers 1765.] — P. 169-84, 209-24. 
M. Desjardins. Le général Guillaume Pégot (1773-1858). [Ses origines, 
son rôle à l'armée des Pyrénées-Orientales, puis contre les insurgés de 
l'an VIII, etc. A suivre.] — P. 243-49. J. Lestrade. Travaux effectués à 
l'église Saint- Jacques de M-uret (1473-1612). L. V. 

Gers. 

Bulletin de la Société archéologique du Gers, 8« année, 
1907. 

P. 13-37, 101-23. L. Puecii. Un aventurier gascon : Paul-Emile Soubiran. 
[11 a été rendu compte de ce travail publié à part. V. plus haut, p. 310. 
M. L. P. n'est pas procureur de la République, mais professeur à 
l'école normale d'Auch.] — P. 38-64, 154-67, 355-60. P. Bénétrix. Un 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. 425 

collège de province sous la Renaissance. Les origines du collège d'Auch. 
[Suite et à suivre. Deux appendices dont le second, à suivre, est très 
intéressant.] — P. 65-70. Ch. Palanque. La Franc-Maçonnerie ausci- 
taine au xviii« siècle. [Figures représentant le sceau et la vignette des 
brevets.] — P. 71-81. Abbé Dambielle. La sorcellerie en Gascogne. 
[Pourrait s'intituler : Les superstitions.] — P. 82-7, 256-8.- L. Ma- 
zÉRET. Les âges de la pierre dans le Gers. [Suite et à suivre.] — 
P. 124-37. Abbé Broconat. Le cardinal Arnaud d'Aux. — P. 138-45. 
Mastron. Le comte Guillaume du Barry, seigneur de Roquelaure. 
[M. M. ferait bien de lire les quelques pages consacrées à la famille 
Dubarry par M. Duboul dans La fin du Parlement de Toulouse. 
Cela rectifierait ses idées. Le nom de Dubarry est porté par un grand 
nombre de familles des environs de Léguevin, Lévignac et l'Isle-Jour- 
dain. Il n'est même pas utile d'aller en Normandie ni même dans les 
Landes en chercher l'origine.] — P. 146-53. Miégeville. Etude histo- 
rique sur les haras du département du Gers. [Suite et à suivre.] — 
P. 168-71. Ch. Palanque. Cloches des commanderies de la Cavalerie et 
de l'Hôpital. — P. 171-92, 209-30. D' de Sardac. Etude sur l'Assistance 
publique à Lectoure, aux xv% xvi' et xvii' siècles. [Travail des plus 
intéressants.] — P. 193-7. Ch. Palanque. Un buste de Sénèque trouvé 
à Auch, déposé au musée du Louvre à Paris. — P. 197-200. La com- 
pagnie de M. de Puységur. [Note anonyme : publie l'état des soldats 
composant la compagnie de Joseph de Chastenet de Puységur, seigneur 
de la Grange, frère de l'auteur des « Mémoires », fait devant Brisach 
en 1667. Intéressant.] — P. 2.31-9. Ph. Lauzun. M. d'Anterroches, der- 
nier évêque de Condom. [D'après une publication récente de M. de 
Dienne.] — P. 240-9. Ch. Samaran. La justice consulaire au xiv"^ siè- 
cle à Villecontal-de-Pardiac. [Texte incomplet de coutumes datées du 
9 avril 1337, très bien exposé et traduit.] — P. 250-5. Ch. Palanque. 
La châsse de Sarrant (xv« siècle). [Planche. Coffret en cuivre rouge sans 
valeur autre que son ancienneté]. — P. 259-78, 325-42. Lettres du pré- 
sident et de la présidente Niquet, seigneur et dame de Roquefort, 
1772-1778. [P. 264, il n'y a jamais eu à Toulouse un premier prési- 
dent nommé Pegueiroles. P. 331, n. 1 , il faut écrire Mac Arty et non 
Marc. P. 326, 1. 1, il faut lire reddo. Il s'agit de la redde des prison- 
niers, etc., etc.] — P. 279-87. A. liAVERGNE. Excursion des 30 avril et 
1" mai 1907 en Astarac et en Comminges. [A suivre. Notice succincte 
et complète sur l'abbaye et la ville de Gimont.] — P. 289-.324. Abbé 
Lagleize. Fleurance sous la domination féodale des sires d'Albret. — 
P. 324. Lettre d'un conscrit de l'an IL — P. 343-5. La chaire de la 

ANNALES DU MIDI. — XX 28 



426 ANNALES DU MIDI. 

cathédrale d'Auch. [Planche.] — P. 345. Un enterrenientau xmw siè- 
cle. [ELat ou honneurs funèbres de M"" de Liippé, née Françoise- 
Sidonie Colbert. Pas d'indication du lieu où eurent lieu ces obsèques, 
qui coûtèrent 70 livres 3 sou$ 6 deniers.] A. V. 

Gironde. 

Bulletin italien, t. IV, 1904. Néant. — T. V, 1905. 
Néant. —T. VI, 1906. Néant. L. D. 

Isère. 

Revue épigraphique, t. V, 1906-1907. 

Juillet-sept. 1906. N° 1638. Inscription tumulaire trouvée, en 1905, à Tou- 
rette-Lavens (Alpes-Maritimes). [M. Espèrandieu note que Eraco, Eni- 
■>nanuus, sont des noms gaulois sans autre exemple, et que Vectinia 
paraît être un gentilice. L'archaïsme filieis et d'autres circonstances 
permettent de faire remonter l'inscription à Aiiguste.] — N" 1639. Petit 
autel conservé au château de Colombier, près de Vaison (Vaucluse). 
[Inscription fautive en l'honneur d'une divinité dont l'initiale M est 
seule donnée.] — N" 1610. Tablette de marbre découverte à Apt (Vau- 
cluse) et consacrée au chrétien Priscus. [Mention d'une iv^ indic- 
tion. Graphies maetnoriae, circeter.] — N" 1641. Petite base conservée 
au théâtre rustique d'Orange. [La divinité que représentait la statuette 
surmontant probablement la base n'est désignée que par le mot dea.] 

— N"' 1642 à 1652. Inscriptions découvertes à AUan (Drôme), vers 1880. 
[Niger, esclave de Silus, chargé de la cave et des provisions de quelque 
grand domaine, cellarius, a fait bâtir un temple aux Mères victorieu- 
ses, Matris victricibus, et ces diverses inscriptions témoignent de sa 
dévotion envers elles. Les textes sont fragmentaires. M. E. rapproche 
de ces Mères victorieuses, qu'il pense sans autre exemple, les mots 
Fatis victricibus de certaines monnaies de Dioclétien et de Maximien 
HerQule. Le gentilice Satrius est fort rare.] — N" 1655. Autel découvert 
à Serviers-et-Labaume (Gard). — [Tincorix, nom gaulois nouveau. La 
déesse Segoina)i>ia, probablement une source, est sans autre exemple.] 

— N» 16.56. Fragment de stèle provenant de Moussac (Gard). [Atullus 
est la forme latine du nom gaulois Atidlos, sans autre exemple qu'une 
légende monétaire.] — N» 1657. Stèle provenant de Combas (Gard). 
\Uppiritio, nom gaulois nouveau.] — N» 1658. Epitaphe d'affranchis, 
en trois blocs, découverte à Béziers en 1904. [Inscription peu claire. Le 
surnom Aucta est assez fréquent dans la région de Narbonne. Le sur- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 427 

nom Dapsilis, d'origine grecque, indique la condition servile primitive 
du patron qui le portait. Rareté du surnom Félix comme désignation 
servile féminine.] — P. 191-2. Dieux de la Gaule, par A. Allmer. Autel 
trouvé à Nimes. aujourd'hui au Musée de Lyon. [La fontaine Ura, c'est 
la fontaine d'Eure, naissant tout près d'Uzès, et qu'un aqueduc, dont 
faisait partie le célèbre Pont-du-Gard, amenait à Nimes, avec les sour- 
ces de rAir.an. Admise dans la famille des Lares Augustes, la déesse 
Ura recevait à Nimes un culte desservi par une confrérie, cuUores 
Urae fontis. Urnia, sur un autel servant de montant de porte, près de 
la Tourmagne, à Nimes, serait, comme Avicajitus de la même inscrip- 
tion, un nom de source locale.] 
Octobre 1906 à mars 1907. N» 1664. Epitaphe trouvée aux Martigues (Bou- 
ches-du-Rhône), aujourd'hui au Musée de Marseille. {Vebrullus, nom 
gaulois nouveau.] — N» 1665. Autel à Tibère, même provenance. [Les 
autels à des empereurs non associés à d'autres dieux sont très rares. 
Le gentilice Aelanius est nouveau.] — N» 1666. Inscription rupestre aux 
environs des Martigues. [Ouextivio; kX-r^Sm-, = Vectinius Alhinus. Le gen- 
tilice Vectinius est nouveau.] — N° 1668. Autel à Minerve, trouvé à 
Combas (Gard) en 1906. Minervae mulieres p(osuerunt). [Provient de 
la source communale. C'est peut-être la source même que les femmes 
de Combas honoraient sous le nom de Minerve.] — N" 1669. Autel à 
Minerve, trouvé encore dans la source de Combas, et dédié par une 
femme, Lipia Jutlina. [M. E. considère comme peu probable le genti- 
lice Lipius, et propose Libia. ce qui donnerait une forme admissible 
du gentilice Livius.] — N» 1670. Epitaphe trouvée à Narbonne en 1906. 
[Lacunes difiiciles à restituer. Rareté du cognomen ou surnom Crypia- 
nus, pour Cryphinnus, régulièrement formé sur Cryphitis. A noter le 
nom d'Aegle.] — N" 1672. Epitaphe trouvée en 1906 à Castel-Roussillon 
(Pyrénées-Orientales). [Cette localité serait l'ancienne Ruscino. Rareté 
du gentilice Quelius. Le surnom Victris = Victrix, donné à la mère 
du défunt, n'est guère moins rare.] — N» 1673. Epitaphe trouvé en 1905 
à Saint-Girons (Ariège). [Le surnom Primilla a passé de la mère à la 
lill-3. Le gentilice Pojnpeiws est aussi fréquent, en Espagne et dans 
les Pyrénées, que le gentilice Julius en Gaule, en raison des affran- 
chissements nombreux et de l'attribution du droit de cité à des indigè- 
nes, par les deux Pompées et par César, dans leurs commandements 
respectifs.] — N" 1674. Autel commémoratif d'un taurobole, trouvé en 
1906 à Périgueux, dans le mur gallo-romain de la Cité. [Les faces sont 
décorées de bas-reliefs. A noter, à droite, un buste d'Attis et un bonnet 
asiatique, coiffure des prêtres de Cybèle. De bonnes phototypies per- 



428 ANNALES DU MIDI. 

mettent d'étudier les quatre faces de ce précieux monument, dédié aux 
divinités des Augustes et à la Grande Mère des dieux par le fils d'un 
sacerdos Are7ïsis, où prêtre des Trois Gaules à l'autel de Rome et 
d'Auguste, au confluent du Rhône et de la Saône. M. E. daterait l'aute- 
du régne simultané de Marc-Aurèle et de Vérus. La formule aram 
tauroh {olicam) posiiit dedicavitque est nouvelle. A noter la mention 
de la trilju Quirma, dans laquelle étaient inscrits les citoyens romains 
de Vesiinna ou Vésone.] — N" 1675. Epitaphe trouvée à Périgueux, en 
1906, avec l'autel précédent. [Le gentilice Bassianiiis, formé sur le sur- 
nom Bassianus, trahit une origine servile. Il est aussi rare que le sur- 
nom Viblinus.'] — P. 200-1. Remarques épigraphiques, par A. Héron 
DE ViLLEFOssE. Barbàirci (Aude). Milliaire de Tétricus le jeune, actuel- 
lement au Musée de Carcassonne, dans un magasin plein d'autres dé- 
bris. [M. H. de V. revise la lecture de l'inscription. Les noms du jeune 
prince ne sont précédés ni de la formule im-p(eratorï) Caes{ari), ni de 
l'appellation d{omiiw) iiiostro). Cette absence de titres est habituelle sur 
les monnaies de Tétricus le jeune. Le milliaire de Barbaïra et celui de 
Béziers sont les deux seuls trouvés en Gaule au nom de ce prince.] — 
P. 202-7. Dieux de la Gaule, par A. Allmer. Urobrocae, déesses incon- 
nues. [Pierre perdue, trouvée à Carpentras.] Uroicae. [Autres déesses 
inconnues. Stèle trouvée à Rogues (Bouches-du-Rhône).] Ussubius. 
[Pierre trouvée au Mas-d'Agenais (Lot-et-Garonne). Ussubius, identifié 
plutôt qu'associé à la déesse Tutelle, était le génie protecteur de l'en- 
droit.] Deus Uxellus. [Pierre trouvée à Hyéres (Var). Tablette de 
bronze au Cabinet de médailles, à Paris.] Uxovinus. [Autel trouvé à 
Bonnieux (Vaucluse), actuellement au Musée de Saint-Remy. Battus 
est peut-être un nom celtique.] Uxsacaniis . [Pierre trouvée à Bédoin 
(Vaucluse). Sans doute, le dieu Uxsacanus est l'une des deux sources 
qui existent près de la chapelle où est l'inscription]. Vasio. [Une ins- 
cription Marti et Vasioni, trouvée à Vaison (Vaucluse), une autre 
Vasioni, de même provenance, et deux autres provenant de la région, 
sont également perdues.] Matronae Vediantiae. [Deux inscriptions 
trouvées à Tourrotte, près Nice, perdues.] E. B. 

Lot. 

Bulletin de la Société des 'études littéraires^etc, du Lot, 
t. XXXII, 1907. 

p. 5-20, 65-80, 123-43, 187-203. A. Combes. Analyse des registres munici- 
paux de la commune de Cahors. [Suite et à suivre. De décembre 1790 à 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. Atd 

octobre 1791. Délibérations du Conseil général, du corps municipal, du 
Comité de la garde nationale.] — P. 21-17, 81-95, 144-71, 204-13. J. Day- 
MARD. Le vieux Cahors. [La cathédrale : historique et description; le 
cloître, les chapelles et autres déjjendances de la cathédrale ; les églises 
paroissiales : Saint-Urcisse, Saint-Barthéleniy, Saint-Géry, La Dau- 
rade, Saint-André et huit autres de moindre importance, ou insignifian- 
tes ou disparues; les petites églises ou chapelles disséminées dans la 
ville, qui n'ont jamais été le siège d'une paroisse.] — P. 47-55, 96-109. 
B. Paumés. Les volontaires de 1792 dans le Lot. Quelques lettres de ces 
soldats citoyens. [Ils formaient deux bataillons en juin; deux autres 
furent levés en octobre; le 2' fut dirigé sur Thionville, le 4" sur la fron- 
tière d'Espagne. Parmi les lettre.s publiées, les plus imp"ortantes ont 
été adressées à la Société populaire de Cahors.] — P. 110-4. A. Viré, 
Nouvelles stations préhistoriques dans le département du Lot. [Dans 
la grotte de Combe Cullier a été trouvé un bois de renne, long de 
15 centimètres, lequel serait couvert d'une inscription « rappelant les 
premiers signes des alphabets égyptien et cypriote ».] — P. 230-3. 
J. GiRMA. Bibliographie du Lot, année 1907. P. D. 

Lot-et-Garonne . 

Revue de l'A gênais, 1907. 

p. 5-36, 514-44. Marboutin. La Commission diocésaine des monuments 
religieux. [Fondée en 1845 par l'évèque Levezou de Vésins, elle dispa- 
rut en 1848. Elle ne fit rien par elle-même, mais contribua à développer, 
surtout chez les ecclésiastiques, le goût des études d'iiistoire et d'ar- 
chéologie locales.] — - P. 36-42. Abbé Dueourg. Origine du fief et du 
péage de Lécussan (1049-1330). — P. 42-73, 97-127, 226-37. R. Bonnat. 
Les Mémoires de Pierre Verdolin, d'Aiguillon, procureur-syndic du dis- 
trict de Tonneins-la-Montagne. [Commencée en 1906, ornée des por- 
traits des principaux personnages de la Révolution qui ont habité ou 
exercé leurs fonctions en Lot-et-Garonne, cette publication, longuement 
annotée, met au jour les seuls souvenirs personnels de la période révo 
lutionnaire que nous connaissions pour l'Agenais.] — P. 73-89, 372-84, 
460-80. Ph. Lauzun. Lettres de Bory-de-Saint- Vincent. [Suite de la pu- 
blication, commencée en 1903, de cette longue correspondance.] — P. 89 , 
349-52. R. BoNNAT. Richesses artistiques religieuses du département de 
Lot-et-Garonne. [Liste des objets religieux de caractère artistique clas- 
sés comme monuments historiques.] — P. 127-44, 246-60. Marboutin. 
Les églises du canton de Prayssas. [Bon travail d'archéologie.] — 



430 ANNALES DU MIDI. 

P. 145-66. Ferrére. La polémique cicéronienne au xvi» siècle. [Etude 
sur les discussions survenues au sujet de Cicéron entre Erasme et 
Jules-César Scaliger.] — P. 167-70. Chaux. Anciens billets et loteries. 
[Billets de la banque de Law et d'une loterie en faveur de l'hôpital de 
Nimes.] — P. 171-3. Momméja. D'un fragment de vase grec à peintures 
noires recueilli en Agenais. — P. 174-83, 261-76, 352-71. Couyba. Journal 
d'un prébendier de Sainct-Etienne d'Agen. [Fin de cette intéressante 
publication.] — P. 184-92. Granat. La politique économique des in- 
tendants de Guyenne au xvin' siècle. [Sur les pépinières royales de 
la généralité de Bordeaux et principalement de l'Agenais.] — P. 199- 
201. Momméja. Heurtoirs agenais. [Du xviii* siècle. Deux simili- 
gravures.] — P. 202-25, 299-326. Gauja. La rue Saint-Côrae à Agen 
et le chemin communal de Courpian. — P. 327-39, 436-47. Queyron. La 
gavacherie de Monségur. [Partie de l'arrondissement de La Réole où se 
forma, <à la fin du xv« siècle, un îlot de langue d'oil enclavé dans des 
parlers méridionaux. Gavacherie signifierait : « une contrée qui a été 
peuplée par des étrangers ».] — "P. 340-8. Marboutin. Les premiers 
volontaires agenais en 1792. [Publication de quelques lettres concernant 
les premiers volontaires lot-et-garonnais.] — P. 385-109, 481-9. Lauzun. 
Souvenirs du vieil Agen. [L'auteur résume ce qui avait été écrit de 
divers cotés sur le clocher et la cathédrale Saint-Etienne, depuis long- 
temps démolis; bonnes similigravures.] — P. 410-35, 490-509. Labadie. 
Notes et documents sur quelques faïenceries de l'Agenais et du Baza- 
dais. [Sainte-Foy-la,-Grande, Nérac, Monsempron, Saint-Savin, à laquelle 
l'auteur ne croit pas, Bazas, Meilhan.] — P. 447-51. Couyba. Le bail de 
démolition du château de Cancon (5 juillet 1739). — P. 452-4. Id. Hom- 
mage féodal en 1739. [Rendu par le seigneur de Roquegautier au prince 
Louis de Lorraine.] — P. 455-9. Dubos. La Guilhoneu à Villeneuve. 
[Œuvre religieuse existant dans la paroisse Sainte-Catherine de Ville- 
neuve-sur-Lot, consistant en quêtes pour procurer la cire nécessaire au 
grand autel, assurer la sépulture des pauvres décédés à l'hôpital et 
pour.voir aux processions qui se faisaient lors du mauvais temps.] — 
P. 510-3. AzÉMA. Les sans-culottes agenais de l'an IL [Règlement des 
Amis de la Constitution de 1793, suivi des commandements révolution- 
naires et d'une chanson sans-culotte.] 
Passirn. Dubois. Notes sur : Une verrerie à Saint-Sylvestre ; — Im- 
primeur agenais assassiné en 1539; — Antoine-François Duvigier, 
abbé de Gondon ; — Barthélémy d'Elbène, évèque d'Agen et sa famille; 
— Un maître de danse à Beauville en 1754; — Notre-Dame de Tous 
Gaus (Notre-Dame de Ïqute-Joie); — Le capitaine Noël; — Moulins à 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 431 

tan (destinés à la préparation des cuirs). [Courtes notes de quelques 
lignes qui ne manqueront pas d'être utilisées par les historiographes 
ou par des auteurs de monographies.] K. B. 

Pyrénées (Basses-). 
Reclams de Biarn e Gascougne, 10='" anade, 1906. 

p. 3-8, 29-31, 49-54. N. de Vier. Un poète lavedanais : Cyprien Despour- 
rin. [A suivre. Étude biographique et littéraire.] — P. 73-4. A. Planté. 
Camille Chabaneau. — P. 279-81. L. Batcave. Une lettre de Béranger 
à Pierre Gaston-Sacaze. G- ^I- 

Pyrénées (Hautes-). 

Annuai7'e du petit Séminaire de Saint-Pé, 1907. 

Documents historiques. — P. r-39'. L. Crabé. Organisation municipale 
de Saint-Pé-de-Générès. [En plus une liste des consuls et administra- 
teurs municipau.\ jusqu'à 1800.] — P. 40'-121'. G. B. Délibérations de 
la communauté au sujet de l'église. [Suite et lin. Depuis 1695.] M. D. 

Tarn. 

Revue du Tarn, t. XXIV, 1907. 

p. 1-25, 138-62. Mémoires de Jean Olès sur la dernière guerre du duc de 
Eohan, 1627-1628, p. p. Ch. Pradel. [La famille Olès ou Oulès, de Cas- 
tres, fort riche et amie de la paix, fut par conséquent ennemie du duc 
de Eohan. Les mémoires en question, écrits aU jour le jour en forme 
d'annales, commencent fin octobre 1627 et se terminent brusquement le 
25 avril suivant ; ils contiennent de fort utiles précisions. Point d'an- 
notation.] — P. 26-37. A. Vidal. Le dénombrement de la population 
dans le Tarn en 1906. [Elle continue de décroître ; en trente ans, de 1876 
à 1906, ce département a perdu près de 30.000 habitants. Analyse 
détaillée, fort intéressante, des résultats du recensement.] — P. 38-56, 
252-68, 325-52. R. Nauziéres. Les Daurian. [D'après les papiers inédits 
de celte famille de La Bastide-Saint-Amans, actuellement Saint- Amans- 
Soult. Elle Daurian, riche commerçant, devient, lors de la Révocation, 
un « nouveau converti d. et grâce à ses belles relations, il se tire assez 
aisément d'affaire. Son fils meurt prématurément en 1718, après une vie 
agitée, laissant une veuve et sept enfants, ceux-ci suspects, environnés 
de périls. De ces enfants, la dernière survivante ne s'éteignit qu'en 



432 ANNALES DU MIDI. 

1792. Détails sur la fortune des Daurian, dont la gestion fut rendue 
très difficile par leur qualité de nouveaux convertis; sur leur parenté 
avec le malheureux Calas, dont quelques lettres inédites sont publiées. 
Travail fort utile.] — P. 56-8. E. Cabié. Sur un document écrit à Albi 
en 1220. [Aveu au roi du soigneur de Najao.] — P. 59-76. E. Thomas. Le 
commandeur Jean de Bernuy et le chapitre de Saint-Sernin du Rouer- 
gue. [Procès relatif aux « fruits décimaux » de la collégiale de Saint- 
Sernin, 1630-1645. Le commandeur, très riche, eut gain de cause. Son 
testament, de 1656.] — P. 77-102. A. Vidal. Extraits des registres du 
notaire Jacques de Luco, de Saint-Paul. [Compris entre 1584 et 1602. Ce 
notaire était protestant et avait dû se réfugier de Lavaur à Saint-Paul, 
une des forteresses de la religion réformée. Menus faits, dont beaucoup 
ont leur intérêt.] — P. 125-37, 269-96, 353-62. A. Vidal. Les vicomtes et 
la vicomte de Paulin. [D'après un inventaire des titres de la vicomte, 
de 1262 à 1770, en 365 articles, et de nombreux documents. Les familles 
d& Lautrec, de Rabastens, de Latour, de Gouvernet et de Carrion de 
Nisas se sont succédé dans la vicomte durant cinq siècles. L'auteur con- 
sacre une biographie à chaque vicomte. Précis et bien fait. Planche. A 
suivre.] — P. 194-205. E. Thomas. Election d'un doyen au chapitre de 
Saint-Pierre de Burlats (xvii« siècle). [Procès-verbal longuement ana- 
lysé, 1689. Renseignements sur quelques doyens, du xviii' siècle.] — 
P. 206-8. E. Cabiê.' Colloque tenu à Roquecourbe en 1561. [En septem- 
bre. Il y avait à cette époque, en cette ville, un groupe de protestants 
et un autre à Rabastens. Texte.] — P. 237-51. Ch. Poutal. Une société 
de secours mutuels sous la Révolution : « La Trinité » de Gaillac 
(Tarn). [Confrérie datant de 1781, dont les statuts furent remaniés en 
1790; texte desdits statuts; la société durant la Révolution; elle existe 
encore.] — P. 295-6. A. V. Extraits des arrêts du Parlement de Tou- 
louse. [Suite, 1541-1547.] — P. 297-9. Ch. Portal. Origine du collège 
d'Albi. [Ecole secondaire communale en 1804, collège en 1808.] — 
P. 301-24. F. Lacroix. Des inondations dans le bassin du Tarn. [Fort 
intéressant travail de géographie physique, qui comporte cependant 
des notions historiques. Planches.] P. D. 



NÉCROLOGIE 



Le Vivarais vient de perdre en M. Mazon son liistorien le plus 
fécond, le plus érudit et le plus aimé. Les Annales du Midi, 
dont il fut le collaborateur, ont ressenti vivement cette perte et 
tiennent à rendre un hommage sincère à sa mémoire, en indi- 
quant, d'une façon malheureusement trop brève, ce que lui doi- 
vent les études d'histoire locale dans son pays natal. 

M. Charles-Albin Mazon, né à Largentière le 20 octobre 1828, 
fit ses débuts dans le journalisme et remplit ensuite pendant 
trente ans les fonctions de directeur du service télégraphique à 
l'Agence Havas, fonctions qu'il résigna vers la fin de l'année 1890. 
Des occupations aussi importantes auraient dû, semble-l-il, l'éloi- 
gner de l'histoire locale ; mais son incroyable activité et la rare 
lucidité de son esprit lui permirent cependant d'amasser pendant 
ses courts loisirs une quantité prodigieuse de matériaux et d'en 
tirer plus de cent cinquante articles, brochures ou volumes. Il 
était doué d'une admirable puissance de travail ; mais l'affection 
passionnée qu'il gardait à son pays natal lui fut aussi d'un 
grand secours, car il aimait le Vivarais et voulait le faire aimer. 

Le but qu'il semble s'être proposé d'abord fut, en effet, de vul- 
gariser l'histoire du Vivarais dans une série de Voyages, où 
son humour méridionale savait donner une forme attrayante 
à des recherches parfois arides. M. M. (D"" Francus)* décrivit 
successivement toutes les régions du Vivarais. En parcourant 
ces volumes suivant leur date d'édition, on voit la partie 
historique augmenter constamment d'importance, tout en lais- 
sant subsister la partie humoristique, très goûtée par le public 
auquel s'adressait l'auteur. Dans cette première série d'ouvrages, 
dont les lecteurs appréciaient la verve si personnelle, on trouve 
des renseignements la plupart des des localités du Vivarais. Ces 
treize volumes contiennent tous les éléments d'un dictionnaire 
topographique de l'Ardèche, et M. M. s'y montra en quelque 
sorte le précurseur des syndicats d'initiative, aujourd'hui si floris- 
sants et si utiles. 

M. Mazon fut insensiblement amené à aborder des travaux 
d'une érudition plus serrée. Il entreprit simultaném'ent d'écrire 

1. Un grand nombre des ouvrages de M.IM. ont paru sous ce pseudonyme. 



484 ANNALES DU MIDI. 

la biographie de Vivarois marquants, figures oubliées ou peu 
connues, et de retracer l'histoire des principales villes du pays. 
Certaines de ces études ont dépassé les proportions ordinaires 
des monographies de ce genre et doivent être considérées comme 
des travaux définitifs. M. M. est le premier érudit ardéchois qui 
ait compris la nécessité de travailler dans les dépôts d'archives 
de Paris, et c'est un des motifs de la supériorité de son œuvre. 

Nous citerons seulement, parmi tant de publications, un opus- 
cule sur la légende de Clotilde de Surville (Paris, 1873), des no- 
tices sur Bon Broé, de Tournon (i90i), Bérenger de la Tour, 
d'Aubenas (1905), Achille Gamon et Chrisloiihe de Ga?Hon (Paris, 
1885), Pierre Davily, de Tournon (1905), Pierre Marcha (1895), 
l'astronome Flaugergues, de Viviers (1896), une histoire de Sou- 
lavie en deux volumes et un appendice (Paris, 1893, Privas, 1901). 
Son Histoire de Largentière (1904) abonde en documents précis 
et intéressants, de même que les notices, moins développées, 
qu'il a consacrées à La VouUe (1900), à Saint- A grève (1902), au 
Cheylard (1894) et à Jaujac (1898), de même surtout que ses notes 
si savantes — et malheureusement inachevées — sur Tournon. 

Il faut signaler encore un Essai historique sur le Vivarais 
pendant la Guerre de Cent ans (1890) et des Notes sur Vorigine 
des églises du Vivarais (1891-1893). Enfin, l'histoire des guerres 
civiles du Vivarais tient une grande place dans l'œuvre de 
M. M. Il a raconté la révolte de Lestrange dans une importante 
brochure intitulée : Une page de l'histoire du Vivarais 1629- 
1633 (Privas, 1894), et ses Notes et docutnents historiques stir 
les Huguenots du Vivarais ont été couronnés par l'Académie 
française. C'est l'ouvrage le plus considérable de M. M., et il y 
faut admirer une documentation d'une richesse incomparable. 

Une grande partie des dernières publications de M. M. a paru 
dans la Revue du Vivarais, qui est le principal et presque le seul 
foyer des études historiques en Ardèche. M. Mazon fut l'un des pro- 
moteurs de cette revue, et l'on peut dire qu'il en fut l'âme ; c'est 
grâce à ses conseils et à ses encouragements que put se constituer 
un petit groupe d'érudits qui étaient en quelque sorte ses élèves. 
M. Mazon est mort à Paris le 29 février 1908. Ceux qui ont eu 
l'honneur de l'approcher n'oublieront pas la sûreté et le charme 
de ses relations, ni la rare obligeance et la simplicité de cet 
homme supérieur. Ceux qui ne connaissent que son œuvre ne 
ménageront pas au savant leur admiration et leur respect. 



CHRONIQUE 



L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a décerné le second 
prix Gobert à M. Samakan, La maison d'Armagnac au XYe siè- 
cIp.. 

Statuant sur les prix des Antiquités nationales, elle a accordé 
la l>e médaille à M. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs 
de la Gaule romaine ; la l^e mention à M. de Ripekt-Monglar, 
CarlxUaire de la commanderie de Richerenches, la 3^ à M. J. 
GuiRAUD, Cariulaire de Noire-Dame de Prouille, la 6e à M. P. 
Champion, Chronique marllniane , la 7e à M. l'abbé E. Albe, 
Les miracles de Noire-Dame de Rocamadour au XII^ siècle. 



Les Positions des thèses soutenues par les élèves de l'Ecole des 
Chartes (promotion de 1908) • nous offrent une moisson plus abon- 
dante que de coutume. 

Signalons la thèse de M. A. Artosse. Elude sur le mouvemenl 
politique de 1314. La première année du règne de Louis X. On 
sait qu'à la fin du règne de Philippe IV sa politique fiscale, spé- 
cialement la subvention pour l'ost de Flandre, avait abouti à la 
formation de plusieurs ligues régionales, à un mouvement de ré- 
volte. Pour l'apaiser, Louis X octroie ditïérentes chartes, dont celle 
aux Languedociens, étudiée ici dans son origine, sa rédaction, sa 
teneur. — L. Biernawski. Formation et organisation du dépar- 
tement de l'Allier. « Le but de ce travail est d'étudier l'adminis- 

1. Màcon, impr. Protat, 1908 ; in-S" de 190 pages. 



436 - ANNALES DU MIDI. 

tration du département depuis sa formation jusqu'à la constitu- 
tion de l'an III. Un chapitre préliminaire est consacré à la com- 
mission intermédiaire provinciale qui resta en exercice jusqu'à 
l'entrée en fondions de l'administration départementale. » Ensuite 
deux parties, correspondant à deux périodes : 1» Jusqu'en 
mars 1793, le département vit dans la plénitude de son indépen- 
dance ; 2" après le décret sur les représentants en mission, il est 
soumis au régime de centralisation institué par le gouvernement 
révolutionnaire. Une étude de cette nature doit toucher aux sujets 
les plus divers : la constitution civile du clergé, les biens d'Eglise, 
les émigrés, les volontaires, les subsistances, — sujets auxquels 
des chapitres spéciaux sont consacrés. — P. M. Bondois. Cata- 
logue des actes de François II, roi de France (10 juillet 1559- 
5 décembre 1560). Ce catalogue, comprenant 1793 numéros, est 
précédé d'une introduction où sont étudiés la chancellerie et les 
actes l'oyaux sous ce règne. Divers appendices. — P. Graziani. 
La Provence au milieu du XIII^ siècle. L'opposition nationale 
à Ramon Bérenguer IV et à Charles d'Anjou. L'auteur explique 
cette opposition à des maisons étrangères par l'organisation de la 
société provençale, où villes, seigneurs vivaient fort indépendants 
sous une administration comtale peu oppx'essive : on y redou- 
tait l'étranger comme un tyran. Le comte Ramon, de la maison 
de Barcelone, dut s'appuyer sur la France et sur le pape, tandis 
que les comnmnes de Marseille, d'Avignon, le seigneur de B uux, 
alliés avec Raimond VII de Toulouse, étaient favorables à l'em- 
pereur Frédéric II. A la mort de Ramon, l'héritière de Provence, 
Béatrix, avec qui Raimond VII avait projeté de s'unir, épouse le 
frère de saint Louis, Charles d'Anjou, et celui-ci, disposant du 
concours du roi et du pape, vainc sans trop de peine les grandes 
communes confédérées. Marseille fut la dernière à résister. Avec ia 
maison d'Anjou s'introduisait en Provence « une politique fran- 
çaise et_centralisatrice. » — G. Lavergne. Le langage parlé en 
Bourhonnais auœ XI 11^ et XI Y^ siècles. L'auteur étudie les gra-. 
phies alors employées en ce pays « pour établir dans quelle me- 
sure elles correspondent aux sons du parler local » ; puis il indi- 
que « les caractères généraux et particuliers de la phonétique 
bourbonnaise par rapport à celle du français commun de la fin du 
xine siècle ». — G. Mathieu. Elude sur le marais de Bordeaux 
et de Bruges, de l'édit de I5y9 à la Révolution. Le marais de 
Bordeaux, à la suite d'une peste, fut soumis au dessèchement par 



CHRONIQUE. 437 

Gaiissen, ingénieur des Pays-Bas, avec lequel les jurats avaient 
traité (1599). Après lui, c'est une communauté de propriétaires 
qui administre le marais, selon des régies que décrit l'auteur 
(statuts de 1647). Elle a des procès à soutenir, notamment celui 
du Grangeot, qui dura quarante-cinq ans, contre le duc de Duras 
(1721-1766). — R. Michel. Eludes sur la politique royale à 
l'égard de la noblesse et des villes consulaires dans la séné- 
chaussée de Beaucaire au temps de saint Louis. M. M. s'est 
proposé d'étudier la politique suivie par saint Louis et ses agents 
dans cette sénéchaussée, puis les transformations qu'ont éprou- 
vées de ce fait la noblesse et les villes consulaires du domaine 
royal. L'administration dont saint Louis disposait, toute féodale, 
analogue à celle des seigneurs locaux, n'en fut pas moins enva- 
hissante; elle tendit à centraliser. Or les seigneuries morcelées, 
rivales, étaient incapables de résistance : soit par les armes, soit 
par la politique îles pariages, soit par l'usurpation du droit «le 
justice, les sénéchaux soumettaient, abaissaient la noblesse sans 
rien clianger aux institutions. Quant aux villes consulaires, les 
principales ont été par eux frappées dans leurs libertés. Si, de- 
puis 1254, le roi les ménage au contraire, s'il leur rend en partie 
ce qu'elles ont perdu, s'il a créé le consulat d'Aiguesmortes et 
respecte les privilèges des petites villes, dont il n'a rien à redou- 
ter, il ne s'assujettit pas moins la bourgeoisie dirigeante. 
A la fin du règne, l'état de droit n'est guère modifié ; mais 
l'état de fait l'est profondément. La jui^idiction de la royauté, son 
domaine se sont étendus, ses revenus ont augmenté; le terrain 
est préparé pour que, sous Philippe le Bel, puisse naître et gran- 
dir le principe de là souveraineté roj^ale. — A. Rhein. La seigneu- 
rie de Monlfort au diocèse de Chartres, depuis l'origine jusqu'à 
la réunion dïc duché de Bretagne (xe-xve s.). De là est sorti Si- 
mon IV, le chef célèbre delà croisade contre les Albigeois, dont le 
fils aîné, Amauri V, céda en 1226 à Louis VIII ses droits sur le 
Langnedoc. 



Le quarante-sixième Congrès des Sociétés savantes s'est tenu 
cette année à Paris, du 21 au 24 avril. C'est le Nord, l'Est, l'Ouest 
et le Centre qui ont surtout produit leurs travaux. Le Midi a été 
cependant assez largement représenté, comme en témoignent les 
communications suivantes : 



438 ANNALES DU MIDI. 

Section d'histoire et de philologie. — P. Garaman. L'instruction 
publique à Casteluioron d'Albret (Gironde). [Siège d'une sénéchaus- 
sée, elle avait un régent français dès 1662 et un régent latin 
en 1731.] — J. Flobert. Les clocheteurs et crieurs des morts. — 
De GrÊRiN-RiGARD. Notes extraites de livres de raison et relatives à 
des phénomènes météorologiques observés en Provence de 1634 
à 1818. — De Saint-Saud. Anah^se de trois fonds d'archives de 
famille : les Donissan de Gibran (du Bordelais), les La Roussie 
de Lapouyade (du Périgord), les Du Vergier de La Rochejaquelin 
(du Poitou). — De Montégut. Les testaments de Saint-Yrieix, 
de 572. [Il y en a deux, dont l'un serait faux.] — Arnaud d'Agnel. 
La politique du roi P»ené envers les juifs de Provence. — Mme de 
Sarran-d'Allard présente la copie d'une lettre du xvie siècle, écrite 
d'Auvergne au roi François 1er, sur les haras qu'on voulait y éta- 
blir et sur la quantité de cerfs et de biches tués par les paysans à 
cause des neiges et des glaces; elle présente aussi un document 
relatif à un condamné de la même époque, Gharles Gonches (d'Au- 
rillac). — Mi'e Houghard. La baronne de Grimaud et son castel- 
lum fortiiié. [Histoire de cette seigneurie du Var, depuis sa fonda- 
tion au x^ siècle jusqu'à nos jours. Travail sérieux, très docu- 
menté et très complet.] — Glêment-Simon. Le refus de l'impôt 
sous Louis XIV. [A Tulle, en 1693, à propos d'une taxe édictée pour 
l'affranchissement des droits seigneuriaux qui pesaient sur les 
maisons des villes, faubourgs et bourgs fermés. La ville de Tulle 
ne devant aucun droit de ce genre résista tout entière, et ce ne fut 
qu'après dix ans de lutte et l'emploi des dernières rigueurs que 
l'impôt fut perçu.] — .1. Durieux. Le marquis de Féneloii, lieute- 
nant-général des armées de Louis XV. [Élève du cardinal, né 
en 1688, tué à Raucoux en 1745.] — Baguenault de Pqchesse. Les 
opérations de l'armée royale dans le Limousin en 1569. [D'après 
trois lettres inédites de Glaude de l'Aubespine à Gharles IX, sur 
l'état des troupes. Manque de stratégie et hésitations des chefs.] 
— RuMEAU. La Société populaire de Grenade. [Du 15 novembre 1790 
au 17 avril 1793.] 

Section d'archéologie. — Abbé Ghaillan. Mémoire sur un cou. 
vercle de sarcophage de la chapelle Notre-Damede Vallauris(Var), 
et sur un fragment du sarcophage des Saintes-Maries-de-la-Mer en 
Gamargue. — Gollard. Notice sur l'usage de pesons de terre cuite 
chez les Gallo-Romains. — G. Doublet. Une statuette en bronze 
trouvée à Saint-Dalmas de Tende (Alpes-Maritimes). [Peut-être 



CHRONIQUE. 439 

ligure.] — Abbé Arnaud d'Agnel. Un genre de coffrets provençaux 
(lu xve siècle, en bois peint et émaillé, à l'imitation du cuir 
ouvragé. — Bizor. Les mosaïques romaines découvertes à Vienne 
(Isère). — R. Rogeh. Le cimetière barbare deTabariane, près Teilhet 
(Ariège). — Chanoine F. Durand. Notice sur un bas-relief accom- 
pagné d'inscriptions, daté de 1333, et conservé au musée de Nimes. 
[Semble un ex-voto consécutif à la libération d'un prisonnier.] 

— Dr Meunier. Notices sur des fouilles pratiq-uées dans l'établis- 
sement céramique gallo-romain d'Autry (Meuse). [Un des plus 
anciens de la Belgique, qui parait avoir été fondé par des ouvriers 
venus des ateliers du Midi.] — Raimbault. La disparition du 
monnayage des archevêques d'Arles. [En 1537.] — U. Dumas. La 
dalle sculptée de Saint- Victor, canton d'Uzès (Gard). [Description.] 

— Id. Les différents faciès des instruments néolithicfues dans le 
département du Gard. — E.-A. Martel. Les gravures et peintures 
préhistoriques tracées sur les parois des grottes ou les rochers 
isolés. [Seraient d'âge plus récent qu'on ne le croit généralement.] 

Sous-section de géographie historique et descriptive. — Gh. Duf- 
FARD. L'extension du cap Ferret et l'instabilité des passes du bas- 
sin d'Arcachon, du xvie siècle à la fin du xix^ siècle. — E. Bellog. 
L'état de la géographie et de la cartographie pyrénéennes au xviiie 
siècle. — A. Pawlowski. L'histoire du golfe d'Aunis. — H. deCoiN- 
CY. La cartographie des dunes de Gascogne. — P. Bufkault. Les 
anciennes forêts du Rouergue. — E. Bellog. Les termes géogra- 
phiques en usage dans les Pyrénées. — Lavialle. La forêt limou- 
sine autrefois et aujourd'hui. 

Sous-section de linguistique. — Sarran-d'Allard. Les noms 
de lieux du Cantal en « anges ». 

Section des sciences économiques et sociales. — Abbé V. Foix. 
Un questionnaire économique de 1728 avec les réponses du rece- 
veur des tailles de l'élection des Lannes. [Sur la situation agricole 
et les moyens de l'améliorer. Tout pivote autour du marché de 
Dax et du fort de Bayoniie. Renseignements météorologiques, 
commerciaux, industriels et agricoles très nombreux.] — Nigolaï. 
Patrons et ouvriers à Bordeaux au xviue siècle (1700-1800). [Statis- 
tiques de l'état et du mouvement des corporations. Importance de 
l'industrie et fortune des communautés. Rapports entre patrons et 
ouvriers, grèves. Les salaires ont suivi une marche ascendante 
régulière de 1700 à 1800.] — Cheylud. L'école centrale du dépar- 
tement du Cantal. — A. Yrondelle. Le collège d'Orange. [Fondé 



440 ANNALES DU MIDI. 

en 1573 par le comte Louis de Nassau, en vertu des pouvoirs que 
lui avait conférés Guillaume le Taciturne, son frère. Louis XIV, 
après la mort de Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre, expulsa 
les protestants de la principauté, et le collège ne fut sauvé qu'à 
grand'peine. Il reprit vigueur avec les Doctrinaires, que l'ôvêque 
d'Orange appela et qui dirigèrent l'établissement de 1718 à 
août 1794. Il rouvre comme école secondaire en 1803. Monographie 
très complète.] 



La réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements a tenu 
sa trente-deuxième session en même temps que le (Congrès des 
Sociétés savantes, du 21 au 24 avril. Peu de communications 
concernant le Midi. Nous pouvons cependant noter les suivantes : 

Paumes. Le clocher du lycée Gambetta, àCahors. [Construit à la 
fin du xvii^ siècle.] — Guillibert. Un buste du philosophe mar- 
quis d'Argens. — Discours de M. H. Stein. [Un certain nombre 
de noms d'artistes, dont plus d'un méridional, ont été retrouvés.] 

— Bouillon-Landais. Luc-Raphaël Ponson, peintre marseillais. 

— L. Giron. Le mu.sée du cloître, au Puy. — Chanoine Urseau. 
Les peintures murales de l'ancien couvent de la Baumette, près 
d'Angers. [Un des personnages est saint Louis de Toulouse, fils du 
roi de Naples, René d'Anjou.] 



Chronique du Gévaudan. 

Depuis notre dernière Chronique, rien de bien particulier à 
signaler. Le Bulletin de la Société cC agriculture, sciences et arts 
reste toujours l'unii^ue revue scientifique locale, tandis que le 
Bulletin du Club cévenol constitue la seule publication touristi- 
que, superbement éditée et illustrée. Dans un pays aussi peu for- 
tuné que le Gévaudan, on est étonné de trouver des périodiques 
paraissant régulièrement, nourris d'articles variés et édités avec 
soin. On serait tenté de croire que les Sociétés dont ils sont les 
organes possèdent de sérieuses réserves, et pourtant c'est à l'aide 
seule des cotisations de leurs membres que ces publications sont 
imprimées, illustrées et échangées avec celles de Sociétés autre- 



CHRONIQUE. 441 

ment riches, mais dont les Bulletins sont d'une pauvreté et d'une 
rareté étonnantes. 

Malgré l'appel adressé en 1905 aux notaires du département par 
M. Philippe, archiviste, et le D"" Barbot, pour les inviter à verser 
leurs vieux registres aux Archives on n'a eu à enregistrer qu'un 
seul dépôt, mais considérable : environ trois cents registres ou 
liasses intéressant une partie de nos Gévennes. Il est regrettable 
que les versements ne soient pas plus nombreux, car, dans cer- 
taines études, les minutes sont abandonnées aux vers et à l'humi- 
dité, et, d'autre part, il est difficile, sinon impossible aux cher- 
cheurs d'utiliser ces documents si précieux pour notre histoire 
locale, jalousement conservés (!) qu'ils sont par les notaires, qui 
ne les utilisent point, mais se contentent de les garder, estimant 
que la présence de vieux registres donne une certaine valeur à 
leur étude. 

Les fouilles pratiquées en 1905 au pied du clocher nord de la 
cathédrale de Mende ont amené la découverte de très anciennes 
cryptes, dont l'histoire fort ancienne a fait l'objet d'une commu- 
nication au Congrès de la Société française d'archéologie, réuni 
à Carcassonne le 22 mai 19061. Depuis, les fouilles faites tout 
autour ont donné peu de résultats ; mais grâce aux efforts des 
archéologues locaux et au bon vouloir de l'administration, les 
cryptes ont été conservées et rendues accessibles au public et aux 
touristes. 

Dans le Courrier de la Lozère, journal bi-hebdomadaire, 
M. l'abbé Foulquier publie, depuis bientôt trois ans, des Notes 
historiques sur les paroisses des Cévennes : travail plein d'éru- 
dition, pour lequel l'auteur a consulté toutes les archives des 
communes qu'il mentionne, les archives départementales, des 
archives particulières et papiers de famille, sans compter le dé- 
pouillement de tous les ouvrages et publications relatifs à la 
région. Malheureusement, le titre de l'ouvrage parait impropre à 
une étude dans laquelle, à part de courtes, trop courtes monogra- 
phies sur une foule de communes, de village