(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Annales du Midi"

ANNALES DU MIDI 



ANNALES 

DU MIDI 

REVUE 

ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET PHILOLOGIQUE 

DE LA FRANGE MÉRIDIONALE 

Fondée sous les auspices de l'Université de Toulouse, 
PAR 

ANTOINE THOMAS 

PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS d'uN COMITÉ DE RÉDACTION 
PAR 

A. JEANROY, P. DOGNON et L. DELARUELLE 

PROFESSEURS A L'UNIVERSITE DE TOULOUSE 



a Ab l'alen tir ves me l'aire 
« Qu'eu sent venir de Proenza. 
Peirk "Vidal. 



VINGT ET UNIÈME ANNEE 

1909 




TOULOUSE 
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

14, RUE DES ARTS (SQUARE DU MUSÉE) 

Paris. — Alphonse PICARD et fils, rue Bonaparte 82. 






-L.^l 



ÉTUDES SUR PEIRE CARDINAL 



ESTÈVE DE BELMONT 



Ce personnage, souvent mentionné dans les sirventés de 
Peire Cardinal, était jusqu'à présent resté mystérieux. La 
publication des Preuves de la maison de Polignac^ permet 
enfin de l'identifier. 

Le Juvénal du Puy a été féroce contre Estève, qui lui a 
peut-êlre inspiré les vers terribles : 

Ll clerc si fan pastor 
E son aucizedor 2. 
« Les clercs se disent pasteurs — et sont des assassins. » 

En effet, Estève, 

Manjan, aucis son ancessor 
Et un enfant de son senhor '. 

« Dans un repas, il assassina son aïeul — et un enfant de son 
seigneur. » 

1. Par M. Jacotin (Paris, Leroux, 1906; 5 vol. mA"). La haute valeur 
scientitique de cette publication vient d'être sanctionnée par l'Institut, qui 
l'a couronnée en 1907. Cf. Annales, XIX, 573. 

2. Ces deux vers sont les premiers d'une pièce de Cardinal contre le 
clergé (335, 31), qui mentionne l'empereur Frédéric II et fait allusion à sa 
déposition par le concile de Lyon (17 juillet 1245). Comme on le voit. 
Cardinal, quand il l'écrivit, était encore sous l'impression des événements 
qui avaient ensanglanté Eynac et le Velay sept ans auparavant et sur 
lesquels je vais revenir. 

3. Toutes les citations que je vais faire sont empruntées aux sirventés 



6 C. FABRE. . 

Et les circonstances dans lesquelles fut consommé ce par- 
ricide sont particulièrement épouvantables. C'est dans un 
dîner que lui offrent ses victimes qu'Estève commet son 

crime : 

Esteves trazic en aucizens; 

Qu'anc sos pairis no-y atrobet guirensa, 

Ni un[s] tozet[z] i, don fetz tal descrezensa 

Qu'a son dirnar los aucis ambedos. (II, 2.) 

« Estève a trahi en assassinant, — car onques son parrain n'y 
trouva sécurité, — ni un enfant; il commit un crime si incroya- 
ble — qu'à leur dîner il les occit tous deux^. » 

Les domestiques et les vassaux des victimes ne furent pas 
épargnés : 

Quant Esteves vay vezer sos parens, 

Elh fai semblant d'amistat e d'amors, 

Et a auzelhs e cans e cassadors, 

E fai si fort amoros e rizens, 

E vay manjar ab bella captenensa; 

E, quant ylh an en servir entendensa, 

El salh em pes, quon trachers dessoptos. 

Et aussi cuecx e boviers e baylos. (II, 3.) 

« Quand Estève va voir ses parents, — il fait montre [envers 
eux] d'amitié et d'amour; — il mène des oiseaux, des chiens el des 
chasseurs; — il so fait fort affectueux et riant, — et se met à table 



suivants (que je désignerai par les chiffres I, II, III, IV, en indiquant la 
stropiie que je cite) : 1 D'Esteve de Belhmon n'enueia (330, 19); '2. Un 
xirventes ai en cor que comens (335, 65) ; 3. U)i sirventes tramelrai per 
message (335, 68) ; l. Atressi cum per fargar (335, 9). — Il n'entre pas 
dans le cadre de mon sujet de faire une étude critique du texte de ces 
quatre poèmes. Mais les passa^^es que je rapporte ont été soiprneusement 
colligés sur les manuscrits, et la traduction que j'en donne a été rédigée 
avec le gracieux concours de M. Lavaud, le distingué professeur du lycée 
do Laon, qui prépare en ce moment même une édition des œuvres de Car- 
dinal. [Il me paraît utile que le lecteur ait sous les yeux le texte complet 
de la pièce II, la plus importante; celui qu'il trouvera en appendice a 
été établi par M. L. ïlicome d'après les manuscrits C. I (Malin. Ged., 
761-5) R et T (que M. R. Poupardin a eu l'oljligeance do coUationuer). 
Les fragments de cette pièce cités au cours de l'article sont donnés 
d'après C. — A. J.] 

1. Le ms. T dit : Ni sos fiilols. M. Lavaud adopte cette leçon qui res- 
serre les liens do parenté entre l'assassin et ses victimes. 



ESTEVE DE BELMONT. 7 

avec un aimable maintien. — Et, quand ils sont occupés à [le] 
servir, — il saute en pieds brusquement, comme un traître, — et 
il tue cuisiniers, bouviers et intendants. » 

Enfin, cette hypocrisie n'est pas encore assez noire. Estève, 
qui est prêtre, a commis ses assassinats sous les auspices de 
son caractère sacré ', et, au lieu de s'en repentir, les aggrave 
par son insolence, par le vol et par des actes de guerre : il 
donne asile aux filles et aux pillards. 

Esteves fes l'autr'ier us ignocens ^ 
Quan fazia martirs e cofessors 

1. Cela, du moins, ressort du texte, si on le comprend comme je propose 
de le faire. 

2. Cette cobla est une des plus obscures de Cardinal. L'obscurité pro- 
vient de ce que ignocens et ferramens, qui devraient être au cas ré- 
gime, sont au nominatif dans les manuscrits. En tout cas, les deux pre- 
miers vers sont ironiques, puisque le poète, qui traite Estève d'assassin 
et de « fils de Caïn », dit néanmoins qu'il envoya au ciel des Innocents, 
des Martyrs et des Confesseurs. Il laisse donc entendre qu'Estève, en sa 
qualité de prêtre, otïrait à Dieu les victimes de ses assassinats. Ces 
malheureux devenaient des Intiocents quand c'étaient des enfants, 
comme le tozet qui fut tué à Eynac; des Martyrs, s'ils mouraient pour 
la foi; des Confesseurs, s'ils proclamaient cette foi au moment de leur 
mort. Estève aurait donc ainsi assassiné ses parents, leurs serviteurs et 
leurs invités, sous les auspices de sa mission de prêtre. — L'ironie aurait 
pu être inspirée à Cardinal par la date même de l'assassinat, si cette date 
était celle de la Toussaint, comme le laissent supposer les mots : Et a 
auzels e cans e cassadôrSj de la cobla 3. Ces mots indiquent qu'Estève 
se rendit à Eynac pendant la saison de la chasse. Or, la Toussaint, qui 
se célèbre le 1" novembre, s'appelait Martror en provençal (cf. Chanson 
de la Croisade, 5622 et 6845). La fête avait d'abord honoré les martyrs 
seuls, puis tous les saints, c'est-à-dire aussi les innocents et les con- 
fesseurs (Du Cange.) 

Les enguaftadors et les trachors, sont évidemment les compagnons 
d'Estève, peut-être aussi les serviteurs de ses victimes, s'il en survécut. 
Estève, après le meurtre, les aurait obligés, par menaces, et avec l'arme 
même dont il venait de se servir, à s'associer à sa trahison. 

La fin de la cobla a été très bizarrement interprétée par Millot (III. 
256) : « Estève, dit-il, fit ensuite mettre en prison les complices de son 
assassinat et pilla leurs biens et leurs bestiaux. » Il a donc traduit 
alberga par « met en prison ». Dioz {Leben tind Werke, 2* édit., 371), a 
reproduit cette traduction, et Mandet (Récits du Moyen-âge, III, 284) 
en a fait autant. [Les vers 1 et 3 ne présentent aucune irrégularité syn- 
taxique, l'article indéfini pouvant s'employer au pluriel au sens de 
« quelques »; mais il faudrait supposer qu'Estève avait tué plusieurs 
enfants. — A. J.] 



18 C. FABRE. 

Az A.enac *. E fetz enguanadors 

E fetz trachors, tôt ab uns ferramens, 

Mas ar na-n fag hueymais tal penedensa^, 

Que-ls enueytz dilz, e las guerras comenea, 

Et alberga las tozas els lairos, 

Et embla porcx e froment e moutos. (II, 5.) 

« Estève fit, l'autre jour, un Innocent, — quand il faisait des 
martyrs et des confesseurs, — à Ej'nac. Et il fit (en même temps) 
des trompeurs — et des traîtres (par menaces) avec la môme arme. 
— Mais, maintenant, il fait désormais pénitence de telle façon — 
qu'il se montre insolent et commence la guerre; — il héberge les 
filles et les pillards — et il vole porcs et froment et moutons. » 

Voilà le criminel. Il est non moins atroce que Ruggieri, 
l'archevêque de Pise, qui fit mourir de faim, en 1288, son allié 
Ugolin avec ses quatre enfants 3, et il est étrange que Dante, 
si familier avec la poésie occitanienne, ne l'ait pas mis en 
Enfer, comme Ruggieri, dans ce cercle de Gain, où les victi- 
mes mangent leurs bourreaux. Ce supplice infernal aurait 
été bien plus naturel pour Estève que pour Ruggieri, puisque 
c'était dans un repas qu'Estève avait servi la mort à ses pa- 
rents. 

Cependant, Cardinal, qui avait assisté à tant de scènes 

d'horreur et qui les avait flétries pendant vingt ans ^, trouve 

qu'aucun des traîtres de son temps ou de l'antiquité n'est 

comparable à Estève. Celui-ci lui paraît être de la race de 

Gain : 

Si flaym a el segle semensa 

Esteves cug que fon d'eysaa nayssensa. (II, 1.) 



1. Eynac {=z Aenac) est aujourd'hui un village de la commune de Saint- 
Pierre-Eynac (canton de Saint-Julien-Chapteuil, arrondissement du Puy). 

2. La leçon qui me paraît la meilleure pour ce vers est celle de / : M/iis 
ern-n fai un uital penedensa. 

3. nant<\ Divi/ie Co^nédie, ch. xxxii et xxxm. 

4. \)i'n 1211. (Jardinai avait honni les bourreaux des .\lhif,feois. La pièce 
L'arcivesques de yarbona (330, 29) maudit Simon de Montfort, rappelle 
la fuite des habitants de Carcassonne en 120'^, et l'empoisonnement de 
Raiinon, Roger. Dans la pièce Hazos es qii'ieu m'esbaudei (335, 48), il se 
réjouit de la pendaison (1214) do Baudouin, frère utérin do Raimon VI, etc 



ESTEVE DE BELMONT. : 9 

« Si Gaina laissé au siècle sa race — je crois qu'Estève fut de 

celte lignée. » 

Judas etGanelon sont moins criminels : 

Az Aenac fetz tais très tracios 

Que no feira Judas ni Guaynelos. 

Ouar aquil duy traziron en vendens : 

L'us vendet Grist e l'autre is ponhedors, 

Et ac hi fort descauzitz vendedors. 

May Esteves trazic en aucizens. (II, 1 et 2.) 

« A Eynac, il commit trois scélératesses telles — que Judas ni 
Ganelon n'en eussent fait de semblables. — Gar ces deux-ci trahi- 
i-ent en vendant : — l'un vendit le Ghrist et Tauti-e les paladins, — 
et ce furent de fort misérables trafiquants. — Mais Estève trahit 
en assassinant. » 

Aussi le troubadour affirme-t-ii qu'Estève est la fleur 

même des traîtres les plus féroces qui soient dans le monde 

entier : 

Et es dels fers trachors del mon la flors. (II, 4.) 

Il est la honte de l'Eglise, de cette Eglise que Cardinal 
accuse de tous les crimes et couvre de boue : 

Sus la glieyza errueia, 

Que plus fers trachers non lay pueia. (I, 1.) 

« Il est la sangsue de l'Eglise, — car un traître plus féroce ne 
trône point dans ses rangs i. » 



1. Errueja ne se trouve pas dans le Lexique de Eaynouard, et je n'en 
connais pas d'autre exemple dans la poésie des troubadours. Le mot 
n'existe plus dans le dialecte du Velay; mais M. Jeanroy me signale 
(d'après Levy, Supp. Wort, III, 131, et Mistral, iruge) le mot e7-uge, 
qui signifie tantôt « chenille », tantôt « sangsue », et il me propose de 
voir dans erruejar un dérivé de ce mot.' C'est naturellement la seconde 
acception qui conviendrait le mieux. Le moi Tpueja (il s'élève, il domine, 
il trône) est pittoresque ici. Estève est chanoine; c'est un des plus 
hauts dignitaires de l'église d'Anis ; d'ailleurs, cette église , avec sa 
canorguia major (où Cardinal avait été élevé) domine, du haut du mont 
Anis, la ville du Puy et les vallées environnantes. 



10 C. FABRE. 

Il est l'émule du rejeton d'une truie : 

Car josta ab fil de trueia. (I, 1.) 

Et il est lâche : 

Ane no fes mal ni dezonor 

Eïîteves a son mal fachor : 

Oste e porc e servidor, 

Aquilh podon aver paor, 

Qu'aquelhs auci per gran sahor. (I, 1.) 

« Estéve jamais n'a fait ni mal ni déshonneur à qui le mal- 
traite : — Hôteliers, porcs et serviteurs, — voilà ceux qui peuvent 
avoir peur; — ce sont ceux-là qu'il occit pour son plus grand 
plaisir. » 

Aussi est-ce de lui qu'il faut faire un onguent pour mar- 
quer au front tous les traîtres : 

Esteves, ieu vuelh mètre ponlia 

En un onhement ab que onha 

Los trachors que non an vergonha. 

Mas us fortz tracher n'a bezonha 

Que-n coia tant que totz desjonha, 

Quar de la mar tro en Bergonha 

Te ai cauzit ped plus forsor 

Ped pus orre ed pus trachor '. 

De lu tara hom la liquor 

Don saran onch tug li ^ tracbor. (I, 2.) 

« Estève, je veux mettre tout mon soin — à faire un onguent 
pour oindre — les traîtres qui n'ont point de vergogne. — Mais il 
est besoin pour cela d'un fort traître — que l'on cuise tant que 
tout entier il se disjoigne. — Aussi, [après avoir cherché] de la mer 
ju.S(iu'en Bourgogne, — c'est toi que j'ai choisi comme le plus fort, 
— le plus horrible et le plus perfide. — CTest de toi qu'on fera la 
liqueur — dont seront oints tous les traîtres. 



1. (,'o ver» ost celui du R, (jue jo substitue à celui de 6', évidemment 
fuulif : per plus orre e plus trachor. — Le mot trachor se retrouve en 
rinio deux vers plus bas dans les deux manuscrits. C'est peut-être une 
nét^di^onco du poète et non une faute du scribe. 

'J. (', l'aiitri. 



ESTÈVE DE BELMONT. H 

Son aspect et ses mœurs annoncent, pour ainsi dire, ses 
crimes : 

Estev' es faitz a for dels aygolens, 

Gros e redons, pies de malas humors. (II, 4.) 

Es greyssers * qu'una tremueia. (I, 1.) 

Esteves a la testa grossa, 

E'I ventre redon coma bossa. 

Sas espatlas semblon trasdossa. 

Ane el mon non vi tan lag' ossa; 

E jatz ab una vielha rossa 

Que cordeia e tira gossa. (I, 4.) 

Esteves ment plus lag que guacha. 
Quan es el cor, un luec empacha 
Sa peccairitz arma forfacha, 
Tracheiritz, qu'es a Dieu estracha, 
E de nulha ren mais non tracha, 
Mas com ^ a la gent venha fraclia, 

E pessa en quai terrador 

Emblaran siey gazanhador. (I, 3.) 

« Estève est fait à l'instar des fruits d'églantier, — gros et ronds, 
pleins de mauvaises humeurs... — Il est plus grêlé qu'une tré- 
mie. — Estève a la tête grosse — et le ventre rond comme une 
bosse; — ses épaules ressemblent à une endosse (charge, fardeau); 
— jamais au monde je ne vis plus laide carcasse, — et il couche' 
avec une vieille rosse — qui tient en laisse et traîne une chienne. 

« Estève ment plus effrontément qu'une sentinelles. — Quand 
il est au chœur (de la cathédrale), elle usurpe une place, son 
âme pécheresse et déloyale, — traîtresse, étrangère à Dieu. — Il 
ne s'occupe de rien autre — que des moyens d'attirer aux gens du 
dommage. — Et il songe en quel terroir — pourront voler ses 
pillards. » 

1. Le texte de C, que je suis, donne gueyssers ; R a une lacune. Je 
corrige greyssers, dérivé de gressa, greza, « grêle », et qui signifierait : 
percé de trous, grêlé (plus qu'une trémie). M. Lavaud est tenté de tra- 
duire par « plus gros ». 

2. Lei^'on de R (C .• quon). 

3. La traduction littérale de gossa et de guacha ne présente aucune 
difficulté; mais il est bien difficile de savoir à quoi le poète a voulu 
faire allusion. 



|2 C. FABRE. 

Quez a clergues non port' onor 

Per clercia ni per sanctor ; 

Que, quan siervon Nostre Senhor, 

Esteves vai emblar alhor. (I, 5.) 

« Car aux clercs il ne porte honneur — ni pour leur science ni 
pour leur sainteté; — quand eux servent Notre-Seigneur, — Es- 
tève, lui, va voler ailleurs. » 

Lorsque Dante a terminé le récit de la mort d'Ugolin et de 
ses fils, il appelle sur Pise un châtiment exemplaire : 

« Ali I Pise, déshonneur des peuples — de tout le beau pays où 
le si résonne, — puisque tes voisins sont lents à te punir, — que 
la Capraja et la Gorgona se meuvent — et forment une digue à 
l'embouchure de l'Arno, — afin que ce fleuve engloutisse tous tes 
habitants. » 

Cardinal, plus sceptique, se contente de proclamer que son 
traître mériterait d'être pendu haut et court : 

Per que l'agr' ops uns fort grans pendemens. (II, 4.) 

Mais il sent l'insuffisance de cette peine; aussi ajoute-t-il, 
narquois : 

Mas als pendutz séria vil tenensa 

Si elh era de lur obediensa, 

Ni-1 soa claustra era rezemsos, 

Quar anc no"y ac pendut que tan fais fos. (II, 4 ) 

Esteves, qui no-1 justizia, 

Guerra greu de la laironia 

Per Dieu! leu cug que qui'l pendia, 

Qu'aïs autres pendutz emblaria 

Corda o bendel ^ o tortor. (I, 5.) 

« Mais ce serait faire injure aux pendus — que de le ranger dans 
leur obédience, — et si sa claustration était rançon (suffisante), — 
car jamais il n'y eut pendu qui fût si faux. 

« Estève, si on ne le supplicie, — guérira malaisément de sa 

i:irrunnerie — Par Dieu! je crois que si on le pendait, — aux 

autres pendus il volerait — corde, bandeau ou garrot. » 

1. Itejidel ost oiniiruutc à H; C donne benda. 



ESTEVE DE BELMONT. 13 

Si la pendaison avait lieu, la leçon morale serait vivante, 

étant donnés les sentiments qu'éprouveraient les proches du 

supplicié. 

Esteves non a tanhedor, 

Quan sera pendutz, que ja-1 plor : 

Ans 11 falhiran plorador. 

Si Uavian manjat vautor, 

Non farian cara laidor. (I, 4.) 

« Estève n'a pas de proche, — quand il sera pendu, qui jamais 
le pleure. — Même les pleureurs lui feront défaut. — Si les vau- 
tours le mangeaient, — ils ne feraient pas pour cela plus vilaine 
chère. » 

Mais le poète, connaissant l'Eglise, ne croit pas qu'Estève 
soit puni. Aussi se contente-t-il de compter sur l'effet de ses 
sirventés : 

Esteves fais, quan penras penedensa, 
Al(sJ capellan(s) diguas em pasciensa, 
Dels sirventés que t'ay faitz un o dos, 
Qu'adoncx poira auzir tas tracios. (II, G.) 

« Estève, quand tu iras à confesse, — dis au chapelain , en 
toute tranquillité , — un ou deux des sirventés que j'ai faits 
contre toi, — car il pourra ainsi ouïr tes trahisons. » 

Le poète n'ignore pas, d'ailleurs, que le remords n'entrera 
point dans le cœur du parricide : 

El mon non a leo aitan salvatge, 
Quant hom lo fier, non camge son coratge. 
May Esteves a trop mala ratella. (IH, 3-) 

« Il n'y a point au monde de lion si sauvage — qui, lorsqu'on 
le frappe, ne modifie son humeur; — mais Estève a trop mauvaise 
rate. » 

Il n'a même pas le cœur de répondre aux reproches qu'il 

reçoit : 

A l'escarcella 

Ten apcha o estella, 

Malament capdella 

Selhs qu'entorn luy estan. 



14 C. FABRE. 

Del bran, 
Per la gargamella 
Empenh si son trenchan : 
Guaban, 
Toi bras o ayssella. 
Tût rizen e parlaa, 
Chufflan. 
Pueys, qui l'en apella, 
No-s defen tan ni quan. (III, 2.) 

« A son escarcelle, — il porte hache ou épieu, — gouverne mé- 
chamment — ceux qui sont autour de lui. — De son épée — à tra- 
vers la gorge — voici comme il pousse le tranchant : — en plai- 
santant, — il coupe un bras ou une épaule, — tout en riant et 
parlant, — sifflant. — Puis, si on lui en demande raison, — il ne 
se défend ni peu ni prou. » 

Aussi Cardinal se contente-t-il de vouloir le réduire par 
ses chants à quitter ie Yelay et à partir pour Gompostelle : 

Om mielhs non mazella 
Autruy porc, ni flagella, 
Ni mielhs non coutella 
Sos servidors, manjan. 
L'enfan 
De que fes guavella, 
Li retrairay, chautan, 
Aitan, 
Tro en Gompostella, 
Pes deschausses, ploran, 
S'en an. 
Qu'en cesta * ru délia 
A fag trop de mazan. (III, 1.) 

« On n'égorge — et on ne tourmente pas mieux ((pi'Estève) le 
porc d'autrui, — et on ne poignarde pas mieux — les serviteurs à 
table. — Cet enfant, — dont il a fait javelle (qu'il a couché à terre), 
— je le lui rappellerai — par mon chant, — jusqu'à ce que, à (^.om- 



1. Comme M. Lavaud, je remplace aquesta par cesta, pour donner au 
\'er8 ciii(| syllaheH. 



ESTEVE DE BELMONT. i5 

postelle, — pieds nus et en pleurant, — il s'en aille. — Car, par 
cette équipée, — il a fait trop de bruit *. » 

Et Cardinal, persifleur, le laisse ainsi sur les grands che- 
mins pour décrire, dans deux câblas ironiquement venge- 
resses, ainsi que dans un quatrième sirventés (335, 9), les 
mœurs de ses compatriotes du Velay et les méfaits ordinai- 
res du clergé. 

Ainsi, d'après le poète, le crime d'Estève n'a pas eu de 
sanction, parce que c'était le méfait d'un clerc, cher à l'église 
d'Anis. Cette circonstance, qui n'a pas été remarquée par les 
commentateurs-, fait immédiatement rejeter l'opinion, si 



1. La traduction « équipée » m'est suggérée par M. Lavaud, peut-être 
d'après le sens, assez lointain pourtant, de rudella dans Guiraut de 
Calanson, Fadet joglar, v. 67 (cf. Rayn., V, 60). Le sens de « contrée, 
région » conviendrait mieux au contexte (d'après rodar, « faire le tour de, 
parcourir x>). 

2. Millot {Histoire littéraire des troubadours, III, 255-7) fait d'Estève 
un seigneur violent et cupide, dont il n'indique pas le lieu d'origine. Il 
traduit bien des vers de Cardinal, mais, chose curieuse, il laisse soigneu- 
sement de côté ceux qui font d'Estève un clerc de l'église d'Anis. Est-ce 
parce qu'il était prêtre lui-même? 

Diez [Leben und Werke, 2» édit., p. 871) appelle aussi Estève un 
Edelmann. On nous permettra de dire que la notice qu'il a consacrée à 
Peire Cardinal est une des moins riches de son œuvre. Millot est plus 
Completel l'on n'a rien ajouté jusqu'à ce jour à sa longue étude. — 
Balaguer {Los Trovadores, 2« édit., III, 318-44) ne fait guère, en 
effet, que la traduire, en lui donnant le ton enthousiaste et enflammé qui 
caractérise ses écrits. En tout cas, ce qu'il dit (pp. 340-1) sur Estève de 
Belmont est tout entier puisé dans Millot et il commet une erreur singu- 
lière en écrivant que Cardinal n'a composé qu'un seul serventesio contre 
Estève : « Su serventesio contra Esteban de Belmont es una prueba de 
ello. » 

Enfin, Mandet lui-même (Hist. du Velay, III, Récits du Moyen-âge, 
pp. 283-4 et note T) n'est pas allé plus loin. Il a bien relevé, à la Biblio- 
thèque du roi, le texte de la pièce XJn sirventés ai en cor que cotnetis, 
mais il avoue qu'il n'a pas pu la traduire exactement et le nom d'Aenac 
lui-même ne lui dit rien. Il ne paraît pas avoir soupçonné qu'une famille 
de Belmont eût existé dans le Velay, son pays natal, dont il se piquait 
d'être l'historien. Cette légèreté est-elle sans excuse ou est-elle due à la 
rareté des documents découverts sur la famille dd Belmont? Mandet a 
travaillé à son histoire du Velay pendant vingt ans. Il en a publié deux 
éditions (1842 et 1861). Il aurait donc pu fouiller un peu plus les docu- 
ments. Mais, procureur général et romantique enthousiaste, il visait à 
l'éloquence dans ses livres comme dans ses réquisitoires, et les documenta 
le gênaient souvent plus qu'ils ne l'aidaient dans ses déductions. 



10' C. FABRE. 

longtemps admise comme vraisemblable, qu'Estève était un 
seigneur laique, lieutenant de Simon de Montfort, et avait 
commis son crime sur les bords de la Garonne*. Il faut 
chercher le criminel en Velay même. 

Et c'est là qu'il se trouvait, en effet. Son nom nous est par- 
venu dans trois documents, dont les dates sont, respective- 
ment, le 3 août 1226, mars 1238 et mars 1249 2. 

Dans le premier, Pons de Belmont, chevalier, vend à l'hô- 
pital du Puy la gravière de Borne, c'est-à-dire une propriété 
qui se trouve près du Puy, le long de la rivière Borne, 
affluent de Ja Loire. La vente est non seulement consentie 
par Pons de Bellomonte, mais par sa femme Almoïs, sa sœur 
Béraude et son frère Estève. 

Le deuxième document se rapporte à la même vente. 
Estève, qui était mineur en 1226, confirme l'acte et y ap- 
pose son sceau. Il est maintenant clerc de l'église d'Anis. 
Son sceau, de 40 millimètres, porte dans le champ « un 
oiseau passant » et en exergue : i sigill. S. de Bellomonte. 

Le troisième document, très instructif, est une donation 
de biens au couvent bénédictin de la Chaise- Dieu ^ Ces 



1. il est certain qu'Estève de Belmont, encore mineur en 122(>, n'a pu être 
un dos lieutenants de Simon de ÎMontfort. Mais ce rôle peut avoir été 
rempli par son pore. Pons de Belmont, que le Cartulaire de Chamalières- 
sur-Loire [Tablettes du Velay, Le Puy, Desbenoît, 1871, ch. 130, 133) 
signale comme baron vers 1200, dans deux chartes, et dont on ne 
trouve plus de trace en Velay à partir de 1210. Pons alla probablement 
à la croisade contre les Albigeois avec l'évèque du Puy, Bertrand de Cha- 
lancon (voy. Chanso7i de la Croisade, v. 325-336). 11 est permis, dès lors, 
de voir en lui le personnage, nomme au vers 838 de la relation de Guilhem 
de Tudèle, qui, créé par Simon, après 1209, baile de Gaillac, fut, en 
1211, tué par ses administrés (v. 2290-92 et 2306). M. P. Meyer a renoncé 
à l'identifier (voir t. II, p. 44, n. 5). 

2. Ces trois documents se trouvent dans les Preuves de la Maison de 
l'olignac, t. I, pp. 162, 17G, 177. — Le dernier avait déjà été publié, mais 
avec des lacunes, dans les Tablettes du Velay, t. Vil, p. 532, par 
M. A. Lascombes. 

3. La Chaise-Dieu est aujourd'hui un chef-lieu de canton de la Ilaute- 
Lfiire. Une abbaye bénédictine célèbre y avait été fondée dès le onzième 
siècle, par saint Robert. Les bâtiments et l'église de cette abbaye existent 
incore en bon état; les tapisseries et la Danse Macabre de l'église sont 
très connues. Mais les bâtiments actuels sont du quinzième siècle. 



ESTEVR DE BELMONT. 17 

biens, dépendant du château de BellomonteK, faisaient 
partie des villages du Genezet'-', de Serres ^ et de Féli- 
nes'. Ils avaient été un objet de contestations entre 
Bertrand de CJialancon^, dominus de Bellomonte, et un 
nommé Gruillaume Âmlsto, qui les avait déjà cédés au cou- 
vent, les préfendant siens, tandis que Bertrand de Ghalan- 
con s'en disait aussi propriétaire. Celui-ci mettait fin à la 
querelle en les donnant à son tour au couvent, « pour le 
salut de son âme, de celles de sa femme et de leurs parents ». 
Après avoir énuméré les biens sous les noms provençaux de 
Fontanis^, Espinassos', Costa^, Besset \ Croscongnet^\ 
Bertrand de Ghalancon ajoute : Et si Stephanus de Bello- 

1. Le château de Bellomonte se dressait près de la Dore, dans le village 
pittoresque qui s'appelle encore aujourd'hui Beaumont (commune de 
Saint-Victor-sur-Arlanc, canton de la Chaise- Dieu). Il méritait son nom et 
dominait dans une perspective magnifique le bassin supérieur de la Dore, 
jusqu'à Anibert. Complètement ruiné, on ne peut guère juger de sa phy- 
sionomie et de son étendue que par les pierres ouvragées qui ont passé 
dans les constructions du village. Ces vestiges font songer à un manoir 
semblable à ceux de Montlaur, de Chalancon, de Rochebaron, et même de 
Polignac. Quant à la baronnie, les documents en donnent exactement 
l'étendue. Elle comprenait : 1° Une partie des terres élevées qui forment 
aujourd'hui l'arrondissement d'Ambert (Puy-de-Dôme), jusqu'à Médey- 
rolles ; 2» les cantons actuels de la Chaise-Dieu et de Craponne (Haute- 
Loire); 3" plusieurs villages voisins, aujourd'hui dans le département de 
la Loire. La baronnie était vassale de la vicomte de Polignac, et maintes 
fois, surtout en 1171-1173, les évèques du Puy avaient voulu s'en emparer. 
Ils en reçurent l'hommage en 1213, lorsque Pons IV, vicomte de Polignac, 
devint le vassal de l'église d'Anis. Auparavant, la baronnie était rattachée 
féodalement aux domaines des dauphins d'Auvergne. 

2. Aujourd'hui la Geniie, commune de Félines, canton de la Ciiaise- 
Dieu. 

3. Commune de Félines. 

4. Commune de la Haute-Loire, canton de la Chaise-Dieu. 

5. Le château de Chalcmcon existe encore et couronne de ses ruines 
imposantes une des plus belles perspectives de la vallée de l'Ance (com- 
mune de Saint-André-de-Chalancon, canton de Bas). — Au nord du châ- 
teau, une autre commune porte le nom de Saint-Pal-en-Chalancon. 

6. FoHtanis est aujourd'hui Fontanes, commune de Bonneval, canton 
de la Chaise-Dieu. 

7. Espinassos, aujourd'hui L'Espinasson, commune de Bonneval. 

8. Costa, aujourd'hui La Coste, commune de Bonneval. 

9. Besset, aujourd'hui Le Besset, commune de Bonneval. 

10. Croscongnet, aujourd'hui Le Gros, commune de Bonneval. — Tous 
ces villages sont à quelques kilomètres (3 à 4) de Beaumont et de la 
Chaise-Dieu. 

ANNALES DU MIDI. — XXI. 2 



J8 C. FABRE. 

monte, canonigus aniciensis, patruus uxoris mee, eos 
(l'abbé et les moines de la Chaise-Dieu) injudicium traxe- 
rit, leneor eis ad arbitrium duoru7n bonorum virorum 
electorum ab utraque parte, tat7i eœpensis p7^opter hoc in 
judicio factis'guam de quinquaginta quinque libris claro- 
montensibus quas,pro concessione dictarum rerum ab eis 
vecepi, proport ionaliterli^eddere. 

Aygline, femme de Reitrand, approuve la donation ainsi 
faite et la condition qui la suit concernant des contestations 
possibles de la part de son oncle Estève. Elle emprunte, pour 
aulhentiquer la charte, le sceau de noble Béraud de Soli- 
gnac', parce qu'elle n'en possède pas un elle-même. Quant à 
Bertrand, il appose au bas du document son sceau de sei- 
<,Mieur de Chalancone et de Bellomonte. 

Ces trois documents, surtout le dernier, sont singulière- 
ment suggestifs. L'Estève de Belmont dont ils donnent l'âge 
approximatif, est bien le meurtrier dont parle Cardinal. 
Mineur en 1226, il est clerc et possède un sceau personnel 
douze ans après. Il prend alors les allures d'un chef de mai- 
son, quoique rien ne dise que son frère Pons, sa sœur Bé- 
raude et sa belle-sœur Almoïs ne soient plus en vie. D'ail- 
leurs, ces trois dernières personnes devaient être relative- 
ment jeunes, puisfjue lui, leur frère et beau-frère, vient 
d'atteindre sa majorité et d'être élevé à la cléricature. Don- 
nons-lui vingt-six ans en 1238, et nous ne serons pas loin de 
la vérité; les autres n'ont donc probablement point dépassé 
la (juarantaine. Cependant, onze ans après, en 1249, le ta- 
bleau de cette famille est bien changé. Ce n'est plus Pons 
({ui est seigneur de Belmont; c'est son gendre, Bertrand de 
Chalancon, et, si des contestations s'élèvent concernant la 
donation (jue ce Bertrand fait de certaines terres du chàteati 
de Helmont, elles ne proviendront que d'Estève, le mineur 
de 1221), devenu chanoine d'Anis, un personnage dont on se 
délie clairement et qui ne signe plus les actes concernant les 

7. SoliyiKicsur-Loire est aujounl'lmi un chef-lieu de canton, à 10 kilo- 
ini-lroa uu sud du Puy. 



ESTÈVE DE HELMONT- 19 

terres de son père et de son frère aîné. Qu'est-ce à dire? 
Qu'est devenue cette famille qui comptait, vingt-trois ans 
auparavant, trois autres membres, jeunes encore? Ceux-ci 
ont disparu et l'héritage a passé h une fille de Pons, Aygline, 
qui prévoit des querelles entre elle, son mari et son oncle 
Estèvel Des morts successives et prématurées ont évidem- 
ment ravagé la famille. Il est possible qu'elles aient été na- 
turelles. Mais qui ne songe, malgré soi, à la tragédie qu'ex- 
pose et flétrit Cardinal^? « Estève, à Eynac, a tué, dans un 
repas, son pairi et U7i tozel... Estève, manjan, aucis son 
ancessor et un enfant de son senhor! » 

Le tozet n'est pas un enfant quelconque. Cardinal nous 
apprend que c'est un parent d'Estève et le fils de son sei- 
gneur. Un manuscrit lui fait même dire que c'est un filleul 
d'Estève. C'est donc, très probablement, un enfant de Pons, 
un frère d'Aygline, un neveu d'Estève; c'est l'héritier de 
Beaumont. Son oncle l'aurait-il assassiné pour s'emparer de 
l'héritage paternel? 

Le paù'i ancessor d'Estève ne peut pas être exactement 
identifié. Il semble, au premier abord, que c'est Pons lui- 
même, le frère aîné d'Estève. Il aurait pu servir de père à 
son cadet quand celui-ci était mineur. Les chartes ne contre- 
diraient pas cette interprétation : Pons, en 1226, était déjà 
chevalier et marié, tandis qu'Estève était encore mineur. 
En tuant Pons, Estève aurait mérité parfaitement l'épithète 
de fils de Càin, par laquelle Cardinal le désigne. Toutefois, 
le mot de pairi et surtout celui (S! ancessor semblent indi- 
quer clairement une autre personne, un ascendant d'Estève, 
qui est simplement son parent et, en même temps, son 
parrain. J'ai traduit, plus haut, le mot ancessor par le mot 
aieul, pensant à un aïeul maternel dont les chartes ne dévoi- 
lent point le nom. 

En tout cas, le massacre a eu lieu avant 1249. A cette date, 
Aygline et son mari, Bertrand de Chalancon, prennent des 
précautions contre l'oncle détesté. Ils se hâtent d'abandon- 
ner à un couvent puissant les biens qu'on peut leur disputer. 
Ils les donnent pour le salut de leurs âmes et de celles dcp 



20 C. FABRE. 

leurs parents, et Estève, leur oncle, n'est pas associé à cet 
acte pieux. Au contraire, Aygline et Bertrand craignent que 
l'oncle ne conteste ces donations sacrées. 

Mais le crime est lié à des faits de guerre. Estève, après 
l'avoir commis, en fait pénitence en se montrant insolent et 
en commençant les hostilités. La mention d'Eynac devient 
dès lors précieuse. Cette localité est assez éloignée des terres 
de Belmont; cependant, c'est làqu'Estève a l'occasion d'aller 
voir ses parents et de les assassiner. Sa félonie a donc pro- 
bablement été liée à une félonie plus grande encore, celle par 
laquelle l'évêque du Puy, Bernard de Montaigu, dépouilla, 
en 1238, le baron de Ghapteuil de son héritage. 

J'ai raconté ce fait dans mon étude sur Pons de Chap- 
teuiP. Agnès de Fay, tutrice de son jeune fils, Pons, petit- 
fils du troubadour, fut attaquée par l'évêque pour avoir 
assassiné au Puy, en las grazas de la cathédrale', un habi- 
tant de Ghapteuil qui avait quitté sa glèbe avec sa femme. 
Le manoir de Ghapteuil fut assiégé et pris par les troupes de 
l'évêque, sous le commandement de Drogon d'Aubusson et 
d'une foule de seigneurs. Le jeune Pons de Ghapteuil, fait 
])risoiHiier, fut tenu en chartre privée pendant sept ans parmi 
les pages du prélat 2. 

Or, pour qui connaît la situation topographique de Ghap- 
teuil, cette guerre ne put être menée à bonne fin que par 
l'occupatjon d'Eynac et de son château. Gelui-ci se dressait à 
l'entrée même de la vallée de Ghapteuil. Il appartenait aux 
Montlaur, ennemis de l'évêque*. S'il n'était pas capturé, 
Ghapteuil ne pouvait pas être investi. 

Gette guerre de Ghapteuil avait, d'ailleurs, été précédée, 
dès 1287, par des troubles qui avaient ensanglanté Le Puy. 

1. Le troubadour Pons de Chapteuil, Le Puy, 1907, p. 24 (extrait des 
Mémoires de la Société scientifique de la Haute-Loire, t. XIV). 

y. Voir le récit détaillé de cet événement ilans L. Pascal, Hiblioyraphie 
du Velay, Le Puy, 1906, pp. G97 et suiv. 

;i. En 1248, les fils d'Eracle de Montlaur font hommage d'Eynac à 
Louis IX, au nom de leur père (BaUize, II, 87; Cliassainj^, Cartulaire 
des Templiers du Puy, p. 32, note). — Le château d'Eynac fut donné en 
dot à Jonrdair.e de Montlaur, (jui épousa Guigon, seigneur de Roche-en- 
]{êgiii(,T (Velay) et mourut en 12(39. 



ESTEVE DE BELMONT. 21 

Les habitants refusaient d'acquitter les droits seigneuriaux 
de l'évêché, dont ils contestaient la légitimité. Bernard de 
Montaigu .jeta l'interdit sur la ville et sur les révoltés qui 
avaient pillé les églises et poursuivi le grand vicaire et l'offi- 
cial l'épée dans les reins jusque dans le chœur de la cathé- 
drale. Le roi dut intervenir en 1239 et frapper les révoltés 
d'une forte amende. Dès 1287, la partie haute de la ville, le 
For, propriété du Chapitre, fut entourée de fortes défenses, 
et des archers veillèrent jour et nuit sur les remparts. 

Estève dut soutenir l'évèque contre les seigneurs de Chap- 
teuil et contre les révoltés du Puy, et c'est ainsi qu'il a pu 
attirer ses parents à Eynac, dans le guet-apens que flétrit 
Cardinal. 

Le poète confirme lui-même cette interprétation : 

Trahidor sol hom cassar 
E penre coma lairo. 
Mas aras lo ten hom car, 
E-n fai seschal e bailho. 
E s' us grans prelatz * i chai 
D'un fort gran trachor verai, 

A hom esmai 
Go"l puesc' en luec assire 
Q'el sia dons e segner e regire. (IV, 2.) 

« On avait (jadis) l'habitude de chasser un traître — et de le 
pendre comme un larron. — Mais maintenant on le chérit; — on 
en fait un sénéchal et un bailli, — et, si un grand prélat se rend 
coupable de ce crime, — d'un fort grand traître avéré — on s'oc- 
cupe — de l'élever à un poste — où il soit maître, seigneur et gou- 
verneur. » 



1. Bernard II, de Montaigu-le-Blanc-sur-Chanipeix (1236-1248). était le 
quatrième fils de Pierre de Montaigu. Son frère aîné se distinguera à la 
bataille de Mansourah, sous les yeux de Louis IX ; le second fut arche- 
vêque de Nicosie (Chypre), le troisième, évêque de Lidde, en Terre-Sainte; 
le cinquième devint grand-maître du Temple et le sixième grand-maître 
de l'Hôpital (voir Gallia christ.). Il serait difficile de mieux justifier 
l'épithète de grans prelatz employée par Cardinal. Bernard fut un des 
favoris de Louis IX, et celui-ci lui envoya, en 1239, une épine de la sainte 
couronne. 



22 C. FABRE. 

Ce grand prélat, Bernard de Montaigu, arrivé au siège 

d'Anis en 1236, semble bien s'être aussitôt entendu avec 

Estève : 

Quan tracher troba son par, 

D'aquel fai son companho, 

Q'a tracion apostar 

An ops trachor e gloto. (IV, 3.) 

« Quand un traître trouve son pair, — il fait de lui son cama- 
rade, — car pour perpétrer une trahison — il faut des traîtres et 
des gloutons. » 

Et tout le Velay, à la suite de son évêque, semble peuplé 

de traîtres : 

Si Dieus non los dechay. 

Mais n'er que d'anhels en may. 

Que, quan Fus tray 

Ab fag et ab aucire, . 

L'autres lo fay ab ditz et ab escrire. iIV, 4.) 

« Si Dieu ne les confond point, — il y en aura plus que 
d'agneaux en mai, — parce que quand l'un trahit — par l'action 
et l'assassinat, — l'autre fait de même par ses discours et par ses 

éci'its. » 

En Vellaic si fan juglar 

Del saber de Ganeilho. 

Per que es digz c'om si gar, 

Si co"l proverbis espo : 

« .Ta, no't fizes, en Vellai, 

Ni en clergue, ni en lai. » (IV, 5.) 

« En Velay (les gens) se font jongleurs — du savoir de Ganelon. 
— Aussi est-il dit qu'on doit se garder — comme l'expose le pro- 
verbe : — « Ne te fie jamais, en Velay, — ni à clerc, ni à laïque. » 

Les roblas 2 et 8 de la pièce III, ((ni concerne personnelle- 
ment Estève, contiennent des remanjnes analogues sur l'by- 
pocrisie, les trahisons et la lâcheté du clei'gé : 

(Horgiie volon aver tal avantalge 
Qu'a l'autra gen fan pagar lo muzatge, 



ESTÈVE DE BELMONT. 23 

Qu'ilh mandaran a n'Estrebalh d'Aurella*, 
Que-1 cel espadella 

E que's met a cella 

Que, sol clergue o man, 
Iran 
Barrejar Tudella, 
E-1 Puey e Monferran, 2 
Gujan, 
Que ja la novella 
Ni'l dreit non apenran. (III, 3.) 

« Les clercs veulent jouir d'un si rare privilège, — qu'ils font 
payer aux autres gens leur vaine attente. — Car ils commande- 
ront à... de tirer son épée vers le ciel — et de se mettre en selle I — 
Pourvu que les clercs le commandent, — ils (les autres gens, les 
laïques) iront saccager Tudèle, — Le Puy et Montferrand, — 
pleins de crédulité, — car ils n'apprendront jamais la vérité (la 
bonne Nouvelle de l'Evangile) ni le droit. » 

Clergue gieton cavaliers a carnatge. 
Que, quan lur an donat pan e fromatge, 
Los meton lay ont hom los encairella. 
Mas, la lor porcella 



1. Allusion obscure que je ne peux pas traduire. M. Lavaud me pro- 
pose de lire : an e's trebalh d'aurella : « qu'ils aillent se donner du 
mal sur une simple parole entendue (d'oreille) ». Mais on peut aussi voir 
dans N'Estrebalh d' Aurella un nom propre, désignant un seigneur de la 
maison d'Aurelle, dont le fief était dans la région de Montaigu-le-Blanc, 
près de Nonette. N'Estrebalh pouvait donc être un vassal ou un capi- 
taine de l'évèque du Puy, chargé de conduire les troupes du prélat. 

2. En mentionnant le pillage de Tudèle, du Puy et de Montferrand, 
Cardinal ne fait pas une simple figure de rhétorique. Nous avons vu 
comment Le Puy fut troublé et saccagé de 1237 à 1239. — Tudèle, ville de 
la Navarre, sur TÈbre, avait été la résidence de Sanche-le-Fort, le dernier 
roi national du pays, mort en J234. A cette date, le royaume de Navarre 
était passé entre les mains de Thibaut de Champagne, neveu de Sanche, 
soutenu par la maison de France et la papauté. L'un des premiers soins 
de Thibaut, après son avènement, fut de faire rechercher dans tous ses 
États ses sujets» suspects d'hérésie ». L'enquête aboutit à l'arrestation 
de cent cinquante malheureu.x. qui furent brûlés vifs en 1238-1239, quand 
Thibaut lui-même était en Palestine. L'holocauste fut donc bien un méfait 
du clergé. — Enfin, Montferrand avait été pillé et confisqué au Dauphin 
d'Auvergne en 1230 et ne fut restitué à ce seigneur que par une décision 
de Louis IX. 



24 C. FABRE. 

Guavdan ben de lamella, 

E Tautruy cervella 
Non planhon si s'espan. 



Tan sabon de truella*, 
C'ab l'autruy man, ses gan, 
Penran 
Lo chat que revella, 
Sol qu'els no-y aion dan; 
Que quan 
Son a l'escudella, 
Gascuns val un Rotlan. (IV, 4.) 2 

« Les clercs vouent les chevaliers au carnage; — car, quand 
ils leur ont donné pain et fromage, — ils les mettent là où on les 
crible de traits. — Leur chair de porc, — ils la protègent bien 
contre toute lame, — mais la cervelle d'autrui — ils ne la plai- 
gnent point si elle.se répand — Ils savent tant de malice — 

qu'avec la main d'autrui, sans gant, — ils prendront le chat qui 
se rebelle, — pourvu qu'ils n'y aient aucun dommage. — En efïet, 
quand — ils sont près de l'écuelle, — chacun d'eux vaut un Ro- 
land. » 

Dans ce sirventés, comme dans les précédents, Cardinal 
nous avertit qu'il flétrit des crimes dont le Velay a été le 
théâtre. A la cinquième cobla^ en effet, il mentionne Poli- 
gnac, comme il avait mentionné deux fois Eijnac : 

Qui'm fizava la renda el pezatge 

De Polouhac, ges non ai en coratge 

Que ieu n'embles lo pretz d'una fivella. (IV, 5.) 

« Si quelqu'un me confiait la rente et le péage — de Polignac, je 
n'ai nulle intention — d'en dérober le prix d'une boucle. » 



1. Pour truella, j'ai suivi Riiynouard (V, 4;jt)). qui donne « perlidic » et 
« malice ». Le dialecte de Nice connaît le mot aux sens de « vilonie, 
truanderie », qui répondraient très bien au contexte. 

2. Cette dernière figure reviendra sous la plume de Cardinal lorH(iue, en 
1245, le papo Innocent IV, au concile de Lyon, déposera l'empereur Fré- 
déric II, dépouillera ses enfants, et détournera en partie contre l'empire, 
la croisade que Louis IX voulait conduire en Orient. 



ESTEVE DE BELMONT. 25 

Le poète a donc intimement lié le crime d'Estève à une 
guerre qui, sous les auspices du clergé, de ses trahisons et 
de ses lâchetés, ensanglanta le Velay au profit des clercs et 
au préjudice des laïques, chevaliers ou pauvres gens. Je 
crois, par conséquent, que le massacre d'Eynac eut lieu à 
l'occasion de la guerre de Chapteuil en 1237-1238, car je ne 
trouve pas dans les annales du Velay d'autres guerres que 
celle-là, de 1226 à 12i9. 

En tout cas, cette date de 1237-1238 cadre très bien avec 
celles de la vie de Cardinal. Le troubadour sera particulière- 
ment fécond sept ans après, en 1245 ' ; il écrivait sûrement 
depuis 1209, et l'art consommé que révèle la versification de 
Un sirventes trametrai per messatge montre qu'il était 

dans toute la plénitude de son génie. 

G. Fabre. 



1. Parmi les sept ou huit sirventes que Cardinal a^écrits de"'r242 à 1245, 
je me contente de citer . 1» Aquella gen quan son en'Jur gaieza (335, 6) 
et 2° Li clerc si fan pastor (335, 31). — Le premier se rapporte clairement 
à la révolte de Raimon VII contre le roi de France en {1242 et au peu 
de secours qu'envoya alors au comte de Toulouse le roi d'Angleterre. 
Dans le second, les clercs se préoccupent, non de passer la mer avec 
Louis IX, mais de jeter Frédéric II hors de son empire; la date du con- 
cile de Lyon est donc tout indiquée. Ce concile déposa l'empereur le 
17 juillet 1245, et, dès 1244, Louis IX préparait la septième croisade. 



26 C. FABRE. 



APPENDICE 



Bartsch, Verz., 3Sô, 65. — Texte de C, fol. 285 (Mahn, Gedichte, 
n» 764); variantes de / fol. 169 [ibid., 765), R fol. 70, T fol. 103. 



1 Un sirventes ai en cor que coniens, 
Que chantarai a despieg de ti-achors, 
E métrai hi blasnies e dezonors 
E tracions a miliers e a cens ; 

5 Car si Caym a el segle semensa 

Esleves cug que fon de sa nayssensa, 
Qu'az Aenac fetz tais très tracios 
Que no feyra Judas ni Guaynelos. 

II 

9 Quar aquil duy traziron en vendons; 
L'us vendet Crist, e l'autre-ls ponhedors, 
Et ac hi fort descauzits vendedors; 

12 Mas Esteves trazic eu aucisens; 

Qu'anc sos pairis no- i atrobet guirensa, 
Ni uns tozet[z], don fes lai descrezensa, 
Qu'a son dirnar los auci anibedos, 

16 E près lur ben qite Vavian somos. 



2 / canterai a despeitz ; T cantarai al ... de traders. — 3 /hi manque; 
e métrai hi] T e que dirai. — 4 / sens; T sentz. — 5 caym] / cahira; 
R car si {un blanc) ol segle. — <o R Esteve; T cre; / f u ; RT fos; 
C d'eyssa ; /? de la. — 7 R cnac ; I fels ; T fes ; / très manque. — 
8 R nols; / iuzas ne gaimelos ; T gainellons. — 9 / Irazion. — 10 l'us] 
T luens ; / lautres. — U /et aqui ; et ac hi] 2Î e a si ; T descauzit ven- 
dedor: — 12 Cl mai ; R mais nestcve trai {un blanc) ; Ttrais en nausizeii. 
— i;J /que ; / non trobet (un blatte) ; T non trobet gurensa. — 14 (' ni un 
tozet ; T ni sos fillols ; / fes gran desconoissensa. — 15 qu'a] / quar ; son] 
riur; R (un blanc) los aussis. — 16 lur] CIR son; bon] C bclh, / bel. 
R bes ; CR quclh auia somos, / que lauia semos, T callauia somos. 



ESTÈVE DE BELMONT. 27 



III 



17 Quant Esteves vai vezer sos parens, 
Elh fai semblant d'amistat e d'amors, 
E a auzelhs e cans e cassadors, 
E fai si forramoros e_rizens, 
E vai manjar ab bella captenensa, 
E quant illi an en servir entendensa, 
El salh em pes quon tracher dessoptos, 

24 Et auci cuecx e portiers e baylos. 



IV 

25 Esteve es faitz a for dels aygolens, 

Gros e redons, pies de malas humors ; 

Et es dels fers trachors del mon la flors. 
28 Per que l'agr' ops us fort grans pendemens; 

Mas als pendutz séria vil tenensa 

Si elh era de lur obediensa, 

Nil soa claustra era rezemsos, 
32 Quar anc no- y ac pendut que tan fais fos, 



V 

33 Esteves fes, l'autrier, us ignocens, 
Quan fazia martirs e cofessors, 
Az Aenac; e fetz enguanadors, 

36 E fetz trachors tôt ab us ferramens 



18 d'amistat] T que hir aia. — 19 / a [manque); a] R ten ; cans] 
/ cancx ; e cassadors] Tde cassadors. — 20 fort] Tmot ; rizens] / plazens. 

— 21 manque dans T. — 23 R an manque; en] T sel (s exponctuée). 

— 23 em pes] R dem pes ; T en peis ; dessoptos] T deceptors. — 24 por- 
tiers] C bouiers, / buiers, T boyres. — 25 CIR Esteves es faitz; / faitz 
manque; R a fort d'agolens ; T a fort dels aguilens, — 26 pies] T pie. 

— 27 fers] / fres ; R fais; T fins ; Cf trachers ; R tracher; T dels mont 
la flor. — 28 E fort manque; T un fort gran pendedours. — 30 R {un 
blanc] era.— 31 / clausura; era rezemsos] R e raso séria; T rezension. 

— 32 tan fais] R tal fais. — 33 R l'autrier uns {un blanc) ; Tignesens. — 
34 T martres. — 35 T etz azenaze. 



28 C. FABRE. 

Mas ara-n fa}^ hueymais tal penedensa 
Quels enueys ditz e las guerras comensa, 
Et alberga las tozas els layros, 
40 Et embla porcx e froment e moutos. 



41 Esieve fais, quan penras penedensa, 
AI capellan digas em pasciensa 
Dels sirventes que t'ay faitz un o dos, 

44 Qu'adoncx poira auzir tiis tracios. 



37 C mas ar nan fag; IR mai aram fai ; T mas arras fai ; hueimays 
tal] / un aital; R huey {tm blanc) penedensa; T prendensa. — 38 quels 
enueys ditz] R que emesis ; T quel fa ergisheilz e las.... — 39 / albergals. 
— 40 r buous e... e bacons. — 41 T Esteves quant penras ta p. — 42 C als 
capellas, T al capellelans e passienssiensa [sic] ; R en penedensa. — 
43 R quieu aifag; Tqui tai fach; T diras cals son t. t. 



LE DIOCESE DE RIEUX 

AU XVIir SIÈCLE. 

LES DETTES DES COMMUNAUTÉS. 



Nous avons cherché à caractériser, dans une prlécédente 
études les ressources collectives les plus stables des com- 
munautés. Les biens patrimoniaux purent dans certains cas, 
nous l'avons vu, apporter quelque soulagement aux popula- 
tions qui en protitèrent sous forme de revenus annuels, « en 
moins imposé », en jouirent sous la forme de pacages, d'usa- 
ges ou d'affouages-, ou en réalisèrent partiellement la valeur 
par des aliénations dont la trace est restée, malgré les prohi- 
bitions stipulées par les ordonnances. Les autres revenus 
des communautés, leurs charges ordinaires, si nous pou- 
vions les établir nettement, nous permettraient de complé- 
ter ce tableau de la vie municipale à une époque où, à peu 
près dépouillée de son ancienne autonomie, elle se concen- 
trait dans les grandes et menues opérations financières des 
petits groupes de population rurale. 

Cet examen détaillé des budgets municipaux serait chose 

1. Voir Annales du Midi, t. XVII (190.^), pp. 490-510. 

2. « Les droits d'usage, nous dit M. Escaich..., sont assez rares dans 
les forêts communales oîi la valeur des bois délivrés ne s'élève guère 
aruiuellement à plus de 18,0(X) francs. » (Auguste Escaicli, La revision 
du Code forestier, dans le Mouveinent socialiste des 1" et 15 octobre 
1905, p. 235.) L'affouage est resté, au contraire, une véritable ressource 
des habitants de certaines communes. Voyez sur sa forme, demeurée 
assez stable, P. Fournel, Traité du voisinage dans l'ordre Judiciaire 
et administratif et dans ses rapports avec le Code civil, 2 vol. Paris, 
an XIII (1805), t. II, pp. 512 et s. 



30 J. ADHER. 

complexe et exigerait une variété d'information que l'état 
des études d'histoire locale ne nous permettrait sans doute 
pas d'atteindre'. Nous essaierons, en limitant notre sujet, de 
rechercher quelle fut l'influence, sur les charges locales et sur 
la vie économique des populations du diocèse de Rieux, de 
la liquidation des dettes contractées par les communautés. 



I. 



L'origine de ces dettes était lointaine : « Sur la lin du der- 
nier siècle, dit le Code municipal^ les villes et communau- 
tés s'étaient trouvées surchargées de dettes. Le commerce et 
les communications en soutrraient considérablement par les 
saisies, contraintes, recours en garanties qui s'exerçaient 
contre les officiers municipaux et principaux habitants; un 
arrêt du Conseil, du 31 octobre 1669, ordonna que les com- 
munautés feraient assigner les créanciers devant Messieurs 
les Intendants dans quinzaine de la publication pour être 
réglés. Lesdits créanciers devaient, à l'échéance des assi- 
gnations, représenter leurs titres à peine d'être déchus de 
leurs créances. » 

Mais, en fait, cette réglementation avait des précédents. 
D'après les Lois du Latiguedoc^, les premières instructions 
concernant la vérification des dettes remontent à l'adminis- 
tration de Richelieu. Le 2 mai 1633 un arrêt du Conseil 
défend aux créanciers des diocèses et communautés « de 

1. Un document des Archives delà Haute-Garonne, G. 1945, permettrait 
d'ébaucher ce travail ; c'est le « Registre contenant les dépenses ordi- 
naires des villes et des communautés du diocèse de Rieux, suivant 
les Règlements faits et arrêtés par Nosseigneurs les conunissaires 
députés par le Roi, pour l'exécîition de la coynmission de Sa Maiesté 
du 30 janvier 1734. » Nous y ferons quelques emprunts en tant qu'il 
se rapporte à notre sujet. 11 faudrait d'ailleurs y ajouter des indications 
prises dans l'enquête de 1744 (Arch. Haute-Garonne, G. 1925), que nous 
avons utilisée dans notre précédent travail. 

2. Code municipal (1761), partie 11, pp. 49-50. 

3. T. VI, p. 777. Cf. Arch. Haute-Garonne, G. 2304. Mention d'un arrêt 
du Conseil du 21 mars 1641 qui permet aux diocèses, villes et commu- 
nautés du Languedoc « d'imposer dans huit années leurs dettes tant en 
principal que intherest pour le paiement de leurs créanciers », 



LE DIOCESE DE RIEUX AU XYIII^ SIÈCLE. 31 

faire aucunes poursuites jusqu'à ce que leurs dettes aient été 
vérifiées, et à tous juges de leur délivrer aucune contrainte 
ni de connaître ce qui a été ordonné par les commissaires de 
la vérification des dettes. » 

M. P. Clément^ explique l'une des causes générales qui 
aggravèrent ces charges"-. Ma/.arin ayant confisqué, en 1647, 
les droits d'octroi et autres perçus au profit des. communau- 
tés, autorisa du même coup les municipalités à doubler ces 
droits pour les besoins locaux. « Au lieu de profiter de l'au- 
torisation, les communautés, persuadées que l'édit serait 
bientôt rapporté, préférèrent emprunter, et, comme la pente 
était des plus glissantes, quinze ans après, la plupart d'en- 
tre elles se trouvaient chargées de dettes sans proportion 
avec leurs ressources. » Un arrêt du Conseil d'Etat du 
9 juillet 1678 ^ puis l'édit du mois d'avril 1683 réglèrent la 
forme et les conditions de la vérification. Le préambule de 
l'édit d'avril indique qu'une partie de la tâche est déjà accom- 
plie; il s'agit, cette fois, de restreindre « par un bon règle- 
ment la liberté trop grande que lesdites villes et communau- 
tés ont eu de s'endetter dans le passé *. » 



1. Histoire de Colbert, t. II, p. 33. 

2. La principale est indiquée par les délibérations des Etats de Lan- 
guedoc, dès la session de 1631-1632. On suppliera le Roi de faire vérifier 
et imposer les dettes des communautés, c< attendu que du non-paiement 
d'icelles procède la cessation du commerce et la r«ine des meilleures 
familles de la province qui avaient libéralement et de bonne foi prêté 
leur bien pour le service du Roi ». (Arch. Haute-Garonne, C. 2301.) 

3. Mentionné dans Arch. Haute-Garonne, G. 2324 (Etats de Languedoc, 
Pézenas, 1679-1680). Cet arrêt, dit la délibération, a été imprimé, et il en 
a été fourni quatre mille exemplaires pour être distribués à toutes les 
communautés de la province. 

4. Isambert, Décrusy, Taillandier, Recueil général des lUiciennes lois 
françaises, t. XIX, pp. 420 et suiv. L'édit s'applique aux c< villes et gros 
bourgs fermés » d'un certain nombre de généralités, et celles du Langue- 
doc n'y sont point comprises. La procédure, et surtout les clauses restric- 
tives, caractérisent néanmoins les principes qui prévalaient alors dans le 
Conseil. (Cf. P. Clément, lac. cit., t. II, p. 34, note 1, p. 35, etc.) Nous 
exposons plus loin quelques-unes des conditions spéciales des vérifica- 
tions en Languedoc, p. 34. La vérification fut longtemps confiée aux tréso- 
riers de France, qui s'en firent une source de revenus : procédé contre 
lequel protestent, en particulier, les Etats de Languedoc (Arch. Haute- 
Garonne, C. 2290 (1599-1603), C. 8299 (1620-1625). Ceci semble du reste 



32 J- ADHER. 

Uii arrêt du Conseil du 14 avril 1685 portait des peines 
contre les créanciers des communautés qui « se trouveraient 
avoir fait des demandes de sommes dont ils étaient payés ». 
La vérification devait être confiée aux intendants, commis- 
saires départis, qui réglaient la question lorsqu'elle était de 
peu d'importance ou en faisaient rapport au Conseil dans le 
cas contraire. Enfin, la déclaration du 20 octobre 1703 et 
l'arrêt du 8 août 1713 réglaient les conditions des instances 
faites contre ou par les communautés en matière de dettes. 
L'autorisation préalable des intendants était requise, et la 
voie de l'arbitrage tendait à se substituer aux requêtes direc- 
tes, les intendants ayant pris peu à peu l'habitude de sou- 
mettre les affaires à des avocats consultants, dont les avis 
devenaient prépondérants et entraînaient ou ajournaient 
les autorisations*. 

Au début du xvm« siècle, il fut sursis à la liquidation et à 
l'acquittement des dettes à cause de la guerre. Visiblement 
le pouvoir royal tenait à assurer, pour ses besoins pressants, 
la disponibilité des ressources de tout ordre que le pays pou- 
vait réaliser. Un arrêt du Conseil du 4 décembre 1714, sous 
l'administration de Desmarets, ordonna la reprise du travail. 
La procédure ne fut pas modifiée : deux documents furent 
exigés, à l'appui des étals de dettes, pour éclairer la reli- 
gion de l'intendant : 1" l'autorisation de l'assemblée générale 
de la communauté poui- l'emprunt ; 2" la justification de 
l'emploi régulier des fonds réalisés 2, 

une usurpation d'attributions, puisqu'il est dit ailleurs (Arch. Haute- 
(jaronne, 0. 2.300, a. 1628), que « l'ordre ancien » était que lesdites dettes 
fiissf'ut vérifiées devant les commissaires du Roi aux Etats, et qu'il fût 
donné, après rapport au Conseil de cette vérification, des lettres d'assiette 
ot permissions d'imposer lesdites dettes. Mais tout s'explique si on veut 
bien remarquer que des trésoriers généraux furent constamment com- 
missaires du Roi aux Etats. 

1, (!'ost l'origine du Conseil contentieux, prototype de nos Conseils de 
ipréfecture, et dont un historien russe, M. Ardasclieff, a décrit le rôle et 
l'organisation (V. Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. V, 
I) '21). Cf. le Code miinieipal, partie II, p. 06, décrivant sous sa forme 
rudimentaire, en 1761, cette institution qui. d'après M. Ardascheiî, ne 
devait prendre sa forme définitive que vers 1780. 

*>, Voir au Code municipal, p. 57-59, les extraits do la circulaire de 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XVIII« RlèCLE. 33 

Il n'y eut, durant le premier quart du xviiie siècle, qu'une 
modification importante à ces règles de bonne administra- 
tion. Sous l'influence des événements financiers qui entraî- 
nèrent après Lavv une si grande perturbation de la fortune 
publique, il fut momentanément décidé que les particuliers 
ne payeraient plus les intérêts de leurs dettes en rentes 
constituées qu'au denier 50 (2 p. 100) ^ Cette clause fut 
étendue aux communautés par l'arrêt du 15 décembre 1722^. 
Quelques-unes seulement en profitèrent 3. Celles qui, ayant 
négligé d'atténuer ainsi leurs charges, voulurent invoquer 
plus tard cette loi d'exception, éprouvèrent des difficultés 
qu'aucun règlement général, à notre connaissance, ne vint 
lever. L'avenir restait, semble-t-il, ouvert aux libres con- 
trats et, par suite, aux charges quasi-usuraires. 

Ces règles générales de droit administratif s'appliquaient, 
avec quelques modifications, aux pays d'Etats. On sait quels 
étaient, notamment en Languedoc, les usages financiers de 
ces contrées privilégiées*. La procédure de vérification et de 



Desmarets du 29 janvier 1715, qui règlent quelques-uns de ces détails. 
Cf., pour les formalités qui furent plus tard définitivement exigées, 
Archives de la Haute-Garonne, C. 49, à la date de 1783. 

1. L'édit est de mars 1720 : Recueil d'Isambert, t. XXI, p. 180. Cf. 
dans de Boislile, Correspondance avec les intendants, III, n" 109, la 
lettre du 21 juillet 1708 par laquelle Lebret fils, intendant de Provence, 
réfute un mémoire anonyme qui propose, pour aider les communautés à 
acquitter leurs dettes et les particuliers à payer leur capitation, de per- 
mettre « de retenir le quart de l'intérêt payé aux créanciers ». 

2. Code mufiicipal, p. 61. L'effet de cet arrêt devait remonter au 
1" janvier 1721. Ce texte n'est pas dans Isambert. 

3. Carbonne règle de cette manière les frais de poursuite dans le procès 
fait, en mars 1704, « à M. Surville pour raison de l'extinction delà mairie », 
— conséquence de l'édit de 1702 supprimant la faculté de rachat des 
offices municipaux. — L'intérêt de la somme principale devait être payé 
au denier vingt (5 °/o) jusqu'au 1" janvier 1721, et au denier cinquante 
à compter dudit jour jusqu'au remboursement. (Arch. Haute-Garonne, 
G. 1985. Carbonne, état du 28 décembre 1728.) 

4. Voyez, sur l'origine des institutions et Je sens de leur évolution, 
P. Dognon. Les Institutions politiques et administratives du pays 
de Languedoc du xiii" siècle aux guerres de religion. Toulouse-Paris, 
1895. — Sur les délibérations des Etats : Histoire de Languedoc, édition 
Privât, surtout t. XIII et XIV, et Arch. Haute-Garonne, C. 2290, 2299, 
2300, 2301, 2302, 2304. 2305, 2309,2310, 2324, 2341.— Sur les privilèges 
financiers, Tocqueville, L' Ancien régime et la Révolution. Paris, 1877, 

ANNALES DU MIDI. — XXI 3 



34 J- ADHER. 

liquidation des dettes s'en ressentait notablement. Ici, 
nulle description ne peut suppléer à l'examen des pièces. 
Les consuls ou syndics remettaient entre les mains de l'in- 
tendant les tableaux longuement motivés de leurs charges et 
les pièces à l'appui : délibérations, baux, contrats, pièces ju- 
diciaires. Quelquefois, — c'état le cas pour la communauté 
de Rieux, — le délégué aux Etats provinciaux apportait lui- 
même les pièces et en provoquait l'examen. Les documents, 
préalablement vérifiés selon toute apparence par les bureaux 
de l'intendant, étaient soumis à une Commission composée, 
tantôt de membres spécialement désignés en vertu de la 
« Commission de Sa Majesté, en date du 10 mars 1662* », 
tantôt des commissaires « présidants pour le Roi aux Etats 
généraux de Languedoc ^ ». Dans certains cas, l'intendant 
remplissait seul cet .office ^ Le ou les vérificateurs consi- 
gnaient leurs observations — approuvant ou ajournant — en 
marge du tableau*. Certains articles étaient vérifiés « par 
partie » ; d'autres, simplement rejetés, faute de justifications 
suffisantes. 

Le relevé était clos par un procès-verbal que signaient or- 
dinairement trois ou quatre commissaires, et où on indiquait 
par quels procédés la communauté devait assurer soit le 
payement de ses dettes, soit le service des intérêts. Cet acte 
avait une valeur impérative; il visait parfois les procès en 



8* édition (Généralités et appendice sur le Languedoc), complété par les 
publications de MM. Ardasclieir, Marion, citées dans le cours de ce tra- 
vail. 

1. Arch. Haute-Garonne, C 1935 (v« Fousseret, 1675, 1676; Rieux, 1675). 

2. Arch. Haute-Garonne, G. 1935 (v Montesquieu, 1648, 1665, 1668. 
1682, etc.). Quelquefois les deux mentions figurent, l'une en tète de l'état, 
l'autre à la lin. Dans un cas, on trouve (Rieux, 1718) : « Commissaires 
présidants pour le Roi aux Etals de la province, députés pour connaître 
de la vérification des dettes », et ceci explique tout. 

3. Par exemple, Daguesseau ((Jarbonne, 1680; Rieux, 1671, 1680; Fous- 
seret, 1681). Dans ce cas, il invoque sa qualité spéciale de commissaire 
vérilicateur. 

4. Dans tous les cas, un compte rendu des opérations, avec pièces à 
l'appui, parait avoir été régulièrement envoyé au contrôleur général 
(V. de Boislile, Corretpondancp. du C07itr6leur général des finatices 
avec les intendants, t. 111, n" 1008, r,< mars, .SO avril 1711, 5 juin 1712). 



LE DIOCESE DE RIEUX AU XVIII® SIÈCLE. 35 

instance et prétendait, selon toute apparence, les clore admi- 
nistrativement^ 

II. 

L'examen par communauté des dettes municipales de tout 
un diocèse serait très complexe et apporterait peu de lu- 
mière sur la question spéciale qui nous occupe : la condi- 
tion des populations rurales durant le second quart du 
xvm» siècle. C'est un chapitre de l'administration de l'an- 
cien régime qui aurait sa place dans une étude purement fi- 
nancière : on y traiterait des responsabilités personnelles 
des consuls anciens ou des consuls en charge, des actions 
judiciaires, vérifications partielles, ajournements d'examen, 
payements d'intérêts à tous les taux, remboursements, annu- 
lations, etc. Cette étude, faite d'ensemble, serait vraisembla- 
blement inextricable ; elle n'aurait chance d'aboutir que pour 
une localité déterminée, grâce aux ressources que pour- 
raient fournir les documents annexés : liasses des procès, 
comptes et délibérations des communautés, etc. ^ 

Reste abordable et utile l'examen de quelques points 
particuliers. Si les communautés sont, d'une part, choisies 



1. Ce qui n'excluait pas, bien entendu, les « actions parallèles ». Cette 
question des dettes des communautés était, on le conçoit, une excellente 
occasion de conflits entre les tribunaux administratifs et les cours judi- 
ciaires. Cf. Tocqueville, L'Ancie)i régime, etc., pp. 77 et suiv.; surtout 
Ardascheff, loc. cit., t. V, pp. 36-87, sur l'antagonisme des intendants et des 
cours souveraines, et Arcli. Haute-Garonne, C. 2.341 (Etats de Languedoc, 
session de 1696-1697 : lecture d'un arrêt du Conseil «i au sujet des défenses 
faites à la Cour des aides de Montpellier de connaître par appel ni 
autrement des ordonnances et règlements des commissaires députés par 
S. M. pour la vérification des dettes des communautés, à peine contre 
les officiers qui auront opiné, présidé ou conclu, d'interdiction de leur 
charge »). 

2. L'essentiel est, pensons-nous, que nous n'ayons négligé aucun des 
documents qui, directement ou indirectement, nous- ont été accessibles. 
Aux Archives de la Haule-Garonne, nous avons soigneusement exploré 
les liasses C. 1935 à C. 1937. Nous avons également pris quelques détails 
dans les « préambules » ou rôles d'impositions des communautés, surtout 
C. 1918. Enfin, les mss. 631 et 635 de la Bibliothèque de Toulouse nous ont 
permis d'éclairer sur quelques points la question des créances seigneu- 
riales. 



36 J- ADHER. 

parmi les plus importantes ; si, cVautre part, nous parvenons 
à retrouver les charges de quelques-unes des plus infimes, 
il y aura quel(j[ues chances pour que ces « coups de sonde » 
caractérisent assez bien la situation, à ce point de vue spé- 
cial, dans l'ensemble du diocèse. Pour nous, l'intérêt se con- 
centre sur deux points : 1° l'importance des dettes à une 
époque déterminée : 2° les causes des emprunts et la longue 
répercussion de ces faits sur les charges fiscales des commu- 
nautés. Puis viendraient les noms des créanciers qui peu- 
vent, avec quelques réserves, nous révéler la condition so- 
ciale des capitalistes du temps et apporter quelques 
lumières sur la question si importante des origines de la 
fortune mobilière. Ce dernier point, nous le traiterons som- 
mairement pour conserver à notre travail son caractère de 
généralité. Nous pouvons dire, une fois pour toutes, que la 
plupart des créanciers étaient des nobles, des marchands, des 
médecins ou des corporations (hôpitaux, chapitres, églises, 
consorces, communautés religieuses) ', et cela se conçoit, si 
on veut bien se rappeler que la fortune était surtout territo- 
riale^ et que les capitaux ne pouvaient se trouver qu'entre 
les mains des grands propriétaires ruraux. 

Le premier état de dettes de la communauté de Ilieux re- 
monte au 20janvier 1672. A cette date, le total des dettes vé- 
rifiées s'élève à 16,850 liv. 11 sols 6 den. De nouvelles véri- 
ficalions augmentent ce chitïre de 2,041 liv. 17 sols 11 den. 
De 1672 à 1735, ou y ajoute encore 6,058 liv. 7 sols 3 den. 
Au total et en chiffres ronds, on a donc vérifié, en soixante 
années, 25,000 livres de dettes 3. Il convient de noter que 
vers cette époque (1784), Rieux porte à son budget ordinaire 
788 liv. 12 sois de dépenses. Sa vie municipale, de ressources 



1. MM. de Laloubèrc, à Carbonne, do Barrau de Nnpces, de Vise do 
Volp, seigneur de Coûladùre, Hippolyto de Bertier, l'évèque de Rieux, 
l'hôpital Saint-Jacques, François Toussin, marchand de Toulouse, etc. 
Les anciens consuls sont quelquefois créanciers des communautés, 
apparemment pour des avances faites. Exemple, Abolin, consul de 1678 et 
1(J7'J à Carbonne, non désintéressé en 1682. (Arcli. Haute-Garonne, C. 1948.) 

2. Marion, L'impôt sur le revoiti au xviii* siècle, p. 38. 

3. Arch. Haute-Garonne, C. TJ35. 



LE DIOCÈSE DE RIEDX AU XVIII» SIÈCLE. 37 

si limitées, a un certain éclat avec ses consuls, leurs valets 
en livrée, les greffiers, les portiers de la ville, le « garde 
hormière ». L'entretien des couvents, des écoles, des « loges » 
du presbytère, des « flambeaux » des consuls, les frais du feu 
de joie de Saint-Géry, des messes de fondation \ des obits, 
l'albergue au Roi fô sols), tout cela constitue bien une cause 
d'activité, un commencement de « souci » patriotique, mais 
aggrave d'autant les charges extraordinaires dans un cen- 
tre de population qui, malgré son titre de chef-lieu de la 
circonscription civile et ecclésiastique, ne paraît guère avoir 
eu plus d'importance que de nos jours. 

Les premiers contrats qui nous aient été conservés remon- 
tent au 10 mars 1590, avec un emprunt de 1,300 livres au 
syndic des bailes de l'hôpital Saint-Jacques, de Rieux, et un 
autre de 543 écus à François Toussin, marchand de Tou- 
louse. Cette dernière somme ja été consacrée à l'achat de la 
conciergerie de Rieux. Puis viennent, par nature de dépen- 
ses : en 1643, la taxe d'amortissement des communaux ^, la 
subsistance des gens de guerre (3,221 livres en 1646, 800 livres 
en 1648, 700 livres en 1649), les frais delà peste, de juin à sep- 
tembre 1654, au total, 5,886 livres; des réparations à l'église, 
en 1647, au moulin de la ville, en 1650, à l'hôpital des pesti- 
férés, en 1652, aux ponts et boulevards, en 1668 ; les em- 
prunts pour insuffisance de revenu, provenant des biens 
abandonnés et des moins-values sur la taille, suite ordinaire, 
avec la contagion, des guerres et des passages de troupes. 

On voit que nombre de dépenses que nous considère- 



1. Arch. Haute-Garonne, 0. 1945. Voyez d'autres détails dans A?inales 
du Midi, t. XVII (1905), pp. 493, 498, 502, 510. 

2. Il s'agit de quelque redevance à payer au trésor royal ou aux héri- 
tiers des anciennes familles seigneuriales. Voir la âescription sommaire 
de ces biens dans notre étude sur les « patrimoniaux ». (Anjiales du 
Midi, t. XVII, p. 502.) Dès ce moment était soulevée, sur quelques points 
de la province, la question des aliénations : c'est ainsi que les Etats de 
Languedoc, en 1645, donnent un avis favorable à la demande de certaines 
communautés qui, pressées par leurs créanciers de payer leurs dettes, 
avaient prié le Roi de les autoriser à s'acquitter en fonds de terre. 
(Arch. Haute-Garonne, C. 2304.) Cf. notre étude sur les « patrimoniaux b, 
Annales du Midi, loc. cit., p. 492, et çi-dessous, § xi, p. 51, 



38 J. ADHER. 

rions aujourd'hui comme annuelles et obligatoires sont con- 
tenues dans ces tableaux. En 1727, on décida le payement 
au sieur Thomas, médecin de la ville, venu de Gascogne, de 
1,837 livres d'arrérages d'honoraires, intérêts compris ; il 
n'avait rien reçu de 1703 à. 1717. En 1734, Thomas n'est pas 
encore désintéressé, et l'année suivante, on adresse une nou- 
velle mise en demeure aux consuls et aux six plus fort tail- 
lables pour le payement de la moitié de cette créance. 

III. 

A Montesquieu, les dettes proviennent également en 
grande partie de l'épidémie de 1654. Les logements de 
troupes vont de 1638 à 1662. Montesquieu paraît avoir été 
extraordinairement éprouvé par cette charge. En 1638, c'est le 
régiment d'Arbon-Bourgoin; en 1640, celui du duc d'Enghien'; 
ceux de Vaillac-de-Boisse en 1652, de Mérin ville en 1653, 
d'Harcourt en 1653 et 1656, de Vise, du comte de Bleuies, de 
Pilloy en 1657. Ces différents a passages » sont représentés 
par une dépense de 24.580 livres sur les 36,826 livres de 
dettes vérifiées à Béziers le 29 janvier 1685^. Le régiment 
d'Harcourt a prélevé à lui seul, en deux fois, sur cette mal- 
heureuse localité — l'un des points de stationnement des 
troupes en marche vers la Catalogne — la somme vraiment 
formidable pour l'époque et le lieu de 10,527 livres 13 sols. 
La peste de 1653 1654 accroît encore les dépenses de quel- 
ques milliers de livres. Puis viennent les réparations aux 
murailles^, aux portes de la ville, à la place, au cimetière, 

1. Nous reproduisons les textes sans chercher à rectifier les indica- 
tions qui peuvent, dans certains cas, confondre le nom du régiment et 
celui du commandant supérieur. Sur les conséquences du passage des 
troupes, à part ce que ces textes nous révèlent, la plupart des faits sont 
bien connus. Voyez notamment E. Lavisse, Histoire de France, t. VII 
(1" partie), p. 338. 

2 Deux états supplémentaires de 1668 et 1G82 élèvent cette somme à 
40,082 liv. 3 s. 4 d. 

3. tt Que l'eau avait emportées «. Des enfants s'y étaient noyés dans 
l'Arize. (Préambule de 1679, Arch. Haute-Garonne, C. 1948). Pour les 
droits perçus sur les boucheries, V. Annales du Midi : Les palrono- 
niaux, etc., t. XVII, p. 502. 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XVIII« SIECLE. 39 

la nourriture des pauvres et l'établissement du nouveau 
compoix,les réparations à la chaussée de l'Arize (1,054 livres 
en 1660, 900 livres en 1661), aux boucheries de la ville 
(rachat des places), à l'hôpital pour le garantir de la conta- 
gion (463 livres liquidées en 1724), etc. 

Les « reliquats » de comptes, c'est-à-dire les emprunts 
pour insuffisance de revenus, reviennent souvent, ainsi que 
les procès, dont un pour le poids public, en 1677, qui grève 
la commune de 800 livres'. 

Les commissaires délégués aux Etats veillent à ce que la 
communauté ne s'engage pas dans des affaires qui ne l'inté- 
ressent point; c'est ainsi qu'ils refusent de vérifier, en 1677, 
des « frais de poursuite au criminel^ » et un emprunt de 
200 livres « en faveur d'un particulier ». Ils combattent éga- 
lement l'abus des députations et délégations^ dont usaient 
les communautés pour la poursuite de leurs procès: l'état de 
1722 rejette,* faute de rapporter l'ordonnance qui a permis la 
députation dont il est question », une note de frais de 348 li- 
vres s'appliquant à la poursuite du jugement de liquidation 
de la « finance » des officiers municipaux et lieutenant de 
police de Montesquieu*. 

IV. 

Les procès, qui pèsent si lourdement sur les finances des 
communautés, s'accompagnent quelquefois de troubles et de 

1. D'après un autre document (Arch. Haute-Garonne, G. 1948), le procès 
avec le fermier général des domaines du roi « pour raison de la réunion 
au domaine du poids de la communauté » est « devant le Roi et nossei- 
gneurs de son Gonseil depuis le 24 décembre 1676 «. 

2. Nous verrons plus loin, à propos de la poursuite des sorcières de 
Sérizols, que c'était là une exception : l'affaire n'avait sans doute pas un 
intérêt général assez caractérisé. 

3. G'est l'abus que signalait déjà, sous l'inspiration de Colbert, l'édit 
du 18 juin 1668, à propos de la facilité avec laquelle les maires, éclievins 
et consuls « ayant des procès ou affaires particulières à Paris, prétex- 
taient, pour s'y rendre, le soin des affaires locales, et ruinaient les com- 
munes en frais de voyage et de députation ». (P. Glément, Hist. de Col- 
bert, t. Il, p. 32.) 

4. Arch. Haute-Garonne, G. 1935. 



40 J. ADFIER. 

contentions qui compromelfcent la paix publique. Vers la fin 
du xvii« siècle, M. de Laloubère a acquis « le domaine » de 
Montesquieu-Volvestre". En 1697, l'assemblée plénière des 
habitants lui conteste cette ac(iuisition et envoie à Paris 
M. de Saint-Machens(M de Sens)^ pour constituer un avocat 
et faire des offres de rachat. Sur quarante-huit signataires, 
il y a trois opposants, dont le maire perpétuel Pailhès, qui 
est l'agent direct du nouveau seigneur. Deux ans après, le 
18 avril 1701, M. de Laloubère vient de Paris à MoUeville^ 
pour épouser la demoiselle de Molleville. En dépit de leurs 
griefs, les [habitants de Montesquieu décident de lui faire 
« une entrée aussi honorable qu'il se pourra », avec accom- 
pagnement de mousqueterie et sans doute aussi les présents 
d'usage. 

Le procès continue, malgré ces avances conciliantes. Un 
parti s'est formé, ayant à sa tête le maire Pailhès, qui sou- 
tient contre la commuîuiulé les intérêts de M. de Laloubère. 
On décide néanmoins, le 14 mai 1702, de s'opposer à l'enre- 
gistrement par la Chambre des comptes de Paris du contrat 
d'échange du domaine. La communauté fait de nouvelles 
offres à Sa Majesté, même d'une albergue [annuelle de cinq 
cents livres*, « si elle veut permettre ledit remboursement à 



1. On sait comment. Laloubère était possesseur de terrains considéra- 
bles à Marly. Ces terrains étaient nécessaires au Roi pour la construc- 
tion du parc et de la machine qui devait amener à Versailles les eaux 
de la Seine. On l'expropria et on lui donna en échange la seigneurie de 
Montesquieu, qui ne voulait pas de lui. (Voir l'historique de cette ques- 
tion dans Arch. Haute-Garonne, 0. 1920, v Montesquieu.) Nous n'avons 
d'ailleurs point de notice descriptive sur cette terre : les mss 631 et 635 
ne nomment que les paréagistes. 

2. Alias noble Jean de Sens, sieur de Saint-Maissent. (Arch. Jlaute- 
Garonne, G. 1948.) 

3. C'est ce fief de Molleville qui devait plus tard appartenir aux Ber- 
trand. Le ministre do la marine de Louis XVI devait s'y réfugier quelque 
temps après sa démission en 1791. 

4. On ne lui payait que 5 livres 19 sols en 1679, « pour certains com- 
munaux et vacation ou arrérages d'icelle liquidés avec le fermier du 
domaine ». (Arcli. Haute-Garonne, C. 1918.) En 1096, nous apprend Expilly, 
le produit des droits donumiauxdn Roi en Languedoc était de 1,111,017 liv. 
14 sols 1 denier, dans laquelle somme les domaines en général sont com- 
pris pour 209,319 livres. (Dictionnaire géographique, historique, poUti- 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XV1II« SIECLE. 41 

la communauté et la subroger au droit et place de l'acqué- 
reur. » 

Visiblement, les protestataires ne soupçonnent pas les 
motifs de « Sa Majesté ». Ceci se passe en février 1703. Le 
15 juillet de la même année, Pailhès se plaint qu'on a traité 
d'« Espagnols », de « raiquelets » les partisans de M. de La- 
loubère et les siens. On les chansonne, on les maltraite, a on 
ne voit qu'attroupements de jour et de nuit ». 

La communauté répond que ces plaintes sont mal fon- 
dées ; ce sont au contraire les domestiques du seigneur qui 
molestent les habitants, arrêtent et battent les travailleurs, 
les traitent de fanatiques, de voleurs, mettent à mal les fil- 
les, etc. K 

Au moment où la communauté de Montesquieu s'engage 
dans une aussi grave affaire et où elle fait au Roi l'offre d'une 
rente annuelle représentant un capital de 10,000 livres au 
denier vingt, elle aurait des dépenses plus pressantes à faire. 
Deux années de suite, en 1699 et 1700, elle a sollicité de 
l'assemblée de l'assiette un secours pour la réparation de son 
pont sur l'Arize : la dernière somme obtenue s'élève à 
96 livres 13 sols 6 deniers'^. 

Dès cette époque, on peut constater dans cette petite ville, 
si troublée par des événements se rattachant à l'histoire géné- 
rale, un certain développement de la vie municipale : ses 
consuls ont des valets en livrée; ils font figurer à leur bud- 
get, à partir de 1697, les gages de quatre « gardes fruits »; 
dès 1701 les gages d'un médecin; à partir de 1708, une indem- 
nité au messager du Mas-d'Azil à Toulouse, etc. 3. Beaucoup 
plus tard, en 1734, elle a des « dépenses imprévues » : un 



que des Gaules et de la Fra>ice. Paris, 1762, (5 vol., t. IV, v» Languedoc, 
p. 110, c. 2.) 

1. D'aprèo les délibérations municipales de Montesquieu. (Communiqué 
pnr M. Décap.) 

2. Arch. Haute-Garonne, C. 1916. Un préambule de 1682 nous donne 
ce que nous pourrions apjieler, si la régularité était vraisemblable, une 
« annuité » du service de la dette de la communauté, soit en chiffres ronds 
317 livres en capital et 79 livres d'intérêts. (Arch. Haute-Garonne, C. 1948.) 

3. Arch. Haute-Garonne, C. 1918. 



ii2 J. ADHER. 

régent payé 150 livres, et se donne, seule dans le diocèse, le 
luxe d'une régente. A cette date, son budget atteint 
584 livres'. 

V. 

Ces procès en « nobilité » ont, comme la plupart de ceux 
qui afTeclaient les droits territoriaux sous l'ancien régime, 
une durée interminable. Le seigneur de Bérat en a eu un 
avec cette communauté, à propos de droits seigneuriaux, dès 
]593. Deux transactions sont intervenues en 1620 et en 1626: 
elles sont confirmées par un arrêt du Parlement de Tou- 
louse du 7 avril 1628. Mais le seigneur recommence en 1712 
ses vexations contre la communauté qu'il « traîne » devant 
le sénéchal de Toulouse, favorable à ses intérêts. Alors com- 
mence une nouvelle période d'actions judiciaires qui n'est 
pas encore terminée en 1724. A cette date, sur la réquisition 
du syndic général de la province, le Conseil d'Etat évoque 
« tous les procès et différends d'entre la communauté de Bérat 
et le seigneur dudit lieu pour raison de la nouvelle recon- 
naissance demandée par ledit seigneur à la communauté, 
droits seigneuriaux et nobilité des biefis dudit seigneur ». 
L'affaire est renvoj'ée devant une commission présidée suc- 
cessivement par les intendants de Besnage et de Saint-Mau- 
rice ^. 

VL 

Les premières dettes de Garbonne remontent à 1625. A 
cette date se rapportent deux emprunts de 600 et 800 livres 
pour les logements militaires, nourriture et entretien des 



1. Arcli. Haute-Garonne, G. 1945. A cette date de 1734, vingt-deux com- 
munautés (sur Q^ visées) mentionnent un crédit pour le régent dans leurs 
comptes. 

2. Arch. Haute-Garonne, G. 1, au 2r> février 1724. Gf. Traité des fiefs, 
par Guyot (1751), V' partie, pp. 1 et s. ; p. 199. G'est encore pour « la 
prétendue nobilité de ses biens » que l'abbesse des Salwiqucs a un procès 
avec Montesquieu en 1(;94. (Arch. Haute-Garonne, G. 1918.) Sur l'abbaye 
de Notro-Dame-l'Abondance des .Salenques, V. Histoire de La7iguedoc, 
t. Xlll, C.1196. 



LE DIOCESE DE RIEUX AU XVIII» SIÈCLE. 43 

malades et blessés du régiment « du sieur comte de Vaillac, 
des compagnies de M. le baron de Thémines et du sieur 
baron d'Albon pendant le siège du Mas-d'Azil* ». Suivent, en 
1627, les troupes de Ventadour; en 1628, celles de Bieules, 
« logement ordonné l'année courante audit Garbonne par 
Monseigneur le prince- ». 

En 1553 et 1654, la ville de Garbonne contribue pour 
260 livres à la fourniture du foin, du blé destinés aux trou- 
pes du comte de Mérinville^ cantonnées à Montesquieu. 
Nous sommes ici en présence d'une réquisition collective. 
« A cause de la rupture du pont de Muret et de la difficulté 
du passage, tous les lieux du diocèse de Rieux contribuent à 
la fourniture de l'étape pour les troupes du Roi destinées à 
servir en Gatalogne. » En 1656, le régiment de Pilloy* 
absorbe 1,000 livres. 

Ici encore, les procès créent des charges assez lourdes. En 
1651, les héritiers de la dame de la Terrasse ^ ont cité la com- 
munauté devant le Parlement d'Aix. Il s'agit de la jouissance 
du port et de la réédification du pont^. L'une et l'autre sont 
attribuées à Garbonne par arrêt du 2i mars 1651. Les ayants 
droit de la seigneurie demeurent condamnés aux répara- 



1. Nous retrouvons la mention du siège du Mas-d'Azil sur un état de 
dettes de la communauté de Couladère portant la date du 8 septembre 
1633. (Arch. Haute-Garonne, C. 1936.) Cf. passini. Mémorial historique 
de Jean-Jacques de Lescazes, publié en 1661 (édition Pasquier, Foix, 
1891-1894). 

'2. Il s'ac;it du prince de Condé, père du grand Condé, opérant dans 
le Languedoc contre les troupes protestantes du duc de Roban en 1628. 
(Voir sur ces opérations des troupes royales en Languedoc et dans le 
comté de Foix, Mémorial... de J.-J. de Lescazes, pp. 147 et suiv., et 
Recueil de V Académie des sciences, etc., de Toulouse (1902), article de 
M. de Santi sur la Marche de Rohan à travers le Languedoc, etc. 

8. François de Moutiers, clievalier des ordres du Roi, comte de ÏNIérin- 
ville. C'est le père du Mérlnville dont parle Saint-Simon à propos des 
difficultés de ce personnage avec les Etats de Languedoc, où il voulait 
siéger en qualité de baron de Rieux-Minervois. 

4. Ou plus exactement Tilloy. 

.5. C'est un cbàteau situé sur le territoire de Carbonne, où les Etats 
de Languedoc établirent une manufacture de draps au xvii» siècle. 

6. Sur le pont de Carbonne, voir Histoire de Languedoc, t. XTV, c. 1170, 
1195 (édit. Privât). 



44 J. ADHER. 

lions. Les frais incombant à la communauté montent avec 
les intérêts à 842 livres. En 1663, la ville dépense encore 
403 livres pour soutenir contre l'abbé de Bonnefont ses 
droits sur la justice haute, moyenne et basse de la ville de 
Carbonne et du « terroir » de Lîigage. C'est une contestation 
dans laquelle elle paraît avoir succombé. En 1706, une répa- 
ration aux murailles entraîne une dépense de 710 livres. On 
doit 800 livres à M. de Laloubère pour le contrôle des baux 
de la boucherie et on lui paie, en 1720. 833 livres d'intérêt*. 
Vers cette époque,, les dépenses ordinaires de Carbonne 
s'élèvent à environ 474 livres ; on y paie un régent 150 livres, 
un batelier 40 livres et l'albergue au Roi monte à 60 livres^. 



VU. 

Toutes ces a villes maîtresses » : Rieux, Montesquieu, Car- 
bonne, Le Fousseret, placées à une petite distance les unes 
des autres, subissaient le contre-coup des mêmes événe- 
ments. La guerre avec l'Espagne, les troubles de la Fronde 
paraissent avoir, par les déplacements de troupes qu'ils en- 
traînaient, également obéré leurs maigres budgets. Le Fous- 
seret voit passer successivement les compagnies de Saint- 
Auné^ (1646), de Marsin (1651), de Mérenville, de Gra- 
mond fl652), de Bellièvre, Saint-Mesme, Auvergne (1653), 

1. Arcli. Ilaute-Garonne/C. 1935 -.^état du 10 décembre 1732. — Sur la 
réglementation qui devait prévaloir en matière de boucheries, voyez 
Y Anti-financier (Amsterdam, 1754), p. 16. Les « traitants », dont se plaint 
l'auteur, réussirent à créer un droit d'abonnement pour les bouchers des 
campagnes, qui n'étaient pas auparavant soumis aux droits d'inspection. 

2. Arch. Haute-Garonne, G. 1945. Les droits de péage paraissent avoir 
été de bonne heure, dans le district de Rieux, attribués aux commu- 
nautés et furent d'ailleurs peu productifs. Les mss. 634 et 635 de la biblio- 
thèque de Toulouse, jmentionnant des dénombrements qui s'échelonnent 
de 1389 à 1581, n'indiquent nullement des péages au profit des soigneurs. 
Toutefois, vers 1750, on en trouve un (sur la Louge) au profit du seigneur 
du Fousseret (Arch. Haute-Garonne, C. 1984), et d'autres textes do la 
même épocjue pormettont d'induire que le duc d'Antin percevait encore une 
partie dos revenus du;[pont do Cazères, pourtant construit par les Etats 
(ilnd., 1751, v Gazères) ; cf. Patrimoniaux, etc., Annules du Midi, t. XVII, 
p. r>oi. 

3. Saint-Aunès. 



LE|DI0CÈSE de RIEUX AU XYIII» SIECLE. 45 

de Pilloy (1657, 1659, 1660). C'est un va-et-vient continuel de 
troupes, et les démarches destinées à en obtenir le « déloge- 
ment » sont une des constantes occupations des adminis- 
trations locales. On redoute ces passages, il n'est point inutile 
de l'établir une fois de plus, à l'égal d'une invasion enne- 
mie. En 1652, on donne 720 livres k l'armée de M. de Mé- 
ranville* « pour en empêcher le logement dans la ville et 
pour éviter les dégâts ou désordres dont on était menacé par 
ladite armée qui logea hors ladite ville dans les métairies et 
bourg des époux de Benque, allant (ladite armée) vers Bor- 
deaux, le 21 décembre 1652. » 

L'an d'avant, en efïet, la malheureuse bourgade^ avait 
été durement éprouvée par le passage d'une autre armée : 
l'état de 1671 mentionne^des frais faits en 1651 « pour met- 
tre les murailles de la ville en état, qui étaient ruinées par le 
passage de l'armée de Marsin^ ». M. Daussun, seigneur 
d'Aubiet et de Marignnc, fut prié de séjourner dans la ville 
pendant longtemps « durant les troubles du passage de Marsin 
pour conserver la ville à l'obéissance de Sa Majesté ». Du 
fait résulte une dépense, apparemment fragmentaire, de 
200 livres. 

On conçoit quelles proportions pouvaient prendre ces 
exactions dans des localités moins importantes, mal défen- 
dues par des magistrats municipaux inhabiles ou timides, 
peu protégées par des seigneurs souvent absents ou dépour- 



1. Mérinville, Mérenville ou Méranville : l'orthographe varie. 

2. Elle n'a, près d'un siècle après, en 1748, malgré son titre de « ville si, 
que 1,000 habitants, quatre « petites foires^), pas de commerce. On paie 
3,282 livres de taille, 1,372 livres de capitation, 289 livres d'industrie, 
1 livre 8 sols au seigneur engagiste pour l'oublie, etc. (Arch. Haute- 
Garonne, C. 1925, v° Fousseret). Au xvii' siècle, le seigneur engagiste 
appartenait à la famille des Papus, barons de Bérat. En 1750, c'est un 
s"' Araignon de Villeneuve, seigneur de (Mauzac : Le Fousseret, ses ori- 
gi7ies, sa coutume, par J. Décap, R. Rumeau, L. Vie : Revue de Com- 
minges (1905), p. 203, n. 2. Cf. Annales du Midi, t. XVII; Patrimo- 
niaux, pp. 500 et 510. 

3. Marsin (ou Marchin) s'attacha à Condé pendant la Fronde et le suivit 
chez les Espagnols. C'est le père du maréchal de France de ce nom, tué 
à Turin en 1706. — Sur Marchin, « client » de la maison de Condé, voyez 
E. Lavisse, Histoire de France, t. VII (1" partie), p. 51. 



AS J. ADHER. 

VUS de notoriété. Marignac-Lasclares a, en février et en mars 
1653, deux compagnies de cavalerie du régiment d'Harcourt 
(ordre du comte de Roure), « auxquelles deux compagnies 
fut convenu de donner par ladite communauté, pour s'exemp- 
ter d'une tyrannie épouvantable, la somme de 400 livres par 
jour jusqu'à nouvel ordre ». Les particuliers eux-mêmes ré- 
clament des indemnités. En août 1655, on liquide à 300 li- 
vres « les demandes que le sieur Albo faisait à la commu- 
nauté pour raison des foules et dégâts que les gens de guerre 
lui avaient causé en son absence en sa maison, au présent 
lieu de Marignac... ». A Serizols, en novembre 1653, on si- 
gnale « les rudes et continuels logements des gens de guerre 
qui ont affligé et désolé ce lieu, et en fut dressé verbal avec 
l'assistance d'un recteur et autres témoins des lieux cir- 
convoisins pour en porter la plainte de faire dégât et 
ravage... ' ». 

VIII. 

La contribution à l'étape est quelquefois hors de propor- 
tion avec les ressources des communautés qu'elle frappe 2. 
Six compagnies du régiment Liégeois-Gramond logent au 
Fousseret à trois reprises : octobre 1652, 10 janvier au 
26 février 1652, 10 mars au 19 mars 1653. Elles perçoivent 
durant les deux premières périodes 270 livres par jour et 
135 livres par jour pendant la troisième. Le logement de Til- 
loy, en 1657, coûte 4,000 livres qu'on emprunte à M. de 
Benque. 

De 1648 à 1656, Cazères contracte de ce chef près de 
7,000 livres de dettes et en fait approuver 5,442. Les loge- 
ments y sont annuels : régiment de la Reine, de Boissac, de 



1. Arcliivos (io lu Haute-Claronne, C. 19;]6. 

2. L'ancienne administration avait trouvé un mot expressif pour carac- 
tériser ce procédé en dehors de toutes les règles et même contre les règles : 
il y avait « foule », c'est-à-dire nécessité. {Code municipal, pp. 237 et s.) 
Le mot parait d'ailleurs avoir eu, de bonne heure, un double sens, l'un 
avoué, officiel, l'autre péjoratif. (Cf. Vauban, Dîme royale, p. 136, édit. 
des Economistes : « charges.... à la grande foule des peuples ». 



LE DIOCESE DE RIEUX AU XVIII« SIÈCLE. 47 

Mazancourt, d'Harcourt, de Mairin ville (sic), de Mon- 
sieur-Cavalerie, de Gandalle, etc. Une pauvre paroisse qui a 
aujourd'hui moins de 1,!<}00 habitants, Artigat, prise et mal- 
traitée déjà en 1621 par les protestants du Mas-d'AziP, loge 
le régiment de Mentionnes (1639), et sur l'ordre de Schom- 
berg, en 1646, le régiment d'Harcourt, les chevau-légers de 
Beaufort, etc. On trouve des cantonnements même en dehors 
des routes d'étapes, à Esperce, à Lagrâce-Dieu-. 

La peste de 1654 eut au Fousseret un résultat bien inat- 
tendu. Un notable de l'endroit, Gaspard de Pardeilhan, sieur 
de Magarraud, cotisé à la taille de cette année pour 
44 liv. 2 s. 1 d., refusa de s'acquitter, à moins qu'on ne lui 
payât au préalable une indemnité « pour les frais et dom- 
mages par lui soufferts ladite année pour raison de l'infec- 
tion causée, portée en plusieurs maisons voisines de la 
sienne dans l'enclos de ladite ville ». Il a fait « toutes les ad- 
monestations pour les désinfecter, ce qui était un intérêt 
public et pour raison de vouloir en faire instance ». Il a 
sommé vainement l'autorité municipale de prendre des me- 
sures de police et d'hygiène. D'où procès, et condamnation de 
la communauté à rembourser au plaignant le montant de la 
taille'. 

En 1662, un procès avec M, de Papus, concernant l'élection 
consulaire, amène la communauté à emprunter aux Feuil- 
lants de Toulouse près de 1,600 livres. Dès 1654, le notaire 
Dauguères avait été envoyé à Paris pour « faire les pour- 
suites » concernant le procès : on lui attribuait une indem- 
nité de 5 livres par jour. Le sieur de Papus, ci-devant enga- 

1. De Lescazes, loc. cit., p. 137.— Artigat et son annexe Bajon avaient, 
en 1743, 600 habitants. Les particuliers « étaient obligés d'acheter plus 
des trois quarts de la dépense ». La récolte y était souvent compromise 
par les pluies, les inondations de la Lèze ou les grêles. Il y avait 
« quelques tisserands et sargeurs très misérables obligés d'aller chercher 
de l'ouvrage ailleurs ». On y comptait cinq maisons de protestants. 
(Arch. Haute-Garonne, G. 1925, v Artigat.) 

2. Arch. Haute-Garonne, G. 1936, passim. 

3. Sur les mesures de salubrité, d'ailleurs variables avec l'époque et le 
lieu, voir B. Fournel : Traité du voisinage (1805), t. II, pp. 71 et suiv, 
art. épidémie. 



48 J- ADHER. 

gist3 du domaine, avait entraîné la communauté devant les 
Trésoriers généraux de France et devant le Conseil « au su- 
jet du rachat que la communauté avait fait dudit domaine ». 
Il semble bien qu'il y ait eu deux procès greffés l'un sur 
l'autre; dans tous les cas, appel au Conseil d'une première 
décision des trésoriers généraux ^ 

De 1671 à 1676, 13,477 livres sont vérifiées. Un autre état, 
selon toute apparence parallèle, du 28 août 1675 porte 
15,936 livres. Ce serait donc une charge de 28 à 30,000 li- 
vres qui aurait pesé sur une petite ville dont le budget, 
aujourd'hui même, ne dépasse pas 47,000 francs-. 

Les mesures prises paraissent d'ailleurs avoir été effica- 
ces ; nous ne trouvons plus que trois états de dettes posté- 
rieurs à 1675 : ils sont de 1681, 1700 et 1737. Le plus impor- 
tant (1,200 livres) vise l'achat d'un presbytère au seigneur 
de la Trappe^. . 

IX. 

Les états de dettes de Cazères s'échelonnent du 6 décem- 
bre 1603 au 9 janvier 1742. Les deux dépenses saillantes 
sont ici les logements de troupes et la réparation du pont sur 
la Garonne. Nous voyons passer successivement les régi- 
ments de Fabre (1648), de la Reine (1650), ordres du comte 
de Roure et de M. de Nestier; de Roissac, de Rivalot, de 
du Perron (1652); ordres de M. de Ravignac, du duc de Gan- 
dale^ de Mazancourt, d'Harcourt — ordre du lieutenant gé- 



1. Près d'un siècle après, le 26 janvier 1737, Jean de Papus, conseiller 
au Parlement de Toulouse et seigneur du lieu, est encore de ce chef 
créancier de la communauté pour 288 livres. (Arch. Havite-Garonne, 

c. ly;».) 

2. Budget du Fousseret pour 1902 : Recette, 24,002 fr. 01 c. ; dépense, 
22,398 fr. 14 c. 

'.]. Arch. Haute-Garonne, C. 1935. — Sur les redevances et mutations 
seigneuriales du Foussei'et, voir l'excellente notice historique placée en 
tèto de la Coutume publiée par MM. Décap, Rnmeau et Vie, loc. cit., 
surtout p. 204-205 et même Recueil, 1907, p. 44-49, art. de M. Vie. Cf. 
Annales du Midi, t. XVII, Patrimoniaux, pp. 500, 502. 

4. L.-C. Gaston de Nogaret de Foix, duc de Caudale, lieutenant général 
des armées du roi, colonel général de l'infanterie française (1627-1658). 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XVIII« SIECLE. 49 

néral d'Aubijoiix — ; de Mérinville, cantonné à Montesquieu 
(1653), de huit compagnies du régiment de cavalerie de 
Monsieur, deux de Caudale « pour aller en garnison à 
Bigorre », ordre de Conti (janvier 1656). Les emprunts ré- 
sultant de cette dépense s'élèvent à 6,828 livres et la dépense 
réelle est très supérieure. 

Le pont de bois sur la Garonne est l'objet de deux répara- 
tions importantes. En juin 1603, il a été « rompu par le 
ravage des eaux », d'où résulte une dépense de 2,510 livres. 
En 1664, « les grandes inondations d'eau ayant apilé un 
palas^ du pont de ladite ville construit sur la rivière de 
Garonne de longueur de 24 canes », on emprunte 300 li- 
vres^ Puis viennent comme partout des reliquats de comp- 
tes. En 1603, on attribue 300 livres aux PP. capucins pour 
l'achat d'une place « accordée pour bâtir un couvert en ladite 
ville et le surplus ». 

Il y a des périodes particulièrement dures pour le budget 
municipal. Vers 1665, l'emprunt est monté à 7,712 livres en 
six années; c'est la période des grands mouvements d'ar- 
mées 3. En 1742, nous retrouvons encore deux états de 
dettes : de 579 et de 446 livres*. Vers cette époque (1734), le 
budget ordinaire de Gazères comporte 460 livres 10 sols de 
dépense^. 



1. Entraîné la chute d'un pilotis. 

2. Sur le pont de Gazères, voir Aiuiales du Midi, t. XVII, Patrimo- 
niaux, p. 501. Nous avons vu, p. 41, n. 2, que le pont fut considéré, près 
d'un siècle après, au moins en partie, comme propriété du seigneur, duc 
d'Antin, avec le moulin sur la Garonne qui donnait 2,760 livres, et le 
produit du fermage des cens et rentes, 210 livres. (Arch. Haute-Garonne, 
G. 1984, Déclaration du 7 février 1751, v Gazères : biens nobles.) 

3. Gf. dans P. Glément, Hist. de Colbert, t. II, p. 35, les instructions 
de Louis XIV au Dauphin : « L'excès des impositions durant la guerre 
et ma minorité avaient réduit presque toutes les communautés et toutes 
les villes de mon royaume à emprunter de grandes sommes... Je délivrai 
les coiiimunautés de cette misère en nommant des commissaires pour 
vérifier leurs dettes. » 

4. Arch. Haute-Garonne, G. 1935. 

5. Arch. Haute-Garonne, G. 1945. 



ANNALES DU MIDI. — XXI 



50 J- ADHER. 



X. 



Toutes ces causes de dépenses se répètent dans les états 
de dettes des communautés de second ordre i. La peste est 
signalée en 1652 à Artigat; des procès avec frais de liquida- 
tion pour racquisition du domaine royal ou des revenus 
seigneuriaux à Artigat, à Esperce, à Seix. Cette dernière 
communauté, située à l'extrémité du diocèse, dans les Pyré- 
nées, a dû emprunter 2,600 livres au vicomte de Gouserans, 
en 1675, « pour payer l'achat du domaine de Sa Majesté que 
la communauté a joui depuis 1641 jusqu'à la réunion qui en 
a été faite à la couronne et dont le remboursement en a été 
ordonné par le Conseil d'Etat en 1666'' ». 

En 1673, Serizols, paroisse d'environ 350 habitants, doit 
payer les frais d'un long procès de sorcellerie qui a fait 
trente ans auparavant six accusées et une victime ^ Ces 
malheureuses avaient « commis des malifices (sic)... tant 
sur les bestiaux, perte des petits enfants au berceau que 
dégât général aux fruicts. » 

En 1730, les deux frères Ville, marchands de Vicdessos, 
qui ont acquis la seigneurie de Benagues, sont « maintenus 
en sa possession » par le Parlement de Toulouse. Leur but, 
disent les habitants qui voudraient continuer d'appartenir 
au roi et à l'évêque de Pamiers, est « d'abîmer les habitants 
de cette communauté pour les faire soumettre à eux dans 
leurs mauvaises prétentions qu'ils ont portées jusques à s'en 
prendre contre la province du Languedoc et au pays de Foix, 
en leur intentant un procès pour faire passer dans le bourg 
de Vicdessos où ils sont habitants les mines de fer qui des- 
cendent de cette vallée et pour parvenir à les faire devenir 

1. Nous n'finumcrerons plus les passages de troupes, qui seraient sans 
intérêt. 

2. Arch de la Haute-Garonne, G. 1936. — Sur la a réforme » des droits 
domaniaux en 1666, voir Lavisso, Histoire de France, t. VIT (l" partie), 
p. 186. 

y. « Gondamnée à être pendue et brûlée ». Une autre fut condamnée 
au fouet et au bannissement; trois furent mises hors de cause. 



LE DIOCESE DE RIEUX AU XVIIl* SIECLE. 51 

plus chères^ en faisant commerce chez eux en voulant faire 
rompre le cliemin de la Vallières, ce qui a occasionné des frais 
considérables aux deux provinces, les Etats ayant été obli- 
gés de députer M. de Montferrier (subdélégué) qui se trans- 
porta sur les lieux; mais l'injuste prétention desdits Ville 
a été jugée au Conseil et ils ont été déboutés ». La note 
des frais s'élève à 8,000 livres « qui seront la ruine totale de 
cette communauté ». L'évêque de Pamiers et le procureur 
général, appelés au procès — le dernier au nom du roi — 
« demandèrent d'en être tirés sous prétexte qu'ils ne vou- 
laient pas réclamer leurs droits quant à présent ». L'opposi- 
tion des frères Ville vint au Parlement de Toulouse le 12 sep- 
tembre 1730. Benagues succomba, ses adversaires furent 
maintenus dans la seigneurie, et la communauté condamnée 
à payer 3,254 livres 2 sols 6 deniers, somme modérée par 
arrêt du Parlement à 2,730 livres. 

Le syndic de Benagues et ses syndiqués furent mis en 
demeure, par arrêt des commissaires présidant pour le roi 
a-ux Etats de la province de Languedoc, le 27 janvier 1735, 
de payer les sommes dues, « sauf à en faire le département à 
leur profit, si fait n'a été^ », 

XL 

En général, la multiplicité des « affaires », et', par suite, 
l'importance des dettes d'une communauté est proportion- 
nelle à l'importance numérique de sa population. Peyssies, 
où l'enquête de 1743 indique 190 habitants', échelonne ses 

1. « Les mineurs, maîtres et détenteurs du minerai, tiennent dans leurs 
mains le sort de la population de la vallée. » (Eug. Trutat, Les Pyrénées, 
Paris, 1894. p. 75.) 

2. Arch. Haute-Garonne, G. 1936. — Nous ne voyons pas bien si l'affir- 
mation des gens de Benagues, que le Gonseil avait jugé « au fond >>, est 
exacte, comment l'affaire est revenue devant le Parlement de Toulouse. 
Il s'agit là de quelque subtilité de procédure que nous ne pouvons 
qu'entrevoir, faute de documents intermédiaires. 

3. Il y a eu, disent les consuls, une diminution probable. Depuis 1709, 
« plusieurs maisons ont croulé et nombre (d'habitants) ont déserté par la 
misère », conséquence des grêles et des charges excessives. (Arch. Haute- 
Garonne, G. 1925, v Peyssies.) 



52 J- ADHKR. 

états de 1651 à 1723. En douze ans, de 1659 à 1671, il y a 
6,281 livres de dettes vérifiées qui doivent être payées, con- 
formément à la faculté laissée par l'arrêt du Conseil du 
10 novembre 1667, en fonds et héritages'. Dès 1633, Coula- 
"dère fl31 habitants en 1743) emprunte à son seigneur, 
M.- de Vise de Bolp, les sommes nécessaires aux frais d'un 
procès pour ses communaux. Le siège du Mas-d'Azil, le 
R mal contagieux » de 1630 qui a « emporté tous les consuls 
et grande partie des habitants », la disette de 1653 entraînent 
aussi des charges dont l'avance est le plus souvent faite par 
le seigneur. La liquidation n'est pas entièrement terminée à 
lafindel733-. 

La communauté de Latrape, ta peu près d'égale importance, 
a fourni à un seul commandant du régiment d'Harcourt, 
M. de Boissage, « en argent et en chevaux », 7,098 livres en 
1653. Déjà, en 1628, comme toutes les communautés voisi- 
nes, elle a subi les « foules » des troupes opérant autour du 
Mas-d'Azil. Les quartiers d'hiver du régiment d'Harcourt 
ont surtout pesé sur les résidents. Les « bientenants », c'est- 
à-dire en général les propriétaires les plus favorisés, ont pu 
s'y soustraire : « Le reste des habitants ne pouvant pas four- 
nir auxdites avances par la nécessité de la plupart de ceux 
qui étaient dans le lieu ou par l'absence des habitants 
forains et contribuables dudit Latrape, quoique ces derniers 
eussent plus de moyens de faire lesdites fournitures que tous 
les autres ensemble^ ». 

C'est là une conséquence de l'absentéisme à laquelle peu 
d'historiens, semble-t-il, ont songé. En fait, le proprié- 
taire forain échappe aux charges militaires immédiates; soit 
(jue, simple tenancier, il n"ait })oint de maison meublée à 
offrir aux troupes, soit que la réglementation n'ait i)as (iiicoi'e 



l.'Voir notre étude sur les Patrimoniaux du diocèse de Jlieux 
{Annales du Midi, t. XVII, pp. SO-i et suiv.). L'arrêt du Conseil était 
contraire à l'édit d'avril de la môme année. (Cf. Isambcrt, Recueil..., 
t. XVIII, pp. 187 et suiv.) 

2. Arch. de la Haute-Garonne, C. 1936. 

3. Arch. de la Haute-Garonne, C. 1936. 



LE DIOCESE DE RIEUX AU XVIIl» SIECLE. 53 

indiqué les moyens de l'atteindre'. Il ne pouvait échapper, 
dans les pays de taille réelle, aux conséquences des engage- 
ments collectifs pris par les communautés, soit que l'impôt 
spécial affecté au service de la dette fût ajouté à la taille, au 
marc la livre; soit qu'il fût perçu isolément et réparti entre 
tous les propriétaires fonciers ou habitants^. 



xn. 



Le tableau pourrait être continué, mais ne modifierait 
guère les impressions qu'une assez longue description a pu 
nous suggérer. Ce qui était essentiel, c'était de déterminer 
quelles circonstances firent naître les dettes des communau- 
tés, et quels procédés, — dans quels délais? — en amenè- 
rent la liquidation. Ces « clôtures » décomptes, nous l'avons 
vu, n'entraînaient pas ipso facto la suppressio'n des char- 
ges locales affectées à la dette ; on peut dire, au contraire, 
qu'elles ouvraient une nouvelle période fiscale et qu'en régu- 
larisant ces charges, elles les prolongeaient. 

Les payements échelonnés que prescrivirent, dans la plu- 
part des cas, les commissaires des Etats, n'ont pas d'autre 
caractère. Si la liquidation constitua un avantage pour les 
communautés du fait de cette répartition, ce fut surtout 
parce qu'elle les garantissait contre la « surprise » des assi- 
gnations, contre l'imprévu d'une liquidation judiciaire que 
l'intervention administrative conjurait. 

Nulle part nous ne voyons mettre en pratique le conseil 
indirect que donnait Golbert, ou du moins l'opinion d'une 
orthodoxie précaire qu'il exprimait dans une lettre à l'inten- 

1. Le Code municipal mentionne les différentes ordonnances qui visent 
le logement des troupes (pp. 280 et suiv.) : la plus complète est celle du 
25 juin 1750. Elle avait été précédée de celles du 9 février 1584, 14 août 
1623, 16 décembre 1692, 23 décembre 1695, 14 juillet 1728, etc. 

2. Le Code municipal, p. 158, indique cette double procédure; mais 
quand il s'agit des procédés financiers de l'ancien régime, il faut toujours 
compter avec le « privilège » à titre personnel, et en Languedoc avec les 
tractations, « abonnements » ou autres, tendant à réduire ou du moins 
à régulariser les charges collectives. (Voir aux Arch. de la Haute-Garonne, 
C. 1 à G. 44, passim.) 



54 J- ADHER. 

dant de Metz : « A l'égard des paroisses de la campagne, il a 
été tellement reconnu qu'elles étaient tellement surchargées 
de dettes et qu'il y avait si peu de peuple, qu'il n'y avait 
d'autre parti à prendre qu'une abolition générale de toutes 
les dettes, ou pour parler plus véritablement, une banque- 
route universelle... ' » 

On n'alla pas jusque-là; mais il est possible que le jeu des 
liquidations successives, les doubles emplois que constituent 
souvent les états de dettes, nous cachent de véritables réduc- 
tions ou, comme on disait, des « retranchements ». Qui dit 
liquidation dit d'ailleurs examen et, au besoin, rejet. L'édit 
d'avril 1667 « portant règlement général pour les communes 
et communaux des communautés laïques » nous indique le 
procédé suivi, en supprimant sans indemnité le droit de 
triage, qui était bien une rente foncière due par les commu- 
nautés 2. C'est également dans ce sens qu'il faut interpréter 

1. P. Clément, Histoire de Colbert, t. II, p. 36, également cité par 
E. Lavisse, Histoire de France, t. VII (1" partie), p. 208. — Il faut remar- 
quer que le procédé, plus que vif, aurait sans doute trouvé une opposition 
puissante dans les oligarchies locales, qui, par leurs tenants et aboutis- 
sants, étaient les seules créancières des communautés. Sur la suscepti- 
bilité des Etats de Languedoc en matière de droits financiers, voir Ros- 
chach, loc. cit., passim; Marion, L'impôt sur le revenu au xviii» siècle, 
p. 150, et son appréciation un peu sévère (à propos du rôle des Etats dans 
l'application des vingtièmes établis par Machault) : k Cette assemblée de 
« muets et de valets était fort capable de se révolter le jour où ses maî- 
« très lui ordonneraient de le faire. » Nous avons d'ailleurs une preuve 
directe de cette opposition, non seulement à une spoliation, ce qui aurait 
été très légitime, mais à l'ensemble des mesures de liquidation. D'après 
l'archevêque de Narbonne, les Etats s'opposèrent d'abord à cette liquida- 
tion, uniquement pour ce motif : que les créanciers faisaient partie des 
corps et communautés représentés par eux et qu'on ne pouvait leur ôter 
des revenus assurés. (E. Lavisse, Histoire de France, t. VII (1" partie), 
p. 281.) Cette opinion n'est pas en contradiction avec l'attitude relevée 
plus haut, pp. 31, n. 4, et 37, n. 2 : la liquidation ordonnée par Colbert était 
en définitive synonyme d'extinction, et les créanciers privilégiés des 
communautés pouvaient bien ne pas la voir d'un bon œil. 

2. « Et seront tenus tous seigneurs prétendans droit de tiers dans les 
usages, communes et communaux des communautés, ou qui en auront 
fait faire le triage à leur profit, depuis l'année 1630, d'en abandonner et 
délaisser lîi libre et entière possession au profit desdites communautés, 
nonobstant tous contrats, transactions, arrêts, jugements et autres choses 
à ce contraires. » L'usurpation se préjuge. (Voir Isambert, Recueil, etc., 
t. XVIII, p. 189. Cf. notre étude sur les Patrimoniaux, in Annales du 
Midi, t. XVII, pp. 504 et suiv.) 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XVIir SIECLE. 55 

des décisions comme celles du Parlement de Toulouse, rédui- 
sant d'office les frais du procès de Bénagues, contre les nou- 
veaux seigneurs, organisateurs avant la lettre du « trust » 
des mines de la vallée. 



XIII. 



Tous ces faits établis, il est superflu, pensons-nous de 
montrer quelle dut en être la répercussion sur la vie écono- 
mique des populations rurales pendant la première moitié 
du xviii» siècle. Nous ne sommes pas sûrs de posséder les 
moins anciens états de dettes, et nous pouvons légitimement 
prolonger de près d'un quart de siècle l'effet des plus impor- 
tants*. Les dernières dettes de Gastagnac sont liquidées en 
1706, celles de Bénagues en 1732, celles de Montjoy en 1707; 
celles de Bax ne vont pas au delà de 1679, celles de Gabre 
au delà de 1671, tandis que celles de Noé ne sont liquidées 
qu'en 1728^, celles de Saint-Michel en 1727, de Grazac en 
1726, de Latour et de Longages en 1723, de Mauressac en 
1726, de Bérat en 1734, de Montaut en 1725. Lavelanet ne va 
pas au delà de 1661, Mauran de 1671, Sainte-Croix de 1666, 
Lafitte-Vigordane de 1693, Massabrac de 1680. 

Nous n'avons trouvé nulle part de tableau d'ensemble indi- 
quant, à une date déterminée, quelle était la totalité des det- 
tes des communautés du diocèse de Rieux. En 1708, les vil- 
les et communautés du Languedoc devaient 5,566,135 livres 
19 sols sur une dette totale de 25,786,529 liv. 19 sols, soit 
près d'un cinquième^. La population du diocèse était de 45 à 
50,000 habitants*. Celle de la province devait être à pareille 



1. Nous visons ici les charges locales, réparties entre plusieurs exer- 
cices, que les liquidations entraînent. (V. plus haut, pp. 34 et suiv.) 

2. Ce qui n'empêche pas cotte communauté de payer encore, en 1750, 
720 livres d'intérêts d'emprunts. (Arch. Haute-Garonne, C. 1991.) 

3. De Boislile, op. cit., t. III, p. 18, n» 40, n. 

4. Ceci résulte de nos -déductions, tirées de l'examen minutieux des 
rôles de capitation. M. Dognon, Les Institutions... du pays de LaJi- 
giiedoc..., établit que le diocèse de Rieux était, d'après ses facultés contri- 
butives, le moindre après celui de Oomminges. 



56 J- adhi:r. 

époque de 15 à 1,700,000 habitants». Si la proportionnalité 
était applicable en pareil cas, la part des dettes des commu- 
nautés du diocèse de Rieux varierait entre 146,500 livres 
environ et 185,500 livres, c'est-à-dire du î|ô au j|ô de la dette 
totale de la province. Il est vraisemblable que cette double 
évaluation est plutôt supérieure à la réalité, si l'on considère 
les faibles ressources et, par suite, la relative faiblesse con- 
tributive de la plus grande partie du diocèse. Il ressortirait 
néanmoins de cette constatation ce que nous avons pu véri- 
fier^, c'est que le travail de « libération », si on peut dire, des 
budgets municipaux fut poussé très loin par les contrôleurs 
généraux de la fin du xyii» siècle, secondés bon gré mal gré 
par les Etats de Languedoc^. L'œuvre fut continuée au 
xvm» siècle. Si la généralisation était légitime, on pourrait 
dire que tout est terminé à la fin du ministère de Fleury. Il 
est à peu près démontré* que, pour un certain nombre de 
communautés, la voie des emprunts ne fut pas désormais fer- 
mée; mais rien ne ressemble, dans la seconde moitié du 
xviii« siècle, d'une paît, à ce formidable ensemble de dettes 



1. Expilly (IV, p. 61), argumentant sur les chiffres donnés par le 
Mémoire de Basville s'arrête à 1,581,774 habitants aux environs de 1700. 
En 1765, il évahie la population, d'après les cotes de capitation, à 1,690,195 
{ibid.. p. 59). Son procédé de supputation pour cette dernière (coefficient 
de la cote de capitation 4 '/s) nous parait un peu faible. Nous l'évaluons 
ailleurs à 5 ou 6. Nous serions alors d'accord avec Tocqueville, qui donne 
au Languedoc, à la veille de 1789, près de '2 millions d'habitants. 

2. Voir plus haut, | i, pp. 32 et suiv. 

3. Et nonobstant des obstacles locaux dont nous n'avons pas trouvé 
trace, mais que révèle une circulaire de Colbert, datée de 1683, année de 
sa mort : « Sa Majesté ayant fait entreprendre le travail de cette liquida- 
tion, et le faisant continuer depuis vingt-deux ans sans interruption pour 
le soulagement de ses peuples, voit que par les mauvais usages que 
lesdits officiers municipaux en ont fait, il sew trouve que ses peuples ont 
été surchargés de cette imposition et continuent de l'être sans s'acquitter 
de toutes leurs dettes selon son intention. » Cité parE. Lavisse, Histoire 
de France, t. Vil (1" partie), p. 208. 

4. Par exemple par la persistance de la réglementation spéciale à la 
matière. Voir aux archives de la Haute-Garonne, C 42 (8 janvier 1775), 
r « Ordonnance de JVxV. SS. les commissaires du Roi et des Etats sur 
la vérification des dettes des diocèses, villes et communautés ». Le 
budget de la province pour 1775 établit que les dettes vérifiées (diocèses, 
villes et communautés) s'élèvent à 792,588 livres 2 sols 8 deniers. 



LE DIOCESE DE RIEUX AU XVIII» SIECLE. ul 

municipales que nous venons de constater, d'autre part, à 
cette vaste liquidation poursuivie pendant un siècle, en dépit 
de circonstances peu favorables, avec persévérance et suc- 
cès. Quant aux conséquences administratives de ces charges, 
il n'est pas difficile de les entrevoir. Elles durent obérer les 
communautés <à un tel degré que toute amélioration maté- 
rielle importante, toute grosse réparation, et-par suite tout 
développement de la vie municipale durent leur être interdits 
pendant la seconde moitié du xvn« siècle et le premier quart 
du xviii". Il y a plus : des textes précis nous indi(iuent 
un résultat gros de périls. Le 6 décembre 1709, l'archevêque 
de Narbonne écrit au contrôleur général : « Les communau- 
tés ne paient pas les intérêts de leurs délies Les dio- 
cèses' et les communautés doivent en leur particulier près 
d'un million d'intérêts qui restent encore à lever^... » D'où 
un abandon de la terre que nous avons constaté ailleurs'. 
« C'est ce que font tous les jours plusieurs particuliers, c'est 
ce qu'il y a lieu d'appréhender de la part des communau- 
tés, par les actes d'abandon qu'elles font signifier *. » 

Ce que le présent ne fait pas, — une expérience sans cesse 
renouvelée nous l'apprend, — incombe aux générations qui 
suivent et emprunte de ce retard même un caractère plus 
pressant, aggravant d'autant les conditions onéreuses de 
toute réforme. C'était néanmoins, pour la préparation de 
l'avenir, une pensée heureuse que celle de dégager les bud- 
gets municipaux de ces préoccupations. N'étaient d'autres 



1. Le budget de l'assiette du diocèse de Rieux pour les années 1700 et 
1703 nous donne les sommes respectives de 1*^,095 livres et 15,750 livres 
pour le total des intérêts des dettes spéciales au diocèse. (Arch. Haute- 
Garonne, C 1916.) Nous avons groupé les dettes anciennes, nouvelles (re- 
montant au plus à 1G91) et les rentes inféodées des établissements divers. 

2. De Boislile, t. III, loc. cit., n» 650 n. 

8. Voir Les biens patrimoniaux du diocèse de Rieux au xviii' siècle, 
dans Annales du Midi, t. XVII (1905), pp. 497 et suiv. Nous n'avions pas 
relevé le motif qui va suivre parmi les causes de l'abandon. 

4. De Boislile, loc cit., t. III, n» 650 n. Visiblement, ces « actes d'aban- 
don » étaient la condition préalable d'une nouvelle adjudication des fonds, 
l'abandon étant nuisible aux intérêts des communautés qui voyaient par 
là augmenter leurs charges fiscales, 



58 J- ADHER. 

circonstances d'ordre général, dont le détail n'est pas à faire 
ici, on peut dire qu'à la veille des réformes conçues par 
Machault, la situation économique et fiscale des communau- 
tés était plus favorable qu'elle ne l'avait été depuis Riche- 
lieu. Cet effort était nécessaire, comme la préface de toutes 
les améliorations qui s'imposaient. En tout cas, il est utile 
de le signaler : nous y voyons le témoignage d'une activité 
administrative qui aurait pu produire les meilleurs résultats. 

J. Adher. 



MELANGES KT DOCUMENTS 



I. 



SUR tJNE PIÈGE FRANÇAISE COPIÉE DANS UN MANUSCRIT 
PROVENÇAL. 

Sur la dernière feuille de garde du célèbre chansonnier pro- 
vençal de Milan (ms. G, Bibl. Ambrosienne R. 71, sup.) on 
lit cette strophe, presque effacée, que personne encore n'a 
songé à étudier. Je la reproduis telle quelle, en employant 
l'italique pour les abréviations : 

Gan iioi nea la flor en la prea. plus magrea de neu ni gelea. Tra 
d... ceualçoi long | una ramea. tota sola en me la uoia pastura 
oti'ouea. je li dis un me mot. e la | mi respos tantost. Sire qe uos 
agréa pois qe sole en ceste uoie maues en[contrea] | non cuit que 
per uos soie onie ni uergogee. fusea (?) çelea clamea cing conzpa- 
gnon I qi auoie man trastot lasie cani perin ma^'tin Garin satin 
man oblie*. 

Il est presque inutile de remarquer que cette langue est 
très corrompue; on y trouve à la fois du provençal, du fran- 
çais et de l'italien. Les terminaisons en -a(nea, magrea, etc.) 
sont un trait méridional, tandis que le changement de Va 
^onique en e, dans les mêmes mots et dans d'autres encore, 
appartient à la France. La première personne de l'indicatif 
présent o fligne 3), pour ai, vient de l'italien. Néanmoins, le 
fond de la langue est évidemment français, quoique très 

1. Ces lignes sont peu lisibles et j'ai eu une certaine peine à les déchif- 
frer. Bartsch en avait lu seulement le commencement. J'ai indiqué par 
des points l'absence de sept lettres que je n'ai pas réussi à lire, peut- 
être U7i matin. 



60 ANNALES DU MIDI. 

maltraité. Comment expliquer ce mélange linguistique? 

Je crois pouvoir le faire d'une façon tout à fait sûre : il s'a- ■ 
git d'une pièce française (Raynaud, Bibliogr., n<» 534) copiée 
dans le cours ou à la fin du xiv^ siècle par une main italienne 
qui cherchait à provençaliser les formes françaises*. 

Le texte en est ici tellement altéré qu'il est permis de croire 
qu'elle a été transcrite de mémoire. Voici l'original français, 
d'après le manuscrit de Berne, dont la langue se rapproche de 
notre fragment plus que celle des deux autres manuscrits^. 

Kant uoi née. la tlour en la pree. plux magree. ke noif neialee. 
lautrier men clieuachoie. per une aniornee. trestout droit enmi ma 
noie, pas toure ai trouée, ie la salue a bries mos, elle me respont 
tantost. a miels ke sont, plux bel ke pout. sire ke uos grée, por 
tant senmi ceste noie, maueis si trouée, ne cuit pais ke per uos 
soie, gaires loing monee. lors cest escriee, sus see ualee. robiiis. 
perrins. thieris abris, aueis moy obliee. quant la ui effraihee. si 
lai resconfortee. Giulio Bertoni. 



II 



UN CONCOURS PROFESSORAL A LA FACULTE DE MEDECINE 
DE MONTPELLIER AU XVl^ SIÈCLE. 

{Suite et fin '.) 

Quaestio secunda. 

A?i 01(771 fi'uctibus horœis jxnii.'i comedendus? 

Miserta de nobis mens seterna, ciim intueretur variis nos alte- 
rationibus ac perturbationibus calidi, frigidi, siccive quasi con- 
fici, nec non a secundis et tertiis qualitatibus, singulari imma- 
nitale et crudelitate prœdita fuisset, nisi ad levamen dictarum 

« 

1. Cette pièce française ("particulièrement intéressante à cause de ce 
mélange de langues) n'est pas la seule qui ait été copiée dans des manus- 
crits provençaux : on en trouve, par exemple, dans le manuscrit Q. Mais 
ces pièces sont moins nombreuses que les pièces provençales copiées dans 
des manuscrits français; celles-ci ont été étudiées par M. Gaucliat, iîowia- 
nin, XXII (189;i), p. 364. 

2. Archiv de Herrig, xlii, 3r)6. Cette pièce a été publiée aussi par 
Bartsch, Altfranzôsische Roynanzen ti. Pustourellen, Leipzig, 18'^(i, 11, 
109, n° 6. 

3. Voir Aïinales, t. XX, p. hVi. 



MÉLANGKS ET DOCUMENTS. 61 

affîictionnm mortalibus nihil quicquam dono dedisset, quo per 
œstatis festus perfruerentur, illiiis vehementiam deleniret demul- 
ceretve. Qiiod cùm non contigit, fructus varios pro quaque anni 
parte, aut qui et asservari possint effuse est effasa : wparouç potis- 
simum vere, festate et autumno. Qui cùm copioso madeant hu- 
raore exuberentve, dictus humor, quia posset plus œquo venlri- 
culiim lubricare laxareque, sicque illius firmitudinem inûrraare, 
merito eos fructus cum pane mandimus, ut ille liumorem ebibat 
quasi excedentem (nisi studium sit plane alvum movere) eodem- 
que repudiamus celeriorem dicti succi decursum ad hepar, a 
quo et a venis, estivo tempore, quam maxime expeditur. At et 
sœpe ab iisdem avide accitur. Qui ubi in dictas venas decursus 
est, natura mollitur' in substantiam nobis familiarem commu- 
tare, cujus substantia cum repugnet, neque nos alere possit, con- 
tingit ut delitescens in dictis venis (nisi per urinas aut sudores 
efiluat) computrescat, morbosque ex putredine ortos proférât. 
Cùm vero eos cum pane mandimus, cùm panis furfuraceum ac 
terrenum deorsum tendat, similiter et ille succusillabetur per infe- 
riorem sedem, sicque morbos quampliirimos prœscindemus, si 
cum pane illis perfruemur ac voluptuabimur. Preterea quae 
fluxiliora sunt, ea cohiberi debent : at vero fructus borrei tluxilio- 
res quam par sit sunt; ergo cohibendi. 
Ergo cum fructibus horœis panis est comedendus. 

Quœstio tertia. 
An carnes animalium veneno necatorum sinl venenatœ? 

Quemadmodum homo variis ac diversis exsedificatus est parti- 
bus, solidis, carnosis, parenchymatis et spirituosis, similiter bruta 
animantia dictis conflata sunt. At verô cùm impetu solo, sensu 
non ratione ducantur, quodvis obvium mandunt et edunt, cùm 
illis sit satis semel quocunque modo ventrem saburrasse, nullo 
habito delectu. An cibus, alioqnin solitus, sit intoxicatus, eum 
famelicè excipiunt. Ast tandem commissi pœnam luunt. Namque 
illico venenum excedit suam vim in propinquiorem objectam par- 
tem, nimirura in ventriculum. Sicque ut ventriculum aut dilace- 
ret dilanietve, aut illius innatam caliditatem suffocet extinguatve ; 
aut si levés sit, simili qualitate nos afficiat, sicque ut veneni vi- 

1. Sic, pour « molitur *. 



62 ANNALES DU MIDI. 

rus per meseraicas venas serpat ad hepar, ab hepate ad cor rectà 
eat. Quod ciim afficit, non procul abest a vitse discrimine. Sic ut 
edendo non esse nec intestina, nec hepar, aut cor existimem , car- 
nosani vero substantiam impunè quidem eam edi posse, nisi vi- 
rus per eam substantiam perrepserit, affirmamus. Ubi verô ani- 
mal ob venenum obit, cum argumentum sit succubuisse veneno, 
parles easdem eodem esse infectas tradimus, ab iisque esse longé 
latèque abstinendum. Quod ita conficio : venenatum id est quod 
veneno est atlectum : carnes animalium veneno necatorum veneno 
affectae sunt, ergo carnes taies sunt venenatae. 
Quare carnes animalium veneno necatorum sunt venenatœ. 

Qusestio quarta. 

An ovorutn usus nephrilicis et febrientibus tutus? 

Hsec est ovorum essentia et materia, ut ea levissima de causa 
afficiatur allereturve. Gùm verb ventriculus febrientium adeb 
exardescat exestuetve, contingit ut ova potius caloris vehementia 
computrescant, quam quod laudabilem succum prœbeant. Cum 
igitur pei'iculum sit, ne ob insignem hepalis caliditatem novique 
alimenti penuriam, is ovorum succus ab hepate pertrahatur inque 
venas rapiatur, tutius est abstinere quàm cupiditatem explere. 
Quamvis ex ovis sit victus luimidus, cumque ova consistentiam 
habeat ^ crassam et viscidam maxime ex albumine, non potest 
non eundem proferre sanguinem. Cujus momenta aliqua si cum 
urinis in renés illapsa sint, renum calore fit ut is crassus sanguis 
solidescat, tandemque soliditate sua et duritia renum unilatem 
concutiat, sicque nephritis exilit, si communi medicorum opinioni 
insistendum est. Eaque sit epoche : quod fovet alicujus mali cau- 
sam, id est fugiendum : ova febres fovent et nephritim, ergo ova 
fugienda. 

Quare ovorum usus nephrilicis et febrientibus est parum tutus. 

Qusestio quinta. 

An vnlnifs conlusnni aggiutinanlibits rite curctxirl 

Ubi lx/û[xu)3iç advenil, accuratum opportet cliirurgum in reme- 
diis propriis adhibendis. Cùm enim ex conlusione continui in 
parte sit facta solutio, capillares vœna; aut aliœ frangantur, ex his 

1. -Sic. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 63 

dissiliat sanguis. partium siiccus exprimatur in parte, cùm san- 
guis tùm succus inhferrenl neqiie discuti possint, extra suos limi- 
tes necessario computrescunt. Qui cùm a nobis sint plané alieni, 
par facultatem expultricem permoventur. At verô ea est imbecil- 
lior quae possit tantam peccantis materise molem extrudere. Quare 
cùm parti imputrescat, medici immitati naturse modum, similiter 
appositis remediis putrefacere soient : unde suppuranlia adhibent. 
Ea enim simili partis natura pus accélérant, tum demum exina- 
iiiunt. Gum vero agglutinantium natura sit plané dispar, nullaque 
insint labia divisa aut elfatu digna, ab his in diclis vulneribus 
contusis plané est abstinendum. Eritque haec nostra epoche : qui- 
jibet morbus sua propria exquirit remédia, vulneri contuso agglu- 
tinantia non sunt propitia, at suppurantia ; ergo vulneri contuso 
apposita sunt suppurantia. 
Quare vulnus contusum non agglutinantibus curatur. 

Quaestio sexta. 

An purgatio et phlebotomia iclibus et morsiMis virulentis 
conveniant? 

Si quis nunc sit a scorpione aut phalangio ictus, cùm virus non- 
dum irrepseiit in intima, huic non purgatio, non phlebotomia est 
adhibenda, at quœ foras id proliciant. Si verô jandiu virus istud 
intro delituerit, humoribus et sanguini se immerserit, haud du- 
biè infecit sanguinis massam virulentia sua. Cùm autem non 
commodiùs sanguis viciatus exoneretur quàm venœ sectione, 
phlebotomiam in ictibus inveteratis comprobamus. Quod si tem- 
poris diuturnitate y.TAQyy\)lcf. obvenerit, cùm similiter purgantibus 
tollatur medicatnentis, dicimus ictibus et morsibus virulentis e^ 
phlebotomiam et purgationem convenire. Quod ita paucis contrahi 
potest : purgatio cacochimise est, phlebotomia plsethoraî. In ictibus 
et virulentis morsibus recentibusque nulla cachochimia, nulla ple- 
^ora prsesens adest : ergo in his nec purgatio, nec phlebotomia 
convenient. 

Quare ictibus et morsibus virulentis nec purgatio, nec phloboto- 
mia conveniunt. 

Qusestio septima. 

An suppuratio fiât a calore innaluralif 

Conspicuum est quamcunque corporis etiam minimam particu- 
lam incito calore quodam esse donatam, quo quidem dictœ mi- 



64 ANNALES DU MIDI. 

nimœ parliculœ alimentum suœ nutritioni pelliceant; at verb et 
aliquandiu id asservent, qiio id conquocant, et si quid insil alieni 
protrudant. Hoc cùm sit, si contigeril praiter naturam humoiem 
quenipiam in partem aliqiiam dérivasse, cum is humor per csecos 
corporis nieatus non possit exilire aut digeri, curaque, ut est dic- 
ttira, par[s] quseque incito quodam calore sit niunila, quo qnse in 
eam influunt subigantur, se erigit calor, se er[ig]it coctrix facul- 
tas, et is calor qui non naturalis, sed secundum naturam, et 
tamelsi suppurantia medicamenta videantur secum ferre dicto 
calori quid siniile et extrinsecum, nihilominus opus omne calori 
incito partis est tribuendum, qui suppurans id medicamentum, 
tanquam innaturale, reducat de potenlia in actum. Id quod etiani 
hoc syllogismo rectè confici videtur : Quiquid i est causa causae 
est et causa illius effectus; sed dum suppurant medicamenta, per 
partis calorem suppurant. Ergo suppuratio non fit a colore inna- 
turali. 
Quare suppuratio non fit a calore innaturali. 

Quœstio octava. 
An desiillaliones capitis hyeme freqiientiores qiiam œstate? 

Pro quatuor anni partibus, et a^tatis gradibus, diversos humo- 
res vigere ostendit eventus morbornm, qui liac vel illa emergiint. 
Cùm œstate bilis excédât, mirum non est si febres tam continué 
quam intercidentes nos affligant, herpetes et erysipelata, phleg- 
mone erysipelatodes, ac cumsimiles afflixiones. Cùm autem 
hyeme ex adverso pituita exuberet excelletve, fréquentes sunt eo 
tempore distillationes, rauscedines', x6puî^ai et gravedines in valde 
senibus. Cùm enim frigecit^^ fit ut a frigore cerebrum rariim et 
spongiosum quasi convellatur ac comprimatur, et maxime cùm 
eo tempore dictum cerebrum exùndet sanguine frigido et acoso*, 
si quaîpars alla utpoteque et eo alatur sanguine et omnium cor- 
poris partium est frigidissima. Quod cum se exonérât id quidem 
facit aut in oculos, aures, nares, palatum, bronchia et ventricu- 
lum. iEstate cùm sui leslu dictum cerebrum exarescat, biliosor* 
sanguis (iat, dostillatioiies cajutis tam freiiuentes quam hyeme 

1. Sic. 

2. Sic pour raucedines. 

3. — frigescit. 

4. — aquoso. 

5. — biliosior. 



MEI.ANGES ET DOCUMENTS. 65 

non adveniunt. Lippiludines tamem frequentiores. Sic ergo dis- 
puto : id frequentius fit, quod ad id est proclive. At destillationes 
hyeme proeliviores quam OBstate. Ergo hyeme frequentiores. 
Quare distillationes capites* hyeme frequentiores quam sestatu". 

Qusestio nona. 

An continentes phthisi tnagis ohnoxii salacihusf 

Qui salaciores sunt, et illi continentibus calidiores et humores 
habent calidiores, qui cum in pectus et pulmones instillant, cùm 
quandam acrimoniam circumferant, fit ut leAiis puhnonum subs- 
tantia facile et recipiat, et ulceretur. In continentibus verô cùm 
humores tranquilli, mites et sedati sint, facessunt in corporis et 
cerebri alimoniam, maxime cùm dicti humores naturalem suam 
habeant conditionem; nec in his, ut in salacibus, vis naturae est 
exùluta. Venere enim intempestiva quàm plurimum infringimur 
ac debilitamur, ut rara excitamur, ut qua veluti gravi quodam 
pondère liberemur. At verô intempestivo cum cohitu tam humo- 
ris quàm spirituum ingens flat dissolutio, qui spiritus et humores 
totam hanc corporis o?/.ovo[j.(av regunt et continent, mirum igi- 
tur non est si salaces continentibus cpOûo-i sunt magis obnoxii. 
Quod quidem hoc unico complector sylogismo : in quem morbum 
proeliviores sumus, in eum incidinms; salaces in phthysin conti- 
nentibus sunt proeliviores, ergo in phthysin potiùs incident quam 
continentes. 

Quare salaces continentibus magis sunt phthysi obnoxii. 

Quaestio décima. 

An gravis et fœtidus odorjuvel su/focatas? 

Cùm primo parenti conclusum esset a se genita omnia succes- 
sione quadam propagare, iisdem similiter dédit in quibus et per 
quse perennarentur, verbi causa stirpibus et plantis (in terra tan- 
quam fertili quodam agro) ingeneravit semina, quœ suo quaeque 
loco suoque tempore tempestivè proseminarentur, ut ex his tan- 
dem ille primus parens hominibus sua semina proscripsit, 
agrumve appositum in quem mandarentur prescripta semina 



1. Sic pour capitis. 

2. — sestate. 

ANNALES DU MIDI. — XXI. 



QQ ANNALES DU MIDI. 

affrumque illum natune uterum appellavit. Is, ut corporis ctelerge 
partes, suas patilur afflictiones et valetudines, ut suam habet 
volui)tatein et sensum. Ventriculus dulcibus subsultat, amaris 
inhorrescit. Dum utérus constat, oblectatur odoris, cùm a sua dis- 
cescit* constitutione non illis ampliùs voluptiiatur, sed contra. 
riis,'ut ventriculus amaris, reffocillattir. Siniiliter utérus odoribus 
gravibus et fœtidis non parum recreatur. 
Quare gravis et fœtidus odor juvat sutïocatas. 

Qusestio undecima. 

An à'f^ixk[kim et famem vini polio tollat? 

Misera hœc nostri corporis constrnctio variis diversisque est 
objecta affectionibus. Tgnata^ nobiscum est nostri ruina. In dies 
exhauritur primum illnd humidum primigeniuni, ut minime si* 
mirandum, si saepe numéro concidamus animi deliquio, siti 
famé. Quod cum Deus ille bonus prœsentiisset sua benignitate in 
tanto cibariorum numéro hoc unum praîtulit vinum, sane quàm 
maxime commendandum et laudandum. Si quid enim sit quod 
prompte farnen^ deleniat, id equidem est. Id enim quàm celer- 
rimè vertilur in sanguinem, qui nos alit, effluviumque triplicis 
nostrse substantiœ oportunissimè restituit. Vinum igitur in his 
casibus bibemus et adbibemus. Nec solum ad hos, at vero et ad 
6'f>fJa>.u.iav . Nam cum aliqua obtingat potius sangninis quadam 
acritnonia, quam ipsius redundantia, adveniens a vino sanguinis 
mawna copia, sanguinis effluentis in oculos acrimoniam demulcet 
ac contemperat : et ita 6<p8aX[Afav tollit. 

Quare ôçpOaX;jL(av et famen ■* vini [pjotio tollit. 

Questio duodecima. 

An vinum arthrylicis concedendum. 

Qui vult Vivendi legem accommodatam asgrotis definire, débet 
imprimis morbi essentiam perspectam habere. Elucidabitur verb si 
ipsum affectum resolvamus in causas suas. Si arthritis sit a pituila, 
arthriticua incolumiter sufferet vini penetrationem et tenuitatem. 



1. Sic, sans douto pour discessit. 

2. Sic pour innata. 

3. — faineni. 

4. — famem. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 67 

Hac enim infringet humoris cruditatem et frigiditatem. Si verb a 
l)ile est, cùiii viniim similiter sit calidnm et partivum tenuium ^ 
id bilem exacerbabit et exacuet, sicqiie fit ut altius in arliculos se 
insinuet, affectumque ampliel. Quod est prœter niedicorum con- 
silium. 
Quare vinum arthriticis quibusvis non est concedendum. 

De his respondebit Blezinus, doctor regens et decanus, in scho- 
lis medicorum, prsemii regii ergo, die 7a mensis octobris et biduo 
seqiienti. Quare rogat, etc. 

Noies ajoutées à la suile du compliment et avant les questions'^. 

MOTQM A PASTU SALUBREM ESSE 

Si motus est insalubris, bonum est cibos manere crudos, nam 
alteratio et chyli generatio motus sunt. 

R^. — De latione intelligo. 

Latio et cibi et ventriculi est necessaria, cibi ad fundum, ven- 
triculi per partes suas, quod fit opéra villorum. 

R. — Non totus movetur. 

Totum simul moveri oporlet et sentimus, dum se contraliit ad 
cibos arcte complectandos. Unde rigor, velut uteri concipientis, et 
vesicae, urina excréta. 

R. — Totius corporis motum intelligo. 

Corpus agitare confert duobus nominibus : 1° succussione, me- 
lius clauditur os superius, ut in saccis; 2» calor excitatur qui co- 
quat, ventilatione excitatur melius quam fit agitatione ut arte- 
riarum. 

R. — Nocet magis quam prosit. 

Experientia docet juvare, nam deambulatio suadetur a vulgo 
ad digestionem ; vulgus a peritis fuit doctum. Item saltatio a pastu 
fleri solet. Après la panse vient la da?ise. 

R. — Nocet, hinc puellarum fœdus color. 

Contra rustici omnes et artifices idem agunt et sunt robustiores 
otiosis a pastu. Pueri assidue moventur, iidem multa conficiunt 
alimenta. 

1. Sic. 

2. Ce sont les notes de soutenance dont il est question à la fin de l'in- 
troduction ci-dessus. 

. 3. Responsio. C'est le candidat qui réplique. 



68 ANNALES DU MIDI. 

PHLEBOTOMIA NUNQUAM CONVENIT * 

In peslilenti niorbo nec phlebotomia, nec purgatio convenit. 
Solvilur morbus veneiiatus omnis eruptione exacta. Res neutro 
convenit. 

Aut. Eras, Ratio divina et humana. Non sunt facienJa mala. 
Contraria contrariis curantur. Ergo non phlebotomia, quse est 
prœter naluram, scilicet vulnns et excreliim. Sangiiinis copia mi- 
nuitur recle inedia, frictionibus, ligaturis, fotibus, exercitatione. 
Sanguinis malignitas non tollilur phlebotomia, quia sine delectu 
vacnat et eadem proportio remanetcum virium (scilicet spirituum) 
jactura. Ligatura plus allicit quam vulnus in phlebotomia. 

PURGATIO NON CONVENIT 

In venenata materia, venenatum remedium non convenit, taie 
est catharticum. Humorum agitatio est verenda ne pertetri vapo- 
res principes partes lœdant; nam camerina mota est gravior. 

Cathartica évacuant bilem utramque et pituitam, non venena, 
quœ tota sustantia sunt inimica, his tamen conveniunt alia phar- 
maca. Galenus : phlegmagogum, cholagogum, etc., agit in naturam 
sinon comperiat hostem, etiam benignum, alioquin non fugaret. 
Attractio similitudine substantise, ergo assimilatum trahet ma gis 
[phlegmagogum, cholagogum, etc.] cessare trahere. Quse similiora 
trahent niagis^. 

Notes marginales de la tnêyne main que les notes précédentes 
et placées en regard de la sixième question 3. 

In principiis morborum, si quid, non viribus constantibus, va- 
cuatio fieri decet. 

Initio pestis utrumque convenit, non deinceps. 

Cacochymise debetur purgatio, at tum cacochymia est : ergo 
nnu^juam erit locus phlebotoniiœ. 

1. Les notes précédentes visaient la question I et les suivantes corres- 
pondent à la question VI : An purgatio et phlebotomia ictibus et mor- 
sibus virutentis convenia?it ? 

2. La rédaction rapide des notes décèle leur valeur mnémotechnique 
dans l'esprit de l'examinateur. Aussi bien la hâte est-elle plus, sensible 
encore dans l'écriture et dans l'usage des abréviations. 

y. Ces notes marginales semblent être des observations de détail desti- 
nées à compléter l'antithèse dont les notes précédentes exposent la subs- 
tance. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 69 

m 

JTHÈSES DE JEAN SAPORTA 

1574, 15-17 octobre (Arch. de la Fac. de Méd. de Montpellier, 
Orig. , sac 7, curn-cum *.) 

POINS RA.NDUS PAR MONSIEUR SaPPORTA ET DISPUTÉS LE 15 Of'.TOBRE 1574. 

Uîiiverso medicorum collegio J. Saporla, S. P. D. 

Voluntas vestra (vii'i percelebres), quse in me patremque nieum 
fuit semper propensissima, facit ut hodie nihil eorum prsetermit- 
tam, qufe ad vestram voluntatem explendam conferre existimem. 
Sim enim improbus, si sacrosanctse Academise nostrae jura infa- 
mari ac funestari patiar. In quibus colendis et observandis sum- 
mam mibi posui sanctitatem. Quare si nostrum studium vos pro- 
bare, si Antonii Saportœ, piissimi defuncti patris, bénéficia grata 
vos memoria prosequi cognovero, enitar, contendam, elferrani ut 
nec meam in hac niedica paleslra diligentiam, nec assuetani in hoc 
certamine studii desiderare possitis. Has igitur disputationes me- 
dicas, vestro jussu susceptas, accipite velim judicium observantise, 
pignus animi, obsidem uieœ perpetuœ voluntatis, Quod si non ad- 
modum perpolilse sint, partiui angustise lemporis, partim sludio- 
rum nostrorum intermissioni tribuetis atque expectabilis ex me 
aliquid et vestro fortasse et meo nomine dignius. 

Qusestiones medicae a professoribus regiis mihi traditsB disputandsD 

per triduum. 

An facuUales quœdam sint influentes. 

Anima suis facultatibus stipata et circumcincta semper univer- 
sum corpus perlustrat, totaque totos infusa per artus banc agitât 
molem^. Etenim, cum illa? animse sint proprietates, omnibus pari- 
ter corporis particulis insidere est necesse. 

Ergo nullœ facultates sunt influentes. 



1. Pour enrichir la série des lettres de l'alphabet destinées à servir de 
cotes, le rédacteur de l'inventaire de 1588 a ajouté après y les caractères 
qui sont respectivement les abréviations paléographiques des finales cum 
et rutn. 

2. Réminiscence de Virgile, ^Enéide, livre VI, vers 727. 



70 ANNALES DU MIDI. 

An functiones priiicipes anima in cerebri sinibus a7i in ipsius 
corpore exerceat. 

Quoniam anima iraaginum comprehensione perficitur, ha? tenui 
proflueiitique spiriluum corpori insidere neqiieunt, quo cerebi-i 
ventdculi circumfluunt. Ex hoc efflcitur animœ principes actiones 
in cerebri sinibus nequaqnam exercere posse. 

An a'tiAiiiwai; venis an parenchijmali sil tribuenda. 

Duo in sanguine notanlur, color et sul)stancia. A venis subtan- 
cise temperationem, a parenchymate utrumque sanguis mutualur. 
Ergo aî[x4Twaiç venis et parenchymati est tribuenda. 

Dentés an sentianl. 

Dentés peculiari tactus symtomate afflciuntur, aîtj.(i)5(av Gra-ci 
nominant, vulgus stuporem et congelationem. Quod cum ita sit, 
dentés sentiendi vim habere conchidere par est. 

An spiriluum copia lœdat. 

Spiritus nihil aliud existit quam caliduin innatum ; quod quum 
nusquam vitio detur, spiriluum quoque copiam imprimis optan- 
dam esse putamus. 

Ergo spirituum copia nusquam Isedit. 

Niun dolor repenlina sil mulalio. 

Nulla immoderantia furtim genita creataque dolorifica est, nam 
quse setatum decursu et annorum periodo inducitur nullum dolo- 
rem infligit. 

Ergo dolor repentina est mutatio. 

An caro sil pars corporis. 

Quœlibet corporis pars certam convenientenique figuram et in- 
crementi metam a natura accepit. At caro peculiari forma desti- 
tuta est nec certo incremento linitur. 

Ergo caro pars corporis non est. 

An nigra urinarum subsidentia ex mortificatione a frigore 
inducla proficisci possit, ut censuit Galenus. 

Qiiandiu in vivis'«st animans, tandiu caler corpus tuelur et 
sustinet, quo flt ut in^corpore vivante tanta non possit consister© 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 71 

frigiditas quanta sedimentis urinai nigris reddendis sufflciat. 
Ergo nigra urinarum subsidentia ex mortiûcatione a frigore 
inducta i:)roficisci nequit. 

An transaclo morbi prlncipio vena congruenter incidalur. 

Quolies vires sunt insigniter labefaclatte, tolies a venœ sectione 
est supersedendum, transacto vero morbi principio, vires sunt 
insigniter labefactalœ. 

Non igitur transacto morbi principio vena congruenter secatur. 

An certiim, febris hecticœ signuni ex urinis diici potesl. 

Quum per febres hecticas solidie partes, non liumores in vasis 
conclusi, aftîciuntur, harum in urinis nullum vitium demonstra- 
tur. 

Ergo nullum hecticse febris signum ex urinis duci potest. 

De his respondebit Joannes Saporta in scholis regiis medico- 
rum, die veneris per tridiium. 

Notes au dos : 

1. 

Eadeni est ratio quam astrorum : horum vis non est ubique, 
sed influit, comitans lumen. Hoc si defluit, illa quoque scilicet 
vehitur. 

Si pulsifica vis non influit, ligata arteria pulsabit, nam sanguine 
et spiritu plena est. 

Facultas insidet partibus et immédiate spiritibus. Ergo moven- 
tur et influunt cum spiritibus, nam, motis nobis, moventur, etc. 

Visifica influit et effluit, quia visio fit extramittendo, non mitti- 
tur spiritus, nam momento non attingeret astra. Ergo est facul- 
tas, res scilicet incorporea. Si est corporea res, ut spiritus, per 
poros tunicarum exit : ergo dispersus, et tôt res videbuntur quot 
sunt pori. 

Anima bruti influit a parentibus, ergo et facultas. 

Ergo onines sunt insitœ et nuUa facultatum communicatio, nul- 

lus consensus, etc. 

2. 

In sinibus exercentur. Substantia vulnerata, non cessât anima- 
lis functio, at cessât compressis ventriculis in contusione, vel ple- 
nis in apoplexia. 



72 ANNALES DD MIDI. 



IV. 



THÈSES DE BERMOND PAGES. 

[1574, s. d.] {Arch. de la Fac. de Méd. de Montpellier. 
Orig. : Sac 7, DDD.) 

CONCLUSIONS RANDUES PAR MONSIEUR PAQESI QUI n'oNT ÉTÉ DISPUTÉES 
CAUSANT l'iNHIBICION FAITE PAR MONSIEUR LE MARESCHAL. 

Qusestiones medicse. 
An surdos natura mulos esse oppofiet et contra? 

Omnis evis^, qu<B in nobis fit actio atque cognitio (quam etiam 
intelligenliam dicere solemus) ab hisce rébus tracta est, quse sub 
sensum recidunt. Qui quinario numéro coniprehensus, omnes quse 
hominem afficere possunt qualitates deprehendit. Audiendi facul- 
tas sonos deprehendens magno, majori oculus commodo, a nalura, 
quo disciplinam rudis et ig.narus homo capesceret, et a belluis 
distaret, concessa est. At qui ea, vel natura, vel vitio ingenito a 
prima in utero conformafione, privantur, ut non dccpovou; ita dO.aXouç 
et loquelfe expertes esse convenit. 

Oratio enim etsi homini propter ejus supra reliqiia animantia 
excellentem naturam et exactiorem organorum conformationem, 
propria, non tamen ingenita, sed flisciplina et studio (ut et artes) 
comparatiir : et ut qiiera natura surdum et muluin progenuit, is 
non potest geometriam edoceri, sic siirdus hominum loquelam 
non percipit. Non tainen à>aX(a surditatem invehit, cum , ut in 
quimera, ita organa dispariu disjunctaque sint, iiec ad hanc illa 
nocumenti quicquam alïerat. 

Quare surdi natura niuli sunt : non contra. 

Ulra facilitas anijnalis facilius leditnr : externa an interna? 

Cerebruni, ex solo semine ortum, sensu nullo |)reditum, homitii 
magnum ob multipliées functiones cogitationis, mémorise, rationis, 
motus ac sensus, quarum principium est : non ad cordis refrigera- 
tionem datum est. Earum quasdam in sinu suo, idonea structura 
et temperie, cogitationem, memoriaiii et raliocinntionem exercet. 
At motuni et sensum foras expromit : qui, externorum instru- 

1. Sic. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 73 

mentorum ope et uberiore spiritu facultatis vectore, actionem per- 
ficiant. Atque ut locis seclusfe, ita etiam dispariter laeduntur. 

Principes namque tutissimp loco conclus» validoque cranii 
ambitu obvallatse, sola temperie, non mullo animali spiritu egen- 
tes, non nisi a valida morbosa vi percelli possunt, quse cum com- 
meatum vitalis aurse in cerebrum frequens prsepediat unde ani- 
malis spiritus gignitur copiose externis fonctionibus necessarius 
et partium externarum temperiem labefactet, eas cito contulit, 
juvante objecli pleruinque magnitndine. 

Quare animalis facultas externa quam interna facilius leditur. 

An aegro et sano gralissimus cibus dandus? 

Corpus hominis, in continuo triplicis substanlise fluoré conslitu- 
tus, diu du rare non posset, nisi jactura accepta novi adventu ali- 
menti similis repararetur. Id cibus et potus non quivis sed speciei 
et individuo familiaris, tum sapore, tura substantia gratus. In sa- 
nis et a?gris (quorum amborum in nutriendo hic scopus est, ut 
naturalis status servetur, et amissus recuperetur) ceteris commo- 
dius prsestat. Perpetuum autem est naturali appetencia ferri in 
commoditatem non in lesionem corporis. 

Enim vero gratissimos cibos ventriculus arctius et lubentius 
complectitur (quod non minimum ad concoctionem momentum) 
ac illi sanitatem facilius conservant et morbum pugnacius demo- 
liuntur, tum justiore similitudine, tum aptiore contrarietate, cu- 
jus plerumque sola natura conscia est. 

Quare et sano et aegro semper est gratissimus cibus dandus. 

Quo morbi lempore victus et evacuatio largior convenit? 

Maximos natura morbos non evincit, facile levés per se sanat, 
medios expugnat commodo victu et evacuatione adjuta : quorum 
alterum causam morbosam tollit, imminuit, corpus pondère pres- 
sum levât, alterum vires recréât, conservât, adauget, idoneo tem- 
pore adhibitum. Si quidem ut importuno tempore irrita et noxia 
est evacuatio, ita cibus suspectus est, quum vel minimam portio- 
nem innoxie sumi non posse in morbo citra occasionem satis 
constet. 

Ac ut status parcissiraum principium parcum cibum postulat, 
raorbi auctio liberior cruditate et magnitudine symptomatum 
(quse in aliis temporibus cibos dehortantur), a viribus corporis 
perpétue indications sumpta, pleniorem admittit. Evacuatio 



74 ANNALES DU MIDI. 

vero, cum dupliciter perficiatur, purgatione et sanguinis missione, 
haec usque initio aptior, ut illa in turgente materia aut sequaci. 
In aliorum morborum incremento.tum plenior victus, tum pur- 
gatio quo manifeste humoi' malus concoquitur, salutem affe- 
runt. 
Quare in incremento victus et evacuatio largior convenit. 

Ulri morbi periculosiores , aestivi an hyemales , senties an 

juvéniles ? 

Etsi omnes morbos omnibus temporibus posse fleri certum est 
et omnibus hominis setatibus advenire, tamen frequentius alii 
hyeme alii sestate suboriuntur, et alii senes alii juvenes corripiunt, 
ut fetatis ac anni tempestalis temperies his vel illis favet aut répu- 
gnât : quorum magnitudineni arguit vel eos committens humor, 
bilis enim utraque sanguine et pituita majores morbos proferunt 
vel loci natura princeps, principibusve inserviens vel cacoitbia, 
unde periculum majus imminet languescentibus presertim viribus 
nec impetum ferre valentibus. 

Huictertiana exquisita, febres ardentes, vomitus, alvi profluvia, 
quartanse qusedam, lippitudines, aurium dolores, oris exulcera- 
tiones, genitalium putredines, estivi morbi juventutem corporis 
robore florentem raro enecant : at latérales morbi, pulmonis intla- 
mationes, gravedines, raucedines, tusses, apoplexiœetceteri hujus- 
modi hyemales fere senibus commoriuntur aut alios comprehensos 
pessime habent, qtiin et seniles morbi sunt juvenilibus majores. 

Quare periculosiores liyemales œstivis et seniles juvenilibus. 

Qua accessionis febrilis parle somnus ulilior? 

Somnus, cerebro proprius sensus communis affectus, calorem et 
sanguinem introrsum revocans, concoctionem promovet, vires 
relicit, corpus perpetuo humectât, tempeslive adhibitus : sedintem- 
pestivus excrementa gignit, moratur, detinet, effluxum omnem 
prêter sudorem cohibet; membrorum ob calidi inopiam, coiifrac- 
tionem, profundum soporem invehit, exacerbatiouibus morborum 
(non pari tamen pondère) pei'niciosus. 

Accessio namque, tolius circuitus deterrima pars, divina vi, pie- 
risque in morbis, certo teniporum intervalle, recurrens, in princi- 
pium, incrementum, statum ac declinalionem divisa : si prioribus 
tribus suis partibns somnum conciliât, habitiim corporis vel magis 
ac magis réfrigérât, vel extrudenda excrementa internis partibus 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 75 

infigit, vel evacuutionem inhibet, quse mala in declinalione niorbi 
omnino evitantur. 
Quare in declinatione accessionis somnus ulilior. 

An laringotomia in ullo slrangulatu aggredienda? 

Pulmo, trachia arteria, fauces, principes partes (cum nec vim, 
nec materiam aliis partibus ex se tamquam a fonte manantem 
habeant) haberi non debent, cordi tamen inspiratione et expira- 
tione ita siibserviunt ut cessante earum munere strangulatus mo- 
riatur homo. Ciijus rei metuni columelœ inflammatio ac angina, 
morbi acutissimi, fauces precludentes fréquenter inferunt. Cui 
malo sœpe nec revulsione, nec derivatione, nec humoris discu- 
tione tentata, satis citum auxilium prestante, apertione asperse 
arteriœ aer cordi prebendus est. 

Quid autem mirum ? Si huic malo sœpe inter anulos (Grœci 
[îpoY/fx appellaiit) seclione constante, robore obila, ex qua nulla 
intlammatio, nullus nietus morlis, nec nimia pulmonum refrige- 
ratio, aestuante febre, corpore timetur, aer immissus prodest? In 
desperatis satius est aliquod praesidium experiri etiam exquisite 
extremum. 

Quare in aliquo strangulatu laringothomia aggredienda. 

An castratione elephantiasis uUa sanahilis? 

Elephantiasis universi corporis morbus, non solo aère sed 
hausto humore contagiosus, ac saspe sponte genitus ab atra bile 
venenatam qualitatem per putredinem adepta (venenum enim 
hunianis corporibus et innascitnr et per multos annos sine noxa 
detinetur) suscitatur; terrenum ullnm humorem hepar calidius, 
sanguinem exurendo, parit. A quo viscère, tanquam fomite, in 
universum corpus, una cum viru horrendam deformitatem pariens, 
diffuuditur. 

Hoc malum, etsi raro sanescit, cum ad actum' (Grœci ivEp^efav 
vocant) pervenit, tamen tolli castratione potest, aut ita tegi ut 
curatum videatur. Intempéries enim hepatisimminui, non omnino, 
incolumi animante, tolli potest. Cum autem alla multa imbecillius 
tum hsec valde immutat partium principum conslitutionem , for- 
mam quasi virilem tollit, pilis corpus spoliât, pinguedinem inducit, 
vocein ex canora in gracilem immutat, humiditate corpus replet, 
certissima frigidi humidique temperamenti signa, quod huic morbo 
expeditum est remedium. 

Quare castratione elephantiasis quispiam sanari potest. 



76 ANNALES DU MIDI. 

An boulimi et caninœ appetentiœ curalio eadem ? 

Ventrioulus, appetentife sedes, prima officina concoctionis, 
duplici vehementi famé ([3oûXt[jLov Graeci vocant xaf xuvoÔEtv* ô'peÇtv) 
interdum, ex dissimili tamen causa, etsi conjnnctam^ eandem 
habent, afficitur. Illum enim refrigeratio sœpius externa ventvi- 
culi, mox in resolutionera etappetentise carentiam desinens, comité 
ssepe animi deliquio, excitât : banc frigidus acidiisque succiis, ven- 
tricule toto immersus, progignit, subséquente absumptorum vomi- 
tione, non cessante intérim appetentia. 

Evincitur autem non dissimili, sed eodem génère remediorum 
quîB frigus tollant, humiditatem inférant locis quibus insident. In 
pouXfjjLw enim orificium stomacbi magis, in canino appetitu lotum 
ejus partis corjtus laborat. ab acido humore imbutum. 

Quare pou>.([j.(o et caninae appetentiae curatio eadem. 

Uira elejjhantiasis cerliora indicia : eoclremorum insensibililas 
et grana sut lingua, an oculorum et aurium rolundilas ? 

Signa, non eadem vi semper predita, ex sua natura certitudinem 
nullam afferunt. Patognomonita vero, tanquam morbi fidelissimi 
comités, illum perpetuo comitantur ac veluti digito demonstrant. 
Ex quorum génère rotunditas oculorum et aurium, superciliorum 
crassities ac depilatio, nasus simus, cuni interna exulceratione, 
esse peribentur in elepbante. 

At insensibilitas extremarum partium et extuberationes sub 
lingua, etsi cum multis oaov![j.ot; aliis conjuncta TÉx[jLapaiv elepbantis 
efticiunt. 

Non tamen sola illa duo per se eum ostendunt. Torpor enim a 
frigore et grana ab humore crasso, non tamen elepbantis veneno 
individuo infecto, gigni potuerunt. 

Quare elepbantis certiora sunt indicià rotunditas oculorum et 
aurium, quam grana sub lingua aut insensibilitas extremorum. 

Utra dejectio meliuv simplex an varia? 

Dejectionum varia vis, nullo non occurrens tempore, index 
salutis, et mortis, longitudiiiis et brevitatis morborum , vel ut 
simplex, vel ut varia, spectatur. Atqtie htec , perpetuo mala, cor- 



1. Sic, vraisemblablement pour /.uvoEiôr^v. 

2. à'ic. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 77 

poris constitutionem et dejectam temperiem pêne demonstrat et 
obsessam ; simples autem non nisi bono esse solet. 

Elenim hsec, legibus naturse obtemperans, uno infecto colore 
secernitur, illa veliit satellitio stipata variis colorum generibus 
substancia dissimilibus permiscetur, quibus cum natura confligens 
aut eorum impetum sustinens in maxima dampna ruit. Uniusmodi 
enim dejectio arnica naturœ : difformis malo esse solet. 

Quare dejectio melior simplex quam varia. 

Estne mucus, lithiasi a/fectorum cornes, proxima calculi 

maleria ? 

Lithiasis, hominibus peculiaris, in renibus astrictioribus et cali- 
dioribus sevum, srepe a crassa terrenaque pituita eam in arenulas 
unde calculas concrescit mucoso humore glutinatus excoquen- 
tibus, gignit^ Interdum a renibus ubi rudimentum accepit delap- 
sus in puerorum vesica frequentius consedit et in majorem molem 
ab humore simili attollitur, non autem a muco in urinis apparente. 

lUse* enim, ex ventricule partim attractus, j^artim ex reliquiis 
vesicre alimente quod pra; ejus imbecillitate assimilari non potuit, 
genitus lentus quidem est, at ejus humor minimus in lapidem qui 
ex siccata portione terrena consurgit, durescere non sinit, nec 
pars exanguis nervosa, frigida patitur. 

Quare mucus, lithiasi atïectorum cornes, proxima calculi non 
est materia. 

Ponebat Berm. Pagesius, doctor medicus, de ils pro professione 
regia vacante ex obitu D. Franc. Feynei in aula majoi'i scholarum 
regiarum medicinse responsurus 4to non. febru. horis pomeridianis 
et triduo sequenti. 

Joseph Galmette. 

III 

ŒUVRES INÉDITES DE FRANÇOIS MAYNARD. 
(Suite.) 

Tu voys icy le tableau 

D'un jalous qui ne se pique 

Que de nous deffendre l'eau 

D'une fontaine publique. (A, 135.) 

1. L'auteur avait d'abord écrit concrescit qu'il a barré pour écrire 
gignit. 

2. Sic, probablement pour ille. 



78 ANNALES DU MIDI. 

Je ne serois guères sage 

De me piquer de bons mots : 

J'abite un pais sauvage 

Plein de meschans et de sots. (A, 246 v.) 



Depuis que Leurs Majestés 

M'en ont ravy l'espérance, 

Mes vers se sont rebutés 

De faire honneur à la France. (A, p. de garde.) 



Certes, le siècle où nous sommes 

Est rebelle à la raison 

S'il permet que ces grands hommes 

Vieillissent dans leur maison. (A, 132.) 



On voit que le plus souvent 

Ceux qui boivent à. vos sources 

Sont si pauvres que leurs bources 

Ne sont pleines que de vent. (A, 133.) 



A la santé^du cadet 

Qui promet à ceste troupe 

Du piot et de la soupe 

Deut-il vendre son bidet. (A, 248 v.) 



Esprit conût en vinaigre, 

Certes je ne croyois pas 

Qu'il peut d'un homme si maigre 

Venir un si bon repas. A, 249.) 



C'est un gentilhomme autheur 

Qui se flate et se débite 

Pour un grand distillateur 

Des maximes de Tacite. (A, 270.) 



Le galand qui vous gouuerne, 

Lyse, est capable de tout. 

Et, pour l'art de la tauerne, 

Il l'entend jusques au bout. (A, 74.) 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 79 

Les escris de nos rimeurs 

Où personne ne voit gonte 

Menacent nos imprimeurs 

D'une pronte banqueroute. (A, 148.) 



La Muse de ce grand homme, 

Chapelein, offre à nos yeux 

Je ne scay quoy qui vaut mieux 

Que toute la vieille Rome. (A, 161.) 



Et l'histoire d'aujourd'huy 

Aura fort mauvaise grA.ce 

De taire ce qui se passe 

Entre son valet et luy*. (A, 113.) 



Ce soldat a plus d'envie 

De voir sauter des guenons 

Que d'aller mettre sa vie 

A la mercy des canons. (A, 130.) 



On voit icy le visage 

D'un prélat de qui l'esprit 

Met les vertus en usage 

Beaucoup mieux qu'il n'en escrit. (A, 255 v.) 



Si les filles de Mémoire, 

Prévost, t'aiment comme il faut, 

On parlera dans l'histoire 

Des obsèques de l'Ensaut (?) (A, 227 v.) 



Il faut munir vos épaules 

De quelque bon matelas 

Puisque vous estes l'Atlas 

Qui doit soustenir les Gaules. (A, 7.) 



1. Cf. l'extrait en prose cité par Labouïsse-Rochefort (p. 341) qu'on 
retrouve dans A (41). 



80 ANNALES DU MIDI. 



Ton goust est délicat, 

Tes mets sont des merveilles 

Et toujours tes bouteilles 

Sont pleines de muscat. (A, 132.) 



C'est la maison funeste 

D'un grand homme de bien. 

Passant, tu ne scais rien, 

Si tu ne scais le reste. (A, 124.) 



Saches que la terre n'est pleine 
Des chansons de vos favoris 
Que parce que la belle Hélène 
Quila Ménélas pour Paris ^ 



En cet âge de glace, on n'oseroit plus suyvre 

Les plaisirs de Bacchus et les plaisirs d'amour, 

Et pour vivre long temps il faut cesser de vivre. (B, p. de g.) 



Il fait si bien les vers, sa science est si grande, 

Qu'il auroit dépouillé Fébus de ses lauriers 

S'il n'eust de ses deux mains einpogné sa guirlande. (A, 7.] 



Tu te repais d'une faulse espérance ; 

S'il s'amusoit à, composer des vers. 

Que deviendroyent les affaires de France? (A, 110.) 



Que mes désirs auroyent esté contens 

Si mon destin m'eût voulu faire naître 

Quand les héros ornoyent les premiers temps. (A, 270.) 



Veux-lu laisser dans l'Hostel-Dieu 

Geluy dont le tableau décore 

Les portiques de Riclielieu? (A, 98. 



1. Ce quatrain est une variante — plus décente — de la fin de la Priapée 
« Muses, trêve de modestie » qu'on retrouve dans A, 218 v. (Priapées, 
p. G-7, et Lettre 228 (à Pressac). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 81 

Et mes rimes me seront chères 

Après qu'elles auront soutïert 

La docte lime de Porchères. (A, 98.) 



Que je baisoy de concubines 
Dans le palais d'un cardinal 
Sur les sept fameuses colines ! (A, 106.) 



Vostre doctrine m'importune : 

Que me chaut-il que le soleil 

Soit oncle ou père de la lune? (A, 106.) 



Futur meuble de l'Hostel-Dieu, 
Pol, de qui le crâne est un lieu 
Asses mal pourveu de cervelle. (A, 109 v.) 



Quites les neuf doctes pucellesf 

Le païs des nuits éternelles 

Est moins ténébreux que tes vers. (A, 110.) 



Et cest homme qu'on idolâtre 

Au païs des gladiateiys 

Est un capitan de théâtre. (A, 130.) 



Tout s'accommode à ton désir 

Et la victoire n'a plaisir 

Qu'à te présenter des coronnes. . (A, 131.) 



Et le païs de l'Alcoran 

Ne voit pas tant des concubines 

Dans le palais de son Tyran. (A, 220 v 



Et Neufgermain croit aujourd'huy 

Que les vers qui viennent de luy 

Sont plus beaux que ceux de Malherbe. (A, 130 v.) 



Soit dans la paix, soit dans la guerre, 

Ton beau nom répand une odeur 

Qui parfume toute la terre. (A, 134 v.) 



ANNALES DU MIDI. — XXI 6 



82 ANNALES DU MIDI. 

C'est un cœur plus dur qu'une roche 

Et qui porte éternellement 

Messer Nicole (?) dans la poche. (A, 220.) 



Je scay que sn poltronerie 

Se trouve dans la rallerie 

Des plus beaux espris de la court. (A, 18.) 



C'est asses que les destinées 

Ayent mis quatre fois dix années 

Entre ma tombe et mon berceau. (A, 132 v.) 



On luy voit remplir une place 

D'où les rayons de sa vertu 

Dissipent l'ombre de sa race. (A, 133.) 



Et le bonheur de tes combas 

Faira mettre les armes bas 

A tous les peuples de la terre. (A, 133) 



Et l'amour n'est jamais lassé 

De tenir devant ma pensée 

La belle image du passé. (B, 41 v.) 

Et c'est avec derrèglement 

Que j'embrasse l'art qui nous montre 

De mentir agréablement. (A, 210.) 



Et j'ai trop de plomb à la tête 

Pour aller chercher l'avenir 

Dans les entrailles d'une bête. (A, 196 v.) 



La gloire aux provinces estranges 

Ne parlera jamais du Roy 

Avec de si hautes louanges. (A, 23 v.) 



Tes valets honteux de te suyvre 
Disent que lu n'es qu'un l'a(]uin 
Dont le nom n'est digne de vivre. * (A, 13.j v.) 



MELANGES ET DOCUMENTS. 83 

Et l'enfance de la nature 

Fit-elle à nos premiers ayeux 

Une plus heureuse advanture? (A, 135.) 



Et soudain j'ay descouverf 

Que la belle est dans un vefvage 

Dont le dueil est boi-dé de vert. (A, 203.) 



11 est aussy froid que la Trace 

Et le feu du père du jour 

N'y tombe que sur de la glace. (A, 203.) 



Il estoit plus scavant qu'Homère : 

Le galant passa maistre es aris 

Dedans le ventre de sa mère. (A, 7.) 



Si je mets ta gloire en mes vers, 

Je luy feray courir la poste 

Jusqu'aux deux bouts de l'Univers. (A, 10.) 



Et je vous iray voir dimanche 

Un peu devant que le soleil 

Ne mette sa chemise blanche. (A, 10.) 



J'ay toujours vescu dans l'ennuy 

Et n'ay veu la bonne fortune 

Que dans les affaires d'autruy. (A, 170 v.) 



Saches que nos plumes mettront 

Vos louanges dessus le front 

De tous les marbres de l'Europe. (A, 188 v.) 



Le destin leur sera doux 

Si la paix vient de Cologne 

Nous dire : « Retirez-vous! » (A, 189.) 



Gest homme que tu me vantes 

Passe dans nos cabarets 

Pour l'estalon des servantes. (A, 133.) 



84 ANNALES DU MIDI. 

Certes, il est trop bien né 
Pour avoir jamais donné 
Dans la basse flaterie. (A, 130.) 



Et sa vertu le rend digne 

De descendre en droite ligne 

Du premier des empereurs. (A, 12.) 



Ce sot ne me scauroit plaire 
Qu'alors qu'il est en cholère 
Contre le siècle et l'Estat. (A, 12.) 



Si je vous avois batuë 

Je croirois que les filous 

Me devroient une statue. (A, 98.) 



Ce nouvel astre descouvre 

L'estable où le Roy des Roys 

A voulu faire son Louvre, (A, 168.) 



Parle-moy librement d'elle : 

Tu scais que mon cœur fidelle 

Est l'élément du secret. (A, 135.) 



Ta beauté n'a point d'amorce 

Qui puisse prendre un esprit 

Plein de lumière et de force. (A, 123.) 



Tu renversas les vaisseaux 
Dont les rames estrangères 
Fendoyent le sein de nos eaux. (A, 123 v.) 



Scache que tu n'es pas né 

Pour languir dans les délices 

D'un repos efféminé. (A. 132 v.) 



Et que la forest voisine 

Pour cuire un si grand festin 

Descende dans ma cuisine. (A, 283 v.) 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 85 

Soubs des rois légitimes 

Les peines vont toujours 

Sur les talons des crimes. (A, 113.) 



Je luy fis, l'aultre année, une fort ample robe 

Mais si m'est-il encor resté beaucoup de drap. (A, 3 v.) 



Amy, ne me sois pas avare des oreilles : 

Ma Muse se prépare à dire des merveilles. (A, 3 v. 



La Parque en est lassée et ses fatales mains 

Ne veulent plus tourner le fuseau de ma vie. (A, 24.) 



Et tous les mesclmns vers que ce gueux me récite 

Sont autant de pognards qui me percent le cœur. (A, 18 v.) 



Et les plus hauts souhaits que je fis autrefois 

Pour ma prospérité, je les fais pour la tienne. (B, p. de g.) 



Tu meurs de froid dans les bras de Titon 

Et meurs de chaut dans les bras de Géfale. (A, 130 v.) 



Un vieillard paré d'un panache 

C'est un hyver couvert de fleurs. (A, 277 v.) 



Et nostre ciel doit par tes soings 

Recouvrer toutes ses estoiles. (A, 135. 



Un mont qui n'a que des fontaines 

Que peut-il donner que de l'eau? (A, 6 v.) 

G. Glavelier. 

{A suivre.) 



COMI'TKS iil'lN'DUS CRITIQUES 



J. Anglade. — Les Troubadours, leurs vies, leurs œu- 
vres, leur influence. Paris, Colin, 1908; in-18 jésus de 
viii-328 pages. 

M. Anglade est persuadé (et il pourrait bien inallieureusement 
avoir raison) qu'il y a en France, et non seulement au nord de la 
Loire, un public nombreux qui ignore tout de l'ancienne poésie 
provençale. C'est pour ce public qu'il a expressément écrit cet 
agréable volume. Après y avoir passé en revue la condition des 
poètes, leurs théories, les formes de leur art et le milieu où il s'est 
développé, il esquisse la physionomie de cinq ou six des prin- 
cipaux et montre l'influence de leurs œuvres sur les littératures 
voisines (Italie, Catalogne, Portugal, Allemagne, France du Nord). 
Des traductions très nombreuses permettent au lecteur de se faire 
des œuvres étudiées une idée personnelle. Que M. A. ait rassemblé 
ici tout ce qu'un lecteur cultivé doit savoir des troubadours, cela 
me paraît incontestable, .\-t-il réussi également à enfermer dans 
ces étroites limites, comme le dit le prospectus joint par les édi- 
teurs au volume, la « substance » de « (juantités d'études spé- 
ciales, dispersées dans des revues, dissertations, préfaces d'édi- 
tions, etc. »? Cela me parait plus douteux. Ces «études spéciales», 
on sent qu'il les connaît; mais on devine qu'il a craint, en les 
analysant trop exactement, de lasser la patience de ses lecteurs. 
Je me suis déjà demandé ailleurs* s'il n'a pas un peu outré la 

1. Dans un compte rondu que publiera prochainement la Revue cri- 
tique. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 87 

discrétion; s'il n'eût pas été possible, en élaguant quelques déve- 
loppements généraux, en sacrifiant quelques anecdotes amusantes, 
mais suspectes, d'enfoncer un peu plus dans le cœur du sujet, de 
serrer d'un peu plus près certaines questions renouvelées par la 
critique, de situer et de caractériser plus exactement, à l'aide d'un 
plus grand nombre de faits et de dates précises, les œuvres et les 
hommes. Mais je ne veux ici qu'aider M. A. à améliorer une nou- 
velle édition, que tout fait supposer prochaine, en lui signalant 
quelques erreurs ou affirmations contestables, qui s'expliquent 
par l'étendue du sujet et une certaine hâte dans la rédaction, et 
qui, je m'empresse de le reconnaître, n'empêchent pas son livre 
d'être un très recommandable ouvrage de vulgarisation. 

P. VII. De Roisin n'a pas traduit les Leben und \Verhe de 
Diez; il s'est borné à les résumer très brièvement à la fin de sa 
traduction de Die Poésie der Troubadours. — P. 27. Le ms.Gam- 
pozi n'a pas été découvert « dans une des bibliothèques les plus 
fréquentées de Florence», mais à VEstense de INIodène. L'article 
auquel il fallait renvoyer dans la Bibliographie était naturelle- 
ment celui où on trouve la description et la table de oe ms. {Gior- 
7iale slorico, XXXIV, 117). — P. 29. Dans la pièce visée de Daude 
d9 Pradas, il y a plus de grivoiserie que de grossièreté; il serait 
plus juste de comparer l'auteur à Parny ou à Béranger qu'à Rabe- 
lais. — P. 31. En disant que Marcabrun « paraît avoir vécu à la 
cour de Champagne », M. A. doit songer à la pièce d'Aldric {Toi a 
eslru, V. 34); mais il en résulte simplement que Marcabrun ve- 
nait alors de Blois. Quant'à Rigaut de Barbezieux, si son séjour à 
la cour de Troyes n'est pas assuré, ses relations avec la comtesse 
Marie de Champagne sont attestées par l'envoi de la chanson 
Tuit demandon qu'es devengudWmovs. — /&icï. Trévise n'appar- 
tenait, au xiiie siècle, ni aux marquis de Monlferrat, ni à ceux 
d'Esté, mais à la famille Da Romano. — P. 53. Les poésies en 
Irobar dus « paraissent claires à première vue ». Pas à tout le 
monde! — P. 60. « Quand Alphonse X tardait à venir se faire cou- 
ronner, il envoyait des subsides, les fonds secrets d'alors, aux 
troubadours besogneux ». Si le premier de ces imparfaits d'habi- 
tude choque la syntaxe, le second n'est, que je sache, justifié par 
aucun document. M. A. veut dire simplement que plusieurs trou- 
badours exhortèrent Alphonse X à briguer avec plus d'énergie la 
couronne impériale et que ces exhortations ne devaient j)as être 
désintéressées. La transposition des choses anciennes en style mo- 



88 ANNALES DU MIDI. 

derne est toujours dangereuse. — P. 68. « Dans l'aube, le mot alba 
reparaît à chaque couplet » ; plus exactement : dans le refrain dont 
la pièce est ordinairement pourvue. — P. 78. « Signal » traduit mal 
senhal; c'est « signe de reconnaissance » qu'il faudrait. Parmi les 
senhals employés par B. deVentadour, je ne crois pas avoir ren- 
contré celui de Magnet. — P. 98. « Ce que lui-même (.André le Cha- 
pelain) a connu des troubadours, c'étaient déjà des légendes ». II 
n'y a dans son ouvrage aucune allusion directe aux troubadours, 
ni surtout aux « légendes » qui commencèrent à courir sur eux 
vers le milieu du xiii« siècle, c'est-à-dire à une époque postérieure 
à la sienne. — P. 108. « Son châtelain (de Bernart de Venla- 
dour) avait fait son éducation poétique ». Le mot « châtelain » est 
pris dans un sens qui n'est conforme ni à l'usage ancien (où il si- 
gnifie « gardien d'un château ») ni à l'usage moderne. — P. 107 ss. 
Pour la biographie de B. de Ventadour notamment, M. A. suit 
pas à pas lin document qu'il a lui-même qualifié de « suspect » et 
de « légendaire » et dont la critique a ét^ faite récemment d'une 
façon fort pénétrante par M. Zingarelli (dans des articles que 
M. A. n'a pas cités ; voy. Romania, XXXVI, 116); aussi tout ce 
récit est-il d'un bout à l'autre purement romanesque. — P. 135. Le 
troubadour « peu connu » est Linhaure; l'expression est bien in- 
exacte si ce nom. désigne, comme l'a pensé avec vraisemblance 
]\r. Kolsen,Rambaut d'Orange. — P. 155. « Maître de tout » n'a pas 
de sens:lire «de tous « [les troubadours]. — P. 164. Il est ici ques- 
tion de la pièce Drogman senher comme si ce n'était pas une sim- 
ple « galéjade », une façon plaisante de quémander un cheval. — 
P. 200. Certains troubadours ont pu demander à Dieu de les réunir 
à leur dame après la mort; mais ils n'ont jamais, que je sache, 
décrit le paradis dans les termes que leur prête M. A. — P. 230. Il 
est très inexact que la poésie religieuse soit « le seul genre admip 
par l'école toulousaine du xiv" siècle; il va bien autre chose dans 
les Joyas et surtout dans les Deux nianuscrils publiés par Noulet 
et Chabaneau. — P. 224. Il n'y a dans Bernart de Ventadour aucune 
« allusion aux choses d'Italie ». La pièce à laquelle pense évidem- 
ment M. .\. (344, 8) n'est certainement pas de Bernart, mais de 
P. GuilhemdeLuserne (voy.l'éd. de ce troubadour par M. Guarne- 
rio; cf. Revue des langues ro^nanes, XL, 390) ; elle célèbre Jeanne 
d'Efete, ce qui la date de 1221 à 1233. — P. 241. La langue des 
poètes siciliens n'est nullement le toscan; c'est une langue qui 
n'appartient en propre à aucune région, mais où les traits njérj- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 89 

(lionaiix sont nombreux. — P. 253. La cour de Navarre fut de 
toutes celles d'Espagne la moins liospitalière aux troubadours 
(voy. P. Meyer, Les derniers troub., p. 35) ; c'est au reste une sin- 
gularité qu'avait déjà notée MilH(Z)e los trovadores,lro éd., p, 245). 
— P. 255. De ce que P. Cardinal et Bernart Sicart ont célébré un 
roi d'Aragon, il ne faudrait pas se h;\ter de conclure qu'ils ont été 
« exilés » et «accueillis » h cette cour; nous n'en savons absolu- 
ment rien. — P. 273. « Les chansons de Gonon de Béthune nous 
conduisent à la cour de la comtesse de Champagne ». C'est bien 
plutôt à Paris que se passa la scène à laquelle il est fait allusion, 
puisque le roi était présent et que ce sont les « Français » qui ont 
blâmé le poète (voy. Chrestomalhie de G. Paris et Langlois, 
p. 281). — P. 279. C'est une pure convention que d'appeler Gui- 
raut Riquierle dernier des troubadours. Il y eu eut d'autres après 
lui : Serveri de Girone, Guilhem de Cerveira, chez qui les préoc- 
cupations didactiques et scolastiques deviennent de plus en plus 
sensibles et qui forment la transition entre l'école classique, pres- 
que exclusivement lyrique, et les écoles catalane et toulousaine, 
presque uniquement vouées à la poésie religieuse et morale. — 
P. 320, n.8. Ce n'est pas le chansonnier (portugais) du Vatican, 
mais celui d'Ajuda, qui a été récemment publié par Mme c. Mi- 
chaelies. A. Jeanhoy. 



Gabriel Esquer. — Inventaire des archives communales 
de la ville d'Aurillac antérieures à 1790. Aurillac, 
1906, t. I»-" ; iii-4« de xxv-468 pages. 

L'inventaire du dépôt municipal d'Aurillac répond exactement 
à l'idée que l'on se fait de ce genre de travail: il fait connaître 
l'existence et la nature des pièces appartenant aux séries consti- 
tuées selon les prescriptions réglementaires — prescriptions uni- 
formes, qui s'appliquent à toutes les archives communales de 
France. Là s'arrête la ressemblance entre l'ouvrage dont nous 
rendons compte et la plupart de ceux qui ont paru depuis qua- 
rante ans. Si le plan est le même, la méthode d'analyse est diffé- 
rente. Les inventaires rédigés officiellement, du moins les anciens, 
sont des publications défectueuses, qu'il conviendrait de repren- 
dre pour les compléter. En etïet, en tête de chaque article, on lit 
les dates extrêmes des pièces incluses ; vient ensuite la mention 



90 ANNALES DU MIDI. 

des principaux actes, s'il s'agit d'une liasse, des faits les plus im- 
portants, si c'est un registre ; le reste est passé sous silence. Ainsi 
éconrtés, les articles sont tous de même longueur, sans qu'on ait 
semblé se préoccuper de l'étendue et de l'intérêt de la matière à 
inventorier. Il y a pourtant des documents qu'on ne peut indi- 
quer en détail : ainsi les registres d'une juridiction ou des minu- 
tes notariales. Si l'on essayait d'y tout relever, même sommaire- 
ment, on n'en finirait jamais; en ce cas, on est bien forcé de se 
borner, de faire un choix. 

Pour les petits dépôts, diminués par suite des circonstances, 
comme celui d'Aurillac, il y a tout avantage à développer l'in- 
ventaire. Il devient alors un livre d'annales, une chronique où se 
reflètent tous les accidents de la vie municipale à travers les âges, 
depuis l'époque où apparaissent les plus anciens documents jus- 
qu'à la Révolution. C'est ce qu'a fait M. Esquer, Dana une intro- 
duction bien présentée, il raconte les péripéties qu'a traversées 
le dépôt, relate les pertes éprouvées dans les diverses séries et si- 
gnale les efforts tentés jusqu'à présent pour obtenir le classement 
du dépôt et la rédaction de l'inventaire. Ce sera l'honneur de l'ad- 
ministration à la tête de laquelle est M. le docteur Fesq d'avoir 
entrepris cette œuvre et d'en avoir assuré les moyens d'exécution. 
Le Conseil municipal s'est associé aux vues du maire et a voté 
des fonds, accrus par un certain nombre de souscriptions volon- 
taires. Il est regrettable que le tirage soit limité à un nombre trop 
restreint d'exemplaires. Qu'adviendra-t-il si un jour on se trouve 
à court? Un inventaire doit être une œuvre de dilïusion et non une 
rareté pour les amateurs. Aussi le Ministère de l'Instruction publi- 
que demande-t-il aux départements, aux communes, d'échanger 
leurs inventaires et d'en remettre un exemplaire aux principaux 
dépôts de Paris, des départements et même de l'étranger, afin que 
toute facilité soit donnée aux chercheurs de se rendre compte des 
ressources contenues dans les archives de France. 

Au lieu du format réglementaire, fort incommode avec ses deux 
colonnes par page, sans alinéa, sans renvois à la pagination, on a 
choisi à Aurillac rin-4o, semblable à celui de la Collection des 
documents inédits de V Histoire de France. Le volume se pré- 
sente bien, avec sa couverture grise aux armes de la ville; l'im- 
pression en a été faite sur papier de fil, à belles marges, comme 
pour une édition de luxe : c'est une preuve manifeste de l'intérêt 
que l'on attache à cette publication. Il est rare de rencontrer pa- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 91 

reil zèle, et, sans qu'il soit nécessaire d'employer un si beau 
papier, l'exemple d'Aurillac peut être proposé à d'autres villes. 

Après l'introduction viennent les trois premières séries du dé- 
pôt : AA. Actes constitutifs de la commune. Privilèges et franchi. 
SCS, qui comprennent la Paix d'Aurillac, contenant les libertés 
locales; BB. Délibérations municipales, plus ou moins complètes 
de 1472 à 1789; GG. Impositions et comptabilité communale, dont 
une partie. 'correspondant aux années 1452-1474, écrite en dialecte 
local, a été reproduite presque in extenso et offre \Ie curieux spé- 
cimens aux philologues. 

On nous promet encore deux volumes : le second contiendra les 
analyses des autres séries. Le troisième sera, dit M. Esquer, « une 
étude d'ensemble sur l'histoire d'Aurillac, considérée dans ses rap- 
ports avec l'histoire générale et sous ses divers aspects particu- 
liers. » Nous attendons avec confiance l'apparition de ces volumes 
assurés qu'ils seront dignes du premier. 

Une observation pourtant. Si l'on tient à réunir le plus grand 
nombre possible de renseignements concernant l'histoire de la 
ville, il serait à propos de reproduire à la fin de l'inventaire les 
mentions, tirées des inventaires anciens, qui font connaître des 
documents ayant appartenu aux archives, mais définitivement 
perdus. A défaut de ces citations, bien des faits intéressants de- 
meureraient inconnus. L'usage s'est introduit, quand on publie un 
nouvel inventaire, d'emprunter ainsi aux anciens. M. Esquer, 
assurément, n'y manquera pas. 

Voici quelques autres remarques. Puisqu'il est question de 
composer une histoire d'Aurillac, ne pourrait-on pas, comme piè- 
ces justificatives, publier quelques documents, notamment le texte 
de la première paix, déjà imprimé, mais dont une édition revisée 
serait utile? 

Nous regrettons que, dans l'analyse des délibérations munici- 
pales, on n'ait pas mis un renvoi au feuillet 'dont la contenance 
était dépouillée. 

Le terme assigné à l'inventaire est 1790, comme cela se faisait 
jadis. Pourquoi ne pas s'être hasardé à pousser plus loin le dé- 
pouillement des archives et n'avoir pas atteint l'an VIIJ, afin de 
répondre aux désirs des chercheurs qui considèrent avec raison la 
période révolutionnaire comme définitivement acquise à l'histoire 
et dégagée de la politique? F. Pasquier. 



92 ANNALES DU MID[. 

J, Girard. — Les Etats du Comté Venaissin depuis leurs 
origines jusqu'à la fin du XVP siècle. Paris, Champion, 
1908; iii-S» de xv et 264 pages. 

L'auteur de cette substantielle monographie a fort bien compris 
que l'histoire des Etats du Comtat devait être éclairée par des com- 
paraisons avec l'histoire des Etats des pays voisins. On ne com- 
prend bien leur naissance et leur fonctionnement que si on les 
rapproche des Etats du Languedoc, qui ont été étudiés par 
M. Dognon, des Etats du Dauphiné, dont M. l'abbé Dussert 
prépare en ce moment l'histoire S et des Etats de Provence, sur 
lesquels les Archives des Bouches-du-Rhône nous apportent une si 
riche documentation. 

Pour ces diverses assemblées, la période de floraison a été la tin 
du moyen âge, xive, xve et xvi» siècles. L'auteur fixe à 1362 la 
première réunion de véritables Etats dans le Comtat, mais il 
montre que ces Etats ne sont que le développement, l'élargisse- 
ment des assemblées, des « parlements » que l'on rencontre en Com- 
tat depuis le xiii« siècle. Ici, comme ailleurs, l'institution nou- 
velle est née des besoins d'argent de l'administration du pays, du 
désir de lever des subsides extraordinaires. Pour avoir ces subsi- 
des, il fallut consulter les habitants, soit sur l'existence même de 
ces subsides, soit sur leur répartition. Au lieu d'aller de ville en 
ville traiter avec les intéressés, on réunit des prélats, des nobles, 
des représentants des communautés d'habitants. Peu à peu, la 
forme de ces réunions se précisa. En 1399, on vit apparaître les 
Élus des Etats, commission permanente chargée d'administrer 
dans l'intervalle des sessions, "et dont l'importance alla sans cesse 
croissant. 

Les Etats du Comtat ont fonctionné pendant deux siècles, à 
intervalles irrégulièrs. M. G. a dégagé le rôle qu'ils ont joué au 
cours des grandes querelles du moyen âge, l'attitude qu'ils ont 
adoptée dajis le grand schisme d'Occident et dans les guerres de 
religion; il a noté la part qu'ils ont prise aux négociations, res- 
tées sans résultat, tendant à céder le Comtat aux Dauphins. Il a 
étudié leur intervention dans l'administration intérieure du Com- 
tat, intervention d'ordre surtout financier : vote de l'impôt, répar- 

1. Un premier fragment de ce travail vient de paraître dans le Bulle- 
tin de V Académie delphinale. 



COMPTES RENDUS CRITIQDES. ' 93 

tition, perception, emploi des deniers perçus, vérification des 
cotnptes. 11 a enfin consacré quelques pages à leurs attributions 
législatives. Dans tout le sud-est de la France, la législation née 
des délibérations des Etats régionaux a une grande importance. 
Elle se présente sous la double forme : !<> de statuts proprio motu 
émanés des princes souverains après avis des Etats, et ;2o de 
réponses aux demandes des Etats. Dans le Gomtat, comme en 
Provence et en Dauphiné, elle touche à toutes les matières du 
droit : droit public, organisation judiciaire et financière, procé- 
dure, voies d'exécution. Même le droit privé y est représenté. La 
traduction des statuts du Gomtat donnée en.l55S par Vasquin 
Philieul est incomplète et insuffisante, aussi insuffisante que peut 
l'être, pour la Provence, la collection classique de Masse et de 
Bomy, reprise par Mourgues et par Julien, ou encore pour le 
Dauphiné, le vieux recueil des Slatuta Delphinalia. Une édition 
critique, aussi complète que possible, de ces Statuts, rendrait de 
grands services à l'histoire des institutions méridionales. 

L'activité des Etats du Gomtat s'arrête en 1594. Depuis cette 
date, ils ne furent plus convoqués, et ils furent remplacés par 
l'Assemblée générale du pays, formée par les délégués des com- 
munautés d'habitants, groupés autour des Elus. Et, cette fois 
encore, il y a parallélisme entre l'évolution des institutions du 
Gomtat et l'évolution des institutions des pays voisins. Quelques 
années après, les Etats de Dauphiné disparaissaient à leur tour, 
et les Etats de Provence étaient remplacés, eux aussi, par une 
Assemblée générale des communautés d'habitants. 

M. Girard a fait précéder son histoire des Etats du Gomtat d'une 
intéressante étude sur l'administration de ce pays : étude indis- 
pensable à la compréhension du fonctionnement des Etats. Et, ici 
encore, l'histoire comparée des institutions médiévales a fort à 
glaner. Nous signalerons notamment les passages relatifs à l'orga- 
nisation judiciaire, à la hiérarchie des juridictions, à la juridic- 
tion gracieuse, des juges de judicature aux juges .des appellations, 
aux procureurs fiscaux. Nous noterons aussi les quelques pages 
substantielles que l'auteur a consacrées aux communautés d'habi- 
tants, où il a su utiliser ses connaissances générales et illustrer 
ainsi ce que nous savons du développement des communautés 
médiévales et de leur naissance à la vie politique. Il a déterminé la 
place de ces communautés du Gomtat, sans sceau et sans consu- 
lats véritables, dans l'échelle des libertés municipales du moyen 



94 ANNALES DU MIDI. 

âge. Il a relevé des applications très nettes, dans le Gomtat, de la 
théorie coutumière qui, voyant dans l'octroi de franchises muni- 
cipales un abrègement du fief, exige, pour s:i validité, Tautorisa- 
tion des seigneurs « par-dessus » : dèâ 1"269, la règle est expressé- 
ment formulée. Relevons encore les pages relatives aux droits 
féodaux et à l'allodialité. Le Gomtat est terre allodiale; la directe 
seigneuriale ne se présume pas et s'éteint par la prescription de 
cent ans ; et c'est en vain que les officiers apostoliques ont essayé 
de faire prévaloir, dans ce pays, le principe de la directe univer- 
selle du souverain. 

Le travail de M. Girard est solide et consciencieux, et son inté- 
rêt, pour l'histoire des institutions méridionales, est à nos yeux 

très grand 1. 

Robert Caillemer. 



Henri Siein. — Bibliographie générale des cartulaires 
français ou relatifs à l'histoire de France. Paris, Picard, 
1907 ; iii-80 de xv-628 pages. 

On sait que les cartulaires sont des recueils contenant la trans- 
cription de chartes ou d'autres documents relatifs à un même 
pays, à une même institution, à une même corporation, un ouvrage 
de ce genre étant composé en vue d'assurer la conservation des 
documents, d'en tenir lieu et. d'en faciliter la consultation. De 
cette fa(;on, un établissement avait à sa disposition le moyen de 
se défendre, par la production des titres, en toutes questions con- 
cernant les propriétés, les privilèges, les intérêts et les droits. Au 
moyen âge et jusqu'au xvii" siècle, il n'y avait presque pas de 
corporation qui n'eût pas soin de faire dresser son cartulaire ; 
aussi le nombre de ces recueils était-il considérable, et, malgré 
beaucoup de pertes, on en ti'ouve encore, soit dans les bibliothè- 
ques, soit dans les archives, une" certaine quantité qui forment 
une des sources les plus importantes de l'histoire de France. 

1. L'auteur mentionne, p. 2^3, un jurisconsulte trop oublié, Bertrand de 
Carpentras. Moins connu aujourd'hui que son émule dauphinois Gui de 
la Pape, Etienne Bertrand eut, parmi ses contemporains, une grande 
renommée. Ses Consilia ont été édités à plusieurs reprises au xvi* siècle, 
notamment à Lyon, et Dumoulin voyait en eux l'un des plus remarqua- 
bles ouvrages juridiques du xv« siècle. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 95 

M. Stein a dressé poni* le torritoire correspondant à l'ancienne 
Gaule, celui pour lequel les Bénédictins ont composé la Gallia 
chrisliana, une bibliographie ne comprenant pas moins de 4722 
numéros. La récolte est satisfaisante; l'auteur vient de rendre aux 
chercheurs un notable service en leur offrant un instrument de 
travail facile à manier. Ce n'est pas la première fois que l'on tente 
de révéler au public savant l'existence des cartulaires épars dans 
les dépôts. En 1847, le ministre fit rédiger un catalogue ^ des cartu- 
laires conservés dans les archives départementales. L'œuvre, toute 
méritoire qu'elle fût, était défectueuse ; elle laissait de côté les 
collections parisiennes et les bibliothèques de province. Depuis 
l'apparition de ce catalogue, dont l'utilité était incontestable, plu- 
sieurs auteurs ont essayé de rectifier les erreurs et de combler les 
lacunes. Dans le tome XXIII du Cabinet historique, Ulysse Robert 
donnait la liste des cartulaires conservés dans les bibliothèques 
de Paris et aux Archives nationales; il la faisait suivre du réper- 
toire contenant l'indication des cartulaires publiés en France 
depuis 1840. 

Mettant à profit les critiques adressées à ses devanciers, M. Stein, 
archiviste aux Archives nationales, a entrepris et mené à bonne 
fin la bibliographie générale que nous signalons. Il a voulu donner 
ainsi satisfaction aux besoins d'information rapide et précise 
qu'exigent nos contemporains; les méthodes qu'il emploie sont 
celles de la science moderne. 

Se propose-t-on de chercher un cartulaire dans son répertoire? 
Il faut se reporter au nom de la localité où se trouvait le siège de 
l'institution à laquelle se rattache le recueil. Les localités sont 
disposées par ordre alphabétique, sans distiction de régions ; à la 
fin du volume, deux tables présentent les cartulaires par groupes 
géographiques; les cartulaires civils ont été groupés par provin- 
ces ; pour les ecclésiastiques, on les a disposés par diocèses. 

En 1847, on avait inscrit au catalogue des recueils qui n'avaient 
que l'apparence de cartulaire, sans en avoir le caractère et la na- 
ture, tels que livres terriers, reconnaissances, inventaires, réper- 
toires d'aveux ou d'hommages, livres d'enregistrement ou d'insi- 
nuation, mémoriaux, annales obituaires, minutes notariales, col- 
lections d'arrêts originaux, volumes factices constitués au moyen 
de pièces diverses. En 1907, on n'a plus donné place qu'aux vérita- 

l. Paris, impr. royale, 1847, in-S". 



OQ ANNAI-ES DU MIDI 

hles carlnlaires, — et pourtant on en pourrait encore citer quel- 
ques-uns qui n'ont pas droit aux honneurs de l'admission. 

Précédé d'un numéro d'ordre, chaque article donne lieu à une 
notice qui indique la nature, l'objet, les dates extrêmes du cartu- 
laire, qui relate si le recueil est sur papier ou sur parchemin, quel 
en est le format, dans quel dépôt il est conservé et s'il a été publié 
en tout ou en partie. Il est une catégorie de recueils qui ont figuré 
sur les catalogues de 1847 et dont l'inscription à celui de 1907 a été 
refusée, malgré les caractères intrinsèques des documents: nous 
voulons parler des cartalaires sur rouleaux de parchemin et de 
papier, comme il en existe plusieurs aux archives de la Haute- 
Garonne. L'auteur, en vue de compléter les renseignements, a 
donné la nomenclature des recueils imprimés que des familles, 
des villes ou autres corps constitués ont f;,iit publier depuis le 
xixe siècle. 

M. Stein, ix)ur établir sa bibliographie, s'est adressé à ses collè- 
gues des archives et des bibliothèques ; c'est ce qu'il déclare lui- 
même en leur adressant des remerciements. Pourtant, de ce côté, 
les investigations n'ont pas donné tous les résultats que l'on en 
pouvait attendre ; on constate des erreurs et des lacunes qui au- 
raient facilement disparu si les conservateurs des dépôts où sont 
les cartulaires avaient été appelés à fournir des détails plus précis. 
Cette observation ne doit en rien diminuer la reconnaissance avec 
laquelle les travailleurs accueilleront le présent ouvrage. 

F. Pasquiër. 

G. Doublet. — Un ami de Mo»^ de Caulet. Jean du Ferrier, 
Toulousain, d'après ses mémoires inédits. Toulouse, 
Privât, iiJUG; in-8» de 181 pages. 

Le livre de M. Doublet contient force détails très curieux pour 
l'histoire religieuse du xviie siècle; à ce titre, il méritera d'être lu 
et consulté. Par contre, la figure de Jean du Ferrier, qui en de- 
vrait être le héros, ne s'en dégage pas avec toute la netteté, tout 
le relief désirables. Je vois à cela' deux raisons: d'abprd, M. D. 
n'a mis son ambition qu'à analyser, en les suivant pas à pas, les 
Mémoires de Du Ferrier. Or, il nous le dit lui-même (p. 9), ce récit 
« est diffus; ce n'est pas une autobiographie suivie. Ici, Du Ferrier 
revient sur des choses dont il a déjà parlé ; là, il parle brièvement 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 97 

tle faits sur lesquels il reviendra avec plus de développements ». 
Suivre fidèlement l'ordre... ou le désordre de ces Mémoires, c'était 
se condamner à des redites, à des développements accessoires, 
qui viendraient interrompre et brouiller sans cesse la trame du 
récit. Ensuite il eût fallu, pour alléger la rédaction, subordonner 
à la biographie de Du Ferrier tous les détails, d'importance secon- 
daire, qui devaient trouver place dans le volume. En lisant M.D., 
on a sans cesse l'impression que les choses, chez lui, ne sont pas 
à leur plan. A chaque instant, nous perdons son héros de vue. A 
chaque instant, des notices, — qui pouvaient être rejetées en note, — 
viennent encombrer le récit et disperser notre attention. Il y a 
même bien des clioses inutiles dans ce livre, qui est pourtant assez 
court. Le lettré s'y retrouve dans de nombreux souvenirs litté- 
raires, fort superflus, et notamment dans une page tout entière 
consacrée aux Pensées de Pascal. Enfin, d'autres passages sont 
bel et bien de simples digressions (pp. 127, 133, etc.). L'ouvrage 
rendra des services, mais ou regrettera que l'auteur, voulant 
utiliser les Mémoires de Du Ferrier, ait adopté un moyen terme et 
n'ait su se tenir à aucun des deux partis qui s'offraient à lui : don- 
ner, en l'annotant, le texte même de ces Mémoires, ou bien s'en 
servir, sans s'y asservir, pour retracer toute l'existence de Du 
Ferrier et, du même coup, la physionomie religieuse de l'époque. 
Faute d'avoir su opter, M. D. nous a donné une œuvre riclie de 
substance, mais confuse, et qui ne suffit pas à faire bien connaître 
le personnage dont elle s'occupe*. L. Delaruelle. 



Vicomte de Bonald. François Chabot, membre de la Con- 
vention (1756-1794), avec deux portraits en héliogra- 
vure. Paris, Emile Paul, 1908; in-16 de xii-356 pages. 

En terminant sa préface, M. de Bonald affirme avoir voulu 
faire œuvre d'historien, non de polémiste. On l'en croirait plus 
aisément s'il ne s'était parfois laissé aller à des rapprochements 

1. On voudrait que M. D. nous eût fourni, sur les divers manuscrits 
des Mémoires, des détails pkis précis et plus complets. De ce qu'il dit à 
ce sujet (pp. 8-9), ii semble résulter que le manuscrit en est perdu. Mais 
quel est le rapport de filiation qui unit entre elles les diverses copies dont 
nous disposons? C'est ce qu'on tiendrait à savoir. Api'ès avoir lu M. D., 
on en est encore à se demander quelles sont celles dont il s'est servi 
pour faire son analyse. 

ANNALES DU MIDI. — XXI. 7 



98 ANNALES DU MIDI. 

forcés, à des comparaisons hasardeuses et à des allusions plus ou 
moins transparentes qui risquent de faire suspecter son impartia- 
lité. Il a du moins tenté dans ce sens un réel effort, dont il convient 
de le louer. 11 a voulu être juste envers un homme qui, de toute 
façon, lui est antipathique souverainement. Est-ce à dire qu'un 
historien moins prévenu nous eût montré un autre Chabot? Peut- 
être eût-il exposé d'autre façon son rôle politique; mais le juge- 
ment sur l'homme même n'aurait pas sensiblement différé. Ce fils 
d'un cuisinier de couvent et de la bâtarde d'un mousquetaire jus- 
tifia pleinement son hérédité. Toute sa vie, il adora les femmes et 
la bonne chère; et ce fut ce qui le perdit. Collégien prodige, petit 
clerc de notaire, professeur de mathématiques, en dernier lieu 
prêtre et capucin, il se laissa bientôt emporter par toute la fougue 
d'un tempérament ardent, qui s'alliait malheureusement à un 
caractère sans scrupules. Véritable larron d'amour, il soigne les 
vieilles dames, suborne les jeunes filles, déshonore les familles, se 
fait complice de louches matrones, frise la prison et, s'il esquive 
la potence, n'échappe pas toujours au mépris public ou aux rudes 
corrections des particuliers. Comme il n'a pas tardé à mettre ses 
prédications d'accord avec sa conduite, interprétant à sa façon la 
parole du Christ: «Aimez-vous les uns les autres», l'autorité diocé- 
saine a interdit ce singulier capucin. Il se jettera à corps perdu 
~tlans la Révolution, avec beaucoup d'autres déclassés ou aventu- 
riers de son espèce qui vont, d'instinct, au groupe de jouisseurs 
sans scrupules désigné par les contemporains sous le nom de 
parti d'Orléans. Après avoir prêté le serment civique, il est tiré de 
son obscurité par le hasard d'une entrée en correspondance avec 
le fameux abbé Grégoire. Celui-ci ayant adressé à chaque dépar- 
lement un questionnaire relatif aux parlers et patois de province, 
t;habot glisse dans une réponse, promptement et soigneusement ré- 
digée, d'habiles flatteries à l'adresse de Grégoire, qui le récompense 
incontinent en le choisissant pour vicaire général de son diocèse 
de Loir-et-(4lier; et six semaines après son entrée en fonctions, 
voilà Chaijot nommé député à la Législative par les électeurs de 
ce département! Son intarissable faconde méridionale et son pa- 
triotisme exalté en étaient cause; peut-être aussi le défaut de ren- 
seignements précis sur ce nouveau venu et l'absence de candidats. 
Devenu député de la nation par cet incroj'able coup de fortune, 
(Hiabot voudra justifier une aussi soudaine élévation. Il se mon- 
trera, à Paris, bon jacobin, bon patriote et vrai sans-culotte. Il 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 99 

formera avec Basire et Merlin le fameux trio adoré du peuple, 
exécré du parti feuillant.. Ch:ibot y tient l'emploi de délateur. Il 
dénonce et dénonce encore, partout, toujours, avec ou sans preu- 
ves, à tout hasard, souvent odieux, parfois ridicule, s'eflfondrant 
sous les huées de l'Assemblée ou sous la parole d'un honnête 
homme, se trompant maintes fois, mais pressentant aussi la vérité, 
l'un des premiers à démasquer La Fayette et à flairer l'existence, 
aux Tuileries, d'un Comité autrichien. C'est ainsi qu'il occupe le 
peuple de lui et qu'il affermit sa réputation de patriote indompta- 
ble. Mais la parade politique une fois finie, le sans-culotte rede- 
vient muscadin et, vêtu de drap fin, passe ses nuits en joyeuses 
orgies que termine l'ivresse. Il trouve cependant le loisir d'écrire 
quelques brochures politiques, de jet^r sur le papier des projets de 
contribution, de cadastre, de constitution; et il ne faut pas s'éton- 
ner de voir le trop galant capucin réclamer pour le beau sexe, 
auquel il doit tant, l'électorat politique et les fonctions de juré. 

Son rôle dans les grands événements de 1792 paraît assez secon- 
daire. Il est, bien entendu, régicide, mais il n'a pas trempé dans 
les massacres de septembre. En 1793 la Convention, encore giron- 
dine au début, l'envoie en mission avec beaucoup d'autres mon- 
tagnards, éloignés de Paris sous ce prétexte, dans les départements 
du Tarn et de l'Aveyron. Chabot y déploie une activité turbulente 
et brouillonne. Il entre en conflit avec l'administration girondine 
de la Haute-Garonne. Contre les directoires départementaux, com- 
posés de bourgeois et attachés encore aux idées de Roland, il veut 
organiser une fédération des Sociétés populaires de toute la région 
du Midi et terminer ainsi, par avance, le grand débat entre Mon- 
tagnards et Girondins, que le 2 juin vient tranchera Paris. Cha- 
bot rentre alors dans son personnage. Il dénonce les députés du 
parti vaincu. Il s'attaque à Condorcet et peut revendiquer pour sa 
part de victimes les Girondins Fauchet et Duperrey. Ancien repré- 
sentant, conventionnel redouté, il continue à mener grand train 
et à vivre joyeusement. Ses goûts de luxe et de débauche l'entrai- 
nent irrésistiblement vers la société de politiciens et de gens de 
plaisir où président les Frey, banquiers viennois, chauds patrio- 
tes, mais habiles agioteurs, dont la bourse profonde et la table 
toujours mise sont ouvertes aux députés influents et sans scrupu- 
les. Chabot y vient par instinct et y reste par goût. Il a trouvé le 
milieu qui lui convient. Un nouveau coup de chance l'y attache 
indissolublement. Léopoldine Frey a laissé voir son penchant pour 



100 ANNALES UU MIDI. 

le gai et irrésistible méridional. Ses frères n'ont garde d'y contre- 
dire et les poussent tout doucement, la jeune. fille de seize ans, 
l'ex-capucin de trente-sept, dans les bras l'un de l'autre. Si l'énorme 
dot de 200.000 livres n'est pas versée tout de suite, l'heureux cou- 
ple est bien logé, grassement entretenu et-pourvu de tout. Chabot 
triomphe, il ost nu comble de ses vœux. Cette fortune inouïe l'a 
trop étourdi pour qu'il ait pu se demander par quoi, ne l'ayant , 
point méritée, il devra la payer quelque jour. 

Il la paiera d'abord de son honneur, s'il lui en reste. Il est entré, 
sans le savoir peut-être, dans une bande de forbans parlementai- 
res, les Basire, les Julien de Toulouse, les Benoit, qui l'entraînent 
bientôt au chantage et à la concussion. M. de Bonald a fort bien 
établi, après M. Lenôtre. le rôle joué par Chabot dans la fameuse 
affaire de la liquidation de la Compagnie des Indes orientales. Il y 
toucha les 200.000 livres de la dot promise, mais au prix d'un 
faux et d'un double vol. Bagatelles, sans doute, pour un homme 
de son espèce et qui a vu dans la Révolution une carrière fruc- 
tueuse. Mais voici que, de voleur, il se découvre soudain traître à 
la République. Son complice Benoit lui dévoile brusquement le 
complot dont il ne connaissait qu'un petit bout. Toute cette laide 
intrigue est l'œuvre, savamment machinée, d'un homme qui a juré 
de tuer la République en avilissant les conventionnels. Les Frey 
sont les complices de ce terrible baron de Batz ; Chabot et les au- 
tres en sont les victimes plus ou moins conscientes. 

Le capucin se juge perdu. Tôt ou tard, la Convention saura 
tout. Il tente alors de se sauver par un trait d'audace. Il feint 
d'avoir fait tout cela pour connaître la conspiration et la dénon- 
cer. Il en expose le plan au Comité de Salut public. Il s'engage à 
attirer chez lui Batz et Benoit pour les livrer dans un guet-apens. 
Mais, chose incroyable, le Comité de sûreté, qui accepte sa propo- 
sition, le fait arrêter quelques heures plus tard. Chabot reste un 
grand mois au secret. On ne lui permet même pas d'écrire à la 
Convention ou aux siens. Quand cette consigne est levée, on lui 
donne connaissance des rapports d'Amar contre lui. On ne lui 
tient aucun compte de sa trop tardive dénonciation. Il est inculpé 
avec tous ses complices. Se jugeant perdu, il tente en vain de se 
suicider. Il est compris dans l'inique amalgame du procès des 
Dantonistes, où on accola au grand tribun et à l'infortuné Camille 
toute la bande d'aigrefins où Chabot s'était affilié. Il fut guillotiné 
avec la plupart d'entre eux le 5 avril 1794. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 101 

Tel est le personnage, assurément peu recommandable, que 
M. de B. nous a présenté. A-t-il suffisamment éclairci tous les 
points obscurs de son existence privée ou publique ? A-t-il exposé, 
dans toute son ampleur, le rôle important qu'il tint à la Législa- 
tive? Nouslaisse-t-il, enfin, de lui. une image nette, vivante, vraie, 
ou tout au moins vraisemblable? Nous n'oserions l'affirmer. 
L'appareil d'érudition de cette étude semble un peu fragile. La 
rédaction en est hâtive, parfois négligée, le style manque de cou- 
leur et de relief. L'auteur n'a pas vu et n'a pas rendu sensible 
l'intérêt de son personnage et de son sujet. Quelques parties sont 
soignées; l'ensemble ne donne pas l'impression d'un travail défi- 
nitif. Et pourtant quelle curieuse figure, laide au moral, mais non 
pas repoussante, humaine par ses faiblesses, inspirant un juste 
mépris, mais aussi une involontaire pitié, que ce prêtre manqué, 
ce joyeux drille, ami des femmes et du vin, savourant tous les 
plaisirs de la vie, puis mettant bientôt les bouchées doubles, 
comme s'il pressentait que la fête ne peut durer, résigné à la mau- 
vaise fortune quand elle est venue, avouant ses fautes, pardon- 
nant à ses ennemis, laissant enfin, dans son testament politique, 
l'impression d'un bon diable, d'un valet de l'ancienne comédie, 
amusant et coquin, pas méchant de son naturel, qui vole à l'office 
et ne s'étonne ni ne se plaint, s'étant fait prendre, d'être pendu! 

Albert Meynier. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. 

Bouches-du-Rhône. 

I. Mémoires de VAcadémie des sciences, agriculture, 
arts et belles-lettres d'Aix, t. XIX, 1908. 

P. 5-22. SouBRAT. Charles de Ribbe, ses origines morales et intellec- 
tuelles. [Influence de Dupanloup et Le Play sur l'économiste aixois.] — 
P. 23-58. V. LiEUTAUD. Les cardinaux provençaux. [Grand nombre de 
bévues commises à cet égard par les érudits provençaux, trop prodi- 
gues du chapeau rouge, et mal renseignés sur les titres cardinalices; 
notices précises, avec des références parfois insuffisantes; promesse de 
tables alphabétique et topographique.] — P. 59-81. Chaillan. Documents 
nouveaux sur le studium du pape Urbain V à Trets-Manosque (1364- 
1367). [Nouvelles recherches aux archives vaticanes ; curieux détails 
topographiques sur le studium de Manosque ; fragment des Instru- 
menta tniscellanea, a. 1366, n" 47.] — P. 83-117. Cherrier. L'Acadé- 
mie et le Muséum d'histoire naturelle. [D'Aix. Discours d'inauguration 
des salles nouvelles de ce Muséum ; indications sur l'histoire des 
sciences naturelles en Provence, perdues un peu dans des digressions 
laudatives et acailémiques.] — P. 118-45. Gérin-Ricard. Etude écono- 
mique sur les charbonnages de Provence du xvi' au xix" siècle. [D'après 
des pièces relatives aux mines de Valdonnc, 16391000; détails utiles.] 
— P. 147-73. G. MouRAviT, Archéologues et archéographes français au 
début du xviii« siècle. [Rapport sur le travail qui suit.] — P. 174-213. 
L.-G. Pélissier, Un collaborateur do Moiïtfaucon. Lettres du prési- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 103 

dent Bon-Saint-Hilaire à Bernard de Montfaucon. [Publication nulle 
et non avenue, le bon à tirer n'ayant pas été donné par l'auteur et la 
suite des lettres ayant été tronquée à son insu. Ce mémoire sera sous 
peu publié dans des conditions scientifiques par le Bibliographe 
moderne de M. Stein; c'est à cette édition seule qu'il faudra se référer.] 
— P. 249-52. Le cinquantenaire [académique] de M. Féraud-Giraud- 
[Quatrains bien réjouissants du célèbre poète Guillibert.] 

L.-G. P. 

II. [87^] Séance publique de l'Académie des sciences, etc., 
d'Aiœ, 1907. 

P. 7-28. D'Illk. L'Académie d'Aix au xix" siècle. [Détails sur la fondation 
de l'Académie par le D"' Gibelin, pour protéger la bibliothèque Méjanes 
récemment ouverte au public. Relevons cette assertion bizarre : « Il est 
de bon ton de ne plus habiter Marseille. »] — P. 32-56. Bonafous. 
Rapport sur le prix Thiers. [Lauréats : Jullian, Lacour-Gayet, Man- 
teyer. Il est singulier que des savants de premier ordre comme ceux-ci 
acceptent d'être jugés et classés par d'honorables amateurs sans com- 
pétence spéciale. Quis judicahit ipsos judices f] L.-G. P. 

Cantal. 

Revue de la Haute- Auvergne, 1907. 

P. 5-40. H. DE RiBiER. Mauriac et ses prêtres-filleuls. [Etude chronolo 
gique des curés de Notre-Dame des-Miracles de 1404 à 1893; la comftiu- 
nauté des prêtres-filleuls ; la confrérie des Pénitents.] — P. 41-60, 
192-212, 344-57. Abbé H. Bouffet. Le prieuré de Bredom. [Suite et fin 
de cet excellent travail; histoire des prieurs jusqu'à la disparition du 
prieuré en 1790.] — P. 61-94, 159-91, 314-43. M. Boudet. Saint-Flour 
pendant les révoltes des Armagnacs. [Suite de cette intéressante étude 
menée jusqu'à la fin du duc de Nemours et qui est une contribution de 
premier ordre à l'histoire de l'Auvergne et de Louis XL] — P. 95-102. 
A. Aymar. Notes de folklore cantalien : bague de sorcier auvergnat. 
— P. 103-5. A. MoRiSQUE. Le lac de Sauvage. [Actes notariés prouvant 
la formation artificielle de ce lac en 1599.]— P. 125-58, 278-313, 384-432. 
G. EsQUER. La Haute- Auvergne à la fin de l'ancien régime. Notes de 
géographie économique. [Suite et à suivre.] — P. 213-26. De Miramon- 
Fargues. Vieilles querelles. [Amusante histoire des procès de François- 
Michel de Sistrières, bailli de Vic-sur-Cère, de 1750 à 1761.] — P. 227-34. 
D'L, Mayet. Note sur les gisements d'éolithes des environs d'Aurillac, 



104 ANNALES DU MIDI, 

avec planches. — P. 253-77, 457-87. A. Aymar. Un lieutenant général 
du bailliage des Montagnes d'Auvergne au xvm« siècle. [Excellente 
étude sur le lieutenant général Jean- André de la Rouade, sur ses ancê- 
tres, ses attributions, ses démêlés avec les consuls et les seigneurs de 
Salers de 1698 à 1741.] — P. 377-83. J. Galle. Les souterrains-refuges 
du canton de Laroquebrou. — P. 488-93. M. B. Notes sur la correspon- 
dance inédite de la marquise de Roussille et de son mari, Louis-Théo- 
dose de Scorailles-Fontanges, lieutenant du roi en Haute-Auvergne sous 
Louis XV. 

1908. 

p. 5-29, 169-97. L. Bélard. Le collège de Saint-Flour. [A suivre. Les ori- 
gines, l'enseignement à Saint-Flour aux xiv» et xv" siècles, la fondation 
Sulpin à Toulouse, l'histoire du collège jusqu'à et pendant la Révolu- 
tion, l'Ecole secondaire.] — P. .30-74. M. Boudet. Saint-Flour pendant 
les révoltes des Armagnacs. [Fin.] — P. 75-101. E. Rhodes. Le clergé 
et la municipalité de Murât en 1791-92. — P. 119-20. C' de D. Tasse en 
argent à l'effigie et aux armes d'Honoré II, prince de Monaco, comte 
de Carladez, 1635. — P. 102-18. A. Aymar. Un lieutenant général du 
bailliage des Montagnes d'Auvergne au xviii" siècle. [Fin.] — P. 121-3. 
P. M. A propos de l'âge des « Cases ». — P. 133-68. M. Boudet. Ber- 
trand de Griffeuille et le Cartulaire de Notre-Dame-du-Pont. [Début 
d'un commentaire critique des vies de Bertrand de Griffeuille et de Guil- 
laume Robert, d'après le Cartulaire du Prieuré de Notre-Dame-du-Pont, 
publié par M. Thomas, Annales du Midi, 1908.] — P. 198-208. A. Ghas- 
san. Notes et documents inédits sur l'histoire de Salers. — P. 209-19. 
A. Chaludet. François Salarnier, curé d'Y trac (1774-1805). 

Ch. L. 

Charente-Inférieure . 

Bulletin de la Société degéugraphie de Roche fort, t. XXIX, 
1907. 

p. 3-5. G. Imbert. Contribution à l'histoire de Rocliefort. Mémoire sur 
la batterie d'artillerie de la garde nationale de Rochefort en 1848, 
d'après des documents personnels. [Sa composition.] — P. 324-6. Prix 
des denrées et salaires agricoles au siècle dernier. [Relevé pris par 
M. D. MoRix, sur les registres des délibérations municipales de Sanjon 
et de Royan, du prix des viandes, des céréales et du pain, de l'an XII 
aux environs de 1850, et du taux des salaires agricoles de 1829 à 1886.] 

M. D. 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. 105 

Gironde. 

I. Archives historiques du département de la Gironde, 
t. XLII, 1907. 

p. xv-xxxYiu et 1-412. Francisque Habasque, Le livre doré du Présidial 
d'Agen. [Publication complète d'un ms. considérable. La première pièce 
est datée du 9 juillet 1612, la dernière du 18 janvier 1789. C'est une 
« véritable chronique » dudit présidial aux xvii» et xviii» siècles. Il /ait 
connaître la vie iutime-de ce tribunal; il éclaire par une foule de détails 
nouveaux l'histoire agenaise, celle de la Guyenne, celle de Bordeaux : 
« affaire des gardes du duc d'Epernon, rapports du présidial avec le 
Parlement qui avait été exilé à Agen après la Fronde, relations avec 
les évèques d'Agen, les lieutenants du roi, les intendants, affaire de la 
juridiction du duché d'Aiguillon, etc. » Les documents sont publiés de 
façon très satisfaisante.] — P. 413-526. Compte rendu du Congrès d'his- 
toire et d'archéologie du Sud-Ouest tenu à Bordeaux du 17 au 20 octo- 
bre 1907. [Communications nombreuses, analysées avec détail et préci- 
sion. P. 424. Abbé Espagnat. Utilité des minutes notariales de Cazères- 
sur-Garonne pour la monographie de cette ville. — P. 426. Id. La peste 
de 1630 à Cazères. — P. 428. D-; G. Martin. Aperçu historique sur la 
barrique bordelaise. — P. 431. Abbé Gaillard. Quelques précisions 
historiques concernant Belin (Gironde). — P. 433. E. Labadie. Inven- 
taire d'un mobilier de bourgeois en 1634, à Bordeaux. — P. 435. Ue 
Saint-Saud. Le meurtre d'un aumônier du roi. Etude de mœurs non- 
tronnaises au xvii» siècle. — P. 437. S. Allègre. De l'origine grecque 
de quelques mots gascons*. — P. 442. E. de Perceval. lie voyage de la 
Cour dans le Midi (1659-1660), d'après les lettres inédites de l'abbé et 
du marquis de Coislin. — 442. Abbé Dubois. Monluc capitaliste. — 
P. 446. Ph. Laozun. Une promenade dans le vieil Agen. — P. 448. 
Cartailhac. Les nouvelles découvertes de peintures et de gravures 
préhistoriques dans les cavernes des Pyrénées. — P. 450. D' Couyba. 
Présentation d'objets gallo-romains et de la Renaissance. — P. 454. 
Chauliac. a propos de l'église Sainte-Croix de Bordeaux. — P. 456. 
A. Lavergne. Fonts baptismaux de Bastanous. — P. 457. Abbé Labrie. 
La cella gallo-romaine de Fauroux, à Lugasson (Gironde). — P. 464-81. 
P. CouRTEAULT. Lcs expéditions maritimes des Basques, des Gascons 



1. Nous reviendrons dans notre prochain numéro sur cette communica- 
tion. 



106 ANNALES DU MIDI. 

et des Eochelais au xvi' siècle. — P. 482. De Chauton. Cahiers de 
doléances des paroisses de la sénéchaussée de Tartas en Albret en 1789. 

— P. 424. ViLLEPELET. Inventaire de 1428, etc. — Rousselot. Embellis- 
sements de Bordeaux au xviii» siècle. Quartier du Jardin public. — 
P. 490. P. Meller. Aperçu sur les registres paroissiaux de Bordeaux 
avant 1793. — P. 491. R. Céleste. Montesquieu. Légende. Histoire. — 
P. 498. D"' J. Barraud. Les hôpitaux de la peste à Bordeaux. — P. 500. 
Abbé Lamartinie. Le clergé bordelais et l'impôt en 1789. — P. 501. 
D"' DuRODiÉ. Notice sur Sauveterre-de-Guyenne. — P. 503. Abbé Brun. 
L'élection des jurats de Bazas au xvii" siècle. — P. 504. Grenier. Un 
syndicat des marins de la Dordogne en 1771. — P. 506. De Sarrau. 
Les foires de Bordeaux de l'origine au xviF siècle. — P. 508. A. Bardié. 
Objets gallo-romains provenant de fouiÙes récentes faites à Bordeaux. 

— P. 518. Abbé Labrie. Les industries préhistoriques en Entre-Deux- 
Mers (Gironde).] P. D. 

II. Revue des Études anciennes, 1908. 

P. 70-5. 173-4, 262-4, 347-51. C. Jullian. Notes gallo-romaines; XXXVII 
Le vase de Gundestrup (pi. i-x) ; XXXVIII, Le vase aux sept dieux du 
Cabinet des médailles ; XXXIX, Encore la bataille d'Aix. [Co)iclusions 
de M. J. sur le vase de Gundestrup, fabriqué entre l'an 4 après J.-C. 
et la fin du ii" siècle pour et chez les Cimbres; sur le vase aux 
sept dieux d'origine belge ; sur le lieu de la bataille d'Aix qu'il place, 
contre la majorité des auteurs et contre Clerc, vers Aix et non à Pour- 
cieux] ; XL, La bataille de Dijon [placée au nord de Dijon, non vers 
Saint-Apollinaire, mais vers Bellefond.] — P. 76-8. Dangibeaud. La 
cravate chez les Gaulois. — P. 79-84. Ferrand. Questions hannibali- 
ques. Une conversion au Clapier. [Place le passage d'Annibal au Cla- 
pier.] — P. 85-8. D' ILugo Obermaier. M. Hauser et la Micoque. [Criti- 
que très sévère des précédents travaux, des procédés scientifiques et du 
récent livre de M. H. : La Micoque {Dordogne) et ses résultats pour 
la connaissance de la civilisation paléolithique, Bâle, 1906-07.] -^ 
P. 89-92. Léon-J. Pélissier. Masures antiques en Provence. [Copie d'un 
autographe de Peiresc, de la bibliothèque de Carpentras.] — P. 93-7, 
193-8, 265-74. 351-63. C. Jullian. Chronique gallo-romaine. — P. 190-2. 
G. de Manteyer. L'Eros de Voix. — P. 342-6. M. Clerc. Aix ou 
Pourcieux? [Maintient contre M. Jullian son opinion sur le lieu do la 
bataille d'Aix.] — P. 363-4. Durègne. Inscription clirétienne de Saint- 
Seurin de Bordeaux. Oh. L. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 107 

III. Revue historique de Bordeaux et du département de 
la Gironde, V^ année, 1908. 

p. 5-21. J.-A. Brutails. A quelle école appartient l'architecture religieuse 
girondine? [Pose le problème et détermine la part à faire dans l'in- 
fluence des écoles poitevine, périgourdine et languedocienne pour la 
période romane, des écoles angevine et poitevine pour la période gothi- 
que. Très neuf. Planches.] — P. 22-31. M. Marion. La vente des biens 
nationaux pendant la Révolution. [Leçon d'ouverture ; intérêt et justifi- 
cation du sujet.] — P, 38-48, 117-33. E. Labadie. Origines de la presse 
bordelaise (11^^-11%%). [Bibliographie et histoire des journaux du 
XVIII" siècle. Précis et bien fait. Planches.] — P. 49-61, 134-49. R. Cé- 
leste. Bordeaux au xvni« siècle ; le roi d'Espagne à Blaye, Bordeaux 
et Bazas ('1700-1701;. [Détails sur le voyage de Philippe V se rendant à 
Madrid, d'après les journaux du temps.] — P. 62-6. A. Chauliac. La 
rue des Bouviers et la rue des Vignes. [Intéressante contribution à la 
viographie bordelaise.] — P. 81-98. P. Courteault. L'enseignement de 
l'histoire locale et régionale à l'Université de Bordeaux de 1886 à 1905. 
[Leçon d'ouverture. Histoire de la chaire municipale occupée par 
M. Camille Jullian.] — P. 99-116, 161-90, 241-63, 321-49. Paul Bert. 
Histoire de la révocation de l'Edit de Nantes à Bordeaux et dans le 
Bordelais, diocèse de Bordeaux (1653-1715). [Travail d'ensemble, le pre- 
mier sur cette question, sérieux et neuf. Contribution importante à 
l'histoire religieuse du xvii» siècle.] — P. 150-3. P. Caraman. Le tom- 
beau de la maréchale Moreau à la Chartreuse. [Détails sur la mort à 
Bordeaux de la veuve de Moreau.] — P. 154-6. Réponses de J.-A. B[ru- 
TAiLs] à une question sur une inscription gothique d'une statue de 
l'église de Mons (cf. p. 10), de M. Georges Millardet sur l'origine du 
mot « Begueyriu » (cf. p. 70); de C. I. sur un portrait de Montaigne 
(cf. p. 68, 70). — P. 191-203, 264-80. Abbé A. Gaillard. Les prieurs de 
Mons et de Belin. [Bon travail, d'après des documents inédits.] — 
P. 204-28, 281-304, 3.50-87. E. Rousselot. 1808. Napoléon à Bordeaux. 
[Relevé très consciencieux des documents, publiés ou inédits, relatifs 
aux séjours ou passages de Napoléon et de la Grande-Armée. Détails 
intéressants sur l'état des routes, les réquisitions, etc. A suivre.] — 
P. 229. E. Labadie. Lieu de naissance de Pierre-Hyacinthe Duvigneau. 
[Journaliste bordelais, né à Bordeaux, et non à Moncrabeau.] — 
P. 229-30. P. Courteault. Arnaud de Ferron, correspondant de Guil- 
laume, Biidé. [D'après la thèse de M. Delaruelle.] — P. 230. G. D. A 
propos de la délimitation des régions viticoles. [(^arte du Bordelais 
dressée en 1714 par G. de l'Isle.] — P. 230-1. G. D. Les théâtres à Bor- 



108 ANNALES DU MIDI. 

deaux pendant la Terreur. [Prix des places.] — P. 231. C. Troquart. 
Définitions des mots carten, rège, versane. [Réponse à la question 
posée p. 68.] — P. 305-13. G. Mathieu. Le marais de l'Archevêché. 
[Notice sur l'ancien quartier de la Chartreuse au xvii» et au xvni" siè- 
cles.] — P. 313-5. P. CouRTEAOLT. Jean de Monluc, archevêque de Bor- 
deaux. [Complément à un article de M. A. Degert dans la Revue de 
Gascogne de mai 1908.] — P. 315-6. J.-A. Brutails. Le cloître des 
Dominicains de Bordeaux en 1620. [Description d'après un procès-verbal 
de visite.] — P. 317. D' G. M[artin]. Un document curieux concernant 
la famille de Ferron. — P. 388-92. 'J. Barenxes. Quelques idées sur le 
Médoc au moyen âge. [Analyse d'un article de miss E. C. Lodge sur la 
baronnie de Castelnau-de-Médoc, paru dans The English historical 
Review.] — P. 394. G. D[u€auxnés]-D[uval]. Le prince de la Lune à 
Bazas. [Réponse à une question posée p. 318.] P. C. 

IV. Revue ])hil07nathique de Boideauœ et du Sud-Ouest, 
1907. 

P. 1-17. H. Léon. Quelques médecins juifs. [Médecins bordelais et 
bayonnais : les Silva, Emile Lopes Pereyra.] — P. 49-72. F. Strowski. 
A propos de Montaigne. [Compte rendu critique de l'édition du Journal 
de voyage de d'Ancona, du livre de Zangroniz, de la brochure du D^ Ar- 
maingaud.] — P. 97-106. J.-A. Brutails. La nef de la cathédrale Saint- 
André. [Critique d'un article de M. J. Berthelé ; maintient les conclu- 
sions d'une précédente étude parue dans la même revue, 1903, p. 167-75.] 
— P. 112-30. E. D[urègne]. Barèges et les établissements thermaux des 
Hautes-Pyrénées en septembre 1814, d'après deux documents inédits. 
[Rapports du préfet des Hautes-Pyrénées et du D' Borgella, médecin- 
inspecteur.] — P. 165-86, 268-88. 328-36. D' J. Barraud. La gabelle à 
Bordeaux. [Etude de la révolte de 1675 d'après les registres de la 
Jurade.] — P. 193-211, 303-13. D"' Armjvingaud. Le discours de la servi- 
tude volontaire. Entente de Montaigne avec les protestants après la 
Saint-Barthélémy. [Discussion et réfutation de l'article de M. Strowski. 
Cf. 5î<j)ra.] — P. 234-40. Saint-Jours. Localités maritimes disparues en 
Gascogne. [Suite du travail publié dans la même revue^ 1906, p. 447-75, 
497-520.] — P. 241-4. H. Barckhausen. Prévisions de Montesquieu. 
[Montesquieu prophète de l'unité allemande, de l'unité italienne, de la 
décadence de la Turquie, de la révolution russe.] — P. 289-302. E. de 
Perceval. Napoléon à bord de l'Epervier (juillet 1815). [D'après un 
mémoire de Gédéon-Henri Pelletreau, officier de l'Epervier.'] — 
p. 314-27, 421-32. J, Callen. Autour de la rue Poitevine. [Etude histo- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 109 

riquo et topographique. A suivre.] — P. 337-57, 455-74. E. Labadie. Le 
pharmacien bordelais Marc-llilaire Vilaris et la déf.ouverte du premier 
gisement de kaolin en France (1766-1768). [Revendique pour Vilaris 
l'honneur de la découverte attribuée à Macquer.] — P. 858-80. J. de 
Maupassant. Les corsaires à l'exposition de Bordeaux. [Détails sur 
' l'organisation de la course, d'après des documents inédits.] — P. 385-95. 
Sam Maxwell. L'embarquement de La Fayette à Bordeaux. [La Fayette 
partit de Bordeaux pour les Etats-Unis, et non de Saint-Sébastien.] — 
P. 509-17. Descamps. Bel exemple de patriotisme donné par Bordeaux 
en 1762. Construction par souscription d'un vaisseau de ligne le Bor- 
delais, pour être offert au roi (1762-1763). — P. 529-46. J. BenzacaR. 
Fondements de la politique des vins dans la sénéchaussée de Bor- 
deaux (xviu* siècle). [Important.] — P. 547-72. D"' Armainoaud. Le 
tyran du Discours de la servitude volontaire est-il Charles VI? [Dis- 
cussion et réfutation d'un mémoire de M. R. Dezeimeris sur l'objectif 
réel du Discours.} — P. 573-6. E. Bouvy. Montesquieu et son nouvel 
historien. [A propos du livre de M. Barckhausen.] P. C. 

V. Société archéologique de Bordeaux, t. XXIX, 1907. 

Fasc. 1". P. 29-34. Ph. Queyron. Du vandalisme restaurateur et du van- 
dalisme destructeur dans le Réolais. [Détails sur l'église de Roque- 
brune.] — P. 34-54. F. Thomas. Une visite au Musée de Caneire. 
[Inventaire très complet du riche musée d'armes et d'art ancien de la 
ville de Bordeaux, provisoirement installé à la campagne.] — P. 54-60. 
J. Labrie. Monuments mégalithiques de la Gironde (nomenclature en 
vue d'un classement). [Travail très précieux.] — P. 60-2. J.-A. Bru- 
TAiLS. Lettre au président de la Société. [Détails sur le concours quin- 
quennal d'archéologie espagnole à Barcelone en 1907.] — P. 63-5. 
A. Daleau. La série des grottes à gravures. [Remarques sur une main 
de la grotte de Castillo, près d'Altamira.] P. C. 

Isère. 

Bulletin de V Académie delphinale, 5« série, t. 1, 1907. 

P. 5-55. Abbé A. Dussert. Fin de l'indépendance politique du Dau- 
phiné. [En 1457, après que le dauphin Louis II, le futur roi Louis XI, 
fuyant devant son père, se fut réfugié en Flandre. Charles VII met 
alors le pays « dans sa main ». Bonne étude, faite en partie sur des 
documents inédits, dont quelques-uns sont publiés.] — P. 143-235. 
F. Dullin. Etude comparée sur l'organisation supérieure judiciaire du 



110 ANNALES DU MIDI. 

Daupliiné et de la Savoie. [L'auteur ne semble pas avoir visé à l'origi- 
nalité; il a travaillé principalement de seconde main et ne donne 
d'ailleurs aucune référence. Conseil résident de Chambéry (1329), rem- 
placé par le Sénat de Savoie (1559) ; Conseil delphinal, fixé à Grenoble 
en 1340, érigé en Parlement par Louis II (1453); comparaison et rap- 
ports entre une institution et l'autre; magistrats leur ayant appar- 
tenu : cette dernière partie est la plus neuve ; encore ne serait-il pas 
difficile de la rendre plus complète et plus précise, surtout en ce qui 
regarde la période antérieure au xvii« siècle.] — P. 237-50. S. Chabert. 
La « Danse macabre » du Musée de Grenoble. [Tableau romantique 
d'Eugène Devéria, sorte d'illustration du Fragment d'un voyage aux 
Alpes de Victor Hugo.] — P. 275-314. Capitaine Juster. Les compa- 
gnies d'invalides détachées en Daupliiné et leur inspection en 1764 par 
le maréchal de camp d'Espagnac. [Compagnies tirées de l'Hôtel des 
Invalides à partir de 1690, choisies parmi les pensionnaires les plus 
valides de l'Hôtel afin de faire de la place aux autres, et affectées à la 
garde des places. En 1764, les invalides ou soi-disant tels sont devenus 
si nombreux qu'une ordonnance s'attache à réduire les compagnies par 
divers moyens, entre autres en permettant aux hommes de se retirer 
chez eux, moyennant pension. Il y avait alors en Dauphiné 16 compa- 
gnies, fort incommodes aux habitants. M. d'Espagnac fut chargé de 
leur appliquer l'ordonnance ; après quoi il n'en resta plus que 7. Tra- 
vail fait d'après les sources originales.] P. D. 

Savoie. 

Mémoires et documents publiés imr la Société savoi- 
sienne d'histoii'e et d'archéologie, 2» série, t. XX, 1907. 

Fasc. 1". P. 1-99. J. Létanche. Les vieux châteaux, maisons fortes et 
ruines féodales du canton d'Yenne en Savoie. [Travail très complet sur 
la noblesse du canton.] — P. 101-44. Th. Reinach. La date et l'auteur 
de la restauration de l'église da Bourget-du-Lac au xv" siècle. [L'église 
aurait été restaurée avant 1458 par le prieur Aynard de Luyrieux. Con- 
clusions tirées d'une quittance de 1460 donnée par le vicaire ou manda- 
taire de l'abbé de Cluny. Texte, latin, de cette quittance, avec fac- 
similé. Notes, analyse, puis commentaire historique. Photographie des 
châteaux.] — P. 153-311. F. Fenouillet. IMonographio do la commune 
de besingy (Haute-Savoie). [11 est difficile de rêver monographie plus 
complète. Elle est divisée en deux parties : 1", géographie; 2% histoire. 
La 1" partie est elle-même divisée en géographie physique, appuyée 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 111 

sur la géologie, politique et économique, et ce dernier chapitre en par- 
ticulier est curieux. On y trouve la répartition des propriétés, le mode 
d'exploitation, les différentes cultures, l'élevage, les métiers, la condi- 
tion d'existence des habitants, habitation, vêtement, nourriture, les 
mœurs et coutumes, les institutions et sociétés. La partie historique 
comprend, outre l'histoire proprement dite, l'histoire de la noblesse, 
l'organisation politique et administrative, l'histoire religieuse et l'his- 
toire économique. On trouve, par exemple, le mouvement de la popula- 
tion depuis deux siècles, des renseignements statistiques sur la longé- 
vité, la fécondité, la composition des familles, la répartition profes- 
sionnelle, les personnages marquants, les familles disparues, la 
variation des noms. En somme, travail très sérieusement fait. Cartes.] 
— P. 313-66. Inventaire des parchemins de Coudrée, p. p. L.-E. Pic- 
CARD. [Inventaire de la famille d'Allinge, établie depuis le xiii» siècle 
au château de Coudrée, commune de Sciez, alliée à un grand nombre 
de familles nobles de Savoie, et par conséquent très riche en renseigne- 
ments sur la noblesse savoisienne. Contient 351 pièces.] — P. 367-8. 
Th. Reinach. Note additionnelle à l'article : La date et l'auteur de la 
restauration de l'église du Bourget-du-Lac au XV* siècle. [Errata 
dans la transcription de la charte.] — P. 369-477. Registre des délibéra- 
tions du Comité révolutionnaire d'Aix-les-Bains, p. p. F. Vermale 
et A. RocHET, [Déposé aux archives départementales de la Savoie. Il 
va du 6 mai au 28 septembre 1794. Le Comité instruit des affaires 
d'inobservation des lois, des dénonciations contre les suspects et des 
affaires de passeports. A suivre.] — P. 479-91. M. Usannaz-Joris. Une 
reconnaissance en fief rural dans la Ilaute-Tarentaise au xiv siècle. 
[Du 25 février 1336, par les chefs de famille de la paroisse de La Cha- 
pelle, près de Bourg-Saint-Maurice, aujourd'hui « Les Chapelles », en 
faveur d'Aimon le Pacifique, comte de Savoie. Texte latin.] 

M. D. 

Savoie (Haute-) 

Revue savoisienne, 48« année, 1907. 

p. 7. Un permis de chasse en 1659. [Signé Guillaume de Blancheville, 
commandant général en Savoie. Document en français.] — P. 8-27, 
98-109. A. Constantin et J. Désormaux. Etudes philologiques savoi- 
siennnes. Essai de grammaire. [Le nom, l'article, l'adjectif et le pronom. 
A suivre.] — P. 27-34, 75-92. Ch. Marteaux. Voies romaines de la 
Haute-Savoie. Voie romaine de Condate à Genava et chemins secon- 



112 ANNALES DU MIDI. 

daires. [L'auteur essaie d'établir le tracé de la voie romaine.] — 
P. 57-8. Muret. Note sur le mot lanioles. — P. 62. Marteaux. L'éty- 
iiiologie du nom de lieuQueige. [Village du canton de Beaufort( Savoie).] 
— P. 63-74. Cil. BuTTiN. Le guet de Genève au x\' siècle. [En grande 
partie d'après les Registres du Conseil de Genève. Note préliminaire 
sur ces registres. Le recrutement, l'armement du guet. A suivre.] — 
P. 110-1. A. Trolliet. Mœurs d'autrefois. Carouge (1791). [Capitale de 
la province créée en 1780 par le duc de Savoie contre Genève. Elle 
devint le refuge de tous les individus chassés de cette ville et de France, 
ce qui provoqua la dépravation et le désordre. Lettre d'un habitant 
qui s'en plaint et réponse du gouverneur.] — P. 112-6. Fen'ouillet. 
Une émeute à Savigny (1753). [Contre le secrétaire communal, qu'on 
accusait de vouloir prouver la noblesse de la famille de Malivert de 
Conflans. Le roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III avait soumis à 
l'impôt territorial les terres des maisons nobles, à l'exception de celles 
possédées par des familles dont la noblesse était antérieure à 1584. 
L'impôt territorial étant un impôt de répartition, des émeutes eurent 
lieu sur plusieurs points, parce qu'on craignait qu'un trop grand nom- 
bre de nobles échappât à l'impôt.] — P. 116-8. F. Miqnet. Le général 
Villien. [Né à Rabastens (Tarn) en 1843, mort en 1907, a fait une grande 
partie de son service dans le Midi. D'origine savoyarde. Quelques 
notes généalogiques.] — P. 118-20. J. S[erand]. Glanes savoisiennes. 
[Ordonnances de curage des canaux d'Annecy (1706). La Passerelle des 
Amours. Inauguration du monument élevé à Eugène Sue. Les horloges 
de Notre-Dame et de la Porte Sainte-Claire. Toutes ces notes concer- 
nent Annecy.]— P. 126-9. J.-F. Gonthier. La peste de 1629 et lU' J.-F. 
de Sales. [D'après les lettres de l'évêque au duc de Savoie Charles 
Emmanuel, au prince Thomas et à M. Piochet, secrétaire d'Etat.] — 
P. 130-1. Un document inédit sur La Roche au xv siècle, p. p. L.-E. 
PiccARD. [Transaction passée le 29 mars 1448 entre le curé de La Roche 
et le recteur de l'hôpital du même lieu, qui s'était installé de sa propre 
autorité sans tenir compte du droit de nomination du curé.] — P. 132-5. 
J. Serand. Glanes savoisiennes. [Attribution de l'évêché à la ville 
d'Annecy, pour y installer la bibliothèque et le musée, du 13 fructidor 
an Xlll (31 août 1805). État des tableaux du musée à cette époque. 
Déclaration d'association cultuelle en 1796.] — P. 153-68, 176-84. Oh. 
Marteaux. Voies romaines de la Haute-Savoie. Étude sur la voie ro- 
maine de Boutae à Genava. [L'auteur aboutit à deux hypothèses quant 
au tracé de cette voie. C'est pour la seconde qu'il opte.] — P. 170-1. 
Marteaux. Note sur l'inscription de Spirniolus à Lucey. — P. 173. 



PÉUIODIQUES NON MÉRIDJONAUX. 113 

Fenouillkt. Découverte d'une pierre à cupules à Savigny. — P. 201-12. 
J. Dêsormaux. Un détracteur de la montagne. Chateaubriand et le 
Voyage au Mont-Blanc. — P. 212-6. F. Miquet. Une mission du géaé- 
ral Monet sous Louis XV. [Savoisien que Louis XV envoya en Pologne 
à la mort du roi Auguste III pour faire aboutir la candidature Ponia- 
towski contre celle du prince Xavier de Saxe, second fils d'Auguste III, 
frère de la Dauphine, patronnée par l'agent secret Hennin, et contre 
celle du prince de Conti, patronnée par l'ambassadeur Paulmy.] — 
P. 217-27. F. et J. Serand. Vieilles histoires, vieux souvenirs du pays 
de Savoie. Une battue à l'ours à Faverges en l'an XIII. — E7i supplé- 
ment : P. 57-104. Constantin et Gave. Flore populaire de la Savoie 
ou Dictionnaire des noms populaires de nos plantes. [Suite et à suivre.] 

M. D. 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS NON MÉRIDIONAUX. 

%.. — Académie des inscriptions et belles-lettres. Comptes 
rendus, 1906. 

P. 192-6. A. Blanchet. Villes de la Gaule romaine aux i" et iv siècles 
de notre ère. [Excellentes remarques, importantes pour toute l'histoire 
de la Gaule romaine.] — P. 327-8. Brutails. Note sur la voûte de 
l'église de Saint-Orens-de-la-Reulle (Hautes-Pyrénées). [Avec croquis.] 
— P. 358-63. Abbé Arnaud d'AoNEL. Notes sur trois monuments épi- 
graphiques inédits de la commune de Martigues.— P. 393-9. Audoli.knt. 
Note sur une statuette de Mercure découverte au sommet du Puy-de- 
Dôme. — P. 486-92. Marquis de Vogué. Note sur Sauveplantade. [Une 
inscription romaine inédite; étude sur l'église et sa curieuse pyramide 
octogonale.]— P. 702-12. E. Berger. Les aventures de la reine Aliénor. 
[Étude très intéressante.] — P. 729. Th. Reinach. Étude sur la chrono- 
logie de l'église du Bourget-du-Lac (Savoie). [Cf. ci-dessus, p. 110. J 

1907. 

p. 60-92. Héron de Villefosse. Le palais du Miroir à Sainte-Colombe- 
lez-Vienne. [Étude intéressante sur ces thermes gallo-romains et sur 
les objets qui y ont été trouvés.] — P. 213-22. Cartailhac et abbé 
Breuil. Une seconde campagne aux cavernes ornées de Niaux (Ariège) 
et de Gargas (Hautes -Pyrénées). [Résultats de l'exploration, avec 
dessins.] — P. 663-7. M. Dieulafoy. Les monuments latino-byzantins 
des Asturies. [L'auteur établit un rapprochement, expliqué par l'in- 

ANNALES DU MIDI. — XXI 8 



114 ANNALES DU MIDI. 

finence de l'islamisme, entre les édifices perses et ces édifices religieux 
qui sont la plupart du x* siècle.] 

1908. 

Janvier-septembre. P. 102-14. P. Durrieu. Les armoiries du bon roi 
René. [Travail très intéressant sur ces armoiries et leur signification 
historique.] — P. 146-59. J. Maurice. La yéracité historique de Lac- 
tance. [Démonstration de cette thèse par la numismatique.] — P. 272-4. 
D'Arbois de Jubainville. L'accent gaulois. — P. 859-62. Héron de 
ViLLEFOssE. Fouilles et découvertes faites par M. Rouzaud sur la 
colline de Montlaurès. [Texte d'une importante inscription latine avec 
commentaire.] — P. 496-8. Héron de Villefosse. Notice sur un monu- 
ment funéraire gallo-romain, avec une inscription latine, trouvé à Nar- 
bonne, et planche. [Description du bas-relief, lecture de l'inscription.] 
— P. 498-9. Héro.n de Villefosse. Notice sur un vase en bronze, avec 
une inscription latine, trouvé à Alise-Sainte-Reine. [Dédicace aux dieux 
locaux Elcuetis et Bergusia.] Ch. L. 

2. — Annuaire- Bulletin de la Société de V Histoire de 
France, 1907. 

P. 185-249. B. DE Mandrot. Supplément aux Lettres de Charles VIII. 
[Les cinq tomes édités par feu P. Pèlicier n'épuisent nullement la 
matière. M. de M. publie ici 53 lettres adressées pour la plupart au 
Parlement de Paris. Voir pourtant IV : à Charles, comte d'Armagnac, 
au sujet de la ville de Séverac ; XLI : à l'évêque de Dax. Parmi les 
lettres adressées au Parlement, quelques-unes intéressent le Midi (xi, 
XXVII, xxviii, xxxii, «te.).] P. D. 

3. — Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. LXVIII, 
1907. 

P. 5-74. IL Omont. Nouvelles acquisitions du département des manus- 
crits de la Bibliothèque nationale pendant les années 1905-1906. [Manus- 
crits latins : 2404. Diplôme de Charles le Chauve pour l'abbaye de 
Solignac (876). Original; publié dans les Historiens de France, t. VIII, 
p. 653. — 2405. Bernard Guy, Histoire des couvents de dominicains de 
la province de Toulouse ; copie du ms. 780 de la bibliothèque de Bor- 
deaux et collation du ms. 3 de la bibliothèque d'Agen. — 2406. Enquête 
par-devant Pierre Bernard, viguier do Toulouse, au sujet d'un différend 
et d'un duel entre « Jordanus, dominus de Insula » et « Ysarnus Jor- 

• dani, filins quondam Bertrandi de jlnsula j> (1252-60). — 2410. Recueil 



PERIODIQUES NON MERIDIONAUX. 115 

de chartes relatives à Blauzac (Gard), au diocèse d'Uzès (1309-1492). — 
Manuscrits français : 10405. « Supplément au niémoire consulté par 
M. Polverel pour le franc-alleu du royaume de Navarre ». — 10406. 
a De l'isle d'Oleron, et des jugements surnommés d'OIeron ; des ordon- 
nances de Vuisburg et des règlements de la Hanse theutonique. Arti- 
cle touchant la pêche des baleines sur la côte de Guyenne. — Ce qui 
regarde Terre-Neuve a été tiré d'un mémoire présenté, en mars 1710, à 
M. Planthion, syndic du pays de Labour ». — 10408. Registres « des 
cens et rentes » appartenant à la « vicairie Notre-Dame » de l'église 
collégiale de Billom (Puy-de-Dôme) pour les années 1.594-1600. Fol. 17. 
Registre des baptêmes et mariages (fol. 34) de la même église (1653-54). 
— 10424. <c Généalogie de la noble et ancienne maison de Pages-Beau- 
fort, en Languedoc >•>. — 10445. « Catalogue des manuscrits de la biblio- 
thèque de Montpellier », par G. Libri. — 10450. Lettres du maréchal 
Bugeaud à Adolphe Blanqui, membre de l'Institut (1841-48). — 104'i3. 
Vie de saint Honorât, par Raimond Feraut; et Evangile de l'Enfance 
de J.-C, en provençal. — 10535. Livre où l'on écrit les associés à la 
Confrérie du Sacré-Cœur de Marie, établie dans l'église du premier 
monastère de la Visitation Sainte-Marie de Grenoble, établie le 
13 août 1747. — 10556. Copies de lettres et opustules de Fermât, Des- 
cartes, Galilée, etc. (ms. Vicq d'Azyrj. — 10561. Registre de « copies de 
lettres » écrites par a Jean Coulongnac fils ». de Nimes (ans X-XII). — 
20689. Recueil de pièces, originaux et copies, sur Beaulieu (Corrèze), 
formé par Maximin Deloche. — 20690-802. Papiers et correspondance 
d'Edgar Quinet. [Parmi ses correspondants, on remarque certains de 
nos compatriotes : 20783, Calés; 20788, Ebelot; 20794, Pécaut; 20796, 
Reclus.] — 20807. Recueil de mémoires sur les Basques et le pays 
basque [fol. 1, « Mémoire touchant la découverte, les établissements et 
la possession de l'île de Terre-Neuve et l'origine des pêcheries des 
baleines et des morues... par les négociants de Saint-Jean-de-Luz et de 
Siboure,..: en mai 1710 ». (Copie.)] — 20809. Recueil de lettres auto- 
graphes de personnages célèbres des xvi« et xvii» siècles. [Casaubon, 
Henri IV (aut.).] — 20811-12. « Manuscripts qui concernent le comman- 
dement de l'armée du roy Louis 14 en Catalogne par M. le maréchal 
duc de Navailles, depuis le 20 décembre 1675 jusqu'au 4 février 1679. » 
— 20814. Collection Rohault de Fleury. Midi de la France. — 20825. Id., 
Alpes-Maritimes. — 20853. Id. Voyages en France (1849-73). — 20856. 
Id. Voyages en France et en Belgique. — 20858. Id. Voyages à Cannes, 
en Provence et dans la vallée du Rhône (1857). — 20859. Id. Voyages 
divers en France (1882-91). — 20906. Id. France. — 20926, Notes sur 



Ii6 ANNALES DU MIDI. 

diverses bibliothèques et collections françaises et étrangères recueillies 
par l'acteur Alexandre. [Fol. 8, « Bibliothèque de la ville de Clermont- 
l^'errand. »] — 20942. Registre de la correspondance d'Achille Murât 
(1830-35). — 20982. Débat entre les rois de France et d'Angleterre, 
[Exemplaire de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, « pour Cas- 
tres ».] — 20970. Bibliothèque de Bergerac; catalogue. — 20971-73. 
« Catalogue de la bibliothèque de la Société des amis de l'instruction 
élémentaire fondée à Bordeaux en 1867 » ; — et deux autres catalogues 
de 1885 et 1890. — 20974. Catalogue de la bibliothèque communale de 
Brive (Corrèze), 1879. — 20975-ti. « Ville de Cannes (Alpes-Maritimes); 
catalogue de la bibliothèque, 1885 » et 1890. — 20987-8. « Bibliothèque 
communale de La Réole (Gironde) ; catalogue ». — 20999. « Catalogue de 
la bibliothèque communale de la ville de Sainte-Foy-la-Grande 
(Gironde)», 1885. — 21000. Catalogue méthodique de la bibliothèque 
communale d'Uzerche (Corrèze), 1885 ». — 21034. Chartes relatives à 
l'histoire de Paris, du Berry, de l'Orléanais, du Poitou, de la Guyenne, 
du Comtat-Venaissin, etc. (1257-1793). — 21035-59. Correspondance et 
documents relatifs à la constitution et à l'administration des bibliothè- 
ques départementales sous la Révolution, le premier Empire et la Res- 
tauration. [21035. Basses-Alpes; Hautes-Alpes; Alpes-Maritimes. — 
21036. Ardèche ; Ariège. — 21037. Aveyron ; Bouches-du-Rhône. — 21038. 
Cantal. — 21041. Creuse; Dordogne. — 21042. Drôme. — 21043. Gard; 
Haute-Garonne; Gers. — 21044. {jironde; Hérault. — 21045. Isère. — 
21046. Landes; Haute-Loire. — 21047. Lot; Lot-et-Garonne; Lozère. — 
21052. Puy-de-Dôme; Basses-Pyrénées; Hautes-Pyrénées; Pyrénées- 
Orientales. — 21057. Tarn; Tarn-et-Garonne ; Var. — 21058. Vaucluse.] 
— 21060-66. Correspondance et papiers de Philippe de Girard (1775- 
1815). — 21091. Correspondance des supérieurs et directeurs de la 
« Compagnie du Très-Saint-Sacrement » de Paris avec les directeurs et 
supérieurs de la Compagnie de Marseille (1639-60).] — P. 75-80. 
P. Meyer. Lettre du roi René aux syndics et conseil de Moustiers 
(13 juillet 1442). [Etablit que pour obtenir sa liberté lorsqu'il était 
enfermé au Castel nuovo de Naples que prit Alphonse d'Aragon, il dut 
promettre une rançon et laisser en otage son lila Jean do Calabre.] — 
P. 81-129. CAï. PoRilE. Les statuts de la communauté des seigneurs 
pariers de La Garde-Guérin en Gévaudan (1283-1313). [Documents très 
intéressants sur une seigneurie qui, moyennant la perception de cer- 
tains droits, avait pour mission d'assurer la sécurité de l'ancienne voie 
regordane, route très fréqiuuitéo qui reliait Ninies à l'Auvergne. On y 
constate la décadence de cette institution féodale, qui finit par devenir 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 117 

inutile, et los progrès des évèques de Mende sur les barons du Tournel 
avec qui ils partageaient d'abord la suzeraineté du château de La Garde. J 
— P. 180-49. M. JussELiN. Documents financiers concernant les mesures 
prises par Alphonse de Poitiers contre les Juifs (1268-69). [Exploitation 
des Juifs par la féodalité. Estimation des biens dos Juifs et dépenses 
faites à l'occasion des mesures prises contre eux à Bonnieux, L'Isle- 
sur-la-Sorgue, Malaucène, Seguret, Bolléne, Mornas, Lapalud, Mon- 
teux, Carpentras, Valréas, Cavaillon (Vaucluse, sénéchaussée de 
Venaissin) ; de Bressuire, Thouars (Deux-Sèvres) ; Ranton (Vienne) ; 
Airvault (Deux-Sèvres); Mortagne-sur-Sèvre, TifTauges (Vendée); Mar- 
thon, Montmoreau, Aubeterre-sur-Dronne, Chalais (Charente); Parcoul, 
La Tour-Blanche, Crognac (Dordogne) ; Marmande (Lot-et-Garonne).] 
P. 320-^8. Ch. Samaran et H. Patry. Marguerite de Navarre et le pape 
Paul III. Lettres inédites. [Extraites du fonds des Carte Fartiesiane 
aux archives d'Etat de Naples.] — P. 5J9-24. A. Thomas. Les plaintes 
de la comtesse de la Marche contre Thibaud de Neuvi, sénéchal de 
Poitou (vers 1257). [Publication, d'après l'original, d'un texte imprimé 
fautivement par d'PIozier dans la généalogie de la maison de Chambo- 
rant.] — P. 670-71. P. Meyer. Lettre du roi René aux consuls de 
Moustiers. [Note rectificative à la publication mentionnée plus haut. 
Un autre exemplaire de cette lettre, adressée à Brignoles et trouvée 
dans les archives de cette commune, avait été publiée dans le Bulletin 
historique et philologique du Comité des travaux historiques, par 
M. Mireur, en 1886; il résulte des délibérations dont un extrait est 
joint au document que le duc de Calabre, fils du roi René, avait été 
livré en otage aux Génois en garantie d'une somme de 25,000 ducats 
qu'ils avaient prêtée à son père.] A. V. 

4. — Bulletin du bibliophile^ 1906. 

p. 473-8. E. Courbet. La dernière édition de Montaigne. [A propos de la 
réimpression, par les soins de la ville de Bordeaux, de l'édition de 1588 
des Essais de Montaigne. On sait que les notes et corrections de la 
main de l'auteur qui se trouvent sur l'exemplaire de la Bibliothèque 
municipale de Bordeaux sont insérées dans cette réimpression.] 

F. P. 

5. — Bulletins de la Société des Antiquaires de V Ouest, 
3« série, t. 1, 1907. 

P. 93-112. BoissoNNADE. Les cahiers de doléances de l'Isle-Jourdain et du 
Vigean en 1789. [Communautés du département actuel de la Vienne, 



118 ANNALES DU MIDI 

qui comparurent alors au siège royal du Dorât. Elles faisaient partie 
de la sénéchaussée de la Basse-Marche. L'Isle-Jourdain fut pourtant 
convoquée aussi à Montmorillon, tant les ressorts des sénéchaussées 
étaient incertains; elle omit de s'y rendre. Les deux cahiers publiés ne 
contiennent guère que des revendications d'ordre économique et social, 
fort peu de caractère politique, et ce trait est général dans la région. 
C'est par les satisfactions de cet ordre qu'elle leur a données que la 
Révolution a rallié les paysans de la Marche et du Poitou.] 

P. D. 

6. — La Coi^respondance historique et archéologique^ 
1904, 1905, 190G. Néant. — 1907. 

P. 59-61. Trois lettres du cardinal de Bonsy. [L'une d'elles est datée de 
Narbonne.] — P. 135-62, 198-211. F. Chambon. Notes et documents sur 
la famille de Montboissier-Beaufort-Caniilac. — P. 163-78, 212-20, 361-69. 
M. DE PuYVALLÉE. Inventaire de la collection Rohault de Fleury. [A la 
Bibliothèque nationale ; nombreux dessins de monuments méridionaux. 
Cf. Bibl. Ec. Chartes, t. LXVIII, 1907.] R. P. 

iç. — Gazette des Beaux-A^^ts, 49» année, 3« période. 
t. XXXVII, 1907 (1«^ semestre). 

P. 114-31, 241-57. P. Lafond. Les dernières années de Goya en France. 
[Séjour à Bordeaux, 1824-1828.] — P. 132-46. T. Leclère. Un protec- 
teur de l'art français dans la vallée d'Aoste au xv« siècle. [Georges de 
Challant.] — P. 208-412. Berenson. Le portrait raphaëlesque de Mont- 
pellier. [Portrait de jeune homme, œuvre de Brescianino?] — P. 213-40, 
289-305. Labande. Les miniaturistes avignonais et leurs œuvres. [L'en- 
lumineur Bernard de Toulouse, sous Urbain V ; Jean de Toulouse, sous 
Clément VII; Jean des Plans, d'Uzès; Simon Bonabut, de Sanilhac 
(Gard).] 

T. XXXVIII, 1907 (2« semestre). 

p. 103-30. Bertaux. Le rétable inonnmontal de la cathédrale de Valence, 
en Espagne. — P. 441-55. Pottier. Les origines populaires de l'art. 
[Peintures des grottes de la Dordogne et de l'Ariège.J 

H. Gr. 

8. _ Mélanges d'archéologie et d'histoire de V Ecole 
française de Rome, 1906. 

p. 108. L. Celier. Sur quelques opuscules du camerlingue François de 
Conzié. I^Attribution à ce personnage célèbre dans l'histoire du grand 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 119 

schisme, archevêque d'Arles, de Toulouse et de Narbonne, de plusieurs 
opuscules du manuscrit latin 2651 du fonds Barberini au Vatican.] 

1907. 

p. 153-225. G. Faure. Un projet de cession du Dauphiné à l'église 
romaine (1338-1;M0). [Etude curieuse qui complète celle de l'abbé 
Ulysse Chevalier sur l'offre de cession d'une partie du Dauphiné faite 
par le dauphin llumbert II en 1338 au pape Benoît XII; analyse de 
l'enquête des légats du pape dans le Dauphiné.] — P. 311-'i2. G. Bour- 
GiN. La mission de Suzette Labrousse à Rome. [Etude amusante sur 
l'envoi à Rome, en 1792, par les évoques constitutionnels, de la prophé- 
tesse périgourdine et sur son incarcération au Château-Saint-Ange.] -r- 
P. 509-62. C Faure. Le dauphin Humbert II à Venise et en Orient 
1345-1347, avec pièces justificatives. [Excellent travail qui complète les 
études antérieures sur cette croisade.] Ch. L. 

9. — Le Moyen âge, 2* série, t. X (t. XIX de la collec- 
tion), 1906. 

P. 205-13. E.-Ch. Babut. Sur trois lignes inédites de Sulpice-Sévère. [Elles 
se rapportent à la doctrine de son ancien ami Vigilance de Calagurris, 
devenu son adversaire, le seul hérétique qui soit sorti du milieu aqui- 
tain où vivait Sulpice : lignes tirées du ms. irlandais dit Livre 
d'Armagh; ce livre contient la Vita Martini, les Dialogues et deux 
Lettres.] 

ï. XI (XX de la collection), 1907. Néant. — T. XII (XXI 
de la collection), 1908. 

P. 121-43. E. Albe. Les lépreux en Quercy. [Au xiii* et au xiv« siècle, 
ces lépreux habitaient environ 150 léproseries, réparties entre moins de 
600 communautés. Suit une liste des établissements de ce genre com- 
pris dans l'ancien diocèse de Cahors.] Ch. M. 

tO. — La Révolution française, t. LUI, juillet-décembre 
1907. 

P. 189-67. A. Mathiez. La France et Rome^sous la Constituante, d'après 
la correspondance du cardinal de Bernis. Pie VI, Avignon et le Comtat. 
[Étude sur l'état des partis à Avignon et dans le Comtat au début de 
la Révolution. Réclamations adressées au pape; premiers incidents 
qui se produisent. A partir du mois d'avril 1790, Avignon échappe, en 
fait, à l'autorité du Saint-Siège.] — P. 417-64. E. Poupé. Le mouvement 
fédéraliste à Hyères, [Dans le Var, le mouvement fédéraliste fit courir 



120 ANNALES DU MIDI, 

à la République les plus grands dangers. Les sections d'Hyères se 
montrèrent particulièrement ardentes, elles furent d'abord anti-monta- 
gnardes, .puis anti-conventionnelles, et elles proclamèrent Louis XVII 
après l'entrée à Toulon de l'escadre anglo-espagnole. L'énergie des 
représentants Barras et Fréron parvint à restreindre d'abord, puis à 
réprimer l'insurrection.] — P. 498-502. H. Labroue. La misère en Péri- 
gord sous l'ancien régime. [L'auteur montre à l'aide de documents 
précis combien la misère fut grande en Périgord à la lin du xvii" siècle 
et pendant presque tout le xviii".] 

Tome LIV, janvier-juin 1908. 

p. 42-65, 131-58. H. Labroue. La Société populaire de la Garde-Freinet. 
[Étude détaillée et très vivante de la Société populaire de cette petite 
commune du Var, d'après un registre des procès-verbaux des séances 
qu'elle a tenues pendant quinze mois. Située dans un pays frontière 
que les ennemis menaçaient du côté de la terre et de la mer, cette 
Société semble avoir été moins préoccupée des questions politiques 
et religieuses que de défense nationale et de séciirité économique.] — 
p. 505-15. Marcellin Pkllet. Le curé Solier, dit « Sans peur ». [Récit 
de quelques-uns des exploits et des crimes commis par la bande du 
curé Solier, l'un des chefs des « brigands royaux n du Midi, qui orga- 
nisa une véritable chouannerie royaliste dans l'Hérault, le Gard, la 
Lozère, l'Aveyron et l'Ardèche, et qui fut fusillé en 1800.] F. D. 

11. — Revue archéologique^ â» série, t. IX, 1907. 

P. 38-50. J. Déchelette. La peinture corporelle et le tatouage. [Le 
tatouage de la face sur les statues-menhirs de l'Aveyron et du ïarn.] — 
P. yi-118 et 226-42. Joulin. Les établissements antiques du bassin 
supérieur de la Garonne. — P. 176. S. Reinach. Le passage des Alpes 
par Ilanaibal.— P. 368-76. S. Reinach. La Vénus d'Agen. [Trouvée au 
Mas-d'Agenais.] — P. 436-59. J. Laran. Recherches sur les propor- 
tions dans la statuaire française du xix» siècle. [Moissac, Arles, Vierge 
du Musée de Toulouse.] 

Tome X, 1907. 

P. 295-303. S. Reinach. La Vénus d'Agen. — P. 304-9. S. Reinach. Docu- 
ments nouveaux sur Frédéric de Clarac. [Famille originaire du diocèse 
de Mirepoix. Son cabinet d'antiques vendu à la ville de Toulouse.] 

H. Gr. 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 121 

. 12. — Revue de l'art ancien et moderne, t. XVII, 1905. 

P. 53(50. DoRBEC. Les Drouais. [P. 64, portrait de M-" Dubarry.] — 
P. 161-79 et 277-94. Babelox. Les origines de la médaille en France. 
[P. 1C5 ss, pièce d'or de Dagobert, frappée dans l'atelier de Limoges ; 
p. 284 ss, camée et médailles du roi Eené.] — P. 199-212. L. Pillion. 
Les portails latéraux de la cathédrale de Rouen. [L'histoire du mauvais 
riche, comparée à celle qui figure au portail de Moissac] — P. 405-12. 
M. NicoLLE. Les récentes acquisitions du Musée du Louvre. [Introni- 
sation de saint Isidore, tableau provenant de Valladolid et attribué 
à Luis Dalmau.] 

Tome XVIII, 1905. 

p. 383-96. H. Lapauze. Le « Bain Turc » d'Ingres, d'après des documents 
inédits. — P. 435-45. E. Mâle. L'art symbolique à la fin du moyen âge. 
III» article. [Statues du chœur de la cathédrale d'Albi ; opposition des 
prophètes et des apôtres. N'est-ce pas Jacques d'Amboise, coadjuteur 
de l'abbé de Cluny Jean de Bourbun, dès 1481, qui aurait recommandé 
à son frère Louis d'Amboise, évèque d'Albi, de 1473 à 1502, les artistes 

• clunisiens? M. Mâle croit que ce sont les sculpteurs bourguignons de 
Cluny qui sont venus travailler à Albi.] 

Tome XIX, 1906. 

P. 203-16. H. Bouchot. Fragonard et l'architecte Paris. — P. 291-307. 
G. Migeon. Les faïences hispano-moresques. — P. 352, E. D. Portrait 
de M"» Delphine Ingres, au musée Bonnat de Bayonne. — P. 440-50. 
E. Bouyer. Les salons de 1906. La peinture. [Polyptiques d'Henri Martin 
pour le Capitole de Toiilouse.] — P. 450-9. L. Bénéditte. Idem. La 

. sculpture. [Statue de Denys Puech pour la statue du cardinal Bourret 
à la cathédrale de Rodez. Marqueste : enlèvement de Déjanire, bronze 
à cire perdue.] 

Tome XX, 1906. 

p. 62-77. F. DE Mêly. La Renaissance et ses origines françaises. [Statues 
de la façade de l'église de Saint-Gilles; à gauche de l'une d'entre elles, 
l'inscription : Briinus me fecit. La Vierge de Pommiers, aujourd'hui 
à Beaucaire. La Vierge de l'abbaye de Fontfroide.]— P. 417-36. E. Ber- 
TAUx. Les Primitifs espagnols. 

Tome XXI, 1907. 

P. 5-20, 95-110, 209-28, 287-302. De Fourcaud. Honoré Fragonard. — 
P. 308-16. Lefebvre des Noettes. Le mausolée des maréchaux d'Albi- 



122 ANNALES DU MIDI. 

geois. Notre-Dame de la Roche. [Les trois Guy de Lévis, seigneurs de 
Mirepoix, Florensac et Montségur, compagnons de Simon de Montfort.] 

— P. 401-16. H. Marcel. L'exposition de portraits peints et dessinés 
du XIII' au XVII» siècle à la Bibliothèque nationale. [Portrait d'Henri 
d'Albret, roi de Navarre. Une feuille des Annales manuscrites de la 
ville de Toulouse, début du xvii" siècle.] H. Gr. 

Tome XXIL 1907. 

P. 19-24. P. DE NoLiiAC. Deux questions sur Fragonard. — P. 25-39. 
E. Cox. Les plus anciens tissus musulmans. [Tissus hispano-mores 
ques.] — P. 81-92. E. Mâle. Les influences du drame liturgique sur la 
sculpture romane. [Les Saintes Femmes et les marchands de parfums 
au portail de Saint-Gilles, au cloître de Saint-Trophime d'Arles, à la 
frise de Notre-Dame de Beaucaire; les Saintes Femmes au tombeau, 
la Cène, à Beaucaire; les Pèlerins d'Emmaiis, à Arles.] — P. 107-26, 
241-62 et 339-60. E. Bertaux. Les Primitifs espagnols. [Les disciples 
de Jean Van Eyck dans le royaume d'Aragon.] H. Gr. 

13. — Revue de l'art chrétien, 48« année, 5® série, t. 1, 
(LV' de la collection), 1905. 

P. 15-7. Sanoner. Interprétation de deux scènes d'un bas-relief sur la 
façade de l'église de Saint-Gilles (Gard). [Deux membres du Sanhédrin 
complotant la perte du Christ ; Judas venant recevoir les 30 deniers.] 

— P. 311-22. Cloquet. L'art monumental latin. L'art latin en Gaule. 
[Basiliques d'Angoulême, de Minerve, de Cahors ; crypte de Saint-Seurin 
de Bordeaux.] — P. 363. Sanoner. La vie de Jésus-Christ racontée par 
les imagiers du moyen âge sur les portes d'églises. [Porche de Moissac, 
fig. 14.] — P. 394-9. Caillaud. L'église Saint-Eutrope à Saintes. La 
cathédrale Saint-Pierre. L'église Notre-Dame ou l'abbaye des Dames. 

49" année, 5« série, t. II, 1906. 

P. 22-31, 92-109, 160-80,313-20, 371-78. L. Cloquet. L'art chrétien monu- 
mental (suite). [Epoque carolingienne. Baptistères de Saint- Jean de 
Poitiers et de Riez; substructions de la cathédrale de Clermont; abside 
de la cathédrale de Vaison.] — P. 32-46, 181-94, 302-12, 379-96. Sanoner. 
La vie de Jésus-Christ racontée par les imagiers du moyen Age sur les 
portes d'églises. [Suite. Sculptures d'Arles, Bazas, Beaulieu, Moissac, 
Saint-Gilles, Saint-Pons.] — P. 77-84. L. Maître. Un martyrium du 
iv« siècle à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche). — P. 258-60. A. Maykux. La 
façade de la cathédrale de Perpignan. — P. 361-9. L. Maître. La tour 
funéraire de Saint-Restitut (Drôme). H- Gr. 



PERIODIQUES ETRANGERS. 123 

14. — Revue celtique, t. XXXVII, 1906. 

p. 129-32. Seymour de Ricci. La marine de Marseille en 217 avant Jésus- 
Christ. R. P. 

15. — Revue des études historiques, t. LXXII, 1906. 
Néant. — T. LXXIII, 1907. 

P. 4'23-68. P. DE Vaissière. Une famille française au xvi« siècle, les Saint- 
Sulpice. [Fait ressortir l'intérêt que présente pour l'histoire sociale de 
la seconde moitié du xvi' siècle la belle publication de M. Ed. Cabié 
sur les « Guerres de religion dans le sud-ouest de la France et princi- 
palement dans le Quercy, d'après les papiers des seigneurs de Saint- 
Sulpice de 1561 à 1590. »] F. D. 

16. — Revue des éludes juives, t. LUI, 1907. 

p. 272-6. J, Bauer. Cinq lettres des consuls d'Avignon. [En faveur des 
juifs do cette ville, 1616-1781.] 

Tome LIV, 1907. 

P. 284. J. Bauer. Les juifs comtadins pendant la Révolution. R. P. 

l'y. — Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. IX, 
1907-08. 

P, 25-40. Ph. Sacnac. L'industrie et le commerce de la draperie en France 
à la fin du xvii' siècle et au commencement du xviii". [Donne quelques 
détails précis sur l'industrie de la draperie dans le midi de la France.] 

F. D. 

18. — Revue des questions historiques, t. XXXVII et 
t. XXXVIII, 1907. Néant. — T. XXXIX, 1908. 

P. 24-44, 426-52. P. Allard. La jeunesse de Sidoine Apollinaire. Sidoine 
Apollinaire sous les règnes d'Avitus et de Majorien. Sidoine Apolli- 
naire, préfet de Rome. [Dans ces trois articles et sous ces titres divers, 
l'auteur nous donne des renseignements sur la famille, l'éducation, le 
mariage du poète avec la fille du futur empereur Avitus. Il étudie son 
existence politique sous le règne de ce même Avitus et de ses succes- 
seurs Majorien et Anthemius, dont le dernier lui conféra le titre de 
préfet de Rome.] 

Tome XL, 1908. 

P. 38-84. A. Degert. Un ouvrier de la Réforme au xi» siècle, Amat d'Olo- 
ron. [Amat, évêque d'Oloron, puis de Bordeaux à partir de 1089, a une 



124 ANNALES DU MIDI. 

origine incertaine. Probablement ancien bénédictin de l'ordre de Cluny, 
il est légat de Grégoire VII et d'Urbain II, et comme tel prend part en 
France au mouvement de réforme ecclésiastique dont ces papes sont 
les promoteurs les plus ardents. Il meurt en mai 1101.] — P. 399-429. 
P. Allard. La jeunesse de Sidoine Apollinaire. [Troisième article. Voir 
ci-dessus.] Ch. M. 

PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. 

Belgique. 

19. — Analecta bollancUana, t. XXIV, 1905. 

P. 105-14. L. DucHESNE. Sur la translation de saint Austremoine. [M'' D. 
d'accord avec le P. Poncelet et M. Krusch, estimait que la translation 
du saint, de Volvic à Mozac, remonte au règne de Pépin le Bref. On a 
vu {Afifiales, t. XIX, p. V-ii) que M. Levillain abaisse d'un siècle l'évé- 

. nement en question. M»"' D., après une discussion très serrée, difficile 
à réfuter, semble-t-il, maintient son opinion.] 

T. XXV, 1906. Néant. — T. XXVI, 1907. 

P. 305-16. E. HocEDEZ. La Vita prima Urbani V, auctore anonymo. 
[Discussion portant sur la date de la composition de cette Vita (après 
1394, avant 1400), et sur les sources employées par l'anonyme (un mé- 
moire présenté par Pierre Olivier dé Falgar, postulateur de la cause, à 
la.Commissi(m qui était chargée d'informer sur la vie et sur les mira- 
cles d'Urbain V, de 1382). La part originale de son œuvre sort très 
réduite de la comparaison établie entre ce mémoire et elle.] 

Tome XXVII, 1908, Néant. 

p. D. 

20. — Revue bénédictine, t. XXII, 1905. Néant. — 
T. XXIII, 1906. 

p. 26-44. Dom G. Morin. Un recueil de sermons de saint Césaire. Le 
ms. de Saint-Thierry et ses pièces inédites. [11 s'agit de saint Césaire 
d'Arles et du ms. de l'abbaye de Saint-Thierry près de Reim.s, anjour- 
d'Iiui conserve à la Bibliothèque de Reims. Description, analyse; texte 
du sermon inédit 7)e conparatiotie ecclesiae vel synagogue, de VOme- 
lia dominicalis ad plehern.'] — P. 1H9-214, 350-72. Id. Studia Caesa- 
riana. Nouvelle série d'inédits tirée du ms. 3 d'Epinal. I. Homélies sur 
l'Ancien Testament. II. Homélies sur le Nouveau Testament. III. Ad- 
monitions sur la vie et les vertus ciirotiennes. 



PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. 125 

Tome XXIV, 1907. 

p. 149-79, 291-317. Dom A. Willmart. L'ad Co>istan.tiuni liber primus de 
saint Hilaire de Poitiers et les Fragynents historiques. [Ces Fragments 
restituent la substance d'un pamphlet dirigé par le saint d'Aquitaine 
contre Valens et Ursace, défenseurs de l'arianisme (année 356), tandis 
que le liyre à Constance n'est qu'une fiction littéraire du v" siècle.] — 
P. 456-78. Dom U. Berlière. Epaves d'archives pontificales du xiv« siè- 
cle. Le ms. 775 de Reims. [Inventaire, parfois avec reproduction, de 
pièces comprises entre 1339 et 1378, dont une série de suppliques ori- 
ginales adressées à Urbain V et Grégoire XL Un grand nombre inté- 
ressent le Midi. A suivre.] — P. 534-6. G. Morin. Une liste des hebdo- 
madarii ou chanoines de l'église de Clermont au commencement du 
xi' siècle. [Texte et notes sur quelques-uns des personnages qui y sont 
nommés.] 

Tome XXV, 1908. 

P. 19-47. Dom U. Berlière. Epaves d'archives pontificales du xiv" siè- 
cle. [Fin.] — P. 225-29. A. Willmart. hes Fragments historiques at 
le synode de Béziers en 35G. P. D. 

Espagne * . 

ai. — Boletin de la Real Academia de Buenas Letras de 
Barcelona, t. II, 1904. 

p. 257-78, 389-422, 437-74. Joaquin Miret y Sans. Itinerario del rey 
Alfonso I de Cataluna, II en Aragon. [Avec manchettes indiquant les 
lieux et les dates ; relevé très précieux d'après les sources narratives et 
diplomatiques , publiées et inédites , ces dernières principalement 
extraites des archives de la Couronne d'Aragon.] — P. 339-88. Fran- 
cesch Carreras y Candi. Visites de nostres reys â Montserrat. [Lé- 
gende de la visite de Charlemagne, Jacques I" et Guifred I"; ascen- 
sions des rois et princes depuis Pierre le Cérémonieux jusqu'à 
Alphonse XIIL] 

Tome III, 1905-1906. 

P. 79-87, 151-9, 2S8-48, 435-50, 497-519. Joaquin Miret y Sans. Itinerario 
del rey Pedro I de Cataluna, II en Aragon. [Relevé analogue à celui du 
même auteur pour Alphonse, au volume précédent; fréquents séjours 

1. Voir le dépouillement précédent dans les Annales du Midi, t. XVII, 
1905, p. 116 et suiv. 



126 ANNALES DU MIDI. 

du roi en deçà des Pyrénées.] — P. 92-9, 166-72, 249-53. Joaquin Botet 
Y Siso. Cartoral de Caries Many, de la Seu de Girona. [Notice et cata- 
logue chronologique du Cartulaire de l'église de Gerona, aux archives 
de la Cathédrale ; dépouillement très utile qu'il sera désirable de pou- 
voir consulter en volume une fois achevé.] 

Tome IV, 1907. 

P. 14-36, 91-114. Joaquin Miret y Sans. Itinerario del rey Pedro I de 
Gutaluna, II en Aragon. [Suite du travail commencé au volume précé- 
dent.] — P. 114-6. E. MoLiNÉ Y Brasés. Document sobre la uniô dels 
vescomdats de Castellbô y de Cerdagne. [Publie un document de sa 
collection particulière, datant de 1138, qui intéresse la succession de 
Sibille et précise un legs fait à l'abbaye de Serrabona.] J. C. 

Z9. — Bolet in de la Real Acadeniia de la Historia^ 
t. XLV, 1904. 

P. 16-143, 315-52, 369-405, 465-95. Rodriguez Villa. El Emperador 
Carlos V y su Corte. [Suite des publications de textes du même dans 
les volumes antérieurs, documents nombreux.] — P. 359-61. Fidel Fita. 
Bula inédita de Adriano IV. [20 avril 1159, citée dans Episcopologio 
Vallistelano, Valladolid, 1904, p. 42, omise dans Lowenfeld, Regesta 
pontificum Rommiorum, t. II, archives de la cathédrale de Valla- 
dolid.] 

Tome XLVI, 1905. 

P. 5-43, 109-36, 171-225. Rodriguez Villa. El Emperador Carlos V y su 
Corte (suite). — P. 43-60. Gômez Moreno. De llliberi â Granada. [Con- 
tribution à l'histoire du littoral méditerranéen et aux problèmes d'iden- 
tification qui se posent.] — P. 301-5. Fidel Fita. El jubileo del ano 
1300, su recuerdo monumental en el Rosell(Jn, observaciones sobre la 
metrica rimada de aquel tiempo. [Epitaphe d'Argelès-sur-Mer ; cf. 
A. Brutails, ButUeli del centre excursioiiista de Cataluna, déc 
1900.] 

Tome XLVII, 1905. 

P. 457-62. Julian Suarez Inclan. La obra « général Vanson ». [Compte 
rendu de l'ouvrage du commandant P. Boppe, 1905.] 

Tome XLVIII, 1906. 

P. 289-311. Francisco Codera. Limites probables de la conquista arabe en 
la cordillera pirenaica. [Importante étude sur la frontière pyrénéenne 
et la domination arabe d'après les sources arabes et franques.] 



PERIODIQUES ÉTRANGERS. ^ 127 

TomeXLIX, 1906. 

p. 391-405. Juan Perez Gu.sman. Documentos sobre el conibate naval de 

Trafalgar. — P. 447-53. Bienvenido Oliver. La legislaciôn gotica-his- 

pana. [Leges Antiquiores et Liber Judiciorum.] 

J. C. 

Tomes L-LI, 1907. Néant. 

23. — Revista de Archivas, Bibliotecas y Museos, t. IX 
1903. 

p. 189-203. Roque Chabàs. Inventario de los libros, ropes y demâs efec- 
tos de Arnaldo de Villamieva. [383 numéros ; importante publication 
d'après un document des archives de la cathédrale de Valence.] 

Tome X, 1904. 

p. 146-52. Rafaël Altamira. Espana y el proyecto de « Bibliografia his- 
torica internacional ». — P. 302-6. V. Vionau. Sellos del Consejo de 
Fuentarrabia. [De 1335 ; examen de la légende.] 

Tome XI, 1904. 

P. 1-12, 159-76. A. -F. Cazac. El lugar de origen y fechas de naciniiento y 
de defunciôn del filosofo Francisco Sanchez. [Cf. Bulletin hispanique, 
octobre-décembre 1903.] 

Tome XII, 1905. 
p. 155-220. Narciso Sentenach. El maravedi, su grandeza y decadencia. 
[Avec utiles tableaux d'équivalences.] — P. 420-8. Julian Paz. La 
misiôn Tiran en Espana y los documentos de Simancas existentes en 
Paris. [Voyage de Tiran en 1842-1844 ; liste de documents espagnols 
d'Alger et de Paris ; utilité pour les Espagnols d'en avoir au moins 
copie.] 

Tome Xllt, 1905. 

p. 215-29. E.-G. HuRTEBisE. Descubrimiento de una antigua necrôpolis en 

San Feliu de Guixols. [C. r. de fouilles particulièrement intéressantes 

et fructueuses près d'Ampurias. 1 

J. C. 



NÉCROLOGIE 



Le 13 novembre dernier est mort à Paris, à la suite d'une courte 
maladie, M. Achille Luchaire, professeur à la Sorbonne, membre 
de l'Académie des sciences morales et politiques. Né à Paris 
en 1846, il fut admis en 1866 à l'Ecole normale, où il eut pour 
maître Jules Zeller, dont il devait plus tard devenir le gendre. 
Agrégé d'histoire en 1869, il fut successivement professeur aux 
lycées de Pau et de Bordeaux, puis chargé (1879), à la Faculté des 
lettres de cette ville, d'un enseignement nouveau qui embrassait 
à la fois la langue et l'histoire du Sud-Ouest. Sa première œuvre, 
une thèse de doctorat, est un vrai modèle du genre; elle se rap- 
porte au Midi qu'il liabilait et a pour titre : Alain le Grand, sire 
d'Albref^. 11 fit alors une brillante et fructueuse incursion dans 
les études linguistiques, nouvelles pour lui. Si sa thèse latine 
{De lingua aquiUniica, Paris, 1877)2 est un peu aventureuse, 
l'ouvrage qui en fut le développement {Élude sur les idiomes 
pyrénéens de la région française, Paris, 1879) témoigne de rares 
qualités d'observation et de mise en œuvre; il reste, encore aujour- 
d'imi, avec son Recueil de lexles de l'ancien dialecle gascon 
(Paris, 1881), la principale source d'informations sur le sujet. 
C'est aussi à Bordeaux que Luchaire se livra à ses belles et origi- 
nales études sur les Institutions monarchiques de la France 
sous les premiers Capétiens ^, qui le classèrent définitivement 
parmi les médiévistes. Elles furent bientôt suivies d'un livre 
important sur le règne de Louis VII ^, puis d'un second sur celui 

1. Paris, 1877, in-8°. 

2. Elle fut traduite en français, peu après, sous le titre de : Les 
Origines linguistiques de l'Aquitaine. Pau, 1877. 

3. Paris, 1883, 2 vol. in-8°. 

■1. Etudes sur tes actes de Louis Vil. Paris, 1885, 3 vol. ïn-i". 



NECROLOGIE. 129 

(le Louis VI'. PrestiLie eu même temps il publiait iioi\ Manuel des 
Institutions de la France à l'époque des Capétiens directs 2. 
Rappelons enfin les deux excellents volumes (de 1901) que lui doit 
l'Histoire de France de E. Lavisse sur les .ki?, xiie, xiue siècles, 
jusqu'à la fin du règne de Louis VIII. 

Appelé à Paris dès 1885, en qualité de chargé d'un cours sur les 
sciences auxiliaires de l'histoire, il avait remplacé, en 1889, Fustel 
de Goulanges dans la chaire d'histoire du moyen âge. En 1895, 
l'Académie des sciences morales le donnait pour successeur, dans 
la section d'histoire, à Auguste Geffroy. 

Durant les dernières années de sa vie, Luchaire avait consacré 
son talent et sa puissance de travail à écrire une histoire magis- 
trale d'Innocent III ; c'est seulement quelques jours avant sa mort 
qu'il en termina le sixième et dernier volume. L'un d'eux est 
intitulé : Innocent III. La croisade des Albigeois^. L'Académie 
des sciences morales décernait à ce bel ouvrage le prix Jean Rey- 
naud qui, aux termes de la fondation, doit honorer « le travail le 
plus méritant qui se soit produit au cours des cinq dernières 
années. » La nouvelle lui en parvenait sur son lit de souffrances, 
mais il eut encore la force d'écrire à l'Académie une lettre de 
remerciements. 

A. Luchaire n'a pas été seulement un savant dont l'érudition 
était étendue et solide, un écrivain dont le style avait de la préci- 
sion et de la vigueur, mais aussi un véritable maître. Il avait une 
très haute idée de la science et du rôle de l'enseignement supérieur. 
Il voulait que ses étudiants fussent capables de devenir à la fois 
de bons professeurs, des chercheurs et des savants. Il les formait 
à la méthode historique et il savait provoquer des travaux per- 
sonnels. 

La mort de Luchaire est une perte d'autant plus grande qu'il 
était encore dans la plénitude de son talent soit comme professeur, 
soit comme écrivain. 

Les Annales dit Midi ne peuvent oublier qu'une grande partie 
des études de M. Luchaire se rap[)orte à la France méridionale ; 
aussi elles offrent à sa famille leurs plus profondes condoléances ; 
elles garderont fidèlement la mémoire de ce savant, de ce maître. 

F. D. 

1. Louis VI le Gros. Paris, 1890, in-8°. 

2. Paris, 1892, in-8». 

3. Paris, 1905, in-16. 

ANNALES DU MIDI. — XXI. 9 



CHRONIQUE 



L'Académie française a décerné le 1er prix Gobert à M. G. Jul- 
LiAN, Histoire de la Gaule, et le 2e à M. P. Courteault, Biaise 
de Monluc. 

Dans sa séance du 13 décembre dernier, l'Académie des Inscrip- 
tions et Belles-Lettres a élu membre titulaire notre éminent colla- 
liorateur, M. Camille Jullian, professeur au Collège de France. 



Le 21 novembre dernier, vers trois heures du matin, a éclaté à la 
Préfecture de Pau un incendie qui a failli anéantir les magnifiques 
archives départementales des Basses-Pyrénées. Les pertes, sans 
être aussi considérables cju'on aurait pu le crainilre, sont sérieuses. 
De deux salles dites incombustibles, l'une a parfaitement résisté; 
l'autre, prise entre deux foyers d'incendie, s'est enflammée inté- 
rieurement. Tous les papiers postérieurs à 1790, à l'exception de 
ceux relatifs aux ventes de biens nationaux (série Q), ont été dé- 
truits. Les archives anciennes ont perdu par le feu la presque 
totalité des registres du parlement de Navarre. Les séries et H 
(documents ecclésiastiques) ont eu à souffrir de l'inondation. Il en 
est de môme des archives des communes, qui auront pour la ma- 
jeure partie subi des dommages irréparables. Le trésor de Pau 
reste intact. 

Quand sedécidera-t-on à mettre nos dépôts (lublics à l'abri de 
ces accidents déplorables, en les plaçant dans des locaux al)Solu- 
ment isolés? Ce sont les villes qui, justement soucieuses de leurs 



CHRONIQUE. 131 

richesses, donnent roxemple à l'Etat, aux départements. Montpel- 
lier a la Tour des Pins, Toulouse le donjon du Capitole, tandis 
que toutes les archives départementales, dans les préfectures dont 
elles dépendent, sont à proximité des bureaux, entourées de foyers 
d'incendie pessible. Gomment, de temps à autre, ne se produirait-il 
pas un malheur? 

■M. Alfred Holder poursuit la tâche qu'il s'est assignée de mettre 
au jour tout V Alt-cellischer Sprachschalz. Nous venons de rece- 
voir le fascicule 18 de cette monumentale publication ; il contient 
la fin du dépouillement alphabétique, de Yesontio k Zusema, et le 
commencement d'un supplément, jusqu'à Adana. A signaler sur- 
tout, pour le Midi de la France, le long article Yienna, les articles 
Yivisci, Vocontii, Volcae, etc., et, dans le supplément, une longue 
liste complémentaire de noms en -acus. A ce propos, on regrettera 
de voir attribuer à un type VUelliacus des noms méridionaux 
comme Veillac, Veillai et Villac, dans lesquels la saine phonéti- 
que interdit de voir la chute d'un l intervocalique, ou d'autres 
comme Yidaillac (Lot) ou Yidaillat (Creuse), dans lesquels il est 
manifeste qu'on a allaire à un type Vitaliacus, omis par M. Holder. 
— Col. 497, la mention, même dubitative, que V Acqtiilesiminensis 
urbs des Diplomala de Pardessus (II, 130) s'applique à Dax, est 
fâcheuse : il s'agit d'Angoulême; cf. Annales du Midi, I, pp. 51 
et 394. A. Th. 

Chronique du Périgord. 

Outre le Bullelin de la Société historique et archéologique 
du Périgord, divers ouvrages ont été publiés dans notre pays, 
de 190G à 1908. Nous nous bornerons à en signaler les princi- 
paux : Chastanet (Auguste). Obras d'Augusle Chastanel, félibre 
majourau. Prefacio de Camille Ghabaneau, félibre majourau. 
ln-8o. Périgueux, Joucla, 190G. — Dujarrig-Desgombes. La cha- 
pelle de Barnabe à Périgueux. In-S" avec planche. Périgueux, 
impr. de la Dordogne, 1906. — Girod. Les stations de l'âge du 
renne dans les vallées de la Lozère et de la Corrèze. In-4o. Paris, 
Bailliére et fils, 1906. — Labroue (Emile). La communie de The- 
non pendant la Révolution. Lecture faite au Congrès des Sociétés 
savantes, le 29 avril 1906. In-8o. Paris, Henri Paulin et C'", 1906. — 
GuMOND (marquis de). Une commune rurale du Périgord sous la 
première République. Application de la constitution civile du 



132 ANNALES DU MIDI. 

clergé et du socialisme d'Etal. In-8o. Périgneux, Cassard, 1900. 
— On sait que, de plus en plus, la tendance parmi les historiens 
de la Révolution est de rechercher le contre-coup des grands évé- 
nements de riiistoire générale dans les départements et dans les 
communes. La l)rochure de M. Labroue et le livre de M, de Gumond 
apportent une heureuse contribution aux études locales. M. de G. 
particulièrement étudie, dans une commune rurale, la Grande 
Peur de 1789, restée légendaire dans nos campagnes, la formation 
spontanée de la garde nationale. Il nous montre l'organisation de 
la municipalité après la loi du 19 décembre 1789 : le passage de 
l'ancien régime au nouveau se fit alors aisément par le maintien de 
l'autorité à ceux qui en étaient déjà investis; le curé fut élu maire 
et continua ainsi à exercer à un nouveau titre les fonctions d'offi- 
cier de l'état civil; le marquis, ancien seigneur de la paroisse, 
étant trop jeune pour être éligible, son régisseur fut à sa place 
nomni(i ofiicier municipal. Au contraire, les élections du 25 octo- 
bre 1792 amenèrent au pouvoir le parti révolutionnaire ; il y eut 
28 votants sur 130 électeurs inscrits. L'auteur étudie ensuite 
l'application des lois sur les per({uisitions domiciliaires, sur l'émi- 
gration, sur le serment des ecclésiastiques, sur les suspects; d'in- 
téressants passages sont consacrés aux levées de troupes, à Texé- 
culion des lois sur le maximum. 

ViLLEPELET(Ferd.). Inventaire sommaire des Archives dépar- 
tementales de la Dordogne, série E supp. (nos i à 785), t. 1. 
In-4o. Périgueux, imprimerie de la Dordogne, i9UG. — Ge volume 
comprend l'inventaire des registres paroissiaux pour l'arrondis- 
sement de Périgueux. Il est plein d'intérêt en ce qui concerne 
l'étude de la généalogie des familles périgourdiues ; il permettrait 
également de faire un dictionnaire très complet des noms de lieux. 
Une table alphabétique, dressée par M. le comte de Saint-Saud, 
facilite les recherches. 

Durand (Gharles). L'église de Bauzens. In-8o. Périgueux, impri- 
merie de la Dordogne, 1906. — Du même. Les fouilles de Vésone 
faites en 1906. In-8o. Périgueux, 190(5, iujprimerie Joucla. — 
ViGiÉ. Les Bastides du Périgord. In-8". Montpellier, imi)rimerie 
du Midi, 1907. — Le savant doyen de la Faculté de droit de 
Montpellier donne des indications instructives sur les bastides 
fondées en Périgord par Alfonse de Poitiers, les rois de France et 
d'Angleterre, le comte de Périgord. Après avoir fait l'histoire de 
cliacun de ces établissements, il traite do leurs chartes et privi- 



CHRONIQUE. 133 

lèges, assez semblables entre eux : garanties politiques, liberté 
civile, organisation municipale, juridictions, droit civil et crimi- 
nel, usage des fours, des boulangeries, service militaire, etc. 

Brugikre (l'abbé H.) et Berthelé. Eocploraiion campanaire 
du Périgord. In-8o. Impr. de la Dordogne, 1907. — Nous ne citons 
cet excellent ouvrage que pour mémoire, car il en a été déjà rendu 
compte dans les Annales, t. XIX, 1907, p. 582. — Lavialle. Vie 
du B. Giraud de Salles, fondateur des abbayes, de Cadouin, du 
Dalon, de Ligneux en Périgord. In-12. Paris et Poitiers, Oudin, 
1907. — Roux. Les Ursulines du, Périgord. In-S". Périgueux, 
impr. de la Uordogne, 1907. — L'auteur étudie l'administration 
d'un couvent de femmes au xvii" siècle ; on lui devra plusieurs 
renseignements intéressants sur les aumônes dotales et sur les 
familles qui ont eu des membres au couvent de Sainte-Ursule de 
Périgueux. — Boysson (Richard de). Le clergé périgourdin pen- 
dant la persécution révolutionnaire. In-8°. Paris, Picard, 1907. — 
Après avoir étudié l'état social du Périgord en 1789, Fauteur mon- 
tre l'application en ce pays de la constitution civile du clergé et 
des lois contre les prêtres réfractaires. Il faut signaler des chapi- 
tres intéressants sur le régime des cultes pendant le Directoire et 
la réorganisation de l'Église après le Concordat. 

Bayle (Emile). Une commune rurale du Périgord depuis le 
XIII^' siècle. Saint-Pierre de Chignac. In-8o. Périgueux, impr. 
de la Dordogne, 1908. — Villepelet (Ferdinand). Le mobilier 
d'un bourgeois de Périgueux en 1428. In-8o. Paris, impr. Natio- 
nale, 1908. — Cet inventaire a fait l'objet d'un compte rendu de 
M. Ant. Thomas dans les Annales du Midi, t. XX, 1908, p. 493. — 
Durand (Charles). Brouilles de Vésone en 1907 . In-8". Périgueux, 
impr. Joucla, 1908. — L'auteur signale parmi les découvertes de 
la campagne 1907 : un autel à Mercure, un couronnement de pilas- 
tre, un fragment d'édicule, des monnaies, des objets de terre 
cuite, des poteries fines, des marbres, des verreries, etc. 

Villepelet (Robert). Histoire de la ville de Périgueuor et de 
ses institutions rnunicipales jusqu'aujrailé de Brétigny {1360). 
In-8o. Périgueux, imprimerie de la Dordogne, 1908. — Périgueux 
était, comme beaucoup de villes du moyen âge, une ville double : 
à côté de la Cité, qui occupait l'emplacement de l'ancienne Vésone 
gallo-romaine, s'était établi, autour d'une église abbatiale fondée 
par l'évêque Frotarius, le bourg du Puy-Saint-Front. Les deux 
villes, après une longue rivalité, s'unirent définitivement en 1351. 



134 ANNALES DU MIDI. 

L'organisation du Puy-Saint-Front, qui avait déjà en 1188 une 
municipalité et un sceau, fut étendue désormais aux deux villes 
unies. Il y eut à la tête de l'administration un maire et douze 
consuls élus pour un an par cooptation indirecte, la Cité étant tou- 
jours représentée au consulat par deux ou trois consuls. Le maire et 
les consuls étaient assistés par trente prud'hommes qui formaient 
avec eux le Conseil de ville. M. Villepelet étudie ensuite avec 
beaucoup de détails les finances, la police et les affaires militaires. 
Dans le dernier chapitre, consacré à la justice, on voit que les 
conflits de juridictions n'étaient pas plus inconnus à Périgneux 
que dans les autres villes du moyen âge : le consulat, le chapitre, 
le roi et le comte duPérigord se disputaient les justiciables. L'ou- 
vrage est accompagné de nombreux textes justificatifs, d'un plan 
de la ville de Périgueux en 1575 et de deux planches contenant 
des reproductions de sceaux municipaux ou ecclésiastiques. 

Du MÊME. La formation du déparleynent de la Bordogne. 
Elude de géographie politique . In-8o. Périgueux,' imprimerie Jou- 
cla, 1908. — M. Villepelet, dans cette monographie, s'est proposé 
d'étudier en détail, d'après des documents d'archives, comment a 
été constitué le département de la Dordogne, à la suite du décret 
du 15 janvier 1790, qui ordonna la division de la France en quatre- 
vingt-trois départements. On dit généralement que l'Assemblée 
constituante a voulu faire une division artificielle, sans tenir au- 
cun compte de l'histoire ou de la géographie : il est curieux de 
constater que le département de la Dordogne fut en quelque sorte 
la résurrection de l'ancien Périgord qui, depuis plus de deux siè- 
cles, avait perdu son autonomie administrative pour dépendre de 
l'intendant de la généralité de Bordeaux. Aussi, quant on eut à 
déterminer les limites du département, les difficultés ne furent 
pas grandes. Au contraire, des compétitions très vives s'élevèrent 
entre les diverses villes au sujet de la circonscription des dis- 
tricts et des cantons, de l'attribution des sièges administratifs ou 
judiciaires. Un appendice donne les noms révolutionnaires des 
communes de la Dordogne. 

Enfin, M. Dumas (Auguste), successeur de INL F. Villepelet aux 
archives départementales, a donné une Etude .sur le droit roviain 
en pays de droit écrit. La condition de.s gens viariés dans la 
famille périgourdine au xvo et au xvie siècles. In 8". Paris, 
Larose et Tenin, 1908. — Il s'est eU'orcé (h> retracer, à l'aide d'actes 
notariés (contrats de mariage, donations, testaments), la constitu- 



CHRONIQUE. 135 

tion de l'ancienne famille périgourdine, en se plaçant au point de 
vue du régime matrimonial. En Périgord, comme dans d'autres 
pays du Midi de la France (Bordelais, Agenais, Provence, notam- 
ment), la famille avait pour base la vie en commun, sous un 
même toit, des enfants pendant toute la vie du père, et même de 
longues années après sa mort. De son vivant, le père exerçait la 
puissance paternelle à peu près conformément aux règles du droit 
de Justinien; après sa mort, ceux de ses enfants qui étaient res- 
tés dans la maison demeuraient dans l'indivision et formaient 
une société appelée affrération ou aflfrèrement. Un mariage n'avait 
pas pour effet, en principe, de créer un nouveau ménage; il fai- 
sait passer l'un des époux de sa maison d'origine dans la maison 
de la famille de l'autre. D'ordinaire, c'était la femme qui venait 
habiter dans la famille de son mari, et ce mari pouvait être, 
selon les circonstances, chef de famille, fils de famille en puis- 
sance paternelle, ou frère en communauté fraternelle. La femme 
recevait, alors, moyennant renonciation à ses droits successo- 
raux dans sa famille d'origine, une dot en argent qui était em- 
ployée aux besoins de la communauté familiale où le mariage la 
faisait entrer. Cependant, il arrivait aussi que la femme fût héri- 
tière de son père : c'était alors le mari qui venait résider dans la 
maison de la famille de sa femme et, suivant les cas, il était chef 
de famille, affilié par son beau-père, affréré par ses beaux-frères. 
On trouvera aussi dans cet ouvrage des renseignements sur la 
condition des veuves et sur les secondes noces si fréquentes autre- 
fois. Le livre de M. D. est accompagné de nombreuses pièces 
justificatives, dont deux contrats de mariage en langue romane, 
intéressants pour l'étude du patois du Périgord aux xve et xvie 
siècles. A. D. 

ERRATUM 

An7iales, XX, p. 498 : au lieu de Mazangices, Vive Ma s an gués. 
— Nos lecteurs auront rectifié d'eux-mêmes la coquille qui 
dénature le nom bien connu de M. de Thomassin-Mazaugues, 
petit-neveu et héi'itier de Peiresc, dont il projeta de publier la cor- 
respondance. Sa propre correspondance, conservée à Paris, Carpen- 
tras, etc., est fort intéressante. Je l'ai dépouillée et en publierai 
quelque jour des extraits. Les documents parus dans le dernier 
numéro des Annales complètent, les renseignements fournis sur 
ce personnage par M. M. Banquier {Les provençalistes au 
X Ville siècle, dans Revice des langues romanes, XVII, p. (iô) et 
P. Meyer {Roniania, IX, p. 478), qui a identifié les manuscrits 
provençaux dont parle Mazaugues avec les mss. T et 5 deBarlscli.. 

L.-G. P. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Albe (E.). Les Miracles de Notre-Dame de Roc-Amadour au 
XII''' siècle. Texte et traduction d'après les manuscrits de la 
Bibliothèque nationale, avec une introduction, des noies histori- 
ques et géographiques. Paris, Champion, 1907; grand in-S" de 
347 pages. — Ce recueil de miracles, écrit en 1173, n'avait jamais 
été publié intégralement ; il l'est ici d'après le meilleur manuscrit, 
avec quelques variantes (un peu trop rares) empruntées aux deux, 
autres. L'introduction, où les travaux de Servois et de ÏMM.Cham- 
peval et Rupin ont été largement utilisés, fait l'histoire du pèleri_ 
nage et de la l'^gende du saint. La vogue du pèlerinage n'est pas 
antérieure au début du xire siècle; quant à la légende, elle s'est 
accrue entre les mains des biographes successifs, plus préoccupés 
d'édification que de vérité, du xvi" au xixe siècles : ce n'est que 
tout récemment que l'heure de la critique a sonné pour elle. 
L'ientification d'Amadour et deZachée, admise dans le « propre » 
du diocèse de Cahors vers 1850, ne remonte qu'au xve siècle. Qui 
était cet Amadour? Un ermite, comme l'ont pensé quelques-uns? 
Un évêque d'Auxerre, comme on l'a cru d'après un passage des 
Oesta pontificum autissiodureiisium ? C'est la question que pose 
sans la résoudre M. l'abbé A. dans la partie la plus originale de 
son introduction. De nombreuses notes identifient les noms de 
lieux cités et illustrent les événements de quelque importance 
dont il est fait mention dans le texte. A, Jeanroy. 

Bahc:khauskn(H.). Montesquieu, ses idées et ses œuvres d'après 
les papiers de la iifréde. Paris, Hach((tle, l',)07; xn-Vô de vi-3H pages. 
— Depuis de longues années, M. Barckhausen s'est consacré à 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT, 137 

l'étude de Montesquieu et à la publication de ses inédits. Dans ce 
volume, il a rassemblé la plupart des articles ou préfaces qu'il a 
eu l'occasion d'écrire à ce sujet. En tête, il a placé une longue 
étude inédite où sont résumées les théories politiques et morales 
de Montesquieu. L'on peut faire une critique sur la façon dont a 
été formé ce recueil. En 1904, M. B. a publié une longue étude 
intitulée : Montesquieu, V ^< Esprit des Lois » et les archives de 
la Brède, qui n'est représentée ici que par sa préface (pp. 209-252). 
Il me semble qu'il aurait dû la faire entrer dans son nouveau 
volume, quitte à alléger celui-ci de l'étude inédite, voire môme de 
quelques articles qui ont paru dans des revue.s juridiques. Son livre 
en aurait eu plus d'unité, et c'est alors seulement que les pro- 
messes du titre eussent été réalisées. Tel que nous l'offre M. B., il 
contient des parties qui ne doivent autant dire rien aux archives 
de la Brède. Le grand public , qui n'a pas sous la main les 
luxueuses publications de M. B., sera heureux d'en trouver ici les 
préfaces. C'est, je pense, la partie du livre qui sera la plus généra- 
lement appréciée ; mais il va sans dire qu'on trouvera plaisir et 
profit à lire aussi l'étude inédite par laquelle s'ouvre le volume. 
M. B. a voulu démontrer qu'il y a dans VEsprit des Lois une 
unité profonde, à laquelle il prétend nous rendre sensibles. Je 
vois bien des objections à sa thèse, mais ce n'est pas ici le lieu de 
les exposer 1. En tout cas, il n'était i^as nécessaire, pour la faire 
triompher, d'accabler si durement les « professeurs de littérature » 
qui n'ont vu que désordre dans VEsp^nl des Lois^. Et de même 
M. B. aurait pu s'interdire ces rapprochements avec les choses du 
présent le plus actuel, qui gâtent, en de certaines pages, le ton 
objectif de son exposition : était-il nécessaire, à propos de Montes- 
quieu, d'évoquer « ces bandes d'ouvriers qui chantent Vlnterna- 
iionale de nos jours » (p. 80)? L. Delaruelle. 

BoNiFAcio (G.). Giullari e nomini di Corte nel 200. Napoli, 
Tocco, 1907; in-12 de 126 pages. — La condition des jongleurs au 
xiiie siècle n'est pas un sujet positivement nouveau. Bien des tex- 
tes avaient déjà été rassemblés, notamment par Muratori, L. Gau- 
tler, dont M. B. a largement utilisé les travaux, et M. Freymond, 

1. Je citerai seulement, comme exemples de raisonnements tendancieux, 
le dernier paragraphe de la page 235 et le début de la page 255. 

2. Voir le troisième paragraplie di' la page 254. Mais M. B. calomnie 
les professeurs de littérature. .Tamais ceux-ci n'ont qualifié VEsprit des 
Lois de « macédoine informe » (p. 255). 



138 ANNALES DU MIDI. 

auteur d'une dissertation qu'il ne paraît pas avoir connue {Jon- 
gleurs und Ménestrels ; Halle 1883). Ceux qu'il ajoute sont em- 
pruntés pour la plupart à des chroniques ou statuts communaux 
italiens et fournissent au tableau quelques traits de plus. Il a 
laissé de côté la littérature morale et didactique (au moins en 
français et provençal), qui lui eût fourni d'éloquents témoignages 
du profond mépris où les jongleurs étaient tenus par les gens gra- 
ves (on en trouvera quelques-uns dans Langlois, La vie en France 
au moyen âge, p. 4G, note). Ce petit livre est en somme un recueil 
commode où des textes nombreux sont bien classés, bien interpré- 
tés et commentés avec agrément. A. Jeanroy. 

Bonnet (E.). Antiquités et Monuments du département de 
l'Hérault. Montpellier, Ricard frères, 1905; in-8o de 560 p. avec 
13 planches hors texte et 72 fig. dans le texte. — Chaque départe- 
ment devrait posséder sa monographie monumentale. Celle de 
l'Hérault constitue un modèle que l'on pourra suivre. L'auteur a 
groupé chronologiquement les éditices, les inscriptions, les sculp- 
tures, les objets mobiliers, les monnaies. Mais il a fait plus. Par 
des comparaisons avec les régions voisines, par des rapproche- 
ments de textes, il a éclairé d'un lumineux commentaire les docu- 
ments archéologiques et apporté une intéressante contribution à 
l'histoire de la France méridionale. Voici les divisions de son 
livre, qui s'arrête à la fin de l'âge gothique : périodes préromaine 
(inscriptions, monnaies, enceintes, sépultures); gallo-romaine 
(voies, inscriptions, édifices et objets d'art, sépultures et mobilier 
funéraire); wisigothique (inscriptions, sépultures, objets mobi- 
liers. M. B. y a joint une étude sur les vestiges de l'invasion sarra- 
sine, en particulier sur deux inscriptions funéraires en caractères 
arabes, trouvées à Montpellier et Aniane, et sur une coupe arabe qui 
provient de la catliédrale de Montpellier); carolingienne (édifices, 
inscriptions, monnaies); romane (architecture religieuse, essai 
sur les caractères généraux des églises romanes de la région et no- 
menclature de ces églises, architecture civile et militaire, inscrip- 
tions, objet* mobiliers, monnaies); gothique (même subdivision). 
Parmi les planches Jes plus instructives du volume, il faut signa- 
ler : le poHt romain de Saint-Thibéry (H), une statuette d'Actéon 
trouvée à Poussan (HI), la tour romane de Puissalicon, clocher 
d'une église abbatiale où se manifeste nettement l'influence lom- 
barde (VIII), la salle capitulairo de l'abbaye de Valmagne, qui 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 139 

communiquait avec le cloître par cinq grandes baies et qui offre 
un remarquable exemple du style de transition à la fin du xiie siè- 
cle (X), l'autel de saint Guilhem du Désert, consacré en 1138, avec 
ses deux panneaux qui représentent le Christ en croix, entre la 
Vierge et saint Jean, et le Christ glorieux dans une mandorle, 
entre les symboles des évangélistes (XI). Dans sa préface, M. B- 
rend un juste hommage aux deux Sociétés archéologiques de 
Montpellier et de Béziers, dont les travaux lui ont été fort pré- 
cieux. « Elles ont, dit-il, des titres incontestables à la reconnais- 
sance de tous ceux qui ont un respect éclairé des choses du 
passé. » L'auteur a conquis ses droits, lui aussi, à la même recon- 
naissance. H. Graillot. 

G. Caudrillier. L'Associali07i royaliste de l'Inslitul philan- 
thropique à Bordeauo:; et la conspiration anglaise en France 
pendant la deuxième coalition. Paris, 1908 ; in- 8° de xxvni-92 pa- 
ges. — L'auteur de cette brochure se propose de compléter le 
recueil publié sur l'ordre de Bonaparte, en l'an IX, sous le titre 
de : Conspiration anglaise, par des éclaircissements, lettres et 
rapports de police concernant spécialement l'Institut philanthropi- 
que de Bordeaux dont il n'est fait qu'une brève mention tout à la 
fin de la publication consulaire. L'histoire de cet Institut est une 
contribution importante à l'étude des complots royalistes subven- 
tionnés par l'Angleterre, qui se déroulèrent en série presque con- 
tinue de l'an V à 1814, et préparèrent de longue main l'ouverture 
des portes de Bordeaux à lord Beresford et au duc d'Angoulème 
dès le 12 mars de cette année, un mois environ avant l'abdication 
de Napoléon à Fontainebleau. 

Les documents de M. C. sont trois brochures déjà connues, mais 
peu utilisées, d'un des conspirateurs bordelais, Dupont-Constant, 
diverses pièces des fonds Suisse et France du Record-Office, des 
archives nationales ou départementales, de la bibliothèque de 
Bordeaux et de quelques archives privées. 

Une Introduction raconte brièvement la fondation de l'Institut 
philanthropique de Bordeaux avant fructidor, sur le plan d'en- 
semble de Despomelles, membre de l'agence royale de Brottier, 
plan révélé par la découverte de la conspiration royaliste de 
l'an V. Tandis qu'une minorité de fidèles éprouvés constituait, 
sous le nom de Coterie des Fils légitimes, un état-major tout pré- 
paré pour l'insurrection, les membres des Instituts, plus nom- 



140 ANNALES DU MIDI. 

breux et moins sûrs, étaient chargés de faire de bonnes élections, 
ce dont ils s'acquittèrent fort bien en 1795, trop bien même, car 
ils donnèrent l'éveil au Directoire, qui fit son coup d'État du 
18 fructidor contre, ces royalistes plus ou moins conscients et dé- 
guisés. L'Institut survécut d'ailleurs à ce rude coup dans tout le 
Midi de la France. Son chef, à Bordeaux, était Dupont, dit Cons- 
tant, « Américain » des Antilles, qui recruta ses partisans dans la 
classe nombreuse des négociants ruinés par le contrecoup de la 
Révolution à Saint-Domingue et parmi la Jeunesse dorée, qui 
fut, dans cette ville, aussi bruyamment et résolument antijaco- 
bine qu'à Paris. A côté de l'Institut, une sorte de Conseil intime, 
dirigé par Mi"" de Donnissan et par le duc de Lorges, était en re- 
lations directes avec le comte d'Artois, et fit désigner Papin 
comme clief militaire de l'Institut de Bordeaux. Il ne s'agissait 
plus, en effet, de veiller seulement aux élections, — elles furent, 
du reste, supprimées partout après brumaire, — mais de reconsti- 
tuer, sur un plan très étendu, l'armée d'insurrection des Fils légi- 
times. Si l'on en croit son général Papin, cette armée existait au 
complet : infanterie, cavalerie, artillerie, ~ ailleurs que sur le 
papier, puisqu'on en passait régulièrement la revue chaque tri- 
mestre. Elle aurait compris jusqu'à 80,000 hommes pour tout le 
Midi, dont 28,000 pour la Guyenne et 4,000 à Bordeaux. Son chef 
Papin obtint même en 1814 le titre officiel de maréchal de camp 
Mais cette nombreuse armée ne bougea pas en 1799, laissant la 
région toulousaine d'une part, la Vendée de l'autre, risquer des 
insurrections que Bordeaux ne sut pas seconder. 

Cette organisation était menée par l'Angleterre, pour qui toutes 
les armes furent bonnes contre la France révolutionnaire et impé- 
riale. Wickham la dirigeait avec l'assistance de l'ex-Gonslituant 
d'André. Dès 1798, ils machinaient l'assassinat des directeurs. En 
1799, on n'attendait que la défaite de Masséna en Suisse pour 
soulever tout l'Est et le Midi, de Lyon à Bordeaux, et ouvrir le 
chemin aux Autrichiens vainqueurs. La catastrophe de Zurich, 
Masséna victorieux, bouleversa tout ce beau plan, et le comte 
d'Artois, chef de la future armée d'invasion, fut très opportuné- 
ment retenu à Londres par ses hémurrhoïdes. 

On se rabattit alors sur un projet consistant à insurger la Pro- 
vence, le Languedoc et la Guyenne par le moyen des Instituts. 
Willot en aurait pris le commandement. La fiotte anglaise de la 
Méditerranée l'aurait soutenu. D'autre part, Pichcgru se fut mis à 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 14t 

];i tT'lc (le tout l'Ouest insui-i^r', jusqiies et y coin[)ris Bordeaux. 
Entin, C.adoudal eût tenté à Paris contre Bonaparte le « coup 
essentiel ». Des dissentiments entre les royalistes et la victoire de 
Marengo vinrent une fois de plus faire tout échouer. 

La découverte de la correspondance anglaise, le 12 floréal 
an VIII, chez la veuve Mercier, ayant dévoilé la participation de 
l'Institut bordelais à ces complots, l'arrestation de ses chefs fut 
ordonnée. Vingt-six pièces compromettantes sont saisies chez le 
musicien Gausse. Dupont-Constant subit trois interrogatoires; 
mais nulle preuve décisive n'en sort contre les inculpés. Le monde 
officiel tourne à l'optimisme : après dix-sept mois de détention, 
les trois principaux inculpés sont libérés. Or, en 1804, un nouveau 
complot est mis à jour; des traces de relations entre l'Institut de 
Bordeaux et des chefs vendéens du Bocage sont relevées. Le géné- 
ral Papin n'échappe que par la fuite aux effets d'une condamna- 
tion à mort. Le médecin Gogué est exécuté. Dupont-Constant, 
placé sous la surveillance de la police, était resté étranger à tout 
cela. L'Institut de Bordeaux, qui recevait jadis les ordres de 
Wickham et de d'André, n'en reçoit plus que du comte d'Artois, 
par de Lorges et Papin. Il se terre et n'a plus d'histoire jusqu'aux 
premiers revers de Napoléon en Russie. Alors, il se prolonge ou 
revit dans ce Conseil royal, dans cette garde royale de Bordeaux 
qui, secondés par la trahison du maire Lynch , rouvrirent aux 
Bourbons, rentrés derrière leurs bons amis les Anglais, les che- 
mins de la France et l'accès au trône royal. — Telle est, en sa 
substance, la trame de la très consciencieuse et intéressante étude 
de M. G. Malgré des lacunes inévitables, elle projette quelques 
rayons sur les ténébreuses intrigues des royalistes et de leurs 
amis d'Angleterre qui combattirent la France révolutionnaire 
avec la même constance, le même acharnement et la même 
absence de tout scrupule sur le choix de leurs moyens. 

Albert Meynier. 

Dauzat (A.). La langue française d'aujourd'hui. Evolution. 
Problèmes actuels. Paris, Colin, 1908 ; in-12 de 375 pages. — «Au- 
tourdela langue française d'aujourd'hui» eût été peut-être un titre 
plus approprié à cet agréable volume ; s'il n'épuise pas le sujet, 
il traite au moins, avec un charme et une élégance qui n'excluent 
nullement la solidité, quelques-unes des questions qui intéressent 
directement l'évolution interne et externe de la langue actuelle. Il 



142 ANNALES DU MIDI. 

se compose de quatre parties, sans lien étroit entre elles, mais dont 
chacune a un vif intérêt : 1» La langue qui se fait (cette partie, 
concernant l'argot et le néologisme, est peut-être la plus riche en 
fines et originales observations); 2» Prononciation et orthogra- 
phe, le fond et la forme (on y trouve un intéressant exposé des 
procédés employés par la phonétique expérimentale pour la nota- 
tion des sons); 3o Les luttes du français (avec les patois et les 
langues limitrophes) ; 4° L'élude et V enseignement de la langue. 
Un chapitre seulement de la troisième {La disparition des patois 
et l'étude des parlers populaires) nous intéresse directement. 
M. D. y montre avec autant de force que de netteté la valeur des 
patois pour les recherches linguistiques, l'intérêt capital qu'il y 
aurait à en étudier de près le plus grand nombre possible avant 
leur prochaine disparition ; il énumère les erreurs et préjugés qui 
ont stérilisé les efforts de tant de travailleurs zélés et indique dans 
quel sens ces efforts, pour devenir profitables, devraient être diri- 
gés ; il nous donne ici, en somme, une seconde édition, débarrassée 
de tout appareil technique et mise à la portée du grand public, 
d'une partie de sa thèse (analysée plus haut, t. XX, p. 152). Il est 
à souhaiter que ce livre se répande dans les milieux, encore nom- 
breux, où l'on s'intéresse à l'étude des patois et que les sages con- 
seils de M. D. y soient entendus. A. Jeanroy. 

FiNKE (H.). Acta Xragonensia. Quellen zur deutschen, ita- 
lienischen, franzosischen, spanischen, zur Kirchen und Kul- 
turgeschichlen ans der diplomatischeii Korrespondenz Jay- 
7nes H. Berlin und Leipzig, Walter Rotschild, 1908; 1 tome en 
2 vol. grand in-8o de clxxx-975 pages. — Cet ouvrage nous ap- 
porte, — en entier, en anah^se ou en extraits — , 609 documents tirés 
par l'auteur des Archives de la couronne d'Aragon, à Barcelone, 
et représente un dépouillement de la correspondance de Jacques II, 
principalement d'après le fonds si riche de la chancellerie. Toute 
l'histoire diplomatique de 1291 à 1327 se retrouve dans ces docu- 
ments, qui constituent une source d'un intérêt aussi puissant que 
varié. Le texte, excellemment établi par les pièces latines, appel- 
lera quelques réserves pour les pièces catalanes, car on aperçoit 
çà et là des leçons douteuses ou fautives, et il ne sera pas tou- 
jours prudent, peut-être, de hasarder des interin-étations sans 
collation préalable. En revanche, il n'y a que des éloges à adres- 
ser à l'auteur i)Our sa copieuse Introduction qui équivaut à un 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 143 

mémoii'e original et complet sur la chancellerie aragonaisf- du 
xiiie siècle. ,J. Calmette. 

FouRNiER (J.). Cahier de doléances de la sénéchaussée de Mar- 
seille pour les étais généraux de 1789. Marseille, Imprimerie 
Nouvelle, 1908 ; 1 vol. in-8o de lxi-557 pages (Collection de Docu- 
ments inédits sur l'histoire économique de la Révolution fran- 
çaise. Département des Bouches-du-Rhône). — L'excellente préface 
de M. F., aussi claire que précise, indique trop bien l'intérêt de ce 
beau volume et laisse assez entrevoir, malgré la discrétion de 
l'auteur, les longues et patientes recherches que lui en a coûtées 
l'établissement, pour que le simple résumé ne soit pas plus élo- 
quent que tous les éloges. M. F. a précisé d'abord l'origine, le 
ressort et les limites exactes de la sénéchaussée de Marseille. 
François Jer, soucieux de ménager l'attachement des Marseillais à 
leurs anciens privilèges et surtout à leur droit de non extrahendo, 
la'créa en quelque sorte par voie négative. Après que son délégué, 
le président Jean Feu, eut déterminé en 1535 le ressort territorial 
de la sénéchaussée d'Aix, y incorporant toutes les localités limi- 
trophes du territoire marseillais, telles que Le Rove, Les Pennes, 
Septèmes, Simiane, Allauch, Aubagne, Cassis, et même la sei- 
gneurie de Saint-Marcel, ce qui restait en dehors de ce ressort au 
S.-O. constitua en 1536 la sénéchaussée de Marseille. Le ressort 
de Marseille, demeuré identique jusqu'en 1790, ne comprit jamais 
que la ville et, moins Saint-Marcel, sa banlieue, soit les cinq pa- 
roisses urbaines (La Major, Saint-Martin, N.-D.-des-Accoules, 
Saint-Laurent, Saint-Ferréol) et deux des trois paroisses rurales, 
Château-Gombert et Saint-Julien. D'après le tableau du2mars 1789 
annexé au Règlement du Roi pour la convocation du comté de 
Provence, cette sénéchaussée doit députer directement ; elle est 
principale sans secondaire et envoie aux Etats deux députations. 
La convocation des habitants composant le Tiers se fit en vertu 
des articles 26 (visant les corporations d'arts et métiers) et 37 
(visant les habitants non corporés) du règlement du 24 janvier, et 
en vertu de l'article 11 (visant les ménagers, paysans, fermiers et 
propriétaires) du règlement du 2 mars spécial à la Provence. 
Après ces précisions, M. F. résume, d'après l'ouvrage de M. Jules 
Viguier et une étude personnelle des pièces, l'historique de la 
convocation : envoi des lettres de convocation, par Versailles, 
le 6 mars; arrivée aux mains du lieutenant général civil de 
la sénéchaussée le 11 mars ; ordonnance dudit, premier magis- 



144 ANNALES DU MIDI. 

ti'at du siège, le 12 mars, pour enregistrer les lettres et régler les 
opérations de la convocation dans le ressort de la sénéchaussée de 
Marseille, et notification aux officiers municipaux de Marseille; 
le 13 mars, convocation par les maire, échevins et assesseur de 
Marseille des chapitres et corporations, invités à Se réunir en as" 
semblées générales, rédiger leurs cahiers de doléances et nommer 
leurs délégués à l'assemblée du Tiers état. Même convocation aux 
habitants non corporés et aux ruraux relevant de l'article 11. Il 
faut mentionner la protestation, d'ailleurs timide et platonique, 
du corps de ville contre la dérogation apportée à ses privilèges 
par l'envoi de lettres de convocation au lieutenant de la séné- 
chaussée et non à lui-même (cf. le texte publié ici, pp. xix-xxi, 
d'après l'original, qui tst aux Archives communales, BB 190). 

Les ruraux relevant de l'article 11 tinrent deux assemblées, le 
18 mars, au nombre de 274, le 23 mars, au nombre de 677, et y 
élurent respectivement six et quatorze délégués (2 par 100 mem- 
bres) ; ils rédigèrent un cahier commun de doléances : c'est le 
cahier ici publié, p. 316, des « cultivateurs et pauvi'es paysans 
du territoire de Marseille >* ; les habitants des quartiers ruraux de 
Saint-Julien et Mazargues rédigèrent en plus des doléances parti- 
culières, procédé d'une régularité contestable, mais que valida 
l'assemblée du Tiers (cf. ibid., p. 321 et 329). Les habitants non 
corporés relevant de l'article 27 se réunirent le 20 mars au nombre 
de 583 et rédigèrent un cahier; des citoyens isolés, Arnoux, 
Ghompré , et (ensemble) Ghéry et Mazet apportèrent aussi des 
considérations et doléances individuelles; mais le seul Ghompré 
obtint paf intimidation qu'on joindrait son cahier {Ibid., p. 524) à 
celui de la sénéchaussée. 

Les soixante et onze corps de métiers de Marseille se réunirent 
séparément, du 16 au 24 mars. Marseille fut une des villes où ces 
corps furent invités à rédiger des cahiers de condoléances corpo- 
ratives (alors qu'ailleurs, dans le Gotentin, par exemple, les corps 
de métier se l)ornèrent à la désignation de leurs représentants). 
M. F. étudie en détail l'assemblée des négociants et armateurs 
(19 mars) qui élurent douze délégués (parmi lesquels furent en- 
suite choisis tous- les députés du Tiers aux Etats), plus rapide- 
ment les assemblées desdivers gens de métier; il donne des infor- 
mations intéressantes .sur les divers modes de rédaction des 
cahiers de ces humbles artisans, parfois élaborés par des secré- 
taires occasionnels, étrangers à la corporation. 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 145 

Une dernière assemblée, puremenl ouvrière, de 218 personnes, 
réunit enfin le 29 mars des ouvriers des divers arts et métiers qui 
ne s'étaient pas présentés à l'assemblée des non corporés ; elle fit 
rédiger par un de ses délégués, J.-B. Ghanet, ses doléances. 

Le lendemain 30 mars eut lieu l'assemblée générale du Tiers- 
Etat, comprenant 174 députés représentant 74 groupements (71 cor- 
porations, bourgeois non corporés, ouvriers non corporés du 
29 mars, ruraux de l'article 11.) L'échevinThulis présida au dépôt 
des cahiers particuliers et proposa la nomination de commissaires 
pour l'examen de ces cahiers et la rédaction d'un cahier unique 
que les 90 députés du Tiers porteraient à l'assemblée des trois 
ordres, le surlendemain 2 avril. Comme il parut impossible de 
fondre en un seul texte toutes les doléances des corps particuliers, 
les douze commissaires se bornèrent à rédiger les doléances géné- 
rales et à dresser un répertoire des cahiers particuliers qui de- 
vaient les accompagner. M. F. montre plus loin que cette pro- 
cédure a iadirectement amené la perte de nombre des cahiers 
corporatifs. Le récit de l'assemblée des trois ordres termine cette 
histoire, précise et complète, de la rédaction des cahiers de Mar- 
seille. 

M. F. e.Kamine ensuite les cahiers en eux-mêmes. Ils sont géné- 
ralement divisés en trois parties : objets généraux intéressant la 
nation, objets intéressant Marseille, vœux spéciaux du corps. 
« Nous sommes Français, nous sommes Marseillais, nous sommes 
perruquiers, voilà les rapports qui nous lient à l'État. » Certaines 
corporations n'ont émis aucun vœu d'intérêt professionnel; d'au- 
tres, au contraire, ne se sont pas reconnu qualité pour traiter des 
questions générales : les deux manières se justifient. Les vœux 
généraux sont relatifs à l'égalité devant l'impôt, à la suppression 
des fermes, des loteries, des charges onéreuses, de la mendicité, à 
la réforme des Codes civil et criminel, à la liberté de la presse. 
Quant aux objets spéciaux, « les énumérer tous serait, dit juste- 
ment l'éditeur, faire Thistoire économique de Marseille à la veille 
de la Révolution ». Mais il faut noter l'esprit particulariste qui se 
manifeste dans presque tous ces cahiers, l'aveugle entraînement 
qui faisait espérer à nos aïeux un retour aux anciennes franchises 
municipales, à la liberté médiévale, tout au moins au régime du 
Règletnent du sort de 1652. M. F. signale avec raison sur ce 
sujet l'excellente étude de M. Ad. Crémieux, Le particularistne à 
Marseille en 1789 {Révol. franc., XXVIe année, fasc. IX, p. 193). 

ANNALES DU MIDI, — XXI 10 



146 ANNALES DU MIDI. 

. Oue reste-t-il de ce grand etïort de littérature sociale et écono- 
mique? Ces divers groupes d'électeurs ont rédigé 97 cahiers, dont 
74 réguliers (71 corporations, bourgeois et ouvriers non corporés, 
ruraux de l'article 11) et 23 douteux (20 de groupes divers non 
convoqués, tels que les armateurs des îles du Vent, qui auraient 
dû se confondre avec les autres, les menuisiers travaillant sous 
le no7n des veuves, les garçons de café, les garçons porteurs de 
chaises, et les robeirols ou portefaix non corporés) et trois cahiers 
ruraux (Gaillols, Mazargues, Saint-Julien) qui font double emploi 
avec le cahier général de l'assemblée « de l'article 11 ». 11 faut 
ajouter les doléances individuelles de F. -P. Resquier, celles des 
ordres réguliers dont rien ne justifie la présence en queue des 
cahiers du Tiers. De ces 97 (ou 99) cahiers n'ont survécu que 52; 
50 ont été sauvés par un collectionneur contemporain, François 
Michel de Léon, subdélégué général de l'intendant, qui a formé 
■de ces grossières impressions populaires un recueil en deux volu- 
mes (aujourd'hui à la Bibliothèque de Marseille). Les autres 
cahiers, probablement restés manuscrits (par incurie ou pauvreté 
de leurs auteurs), ont disparu. M. F. a retrouvé celui des papetiers 
dans une étude notariale, celui des vitriers, aux archives des 
Bouches-du-Rhône. Quelques originaux des cahiers imprimés se 
trouvent aux archives municipales ou dans des études de notaires 
(à la suite de procès-verbaux d'assemblées). La perte des cahiers 
manquants est pour une part imputable aux députés du Tiers et 
à Mirabeau, à qui furent confiés certains originaux ; dans le 
tumulte des événements parisiens qui suivirent la réunion des 
états généraux et qui firent perdre de vue les doléances locales, 
ces cahiers furent égarés. La perte la plus fâcheuse pour l'histoire 
économique et sociale est celle des cahiers ouvriers dont il ne 
reste que deux. 

Enfin, M. F. donne des indications bibliographiques sur les pu- 
blications antérieures contenant le texte ou le résumé de ces 
cahiers et quelques avis pour l'usage de son recueil et sur la mé- 
thoile qui a présidé à sa formation. Les cahiers du Tiers y sont 
divisés en deux grouites (corporations et campagnes) et dans 
chacun classés alphabétiquement. Suivant la fâcheuse règle im- 
posée par le Comité, l'orthographe a été modernisée. Un index 
analytique très' clair complète la publication. Ce recueil, dont il 
faut, à titre d'exemple, recommander la probité scientifique aux 
]>ersonnes qui s'occupent d'éditer «les textes de cette jiériode, sera 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 147 

un guide indispensable à tout étudiant d'histoire économique et 
d'histoire révolutionnaire en Provence. L.-G. Pélissier. 

Massô Torrents (J.). Historiografia de Catalunya en catalâ 
durant l'epoca nacional. Paris et New-York, grand in-S» de 148 pa- 
ges (Extrait de la Revue làspanique, t. XV). — L'auteur de ce 
travail, plus important à coup sûr que volumineux, met à la dis- 
position de ceux qui s'intéi'essent à l'histoire catalane et, plus gé- 
néralement à l'histoire méridionale, un véritable manuel. Ce n'est 
point, à dire vrai, un manuel complet d'historiographie catalane, 
puisque les seuls auteurs qui ont écrit en catalan antérieurement 
à Ferdinand le Catholique y sont l'objet de notices; mais nous 
pouvons et devons espérer qu'un travail analogue sur les auteurs 
latins nous sera donné, et nous posséderons alors, pour la Catalo- 
gne, un travail comparable à celui dont le regretté Auguste Moli- 
nier nous a dotés pour la France. Dans le présent ouvrage, 
M. Massô Torrents passe en revue successivement les sources 
narratives en catalan que nous otïre, en assez grand nombre 
d'ailleurs, la littérature historique des xiiie,xiveet xve siècles. Sur 
chaque source, il donne une notice succincte et des renseignements 
bibliographiques abondants et exacts. Une table alphabétique 
permet de manier commodément ce très précieux répertoire. 

J. Calmette. 

Premier fragment d'une édition critique de Pierre des Xaux- 
de-Cemai (chapitres i à xxxviii). — Max Fazy. Essai sur Amat, 
évêque de Bordeaux et légat du Saint-Siège. Paris, Félix Alcan, 
1908. 1 vol. in-8o de 142 pages. (Bibliothèque de la Faculté des 
Lettres de Paris, XXIV. Cinquièmes mélanges d'histoire du 
moyen âge publiés sous la direction de M. Luchaire). — Le pre- 
mier des deux travaux composant ce volume, et qui est dû à quel- 
ques-uns des élèves de M. Luchaire, n'est qu'une collation des 
manuscrits les plus importants de l'œuvre de Pierre des Vaux-de- 
Cernai, et la simple notice sur les manuscrits dont il s'agit, qui 
est annoncée comme devant clore la publication totale, n'en chan- 
gera pas sensiblement le caractère. Un travail pareil, bien qu'un 
peu mécanique pour ainsi dire, est sans aucun doute fort utile, et 
c'est par là que doit commencer logiquement la mise au jour de 
tous les documents originaux. Pourtant, qu'il nous soit permis de 
l'observer, il ne faudrait pas méconnaître, quelque conviction 
qu'on semble avoii' eu bien souvent du contraire, que cela ne sau- 



148 ANNALES DU MIDI. 

rait suffire à constituer une édition critique vraiment digne de ce 
nom. A des textes d'intérêt aussi capital que celui de Pierre des 
Vaux-de-Gernai, il paraîtra toujours indispensable de joindre tout 
un ensemble d'éclaircissements variés, appareil, par exemple, 
dont un antre texte, voisin de celui-ci à bien des titres, la Chan- 
son de la croisade des Albigeois, a été accompagné par son édi- 
teur, M. Paul Meyer. Espérons que pareille chose ne manquera 
pas d'être exécutée quelque jour pour la chronique du moine cis- 
tercien. 

Amat, évêque d'Oloron, archevêque de Bordeaux, légat pontiti- 
cal à la fin du xie siècle, à l'une des époques les plus agitées de 
l'histoire de l'Eglise, semble avoir sollicité tout particulièrement 
l'attention des historiens dans ces derniers temps. Au moment 
même où M. Max Fazy s'occupait de ce personnage, M. A. Degert 
lai consacrait également une étude dans la Revue des questions 
historiques (voir "1908, 167e livr., p. 33-84). La notice, insérée par 
M. Fazy dans la Bibliothèque de la Faculté des Lettres de Paris, 
est tiès soigneusement faite. Elle est terminée par deux appendi- 
ces, dont le premier présente la liste des actes donnés par Amat ou 
de ceux où son nom se trouve rappelé. M. Fazy a pu en relever 
plus d'une centaine. G. Molinier. 

RoNJAT (J.). Les noms de lieux dans les montagnes françaises 
(Extrait de La Montagne, revue mensuelle du Glub alpin français, 
1908, nos 8-9, pp. 318-38, 354-75). — M. R. donne à ses confrères 
en alpinisme de salutaires conseils, pleinement d'accord avec ce 
que j'écrivais récemment (XX, 448), sur la méthode à suivre et les 
précautions à prendre quand on veut noter exactement les noms 
géographiques et surtout en découvrir l'étymologie, tâche nulle- 
ment ais('îe, car nombre de noms ont été altérés par le souci de les 
franciser, auquel se sont souvent mêlées des préoccupations 
fâcheusement et naïvement étymologiques ; et en bien des endroits 
les paysans eux-mêmes en ont oublié la forme traditionnelle. 
M. R. montre par des exemples bien choisis (empruntés à la topo- 
nymie de rOisans) que la connaissance la plus précise desparlers 
locaux et des documents anciens ne suffit pas toujours pour arri- 
ver à une étymologie sûre. Il y a là d'excellents principes, exposés 
avec science et précision, et, ce ({ui ne gâte rien, avec beaucoup de 
charme. 

A. JEANROy. 



ANNALES DU MIDI. 149 

Streng (W. 0.). Haus und Hofim franzoesischen, mit beson. 
derer Berilchsichligung der Mundarten, Versuch einer onoma- 
siologischen Studie. Helsingfors, 1907; in-8o de I68-111 pages. — 
M. Streng étudie le sort des mots latins désignant les diverses 
parties et dépendances de la maison, spécialement de la maison 
rurale, et les mots nouveaux qui/en Gaule, ont remplacé ceux qui 
avaient disparu. C'est une étude de « sémasiologie » large et ap- 
profondie. Ce nous est un plaisir de constater (ju'une belle place y 
a été faite aux dialectes provençaux et franco-provençaux. La 
partie étymologique, quoique fort soignée, est assez peu originale, 
et les conjectures nouvelles, l'auteur le reconnaît lui-même, assez 
peu sûres. Les raisons qu'allègue M. S. pour expliquer les dispa- 
ritions ou substitutions de mots ne sont pas non plus toujours 
convaincantes. Si hospitale a remplacé, dans une grande partie 
du Midi, donius et 7ïiansio{]). 31^ ce n'est évidemment ]ias parce 
que les hôtelleries étaient rares et que le premier mot restait sans 
emploi, mais parce que le logis, que le paysan regagne le soir, 
après une journée de laideur, lui offre l'abri que le voyageur cher- 
che à l'hôtellerie. La substitution de écurie, escudario à estable 
(p. 67) s'explique, non par le fait que l'on installait les chevaux 
dans le bâtiment où l'on appendait les « écus » (il n'j' avait évi- 
demment pas de local réservé à cet emploi), mais parce que les 
écuyers, préposésjaux soins des chevaux, partageaient, la nuit, le 
logement de ceux-ci. L'anc. fr. masel est un dérivé de macellum, 
non du prov. 'mas (p. 16). En somme, travail important et méri- 
toire par la masse considérable de faits qui y sont rassemblés et 
classés. A. Jeanroy. 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Alliés (P. A.). Une ville d'Etats : Pézenas aux xvi^ et xviie siè- 
cles ; Molière à Pézenas. Paris, Flammarion, 1908; gr. in-8o de 
xvi-327 p. avec fig. 

Arnaud d'Agnel (Abbé G.). Les comptes du roi René, publiés 
d'après les originaux inédits conservés aux archives des Bouches- 
du-Rhône. T. 1er. Paris, Picard, 1908; gr. in-8"> de xxviii-411 p. 

BouDON (A.). La sénéchaussée présidiale du Puy (thèse). Valence, 
imp. Legrand, 1908 ; in-8o de 338 p. 

BoYER-MoNTKGUT (R. de). Etudes sur l'administration d'une 
commune rurale. Cugnaux (canton Ouest de Toulouse). Toulouse, 
imp. Gay, 1908 ; in-8o de 69 p. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque na- 
tionale. Auteurs. T. XXXII. Paris, imp. Nationale, 1907; in-8o de 
1240 col. [Ministère de l'instruction publique et des beaux-arts.] 

Catalogue des livres et manuscrits du fonds dauphinois de la 
bibliothèque municipale de Grenoble, p. p. E. Maignien. T. II, 
Ire partie. Grenoble, imp. Allier, 1908 ; in-8o de ii-421 p. 

Ghassaing (A.) et Jacotin (A.). Dictionnaire topographique du 
département de la Haute-Loire, comprenant les noms de lieux an- 
ciens et modernes. Paris, Lei'oux, 1907; in-4o de xLiii-395 p. [Dic- 
tionnaire^ topogra2)hique de la France, comprenant les noms 
de lieux anciens et modernes, publié sous la direction du Co- 
mité des travaux historiques.'] 

David (Dom Lucien). Les grandes abbayes d'Occident. Lille, 
Desclée, [1908] ; in-4o de xii-47r) p. avec fig. 

Département du Gard. Cahiers de doléances de la sénéchaussée 
de Nimes pour les Etats généraux de 1789, p. p. E. Bligny-Bon- 
durand. T. I. Nimes, imp. Ghastanier, 1908; in-8o de lv-584 p. 
[Collection de documents inédits sur Vhistoire économique de 
la Révolution française, publiée par le miiiislèrc de l'instruc- 
tion publique.] 



PUBLICATIONS NOUVELLES. 151 

EsPAGNOLLE (Abln^ J.). L'oi'ij^ïne des Atiuiluins. Pan, bureaux 
du <( Mémorial », [1908] ; in-8o de 264 p. 

FoROT (V.)- Episodes révolutionnaires. Tulle sous le Directoire. 
Paris, Schemit, [VMS] ; in-8" de iOU p. 

FoROT (V.). Etudes historitfues. Un hôpital-hospice industriel 
aux xviie et xviiie siècles. Tulle, imp. Crauffon, 1908; in-lG de 61 p. 

FoROT (V.). Les papes limousins. Paris, Schemit, [1908] ; in-8» 
de 145 p. et fig. 

Frandon (F.). Le collège d'Uzès (1566-1793, 1803-1903). Tou- 
louse, Privât, 1907 ; in-8° de 196 p., pi. 

GouiRAND (A.). La musique en Provence et le Conservatoire de 
Marseille. Paris, Fischbacher, 1908; in-16 de xii-484 p. 

JoiNviLLE (P. de). Le commerce de Bordeaux au xviiie siècle 
(thèse;. Paris, Larose, 1908 ; in-8o de 259 p. 

JuLLiAN (G). Histoire de la Gaule. I. Les invasions gauloises et 
la colonisation grecque. Paris, Hachette, 1908; in-8o de 580 p. 

Lamoureux (Chanoine J.-M.). Les Saintes Maries de Provence, 
leur vie et leur culte. Nouv. éd. augmentée jusqu'à nos jours. Mar- 
seille, imp. Moullot fils aîné, 1908; in-8o de xxxii-295 p., flg. 

Lapeyre (J.). La notation Aquitaine et les origines de la nota- 
tion musicale, d'après les anciens manuscrits d'Albi. Poitiers, imp. 
de la Société française d'imp. et de libr,, gr. in-8° de 36 p. 

Ledru (Abbé A.), et Vallée (E.). La maison de Faudoas (Gasco- 
gne, Maine et Normandie). Paris, Lemerre, 1908; 3 vol. in-8o de 
xii-433, 400 et 459 p. avec portr. et pi. 

Livre (Le) de raison du couvent des capucins de Riez, publié et 
annoté par l'abbé M. J. Maurel. Digne, imp. Ghaspoul, 1907 : in- 
8o de viii-211 p. 

Maistre (Joseph de), Blacas (duc de). Leur correspondance 
inédite et l'histoire de leur amitié (1804-1820). Introduction, notes 
et commentaires par Ernest Daudet. Paris, Pion, 1908; in-8o de 
ix-398 p., portraits. 

Marion (M.). La vente des biens nationaux pendant la Révolu- 
tion, avec étude spéciale des ventes dans le département de la 
Gironde et du Cher. Paris, Champion, 1908; in-8o de xvui-448 p. 

Mispoulet (.J.-B.). Le régime des mines à l'époque romaine et 
au Moyen-âge, d'après les tables d'Aljustrel. Paris, Larose et 
Tenin, 1908; in-8° de xi-125 p. 

. Molinier (C). L'Église et la société cathares. Nogent-le-Rotrou, 
imp. Daupeley-Gouvçrneur, 1907; in-8o de 78 p. 

Mourral (D.). Glossaire des noms topographiques les plus 
usités dans le sud-est de la France et les Alpes occidentales. Gre- 
noble, Brevet, [1907] ; in-8» de 124 p. 

Ollier (Chanoine J.-P.-V.). Notice historique sur le Gévaudan. 
Mende, imprimerie Pauc, 1908; in-8o de 328 p. 

Recueil des actes du Comité de Salut public, avec la correspon- 
dance officielle des l'eprésentants en mission et le registre du 



152 ANNALES DU MIDI. 

Conseil exécutif provisoire, p. p. F. -A. Aulard. T. XVIII. Paris, 
Leroux, 1908; gr. in-8» de xxxi-85i p. 

Reinach (S.). Répertoire de peintures du moyen âge et de la 
Renaissance (1-280-15^0). T. II. Paris, Leroux, 1907; i)el. in-8" 
carré de 111-8I8 p., avec 1200 grav. 

Reymond (M.). Grenoble et Vienne. Paris. Laurens, 1907; pet. 
in-4o de 160 [). avec 118 grav. [Les villes d'art célèbres.] 

RoGÉ (P.). Les anciens fors de Béarn. Etude sur l'histoire du 
droit béarnais au moyen âge. Toulouse, Privât, 1907 ; in-S" de 
XXXI 1-456 p. 

Rouis (Abbé P.). Notice historique sur Guillaume d'Hugues, 
archevêque et prince d'Embrun. Montpellier, imp. de la Manufac- 
ture de la Charité, 1908; in-16 de 23 p. 

RouQUETTE (Abbé). Etudes sur la révocation de l'édit de Nantes 
en Languedoc. T. III. Paris, Savaète, 1908; in-8'' de 271 \:). [Col- 
lection Arthur Savaète à 7 fr. 50, n" 3.] 

Roux (H.). Notice historique sur Saint-André-de-Valborgne et 
la région. Nimes, imp. Générale, 1908; in-8« de 40 p. avec 5 grav. 

Sabarthès (Abbé). Les abbayes de Saint-Laurent dans le Nar- 
bonnais. Narbonne, imp. Gaillard, 1907; in-S» de 16 p. 

Sabarthès (Abbé). Essai sur la toponymie de l'Aude. Nar- 
bonne, imp. Gaillard, 1907; in-80 de 61 p. 

Samaran (C). La maison d'Armagnac au xv» siècle et les der- 
nières luttes de la féodalité dans le Midi de la France. Paris, 
Picard, 1907; in-S" de xxi-528 p. [Mémoires et documents publiés 
parla Société de l'Ecole des chartes, VIL] 

Samaran (C.) et Patry (H.). Marguerite de Navarre et le pape 
Paul III. Lettres inédites. Nogent-le-Rotrou, imp. Daupeley-Gou- 
verneur, 1907; in-8" de 21 p. 

Trimoulier (A.). Un missionnaiie de 93, Marc-Antoine Baudot, 
son rôle politique, ses missions, ses mémoires ou notes histori- 
ques. Paris, Dorbon aine, 1908; in-S" de xvii-157 p. 

ViGiER (E.). Du partage des biens communaux en Auvergne 
sous l'ancien régime et étude sommaire de la question, de la Révo- 
lution à nos jours (thèse). Paris, Larose, 1908; in-80 de 135 p. 

ViGuiER (A.). Notice sur la ville d'Anduze et des environs. An- 
duze, Gastagnier, 1907; in-4» de 122 p. 

Vingt siècles du Médoc et de Soulac-sur-Mer (souvenirs de 
voyage), par un membre de la Société française d'archéologie. 
Bordeaux, imp. Pech, 1907; in-12 de 136 p. avec 16 dessins, plans 
et cartes 

Xavier de P^ourvières. Grammaire et guide de la conversation 
provençales (sic). Avignon, Aubanel, 1908; in-16 de xiii-238 p. 

Le Gérant, Ro IMUVAT. 



loulouse, Inip. DoulaDOURE-FKIVat, rue S<-l<onie, ?9. — 7037 



FOliSIES 



TROUBADOUR PERDIGON 



Perdigon a été singulièrement délaissé jusqu'ici par les 
provençalistes : il a, pourtant, écrit au moins quatre pièces 
qui le plaçaient jadis au premier rang des troubadours, à en 
juger par le nombre des manuscrits qui les contenaient. De 
plus, les citations de ses oeuvres ou les allusions qui y sont 
faites par d'autres troubadours, ainsi que les imitations ou 
traductions que nous en ont laissées les poètes italiens, nous 
montrent qu'il a joui d'une renommée assez étendue ^ Le 
rôle qu'il joua pendant la guerre albigeoise et ses relations 
intimes avec Pierre II d'Aragon, avec le Dauphin d'Auver- 
gne et avec Guillaume d'Orange — à supposer qu'il faille, 
sur tous ces points, accepter le récit de son ancien biogra- 
phe '*, — mériteraient qu'on fit une étude approfondie de sa 
vie. Mais cette étude demanderait des recherches que je n'ai 
pas les moyens d'entreprendre. Mon effort s'est donc borné 
à donner un texte critique des poésies de Perdigon, dans 
l'espoir que quelque autre sera tenté de combler une lacune 
à laquelle je ne suis que trop sensible. 

Quant au bagage littéraire de notre troubadour, Bartsch 

1. J'ai mentionné ces allusions en tète des pièces auxquelles elles se 
rapportent. Citons aussi les vers de Uc de Lescura {Annales, XVII, 477): 
ni'n Perdigon de greu sonet bastir, « [je ne crains pas] Perdigon pour 
bâtir un rythme savant », d'après la traduction de M. Jeanroy. Je laisse 
aux lecteurs la tâche de déterminer quelles sont les qualités « savantes » 
qui ont attiré l'attention de Uc de Lescura. 

2. La plus récente édition de ce document est celle de M. Chabaneau, 
{Biographies des troubadours, p. 71). 

ANNALES DU MIDI. — XXL 11 



154 H.-J. CHAYTOR. 

{Verzeichniss, 370) lui attribue quinze pièces. Mais le n^ 7 
{Fis mnics sut) est de Bernart Arnaut Sabata (voir Anna- 
les, XVII, 470), et le n" 6 est un fragment (strophes 4-6) du 
n" 9 {Los mais d'amor). La tornade du n" 10 {Mais nom 
cug) contient une allusion qui rend l'attribution à Perdigon 
assez sûre ; nous en sommes d'autant plus heureux que cette 
pièce ne se trouve que dans V. Quant au n» 15 (Verges en 
bon'ora), j'en considère l'attribution à Perdigon comme assez 
douteuse : elle ne repose que sur les témoignages des mss. G 
et R, qui, en ce qui concerne Perdigon, sont fort sujets à 
caution. Ainsi, 70.9 est de Bernart de Ventadour ; 30.5 
d' Arnaut de Maroill, 404.3 de Raimon Jordan. De plus, le 
schéma rythmique du n" 15 est de ceux que Perdigon n'a 
pas favorisés ; mais, faute d'autres prétendants, on est 
obligé de le laisser en possession libre. 

Bartsch a eu raison d'attribuer 70.11 à Bernart de Venta- 
dour. Une rédaction mutilée de cette pièce est attribuée à 
Perdigon par CR, mais je ne crois pas que notre troubadour 
tût capable d'écrire la strophe, ab cluois d'auzels co?nença 
ma chanso. L'amour de la nature et de ses beautés est un 
trait qui est rare dans les poèmes de Perdigon. Peut-être 
vaut-il la peine de remarquer que cette pièce n'est pas attri- 
buée directement à Guillem Ademar par S, comme Bartsch 
le donne à entendre. Dans ce ms., chaque poème est précédé 
d'un nom d'auteur ; or, il n'y en a pas en tète de cette pièce, 
qui se trouve à la suite de celles qui sont attribuées à 
Guillem Ademar et sont certainement de lui. 

Pour d'autres poèmes douteux, les indications des mss. se 
trouvent presque renversées, dette fois, ce sont GR qui 
nient l'attribution à Perdigon, et V seul qui donne un faible 
témoignage en sa faveur. Nous donnons la suite des poèmes, 
à partir du fol. 106 a de V (Arcfiiv., XXXVl, 447), d'après 
la numérotation de Bartsch : 

30. 9. Arnaut .le Maioill CR. l^ercligon V. 

47. 4. Berenguier de Paiazol CER. Perdigon V. 

370. 3. Perdigon en 15 mss. 

155. 2. Folquet de Marselha en 7 niKS. 



LE TRODBADODR PERDIGON. 155 

y70. 13. Perdigon en 14 mss. 

366. 7. Peirol GR. anonyme V. 

370. 14. Perdigon en 15 mss. 

370. 4. Perdigon en 4 mss. 

370. 10. V, sans attribution. 

Toutes ces pièces se trouvent dans V sans titre et, si l'on 
considère le désordre qui règne dans ce manuscrit, la suite 
des poèmes est sans valeur et ne donne sur les auteurs 
aucune indication. Quant à 370.10, une allusion nous per- 
met de l'attribuer à Perdigon ; mais pour 366.7, le témoi- 
gnage de V est totalement dépourvu d'autorité : il en est de 
même pour 30.9 et 47.4. N'ayant rien trouvé dans ces pièces 
qui puisse indiquer la main de Perdigon, nous avons toute 
raison de croire qu'il n'en est pas l'auteur. 

Il résulte de ce que je viens de dire que quatorze pièces 
peuvent être attribuées à Perdigon avec plus ou moins de 
certitude. Sur ces quatorze pièces, deux ont été déjà publiées 
critiquement (dans la Chresto?natMe de M. Appel). Pour la 
première (370.11, Perdigon^ ses vassalatge : op. cit., n» 95), 
j'ai les leçons de Qc 33 ô, que M. Appel n'a pas pu utiliser. 
Dans ce ms., le partimen est mélangé avec la tenso de 
Jaufre de Pons (^261 1) et ne commence qu'au vers 23, pré- 
cédé de douze vers de celte tenso. Q se rattache au groupe 
ADGJK, avec des relations plus intimes avec G. Je donne 
les vers 57-59, tels qu'ils se trouvent dans Q; ils peuvent 
être utiles, M. Appel ayant renoncé à donner un texte criti- 
que de ces vers difficiles : 

Car sil son rie et pro cor an 
E dompna que chascus deman 
Ausi se gardaz sel ner sors. 

De même, le partimen Senher n' Aymar (4.1) se trouve 
chez Appel, Clirest. n° 98. Les leçons de Q c 42 a sont celles 
de DEGIM. Les strophes 7 et 8 manquent dans ce ms. 

Il me reste à ajouter que j'ai fait les traductions aussi 
littérales que possible, afin de pouvoir me passer de notes et 
d'explications. J'adresse ici l'expression de ma vive recon- 



156 H.-J. CHAYTOR. 

naissance à M. Benedetli, de Florence, qui m'a fait des copies 
très soigneusement collationnées de Q, * et à M. Jeanroy, 
qui a bien voulu m'envoyer les copies des mss. de Paris et 
qui a eu la bonté de revoir et de corriger mon travail. 

H.-J. Chayïor. 



I (B. G. 370, 9.) 

13 mss. : A 159 b (Studj. m, p. 496), B (Mahn, Gedichte, 346), De 254 d 
(Ann. du Midi, xiii, p. 385), F 25 (Stengel, p. 88). H 43 a {Studj. V, 
p. 493), I 50 b, N 205 a, 38 (de LoUis, p. 31), P30 d (Archiv. xlix, 308), 
Q 4() a (Bertoni, p. 92), R, S 179 a, U {Ay^chiv., xxxv, 436). Attribué 
par R à Folquet de Marselha, anon. D ne donne que les strophes 1, 
2 et 3, qui manquent dans H. F ne donne que le premier vers et la 
deuxième strophe : les strophes 5 et 6 manquent dans O. La deuxième 
tornade se trouve dans R seul : cette tornade est .ipocryphe; les deux 
personnages mentionnés là sont des amis de Folquet de Marseille, à qui 
la pièce est attribuée par ce ms., et la tornade a dû être fabriquée pour 
appuyer cette attribution. (C'est à M. Jeanroy que je dois cette obser- 
vation, qui me paraît très vraisemblable.) 

Ces mss. témoignent de deux lignes principales de tradition, repré- 
sentées par les groupes FDHOPQSU et ABINR. Le premier groupe 
se divise en trois HQ , DPS. UF ; est indépendant. Dans le second 
groupe, nous avons AB, IN, avec R indépendant. J'ai choisi le groupe 
ABINR comme base. 

Sur la forme rythmique, voy. Maus, n» 546 : 5 coblas unisonans, 
deux tornades, composées de 10 a (-es), 10 b (-er), 10 b, 10 a, 10 c (-atz), 
10 c, 10 d (-ens), 10 d, 10 e (-enda). Les mots bon esper reviennent tou- 
jours à la rime du vers 3. Matfre Ermengau cite la strophe 4 (M. G., 
p. 202) et l'attribue à Folquet (de Marseille?) disant : « Mot mielhs y 
cauzic el Folquetz don dieys en un cantar qu'el fetz, lauzan sa dona 
de totz bes. » Son ms. paraît appartenir au groupe de 0. Je ne vois 
pas de raison suffisante pour aller contre tani de témoignages attribuant 
la pièce à Perdigon. Un témoin de plus est 1' « Anonimo Veneto » 
(Monaci, Testi Antichi, col. 117, 118) ; <* Li mais d'amor totz lauza Per- 
digon, » etc. 

L Los mais d'amor ai eu ben totz après ; 

mas anc los l)es non puoc un jorn saber, 
e si non fos qu'ar ieu ai bon esper 
ben cujera que no n'i agues ges, 
5 et agra dreit que- m fos^desesperalz, 

2 dels bes un jorn non puesc. R. — 3 car i ai B ; mas si OR; car vieu 
ab R. — 4 eu cu(;era D; que noi iagues I. — 5 et agran dreit quieu fos 
DPSU ; et agran dreg quen fos Q; quen fos 1 , et agran dreg sim fos R. 

1. On sait que depuis, M. Bertoni a donné une édition de ce mss. 
{Rornanische Geselluchuft, n°8.) 



LE TEiOUBADOUR PERDIGON. 157 

tant ai amat et anc no fni amatz; 

pero si'l bes es tant dous e plazens 

cuui es lo mais angoisses e cozens, 

anz vuelh morir qu'ieu ancar non l'atenda. 

II. 10 Atressi-m cug- que-1 mortz mais me valgues 

que vida sai tostemps ses mon Plazer; 
e doncs m'es mielhs que mueir' en bon esper 
c'aja vida que ja pro no'm tengues; 
c'assatz es mortz totz homs que vieu iralz 
15 a cui non es jois ni plazers donatz; 
eu sui ben cel que iiegus gausimens 
non pot dar joi per que sia jausens 
tro qu'a mi dons plassa merce li'n preuda. 

III. E sieu per so sui forfaitz ni mespres 
20 car sol vos aus desirar ni voler, 

ges per lot so no-m tuelh de bon esper, 
que major tort perdona ben Merces; 
pero sii tortz mi fos a dreich jutgatz 
non cujera tan esser encolpatz; 



6 manque dans I. — 7 per sos bens fos tant 0. — 8 engoissos INQ; 
coissenz OPS. — 9 mais voil U; quanquera no la renda P; quanquera no 
lantenda S. 

10 La leçon adoptée est celle de R seul; qautressi cre qua morir 
maiiengues ABDFINPQSTT fatressim I; e altressi P; caltressi S; me 
uengues PS); atressi es me cuit qeu mor ges 0. — 11 e uiuria totz ABU; 
o uivu-ia totz FI; o uiria tost Q; com uiuria totz PS; quioria toz N; ouiues 
a tôt tëps ; omuria totz D. — 12 doncs mes lo mieills AB; donc me fo 
miells N; dons mes o meilz 1; donc nome miels qeu mora Q; doncs non 
mes mielz qeu mora DU; don mes lo mieli qe mor PS; adonc mes mielz 
qû mora 0. — 13 homs manque dans IS ; car uieus es mortz R; que 
uioraz N; asatz e mort tôt ior pois uiu eratz 0. — 16 mas eu sui cel D; 
e sui F; meu sui Q; et eu soi U. — 17 ioi que ia sia AB: per qeu 
DFPQSU-; de que IN; per qeum 0. — 18 sa la bella non platz qua mer- 
cem p. AB; si la bella non plassa qua IN; plassa qua mercem p. U; 
plassa qe mercen p. DPS; qe merceill F; qen mercen Q. 

19 sni mesfaç DQ; sui forsatz A ; et seu per zo fors Iiaz ni P; e soi eu 
doncs tan failiz ni : e soi aisi ieu falhitz ni R. — 20 e uoler I. — 21 ges per 
aitan D; ges per aitant non uir de U; per alço no toill N; per aisso IROS 
per aital QPS. — 22 car major AB; que niager dan Q. — 2S adreiz uidiaz 
TJ. — 24 eu non cuider esser D; ieu non QU ; esser tant ABIQU; eu nuz 
cugera esser tan N ; esser dreit PS; non cuies esser trop ; trop esser R; 



Î58 H.-.I. CHAYTOR. 

25 mas vencut es tôt so que forsa vens, 
que negus dreitz no i pot esseï* guirens, 
per que m'es obs que Merces me defenda. 

IV. La grans beutatz e-1 valors qu'en lieis es 

e tuich bon aip que dompna puesc' aver 
30 mi fan ades estar en bon esper; 

que so non cuich que ges esser pogues 

que lai on es totz autres bes pauaatz 

que no i degues esser Humilitatz; 

so*m fai sofrir masdolors bonamens, 
35 qu'Umilitatz, Merces e Ghausimens 

m'en pot valer sol qu'a mi dons s'en prenda. 

V. Eu et Amors em d'aital guis'enpres 

qu'ora ni jorn, nuoich ni maitin ni ser 

nos part de me ni eu de bon Esper; 
45 que mort m'agra la dolors, tant greus es, 

si-n bon Esper no*m fos asseguratz; 

pero mos mais non es en re mermatz, 

que bos Espers m'aura faich longamens 

estar niarrit et en grans pessamens 
45 et ancar tem que plus car no m'o venda. 

— 25 qe uencut PS ; mas ben conosc simais que chausiniens I. — 26 negun 
dreitz noill PS; nol pot D; ni pietatz nom uol esser guirenz I; e pois nul 
drec nom poc esser gnarenz 0; e pus non truep als qe sia guirens R. — 
27 perque magra obs OPQS; per que ma obsU; prec humilmens merces 
qe mi R. [Ordre des vers en I, 25, 26, 24.] 

28 el prctz qi en loi es 0; el pretz que en voés es R. — 29 ab tôt QU ; 
e tant bos aibs O; pot aver R. — 80 estar ades HPQSU. — 31 qar eu non 
crei U ; car so non crçi H PS ; car ia nom cre Q ; podes B ; que yeu non cug 
que devedar pogues R; que ia nom pens qe deuenir pogues 0. — 32 or 
lai U; se la on son tug ben p. R. — 33 qe noi sia messa h. HQTT; qe 
altresi nol sia h. PS; autresi es confes humilitat O; que no sia per 
temps h. R. — 34 ma dolor HINPSU; loniamcnç Q; et acuelhar merce e 
chauzimens R. — 35 causimenz N; cascus daquestz me pot valer breu- 
men.s R. — 36 sol que PS; e restaurar sol ca midons si p. R. 

La strophe manque dans O. — 37 sen daital PS; en daital U. — 
38 noit U; nuecli N; nueg R; nuiç Q. — 39 nois part AB; nos pert N; 
non part... del bon PS; del bon R. — 40 tan granz HNPQS. — 41 sim bon e. 
nos N ; si bon Ml. — 42 es manque dans A ; non mes de ren U ; nom es Q ; 
no ses del toL m. R. — 43 qe long espér HQU: magra H; qen lonc esper 
PS ; qen lonc esper ai estât 1. R. — 44 a grant Q ; a garanz N ; tritz e mar- 
ritz et en grcu p. R. — 45 ancara AB; no manque AB; nol mi u. Q. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 159 

VI. Mas s'ieu un jorn fos amies apelhalz 

de tant bon cor cum eu li'm sui donatz, 
a la bella don no's part mos talens, 
anc tant Amors no'ui destreis malamens 
50 qu'en eis lo jorn no-m n'agues facli esmenda. 

VII. Vas n'Azimans vuelli, chanso, que tengatz, 

et an Tostems, car lur seretz plazens; 
mais non tengatz entre las avols gens, 
car qui mais val, crei que mielhs vos entenda. 



I. J'ai bien éprouvé tous les maux de l'amour, mais ses bien- 
faits, je ne les connus même pas un seul jour, et si ce n'était que 
j'ai en ce moment bonne espérance, je croirais vraiment qu'ils 
n'existent pas (ces bienfaits), et j'aurais de bonnes raisons pour 
me désespérer, tant j'ai aimé sans être aimé. Mais si le bien 
d'amour est aussi doux et agréable que le mal est affligeant et 
cuisant, je veux plutôt mourir que de ne pas continuer à l'attendre, 

II. Je crois que la mort me vaudrait mieux qu'une vie entière 
passée ici-bas sans mon Plaisir : pourtant, il est mieux pour moi 
de mourir en bonne espérance que de mener une vie qui ne m'ap- 
porterait aucun profit. Car tout homme qui vit dans la douleui', 
quoique vivant, est mort, si on ne lui donne ni joie ni phiisii-. En 
effet, je suis un homme à qui aucune jouissance ne procure une 
joie capable de le réjouir [et il en sera ainsi] jusqu'à ce qu'il 
plaise à ma dame d'avoir merci de moi. 

III. Et si je suis coupable et en erreur pour la seule raison ((ue 
je vous désire et veux, malgré cela, je n'abandonne pas mon espé- 
rance, car Merci pardonne bien un plus grand tort. Toutefois, si 
on jugeait de mes torts avec raison, je ne crois pas que ma faute 
serait si grave; mais ce que vainc la force est bien vaincu, et 
alors aucun droit ne peut plus vous protéger : et c'est pourquoi 
j'ai besoin que Merci me défende. 

Cette tornade manque dans OR. — 46 mais si un H; et seu... fos ami 
PS. — 47 il soi HNQ ; daitan bon cor cum a lei soi PS. — 48 non part PS. 
— 49 manque dans QIT; nom destreing HPS. — 50 no magues HIQ; non 
agues NPS. 

Cette tornade ne se trouve que dans R. — 53 tenhatz R. 



160 H.-J. CHAYTOR. 

IV. La grande beauté et la valeur qu'elle possède, ainsi que 
toutes les bonnes qualités qu'une dame peut avoir, me font rester 
toujours en bonne espérance : car je ne crois pas qu'il puisse se 
faire que là où se trouvent toutes les autres vertus, Humilité n'ait 
pas aussi sa place. Cette pensée me fait supporter ma douleur 
avec patience, parce qu'Humilité, Merci et Indulgence peuvent 
m'aider, pourvu qu'elles naissent dans le cœur de ma dame. 

V. Moi et Amour, nous sommes unis de telle manière qu'à 
aucune heure du jour, de la nuit, du matin ou du soir, il ne se. 
sépare de moi, ni moi de bonne Espérance : la douleur m'aurait 
tué, tant elle est grande, si je ne m'étais pas affermi en bonne 
Espérance. Mon mal, pourtant, n'est en rien diminué, car bonne 
Espérance m'aura fait être longtemps triste et anxieux, et je crains 
toujours qu'il ne me reste plus encore à payer. 

VI. Mais si je devais un jour être appelé « ami » d'aussi bon 
cœur que je me suis dévoué à la belle dame dont mon désir ne se 
sépare jamais, Amour ne m'a jamais tellement maltraité qu'en ce 
seul jour il ne me récompensât de toutes mes souffrances. 

VII. Chanson, je veux que vous alliez vers Aziman et vers 
Toustemps, car vous leur serez agréable. Mais n'allez pas parmi 
les mauvaises gens, car je crois que celui-là vous entendra le 
mieux qui a le plus de valeur. 

Il (B. G. 370, 3). 

12 m.ss. A 150 c : (StudJ., m, p. 497), B 97 {MG 1413). C 238 d., D 254 d. 
{Annales, xiii, p. 385), F 24 (Stengel, p. 86), I 49 d, M 101 b, N 204 b. 
Q 4b a (Bertoni, p. 91), R 93 a, U. 108 {Archiv, xxxv, 437), V. 107 {Ar- 
chiv, XXXVI, 444). D ne donne que les strophes 1 et 4, F que 2 et 3, 
Dans V, l'ordre des strophes est 1,2,3,5,4,6. Les strophes 2 et 4 sont 
citées par Matfre Ennengau {MG., pp. 196 et 212). AB. TQ, D for- 
ment un groupe : viennent ensuite UNF et VM ; R est intermédiaire 
entre ces derniers ; C est indépendant. .T'ai pris ce dernier comme base. 

Maus, n» 598 : cinq coblas unisonans, deux tornades, composées de 
10 a (-ir), 10 b (-or), 10 b, 10 a, 10 c (-er), 10 d (-os), 10 d, 10 e (-e), 10 e. 

Serveri de Girone cite les vers 6-9 dans son poème sur la valeur des 
femmes; voir Suchier, Denk7naler, p. 257. Les premiers vers ont été 
traduits par Guido dellc Colonne; voir Bartoli, Storia délia lett. ital. 
(Fironze, 1879), vol. Il, p. 165. 

1. Ben aioM mal ei afan e-1 consir 

qu'ieu ai sufert lonjamen per amor; 

1 ei! B: aial NU. — 2 sofertz B. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 161 

que mil aitan m'en an mais de sabor 
li ben qu'Amors mi fai aras sentir, 
5 que plus mi fai lo mais lo ben plazer; 
que semblan m'es que si ja mais no fos 
ja negus bens no fora saboros; 
donc es lo mais melhuramens del be, 
per qu'usquecs fai a grazir quau s'ave. 

II. 10 A fin'Amor grazisc lo douz dezir 

que-m fai estar en tant fina doussor, 
que non es mais don eu sentis dolor, 
si totz lo mons me jutjava a morir; 
et aia*n grans merces, car fetz voler 
15 a la bella de cui fatz mas chansos 

qu'a lieys mi des. car anc tant no-m plac dos; 
quar qui -m dones tôt lo mon per jasse, 
no'm plagra tant cum quan li donei me. 

m. Qu'en amador pogr'il ben avenir, 

20 tan a de pretz, de sen e de valor, 

don se douera trop mais de ricor; 

mais als auctors ai ancse auzit dir 

qu'en ben amar em chascus d'un poder, 

et hom paubres fai hi melhurazos, 
25 quant es de sen, contrai rie cabalos, 

3 aitans menant plus B ; aitanz mena D. — 4 los bes IRQ; lo bens DU. 

— 5 que tan mi DNMQV ; quar tan RU; quar aissim G. — 6 si lo mais C ; 
semblans CIMR. — 7 forara C. — 9 per que quer fai N; per que cascus 
fai grazir R; per quuns en fai agradir U. 

11 quim ten mon cor en ABINQRUV; quim ten iauzen ab tan M. — 
12 de quem sentis GMUV; de qui sentis R. — 12 maiudava morir V; a 
manquent NQ. — 14 francas merces ab lieys com fais uoler R; qam fez 
plaser U; qem fes uoler M; fetz placer N; e fatz ben grans V. — 15 per 
cui eu son joyos V ; don eu fatz I; per cui M. — 16 qeu lim donei ABIQ; 
qan lim donei U; quel mi donei N; qelun dones V; queu lim dones M; qe 
sim domney car ans R. — 17 neus qim BI; que quim N: que sim QR. — 
18 qan can U; cant y R; donet V. 

19 En ABFINRU; il mieils ABIRU. — 2U de sen de prez ABFINRU. 

— 21 le vers vianqiie dans A ; quilh sen lera ab moût mais C ; be sai quill 
es de mot maior ricor NF; en cui fora sapchatz mais MV; don se trobera 
be ab mais R; qe sem donera trop mais Q. — 22 als autres ABI ; ai ai tant 
ABIMNQV; ai tant U; ai eu tan F; ai auzit tostemps dir R. —28 auem 
tug un poder MV ; em trastotz dun R. — 24 i fai FNV; fai meillor assa- 
ços Q; hi manque dans I. — 25 le vers manque dans M; daitan cant 
es contrai V; ab lo rie R. 



162 H -J. CHAYTOR. 

qu'aitan quan sap meins de valor en se 
tant grazis mais qui-l honra ni'l mante. 

IV. Quar fin'Amors no manda ges chauzir 

comte ni re}% duc ni emperador, 
30 mas lin amie e ses cor trichador 
franc e leial e que"s gart de falbir; 
e qui no sap aquestz ayps mantenir 
paratge aunis e si mezeis met jos. 
car ad amor non es valens ni bos; 
35 qu'en paratge jion conosc eu mais re 

mas que mais n'a cel que mielhs se capte. 

V. Fis jois honratz, pois tant vos faitz grazir, 

per amor Deu aissi doblatz l'onor 

que-m retenguatz per levai preyador, 
40 e no vulhatz escoutar ni auzir 

fais lausengiers, quar en joi dechazer 

ponhon totztemps, tant son contraries, 

e vos faitz lor morir totz enveios ; 

si co"l pechat estenh hom ab merce, 
45 estenhetz els, quar per els no"m recre. 

2(3 quant a meins BRUV; car tant com a meins AFINQ; quaitan quon 
a meins de rie cant esse Q; de ricor ABFINRUV. — 27 grazis plus 
ABI; nil fa be MQR. 

28 e fin BRNM V a fin U : mas fin DFQ. — 29 duc rei ni ABDFINQU. — 
31 larcx e meten e R. — 82 e saquestz ayps no sap gent captener G; e sa 
que los aibs no sap mantenir R; mantener D. — 33 per quen amor U : per 
per quen amers CM ; per cad;amor I ; e ues amers non es pueys cabalos R; 
perqaz amor n. e. plazenz ni D. — 35 mas qen na mais cel U; mas qe na 
mais cel R; plus na Qi; mais re na D. 

37 vos fai soffrir ABMNQUV: fa sufrir I; pus mas vos R. — 38 franca 
(fina B) merces a cui grazisc lonor ABINQU; per merce us prec quem 
fazatz tan donorVM (sufretz tan M); francas merces a uos grazisc lonor R- 
— 39 qen retengues U; preyador] sernidor ABQU; per uostre sernidor V^ ; 
ab uos per seruidor M; per fizol soruidor R. — 40 per amor dieu ia non 
uoillatz auzir ABIQU; eja perdeu nouos plason ausir V; eia per deu no 
uos plassa dauzir M; per mercous clam ia no uulhatz auzir R. — 41 qen 
amor dechazer ABI ; qe den ioi de cliaer U ; queill lausengiers que fan loi 
decaçer N; cuion ioi R. — 42 totz iorns B; tôt ior IQRU; don son C; 
don tant son M. — 43 mas laissatz los morir ABMV; e laissem los 
morir N; lorj los AGI; mais laisa los R; mas fassam Q; tan can poden 
fan lomond enueios U. — 44 si quom MQ ; qe com ABNUV. — 45 esteing 
lois lor qui per ABINU; nos recre ABIMNQRV; estejnh hom lor (lier M) 
MV; estenh croys hom qe per R. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 163 

VI. Ailan sapchatz, s'ieu ja ren cug valer, 

mos senher n'Uc del Bautz, qu'es envejos 
de tôt quan tanh a fin pretz cabalos, 
m'o fai cujar, qu'ab tal gaug mi rete 
50 cum s'er'ieu pretz qu'el ama mais que re. 

VII. De Monpeslier val ben a mon Plazer, 

qu'el seigner es francs e humils e bos 
et en sos faitz es d'aitals guizerdos 
qu'el honra Dieu et tôt bon pretz mante 
55 per qu'el lo creis e l'enanssa e-1 soste. 

I. Bénis soient les maux et les peines et les chagrins que j"ai 
endurés depuis longtemps à cause de l'amour; car mille fois plus 
de délices apportent les biens que l'amour me fait maintenant 
sentir. C'est que le mal me rend le bien plus agréable; à mon 
avis, s'il n'y avait pas de mal, aucun bien n'aurait de saveur; 
ainsi, le mal augmente la valeur du bien, et à cause de cela chaque 
mal doit être bien accueilli quand il arrive. 

II. Je rends grâces à l'amour parfait pour le doux désir qui me 
fait ressentir une telle douceur, car il n'y a aucun mal dont je 
pusse sentir la douleur, dût le monde entier me condamner à 
mourir : qu'Amour soit remercié d'avoir persuadé à la belle dame, 
en l'honneur de qui je tais mes cliansons, d'accepter que je me 
donnasse à elle : aucun don ne pouvait me faire autant de plaisir! 
Car si l'on me donnait tout le monde à tout jamais, cela ne me 
plairait pas autant que le présent que je lui fis de moi-même. 

III. Il pourrait bien arrivt r — tellement il a de prix, de sens 
et de valeur — qu'il [Amour] entrât dans le cœur d'un amant 
qui lui ferait plus d'honneur: mais j'ai toujours entendu dire aux 
sages qu'en fait de bien aimer, nous sommes tous d'un égal pou- 
voir : et un pauvre homme, s'il a de la sagesse, s'y comporte 
mieux que l'homme accompli et riche; car moins il se reconnaît 
de valeur en lui-même, plus il sait de gré à celle^qui l'honore et 
le soutient. 

VI ne se trouve que dans ABCRV. — 46 a. s. que sieu ren cuich AB ; 
de me cuiatz que si cug ren V; de nii uos die qe si re E. — 47 mo senhor 
CR. — 48 de lotz bos aips on pretz es AB; le vers manque dans E. — 
49 mi fai C. — 50 cum sera eu pretz AB; com sera pretz R; com sera cet 
quel ama V. — VII se trouve datis B seul. 



164 H.-J. CHAYTOR. 

IV. Car l'amour parfait n'ordonne pas de choisir un comte, un 
roi, un duc, ni un empereur, mais un ami dévoué et sans perfidie, 
franc, loyal, qui se ^arde de faillir : et quiconque ne manifeste 
pas ces qualités déshonore sa noblesse et se rabaisse lui-même, 
car il n'est pas fait pour aimer. Car, en ce qui concerne la no- 
blesse, je ne reconnais qu'un fait; c'est que celui-là en a plus qui 
se conduit le mieux. 

V. Joie fidèle et honorée, puisque vous méritez déj^l tant de 
reconnaissance, pour l'amour de Dieu, doublez l'honneur (que 
vous m'avez accordé) en me retenant pour votre loyal suppliant, 
et ne veuillez i)as prêter l'oreille aux faux calomniateurs, qui 
s'ingénient toujours à renverser la joie, telle est leur jalousie. 
Faites-les mourir tous d'envie; comme on détruit le péché à l'aide 
de Merci, détruisez-les (de même), car je ne renonce pas à aimer 
à cause d'eux. 

VI. Sachez ceci : si je crois valoir quelque chose, c'est mon 
sei{?nenr Hugue de Baux, ami de tout ce qui convient à la valeur 
parfaite et complète, qui me le fait croire : car il me retient avec 
autant de plaisir que si j'étais cette valeur même qu'il aime au- 
dessus de tout. 

m (B. G., 370, 14.) 

15 mss. A 158 d {StudJ., m, 495), C 240 c, D 2ôb a [Annales, xiii, p. 386), 
]<: 168 {MG, 513), F 25 (Stengel, 89), I 49 c (MG. 512, mais collationné 
de nouveau sur le ms), M 101 d, N 204 b, O 92 (de Lollis, 66), P 29 b 
(Archiv, xijx, 307), Q 46 b, R 94 n, S 176, V {Archiv., xxxv, 4,%), V 108 
(Archiv, xxxvi, 446). D ne donne que la strophe 'A et la tornade 1, F ne 
donne que la quatrième 'strophe. Les deux tornades manquent dans N 
et la première dans Q. I^'ordre des strophes est le suivant : 

12 8 4 5 6 7 

12 4 5 ;{ 6 7 

12 5 8 4 7 6 
(incomplets). 

C'est l'ordre de KIOPSUV qui est le bon : il serait dangereux pour- 
tant de se servir de cet ordre comme moyen pour établir la filiation des 
mss. Il paraît, par exemple, que le coiiisLe de II avait deux mss. devant 
lui.; au v. 19, il a rayé une dos deux lei'ons pour lui substituer l'autre, 
et au v. 45 il paraît avoir été intrigué par les deux senhals qu'il a com- 
binés, .l'admets trois groupes principaux ; EV'^l, OPSU, CNR; à ce 
dernier est subordonné AQ et peut-être D; M est intermédiaire entre 
le second et le troisième groupe. J'ai choisi comme base CNR. 

Maus 585 : 10 a (-i), 11 b' (-anha). 11 b', 10 a, 8 c (-e), 8 c, 8 d (-an), 
8 d, 5 coblas unisonans. 2 tornades. 



1. 


EIOPSUV 


2. 


ACNQR 


3. 


M 


4. 


FD 



LE TROUBADOUR PERDIQON. 165 

Cette chanson a été imitée ou traduite en italien par le Notaro Gia- 
como. Voir Bartoli, Storia délia lett. ital., II, p. 162. 

I, Trop ai estât mon Bon Esper no vi, 

per qu'es ben dreitz que totz jois me sofranha, . 
car ieu me luenh de lasoa companha 
per mon fol sen, don anc jorn no"m jauzi ; 
5 mas sivals lieis no cosla re, 

qued dans torna totz sobre me, 
et on ieu pbis m'en vau lonhan, 
meins n'ai de joi e mais d'afan. 

IL Si ma foudatz m'enguana e m'auci, 

10 ben es razos que ja hom no m'en planha, 

qn'ieu soi com selh qu'en mieg de l'aigua-s banha 
e mor de set; et es dreitz, so-us ati, 
qu'ieu mueira deziran del be 
qu'eu aurai dezirat ancse, 
15, ft i:igra-n|tot so qu'ieu deman 

si quan fugi.m Iraisses enan. 

III. Grans merces er qu'ieu niorrai enaissi, 

car estau sai marritz en terr' estranha, 
don ai assatz que plor e que complanlia, 

I qen bon INMA ; que bon SOQ; qeni bon U: non ui S ; hom ui IN. — 
i et es IR; per qes razos M; per qeis bes Q. — 3 quar tan E ; qar trop 
me loing U ; car iem luenh tan R ; can eu P. — i donc anc EIUNCMRAOQ ; 
on anc V; don tan ior no Fîi ui P; dont an ior non iaui S. — 5 mas seu 
ain lei noill Costa SP; mas seu leis non V; mas seu lei non N; sivals a 
lieys C ; e sivals M ; mais enuar lei 0. — 6 sobra OQ. — 7 qe quant eu PS ; 
e quant eu M; et eu on plus UVR. — 8 mais de dan A. 

9 mas ma E; ni auci P. — 10 no me PS; nom O. — 11 qeu sui cels qe 
mieg U; quieu suy aisselh q. G; qi mei del Q. Le vers manque dans 0. 
— 12 se mor S ; coms afi Q. — 13 dezirans E. — 14 qe aurai d. tanse SP; 
cui aurai I; queu naurai EO ; atendut U; cauia d. R; désire iasse 0. — 
15 queu agra I ; queu nagra SNAPQ ; quen deman PQS ; qe nagra atendut 
tôt ço qem deman U. — 16 fugim fos tratz I ; se can fuiz me trasses SO ; 
se can fuiz ne traisses e man P; menan MR ; auan V; si tan can fugi ni 
t. U. 

17 merces es ESPQ; er] manque dans C; peccaz er U; ben es razos 
qieu moira AN ; si sai mor en. SMP; quar morrai en. E. — 18 ni reman- 
rai m- E ; qeu soi renias m. SMP; ni remanrai toz sols U; qe son marritz 
sai entre gent e. I; senes cosselh m. 0; descosselhatz m. R. — 19 et ai 
ISMP; ai toztemps. U; qe sospir e qe planha ESUMP; plor corrigé en 
sospir au-dessus de la ligne R; on ai ben dreit e raison qem c. O. 



166 H.-J. CHAYTOR. 

20 car no vei lieis que de mort me guéri 
em trais de ma mala merce: 
ailas! quais peccatz me rete, 
que s'agues mortz estât un an, 
s'il degr' ieu pueis venir denan. 

IV. 25 Si' m sent mespres que res no sai cossi 
an denan lieis ni no sai com remanha, 
quar qui so fai a senhor que no -s tanha 
quant hom l'a rie, bon et liai e fi, 
paor deu|aver, quan lo ve, 
80 que perda son senhor e se ; 

e s'ieu pert lieis cui me coman, 
perdut ai me e joi e chan. 

V, Perdre la puesc, qu'ilh non perdra ja mi ; 

qu'eis lo jorn vuelh mai que mortz me contranha 
35 qu'ieu ja mon cor departisca ni franha 
de lieis en cui tan fermamen s'assi, 



20 car lassei lei que NA; car lei non ve O. — 21 e qim MPRS; can me t. 
NAOQ; em gitet de G. — 22 cal foldaz MPS; ai deus ANOQ. — 28 qe seu 
fos m. 0. — 24 sil degresser vencutz denan I; sil degra pueis EMPRS; 
tornar denan M. 

25 si soi SP; sil sui NA : sim suy G; sui sen Q; quera non sai M; sin 
sem forsaz qerre non U. — 26 man denan AQ; ni deuant lei 0; ni sai 
cossim E; lei e non sai N; mandein alei ni sai cossim U. — 27 qui fai 
so E; non tanha ACEM ; nol t. PS. — 28 quant hom laura rie e ualen e E 
hom laura bon U ; la bon franc e liai 1 ; qan un troua franc e leials SP 
bone ualent V; can el laric AN; qan lo troba franc e liai M; rie '>nan 
que dans R; quant el laura pros e ualen e 0; quant il la bon franc e Q; 
qan ella bo franc eleial D. — 29 quant i ue El; can il la ue SP; peraor 
daua uer can uie N ; quar lo ue G ; quant il ue OQ ; quan el ue D. — 30 de 
perdre MPS; perdal senhor G; lo senhor OQ; qel perda lo seingnor D. — 
31 lieis a ciii El ; e seu prec lei N; la cui coman R; e sen perd P. — 32 ai 
ris V. 

33 que la no perdra mi VR; qar il no p. mi Q. — 34 que eis lo j. v. que 
IM ; qen eis lo j. v. que UVNFA; en eis lo j. v. que SPOQ; ans eis lo j. 
V. que R; que eis lo jorn am mais dieus nu; contranha E. — 35 que ja 
EIJIPO; que ja per re NAQE; ni partisca ni stragna U; si partisca nis 
franha MO; nim franha SVAP. — 36 de lai on es E; de leis d'amar M, 
où le reste de la strophe manque; del sieu on tan mos ferms uolers 
sasi I ; de lei un es tan dolsamen acli PS ; de lai on tel tant flnament 
sasi U ; mon cor de lei cafernan ensi NF ; de leis on lai tant li aimes 
assi R; mon cor de lieis cai fermât en aissi A; mon corde lieys ca f. afi Q 
sasi G. 



LR TRODBADODR PERDIGON. 167 

qu'en tôt aulr' afar me mescre ; 
mas tant la truep de bona fe 
que"l cor el saber e^l talan 
40 i truep acordatz d'un semblan. 

VI. Selh que ditz qu'ai cor no sove 

d'aiso qu'om ab les huelhs no ve, 
li miei l'en desmenton ploran 
e*l cor planhen e sospiran. 

VII. 45 Belhs Rainiers, de vos me sove 

et de mi don mas d'autre re, 
e quan noms vei, cug far mon dan, 
e muer per mi don deziran. 

I. J'ai été trop longtemps sans voir mon Bel Espoir; aussi 
est-il bien juste que toute joie me manque, car c'est moi qui 
m'éloigne de sa société à cause de ma folie, car de sagesse je ne 
jouis jamais. Néanmoins cela ne lui coûte rien à elle, car c'est 
moi qui supporte tout le mallieur, et plus je m'écarte d'elle, moin- 
dre est ma joie et plus grande ma douleur. 

.II. Si c'est ma sottise qui me trompe et me tue, il est bien juste 
que personne ne me plaigne : car je suis comme celui qui se bai- 
gne dans l'eau et meurt de soif : et il est juste, je vous l'assure, 
que je meure en désirant le bien que j'aurai toujours désiré, et 
j'aurais [maintenant] toutce que je demande (c'est-à-dire : mes vœux 
seraient accomplis) si je m'étais avancé quand j'ai pris la fuite. 

37 e de ren al res nom m. E; quen totz autres faitz lo m. I; lo m. 
SPQ: mas de tôt afar me meins cre V; de tôt NFRA; si descre 0. — 
38 mas quar soi tan de bona fe EF; mas lai lo trop de I; ues qen lei trou 
de PS; mas eu trop tan de U; uas cossim trop de V; mas lai trop de N; 
uas que lun trop de C; mas lai trob tant de A; uas qacel trop de O; mas 
aici trop de Q. — 39 el uoler el I; el désir de SP; sen el saber NAO. — 
40 me fai tôt aiustar dun semblan E; i fatz acordar I ; sacordon en lei dun 
SP; tug trey sacordon dun R; sui acordat dun 0; mi fan acordar dun Q. 

4â de so SUAPQ; daquo C. — 43 mi oill Ion d. SP; mei oil em d. U, 
miei huoill A ; mei len desmen tôt p. ; le desmenton D. — 44 plangnet S ; 
plaguet P. 

45 rainiers E; rainier V ; mainer ISPO; mariniers R. — 46 quieu us am 
mais IC ; que de re E ; que neguna re C ; pus que de me V. — 47 e quar 
EISUMAPO ; uei fauc mon E ; uei fas mon ISMAP; uey ben fatz mon U; 
can nola uei muir sospiran V. — 48 e midons muer d. TA; et de midon 
mor SMP; e per midons muerd. UR; e midon don mor 0; le vers tnan- 
que dans V. 



168 H.-J. CHAYTOR. 

III. Ce sera un grand bienfait que je meure ainsi, car ici je suis 
égaré dans un pays étranger : aussi ai-je bien des motifs de pleu- 
rer et de me plaindre, car je ne vois pas celle qui me préserva de 
la mort et me retira de ma mauvaise destinée. Hélas! quel mau- 
vais destin me retient? Car même si j'eusse été [comme] mort pen- 
dant un an, je devrais encore me présenter [maintenant] à elle. 

IV. Je sens si bien ma faute que je ne sais si je dois ou .aller 
vers elle ou rester ici. Car celui qui se conduit de façon inconve- 
nante envers un seigneur noble, bon, loyal et sûr, doit craindre, 
quand il le revoit, de perdre ce seigneur et lui-même. Et si je la 
perds, la dame à qui je me suis donné, je me perds moi-même, 
ainsi que la joie et le chant. 

V. Moi je puis la perdre, mais elle ne me perdra jamais, car je 
consens que la mort me saisisse le jour même où je séparerais ou 
arracherais mon cœur de celle où il est fixé si fermement, car 
pour toute autre chose je n'ai aucune confiance en moi-même. 
Mais je la trouve de si bonne foi que le cœur, le savoir et la vertu, 
je les trouve réunis en elle au point de faire un tout. 

VI. Celui qui a dit que le cœur ne se souvient pas de ce que 
ne voient pas les yeux, mes yeux le démentent par leurs pleurs 
et mon cœur par ses plaintes et ses soupirs. 

VII. Beau Rainier, je me souviens de vous et de ma dame plus 
que d'autre chose, et quand je ne vous vois pas, je crois être 
perdu et je meurs de désir pour ma dame. 

(A suivre.) 



L'ÉTAT, L'ORGANISATION 



ET 



LA CRISE DE L'WDUSTIUE LASGUEDOUIEiM 



PENDANT LES SOIXANTE PREMIERES ANNEES DU XVII» SIECLE 



Très éprouvé parles guerres religieuses qui avaient signalé 
la seconde moitié du xvi^ siècle, le Languedoc avait recouvré 
une partie de son ancienne prospérité pendant les trente-cinq 
années qui suivirent la paix de Vervins et l'édit de Nantes. 
Les troubles de la minorité de Louis XIII et les prises d'ar- 
mes des protestants n'y avaient exercé qu'une influence per- 
turbatrice toute locale et limitée. 

Les relations des contemporains représentent, en efl"et, 
cette grande province comme l'une des régions les plus 
riches du royaume. Ils assignent, il est vrai, à l'agriculture 
la première place dans la production de la richesse languedo- 
cienne. Les céréales, les vins, les huiles d'olive, le miel, les 
fruits, les plantes tinctoriales, telles que le pastel, le safran, 
le tournesol, les plantes industrielles, comme le chanvre et 
le salicor, font l'objet d'un commerce actif, concurremment 
avec la soie grège et avec la laine, avec le gros et le menu 
bétail. Le Théâti^e d^ Agriculture d'Olivier de Serres pré- 
sente le tableau le plus célèbre de l'état de dév^eloppement 
auquel était parvenue la culture du sol en Languedoc à cette 
époque. Bien d'autres observations constatent pendant cette 
même période l'importance de la production agricole dans 
cette partie de la France *. 

1. Olivier de Serres, Théâtre d'Agriculture, édit. 1805; 2 vol. in-4", 
Paris. — Du Haillau, Des causes de l'extrême cherté, dans Yar. hist., 

ANNALES DU MIDI. — XXI 12 



170 P- BOISSONNADE. 

La prépondérance de cette production est alors pourtant 
bien moins accusée qu'elle ne le deviendra plus tard à partir 
de la tin du xviiie siècle. Dans la première moitié du xvii« siè- 
cle, rindustrie en Languedoc est presque aussi développée 
que l'agriculture. La concentration et la spécialisation des 
industries qui caractérisent depuis plus de cent ans le mou- 
vement industriel sont nées de conditions économiques 
insoupçonnées des générations antérieures. Ces conditions, 
à savoir: la rapidité et la multiplicité des communications, 
les facilités qu'elles offrent au transport et à la mise en 
œuvre des matières premières, le groupement des moyens 
de production et l'intensité de la fabrication, résultant des 
inventions mécaniques, n'existaient pas en France au tem[)S 
des premiers Bourbons. A cette époque, le Languedoc est 
une région où les relations sont lentes ou malaisées, les 
transports difliciles et onéreux, où les matières premières ne 
peuvent guère être utilisées que sur place ou dans une zone 
peu étendue. Le travail à la main existe presque seul, com- 
biné avec un outillage rudimentaire; il n'est pas spécialisé. 
Souvent, l'artisan ou l'ouvrier partage son temps entre la 
culture du sol et l'exercice d'une petite industrie. La produc- 
tion industrielle n'est pas concentrée. Elle se dissémine en 
un grand nombre de petits ateliers urbains ou ruraux, qui 
travaillent surtout pour une clientèle locale ou régionale, à 
laquelle ils fournissent la plupart des objets nécessaires à la 
vie, et qui n'approvisionnent qu'exceptionnellement le mar- 
ché national ou étranger, quand leur activité dépasse les 
besoins restreints de leur milieu. 



p. p. E. Fouraier, Vil, B47. — J. Sinceri, Itinerariuni Galliae, 1616, 
in-16, pp. 178 et sq. — Ileiitzner, Itùierarium Galliae Narb07inensis, 
J6'20, in-16. — Golnitz, Ulysses Gallico-Iielgicus, 163U, in-16. — Davily, 
Description de l'Europe, in-folio, t. Il, 574-595. — Catel, Mém. de l'hisJ.. 
du Languedoc, 1633, in-f°, livre I". — Goulon, L'Ulysse français, 1643, 
in 12, 559 à 577. — Le Grand d'Aussy, Me privée des Français, 1815, 
3 vol. in-8°. 



LA CRISE DE L'INDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 171 



I. 



Le premier trait caractéristique de l'industrie languedo- 
cienne pendant la première moitié du xvii» siècle est donc 
son extrême variété. Elle embrasse dans sa sphère d'action 
presque toutes les formes d'exploitation ou de production 
industrielle. 

Les industries minérales y tiennent une place considéra- 
ble. Sur la côte, on exploite les salines de Peccais et de 
Thau, qui fournissent de sel blanc une partie de la France 
et la plupart des pays de l'Europe centrale '. On se lait même 
de la richesse du sous-sol languedocien une idée exagérée. 
Déjà, à l'époque d'Henri IV, une exploitation de ces richesses 
avait été commencée ; les historiens de Thou et Palma 
Gayet en font mention ^. Mais elle n'avait abouti à aucun 
résultat pratique. Au temps de Richelieu, de nouvelles 
recherches poursuivies de 1627 à 1635 tirent un moment 
considérer le Languedoc avec son annexe, le comté de Foix, 
comme un centre minier rival de ceux de la Hongrie et delà 
Saxe. Le sieur et la dame du Chastelet, baron et baronne de 
Beausoleil, chargés par le roi de dresser l'inventaire de ces 
réserves minérales, après avoir parcouru la province en tous 
sens, les énumèrent dans un livre curieux intitulé La Resti- 
tution de Pluton^ publié en 1640. Il peut donner une idée 
des illusions qu'on nourrissait sur l'importance des gise- 
ments minéraux du Languedoc. Le baron et la baronne de 
Beausoleil avaient conquis la confiance de Richelieu par 
leur réputation de spécialistes. Ils avaient acquis une expé- 

\. Sur ces salines et sur le sel du Languedoc, très connu et célèbre dans 
toute l'Europe, voir du Haillan, op. cit., Var. hist., p. p. Fournier, VII, 
p. 153. — Monchrestien, Traiclé de l'économie politique, éd. Funck-Bren- 
tano, 1889, p. 236. — Davity, op. cit., II, 595. — Catel, p. 44-45. — 
Voyage d'Esprinchard, Saintongeais, 1598-1610, mss. de la Bibl. rniaiic. 
de La Roclœlle. — Gh. Pradel, Un marchand de Toulouse à la fi7i du 
XVI^ siècle (Mém. Acad. se. Toulouse, 9» série, II, 394). 

2. A. de Thou, Histoire latine, livre VI, 156 (année 1603). — Palma 
Gayet, Chronologie septénaire (année 1602), coll. Michaud. 



172 P. BOISSONNADE. 

rience technique étendue dans l'exploitation des mines hon- 
groises. Ils crurent avoir trouvé des mines d'or dans le pays 
de Sault et aux environs de Narbonne, des mines d'argent 
en divers lieux, sans parler de nombreuses mines de char- 
bon, de fer, de cuivre, de plomb, d'antimoine, de zinc, de 
vernis ou d'alquifou, de vitriol et d'azur, de turquoises et de 
jayet*.Un grand nombre de ces gisements restèrent inex- 
ploités. Mais on se livrait déjà au lavage des sables du Gar- 
don et de la Cèze, où l'on trouvait des paillettes d'or^. On 
exploitait les mines de plomb argentifère de Ganges, du Mas- 
Dieu, de Sénéchas, de la Caunette, cette dernière fort active- 
ment^. Quant à celles de Largentière, en Vivarais, de Bous- 
sagues, dans le diocèse de Béziers, exploitées au moyen âge, 
on ignore si elles étaient encore mises en valeur au xyii^ siè- 
cle*. On travaillait aussi à extraire le plomb des mines de 
Villefort, en Gévaudan, surtout le vernis ou alquifou, dont 
se servaient les potiers pour vernir leurs poteries. Les gise- 
ments de Saint-Julien, de Saint-Barthélémy et de Sécheras, 
en Vivarais, d' Aliène, en Gévaudan, fournissaient de ce 
produit la céramique commune, et ceux de Durfort la céra- 
mique fine^. On retirait le minerai de fer d'assez nombreuses 
exploitations dans le pays de Sault et le Fenouillédès, ainsi 
que dans la baronnie de Caunette (diocèse de Carcassonne), 
dans le comté d'Alais, et dans la baronnie de ïournel, en 
Gévaudan ^ 

1. La Restitution de Pluton, m-VZ, 175 p. (ouvrage très rare : biblio- 
thèque de Poitiers, Recueils Poitevins, in-12), 1640, pp. IGà 23; 149, 168- 

2. Poldo d'Abenas, Discours historial sur l'illustre et antique cité de 
Nîmes, 1557, cité par Ménard, Histoire civile, eeclés. et littéraire de 
la ville de Nîmes, 1758, in-é", VII, p. 512, 515. 

3. Davity, II, 592, 596; La Restitution de Plutoti, pp. 16 et sq. — 
Bardon, L'exploitation des m,ines d'Alais (Mém. Acad. du Gard, 1897, 
pp. 141, 147). — Monard, VII, 515. 

4. Mazon, ?\otre vieux Largentière, 1899, in-8°. — Id., L'atelier 
monétaire de Largentière aux XIII' et XIV' siècles {Revue du Viva- 
rais, VI, 49, 57). — Mémoire du m,arquis de Rocozel {1747) sur les 
mines de Boussagues (Hérault, Arch. dép., C. 2707). 

5. Davity, II, 592. — Mém. du subdélégué de Mende {1787) sur les 
mines d' Aliène {Arch. dép. Hérault, C. 2707). — Astruc, Mém. pour 
l'hist. natur. de la prov. de Languedoc, 1737, in-4», pp. 366 et sq. 

6. Davity, II, 592; Mém. de l'ingénieur Chénier à, Volbert. novem- 



LA CRISE UE l'industrie LANGUEDOCIENNE. 173 

Le diocèse de Lodève fournissait l'Europe de meules 
d'émouleurs ^ Gh;ilabre, et surtout la Bastide-de-Peyrat, 
exploitaient leurs mines de jayet : à la dernière, quatre cents 
ouvriers travaillaient vers 1640*. Enfin, un grand nombre 
de petites exploitations houillères existaient dans les diocèses 
de Béziers, d'Albi, de Nimes et de Mende. Les mines de 
Garmaux, de Boussagues ou de Lunas, de Saint-Gervais, 
d'Azilhanet étaient déjà ouvertes, certaines de[)uis plusieurs 
siècles 3. On comptait, dans le seul comté d'Alais et dans le 
marquisat de Portes, une vingtaine d'exploitations houillè- 
res, parmi lesquelles se trouvaient celles deRochcbelle et de 
la Grand'Gombe ou de Trouillas *. On avait tenté enfin, à 
diverses reprises, sans grand succès, la mise en valeur géné- 
rale des mines d'or, d'argent, de cuivre et d'étain,de houille 
et autres substances des diocèses de Nimes, Uzès, Viviers, 
Mende et même de tout le Languedoc •'. 

Le sol de la province fournissait aux industries dérivées 
du règne minéral les ressources nécessaires à leur activité. 
De nombreuses briqueteries et tuileries, dans les diocèses 
d'Albi et de Toulouse, cuisaient la brique et les tuiles dont 
on se servait pour les habitations ^ Ailleurs, dans la région 
d'Alais par exemple, on employait la houille à chauffer les 



bre 1667; Lettres de Colbert, p. p. P. Clément, IV, 587, 588. — Bardon, 
op. cit., 1897, p. 147. 

1. Davity, II, 594, 596. 

2. La Restitution de Platon, pp. 16 à 23. — Davity, II, 594, 596. 

•S. La Restitution de Pliito7i. ihid. — Id. Rapports des subdélégué.s de 
Mende, de Béziers, d'Albi (xviir siècle). — Mém. de MM. de Roco- 
zel {1747) et d'Elzeuzes (1788) [Arch. dép. Hérault, C. 2707, 2710, 2719, 
2724, 2728, 2732). — Bardon, op. cit., pp. 135 et sq. — Jolibois, Les houil- 
lères de Garmaux [Revue du Tarn, 1893j. 

4. Bardon, opi. cit., pp. 174, 176. 

5. Lettres patentes en faveur du marquis de la Charce pour l'exploi- 
tation des mines dn Languedoc, mars 1749 (Hérault, C. 2705). — Lettres 
patentes du 11 septembre 1610 pour le sieur Mazelet et autres, et pour 
le marquis de Coislin, analysées dans la délibération des Etats du Lan- 
guedoc, 11 décembre 1642, Roschach, Hist. de Languedoc, XIII, pp. 167, 
168. 

6. Statuts des briquetiers d'Albi, 1400, état dressé en 1776 (Hérault, 
C. 2789). — Arrêt du Parlement de Toulouse (1557) relatif aux tuile- 
ries du gardiage de Toulouse (Arch. com. Toulouse, AA. 18, n» 10). 



174 P- BOISSONNADE. 

fours à chaux '. Toulouse avait ses ateliers de poterie com- 
mune 2; Issel, Saint Papoul et Castelnaudary, en Laura- 
guais, fabriquaient aussi des produits usuels '; Montpellier 
possédait ses orjolierset faïenciers^ Saint-Quentin et Saint- 
Jean-de-Fos. en Bas-Languedoc, débitaient leur vaisselle de 
terre, renommée pour sa solidité, et qui se retrouvait sur la 
plupart des marchés locaux*. Au milieu ou dans le voisinage 
des forêts du Velay, du Gévaudan, des diocèses d'Uzès, de 
Nimes, d'Albi et de Lavaur s'étaient organisées de bonne 
heure des verreries. Elles fabriquaient, avec le salicor des 
plages, du verre grossier, surtout du verre de bouteille. On 
en trouvait principalement sur les monts de l'Espéron et de 
l'Aigoiial; dans le comté d'Alais". Montpellier, enfin, était 
célèbre pour ses vases de verre peints ^ 

Le travail des métaux communs et des métaux précieux 
formait une des variétés les plus actives de l'industrie lan- 
guedocienne. Le Velay avait ses orfèvres-émaiileurs, formés 
à l'école limousine *, et ses joailliers, qui savaient sertir avec 
art les joyaux avec les pierres fines du pays, décorées du 
nom de saphirs et de grenats du Puy". Dans la région des 
Cévennes et des Gorbières, abondante en minerais de fer, 
dans le voisinage du comté de Foix, dont le fer brut était 
fort renommé, on avait créé sur les torrents un nombre con- 

1. Bardon, op. cit., pp. 137, 139. 

2. Statuts des pot i 67-3 de Toulouse, 1405, cités état du 9 juin 1762 
(Arch. dép. Hérault, C. 2795). 

3. A. Fourès, Potiers et poteries du Lauraguais, 1890, in-S", Albi. 

4. Statuts des orjoliers faïenciers de Montpellier, 1603, cités rapport 
de l'intendant, 2 mars 1729 (Arch. dép. Hérault, C. 2801). 

f). Rapport de 1792 précité, pour Saint-Jean-de-Fos. — Davity, II, 579. 
— Ménard, VII, 7;:)8. — A. Puecli, Nimes au XVII' siècle {Mém. Acad. 
du Gard, 1885, p. 188, note 1). 

6. Davity, 11594. — Mém. de l'intendant [25 sept. 1742) et des ver- 
7'iers du Latiguedoc, juin 1743 (Hérault, C. 2762, 2763). — Procès-verbal 
de visite des verreries du Languedoc, 1745 (Hérault, C. 2763). 

7. Sinccrus, Itinerarium Galliae, p. 204. 

8. Aymard, Recherches sur les argentiers orfèvres du Puy (Congrès 
scientifique de France, 1855, t. 11, 629; Société d'Agric. Haute-Loire, 
Mém., t. XXVII, 402, 407). 

9. Ibid., p. 402, note 1. — Baronne de Beaiisoleil, La Hestitution de 
Pluton, pp. 16 à 23. 



LA CRISE DE l'iNDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 175 

sidérable de forges ou de martinets. Sur la Gèze, le Gardon, 
l'Auzon, on les rencontrait en foule; on en trouvait une 
douzaine aux environs d'Alais '. Au sud, le pays de Sault 
contenait sept à huit forges -. Celles de la combe de Gincla 
ou du Luc et de Quilian étaient les plus connues ■'. Mais il y 
en avait d'autres dans le diocèse de Mirepoix et dans les 
dépendances de la communauté de Lacaune, en Albigeois*. 
La clouterie et la quincaillerie d'Alais et de Salles-du-Gardon 
faisaient concurrence à celles du Dauphiné *. Le Puy était 
renommé pour la fabrication des aiguilles, des épingles, du 
fil d'archal {orfileiHe), et ses chaudronniers rivalisaient avec 
ceux de l'Auvergne^. Saint-Bonnet-leChAteau, en Velay ', et 
Grisolles, dans le Toulousain*, possédaient des fabriques 
de ciseaux fort connues. Le Puy avait la spécialité des dis- 
ques de cuivre pour orner les brides des mulets'. Les deux 
fonderies de Langogne, dans le Gévaudan, travaillaient le 
cuivre pour toutes sortes d'emplois^". Le diocèse de Carcas- 
sonne avait des fondeurs réputés ^^ Montpellier passait pour 
le meilleur centre du commerce des instruments de chi- 
rurgie'^. Alais, depuis les guerres de religion, entreprenait 



1. Bardon, op. cit., pp. 147, 167, 168, 169, 171. 173. 

2. Mémoires de Chénier à Colhert, novembre 1668, Lettres de Col- 
bert, IV, 587. 

3. Mémoires de 1732. 1747 et de 1749, avec historique de ces forges 
(Hérault, G. 2736). 

4. Rapports de 1757, 1758, 1788 (Hérault, G. 2737. 2739). 

5. Bardon, op. cit., pp. 161, 163, 164, 167|(d'après des actes du xvi' siè- 
cle et de la première moitié du xvii«). 

6. Aymard, Les fouilles du Puy {Soc. d'Agr. Haute-Loire, XXVII, 
pp. 396, 4()(», 402. 420). — Rapport de M. de Froidour sur le Velay, 1668, 
analysé parEoschach, Hist. de Languedoc. XIII, p. 485. 

7. Duplessy, Statistique de la Haute-Loire, 1818, p. 223 (détail relatif 
à la période étudiée ici). 

8. Conflit en 161-5 entre les taillandiers de Toulouse et les fabricants de 
Grisolles : Du Bourg, Les anciejines corporations de Toulouse [Mém. 
Soc. Arch. Midi, XIV, 74). 

9. Aymard, Rapport dans Soc. d'Agric. Haute-Loire. 1869. p. 195 
1868, p. 291. 

10. Rapport du subdélégué de Mende. 1788 (Hérault, G. 2739). 

11. Toulouse en fait venir un en 1622; Du Rozov. Annales de Tou 
louse, 1776: in-4», IV, 303. 

12. Sincerus, Itinerarium Galliae, p. 204. 



176 P- BOISSONNADE. 

avec succès la fabrication des armes à feu, canons de mous- 
quets et arquebuses K Montpellier et Toulouse avaient leurs 
corporations de fourbisseurs et d'arquebusiers 2. A Tou- 
louse, l'entrepreneur Bachelier essayait de créer et de sou- 
tenir une grande manufacture de boulets et de canons de 
mousquets, installée à Saint-Cyprien, sur la Garonne 3. La 
même ville a des fabriques de couteaux, de laiton, de fer- 
blanc*. On avait cherché ainsi, sans y parvenir, à se passer 
des produits de la Haute-Italie, de l'Allemagne et du pays 
de Foix ^ L'horlogerie s'était répandue dans les principaux 
centres urbains, en même temps que la fabrication des 
instruments de pesage, balances et romaines «. 

Toutefois, le développement des industries minières, céra- 
miques et métallurgiques n'était pas à comparer avec celui 
des industries dérivées des règnes végétal et animal. La pre- 
mières de toutes était, sans contredit, la fabrication des 
tissus de diverses sortes. D'abord, on pouvait noter le pro- 
grès de l'industrie de la soie. Depuis la Renaissance, la cul- 
ture du mûrier n'avait cessé, en effet, de se développer en 
Languedocr Le Nimois Traucat lui avait donné, à la fin du 
XVI» siècle, une nouvelle impulsion'. Le Languedocien Oli- 
vier de Serres en avait montré les avantages ^ L'éducation 
du ver-à-soie s'était étendue du Vivarais au Bas-Languedoc, 
ayant pour principal centre le territoire de Bagnols^ Au 

1. Bardon, op. cit., p. 147. Toulouse, en 160-5, a .5 fondeurs de canons; 
D\i Bourg, op. cit. (Mém. Soc. Arch. Midi, XIV. 77.) 

2. Statuts des fourbisseurs de Montpellier. 1581, état de 1762 
(Hérault, G. 2793); des espasiers, fourbisseurs (1647) et arquebu- 
siers (1619) à Toulouse. Du Bourg, op. cit., XIV, 77. 

3. Bélibér. des capitouls, 1617, 1618, 1627, analysées par Du Rozoy, 
op. «■«., IV, 240, 246, 333. 

4. Statuts des latoniers, spilliers, ferblanquiers, 1591. Du Bourg, op. 
cit. {Mém. Soc. Arch. Midi, XIV, 78, 81, 82). 

5. Achats de produits métallurgiques dans ces pays, mentionnés dans 
des contrats de 1618, Arch. munie. Toulouse, AA 22, n° 96. — Délibér. 
de 1622, Du Rozoy, IV, 303. — Bardon, pp. 163 et sq. 

6. A. Piiech, op. cit. {Mém. Acad. Gard, 1885, p. 178). 

7. Rivoire, Statist. du Gard, 1842, in-4'', t. Il, pp. 9 à 10. — Fagniez, 
Economie sociale de la France sous Jlenri TV, 1897, in-8", p. 2,52. 

8. O. de Serres, Théâtre d'Agric, liv. V, chap. xv. 

9. B. de LafFemas, Lettres et exemples de la feue Royne {Arch. Cur. 



LA CRISE DE l'iNDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 177 

moyen âge, Nimes et Montpellier avaient fait le commerce 
des soies d'Espagne et d'Italie ou du Levant, sans les tra- 
vailler *. Mais, depuis le xvi« siècle, la fabrication des soie- 
ries n'est plus l'apanage exclusif de Tours et de Lyon. En 
1543, le capitoul marchand Pierre de Lancefoc et le Luc- 
quois Salvini ont créé à Toulouse la première manufacture 
de draps de soie 2. Si la fabrication des soieries de luxe, 
velours, satins, damas y a peu réussi, du moins la ruban- 
nerie et la passementerie sont-elles parvenues à se main- 
tenir obscurément dans la première moitié du xvii" siècle ^. 
Nimes, plus heureuse, après avoir eu, vers 1557, sa manu- 
facture de tissus riches créée par Bonfa et Dupont *, a trouvé 
dans la fabrication des taffetas, des burats de soie, et surtout 
des passements et des rubans de soie inférieure appelés 
padoues, sa véritable spécialité. La passementerie ne cesse 
d'y progresser depuis 1640 et de s'y développer au détriment 
de l'industrie des lainages ^ 

Dans le Velay, Saint-Didier se livrait à la fabrication des 
passements et des rubans, comme sa voisine du Forez, 
Saint-Etienne''. A Montpellier, enfin, naissait, vers 1593, 
uue industrie dont la renommée devient égale à celle de 
Paris, de Lyon et de Tours. C'est la fabrication des velours, 

de l'hist. de France, IX, 11 1). — Id., Régi, général, coll. Leber, XIX. — 
Davity, II, 595, 596. 

1. Achat de soie à Nimes en 1845 : N. Rondot, L'Industrie de la soie, 
p. 11. Droits sur la soie d'Espagne à Montpellier (xiii" siècle), A. Ger- 
main, llist. du commerce de Mo7itpellier, 18(31, in-H", t. I, pp. 29; II, 18. 
— Mention de tissus de soie, Inventaire des biens de l'abbaye de Saint- 
Sernin de Toulouse, 1246, )>. p. G. Douais {Mém. Soc. Arch. Midi, 
XIV, 22). 

2. Du Bourg, op. cit. {Mém. Soc. Arch. Midi, XIII, 261-262). 

3. Ibid., p. 262 (les maîtres rubaniers-passementiers remplacent les 
veloutiers). 

4. A. Puech, Une ville au temps jadis (Mém. Acad. du Gard, 1881, 
p. 331, et 1877, p. 79). — Rivoire, Statist. du Gard, II, 9. 

5. Etude très nourrie du D"- .A. Puech, op. cit. (Mém. Acad. du Gard, 
1885, pp. 195, 197; 1887, pp. 116, 117, 120. Nimes a, en 1610, 101 maîtres 
passementiers, 3 fabricants de gazes, 15 de burattes, 1 tafetassier, 
16 mouliniers, 1 marchand de soie, rien que parmi les protestants. Il fau- 
drait ajouter un tiers en plus pour les catholiques. 

6. Lettres patentes de février 1631 pour les passementiers rubuniers 
de Saint-Didier, citées dans VÉtat des Jurandes de 1776 (Hérault. G. 2792). 



178 P- BOISSONNADE. 

satins, taffetas « et autres marchandises de soye autant belles 
et bonnes qu'il s'en puisse faire en Europe » ^ Le filage et le 
moulinage des soies avaient fait des progrès. On trouvait des 
mouliniers, quoique en nombre encore restreint, à Toulouse, 
et surtout à Nimes et à Montpellier 2, sans que les soies 
filées en Languedoc eussent encore atteint, même de loin, à 
la perfection des organsins de Bologne, de Lucques et de 
Messine. 

C'est surtout à la fabrication des lainages que se livraient 
depuis longtemps les artisans languedociens. Le voisinage 
de l'Espagne leur permettait de se procurer rapidement les 
laines fines de Gastille. La province elle-même leur four- 
nissait ses laines communes. Ils fabriquaient à peu près 
toutes les variétés de draperies alors connues. 

Si Narbonne et Toulouse avaient perdu leur réputation à 
cet égard, Garcassonne avait conservé la sienne. Elle expor- 
tait au Levant des draps fins et demi-fins % partageant cette 
spécialité avec Conques et avec la manufacture du château 
de Saptes, fondée dès le début du xvi« siècle par des gentils- 
hommes originaires de Tuchan *. Elle avait le monopole, en 
Languedoc, de la production des draps façon d'Espagne, de 
Hollande et d'Angleterre''. Elle fiibriquait, concurremment 
avec Limoux et Saint-Chinian, des draps communs appelés 
seizains'''. Lévignac, Muret, la Terrasse, Carbonne, dans le 

1. B. de Laffemas, Eègl. général (1597) dans coll. Leber, XIX, 548. — 
La Gomberdière, Règl. général (1634), dans les Var. hist. et litt., p. p. 
Fovirnier, III. 113. 

2. Références citées ci-dessus. 

3. P. -A. Bouges, Hist. ecclés. de la ville de Carcasson?ie, 1741, in^", 
p. 283. — Davity, II, 574, 594, 595 et suiv. — Testament politique de 
Richelieu, 1749, section VI, chap. i, t. II, p. 85. — Enumération des 
statuts des cardours, pareurs, affineurs, tisseurs de Carcassonne (1336- 
1611), état des jurandes, 1776 (Hérault, G. 2791, 2801, 2799). 

4. Pébernard, Histoire de Conques-sur-Orbiel {Mém. Soc. Sciences et 
Arts de Carcassonne, 1899, IX, pp. 289, 292), travail trrs faible, mais 
renfermant quelques détails utiles. 

5. Statuts de la draperie de Garcassonne, 1666. Recueil des règl. gén. 
et partie, des manuf., in-4'>, 1740, t. I". Le drap façon d'Espagne, à la 
mode en Languedoc, coûte 23 livres l'aune en 1662 (Lettres de Racine 
datées d'Uzès, 1662; Œuvres de Racine, éd. Hachette, III, 240). 

6. Davity, 11, 596. — Trouvé, p. 608. — Tarif de la halle aux draps de 



LA CRISE DE L'INDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 179 

diocèse de Toulouse, se livraient aussi à cette fabrication 
particulière*. D'autres draps, plus ou moins grossiers, sor- 
taient des ateliers du Mas-Gabardès, de Montoulieu, de 
Montréal et de Saissac, dans le diocèse de Carcassonne ; de 
Bédarieux, dans le diocèse de Béziers; de Sorèze, de Revel 
et de Mazamet, dans celui de I.avaur; d'Anduze, dans le 
diocèse de Nimes; de Valentine, dans celui de Comminges^. 
Lodève et Glermont-l'Hérault produisaient des draps forts ^. 
Le Gévaudan avait ses serges de Monde et de Marvejols, et 
surtout ses cadis, étoffes rudes mais peu coûteuses, qu'on 
exportait en Italie, en Suisse, en Allemagne, de même que 
ceux du Velay *. Nimes, rivalisant d'activité avec Carcas- 
sonne, avait presque abandonné la fabrication des serges, 
pour laquelle elle éfait réputée au début du siècle ^ Elle 
fabriquait de la draperie plus soignée, burats mêlés de laine 
et de soie, razettes, trenets, cadis fins ; l'industrie des laina- 
ges y prospérait jusqu'en 1650'^. On faisait à Sommières des 
serges aussi renommées que celles d'Angleterre ^ Le diocèse 
d'Uzès tirait de cette même industrie spéciale de gros reve- 
nus; il exportait ses serges en Grande-Bretagne et en Hol- 



Toulouse, 10 décembre 159S1 {A7~ch. com. de Toulouse, AA. 29, n" 130). — 
Lettre de Roux à Colbert, 1669, p. p. P. Clément, t IV. 

1. Tarif de la halle de Toulouse, 1599. 

2. Ibid. — Inv. d'un marchand drapier de Lavaiir, 15f^6, publié par 
A. Vidal, Revue du Tarn, 1893, pp. 163, 164. — Davity, II, 578, 579. 

3. Statuts des marchands drapiers de Lodève, 1641 {Arch. Haute- 
Garonne, B. 625). — Statuts des tisserands de Clermont, 1663, Durand 
(abbé). Histoire de Clermont-Lodève, p. 174. 

4. Davity, II, 578 et 579. — Mém. des marchands drapiers de Lyon 
(1659), dans Forbonnais, Rech. et consid. sur les Fi7iances, 1756, in-12, 

II, 145. 

5. Laffemas, Régi, gén., coll. Liber, XIX, 535. — La Gomberdière, 
op. cit., dans Var. hist. et litt., III. 112, 122. 

C. Exposé très nourri dans A. Puech, op. laud. (Mém. Acad. de 
Rimes, 1877 à 1879), et surtout 1885, pp. 193, 194; 1887, pp. 112, 116, 117. 
En 1640, à Nimes, 68 cadissiers ptrotestaiits et 160 cardeurs: en 1650, 
150 cardeurs, 166 cadissiers, 23 teinturiers protestants, effectif six fois 
plus nombreux que celui de l'industrie des soieries. En 1660, réduction à 
un total de 65 cadissiers ou cardeurs. 

7. La Gomberdière, op. cit., dans Var. hist. et litt., d'Ed. Fournier, 

III, 120, et B. Laffemas, ci-dessus, loc. cit. 



180 P- BOISSONNADE. 

lande'. On vendait, dans les foires de la province, les esta- 
mets de Carcassonne et de Limoux, d'Alet et de Couiza, 
d'Espéraza et de Lagrasse, de Chalabre et de Quillan'. On 
ne mentionnait guère plus, au milieu du siècle, les frises de 
laine du Languedoc, qu'un auteur du début de cette période 
déclarait prétérables aux velours et aux pannes de soie*. 
Castres en fabriquait encore sous le nom de friso/iS^. Mais 
c'était surtout d'autres lainages plus ou moins grossiers, à 
savoir les cordillats ou cordelats^ de même que les ratines 
et les crépons, que l'on travaillait dans la région castraise '^ 
et dans le diocèse de Lavaur, les burels ou burats dans les 
Gévennes, les bayettes dans le diocèse d'Albi*"'. 

Si Montpellier n'avait pu retrouver l'ancienne prospérité 
de ses fabriques de lainages, elle conservait, du moins, le 
premier rang pour Vart de flassaderie, c'est-à-dire pour la 
fabrication des couvertures de laine de la grande et de la 
petite sorte, qui jouissaient d'une célébrité européenne". 
Toulouse, depuis le xvi^ siècle, avait essayé de rivaliser à 
cet égard avec Montpellier, mais au milieu du xvii« siècle 
ses couvertures étaient l'objet d'une dépréciation dont ses 
flessadiers se plaignaient amèrement^. 

On avait aussi appris à travailler les cotons du Levant, qui 
arrivaient déjà au moyen âge en Languedoc. Mais c'était 



1. Davity, II, 579. — Mém. de Fabre, députédn Languedoc au Conseil 
du Coiiuuerce, 1701, mss. Bibh Mun. Poitiers, n" 286, f" 726. 

2. Tarif de la halle aux draps de Toulouse, 1.559, précité. 

8. Advis au Roy, 1615 dans Arch. cnr. de Cimber et Danjou , 1440. 

4. 0. Granat, La draperie à Castres au xvii' siècle {Annales du 
Midi, 1898, pp. 452, 458). 

5. Ihid. 

6. Inventaire d'un marchand drapier de Lavaur, 1588, p. p. Vidal, 
précité. — Granat, ihid., pp. 452, 453. 

7. Germain, op. cit.. T, 19, 250; II, 55, 65, 518, etc. (pour l'ancienne 
draperie). — Lettres patentes de Henri IV (mai 1605) et de Louis XIII 
{juillet iOU] pour la flassaderie de Montpellier. Germain, II. 518, .525. 
— Davity. II, 596. — Inventaire de 1588, p. p. Vidal, lievue du Tarn, 
1898, p. 164. 

8. Statuts des flessadiers de Toulouse (1599): requête des mêmes 
(16mai 1647), analyse p. ]i. A. Du Hourg, Mém. Soc. Arch. Midi. Xlll, 
pp. 278, 279. 



LA CRISE DE L'INDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 181 

seulement vers 1593 * que Montpellier avait entrepris, à 
l'imitation de Lyon, la fabrication des étoffes de coton, 
à savoir les futaines blanches rayées ou mouchetées, à car- 
reaux, à gros ou à menus grains^. Elle en avait presque 
conservé le monopole dans la province. Nimes, seule, s'es- 
sayait timidement à l'imiter sur ce points 

Le Languedoc tirait les tapisseries de laine des ateliers 
de la Marche et de l'Auvergne ^ Il n'y avait, à Montpellier 
par exemple, que des fabriques de tapisseries sans impor- 
tance^. Mais les dentelles de fil et de soie dii Velay, passe- 
ments et guipures, occupaient à la ville et dans les villages 
une population si nombreuse qu'à peine pouvait-on, aux 
environs du Puy, trouver des domestiques pour le service 
de la bourgeoisie et des nobles". On les exportait en Pié- 
mont, en Allemagne, en Suisse, et surtout en Espagne et 
dans les Indes espagnoles. On en vendait, aux Espagnols 
seuls, pour une valeur de 600.000 livres par an ", 

Il fallait acheter à Rouen les toiles fines, s'approvision- 
ner de toiles communes en Poitou, en Auvergne, en Quercy, 
en Gascogne, en Périgord et en Saintonge ^ ou même en 
Auvergne ^ La ccmabasserie^ ou fabrication de toiles de 
chanvre, n'avait qu'une importance locale, en dehors de 
l'Albigeois, dont les produits se vendaient sur les marchés 
de la province^". On avait tenté à Montpellier, à la fin du 

1. B. de Laffemas, Règl. gén., coll. Leber, XIX, 543. 

2. Lettres pat. et statuts des futainiers de Montpellier , sept. 16M0 
(Hérault, 0. 2626). — Germain, op. cit., II, 509, 517. — Davity, II, 596. 

3. Paoch, op. laud. {Mém. Acad. du Gard, 1887, pp. 116, 117). 

4. Puech, ibid., 1887 (inventaires de meubles à Niraes). 

5. Mention dans les lettres patentes de Louis XIII en faveur de la dra- 
perie de Montpellier (juillet 1611). — Germain, op. cit., 525. 

6. Rapports d'Aymard et de Ghassaing [Mém. Soc. d'Agric. du Puy, 
XXIX, 2U6, 217; XXI, 91 ; XXVIII, 515; XXVII, 236, 242). — Arrêt du 
Parlement de Toulouse (1610) prohibant les passements, cité par Arnaud,' 
Hist. du Velay, t. I. 

7. Mém. des marchands de Lyon (1659), p. p. Forbonnais, op. cit., 
t. II, 145. — Rapport de Froidour (1668) analysé par Roschach, Histoire 
de Languedoc, XIII, 485. 

8. Tarif de la halle de Toulouse, 1559, précité. 

9. Rapport de Froidour, 1668, précité, p. 487. 
10. Tarif des halles de Toulouse (1559), précité. 



182 P. BOISSONNADE. 

xvi* siècle, mais sans beaucoup de succès, semble-t-ii, le 
tissage du linge de table avec des filés de Bourgogne, et celui 
des toiles de coton, ou coto7imesK 

La bonneterie suivait les vieilles méthodes. On taillait les 
bas de chausses pour hommes ou pour femmes dans les 
lainages appelés cordelats, trenets et autres draps 2. On se 
servait aussi de bas au tricot et à l'aiguille en laine du pays. 
Les bonnetiers formaient des corporations dahs les princi- 
pales villes, telles que Toulouse 3. Au début du siècle, 
on estimait spécialement les bonnets et bonnettes rouges du 
Narbonnais, ainsi que la bonneterie de Roquecourbe *. Mais 
les classes riches ou aisées achetaient les bas d'estame ou de 
laine fine en Angleterre, les bas de soie en Italie, à Luc- 
ques ou à Gênes ^. En dépit d'une légende, accréditée à la lin 
du xvni» siècle et reproduite jusqu'à nos jours, Nimes ne 
tabriqua le bas au métier, d'une manière continue, qu'après 
1680. Un essai, tenté en 1656, à l'époque même où Hindret 
installait la célèbre manufacture du château de Madrid, 
n'avait eu en Languedoc aucune suite". La chapellerie de 
laine formait une industrie spéciale des plus actives en un 
assez grand nombre de villes, notamment à Montpellier, à 
Toulouse, au Puy, à Albi, à Alais. Mais elle ne donnait 
encore que des produits grossiers, qu'on exportait, il est vrai, 
parfois jusqu'en Dauphiné et Piémont^, et qui étaient beau- 

1. statuts des tisserands de toile de Montpellier, 14 sept. 1582. — Ger- 
main, op. cit., II, 500, 50B. 

2. Invent, d'un marchand de Lavaur (158B), p. p. Vidal, Revue du 
Tarn, 1898, p. 164. 

3. Sur la tfonneterie au Puy, Aymard, Mém. Soc. d'Agric. du Puy, 
XXVII, 396, 400, 402. — A Toulouse, Du Bourg, op. cit. {Mém. Soc. 
Arch. Midi, XIII, 272, 273). 

4. Délibér. des bonnetiers de Toulouse (1605) analysée par Du Bourg, 
op. cit., p. 273. 

5. A. Puech, op. laud. (Mém. Acad. Gard, 1877, pp. 127-128). 

6. A. Puech, dans son excellent travail, a prouvé l'inanité de la légende 
née à Nimes à la fin du xviii» siècle {Mém. Acad. Gard, 1885, p. 212; 
1887, p. 129). — M. G. Martin, La grande industrie sous le règne de 
Louis XIV, p. 56, a recueilli la légende détruite par Puech. 

7. Statuts des chapeliers de Montpellier, 1581-1658: mention dans un 
rapport de 1748 (Kérault, G. 2799). — Règlement du 25 août 1598 pour 
les chapeliers du Puy, p. p. G. Martin {Mém. Soc. scient. Haute- 



LA CRISE DE L'INDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 183 

coup moins estimés que ceux de la Normandie. Dans l'en- 
semble la fabrication des tissus de toute espèce formait le 
principal objet du commerce des Languedociens. 

Fort inférieure à l'Auvergne, au Limousin, à l'Angoumois, 
à la Normandie pour la production du papier, la province 
possédait à peine quelques fabriques de cartons pour apprê- 
ter les draps à Saint-Denis et à Villalier-sur-Orbiel, dans le 
diocèse de Garcassonne '. Deux Auvergnats d'Ambert, les 
frères Johannot, venaient de fonder, en 1634, les moulins à 
papier d'Annonay-. Ces moulins, et d'autres encore sans 
doute, avaient si peu d'activité qu'à la fin du xvii« siècle, 
l'intendant Basville ne devait même pas mentionner l'indus- 
trie papetière dans le tableau qu'il traça. En revanche, les 
deux villes savantes de Toulouse et de Montpellier possé- 
daient des imprimeries et des librairies fort actives ^ 

Mais c'étaient surtout les fabriques de produits chimi- 
ques et pharmaceutiques qui formaient le troisième groupe 
notable de l'industrie du Languedoc. En premier lieu ve- 
naient les teintureries de soie et de laines. Elles trou- 
vaient en abondance, dans le pays même, les drogues tinc- 
toriales les plus estimées : le pastel, le safran, la gaude, le 
kermès ou garance, les racines de noyer et le nerprun, le 
fustet et le rodoul*, toutes les substances dont on se servait, 
soit pour les teintures soignées, soit pour les teintures à bon 
marché. A Montpellier, à Nimes et à Garcassonne, les tein- 
turiers formaient une portion considérée de la population 
industrielle^. G'est seulement à la fin du xvii» siècle qu'on a 

Loire, 1896, VII, 172, 176). — Statuts des chapeliers d'Albi, 24 septem- 
bre 1624, mention dans une enquête de 1772 (Hérault, C. 2783). — PoiiY 
les chapeliers de Toulouse, Du Bourg, op. cit., XIII, 276. — Ceux d'Alais, 
Bardon, op. cit. (Mém. Acad. du Gard, 1897, pp. 162, 163). 

1. Mention en 1620; Trouvé, op. cit., p. 633. 

2. Filhol, Hist. civ. et relig, d'A7i?ionay, IV (appendice). 

3. Desbarreaux-Bernard, L'impritnerie à Toulouse (xv» xviii« siècle), 
1879, in-8°. — Id. L'Imprimerie en Languedoc , 1860, in-8", 430 p. — 
Lettres pat. de sept. 1620 pour les imprimeurs-libraires de Toulouse; du 
12 septembre 166.5 pour ceux de Montpellier (Hérault, C. 2803). 

4. Davity, II, 594. — Germain, I, 32. — Ménard, op. cit., VII, 521. 

5. Germain, I, 19, 25. — Roschach, Histoire de Languedoc, XIII, 233 
(pour Montpellier). — A. Puech, op. laud. [Mém. Acad. Gard, 1885, 



184 P- BOISSONNADE. 

des détails précis sur les fabriques de tournesol de Gallar- 
gues, et de cristal de tartre d'Aniane \ Mais, dès le xvi^ siè- 
cle, l'huile de laurier du Languedoc, à côté du pastel de 
Toulouse, s'exporte en Angleterre 2. Montpellier depuis le 
moyen âge', Ninies depuis 1550 fabriquaient le vert-de-gris 
ou verdet dont on se servait dans les teintureries de toute 
l'Europe *. 

La parfumerie de Montpellier avait un renom sans égal. 
Elle utilisait les fleurs et les herbes odoriférantes des Cé- 
vennes, mêlées d'autres substances. Elle fournissait le monde 
élégant, en France et à l'étranger, de poudres de senteur, 
de sachets et de gants parfumés, de fards, d'eaux de la 
reine de Hongrie et de Cette, d'eaux de thym et autres par- 
fums ^. La distillerie de vin était encore fort peu avancée 
et la fabrication des eaux-de-vie naissait à peine ^. Mais 
Montpellier expédiait partout ses liqueurs, ses sirops de 
grenade, ses eaux d'orange, de genièvre et de mille-fleurs, ses 
ratafias, ses contitures, ses marmelades de coings ou coii- 
gnacs, ses compositions de coriandre, d'anis, de fenouil, 
d'écorce de citron '. C'est encore à Montpellier, depuis long- 
temps, et à Nimes, depuis le xvi" siècle, que l'on se fournis- 
sait des produits pharmaceutiques les plus réputés : alker- 
mès, thériaque, mithridate, hyacinthe, onguents^, et même 

j). 174) (pour Nimes). — Statuts de 1666 pour la draperie de Carcassonne, 
déjà cités. 

1. Mém. de l'intendant Basville, 1698. 

2. Tarif des douanes anglaises, 1562, p. p. Pigeonneau, Histoire du 
commerce de la France, t. II (appendice). 

3. Même tarif. — Débat des hérauts d'armes de France et d'Angle- 
terre, 1458, p. p. Pannier et Meyer, in-S" p. 45. — Sincerus, p. 204. — 
Davity, II, 594, 596. 

4. Poldo d'Abenas, 1550, cité par Ménard, VII, 516. 

5. Voyage de Chapelle et Bachaumont, 1656, in-8°, édit. de 1826. 
p. 34. — Davity, II, 595-596. — A. Puech, Les apothicaires de Nimes 
[Mém. Acad. Gard, 1879, pp. 86, 294). — Arrêt du Conseil du 2H octo- 
bre 1703 (Hérault, C. 2682). 

6. A. Puecli, Nîmes au xyii» siècle (Mém. Acad. Gard, 1885, p. 206). 

7. Mêmes sources qu'à la note précédente. En plus, Legrand d'Aussy, 
Hist. de la vie des Français, 1815, in-8°, III, 93, 94, 96, 97. 

8. Pianchon, La pharmacie à Montpellier, 1861, p. 10. — J. Sinceru.s, 
op. cit., pp. 192, 202. — Statuts des apothicaires de Montpellier^ 
4 août 1631, 4 avril 1674 (Hérault, C. 2796). 



LA CRISE DE l'iNDDSTKIE LANGUEDOCIENNE. 185 

des simples, tels que le fclmrbith, qu'on y demandait jusque 
du fond de la Breta^ne^ 

De Turquie et d'Espagne s'introduisait en Languedoc la 
fabrication ou la conservation des glaces. Peu avant 1660, 
deux entrepreneurs, Antoine Lefebvre et Gaspard Rome, 
attachés à la domesticité royale, recevaient le monopole des 
glacières et de la vente de la glace dans toute la province 2. 

Voisin de la Provence, où il s'approvisionnait, le Langue- 
doc n'avait que quelques savonneries^. Mais les raffineries, 
dans lesquelles Montpellier blanchissait les cires jaunes, 
étaient aussi célèbres que ses ofticines et que ses parfume- 
ries *. 

Si l'on ajoute quelques grandes minoteries, quelques 
spécialités du travail du bois et des peaux, on aura le 
résumé à peu près complet de l'activité industrielle en 
Languedoc. La petite meunerie dominait presque partout, 
mais quelques grands établissements, tels que les moulins 
du Bazacle à Toulouse, avec leurs quinze meules, étaient 
les précurseurs de la grande minoterie à l'anglaise qui devait 
apparaître dans la seconde moitié du xvme siècle ^ Partout 
on travaillait le bois, mais surtout à Toulouse, qui avait ses 
tourneurs^, à Montpellier, à Nimes ^ et dans la région 
cévenole, où les tonneliers et les barraliers fabriquaient, 
avec le bois de châtaignier, les cercles de barriques et les 
vaisseaux vinaires de toute espèce ^. Sauve, près d'Alais, 

1. A. Puecli, Les apoth. de Nîmes {Mém. Acad. du Gard, 1879 
p. 24). 

2. Lettres patentes, 31 octobi-e 1659 (Hérault, G. 2767). — Legrand 
d'Aussy, III, 1U8, 112, 326, 33U. 

3. Davity, II, 594. 

4. J. Sincerus, 204. — Davity, LI. 595, 596. — Coulon, p. .559. 

5. J. Sincerus, pp. 189, 190. 

6. Statuts des tonneliers de Toulouse (juin 15-54), cités dans un état 
de 1762 (Hérault, G. 2795). — Cf. Du Bourg, op. cit. (Mém. Soc. Arch. 
Midi, XIV). 

7. Statuts des tonneliers-broquiers-barraliers de Montpellier, 1G03-1610 
(Arch. dép. Hérault, G. 2684). — Cruveliers (fabricants de cribles) et 
chaisiers à Nimes, Puech, op. cit., 1885, p. 178. 

8. Sur la fabrication des vaisseaux vinaires dans les Gévennes, Bondu- 
rand. Les Coutumes de Lunel (Mém. Acad. Gard, 1885, pp. 73, 74). 

A.NNALES DU MIDI. — XXI. 13 



186 P. BOISSONN\DE. 

vendait, dans toute la région du Bas-Rliône et dans la pro- 
vince, ses fourches d'alisier*. A Carcassonne se débitaient, 
pour se répandre partout, 'les peignes et menus objets de 
tabletterie en bois fabriqués dans les hautes vallées de 
l'Aude ^ 

A peu près partout, sur le bord des rivières, on se 
livrait au travail des peaux. Le Velay avait jusqu'à quatre- 
vingts tanneries pour les cuirs forts ^. On travaillait aussi 
les cuirs de Barbarie ou du Levant, les cuirs de mouton, 
d'agneau, de veau ou de chèvre. Le Bas-Vivarais, le Bas- 
Languedoc, l'Albigeois, le Toulousain, les diocèses d'Alet et 
de Carcassonne avaient un nombre considérable de ces ate- 
liers *. Toulouse fabriquait les cuirs vernis à la façon de 
Hongrie, ainsi que les maroquins^. Ses pergaminiers et ses 
blanchiers préparaient le parchemin pour les corps savants 
et ofticiels ou assouplissaient les cuirs nécessaires à la selle- 
rie et à la cordonnerie^. Montpellier, Gauges, Béziers, Béda- 
rieux, le Puy participaient au même travail et utilisaient de 
diverses façons les peaux préparées ^ 



IL 

La vitalité industrielle du Languedoc s'était donc affirmée 
bien avant le ministère de Golbert. Mais elle avait été expo- 
sée, depuis 1630, à des atteintes dangereuses. Les vices de 
l'organisation de l'industrie y apparaissaient, comme ailleurs, 

1. Astruc, op. cit., p. 331. 

2. .T. Sincerus, p. 192. 

3. Rapport de Froidour à Colbert (IGOB), analysé par Roschach, Hist. 
de Languedoc, XIII, 484. 

4. Du Bourg, op. cit. (pour Toulouse) {Mém. Soc. Arch. Midi, XIII, 
pp. 279-284). — Germain, op. cit., l, 35 (pour Montpellier), 25; statuts des 
tanneurs de Montpellier, 1603; de Pézenas, 1656; de Linioux, I6U2; 
d'Alais, 1645; de Béziers, 1626, etc. I]tats de 1745, 1762, 1776 (Hérault, 
(J. 2789, 2665, 2662, 2790). — A. Puech, op. cit. (pour-Nimes) (Mém. Acad. 
Gard, 1885, (ip. 175, 179). — Ayniard, L'ancienne route du Forez et les 
fouilles du Puy, XXVII, 396," 402; XXV III (1668), p. 653. 

5. Du Bourg, op. cit., XI 11, 281. 

6. Ibid., 279, 287.' 

7. Sources citées ci-dessus. 



LA CRISE DE L'INDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 187 

avec plus de netteté au milieu de la crise économique déchaî- 
née par la guerre de Trente ans. Les hommes d'Etat qui 
avaient recherché, comme le ministre de Louis XIV, les 
causes de notre infériorité à l'égard des deux grands États 
industriels, TAngleterre et la Hollande, avaient pu constater 
la langueur de la production française, le déclin du com- 
merce, la ruine d'un certain nombre d'industries, et l'échec 
des tentatives faites dans le passé par l'Etat pour organiser, 
discipliner et stimuler les industriels. Ils avaient pu méditer 
sur les tristes résultats qu'avait eus pour nos fabriques un 
tiers de siècle de guerres étrangères compliquées de guerre 
civile. 

Sans doute, Golbert était moins frappé que ne le furent les 
administrateurs de la lin du xviiie siècle, les ïrudaine et 
les Turgot, de l'état d'infériorité de notre organisation 
industrielle. En Languedoc, par exemple, bien que certaines 
industries, celles des textiles notamment, fussent parvenues 
à une certaine spécialisation ou division du travail', la plu- 
part ne possédaient encore que des capitaux, qu'un person- 
nel, que des moyens de production rudimentaires. L'indus- 
trie minière en particulier, sur laquelle Golbert devait porter 
son attention, était organisée de telle sorte qu'une exploita- 
tion intensive y était impossible. Paysans et syndicats de 
fermiers des grands propriétaires du sol se contentaient 
d'exploiter, parfois avec le concours d'un ouvrier spécial, le 
mineur, les puits et les baumes ou caves peu profondes d'où 
l'on retirait la houille et les minerais de fer, de plomb ou de 
cuivre^. Les forges et les fonderies utilisant soit l'eau des 
torrents, soit le charbon de bois, livraient au commerce, avec 
lenteur, des métaux travaillés d'après des procédés primitifs 
et mal débarrassés de leurs impuretés. Un maître forgier, 

1. Par exemple à Carcassonne, à Castres, à Nimes. Voir en particulier 
le travail d'O. Granat sur La draperie à Castres {Annales du Midi, 1898, 
pp. im, 451), et celui de Puech pour Nimes [Mém. Acad. Gard, 1885, 
p. 175). 

2. E. Jolibois, Les mines de Carmaux {Revue du Tarn, 1893, pp. 80, 
81). — Bardon, Le bassin houiller d'Alais sous l'ancien régime [Mém. 
Acad. Gard, 1897, pp. 174, 176), d'après les actes notariés du xvi« siècle. 



188 P. BOISSONNADE. 

assisté d'un maître de feu pour diriger le soufflet et d'un 
maître de mal pour manier le marteau, y constituait tout 
le personnel, avec quelques ouvriers subalternes ^ 

Les autres industries présentaient à peu près toutes le 
caractère d'industries familiales ou domestiques pratiquées 
à domicile, telles que le tissage, le lilage, le foulage des 
étoffes, la bonneterie au tricot et la fabrication des dentelles, 
la parfumerie, la préparation des produits chimiques et 
pharmaceutiques. Point de vastes usines, point de grandes 
manufactures. Presque partout, des ateliers disséminés dans 
les hameaux, les villages, les faubourgs des villes. Les prin- 
cipaux centres industriels, tels que Nimes et Carcassonne, 
avec leurs 9 ou 10.000 habitants, seraient aujourd'hui classés 
parmi les petites villes 2. 

Les capitaux mis en œuvre sont limités. Rarement, les 
marchands-facturiers, qui font travailler le tisserand, le tein- 
turier et le foulon, se hasardent à de grosses commandes'. 
Pour exploiter les mines, par exemple, le paysan ou le fer- 
mier n'ont, en général, que leurs bras ou, s'ils s'associent un 
mineur, c'est en partageant par moitié le bénéfice du travail. 
Même système dans l'exploitation des forges *. Le salaire se 
paie souvent en nature, par voie d'échange de produits, ou 
partie en argent, partie en produits naturels*. Aussi, la pro- 
duction est-elle peu intense. Le bassin houillerde Carmaux, 
où il existe alors près de deux cents puits, arrive à peine à 
produire 20.000 quintaux de houille par an ^. Les mines du 
comté d'Alais sont louées au prix de 200 livres; celles du 
marquisat de Portes rapportent seulement 165 livres de fer- 
mage par an au seigneur'. C'est l'indice d'une exploitation 



1. Bardon, ibid.. pj). 17:.^ 173 (même période). 

2. Puech, Les apoth. de Nimes (Mém. Acad. du Gard, 1879, p. 284). 

3. Granat, La draperie à Castres {Annales du Midi, 1898, pp. 448, 
451). 

4. Bardon, op. cit. (Mém. Acad. Gard, 1897, pp. 147, 150, 171, 173, 176). 

5. Bardon, op. cit., pp. 150, 169, 172, 173 et suiv. 

6. Jolibois, op. cit. (Revue du Tarti, 1893, pp. 80, 81). 

7. Bardon, op. cit. (Mém. .Acad. Gard, 1897, pp. 141 à 176); nombreux 
exemples pour cette période tirés des actes notariés. 



l.k CRISE DE l/iNDDSTRIE LANGUEDOCIENNE. 189 

peu productive. Les meilleures forges produisent quelques 
milliers de quintaux de fer tous les ans^ De même, ce n'est 
que par l'effort isolé des milliers d'ateliers disséminés dans 
la i)rovince que la production des industries textiles arrive 
à un total considérable -. 

L'opinion attribuait plutôt, avec Culbert lui-même, le 
déclin momentané de notre industrie à l'insuffisance de la 
police corporative. Vainement, la royauté avait-elle, cru 
devoir, dans Tintérêt du public aussi bien que pour l'avan- 
tage du Trésor, astreindre les industriels à se grouper en cor- 
porations jurées, par les édits de 1581 et de 1597. Bon nom- 
bre de métiers, en Languedoc, avaient échappé à cette règle. 
Le régime corporatif y était à peu près inconnu dans les 
campagnes et restreint à quelques professions de première 
nécessité dans les petites villes 3. Les centres urbains im- 
portants avaient seuls une quantité plus ou moins considé- 
rable de corporations. A Toulouse, où l'on en comptait le 
plus grand nombre, les deux tiers des associations jurées 
étaient formées avant la fin du xvi« siècle ; il s'en était orga- 
nisé huit, d'après certains calculs*, vingt-cinq d'après d'au- 
tres, entre 1589 et 1661 ^ A Montpellier, où il y avait dix 
corporations antérieures au xvii" siècle, le reste (25 dissocia- 
tions) datait ses statuts de la première ou de la deuxième 
moitié de cette période '^. Au Puy, sur dix-sept corporations, 
six (plus du tiers) avaient obtenu ou fait renouveler leurs 
statuts entre 1590 et 1660'. A Garcassonne, sept corpora- 
tions sur dix-neuf*, à Béziers, neuf sur vingt et une^, à Péze- 



1. Bardon, ibid., pp. 147 à 150. 

2. On n'a à cet égard aucun chiffre, soit d'ensemble, soit de détail, mais 
de simples appréciations plus ou moins vagues en général. 

3. Etats des jurandes dressés en 1776 (Hérault, C. 2789 à 2796). 

4. Calculé d'après l'état dressé en 1776 (Hérault, C. 2795). 

5. Calculé d'après le travail d'A. Du Bourg, Mém..Soc. Arch. Midi, 
t. XIII et XIV (il ne distingue pas assez les corporations jurées et les 
métiers libres). 

6. D'après l'état de 1776 (Hérault, C. 2798). 

7. D'après l'état de 1776 (Hérault, C. 3791). 

8. Etat de 1776 (Hérault. C. 2790). 

9. Ihid. 



190 p. BOISSONNADE. 

nas, dix sur dix-neuf faisaient remonter à ce même demi- 
siècle l'octroi de leurs règlements constitutifs. 

Ainsi, les villes importantes avaient seules obéi aux édits 
qui favorisaient d'ailleurs le goût du monopole, inné aux 
classes industrielles. Mais l'industrie n'y avait rien gagné. 
Sans doute, les statuts corporatifs semblaient garantir par 
leurs règles sévères la capacité des maîtres et des ou- 
vriers, la loyauté et la bonté des produits fabriqués. Ils 
avaient déterminé les conditions de la fabrication, assu- 
jetti les compagnons et les patrons à un apprentissage 
sérieux. Ils avaient subordonné l'accès des professions aux 
examens du chef-d'œuvre. Ils obligeaient l'ouvrier et le 
fabricant à un système rigoureux de ^nargues de fabrique, 
garantie de leur responsabilité. Ils établissaient sur eux la 
surveillance des baijles ou jurés. Ils les astreignaient aux 
visites. Ils les soumettaient aux marques de contrôle dans 
les bureaux de la bouille établis dans chaque ville et pour 
chaque corporation 2. Précautions inutiles! Les suggestions 
de l'égoïsme individuel ou de l'esprit de corps avaient rendu 
illusoire la prévoyance du législateur. Les prescriptions des 
statuts n'étaient appliquées que d'une manière partiale et 
rans aucune régularité. Tantôt on les laissait sommeiller. 
Tantôt on les appliquait brusquement avec une rigueur im- 
politi({ue qui ajoutait une nouvelle cause de malaise à celles 
qui travaillaient déjà l'industrie "^ Les maîtres, jaloux de leur 
monopole, rendaient presque inaccessible l'accès de la maî- 
trise, écartaient les étrangers et les ouvriers pauvres et 
s'endormaient dans le bien-être de la routine'*. Les métiers 

1. Etat de ]77(1 (Hérault, 0. 2781)). 

2. Voir ranalyee des statuts des corporations de Toulouse donnée par 
A. Du Bourg, Mém. Soc. Arch. Midi, XIJJ et XTV; celle des statuts de 
la draperie de Castres avant Colbert, donnée par Granat, Anudles du 
Midi, 1898, pp. 455-459; les statuts des corporations de Montpellier, 
p. p. Germain, op. cit., tome II (appendice). 

.'}. Granat, lac. cit.. Procès-verbaux des Etats- de Langtiedoc , 
iO )}ovemhr(' 1645, analysés par Roschach (///sf. Lang., XIII, ir)r>-167). 

\. Rapport de Froidour {1668) sur les corporations du Pu;/, analysé 
par HoschachjjXIII, 485. — F. Dumas, Les corporations de Toulouse 
aux XVII" et xviii' siècle.s {A?ïtîales du Midi, 1900, pp. 475, 494). 



LA CRISE DE L'INDUSTKIE LANGUEDOCIENNE. 191 

étaient continuellement aux prises les uns avec les autres. 
Les compagnons essayaieni vainement de lutter, par les grè- 
ves, contre l'exploitation dont ils étaient l'objet de la part 
des patrons '. 

L'artisan, misérable et ignorant, livré à l'arbitraire des 
riches marchands facturiers, négligeait la qualité des pro- 
duits fabriqués. IJ « intidélité des teinturiers » a ruiné 
ainsi la réputation et le commerce des draps de France 
au Levante On se plaint périodiquement de ce que mar- 
chands et ouvriers sophistiquent « leurs ouvraiges et mar- 
chandises », laines, lainages, soieries, cuirs, teintures et 
autres articles, sans cesser, d'ailleurs, « de les enchérir à 
hault prix » ^. On en vient ainsi à croire qu'il n'y a d'autre 
remède que l'intervention officielle, et qu'elle seule est capa- 
ble de moraliser, de discipliner et de relever l'industrie. 

Depuis longtemps, il est vrai, on a fait l'essai de la police 
industrielle exercée par l'autorité locale, par les municipali 
tés ou par les seigneurs justiciers. Les seigneurs, propriétai. 
res éminents des mines, eaux et forêts, concèdent la permis- 
sion d'ouvrir les exploitations, d'établir les martinets et les 
forges ', possèdent le droit de concéder des statuts, d'édicter 
des règlements industriels pour les diverses variétés de 
fabrications, de régler les poids et mesures, de déterminer 
les conditions de vente dans leurs halles et marchés, de sou- 
mettre enfin le commerce et l'industrie au contrôle ou à l'ins- 
pection de leurs officiers visiteurs^. Mais, de bonne heure. 



L Graiiat, op. cit. {Amiales du Midi, 1(S99, pp. 65, 66) (guève de 1644 à 
Castres). — F. Dumas, op. cit., pp. 475 et siiiv. 

2. Requête des marchands facturiers aux États du Languedoc, 
10 novembre 1643, analysée par Roschach, Hist. La>ig.. XIII, 16t). — 
J. Savary, Le parfait négociant {1677), édit. in-4", 1. I, p. 722. — Gra- 
nat, op. cit. {A7i?iales du Midi, 1898, pp. 4.54. 457; 1899, p. 62). 

3. Doléances du tiers-état du diocèse de Narbonne (1573), publiées 
par G. Douais (Mém. Acad. des Se. de Toulouse, 1891, p. 349). — 
Requête des ynarchands facturiers aux Etats, 1643, précitée. 

4. Bardon. op. cit. (Mém. Acad. Gard, 1897, pp. 141 et suiv.). 

5. Exemple à Clerinont-Lodève; Duraml, Hist. de Clermont-Lodève ^ 
in-S", pp. 143, 145. 146, 147. Je dois communication de cet ouvrage à mon 
excellent collègue de Clermont, M. Foujols. 



192 P. BOISSONNADE. 

la police économique exercée par l'autorité seigneuriale a 
dégénéré en exploitation purement fiscale. 

Les municipalités du Languedoc, plus ou moins auto- 
nomes, ont exercé avec plus de soin les prérogatives qu'elles 
possédaient à l'égard de l'industrie. Les consulats concèdent 
des statuts corporatifs, déterminent par leurs règlements la 
fabrication et le commerce des objets fabriqués, règlent avec 
soin 1 apprentissage et l'exercice des métiers, soumettent 
les industriels à l'obligation des visites et des marques*. 
Leurs chefs, comme les consuls à Castres, les capitouls à 
Toulouse, détiennent, en général, l'exercice de la juridic- 
tion sur le commerce et l'industrie 2. Leurs agents, gref- 
fiers, inspecteurs ou visiteurs,, marqueurs ou bouilleurs,, 
surveillent de toutes façons la population industrielle. Mais 
les consulats luttent en vain contre les subtilités de la 
fraude, contre l'ingéniosité tenace des métiers, contre la 
négligence ou la corruption de leurs propres officiers'. 

Les corps municipaux s'étaient montrés de même impuis- 
sants, sinon à susciter, du moins à soutenir d'une manière 
durable, au moyen de subventions pécuniaires et d'exemp- 
tions fiscales, les nouvelles manufactures. Ils n'avaient pu 
réussir'à faire vivre longtemps à Nimes la fabrique de soie- 
ries de Bonfa^, à Toulouse celle de Lancefoc ^ D'autres 
entreprises dans cette dernière ville, telles que les manufac- 
tures privilégiées de draps organisées en 1555 et en 1616", et 

1. O. Granat, op. cit. [Armales du Midi, 1898, pp. 445 et sq.). — 
A. Du Bourg, Les corporatiotis de Toulouse (Mém. Soc. Arch. Midi, 
t. XIII, 155etsq., et XIV). 

2. Granat, ibid. — Arrêt du Parlement de Toulouse (4 mars 1602) con- 
firmant la juridiction industrielle des capitouls {Arch. com. Toidotise, 
A A. 21, n" 115). — A. Du Bourg, op. cit., XIII, 185 et suiv. 

8. O. Granat, A. Du Bourg, abbé Durand, loc. cit. 

4. Références citées ci -dessus. 

5. A. Du Bourg, op. cit. {Mém. Soc. Arch. du Midi, XIII, 261-262). 

6. Lettres patetites de juillet 1,555 pour la rnanufacture de draps 
de Toulouse (subventionnée par les marchands) (Arch. com. Tou- 
louse, AA. 17. n°' 200, 201). (Jontrat du 17 novembre 1616; arrêt du Par- 
lement du 12 décembre 1616 en faveur de la numufacture de draps de Trou- 
flan, à Toulouse {Arch. com. Toulouse, A A, n"" 353. 354). — Contrat du 
23 juin 1617 {ibid., AA. 16, n» 358) (la ville lui fournit le local, l'hôpital 
de la Grave). — Cf. Du Rozoy, An?iales, IV, 223, 240. 



LA CRISE DE L'INDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 193 

la fabrique c-'armes d'Hélie Bachelier, n'avaient pas eu un 
meilleur sort*. 

L'État lui-même, depuis de longues années, mais surtout à 
partir du xvi« siècle, avait tenté, mais en vain, d'assumer la 
direction et la réglementation de l'industrie languedocienne- 
Les ministres des derniers Valois et des premiers Bour- 
bons avaient été, à cet égard, les précurseurs de Colbert. Ils 
avaient essayé de stimuler les entreprises industrielles, soit 
en concédant des privilèges à des corps de métiers, tels que 
ceux des verriers de la province, soit en octroyant le titre de 
manufacture royale, avec certains monopoles ou avantages 
à des établissements particuliers, comme ceux de Bonfa, de 
Lancefoc, de Bachelier et de Trouflan^. En vertu de diverses 
ordonnances, celles de 1512, de 1560. de 1571, de 1577, de 
1601, de 1629, on avait prétendu déterminer la largeur des 
draps, serges et estamets du Languedoc, astreindre les fabri- 
cants à l'emploi de bonnes matières, interdire dans les 
apprêts l'usage des presses à fer chautfées. qui dissimulaient 
les défauts de l'étoffe, prohiber dans les teintures l'usage du 
bois d'Inde employé au lieu du pastel^. Sous le règne 
d' Henri IV, l'administration royale avait pré])aré des règle- 
ments pour la draperie, la soierie, la bonneterie, la teintu' 
rerie^. A plusieurs reprises, elle avait tenté de réglementer 
l'exploitation des mines* et la métallurgie*^. Elle tendait à 
intervenir dans l'octroi des statuts corporatifs de façon à se 



1. Contrat du 17 novembre 1616 et arrêt du 12 décembre (Arch. com. 
Toulouse, A A. 16, n<" 852, 354). — La ville avança à Bachelier 13,000 li- 
vres. Du Rozoy (1616-1627), IV, .238, 240, 246, 333. 

2. Voir Lettres patentes, analysées par Puech et A. Du Bourg, cités 
ci-dessus. — Les lettres patentes de juillet 1555 à la note 3. — Les let 
très patentes de janvier 1677 en faveur des manufactures Trouflan et 
Bachelier {Arch. com. Toulouse, A A. 16, n° 356). 

3. Ordonnances de 1560, art. 146; mars 1571, 21 novembre 1577, 
15 avril 1601, janvier 1629, art. 418; Fontanon, Rec. d'Edits, I, 833, 
1025, 1031. — Isambert, Anciennes lois. XV, n° 148; KVI, 162. 

4. Procès-verbauo: du Conseil du commerce . 1601-16(14, p. p. Cham- 
pollion, Doc. hist. inédits, t. IV. 

5. Isambert, t. XV et XVI. 

6. Isambert, ibid. — Edit de février, ibid., XVI, n» 134. 



194 ■ p. BOISSONNADE. 

le réserver. Elle essayait de rétablir la discipline parmi les 
classes industrielles et la bonne foi dans les transactions. 
Elle tentait d'uniformiser l'aunage^ de soumettre la fabri- 
cation et le commerce à la marque et aux visites officielles, 
afin d'en assurer la loyauté. Mais elle s'était montrée jus- 
que-là incapable de continuité dans l'application, sinon 
d'esprit de suite dans les idées. Elle avait toujours trans- 
formé son système de police économique en système d'op- 
pression fiscale. Ses conti'ôleur s visiteurs, essayeui^s, mar- 
queurs des draps, des toiles, des futaines, des teintures, des 
cuirs, des papiers, des métaux bruts ou travaillés ^ n'avaient 
pas tardé à grossir, par l'achat de leur office, l'innombrable 
armée des agents d'une fiscalité dévorante, plus préoccupés 
de pressurer ou de tracasser les industriels que de veiller 
au progrès et au bon renom de l'industrie. 



III. 



Elle avait fait pis encore. Ses créations continuelles d'of- 
fices, ses exigences financières avaient contribué à décou- 
rager souvent l'esprit d'entreprise ^. Ses privilèges, con- 
cédés sans discernement, avaient gêné plus d'une industrie, 
semé le germe de querelles préjudiciables aux entrepre- 



1. Edit d'avril 1540 ordonnaiil l'usage de l'aune de Paris en Langue- 
doc; Fontanon, I, 974. — Ordonnance de juillet 1511 sur l'unification des 
mesures en Languedoc (^re/i. com. Toulouse, AA.39, n" 35). 

2. Ordon. et décl. de septembre 1471, octobre 1552, mai 1563; édit 
de KiOl pour la visite et la marque des minerais; février 1626, niarquedes 
fers, Ordon., XVll, 446. — Isambert, XIII, XV, XVI. — Ordonnance 
de 1571 (marque des draps): édit de décembre 1582 et de mai 1584 [id.], 
Fontanon, 1, 1030, 1041; édits de mai 1620 (visite et marque des étoffes 
en Languedoc), de juin 1627 (pour les toiles) {Arch. nat., AD. XI, 42 
et 52). — Edit. de janvier 1596 (marque des cuirs), 1629, id., juin 1633 
(papiers); Fontanon, I, 1168; Brilion, Dict. des arrêts, V, 23. 

3. Bardon, op. cit. (Mém. Acad. Gard, 1897, pp. 168, 169) (ferme de la 
marque dos fers en Languedoc, 1642). — Valois, Inventaire des arrêts 
du Conseil d'Etat, 2 vol. in-4", passim — Mém. du dép. de Toulouse aux 
Etats gén. (161 1) contre la houille {Arch. com. Toulouse, A A. 28, n" 58). 
Granat, op. cit. (Annales du Midi, 1898, pp. 456-457). 



LA CRISE DE l'iNDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 195 

neurs^ Sa politique douanière, parfois maladroite, avait 
gêné le mouvement des échanges 2. Elle n'avait su garantir 
ni la sécurité sur les routes fluviales et terrestres, ni la 
liberté de la mer. Les corsaires barbaresques, mnjorquins, 
anglais et autres infestaient la Méditerranée, interceptant le 
commerce du Languedoc avec l'Italie et le Levant^. Les 
ponts tombent en ruines, les routes délabrées ne se prê- 
tent plus que malaisément à la circulation des marchandi- 
ses *. La royauté, sur bien des points, a failli à sa tâche. 
Elle n'a pas su assurer à l'industrie ces deux bienfaits qui, 
suivant la maxime de Golbert, sont la condition de toute 
entreprise, « Im sécurité et la liberté ». 

A ces causes de crise sont venus s'adjoindre des fléaux 
que l'administration royale ne pouvait guère conjurer. C'est 
d'abord la guerre civile suscitée par les protestants de 1619 
à 1629, par la féodalité princière de 1650 à 1654. Elle en- 
traîne avec elle son cortège habituel de maux : brigandages 
des seigneurs dans le Gévaudan, le Velay, la région des 
Gorbières et des Gévennes^ ; émeutes dans les villes, telles 
que Montpellier en 1645, Garcassonne en 1655, à la suite des 
excès de la fiscalité royale''. 

Depuis 1635, le Languedoc connaît aussi les horreurs insé- 
parables de la guerre étrangère. Voisin de l'Espagne, il 
souffre du contre-coup des hostilités : incursions de l'en- 
nemi, passages continuels et ravages des soldats de l'armée 
de Gatalogne et de Roussillon, interruption des arrivages de 
laines de Gastille, nécessaires aux ateliers de la province, et 
de l'exportation des soieries légères, lainages, dentelles et 

1. Exemple pour les raines, Hist . de Languedoc, XIII, 164, 168. 

2. Exemple : tarifs de 168;) et de 1655. 

3. Mém. pour les députés aux Etats de Béziers, 1661 (Arch. com. Tou- 
louse, AA. 25, n" 65.) — A. Chéruel, Histoire de France sous le minis- 
tère de Mazarin, t. II et III. 

4. Histoire de Languedoc, XIII, 166. — Racine à.Levasseur, 24 no- 
vembre 1741 (sur le chemin d'Uzès à Nimes), Œuvres, III, 233. 

5. Tableau très documenté donné par Roschach, Hist. Lanff.,^ïll, 164 
234, 236, 240, 278, 327, 334, 351, 357, 36(). 

6. Ibid., 234,236, 337. — A. Germain, La Fronde à Montpellier {Mém. 
Acad. Se. Montpellier, III, 579j. 



196 P BOISSONNADE. 

autres produits qu'elle envoyait sur le marché espagnol^. 

Enfin, la disette et la peste ont fait leur apparition. La 
terre, en beaucoup d'endroits, reste en friche; les paysans 
fuient dans les bois et vivent de rapines 2. Les épidémies 
ont décimé les villes, par exemple Béziers et Toulouse^. 
Cette dernière a perdu jusqu'à 80.000 habitants ^ De là, 
une crise industrielle terrible qui dure jusqu'à la paix des 
Pyrénées et à laquelle quelques centres, tels que Nimes, ont 
seuls échappé ^ Le trafic avec le Levant a diminué des trois 
quarts*^. Toulouse offre le spectacle d'une ville « abandonnée 
de ses artisans » ^ Le Velay, au lieu de quatre-vingts tan- 
neries, n'en a plus que quinze. Le trafic des dentelles a 
décliné ^ La principale industrie, la drapeiie, et la fabrica- 
tion des petites étoffes luttent péniblement ^ Les ouvriers 
ont émigré et vont chercher ailleurs, à Paris notamment, un 
travail plus assuré^". Les dernières années du ministère de 
Mazarin atténuent à peine le mal. 

Il était réservé à un grand homme, Golbert, de ranimer 
l'industrie languedocienne en rendant au monde du travail 



1. Requête des marchands facturiers du Languedoc aux Etats, 10 no- 
vembre 1643, Hist. Lang., XIII, 166. — Mètn. des marchmids de Lyon, 
1659, p. p. Forbonnais, III, précité. 

2. Mém. du député de Toulouse aux Etats de Laiiguedoc, 1640 
(Arch. com. Toulouse, AA. 22, n* 193). — Relation de l'amb. Correr, 1641. 
dans les Relazioni degli ambas. Veneti, p. p. Berchet et Barozzi, II, 
p. 343. 

3. Roschacli, Hist. Lang.. Xlll, 340,342. 

4. Procès-verbal de l'i^itendant Robert Miron, 1640, p. p. Roschach, 
Hist. Lang., XIV, p. 18. — Arrêt du Parlement de Toulouse, 26 novem- 
bre 1652 {Arch. com. Toulouse, A A 26, n" 28). 

5. Racine, dans la lettre citée ci-dessus, trouve la ville de Nimes 
« polide )) en 1661. — Montpellier s'était aussi relevée depuis la Fronde. 
Germain, op. cit., II, 530. 

6. Masson, Le commerce du Levant au xvii* siècle, in-8", p. 134. 

7. Arrêt du Parlement de Toulouse et Hist. Lang., 1652, XIII, 354, 
précité. 

8. Rapport de Froidour (1688), analysé par Roschach, Hist. Lang. 
t. Xlll, 481; il n'y a plus au Puy qu'un épinglierel trois orvilleurs. 

9. Requête des marchands facturiers du Languedoc aux Fatals. 10 no- 
vembre 1643; Roschach, Hist. Lang.. nouv. éd., XIII, 166. 

10. Fait signalé par Malenfant et reproduit par Roschach, ibid., XIII, 
p. 164. 



LA CRISE DE l'iNDUSTRIE LANGUEDOCIENNE. 197 

ce qui lui faisait défaut depuis trente ans, la sécurité du 
lendemain, la confiance dans l'avenir, la discipline, gage de 
son relèvement, en y réveillant, en y suscitant les initia- 
tives, en y assurant enfin aux nouvelles formes de l'activité 
industrielle la protection énergique, éclairée et constante 
de l'État. 

P. Boissonnade. 



MRLAi\GE8 ET DOCUMENTS 



ENCORE UN DOCUMENT SUR BERTRAND DE GRIFFEUILLE. 

M. Antoine Thomas a publié dans les Annales du Midi^, 
le texte, bien intéressant pour l'histoire monastique au 
xii« siècle, du manuscrit des Archives du Vatican, récem- 
ment identifié par M. de Manteyer^, qui contient, à côté du 
cartulaire de Notre-Dame du Pont (Cantal), la biographie de 

1, Voir fasc. d'avril 1908, p. 1-203, et d'octobre 1908, p. 488-492. — 
M. Marcellin Boudet a repris cette étude, en la développant et y appor- 
tant des éclaircissements nouveaux, dans la Revue de la Haute- Auver- 
gne, 1908. fasc. 2 (p. 133-167), 3 (p. 287-315), et 4 (en cours de publication). 

2. G. de Manteyer, Les tnanuscrits de la reine Christine aux Archi- 
ves du Vatican [Mélanges d'archéologie et d'histoire, publiés par l'Ecole 
française de Rome, XVII, 1897, p, 297). Les indications données par 
M. de Manteyer dans cette notice nous permettent de suivre jusqu'au 
xvi« siècle, de degré en degré, la succession des possesseurs du manus- 
crit. Du pape Alexandre VIII, qui le donna aux Archives du Vatican, on 
arrÎA'e à la reine Christine, puis à Alexandre Petau et à son père Paul. 
Ensuite, on trouve, « au début du xvii» s. », dit M. de M., un possesseur 
qui signe : « Calveau, Calveau, Galveau, amen. » Ce Calveau n'est autre 
que Callueau, qui ne vécut pas au début du xvir s., mais à la fin du xvi% 
ayant été abbé de La Couronne de 1572 à 1584 (GalLia, II, 1046). Nous 
tenons déjà ainsi l'origine angoumdisine du manuscrit, origine qui nous 
explique comment l'histoire de Bertrand de Griffeuille et le cartulaire du 
Pont en Auvergne y suivent le texte des Gesta pontificu7n et cornitum 
Engolismensium. Le dernier échelon nous mène, selon les indications 
d'une note manuscrite insérée sur un feuillet de garde et que M. de M. 
date du xvi» s., à un « Mons'' d'Argence, chanoine d'Angoulesme, prieur 
du l'Esclialot et curé de Saint-Mesme de Confolent », que je n'ai pu 
identifier d'une façon plus précise, mais qui appartenait à la famille bien 
charentaise des Tison d'Argence , dont sortirent nombre de chanoines 
d'Augoulème. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 199 

son fondateur, Bertrand de Civray, dit Bertrand de Grif- 
feuille, du nom du premier prieuré établi par lui en Auver 
gne. 

Cette biographie nous apprend que le saint homme, dési- 
rant, par amour de la vie solitaire, échapper à la dignité 
d'abbé, que l'évêque de Glermont venait de lui conférer, fit 
don à l'abbaye de La Couronne, en Angoumois, de tous les 
établissements créés par lui et, d'une façon générale, de 
tous les biens que lui-même et ses moines possédaient ou 
pourraient posséder à l'avenir. 

A cette lecture, l'idée me vint de faire quelques recher- 
ches à Angoulème, dans le fonds de La Couronne, conservé 
aux Archives départementales de la Charente. Parmi de 
nombreux documents (lièves, pièces de procédure, transac- 
tions) relatives aux divers prieurés auvergnats et quercinois 
relevant de La Couronne, j'ai eu le plaisir de retrouver une 
charte de l'évêque de Cahoi's, portant noLiiication et contir- 
mation de la donation générale faite par Bertrand à l'abbaye 
angoumoisine. Je suis heureux de pouvoir l'ajouter h la col- 
lection déjà publiée par les Annales du Midi des documents 
relatifs à la vie et h l'œuvre de r« homme de Dieu », que la 
sagacité et la science de M. Ant. Thomas viennent de tirer 
de l'oubli profond où gisait sa mémoire '. 

Par cet acte, G. évêque de Cahors, fait savoir que Ber- 
trand de Grifîeuille et ses « frères » se sont donnés, eux et 
tous leurs biens présents et futurs, à l'église de N.-D. de La 

1. J'extrais ce document d'un article destiné à faire connaître prochai- 
nement aux lecteurs du Bulletin de In Société historique et archéol. de 
la Charente l'origine des dépendances de La Couronne en Auvergne et en 
Quercy. M. l'abbé Blancliet, auteur d'une Histoire de l'abbaye de La 
Couronne, a connu notre charte {Bulletin de la Société historique et 
archéol. de la Charente, 1887, p. 1U7). Cette mention, perdue au mi- 
lieu de deux gros volumes, semble avoir échappé à M. A. Thomas. Le 
passage qui la contient remferme du reste deux erreurs provenant d'une 
fausse interprétation du texte. M. l'abbé Blanchet en tire en eflet deux 
conclusions : 1° que l'abbaye de La Couronne « avait déjà quelques pos- 
sessions » dans la région de Griffeuille; 2° que la donation est antérieure 
à la fondation du prieuré de ce nom. Notre charte ne dit rien sur le pre- 
mier point. Quant au second, nous savons que Bertrand était installé à 
Griffeuille depuis 1121-1122. 



200 ANNALES DU MIDI. 

Couronne. En même temps, « d'accord avec ses archidiacres 
et les chanoines de sa cathédrale «, il approuve et confirme 
cette donation. 

L'acte n'est pas daté. Il doit être placé entre 1151 et 1169. 
En etret, la Biographie nous apprend ^ d'une part, que la 
donation à La Couronne fut faite après la fondation de la 
maison du Pont, qui suivit elle-même de près celle d'Escal- 
mels, datée de 1151; d'autre part, que Bertrand mourut 
quand Etienne de Mercœur était encore évêque de Cler- 
mont^. Or, ce dernier avait cessé de vivre en 1169. Comme 
on sait, en outre, par la Biographie, qu'après avoir fait cette 
donation, que les chanoines réguliers de La Couronne n'ac- 
ceptèrent que pour valoir après sa mort, Bertrand eut encore 
le temps de se retirer et de vivre dans un dernier prieuré, 
londé à Estourrocs, on a tout lieu de croire que la date de sa 
libéralité ne doit pas être bien éloignée de 1160. 

L'évêque désigné par la lettre G. est Géraud IV, dit Hec- 
tor, de la famille des vicomtes d'Aubusson, qui occupa le 
siège de Cahors à partir de 1150 et qui vivait encore le 
30 septembre 1201 ^. Les archidiacres R. et G., qui souscri- 
vent l'acte, n'ont pu être identitiés^ 

On s'attendrait plutôt à l'intervention de l'évêque de Cler- 
mont, dans le diocèse duquel se trouvaient situés Gritfeuille 
et les principales fondations de Bertrand ^ qu'à celle de 

1. Annales du Midi, XX, p. 177. 

2. Ibid., p. 17y, 

3. S'il faut en croire M. l'abbé Blanchet, qui s'appuie sur la Chronique 
de La Couronne, il assistait ce jour-là à la dédicace de l'église de La Cou- 
ronne {op. cit., p. 107). Le Gallia Christiana, au contraire, le remplace 
dès 1199 (1, 130). Ses auteurs n'ont pas connu notre acte. 

4. Il existe aux Archives de la Charente (même fonds, même liasse) un 
vidinius des lettres de Géraud IV Hector, sous le sceau de P. Kaymond, 
doyen de l'église de Cahors. Ce vidimus est daté du mardi avant la Saint- 
Mathieu (17 septembre) 1269. 

r>. C'est par erreur et trompé sans doute par la présence dans cet acte 
de l'évêque de Cahors, que M. l'abbé Blanchet affirme qu'« au xiii* siècle, 
cette région appartenait au diocèse de Cahors, dont elle fut démembrée 
lors de l'érection de l'évèché de Saint-Flour, en 1317, par Jean XXII. » 
La Châtaigneraie auvergnate, comprenant la partie sud-est de l'arrondis- 
sement d'Aurillac est certes et a toujours été, au triple point de vue du 
caractère, de la langue et des relations économiques, beaucoup plus orien- 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 201 

l'évêque de Cahors. Mais il faut remarquer que deux des 
prieurés, objet de la donation,' La Ramière et Espagnac, 
étaient au diocèse de Géraud Hector. Il n'est, d'ailleurs, pas 
impossible qu'un jour on retrouve un acte identique émané 
dans le même temps de la chancellerie épiscopale de Gler- 
mont. Roger Grand. 

Ego, G. Dei gratia aecclesie caturcensis episcopus, notum facio 
presentibus et futuris fldelibus quod Bertrandus de Agrifolio et 
fratres ejiis se et omnia sua lam adquisita quam adquireuda Deo 
et aecclesie béate Marie de Corona unanimiter, humiliter et de- 
vote dedenint et concesserunt ut, qiiicquid juris et potestatis 
habehat aecclesia béate Marie de Corona in suis locis et nullis 
omnibus que possederat ante, hoc idem juris et potestatis habe- 
ret in se ipsis et in suis locis et ex integro in omnil)us bis que 
possidehant et possessuri erant Bertrandus videlicet et fratres 
ejus, tam présentes quam presentium successores. Nos vero qui, 
auctore Deo, caturcensi aecclesie presidemus, intuitu sancte reli- 
giouis, hoc donura et banc concessionem approbavimus et conlir- 
mavimus et, consilio et concessione archidiaconorum nostrorum 
et canonicorum cathedralium, scripto commendari et sigillo nos- 
tro muniri fecimus et propria manu nostra in cartula ista signum 
sancte crucis impressimus. 

Signum G. caturcensis episcopi. f. Signum R., prioris catur- 
censis et archidiaconi. f. Signum G., archidiaconi. f. Signum 
P. de Sancto Sereno. f . Signum Jubilini. 

(Archives de la Charente, H, Fonds de La Couronne, 
prieuré de Gritïeuille.) 



II 



LE MANUSGRrr PROVENÇAL DE LA BIBLIOTHÈQUE BARBEF.INI 
(XLV, 29). 

Il n'est pas sans intérêt pour les études provençales de 
livrer à la publicité le texte intégral des fragments lyriques 

tée vers le Quercy, tout proche, que vers le lointain Clermont, dont la 
séparent deux chaînes de montagnes. Il n'en est pas moins vrai qu'elle 
faisait partie de l'évèché de Clermont avant l'érection, par Jean XXII, de 
celui de Saint-Flour. 

ANNALES DU MIDI. — XXI 14 



202 ANNALES DU MIDI. 

et des biographies de troubadours que nous a conservés la 
seconde partie (foi. O^-^S**) du célèbre manuscrit Barberini, 
qui contient aussi, comme on le sait, une version des Auzels 
cassadors publiée par M. Monaci^. Il est inutile de donner 
ici une description de ce manuscrit, qui a été plusieurs fois 
étudié^, spécialement dans sa première partie (b^), plus mo- 
derne que celle que nous publions ^ et qui contient, elle 
aussi , des fragments lyriques provençaux , accompagnés 
d'une traduction italienne : cette première partie, on le sait, 
est étroitement apparentée avec les manuscrits dont s'est 
servi G. -M. Barbieri*. 

Notre édition est une reproduction fidèle du manuscrit. 
Nous nous bornons à assigner à chaque composition un 
numéro d'ordre et à placer en tête le chilfre qui lui a été 
attribué dans le Verzeichniss de Bartsch. Ces concordances 
seront résumées dans une table finale. Les variantes que 
nous reproduisons en note sont en marge du manuscrit, de 
la même main que le texte ^. G.-B. Festa. 

[Fol. 9 a.} Pons decapduill. 

Pons decapdiiill si fo un gentils bars del puei Sancta Maria e 
sabla ben trobar eben uiular eben chantar . ebons caualiers fon 
darmas . egen parlans egen dompneians e grans ebels e ben en- 
senhatz : e fort escas dauer . mas si sen cobria abgen acuillir et 
ab far honor de sa persona . et amet per amer ma dona nalazais 
de mercuer que fon filla den bernart danduza dun onrat baro 
quera de la marca de proensa . molt lamaua e molt la lauzaua . e 

1. Studi di filologia romanza, V, 65 ss. 

2. Archiv fûrd. Stud. d. neiier. Spr. u. Lit., vol. XXXV (1864). 97 ss, 
(Grûzmacher) ; Jahrbuch fur rom. ii. engl. Lit., vol. XI (1870), 33 ss. 
(K. Bartsch); Revue des Lang. row., XXXIIl (1889), 157 ss. (G. de Lollis); 
Romanische Studien, II, 337 (G. Grôber); Stiidi di filol. rom. V, 65. 

3. Moins moderne toutefois que ne l'avait dit Bartsch, dont l'opinion 
a été rectifiée par M. de Lollis {loc. cit.). La seconde est bien du 
XVI" siècle, comme l'a dit Bartsch. 

4. Mussalia, Provenz. Handss. d. Giov. M. JJurbieri(Sit3u>igsberichte 
d. hist. phil. Cl. d. Ahad. di Vie>ina, t. LXXVI, p. :201 ss.); De Lollis, 
loc. cit. 

5. Rappelons que, par une erreur du relieur qui a mal distribué les 
cahiers, les feuillets 15-20 ont été mis à lu suite du feuillet 9. Nous réta- 
blissons naturellement l'ordre normal. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 203 

tes mainias bonas chansos deleis . etan cunt ella iiisquet non amet 
autra . e cant ela fo morta el se erozet . e passet outramar e lai 
morit et aqui son escritas gran re delas soas chansos. 

1(375, 10). 
Pons decapdueill. 

Humils e francx e fàs soplei ues uos | Ab leial cor bona dompna 
ualens i Car es del mon meiller eplus plazens | [4] E plus gentils e 
plus franche plus pros | E genser eplus gaia | Perquieu uos am ia 
autre pro noi aia | Tan linamen que dal re nom soue | [8] Neis 
can prec dieu dompnol)lit per uos me | Epos al cor uei en lotas 
sazos I La bella boca els liueills clars erizens | El gent solatz els 
bels digz auinens | [12] El uostre cors ques tan cars etan bos | 
Non crezatz quem nestraia | Quel dous dezir mi ten gai emapaia | 
E nonai plus ni non hi trop merse | [16] Mas tant uales quel mais 
ual autre be | Nuill autramors nom pot faire ioios | Siin pregauon 
dautras douas V sens | Caps uos son fadas las plus conoisens | 
[30] Tant son cortes li semblan eill respos. | [Fol. 9 h.'] Quen tant 
corn soleills râla \ Nona dompna cui tant ricx faitz seschaia | Ni 
meills fassa so cabon pretz coue | [24] Don sui astrucx car uos 
am euos cre | Adrêilz cors gens beneslans amoros | Nomausizalz 
uaillam francx chauzimens | E leiaitalz; eflnamor quem uens | 
[28] El bens quien die e merses e perdos | No uoillatz qieu del 
chaia | Quel loncx espers el deziriers mesglaia | Bona doua so- 
endreit bona fe | [32] Mi donatz ioi con peitz trac nom recre. | 
Siuals daitan soi ben auenturos | Que sieu en muer autre non er 
iauzens | Ans faitz mentir lo bruit dels maldizens | [36] Ereman 
fis uostre pretz cabalos | Malgrat de gen sauaia | Atotz iorns creis 
uostra ualors ueraia ] Sobre totas e sai uos dir perque | [40] Car 
uales mais e no failles en re. | Vostrom soi dona gaia | Et am uos 
mais que landricx nofes aia | E sobre totz port las claus damar 
be I [44] Perqieu aillors non puesc uirar mon fre. 

2(375, 1). 

P. DECAP. 

Aissi mes près com selui que sercan | Vai bon senhor e neisaia 
gran re | Que tug lonron eill fan uolontier be | [4] Enchauzis un 

2 Am. 



204 ANNALES DU MIDI. 

lot sol que re noill blan | Nill fai honor estiers car lacueill gen | 
[Fol. 15 a.] E car lo sap sobre totzplus ualen | Amal mil tans mais 
en perdos seriiir | [8] Quels autres tofz don se pogra iauzir. | Etes 
razos e dreitz al mieu semblan | Com lo meillor am mais per bona 
fe I Si tôt noill ual fols es qui sen recre | [12] Mas sieru * ades eia re 
non deman | Que ben quer boni a senhor conoisen | Qui lourel ser 
doncx sieu am finamen | Midons cui soi be men deu iois uenir | 
[16] Queill genser es com puesquel mon chauzir | Si tôt mausi de 
bon cor ses enian | Mi ren sill plai ensa francha merse | Cane pos 
ja ui non aie poder en me | [20] Mas damar leis ede far son coman | 
Tan can la uel mi tel uezer iauzen | E can men part soi entai 
pensamen | Quen chantan plor em uol lo cors partir | [24] Enaisim 
fai samors uiure morir. | Dieus que la fes tant belle tant prezan ] 
Li salueill gar lo bon pretz queill mante | Que nona boni tan dur 
cor si la ue | [28] Noill port honor aisi uai meilluran | Tôt can 
coue a ualor et a sen | Abelir fai sos faitz a tota gen | Et als 
meillors si sap meills far grazir | [32] En totas res se garda de 
faillir. | Tan fort conois tôt can li benestan | Perquieu sui mortz si 
de mi noil soue | [Fol. 15 b.] Esi amors a nuill poder en se | 
[36] Pos mi destrenh forses leis sol daitan | Que non lenuei sil uauc 
querrumilmen | Que nous fassa languir tan longamen | Quil chante 
ri et ieu plane e sospir | [40] En pert souen lo maniar'el dormir. 

Pon de Capdueill si amet com aues auzit denan . ma donna 
nalazais de mereuer . moillier dun gran comte daluernhe . e fo 
lllla denbernart danduza . e fo molt amatz per ella e molt fi> lur 
amors grazida . per totas las bonas gens e maintas bellas cortz e 
maintas bellas iostas . e maint bel solatz en foron fait e maintas 
bellas ehansos et el estan enaquella honor . com ella . et enaques- 
talegreza ac uoluntat si com fols amiex, que non pot sufrir gran 
benanansa . de proar sella li uolia be . quella no crezia a sos 
hueills mais plazers plazens . ni alas honradas honors quella li 
fazia . nill dizia . e si acordaua en son fol cor . quel fezes sem- 
blan . quel sentendes en autra dona . en naudiartz quera moiller 
dcl senher de marseilla . e si fes aquest pensamen . que si asa 
dompna pezaua . sil se lonhana délia . adonex podia saber sil li 

7 que dautra; — 9 Mas; donna; totas; — 11 gais; 14 Qus; — 16 autrui; 
— ly Qauos; — 21 Qaitan can soleijs raia; — 24 qan; — 25 Ay adrech 
cors bonestan; — 38 qatotz; — 43 la clan ; — 41 donna non uir. 

1. Une lettre effacée. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 205 

uolia ben . e si alieis plazia era beii conort . quella non lamaua . 
et el corn fols que nos recre . tro queza près lo dan . comensa si a 
lonliar de nra dona Nalazais . et a traire se a ma doim Naudiartz . 
et adiré ben delà . e dis délia Non uueil auer lemperi dalanianba 
si naudiartz uezion mei liueill . e non die trop sini uiest gais nim 
despiieill . nill ren nierses car li plac ma companha . Ma dompna 
nalazais can nit que pons de capdueill quella auia tant aniat et 
onrat . sera bonhatz délia . et era se tratz a ma dona naudiartz . 
ella nac fait gran desdenh . si quezanc no fo persona . a cui ella 
parles de lui . nin demandes . equi len parlet ella noill respondet . 
ab gran cort et ab gran dompnei ella uiuia . pons de capdueill 
anet dompneian per proensa longa sazo . e fugen a las honors de 
ma dompna nalazais . ecant el ui e saup quella no sen moslraua 
irada . nill mandaua mesatge ni letras . et el si penset que mal 
auia fait . si sen comensa atornar en la soa encontrada . e comensa 
se apartir île la folla prouazo . que auia faita . e manda sos me- 
satges esas letras azella mas ella nols uolc escoutar ni auzir . et 
el comensa esser tri-tz edolens e mandet letras e coblas humils . ab 
grans precx azella que degues sofrir que li [Fol. 16 a] uengues 
denan . razonar la soa razo e pregar eclamar merse . quella degues 
peiire . ueniansa de lui si el auia faita offensio ues ella . mas noill 
uolc escoutar ni merse ni razo . don el fes aqiiesta chanso que 
ditz . Si com sel ca pron de ualedors . et aquesta chanso noill ualc 
nien abla dona . e sin fes unautra que ditz . Qui per nessi cuidar 
fai trop gran faillimen . adan li deu tornar . ni aquesta noill ualc 
re eissamen . que ma dompna nalazais lo uolgues tornar en gras- 
sia . ni uolgues creire quel se fos lonhatz de leis . per proar si ella 
en séria alegra ho no . si el se partis délia . don el anet a ma 
dompna Maria deuentadorn . et ama dompna la comtessa de mon- 
ferran . et a la uescomtessa dal busso . e si la amenet a mercuer . 
ama dompna nalazais clamar merse . quella li rendes grassia per 
amor de las dompnas . en pons de capdueill fo lo plus alegres 
hom del mon . edis que iamais non se fenheria plus per proar sa 
dompna . et aqui son escriutas de sas chansos . daquesta razo si 
com uos auziretz. 

3 (.375, 20). 

Aissi com sel ca pron de ualedors | Eill faillon tuit ia tant non 
er amatz | En la sazon ques dezauenturatz | [4] Me faill ma dompna 
car conois camors | Mi fai per lieis mûrir agreu turmen | E sill 
pogues faire nuill faillimen \ Ves mil feira mas meins en ual 



206 ANNALES DU MIDI. 

socre [8] Bars que dechai selui que uencut ve. | Aisso nonosc ques 
dans edezonors | Qui non acor als dezapoderatz | Car ia castel 
fi-euol ques aseliatz [12] Ab graii poder nos tenra secors | E sil 
senher de cui es nol defen | Ensa colpa le pert pueis loniamen | 
Aissi perdra madonal sieu tort me | [16] Car nom secor on plus 
coitat mi ue [Fol. 16 &.] Perdre nom pot per so quiem uir aillors | 
Pero sim soi deleis lonc tems lonhatz | Cal fait semblan que totz 
mera camiatz | [20] Per essaiar sill plagra ma folors | Sieu agues 
mes en autra mon enten | Erai proat quill nagral cor iauzen | Sim 
los partitz de lieis mas noill ual re | [24] Qui no pot ges mon cor 
partir de se | Bona dompna uaillam uostra ualors | Cane nuills 
caitius destreitz ni malmenatz | No saup aissi son dan sufriren- 
patz I [28] Doncx pos lo mais mes deleitz e dousors | Per amor dieu 
e car uos fora gen | Acses de me sius plagues chauzimen ] Car 
uostre soi essim denhatz far be | [32] Vos i faretz franqueza e 
m erse | Vostre bel cors uostra fresca colors | Vostre dous ris uostra 
lina beutatz | Vos fan auer ues mi plus dur solatz | [36] La noma- 
grops fos failz lo miradors | On uos miratz uostre cors couinen | 
Gai e ioios amoros e plazen | Quergueiil men faitz equi bon pretz 
manie | [40] Ergueill no tanh contrais sieus ni coue. 

4(375,18). 

P. DEGAP. 

Oui per nessi cuidar | Fai trop gran faillimen | Adan li deu tor- 
nar | [4] E sami mal en pren j Ni ma donani dechai | [Fol. 17 a.] 
Bes tanh que tal folia | Ai fait perquen deuria | [8] Morirdire des- 
mai. I E sieu per sobramar | Ai renhat folamen | Ni per midons 
proar | [12] Si nagral cor iauzen | Sil ferm uoler quieu mai | De 
iei .seriiii- partia | Ar conosc queill plairia | [16] Perçai fait fol 
essai | Nomen puesc razonar | Esai que no mes gen ] Mas sautram 
uol onrar | [20] Gratz e merses lui ren | E tostemps o farai | Es- 
tiers que iamai | Mon fin cor non partrai | [24] Del rie luec on 
estai I Per so nom cal duptar | Son rie cors couinen | Ni men de- 
gra lonhar | [28] Pel bruit don cascuns men | Quieu soi be sel 
que sai | Que meills hom non poiria | Auer per drudaria | [82] Mas 
cant lo solalz gai. | E naisim fai torbar | Em toi lo cor el sen I 
Que sieill cug ergueill far | [36] 111 mo tornen nien | [Fol. 17 b.] 
E ren de be nom fai | Cam mos cors sumelia | Amor ni cortezia ) 
[40] De lieis ioi nomatrai. | Dompnal genser quieu sai | Mais uos 
am ses bauzia | No fes Tristans samia | [44] Et autre pro noi ai. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 207 

5(375,11). 

p. DEGAP. 

la non er hom tan pros | Que no sia blasmatz ( Gant es atort 
felos I [4] Que ricx bars et onratz | Nés plus cars e plus bos | Can 
concis sas foudatz | Caisi iutia razos los uale.i | [8] Los ualens els 
prezatz | Caisel que sumelia | De son faillimen | Deu trobar cliau- 
zimen | [12] E lerguillos feunia | Car qui mal fai mal pren. | Fols 
es si tôt les gen | Qui es enamoratz | [16] Camors uol com esmen | 
Los autruis tortz en patz | E no passa paruen | Cant er per dreit 
iratz I [20] Ans suefra bonamen | On plus er mal menalz | Ecar me 
non seguia | Mager vïuizardos | | Fol. 18 a.] [24] Estauc dezamoros | 
Car moût fai gran folia | Qui trop amen perdos | Dompnaiso die per 
nos I [18] A cui mera donatz | E sai que soi clamos | A tort ca no 
mamatz | Que nostre tanh que fos | [32] Goms o reis coronatz | Ab 
totz aibs cabalos | Tant es sobrepoiatz | Vostre pretz cascun dia | 
[36] Ab ioi et ab sen | Queiirpros eill conoisen | Vos porton 
senhoria | Mais calas meillors sen. | [40] Mal aia sieu iam men | Per 
nuill mal quem uoillatz | Ganc mais lacuillimen | Non aie el gai 
solatz I [44] E sieu nai longamen | Gran ben dig nom desplatz | Gar 
es tan dauinen | Per quieu men part forsatz | [48] Gar ges leu non 
poiria | Esser oblidos | De las plazens faisos | Ni de la cortezia | 
[52] Del uostre cors ioios | Las mala fui iros | Gar aisim soi ca- 
miatz I Ganc pueis non fo sazos | [Fol. 18 b.] [56] Qiiien fos gai ni 
pagatz I Ans soi tant consiros | Que re no sai quem faitz | Pueis 
no uueill que perdos | [60] Ni merses ni bontatz | Mi uailla nin 
penria | Nuill acordamen | Bem fai lira dolen | [64] Mas lamors 
mausiria | Perquieu nonai talen. 

6 (375, 14). 

Pons de capd. 

Leials amicx cui amor ten ioios | Deu ben esser alegres eiauzens | 
Larcx et arditz a dreit et amoros | [4] Eras can ue lo gais termi- 
nis gens | Que fai las flors espandir per la planha | El rossinhols 
chanta iostal uert fueill | Mas ieu non am son dous chant tant com 
sueill I [8] Pos midons platz que totz lois mi sofranha | Pero ben 
sai que droitz es e razos | Que sel ques francx ethumils e sufrens | 

7 los ualens effacé. 



208 ANNALES DU MIDI. 

Sia plus mais dautre eplus felos | [12] Gant noill ten pro nierses 
ni chauzimens | Epos midons mes tan malezestranha | Leu pot 
trobar ab mi mal et ergueill | Mas lieis non cal sim pert per quieu 
nom dueill | [16] Plus de samor ni ai cor que men planha | Non 
die ieu ges que tostenis sieus non fos | E no fezes totz sos coman- 
damens | Sol que no fos sos cors tanterguillos | [20] Mas si tôt ses 
bone belleplazens | [Fol. 19 a.] Franque gentils edauinen compa- 
nha I la no maura si no uol tôt can uueill | Quill fai semblan quen 
re de mi noill tanha | [24] Perso nestauc marritz e consiros | Car anc 
amei ni faillo tan mos sens | Car per un ioi don non sui poderos | 
Soan aillors totz autres iauzimens | [28] Aisi no sai conseill ab 
cui remanha | Sautra no ma et ill me dezacueill | Fols es qui cre 
tôt can uezon sei hueill | Ni qui pert trop per so que non gazanha. | 
[32] Totz mal menatz forieu fizels e bos | Francx et humils e de 
totz enians blos | E saubra be entrais desconoisens | Cubrir mon 
ioi entrels fais cui dieus contranba | [36] No menesson de nostra- 
mor iangueill | Saisim uolgues la genser ques despueill | Ja noill 
feira fencha ni gronh ni lanha. | Amor lonc temps ai estât enbre- 
tanha | [40] E faitz pecat car mi mostratz ergueill | Sien plus que 
tug laulramador nos uueill | Ni mais uos am es doncx dreitz que 
men planha. 

7 (380, 2). 

P. DE CA.P. 

Si ai perdut mon saber | Capenas sai on eslau ] Ni sai on uenc 
ni ou uau | [4] Ni quen fauc lo iorn nil ser | E soi daital capte- 
nensa | Que no uueill ni puesc dormir | [Fol. 19 b.] Nim plas uiure 
ni moi'ir | [8] Ni bes ni mais nomagensa | Aper pauc nom dezes- 
per I E nom ren monges engau | E nom met dins una frau | [12] E 
com nom pogues uezer | Car traitz soi encrezensa | Per sella que 
plus dezir | (Juem fai sospiran languir | [16] Car mi franh ma 
couinensa | lamais non cug ioi auer | Ni estar un iorn suau | Pos 
midons ma solatz brau | [20] Nim torna enonfcaler | No sai on 
maia guirensa | Con plus ieu pens econsir | Com puesca en grat 
seruir | [24] Adoncx creis sa maluolensa. | A gran tort mi fai doler | 
Esieu pendutz entrau] Sanc pueis seguiei autresclau | [28] Pos mac 
près en son poder | Ni lis endreit leis faillensa | Mas sol daitan so 
malbir | Car lam tant enaus ben dir | [32] E car li port benuo- 
'ensa. | Per re nom puesc estener | Quieu no lam e non la lau | 
Car la gonser es com inentau | [.30] E no men cans die uer | Abque 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 209 

prezes penedensa | Dels turmens quem fai sufrir | Esis denlia 
conuertir | [40] Gomplida sa ualensa. | [Fol. 20 a.] leu soi sel que 
ges no tensa | Ab midons ni noniazir | Nim sai de ren enardir | 
[44] Mas daiso calieis agensa. 

8(375, IG). 

P. DEGAP. 

Meills coni non pot dir ni pensar | Soi ieu alegres e ioio^ | Tnn mi 
plas la bella sazos | [4] Que iiei gaiamen comensar | Mas nom dona 
ges alegrier | Chan dauzer ni flor de rozier | Mas uos dona mânes 
donat tant de be | [8] Quesser cng reis de ioi cant men soue. | Bem 
den souenir emembrar | Delas nostras bellas faissos | E dels gais 
semblans amoros | [12] Quem fan doussamen sospirar | E car plus 
souen no uos quier | Dona so que magra mestier | Ges non calers ni 
enians nomen te | [16] Mas non ans far ses uostre coman re | Tos- 
temps mi pogratz iauzen far | Ab bels digz esil faitz i fos | Aisi 
com es lo gens respos | [20] Meills mestera ca nuill mon par | Cane 
tan bon près ni tan entier | Nonac dona perquieu solier | En bona 
patz lo maltrat que men ne | [24] E sufrirai troque naiatz merse. | 
Esius cuiatz per galiar | Lais que nous ueia dona pros | Mandatz 
me uenir arescos | [28] Gaisi o poires asaiar. | [Fol. 20 b.] Mas mal 
crezes lo reprouier | Que non ca ni abat ni fier | Qui non sesaia et 
ieu die per me | [32] Sius sabra mal siusam per bona fe | Hueimais 
sion li lauzengier | Amon dan sieu autra nen quier | Que sanc 
uirei lies autra part mon fre | [36] Ar soi ab uos remazutz periase. 

9(37.5,7). 

P . DEGAP. 

De totz chaitius soi ieu aisel que plus | A gran dolor e suefri 
greu turmen | Perquieu uolgra morire foram gen | [4] Quieu mau- 
zises pos que tant ai perdut \ Que uiure mes marriinens et esglais | 
Pos morta es madompna Nalazais | Greu passarai lira nil dol nil 
dan I [8] Mortz iricharis be uos puesc enuer dire | Que non po- 
gues el mon meillor ausire | Ai com fora gueritz et ereubiitz \ 
Sadieu plagues quieu fos premiers mortz \ [12] Morz. Las cailiu 
no uueill mais loniamen | Viure après perdonaill reis ihiis | 

4 perdus ; — 8 traziritz ; — 9 pogiestz ; — 10 erubus ; — 11 premievamen ; 
— 13 après lui. 



210 ANNALES DD MIDI. 

Totz poderos dreituriers e uerais | Salua la Crisl ntu la lais \ 
[16] Elarma ren al haro saint ioan \ Que totz los bes hi son com 
puesca dire | E de totz iBals la pot hom escondire ] Senhor ben la 
devem planher casais ] [20] Ca7ic no ici hom tati auinen \ Tant 
sauia ah tan hel cabtenemen. 

[Fol. 10 a.] Que ual beutatz ni bos pretz maniengulz \ Ni que ual 
sens honors ni solas gais \ [24] Ni que ualon francx digz ni faitz 
prezans \ Setgle dolen de bon coi' uos azire | Molt iialens pauc 
pos lo meills nés adiré | lois edeleitz eiouens es perdutz \ [28] E 
totz lo nions es tornatz en nien | Car comte duc e maint baro 
ualen | Néron plus pros ar no la ue negus | Emil donas ualion per 
liais mais | [32] Mas ar podon saber quel mon sirais ] Nostre 
Senher que la fes ualer tan | Gaisi nos uolc tolre solatz e rire \ E 
donar mais dafan e de consire. | [36] Acals dans es demidons 
nalazais | Non puesc als far de tôt solas ni lais | E prenc comiat 
de chantar darenan | E plane e plor emainl coral sospire \ 
[40] Man mes per leis enangoisos marlire | Amie Nandrieu camiat 
son mei dezire | Ni ia damor non serai mais iauzire. 

10(375,21). 

P. Degap. 

Si totz los gaugz els bes | E las fmas lausors | Els ditz els faz 
corles I [4] De totas las meilhors | Volges dieus totz complir | 
Enuna solamen | Saber cug neramen | [8] Que cella cui dezir | 
Nagra mais per un cen | [Fol. 10 h.] E pos de totas es | Caps e 
mirais e flor | [12] Sitôt bes nom uenges | Si mes lo grantz ho- 
nors I Fassan uiure o morir | Mas plus lier auinen | [16] Sim ten 
gai e jauzen | Que qan mi fai langir | leu plus lam finamen. | 
Car el mon non es res | [20] Siam sens o follors | Quem penses 
qeill plages | Non fos gaug e doussors | So qil uol mal azir | 
[24] E am cells l)onamen | Qe son sai ben uoilhen | Al miells que 
pot chauzir | Sui a son mandamen. | [28] Enaissi ma conqes | E si 
nom ual amors | Vailham ma bona fes | E la soa ualors | [32] Sa- 

14 Eeis; — l^ Non la sobre nuls fais; — 16 Eren larma San peire san 
iohan; — 17 eram ; — 20 Quanc non fon homs qnen nis tan auinen; — 
21 Ne quea agues tan bel captenemen. 

6 mentangus; — 7 solatz ni lais; — 8 prezans fais; ~ 9 de tôt ces nos 
aire; — 10 ualetz, — 11 perdus; — 16 pot hom; — 28 o plainh o plor en 
mon cor qar sospire; — 26 e ue. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 211 

mors no uol uenir | El sien bel cors plazen | El uerai plez ualen | 
Deu gardar de failhir | [36] Qar sieu mueir uoil lier gen | Gentils 
cors ben après | Sobre totz amadors | Magratz en rie loi mes | 
[40] Ab un pauc de secors | Que mort nian li sospir | Euos per 
chauzimen | Non sufrat mon turmen. 

11 (189, 1). 

[Fol. 11 a.] Granes. 

Comte Carie ieus uueill far entenden | Un siruentes, ques de 
vera razo | Mon mestier es qieu dei lauzar los pros | [4] E dei 
blasmar les crois adreitamen | E deues mi de mon droit niante- 
ner | Car mos dreilz, es que dei blasmar los tortz | Et si daisso 
mauenia mil dan | [8] Vos peraisso me d^..etz | Ar chanterai de 
uos premeiramen | Com dei plus aut linhatge que anc fos | Es, e 
foras en totz faitz cabalos | [12] Si foses larcx don aues talan | 
Que ben naues la terra, el poder | Et en uos es gais solatz, e 
deportz | E trobans adreit e gen parlan, | [1(3] Et auinen, ab com 
re nous deman. | Senher autz hom sai uiu aunidamen | Can pert 
lo sieu enoncs rancuros | Quel Dalfis te uostras possessios | [20] E 
non ânes so que trobas queren | Quen breu poires osteiar e iazer | 
Per ribeiras e per pratz e per ortz | Tro que penses sial uostre 
coman [24] G al Dalfl naias tout autretan | [Fol. 11 b.] De tal 
guerra me paretz enueios | Queus auran ops caualier e siruen | E 
si uoles queus sieruon leialmen | [28] Los proensals senher coms 
gardatz los | De las desmezuras dels uostres bailos | Que faun a 
tort molt greu comandamen | Mas tôt es dreg sol quill naian lar- 
gen. I [32] Don li baro si tenon tug per mors | Com lur sol dar 
aras los uai rauban | E denan uos non auzon far deman | Aran 
lues pros caualier ualen | [36] E Soudadier ardit e coratios | Elms, 
ebrans tendas epauaillos [Escus ebon caual corren. | E fortz cas- 
tels desrocar e cazer | [40] E gaug, eplor mesclat, e desconort | 
En batailla cazen, feren, leuan 1 E uueill o be, em plai sol qui eu 
noi an. 

12 (46, 2). 

[Fol. 12 a.] COMTESSA DE DiA. 

A chantar mer da so qieu non uolria | Tan mi rancur de lui 
cui soi amia I Car ieu lam mais de nuilla ren que sia | [4] Ves lui 

1. Quelques lettres rendues illisibles par une tache d'encre. 



212 ANNALES DU MIDI. 

nom ual nierses ni cortezia | Ni ma beutatz ni mos pretz ni mos 
sens, I Càutressi sui enganade traia | Coin degresser si fos dezaui- 
nens. | [8] Daissom conort car anc non fis failensa | Amicx ues 
nos per nuiJla captenensa | Ans nos am mais non fes seguis 
nalensa | E platz mi molt quezien damar nos uensa | [12] Lo 
miens amicx car es lo plus ualens | Me faitz ergueill endigz et en 
paruensa | Eai es nos francx ues totas autras gens. | Merauill me 
com uostre cor sergueilla | [16] Amicx ues me, perçai razon quem 
dueilla | Non es ges dreitz cautramors nos mi tueilla | Per nulla 
re, queus diga, nius acueilla | E membre nos cal fol comensa- 
mens | [20] De nostre amor, ia Damidieus no uueilla | Quen ma 
colpa sial departimens. | Proeza grans quel uostre cors saizina | E 
lo rie pretz caues men... | [Fol. 12 b.] [24] Guna non sai londana 
ni uezina | Si uol amnr ues nos non siaclina | Mas nos amicx es 
ben tant conoisens [ Que ben deuetz conoiser la plus fina | [28] E 
membre nos dels nostres couinens. [ Valer mi deu mos pretz, e 
mos paratges | E ma beutafz, e plus mos fins coratges | Perquieu 
uos man lai on es nostrestages | [32] Esta chanso, que me sia 
mesatges | Euueil saber lo mieus bels amicx gens | Perque mes- 
^ais tan fels. ni tan saluatges | Non sai si ses ergueills o mais 
talens. | [36] Mas aitan plus uueill queus digal mesatges | Que 
trop dergueil t'ai mal a maintas gens. 

(Le l'esté de la page est. blanc, de ■tnénie que les fol. 13 a-14 h.) 

(A suivre.) 

III 

LA PREMIÈRE RÉUNION DES ÉTATS DE LANGUEDOC 
SOUS LOUIS XI 

On lit dans la nouvelle édition de VHistoire générale de 
Languedoc (t. XII, preuves, col. 175-177) une très intéres- 
sante lettre adressée au roi Louis XI par les commissaires 
(ju'il avait chargés de réunir les États de Languedoc à Mont- 
pellier, au mois de mars d'une année dont la date n'est pas 
explicitement donnée par le document, ler(uel est simple- 
ment daté du 14 mars. Les éditeurs attribuent cette lettre à 
l'année 1474, sans faire remarquer que les noms des signa- 
taires, au nombre de quatre, ne concordent pas avec les 
noms des commissaires désignés par le roi, le 4 janvier pré- 



MELANGES ET DOCUMENTS. 213 

cèdent, pour le représenter auprès des Etats. Aux termes 
des lettres royaux, les commissaires devaient être : l'èvêque 
du Puy (Jehan de Bourbon), les sires de Charlus (Geofroi 
de Chabannes) et du Lau (Antoine de (^astelnau), Imbert 
de Varey et Antoine Bayard^ Or les quatre noms qui se 
lisent au, bas de la lettre du 14 mars sont, d'après les édi- 
teurs, les suivants : Louis, Guillaume de Varye, B. de 
DoMS, Marimont. 

La première objection qui s'est présentée a mon esprit 
contre la date de 1474, c'est que, sans aucun doute possible, 
Guillaume de Varye, l'ancien associé de Jaques Cuer remis 
en faveur par Louis XI, était mort depuis plusieurs années 
à cette date, puisque le chancelier de France Pierre d'Oriole 
se préparait à épouser sa veuve, Charlotte de Bar, dès. le 
19 juin 1470^. D'autre part, les détails précis contenus dans 
cette lettre s'appliquent parfaitement et exclusivement (sans 
qu'il soit besoin d'insister sur ce point) à l'assemblée des 
États réunis à Montpellier en mars 1462, la première qui ait 
été convoquée par Louis XI depuis son avènement au trône 
(22 juillet 1461). A cette assemblée, comme l'ont dit les 
Bénédictins^ et comme un document publié par les nou- 
veaux éditeurs le prouve irréfutablement*, les commissaires 
du roi furent : Pons Guillem, seigneur de Clermont-Lodève, 
Guillaume de Varye, Bernard de Doms (alias cl'Olms) et 
Rémi de Marimont. Les signatures des trois derniers figu- 
rent au bas de la lettre du 14 mars, mais quel est l'énigma- 
tique « Louis » qui signe en tête? Évidemment, les nou- 
veaux éditeurs l'ont identifié avec Louis d'Amboise, évêque 
d'AIbi, substitué par Louis XI, le 6 mars 1474, à l'èvêque 
du Puy comme président des États et lieutenant du gouver- 
neur^, et qui, d'après les Bénédictins*', « présida comme prin- 
cipal commissaire du roi » les États de mars-avril 1475. 

1. Hist. de Lang., édit. Privât, XII, pr., col. 169. 

2. Voir le Père Anselme, Hist. généal., VI, 411. 
H. Hist. de Lang., XI, 44. 

4. Ibid., XII, preuves, col. 63. 
'). Ibid., XII, preuves, col. 171. 
. 6. Ibid., XI, 98. Cf. XII, preuves, col. 181, n" -84. 



214 ANNALES DU MIDI. 

De là la date qu'ils ont assignée à notre document \ sans 
prendre garde aux objections insurmontables qui s'élevaient 
là contre. 

Le nœud de la difficulté réside dans cette signature : 
Louis. Or, si l'on veut bien considérer attentivement le fac- 
similé ci-joint, pris sur l'original (Bibl. nat., franc. 20486, 
fol. 72), on se convaincra, sans discussion, qu'il faut lire : 
Pons. C'est une signature de grand seigneur, dont les carac- 
tères majestueusement espacés et l'N à l'envers ont pu don- 
ner le change; mais il n'y a aucun doute possible quand on 
y regarde de près. 



ti-r-ri—vi __.„_„^ ___n 

Nous avons là le premier commissaire royal auprès des 
États de mars 1462, Pons Guillem, seigneur de Clermont- 
Lodève, lieutenant du gouverneur, qui était alors le comte 
du Maine. Et la lettre collective des commissaires, re^dacée 
à sa vraie date, au premier contact du gouvernement per- 
sonnel de Louis XI avec les États de Languedoc, n'acquiert 
qu'à ce prix sa pleine valeur historique. 

La chronologie est un des deux yeux de l'histoire; mais 
cet œil doit avoir la paléographie pour rétine^. 

Antoine Thomas. 

1. Les Bénédictins ne donnent pas la liste des commissaires royaux aux 
États de mars 1474 : ils savent seulement que l'assemblée fut présidée 
par l'archevêque de Narbonne, Raynaud de Bourbon (Hist. de Lang., 
XI, 92). 

2. On ne saurait trop insister sur le danger des lectures hâtives, presque 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 215 



IV 

INFORMATION SECRÈTE CONTRE UN CURÉ DU BAS-LIMOUSIN 
ACCUSÉ DE MALÉFICES, 1475. 

Dressé par un notaire de l'évêché de Tulle, envoyé parlui au 
chapitre cathédral de Limoges, le document que nous repro- 
duisons ci-après appartient aujourd'hui au fonds de l'évê- 
ché de Limoges'. Etait-il donc passé des mains des chanoines 
à celles de l'évêque? Le fait est possible, et nous avons cru 
devoir respecter le classement que nous avons trouvé. 

L'analyse qui avait été donnée de ce document par un an- 
cien inventaire, et que le nôtre a suivi^, est celui-ci : Infor- 
mation secrète^ faite par le représentant de l'offlcial [de 
Tulle] contre un curé limousin accusé de maléfices, 1475. 
Il y avait hï de quoi piquer la curiosité et comme la promesse 
d'un paragraphe ajouté à ces Histoires de sorciers limou- 
sins que feu Louis Guibert racontait quelques mois avant sa 
mort^ L'évêque de Tulle, Denis de Bar, nommé dans l'acte, 
n'est-il pas, lui aussi, connu pour s'être occupé d'astrologie 
judiciaire*? Mais notre attente a été trompée. Bien que le 

inévitables dans les œuvi'es de longue haleine, mais que la critique a le 
devoir do relever et de rectitier, dans l'intérêt supérieur de la vérité. J'ai 
remarqué récemment, dans la brillante et solide Histoire de la mari^ie 
française de M. Cli. de La Roncière, t. II, p. 281, un extrait d'une lettre 
inédite de l'évêque du Puy, Jehan de Bourbon, au chancelier d'Oriole, où le 
« navigaige des galées » serait qualilié métaphoriquement de « principale 
mamelle de la substance et norriture du-païs de Languedoc ». Il y aurait 
de quoi rendre Sully jaloux. Mais en réalité c'est une autre métaphore 
qui s'est présentée à l'esprit de Jehan de Bourbon. J'ai vu la pièce (Bibl. 
nat., franc. 2811, fol. 104) et j'ai lu : « la principale mouielle\= moelle] 
de la substance et norriture du païs de Languedoc, et ressource (quant 
elle est bien conduite) du païs, ou (quant elle est mal conduite) appouvris- 
sement d'iceUuy. » 

1. C'est un cahier in-l" de 8 feuillets papier en assez mauvais état et 
d'une écriture parfois difficile. 

2. Invent. somm. des arch.dép. de la Haute-Vienne, série G. 774 (1908). 

3. Mém. de la Soc. des sciences... de la Creuse, 2" série, t. IX (1904), 
pp. 340-377. 

4. Voir l'abbé Nadaud, Chronologie des éoêques-comtes de Tulle, au 
nom. 



216 ANNALES DU MIDI. 

mot de maleftcia soit prononcé une fois par l'un des témoins 
cités, le prévenu, messire Antoine de Vincens (appelé aussi 
messire de Chanaliech, du nom de sa paroisse), n'était rien 
moins que sorcier. Ses pratiques sortaient moins de l'ordi- 
naire et relevaient seulement de la morale courante et de la 
discipline ecclésiastique. Il est accusé, en eiïet, d'avoir entre- 
tenu chez lui des concubines et d'avoir mis à mal {impreg- 
naoit) un assez grand nombre de femmes, dont plusieurs 
étaient mariées et deux étaient sœurs. En outre, il est dit 
blasphémateur du nom de Dieu et des Saints, et s'obstinant 
à ne point réciter les heures canoniales. Il n'y aurait donc 
pas lieu pour nous de nous arrêter à son cas si l'information 
secrète conduite par le représentant de l'évêque de Tulle 
ne révélait quelques traits intéressants, et s'il ne s'y rencon- 
trait çà et là des particularités dont les documents du temps 
sont fort avares. 

Ainsi, l'information se fit à Tulle à la requête de l'offlcial 
du diocèse, M*^ Jean Daugne. Les dépositions furent recueil- 
lies en trois fois : les 30 avril, 19 et 25 octobre 1475. 

Sur six témoins cités, l'un est savetier, l'autre boucher, 
l'autre ouvrier; un quatrième est dit clerc de profession; 
deux autres ne sont pas qualifiés, mais l'un est le propre 
neveu du prévenu. 

A remarquer aussi que le serment n'est déféré qu'à deux 
des témoins cités, sans qu'il soit dit pourquoi les quatre 
autres en sont dispensés. 

A relever encore qu'il est fait reproche à messire Antoine 
de Vincens de tenir un cheptel en commun avec plusieurs 
autres personnes, ce que lui interdisait sa fonction de curé 
de paroisse. 

Se prétendant exempt de la juridiction des évêques de 
Limoges et de Tulle, le prévenu invo(iue. à l'appui de son 
dire, certains privilèges obtenus de la cour de Rome, et il se 
réclame, à ce titre, de l'abbé de Grandmont, délégué du pape. 
Il y a là une situation juridique très particulière que les 
documents connus ne permettent pas encore de justifier plei- 
nement. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 217 

Quoique les « crimes » qui lui sont reprochés aient été 
coniniis soit à Tulle soit à Laguenne, qui est du même dio- 
cèse, Antoine de Vincens est renvoyé devant la juridiction 
de Limoges sous prétexte qu'il est prêtre habitué de ce dio- 
cèse. Ces considérations laissent deviner qu'il y eut plus 
d'une contestation à trancher, plus d'un point litigieux à 
examiner avant de décider à quel tribunal on livrerait le 
prévenu. 

L'issue de son procès ne nous est pas connue, mais il n'est 
pas impossible qu'on en retrouve trace quelque jour dans le 
fonds, non encore inventorié, de l'officialité de Limoges. 

Alfred Leroux. 

Iiiformacio secrète ad partem facta cum testibus infrascriplis 
per me Joliannem Arnaldi, notarium regium publicum, co[m]mis- 
sariumque et juratum curie ^ reverendi in Ghristo patris et domini, 
domini Dyonisii^, miseratione divina sancteque sedis apostolice 
gracia episcopi et domini in spirituaUbus et temporalibus dicte 
civitatis Tutelle, ac domini oflicialis et curie offlcialatus, ad 
infrascripta specialiter depputatum ad instaticiam seu requestam 
venerabilis viri domini et magistri Johannis Daugni, in decretis 
licenciati et in legijjiis bacailarii, procuratoris flscalis dicli domini 
reverendi ac ofticialis et curie predicti offlcialatus; actorem in 
bac causa ex officio adversus et contra domiuum Anlhonium de 
Vincens, loci Aquine^, rectorem parrochialis ecclesie de Chana- 
liech^, Lemovicensis diocesis, de et super maleflciis ac maleper- 
petratis per ipsiim dominum Anthonium super pluribus et diver- 
sis criminibus adulterii et aliis ; de et super quibus omniJjus 
fuerunt per me dictum Arnaldum, notarium et commissarium pre 
et infra scriptum examinât! et interroguati testes sequentes, unus 
post alium, diversis diebus, qui, inquam, dixerunt et depposue- 
runt proiit et quemadmodum in eorum et cujuslibet ipsorum dep- 

1. Curie semble avoir été exponctué. 

2. Denis de Bar occupa le siège de Tulle de 1-172 à 1495. Il est l'auteur 
d'un traité d'astrologie resté manuscrit. 

3. Auj. Laguenne, cant. sud de Tulle. Cf. Baluze, Hist. Tutellensis, 
col. 349 et 435. 

4. Auj. Chenaillers-Mascheix, cant. de Beaulieu, arr. de Brive (Cor. 
réze). Voy. le Fouillé de Nadaud, édité par M. le chanoine Lecler, 
p. 753. 

A.NNALES DU MIDI. — XXL 15 



218 ANNALES DU MIDI. 

positionibus ail partem desci"[ibitur et] latins continetiir, anno 
Domini millesimo quadringeiitesimo sepluagesiino quarto et die 
ultima mensis aprilis et aliisdiebus infra[scnptisj. 

Et primo, Johannes Frayser, semellator loci Aquine, etatis 
quadraginta annorum, memorie vero triginta, testis pro parte et 
ad instaiiciam dicti procuratoris citatus, productus, jiiratus et exa- 
minatus, qui dixit et depposait quod dorainus Antlionius de Vin- 
cens, i-ector parrochialis eglesie {sic) de Chanaliech, habitator 
Aquine, est publiée dilfatnatus in civitate Tutelle [sic) et in loco 
Aquine; quod est ribaldus pubiicus et quod cognovit carnaliter 
plures mulieres suspectas, de crimine adulterii tam dififamatas 
quam alias non ditîamatas ; et plures impregnavit, ut dici audivit 
idem testis loquens (et boc a quindecim aiMiis citra proxime pre- 
teritis), et inter alias quamdam vocatam Jol)anela[m], que stetit (?) 
et solebat morari cum Johanne del Puech alias Lachiesa, 
Tutelle; et quamdam Johannam de Tenesa, de quodam puero 
masculo, ut i[)se testis scit et demandavit; item et quamdam aliam 
de prioratu (?) Lemovicensi, ut ipse testis loquens scit. Nam ipse 
de Chanaliech'^ pueruin recepit et nutrivit seu nutriri fecit atque 
adhuc tenet. Et dixit ulterius idem testis loquens quod ipse rector 
de Chanaliech est publiée diffamatus in loco Aquine de blaffamia. 
Nam est jurator Dei et Sanclorum ac pubiicus blafi'amator. Et lioe 
est quod se scire dixit idem testis loquens super preambulo pre- 
sentis informationis^. 

Anno et die prediciis. 

Jobannes de Chamayvach, in sacris ordinibus constitutus. loci 
Aquine, etatis viginti septem annorum, testis i)ro parte et ad ins- 
tanciam procuratoris predicti domini reverendi citatus, productus, 
juratus et examinatus, qui dixit et depposuit quod ipse agnovit et 
agnoscit dominum Anthonium de Vincens, rectorem de Chana- 
liech Lemovicensis diocesis, quiquidem est famatus et habet 
famam essendi ribaldum diffamatum ; et de hoc est vox et fama 
publica quod sit^ ribaldus; ipse de Vincens habet famam tenendi 
plures mulieres tam dilîamatas et suspectas de crimine adulterii 
quam sécrétas de eodem, et etiam plures mulieres imi)i'egnavit, ut 

1. Ici et plus loin ipse de Chanaliech désigne le prévenu Antoine de 
Vincens, curé de Oliaiuiliecli. 
'l. C'est le seul cas oix ce mot soiL écrit eu toutes lettres avec un /. 
3. Le texte porte scit. 



MÉLANGES ET DOCDMENTS. 219 

ilicit, et inler alias a viginti annis citra quamdain vocataiii 
Johannam de Tenesa ; et de pluribus aliis est ditïamatas; et ista 
siint plus quam notoria in dicto loco Aquine. Et hoc est quod se 
scire dixit super preanibulo presentis informacionis. 

Anno et die predictis. 

Johannes Chiesa, macellarius Tutelle, etatis sexaginta anno- 
rum, memorie quinquaginta annorum, testis pro parte et ad ins- 
tanciam dicti procuratoris citatus, productus, juratus et exami- 
natus, qui dixit et depposuit quod ipse testis loquens agnovit 
dominum Anthonium de Vincens, rectorem parrochialis egle- 
sie (sic) de Chanaliech, prout et cognoscit; qui de Vincens rector 
predictus cognovit carnaliter quamdam mulierem vocatam 
Johanela[uî] et eamdem impregnavit et post eamdem tenuit pênes 
ipsuui testem pro certo tempore^ pro eo quia ipse testis habet 
sororem ipsius rectoris in uxoreni. Et iterato paulo post, idem 
de Vincens eanidein Johanelam existentem peiies ipsum testem 
loquentem impregnavit, ut ipse scit. Et etiam impregnavit quam- 
dam aliam vocatam Johanam de Tenesa, Aquine, ut ipse audivit 
dici. Item, etiam impregnavit quamdam aliam mansi dels 
Spinatz, nunc uxorem Johannis Despines, de quadam filia quam 
ipse de Chanaliech tenuil et tenet in suam 2, et ipse testis habet 
peues ipsum adhuc. Item, etiam impregnavit de quadam filia 
quamdam 3, nunc uxorem Nicholay de Layguiranda, Aquine; et 
hoc e>t notum et manit'estum. Interrogatus quomodo scit pre- 
missa, dixit quod dicta de Layguiranda portavit eidem domino 
Anthonio de Vincens, reclori predicto, dictam filiam de qua ipsnm 
impregnaverat. Et dictus dominus Anthonius eamdem recepit et 
nutrivit seu ijutriri fecit et postraodum ipsam uxoravit. Et adhuc 
tenet ipsam Johanelam in civitate Tutelle in concubinam, pen.es 
relictam quondam Johannis Denlraiguas. Et de hoc est vox et 
fama publica tam in civitate Tutelle quam in loco Aquine ipsum 
esse ribaldum publicum et diffamatum de crimiiie adulterii; 
dicens ulterius quod a pauco tempore citra ipse impregnavit 
quamdam filiam mansi del Solier, parrochie de Chanaliech ; 

1. Le scribe avait d'abord mis per certu?n tempus, qui serait phis cor- 
rect. 

2. C'est-à-dire reconnaît pour sienne. 

3. Il faut probablement suppléer ici quelques mots : mulierem x^oca- 
tam Delaygiiiranda, qui nous sont fournis par la phrase suivante. 



220 ANNALES DU MIDI. 

dicens hoc scire, nam dicla filia depposuit (ut ipse teslis loquens 
s[c]it pro eo quia deppositioiiem vidit) quod erat pregnans sive 
gravida de quodam puero ; que mulier, luediante dicto domino 
Anthonio de Vincens rectore predicto , impregnata erat'. Estque 
ipse dominus Anthonius blaffamator Dei et Sanctorum tenetque 
accapitale^ cnm pluribns et diversis gentibns, licet non fieri 
debeAt cum Iiabeat curam animarnni , nt idem lestis loquens 
crédit. Dixilque ullerius idem testis loquens quod ipse audivit 
dici eidem rectori pluries et sepissime quod ipse non dubitabat^ 
dominos episcopos Lemovicensem et Tutellensem, unum nichil*, 
pro eo quia pretendebat et prétendit esse exemptus ab eorum juri- 
dictione temporali, privilegiatus et de^ numéro privilegiatorum 
ecclesie Lemovicensis, ratione^ certorum privilegiorum a sede 
apostolica concessorum ; el quod abbas de Grandimonte erat judex 
deleguatus', quare^de juridiclionibus predictis non faciebat com- 
potum. Et hoc est quod se scire dixit super preambulo dicte infor- 
macionis. 

Anno et die predictis. 

Johannes de Layguirenda, loci Aquine, etatis quadraginta anno- 
rum et ultra, memorie vero triginta, testis pro parte et ad instan- 
ciam predicti procuratoris fiscalis ci talus, productus, jura tus et 
examinatus, qui dixit et depposuit quod dominus Anthonius de 
Vincens, loci Aquine, rector eglesie {sic) parrochialis de Chana- 
tiecli, est ditïamatus de pluribus mulieribus; nam plures mulieres 
cognovit carnaliter ac impregnavit, et inter alias quamdam Joha- 
nam deTenesa; dicens hoc scire, nam ipse Vincefis dictum pue- 
rum tenuit et tenet in suum^ in sua domo et eumdem puerum 
nutrivit pênes se et suis sumptibus et expensis, ut ipse testis 
loquens vidit. Et etiam impregnavit quamdam vocatam Johane- 
lam de ChanaUech de quodam puero, quem accepit in suum et in 

1. Le texte porte impreynaverat. 

2. Ce qu'on appelle auj. en Limousin un cheptel. 

;}. Dubitare dans le sens de timere, tnetuere. Cf. Ou Gange, Glos- 
saire. 

4. Le scribe n'a-t-il pas voulu dire imum nec alium ? 

5. Un mot exponctué à cet endroit. 

6. Le mot certorum, écrit deux fois, a été exponctué d'une manière 
incomplète. 

7. Délégué de la cour de Rome. 

H. Le mot qiiare forme pléonasme avec quod. 

î). 11 faut comprendre ici comme plus luuit que Vincens reconncût pour 
sien ledit bâtard. 



MÉLANGKS ET DOCUMENTS. 221 

sua ilomo nutrivit seu nutriri fecit. Estque ribaldus et diffamatus, 
tain pi'o predictis mulieribus quam aliis, easdem tenendi, equilandi 
et carnaliter cognoscendi. Et de lioc est vox et famnia (sic) piiblica, 
notoria et manifesta. Et hoc est qiiod se scire dixit et depposuit 
super preambulo informaciouis. 

Die dechna nona inensis octobrls anno predicto. 

Nobilis Nicholaus de Fonte alias de Vincens, halnlator Aquine, 
etatis quadraginta annorum, memorie vero triginta, testis pro 
parte et ad instanciam predicti procuratoris citatus, productus, 
juratus et examinatus, qui dixit et depposuit, niedio suojura- 
mentoS quod cognoscit doniinum Anthoniuni de Vincens, ejus 
avunculiim, pro eo quia pluries conversavit cuni eodem. Ipseque 
rector de Chanaliech in parrochia^sua cognovit plures mulieres, 
videlicet duas tilias sorores non suspectas de crimiiie adnlterii, 
mansi de la Cumbd parochie de Chanaliech, prout vox et fania 
publica convolât in dicto loco sive parrochia de Chanaliech, et 
unam illarum impregnavit, ut ipse scit; nam ad preces dicti rec- 
toris ipse testis ivit de dicto loco Aquine ad mansum del Puech, 
causa tenendi dictum puerum et causa pacifficandi niurmur, cri- 
men et delictum cum parentibus et amicis, sic et taliter quod eam- 
dem uxoravit in loco Despines; et aliam sororeni. ut vox et fama 
publica similiter convolât, in sua perochia {sic) cognovit carnaliter; 
dicens ulteriiis dictiis testis quod ipse rectoi' a sex vel septem annis 
citra tenuit quamdam mulierem vocatain Johanehi[m], loci de 
Chanaliech, quam duxit de loco de Chanaliech ad locum Aquine; 
et ibidem eamdem tenuit unum anninn in concubinam, quam 
cognovit carnaliter et eamdem impregnavit de uno puero, et de 
loco Aquine duxit seu duci fecit apud civitatem Tutelle {sic) pênes 
Johannem Lachyesa, servientem Montisijessulani, quam semper 
in concubinam tenuit eamdem Jo]ianela[m] spacio duonim anno- 
rum seu circa; dicens ulterius idem testis quod a sex annis cilra 
ipse dominus Anthonius de Vincens, reclov de Chanaliech, cstma- 
liter cognovit quamdam nuncupatam Tonina[m] Sancti-Boniti 
Xlvernh'^. Et eamdem tenuit in concubina[m] tam in loco de Cha- 

1. C'est la première fois que le serment est déféré aux témoins cités dans 
cette procédure. 

2. Ne faudrait-il pas lire Toninam Alver)ih ['parrochie'] Sti Boniti? 
Ces sortes d'inversions ne sont pas rares dans les textes du moyen âge. 
-^ Il s'agit vraisemblablement de Saint-Bonnel-Avalouze, cant. sud de 
Tulle. 



222 ANNALES DD MIDI. 

naliech quam in loco Aquine; in quibus locis ipsam cognovit 
carnaliter, prout crédit [ipse testis], nam aliàs eamdem non 
tenuisset; depponens insuper quod a decem annis citra in loco 
Aquine tenuit quamdam Anthoniam de Pelicier, suspectam de 
criaiine adiilterii, in oonouljinam; quam teiiuit absconsam in sua 
domo sive Aquine. et in donio de Herbelh, prout ipse scit. Nam 
ipse testis loquens eamdem reperit et de dicta domo cepit et tradi- 
dit patri suo, videlicet dicte tilie. Et dixit idem testis loquens quod 
cognovit eamdem carnaliter, nam pro alia causa nisi cognoscendi 
dictam mulierem non tenebat nec tenuit. Et ipsa sic tradita ejus 
pati'i, ipse pater eamdem duxit ad domum suam, et post aliquod 
tempus ipse pater et ejus maritiis ipsam Anthoniam amisernnt et 
ipse de Chanaliech eamdem furatus fuit. Nam idem testis loquens 
aiidivit dici parvo priori de Donarello qui morabat tune Lemo- 
vicis', quod ipse de Clianaliedi eidem priori dictam Anthoniam 
tradiderat; dicens ulterius idem testis loquens quod dictus rector 
de Chanaliech ab uno anno citra, quadam die de qua non recole- 
bat, annegavit^ D[eum] seu blafltemando juravit Deum et virgi- 
nem Mariam in una die quinquaginta et duas vices et infra unam 
lîoram viginti vices anneguando' Deum, ut ipse testis audivit. 
Estque ipse de Chanaliech blaffamator publicus etde hoc est vox 
et famma publica; dicens ulterius idem testis loquens quod dictus 
dominus Anthonius de Yincens, rector de Chanaliech, omisit et 
omittit dietim dicere ordinem suum et horas canonicas légère, 
prout ipse* scit, reddens rationem sui dicti quia nusquam ad 
dicendnm ordinem suum seu horas non stetit*, nec sciât quod 
potuisset dicere matulinas nostre Domine alia ratione quia non 
habet breviaritim nisi uninii plarimorum virginum. alia ratione 
quia nusquam dixit horas suas cum cap{)ellanis Aquine. Etde hoc 
est vox et fama publica inter presbiteros Aquine. l^^t de omnibus 
premissis est vox et fama publica inter noticiamhabentes de ipso; 
dicens ulterius idem testis loquens quod ipse^ nesciret morari quin 
non teneat aliquam mulierem suspectam de crimine adulterii. 

1. Le texte porte Lemovicen... avec un siyilo d'abréviation par suspen- 
sion. 
2 et 3. Pour abnegavit, abnegando. 

4. Le mot ipse est répété deux fois : ipe, ipse. 

5. Le texte porte estetit. 

6. Ipse se rapporte à l'accusé. Le sens de la phrase paraît être colui-ci : 
le même témoin disant que ledit Antoine de Vincens ne saurait demeurer 
sans tenir chez hii quelque femme suspecte... 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 223 

Item, et iiiipreornavit quamdam aliam muliereni, filiain Anthonii 
del Solier, parrochie i)iv(licte, quam habuit et cognovit carnaliter 
violenter, ut dici aiiilivit a niagislro Petro Andraldi qui, ut ordi- 
narius loci ubi crimen ei'at perpetralum, fecerat inforuialioiies. Et 
etiam ipsa filia confessa fuit in sua deppositione eanideni raptain 
fuis«»^ violenter quani iuipregnavil. Et postmodum tradidit ipse 
de Chnnaliech puerum. Et hoc est quod se scire dixit su|)er 
preambiilo dictarum informacionum. 

Die vero vicesima quinta mensis predicti oclobris 
an7io predicto. 

Dilectus in Chi'isto dominus Bernardus de Maschnc. lîlius 
Johannis de Mdschac, fal)ri' loci Aquine, testis pro parte et ad 
instanciani predicti prociiratoris citatus, productus, juratus et 
examinalus super contentis in preambiilo presentis inforniacionis, 
qui dixil et depposuit, suo juranlento medio, quod cognoscit do- 
miuuin Anllionium de Yincens, presbitfrum, cappellanum de 
Chanaliech, pro eo quia pluries et sepe a longuo tenipore citra 
conversavit cum eodem ; depponens insuper quod est publice dif- 
famatus, prout vox et fama publica convolât, de crimine adiillerii. 
Estque etiam difïamatus cognoscendi carnaliter plures mulieres 
que sunt suspecte de crimine adulterii. Interrogatus idem testis 
loquens si scit que sunt ille, dixit et respondit quod ipse rector 
de Chanaliech , s. quatuor annis citra tenuit Tutelle quamdam 
muliereni vocatam Jolianeta[m], suspectam de crimine adulterii, 
pênes Johannem del Puech, servientem Montispessulani; de qua 
Johaneta idem rector de Chanaliech habuit unum vel duos 
pueros. Dicens ulterius quod eamdem Johanetam de civitate 
Tutelle ad locum Aquine et hoc ad domum dicli de Chanaliech 
pei- Stephanum de Vi>icens, fratrem dicti rectoris, adduci fecit, 
reddens rationem sui dicti, nam ipse testis loquens dictam Joha- 
netam vidit intus cameram dicti de Chanaliech absconsam, quam 
non dimittebat" idem rfe Chanaliech exire a caméra sua ad fines 
ut 3 agentibus loci Aquine non videretur. Interrogatus si idem 
de Chanaliech cum eadem cubabat, dixit se nescire, sed bene 
crédit quod eamdem tenebat ibidem in concubinam plus quam 

1. I^e mot Tutelle qui vient ensuite paraît avoir été exponctué. 

2. Dans le sens de permittebat. 

3. Après ut, le mot «e a été exponctué. 



224 ANNALES DU MIDI. 

causa ven[den]di linum. Et crédit etiam idem testis loquens quod 
eamdem tenebat causa cognoscendi carnaliteret non aliàs; dicens 
ulterius idem testis loquens quod, qiioniam idem dominus Antho- 
nius de Vincens sentit et sentiebat quod habitatores loci Aquine 
sciebant dictam mnlierem diffamatam esse in sua caméra loci 
Aquine, eamdem duci faciebat ad civitatem Tutelle, dicens insuper 
(quod idem testis audivit dici domino Johanni del Solier) quod 
ipse dominus Anthonius de Vincens eidem confessus fuerat quod 
cognoverat duas sorores, ut eidem Solier idem testis audivit dici. 
Inlerrogatus idem testis loquens si scit quod cognoverat aliquas 
mulieres, dixit et respondit quod ipse de Vincens cognovit carna- 
liler quamdammulierem diffamatam decrimine adulterii, vocatam 
Tonina[m] de Pelhicier, qimm eidem testi loquenti tradere voluit, 
sed ipse eamdem reffutavit, ut dixit; dicens insuper idem testis 
loquens super ordine dicendo quod ipse de Vincens dixit ut testis 
precedens; super blaffamia dixit idem testis quod est blaflfamator 
publions. Et hoc est quod se scire dixit super preambulo dictarum 
informacionum. 

Arnaldus, notarius, graffarius ac commissarius pro 
domino predicto. Unus post alium ad partem ita 
depposuit, anno et diebus predictis. 

(Au dos, d'une écriture du teinps) : 

Facit pro exempcione, quia dominus Anthonius de Vincens ha- 
bituatiis et beneliciatus in ecclesia^ Lemovicensi fuit per dominum 
Tnteliensem in vim exeniptionis remissus, etc. 

Vobis honorabiiibus viris dominis de capitulo ecclesie Lemovi- 
censis présentes informaciones nd partem facte cum testibus 
infrascriptis per magistriim infi-ascriptum ad instnnciam procura- 
toris transmituntur pro débita justicia a[d]ministranda et reman- 
dantur^ per gratfarium et commissarium dicte curie offlcialatus. 

J. Arnaldi. 

(Plus bas, trois courtes lignes, d'une écriture du temps, dé- 
chirées en plusieurs endroits). 



1. Ecclesia signifie ici diocèse. 

2. La leçon est douteuse. Il semble l^ien qu'il y n\\ rammithnitur. 



GOMPTKS RENDUS CRITIQUES 



Pierre Alphonse. Disciplines de Clergie et de Moralités, 

traduites en gascon girondin du xive-xv*' siècle, publiées 
pour la première fois d'après un ms. de la Bibliothèque 
Nationale de Madrid, avec facsimilé, carte, étude morpho- 
logique, etc., par Jean Ducamin. Toulouse, Ed. Privât, 1908; 
1 vol. in-S" de xxvii-304 pages. 

Voici une publication impatiemment attendue" de tous ceux qui 
s'intéressent aux choses de Gascogne, et dont on ne saurait trop 
remercier M. Ducamin d'avoir enrichi celte « vieille littérature si 
pauvre », comme il le dit dans sa dédicace à M. Menéndez Pidal. 
Il y a déjà trente ans que Milà y Fontanals avait signalé cette tra- 
duction de la Clergie de Discipline, non point catalane, ainsi que le 
bruit en avait couru, mais « gasconne ou plutôt l)éarnaise •■. Sur 
cette indication assez vague, V. Lespy fit prendre en 1885 une co- 
pie du manuscrit, dont il parait s'être peu servi pour la rédaction 
de son Dictionnaire, et qu'il ne publia point, comme il en avait 
eu d'abord l'intention. Qu'est devenue cette copie ? On l'ignore. Ce 
qui est certain, c'est que, lorsque M. D. vit le manuscrit à la 
Bibliothèque nationale île Madrid, il reconnut bien vite que la tra- 
duction en question ne se rattachait point linguistiquement au 
Béarn, mais au nord de la zone gasconne. Depuis, pour toutes 
sortes de raisons exposées ici dans la préface, il s'est écoulé encore 
presque une dizaine d'années, et l'édition vient seulement entin 
de paraître. 

Disons tout de suite que l'éditeur — comme l'a démontré M. P. 
Meyer dans un récent Ciihier de la Romania (xxxvii, p. 616 suiv.) 
— parait avoir commis dans l'attribution des deux textes publiés 
une légère erreur. Le premier seul de ces textes, c'est-à-dire la 



226 ANNALES DU MIDI. 

Clergie de Biscipline, est l'œuvre du juif converti Pierre Alplionse ; 
le second (celui qui commence ici à la page 70), est un livre de 
Moralités, où se trouve reproduit en somme le traité écrit pendant 
la première moitié du xiie siècle par le célèbre docteur Guillaume 
de Conches, sous le titre de Mordlium dogma philosophorum.. Du 
reste, en l'espèce, cette question d'attribution n'a qu'une impor- 
tance secondaire, puisque aussi bien les deux traductions ont été 
faites à la même époque (première moitié du xve siècle), et écrites 
dans un dialecte uniforme qu'il s'a^-issait de déterminer. L'une et 
l'autre sont des traductions du second degré, en ce sens qu'elles 
reposent sur des versions françaises antérieures : voilà qui éclate 
aux nombreux gallicismes de toutes sortes dont elles sont semées, 
et quelle preuve plus forte en voudrait-on que l'amusante bévue 
signalée ici p. xix, celle du traducteur gascon rendant par aiica 
le mot loye (c'est-à-dire lié = ligatum), ((u'il a lu Voye ? Je sais 
bien que l'éditeur aurait pu rechercher d'une façon plus systéma- 
tique qu'il ne l'a fait la cause de ces divergences qu'offre le gas- 
con par rapport aux originaux français : ceci tient à ce qu'il a voulu 
avant tout nous donner les textes eux-mêmes, c'est-à-dire une re- 
production consciencieuse du manuscrit de Madrid, et, en somme, 
c'est bien là ce qu'il nous importait d'avoir. J'ajouterai que la 
Clergie de Discipline, consistant en petits contes orientaux tout 
semés de dialogues, est en effet une œuvre très vivante, propre à 
nous faire voir un peu quelle était, au dél)ut du xve siècle, l'allure 
de l'idiome gascon parlé : elle est à cet égard bien supérieure aux 
Moralités de Guillaume de Conches qui. procédant surtout par 
définitions et considérations abstraites, se rapprochent beaucoup 
plus de la langue que nous connaissions déjà par les chartes et 
autres documents juridiques. 

M. D. ne s'est pas contenté de donner le texte, il l'a accompagné 
d'une étude linguistique, que je demanderai la permission de signa- 
ler avec quelque détail parce qu'elle est fort intéressante et vrai- 
ment originale sur bien des points. Kn principe, cette étude devait 
être complète, c'est-à-dire emlirasser la ])honéti(jue. la morpliolo- 
gie, la syntaxe : et il y avait effectivement des faits curieux à 
signaler dans ces divers ordres d'idées, des statistiques à établir, 
ne fût-ce que celle des gallicismes (emploi presque constant du 
pronom et devant les verbes, de l'indélini otn, renforcement ordi- 
naire de la négation par pas, pttnl, etc.). Pour des raisons que 
nous n'avons pas à a])précier ici. |iar suite des nouvelles condi- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 227 

tions de son existence, rauteiir a renoncé à cet exposé complet des 
faits; il s'est borné à celui de la conjugaison, par lequel il avait 
commencé, comme il est assez naturel, et qui s'élait trouvé achevé 
avant le reste. Le relevé alphabétique des formes verbales n'oc- 
cupe pas ici iHoins de 80 pages; l'étude où est discutée la genèse 
de ces formes en tient une centaine : c'est dire avec quel soin mi- 
nutieux le travail a été fait, et j'y reviendrai tout à l'heure, mais 
il faut signaler d'abord les quelques pages de l'Introduction où 
M. D. s'est servi de l'étude ébauchée sur la phonétique du texte 
pour essayer de le localiser dans la mesure du possible. 

Et que le texte appartienne au nord de la zone gasconne, non 
point au Béarn ou aux régions de l'est, la chose est assez visible 
de soi pour toutes sortes de raisons, et un œil quelque peu exercé 
ne pouvait guère s'y méprendre. Mais il fallait arriver à des pré- 
cisions plus grandes, et là était la difficulté. .Je crois qu'elle a été 
résolue ici pour le mieux, et que la localisation ]u-oposée — un 
endroit de l'Entre-deux-Mprs entre Targon et Langon — est en 
Somme fort acceptable. J'avoue que je serais pour ma part arrivé 
à un résultat presque identique, en ne me servant pas tout à fait 
des mêmes critériums, et surtout en attribuant moins d'absolue 
certitude que ne le fait M. D. aux données de V Atlas li)igui.sliqi(c. 
Il a bien fait de n'accorder qu'une importance très relative aux 
formes archaïques comme rnin, siv, oncon, ces formes nasalisées 
se trouvant un peu diffuses çà et là dans les anciens textes du 
Bordelais et même du Bazadais ou des Landes. En somme, il s'est 
presque uniquement appuyé sur les transformations subies au 
nord-ouest de la Gascogne par Yo latin dans des mots comme hue, 
hiilhe. nnyt (notons que les deux premiers appartiennent aussi au 
Bazadais, que le troisième a conservé cette forme à côté de nœyt 
bien plus que ne l'indique V Atlas linguistique). Il eût été prudent 
de faire intervenir d'autres caractères phonétiques, et, ici par exem- 
ple la transformation du suffixe -ariii, ou le résultat de c + e,i et 
de t + y dans aitcellum, rationcm. Par le premier de ces crité- 
riums, le Bazadais (où s'est opéré de bonne heure un mélange de 
-ey, féminin -ère) était exclu, puisque le texte offre deney, ribeyra: 
mais le second empêchait, en revanche, d'aller trop à l'ouest, vers 
la région où apparaissent audct, radon dès le xiiie siècle, puisque 
le texte offre atizet et rason. Je me contente, bien entendu, d'in- 
diquer la chose, et n'ai pas l'intention de refaire ici un travail bien 
fait, quoique par des procédés un peu différents : je le dois d'au- 



228 ANNALES DU MIDI. 

tant moins que j'aboutis, je le répète, à une conclusion identique, 
ou même moins précise, à un carré compris entre Targon, Sauve- 
terre, La Réole et Saint-Macaire. 

Parmi les caractères accessoires dont s'est servi M. D. pour ses 
délimitations géographiques, il est évident que l'emploi simul- 
tané des impersonnels eau et faut (surtout dans un texte du 
xve siècle et directement traduit du français) ne saurait avoir 
qu'une valeur des plus minces. Je ne puis me résomlre à en dire 
autant de l'usage du terme beguey au sens de «coq » : c'est là un 
fait lexicographique bien cui'ieux, ef dont les exemples anciens 
sont rares. Il suffirait à lui seul pour permettre de l'œuvre une 
première localisation toute générale, car il est bien connu que, si 
les termes hasa[n) et jpout se partagent à peu près la Gascogne, 
l'un à l'ouest, l'autre à l'est, cependant le nord de la zone a 
adopté pour exprimer la même idée le latin vicarium. De quand 
date cette dénomination du coq, et à quoi est-elle due ? Faut-il y 
reconnaître, comme le propose ingénieusement M. D., l'influence 
d'une « anecdote sur quelque viguier particulièrement galant » ? 
C'est fort possible ; mais il se peut aussi que nous ayons affaire 
à une simple métaphore, que par une sorte d'ironie populaire 
on ait assimilé avec le représentant de l'autorité le volatile épe- 
ronné et casqué, au plumage éclatant et à la voix sonore. Quoi 
qu'il en soit, la dénomination de bcgucy ou higuey (il n'y a pas 
de distinction à établir entre ces formes, et plus à l'est on trouve 
higuè), s'étend aujourd'hui sur tout le Médoc et le Bordelais, au 
sud jusqu'à la Teste et aux environs de Belin : mais le Bazadais, 
y compris Langon, dit hasan. Le type qui représente vicarium 
semble même avoir remonté le cours de la Garonne, car on le 
retrouve à Meilhan, à Bouglon, au Mas-d'A gênais, à Tonneins et 
enfin à Port-Sainte-Marie, qui est le point extrême de diffusion du 
côté de l'est. Sa dilïusion, vers le nord, est très limitée, car on 
rencontre gau ou jau dès Marmande (aussi à Duras, à Pellegrue), 
et d'autre part, si beguey occu[)e à peu près l'Entre-deux-Mers, 
c'est du français coq qu'on se sert à Gastillon et à Libourne. 

Il me reste maintenant à parler de cette « Etude sur les verbes «, 
qui a été conçue avec tant d'ampleur et de rigueur méthodique, 
par où M. D. ajoute tant de vues nouvelles au travail connu de 
M. Zauner sur la conjugaison béarnaise, et à celui que j'ai fait 
moi-même jadis sur la conjugaison dans les documents bordelais. 
J'y trouve rl'abord — et c'est ce qu'il faut signaler avant tout — 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 229 

une discussion approfondie sur l'origine et le développement de 
l'imparfait gascon en -i, -es, -é : au fond, c'est la grosse question, 
celle qui reste toujours plus ou moins pendante. M. D. l'a posée 
d'une façon plus précise qu'elle ne l'avait été jusqu'ici, et ne lui a 
pas consacré moins de vingt-cinq pages (pp. 160-185). J'aurais mau- 
vaise grâce à ne pas accepter la solution à laquelle il aboutit, 
puisque c'est précisément celle que j'avais proposée moi-même 
(transformation de la flexion -ia), d'une façon bien sommaire, il 
est vrai, et trop superficielle, (^ette solution, il la défend (et déjà 
il l'avait fait il y a une dizaine d'années) contre l'hypothèse de 
M. Zauner faisant intervenir une fusion avec les parfaits en -dedi, 
hypothèse que rend fort problématique la qualité des voyelles, 
pour ne pas parler de certaines raisons d'ordre sémantique. Au- 
jourd'hui, M. D. fait évanouir d'abord la difficulté d'ordre phoné- 
tique que j'avais cru devoir soulever autrefois : il pose très légiti- 
mement une série -ia, -ie, -i, et fait à ce propos un rapprochement 
ingénieux avec les faits espagnols, dont il faudra en effet tenir 
compte désormais. Le point délicat, comme il l'a bien compris, 
était d'expliquer pourquoi dans un paradigmeprimitif -i,-w,-», etc., 
1 sg. a gardé -i, tandis que 3 passait à -é, car c'est évidemment de 
là que découle tout le reste. Je crois bonnes les raisons ici don- 
nées pour que -i se soit fixé à 1. Mais pourquoi 3 -ë ? M. D. se tire 
d'affaire par une action réciproque qu'auraient exercée les uns 
sur les autres les verbes en -ère et en -ire ; il aboutit en somme 
(p. 174) à une formule d'analogie proportionnelle qui est la sui- 
vante « thème audi- : impf. 3 audi = thème abé- : impf. 3 abé ». 
C'est cette formule, pour tout dire, qui m'inquiète un peu, car 
a-t-on bien le droit dans l'établissement d'une proportionnalité de 
faire intervenir, à côté de formes réelles, quelque chose d'aussi 
purement abstrait que des thèmes verbaux ? .le ne sais. Et il ne 
faudrait pas dire qu'en l'espèce ce thème est identique après tout 
à l'infinitif : si l'auteur a eu plus loin (p. 179) le droit d'invoquer 
cette identité à propos de la création postérieure des imparfaits en 
-ébi, d'autre part il est bien certain qu'à l'époque où s'est constitué 
l'imparfait gascon proprement dit, les infinitifs se terminaient 
encore en -ir et -ér. Il y a donc là, à mon avis, une petite diffi- 
culté : quoique je n'aie rien à proposer en ce moment qui puisse 
contribuer à la lever, j'ai tenu à la signaler, mais je ne la crois 
point de nature à infirmer dans son ensemble la théorie qui est 
ici développée. M. D. a serré toute cette question de l'imparfait 



230 ANNAF.ES DU MIDI. 

de plus près qu'on ne l'avait fai*-^vant lui: il me parait avoir 
approché beaucoup de la vérité : encore un pas, et nous la 
tiendrons. 

Dans le reste de cette très consciencieuse étude sur les verbes 
gascons, j'ai fait, au courant de ma lecture, diverses observations 
de détail et relevé aussi quelques légères inexactitudes d'expres- 
sion, .le demande la permission d'en rapporter quelques-unes, en 
suivant l'ordre des pages, ne fût-ce que pour prouver à l'auteur 
l'intérêt que j'ai pris à son exposé. P. 126, les 2es personnes en 
-es au lieu de -as doivent être attribuées, je crois, à une transfor- 
mation phonétique, et actuellement"je n'aurais guère d'hésitation 
à cet égard. — P. 136, le pronom lur doit remonter à un type du 
lat. vulg. Hllûrum, qui est postulé pour une grande partie du sud 
de la Gaule, et qui s'est peut-être formé, à côté de illorum, sous 
l'intlnence de illûi ; d'autre part sue, pour soe, pourrait n'être 
qu'une graphie savante, mais ce n'est pas certain ; quant à butz 
(vôcem), en face de crotz (crûcem), je ne vois pas comm&nt rex[)li- 
quer, mais ce qui est certain, c'est qu'il a en Gascogne une assez 
large diffusion et est encore aujourd'hui usité à Bayonne. — 
P. 137, l'expression « verbes à préfixe a » appliquée à arrenega, 
arrelorna, etc., me semble peu heureuse, car il n'y a là très pro- 
bablement que le fait bien connu de phonétique gasconne a -f- r 
initial ; en tout cas, les exemples allégués à la suite sont de nature 
diverse et non expliqués, nrriu seul se rapportant au même déve- 
loppement, tandis que dans aglan il faut voir la glan coupé 
l'aglan, et dans assaber un produit de la formule des chartes 
so es a saber. ~ P. 138, dire que la coexistence des deux formes 
carca et carga s'explique par un « souci d'adoucir la répétition 
de ca », c'est présenter les choses d'une façon empirique et inad- 
missible : l'un est carr[i)care syncopé de bonne heure, l'autre 
'carregare ayant perdu l'atone seulement à cette étape. — P. 139, 
il est possible, mais non certain, qu'au xvne siècle la graphie hr 
représentât un r simple, car en réalité l'aspiration se fait encore 
sentir dans quelques cantons des Landes et aussi du côté des 
Pyrénées. — P. 143, l'explication donnée à propos de l'impératif 
ba est fort complexe, assez inutile d'ailleurs, puisque l'abrègement 
de vade en va est déjà attesté pour l'époque latine, voir C. /. L. 
XV, 625H. — P. 145, la production de fedi pour fatz d'après l'ana- 
logie de bedi remplaçant lui-même bey, est présentée d'une façon 
ingénieuse, mais qui ne parait pas absolument sûre. — P. 195, 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 231 

constatant l'existence de 1 sg. crey, l'auteur njoute que « à en 
juger par hade >> la forme rigoureusement plion(Mique eût été 
'creu : ceci n'a pas grind sens, et une telle forme, que je sache, 
n'existe, pour des r:iisons phonéti([ues bien connues, que dans le 
domaine catalan. Fia vérité, c'est que haii remonte au lat. vulg. 
'vao et que crey, ici comme ailleurs, représente 'credeo; cf. anc. 
ital. creggio, prov. crey, a. esp. creyo, etc. De plus, n propos de 
3 sg. hay, cay, crey, bey, etc., il est dit que << cette forme dans 
bede est analogique de 1 et, dans les autres verbes, elle est analo- 
gique de bede ». Mnis pourquoi donc attribuer toujours à cet uni- 
que verbe bede une action si i)répondéi-ante sur la formation de 
toute la conjugaison ? Puis, n'est-il pas dangereux de supposer 
une assimilation directe de la 3e personne à la Ire ? Je verrais, 
pour ma part, les choses sous un biais assez différent, et partirais 
plus volontiers de o sg. bay (remontant au lat. vulg. 'vail postulé 
aussi par l'anc. français) ; il a pu entrainer cay, et le reste s'en 
sera suivi, l'établissement d'une proportionnalité entre 1 et 3 
étant désormais possible. — P. 210. je relève l'expression franco- 
provençal, qui est un peu ambiguë, étant appliquée ici à l'ensem- 
ble de l'ancienne Gaule, tandis qu'on la réserve d'ordinaire pour 
une partie très spéciale de ce domaine. Quant à la question même 
soulevée dans ce passage, je ne veux pas entrer dans le détail, 
qui entraînerait trop loin : je me contenterai de dire que le type 
'pocso, supposé autrefois par G. Paris pour expliquer le fr. puis, 
est vraiment trop barbare et ne vaut plus la peine d'être signalé. 
Le seul type correct est 'posseo, combinaison du classique possum 
avec le vulg. potfio. — P. 212 enfin, il y a quelques inadvertan- 
ces. Et tout d'abord, il ne faudrait pas écrire ibo, libo, mais bien 
ibe, libe, les formes bayonnaises si connues : la finale féminine 
n'a jamais été o de ce côté. D'autre part, à propos de pœ, relevé 
dans ÏAllas linguistique sous le no 635, l'auteur dit : « C'est ou 
un gallicisme ou une forme explicable par quelque particularité 
dialectale que nous ignorons. » Il n'a pas fait attention que ce 
no 635 se réfère précisément à Andraut, village de la commun^ de 
Monségur, et qu'on est là en plein donuiine de la Petite Gavache- 
rie : il le savait pourtant, si nous nous en rapportons à ce qui a 
été dit à la p. xxvi de l'Introduction. 

Je ne veux point insister davantage, ni multiplier ces menues 
observations qui auront déjà paru bien longues au lecteur. Je ne 
les ai point faites pour diminuer en quoi que ce soit le mérite de 



232 ANNALES DU MIDI. 

cette publication. Je liens à répéter au contraire, eu terminant, 
que M. D. vient de nous donner à la fois un texte qui est d'un 
haut intérêt littéraire et philologique ; d'autre part, nue étude sur 
la conjugaison gasconne, qui est en somme l'effort le plus complet, 
le plus vigoureux, tenté jusqu'ici pour ordonner cette matière 
complexe et fuyante. .Je n'oublie pas non plus dans quelles condi- 
tions très spéciales ont achevé d'être rédigées ces pages, et que 
l'auteur n'a pas eu toujours à sa disposition tous les instruments 
nécessaires aux recherches de ce genre: mais en un sens il n'en a 
que plus de mérite à avoir mené son travail à bonne lin. Aussi 
n'est-ce pas sans une certaine mélancolie, sans beaucoup de 
regrets, pour mieux dire, que nous voyons l'auleur annoncer ce 
livre comme une sorte de testament scientifique, renoncer par 
humilité de cœur à ces études de dialectologie gasconnes, qui pou- 
vaient fonder sur lui, et si légitimement, tant d'espérances. Nous 
voulons croire cependant que ce n'est pas là son dernier mot, et 
que même autour de lui de bienveillantes influences sauront 
s'exercer en sens contraire, le délier de scrupules qui sont respec- 
tables, mais peut-êlre excessifs. Même en admettant en principe 
la vanité de nos sciences humaines, avons-nous le droit de nous 
soustraire à la tâche avant que la journée soit finie ? Que M. Du- 
camin se le demande, en toute sincérité de cœur, et je le prierai 
enfin de méditer un peu la piirase du vieux traducteur gascon, 
celle qu'il a eu à transcrire à la première page de son livre, et 
presque en tête : Car io no builh puni que la lumeyra de la 
gracie de sabiesse que Dius a tnese en myn sie couverte ny 
sarrade. E. Bourciez. 

Albert Boudon. La Sénéchaussée présidiale du Puy. 

Valence, iyO<S; in-8'j de 338 pages. 

Cet ouvrage, thèse pour le doctorat de la Faculté de droit de 
Grenoble, raconte les vicissitudes de l'organisation des justices 
royales dans le Velay. 

Ce pays n'eut longtemps qu'un bailliage, comprenant les deux 
sièges du Puy et de Alonlfaucon. M. Boudon aurait dû noter avec 
plus de netteté que ce bailliage n'était qu'un « bailliage infé- 
rieur », relevant de la sénéchaussée de Beaucaire comme ses voi- 
sins les deux bailliages inférieurs de Gévaudan et de Vivarais. Le 
bailliage du Velay ne jugeait même pas les appels contre les déci- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 233 

sions de la Cour commune du Puy, née en 1307 d'un pariage 
entre le roi et l'évêque du Puy. — M. Boudon nous donne les 
limites de ce bailliage et les changements qu'elles ont subis. Une 
carte aurait été fort utile ici pour nous permettre de mieux saisir 
ses explications, de constater l'enclievêtrement des localités rele- 
vant des deux sièges du Puy et de Montfaucon, et de suivre les 
modifications territoriales qui entraînèrent un démembrement du 
Velay à l'Ouest et au Nord, et, au contraire, des accroissements 
notables au Sud-Est, sur le versant rhodanien des monts du Viva- 
rais. M. B. aurait dû aussi comparer les limites qu'il nous donne 
pour le moyen âge et le xvie siècle avec celles que M, Brette est 
arrivé à établir pour le xviiie siècle dans son Atlas des séné- 
chaussées '. 

Au xvi^ siècle, l'organisation judiciaire du Velay changea. Une 
tentative faite en 1558 pour créer au Puy une sénéchaussée prési- 
diale échoua. Mais, en 1560, une sénéchaussée ordinaire et non 
présidiale fut créée, malgré les protestations de la sénéchaussée 
de Nimes. Enfin, en 1689, un présidial fut joint à cette séné- 
chaussée. Il dura jusqu'à la Révolution. M. B. aurait dû cepen- 
dant ajouter que, en 1788, le présidial du Puj'' fut rattaché au 
grand bailliage créé à Nimes. Ce grand bailliage de Nimes a 
fonctionné effectivement et a jugé de nombreux procès civils 2. 
Cependant M. B. n'en parle pas. Peut-être cette création n'a-t-elle 
laissé aucune trace dans les archives du Puy. 

Le livre de M. B. prête, à maints égards, à la critique. Son plan 
est souvent défectueux, parce qu'il a voulu trop systématiser. Il 
nous parle de l'extension géographique du baillinge du Velay 
(pp. 3 et suiv.) avant de parler de sa création. Dans chacune des 
périodes de l'histoire du siège du Velay, il classe et énumère les 
conflits d'attributions, avant de retracer l'histoire des magistrats 
du siège; et il sépare ainsi, artificiellement, des évéjiements qui 
s'enchevêtrent. Il eût peut-être été préférable d'adopter franchement 
l'ordre historique. — Puis, il y a des hors-d'œuvre. Tout ce que 
l'auteur nous dit sur les présidiaux (pp. 208 et suiv.) n'a rien de 
spécial au Puy et aurait pu être notablement écourté. Enfin, l'ou- 

1. M. B. aurait dû insister en particulier sur la création, en 1606. du 
bailliage de Villeneuve-de-Berg, qui fit perdre au Velay tout le bénéfice 
de ses acquisitions antérieures en Vivarais (sauf Fay-le-Froich. Cf. Revue 
de synthèse historique, n° 48, juin 19U8, p. 3U5 et suiv. (L. Villat, le Velay). 

2. Voir Marion, Le garde des sceaux Lamoignon et la réforme judi- 
ciaire de 1788. Paris, 1905, pp. 184 et suiv., 265. 

ANNALES DU MIDI. — XXI 16 



234 ANNALES DU MIDI. 

vrage se termine par un appendice (p. 267 à 269), courte noie sans 
références et sans documentation, consacrée aux États du Velay, 
et qui est ou incomplète ou inutile. Et cela dénote chez M. B. une 
certaine inexpérience. 

Mais surtout M. B. connaît mal Thistoirp générale de nos 
anciennes institutions. Il rapporte (pp. 83 et suiv.) une série de 
conflits au sein de la sénéchaussée : conflit entre les conseillers et 
les gens du roi au sujet des épices, dans lesquelles ces derniers 
veulent prendre leur part; conflit entre le juge-mage, qui prétend 
siéger seul, et les conseillers, qui veulent avoir le droit de siéger à 
ses côtés. Or, l'on ne peut bien comprendre ces conflits que si l'on 
se souvient que, primitivement, avocats du roi et conseillers n'ont 
eu aucun caractère officiel, le même personnage pouvant être à la 
fois, avocat des particuliers, avocat du roi et conseiller, et cela 
même auprès de plusieurs juridictions simultanément ^ 

Il y a un point, en particulier, qui aurait dû attirer l'attention 
de M. B., et sur lequel nous nous permettons d'insister. M. B., qui 
connaît le ti-avail de Laurain sur les présidiaux, ne semble pas 
au courant de la controverse qui, dans ces dernières années, a 
mis aux prises MM. Brette, Marion et Bloch^. Qu'est-ce au juste 

1. Eelevons encore des inexactitudes ou des obscurités, qui tiennent 
toutes à l'inexpérience de l'auteur et à l'insuffisance de ses connaissances 
générales. P. 70 : les donations et les testaments ne constituent pas des 
cas royaux, et M. Dupont-Ferrier, que M. B. invoque, ne l'a jamais dit. 

— P. 81 : au milieu des fonctions administratives de la sénéchaussée, 
l'auteur a fait une place au rôle du sénéchal dans la convocation du ban 
et de l'arrière-ban ; cependant, an xvi« siècle, comme il le dit lui-même, 
le sénéchal et les magistrats de la sénéchaussée ont des attributions net- 
tement séparées, et le sénéchal ne participe plus à l'administration de la 
justice. — P. 118 : Le Roux, conseiller au « Grand Conseil » vers 1565, 
est-il membre du. Conseil du Roi (parfois appelé Grand Conseil) ou du 
Grand Conseil de la justice? — P. 78 : le prévôt dont il est question 
n'est-il pas le prévôt de la maréchaussée? — M. B. aurait pu davantage 
utiliser les travaux de M. Noël Valois sur le Conseil du Roi. Il y aurait 
relevé quelques documents sur les guerres de religion dans le Velay, 
sous Charles IX {Le Conseil du Roi, pp. 850 et suiv.; 38:? et suiv.). Il 
aurait trouvé aussi, dans V Inventaire des arrêts du Conseil d'État sous 
le régne de Hetiri IV, n°» 12587 et 13891, la mention de Gaspard d'Avi- 
gnon, auditeur des comptes en la sénéchaussée du Puy. V. aussi, sur cette 
période, les publications indiquées par M. Villat, loc. cit., p. 3t)4 et suiv. 

— Des tableaux du personnel de la sénéchaussée et un index des noms 
propres auraient été fort utiles. 

2. Voir les articles de M. Brette et de M. Bloch dans la Révolution 
française, janvier et février 1901 (t. XL); Marion, Revue historique, 
t. LXXXIX (1905), pp. 80 et suiv. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 235 

qu'un présidial, et quelle est sa circonscription? Est-ce une cir- 
conscription nouvelle, et distincte de celle du bailliage ou de lu 
sénéchaussée auxquels il est joint? Englobe-t-elle d'autres bail- 
liages voisins, non pourvus eux-mêmes de sièges présidiaux ? On 
peut soutenir, avec M. Brette, que la création des présidiaux dans 
certains bailliages a eu pour seul effet de permettre à ces cours 
bailliagères de juger en dernier ressort certains procès, qu'elles 
jugeaient autrefois en première instance et sauf appel au Parle- 
ment; dans ce système, l'édit créateur des présidiaux n'a inté- 
ressé que ces seuls bailliages; pour les autres, rien n'a été changé 
et toutes les affaires, quel qu'ait été leur taux, ont pu êti'e portées 
en appel au Parlement comme par le passé. D'après cette théorie, 
les présidiaux seraient donc des bailliages d'un genre spécial et 
jugeant en dernier ressort certaines affaires, mais sans aucune 
compétence pour les afiaires des bailliages voisins. — Mais on 
peut soutenir, au contraire, avec MM. Bloch et Marion, que les 
présidiaux ont jugé souverainement et en dernier ressort, non 
seulement les cas présidiaux soulevés dans leur circonscription 
bailliagère, mais aussi les affaires similaires portées en première 
instance aux bailliages voisins. Dans cette opinion, la circons- 
cription du siège présidial peut être plus étendue comme présidial 
que comme bailliage, et elle peut comprendre, outre le bailliage 
présidial, un certain nombre de bailliages ordinaires. Pour les cas 
présidiaux, les bailliages non présidiaux ont comme tribunal 
d'appel le présidial, tandis que, pour les affaires plus importantes, 
le tribunal d'appel est toujours le Parlement i. 

Or, cette question, que chaque auteur d'une monographie de 
bailliage ou de sénéchaussée devrait se poser, a échappé à M. B. 
Et cependant ses recherches lui donnaient peut-être les éléments 
d'une solution. Il semble bien certain que le présidial du Puy, 
<iepuis sa création en 1689, n'a pas eu d'autre ressort que la séné- 

1. Et qu'arrivera-t-il pour les affaires d'importance moyenne, pour les 
cas prévus au second clief de l'Édit, pour les procès comportant une 
sentence du présidial susceptible d'appel au Parlement mais exécutoire 
malgré cet appel? Y aurait-il, pour ces affaires, un degré de plus de 
juridiction : 1" bailliage non présidial; 2° présidial; 3° appel, mais non 
suspensif, au Parlement? Cette question ne semble pas avoir été étudiée. 
— En 1777, cette catégorie d'affaires fut supprimée, et l'aijpel, dès qu'il 
était admis, redevint toujours suspensif. C'est là le sens de la note 2 de 
la page 209 du livre de M. B.. note qui semble incompréhensible à pre- 
mière vue. 



236 ANNALES DD MIDI. 

chaussée du Puy. Mais il faut se demander si, avant 1689, cotte 
sénéchaussée relevait, non seulement du Parlement de Toulouse 
pour les cas ordinaires, mais aussi d'un siège présidial (par 
exemple celui de Nimes) pour les cas présidiaux. La sénéchaussée 
du Puy, créée en 1560 comme sénéchaussée ordinaire, a-t-elle été 
rattachée, pour les cas présidiaux, à une autre sénéchaussée 
munie d'un présidial? 

Nous ne savons si les archives de Toulouse ou de Nimes 
auraient fourni une réponse à cette question. D'après ce que nous 
dit M. B. (p. 67), tous les appels contre les décisions de la séné- 
chaussée non présidiale du Puy sont portés au Parlement de Tou- 
louse. De plus, l'édit de 1689 qui crée le présidial du Puy ne 
mentionne, en fait de ressort antérieur pour les sentences rendues 
au Puy, que l'appel au Parlement de Toulouse; il ne parle pas 
d'appels portés à Nimes : et cela semble favorable à la thèse de 
M. Brette. Cependant nous apprenons (p. 185) que les magistrats 
de NuTies protestèrent, en 1635, contre une tentative de création 
d'un présidial au Puy, et qu'ils obtinrent, en octobre 1636, un 
édit « replaçant le Velay et le (jévaudan sous la juridiction du 
Présidial de Nimes ». Et cette dernière mention, très nette, sem- 
ble bien favorable à la théorie de M. Marion. C'-jst, d'ailleurs, la 
thèse adoptée par les auteurs d'autres monographies sur les pré- 
sidiaux, par M. René Giftard pour les présidiaux bretons, par 
M. Everat pour le présidial de Riom, par ]\1. Bloch pour les 
anciennes justices orléanaises^ Peut être M. B. aurait-il pu, pour 
les relations entre Nimes et Le Puy de 1560 à 1680, éclaircir ce 
point capital. 

Nous venons de dire longuement en quoi le livre de M. B. nous 
parait insuffisant. IMais cela ne nous empêche pas de rendre jus- 
tice à son consciencieux dépouillement des archives et de la litté- 
rature locales 2. 11 il, dès maintenant, fixé les grandes lignes du 
sujet. Enfin, il a joint à son travail une série d'intéressantes pièces 
justificatives. Robert Caillemer. 

1 René (jiirard, Essai sur les présidiaux bretons, 1904, pp. 8 et 14 ; 
— Everat, La sénéchaussée d'Auvergne, pp. 16 et siiiv.: — Bloch, 
Inventaire sommaire des archives départementales du Loiret, série B, 
t. III. — Cf. Jousse, Traité de l'administratiofi de la Justice, 1771, t. I, 
p. 320. 

2. Pourquoi M. B. n'a-t-il pas cité, p. 206, le mémoire du présidial du 
Puy du 24 juillet 1763, signalé dans Everat, op. cit., p. ôS, ni, p. 186, la 
correspondance entre l'intendant de Basville et le contrôleur général, 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 237 

.1. Barrèkk. Estienne de la Boëtie contre Nicolas Ma- 
chiavel. Etude sur les mobiles qui ont déterminé 
Estienne de la Boëtie à écrire le discours de la Servi- 
tude volontaire. Bordeaux, A. MoUat, 1908; in-S" de 
98 pages. 

Chaque nnnée nous api)Oi'te une interprétation nouvelle du célè- 
bre discours sur la Servitude volontaire. Après celle du Dr Ar- 
maingaud, après celle de M. Dezeimeris, voici qu'il me faut 
exposer — et combattre — celle de M. J. Barrère, avocat à la Cour 
d'appel de Bordeaux (cf. nos précédents c.-r. dans le numéro de 
juillet 1908). Selon M. B., l'œuvre de La Boëtie est une protesta- 
tion contre le Prince de Machiavel, qui avait paru en 1532 et qui 
dut se répandre tout de suite en France : le discours « sur la 
Servitude volontaire » a pour but de combattre les théories dan- 
gereuses de ce qu'on appellera bientôt le « machiavélisme ». Nous 
dirons un mot, plus loin, des rapprochements que M. B. veut éta- 
blir entre le Prince et la Servitude volontaire. Pour l'iustant, 
j'admets que, dans le détail, les deux ouvrages semblent parfois 
se répondre ; j'admets même que certains endroits du livre français 
s'expliquent seulement par des souvenirs d'une lecture du Prince; 
tout cela ne sera x"ien si l'on n'a pas démontré que le dessein de la 
Servitude volontaire s'oppose logiquement, et de poiut en point, 
à celui du Prince. Je ne vois pas que M. B. ait fait cette démons- 
tration. Comment? Voilà un livre écrit « pour justifier ou du moins 
pour autoriser la trahison et l'assassinat » (Taine, cité par B., p. 16), 
un livre qui fera scandale par son immoralité tranquille, un livre 
qu'on accusera de respirer l'athéisme *. On s'attend, pour le réfu- 
ter, à ce que La Boëtie rétablisse dans ses droits la morale outra- 
gée, on s'attend à ce qu'il fasse peur aux tyrans de la Providence 
qui s'apprête à les châtier! Mais point : il ne veut que faire 
entendre comment il se peut qu'un million d'hommes se rendent 
esclaves d'un seul homme 2; il veut simplement exposer comment 
s'explique la « servitude volontaire » où l'on voit tant de peuples 

publiée par M. Eocher en même temps que l'édit de 1H89 (Cf. de Boislisle, 
Correspondance des contrôleurs généraux, I, n"' 684,778, et Villat, 
J. c, p. 306, note 4}? 

1. Bayle, Dictionnaire, remarques L et N de l'article Machiavel. 

2. Œuvres de la Boétie, édit. Bonnefon, p. 5. 



238 ANNALES DU MIDI. 

enfoncés. (Test là un problème dont la solution ne prouve rien 
pour ou contre les théories du Prince. Si le Conlr'iui est une 
réponse au livre italien, c'est — qu'on nous passe l'expression — 
une réponse à côtéi. Ainsi, dans la démonstration de M. B., c'est 
la base même qui est la plus fragile; celle-ci s'écroulant, tout son 
édifice est ruiné du même coup et, dès lors, il devient presque inu- 
tile de discuter les ressemblances de détail que M. B. a cru décou- 
vrir entre le code du machiavélisme et le discours éloquent de 
l'auteur français. 

Nous en parlerons cependant, pour montrer très brièvement que 
ces ressemblances n'ont rien de frappant et qu'elles s'explique- 
raient, au besoin, de la façon la plus simple. De quoi sert, par 
exemple, le rapprochement institué aux pages 04-65? Machiavel 
et La Boëtie ont l'un et l'autre un développement sur la lâcheté; 
quoi de plus naturel, mais aussi quoi de moins probant, puisque 
chez le premier il s'agit de la lâcheté du prince, chez le second de 
la lâcheté des sujets? Et de même je recommande an lecteur la 
façon dont M. B. commente ces mots de La Boëtie : « Jamais à 
bon vouloir ne défaut la Fortune ». Ces mots seraient, selon lui, 
(p. 63), une réponse à la conception que Machiavel se fait de la 
fortune. C'est oublier que nous n'avons pas là une pensée person- 
nelle à La Boëtie; celui-ci s'est contenté de traduire le célèbre 
adage Fortes forluna ndjuvat^ et cette citation, à la place où 
elle figure, est tout à fait dans le goût du xvie siècle. 

Voici maintenant une grosse question que soulève la thèse de 
M B., et à laquelle lui-même s'est soucié de répondre. Si la Servi- 
tude volontaire est une réfutation du Prince, comment expli(|uer 
que Machiavel n"y soit même pas nommé et que les allusions à ses 
théories ne soient pas, dans l'ouvrage français, plus claires et plus 
précises? C'est, dit M. B. (p. 86), que depuis 1547 Catherine de 
Médicis est reine de France, Catherine grâce à qui le Prince allait 
devenir « le Bréviaire de la cour ». La Boëtie ne pouvait, sans 
danger, attaquer publiquement l'auteur favori de la Reine; il s'est 

L M. B. m'objectera la dernière page de la Servitude volontaire qui 
pourrait, en ofiet, passer pour une réponse aux théories de ^Machiavel ; 
voir ce qu'il dit aux pages 34-36. Mais depuis longtemps on a signalé un 
manque d'harmonie frappant entre cette péroraison et le corps môme du 
discours. Ainsi l'argument qu'il tire de cet unique passage infirme ceux 
(jne lui a fournis l'étude des autres parties de l'ouvrage. 

2. Voir les Adages d'Erasme, au tome II do l'édition de Leyde (1703), 
col. 88 C. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 239 

résigné à dégniser sa pensée et, de son éloquente invective, il a 
fait ce que nous appelons maintenant : un livre à clé. Il est facile 
de montrer le vice radical de cette hypothèse. La Boëtie n'avait 
intérêt à user d'un pareil détour que s'il avait l'intention de pu- 
blier celte réfutation. Mais, loin de la faire connaître, nous voyons 
qu'il l'a tenue jalousement secrète. Et dès lors nous sommes en 
droit de conclure qu'il y a dit tonte sa pensée, qu'il s'y est montré 
ardent et violent à souhait. S'il avait voulu réfuter le livre da 
Prince, il eût peut-être hésité à publier son travail, mais alors il 
aurait nommé Machiavel, il l'aurait nttaqué en face, sans toutes 
ces précautions qui devenaient inutiles, puisque cette réponse ne 
devait jamais voir le jour. 

Je pense que ces diverses objections suffiront à détruire la 
thèse de M. B. Aussi bien je n'ni, ici, qu'à faire œuvre de critique, 
mais, s'il fallait opposer thèse à thèse, jp pourrais sans doute ren- 
forcer de nouveaux arguments la vieille opinion, l'opinion classi- 
que, qui voit dans le Contr'un une déclamation juvénile inspirée 
uniquepient par des souvenirs d'écrivains anciens. Est-ce à dire 
que de tout le travail de M. B. il ne reste rien? Je ne le pense 
pas : M. B. gardera le mérite d'avoir fait, dans la Servitude volon- 
taire, une petite découverte qui a son prix. Il s'agit de l'allusion 
à ce forintilaire dont les tyrans pourraient se servir pour appren- 
dre à mieux abuser leurs sujets (Edit. Bonnefon, p. 39, lignes 47 
sqq.). Ce formulaire ne serait autre que le livre du Prince, qui 
commençait à se répandre en France'. L'hypothèse mérite d'être 
retenue; elle est certainement très ingénieuse. Trop ingénieuse si 
M. B., pour s'y être uniquement attaché, a été conduit à se faire 
tout un système, qu'il est trop aisé de réfuter. A défendre c<. tte 
cause, il a dépensé beaucoup de chaleur et beaucoup d'ingéniosité, 
mais je crois pouvoir dire ici qu'il a perdu son procès. 

L. Delaruelle. 



1. J'indique, en ayant l'occasion, que le Prince fut traduit en français, 
par Guillaume Cappel, dès l'année 1553. L'Art de la guerre avait été 
traduit en 1546, par Jehan Barbé; enfin, en 1548, Jacques Gohorry avait 
traduit les discours sur la première décade de Tite-Live. 



240 ANNALES DU MIDI. 

J. Amade. — Anthologie catalane (l'" série : Les Poètes 
roussillon.nais) avec introduction, bibliographie, tra- 
duction française et notes. Edition de la Bibliothèque 
catalane, Perpignan, Coniet, l'J08; in-12 de lxvi-260 pages. 

Un des meilleurs moyens de répandre, en dehors d'un petit 
groupe de lecteurs, la connaissance des poètes locaux est certai- 
nement de publier des anthologies de leurs œuvres, avec notices et 
traductions. C'est celui qu'a choisi M. J.Auiade,dont l'activitéet le 
zèle pour la cause régionaliste sont bien connus*. 11 nous présente 
ici une demi-douzaine de poètes roussillonnais appartenant tous à 
la deuxième moitié du xixe siècle (et de courts extraits de quel- 
ques autres, plus récents encore). Faut-il l'avouer? Il n'y a rien là 
qui soit l'indice d'un véritable réveil poétique : quelques descrip- 
tions agréables, quelques soupirs élégamment modulés, voilà tout 
ce qu'on trouvera dans' ce volume*. Est-ce là l'effet d'un goût pour 
l'idylle qui paraît dominant chez M. A., ou n'y a-t-il vraiment 
rien de plus remarquable dans la poésie roussillonnaise de notre 
époque? M. A. semble reconnaître lui-même qu'il faut s'en tenir à 
la seconde hypothèse, car son introduction est moins un hymne 
en l'honneur du passé qu'une exhortation à ne pas désespérer de 
l'avenir. Cette introduction a parfois les accents vibrants et pro- 
phétiques de la Deffence et lUuslralion de du Bellay; je doute 
fort, néanmoins, qu'elle nous présage un Ronsard roussillonnais. 
C)n la voudrait, en outre, plus précise, plus nerveuse, d'un style 
plus sobre et chfdié. 

Examinons-en de plus près quelques parties. Parmi les précur- 
seurs de la Renaissance roussillonnaise, M. A. ne cite que des 
poètes, et tout modernes. 11 a grand toi't d'oublier les érudits qui, 
en Catalogne plus que partout ailleurs, ont joué un rôle prépondé- 
rant ; il fallait nommer au moins Milâ y l^"'ontanals (qui s'est oc- 



1. M. Amade a déjà publié un volume (Etudes de. littérature méridio- 
nale) dont j'ai rendu compte ici (XIX, 4331. 

2. H faut dire que ces extraits ne donnent pas toujours une idée fort 
exacte des auteurs. M. A. nous dit lui-même (p. 47) que A. Saisset fut un 
poète populaire, se complaisant dans la trivialité ou la bouffonnerie; or, 
il ne nous donne de lui que des descriptions fort travaillées ou des ber- 
(|uinade3. L'anuisant et vigoureux humoriste qui signaît Oun Tal méri- 
tait, au reste, beaucoup mieux que ce jugement un peu dédaigneux. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 241 

cupé occasionnellement du Roussillon), Joseph Tastu et les récents 
archivistes ou bihiiothécaires de Perpignan, qui o!it efficacement 
travaillé à propager la connaissance des antiquittîs régionales, 
Alart, Brutails et notre distingué collaborateur, M. Pierre Vidal. 

M. A. a cru bon d'insérer des fragments de mystères roussil- 
lonnais, et il a eu raison. Mais pourquoi ne nous donner sur c^•■ 
sujet qu'une simple note bibliographique d'une quinzaine de 
lignes (où il y a du. reste des références inexactes ')? Au lieu de 
renvoyer aux travaux antérieurs, il fallait les résumer et les 
compléter 2. x 

Il est visible que M. A. s'intéresse particulièrement aux poètes 
contemporains, et c'est son droit. Mais pour nous faire partager 
cet intérêt, il fallait nous renseigner plus complètement sur leur 
compte. Dans les sèches notices qui leur sont consacrées, on ne 
trouve pas même toujours les dates de leur naissance et de leur 
mort; rien non plus sur leur vie et leur condition, de façon qu'ils 
restent pour nous de simples entités. Sur les six qui occupent la 
place d'honneur, quatre ont été (ou sont) prêtres. Pourquoi ne pas 
nous le dire? Nous devinerions que leur vocation poétique a été 
déterminée par le succès de leur illustre confrère Verdaguer; nous 
comprendrions quelle influence celui-ci a exercée sur eux et pour- 
quoi ils s'interdisent tant de sujets, certainement plus féconds que 
ceux sur lesquels ils ont dû se rabattre. M. A. a pourtant recueilli 
sur leur vie et leurs œuvres une importante collection do docu- 
ments, qu'il énumére avec complaisance. Mais c'est peine perdue, 
puisqu'il s'agit le plus souvent d'ai'ticles de revues ou même de' 
quotidiens locaux. Croit-il donc (ju'on trouve si communément la 
collection du Courrier de Céret ou de la Croix des Pyrénées- 
Orientales? Tous ces menus articles, puisqu'il a la chance de les 
posséder, et que sans doute il les a lus, il devait nous en donner 
la substance pour nous dispenser d'y recourir. Ses références 
bibliographiques pèchent elles-mêmes de diverses façons ; quand 



1. Plusieurs de celles qui sont faites à la Revue des la?igues romanes 
notanuiient. Dans tous les passages de cette revue auxquels nous renvoie 
M. A., c'est du même mystère dont il est question, le célèbre mystère du 
ms. Didot et il n'est nullement sûr qu'il soit catalan d'origine. Depuis 
1889, date à laquelle paraît s'arrêter la bibliographie de M. A., il en a 
été parlé maintes fois et divers fragments en ont été publiés. 

2. On pourrait reprocher à M. A. 'd'avoir tot;alenient négligé la poésie 
populaire. Mais c'est qu'il entend lui consacrer tout un volume. 



242 ANNALES DU MIDI 

il s'agit, comme c'est ici le cas, d'opuscules qui deviendront ou 
sont déjà des raretés, il faut en copier exactement le titre, sans y 
rien ajouter ni retrancher, indiquer l'éditeur, le nombre de pages, 
et, quand on donne une date qui n'est pas empruntée au volume 
même, la mettre entre crochets. 

Je serais bien tenté de quereller M. A. à propos de ses théo- 
ries sur l'orthographe, qu'il voudrait «conforme à la tradition et à 
l'étymologie ». M. A. n'eût pas écrit cela s'il savait où peut mener 
le culte de ces idoles fallacieuses, auxquelles trop de Roussillon- 
nais ont déjà sacritié; ce sont les graphies prétendues savantes 
qui donnent à leurs œuvres cet aspect rébarbatif qui décourage 
l'étranger et rebute le philologue. 

Mais j'en ai dit assez. M. A. prépare deux nouveaux volumes 
qui compléteront celui-ci: il aura là une belle occasion de nous 
montrer qu'au plus ardent enthousiasme peuvent s'associer la pré- 
cision, la rigueur, l'ûriginalité des recherches scientifiques. Ces l'e- 
cherches seront particulièrement nécessaires quand il traitera des 
poètes de la Catalogne espagnole, autrement intéressants, il faut 
bien le dire, que leurs disciples roussillonnais. Réaliser cette 
association serait, au reste, un des meilleurs moyens de servir la 

cause à laquelle M. A. est si dévoué. 

A. Jeanroy. 



aEVlJE DES PERIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. 

Bouches-du-Rhône . 

I. Annales des Facuflés de droit et des lettres d'Aix, t.l, 
1905. 

P. 3-14. F. Belin. L'édit de 1679 et l'enseignement du droit dans nos 
anciennes Universités. [Etude sur l'application, dans l'ancienne Univer- 
versité d'Aix, de l'édit réglementant l'enseignement du droit, le consti- 
tuant en service public sous l'autorité du chancelier de France. Extrait 
d'un ouvrage alors sous presse ayant pour titre : Histoire d'une Uni- 
versité provinciale sous l'ancien régime.^ — P. 15-93. P. Gaffarel. 
La première Restauration à Marseille. [Récit détaillé des événements 
survenus à Marseille en 1814 et jusqu'au retour de Napoléon I" de 
l'île d'Elbe en mars 1815.] — P. 95-159. M. CLERr. Etudes critiques 
sur la campagne d"e G. Marins en Provence. [A suivre.] — P. 161-215. 
L. CoN.STANS. Mistral et son œuvre. [Etude critique avec nombreuses 
citations du grand poète provençal. Texte d'une conférence faite à 
Liège.] 

T. II, 1906. 

i" partie. — P. i-xvi. P. Girbal. La vie et l'œuvre de Georges Guibal. 
[Notice sur le regretté professeur d'histoire de la Faculté des lettres 
d'Aix, auteur de nombreux travaux et notamment de Mirabeau et la. 
Provence (2 vol.), du Mouvenie?it fédéraliste en Provence, ce dernier 
ouvrage publié après sa mort survenue le 24 juin 1905. Portrait.] — 
P. 1-143, 221-85. M. Clerc. Etudes critiques sur la campagne de C. 
Marius en Provence. [Fin. Très important travail sur une question 



244 ANNALES DU MIDI. 

ayant fait l'objet d'études nombreuses. Examen approfondi des textes. 
Critique minutieuse des travaux antérieurs. Carte du théâtre des opé- 
rations. A propos de l'étymologie du nom du quartier du Pas-des- 
Lanciers (p. 280, note), nom dénaturé par la C'«^ P.-L.-M. qui a donné 
cette forme bizarre au lieu du Pas de l'ancié, il est à noter que cette 
dernière forme ne peut se traduire par « défilé de l'a)ixiété ». C'est 
simplement Passus de Lancisia désignant un passage resserré. Les 
noms de Pierre-Encize, Roque-Encize, etc., ont la même origine.] — 
P. 158-219. P. Gaffarel. Les Cent-Jours à Marseille (1815). [Suite du 
récit des événements survenus lors de la première Restauration. V. 
tome I, p. 15.] 

2' partie. — P. 33-58. R. Caillemer. La formation du droit français 
médiéval et les travaux de Julius Ficker. [A suivre.] — P. 117-43. Le 
MÊME. La famille dans les anciennes coutumes germaniques. [Confé- 
rence destinée au grand public; synthèse très claire et précise, quoique 
présentée dans des circonstances qui ne permettaient ni l'exposé des 
sources ni l'examen des controverses.] .T. F. 

II. Antiales de la Faculté de droit d'Aiœ, tome 1, 1907. 

p. 1-39, 207-24. R. Caillfsmer. La formation du droit français médiéval 
et les travaux de Julius Ficker. [A suivre.] J. F. 

III. Annales de la Faculté des lettres d'A ix, tome 1, 1907^ 

p. 1-254. P. Masson. Les compagnies du corail. Etude sur le commerce 
de Marseille au xvi" siècle et les origines de la colonisation française 
en Algérie-Tunisie. [Mémoire remarquable sur les débuts des conces 
sions marseillaises dans ]'Afrl(iue du Nord, l'organisation et le fonc 
tionnement des compagnies du corail. Nombreux documents en appen- 
dice. Gravures.] J. F. 

IV. Annales de la Société d'études provençales, \. IV, 
1907. 

p. 1-51. H. Labroue. Le club jacobin de Toulon (1790-1796). [Monographie 
des plus consciencieuses et intéressantes.] — P. 53-62. D' E. Verrier. 
L'Ordre de la Miséricorde à Aix-en-Provence et à Paris. [Note sur le 
P. Ivan, fondateur de cet Ordre en 1637.] — P. 73-117. H. Villard. 
Jean Casse, armateur et marchand nuirs(Mllais du xiv siècle. [Nom- 
breuses notes. Inventaire immobilier et mobilier de 1391.] — P. 118-21. 
H. DE Vii.i.E n'AvRAY. Le clocher, l'église et le sarcophage du Luc (Var). 

1. A partir de cette année, les A>ina(rs des Facultés de droit et des 
lettres d' Aix i)ai-a.'\sseni en deux publications distinctes. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 245 

— P. 1*^2-7. A. DE Saporta. Un voyageur suédois en Provence à lu 
fin du règne de Louis XV. [Extrait du récit de voyage de Bjôrnstahl, 
publié en 1780, mais non encore traduit en français.] — P. 187-76. J.-B. 
AsTiRR. Victor Gelu intime, d'après une partie de sa correspondance 
et autres documents inédits. [Longue notice biographique d'un poète 
de dialecte marseillais.] — P. 177 85. A. de Saporta. Un voyageur 
suisse en Provence à la veille de la Révolution. [Il s'agit de Jean-Geor- 
ges Fisch, dont les lettres en allemand ont été publiées en 179U, mais 
non traduites en français. Notes sur la vie rurale en Provence à la fin 
de l'ancien régime.] — P. 187-9.3. 0. Gensollen. Notes et documents 
sur le général Gardanne. [Acte d'émancipation du général (6 sept. 1783); 
lettre de lui à la municipalité de Solliès (29 floréal an V).] — P. 209-30. 
E. PoupÉ. L'administration communale à Cuers sous l'ancien régime. 
[Bonne étude sur le fonctionnement d'une assemblée municipale.] — 
P. 231-4. H. DE Ville-d'Avray. Fréjus inédit. [Découverte d'une grande 
mosaïque coloriée et d'une Minerve en bronze. Planche.] — P. 235-44. 
P. Moulin. La vente des biens nationaux à Aubagne. [Intéressant mé- 
moire sur les mutations de propriétés à la suite des lois révolution- 
naires. Fait à peu près unique dans les Bouches-du-Rhône, les biens 
nationaux vendus à Aubagne n'ont point été morcelés. Tableau des 
ventes.] — P. 245-58. La Provence au congrès des sociétés savantes 
et à la réunion des sociétés des beaux-arts en 1907. — P. 259-62. 
M. Rai-mbault. Nécrologie. Numa Coste. [Notice bio-bibliographique sur 
un écrivain aixois estimé, auteur de nombreux articles sur l'histoire 
de Provence et notamment l'histoire des arts.] — P. 273-305, 337-77. 
P. Gaffarel. Les complots de Marseille et de Toulon (1812-1813). 
[D'après les documents conservés au palais de justice d'Aix.] — P. 307-20. 
V. Teissère. Le mouvement fédéraliste à Trets (Bouches-du-Rhône). 
[Documents accompagnés d'un bon commentaire.] — P. 321-3. M. Clerc. 
Gilliana. [Rectifications d'erreurs commises par J. Gilles, auteur de 
nombreux travaux archéologiques sur la Provence.] — P. .379-401. 
E. JouRDAN et J. Delpech. Tableau du personnel de la Faculté de 
droit de l'Université d'Aix-Marseille (1805-1906). [Notices biographiques 
sur chacun des professeurs ou chargés de cours.] 

En supplément : De Boisgelin. Chronologie des officiers des cours 
souveraines. [A suivre.] J. F. 

V. Bulletin de la Société archéologique de Provence., 1905- 
1906. 

P. 15-24. Ch. Cotte. La forme et l'âge de quelques pointes de flèche 
provençales. — P. 25-9. H. de Gérin-Ricard. Sur quelques découvertes 



246 ANNALES DU MIDI. 

archéologiques effectuées aux environs d'Auriol. [Anneaux à section 
carrée; bracelets; restes de constructions gallo-romaines.] — P. 31-4. 
H. DE Ville-d'Avray. Reconnaissance et étude du Mont-Pezou, près 
de Cannes. [Il n'existerait sur ce point aucune trace de camp retran- 
ché, contrairement à l'opinion de divers archéologues.] — P. 39-53. 
F. Moulin. (Contribution à l'étude du préhistorique dans les régions 
du Sud-Est. [Aperçu palethnologique sur la région d'Apt (Vaucluse).] — 
P. 53-7. H. DE Ville-d'Avray. Etude archéologique à Biot (Alpes-Mari- 
times). [Inscriptions des xv=, xvi* et xvn« siècles dans l'église.] — 
P. 57-62. G. Vasseur. Observations i-elatives à une note de M. Rouzaud 
sur la nécropole ancienne de Montlaurès et le vase grec qui y fut 
découvert en 1864. [Critique d'une étude de H. Rouzaud, Xotes et 
observations sur le pays narbonnais (1905).] — P. 64-5. H. de Ville- 
d'Avray. Sur un humérus à perforation de la fosse olécranienne. — 
P. 66-8. E. Franck. Sur les antiquités de la région de Fos. — P. 70-1. 
P. Plat. Sur une station néolithique située au lieu dit « Près d'Abi»», 
commune de Nossages-et-Bénévent (Hautes-Alpes). — P. 71-4. F. Mou- 
lin. Contribution au relevé des enceintes préhistoriques du Var. — 
P. 74-5. E. Fournier. Au sujet de quelques stations préhistoriques aux 
environs d'Auriol (Bouches-du-Rhône). — P. 77-8. E. Bouohinot. Sur 
des mégalithes trouvés au Mont de Cordes. [Il s'agit de la colline de 
Cordes, près Arles] — P. 78-94. E. Bouchinot. Sur des chapelles 
romanes reconnues à Niolon et à Méjan et sur celle de Saint-Michel 
d'Eau-Douce aux Coudes. [Brève mais intéressante étude s'appliquant 
à des points peu connus des environs de Marseille. Photographie de 
la chapelle de Saint-Michel d'Eau-Douce.] — P. 108-13. H. de Ville- 
d'Avray. Notes sur Pomponiana et sur deux inscriptions relevées à 
Hyères.. [Texte de deux inscriptions romaines.] — P. 115-34. H. de 
Gérin-Ricard. Sculptures, inscriptions, monnaies et autres antiques 
découverts dans la vallée de l'Huveaune, en Provence. [Description 
d'objets recueillis à Saint-Zacharie (Var), Auriol et Roquevaire (Bou- 
ches-du-Rhône) ; six figures.] — P. 139-42. P. Plat. Sur une station 
néolithique située à Tarrin, commune d'Orpierre (Hautes-Alpes). — 
P. 149-58. E, Cartailhac. La Sardaigne préhistorique et ses rapports 
avec les îles voisines. [Texte d'une conférence faite à Marseille le 13 juin 
1906.] — P. 160-1. P. Plat. Sur une patère romaine en bronze trouvée 
à Izon, canton de Séderon (Drôme). — P. 162-6. Bout de Charlemont. 
Fouilles à Taurœntum. [Découverte de débris archéologiques.] — 
P. 169-70. Ch. (yOTTE. Sur des recherches archéologiques dans la chaîne 
des Maures (commune de Lt^ Môle). — P. 171-4. P. Plat. Sur dififérents 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 247 

objets en bronze et en ter trouvés dans les environs d'Orpierre (Hautes- 
Alpes). [Bracelets et pointes de flèches; six figures.] 

1907. 

p. 16-20. H. DE Ville-d'Avray. Découverte du port d'Arluc. [Hypothèses 
sur le port d'une cité disparue dont l'emplacement serait non loin de 
Cannes (Alpes-ÎNIaritimes).] — P. 20-5. Avon. Sur l'archéologie à l'Expo- 
sition coloniale de Marseille en 1906. [Note fort incomplète.] — P. 26-82. 
G. Vasseur. Sur iine variété de céramique estampée. [Note sur des 
débris de poterie grise et rouge à grille recueillis à Hyères et aux 
Saintes-Mariés. Planche.] — P. 33-6. R. Varaldi. Sur une station préhis- 
torique découverte dans l'Estérel. [Près d'Agay, sur la ligne de Nice.] — 
P. 41-6. H. DE Gérin-Ricard. Sur l'habitat de « Pain-de-Sucre » (près 
Marseille). [.Station archéologique découverte par M. Clastrier. Plan.] — 
P. 47-53. Avon. [Notes sur les] Ruines gallo-romaines de La Gardure, 
près Jouques (Bouches-du-Rhône), l'aqueduc de La Gardure, le castel- 
lum de Jouques. — P. 54-7. G- Vasseur. La poterie ibérique pseudo- 
mycénienne aux environs d'Arles. [Figures.] — P. 59-60. H. de Gérin- 
Ricard. Notes sur quelques monuments anciens de Fréjus et de Dra- 
guignan. — P. 61-3. St. Ccastrier. Sur la découverte d'un ancien monu- 
ment funéraii'e aux nouveaux abattoirs de Marseille. [Monument du 
XVI' siècle, probablement un caveau de famille.] — P. 63-7. E. Four- 
NiER. Sur les prétendus silex égyptiens de l'île Riou et quelques autres 
nouvelles découvertes concernant le préhistorique de la Basse-Provence 
[Note sur des découvertes apocryphes qui firent l'objet d'une commu- 
nication à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.] J. F. 

VI. Mémoires de l'Académie des sciences, lettres et 
beaux-arts de Marseille, 1906-1907. 

p. 1-17. J. Normand. Discours de réception. [Eloge de M. Pierre Tra- 
baud, auteur de divers travaux d'histoire de l'art.] — P. 37-55. 
De Villeneuve-Trans. Discours de réception. [Etude sur le paysan 
provençal.] — P. 69-282. L. Magnan. Histoire des juges-consuls et du 
tribunal de commerce de Marseille. [Monographie très intéressante et 
très complète de la juridiction consulaire marseillaise depuis ses ori- 
gines (1466) jusqu'en 1902. Liste des juges-consuls.] — P. 283-9. F. Ser- 
viAN. La technique de Monticelli. [Note sur les procédés et « la ma- 
nière » d'un peintre marseillais bien connu.] — P. 291-7. D"" Livon. 
Note sur l'abbé P^aria. [Il s'agit d'un personnage bien connu, grâce à 
.\lexandre Dumas, jouant un rôle actif dans le Comte de Monte-Cristo, 
l'une des œuvres les plus populaires du célèbre romancier. L'âbbé 



248 ANNALES DU MIDI. 

Faria a réellement existé; il serait « le véritable fondateur de la doc- 
trine de la suggestion en hypnotisme ». Il naquit dans les Indes portu- 
gaises, fut professeur de philosophie au lycée de Marseille en 1811, 
mourut en 1819.] — P. 299-304. Gh. Vincens. Rapport sur une plaque 
commémorative qui doit être apposée au Musée des Beaux-Arts. [Ren- 
seignements historiques sur les beaux-arts à Marseille pendant la 
Révolution et la fondation du Musée de cette ville.] — P. 321-54. 
Ch. Vincens. La coopération et les Sociétés coopératives de consom- 
mation à Marseille. [Etude historique et économique s'appliquant plus 
particulièrement à la fin du xixi^ siècle.] — P. 355-93. F. de Marin de 
Carranrais. Recherches sur la noblesse de Pierre Puget. [L'illustre 
artiste n'est point issu d'une famille noble, telle est la conclusion de 
cet intéressant mémoire, accompagné de tableaux généalogiques et de 
nombreuses pièces justificatives concernant non seulement la famille de 
Pierre Puget, mais d'autres du même nom avec lesquelles la première 
a été fréquemment confondue.] — P. 405-32. Ch. Vincens. Théodore 
Thurner aîné. (sa vie, son œuvre). [Biographie d'un compositeur de mu- 
sique (183o--f 1907) qui ne quitta pas Marseille et acquit néanmoins une 
certaine notoriété.] — P. 435-49. L. Ducros. Discours de réception. 
[Eloge de M. Ludovic Legré, auteur de travaux estimés sur l'histoire 
de la botanique en Provence.] — P. 457-92. E. Perrier. L'architecture 
en Provence sous le roi René. [Discours de réception. Page intéressante 
sur l'histoire des arts au xv siècle.] — P. 497-504. F. Servian. La tech- 
nique de Ricard. [Etude des procédés d'un peintre marseillais du 
XIX» siècle.] J. F. 

VII. Répertoire des travaux de la Société de statistique 
de Marseille^ t. XL VI, 1904-1905. 

P. 15-30. E. Perrier. Le cabinet d'antiques de Xavier de Molin, gentil- 
homme d'Arles. [Catalogue d'une collection d'antiquités, dressé en 
1769. Cette collection comprend des poteries, des pierres gravées, des 
bijoux, des statuettes et ua certain nombre de sceaux du moyen âge. 
Note généalogique sur la famille de Molin.] — P. 31-86. P. de Fau- 
cher. Le livre de raison d'Honoré de Gras, conseiller au Parlement de 
Provence, dernier seigneur de Mimet. [Intéressante étude, d'après des 
documents d'archives privées, sur la terre de Mimet, canton de Gar- 
danne (Bouches-du-Rhône). Portrait du conseiller François de Gras de 
Prégentil (1768-1856). Vue du château de Mimet.] — P. 87-96. P. Rigaud. 
Le procès de Caussini. [Il s'agit d'une instance devant le Parlement 
d'Aix au sujet de la propriété du château de Meyrargues, revendiquée 
par M™» Castellane contre le comte de Caussini. Le célèbre avocat 



PÉRIODIQUES MÉKIDIONAUX. 249 

Siméon plaidait pour ce dernier qui eut gain de cause (1778).] — 
P. 97-108. A. AoNEL. Une ancienne famille marseillaise. Les Grosson. 
[Note sur la famille à laquelle appartient Jean-Baptiste Grosson, 
auteur du liecneil des antiquités et monuments marseillais et de 
VAlmanach historique de la ville de Marseille , publié de 177U à 
1790.] — P. 155-63. G. Arnaud d'Agnel. Marseille et le second obélis- 
que de Louqsor. [Un sieur Le Lorrain offrait, en 1834, de transporter 
à Marseille, moyennant la somme de 500,000 francs, l'obélisque qui 
restait à Louqsor. Le conseil municipal recula devant la dépense, à 
laquelle la Cliambre de commerce refusa de contribuer.] — P. 164-214. 
0. Gensollen. Notice généalogique sur les Geoffroy d'Antrechaux. 
[Notes et documents sur cette ancienne famille provençale. Index des 
noms cités.] 

Tome XL VII, V^ partie, 1906-1907. 

p. 55-65. H. B.VRRK. Table des articles contenus dans l'Almanach Grosson 
(1770-1790). [La collection de cet alnianach comprend 21 volumes ren- 
fermant nombre d'articles sur l'histoire ou les institutions administra- 
tives à Marseille. La table signalée ici, des plus utiles, n'est peut-être 
pas absolument complète. Il y manque au moins un article fort connu 
sur Francœur, dit le roi de Ratoineau, que nous avons vu dans l'un 
des premiers volumes.] — P. 67-94. Abbé Arnaud d'Agnel et P. Beau- 
CHET-FiLLEAU. Le pèlerinage de Jean Boisselly en Terre-Sainte, en 
1643-1645. [Journal de voyage. Introduction et notes.] — P. 95-201. 
E. Per.ier. Scudéry et sa sœur à Marseille (1644-1647). [Longue et inté- 
ressante étude sur le séjour à Marseille de Georges de Scudéry, gou- 
verneur du fort de Notre-Dame de la Garde, et de Madeleine, sa sœur. 
Lettres inédites de cette dernière. Nombreuses notes sur les membres 
de la noblesse provençale qui gravitaient autour des deux principaux 
personnages.] — P. 203-322. H. de Gérin-Ricard. Mines et mineurs 
autrefois et aujourd'hui. [Etude historique et économique sur les char- 
bonnages de Provence, et plus particulièrement sur ceux Je Valdonne, 
du XV» au XIX' siècles. Très intéressante monographie d'après les 
archives du château de Valdonne. Nombreuses indicafions sur les 
conditions d'exploitation, les salaires et les prix aux deux derniers 
siècles.] J. F. 

Charente. 

Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et his- 
torique de la Charente, 7« série, t. VII, 1906-1907. 

Bulletin. — P. xxvi. E. Biais. Note sur une lettre de Montalembert à son 
intendant Pottier (1771). [Il s'agit de Montalembert, fondateur de l'usine 

A.NNALES DU MIDI. — XXL 17 



250 ANNALES DU MIDI. 

de Ruelle]. — P. xxvii. Foukkau. La croix servant de limite à la juri- 
diction du chapitre Saint-Pierre d'Angoulême (1552). — P. xxxi-xxxiii. 
Protestation des curés de la grande Champagne (en Angouniois) contre 
les commis des aides au sujet des vins et eaux-de-vie (25 janvier 1713), 
p. p. l'abbé P. Legrand. — P. xxxiii. Le triomphe de l'amour conju- 
gal, plaidoyer français par les rhétoriciens du collège d'Angoulême 
(1749), p. p. A. Favraud. — P. xxxv-xxxix. J. delà Martinière. Quel- 
ques légendes interpolées dans d'anciennes chroniques d'Aquitaine et 
relatives à l'histoire d'Angoumois. [Prise d'Angoulême (5U7) ; fondation 
d'églises; la geste des Taillefer; analyse.] — P. lxxi. E. Biais. Note 
sur Torsac de la Place, exempt des gardes sous la Eégence. — 
P. Lxxvii-Lxxviii. Mazière. Extrait d'un voyage iné.dit en Angoumois. 
[Description du château de Verteuil et d'Angoulême, fin xvii« siècle]. — 
P. Lxxix. Note sur le marquis de Saint-Chamond, comte de Confolens 
(xviii" siècle). — P. xcvii. E. Biais. Note sur l'abbé Viiison, vicaire de 
Sainte-Opportune à Poitiers, adepte de la petite Eglise. — P. cvii. Abbé 
Legrand. Le rôle des taxes d'Angoulême en 1787. 
Mémoires. — P. 1-292. J. de la Martinière. Saint Cybard, étude cri- 
tique de textes. [Travail érudit sur la personnalité de saint Cybard, pro- 
tecteur de la ville d'Angoulême, mort en 581 ; sur la valeur des sources 
de sa biographie; sur la vie des reclus aux temps mérovingiens; sur 
les affranchissements in ecclesia. Discussion au sujet des conclusions 
contraires admises sur divers points de ce sujet par M. Esmein dans un 
travail antérieur.] — P. 293-314. J. George et P. Mourier. Inventaire 
archéologique d'Angoulême. [Intéresse l'histoire de l'art et pourrait 
servir à donner une idée d'une ville moyenne pendant les derniers siè- 
cles de l'ancien régime.] P. B. 

Charente-Inférieure. 

Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, 
t. XXXVII, 1907. 

p. i-xii et 1-478. Lettres de Samuel Robert, lieutenant particulier en 
l'élection de Saintes. [Ms. préparé pour l'impression par feu M. de la 
Morinerie; préface de G. Musset. S. Robert était un huguenot de 
Saintes, de riche famille bourgeoise, avocat, puis échevin, non sans 
peine, à cause de sa religion, i^e personnage est bien connu. Son Livre 
de raison (1639-1668) a été publié par M. Tortal; son Journal a paru 
eu 1883 dans le t. XI des Archives de Saintonge. M. de la M. lui a 
consacré plusieurs études : Jacques de Jiabar, La Rochelle, Texier, 
1895, in-8"; Samuel Roherl, ibid., 1896, in-12. Ses lettres vont de 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 251 

juillet HJôn au même mois de 16Ô2. Elles sont fort intéressantes. 
8. Robert n'était pas heureux en ménage : il eut, entre autres chagrins 
ilomestiques, celui de voir sa femme, qui s'était séparée de lui, abjurer 
la foi protestante. Il tourna donc son activité vers les affaires publi- 
ques dont il note attentivement toutes les phases dans ses lettres, soit 
de Paris où ses affaires le retinrent assez longtemps, soit de Saintes 
durant la Fronde. On sait que la guerre civile sévit en Saintonge, où le 
prince de Condé trouvait un allié puissant, mais peu sur, dans la per- 
sonne du gouverneur de Brouage, comte du Dognon, sorte de petit 
souverain régnant sur les marais et les îles.J P. D. 

Drôme. 

Bulletin de la Société d'archéologie et de statistique de 
la Drame, t. XLII^ 1908. 

P. 11-33, 121-44, 257-82, 361-9r). Ch.-F. Bellet. Délibérations du comité 
permanent de la ville de Tain (25 juillet 1789 au 16 juillet 1790). [Publi- 
cation d'un document indiquant les mesures prises par le comité de la 
milice bourgoise de Tain pour parer aux éventualités résultant de l'ar- 
rivée possible des troupes de brigands qui venaient, disait-on, de la 
Savoie et du nord du Dauphiné. Prises d'armes basées sur de fausses 
nouvelles, arrestations non maintenues, achats d'armes et de muni- 
tions, en somme des craintes mal fondées provoquant un énervement 
continuel et une suspicion générale : tels furent les résultats de « la 
grande peur » à Tain. Le comité ne se contentait pas de préparer la 
défense de la ville, il i-ecevait les plaintes des citoyens les uns contre 
les autres, proposait des médiations, censurait, menaçait, envoyait des 
adresses à l'Assemblée constituante et faisait même des règlements en 
matière municipale comme, par exemple, pour la vente des denrées et 
la levée des récoltes. Ses fonctions cessèrent avec la nomination de la 
nouvelle municipalité.] — P. 35-50, 145-62. J. Brun-Durand. Un Dau- 
phinois du xvii« siècle : Charles Veilheu. [Etude sur une famille de 
petite noblesse, originaire de la baronnie de Clérieu, près de Romans, 
dont le premier représentant connu fut Romanet Veilheu (1440), cha- 
noine de Saint-Bernard de Romans et jurisconsulte, et dont tous les 
membres furent gens de loi. Le plus remarquable de tous, Charles, 
avocat, docteur en droit de l'Université de Valence, fut successivement 
conseiller au Parlement de Grenoble en 1615, puis religieux célestin, 
puis écrivain calviniste. Caractère brouillon, ambitieux, passionné, il 
eut une existence très agitée. En 1621, il publia à Genève un traité de 



252 ANNALES DU MIDI. 

la communion de J.-Cli., avec l'approbation de Duplessis-Mornay, puis 
devint pasteur à Nimes. Là, il gagna si bien la conllance du chef du parti 
protestant, Henri de Hohan, que celui-ci n'y était en quelque sorte que 
son protégé et, malgré que ses menées ambitieuses en vinssent à 
inquiéter jusqu'à ses partisans, il conserva toujours parmi eux une 
grande inlluence. Étant allé à Paris, il prit aussi, au témoignage de Tal- 
lemant des Réaux, beaucoup d'empire sur la maréchale de Chàtillon 
(1629).] - P. 51-65, 163-81, 299-312, 427-44. A. Béretta. Toponymie de 
la Drôme. [Suite et à suivre. L'auteur continue à expliquer très longue- 
ment les noms de lieux au moyen de l'étymologie celtique. C'est ainsi 
que Di-ôme vient de dour, dourma, droiima, par métatlièse de Vr{dour, 
eau ; ma, lieu, c'est-à-dire terrain parcouru par un cours d'eau ; 
Durance, Druantia de dour, eau, et ant, tranchée, vallée profonde où 
coule un cours d'eau. D'api-ès l'auteur, il faut chercher dans l'Eygues 
l'iffapoî de Strabon.] — P. 66-78, 182-6. Dom G. Maillet-Guy. Les ori- 
gines de Saint-Antoine (Isère). [Suite et fin de l'histoire de l'établisse- 
ment de la célèbre abbaye, à la Hotte-au-Bois, vers le troisième quart 
du xi« siècle.] — P. 79-92, 212-27, 283-98, 411-26. R. V. C La population 
des taillabilités du Dauphiné après 1755 et avant 1762. [Suite et à 
suivre. Examen de la copie non datée d'un nouveau document qui 
n'ajoute que peu de renseignements au document précédemment ana- 
lysé.] — P. 93-107, 197-2J.1, 336-47, 451-68. Abbé Fillet. Histoire du 
diocèse de Saint-Paul-Trois-Chateaux. [Suite et à suivre ; fait l'histori- 
que des villes successives d'Aeria, sur le plateau, devenue Barri, puis 
de Neomagus, au pied du plateau, devenue Augusta Tricastinorum.] — 
P. 108-16, 187-96. A. Lacroix. Le tramway de Valence à Crest. [Suite et 
fin. Continuation de la description des villages desservis : Upie, lieu de 
naissance du professeur de droit Didier, dont la conspiration fit tant 
de bruit sous la Restauration et qui fut exécuté à Grenoble en 1816; 
La Rochette et Vaunaveys.] — P. 117-8. A. Lacroix. Félines : note sur 
ce village de la Drôme. — P. 241-56, 397-410. L. Aurenche. Claude 
Serre, doyen de la collégiale Saint-Sauveur de Grignan (1592-1651); sa 
famille et ses amis. — P. 445-50. J. Brun-Durand. Emile Laurens et le 
pasteur Eugène Arnaud. [Biographie dp deux Dauphinois du xix' siècle : 
le premier, maire de Die; le second, érudit protestant, distingué, 
connu par ses : Histoire des protestants de Provence, du Comtat 
Venaissin et de la principauté d'Orange ; Histoire des protestants 
du Vivarais et du Velay ; Histoire des antiquités de la ville de 
Crest.] — P. 313-85. P. Valleunand. Un ancien droit féodal : le 
vingtain de Moras et historiiiue de deux procès. [Ce droit eu Dauphiné 



PÉRTODIQURS MERIDIONAUX. 253 

consistait en uno rednvanco au Daupliin, puis au roi ou au seigneur 
engagiste, du vingtième des céréales et en général, de toutes les récoltes, 
payée par les roturiers à qui, en retour, les seigneurs devaient asile en 
temps de guerre derrière les murailles des villes et des cluUcaux-forls. 
Les risques de guerre à l'intérieur ayant disparu, les roturiers ne vou- 
lurent plus acquitter le vingtième. L'auteur donne les pièces des procès 
soutenus en 1732 par Jean Valernod, habitant de Saint-Saturnin, man- 
dement de Moras contre Claude de Murât, marquis de Lestang, prési- 
dent du Parlement du l;aui)liiné, puis, en 1777, par tous les habitants 
de Moras contre le payement de ce droit. Ils furent tous déboutés, 
mais l'audace dont ils firent preuve est un signe du changement impor- 
tant survenu dans l'état des esprits, et ces procès furent comme un 
prélude à la Révolution française et à la suppression des droits féodaux 
en août 1780.] 0. N. 

Gard. 

I. Mémoires de l'A cadé7nie de Ni7nes, 7*' série, t. XXX, 
1907. 

P. v-xviii. F.. Durand. Sur quelques détails des Arènes de Nimes. [L'auteur 
rappelle l'influence de la puissance des nombres dans le plan de l'amphi- 
théâtre, montre que le monument n'est pas orienté astronomiquement, 
insiste sur le balcon d'honneur de la porte principale, nie avec raison 
les jeux nautiques, et regrette qu'on ne donne jamais de vue de la façade 
principale.] — P. xxxix-xli. MAZAtiRir. Les Musées archéologiques. [Note 
sur les acquisitions des Musées de Nîmes.] — P. lxxi-cviii. Abbé 
Chailan. L'abbé Louis Véran (1765-1838). [Appartenant à une vieille 
famille d'Arles, l'abbé Véran prêta le serment constitutionnel le 30 jan- 
vier 1791. En raison de ce fait, le séjour lui devint impossible à Arles, et 
il vint à Nimes, comme vicaire de Saint-Baudile, à la fin de 1791. Il ne 
retourna s'établir à Arles qu'au printemps de 1794. Ce prêtre constitu- 
tionnel écrit souvent de Nimes à son père, resté à Arles, et il lui donne 
des détails intéressants sur les affaires de Nimes. Le 23 avril 1795, 
dans une cérémonie expiatoire à Saint-Trophime, Louis Véran abjura 
le serment constitutionnel et reprit les fonctions sacerdotales. Il 
retourna quelque temps à Nimes et s'établit ensuite à Marseille, dans 
l'enseignement. De là, il écrit les nouvelles à son père. Cette figure 
placide et opportuniste est mise en lumière avec la précision habituelle 
à l'auteur.] — P. cix-clxv. P. Raymond. Le conventionnel J.-P. Cha- 
zal. [Né à Pont-Saint-Esprit en 1766, Chazal fut élu par le Gard à la 
Convention, à vingt-six ans. Dans le procès de Louis XVI, il eut le 



254 ANNALES DU MIDI 

courage de voter l'appel au peuple et le sursis. Uni aux Girondins, 
Chazal prit pari à la lutte qui se termina parleur défaite le 31 mai 1793. 
Sous le couteau jusqu'au 9 thermidor, il contribua énergiquement à 
cette grande journée. En l'an III, la Convention l'envoj'a en mission en 
Auvergne, puis l'élut au Conseil des Cinq-Cents. Au 18 fructidor, Cha- 
zal fut avec le Directoire. Quelques jours après, il proposa, pour les 
représentants du peuple, ce costume invraisemblable : une simarre de 
gros de Tours bleu à agrafes d'or, avec ceinture blanche à franges d'or ;. 
un manteau écarlate de drap, taillé en forme de robe persane; toque 
de velours bleu , houppe blanche ; bandeau de soie écarlate à franges 
d'or, disposé autour de la toque et noué en cocarde sur le devant. Il 
mûrissait ainsi pour le 18 brumaire. Subissant l'ascendant de Siéyès, il 
entra dans la conjuration. A la séance du 19 brumaire an VIII, quand 
Lucien Bonaparte quitta le fauteuil de la présidence et monta à la 
tribune pour tenir tète aux menaces qui avaient accueilli son frère 
entrant dans la salle du Conseil des Cinq-Cents, Chazal prit la prési- 
dence. On le somma de lever la séance, mais il n'en fit rien, ce qui per- 
mit à Napoléon, sur le conseil de Siéyés, de chasser les Cinq-Cents 
avec des grenadiers. Le soir, Chazal proposa le Consulat. Il n'en est 
pas plus célèbre pour cela. En récompense de ses bons offices, il fut 
nommé au Ti'ibunat, puis il devint préfet et baron de l'Empire. La 
Restauration l'exila comme régicide, ce qui était inexact et injuste. 
Mais il ne faut pas attendre la moindre équité des passions politiques. 
Chazal ne put rentrer en France que grâce à la Révolution de 1880. 
Il y mourut en 1840.] — P. 1-12. E. de Baltncourt. Un avocat géné- 
ral à la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier. Léon 
de Trimond (1617-1701). [Il commence ainsi une mercuriale de 1659 : 
« Après une grossesse d'environ deux années, je venois d'accoucher 
d'une engeance importune de loix, de paraphes et de versicules, levains 
de séditions et semences de disputes, dont j'estois aussi plain que 
l'estoient autrefois les oultres d'Ulysse de terapestes... » La harangue 
dura sur ce ton une demi-heure.] — P. 13-293. A. Durand. Un capucin. 
Le P. Chrysostome de Barjac, Antoine Pellier (1^.")7-1819). Planches. [Ce 
travail consciencieux met en relief une figure originale et vivante. 
Pellier fut missionnaire, proscrit, administrateur de paroisse, con- 
damné à la déportation, curé de Chambon. où il dirigea une école pres- 
bytérale. C'est comme éducatour <|u'il nous intérosse. .'^on petit sémi- 
naire du Chambon tombant sous le coup du décret du 7 mars 1808, 
Pellier ont une curieuse correspondance avec le recteur Tédenat. 11 dut 
plusieurs fois renvoyer des élèves et eut grand'peine à payer la rétri- 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 255 

bution scolaire. La chute de Napoléon ne tira point de peine l'humble 
maître, et rien ne changea dans le régime de l'Université. C'est seule- 
ment la seconde Restauration qui lit droit aux réclamations du 
P. Ciirysostome. Le séminaire du Ciiambon fournit un grand nombre 
de prêtres aux départements du Gard, de l'Ardéche, de la Lozère et de 
Vaucluse. L'un d'eux, Augustin Reboul, devint curé de Paris et cha- 
noine de Saint-Denis.] — P. 295-37L F. Mazauric. Les musées archéo- 
logiques de Nimes. Recherches et acquisitions. Années 1906 et 1907. 
[L'auteur, en reprenant une ancienne tradition de l'Académie de 
Nimes, rend un grand service aux archéologues. 11 lait connaître mois 
par mois l'entrée des inscriptions et objets divers. A signaler l'inscrip- 
tion grecque de Chrysis, l'inscription de la source Candiin, celle de 
Quartana, la fièvre quarte, celle de la Minerve de Combas, celle de la 
Lune et d'Isis, celle de Jupiter et de la Terre mère.] E. B. 

II. Revue du Midi. 1908. 

N» 1. P. 21-47. M. Jouve et M. Giraud-Mangin. Correspondance intime 
du conventionnel Rovère après la Terreur. [Suite d'une publication 
commencée en 1907. Se termine dans le n» 2, p. 99-110. J — P. 48-57. 
G. Maurin. Etudes sur le premier Empire. Les prisonniers de guerre 
dans le Gard. [Il y eut quatre dépôts : Nimes, Alais, Uzès et Pont- 
Saint-Esprit. En 1806, il y avait plus de 4.000 prisonniers autrichiens. 
En 1809, les prisonniers espagnols dominent. A partir de 1810, il en 
vient de tous les pays. Ils refusèrent de s'enrôler dans l'armée fran- 
çaise. Ils travaillèrent, soit pour des particuliers, soit au canal de 
Beaucaire à Aiguesmortes. Quelquefois ils subirent de mauvais traite- 
ments. Aucune précaution hygiénique en leur faveur. Il y eut des 
agences d'évasion, et quelques mouvements dans l'intérieur des dépôts. 
La forte organisation de l'Empire limita les désordres.] 

N" 3. P. 163-87. A. Durand. Un martyr oublié. L'abbé Gardés, 
prieur de Geyrac, Gard (1754-1794). [Se termine dans le n» 4, p. 193-208.] 

N" 4. P. 217-25. A. Rousset. Un épisode de l'histoire de la Révolu- 
tion dans le Comtaf. Les massacres du Thor en 1790. — P. 226-48. 
L. Alègre. La baronnie de Bagnols. [Se continue et se termine dans 
les n»" 5, p. 275-99; 6, p. 351-71 ; 7, p. 404-26: 8, p. 458-72; 9, p. 549-71 ; 
10, p. 628-46. L'auteur étudie la baronnie sous ses différents seigneurs, 
dont les plus anciens, les Bagnols. étaient issus des vicomtes de Béziers. 
Le dernier seigneur fut le comte de Provence, baron de Bagnols de 1783 
à 1789.] — P. 244-7. H. Bauquier. Note sur un jeton des Etats de Lan- 
guedoc. [Le jeton de 1681 porte au revers un tracé du canal du Midi : 



256 ANNAI.ES DU MIDI. 

Légende : Silemit miracula Metnj)his. Exergue : Comitia Occitnniae, 
1681.] 

N» !ï. P. 800-22. L. Bascoul. Vieilles histoires, vieux papiers. [Se 
continue et se termine dans les n"« 9, p. .530-48; 11, p. 680-99; 12, p. 731- 
43. [Ce travail est le résumé des pièces de procédure accumulées entre 
Charles de Faret, seigneur de Fournès, et Jacques Dupuy de Mont- 
brun, à roccasion de l'empoisonnement de leur nièce Isabelle de Saint- 
Privat, fille d'Alexandre de Faret, seigneur de Saint-Privat du Gard, et 
d'Isabeau Dupuy de Montbrun. Alexandre, condamné à mort par la 
Cour des Monnaies, le 4 novembre 1680, avait été décapité le lende- 
main en place de Grève. Du procès monvementé auquel donna lieu 
l'empoisonnement d'Isabelle, il est impossible de tirer le nom de 
l'empoisonneur.] 

N" 7. P. 389-403. G. Maurin. Les pi'emiers maires du Consulat dans 
le Gard. [A l'occasion de l'installation à Nimes, le 2 germinal an VIII, 
. du premier préfet du Gard, Dubois, l'auteur pense que la Constitution 
de l'an VIII nous gouverne encore, et a déterminé notre tempérament 
politique, « bien décidément jacobin ou impérialiste ». Selon lui, l'ori - 
gine des pouvoirs municipaux a, depuis le Consulat, été seulement 
déplacée, et reportée en apparence au suffrage universel. Sous la cou- 
verture de pompeuses formules d'aspect inchangé, Dubois eut à présen- 
ter des idées et des mesures nouvelles, nettes et autoritaires. Le Gard 
avait mauvaise réputation, à cause des divisions entre catholiques et 
protestants, dont la Bagarre de Nimes avait été, en 1790, une des nom- 
breuses manifestations. Au lendemain du 18 brumaire, Jard-Pauvilliers, 
envoyé en mission dans le Midi, avait détruit les municipalités jacobi- 
nes soupçonnées d'impénitence. Mais il n'avait rien pu contre les insur- 
gés royalistes et les brigands des vallées de la Cèze et de l'Ardéche. 
Dubois interrogeait longuement les visiteurs d'importance. Un des plus 
consultés sur l'état des partis fut Vincens Saint-Laurent, homme 
de 1789, à l'éclectisme bienveillant. L'esprit républicain, et surtout anti- 
clérical, régnait alors dans l'armée : Quantum mutatus... Gentile, 
commandant de gendarmerie, tapait trop sur les prêtres, au goût de 
Dubois, dans ses rapports. Les partis en présence rédigeaient des péti- 
tions au préfet. Avec une tranquille audace, ils s'attribuaient chacun la 
majorité. Leur course à la dénonciation était renouvelée de la Terreur 
et des mauvais jours du Directoire. A suivre.] 

N" 8. P. 473-90, M. Jouvk. La pharnuicie d'un Miicion liôpitul. (Tra- 
viiii sur les précieuses faïences phnrmai'('utii|uos de l'hôpital de Cavail- 
ion, faïences dispersées au feu des enchères le 15 janvier 190H. L'ancien 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 257 

laboratoire officinal contenait, entre autres objets d'art, « des fioles 
minuscules, des suites de verres à médicaments, chefs-d'œuvre des 
verreries provençales du xviii» siècle, d'une exquise légèreté, chacun 
d'une forme différente...; quatre magnifiques urnes en faïence..., sept 
de moindre dimension..., toutes, décorées sur leurs reliefs et leurs con- 
tours du même camaïeu bleu de Moustiers...; les chevrettes pour les 
sirops, les huiles et les miels...; les pots à ccmo7i pour les élecluaires, 
les opiats et les fleurs... ». Parmi les inscriptions pittoresques des 
récipients, figuraient : Usnea humana, petite mousse verdâtre qui naît 
sur les crânes des cadavres humains longtemps exposés à l'air, par 
exemple les pendus aux gibets du bon vieux temps, qui ornaient les 
abords des villes.] — P. 491-516. L. Thomas. Les Mémoires de Prion, 
d'Aubais. [Notice et extraits d'un manuscrit de Pierre Prion, greffier 
du juge du marquisat d'Aubais. La Chronologiette d'Aubais est écrite 
au jour le jour, de 1744 à 1759, dans le village d'Aubais. Notre greffier 
déverse l'ironie sur les officiers du mai'quisat, les domestiquey du chà" 
teau, les consuls, les paysans, le maître d'école et le curé. Ce texte, où 
« M"' la Jugesse a eu sa coeffure déchirée » par les coups de « M. le 
Juge », en un « combat civil donné dans la cuisine de leur maison » ; 
où il est question des « roues du calèche du char de Vénus w, et qui 
touche même à l'histoire des églises du désert, est une véritable trou- 
vaille. Malheureusement, depuis 1898, époque où il fut communiqué 
pour quelques jours à notre collaborateur, le manuscrit s'est perdu. Il 
serait bien désirable qu'il fût retrouvé et utilisé en entier.] 

N" 10. P. .577-600. P. Falgairolle. Le journal d'un prisonnier sous 
la Terreur à Nimes. [Découvert par M. F. dans un registre de Jacques 
Crouzet, notaire d'Aiguesmortes, ce récit donne de nombreux détails 
sur le régime intérieur de la maison d'arrêt de Nimes, où le notaire fut 
détenu avec sa femme, ses enfants et sa sœur. Les mandats d'arrêt, 
expédiés par le comité de surveillance de la Société populaire et sans- 
culotte d'Aiguesmortes, sont du 16 ventôse an II (6 mars 1791). On y 
reproche à Crouzet et à sa femme d'avoir deux fils émigrés et de 
n'avoir donné aucune preuve de civisme. Les prisonniers allèrent à 
Niines en charrette ou à cheval. La maison d'arrêt était l'ancien cou- 
vent des Capucins, aujourd'hui la Manutention. Le geôlier AUieu s'en- 
tendait merveilleusement à exploiter sa clientèle involontaire. Il lui 
vendait le vin à raison de 7 s. le pot, qui ne valait en ville que 4 s., et 
encore y mettait-il de l'eau. Crouzet, âgé de 73 ans et crachant le sang, 
se vit privé des soins de sa femme, à la suite d'un arrêté du représen 
tant Borie, portant que toutes les femmes détenues à Nimes seraient 



25S ANNALES DU MIDI. 

transférées à Soinniière. Ensuite, un arrêté fixa la nourriture des déte- 
nus à 15 s. par jour seulement, au lieu de 3 1. Comme le nombre 
des prisonniers augmenta jusqu'à 335, on ne leur donna plus qu'une 
soupe « de choux sans huille, mais cuits dans un peu d'enleveures 
rances, et une assiette des mêmes choux sans garniture ». C'était le 
menu pour la journée, avec de mauvais pain. Quand on avait « quel- 
ques assignats », on pouvait, a au poids de l'or », se procurer des 
extras que le geôlier ou gardien faisait préparer. « Un plat de la moitié 
d'une mégine d'agneau se vendait 50 s. >i Le provençal megino veut 
dire : fressure, c'est-à-dire les gros viscères qui se tiennent, comme les 
poumons, le cœur, le foie. Pour ôter la vue aux détenus, on éleva dans 
le jardin des murs de 20 pieds, et on ferma les fenêtres par des abat- 
jour après les avoir grillées. On venait prendre, vers onze heures du 
matin, des détenus pour la guillotine, établie dans le voisinage, et qui 
les fauchait vers trois heures. Après thermidor, le représentant Perrin 
tira les survivants de cet enfer, et, le 25 fructidor an II, le pauvre 
notaire put retrouver sa maison à Aiguesmortes, mais quelque peu 
pillée.] 

N" 11. P. 649-68. G. de Maureillan. Le lieutenant-général de Mau- 
reillan. [1772-1829.] — P. 669-79. Raizon, Discours sur le roi René. 

E. B. 

Pyrénées (Basses). 

Bulletin de la Société des sciences et arts de Bayonne, 
1907. 

P. 6-86, 129-60, 193-219. P. YTURmDE. Le pays de Labourd avant 1789. 
[Suite et fin. I^es officiers du bailliage : le lieutenant général; énumé- 
ration et biographies; texte du procès-verbal de l'installation du der- 
nier lieutenant général. A la suite, des notes et pièces justificatives : 
lettres de Louis XII, de François I"' ; renseignements sur la famille de 
Ijalaiido-Berriots et sur ses biens ; missive df l'intendant de la gêné 
ralité d'Auch au ministre de la guerre, du 6 novembre 1740.] — P. 27-64, 
95-128, 161-92, 221-56. E. Duoéré. Bayonne sous l'Empire. Etudes napo- 
léoniennes. [Suite et à suivre. Ces études fragmentaires, au nombre de 
23 (xnv-fxvij, sont presque toujours intéressantes, souvent aniu 
santés; certaines ne se rattachent pas très étroitement à l'histoire de 
Bayonne. Voir cependant xcvi ; Un général malheureux. C'est sir John 
Ho{>e, pris en 1814, sous les murs de Bayonne qu'il assiégeait, en : Le 
prince de la Paix à Bayonne. rv : La suite du roi Joseph, rvi : Napo- 
léon et la baïonnette, rx : Napoléon et la barre de r.\dour.j — P. 6.5-94. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONADX. 250 

P.. Yturbide. L'ancienne corporation des faures de Bayonne. [C'est- 
à-dire des forgerons, groupés en un « office » ou « compagnie ». Actes 
publiés, dont les statuts de la corporation, écrits de nouveau en langue 
française en 1602, mais beaucoup plus anciens (p. 72-91, 48 articles); 
utiles corxnientaires.] P. D. 

Pyrénées (Hautes). 
Revue des Hautes- Pyrénées, t. II, 1907. 

p. 5-21. A. Sansot. Comment Centulle de Béarn devint comte de Bigorre 
au xi« siècle. [Résumé du divorce de Centulle et de son mariage avec 
l'héritière de Bigorre.] — P. 22-32, 225-37, 331-49. N. Eosapelly. Deux 
érudits bigourdans. J.-B. Larcher et d'Avezac-Macaya. [Suite. Biblio- 
graphie de Larcher, avec fac-similé; biographie et bibliographie de 
d'Avezac de Castera-Macaya (1800-1875) avec portrait.] — P. 3-3-43. P\ de 
Cardaillac. Les Marguerite, reines de Navarre [avec portraits]. — 
P. 44-5. M. Lanore. Les richesses artistiques de nos églises. [Inven- 
taire des objets classés.] — P. 46. Ch. Samaran. La seigneurie de 
Rivière et le vin de Madiran au commencement du xvi« siècle. [Men- 
tionné dans une enquête.] — P. 47-58, 212-9, 270-84, 321-9. J. Abadie. 
Les Minimes de Tournay. [Suite de cette étude très précise et très docu- 
mentée.] — P. 59-60. Découvertes archéologiques à Lourdes. — P. 61. 
Bazerque. Une lettre inédite du général Maransin (1814). — P. 67-78. 
H. CouRTEAULT. Maurice Lanore (1871-1907). [Notice biographique avec 
portrait et bibliographie.] — P. 79-87, 149 57, 238-46, 297-309. J. Pam 
BRUN. Les tremblements de terre de 1660, 1750 et 18-54 à Bagnères-de 
Bigorre. [Documents.] — P. 87-94, 132-9, 178-88, 2-50-2. L. Éicaud. Les 
reclus des Hautes-Pyrénées. [Suite des listes publiées avec de nom- 
breuses notes ; à suivre.] — P. 97-115, 140-9, 171-8. Ch. Samaran. Isa- 
belle d'Armagnac, dame des Quatre-Vallées. [Intéressant épisode de 
l'histoire de la famille d'Armagnac. Inceste d'Isabelle et de son frère 
Jean V ; leur mariage, excommunication, fabrication d'une bulle de dis 
pense par deux faussaires, dont l'évêque d'Alet; après la réconciliation 
de Jean V avec Pie II, Isabelle reçoit la seigneurie des Quatre-Vallées 
(1462) et se retire à Castelnau-Magnoac, où elle meurt dans la misère, 
peut-être empoisonnée par son médecin.] — P. 116-7. E. Diiviau. Mas- 
sacre des habitants de Juillan par le capitaine d'Incamps, gouverneur 
du château de Lourdes. [1610, document.] — P. 118-9, 422-6. N. Eosa- 
pelly et J. Pambrun. Enquête sur les postes sous l'ancien régime. 
[Suite: notes et documents.] — P. 120-2. Découvertes archéologiques à 
Lourdes. — P. 123-5, 262-9. H. Louohet et F. Marsan. Enquête sur nos 



260 ANNALES DU MIDI. 

vieilles cloches. [Suite.] — P. 161-71. F. de CARDAiLLAr. Autour d'une 
lettre inédite de Henri IV. [Lettre sans intérêt ; portraits de Henri IV 
d'après des estampes de la Bibliothèque nationale.] — P. 188-9. M. de 
Nansouty. Comment s'appelle le pic du Midi. [Le pic de midi.] — 
P. 193-211. F. DE Cardaillac. Biographies pyrénéennes. îVédéric Sou- 
tras (1815-1884). [Portraits et fac-similés.] — P. 219-20. M. Lanore. Les 
Hautes-Pyrénées dans la collection Guilhermy, à la Bibliothèque natio- 
nale. — P. 220-2. G Balencie. Les découvertes archéologiques de 
Lourdes. [L'inscription Tutelae s'appliquait probablement à une des 
sources avoisinant l'église.] — P. 246-9. J. Pambrun. Documents sur 
Maransin. — P. 2.57-61. P]. Duviau. Une émeute à Lourdes en 1789. 
[Document; dévastation des communaux.] — P. 269. M. Lanore. L'er- 
mitage de Campuzan en Magnoac. [Mentions en 1690 et 1739.] — 
P. 285-6. G. Balencie. Un vol à Aurensan au xviiF siècle. [Document]. 
— P. 289-96. D"' Dejeanne. Le troubadour Marcabru. [Traduction de 
quatre mélodies.] — - P. 310-1. M. Lanore. Les Hautes-Pyrénées dans la 
collection Dupuy. — P. 312-5, 329-30. E. Duviau. Faits remarquables 
relatés dans les registres paroissiaux de Lourdes. — P. 353-99. F. de 
Cardaillac. Deux capitaines gascons au xvi" siècle. Les frères Sarla- 
bous. [Portrait et récit de la vie de Corbeyran de Cardaillac, baron de 
Sarlabous ; son rôle en Ecosse, au siège de Calais et de Thionville par 
le duc de Guise; il revient en Ecosse soutenir la cause de la régente 
Marie de Lorraine, et se maintient longtemps à Dunbar. A suivre.] — 
P. 399-400. J. Pambrun. Curieux dénombrement de la population d'Asté 
quelques mois après l'incendie du 9 novembre 1754. — P. 400. M. La- 
nore. Mariages avec légitimation d'enfants sous l'ancien régime. — 
P. 401-4. M. Lanore. L'art dans la région bigourdane. [Suite; Arnaud 
de Baleix. xv siècle.] — P. 401-6. E. Lafforoue. Un lendemain de Noël 
à Hiis. [Conflit des consuls avec le curé (1651).] — P. 407-17. L. Caddau. 
Querelle entre le clergé séculier et le clergé régulier de Vic-Bigorre en 
1652. [A propos d'un enterrement.] — P. 417-21. De Beaurepaire-Fro- 
MKNT. Une relation inconnue du tremblement de terre de 1660 à 
Bagnères-de-Bigorre. [Doculnent.] 

Tome III, 1908. 

P. 5-43, 201-52. F. de Cardaillac. Doux capitaines gascons au xvi« siècle. 
Les frères Sarlabous. [Fin. Rôle de Corbeyran de Cardaillac pendant 
les guerres de religion, au siège dti Havre, 1563; il est nommé gouver- 
neur de la ville; ne prend pas part à la Saint-Barthélémy et au meurtre 
de Coligny, car il est au Havre à ce moment; ses qualités d'adminis- 
trateur, sa mort. 1586. Portrait et vie de son frère Raymond, sa carrière 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 2G1 

luilitaire pendant les guerres de religion, gouverneur d'Aiguesniortes, 
juge mage à Toulouse, etc., il a. guerroya pendant prés de cinquante ans 
sur la plupart des clianips de bataille du xvi" siècle ».] — P. 44-8, 122-9, 
'^TG-H^, 41G-24. G. Balencie. Le procès de Bigorre. [Début d'un impor- 
tant travail sur l'histoire des rivalités qui se produisent à la suite des 
cinq mariages de la comtesse Pétronille pour la possession du comté 
de Bigorre, depuis le milieu du xiii* siècle jusqu'au xv", entre les rois 
d'Angleterre, les évêques du Puy, les rois de P'rance, etc., jusqu'au 
moment où le comté passe à Jean I", comte de Foix, pour être réuni 
plus tard à la couronne par son descendant Henri IV.] — P. 49-55. 
N. RosAPELLY. Vestiges gallo-romains à Vic-Bigorre [médailles, frag- 
ments de sculpture, substructions; gravures et plan]. — P. 55-9. J. Pam- 
BRUN. La pépinière de Tarbes au xvin" siècle. [Document.] — P. 64-7, 
73-9, 130-5, 425. L'art dans la région bigourdane : L. Caddau. Le puits 
d'Ibos. F. Marsan. Les peintures des églises de Mont (vallée de Lou- 
ron) et de Gouaux (vallée d'Aure) [xvi^ siècle]. La Rédaction. Castai- 
gnèse, maître sculpteur à Luz. — P. 67-9, 115-21, 190-3, 294-6. J. Gau- 
liiN, J. Pambrun, N. Rosapelly, g. Balencie. Enquête sur nos vieilles 
cloches. [Suite.] — P. 79-82. Fr. Galabert. Une ordonnance de Monluc. 
[Ordre au capitaine Bardachin dé lever des arquebusiers dans la mon- 
tagne; quelques détails sur le prieuré de Sarrancolin, 1568.] — P. 83-91, 
151-8, 262-74. J. Abadie. Les Minimes de Tournay. [Fin. Suppression 
en 1769.] — P. 92-102. N. Rosapelly. Deux érudits bigourdans. D'Ave 
zac de Castera Macaya. [Fin. Généalogie.] — P. 105-15, 180-90,- 317-32 
480-9. A. DuFFOURc. Madiran. La commune, le prieuré, la paroisse. 
[Monographie d'une localité qui n'a pour ainsi dire pas d'histoire- 
quelques renseignements intéressants, surtout au point de vue écono- 
mique ; les protestants ont été, à Madiran, a. ce qu'ils ont été partout 
ailleurs : des hommes de pillage, de rapines et de cruautés ».] — - 
P. 129. N. Rosapelly. Gomment on appréciait les Bigorrais au 
xvii" siècle. [Propres aux armes, peu courtois.] — P. 137-50, 297-308. 
L. RiCAUD. L'abbé Torné. [Prêche le carême à la Cour en 1764, pro- 
nonce l'oraison funèbre de Louis XV à Tarbes ; caractère brouillon ; 
nombreux bénéfices ; ardent révolutionnaire, évêque du Cher, métropo- 
litain du Centre, député à la Législative, président de l'administration 
centrale du Cher, prêche le mariage des prêtres, se marie lui-même, 
revient à Tarbes, bibliothécaire de l'Ecole centrale, meurt en l'an V.] — 
P. 158-9. J. Pambrun. Un enterrement non religieux à Betpouy en 1686. 
[Document.] ~ P. 162-4.2N. Ros.\pelly. Bernard Palissy. [Ateliers de 
poterie.] — P. 165. F. Marsan. Relation d'un combat livré au Port de 



262 ANNALES DU MIDI. 

Pliia (Espagne), le o octobre 1793. — P. 169-78. G. Anulade. La légion 
d'Aiire en 1789. [Règlement, composition. J — P. 178-9. De Roquette- 
Buisson. Les pics de Midi de Bagnères-de-Bigorre et d'Ossau. — P. 197. 
J. P.vMBRUN. Comment on stimulait le zèle des auditeurs des comptes 
de Vic-Bigorre en 1655. [En leur donnant trente sous par jour.] — 
P. 253-61. E. DuviAU. Les gouverneurs, capitaines ou commandants 
de la ville et du château de Lourdes. [Liste de leurs noms.] — P. 261. 
M. Lanore. Un accouchement prolongé. [Deux jumeaux à deux jours 
d'intervalle. Mention d'état civil.] — P. 275. J. Pambrun. Défense de 
porter et vendre des vivres dans l'enclos extérieur des Capucins de 
Médous le lendemain de la Pentecôte ou les autres jours de fête. — 
P. 285-8. F. Marsan. Requête adressée par les consuls de la ville 
d'Arreau.... à la suite d'une ordonnance du 1" janvier 1759 prescrivant 
la remise des armes à l'hôtel de ville du chef-lieu de chaque vallée. 
[Document.] — P. 288-91. C. Anglade. Délibération de la communauté 
d'Estensan au sujet de la présentation du cahier des doléances en 1789. 
[Et texte du cahier.] — P. 314, 339-40, 456-7. N. Rosapelly, J. Pambuun, 
DE Roquette-Buisson. Le chien canard. [A propos d'une mention dans 
un document.] — P. 332-8. E. Duviau. Les présents de la ville de Lour- 
des. [A divers personnages, extraits des comptes et délibérations.] — 
P. 340-6. L. Caddau. La constitution civile du clergé dans les Hautes- 
Pyrénées. [Discours de Jean-Pierre Barère, curé d'Auriébat, 1791.] — 
P. 349-94. F. DÉ Cardaillac. Bertrand Barère. [Intéressante analyse 
psychologique du caractère de ce « grand ambitieux et grand vaniteux», 
« grisé de mots et de chimères », « abîme de contradictions ». Cet abîme 
de contradictions se réduit en somme à avoir pu être à la fois terro- 
riste et homme sensible, et cela s'expliquerait par « l'absence de juge- 
ment, l'impuissance à sortir de lui-même et le défaut de caractère ». 
« Tout le reste n'est qu'hypothèse ». C'est peut-être aussi le défaut des 
conclusions qui précèdent et qui semblent bien inutiles pour expliquer 
« une contradiction » courante à cette époque. Nombreux portraits.] — 
P. 395-6. F. Soutras. [Deux poésies, 1848, 1852.] — P. 397-402. J.-A. 
Brutails. Les devoirs des archéologues de province. [A l'occasion de 
la séparation des Eglises et de l'Etat.] — P. 402-15. F. Marsan. Règle- 
ments des syndics dos vallées d'Aure, Nestes et Barousse, 1650. [Docu- 
ment intéressant pour l'organisation des vallées.] — P. 425. J. Pambrun. 
Projet d'établissement d'un jardin public à ïarbes en 1769. — P. 429-32. 
L. DucASSE. L'abbé Torné. [Quelques détails complétant l'étude de 
M. Ricaud, cf. ci-dessus. Portraits.] — P. 433-40. E. Duviau. Le général 
baron Maransin. — P. 441-56. L. Ricaud. Les reclus des Hautea-Pyré- 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. 263 

nées. [Suite et à suivre; liste de germinal an Il.J — P. 461-7f'). !.. Gaddau. 
Monographie de la cathédrale de Tarbes. [Historique; origines, destruc- 
tion au xvi« siècle. A suivre.] — P. 476-9. L. Danti.nT. Deu.K portraits 
de M*' de Gain. [Dernier évêque de Tarbes sous l'ancien régime; gra- 
vure.] — P. 493-511. F. DE Cardaillac. Le poète d'Espourrin [1698-1759; 
chansons béarnaises; gravures.] — P. 511-3. J. Pambrun. Premières 
ascensions des frères Montgolfier. [Texte de l'avis publié par le gouver- 
nement pour prévenir les terreurs que cette découverte aurait pu occa- 
sionner, 1783.] — P. 513. G. Bai.encie. Cérémonies célébrées pour la 
conservation des animaux. [Messes dites pour la conservation des 
cochons de La Réole, 1785.] — P. 514. L. Gaddau. Erection d'une statue 
de la Vierge sur le sommet du Bédat en 1867. — P. 515-6. F. Marsan. 
Acte d'accord entre trois maîtres chirurgiens de Sarrancolin et les 
habitants du lieu de Rebouc (22 août 1653). [Tarif pour « raser et couper 
le poil de la teste », pour les saignées, ventouses, etc.] — P. 516-8. N. 
RosAPELLY. Gomment B. Barère de Vieuzac jugeait les Tarbais. [Liti- 
gieux,, envieux, curieux, avides et prétentieux.] Fr. G. 

Tarn-et-Garonne. 

B alietia archéologique et historique de la Société archéo- 
logique de Tarn-et-Garonne^ t. XXXV, 1907. 

P. 17-53. .\. Grèze. .Journal de voyage de l'abbé Gibert, curé de Golon- 
ges, annexe de Saint-Clair, canton de Caussade. [Récit du voyage fait 
par quatre ecclésiastiques pour se rendre en Espagne et aux Baléares 
à la suite du décret du 26 août 1792.] — P. 73-88. Ed. Forestié. Le 
mobilier de Me' Le Tonnelier de Breteuil, évèque de Montauban, mis 
sous séquestre en 1793. [Document intéressant en ce qu'il fait connaître 
la valeur des objets.] — P. 91. Commandant Barthe. [Note sur la 
feuille de route d'un escadron de cavalerie levé à Caussade, 1743.] — 
P. 99-100. F. PoTTiER. Un portrait de saint Louis-Bertrand, domini- 
cain, gravé sur cuivre. [Avec reproduction.] — P. 101-38. L. Mathet. 
La lèpre, les lépreux, les léproseries et spécialement les léproseries du 
Tarn-et-Garonne. [Notions générales au point de vue médical et histo- 
rique; documents et renseignements plus précis sur les maladreries de 
Mgntauban, Moissac, Saint-Antonin, etc.] — P. 139-51. Abbé F. Gala- 
BERT. Une correspondance berlinoise de fils de réfugiés (1762-1872). 
[Extraits trop courts de lettres qui se trouvent sans doute dans des 
archives privées et qui ont été envoyées de Berlin par Antoine-Thomas 
Palmié et son lils à leurs cousins restés à Caussade à propos d'un 



264 ANNALES DU MIDI. 

commerce de vins (4 à 800 barriques expédiées par an de Caussade à 
Berlin). Quelques détails très curieux sur Frédéric 11, sa popularité, 
sur les mœurs berlinoises, sur le désir des réfugiés de revoir leur pays 
d'origine pour fuir la « pesanteur allemande », sur leurs opinions re- 
latives à la Révolution, etc.] — P. 152-60. L. Vitteaut. Ordre de la 
Félicité. [Brevet de chef d'escadre (fac-similé^ délivré par le marquis 
de Chambonnas, 1745; quelques renseignements assez vagues sur cet 
ordre d'après divers ouvrages imprimés.] — P. 161-74. Th. Bessery. 
Excursion à Souillac, au château de Fénelon, à Lacave, à Gourdon et 
à la collégiale du^Vigan. [Quelques détails archéologiques, gravures.] 

— P. 175-96. Ed. P'oRESTiÉ. Lamothe-Cadillac, fondateur de la ville de 
Détroit (Michigan), gouverneur de la Louisiane et de Castelsarrasin. 
Notes complémentaires. [De son vrai nom Antoine Laumet. Testament 
(sans grand intérêt) de son père, inventaire de mobilier (1731).] — 
P. 202-3. Abbé Galahert. Litre funéraire des églises d'Espanel. [1698.] 

— P. 258-77. A. BuzENAC. Une petite ville du Quercy avant la Révolution 
(Montpezat). Souvenirs d'un arriére-grand-oncle. [Souvenirs de 1785, 
rédigés en 1845; rétablissement dans sa charge du premier consul De-, 
peyre qui en avait été dépossédé par le Parlement de Toulouse, à la 
suite des intrigues de l'intendant du château, un Périgourdin.] — 
P. 286-92. Capitaine Rozat dk Mandres. Les gîtes d'étape des gens de 
guerre au xvii» siècle. [Analyse de documents relatifs à Montech 
(1640); un magasin pour les troupes à Saint-Nauphary (1681).] — 
P. 305. F. PoTTiER. Note sur des tapisseries, 1744. — P. 310-1. 
Ed. FoRESTiÉ. Un ordre de chevalerie pou connu ou inconnu. [Analyse 
du décret de 1809 qui institue l'ordre des trois toisons d'or.] Fr. G. 



NÉCROLOGIE 



M. Paul-Édouard Privât, notre excellent éditeur et ami, est 
mort le 15 (iécembre 1908, dans sa cinquante-huitième année. 

On n'ignore pas combien lui sont redevables la philologie et la 
littérature, l'archéologie et l'art, toutes les branches enfin de l'iiis- 
toire de notre Midi. Son père, décédé en 1887, lui avait légué la 
lourde tâche de mener à bon terme la nouvelle édition de VHis- 
lolre de Languedoc II s'en est acquitté avec un pieux courage. 
Sous sa direction ont paru les tomes XI et XII (1889); le tome XV, 
consacré à l'épigraphie (1892); enfin, en 1904, le tome XVI et der- 
nier de cette grande œuvre : celui-ci est une Histoire graphique 
de l'ancienne province de Languedoc, par E. Roschach, avec 
cartes par Aug. Molinier. 

Cependant M. Privât se livrait aussi à des entreprises nouvelles, 
non moins profitables à la science. En 1889 paraissaient chez lui 
simultanément la Revue des Pyrénées et les Annales du Midi, 
recueils périodiques dont l'un, destiné au grand public, littéraire, 
mais touchant à toutes les sciences, a pris pour domaine le Sud- 
Ouest pyrénéen, tandis que l'autre, purement historique et philo- 
logique, voué aux recherches d'érudition, s'occupe du Midi entier. 
Puis vint la Bibliothèque méridionale, dont la série historique 
compte déjà dix volumes et la série philologique dix également : 
collection de textes ou d'ouvrages originaux qui, elle, passe la 
frontière et accueille les travaux relatifs à l'Italie et à l'Espagne. 

Il éditait les Bulletins, Mémoires ou Recueils de la plupart des 
sociétés savantes de Toulouse, le Bulletin de littérature ecclésias- 
tique de l'Institut catholique, etc. Quant à énuraérer les ouvrages 
intéressant le Midi qu'il a publiés, nous devons y renoncer, faute 
de place. Bornons-nous à mentionner, comme l'un des derniers 

ANNALES DU MIDI. — XXI 18 



26G ANNALES DU MIDI. 

en date, le Précis d'cn-cliéologie du uioyen âge de M. Brutails 
(1908), et une belle entreprise, trop tôt interrompue, mais non par 
la faute de l'éditeur, h savoir V Album, des tnomiments de l'art 
ancien du Sud-Ouest, qui en est resté au premier volume (1897). 
Il avait recueilli, continué dignement et confirmé une tradition 
des plus utiles à la science, des plus honorables pour sa maison, 
pour lui-même. Si nous regrettons vivement son décès prématuré, 
nous sommes assurés du moins que cette tradition ne s'éteindra 
pas avec lui. 



Camille Ghabaneau *, décédé à Nontron le 21 juillet dernier, était 
né dans la même ville le 4 mars 1831. Il vint au monde après un 
hiver des plus rigoureux et qui est resté célèbre en Périgbrd et en 
Limousin sous le nom d'année du grand froid {annado de la 
grando fré). Jusqu'à douze ans il vécut à Nontron et fréquenta 
l'école, située sur le promontoire qui domine, presque à pic, la 
vallée du Bandiat. Studieux et attentif durant la classe, il prenait 
à la sortie une part active aux jeux de ses camarades, avec lesquels, 
en des courses folles, chaussé comme eux de sabots de fabrication 



1. [On lira certainement avec plaisir cette notice, si vivante et si riche 
en détails intimes, due à la plume d'un des élèves de Ghabaneau qui l'ont 
le mieux connu, le plus aimé. Nous croyons néanmoins devoir la com- 
pléter par l'indication des principales publications de l'éminent proven- 
çaliste. 

Histoire et théorie de la conjugaison fratiçaise, Angoulème, 1868 
(2° éd., Paris, 1878). — Grammaire limousine, Montpellier et Paris, 1876 
(extrait de la Revue des langues romanes, t. Il-XI). — Les biographies 
des troubadours, Toulouse, 1885 [Histoire générale de Languedoc, t. X). 
— Origitie et établissement de l'Académie des Jeux Floraux, Toulouse, 
1885 {ibid.). — Poésies inédites des troubadours du Périgord, Mont- 
pellier, 1885 (Revue des langues romanes, XX-XXVII). — Sur quelques 
manuscrits provençaux perdus ou égarés, Montpellier, y 1886 {ibid., 
XXl-XXVIII). — Sainte Marie-Madeleine dans la littérature 'proven- 
çale. Montpellier, 1887 {ibid., XXIII-XXXl). — Deux manuscrits pro- 
vençaux du xn'' siècle, Montpellier et Paris, 1888 (en collaboration avec 
J.-B. Noulet). — Cartulaire du (Consulat de Limoges, Montpellier, 1895 
(suppl. à la Revue des langues ro-manes, XXXVllI). — Pour plus de 
détails, voy. la Bibliographie dressée par M. E. Lefèvre dans les 
Mélanges Ghabaneau (p. 1093-1107). — Voy. au reste les notices nécro- 
logiques publiées par MM. U. Lavaud {l'Avenir de la Dordogne, 28 juil- 
let 1908), P. Meyer [Romania, XXX Vil, 624), E. Levy, Zeitschrift fin- 
rom. Philologie, XXXIII, 7I-;3), J. Anglade {Revue des langues roma- 
nes. II, 481-9.) — N. d. 1. R.]. 



NECROLOGIE. 267 

nontiunnuist;, il dévalait les rues abruptes et pavées de cailloux 
pointus. 

A la maison, avec ses camarades, le limousin était la seule lan- 
gue dont il fit usage. C'est dans ce commerce journalier qu'il ac- 
quit la pleine et intime connaissance de sa langue maternelle. 
Plus tard, au cours de ces causeries dont on a déjà dit le charme 
et la finesse! , soit pour nnaticer sa pensée, soit pour la renforcer, 
volontiers il faisait appel au limousin lorsque « le français n'y 
pouvait aller ». Et durant ses dernières années, de retour à Non- 
tron, c'était pour lui une grande joie que d'entrer, comme jadis, 
chez un voisin pour lui dire un amical bonjour en langue limou- 
sine. Ce n'était plus toujours le voisin d'autrefois, le fils avait sou- 
vent pris la place du pore; mais c'était encore la langue de sa 
douzième année qu'il était heureux d'entendre et de parler. 

Le cadre où s'étaient <léroulées les longues et radieuses journées 
de son enfance resta toujours présent à son esprit. En quelque lieu 
que les hasards de la carrière de son père ou de la sienne l'eus- 
sent conduit, c'est à Nontron qu'il rêva sans cesse de retourner. 
Et c'est pour réaliser le projet caressé durant toute sa vie qu'à sa 
retraite, il quitta Montpellier, témoin de sa gloire, ses amis, ses 
collègues, dont plusieurs avaient été ses élèves, son installation si 
calme, ses intérêts. Mais son corps s'était habitué à la tiédeur du 
climat méditerranéen; celui de Nontron lui parut dur et les hivers 
lui furent pénibles. 

Après avoir quitté i'école primaire de Nontron il fut son propre 
maître. Désireux de savoir, servi par une mémoire merveilleuse, 
il apprit en se jouant le latin et le grec. Les poètes de ces deux 
langues lui devinrent familiers, mais ce furent tout d'abord les 
poètes grecs qui le passionnèrent. Un mot de lui, dont le souvenir 
se conserva dans sa famille, nous montre le goût qu'il îwait pour 
Homère vers sa vingtième année. C'était après le coup d'Etat du 
2 décembre. Un cortège de prisonniers politiques passait sous les 
fenêtres, en route pour Cayenne. Tout ému, il se tourna vers ses 
parents et leur dit : « Je les suivrais volontiers si l'on devait me 
laisser mon Homère. » 

Parmi les poètes français il aimait surtout Victor Hugo. 1\ l'avait 
lu, étudié avec cette finesse d'analyse, cette pénétration dont il a 
donné tant de preuves dans ses travaux sur les troubadours. Sous 

1. R. Lavaud, loc. cit. 



268 ANNALES DU MIDI. 

le poète il cherchait et aimait l'homme, heureux de son bonheur, 
triste de ses tristesses. Aussi sa joie fut-elle profonde lorsque 
parurent les premiers volumes de la Correspondance (1896-1898) 
et qu'il put voir, ainsi qu'il l'avait pressenti, que le grand poète 
avait été un grand honnête homme. 

Il étoit au reste poète lui-même, et en 1870 il publia chez Le- 
merre ses Poésies intimes. 'CaQ ne sont pas les seuls vers qu'il ait 
écrits, mais ce sont les seuls qu'il ait donnés au public. C'est après 
leur publication, durant son séjour à Angoulême et à Cognac, qu'il 
se lia avec plusieurs poêles, et notamment avec Léonce Guimber- 
teau. Il estimait fort les vers de Guimberteau et il aurait voulu 
que son ami fût plus connu et plus apprécié comme poète et comme 
philosophe K 

En 1875, Chabaneau assista aux fêtes latines de Montpellier. 
Depuis plusieurs années il collaborait à la Revue des la?igues ro- 
manes et il fut heureux de rencontrer à ces fêtes une grande par- 
tie des provençalistes, avec lesquels il était déjà en relations épis- 
tolaires. Au banquet il fut la cause d'un incident qui faillit trou- 
bler la sérénité des fêles. Des toasts avaient été portés à toutes les 
langues, dans tous les dialectes et dans toutes les langues de la 
grande famille latine. L'une d'elles avait pourtant été oubliée. 
Chabaneau proposa de boire « à une langue qui fait aussi partie 
des langues romanes, à la langue française et à son plus glorieux 
interprète, à Victor Hugo ». Les toasts devaient être rédigés 
d'avance et soumis au président du banquet qui était le général 
commandant le corps d'armée. Lorsqu'on lui présenta le toast de 
Chabaneau, il déclara nettement que, si de telles paroles étaient 
prononcées, il se retirerait aussitôt avec tous ses officiers. Emoi. 
Chabaneau et ses amis relurent, étudièrent, pesèrent les termes du 
toast et, ne trouvant rien qui motivât une semblable réponse, l'un 
d'eux demanda au général en quoi le toast proposé lui paraissait 
répréhensible. Le général répondit qu'il n'admettrait jamais (pie 
l'on prononçi\t devant lui le nom d'un individu qui avait fait en- 
terrer ses lils civilement. Or, tandis qu'on parlementait, tandis 

1. Léonce Guimberteau a publié : l» sous le pseudonyme de Noël 
SiiGUiN, Introduction à une esthétique nouvelle, Paris, Ciiamerot, 1859, 
in-S" ; 2" sans nom d'auteur, lirahma, poème, Paris, librairie des Biblio- 
philes, 1880, in-12 ; 3° sous son nom. Le deoenir humain, jioème, Paris, 
Kisdibacher, 1897, in-12. Ce dernier volume est une réimpression de 
lirahma avec quelques poèmes nouveaux. Deux pièces. Le Sphi)ix (p.;i9) 
et L'Amour dans la mort (p. l-tti) sont dédiées à Camille Chabaneau. 



NÉCROLOGIE. 269 

que les convives attendaient la suite des discours et des toasts, 
Roumanille dressa sa haute taille et d'une voix forte, sans avoir 
communiqué à quiconque le texte de ses paroles, il s'écria : » Je 
bois ;i la Rome papale. » Ce toast imprévu lit scandale et alimenta 
pendant longtemps les polémiques contre les félibres. 

En octobre 1878, Chabaneau, qui avait appartenu jusque là à 
l'administration des postes (il était alors receveur à C.oprnac), fut 
chargé d'une conférence de langues romanes qui venait d'être créée 
à la Faculté des lettres de Montpellier'. L'accueil de ses collègues 
fut loin d'être chaud. Avec Boucherie et Marcel Devic, ils étaient 
connus dans le milieu universitaire — on peut bien le dire aujour- 
d'hui — sous le nom des « trois anabaptistes ». Mais cette com- 
mtine disgrâce du début les rapprocha et créa entre eux les liens 
d'une amitié féconde. 

Du reste> Chabaneau vivait comme il vécut toujours, très retiré. 
Son temps était partagé entre les soins à donner à sa mère et ses 
études. A peine arrivé à Montpellier la santé de sa mère lui causa 
des inquiétudes. Sa faiblesse était telle que le médecin avait 
ordonné qu'elle cessât de se rendre à la chapelle voisine. C'était 
pour cette femme pieuse une cruelle privation. Pour l'atténuer 
dans la mesure du possible, son fils lui fait dresser un autel sur 
l'un des côtés de sa chambre et, le dimanche, il faisait à sa mère 
la lecture de la messe et de l'évangile du joui". Et il y avait 
quelque chose de touchant et de grand à la fois à voir ainsi offi- 
cier, en quelque sorte, un homme dont l'esprit avait depuis long- 
temps rejeté toute croyance positive 2. C'est ainsi que, par des soins 
délicats et affectueux, il eut le bonheur de reculer de vingt ans 
l'échéance fatale, et sa mère, si menue, si faible et si fragile, s'étei- 
gnit doucement à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans. 

Après sa mort, la vie de Chabaneau se trouva entièrement bou- 
leversée. Est-ce parce qu'il n'avait plus à côté de sa table de tra- 
vail sa compagne habituelle ? Est-ce parce que déjà le travail lui 
était pénible? Je ne sais, mais dès ce moment il éprouva le besoin 
de quitter Montpellier pour plusieurs mois et il profita d'un congé 
pour se rendre en Italie où il eut le plaisir de voir et de connaître 

1. Sur cette création de conférences de langue et littérature française 
du moyen âge, vov. Romania, VII, 635, et Bévue des langues romanes, 
XIV, 303. 

2. De même, pour complaire à l'iinf de ses sœurs, il traduisit pour elle 
les poésies de sainte Thérèse de Jésus {Poésies intimes, p. 125). 



270 ANNALES DU MIDI. 

personnellement quelques-uns des romanistes avec lesquels il 
était en correspondance. 

Après sa mise à la i-etraile (1901), son installation à Nontron 
l'occupa pendant [ilusieurs années. I^es soucis et les ennuis, con- 
séquences inévitables d'un pareil déplacement, furent fortement 
atténués par le plaisir qu'il éprouva à se retrouver en Périgord et 
à être choisi comme président dn Bournal. he philologue céda le 
pas au félibre et il n'eut pas de joie plus grande que de voir ger- 
mer et se développrer l'idée félibréenne dans la terre classique des 
troubadours. 

Camille Ghabaneau fut un grand cœur et un grand esprit; et, 
quelque im[)ortante que soit l'œuvre qu'il a laissée, elle ne repré- 
sente qu'une faible part de tout ce qu'entreprit et de tout ce qu'éla- 
bora son cerveau. Ce spécialiste de la philologie romane ne fut un 
spécialiste qu'en apparence ; toutes les sciences auxiliaires de la 
science qu'il professait avaient été par lui explorées et approfon- 
dies, ou, pour mieux dire, rien du savoir humain ne lui fut indif- 
férent. De là cette justesse dans ses appréciations, cette impecca- 
bilité dans ses corrections, cette autorité qui fut souveraine. Mais 
cet homme qui savait tant était pour autrui l'indulgence même, et 
sa critique fut toujours, et pour tous, discrète, courtoise et bien- 
veillante. Henri Teulié. 



Nous devons un hommage et un juste tribut de regrets à la 
mémoire de notre sympathique coUaborateur, le D"" Jean-Marie- 
Lucien Dejeanne, enlevé, en pleine activité, le 15 février, par une 
mort soudaine qui a consterné tous ses amis. Les antiquités litté- 
raires et historiques de sa petite patrie le passionnaient depuis 
longtemps; il avait publié dans la Roniania, en 1883, des Contes 
de la Bigorre, précédés de précieuses observations grammaticales, 
et dans diverses revues locales (notamment le Bxillelin de la 
Société 7?«?»ow(f), des documents historiques et linguistiques inté- 
ressant surtout Bagnères {Fors et- Coutumes de Bagnères-de- 
Bigorre; Recette et dépense de la xnllc de Bagnères p'onv l'année 
1555; Recherches sur la fabrication et la vente de draps à 
Bagnères-de-Bigorre avant la Révolution française^ etc. Bien 
(pie la philologie ne fût pour lui qu'une sorte de distraction aux 
souris d'une carrière médicale brillante et liien remplie, il avait 
signé, ici même, des travaux que n'eût pas désavoués le plus dis- 



NÉCROLOGIE. 271 

tingué des professionnels. Reprenant un projet qu'avait jadis 
caressé (siins doute à son insu) Léonce Coulure, il eût voulu 
publier un Co)-pus complet des trouhadours gascons. Sa parfaite 
connaissance des dialectes locaux, unie à une sérieuse étude de 
l'ancienne langue, le rendaient particulièrement apte à cette tAche. 
La publication, faite dans nos colonnes, des poésies de Marcoat 
(XV, 358), de Gercamon (XVII, 27), d'Alegret (XIX, 221). des coblns 
de Bernart-Arnaut d'Armagnac et de dame Lombarda (XVIII, 63) 
n'étaient dans sa pensée que les premières assises de ce monu- 
ment. Il n'aura pas eu la joie de voir terminée cette édition de 
Mai'cabru, à laquelle il travaillait avec tant d'ardeur depuis quel- 
ques années ; il n'y manquait, heureusement, que fort peu de 
chose et elle verra le jour à peu près en même temps que ces 
lignes. Il écrivait aussi son dialecte avec un rare bonheur ; il avait 
publié, sous le pseudonyme de Nabaillet, une charmante traduc- 
tion de quelques fables de La Fontaine (Caoucos fahlos de 
J. de La Fontaine en rimos higonrdanos, 2e éd., Bagnères-de- 
Bigorre, 1899) et d'amusantes fantaisies, f.e D'" Dejeanne, né à 
Bagnères le 19 octobre 1842, avait passé à peu près toute sa vie 
dans sa ville natale, dont il avait été maire de 1889 à 1901 et i' 
laquelle il avait rendu, en cette qualité, les plus signalés services. 

A. ,7. 



Originaire de Tulle, mort à Paris le 1er février dernier à l'Age de 
soixante-seize ans, M. Gustave Clément-Simon était incontesta- 
blement l'un des maîtres de l'historiographie limousine. Depuis 
les temps déjà lointains où la politique l'avait éloigné de ses fonc- 
tions de procureur général près la Cour d'appel d'Aix, il s'était 
renfermé dans la solitude de son château de Bach (Corréze) et 
s'était complu à y rassembler tout ce qui, en fait de livres, de 
manuscrits, de chartes, pouvait l'aider à scruter le passé de son 
département d'origine. Il fit merveilles sur ce terrain. C'est de Bach 
que sont sorties tant de monographies distinguées, dont les Anna- 
les du Midi ont rendu compte en leur temps, et deux volumes de 
documents sur le Bas-Limousin du moyen Age, d'un contenu si 
neuf et si varié. Parmi ses publications limousines, nous citerons 
comme plus particulièrement importantes : La Vicomlé de Limo- 
ges au XV^ siècle (1879); TtiUe et le. Bas-Limousin pendant les 
guerres de religion (1887) ; Histoire du collège de Tulle (1892) ; La 



272 ANNALES DU MIDI. 

rupture du traité de Brétigny et^ses conséquences en Limousin 
(1898); Curiosités de la bibliographie limousine (1905),- Notice 
de quelques mainiscrits d'une bibliothèque lirnousine (1907), et 
surtout ces belles Recherches de l'histoire civile et munici- 
pale de Tulle avant l'érection du Consulat, dont le second 
volume vient de paraitre (1903-08). — Les investigations de 
M. C.-S. s'étaient portées sur d'autres contrées encore. C'est ainsi 
qu'il a publié pour la première fois Le Testament du maréchal 
Biaise de Montluc (1872); Le Journal de François de Syrueil, 
chanoine de Bordeaux à la fin du xvi^ siècle (1873); Alain 
d'Albrel et la succession de Bretagne (1873); Les victimes du 
Gers devant le tribunal révolutionnaire de Paris (1890) ; Le Pro- 
testantisme et l'érudition dans le pays basque auXYIII^ siècle 
(1896); Documents sur Guilla7i7ne de .Chanac, évèque de Paris 
(1904); Les Coutumes de Montaut en Armagnac (1906). Toutes 
ces publications, faites de première main, se recommandent par 
une vive intelligence des faits, l'exactitude dans le détail et un 
talent d'exposition assez peu commun. Dans leur ensemble 
elles témoignent d'une puissance de travail non moins rare et 
d'une connaissance très réelle de l'histoire non-seulement du 
Bas-Limousin, mais de tout le sud-ouest de la France. — Le der- 
nier ouvrage de M. G.-S., publié quelques semaines avant sa 
mort, La com.tesse de Valon, est un recueil de souvenirs des plus 

attachants. 

Alfred Leroux. 



Nous apprenons, à la dernière heure, les décès simultanés de 
M. E. RosGHAcH, l'un des collaborateurs de ]\]. Piivat dans la 
nouvelle édition de YHistoire de Languedoc, et de notre dévoué 
et savant collaborateur Ed. Cabié. A l'un et à l'autre, nous con- 
sacrerons une notice nécrologique dans le prochain numéro des 
A7inales. 



CHRONIQUE 



A propos du Congrès arcliéologiqne de Bordeaux, dont nous 
avons parlé dans notre livraison d'octobre dernier (p. 576-7), 
ISÏ. Allègre, d'Agen, que notre collaborateur n'avait pas nommé, 
nous prie de faire connaître que la thèse présentée par lui élait 
celle-ci : « lo par les Doriens que mentionne Ammien Marcellin; 
2o par les marchands grecs qui visitaient les marchés et les vil- 
lages de nos régions; 3° par les jeunes gens qui, après avoir 
appris à Marseille les lettres et la philosophie, revenaient se fixer 
au pays natal, un grand noml)i-e de mots grecs se sont introduits 
dans la langue de nos ancêtres d'Aquitaine. » 

« Je prends, ajoute-t-il, la liberté de soumettre à l'examen de 
mon critique les quelques étymologies suivantes, le priant cour- 
toisement de vouloir bien me signaler, avec les motifs de son opi- 
nion, celles qu'il jugerait erronées, en même temps que celles qu'il 
trouverait préférables aux miennes. » 

1. BKïUÉ (coq); uYir^; [integer, non cnsiralus). 

2. CARTAHU (fort cordage de marin); ■/.a.pxa(vw (valeo). 

3. (JKL (champignon); xotXoç {cavus, en forme de calotte). ■ 

4. GuiT (canard); y7)viôsû; (anserinus, ressemblant à une oie). 

5. HAiLLA dé Sén Jan (feu de saint Jean); al'yXa, Pindare [ignis). 
(5. LETTO (partie basse des vallonnements produits par les vents 

du large dans les sables du littoral de Gascogne); Itr.xi. 
{tenues arenœ). 

7. LiHOUN (couleuvre); Xefptov i^r.zzd^t [Icevis anguis). 

8. PEK, PÈGO (niais, niaise); ^À7:/.Qc,{amens). 

9. Bagcarisso (nombreux villages ou hameaux); [i,iy.y.a^i(, (herba 

odorata quœdam). 



274 ANNALES DU MIDI. 

10. Gabiro, -ran, -rol, -roun (innombrables villages ou hameaux 

sur des points élevés); -/.«Setpoç (Cahirus ; les Cabires, dieux 
de lii fécondité, font partie de l'ancien panthéon hellénique; 
l'un des Cabires, assimilé à Hermès, présidait aux bornes 
et limites). 

11. Cahopé (plusieurs villages ou hameaux); ■^âr.irjo^i dor., ysoireBov 

{horliilus, enclos). 

12. Gaïhala (très nombreux villages ou hameaux) ; ziOa/a (sale 

conspersa, salaisons). 

13. Ghalosso (contrée fertile près de l'Adour); ywpoç -/.aXô? {regio 

pulchra). 

14. FouRTic, HouRTiG (nombreux hameaux de l'Ariège à la Gi- 

ronde); çopTrjYiç (bajulus). 

15. GuÉTHARY (France), Guetaria (Espagne) : deux petits i)orts 

sur le golfe de Gascogne; T)Yr)Tï]p {ductor, pilote?) 

16. Lkyro (rivière de Gascogne); X£up6ç (œqualis, planus, placi- 

dus). 

17. MiMiZAN (1" ancien port sur l'Océan ; 2° petit port sur la 

Joyeuse, un peu en amont du conlluent de cette rivière avec 
l'Adour); [AtavàÇw {manere et cunclari ajnid naves). 

18. Mios (village près de l'embouchure de la Leyre); [xû;, [auôç 

\musculus). 

19. Nesto (plusieurs magnifiques torrents au nord des Pja'énées 

centrales); N^otu (déesse de l'eau chez les Doriens de Sicile). 

20. Sjmorre (plusieurs villages et hameaux) ; ou[x[x6poç, (inquilinus, 

colon, fermier). 

Je me conforme bien volontiers aux deux désirs exprimés par 
notre correspondant et m^ suis fait un devoir d'insérer sa liste 
in extenso ; mais je me bornerai aux observations les plus essen- 
tielles, estimant qu'un meilleur emploi peut être fait de nos colon- 
nes et craignant bien que la plupart de nos lecteurs ne trouvent, 
cette discussion tout à fait oiseuse. 

Je remarque (i'al)ord que parmi ces mots « grecs » beaucou|) sont 
d'une grécit<'i douteuse, suspects soit dans leur forme, soit dans 
leur sens, et n'ont jamais appartenu à la langue usuelle'. Des 
affirmations aussi surprenantes que celles de M. A. auraient' 

1. .J'utilise dans les lignes qui suivent des renseignements qui m'ont 
été obligeamment fournis par mon collègue et ami F. Dûrrhach; la plu- 
part sont emprunlés au Tliesauriis de H. Itlslienne. 



CHRONIQUE. 275 

besoin de s'appuyer sur -les références, et M. A. n'en cite aucune. 

Sont purement poétiques : al'yXa (5), ^iiti^p (15), [Aipai^w (17); 
Itr.-zi (6), pluriel neutre de lzr.z6i, se joint naturellement à toutes 
sortes de substantifs, mais on ne le tronve nulle part pris subs- 
tantivement; le sens de « sal)le lin » lui est donc attribué ici d'au- 
torité: Xsfpto; (7) signifie uni-iuenient « lilial, qui a la couleur du 
lis »; aucun exemple de la combinaison Xsfpiov ip7:£T6v;"le sens indi- 
qué est une énigme. Le n" 8 est encore plus étrange : on trouve 
[3ex6ç ou fiéxzoç, indiqué par un texte (Hipponax, fr.82) comme un 
mot cypriote, dans le sens de pain; par un autre (Hérod. II, 2), 
comme un mot phrygien, dans le même sens. Puis dans Aris- 
tophane {Nub., o98.) le composé (comique, inventé, par Aristo- 
phane ou emprunté à l'argot) fiexxeailrjvo; (qui se retrouve dans Plu- 
tàrque, Moralia, 881 A), avec le sens de simple, niais (c'est là le 
sens attribué arbitrairement par l'auteur au mol primitif [ié/.xo;). 
Le scholiaste explique la dérivation et propose l'interprétation du 
composé en se référant au texte d'Hérodote (II, 2). En tous cas, 
nos textes sont d'accord pour considérer [isxxo; comme un mot non 
grec et d'un sens tout autre. 

Je remarque en second lieu que, h partir du n» 9, tous les mots 
allégués sont des mots géographiques. On sait — ou on devrait 
savoir — de quelles difficultés est hérissée, dans l'état actuel de 
nos connaissances, l'étude étymologique de ces noms. Ici je refuse 
nettement la discussion et me borne à remarquer que l'on n'aper- 
çoit en général aucun rapport entre le sens du mot grec allégué et 
l'une quelconque des notions qui peuvent servir à désigner une 
localité. Pourquoi aurait-on appelé un village herbe odorante* (9), 
salaisons (12), pilote^ (l,j), souris (18), fermier^ (20)? 

Je remarque en dernier lieu que M. A. ne tient nul compte des 
lois phonétiques, aujourd'hui bien connues, qui ont fait leurs 
preuves, et qu'il n'est plus permis ou d'ignorer ou de négliger. 



1. Baccarisso vient simplement de vacca, par vaccaritia ; M. A. n'aura 
aucun doute à ce sujet s'il veut se reporter aux Nouveaux essais de 
philologie de M. A. Tliomas, p. 93. Quant à cabiroun, etc.. puisque ce 
sont des villages sur des liauteurs, je proposerai timidement à M. A. d'y 
voir des dérivés de cap. 

2. 'topTYifo; est un adjectif employé uniquement comme épithète à vac;; 
il n'est appliqué par^ métaphore à des hommes que dans un fragment 
d'Eschyle; le sens de hajulus n'est siirement pas de la langue courante. 

y. Même remarque pour t^h^'^P'';. mot savant, tiré de la langue des ins 
titutions (un seul exemple dans Thucydide). 



276 ANNALES DU MIDI. 

Que dirait-on d'un physicien ou d'un chimiste qui remonterait au 
delà de Galilée ou de Lavoisier?Et croit-on C|u'on devrait attendre 
de lui de précieuses découvertes? Il y a là une négation des mé- 
thodes scientifiques qui ne nous «afflige» pas moins que l'auteur 
de notre récente clironique*. 

Puisque M. A. parait y tenir, je lui donnerai bien volontiers 
mon opinion sur les huit ou dix substantifs qui ouvrent la liste. 

Bigué (ou begué) ne saurait être que le représentant de vica- 
riutn. La métaphore est hardie, mais explicable : le coq a, dans 
la basse-cour, l'importance et l'autorité qu'avait le viguier dans un 
village. Un heureux hasard veut, au reste, qu'un de nos collabo- 
rateurs s'explique sur ce mot dans ce numéro même (p. 228). Le 
grec uyin^ç signifie « sain » ; le sens de non castratiis est inconnu. 
— Cartahu est un mot français, enregistré pour la première fois 
en 1694. (Voy. Dicl. gén., s. v.). .Je ne suis pas sûr que cel soit 
gascon : il manque à Cénac-Moncaut, Lespy et Durrieux; le dérivé 
celoun, connu à Bagnols (Gard), à ce que m'apprend un bota- 
niste, paraît bien être, par apocope, le même mot que arcielous 
(Mistral, s. v.), où il est vraiment difficile de retrouver y.orXoç. 
Je n'ai aucune idée sur l'ètymologie de giiit et de letto, ou 
plus exactement leto ''voy. Mistral, leto; Lespy, lete). — Liroun 
est certainement glirone^n ; le mot. en etïet, signifie « loir » en 
limousin (Mistral, s. v.), comme lirôn en espagnol. Ce mot a pu 
être appliqué à la couleuvre, parce qu'elle est engourdie tout 
l'hiver. — Pec, très probablement de pecus, quoiqu'il soit un peu 
surprenant que ce substantif ait été pris adjectivement. 

Il va sans dire que je ne prétends pas nier qu'il se trouve en 
gascon, comme dans les autres dialectes méridionaux, un certain 
nombre de mots d'origine grecque. J'en pourrais citer, peut-être, 
une ileini-douzaine^, mais aucun n'est dans la liste de M. A. Je ne 
dirai pas qu'il a eu la main malheureuse, mais bien plutôt qu'il 
est arrivé, tout naturellement, à des résultats faux parce que sa 

méthode ne pouvait le conduire ailleurs. 

A. Jeanhoy. 



1. M. .A. n'est nialhoureusement pas le seul à s'obstiner dans ces anciens 
errements, comme le prouve le livre récent de M. l'abbé Espagnolle, 
L'Origine des Aquitains. Voy. sur ce livre Revue de Gascogne, 1909, 
p. 45." 

2. Tin de nos collaborateurs revendiquait récemment une origine grec- 
que pour le mot mec [Annales, XX, 401). 



CHRONIQUE. 277 



Chronique du Dauphiné. 

Il est impossible de ne pas reconnaître que le goût des études 
historiques va s'affaiblissant en Dauphiné et particulièrement 
dans le département de l'Isère. C'est à grand'peine que les Socié- 
tés savantes réussissent à alimenter leurs bulletins, et les revues 
d'histoire locale, fondées depuis une vingtaine d'années, ont dû 
toutes, après une laborieuse existence de quelques années, cesser 
leur publication. 

D'où vient ce détachement des nouvelles générations? Pourquoi 
ne trouvent-elles plus d'attrait à des études que leurs aînés con- 
sidéraient comme un aimable délassement de leurs occupations 
professionnelles, ou comme un moyen d'occuper agréablement les 
loisirs de leur retraite? Faut-il accuser la passion des sports de 
toute nature qui préoccupe toutes les têtes et absorbe toutes les 
activités : tourisme, alpinisme, automobile, ski, et aussi le pacifi- 
que mais non moins i-edoutal)le bridge? Peut-être, dans une cer- 
taine mesure; et peut-être aussi le goût de plus en plus vif des 
études positives et pratiques; mais surtout l'absence de tout en- 
seignement universitaire qui oriente les jennes intelligences vers 
les recherches archéologiques ou paléographiques intéressant l'his- 
toire locale. 

11 n'y a pas h Grenoble de cours public d'histoire et d'archéolo- 
gie dauphinoises. A diverses reprises, la Faculté des lettres a ma- 
nifesté l'intention d'instituer sur ces matières un enseignement 
public auquel la municipalité aurait donné volontiers son patro- 
nage et son concours financier. Des considérations diverses ont 
toujours retai'dé la réalisation de ce pi'ojet, qui aurait pu exercer 
une heureuse influence sur la renaissance des études historiques 
en Dauphiné. 

En attendant qu'il soit repris, l'enseignement de la géographie 
a été organisé à Grenoble par la création d'une maitrise de confé- 
rences à la Faculté des lettres. Dès le début, par une heureuse 
inspiration de son directeur, M. Raoul Blanchard, cet enseigne- 
ment a pris un caractère local, d'abord par le choix des matières 
professées en cours public pendant ces deux dernières années : 
« la po[)ulation de l'Isère au xix^ siècle », « le Graisivaudan ■», 
puis par la création d'un laboratoire de géographie, consacré spé- 



278 ANNALES DU MIDI. 

cialement à l'étude des Alpes françaises, sous le titre d'Institut de 
géographie alpine. Ce laboratoire, installé dans les bâtiments de 
l'ancien évêché, comprend, outre des salles de travail pour les 
étudiants, des salles d'exposition, où sont classés sous les yeux 
du public les différents phénomènes géographiques des Alpes 
françaises. Déjà, des travaux importants sont en préparation. Le 
professeur, M. Blanchard, prêchant d'exemple, publie, en ce mo- 
ment même, L'habitation en Queyras, et un article sur La. limite 
septentrionale de l'olivier clans les Alpes françaises. Un de ses 
élèves achève un mémoire sur La vallée de Bièvre-Valloire; un 
autre prépare un volume sur Les régions naturelles autour de 
Gap : Gapençais, Embrunais, Devoluy ; un troisième a entrepris 
une étude sur Le pâturage et l'élevage dans les Alpes françaises. 

Aux Archives de l'Isère, un volume d'inventaire, le tome II de 
la série L (documents de la période révolutionnaire), sera distri- 
bué dans quelques jours. Il &st précédé d'une introduction histo- 
rique, dont il a été fait un tirage à part sous le titre de Un nou- 
veau chapitre de l'histoire de la Révolution en Dauphiné. Le 
Fédéralisme dans Vlsère et Français de Nantes (Grenoble, 1907, 
in-8", avec le portrait de Français de Nantes d'après le tableau de 
David, appartenant à M. Antonin Dubost, président du Sénat). 

L'inventaire des Archives historiques de la ville de Grenoble 
touche à sa fin. Le tome IV, comprenant les séries GG, HH et II, 
est à peu près achevé. Un dernier fascicule donnera le supplément 
et les tables, qui, joints à la série LL (documents révolutionnai- 
res), imprimée depuis vingt ans, formeront le tome V et dernier 
de cette publication. 

A la Bibliothèque de Grenoble, M. Maignien a commencé l'im- 
pression d'un catalogue des ouvrages imprimés ou manuscrits, 
relatifs au Dauphiné. Un premier volume a paru en 1906; le se- 
cond est sous presse. On ne peut que souhaiter le prompt achève- 
ment de cet ouvrage, qui rendra de grands services aux historiens 
du Dauphiné en leur facilitant la mise en œuvre des collections 
bibliographiques très riches conservées dans notre Bibliotlièque 
municipale. 

Avant de quitter notre Musée-Bil)liothèqiie, saluons d'un hom- 
mage admiralif et reconnaissant l'artistique publication ^ consa- 

1, Le Musée de Grenoble, peintures, dessins, marbres, bronzes, etc., 
par M. le général de Beylié, avec une Introduction de M. Marcel Rey- 
mond. Paris, H. Laurens, 1909, in-4». 



CHRONIQUE. 279 

crée au Musée de Grenoble i)ar M. le jïénéral de Beylié, et iin|)ri- 
mée en grande partie a ses irais. 

Aux Archives de la Drôme, M. Lacroix achève la rédaction d'un 
huitième volume d'inventaire, où sont répertoriés les titres histo- 
riques, trop rares, conservés dans les communes de l'arrondisse- 
ment de Die. 

Aux Archives des Hautes-Alpes, tout en continuant la prépara- 
,tion de trois volumes d'inventaire consacrées aux séries B (famil- 
les),. G (clergé séculier) et L (Kévolution), M. l'abbé Guillaume, 
dont l'activité ne connaît pas la fatigue, a fait paraître le tome 1er 
de l'Inventaire des Archives de la ville de Gap, comprenant la 
série AA, en tête de laquelle il a placé le Livre Rouge ou Livre des 
Libertés (1178-176')), et la série BB, avec une belle suite d'actes 
consulaires remontant à 1318. Ce volume est précédé d'une co- 
pieuse introduction historique et d'une liste des maires, adjoints 
et autres administrateurs de la ville, de 1237 à 1908. 

Pour être moins fécondes que jadis, les Sociétés savantes dau- 
phinoises n'en continuent pas moins leurs publications périodi- 
ques, dans la mesure permise par la modicité de leur budget et 
l'activité parfois somnolente de leurs membres. 

Le volume du Bulletin de l'Académie delphinale, en prépara- 
tion, contiendra un répertoire des actes du pape Clément VI, rela- 
tifs à l'ancienne province ecclésiastique de Vienne, dressé par 
M. Graef, ancien chapelain de Saint-Louis-des-Français à Rome; 
un mémoire très documenté, de dom Maillet-Guy, sur les églises 
dépendant de l'ancienne abbaye de Saint-Antoine en Viennois; et, 
de M. le colonel de Rochas d'Aiglun, une étude sur la famille de 
Vauban, d'après des documents inédits empruntés aux Archives 
de la guerre. 

Depuis ma dernière chronique, l'Acadéniie delphinale a décerné 
pour la troisième fois les prix fondés par Honoré Pallias pour en- 
courager les publications littéraires relatives au Dauphiné. Elle a 
attribué le plus important de ces prix à M"e de Franclieu, qui lui 
apportait, avec un bagage historique considérable, un grand ou- 
vrage en trois volumes, La perséculion religieuse dans le dépar- 
Lement de l'Isère de 1790 à 1802. Cet ouvrage, fruit de trente 
années de recherches patientes dans les archives et les bibliothè- 
ques publiques et privées, a été le dernier effort de cette existence 
laborieuse. M'ie de Franclieu s'est éteinte l'automne dernier dans 
sa petite maison de La Tronche, qu'elle avait pieusement dédiée 
à saint Amat. 



280 ANNALES DU MIDI. 

Les autres lauréats du prix Pallias ont été : M. Claude Faure, 
pour son Histoire de la réunion de Vienne à la France {1328- 
1454); M. Raoul Busquet, naguère archiviste de la ville de Gre- 
noble, aujourd'hui chargé de l'important dépôt des Boiiches-du- 
Rhône, pour une monographie du médecin Pierre Aréoud, et un 
Recueil de documents sur l'ancienne Université de Grenoble, 
dont j'ai déjà signalé le mérite dans ma précédente chronique; 
M. François Richard, juge suppléant au Tribunal de Limoges, 
pour un Essai sur le contrai d'albergonenl, particulièrement 
dans la province du Dauphiné. 

La Société de statistique de l'Isère, qui partage son Bulletin 
entre les sciences et les lettres, imprime en ce rnomant une cor- 
respondance inédite du constituant Mounier avec ses amis, réu- 
nie et mise en œuvre par M. Jules de Beylié. Elle nous fait espé- 
rer pour un avenir prochain un mémoire de M. G. de Manteyer 
sur les origines des dauphins de Viennois. 

La Société d'archéologie de la Drôme, la Société d'études des 
Hautes-Alpes et les Annales des Alpes continuent ù recueillir 
— et la cueillette n'est pas toujours abondante — tous les tra- 
vaux historiques intéressant ces deux départements. On annonce 
comme devant être inséré prochainement dans le Bulletin de la 
Société d'études des Hautes-Alpes un article de M. l'abbé Requin, 
d'Avignon, sur l'épiscopaf <le Laugier Sapor, évêque de Gap 
(1411-1429). 

Dans la Drôme, une nouvelle revue, fondée par l'imprimeur 
Galland, a repris le titre de Revue du Dauphiné et du Vivarais, 
jadis illustré par l'imprimeur viennois Savigné. Les deux fascicu- 
les actuellement parus contiennent quelques pages historiques 
écrites d'une plume alerte, qui font bien augurer de l'avenir. 

Au moment où paraissait le premier numéro de cette revue, on 
inaugurait à Vienne le buste de l'un des plus éminents collabora- 
teurs de l'ancienne Revue du Dauphiné, l'épigraphiste Auguste 
AUmer (1815-1900), dont le nom restera attaché au Recueil des 
inscriptions antiques et du Moyen-âge de la province vien- 
noise. 

En dehors des travaux insérés dans les bulletins des Sociétés 
savanteset les revues régionales, il reste peu de chose à glaner. 
Signalons cependant un copieux volume donné par M. l'abbé 
Guillaume à la Collection des documents inédits sur Vhisloirv 
économique de la Révolution., sous le titre de Recueil des répon- 



CHRONIQUE. 281 

ses faites par les communautés de l'élection de G/ip au ques- 
tionnaire envoyé par la Commission inter?nédiaire des Etats 
du Dauphiné. le 28 février 1789, où abondent les renseigne- 
ments statistiques sur les communautés du Gapençais et de l'Em- 
brunais à la veille de la Révolution; le tome !<"■ de l'Histoire de 
Gap et du Gapençais, par Tliéodore Gautier, publiée pour la pre- 
mière fois d'après le manuscrit original de l'auleur, avec notes et 
documents inédits, et tables par le même abbé Guillaume; les 
chartes de la prévôté d'Oulx', éditées sous le patronage du mu- 
nicipe de Turin et par Its soins de la Société historique subalpine, 
source précieuse pour l'histoire des Dauphins de la première race; 
deux bons articles envoyés de Rome par M. Claude Faure, sous 
ces titres : Un projet de cession du Dauphiné à l'Eglise roniaine 
{1338-1340), et Le dauphin Hunibert H à Ve7iise et en Orient 
(1345-1347); ce dernier donne sur la croisade d'Humbert II des 
détails nouveaux empruntés aux Archives de Venise. 

Il faut citer encore Les Souvenirs, du docteur Chevalier, de 
Romans 2, pieusement mis au jour par son fils, M. le chanoine 
Ulysse Chevalier; un beau volume consacré à la description des 
richesses artistiques de Grenoble et de Vienne, par M. Marcel 
Reymond3, dans la collection des villes d'art célèbres de l'éditeur 
Laurens; un somptueux ouvrage*, où M. Henri Rousset a repro- 
duit les portraits les plus beaux des femmes célèbres du Dau- 
phiné; et, enfin, une intéressante série de publications illustrées 
sur les différentes régions du Dauphiné*, entreprise depuis quel- 
ques années par la librairie Gratier et Rey, de Grenoble, sous la 
direction de M. Henri Ferrand. 

A. Prudhomme. 



1. G. CoUino, Le carte delta prevostura d'Oulx raccolte e riordinnte 
cronologicamente fino al 1300. Pinerolo, 1908, in-S" de xvi-411 p. 

2. D"- Ulysse Chevalier, Mes souvenirs, 1804- 1833 (œuvre posthume). 
Romans, 1908, in-8° de xiv-338 p. 

8. Marcel Reymond, Les villes d'art célèbres : Grenoble et Vienne. 
Paris, 1907, in-8°. 

4. Henry Rousset, Les Dauphinoises célèbres. Grenoble, 1907, in-4<>. 

5. En ce moment paraît un nouveau volume qui a pour titre : Le pays 
briançonnais. De Briançon au Visa. La vallée de Névache et le Quey- 
ras. 



ANNALES DU MIDI. — XXI. 19 



282 • ANNALES DU MIDI. 



Chronique du Querci. 

Ces deux dernières années n'ont pas été entièrement perdues 
pour l'histoire de notre province. Des auteurs estimables en ont 
découvert, çà et là, quelques coins ignorés. 

C'est d'abord M. Viré. Son livre, Le Lot, Padirac, Rocamadour, 
Lacave, est plus qu'un guide bien informé : c'est un historique 
très précis du haut pays et une analyse attachante de ses curio- 
sités préhistoriques et archéologiques. Du même, notons un itiven- 
taire à peu près définitif des Camps et Enceintes du département 
du Lot, écrit pour la Société préhistorique^. 

M. l'abbé Albe, dont on connaît les publications relatives à 
.Jean XXII et aux familles quercinoises du xive siècle, a publié 2 
Le Livre des miracles de Notre-Da?ne de Rocamadour. Une édi- 
tion partielle en avait été donnée par M. Servois, en 1856, dans la 
Bibliothèque de l'École des Charles. M. Albe l'a complétée et 
revisée en rapprochant les trois manuscrits de la Bibliothèque 
nationale. Le texte latin est accompagné d'une traduction exacte 
et soignée, et le tout est précédé d'une introduction critique, (jui 
précise l'antiquité du sanctuaire quercinois , mais dissipe, comme 
l'avait précédemment fait M. Rupin, la légende de Zachée et de 
Saint-Martial. L'ouvrage, i)récieux pour l'histoire du sentiment 
religieux , l'est aussi pour les mœurs de cette fin du xiie siècle, si 
inquiète dans un pays ardemment <lisputé par les rois de France 
et d'Angleterre, et agité par les querelles féodales. 

M. Paul Granié s'est attaché à restituer la physionomie de 
Sainl-Géré, sa ville natale: De l'Ancien Régime à Thermidor^. 
Il a puisé dans les archives locales, mais son livre manque de 
sérénité historique. Les faits simplement exposés auraient peut- 



1. A. Viré, Le Lot, Padirac, Rocamadour, Lacave. Guide du touriste, 
du naturaliste et de l'archéologue, ('orbeil . Crété; Paris, Masson, in-lG 
do vii-811 p., 87 dessins et photographies, 3 cartes, 3 plans en couleur. 
— Inventaire des camps et enceintes du département du Lot. Le Mans, 
inipr. Monnoyer (tirage à part). 

2. E. Albe, Les miracles de Notre-Dame de Rocamadour au \h« siècle. 
Paris, Champion, 1907; in-^" de 347 p. — Cf. plus haut, p. 136. 

3. P. Granié, De l'Ancie)i Régime à Thermidor. Une commioie du 
Querci pen(la>d la Révolution. (îahors, Cirma; Paris. Chanipion. PIHi;, 
petit in-H» de 2U3 p. 



CHRONIQUE. 283 

être mieux servi sa thèse, qui est tout en faveur du temps où 
les habitants de cette petite ville jouissaient, sous les vicomtes de 
Turenne, d'une l'éelle prospérité et d'une confiante harmonie. 

Dans Le Collège foyal el les origines du Lycée de Cahors^, 
j'ai exposé l'état de l'instruction publique à Cahors pendant la fin 
du xvme siècle et le début du xixe. Le livre a été analysé ici- 
même (t. XIX, p. 143). J'y ai ajouté une suite qui s'arrête à la fin 
de la Restauration, et qui a paru dans les Palmarès du Lycée 
en 1906 et 1907. 

Le Bulletin de la Société des Éludes du Lol^ apporte sa part 
contributive de recherches modestes parfois, mais utiles. I^es Aji- 
nales les signalent régulièrement. Je rappellerai seulement l'ana- 
lyse scrupuleuse des Registres ^nunicipaux de Cahors pendant la 
période révolutionnaire, de M. Combes; Le vieux Cahors, de 
M. Baymard ; les résultats obtenus au cours de recherches dans 
les Archives de Londres par M. Albe, et son énumération des mar- 
chands qiiercinois répandus dans le monde an xiiie siècle. Les 
procès-verbaux du Bulletin relèvent tout ce qui, dans les publi- 
cations des sociétés locales ou autres, intéressent notre province. 
Quelques-unes de ces sociétés, les voisines surtout, nous apportent 
des précisions pleines d'intérêt : ainsi celles de Brive, de Tulle, 
d'Aurillac, de Montauban, de Rodez, d'Agen. 

C'est le Bulletin de Brive qui a publié le Livre des miracles de 
Notre-Dame de Rotatnadour, les Comptes d'un collecteur ponti- 
fical au xive siècle de M. Albe, et Le prieuré de Catus^, étude 
patiente et minutieuse de M. Ludovic de Valon. 

Le Bulletin du Lot a donné aussi , de son côté, un Essai d'A?'- 
morial quercinois * de M. Esquieu. Les articles ont été réunis, 
tirés à part; ils forment un gros volume. On y trouve des notices 
précises et des descriptions des blasons de plus de sept cents 
familles. Un supplément vient de paraître. C'est un travail de 
méritoire patience. 

Enregistrons les deux volumes de la Correspofidance de Murât. 



1. B. Paumes, Le collège royal et les origifies du Lycée de Cahors 
(1763-1815). Cahors, Girma-Brassac,-1907; in-12 de 262 p., 2 planches. 

2. Trimestriel; Cahors, Rougier, imprimeur. 

3. L. de Valon, Le prieuré de Catus. Essai historique et archéologique. 
Brive, Roche, 1905; in-S» de 254 p., orné de nombreuses gravures. 

4. Esquieu, Essai d'un armoriai quercinois. 1 vol. in-4'', Paris, Cham- 
pion, Cahors, Girma, 1907; in-4'', 282 fig. et xxxv planches. 



284 ANNALES DU MIDI. 

Clette publication remarquable, très utile à l'histoire générale, 
regarde particulièrement le Querci. Murât était Quercinois et 
toutes les lettres qui sont divulguées aujourd'hui avaient été con- 
fiées à son ministre Agar, son camarade du collège royal de 
Gahors et son compatriote. D'ailleurs, le premier volume contient 
des lettres de jeunesse, d'autres écrites pendant les campagnes 
d'Italie et d'Egypte, et pendant le temps où Murât commandait 
l'armée d'observation du Midi. La première est datée du 4 jan- 
vier 1791, la dernière du 3U juin 1801. Quant au second volume, 
il poursuit jusqu'au 24 décembre 1803 : Murât fut alors successi- 
vement commandant de l'armée d'observation et commandant du 
corps d'occupation de l'armée d'Italie, (l'est donc le premier qui 
seul intéresse directement notre vie locale ^ 

Il faut enfin signaler deux ouvrages consciencieux Tun et l'autre, 
mais de mérite inégal : La seigneurie de Lacapelle-Merlival , de 
M. le docteur Cadiergues^, La ville de Caussade, ses vicomtes et 
ses barons 3, de MM. Firmin Galabert et Louis Boscus. Ce dernier 
vient de paraître. Il est très complet, d'une documentation nourrie. 
Les chapitres qui concernent la période moderne, y compris la 
Révolution, sont traités avec grand soin, spécialement en ce qui 
concerne les luttes religieuses, si vives encore dans cette région 
du Bas-Querci. Un chapitre original est celui qui expose l'activité 
des commerçants caussadais en Allemagne et dans les Antilles 
pendant les deux derniers siècles de l'ancien régime. 

Ajoutons que la Commission départementale des recherches pour 
la vie économique de la Révolution vient d'achever la publication 
des Cahiers des communautés de la sénéchaussée de Cahors. Le 
livre a paru dernièrement*. Elle a aussi commencé à dépouiller les 
documents relatifs à la vente des biens nationaux. 

1. Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murât, 
1767-1815, publiés par S. A. le prince Murât, avec une introduction et 
des noies de M. Paul Le Brethon, archiviste paléographe, bibliothécaire à 
la Bibliothèque Nationale, l" vol. Paris, Pion, Nourrit, 1908; iu-S" de 
XXXIX-.510 pages, avec portraits et fac-similé. 2" vol., ibid., 1909. 

'Z. G. Gadiergues, Histoire de la seigneurie de Lacapelle-Merlival 
[Lacapelle-Merlival, Saint-Maurice, Labathude tit Rudelle) depuis ses 
origines jusqu'à 1789. In-S" de xc-276 pages avec gravures, plans, cartes 
et dessins de l'auteur. Gahors, impr. Cadurcienne, Girmâ, éd. 

'A. Firmin Galabert et Louis Boscus, La ville de Caussade {Tarn- 
et-Garonne), ses vicomtes et ses barons. Forestié, Montauban, 1908; in-S" 
xiii-4iJ2 p., 8 grav. 

4. Cahiers des doléances de la sénéchaussée de Cahors pour les États 



CHRONIQUE. 285 

Ainsi donc la vie historique a quelque activité lians notre petit 
pays. On s'applique à conserver ses l)eautés archéologiques. Sans 
doute, à Cahors, on a laissé abattre le Pont-Neuf, du xive siècle; 
mais on restaure en ce moment le [lortail nord de la cathédrale, la 
tour dite de Jean XXII, l'église du Puy de Figeac, et l'on a obtenu 
le classement, comme monument historique, de l'église de Catus. 

B. Paumés. 



Généraux de 1789, publiés par Victor Fourastié, archiviste du départe- 
ment du Lot. Cahors, A. Coueslant, imprimeur, 1908; in-S» de xiv-377 p. 
avec une carte. 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT 



Beck (.I.-B.). l>ie Melodien der Troubadours nach deni gesam- 
len handschrifLliche7i MaLerial zum erslen Mal hearheitel und 
Jierausgegehen. Strassburg, J. Tn'Aner, 1908; in-4o de 202 pages, 
— Ce volume, consacré à une analyse minutieuse des mélodies 
des troubadours conservées dans les chansonniers provençaux, 
traite aussi des mélodies des trouvères i. Le but de M. Beck est 
de montrer le u)oyen exact de les transposer dans la notation mu- 
sicale moderne. C'était là un problème hérissé de difficultés: ft à 
sa solution, M. B. a apporté une |)atience et une application infa- 
tigables. Son œuvre marquera une étape importante et fera faire 
un grand pas aux connaissances que nous possédions. Sur plu- 
sieurs points, il est vrai, il y aura toujours litige ; mais, sans au- 
cun doute, la méthode de M. B. amènera des résultats plus justes 
que ceux qu'on avait obtenus jusqu'ici. 

Nous ne nous proposons pas d'expliquer tout au long ou de 
critiquer en détail le procédé de M. B. 

Etant donné qu'il existait une dépendance étroite et réciproque 
entre les 'rnolz et les sos dans la poésie des troubadours, il est 
clair que la connaissance de leur musique projette une vive lu- 
mière sur les principes qui les guidaient dans la construction de 
leurs strophes. On s'attendrait donc à trouver ici une corrobora- 
fion ou une explication de l'apport que fait Dante dans le second 
livre du De Yulgari Eloquentia. M. Beck a bien cet objet en vue, 
mais il ne fait que poser ici des préliminaires, et annonce que 
dans son prochain volume, où les mélodies seront publiées in ex- 



1. Nous apprenons avoc plaisir (jii'il en paraîtra bientôt xww traiinc- 
tion française. 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 287 

tenso, nous trouverons ses idées sur cette question de [)remier or- 
dre (p. 188, note 1). On attendra donc avec impatience la publica- 
tion de ce second volume, qui doit nous procurer le corpus des 
mélodies des troubadours. En attendant, M. B. nous fournit 
d'excellentes raisons de croire que les mélodies, relativement peu 
nombreuses, qui nous sont parvenues étaient les plus populaires, 
les plus en vogue de toutes celles qui couraient le pays ; et à lui 
seul, ce fait justifiei-ait le labeur que M. Beck a prodigué à sa 
tâche. H.-J. Chayïoh. 

Constantin (A.) et l'abljé Gavh (P.). Flore populaire de la 
Savoie. Première partie : Diclionnaive des noms populaires des 
plantes qui croissent naturellement en Savoie oit qui y sont 
cultivées en pleine terre.... publiée sous les auspices de là 
Société florimonlane. Annecy, Abry, 1908 ; in-8o de xti-190 pages. 
— Le regretté A. <;onstantîn, en rassemblant les matériaux du 
Dictionnaire savoyard, qui a été complété et publié par M. J. Dé- 
sormaux (cf. Anémies, XVIIl, 136), avait aussi recueilli un grand 
nombre de fiches en vue d'une Flore populaire de la Savoie. Mais 
il n'avait guère exploré que la région occidentale ; M. l'abbé Gave 
a étendu ses recherches au reste des deux départements, soit par 
des enquêtes personnelles, soit à l'aide de nombreux correspon- 
dants. L'ouvrage, qui paraissait depuis quelques années dans la 
Revue Savoisienne, forme aujourd'hui un beau volume, qui 
constitue un riche et utile complément à la Flore populaire de la 
France de M. E. Rolland. On y trouve, à côté des noms scienti- 
fiques des plantes, leurs noms populaires français et patois, exac- 
tement localisés, et, ce qui n'est pas moins important, l'indication 
des croyances ou pratiques populaires qui s'y rattachent. M. G. eût 
pu, il est vrai, alléger son travail en omettant les noms employés 
par les horticulteurs, qui n'ont rien de populaire el sont communs 
à toute la France i, et maintes indications sur les propriétés des 
plantes, qui se trouvent dans tous les traités de botanique. Mais 
cet excès de richesse n'enlève rien, cela va sans <lire, à l'ulilité 
d'un recueil dont on voudrait que chacune de nos provinces pos- 
sédât l'équivalent. La graphie adoptée, à la fois simple et précise. 



1. Le noSôS, par exemple, emprunté presque textuellement au Diction- 
naire de pomologie de Leroy (1 , 298), n'offre rien de particulier à la 
Savoie. 



288 ANNALES DU MIDI. 

est celle du Dictionnaire Savoyard. Clinq tables permettent de 
trouver aisément le renseignement cherché. A. J. 

EspÉRANDiEU (E.). Recueil général des bas-reliefs de la Gaule 
romaine. Tome II : Aquitaine. Paris, Imprimerie nationale, 1908; 
in-4o de viii-''i78 pages. — Il a été rendu compte du premier vo- 
lume de ce bel ouvrage dans les Annales du Midi, XX, p. 451-3. 
L'Aquitaine n'est pas moins riche que la Narbonnaise en sculptu- 
res dignes d'être signalées. Je laisserai de côté tout ce qui est mé.- 
diocre ou barbare, pour ne m'occuper que des plus beaux monu- 
ments. Le service incomparable que rend à l'histoire de l'art le 
Recueil de M. E. est de les mettre sous les yeux du lecteui-, au 
moyen de bonnes phototypies, en deux aspects, avec un éclairage 
favorable, de manière à produire une impression définitive. 

Les sculptures provenant de Martres-Tolosanes ont été recueillies 
par le Musée de Toulouse. Elles forment un ensemlile capital. 
M. E. pense, avec M. Roschach et M. Joulin, que la jilupart des 
sculptures sont en mai*bre de Luni, et, pour quelques-unes, en 
marbre grec, notamment de Paros. Le marbre des Pyrénées n'aurait 
servi que pour quelques pièces particulièrement médiocres. 

Les ruines dites de Martres-Tolosanes se composent de plusieurs 
gisements répartis, le long de la Garonne, sur une surface de 
plus de 40 kilomètres carrés. Les fouilles, commencées en 1820. 
sont loin d'être terminées. La tête de Vénus (no 902), marbre grec, 
est une belle copie de l'Aphrodite cnidienne de Praxitèle. J'ai 
peine àjvoir une tête de jeune femme dans le n" 914, aux cheveux 
courts et au large front. 'En tout cas, c'est un portrait plein de 
vie. 

Une série de tètes d'empereurs ou de personnages non détermi- 
nés fait de la collection de Martres-Tolosanes une collection de 
premier ordre, digne du Vatican ou du Louvre. Auguste, au front 
pensif, que n'écrase pas encore le poids du monde romain (n»948); 
Trajan, méditatif, à la bouche ferme et presque souriante (n"» 950, 
954) ou sérieuse (n^s 956. 958); Marc-Aurèle, paisible (no 901); 
Antoiiin-le-Pieux, attentif (no 902) ; Seplime Sévère, avec une ex- 
pression de réserve (no» 970. 981) ; Pupien, avec une sorte de rési- 
gnation philosophique (no 982) ; liUcius Verus, beau, mais de 
])ensée un peu fruste (no 987) : voilà quelques portraits saisissants, 
dont l'attribution est certaine. Mais que d'autres portraits non 
moins intéressants et non identifiés! Cond)ien l'on ainuirait à sa- 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 289 

voir qui furent ces masques vigoureux ou pensifs, où les grandes 
affaires de l'Etat ont laissé leur empreinte! Une tête romaine par 
excellence, est celle d'un inconnu à l'expression profonde (no 973) 
qui rappelle les tôles dites de Corhulon des Musées du T. ouvre et 
du Capitule. 

Ici, l'on marche parmi les chefs-d'œuvre. Il y en a d'une jeu- 
nesse et d'une grâce exquise, comme l'adolescent (n» 9'j!I), ou la 
jeune femmeen marbre noir (no 1025). Un portrait d'enfant (no 984) 
représente peut-être Lucius César, l'un des deux princes de la jeu- 
nesse à qui les Nimois dédièrent la Maison-Carrée, l'an Ifif de 
notre ère. 

C'est bien à regret que je quitte les marbres de Martres-Tolosa- 
nes, pour avancer dans ce compte rendu. 

Auch a donné au Musée du Louvre une très belle tête de poète 
ou de philosophe, dont il existe de nombreuses répliques (no 1051). 
C'est un marbre d'Italie du ler siècle. L'identification en serait 
passionnément souhaitable. On voit que les historiens de l'art ont 
encore bien des problèmes à recoudre. Auch aurait donné encore 
au Musée de Toulouse une superbe fête de Vénus (n» 1052). C'est 
un marbre d'Italie, de travail grec. 

Bordeaux conserve des fragments d'autels sculptés de galbe élé- 
gant (nos 1062 et 1063). Les statues nos 1084 et 1085 offrent de 
belles draperies. Des richissimes Piliers de Tutelle, d'ordre corin- 
thien, il ne reste, hélas, que des dessins. Ce que les Barbares 
avaient respecté, des Français le démolirent en 1677. De même, à 
Aix-en-Provence, il ne reste plus que des dessins des tours 
romaines du palais comtal. démoli en 1786. Puisse l'humiliant 
souvenir de ces égarements du vandalisme moderne, puisse la 
honte de ces pertes irréparables, fortifier le respect de tous pour 
les moindres débi-is de nos antiquités nationales ! 

Une tête en niyrbre de jeune femme diadémée (no 121)4) indi(jue 
la présence de bonnes sculptures à Bordeaux, à l'époque romaine. 
Il s'en est peu conservé. A noter les sarcophages du me siècle 
nos -J240 et 1242, comme spécimens d'art industriel, achetés en 
Grèce ou en Italie pour quelque riche Bordelais. 

Tayrac a donné au Musée d'Agen une statuette de Vénus aux 
belles draperies (no 1256). Le même Musée possède une autre sta- 
tue de la déesse avec des draperies de grand style (uo 1259). 

Le Musée de Périgueux peut s'enorgueillir des riches sculptu- 
res d'un tambour de colonne en deux parties (n» 1294). 



290 ANNALES DU MIDI. 

Le Musée de Saintes conserve une colonne avec chapiteau qui 
donne la même impression de richesse. Parmi les pampres, des 
oiseaux becquètent des raisins (no 1356). II contient encore une 
belle tête d'Auguste, en marbre d'Italie (no 1368). 

La pièce capitale du Musée de Poitiers est la Minerve, de style 
archaïque, en marbre blanc, découverte en 1902. D'excellentes 
phototypies la donnent sous cinq aspects, d'un grand effet. La 
femme se dégage de la raideur du ccoanon primitif, mais il lui en 
reste une majesté divine. Ce marbre pose un certain nombre de 
problèmes, qui ont été résolus dans des sens très divers et qui 
feront couler encore beaucoup d'encre. Est-on en face d'un original 
grec, ou d'une copie romaine?. Je suis un peu surpris que les diver- 
gences soient aussi grandes, et je souhaite vivement qu'une étude 
approfondie mette d'accord les archéologues. Mon impression n'est 
pas en faveur d'une copie romaine. 

La sérénité du visage, les tresses de cheveux, sont purement 
grecques. De même les plis archaïques de la draperie. Sans doute, 
il y a, dans la statue vue de dos, une grande souplesse d'exécution. 
L'égide et la draperie épousent amoureusement le corps divin. 
Mais un Grec seul a pu traiter la femme avec cette élégance, où la 
sévérité se mêle à la grâce dans une proportion idéale. 

Devant cette œuvre où le goût ionien effleure à peine la noblesse 
dorienne. est-il besoin , est-il possible d'évoquer le lourd ciseau 
d'un Romain? Les Romains n'étaient pas des archéologues. Ils 
ne comprenaient rien aux divers styles des Grecs, et un artiste 
romain était parfaitement incapable de sortir du style régnant 
autour de lui, pour s'attaquer à la reproduction d'une figure de 
style ancien. 

Les Grecs eux-mêmes ne quittaient pas volontiers le style du 
moment pour archaïser. Ne transportons pas nos états d'âme ultra- 
modernes et ultra-éclectiques dans l'antiquité, qui évoluait en 
toute conscience et faisait peu de cas des vieilles formules. On sait 
comment Périclès lit, sur l'Acropole, table rase des œuvres ar- 
chaïques. Il s'en servit comme de matériaux de remblai, et c'est 
ce qui nous les a conservées. 

Je ne crois pas au dilettantisn:e d'un coiiisto l'omain, réussis- 
sant à donner, d'une Minerve archaïque, l'impression d'un origi- 
nal grec. 

La trouvaille d*' la Minerve de l'oitiers, soigneusement couchée 
entre les briques et le béton d'un hypocauste. et demeurée, par ce 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 291 

fait, dans \in état de conservation inespérée, cette trouvaille est un 
coup de fortune qui fait époque dans l'histoire d'un Musée. 

Le Musée de Bourges possède une jolie tête de Mercure (no 1534). 

Le Rouergue a donné au Musée de Toulouse un beau buste de 
femme (no 1643). 

La philosophie est représentée dans ce volume par Socrate au 
Musée de Toulouse, marbre grec (no 1028), et par Platon au Musée 
d'Aix (no 1692). 

Il faut mentionner, au Musée d'Arles, la statue d'Auguste recons- 
tituée récemment (n» 1094). 

Je suis bien loin d'avoir tout dit sur les richesses du livre de 
M. E. Au lecteur de profiter des éléments d'étude mis à sa dispo- 
sition. Ce sera la meilleure récompense de l'auteur, à qui j'exprime 
de nouveau toute ma reconnaissance personnelle. 

Ed. BONDURAND 

Faure ((U.). Un projet de cession du Dauphiné à l'Église 
romaine {1338-1340); — Le Dauphin Humberi II à Venise el en 
Orie^it {i345-134T). (Extrait des Mélanges d' archéologie el d'his- 
<oire publiés par l'École française de Rome, XXVII (1907), pages 153 
à 225 et 509 à 562.) — M. Cl. Faure, dont nous avons déjà signalé 
les travaux sur l'histoire du Dauphiné au moyen âge, vient de 
consacrer deux nouvelles études à ileux épisodes de la vie du Dau- 
phin Humbert II. Il a pu, grâce à des documents des archives 
italiennes, donner sur le.s aventures de ce prince des renseigne- 
ments inédits. 

Il s'agit d'abord d'une tentative faite, à la fin de l'année 1338, 
pour vendre le Dauphiné à la Papauté : cession qui eût fourni des 
ressources pécuniaires à Humbert, toujours à court d'argent, et 
qui eût permis à la Papauté, déjà maîtresse du Comtat, et préten- 
dant à la suzeraineté du comté de Valentinois-Diois, de consolider 
son influence et d'étendre sa sphère d'action dans le sud du 
royaume d'Arles. Les mots « cession du Dauphiné » sont d'ail- 
leurs impropres. Il n'était pas question de tout l'État delphinal, 
mais seulement de la Terre de La Tour, du Graisivaudan, du 
Ghampsaur, du Briançonnais, du marquisat de Césanne et du Fau- 
cigny. Humbert II ne voulait rien changer à la condition du 
comté de Vienne-Albon, du Gapençais, de l'Embrunais, des Baron- 
nies de Montauban et de Mévouillon, ni de ses possessions en 
Valenlinois. De plus, il ne s'agissait point d'une cession complète, 



292 ANNALES DU MIDI. 

mais d'une recognitio in feudum, d'une reprise en fief. Désor- 
mais, Humbert II aurait eu le Pape comme suzerain pour les terres 
qu'il tenait jusqu'alors en « alleu » ou que d'autres tenaient de 
lui en fief ou en arrière-fief. Notons que, dans tout cela, on ne 
semble iiullenient s'èlre préoccupé d'une mouvance quelconque 
du Saint-Empire sur les domaines en question. 

Le texte du projet a été publié naguère par M. Uh^sse Chevalier 
[Colleclion de carLiilaires dauphinois, VII, no 18). Une coutume 
{consueludo opprobala et inconcusse servata), que Humbert in- 
voqua et que le Pape ne contesta point en principe, décidait que, 
quand un seigneur conférait le haut domaine de sa terre à un 
autre seigneur, il avait droit à une indemnité représentant le quart 
du revenu de ses alleux, le huitième du revenu des fiefs et le sei- 
zième du revenu des arrière-fiefs. Tout cela, au dire d'Humbert, 
devait lui donner droit à une indemnité de 452,000 florins, dont 
262,000 pour les domaines immédiats {alleuœ) du Dauphin. Mais 
le Pape n'offrit que 150,000 florins. Humbert accepta cependant et 
toucha des acomptes. 

Malheureusement, deux commissaires du Pape, envoyés pour 
vérifier les évaluations du Dauphin, s'aperçurent que celui-ci avait 
considérablement grossi les revenus des terres dont il offrait ainsi 
la suzeraineté. Au lieu de 52,500 florins de revenus, ils n'en consta- 
tèrent que 32, 664. M. F. a retrouvé, dans les Collectoria nos 274,380 
et 410 des archives de la Chambre apostolique, les procès-verbaux 
de cette enquête sur place pour la Terre de La Tour, pour le Grai- 
sivaudan, pour le Champsaur, le Briançonnais et Césanne. Il a pu 
reconstituer l'itinéraire des commissaires, qui allaient de bourg 
en bourg, interrogeaient les habitants, et relevaient, mandement 
par mandement et paroisse par paroisse, le nombre des feux et 
les chiffres des revenus des seigneurs locaux, Dauphin ou vassaux 
du Dauphin. Ces documents, longs et détaillés, semblent contenir 
des renseignements précieux sur l'organisation administrative et 
sur l'état économique des domaines du Dauphin vers 1340. Et les 
extraits que M. F. en donne nous font regretter qu'il ne les ait 
pas publiés en entier. 

Dev-ant ces divergences d'appréciation sur la valeur du haut 
domaine cédé, le projet de reprise en fief échoua; et Humbert II, 
qui avait touché une partie du prix convenu, aurait dû rendre 
l'argent reçu. INIais, toujours aux abois, il ne put rien restituer. 
En 1341, excommunié ob débita non solnla, il ne remboursa pas 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 293 

davanla^e. L'on sait que, en 1343, il trouva un autre acquéreur 
pour ses États, et qu'il vendit au tils du roi de France, pour lr2U,000 
florins seulement, non plus le haut domaine d'une partie de ses 
terres, mais toutes ses possessions, domaine direct et domaine 
utile. 

Peut-être pensa-t-il alors que des services rendus à la chrétienté 
feraient oublier sa dette envers la cour d'Avignon. En 1345, il 
obtint, après quelques difficultés, le commandement d'une croisade 
contre les Turcs. Nous le suivons à Gênes, à Florence, à Bologne, 
puis à Venise, qui se serait volontiers passée de la visite de ce 
fastueux voyageur. Humbert gagne ensuite Négrepont. Il rem- 
porte (sans doute en mars 1346) une victoire à Mitylène. A Smyrne, 
il met la ville basse en état de défense contre les Turcs qui occu- 
pent le château. Puis les revers commencent. Humbert tombe 
malade; il s'arrête quelque temps à Rhodes, où meurt la Daupliine 
Marie des Baux; il rentre misérablement à Venise, sans argent et 
criblé de dettes; enfin, par Padoue, Mihui et Saluées, il regagne 
Grenoble. L'échec de l'entreprise doit être imputé, non seulement 
au caractère d'Humbert, mais aussi à la lenteur des décisions pon- 
tificales, à la mauvaise volonté de Venise, au-x querelles des Véni- 
tiens et des Hospitaliers, à l'hostilité des Génois qui pillèrent la 
flotte du Dauphin. M. Cl. F. a raconté cette équipée avec grande 
précision, et il a joint à cette deuxième hionographie un certain 
nombre de documents inédits, extraits des registres du Vatican 
et des archives de Venise. Robert Gaillemeh. 

Mahtin-Ghabot(E.). Les archives de La Cour des comptes, aides 
et finances de Montpellier, avec un essai de restitution des pre- 
miers registres de sénéchaussée. Paris, Alcan, 1907; in-8o de xxxii- 
228 pages. {Bibl. de la Faculté des lettres de Paris, t. XXH.) — 
La Cour des comptes de Montpellier étendait sa juridiction sur la 
vaste province de Languedoc. M. Martin-Chabot a tenté de faire 
l'histoire et d'indiquer la composition des archives de cette Cour 
souveraine, telles qu'elles furent organisées par un édit royal de 
1690; à cette date y furent réu^nies les archives très considérables 
des anciennes sénéchaussées de Nîmes, Carcassonne et Toulouse. 

Les séries modernes des documents de la Cour de Montpellier 
se sont conservées jusqu'à nous; mais les trois fonds des séné-, 
chaussées ont disparu. Ils comprenaient une série fort importante 
de registres des lettres-patentes et mandements royaux. 



294 ANNALES IHJ MIDI. 

A l'aide des inventaires des extraits et des épaves qui en subsis- 
tent, on a essayé dans ce volume la restitution des plus anciens 
de ces registres. Les actes analysés et publiés par M. Martin- 
Chabot apportent des éléments nouveaux pour l'histoire des règnes 
de Philippe le Hardi, de Philippe le Bel et de ses fils. P. D. 

Villa (Antonio Rodriguez). Crônicas del Grau Capitan. Madrid, 
Bailly-Baillière, 1908, grand in-8» à 2 col. de lxxi-612 pages. 
(Nueva Biblioteca de Autores espanoles, t. X). — Cet important 
volume de la Nueva Biblioteca de Xutores espa fioles, publiée 
sous la direction autorisée de D. ÎNlarceiino Menendez y Pelayo, 
est d'une économie plus complexe que le titre ne le ferait d'abord 
supposer. C'est, en réalité, un recueil de sources diplomatiques et 
narratives sur Gonzalve de Gordoue et son temps. En premier 
lijeu, sous la rubrique Carias del Gran Capitan, l'éditeur publie 
une série de documents, la plupart d'ordre épistolaire, et d'un in- 
térêt considérable pour l'histoire de la politique italienne de l'Es- 
pagne entre 1497 et 1515. Le corps môme de l'ouvrage nous donne 
le texte de chroniques dont voici la lisle : 1° Las dos conquistas 
del reino de Nâpoles; 2° Crônica manuscrita del Grand Capi- 
tan ; 3» La vida y crônica de G. Hernandez de Côrdoba (Paul 
Jove) : 4o Brève parle de las hazanas (Hernandez del Pulgar). 
Comme on le voit, dans cet ensemble, la Crônica manuscrita seule 
est inédite; aussi bien est-elle la plus considérable; les autres 
textes sont réimprimés d'après des éditions anciennes, mais raris- 
simes, de sorte qu'il faut rendre grâces à don Rodriguez Villa de 

les avoir rendues plus facilement accessibles. 

J. Galmette. 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



AiGON (Abbé H.)- Aigues-Mortes, ville de saint Louis. Nimes, 
Impr, générale, i9U8; pet. in-lG de 214 p. avec grav. 

Albe (Chanoine E.). Les lépreux en Quercy. Paris, Champion, 
[1908]; in-8» de 40 p. [Extrait en partie du Moyen âge, 2e série, 
t. XII.] 

Bagarry (P.). Notice historique sur l'œuvre des prisons d'Aix- 
en-Provence. Aix, Peyras, 1908; iii-8o de 151 p. avec grav. 

Bédier (J.). Les légendes épiques. L Recherches sur la forma- 
tion des chansons de geste. II. La légende de Girard de Rous- 
sillon... Paris, Champion, 1908; in-8o de 449 p. 

Bénétrix (S.) Un collège de province pendant la Renaissance. 
Les origines du collège d'Auch (1540-1590). Paris, Champion, 1908; 
in-8o de xxiii-220 p. avec grav. ' 

Bibliographie annuelle des travaux historiques et archéologi- 
ques publiés par les Sociétés savantes de la France, par R. de 
Lasteyrie et A. Vidier. Paris, Leroux, 1908; in-4o à 2 col,, de 
206 p. 

Brochet (M.). La Savoie d'après les anciens voyageurs. An- 
necy, iuipr. Hérisson, 1908; in-16 de vn-375 p. [Extrait de l'Indus- 
triel savoisien.] 

Compagnie secrète du Siint-Sacrement (La). Lettres du groupe 
parisien au groupe marseillais (1089-106J), p. p. A. Rébelliau. 
Paris, Champion, 1908; pet. in-8" de 129 p. 

Correspondance intime du conventionnel Rovère avec Goupil- 
leau (de Montaigu) en mission dans le Midi après la Terreur (1794- 
1795), p. p. -M. Jouve et M. Giraud-Mangin. Nimes, Debroas, 
1908; in-8t> de 227 p. [Documents sur la Révolullon dans le Vau- 
cli'se.] 

Duine (F.). Avant Bossuet, Gahon, évêque de Nimes et de Dol, 
précepteur des neveux de Mazarin, prédicateur du roi. Paris, 
Champion, 1998; in-8o de 136 p. [Extrait du Bulletin de la Coni- 
mission historique et archéologique de la Mayenne, 2" série, 
tt. XXIII et XXIV.] 

Durand (Abbé V.). Histoire de la paroisse et seigneurie d'Assas. 
Montpellier, impr. de la manufacture de la Charité, 1908; in-S» de 
186 p. 

Falque (M.). Le procès du Rhône et les contestations sur la 
propriété d'Avignon (1802-1818). Paris, Champion, 1908; in-8« de 
171 p. avec grav. [Recherches historiques et documents sur Avi- 
gnon. Le Comlal-Yenaissin et la principauté d'Orange.] 

Féhaud (Abbé L.). Notes et documents concernant l'histoire 
religieuse du diocèse de Sistei'on, avant et pendant la Révolution 
jusqu'au rétablissement du culte en France. Digne, impr. Chas- 
poul, 1908; in-8" de 48 p. 



296 ANNALES UU MIDI 

Galabert (F.) et Boscus (L.). La ville de Gaussade (Tarn-et- 
Garonne); ses vicomtes et ses barons. Montauban, i[n|)r. Korestié, 
1908; in-80 de xiii-429 p. avec grav. 

Jeanjean (J.-F.)- Armand Barbes (1809-1870); sa vie. son action 
politique, sa correspondance, t. 1er. paris, (lornéiy, 1909; in-8» de 
xi-280 p. 

La Hoche-Sengensse (O. de). Sainl-Ybard, monographie d'une 
commune rurale. Tulle, impr. Grauffon, 1907; in-S» de 425 p. et 
carte. 

Le Pileur (L.). La prostitution du xiiie au xvii« siècle. Docu- 
ments tirés lies archives d'Avignon, du Gomtat-Venaissin, de la 
principauté d'Orange et de la ville libre impériale de Besançon. 
Paris, Ghampion, 1908; in-8o de xv-164 p. et grav. 

Leroux (A.). Les sources de l'histoire de la Haute-Vienne pen- 
dant la Révolution. Limoges, Ducourtieux, 1908; in-8o de 170 p. 

Lyon (E.). La corporation des maîtres boulangers de la ville de 
Limoges. Histoire sommaire d'après les documents d'archives. 
Limoges, Ducourtieux, 1907; in-8o de 56 p. 

Malausséne (J.-E ). L'évolution d'un village frontièretde Pro- 
vence, Saint-.Jeannet (Alpes-Maritimes). Paris, Picard, 1909: in-S» 
de xii-429 p. avec grav. 

Michel (E.). Nouvelles éludes sur l'histoire de l'art. Claude 
Fabri de Peiresc et sa correspondance. Paris, Hachette, 1908; 
in-16 de xiii-359 p. 

Notice historique et archéologique sur Gréoul.s. (Basses-Alpes), 
par un Gryzélien. Aix, impr. Nicol, 1908; pet. in-8o de 64 p. 

Recueil des réponses faites par les communautés de l'élection 
de Gap au questionnaire envoyé par la Gommission intermédiaire 
des Etats du Dauphiné. Paris, Leroux, 1908; in-8o de xvii-610 p. 
[Cotleclion de documents inédits sur l'histoire évonomique de 
la Révolution française, publiés par la Ministère de l'Instruc- 
tion publique.] 

Registres (Les) de Grégoire IX. Recueil des bulles de ce pape 
piibliées ou analysées d'après les manuscrits originaux du Vatican, 
par L. AiivRAY, lie fasc. Paris, Fontemoing, 1908; in-4o. feuilles 
1 à 14, col. 1 à 224. [Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes 
et de Rome, 2e série, IX, 11.] 

RouzAUD (H.). Histoire d'une mine au mineur. La mine de 
Rancié (comté' de Foix) depuis le ntioyen âge jusqu'à la Révolu- 
tion. Toulouse, Privât, 1908; xn-S^ de 144 p. 

Savine (A.). L'abdication de Rayonne d'après les documents 
d'archives et les mémoires. Paris, Micliaud, 1908; in-16 de 192 p. 
avec illustrations documentaires. [C'o^tec^«o?« historique illustrée.] 

ToUMiEux (Z.). Généalogie de la maison de Faye ou de La 
Faye. Limoges, Ducourtieux, 1908; in-8o de 174 p. 

Le Gérant, l'.i) PltlVAT. 



loulouse, Inip. DoulaOOUHE-Privat, nie St-li'ji>ie, ?9. — 7312 



NOUVELLES RECHERCHES 

SUR 

L'ITINÉRAIRE DU PRINCE NOIR 

A TRAVERS LES PAYS DE, L'AUDE 

(29 octobre -16 novembre 1355.) 



Le texte latin de la chronique de GeofTroy Le Backer sur 
l'expédition anglaise de 1355 dans les provinces méridionales 
de la France a été traduit, en 1904, sur l'excellente édition de 
sir Edw. Maunde Thompson, par M. le docteur L. de Santi'. 
Les commentaires qui accompagnent cette traduction feraient 
pleinement honneur à la science et à la sagacité de leur 
auteur, si la partie relative à l'itinéraire du Prince Noir à 
travers le Languedoc oriental ne soulevait quelques réserves, 
et si surtout l'interprétation, d'ailleurs délicate, d'un texte 
parfois très obscur n'avait provoqué, de la part du traduc- 
teur, des erreurs ou des confusions qu'il importe de dissiper. 

Nous n'avons pas le dessein de reprendre le récit de 
Le Backer dans son intégralité. C'est là une tâche plus lon- 
gue et plus difficile que ne paraissent l'avoir soupçonné les 

1. L'expédition du Prince Noir e/i 1355, d'après le journal d'un de 
ses compagnons, dans Méînoires de l'Académie des sciences, uiscrip- 
lions et belles-lettres de Toulouse, 10« série, t. IV, pp. 181-223. Le 
texte original de la chronique de Geoffroy Le Baclcer, d'après l'édition de 
M. Maunde Thompson, forme l'appendice de ce travail. — Les conclu- 
sions de M. de Santi ont été présentées par M. G. Jourdanne à la Société 
des arts et sciences de Carcassonne, dans la séance du 5 février 19U5. 
Cf. Mémoires de cette assemblée, 2" série, t. II, pp. 12-16. 

A.NNALES DU MIDI. — XXL 20 



298 HENRY MULLOT, JOSEPH POUX. 

précédents historiens de la chevaucliée de 1355. La partie de 
la chronique anglaise qui a trait proprement au séjour de 
l'expédition dans le Lauraguais et dans le bas Languedoc, 
entre Avignonet et Capestang, nous a fourni le cadre des 
présentes recherches, que d'autres, à notre exemple, pour- 
ront étendre aux régions gasconne et toulousaine. 

L'armée anglaise, forte de 14.000 hommes d'après Le Bac- 
ker; de 1.500 lances, 2.000 archers et 3.000 « bidaus » d'après 
Froissard*, était formée en trois colonnes et pénétra dans le 
Toulousain, le 26 octobre 1355, par la route de Sainte-Foy et 
de Saint-Lys. « Brûler, piller, détruire »^, tel était le pro- 
gramme que, sur les instructions d'Edouard II, le prince de 
Galles avait appliqué dans tous les pays traversés depuis 
Bordeaux et dont il comptait poursuivre l'exécution dans les 
plaines du Languedoc. 

Le 28 octobre, en présence des populations terrorisées, le 
Prince Noir franchit, coup sur coup et au prix de mille diffi- 
cultés, la Garonne en aval de Portet, puis l'Ariège, et vient 
coucher à la Croix-Falgarde. après avoir livré aux flammes 
plusieurs villes, forts et châteaux occupés sans coup férir. 

Du 29 octobre au 3 novembre, date de l'arrivée des Anglais 
devant le bourg de Garcassonne, l'itinéraire de Le Backer 
par Gastanet, Baziège, Villefranche, Gastelnaudary, Saint- 
Martin-Lalande, Lasbordes et Villepinte, n'inspire à M. de 
Santi qu'un petit nombre de prudentes et judicieuses anno- 
tations, auxquelles il n'est possible d'apporter que quelques 
maigres compléments. C'est ainsi notamment qu'à Gastel- 
naudary, une partie de la population affolée s'était enfermée 
dans l'église Saint-Michel, qui fut incendiée ainsi que les 
archives du chapitre coUégiaP. Plus loin, M. de Santi iden- 

1. Chroniques, édit. Siméon Luce, t. IV, p. KA. Il faut ajouter, 
d'après Froissard, à ces contingents les corps béarnais et gascon qui 
vinrent les renforcer. 

2. J. Moisant, Le Prince Noir en Aquitaine, p. ?î3. 

3. «... Et andivit dici dictus loquens [Joliannws Mayrini] plurimum, 
« pluribus et diversis dicbns et lioris, et pluribus doiiiinis canonicis dicte 
« ecclesie et aliis jjersonis ville predicte Oastrinovidario qui in advontu 
« dicti principis erant inecclesia predicta,[quod] nonnullecape infra quas 



RECHERCHES SUR l/lTINÉRAIRE DU PRINCE NOIR. 299 

tifie avec Alzonne* le vicuiwn désigné sous le nom d'Alze 
par le chroniqueur, et où le Prince Noir passa la nuit du 
2 au 3 novembre. Or, nous savons qu'Alzonne fut brûlée 
dans la journée du 2 novembre- ; d'autre part, cette localité, 
qui possédait à cette époque un hôpital de vingt-quatre lits, 
était assurément un bourg d'une certaine importance^. Dès 
lors, il paraît mieux indiqué de voir dans le viculimi voca- 
tum Alze le hameau d'Alzau, tout simplement. 

L'arrivée et le séjour des Anglais dans le bourg de Garcas- 
sonne sont exposés par Le Backer avec un laconisme regret- 
table, auquel, fort heureusement, plusieurs documents per- 
mettent de suppléer. Et tout d'abord, le chroniqueur ne 
paraît pas se rappeler si la ville fit oui ou non mine de se 
défendre. En réalité, et sans accorder plus de crédit qu'elle 
n'en comporte à la tradition rapportée par Louis Fédié sur la 
résistance héroïque du consul Daviila^, il convient cepen- 
dant de faire état d'une lettre citée par J. Moisant et écrite 
gar le Prince Noir à l'évêque de Winchester, dans laquelle il 
est dit en propres termes que les habitants, à reffet de sup- 
pléer à l'absence de fortifications, avaient imaginé de « barrer 

« instrumenta et' incartimenta ac plures littere régie et alie super funda- 
« tione dicte ecclesie et aliorum que possident preiTati cappitulum et 
« canonici... fuerunt ignis incendie... concremate... » Un autre témoin, 
Guillaume Fabri « vidit... ecclesiam sancti Micliaelis dicti loci concrema- 
« tam et potissimum locum. » Enquête du 19 juin 1:J86 sur l'incendie des 
titres de la collégiale Saint-Michel, lors du passage du Prince Noir. — 
Archives de l'Aude, G. 127. 

1. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Oarcassonne. 

2. Mahul, Cartulaire de l'ancien diocèse et arrondissenient de Car- 
cassonne, t. I, pp. 19 et 270. 

3. (.< ... Hospitale béate Marie virginis,... in quo erant quatuor [et] viginti 
« lecti... » Lettres de Jean d'Armagnac, du 5 février 1356 (n. st.). — Mahul, 
t. I, p. 271. 

■4. Sur la Rougeane, commune de Pezens, canton d'Alzoïme, arrondisse- 
ment de Oarcassonne. 

5. Le consul Davilla, mort devant Oarcassonne en défendant la ville 
contre les Anglais, n'est connu que par une communication orale, faite 
sans indication de sources, par M. Louis Fédié, à la séance du 5 mars 1899 
de la Société des arts et sciences. O'est sur un vœu présenté par M. Fédié 
et adopté par la compagnie, que la municipalité de Oarcassonne a donné — 
sans y regarder de plus près — le nom de Place Davilla au rond-point de 
l'ancienne porte de Toulouse. — Of. Mémoires de la Société des arts et 
sciences de Oarcassonne, t. IK, 2"= partie, p. 7. 



300 HENRY MULLOT, JOSEPH POUX. 

les rues, et de tendre dans chacune d'elles dix à douze chaî- 
nes »*. L'efTort vigoureux qui précéda l'asSaut de ces défen- 
ses improvisées fournit même à de jeunes et intrépides assail- 
lants l'occasion de quelques hauts faits d'armes. Gomment 
expliquer, en elïet, le beau geste de sir Basset Drayton qui, 
après avoir été fait chevalier, dresse sa bannière et, au rap- 
port de Le Backer, court incontinent au combat, si ce n'est 
à raison de cette circonstance toute naturelle qu'il y eut 
bataille et qu'elle remplit une bonne partie, sinon toute la 
durée, de la journée du 3 novembre. 

A l'occasion des négociations entamées le 4 par les Garcas- 
sonnais pour racheter leur ville, M. de Santi accepte avec 
empressement le chilïre de 250.000 écus d'or donné en toutes 
lettres par Le Backer, comme montant de la rançon propo- 
sée, et repousse la version du P. Bouges qui ramène ce 
chilïre à 25.000 écus 2. Nous ne voulons point rechercher ici 
à quel mystérieux mobile aurait pu obéir cet annaliste local, 
d'ordinaire bien informé, en fardant ainsi sciemment ou non 
la vérité. Toutefois, nous estimons que les tendances méga- 
lomanes de Le Backer et notamment la satisfaction évidente 
avec laquelle le chroniqueur souligne l'arrogante attitude du 
Prince Noir repoussant dédaigneusement l'or des Français, 
rendent son témoignage sur ce point infiniment suspect. 

Le souci manifeste de ménager l'amour-propre anglais fait 
omettre par Le Backer le récit d'un événement capital qui 
marqua l'abandon de Garcassonne par les troupes du prince 
de Galles, le 6 novembre, après l'incendie général de la ville. 
Au moment où le convoi s'engageait sur le pont jeté par 
dessus l'Aude, entre la ville haute et le bourg, les défenseurs 
de la Cité, sous les ordres du sénéchal Thiébaut de Barbazan, 
envoyèrent du haut des remparts sur les colonnes ennemies 
plusieurs décharges de pierriers qui blessèrent quelques 
hommes. Froissard, qui rapporte le fait^, laisse entendre 



1. J. Moisant, op. cit., p. 36. 

2. Histoire ecclésiastique et civile de la ville et diocèse de Garcas- 
sonne, p. 241. 

8. Chroniques , t. IV, p. 168. 



RECHERCHES SUR L'ITINÉRAIRE DU PRINCE NOIR. 301 

qu"après cette alerte, les Anglais poursuivirent leur marche 
sur Narbonne par la voie qui longeait Iqs murs de la Cité. 
Après lui, M. de Santi s'engage sur la même roule, ce qui 
l'amène naturellement à identifier ave<^ Berriac^ le castruni 
de Bolenahe du texte de Le Backer, laissé par le Prince Noir 
sur sa gauche au cours de cette étape laborieuse et pénible 
qui se termina le soir à Rustiques^. Mieux inspiré, certai- 
nement, est M. Maunde Thompson quand il traduit par 
Bûuilhonnac^ le Botenahe de la chronique. Tout d'abord, 
cette identification s'accorde exactement avec la configuration 
du pays parcouru le 6 novembre, telle qu'elle ressort des 
notes de Le Backer. Il est impossible de marcher à travers 
champs {per campestria) de Berriac sur Rustiques, sans 
traverser l'Aude, et le chroniqueur n'eut pas manqué, selon 
son habitude, de consigner soigneusement la mention de ce 
passage ; or, il n"en dit mot. D'autre part, le choix de Bouilhon- 
nac au lieu de Berriac est légitimé à la fois par l'état du 
réseau vicinal dans cette contrée au moyen âge et par la 
comparaison de la situation respective des troupes anglaises 
et de la garnison de la Cité, au moment de l'évacuation de la 
ville basse. S'il est vrai que lors de l'engagement du pont de 
Garcassonne, les pierriers de la Cité n'aient fait dans les 
rangs ennemis qu'un petit nombre de victimes, on est en 
droit de penser que l'attaque eût été beaucoup plus meur- 
trière si elle s'était exercée sur des colonnes ayant franchi la 
rivière et défilant tout le long des murs de la ville haute. 
Sans compter que le prince de Galles était trop bon tacticien 
pour exposer son arrière-garde au retour offensif des milices 
de la Cité, et qu'il avait précédemment manifesté sa répu- 
gnance à aborder de front les villes fortes, en évitant Tou- 
louse pour franchir la Garonne en aval de Portet. 

Averti du danger que le voisinage immédiat de la Cité 
pouvait entraîner pour la sécurité de sa marche, le Prince 



1. Bei'riac, canton de Carcassonne-Est. 

2. Rustiques, canton de Capendu, arrondissement de Garcassonne. 

3. Bouilhonnac, canton de Capendu. arrondissement de Garcassonne, — 
Cf. de Santi, p. 199, n. 2. 



302 HENRY MULI.OT, JOSEPH POUX. 

Noir renonça donc au projet de franchir l'Aude à Carcas- 
sonne. Il prit par la rive gauche de la rivière, le long de ce 
chemin ardu, rocailleux et marécageux dont parle Le Backer 
et qui correspond de tous points à l'aspect géographique de 
la région comprise entre Garcassonne et Bouilhonnac*. Il 
parvint ainsi à la hauteur de cette dernière localité qu'il 
laissa à sa gauche pour pousser sur Rustiques, en ravageant 
tout sur son passage. 

L'étape du 7 novembre s'etîectua sous le vent et la pous- 
sière par Trèbes^ et Millan^, qui furent brûlées, détail omis 
par le chroniqueur anglais, mais que son commentateur a 
fort soigneusement rapporté, du moins en ce qui concerne 
Trèbes. 

Jusqu'à l'arrivée au point appelé ^î/^omcpar Le Backer, le 
texte de M. de Santi ne soulève aucune objection*. Mais il 
n'en est plus ainsi lorsque cet érudit propose d'appliquer à 
Lézignan ^ une dénomination qui, en dépit d'une légère défor- 
mation de vocable, ne peut indubitablement convenir qu'à 
l'ancienne localité, aujourd'hui domaine et château de 
Sérame^. A la vérité, Lézignan comme Sérame appartenait 



1. L'itinéraire vers Trèbes par la Cité ne correspond nullement à la 
description si caractéristique du Journal. La route en question qui déjà 
au moyen âge était une des meilleures voies du pays, s'enlève, dès sa 
sortie du territoire de Garcassonne, par une rampe douce, sur un plateau 
de configuralion assez régulière qui n'est ni pierreux, ni marécageux. 

2. Trèbes, canton de Capendu, arrondissement de Garcassonne. — Le 
pont sur l'Aude venait à peine d'être achevé; il était encore en construc- 
tion le 14 juin 1.343. — Archives de l'Aude, G. 16. 

3. Hameau de la commune de Trèbes. — « Dans un dénombrement rendu 
ce au Roy, du mois de mars 1372, noble Géraud de Barbairan, fils de Jac- 
« ques, désignant toutes ses terres et métairies, notamment tout ce qu'il 
« possédoit au lieu de Milhan, déclare ne sçavoir les chai'ges auxquelles il 
« est tenu, pour avoir perdu ses papiers audit Milhan, lors du passage du 
« prince de Galles. » — Viguerie, Annales de Garcassonne, t. II (ms. 1018 
de la bibliotlièque municipale de Garcassonne), p. 686. 

4. A signaler, au passage, le sac de Puichéric (canton de Capendu, 
arrondissement de Garcassonne). — Mahnl, t. IV, p. 280. 

.''). Lézignan. chef-lieu de canton de l'arrondissement de Narbonne. 

6. Château de Sérame sur la rive droite de l'Aude, d.ans la commune et 
au nord de Lézignan (carte d'état-major). — Sur Sérame. voir le Ecgistre 
des hommages de la sénéchaussée de Carcassomie aux archives de 
l'Aude, série G, non coté, fol. 278, 322, 32-5, 326, 330. 



RECHERCHES SUR L'ITINÉRAIRE DU PRINCE NOIR. 803 

à cette ('"poque à l'héritière de la maison de Moiitfor(, Iseule 
de Bretagne, comtesse de Castres ^ Mais en dehors des pré- 
somptions solides qu'établit en faveur de notre identifica- 
tion la consonnance des vocables Syloine et Sérame, il 
importe aussi de faire état de cette circonstance que Sérame 
est bâtie en bordure de la route qui, de Gastelnau-d'Aude, se 
dirige presque en droite ligne sur Canet-. En outre, l'impor- 
tance stratégique e\ économique de ce point, situé au carre- 
four de deux voies, est attestée par la présence d'une leude^. 
Le rapport de Le Backer sur les opérations du 8 novem- 
bre, renferme un certain nombre d'obscurités qui paraissent 
être le résultat d'une confusion survenue dans les souvenirs 
du chroniqueur, au moment de la rédaction du Journal. 
Lorsqu'il signale le passage de Saude*, au gué de Château- 
de-Terre, c'est bien de l'Aude et non de l'Orbieu que 
Le Backer veut parler. Mais c'est le 7, lors de la marche sur 
Sérame, et non le 8 novembre, que se place le passage en 
question, et le gué de Château-de-ïerre est et ne peut être 
que le gué de Castelnau-d'Aude^ On objectera, il est vrai, 
qu'à propos du passage de l'Orbieu le 8 novembre. Le Backer 
déclare expressément que l'armée se divisa en deux corps 
pour franchir ce cours d'eau : partim apucl vadian voca- 
ium Chastel de terre et partim trans pontem novum set 
imperfectum. Mais outre qu'il est assez difficile de suivre 
aveuglément M. de Santi quand il traduit sans hésiter 



1. Autre registre des hommages de la sénéchaussée de Carcassonne 
(Bibl. municipale de Carcassonne, ms. 9551, fol. 89). 

2. Où coucha le prince de Galles, le 7 novembre, d'après le Journal. 

3. Cette leude est mentionnée dans Journal du Palais ou recueil' de 
plusieurs arrêts remarquables du Parlement de Toulouse. Toulouse, 
J.-P\ Forest, 1759, in-4°, p. 160. 

4. Il faut reconnaître, semble-t-il, sous cette forme bizarre aquam de 
Saude, l'expression populaire à peine défigurée As Aude du patois 
actuel : « M'embaou as Aude », je vais à l'Aude. Le Backer, en sa qua- 
lité d'étranger, contracte naturellement en un seul mot une locution que 
son ignorance absolue du dialecte languedocien ne lui permet pas de 
décomposer. 

5. Castelnau-d'Ande, canton de Lézignan, arrondissement de Nar- 
bonne. 



304 HENRY MULLOT, JOSEPH POUX. 

Saude^ par Orbieu et Chastel-de-terre par Raissac-d\\iide, 
rien, d'autre part, dans la suite du récit, n'autorise à suppo- 
ser que la marche des Anglais sur Narbonne se soit effectuée 
en deux colonnes distinctes, passant par des chemins diffé- 
rents^. Dans ces conditions, il ne parait pas téméraire 
d'admettre que la totalité des troupes anglaises qui prit, à 
n'en pas douter, la seule route habituelle de Villedaigne^ 
à Narbonne, avait franchi l'Aude sur le pont en construction 
de Villedaigne. Dans tous les cas, sans prétendre élucider 
entièrement ce qui, dans le texte de Le Backer, reste, malgré 
tout, obscur, nous croyons pouvoir dégager de cette rédac- 
tion assez incohérente la preuve d'un double passage : l'un 
sur l'Aude, à Gastelnau, le 7 novembre, et l'autre le lende' 
main, sur l'Orbieu, à Villedaigne. 

La défensive vigoureuse opposée par les Narbonnais au 
Prince Noir à son arrivée dans la ville, n'apparaît, dans le 
récit de Le Backer, que sous une forme très écourtée. Les 
menus détails du combat, qui remplit la nuit du 8 au 9 no- 
vembre et la journée du lendemain, sont passés sous silence 
par le chroniqueur. Il semble bien, cependant, à l'exaspéra- 
tion manifestée par les Anglais au moment de leur retraite 
précipitée k travers les rues du bourg en flammes et à la 
vigueur avec laquelle les Narbonnais attaquèrent les convois 
du prince et lui pillèrent deux fourgons, que les défenseurs 
de la Cité aient eu, tout au moins, les honneurs de la jour- 
née du 10 ^ A partir de ce moment, d'ailleurs, la marche des 
Anglais se précipite et prend l'allure d'une retraite. Le soir 
du 10 novembre, le prince couche au château d'Aubian. 
M. de Santi a été fâcheusement inspiré en substituant 



1. Dans Saude, M. de Santi lui-même voit d'ailleurs coup sur coup : 
1° l'Orbieu (p. 199. note 4) ; 2» l'Aude (p. 200, note 3). 

2. L'itinéraire unique inter arduos montes correspond exactement à la 
route de Villedaigne à Narbonne à travers « le massif rocheux qui cou- 
vre Nai-bonne à l'ouest, entre Moussan et Bizanet » 

3. Villedaif^tne. canton et arrondissement de Narbonne. 

4. Sur les opérations devant Narbonne, cf. Moisant, op. cit., p. 38, et 
Mouynès, Inventaire des archives communales de Narbonne, série AA, 

256, 



RECHERCHES SUR l'iTINÉRAIRE DU PRINCE NOIR. 305 

Névian* à Aubian proposé avec raison par M. Maunde 
Thompson. « Il n'y a pas, dit-il, de localité de ce nom dans 
le Languedoc'. » C'est une erreur : Aubian figure sur la 
carte d'état-major, tout près de l'ancien étang de Gapestang, 
presque en droite ligne au nord de Narbonne'. Cette grave 
confusion a entraîné M. de Santi à orienter dans la direc- 
tion générale est-ouest une marche qui s'effectua en réalité 
vers le nord. Avant d'atteindre Aubian, en effet, le prince 
de Galles passe devant Cuxac-d'Aude^ qui résiste à l'abri 
de ses puissantes fortifications. C'est sous les murs de 
Cuxac qu'il exécute un certain nombre de notables enlevés à 
Narbonne^ Et le lendemain 11 novembre, après avoir 
quitté le cantonnement d'Aubian, le corps, commandé par 
le prince en personne, livre aux flammes la ville d'Ouveil- 
lan®. D'après la relation d'un témoin oculaire, les habitants 
perdirent dans l'incendie leurs chartes de privilèges \ Cepen- 
dant, le même jour, le Prince Noir poursuit sa route vers le 
nord et opère sa jonction avec le corps d'Amanieu d'Albrel 
qui était en train d'assiéger .Capestang^. Au moment de 
l'arrivée du gros de l'armée anglaise, la ville négociait déjà 
son rachat fixé par Amanieu h 40.000 écus. Mais sur ces 
entrefaites, les assiégés, ayant appris que les milices de la 
sénéchaussée de Beaucaire s'avançaient en toute hâte pour 
les secourir % rompirent leurs engagements. Les Anglais 

1. Névian, canton et arrondissement de Narbonne. 

2. Page 200. note 5. 

3. Moisant place aussi cette « petite localité sur la rive sud-ouest de 
l'étang de Gapestang », op. cit., p. 39. -— Voir aussi : abbé Sabarthès, Le 
dernier livre vert de l'archevêque de Narbonne, dans Bulletin de la 
Cotnmission archéologique de Na)'bonne, 1895, 1"' semestre, p. 415. 

4. Cuxac-d'Aude, canton de Coursan, arrondissement de Narbonne. 

5. Mouynès, op. cit., p. 414. 

6. Ouveillan, canton de Ginestas. arrondissement de Narbonne. 

7. « Quando princeps Galariim fuit in loco de Oviliano cum gentibus 
« suis, fecit eum combuere (sic) et omnes scripturas tangentes libertatçs 
« et privilégia dicti loci. o Enquête du début du xv^ siècle, citée par 
Mouynès, op. cit., p. 437. 

8. Gapestang, chef -lieu de canton de l'arrondissement de Béziers 
(Hérault). — Moisant, op. cit., p. 39. 

9. Parlant des Anglais au départ de Narbonne, le rédacteur du Thala- 
mus de Montpellier ajoute : «... et foron vengutz à Bezer, mas que senti- 



303 HENRY MDLLOT, JOSEPH PODX. 

n'eurent garde d'insister, et, peu rassurés eux-mêmes par la 
nouvelle de l'arrivée immJnente des renforts ennemis, ils 
levèrent précipitamment le siège et s'engagèrent aussitôt 
dans ces régions inhospitalières, rocailleuses et arides, 
décrites en termeis si caractéristiques par Le Backer, et que 
sillonne la grande voie de Béziers à Homps par Gabezac. Le 
lendemain, le prince passait à Homps* et cantonnait à 
Azille^, après avoir fait brûler dans la journée Pépieux et 
Laredorte^ par des colonnes volantes^. 

Nous touchons à la partie la plus obscure de l'itinéraire, 
car ce n'est plus désormais qu'après avoir identilié avec pré- 
cision ce mystérieux Lamyanc\ où parvinrent les troupes 
anglaises le soir du 13 novembre, que nous serons en 
mesure de reconstituer une à une les dernières étapes de la 
chevauchée. 

Sur l'autorité du P. Denifle, M. de Santi pense que 
Lamyane n'est autre que Gomigne*. et croit à un rapide 
mouvement vers le sud, dessiné, dès le matin du 13, par les 
bandes anglaises, sous la menace des troupes du comte 
d'Armagnac, dont des prisonniers français avaient dénoncé 
la veille le voisinage immédiat. Mais quelle est en réalité la 
situation respective des deux armées dans la soirée du 
12 novembre? Du côté des Français, les milices de secours 
de la sénéchaussée de Beaucaire s'avancent en toute hâte 
sur les derrières de l'armée anglaise et ne sont plus qu'à 



« ron quels homes d'annas de Montpellier et de tota la sencsqualcia de 
« Belcuyre eron ajustatz aqui; o torneron s'ensegiient la montanha... » 
Malml, t. IV, p. 286. 

1. Homps, canton de Lézignan, arrondissement de Narbonne. 

2. Azille, canton de Peyriac-Minervois, arrondissement de Caroas- 
sonne. — La ville fut brûlée. Mahiil, t. ]V, p. 8; Histoire de Lcuiffiœ- 
doc, édit. Privât, t. IX, p. 651. 

8. Pépieux, liai'edorto, communes du canton de Peyriac-Minervois, 
arrondissement de Careassonne. — Sur l'incendie de Pépieux, voirMahul, 
t. IV, p. 257, et Histoire de Languedoc, t. IX, p. 651. 

4. Sur la destruction de toutes ces localités, voir Moisant, oii. cit., 
p. 41; Miquel, Essai sur l'ar)'o>idissement de Saint-Pons, pp. 185 
(it 186; Sémat, La ville et le pays de Saint-Pons de Thomières, p. 297. 

5. Comigne, canton de Oapendu, arrondissement de Careassonne. — 
M. Moisant adopte lui aussi la version de la marche sur Comigne, 



RECHERCHES SUR l'ITINEHAIRE DU PRINCE NOIR. 307 

deux ou trois journées de marche, tandis que le parti 
d'Armagnac, qui campait à Homps le 11 et devait passer 
sous Azille le 12, a pris position le long de l'Aude, à quelque 
distance de Laredorte. Dès lors, les Anglais qui occupent 
Laredorte, Azille et Pépieux se trouvent dans la situation la 
plus périlleuse, puisqu'ils présentent le flanc à l'ennemi. 
C'est pourquoi, pour éviter d'être enveloppé, le prince de 
Galles se dérobe et gagne en toute hâte la seule voie libre, la 
route montagneuse du nord. Il traverse Siran, LaLivinière^ 
et arrive <à Ventajou^, où il bivouaque dans le tènement 
désert de la Mejane. dénommé encore Côtes Miganes, 
Serre Mijanes dans un acte de 13163 et qui, aujourd'hui, 
sous le nom de Lamigran, forme les no^ 543, 544 et 545, sec- 
tion D, du cadastre de cette commune*. Selon toute appa- 
rence, le prince comptait sur le cours de l'Ognon pour appro- 
visionner ses troupes en eau, pendant cette étape pénible à 
travers un pays très tourmenté; mais le ruisseau dut se 
trouver à sec ou très bas. 



1. Siran, La Livinière, commîmes du canton d'Olonzac, arrondissement 
de Saint-Pons (Hérault). 

2. « Ils (les Anglais) détruisirent de fond en comble, sur les bords de 
« l'Ognon, le bourg de l'antique Liviana; Ventajou, qui avait survécu au 
« sac de Simon de Montfort, fut anéanti à jamais. » Miquel. op. cit., 
pp. 13.Ï et 13(3, d'après les archives communales de Cassagnoles. — Sur 
la destruction de La Livinière, voir encore : Généalogie de la maison de 
Rienx-Méri7iville , Bibl. municipale de Carcassonne, ms. 1932, p. 89, cité 
par Sémat, op. cit., pp. 297 et 298. 

3. Inventaire des droits et revenus appartenant\au roi à Minerve, 
Ventajou, Félines, etc. — Archives nationales, Q* 62/2, fol. 3, 13. — 
Communication de M. A. Bertrand, d'Azillanet, qui déclare en outre 
(lettre du 25 février 1905) : « Malgré les légères différences qui se présen- 
ce tent entre Lamiane, La Méjane et Côtes Miganes, il ne saurait, je 
« crois, y avoir de difficulté à identifier ces divers lieux. J'ajoute d'ailleurs 
« que toutes les indications que vous me donnez, relativement au chemin 
« d'Azille à Lamiane et au manque d'eau en ce lieu, sont très exactement 
« applicables ici. » 

4. Communication du maire de Félines-d'Hautpoul (lettre du 7 mars 
19G5) : (.( Le lieu est situé à la bifurcation des chemins de Félines à Ven- 
« tajou et à Camplong, dans une dépression où coule le ruisseau d'Ognon... 
« Le terrain remonte vers le hameau de Camplong; de même à gauche 
« (ouest), oii s'élève... un petit plateau 'sec à pente inclinée vers le sud et 
« supporté par des rochers irrégulièrement découpés et à pic. H est exact 
« qu'il n'y a pas de maison en cet endroit... » 



308 HENRY MDLT,OT, JOSEPH POUX. 

En dehors des nombreux documents qui confirment cet 
itinéraire et consacrent, par suite, la thèse de la marche par 
le Minervois et le Gabardès, confusément posée, avant nous 
d'ailleurs, par les auteurs de l'Histoire de Languedoc^, la 
configuration géographique de la région de l'Alaric et le 
texte de Le Backer lui-même font ressortir à l'évidence 
l'invraisemblance absolue d'une retraite sur Comigne. En 
premier lieu, on se représente assez mal, de ce côté, un 
village sans maisons et sans eau (p)^o penuria domuwn et 
aquaruïn) ; car, même si l'on pouvait traduire apud Lmnyane 
par auprès de Comigne au lieu de «, on serait obligé de conve- 
nir en définitive que les Anglais devaient se trouver, le soir 
du Va novembre, aussi près que possible- de cette localité. 
Or elle ne manque pas d'eau-. En second lieu, la preuve du 
prétendu sac de Comigne en 1355 reste à faire. Enfin la 
suite des événements qui marquèrent la journée du 14 no- 
vembre , et que nous allons exposer, ne peut s'expliquer 
qu'en situant le point de départ des Anglais, au matin de 
ce jour, infiniment plus au nord que ne l'ont cru les parti- 
sans de la marche sur Comigne. 

Le Backer écrit, en effet, sous la date du 14 novembre : 
« Revertentes versus Vasconiam reliquerunt a deœtris 
«■ piscinam de Esehon et Carhasonam et totum iter 
« piHstinum^... » Partant de Lamyane près Ventajou, le 
prince peut et doit revenir sur ses pas pour gagner la Gas- 
cogne; partant de Comigne, il ne revient pas en réalité sur 
ses pas, il ne fait qu'accentuer son mouvement de retraite 
commencé la veille vers le pays gascon. Il y a plus. En 
acceptant momentanément l'hypothèse d'un séjour des 
Anglais à Comigne le 13, on peut marquer quelque surprise 
de ce que le lendemain Le Backer ne rapporte pas, parmi 

1. Édition Privât, t. IX, p. 651. — Voir aussi, à la page suivantti, la 
note d'Auguste Molinier, dans laquelle le regretté commentateur adopte 
l'itinéraire par le sud et Limoux. 

2. Comigne étant bâti à moins de 2 kilomètres du cours de l'Aude, il 
eût été facile aux troupes anglaises de s'approvisionner d'eau en organi- 
sant des corvées. 

3. De Santi, p. 220, 



RECHERCHES SUR l'ITINÉRAIRE DU PRINCE NOIR. 309 

les incidents du jour, un passage pourtant inévitable de 
TAude, s'il est vrai que les troupes anglaises se soient 
rendues, le 14, de Gomigne à Alairac'. M. de Santi sera 
évidemment tenté de nous opposer le membre de phrase 
reliqueru7it a dextris inscinam de Es eh on pour justifier 
son itinéraire : en effet, une armée marchant dans la direc- 
tion du sud-ouest de Gomigne sur Alairac laissera fatale- 
ment à sa droite l'étang de Marseillette et tout l'itinéraire 
parcouru à l'aller par le Prince Noir. Partant des environs 
de Ventajou, au contraire, la même armée, suivant une 
direction identique, abandonnera non moins infailliblement 
sur sa gauche l'étang et Garcassonne. Est-ce à dire cepen- 
dant que ces simples mots a dextris soient un obstacle 
absolu à notre interprétation? Il n'y a là, en réalité, qu'un 
quiproquo dont personne jusqu'ici ne parait avoir soupçonné 
l'explication pourtant très simple. Dans l'esprit de Le Bac- 
ker, l'étang de Marseillette se présente sous l'aspect d'un 
cours d'eau; les bandes anglaises longent à l'aller, le 7 no- 
vembre, la rive gauche, et découvrent au retour, sept jours 
plus tard, le bord opposé de ce soi-disant fleuve, c'est-à-dire, 
à leurs yeux, la rive droite. A dextris, a sinistris n'expri- 
ment pas autre chose que la dualité d'impressions ressenties 
par le chroniqueur et ses compagnons à l'aspect de cette 
large nappe d'eau qu'ils imaginent courante sans doute, et 
qu'ils ont vue chaque fois par un côté différent. Et de cette 
explication, (|ui n'est pas simplement ingénieuse, la suite du 
récit de Le Backer fournit la pleine confirmation. Lié par 
son point de départ, Gomigne, M. de Santi a fixé à Alairac, 
Preixan et Arzens^, les jalons de la marche en formation 
défensive exécutée dans la journée du 14 par les troupes 
du prince. Ge sont là, en effet, les trois localités qu'il 
donne, après M. Thompson^ et d'une manière assez inat- 
tendue, comme correspondantes à chacune des formes lati- 



1. Alairac, canton de ALontréal, arrondissement de Garcassonne. 

2. Preixan, Arzens, communes du canton de Montréal, arrondissement 
de Garcassonne. 

3. De Santi, p. 202, note 1. 



310 HENRY MULLOT, JOSEPH POUX. 

nés de la chronique : Villam dictam Alieîr, Puchsaucier, 
Pezence. Il ne s'aperçoit pas que, par ce chemin, il ramène 
nécessairement l'expédition sous les murs de la Cité de 
Garcassonne, à travers une contrée entièrement ravagée 
moins de dix jours auparavant. Au départ de Lamyane, au 
contraire, une marche en colonnes protégées s'impose natu- 
rellement à la prudence anglaise, par suite du voisinage 
des troupes françaises solidement établies, comme nous 
l'avons vu, sur la rive gauche de l'Aude. Ce n'est qu'après 
avoir été rassuré par l'inaction de l'ennemi, qui reste sur 
ses positions, dans l'expectative, que le prince de Galles se 
décide à quitter Lamyane, le 14 au matin; il revient sur 
ses pas {revertentes versus Vasconiam), saccage Peyriac- 
Minervois\ Buadelle, A-'illepeyroux^, Conques 3, et va 
coucher, avec le gros de la bataille, à Pennautier {PucJtsau- 
cie?^)"^, sur les bords du Fresquel et non de l'Aude ^ laissant 
son arrière-garde à Villalier {villmn dictam Alieiry et 
envoyant son avant-garde occuper Pezens (Pezense)". 

Le lendemain, par cette large et riche contrée que sillon- 
nait l'antique voie romaine, célèbre au moyen âge sous le 
nom de « cami ferrât^ », les Anglais, accentuant leur mou- 



1. Chef-lieu de cantou de l'arrondissement de Garcassonne. — Une or- 
donnance royale de 13^J-1 permit aux habitants de reconstruire les murs 
de leur église démolis par les compagnies du Prince Noir. — Mahul, 
t. IV, p. 396, donne, par ei-reur, à cette pièce, la date de 13(53 que nous 
avons corrigée d'après l'original sur parchemin conservé dans les archi- 
ves de la commune, DD. 21. 

2. Mahul, t. IV, p. 51. 

3. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Carcassonne. — Cf. 
D. Pébernard, Histoire de Conques-sur-Orviel {Aude) et de la manufac- 
ture royale de Saptes, p. 250. 

4. Pennautier, canton de Carcassonne-Ouest. 

5. Cf. De Santi, p. 2U2, note 1. 

6. Villalier, canton de Conques, arrondissement de Carcassonne. 

7. Pezens, canton d'Alzonne, arrondissement de Carcassonne. — Parmi 
les villes ranc-onnées autour de Pezens ligure Montoliou. Voir, à ce sujet, 
des lettres du duc d'Anjou de juillet 1372 dans Mahul, t. 1, p. 145. 

8. Aujourd'liui chemin d'intérêt commun n« 33. Cette voie était, dans 
l'antiquité, beaucoup plus large que de nos jours, ainsi que l'ont établi 
plusieurs déblaiements de la piste primitive, notamment au hameau 
d'Herminis, pi'ès Carcassonne. 



RECHERCHES SUR L'ITINÉRAIRE DU PRINCE NOIR. 311 

vement de retraite vers le sud, atteignent Prouille', et reçoi- 
vent l'hospitalité dans l'abbaye dominicaine de Notre-Dame. 
Il y a lieu de penser que, seule, la bataille commandée par 
le Prince Noir passa par Prouille. Plusieurs colonnes vo- 
lantes détachées du corps principal allèrent incendier iso- 
lément Limoux^, Fanjeaux^ Lasserre* et Villasavary^ 
Ainsi s'expliquerait la brève apparition d'un parti anglais 
sous les murs de Carcassonne, au retour, apparition à 
laquelle semble faire allusion Froissard". Il s'agit apparem- 
ment de la colonne qui opéra contre Limoux dans la jour- 
née du 15 novembre, et qui, partie de Pennautier ou de 
Villalier, dut rallier le gros de l'armée anglaise aux portes 
du comté de Foix; 

Après laprise de Belpech'', le 16 novembre, le prince de 
Galles franchit les limites du pays audois. En l'y suivant 
pas à pas durant les vingt jours de sa meurtrière chevau- 
chée, nous n'avons pas eu d'autre but que de jalonner plus 
exactement quil n'avait été fait jusqu'ici les diverses étapes 
de l'expédition. Pour en retracer en détail les multiples 
péripéties, d'autres pourront, après nous, s'appliquer fruc- 
tueusement à l'étude plus minutieuse des sources utilisées 
par les historiens antérieurs, ainsi que de celles que signale 
à leur attention notre modeste travail. 

Henry Mullot, Joseph Poux. 



1. Pi-ouille, canton de Fanjeaux, arrondissement de Castehiaudary. 

2. Sur le sac de Limoux, voir Fonds-Lamothe, Notices historiques sur 
la ville de Limoux, pp. 141 et 142, et deux lettres inédites du comte 
d'Armagnac des 5 février et 25 octobre 1356 conservées aux archives mu- 
nicipales, et relatives à la reconstruction de la ville : «... pro reparatione 
ipsius ville, in magna parte combuste et trucidate... « 

3. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Castelnaudary. — Mont- 
réal aussi fut brûlé; cf. Bouges, op. cit., p. 245, et Mahul, t. III, p. 311. 

4. Lasserre, canton d'Alaigne. arrondissement de Limoux. 

5. Villasavary, canton de Fanjeaux, arrondissement de Castelnaudary. 
(j. Chro7iiques, t. IV, p. 172. 

7. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Castelnaudary. 



POESIES 



DU 



TROUBADOUR PERDIGON 

{Suite et fin.) 



IV (B. G. 370, 13). 

13 mss. : A [Archiv, xxxiv, 177; Studj,iu, 495), B (MG., 1412), C 24C a, 
D 255 a {Annales, xiii, p. 385), F, Stengel, 87), I 50 a, N 205 a, O (de 
Lollis, 59), P 30 a. {Archiv, xLix,307), Q 47 a (Bertoni, p. 93), R 93 c, 
S 177 a, V {Archiv, xxxti, 445). L'ordre des strophes dans V est 1 5 
4 2 3, dans R, 15 2 3 4, dans Q, 1 524 (la strophe 3 manque); la 
tornade n'est donnée que'par ABIOPS. 

Je n'ai pu établir la filiation des mss. d'une manière tout à fait satis- 
faisante; nous avons trois groupes assez nettement définis : ABF, CNI 
et OPS; DQ et R montrent quelques points d'affinité, et V paraît repré- 
senter une ligne de tradition indépendante. J'ai choisi comme base du 
texte le groupe CNI qui est en relations assez étroites avec ABF. 

Maus 661 ; 5 coblas unisonans, 1 tornade, composées de 10 a (-o), 10 b 
(-is). 10 b, 11 c (-ida), 11 c, 10 d (-en), 10 d, 10 a, 10 a. Ce poème a été 
imité ou traduit par le poète italien Polo. Voir Balaguer, Historia de 
los trovadores, Madrid, 1880, vol. VI, p. 129. 

I. Tôt l'an mi ten Amors de tal faisso 

cum estai cel qu'a'l mal don s'adormis 
e morria dormen, tant es conquis, 
en breu d'ora, entro qu'om lo rissida; 
5 atressi m'es tal dolors demezida 

1 tôt temp PS; tut temps Q; totz temps D; tôt lau estau daital faizo V; 
daital A; laital F. — 2 com cel camal son sadormis V; estai manque 
dans G; esta IS; sta P. — 3 qe morria OR. — 4 en pauc dora Q; en pauc 
dora tro quhom loroxida V; ressida ABl. — 5 lais dolors ABX: tal dolor 
CIOPQRSV; dormeida V; demedida AB; denudida PS. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 313 

que'm don'Amors que sol no-m sai ni-m sen, 
e cuich morir ab aquest marriinen, 
tro que m'esfortz de far una chanso 
que'ni rissida d'aquelh turmen on so. 

II. 10 Ben fetz Amors l'usatge del lairo 

quand encontra cellui d'estranh pais 
e il fai creire qu'ailiers es sos camis, 
tro que li di, « Bels amies, tu mi guida »; 
et enaissi es mainta gens trahida 
15 qued mena lai on puois lo lia ed pren; 
et eu puesc dir atressi veramen, 
quez ieu segui Amor tan qued saup bo, 
tant mi menet tro fui en sa preizo. 

III. E te-m lai près on non truep rezemso 

20 mas de ma mort, qu'aissi lor abelhis; 

entre mi dons et Amors cui sui fis 

lor platz ma mortz et lor es abelhida; 

mas eu sui cel que merce no lor crida 

plus que fai cel qu'es liuratz a turmen, 
25 que sap que plus nodh^valria nien 

clamar merce, aia tort o razo; 

per qu'eu m'en lais que mot no lor en so. 

6 no sai ni CIO ; son non sai OPS ; quem don araors manque dans R. — 
7 aquel V; aquels marrimens R; a qualque PS; e nioria ab Q. — 8 ma- 
zir tro qem R; tro qeu PR; mia chanso Q. — 9 daquest AB ; ressida 
BIOPS; rexida V; reissida N; resside A. 

10 defetz amor V; bem NQ ; ben fu O. — 11 cellui [soleys R. cel que Q. 

12 fa si creire can locx es R; que il fait errere qe il son lor amis 0. — 

13 tro qe li dis QPS; entro quel ditz V. — 14 e manta gen es enaixi V« 
morta gens R. — 15 que lail mena on ABN ; qe lai laduz OPS ; qe lay 
dutz homs on lo lia ol prenjR; quen loc ladui on lo lia V. — 16 dir aytan 
eyssamen R; et autressi puesc eu eissamen Q. — 17 qe ieu BCI; car se 
segui 0; car seu segui Q; coil saup ABN; amor qar li fo bon OPS; tan 
coil fo bo Q ; can li fon bo V. — 16 tant mamenat QV ; tro ma engreu 
preizo V; tro mac AB; e menet me tro mac en sa preio R. — 19 trop ga- 
riso IV; e ten lai PS; aisi soi près; qe non R; am tenc lai pers 0. — 
20 qe tan fort abelhis R. 

22 les plaftz... et es les V; ma mort me part qe lur es R. — 23 et eu 
OPS ; et ieu son cel que merces no lur guida V. — 21 plus cum AB ; 
aissi cum selh qe iutgatz a CI ; plus qe aicel qes iutgatz atornamen N ; 
cel qes iutgat a V; selh que lieurat a R. — 2b qe sap e ver no R; plus] 
pois OPS. — 26 merce clamar OPRSV; ayas V; agues R; per qieu soi 
sel que R; per qieu men cail qemot nolerin so V. 

ANNALES DU MIDI. — XXI 21 



314 H.-J. CHAYTÔit. 

IV. Pero no sal cal me faes'o cal ho, 

pus pei- mon dan m'ertguana ê-m trahi» 

30 Amors vas cui estau totz temps aclis 
al seu plazer, (^u'aitals fo m'êscarida; 
e tengr' o trop a paraula grazida 
si no'm mostres tan brau captenemen; 
mas se aunis pel mieu decliazemen; 

35 ben fai semblan que m'aja cor fello, 
que per mon dan non tem far mespreizo. 

V. E fatz esfOrtz s'ab ira joi mi do, 

quar en aisso'm conort e m'afortis 
contra'l dezir en qU^Anïors m'a aâsis, 

40 aissi cum selh qii^a batalti* arâmldâ, 
que sap de plan sa razos es delida 
quant es en cort on liom dreg no'l cossen, 
et ab tôt so se combat eiesailien, 
me combat ieu en cort on no* m ten pro, 

45 que Amors m'a forsjngat, no sai quo; 

VI. Ait Bel Esper, pros dompna eissernida, 

tant grans dregs es si d'amor mal m'en pren, 
quar anc de vos mi parti, las ! dolen 
per cel'una que ja no'm tenra pro, 
50 ans m'aucira en sa doussa preisso. 



S8 e res no sa cal E; quai qo fassrt Q. — 29 pus del seu tort inehguîlna 
e men trahis Q; car de mon dreg menïana lî; pus eus tiiofl dreit V. — 
30 eustao P; estao S; estau tôt ior R; totz temps estalic D. ^-^ 31 caital fo 
mascarida OPS; a séus plazer car tal es lascarida Q; per tal senblan 
quaitals R. — 33 e tengra o tôt B; e teilgra tôt DQPS ; ém tengrfl torz ; 
e tenc mo tôt R ; e tener o tôt V. — 33 sol nom AB; tan mal OPRSV : tan 
lait captemen Q; tan lag D. — ^ 34 nias sill saunis AB; car si R; mais sia 
oniz PS ; nias si ai mis ; o sih aunis Q ; e Sil saunis D. -- 35 don senitila 
que magra cor Q ; bem sembla quil niagra cor V; maial cor OPS. — 36 pos 
per D; pois per ma mort no Q; pus pel meu dan... far faillizo V; car 
per R; qan per OPS; nom tetti 01 ; no tem D. 

87 ira gaug tnedo V. -- 38 ttlas en ABQRV. — 39 oïl artlôrs lO- — 
10 bataUla remida PSG. — 41 razos li es Q; ques sa tnioh V. ^^ 42 (je 
honi R. — 4â sis combat ABIR; 6 sis combat autressi uerftmen V. -^ 
44 nom CIl'Q; e non te N; if3n cort innnqnè é» R. — 45 car amorS 
BOPQS; (pxez amors N, 

40 si bel I; cabél 0; bels PS. — 17 tan grans dans mes si B; mi prflri IJ 
dil'itz er si PSO ; fe tan gran drvc 0. — 49 per tal Una PS ; per uha lalS... tcn^ 
ran O. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 31Ô 

I. Toute l'année, Amour me tient à la façon de celui qui souffre 
d'une maladie qui le fait dormir, et qui de ce sommeil mourrait 
en peu de temps, — tellement il en est dompté, — si on ne l'en 
réveillait. La douleur qui m'est échue en partage et qui me vient 
d'Amour est telle que je n'ai plus conscience de moi-même, et je 
crois mourir pa.r suite de cette tristesse, jusqu'à ce que je m'eiîorce 
de faire une chanson qui me réveille de l'agonie où je me trouve. 

TI. Amour a agi selon l'usage du larron qui, quand il rencontre 
un homme d'un pays étranger, lui fait croire que son chemin se 
trouve ailleurs, jusqu'avec que celui-ci lui dise : « Bel ami, sois mon 
guide ». C'est ainsi que sont trahis bien des gens, car il les mène 
là où il les lie et les fait prisonniers. Et moi, je puis dire avec 
autant de vérité que j'ai suivi Amour aussi longtemps qu'il lui a 
plu, et il m'a mené jusqu'à ce que je fusse eu son pouvoir. 

III. Amour me tient prisonnier là où je ne trouve nulle rançon, 
sinon par ma mort; car il leur plaît ainsi, à ma dame et à Amour, 
à qui je suis fidèle : tous les deux désirent ma mort qui leur est 
agréable. Mais je suis celui qui ne va pas leur crier merci, pas 
plus que celui qu'on met à la torture, car il sait que crier merci 
ne lui servirait de rien, qu'il ait tort où raison : c'est pourquoi je 
ne veux pas sonner mot. 

IV. Pourtant, je ne sais ce que je dois faire ou non, puisqu'il 
me trompe et me mène à ma perte, cet Amour à qui je me sou- 
mets toujours, et dont je fais le bon plaisir, car telle est ma 
destinée. Et je considérerais cela comme un bonheur, s'il ne se 
montrait pas si dur envers moi : mais il se honnit en me faisant 
souffrir; il montre bien qu'il a pour moi un cœur cruel, puisqu'il 
ne craint pas de me faire dommage et tort. 

Y. Et c'est grâce à un effort que je tire de la joie de ma tristesse, 
car ainsi je m'encourage et je me réconforte contre le désir dans 
lequel Amour m'a mis ; pareil à cehii qui a bataille assignée et 
sait H coup sûr que sa cause est perdue, car il se trouve devant 
un tribunal où l'on ne lui fera pas droit', et néanmoins il se bat : 
ainsi je me bats devant une cour où Ton ne respecte pas mon 
droit, car Amour m'a mis hors la loi, je ne sais pourquoi. 

VI. Ah, Bel Espoir, dame belle et sage, c'est justice si quelque 
chose de mal m'arrive d'Amour, car un jour je vous ai quittée, 
hélas, malheureux que je suis, pour une qui jamais ne m'aidera, 
mais au contraire me tuera dans sa douce prison. 



316 tt.-J. CHAYTOR. 



V (B. Gr. 370, 5). 

2 mss. : A 160 a {Archiv, xxxiv, 177; Studj, m, 499), E 168 (MG., 511); 
texte de E. 

Maus, 544; 6 coblas unisonans, 2 tornades, composées de 7 a (-en), 
7 b (-ir), 7 b, 7 a, 7 c (-or), 3 c, 3 d (-atz), 4 d, 4 d, 7 d. Ordre des strophes 
dans A : 1354; les autres y manquent. 



I. Entr'amor e pessamen 

e bon cug e greu consir 
e fin joi e lonc désir 
mi menet levan cazen, 
5 e per luec sospir e plor 
de paor, 
que-1 comjatz 
que"m fo donatz, 
gent autrejatz 
10 S'oblit, car no soi tornatz. 

II. Lo bos cugs en qu'ieu enten 

m'adui molt coi'al sospir, 
tan tem el cujar faillir 
qu'ai d'un rie enprendemen : 
15 e s'ieu trop estau aillor, 
lei qu'aor 
prec, sill platz, 
que no-s deslatz 
lo plaitz fermatz 
20 que* m fo per lieis autreiatz. 

III. Ar parra d'afortimen 

qui -m ve laissa r e guerpir 
lei, qu'usquex volgr' obezir, 
ni"m rete per chausimen; 
25 car li valen valedor 
an sabor 
qu'an laissatz 



1 contramor E. — 2 bons cuitz A ; bos cugs E. — 4 menon A, — 5 e pel 
lonc A. — 7 comnhatz E. — 9 acordatz A. — 11 Ho bos E. — 21 qar E. — 
23 si autrem uol acuillir A. — 24 sim r. E. — 27dels 1. A. 



LE TROUBADOUR PERDIQON. 317 

deseretatz, 
don par pecatz, 
30 fasson captenhs acabatz. 

IV. Qui-m laissa ses fâillimen, 

no'm cug per aitan deslir, 
qu'enquer sai on puesc guérir. 
Si Dieus e'I Bautz'mi cossen; 
35 que lai truep fina valor 
ses error, 
on l'onratz 
pretz^esmeratz 
sobremontatz 
40 amparals desamparatz. 

V. Fins Jois, dreitura-us defen 

que, qui que vejatz faillir, 
que vos nci prendatz albir; 
mas pretz e valor e sen 
45 vos det Dieus, que'us fetz meillor 
e gensor 
del regnatz : 
per so gardatz 
que l'enganatz 
50 vin sais, e l'autr' encolpatz. 

VI. Dal rei d'Aragon m'es geii, 

quar tan li platz enantir 
tôt quan bos pretz deu grazir; 
e-1 rei n'Anfos eissamen, 
55 qu'ab ries faitz d'emperador 
creis s'onor; 
don sapchatz 
que acordatz 
los volgr' en patz 
60 vezer contrais renegatz. 



28 desamparatz A. — 30 fasson captenh E. — 32|no cug E; ges pertant 
non cuich d. A. — 33 qancar ai on puosc|garir A. — 34 lobautz mi def- 
fen A. — 35 trob A. — 37 que 1. E. — .39 sobrepoiatz A. — 41 fis E. — 
43 non prenguatz E. — 47 manque dans A. — 50 sal E. — 56 houor E. — 
66 l'obra e E, 



318 H.-J. CHAYTOR. 

VII. . Fillol, si faitz vostra tor 

az onor, 
ben gardatz, 
si ben l'obratz, 
65 que compliscatz 

l'obr'e no la desfasatz. 

VIII. Ves n'Arias mon senhor 

vai e cor, 
clians mesclatz; 
70 e di-11, si-11 platz, 

qu'entrais regnatz 
par sos fis pretz esmeratz. 

I. Entre l'amour et l'anxiété, entre joyeuses pensées et tristes 
préoccupations, entre joie pure et long désir, elle me mena tantôt 
debout, tantôt tombant, et parfois je soupire et pleure, de crainte 
que le congé qui me fut donné et gracieusement accordé ne soit 
oublié parce que je ne suis pas revenu. 

II. La joyeuse pensée à laquelle je m'adonne me fait souvent 
soupirer du fond du cœur, tant j'ai peur de manquer au projet 
que j'ai formé d'une noble entreprise. Et si je suis trop longtemps 
ailleurs, je la prie, celle que j'adore, de ne pas laisser se rompre, 
s'il lui plait, le pacte sûr qu'elle a fait avec moi. 

III. Mais cela paraîtra [un acte] de témérité, si l'on me voit 
l'abandonner et la quitter, elle à qui chacun voudrait obéir et qui 
me retient par grande faveur : mais les vaillants champions ont 
plaisir à accomplir, avec de pauvres déshérités, victimes du 
malheur, de splendides actions d'éclat [et je ne suis pas moins 
hardi qu'eux]. 

IV. Si elle m'abandonne, sans qu'il y ait faute de ma part, jo 
n'ai pas l'intention de me détruii'e pour cela, car je sais toujours 
où je peux me réfugier, si Dieu et le [seigneur des] Baux y con- 
sentent : car je trouve là [dans cette dame consolatrice] une 
valeur sans tache, et chez elle, le mérite honoré et raffiné au 
suprême degré défend ceux qui n'ont pas de protecteurs, 

V. Pure joie, Droiture défend que, qui que vous voyiez faillir, 
vous en portiez un jugement [défavorable]; mais Dieu vous a 
donné prix, valeur et bon sens, car il vous a faite [la] meilleure et 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 319 

[la] plus noble de bien des royaumes; aussi devez- vous considé- 
rer que l'honinie trompé vit en sûreté et c'est l'autre [la trom- 
peuse] ({ui encourt le blâme. 

VI. J'aime le roi d'Aragon, car il prend tant de plaisir à avan- 
cer tout ce que la bonne valeur doit accueillir et [j'aime] le roi 
Alfonse de même, parce qu'il accroît sa gloire par des actions 
vraiment impériales; sachez donc que je voudrais les voir en paix 
et d'accord contre les renégats. 

VII. Filleul, si vous bâtissez avec honneur votre tour, faites 
attention, si vous voulez bien travailler, de parfaire l'œuvre «t 
de ne pas la défaire. 

VIII. Vers Arias, mon seigneur, va et cours, chanson mêlée et 
dis-lui, s'il lui plait, que parmi beaucoup de royaumes sa fine 
valeur parait épurée. 

NOTES. 

51. Pour les allusions historiques , voir Diez , Leben und Werke , 
1" éd., p. 54.5. 

56. Ho?ior ries, alhision, peut-être, aux dons que ce roi avait faits au 
poète. 

61. Je ne puis expliquer cette aUusion. 

69. Mesclatz, parce qu'on y trouve des protestations de fidélité et des 
menaces. 



VI (B. Gr. 370, 4). 

4 mss. : I 49 (K 36 a), T 148 v° {rubr. perdigons). V {Archiv, XXXVI, 
446). 

Maus 359; 5 coblas unisonans, composées de 8 a (-er), 3 b (-en) 8 a, 
8 b, 10 c (-ir), 10 c, lU d (^os), 10 d. 



I. Cal cui plazon tuit bon saber 

can mais ve, mais sap ni apren; 
e[l] mal neis deu hom retener 
per meihs gardar de fallimen, 
5 e dels altres deu son pretz enantir, 
s'ama valor ni -s vol faire grazir; 
me plazon tug e-n son moût enveios, 
mas sens m'en faill e poder per sazos. 

1 cel cui plajnbon V. — 2 on mais V; ni sap IT; eapren V. — 3 neus 
los mais V; deuon IT. — 5 e de lalre IT; aire son prez enausir V. — 
6 so ma u. ni soll T. — 7 ni p. V. — 8 sen VT. 



320 H.-J. CHAYTOR. 

II. Pero tan m'an dat de lezer 

10 sens e fins Amors, cui mi ren, 
c'ab mi dons mi fan remaner 
amie e leyal e sufren 
et a tôt so c'a leis deu abelir; 
e s'ieu volgues lausengiers consentir 
15 c'a plaitz d'amor son totz temps enueyos, 
leu pogr'esser d'amor e de joi blos. 

m. Mas d'aitan ai après lo ver 

que si'm fai tort ni'm fraing coven 
cela qui" m ten en son poder, 
20 conort m'en sera s'en repen; 

per qu'ieu non voill si al tort avenir, 
car cel que-s vol francamen repentir 
tem faillir pois, tant li platz lo perdos 
e"n creis amors e gratz e gazardos. 

IV, 35 E pus li jur e-1 faz parer 

que-1 am mais d'autra re viven, 
be-m par qu'el'o deinha voler 
que-1 dei perdonar si'l meins pren; 
no cugei doncs tan sas colpas sofrir 
30 com a la res que pus am e désir; 
car tôt lo mon vei com trob'ochaisos, 
mas meins n'an cel qui plus son temeros. 

V. Bell'ami', al vostre valer, 

cui fin a lauzors no repren, 
35 me fi tan, per qu'eu non esper 
que fassas nuill plait desplazen ; 
c'al meins a Dieu non s'en pot ges cobrir, 
cel c'a rescos no"s garda de faillir; 

9 per de tant T; madat V; de lazer ITV. — 11 fai IV; romaner I. — 
13 detot aizo calui platz a V ; deiobellir I ; deabelir T. — 1-i esiinero tan 
madat delez ssentir V. — 15 caplait araor V; caplah damor I. — do 
t03t p'e" de ioy edamor V. 

17 et ai daitan V, — 19 quen ten I ; sel cem ten T. — 20 men sela V ; 
me aéra I ; mis sara ses reprent T. — 22 car zo quel platz f. V. — 24 e 
creis namors IT. 

La strophe IV ynanque dans IKT. — 27 par cel odejnha. — 81 lomen, 
34 Douzai mial V; uoler V; ualhor T. — 34 ualor no mejns pren V; le 
vers manque en T. — 35 ma tandat V. - 36 qem faza V. — 37 lea 
cobrir V. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 321 

pois mostra Dieus lui el.blasme amdos 
40 don cel reraain aunits e vergonhos 

I. Celui à qui tout bon savoir est agréable, plus il voit, plus il 
sait et apprend ; on doit retenir même le mal pour mieux se gar- 
der de tomber en faute et on doit profiter des exemples d'autrui 
pour augmenter ses propres mérites, si on aime la valeur et si 
l'on veut se rendre agréable : à moi tout (bon savoir) plaît; j'en 
suis très désireux, mais le sens et le pouvoir me font parfois 
défaut. 

II. Mais bon sens et amour sans tache, à qui j'appartiens, 
m'ont donné la force de rester fidèle à ma dame, en ami loyal et 
patient, fidèle à tout ce qui peut lui être agréable : et si je voulais 
écouter les médisants qui cherchent à troubler les accords amou- 
reux, je pourrais bien me trouver dépourvu d'amour et de joie. 

m. Mais de ceci j'ai appris la vérité (c'est-à-dire je suis décidé 
à ceci) que, si elle me fait tort et rompt nos conventions, celle 
qui me tient en son pouvoir, je l'accepterai, pourvu qu'elle s'en 
repente tout de suite. C'est pourquoi je ne veux pas ainsi encou- 
rir de torts (?), car celui qui se repent sincèrement craint ensuite 
de se rendre coupable, tant lui est agréable le pardon, qui accroît 
amour, faveur et récompense. 

IV. Et puisque je lui jure et lui montre que je l'aime plus que 
toute autre créature, il me paraît juste qu'elle daigne accepter 
cela et qu'elle doit me pardonner, si je prends le moins (ou que 
je dois lui pardonner, si elle prend le moindre);... car je vois que 
tout le monde trouve occasion de blâmer, mais ceux-là en ont 
moins (de blâme) qui sont les plus timides. 

V. Belle amie, à votre vertu, à laquelle la louange la plus 

haute ne trouve rien à reprendre (?), je me confie pleinement et 

j'espère que vous ne ferez (ailleurs) aucun accord déplaisant : 

car de Dieu, du moins, il ne peut pas se cacher, celui qui ne se 

garde pas de pécher en secret; puis Dieu expose à tous les yeux 

le coupable et sa faute, et celui-ci reste déshonoré et couvert de 

honte. 

NOTE. 

Les derniers vers de la stroplie 4 sont très obscurs et je renonce à les 
traduire : le poète craint que sa dame ne lui soit pas fidèle; si elle a déjà 

39 puis deus nostrar lui V. — 40 roman I, roma T. 



322 H.-J. CHAYTOR. 

péché et qu'elle se repente aussitôt, il est prêt à lui pardonner (str. 3), 
quoique la raison lui commande d'être plus rigoureux (str. 1). Dans la 
quatrième strophe, il paraît faire allusion, comme dans la pièce V, à une 
velléité de se venger, et il ne veut pas que sa dame s'excuse en a'effor- 
çant de le représenter lui-môme comme coupable. Peut-être au vers 27 
faut-il corriger quel en qiwm. 



VII (B. Gr. 370, 8). 

â msB. ; G 240 (MG., 1437, rubr. Perdigos), R, 94 b {MG., 1438, rubr. 
Perdigo); orthographe de G. 

Maus, 758; 5 coblas unisonahs, 4 a (-ars) + 6 a (-e), 10 b (-ort), 10 b, 
10 a, 10 a, 10 c (-or), 10 a, 10 c. 



I. Ir'e pezars e dompna ses merce 

ra'an toit solatz e chantar e déport, 
e s'ieu pogues alonguar aital mort, 
hie*m n'anera, mas sabetz que-m rete? 
5 On pus me lueuh, on pus m'auci e-m te, 
e pus non truep mas captienh ni senhor, 
hie"m prenc ades ab anibas mas lo fre 
e remanrai ses inerce ab Amor. " 

II. Totz mos chantai's lais, qu'anc no'm feron be, 

10 et ab tôt joi m'azir e-m dezacort; 

aissi cum naus cui vens men' a mal port, 
m'a mal'amors menât, no sai per que; 
quar s'ieu portes a Dieu ian liai fe, 
el m'agra fag plus aut d'emperador, 

15 e qui ama ma)a dompna ni ci'e 
luenh es de joi e pi'es es de folhor. 

III. Lo cors es ars mas eras l'om rêve, 

e ja no's cug qu'ueimais aital fais port, 
qu' aissi li lays e non ges al mieu tort ; 
20 e no mi cal guiren, qu'ilh o sap be ; 
e pus servirs ni preyars pro no'm te , 
fols serai hieu si mais sospir ni plor, 
quar res no sai per qu'aisso m'endeve, 
mas quar no sai de cassa ni d'austor. 

4 sabetz manque en R. 

11 aiai cant eus R. — 14 ilh CR. — 17 loin deve G. — 18 nous G. 
19 caisil ii R; a mon tort R. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 323 

IV. 25 Mas manhs afars que no'l costera re 
pogra mi dons tornar al mieu acort; 
mas ja de lieys no vuelh aver conort, 
per que"m deslonh de s'amor e"m recre, 
tant qu'ieu n'azir la terra que-m soste, 
30 quar er en fas a tôt lo mon clamor, 
mas jauzimen m'o toi, quan me sove 
que maldire non tanh res ad araor. 

V. El ricx noms cars que ab lieys no s'ave 

a bon castelh ferm e segur e fort 



35 



don datz e sort a oui lo bes cove ; 
e si d'aquest castelh joi nom'ave 
ja dieus no"m do qu'elh me venha d'alhor, 
quar tôt quan tanh a bon pretz lo mante; 
40 veus las armas que defendon la tor. 

I. Colère, chagrin et une dame sans merci m'ont enlevé plaisir, 
chanson et divertissements, et si je pouvais retarder une telle 
mort, je m'en irais; mais savez-vous ce qui me retient? Plus je 
m'éloigne, plus elle me tue et m'enchaine; et puisque je ne trouve 
plus ni soutien ni seigneur, je prends le frein à deux mains et 
me résigne à rester sans merci avec Amour. 

II. J'abandonne toutes mes chansons, parce que jamais elles ne 
me firent de bien, et je m'irrite contre toute joie et y renonce. 
Gomme un vaisseau que le vent mène à un mauvais port, ainsi 
m'a mené un mauvais amour, je ne sais pourquoi; si j'avais 
gardé envers Dieu une foi aussi loyale, il m'aurait élevé plus 
haut qu'un empereur. Mais celui qui aime une mauvaise dame et 
se fie à elle, est loin de joie et près de folie. 

III. Mon cœur est brûlé, mais par moments l'homme renaît (?) ; 
et qu'elle ne croie pas que je porte désormais un tel fardeau, je 
l'abandonne aujourd'hui et sans [commettre] aucune faute. Pas 
ne m'est besoin de garant, car elle le sait bien ; et puisque ni 
mon service ni mes prières ne me servent de rien, je serais fou si 
je continuais à soupirer et à pleurer : car je ne sais pourquoi ces 



25 costeran R. — 26 el mieu R. — 28 de luenh R, — 30 ne fas R — 32 
re ad C. — 35 manque en CR. — 86 catz e sortz R. — 38 dieu C. 



324 H.-J. CHAYTOR. 

choses m'arrivent, sinon parce que je suis ignorant de la chasse 
et de l'autour. 

IV. Mais ma dame pourrait, sans que cela lui coûtât rien, 
tourner à mon profit maintes circonstances : mais je ne veux 
jamais avoir de consolation d'elle; pour cette raison, je m'éloigne 
de son amour et y renonce à tel point que je hais la terre qui me 
soutient : et maintenant j'adresse ma plainte à tout le monde, 
mais cette joie même m'est enlevée quand je me souviens que 
maudire ne convient pas à l'amour. 

V. Le nom noble et honora])le, qui ne s'accorde pas avec elle, 

possède un bon château ferme et sûr et fort , et si de ce 

château-là la joie ne me vient pas, que Dieu ne m'accorde pas 
qu'elle me vienne d'ailleurs; car il est soutenu par tout ce qui 
convient à haute valeur : voilà les armes qui défendent la tour. 



VIII (B. Gr. 370, 10). 

V {Archiv, XXXVI, 447). 
Maus 378 : 

6a(-ais), 6 b (-os), 6a, 6 b, 6c (-at). 6c, 6 d (-ic), 6 e (-ors), 6e, 6f(-ers)6f. 
et { e fcd de b ba a 

Canso redonda, 6 coblas unisonans. 

On remarquera que le poète a fait alterner aux strophes 3 et 4 la 
rime -er avec la rime -ers des strophes 1 et 2 et des strophes 5 et 6. 
De même;dans Giraut 'de Bornelh, Solatz, jois e chantars; cf. Cha- 
baneau, Poésies inédites, p. 33 et la note, p. 35. 

I. Mais no-m cug que sons gais 

ni motz plans ni ginhos 
sapia far, quar l'esmais 
e"l sospirs angoissos 
5 d'amor m'an si camjat 
ed saber esserrat 
que res no sai que'm die; 
eissi mi notz paors 
en aquestas errors 
10 e désirs e volers 
e cujars e temers. 



3 quar] can. — 8 esiminotz, — 9 aquesta. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. .325 

II. Pero no •m ditz volers, 

sitôt si -m venz folors, 
qu*eu de totz mos dolers 
15 fass" a mi dons clamors ; 
car per aisso m'en gic 
qu'aug dir qu'anc no-s jausic 
drutz d'amor a celât 
qui -s fezes trop cuchos 
20 ni's demostres gelos; 
mas ab totz los esglais 
puin com ab jois m'apais. 

m. Ni convinentz ni plais 

que si' entre nos dos 
^ no-1 cug querre ja mais, 
si be-m viu cossiros, 
que'] braus respos irat 
ab semblan de comjat 
on per pauc no moric 
30 m'a mes en tais temors 
que no m'es mais sabors 
de nuils coventz querer, 
que* m remembr' aquel ser. 

IV. Anz lais al seu plazer 

35 mos gaugs e mas dolors, 
mas ja*m par desesper 
lo désirs e l'amors 
qui-m parec, can plevic 
que-m fezes de joi rie; 
40 pus en tan gran desgrat 
se tenc cel qu'es cochos 
de so don muir aissos, 
qu'ab tais covens m'estrais 
qu'anc leials cors no frais. 

V. 45 Si"l ditz non es verais, 

don es ma sospeissos, 

14 dolors. — 18 drut. — 20 celos. — 21 tôt. 

33 daquel. — 34 leis. — 36 desespers. — 37 désir. — 41 sotenc. — 43 
captais. 
46 don] on. 



326 H.-J. CHAYTOR. 

solatz e chantar lais 

e totz faitz amoi'os, 

car en sa segurtat 
50 m'aura mort e sobrat 

cil qui m'a fin amie, 

si-m tarda'l seu socors; 

qu'amies, qu'ilh ten aussors 

e-1 toi SOS Los espers, 
55 mor d'aquels mais sabers. 

VI. De lui on es prét2; Vers 

e complida valors, 
tem ques luin mos vezers 
per fais lausengadors, 
60 on descobre l'esdic 
e mon senhor chas tic, 
n'Uc, que Dieus ten honrat 
sobre'ls autres baros^ 
que's gard de lurs sennos, 
65 qu'a lor es honor fais 
et avolesa jais. 

I. Je ne me crois pas capable de faire jamais de joyeuses mélo- 
dies ni des couplets simples ou ingénieux, car l'elïroi et le soupir 
douloureux d'amour m'ont tant changé et si bien enfermé mon 
talent que je ne sais pas ce que je me propose, tellement me nui- 
sent et m'enveloppent d'incertitude, crainte, désir, vouloir, penser 
et hésitation. 

II. Mais ma volonté ne me commande pas, bien que la folie me 
vainque, de me plaindre à ma dame de toutes mes douleurs; je 
m'en abstiens pour cette raison que j'ai entendu dire que jamais 
un amant n'a eu jouissance d'amour en secret qui se montrât trop 
empressé et témoignât de la jalousie : mais malgré toutes mes 
frayeurs, je tâche de m'apaiser avec joie. 

III. Quant aux conventions ou traités qui pourraient se faire 
entre nous deux, je n'ai jamais intention d'en demander, quoique 
je vive en tristesse; car une réponse violente et irritée, sembla- 
ble à un congé, qui faillit me faire mourir, m'a jeté en telle peur 

53 amie. — 56 de] e. — 00 escobrc. — 05 fai. — 06 jas. 



LE TROUBAbOtJR PERDIGON. 327 

que je n'éprouve plus aucun goût à chercher Utté convention qui 
puisse me rappeler ce soir-là. 

IV. Au contraire, je laisse à son plaisir mes bonheurs et mes 
douleurs; il m'apparaît maintenant un désespoir (?), le désir et 
l'amour qui me fut révélé quand elle promit de me faire riche de 
joie.. Puisque celui-là s'attire si mauvais gré qui montre trop 
d'empressement en ce qui concerne cela dont je meurs soucieux, 
je me retirai avec une telle promesse, que jamais Cœur loyal ne 
brisa. 

V. Si cette parole n'est pas vraie, ce que je soupçonne, j'aban- 
donne badinage et] chanson et toute action amoureuse; car, en 
son pouvoir (?) elle m'aura vaincu et tué, elle quiWa comme ami 
fidèle, si elle me fait attendre son secours; car un ami, quand on 
l'élève d'abord (?) et qu'ensuite on lui retire son bon espoir, 
meurt de ce chftgrin. 

VI. De celle où se trouvent vrai mérite et valeur parfaite, je 
crains que ma vue ne s'éloigne à cause des faux flatteurs, et 
j'avertis mon seigneur, Hugues, que Dieu tiétit eri hontieUr 
au-dessu!5 de toUs les autres barons, qu'il se garde de lèurë paro' 
le&; car pour eux l'honneur est fardeau et là viléïiié joie. 



iX(B. Gr. 3^0,2). 

2 mss. : A 160 a {StudJ, m, p. 499, Archiv, xxxiv, 177, rubr. Perdi- 
gons). 'H.b<r>b(StudJ, v, p. 541, Archiv, xxxiv, 415). 
H ne donne que la première strophe : orthographe et texte de A. 

Maus 483 : 7 a (-os), 7 b (ais), 7 b, 7 a, 7 a^ 7 c (-aing), 7 d (-or), 7d, 
7 c, 10 e (-iers), 10 e. 
Le vers 7. paraît faire allusion au poèino Los mais d'amor. 

I. Be'm dizon^ s'en mas chanssos 

fezez sonetz plas e gais, 
que mos chans en valgra mais ; 
et eu segon mas razos, 
5 taing que fassa motz et sos ; 

qu'il uuzon ben qu'ancse'm plaing 



• 1 (D)e dizon 44 ; plazens e A. — 8 zanz ni H. — 4 mas eu H. — 6 qeill 
kuzen ben cancsemplang H. 



328 H.-J. CHAYTOR. 

en chantan del mal d'amor; 
e s'ieu chan de ma dolor, 
non lor deu esser estraing 
10 si no'm fatz sos coindes ni galaubiers, 
qu'ab marimen no s'acorda alegriers. 

II. E, car eu sui envejos 

de totz avinens assais, 
conosc qu'enoia als savais, 
15 per qu'ieu m'o pretz per un dos ; 
e ja malvaz nuaillos 
no "m tolran tant rie gazaing 
si puosc conquerre valor 
ab sola lieis oui ador 
20 qu'es aurs en poder d'estaing; 

plassa'l mos bes puois sieus sui domengiers, 
a mon dan met gelos e lausengiers. 

■ I. On me dit bien que si je faisais pour mes chansons des mé- 
lodies plus faciles et plus joyeuses, elles en vaudraient mieux. 
Mais je dois, au contraire, faire des vers et des mélodies d'accord 
avec mes sentiments. On s'aperçoit bien que sans cesse je me 
plains en chantant du mal d'amour. Et si je chante ma douleur, 
il ne doit paraître étrange à personne que je ne fasse pas de sons 
mignards et gracieux : car l'allégresse ne s'accommode pas de la 
douleur. 

II. C'est parce que je suis avide de toutes actions nobles que 
je suis haï des méchants, mais ce m'est une raison de m'eslimer 
deux fois plus; et jamais les hommes perfides et lâches ne m'en- 
lèveront un si noble profit, si je puis acquérir l'honneur auprès 
de celle-là seule que j'adore et qui est de l'or en possession d'étain 
(c'est-à-dire du poète lui-même?). Pourvu qu'elle veuille mon 
bien, puisque je suis son serviteur, je me moque des jaloux et 
des médisants. 



71 en zautan H. — 8 doncs seu zant H. — 10 sou no fatz... galobiers H. 
— 11 lalegriers H. — Jil plassa mos A. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 329 



X (B. Gr. 370, 15). 

2 mss. : C 241 vo R 94 d. — Rayn. Choix, iv, 420. 
Maus, p. 72, 

I. ' Verges, en bon'hora 

portes lo Salvaire, 
que selh vos honora 
6' us fai joia faire, 
5 e'I pobol que fora 
liuratz a maltraire 
vos pregues ahora, 
santa plazen maire; 
quar d'ir'e d'esmai 
10 e de tôt esglai 

guardatz lo pus laire 
que vas vos s'atrai. 

II. Domna doussa e bona, 

humil, de bon aire, 
15 ajud'e perdona 

ad aquest peccaire; 
guarda ma persona 
d'ant'e de mal faire, 
e m'arma razona 
20 ab lo tieu car paire; 
que'ls peccatz qu'ieu ai 
fatz ni ditz ni sai 
no-m puescan mal faire 
quan del segl'irai. 

III. 25 De gracia plena, 

avetz nom Maria, 
car getatz de pena 
oui merce vos cria; 
liam ni cadena 
30 nol te ni-1 tenria 

3 nos R. — 4 soa mayre R. 

19 et 20 manquent dans 0. — 22 ni ditz ma)iquent dans R. — 24 quan 
effacé; del] dol R. 
27 car] quar CR presque effacé e?i R, peut-être en. 

A.NNALES DU MIDI." — XXI. 22 



330 H.-J. CHAYTOR. 

pus qu'ab quarantena 
gen vos humilia; 
penedensa fai 
hom just e verai, 
35 e per aital via 
va senes esmai. 

IV. Regina d'auteza 

e de senhoria, 

la vostra franquesa 
40 al mon en bailia; 

de tota boneza 

etz roz' espandia, 

car en vos s'es meza 

gracia floria, 
45 aissel frug'verai 

qu'intret ab lo rai 

en vos, dona pia, 

quan l'angel venc sai. 

V. Verges, en efansa 

50 nasquet lo dous Sire 

de vos ses duptansa 

de qui sui servire; 

la sua pitansa 

mi faesa jauzire 
55 ab gran alegransa 

dels bes qu'ieu derire, 

car gran dezir ai 

qu'ieu fos el rené lai 

senes tôt cossire 
60 on sanh Peir'estai. 

I. Vierge, dans une heureuse heure, vous avez porté le Sau- 
veur, car celui-ci vous honore et vous comble de joie; puisse-t-il 
vous prier maintenant (?), le peuple qui [sans vous] serait aban- 
donné à la souffrance, sainte et douce mère, qui de courroux, 



85 U8 ser eus h. H. 

48 car] quar CR. — 45 sol fou;,' fon veray R. — 52 ou sui CR. 
57 car] quar CR. — 50 sanh] aant R. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 331 

d'effroi et de toute peur gardez le plus grand coupable dès qu'il 
se tourne vers vous. 

IL Dame douce et bonne, compatissante et bienveillante, accorde 
aide et pardon au pécheur que je suis; garde ma personne de la 
honte et des mauvaises actions, et justifie mon âme auprès de ton 
cher père, pour que las péchés que j'ai commis en paroles ou en 
faits et dont je me sens coupable ne puissent me faire du mal 
quand je mourrai. 

III. « De grâce remplie « ; tel est votre nom, Marie, car vous 
délivrez de tourment celui qui vous crie merci : ni lien, ni chaîne 
ne le tient ni ne le tiendrait, après qu'il s'est courbé humblement 
devant vous dans une prière de quarante jours; l'homme juste et 
sincère fait sa pénitence, et, en suivant cette voie, il chemine 
sans effroi. 

IV. Reine de noblesse et de puissance, votre franchise tient le 
monde en sa possession; de toute bonté, vous êtes la rose éi3a- 
nouie, car en vous s'est mise la grâce fleui"ie,.ce fruit véritable, 
qui entra en vous, dame pieuse, avec le rayon quand l'ange vint 
ici-bas. 

V. Vierge, le doux seigneur naquit de vous en enfance, je n'en 
doute point, le seigneur dont je suis le serviteur. Que sa piété 
me fasse jouir, avec grande joie, des biens que je désire : car grand 
est mon désir d'être là sans aucune douleur, dans la troupe où 
saint Pierre se trouve. 

NOTE. 



2. Salvaire : cette forme est permise comme régime, quand le régime 
est persomiifié; voir Philippson, Mœneh von Montaudon, p. 58. Mais il 
n'en est pas de même pour peccaire au vers 16, ou quels peccatz v. 21 
ou jauzire v. 54. La déclinaison est négligée. C'est une raison de plus 
pour considérer l'attribution de cette pièce à Perdigon comme douteuse. 



332 H.-J. CHAYTOR. 



XI (B. Gr., 370, 1). 

H, 43 b {Studj\ V, 494). 

Ces deux strophes suivent un morceau de Los mais d'amor, comme 
si elles faisaient partie de ce poème. Monaci en dit (p. 559) : « le due 
stanze... che formano un tutto a se, non sono rubricate. — L'indicazione 
« nach liedern von Perdigo » del Gmndriss, p. 178, è dunque inesatta 
e poco sicura l'attribuzione a Perdigon. « D'autre part on peut remar- 
quer que le vers de dix syllabes et la disposition de rimes que nous 
avons ici sont plutôt familières à Perdigon. 



I. Ane non cujei que-m pogues far Amors 

tan de plaser qu'eu fos al sieu coman; 
mas ara vec qu'eu no-m pose tan ni ean 
partir de lui, tan es grans sa valors; 
5 qu'il m'a conques e-m ten en sa bailla, 
si que mon grat partir no m'en volria, 
qu'en tal dopna m'a fait Amors ehausir 
que val mil tans qu'eu non sabria dir. 

II. Mais que d'autra del mon que"m des Amors 

10 ai alegrier e-m eonort del senblan 

que"m fai e-m diz can eu li sui denan, 
per qu'eu tuz temps li serai servidors 
e farai tut zo qu'a plaiser li sia, 
s'en n'ai poder, qu'esters far no-1 poria, 

15 qu'eu no sai dopn' el mond al meu albir 
que tan se fass' al conosenz grasir. 

I. Jamais je n'ai pensé qu'Amour pût me faire tant de plaisir 
que je serais à ses ordres; mais maintenant je vois que je ne puis 
absolument pas me séparer de lui, tant sa valeur est grande; car 
il m'a conquis et me tient en sa possession, aussi ne m'en sépare- 
rai-je jamais de bon gré; car Amour m'a fait aspirer à une dame 
telle qu'elle vaut mille fois plus que je ne saurais dire. 

II. Toute autre femme au monde qu'Amour eût pu me donner 
me procurerait moins de plaisir et de joie que la seule vue de 
celle-ci et les paroles qu'elle m'adresse, quand je suis devant elle : 

3 poisc. — 4 grand. — 6 si che. — 7 amor. — 8 tant. — 9 autre.., des 
samors. — 10 alegrer. — 14 ester. — 15 dopna il. — 16 faaa. 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 333 

pour cette raison, je serai toujours son serviteur et ferai tout ce 
qui lui sera agréable, si j'en ai le pouvoir, car autrement je ne 
pourrais le faire. Car je ne crois pas qu'il y ait au monde une 
dame qui se fasse autant apprécier de ceux qui s'y connaissent. 



XII (B. Gr., 370-12). 

7 mss. : A 179 c (Studj, III, p. 554), 396 a (partimen de gauceim faidit e 
de perdigo), I 153 d (gauselm faiditz et en perdigons), M 266 d (tenso), 
N 286 b, Q 45 a (Bertoni, p. 90), S. 99 a (Gonselm faiditz). — Imp. 
Rayn. IV, 14; M.W., II, 97. 

Les manuscrits me paraissent se grouper ainsi : AIN, M, CQS. J'ai 
choisi le dernier comme base. L'allusion des vers 41-2 peut se rapporter 
à un poème où Perdigon traitait de la jalousie, et qui ne pai-aît pas 
être un de ceux que nous avons conservés. 

I. Perdigons, vostre sen digatz : 

que. us par de dos maritz gelos? 
l'us a moller qu'es bella e pros, 
franca e cortesa e chausida, 
5 e l'autre laida e marrida, 
villana e d'avol respos; 
quascuns es gardaire d'amdos : 
e pos tan fols mestiers lor platz, 
ni aital es lor voluntatz, 
10 quais en deu plus esser blasmatz? 

II. Gauceim Faidit, ben vuelh sapchatz 

que de dompn'ab bellas faissos 
don totz lo mons es enveios, 
qui l'a près de si aizida, 
15 non fai ges tan gran falîida, 
si la garda en'es cobeitos, 
cum l'autres desaventuros 



I Perdigo CMN; ser NQ. — 3 bêle QS. — 4 franca cort. Q. — 5 es 
lautre N; trista e S. — 6 e de brau NIA; e de fol M. — 7 e cliascun nés 
N; e quecs es lA; le vers manque dans M. — 8 e pos aitals Q. — 9 et 
aital S. — 10 esser meins b. AINMS; esser mais b. Q. — 8-9 e pos 
tais fon lur uoluntaz N. 

II faiditz I. — 13 don le uns dells es M. — 14 la precs I. — 15 non es 
ges S. — 16 qan la I; qi la A. — 17. tan com lautres S. 



334 H.-J. CHAYTOR. 

qu'es tan de totz mais aips cargatz 
qu'en gardai" no-1 forsa beutatz 
20 ni res mas laideza e cors fatz. 

III. Perdigons, en fol razonatz; 

e com auzetz anc dire vos 

qu'om tenga so qu'es belh rescos 

ni qu'om gart domna eissernida, 
25 bella, de valor complida? 

doncs non la garda ses sens bos? 

Mas la laida ab digz enoios 

deu gardar lo maritz senatz, 

per qu'om no veia sas foudatz 
30 ni cum el es mal molleratz. 

IV. Gaucelm, entrels n.escis agratz 
gent cubert blasme vergoignos; 
pero mal cossellatz l'espos 
quan disetz qu'aia tal vida 

35 que gart sa mala escarida 

ni fassa d'un malastre dos; 

mielhs a de gardar ochaizos 

bona dompna on es granz beutatz, 

don par qu'om sia enamoratz, 
40 e'n deu esser menhs encolpatz. 

V. Perdigons, on plus en parlatz 
plus desmentetz vostras chansos, 
que gelosia es fols ressos, 

don totz lo mons brai' e crida 

18 quis tant... cuazatz N. — 19 quel g. N.; que g. G. — 22 cor CI ; ab 
cor (ab correction pour et gratté) Q, lages e cors M; fratz I ; lagessa e 
cors S. 

31 Perdigon ACNMQS. — 22 ni com N ; e con pogest M. — 23 bon r. 
N.; bos r. Q — 74 d. grazida NM; ni grat trop d. I. — 25 bona de G. — 
^8 den g. lo marir Q. — 29 com no conosca A; con no conosca I. — 30 
elh G ; ni cora elh es Q. 

31 Entrel N. — 82 couert N ; cvibretz CQ. — 33 los pros ACNQ. — 
34 car d. MN; caion N; quayai CM; aital QS. — 35 ni gart AI; com 
gart N. — 37 a manque dans N ; es de M ; mas l'autre gardar es rasos S 
{de la strophe suivante). — 38 la d. N; bella d. lA ; en cuy es C Q. — 
40 en deu esser mens- IM; en deu nesser N; e deu nesser C; e deu 
esser Q. 

42 dismintes I ; razos A. — 44 braylae C, . 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 335 

45 que hom gart dompna eissernida, 

et es lagz blasmes entre nos ; 

mas Tau très gardars es razos 

ses gelosia e ses peccatz, 

qu'om resconda so qu'es malvatz, 
50 e mostre so dont es honratz. 

VI. Gaucelm, s'avol aver gardatz, 

d'avol thezaur etz poderos; 

e no par ges sens cabalos 

qui pretz pert e joi oblida 
55 per malvaiza cauza aunida; 

mas quan per bel aver joios 

falh ni trebalh'en a sazos, 

d'amor par que sia forsatz, 

e si d'aquo'us meravilhatz, 
60 be-m meravilh si vos amatz. 

VIL Totz temps duraria-I tensos, 

Perdigons, per qu'ieu vuelh e*m platz 
qu°el Dalfin sia'l plaitz pauzatz 
qu'el jutge e-1 acort en patz. 

VIII. 65 Gaucelm, tant es vera"l razos 

qu'ieu defen e elli tan senatz 
que, s'en lui es lo plaitz pauzatz, 
vuel que per lui sia jutjatz. 

I. Perdigon, déclarez votre opinion; que pensez- vous de deux 
maris jaloux? L'un a une femme qui est belle et vertueuse, 

45 e qom g. d. graçida M ; qez hom Q. — 46 es granz N ; qe os laitz M. — 
47 lautra g, C; lautre g. A. — 48 prezatz N, forfatz M; 50 mostra Q. 

5l anselm faidit si uol aver N. — 53 es p. AQNS ; auer etz I; auer iest 
M. — 63 e non es ges N ; e nom par AM. — 54 qui si prec e ioi N; qi se 
part e ioi M ; ni ioi AL — 56 mas qui AN. — 57 ni trebalha sens austos C ; 
ni trenblal IN ; sens es per asasos I ; l'ailh nulls bons sens assaços M ; 
f.ni trabaill sens asados Q; f. e sen espert a A. — 58 par que sia damor 
f. N; com sia I; qen sia S. — 59 daisso AIMNS. — 60 nô o farez si uos 
lamatz M ; si nos Q. 

62 uuelh in pas Q. — 64 quel en faza acort o patz N ; j. on sacord em 
p. I ; j. o qe nacort p. M.; j. o sacorde en p. A ; e paz S. — 65 anselm 
faidit cant es N ; es vi ta r. I. — 66 e conosc quel es t. N. ; q!i celui defen I ; 
e sui tant A. — 67 que segon ques lo N ; qe sego lo plag qem parllatz M ; 
qen cellui qes A. — 68 er lo uicia menz acordatz N ; uuelh lo iuiamen o 
la paz M. ' 



336 H.-J. chaytor. 

noble, courtoise et distinguée. L'autre a une femme laide, triste, 
vilaine et bourrue; chacun est geôlier de toutes les deux (c'est-à- 
dire de sa femme à lui). Et puisqu'un si fol emploi leur est agréa- 
ble et que telle est leur volonté, lequel est le plus digne d'être 
blâmé ? 

II. Gaucelm Faidit, je veux que vous sachiez, en ce qui con- 
cerne la dame aux belles manières, dont tout le monde est dési- 
reux, que celui qui la possède chez lui ne fait pas une si grande 
faute, s'il l'enferme et en est jaloux, que cet autre malheureux, si 
dénué do toute qualité qu'il la renferme, quoi qu'il n'y soit pas 
poussé par sa beauté ni par rien, sinon par sa laideur et sa 
sottise. 

III. Perdigon, vous raisonnez comme un fou : avez-vous donc 
jamais ouï dire qu'on doit tenir caché ce qui est beau, ou enfer- 
mer une dame instruite, belle et pleine de bonnes qualités? Est-ce 
que sa raison ne la protège pas? C'est la dame laide, aux paroles 
discourtoises que doit garder le mari sensé pour qu'on ne voie 
pas ses folies ni comme il est mal marié. 

IV. Gaucelm, aux yeux des nigauds vous auriez gentiment 
couvert (c'est-à-dire excusé) chose honteusement blâmable : mais 
vous conseillez mal l'époux, en lui disant d'arranger sa vie de 
sorte qu'il gardera mauvaise destinée et qu'il s'impose deux 
malheurs au lieu d'un. Il y a plus de raison de garder la dame 
douée de si grande beauté, dont il semble qu'on doit être amou- 
reux, et on doit en être moins blâmé. 

V. Perdigon, plus vous parlez, plus vous démentez vos chan- 
sons : car la jalousie attire mauvaise renommée; aussi tout le 
monde crie et se plaint quand un mari garde (enfermée) une dame 
accomplie et cela est un honteux sujet de reproche parmi nous : 
mais l'autre façon de garder est raisonnable, sans (reproche de) 
jalousie ni (de) péché, qui consiste à cacher ce qui est mauvais et 
à montrer ce dont on est honoré. 

VI. Gaucelm, si vous gardez une vile possession, c'est que 
votre trésor est sans valeur : et ce n'est pas faire preuve de bon 
sens que de perdre ce qui a de la valeur et d'oublier la joie pour 
une chose mauvaise et vile : mais quand le mari pèche et parfois 
se tourmente à cause d'une belle et précieuse possession, il paraît 
être forcé par amour; et si vous vous étonnez de cela, je m'étonne, 
moi, si vous savez ce que c'est que l'amour, 



LE TROUBADOUR PERDIGON. 337 

VII. Perdigon, la tenson pourrait se prolonger sans fin, c'est 
pourquoi je veux et il me plaît qu'au Dauphin notre différend soit 
soumis, qu'il juge et nous mette d'accord. 

VIII. Gaucelm, la cause que je défends est si bonne et lui est 
si sensé, que, si le différend lui est soumis, je consens qu'il soit 
jugé par lui. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



I 



ŒUVRES INÉDITES DE FRANÇOIS MAYNARD. 

[Suite et fin.) 

Ne nous éloignons point du feu, 

Beuvons fort et travaillons peu. (A, 3 v.) 



Et les bornes de mon domaine 

Sont les bornes de mon désir. (A, 9. 



Le drosle imite le soleil .: 

Il trafique en toutes provinces. • (A, 10.) 



Et l'espérance est le seul bien 

De ceux qui ne possèdent rien. (A, 12.) 



J'ay besoing de ta rhétorique 

Pour changer ma bile en raison. (A, 131.) 



Il faut qu'un estomac soit bon 

S'il peut digérer tes sotises. (A, 132.) 



C'est un visage que la honte 

N'a jamais peint de sa couleur. (A, 109 v. 



On dit que la lionne fortune 

Se mit dans ton porte-manteau. (A, lOG.) 



Quand le vice a des récompenses 

Il a toujours des partisans. (A, 133 v.) 



MÉL-ANGES ET DOCUMENTS. 339 

Tous ceux qui cherchent le désordre 

Aiguisent leurs dents pour te mordre. (A, 134.) 



Où peut-il faire sa fortune 

Que dans les Petites-Maisons? (A, 279 v.) 



Peu me chaut que mon héritier 

Accuse mon œconomie. A, 7.) 



Et n'a jamais usé pognard 

Si ce n'est à tailler des plumes. A, 7.) 



Ses conseils n'ont jamais esté 

Si cachés ny si profitables. A, 133 v.) 



La menterie est sur Parnasse 

Plus belle que la vérité. (A, 130.) 



Vostre cheval estoit unique 

Désormais vous en aurez deux. (A, 131.) 



Longtemps avant que les poètes 

Eussent fait naistre Rodomont. (A, 130.) 



Ce fut lorsqu'on vit la Bastille 

Pleine d'illustres malheureux. (A, 109 v.) 



Et son confesseur luy deffend 

De manifester sa doctrine. (A, 106. 



Et qu'à ma vieillesse glacée 

Amour donne de la chaleur. (B, 3~v.) 



Le sang qui bouilloit dans vos (?) veines 

En tomboit pour rougir vos (?) plaines. (B, 42 v.) 



Nos lys porteront leur odeur 

Aux derniers climats de la terre. A, 134.) 



Quand on est couché sur des roses 

JI est fascheux de se lever. (A, 134.) 



340 



ANNALES DD MIDI. 



De la richesse de ses rimes 
La pauvreté de sa maison. 



On peut bien haïr nostre prince 
Mais on ne le peut offenser. 



Et je les consacre au grand Dieu 
Des flûtes et des cornemuses. 



Et je n'escris que pour celuy 
Dont l'oreille n'est pas sévère. 



Tu ne cognois point d'intérest 
Autre que celuy de ton maistre. 



En naissant il frapa du poin 
Le nés de Madame Avarice. 



Mais non pas depuis que les hommes 
Aux pourceaux ont quitté les glands. 



Sçache que ce n'est pas la guerre, 
C'est ton nés qui les enchérit.. 



Sa bouche vefve de ses dens 
Est large comme deux provinces. 



Qu'ils seront vains, s'ils peuvent plaire 
A l'oreille du grand Louys. 



Et les coffres de mon grand Roy 
N'ont jamais doré ma fortune. 



Arrestes les pleurs qu'elle verse 
Dessus la tombe des Valois. 



C'est un homme à faire peur 
A tous les mirouers de France. 



La fièvre des fleurdelis 
A trouvé son Escnlape. 



(A, 134.) 

(A, 133 v.) 

(A. 189.) 

(A, 189.) 

(A, 133 V.) 

(A, 7.) 

(A, 6.) 

(A, 9 V.) 

'(A, 9 V.) 

(A, 277 V.) 

(A, 220.) 

(A, 6 V.) 

(A,3v.) 

(A, 133 V.) 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 341 

Tu sçais que cheval bridé 

A l'oreille dans la bouche. (A, 113.) 



Votre âme est dans vos trésors 

Et la mienne est dans mes livres. (A, 131. 



Il n'a rien du filosofe 

Que la barbe et le sourcy. (A, 213 v.) 



Il faut que Pasquin te place 

Au nombre de ses martirs. (A, 109 v.) 



On ne se raquite pas 

De la perte des années. (A, 110.) 



Je cherche en ma solitude 

Les oreilles de la court. (A, 131 v.) 



Régulier en complimens 

Comme un baron de province. (A, 134 y.) 



Ces filous auroient duppé 

Le mary de Pénélope. . (A, 106.) 



Ches quel parfumeur prens-tu 

L'odeur qui sort de ta bouche? (A, 98.) 



Et le soleil pour t'y voir 

Prendra son plus beau visage. (A, 112 v.) 



Et les dens de son épée 

En ont mangé le forreau. (A, 6 v.) 



Je passerois pour un mort 

Que l'on porte au cimetière. (B, 53.) 



Et sa robe deschirée 

Le fait plus nu qu'habillé. (A, 130.) 



La Fortune a consumé 

Toute sa force à te nuire. (A, 170 v.) 



342 ANNALES DU MIDI. 

Et la gloire est le seul prix 

Que ta prudence demande. (A, 134. 



J'évite d'estre mordu 

D'une dent provinciale. (A, 132.) 



Il dort toujours comme un homme 

Qui ne mange que pavots. (A, 7.) 



Et le Pont-Neuf est le cours 

Des amys du Roy de bronze. (A, 9 v.) 



Ensevelir dans ton ventre 

Tout le bien de tes ayeux. (A, 12.) 



Mon goust est trop pacifique 

Pour vouloir d'un nom armé. (A, 277 v.) 



Recommandez donc vos reins 

Au trot de vostre monture. (A, 3 v.) 



Dans les pièces ou fragments inédits que nous avons 
publiés jusqu'ici, ce n'est que tout à fait accidentellement 
et rarement d'ailleurs que nous avons reconnu des variantes 
de poésies déjà imprimées- 

Nous avons cru devoir réserver pour la fin de notre travail 
des fragments appartenant à des pièces imprimées du vivant 
de Maynard et que le poète n'a pas jugé à propos de 
conserver. 

Voici d'abord sept strophes de l'ode « Puissant protecteur 
de mes vers * » parue pour la première fois dans le Recueil 
des plus beaux vers (Paris, du liray, 1627). On trouve les 
cinq premières aux ff'J* 30 v.-31 v. ; les deux dernières aux 
ffo" 79 V.-81. 

Str. 2. Il m'escrit qu'un jeune évanté 
S'est indiscrètement vante 

1. Garrisson, II, 193-6. 



MÉLANGES ET DOCtMENtS. §43 

D'avoir taté de la guinbarde 
Et que Dupon a fait dessein 
De luy mettre dedans le sein 
Tout le fer d'une halebarde. 

Str. 'à. Il m'escrit que les favoris 
Des financières de Paris 
Sont gens dont la bestize est grande 
Et que le petit Francinet 
Est entré dans le cabinet 
Pour y dancer la sarabande i. 

Str. 5. Il m'escrit que les vieux cocus 

Jurent qu'avecque des escus 

Il n'est point de porte qu'on n'ouvre 

Et qu'à la honte des Edis 

Les Gascons sont asses hardis 

Pour se battre au devant du Louvre. 
Str. 6. Il m'escrit qu'un baron nouveau 

Qui n'a bon cœur ny bon cerveau 

De gros qu'il estoit devient mince 

Et qu'il renieroit sa foy 

Pour estre lieutenant de Roy 

Dans le gouvernement d'un prince. 

Str. 7. Il m'escrit que des jeunes sots 
S'amusent après les bons mots 
Tandis que leur corde se file 
Et qu'un prestre sème partout 
, Que l'Ateisme se résout 

A canonizer Théophile. (A. 30 v.) 

Str. 3. Il m'escrit que nos matelots 
Ont donté la rage' des flots 
Qui menaçoyt nostre navire 
Et que le Conseil est piqué 
De quoy l'Espagne a pratiqué 
Les rebelles de cest empire 2. (A. 80. et 279 v.) 

1. La strophe qui suit, dans le rns, est la même que la str. 9 du Recueil 
des plus beaux vers avec, pour les trois premiers vers, les variantes sui- 
vantes : « Il m'escfit qu'un maudit sergent | A saisi tous les plats 
d'argent | Dont un prélat couvroit sa table. » 

2. La strophe suivante (str. 4) du ms est la même que la strophe 6 du 



344 ANNALES DU MIDI. 

Str. 7. Il m'escrit que tous les discours 

Des plus grands hommes de nos jours 

Ne débitent que flateries 

Et qu'en ceste belle saison 

Les femmes de bonne maison 

N'ayment rien que les Tuilleries ^. (A. 80 v. 

Les huit quatrains suivants ont été écartés par Maynard 
de la pièce « Comte^ illustre par mille preuves » (Garris- 
son, 111,220). 

Str. 4. Puisse ta compagne fidelle 

T'embrasser avec tant d'ardeur 
Qu'un petit héros ^ vienne d'elle 
Qui soit l'appuy de ta grandeur. (A. 236 v.) 

Str. 5. Puisse l'esclat de son visage 
Garder tout ce qu'il a de beau 
Lors même que son dernier âge 
La menacera du tombeau . (Ib.) 

Str. 9. Puisses-tu fuir la visite 

Des arrogans pécunieux (?) 

Dont la voix grave ne débite 

Que des propos harmonieux. (A. 237.) 

Str. 17. Puisses-tu détester le change 

Qui plaist aux maris d'aujourd'huy 

Et ne quiter point ce bel Ange 

Pour suyvre la femme d'autruy. (A. 238.) 

Str. 18. Puisses-tu prévenir l'orage, 
Et toujours banir de ches toy 
Ces politiques de vilage 
Qui blâment les desseins du Roy. (Ib.) 

Kecueil de 1627 avec, pour les quatre premiers vers, les variantes ci-après : 

Il m'escrit qu'au-delà des mous 
Mars assemble tous ses démons 
En faveur de nostrc querelle 
Et qu'on lit dnns un alm. 

1. Variantes des trois derniers vers : « Et que les belles de ce tems | Se- 
royent des espris malcontens | Sans le Cours et les Tuilleries. » 

2. Var. Crussol. 



MÉLAINGKS KT DOCUMENTS. 345 

Str. 19. Puisses-lu vaincre la malice 

Qui veut que ce grand demy-'lieu 

Soit fasché d'avoir (Viil justice 

Aux mérites de Jiiclielieu. (II).) 

Str. !.■->. Puisses-tu ne voir (ju'en ]ieinture 
Lt^ ridicule fanfaron 
Qui ne blesse que sa monture 
Et n'est fort (jue de l'esperon. (A. 237 v.) 

Str. 24. Puisses-tu dire que Parnasse 

Veut que mon nom soit glorieux 

Et que je fay de bonne grâce 

Le rieur et le sérieux i. (A. 238 v.) 

L'ode « Muses, il faut que je me taise » (Garrisson, III, 
192) a été refaite deux fois. On la trouve aux ff°* 141 v.-145 
avec 34 strophes, et aux !>« 161 V.-165 avec 'So. Ou lit, en 
outre, au f" 158 v., une variante de la strophe 10 (du fo 142 v.), 
au f'^ 159, des variantes des strophes 24 (du f" 164), 29 (du 
f^^ 164 V.) et 82 (du f" 165). Une autre strophe, inédite, se 
trouve au f" 160 v. 

La première façon de celte ode (ff°* 161 v.-165) diffère sen- 
siblement, quant à la suite des idées, de celle que Maynard 
a fait imprimer. Nous en donnons ci-après, dans l'ordre qui 
nous paraît le plus conforme au développement, les strophes 
inédites, en y comprenant celle du f" 160 v^. 

Heureux qui naist aux hors de Seine ! 

Je croy que l'esprit d'un Gascon 

A trop peu de force et d'tialeine 

Pour grimper sur vostre Hélicon. (A. 160 v.) 

Il condamne les choses basses. 
Il veut les bannir de ches nous 
Et voit les delïaux et les grâces 
Qui se cachent aux yeux de tous 3. (A. 143) 

1. Sur les 25 quatrains que renferme le ms., 17 ont été numérotés par 
Maynard, qui a classé 6», 7" et 8*^ les quatrains 17, 18 et 19, 15« le n" 13 
et 16» le n" 21. Le quatrain \\° 9 n'a pas été numéroté par le poète. 

2. M. Drouhet a publié [op. cit., p. 11-12) les stroplies 7, 8 (f" 142) 
et gif 142 V.). 

3. Voir variantes f" 141 v. et f" 1G2 (Il a des lumières si rares), cette 
dernière bilfée d'un trait de plume. 

ANNALES DU MIDI. — XXI 23 



346 ANNALES DU MIDI. 

Il rit de la plume inégale 

De nos modernes Cicerons. 

En vain ils luy plastrent leur gale, 

Il voit jusques à leurs cirons ^ (A. 141 v.) 

Leur façon d'escrire est commune, 

Ils ne conçoivent rien de haut, 

C'est moins par art que par fortune 

Qu'ils tournent un vers comme il faut. (A. 142) 

G'estoit lorsqu'on traittoitde bestes 

Ceux qui n'estoyent pas vos amans 

Et que le laurier de vos testes 

Se cachoit sous les diamans ". (A. 142 v.) 

Un vous suyvoit à grandes troupes, 

Vostre nom estoit adoré 

Et l'ambre parfumoit vos soupes 

Dans des plats de vermeil doré 3. (A. 142 v.) 

Les favorables destinées 

Vous amenoyent de si beaux jours ^ 

Qu'on vit coucher vos haquenées 

Sur des parterres de velours*. (A. 142 v.) 

Leurs chansons foibles et mal jointes 
Ont mis leurs amys dans les pleurs, 
Jamais la montagne à deux pointes 
Ne porta moins de belles fleurs. (A. 143 v.) 

1. Voir deux variantes, toutes deux barrées, une au f" 141 v. (Cette 
àme vrayment sans égale), l'autre au f° 1G2 (Il cognoist la pi. in.) 

2. V. au f° 158 V. (On voit desjà traitter de bestes) une variante desti- 
née à une autre place du développement. 

3. On trouve la variante suivante au f" 143 : 

Tout ce qu'on mettoit dans vos soupes 
Estoit exquis et délicat 
Et Vor ciselé de vos coupes 
N'estoit reirytli que de muscat. 

Le quatrain précédent se présente sous une autre forme (On ne mettra 
rien dans leurs soupes) au f° 1(34 v. 

4. On lit au f° 143 la variante ci-après : 

Vos pieds niarchoient dans vostre chambre 
Sur des parterres de velours 
Et la douce valeur de l'ambre 
Parfumoit vos nuits et vos jours. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 347 

Nostre mestier domle les Parques 

Au gré des cœurs ambitieux : 

Il peut tout et donne aux in<iMarques 

Tel bien (ju'il nous plaistdans lescieux'. (A. 144) 

Vous aures partout des offrandes, 

Vous aures partout des amans 

Et les feuilles de vos j^uirlandes 

Deviendront de gros diamans ^. (A. 145) 

On trouvera le Pont-au-Change 

Dans la ruelle de vos lits 

Et ce que le pais du Gange 

Donne de rare aux fleurs de lis 3. (A. 145) 

Vos escholes toutes dorées 

Donneront même aux grimelins (?) 

Des chambres richement parées 

De l'ouvrage des Gobelins *. (A. 145) 

Les folios i(31 v.-165 offrent, de cette même ode une seconde 
façon qui est très voisine de celle que Maynard a définitive- 
ment arrêtée. La succession des idées y est la même : sept 
quatrains seulement ont été écartés par le poète ; les deux 
suivants sont inédits. Le premier se plaçait entre les strophes 
15 et 16, l'autre entre les strophes 22 et 23. 

C'est à ce coup que l'ignorance 

Doit faire partir ses mulets, 

Elle ne sçauroit plus en France 

Converser qu'avec des valets. (A. 1(J3 v.) 

Il est bien juste qu'on espère 

Que tout fléchira sous vos lois, 

N'estes-vous pas filles d'un père 

Qui fait la fortune des Roys^? (A. 164 v.) 



1. Ce quatrain est une variante de la strophe 6 de l'ode imprimée. 

2. V. la même idée dans la strophe 21 de l'ode imprimée. 

3. Idée analogue dans la strophe 22 de l'ode imprimée. 

4. Ce quatrain, qu'on retrouve au f» 164 v., a été repris sous une autre 
forme dans la sti'ophe 21 de l'ode imprimée. 

5. On retrouve le même quatralu au f" 159 avec les variantes ci-après 
pour les deux premiers vers : 

Eust-il bien peu sans vitupère 

Vous laisser pauvres dans vos bois? 



348 ANNALES DU MIDI. 



Mais fais-en à ton plaisir, 

Je te rends absolu maisti'e 

D'une œuvre que mon loisir 

Pour t'obéir a fait naistre. 

Qu'on nie traitte avec mespris. 

Qu'on cbante que mes escris 

Ne sont rien que des soi'nettes, 

La chose importe fort peu : 

Le soleil et les planettes 

N'en aifl'ont pas moins de feu i. (A. 189.) 



Vins-tu pas me dire à la foire 

Que le pape estoit ton parent, 

Comme on m'y racontoit l'histoire 

De la prise de Puylaurens ! (A. 171 v.) 

Ta rencontre m'est un suplice 

Assés grand pour faire pitié 

A ceux même dont la malice 

Ne respire qu'inimitié. (A. 172.) 

Fay que ta langue se repose, 

Si ta raison a du pouvoir, 

Ou m'entretiens de quelque chose 

Que je désire de sçavoir^. (Ib.) 



Tu sçais la valeur des tapis 
Dont rOthoman fait ses parterres 
Et tout le mieux et tout le pis 
De ses traittés et de ses guerres. 

Tu nous apprens de quel' amour 

L'âme du Mogor est blessée 

Et combien de fois chaque jour 

Il remplit sa chère percée *. (A. 124.) 



1. Cette strophe — dont les quatre premiers vers sont cités dans la 
lettre 196 -- était destinée à terminer l'ode à Flote « Chaud ami de la 
vertu » (Garr., III, 200). Elle n'est qu'une variante de la dernière strophe 
de cette même ode publiée dans l'édition de 1638, laquelle comprenait 
deux strophes finales de plus qnel'édit. de 1646 (v. Garr., III, 346). 

2. Quatrains écartés par Maynard(éd. de 1646) de l'ode « Tous les dis- 
cours que tu débites » (Garr. IJI, 149). 

3. Quatrains écartés par Maynard (éd. de 1646) de l'ode « Je pense que 



MELANGES ET DOCUMENTS. 349 

La paix, qui vous tient dans la crainte, 

Vous déplaist et n'est pas la sainte 

A qui vos espris sont dévots. 

Malgré les biens dont elle abonde, 

Vous dites qu'elle n'est féconde 

Fors qu'en sergens et qu'en prévôts *. (A. 82 v ) 



Pourquoy ne suis-je un des her mites 

De ces désers où tu inédites 

Ce qui ne peut estre imité ? 

Le goust de tes doctes oreilles 

Est l'Apollon qui m'a dicté 

('<p qu'on estime de mes veilles 2. (A. 184 v.) 



Ennemy juré de la gloire, 

Les excès de ta lascheté 

Démentent la fameuse histoire 

De la maison qui t'a porté ^. (A. 135 v.) 



Si je vous déclare la guerre. 

Je ne choque pas la raison : 

Vostre mestier a mis par terre 

La fortune de mu iunison *. (A. 172 v.) 



ton vrai métier » (Garr., IIJ, 156). On peut rapprocher le pas.sage en 
prose suivant qui se lit dans A (-3) : « Cest homme a les vanités les plus 
ridicules dont on ait jamais ouï parler. Il dist que le Grand Seigneur luy 
escrit tous les jours, qu'il sçait le nombre des femmes qu'il a dans son 
sérail, que le Praste Jan luy dépèche tous les jours un coui-rier, que les 
affaires du Roi de la Chine luy sont cognues comme celles de sa maison, 
qu'il a des invisibles démons qui le tiennent adverty de tout ce qui se 
fait de remarquable au monde jusqu'à luy dire combien de fois le jour 
le Grand Sophi faict ronfler sa chibonque. » 

1. Cette strophe, exclue de la pièce « Petits gentilshommes à lièvre » 
(Garr., III, 219), est placée entre la 13» et la 14^ 

2. Ces deux tercets terminaient primitivemeut le sonnet v Que pour- 
rois-je escrire de rare » (Garr., III, 69). 

•S. Strophe rejetée de l'ode «Que ta malice est excessive » (Garr.. III, 161). 
4. Quatrain écarté de l'épigramme « Muses, Parnasse est une terre » 
(Garr., III, 138). 



350 ANNALES DU MIDI. 



Le vin départ une chaleur 

Oui sçait mieux que l'art de Médée 

Rendre la grâce et la couleur 

Au cuir d'une faoe ridée i. (A. 73.) 



Tu riras jusques à la mort 

Et f ai ras regorger ta cave 

De fromages de Roquefort 

Et de vin de Beaulne (?) et de Grave 2. (A. 231.) 

G. Claveliër. 
II 

LE MANUSCHIT PHDVE.NÇAL Dli LA BIBLIOTHÈQUK BAHBKKINL 

(XLV, 29.) 

— Suite et fin. — 

13 (406, ir,). 

|Fol. 21 a.] ... Que massa ricx ni trop .sol)riers | Non cugera que si 
iiiezes I Quieu esgardei dompua daitnl ualor | [4] Que de beutat fos 
basse de ricor | Tal que ia lauzengiers | No sen entremezes | Que 
mains enueis nai près | [<S] Meutrera drutz leugiers | Quieu cugera 
eus eiupers | Nom tengues ma dompnen defes | Que maintas uetz 
mes tornat a folor j [12] Emaiiitas uetz en gaug et en doussor. | 
Perso niera derrers | 13e totz los autres mes | Que mon luec nom 
toi gués I [16] Rotlans ni oliuiers | Que Tristan ni augiers | No lai- 
sera que si mezes | Mas mi ten hom per tan bon chauzidor | [20] 
Que so quieu uueill te cascuns i)er meillor | Cal prim mera des- 
trers | Et après palafres | Mas pueis crée tant larnes | [24] Que 
trop pezal dobliors | Epos uei que mermal loguiers | Emi que lafan 
cregues | No maura mais ab se per seruidor | [28] Elais mi dieus 
mon meills trobar aillor | Ben cuget fos estiers | Ma dompna que 
non es l Que tostemps li tengues | [32] Lesbaudimens premiers] 
[Fol. 21-5.] Sos fol cuidar es mensongiers | Econsec la sa mala 

1. Cette strophe fait suite dans le ins à celle qui est ritée dans la lettre 
Hi6. Toutes doux appartenaient primitivement à la clianson « Je ne puis 
souffrir les esprits » (Garr., 111, 177). 

2. Strophe rejetée par Maynard (éd. de 1646) de l'ode « Cher confident, 
tu m'as écrit » (Garr., III, 169). 



MÉLANGES KT DOCUMENTS. 351 

fes I De son pane prrt/ li lassa dieus inenor | [36| Car ill ansi son 
leial amador | Mon Audiartz sal dieus esa ualor | Que tôt lo mon 
ual mais per salanzor. 

14 (406, 4). 

R. DE MlH. 

Amors mi fai chantai* et esbaudir | Em toi déport al) consirier 
quem dona | E tornam lot mon solatz enconsir | [4] Que si non es 
ma chansos sobrebona | Non dei esser aisi del tôt blasmat | Pero 
si dei chantar a uolontat | Dentendedors e de drutz edamigas | 
[8] Mas 110 uueil ges a donas consentir | So percadreit uei com las 
ocliaizona | Que tais nia que non uolon auzir | El temps com plus 
damar las arazona | [12] Pueis can iouens lur estrai sabeutat | 
Preiidol sordeis cauion so anat | Aissi com fes lo lombartz delas 
figas ( Bona dompna nos deu damar gequir | [16J E pos tant fai 
cazamor sabandona | No son cug trop ni massa non otir | Car 
meins en ual tolz faitz quil dessazona | Mas sapha ben selar tota 
uertat | [30] Que sill quen als li serion priuat | Azops damar li 
serion destrigas | Ges la bella quieu plus am no salbir | Quen re 
leiisenh nill casti nil depona | [24] Quill sap tan gen laisar efar 
edir | Perque nom cal que reu als hi apona [ [Fol. 22 a.| E pueis 
li platz quem retenha selat | Per très razos don tug drut son amat | 
[28] Li serai bons messatgier so lirn digas | Sieu ia ren fauc don 
ma dompna sazir | Noill perdon dieus si ella mo perdona | Car no 
la uueil galiar ni trair | [32] Ni razonar so que lam malrazona | 
Tôt mes honors can a lieis sionrat | Egrazise tôt so caliei uen 
agral ] E uueill auer guerrers et enemigas. 

15 (406, 20). 

R. M. 

Sel que no uol auzir chansos | De nostra companhias gar | 
Quieu chan per mon cor alegrar | [4] E per solatz dels compa- 
nhos I E plus per soques deuengues ] Enchanso camidons pla- 
gues I Contra uolontatz nom destrenh | [8] De solatz ni de bel cap- 
tenh I De la beUa don sui coitos | Dezir lo tener el baizar | Eli 
iazer el plus conquistar | [12J Et après manias ecordos | Del plus 
queill clames merses | Que iamais no serai conques ] Per ioias ni 

5 Mais. 



352 annai.es du midi. 

per entresenh | [16] Si so quieii plus uueill non atenli | Pauc ual 
qui non es enueios | Equi no deziral plus car | Equi no sentremet 
damai- | [20] Gréa poi esseï- gaillartz ni pros | [Fol. 22 6.] Que 
damor uen gang cueii bes | E per anior os lioni cortes | Elamors 
dona lart el genh | [24] Perque bos pretz trol)a niantenh | Ben es 
sauis a lei de los | Qui drut blasina de foleiar | Corn des gués uol 
amezurar | [28] Non es pueis adreit anioi'os | Mas sel quen sap 
fai' nesies | Aisel sap damor tôt can nés | leu non sai trop ni 
nomen fenh | [32] Ni ia no uueill com men ensenh | Ben aia qui 
priin fo geloe. | Que tan cortes mestier saup far | Que geloziam fai 
gardar | [80] De mais parliers edenuios | E de gelozia naipres | So 
doji mi eus lenh endefes \ Azops duna cautra non denh | [40] Neis 
de corleiar luen eslenh \ E ual mais bella Irassios | Don ia hom 
no prenda son par \ Cautrni benanansa enueiar | [44] Can dieus 
en uol aiostar dos | De doua uueill que laiui fes \ E que ia no len 
sobre ges j Mas qui monqnier don uauc ni uenh | [48] Ma mori 
uol cals auLres ensenh I Naudiar de nos ai après | Tant ([alas 
douas sui cortes | Que duna chan edunam fenh | [52] E daquella 
Miraual len h. 

16 (406, 13). 

Pi. DE MiR. 

[Fol. 23 a.\ Ben magradal bel tems destin | E dels auzels magra- 
dal chans | Eill fiieilla magradels uerians | [4] Eill pratuertmi son 
agradiu | E nos dona magradatz sent aitans | Et agradam can 
fauc uostres comans | Mas nos non platz que me denhetz grazir | 
[8] Mas agradaus car muer de dezir | Per un dpzir dona renia | 
Que mes de totz dezirs plus grans | Car dezir (iiiel ricx beneslans | 
[12] Voslre cors deziran mausiu \ Que mos dezirs mi dobles em- 
baizans | E pueis tan beus dezir ses tolz eninns | la nom laisetz 
al dezirier ausir | [16] Que dezii'an i\o\\ hom damor iauzir | Tôt 
iauzir dautramor esquiu | Mas de nos iaiizir menans | Quieu gang 
los bes esel los dans | [20] De uos quem faltz iauzen pensiu | Tant 
soi de uos iauzens que nuills atans | Nomtol iauzir que uostres 

20 No po; — 21 Car; — 23 E aniors; — 27 Qar pos sen pot; — 28 Non 
ns adrotz ni; — 29 Mas qi ben sap; — 33 fes; — 35 Qar; — 38 Tan qe 
mi iiie/.eis teinh defos; - 89 Midons; — 40 Astonli; — 41 Moût ual 
mais; — 12 Pcrda soni par; — 4.") Ben uueilii donna quollaon fes; — 
47 Doncs; — 48 Pos del lot al sien plazer reinh'; — 51 j\Ias. 

5 Mill; — 7 Mo; — 8 Qant me muiier {sic): — 11 Quieu; — 12 Maziu; 
— 13 se. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 3r;3 

bels semblans | Mesiaiizis tan que sel iorn quieus remir | [24] No 
puesc estai' ses gaug ues on qneni nir | Mas alqiies aun uirat mon 
brin I I.Mnzcngierque uii'ols îinians | Eniron las donqtnas prozans | 
[28] Eniains lois uiron encastiii | E siii iiiratz dona per mais par- 
lans I Vostre tin cor temque sen nir truans | [Fol. 23 b.] Perques 
nirol plazei' enescarnir | [:!2| Que gi'ans bmzoï's se nire^igran maldir | 
Ben pnesc dirqne si tostems uiu | Tostemps tarai uostres comans | 
E sim dizetz nai o non ans | [36] Als uostres bels digz momeliu | 
Sol nom digatz que remangal demans | Que tostz mos digz ne 
pasarienans | Que per n'uill drcit dona pogues partir | [40] Lo cor 
pils digz dona de nos seruir. | Per seruir en ricsenboriu j Es bons 
seiuir benaiians | Perquieus seruirai totz mos ans | [M] El anc 
seruidor meins antiu | Nonac la bella cui sei'uit Tristaus | E farai 
nos de bels seruizis tans j Tro mos seruirs me fassen grat nenir| 
[48] O nos diretz mon seruidor mazir | De grat dezir doua queu 
iauzis ans | Ques uir per digz mon seruir ensoans | Que seruizi 
dilz hom cadreit seruir | [-52] Gant hom noill uol sos seruizis 
grazir. 

17 (406, 9). 

R. M. 

Era magrops que maizis | De tal chanso quem grazis | La bella 
per cui soi gais | [4] Car non cug ia^nuills hom mais | Sia dadrei- 
tendensa | Tant los uei totz enueios | Gaponas en conosc dos | 
[8] Senes calque gran faillensa | Neissels quieu tengra per fis | 
Truep lauzengiers edeuis | Et ponhon cancors abais | [18] Don 
donas aun tais esglais | Que de ueraia temensa | Laison mains 
faitz bels e bos | Que lur fora lionors epros I [16]' Si lois trobes 
mantenensa | Euauc enbroncx et enclis | Cades tem de mos iiezis | 
Quem digon so don mirais | [20] Gaisim uenon tôt deslais | Dire 
ma greu mal sabensa | Eson taïit enuios | (la pauc magran fait 
gelos I f2'i] Si nom sobres conoisensa | Pueis membram com 
safortis | Dona cui bons pretz noiris | Lai on plus li sor desmais | 
[28] Absol quella nos biais 1 De sa bona captenensa | Câpres noill 
dones razos | *Es dreitz quel uers o uensa | [32] Donas aun bu- 
dan enquis | Gan luna lautra escarnis j Que de main.s ianglars 
sauais | Diroii efan col eeais | [36] Mai [jauc mil ama paruensa | 
Solalz ques dauol respos | Que de plazers amoros | Non feuis ni 

* Il manque ici lot vers. 



354 ANNALES DU MIDI. 

no comensa | [40] Amiga per nos languis | Per nos me muer 
engueris 1 Tostems nos serai uerais | Quel bes elonors el lais | 
[44] El sabers e la siensa ( Quieu ai maue per uos | E sin- 
quera meills hi fos | Vostra foraill mais ualensa | [48] Mais damic 
ma conoissensa | Tueillam dieus si part deuos | Miraual ni mas 
chansos | Quel uostre tortz nueill quem nensa | [52] Car tan uostra 
beutatz gensa | E uostre pretz es tan bos | Que dels maluatz edel 
pros I Nauetz laus e })enuolensa | [56] Pastoretz gran maluolensa | 
Auetz de mains ricx baros | Car uos faitz els estar ios ] E poiatz 
uostra ualensa. 

18 (406, 46). 

R. M. 

Tug sill que uaun demandan | Si chanlarai ongan mais | Vueill 
que sapchon perque chan | [4] perçai razon men lais | Non es 
mos chans tan uenals | Gatotz sia comunals | Quenaquel temps 
uueill faire ma chanso | [8] Gan meillsmestai damor ede razo | E 
soi men tarzatz ongan | Car sonet dauzel nom pais ( Ni fresca flor 
deuerian | [Fol. 25 a.] [12] Lo consir del cor nom trais | Que mes 
tan durs e corals | Ca pane séria morlals | Don nuilla nom pot 
dar guerizo [16] Si ma dona nom uol far oc del no | Pels tortz 
que las douas fan | Torna dompnei en biais | Que tan li mostron 
denian[20] Perquels plus fls drutz sirais | Trobar en pot hom 
detais I Mas ieu non dirai ges cals | Que seruit ai euolgran gui- 
zardo | [24] E preiran be esmenda en luec de do | Pueis tôt can 
ma dona man | Esmaisi deleitz eiais | Obezlr de bon talan | 
[28] Cane son mandamen non frais | Gnrdatz sim degresser sais | 
Quenpatz nai sufertz mains mais | Neis del sien dan pograuer fait 
mon pro | [.32] Mas anc nom plac res calieis non fos bo | Queill 
nauc totz iorns reproan | Gar on meills li sui uerais | Elam ment 
em nai trichan [36] Et ai ben dig que sauais | Quill es fina eleials | 
Et ieu mensongiers e fais | Perdrai la doncx sitolz toriz li perdo | 
[40] Ieu oc cap mal deu bom uenser felo | Mas li dongier son trop 
gran | Mas mentir nai jiel cmIs | Gon plus en uauc consii'an | 
[Fol. 25 &.] [44] No conosc (jnen re biais | Ben ])uesc doncx dir 
nesso I [48] Gom queill uol mal non troba conipan'ho | IMais damic 
n)as non als | Gar sa beutatz nalurals | El gen parlars la niezental 
lo bens els mais | Degram partir per engals | Mas uos nauetz lo 
gaug elpretz el pro ! [52] Et ieu non ai mas ire cor felo | Mantel 
plus (luenii)erials | Es quen nos noua ren fais | Or ni tesel ni 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 355 

fonda ni peno | [5G] Ni mais ni meins noi coue per razo | Mon 
pastoret uei sobre totz baro \ De dompneiar edamar e de do | Mon 
Audiartz slmfos aitals com fo | [60] Amerieu mais come desotz lo 
tro. 

19 (406, 15 bis; voy. Archiv., xxxiii, 438; Mahn, Ged., 1100-2). 

R. M. 

Ben sai que per au<Mitura | Mes uengudaill razos qiiieu ai | Que 
chans dauzels ni uerdura | [4] Ni flor dabril ni roza en mai | No 
magron ongaii tornat iai | Si damor que lotira uens | Nom uen- 
gues alcuns iauzimens | [8] Perqneill dei tôt mon ioi grazir | 
Tôt mon maltrait elendura | El lonc dezirier elesmai | Conosc 
quera madreilura | [12] Sill que ma donat maint esglai | 
[Fol. 26 a.] Que ual amors som mal non trai | Que la geluzial 
turmens | Quieu naic elangoisos talens | [16] Me fan doblamen 
siauzir | Drutz que souen si rancura | Ni enquier can sidonsfai | 
Sil conquer amor noill dura | [20] Car non sap com ne ni com 
uai I Que dona promet et estrai | Edifz mains plazers auinens | 
Per so quentre las bonas gens | [24] Sapcha meills son prelz 
enantir | Sautrentendeire satura | Preian midonsque lam nil bai | 
Tort i fai edesmezura | [28] Que demamor no sapai [Quill no 
sabon so quien sai [ Don ipu li ren merses .V. sens | Epos mieus 
es totz lonramens | [32] Cui cal sil fols se uol aunir | Tôt iorns 
creis e meillura | P^ual tant que non pot mai | La bella que mase- 
gura I [36] De sanior e noi faillirai | Lonc temps ma tengut en 
esmai | Esien crezes sos maluolens | Per so queras sai ques 
niens | [40] lem pogra tost delieis partir | Dona ieu soi daital 
natura | Que la sazo on meills mestai i Soi a tota creatura | [44] 
Plus francx eues nos o serai | [Fol. 26 &.] Con plus mi tenretz 
cueinte gai | Vos puesc far mil uers sagramens | Queus serai plus 
obediens | [48] Eus en uolrai mil tans seruir | Mais damic pretz 
nos es esens | Si uoletz mos enantimens | Cane Miraual nous uolc 
faillir | [52] Mantel qui partis engalmens | Vostres adreitz capte' 
nemens | Sent donas en pogralz garnir | Pastoret uostres maluo- 
lens I [56] On que sion uueill far sabens | Quieu non am re que 
nos azir. 



356 ANNALES DU MIDI. 



20 (406, 24), 

l 
R. M. 

Damor es totz mos coDsiriers | Perquieu non consir mas 
danior | E diran li mal parlador | [4] Que dais den pensai- caua- 
liers I Mas ieu die que non fai mia \ Que damor mou qui co dia | 
So que ïiol mais a fou'lat et asen | [8J E tôt cant hom fa per amor 
es gen | Amors a tans de bons mestiers j E atolz faitz benestans 
secor I Quieu non uei nuill bon seruidor | [12] Que non cug esseï' 
parsoniers | Quen luec bons pretz non sabrija \ Leu si non ue per 
araija | Pueis dizon tuit cant honi fai faillinien | [16] Ben par 
daquest quen douas non enten | [Fol. 27 a.] Dona non pot auer 
estiers | Si non ama pretz eualor | Catressi com li amador | 
[20] Aun mais de totz bons aips sobriers | Sella que trop no sen 
trija I En ual mais equi lan castija | Adoncx l'ai mal e siii meills 
nos enpren | [24] Mas creire deu adreit castiamen | Quieu sui 
maintas uetz lauzengiers | Car a dona ni a senhor | Non deu con- 
sentir dezonor | [28] Neguns sos fizels conseîlliers | Non laisarai 
quieu non dija | Quieu tostemps non contradija | So que faran 
douas contré iouen j [32] Nim seml)lara de mal captenemen | Eia 
daquetz drutz niensongiers | Que caion auer gran lauzor \ Ni 
dona que saten alor | [36]Uns per so nom sia guerrers | Que ene- 
micx ni enemija | Nom notz lo pretz duna fija | Sol que maia ma 
dona ferm lalen | [40] E meins dergueill e mais de cbauzimen | De. 
gang li fora plazentiers | Mas trop mi len en gran error | Pero 
per seinblan del meillor | [44] Nai ieu iogat .V. ans entiers | Mas 
una doua mendija | Falsa que dieus uiahidija j Mes entre nos 
aqxit'sl ilestorbamen | [48] Don n)aintas uetz nai pueis plorat 
greunicn ] Mais damic dieusbenezija | Qui uol quem sialz amija | 
E siens ;ii fait plazei- ni onramen | [52] Enquer.sius platz o farai 
per un sen | [Fol. 27 &.] Mantel (|ui allai nahrija | Ben er cregutz 
cals co dija ( Cane nol comjues per aur ni i)Pr argeu | [56] Mas 
per ualoi' e |)ei' pretz e per sen | Pastoret 7ious lauze mija | Si 

1 Mou: — 2 Qeii re; — 5 Miiii; — (5 Diiii; — 7 Tôt qan scscliai ; — 
VS brija ; — 14 Noi ; — 25 E sien sui toiiji;utz per iiarlliers : — 27 con.scilluir ; 

— 28 Ni diui ; — '.i\ Quos uanon ))er auer lauzor: — 41 De grat: — 43 A; 

— 45 Tro quiia: — 47 Un tal, — 03 Ab nos sabrija; — 54 Pot dir on qo 
dija : — 55 Nos: — 57 Non laisses. 



MKLANGES ET DOCUMEMTS. 357 

dieus nos don ioi dainija | (lama doua non mosirelz coni les f^en | 
[dO] Si Miraual sap tenor fi-ancliamen | Chansoiieta ues ini<lons 
uai corren I Qiiil niante prêt/ eretna eniouen. 

21 (406, 19). 

R. M. 

Sel que de chàntar sentremet | Si dauinen o sap faire | Non se 
deu ges pueis estraire | [4] Per amer ni per nuils afars | Caitals 
usansa bes estars | Que perlz o fai totz hom que seii estraia | Pos 
o comens que sel que nos nessaia | [8] Ecar ma dona non tramet | 
Salutz ni re don mesclaire | Ni uol quieu ues lieis repaii'e | Nom 
pot gaire abelir chanlars | [12] Que sieu fos alegres ni clars | A 
cascun iorn saubra far chanson gaia | Del ben queill uueill e de 
lauzor ueraia | Si ma tengut enasatget | [IGJ Per saber sieu sui 
trichaire | Ges per tan ues lieis nom uaire | Ans conosc quieu li 
soi plus cars | Caisis tanha a dona gardars | [20] Casaiar deu segon 
on meills sapaia | Aquels destricx lesmen pueis can seschaia | 
[Fol. 28 «.] Per so non uueill que ia mabet | Lauzengiers ni mais 
parlaire | [24] Que nuills autre dompneiaire | De lamor me pues- 
quesser pars | Epueis ensenham dompneiars | Que prendenpatz 
tôt cant amidons plaia | [28] Perques fols drutz qui per totz dans 
sesmaia j Dieus confonda lanel el det | Abque lam cuget fors 
traire | Sel quen renias galiaire | [o2] E uos dona cui es lesgars | 
Voillatzquel mieus humils preiars | Me fassa ab uos uenir.en luec 
que iaia | Si com fai drutz que te sidons ebaia | [36] Car fe que 
dei mon pastoret | Nom séria estiers ueiaire | Que ia so pogues 
suffir gaire | Quel fuecx damor ses tant espars | [40] E uci capauc 
non soi totz ars | Esi per uos amia nom balaia | Nona dona que 
ia del cor lom Iraia | Mantel non es depreset ni de saia | [44] Mas 
de ualor e debeutat ueraia | Mon Audiartz sal dieus esa cort gaia | 
Quel mante prelz totz iorns qui quel dechaia. 

22 (406, 7). 

R. M. 

Apenas sai don maprenh | So quen chantan mauzetz dir | Con 
pieitz traceplus mazir | [4] Meills en mon chansedeuenh | Gardatz 

59 Dijas conller. 



358 ANNALES DU MIDI. 

cant er quim nessenh | [Fol. 28 b.] Si sabria esdenenir | Ni ma- 
Lona donam denli | [8] Que ges de saber nom fenli | Ni nuills lioni 
noi pot faillir | Que de lieis aia^'souenh ] Lo plus nessis hom del 
renh ) [12] Qui lei ueia ni remii" | Deuriesser al partir | Sauis (• de 
bel captenh | Edoncx ieu que lani ses genh | [16] So sai be men 
dei iauzir | Pueis tau grans ualors la senh | Que nuillautra el mon 
non denh | Ni ses lieis non puesc guérir | (20J De la dolor quem 
deslrenh | Ane a nuill fin aniador | Non cug mais esdeuengues I 
Que de domptias nom ni bes | [24J Ni blasmar non puesc de lor | 
Unam toi la ioi daillor | E del sieu nom dona ges | Ni dautra no 
ma sabor | [28] Pero per la soamor | Soi plus gais e plus cortes | 
En port a totas honor | Ben sai que per sa ricor | [32] Me toi so 
cane non promes | Ni ieu non soi tant après | Que mei prec maion 
ualor I Mas aisso franh ma dolor | [30] Que lai si para merses \ On 
faillon tug ualedor | Mas ella tant de lauzor. 



lOMPTES RENDUS CRITIQUES 



P. AuBiiY. Trouvères et Troubadours {Les Maîtres de la 
rmisique^ publiés sous la direction de M. J. CItantavoine). 
Paris, Alcan, 1909; in-12 de 224 pages. 

Pour être apprécié à sa juste valeur, cet élégant et très intéres- 
sant volume demanderait à être examiné et discuté par un histo- 
rien de la musique qui fût en même temps musicien. Car là où 
l'auteur étudie le côté littéraire de son sujet, il fait surtout œuvre 
de vulgarisation — je dis « surtout », car je n'oublie pas que 
M. Aubry, en associant les questions littéraires à la musicologie, 
les a souvent renouvelées, et d'ailleurs, tous ses renseignements 
ont été puisés aux bonnes sources. — Mais cela n'empêche que la 
partie musicale doit être considérée comme la plus importante du 
livre; elle est le résumé d'études personnelles, longues et difficiles, 
sur un terrain que M. Aubry a exploré et fouillé depuis des 
années et où il a fait des découvertes importantes, ("est donc cette 
partie qui contribue surtout à donner du prix à l'ouvrage et qu'un 
compte rendu devrait mettre en relief. Tout ce que nous pour- 
rons faire, c'est d'appeler sur elle l'attention des savants compé- 
tents. 

L'idée fondamentale du livre, et qui n'a pas besoin de justi- 
fication, est qu'en n'étudiant les œuvres lyriques du moyen âge 
que du point de vue littéraire, on ne peut pas leur rendre pleine 
justice : les trouvères et les troubadours n'étaient pas seulement 
poètes, ils étaient aussi musiciens. Or, ceux qui se rappellent, 
dans le volume des Lais et Descorts, publié par MM. Brandin, 
Jeanroy et Aubry, le lai de la Pastourele , savent combien la 
connaissance de la musique de ce lai a contribué à nous faire sen- 



360 ANNALES UU MIDI. 

!ii' le chanue de c-^tte poésie^. Le mérité do M. Aabiw, dans sa 
description de la poésie des ti'oiiljadours et de^ trouvères, a été 
d'ajouter, pour chaque genre, des échantillons de la musique sur 
laquelle les différentes pièces ont été ciiaiitées, et d'avoir par là 
donné une grande fraîcheur à ses aperçus; il en a fait quelque 
chose de vivant. Adoptant la division bien connue en cliansons 
« à personnages », « courtoises » et « religieuses », il prouve i^ar 
la musique combien les premières diffèrent des autres par l'inspira- 
tion, combien elles sont plus voisines de la poésie populaire (ce 
qui confirme les vues de M. Jeanroy à ce sujet). Ces airs gra- 
cieux et aimables n'exigent, de la part de l'auditeur contemporain, 
aucun effort; pour peu qu'on aime la musique, on en subit le 
charme involontairement. Par contre, dans les chansons courtoises, 
on sent souvent que le compositeur a voulu faire de la musique 
savante, ce qui est cause que la distance qui sépare sa conception 
de la musique de la nôtre devient très sensible. Je m'étonne de ne 
pas trouver mentionnée la différence que Restori, dans ses Appunli 
e Note, signale entre la poésie française, plus spontanée, et la 
provençale, plus apprêtée, plus artificielle. Et une autre observa- 
tion que s.uggère le chapitre sur les genres lyriques, c'eai que, jus- 
qu'à [)résent, la musique n'a guère aidé à éclaircir certains pro- 
l)lèmes d'histoire littéraire. Il est vrai que, à la p. 109, M. Aubry 
tâche de justifier, en s'appuyant sur la musique, son opinion 
d'après laquelle les tensons et jeux-partis auraient été composés 
par un seul poète. Mais ses arguments sont loin d'être convain- 
cants. Pourquoi le premier des interlocuteurs, celui qui impose à 
son adversaire la forme de la strophe et les rimes, ne lui aurait-il 
pas également fourni la musique? 

Dans le cliapitre intitulé Troubadours et Trouvères, M. Aubry 
cite avec commentaires quelques poètes qui furent en même temps 
musiciens. On ne voit pas bien d'après quel critère l'auteur a 
ffxé son choix. Ainsi, le nom de Peirol y manque; et pourtant, 
d'après Restori, ce poète a laissé un héi-itage musical considéra- 
ble; aussi le savant musicologue italien a-t-il fait à son oeuvre 
une large place dans ses Appunti e Note. Et par contre, la vie de 
Bertran de Born est décrite avec une certaine complaisance, quoi- 
(ju'oii n'ail de lui ({u'unn seule mélodie {Rassa, tan creis) et 

1. Voir le compte rendu de Restori dans la Rivista musicate ilaliana, 
■ VIII, fase. 1, et la communication qu'en 1902 M. M h\ Kossmann a faite 
au Congrès des philologues de (ironingue. 



COMPTES RENL.US CRITIQUES. 361 

tfiie M. Ani(i-v lui-même reconnaisse que ce grand poète « n'a pas 
apporté à l'iiisloire musicale une contribution considéraltle ». 
D'ailleurs, cette liste devait nécessairement être composée arbitrai- 
rement, parce qu'on ne sait pas toujours (juelle part les poètes ont 
pris à la composition de la musique de leurs œuvres. 

Signalons encore l'excellent chapitre sur les jongleurs, que 
l'auteur a écrit avec beaucoup de verve — d'ailleurs tout le 
volume est très agréable à lire — et passons à la partie musicale. 

Si je ne me trompe, l'exposé de M. Aul)ry présente un intérêt 
capital surtout sur deux points : 1» sur la question de savoir si la 
musique des troubadours et des trouvères est mesurée ou non ; 
2" sur l'évolution de la tonalité. La première question est très con- 
troversée, et il n'y a pas bien longtemps que Tiersot, dans son 
beau livre sur la chanson populaire en France, écrivait : « Il est 
bien évident que la seule manière de retrouver sous une notation 

imparfaite le rythme originel des monodies du moyen âge est 

de conformer purement et simplement le rythme de la musique à 
celui des vers, comme cela se pratique dans toutes les chansons 
populaires de tous les temps et de tous les pays », Et Restori 
{l. l.)dit encore : « Lanotazione délia musica trovadorica, contenta 

al ritmo poetico, trascura il tempo misurato perché essa misura 

non pareva (e non è in realtà) necessaria se non alla musica poli- 
fonica ». Et plus loin : « Or duncjue che coi trattatisti si debba 
prendere una rationahilis liberLas é cosa ormai fuor di dubbio. 
E i confini di quesla libertà sono segnati dal ritmo poetico che la 
musica deve « rivestire e non snaturare ». Malheureusement, 
rythme mélodi<iue et rythme poétique sont loin d'être toujours 
rigoureusement identiques; la musique « veste le parole, ma é di 
natura sua una veste molto ampia e comoda ». De sorte que le 
■rythme poétique était un moyen fort imparfait d'arriver à 
une connaissance exacte du rythme mélodique. Pour se rendre 
compte de l'incertitude qui régnait dans la transcription des 
anciennes mélodies, qu'on compare la traduction en notation 
moderne de la poésie iïeiSf7^or/o5 de Giraut deBorneil, telle qu'elle 
a été faite par Restori {l. l.) et par Bohn, dans VArchiv de Herrig, 
GX, 113: on constatera un certain nombre de ditïérences; je 
signale comme exemple les mesures 7 et 8 de Restori. Or, 
M. Auljry — et, d'après la note de la p. 192, en même temps que 
lui M. Jean Beck, de Strasbourg — a découvert que les mélodies 
des troubadours et des, trouvères sont mesurées; si le rythme n'est 

ANNALES DU MIDI. — XXI. 24 



362 ANNALES DU MIDI. 

pas indiqué expressément, c'est qu'il est intrinsèque, à l'état' 
latent, (^ette théorie bouleverse tout; quand on met sa transcrip- 
tion de Reis glorios à côté de celles que j'ai citées, on voit com- 
bien elle est révolutionnaire. Mais quelles sont les lois de la 
rytlnnique des troubadours ? Ce sont les mêmes que celles aux- 
quelles était soumise la musique savante des mensuralistes, et, 
comme eux, les poètes lyriques s'astreignaient aux règles rigou- 
reuses d'après lesquelles toute mélodie devait être enclose dans 
l'un des six modes reconnus par les mensuralistes. Ces six modes 
reposaient sur trois types de la métrique de l'antiquité, Vïambe, 
le trochée et le dactyle. Toutes les mélodies des troubadours et 
des trouvères sont composées sur ces trois formules, et il y a 
un lien étroit entre la nature de la strophe d'une part, c'est-à-dire 
entre la nature des vers dont elle est faite, et, d'autre part, le 
moclus de la mélodie qui l'accompagne. Pour les détails de la 
rythmique mesurée du moyen âge et des rapports qui existent 
entre les paroles et la musique, tels qu'ils apparaissent à M. Au- 
bry, je renvoie à son livre (p. 199-201). Pour revenir au point de 
départ, ce qui expliquerait que la notation musicale des trouba- 
dours ne signale pas la mesure, ce ne serait donc pas, comme 
on l'avait cru, que le chanteur n'avait qu'a suivre la mesure 
du vers, mais plutôt que la musique obéissait à des lois de 
mesui'e fixes et très rigoureuses, connues du chanteur, et qu'il 
était inutile d'indiquer. 

Sur le second point que je signalais, le mérite de M. Aubry me 
semble être d'avoir montré comment la tonalité moderne, reposant 
sur les notes modales, d'après lesquelles on distingue les modes 
majeur et mineur, s'est formée par une évolution lente de 
l'ancienne tonalité liturgique, à travers les innovations de la 
musique non ecclésiastique du xiii^ siècle. Mais ici le terrain, 
décidément, devient trop glissant pour un profane; aus&i, je me 
borne à citer cette phrase par laquelle M. Aubr}" résume la décou- 
verte qu'il a faite (p. 185) : « Le langage musical a évolué comme 
le langage humain et, de même que celui-ci ne s"est modifié que 
sous l'impulsion des lois à peu près fixes de la phonétique, sans 
admettre rien de fortuit, de même nous pouvons retrouver dans 
l'évolution du langage musical l'influence des lois qui, pour être 
encore obscures et pour être restées mal connues, n'en sont pas 

moins i-éelles >». 

J. J. Salverda de Grave. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 3f53 

A. Kmi,sf:n. Saemtliche Lieder des Trobadors Giraut de 
Bornelh, ndt rebcfxct.z.ioiij. KonDttenhir luiil (ilo.-isav, 
iiritlscli herausgegeben, Band I, Hefte II-lII. Halle, Nie- 
meyer, 1908-9, iii-S": [)p. 113 240, 241-384. 

M. Kolsen poursuit avec une remarquable régularité sa rude 
tâche d'éditeur de Giraut de Borneil. Depuis ma première annonce 
{Annales, XIX, 389), deux, fascicules ont paru, qui nous amènent 
à la pièce LIX. Le suivant, qui paraîtra avant la fin de l'année, 
contiendra les dernières, c'est-à-dire une vingtaine de sirventés. et 
on aura ainsi, en un volume, tous les textes avec leur traduc- 
tion. Ces deux fascicules témoignent naturellement des mêmes 
qualités de soin, de méthode et de pénétration que le premier. 
Beaucoup de ditTicultés sont heureusement résolues; mais il en 
reste, et en grand nombre. Puissent les remarques suivantes 
aider à en élucider quelques-unes. 

XXIII, Les vers 49-57 sont cités dans les Règles de Raimon Vidal 
[Roniania, VI, 350), qui ne fournissent, du reste, aucune variante 
notable. — 117 : Si jcvni senh : « aussi vrai que je me signe, que 
je suis chrétien », et non <c aussi vrai qu'elle puisse me hénir ». 

XXIV, 33 : La leçon gtie me (dans a seul) est moins appuyée 
que (zaissi-m (neuf mss. sur douze). — 56-8 : drechs es qu'ela 
senhorei ; — (faissi-s couve — Can m'aura forfach ! La traduction 
de M. K. : « Il est juste qu'elle domine; et cela est convenable^ si, 
à son avis , j'ai des torts envers elle », me parait fausser le sens 
du vers -58. Je mettrais une virgule après le v. 57 et compren- 
drais, en donnant à forsf'aii'e le sens qu'il a habituellement dans 
la langue du droit (Voy. Du Gange, à foris facere) : « Il est juste 
qu'elle domine, et cela est naturel, quand elle m'aura mis hors la 
loi. » — 68-9 : per qiieii li ci-e — moU aver forfach. Non pas : 
« je crois (ou j'avoue) avoir eu des torts envers elle », mais « je 
l'en crois, quand elle dit que j'ai eu des torts ». 

XXV, 8-9 : E qui-m crezes — C'aissi chantes... Selon M. K. : 
« Si quelqu'un pouvait croire qu'il chante aussi bien [que moi]. » 
Mot à mot : « Si l'on m'en croyait que je doive chanter de la 
sorte », c'est-à-dire si l'on était d'accord avec moi sur ce point : 
l'auteur vient de définir la façon dont il comprend son art. 
— 20-38 : Cette strophe est fort obscure et la suite des idées 
m'êcliappe. Je crois néanmoins que le texte des quatre derniers 



364 ANNALES DU MIDI. 

vers doit être établi et ponctué autrement. M. K. écrit (34) Irich- 
e galiaire, supposant sans doute que le même suffixe s'ajoute 
aux deux radicaux. Il faut simplement écrire Iric (qui est dans 
six manuscrits ; J/7CS dans quatre autres); l'emploi de ce mot 
comme adjectif est fréquent, bien que Raynouard n'en donne 
qu'un exemple (Voy. Annales, XVI, 818) ^ Selon moi, la plirase 
s'arrête au v. 34. Je lirais les quatre derniers comme sait : Gentil 
de bon aire, — No volhalz retraire — Uengan — Aicelas que ga- 
liaran, et j'entendrais : « Femmes loyales et nobles, gardez-vous 
de rappeler par la tromperie (en trom[)ant, vous aussi) celles qui 
trahissent. » — 86 : mentira est à la 3'- personne : « aurait-elle 
menti » (en me faisant la promesse dont il est question au v. 81)? 

XXVI, 98-105. La phrase ne se construit pas. Lire au v. 100 
(avec iiuit mss. formant plusieurs groupes) de drul, au lieu de 
que drutz. « Demandez... au sujet de... si... » — 108 : denan est 
équivalent, comme sens à sobre, et il est plus appuyé (sept mss. 
formant plusieurs groupes, contre trois). 

XXVII, 5 : ses dan doit être traduit littéralement : « sans que 
j'en éprouve de dommage » (allusion à la crainte exprimée aux 
V. 3-4). — 22. Le moi plachs, qui est assez vague, ne saurait, en 
aucun cas, être traduit par « souhaits ». Il s'agit, sans doute, des 
reproches que la dame adresse au poète ou des difficultés qu'elle 
lui suscite, des ennuis, en somme, autrement désignés au v. 35. — 
Tout le passage qui suit me paraît avoir été mal compris : voici 
comment je l'établis et l'entends : 

Car vencutz sofrire Que blan 
24 Sofertan, car no-s recre, 
So que plus li descove, 
A, segon ques es égals, 
L'amors e l'amie chabals. 

•28 E qui se fenlier' enics 
Per espaventar les lor, 
Can plas volers no- i acor, 
Pauc li val precs ni clianzics. 

c'est-à-dire (26-7) : « l'amant patient trouve, en proportion de 
l'égalité de son humeur, l'amour et son ami parfaits » (tels qu'il 
les désire). Atnic (au rég. singulier) n'est dans aucun ms., mais 

1. Le mot est, avec cet emploi, dans le Petit Dictionnaire provençal 
français de E. Levy, qui vient de paraître. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 365 

cette leçon nie parait exigée par le sens : Giraut, comme bien 
d'autres troubadours, a souvent fait allusion aux services que 
peut rendre un véritable ami. Au v. 29, M. K. écrit l'os lov? et 
traduit « leurs os », c'est-à-dire la partie la plus intime de leur 
être. Il est évident que ce sens est inacceptable. Lor =r « alors » est 
dans Girart de Roussillon, cf. Appel, Chr. — Chaniics, rétabli 
par M. K. au v. 31, n'est dans aucun ms.; une correction est né- 
cessaire, chastics, donné par la plupart d'entre eux, se trouvant 
ailleurs à la rime (64). .Te lirais plutôt chancics (avec c) ou 
chanzics (avec a), en voyant là, au reste comme M. K., un dérivé 
de chant ou chantar, intluencé par chanso. Mais je traduirais 
tout autrement que lui : « Ec si quelqu'un affectait la colère (ou 
la rudesse) pour les effrayer [l'amour et l'ami], alors qu'il n'y a 
de leur part aucune bonne volonté, à celui-là serviraient de peu 
[à un autre moment] ses prières et ses chansons. » — La traduction 
de la strophe VII n'a pas grand sens et on ne voit pas la liaison 
de ce passage avec le reste, ce qui tient, je crois, à ce que M. K. 
n'a pas saisi les v. 59-60. Le poêle blàine les amants trop pres- 
sés qui se vengent de leurs déconvenues en raillant leurs con- 
frères plus sages : 

Car ses bo soffrire Per tan, 

60 Car no van Egal ab re, 

Son si brau e ses merce 
C'us mazans n'issira tais: 
« Parlera nos, fan cilli, sivals! » 

Ali V. 59, je lirais s'es bos (avec IKa) et au v. 60 se (avec 
CIKS) , ce pronom se rapportant à soffrire : « Car s'il y a un 
amant patient, ceux-là, parce qu'ils ne marchent pas du même 
pas que lui, sont si rudes et impitoyables qu'on les entend répéter 
à grand bruit : « Au moins parlons de lui [pour nous moquer de 
sa patience]. '> 

XXIX, 19 : E donc per que non o desvolh. 

Pos aventura no m'acor? 
Car anc no vi fin amador 
Ab poder que d'amar s'eslais. 

M. K. traduit ainsi : « Pourquoi ne renoncé-je pas à l'amour, 
puisque la fortune ne me favorise |)as? Parce que je n'ai jamais 
vu un véritable amant se lancer si impétueusement dans l'amour. » 
La traduction des deux derniers vers me paraît un contresens : 



266 ANNALES DU MIDI. 

l'idée qu'on attend, c'est qu'un véritable amoureux n'a jamais 
renoncé à l'amour, et on peut en effet la tirer du texte. Les manus- 
crits se partagent presque également entre deux leçons : se lais 
est très clair et est peut-être à rejeter, précisément à cause de 
cela : la correction était si naturelle qu'elle a pu s'introduire dans 
les deux familles. Mais s'eslals peut aussi fournir le sens cher- 
ché : « Je n'ai jamais vu un véritable amant avec [ayant] le pou- 
voir de s'élancer [loin, hors] de l'amour. » 

XXXV, 74 : Je préférerais la leçon du manuscrit de Saragosse 
(7WS volva nis b.). 

XXXVI, 6 : Ce vers se rapporte, non à ce qui précède, mais à 
ce qui suit. « Je veux, à défaut d'autre secours (consolation), faire 
un nouveau chant. » — 14 : Po.s )W tn'en pose sofrir : non « puis- 
que ma patience est à bout », mais « puisque je ne puis m'en 
empêcher (de l'aimer) »;. ce sens de sofrir se est très fréquent; 
cf. Rayn . V, 285 b. 

2G ss. : C'aissi es fazedor 

A tôt fin amador 
Que ja no volh' onor 
Mas aplazer d'amor; 
C'nitals vens ses onors 
Entre fis amadors... 

M. K. considère aplazer comme un infinitif substantivé et 
entend : « le véritable amant ne doit rechercher d'autre honneur 
que le plaisir d'amour » ; et la suite : « car c'est ainsi que beau- 
coup arrivent à vaincre sans distinctions », c'est-à dire, sans doute, 
« sans mérites i)arti(Miliers ». Je lis a plazer, mets une virgule 
après amor et lis, avec neuf mss., venses (la leçon de V venqties 
revient au même, et celle adoptée par M. K. n'est que dans a). 
Sens : « Le véritable amant doit ne recliercher d'honneurs que 
selon le plaisir d'amour et conquérir ainsi la première place entre 
les autres ». 

43-44 : E van tôt jorn dizeu 

Quo no pert qui s'empren. • 

« On dit communément que celui ipii ose up perd )ias ». Je ne 
connais pas de provcrl)e ainsi conçu. Il faut lire (avec tous les 
mss.) : qui se prcn : « celui-là ne penl pas qui prend, qui reçoit » : 
vérité banale exprimée généralement sous cette forme é([ui- 
valentc : nos fadia qui prcn (« celui-là n'est pas décn (|ui 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 367 

reçoit »); voir Cnyrim, Sprichioœrler, nos 311-3. — 60 : il faudrait, 
pour autoriser la traduction de M. K., qui, au reste, ne se rattache 
guère au contexte : no Ion sal. II faut entendre, je crois : laiili, 
non sapio, « une foule de gens, je ne sais lesquels ». 

Du troisième fascicule, je n'examinerai que la pièce 58, à cause 
de son importance : c'est la célèbre tenson entre Giraut et Lin- 
haure (probablement Rambaut d'Orange, pelon l'ingénieuse con- 
jecture de M. K.) : c'est donc un document capital pour l'histoire 
des idées littéraires ^ M. Kolsen l'avait déjà publiée dans son 
travail d'essai en 1894 (voy. Annales, VII, 340); la comparaison 
des deux éditions et traductions fera mesurer les pi'ogrès accom- 
plis2. V. 15 : trepclh ne me paraît pas traduit très exactement par 
Unruhe. Ce mot, apparenté à Irepa, doit signifier l'aclion de pié- 
tiner (voy. Mistral, Irepé). « Je ne veux pas que mes poésies 
soient foulées aux pieds [par une foule ignorante] au point que. « 
— (l'est précisément à cela que répond Giraut dans la strophe 
suivante (v. 22-4) : « Si je veille et me travaille pour cela [rendre 
mes vers plus clairs], il semble que je redoute le bruit de la 
foule [mais il n'en est rien, car...]; inazan me paraît signifier, 
(comme dans IX), 2, le bruit d'une foule joyeuse, sans nuance 
d'approbation ou de désapprobation. — La strophe VI est la plus 
difficile de toute la pièce. Jusqu'ici personne n'a pu apercevoir le 
rapport des deux premiers vers avec la suite (voy. Appel, loc. cit., 
p. 187). Ce qui me parait acquis, c'est que enrauniatz qualifie 
non le cliant du poète, mais le jongleur qui l'exécute. C'est aussi 
l'opinion de M. K.; mais je comprendrais tout autrement que lui : 
« un chant élevé (d'un style élevé, ou élevé de ton 3) me cause plus 
de soucis [qu'un autre plus simple], car je crains qu'un [jongleur] 
eni'oué ne me le gâte '♦. » Je lirais volontiers le dernier vers 
(avec DN), comme l'avait fait M. K. dans sa première édition, 

1. M. Andraud lui a naturellement fait la place qu'elle méritait (Quœ 
judicia de litteris fecerint Provinciales, p. 15). Malheureusement sa 
traduction (en latin) ne serre pas de très près les plus graves difficultés. 
On en trouvera un texte, fondé sur les mêmes manuscrits et par conséquent 
peu différent de celui-ci, dans la Chrestomathie de M. Appel (n° 87). 

2. Plusieurs sont dus à la précieuse critique de M. Appel (Archiv de 
Herrig, XCVII, 183). 

3. Peut-être les poésies en trobar dus étaient-elles composées ordinai- 
rement sur des mélodies élevées. 

4. Peu importe au sens qu'on lise, comme M. Appel, deissazec, ou, 
avec M. K., dezagens. Sur les diverses interprétations proposées, 
voy. Levy, S. IV., Il, 56. 



368 ANNALES DU MIDI. 

que nol deing {de/g D) a home sesal, « cnr je ne daigne pas 
l'abandonner à un mercenaire »; mais j'avoue que le texte et le 
sens restent fort douteux. A. Jeanroy. 



G. Bertoni. Rambertino Buvalelli, trovatore bolognese 
e le sue rime provenzali. Dresden, 1908: in-8° de 
7() pages, {(iesellschaft fur ronianischc Litevatur, 11° 17.) 

Aux renseignements biographiques sur Buvalelli recueillis par 
MM. Gasini et Schultz-Gora, M. Bertoni en a ajouté quelques-uns, 
tirés de documents inédits ou récemment publiés. Il en résulte 
qno Buvalelli mourut podestat de Vérone en septembre 1221, 
après avoir rempli la même chai-ge dans plusieurs villes de la 
Haute-Italie à partir de 1201. La princesse Béatrice d"Este qu'il 
a célébrée était donc la fille et non la petite-fille d'Azzo VI. L'anti- 
quité relative de cette date constitue vraiment le seul intérêt des 
sept chansons de Buvalelli, d'une platitude et d'une banalité 
désespérantes, et que rien ne rachète, car il n'a même pas la pro- 
priété du style et l'élégance d^ la versification 1 : on eût donc pu 
se contenter encore quelque temps de l'édition de Casini. Celle de 
M. B.. quoique supérieure, est loin d'être parfaite : si l'introduc- 
tion est soignée et intéressante, des parties essentielles ont été 
quelque peu négligées : le commentaire est maigre et la traduc- 
tion écrite dans une langue si archaïcrue et conventionnelle 
qu'elle même aurait besoin d'être traduite^. Le paragraphe sur la 
métrique (p 68) eût dû être complété par un autre sur la langue-* ; 
enfin un petit glossaire eût remplacé avantageusement des pages 
dont la plus grande utilité est de gonfler un volume un per. 
mince, à savoir une note (pp. 65-8) sur un sujet bien rebattu et qui 
ne le rajeunit pas, et la publication intégrale d'un document 
d'archives (pp. 75-6) qui' pouvait être résumé en quelques 
lignes. 

1. L'appréciation de M. B. (p. 68) est vraiment plus indulgente qu'il 
n'est permis, même à un éditeur. 

2. Deux chansons, d'attribution douteuse, sont publiées on appendice, 
mais sans traduction ni notes. 

3. -Celle-ci présente au moins un trait intéressant et qui montro quo Buva- 
lelli avait dû faire son apprentissage auprès do trout)adours originaires 
de la Provence propre (la réduction do -idn à ia, Jll, 28). fiO singulier 
mépris des règles de la déclinaison qui apparaît dans VII eût dû aussi 
être noté. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 369 

L'établissement du texte, dont je n'ai encore rien dit, témoigne 
de plus d'intelligence que d'acribie; les cas où la bonne leçon a été 
laissée dans les variantes est assez rare, mais l'apparaltis est, 
comme on va le voir, fort inexact et incomplet. Les classifications 
de mss. proposées dans les notes, avec des tableaux bien inutiles 
pour des cas aussi simples, sont très fragiles, et rauleuf liii-niéme 
en tient fort peu de compte dans la i)ratique; en somme, cette 
partie du travail parait avoirété exécutée avec une lifite excessive. 

I. Beaucoup de variantes indiquées inexactement ou sans indi- 
cation de source. A porte si, non sei (3), antre, non cntlres (4), 
qem, non qui (11), que, noti car (12), els cl. esgarlz, non el d. esgari 
(36), etc. Ces nombreuses erreurs doivent tenir à quelque confu- 
sion de notes. Erreurs analogues ou omissions dans la collation 
de P (consulté sans doute dans l'éd. de YArchiv, puisqu'il n'y a 
pas d'indication contraire) : dans cette édition 7nais manque (11), 
tanlaz, non laidn (28), bel, non ^e» (34), luamen, non 
uiamen (io), /iwsclal denlrc no, non niesclada entre nos 
(48), etc. — V. 44 : granz esforz fauc car me loigne de vos. 
C'est la leçon de A (sauf granz, substitué à gran); il fallait lire 
avec D : granz esfortz fi quant me loigniei; la forme loigne à 
la Ire p. p. ind. serait incorrecte; c'est une forme de parfait, dont 
il y a de nombreux exemples (voy. Bartsch, Chrest. , 4^ éd., 
col. 266-7). La traduction : « faccio grandi sforzi percbè mi allon- 
tani da voi » fausse au reste le sens; il faudrait « allontanandomi ». 
— 49 : janglos, « taiseurs de cancans, de potins », est mal traduit 
par dilcggiatori, qui signifie (ou plutôt a signifié) « moqueurs ». 
Il eût été bon de rappeler que cette clianson était encore connue à 
la fin du xme siècle, puisque le début en a été imité dans une bal- 
lade de Ser Monaldo (voy. Torraca, dans Rass. criùica délia lett. 
ital., X, 125) 

II. 17-20 : car envejos e lausengier... — m'en fan paor, per 
q'en su/fer — que tnon joi non die... La traduction « ond' io ne 
sopporto di non dire... la mia gioia » fait contresens. Il faut 
corr. que'ni .suffer et entendre « je m'abstit ns ». — 42 : al laus 
doit être traduit non par « secondo la Iode », mais par « de 
l'avis ». Ce sens, propre à la langue féodale, est bien connu 
(voy. Du Cange, laudare, 2, et Godefroy, loer). 

III. On a maintenant pour cette pièce une leçon nouvelle, celle 
du ms. de Saragosse (6'«.) qui vient d'être publiée par M. ,1. Massô 



370 ANNALES DU MIDI. 

Torrents''; celle-ci est au reste assez voisine de celle de C^. — 
Le vers 16 dans C n'a pas de sens; il manque dans 5« ; peut-être 
manquait-il dans leur source et aura-t-il été refait, tant bien que 
mal, par le scribe de C ; c'est sur lui et sur un autre, qui, à cette 
place, est une pui'e cheville (36), que M. B. s'appuie pour « aftir- 
mer » que la version de C constitue une première rédaction qui 
aurait été plus tard retouchée par l'auteur; mais il est évident que 
celui-ci, même dans une première rédaction, ne se fût pas permis 
de non-sens. Voici au reste le passage où se trouve cet autre vers : 

E qui sen fan saben e chausidor, 
35 [Die] Que tôt enans c'om sa beutat devire 
Ni que de lieis vezer sia jauzire, 
Gart si mezeis qui'! es ni sis faria 
A lieis vezer... 

Chausidor (.'î4) est plutôt « appréciateur » que « admirateur ». 
M. B. traduit : « ... Dico... clie... prima che uomo divisi la sua 
bellezza e che sia lieto di vederla, guardi se medesimo chi egli è e 
se si farelibe a lei vedere. » Il voit bien qu'il faut au v. 35 un sub- 
jonctif, ce que ne peut être devire : il faut donc lire remire, avec 
C (et 'S'«)3. Par « se si farebbe <>, M. B. entend sans doute : « s'il 
conviendrait » (impersonnel). Le sens est « s'il est fait pour, digne 
de*. » Si tornera (40) est bien dans D et L, c'est la bonne leçon; 
mais ce ne peut être un futur, comme le croit M. B.. car on aurait 
tornara et Va final ne pourrait s'élider. 

41-2 Et est trop laig qu'aprop tau bella tlor 
Es hom pauzatz ab tans de niarriniens... 

Il est manifeste qu'au début de 42 il faut un subjonctif et que 
pauzalz (leçon de C et S») n'a pas grand sens. Il faut lire sia. 



1. I)istitul d'estudis catalans, Amiari. 1907, Barcelona [1900], p. 430. 

2. Je travaille sur une collation de C qu'a bien voulu me procurer 
M. Poupardin. La pièce n'est pas dans le ms. de Modène, et l'on se 
demande, dès lors, quel peut être ce ms. D qui apparaît aux variantes 
(V. 12, 21) et dans les notes (p. 62, 1. 8). 

3. M. B. a écarté remire parce qu'il est plus loin à l;i rime (4.0); mais 
le sens est un peu dillèrent et l'auteur n'est j)as scrupnliMix : au reste, 
devire aussi se trouvait plus liant (10). 

4. Cf. Levy, Supp. W., A faire, n" 28. M. Levy se demande si ce n'est 
pas aussi ce sens que nous aurions dans VI, 38 où M. B. (qui n'a pas 
connu le passage de i.,cvy) traduit, connue Casini, par « di cui si tratta. » 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 371 

{sia A, si XS«) pcssnlz (A) ou pessantz {L). — 47 ; s'il es 2>f'OS : 
corr. s'al, car le sujet est masculin {selh C, sel 5«). — Quelques 
omissions dans l'apparatus : des leçons de C ne sont pas ou sont 
mal indiquées : guin, non qin (21), uas (pour pari, 31), sen 
(poiïr setis, -48); la leçon sans indication d'origine (45) est celle 
de C. 

IV, 17 : dormir est traduit par tnorire. — M. B. établit ainsi 
le début de la strophe IV, formé par un dialogue entre l'amant et 
un confident supposé: 

25 Dune quem farai? Nos tain partir? — 
Oc, eu — Per ([ue? — Quar trop folleja 
Qui sec son dan e sec plaideja... 

et il renonce à restituer le vers 28 qui est, dans le manuscrit uni- 
que : amors adreil creis Ion lauzir. La traduction proposée est 
impossible, car l'amant se déjugerait à quatre vers d'intervalle, pré- 
tendant d'abord qu'il veut abandonner sa dame (21), puis qu'il lui 
reste fidèle (29-3Uj. — Il faut d'abord savoir que le manuscrit a 
(v. 25) faras nos len^}. Voici comment je lirais et répartirais le 
dialogue : la première réplique appartient, selon moi, au confi- 
dent : 

« Dune qu'en faras? Vols t'en' partir? 

Oc eu. » — « Per que? — « Quar trop folleja 

Qui sec son clan, e se't plaideja 

Amors, a dreit ci'eis t'en jauzir? ». 

« Oc, quar mal grat de[ls] lauzengiers... 

« Que feras-tu donc? Ne veux-tu pas la quitter? Moi, c'est ce 
je ferais. » — « Pourquoi?» — «Parce qu'il est bien fou celui qui 
poursuit son dommage : et si Amour conteste avec toi, crois-tu 
arriver à tes fins? » — « Oui, car en dépit des médisants^... » 

V, 25 : joya et fermaill sont ti'aduits par « gioia » et « sicurtà ». 

1. Cette leçon importante avait été oubliée et se trouve rejetée aux 
notes (p. 63). Le même fait s'est reproduit pour V, 42 (voy. p. 69, n. 5). 

2. Cette correction a déjà été proposée par M. Levy, à ce que m'apprend 
M. B.; mais je ne retrouve pas le passage, car le renvoi est inexact. 

3. Cette restitution paraîtra sans doute vraisemblable si l'on veut bien 
comparer ce passage à quelques vers de P. Rogier qui lui ont certaine- 
ment servi de modèle (Ges nom puesc, v. 49-52, éd. Appel, VI); ces vers 
forment aussi une cobla tenso)iada, et on retrouve de part et d'autre 
quelques expressions caractéristiques, 



372 ANNALES DU MIDI. 

Le senïi, bien connu, de joya est « hijou ». — 37 : sojfridor serait 
mieux traduit par « paziente » que par l'arcliaïque « solïeri- 
tore ». — 45 sis] corr. si. 

VI, 21 : enuiz] \. enviz. 

VII. Cette pièce a dt''jà été imprimée par Monaci (Tesli an/ichi, 
c. 73) d'après DH, et l'on peut voir là que des variantes intéres- 
santes de ce dernier manuscrit n'ont pas été relevées. — 19 : La 
traduction de demeure par « scusare » n'est nullement justifiée ; 
celle de Raynouard « imputer » est au moins mieux d'accord avec 
le contexte. — 20 : sill] lire si'l avec GQ (et DH, non signalés) 

. c'est-à-dire « je puis assurer cela ». — 21 : vil] 1. vie. — 23 : sim] 
1. si'n. — 41-2 : Tant que merces e chaiizinien — En prend' al 
seu cors ben après. Lire merce... en X)renda-l. C'est cors qui 
est sujet, merce et chausimen régimes >. A. Jeanroy. 

Gh. Samauan. La maison d'Armagnac au XV« siècle et 
les dernières luttes de la féodalité dans le Midi de la 
France. (Mémoires et documents publiés par la Société 
de l'École des Gliartes, t. VIL) Paris, Picard, 1907; in-S» 
de xxi-5^3 pages, carte. 

Le sujet traité par M. Samaran dans ce volume offre un intérêt 
tout particulier. La maison d'Armagnac étendait, en effet, ses 
possessions depuis les Pyrénées jusqu'aux Cévennes et était en 
rapports étroits avec les royaumes espagnols et les maisons 
d'Alljret et de Foix. Son histoire est donc celle de tout le Sud- 
Ouest et constitue un fragment de la lutte que la royauté a soute- 
nue contre les traditions féodales et les instincts particularistes des 
populations méridionales pour ai^outir à la formation de l'unité 
territoriale de la France par la réunion de tout le Sud-Ouest à la 
couronne. 

Le principal mérite de M. S. est de n'avoir jamais perdu de vue 
dans les innombrables détails où l'ont entraîné les intrigues et les 
aventures des derniers comtes d'Armagnac, cette connexion qui 
existe entre une histoire qui pouvait sembler purement locale et 

\. Un Xota finali'. sur friiillr volante, (iisiritjnée après \o volume, dis- 
cute quelques passages de deux pièces: l'une (II) iiupiiinèe par M. Ca- 
sini, après l'apparition de l'ouvrage; l'autre (Vl), dniii M. V>. n'avait pas 
remarqué la présence dans le Munualelto de M. Crescini. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 373 

l'histoire générale, (lelte vue d'ensemble, que M. S. a très netle- 
n)ent dégagée au début et à la lin <le son travail, se retrouve 
à toutes les payes, soit (ju'il s'agisse des conséquences du siège de 
Lectoure sur le siège de Perpignan, du soulèvement de Jean V sur 
la situation de Louis XI à Paris, soit qu'il s'agisse des rapports 
des comtes avec l'Angleterre, ou de l'inceste de Jean V comme 
prétexte fourni au roi pour abattre un vassal ambitieux. 

Les documents à consulter étaient innombrables. Les sources 
narratives n'existant pas, M. S. n'avait guère à sa disposition, 
pour renouveler un sujet déjà connu dans ses grandes lignes, que 
des documents d'^rciiives dispersés de tous côtés. 11 n'en a négligé 
aucun. En Angleterre, en Italie, en Espagne, il a mis la main sur 
tout ce qui touchait à son sujet. En France, notamment, il ne s'est 
pas contenté d'explorer à fond la Bibliothèque nationale et les 
Archives nationales; lia consciencieusement visité lui-même tous 
les dépôts importants des arcliives méridionales, soit départemen- 
tales, soit communales, évitant ainsi une habitude malheureuse- 
ment trop fréquente qui permet à beaucoup d'érudits, sans se 
déplacer, de faire faire leurs travaux par les conservateurs d'ar- 
chives. 

Celte abondance de documents, dont la recherche représente un 
travail énorme, ne nuit pas à la clarté du récit. M. S a su, en effet, 
rejeter en noies, ou dans les appendices, ou dans les pièces justifi- 
catives (74 documents de premier ordre), ce qui était détail trop 
particulier. C'est ainsi que les notes sont pour l'histoire locale une 
mine de renseignements qu'une table alpliabéti(|ue aussi complète 
et aussi précise que possible permet facilement de découvrir. Enfin, 
tous ces documents ont été interprétés avec la méthode scientifi- 
que la i)lus rigoureuse, dans un style clair et précis. 

Le principal reproche qu'on pourrait adresser à M. S. est d'avoir 
mal agencé les débuts de son travail. Avant d'aborder le récit des 
événements dans leur ordre chronologique, le seul qui fût en efiet 
possible, M. S. donne, avec raison, une liste détaillée des domai- 
nes de la maison d'Armagnac, liste qui, avec la carte sommaire 
qu'il ajoute à son volume, montre bien l'émiettement de cette 
puissance féodale. Entre le comté d'Armagnac (entouré du Fezen- 
saguet, du Pardiac, du Fezensac) et le comté de Rodez il y a, en 
effet, toute une multitude de seigneuries isolées, vallée d'Aure au 
sud, baronnies de Meyrueis, de Valleraugue, vicomte de Creissels 
a l'est, baronnie de Caussade, seigneuries de Dunes, Gourdon, 



374 ANNALES DU MIDI. 

Corbarieii. Monestiés, Castelnau de Montmiral, etc., au centre, 
jalonnant la route qui par l'Agenais, le Qiierejs l'Albigeois, relie 
les deux parties principales, et cela explique bien la facilité avec 
laquelle les comtes peuvent ravager les terres royales; cela expli- 
que aussi en partie l'échec de leurs tentatives pour se constituer 
une principauté puissante. 

Vient ensuite une description assez sommaire de l'organisation 
politique, judiciaire et financière de ces domaines, puis M. S. com- 
mence brusquement son récit à la mort de Bernard VII, en 1418. 

11 n'eût pas été inutile d'exposer d'abord la situation de la maison 
d'Armagnac à ce moment, son rùle antérieur, en un mot, d'insister 
sur le point de départ et de montrer en quoi avaient consisté, dans 
les périodes précédentes, ces tentatives pour créer une grande 
principauté. Tel fut le but principal des comtes d'Armagnac, dit 
M. S. avec raison ; mais on ne voit guère leur effort se produire 
durant la période de décadence étudiée ici. C'est, en effet, chez 
les derniers comtes comme un parti pris de laisser échapper 
les occasions que leur offre la guerre de Cent ans pour réaliser 
l'union des deux tronçons dont est composé leur domaine. Ils 
trahissent successivement le roi d'Angleterre et le roi de France, 
sont avant tout des vassaux turbulents, fourbes, débauchés, et 
manquent complètement de sens politique. M. S. l'indique bien au 
début et à la fin de son travail, mais il perd un peu de vue, dans 
le courant de son récit, ce fait que la politique des conites aurait 
dû tendre à annexer l'Albigeois à leurs domaines et qu'ils sem- 
blent ne pas s'en préoccuper. En revanche, il montre bien leur 
esprit d'insoumission, leur besoin de guerroyer sans cesse et 
l'habileté avec laquelle le pouvoir royal profite de leurs fautes ou 
de leur incapacité. Nous allons essayer, par une analyse rapide de 
ces événements, de faire ressortir ces divers caractères. 

L'histoire de Jean IV n'oft're pas en elle-même un très grand 
intérêt; il s'allie avec la Navarre, il rend hommage au roi de Cas- 
tille, il prolonge le grand schisme en soutenant les adversaires de 
Martin V pour lequel s'est, au contraire, prononcé le roi de France; 
mais son rôle n'est pas très clair à l'égard des routiers et chefs de 
bandes qui, comme Rodrigue de Villandrando, ravagent le pays, et 
dont M. S. raconte les exploits d'après les comptes de diverses 
villes, source inépuisable, sur ce sujet, de renseignements intéres- 
^ sants. 

A l'égard de l'Angleterre et de la France, Jean IV, comme tous 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 375 

les feudataires du Midi, ne sait pas prendre parti. S'il reste indif- 
férent au grand mouvement suscité pai- Jeanne d'Arc, il laisse, 
(rautrc part, son fils s'enrôler sous les ordres <ln roi de France. Il 
négocie le mariage de sa fille avec Henri VI d'Angleterre, mais 
il abandonne ces négociations en présence des succès de Char- 
les VII dans le Midi (1442). 

Puis, contre la volonté du roi, il essaie de s'emparer du Gom- 
minges. Fait prisonnier par le Dauphin (1444), il est enfermé à 
Carcassonne et relâché à la condition de renoncer à l'alliance 
anglaise et à la formule : « comte par la grâce de Dieu ». Ainsi la 
royauté triomphe. La mort de Jean IV (1450) amène le partage de 
ses domaines entre ses deux fils : c'est l'émiettement qui com- 
mence. 

C'est à l'histoire de Jean V et de son frère Charles que M. S. 
a consacré la plus grande partie de son travail. Du vivant de son 
père, le nouveau comte d'Armagnac avait soutenu avec éclat la 
cause royale et il lui reste d'abord fidèle. Mais les Anglais dispa- 
rus, son activité étant inoccupée, il ne tarde pas à entrer en conflit 
avec le roi, tantôt au sujet du Comminges, tantôt à pî-opos de 
l'exercice des droits régaliens; il soutient le dauphin révolté contre 
son père. (>'est en somme la persistance de la lutte entre la royauté 
et la féodalité. Aussi est-ce avec empressement que Charles VII 
saisit l'occasion qui lui est offerte par l'inceste de Jean V avec sa 
sœur, de châtier, sous prétexte de défendre la morale outragée, ce 
vassal dangereux. Une armée royale oblige le comte à s'enfuir 
dans le pays d'Aure et en Espagne; le Parlement de Paris le 
condamne au bannissement et prononce la confiscation de ses 
biens. C'est une curieuse figui-e que celle de Jean V, tel que 
M. S. le montre dans les péripéties de ce procès célèbre, puis 
dans ses pérégrinations en Italie (où un évêque simoniaque, par- 
jure, débauché, lui fabriquera une fausse bulle de dispense pour 
lui permettre d'épouser sa sœur), enfin en Catalogne, où il va 
rester jusqu'à la mort de Charles VII. 

La royauté triomphe donc encore pour la deuxième fois, lorsque 
l'avènement de Louis XI, dont Jean V avait soutenu la cause 
contre Charles VII, rend au comte d'Armagnac tous ses biens et 
tous ses honneurs. Mais de même qu'il avait abandonné la cause 
du défunt roi, Jean V abandonne bientôt celle de son successeur. 
Dès que la Ligue du Bien public se forme, il envahit la Basse 
Auvergne et attire Louis XI à Riom pendant que les Bourguignons 



376 ANNALIÎS DU MIDI 

marchent sur Paris. Après Moiillliéry, il pénètre eu ( ;hanipaf!;ne 
avec les ducs de Bourbon et de Nemours, et Louis XI doit lui res- 
tituer tous les biens qu'il conservait encore, en y ajoutant une pen- 
sion de 16,000 livres (1464). N'était-ce pas le luoiiient |)Oiir le comte 
d'Armagnac de réunir les deux tronçons de ses possessions au lieu 
d'aller en Champagne? C'est ici, semble-l-il, que se révèle l'aljsence 
de sens politique de Jean V, — et il eût été bon de l'indiijuer, ou si, 
au contraire, la marche sur Paris était plus profitable à sa cause, 
d'en donner les raisons. 

Aussitôt rentré dans ses domaines, Jean V fomente de nouveaux 
troubles, ses bandes pillent le pays, empêchent la levée des impôts 
royaux. Louis XI négocie son mariage avec la fille du comte de 
Foix, espérant s'assurer ainsi l'appui des deux maisons; mais ce 
calcul se retourne contre lui lorsque son frère Charles devient duc 
de Guyenne, et désormais Louis XI est sans- cesse hanté par la 
crainte, de voir le Midi marcher tout entier avec son frère, les 
maisons de Foix et d'Armagnac se soulever et appeler les Anglais 
et les Aragonais. 

M. S. raconte ici en détail riiistoire des relations de Jean Vavec 
un émissaire d'Edouard IV, Jean Boon. D'après le récit de cet 
espion, Jean V aurait promis au roi «l'Angleterre une armée de 
15,000 hommes et l'alliance de la Castille ; mais il est probable 
(|ue c'est Louis > I lui-même qui a dicté à l'espion ces accusa- 
lions, et afin de mieux perdre le comte d'Armagnac, il aurait 
môme fait fabriquer de fausses lettres du comte au roi d'Angle- 
terre. La trahison de Jean V, contre laquelle ses partisans ont 
toujours protesté, serait donc une invention de Louis XI pour 
perdre son adversaire. C'est du moins ce qu'aflirme M. S.; mais 
sa démonstration n'est peut-être pas absolument décisive, le récit 
de l'espion étant naturellement un peu suspect. Il faut d'ailleurs 
reconnaître que tout cela est bien conforme au caractère de 
Louis XI. 

En tout cas, c'est ce prétexte que Louis XI saisit pour entrer en 
campagne contre Jean V, s'emparer de Lectoure, capitale des do- 
maines d'Armagnac au sud de la Garonne, et obliger le comte à 
se réfugier à Fontarabie (1469), tandis que le Parlement de Paris 
le condamne à la confiscation des biens pour haute trahison (1470). 
C'est cette condamnation que la royauté va désormais invoquer 
pour revendirjuer les domaines d'Armagnac. 

Jean V reparait bientôt d'ailleurs lorsque le duc de Guyenne, 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 377 

frustré de ses espérances par la naissance du futur Charles VIII, 
se révolte contre son frère. L'armée royale entre pour la seconde 
fois à Lectoure (juin 1472) ; mais Jean V reprend la ville par sur- 
prise (octobre) et Louis XI, qui redoute toujours un soulèvement 
général et l'entrée des Ax'agonais dans le Roussillon, envoie une 
armée faire de nouveau le siège de Lectoure. Jean V capitule 
encore, mais à la suite d'une querelle il est assassiné devant sa 
maison, meurtre qui fut, d'après M. S., non le résultat d'un dessein 
prémédité du roi, mais l'efiet d'un simple hasard. C'était en tout 
cas pour Louis XI un ennemi dangereux qui disparaissait, et la 
mort de ce maître fourbe, de ce débauché frappa les contempo- 
rains. Lui aussi s'était en somme dépensé en des luttes stériles 
pour sa maison. 

Or, au même moment, le frère de Jean V, Charles d'Armagnac, 
vicomte de Fezeusaguet, dont M. S. raconte la vie beaucoup 
moins connue, disparaissait aussi de la scène. Représentant 
comme son frère « l'esprit d'indépendance ou plutôt de rébellion 
des provinces du Midi contre le roi de France », après avoir été 
au service de Louis lorsqu'il était dauphin, puis du duc de Savoie, 
maître du Rouergue et des seigneuries de l'Albigeois à la mort de 
Jean IV, marié en 1468 avec Catherine de Foix-Candale, ce qui 
resserrait encore l'union des deux grandes maisons du Midi, il 
n'avait pas tardé, à l'occasion de la guerre du Rien public, à se 
livrer dans les Cévennes etle Rouergue àtoute une série de pillages 
et de meurtres : fausse monnaie, viols, sodomie, innombrables 
sont les crimes qu'on lui reprochait. Louis XI avait envoyé une 
armée s'emparer de lui, et le Parlement de Paris le condamnait au 
bannissement à peu près au moment où Jean V mourait à Lec- 
toure. 

Jean V mort, Charles à la Rastille, où il resta jusqu'en 1483, les 
biens des Armagnacs se trouvaient sans maître. Louis XI en 
distribua une partie à ses lieutenants Pierre de Reaujeu, Gaston 
de Foix, Alain dAlbret, etc., et garda l'autre. La maison d'Arma- 
gnac était désormais complètement dépossédée et l'histoire de 
Charles d'Armagnac n'est plus que l'histoire du démembrement 
de la principauté et de la mainmise définitive de la royauté sur 
ces domaines; elle est néanmoins intéressante par la résistance 
qu'opposèrent à ce démembrement les populations et les sei- 
gneurs voisins. 
L'administration violente et rapace de Louis XI, la levée d'im- 

A.NNALES DU MIDI. — XXI. 25 



378 ANNALES DU MIDI. , 

j)ôts excessifs, les pillages des ti-oiipes royales s'ajoutant aux 
misères causées par la peste et des hivers rigoureux suscitent de 
violentes haines qui, avec les désirs d'indépendance et d'autono- 
mie toujours vivants chez les seigneurs et dans les communautés, 
donnent lieu après la mort de Louis XI à une réaction aussi vio- 
lente dans le Midi qu'à Paris. Charles d'Armagnac sort de la 
Bastille où il est l'esté treize ans en butte aux mauvais traitements ; 
les Etats généraux de Tours lui restituent ses domaines, mais 
seulement « par manière de provision », et les places fortes reçoi- 
vent des gouverneurs royaux (21 mars 1484). Ainsi, en dépit d'une 
réaction passagère, la royauté n'abandonnait pas sa politique, et 
le successeur de Louis XI continuait la lutte contre les maisons 
féodales, lutte qu'allait faciliter l'affaiblissement progressif des 
facultés mentales de Charles d'Armagnac, victime de ses débau- 
ches et du long emprisonnement qu'il avait subi. Charles lui-même 
cède à Alain d'AlJjret le comté d'Armagnac, berceau de la puis- 
sance de sa maison ; il dépense ses ressources dans un train de 
vie d'un luxe inouï, et lorsque, complètement fou, il a tué un de 
ses gentilshommes, le Parlement de Toulouse nomme Alain 
d'Albret curateur et administrateur des domaines sous la main 
du roi. 

Dès lors, ce n'est plus jusqu'à la mort de Charles, retiré le plus 
souvent à Castelnau de Montmiral, qu'une succession de vicissi- 
tudes qui n'ont guère d'intérêt que pour l'histoire locale. Tout se 
réduit aux menées de la royauté pour garder la curatelle du 
prince et défendre ses biens contre les convoitises de ses voisins. 
Alain d'Albret cherche à profiter de sa situation pour annexer 
l'Armagnac à ses domaines, mais il montre trop de hâte, soulève 
les Etats contre lui, et le roi nomme à sa place trois autres cura- 
teurs (i4.S6). Le récit des mésaventures romanesques du commis- 
saire chargé d'exécuter les ordres royaux, repoussé par les parti- 
sans d'Albret et le Parlement de Toulouse, accueilli par d'intenses 
charivaris, emprisonné même, constitue un excellent tableau de.s 
mœurs et de la vie politique de la Gascogne à la fin du xve siècle. 
Bientôt quatre-vingt-neuf places sont réunies au domaine royal ; 
mais les'Etats d'Armagnac protestent: défenseurs de l'indépen- 
dance du pays contre des étrangers qui le pillent et le ruinent, ils 
obtiennent du Parlement de Paris la nomination de trois autres 
curateurs. 

Alors Clinrlcs VTII entre en conflit avec le Parlement de Paris: 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 379 

il nomme malgré lui deux autres curateurs; il suscite des trou- 
bles en Gascogne, où royalistes et Armagnacs sont sans cesse aux 
prises. Enfin la mort de Charles d'Armagnac (3 juin 1497) vient 
mettre un terme à cette situation inextrical)le. 

La disparition du dernier descendant maie et légitime de la 
branche directe d'Armagnac soulevait, en effet, la question de 
succession. La royauté allait-elle enfin atteindre le but qu'elle 
poursuivait depuis si longtemps, ou les domaines de la maison 
d'Armagnac passeraient ils à une autre dynastie féodale? Les 
candidats étaient nombreux pour revendiquer l'héritage : le duc 
de Nemours, Alain d'Albret, le duc d'Alençon et sa femme Mar- 
guerite d'Angoulême, etc. Le roi, d'autre part, prétendait être le 
maitre du pays en vertu de la confiscation de 1470 et de la trahi- 
son de Jean V, tandis que les prétendants soutenaient l'in- 
nocence du comte et la nullité de sa condamnation. Le Parlement 
de I^aris fut saisi de l'affaire, qui traîna en longueur sous 
Louis XII. La mort de Louis XII devait naturellement favoriser 
un des prétendants. François 1er, en effet, dès son avènement au 
trône, abandonna à sa sœur Marguerite d'Angoulême et au duc 
d'Alençon toute la succession (février 1515). 

C'était un magnifique apanage que reconstituait ainsi bien 
inutilement le favoritisme royal. Marguerite d'Angoulême l'ap- 
porta, après la mort du duc d'Alençon, à son second mari, Henri ler 
d'Albret, roi de Navarre, réalisant ainsi l'union des domaines 
'd'Albret et d'Armagnac, qu'avait vainement poursuivie Alain 
le Grand. Ces domaines passèrent à la fille d'Henri et de Margue- 
rite, .Jeanne d'Albret, et par elle à Henri IV qui devait enfin les 
réunir à la couronne en février 1607. 

Ce n'est donc qu'à la suite de vicissitudes sans nombre que la 
Gascogne rentrait dans l'unité française. Mais, dès la mort de 
.Jean V, l'autorité royale était implantée dans le pays, puisque la 
restitution faite à Charles n'avait pas comporté l'exercice des 
droits régaliens des anciens comtes. La tentative des comtes pour 
créer, avec un appui venu de la péninsule ibérique, une vaste prin- 
cipauté méridionale par l'union de la Gascogne et du Rouergue 
avait échoué : c'était aussi la ruine des rêves d'indépendance des 
populations gasconnes, qui s'étaient montrées constamment 
attachées à leurs comtes parce que ceux-ci, malgré leur peu de 
valeur représentaient les principes d'autonomie locale, tandis que 
la centralisation royale se manifestait par des levées d'impôts et 



380 ANNALES DU MIDI. 

des suppressions de privilèges. M. S. montre bien dans sa conclu- 
sion les causes politiques et géographiques qui, unies à l'incapa- 
cité ei aux vices des derniers comtes, devaient amener cet échec. 
Nous souhaitons que l'analyse qui précède donne une idée de 
l'intérêt de cet ouvrage. L'histoire de la chute de la maison 
d'Armagnac se rattache étroitement, on l'a vu, à celle des 
autres grandes familles féodales du Midi et à la formation de 
l'unité française. Il était utile de réunir en un seul corps tous 
ces faits qui font partie de l'histoire générale. Une histoire com- 
plète de la maison d'Armagnac à ses origines et à son apogée 
offrirait le même intérêt, et M. S., par sa documentation sûre et 
précise, par son esprit critique et son aptitude à saisir les idées 
générales qui se dégagent du sujet, semble tout indiqué pour la 
raconter. 

Fr. Galabert. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. 

Alpes (Hautes-). 

Annales des Alpes, 1907. 

p. b-22, 55-69. P. G[uillaume]. Cloches et argenterie des églises et des 
émigrés des Hautes-Alpes, 1791-1795. [Textes mentionnant des envois 
de cloches et de matières d'or et d'argent aux ateliers nationaux de 
Montpellier, Avignon. Marseille et à la Monnaie de Paris. Quelques 
bordereaux d'envois.] — P. 23-30. Id. Situation de dix communautés 
alpines en 1755-1756. [Chorges, Arzeliers et Laragne, Eyguians, Lazer, etc. 
Détails précis, extraits des « rôles des vingtièmes >■>.] — P. 34-40. Va- 
riétés. [Les chartes communales de La Roche-des-Arnauds de 1384 et 
1451. Résumé; L'Histoire des Hautes- Alpes par le baron de Ladou- 
cette ; Lettre de l'archevêque d'Embrun à celui de Bordeaux, 5 sept. 
1630.] — P. 41-54, 107-19. P. G. Lettres à Marchon, maire de Gap, pré- 
sident de l'assemblée électorale de Chorges et de l'administration du 
département des Hautes-Alpes en 1789-1790. [Intéressantes pour l'his- 
toire des débuts de la Révolution dans ce département.] — P. 70-6. 
P. G. Situation du clergé du district de Serres en septembre 1794. 
[Document qui présente cette situation par paroisses : le culte était 
désorganisé.] — P. 77-80. Variétés. [Dont un mémoire en langue vul- 
gaire de l'an 1500.] — P. 81-107. P. G. Le mausolée de Lesdiguières. 
[Œuvre de Jean Richier, érigée au Glaisil, transférée à Gap en 1798, 
enfin au Musée de cette ville après diverses pérégrinations. Documents 
relatifs à ces transferts, 1798-1836.] — P. 119-20. Variétés. [Ecoles de 
Gap, 1527-8; Les biens des consistoires en 1703.] — P. 121-44, 161-75. 
P. G. La défense des Alpes en 1792-1797. [Documents signés par Vallier 
de Lapeyrouse. Kellermann, Dupin, Daubigni, Brutus Serre. A. Dumas, 
Valette, etc.; par les administrateurs du directoire des Hautes- Alpes ; 



382 ANNALES DU MIDI. 

par ceux des districts de Briancon, Embrun, Gap, Serres.] — P. 145-54, 
192-9, 213-21. Journal de Claude Liothaud, receveur de l'Enregistrement 
et des Domaines du roi au bureau établi à La Grave, maire de ladite 
commune en 1818, pour servir à la postérité. [Description de la com- 
mune de La Grave avant la Révolution, son administration sous les 
lois nouvelles; suit une chronique de la commune de 1816 à 1874.] — 
P. 154-60. Variétés. [Contrat de mariage du vicomte dé Vareilles avec 
la fille du seigneur de Veyne. 1786; Spécimen du livre de raison d'An- 
toine Rame, de Chàteauvieux-sur-Tallard, en 1520-1521 : la langue vul- 
gaire s'y mêle au latin et au français.] — P. 175-84. Le canton de 
Guillestre en 1794, d'après les sans-culottes Jouve et Fantin. [Compte 
rendu très détaillé. Ces personnages avaient été délégués dans le canton 
par la Société populaire d'Embrun, en conséquence des arrêtés du 
Directoire du département.] — P. 200. Variétés. [Parité entre l'émine 
et le setier, et valeur de la charge à Savournon en 1437-1444.] — P. 201. 
Assassinat de Rostaing de Bataille, 15 août 1792. Amnistie des meur- 
triers, 2 sept. 1797. [Cet ancien officier avait été tué, comme aristocrate, 
par quelques énergumènes.] — P. 208-12. Casernes de la ville de Gap. 
[1738-1739, 1711. Délibérations de l'assemblée générale de la commu- 
nauté tendant à la construction d'un « corps de casernes » et aux 
moyens d'y pourvoir.] — P. 222-8. Variétés. [La marine française 
d'après la Société montagnarde des Sans -Culottes d'Embrun, 1794 : 
il s'ngit de l'augmenter, en haine des Anglais; La famille Bardel, de 
Chanousse, son éloge par la municipalité, 1794 ; Le lion en marbre du 
monument de Lesdiguières : perdu, réclamé vainement en 1799 par le 
département.] 

Avec pagination spéciale. P. 177-312. P. Guillaume. Aperçu histori- 
que sur Guillestre et ses environs. [Suite et fm, chap. xiv à xxvi : 
le pouvoir royal, affaires militaires, les escartons, mesures, poids et 
monnaies, agriculture, assistance publique, épidémies, instruction pu- 
blique, notaires et minutes notariales, etc.] P. D. 

Aude. 

Bulletin de la Commission archéologiqiie de Narbonne^ 
1908-1909. 

p. 1-23. G. Am.\rdel. Les monnaies féodales de Narbonne. [Excellent 
travail.] — P. 23-37. Abbé Sahautiiès. Les abbayes de Saint-I. auront 
dans le Narbonnais. [L'auteur réduit les abbayes de quatre à deux, 
et prouve la fausseté de la charte de fondation de l'abbaye de Saint- 
Ciiinian de 836.1— P. 37-130, 189-280. J. Régné. Amauri II. vicomte 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. 383 

de Narbonne (1260-1328). Sa jeunesse et ses expéditions; son gouver- 
nement, son administration. [A suivre. Début de cet excellent travail, 
qui est une thèse de l'Ecole des Chartes; cî. Annales, t. XIX, p. 423, 
Catalogue des sources ; rôle d'Amauri en Toscane à la suite de Charles II 
de Sicile ; son avènement à la vicomte ; ses rapports et son pariago 
avec Philippe le Bel ; la rupture du pariage sous Charles IV le Bel ; 
les préparatifs d'une croisade en Orient; les rapports entre le vicomte, 
l'archevêque et les consuls de Narbonne.] — P. 131-89. G. Amardel. 
Les monnaies des Elisyques et les autres monnayages narbonnais. 
[Très importante étude qui soulève beaucoup de problèmes et de dis- 
cussions sur le monnayage grec et ibérique d'Elicia, sur le pays des 
Elisyques de Narbonne, sur les Longostalètes. qui ne seraient pas un 
peuple, mais les magistrats comptables d'Elicia, sur l'absorption des 
Volkes par les Elisyques, ibères d'Elicia, sur les rapports entre Elicia 
et Montlaurès.] — P. 280-91. J.-P. Thiers. Notes sur les Ibères du Bas- 
Languedoc. [Etude curieuse sur la vieille localité d'Enserune, qui aurait 
pu être la ville des énigmatiques Nédènes.J — P. 29-1-305. 353-67, 
J. YcHÉ. Notes sur Jacques Gamelin. [Suite et à suivre.] — P. 306-27, 
466-85. J. Amardel. La signification du crocodile de Nimes. [Le cro- 
codile et le palmier, avec les accessoires, la couronne, la chaîne, 
l'aspect menaçant de la bête, seraient une allusion satirique et carica- 
turale non seulement à l'Egypte, mais à Antoine, à Cléopâtre et a ses 
trois enfants, au triomphe d'Auguste.] - P. 329-52. Id. Un cas de sur- 
frappe instructif. [Attribution à Narbonne des monnaies de Germanus.J 
— P. 867-466. J. Régné. Amauri II, vicomte de Narbonne; deuxième 
partie. [Suite et à suivre. Les sujets du vicomte, les classes, leurs 
conditions; l'hommage; l'albergue; le service militaire; la famille 
d'Amauri.] — P. 485-509. F. -P. Thiers. Recherches sur les Ibères du 
Roussillon. [Etudes sur Castel-Roussillon et les objets qu'on y a trou- 
vés, sur le burgus Erbinus; refus provisoire de placer Illiberis à 

Elne.] ^^- ^r 

Bouches-du-Rhône. 

, Bulletin de la Société des Amis du vieil Arles, t. IV, 
1906-1907. 

N» 5. P. 279-89. E. F. Les rues d'Arles. La rue Laurent-Bonnemant. 
[Se termine dans le n" 2 de l'année 1908, p. 144-55. Cette rue porte le 
nom du savant abbé dont il est si souvent question dans le Bulletin. 
Elle se compose des anciennes rues Saint-Laurent et du Logis de 
Sainte-Marthe. Ce logis avait été sui-nommé V Auberge de la tarasque 



384 ANNALES DU MIDI. 

par les mariniers, en souvenir d'une patronne « de farouche vertu, que 
nul jamais n'apprivoisa », mais qui faisait admirablement la cuisine 
tarasconnaise. L'abbé Bonneniant fut vicaire à l'église Saint-Laurent. 
■ Pendant un demi-siècle, il amassa des documents sur l'histoire d'Arles. 
La collection Bonneniant est aujourd'hui l'un des trésors de la biblio- 
thèque d'Arles. J — P. 290-302. E. F. Une promenade dans Arles en 
février 1795 (ventôse an IIIj. [Récit de Pierre Véran, l'annaliste arlé- 
sien, témoin oculaire, qui avait souffert de la Terreur, comme affilié à 
la Chiffone, société contre-révolutionnaire.] — P. 303-30. [M. Chailan 
et E. Lacaze-Duthiers.] Nos vieux archéologues. Le chevalier de 
Gaillard; ses lettres surJes antiquités d'Arles. [Suite d'une publication 
commencée dans le n° 2. Se continue dans l'année 1908, n» 1, p. 58-80; 
n" 2, p. 116-39.] — P, 331-56. Abbé M. Chailan. Les réunions des che- 
valiers de INIalte au grand prieuré, 1622-1791. [Se termine dans le n" 6. 
p. 358-98. Après la mort de Pierre d'Esparbès de Lussan, grand prieur 
de Saint-Gilles, survenue en 1621, on exécuta un décret de 1615, ordon- 
nant le transfert du siège des grands prieurs de Saint-Gilles, ravagé 
par les guerres religieuses du xvp siècle, dans la ville d'Arles et dans 
l'immeuble de la commanderie de Trinquetaille, situé sur les bords 
du Rhône, rive gauche. Ce fut l'occasion d'une série ininterrompue de 
réunions de chevaliers jusqu'à la Révolution. Deux pliototypies.] 

N° 6. P. 390-115. J. Auvergne. Fontvieille. Notes et documents. [Se 
termine dans le n» 1 de l'année 1908, p. 2-.57. L'auteur étudie successi- 
vement la préhistoire, l'époque romaine, le moyen âge, la baronnie de 
Castellet, Mont-Paon, la communauté, l'église de Saint-Pierre-ès-liens, 
les impôts et redevances, l'agriculture, l'administration communale et 
les troubles de 1790 à 1815. Une carte.] — P. 116-30. A. L. Etablisse- 
ments de charité Israélites au moyen âge. [D'après des manuscrits iné- 
dits du comte Remacle. Dès 449 on trouve mention des Juifs arlésiens.] 

— P. 431-2. E. F. Les proverbes du jiays d'Arles. {Apri's Ion capey- 
roun l'espitnu! En quittant le chaperon, les consuls d'Arles devenaient 
recteurs de l'hôpital du Saint-Esprit. De là ce proverbe à double sens. 

— Per avé bon ve>tt, fau fouita loti moussi. Expression de marin 
assez obscure.] 

1908. 

N» 2. P. 82-115. Abbé M. Chailan. L'Ordre de Malte dans la ville 
d'Arles. Les chevaliers arlésiens» [Ce travail érudit se continue dans 
le n" 3, p. 170-205, et se termine dans le n" 4, p. 250-84. 11 so compose 
de renseignements biographiques rangés sous les noms de famille. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. t-t85 

classés eux-mêmes par ordre alphabétique. Ces notes font suite à 
l'étude de l'Hotel du Grand-Prieuré. L'ensemble, tiré à part, orné de 
nombreuses planches, et complété par un erratum, une bibliographie 
et une table générale, forme un beau volume : L'Ordre de Malte 
dans la ville d'Arles, Bergerac, 1H(J8, in-8 de xix-387 p.] — P. 140-2. 
Assemblée générale de la Société des Amis du vieil Arles, le 29 mars 
1908. [Un extrait du procès-verbal fait connaître que la Société a fait 
restaurer à ses frais la statue d'Auguste, qui est maintenant la pièce 
capitale du Musée lapidaire d'Arles. Elle a exhumé une. stèle funéraire 
à quatre personnages, avec inscription, également portée au Musée. 
Elle se propose de continuer les fouilles de l'ancien rempart du xii<" siè- 
cle, construit avec les précieux débris du théâtre antique et d'autres 
monuments romains disparus. Ce rempart a déjà rendu des fragments 
de YArcus admirabilis, de la meta du Cirque, des bas-reliefs, des 
chapiteaux, etc. Les Annales du Midi sont heureuses de signaler ici 
le bel et fécond exemple donné par la Société.] — P. 156-8. E. F. Les 
proverbes du pays d'Arles. [L'afàire de meste Chabert, propriétaire 
d'une bicoque dans le Théâtre antique, dura si longtemps, que sa ma- 
sure, objet du litige, s'écroula sur lui. L'obstiné vieillard, du fond des 
décombres, s'écria : c< Aro téné moun afaïre ! » — Lou proucès di frdiré 
Pessoun dut illusti-er aussi l'interminable longueur des vieilles procé- 
dures.] 

N° 3. P. 206-20. E. Lac^zk-Duthiers. Nos vieilles pierres. La stèle 
funéraire trouvée dans l'ancien rempart d'Arles dit de la Porte de 
Laure. [Deux phototypies montrent la place de la stèle dans le rempart, 
et la stèle avec ses quatre portraits en bas-relief. Il s'agit d'alïranchis.] 
— P. 221-4. Pasteur Destandao. Relation du siège de la ville d'Arles 
en l.lOl et 1592, par Pierre Manferel, des Baux. [Manferel fut notaire 
aux Baux de IHOO à 1592.] — P. 225-36. A. L. et E. F. Verbal de la 
fête de l'inauguration de robélis(iue d'Arles en l'honneur de Napo- 
léon l-'S le 28 lloréal an XII (18 mai 1805). [Récit d'un témoin oculaire, 
tiré des archives familiales de M. Chiavary. L'obélisque avait orné la 
spina du Cirque, puis avait porté le soleil de Louis XIV. Une planche 
de 1805 nous le montre surmonté de l'aigle. Le préfet ïhibaudeau pré- 
sida la fête, après laquelle l'auteur anonyme lui souhaite « bon voyage, 
et surtout plus de retour ! >•> Rien de l'enthousiasme officiel : 

« Félix Arelas, 
Proba te tnemorem. 
Triibaldi tutelae 
Te conimisit. » 



aS6 ANNALES UU MIDI. 

P. 237-48. E. Fassin. Nos vieilles familles d'Arles. Les Véran. [Se 

termine dans le n» 4, p. 310-24. Cette famille d'érudits est encore repré- 
sentée à Arles, après une histoire de sept siècles, et ses représentants 
actuels n'ont rien à envier à leui's ancêtres, au point de vue des ser- 
vices rendus à la science, comme on le verra ci-après.] 

N° 4. P. 285-304. A. Véran. Arles souterraine. Le Forum et la Basi- 
lique. [Travail important et neuf, basé sur les documents et les fouilles, 
tel. en un mot, qu'on pouvait l'attendre d'un architecte à qui l'archéo- 
logie artésienne doit déjà la reconnaissance, le déblaiement et la res- 
tauration partielle du Palais et des Thermes de Constantin. L'auteur 
établit que les substructions du vaste édifice compi'is entre la place du 
Forum, le Musée d'antiquités, la rue de l'Hôtel-de- Ville et le Museon 
arlaten (ancien collège, ancien hôtel de Laval), appartiennent au Forum 
et non à des Thermes. Un plan teinté montre, en corrélation avec les 
constructions et rues modernes, le quadrilatère du Forum, compre- 
nant une double galerie voûtée entourant une area, et paraissant avoir 
supporté un double portique à colonnes. Une planche ancienne donne 
les restes de la fa(-ade, tels qu'on les voit encore sur la place du Forum, 
avec les trous de l'inscription de la partie droite du frontispice. M. V. 
reproduit inexactement la restitution de Séguier, que donne correcte- 
ment le C. I. L., XII, 668. tout en mettant le lecteur en garde : « Seguie- 
ranae restitutioni cave ne fidein habeas. » Une ^planche donne l'élé- 
vation et la coupe de diverses parties du Forum, d'après les décou- 
vertes et le plan de Pierre Véran. Des fouilles récentes dans la cour du 
Museon arlaten ont mis en évidence un beau mur circulaire qu'on 
apercevait autrefois très mal au fond d'une cave, et où M. V. voit avec 
toute raison l'abside d'une basilique avoisinant le Forum ou même en 
faisant partie. Cette abside présente, sur un développement de 23 mè- 
tres, une porte d'entrée centrale, de caractère monumental, précédée 
d'un portique extérieur, dont il reste le soubassement et une colonne 
en marbre. Elle est ornée à l'extérieur de dix arcatures séparées par 
des pilastres, et, à l'intérieur, de dix niches séparées par des colonnes 
en granit. Le projet d'isolement du monument prévoit l'abaissement de 
la cour au niveau antique, de manière à lui créer un cadre convenable, 
le mettant en valeur. La continuation des fouilles et la dépose d'un 
mur de rempart tout voisin, construit en matériaux antiques, permet- 
tront sans doute de retrouver et de remettre en place des assises ayant 
appartenu à rédifice, nouvelle attraction pour les savants et les artis- 
tes, nouveau lleurun de la couronne d'Arles, (|ue ses lils enrichissent 
tous les jours.] — P. 305-9. Abbé I\I. Ciiailan. Le sarcophage des 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. 387 

Saintes-Maries-de-la-]\rer. [I/auteur le rapproche du sarcophaj^'o de 
Notre-Dame-de-Vallauris. Planche.] E. B. 

Corrèze. 

1. Bulletin de la Société des lettres^ sciences et arts de 
Tulle, 1908. 

P. 5-30. J. Plantadis. L'agitation autonomiste de Guienne et le nioTive- 
ment fédéraliste des Girondins en Limousin (1787-1793). [Début d'une 
étude qui promet d'être intéressante. Renseignements de seconde main 
sur les assemblées provinciales tenues à Limoges et à Guéret (1787) et 
sur les efforts faits en vue de constituer des Etats généraux de Guienne, 
en y comprenant le Limousin et la Marche. A #uivre.] — P. 31-52, 
331-51, 421-8. E. Bomual. Notice sur Pierre Relier, curé d'Argentat 
(1763-184t>). [Détails sur la vie religieuse dans une paroisse rurale, pen- 
dant la Révolution.] — P. 53-66, 291-307. J.-P. Poulbrière. Inventaire 
des titres du château de Pompadour, fait en 1765. [Suite et à suivre.] 
— P. 67-71. E. BoMBAL. Second rapport sur les fouilles opérées au Puy- 
du-Four, commune de Monceaux, campagne 1907. [Voir le Bulletin de 
1906, p. 405. Résultats confirmatifs des précédents.] — P. 73-83. 
P.-J.-R. JoFFRE. Saint Xanctin. [Légende et culte du saint.] — P. 8f-105, 
309-29, 357-95. R. Fage. Le collège d'Ussel. [Fondation du séminaire 
de Moustier-Ventadour, en 1617, par Anne de Lévis, duc de Ventadour. 
Création d'un collège à Ussel par les consuls de cette ville, en rempla- 
cement du premier établissement qui semble n'avoir pas vécu (1644). 
Son organisation d'après les quelques documents qui subsistent. Sa 
fermeture en 1791 et sa réouverture en l'an X. A suivre.] — P. 107-77. 
G. Clêment-Simon. Recherches sur l'histoire civile et municipale de 
Tulle avant l'érection du Consulat. [Publie, commente et complète plu- 
sieurs notices d'Anne Vialle sur les établissements religieux, hospita- 
liers, etc . de la ville de Tulle, aussi bien après qu'avant l'érection du 

■ Consulat. Publie, en outre, quelques documents relatifs aux fortifica- 
tions (1597-1695) et un plan des églises de la ville, du xviii» siècle. A 
suivra.] — P. 179-276, 441-86. V. Forot. Mines et minières de la Cor- 
rèze. [Nomenclature complète, avec carte, et historique de tous les 
gisements du département, exploités ou non. A suivre.] — P. 397-419. 
J.-B. Champeval. Tulle et ses intérêts municipaux au xvii» siècle. 
[Sous ce titre, publie des documents relatifs à l'administration munici- 
pale de Tulle.] Ar P. 



388 ANNALES DU MIDI. 

II. Bulletin de la Société scientifique, historique et 
archéologique de Btnve, 1908. 

p. 17-49. L. Bardon, A. et J. Bouyssonie. Station préhistorique de la 
Coumba-del-Bonïtou, près Brive. [Suite et fin de la description des 
objets trouvés.] — P. 51-98. J. Plantadis. Les maîtres du paysage 
limousin. [Suite et fin de cette étude accompagnée de planches hors 
texte.] — P. 99-100. D"' Charyilhat. Notice sur un jeton de Charles de 
Lévis, baron de Charlus. — P. 101-13. J.-B. Joffre. Histoire de la 
paroisse de Saint-Eloi. [Insignifiant.] — P. 115-9. J. de Saint-Germain. 
Un Briviste à la Conciergerie (thermidor an II). — P. 121-2. J.-B. Espé- 
RET. Le monastère de Coiroux. [Il s'agit simplement d'une quittance où 
figurent les noms des religieuses de cette abbaye en 17'i9.] — P. 123-4. 
Ph. Lalande. Ecus d'or trouvés au Mas, commune de Brive. — P. 127-36. 
E. Fage. La grotte de Saint-Gondon. [Signale l'existence, dans cette 
grotte, d'un oratoire « qui, pendant plusieurs siècles, a attiré de nom- 
breux pèlerins ».] — P. 137-43. Abbé Albe. Un épisode de la guerre de 
Cent ans. Le château de Roussille et les Malemort (1365-1367). [Texte 
et commentaire d'une plainte adressée à Edouard III par Guillaume, 
seigneur de Malemort et de Brive, contre le bâtard d'Albret qui s'était 
emparé de l'héritage de sa femme, Gatienne.] — P. 145-89. G. Godin de 
Lépinay. Noms patois ou vulgaires des plantes de la Corrèze. [Travail 
très soigné, paraissant aussi complet que possible.] — P. 191-204, 
333-64. J. Lalande. Remparts de Brive. [D'après des documents 
extraits des archives communales de Brive, 1608-10 et 1344-75, ces der- 
niers en dialecte local.] — P. 205-13. J. de Saint-Germain. A propos 
d'un vieil acte de baptême. [Celui de Marc de Salés, 1762.] — P. 215-20. 
G. Bertin. Le tombeau de la famille Cabanis au cimetière d'Auteuil. — 
P. 221-32. J. Espéret. Lettres inédites du marquis de Mirabeau à sa 
belle-fille, M'»« de Mérignane. [Trois lettres, 1772-78.] — P. 233-51. 
Eyshartier. Titres et documents. Abbaye d'Uzerche. [Liève de rentes 
dues à l'abbaye au xviii* siècle.] — P. 253-8. L. de Nussac. Les noms 
de nos rivières. [Notes étymologiques, d'après un travail de M. Raoul 
de Félice.] — P. 259-60. Ph. Lalande. Titres et documents. {Un seul 
concernant l'hôtel de la Labenche, menacé de dégradations en 1792.] — 
P. 261-78, 398-412. J.-B. Champeval. Autres vénérables documents mo- 
nastiques sur Tulle et Rocamadour. [A suivre.] — P. 279-89. L. et 
H. Duboosquet. Général de Briche (1772-1825). — P. 301-11. Abbé 
Albe. Les abbés limousins de l'Abbaye Nouvelle en Gourdonuais. — 
P. 315-31. L. Bardon, A. et J. Bouyssonie. La grotlo de la Font- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. ;'89 

Robert, près Brive.v [Station préhistorique. Description des objets 
trouvés.] — P. 365-77. L. dk Nussac. François de Gain-Montaignac, 
évêque de Tarbes (1744-1812), d'après deux ouvrages récents. — P. ;}79-9.5- 
J. DE Saint-Germain. Deux chouans : Le chevalier de Montmaur et le 
baron de Commarque. — P. 413-3'2. J. de Saint-Germain. Un soldat de 
l'an I : Pierre Lalande. — P. 487-53. .T.-B. Espéret. Requeste présentée 
au Roy par MM. les Députés de la viconipté de Turenne. [Pi-otestation 
contre la vente de la vicomte.] — P. 455-82. Ch. de Loménie et J. La- 
lande. Faye-Lachèze et les débuts de la Révolution à Brive. — 
P. 483-90. V. Forot. La bombarde de Brive-la-Gaillarde. [Description 
d'une bombarde du xiv= siècle, conservée au musée de Brive.] — 
P. 503-6. G. de Lépinay. En souvenir d'un naturaliste. [Il est question 
dans cet article de l'introduction de la pomme de terre en Bas-Limou- 
sin.] — P. 507-27. V. Forot. Les marguilliers des Mathurins en 
Limousin. [Quelques détails intéressants.] A. P. 

Garonne (Haute-). 

I. Bulletin de la Société archéologique du Midi de la 
France, novembre 1907-juillet 1908. 

p. 183-6. J. de Lahondès. Ronsard couronné à Toulouse par l'Académie 
des Jeux Floraux. [Preuve authentique qu'il a reçu en 1.555 une Minerve 
d'argent.] — P. 187-98. Bégouen. Une espionne inconnue du cardinal 
de Richelieu : M"« d'Amalby, née Sybille des Aiguës. [Étude intéres- 
sante, d'après le manuscrit des lettres de M"« de Chémerault, sur cette 
personne, qui transmettait ses renseignements au cardinal.] — P. 199- 
202. Abbé Corraze. Les meubles du château de Balma près Toulouse 
au xvi= siècle. [Inventaire curieux tiré des archives départementales.] 
— P. 202-7. J. DE Lahondés. Trois beaux portails de Toulouse détruits. 
[Avec 3 figures.] — P. 210-5. Delort. Notice sur Y Alchymista christia- 
nus, ouvrage imprimé à Toulouse en 1632 et sur son auteur, Pierre- 
Jean Fabre. de Castelnaudary. [Détails intéressants sur le bas-relief du 
Sagittaire, de Saint-Sernin de Toulouse.] — P. 216-8. E. Harot. Un 
écLisson sculpté à Brax (Haute-Garonne). — P. 218-22. Barrière-Flavy. 
Cuve baptismale de Grépiac (Haute-Garonne). [Excellente description 
de ce bénitier, sans doute du xiii« siècle, orné de scènes de la vie de la 
Vierge.] — P. 223-8. De Champreux. Le tombeau de Montmorency, 
à Moulins, sa description, son historique. [Avec 1 pi.]. — P. 229-32. 
D"^ Tachard. Oratoire de Saint-Martin-de-Fenouillar. — P. 234-6. Abbé 
AuRioL. Un mortier roman servant de bénitier dans l'église de Villar- 



3C0 annai.es du midi. 

donnel (Aude). [Avec 2 fig.]. — P. 237-8. Cautailhat. Note sur une 
sirène en bronze trouvée à Minorque [Avec 1 fig.]. — P. 2'39-40. Delorme. 
Cachette de monnaies à Larroque (Tarn). [Pièces de l'époque de 
Charles VIII à Charles IX, surtout de Béarn.] — P. 21(MJ. J. de Lahon- 
DÈs. Sur les statues de Saint-Sernin, dites des bienfaiteurs. [Avec 8 pho- 
togravures. Elles représenteraient, d'après une conjecture vraisembla- 
ble, des prophètes et des sibylles.] — P. 246-57. Barriére-Flavy. Rap- 
port sur le concours de 1907, récompenses aux travaux de : l'abbé 
CoRRAZE, sur l'église de Saint- Amans, près Muret; de l'abbé Milhau, 
sur la paroisse de Pin-Balma et l'église de Balma, près Toulouse; de 
FouQUE, sur les noms des quartiers et des rues de Toulouse, empruntés 
aune corporation ou à un métier; de Harot, Recueil d'armoiries ecclé- 
siastiques toidoHsaines; de L. Boscus et l'abbé Galabert, sur l'histoire 
de Caussade. — P. 258-61. J. de Lahondès. L'Horace et le Térence de 
l'ancienne Académie des Jeux Floraux. — P. 261-4. Harot. Quelques 
vieux écussons des églises de Marigaac et d'Eaunes. — P. 264-79. 
J. DE IjAhondès. Galeries dans les cours des vieilles maisons à Tou- 
louse. [Avec 8 fig. Excellente dissertation.] — P. 283-5. Perroud. La 
Pieta. de Peyrusse (Aveyron). [Avec 1 fig.]. — P. 286-9. De Puykusque. 
Incarcération et remplacement d'un trésorier royal en 1457 à Toulouse. 

— P. 292. Galabert. Une ordonnance de Montluc de 1568. — P. 292-4. 
Vidal. Un souvenir de la Basoche à Toulouse. — P. 296-9. Pasquier. 
Construction d'un rétable en bois de noyer dans l'église des Minimes 
à Toulouse en 1622. [Contrat tiré des archives notariales de Toulouse.] 

— P. 301-9. De Rey-Pailhade. Une horloge décimale au Capitole de 
Toulouse en 1794. — P. 319-21. J. de Lahondès. Observations sur les 
portraits des Capitouls de 1593, 1635; la division de Toulouse ^m capi- 
toulats. — P. 324-5. E. Rossignol. L'atelier d'un cérami'ste gallo-romain 
à Lombers (Tarn). — P. 326-7. A. Couzi. Un expositoire du xviii« siècle 
(église de Cinlegabelle). [Objet provenant de l'ancienne abbaye de Boul- 
bonne.] — P. 327-34. De Bourdes. Famille de Clausade, de Rabastens 
(Tarn). Biographie et généalogie. Ch. L. 

IL Mémoires de la Société archéologique du Midi de la 
France, t. XVI, l--^ livr., 1903. 

P. 19-47. A. Jeanroy. Règle des chanoinesses augustines de Saint-Pan- 
taléon ou des onze mille vierges à Toulouse (1358). [Etude linguistique 
et publication de ce texte en langue romane du xiv siècle.] — J*. 48-78. 
DEf'AP. Les cluirtes de coutumes de la Haute-Garonne du xfir' au 
xvi^ siècle. [Très bon travail qui comprend une étude générale sur ces 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. 391 

chartes et un catalogue avec description sommaire de 167 pièces.] — 
P. 79-102. De Rivières. Musée de Toulouse; les statues tombales. 
[Avec 4 pi. Excellente étude.) — P. l(J3-()5. Désazars. L'art à Toulouse; 
les salons de peinture au xviip siècle. [Ces salons, de 1751 à 1791, d'après 
les livrets conservés.] — P. 16G-84. Abbé Cau-Durban. Statuts de la 
basoche du sénéchal de Toulouse. [Texte français de 1516 avec com- 
mentaire historique.] 

2« livr., 1908. 

p. 225-69. Aug. Vidal. Excursion à travers les comptes d'Albi de 1488- 
1489. [Avec uu excellent commentaire philologique et historique de ces 
comptes en langue romane; détails nouveaux sur Jacques I'"' comte de 
Castres, les couvents d'Albi, la pacification du Midi par le dauphin 
Louis, le pastel, Rodrigue de Villandrando.] — P. 269-89. J. de Lahon- 
DÈs. Les statues de la Vierge au Musée de Toulouse. [Avec 18 fig. 
Étude très soignée.] — P. 289-315. Dksazars de Montgailhard. L'art 
de la ferronnerie martelée à Toulouse. [12 lig.; 1 pi.]. — P. 317-41. 
Galabert. Une nouvelle miniature des Anaales capitulaires de Tou- 
louse. [1 pi. Nouveau feuillet, appartenant au baron Hugo de Beth- 
mann, représentant les quatre capitouls de 1593, œuvre probable de 
Jacques Bolvène.] — P. 343-7. De Champreux. Deux miniatures des 
Annales de Toulouse : Capitouls de 1593 et de 1635. [Avec 1 pi. La 
première est celle étudiée ci-dessus; la seconde, également arrachée 
aux Annales mamiscrites de Toulouse en 1798, œuvre de Chalette, 
actuellement au musée de Troyes, représente quatre capitouls de 1635.] 

Ch. L. 

Gers. 

Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1908. 

p. 18-21. A. Lavergne. Excursions des 30 avril et 1" mai 1907 en Astarac 
et Comminges (suite et fin). — P. 22-6. D"" de Sardac. Réception d'un 
médecin à Lectoure à la fin du xvP siècle. [Décembre 1599.] — P. 27-34 
Abbé Lamazouade. La commanderie de Saint-Antoine du Pont-d'Arratz, 
d'après des documents inédits. [Don de la seigneurie aux Antonins de 
Toulouse, le 14 août 1204; charte romane qui paraît publiée d'après une 
copie.] — P. 35-40. Ch. Palanque. Notes sur quelques faïenceries du 
Sud-Ouest. — P. 41-5. Abbé Lamazouade. Plaisance. Une page d'his- 
toire locale. [Cette page est relative à des événements qui se sont passés 
en 1693, 1729, 1741, 1757 et 1814.] — P. 46-8. J. de Mastron. Fêtes déca- 
daires et civiques à Bazian. [Une délibération de la municipalité, le 



392 ANNALES DU MIDI. 

10 thermidor an II, relative à l'ohservation des fêtes décadaires et une 
relation de la fête de Ja Souveraineté du peuple, le -lU ventôse an VII. 
Comme annotation à ces textes, il est parlé du « fanatisme de certains 
habitants, imbus des nouvelles doctrines, cherchant à effacer des 
croyances séculaires » et du « délire d'un peuple souverain agissant 
sous l'enipire d'une puissance occulte. »] — P. 49-.51. M"« M. Poirée. 
Une visite du représentant Monestier (1794). [Récit d'un habitant d'Au- 
viilars, tout à l'honneur de Monestier, qualifié néanmoins de « jacobin 
terrible », et assimilé à « tant d'hommes politiques qu'on pourrait nom- 
mer. »] — P. r)2-9. A. Lavergne. Les ouvrages historiques de M. l'abbé 
Cazauran sur le département du Gers, et sa monographie de Mirande. 
[Complet et intéressant.] — P. 60-70. D"" A. Sentoux. Traitement de la 
petite vérole par un médecin condomois. [D'après un ms. de Joseph 
Dubrana, chirurgien accoucheur à Condom, fructidor an VIII.] — 
P. 71-9. MiÉGEViLLE. Étude historique sur les haras du département du 
Gers. [Suite et à suivre.] — P. 80. Abbé Lagleize. Bail de construction 
du château de Flamarens. [Planche. M. L., en donnant la date du 
5 février 1469, ne tient pas compte de la date initiale de l'année qui alors 
n'était. pas le l"'' janvier.] — P. 87-91. P. Soliréne. Séjour d'un Anglais 
en Gascogne à la fin du xviii» siècle. [Traduit de l'anglais. Ces mémoi- 
res ont été écrits après la Révolution]. — P. 101-18, 181-200. Dumège. 
Les antiquités de la ville d'Auch. [Publication d'un ms. des archives 
départementales du Gers. Le nom de l'auteur indique la prudence avec 
laquelle il faut faire usage de cette œuvre.] — P. 119-22. R. Pagkl. Un 
agent matrimonial au xvm» siècle. — P. 123-32. Laporte. Documents 
sur Goudourvielle. — P. 133-9. Miégeville. Étude historique sur les 
haras du département du Gers. [Suite et fin.] — P. 140-3. Abbé TouR- 
NIER. Quelques coutumes de Jegun. — P. 144-6. Ph. Lauzun. La sta- 
tuette de N.-D.-des-Neiges à la chapelle de Cahuzac prés de Gimont. 
[Planche. De la première moitié du xii" siècle. Un archevêque la fit 
polychromer, au xix< siècle, par une religieuse ursuline.] — P. 147-9. 
}y DE Sardac. Découverte de tombeaux à l'Isle-Bonzon. — P. 150-7. 
Gh. Samaran. Trouvaille de monnaies impériales romaines du iii* siècle 
à Manciet. [Deniers d'argent de Caracalla à Valérien père, soigneuse- 
ment décrits.] — P. 158-64. P. Bénétrix. Un collège de province sous 
la Renaissance. Les origines du collège d'Auch" (1540-1590). [Fin de ce 
travail très intéressant, déjà couronné à Toulouse, et dont la publica- 
tion a commencé en 1905.] — P. 165-8. Abbé S. Daugé. Violation de la 
sépulture dos seigneurs de Roquelaure en 1793. — P. 171-3, 297-310. 
A. Lavergne et Mastron. Liste des chartes de coutumes du Gers. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 393 

[Travail très utile, qui devrait être publié le plus tôt possible.] — 
P. 201-13. A. Branet. Un épisode tle l'histoire d'Auch. L'affaire Taignan 
d'Orbessan (1662). — P. 214-21. D' de Sauuac. La médecine à Lectoure 
au xvi" siècle. [Continuation des intéressants travaux du même auteur.] 
— P. 222-8, 318-29. Abbé Tournier. Monographie d'Antras. [A signaler 
l'étymologie : « Selon toute probabilité, les Antres du Cluzet ont fourni 
le nom à la localité. »] — P. 227-8. Mondon. La commanderie de Saint- 
Antoine-Pont-d'Arratz. Addition. [Texte plus correct de la charte déjà 
signalée. ] — P. 229-32. Barada. Un épisode de l'invasion française en 
Espagne (1794). — P. 259-67. Brégail. Une perquisition au château de 
Lucvielle en l'an VIII. — P. 268-75. Ph. Lauzun. Le tombeau du car- 
dinal Louis d'Albret à Rome. [Planche.] — P. 276-92. L. Mazeret. La 
peste en Gascogne. [A suivre.] — P. 293-6. Métivier. Fouilles prati- 
quées à l'hôpital d'Auch. — P. 311-7. Abbé Lamazouade. La Sauvetat. 
Épisodes d'histoire locale. — P. 330-2. Liste des objets mobiliers des 
églises et autres établissements publics du département du Gers. 

A. V. 

Lot-et-Garonne. 

Revue de l'A gênais, t. XXXV, 1908. 

p. 5-36, 152-61, 215-34, 334-58, 385-412, 510-30. Ph. Lauzun. Le château de 
Lauzun. [Longue publication, bien illustrée, où l'auteur, d'après la plu- 
part des travaux déjà parus sur la question, refait l'histoire du château 
(xui'^-xviii'^ siècles), de l'église, de la ville actuellement située dans l'ar- 
rondissement de Marmande, de Lauzun et de la grande Mademoi- 
selle, etc.] — P. 37-44. Momméja. Du tombeau du duc de Mayenne 
et des variations des historiens sur la date de sa mort et sur son ma- 
l'iage. [Enterré à Aiguillon, le duc avait été tué en 1621.] — P. 45. 
CouYBA. La date de la mort du duc Henri de Mayenne. [Il la fixe au 
vendredi 17 septembre 1621.] — P. 50-71, 275-88, 438-49.' Broconat. La 
Roumieu. [Actuellement dans le Gers. Etude historique; la partie ar- 
chéologique a paru en 1907.] — P. 72-4. Marboutin. Une députation 
agenaise vers le roi en 1616. [Pour prier le roi de continuer ses bonnes 
grâces à la ville; les députés se rendirent à Tours.] — P. 76-86. Lauzun. 
Lettres de Bory de Saint- Vincent. [Fin de la publication, commencée 
en 1903, de cette longue correspondance,] — P. 87-96. Momméja. Georges 
Marraud. [Article nécrologique sur M. Marraud (1839-1908), archéologue 
et conseiller à la Cour d'Agen.] — P. 97-119. Marboutin. Le tombeau 
des Durfort. [Construit vers le milieu du xvi" siècle en l'honneur 
d'Etienne de Durfort et de Rose de Montesquieu, sa seconde femme, 

ANNALES DU MIDI. — XXI 36 



594 ANNALES DU MIDI. 

ce monument, très élégant, est déposé au Musée d'Agen.J. — P. 120-31. 
De Dienne. Le château de Sainte-Foy d'Anthé. [Notes sur les Chas- 
teigiier et particulièrement sur Germain de Chasteigner, évèque de 
Saintes.] — P. 132-51. Ferrère. La polémique cicéronienne au xw siè- 
cle. J.-C. !;^caliger, adversaire d'Erasme. — P. 162-73. Joret. Informa- 
tion de subornement contre les sieurs de Lorman père et fils, Mas- 
d'Agenais, 5 juin 1644. — P. 174-6. Chaux. Les vins de liqueur en Age- 
nais au xviii* siècle. [L'Agenais produisait autrefois des vins blancs, 
genre Sauternes. Note sur la fabrication de ce vin. On vendangeait lors- 
que le raisin se pourrissait, et l'on payait les ouvriers en argent, au 
lieu de leur donner du blé.] — P. 180-4, 254-74, 315-33, 421-37, 531-54. 
Dubois. Les détenus de Marmande sous la Terreur. [Publication, très 
copieusement annotée, avec de nombreux détails généalogiques, d'une 
liste imprimée de prisonniers détenus le 29 nivôse an II dans la mai- 
son d'arrêt de Marmande. Sur cet état figurent surtout des bourgeois 
et des nobles.] — P. 190-202. Ph. Lauzun. Souvenirs du vieil Agen. La 
tour de la Grande-Horloge. [Aujourd'hui démolie. L'auteur rappelle ce 
qui a été écrit de divers côtés sur ce monument, détruit entre 1830 et 
1832.] — P. 203-14. Marboutin. Autour du sacre de M. Constant, évê- 
quo du diocèse de Lot-et-Garonne. [Lettres relatives aux préparatifs du 
sacre, extraites des Archives de Lot-et-Garonne.] — P. 235-43. R. Bon- 
NAT. Les baptêmes civiques. [Récit des cérémonies baptismales qui 
avaient principalement pour théâtre les Sociétés populaires et qui se 
renouvelèrent fréquemment en Lot-et-Garonne, notamment à Tonneins 
et à Agen, de frimaire an II au 14 vendémiaire an III.] — P. 289-314. 
412-20. MoMMÉJA. Un domaine historique : Vérone- Vives et les Scaliger. 
[Intéressante étude sur la demeure des Scaliger, près d'Agen.] — P. 358- 
63. CouYBA. Cérémonies religieuses sous Louis XIII et Louis XIV dans 
les juridiction^ de Sainte-Livrade et de Casseneuil. [Notes extraites de 
registres paroissiaux.] — P. 364-82. R. Bonnat. Les sources de l'his- 
toire révolutionnaire en Lot-et-Garonne : la série L des Archives dépar- 
tementales. [Introduction au tome I*^"" de l'inventaire de cette série, 
que l'auteur vient de publier. Nombreux détails sur la dispersion de 
plus de douze cent liasses relatives à l'histoire révolutionnaire, qui 
furent détruites ou vendues comme inutiles, dangereuses ou burles- 
ques, sous le gouvernement de Louis-Philippe.] — P. 452-70. Ph. Lau- 
zun. Congrès d'histoire et d'archéologie, tenu à Pau en septembre 1908. 
[Compte rendu de la deuxième réunion des Sociétés savantes du Sud- 
Ou£st.] — P. 481-509. M0MMK.IA. Bernard Palissy agenais. [Pour démon- 
trer que le célèbre potier est bien né dans le Lot-et-Garonne.] — 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 395 

P. 555-7. CouYBA. Denx abbés de Gondon. [Olivier Brossard et Fran- 
çois-Antoine Duvigier, qui vivaient tous les deux au xviii« siècle.]. — 
P. .^)61-64. MoMMÉJA. La devise de Florimond de Raymond. [A7^e du 
tnon no miidera, dont ^f. Momméja fait Rœdmoun no mudera, 
Raymond ne changera pas; ou Are, Ditmoti, no mudera. Arrière, dé- 
mon! il ne changera pas.] 

Passim : Dubois. Notes très courtes sur Frotard de Gontaut, prieur 
de Sainte-Livrade ; — Pons I»'', d'Aspremont, abbé de Flaran ; — L'art 
du taupier; — Les collecteurs. R. B, 

Pyrénées (Hautes-). 

Annuaire de l'Institution secondaire libre de Saint- Pé^^ 
l'-e année, 1908. 

P. 1S6-97. Le collège d'Argelès (I80t)-1906). [Courte notice historique. 
D'abord école secondaire particulière, il devient collège communal en 
1810. Il redevient institution secondaire^ libre en 1862, mais se ferme 
en 1871. La ville le cède à l'évèché en 1874. En 1886, il devient une suc- 
cursale du collège de Saint-Pé. En somme, il a vécu par la volonté de 
la ville et de l'évèché, malgré le nombre souvent insuffisant de ses 
élèves.] 

Documoits historiques. P. l'-12'. L. Crabe. Enseignement secon- 
daire chez les Bénédictins de Saint-Pé. Tentatives faites en vue de réta- 
blir ou de remplacer l'école bénédictine. Fondation du petit Séminaire. 
[En vertu d'un concordat entre la ville et les Bénédictins, conclu à une 
époque impossible à déterminer (peut-être au xvi« siècle), ces religieux 
fondent un collège, qui dure avec éclat jusqu'à la Révolution. A cette 
époque, on en demande le rétablissement, qui est accordé en 1823. No- 
tes et quelques documents.] — P. 13'-19'. Id. Enseignement primaire. 
[A Saint-Pé, sous l'ancien régime. Quelques notes à partir du xvn" siè- 
cle.] Hôpital. [De Saint-Pé. Quelques notes sur les économes aux xvii« 
et xviii" siècles.] — P. 20*-39'. Id. Faits et coutumes d'antan. [Notes ou 
documents des xvii« et xviir' siècles. Nombre de députés aux Etats de 
Bigorre. Visite du sénéchal, M. de Barbazan fils, en 1729. Visite de 
Charles-Antoine de Laroche-Aymond, évêque de Tarbes, plus tard arche- 
vêque de Toulouse, en 1739. Dépenses de la ville pour les prédicateurs 
du Carême, pour les feux de joie. Nominations du médecin public. 
Mesures prises contre les maladies contagieuses. Sègue, arrouniec, 

1. Faisant suite à V Annuaire du petit Séminaire de Saint-Pé. 



396 ANNALES DU MIDI. 

nrroumi'gue, droit qne les étrangers payaient à la ville pour leur ma- 
riacje. Fabrication de peignes, industrie autrefois tlorissante. Ormeau 
de Saint-Pé. Plantation d'arbres, par la ville, l'abbé, les religieux. La 
Peyre plate, sur laquelle s'asseyaient à nu les débiteurs insolvables.] 

M. D. 

Var. 

I. Bulletin de V Académie du Var, 1906, 1907, 1908. 
Néant. L.-V. B. 

IL Bulletin de la Société d'études scientifiques et arcJiéo- 
logiques de Draguignan, t. XXVI, 1906-1907 ^ 

p. xii-xvii. E. PouPK. L'affaire des brigands d'Aups (brumaire an IX). 
[Une quinzaine de brigands, qui infestaient le Var, furent attirés dans 
une maison que l'on fit sauter ensuite. Il semble bien que le préfet 
Fauchet ne fut pas étranger à la préparation du guet-apens.] — 
P. xxviii-xxxvii, xxxviii-Li. E. PouPÉ. L'instruction publique à Cuers 
sous l'ancien régime. [Depuis le xvi" siècle; origine des maîtres, rôle 
du conseil communal; en 1727, on fonda un collège communal que diri- 
gèrent d'abord les Récollets, puis des régents indépendants; liste des 
régents avec l'indication de leur traitement annuel.] — P. 21-50. 
F. MiREUR. Esquisse historique de la Société d'études de Draguignan. 
[A propos du cinquantenaire de la Société.] — P. 53-87. Z. d'Agnel 
d'Acigné. Une station et des thermes gallo-romains à Saint-Hermen- 
taire, près Draguignan. [Etudie les découvertes archéologiques faites à 
Saint-Hermentaire en 1869, avec plans.] — P. 89-140. J. Combet. Une 
commune rurale de Provence pendant la Révolution. Le Castellet (1789). 
[Le Castellet est une commune du canton du Beausset, arrondissement 
de Toulon. D'après les Archives communales et départementales, M. C. 
étudie la situation du Castellet à la veille de la Révolution, et la réper- 
cussion des grands événements révolutionnaires sur cette population 
rurale : suppression des privilèges, destruction des monuments du des- 
potisme, surveillance des émigrés et des suspects, application de la 
Constitution civile du clergé, que la population répugnait à accepter , 
la Société populaire et régénérée du Castellet, les fêtes patriotiques, les 
levées de troupes (4 volontaires en 1791, dont un de 71 ans); les ques- 
tions économiques. -les revenus et les dépenses de la commune. Etude 
d'intérêt à la fois local et général.] — P. 141-52. Z. d'Agnel d'Acigné. 

1. Paru en 1909. 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 397 

Monnaies de jadis. T. a dardenne. [La dardenne était une pièce de 
bronze de 6 deniers ou '2 liards frappée à la fin du règne de Louis XIV, 
entre 1709 et 1712, et ainsi appelée du nom de la localité où on en 
frappa un certain nombre.] — P. 153-209. B. Attanoux. Les volontaires 
du Var sous la première République. Le 2" bataillon de volontaires; 
son incorporation dans la 32" demi-brigade. [Expose la formation du 
2' bataillon de volontaires du Var à Vence , son rôle dans la cam- 
pagne du comté de Nice. Amalgamé à la 21°, puis à la 32° demi- 
brigade, ce bataillon fit la campagne d'Italie de 1796-97, pour laquelle 
l'auteur utilise le carnet de route du capitaine Attanoux, puis celles 
d'Egypte et de Syrie (1798-1801).] L.-V. B. 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS NON MÉRIDIONAUX 
*4. — Bulletin monumental, 1907. 

P. 13-31. Ch. Dangibe.^ud. Le plan primitif de Saint-Eutrope de Saintes. 

— P. 77-88. R. F.\GE. Clochers à hourdo du Bas-Limousin. [Saint- 
Chamand, dans le canton d'Argentat; clocher-porche. Saint-Sylvain]. 

— P. 92-112. E. Lefèvre-Pontaus. Les origines des gables. [Photogra- 
phie du clocher de Brantôme, prototype des clochers à baies gàblées 
du Limousin; tombe du cloître de Saint-Salvi d'Albi, xiii" s.; tombe 
de l'évèque Pierre de Roquefort, à Saint-Nazaire de Carcassonne, xiv« s. 

— P. 263-86. R. Fage. Le clocher limousin à l'époque romane. 

H. Gr. 

25. — Mélanges d'archéologie et dliistoire de V Ecole 
française de Rome, 1908. 

p. 185-206. C. Faure. Les réparations du palais pontifical d'Avignon au 
temps de Jean XXIIl (1413-1415). [D'après un registre du Vatican.] — 
P. 345-52. Id. L'entrée du recteur Guillaume de Beaufort, vicomte de 
Turenne, à Carpentras en 1376. Ch. L. 

«6. — Revue de Vart chrétien, 50^ année, 5^ série, t. III 
(LVIIe de la collection), 1907. 

P. 1-16. L. Maître. Saint Trophime et les Champs-Elysées d'Arles. — 
P. 17-25, 156-63, 235-48, 310-25, 366-81. Sanoner. La Vie de Jé.sus-Christ, 
racontée par les imagiers du moyen âge sur les portes d'églises. Suite. 
[Flagellation, Ecce Homo, Calvaire, l'ancienne et la nouvelle Loi, les 
deux larrons, descente de crois, mise au tombeau, descente aux Lin>- 



398 ANNALES DU MIDI. 

bes, RésurrectioD, les saintes Femmes; sculptures de Saint-Gilles, de 
Saint-Pons, d'Elne, de la Daurade de Toulouse.] — P. 83-99. L. Cloquet. 
L'art chrétien monumental. Style byzantin. Le style byzantin en Occi- 
dent. — P. 109. L. Germain de Maidy. Les peintures de l'église de 
Saint-Créac (Gers). — P. 217-25. L. Maître. L'oratoire mérovingien de 
Saint-Laurent de Grenoble. — P. 255-63. L.-E. Lefèvre. Les for- 
mules iconographiques de l'Ag}nis Dei au xii^ siècle. Le tympan de 

Cahors. — P. 329-35. E. Roulin. L'art gothique à Burgos. 

H. Gr. 

S'y. — Revue d'histoire littéraire de la France^ t. XIV, 
1907. • 

p.' 231-75. A. MoRizE. Samuel Sorbière (1610-1670) et son « Voyage en 
Angleterre » (1664). [Cette étude complète les études publiées par 
M. M. dans le Bulletin du protestantis'me français et analysées ici 
même, t. XIX, 1907, p. 560. Contient des détails nouveaux sur l'exil 
à Nantes de Sorbièi-e, après la publication du « Voyage ».] 

L. Del. 

28. — Revue internationale de V enseignement, t. LII, 
1906, 2" semestre. 

p. 128-31. H. DE La Ville de Mirmont. A propos du quatrième cente- 
naire de George Buchanan. [Son séjour à Bordeaux comme régent du 
primus ordo au collège de Guyenne, de 1539 à 1544, et son influence 
sur les destinées de cet établissement.] 

T. LUI, 1907, !«' semestre. 

p. 46-50. J. Delfour. Le collège de Valence. [Notice historique. Fondé 
en 1043, après deux essais malheureux tentés par les Jésuites, il traîne 
une existence pénible sous la direction des prêtres missionnaires du 
Saint-Sacrement. Peu prospères aussi restent l'école centrale supplé- 
mentaire et le collège qui lui succèdent, dans les mêmes locaux déla- 
brés, jusqu'au 2 mai 1905, date de l'inauguration d'un nouveau collège.] 

Tome LIV, 1907, 2" semestre. Néant. 

M. D. 

29. — La Revue de Paris, 1907. 

Janvier-février. P. 57-74. Gambetïa. Lettres (1873-1882). [Suite et tin.] — 
P. 791-806. R. Fage. La pédagogie de l'intendant d'Aguesseau. [Père du 
chancelier, qui fut intendant du Limousin, de la Guyenne et du Lan- 
guedoc. Programme très sensé et très français, où les idées générales 
tiennent beaucoup de place. Rien pour les sciences. Article très inté- 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 399 

ressant.]— P- U9-'àiJ, 807-33. F. Masson. L'affaire Maubreuil. [Récit de 
l'enlèvement des diamants de la couronne d'entre les mains de l'impéra- 
trice Marie-Louise au profit du comte d'Artois, lieutenant-général du 
royaume, et de l'attentat commis contre la femme du roi Jérôme de 
Westphalie par des gens du comte d'Artois, qui la dépouillent de ses 
bagages, de ses bijoux et de son argent (1811). Épisodes de l'histoire 
générale de la France, mais où figure un certain Dasies, de Lot-et- 
Garonne, fils d'un ancien capitoul de Toulouse, et les ministres Vitrol- 
les, de Blacas, Soult, méridionaux eux aussi.] 

Mars-avril. P. 5-21, 254-94, 483-512. A. France. Après le sacre. [Histoire 
de Jeanne Darc, de Reims à Compiègne. Quelques personnages méri- 
dionaux sont mêlés aux événements.] — P. 95-123, 765-805. F. Massom. 
L'affaire Maubreuil. [Suite.] — P. 170-224, 347-78, 835-76. F. Mathieu. 
Pascal et l'expérience du Puy-de-Dôme. [Réponse à plusieurs articles 
où est prise la défense de Pascal. A suivre.] — P. 513-35. Bernard de 
PuivERT. Livre de raison. [Autobiographie du marquis de Puivert, 
qui fait partie de son livre de raison. Récit intéressant des aventures 
de ce royaliste, agent dévoué du comte d'Artois et de son frère, et qui 
avait organisé dans le Midi une insurrection que la victoire de Marengo 
et la triomphante campagne d'Italie firent avorter. A suivre.] 

Mai -juin. P. 1-58-91. Bernard de Puivert. Livre de raison. [Suite et fin. 
M. de Puivert après Tilsitt et sous la Restauration. Il est élu député 
de l'Aude.] — P. 601-20. H. Missak. Un messie au xvii= siècle. [His- 
toire d'un imposteur, Sabbathaï Zevi,qui, vers 1666, troubla le monde 
juif. L'agitation se fit sentir dans toute l'Eui'ope juive, en particulier 
à Avignon.] 

Juillet-août. P. 45-69. L. Séché. Hortense Allart de Méritens. Documents 
inédits. [Au moyen desquels est refaite sa biographie. Savoisienne 
d'origine, elle habite quelques mois Montauban, où son mari était 
architecte du gouvernement, au début de son mariage, en 1843.] — 
P. 117-34. Marcelle Tinayre. L'exposition Chardin-Fragonard. [Notes 
biographiques sur Ftagonard.] — P. -353-70, -545-68. L. Batiffol. 
Louis XIII et la liberté de conscience. [Article neuf qui révèle à la fois 
la piété de bon aloi de Louis XIII et son attachement à la liberté de 
conscience. Il combat les protestants pour leurs tendances factieuses 
et républicaines. Il essaie de les convertir; il a un service secret de 
conversions, à la tête duquel est placé un de ses quatre secrétaires 
intimes, Louis Tronson, et dont l'agent principal est un Italien, ancien 
pasteur, Jean-François Visconti. Ce service s'attaque de préférence 
aux pasteurs, aux gentilshommes, en particulier à ceux du Midi, des 



400 ANNALES DU MIDI. 

Cévennes, et il obtient des conversions.] — P. 569-96. Pierre Monne- 
RON. Mon odyssée. [Récit du voyage de l'auteur aux Indes. Pierre Mon- 
neron était de l'Ardèche, d'une famille qui fo\irnit de nombreux admi- 

- nistrateurs coloniaux; il conduisit en France, en 1788, une ambassade 
du nabab Tippou-Saliib.] 

Septembre-octobi-e. P. 65-8G. J. Lemoine. j\1"" de La Fayette et Lou- 
vois. [D'après sa correspondance avec Louvois, dont une partie inté- 
resse la politique de la cour de Savoie, car la duchesse régente, Jeanne- 
Baptiste de Nemours, veuve du duc Charles-Emmanuel II et mère de 
Victor-Amédée II, était amie de M'"» de Lafayette.] M. D. 

30« — Revue universitaire, 1903, 2^^ semestre. 

p. 35-53. H. PoTEz. Théophile Gautier. [Bon article de critique litté- 
raire.] 

1904, V semestre. Néant. — 1904, 2« semestre. 

p. 134-46. M. RousTAX. La poste aux lettres et la lettre au xvii» siècle. 
[Article général. Dès 1630, Toulouse, Bordeaux, Aix, Limoges, Mont- 
pellier sont pourvues de bureaux de poste.] 

1905, l*"" semestre. Néant. — 1905, 2« semestre. 

P. 219-32, 313-27, 396-412. C. Jullian. La Gaule avant l'arrivée des Ro- 
mains (commentaire géographique du De Bello gallico de César). 
[Tableau détaillé des divers peuples de la Gaule.] 

1906, ler semestre. Néant. — 1906, 2^ semestre. 

p. 202-13, 309-21. C. Jullian. Hannibal en Gaule. [Récit précis et très 
vivant du séjour en Gaule d'Hannibal et de son frère Hasdrubal. 
L'auteur montre l'influence de cette guerre punique sur les destinées 
de la Gaule.] — P. 403-14. J. Caillât. Montaigne, l'Italie et l'Espagne. 
I Influences italienne et espagnole sur Montaigne.] M. D. 

PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. 

Allemagne. 

31. — Archiv fur das Studium cler neueren Sprachen 
und Literaturen, t. CXVI, 1906, et CXVII, 1906. Néant. 

— T. GXVlll, 1907. 

p. 106-23. C. Haug. l']in Mundartenstreifzug von der Isère v.nxn Po. 
[Étude c(>niparati\e des principaii:i traits phonétiques de cinq dialectes 



PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. 401 

alpins : Saint-Pierre de Chartreuse, La Grave, Queyras, Potal, Bar- 
donèche. Carte.] — P. 135-8. A. Bertoch. Mistral's Busspsalm. [Tra- 
duction littérale du célèbre Satané de la penitetici.] 

T. GXIX, 1907. Néant. — T. CXX, 1908. 

p. 77-95. J. JuD. Sprach-geoptrapliische Untersuchungen. 1. Poutre (avec 
cinq cartes). [Montre, d'après l'^^^fl* linguistique, la disparition pres- 
que complète Ae poutre (jument) àeva.ni poutre (solive) et l'attribue à 
l'homonymie des deux mots; étudie à ce propos le recul, dans les dia- 
lectes méridionaux, de trau (poutre) devant trait, trauc (trou).] — 
P. 121-32. H. Weiske. Charloun Riéu, der Feliber von Paradou. [Sym- 
pathique étude, avec nombreux extraits, parle traducteur allemand du 
poète paysan.] A. J. 

33. — Jahvbuch der Gesellschaft fur lothringische Ges- 
chichte und Altertumshimde^ t. XIX, 1907. 

R. FoRRER. La trouvaille de statères d'or de Tayac-Libourne, témoignage 
de l'immigration des Cimbres et des Tigurins en 113-105 avant J.-C. 
[Cette trouvaille remonte à 1893. Tayac-Libourne, arr. de Liboume, 
dép. delà Gironde.] P. D. 

33. — Zeitschrift fur romanische Philologie, t. XXXf, 
1907. 

p. 129-56. H. SucHiER. Der Minnesiinger Chardon. [Une des sept pièces 
attribuées à ce poète est une tenson en provençal. M. S. croit qu'elle 
est bien du trouvère français.] — P. 257-81. L. Sainéan. Notes d'éty- 
mologie romane; 2, provençal. [Mots traités : niçois chifo)it; prov. 
escauto, farfadet, gavach, gitnbeleto, jana, lampian, morgo^.] — 
P. 586. Meykr-Lûbke. Provençal aranhon. [Roman, basque ou plutôt 
celtique?] — P. 610. E. Richter. Prov. barra. [Dans Blandin de Cor- 
nouailles.] J. A. 

T. XXXII, 1908. 

p. 434-14. P. Skok. Podium in Sûdfrankreich. [Classe par ordre de dé- 
partements les représentants de podium et de ses dérivés ; essaie de 
tracer les aires des différents traitements phonétiques.] — P. 513-32. 



1. Cf. même revue, p. 659, oîi H. Schuchardt revient sur quelques-unes 
des étymologies traitées par M. Sainéan pour les contester. 11 s'agit de 
chifont et de gimbelefo, gimbleto, qui, d'après M. Sainéan, viendrait du 
polonais. 



402 ANNALES DU MIDI 

Th. Kalipky. Koordinierende Verknûpfung negativer Ssetze im Pro- 
venzalischen. [Trois paragraphes : le premier sur hi différence de sens 
et d'emploi de rti, e, o; le second sur l'emploi de ni, le troisième sur 
celui de ni... ni.'] — P. 555-63. P. Skok. Cajitare in franzœsischen 
Ortsnamen. [Etudie les noms formés de cantare et d'un nom d'animal : 
alarida, corvus, lupus, etc. Nombreux exemples empruntés au Midi.] 
— P. 612-9. ScHULTz-GoRA.. Important compte rendu de l'édition d'Elias 
de Rarjols par M. Stronski.] — P. 656-77. E. Richter. Zur Geschichte 
der Indeklinabilien. [Sur la forme et le sens des représentants pro- 
vençaux de ipse, reipse (p. 667); sur les représentants provençaux de 
de-ex dans les compositions verbales (p. 676).] — P. 698-704. A. Kolsen. 
Ein neuntes Gedicht des Trobadors Guilhem de Cabestanh. [Il s'agit 
de la chanson Al plus leu qu'ieu sai far chansos (B. Gr. 242, 7) attri- 
buée à tort par Bartsch, sur la foi de six manuscrits, à Giraut de 
Borneil ; elle est ici soigneusement publiée, avec des notes.] A. J. 

Autriche-Hongrie . 

34. — fahreshefte des ôsterreich. cœchàologiscfien Insti- 
tutes in Wien, t. X, 1907. 

p. 85-117. E. Maass. Die Griechen in Sùdgallien. VII. [Etude sur une 
magnifique colonne trouvée en 1905 dans les restes du camp romain de 
Mayence. Les divinités représentées, sur le socle, Hermès et une 
déesse qui ne serait pas celtique (Rosmerta), mais plutôt grecque, 
Emporia; sur le bas-relief, Dionysos, Poséidon, le Genius impérial 
indiquent comme patrie du monument la ville gréco-romaine d'Arles; 
les canabarii qui ont dédié la colonne ont dii venir surtout d'Arles, 
maîtresse du commerce du Nord; le mot canabae est probablement 
d'origine grecque.] C. L. 

Espagne. 

35. — Dolleti de la Socielat arqueologica Lulinna 
Palma de Mallorca), 1904. 

p. 231-2. Relacio inédita de la vinguda à Mallorca del Eniporador 
Carlos V y de sa expediciô à Alger, escrita per Gabriel Sampol, notari. 
— P. 232-6. 270-6, 284-8. E. Aouilo. Pretensiones de Jaunie II d'Aragô 
â la Corona de Mallorca [ler mort sens infans del rey en San.iio. ini- 
ciades ja en vida d'uqnest. [A retenir pour l'iiistoire générale, docu- 
menf^ des ar hives de la Couronne d'Aragon.] 



PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. 403 

1905. 

P. 35-9. E. Aguilô. Testament de Jaunie III, ordenat â 7 d'agost da 
1349 en poder de Berenguer Gilabert, notari de Perpinya.] 

1906 et 1907. Néant. 

.J. c. 

36. — Revista de Archivas, BWlioiecas y Museos. 
t. XIV, 1906. 

P, 274-93. G. Desdevises du Dezert. Un réformateur au xviii» siècle : 
don Miguel Antonio de la Gândara. 

Tome XV, 1906. 

p. 47-56. 422. I. Collijn. Nota sobre un incunable espanol desconocido 
[Recueil d'homélies conservé à la bibliothèque d'Upsal; fac-similés de 
caractères et d'illustrations; intéressant pour l'histoire de l'imprimerie 
dans le Midi.] — P. 177-211, 337-73. R. de Villa Urrutia. Espaha en el 
congreso de Viena. [Contribution à l'histoire diplomatique d'après la 
correspondance de Pedro Gômez Labrador.] 

Tome XVI, 1907. 

P. 24-36, 165-83, 319-42. R. de Villa Urrutia. Espana en el Congreso de 
Viena. [Suite.] — P. 343-52. T. Legrand. El Commercio de Bretana con 
Espana à fins dol siglo XVII. [D'après le mémoire de l'intendant de 
Bretagne.] 

Tome XVIL 1907. 

P. 41-58, 181-95. R. de Villa Urhutu. Espana en el Congreso de Viena. 
[Suite.] — P. 366-90. A. Saludo Ruiz. La primera relaciôn francesa 
de nuestra guerra de la Independencia. [Il s'agit des Mémoires sur la 
guerre des Français en Espag)ie, par M. de Rocca, Londres et Paris, 
1814.] 

Publications encastrées dans la Revista : 

A. M. DE Barcia y Pavôn. Catâlogo de retratos de personajes espanoles 
que se conservan en la secciôn de Estampas y Bellas Artes de la Biblio- 
teca Nacional [de Madrid]. Colecciôn diplomâtica de San Jiian de la 
Pena. [.Suite.] — J. Paz. Catâlogo I, diversos de Castilla. [Des archives 
de .Simancas.] — P. RofA. Catâlogo de los manuscrites que pertene- 
cieron â D. Pascual de Gayangos. — J. 0. de Toledo. Catâlogo de la 
libreria del cabildo toledano. [Bibliothèque riche et importante.] 

J. C. 



434 ANNALES DU MIDI. 

37. — Revista de BiUiografla catalana : Catalunya, 
Balears, Rossellô, Valencia, t, I, 190P. 

p. 7-12. J. MiRET Y Sans. L'« historia do Urgel » del canonge Canovas. 
[Œuvre inédite, écrite de 1855 à 18(32, analyse et appréciation critique.] 
— P. 12-64, 154-226. J. Massô Torrents. Manuscrits de la biblioteca 
del Ateneu barcelonés. [Catalogue du fonds Amer, importants can- 
çoners, identification de textes.] — P. 68-77, 227-û2. Ex libris catalans. 
[Avec dessins.]—?. 129-54. A. Pages [et J. R. Perteoas]. Docu- 
ments inédits relatifs à Père March et à Aiizias March. 

Tome II, 1902. 

P. 121-39. R. Chabâs. El archivo metropolitano de Valencia. [Notice très 
instructive sur ce dépôt, dont le chanoine R. Chabâs a fait le véritable 
modèle des archives ecclésiastiques d'Espagne.] — P. 140-55. Papers de 
Joseph Tastu (1787-1849). [Copie et travaux à la Bibliothèque Mazarine, 
à Paris; sur Tastu, cf. la notice d'Amédé Pages dans la. Revue des 
Langues romanes, 1888.] — P. 229-54. J. Massô Torrents. Manus- 
crits catalans de Vich. [Catalogue critique des manuscrits catalans de 
Vich, tant aux archives municipales qu'au Musée et à la bibliothèque 
épiscopale.] 

Tome III, 1903. 

P. 3-20. A. RuBio I Lluch. Noticia de dos manuscrits d'un Lancelot 
catalâ. [Texte trouvé à Majorque. Fac-similés, fragments.] — P. 26-39. 
E. AauiLÔ. Alguna noticia sobre en Ramon Muntaner i sa fami- 
lia. [Publie cinq documents qui montrent le célèbre chroniqueur à 
Majorque en 1329 et nous renseignent sur ses enfants.] — P. 39-44. 
J. Pijoan. Auzias March, l'any 1444, era â Nâpols. [D'après un docu- 
ment des archives de la Couronne d'Aragon.] — P. 45-86. J. Massô 
Torrents. Manuscrits catalans de Valencia. [Catalogue conçu sur le 
même plan détaillé que les précédents du même.] — P. 87-115. J. Ribel- 
LES CoMiN. En Père Labernia â Estelles. [Vie de l'auteur du célèbre 
Diccionario de la llengua catalana, 1802-1860 ; appréciation de son 
rôle.] — P. 116-67. A. Aguilô. Repertori dels noms propis i geogra- 
fics citats en la cronica de Jaume 1. [Références à l'édition du même 
dans la Biblioteca catalatia.] — P. 168-216. J. Bofarull. Codex cata- 
lans de la Biblioteca provincial de Tarragona. [Cf., du même, Cata- 
haiische Manuscripte in der Bibliotek von Tarrago7ia, dan.<< Central- 
blatt fur Biblioteks icesen , 1889, catalogue détaillé, fac-similés réduits.] 

1. Nous avons déjà donné des indications, mais trop soiumaires , sur 
les deux premiers volumes de cette publication (XIII, 578 et XVI, 5G1|. 



PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. ^.05 

Tome IV, 1904. 

P. r)-47, 215-21. .T. MiRET Y Sans. El mes antic text catalâ, precedit per 
iina coUeccio de documents dels segles xi, xii. i xiii. [Documents déjà 
publiés ou inédits, rectifications de dates ; fac-similé d'un document de 
1211, le plus ancien qui soit entièrement rédigé en catalan ; reproduc- 
tion du plus ancien ms. catalan littéraire, découvert en 1904 ; fragment 
d'un recueil d'homélies, fin xii» ou début xiii' siècle.] — P. 48-58. F. Car- 
reras I Candi. Primera traduccio de la Biblia en catalâ. [Ordre donné 
par Alphonse III en 1287]. — P. 59-187. Sanpere y Miquel. De la intro- 
ducciôn y establecimiento de la imprenla en la Corona de Aragon y 
Castella y de los impresos de los incunables catalanes. [Appréciable 
contribution à l'histoire de l'imprimerie et de l'humanisme au delà des 
Pyrénées ; complète et corrige nombre de travaux antérieurs ; fac- 
similés d'impressions de Rosenbach à Barcelone, Bruny Spindeler à 
Tortosa.] — P. 188-214. E.-G. Hurtebise. La Crônica général escrita 
para Pedro IV de Aragon. [Démontre par les documents l'existence de 
cette œuvre et croit devoir l'identifier avec la Chronique primitive de 
San Juan de la Pena'.] J. C 

Italie. 

38. — Giornale storico délia letteratiira italiana^ 
t. XLVI, 1905. 

P. 82-99. G. Lega. Una ballata politica del secolo XIII. [Il s'agit d'une 
ballade récemment découverte et publiée par E. Rivalta; l'auteur 
exhorte « le roi Conrad » à traverser l'Italie pour aller terrasser ses 
ennemis en Pouille. M. L. en donne un texte amélioré et rectifie quel- 
ques interprétations du précédent éditeur ; il montre enfin que la pièce 
se rapporte, non, comme l'avait cru celui-ci, à la « descente » de 
Conrad IV en 1251, mais à l'expédition de Conradin contre Charles 
d'Anjou en 1267. L'auteur mentionne les autres pièces italiennes rela- 
tives aux mêmes événements; on s'étonne qu'il n'en ait pas rapproché 
quelques sirventés provençaux de même inspiration.] A. J. 

1. Le t. IV, 1904, de la Revista porte la date de publication de 1907. 
L'année 1905 n'est pas encore parue à la date du présent dépouillement- 



NÉCROLOGIE 



Nous avons annoncé dans le dernier numéro des Annales le 
décès, survenu le 26 mars, de notre fidèle et très distingué colla- 
borateur, M. Edmond Gabié. 

Sa vie, si utilement remplie, est un exemple du bien (jue peut 
faire, dans la solitude de la campagne, un savant préparé aux. 
reclierches historiques par ses goûts sans doute, mais aussi par de 
sufflsantes études préliminaires. 

M. Cabié, né à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) le 9 octobi-e 1846, 
avait songé d'abord à entrer, par l'École polytechnique, dans la 
carrière militaire. Une préférence marquée pour les lettres et l'his- 
toire le conduisit à l'École des Chartes en 1865. Il ne put même 
pas y passer deux années entières à cause de sa médiocre santé, 
qui resta toujours chancelante. Ce séjour écourté lui avait permis 
cependant de faire connaissance avec les lionnes méthodes, avec 
les règles lùgoureuses de la critique. Rentré' dans son tranquille 
domaine de Mestrégouny (commune de Roquesérière, près Montas- 
truc), il s'empressa de les appliquer. Le ^Nlidi abonde en monu- 
ments mal connus, et ses arcliives en pièces inédites. M. Cabié se 
fit publicateur, mais non, comme d'autres, à tort et à travers, 
à tour de bras, pourrait-on dire : il était le soin, la conscience 
mêmes; il apprit vite de combien de difficultés est entourée l'exacte 
l)ublication des textes et il sut en triompher. 11 les commentait 
aussi, un peu sèchement mkis suffisammeni, toujours avec préci- 
sion et sagacité. Ses amples lectures, sa connaissance de l'histoire 
générale, de celle du Midi en particulier, multipliaient sous sa 
plume les rapprochements féconds. Il a fait ainsi beaucoup de 
découvertes; toutes, assurément, ne sont pas de même portée — 
il y en a de fort menues, — mais toutes le ravissaient d'aise : faire 



NÉCROLOGIE. 407 

surgir et mettre en lumière une vérité que personne n'a connue 
est un des plus vifs plaisirs qu'un savant puisser goûter. 

M. Cabié s'attaqua d'abord à l'histoire de sa commune, puis pro- 
gressivement il élargit le cercle de son horizon. Ses premiers tra- 
vaux remontent ;ï 1870 en/iron^ Mais c'est seulement entre 1876 
et 1877 qu'il a publié à part ses Abrégés historiques sur le canton 
de Montaslruc et les communes de Sainl-Sulpice et de Liigan, 
série de notices communales où figurent, outre les communes 
citées, celles de Gémil, de Roquesériére... Point de notes, point de 
documents dans les Abrégés'^; il est vrai que M. Cabié allait 
prendre sa revanche. Encore un ouvrage qu'il faut mettre à part 
dans le reste de son œuvre : VAlbian de dessins de li. Lafage 
(1881)3, et les publications de textes importants apparaissent et 
se succèdent. C'est d'abord Un cartulaire et divers actes des 
Ala?nan, des de Lautrec et des de Lévis (xiiie et xiv» siècles), 
recueil j)ublié en collaboration avec L. Mazens et complété par les 
Coutnmes de Lafo.x, de 1254 'i; puis les Chartes de coutumes 
inédiles de la Gascogne toulousaine^ ; à plus longs intervalles, 
le (Jartulaire des Templiers de Vaour (Tarn), auquel M. Ch. 
Portai a collaboré 6, et les Droits et possessions dit comte de Tou- 
louse dans l'Albigeois au milieu du xiii« siècle "i ; enfin V Ambas- 
sade en Espagne de Jean Ebrard, seigneur de Saint-Sulpice^, et 
les Guerres de religion dans le Sud-Ouest de la France et prin- 
cipaletnent dans le Quercy, d'après les papiers des seigneurs de 
Saint-Sulpice, de 1561 à 1590^. 

Il est probable que M. Cabié a consacré plus de temps encore 



1. Bull. Soc. archéol. Midi, 1869-1873, p. 40. Un rapport de M. Du Bourg, 
du 26 juin 1870, mentionne les recherclies de M. Cabié dans les archives 
et exprime l'espoir que la Société aura bientôt l'occasion de les récom- 
penser. 

'2. 11 s'agit, en effet, de courtes notices. Celle de Saint-Sulpice compte 
58 pages; celle de Roquesériére, 18. (Toulouse, imp. Chauvin, in-8°.) 

3. Toulouse, imp. Chauvin, 1881; in-f° de 16 p. et 5 planches. 

4. Paris, Picard, 1883; in-8° de lxxviii-236 pages. — Agen, imp. Lamy, 
1883; in-S" de 28 pages. 

5. Paris, Champion, Auch, Cocharaux, 1884; in-8'' de 1.58 pages. Docu- 
ments publiés pour la Société historique de Gascogne. 

6. Paris, Picard, Toulouse, Privât, 1894; in-8'' de xxiv-132 pages. {Arch. 
histor. de l'Albigeois, t. 1.) 

7. 1900; in-8'' de xvi-207 pages. (.4>'c7i. hist. de l'Albigeois, t. VI.) 

8. Albi, impr. Nouguiès, 19U3 ; in-8'' de xxvii-472 pages. 

9. Paris. Toulouse, Cahors et Albi, 1906; in-40 de XLn-939 pages. 



408 ANNAI-RS DU MIDI. 

aux nomln-eux avticlps, presque toujours accompagnés de docu- 
ments précieux, qu'il dispersait dans les périodiques circonvoi- 
sins. C'est en cela peut-être qu'il a rendu les meilleurs services 
à la science. 

Il collabora ainsi — dans l'ordre chronologique des premiers 
articles insérés — au Bulletin et aux Mémoires de la Société 
archéologique du Midi, à la Revue du Tarn, qu'il cultivait entre 
toutçs, au Bulletin de la Conunission des antiqnités de Castres, 
à la Nouvelle revue historique de droit frayiçais et étranger, 
à la Revue de Gascogne, à la Revue de VAgenais et au Recueil 
des travaux de la Société d'agriculture et sciences d'Agent, aux 
Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse, au Bulletin 
archéologique de Tarn-et-Garonne, aux Annales du Midi, à 
VAlhia Chrisliana. 

Cette œuvre considérable, qui a tant ajouté à nos connaissances 
en histoire méridionale, ne valut à son auteur ni profit, ni hon- 
neurs officiels. 11 ne les recherchait pas, non par orgueil comme 
certains, mais par humilité pure. Il ne s'attribuait aucun mérite; 
sa modestie était si profonde qu'elle en devenait presque embar- 
rassante pour ses interlocuteurs ou correspondants, bien mieux 
avertis de sa valeur que lui-même et confus de le voir parfois se 
rabaisser devant eux. 

Il laisse en train ou achevés des ouvrages ou articles qu'à plu- 
sieurs reprises nous l'avions pressé de mettre au jour, et qui main- 
tenant ne le seront peut-être jamais. Il faut pourtant excepter un 
Recueil des chartes de la commanderie des Hospitaliers de Rays- 
sac (près d'Albi), que la Société littéraire du Tarn se propose 
d'éditer. 

M. Cabié ne contribuait pas seulement par son travail aux pro- 
grès de la science. Non content de publier, le plus souvent à ses 
frais, il a subventionné mainte publication qu'il jugeait utile. 
Ceci soit dit en terminant afin de donner toute la mesure du zèle 
de l'excellent érudit auquel nous rendons ici hommage. P. D. 



C'est pour l'érudition toulousaine et aussi pour l'érudition fran- 
çaise une grande perte que la mort, survenue le 2G mars dernier, 
de M. Ernest Rosghach, ancien archiviste de la ville et ancien 
conservateur du Musée de Toulouse. 



NECR0I,0G1E. 409 

Né à Toulouse le 11 septembre 1837, Ernest Roschach avait 
débuté sous l'Empire eu publiant dans des journaux d'opposition 
des nouvelles, com[)tes rendus, poésies, où il témoignait déjà 
d'un esprit délicat, d'une critique pénétrante. En iSG'î, sous le titre 
Foix el Comminc/es. Itinéraire des chenii/is de fer pyrénéens, 
lignes de Toulouse à Montréjeau et de Toulouse à Fois (Paris, 
Hachette, in-12), il publiait un guide où l'on sera tout étonné de 
trouver une multitude de renseignements historiques pris dans 
les archives mêmes et mêlés à des notes « écrites les unes sous les 
ombrages d'un parc, les autres au coin d'une table d'auberge, 
quelques-unes en plein soleil, dans la poussière des routes ». 
L'érudit, le lettré et l'artiste se montraient déjà unis dans ce 
curieux livre comme ils devaient l'être dans la suite. 

Sa nomination d'inspecteur des antiquités du Musée en 1861, 
l)uis 'd'archiviste de la ville en 1863, allait révéler en lui l'iiisto- 
rien, l'archéologue, et ce qui est plus rare, l'amener sans prépara- 
tion spéciale antéi'ieure, par ses seules ressources, à acquérir l'ins- 
truction technique et la méthode scientifique de l'érudition la plus 
scrupuleuse. 

Travailleur achnrné, il met d'abord en ordre les collections du 
Musée : en 1865, il en publiait le premier catalogue critique et 
scientifique {Catalogue des antiquités et des objets d'art, Tou- 
louse, in-8o, 1865; 2" éd. en 1892), qui malgré le remaniement pos- 
térieur des collections garde encore toute sa valeur. Déjà on trouve 
dans les descriptions relatives à la sculpture, à l'épigraphie, à la 
sigillographie, à la numismatique la précision et la clarté qui 
devaient caractériser son style. Ce n'est que tout récemment, 
en 1908, qu'il a publié dans l'Inventaire des richesses d'art de la 
France (Province, Monuments civils, t. VIII, p. 1-255) le catalo- 
gue de la peinture, où l'on retrouve les mêmes qualités. 

C'est aux archives que son travail devait être le plus fructueux. 
Il a raconté lui-même dans quel état déplorable se trouvaient les 
collections, entassées au premier étage du donjon qui tombait 
alors en ruines et dont elles obstruaient en partie les fenêtres : 
« Quelques familles de rats, écrit-il, s'étaient nichées au milieu 
de ces entassements; l'eau des gouttières les avait pénétrés de 
part en part. » On peut s'imaginer par là quelle somme de travail 
il dut dépenser pour mener à bien le débrouillement de ce désor- 
dre en même temps que sa propre éducation technique. D'autant 
que le dépôt dut fuir pas à pas devant les démolisseurs qui abat. 

ANNALES DU MIDI. — XXI. 27 



410 ANNALES DU MIDI. 

talent les anciennes parties du Gipitole où on lui avait ilonné 
provisoiremfnt asile pendant la restauration du donjon. C'est 
au milieu de déménagements successifs qu'il parvint à consti- 
tuer les séries, à faire relier là plus grande partie des documents, 
à faire un premier classement des parchemins isolés, à installer 
séparément les archives anciennes et les archives administratives. 
Dès 1879, il publiait dans le tome VII de la nouvelle édition de 
YHisloire du Languedoc une importante note Sur la com77inne 
de Toulouse, où il analysait les documents du plus ancien cartu- 
laire municipal. Enfin, en 1891 il donnait le tome 1er de Vlnven- 
taire des archives coynmunales antérieures à 1790, dans lequel, 
api'ès avoir raconté dans une importante introduction 1' « Histoire 
du dépôt et de l'éditice >■, il analysait en 068 pages les soixante 
premiers volumes de la série AA, cartulaires, recueils de titres, 
lettres patentes des rois, actes des gouverneurs, etc. La méthode 
adoptée pour la rédaction et la numérotation des pièces était d'ail- 
leurs contraire à toutes les prescriptions ministérielles. La lon- 
gueur démesurée des notices consacrées à chaque article et des 
analyses de chaque pièce prêtait sans doute le flanc à la critique, 
mais elle s'expliquait par l'importance exceptionnelle des docu- 
ments analysés, dont l'intérêt dépasse l'histoire locale, car on y 
trouve des renseignements tout à fait neufs sur l'histoire économi- 
que, l'histoire sociale et aussi l'histoire générale (la collection des 
lettres patentes est à cet égard des plus curieuses). C'était une 
publication de premier ordre et qui est trop peu connue. 

L'érudition solide et précise qu'il avait ainsi acquise par un 
labeur opiniâtre, il en avait déjà fait l'application dans l'ouvrage 
qui, avec les Inventaires du Musée et des Archives, restera son 
principal titre de gloire. Les Bénédictins avaient arrêté \q\xx His- 
toire du Languedoc à l'année 1643. Ce fut lui qui fut chargé, 
pour la nouvelle édition Privât, de la continuer jusqu'en 1790. 
Ce fut le tome XIII, auquel il donna le titre ({'Eludes histor^iques 
sur la Province du Languedoc^, estimant « qu'il n'était ni 
modeste, ni sincère d'abriter sa prose sous le pavillon d'auteurs 
illustres, et de s'insinuer subrepticement dans le cadre d'un livre 
achevé depuis plus -d'un siècle ». Il y ajouta 1011 pièces justifica- 
tives formant le tome XIV. 

Enfin, en 1905, il publiait le tome XVI et dernier intitulé : His- 

1. I vol. in-4° de xvi-1636 p. (187G). 



NÉCROLOGIE. 411 

toire graphique de l'ancienne province du Languedoc, où les 
illusti-iilions itiiioml)rables. toutes de sa main, révèlent un dessi- 
nateur de premier ordre, quelquefois d'ailleurs au détriment de 
l'exactitude. « On finira par se dégoûter, disait-il, de ces bazars 
de photographies vulgaires, qui ont tous les défauts d'une vision 
. superficielle et sommaire de la réalité, et, en restreignant à ses jus- 
tes limites le rôle servile du photographe préparateur, l'interpré- 
tation intelligente et passionnée, sans laquelle il n'}^ a pas d'art, 
reprendra la primauté qui lui appartient et dont l'argent, la 
réclame et les perfectionnements de la technique industrielle ne 
parviendront pas à la déposséder. » Non content de donner en 
45H pages dans une vue d'ensemble « une histoire par le dessin 
parallèle à l'histoire écrite » de la province, il y ajoutait sous le 
titre de : Références gi-aphiques » (p. 463-680) un « relevé des prin- 
cipales représentations figurées qui intéressent l'histoire et la topo- 
graphie de la province » (répertoire considérable indiquant toutes 
les figures parues jusqu'à ce jour et le recueil où elles se trou- 
vent); il y donnait encore la représentation de toute une série 
d'armoiries, monnaies, etc. : il montrait ainsi dans le même volume 
la facilité avec laquelle tantôt il savait s'élever à des vues géné- 
rales, tantôt au contraire s'adonner au travail de fiches le plus 
fastidieux et aussi le plus utile. 

Ce sont là des ouvrages qui suffiraient à l'activité d'un homme. 
Mais la puissance de travail de Roschach était inépuisable. En 
même temps qu'il menait à bien toutes ces oeuvres capitales, il 
multipliait ses communications aux Sociétés savantes, et notam- 
ment à l'Académie des sciences de Toulouse, communications 
relatives à des questions de numismatique ou d'histoire locale 
\Lisies niiinicipales de Toulouse du xiie au xiiie siècles, Etude 
sigillographiqice sur les arc/iives conimiinales de Toulouse 
(1863), Jean Chalette de Troyes, peintre de Vhôtel de ville de 
Toulouse (1867), Eludes sur le Musée de Toulouse (1870), Henri 
d'Aguesseau, intendant de Languedoc (1875), Essai sur les mon- 
naies de Transylvanie (1881), De la fleur de lys considérée 
comme emblème national (1884), Quelques documents inédits 
sur le comte Jean Dubarry et sa collection de tableaux (1888), La 
galerie de peinture de Vliôtel de ville de Toulouse (1889), Les tro- 
phées des armées de la République du Musée de Toulouse (1890), 
Do':uments inédits sur le voyage du roi Charles IX à Toulouse 
(1895), sur L'édit de pacification de 1568 et le régime des sus- 



412 ANNALES DU MIDI. 

pecls à Toidouse, Variation du roman de darne Clémence, Les 
Augusùins de Toulouse (Album des Monunienls du Midi), Les 
quatre rnervcilles de Toidouse, La légende de Cléinence Isaiire, 
Le Carnée de Saint-Sernin (Revue des Pyrénées), etc. Il faut sur- 
tout citer son important travail sur Les Douze livres de l'histoire 
de Toulouse^, étude capitale où il faisait connaître cette célèbre 
collection de nos archives municipales et ses miniatures, avec 
l'éclaircissement de tous les problèmes relatifs à son histoire, à 
ses rédacteurs, enlumineurs, ainsi que la liste des portraits et des 
armoiries conservées. On ne saurait enfin passer sous silence le 
roman historique si intéressant et si vivant sur les conséquences 
de la croisade des Albigeois qu'il avait publié en 1890 sous le 
titre : La Conquête d'Albigeois (Paris, Ollendorf). 

C'est ce mélange de qualités généralement contradictoires qui 
rend si curieuse la physionomie de Roschach. Artiste, numismate, 
archéologue, dessinateur, paléographe, historien du moyen âge 
comme des temps modernes, romancier et journaliste, esprit ouvert 
à toutes les manifestations de l'esprit humain, il a su se perfec- 
tionner seul, en s'intéressant à tous les sujets qu'il abordait et, 
sans se laisser dominer par une spécialisation trop étroite, au 
sortir d'un sujet restreint, porter aussitôt après son activité intel- 
lectuelle dans un genre tout ditïérent. Le terme de bénédictin 
laïque, s'il n'était aujourd'lmi trop banal pour s'appliquer à un 
homme qui avait horreur de la banalité, aurait dû être créé pour 
lui et réservé à ce travailleur acharné, modeste, qui doué de qua- 
lités de premier ordre, retiré loin du Ijruit, n'a vécu que pour 

l'étude désintéressée. 

Fr. Galabert. 

1. Dans Association française pour l'avancement des sciences, Tou- 
louse, Histoire, archéologie, etc. (Toulouse 1887): p. 129-460. 



CHRONIQUE 



L'Académie des sciences morales et politiques, statuant sur le 
prix AudifTred, en a attribué une partie à M. H. Mûris, L'abbaye 
de Lérins, hisloire et monuinenls; une autre à MM. Thénard et 
GuYOT, Le convenlionnel Goujon. — Elle vient de donner la 
moitié du prix Koeiiigswarler à M. P. Rogé, Les anciens Fors 
de Béarn. 

Entre autres récompesses, la Commission des antiquités de la 
France (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) a décerné les 
suivantes : 2" médaille à M. Labande, Avignon au XIII^ siècle: 
4e médaille à M. R. Villepelet, Hisloire de la ville de Péri- 
gueux (Cf. Annales, t. XXI, p. 133); 2e mention à M. J. Girard, 
Les Etats du Comtat Venaissin {Ibid., p. 92): 3e mention à M. L. 
Châtelain, Les monuments romains d'Orange: 5^ mention à 
M. Cl. Faure, Histoire de la réunion de Vienne à la France 
{Annales, t. XIX, p. 112, et XX, p. 127). 



M. M. Marion, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, 
auteur de divers ouvrages intéressant le Midi, a été élu, le 6 mars 
dernier, membre correspondant de l'Académie des sciences mora- 
les et politiques. 

Les thèses de l'Ecole des chartes qui appartiennent à notre 
domaine sont cette année au nombre de cinq>. . 

Vient d'abord celle de F. Gébelin, Le gouvernement du mare 
chai de Matignon en Guyenne pendant I'intervègne{l589-i594). 
Soit dit en passant, le mot d' « interrègne » n'est guère exact. Si 

1. Positions des thèses, etc. Mâcon, Protat, 1909; in-8» de 130 pages. 



414 ANNALES DU MIDI. 

Henri IV ne fut pas reconnu sur-le-champ de tous ses sujets, il 
n'en régnait pas moins aux yeux d'un grand nombre; les autres 
tenaient pour roi légitime le vieux cardinal de Bourbon. On n'eût 
pas alors imaginé la France sans roi; il y en avait deux au con- 
traire. Matignon fut de ceux qui eurent la chance de ponter sur le 
numéro gagnant. Dès 1589 il entre en contlit avec le Parlement 
de Bordeaux qui repoussait Henri IV et qui d'ailleurs cherchait à 
prendre la haute main en Guyenne. Matignon a réussi à garder 
Bordeaux; par ailleurs ses succès sont minces; il n'a pu reprendre 
ni Agen ni Blaye. C'est la conversion du roi qui a amené la sou- 
mission des villes rebelles. L'auteur a eu recours à la belle collec- 
tion des papiers de Matignon conservés aux archives de Monaco." 
— Mentionnons sans insister (car la Corse est un peu à l'écart de 
notre domaine) P. Graziani, Maillebois et Vinsurreclion corse, 
1729-1742. Il s'agit de l'insurrection, dirigée contre la domina- 
tion des Génois, qui permit à la France d'intervenir en leur 
faveur, d'envoyer Maillebois dans l'ile, de la pacitler et d'en pré- 
parer l'annexion. — E. Guitard, L'Ecole gothique religieuse clic 
Midi de la France. Le territoire de cette École s'étend à quatre 
départements actuels : Ariège, Haute-Garonne, Tarn, Tarn-et- 
Garonne, et à partie de six autres, du Gers au Lot-et-Garonne et 
à l'Hérault, avec ramifications jusqu'au Rhône et à Barcelone. Le 
type, d'origine romaine et périgourdine, est une nef sans collaté- 
raux, bordée de chapelles : type simple et massif, bien approprié 
à la construction en briques, conforme aussi à l'esprit d'économie 
et au peu de ferveur religieuse des habitants. L'auteur a caracté- 
risé les diverses parties de l'église: l'une des plus apparentes est 
le clocher-arcades ou clocher-plan, comme il l'appelle, portion 
surélevée du mur de façade, où des baies de plein cintre abritent 
les cloches. Un répertoire des églises de l'Ecole, un vocabulaire des 
termes latins, languedociens et français mal connus (jui s'y rap- 
portent, de nombreux dessins, peintures, aquarelles, photogra- 
phies enrichissent cette étude. — J. Lafond, Essai sur le Béorn 
sous V administration de l'intendant d'Etigny (1751-1767). « Cette 
province doit à M. d'Etigny sa transformation économique dans 
la seconde nioitié du xviiie siècle. » Il vint s'établir à Auch, et 
non à Pau comme ses prédécesseurs, circonstance qui ne l'empf'cha 
pas de faire prévaloir en Béarn son autorité sur celle du Parlement 
et <les États. Laissons de côté le chapitre des Finances, (jui ^'aW- 
leurs n'est pas sans porter dos marques, peut-être superficielles, 



CHRONIQUE. 415 

d'inattention. Le titre de gloire de M. d'Etigny consiste dans 
l'exécution de routes nombreuses : le Béarn « ce cul de sac qui ne 
conduisait à rien et où il était impossible d'arriver » a été par ses 
soins dolé du réseau superbe qui le dessert encore aujourd'liui. 
La culture en a profité ; elle s'étend alors aux dépens de la pâture, 
— qui maintenait en friche prés de la moitié des terres, — et 
notamment par la suppression progressive des communaux. Mais 
l'industrie restait médiocre, malgré les eflorls de l'intendant. Un 
chapitre examine ses rapports avec les protestants, avec les com- 
munautés dont il surveillait l'administration financière. Il a suc- 
combé au cours d'un grave conflit qui divisait le Parlement : il 
dut intervenir entre les deux camps, usa de partialité en faveur 
de «l'un, fut accusé par l'autre, avec raison semble-t-il, d'avoir 
plus ou moins altéré le sens des doléances que les Etats adres- 
saient au roi, et disgracié en conséquence. Ce rigorisme du teujps 
jadis est fait pour nous étonner. — L. Romier, Etudes sur le rôle 
poliiique, administratif et militaire de Jacques d'Albon de 
Saint-André {1512-1562). Le maréchal de Saint-André était 
originaire du Roannais et par là ce favori de Henri II tient au 
Midi en quelque mesure ; de même par l'une de ses fonctions, car 
il devint en 1547 lieutenant général non seulement en Lyonnais, 
Beaujolais et Dombes, mais aussi en Forez, Auvergne, Bourbon- 
nais, bailliage de Sainl-Pierre-le-Moûlier, Marche et Combraille; 
enfin par son rôle dans le triumvirat célèbre où figuraient auprès 
de lui Anne de Montmorency et Guise. En juin 1560 il poursuit 
les princes de Bourbon jnsqu'en Agenais; en août 1563 il réduit 
dans l'Ouest les villes protestantes : Poitiers, où il y eut grand 
massacre, La Rochelle, Angoulême. L'auteur a-t-il examiné la 
question controversée des causes de l'assassinat dn maréchal à la 
fin de la bataille de Dreux? C'est ce que les Positions ne laissent 
pas discerner. 



Nous regrettons de n'avoir pu signaler plus tôt l'entreprise très 
louable et vraiment neuve qui s'intitule Union historique et 
archéologique du Sud-Ouest. 

A sa manière, elle est un signe des temps. Dans notre pays, 
durant de longut^s années, on a tenté de centraliser jusqu'aux 
études locales. L'Etat prétendait diriger les sociétés de province. 
A leur intention, des savants parisiens eurent charge de rédiger 



416 ANNALES DU MIDI. 

des programmes de travail. Chaque année se réunissait le Congrès 
des Sociétés savantes : ils le présidaient; lecture était donnée de 
mémoires dont ils avaient été les inspirateurs; ils en choisissaient 
quelques-uns pour être imprimés aux frais des contribuables, dans 
des recueils officiels créés tout exprès. Enfin, une distribution de 
rubans de couleurs diverses, principalement violets, venait 
réchauffer le zèle des érudits provinciaux. 

Ce n'était pas sans besoin ; car ces manifestations annuelles 
n'excitaient pas, chez la plupart, un intérêt très vif. Rien n'est 
mieux fait que la tutelle de l'Etat pour décourager les initiatives; 
on sait que les gens tenus en lisières désapprennent aisément la 
marche spontanée, parfois même la station droite. 

Cependant le vent tourna peu à peu ; les idées changèrent. A 
présent, il semble que nous allions nous mettre à marcher tout 
seuls. D'elles-mêmes les Sociétés savantes du Sud-Ouest, réunies 
à Pau en septeml)re 1908, se sont constituées en Union avec 
Comité central, secrétaire général qui est M. Paul Courteault, 
l'actif érudit, bien connu de nos lecteurs, et avec Bulletin trimes- 
Viel, qui sera l'organe de l'Union. Ce nouveau périodique est des- 
tiné à publier non des articles ou des documents, mais des 
communications intéressant les Sociétés du Sud-Ouest, et le 
dépouillement ou Tannonce de leurs publications. Il doit paraître 
à partir du 1er juillet. 

Nous souhaitons le meilleur succès à cette entreprise qui répond 
à nos vœux, qui s'engage dans la voie où marchent déjà les 
Annales du Midi : tout ce qui tend à décentraliser la vie scienti- 
fique mérite entière approbation. 



Nous saluons comme un événement heureux, dans le domaine 
de nos études, l'apparition du Petit Dictionnaire 'provençal-fran- 
çais, de M. E. Levy (Heidelberg, Winter, 1909; petit in-8» de 
viii-388 p., dans la collection des Romanischer Elementar- nnd 
Handhilcher, dirigée par W. Meyer-Lûbke), que l'auteur, par une 
aimable attention envers nous, a rédigé en français. Le volume 
est dédié à la mémoire de Chabaneau, qui a pu en examiner plus 
delà moitié et qui portait sur lui le jugement le plus favorable. 
Il ne comprend pas absolument tout le matériel de la langue, 
M. Levy en ayant exclu, avec raison, quelques mots de forme ou 
de sens hypotliétique et le stock si encombrant des mots savants 



CHRONIQUE. 417 

OU pareils aux mots français correspondants, dont l'interprétation 
n'offre aucune difficulté. Mais il reste encore extrêmement riche, 
puisqu'il comprend tous les mots rassemblés dans le Leœique de 
Raynouard et dans l'inappréciable Supplément que M. Levy lui- 
même est en train de lui donner (et même quelques autres, rele- 
vés trop tard pour avoir pu y être incorporés •). 

Tous ceux qui ont pratiqué ce dernier ouvrage savent sur quels 
abondants et consciencieux dépouillements il repose, quelle saga- 
cité et quelle prudence ont présidé à la détermination et au classe- 
ment des sens. Ces qualités se retrouvent naturellement dans c ;t 
abrégé, qui ne quittera guère la table de travail des provençalis- 
tes : il facilitera aux dél)utants leurs premiers pas et les plus 
experts y trouveront à s'instruire. A. J. 



Chronique du Vivarais. 

En dehors de la Revue du Vivarais, qui est régulièrement ana- 
lysée ici et demeure le recueil historique principal du pays, il faut 
signaler une nouvelle publication fondée à V'alence par l'impri- 
meur Galland : la Revue du Dauphiné et du Vivarais^, revue 
mensuelle, historique et littéraire, et la Voix du terroir, revue de 
dimensions i)liis modesies, que M. Joseph Bourg, imprimeur 
à Viviers, publie dépuis quatre ans. Cette dernière revue est plus 
littéraire qu'historique; il faut retenir cependant les documents 
assez variés qu'y édite M. l'abbé Auguste Roche et des extraits 
des Mémoires du chanoine de Banne, publiés par M. Bourg d'après 
une copie des manuscrits originaux perdus depuis longtemps. 

Un certain nombre d'ouvrages, d'importance très inégale, ont 
été publiés depuis quelques années en Vivarais. Il faut citer 
d'abord ceux du regretté M. Mazon (le docteur Francus), qui a fait 
preuve, jusqu'au dernier jour, d'une puissance de travail admira- 
ble et d'une érudition toujours plus profonde et variée. Nous men- 
tionnerons, sans nous y arrêter, sa brochure sur le Préhistorique 
dans l'Ardèche^, parce qu'elle est extraite de la Revue du Viva- 
rais, et, pour la même raison, ses yotes historiques sur Tour- 

1. La vin^'t-quatrième livraison, qui vient de paraître, va jusqu'au 
mot perlaria. 

2. Voir la chronique du Dauphiné, dans Antiales du Midi, 1909, p. 280. 

3. Privas, 1906; in-S" de 67 pages. 



418 ANNALES DU MIDI. 

nonK Son Voyage humoristique dans le Haut-Vivarais^ est le 
treizième volume d'une série de voyages en Vivarais, commencée 
il y a plus de trente ans; l'auteur y présente, sous une forrne fami- 
lière, le résultat de nombreuses recherches sur Saint-Agrève, La 
Louvesc, Devessel et les localités environnantes. 

M. le vicomte de Montravel s'est éteint le 2^ février dernier dnns 
son château de Blou, à Thueyts, à l'Age de quatre-ving-cinq ans. 
Il avait commencé, il y a plus d'un demi-siècle, à recueillir, prin- 
cipalement dans les études notariales, des documents sur l'histoire 
des familles nobles du pays. Il en avait tiré une Histoire de la 
noblesse du Vivarais et une Histoire des châteaux du Vivarais, 
dont il a donné d'importants fragments à la Revue du Vivarais. 
C'est d'ailleurs dans cette revue qu'ont paru ses principales pro- 
ductions et notamment une série de monographies des paroisses 
du Bas-Vivarais, où il a traité presque exclusivement de l'histoire 
religieuse de ces localités. 

M. le marquis de Vogué a fait paraître en 1906, sous le titre de 
Une famille vivaroise^, le premier volume d'une histoire de sa 
propre famille, depuis le xie siècle jusque dans la première moitié 
du xviie. Cet ouvrage n'a pas été mis dans le commerce; mais 
l'auteur en a distribué généreusement des exemplaires aux prin- 
cipales bibliothèques et aux érudits de la région. Le premier cha- 
pitre est un résumé substantiel de Thistoire du Vivarais de l'épo- 
que romaine jusqu'à l'acte de 1306 dans lequel l'évêque liOuis de 
Poitiers reconnut la souveraineté du roi de France. Un important 
chapitre (qui a paru dans la Revue du Vivarais) est consacré 
à Geoffroy de Vogué, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux en 1210, 
à Arnaud de Vogué, évêque de Viviers vers le milieu du xiiie siè- 
cle, et à son prédécesseur immédiat, Bertrand, que le Gallia chris- 
iiana et M. l'abbé Roche, dans son Armoriai des évêques de 
Viviers, avaient ignoré. Sans analyser complètement ce volume, 
l'un des plus importants pour l'histoire générale du Vivarais qui 
aient paru dans ces dernières années, il faut mentionner l'appen- 

1. Mazon (A.). Notes historiques sur Tounwn et ses seigneurs. 
Privas, 1908; in-8" de 304 pages, illustré. 

2. Francus (le D'). Voyage humoristique dans le Haut-Vivarais. 
Annonay, 1907; in-8" de -^1 pages. 

;5. lJ}ie famitte vivaroise, histoires d'aiUrofois, rucontéos A ses enfants 
par Cli.-J. Melchior, marquis de Vogué, de l'Académie française et dp 
l'Académie dos Inscriptions et Belles-Lettres, t. L Sancerre, imprimerie 
de Michel Pigelct, 1906: in-8" de -171 pages, illustré. 



CHRONIQUE. 419 

dice qui le termine, composé de quatre notices archéologiques 
consacrées au château et au bourg de Vogué, au château et à 
l'église de Rochecolombe, à l'église de Sauveplantade et aux prieu- 
rés conventuels de Saint-INIaurice-Terlin et de Saint-Martiii-de-la- 
Villedieu. 

M. le chanoine Mollier a fait paraître en 1908 un volume consa- 
cré à Ja cathédrale de Viviers'. L'auteur avait déjà publié dans la 
Revue du Vivarais une série d'articles sur le clocher de la cathé- 
drale qui est la partie la plus intéressante de ce monument. Sur 
l'église elle-même et sur son histoire, il a réuni tout ce qu'on pou- 
vait trouver, croyons-nous, dans ce pays si pauvre en archives, et 
il en a composé avec amour une liistoire agréable à lire. 

Parmi les monographies plus modestes sur de petites localités 
de rArdéche,meutionnonsZ,rt«irts<re et ses environs^ par 1\I. Roche. 
Ce petit volume donne (juelques utiles renseignements sur la statis- 
tique et l'histoire contemporaine; pour les siècles passés, l'auteur 
n'a employé que des ouvrages de seconde main. 

Un épisode des guerres civiles, le massacre de deux jésuites 
à Aubenas par les protestants le 7 février 1593, a fourni à M. .Iules 
Blanc le sujet d'un ouvrage très développé, Les Martyrs d'Aube- 
nas^, ouvrage remarquable par la richesse de sa documentation. 

Il faut signaler enfin V Armoriai du Vivarais *, que vient de 
publier M. Florentin Benoit d'Entrevaux; c'est un très beau 
volume, remarquablement illustré, conçu à peu près sur le même 
pl^n que VArmor/al du Dauphiné, de Ri voire de la Bfdie, et suivi 
de plus d'une table très complète des noms de lieux et de person- 
nes. L'auteur a admis dans son^ Armoriai toutes les familles, nobles 
ou bourgeoises, (|ui ont porté des armes. Les notices consacrées 
à chaque famille sont presque toutes très brèves; elles se termi- 
nent par l'indication des sources et, quand il y a lieu, de la biblio- 
graphie. C'est un ouvrage spécial, mais qui par ses dimensions et 
le nombre considéi'able de renseignements qu'il renferme mérite 
une place d'honneur dans une bibliothèque vivaroise. 

A. L. S. 

1. MoUier (le chanoine), La cathédrale de Viviers, Privas, 1908; in 8° 
de 5.50 pages, iliustré. 

2. Privas, 1905; in-8» de 1:30 pages. 
o. Valence, 1906 ; in-S" de 340 pages. 

4. Paris, 1908"; in-4'' de 495-lxi pages, illustré. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



DupRÂT (E.). L'inscription de Casarie et Polycarpe de la 
Rivière. Aix, 1908; brochure in 8o^e20 pages (Extrait des Anna- 
les de la Société d'Etudes provençales). — Ce mémoii'e témoigne, 
dans l'ordonnance, d'une certaine confusion ; d'ailleurs, et c'est 
là l'essentiel, il me semble tout à. fait convaincant. De l'inscrip- 
tion de Sainte-Casaria, nous avons conservé un fragment dont les 
premières lignes peuvent être complétées par d'anciennes copies. 
D'autre part, les Annales chrislianae ecclesiae de Polycarpe de 
la Rivière (ms. de Carpentras) contiennent la copie prétendue 
des 10 vers qui formeraient le début de l'inscription et qui, en 
effet, se raccordent exactement au fragment de marbre conservé. 
Ces vers sont-ils authentiques, comme l'ont cru Le Blant et Alba- 
nès ? M. D. les prétend apocryphes et il en donne une preuve qui 
est décisive. Dans le ms., la copie, des 10 vers présente des ratu- 
res que recouvrent des variantes de style. Comment s'expliquent 
ces hésitations, si Polycarpe avait un modèle sous les yeux? (let 
argument est d'ailleurs fortifié par plusieurs autres que M. D. a 

fort bien mis en valeur. 

L. Delaruelle. 

Frandon (F.). Le collège d'Uzès, 1566-1793, 1803-1903. 
Monographie accompagnée de cinq planches hors texte. Toulouse, 
Ed. Privât, 1907; in-S» de 190 pages. — Ce livre vient s'ajouter 
aux nombreuses monographies qui ont été consacrées déjà à 
riiisloire de nos collèges. 11 y tiendra une place fort honorable. 
A vrai dire, l'histoire du collège d'Uzès n'est bien connue que 
depuis la Révolution ; même dans cette monographie très conscien- 
cieuse, la période antérieure ne lient que très peu de place (de la 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 421 

p. 13 à la p. 36). Pour le xixe siècle, M. F. a écrit avec beaucoup 
de soin l'histoire de son chev collège, en s'aidant toujours des 
pièces officielles. Son livre fournira une contribution modeste, 
mais utile, à l'histoire de l'enseignement secondaire français. Pour 
la connaissance de la vie locale, à Uzès, il est moins intéressant 
que je ne l'aurais pensé. On se doute à peine, en le lisant, de 
l'hostilité que le collège a trouvée dans une partie de la popula- 
tion et qui, plus d'une fois, a failli causer sa perte. Je note (p. 131) 
une allusion aux « attaques d'une coterie habile qui n'a cessé et 
ne cesse de combattre le collège » (cf. 127, n. 135 et 140). On aime- 
rait être mieux renseigné sur la composition, sur les procédés de 
cette coterie. Mais je crains que M. F. ne se fasse souvent des 
illusions sur les hommes, qu'il ne sache pas toujours les voir 
aussi vilains, aussi médiocres qu'ils sont. A la p. 48, je trouve les 
porti-aits des professeurs du collège au temps du premier Empire. 
L'un est « d'un caractère doux et d'une conduite irréprochable » ; 
pour un autre, « son caractère mélancolique et sa trop gx'ande 
douceur envers les écoliers, empêchaient d'appréciei- ses talents 
de professeur ! » Et je pourrais continuer; mais ce sont là des 
vétilles, sur lesquelles je m'en voudrais d'insister. En somme, 
bon livre, qui sera utile, mais dont l'horizon est trop étroitement 
limité aux murs du collège qu'il étudie. 

L. Delahuelle. 

Fhay-Fournier (A.). Le déparlement de la Haute-Vienne... 
Documents recueillis et publiés avec notices et notes. Limoges, 
Charles-Lavauzelle, 1909; 2 vol. in-8o de 354 et 347 pages (t. VII 
et Mil. des Archives hisloriques du LimoKsin, 2^ série). — Utile 
recueil de documents relatifs à la formation du département, à 
son administration et à sa situation politique pendant la Révolu- 
tion. Il est surprenant que l'éditeur, parlant de « situation politi- 
que », n'ait point reproduit quelques-uns des nombreux docu- 
ments des Archives de la Haute- Vienne qui ont trait aux troubles 
publics survenus dans les conmiunes. Surprenant également que 
l'éditeur n'ait rien tiré, pour les sections « Instruction » et « Assis- 
tance », des registres de délibérations provenant des bureaux du 
Collège et de l'Hôpital général de Limoges. En ce qui touche la 
réunion de Limoges-cité avec Limoges-chfiteau en 1792, pourquoi 
n'avoir point rappelé les deux actes si importants publiés par 
M. Louis Guibert dans ses Documents sur les deux villes de 



422 ANNALES DU MIDI. 

Limoges (I, p. 105)? D'une manière générale, M. F. évite de citer 
les travaux préexistants, alors même qu'ils pourraient servir à 
élucider les textes. Ainsi, la notice de M. l'abbé Lecler sur le 
meurtre de Tabbé Chabrol n'est pas même rappelée, bien que 
M. F. fasse mention de celle qu'il a lui-même consacrée au dit 
sujet (II, 187). — L'annotation annoncée sur la couverture est 
rare et manque parfois là où elle serait le plus utile, par exemple 
I, 16-18, où les documents parlent des limites du Limousin et de 
la Marche : le lecteur non prévenu peut croire qu'il s'agit des pro- 
vinces de ce nom, alors qu'en réalité ces documents visent les 
départements de la Haute-Vienne, de la Gorrèze et de la Creuse 
en les désignant provisoirement sous les noms de dép. du Haut- 
Limousin, dép. du Bas-Limousin, dép. de la Marche. Tome I, 
p. 182, note 1, M. F. prétend expliquer par une omission typogra- 
phique (les protes ont le dos bon) la confusion qu'il a faite ail- 
leurs ^ entre « population active » et population totale du dépar- 
tement, et il établit je ne sais quelle insaisissable dift'érence entre 
la « population électorale » et l'ensemble des habitants « en état 
de voter »! Au tome I, on rencontre sur les principaux personna- 
ges du temps des notices rédigées avec soin, mais sans indication 
de sources. Ce mélange de documents originaux et de notices 
historiques donne à ce recueil un caractère hybride. La « Table 
analytique des matières » admet, dans chacun des deux volumes, 
un certain nombre de noms propres. Cette admission ne saurait 
remplacer le relevé de tous les noms de personnes et de lieux que 
l'on est fondé à chercher à la suite d'un recueil de documents. 

A. Leroux. 

Grellier (Camille). L'industrie de la porcelaine en Limou- 
sin : ses origines, son évolution, son avenir. Paris, Lai'ose, 1909; 
gr. in-8o de 511 pag.es. — Bien que la partie historique soit, en 
pareille matière, nécessairement subordonnée à la partie économi- 
que et technique, le présent ouvrage répond fort convenablement 
à son titre. L'auteur a, l'un des premiers, utilisé le fonds Alluaud 
des Archives de la Haute-Vienne et puisé à cette source une foule 

1. Bibliographie de l'hist. de la Révolution dans la Haute-Vienne, 
p. 88 : « Les mots population active ne doivent pas être entendus dans le 
sens de j>opulation électorale, mais bien d'habitants. » — Si l'on ajoute 
« en état do voter », on retombe diins la notion de population électorale, 
quoi que puisse dire M. F. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 423 

de renseignements inédits qu'il a eu la sagesse de compléter i)ar 
ceux que fournissent les nrcliives et les bibliothèques de Paris, 
de Limoges et de Sèvres. Il est surprenant que, sur la question de 
la découverte du kaolin à Saint- Yrieix, il suive encore M. Fray et 
n'ait pas connu la récente brochure de M. Labadie (de Bordeaux), 
signalée en son temps dans le procès-verbal de la Société archéo- 
logique du Limousin. — Pour la partie technique et économique, 
la documentation de M. Grellier est surtout verbale : c'est dire 
qu'il a pris la peine de visiter les principales manufactures de 
Limoges, d'interroger leurs chefs, d'assister aux opérations de la 
fabrication et de se renseigner sur beaucoup de points que les 
documents écrits laissent souvent sans réponse. On pourrait criti- 
quer le plan et l'ordre successif des chapitres, relever un peu 
d'inexpérience dans la manière de citer les sources, signaler quel- 
ques erreurs de détail, contester même certaines affirmations, sans 
diminuer par là la valeur scientifique de ce travail ni rabaisser le 
grand mérite que s'est assuré l'auteur d'avoir le premier traité à 
fond un sujet difficile et complexe, à peine débrouillé, et qui 
réclamait depuis longtemps un véritable historien. A. L. 

Labadie (Ernest). Le pharmacien bordelais Marc-Hilaire 
^ Yilaris et la décoiwerte du premier gisement de kaolin en 
France {1766-68). Bordeaux, Gounouilhou, 1907; grand in-8o de 
44 pages (fasc. II des Doc. pour servir à l'hisl. de la cératnique 
dans le S.-O. de la Fratice, exlr-ùl de la Revue philomatliiqae de 
Bordeaux). — Au cours de la vaste enquête historique qu'il a en- 
treprise sur les origines de l'industrie céramique en Guyenne et 
eu Gascogne, M. E. Labadie a rencontré, à la Bibliothèque natio- 
nale et aux Archives de la Gironde, des documents qui l'ont induit 
à examiner à nouveau le rôle du pharmacien Vilaris dans la dé- 
couverte du gisement de kaolin de Saint-Yrieix (Haute-Vienne). 
Ces documents ne sont pas tous nouveaux et ne sont pas tous 
probants. Il parait bien néanmoins que le rôle vrai de Vilaris a 
été défiguré ou dissimulé par ses contemporains, et méconnu par 
la postérité. C'est donc à lui qu'il faut attribuer le mérite de dé- 
couvreur que François Alluaud donnait autrefois au chirurgien 
Darnet (de Saint-Yrieix), et M. Fray à Macquer, le chimiste de la 
manufacture de Sèvres. L'erreur de M. Fray est d'autant plus 
forte qu'il a connu les documents dont se sert M. Labadie pour 
établir sa thèse. Il est vrai qu'il a négligé la pièce principale, « ce 



424 ANNALES DU MIDI. 

qui est d'autant plus regrettable, conclut M. Labadie (p. 30), 
qu'elle est tout en faveur de Vilaris. » A. Leroux. 

Lauris (P.). Avignon révolutionnaire. Cavaillon, Mistral, 1907; 
in-lo de 67 pages. — A l'occasion des restaurations qui s'opèrent 
au palais des Papes d'Avignon, M. Pierre Lauris a résumé les 
événements par lesquels ce palais papal et le pays de Vaucluse, 
possessions italiennes jusqu'à la Révolution, furent réunis à la 
patrie française. L'histoire de la Révolution à Avignon est tout 
entière à reviser; la légende et le roman l'ont révélée au grand ■ 
public sous un jour absolument faux. M. Pierre Lauris donne sur 
les choses et les hommes révolutionnaires d'Avignon , sur les 
massacres de la Glacière et les circonstances qui, de 1780 à 1793, 
amenèrent la réunion à la France, des notions souimaires, mais 
intéressantes et impartiales. M. J. 

Lavillâtte (H. de). Esquisses de Boussac (Creuse). Paris, 
Emile-Paul, 1907; in-S» de 240 pages. — Si Boussac est le plus 
petit chef-lieu d'arrondissement de France, dépourvu môme du 
tribunal de première instance, qui est installé à Chambon , le 
voici au moins doté d'une élégante monographie où rien de ce qui 
peut servir à son illustration (dans les deux sens du mot) n'a été 
négligé. Assurément, le « Boussac » de M. H. de Lavillâtte ne 
peut être mis sur la même ligne que l'u Aubusson » de Cyprien 
Pérathon (1886), et le « (luéret » de Ferdinand Villard (1898- 
1905). Si cependant Bourganeuf, dont l'histoire n'est pas moins 
digne d'intérêt, avait son pendant un jour ou l'autre, la Creuse 
prendrait enfin un rang honorable dans l'historiographie muni- 
cipale. 

M. H. de Lavillâtte n'est pas un érudit, et il reconnaît loyale- 
ment qu'il tire toute sa science, pour ce qui est antérieur au 
xviie siècle, des publications de MM. Louis Duval, Emile Chénon 
et autres. C'est un amateur qui écrit agréablement, à l'usage des 
gens du monde et des touristes. Il y a dans son livre beaucoup 
de photographies et de dessins à la plume (dus à M. de Forrémis) 
qui ne sont pas moins agréables que le texte. Le lecteur ordinaire 
prendra sans doute plaisir à ce que conte M. H. de Lavillâtte du 
maréchal de Boussac, compagnon de Jehanne d'Arc; des tapisse- 
ries de la Dame à la licorne (vendues par la municipalité au 
Musée de Cluny), du prince Djem ou Zizim, frère de Baja- 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 425 

zet II, etc., etc. A signaler, en Appemlice, une réimpression, re- 
vue el corrigée par l'auteur, M. Antoine Thomas, des hommages 
et aveux rendus, en 1519-1521, à René de Bretagne par les feuda- 
taires de sa chàtellenie de Boussac. 

LÉ'rANCHE (.J.). Le prieuré d'Y e7i ne, suivi de Nouveauœ docu- 
ments inédils sur sa léproserie {malndrerie d'Eiitresni.r). 
Cliambéry, impr. veuve Ménard, 1908; in-S» de 106 pages. [Ex-' 
trait du t. XLVI des Mémoires et documents xnibllés 2)nr In So- 
ciété savoisienne dliisloire el d'archéologie.^ — Faute de docu- 
ments suffisants, le iirèsent ouvrage no prétend pas être une his- 
toire complète du prieuré, qui serait l'histoire même d'Yenne, 
mais une simple monographie chronologique appuyée sur des 
chartes, pièces et titres. 

Ce prieuré serait le plus vieux monastère du pays, puisijue le 
concile de Bourgogne s'y serait tenu en 517. Il appartient d'abord 
aux moines de Saint-Basile, est rattaché quelque temps, durant le 
xive siècle, à l'abbaye bénédictine de Saint-Rambert, puis, à la 
fin de ce même siècle, à la chartreuse de Pierre-Ghàtel, jusqu'à la 
Révolution. Au xve siècle, les réguliers font place à des prében- 
diers séculiers. Les ducs de Savoie le visitèrent souvent. 
. En appendice, de la page 61 à la page 87, sept documents du 
xvme siècle, dépourvus d'intérêt général. Enfin, dix-huit pages 
contiennent des documents inédits concernant la maladrerie 
d'Yenne, rattachée, avec le prieuré, à la chartreuse de Fierre-Chà- 
tel. Deux photographies. M. Dégans. 

Malausséne (J.-E.). Vévolution d'un village-frontière de Pro- 
vence. Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes). Paris, Picard, 1909; un 
vol. in-8» de xii-429 pages. — Etude substantielle et conscien- 
cieuse d'histoire locale, d'après les Archives municipales et pri- 
vées de Saint-Jeannet et des villages voisins, bien documentée, 
qui sera utile surtout pour la période moderne. La documenta- 
tion, à en juger par diverses citations, en parait un peu contami- 
née par des emprunts imprudents à des érudits antérieurs peu 
sûrs. Le plan est bien contestable et peu propre à mettre en lu- 
mière cette idée de l'évolution économique et sociale du village, 
que le titre présente comme idée directrice de l'auteur; les chapi- 
tres se succèdent sans ordre : pourquoi l'étude du Régime féodal, 
c'est-à-dire de quelques familles nobles (Vence, Villeneuve-Tho- 

ANNALES DU MIDI. — XXI 28 



426 ANNALES DU MIDI. 

renc, etc.), est-elle reléguée au chapitre vu, alors que l'organisa- 
lion comtnanale de d631 à 1790 est traitée au chapitre m? Pour- 
quoi les affaires ecclésiasliques, l'état religieux qui dérive du 
moyen âge sont-ils décrits après la Révolution? Pourquoi les faits 
militaires sont-ils réunis dans le dernier chapitre au lieu d'être 
exposés à leurs dates respectives? L'auteur n'a pas su se décider 
entre une histoire organique et chronologique, et un tableau syn- 
thétique et logique. L'histoire de Saint-Jeannet au xixe siècle, 
utile et important chapitre d'histoire économique, est donnée 
comme introduction; elle aurait dû, semble-t-il, être la conclusion 
naturelle de l'ouvrage, l'aboutissement de l'évolution. Si ce livre 
est mal composé, certains chapitres pris isolément, abondants de 
matières, sont bons : j'ai remarqué au passage ceux qui forment 
1'^ tableau des institutions communales et l'histoire minutieuse de 
la période révolutionnaire, où Fauteur a su se garer d'un double 
danger : refaire l'histoire générale et l'oublier complètement. Un 
bon index alphabétique, dont on regrette l'absence, permettrait 
de mieux utiliser les nombreux renseignements de détail épars 
dans cette docte monographie. Avertissons M. M. que Le mouve- 
ment littéraire au X/Xe siècle, qu'il attribue obligeamment 
(p. x[) à L.-G. Pélissier, professeur à Montpellier, est en réalité 
de son quasi-homonyme Georges Pélissier, le brillant critique, 
professeur au Lycée Janson de Sailly. L.-G. Pélissier. 

PouPÉ (E.). L'emplacetnenl d'Anteis. Aix, Imprimerie ouvrière, 

1909; in-8o de 25 pages (Extrait des Annales de Provence). — 

Reprenant à nouveau la question très controversée de la situation 

d'Anteis, station romaine d'un euibranchement de la voie auré- 

lienne qui aboutissait à Riez, M. P. place Forum Voconii à Châ- 

teauneuf, près de Vidauban, et Anteis au quartier de Saint-Her- 

meutaire, près et au sud de Draguignan. Cette conclusion 

fortement appuyée paraît vraisemblable; l'ètymologie anle lieis, 

Antreis, Anteis l'est beaucoup moins. 

Ch. Lécrivain. 

Rupin (E.). La Légende de saint Amadour. Paris, G. Baran- 
ger, 1909; in-S» de xxii-lo? pag'es. — IL me paraît très douteux 
que les ouvrages de M. Layral et de M. Bourrières, dont l'un fait 
recevoir saint Louis à Rocamadour au bruit des arquebusades, et 
dont l'autre voit dans le silence de Grégoire de Tours, (jui ne 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 427 

parle ni d'x\madour, ni de Zacliée, un argument p(h-emptoire en 
faveur de l'idenlilication de ces deux personnages, puissent 
avoir beaucoup de lecteurs dans le monde de l'érudition. Je lais- 
serai donc de côté toute la partie du travail de M. Rupin dans 
laquelle celui-ci a réfuté quelques idées plutôt saugrenues émises 
au sujet d'Amadour par des auteurs que la crainte du « moder- 
nisme » conduit délibérément loin des voies tracées par Mabillon 
ou Ruinart. Je me borne à signaler dans cette partie les dis- 
cussions archéologiques relatives à certains objets, cloche ou 
autel, dont on avait fort exagéré l'antiquité. Le chapitre le plus 
intéressant au point de vue historique est celui dans lequel 
M. R. précise l'évolution de la légende d'Amadour et l'état actuel 
de nos connaissances sur ce personnage. Celle ci, sous sa forme 
actuelle, est de très basse époque. A la fin du xii^ siècle, Ro- 
bert de Torign}' raconte l'histoire de la découverte, en 1166, 
auprès du sanctuaire déjà célèbre de la Vierge, à Rocamadour, du 
corps du saint ermite Amator. Mais cette découverte frappe peu 
l'imagination des contemporains; c'est toujours en l'honneur de 
la Vierge que les pèlerins affluent, c'est à elle seule qu'ils attri- 
buent l'accomplissement de leurs vœux : le si curieux Livre des 
Miracles^ d^e Rocamadour, récemment édité par l'abbé Albe. en 
fait foi. Personne, au xiie siècle, ne se soucie d'Amator. Plus tard, 
on fait de lui l'époux de sainte Véronique, dont la légende elle- 
même repose sur l'identification tardivement faite de la femme de 
la Sainte-Face avec l'hémorroïsse de l'Evangile. C'est ainsi que la 
légende se présente dans les Acles de saint Amadour, édités par 
les Bollandistes, et dans les œuvres de Bernard Gui, au début 
dû xive siècle. Mais ce n'est qu'en 1437 que l'on rencontre, dans 
une bulle de Martin V, l'hypothèse de l'identification de cet Ama- 
dour avec le Zachée de l'Ecriture. Encore cette identification, dont 
il n'est plus question, entre Martin V et le P. Odo de Gissey, 
"en 1632, ne fut-elle pas universellement admise aux xviie et xviiifl 
siècles. Ce n'est qu'au xixe qu'elle passa dans la liturgie officielle 
du diocèse de Cahors. J'ai dit plus haut que nous possédions des 
Actes du saint. Mais ces Acles ne sont connus que par une copie 
du P. Odo de Gissey, et il est à peu près impossible d'en déter- 
miner la date de composition. M. Rupin (p. 33) incline à croire 

1. Les miracles de Notre-Dame de Rocamadour au xn« siècle. Paris, 
1907, in-8». Cf. Annales du Midi, t. XXI,' p. 282. 



428 ANNALES DU MIDI. 

celle-ci antérieure à l'époque de Bernard Gui, — M. l'abbé Albe^ a 
introduit dans la discussion du problème un élément nouveau, en 
publiant d'après un ras. du xv^ siècle, une Vitn d'un saint Ama- 
tor honoré à liUcques, et qui semble bien être le même que l'Ama- 
dour du Quercy. M. Albe émet l'hypotlièse qu'une Vie plus an- 
cienne a dû exister, Vie que les rédacteurs des Actes et de la- 
légende lucquoise ont chacun de son côté prétendu remanier. La 
chose est possible ; mais selon la juste remarque de l'abbé Ali)e, le 
texte lucquois ne paraît pas savoir que l'Amator voyageur dont il 
raconte l'histoire se fixa en Gaule. D'autre part, le passage des 
Actus qui localise expressément l'établissement d'Amadour en 
Quercy est très vraisemblablement interpolé, comme l'a reconnu 
M. Rupin. Il y a enfin un Araator honoré le 20 août, comme 
les bienheureux de Rocamadour et de Lucques, dont le culte 
s'est répandu en Béarn, en Espagne et en Portugal. L'identifica- 
tion entre l'Amator qui a donné son nom à Rocamadour et le 
Palestinien compagnon du Christ, qui aurait parcouru une partie 
de l'Europe occidentale, est-elle très anciennf-? Est-elle même 
antérieure à la découverte du toml)eau dont parle Robert de Tori- 
gny ? C'est ce qu'il est permis de se demander. 

R. POUPARDIN. 

Sautel (.t.). Le pays de Vaison avant l'histoire. Avignon, 1908; 
in-8o de 48 pages (Extrait des Mémoires de l'Académie de Vau- 
cluse). — Cette étude consciencieuse résume l'histoire des décou- 
vertes d'objets préhistoriques faites sur le territoire de Vaison. 

Ch. Légrivain. 

Tron (E.). Nuova ipotesi sulla orirjine dei versi lunqhi attri- 
huiti a Guglielmo di Poitiers. Bari, Laterza, 1909; in-12 de 
16 pages. — En voulant faire dériver la versification romane dans 
son ensemble de la versification latine rythmique, il est possible 
qu'on ait été trop loin et que, dans la formation de certaines for- 
mes strophiques, il faille faire une place à l'influence des mètres 
classiques, dont la connaissance aurait pu être conservée et pro- 
pagée parles clercs. Ce n'est donc pas une objection «le principe 

1. La vie et les miracles de saint Amator. dans les Analecta Bol- 
landiana, t. XXVlIb pp. 57-90. 



LIVRES ANiNOiNCES SOMMAIREMENT. 429 

que j'adresse à la théorie de M. Tron, qui prétend tirer les « longs 
vers » de Guillaume de Poitiers (partagés en groupes de 2 vers de 
11 syllabes et d'un vers de 15) de la strophe en ioniques mineurs 
employée par Horace (une seule fois, Odes, III, 12) et qui peut, 
contrairement à l'usage des éditeurs modernes, être partagée en 
3 vers et non en 4 (les deux premiers de 3 pieds, le troisième 
de 4). L'aspect des deux strophes est, en effet, identique, et id'en- 
tique aussi le nombre des syllabes. Ce qui achèverait de les rap- 
procher, ce serait l'exacte correspondance des accents : dans les 
vers latins, il y a généralement des accents sur la troisième 
syllabe de chaque pied, c'est-à-dii-e aux syllabes 3, 7, 10. Mais il 
n'en est pas ainsi dans les vers de Guillau^iie IX, où il n'y a, 
comme dans la plupart des vers romans, que deux accents fixes. 
Pour arriver à justifier sa théorie, INI. T. est obligé d'en corriger 
un nonibi'e respectable (Il sur 07, el je n'ai pas vérifié si tous les 
autres s'y prêtent). Or, ces corrections ne sont pas seulement 
arbitraires, elles reposent parfois sur des barbarismes. M. T. 
n'hésite pas par exemple à introduire dans le lexique provençal un 
dobar pour adobar'^l Çà et là, d'autres hardiesses que rien ne 
justifie. M. T. prétend assigner à ces trois pièces un ordre chro- 
nologique (p. 7,- au bas) et il exprime des doutes sur le bien fondé 
de leur attribution à Guillaume de Poitiers. Attendons ses 

preuves. 

A. Jeaxroy. 

1. La traduction de II, 9 (« il a en son pouvoir une jeune fille qui est 
beaucoup phis que la fille aînée du roi ») est parfaitement impossible et 
repose sur la substitution d'un taiiza (qui serait pour tosa) à nmiza. 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Allieh (K.). La compagnie du Très-Saint-Sacrement de Tautel 
à Marseille. Documents p. p. R. Allier. Paris, Gliampion, 1909; 
in-8o de xix-492 p. [Une Société secrète au xviie siècle.] 

Athané (U.). Essai sur Montaubaii et le Tarn-et-Garonne, géo- 
gra[»liiqiie, historique, économique. Montaulian , imp. Forestié, 
1908; in-16 de iv-424 p. avec grav., plan et carte en coul. 

Batz (De). Études sur la contre-Révolution. La vie et les cons- 
pirations de Jean, baron de Batz. Paris, Galmann-Lévy, 1908; in-8o 
de xii-494 p. 

Batz-Trenquelléon (Gh. de). Un aventurier gascon. Le vrai 
baron de Batz Rectitications historiques d'après des documents 
inédits. Bordeaux, Féret; Paris, Mulot, 1907; in-8" de v-62 p. 

BouRDÈs (A. de). Documents épars. Toulousain, Bas-Albigeois, 
Bas-Quercy et pays voisins, 1'" séi'ie. Tarbes, imp. Saint-Joseph, 
1908, in-8o de 309 p. et planches. 

Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Gahors pour les 
Etats généraux de 1789, p. p. V. Fourastié. Paris, Leroux, 1908; 
in-8" de xrv-383 p. avec carte. [Collection de documents inédits 
sur l'histoire économique de la Révolution française, p. p. le 
Ministère de l'Instruction publique, déparlement du Lot.] 

Ghailan (abbé M.). L'ordre de Malte dans la ville d'Arles. Ber- 
gerac, imp. Castanel, 1908; in-8o de xix 378 p. avec grav., portraits 
et plan. 

Gharles-Roux (.t.). Fréjus. Paris, Blond, 1909; in-16 carré de 
144 p. avec grav. et portr. [Bibliothèque régionalisie.] 

Gollection de documents inédits sur l'histoire économique de la 
Révolution française. Procès-verbaux des Comités d'agriculture et 



PUBLICATIONS NOUVELLES. /i3l 

lie commerce de la Constiliiante, de la Législative et de la Conven- 
tion, publiés par F. Gkhbaux et Ch. Sghmidt. T. III : Convention 
nationale, Ire partie. Paris, imp. nationale, lib. Leroux, 1908; 
in-8o de xiv-7G3 p. 

CouHTEAULT (P.). Un cadet de Gascogne au xvie siècle Biaise 
de Monluc. Paris, Picard, 1909; in-16 de 314 p. 

CuDGEL (T.). La flagellation dans l'iiistoire et les tortures au 
moyen âge. Paris, libr. artistique, [1909]; in-16 de 224 p. 

Delaghenal (II.). Histoire de Cliarles V. Paris, Picard, 1909; 
2 vol. in-8o de xxxv-475 et 498 p. 

Delmas (A.). Un cercle de province à travers un siècle. Auril- 
lac, imp. Savignard, 1908; in-16 de 95 p. 

Département (Le) de la Haute-Vienne. Sa formation territoriale, 
son administration, sa situation politique pendant la Révolution. 
Documents p. p. Fray-Fournier. T. I et IL Limoges, Charles- 
Lavauzelle, 1908; in-8o de 354 et 348 p. [Société des Archives 
historiqices du Limousin, 2^ série : « Archives modernes », vol. VII 
et VIIL] 

Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les 
textes et les monuments, p. p. Ch. Daremberg et E. Saglio. 
4,e fasc. Paris, Hachette, 1909; in-4» à 2 col., pp. 977 à 1136. 

Duffau (abbé F.). Historique de la chapelle Saint-Antoine à 
Tarbes. Tarbes, imp. Croharé, 1908; pet. in-8o de 113 p. 

Fèvre (.L). Histoire générale de l'Eglise. T. XLIV. Paris, Sa- 
vaète, 1907; in-8o de 756 p. 

Franklin (A.). Guide des savants, des littérateurs et des artistes 
dans les bibliothèques de Paris. Paris, Welter, 1908; in-18 Jésus 
de vii-220 p. 

Froese (A.). Die lateinischen Vortonvokale im Altprovenzalis- 
chen; in-8o de 97 p. (Dissert, de Konigsberg.) 

Garin (abbé Gh.) et Arène (E.). Documents et éclaircissements 
complémentaires aux notes historiques sur la paroisse de Saint- 
Martin (Saint-Augustin) et l'ancien couvent des Augustins. Nice, 
imp. Lersch, 1908; in-4o de 32 p. et grav. [Extrait du Nice histo- 
rique.] 

Gatscha(A.). Die altprovenzalischen und altfranzôsischenDimi- 
nutiva, 1909. (Programme de Vienne.) 

GouDAL (E.). Histoire du collège de Villefranche-de-Rouergue. 
Villefranche, Salingardes, 1908; in-8o de 120 p. 



432 ANNALES DU MIDI. 

GouLARD (X.-E.). Une croix de Jérusalem à Temmiac (Dor- 
do^ne). Paris, imp. Feion-Vran, 1908; in-16 de 15 p. avec grav. 
[Extrait de la revue Jérusalem.'] 

Hensel (W.)- t)ie Vôgel in der provenzalischen und nordfran- 
zosischen Lyrik des Mittelalters ; in-8o de 43 p. (Dissert, de Kônigs- 
berg.) 

Lasteyrie (R. de) et Vidier (A.). Bibliographie des travaux 
liistoriques et archéologiques publiés par les Sociétés savantes de 
la France, t. V, 3e livr. (nos 95413 à 100817). Paris, Leroux, 1908; 
in-40 à 2 col , pp. 401 à 600. 

La VISSE (E.). Histoire de France depuis les origines jusqu'à la 
Révolution. T. V : 11. La lutte contre la maison d'Autriche. La 
France sous Henri II (1519-1559), par H. Lemonnier. Paris, 
Hachette, 1908; in-80 carré de 384 p. 

Louis XI. Lettres de Louis XI, roi de France, p. d'après les ori- 
ginaux pour la Société de l'histoire de France par J. Vaesen et 
E. Gharavay. t. X. Paris, Laurens, 1908; in-80 de f08p. 

Mâle (E.). L'art religieux à la fin du moj'^en âge en France. 
Etude sur l'iconographie du moyen âge et sur ses sources d'ins- 
piration. Paris, Colin, 1908; in-4o de xrr-559 p. avec grav. 

Médecine (La) dans l'ancienne Auvergne. Notes et documents, 
p. p. le D'" DE RiBiER. Paris, Champion, 1908; in-8'' de vi-243 p. 
[Bibliothèque historique de la France )nédicale.\ 

MouLONGUET (P.). La souveraineté de Béarn à la fin de l'ancien 
régime. Toulouse, Privât, 1908; in-80 de 205 p. 

RovÈRE (J.-S.). Lettres inédites de .T. -S. Rovère, membre du 
Conseil des Anciens, à son frère Simon-Stylite, ex-évêque constitu- 
tionnel du département de Vaucluse. Publiées avec une introduc- 
tion, un épilogue et des notes, par le D'" V. Laval. Paris, Cham- 
pion, 1908; in-8<' de ix-310 p. 

Teisseren'c (F.). L'industrie lainière dans l'Hérault (tiièse). 
Paris, Rousseau, 1908; in-80 de 146 p. 

Le Gérant, Ko. IMilVAT. 



luuloiisc, Iriip. l)oi;i.Ani)l lîK l'RIVAT. nie Si-Uopic. ?9. — 7315 



LE DIOCÈSE DE IIIEUX AU XVlir SIÈCLE ' 

LE SOL, L'INDUSTRIE, LES RESSOURCES ET LES CHARGES 
INDIVIDUELLES. 



I. 



GéographiquemenL^, la région occupée par le diocèse de 
Rieux comprenait trois zones bien caractérisées : Melles, 
Argut, Saint-Béat sont dans la haute vallée de la Garonne, 

1. V. Annales du Midi, 17« année (1905) : Les bie?is patrimoniaux, et 
21= année (1909) : Les dettes des cominunautés. 

2. V. Observations géographiques au sujet de la feuille de Toulouse 
(n° 230), publiée par le service de la carte géologique, par J. Blayac 
(An?iales de géographie, t. XIII [1901], pp. 81-84). Sur l'économie agri- 
cole et ses rapports avec la nature du sol en général, voir L'étude des 
sols, d'après un travail récent (de M. Hilgard), par A. Woeikof (même 
Revue, t. XVI [1907J, pp. 385-398). — Pour le haut diocèse, voir Mémoires 
pour servir à l'explication de la carte géologique détaillée de la 
France; — La géologie des Pyrénées françaises, par L. Garez, particu- 
lièrement fascicule 2 (impr. nat., 1904), et les autres recueils de géologie 
ou de géographie locales qui ont paru depuis. Pour la géographie admi- 
nistrative, telle qu'on l'entendait sous l'ancien régime (liste des commu- 
nautés, mouvances seigneuriales, redevances, cultures, industrie, etc.), 
voy. le ms. 603 de la bibliothèque de Toulouse : Description de la pro- 
vince de Languedoc, in-I" de 421 feuillets (écrit après 1670, sous l'inten- 
dance de Daguesseau). En général, nombre de questions traitées ici-même 
s'éclaireront par la législation ultérieure qui eut pour objet, comme il 
convient, de remédier à des imperfections ou des abus définis ; cf. à ce 
point de vue : Ph. Sagnac, Le Comité des droits féodaux et de législa- 
tion et l'abolition du régime féodal (Révolution française, 14 novem- 
bre 19C5) ; du même : La législation civile de la Révolution française 
(Paris, 1898), et les différentes études ou cii'culaires contenues dans le 
Bulletin trimestriel de la Commission de recherches et de publication 
des documents relatifs ci la vie économique de la Révolution, année« 
1906-1907-1908, passim. 

ANNALES DU MIDI. — XXI ^ 



434 J. ADHER. 

non loin de l'âpre débouché de la vallée d'Aran ; Seix, dans 
la haute vallée du Salai, est une autre « pointe » de la cir- 
conscription vers les Pyrénées. Plus bas, dans la plaine qui 
va s'élargissant, Gier-de-Rivière, Martres, Valentine, annon- 
cent déjà la riche plaine de vignobles où s'étalent Garbonne, 
Gazeras, Noé, tout le bas Gomminges. Par les crêtes qui 
relient le canton de Barbazan au canton de Salies, par 
Huos, Saint-Pé-d'Ardet, Montsaunès, le diocèse allait rejoin- 
dre Monjoie, Rimont, toute cette zone des « Petites Pyré- 
nées » qui encadre la vallée du Salât et. laisse entrevoir celle 
de l'Ariège. Puis sa frontière descendait, par des plateaux 
calcaires et des collines d'âge tertiaire, vers cette région 
moutonnée qui sépare les deux plaines de la Garonne et de 
l'Ariège : coteaux fertiles, mais boueux, mal pourvus de 
chemins ; elle s'arrêtait, presque au bord oriental de cette 
intumescence, aux portes de" la ville maîtresse de Miremont 
(de la sénéchaussée de Toulouse), avec Saint-Sulpice, Auri- 
bail, Esperce et, entamant à peine la plaine de l'Ariège, 
Lagrâce-Dieu, Mauressac, Gaillac-Toulza. 



Ces trois régions si diverses ^ — la haute et moyenne mon- 
tagne, les deux grandes plaines convergentes et les faibles 
vallonnements par où sont découpés les plateaux qui les 
séparent — communiquaient, alors comme aujourd'hui, 
par deux grandes routes se dirigeant vers les Pyrénées. Gelle 
qui remonte la Garonne, la plus ancienne, bifurque aux 
portes de Montréjeau. La partie qui monte vers Luchon était 
en très bon état de viabilité, comme le tronc dont elle se 
détachait^. Elle se subdivisait à son tour, près de Marignac, 

1. Cette division naturelle : montai:fne, terrc-foi't et plaine était ob- 
servée pour l'assiette des impositions. Voy. Arcli. Haute-Garonne, C. 
2016. 

2. « Le chemin des Pyrénées est on fort bon état. » Arcli. llaute- 
(«aronne, C. 1925, v Marquefnve. Voy. le témoignage un peu plus récent 
d'Arthur Young, Voyages en France, t. I, p. 40 (édit. Guillauniin, 1869), 
notamnient sur 1(! |)ont de Labruquére « en calcaire bien compacte ». 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XVIU® SIECLE. 435 

pour gagner Saint-Béat et la vallée d'Aran. Cette section 
devait être aussi fréquentée qu'aujourd'hui. Les chemins 
qui s'en détachaient ne valaient pas grand'chose ; à Melles, 
c'était « une échelle de pierre' ». 

De même, il semble bien que, plus bas, les chemins qui 
traversent les coteaux ou remontent les vallées transversa- 
les — Salât, Arize, Volp, — entre les deux routes d'étapes, 
fussent très peu praticables. Tantôt l'enquête de 1744 nous 
dit que les chemins sont « presque impraticables en hiver » 
ou « en mauvais état » : Bax, Gapens, Gaujac, Lacaugne, 
Montant, Montagut; — « fort gâtés » : Esperce; — « imprati- 
cables par défaut de creusement des fossés^ que les rive- 
rains négligent » : Marquefave; — tantôt elle déclare que le 
pays est « montueux et sans chemin » : Fabas; — ou que 
« les routes sont dans la plaine^ » : Grazac, Magreins*. — 

1. Arch. Haute-Garonne, C. 1925, v" Melles. Rappelons que cette cote 
renferme les résultats de l'enquête de 1744, faite sur les ordres du nouvel 
intendant de Languedoc, Jean Le Nain, baron d'Asfeld, et qui s'inspire 
visiblement de l'influence de d'Argenson, de ses idées sur le relèvement 
des protestants à titre de puissance économique. Voy. Journal et Mé- 
moires du marquis d'Argenson, éd. J.-B. Ratliery, Paris, 1859-186'<^, 
8 vol., surtout t. I, pp. 8.5. 91, 369; t. IV, p. 102; t. VI, p. 359, et du 
même : Considérations sur le gouvernetnent ancien et iwésent de la 
France, Amsterdam, 1765, p. 165. 

Tout ce qui, dans ce travail, a trait à l'économie rurale ou à l'industrie 
gagnera à être rapproché des indications éparses dans Fernand Gerbaux 
et Ch. Schmidt, Procès-verbaux des Comités d'agriculture et de com- 
merce de la Constitiumte, de la Législative et de la Convention, t. I" 
(1906); t. II (1907); t. III (1908). Ci. Annales de géographie, {.^yi (1907), 
article de M. Demangeon sur Les recherches géographiques dans les 
archives. 

2. Il s'agit cependant du chemin de communication d'Auterive à 
Cazères (Arch. Haute-Garonne, 0. 1925). 

3. « Sur ce sol gras dont, en 1814, l'armée anglo-espagnole ne put arri- 
ver à se dépêtrer, les chemins sont très difficiles à entretenir. 11 faut les 
bâtir comme faisaient les Romains. » L. de Santi, 7iotes mss. — Sur la 
législation ancienne et moderne relative aux chemins, on peut consulter 
Garnier, Traité des chemins de toute espèce. Paris, 1827, 3" édition. 

4. Arch. Haute-Garonne, C. 1925, passitn. On pourrait multiplier les 
indications : route de Toulouse à Rieux et à Pamiers, « indispensable 
pour le pays et impraticable poar les voyageurs ». — Baliar, annexe de 
Monjog ; — « mauvaise route, sauf celle de Foix ■», Bénagues. Il semble 
bien que cet état de choses remonte assez haut dans le diocèse de Rieux, 
et peut-être dans la province. Voy. Aiuiales du Midi, t. XXI (19(19), p. 195, 
articli^ de M. P. Boissonnade : L'état, l'organisation et la crise de Vin- 



436 J- ADHER. 

On signale parmi les routes secondaires, que nous quali- 
fierions aujourd'hui de « chemins d'intérêt commun » : le che- 
min royal de Pailhès à Pamiers, passant par Madière ; celui 
de Muret à Miremont et de Miremont à Saverdun, parallèle 
dans la deuxième partie à la route d'Espagne par Foix ; le che- 
min de Rieumes à Noé, desservant la plaine et les premiers 
gradins du plateau gascon ; les routes de Rieux à Saverdun, 
de Castelnaudary à Pamiers, se croisant à Latrape; les che- 
mins de Rieux au Caria et à Pamiers, d'A.uterive à Gazères, 
passant par Marquefave. Les tracés ne manquent pas et 
sont, selon toute apparence, les mêmes que de nos jours. Ce 
qui manque, c'est l'entretien, la régularité et la coordina- 
tion des ressources appliquées cà cet etïet. De loin en loin, on 
constate qu'une communauté a consacré à l'entretien de ses 
chemins ses fonds disponibles ou le produit d'un emprunt ; 
mais c'est empiriquement, sans plan arrêté, sans direction 
administrative^ et sans autre intervention de l'autorité que 
l'agrément de l'intendant. 

dustrie languedocienne pendcait les soixante premières années du 
xvip siècle. 

1. Voy. les deux articles précédents : Patrimoniaux, Dettes, toc. cit. 
Cf. de Froidour, Lettres à M. de Héricoiirt (ms. 643 de la Bibliothèque 
de Toulouse) : Laffitte, Montbrun, chemins « fort bossus et fort pierreux ». 
Le marquis d'Argenson, vers le milieu du xyiip siècle, nous dit [Consi- 
dérations, etc., p. 188) : « Les trésoriers de France ne se mêlent plus des 
chemins et des ponts dont ils sont les voyers par leurs titres: tout le 
soin en est donné à des inspecteurs momentanés. » En fait, ce sont les in.- 
tendants qui assurent ce service. En Languedoc, les intendants, au lieu 
d'avoir recours à la corvée, instituèrent une contribution locale, annuelle 
ou passagère, le p07itanage. Cela dura jusqu'en 1787, où le contrôleur 
général Orry rétablit uniformément la corvée dans toute la France. Cet 
impôt personnel, fort lourd et très vexatoire, .^subsista jusqu'en 1787. On 
sait que l'une et l'autre charge furent souvent utilisées dans des lieux 
assez éloignés des communautés imposées. Les États de Languedoc, pur 
exemple, n'interdirent la levée du droit de pontanage sur les paroisses 
du diocèse de Rieux, exercé par les consuls d'Àuterive, que dans leur ses- 
sion de 1(501-1606 (Arch. Haute-Garonne, C. 2291). Pour les détails, voy. 
Garnier, loc. cit., p. 136 et suiv.; sur les obligations des particuliers en 
matière de voirie, cf. Notables et singulières questions de droit civil 
jugées au imrlement de Toulouse, par Géraud de Maynard, Paris, 1751, 
(,. Il, pp. 729 et suiv. Les mesures d'ensemble prises i)ar les Etats de 
Languedoc paraissent avoir été assez tardives : 16 février 1783, emprunt 
pour les chemins du diocèse de Rieux (Arch. Haute-Garonne, C. 49). 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XVIU'' SIECLE. 437 

La grande route fluviale du pays, la Garonne, était ofti- 
ciellement navigable depuis Cazères'. Cette ville possède en 
1744, outre le pont dont l'entretien lui incombe en vertu d'un 
arrêt du Conseil du 26 juin 1736, une digue de 76 toises de 
long et de 4 toises de large qui protège l'église et un fau- 
bourg. Le revenu du pont est, en 1763, de 700 livres qui ne 
suffisent pas à son entretien. A Carbonne, il serait néces- 
saire d'opérer le « recreusement » de la Garonne et de répa- 
rer le chemin du port. Les deux petites villes sont en riva- 
lité pour la possession du pont^. 

Il semble bien que certains ponts, sans doute médiocre- 
ment construits, aient disparu dans le cours du xvii« siècle. 
« A Saint-Julien », écrit de Froideur^, « il y avait autrefois 
un pont, à ce que l'on m'a dit ; mais comme la rivière l'a plu- 
sieurs fois emporté, les habitants, se lassant des dépenses 
qu'il leur causait, ou pour le réparer ou pour le rebâtir, 
y ont établi un bac ». Capens a également un bac dont il 
entretient la corde ; Marquefave paie 60 livres pour le même 
objet et reçoit 16 livres de rente; à Salles, les voituriers 
portant du sel à Montesquieu pour le pays de Foix passent 
la Garonne sur un bateau appartenant au seigneur. 

Il n'y avait pas, dans le diocèse, d'autres cours d'eau navi- 
gables. L'Ariège était éloignée de sa limite, vers le Toulou- 
sain, de trois à quatre kilomètres. Les autres cours d'eau 
moins importants, l'Arize à Montesquieu, le Salât à Mazères, 
étaient sans doute livrés au flottage, mais rien ne nous le 



1. Et flottable depuis Fos (Arcli. Haute-Garonne, L. 34, pièce détachée 
du 5 décembre 1792). 

2. Voy. sur les ponts de Cazères et de Carbonne, Patrimoniaux, loc. 
cit., pp. 501 et suiv.; Dettes, ibid., pp. 43, 49. L'histoire des difficultés que 
présentait la navigation de la Garonne, et qui semblent avoir été crois- 
sant jusque vers le milieu du xviii" siècle, est contenue dans les délibé- 
rations des États de Languedoc (Arch. Haute-Garonne, G. 2358 à G. 2439. 
Voy. hiventaire, pp. 504 à 712, 'passitri). 

3. De Froidour à M. de Héricourt, loc. cit., l" septembre 1667. Sur 
l'origine, le cours et surtout le régime des cours d'eau, les indications du 
ms. 603 de la Bibliothèque de Toulouse sont un peu plus que sommaires, 
mais utiles à consulter. Par contre, les indications topographiques sont 
sujettes à caution : « Argut, à demi-lieue de Valentine. » 



438 J- ADHER. 

prouve, et, dans l'ensemble, les cours d'eau', mal réglés, 
point endigués, semblaient plutôt redoutés comme un dan- 
ger permanent : l'inondation est, avec la grêle, l'explication 
que donnent les consuls, dans la plupart des cas, de la 
dépréciation des fonds de terre et de l'émigration delà popu- 
lation rurale 2. 

III. 

Les voies de communication, dans la plupart des cas, sont 
à la fois une création du commerce et de l'industrie et une 
cause de développement pour ces manifestations de la 
richesse publique. Nous verrons ce que pouvait être l'indus- 
trie dans une région assez écartée du pays, lieu de passage 
plutôt que d'aboutissements Le puissant foyer d'attraction 

1. Ou pourrait les considérer, à un autre point de vue, comme des 
obstacles pour les communications, et c'est pour cela que les réparations 
de ponts ont une si grande place dans les comptes municipaux. Le pont 
de Saint-Hilaire, à Rieux, sur l'Arize, réparé en 1700, sert de passage « à 
tout ce qui vient du haut Languedoc aa comté de Foix en Gascogne (sic) » 
(Arch.. Haute-Garonne, G. 1916). Toutes les administrations locales sont 
d'accord sur l'utilité de ces dépenses. 11 n'y a de difficulté que pour créer 
des ressources correspondantes. C'est seulement en 1771 que les Etats de 
Languedoc consentent à ce que le diocèse de Rieux emprunte 50.000 livres 
pour la construction d'un chemin de Saint-Sulpice-de-Lézat au port de 
Capens sur la Garonne, chemin .qui servira de débouché aux commu- 
nautés riveraines de la Lèze pour le transport de leurs denrées (Arch. 
Haute-Garonne, G. 2414). De tout teuips on ne s'engagea qu'avec pru- 
dence dans cette voie : à l'assemblée de l'assiette diocésaine pour 1700, on 
demande la réparation du pont de Sainte-Croix sur le Volp, « où toute la 
voiture qui vient du Couserans à Toulouse doit passer nécessairement, 
n'y ayant point d'autre pont sur ladite rivière, lequel pont menace ruine, et 
il s'y est déjà perdu beaucoup de chevaux dont les propriétaires ont fait 
des actes de protestation aux consuls, prétendant les rendre responsables 
des dommages qui peuvent survenir. L'évèqne est prié de faire vérifier si 
ce pont est absolument nécessaire » (Arch. Haute-Garonne, C. 1916). On 
cite un bac sur l'Ariège, à Bénagues (ibid., C. 19'25). 

2. Arch. Haute-Garonne, C. 1925, passim. Sur l'ensemble de ces ques- 
tions, voy. nos articles, Patrimoniaux, Dettes, loc. cit., et ci-dessous ce 
que nous disons sur les cultures, la nature des fonds, etc. Cf. à titre d'in- 
dications bibliograpliiques, C. Bourgin, Notes sur les sources générales 
de l'histoire de l'économie rurale pendant la Révolution, in liulletiji... 
vie économique de la Réoolution (année 1907). 

8. Les indications générales sont assez disséminées. Voy. notamment 
Basville, Young, loc. cit. L'influence de l'enquête du premier sur les théo- 
riciens de l'économie rurale durant la première moitié du xviii" siècle 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XVIIie SlÈCI^. 439 

que constitue la ville (le Toulouse exerçait déjà son action: 
les preuves de l'absenléisuie de nombre de propriétaires 
fonciers sont fréquentes. Mazères se plaint du défaut de 
commerce, de Toccupation du quart du territoire par les 
forains. Les petites villes de la région. Hieux, Montesquieu, 
Saint-Sulpice, restent pourtant à défaut de Toulouse, — et 
bien plus que de nos jours — des centres de vie bourgeoise. 
A la fois propriétaires à la ville et à la campagne, les « bien- 
tenants », selon une métbode économique dont on retrouve- 
rait encore des traces, transportent, suivant les besoins, 
leurs métayers d'un centre d'exploitation dans un autre : les 
habitants de Monjoy « vont bêcher la terre dans les villes 
de Saint-Girons et de Saint-Lizier, où sotit les propriétaires 
des fonds. » 

On ne peut pas dire néanmoins que la présence des pro- 
priétaires du sol fût par elle-même une cause de prospérité. 
Rieux, le centre ecclésiastique^ et administratif, offre à cet 
égard un exemple frappant. 

est évidente. Le questionnaire envoyé aux commnnaulés, en 1744, le cite 
nominativement, et des copies de ses Mémoires circulaient entre les 
mains des administrateurs. Voy. Patrimoniaux, loc. cit., p. 499, Biblio- 
graphie, sources manuscrites. Par contre, les administrations munici- 
pales se déclarent dans l'impossibilité de s'y référer. Les Mémoires de 
Basville « n'ont point paru dans cette ville » (Arch. Haute-Garonne, C. 
1925, v Casères. « On ne connaît pas dans ledit lieu les Mémoires de 
M. de Basville, et par conséquent on ne sait comparer l'état présent (pour 
la population) avec ce qu'il était alors (en 1684) » Ibid., v" Bax. 

L'enquête répond nettement aux questions spéciales : cinq maisons de 
protestants (18 personnes), Artigat; — quatre ma'sons (15 personnes), 
Castéra; — deux familles (verriers), Fxbas; — <}4 protestants, Gabre. — 
« De tout temps on n'a pas entendu parler d'huguenots », Marquefave. 

Les registres de baptême ou de décès n'existent que depuis peu, Casta- 
gnac; — 50 habitants, pas de mariage depuis sept ans, Castéra; — au- 
trefois close de très bonnes murailles, aujourd'hui prêtes à crouler, faute 
de fonds, Cazères; — la population (.362 hab.) a augmenté d'environ 1/5, 
les gens s'y marient plus jeunes, Esperce; — d'un quart (mêmes motifs), 
Gaillac; — diminué de 500 à 400 habitants depuis 1667 : « la misère et 
l>s guerres en sont les causes », Lavelanet; — 360 communiants en 1722, 
reste 230; de 60 brassiers, il n'y en a plus que 16 ou 17. Causes : mala- 
dies suivant la grêle ou les inondations, Lafitte; — comparaison impos- 
sible, « n'ayant trouvé dans les archives la révocation de l'édit de Nantes » 
[sic), Mauran, etc. 

1. 12 communautés seulement appartenaient au diocèse de Comminges^ 



440 J- ADHER. 

Sa population est, en 1744, de 1,530 habitants. Y figure le 
personnel ecclésiastique que comporte le siège de l'évêché : 
12 chanoines ayant un revenu moyen de 500 livres, 4 hebdo- 
madiers à 260 livres, 20 prébendes à 230 livres, 4 prébendes 
à 180 livres, et 6 prébendes cléricales donnant 120 livres à 
chacun de leurs titulaires. Le chapitre paie 2,300 livres de 
décimes et en outre 4,600 livres d'autres charges et pen- 
sions. Il y a cinq gentilshommes, une cour royale dont la 
juridiction comprend quinze paroisses. L'office de juge royal 
est vacant depuis 1736 ; les héritiers du dernier titulaire ne 
l'ont point vendu ni ne s'en sont fait pourvoir. Celui de lieu- 
tenant particulier est aux parties casuelles depuis 1685 ^ Le 
revenu des patrimoniaux ou biens communaux n'est que de 
61 livres^; le dépouillement des rôles du vingtième de 1750 
donne 66 articles comportant un revenu supérieur à 50 livres 

Rappelons que le diocèse de Rieax, provenant du démembrement de celui 
de Toulouse, était une création du pape .Tean XXII en 1328 (voy. Bibl. de 
Toulouse, ms. 603). Il fut pendant longtemps un véritable fief de la famille 
de Bertier; mais le plus illustre de ses évèques fut Jean de Pins (1-170- 
1537), humaniste, conseiller au Parlementde Toulouse et ambassadeur de 
François I" à Rome et à Venise. 

1. Le juge et son lieutenant retirent « peu de bénéfice de leur charge ». 
La « finance » de l'office du premier est de 4,000 livres, celle de l'office 
du second de 410 livres. La charge de procureur du roi vaut 285 livres. 
Les appels des jugements vont au sénéchal de Toulouse (Arch. Haute- 
Garonne, G. 1992). Le juge est, semble-t-il, « itinérant »; il siège à Mon- 
tesquieu et au Fousseret (Bibl. de Toulouse, ms. 603). 

Ajoutons à ces charges la « finance de l'office de gouverneur de Rieux, 
qui est, en 17.54, de 7,200 livres; celle de lieutenant, 4,000 livres » (Ros- 
chach, Études historiques sur la proviyice de Languedoc, 'pièces justi- 
ficatives, col. 2226). Il convient de rappeler que les offices n'étaient pas 
vendus aux prix indiqués; mais il semble qu'il y ait eu, dans un certain 
nombre de cas, une très grande difficulté à les vendre (cf. de Boislisle, 
Correspondance du contrôleur général des finances avec les inten- 
dants, t. III, p. 21, col. 9, à propos du présidial do Oarcassonne). n" 50 
(au 1" mai 1708), de Bàville au contrôleur général. 

2. Voy. Patrimoniaux, loc. cit., p. 502, t. XVII; Dettes, t. XXI, p. 36 
et suiv. Depuis le 26 décembre 1724, le Conseil politique «demeurait fixé 
à vingt-quatre personnes » (Arch. Haute-Garonne, C. 2). Tous ces détails 
comportent, cela va de soi, des rectifications et des variations selon les 
années : la stabilité relative de certains chiffres permet cependant de dé- 
gager quelques idées générales. Sur les origines féodales et la coutume 
de Rieux, voyez des indications dans J. Décap, Les chartes de coutumes 
de la Ilaute-GaroHtie du xiii» au xxi" siècles, in Mémoires de la Société 
archéologique du midi de la France, t. XV, p. 71. 



LE DIOCÈSE DE RIEUX AU XVIIl« SIECLE. 441 

et 120 articles dont le revenu est inférieur à 10 livres, [je 
nombre des petits artisans, — selliers, cordonniers, chirur- 
giens, tisserands de razès, etc., — est de 35. La manufacture 
de la Terrasse' en occupe un certain nombre d'autres. 

Le possesseur de cette manufacture, M. de Ro:|uefort, 
jouit, pour 173 arpents de terres labourables et incultes, — 
prés, vignes, bois et réserves, — d'un revenu territorial de 
1,000 livres. 

La population comprend, outre les chanoines et les pré- 
bendes, une assez forte proportion d'ecclésiastiques, rési- 
dant presque tous, et dont le revenu est généralement faible^. 
Il y a quelques anciens militaires et, — comme dans tout 
centre ecclésiastique où les cadets de famille, entrés dans 
les ordres, prélèvent, pour les dépenses de leur éducation, la 
forte part de l'héritage paternel, — un certain nombre de 
demoiselles nobles et bourgeoises''. 

Sauf ce dernier trait, sauf l'ébauche d'industrie organisée 
sur les possessions du seigneur de la Terrasse, Rieux est 
donc, au milieu du xvni" siècle, ce qu'il est resté au début 
duxx*' : une petite ville morte, réveillée de temps àautre par 
les réunions ecclésiastiques, les audiences du petit tribunal, 
les assemblées de l'assiette... Elle est décidément en dehors 
du mouvement des échanges. 



1. Fondation des Etats de Languedoc au xvii« siècle, réorganisée, en 
1712 par Jean Marcassus, marchand de Toulouse, fait baron de Puymau- 
rin en 1724. C'était une manufacture de draps dont le premier directeur 
fut nu Hollandais du nom de Gurse. (Voy. Almanach historique et chro- 
nologique de Languedoc. 1754.) Cf. Roschach, Foix et Commi7iges; Bio- 
graphie toulousaine, t. II, art. Puymaurin ; Inventaire arch. Haute" 
Garonne, G. 2350, C. 2356. C. 2358. C. 2404. 

2. Ils sont au nombre de dix-neuf. Un seul, l'archidiacre Descuns, 
déclare 330 livres de revenu (Arch. Haute-Garonne, C. 1992). -- Voici, à 
titre d'indication pour un élément de la population flottante, qiielle était 
la composition de l'assemblée de l'assiette : 1° un commissaire principal 
nommé par les commissaires du roi aux Etats; 2° le juge ou son lieute- 
nant, commissaire ; 3° quatre consuls de Rieux ; 4° douze consuls des six 
villes maîtresses; 5» le syndic du diocèse; 6» le greffier du diocèse! 
7° l'évèque ou son vicaire général, président; au total, vingt et une per- 
sonnes. (Bibl. de Toulouse, ms. 603.) 

8. Arch. Haute-Garonne, G. 1992. Ce serait là une preuve de plus, si 
elle était nécessaire, de la sédentarité des populations rurales, 



442 J. ADHER. 

Seix est une autre « ville maîtresse », au débouché des 
montagnes, dans la haute vallée du Salât ' . Quoique si tuée dans 
le Gouserans, elle a relevé du Languedoc jusqu'à la Révo- 
lution. Elle a des traditions, puisque sa coutume remonte 
au 3 mars 1243. La seigneurie est en paréage entre le roi et 
le comte de Gouserans. Elle a 1,700 habitants en 1743'^ et 
semble être dans une période de développement. Sa popula- 
tion jouit de précieux privilèges : usage des bois, montagnes, 
vacants, droits de chasse, de pêche, port d'armes et autres. 
Son revenu est de 400 livres (490 en 1750). Il y a deux foires, 
un commerce de bestiaux. Le rôle des vingtièmes de 1750 
contient 313 articles; 20 cotes indiquent un revenu supérieur 
à 50 livres; 153 cotes sont de moins de 10 livres. Les contrô- 
leurs taxent à regret, pour se conformer à Tédit du roi, et 
« quoique dans un très faible état de faculté », les non- 
déclarants au double de leur cote initiale. Il y a quatre gen- 
tilshommes; le revenu du plus notable, M. d'Esplas, gouver- 
neur, pour le roi, de Seix^ ancien capitaine de cavalerie, 
atteint à peine 302 livres. Il y a quelques industries : mar- 
chand, tisserand, maçon, tuilier, pareur, chaudronnier, for- 
geron. Il y a 4 moulins, appartenant par moitié à la commu- 
nauté et affermés chaque année 490 livres, que l'on emploie 
en « moins impos'é » sur la taille. La terre, jardins, cultures, 
constitue « un très mauvais fonds » : il y a quehjues hau- 
tains''. 

1. Aujourd'hui dans le canton d'Oust (Ariège), 3,177" habitants, dont 
1,219 agglomérés. Voy. sur ce lieu Mémoires de Basville (ms. cité in 
Patrimoniaux, p. 490), et Histoire de Languedoc, édit. Privât, t. XIII, 
pp. 694 et suiv. Cf. sur la bibliographie des manuscrits et la 1" édition — 
elle est de 1731 : Amsterdam, Pierre Boyer — des Mémoires j)Our servir 
à l'histoire de Languedoc [alias Manuscrit historique et politique sur 
la province de Languedoc, etc.). Bulletin de la Société archéologique 
du Midi de la France, séance du 21 mai 1878. 

2. Arch. Haute-Garonne, C. 1925. 

3. « Il paraît que ce poste a été jugé important par les masures d'un 
château qu'on dit avoir été bâti par (/harlemagne, et il y a apparence que 
les comtes de Toulouse se voulurent conserver ce passage en pro|>riété 
pour la communication avec l'Aragon... » Ici encore, le litre survivait à 
la fonction. (Basville, lac. cit.) 

4. « B'estons de vignes, courant d'arbre en arbre dans des rangées 
d'érables; on les conduit au moyen de liens de ronces, de sarments et 



LE DIOCESE DE RIEUX AU XVIII» SIECLE. 41-3 

La taille monte à environ 1,200 livres, la capitation à 13 
ou 1,400. C'est un petit centre d'échanges, comme il y en a 
tant au débouché des vallées pyrénéennes, où les monta- 
gnards viennent: se pourvoir, apportant leurs produits. 
Malgré cela, les consuls de 1744 affirment qu'il n'y a pas de 
« transports de denrées, le pays en fournissant à peine pour 
sa propre subsistance. » Ce n'est pas un lieu de passage : 
« il n'y a ni troupes ni marchandises* »; et l'on entend bien 
ce que signifient ces expressions : il n'y a pas de produits 
locaux^ il y a peu de charrois, mais un petit commerce 
actif de colporteurs, de conducteurs de troupeaux, de bouti- 
quiers empruntant à la plaine, à la grande ville et aux 
stations intermédiaires la pacotille de leur débit. 



IV. 

La difficulté des communications peut gêner et même, 
dans certains cas, annihiler la production. Mais celle-ci est 
liée à d'autres faits économiques qu'il est très difficile de dé- 
tacher des diverses mmifestations de la vie publique. 

Parmi les causes de la misère, si l'on excepte les centres 
de population précédemment indiqués, il faut placer en 
première ligne l'absence des propriétaires, l'absorption des 
revenus par les non-résidants. Il semble que le fiéau ait 
atteint surtout les localités placées à proximité des plaines, 
non loin des grandes voies de communication, — tout juste 
celles où règne aujourd'hui la plus grande somme de bien- 
être^. Les consuls de Gratens déclarent que « les trois quarts 

d'osier. » (Art. Young, oiiv. cité, t. I, p. 39.) Cf. P. Boissonnado. La pro- 
duction et le commerce des céréales, des vins et des eaux-de-vie en 
Languedoc dans la seconde moitié du XVII' siècle. (Annales du Midi, 
t. XVII, p. 316). Certains détails de l'enquête indiquent le peu d'impor- 
tance de ces vignes : « quelques souches à haute branche en bordure de 
certains champs. » Pointis (Arch. Haute-Garonne, G. 1925). Voy. plus 
bas, I 7, p. 4.Ô7.) 

1. Arch. Haute-Garonne, C. 192.5. 

2. Ce qu'explique d'ailleurs la plus grande facilité d'accès. La rési- 
dence habituelle de ces propriétaires forains ou seigneurs est surtout 
Toulouse. Citons quelques membres des cours de justice : les' conseillers 



444 J. ADHER. 

du territoire appartiennent à des bientenants forains, en sorte 
que presque tous les habitants n'ont que fort peu de biens, 
le cadastre le justifie ». Ils ne peuvent donner en détail le 
revenu de chaque propriétaire « parce que leurs biens sont 
peu étendus, qu'ils ont leurs possessions dans les lieux cir- 
convoisins et que les revenus des différentes possessions 
sont perçus confusément. Les habitants sont accablés de 
misère : il n'y a que le plus ou le moins qui les distingue '. » 
C'est cependant un petit centre rural. Il y a, en 1750, 
3 chirurgiens, 1 cordonnier, 1 tailleur d'habits pour 
homme, 2 forgerons, 4 tisserands de lin, 3 charpentiers, 

1 tonnelier, « oisifs presque toute l'année, faute d'ouvrage », 

2 voituriers dont le trafic consiste à transporter dans le voi- 
sinage du sel, du grain avecdes chevaux. Le fonds de chacun 
n'excède pas 100 livres. 3 ont un troupeau de moutons, mais 
au profit de commerçants étrangers qui perçoivent demi 
bénéfice ou subissent moitié perte^. 

Que sont d'ailleurs ces bientenants : petits nobles, rési- 
dants ou non, et leurs émules, gens de ,loi, bourgeois oisifs, 
habitant parfois alternativement la ville ou la campagne ? De 
toute évidence, la vie de quelques-uns est précaire, à la 
merci d'une mauvaise récolte, d'un procès, d'un démembre- 
ment que les lois protectrices ne préviennent pas toujours^. 

au Parlement, Pierre de Méric {Mougazi7i); — Lecomte (Noé); — d'Advi- 
sard, président (Grazac): — de Bastard (Laffite); — Anceau (Maura?t). 
Militaires : quatre frères Cazemajour (Lcmoux); — de Roquette, chevalier 
de Malte [Magreins); — Ledériné, officier aux gardes françaises [Saint- 
Elix). Autres fonctionnaires : Danceau, grand maître des eaux et forêts 
[Lavelanet); — Maynard, trésorier de France (Lafitte); — Nicolas d'Hé- 
lyot, ancien capitoul; MM. Bataille, de Bouton, avocats au Parlement 
(Saint-Sulpice). Ibid., G. 1925 et G. 1992. 

1. Ajoutons que le dépouillement des rôles du vingtième, de 1750 à 1756, 
nous fournit l'unique occasion de reconnaître les revenus des biens nobles, 
qui no sont point encadastrés. (Voy. Arch. Haute-Garonne , G. 1925 
v° Cape?is), et ibid., passim, 1984, 1985, 2004 (rôles nobles); 1987, 1988, 
1989, 1990, 1991, 1992, 1993, 1994 (rôles ruraux). Sur les caractères et l'éta- 
blissement du vingtième, voyez ]\I. Marion, Mnchault d' Arnouville, 
Paris, 1891. 

2. G'est lo régime actuel du cheptel qui comporte, même pour les 
métayers, des conditions spéciales (Arch. Haute-Garonne, G. 1985). 

3. La complexité de la coutume ou des règles de droit écrit, en ces 



liÈ DIOCÈSE DE RIEtX AO XVIII» SIECLE. -445 

Analysons quelques déclarations qui nous donneront <à 
peu près les deux ou trois types de descriptions faites de 
leurs biens par les tenanciers. 

Nous avons vu les plaintes adressées au contrôleur géné- 
ral, en 1709, par M. de Gouladère, à Justinhac*. Elles ont 
l'accent pathétique et la précision tout à la fois que compor- 
tent les faits réels, pris sur le vif ^. Moins d'un demi-siècle 
après, en 1750, le seigneur de Gouladère, François-Joseph 
de Vise, proche parent et peut-être héritier de M. de Jus- 
tinhac, possède la seigneurie indivise avec le roi. Il a 1 châ- 
teau, 2 maisons, dont une louée comme presbytère. Il jouit 
de la moitié des droits seigneuriaux, évalués 15 livres, de la 



matières, est bien expliquée dans Guyot, Traité des fiefs (Paris, 1751), 
t. V; De la succession des fiefs, pp. 197 et suiv. Cf. Déclaration du roi 
portant règlement sur les héritages nobles en Languedoc. (Impriiné, 
Montpellier, Daniel Pech), 9 octobre 1681. Catalogue Intendants de Lan- 
guedoc, f» 586. (Cité par Le cabinet historique, p. 71, n" 26), t. XIV 
(1868). 

1. Voy. Patrimoniaux, loc. cit., p. 498 (note 1). Justinhac est une 
commune du canton de Saverdun (Ariège), 238 habitants, qui faisait 
alors partie du comté de Foix, mais ressortissait au diocèse ecclésias- 
tique de Rieux. La commune de Gouladère, aux portes de Cazères, qui 
était le lief patronymique des seigneurs de Justinhac, faisait partie du 
diocèse civil de Rieux. Sur les redevances seigneuriales, en général, à 
cette époque et jusqu'à la Révolution, consulter Henri Sée, La portée du 
régime seigneurial au XVIII' siècle (Revue d'histoire moderne et 
contemporaine , t. X [1908], pp. 173-191). En Languedoc, nous n'avons 
que de rares documents pour vérifier ce qu'il faut penser de cette déca- 
dence de la noblesse signalée par d'Argenson (Considérations etc., p. 166), 
et quelques autres. (Voy. plus bas, | 5, p. 452, note 1.) 

2. Voici une autre déclaration qui éclaire d'un certain jour la décadence, 
sur certains points collective, due en partie aux mêmes causes. Longages 
n'a que 385 communiants en 1743 (il y en avait plus de 700 en 1700). La 
diminution est attribuée aux fréquentes grêles, précédemment inconnues; 
à riiiver de 1709, qui << a fait perdre la fécondité aux terres ». Cinquante 
familles qui « vivaient bourgeoisement et faisaient travailler leur bien 
par des métayers le travaillent par leurs mains ». De là l'affaiblissement 
et l'extension de quelques-unes; « les bordiers y sont de moins ». Il y a 
un contrepoids, d'ailleurs bien connu : « Si l'on trouve autant de nais- 
sances on 1743 qu'en 1684 et 1700. c'est que la milice a occasionné beau- 
coup de mariages. La preuve en résulte des extraits des livres de paroisse 
(4 mariages les années précédentes, 16 la dernière), de sorte qu'il n'y a pas 
dans le lieu trois garçons en état de tirer au sort. » (Arch. Haute-Garonne 
G. 1925 v° Longages.) — Cette commune a aujourd'hui 1,003 habitants, 
Cf. ibid., Montardit, Monlels, Peyssies, Saint-Victor, 



446 J. ADHER. 

moitié du four banal. Il possède 1 métairie de 50 arpents, 
dont 4 ensemencés en blé, 20 en carron, 15 en seigle, 2 en 
pré; 3 arpents constituent une « vigne vieille à replanter » ; 
6 arpents sont en terre lierme et inculte. Le tout est afiermé 
à demi fruit. Le revenu total, estimé 200 livres, est frappé de 
21 livres 10 sols de vingtièmes. En tenant compte de la 
valeur relative de l'argent, c'est là, on le voit, la rente d'un 
de nos moyens propriétaires paysans et on conçoit qu'une 
calamité publique l'atteigne fortement ^ 

Choisissons un plus gros propriétaire : M, de Monfort 
(Silvestre de La Gaze), à Capens, évalue ses revenus, — 
terre, forge, moulins - à 1.490 livres en 1750. Les contrô- 
leurs du vingtième portant cette évaluation à 1.501, puis à 
1 664 livres. On note qu'il a voulu vendre sa terre à 
M. de Pailhès pour 70,000 livres. Cette mise à prix a été 
réduite à 60,000 livres; mais le propriétaire n'a pas voulu ré- 
duire davantage, quelque offre que lui ait faite le comte de 
Pailhès^. Ce dernier, Georges Villemur de Pailhès, seigneur 
de Capens, fait de ses biens un inventaire d'où il résulte que 
leur revenu, y compris les droits seigneuriaux, s'élève à 
300 livres. On le taxe sur 534 livres 17 sols. Le four banal 
lui donne 3 setiers d'avoine et le quarantième du pain. Les 



1. Les détails fournis par l'enquête de 1744, sans doute parce qu'ils sont 
plus somraaii'es, ne concordent pas absolument, mais confirment notre 
opinion : pai-éage avec le roi, château, maison avec métairie, 12 arpents 
de terre, 44 mesurées de vigne donnant 3 pipes de vin, un four banal pro- 
duisant 32 livres par an; la justice est au roi (Arch. Haute-Garonne, 
G. 195^5 v Couladère). D'autre part, le l'ôle du vingtième de \TM donne 
144 articles, dont 7 seulement s'appliquent à un revenu de plus de 50 livres 
et 79 à un revenu de moins de 10 livres. La communauté possède 17 sétc- 
rées de terre et de pré (ibid,, i). 1988). Cf. Patrimoniauoc, loc. cit., p. 493, 
pour les contestations entre la communauté et le seigneur. 

2. Nous avons là un exemple des procédés d'investigation à l'aide 
desquels l'administration, chargée d'appliquer les vingtièmes, prétend 
saisir les revenus. A noter que le directeur du vingtième de la généralité 
de Toulouse, de 1750 à 1751, rabattait la moitié du revenu pour cliarges, 
tailles et frais de culture, suivant les décisio?is du Conseil (Saint-Priest 
à iNfachauU, 19 mars 1751). Arch. nat., H. 1094, cité par itarion : Ma- 
cluuilt, p. 33. D'autre part, Turgot nous apprend que l'instruction pour 
les vingtièmes n'indiquait de retrancher que les frais de récolte {Obser- 
oalions sur un projet d'('dit., sur l'art 52, HCl). 



I>E DIOCESE DE RIEUX AU XVIIl* SIECLE. U? 

ceiisives fournissent 28 setiers 2 pugnérées de blô, 2 setiers 
2 pugnérées d'avoine, f! poules, 3 livres d'argent et, pour la 
part de la communauté, 2 paires de chapons et 10 sols d'ar- 
gent représentant la rente des communaux à lui légués par 
sesauteurs'. 16 setiers de censives sont engagés avec faculté 
de rachat. Il possède la seigneurie de Saint-Hippolyte, 
annexe de Marquefave^, et des terres à Longages. La pre- 
mière lui donne 3 setiers 1/2 de blé, du fourrage, 3 setiers 
d'avoine et une paire de poules. 

On voit que, dans la plupart des cas, l'aisance de la no- 
blesse, — si aisance il y a, — ne provient que de la multi- 
plicité des tiefs^. Les cas sont rares où nous rencontrons des 
déclarations comme celles de Pierre d'Hautpoul, seigneur de 
Seyre, propriétaire à Artigat, qui avoue 435 livres de re- 
venu; de M. de Lordat, à Gastagnac, dont le revenu est éva- 
lué à 1,702 livres*; de Nai bonne-Lara, seigneur de Nescus, 

1. Il s'agit visiblement d'une aliénation conditionnelle, sorte d'emphy- 
théose collective, sur laquelle le seigneur n'avait pas exercé le droit do 
triage. (Voy. Patrimo7iiaux, loc. cit., p. 806 (n. 2), et Dettes, pp. 37, 5"2 
(n. 2). Sur la complexité de ces questions de propriété à base féodale, 
voyez Ph. Sagnac, Le Comité des droits féodaux, loc. cit., p. 489 : « La 
perpétuité de la tenure n'était pas du tout le signe du transfert de la 
propriété, et c'est là l'erreur des membres les plus éminents du Comité 
féodal, de Tronchet et de Merlin. » 

2. Auquel elle était réunie par un bateau sur la Garonne. Marquefave, 
dont le rôle du vingtième rural, vérifié le 25 juin 17.50, comprend 252 arti, 
clés, possède, avec 42 séterées de terres en friche, le « port passager »- 
Le seigneur y a un moulin, donnant 210 livres de revenu, un four banal 
produisant 40 livres (Arch. Haute-Garonne, G. 1991). Cf. Patriinoniaux, 
pp. 497, 503. En 1686, les dettes de Marquefave montaient à 84,735 livres, 
dont 9,942 à la charge du seigneur (Arch. Haute-Garonne, C. 1942). Nous 
ne savons pas si les mesures prises pour la liquidation aboutirent dans 
les délais indiqués. 

3. C'est le cas, on le sait, de nombre de bénéfices ecclésiastiques, dont 
les revenus dispersés se sont constitués lentement do « pièces et mor- 
ceaux ». Ajoutez que la formule : « Où il n'y a rien le roi perd ses 
droits » était applicable aux redevanses seigneuriales. A Saint-Victor, 
tous les biens sont nobles ou exempts de tailles et n'ont jamais été enca- 
dastrés. Les droits seigneuriaux, « qui ne peuvent être que mal payés, 
vu la pauvreté des habitants >■>, peuvent monter à 4 ou 5 setiers de blé et 
autant d"avoino (.\rch. Haute-Garonne, C. 1993). 

4. Arch. Haute-Garonne, C. 1988. Le <,< terroir « comporte « terre labou- 
rable, bois, vignes, prés n. Tout près de là, au Castéras (canton du Fos- 
sat, Ariège) , "SI. -Jean-Frani'ois de Dumas, seigneur, a un revenu de 



^48 J. ADHER. 

qui a 492 livres 6 sols de rente*. M. d'Aimar, seigneur de 
Palaminy, pour un moulin, 1 moulin foulon, 5 arpents de 
vigne et un pré de contenance inconnue, reçoit 2,260 li- 
vres'^ ; de Brettes de Turin, seigneur d'Auribail, a 439 livres 
18 sols 4 deniers' ; Jean de Sourouille, sieur de Rivayrolle, 
à Artix,695 livres*. Il est d'ailleurs fort vraisemblable que ces 
revenus forment bloc : la déclaration, faite une seule fois, 
soit au lieu de la résidence, soit dans celui où est le princi- 
pal revenu, pourrait bien, dans la plupart des cas, couvrir 
des origines diverses. 

Les 65 déclarations nobles que nous avons pu examiner 
se résument dans le tableau suivant : 



700 livres en 1750 (ibid.). Le lieu est peu important, le rôle du vingtième 
ne comprenant que 29 articles, prés, terre labourable, taillis, vigne, 
herme, pâturages {ibid.). Il nous sera permis de rectifier ici une ei'reur 
par laquelle no-js identifions dans nos Patrimoniaux, loc. cit., p. 492, 
cette dei'nière communauté avec le Castéra-Vignoles, canton de Boulo- 
gne (Haute-Garonne), qui n'ajjpartient pas au diocèse de Eieux 

1. Arcli. Haute-Garonne, G. 1991. 

2. Ibid., G. 1992. 

3. Il est également propriétaire à Mauressac et coseigneur de cette 
communauté, taxé pour le vingtième de 1751 à 40 livres 16 sols 10 deniers 
(dont 1' 2^ 10^ pour les biens nobles); mais son article est modéré à 
10 livres 6 sols pour un revenu déclaré de 206 livres (Arcli. Haute- 
Garonne, G. 2004). Voici la description du fonds pour Auribail : « La 
justice haute et basse ne donne aucun revenu; la directe en donnerait un 
assez joli, mais la faiblesse du fonds a fait déserter partie des habitants 
et les autres sont misérables. Il y a une vieille masure de château occu- 
pée par un métayer; trois métairies (La Bourdette, Cevènes et Barrau); 
un moulin à vent afiermé 10 setiers, moitié blé et moitié carron de sei- 
gle; 3 arpents bois taillis donnant tous les vingt ans 360 bûchers, vendu 
3 livres le bûcher. Les censives donnent 15 setiers de blé à 6 livres, 
15 setiers d'avoine à 2 livres; les carrollis ou lods et ventes, 6 livres 
au total ; le moulin, distraction faite d'un quart pour les réparations» 
37 livres. » Nous avons encore ici le cas d'un propriétaire terrien — a gent- 
leman farmer — qui doit tout juste, vivant noblement et sans profes- 
sion libérale, ni office ou charge militaire, couvrir ses dépenses (Arch. 
Haute-Garonne, G. 1984). 

4. Arch. Haute-Garonne, G. 1984, j^ass/m. Nous retrouvons quelquefois 
trace, mais rarement, des cadets de famille qui, selon toute a{tparence, 
ne perçoivent rien ou perçoivent ])eu de chose du fonds commun. « Cette 
terre de Monbrun est une ancienne chàtellenie qui appartient à la mai- 
son de Bellegarde, dont Fonsecarrive, qui en est bâtard, porte le nom. » 
(Froidour, Lettre à M. de lléricourt, l" septembre 1667. Bibl. de Tou- 
louse, ms. 643.) 



.LE DIOCESE DE RIEUX AU XYIII^ SIECLE. 449 

Revenu supérieur à 100 livres 28 déclarations ; 

Revenu de 50 à 100 livres 10 — 

Revenu inférieur à 50 livres 27 — 

La moyenne des revenus serait, si on ne tient pas compte 
des fractions de revenu inférieur à 1 livre, exactement de 
200 livres ^ 



Quel que fût le revenu du sol, les producteurs ruraux 
avaient à se préoccuper, dès qu'il dépassait les besoins de 
leur consommation personnelle, de l'écoulement de leurs pro- 
duits. Ici se présentent les difficultés que nous avons déjà 
signalées pour les voies de communication et la production 
industrielle. Le coseigneur de Bédeille, Emmanuel d'In- 
camp, déclare que son bien est de nul profit à cause de la 
distance des villes et de l'inégalité du terrain, qui rend le 
transport impossible -. Dans la plupart des cas, les denrées 

1. l^es chances d'erreur sont d'autant plus atténuées que le procédé 
adopté pour l'estimation du vingtième (groupement des revenus) paraît 
avoir été généralement suivi. En fait, le revenu moyen d'un propriétaire 
noble, s'il n'était pas pourvu d'une charge de judicature ou d'une charge 
militaire, s'élevait net à 2W X 4 ou 5 = 801) à l.UOU livres de rente. Le 
cas n'est pas rare de revenus insignifiants, constituant une véritable 
plèbe nobiliaire. Fabas est un nid de petits hobereaux, très fiers, très 
attachés à leurs traditions, surtout religieuses : il y a quatre gentils- 
hommes verriers protestants, dont le revenu varie entre 1 livre 10 sols 
et 7 livres. A Sainte-Croix, trois autres membres de cette famille ont 6 à 
7 livres de revenu (Arch. Haute-Garonne, G. 1998). 

Les verriers du diocèse de Rieux furent contraints au payement des 
tailles pour leurs biens ruraux, nonobstant l'exemption qu'ils préten- 
daient, en vertu d'une décision des Etats de Languedoc prise dans la ses- 
sion de 1599-1603 (Inventaire, Arch. Haute-Garonne, C. 2290). Cf. Patri- 
moniaux, loc. cit., p. 495, note. 

Il faudrait compléter ce tableau des bientenants nobles par celui des 
grands propriétaires roturiers — fort rares grâce à la facilité d'acquérir 
la noblesse. — On trouve pourtant à Rimont un sieur Jean Duthil qui 
possède 541 séterées et 3,000 livres de revenu. (Arch. Haute-Garonne, 
C. 1992). Cf. infra, % 5, p. 451. 

2. Bédeille, canton de Sainte-Croix (Ariège), a aujourd'hui 416 habi- 
tants. L'enquête de 1744 ne lui donne que 273 personnes, « environ autant 
qu'en 1684 et 1700 ». Le seigneur justicier est l'évèque de'Couserans. Les 
droits seigneuriaux ne donnent que 5 setiers 2 mesures de blé (chaque 

A.Ï4NALES DU MIDI. — XXL 30 



450 J. ADHER. 

devaient être vendues sur place, à prix tiès réduits, surtout 
les vins, ou données en payement, cédées à titre d'avance 
ou de prêt aux ouvriers de la terre. Les propriétaires rési- 
dant à la ville devaient pourvoir au préalable — il y a peu 
de chose de changé sur ce point — leur cave et leur grenier. 

A quel point s'était constituée, à côté de la propriété féo- 
dale fortement atteinte comme on l'a vu, la petite propriété 
roturière? Ce que nous avons dit ailleurs des « biens com- 
muns » ou « patrimoniaux a nous dispensera de longs déve- 
loppements sur les divisions du sol*. Il apparaît, toutes 
choses égales, que Texploitalion collective était plutôt la 
règle dans la partie montueuse du diocèse où les difficultés 
d'accès, l'ingratitude du fonds, le régime pastoral la rendaient 
seule possible 2. Même là, cependant, l'exploitation indivi- 
duelle était très avancée : des groupes d'habitations s'élaient 
formés pour atteindre jusque dans ses derniers retranche- 
ments le sol arable. 

Voici comment les consuls de Seix, dont nous avons donné 
la déclaration en matière de charges individuelles^, résu- 

setier de 8 mesures, la mesure pesant 22 livres) et 9 livres 7 sois de fief 
(Arch. Haute-Garonne, G. 1925). 

1. On sait que cette question a fait l'objet des études des historiens 
russes : MM. Kovalesky, Kareiev,