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Full text of "Annales du Midi"

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ANNALES DU MIDI 



7W 




ANNALES 

DU MIDI 

REVUE 

ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET PHILOLOGIQUE 

DE LA FRANGE MÉRIDIONALE 

Fondée sous les auspices de l'Université de Toulouse, 
PAU 

ANTOINE THOMAS 

PUBLIÉE AVEC LE CONCOUHS d'UiN COMITÉ DE HEDACTION 



A. JEANROY 

Professeur à rUniversité de Paris. 



P. DOGNON 

Professeur à l'Université de Toulouse. 



« Ab l'alen tir ves mel''aire 
« Qu'eu sent venir de Proenza. i 
Peire Vidal. 



^ 
^ 
^ 



VI NGT- GIN Q U lEMK ANNEE 



1913 Ov\ \ 



TOULOUSE 
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

U, RUE DES ARTS (SQUARE DU MUSÉE) 

Paris. — Auguste PICARD, rue Bonaparte, 82. 



LE R0M4N DE SAINT TROPHIME 

ET L'ABBAYE DE MONTMAJOUR 



Des divers manuscrits dont s'est servi M. Zingarelli pour 
son édition du Roman de saint Trophime\ il en est un qui 
mérite d'arrêter l'attention : c'est le fragment de la collec- 
tion Asburnham, aujourd'hui à hiLaurentiennede Florence, 
et qui a servi à constituer le texte, du vers 133 au vers 146. 

Dans ce passage sont énumérés les saints embarqués par 
les Juifs de Palestine sur le radeau qui, miraculeusement, 
devait aborder en Gaule, y apportant ainsi les semences de 
la foi. A côté de saint Trophime, grand premier rôle, figu- 
rent, outre la suite des noms pris à Grégoire de Tours et 
répétés à satiété par de nombreuses légendes, deux person- 
nages que l'on est surpris de rencontrer ici : saint Isidore 
et saint Anatols^ {sic). 

Gomment ces deux saints ont-ils été introduits dans le cor- 
tège du fondateur de l'église d'Arles? 

Pour saint Isidore, la réponse est simple. Il y avait à Arles 
une vieille église, dépendance de Montmajour, mise sous 
cette titulature. La légende de saint Trophime ayant été 

1. Publié dans les Annales du Midi, t. XIII (1901), p. 295. 

2. « Doneron (saint Pierre et saint Paul) le companhon Isodore (ds. la 
copie N,de Naples : Isidore) | que aras l'apelam san Sille; | et lo segon fon 
A>iatols lo bon, | que autresi fon liau et prodom; | et fon d'Ais avesque 
Maximin, | e d'Aurenga sant Eutropi atresi, | sant Satornin evesque de 
Tolose, I el decipol san Pal fon de Narbona; | a Perigor fon san Front 
enviât, | san Martial es Limoges intrat. | Aquels foron dicipols verameri 
de Jesu-Christ, so atrobam legen; | et mot d'autres que yeu non say 
contar et totz aquests sa passeron lamar. » (V. 133-146.) 



6 J. GAZAY. 

écrite aliu de célébrer la gloire religieuse d'Arles, un heu- 
reux hasard y a fait entrer le nom d'un saint qui servait de 
vocable à un sanctuaire de la ville. Soit. Mais pour saint 
Anatols:^ 

Ce nom est peu familier à l'Eglise des Gaules. Sauf pour 
saint Anatole, évêque de Cahors (f500)i et saint Anatole de 
Salins (Jura)^ aucune tradition ne se rapporte à la mémoire 
d'un tel saint, pas plus dans la région arlésienne qu'en tout 
autre lieu de la France^. Il faut donc admettre qu'il a été 
introduit dans la compagnie où il se trouve à la faveur d'une 
confusion. 

Cette hypothès^e est naturellement suggérée par i'ortho- 
graplie même du nom. 

Ce nom est de trois syllabes sans e muet final, mais avec 
n\\ s superflu^. Qu'il soit tel, ce n'est pas le fait d'une dis- 
traction de copiste. Le copiste a transcrit exactement ce qu'il 
avait sous les yeux. Malheureusement, le texte qu'il copiait 
n'était pas d'une parfaite calligraphie ou bien d'une parfaite 
conservation; il aura lu Anatols^onv Andéols, et quiconque 
est habitué aux manuscrits du xiue siècle l'excusera facile- 
ment. 

En effet, suivant la graphie de la Basse-Provence à cette 
époque, le d oncial, avec sa haste courte et repliée complète- 
ment sur la panse (0) peut aisément être pris pour un a {Zk) ; 
et il siiflit que dans Ve, dont la boucle est formée à sa partie 
su[)éricine i)ar un trait horizontal dépassant fortement à 
gauche la barre verticale (j^), le délié de cette même boucle 
ait été légèrement effacé dans sa partie inférieure pour que 

1. V«i\i/. .l,/(( Siuirtfjrii/,i, ocl. 21, t. IX, p. 399. 

2. Ihid., feb., t. 1, p. îJôT. 

a. Un saint Amitolo est inenlionno au ^5 septembre {ibid., sept., t. VII. 
p. Il) connue ayant été moine dans l'île de Lérins vers la lin du v« siècle, 
mais il est resté très obscnr et nous ne savons rien de sa vie. 

•I. Notre auteur ne s'embarrasse yuère des rigueurs de la métrique: on 
ne peut donc admettre que ce soit pour y satisfaire qu'il a fait le mot 
Anal. .!,.•) de trois syMabes. D'ailleurs, au lieu d'écrire : « et lo segon fon 
AnaU.ls lo bon n. il oùt pu écrire : « lo segon fon Anatnles lo bon », 
ro qui eiU été en (larfait accord avec la coupe ordinaire du décasvUabe 
provençal. 



LE ROMAN DE SAINT TROI'HIME. 7 

cette lettre fût prise pour un t, qui toujours, dans les manus- 
crits du xni« siècle de notre région, se présente sous la 
forme capitale C'- Saint Anatols doit donc être remplacé 
par saint Andéols, qui est la bonne lecture. 

Bien que le nom d'Anatole ne fût pas très commun dans 
l'Eglise romaine au moyen âge, néanmoins il était certaine- 
ment mieux connu d'un scribe italien que celui d'Andéol, 
répandu surtout dans la partie inférieure de la vallée du 
Rhône-, d'où sa présence dans notre texte. 



1 . Pour la graphie des trois lettres d, e et t, voyez surtout le bréviaire 
arlésien du xiii" siècle de la Bibl. Nat., ms. lat. 1284. Les mêmes formes 
persistent encore au xiv« siècle ; on les retrouve dans le bréviaire de cette 
époque, aujourd'hui également à la Bibl. Nat., sous la cote lat. 1040. 

2. On le relève une fois dans le Gard, Saint- Andéol-de-Tro aillas (c"" 
de Laval-Notre-Dame, C" delà Grand'Combe, arr. d'Alais) ; une fois dans 
la Lozère, Saint- A)idéol-de-Clergueinort (c" de Pont-de-Montvert, arr. 
de Florac); cinq fois dans l'Ardèche, Bourg-Saitit-A?idéol (arr. de Privas), 
Saint- Andéol-de-Bourlenc (C" d'Anti-aygues, arr. de Privas), Saint-An- 
déol-de-Fourchades (c» de Le Cheylard, arr. de Tournon), Saint-Andéol 
(C^ de Pranles, C" et arr. de Privas) ; trois fois dans la Drôme, Saint- 
Andéol (écart de la c"= de Die), Saint-Andéol (c°« de la Batie-Roland, C" 
de Marsanne, arr. de Montélimar), Saint-Andéol (c"« de Claveyson, C" de 
Saint-Vallier, arr. de Valence); une fois dans l'Isère, Saint-Andéol (c°''de 
Le Monestier-de-Clermont, arr. de Grenoble) ; enfin, une fois dans le 
Rhône, Saint-Andéol-le-Château {C" de Givors, arr. de Lyon). 

Il existait à Paris une chapelle de Saint-Andéol, dont l'appellation altérée 
a donné Saint-André. Cette chapelle fut démolie et remplacée par une église 
dite de Saint-André-de-Laas (1228), devenue Saint-Andfé-de-Lars (1238) 
et, défimiixemeiït, Saint-A?idré-des-Arts (BertyetTisserand, Topogra-phie 
historique du vieux Paris. Région occidentale de l'Université, p. 123; 
Paris, 1887). L'abbaye de Saint-Germain prétendit un moment que la 
chapelle de Saint-Andéol avait été construite grâce à la faveur de Childe- 
bert pour entrer ensuite dans les dépendances de l'abbaye de Saint-Vin- 
cent, depuis Saint-Germain-des-Prés, et qu'à ce titre elle faisait partie 
de ses biens. Pour soutenir ses prétentions, elle produisit le diplôme 
souscrit par Childebert. Gomme Usuard, moine de Saint-Germain, à son 
retour d'Espagne, en 858, s'arrêta à Bourg-Saint- Andéol. où il se fit don- 
ner des reliques du saint, et qu'il ne mentionne pas dans ses écrits la 
chapelle de Saint-Andéol de Paris, Le Beuf en a conclu qu'elle n'existait 
pas de son temps. Quicherat, après lui, a montré nettement la fausseté 
du diplôme de Childebert (Bibl. de l'Éc. des Chartes, XXVI, p. 524). 
Suivant Le Beuf, la construction de la chapelle date du xi= siècle. Qui- 
cherat la place au x«; mais si l'on veut bien remarquer que Bourg-Saint- 
Andéol lui-même, lieu de vénération par excellence de la mémoire du 
saint, ne prend définitivement sa dénomination actuelle qu'à partir de 
1053 (H. Courteault, Bourg-Saint-Andéol, essai sur la constitution et 



8 J. TxAZAY. 

Dans la région arlésienne, plusieurs lieux dits ont porté 
le nom de Saint-Andéol; le plus important est la commune 
actuelle de Saint-Andiol (canton d'Orgon, arrondissement 
d'Arles)'. 

L'abbaye de Montmajour y eut de très bonne heure des pos- 
sessions. La plus aucienne, à ma connaissance, est mentionnée 
dans un acte de donation en date de 989, par lequel Pons de 
Chàteaurenard et son frère Albert donnent à la dite abbaye 
a in villa sancti Andeoli » une manse avec toutes ses dépen- 

l'état social d'une ville du midi de la France au Moyen âge, Pfiris, 
1909, p. 10, n" 2), on admettra avec Le Beuf que l'existence de la chapelle 
parisienne ne doit pas remonter au delà du xi« siècle, époque où le culte 
de saint Andéol a été dans sa plénitude et peut s'expliquer à Paris. 

L'altération du nom d'Andéol en celui d'André montre combien l'apôtre 
du Vivarais fut vite oublié sur les bords de la Seine. Sa légende semble 
y avoir été peu connue; d'ailleurs, elle est d'un caractère tout régional et 
ne pouvait guère intéresser les Parisiens. Comme elle offre des points 
de ressemblance avec la légende de l'émigration apostolique rapportée par 
le Romati et par là peut expliquer la facilité avec laquelle saint Andéol a 
pas.sé dans celui-ci, il est bon de rappeler brièvement ce qu'est cette 
légende : 

« frénée, évoque de Lyon, apparut à saint Polycarpe, évèque de Smyrne, 
pour lui demander dos disciples. Polycarpe désigna Andéol, les prêtres 
Andoche et Bénigne, le diacre Thyrse qui, s'étant embarqués à Smyrne, 
arrivèrent à Marseille pour monter ensuite vers Lyon, où ils se séparè- 
rent. Andéol redescendit le Rhône jusqu'au lieu "appelé « Bergoïata », 
aujourd'hui Bourg-Saint-Andéol. Il y répandait l'évangile avec ardeur 
lorsque l'empereur Sévère, passant dans le pays, le fit arrêter, tourmen- 
ter, puis jeter dans un cachot, situé sur la rive' gauche du fleuve. La nuit. 
les anges lui apparurent, lui annonçant qu'il entrerait bientôt dans la 
gloire céleste. Le lendemain, l'empereur le fit comparaître à nouveau 
dpvant lui pour l'inviter à renier sa foi; tout effort restant vain il lui fit 
briser le cràno de deux coups de casse-tête frappés en croix; après quoi 
1^ corps, 1,.. de chaînes, chargé de pierres, fut jeté dans les eaux du 
Rhono. Les rhaines se brisèrent, les pierres disparurent, et doucement le 
corps sHinI aborda sur l'autre rive, on le déposa une vague docile Cinq 
jours , y resta, pur de toute souillure, environné d'une gloire de lumière 
l.armi les chreurs des anges. Une pieuse femme, nommée TuUie le fit 
ensevelir dans un sarcophage païen et. sur le lieu même, enterrer à 
une grande profondoiir. » (Act. SS., mai, t. I p 35) 

Sur Ins divers nuires lieux où h. mémoire de saint Andéol fut honorée, 
Noye. Houch.er. Il.stoirr du Vivarais. t. l, p. .501 et suiv. (Paris, 18G1. 

1. On trouve un mas de Saint-Andéol dans la Camargue: un écart de la 
n^-^7 ''^l «rl..ntane porte également ce nom; une vieille chapelle 
n.e do .Sa,n).And.;ol appartient à la comnuane de Boulbon. (De Gau- 
/./„/ '''■^■■•rn^i'fde larrondisscmenl d'Arles; Amiens, 1871.) 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 9 

dances^. L'un des signataires de cette donation, un cer- 
tain Martin et sa femme Sigrade abandonnent la même 
année à Montmajour tous les biens qu'ils ont dans le même 
lieu^. En 1078, un seigneur, Pierre Renard, sa mère et sa 
femme Anguiline cèdent à l'abbaye le produit des dîmes 
sur loutes les denrées : vin, blé, bétail, etc., susceptibles 
d'être taxées suivant l'impôt de leur droit' dans les terri- 
toires de Besse*, Joucas'^, Cbâteaurenard", Saint-André^, 
Saint-Andéol. 

En 1204, un privilège d'Innocent III confirme à la même 
maison « in episcopatu Avinionensi omnia jura et posses- 
siones quas(babet) in villa Sancti-Andeoli et ejusdem terri- 
torio^ ». 

Tout près de là, mais sur la rive droite de la Durance, 
dans l'évêché de Cavaillon, en 988, une dame Ermengarde, 
ses fils Gauleaume, Guillaume, Pierre, Ronulphe, Hébert 
d'une part, Pons de Quiqueranne, ses frères Rostang, Pierre 
et Raimond d'autre part donnent au monastère artésien une 
église de Saint-Andéol et ses dépendances sises « in villa 
Avillonicus »; Pons de Quiqueranne et ses frères aban- 
donnent, en outre, les décimes à provenir de ce terri- 
toire''. Ces possessions sont confirmées par Innocent III 
(1204), l'empereur Olhon IV (1210)'», Frédéric II (1223)*», 
Alexandre IV (1259)^2, Dans un privilège de Calixte II (1122), 
toujours en faveur de Montmajour, se rencontre une autre 



1. Voyez extrait dans Monastico)i Benedictinum , t. XXIX, p. 9. 
(Bibl. Nat., ms lat. 1268»;.) 

2. Ibid. 

3. Ibid., p. 29. 

4. Arr. de Brignolles (Var). 

5. C"° de Gordes, arr. d'Apt (Yaucluse). 

6. Arr. d'Arles (Bouches-du-Rhône). 

7. Probablement Saint-André-de-Ramière, c°" de Gordes (Vaucliise). 

8. Chantelou, Historia 7nonasterii saiicti Pétri Montis-Majoris (Bibl. 
Nat., lat. 13915, fol. 187 v°). — Potthast, Reg., p. 201, 29 nov. 

9. Mo?i. Bened., ibid., p. 9. 

10. Chantelou, ibid., fol. 186 v»; — Bôhmer, Reg. Imp., 5, p. 111, 
29 mars 

11. Chantelou, ibid., fol. 198 v°. — Id., ibid., p. 308, mai. 

12. Id., ibid , fol. 321 v». 



10 J. GAZ A Y. 

église de Saint-Andéol, au territoire de Gairanne'; comme 
les précédentes, cette possession est mentionnée dans les 
confirmations pontificales postérieures. 

On le voit, Montmajour a été particulièrement favorisé 
par les circonstances pour pouvoir entretenir le culte de 
l'apôtre du Vivarais. 

A vrai dire, cette maison n'a pas été seule en Provence à 
jouir de ce privilège. Sa redoutable concurrente, Saint-Vic- 
tor de Marseille, pour ne parler que de celle-là, a possédé 
également des biens mis sous le vocable de saint Andéol; 
mais ils furent de peu d'importance et doivent être écartés 
de la région artésienne ^. 

Quoi qu'il en soit, on resterait embarrassé pour deviner 
l'intérêt qui a fait placer saint Andéol à côté de saint Isidore, 
n'était le caractère tout local du Roman de saint Trophime. 

Ce caractère restreint singulièrement le champ de nos 
investigations. 

Il est bien évident que la présence du saint dans le Roman 
y a été introduite pour désigner à l'attention un sanctuaire 
ou une maison religieuse quelconque. L'église notoire du 
Bourg-Saint-Andéol, celle que nous avons indiquée au terri- 
toire de Gairanne, les dépendances de Saint-Victor ne peuvent 
être retenues, car elles ne répondent pas à la particularité de 
l'œuvre. Seules y souscrivent les dépendances de Montma- 
jour établies jadis dans la commune actuelle de Saint- Aiidiol. 

1. (;hanteJoii, otivr. cité, fol. 152 v°. — JalVé, Reg. Pontif. roman., 
2' i'dit.. t. I. p. 812, noTOGO, apr. 9. 

•Z. Voyez dans Guérard, Marion et Delisle, Carliilaire de Saint-Victor, 
chartes is. iKi. m, i^^ «44^ j^k; _ ]^ps autours de la Statistique des 
liouchesilu-Iihnneit. 11, p. 112U; Marseille, 1821) et, après eux, de Gau- 
i-uurt oKv. cité, les continuateurs de l'abbé Constantin, La sainte église 
ri'Aix et Arlfs, paroisses des anciens diocèses d'Arles, Avignon et 
Marseille {t. Il, p. 167; Ai.x, Itlll). ont identifié Saint-Andéol, possession de 
Saint- Victor, avec .Saint-Andiol dans les Bouches-du-Rliône. Les éditeurs du 
Cnrlulaire ont bien relevé l'orrour primitive sans arriver pourtant à une 
juste indication du lieu. M. le chanoine Verlaque a montré que l'église et 
l'autel do Saint-Andéol dont il s'agit devaient être placés dans la c"» de 
rourrièros (Var). \Verla<|ue, Siipplèmenl au dictionnaire géographique 
du cirtidaire de Saint-Victor-dc-Marseille, dans Bull, de la Société 
.r..i„.ir. ,1. f>raguignan, t. XIX, 1891-92, pp. 171-72.) 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 11 

Afin d'exercer les droits qu'ils tenaient des premiers sei- 
gneurs du lieu, les moines arlésiens fondèrent là, probable- 
ment de bonne heure, une cella dont on voit encore les 
ruines'. Sa situation dans le voisinage immédiat d'Arles 
convient pleinement à rexplication que nous venons de 
donner. 

A n'en pas douter donc, c'est encore Montmajourqui, pour 
favoriser une de ses possessions, a placé, dans notre légende, 
saint Andéol auprès de saint Isidore. 

Dans l'introduction qu'il a donnée à son édition du Roman 
de saint Trophime^ M. Zingarelli a admis que cette œuvre 
était une sorte de réclame en faveur du cimetière des Alis- 
cans. La présence de saint Isidore et de saint Andéol modifie 
sensiblement cette hypothèse. Il est vrai que ces deux noms, 
peut-être interpolés, ne se rencontrent que dans le fragment 
de Florence; malgré tout, ils indiquent que le Roman a été 
exploité par une maison religieuse au profit de ses intérêts. 
Fut-ce là primitivement le but du poème ou en avait-il un 
autre? C'est ce que nous révéleront ses traits essentiels. 

Examinons-le dans la forme où il nous est parvenu. 
Il est composé de deux parties bien distinctes : 
La première constitue la légende hagiographique propre- 
ment dite; l'autre a pour sujet l'expulsion par Gharlemagne 
des Sarrasins enfermés dans Arles. Ces deux parties ne sont 
reliées entre elles que par la présence tout accidentelle de 

1. De Villeneuve, Stat. B.-du-R., loc. cit. — En 1909, des travaux de 
réparation ayant été exécutés à l'église paroissiale de la localité, dont la 
nef principale remonte au début du xiif siècle, on découvrit vers l'abside 
un mur de chevet, reste d'une église plus ancienne, portant, sur un cla- 
veau, la date de 1019. La corniche qui surmonte ce mur offre d'étranges 
similitudes avec celle qui couronne l'église Sainte-Croix de Montmajour. 
(V. abbé Constantin, loc. cit.] Cette dernière aj'ant été édifiée vers la fin 
du xii« siècle (cf. Brutails, Note sur la date de la chapelle Saitite-Croix 
de Montmajour, Paris. 1898), il faut admettre, chez les constructeurs des 
deux édifices, le souci de se conformer à des traditions architectoniques 
qui, à deux siècles d'intervalle, pourraient bien être la marque d'un même 
atelier. 



12 J. GAZAY. 

saint Trophime dans le récit épique : on pourrait croire que 
la composition, dans son ensemble, a été formée de deux 
fragments issus d'œuvres complètement étrangères Tune à 
l'autre et que le caprice d'un scribe aurait réunis avec mala- 
dresse. Pourtant, à examiner le texte d'un peu près, on y 
reconnaît des préoccupations directrices qui donnent à l'œu- 
vre une unité d'origine bien marquée. 

La légende débute par un étrange préambule : c'est une 
diatribe contre les anciens possesseurs de la vénérable nécro- 
pole des Aliscamps, qui 

... per lur delieg et per lur avareza 
an perduda la renda que avien 
en Alisquams (v. 14-l(i), 

perte peut-être méprisable, mais dont auraient dû se préser- 
ver les gaidiens d'un lieu aussi saint. Ils sont blâmables de 
ce chef, d'autant (]ue leur négligence s'est aggravée du mau- 
vais esprit dont ils ont fait preuve en oubliant le souvenir 
de l'illustre consécration des Aliscamps par Jésus-Christ lui- 
même et en le remplaçant par de fausses légendes. C'est 
pour faire justice de ces méchantes histoires que notre auteur 
va nous raconter la vie de saint Trophime, récit dans lequel 
nous le suivrons rapidement. 

Après l'Ascension de Notre-Seignenr. les chrétiens deve- 
ii;iiit trop noml)reux en .Iudée,les Juifs les persécutèrent; ils 
en lireid périr un grand nond)re. Saint Trophime et les autres 
évangélisateurs déjà indiqués, suivis de sainte Marie-Made- 
leine et de sainte Marthe, quittèrent ainsi la Teire-Sainte, 
(îxposés aux fureurs de la mer sur un radeau mal ajusté*. 
l'n miracle les lit aborder sur les côtes de Provence dans la 
• \ ille de la Mer •>. Là, après avoir rendu grâces à Dieu, ils 
dressèrent un ;iut<'l de terre, au pied (hniuel ils ensevelirent 
deux de leurs compagnes qui venaient de mourir; avant de 

1. f'c début, compris entre les vv. 78 et Di. est traduit exactement de 
lu lepen.ie de sainte Marthe transmise par Mombritius. (V. mon étude 
Sur Innffnte des traditions hngiof/rnphiqiœs des Saintes-Mnries-de- 
In-Mer, dans Amiulcs du Midi, t. XXJ, 1910, p. ^93.) 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 13 

se séparer, ils élevèrent sur le même lieu une belle église 
dédiée à la Vierge Marie, ainsi qu'un beau moutier. 

Par la suite, sainte Marthe évangélisa Tarascon; elle y 
fut tant écoutée que bientôt s'imposa le besoin d'une grande 
église pour ses fidèles. On la construisit. Pour la solennité 
de la consécration, Marthe mande les saints ïrophime, 
Maximin et Eutrope, qui obéissent à l'appel. 

L'église consacrée, Trophime retourne à Arles où, sans 
doute, Maximin et Eutrope le suivent, car on les trouve 
réunis derechef avec leurs premiers compagnons pour assis- 
ter à la bénédiction du cimetière des Aliscamps par Jésus- 
Christs Ce nouveau miracle accompli, le saint fondateur de 
l'église artésienne poursuit son apostolat : il prêche, il évan- 
gélise, il convertit. 

N'ayant pu bâtir un temple dès son arrivée, il a logé 
les fonts baptismaux dans une étable du gouverneur de la 
région, homme bon qui s'est fait chrétien. Sous sa protection, 
Trophime construit enfin l'église désirée, qu'il dédie à la 
Vierge Marie; mais elle devient rapidement insuffisante, si 
bien que le projet d'un édifice plus important doit être envi- 
sagé sans délai. Le saint sollicite l'aide des notables du 
pays; il recueille assez d'argent pour payer les frais d'une 
châsse, dans laquelle sont placées les reliques de saint 
Etienne qu'il va présenter au roi résidant à Lyon. 

Ce roi l'accueille avec bonté; lorsqu'il connaît sa qualité et 
a entendu sa requête, il lui offre le palais qu'il possède à 
Arles pour en faire un lieu de prière. Le saint le remercie, 
repart pour Arles ; la bienveillance du roi lui vaut encore de 
nombreuses libéralités de la part de ses fidèles, si bien qu'il 
devient assez riche pour construire un vaste sanctuaire et 



1. Tout le passage qui commence avec la fondation de l'église de Taras- 
con par sainte Marthe pour se terminer par l'ascension de Jésus-Christ 
après la consécration des Aliscamps (vv. 159-240) a été traduit également 
de la légende de sainte Marthe. M. A. Thomas en avait signalé à Chaba- 
neau une copie insérée dans un opuscule faisant partie d'un ms. latin de 
la Bibl. Vaticane (lat. 965) exécuté en 1360 et presque entièrement com- 
posé d'œuvres de Bernard Gui. (Chabaneau, Le Roman d'Arles, p. 80 et 
suiv.; Paris, 1889.) 



14 J- GAZAY. 

un moutier, tout près de la première chapelle placée sous 
l'invocation de sainte Marie. Dans la nouvelle église, il fait 
élever un autel à son cousin germain saint Etienne, premier 
martyr. 

Le saint ayant terminé ses travaux, le bon roi vint à Arles 
pour visiter ses États. Saint Tropliime alla à sa rencontre et 
tous deux, heureux de se revoir, entrèrent joyeusement 
dans leur bonne ville. Le lendemain, le saint catéchisa le 
roi et lui fit confesser la foi, le baptisa ainsi que son lils : 
nouvelles largesses de terres et de châteaux; les habitants 
se convertirent en masse*. 

Le roi parti, Trophime œuvra le plus qu'il put suivant 
son sacerdoce, c'est-à-dire convertit, baptisa, accomplit de 
nombreux miracles semblables à ceux que nous rapportent 
quantité d'autres légendes hagiographiques. Après sa mort, 
il fut inhumé dans le premier oratoire qu'il avait construit, 
dédié à la Vierge Marie; entre temps, néanmoins, saint 
Pierre lui octroyait le privilège de la primatie. 



1. Cette longue narration de l'établissement de saint Trophime à Arles, 
comprise entre lus vv. ;J25 et 458, est la traduction d'une légende latine 
qui nous a été conservée par deux mss. : le bréviaire du xiii» siècle (Bibl. 
Nat., ms. lat. 1018, fol. 27i) v») et le bréviaire du xiv' siècle (Bibl. Nat., 
ms. iat. 702, fol. 82 r°). Le premier de ces livres est bénédictin. Les leçons 
de l'ûflice do l'invention des reliques de saint Etienne, empruntées à la 
composition bénédictine connue sous le nom de lettre de Lucien, est, en 
la circonstance, une preuve sulRsantc; car, à l'époque où fut rédigé notre 
bréviaire, la métropole d'Arles, qui, jusqu'aux environs de 1152, fut mise 
sous la titiilalure de saint Etienne pour, ensuite, être placée sous l'invo- 
cation de saint Ktiennc et saint Trophime, usait, pour célébrer la fête de 
rinvciiliun des reliques du premier martyr, de leçons toutes spéciales, ne 
ressemblant en rien à l'œuvre du pseudo-Lucien. [Voyez Bibl. Nat., ms. 
lai. l(i|(», un bréviaire arlésicn du xiii* s. qui ne contient })a3 moins de 
trois ofllcea en l'honneur de saint Etienne : « in natale » (fol. 21 r"), « in 
f(!stivitalo » (fol. l'J2 r°), a in inventione » (fol. 2^J5 r»).] Le bréviaire du 
xiv s. (lut. 752) est sorti de la cathédrale. (Voyez p. 21, n. 1). La légende 
latine qui se rencontre dans ces deux livres servait aux lectures de l'office 
de saint Tnipiiimc. Le texte du ms. IdlH, divisé en neuf leçons, s'arrête à 
raména^jerniMit par le saint des fonts baptismaux dans une étable; dans le 
ms. 7;V2, la léi^cmle cal complète, bien que divisée égalemonten neuf leçons. 
L'abbé Narbny a publié les six premières leçons de 1018 (Supplément 
aux Acta Sa/ictorum des Bollandistcs, Paris, 189'J, p. 19). Mais, convaincu 
que In légende de saint Trophime ne pouvait contenir de « suppositions 
aventureuses .., il a négligé les trois dernières. 11 ignore le ms. lat. 752. 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 15 

Trophime mort, Arles connut les pires revers. Lorsque l'em- 
pereur Constantin y arriva, ce n'était que décomljres; il n'y 
rencontra plus homme ni femme, sauf dans l'église et le grand 
monastère fondés par saint Trophime. L'empereur recons- 
truisit la ville, la munit de murs et de tours solides, et 
l'appela Gonstantine en mémoire de ses bienfaits. Plus tard, 
son corps fut transporté aux Aliscamps pour y servir à 
l'édification des pieux visiteurs ; Gharlemagne fut de ceux-là^ 

La partie hagiographique est terminée; vient ensuite le 
fragment relatif aux exploits de Gharlemagne contre les 
Sarrasins. 

Il est inutile d'en faire le sommaire; bien souvent déjà, il a 
été analysé; Ghabaneau, dans l'appendice au Roman <VArle^ 
qu'il a édité, en a parlé abondamment 2. Néanmoins, il est 
une particularité que nous ne pouvons passer sous silence, 
et c'est celle que nous avons considérée comme établissant 
un lien entre les deux parties de la légende, 

Gharlemagne, après avoir vaincu les Sarrasins, s'éloigne 
d'Arles. Non loin de là, un écuyer se prend de querelle avec 
l'archevêque Turpin, à qui il donne un tel coup sur la joue 
que le saint homme s'en va criant par tout l'ost. Charles, 
apprenant ce qui s'est passé, condamne l'écuyer et neuf de 
ses parents à être pendus. On prépare les instruments du 
supplice, des fourches, qui donneront au lieu d'exécution le 
nom de Fourchons. 

Les condamnés, avant de mourir, demandent la grâce de 
dire leur dernière prière dans l'église Sainte-Marie, où 
repose le corps de saint Trophime; on les y conduit. Ils y 
font leurs dévotions, imploreiit la Vierge, se recommandent 
corps et âme au saint, puis sont ramenés aux Fourchons où 



1. « Et anb aytant .j. homs novelhas aportet | que Costantins que fon 
del mont l'emperador, | ffo sebelit en Alisquams an grant honor : ( An 
lo rey Contastin aporteron lains I gare de cavalliers, e Poiles et Romans, | 
an grans prosesions el sementeri sans : | e son tug sebelitz si corn homes 
honratz. | Gant Carie a auri, mot lo moc pietat, | per las armas d'aquells 
mot deniers a donat; | XII m. onsas d'argent als besonhos, atrestant bezans 
d'aur per Dieu lo glorios | » (vv. 783-793). 

2. Ghabaneau, ouvr. cité, appendice, p. 73 et suiv. 



16 J« GAZAY. 

ils subissent leur peiue. Mais le saint leur vient en aide; il 
les sauve de la mort, et même les protège de la chaleur du 
jour et de la fraîcheur de la nuit par un nuage suspendu 
au-dessus de leurs lètes. Les Sarrasins reviennent, assaillent 
Gharleniagne, qui les poursuit et les défait encore. L'ost 
de l'empereur repasse à nouveau près des Fourchons; un 
soldat, se rappelant les condamnés, se dirige vers le lieu de 
leur supplice où il exhale la plainte de ses regrets. Mais les 
pendus le consolent en lui déclarant qu'ils n'ont aucun mal, 
qu'ils ont été sauvés par Dieu et saint Trophime. Le soldat, 
épouvanté, s'enfuit, courant vers l'armée. On lui demande ce 
qui lui est arrivé; sur son récit, ses compagnons d'armes 
vont s'assurer du prodige : les condamnés leur expliquent 
comment saint Trophime les a protégés. Gharleniagne, bien 
entendu, finit par être instruit du miracle. 11 mande Turpin 
pour l'inviter à s'enquérir de la vérilé et à dépendre les sup- 
pliciés, le cas échéant. Turpin va, les dépend, puis les pré- 
sente à l'empereur. Charles, plein d'allégresse, leur dit qu'il 
va les adouber chevaliers afin de les arrenter en terre et en 
argent. Mais les miraculés ne veulent plus porter lance ni 
écu; ils n'ont que faire, disent-ils, de terre et de mesnie; ils 
seront moines pour leur salut, et ce qu'ils possèdent, ils le 
donneront à leur monastère, à saint Trophime. L'empereur 
cède volontiers; ils s'en vont alors pleurer au tombeau du 
saint, l'assurer de leur foi et se faire ses hommes liges. 

C'est la fin de la légende proprement dite. Pour lui donner 
plus d'autorité, on l'a fait suivre, probablement bien plus 
tard, d'une sorte de supplément où il est fait allusion aux 
actes éiiiiinaiit de Rome qui ont consacré l'apostolat du saint, 
particulièrement aux privilèges octroyés par le pape Zozime 
('i 17-28) en faveur de l'archevêque Patrocle ; dans cette par- 
tie, il est également parlé de la translation, en 1152, des 
reli(iues de saint Trophime de l'église Saint-Honorat à la 
cathédrale. 

Trois (Hablisscments religieux arlésiens ont pu célébrer 
saint Tropiiime dans les termes que nous venons de résumer : 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 17 

L'église métropolitaine d'Arles ; 

Saint-Hoiiorat des Aliscamps, prieuré de Saint-Victor de 
Marseille; 

L'abbaye de Montmajour. 

La métropole revendiqua les reliques de sainL Trophime 
dès une haute époque. Elles sont mentionnées dans plu- 
sieurs de ses actes : en 972, 1020, 1030* ; mais, en 1078, elles 
étaient déjà à Saint Honorât, car aucun document ne les 
signale plus comme faisant partie de la cathédrale. Malgré 
tout, cette dernière veilla toujours à ne pas laisser oublier 
le privilège primatial qu'elle tenait de son fondateur. 

En 878, l'archevêque Rostaing en sollicita la restauration 
auprès du pape Jean VIII, alors de passage à Arles, et 
l'obtint : le pape avisa Otrame (876-884-85), successeur de 
saint Adon à Vienne, ainsi que tous les autres évêques, de 
sa décision 2. 

Aux environs de 1120, lorsque fut exécutée la transcription 
remaniée du martyrologe d'Adon, connu sous le nom de 
Martiji^ologe d'A?Hes- Toulon^, l'église d'Arles lit subir au 
texte les modifications utiles à ses prétentions. C'est ains 
qu'au 27 juin, la notice consacrée à saint Grescent, premier 
évêque de Vienne, est habilement tronquée de toute la partie 
rappelant que Grescent fut un disciple immédiat des apôtres; 
par contre, au G juillet, l'article relatif à saint Paul est abon- 

1. Cités par Labande, Étude historique et archéologique sur saint 
Trophiyne d'Arles, p. 44, Caen, 1904; d'après Albanès et Ul. Chevalier, 
Gallia christiana )iovissinia, Arles, passini. 

2. D. Alex. GrospelUer, Mélanges d'hagiogiriphie dauphinoise, dans 
Bull, d'hist. ecclés. et d'archéol. religieuse, XX« année, 1900, p. 181. — 
Jafle, Reg., 2« édit., n» 3149. 

3. D. Morin plaçait la composition définitive de ce martyrologe vers la 
fin du xi" s. (D. Morin, Un -inartyrologe d'Arles antérieur à la tradition 
de P)'ovence, dans Rev. d'hist. et de litt. religieuse, t. III, p. 11.) Après 
une étude attentive, M. G. de Manteyer en a fixé la dernière transcrip- 
tion vers 1120. Écrit d'abord pour l'église de Lyon dans le cours du ix« s., 
il aurait passé, vers le début du xi* s., en Italie, pour arriver dans les 
environs de 1120 en Provence, où il subit les remaniements nécessaires 
pour une adaptatioïi au culte des saints de la région. (G. de Manteyer, 
Les légendes saintes de Provence et le martyrologe d'Ayles-Touloi^ 
Rome, 1897, paginé 481-489; extrait des Mélanges d'archéol. et dhist. 
publiés par l'École française de Rome, t. XVII.) 

A.NNALES DU MIDI. — XXV- 2 



18 J. GAZAY. 

damment interpolé de détails sur saint Trophime et sur le 
privilège que tient de lui la cité d'Arles. Adon avait mis sur 
un pied d'égalité Arles et Vienne; le transcripteur, lui, s'est 
soucié d'établir l'avantage en faveur d'Arles : il a conservé à 
Trophime l'honneur d'avoir été de la suite des apôtres, mais 
cet honneur, il l'ôte à Grescent'. 

Celte vigilance à rappeler sans cesse la haute investiture 
de l'église métropolitaine d'Arles provoqua de bonne heure, 
chez elle, une littérature assez considérable sur saint 
Trophime. 

Il nous en est resté bon nombre de documents qui vont 
s'échelonnant du xi" au xiv^ siècle. Ils peuvent se répartir 
en deux catégories : 

1" Pièces diplomatiques authentiques ou apocryphes ; 

2» Compositions légendaires. 

La première catégorie est représentée par un seul manus- 
crit : c'est un beau recueil du xii« siècle, aujourd'hui à la 
Bibliothèque Nationale de Paris, où il figure sous la cote : 
lat. 5537^^. Rien, parmi les pièces qui le composent, ne 
rappelle les données de l'œuvre que nous venons d'examiner. 

La seconde catégorie est plus riche. Elle nous est fournie 
par un ensemble assez important de livres de chœur, lection- 
naires, antiphonaires, bréviaires, qui tous contiennent des 
notes plus ou moins longues composant le texte d'antiennes, 
répons, leçons en usage dans l'office de saint Trophime. 

Deux versions ont été exploitées pour la composition de 
ces textes liturgiques. 

La plus ancienne nous est parvenue dans un lectionnaire 
du xi'' siècle ayant jadis appartenu à la chapelle de TArche- 
vèché (13. N., lat. 5295, fol. 1 vy. Au temps où fut rédigé le 
livre, aucune tradition légendaii'e, autre que celle consacrée 
p;ir If p:i[)e /ozinie, n'était encore admise : le texte en té- 
moigne. 

1. l). Morin. ibid., p. 19. 

2. Co livro, cité par M»' Duchesne {Fastes rpiscopaux de l'ancienne 
Gaule, t. I, p. 1-U, n. 7, édit. de 1907), a passé par les mains de Saxi, qui 
s^on est servi pour écrire son Pontificium Arelatense. 

y. Cf. Duchesne, ibid., p. 2."»1. 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 19 

Sur le thème de ses leçons et à une époque assez difficile 
à déterminer, mais certainement avant le xii^ siècle, fut exé- 
cutée la rédaction d'antiennes et répons qui nous a été con- 
servée, pure de toute autre influence, dans un bréviaire du 
xive siècle sorti du chapitre (B. N., lat. 1040, fol. 199 r»)'. 
Cette composition, pas plus que la précédente, n'offre aucun 
détail qui puisse être rapproché de ceux contenus dans le 
poème provençal. 

L'autre version nous a été transmise par un lectionnaire 
du xii» siècle (B. N., lat. 793, fol. 7vo.). Le livre n'a certaine- 
ment pas appartenu à la cathédrale : il est d'origine bénédic- 
tine'^; mais sa notice fut de bonne heure reçue par l'ordi- 
naire. Elle est plus riche que les deux précédentes en 
trouvailles légendaires. En voici le résumé : 

Hyrcan, roi de Judée, eut quatre filles. L'une d'elles, 
s'étant mariée, suivit son mari quelque part en Asie ; elle y 
eut un fils nommé Trophime. Par la suite, ïrophime fut 
envoyé auprès d'une tante, demeurée en Judée, pour s'y 
consacrer à l'étude. En compagnie de saint Etienne et de 
Nicodème, il fut élève de Gamaliel, puis devint l'ami fidèle 
de saint Paul. Avec ce dernier, il se consacra à la prédication 
de l'évangile, le suivit dans ses voyages; quant au reste, 
l'épître de saint Paul à Timothée en fait les frais, ainsi que 
la légende de son apostolat en Espagne. Ici encore, aucun 
point de commun avec le Roman. 

De la combinaison de cette version et de la forme psalmo- 
dique de la première, dérivent toutes les autres notices ren- 



1. L'abbé Narbey, se basant sur la forme d'antiennes et répons que 
revêt cette dernière composition, conclut qu'il faut la faire remonter au 
vi= s., époque à laquelle se sont généi'alisés les antiennes et répons pour 
célébrer dans l'Église romaine les louanges des saints. (Narbey, loc. cit.) 
Malbeureusement, cette forme ne signifie rien par elle-même ; elle a été 
fréquemment employée, jusqu'au xin« s., pour soumettre aux exigences 
chorales des textes d'époque tardive écrits primitivement pour servir à 
de simples leçons. 

On rencontre les premiers fragments de la rédaction qui nous intéi-esse 
dans un antiphonaire du xu= s. (Bibl. Nat., lat. 1090, fol. 131 r°.) 

2. Même remarque que ci-dessus, p. 14, n. 1. — Invantion des reliques 
de saint Etienne, fol. 119, r». 



20 J- gazày. 

fermées dans les livres qui nous intéressent : l'antiphonaire 
du xii« siècle (B. N., lat. 1090, fol. 131 r».), l'antiphonaire 
du xiii<' siècle (B. N., lat. 1091, fol. 7 v^.), le bréviaire con- 
temporain de ce dernier livre (B. N., lat. 1284, fol. 312 v».), 
le bréviaire du xiv^ siècle (B. N., lat. 1037, fol. 216 ro). 

Quelques-unes de ces notices sont singulièrement déve- 
loppées i; cependant, aucun indice ne peut être relevé qui 
permette d'en rapprocher le moindre passage de notre lé- 
gende. 

A nous borner càces documents, l'on pourrait affirmer que 
si quelque clerc de la cathédrale collabora k la composition 
du Ro7nan de saint Trophime, ce fut en y apportant les 
produits de son imagination ou les inventions rencontrées 
dans quelques légendes étrangères à son église. Mais il y a 
un autre livre, ayant certainement appartenu à la cathédrale, 
dont le texte des leçons sur saint Trophime se retrouve en 
entier dans la composition de langue vulgaire. Ce livre, nous 
en avons déjà parlé ; c'est le bréviaire du xiv^ siècle, aujour- 
d'hui à la Bibliothèque Nationale sous la cote lat. 752 ^. 

Le scribe ({ui l'a transcrit, entre 134.') et 13473, l'a signé; il 
cite même les saints de sa dévotion : c'était un nommé Jean 
de Foligno, qui exécuta son travail par la grâce de sainte 
Marie et de saint Antoine*; il appartenait certainement au 
chapitre, qui était de la règle de saint Augustin, puisque 



1. l'arliculièrement celle fournie par les mss. lU'Jl et 1284. 

2. V. p. IJ, u. 1. 

\i. Cf. Albanès, Gai. Christ, nov. Arles, col. 1118, n" 2852. 

4. Albanùs a emprunté à Daluzo, qui l'a publiée pour la première fois 
{\'ita Papurum Aoi)donensium, t. I, col. 819), la note de J. de Foligno. 
Nous la donnons ici à nouveau, après collationniMnent sur le texte, sui- 
vant la transcription du vieil historien : 

i> Sanct;i; ac [individua'] Trinitati, cujus sapientis potentia; gratia sancta 
cujuslibi't inceptio provenit opcris at(iuc linis, et beatissimai Virgini, 
necnon et beato Antonio confessori, cujus devotioni aflicior, percnnibus 
refcrta benedictionum laudibus, gloria et honore, de hujus Breviarii 
vonerabilis et circuiuspocti viri dui. Galhardi de Bedach, decretorum 
doctoris, prepositi Arelatensis, rev. inChristo patris et domini d. Adeinari 
llottcrli tit. s. Anastasiïe presbiteri cardinalis, auditoris, futuri cpiscopi, 
doniini mei praîcipii scriptune perfoctiouo, per me Johannem Corradi de 
Futtjineo, notariuui. scripti, iuliuitarum sic actio gratiarum. 



LE ROMAN DE SAINT TROPHniE. 21 

dans la rubrique du Propre des Saints, il invoque ce bien- 
heureux'; c'était aussi un clerc ayant de grandes sympa- 
thies pour Montmajour, comme l'indique sa. dévotion à saint 
Antoine^. 
La complète indépendance du livre que nous lui devons 



1. « ... Ad honorem Domini nostri Jesu-Christi et boatissim?e Virginis 
Marire et beati Stephani, beati Trophimi, beati Augiistini : Incipit brevia- 
rum secundum consuetudinom sanctîR Arelatonsis ecclesise. « (Fol. 51 r°.) 

2. Les moines de Montmajour conservèrent, dans leur prieuré dauphi- 
nois de Saint-Antoine-de-la-Motte, les reliques du père des cénobites de 
la fin du XV s. jusqu'en 1290. Mais, en cette année, ils furent expulsés de 
leur possession par les hospitaliers établis près de leur maison pour 
donner leurs soins aux malades atteints du feu des ardents, lesquels 
étaient attirés en grand nombre par les guérisons miraculeuses qui s'ac- 
complissaient auprès des reliques. Les moines prétendirent, par la suite, 
avoir emporté ces reliques dans leur abbaye d'Arles; les hospitaliers 
affirmèrent au contraire les avoir toujours en leur possession; des procès 
sans fin s'ensuivirent en cour de Rome; finalement, les hospitaliers en 
sortirent victorieux en 1495. 

Dans le cours du xiv s., les prétentions des moines arlésiens à posséder 
les reliques ne rencontrèrent pas beaucoup de créance. De solennelles visi- 
tes furent faites à celles de saint Antoine de la Motte : le dauphin Henri se 
trouve en ce lieu le 25 juillet 1324; le neveu de ce dernier. Guigne VII, 
y vient le 17 avril et les 19-23 octobre 1332; le dauphin Humbert II y passe 
le jour de l'Assomption en 1339; en 1355, l'empereur d'Allemagne, des- 
cendant vers Avignon pour voirie pape Urbain V, s'y arrête ; peu de temps 
après, ce fut le tour du roi de France, Charles V. (D. Dijon, L'église 
abbatiale de Saint-Antoine en Dauphi?ié. p. 129.) 

Si donc Jean de Foligno, clerc de l'église d'Arles, professait pour saint 
Antoine la dévotion qu'il nous dit, c'est assurément qu'il était intimement 
lié à Montmajour. 

Le culte de saint Antoine paraît y avoir été fort en honneur, même au 
temps de la plus grande vogue de celui que l'on rendait au même saint en 
Dauphiné. Un acte communiqué au Concile de Bàle (1431-38) l'atteste. 
Voici l'extrait essentiel de cette pièce, d'après Dassy, tiré du Cartulaire 
de Saint-Antoine, appartenant aujourd'hui au fonds latin de la Bibl. mu- 
nicipale de Lyon : « ... Villse Sancti-Antonii lipec donatio... probatur ex 
translatione sancli Antonii... apicd legitur in festo tra)islationis bene- 
dicti Antonii i7i monasterio Montisniajoris et in abbatia inodo sancti 
Antonii... » (Dassy, Le trésor de l'église abbatiale de Saint- Antoine, 
p. 142, n» 1.) Sur l'histoire des reliques de saint Antoine de Viennois, 
voyez les ouvrages de l'abbé Dassy : L'abbaye de Saint-Antoine, essai 
historique, Marseille, 1844; Le trésor de l'église abbatiale de Saint- 
Antoine, Marseille, 1855. Ces livres ont beaucoup vieilli, mais peuvent 
encore i-endre des services. Consulter surtout D. Dijon, L'Église abba- 
tiale de Saint-Antoine en Dauphiné, Paris, 1902. 

Sou8 peu, je publierai une étude sur la formation de la légende de la 
translation en Fi'ance des reliques de saint Antoine. 



22 J- GAZAY. 

envers tous les autres déjà notés et qui, eux aussi, apparte- 
naient en majeure partie à la cathédrale, porte à faire quel- 
ques réserves sur la canonicité de la légende qu'il renferme. 
En somme, — ce dernier texte tardif mis à part, — nous ne 
pouvons rien tirer de ceux en usage dans la métropole. 

Voyons si l'analyse du Ro?nan nous donnera de meilleurs 
résultats. 

Dans toute l'œuvre, la seule église importante et qui compte, 
c'est l'église Sainte-Marie, c'est-à-dire la chapelle construite 
par Trophime lors de son arrivée à Arles. Quand le saint, 
grâce aux libéralités reçues de toutes parts, élève un vaste 
sanctuaire, c'est à côté de cette modeste chapelle qu'il le fait 
bâtir, sans lui donner aucun nom. Il est bien dit qu'il y fit 
élever un autel .en l'honneur de saint Etienne, mais rien n'in- 
dique que l'église ait pris le nom de ce saint : les choses se 
passent comme si le nouvel édifice était mis sous le patro- 
nage de la chapelle Sainte-Marie. C'est dans cette chapelle 
que Trophime accomplit ses dévotions ; c'est là que l'on vien^ 
le chercher pour implorer son secours; c'est là encore qu'il 
se fait enterrer. 

Ce dernier point a son importance. 

D'après l'acte de 972 que nous avons signalé, les reliques 
du saint reposaient à cette date dans la cathédrale : aucun 
document n'indique qu'auparavant elles aient été ailleurs*. 
Si donc le Roman avait été écrit ei] faveur de la cathédrale, 
on n'eût pas manqué de mettre en bonne place le privilège de 
ce premier dépôt. D'autre part, il est à remarquer que le pre- 
mier arclievê(iue d'Arles n'est cité qu'une seule fois avec son 
titre d'autorité diocésaine, et c'est dans la partie supplémen- 
taire faisantsiiiteà la légende^; partout ailleurs, il estappelé 

1. La murti/rolof/e d'Arles-Toulon (édit. Albanès, Gallia christ, nov., 
Arles, II" ;•) iiflirinc bien qu'elles reposèrent priniitivemont dans l'église 
Sninto- Mario, construite par saint Trophime, mais pour les raisons indi- 
(jwécs plus liaul (v. p. 17, n. 3), nous ne pouvons faire état de cette 
relation. 

2. « l'Js II dcrdii poder (|iie fus papa segons | en totas las provinrasque 
son de sa los inons. | ïot a(iuest grand poder sanTropheme gardet | aylant 
coni fon evesqui's ni aytant corn visquet. » (V. 953-956.) 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 23 

Trophime le baron, le corps saint, le bon compagnon : toutes 
qualités estimables, mais qui ne confèrent rien du prestige 
archiépiscopal. 

Sans doute, les instances pressantes faites par l'auteur 
auprès de tous ceux qui, pour leur salut, vont cherchant 
Dieu « à pied et à cheval » (v. 10U4), 

« ... aquels que lo mont volran avironar 

per trebalhar lo cors ni per Dieu gazanhar... » (v. 1005-1006) 

de venir à Arles en pèlerins, où ils trouveront ce qu'ils dési- 
rent, permettraient à la rigueur de voir dans notre légende 
une réclame en faveur de la cathédrale. Mais n'importe quelle 
maison religieuse artésienne, prétendant se réclamer des re- 
liques ou du souvenir de saint Trophime, pouvait faire le 
même appel. Donc, pas plus que le reste, il ne peut consti- 
tuer un argument en faveur de l'influence de la métropole sur 
la composition du Roman. 

Que reste-t-il qui atteste cette influence? Rien. Ou plutôt, 
il reste la possibilité de la lui attribuer, à condition que nous 
ne rencontrions pas de meilleurs éléments d'attribution au 
profit de saint Honorât ou de Montmajour. 

Saint Honorât avait de sérieux motifs de propager par des 
légendes la gloire de saint Trophime. 

Dès le xi« siècle, le prieuré de Saint-Victor de Marseille 
était bénéficiaire en grande partie du cimetière des Alis- 
camps'. Les revenus qu'il en retirait devaient être considé- 
rables : un acte de 1166 démontre qu'ils lui furent énergi- 
quement disputés puisque, d'après les termes de cet acte, 



1. Saint Honorât passa aux moines de Saint- Victor par donation de 
l'archevêque d'Arles Rambaut de Reillane en 1040-1044. (Cf. Albanès, 
ouvr.cit., col. 155, noSGo; — Guérard, Ccwt. de Sainl-Victor, t. I,p. 176, 
nolol.) 

En 1113, Paschal II cite parmi les possessions qu'il confirme à saint 
Victor les églises arlésiennes des saints Genès et Honorât, de saint 
Pierre et de la Trinité de Falabreguier, des saints Serges et Bacchus, 
toutes églises situées dans les Aliscamps. (Guérard, ibid., t. II, p. '2o4, 
n»848.) 



24 J- GAZAY. 

rarclicvêque Raimond de Bollène répartit les bénéfices pro- 
venant des inhumations entre saint Honorât et les chanoines 
de son chapitre'. A cet avantage, les moines marseillais éta- 
blis dans Arles joignirent celui d'être, pendant soixante-qua- 
torze ans, les détenteurs des reliques de saint Trophime : le 
guide de saint Jacques convie les pèlerins à aller y faire leurs 
dévotions-. 

En somme, c'est le prieuré de Saint-Victor dans les Alis- 
camps qui apparaît le mieux indiqué pour profiter des légen- 
des rapportées par le Roman. 

Pourtant, si l'on retient certains faits de l'histoire de ce 
prieuré, certains passages de notre texte, l'aspect des choses 
change complètement. 

[/importance donnée aux reliques ne semble pas avoir été 
prise en grande considération par les Bénédictins marseillais, 
puisqu'ils n'en disputèrent pas du tout la garde. Les condi- 
tions dans lesquelles s'en fit la translation à la cathédrale 
nous sont connues : c'est en grande pompe, avec le concours 
de nombreux prélats, qu'eut lieu la cérémonie^; d'ailleurs, 
aucun mandement, aucun acte émanant de juridiction supé- 
rieure n'indique que saint Honorât ait été contraint à cette 
cession; s'il la fit, ce fut donc après accord amiable avec la 



1. Un privili'gc du pape Innocent II, en date de 1130, montre que les 
avantages attachés au prieuré de Saint-llonorat n'allèrent pas sans pro- 
voquer des protestations de la part de tiers, protestations qui semblent 
avoir été jusqu'à contester les droits de saint Victor, puisque le pape est 
dans l'obligation de garantir à l'abbé Pierre l'intégrité du prieuré dans les 
ternies suivants: « ... per septuaginta continuos annos quiète possessam 
(occlesiain sanctoruni Ccnosii et Ilonorati) tibi tuisque successoribus 
roboranius et concedinius habendam. » [Guérard, ilnd., t. II, p. 230, 
n° 81.^).1 

<,>uel(iuo temps avant l'acte cité de Raymond de Bollène, en 1166 égale- 
uKMil, les chanoines de la métropole allirmèrent avoir des droits sur 
l'églisedos saints Serges etiiacchus, dépendance de Saint-Victor. L'arche- 
vêque ouvrit une enquête dans laquelle furent entendus de nombreux 
témoins. Sur les dépositions de ceux-ci, qui appuyèrent tous les préten- 
tions des clianoines, Saint-Victor fut dépossédé de son église. (Albanès, 
OHvr. ciltf. col. 239, n» 612.) 

2. Codex de saint Jacques de Composlelle, édii. Kita, chan. viii, p. 20; 
Paris, 1SH2. 

3. Voyez la relation dans Albanès, ihid., p. 222, n» 568. 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 25 

cathédrale. Cet abandon des reliques concorde avec la pau- 
vreté en laquelle semble tomber peu à peu le prieuré dans la 
seconde moitié du xii" siècle. On connaît à ce sujet la lettre- 
circulaire, en date de 1205, de l'archevêque d'Arles, Michel 
de Mouriès, adressée à tous les prélats de la chrétienté, pour 
leur demander aide afin de faire réparer l'église Saint-Hono- 
rat qui tombait en ruines ^ Pour que l'archevêque sollicitât 
de tels secours, il fallait nécessairement que Saint-Victor de 
Marseille, fort riche à cette époque, se fût détachée presque 
complètement de la plus importante de ses possessions arlé- 
siennes. 

Les termes du préambule du Roman montrent qu'il en était 
ainsi. L'auteur en veut à ces moines qui, par leurs fautes 
et par leur avarice, ont d'abord perdu les avantages qu'ils 
possédaient dans Aliscamps, ensuite ont laissé péricliter la 
vogue du célèbre cimetière. Plus loin, l'on constate encore 
que non seulement les membres artésiens de Saint-Victor se 
soucièrent peu d'exploiter les légendes qui composent le 
Roman^ mais encore qu'ils les avaient remplacées par d'au- 
tres, moins estimables et surtout moins respectueuses envers' 
saint Trophime. Il est dit, en effet, que les possesseurs les 
plus importants d'Aliscamps, « per que tiron ad els totas las 
gens », ont inventé de fausses histoires, qui sont allées jus- 
qu'à faire oublier la vraie, la sainte tradition : la consécration 
de l'antique cimetière par Jésus-Christ lui-même. Si l'on 
ajoute à tout cela que jamais saint Honorât n'est cité dans 
notre texte, la preuve sera faite de la non intervention de 
saint Victor dans sa composition. Reste à savoir si Montma- 
jour montra la même indifférence. 

En 1205, lors de la croisade contre les albigeois, le légat 
Rodolphe, cistercien de Fontfroide, envoyé en Provence 
par Innocent III, se rendit à Montmajour afin d'enquêter 
sur l'état d'esprit qui régnait dans l'abbaye. A cette occasion 
lui furent présentés des documents se rapportant à l'origine 
de celle-ci, d'après lesquels il conclut qu'elle avait été fon- 

1. Albanès, ouvr. cité, p. 310, n" 773, 



26 • J- GAZA Y. 

dée par saint Trophime^ Ce qu'étaient ces pièces, nous n'en, 
savons quelque chose que par les indications que nous en 
ont laissées les historiens du vieux monastère d'Arles : 
D. D. Chantelou^ et Estiennot^ 

Chantelou, fort justement, les jugea apocryphes. Son juge- 
ment s'explique par la découverte qu'il fit des actes souscrits 
par Teucinde vers 974, actes par lesquels la pieuse femme 
cédait, en fin de compte, à des religieux, l'île de Montmajour 
pour y édifier un monastère'. 

Estiennot ne fut pas du même avis. Délégué quelques 
années plus tard pour rechercher les documents nécessaires 
aux travaux historiques de l'illustre Compagnie de Saint- 
Germain, il écrivait à Mabillon qu'après avoir compulsé, à 
son tour, les documents se rapportant à l'origine des mai- 
sons de leur ordre situées dans les provinces ecclésiastiques 
d'Avignon et d'Arles, il avait été amené à conclure que 
Chantelou s'était trompé en faisant état des actes de Teu- 



1. Chantelou, ouv. cite, lettre du légat, f" 168 r». 

2. Mofis-Major, seu Historia monasterii saitcti Pétri Montis-Majoris 
seciis Arelatem in provincia, ordinis sancti Benedicti, congregationis 
sancti Mauri. 

Le meilleur ms. de cette histoire est celui auquel nous avons déjà ren- 
voyé souvent (B. N., lat. 139ir)). Il appartint jadis à Montmajour, d'où il 
passa dans les mains de Denys de Sainte-Marthe (Le Long, Bihl. de la 
France, t. I., p. 758, n» 12209), qui l'utilisa pour la notice consacrée à 
l'abbaye artésienne figurant dans Gallia christiana (t.I, p. 603). Les 
principales copies qui en ont été faites ont été signalées par M. Marin 
de Garranrais dans l'extrait en français qu'il a donné du livre de Chan- 
telou intitulé : L'abbaye de Montmajour, essai historique, p. 12, n. 2: 
Marseille, 1877. 

îî. A vrai dire, il n'a pas écrit d'histoire de Montmajour; mais nous 
possédons de lui deux forts recueils de documents concernant l'abbaye. 
Le premier appartient à la collection des Antiqtdtates Benedictinœ. Il 
est formé d'un grand nombre de documents relatifs aux maisons bénédic- 
tines des provinces d'Arles et d'Avignon, parmi lesquels ceux se rappor- 
tant H Montmajour (p. 97-128 et 295-318). Toutes les copies des pièces que 
renferme ce recueil sont probablement de la main même d'Estiennot. Le 
volume est aujourd'hui à la Bibl. Nat., ms. lat. 12762. Le second recueil, 
presque entièrement consacré à Montmajour, a été transcrit dans l'abbaye 
de Saint (.lermain sur les copies faites en bonne partie par Estiennot 
d'après les originaux. 11 forme le tome XXIX du Monasticon Benedic- 
tinum et est classé sous la cote lat. 12686 aux mss. delà Bibl. Nat. 

4. Chantelou, ibid., fol 19 v» et 30 v». 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 27 

cinde comme témoignage de la fondation de l'abbaye de 
Montmajour: pour lui, ces pièces n'indiquaient simplement 
qu'un transfert en ce lieu d'un monastère déjà existante Par 
ailleurs, il nous dit ce qu'était ce monastère : c'était celui 
mis sous le vocable de Sainte-Marie, situé dans une île 
suburbaine d'Arles, et dont la mention se rencontre dans 
plusieurs vieux documents arlésiens ; cet établissement 
ayant été saccagé par les Sarrasins, la donation de Teucinde 
n'aurait été faite que pour permettre sa réédifîcation dans 
un autre lieu ^. 

De tout ceci, le point à retenir est le lien qui s'établit entre 
saint Tropbime et le monastère Sainte-iMarie, lien qui nous 
ramène de suite à notre légende. 

Nous ne reviendrons pas sur la place qu'y occupe l'église 
dédiée à la Vierge et construite par Tropbime; nous remar- 
querons seulement qu'il fonda dans son voisinage un beau 
moutier, ensuite que le lieu où se trouvait le tout nous est 
décrit de telle sorte que l'identification avec le monastère 
Sainte-Marie se présente de suite à l'esprit. D'après les 
documents connus par Estiennot, le monastère en question 

1. c( Je me suis rapporté on quelques lieux aux mémoires du P. Chan- 
telou ; mais, ayant examiné son histoire de Montmajour, j'ai trouvé des 
preuves convaincantes qu'il avait pris la translation du monastère pour 
sa fondation, et je ne vais pourtant qu'à grand scrupule contre les senti- 
ments de ce Révérend Père, persuadé que je suis qu'il était fort habile 
homme et moi très peu... » (Lettre datée d'Avignon, du l'^'mars 1679, dans 
Correspondance de U. Claude Estiennot, B. N., ms. fr. 19644, fol. 29 v°.) 

2. ... Et ex illis (cartis) quœ supersunt id habemus, quod in insula 
suburbana conditum hoc archisterium (Sanctœ Marire) et a Sarracenis 
aliisve hostibus aut paganis pluries dirutum, tamdem cedente Montis- 
^Nlajoris insulam Teucinda, Deo devota, eo in quo modo extat loco reedi- 
ficatum fuit... » (Antiq. Bened., B, N., ms lat. 12762, p. 97). 

Suivant les termes de l'acte de donation de Teucinde, il est évident 
qu'une communauté était déjà établie à Montmajour lorsque la donatrice 
décida d'abandonner cette terre : « ... Teucinda, Deo devota, etc., cedo 
atque dono Deo omnipotenti, etc., insulam quam ^lonte-Majore vulgus 
vocitat, quœ milii ex commutatione legalium mearum hereditatum, cum 
voluntate Manassei, archipresulis, et concensu canonicorum legibus obve" 
nit; et est in commitatu Arelatensi ab urbe eadem miliario et semis, nec 
non et Beatœ Mai'iïP, Dei genitrici, et sancto Petro, apostolorum principi» 
quorum memoria in predicta insula veneratur et colitur et ad monachos 
qui ibi hodie sub imperio Moringi abbatis habitant, et in antea sub quo- 
rumlibet abbatum venturi sunt. (Edit. de Carranrais, ouv. cité, p. 149.) 



28 J- GAZAY. 

s'élevait dans une île suburbaine d'Arles; dans la légende, 
c'est près d'un fleuve qu'est construite l'église Sainte-Marie, 
ainsi que la sainte maison où Trophime vit en grande com- 
pagnie (vv. 655-660). Évidemment, le rapprochement ne peut 
avoir de force que s'il s'appuie sur d'autres passages du texte 
où l'intérêt de Montmajour peut se déceler. De ceux-là est le 
premier épisode de la vie évangélique du saint : son débar- 
quement dans la « Ville de la Mer » (les Saintes-Mariés), 
possession de l'abbaye depuis 1080. Celui qui vient ensuite 
nous est donné par la relation des souvenirs que l'empereur 
Constantin a laissés à Arles et surtout par la relation se 
rapportant à la translation de son corps dans Aliscamps. 
Ce dernier détail avait arrêté l'attention de Chabaneau : 
Notre auteur, disait-il en substance, suit exactement le 
pseudo-Turpin; mais parfois, ignorant les noms des person- 
nages qu'il rencontre, il les déforme bizarrement. Il est une 
erreur pourtant que l'on ne peut imputer à sa seule igno- 
rance : la confusion qu'il commet entre le « Constantinus pre- 
fectus II de VHistoria Karoli Mag^ii et Rotholandî et l'em- 
pereur de même nom, dont les dépouilles, suivant le Roman, 
auraient été apportées dans l'illustre cimetière d'Arles par 
un gros de cavaliers, est certainement voulue. Pourquoi, 
l'a-t-il faite? A quel intérêt correspondait-elle? Nous ne 
saurions le dire, avouait Chabaneau ^ 



1. Chabaneau, otcv. cit., pp. 55, 74, n. 1, 2 et 3. — M. Frilz Goebel {Un- 
tersKchioigen i'iber die allprovenzalische Ti-ophiniKS Légende, Inaii- 
yural-Dissertalion, Marl)oury, 1896, p. 20) a proposé un rapprochement 
entre le passai^'e qui nous occupe et celui fourni par un nis. français du 
xiii" siècle, le nis. de la Bibl. Nat. portant la cote : fr. 13565. Ce livre, un 
abré(,'ë do l'Histoire de France, fut « composé en latin sous le règne de 
l'iiilipiK? Auguste et traduit en français par l'ordre d'Alphonse, comte de 
Poitiers et frère de saint Louis ». — Cf. les Historiens de France, t. XVII, 
p. '128. Voici, dans son entier, le passage désigné sommairement par 
M. F. G. : 

« Coslentins, l'empereur et sires de Rome, fu aportés à Rome par 
mer et mont d'autres cors puillois et romains et aveques enterrés; 
par 1rs âmes de tous icetix devant nommés, donna H roi Challes à 
Arlles XII mile onces d'argent rmo: povres et antretant de besans 
(f" 127 r»). » 

Pour le composer, l'auteur avait sous les yeux la variante du pseudo- 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 29 

Une tradition légendaire qui a passé jusqu'à ce jour com- 
plètement inaperçue va nous l'expliquer. 

Dans l'église du château de Miramas, possession de Mont- 
majour depuis 1149 environ', situé à l'extrémité orientale 
de la Crau, on montrait, vers la fin du xii« siècle, les reliques 
de Constantin et de sainte Hélène-. Le Roman nous fait 

Turpin dont s'est servi l'auteur du Roman. Tous les deux, en effet, au 
lieu des talents d'or que, suivant la vulgate du chapitre xxix de l'His- 
toria Karoli Magni, Charlemagne donne pour ses aumônes, nomment 
des besans (V. p. 15, n. 1.) 

Le transcripteur de la copie sur laquelle a été faite la traduction fran- 
çaise, ou bien encore l'auteur de cette traduction, connaissait les bonnes 
leçons du pseudo-Turpin, car il s'en esl souvenu et les a fait passer dans 
son récit. Dans ce récit, les restes de Constantin sont transportés à Rome, 
comme dans le texte connu du pseudo-Turpin. La relation en devient 
incompréhensible, parce qu'il est impossible de croire que le corps de 
Constantin empereur pouvait être en la possession de Charlemagne à 
son retour de Roncevaux. 

1. Monast. Bened., ibid., fol. 39 v. 

2. Compilât. Bonnemant, Paroisses, églises et chapelles séculières de 
la ville et du diocèse d'A>-les (ms. de la Bibl. municipale d'Arles). Cité 
dans le Catal. des mss. des Bibl. publiques de France, t. XX, Arles, 
p. 414. 

Aujourd'hui encore un quartier de Miramas porte le nom de « Constan- 
tine»; c'est le lieu même où est établie la gare de la localité. On a supposé 
que ce nom était de fraîche date et avait été donné à l'endroit en mémoire 
de la prise de Constantine en 1837. Cette explication est absurde. Lors de 
la prise de Constantine, le quartier de la gare de Miramas faisait partie 
de la Crau; il n'y avait en ce lieu qu'une seule maison, qui existe encore : 
c'est l'hôtel-restaurant placé sur la rive droite de la route d'Jstres à .Salon 
et que l'on rencontre dès qu'on a traversé le passage à niveau, à droite de 
la voie ferrée. Il va sans dire que cette modeste habitation, alors fréquen- 
tée par les bergers des transhumants, perdue parmi les cailloux roussis 
de la Crau, n'avait rien qui pût fixer le souvenir de la victoire du général 
Valée et attacher le nom de Constantine au lieu où elle s'élève; d'ailleurs, 
au XVII* siècle, ce nom existait déjà. Bouche l'a connu; mais, convaincu 
qu'il ne pouvait désigner que l'emplacement d'une ville de l'antiquité, il 
l'a déplacé dans la direction est de Miramas pour l'attribuer à un 
lieu riche, dit-il, de vestiges de l'occupation romaine, placé entre Lançon 
et Calisanne. (Bouche, Chorograpliie et Histoire de la Provence, t. I, 
pp. 1G8-69; Aix, 1664.) 

L'indication est précise et, si l'on s'y rapporte, on constate que le lieu 
en question, correspond aux ruines d'une enceinte fortifiée, probablement 
d'époque gallo-romaine, situées sur l'escarpement de rochers qui domine 
au nord le village de Calissanne. Papon, remarquant que l'on ne trouvait 
dans cette enceinte aucun vestige de constructions, supposait qu'elle 
avait été simplement un camp retranché construit par les habitants de 
Calcaria des Tables de Pentinger, station qu'il localisait sur remplace- 



30 J. GAZA Y. 

savoir comment elles furent transportées à Arles, et par 
suite, implicitement, comment elles se trouvaient à Miramas, 
car l'explication de leur présence en ce lieu ne souffre plus 
aucune difficulté. 

C'est à Montmajour encore que nous ramène l'auteur lors- 
qu'il rappelle les traditions d'épopée que parmi tant d'autres, 
évoque Aliscamps. Car, — fait bien caractéristique — les 
traditions dont il parle ne sont pas celles que l'on serait en 
droit d'attendre, celles chantant les exploits du comte Guil- 
laume, le « marchis au courb nez », et de son neveu Vivien, 
mort sur le champ de bataille que fut la sainte nécropole, 
enseveli dans l'église Saint-Honorat. Non ; il y substitue 
celles qui se rapportent à Gharlemagne, célébrées par l'ins- 
cription de la chapelle Sainte Croix ^ 

ment actuel de Galissanne. (Papon, Histoire générale de Provence, 
t, I, pp. 44 et 83-84.) 

L'attribution, faite par Bouclie, du nom de Gonstantine, au lieu dont 
nous venons de parler, a été admise jusqu'ici sans réserve; de Ville- 
neuve (Stat. des li.-du-Rh., t. II, p. 157) l'a acceptée; les auteurs de la 
carte du dépôt de la Guerre, concernant la région, ont fait de même. 
Mais rien n'autorisait Bouche à proposer son hypothèse; c'est sur de 
simples témoignages oraux, tenus des gens du pays, qu'il l'a établie, car, 
dit-il, aucun document écrit, de quelque époque que ce soit, n'existe sur 
Gonstantine. 

l^e nom de Gonstantine du territoire de Miramas se rattache, très pro- 
bablement, à la mémoire des reliques de Gonstantin, jadis honorées en 
cet endroit. 

1. Sur la date de cette inscription, les avis ont été partagés. Sans par- 
ler de ceux qui l'ont crue authenticiue, deux opinions se sont formées à 
son sujet. 

La première, celle de Chantelou {ouo. cité, fol. 16 \°), était basée sur 
la croyance que l'inscription avait été exécutée vers 1400 dans le but de 
donner plus d'autorité à Montmajour dans ses revendications contre les 
luis()italiers de Saint-Antoine; cette opinion a prévalu jusqu'à nos jours. 
Millin déclarait même avoir vu chez le notaire Véran, d'Arles, un acte 
(loiHiaiit la date exacte de sa fabrication, 1421. (Voyage dans le midi de 
la France, t. IV, p. 2, n. 3.) D. Dijon (ouv. cité, p. 322, n. 2) s'est rallié 
également i\ l'avis de Ghantelou; M. Labande accepte aussi la môme 
datation {Congrès archéologique de France, LXKVl' session, tenu à 
Avignon en /909,- guide, p. Itj7). M. P. Meyer, le premier, s'est inscrit 
en faux contre cette opinion. Après examen, il a conclu que l'inscription 
devait avoir été exécutée dans le courant du xiii' siècle, et pour con- 
firmer la légende de la chanson de Tersin {Komania, t. I, p. 58) dont la 
partie épique de notre Roman n'est qu'une variante. M. P. Meyer a vu 
certainement juste. Il est bien évident que l'inscription répond plus exac- 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 31 

A Montmajour aussi nous conduisent l'écuyer et ses 
parents que Gharlemagne avait condamnés à mort, quand, 
sauvés par saint Tropliime, ils abandonnent le service de 
l'empereur pour se rendre au tombeau du saint et se faire, 
en son honneur, moines, autrement dit membres de la com- 
munauté montmajorienne. 

Tous ces témoignages sont assez concordants pour nous 
permettre de conclure que la rédaction primitive du Roman 
est sortie de la grande abbaye bénédictine d'Arles. 

Gela admis, une question se pose. 

Est-ce sur cette rédaction qu'a été copié le fragment de 
Florence qui nous a conservé les noms des saints Isidore et 
Andéol ? 

Les deux manuscrits (P) de Paris et (F) de Florence ont 
une source commune, bien que copiés sur des textes indé- 
pendants ^ La version originelle comprenait une traduction 
mot à mot de deux emprunts importants, réunis ensemble, 
faits à la légende de sainte Marthe suivant Mombritius^. Le 
manuscrit de Florence nous a conservé intégralement le 
passage; dans le même passage, au manuscrit de Paris, des 
lacunes importantes se sont produites, mais la survivance, 
sans altération, de plusieurs vers atteste l'identité d'originel 

tement aux préoccupations que pouvait avoir Montmajour dans le cou- 
rant du xiii« siècle et surtout au moment où fut écrit le Romati de saint 
Trophime, alors qu'elle redoutait les nouvelles entreprises de Saint- 
Victor, qu'à celles qu'elle pouvait avoir au xv siècle, lorsqu'elle dispu- 
tait contre ses adversaires de Saint-Antoine. Le Roman et l'inscription 
sont des compléments nécessaires l'un de l'autre : à mon avis, ils sont 
contemporains. 

1. Cf. Zingarelli, loc. cit., p. :W4. 

2. Voyez pp. 12, n. 1, et 13, n. 1. 

'S. C'est ainsi que la phrase, comprise entre les vers 171-83, de l'appel de 
Trophime à saint Maximin d'Aix et à saint Eutrope d'Orange, les priant de 
venir à Arles pour rehausser de leur présence la consécration de l'église 
Sainte-Marie a été tronquée de la partie rappelant que cette invitation a 
été faite à Tarascon, après la consécration de l'église bâtie par sainte Mar- 
the (vv. 17r)-76); mais le reste est demeuré intact (vv. 177-82). L'ensemble 
sortant de la légende latine de sainte Marthe, il est bien évident qu'une 
lacune s'est produite dans la transcription sur laquelle a été copié P, et 
que l'auteur de cette transcription avait sous les yeux un texte identique 
à celui de F. 



32 J. GAZAY. 

En conséquence, ce dernier texte est certainement postérieur 
à la rédaction de celui d'où est sorti le fragment de Florence. 

Que saint Isidore et saint Andéol y aient figuré dès l'abord, 
c'est également certain. 

En effet, plus (ju'en tout point de notre légende, là sont 
accumulés des renseignements précis nous faisant connaître 
quels sont les intérêts de Montmajour qui ont présidé à la 
composition de cette partie du récit : l'arrivée des émigrants 
palestiniens aux Saintes-Maries-de-la-Mer, la belle église 
qu'ils y construisirent, les deux saintes femmes inhumées 
au pied de l'autel, l'éditication à Arles de l'église Sainte- 
Marie : tous renseignements qui emportaient forcément avec 
eux la désignation de ces biens de Montmajour qu'étaient 
aussi l'église arlésienne de Saint-Isidore et la cella de Saint- 
Andéol. 

Par ses détails donc, le texte fragmentaire de la Lau- 
rentienne, s'il n'est pas un extrait de la rédaction primitive, 
nous fait remontera une rédaction qui y est étroitement liée. 

Jusqu'ici nous avons tenu pour négligeable la date à 
laquelle fut écrit le Roman. Elle n'était pas nécessaire pour 
déterminer la localisation de son origine; il n'en va pas de 
même si nous voulons connaître les raisons qui provoquèrent 
sa composition. 

En 1212, Gervais de Tilbury termina ses Otia imperialia^. 
Dans cette œuvre sont mentionnées, parmi les reliques con- 
servées à l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer, celles de 
deux femmes que l'on appelle les deux Maries, sans plus 2. 

1. Cf. Ducliesne, ouvr. cité, t. I, p. 345. 

•-'. 1). Morin, dans l'une de ses notices consacrées à l'élude de l'in- 
lluence de traditions auvergnates sur la formation de quelques-unes des 
légendes i)roven(;ales suppose que les « deux Maries » citées par G. de T. 
ont été empruntées à une légende de saintes syriaques : sainte Thècle, 
sainte Knémie, sainte Martiie, saintes Mariamne et Marie. 

Le fait qu'il y avait une église de sainte Tiiècle à Chamaliére, un 
prieuré de sainte Enimie dépendance de Saint-Cliairre du Monastier, une 
égli.se Suinte-Marthe à Tarascon. l'a porté à identifier les saintes 
Mariamne et Marie avec les « deux Maries » nommées par G, de T. (D. 
Morin. Revue bénédictine, 19U9, p. 24 et suiv.) 

Cette i.lentiflcation est insoutenable en présence du liotnan de saint 



LE ROMAN DE SAINT TROPHTME. 33 

Assurément, ce n'est pas par ignorance que G. de Tilbury ne 
les nomme pas autrement; si des détails plus précis avaient 
existé au moment où il écrivait, il nous les eût transmis, car 
il était en relations étroites avec Montmajour : ce fut, en 
efifet, par son intermédiaire et sur ses instances que son 
maître, l'empereur Otlion IV, octroya à l'abbaye l'acte de 
1210 déjà cité, l'un des rares que nous possédions de cet 
empereur concernant la partie provençale de son empire'. 

Telle quelle donc, cette relation marque une étape dans le 
développement de la légende concernant Marie, mère de 
Jacques, et Marie Salomé, étape à laquelle n'était pas encore 
parvenue la croyance populaire lorsque fut écrit le Roman 
de saint Trophime-. 

Il nous apprend que, dès l'arrivée des émigrés palestiniens 

Trophime. Les deux vierges qui s'y trouvent mentionnées ont été appe- 
lées, par la suite, les « deux Maries », simplement parce qu'elles ont pris 
le nom du sanctuaire où elles reposaient ; Sainte-Marie-de-Rads. On a 
dit d'abord les deux saintes de Sainte-Marie, puis les deux saintes Maries ; 
il n'y a eu, certainement, aucune influence littéraire dans cette appella- 
tion. 

1. Cf. P. Fournier, Le royaume d'Arles et de Vie)ine, p. 96; Paris 
1891. 

2. La légende des saintes Maries a eu une évolution rapide : avant 1255, 
elle était déjà complètement formée. Durand de Mende cite les deux 
saintes par leur nom dans son Rationale divinorum officiorum (voyez 
Act. Sanct., apr. I, p. 815, 1" col. B), écrit entre 1281 et 1286, alors 
qu'il administrait pour le pape les villes de la Eomagne. (Cf Victor Le 
Clerc, Hist. litt., t. XX, p. 419.) Parti pour l'Italie vers 1255, après 
avoir été clerc de l'église de Béziers et chanoine à Maguelonne, Du- 
rand ne reparut en France qu'en 1291, afin de prendre la direction effec- 
tive de son diocèse de Mende, auquel il avait été nommé par compromis 
en 1285. Les croyances se rapportant à la particularité qu'il signale « in 
Castro Sanctœ Mariœ de Mari, (ubi) est altare terreum quod ibi fecerunt 
Maria Magdalena et Martha et Maria Jacobi et Ma)-ia Salome », de- 
vaient exister du temps où il faisait partie du clergé de Béziers ou de 
Maguelonne. C'est du souvenir qu'il en a gardé qu'il fait part. On ne 
voit pas bien, en efTet, ce haut dignitaire pontifical se souciant du cours 
que suivait la légende des deux Maries de la Camargue, au point de mo- 
difier ce qu'il eût pu en savoir s'il l'avait connue en l'état où elle était 
quand la consigna G. de ïilbury. Il eût fallu pour cela qu'un événement 
considérable se fût produit : miracles, reconnaissance officielle des reli- 
ques, toutes choses qui n'eurent pas lieu. 

Marie Jacobé et Marie Salomé étaient donc déjà identifiées avec les 
deux « donas » du Roman quand Durand de Mende partit pour l'Italie, 
vers 1255. 

ANNALES DU MIDI. — XXV- 3 



34 J. GAZAY. 

dans la « Ville de la Mer », deux saintes femmes, mortes à ce 
moment, y furent inhumées, mais il ne nous donne pas leurs 
noms, et la narration se développe de telle sorte que nous 
ne pouvons supposer une lacune à cet endroit. Ce silence est 
révélateur. La première tentative ouverte pour fixer sur la 
plage des Saintes-Mariés un souvenir évangélique a été faite 
en faveur de saint Trophime : c'est la mémoire de ce saint 
que le Roman a voulu fixer en ce lieu comme un de ses 
premiers mérites. 

Mais une fortune contraire a changé l'ordre des choses 
souhaité par notre auteur : sur la grève où il le faisait abor 
der miraculeusement, saint Trophime fut oublié; par contre, 
les deux saintes inconnues inhumées à cet endroit bénéfi- 
cièrent rapidement d'un culte célèbre. Aussi la pauvreté du 
poème provençal à leur sujet dénonce-t-elle l'époque où il 
fut composé. L'intervalle de temps est court; son terminus 
ad quem est antérieur à la version rapportée par G. de Til- 
bury, il faut donc le placer avant 1212; son terminus a quo 
est postérieur à la légende de sainte Marthe dans sa forme 
la plus développée, qui est de l'extrême fin du xii^ siècle', il 
faut alors le fixer aux environs de 1200. 

Le début même du xiii^ siècle est l'époque où fut exécutée 
la rédaction originale du Roman de saint Trophime. 

Quelle est la cause qui a porté Montmajour à exploiter la 
mémoire du fondateur de l'église d'Arles et, par suite, à écrire 
le Roman? 

L'attaque directe du préambule contre Saint-Victor de 
Marseille nous l'indique clairement : démentir les préten- 
tions de cette abbaye 2. 



1. Cf. P. Mcycr, Notices et cxtr. des mss. de la Bibl. Nat., t. XXV. 
2' partie, p. 501, n. 1. 

2. Montimvjour avait do sérieuses raisons de se prémunir contre les 
ambitions de Saint-Victor. Pendant le xi" s., des disputes sans nombre se 
j)roduisirent entre les deux abbayes au sujet de possessions réclamées 
par l'une et l'autre maisons. En lOHl, le comte de l^rovence, Bertrand, 
probablement dans un but politique, écrivit à Gréj^oire VII, accusant 
Montmajour, et particulièrement son abbé, de déré<,'lements scandaleux, 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 35 

La vieille légende de sainte Marie-Madeleine soutenue par 
ses filiales, celle de saint Lazare', celles qui gravitent autour 
de saint Maxiniin - sont ici pour la première fois ouverte- 
ment contestées. Pour la première fois s'aftirme nettement 
le désaccord entre les traditions de Marseille et celles des 
Saintes-Maries-de-la-Mer. Jusqu'ici, la légende de sainte 
Marthe pouvait, à la rigueur, se concilier avec les diver- 
ses versions de l'arrivée à Marseille de sainte Marie-Made- 
leine : le Roman consacre définitivement le faux sens du 
passage de la légende de sainte Marthe mentionnant les pre- 
miers évangélisateurs des Gaules, parce qu'il localise nette- 
ment leur arrivée dans la « Ville de la Mer ». 



qui appelaient une réforme profonde de la discipline. (Migne, Patrol., 
t. CXLVIII, col. 631.) Le pape avisa aussitôt l'abbaye qu'il lui enlevait 
son autonomie et la mettait sous la dépendance de Saint-Victor, répon- 
dant en cela au désir formulé par la maison bénédictine de Marseille. 
(Guérard, ouv. cit., t. II, p. 251, n»860; Jaffé, ouv. cit., n« 5212.) Le 
même jour, il adressait à celle-ci un privilège dans le sens de sa 
décision. (Guérard, ibid., p. 214, n" 84t; Jaffé, ibid., n" 5211.) Le 20 fé- 
vrier 1089, Urbain II conûrma l'acte de son prédécesseur. (Guérard, 
ibid., p. 205, n» 839; Jaffé, ibid., n" 5392.) Mais Montmajour n'accepta 
pas volontiers la perte de son indépendance. En 1095, lorsque Urbain II 
renouvela les privilèges de Saint-Victor, il fut obligé de faire suivre d'in- 
dications précises les termes conférant à cette abbaye l'exercice de ses 
droits sur sa sujette. (Guérard, ibid., p. 208, n» 810.) 

La mort, survenue avant juillet 1091, du comte Bertrand, avec lequel 
disparut la ligne directe des comtes héréditaires de Provence (cf. G. de 
Manteyer, La Provence du I" au Xll" siècle, pp. 302-303; Paris, 
1908), modifia sensiblement les sentiments du pape envers Montmajour. 
Dès 1096, Montmajour a reconquis sa liberté; peu de temps après l'acte 
en faveur de Saint»Victor, Urbain II lui octroie confirmation de ses biens, 
sans parler d'aucune sujétion. (Chantelou, ouv. cité, fol. 137 r"; Jaffé, 
ibid., n" .5664.) 

L'alerte avait été vive, et c'est afin d'en prévenir le retour, ainsi que 
pour se garantir de toute attaque qui aurait pu venir d'ailleurs, qu'en 
1106 l'abbaye arlésienne demanda et obtint la protection de Pascal II ; 
ce pape, en conséquence, menaça d'anathème quiconque porterait atteinte 
aux biens du monastère. (Chantelou, ouvr. cité, fol. 138 r»; Jaffé, ibid., 
n- 5893.) 

1. Édit. Albanès, Gallia christ, nov., Marseille, n» 1. 

2. Je classe dans cette catégorie la légende de saint Maximin, que nous 
a conservée B. Gui, les variantes de celle de Marie-Madeleine, la légende 
de sainte Marthe, dite de l'église d'Avignon, publiée par les Bollandistes 
[Act. Sanct., jul., t. VII, p. 11, office d'octave; cité par Duchesne, ouvr, 
cité, t. I, p. 337). 



36 J- GAZA.Y. 

Le poème provençal, en précisant le lieu de débarquement 
de la sainte patronne de ïarascon, renforce la légende pro- 
pre à celle-ci, légende dont il provient, en partie, comme la 
légende de saint Lazare renforce celle de sainte Marie-Made- 
leine, dont elle provient aussi. 

Non seulement il attaque les légendes saintes attachées à 
saint Victor, mais il combat également celles que les moines 
marseillais viennent d'établir aux Aliscamps. 

Vers le temps où il fut écrit, dans les premières années du 
xiii" siècle, ces religieux avaient transféré depuis un certain 
temps des environs de Barcelone, dans l'antique cimetière 
artésien, la localisation de la bataille de Larchantde la chan- 
son de Guillaume 1. Voulurent-ils donner ainsi un regain de 
notoriété à leur vieille possession? Sans doute. Mais Mont- 
majour s'en émut, et notre auteur le fait bien voir. 

Parlant du goût de ses contemporains pour les chevau- 
chées, il leur reproche d'en oublier les pieuses traditions 
attachées aux Aliscamps. Il accuse de cet oubli ceux qui, s'y 
trouvant établis, « dison en lur sermons | qu'ilz sont tutz sans, 
(les corps reposant dans la nécropole) et lo lur eysament : | 
per que tiran ad els totas las gens | que non sabon la vera 
sagrason ] que.Tesus fes el sementari bon(v. 70-74) » | . Pour 
rétablir les bonnes croyances; il racontera, lui, cette consé- 
cration,... mais il la fera suivre aussitôt de la chevauchée de 
Gharlemagne combattant les Sarrasins dans Aliscamps même. 
Il narrera ces hauts faits parce que, malgré tout, il faut bien 
lutler contre le souvenir de ceux de Guillaume et de Vivien, 
chantés par la chanson d' Aliscamps, afin que Montmajour 
participe aussi amplement (jue possible à la floraison des 
traditions épiques dont Arles est devenue récemment le lieu 
d'élection. 

11 y a là un exemple peut-être unique de substitution d'une 
légende é[>i(iue à une autre, accomplie par un monastère au 
détriment d'une maison rivale. Quelles que soient les opi- 



I. Wocks, Recherclies sur Aliscans, dans Roma?iia, IdUô, p. 27ù. 
J. Bcdicr, Les léjendcs épiques, t. II, p. 371; Paris, 1908. 



LE ROMAN DE SAINT TROPHIME. 37 

nions que l'on puisse avoir sur l'origine de nos cliansons de 
geste, il est indéniable que nous assistons ici à un essai de 
récit épique comluit entièrement sous l'inspiration de moines. 
Que les traditions mises en œuvre aient préexisté, c'est 
possible et même certain; mais de quelque façon qu'on les 
interprète, elles demeureront toujours liées à l'abbaye de 
Montmajour, soit qu'elles se présentent sous la forme de la 
chanson de Tersin, soit qu'elles remplacent dans les Alis- 
camps celles transmises par la célèbre légende des exploits 
de Guillaume et de son neveu. 

Cette mauvaise composition qu'est le Roman de saint 
Tropfnme, tel qu'il nous est parvenu, est donc fort utile 
dans toutes ses parties pour les éclaircissements qu'elle 
apporte sur l'ensemble des légendes localisées dans la cité 
artésienne. Faite par l'abbaye de Montmajour pour défendre 
son prestige contre les menaces et les prétentions grandis- 
santes de Saint-Victor, elle a attaqué en bloc et d'un coup les 
traditions dont cette maison pouvait s'enorgueillir. Malheu- 
reusement pour Montmajour, la partie n'était pas égale : 
saint Genès d'Arles, confondu avec le patron des jongleurs, 
protégeait les gardiens de ses reliques, les moines de Saint- 
Honorat. Ceux de Montmajour ne purent éviter les effets, 
fâcheux pour leur cause, de cette protection. La forme litté- 
raire du poème que nous leur devons en a souffert : elle est 
gauche et mal venue ; mais à travers cette gaucherie se 
révèle un dépit dont l'expression nous est précieuse, car elle 
nous permet de reconnaître les vrais auteurs du Roman et 
de saisir le but qu'ils ont poursuivi en exploitant pour leur 
compte exclusif les mérites de saint Trophime. 

J. Gazay. 



IV 1 



L'IIOFITAL DE MONTPEZAT-IIE-QUERGY 

PENDANT LE XVIIe ET LE XVIIIe SIÈCLE 



En consacrant une étude sommaire à l'hôpital de la petite 
ville de Montpezat-de-Quercy, nous avons moins cherché à 
décrire, d'une manière complète, l'organisation d'un modeste 
étahlissement qu'à grouper bon nombre de documents qui 
nous ont paru capables d'éclaircir l'histoire sociale du Bas- 
Quercy au xvii^ et au xviii^ siècle. Les archives d'un hôpital 
présentent, en effet, un intérêt tout particulier; elles nous 
éclairent sur la vie d'une foule de gens, pauvres, malades, 
mendiants, pèlerins, dont la plupart n'ont laissé que bien 
rarement des traces d'eux-mêmes. 

L'hôpital de Saint-Jean de Montpezat fut fondé par le car- 
dinal des Prés, en vertu de son testament du 14 novem- 
bre 1360^; mais les archives derhôpital\ à l'aide desquelles 
notre étude est composée, ne nous permettent pas de suivre 
l'histoire de cet établissement avant le début du xvii® siècle. 

A la tête de l'hôpital il y a un conseil d'administration 
composé généralement de sept membres ■*. Parmi ces membres 
se trouve un chanoine de la collégiale de Saint-Martin, député 
à l'effet d'assister aux assemblées de l'hôpital ■'. L'assemblée 

1. Arrond. de Montauban (Tarn-et-Garonne). 

2. Moulenq, Documents Instoriques sur le Tarn-et-Garonne, t. II, 
\^. 2H'>. 

[i. Ces urcliivf's sont à la mairie de Montpezat. Nous en avons fait le 
clussoinont sur la demande de M. Meuret, maire, et nous en avons dressé 
un répertoire numéri(iue, dont un résumé paraîtra dans notre Rapport 
au Préfet de Tarn-ot-Garonne pour l'année 1912. 

1. Arch. de l'I.ùpital de Montpezat, E 1, n° 1, fol. ;J5 r». Sur l'organisa- 
lion des liùpitaux sous l'ancien régime, voir L. Lallemand, Histoire de 
la chm-ilr. Paris. Picard, t. IV (1910), p. 807-339. 

• . !•: l'.i. Mais ce sont les consuls qui président à ces assemblées (Arch. 
de Tarn-i't-Ciaronne, G 860). 



l'hôpital de montpezat-de-quergy. 39 

des administrateurs se réunit le lundi de chaque semaine^ 
dans une chambre de l'hôpital, qui est appelée chambre des 
administrateurs^, et où ils délibèrent, assis sur des bancs, 
autour d'une table ^. Les administrateurs délèguent quel- 
ques-uns d'entre eux dans certaines fonctions particulières : 
celles de receveur et de secrétaire « pour escripre toutes les 
délibérations », « la charge d'avoir le soing des povres mala- 
des », celle « des réparations qu'il convient faire cà l'hospi- 
tal* ». Le receveur rend un compte annuel devant les autres 
administrateurs^, et des articles dressés en assemblée géné- 
rale, le 23 décembre 1619, déterminent avec précision la ma- 
nière dont doit être faite la reddition des comptes". Sans nous 
attarder à l'exposé de ces articles, disons seulement que les 
consuls de Montpezat sont tenus de vérifier « les parties » du 
compte, tant en recettes ^ qu'en dépenses. Cette disposition 
prouve que, si l'hôpital jouissait d'une sorte d'autonomie 
et formait, comme disent aujourd'hui les juristes, une per- 
sonne morale, il avait cependant, dans une certaine mesure, 
un caractère municipal. 

L'entretien de l'hôpital et la garde des malades sont confiés 
à un hospitalier, et cet hospitalier est un laïque^. Sa modeste 
fonction est médiocrement rémunérée. Il est logé à l'hôpital 
avec les siens, et on lui baille, à cet elïet, une chambre; il 
reçoit tous les mois une demi « carthe » de froment et à la 

1. Arch. de l'hôpital de Montpezat. E 1, n" 1, fol. 4v°. 

2. E 2, n» 1, fol. 98 v°. 

3. E 11, n» 15. 

4. E 1, n» 1, fol. 39 r°, et E 3, n" 2. 

5. E 1, n» 1, fol. 39 v". 

6. E 11, n» 32. 

7. Les revenus de l'hôpital étaient alïermés; mais, le régime de la ferme 
donnant des résultats déplorables à cause des « discutions qu'on avoit eu 
avec les fermiers », on jugea « convenable au bien des pauvres de mestre 
pour un temps tous leurs revenus entre des mains ciiari tables pour en 
faire la régie » (16 septembre 1720, E (J). 

8. En 1615, l'hospitalier est un cordonnier (E 3, n° 2); en 1615, il est 
question d'une hospitalière (E 1, n" 1, fol. 47 v"), qui devait être la femme 
de l'hospitalier. En 1617, l'hospitalier Clavié s'installe à l'hôpital avec sa 
famille (E 2, n» 1, fol. 150 r»). La laïcisation des hôpitaux est un fait qu'on 
constate à peu près partout, à partir du xvi" siècle (Lallemand, O}). cit:> 
p. 571). 



40 R. LATOUCHE. 

fin de l'année, en guise d'étrennes, un demi-quarton de blé. 
Il doit jurer qu'il se contentera de ces gages'. Quelquefois 
cependant, il recueille de petites gratifications; c'est ainsi 
que, le 9 mars 1615, on donne les « habits » d'une femme dé- 
cédée dans l'hôpital à l'hospitalière en considération du ser- 
vice qu'elle fait^ ». 

L'administration de l'hôpital de Montpezat ne borne pas 
son activité aux soins des malades résidant à l'hôpital i 
c'est aussi un bureau de bienfaisance : elle distribue des au- 
mônes aux pauvres, malades ou non, de la communauté; 
c'est enfin une asile de nuit, où les passants sont admis à 
passer une nuit, pas davantage ^ 

Les malades étaient logés dans deux chambres, dont l'une 
était située au rez-de-chaussée, l'autre au premier, la salle 
basse et la salle haute*. L'existence de ces deux chambres 
permettait de faire couchera parties hommes et les femmes; 
la séparation des uns et des autres était prescrite par les 
règlements; mais la prescription ne paraît pas avoir été tou- 
jours respectée'^. 

La tenue de l'hôpital laissait parfois à désirer. Certains 
hospitaliers étaient négligents. En 1700, l'assemblée des ad- 
ministrateurs fut obligée de remplacer celui qui était en 
fonctions parce qu'il ne prenait pas soin des pauvres et qu'il 
faisait « servir la chambre où les hommes pauvres doivent 
coucher d'une écurie, nous ayant apparu qu'il y avoit un 
cheval dans ladite chamJ)re''' ». Les hospitaliers n'étaient pas 
les seuls coupables. Les pauvres, les premiers, n'avaient 
aucun souci de la propreté. En l(il6, on fait fermer le portail 
de la cha[)elle parce que « les povres entrent dans la chapelle 
ou font des ordures, à quoy, s'il n'est pas pourveu par le fer- 
mement du portail, ils continueront davantage^ ». Plus tard, 

1. K 2, ivl. fui. \'>0 r-, et E 8, n° 2. 

2. E 1, nM, fui. 17 v°. 
:t. E 2, n» 2. 

■1. E2. n°l. 

f). DélibtTution du 8 mars 162.3 {ibid.). 

G. E .'■). n» 1. 

7. E2. n»!. fol. 125 v. 



l'hopiial de montpezat-de-quercy. 41 

ce sont les voisins qui se plaignent des femmes logées dans 
la chambre haute de l'hôpital, parce qu'elles jettent » a toutes 
heures... les ordures qu'elles font' ». Elles ne sont, du leste, 
qu'à demi responsables. Si elles sont sales, c'est qu'il leur 
est malaisé d'être propres : ceux qui ont construit l'hopiial 
n'étaient pas des hygiénistes; ils ont oublié d'y établir des 
lieux d'aisances. Les administrateurs essaient de remédier à 
cette lacune et décident « que M. Cabanes parlera avec les 
maçons pour veoir ce quilz vouldroint fere payer pour fere 
ung tuyeau qui prinst ung privé pour la sale basse et ung 
autre pour la haulte et pour fere ung conduit pour conduire 
les immondices 2 ». 

Les architectes semblent avoir prévu les rigueurs du froid, 
car il est question, dès 1618, de construction de cheminées; 
mais les maçons ne semblent pas avoir mis d'empressement 
à exécuter leur travail, qui devait être terminé à « la feste 
Saint Martin divern » aux termes de la « bailhance »^, car 
en 1623, il n'y avait pas encore de cheminées dans la salle 
basse, et cependant les administrateurs avouent qu'elles 
y sont « nécessaires* ». Ce n'est d'ailleurs qu'exception- 
nellement qu'on fait du teu. Les achats de bois sont rares 
dans les comptes, et, lorsqu'ils se présentent, le receveur 
essaie de les justifier par des circonslances singulières. Le 
30 janvier 1624, le receveur rembourse « M. Cabanes, admi- 
nistrateur, de quatre soulz pour de boix qu'il avoit achapté 
pour faire chaufer quelques paouvres dans ledit hospital a 
cause du grand froit quil faisoit^ ». Le surlendemain. « pre- 
mier de febvrier 1624», il « baille à Clavie, hospitalier... trois 
solz pour achapter du bois pour fere chauffer six ou sept 

1. 19 novembre 1G24 (E 2, n» 2). 

2. Lo.c. cit. 

3. Vn contrat de bail « a fere deux cheminées a Ibospital » fut passé le 
17 juin de cette année entre les administrateurs de l'hôpital et deux 
maçons, mais ce contrat ne dut pas être complètement exécuté. (Reg. de 
Séguy, notaire de Montpezat, pour les années 1614-1628, î° 437 v°.) 

4. E 2, n" 1. Toutefois, on dut faire construire ces cheminées peu de 
temps après, car on paie, le 24 mars 1624, 24 livres tournois au maçon 
Langlade pour les manteaux des cheminées de l'hôpital (E 2, n° 2). 

5. E 12, n° 9. 



42 R- LATOUCHE. 

petitz paouvres estrangers qui iiont point de retraitte en ville 
et cest a cause de la rigur de livern' ». 

Le mobilier de l'hôpital est simple. Les matelas des pau- 
vres, placés sur des « châlits 2 », sont faits de toile « mescla- 
dis3 » et remplis de paille*. Les lits sont couverts de cour- 
tepointes ^ Le reste du mobilier se compose de bancs, 
qui servent de tables, de coussins garnis ou non de plumes, 
decolTres''. 

L'hospitalier surveille les malades, les pauvres logés à 
l'hôpital et les « allans et survenans ». La surveillance de 
tout ce monde n'est pas toujours chose facile. Certains pen- 
sionnaires sont insupportables ; ils volent leurs compagnons. 
Le 10 juin 1624, on se plaint à l'assemblée des administrateurs 
que « les P'arguettes qui sont logées dans Ihospital comet- 
tent une infinitté d'insolences dans ledit hospital, mesme- 
ment hier que deux povres étant venues dans ledit hospital 
toutes mouillées, l'hospitalier fesant essuyer leurs draps, la 
Farguette jusne dérobe le pain qu'icelles avoint amassé, 
comme icelles filles ont attesté pour avoir veu quant icelle le 
prinst le pain' ». Les larcins commis par les passants 
devaient même être si nombreux qu'ils sont prévus dans 
r (( établissement de l'hospitalier^ ». 

Les pratiques religieuses jouant un rôle prépondérant dans 
la vie de nos aïeux, ne soyons pas surpris de voir construire 
en 1614 une chapelle attenante à l'hôpital^. Cette chapelle 
n'est séparée de l'hôpital que par une muraille; elle comporte 
une tribune qui était peut-être réservée aux malades'". En 
1616, la chapelle est fermée de vitres protégées de grilles 



1 . K 12, n" !t. 

•J. K 1. n» 2, fol. 172 Y". 

;i. E 2. n'I, fol. 255 v». 

4. E 1. n"2, f(.l. 171 r- 

5. e;i 

U. A 1. 

7. !•: 2. n- 2. 

8. 1549. A 1. 

'.t. E 1, n' 1. fol. 21 V". 
10. El, n» 2. fol. 119 r». 



l'hôpital de montpezat-de-quekcy. 43 

d'airain 1, et elle est pavée^ En raison de « la difliculté » de 
« pouvoir rencontrer » un autel de pierre « aux peirieres que 
les maçons attestent », les administrateurs mandèrent un 
menuisier « pour acorder avec luy den faire ung de boix^ »• 
L'autel fut garni pour les fêtes de Pâques de 1617 d'une 
nappe « au pris de 21 s. l'aune^ », 

Pour pouvoir dire la messe sur cet autel, il fallait une 
pierre consacrée. Trouver une pierre était chose relativement 
facile*, mais faire consacrer cette pierre était plus difficile à 
obtenir, à cause de la paresse de l'évêque de Cahors. La con" 
sécration est, en etïet, ime cérémonie longue, qui dure au 
moins quatre heures ; aussi cet évêque reslait-il jusqu'à trois 
ans sans en faire aucune, et laissait les pierres qui lui 
étaient remises s'amonceler dans la chapelle de l'évèché". 

La construction de la chapelle de l'hôpital se termina 
en 1645 par celle d'un clocher où une cloche fut placée la 
même année'. On la décora en faisant peindre le « surciel » 
de l'autel ^ et en plaçant sur cet autel un tableau dû au pein- 
tre Nicolas Hevin-'. On compléta le mobilier en achetant un 
bénitier!*', des burettes d'étain du prix de 16 sous*', un bré- 
viaire qui fut relié en 1672 '2, un missel qu'on se procura 
en 1618 à Cahors i', une petite clochette'*. 

1. E 2, n-l, fol. 138 r°. 

2. E 2. n» 1, foL 144 v°. 

3. E2, n» 1, fol. 121 v». 

4. E 2, n- 1, fol. 150 r». 

5. Délibération du 27 juin 1617 (E 2, n" 1, fol. 160 r"). 

6. Lettre à M. Dubreuilh, bourgeois à Montpezat, datée de Cahors « ce 
14'' décembre 1616 » et signée Fages (E 25. n" 23). L'auteur de la lettre 
ajoute ironiquement : « Il (l'évêque) attand de jour à aultre que Ion en 
apporte et quil y en aye quelques deux doutzaines. » 

7. E 3, n» 2. 

8. « A esté aussi payé pour les teintures qui feurent prinses de chez 
Herman, appothicaire, pour peindre le surciel de lautel de la chapele de 
lospita!, xij s. » (4 mai 1636. — E 13, n" 12, fol. 7 v;. 

9. Quittance du 4 mai 1636 (E 27, n» 22). 

10. Délibération du 26 mars 1618 (E 2, n" 1, fol. 177 v et 178 r"). 

11. 4 février 1619. (E 11, n» 30.) 

12. E 30, n" 43. 

13. E 2, n" 1, fol. 189 v». Ce missel fut acheté au prix de 2 écus (Eli, 
n» 25). Il fut garni de sinets : le 28 janvier 1619, on acheta 12 paires de ru- 
bans de soie « pour faire les indices au missel de l'hospital >•> (E 11, n" 30). 

14. 16 mars 1642 (E 3, n» 2). 



44 R. LA.TOUGHE. 

La chapelle avait été bénie dès le jour des Rois de 
l'année 1617 par le doyen du chapitre' ; mais le chapitre en- 
tendait qu'on n'y dît point la messe et qu'on n'y administrât 
pas les sacrements; les administrateurs, au contraire, pré- 
tendaient y faire célébrer la messe, « quand bon leur semble- 
roil^ ». L'évêque de Gahors entra dans les vues du chapitre : 
il interdit, en 1619, de dire la messe « ny aulcuns offices par- 
rochiaux » dans la chapelle de l'hôpital ^ Les deux parties 
finirent toutefois par transigera En 1639, la chapelle était 
desservie par un chapelain qui était tenu d'y dire la messe 
deux fois par semaine*. Les appointements de ce chapelain 
étaient alors de 12 livres par an, plus deux livres de cire. Ils 
augmentent progressivement. En 1658, ils sont de 16 livres^, 
en 1662, de 20^; en 1705, de 23^ Ils s'élèvent en 1721 à 
34 livres» et en 1736 à 52i«. 

Aux malades, qui sont logés à l'hôpital, les secours spiri- 
tuels ne sufiisent pas; des soins corporels sont nécessaires. 
Les consultations sont données et les ordonnances délivrées 
par un médecin'^ ; mais les remèdes sont administrés et les 
opérations faites par des maîtres chirurgiens'^. Les tarifs de 
ces chirurgiens ne paraissent pas avoir été exagérés, surtout 
si on les compare à ceux des hommes de loi. Au xvn'' et au 
commencement du xvin'' siècle, le chirurgien de l'hôpital 
reçoit un traitement fixe de deux quarfes\ie blé par an'^; il 



1. E 2. n" 1, fol. 141 V». 

2. E 1, 11» 2, fol. 171 V». 

3. E 2, n» 1, fol. 198 r°. La requête adressée à ce sujet, le 3 janvier 1617, 
par les chanoines à l'évêque de Caliors se trouve aux Archives de Tarn- 
ct-Garonne (G 775). 

■1. C'est ce qui résulte d'un arrêt du Parlement de Toulouse du ;'> décem- 
hro 1G35. (Arch. départ, de Tarn-et-Garonne, G 780.) 
'}, E 3, n« 2. 
ti. E 29, n° 11. 

7. E 30, n» 6. 

8. E31, n»30. 

9. E 32. n» 8. 

10. E 34, n" 2. 

11. E 2, n" 1, fol. 2G<J r". 

12. E 2, n- 2, et E 3, n" 1. 

13. Voir, pour 1669, B 79, et, pour 1718, E 6. 



l'hôpital de montpezat-de-quercy. 45 

est, en outre, payé de tous les soins qu'il donne. Dans la pre- 
mière moitié du xvii« siècle, une saignée est payée cinq sous ' ; 
au xvme siècle, le prix est plus élevé, et un chirurgien ré- 
clame pour la même opération quinze sous^. La remise d'une 
fracture ne coûte pas cher au début du xvii® siècle; en 1628, 
les administrateurs donnent quatre sous à un pauvre 
homme qui est soigné à l'hôpital « pour bailher à celluy qui 
luy adouba sa cuisse^ ». En 1630, M" Seguy demande dix 
sous « pour ung pouvre qui se disoict de Moissac, quy avoict 
rompeu ung bras, pour lui avoir racomodé* ». Il est pi- 
quant de constater qu'à la même époque l'administration 
d'un « clystère » est mieux rémunérée; un chirurgien est 
payé pour cette opération douze '^ et même seize sous*"'. 

Le prix des médicaments n'est pas fixé par les chirurgiens 
qui les fournissent; la taxe est établie par les médecins ^ 
Quelquefois les chirurgiens font preuve, du reste, d'un désin- 
téressement qui leur fait honneur. Pendant l'année 1719, qui 
fut une année de disette, ils « offrent de servir l'hôpital et les 
pauvres de la ville sans gratification ». Il est inutile d'ajouter 
que leur offre fut acceptée^. 

Naturellement, médecinset chirurgiens faisaient subir aux 
malades les traitements en honneur au xyii^ siècle, et que 
Molière a raillés. Ils saignent ou, comme ils disent, ils 
« tirent du sang'' » ; ils administrent des « clystères laxatifs 
et réfrigérants'*' »; ils purgent leurs malades avec de la 
4 tisane royale », dont nous donnons la composition en note^*. 



1. Voir, pour 1627, E 26, 11° 12, et, pour 1635, E 27, n» J9. 

2. E 35, n" 27. 

3. E 12, n» 16, foL 19 y». 

4. E 2.5, n" 61. 

5. E 27, n» 19. 

6. E 26, n» 11. 

7. E 6. 

8. Ibid. 

9. E 26, n" 12. Cf. E 2, n° 1, fol. 210 r»; E 11, n" 30, etc 

10. E 27, n» 19 ; E 34, n» 5. 

11. E 3-i, n" 5. — « 19 juin 1740, jay purgé Le Chapelier Daybrard avec 
verres tissanne royalle y ayant demy once senne, deux onces thamarins, 
et une dragme rubarbe et une dragme sel végétal et deux onces manne, et 



46 R. LATOUCHE. 

Aux gens privés de sommeil ils font prendre « des potions 
cardiaques et somifaires compossées avec confection 
d'alkermes syrop et autres... à l'heure du somailP », ou ils 
leur ordonnent de l'opium-. En présence de très graves ma- 
ladies, telles que le cancer, ils avouent leur impuissance avec 
une simplicité dont il convient de les louer. Un chirurgien 
appelé auprès d'un malade qui souffre du bras, déclare que 
r « ulisaire estoit incurable et que cest ung cancer, mais que 
par le moyen de certain ongan quons luy pourroit fere luy 
apeseroit cette dolleur^ ». Le même remède est, du reste, 
appliqué dans d'autres cas analogues : un pauvre ayant « le 
côté dolent », on l'oint avec une once et demie d'un « onguent 
d'althis* ». 

Si l'art de guérir était encore dans l'enfance, prenait-on du 
moins des mesures hygiéniques pour prévenir les maladies? 
Moins qu'aujourd'hui à coup sûr; mais cependant on n'igno- 
rait pas les dangers de la contagion. En 1608, pour éviter la 
propagation d'une maladie épidémique à l'intérieur de la 
ville, on fait garder les portes"'. En 1630, et pour la môme 
raison, on interdit aux mendiants l'entrée de Montpezat; le 
receveur de l'hôpital l'indique très nettement dans son jour- 
nal : « Le quatrième d'octoubre deux religieux passarent 
^cy ; il me demandarent les fere lougé et leur donner quelque 

chose Je leur dye qu'à cause de la maladye contejeuse on 

ne permetet point lantrée de nostre ville et pour les en ran- 
voyer je leur baillé x s.» ». Il esta noter, du reste, que nous 
n'avons pas relevé trace d'épidémie à Montpezat pendant le 
xvii« et le xvin" siècle; au xvi" siècle, au contraire, la peste 



avoir délayé trante grains poudre cornachiae au premier verre » (E 85. 

1. 102G (K 2P., n» 7); 1G27 (E SC, n» 11). 
y. Vm (E3;}. ^31). 

3. Délibération du 18 avril 1G2(Î (E ;i, n" 1) ; cf. E 26, n° 7. 

4. E 27, n° 19. Sur les remèdes, on peut consulter un volume amusant 
d'Alfri'd Franklin : La vie privée d'autrefois. Paris, E. Pion, t. IX (Les 
niédicamonts). 1891. 

r.. E 10, fol. 8 v». 
G. E 13, n- 1. 



l'hôpital de montpezat-de-quergy. 47 

avait à plusieurs reprises ravagé la ville : en 1522, en 1530^ 
en 1587 2. 

Les administrateurs de l'hùpilal ne bornent pas leur acti- 
vité au soin des malades; leur hôpital est aussi un bureau de 
bienfaisance qui fait aumône aux pauvres et leur fournit 
vivres et vêtements. Œuvre douloureusement utile ! En 1614, 
les administrateurs parlent de « la paouvretté et nécessité 
quy estoit fort grande l'année passée^ ». Il y a des détail^ 
particulièrement navrants sur la situation de la ville dans la 
première moitié du xviii*^ siècle, soit que la détresse ait été 
alors plus grande, soit que les malheureux soient devenus 
plus conscients. Le sieur Parriel représente à l'assemblée des 
administrateurs du 7 février 1713 « l'extrême misère de la 
ville et de la parroisse qu'ion peut présumer par le grand 
concours des pauvres ; qu'il y en aura plus de quatre cens 
qui mourront de faim, ainsy qu'il en est mort desjà quel- 
qu'un, s'ils ne sont promptement secourus* ». La mauvaise 
récolte de 1719 fait prévoir au syndic Garrigues un hiver 
encore plus rigoureux que celui de 1713. Ses prévisions sont 
justifiées. En janvier 1720,1e nombre des pauvres, tant de la 
ville que du reste de la paroisse, sans compter les « pauvres 
horteux, » est de 362 ■'. En 1736, « plusieurs pauvres quy 
vivent du jour à la journée ne peuvent gagner leur vie à 
cause de la rigueur du temps », et, ajoutent mélancolique- 
ment les administrateurs, « il y a des misérables que nous 
ne savons que trop^ ». 

Pour secourir ces malheureux, les administrateurs ordon- 
nent des aumônes générales et hebdomadaires qui sont faites 

1. Notes ajoutées à un inventaire des archives de la communauté, du 
xvii« siècle. (Archives municipales de Montpezat, BB 28, fol. 25 v et 
26 r°). 

2. L'existence de cette épidémie est surabondamment prouvée par les 
nombreux testaments de pestiférés qu'on trouve dans les registres de 
notaires de Montpezat, à cette époque. (Registres de Rey et de Delacoste, 
déposés aux Archives de Tarn-et-Garonne.) 

3. E 11, n-ll, fol. 5 v°. 

4. E 6. 

5. Ibid. 

6. E 7, n° L 



48 R. LATOUCHE. 

à tous les pauvres de la juridiction de Montpezat. Un grand 
nombre de rôles ont été conservés'. Ces aumônes sont 
faites au xvii* siècle en argent, au xviii^ siècle en argent et 
en soupe'. 

Nos documents nous offrent quelques renseignements cu- 
rieux sur la nourriture qui était donnée aux malades hospi- 
talisés ainsi qu'aux pauvres secourus. Au commencement 
du xviie siècle, il n'est guère question que de potage. Un pau- 
vre passant tombe malade; l'hospitalier lui donne du potage 3. 
Une pauvre femme est trouvée « gisante depuis deux jours 
soubz ung noguie près l'esglize de la Salvetat* » ; on l'envoie 
« cercher avec la cavale de M« Cabanes », et on lui fait du 
potage\ C'est exceptionnellement qu'on donne des œufs à 
un blessé^. La viande de boucherie n'est mentionnée que 
dans des documents de la seconde moitié du xviii* siècle ^ 
En i71.'>, — c'est l'année où la misère fut terrible, — on fit des 
distributions générales de soupes aux fèves, « ce qui auroit 
très bien réussy» ». La recette de cette soupe nous a été 
conservée'*. 

C'est par des distributions de pain de froment et de vin 
qu'on relevait exceptionnellement l'ordinaire. Suivant une 
« louable coustume'" », on faisait moudre pour le jour de la 

1. E 42 à 48. 

2. Voir le « catalogue des pauvres pour l'aumône géaérale du prin- 
temps 17-27 en argent... en coupe ». — En dehors des aumônes générales. 
qui étaient intermittentes, les administrateurs secouraient les misères 
individuelles quand elles leur semblaient dignes d'intérêt. Par exemple, 
en ]V,2\, le sieur Seguy « a roprésanté que le cappitaine Bruilh luy avoict 
dict que les enfans de M' Delarue estoient en extrême nécessité a cause 
que lu tampeste leur avoict enporté la cuillete de lannée passée et ainsi 
sujjpliuit lassamblée de leur vouloir prester du bled de Ihospital dumoing 
en baillant cautions » (E 2, n" 2). Ils consentent même à recevoir à 
l'Iiôpital de vieilles gens sans asile; ainsi, en 1(321, « la vefve de Barrou... 
aiandeu quelle est paouvre et n'a de domicilhe » (E 2, n» 1) 

3. 22 juillet 1(335 (E 13, n» 11). 

4. Commune de Montpezat. 

5. KJ mai 1(320 (E 12, n» lU). 

13. Novembre 1G2S (E 12, n» 1(3. fol. 17 r°). 

7. 2;J mars 17ô<J (E 18, n» 10) 

8. E (3. 

*.». E 31, n» 42. 
10. E 3, n» 1. 



l'hôpital de MONTPEZA.T-DE-QUERGY. 49 

Pentecôte 4 carthes de blé; on les transformait eu petits 
pains qui étaient bénis et donnés aux pauvres/. Quelques dé- 
birentiers devaient du vin à l'hôpital; ce vin était distribué 
aux pauvres-, et il faut noter à l'honneur des administra- 
teurs qu'ils ne se désintéressaient pas de sa qualité. En 1620, 
ils se plaignent que Guillaume Parriel, l'un des héritiers de 
Montbru, « ne veuille bailler de bon vin », et ils arrêtent 
« qu'il luy sera dict... de bailler de bon vin et que a ces lins 
ilz le gousteront^ ». 

Les administrateurs ne se contentent pas de nourrir les 
pauvres; ils les habillent, s'il y a lieu. En 1627, la fille d"Ar- 
quiès, qui est à Thôpltal, a besoin de chemises; l'assemblée 
décide qu'on achètera de la toile « mescladis », « pour luy 
faire deulx chemises^ ». En 1718, on apprend que la« Dam*"^ 
de Guiraudies » est « cazy toute neue ». « Sur quoy » on dé- 
libère « que le s"" Gostes, marchant, bailhera l'estofTe néces- 
saire pour l'abilher dune jupe de cadis et un manteau de raze 
avec les fournitures et fasson^ ». 

Le service des enfants assistés fait partie des attributions 
de l'hôpital de Montpezat. Les administrateurs mettent les 
enfants trouvés en nourrice et paient leur entretien. En 1626, 
c'est « une créature qui avoict esté trouvée sur la murailhe 
contre celle du château deven les faubours« ». En 1720, 
c'est un enfant pour lequel il est baillé quatre livres par 
mois^ [ja sollicitude des administrateurs s'étend aux enfants 
moralement abandonnés, et notamment aux enfants natu- 
rels. En 1615, ils paient tous les mois deux livres à la nour- 
rice du bâtard de ia Doumenge^; en 1627, ils délibèrent que 
la fille bâtarde d'une femme nommée Roze « doibt estre 

1. E 2, n- 1 et 2- 

2. E 2, n° 1. Le cours du vin variait sensiblement au début du xvii* siècle; 
le 10 décembre 1624, une barrique vaut 9 livres 3 sous (E 2, n» 2) ; le 15 no; 
vembre 1628, 40 sous (E 3, n» 1). 

3. E 2, n° 1. 

4. E 3, n° 1. 

5. E 6. 

6. E 12, n° 11. 

7. E 32, n° 1. 

8. E 11, n» 12. 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 4 



50 R. LATOÛCHE. 

nourrye aulx despens dudit hospital' ». Mais leur générosité 
n'est pas inépuisable. Si, en 1614, « la fille de Dominique 
Daylies, dicte la Malsabie, quy s-^st retirée dans Ihospital 
avec ung enfant provenu de sa malverssation », y est « au- 
monée... des deniers de Ihospital », les administrateurs lui 
font savoir le 18 octobre 2 ^ue cette situation ne saurait se 
prolonger indéfiniment, et ils l'invitent à s'adresser aux 
consuls pour êtreaumûnée des deniers delà communauté. Ils 
ont, du reste, une ressource, dont nos contemporains ne dis- 
posent pas, s'ils veulent que leurs frais leur soient rembour- 
sés : la recherche de la paternité naturelle étant autorisée'', 
ils font ordonner contre le père « naturel ou putatif » une 
« provizion d'alliments ». Ils en réclament une, en 1618, à 
François de Laduguie, fils du sieur de Castanède ', accusé 
d'avoir engrossé la chambrière de son père^ 

Les administrateurs ne s'intéressent pas seulement aux 
petits enfants. Au xviii'^ siècle, pour se conformer aux volon- 
tés de M. Alibert qui a fait un legs à l'hôpital, ils placent des 
garçons en apprentissage^ chez des tailleurs, chez un tisse- 
rand, un cordonnier, un serrurier, et ils paient la totalité ou 
une partie de la dépense de bouche et de blanchissage'. Une 
certaine somme est, d'autre part, employée annuellement à 
doter de pauvres filles, « suivant le désir dudit sieur d'Al- 



1. H 3. n»!; cf. E 12, n" 16. 

ii. E 1, n» 1, fol. 24 v". 

'S. Cette afiirmation a cessé d'être exacte depuis qu'une loi autorisant la 
recherche de la paternité a été votée. 

•1. Sur les seigneurs de Castanède (commune de Montalzat), voir F. Mou- 
lenq, op. (it., t. 11, p. 276. 

5. B 28 et E 1, n» 2, fol. 167 v. Une des pièces de ce curieux procès 
nous oITre un amusant tableau de mœurs et elle nous a paru digne 
d'être publiée en appendice. — Les administrateurs, il est vrai, ne pa- 
raissent pas avoir eu grande confiance dans la bonté de leur cause, car 
ils informèrent, le 18 décembre 1619, la fille Lapille « que, sy elle veult 
retirer et nourrir son dit fils et par ce moyen descharger Ihospital de 
iij 1. pur mois quon donne a la susdite nourrisse, ledit hospital se des- 
partira de la iioursuifte du iirocès » (E 2, n" 1 fol. 222 r») 

6. 1-: 6. 

7. La liasse E 50 contient cinq polices d'apprentissage. 



l'hôpital de montpezat-de-ouergy. 51 

brespyi ». C'est ainsi qu'en mai 1726, on paie « cinquante 
livres pour le mariage de Margoton de Landuas^ », 

L'hôpital de Montpezat est enfin un asile de nuit; on y 
abrite les pauvres passants pendant une nuit, — une nuit 
seulement, car il est interdit parle règlement d'iiospitaliser 
des étrangers plus longtemps sans l'autorisation des con- 
suls-'. — Le plus souvent, du reste, on se borne à leur don- 
ner une aumône. C'est un spectacle curieux que ce défilé de 
mendiants et de pèlerins de toutes provenances et de toutes 
professions. Ce sont des écoliers : un « paouvre escolier es- 
eossois qui avoit esté recomendé en chère par le père prédica- 
teur* », « ung passant soy disant escollier-^ ». Un autre jour, 
c'est « ung paouvre garsson soy disant libraire^ ». Les sol- 
dats sont plus nombreux, et le fait n'a pas lieu de nous sur- 
prendre puisque le premier hôpital militaire ne fut créé 
qu'en 1639 ^ On voit passer à l'hôpital « deux caddetz disant 
venir de Flandres 8 », « deux pauvres soldatz soy disant d'Ita- 
lie" », deux autres « venantz de la Rochelle et s'en allant a 
Montpelier*'*, >< ung soldat qui avoit esté blessé au siège du 
Mas d'Azil " ». Les administrateurs aumônent aussi des galé- 
riens '2, des esclaves : par exemple, « ung paouvre passant me- 
nantunefemmeavecque luy, disant quil avoitesté longtempz 
esclave du Turc^^ », un autre « esclave accompagné d'une 

1. E 6. 

2. E 18. n° 6. 

3. A 1. Cette disposition se retrouve dans les règlements d'un grand 
nombre d'hôpitaux, à Troyes par exemple (Lallemand, op. cit., p. 434). 

4. 1624 (E 2, n» 9). 

5. 1604 (E 8, fol. 45 v). 

6. 1624 (E 12, n°9). 

7. Histoire de France, publiée sous la direction d'E. Lavisse, t. VI, 
2' partie, p. 321. 

8. 1606 (E 41, wS). 

9. 1619 (EU, n°30). 

10. 1624 (E 12, n" 9). 

11. Arrond. de Pamiers (Ariège). Novembre 1625 (E 12, n" 10). La petite 
ville du Mas-d'Azil, occupée par les protestants, fut assiégée en 1625 par 
l'armée royale, que commandait le maréchal de Thémines. Le siège fut 
levé, le 18 octobre 1625, par le maréchal, qui congédia alors plusieurs 
régiments {Hist. de Languedoc, éd. Privât, t. XI, p. 996-998). 

12. 1602 (E 8, fol. 15 r»); 1619 (E 11. n» 30). 

13. 1624 (E 12. n° 9). 



52 R- LATOUGHE. 

femme et ung enfant malade* ». L'hôpital de Montpezat ac- 
cueille beaucoup de pèlerins, et notamment des pèlerins de 
Saint-Jacques de Gompostelle: c'est « une femme qui dizoict 
venir de Saint Jacques^ »; ce sont « de pouvres romieux de 
Montpezat Dagenois^ venant comme disoint de Sainct Jac- 
ques* », puis « deux pèlerins passantz soy disan de Roque- 
madou sen allan à S^ Jacques^ ». D'autres pèlerins encore 
viennent mendier à l'hôpital : enl624 « ung paouvre pèlerin 
passant venant de Rome"^ »; la même année, « ung paouvre 
passant menant sa femme, allant visiter les lieux saintz' ». 
Ces pèlerins sont infatigables; voyager est leur état, et ils 
poursuivent leurs pérégrinations, malgré le dénuement 
dans lequel ils se trouvent. Le 29 mars 1607, les consuls 
de Montpezat reçoivent la supplique d'un « poubre pèle- 
rin venant du voiage de Saint Jaques et de Noustre Dame 
de Montserat ». Ce malheureux réclame-t-il de l'argent pour 
rentrer chez lui? Non : « A pressant (il) se en va faire le 
voiage de Rome, estant destitué et desnuyé de tous moiens, 
ne poubant peracheber son voi;ige que ne soit par lasistance 
des gens de honnur. Ce considéré vous plaira, mais dit se- 
nieurs, avoir pitié de luy et le assister de quelque chousse 
et il priera pour voustre prouspérité, longeet heureuse vie^ ». 
Ces mendiants viennent des régions les plus diverses : les 
uns sont champenois", d'autres limousins ••>, un est espagnol^' . 
On est surpris de rencontrer des Irlandais ^2_;(, trois paouvres 
soy disant du païs des Suisses*-' », « ung paouvre passant es- 

1. 1G26 (E 12. n« 11). 

2. 1002 (E 8, fol. 1() !■»). 

y. Ganl.de Frays.sas (Lot-tit-Garonne). 
■I. ICOl (E H, fol. 39 r»). 
5. lOl'J (E 11, n»30). 
li. E 12, n» 'J. 
7. Ibid. 
H. E 41, n» 12. 

'.». UVM (E i:!. Il" 12, fol. 5 r»). 

KJ. Do ces Eiinousins, dou.K viennent d'Italie (1624, I-] 12, n» U) ; l'autre 
est a un niorchand <ie Limoges qui a calé volé » (IGui, K 21, n- 33). 

11. 1023 (E 12, n° 1). 

12. 1032 (K 27, u" !l). 
la. IGIU (E 11, n" 3U). 



l'mopital de montpezat-de-quergy. 53 

tant d'Angleterre, menant sa femme e quatre peliz enfans 
fort paouvresi ». Beaucoup sont dans un état lamentable. 
L'un est un aveugle des Quinze-vingts de Paris^; une pau- 
vre femme a « mal a un tetin^ »; celui-ci voyage « chemi- 
nent sur ses genoux* »; ceux-là sont « deux paouvres pas- 
santz tigneux ». Le 23 octobre 1617, le receveur aumône 
« ung pobre Spaniol qui benoict de Paris de se fere gerir 
des scouelles'^ ». Une autre fois, on donne un sou à« ung 
paouvre passant quazy tout nud sans chapeau ny che- 
mize^ ». 

Quelques passants essaient d'apitoyer les administrateurs 
par l'exposé de leurs misères. Le 22 mars 1624, un nommé 
Moret, pauvre marchand, se présente à l'hôpital avec sa 
femme et ses enfants « portant attestatoire » de l'évêque de 
Bazas « comme led. Moret estoit d'ung lieu nommé Lacaune 
qui avoit esté ruyné et bruslé par ceulx de la Religion' ». 
Un autre marchand, « cherchant ung homme qu'il a caul- 
tionné par devant Messieurs des comptes à Paris », raconte 
qu'il a été « rencontré », près de Narbonne, par quatre vo- 
leurs « qui luy ostarent et à ung sien nepveu tout ce quilz 
portoyent jusques à leurs mantaux et espées, si bien que 
mayntenant ilz n'ont de quoy se retirer jusques en leur mai- 
son^ ». Mais son aventure est moins triste que celle de « Jehan 
le Mynier pauvre compagnon et de Testât d'appoticaire ». Il 
t auroit eu une jambe rompue partant de faire service avec 
le s"" de Rembulle estant pour le duc de Florence dans le pays 
de Cyprès en Turquie et auroit demeuré par le temps et es- 
passe de quinze moys dans la ville de Geznes en Itallye 
gizant au lict malade pour remestre et guérir sadite jambe, 
dont seroit la cause quil auroit du toutdezpensé et consommé 



1. 1619 (Eli, n»30). 

2. 1604 (E 8, fol. 44 r»). 

3. 1636 (E 13, n" 12, fol. 2 r"). 

4. 1617 (E 11, n»20). 

5. E 11, n<'20, fol. 46 v». 

6. E 12, II» 9. 

7. E 12. n» 9. 

8. 1602 (E 21, n» 17). 



54 R- LATOUCHE. 

ses dictz moyens • » . Les administrateurs se laissèrent émou - 
voir par la supplique désolante de cet apothicaire : ils lui 
donnèrent cinq sous-. 

Il serait certes téméraire de tirer des conclusions généra- 
les d'une étude si locale; mais il est cependant intéressant 
de constater que, dès le début du xvii« siècle, à une époque 
où les philosophes n'avaient pas encore construit une théo- 
rie de la bienfaisance, l'assistance et, hâtons-nous d'ajouter, 
l'assistance laïque était pratiquée dans une petite ville du 
Quercy. Hospitalisation des malades et des vieillards avec 
les soins d'un « hospitalier » laïque, assistance médicale 
gratuite, distributions générales aux pauvres pendant les 
années de disette, secours aux mendiants et aux filles-mè- 
res, aux garçons et aux filles pauvres, entretien des enfants 
trouvés, asile de nuit, toutes ces formes de la bienfai- 
sance étaient connues à Montpezat au xvii« et au xviii^ siè- 
cle, et l'assistance publique y fonctionnait déjà comme un 
service municipal, puisque les consuls étaient les patrons 
de l'hôpital-'. Mais l'organisation des services hospitaliers 
reste encore rudimentaire pendant ces deux siècles : on est 
sale; les médecins et chirurgiens sont inexpérimentés. De 
louables efforts sont faits pour remédierai! paupérisme et à 
la mendicité, mais on ne sait nr combattre ni surtout pré- 
venir efficacement ces misères sociales ^ 

R. Latoughe. 

1 1607 (E 41, n» 8). 

2. Il esta noter que c'est dans lu première moitié du xvii'^ siècle que 
nous rencontrons le plus grand nombre de mendiants. 

•A. Arch. de Tarn-et-fîaronne, G 780. Ce fait n'est du reste particulier ni 
!\ l'époque, ni à la région, si on en juge par cette assertion de M. Brutails 
touchant les hôpitaux du Roussillon au moyen âge : « Comme pour bien 
afdnner le caractère communal des hôpitaux, les consuls en étaient 
généralement les patrons. » {Étude sur la conditio7i des populations 
rurales au Roussillo7i au Moyen âge. Paris, 1891, p. 250.) 

I. M. II. Sée {Les classes rurales en Bretagne du XVI' siècle à la 
Révolution, Paris. 1900, p. 487) est très sévère pour l'organisation des 
hôpitaux en Bretagne pendant le xviii» siècle : « Si parfois, dit-il, l'on 
trouve des hôpitaux dans les campagnes, ce ne sont que des établisse- 
ments misérables. » 



l'hôpital de montpezat-de-quergy. 55 



APPENDICE'. 

Du dix septième jour de juillet mil six cens dix sept devant 
Anthoine Depeire, consul, et moi Jean Frecaudy bachelier en 
droictz, assesseur. 

Alenotte Lapille, fille a Arnauld Crassier, habitante de Mont- 
pezat et âgée comme a dict de dix huit ans ouye moyenent 
serement qu'a preste sur les" Sis Evengilles de Dieu a promis et 
juré dire vérité. 

Interogée sy elle est filhe à marier ou sy elle a esté mariée ou a 
encores le mary. 

Respond estre filhe à marier et n'avoir esté jamais maryée. 

Interogée sy pendant quelle est filhe elle a gardée sa pudicitté et 
chasteté et na eu jamais encore aulcune cognoissance charnelle 
de homme. 

A respondu que demeurant au service de Bertrand de Laduye, 
sieur de Gastanede, pour chambrière, et avec lequel (1 V) elle quy 
respond demeura en lad. qualitté deux ans ou environ, François 
de Laduye, filz aud. Bertrand, l'auroit poursuivye incontinant 
après la feste de Pasques pour luy avoir et ravir son honeur en 
sorte quelle quy respond se voyant poursuivye dudit François La- 
duye par les inductions et subornations dicelluy, quelques trois 
sepmaines après, et dans la chambre de la maison de sondit père 
et ou la respondante couchoit de nuict, elle auroitesté constrainte 
adhérer a ses volentes, parce qu'il lauroit surpriiize dans son lict 
où icelluy François se mit tout en chemize, tellement que lors co- 
gnent charnellement ladite respondante par deux fois, se croyant 
comme elle juge ensaincte des œuvres dicelluy François Deladuye, 
desmant avoir jamais plus eue aulcune cognoissance charnelle 
daulcung homme. 

Interogée sy ce feust de gred ou par force et violence que ledit 
François de Laduye cogneust charnellement la première fois ladite 
respondante et sy ce feust par aulcung don d'or ny d'argent qu'icel- 
lu}^ François luy fist ou promesse de la marier. 

A respondu, comme sy devant faict au précédent interogatoire, 

1. Arch. hospitalières de Montpezat, B 2S, n° 25. 



56 R. LATOUGHE. 

que ce feust dans le lict où elle qui respond couchoit dans la mai- 
son diulit sieur de Laduye père, qu'icelluy François (fol. 2 r"), la 
respondante dourmant, vint tout en chemise et se mit dans se lict, 
en telle sorte que comancha à reprocher ladite respondante de vou- 
loir adhérer à ses volentés charnelles, laquelle voulant crier, il 
l'auroict menassée de la batre, de sorte que se voyant ainsi sur- 
pi inse, elle qui respond auroict esté constrainte adhérer aulz ape- 
titz charnelz dudit de Laduguye, duquel elle n'a receu aulcungs 
dons ny presans, et nauroict consenty a tel acte sy ne feust esté 
soustraicte par surprins comme elle feust lors. 

Interogé sy du despuis la première fois qui feust cogneu char- 
nellement par ledit François de Laduguye icelluy la cogneust au- 
tre fois, en quel temps et en quelle pais, sy ce feust de gred ou 
par force et soubz aulcune promesse de la marier ou luy donner 
de moyens. 

A respondu que, du despuis le soir quicelluj' François de La- 
duye se vint mettre dans le lict avec la respondante, que feust 
quelques quinze jours ou trois sepmaines après la feste de Pas- 
ques dernier, icelluy de Laduguye na point participé charnelle- 
ment avec la dite respondante, mais auparavant quelques quinze 
jours après la feste de nouvel dernier (fol. 2 v») icelluy François 
de Laduguye la cogneust charnellement de nuict, dans le lict ou 
elle qui respond couchoit à la maison du père dudit de Laduguye, 
dans lequel icelluy François se vint mettre aussy tout en chemize 
et y estant surprinze la respondante qui dourmoit, en sorte que se 
mit sur elle et violentement et par force lors luy ravit et eust son 
honneur et pudicitté, en sorte que d'icelle il en jouist par deux 
fois, toutefois ladite respondante ne se soict ensainte de ses coups, 
mais bien du soir d'après la feste de Pasques et lors ledit François 
de Laduguye promit a ladite respondante luy donner beaucoup de 
cho-ses et moyens, sans rien exprimer, et luy disoict quelle ne 
viendroict jamais ensainte. 

Interogé sy pandant quelle est cnsaincte et pour empescher den 
venir elle quy respond na jamais uzé et ne sest servi daulcunes 
eaulx ny drogues et mcsmes du despuis que sest recogneue en- 
sainte, afin de dessiper et faire perdre la postum ou postume quelle 
porte et sy na esté solicite den prandre. 

A respondu qu'elle, se craignant ensaincte, lauroict dict et re- 
presanté audit François de Laduguye, lequel luy auroict (fol. 3 ro) 
dut qui! faloit quelle princt de quelques eaulx quil luy auroit et 



l'hôpital de xMONTPEZAT-DEQDERCY. 57 

nettement d'eau de vie que quil disoict a ladite respondante qu'il 
vouloict quelle flst, et qucn ce faisant, elle ne soy doublant ny 
craignant de rien, non pas seulement de venir ensainte, parce 
que cella l'en garderoict bien et luy feroict fondre le posthum ou 
posthume quelle pouroit porter et. qu'ainssin ilz pouroient conti- 
nuer leur jouissance charnelle ensamble, que pour cella la respon- 
dante ne viendroit ensainte et ne seroict recogneue malverse, tou- 
teffois icelle respondant ne vouloit pour cella prandre aulcunseaulx 
ny drogues et n'en a jamais uzé et n'en vouldroict uzer, et la res- 
pondante se voyant solicilter dudit François de Laduguye, le dict 
et déclaira a damoiselle Françoise de Domergue, famé audit Ber- 
trand de Laduguye, laquelle pria de le vouloir dire auprès d'icelluy 
pour le vouloir destourner de telle poursuitte. 

Interogé sy elle quy respond na, du despuis quelle est hors du 
service dudit Laduguye, eu cognoissance charnelle dudit François 
de Laduguye ny daulcung autre. 

A respondu n'avoir esté cogneue charnellement d'aulcune aultre 
personne que par ledit François de Laduguye (fol. 3 vo)ainsin que 
a respondu sy dessus, ayant tousjours vescu auparavant et despuis 
chastement, se soubmetant à toute rigeur de droict au cas sera 
veriffié par aulcune personne du monde quelle quy respond ayt 
malversé avec aulcung aultre que avec ledit Fransois de Ladu- 
guye, comme a dict sy dessus. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



t ARONDETA, DE TON GHAXTAR M AZIR. » 

Cette célèbre pièce, anonyme dans le ms. (Vatic. 3208, 
De Lollis, Atti d. R. Accacl. dei Lincei, Se. mor. e filol., 
s. IV, t. II, p. 67j, est conservée parmi celles de Guilhem 
de Berguedan dans le nouveau ms. a (p. 433). La pièce a 
été composée, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, dans 
l'été de 1181 ou, plus probablement, dans la première moitié 
de l'année 1213, quelques mois avant la bataille de Muret. 
Elle pourrait donc être de Guilhem de Berguedan'. Toute- 
fois, voici ce que l'on pourrait objecter : 1" si le chansonnier 
de Bernart Amoros et celui du comte de Sault placent notre 
gracieux poème sous le nom de Guilhem, c'est qu'il a été 
coin{)Osé par un Catalan ou, selon d'autres, un Aragonais, 
un des chevaliers qui suivirent Alf'onse d'Aragon ou Pierre II 
en Provence, et que Guilhem de Berguedan était justement 
Catalan. 2" En outre, ce troubadour ayant comparé, dans 
une de ses pièces (Lai on ow), son « désir » k une « hiron- 
delle », son nom se présentait tout naturellement à l'esprit 
(riui copiste en quête d'un nom d'auteur pour notre jolie 
composition : 

Si merces d'un dous bays m'eslre, 

plus lost no vola ysrundella 

ni esparvier[s] ni aussella 
cum ma voluntatz val e ve. 

(Keller, Lieder G. v. Berguedan, p. 39.) 

1. Chabaneau, Biogr. (Hist. gén. de La7ig., X), p. 355 : [1160-1200]. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 59 

et nous pourrions avoir là une des raisons qui entraînè- 
rent un copiste à enricliir d'une belle pièce le mince bagage 
littéraire d'un poète célèbre. On sait que l'histoire des attri- 
butions douteuses dans la lyrique provençale nous réserve 
plusieurs surprises de même naturel 3° D'ailleurs, il ne 
faut pas oublier que les deux attributions du ms. de Bernart 
Amoros et du comte de Sault se réduisent à un seul témoi- 
gnage, car les deux copistes puisèrent, sans aucun doute, 
pour une partie, au moins, de leurs chansonniers'-^, à un 
même recueil de pièces provençales. On ne peut pas nier la 
valeur de pareilles objections. Néanmoins, après avoir lu à 
nouveau toutes les pièces de G. de Berguedan, j'ai l'impres- 
sion que l'attribution de a a beaucoup de chances d'être juste ^. 
Il est vrai que P'ulvio Orsini, dans son index de 0^, affirmait 
que cette pièce était sûrement l'œuvre de Folquet de Mar- 
seille ; mais il est évident que le fameux philologue italien 
n'avait pas l'ombre d'une preuve et qu'il était arrivé à son 
étonnante conclusion après un examen un peu superficiel de 
0. La pièce s'y trouve entre deux poèmes de Folquet, et 
Fulvio Orsini, qui avait constaté, dans son ms. K, la pré- 
sence de séries homogènes des poésies des troubadours, 
sans aucune intrusion d'autres compositions, n'hésita point 
à attribuer Arondeta au poète de Marseille. Cette attribu- 
tion ne mérite nullement d'être prise en considération ^. 

Le texte de 0, publié par Grûzmacher, Milâ y Fontanals 
et De LoUis", est fort corrompu. Celui de a ne l'est pas 



1. Stronski, Le trouhndour Folqitet de Marseille, Cracovie, 1910,p. x.ii. 

2. Chabanoau et Anglade. Romania, XL, 243 sqq. — Bertoni, Canzo>i. 
di Bernart Amoros, Fribourg (Suisse), 1911, p. xiii. 

3. C'est aussi l'opinion de M. Jeanroy, Annales, XVI, 430, qui a trouvé 
une analogie frappante entre un vers de la str. II de notre pièce (29) et un 
passage d'une chanson (Talans m'es près) qui est sûrement de G. de Ber- 
guedan. 

4. C'est une table, avec des renvois, plutôt qu'un index. Voir Debene- 
detti, Studi prov. in Italia, Torino, 1911, p. 100. 

.5. C'est aussi l'opinion de M. P. Meyer {Romania, XVII, 303). 

6. Grûzmacher et De LoUis (p. 67) en ont donné une reproduction 
diplomatique, tandis que Milâ y Fontanals en a traduit quelques passages 
dans son ouvrage De las trobadores en Espafia, Barcelona, 1861, p. 345. 



60 ANNALES DU MIDI. 

moins', mais il nous fournit une strophe de plus et nous 
permet, si nous le comparons à 0, d'etitrevoir la leçon 
originale de la pièce. Me trompé-je? Le lecteur en jugera. 
Voici comment je reconstituerais le texte : 

[0 (De Lollis, p. 67); a (p. 433). Orthogr. de a.] 

I. — Arondeta, de ton chantar m'azir. 

Qe vols, qe qers, qe nom laissas durmir? 
Enojat m'as e no sai qe[t] responda, 
Q'ieu non fui sans pos qe passai Gironda; 
5 E qar nom ditz o salulz o niessafge 
De Bon-Esper, non entent ton lengatge. 

II. — Segnier amies, cocham fez sai venir 

Per vos vezer, que madompn' a[n] dezir, 
E s'ella fos, si com ieu sui, yronda, 
10 Ben ha dos mes qu'il vos for' a l'esponda ; 
Mas car no sap lo pais nil viatze, 
M'enviet sai saber vostre coratge. 

m. — Arondeta, miels ti degr' acuillir 

E plus honrar e amar e servir. 
15 Cel Dieus vos salf, qi lot lo mond vironda, 
Qi formel cel e terr' e mar prionda, 
E s'ieu ai dig vas vos nuil vilanatge, 
Per merceus prec qe nom torn a dampnatge. 

IV. — Segner amies, qim fez vas vos venir, 

20 Vostra domna, 'm fes iurar e plevir 
Qe vos membres la fîbla de la gonda 
E l'anel d'aur, q'es ben obs qe s'esconda, 
E qant vos mes sa bona fe en gatge 
24 Ab un baizar qe n'agues d'avantatge. 

V. — Arondeta, del rei nom pose partir 

Q'a Tholoza nol'm convenga seguir; 

(2« éd.. p. 356.) C'est la lecture de la traduction, fort défectueuse, de Milâ 
qui m'a suggéré l'idée de ra'occuper de cette pièce. 

1. Bertoni, Nuove rimeprov. traite dal cod. Càmpori, extr. des Studj 
romayiii, H, p. 19. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 61 

Mas ben sapchatz Mon-Jordan, cui qen gronda, 
En mei lo pral, près l'aiga de Garonda, 
Derocarai davant totz en l'erbatge, 
30 E nom cug dir orgoil ni vilanatge. 

VI. — Segner amies, Dieus vos lais ademplir 

Vostre talan, q'a mi non pot fallir, 

Qan men irai, q'ora nom pel e nom tonda ; 
35 E qant sabra q'es en estrangn regnatge, 
Ben Ter a[l] cor greu e fer e salvatge*. 

Je dois rendre compte au lecteur de ma reconstitution. La 
pièce, à forme populaire bien qu'elle soit l'œuvre d'un poète 
cultivé, est, en général, assez facile, ce qui me dispense d'en 
donner une traduction. Cependant, quelques points restent 
encore à éclaircir : v. 3 qe[t]. On pourrait, à la rigueur, 
imprimer qe ou qen (0). V. 4 sans veut dire : « bien por- 
tant » et ici : « gai, content ». V. 6 Bon-Esper. Je le crois un 
t senhal », mais il est évident qu'on peut le prendre, si l'on 
veut, pour un complément accessoire de salutz et messatge. 
A remarquer, toutefois, que porte : del bon esper. V. 8. 

I, Variantes : I, 1 tnaer 0; 2 i<ol, qier, laisses O; 3 enojaz 0; qe[t] 
qe, a, qen ; 4 non sui san sans {san sans soulignés) a, 7ion foisson 0, 
(la qei passei monda ; ô e s. e m. O ; 6 del O. 

II, 7 Signer amie cozhazam fe uenir 0, cochan, a ; 8 nostra domna. 
qar de uos ha dezir, a; 9 fos aissi comeu aronda 0; 10 qil fora ales- 
ponda O; 11 5a 0; 12 men uieng zai saber uostre (nostre, a) uiatge 0, 

III, 13 miel de d. 0; 15 deu 0, sal O saluf [u souligné) a, aronda 
; IG terra eniar preonda ; 17 seu, dit uer, nul ; 18 merces 0. 

IV, Manque dans 0; 20 uirar, a; 23 la bona, a. 

V, 25 dal 0. non a, por O a; 26 uolm (u souligné) a, nô O, 
comiegna O; 27 mai zo sapchai mon iordon O; 28 lo prat] la pan O, 
presj de ; 29 deroca mi, a, deroncarai denan ui en; 30 no7i, a, 
uasalatge 0. 

VI, 36 Signer amie deu, aemplir O; 32 talent 0, poc 0; 34 qe nom, 
ard ne>n ronda 0; 35-36. Les deux derniers vers se trouvent unique- 
ment dans : E qât sabrai qe sei enstra^ign regrage. Ben 1er acor, etc. 
Les corrections de sabrai en sabra et de regrage en regnatge sont de 
M. Jeanroy, qui m'a proposé aussi a[^] au dernier vers. J'avais recons- 
titué ainsi le texte de ces deux derniers vers (mais je reconnais que la 
reconstitution de M. Jeanroy est meilleure) : Et qant sabra qe[i7i] fetz 
estragn caratge, — Ben aura cor greu e fer e salvatge {Fetz := vous me 
fîtes.) 



62 ANNALES DU MIDI. 

Autre reconstitution permise par les mss. : De madompna, 
car de vos a dezb\ V. 10. Ce vers est un peu obscur. 
Uesponda, à mon avis, est le bord du lit et la phrase est?^e 
a Cesponda devra être interprétée : « être avec vous, à côté 
de vous ». Que le lecteur veuille bien songer à quelques 
miniatures, qu'il a certainement vues dans des manuscrits 
des xni-xiv« siècles, où les deux amants sont assis au bord 
d'un lit. C'était la façon habituelle de représenter les entre- 
tiens des amoureux dans l'art et aussi dans la poésie. 
V. 21-22. Inutile de rappeler que la « fibla » e 1' « anel » sont 
des gages d'amour. V. 24 d'avantage^ c'est-à-dire : « par 
dessus le marché. » V. 26. A remarquer noVm = no lo me. 
Le ms. porte nô, mais la leçon de a est meilleure. Vv. 27- 
29. Passage ardu. Qu'est-ce que Mon-Joixian? D'abord, qu'il 
me soit permis de faire observer que nous avons là un com- 
plément direct de derocaiYii, autrement ce verbe resterait 
sans régime^ et que les termes employés parle troubadour 
paraissent désigner plutôt un duel qu'un véritable combat. 
Je crois que Mon-Jordan est un « senhal de paria », dont 
Fauteur se sert pour nommer un chevalier avec qui il a 
l'intention de se mesurer dans un tournoi^. Notre auteur fait 
allusion, à mon avis, aux ébats et aux délassements que les 
guerriers prenaient dans les prés et les champs, lorsqu'ils en 
avaient le loisir. Toutefois, je remarque que Mon-Jordan 
est un peu éloigné, dans la strophe, du verbe derocarai. 
Faut-il expliquer le passage autrement?Et comment'? V.35. 
La lacune pourrait être aussi entre Qan men irai et q'07n 
nom pel e nom londa, locution figée de la poésie courtoise 
ou, peut-être plutôt, de la langue populaire. Voyez Levy, 
Suppl.-W., VI, 190. 
11 n'est pas facile de déterminer exactement à quelle 

1. Cf. Chanson de. In Croisade, éd. Meyer, v. 1224 : \ln l'aiga lo dérocha 
vexent la baronia. 

2. (Jf. le « sonlial n Mon Avengul dans le Garlambei de R. de Vaqnei 
ras, V. 107. (A|.pel, Prov. Ined., p. 372.) 

:{. Mon-Jordan pourrait-il être le nom d'une petite localité près de 
Toulouse? Mais alors le poète aurait dit : a Mon-Jordan, tandi» que la 
leçon sans a est garantie par l'accord des deux mss. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 63 

époque notre poème a été composé. Gomme l'auteur dit 
qu'il doit accompagner un roi à Toulouse (vv. 25-2G), on 
peut songer à Alfonse d'Aragon et à son expédition de 1181 * 
aussi bien qu'à Pierre II et à son départ pour le Languedoc 
en 1213 ^ D'après Milâ y Fontanals (p. 341) et P. Meyer 
{Romania, XVII, 303). l'auteur de cette pièce serait ara- 
gonais. Je le crois plutôt catalan. Un historien du temps, 
Roderic de Tolède, affirme que Pierre d'Aragon amena 
avec lui mille chevaliers, la plupart catalans^ et, d'ailleurs, 
les formes gonda (21) et Garonda (28) pouvaient plus facile- 
ment échapper à un poète catalan, habitué à « provençaliser » 
frona en fronûa, ona en onda, etc., qu'à un aragonais. Les 
exigences de la rime entraînèrent le troubadour à appliquer, 
à tort, le même système aux mots gonna et Garonna. En 
outre, au v. 4, il est question de Gironda, qui est bien en 
Catalogne ^ 

Entre les deux' dates 1181 et 1213, je me déciderais donc 
volontiers pour cette dernière. Guilhem de Berguedan peut 
bien avoir été du nombre des Catalans qui suivirent Pierre 
jusqu'à Toulouse. Notre pièce se laisserait ainsi placer dans 
la première moitié de l'année 1213, après le départ de 
Pierre IL pour le Languedoc (vv. 25-26) et avant la bataille 
de Muret, c'est-à-dire entre janvier et septembre^ C'est, à 
peu près, l'époque qu'il convient d'assigner à d'autres pièces 
provençales, telles que Belh m'es gu'ïeu chant de Raimon 
de Miraval^, et la poésie anonyme Vai, Ugonet, ses Ms- 



1. Jeanroy, Annales, XVI, 430. 

2. Milâ, Trobadores en Espana, p. 340 sq. 

3. Hist. gén. de Languedoc, VII, .50. Le nombre de « mille » est 
marqué aussi dans la vie de Raimon de Miraval. Cf. Schaefer, Geschichte 
von Spanien, Gotha, 1861, III. 67, et Dierks, Geschichte Spaniens, 
Berlin, 1895, I, 436. 

4. C'est Girona (lat. Gerunda). V. C. De Lollis, Sordello, Halle, 1896 
p. 150. 

5. On sait que cette bataille est racontée dans la Chanson de la 
Croisade, v. 3022 sqq. Le roi Pierre y mourut. 

6. P. Andraud, La vie et l'œuvre du troubadour Raimon de Miraval, 
Paris, 1902, pp. 74-75. 



64 ANNALES DU MIDI. 

tensciK Aucune de ces pièces ne peut rivaliser, en charme 
et en élégance, avec la jolie composition de V Arondeta. 

Giulio Bertoni. 



II 



SUR QUELQUES FORMES DE LA « VIE DE SAINTE ENIMIE ». 

La Vie provençale de sainte Énimie, conservée dans un 
ms.de l'Arsenal (xiv« s., noôSôô), a été publiée par K. Bartsch 
dans ses Denlunàler (Stuttgart, 1856, pp. 215-270) et par 
C. Sachs, La Vie de sainte Énimie l'on Bertran von Mar- 
seille^ Berlin, 1857 (cf. Bartsch, Germania, III, pp. 383-384). 
L'édition de Sachs fourmille de fautes'-; celle de Bartsch, 
ainsi que j'ai pu le constater le manuscrit sous les yeux, est 
bonne, mais elle non plus n'est pas parfaite. Par une singu- 
lière méprise, Bartsch a sauté un vers (p. 217, 17) qu'il a 
essayé de reconstituer dans les notes (p. 337). tandis queie 
ms. porte et aquo era lors sonhorns (corr. sojorns). Il a 
aussi, par-ci par-là, changé, sans raison, l'orthographe du 
ms.; mais comme il s'agit de changements sans aucune 
importance pour la détermination du dialecte de l'auteur ou 
du copiste, je crois inutile de les enregistrer ici. 

Il y a toutefois une faute de lecture qu'il est bon de corri- 
ger, pour ne pas effacer un trait dialectal dans un texte qui 
n'est pas très riche en formes intéressantes ou caractéristi- 
ques. 1*. Meyer {Romania, IX, p. 194) n'avait pu citer, dans 
notre « Vie », (jue la forme vaun (B., p. 268, 30; S., v. 1935) 
comme exemple d'une troisième pers. en -aun pour les ver- 

1. Voir k IraducLioii ({u'en adonnée M. P. Meyer dans VHist. gén. de 
Lang., VI 11. 140. 

•Z. Inutile de relever ici toutes les bévues de l'estimable lexicographe, qui 
avait lu mauvaise habitude d'imprimer des textes proven(;aux sans savoir 
le iirovenral. On peut trouver la bonne leçon dans l'édition de Bartsch. 
Celle-ci montre une fois de plus que Bartsch était un éditeur fort cons- 
cicucieux et sayace. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 65 

bes habent, faciunt, vadunt. Or, notre texte possède aussi 
les formes fau {faciunt) et au (habent)^ sorties de faun et 
aau, attestées par les passages suivants, où Bartsch et Sachs 
mit mal lu : fan et an : 

jfau (loi lo plus fer c'om anc vis (S., v. 701). 

et au li dicha la certansa (S., v. 811). 

lo mostiar (B. et S. mosiier) aie fach belamen (S., v. 1282). 

et aie ho al bisbe mandat (S., v. 1937). 

Il faut enregistrer aussi la forme istau (B. et S. ont istan) 
au V. 1645 (éd. S.) : car aqui istau garnie gens. A côté de ces 
formes en -au., on trouve aussi celles (littéraires) en -an, ce 
qui ne surprendra personne : p. ex. fan 287, 615, 1280; an 
1277, etc. Ces formes en -au se rencontrent en un vaste terri- 
toire de la France méridionale : Basses-Alpes, Alpes-Mariti- 
mes, Cantal, Gard, Haute-Garonne, Hérault, Lot-et-Garonne, 
Tarn, Tarn-et-Garonne* et Lozère, où notre texte a été écrit 
(probablement à Mende^), bien que l'auteur s'appelle Bertran 
de Masselha^.'Mais la langue n'est pas marseillaise. Les tex- 
tes de Marseille ont (pour -ant du présent ind. de la première 
conjugaison et du prés. subj. des conjug. II-IV, ainsi que pour 
les imparfaits, les conditionnels et les imparfaits du sub- 
jonctif) la terminaison -aii, tandis que notre « Vie >« porte 
presque toujours -o ou bien on{t'] {aiont 68, layson 73, ai'rati- 
con 592, panso 599, jwrton 1276, etc.; foran 46 est une faute 
de Sachs pour fforon). A noter un anavan^ 407. A la troi- 
sième pers. plur. des imparfaits de la conjugaison en -/r, les 
textes marseillais ont la terminaison -ian, tandis que la Vie 
de sainte Énimie a souvent -ien {venieti 57, poclien 228, re- 
cebien 858, etc.) ou bien -ion (forme du copiste), vezion 86 
(Sachs a mal lu vezien), dorniion 1788 (Sachs ^dormon). On 

1. On a toujours au dans la charte quercynoise qui porte le n» 50 dans 
le Recueil de M. P. Meyer (p. 167). 

2. V. le texte, vv. 1049, 1938 (où il faut lire : a Memde la ciutat). 

3. B. de Masselha est bien l'auteur de notre Vie. Le prologue finit : E 
de mi dons sancta Eiiimia — De cui vos vuelh comtar sa via. L'au- 
teur parle d'abord à la troisième personne, puis, par une bizarre tour- 
nure, dont on a d'autres exemples, il finit par s'exprimer à la première 
personne. 

ANNALES DU MIDI. — XXV- 5 



66 ANNALES DU MIDÎ. 

n'a pas encore circonscrit le territoire des formes en -ien^ 
qu'on trouve dans des textes de Sisteron et des Bouches-du- 
Rhône, et il est assez intéressant de les rencontrer presque 
constamment (il y a toutefois, outre vezion et dormion^ un 
avian 409) dans notre poème. Un trait fort intéressant de 
notre manuscrit est celui-ci : la terminaison en -ant précédée 
de i est représentée quelquefois (quatre fois au moins) par 
-ieu. On serait tenté d'y voir une faule du copiste pour -icn 
(Bartsch et Sachs ont toujours lu -ien^ tandis que V-u dans le 
ms. est très clair). B n'en est pas ainsi. Je suis convaincu 
que ces formes en -ieu ont réellement de la valeur, et je crois 
(jue querieu (85), recebieu (858), tenrieu (1851) et auzieu 
(1851) sont précieux. Cette finale -ieu est sortie de -iu (cf. 
viewe, pieuzela 878, etc.) et -iu est sorti, à son tour, de -io. 
Des formes en -iu se rencontrent, dès la fin du xii^ s., dans 
des chartes agenaises (Magen et Tholin, Arch. d'Agen, 
p. 2 '). Ghahaneau et Noulet {Deux 7nanuscrits proven- 
çaux du XI V^ siècle^ p. 170) ont cité : sos^gnw, vendiu, 
anàriu. seriu, et un sien (zz .s«o[n]) se trouve dans le ms. 
Castellane (II, 161). 

Un autre trait digne d'être mis en évidence me paraît 
fourni par intra (parf. pour intret), que je ne puis me résou- 
dre à considérer comme un présent indicatif : 

Gant fo de l'oratio levadu, 
de SOS vestirs s'es dcspolhada 
e servi li una donzela, 
que era aqui per servir ela, 
e senhet son cors e sa chara, 
puey s'en intra en l'aygna clara 
e canl si fo très ves lavada... 

(Vv. 49i-500.) 

Le parfait en -a (pour-<?/) se trouve en béarnais, dans des 
variétés du gascon, des Landes et n'est pas inconnu aux tex- 
tes mêmes de la Provence =. On rencontre, dans la tenson de 

1. Elles sont frûqiienU's aussi dans les Comptes consulaires d'Albi, 
publ. pur Jeanroy et Vidal, liihl. mérid., t. V, Introd., p. 6. 

2. Cliabancau. Iiei\ des lang. rorn.. XL, p. 576, n. '2. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 67 

Marcabru et Gatola (Dejeanne, p. 24, v. 7), un baissa, que 
Dejeanne et Appel on changé en baisset. Ce pourrait être un 
italianisme — une forme en -ci de l'Italie du Nord — (la ten- 
son se trouve uniquement dans le ms. D, f. 208); mais ce 
sont des formes certainement originales que celles de Dau- 
rel et Béton : cridd, leva, etc. 

La forme mostiar{w. 1282), que Sachs et Bartsch ont chan- 
gée en mostier, mérite aussi quelques mots. Le mr, au lieu 
de ie)\ se trouve dans les textes de l'Albigeois, du Quercy, 
du Bas Languedoc, de l'Aveyron et de la Lozère, où elle est 
commune aujourd'hui encore. On comprend donc qu'elle se 
rencontre dans la Vie de sainte Énimie. 

D'autres formes à relever senties suivantes : vo, pour î^os, 
63 [dir vo aij yeu) ; 2^e, pour per, 529 (vers sauté par Sachs : 
Lo (Bartsch a los) pertus pe on eissi Vaijgua) et des (pour 
dels) au v. 133 des baros (Sachs a de). Il se pourrait qu'il y 
eût là de simples inadvertances d'un copiste; mdàsartre 1276 
et artra (Sachs a.'autra) 1947 sont des formes acceptables 
qui se laissent expliquer par la dissimilation de l avec l'arti- 
cle précédent : 1276 Vartre^ 1947 VartraK Enfin, la finale -ti 
devient dans notre texte -ch (écrit souvent -th) et le groupe et 
donne parfois ch et parfois it. Sanctu{s) devient sanch 1059 
et sanhs 200. Dans ce dernier cas, c'est avec le n, et non avec 
le ^, que le c se combine. On a saint dans l'expression : 
Saint Danis 1522. 

La patrie du poème paraît bien être la Lozère, c'est-à-dire 
le pays où sainte Énimie passa sa vie; mais il faut avouer 
que la langue du texte est bien hybride. Bertran de Masselha 
vivait peut-être à Mende et s'efforçait sans doute d'écrire le 
provençal littéraire des troubadours, sans reculer, toutefois, 



1. La dissimilalion suppose la conservation de l devant t (en eflet, le 
ms. a généraleoient la forme altre), Nous avons là (bien qu'on puisse 
expliquer, dans notre texte, la présence de l + t par une influence sa- 
vante) un trait qui persiste encore dans la Lozère et l'Aveyron. V. al 
[altu-) dans les points 729, 810, 830 (Lozère) et 727, 728 (Aveyron) et altre 
830 (Lozère) 727, 728 de V Atlas linc/uistique de la F)\mce, ce. 76 et 855. 
Dans les autres cas, l + cons. devient (Lozère, Aveyron, comme ailleurs) 
Il (OU). Atlas, 68, m. 



68 ANNALES DU MIDI. 

devant quelques formes dialectales. Il est tout naturel que 
les copistes, de leur côté, aient aussi reuiplacé plusieurs for- 
mes de l'original par celles de leurs dialectes. 

Giulio Bertoni. 



m 



LE VUAl NOM DU FRÈRE MINEUR « PETRUS JOHANNIS OLTVI ». 

On a beaucoup écrit et l'on écrira sans doute encore beau- 
coup sur ce personnage, dont la doctrine a été officielle- 
ment condamnée par l'Église, mais que ses partisans ont 
honoré comme un saint. Le P. Franz Ehrle lui a consacré, 
en 1887, un volumineux mémoire' qui efface tous les essais 
antérieurs, notamment la notice, due à Daunou, qui se lit 
dans Vllistoire lUiéraive de la France^ t. XXI (1847), 
pp. 41-55. 

Le célèbre Frère naquit à Sérignan (Hérault) en 1248 
ou 1249 et mourut au couvent de Narbonne le vendredi 
14 mars 1298^. Le P. Ehrle le désigne sous le nom qui est 
constant dans les meilleures sources latines : Petrits 
Johannis Olivia et il blâme ceux qui énoncent son nom de 
famille sous les formes Olivus ou Oliva. Daunou commence 
sa notice par la phrase suivante : « Pierre Jean, ou plutôt 
lils de Jean [Pelrus Johannis), surnommé, on ne sait pour- 
quoi, d'Olive, Oiivi, naquit, en 1247, à Sérignan, au diocèse 
de IJéziers. » 

Il est clair, comme le remarque le P. Ehrle, que si les 
textes latins appellent notre personnage Petrus Johannis 
Olivi, c'est que son père avait nom Jo/iannes Olivus ou 
Johannes Olivi'K Mais quelle forme vulgaire languedo- 

\. J'elrus Johanttis OUvi, sein Leben und seine Schriften, dans 
Archiii fin- Littéral tir- und Kirchengeschic/ite des Mittelalters, t. Ill, 
pp. 4()'.l-r),j^>. 

2. Su mort est lixcc à tort par Daunou (reproduit par le chanoine Che- 
valier dans son Répertoire des sources historiques du Moyen âge, art. 
()Livi)au (5 mars ViSi'6, et par Vllistoire de Languedoc (éd. Privât), IX, 
l'JH). au 10 du même mois. 

o. Lac. Uiud., p. 110. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 69 

cienne doit-on reconnaître sous la transcription latine 
Olivus on Olivi? Est-ce Oliva? No)), assurément. Le nom 
vulgaire Oliva aurait été latinisé, au géuitif, en Olive^ non 
en Olivi. Cette remarque élémentaire nous dispense de choi- 
sir entre les formes Oliva, Olive ou d'Olive, qu'emploient 
les auteurs modernes : elles sont toutes les trois erronées. 

J'ai eu récemment l'occasion d'expliquer le latin vulgaire 
olivus, que l'instinct populaire a créé à côté du latin classi- 
que oliva, pour donner plus de clarté à la langue ^ : oliva 
s'applique à la fois à l'arbre {olivier) et au fruit {olive), ce 
qui est fâcheux; olivus s'applique exclusivement à l'arbre, 
comme pirus, iirunus, etc. Les langues romanes n'ont eu 
garde de laisser perdre cette judicieuse création : l'italien 
désigne en effet l'olivier par ulivo, l'espagnol et le portugais 
par olivo, l'ancien provençal par oliii, l'ancien français par 
olif, tous représentants phonétiques réguliers de olivus. 
L'ancien provençal oliu, malgré la concurrence de olivier, 
n'a pas disparu : le Dictionnaire latiguedocien-français 
de l'abbé de Sauvages (1753) l'écrit oullou, le Trésor de 
Mistral, ouliéu. Gomme nom de famille, il n'a pas cessé 
d'être en usage dans le midi de la France, où on l'écrit géné- 
ralement Otieu, Ouiieu, moins bien Ollieu et même Houlieu-. 

Conclusion : le nom primitif de la famille du célèbre Frère 
était certainement Oliu, mais il est probable que ses contem- 
porains l'écrivaient déjà Olieu. C'est cette dernière. forme, 
encore usuelle aujourd'hui, qu'il convient de recommander 
à ses futurs biographes, s'ils répugnent à employer la forme 
latinisée Olivi. Antoine Thomas. 



1. Voir le Recueil de Mélanges dédié à M. Louis Havet sous le titre : 
Philologie et Imguistique (Paris^ 1909), pp. 519-520. 

2. YJ Aniiuaire de In Haute-Garotaie mentionne deux O^teu à Toulouse: 
le Bottin des départements, un Ollieu à Marseille ; le Bottin de Paris, un 
Houlieu et plusieurs Olif (forme française ou francisée). L'abbaj-e de 
Montolieu (primitivement Montoliu), canton d'Alzonne, arrondissement 
de Carcassonne, s'appelle en latin Mons Olivi; le même nom est porté 
par une commune de l'Ariége, canton de Foix, sous la forme actuelle Moi>- 
toulieu, aussi en usage à Toulouse où il s'applique à une place et à une 
rue. 



70 ANNALES DU MIDI. 



IV 



NOLETEDA U 

Le l*'' janvier 1468, Louis XI écrivait, du Mans, à Hector 

de Goulard' : 

Se vous avez point gaigné de bonne mulle par delà, qui voise 
bien doulx,... envolez la moi, car je ne veill point de voz coursiers 
ne de voz chevaulz, si non Noletedau , lequel ni'envoiez avec la 
dicte mulle. 

Le roi reçut effectivement le cheval convoité en même 
temps qu'une mule, et il manda à ses généraux des linances, 
le 14 avril suivant, de payer pour le tout à Hector de Gou- 
lard la somme de mille écus d'or 2. 

Plus d'un lecteur des Lettres de Louis XI se sera peut- 
être demandé ce que signifie ce nom de cheval familier à 
Louis XI, mais moins connu que ceux de Bucéphale, de 
Veillantlf, de Bayard et quelques autres. Littéralement, ce 
nom se décompose en no le te clau, c'est-à-dire « je ne te le 
donne pas ». On sait que le verbe latin dare a conservé, en 
Gascogne, une grande partie de sa vilalité, et qu'il fait 
encore aujourd'hui dan à la première pers. sing. du présent 
de l'indicatif. 



1. Lettres de Louis XI, p. p. J. Vacson efc E. Charavay, t. III, p. 192, 
n» ;};31. IjG nom de famille du destinataire est écrit Goullas; mais la bonne 
forme est Goulart ou Goulard (cf. Lettres de Louis XI, t. V, p. ;32.j, 
n" 811, 011 Hector de Goulart est l'objet d'une notice, qu'on voudrait plus 
substantielle.) Ce personnage, dont les ascendants ne sont pas exactement 
connus, mais qui, selon toute vraisemblance, appartient à la célèbre 
famille gasconne de Goulard (dite plus récemment tfa/rtrrf), originaire de 
la région de Condom, occupe une place considérable dans la volumineuse 
comi)ilation de .loseph Noulens, Documents Idst. de la maison de Galard 
(Paris, 1«71-G, 5 vol. in-4»), notamment t. II, pp. 53U-63 et t. IV, pp. l()20-(j. 
Ik'aucoup d'auteurs ont répété que c'est Hector de Goulard qui ligure en- 
core aujourd'hui sur nos jeux de cartes comme valet de carreau, et non 
Hector, lils de Priam; mais ce n'est là qu'une gasconnade sans portée 
historique. 

2. Lettn's de Louis XI, t. III, p. 207. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 71 

Si Louis XI comprenait le gascon (et il en était bien capa- 
ble, le rusé compère), le mot a dû lui plaire autant que la 
chose. Antoine Thomas. 



V 



SORTILEGES ET CHARLATANERIES EN LIMOUSLV 
AUX XVll*» ET XYIII" SIÈCLES. 

Sorcellerie, magie, astrologie, nécromancie, charlataneries, 
autant de manifestations de l'occultisme dans le passé. Les 
atteindre directement n'est pas chose facile pour l'historien: 
elles avaient intérêt à se dissimuler et n'ont guère laissé de 
traces dans les documents. Les moindres renseignements ont 
donc leur valeur. C'est pourquoi nous publions ici les trois 
pièces qui suivent, encore qu'elles soient de dates très ré- 
centes. 

Dans la première, il s'agit d'un sieur Bouyges, prêtre, à ce 
qu'il semble, poursuivi devant l'ofticialité de Brive pour sor- 
tilège accompli par le moyen d'une hostie (1652). Malheureu- 
sement, les faits sont mal exposés, car il s'agit uniquement 
pour le rédacteur de savoir si les règles de la procédure ecclé- 
siastique ont été observées, s'il convient de citer les démons 
en témoignage et si certaine sorcière de Bordeaux, qui a 
signé un procès-verbal, sait en effet lire et écrire. 

Avec la seconde pièce, anonyme comme la précédente et 
probablement du même temps, nous sommes au chevet du 
noble Joseph de Soudeilles, de la Chapelle-aux-Saints en 
Bas Limousin. Sa maladie, non spécifiée par le rédacteur, a 
été assimilée à une possession démoniaque par une femme 
suspecte appelée Jeanne Simonet. Avant de procéder aux 
exorcismes, il est sagement prescrit à l'official de prendre 
l'avis de deux ou trois médecins catholiques. Après quoi 
l'évêque de Limoges décidera de ce qui reste à faire. 

La troisième pièce, postérieure d'un siècle à la première, 
est nne lettre en forme, datée et signée, qui nous transporte 



72 ANNALES DU MIDI. 

au Dorât (Basse-Marche). Trois frères charpentiers, dont la 
moralité et le désintéressement ne sont point contestés, 
croient posséder le secret de guérir par la prière une maladie 
fréquente dans leur corporation et qu'ils nomment le chcoye. 
Le cas est singulièrement dénué de gravité et l'on peut 
s'étonner de ce qu'un chanoine en prenne ombrage jusqu'à 
consulter l'Ordinaire du diocèse pour savoir s'il y a lieu de 
tolérer ces pratiques. Alfred Leroux. 

Deux noies adressées à l'aumônier de Vévêqtic de Limoges^ : 
l'une sur le cas du sieur Bouyges, prèlre, accusé de sorlilè- 
ges ; Vaulre sur le cas de M. de Soudeilles que Von croil 
alteinl de possession démoniaque. Orig. pop. 

A Lymoges, ce 5 aonst 1652. 

Monseigneur de Lymoges a faict voir- la procédure faite par 
Monsr. l'official de Brive contre le sieur Boiges accusé de sorti- 
lège. Ceux qui ont veu ces pièces ont jugé qu'il ne falloit pas faire 
de citations aux démons ny d'accarrement^ et confrontements de 
l'accusé à ces malheureux, esprits et moins [encore] prendre leur 
serment; et ont estimé qu'on ne peut en bonne conscience exiger 
du démon un jurement, parce qu'il n'est pas loisible d'avoir de 
commerce avec eux, ny de créance qu'ils soient capables de tes- 
moigner pour cstre creus en leur déposition, et [parce] que le 
phis souvent ils sont manteurs et calomniateurs et que, si on peut 
les forcer par les exhorcismes à dire la vérité, on pourra aussi 
])ien les y contraindre sans les faire jurer qu'en prenant d'eux le 
seremeut; et il suffisoit de faire exhorciser les démons en présence 
de raccusé et dresser procès- verbal de ce <|ue le démon eut dict 
contre led. Bouyges ou à sa descharge. 

On a aussy trouve d'autres dell'aults considérables et importans 
en lad. procédure en ce qu'il y a doux tesmoingts qui n'ont pas 
esté recelés en leur[s] dépositions, et un qui n'a pas esté accarré 

1. Cela semble résulter de ce que ces deux notes se retrouvent dans 
une liasse de lettres adressées pour la plupart â IM" Chcvialle, docteur en 
théologie, curé de Saint-Paul, aumônier de l'évêque. 

2. Entendez que l'évoque a fait examiner par un de ses subordonnés la 
procédure qui lui a été soumise. 

\\. Synonyme de confrontation. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 73 

et confronté à l'accusé, ce qui pourtant devoit avoir esté faict 
suivant l'ordonnance que les officiaux sont obligés de garder dans 
l'instruction des procès aussy bien que les juges séculiers. Il est 
nécessaire de réparer ces deft'aults et de faire lesd. recollements et 
accarrements. 

Il faudroit aussy ouyr le garçon par lequel led. Bouyges dict 
que les hosties, qui estoient dans la boette lorsque Verdet espousa, 
furent distribuées and. Verdet et assistants. 

Ouyr d'autres tesmoingts, s'il y en a, concernant ce prétendu 
maléfice, mesmes le chirurgien de Bourdeaux et [l'Jopérateur qui 
guarit led. Verdet; et pour cet eli'ect on pourroit envoler commis- 
sion à Monsr. l'official de Bourdeaux, et si leur déposition se 
trouvoit conforme à ce qui est porté dans le procès, il seroit 
nécessaire accarrer lesd. tesmoingts à l'accuzé. 

L'accarrement aussy de la sorcière qui est à Bourdeaux prison- 
nière doibt estre faict avant procéder au jugement du procez. Si 
la possédée qui prit la plume pour signer sur l'interpellation, 
faute au démon de souscrire le procès-verbal par son seing, a 
faict des lettres bien formées, il faudra au réquisitoire du promo- 
teur faire enquesler sur le faict qui est soutenu que lad. possédée 
n'a jamais sceu lire ny,escrire. 

11 seroit bon de s'enquérir de la vie dud. Bouyges, s'il estoit 
soigneux de dire ses offices, s'il se confessoit, s'il fréquentoit les 
femmes de mauvaise vie, s'il estoit soubçonné de sortilège. 

{Sans signature.) 

Ceux qui ont veu la relation de ce qui s'est passé au lieu de la 
Chapelle-aux-Saincts, pour découvrir et recognoistre si les incom- 
irjodités et la maladie dont noble .Joseph de Soudeilles se trouve 
aflligé provient de quelque maléfice, ont jugé qu'il ne falloit pas 
procéder aux exorcismes sur la simple déclaration que le démon 
qui est dans le corps de Jeanne Simonet, a faicte que led. sieur 
Joseph de Soudeilles est possédé, et qu'avant emploier les prières 
et l'authorité de l'Église pour chasser les démons, il est nécessaire 
d'avoir le raport de deux ou trois médecins catholiques, par lequel 
ils attestent qu'ils ont veu et visité led. sieur de Soudeilles et que 
les simptomes et accidens de sa maladie sont si extraordinaires 
qu'ils n'en recognoissent la cause et estiment qu'elle doibt estre 
raportée à quelque charme et maléfice. 



74 ANNALES DU MIDI. 

Il faudra envoler à Monseigneur de Lymoges l'attestation et le 
raport qui sera faict par lesd. médecins, ensemble la relation qui 
luy a esté mise en main, que Madame de Soudeilles recevra avec 
la responce que mond. seigneur faict à la lettre qu'il a receue de 
sa part; et il faira une commission par laquelle il donnera pou- 
voir à quelque presbtre séculier ou régulier d'exorciser led. sieur 
de Soudeilles au lieu qu'il jugera convenable pour y faire cette 

fonction. 

{Sans signature el sa?is date. Même écriture 

que la précédente.) 
{Arch. dép. de la Haute-Vienne, fonds de l'évéché, G. 974.) 



Lettre d'un chanoine du Dorai à l'évcque de Limoges pour se 
faire autoriser à sévir contre trois charlatans de sa paroisse 
1752. Orig. pap. 

Monseigneur. J'en [s] l'honneur de vous parler, la dernière fois 
que j'eu[s] celuy de vous voir, des confesseurs que les religieuses 
du Dorât* demandoint {sic} pour extraordinaires pendant le 
temps des indulgences du jubilé. Elles se sont déterminé[esj pour 
Mrs. les curés d'Oradour-St-Genest, La Croix et La Bazeuge, et à 
{sic) Monsieur le vicaire du Dorât. Ils sont touts personnes de 
bonnes mœurs et instruits de leurs devoirs. 

Il se présente, Monseigneur, un cas particulier qui a esté décidé 
diférement. Trois frères, chari)antiers de leur métier et descendus 
de charpanlicrs de cinq à six générations, jirétendent avoir le 
don de guérir d'un mal qu'ils nomment le charpe (nom inconnu 
dans la médecine). Sa nature est une espèce d'enflure chargée de 
boue et de pus, qui paroist dans toutes les parties du corps, tan- 
tosldansun endroit, tantost dans un autre. Ils commencent ]iar 
renoncer à toutes sortes de pacte, mesme à ceux qu'auroint pu 
faire leurs autheurs; ils font quelques prières tout haut afin «lu'unt 
n'aycnt {sic) pas lieu de les soupçonner; ils disent plusieurs fois 
le Pater et la salutation angélique sans pourtant s'en tenir à un 
certain nombre ny à observer aucuns temps ; ensuite ils touchent 



1. Chef-lieu de canton, arrondissement de Bellac, Haute-Vienne. Les 
trois localités nommées plus loin sont voisines. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 75 

la partie maliide du bout des doits en prononçant ces paroles : 
« Charpe, je te touche. Dieu te guêrise'. » 

Ils (sic) faut observer que ce n'est point l'esprit d'intérest qui 
les fait agir; ils ne prennent rien ou du moins ils n'exigent rien. 
Il est pourtant vray que si quelqu'uns par reconnoisance leurs 
offrent quelques petits présents, ils les reçoivent. Plusieurs per- 
sonnes, mesme d'un certain caractère, les employant dans les 
ocasions. J'ay voulu m'y oposer, mais toujours inutilement. Ils 
me disent pour raisons que plusieurs touchent du carreau '^, des 
loupes'' et des ecrûelles^ et d'autres maladies de cette nature. Je 
les ay veu autorisés dans cette conduite par plusieurs confesseurs 
habiles, qui les ont laissé[s] tranfjuils et leurs ont donné l'abso- 
lution, quoy qu'ils en fussent avertis. 

Ces trois personnes demeurent au Dorât. Je suplie très humble- 
ment Votre Grandeur de me décider absolument sur cet article. 
Je suis persuadé qu'ils auront assés de docilité pour obéir à vos 
ordres. 

J'ay l'honneur d'estre, avec le plus profond respect, de Votre 
Grandeur le très humble et très obéissant serviteur. 

Chanteloube, chanoine du Dorât. 

Au Dorât, ce 6 juilliet 1752. 
{Arch. dép. de la Hante-Vienne, fonds de Vévêché, G. 987.) 



1. Dans le texte, les guillemets que nous indiquons sont figurés par 
des parenthèses. 

2. Affection des ganglions niésentériques (Littré, Dictionn.) 

3. Tumeur indolente, enkystée, qui vient sous la peau. [Id., ibid.) 

4. Tuméfaction des glandes du cou. (Id., ibid.) 



COMPTES RlîNDUS CRITIQUES 



R. DE Lasteyhie. L'Architecture religieuse en France à 
l'époque romane. Ses origines, son développement. 

Paris, Picard, 11312; un vol. in-4o de vu 749 pages, avec 
731 ligures dans le texte. 

Yoici l'œuvre de toute une vie. Pendant trente années, M. de 
Lasteyrie professa l'archéologie française à l'École des Chartes. 
Les maîtres de l'archéologie française, depuis un quart de siècle, 
sont ses disciples ou bien ont indirectement subi l'influence de son 
enseignement. Après avoir formé plusieurs générations de savants, 
il se décide à prt'senter au public la substance de ses cours et le 
trésor de sa science. Un premier volume est consacré à notre archi- 
tecture romane. En vérité, ce livre nous manquait. Nour, avions 
des répertoires, des manuels; nous n'avions pas une histoire de 
l'architecture religieuse en France. Nul n'était mieux qualifié pour 
l'écrire. Il l'a écrite avec l'autorité magistrale que donnent la pré- 
cision de méthode, la clarté d'exposition, l'étendue et la sûreté de 
l'érudilion. Il sait aussi que le meilleur moyen de parler à l'esprit 
est souvent de parler aux yeux. Pendant ses années de professo- 
rat, (juand le printemps était venu, il conviait élèves et auditeurs 
H des promenades archéologiques ; une fois, en 1897, on vint jus- 
qu'à Toidouse et Carcassonne. La vision directe du passé, dans 
ces pèlerinages d'art, complétait avec succès l'enseignement de 
l'Ecole. Dans son livre, M. de Lasteyrie a multiplié les illustra- 
tions. « J"ai eu la l)onne fortune de rencontrer un éditeur qui, 
ancien ciiartisle lui-même, a compris que les reproductions piioto- 
graphiques sont pour l'archéologie les plus probantes des pièces 
justificatives. » Sachons gré à l'éditeur, M. Alphonse Picard, d'avoir 
dirigé celte publication en véritable ami de l'archéologie et de 
l'art. 

« Les monuments d'architecture ne sont jamais le produit spon- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 77 

tané du génie d'un homme, ni môme de l'efTort collectif d'une seule 
gi^nération. » De même que le golliique est sorti du roman, de 
même le roman a ses origines profondes dans les architectures 
antérieures. C'est pourquoi M. de Lasteja-ie remonte aux origines 
mêmes de l'architecture chrétienne. Prudente et minutieuse en- 
quête, qui nous entraine tout d'abord à Rome, à Jérusalem, à 
Bethléem, en Syrie, en Algérie, partout où l'on peut étudier la for- 
mation et suivre le développement du type basilical. Est-ce uni- 
quement de la basilique civile des Romains que procèdent nos 
églises'? Au début de son livre, M. de Lasteyrie évoque les temps 
primitifs où les chrétiens se réunissaient dans les « scholae » des 
collèges funéraires, qui étaient des confréries religieuses. Mais la 
«schola», lieu d'assemblée et chapelle, portait parfois aussi le nom 
de basilique ; telle, à Rome, cette Basilique Hilarienne qu'un riche 
marchand avait fait construire pour les Dendrophores de Cybèle et 
d'Attis. Lorsque l'on connaîtra mieux ces basiliques religieuses du 
paganisme, elles nous aideront sans doute à résoudre plus com- 
plètement le difficile problème des origines. 

C'étaient surtout les sectateurs des dieux orientaux qui se grou- 
paient ainsi en congrégations, en églises. Dans quelle mesure 
l'architecture chrétienne fut-elle, à ses débuts, tributaire de l'Asie 
hellénique et sémitique? Principalement dans les Gaules, où le 
christianisme a subi si longtemps l'influence orientale, où cette 
inlluence n'est pas moins manifeste dans certaines productions de 
l'art et de l'industrie, pendant et après la période romaine, quelle 
fut la part de l'Orient? Les orientalistes trouveront que M. de 
Lasteyrie ne la fait point assez large. A vrai dire, tout en restant 
fidèle à l'école romaniste, M. de Lasteyrie ne méconnaît pas le rôle 
important des éléments orientaux. Mais il redoute les séductions 
du mirage oriental. Au cours de sa longue carrière et après avoir 
accumulé tant d'observations, il est devenu défiant à l'égard des 
théories qui n'ont pas encore fourni toutes leurs preuves. On pourra 
bien ajouter quelque chose à ces premiers chapitres du livre; on 
n'en pourra rien retrancher. 

Dans l'histoire de l'architecture préromane et romane en France, 
quelle place occupent les monuments méridionaux? 

On ne saurait d'abord accueillir avec trop de prudence les dates 
reculées que l'on prête à plusieurs édifices. Sans doute les baptis- 
tères d'Aix-en-Provence, de Fréjus, de Riez, de Venasque, de Poi- 
tiers, doivent se placer entre le iv^ et le ixe siècles. Mais il faut 



78 ANNALES DU MIDI 

rejeter l'opinion de Revoil, <|ui crut retrouver ù Saint-Trophime 
d'Arles des restes de l'église fondée au vie siècle par saint Virgile. 
Ni l'église Saint-Qninin de Vaison, longtemps attribuée au vue ou 
au viii" siècles, ni la cathédrale de cette môme ville, où subsistent 
toutefois des traces de constructions plus anciennes, ne sont anté- 
rieures à l'époque romane. Le Midi n'est guère plus riche en égli- 
ses carolingiennes, malgré les affirmations de Revoil. Tout au 
plus peut-on rencontrer çà et là quelques fragments carolingiens 
encastrés dans des églises plus modernes; telles ces étranges 
sculptures que l'on voit à l'abside de Saint-l'aul-les-Dax, et qui 
sont du xe siècle probablement. M. de Lasteyrie hésite à mention- 
ner ici l'église de Valcabrère, que Viollet-le-Duc attribuait au 
xe siècle. Cette date ne pourrait convenir qu'à l'abside, aux deux 
absidiolès et à la travée qui les précède immédiatement; la nef 
actuelle, les voûtes, le cul-de-four de l'abside seraient l'œuvre des 
restaurateurs romans. 

A quelle date doit-on lixer la naissance de l'art roman? Dans le 
domaine des arts, le travail de transformation commence parfois 
longtemps avant que les eft'ets en soient bien manifestes. Une 
foule de détails propres à l'art roman se rencontrent déjà aux. 
IX' et xe siècles ; et inversement les pratiques en usage chez les 
Carolingiens n'ont pas brusquement cessé avec la dynastie des 
rois capétiens. Datis la plupart de nos provinces, la période de 
transition entre l'art carolingien et l'art roman proprement dit a 
duré jusqu'à l'avènement de Pliilippe It-T (1060). L'innovation la 
plus caractéristique de l'architecture nouvelle fut d'introduire les 
voûtes dans les églises. A cet égard, le Centre et le Midi de la 
France ont devancé le Nord. Provence, Languedoc, Auvergne, 
Limousin, Poitou, Bourgogne possédaient, dès le xi^ siècle, des 
églises entièrement voûtées, tandis qu'à la même date, dans l'Ile 
de France, la Normandie, la Champagne et les pays rhénans, on 
s'en tenait à de timides essais sur le chœur ou les bas -côtés. 

11 y eut plusieurs écoles d'architecture romane. De Caumont, 
ayant observé que les différences de type semblaient soumises à 
certaines lois géographiques, proposait des groupements par gran- 
des familles régionales. C'est ainsi qu'il distinguait, dans le Midi, 
l'école du Sud-Ouest, de la Dordogne aux Pyrénées, l'école d'Au- 
vergne, enlin l'école bourguignonne, dont il reculait les limites jus- 
qu'à la Méditerranée. Il existe évidemment des relations entre les 
écoles romanes et les anciennes divisions territoriales. Mais les 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 79 

divisions ecclésiastiques n'ont p:is exercé une moindre influence. 
Pourquoi deux églises tout à fait voisines, comme celles de Saint- 
Paul-Trois-Chàteaux et de Bourg-Saint-Andéol sont-elles si dis- 
semblables? C'est que l'une relève de la province ecclésiastique 
d'Arles et l'autre de celle de Vienne. Le procédé de Caumont, suiv 
par Enlart, est trop empirique. Viollet-le-Duc n'est jamais parvenu 
à se faire une opinion bien nette sur cette question déclassement. 
Il a changé quatre fois d'avis pour aboutir à treize, puis à onze 
écoles. (Juicherat préconise un tout autre système. Pour obtenir un 
classement plus scientifique, il en cherche la raison d'être dans les 
divers modèles de voûte. Tel est aussi le principe de la classiflca 
tion entreprise par M. de Lasteyrie. Mais, pour éviter de se per- 
dre en des subdivisions multipliées et pour constituer des groupe- 
ments plus homogènes, il ne se contente point, comme Quicherat, 
de cet unique élément qui est la voûte de la nef; et si, d'autre 
part, il désigne par des noms de provinces les huit écoles entre les- 
quelles se répartissent nos églises romanes, il nous prévient que 
souvent ces écoles ont étendu leur influence bien au-delà des limites 
de leur province. 

Le Midi se partage entre les écoles de Provence, d'Auvergne et 
d'Aquitaine. 

L'école de Provence est une de celles où l'usage systématique de 
la voûte s'est généralisé le plus tôt. Mais ce n'est pas avant la se- 
conde moitié du xie siècle que se dégagent les traits de sa physio- 
nomie propre : voûtes de nef en berceau plein cintre ou brisé, que 
les voûtes latérales ne servent pas à contrebuter; voûtes latérales 
en demi-berceau, qui s'appuient au mur de la nef fort au-dessous 
des impostes de la maîtresse voûte; voûtes portées sur des dou- 
bleaux généralement doublés, et piédroits de ces doubleaux profi- 
lés en forme de pilastres; arcades très larges, ce qui restreint le 
nombre des travées; nef large dont on n'ose trop surélever la voût«, 
ce qui ne laisse aucune place pour des tribunes; décoration peu 
abondante, chapiteaux rares, moulures peu compliquées. Tous ces 
éléments constituent des édifices d'une ordonnance très simple et 
d'un aspect sévère, en harmonie avec la simplicité du plan. Beau- 
coup de grandes églises, comme les cathédrales d'Avignon, de- 
Gavaillon, de Garpentras, de Digne, sont même dénuées de bas- 
côtés. Un autre caractère de cette école est l'imitation, dans la sculp 
ture d'ornement, des motifs et des formes antiques. La Provence 
reste essentiellement une terre latine, et les ruines romaines y ont 



80 ANNALES DU MIDI. 

exercé leur séduction sur les artistes romans. C'est à l'extérieur 
des monuments que se trouvent d'ordinaire ces décorations à l'an- 
tique : colonnes corinthiennes, entablements et frontons encadrant 
des portes, comme à Notre-Dame des Doms d'Avignon et à Saint- 
Restitut (Drôme); frises à guirlandes, comme à la cathédrale de 
Carpentras; rinceaux de feuilles d'acanthe, comme à Saint-Gilles. 
« Cette influence n'a pas toujours produit des chefs-d'œuvre »; 
mais elle a beaucoup contribué à relever l'art de sa profonde dé- 
cadence. La renaissance romane de la Provence apparaît vraiment 
comme un réveil de l'àme latine. Il faut chercher dans les provin- 
ces ecclésiastiques d'Âix et d'Arles le principal foyer de celte 
renaissance. Il a rayonné au nord jusqu'à Vienne et Lyon, à 
l'ouest jusqu'à la haute vallée de l'Aude. Mais M. de Lasteyrie 
observe avec raison que l'école rayonne par ses sculpteurs plus 
loin encore que par ses architectes. « La belle église d'Alet, au sud 
de Carcassonne, qui relève par sa structure de la même famille 
que les églises romanes de la région de Toulouse, est décorée de 
fort belles corniches composées des motifs familiers aux sculp- 
teurs provençaux ». 

Entre Loire et Pyrénées, les églises romanes se rattachent pour 
la plupart à deux groupes principaux. L'un correspond à la pro- 
vince ecclésiastique de Bourges et au vaste diocèse de Toulouse, 
qui relevait alors de la province de Narbonne; l'autre correspond 
à la province ecclésiastique de Bordeaux et à la majeure partie de 
celle d'Auch. Un même principe essentiel caractérise ces deux 
groupes : l'emploi de la voûte en berceau pour couvrir la nef cen- 
trale et l'utilisation des voûtes des collatéraux- pour contrebuter 
celle de la nef. Par conséquent, il devient impossible de percer des 
Ijaies entre le sommet des arcades et le départ de cette voûte. Tout 
l'éclairage intiu'ieur est fourni par les fenêtres des bas-côtés. Pour 
contrebuter le berceau de la nef centrale à l'aide des voûtes colla- 
térales, deux méthodes furent usitées. Tantôt bas-côtés ou tribunes 
qui les surmontent sont voûtés en demi-berceau, c'est-à-dire en 
(juart de cercle, et ces voûtes viennent buter contre les murs de la 
nef au niveau même des impostes de la maîtresse voûte. Tantôt 
les bas-côtés se couvrent de voûtes d'arêtes ou de voûtes en ber- 
ceau, montées assez haut pour épauler à sa naissance le berceau 
de la nef. Le premier système est le plus fréquemment adopté en 
Auvergne, dans le Centre et en pays toulousain, le second en Poi- 
tou et dans l'ancienne province de Bordeaux. L'emploi plus ou 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 81 

moins exclusif île l'un ou de l'autre a donné naissance à deux éco- 
les distinctes : l'école auvergnate et l'école poitevine. 

L'école auvergnate semble être déjà florissante au début du 
xie siècle, puisque le roi Robert prend modèle sur la cathédrale de 
Clermont pour reconstruire Saint-Aignan d'Orléans. L'existence 
d'églises à berceau sans doubleaux, paraissant donc antérieures à 
l'époque où l'usage du doubleau se généralise, pourrait aussi témoi- 
gner de sa précocité. Viollet-le-Duc étendait son domaine de Nevers 
à Toulouse et Saint-Papoul. Quichèrat faisait de Toulouse le cen- 
tre d'une école distincte. On comprend que les proportions si bel- 
les de Saint-Sernin de Toulouse et sa construction si hardie aient 
donné la tentation d'y voir le type accompli d'une école spéciale. 
M. de Lasteyrie admire à différentes reprises « ce spécimen le plus 
célèbre et le plus parfait des grandes églises romanes du Midi ». Il 
a bien raison de dire que le chevet vu de l'extérieur, avec ses neuf 
absidioles, avec la perspective du clocher aux étages décroissants 
et de la flèche aux solides nervures, « produit un effet saisissant » 
et que « les plus beaux édiflces antiques n'offrent à l'œil rien de 
plus pittoresque et de mieux agencé » (p. 299). Ce furent de très 
grands artistes, ceux qui trouvèrent le rythme de cette ascension. 
Toutefois, peut-on isoler le roman toulousain du roman auver- 
gnat? « A coup sûr, si l'on compare Saint-Sernin à Notre-Dame 
du Fort ou à Saint-Paul d'Issoire, si on considère les neuf absides 
qui entourent son chevet, les grandes et larges baies de son trifo- 
rium, les bas-côtés qui flanquent son transept, les doubles colla- 
téraux qui accompagnent sa nef, on est frappé des différences. 
Mais si on prend la peine de les analyser, on reconnaît bien vite 
que ce sont seulement des différences de proportion, qui ne por- 
tent ni sur les traits caractéristiques de la construction ni sur les 
éléments constitutifs de l'édifice. En réalité, Saint-Sernin de Tou- 
louse forme, avec les églises de Saint-Gaudens et d'Alet, comme 
les derniers anneaux d'une chaîne qui, par Burlatz, Marcillac, 
Saint-Sauveur de Figeac, Sainte-Foy de Conques et Saint-Martial 
de Limoges, s'étendait du diocèse de Clermont aux limites méri- 
dionales du diocèse de Toulouse » (pp. 447, 448). On retrouve en 
effet jusqu'aux Pyrénées le caractère le plus constant de l'école 
auvergnate : la nef de Valcabrère, la travée romane de Saint-Ber- 
trand de Comminges ont leur voûte contrebutée par les voûtes en 
demi-berceau des collatéraux. 
Pourra-t-on jamais établir de façon incontestable la chronologie 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 6 



82 ANNALES DU MIDI. 

(le tons ces monuments? Elle donnerait la solution de bien des pro- 
blèmes et nous réserverait sans doute quelques surprises. On attri- 
bue à l'abbé Odolric (avant 1065) la construction de l'église de Con- 
ques : « Basilicam ex maxima parte consummavit », d'après la 
chronique du monastère. Mais, dans la seconde partie du Livre 
des Miracles de Sainte-Foy, partie ajoutée à la fin du xie siècle, 
il est dit que cette église tombe en ruines (iv, 24) : « Hianlibus 
rimis fornicatum {opus) ruinam pendel minitans sese fac- 
Inrum. » D'après M. Angles, qui a mis ce texte en valeur, il ne 
resterait de l'ancienne église du xie siècle qu'une partie des absi- 
dioles. Il ne faut donc plus prétendre que l'église de Conques 
a préparé Saint-Sernin; car elle n'en fut peut-être qu'une imi- 
tation et une réduction. Saint-Martial de Limoges, détruit par 
un incendie en lOôS, fut reconstruit par l'abbé Adémar, que l'or- 
dre de Cluny avait installé dans la célèbre abbaye limousine en 
1063. Quand le pape Urbain II vient consacrer la basilique en 
1096, elle est, ce semljle, entièrement achevée. Cette même année, 
le chœur seul de Sainl-Sernin était en partie élevé. De Saint-Mar- 
^^ial il ne subsiste plus rien. Mais des documents graphiques ont 
permis d'en retracer les traits essentiels. On y reconnaît tous les 
éléments d'architecture qui constituent la beauté de Saint-Sernin, 
avec le même nombre d'absidioles, les mêmes tribunes voûtées en 
demi-berceau, ouvertes sur la nef par un triforium à deux baies 
sous un arc de décharge, tournant autour du transept et se rejoi- 
gnant par un étroit passage autour du déambulatoire. C'est donc à 
Limoges, non point à Toulouse, qu'a pris naissance et que s'est 
constituée cette magnifique variante du type auvergnat. Aussi 
bien, la constatation de ces analogies entre les deux basiliques 
est-elle d'un intérêt qui dépasse l'histoire de l'art. Entre Toulouse 
et Limoges, il y eut au xiie siècle d'étroites relations de culture 
intellectuelle. Entre le groupe toulousain et le groupe limousin 
des troubadours se manifestent de singulières affinités. Saint - 
Martial et Saint-Sernin nous permettent de faire remonter au 
xie siècle les rapports intellectuels et artistiques des deux cités. 
Le troisième et dernier type d'architecture méridionale est celui 
des églises à coupoles de l'Aquitaine. Elles forn^cnt une famille au 
milieu de la grande école poitevine. On les rencontre le long 
d'une bande de 'pays n'ayant guère plus de 25 lieues de large et 
qui s'étend de Périgueux à Saintes en passant par Angoulôme. 
« Saint-Front de Périgueux est le produit d'une école indigène, qui 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 83 

lie doit rien aux intliiences byzantines. » Elle n'est point en effet 
byzantine dans son plan primitif, puisqu'on avait l'intention d'en 
faire une église en forme de croix latine. Elle ne l'est pas davan- 
tage dans son type de construction, puisque les pendentifs étaient 
connus en Occident dès l'époque romaine et que les pendentifs 
français montrent des différences essentielles avec ceux de l'Em- 
pire byzantin, comme l'ont fort bien établi Brutails et Spiers. De 
plus, ce type est récent en France. Il est possible que l'on ait tenté 
dès le xie siècle des essais isolés de coupoles sur pendentifs. Mais 
Saint-Front n'existait pas sous cet aspect avant 1120; et c'est seu- 
lement au début du xiie siècle que la coupole commence à se géné- 
raliser en Périgord et en Angoumois. De ces régions, elle gagna les 
provinces voisines. On la retrouve dans le Quercy, à Souillac et 
Cahors; jusqu'au confluent du Tarn et de la Garonne, à Moissac; 
jusque dans la Gironde à Saint-Émilion et à Bordeaux, dont la 
cathédrale fut commencée avec l'intention d'y appliquer ce sys- 
tème de voûtes. Au Nord, elle allait gagner l'Anjou et le Maine 
quand un autre type d'architecture, né dans l'Ile de France, l'ar- 
rêta dans son essor. 

Les derniers chapitres du livre sont consacrés à la décoration 
des églises romanes. Nous les mettrons à profit pour étudier, dans 
un prochain numéro, l'histoire de la sculpture romane dans le 
Midi de la France. Henri Graillot. 



Eduardo Gonzalez Hurtebise. Libres de Tesoreria de la 
casa de Aragon. Transcripciôii é indice, tomo I. Rei- 
nado de Jaime II; libres de cuentas de Pedro Boyl, 
tesorero del monarca, desde marzo de 1302 à marzo 
de 1304. Barcelona, L. Benaiges, 1911; gr. in-4o de 
454 pages et fac siniile. 

Ce volume inaugure la publication des comptes de la Trésorerie 
royale d'Aragon, dont les registres originaux sont conservés à 
Barcelone, aux archives de la Bailia gênerai de Catalogne. L'im- 
portance des livres de raison est devenue d'une vérité trop évi- 
dente pour que l'intérêt exceptionnel de cette comptabilité d'une 
maison royale au xive siècle ait besoin d'être démontré. Gomme 
le dit fort bien l'éditeur de ces textes, dans une courte préface, ce 
sont là des sources inappréciables pour l'histoire. De fait, l'his- 



84 ANNALES DU MIDI. 

toire monétaire, l'économie politique et sociale, l'histoire diploma- 
tique môme y trouvent des aliments. Le service de la trésorerie 
lui-même ne peut être pénétré que grâce à ces livres, qui témoi- 
gnent jour par jour de ses opérations. M. Hurtebise nous annonce 
la rédaction d'une étude sur ce service capital de la Cour arago- 
naise avec des notices biographiques sur les fonctionnaires qui en 
assumèrent la direction. Nul doute que cette étude, que l'érudit 
arcliiviste en chef de ia couronne d'Aragon destine à servir d'in- 
troduction à l'ouvrage entier, ne fournisse une contribution des 
plus précieuses pour l'histoire interne de la monarchie arago- 
naise. 

Si, en attendant, nous nous contentons des textes et tables 
alphabétiques ])0ur la période l."J02-1304, il n'en apparaît pas 
moins déjà que la nécessité s'imposera de recourir à cette source 
poui quiconque s'occupe du règne de Jaime II. La consultation 
des documents est d'ailleurs facilitée par le soin extrême de la trans- 
cription (conforme aux règles de la plus rigoureuse méthode), par 
la bonne présentation tjqsographique et par la présence des index 
que l'on a eu le bon esprit de ne pas rejeter, comme il arrive sou- 
vent, à un dernier volume, parfois bien long à venir. 

A parcourir l'ouvrage, on se rend compte de la multiplicité 
extrême et de la variété presque infinie des renseignements qu'il 
renferme. Quatre registres se succèdent : ils vont respectivement 
de mars ù septembre 1302, d'octobre 1302 à mars 1303, de mars à 
septembre 1303, d'octobre 1303 à mars 1304. Ce sont des regis- 
tres semestriels qui embrassent chacun d'une part le cargo, 
d'autre part la data, autrement dit les recettes en premier lieu, 
puis les dépenses. Le budget du service peut donc être établi. 
Des droits sur les Juifs, des dîmes ecclésiastiques, des taxes de 
sceaux, des rémissions et des concessions de faveurs divei'ses font 
le lilxdli' le pbis hahitu(d des revenus; les dépenses comprennent 
des frais de courriers, les vêlements et l'entretien des officiers, les 
débours personnels du roi et de la famille. Si le roi se fait réparer 
une cotte, le coût de la ré[)tiration se trouvera placé à la suite de 
sa juslification. De môme, la santé du souverain donne lieu à des 
mentions dont les spécialistes pourront déduire parfois d'intéres- 
santes conséquences médicales. Les justifications de dépenses 
peuvent aussi révéler souvent des missions remplies par tel ou tel 
fonctionnaire dans le royaume et au dehors. De même, les détails 
donnés sur les étoffes dites de Paris, de Narbonne ou d'Arras, etc., 



COMPTES RENDUS CHUTIOUES. 85 

sont fort curieux en ce qui concerne la vie privée et le commerce. 

Notons, au point de vue qui nous louche plus spécialement ici, 
que des mentions assez fréquentes intéressant les relations com- 
merciales de la (latalogne et du Languedoc ou de la Provence se 
rencontrent dans les registres de la bailia de Catalogne. 

Il n'est pas toujours facile d'identifier les noms propres de vil- 
les qui servent à déterminer les qualités des draps. Par exemple, 
je vois à la page 28, un dra bru de Exalo. Aucune indication en 
note ou à la table ne correspond à cet énoncé de lieu ni à plu- 
sieurs autres semblables qui restent peut-être obscurs encore pour 
l'éditeur et qu'il éclaircira d'ensemble, — souhaitons-le, — dans 
l'étude qu'il nous promet. Mais je lui signale les formes Exalon, 
Tccalon, Eychalon, etc., lues ailleurs par Alart qui interprète 
sans hésiter Chalons-sur-Marne '. Du reste, dans la publication 
d'Alart, à laquelle je me réfère, reviennent très souvent les noms 
propres français qui émaillent les registres dont M. Hurtebise se 
fait le transcripteur. Au surplus, il sera bon, ce semble, que, dans 
les volumes suivants, les noms de cet ordre, — qu'ils soient ou 
non identifiés, — trouvent place à la table, car c'est par le rap- 
prochement des formes que l'on pourra résoudre souvent les diffi- 
cultés qui subsistent, et la philologie s'y trouve aussi intéressée 
que l'histoire. Le travail très méritoire et très honorable de 

M. Hurtebise n'en acquerra que plus de prix. 

J. Calmette. 



G. Saillard. Florian, sa vie, son œuvre. Toulouse, Pri- 
vât, 1912; in-8° de 3'24 pages. 

C'est une physionomie curieuse et attachante que celle de ce 
jeune officier de dragons qui, après une adolescence agitée et 
voluptueuse, devient le confident et l'ami de l'homme le plus aus- 
tère de son siècle, qui connaît en quelques années les plus écla- 
tants succès littéraires et meurt avant la quarantaine, après avoir 
fébrilement, confusément travaillé et sans avoir tenu aucune des 
promesses qu'avait fait concevoir son étincelante facilité. Cette 
physionomie, M. Saillard l'a représentée avec finesse, d'un style 
alerte et agréable, en dépit de quelques lapsus-, et il a jugé équi- 

1. Alart, Dociimeiits sur la langue catalane, p. 91. 

2. Si c'est une faute vénielle d'écrire Chammerot (pour Chamerot, 



86 ANNALES DU MIDI. 

tablement cette œuvre plus toulTue et variée qu'originale. Sur la 
vie de Florian il n'apporte aucun document nouveau; s'il fait un 
emploi judicieux de ceux qui ont été publiés depuis une vingtaine 
d'années, il reproduit trop aisément, et sans les contrôler, les asser- 
tions des anciens biographes, dont nous ignorons, en somme, les 
sources'. Dans le plan de la seconde partie, il y a quelque llotte- 
ment; l'ordre chronologique est encore celui qui lui eût permis de 
donner l'idée la plus exacte de cette œuvre bigarrée dont il ne 
reste presque rien parce qu'elle est tout imprégnée des défauts de 
son époque. Cette œuvre, M. S. la connaît à fond et il ne l'a pas 
surfaite. Si l'on met à part les Fables, il ne lui semble pas, en 
elfet, que rien doive en survivre : peut-être est-il un peu sévère et 
eilt-il dû faire une exception au moins en faveur de certaines des 
parties en prose d'Estelle et Némorin, qui ont tout le charme de 
souvenirs personnels vivement ressentis et délicatement rendus. 
Mais il ne semble pas qu'il connaisse aussi bien les alentours de 
l'œuvre et de l'homme; on eût aimé à être renseigné plus exacte- 
ment sur les courants qui orientèrent ce patient et curieux « ouvrier 
de lettres » vers les modèles les plus exotiques et les plus divers. 
Quelques pages sur la diffusion en France des littératures espa- 
gnole et allemande avant Florian n'eussent pas été de trop. La 
troisième partie {Les Fables) contient d'excellentes pages, d'un 
style parfois un peu diffus, et d'utiles indications sur les sources. 
Une bibliographie des œuvres de Floi'ian eût été un complément 
indispensable de ce consciencieux ouvrage. Il eût été commode 
aussi de trouver réunies les indications relatives aux travaux 
antérieurs, qui sont éparpillées dans les notes. A. Jeanroy. 



p. 99) et Scluimberq (p. 26), il ne faudrait pas estropier Este on Est 

(p. i;3). 

1. Sur quoi repose raffirniation (p. 1) que les Mémoires d'ioi jeioie 
Espagnol sont de véritables notes autobioj^'raphiqucs, et cette autre (p. 3) 
que la mère de Florian était Espagnole? 

Ijf nom de Saignes est beaucoup plus languedocien que castillan, et un 
purent de celle dame, son frère probablement, élail avocat au Parlement 
de Montpellier. {Ihid., p. 4.) Florian, ayant perdu sa mère à un an, il fau- 
drait chercher une autre explication de sa prédilection pour la langue et 
la lillèrature espagnoles. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PERIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX 

Ariège. 

Bulletin historique du diocèse de Pamiers, Couserans et 
Mirepoix, P^ année, 1912'. 

p. 5-9. Avant-propos destine à faire connaître le but de la revue, quj 
« sera exclusivement consacrée à l'histoire ecclésiastique du diocèse... ». 

— P. 11-27, 49-63, 97-113, 150-6.5. M. Dubruel. Aux temps de Pavillon 
et de Caulet : les diocèses d'Alet et de Pàmiers, d'après une relation con. 
temporaine inédite. [Étude intéressante, malgré des longueurs, sur la 
vie intime de ces deux prélats jansénistes et sur l'état et la réforme des 
mœurs dans leurs diocèses; application de la doctrine janséniste. A 
suivre.] — P. 28-46, 64-77, 113-20, 165-79. Abbé Robert. Histoire des 
évêques de Mirepoix. [Série de notices sur ces prélats , composées 
d'après un certain nombre de textes inédits. Travail sérieux. A suivre.] 

— P. 77-85, 120-35, 179-89. Abbé Lafuste. La paroisse de Lavelanet 
pendant la Révolution (1789-1802). — • P. 86-91. Abbé Samiac. Testament 
de Ms"' Jérôme de Lingua, évêque de Couserans (12 novembre 1612). — 
P. 91-6, 185-8. Abbé Samiac. Création de séminaires dans l'ancien dio- 
cèse de Pamiers. — P. 145-50. J. de Lahondès. Le vieux pays. 

F. P. 
Corrèze. 

I. Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de 
Tulle, 1911. 

p. 5-88, 271-317, 423-507. V. Forot. Le club des Jacobins de Tulle^ 
juin 1790 à mars 1795. [Suite et à suivre.] — P. 109-28, 319-28. 
J.-B. Champeval. Tulle et ses intérêts municipaux au xvii' siècle. 
[Suite et à suivre.] — P. 133-97. J. Plantadis. Les traditions musicales 
du Limousin des origines à la fin du xviii" siècle. — P. 199-247. A. Le- 
roux. Les Limousins à Bordeaux. Esquisse historique. [Dès la fin du 

1. Publication entreprise sous les auspices de Ms' Izart, évèque de 
Pamiers. Cf. Annales, t. XXIV, p. 455. 



^8 ANNALES DU MIDI. 

xv« siècle, les Limousins ont été attirés en foule à Bordeaux, par le 
Parlement qui y siégeait, soit comme magistrats, soit comme plai- 
deurs.] — P. 249-54. A. MuzA<;[. Aventure d'un émigré limousin à Pont- 
Sainte-Maxence, en Picardie, 1791. [Pierre Roudié, d'Argentat.] — 
P. 261-70. A. Lecler. Lieu de naissance de l'académicien de Beaupoil 
de Sainte-Aulaire. [Il est né à Sainte-Aulaire (Corrèze) et non à Aixe 
(Haute-Vienne).] — P. 829-92. A. Leroux. Documents limousins des 
Archives de Bordeaux (I, Chartes diverses, 1243-1482). [Publication d'un 
recueil factice ayant fait partie du fonds Joursanvault et comprenant 
cinquante-quatre chartes qui paraissent provenir pour la plupart de la 
Chambre des comptes de Paris.] — P. 393-400. R. Fage. Turqueries 
limousines. [La txirquerie à la mode en Limousin dès 1690. Deux 
Limousins séduits par la Turquie : le pacha de Bonneval et le chevalier 
d'Aydie, ami passionné de M"'' Aïssé.] — P. 401-9. E. Bombal et 
A. MuzAC. Compte rendu des nouvelles fouilles opérées au Puy-du- 
Tour, commune de Monceaux, en 1911. [Gravures] — P. 411-22. 
G. Mathieu. Comment se sont enrichies les Archives de la Corrèze 
depuis 1888 ; dons, réintégrations, dépôts et acquisitions. 

II. Bulletin de la Société scientifique, historique et ar- 
chéologique de Brive^ 1911. 

p. 17-50. J. DE Saint-Germain. M. de Chaumareix à Quiberon. [Notice 
biographique de l'officier de marine Jean Duroy de Chaumareix, suivie 
du récit de l'affaire de Quiberon, extrait d'un opuscule paru en 1795 
sous le nom de ce dernier, qui y avait pris part.] — P. 51-7. J. et 
A. Bouyssonie et L. Bardon. Une cachette de l'âge du bronze en Cor- 
rèze. [Objets trouvés dans la région d'Ayen-Juillac. Gravures. — P. 59- 
79, 201-23, 395-421. J.-B. Champeval. Glanes bas-limousines. [Docu- 
ments.] — P. 81-141, 221-302. .T. Lalande. Procès de lu ville de Brive 
contre M. le duc de Nouilles au xviii" siècle. 3" partie : Convention 
du 30 juillet 1361. [En vertu de cette transaction, qui est la base du 
procès, toute la justice et juridiction de la ville de Brive est partagée 
par tiers entre le vicomte de Turenne et le seigneur de Malemort, co- 
soigncurs de la ville, et les consuls de Brive.] — P. 161-71. E. Rophe. 
Notes sommaires sur le cardinal de Bouillon, à propos de la décou- 
verte de son acte de baptême. [Emmanuel-Théodose de la Tour d'Au- 
vergne, duc d'Albrot, né à Turenne le 24 août 1643. Portrait.] — P. 172- 
2(KI. .T. DuRiErx. Les Grivel et leur famille. [Antoine Grivel, militaire 
et magistrat (1710-1826); Jean Grivel, vice-amiral (1778-1869); Richild 
«irivel. c.ntre-rmiiral (1827-1883), etc. Portraits.]— P. 303-30, 337-94, 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 89 

489-553. R. de Boysson. Un humaniste toulousain : Jehan de Boysson 
(1505-1559). [Biographie de ce savant jurisconsulte, poète et littérateur, 
qui fut en relations suivies avec Etienne Dolet et nombre d'humanistes 
plus ou moins notoires. A suivre.] — P. 422-45, 623-50. V. Forot. Les 
sculpteurs et peintres du Bas-Limousin et leurs œuvres aux xvii<| et 
XVIII" siècles. [Planches. A suivre.] — P. 447-63. J. de Saint-Germain. 
Deux lettres de l'armée de Condé. [Écrites en 1800 et 1801 par l'abbé de 
Montmaur, aumônier du prince de Condé. J — P. 463-80. P. Delmond. 
L'organisation des troupes provinciales du Limousin en 1784. [Ordon- 
nance de l'intendant Meulan d'Ablois, 2 janvier 1784.] — P. 554-68. 
L. DE NussAC. Un héros : Hector d'Ussel. [Lieutenant de dragons, né 
à Brive en 1785, tué à Fontes en 1811. Portrait.] — P. 569-622. 
J.-C. CoELHO et abbé Albe. Notre-Dame-de-Rocamadour en Portugal. 
[Gravures. A suivre] A. P. 

Garonne (Haute-). 

Mémoires de V Académie des sciences, inscriptions et 
belles-lettres de Toulouse, 10^ série, t. XI, 1911. 

P. 37-47. Hérisson-Laparre. La poudrerie de Toulouse vers la fin du pre- 
mier Empire. [Elle date de 1675. Sa fabrication est devenue très active 
en 1814, à l'époque oîi Soult se repliait sur Toulouse. Elle a toujours 
suffi aux besoins de l'armée et même au delà, car le commissaire Royer- 
Desgranges put livrer aux Anglais, au lieu de les détruire comme il en 
avait reçu l'ordre, 7.500 kilogrammes de poudre et s'assurer ainsi les 
faveurs de la Restauration.] — P. 49-64. Barrière-Flavy. Un épisode 
des derniers troubles de la Ligue dans une petite ville du Languedoc, 
1595. [Gaillac-Toulza, menacée par l'armée royale du maréchal de Mati- 
gnon et par les ligueurs, manque d'être prise par ces derniers, est 
pillée par les autres, paie les tailles, de force, au duc de Joyeuse, etc.] 
— P. 65-86. J. Chalande. La maison publique municipale aux xv^ et 
XVI" siècles à Toulouse. [V. une analyse sommaire, Annales, t. XXIV, 
p. 311.] — P. 87-120. D' DE Santi. Épisodes de l'histoire de Toulouse 
sous le premier Empire, extraits des Mémoires inédits de Lamothe- 
Lanrjon. [Ce curieux personnage, auteur d'une ellroyable fécondité (il 
avait produit plus de quinze cents volumes in-8°), fut pillé de son vivant 
par ses contemporains et confrères et, après sa mort, soumis en ses 
œuvres à l'autodafé par sa propre veuve. C'était un Toulousain pur 
sang, fils d'un conseiller au Parlement de Toulouse, où s'écoulèrent 
plusieurs périodes de sa vie, où il se maria. A cette ville se rapportent 
maints passages de ses Mémoires, spécialement ceux qui traitent des 



90 ANNALES DU MIDI. 

troubles de floréal an XIII (avril-mai 1805), dont texte, et de la trans- 
lation des cendre» du poète Godelin (1808).] — P. 137-79. Desazars de 
MoNTGAiLHARD. Les débuts du journal à Toulouse. [Fin. « Affiches » 
sous Louis XVI, calquées sur celles de Paris, sorties de l'imprimerie 
de Baour. Nombreux extraits de ce journal. Les derniers numéros des 
Affiches (1788) se ressentent du mouvement révolutionnaire, mais en- 
core modérément.] — P. 177-208. L. Joulin. Les âges protohistoriques 
dans le sud-ouest de la France. [Avec une carte des stations découver- 
tes ou étudiées par l'auteur autour de Toulouse, dans le Tarn, les 
Pyrénées centrales, le bassin de l'Adour, l'Agenais, le Quercy, le 
Kouergue, et entre Cantal et Gironde. Étude d'ensemble des principaux 
vestiges et conclusions historiques.] — P. 227-40. ¥. Dumas. Une épi- 
démie de fièvre miliaire à Toulouse en 1782. [Terreur de la population. 
Beaucoup de malades, peu de morts.] — P. 241-78. Saint-Raymond. Un 
Toulousain critique d'art au xvii' siècle. Dupuy du Grez et son Traité 
de la peinture. [Cet auteur, dont le portrait, par Rigaud, est au Musée 
de Toulouse, était, de son métier, avocat au Parlement, à la fin du 
règne de Louis XIV. Longue analyse du Traité. Faute d'une Académie 
royale, dont il désirait la création à Toulouse comme à Paris, il avait 
fondé à ses frais une école publique, que recueillit à sa mort (1720) 
l'atelier de Rivais, et qui devint académie en 1751.] — P. 279-337. Desa- 
zars DE Montgailhard. Éloge d'Ernost Roschach. Sa vie et ses œuvres 
(1837-1909). [Très complet. Bonne bibliographie. Cf. une analyse som- 
maire, Anjiales, XXIV, p. 314.] P. D. 

Loire (Haute-). 

Bulletin historique., scientifique^ artistique, agricole, 
illustré, première année, 1911 '. 

Fascic. 1. P. 1-27. D' Boyek. Jules Valès. d'après ses caricatures. 
[Conférence pleine d'esprit et d'humour consacrée par un ami à l'auteur 
de Jacques Vingtras, de l'Enfant, du Bachelier et du Révolté. A 
l'occasion de caricatures, qu'il classe soigneusement, le conférencier 
montre l'honimo privé et dessine la psychologie curieuse du coinmunanl 
et de l'exilé.] — P. 28-44. L. de Ro.\:euf. Le général La Fayette. 
[Conférence. M. L. de R. est le petit-lils du général de Romeuf, compa- 
triote, aide de camp et ami de La ï'ayette. Ses papiers de famille lui 
ont permis de faire revivre dans des souvenirs inédits le glorieux 

1. L'apparition de ce iiériodique trimestriel a été annoncée dans la 
chronique du Velay (.Annales du Midi, XXIV, p. 139). Il est publié par 
la Société scientifique et agricole de la Haute-Loire. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. SI 

enfant du Velay, npôtre impénitent et personnification du culte de la 
liberté parmi les révolutions.] — P. 60-1. A. Jacotin. Analyse des 
Notes gé7iéalogiques sur la famille de Flossac, originaire de l'Ardèche, 
et de l'Histoire généalogique de la Maison de Lestrange, possession- 
née et alliée en Velay. — P. 61-2. U. Rouchon. Liens liistoriques qui 
unissaient l'ordre de Cluny au Velay. — P. 63. A. Jacotin. Compte 
rendu de la Correspondance inédite de La Fayette, par M. Thomas. 

— P. 63. P. Le Blanc. Quêtes dans le diocèse de Saint-Flour au 
xviii* siècle pour l'entretien de la cathédrale du Puy. — P. 66. 
E. Gautheran. L'adoration des Mages de Vignon (cathédrale du Puy). 

— P. 67. U. Rouchon. Le gibet de Roiizou (Le Puy). Son histoire du 
XIII* au XVII' siècle. — P. 69. U. Rouchon. Les derniers seigneurs de 
Meyranne et de Vcrnassal. M"" de Sérilly dans la Haute-Loire. — 
P. 69-70. G. FouRiER. Les fouilles de Brunelet, ancien poste-vigie 
gallo-romain. — P. 70. U. Rouchon. Bibliographie des travaux d'Henri 
Mosnier sur l'histoire du Velay. — P. 72 4. P. Le Blanc. Ordonnance 
de Joachim d'Estaing, évèque de Saint-Flour, autorisant des quêtes 
pour l'entretien de la cathédrale du Puy (1725). 

Fascic. 2. P. 75-85. M. Versepuy. Les Noëls vellaves. [Publication très 
intéressante, avec commentaire historique et artistique, de noëls 
parfois très anciens, en langue française ou provençale, chantés en 
Velay, et que M. V., après en avoir reconstitué la musique, avait fait 
entendre dans une conférence-concert de la Société.] — P. 86-131. 
B. Braud. Charles Crozatier. [Étude soigneusement documentée de 
la vie et de l'œuvre considérable du fondeur si fécond et si éminemment 
artiste que fut Crozatier. Collections de documents inédits et inventaire 
complet de l'œuvre du maître et de la vente, les 2 et 3 avril 1855, des 
« Bronzes d'art, d'ornement et de haut ameublement composés et 
fabriqués par feu M. Crozatier. »] — P. 132-50. E. Gautheran. Les 
tableaux des églises du Puy. [M. G. s'est spécialisé depuis plusieurs 
années dans l'étude des peintres du Velay. Il excelle à faire revivre les 
artistes, à classer et à décrire les œuvres. Reproduction di'Un ex-voto, 
de Saint Nectaire et de l'Adoration des Bergers, de Josué Porier. 
(Musée religieux. ;,] — P. 151-2. C. Fabre. Guida de Rodez (1211-1266). 
Son rôle dans la poésie provençale, sa vie. — P. 152. E. Gautheran. 
Un tableau religieux du Musée Crozatier. — P. 155-6. E. Gautheran. 
Le tableau consulaire du Musée religieux. — P. 1.56-7. U. Rouchon. La 
répression de la fraude dans la seigneurie d'Allègre à la fin du 
XV* siècle. — P. 159. Ch. Jacotin de Rosières. A propos des portraits 
du consul Dugone et de sa famille. — P. 159. U. Rouchon. Les 



92 ANNALES DU MIDI. 

origines vellaves de Lamartine. — P. 161-2. H. de Villefosse. Rues- 
sium et les origines de la ville du Piiy. [Document.] — P. 102. De 
Salabery. Collation offerte par le duc de Polignac aux « plus jolies 
femmes de Clermont » sur le sommet du Puy-de-Dôme en 1785. 
[Document.] 

Fascic. 3. P. 166-01. A. Ravoux. L'affaire Marcellange. [Relation d'un 
procès criminel qui passionna la région en 1810, qui mit en scène, au 
Puy, les plus hautes personnalités de la magistrature et du barreau, 
et dont l'issue paraît encore, en équité, des plus douteuses. Malgré 
les nombreuses publications relatives à ce drame, M. R. a su rester 
très personnel et faire ressortir des points importants restés jusqu'ici 
dans l'ombre ou déjà dénaturés par la légende. Quatre illustrations, 
dont deux hors texte.] — P. 192-4. R. Mazoyer. L.-i vie panote (au 
Puy) il y a cinquante ans et les écrivains patois. [Simple aperçu 
sur la littérature provençale au Puy au xviii' siècle. La question est 
intéressante et mériterait d'être reprise dans une étude critique.] — 
P. 191-213. Rkynaud. L'esprit agricole et le retour à la terre. [Fine 
étude psychologique du paysan du Velay, présentée dans une langue 
élégante et claire, digne d'être signalée, malgré son caractère agricole, 
dans une revue d'érudition.] — P. 245. C. Fabre. Travaux récents sur 
Austorc d'Aorlhac, au sujet de la publication par M. J. Bertoni du 
sirventés de Ricaut Bonomel dans Zeitschrift fur romanische Philo- 
logie, t. XXXIV, janvier, 1911. — P. 246. E. Gautheran. Un portrait 
de Julien à Versailles. — P. 250. E. Rouchon. Un précurseur de 
l'aéronautique : le R. P. Galion d'Adiac (1757). — 252. P. Braud. Le 
tribunal d'Yssingeaux condamné par lui-même (1792). — Foi;rier. 
Promenade archéologique au Mont Ceneuil. — P. 253. E. Gautheran. 
Les peintures de la chapelle des Pénitents. — P. 254. U. Rouchon. 
Découverte à Paris des tombeaux de la famille La Fayette. — P. 255. 
U. Rouchon. Un témoignage inédit sur le concile du Puy on 1222. — 
P. 257. Ch. Jacotin de Rosières. Tableau votif de la famille Dugone 
du Puy (1645). 

Fascic. 4. P. 259-91. C. Fahre. Un épisode de la Divine Comédie qui se 
relie au Vclay. [Conférence où M. F., après avoir donné, à l'aide de 
dix-nëuf projections lumineuses, une analyse de l'Enfer, porte son 
iitlonlion sur les chants VI et VII du J'urgatoire. Le portrait que 
liante a tracé de Sordel est bien tiré de l'histoire et des poésies de ce 
tioubadour et particulièrement du sirventés sur le partage du cœur de 
Blaratz. Le conférencier reproduit ce sirventés et la chanson Qiti 's 
mrmbra <fel rrgle qu'es passais, ainsi que les passages correspondants 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 93 

de Dante. Il ressort de ce rapprochement que l'auteur de la Divine 
Comédie s'est bien inspiré de Sordel, qui avait écrit sous l'influence de 
Guida de Rodez, baronne de Montlaur (Velay). Il a été inférieur à son 
modèle. Étude neuve, qui contribue, comme tous les travaux de M. F., 
à faire connaître critiquement la poésie provençale en Velay; cf. dans 
Afinales du Midi, XXIV, une étude du même auteur sur Guida de 
Rodez.] — P. 305-19. U. Rouchon. Henri Mosnier (1846-1848). Biblio- 
graphie de S3s travaux. [Étude utile et soigneusement documentée 
présentant une courte biographie d'Henri Mosnier, illustrée d'un beau 
portrait en photogravure dans une planche hors texte, et une analyse 
très claire de ses travaux divers, tous consacrés à l'histoire du Velay. 
La bibliographie qui suit comprend soixante-six mémoires, articles ou 
brochures encore consultés par les érudits.] — P. 320. P. Le Blanc. 
Lettres inédites du sculpteur Pierre Julien. — P. 321-6. GRELtBT de 
LA Deyte et G. Fabbb. Généalogie des d'Apechier. Tensons Apechier- 
Torcafol. [Compte rendu d'une étude importante dans laquelle G. de 
la D. a dressé, avec toute la documentation possible, la généalogie de la 
grande famille d'Apechier, qui a joué un rôle considérable dans 
l'histoire du Gévaudan et du Velay. C. F. a illustré cette généalogie par 
une réédition critique des poèmes de Garin d'Apechier et de Torcafol ; 
ces poèmes se rapportent à une lutte du clergé contre la noblesse 
en 1187, et Torcafol a été enfin identifié sûrement avec un baron de 
Roquefeuil qui fut l'âme même de cette guerre du côté de la noblesse. 
Travail très utile pour l'histoire locale et pour la restauration des lettres 
provençales.] — P. 326-9. Fourier. Promenades archéologiques à Poli- 
gnac, au rocher Corneille, autour de la cathédrale du Puy, au Baptis- 
tère Saint- Jean, et à la villa Urbana. [Découverte dans ce dernier 
endroit d'une pièce en bronze à l'effigie de Magnence, chef franc, pro- 
clamé empereur à Autun en 350. Autre trouvaille d'une pièce d'or à 
Varennes (commune de Monlet). Elle porte le buste de l'empereur 
Gratien.] — P. 332. N. Bail à ferme de la fontaine d'eaux minérales de 
Bonnefont, dite aussi des Salles ou des Rofières (16 juin 1719). C. F. 

Lot-et-Garonne. 

Revue de VAgenais, t. XXXVIII, 1911. 

p. 1-16. J.-R. Marboutin et J. Dubois. Le château de Plèneselve et ses 
seigneurs. [Bâti au xiii« et peut-être au xip siècle, aux portes d'Agen, 
transformé et agrandi au xv', restauré au xvii'^ siècle.] — P. 17-42. P. Du- 
BOURG. La Grange de Fonclaire, fondée par les religieux prémontrés, 
paroisse et maison noble en la juridiction de Damazan, du xiii* siècle à 



04 ANNALES DÛ MIDI. 

la fin du xviii*. [Chapitre détaché d'une Histoire de Damazcoi qui vient 
de paraître, énorme compilation où l'auteur, qui sait beaucoup de choses, 
a placé tout ce qu'il savait sur cette commune.] — P., 48-64. J.-B. Gui- 
LHAMON. Extraits de la correspondance de Jéan-Jacques de Cossaune, 
brigadier de cavalerie, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint- 
Louis (1772-1786). [Il y est question d-es réformes militaires que le 
ministre de la guerre, M. de SaintTGermain, voulait faire adopter par 
l'armée, des événements politiques du temps et des faits et gestes de la 
Cour. Cossaune était né en 1733, à La Faverie, près de Montaigut- 
d'Agenais; retiré du service en 1788, il serait mort vers 1806. Rien de 
saillant dans sa carrière. M. Guilhamon a oublié de nous dire oîi se 
trouve cette correspondance intéressante et quel en est le propriétaire.] 
•— P. 65-77-. M-. JoRET. Un an de Consulat au Mas-d'Agenais en 1618. 
[Mémoire de François de Laroche de Tamizé aux consuls et syndic du 
Mas, au nom et comme héritier de Guyon de Laroche, son grand-père, 
premier consul et receveur des deniers de la ville en 1618. J — P. 93-104. 
Ph. Latjzun. Souvenirs du vieil Agen. La porte de Garonne ou Pont- 
Long. [Deux simili-gravures représentant cette porte, l'une des plus im- 
portantes du vieil Agen.J — P. 105-23. Dubois. Pierre de Villemon (1608- 
1657) et son mariage avec Marguerite de Meilhoc. [Amusante histoire 
d'une jeune fille rouée dont les désirs... matrimoniaux furent toujours 
très vifs et d'un petit jeune homme qui, débarrassé des liens du ma- 
riage, put convoler... avec de bons bénéfices ecclésiastiques. \ — P. 123-41 . 
J. MoMMÉJA. Les plaques de cheminées primitives agenaises ou péri- 
gourdines. — P. 142-7, 526-37. Ch. Bastard. Au pays des Sotiates. 
[Notes intéressantes au sujet de Sos, l'oppidum qui arrêta les légions 
de Crassus; Meylan, avec ses traces d'exploitation de minerai de fer et 
ses monuments mégalithiques ; Cazeaugrand, où l'on a découvert des 
tombeaux antiques; Saint-Martin-d'Albret, où des couverts de sarco- 
phages ont été mis à jour; Lisse et sa verrerie du xviii* siècle.] — 
P. 148-63. R. Bonnat. Les Conventionnels en exil. [A propos du livre de 
feu M. A. Tournier, député de l'Ariège, édité par un Lot-et-Garoimais, 
Paul Maryllis.] — P. 189-99, 381-97. Ph. Lauzun. Souvenirs du vieil 
Agen. [Étude sur la porte Saint-Antoine, le pont Saint-Georges et le 
quartier Saint-Ililaire.] — P. 200-16. P. Dubourg. Correspondance de 
l'abbc Etienne Perpignan, curé de Damazan, avec le cardinal de Cler- 
mont-Tonnerre, archevêque de Toulouse (1821-1828). — P. 217-32. Duren- 
QUES. La maison Saint-Martial, à Agen ; ses propriétaires, ses hôtes. 
[Datant du xviii* siècle, elle servit successivement de dépôt de mendicité, 
de maison des pauvres, d'asile pour insensés, d'école des Frères de 



PÉRIOmQUES MÉRIDIONAUX. 95 

Marie, d'école privée, d'école normale d'instituteurs, de cercle catho- 
lique d'ouvriers, de logement pour les missionnaires diocésains, etc.] — 
P. 233-7. Marboutin. Un autel chrétien du vi^ siècle. [En marbre blanc 
de 81 centimètres de long et de 77 de large; il a été trouvé au pied de 
Puymirol, dans un champ. On l'a transporté au château de Nandou, 
tout proche.] — P. 240-6. De Dienne. La prépondérance politique du 
Midi à pi'opos d'un travail de M. Fernand Mauroux. [Fantaisie.] — 
P. 251-66. Ph. Lauzun. Deux ans de mission scientifique en Algérie 
(1840-1842). Dernières lettres de Bory de .Saint-Vincent. [Quarante-trois 
lettres où Bory parle de sa démission de député, du mariage de sa se- 
conde fille, du choléra à Paris et de la mission d'exploration en Algérie 
dont il fut le chef.] — P. 285-303, 398-408, 477-93. Marboutin. Le château 
de Castelnoubel. [A 10 kilomètres d'Agen; du xiii« siècle pour quelques 
parties du soubassement; refait aux xiv, w et xvi» siècles.] — P. 304- 
22. Benaben. Villeréal. [Bastide fondée en 1265, au temps d'Alphonse 
de Poitiers; elle est aujourd'hui chef- lieu de canton.] — P. 323-47, 
423-34. Momméja. Un musée d'an chrétien hispano-mexicain. [Notes 
sur les collections léguées par l'abbé Lanusse, ancien aumônier de 
Saint-CJyr, aux villes de Tonneins et d'Agen et refusées par ces derniè- 
res.] — P. 409-22, 538-48. A. Vacquié. L'abrégé de l'histoire de Saint- 
Maurin par un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. 
[Résumé de dom du Laura.] — P. 435-44. Guilh.4.mon. La grande peur 
de 1789 dans le Haut-Agenais. — P. 491-508. R. Bonnat. Le recensement 
de 1911. [Notes démographiques sur la dépopulation dans le départe- 
ment de Lot-et-Garonne. De 347.073 habitants en 1841, le département 
est tombé, en 1911, à 268.083.] R. B. 

Pyrénées-Orientales. 

I. Revue catalane, organe de la Société d'étude.s catala 
nés, Perpignan, t. I, 1907. 

P. 26-30, 57-60, 90-4. J. Gibrvt. Notes historiques sur la commune et la 
paroisse de Tresserre. [Brèves annales jusqu'à 1841.] — P. 120-4. Ph. 
Torreilles. Les inondations de Perpignan en 1632. [D'après les « Mé- 
moires de Saint-Jean ».] — P. 154-7, 186-91, 218-23. J. Gibrat. Aperçu 
historique sur Nidoleras, Torderas et Fourques. — P. 282-5, 316-9, 
346 9, 372-5. Deux familles catalanes au xvii« siècle. [Famille Pont et 
famille de Aux; généalogie, vie politique, vie domestique.] 

T. Il, 1908. 
P. 26-8, 90-4. Deux familles catalanes au xvii* siècle. [.Suite.] — P. 155-8. 



96 ANNALES DU MIDI. 

J. BoNAFONT. 111e et les Angelets. [Épisode de cette émeute bien connue.] 
P. 249-53, 283-7, 314-8. J. Capeille. Figures d'évêques roussillonnais. 
[Pierre de Çagarriga, 1403-1418.] 

T. III, 1909. 

p. 24-9, 58-62, 89-94, 121-4, 158-9, 185-90, 216-22, 248-56, 282-8, 314-7, 346-51, 
877-9. J. Capeille. Figures d'évêques roussillonnais. [Suite. Michel de 
Perellos, 1378-1427; Paul Naudo, 1834-1848; Udalgar de Castellnou, 
1130-1147, qui fit établir le Cartulaire d'Elne; Guillaume de Céret, 
1187-1197; Guillaun)e d'Ortafa, 1202-1209; Arnaud de Serralonga, 1223- 
1224; Raymond de Cortsavi, 1318-1321; Bérenger BatUe, 1320-1349; Guy 
de Terrena, 1321-1353; Hugues de FenoUet, 1346-1356; Hugues de Llu- 
pia, 1379-1427.] — P. 18:3-4. R. de Lacvivier. Textes catalans. [Criées 
relatives aux épaves d'inondations, d'après Arcli. des P.-O., G. 79.] 

T. IV. 1910. 
P. 26-32, 56-63,88-95, 122-7, 155-60, 178-92. J. Capeille. Figures d'évêques 
roussillonnais. [Suite. Barthélémy Peyro, 1384-1408; Pierre de Cas- 
tellnou, 1254-1278; Raymond de Descallar, 1408-1415; Galcerand Albert, 
1431-1453; Raymond de (;osta, 1289-1310; Onuphre Réart, 1599-1620; 
Michel Pontich. 1686-1699; Pierre Soubiranne, 1880-1887.] — P. 378. 
B. Sahrieu. Note sur l'étymologie du mot « Catalogne ». [Soutient 
Cap{i)taloniade caput, qui serait une désignation géographique imagée.] 

T. V, 1911. 

P. 27-30. J. Capeille. Gabriel de Llupia. [Notes généalogiques, carrière 
politique de ce personnage, successivement procureur royal, lieutenant 
général et commandant du château de Perpignan, fin xvi' et début du 
xvii" siècles.] — P. 54-6. Mathieu Maron et les œuvres d'art de l'église 
de Nefiach. [Maron fit reconstruire et décorer cette église; détails his- 
toriques sur les œuvres commandées à cet effet.] — P. 114-7. J. Capeille, 
Jdsoph de Margarit de Biuro, marquis d'Aguilar, 1602-1685. [Collabora- 
teur de la pénétration fran(;aise en Roussillon.] — P. 184-7, 241-4, 
316-9, 336-40, 380-2, 403-7. R. de Lacvivier. Textes catalans. |Kvêché 
d'Elne et Perpignan. P. 405, reproduction du cofiret d'Elne, monument 
historique.] — P. 238-40. J. Capeille. Les auteurs du Gallia Christicuia 
à l'abbaye de Saint-Martin du Canigou. [Dom Martin et Dom Durand, 
d'après les leuvrcs imprimées; détails sur les archives du monastère.] 

J. C. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 97 

JI. Ruscino, revue d'histoire et d'archéologie du Roussil- 
lon et des autres pays catalans, t. I, 1911. 

P. 7-22, 569-85. F. -P. Thiers. Fouilles de Castel-Roussillon. [Extrait du 
rapport publié sur ces importantes fouilles dans le Bulletin du Comité 
des travaux hist., 1910 et 1911.] — P. 23-42. B. Alart. Origines chré- 
tiennes du Roussillon. [Œuvre posthume. Étude critique sur l'histoire 
primitive des églises de Narbonne, Elne, Gérone et Urgel. La foi chré- 
tienne a été introduite vers le milieu du iii« siècle en Roussillon, par 
saint Saturnin ou saint Paul de Narbonne. J — P. 42-57. P. Puiggari 
L'église Saint-Jean-le- Vieux de Perpignan. [La question de l'origine 
de cette église n'est pas résolue.] — P. 58-98, 255-67, 0394-405, 600-11. 
P. Vidal. Sources narratives locales de l'histoire du Roussillon. [Mé- 
moriaux de Saint-Jacques de Perpignan, mémoriaux de Saint-Jean de 
la môme ville. Livre Vert mineur de la mairie, registres de chancel- 
lerie et registres de notaire, 67 documents à ce jour.] — P. 99-102. 
J. Massot. Découvertes de monnaies gauloises et de monnaies romai- 
nes à Bonpas. — P. 103-10. J. Sarrète. Découvertes archéologiques à 
Palau-del-Vidre. [Substructions, monnaies, pavement, op''5 spicatum, 
époque romaine.] — P. 111-7. P. Vidal. Les vicomtes de Fenouillet et la 
vicomte d'Ille. [Édition critique de la charte inédite du roi Sanche de 
Majorque portant création de la vicomte.] — P. 118-35. Id. Documents 
inédits relatifs à Joseph Fabre, député des Pyrénées-Orientales à la Con- 
vention nationale. [Favorables au conventionnel, mais qui ne sauraient 
le laver de l'accusation portée contre lui par son collègue Cassanyes 
d'avoir poussé la prudence jusqu'à simuler la maladie pendant le pro- 
cès de Louis XVI.] — P. 136-42. M. Pratx. Les sources de l'histoire du 
Roussillon d'après les cartulaires roussillonnais. [Ces cartulaires, copiés 
sur les originaux perdi^s, peuvent, jusqu'à un certain point, y suppléer.] 
— P. 142-51, 298-307. P. Vidal. Contribution au Dictionnari de la 
llengua catalana. — P. 161-99. P. Tastu. Considérations sur les beaux- 
arts en Roussillon. [Œuvre posthume : architecture; mobilier.] — 
P. 200-1. L. DUR.4.ND. Note sur les dernières frappes de la monnaie de 
Perpignan. [Rectifie l'ouvrage classique de Colson. Le dernier millésime 
inscrit est 1834 et la dernière frappe est du 12 janvier 1835.] — P. 202-24. 
M. Pratx. Aperçu historique sur la propriété des cours d'eau du Rous- 
sillon. [Exposé clair du difficile problème du régime des eaux en Rous- 
sillon. Suit une « Réponse pour le marquis d'Oms, seigneur de Sorède 
et autres lieux au mémoire du s' Bertaux, régisseur du domaine de 
S. M. »]— P. 268-83. Ph. Torreilles. L'alignement des rues de Perpi • 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 7 



98 ANNALES DU MIDI. 

giiaii au XVIII' siècle. [Étude de topographie et de voirie.] — P. 284-8. 
F. DE FossA.. T^es sources de l'histoire du Roussillon. [Précieuse nomen- 
clature de l'œuvre de Fossa dressée par son arrière-petit-fils, possesseur 
de ses papiers.] — P. 289-97. P. Vidal. Germain Verdier, vicaire épis- 
copal de l'évêque constitutionnel Gabriel Deville, [Biographie en partie 
d'après la communication de documents privés.] — P. 321-30. J. Sarrète. 
La vierge aux deux reptiles de Vinça. [Vierge assise tenant l'Enfant; aux 
pieds du groupe, deux bêtes étranges, dragons ou reptiles ; serait, d'après 
l'auteur, du xv siècle.) — P. 331-59. P. Vidal. Ramon Lull, 1235-1315. 
[Étude synthétique et analyse d'œuvres littéraires. L'auteur pense que 
les œuvres latines de Lull ne sont que des traductions plus ou moins 
fidèles d'originaux en catalan.] — P. 406-27. Documents inédits sur l'his- 
toire de la Révolution dans les Pyrénées-Orientales. [Fragments des 
mémoires de Cassanyes. Fin de la carrière parlementaire de ce député du 
département à la Convention, aux Cinq-cents ; son retour en Roussillon.] 
— P. 428-34. P. Vidal. La restauration des monuments historiques clas- 
sés des Pyrénées-Orientales. État actuel, précisions historiques.] — 
P. 435-46. La vicomte de Canet, [Édition critique de la charte de création 
inédite, émanée du roi Sanche de Majorque.] — P. 447-59. B. Alart 
Observations sur le nom de quelques rues de Perpignan. [Œuvre pos- 
thume, avec notes explicatives et rectificatives de P. Vidal.] — P. 481-513. 
P. iiEiuiuE. Études critiques sur les chansons catalanes. [A suivre.] — 
P. 555-61. P. Vidal. — Documents inédits sur l'histoire du Roussillon. 
Charte de Louis XIV portant donation de la vicomte de Canet en faveur 
de Jacques de Fontanella (avril 1G49). — P. 561-4. P. Vidal. Le bénitier 
de l'église d'Elnc. [11 pourrait être un ancien autel païen datant du 
I" siècle.] M. S. 

m. Société agricole, scientifique et littéraire des Pyré- 
nées-Orientales^ t. LU, 1911. 

P. 1-35. GiRALT. Notice historique sur les communes de Jujols et Escaro. 
[Recherches dans les archives départementales.] — P. 37-93. P. Mas- 
Nou. Mémoires de l'église Saint-Jacques de Perpignan. [Extrait dont la 
série sera continuée.] — P. 95-163. Ph. Toiireilles. L'abbé Xaupi, 
1688-1778. [Hlographie d'un polémiste célèbre, surtout engagé dans la 
fameuse querelle des « bourgeois nobles », et qui fut l'un des précur- 
seurs de l'histoire roussillonnaise.] — P. 155-98. M. Pratx, N'Aligsen 
de Mont Esquieu. [Attachante étude, qui aboutit à révoquer en doute 
un épisode séduisant de la croisade de Philippe le Hardi.J — P. 199-367. 
J. FuEixE. liC passage du Perthus, 1295-1462. [L'érudit à qui l'on doit 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 99 

d'avoir irréfutablement démontré que la voie romaine franchissait le 
col du Perthus relate ici dans leur ordre rationnel tous les événements 
historiques qui ont eu ce col pour théâtre, dans une étude serrée et 
importante qui intéresse à mainte reprise l'histoire générale.] — P. 369- 
413. P. Tarris. Notes sur Céret pendant la Révolution. [Beaucoup de 
pièces extraites des archives municipales.] M. S. 

Tarn, 

Revue du Tarn., t. XXVII, 1910. 

P. 1-34. E. Gleyzes. Contribution à l'historique des bataillons de volon- 
taires du Tarn, 1791-1793. [Les bataillons de « gardes nationaux volon- 
taires », organisés dans toute la France à partir de juin 1791, formèrent 
dans le Tarn un total de 19 compagnies et de 1.U55 hommes. En mai 
1792, ces compagnies, alors réduites à 800 hommes, et de nouvelles re- 
crues se fondent en 2 bataillons de 8 compagnies ou 800 hommes cha- 
cun. Mais les réfractaires étaient nombreux (427); les volontaires, inoc- 
cupés, se livraient au désordre et à l'indiscipline. Le 1" bataillon, 
envoyé en Rouergue, le 2", à la frontière d'Espagne, ne furent enlin 
équipés qu'en octobre 1792 et complétés qu'en décembre. De même un 
3' bataillon, créé à partir du mois d'août, dirigé sur Nimes en janvier 
suivant. Ils semblent d'ailleurs s'être bien conduits aux armées : il y 
eut très peu de déserteurs.] — P. 35-48, 154-69, 232-51, 842-51. G. Du- 
MONs. Les réfugiés du pays castrais. [Liste des protestants réfugiés à 
l'étranger pour cause de religion et provenant de la partie de l'Albigeois 
et du Lauragais dont Castres est le centre. Travail très bien fait; les 
sources manuscrites et imprimées sont indiquées avec soin. L'ordre 
suivi est l'ordre alphabétique des noms des réfugiés. Nombreuses notes 
biographiques.] — P. 49-62. Ch. Portal. Une imitation de l'horloge de 
Strasbourg par un Tarnais. [Salvi Sieurac, cultivateur de Gaillac, 1815- 
1877. Textes d'un rapport officiel et d'un projet à ce relatifs.] — P. 63- 
72, 170-77, 252-G6, 353-06. E. Thomas. Le monastère de Saint-Pierre de 
La Salvetat, près de Montdragon. [Issu de la grande abbaye catalane 
de Saint-Pierre-de- Rodes, par donation de 1072. Son église serait la même 
que celle dite : de Saint-Pierre du Puy. Les moines suivaient la règle 
de Cluny. Ce monastère, qui était en ruines au début du xiii' siècle, 
fut restauré en 1247 par l'abbé de Rodes au profit de religieuses béné- 
dictines, placé sous l'autorité de l'évêque d'Albi, puis de celui de Cas- 
tres à la création de cet évêché. Historique de leur couvent, notamment 
durant les guerres de religion. Organisation intérieure : ce chapitre est 
le plus intéressant.] — P. 73-89. De Blay de Gaïx. Conflit de juridic- 



100 ANNALES DU MIDI. 

tion entre le Parlement de Toulouse et la Cour des comptes de Mont- 
pellier suscité par les consuls de Castres aiin de mettre obstacle à la 
séparation des territoires de Castres et de Lagarigue. [1651-1658.] — 
P. 9Û-1U7, 186-93, 27-1-93, 385-93. A. Vidal. Les vicomtes et la vicomte 
de Paulin. [Suite et fin de cette étude, commencée au t. XXI V^ 1907 : 
elle se termine à l'époque où la vicomte disparaît « dans la tourmente 
révolutionnaire ». Cependant une courte notice est consacrée au dernier 
héritier des vicomtes. De Carion de Nisas, soldat de l'Empire, maître des 
requêtes au Conseil d'État sous la Restauration. En appendice, analyse 
sommaire de pièces relatives à la vicomte. A suivre.] — P. 108-18, 178-85, 
ié9i-309, 367-79. E. Marty. Archives des notaires de Rabastens. [Suite de 
cette importante publication, commencée au t. XXV, 19U8. Celui-ci la 
conduit du l'^'' janvier 1582 au 2 avril 1625.] — P. 209-31. De Blay de 
Gaïx. Récit des tentatives faites vers le milieu du xvi« siècle par noble 
Antoine de Pélapol, de Valdurenque, pour se rendre indépendant du 
seigneur de Gaïx. [Procès et combats, qui se greffent sur les guerres de 
religion et se terminent en 1575. La tentative échoua. L'auteur aurait 
pu consulter, à Toulouse, les Archives du Parlement (sér. B des Arch. 
de la Haute-Garonne).] — P. 267-73. E. Bécus. Inventaire ou répertoire 
raisonné des titres et papiers qui sont dans les archives du château de 
Trévien (1774). [Très sommaire. Papiers des xiii«-xviii« ss.] — P. 314-21, 
De Bourdes. Notes écrites par le notaire Jean Guérin, de Puycelsi, sur 
divers événements compris entre 1.569-1594. [Ces notes, sorte de chroni- 
que, ne sont pas dans l'ordre chronologique.] — P. 329-41. A. Vidal. 
Douze comptes consulaires d'Albi du xiv« siècle. [I. La ville d'Albi. 
Ceci est l'introduction que M. Vidal a mise à sa publication des Comp- 
tes consulaires, dont nous rendrons compte. A suivre.] 

T. XXVllI, 1911. 
p. 1-21, 110-.50, 236-56, 357-67. L. Belot. Auger Gaillard, lou roudié de. 
Rabastens. [« Le charron », né vers 1530, donc contemporain des guer- 
res de religion, fut aussi musicien et poète populaire, très réputé, 
accueilli partout, protégé de Du Bartas. Huguenot, il paraît être mort à 
Pau, près de la cour du roi de Navarre, vers 1.595. Étude sur ses poésies 
en langue française et en patois, celles-ci les plus nombreuses. Biblio- 
graphie.] — P. 2.5-44, 174-81, 291-306, 368-77. G. Dumons. Les réfugiés du 
pays castrais. [Suite et à suivre.] — P. 4.5-57," 161-73, 273-90, 378-86. 
E. Tiio-MAS. Le monastère de Saint-Pierre de La Salvetat près de Mont- 
dragon. [Suite et à suivre.]— P. 70-83, 151-63. A. Vidal. Douze comptes 
consulaires d'Albi au xiy" siècle. [Fin. II. Notions historiques. III. Ilis- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAT-X. 101 

toire sociale. IV. Langue.] — P. 84-98, 188-95. .320-35, 404-11. E. Marty. 
Extraits des registres des notaires de Rabastens. [Suite, jusqu'au 
10 mars 1705. L'intérêt de ces extraits diminue, comme de juste, à 
mesure que l'œuvre avance dans le temps.] — P. 102-15, 257-72. 
A. Vidal. Les vicomtes et la vicomte de Paulin. [Fin de l'inventaire des 
papiers relatifs à la vicomte et aux vicomtes. Texte complet d'un acte 
de partage (de 17-5.5) des biens du vicomte et de sa femme.] — P. 129-39. 
Th. Bessery. Un plan de la ville et des environs de Layaur. [Du xviii" 
siècle et, plus précisément, de 1770. Étude très exacte de ses principales 
particularités. Fac-similé. Texte d'une description de liavaur de la fin 
du xvii« siècle.] — P. 209-35, 387-97. C. D. Collection d'objets d'art de 
MM. Bérenguier et Bo\-als, à Rabastens (Tarn). [Collection très variée 
qui comporte beaucoup d'œuvres du pays : poteries et meubles en par- 
ticulier.] — P. 3-53-6. A. Vidal. L'art albigeois au xvp siècle. [Brodeurs 
et tapissiers à Albi en 1.578. Une pièce justificative.] P, D. 

Tarn-et-Garonne. 

I. Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Ga- 
ronne, t. XXXIX, 1911. 

P. 21-39. Abbé C. Daux. L'inquisition albigeoise dans le Montalbanais. 
[D'après l'Hérésie albigeoise et l'Inquisition e>i Quercy, de M. Albe.] 

— P. 10-54. H. DE France. La traite foraine d'Auvillar et les transports 
de vins. [Nombreux détails sur le commerce du vin, de l'eau-de-vie et 
des prunes et sur les transports par la Garonne; plusieurs pages sont 
consacrées au vin de Gaillac] — P. 5.5-67. Abbé F. Laborie. La subdé- 
légation de Caussade en 1764. [Texte de la réponse du subdélégué de 
Caussade à un questionnaire de l'intendant de Montauban sur la situa- 
tion économique, religieuse et politique de la subdélégation.] — P. 68-71. 
R. L.AToucHE. Note sur les archives de Castelsarrasin et de Montpezat. 

— P. 71-79. Ph. Lauzun. Le fonds d'Armagnac aux Archives départe- 
mentales de Tarn-et-Garonne. [D'après l'inventaire de la série A (fonds 
d'Armagnac) et la préface de M. Ch. Samaran.] — P. 119-20. J. Donat. 
Le rétable de l'église de Larrazet (Tarn-et-Garonnej. [Sa date : 1687.] — 
P. 120. Chanoine F. Pottier. Trouvaille Île monnaies des xv« et xvi'' siè- 
cles en Quercy. — P. 138-46, Chanoine Albe. Les Carmes à Lauzerte. 
[Traduction d'un règlement fait en 1350 pour déterminer leurs relations 
avec le curé de la ville.] — P. 152-8. E. Forestié. Documents complé- 
mentaires sur Guillaume Du Cos de la Hitte. [Notes de M. Enlart sur 
ce personnage; analyse de plusieurs documents provenant du château 



102 ANNALES DU MIDI. 

d'Esclignac ; l'iin d'eux, le brevet de capitaine garde et gouverneur de 
Gènes, est une pièce apocryphe, dont M. Latouche prouve sans peine, 
en note, la fausseté.] — P. 159-70. D"' Boé. Lo libro de las reconeyssen" 
sas de Lhospital de Nostra Dama Dalem. [1517. Il s'agit d'un hôpital 
situé aux portes de Castelsarrasin. Analyse sommaire de ce registre.] 
— P. 171-77. Baron de Lacger. Lettres d'un volontaire de 1793. [Ana- 
lyse de sept lettres d'un volontaire de l'armée des Pyrénées-Occidenta- 
les.] — P. 178-83. Chanoine F. Pottier. Une statue du xv* siècle à Gan- 
dalou. [Cette statue représente saint Vincent.]— P. 184-6. Abbé Taille- 
fer. Fondation de la confrérie de Saint-Eutrope dans l'église de Saint- 
:Michel de Montaigu (30 avril 1642). [Texte de ce document.] — P. 216-48. 
Chanoine Albe. L'aliénation du temporel des bénéfices dans le diocèse de . 
Cahors à la fin du xviii* siècle. [Analyse d'un Registre des requestes 
de la descharge du temporel de messieurs du clergé, pour maître 
Jehan Caissnc, notaire royal et secrétaire des descharges. M. Albe 
s'est contenté d'analyser les documents qui concernent le diocèse ac- 
tuel de Montauban. On trouve de curieux renseignements sur l'état pré- 
caire des établissements religieux à cette époque.] — P. 249-62. L. Mau- 
QUiÉ. Pierre-Jean-PVançois Percin de Montgaillard, évêque de Saint- 
Pons. [D'après un ouvrage de M. Sahuc. A la suite de cet article se 
trouve un appendice plus original sur les résidences de la famille de 
l'efcin et le château de Montgaillard. C'est dans ce château que fut 
trouvée, au xviip siècle, une pierre commémorative de l'incendie de 
Lectourede 1473.] — P. 289-302. Chanoine F. Pottier. Edouard Forestié. 
[Notice nécrologique suivie d'une bibliographie.] — P. 316-33. H. de 
France. Montauriol ; docurnents inédits. [Analyse de documents rela- 
tifs aux tombeaux et aux chapelles que renfermait l'ancienne cathédrale 
de Montauban et extraits pour la plupart de registres de notaires dépo- 
sés aux Archives de Tarn-et-Garonne. L'autour termine son article par 
le texte d'un acte intéressant dans lequel un chanoine de la cathédrale 
vend à son successeur le logement qu'il occupe dans les bâtiments 
claustraux.] — P. 3;31-42. A. Laikont. Les Cordeliers et le Collège de 
Beaumont. [Établissement des Cordeliers à Beaumont-de-Lomagne en 
I.OIC; description archéologique de leur couvent; l'administration du 
collège de Beaumont sous leur direction au xviii' siècle; liste des Cor" 
deliers à l'époque révolutionnaire] — P. 343-8. Abbé Galarert. Une 
sédition à Lacapelle-Livron en janvier 1562. [D'après un acte notarié que 
l'auteur publie.] — P. 349-54. R. Latouche. Archives départementales. 
Rapport pour la seconde session ordinaire du Conseil général de 1911. 
[Extrait de la partie du rapport où il est traité des archives communa- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 103 

les]. — P. 355-7. Abbé Taillefer. Dotation d'une chambrière de Mar- 
guerite de Valois (11 août 1590). [Texte de l'acte de dotation.] 

R. L. 

II. Recueil de V Académie des sciences, belles -lettres et 
arts de Tarn-et-Garonne^ 2® série, t. XXV, 1909. 

p. 77-87. M. Labro. Le tunnel de Puymorens et le pays d'Ariège. [Rapide 
esquisse.] 

T. XXVI, 1910. 

P. 41-58. Abbé P. Guilhem. Notes sur l'histoire de l'Académie de !\Ion- 
tauban. [D'après le registre des prix d'agriculture fondés en 1777.] 

R. L. 

Vienne (Haute-). 

I. Archives historiques du Limousin, Vf' série, Archives 
anciennes, t. XII. 

Documents limousins des Archives de Bordeaux et autres villes, 
publiés et annotés par Alfred Leroux. Tulle, iiiipr. du Corrézien ré- 
publicain, 1912, gr. in-S» de xiii-396 pages. 

Comprend les matières suivantes : 1. Chartes diverses, 1243-1482. [Repro- 
duction intégrale d'un registre de la collection Joursanvault, apparte- 
nant aux archives municipales de Bordeaux.] — II. Registres secrets 
du Parlement de Bordeaux, de 1527 à 1749. [Extraits concernant le 
haut et le bas Limousin.] — III. Documents relatifs aux Trinitaires 
et aux PP. de la Mercy, dans le diocèse de Limoges, 1722-34. [Tirés des 
archives départementales de la Gironde.] — IV. Documents relatifs à 
la réforme de la taille dans la généralité de Limoges, 1713-42. [Même 
provenance. Concernent pour la plupart l'essai de taille tarifée tenté 
par Tourny dès 17.33.] — V. Documents relatifs à la suppression de la 
culture du tabac dans la vicomte de Turenne, 1724-32. [Même prove- 
nance. Cette suppression était la conséquence d'un arrêt du Conseil de 
février 1724.] — VI. Documents relatifs à l'état des rues, chemins et 
rivières dans la Généralité de Limoges, 1724-42. [Même provenance.] 

— VII. Correspondance administrative d'Aubert de Tourny, intendant 
de la Généralité de Limoges, sur diverses affaires. [Même provenance.] 

— VIII. Lettres inédites du R. P. François Chabrol, récollet limousin, 
membre de l'Académie des Sciences de Bordeaux, 1754-71. [Tirées des 
mss. de l'Afeadémie, ces dix lettres, datées respectivement de Libourne, 
Brantôme, le Mont-Dore (?), Bordeaux et Limoges (six), traitent des 
sujets scientifiques les plus divers. La plus remarquable est celle qui 



104 ANNALES DIT MIDI. 

étudie pour la première fois les excavations souterraines de Limoges.] 
— IX. Documents divers des archives de Bordeaux, 1367-1775. [Le plus 
ancien de ces documents fait mention d'un concile des provinces de 
Bordeaux et Bourges, tenu à Limoges en 1366, concile dont on ne con- 
naît point d'autre trace.] = I. Ceremoniale festorum abbatiœ Sancti 
Martialis Lemoviceyisis, xiii« s. [Ms. des arcli. dép. de la Haute- 
Vienne, résumant le ms. coté aujourd'hui lat. 1341 de la B. N.] — 
II. Documents sur la Réforme en Limousin. [Suite de ceux qui ont 
paru dans les t. I, III et X. Concerne l'église réformée de Turenne, 
1680-82, d'après Arch. nat.,TT, XXXI.] — Extraits des registres parois- 
siaux du canton de Saint-Sulpice-les-Feuilles (Haute-Vienne), xvii« 
et xviii' ss. [Mentions chronistiques , communiquées par M. Roger 
Drouault.] — IV. Règlement des religieuses hospitalières d'Eymou- 
tiers, 1776. [Conservé aux archives de l'hôpital.] — V. Documents 
pédagogiques, xviii" s. [Exercices littéraires et thèses des collèges de 
Magnac-Laval et Limoges.] — Table des noms propres. X... 

II. Bulletin de la Société archéologique et historique du 
Limousin, t. LXI, 1911 et 1912. 

1" livr. P. 5-156. J. Loutchisky. La propriété paysanne en France à la 
veille de la Révolution, principalement en Limousin. [Suite de cet impor- 
tant travail. Fin dans la 2» livr.. p. 291-382.] — P. 157-64. A. Maurat- 
Ballange. Divorces de femmes nobles sous la Terreur. [Admet que ces 
divorces n'ont eu pour but que d'améliorer le sort politique des femmes 
qui les réclamaient.] — P. 165-236. J. Boulaud. Douze femmes d'émi- 
grés divorcées à Limoges sous la Terreur. 1793-94. [Suite dans la 2^ livr., 
p. 427-74. Accepte l'interprétation de M. Maurat-Ballange.] — P. 237- 
257. Abbé A. Lecler. Les hommes de guerre limousins : le colonel 
Ducheiron, 1770-1800. [Travail instructif, rédigé à l'aide de la corres- 
pondance du colonel.] — P. 2.58-83. F. Garrigou-Lagrange. Deux évê- 
(jues limousins du xiv« siècle. [Réginald de Maubernard et son neveu 
Geoffroi David, tous deux évêques d'Autun.J — P. 284-6. J. Demarty. 
La fusaiole do l'étang du Pont. [Croit qu'elle remonte à l'âge du bronze 
et prouve l'existence d'une station lacustre.] — P. 287-90. P. Didier. 
Objets trouvés dans l'ancien cimetière de l'église de Saint-Martial de 
Montjovis à Limoges. [Ce sont des poteries et des ferrures du xii' ou 
du XIII' siècle.] 
2» livr. P. 383-474. Georges Bertiiomier. Notes et documents sur les 
régiments de Saint-Germain-Beaupré. [Concernent quatre régiments 
seigneuriaux, d'armes différentes, fournis par la province de Marche, 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX, 105 

sans compter ceux d'Aubusson, de Beaufranchet, etc.] — P. 475-89. 
C. JouHANNEAUD. Le poète académicien Beaupoil de Sainle-Aulaire,. 
1G48-174!2. [Bon résumé de travaux disséminés.] — P. 490-518. A. De- 
martial. Chronique de l'orfèvrerie et de l'émaillerie anciennes de 
Limoges en 191L [Travail méritoire.] — P. 519-57. Documents histo- 
riques p. p. MM. A. Leroux, A. Guillard et R. Drouault. — P. 558-576. 
Comptes rendus de divers ouvrages par MM. B. Fage, F. Delage et 
A. Petit. — P. 577-89. Chronique bibliographique de l'année 1911, 
par M. A. Petit. A. L. 

PÉRIODIQUES FRANÇAIS NON MÉRIDIONAUX . 
1. — Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire^ 1911. 

P. 20-46, 53-75, 111-20. P. Lacombe. Bibliographie des travaux de M. Léo- 
pold Delisle. Supplément. [Pin.] — P. 76-95. E. Griselle. Un supplé- 
ment à la correspondance du cardinal de Richelieu. Une relation sur le 
début de l'année 1619. [Événements de Guyenne, Angoumois, La Rochelle, 
Languedoc] — P. 261-9. E. Griselle. Une échauffourée en Provence 
(1630-1631). [Extrait du journal inédit d'Arnaud d'Andilly.] F. P. 

S. — Bulletin de géographie historique et descriptive^ 
1911. 

P. 285-313. A. ViDiER. La mappemonde de Théodulfe et la mappemonde 
de RipoU ^ix^-xi^ siècle). [Le célèbre évèque d'Orléans, contemporain 
de Charlemagne. a décrit dans ses vers non une statue de la Terre, 
chez lui dressée, mais une carte qu'il avait fait peindre. M. V. croit en 
avoir retrouvé l'image dans le ms. 128 du fonds de la reine de Suède, 
au Vatican, ms. écrit à Ripoll, en Catalogne, au milieu du xi» siècle.] — 
P, 314-23. Ch. de la Roncière. Le portulan du xv« siècle découvert à 
Gap. [Gradué en latitudes, œuvre sans doute des hydrographes qui 
travaillèrent pour le prince Henri de Portugal, à une époque où l'inté- 
rêt de la cartographie se portait vers l'Océan... A la suite, description 
détaillée dudit portulan par l'abbé Guillaume, qui l'a fait photogra- 
phier en quatre parties.] — P. 324-31. R. Descharmes. La carte de 
Roussel et La Blottière et sa légende inédite. [Légende de tous les cols 
qui vont de France en Espagne, document et carte révélés par le Bulle- 
tin trimestriel de la section du Canigou (Club alpin français); ils 
remontent à 1716-19-30 et sont fort remarquables. La carte est en voie 
de publication.] P. D. 



106 ANNALES DU MIDI. 

3. — Revue historique, t. CVI, janvier-avril 1911. Néant. 
— T. GVII, mai-août 1911. 

p. 241-71. P. Gaffarel. Les massacres de Cabrières et de Mérindol en 
1515. [Récit détaillé de cette horrible tragédie et du procès qui s'ensui- 
vit contre les bourreaux sous Henri lï, en 1549, devant la grand'cham- 
bre du Parlement de Paris. Les accusés, baron de Lagarde, président 
d'Oppède et autres, furent acquittés. Seul, l'avocat général Guérin fut 
condamné à mort et étranglé, non en expiation des massacres, mais 
pour d'autres crimes.] 

T. CVIII, septembre-décembre 1911. 

P, 59-74, 294-318. H. Hauser. Un récit catholique des trois premières 
guerres de religion. Les Acta tumultuum gallicatiortim. [Traduction 
du récit, dont l'auteur est un fanatique. Il intéresse le Midi. Excellente 
annotation. A suivre.] — P. 276-93. Ch. Samaran. Dominique de Gour- 
gues. [Cf, M. Delpeuch, Un glorieux épisode 7naritime et colonial 
des guerres de religion. Le capitaine de la tnarine royale Domini- 
que de Gourgues et le tnassacre de la colonie protestante de la Flo- 
ride (1565-1568), dans la Revue maritime, 1902. p. 1882-1931 et 2150-91. 
Ce capitaine landais vengea, à ses frais et risques, le massacre par les 
Espagnols des petites colonies françaises que Ribault et Laudonnière 
avaient installées en Floride. Revenu en France et poursuivi par le roi 
d'Espagne, il dut se cacher pendant un an à Paris, « en la cour de 
Rouen ». Son testament, de 1581, dont texte, prouvant qu'il était catho- 
lique. Son ami, Pierre de Vaquieux, receveur des tailles du Condoujois, 
qui l'assista de tous ses moyens lorsqu'il se cachait à Paris : Vaquieux 
a fourni des nmseignements sur Gourgues à l'historien La Popelinière 
pour son ouvrage, Les trois mondes, liv. II. Le portrait du cabinet 
des estampes (Bibl. Nat., sér. N') : c'est celui, non de Dominique, mais 
de son neveu, M. A. de Gourgues, premier président au Parlement de 
Bordeaux en 1616.] 

T. GIX, janvier-avril 1912. 

P. 75 84. II. Hauser. Les Acta tumtiltuum gallicanorum. [Fin.] — 
P. 3U7-34. P. Fredericq. Les récents historiens catholiques de l'Inqui- 
sition en France. [M"' Douais, L'Inquisition, ses origines, sa procé- 
dure (Paris, Pion, 1906); E. Vacandard, L'Inquisition, étude histori- 
que et critique sur le pouvoir coercitif de l'Église (Paris, Bloud, 1906 
et 1909); IL Maillet, L'Église et la répressio7i sanglante de l'hérésie 
(Paris, Champion, 1909); Th. de Cauzons, Hist. de l'Inquisition en 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONA.UX. 107 

France, t. I (Paris, Bloud, 1909). Article remarquable, dû à un homme 
admirablement informé. L'historiographie catholique « avec M" Douais 
s'attarde encore à l'apologie quand même. Avec M. l'abbé Vacandard 
elle admet presque tout ce que Lea a mis définitivement en lumière, 

. quoiqu'on proclamant avec une candeur enfantine que tout cela est à 
l'honneur de l'Église. Avec M. de Cauzons, enfin, elle reconnaît que 

, l'Inquisition fut une institution en opposition avec l'Évangile, en même 
temps qu'une fausse manœuvre dont les conséquences funestes pèsent 
encore de nos jours sur le catholicisme ».] 

T. ex, mai-août 1912. 

P. 291-3^1. H. Patry. Les débuts de la Réforme protestante à Bordeaux 
et dans le ressort du Parlement de Guienne. [I. Thomas Illyricus, réfor- 
mateur catholique avant la Réforme : c'était un moine originaire d'Illy- 
rie, qui prêchait entre 1516 et 1522 en Guienne, mais aussi à Grenoble, 
à Toulouse, contre les vices de l'Église; ses succès furent éclatants. 
.II. Humanisme et Réforme à Bordeaux. Le collège de Guienne. Les 
idées de Luther dès 152-J avaient pénétré en ce pays. Farel y prêchait; 
les supplices commencent en 1530. Jean de Tartas, puis Govea organi- 
sent alors la schola aquitanica avec un personnel d'élite : foyer d'hu- 
manisme, ainsi que le Parlement, qui bientôt (1534), inquiet des périls 
que font courir à la religion catholique ces maîtres de foi suspecte, se 
retourne contre eux; plusieurs quittent Bordeaux. III. L'hérésie à 
Agen. Enquête de 1538. Ce document est aux Arch. de Tarn-et-Garonne. 
L'enquête fut conduite par l'inquisiteur Louis de Rochète. Elle aboutit 
à plusieurs condamnations, dont une au feu. Les hérétiques et huma- 
nistes se groupaient autour du célèbre J.-C. Scaliger, qui sut se tirer 
d'affaire. Beaucoup de détails précis et pleins d'intérêt.] 

• T. CXI, septembre-décembre 1912. Néant. 

P. D. 

4. — Revue des Questions histoiHques, nouvelle série, 
t. XLVI (xG« de la collection), 1911, et XLVII (xci« de la 
collection), 1912. Néant. — T. XLVIII (xcii« de la collection), 
1912. 

P. 27-61 et 364-403. P. Richard. Un légat apostolique en France, 1742-1756. 
Le secret du pape. [Le légat est le cardinal de Tencin, Dauphinois 
célèbre, bien que moins connu que sa sœur, la maltresse du Régent. 
Le pape est Benoît XIV, dont Tencin avait déterminé l'élection en 1721. 
Le pape, resté l'ami du frère et de la sœur, en correspondance avec 



108 ANNALES DU MIDI. 

celle-ci, mais surtout avec celui-là, fit du cardinal son légat en France, 
son intime confident, son représentant plus que celui de la curie. C'est 
ce que M. R. appelle le « secret papal ». Il analyse, un peu lourdement, 
ces lettres de quatorze années.] — P. 404-35. P. Pisam. 'Vingt-six ans 
d'épiscopat. M^^ J.-B. de Maillé-La-Tour-Landry (1743-1778-1804). [Évo- 
que de Gap en 1778, puis de Saint-Papoul en 1781, il se rendit à Paris 
en avril 1789 pour ne jamais rentrer dans son évèché, supprimé par 
l'Assemblée constituante. Il échappe à la Terreur, est déporté à l'île 
de Ré par le Directoire comme prêtre réfractaire ; il meurt évêque de 
Rennes en 1804.] P. D. 

5. — Revue numismatique, 4^ série, t. XV, 1911. 

P. 97-107. A. DiEUDONNÉ. L'écu à la couronne de Charles VI et de 
Charles VII. [Planche. Plusieurs pièces ont été émises à Toulouse, 
à Limoges, à Montpellier.] — Trouvailles de monnaies : p. 118, à 
VitroUes (Bouches-du-Rhône); p. 120, à Bargnac (Haùte-Vienne). — 
P. 2.38-45. L. Cavalié et A. Dieudonné. La monnaie de Figeac. [Plan- 
ches. Description de l'hôtel et mention des monnaies qui y furent frap- 
pées.] — P. 246-9. D' Bailhache. Le dizain de Louis XII pour le Dau- 
phiné. — P. 259-60. Découverte, à Bompas, près Perpignan, en 1910, 
d'un pot contenant 600 pièces à la croix. [Monnaies de la République 
romaine des deux premiers siècles avant J.-C] — P. 361-5. J. Roman. 
Monnaie archiépiscopale d'Embrun. (xiv« siècle). 

Procès-verbaux. — P. ii. Découverte, à Saint-Yrieix (Haute-Vienne), 
d'un triens de Toulouse (époque mérovingienne).— P. m. P. Bordeaux. 
Douzain de Louis XII, frappé pour la Provence. — P. v. De Castellane. 
Document du 15 mai 1504 concernant la fabrication de monnaies à 
l'atelier d'Aix. — P. xc. Dieudonné. Types de monnaies en Provence 
sous Louis XII. — P. xfiii. C Babut. Notes relatives à l'atelier moné- 
taire de Narbonne à la fin du xvi" siècle. — P. xca'i. Luneau. Monnaies 
ilii Dauphin»'. F. P. 

0. — Société nationale des Antiquaires de France. Bul- 
letin, l'JU. 

p. 09-102. IlÉRON DE ViLi.EFOSSE, dc la part do M. Eug. Lkfévue-Pon- 
TAi.is. Linteau du portail de la chapelle do Margerie-sous-Colombellc. 
[Planche. Ce linteau, placé sous des sculptures médiévales, provient 
d'un monument gallo-romain et représente plusieurs tonneaux.] — 
P. 113-8. CuAPOT. Fragment d'une inscription lutine, dont la pierre est 
encastrée dans le mur extérieur de l'église d'Eybens (Isère). [Inscrip- 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 109 

tion funéraire dont le sens est incomplet par suite de lacunes.] — 
P. 125-7. Mauquet de Vasselot. Triptyque en émail peint de Limoges 
(xvi' siècle) attribué à Jean I" Pénécaud. [Il représente le Calvaire, la 
Pitié et la marche au Calvaire. D'après une inscription sur le rebord 
d'un vêtement, un des bourreaux s'appellerait Marcus.] — P. 158-9. 
E. Chénon. Pyxide en émail Champlevé d'origine limousine. [Collec- 
tion Dirigoin au Châtelet (Cher).] — P. 106-7. D'' A. Guébhard. Ressem- 
blance de quatre bracelets en bronze trouvés au mont Gros de Nice 
avec ceux de la découverte faite à Claus (Alpes-Maritimes). [Même 
système d'ornementation.] — P. 169. Marquet de Vasselot. Remarques 
sur les noms de bourreaux, désignés par des inscriptions sur le rebord 
des vêtements dans les émaux limousins du xvi^ siècle. — P. 175-80. 
Héron de Villefosse, de la part de M. Ph. Lauzun. Mémoire relatif 
à la découverte d'une mensa ponderaria, à Valence-sur-Baïse, arr. de 
Condom (Gers). — P. 187-8. D'' Guébhard. Objets en cuivre doré trouvés 
dans une case rectangulaire en pierres sèches à Lastours, près Murât 
(Cantal). [Débris d'un coffret, monnaies du xu' siècle.] — P. 194-5. 
Héron de Villefosse, de la part de M. Rouzaud, percepteur à" Nar- 
bonne. Intaille romaine de forme ovale trouvée dans un champ près de 
Narbonne : satyre à la grappe. [Planche.] — P. 215-9. Joulin. Les âges 
protohistoriques dans le sud-ouest de la France, notamment autour de 
Toulouse. [Constatations obtenues à la suite de fouilles entreprises à 
l'intérieur et dans la banlieue de cette ville. Reconnaissance de deux 
grands établissements des vi« et v« siècles avant l'ère chrétienne, l'un à 
Vieille-Toulouse, à 6 kilomètres de la ville actuelle; l'autre dans l'en- 
ceinte, entre le château Narbonnais et le grand pont; première époque 
de l'âge de fer. Vient ensuite le second âge du fer à la suite de l'arrivée 
des Tectosages (iv et iii« siècles avant notre ère), époque de prospérité. 
La domination romaine apparaît dans le second siècle avant J.-C, 
représentée par des débris d'amphores italo-grecques.] — P. 220. R. Fage. 
Monuments expiatoires élevés à Limoges et à Saint-Laurent-de-Cèses 
(Charente), en exécution d'un arrêt du Parlement de Paris du 9 juillet 
1513. [Ils devaient rappeler l'assassinat de Pierre de Bermondet, sei- 
gneur de Boucheron, dont s'était rendu coupable François de Pontville, 
vicomte de Rocliechouart, avec ses complices. Il ne reste plus trace de 
ces monuments.] — P. 220-1. F. Pasquier. Description d'un bas-relief 
en marbre blanc (0™80 sur 0'"70), grossièrement sculpté : tête d'homme 
barbu, à chevelure, crépue, avec deux cornes sur le front. [A en juger 
par comparaison, ce serait une représentation du dieu cornu des Gau- 
lois; on ignore la provenance exacte du monument.] — P. 225. Héron 



110 ANNALES DU MIDI. 

DE ViLLEFossE. A pi'opos de la découverte à Metz d'ustensiles gallo- 
romains en bronze, description d'objets analogues trouvés, en 1886, à 
Apt (Vaucluse) et recueillis au musée Calvet d'Avignon. — P. 247-8- 
Mb' Batiffol. Notice sur le Pontificale de Guillaume Durand, évêque 
de Mende dans la'seconde moitié du xiii' siècle. [Cet ouvrage n'a pas été 
composé seulement à l'usage du diocèse de Mende, mais de toute l'Église 
latine : le Potttificale ronianum, publié par ordre d'Innocent VIII en 
1485, n'est qu'une réédition, à peine modifiée, de l'œuvre de G. Durand.] 
P. 258-9. Héron de Villefosse. Découverte, à l'amphithéâtre d'Arles, 
de petites inscriptions faites à la pointe. — P. 305-8. F. de Mély, de 
la part de Th. Bensa. Étude concernant les peintres primitifs niçois à 
l'exposition de Turin et la Pietn de Ludovic Bréa. [L'école des primi- 
tifs de Nice, encore peu connue, est autochtone. Par la vallée du Rhône 
et la cote de Marseille à Gènes, elle a relié les imagiers bourguignons 
aux fresquistes toscans; elle a laissé des ciiefs-d'œuvre à Cimiez; son 
représentant le plus brillant est Bréa.J ^ F. P. 

•î. — Société nationale des Antiquaires de France. 
Mémoires, 8« série, t. pr, 1911. 

P. 105-92. J. Roman. La bulle, son origine et son usage en France. [Étude 
sur ce moyen de validation <les actes au moyen âge en France, notam- 
ment dans le Midi. Description et planches des bulles suivantes : 
Ilumbert, évêque de Die (1237-1246); Geoffroy de Lincel, évêque de 
Gap (1291) ; cour archiépiscopale d'Embrun (1332) ; cour commune 
d'Embrun (1330-1402); cour épiscopale d'Avignon (1235); Dragonet de 
Montauban, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux (1806-1328); Guillaume, 
prince d'Orange (1464-1475). | F. P. 



iNECROLOGIE 



M. Charles-Anatole Godard, docteur es lettres, professeur agrégé 
au lycée Gérôme (Vesoul), vice-président de la Société d'agricul- 
ture, sciences et arts de la Haute-Saône, officier de l'Instruction 
publique, correspondant du ministère de l'Instruction publique, 
est mort prématurément le 28 août 1912, dans sa cinquante- 
deuxième année. 

Tous ceux qui ont lu les ouvrages du défunt ou qui ont été 
associés à ses travaux déploreront la perte que fait en lui la 
science historique. Les Annales ont rendu compte, il y a un an*, 
dans lu « Chronique du Velay », de son livre si consciencieuse- 
ment documenté sur Le Conseil général et le Directoire de la 
Haute-Loire, de 1790 à 1800'. Cette œuvre d'érudition, Ch. G. 
l'avait entreprise et menée à bien en qualité de secrétaire du 
Comité de l'histoire économique de la Révolution au Puy. Or, ces 
fonctions lui avaient fourni les moyens de réunir l'ensemble des 
cahiers de doléances des États du Velay en 1789 et des actes con- 
cernant la vente des biens nationaux dans la province. Ces docu- 
ments n'ont pas encore vu le jour, mais nous pouvons dire qu'ils 
ont été classés et commentés avec une clarté et une précision qui 
ne se sont jamais trouvées en défaut. 

Ch. G. avait compris, ce qui était chez nous une idée nouvelle, 
que la bibliothèque du Puy est surtout une collection d'études lo- 
cales, fort peu consultée et appréciée. Il avait donc entrepris de la 
faire connaître et lui avait consacré, en collaboration avec M. Las- 
combe, une monographie pleine d'intérêt, dont les Annales ont 



1. N° 92. Octobre 1911, p. 556. 

2. Gr. ia-8" de xvii-241 pages, Paris, Champion, 1909. 



112 ANNALES DU MIDI. 

aussi fait mention ^ Il était allé plus loin, et, à l'occasion du riche 
'egs fait au Puy par Philippe Jourde, il avait reconstitué le cata- 
logue général de la bibliothèque en employant les méthodes de 
classement et d'analyse mises en usage par les meilleurs érudits. 

Avant d'arriver au Puy (en 1902), Ch. G. avait eu l'occasion, à 
Tulle, de révéler sa science de chercheur et de critique : un opus- 
cule qu'il publia alors sur la vie et l'œuvre d'Élienne Baluze 
reste jusqu'ici la meilleure étude parue sur le célèbre théologien, 
compilateur et généalogiste-. 

D'ailleurs, Ch. G., depuis 1887, avait, presque chaque année, 
consacré quelque volume ou brochure à l'histoire de la Franche- 
Gomté, dont il était originaire : travaux que nous ne pouvons in- 
diquer qu'en passant. Mais une production si intense avait altéré 
sa santé, qu'éprouvait aussi le climat du Massif central. En vain, 
le public le réconfortait-il par ses applaudissements au cours de 
conférences remarquables qu'il consacra notamment à Jules Val- 
lès 3. En 1907, il quitta le Puy pour aller à Vesoul, dans son dépar- 
tement. 

Là, ses compatriotes reconnurent rapidement ses qualités 
d'homme de labeur et de haute culture : ils le nommèrent vice- 
président d'une Société d'études, analogue à celle où il avait, au 
Puy, tant donné de sou cœur et de ses lumières. La mort vient de 
l'enlever au moment où l'on pouvait encore attendre de lui des 
travaux nombreux; il })réparait la publication des Vœux des 
communautés du bailliage de Vesoul en 1789. G. F. 



Nous avons eu le vif regret de perdre, le 9 novembre 1912, un 
adhérent de la {)remière heure, un collaborateur assidu et non 
moins distingué que dévoué, en la personne de L.-G. Pklissier, 
prof.^ssfur il'liistoire et doyen de la Faculté des Lettres do Mont- 
pflli.'r. 11 est mort à quarante-neuf ans. Si cet âge, où le savant 
est d'ordinaire en pleine possession de ses moyens et de sa force, 

1. Adrien Lascoinbe et Charles Godard ; La Bibliothèque mutiicipale du 
Puy. Le Piiy, Mîirchessou, 1907; in-8» de 38 p. (V. Annales du Midi, 
n" 9:J, janvier ll)l;>, p. IIG.) 

2. De Stephano lialuzio Tutelensi, libertatum Gallicanarum propu- 
fjnatore; in-8». Paris, Larose, 1901. 

3. Jules Vallès. Le Puy, Peyriller, Ronchon et Gamon, 1005; broch. 
in-8° 



NÉGROLOGm. 113 

marque pour L.-G. P. le terme de la carrière, c'est peut-être moins 
le fait d'un accident que le résultat normal d'un labeur incessant 
et démesuré. Son intelligence, si éveillée et si curieuse, s'ouvrait à 
la fois aux objets les plus divers, et tout ce qui l'intéressait, ou pres- 
que tout, lui devenait matière à publications. En même temps il con- 
tribuait à nombre de Revues, de préférence méridionales, non seu- 
lement par des articles de fond, mais aussi par de manus dépouil- 
lements, chroniques, comptes rendus, etc. : véritables pensums, 
souvent ennuyeux, toujours longs, dont il s'acquittait pourtant de 
bon cœur. C'est qu'étant né Provençal, resté foncièrement attaché 
à son Midi, il était un partisan convaincu de la décentralisation 
intellectuelle; il la servait de toutes ses forces. Quoiqu'il ait peu 
écrit — relativement — sur l'histoire de la France méridionale, 
nous pouvons affirmer qu'il a bien mérité d'elle. Mieux que n'im- 
porte où on en trouvera la preuve dans nos tables des matières*; 
depuis 1889, date originelle des Annales du Midi, il n'est pas une 
année où ne figurent son nom ou ses initiales*. 

C'est d'ailleurs à l'histoire de l'Italie, ou plutôt des Français en 
Italie, qu'il a donné la plus grande part de son activité scientifi- 
que. Sa thèse de doctoral — qu'il tint à soutenir à Lyon, et non à 
Paris, — porte sur Louis XII et Ludovic Sforza. Avant cette œu- 
vre considérable, pour l'éclairer et la préparer, il avait publié plu- 
sieurs séries de documents inédits, extraits des Archives italiennes. 
D'autres suivirent; d'autres encore allaient suivre. 

Mais nous sortirions de notre cadre si nous énumérions les ser- 
vices que, dans cette voie, Pélissier a rendus à la science. Qu'il 
nous suffise, ici, d'en indiquer la valeur et de déplorer la dispari- 
tion prématurée du savant et de l'ami. — P. D. 



1. Voir en particulier nos Tables décennales, années 1898 (t. X) et 
1908 (t. XX). 



ANNALES DU MIDI. — XXV. 



chronique: 



Chronique de l'Aude. 

Depuis l'impression de la dernière chroni(|ae (AwAza^É?.s% t. XXII, 
1910, pp. 2G'i: et sq.), les recherches d'érudition se sont poursuivies 
dans l'Aude du même mouvement égal, sans élan aucun. Il ne 
semble pas que la fièvre de curiosité qui engendre, dans d'autres 
régions, une abondante floraison de travaux, soit à la veille de 
gagner nos compatriotes. A Texceplion de la Commission archéo- 
logique de Narbonne où s'entretiennent et paraissent même pro- 
gresser de fortes traditions d'activité, de méthode, de critique, le 
reste des académies locales somnole visiblement. 

Au cours des années 1010-1911, les divers musées de Xarbonne 
ont réalisé certains accroissements. Dans la galerie des peintures, 
je note, au hasard des inventaires, une EsLher devant Assuérxis 
de Nicolas Knupfer (1603-1660) et une Sainte Famille atlribuée à 
Barlolomeo Schedone (1.") 70-1615). La Commission a entrepris de 
faire restaurer au Louvre le tripyque de Florent Despèches et elle 
a expédié aussi aux ateliers parisiens quelques lambeaux, assez 
délabrés, des anciennes tentures de Saint-Just. Tant de sollicitude 
de la part de la Commission est digne d'éloges; c'est pourquoi on 
ne peut que se féliciter du geste ministériel qui a institué un de 
ses membres les plus zélés, M. L. Berlhomieu, conservateur 
déparlenicntal des antiquités et objets d'art classés comme monu- 
ments liistoriques (arrêté du 2ô octobre 191 11. 

Le musée lapidaire, fermé pendant la durée des l'éparalions du 
dépôt de Lamourguier, a rouvert ses portes au public en mars 1911. 
Parmi les monuments qui ont été transportés dans l'ancienne 
église désalïeclée, jene retiendrai que la statue de marbre, malheu- 
reusement sans tète, qui représente une femme voilée, impératrice 
ou muse. Cette belle production de l'art romain a été exhumée du 
sol de Narbonne, dans l'enclos de la propriété Lignon, avenue de 
l'Hérault, en même temps qu'une inscription des premiers siècles 
chrétiens. 



CHRONIQUE. 115 

M. l'abbé Hermet est venu examiner à Narbonne les débris de 
poteries recueillis î'i Port-de-Galères en 1905, débris qu'il a iden- 
tifiés avec des produits des fabriques gallo-romaines de la Grau- 
fesenque, près Milhau (Aveyron). On retrouve les mêmes spéci- 
mens céramiques, en quantité innombrable, dans les fouilles 
d'Ampurias. 

La Commission archéologique s'est heureusement entremise 
pour obtenir le déplacement et l'exposition dans l'église Saint-Just 
d'une jolie porte Renaissance que menaçaient, à la sacristie, de 
multiples causes de dégradation. Elle a pratiqué, à ses frais, des 
sondages dans le préau du cloître de la cathédrale, en vue de 
retrouver les substructions de l'église carolingienne : les recher- 
ches ont mis au jour un certain nombre d'objets précieux : coquil- 
les de saint .Jacques, reliquaires votifs en forme d'enseignes de 
pèlerinage, le tout provenant, selon toute apparence, d'une ou plu- 
sieurs sépultures. 

Le mobilier recueilli à Fleury-d'Aude par M. J. Campardon 
dans des tombelles à incinération du premier âge de fer, com- 
prend une trentaine de pièces dont plusieurs assez curieuses, qui 
ont été versées parleur propriétaire dans les collections du musée 
de Narbonne. Indépendamment du proiUut des fouilles de Fleuiy 
qui, par leur date, sont légèrement antérieures aux limites chro- 
nologiques du présent rapport, diverses publications régionales 
ont signalé des trouvailles archéologiques qu'il y a lieu d'énumé- 
rer ici : à la Cité de Carcassonne, un éperon de bronze, travail 
du xive siècle, recueilli sur l'emplacement des anciennes dépen- 
dances claustrales (1909); un sou d'or d'Honorius, des ateliers de 
Ravenne, exhumé du sol d'un jardin, en avant de la Porte Nar- 
bonnaise (1910); — à Ouveillan, deux fragments de poterie de 
Milhau dont un orné et l'autre portant la marque de potier 
OF-RVTHEN; — à Col-de-Maury, commune de Greffeil, un cer- 
tain nombre d'objets préhistoriques mis au jour par MM. Fages 
et l'abbé Ancê; — à Narbonne, outre la statue de femme mention- 
née d'autre part, deux amphores, deux sarcophages ornés, des bas- 
reliefs et plusieurs autres fragments de moindre importance. 

Dans le domaine de la production historique, la moisson est 
loin d'être aussi abondante. Ici encore, la Commission archéolo- 
gique de Narbonne se distingue par la qualité de la plupart 
des travaux qui composent les tomes XI et XII de son Bulle- 
lin. Eu dépit de la valeur très inégale des sources exploitées par 



116 ANNALES DU MIDI. 

MM. H. Mullot et H. Sivade, l'Armoriai épiscopal des anciens 
diocèses de l'Aude est un ouvrage consciencieux, généralement 
bien informé et que l'on consultera toujours avec fruit. L'intérêt 
des notices individuelles eût été singulièrement accru par l'ap- 
point de copieuses introductions, historique et héraldique. Mais 
peut-être les auteurs, qui ne sont pas avares de leur peine, se 
déci'leront-ils à nous donner un jour cet indispensable complé- 
ment. Les dissertations de M. G. Amardel sur les problèmes les 
plus ardus de la numismatique portent la marque d'un spécia- 
liste distingué, d'un esprit pénétrant et orné; ce sont d'excellents 
morceaux critiques. On goûtera l'érudition élégante de M. L. Ber- 
thomieu dans sa description de la fresque de la Magliana, ainsi 
que la science robuste de mon confrère et ami .J. Tissier dans son 
essai d'application des inventaires narbonnais à l'étude des sour- 
ces de l'histoire de Languedoc. J'ai été heureux de publier dans 
le même volume, soms son gracieux parrainage, le mémoire qui a 
pour titre : Le mobilier de Béalrl.v dWrborée, vicomtesse de Nar- 
honne en 1377. 

i\L l'abbé Sabarthès a commencé dans le tome XII du Bulletin 
le <létail de sa Bibliographie de VAiide, ouvrage considérable 
destiné, dans les projets de l'auteur, à former le pendant du non 
moins compact D/c/zonwaire topographique dont le tirage s'achève, 
en ce moment, dans les ateliers de l'Imprimerie Nationale. Il est 
à peine besoin de souligner l'importance exceptionnelle des deux 
instruments de travail qui vont être mis à la disposition du pu- 
blic savant. 

Les délais apportés par la Société des arts et gciences de Carcas- 
sonne à l'impression du tome VIII (2e série) de ses Mémoires, ne 
permettent d'apprécier les travaux de la Compagnie que pour une 
période de deux ans à compter de lUlO. Ce ne sont point les com- 
mentaires de bulletins, étrangers pour la plui)art à la région, ni 
les discussions stériles sur le mode primitif de couverture des 
tours de la Cité, qui peuvent remplir le programme annuel d'une 
association constituée, avant tout, pour faire œuvre historique. 
Les publications de textes, conçues sous l'aspect désolant de trans- 
criptions pures et simples, ne sauraient concourir davantage au 
bon renom de la Société. On doit féliciter MM. G. Rénaux, A. Cros- 
Mayrevieille et J. Astruc de leur initiative courageuse pour mar- 
quer le volume paru en 1911 d'une empreinte plus personnelle. 
M. Rénaux a élégamment analysé les travaux de MM. Mullot, 



CHRONIQUE. 117 

J. Poux et Malavialle suf la relation du voyage en Languedoc, 
accompli en 1620 par le géographe allemand Abraham Gœlnitz. 
M. A. Cros-Mayrevieille a exposé avec précision les résultats de 
l'exploration archéologique du plateau de Carsac, près Garcas- 
sonne. Enfin, la dissertation de M. l'abbé J. Astruc sur la préten- 
due canonisation de l'évêque Etienne (683) est une page bien 
ordonnée, conçue par un esprit sagace et pénétré des conditions 
de la critique moderne. 

Avec une activité patiente, un zèle pieux, M. H. Sivade s'est 
appliqué à déterminer la part qui revient à J.-P. Cros-Mayre- 
vieille dans la conservation de la Cité. 11 a remémoré les titres 
indiscutables à la reconnaissance publique de l'historien des com- 
tes de Carcassonne. Un solennel hommage a été rendu à la mé- 
moire de J.-P. Cros-Mayrevieille par ses compatriotes et ses amis. 
Deux bustes de l'excellent archéologue ont été récemment inau- 
gurés : l'un dans sa maison natale, 70, rue Trivalle, le 31 juil- 
let 1910; l'autre sur la place du Château, à la Cité, le 23 septem- 
bre 1911. 

Des actes de la Société d'études scientifiques de l'Aude, plus spé- 
cialement destinée, dans l'esprit de ses fondateurs, aux recherches 
d'histoire naturelle, je ne vois à rapporter ici que l'adhésion for- 
melle et motivée de ses membres au vœu exprimé par la Société 
française d'anthropologie, qui tend à faire insérer dans la loi orga- 
nique du 30 mars 1887 des dispositions additionnelles pour la pro- 
tection des sites et monuments paléontologiques. 

Aux archives départementales, M. J. Tissier rassemble dans la 
série des titres domaniaux les éléments épars d'une publication 
complète, en deux volumes, des actes de ventes des biens natio- 
naux dans l'Aude. D'autre part, les dossiers de la série L fournis- 
sent à M. le chanoine Andrieu une documentation nourrie sur 
l'état des affaires ecclésiastiques dans l'Aude pendant la Révolu- 
tion. La collection des inventaires sommaires est sur le point de 
s'accroître d'un nouveau fascicule, dû à la collaboration de 
M. l'abbé Sabarthès. On trouvera dans ce volume l'analyse détail- 
lée du précieux contingent de titres qui entrent dans la constitu- 
tion des séries G et H (Additions). J'ai publié personnellement en 
1911 un état numérique des fonds de la série S (Travaux pul)lics), 
in-4o de v-79 pages. 

Parmi les ouvrages qui apportent une contribution aux études 
d'historiographie locale, il me parait avantageux de citer : l'abbé 



118 ANNALES DU MIDI. 

A. Montagne, Sninl Slapin, évêquc de Carcnssonne, Albi, 1910, 
in-8o; — chanoine J.-P. Andrieu, Bram sous l'ancien régime, G^r- 
cassonne, 1910, in-S"; — .I.Amiel, La Bibliothèque publique de Car- 
cassonne, Paris, 1011, in 8"; — A. de Gain, L'Émeute du 17 aoùl 
1792 à Carcassonne, Garcassoniie, 1911, in-12; — P. Vignier, Du 
colonage partiaire dans le Lauraguais, thèse, Paris, 1911, in-S»; 
— A. Rouquet, La Ville du Passé [Cité de Carcassonne], Carcas- 
sonne, 1911, in-4o. Intéressantes à des degrés divers, ces publi- 
cations sont autant de témoignages positifs de l'activité déployée» 
dans l'ordre historique, par l'initiative privée. Le livre de M. A. Rou- 
quet est un hommage somptueux et sincère à la merveille d'archi- 
tecture dont s'enorgueillit l'art militaire du moyen fige. J'ai moi- 
même entrepris, voici un an passé, une monographie complète de 
la Cité de Carcassonne. L'histoire et la description raisonnée 
du monument et de ses dépendances formeront la matière de 
quatre volumes, correspondant à autant de parties distinctes. Le 
premier volume consacré aux Origines (jusqu'au milieu du x" siè- 
cle) est en cours de préparation et pourra paraître, sauf événe- 
ment imprévu, vers la lin de 1913. 

Les l'êtes de la Sainte-Estelle ont été célébrées à Narbonne le 
26 mai 1912. A cette occasion, une plaque commémoralive en 
l'honneur de la vicomtesse Ermengarde a été inaugurée dans la 
cour de l'hôtel de ville. Au cours de la cérémonie, M. Anglade, 
professeur à l'Université de Toulouse, a prononcé l'éloge de la 
poésie romane et du troubadour narbotmais Guiraud Riquier. 
Aux annales du féiibrige local se rattachent deux autres événe- 
ments : l'un que je signale uniquement })Our mémoire, est mon 
élévation au capiscolat de VEscolo audenca en février 1911; 
l'autre est véritablement d'importance : c'est la ])ublication par 
M. Achille Rouquet, en supplément à la Revice méridionale, des 
manuscrits inédits d'Auguste Fourès, groupés sous ce titre synthé- 
tique: La Sègo. Le texte des poésies en dialecte du Lauraguais est 
accompagné de la traduction française par l'auteur. 

Je crois utile de clore cette revue rapide du mouvement histo- 
rique et littéraire dans l'Aude par l'énumération des distinctions 
et récompenses qui ont consacré les mérites de quelques-uns de 
nos compatriotes, dont la plupart sont mes amis. M. J. Régné, 
archiviste de l'Ardèche, a olitenu on 1911 la 4" médaille du con- 
cours des Antiquités nationales pour son livre sur Amauri II» 
vicomte de Narbonne. MM. Thiers et l'abbé Sabarthès ont été 



CHRONIQUE. 119 

nommés en 1913 membres non résidants du Comité des travaux 
historiques en môme temps qu'était conféré à M. Roiizaud le litre 
de correspondnnt du Ministère. Enfin, M. Tliiers a reçu la croix 
de la Légion d'honneur, à la suite du 50" Congrès des Sociétés sa- 
vantes tenu à la Sorbonne au mois d'avril dernier. 

Joseph Poux. 



Chronique du Roussillon. 

L'activité des érudits roussillonnais, qui se manifeste par des 
travaux de tout ordre, méritait bien qn'on s'occupât enfin d'amé- 
liorer les conditions matérielles dans lesquelles ils ont dû jus- 
qu'ici consulter nos Archives départementales. Des locaux de la 
Préfecture, où sont actuellement ces archives, insuffisants, insa- 
lubre?, mal éclairés, exposés aux dangers d'incendie, on ne isau- 
rait dire trop de mal. C'est donc avec beaucoup de satisfaction 
qu'a été accueillie par tous la nouvelle du transfert prochain des 
Archives dans une partie de l'ancien Grand-Séminaire. Dans la 
chapelle désaffectée de cet établissement, les travailleurs dispose- 
ront d'une salle très vaste, capable de contenir tout le vieux fonds; 
ils y trouveront, avec l'air et la lumière, le confort qui leur man- 
quait. L'archiviste aura ses appartements particuliers dans des 
locaux coiitigus, disposition qui devrait être partout la règle. Ce 
transfert, annoncé depuis deux ans, n'est pas encore réalisé; il le 
sera bientôt, sans doute, puisque certain conflit a pris fin, relatif 
au cloître du Grand-Séminaire. Ce cloître, classé comme la cha 
pelle parmi les monuments historiques, se trouve dans la partie 
réservée à la gendarmerie qui, elle, est déjà installée. A qui pour- 
rait s'étonner qu'un monument « classé » fît partie d'une caserne, 
il faudrait répondre que sous Louis-Philippe les artilleurs manœu- 
vraient dans le cloître d'Elne et y avaient établi une salle de po- 
lice. Il est vrai que P. Mérimée, inspecteur des monuments his- 
toriques, les en délogea. 

Sous la direction éclairée de MM. Saliez, architpcle en chef, 
E. Sans, architecte ordinaire, et Albert Mayeux, architecte de la 
cathédrale, il a été procédé à d'urgentes restaurations aux monu- 
ments historiqties du département, notamment à l'église de Cous- 
touges, à celle du prieuré de Marcevol , à la Loge de Mer de 
Perpignan, au clocher de l'abbaye de Cuxa, à la chapelle de 



120 ANNALES DU MIDI. 

Saint-Martin-de-Fenollar, aux églises d'Arles-sur-Tech et d'Elne'. 
Les travaux se poursuivent actuellement à l'église du prieuré de 
Serrabona, à Saint-Jean-le-Vieux, à la cathédrale de Perpignan, 
dont la façade, restaurée depuis quelques années, toujours ina- 
chevée pourtant, se dresse dans la nudité triste de son appareil 
dépourvu d'ornementation. Son clocher a été consolidé, et en ce 
moment on s'occupe activement de prolonger la terrasse existante. 

La manie du badigeon et des crépis, qui a défiguré tant de mo- 
numents du moyen âge et dont se plaignait si fort P. Mérimée, n'a 
point laissé de sévir en Roussillon comme ailleurs : on va débar- 
rasser de cette parure anachronique les murs et la voûte du cloî- 
tre et une partie intérieure de la cathédrale d'Elne; l'appareil sera 
mis à nu, comme il l'est "déjà à l'extérieur depuis la restauration 
exécutée l'an dernier. La toiture de l'édifice a élé entièrement re- 
faite : il n'existait plus — sans doute, depuis quelque réparation 
mal comprise — qu'une seule toiture sur fermes couvrant à la fois 
la nef et les collatéraux; on y a substitué trois toitures distinctes, 
comme dans la primitive construction : celle de la grande nef, sur 
fermes, et celles des bas-côtés, en appentis, ayant leur naissance 
au-dessous du rebord des fermes. 

Les fouilles, commencées depuis août 1909 par M. Thiers à Cas- 
tel-Roussillon, sur l'emplacement de l'antique Ruscino, se sont 
poursuivies depuis avec activité, grâce à une nouvelle subvention 
du Comité des travaux historiques, grâce aussi aux libéralités d'un 
Comité fondé par M. le Dr Donnezan, qu'on trouve toujours à la 
tête des œuvres destinées à mieux faire connaître le passé de la 
province, grâce, enfin, à la bourse même de M. Thiers. En 1910-, 
j'ai déjà parlé de ces fouilles qui avaient été l'objet d'un rapport 
de M. Thiers 3. 

Depuis, le savant archéologue a fuit diverses communications à 
ce sujet*. Ses fouilles ont mis à jour de nombreux vestiges de l'an- 

1. On trouvera la description de ces monuments dans l'excellent Guide 
historique et pittoresque dans les Pyréuées-Orietitales, de M. P. Vidal, 
ainsi que dans son article inséré au n» .3 de sa revue Ruscino : La res- 
ttiuration des monuments historiques classés des Pi/ré?iées-Orientales, 
pp. 4^H-a"). 

2. Annales du Midi, t. XXII, 1910. 

.'î. M. F. -P. Thiers, Recherches à Castel-Roussillon, dans le Bulletin 
archéologique, 1900, ou extrait du Bulletin archéologique. 1909, Paris, 
inip. Nationale, in-8», 7 papes. 

4. On les trouvera dans le Bulletin archéologique du Comité des tra- 
vaux historiques et scientifiques, 1910, 2' livr.. et dans le même Bulle- 



CHRONIQUE. 121 

cienne cité romaine; on a pu identifier le forum; on a exhumé des 
« fragments d'une trentaine d'inscriptions votives... fournissant 
de précieux renseignements sur l'organisation municipale de cette 
petite colonie de droit latin » ; on a trouvé un assez grand nombre 
de vases, des objets de la vie usuelle, un couteau de sacrificateur, 
une mince feuille de chêne en bronze, et surtout quantité de mon- 
naies. Je dois à l'obligeance de M. le D' Donnezan d'avoir vu nom- 
bre des objets dont parle M. Thiers dans son dernier rapport, 
ainsi que d'autres, tout récemment découverts et que M. Donnezan 
conserve dans son si intéressant musée historique et proto-histo- 
rique, en attendant leur transfert au Musée de la ville de Perpi- 
gnan : inscriptions, armes, instruments de sculpture, pioches, pal 
d'acier, longs clous en bronze, fragments de poteries, et un second 
dolium d'aussi grandes dimensions que celui qui fut mis au jour 
en 1909. 

Les monnaies trouvées au cours de ces fouilles ont été exami- 
nées par M. le D"" Massot, dont le nom est bien connu parmi les 
numismates. Il les a ainsi classées : monnaies grecques, cellibé- 
riennes, gauloises, romaines, wisigothiques, modernes, et autres 
indéterminées. L'examen qu'il a fait de ces dernières, de concert 
avec M. Botet y Siso, aboutit à eette conclusion que « ces monnaies 
sont jusqu'à présent inconnues... ». Mais « on y trouve une cer- 
taine relation avec d'autres, également inconnues, ou du moins non 
classées, qu'on trouve à Ampurias ». On lira avec intérêt le magis- 
tral travail de M. le D'' Massot'. La dernière partie, « Conséquen- 
ces que l'on peut tirer des monnaies trouvées à Gastel-Kossello », 
se recommande aux historiens aussi bien qu'aux numismates. 

Ces découvertes nous permettront, sans doute, de savoir pro- 
chainement ce que fut la colonie romaine de Ruscino. Mais, ainsi 

tùi, 1911, 2« livr., pp. 208-120. Le premier de cesrapports a été inséré 
presque en entier dans le n" 1 de Rusciiw (mars 1911), pp. 7-22, sous le 
titre : Fouilles à Castel-Roussillon ; le second est entièrement reproduit 
dans le n° 4 de Ruscino (décembre 1911) : Rapport sur les fouilles de 
Castel-Roussillon, par M. F. -P. Thiers, pp. 569-199. On consultera utile- 
ment aussi, à ce sujet, l'article de M. le D"' Donnezan : Fouilles à Châ- 
teau- Roussillon, dans le Bitlletin de la Société agricole, scientifique et 
littéraire des Pyrénées-Orientales, année 1911, pp. 569-99; la Chronique 
archéologique du n» 1 de Ruscino, 1911, p. 151 et du n» de la même revue, 
1911, p. 308; enfin, un article du journal L'Indépendatit du 20 juin 1911, 
sous la signature de M. H. Chauvet. 

1. Dans Ruscino {n°' 1 et 2 de 1912 réunis en un seul fascicule), pp. 151- 
207 : Note sur les monnaies trouvées à Castell-Rossello. 



122 ANNALES DU MIDI. 

que le constate l'auteur anonyme d'un article : L'Antique cité de 
Ruscino {Ruscino, 1911, n» 4, pp. 586-99), nous ne savons presque 
rien sur cette ville avant la domination romaine. Gomment périt- 
elle? Nous l'ignorons également. Dans la fornùdable débâcle du 
monde antique, elle dut subir les assauts des barbares, et elle 
s'éteignit lentement « pour devenir l'une de ces villes mortes du 
golfe du Lyon », dont parle M. Lenthéric. 

Des trouvailles faites ailleurs qu'à Ruscino méritent aussi qu'on 
s'y arrête. On en jugera, en lisant, dans le nf> 1 de Ruscino de 
1911, pp. 99-102 : Découverte de tnonnnies gauloises et de mon- 
naies romaines à Bonpas (par M. le Df Massot), et pp. 10^-10: 
Découvertes archéologiques à Palau-del-Vidre (par M. J. Sar- 
rète), où ont été mis au jour les vestiges de ce qui fut peut-être 
une piscine gallo-romaine. Enfin, en creusant le sol dans une 
salle de l'ancien Grand-Séminaire, les terrassiers ont découvert 
les fondations d'ime partie de la première enceinte fortifiée du 
village de Perpignan, la Cellera. 

M. Robin, archiviste départemental, vient d'adresser son rapport 
à M. le Préfet'. L'inventaire de la série H se poursuit régulière- 
ment. Avec la feuille 9, déjà tirée, « commence l'analyse de nom- 
breux titres provenant de l'abbaye bénédictine de Lagrasse, dont 
dépendaient les villes de Prades, Rivosaltes, Gorneilla, Pezllla-la- 
Rivière, Estagel, etc. » A Argelès-sur-Mer, M. Robin a découvert, 
« dans un placard de la mairie, un lot de près de 150 chartes, dont 
•les plus anciennes remontent à la fin du xiii^ siècle, et dont on 
ignorait jusqu'ici l'existence ». Parmi ces chartes figurent des di- 
plômes originaux des rois de Majorque et d'Aragon, qui octroyaient 
des privilèges à la commune d'Argelès-sur-Mer. Mentionnons 
aussi la mission archéologique en Espagne et en Portugal dont 
s'est acquitté l'année dernière M. l'Archiviste et qui lui avait été 
confiée par M. le Ministre des Reaux Arts; car M. Robin, outre 
ses travaux d'érudition pure, se distingue aussi par ses connais- 
sances sur la langue et la littérature de la péninsule ibérique. 

Un fait caractéristique du temps présent est la tendance crois- 
sante des érudits à publier leurs travaux dans les périodiques de 
la province. Il en existait déjà deux, bien connus de nos lecteurs: 
1" Le Bulletin de Société agricole, scicyitifique el littéraire des 

1. On trouvera dans la Veu del Canigo, n« 49, 5 novembre 1912, un ex- 
trait de ce rapport. 



CHRONIQUE. 123 

PyrénéesOrienlales, dont les 51e et 52" vol. ont paru en 1910 et 
1911 (Perpignan, inip. Coinet, iii-S^s de 070 et 65 J pages); — 2'> la 
Revue calalane, qui en est à sa 6e année d'existence, n" 70. Organe 
de la Société d'études catalane, celle-ci insère, à côté de vieux tex- 
tes, contes, nouvelles, poésies, rédigées en catalan, d'autres pro- 
ductions rédigées en français. Puis deux autres périodiques ont 
été créés : l» La Yeu del Canigo, bi-niensuelle, illustrée, fondée 
et dirigée par M. H. Chauvet, le publiciste bien connu par ses re- 
marquables travaux sur l'histoire locale. La Yen publie, comme 
la précédente revue, des articles rédigés en catalan et en fran- 
çais et qui ne laissent point de présenter un réel intérêt pour l'éru- 
«iit; — 2" Ruscino, revue d'histoire et d'archéologie du Roussillon 
et des autres pays catalans, paraissant tous les trois mois. Le fon- 
dateur et directeur en est M. Pierre Vidal, bibliothécaire de la 
ville de Perpignan : c'est dire avec quelle compéience elle est 
dirigée; c'est dire aussi que des travaux sans valeur ne sau- 
raient y trouver place. Le titre de Ruscino évoque le souvenir de 
« l'antique Colonia Rusci/w, qui a transmis à notre province son 
nom, sa langue et ses mœurs ». Cette revue, qui étend son rayon 
non seulement sur le Roussillon, mais encore sur tous les pays de 
parler catalan, pourvue d'excellents rédacteurs, abondamment 
illustrée, apparaît aujourd'hui comme un de nos meilleurs pério- 
diques provinciaux. 

Mentionnons maintenant les principaux travaux parus en de- 
hors des périodiques, analysés ailleurs dans cette revue. A M. H. 
Chauvet, le directeur de la Yeu del Canigo, éruditde talent, — de 
qui, en 1910, nous avons longuement étudié l'ouvrage : Histoire 
du parti républicain dans les Pyrénées-Orientales, — nous de- 
vons : Le Yieiix Perpignan, Remparts disparus (Perpignan, 
imp. de L'Indépendant, 1911; in-8o de 87 pages). Une introduc- 
tion de M. Vidal retrace l'histoire des remparts dont la moitié 
aujourd'hui n'existe plus. M. Chauvet raconte les péripéties de la 
lutte en faveur de la démolition; il termine par une étude pleine 
d'intérêt sur les remparts disparus. Le livre intitulé : Les Consuls 
de Perpignan, par M. Auguste d'Oriola de Pallarès (Perpignan, 
imp. Barrière. 191''2, in-8o, 172 pages), est une thèse de doctorat en 
droit, justement appréciée par les érudits. L'institution consulaire 
à Perpignan ne présente pas beaucoup de particularités dignes de 
remarques, ni dans le mode de nomination des Consuls, ni dans 
leurs attributions, ni dans les privilèges dont jouissait la ville, 



124 ANNALES DU MIDI. 

tels que la fameuse Ma ffr??2fl(ia .'beaucoup de communautés avaient 
des libertés plus étendues; nombre de villes royales d'Espagne en 
ont possédé autant. Mais le travail de M. d'Oriohi, bien ordonné 
et savamment documenté, synthétise ce que nous savions jusqu'ici 
sur la question. — Figures d'évéques roussillonnais, par M. l'abbé 
J. Capeille. (Perpignan, imp. Gomet, 1910;in-8o de 131 pages.) 
L'auteur, à qui nous devons déjà de nombreuses éludes, trace des 
biographies d'évéques du xve à la fin du xix" siècle; — L'ouvrage 
de M. Paul Eudel : Les Livres de cotnples d'Hyacinthe Rigaud 
(Paris, Le Soudier, 1910; in 8° de vii-200 pages), présente de l'inté- 
rêt pour qui veut mieux connaître le peintre perpignannais et no- 
tamment identifier des toiles non signées qu'on lui attribue. Men- 
tionnons encore ; Histoire du martyre des saints Abdon et Sen- 
nen, de leurs reliques, de leur culte el de l'eau miraculeuse du 
Sarcophage, par M. l'abbé Grastre (Perpignan, imp. J. Payret, 
1910; in-8o de 149 pages), excellent ouvrage, où la foi du prêtre ne 
nuit !iullement à lïmparlialité de l'érudit; — Discussion sur les 
antiquités et les légendes concernant le lieu de Saint-André de 
Sureda et la fondation de son abbaye, par M. l'abbé J. Borallo 
(Géret, imp. L. Roque, 1911; in-12 de 36 pages), bon résumé criti- 
que sur les origines de Sorède; — El Obispado de Etna, par D. 
Francisco Montsalvatge y Fossas (Olot, imprenta et lilireria de 
sucesores de J. Bonet, 1911; in-S" de 404 pages), synthèse de ce 
que nous savions sur l'évêché d'Elne (V. un excellent compte 
rendu de cet ouvrage sous la signature de M. A. Salsas,dans Rus- 
cino, bibliographie, n^s 1 et 2 de 191"2, pp. 211-4). — Les Notions 
de Géographie physique sur le département des Pyrénées- 
Orientales, par M. Vidal {Ruscino, no* 1 et 2 de 1912, pp. 61 à 117), 
ne sont pas du domaine de cette revue. .Je les mentionne cepen- 
dant, car elles formeront la première partie du grand ouvrage i{ue 
projette l'auteur : une Histoire du Roussillon, travail auquel il 
est merveilleusement préparé par ses éludes antérieures. 

Les efforts des catalanistes pour régénérer la langue et la litté- 
rature catalanes ne sont point vains, puisqu'ils nous ont valu une 
éclosion nouvelle d'articles variés, écrits dans cette langue el que 
publient la Veu del Canigo et la Revue catalane. Outre ces arti- 
cles, signalons, de M. Paul Bergue, les Fables de la Fontaine tra- 
duites en vers catalans, avec une préface et une étude sur Vor- 
Ihographe el la versification catalanes. (Perpignan, imp. Gomet, 
1909; in-8o de 138 pages.) Marcel Skllikr. 



LIVlUîS ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Adher (J.)- ie Comité des subsistances de Toulouse (12 août 
1793-3 mars 1795). Correspondance et délibérations. Toulouse 
Privât, 1912; in 8° de xxxix-411 pages. — Ce volume fait partie 
de la collection de documents inédits sur l'histoire économique 
de la Révolution française, publiés par le ministère de l'Instruction 
publique. La commission centrale chargée de cette publication avait 
donné à M. A. la mission d'éditer la cori-espondance et les délibéra- 
tions du Comité des subsistances de Toulouse, contenues dans deux 
registres appartenant aux archives communales. Une claire intro- 
duction de trente-neuf pages mettant la question au point, des 
analyses coupées de citations pour les documents ordinaires, le 
texte intégral donné pour les pièces principales, des notes nom- 
breuses, des appendices, un index, ainsi se présente le travail de 
M. A., qui ouvre, sur l'importante question de l'alimentation d'une 
ville de 60.000 habitants dans des temps critiques, d'intéressants 
aperçus. 

C'est, en eflet, à la période terroriste que correspondent les do- 
cuments publiés. La municipalité a assumé la charge de fournir 
aux habitants le pain quotidien. Elle procède à l'achat direct des 
grains eu se faisant accorder par la Commission des subsistances 
de Paris ou par les représentants en mission les réquisitions néces- 
saires, et elle a un atelier de fabrication. Le comité ou bureau des 
subsistances, dont pendant plus d'un an le maire Groussac fut 
l'àme, est le rouage essentiel de cette véritable administration ; le 
comité a sous ses ordres de nombreux agents de toute sorte, per- 
manents ou temporaires. Au début, il s'adjoint quelques commei*- 
çants et propriétaires, mais il devient dans la suite purement mu- 
nicipal. 

Il faut parcourir ces pages pour se faire une idée des difficultés 
rencontrées : contlits avec les administrations voisines, réquisi- 



126 ANNALES DU MIDI. 

tions retardées ou qui ne rentrent pas, gênes apportées par les 
besoins de l'armée des P\^rénées, emprunts aux magasins mili- 
taires, dépréciation des assignat^, plus tard, suppression du maxi- 
mum, etc. De mars à juin 1794 « l'agriculteur et l'ouvrier de fati- 
gue » sont réduits à une livre de pain, et les autres personnes à 
trois quarts de livre ; encore s'agit-il de poids de table et non pas 
de poids de marc, et le blé est-il mélangé de deux tiers de millet. 
Du 17 janvier 1795 au 8 ou 9 février, la ration est réduite à demi- 
livre. Plusieurs fois la correspondance indique qu'on a seulement 
des grains en magasin pour un jour ou deux! 

Les grains tiennent la première place, mais non la seule dans 
les préoccupations du comité. On le voit aussi s'occuper de procurer 
à la ville des denrées devenues rares : beurre, volailles, cacao; 
malgré son titre, il ne se borne pas aux subsistances et fait venir 
du fer, du bois. Il préside aussi au rationnement de ces marchan- 
dises précieuses, accorde ou refuse deux livres d'huile à celui-ci' 
une livre de savon à celui-là, promulgue le 2 octobre 1794 un règle- 
ment pour la distribution des chandelles, etc. 

On voit tout rintérêt de documents de cet ordre. Quoi qu'en 
disent les gens pressés de juger de haut et de loin, il nous reste 
beaucoup à apprendre sur la période révolutionnaire, et ce n'est 
encore que par des travaux de détail que l'histoire de cette époque 
peut progresser. Il faut remercier M. A. des soins éclairés avec 
lesquels il s'est acquitté de la tâche qui lui avait été confiée. 

L. DUTIL. 

Broquelet (A.). Nos Cathédrales. Préface de M. Maurice Barrés, 
Paris, Garnier [1912]; in-S» de 508 pages. — Œuvre de vulgarisa-^ 
tioii qui sera certainement bienvenue auprès du grand public. Le 
texte présente malheureusement des lacunes assez graves, des 
inexactitudes et beaucoup de détails « à côté». L'auteur eût donné 
u chacune de ses notices plus d'autorité en citant les ouvrages où 
il a puisé et en s' assurant la revision d'érudits locaux. On aimerait 
aussi connaître le patron de chaque cathédrale et la position 
exacte des inoins connues (par ex. : Elne, Oloron, Riez, Saint- 
Bertrand, Saiiit-Lizier, Senez, Vaison, Vence).On voudrait surtout 
(pic ^L B. se fiit imposé pour loi de représenter |)ur l'image toutes 
les cathédrales sans exception. Or, sur cent trente-quatre qu'il dé- 
crit, il y en a une trentaine qui ne sont point reproduites. L'avant- 
propos eiit gagné à être rédigé par un archéologue de profession, 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 127 

qui eCit sûrement fourni quelques principes de classement, quel- 
ques vues d'ensemble, quelques aperçus chronologiques applica- 
bles aux seules cathédrales, suivant l'exemple qu'a donné An* 
thyme Saint-Paul, il y a une vingtaine d'années. Nos critiques 
sont légères. Nous les présentons en vue de la seconde édition à 
laquelle cet utile ouvrage est certainement appelé. 

Alfred Leroux. 

Brouilfard (R.). Des hnpositions extraordinaires sur le re- 
venu 'pendant la Révolution et de leur application dans la com- 
mune de Bordeaux. Bordeaux, Y. Gadoret, 1910; grand in-8o de 
viii-210 pages. — Il n'est point trop tard pour signaler ici cette 
importante contribution à l'histoire financière de la Révolution. 
L'auteur a dépouillé avec soin tous les ouvrages spéciaux au sujet 
et plus encore les divers dépôts d'archives locales. Grâce à des 
connuissances juridiques, indispensables en pareille matière, il a 
pu retracer en détail l'histoire de la contribution patriotique 
de 1789-90, et celle des emprunts forcés des années II, IV et Yll: 
Son exposé, distribué en quatre « livres » de trois chapitres cha- 
cun, passe en revue tour à tour les débats parlementnires d'où 
sont nées les lois d'emprunts, puis les applications qui furent faites 
de ces lois à Bordeaux, enfin les résultats qui furent obtenus. C'est 
dire que la question des impositions extraordinaires est traitée 
d'une manière tout à fait pragmatique, par l'un des meilleurs 
élèves de 1\I. .M. Marion. Alfred Leroux. 

Chaillan (Abbé M.). Saint Césaire (470-543). Paris, Lecoffre, 
1912 ; in-12 de 237 pages (Collection Les Sai^its). — Saint Césaire 
a été Tobjet d'excellents travaux parmi lesquels, pour ne citer 
que les Français, il faut mettre au premier rang ceux de M. Mal- 
nory et de M. Lejay. Dans ce nouveau volume de la collection 
Les Saints, dirigée par M. H. Joly, M. l'abbé Chaillan a su en. 
extraire l'essentiel, et il a conté avec clarté, avec agrément, avec 
un vif amour pour la Provence, pour ses antiquités, pour son his- 
toire, cette vie si pleine et si curieuse d'un des évoques les plus 
remarquables que le clergé gallo-romain ait produits. L'activité de 
Césaire a été très variée; l'auteur a bien montré l'intérêt de ses 
homélies, comme aussi l'influence qu'il a exercée aux conciles 
d'Agde, d'Arles, de Garpentras, etc. Il n'a pas peut être aussi net- 
tement dégagé le caractère des démêlés entre l'Eglise de Vienne et 



128 ANNALES DU MIDI. 

celle d'Arles, ni marqué avec assez de vigueur le rôle politique, — 
qui fui si délicat, — joué par Gésaire dans les luttes entre Bur- 
gondes, Francs et Goths. A. Puech. 

Chalande (.T.). I. Les armoiries capitulaires au Capilole. — 
II. Les inondations et les formations alluviales dans le bassin 
de la Garonne à Toulouse deiniis le xii" siècle. Toulouse, imp. 
Douladoure-Privat, 1911'; in-8o de 28 et 16 pages (Extraits des 
Mém. de l'Académie des sciences, etc., de Toulouse, IQe série, 
t. XII). — Poursuivant ses études d'histoire locale, M. Gh. fait 
dans la première de ces brochures un historique très documenté 
de la rage amusante avec laquelle les capitouls cherchaient, tous 
les ans, à faire graver leurs armoiries sur un monument ou une 
muraille quelconque, sur le portail, les cloches du Capitule. La 
façade de l'hùtel-de-ville de Gammas, à partir de 1750, vint leur 
olfrir un nouvel emplacement qui, d'ailleurs, fut vite encombré : 
ce furent les balcons en fer forgé d'Ortet, qui encore aujourd'hui 
ont conservé une partie de ces armoriaux. M. Gli. les a identifiés 
pour la plupart; ils sont assez en désordre, les balcons ayant été 
probablement enlevés et replacés à plusieurs reprises. 

La seconde brochure est un intéressant relevé, très précis, de 
toutes les inondations connues de la Garonne, avec un historique 
de la formation des alluvions et notamment de la prairie des Fil- 
tres au xviie siècle. L'auteur s'attache à démontrer que ce sont 
les barrages, chaussées, ponts, et surtout le Pont-Neuf, qui, consti- 
tuant une entrave à l'écoulement des eaux, ont amené la formation 
de ces alluvions et exhaussé le lit de la rivière, phénomènes qui 
à leur tour ont rendu plus fréquentes et plus désastreuses les 
inondations; une crue aussi forte que celle de 1875 aurait cette 
fois pour résultat d'emporter le Pont-Neuf. Cette démonstration, 
quoique très vraisemblable, appelle cependant une restriction en 
ce sens que, s'il existe des documents faisant connaître les inonda- 
tions depuis l'existence des ponts et barrages, l'absence de docu- 
ments avant cette époque n'implique pas l'absence d'inondations, 
d'autant que l'Ile de Tounis et lo quartier Saint-Gyprien ayant dû 
à l'origine ôlre peu habités, les dégâts y ont été par suite moins 
considérables et n'ont pas donné lieu à des récits historiques. En 
réalité, les inondations et travaux de défense ne commencent à 
être connus que lorsque les Annales manuscrites de Toulouse 
pretment un caractère historique, et si les historiens Bertrandi, 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 129 

Gatel, Lafaille ne relèvent d'inondations avec fréquence qu'à partir 
du xve siècle (trois seulement pour le xme et deux pour le xive), 
c'est parce qu'auparavant les documents font défaut ; dès lors est-il 
absolument certain que les désastres qu'elles ont causés soient la 
conséquence des ponts et barrages ? En revanche, il ressort nette- 
ment du travail de M. Gh. que l'existence des fossés des remparts 
à Saint-Gyprien, sur l'emplacement des allées de Garonne, en 
fournissant aux eaux un canal de dérivation naturel, a évité à 
plusieurs reprises, sous l'ancien régime, de graves catastrophes. 

Fr. Galabert. 

Delzangles (F.). Folklore canlalien. Chants populaires d' Au- 
vergne, recueillis, reconsUlués et traduits en français par 
M. F. D., airs 7iolés par 3/i'»e F. D. Aurillac, Terrisse, 1910; petit 
in-4'3 de 136 pages. — M. D. nous oifre ici, dans le plus parfait 
désordre, une cinquantaine de textes. Avec des chansons vrai- 
ment populaires, en patois d'Auriilac et en français, voisinent des 
rimailleries modernes sans intérêt et quelques compositions an- 
ciennes, avec six airs notés, le tout agrémenté de descriptions et 
de considérations sentimentales ou fantaisistes sur le caractère de 
la race auvergnate et l'origine (celtique selon M. D.) de son patois. 
Pour les textes modernes, aucune indication précise sur la façon 
dont ils ont été recueillis ; on nous avoue pourtant (p. 11) que la 
Gronda a été « reconstituée » et le titre nous laisse supposer que 
le cas n'est pas isolé'. Pour les textes anciens, même discrétion : 
d'où peut provenir ce « sirvente » (p. 51) dont le sujet remonterait 
à 1581? Quant à la « Complainte des pèlerins de Saint-Jacques » 
p. 47), elle aurait été copiée « dans les {sic) archives ». Gomment 
se fait-il alors que le texte en soit rigoureusement identique à 
celui qu'a publié Durif, en 1855, dans le Dictionnaire... du Can- 
taPf SiM.D. a retrouvé la copie qui avait servi à M. Durif, cela va- 
lait la peine d'être dit. A. Jeanroy. 

1. Les collecteurs de chansons et contes populaires ne sauraient trop 
s'inspirer de l'exemple de M. Arnaudin qui, dans la préface à ses Chants 
populaires de la grande Lande (Paris, 1912) déclare que les mélodies 
comme les paroles « sont ici présentées nettes de la phis petite retouche 
ou addition personnelle ». 

2. Ce texte vient d'être reproduit par M. R. Lavaud avec un essai de 
restitution et un excellent commentaire (Les Troubadours cantaliens, 
notes complémentaires [1910], p. 93). 

annales du midi, — XXV. 9 



130 ANNALES i)U MIDI. 

EsQUER (G.). La Haute-Auvergne à la fin de l'ancien régime. 
Notes de géographie économique. Paris, H. Champion, 1911 ; in-S" 
(le xii-507 pages (Extrait de la Revue de la Haute-Auvergne). — 
Ce volume n'est, à proprement parler, ni un travail de synthèse, 
ni une publication de textes, mais une large analyse des observa - 
lions jointes à leurs rôles par les contrôleurs du dixième et du 
vingtième en Haute-Auvergne au xviiie siècle. Quelques extraits 
des procès-verbaux des assemblées d'élections terminent le volume. 
Ils résument à la fois et confirment le reste de l'ouvrage. M. Es- 
quer a allégé les textes dont il s'est servi de toute amplification de 
style et combiné parfois, dans un même article, des renseigne- 
ments empruntés à des « observations » de date différente. La na- 
ture des documents utilisés et la période relativement courte, d'un 
demi-siècle, dans laquelle ils s'échelonnent justifient ce procédé. 
Il a pu réunir ainsi en quelques trois cents pages, une foule de 
renseignements intéressant l'état économique et social de celte 
province à la veille de la Révolution. Cent cinquante-deux parois- 
ses seulement sont l'objet d'une notice. Mais comme elles se ré- 
partissent à peu prés également sur tout son territoire et que l'on 
y voit figurer, à côté des principales villes, de petites bourgades 
avec des exemples pris dans les hautes régions de pâturage et 
d'élevage, les plateaux plus propices à la culture, les vallées et 
les cantons forestiers, ce livre est vraiment une vue d'ensemble 
de tout le pays. Situation naturelle, climat, genre de productions et 
de cultures, commerce, mesures en usages, caractère des habitants, 
impôts, émigration, biens ecclésiastiques et seigneuries laïques y 
sont successivement passés en revue. 

Les conclusions qui se dégagent de cette enquête ne révèlent 
pas un état bien prospère. Les voies de communication font défaut 
à peu près partout. La médiocre qualité des terres réduit leur ren- 
dement au strict nécessaire pour l'existence des habitants. Les fo- 
rêts sont mal exploitées. L'élevage des bestiaux et la fabrication 
du fromage sont les meilleures ressources de la province. En 
dehors de ces deux objets, le commerce est nul. Les poids et me- 
sures varient à l'infini, de paroisse à paroisse. Les contrôleurs 
s'accordent à reconnaître la lourdeur des impôts royaux et leur 
inégale répartition. Cette surcharge fiscale sera, en Auvergne, bien 
plus que les redevances féodales et ecclésiastiques, l'objet des 
doléances consignées dans les cahiers de 1789. 

Aussi le fait social le plus saillant, le plus caractéristique de la 



livrb:s annoncés sommairement. 131 

Haute-Auvergne à la fin de l'ancien régime, qui ressort des docu- 
ments publiés par M. E., est-il l'émigration. Elle est la résultante 
des conditions économiques du pays. E. Delmas. 

JouHANNEAUD ((1). Le poèle académicien Beaupoil de Sainte- 
Aulaire (1648-1742). Limoges, Ducourtieux et Goût, 1912; grand 
in-S» de 17 pages (Extr. du Bull, de la Soc. arch. du Limousin). 
— Résume avec soin les plus récentes recherches biograpiiiques 
sur un poêla minor du grand siècle, dont le principal mérite 
semble avoir été clairement aperçu par Sainte-Beuve lorsqu'il a 
dit : « Ce nom de Sainle-Aulaire était comme synonyme de poli- 
tesse et d'urbanité. » M. J. a divisé sa courte étude en cinq chapi- 
tres : lo la naissance du poète en 1648 (et non 1643 comme on l'a si 
souvent imprimé) à Sainte-Aulaire en Bas-Limousin, ainsi que l'a 
démontré récemment M. l'abbé Lecler (et non à Aixe-sur-Vienne 
où l'on a inauguré bien à tort, il y a sept ou huit ans, une plaque 
commémorative du poète); 2° sa jeunesse, passée dans les camps, 
d'où il se retira vers l'âge de 50 ans avec le titre de lieutenant- 
général du roi au gouvernement du Limousin; 3° son élection à 
l'Académie française, en 1706, par la brigue des femmes, malgré 
la très vive opposition de Boileau. M. J. étudie ensuite le grand 
seigneur que fut M. de Sainte-Aulaire et termine par une apprécia- 
lion très juste de son œuvre littéraire, bornée à des discours aca- 
démiques et à des pièces fugitives, légères et parfois licencieuses, 
qui n'ont jamais été réunies en volume. Ce poète académicien 
mourut à Paris, à l'âge de 95 ans (et non 99 ans, comme on l'a si 
souvent répété). Avec lui s'éteignit la descendance mâle de la 
branche aînée des de Sainte-Aulaire. Alfred Leroux. 

Regislre du clerc de ville de Bordeaux, A'Y/e siècle, publié par 
Pierre Harlé, docteur en droit. Bordeaux, Gounouilhou, 1912 ; 
in 4° de xli-339 pages (Extr. des Arch. hist. de la Gironde, 
t. xLvi). — En éditant avec tout le soin possible ce manuscrit, 
d'une graphie parfois très pénible, M. Harlé s'est acquis des droits 
à la reconnaissance des érudits [bordelais. La première partie du 
registre contient d'anciennes ordonnances des jurais et des extraits 
de délibérations de 1520 à 1537; la deuxième, de nombreux résu- 
més des actes du Parlement « concernant les affaires de la ville ». 
L'auteur principal est un certain Richard de Pichon, avocat au 
Parlement, qui fut élu « clerc de ville » à vie en 1551 et, sous ce 
titre, exerça jusqu'en 1603 une influence souvent prépondérante 



132 ANNALES DU MIDI. 

sur 'les affaires communales, avec mêmes honneurs et prérogati- 
ves que les jurats, quoique salarié. A l'aide du contenu de ce re- 
gistre et de nombreux arrêts de la Cour conservés aux Archives de 
la Gironde, M. H. a écrit une excellente introduction où il donne 
sur les maires et les jurats de Bordeaux, à partir de J550. sur leur 
rôle, leurs attributions, leur administration, et même sur l'histoire 
politique et militaire du temps, d'instructifs renseignements. Bien 
que quelques parties de ce manuscrit, non reproduites ici, aient 
été publiées jadis par MM. E. Gaullieur, E. Lalanne et P. Cour- 
leault dans les Arch. hist. de la Gironde (xii et xxxvi), la publi- 
cation de M. H. nous parait d'une importance capitale pour Tétude 
du xvie siècle à Bordeaux. Alfred Leroux. 

SiTGES (J.-B.). La Muerle de D. Bernardo de Cabrera, conse- 
jero del rey D. Pedro IV de Aragon {1364). Madrid, Rivade- 
neyra, 1911 ; in 8^ de 77 pages. —Cette monograplne, dont les élé- 
ments sonlcn majeure partie empruntés aux archives de la couronne 
d'Aragon, retrace les dernières aventures d'un noble catalan qui 
compte parmi les plus actifs protagonistes du xive siècle espagnol. 
Mêlé aux complications de la politique pyrénéenne qui, de son 
temps, intéressa si vivement l'histoire générale, Cabrera périt 
victime de Pierre le Cérémonieux et de sa femme, la reine Léo- 
nor. En suivant son héros à travers les péripéties de 1363 et 
136i, M. S. éclaire au passage la position de nombreux person- 
nages, aragonais ou castillans, qui se meuvent à travers la liva- 
lité de Pierre le Cruel et de Henri de Trastamare. Incidemment, 
par exemple, il transcrit le texte intégral du traité d'Uncastillo, 
d'après l'original conservé aux archives de Navarre (25 août 1303). 
Ce n'est point 1;\ un hors-d'œuvre, car cet acte diplomatique tient 
étroitement à la cause de Cabrera. Celui-ci, accusé d'avoir trompé 
la confiance de son maître dont il n'avait peut-être que trop bien 
servi les desseins criminels au cours de négociations troubles, 
inculpé de connivence avec le roi de Castille, ennemi de l'Ara- 
gonais, est saisi par ordre de ce dernier, t^n procès pour cause do 
trahison est engagé. Un réquisitoire formidable, qui énumère 
contre le prévenu vingt griefs, ouvre la procédure. Faut-il croire, 
— avec M. S., — que le ré<lacteur de cet acte est le roi Pierre le 
Cérémonieux lui-même? Quoiqu'il en soit de ce détail, la passion 
•lu roi et de hi reine contre Cabrera est manifeste, encore qu'assez 

nuilaiséniont explicable. Ce fut en vain qu'avec une belle énergie 



LIVHES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 133 

l'accusé réfuta les îirguments accumulés contre lui : la sentence 
capitale fut prononcée le 22 juillet 1364. Le roi, non content d'or- 
donner l'exécution rigoureuse du jugement, exigea que la tête du- 
condamné lui fût présentée, tandis que la reine, renchérissant, 
insistait pour que Cabrera, avant de subir le dernier supplice, fût 
soumis à la torture. Plus tard, la famille de Cabrera obtint répa- 
ration : les lettres de réhabilitation datent du 5 févrifr 1381. 

J. Galmette. 

TouRNiER (Abbé G.). Le Mesraéristne à Toulouse, suivi de Let- 
tres inédiles sui' le xviiie siècle, d'après les archives de Vhôlel 
du Bourg. Toulouse, imp. Saint-Gyprien, 1911; in-8o de 178 pa- 
ges. — M. l'abbé T. ayant eu à sa disposition les archives de la 
famille du Bourg, dont les ancêtres ont été à Toulouse des parle- 
mentaires de marque, a utilisé les documents qu'il y a trouvée 
pour exposer les essais de magnétisme que cette famille avait ten- 
tés à Toulouse, dans son hôtel de la place Saintes-Scarbes, en 
1784, en vue d'obtenir diverses guérisons. Mesmer lui-même vient 
en 178G montrer son fameux baquet magnétique. 

A cette curieuse étude déjà publiée dans un journal local, M. T. 
a ajouté ici toute une correspondance pleine de renseignements 
intéressants. Ce sont les lettres adressées à Mme ,in Bourg, dont 
le mari était pi-ésident et un flls conseiller au Parlement de Tou- 
louse (celui-ci sera guillotiné en 1794), ou écrites par elles: elles 
vont de 17(34 à 1793. Toutes ces lettres, celles de M^e du Bourg, 
celles de ses fils l'abbé Philippe à Paris, le chevalier Bruno à 
Rome, à Malte ou dans les Indes, celles du cardinal de Bernis, 
du maréchal de Gastries, de Loménie de Brienne, du premier pré- 
sident de Vaudeuil, etc., nous font pénétrer dans l'intimité des 
préoccupations de l'époque et dans la vie d'une famille de parle- 
mentaires. Suppression des Parlements et résistance à Maupeou, 
surtout sous l'influence des femmes, exil dans la terre de Roche- 
monteix, près de Grenade, où on joue « à colin-maillard coucou- 
roucou », séances de musique de Mozart à Paris, suppression des 
Jésuites, découvertes de terres australes par le vicomte de Pages 
(1775), état des prisons, Vialètes d'Aignan et la Révolution à Mon- 
tauban, tout cela défile sous forme de détails pittoresques et pleins 
de vie. Mais surtout cette correspondance fait ressortir un carac- 
tère de femme absolument remarquable. Tolérante, instruite, in- 
telligente, d'une bonté extrême, de mœurs sévères quoique douée 



134 ANNALES DU MIDI. 

d'un esprit gai et mordant qui n'épargne personne, toutes ces qua- 
lités de la présidente du Bourg se traduisent en traits incisifs dont 
on pourrait former un piquant recueil : « Ne craignez pas que 
votre père et votre frère fassent rien de bas, dit-elle à son fils 
(p. 60); ce n'est pas le chemin de la fortune, mais c'est celui de 
l'honneur. — Ne soyez ni triste ni sérieux par principe. — La re- 
ligion ne doit jamais servir de prétexte à persécuter ceux qui ne 
pensent pas comme nous (p. 61). — Je crois que les dévots se sont 
réservés, des sept péchés mortels, la liberté d'en commettre au 
moins six, et le septième, tant qu'ils sont jeunes (p. 77). — M. de 
Fénelon a converti plus de protestants que M. Bossuet, qui n'était 
que convaincant lorsque son adversaire était persuasif. Comment 
Jésus-Christ a-t-il prêché ? Par des bienfaits et par la pratique de 
toutes les vertus. Mahomet, au contraire, a employé le fer et le 
feu. Je compare les théologiens emportés à Mahomet. Jugez du 
cas que j'en fais » (p. 79). L'Évangile, qu'un grand-vicaire lui dé- 
fendit de lire, est son livre de chevet. « C'est mon casuiste, mon 
directeur, mon tout. Je dis au grand-vicaire que je serai jugée 
sur ce livre et point sur les siens et ceux de ses semblables » 
(p. 93). «J'ai lu les Pensées de Gicéron et celles de Sénèque... Quel 
dommage que ces hommes n'aient pas connu la vraie religion! Je 
m'afdlge d'être obligée de les croire damnés... Je ne puis pas 
me persuader que Dieu, qui est bon, ait condamné aux llam- 
mes éternelles ces hommes qui ont illustré leur siècle par leur 
vertu » (p. 104). On a « fait avaler bien des couleuvres à M. l'ar- 
chevêque de Narbonne, qui doit avoir un estomac d'autruche puis- 
qu'il les a digérées sans en ôtre incommodé » (p. 101). Son dévoue- 
ment pour les misérables va si loin qu'il inquiète parfois ses 
amis; l'abbé Colbert lui reproche sa compassion pour les crimi- 
nels : « Il y a assez d'hommes vraiment malheureux sans être cou- 
pables, ceux-là méritent uniquement notre attention » (p. 106) ; et 
une de ses amies, à qui un domestique a volé 20.000 francs, lui 
écrit : « A force de bonté, si on suivait vos avis, on (inirait par 
ne punir personne » (p. 114). « Si tous les abbés oisifs faisaient la 
moitié de ce que vous faites, lui écrit son fils, quel bien pour les 
mœurs et la religion ! » (p. 81). 

Ces quelques citations peuvent donner une idée de l'intérêt 
(lu'olïre la publication faite par M. l'abbé T., qui a accompagné 
chaque document d'un commentaire sobre et précis. 

Fr. Calaberï. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 1,% 

WiEDERHOLD (W.)- Papsturhiinden in Frankreich. YI: Auver- 
gne, Poitou, Périgord, Angoumois, Saintonge, Marche iind Li- 
mousin; grand in-8" de 112 pages {K\\,y. ^X^^?, Naclirichten der 
K. Geseltschafl der Wissenschaften zu Gœliingen, 1911). — 
Chargé par l'Académie des sciences de Gœttingue de rechercher 
dans les archives de France les bulles pontificales antérieures à 
l'an 1198, en vue d'une réédition des Regesla ponlificum romano- 
rum de Jaffé, M. W. Wiederhold vient d'adresser à cette académie 
un nouveau rapport sur sa mission, qui s'applique cette fois à nos 
provinces du Centre et de l'Ouest. Il note d'abord soigneusement, 
avec toutes les références désirables (23 p.), les bulles, conservées 
ou non, publiées ou non, qu'il a rencontrées au cours de son ex- 
ploration, particulièrement dans les dépôts départementaux et 
communaux de la Vienne, de la Haute- Vienne, du Puy-de-Dôme 
et de la Haute-Loire, et il reproduit en appendice (pp. 23-112) 
soixante-huit bulles inédites, d'un intérêt capital pour l'histoire 
ecclésiastique. La plus ancienne (entre 855-858) provient des ar- 
chives de la Haute-Vienne; la plus récente (1194) des archives du 
Puy-de-Dôme. M. W. a droit à notre reconnaissance. 

Alfred Leroux. 



PUBLICATIONS NOUVl'^LLES 



Brutails (J.-A.). Recliei'ches sur l'équivalence des anciennes 
mesures de la Gironde. Bordeaux, imp. Gounouilliou, 1912; i)elit 
in-S*^ de 158 p. 

Gaddau (L.). L'église prieurale de Madiran. Tarbes, imp. Les- 
bordes, 1912; in-8o de 26 p. 

Catalogue des collections de sculpture et d'épigraphie du musée 
de Toulouse. Toulouse, Privât, 1912; in-8o de xxxii-410 p. 

Registre du clerc de ville, xvie siècle. Ville de Bordeaux, p. p. 
P. Harlé. Bordeaux, imp. Gouiiouilhou, 1912; in-io de xli- 
340 p. 

RiGAUD (Abbé). Les Reclus des Hautes-Pyrénées. Tarbes, imp. 
Larrieu, 1912; in-8û de 214 p. 

Robert (P. -A.). Les remontrances et arrêtés du Parlement de 
Provence au xv[iie siècle (1710-1790). Paris, Rousseau, 1912; 
in -8" de 692 p. 

Rosapelly (N.). L'hôpital Saint-.Jacqu8sde Vic-Bigorre. Tarbes, 
imp. Lesljordes, 1912; in-16 de xxxii-303 p. avec grav. 

S.\BARTHÈs (Abbé). Géographie historique du département de 
l'Aude. Paris, Imp. Nat., 1912; in-4o de 82 p. (Extr. du Diction- 
naire lopographique du département de l'Aude.) 

Sabatié (A. G.). Debertier, évêque constitutionnel, et le clergé 
de Rodez. Paris, Beauchesne, 1912; in-8'' de 522 p. avec portrait. 

SiLVESTHE (J.). Les brûlots anglais en rade de Tile d'Aix (1809). 
Paris, Savaète, 1912; in -8° de xv-252 p. avec carte. 

Ternaux-Gompans. Le général Compans (1769-1845). Paris, 
Plon-Nourrit, 1912; in-8o de vi-398 p. avec portraits. 

Thomas (M.). Les surséances et saut'-coriduits à Bordeaux au 
xviiie siècle. Bordeaux, imp. (ladoret, 1912; in-8o de vii-170 [>. 

Vjala (E.). Figeac, ville d'autrefois. Paris, Société d'éditions 
s. d.; in-8o carré de vi-77 p. avec grav. 

Le Gérant, Éd. PRIVAT. 



IduIodsc. Inip. Doui.ADOURK-I'RIVAT, rue S'-Konie, 39. — 411. 



LES " COBLAS " DE BERTIUN CÂRBONËL 



PUBLIÉES D'APRÈS TOUS LES MANUSGEITS CONNUS'. 



Si les philologues se faisaient un devoir de rendre unique- 
nienl à h\ lumière les œuvres qui se recommandent par quel- 
(jue valeur littéraire ou morale, les coblas de Bertran Carbo- 
nel fussent sans douté restées toujours inédites. Le moraliste 
marseillais était, en effet, une âme vulgaire et un esprit ché- 
tif. Sa morale est platement utilitaire et bassement égoïste, 
et Ton s'étonne qu'un homme qui fait profession de christia- 
nisme {cobla LXVII) ait pu à ce point méconnaître ou altérer 
la morale de TÉvangile. Sa pensée est banale, incertaine, 
confuse; et c'est parfois avec stupéfaction que l'on voit sortir 
de propositions plutôt incohérentes le « voilà pourquoi » par 
lequel il introduit généralement sa conclusion. Son style est 
plat, entortillé, farci de chevilles, et sa syntaxe fort négligée : 
tout au plus peut-on relever chez lui quelques mots intéres- 
sant?, quelques acceptions rares ou inconnues. Sa culture 
littéraire paraît au reste avoir été fort médiocre. Il ne sem- 
ble pas savoir grand'chose de l'antiquité, et c'est probable- 
ment sans en connaître la source qu'il a commenté le Ne 
quicl niniis et le Est modus in rébus. Il a lu en revanche 
quelques traités moraux du moyen âge, le Livre deSénègue, 
par exemple (voy. note à I, 6). Des troubadours même il 
paraît connaître assez peu de chose, en dehors du satirique 
Cardinal et du misogyne Marcabru, dont il s'approprie les 

1. Sur la vie et la carrière de l'auteur, je n'ai fait aucune recherche nou- 
velle; je m'en tiens sur ce point aux pages substantielles de M. P. Meyer 
(Les derniers troubadours de la Provence, % VIH, p. 56 ss.) 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 10 



138 -^- -JEANHOY. 

fol'mes^ reprend les thèmes ou cite les textes (pour Cardinal, 
voyez VI, VIII, LIV, LXV; pour Marcabru, LV). 

Si, pour la seconde fois depuis un demi-siècle, cette œuvre 
médiocre estjugée digne de Timpression^, c'est qu'elle fournit 
sur le déclin de la poésie provençale quelques renseigne- 
menls intéressants. Elle montre que, malgré la rapidité et la 
profondeur de la décadence, il y avait encore ça et là dans le 
Midi un semblant de vie littéraire. Il se trouvait, même dans 
la ville d'ardent trafic et de médiocre culture qu'était Mar- 
seille, probablement dans le monde des bourgeois enrichis, 
commeàNarbonne. un certain nombre d'amateurs réservant 
aux poètes quelques encouragements. Sans doute, ces o)nes 
de valensa étaient peu nombreux, trop peu au gré de Garbo- 
nel, mais e«lin ils existaient, et l'indulgence au moins était 
une de leurs vertus. Les genres anciens, aux formes diffici- 
les, paraissent avoir trouvé chez eux un médiocre accueil; 
ils leur préféraient la brève cobla, et c'est sans doute pour 
flatter un goût général que les auteurs y enfermaient surtout 
des observations morales ou des traits satiriques. Ces coMas 
devaient être à demi improvisées,soit sur des rimes données, 
soit sur des modèles classiques^. Carbonel constate que par- 
fois elles n'ont pns grand sens (XVII); ailleurs il se plaint 
assez amèrement que l'un de ses émules ou rivaux, un cer- 
tain Bertran lo Ros, Tait provoqué à la lutte sur des rimes 

1. D'après M. Mans (P. Cnrdeiial's StropJtenbau, p. 76), P. Cardenul 
aurait fourni le modèle d'une quinzaine de coblas. 

2. L'unique édition des coblas a été donnée par Bartsiii dans ses Deiik- 
mceler der x>rovenzalische7i Literatur (Stuttgart, 18ÔG; Bibliotliek des 
Ut. Veveuis, XXXI X), pp. 5-26. Le volume étant très rare, j'ai cru devoir 
traduire la plupart des notes de cette édition (pp. 319-21). ElUe a été faite 
uniquement d'après le ms. R (Bib. nat. 22043), où elles occupent les 
fol. 1110-112''. Les autres œuvres de Carbonel, dont je ne m'occupe pas, 
sont, pour la plupart, dans le même ms., un peu plus haut (102^-1(J4'')- 
Raynouard n'avait pas imprimé une seule cobla de Carbonel; il ne donne 
de lui {Choix, IV, 281-6 et V, 99-101) que deux sirventés, une tenson, un 
planh et deux couplets de sirventés (Bartsch, Verz., n»' 9, 10, 12, 15, 16). 

3. 11 ne serait pas sans intérêt de déterminer ceux qu'a suivis Carbonel. 
Je laisse à d'autres cette recherche, qui serait assez délicate, les formes 
choisies étant en général communes à un grand nombre de poésies. Je nie 
contente de reproduire en note les rapprochements faits par Bartsch. 



LKS « COBLAS » DE BERrilAX GARBONEL. 13f) 

trop rares (111, XLI). Son exemple même prouve que l'on 
empruntait souveut celles d'une pièce, chanson ou sirventés, 
qui était restée en vogue. Mais on devait être autorisé aussi 
à composer sur des formes nouvelles : Carbone), en efTet, 
conseille (LXV) d'adapter à toute coUa une mélodie, ce qui 
était évidemment inutile quand on suivait un modèle. La 
difficulté inhérente aux bouts-rimés et ce caractère de demi- 
improvisation expliquent peut-être l'insigne faiblesse de la 
plupart des cobkis qui nous sont parvenues'. Celte faiblesse 
était au reste sentie, au moins par les gens du métier : Car- 
bonel, en etïet, nous avoue sans ambages (XLIII) ou nous 
laisse entendre (LXIX) que ses productions étaient assez sé- 
vèrement jugées, au moins par ses concurrents : lui-même au 
reste, et il faut lui en savoir gré, parait s'être rendu compte 
de la médiocrité de son talent (LXl). 

Un autre intérêt de ce petit recueil est qu'il nous permet 
d'apprécier l'état d'esprit du monde bourgeois et commer- 
çant auquel l'auteur paraît avoir lui-même appartenu. Les 
questions d'argent y tiennent naturellement une grande 
place : on y est généralement estimé en proportion de sa 
fortune (XIX, LXVIII); les vertus les plus appréciées sont 
l'exactitude dans le paiement de ses dettes (XXIV, LXIV); 
si l'on y considère l'avarice comme honteuse, on est bien 
d'avis que l'essentiel est de ne pas se ruiner (XX, XXXIV) ; 
on y tolère aisément les mensonges profitables (XIV) et bien 
d'autres fautes. L'auteur, fort indulgent pour les autres 
(XLVI), n'est pas plus sévère pour lui-même : la « joie » est 
ce qu'il préfère au monde (XL, LVIII), et quand il voyage 
pour affaires, il ne dédaigne ni bon souper, ni bon gîte, ni le 
reste (XXVII, LX). Certes, il n'a aucun des raffinements de 
pensée ou de style de cet illustre compatriote qui, quelque 
cent ans auparavant, unissait, lui aussi, le culte de la poésie 
au maniement des affaires, et quitta l'un et l'autre pour les 
âpres joies de la lutte et de l'apostolat; mais il faut bien 



1. Celles de Guiraut Olivier, d'une morale un peu plus élevée, sont éga- 
lement d'une forme très médiocre. 



140 A. JEANROY. 

avouer que dans les strophes subtiles et doucereuses du futur 
évèque de Toulouse nous n'apercevons rien de son âme ar- 
dente et implacable. Il en va tout autrement de notre naïf et 
exubérant Gaudissart : c'est un genre de supériorité que, à 
défaut d'autre, il faut bien lui reconnaître. 

J'ai pu, pour cette nouvelle édition, utiliser trois manus- 
crits, malheureusement incomplets, qui étaient restés incon- 
nus à Bartsch. 

Le moins incomplet de ces mss. est celui de Florence 
(Laur. XLI, 42; P de Bartsch, dont je conserve lanotation). 
Ce ms., exécuté en Italie au début du xiv« siècle, a été, 
comme on sait, décrit par Griitzmacher au t. XXXIII de 
VArchiv de Herrig (p. 299) et publié complètement par 
M. Stengel aux tomes XLIX et L du même recueil. Les coblas 
de Carl)onel (fol. 56=^-59'^) y sont au nombre de cinquante- 
deux, dont cin(iuante sont aussi dans i? ' ; elles se présen- 
tent dans Tordre suivant : 1, 2, 4, 3, 5, 36, 58, 15, 59, 9, 32, 
18, 56, 51, 4, 19, 44. 23, 22, 10, 12, 20, 26, 38, 34, deux coblas 
nouvelles (= 71, 72 de cette édition), 35, 42, 17, 52, 37, 16, 
31, 57, 24, 27, 39, 53, 54, 50, 47, 48, 11, 55, 13, 28, 46, 7, 8, 
40, ?>'-\. On en trouvera le texte au tome L du recueil précité, 
pp. 266-7;2 (no^XX-LXXII des coblas). Aucune suscription ne 
révèle leur auteur. L'original de ce ms. (qui est fort mau- 
vais) devait être originaire de la Provence propre, comme le 
montre le maintien fréquent des n caduques; les autres par- 
ticularités de ce ms. consistent dans la substitution fié- 
quente, à la finale, de aitz <à atz, la notation de l mouillée 
par II et la fréquence de la diphtongue uo (correspondant 
à ouvert)-. 

Le second de ces ms. (Paris, Bij)l. nat., n^ 12472; f ùe 
Bartsch) est le ms. Girau(l,de la première moitié duxiv^ siè- 
cle. 11 a été minutieusement décrit par M. P. Meyer dans 

1. Je ne Sais sur <juoi Bartsch se fonde pour attribuer à Carbonel la 
cobla LXXIIde Stengel, qui n'est guère dans la manière de l'auteur. Inver- 
sement, il se pourrait que certaines des dernières coblas de cette liste 
fussent de lui ; on y trouve au moins des idées qui lui étaient familières. 

2. Je reproduis l'édition de M. Stengel, en mettant un point d'interro. 
gation quand je soupçonne une faute de lecture. 



LKS « COBLAS » DE BERTRAN CARBONEL. 141 

son célèbre mémoire sur les Derniers troubadours de la 
Provence (extrait de la Bibl. de VÉcole des Chartes, t. XXX 
et XXXI). Pour plus de commodité typographique, je le 
désigne par G (du nom de son dernier possesseur). Les 
coblas attribuées à Garbonel, au nombre de vingt, y occupent 
les fol. l«-6^ dans l'ordre suivant : 26, 82, 59, 20, 37, 31, 
44, 42, 8, 22, 40, 53, cohla nouvelle : Savis 0)n quan vol, 1, 
3, 6, 39, 27, 55, cobla nouvelle : Qui pogues vezer en espeilh'''. 
Les deux coblas nouvelles ne sont pas en réalité de Garbo- 
nel : la première est un fragment d'un sirventés de Uc de 
Saint-Cire (457, 8; n° XX de l'édition Jeanroy et Salverda de 
Grave), la seconde un fragment d'une chanson de Uc Bru- 
nenc (450, 6; éd. Appel, dans Abhandlungen Herrn Prof- 
Tobler dargebracht,]). 72). Le compilateur paraît avoir fait 
un choix dans une collection plus complète et avoir été plu- 
sieurs fois tenté de s'arrêter en route; il a écrit, en effet, 
après les coblas XIV et XV, ces mots, qui ressemblent à un 
explicit : Bertran Carbonell de marseUia et en berfrans 
Ca7^bonels de maseilha fes aquestas coblas. Ge ms. a été 
exécuté, comme M. Meyer l'a montré, dans la Provence pro- 
pre; aussi \'7i caduque y est-elle constamment écrite; on y 
trouve souvent aussi à l'article sujet, masculin et féminin, 
le. Il (pour lo, la) et, ce qui n'est caractéristique d'aucun dia- 
lecte déterminé, ez, quez (lat. et, quod) devant voyelle. Les 
variantes que je donne en note permettront de juger des au- 
tres particularités graphiques de ce recueil. La collation que 
j'avais faite de ce ms. sur l'édition de Bartschm'ayant laissé 
quelques doutes, M. St. Stronski en a exécuté pour moi une 
copie complète, dont j'ai pu vérifier la parfaite exactitude. 

Le troisième manuscrit, que j'ai deux raisons de désigner 
parla lettre A (il appartient cà la collection Paul Arbaud, à 
Aix-en-Provence) a été décrit et publié en partie par Ghaba- 
neau {Revue des langues rotnanes, XXXII, 1888, 473) et 
M. P. Meyer (Romania, XXII, 87). C'est la compilation bien 

6. M. Meyer a publié ces deux coblas ainsi qu'une troisième (Bartsch, 
n° 39) dont il n'avait pas remarqué la présence dans le ms. R {Dernie>'s 
troub.. p. (3ÔS = Bibl. de l'École des Cit., XXX, 473-4). 



142 A. JI'.ANROY. 

connue de l'Aixois Bertrand Boysset, exécutée de 1872 à 1375. 
('/est le 13 juin 1372 que fut terminée la copie des coblas qui 
nous intéressent ï; au nombre de trente-trois, elles occupent 
les fol. 20 ^-23 v^ dans l'ordre suivant : 1, 2, 4, 5, 9, 14, 
10, 18, 24, 17,3, 6, 8, 7, 18, 12, 15, 16, 19, 20, 21,22, 23, 25, 
26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 38, 36. Gomme on le voit, elles 
appartiennent toutes à la première partie de la liste de R et 
se suivent dans un ordre assez voisin, ce qui induit à penser 
que Boysset travaillait sur une liste analogue à celle-là, mais 
moins complète. L'origine provençale du ms. se décèle à 
maint trait, comme le maintien de n caduque et de t latin 
appuyé. Le texte des coblas étant inédit, je n'ai pas été trop 
avare de variantes. J'en dois une copie très exacte à l'obli- 
geance de mon collègue M. L. Gonstans. 

Une classification de ces mss. n'aurait pas grande utilité 
pour la constitution du texte, la bonne leçon étant générale- 
ment indiquée par les exigences du sens et de la mesure, 
Ji'entreprise serait au reste malaisée et risquerait de ne pas 
aboutir, les quatre mss. étant très divergents; ceux même 
({ui, dans l'ensemble, présentent le plus de rapports, P et B, 
ayant parfois des leçons très différentes, ce qui s'explique 
sans doute, non seulement par le grand nombre des inter- 
médiaires, mais par les libertés dont usaient les compilateurs 
vis-à-vis d'originaux fautifs ou mutilés^. 

.l'ai réproduit la graphie du ms. le plus complet (/?), déjà 
imprimé, mais assez inexactement, par Baitsch. Je me suis 
borné à rétablir la déclinaison, même dans le corps des vers, 
piiis(|iie les rimes nous apprennent que l'auteur la respec- 
tiiil. Il eût été plus naturel, je le reconnais, de prendre comme 
base un des mss. exécutés dans une région plus voisine de 
la patrie de l'auteur; j'ai reculé devant l'incohérence graphi- 
que qui eût été la conséquence de cette décision. 

1. Voyez lo fac-siiuilé de cclto pii^'c (l;iiis liorn.. lor. cit.. p. 9'2. Cf. 7?er. 
lies L rom., lue. ci/., p. 4/(). 

'■i. Ainsi .1 cl J\ qiii sont oi'ilinairiMucnL tirs divoi-^'ents. otVrent la 
mètiio leçon, très caractéristique. IJ, X '.» (voy. la noto) ot VI II, 9: P, qui 
est en général très analogue à Jf, s'en sé|iar(' i-nmpléloniont on plusieurs 
passages (XXXiX, 9 Kl; 1,V1I, 7-10, etc.). 



LES « COBLAS » DE BEKTRAN CARBONEL. 143 

Aiso son coblas ti'iadas espar sas d'en 
Bertran Carbonel de Marcel/m'. 

I. S'ieu die lo ben et hom no-1 me ve ftiire 
Negus per so a mal far no s'en pronlui, 
Que yeu o fas enaisi co-1 jogaire 

4 Que assalz miels que non juga m'ensenha. 
S'us fols ditz be, no-1 deu hom mensprezar, 
Que'l profieg[z] es d'aquel que'l sap gardai- : 
Jasiaiso que al fol pro non tenha, 

8 Bon es d'auzir, ab c'om lo ben retenha. 

II. Bens e mais, cascu-s pareis, 
Ja tan rescost no's fara. 
Gascus per contrari creys : 
Lo bes fa e'I mal[s] desfa. 



' Cette rub)-ique est dans R; dans A : ayso son coblas de bertran car- 
bonel ; dans GV.pas de rubrique. 

I. Da7is AGPR. — 1 non mi nés fayre AP; ezom nol mi ues G. — 
2 nuls honips per so A, qea nuls p. s. G; non mempenha A, non sen- 
peinlia G, nom sempeincha P. — 3 fas] fauc A, ai fag G; iugayre A P. — 

4 miels assas (assat G) GP; nenseingha P, nensenlia R, ensenlia A. — 

5 si uns f. d. b. lo deu om mesprear A. — 6 daycel que A. — 7 aso R; 
tenga A. — 8 a que lo ben retenia A; am coni sos ditz r. G. 

II. Dans APR. — 1 e] es R; a cascun A; parei P. — 2 rescos non si 
A ; fata P. — 3 per contraria A ; trei P. — 4 lo bon A, le bens P : desla P. 



I. Si je fais le bien et qu'on ne me le voie pas faire, que nul pour 
cela ne se mette à faire le mal : c'est que je fais comme le joueur 
qui conseille autrui beaucoup mieux qu'il ne joue lui-môme. Si un 
fou dit une bonne chose, on ne doit pas moins estimer celle-ci, car 
le profit est pour celui qui la sait retenir. Le bien, quoiqu'il ne 
serve de rien au fou, est toujours bon à écouter, à condition qu'on 
le retienne. 

IL Le bien et le mal finissent par éclater, avec quelque soin que 
l'on ait caché celui-ci. Chacun s'accroît en sens contraire : le bien 
fait et le mal défait. Circonstances pi'opices ni nuit obscure n'y 
peuvent rien : le moment [du scandale] arrive toujours, et il est 



144 A. JEANROY. 

5 G'aizina ni nuetz escura 

No'i val, c'una ven, qu'er dura, 
E si ven tart, la gen laigua 
Ditz : « Tant vai lo dorcx a l'aigua 
Tro que l'ansa lay roma. » 
10 Per qu'es fols sel que mal fa. 

III. Alcun nessi entendedor, 

Gais yeu soi dels autres pus prims. 
An fag col)las en tan cars rims 

4 G'om no y troba respondedor, 

Don alcus fort se glorifia. 
Mas sapchas c'aiso es folia, 
Que-1 jonheyre(s), segon valor, 

8 Deu voler a son jonhedor 

Las armas semblans que el ha; 
Atressi sel que cobla fa 
Deu donar rims segon razo 

12 Que y puesca hom far responsio. 



f) noi] non A; nnan R: que una ventiu-a A. — 7 tart] taint P; li gent A. 
i geniz P, las jens R. — 8 ua lo broquet A, ual broqeiz P. — 9 quel bros- 
son A, qel broissos P. 

III. Dans AGPR. — 1 alcuns n. entendoron A, naesci P. — 2 cars ieu 
s. del A. — 3 fag] fas P; car P; am t. caras rimas A. — 4 noy] non A. 
— 5 se| si A, sen GP. — 6 sapias A, sapchaiz P. — 7 ionent A, ioinheres 
P. — 8 deu] de P; ualer... ionnidor A, ioinchedor P. — 9 qez GP; ha 
manque G. — 10 que manque R. — 11 rims] cuns A. — 12 que puesca y 
(y biffé) f. r. A. 



bien dur. Et s'il arrive tard, le vulgaire dit : « Tant va la cruche à 
l'eau qu'à la fin l'anse y reste. » G'est pourquoi il est bien fou 
celui qui fait le mal. 

III. Quelques sots, se piquant de poésie, comme si j'étais plus 
subtil que les autres, ont fait des coblas en rimes si rares, qu'il ne 
se trouve personne qui y puis.se répondre, ce dont certains se glo- 
rifient beaucoup. Mais sachez que cela est folie, car le combattant 
doit, selon justice, vouloir pour son adversaire des armes pareilles 
aux siennes. De même, celui <jui fait une cobla doit donner des 
rimes raisoniu\bles pour qu'on puisse y répondre. 



LES « GOBLAS » DE BERTRAN GARBONEL. 145 

IV. On hom a mais d'entendenien 

E pus val, mais se deu guardar 

G'om non lo puesca encolpar 
4 Ni dir qu'el fassa falhimen, 

C'us mais dona mai de blasmor, 

Qui-1 fa, que sen ben de lauzor : 
Per que totz hom deu entendr[e] en be, 
8 E majormen ronrat[z], car li perte. 

V. Mays falh qui blasma ni encolpa 
Autruy de so que-1 porta crim 
Que aquel que non porta colpa; 

4 Per qu'ieu los maldizens n'eiicrim, 

Que mais hom ades pus s'enfama 
Gant blasm' autrui e'I cre dar fama : 
Per que aquel c'al segle vol plazer 
8 Se deu penar de far e dir plazer. 

VI. D'omes trobi que de cors e d'aver 
S'abandonan als grans senhors servir; 

IV. Bans APR. — 1 on] un A ; mais a P. — 2 e plus... si AP. — 3 que 
non A; lo] la P. — 6 quil] quel A; cen AP. — 8 maiormens AP; 11] 1 A. 

V. Dans APR. — 1 mal fai R; blayma A; ni] e AP. — 4 en los A ; p. q, 
cell qe blasma P. — 5 ses fama P. — 6 cres P. — 8 pensar A. 

IV. Plus un homme a de sens et de valeur, plus il doit faire en 
sorte qu'on ne puisse l'accuser ni lui reprocher d'avoir failli, car 
une seule faute lui attire beaucoup plus de blâme que cent bonnes 
actions de louanges. C'est pourquoi chacun doit tendre au bien, 
et surtout l'homme honoré, car cela lui appartient. 

V. Celui qui blâme autrui d'une faute qu'on peut lui imputer à 
lui-même pèche plus gravement que celui qui n'en est pas coupa- 
ble. Et c'est pourquoi je m'élève contre les médisants, car un 
homme pervers se diffame lui-même de plus en plus quand il 
blâme autrui et tente de nuire à sa réputation : c'est pourquoi celui 
qui veut plaire au monde doit s'appliquer à faire et dire des cho- 
ses agréables aux autres. 

VI. Je vois des gens qui se dévouent, en y consacrant leurs per- 
sonnes et leurs biens, à servir les grands seigneurs. Il est vrai que 



146 A. JEANROY. 

Vers es que be en vezem enrequir 

4 Alcus homes e creiss[er] de poder. 
Mas ab tôt so fan que fol e muzai-t, 
Car emplegar en gazanh que ven tart 
Es gran foldatz, car per uti qu'en sia ricx 

8 En vey anar vint o trenta mendicx. 

VII. Non es amicx qui non o fay parven 

E que [noj valha als ops, si o pot far; 

E qui non pot, non fai ad encolpar, 
4 Ab que aja del valer bon talen, 

QuB'l voluntatz val lo fait manias vetz, 

C'a penre fa, pus volontalz y es, 

Lo bon voler enaysi coni per fag, 
8 Que pueis en mal non deu esset retrag. 

VIII. D'ornes atrobi totz aitals, 
Co En Peire Cardenals di, 
Que lor faitz es tan beslials 

VI. Dans AR. — 4 trobe... cor A. — 5 m. an... musan A. — 6 en] per 
R: gazan A. — 7 grans folia A. — 8 uey] uec; XX o XXX paures A. 

VII. Dans APR. — 1 non] aon P; fa P. — 2 e manque A; no manque 
APR; si] cant A. — î] ad manque P; escolpar A. — 4 ainquel A; — 
5 mantas] niota.s A. — 6 ponre P; capent e fay A. — 7 bon] be R; et 
enayssin con p. f. A. — 8 retrat etsetera (sic) A. 

VIII. Dans AGPR. — 1 homes A ; trobe AG; toiz P; lot a. A. — 2 di] 
de A. — ;J lur AP, lurs G; bestias A. 

nous en voyons quelques-uns s'enrichir et accroître leur pouvoir. 
Mais malgré cela, ils agissent en fous et en niais, car sacrifier [tout] 
en vue d'un gain tardif est une grande folie; et pour un qui s'en- 
richit de la sorte, j'en vois vingt ou trente aller mendiant. 

VII. Il n'est pas ami celui qui ne se montre pas di.'^posé à servir 
[ses amis] en leurs besoins, s'il le peut faire. Celui qui ne le peut 
ne mérite aucun reproche, pourvu qu'il ait bon vouloir de les 
servir, car la volonté, maintes fois, vaut le fait; le l)on vouloir, 
quand il existe réellement, doit être accepté en qualité de fait et 
on ne doit pas ensuite y trouver sujet de lilAme. 

VIII. Je trouve des gens de telle sorte et dont les actions sont si 
Jjesliales que, comme l'a dit sire Pierre Cardinal, ils seraient porcs 



LES « COBLAS » DE BERTHAN CARBONEL. 147 

4 Que porc foran en Lemozi, 

S'aguesson coa, mas non Tan. 
E qui-ls repren ni'ls vai blasman 
Ades los vey may enfolir : 
8 Per que totz hom les deu fugir, 

Ë qui d'els no si pot lonhar, 
Tôt can dizon deu hom lauzar, 
C'atressi tanli als fols dire plazer 
12 Co als savis, cant se pot eschazer. 

IX. D'ornes truep que, per amistat 

Que auran gran ab lor amie, 

Lo lauzaran tan qu'ieu vos die 
4 Que no n'y aura la mitât; 

Pueis endeven qu'an dezamor, 

Don lo laus torna en blasmor; 

Per qu'ieu die, pus que messongier 
8 Son el laus que fan de premier, 

C'om non los deu creire del mal 

Qu'en dizon pneis, si Dieus mi sal ! 

4 porxs A; foron GR ; lemozi manque P. — 5 manque P; si agesan 
cosa A. — 6 e qils repren ma)ique P; aquels repren nil A; vai] uau G. 
— 7 uec A. — 8 toiz P; fogir R. — 9 pero qui no (non P} sen pot ioin- 
gnar (lunnar A) AP. — Il tanh] tan A. — 12 cant al sauis A; al P ; po P. 

IX. Bans APR. — 1 trop A; truob P. — 2 que manque A; an A; 
amicx R. — 5 sesdeuen A. — 6 Je les P; basmor A. — 7 per quen A. — 
8 li lau P. — 9 c'om] que A; los] las P. — 10 qem P. 

en Limousin s'ils avaient une queue; mais ils n'en ont pas. Et 
plus on les réprimande ou les blAme, plus je les vois se livrer à la 
folie. C'est pourquoi tout homme doit les fuir et, quand on ne peut 
s'éloigner d'eux, on doit approuver toutes leurs paroles : car il 
faut, quand cela se peut, faire entendre des paroles agréables aux 
fous comme aux sages. 

IX. Je vois des gens qui, à cause de la grande amitié qu'ils por- 
tent à leur ami, le louent à tel point que je vous dis qu'il n'y a 
point en lui la moitié [du bien qu'ils en disent]. Puis il arrive 
qu'ils se brouillent; alors l'éloge se change en blâme. Et moi je 
dis que, puisqu'ils ont été mensongers dans les éloges qu'ils fai- 
saient d'abord, on ne doit pas les croire non plus quand ils en di- 
sent du mal, de par Dieu! 



148 A. JEANROY. 

X. Vers es que bon a causa es 

Que hom ben gar[cle] sa riqueza, 
Car per fol gardar, motas ves, 

4 Pren hom dan e'n ven en paureza ; 

Et atressi per trop gardar 
Pot hom dan penr'e mescabar. 
C'iis cobes despen mais c'us larcx 

8 Motas vetz, e truep que sans INIarcx 

Ajiida mais e sans Donatz 
Que Dieu[s] ni dreytz ni amistatz : 
Per que fai mal qui non ser e non dona 
12 E non presta, si com razos faissona. 

XI. Si alcun vol la som'aver 
De la sciensa d'aquesl mon, 
Trop e pauc. li fas a saber, 

4 Trobi que duy conlrari son. 

Si co hom per trop si cofon, 
Si cofon per pauc eyssamen : 
Per c'om deu el miej', dreitamen, 



X. Da}2s APR. — 2 gardi AP, gar R. — 8 fol manque P; motas A. — 
4 pouresa P, paupresa A. — 7 us R. — 8 mantas P; trobe A. — 9 donaiz 
P. — 10 amistaiz P. — 11 seur A. — 12 razon A; en liioc qe dreiz fan 
sona P. 

XI. Dans PR. — :] a maiiqne R. — 7 drechamen P. 



X. Il est vrai (]ue c'est une bonne chose que de garder sa 
richesse; mais il arrive souvent qu'en la gardant follement on 
subit un dommage et tombe dans la pauvreté. D'autre part, on 
peut aussi, en la gardant trop, subir un dommage et revenir à 
mal. Souvent un homme chiche dépense plus qu'un libéral : je 
trouve que saint Marc et saint Donat aident parfois plus que Dieu, 
Droit ou Amitié : et c'est pourquoi il a tort celui qui se refuse à 
rendre service, à donner ou à prêter, dans les limites où la raison 
le conseille. 

XI. Si ({uelqu'un veut avoir le résumé de la science de ce monde, 
je lui fais savoir que le trop et le trop peu sont deux contraires ; 
de même qu'on se perd par le trop, on se perd aussi par le trop 
peu : et c'est pourquoi l'on doit s'appliquer à se tenir dans un 



LES « GOBLAS » DE BERTRAN GARBONEL, 149 

8 Mètre son sen ab tempramen, 

Et qu'en son cor peze sos ditz els fatz 
Al miels que pot : estiers es fols e fatz. 

XII. Aras puesc ben conoisser sertamen 

Que le segles es vilas e malvatz, 
Car s'om canta ni*s don' alegramen, 
4 Gascus fara per despieg col e cals. 
E tug aquel que sabon-coblas faire 
Son fol lengut; el catieu d? mal aire 
Respondran mi, s'ieu lur vuelb demandar ; 
8 « Que es vida? » — « Gaug, qui'l se sap donar. » 
E diran ver, e doncx es ben folia 
Qu'ilh blasmon gaug, la melhorres que sia. 

(XIII. Conoissensa vei perduda, 

El segle desconoissen : 
Que si om non a d'argen 

9 en qon... pezi P. — 10 els faitz {gratté) luocs trop garda es foldaiz P. 

XII. Dans APR. — 1 arars P; certamens A, certamennen P. — 2 quel 
s. A; que les s. P; maluais P. — 3 cant A; ni] e P. — 4 col e cais] colo- 
nels {la quatrième et la citiquiètne lettre x>eii sures; il y a eu grattage); 
coUecars P. — 5 tue A, toz P ; coblas] obras A. — 6 ten hom per fols P ; 
caytieu A. — 7 respondre en (?) A. — 8 se] si AP. — 9 dira u. e donar es 
f. A. — 10 qui blayma gauc A, qe blasman P. 

XIII. Dans APR. — 1 uec A. — 2 al cegle A. — 8 non a cura d'à. R. 

juste milieu, exactement, avec modération, et peser dans son cœur 
ses paroles et ses actions, du mieux que l'on peut; autrement, on 
n'est qu'un fou et un sot. 

XII. C'est maintenant que je puis bien connaître avec certitude 
que le monde est vilain et mauvais : car, si quelqu'un chante et se 
donne du bon temps, chacun par dépit lui fera la moue. Et tous ceux 
qui savent faire des couplets sont tenus pour fous. Ces malheureux 
au triste caractère, si je le leur demande, me répondent que la vie 
est toute joie quand on sait s'y prendre : et ils diront vrai, et voilà 
pourquoi c'est folie de leur part que de blâmer joie, la meilleure 
chose qui soit. 

Xllf. Je vois que toute raison est perdue et que le monde est 
privé de bon sens : car, si un homme n'a pas d'argent et ne cher- 



150 A. JEANROY. 

.4 O de gazanh no s'ajucla, 

Non es prezatz un boto, 
C'a un rie vil d'aol faisso 
Vey donar molher complida, 
8 E vej^ c'om non ha gamlida 

Per sen, per genli, per vertu t, 
Pus c'om a l'aver perdut. 

XIV. Us hom pot ben en tal cas verlat dir 
Qu'el en perdra son cors e sa ricor; 

Falli, si ditz ver, non ves Dien, son senlior, 
4 Car Dieu [s] no vol que hom deya ni' niir; 
El segles oc, ans que mort sostenir 
Ni perdre'l sieu, que Dieus es pialos, 
8 E car peccat delis confessios, 

Die que mais val mentir per aver be 
C'aital verlatz, per c'om perdes ganre. 

XV. Qui adonar no se vol a proeza 

Cant pot far, sobregrans foldatz es : 

t> uiel lioiiis A; auol AR; ipiail ne fal ni daul razo P. — 7-8 uec A. 
lu piieys ca A. 

XTV. Dans AR (non dans P, contrairement à l'indication de Bartsch). 
— 1 casj causas A. — 2 quellen A. — 4 dega A. — 5 el segle A. — ni 
pero al A. — 9 be] ben A, loc R. 

XV. Dans APR. — 1 prosesa A. 

che pas un appui dans le gain, il n'est pas estimé un bouton; car 
je vois donner une femme accomplie à un riche malotru ; et je vois 
que l'on ne peut se tirer d'alîaire, par sagesse, imbileté ou vertu, 
quand on a perdu son avoir. 

-Xi V. 11 peut arriver, dans certains cas, qu'un homme, pour avoir 
dit la vérité, perde la vie on la richesse. En disant la vérité, il ne 
l)éclie pas envers Dieu, son maître, car Dieu ne veut pas que Ton 
mente; le monde, au contraire, permet de le faire plutôt que de 
souffrir la mort ou de perdre ses biens. Or, comme Dieu est misé- 
ricordieux et que la confession détruit le péché, je dis qu'il vaut 
mieu.K mentir pour garder son bien que de dire telle vérité qui 
nous causerait une grande perte. 

XV. Ne pas s'adonner à prouesse quand on le peut est une très 
grande folle, car ou ne doit jamais être négligent à se procurer 



LES « COHLAS » DE BEKTRAX CARRONEL. 151 

l'ei' que nulli liom non deu aver pereza 
4 De far son pro e s'onor totas ves; 
Car qui no fai quant far poiria 
Non fara cant far volria; 
Per c'om se deu esforsar, qui caber 
8 Vol el segle, d'onor e pretz aver. 

XVI. D'ornes Irobi que son de vil natura 

Que son parlier, fol et otracujat 
E non gardon senhat ni dessenhat 
4 Ni segon drech ni razon ni mezura; 
Die o per so c'om los deu comportar, 
Qued autranien nuls non s'en pot onrar, 
Que-l fols, on plus vos blasmara, 
8 Adoncas pus vos lauzara, 

E si tenes sos fols ditz a pezansa 
Us autres fols en pren per cent venjansa; 
Per que-l savis non deu am fol conlendre, 
12 Car si onran, s'en pot aysi défendre. 

3 nuls AP, homps A; pereso A. — 4 fa A, — 6 o manque A. — 7 ca- 
berj saber A. 

XVI. Dans AGPR. — 1 trobe AG; uiel A. — 2 que] e G; san P; 
cntraeuiat (?) P ; parliers fols e trascuiatz A. — 3 seenahnt ni dessienaht P. 
— 6 car dautramens A ; nulhs G, nulh R. — 7 que f. P. — 8 adonques P ; 
laurara A. — 9 s. f. die en p. A; sas (?) fols diz a prezanza P. — 10 cent] 
cert G. —11 saui R; am] al PR. — 12 onra A ; onrat GP; s'en] en A, si R. 

honneur et profit : celui qui ne fait' pas [cela] quand il pourrait 
[le] faire, ne le fera pas quand il le voudrait : aussi celui-là qui 
veut tenir sa place dans le monde doit-il s'efforcer d'avoir 
honneur et prix. 

XVI. Je connais des hommes de naturel vil, vantards, fous, ou- 
trecuidants, sans égard ni poui- le chrétien, ni pour l'infidèle, qui 
ne suivent ni droit, ni raison, ni mesure. Je dis cela pour conclure 
qu'on les doit supporter, car autrement on n'en peut venir à bout 
à son honneur, car le fou vous- honore d'autant plus qu'il vous 
blâme, et, si vous supportez mal ses ridicules propos, un autre 
fou en tirera vengeance au centuple : et c'est pourquoi le sage ne 
doit pas disputer avec le fou, car c'est seulement ainsi qu'il peut 
!^e défen<ire contre lui honorablement. 



152 A. JEANROY. 

XVII. D'ornes trobi de gros enteiidemea 
Que fan coblas aitals com hir perte, 
L'us ab fais motz, l'autre-s vay eufenhen 

4 Qii'el fay coblas naturalmen e be; 
Per que aquel c'a erigenh e sciens-^ 
Non deu voler ni niour' ab els tenso, 
Car a cobla que non porta razo 

8 Nulhs hom non pot far respost de valensa. 

XVIII. Lapremieyra de totas las verlutz 
Es c'om aja en son parlar mezura; 
Per que totz hom deuri' aver gran niia 

4 De gent parlar, cant se sent soniogulz, 
Que non es homs am pejor nialautia 
Gant de mal dir sa lenga no caslia, 
Car per mal dir pren dan e deshonor 

8 E ven a faytz per que^n pert sa baylia. 



XVII, Dans APK. - 1 trobre A; di g. entendiinen P. — 2 aytal A; 
com] can R. — '6 luns o fails niortz 1. uei enfeien F; enfenent A. — 
4 natnralinens AP. — 6 h. dieu u. ni uio cab els P. — 7 porti AP. — 
8 responsion A ; respet far P, 

XVIII. Dans APR. — 1 las] la A. — 4 si s. sosmogutz A, q. qi sent 
soinoguilz P. — 5 que] quuei P, ciiey R; am] de R, ab P; piger A, 
poier P. — 6 zastia P. 



XVII. Je trouve des hommes de sens grossier qui font des coblas 
telles qu'il leur appartient (c'est-à-dire grossières comme eux) : 
l'un [les fait] avec des mots impropres, l'autre va se figurant qu'il 
les fait naturellement et bien. Aussi celui qui a de la raison et de 
la science ne doit ni accepter ni engager la querelle : car, à une 
cobUi d'où est absente la raison, on ne peut faire de réponse 
convenable. 

XVIIL La première de toutes les vertus, c'est d'observer la 
mesure dans ses propos ; aussi tout homme devrait-il avoir grand 
souci de parler convenablement, [même] quand il se sent ému : 
c'est pour l'homme la pire des maladies que de ne point savoir 
retenir sa langue de médire; car par médisance on subit dommage 
et honte, et on en vient à des actions par lesquelles on perd sa 
supériorité. 



LES « GOBLAS » DE BERTRAN GARBOXEL. lo3 

XIX. Per fol tenc qui longua via 
Ama pus que breu tener; 
Aquesta semblan folia 

4 Fa qui fuch aquel saber 

G'adutz los autres que son, 
Que[z] ieu vey en aquest mon 
Sen e saber e mezura 
8 E tota bon' aventura 

Qui pot pro aver deniers, 
E vey c'om non es es tiers 
Si fort petits o volgutz; 
12 Per que fai sen qui anipara 

So don pot esser cregutz, 
Que cascun jorn vezem ara 
C'us ricx vilas sera mielhs aculhitz 
16 C'us hom gentils, pus qu'er empaur[ez]itz. 

XX. Totz trops es mais, e qui a[lj trop s'adeza 
Non es cabals; per c'om deu lotas ves 
Esser liais, mesura en lot meza : 

4 So non es als mas mermar so quez es 

XIX. Dans APR. — 2 uol mays A. — 3 sembla P. — 6 uec A, ne P. 

— II petit APR; o] oc PR; an A. — 13 dan per P. — 14 jorn] iam (?) P. 

— 16 empauressitz A; qe sia enpaubritz P. 

XX. Dans AGPR. — I tortz P; al] a G; e qui lo trop non peza APR. — 
3 e m. P. — 4 se nés al A; quez] que AR. 

XIX. Je tiens pour fou celui qui préfère le chemin le plus long 
au plus court : il tombe dans cette même folie, celui qui évite cette 
science qui amène toutes les autres qui peuvent être; car je vois 
en ce monde [attribuer] sagesse, savoir et mesure et toute avanta- 
geuse qualité à quiconque a assez d'argent, et je vois qu'on n'est 
pas pour d'autres raisons recherché et fêté ; et c'est pourquoi il 
est sage, celui qui acquiert cette chose par laquelle il peut s'ac- 
croître; car aujourd'hui nous voyons constamment qu'un vilain 
riche sera mieux accueilli qu'un homme plein de noblesse, quand 
celui-ci sera tombé dans la pauvreté. 

XX. Tout excès est mauvais, et celui qui s'attache à l'excè.s n'est 
pas parfait; aussi faut-il toujours être loyal et observer en tout 
mesure. Cela n'est pas autre chose que diminuer ce qui est en 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 11 



154 A. JEAN ROY. 

Trop e creysser y tota via 
So qu'en falh : per que fa folia 
Qui may despen que non ha de poder, 
8 Car matis n'ay vistz e'n vey d'aut bas cazer. 

XXI, Ane per nulli temps — et ayso es serleza — 
De joc mânes ad liome ben non près, 

E qui mays val mais y fa de simpleza, 
4 Car anc nulli temps no'n venc ni-n venra bes; 
E qui vol seguir sela via 
On negun be non trobaria, 
Mager foldalz, segon lo mieu parer, 
8 Non es; per que hom s'en deu fort tener. 

XXII. Lo savis di c'om non deu per semblan 
Home jutjar, si proat no l'a be, 

Quel fais adutz semblan de be ab se, 

5 y manque P. — (J quen falh per ma>iqueR; fa manque P; Bartsch 
proposait de suppléer : qu'es pauc. — 8 luans] motz A; a bas A; qieu 
nai mainz uist P. 

XXI. Dans APR. — 1 negun temps P. — 2 que de ioc mays A. — 
y i fa] e pal P. — 4 ancj au A; veni'a] uera P. — 5 via] guia P; aquel 
quel uol s. aquella u. A. — ti hom ; be manque A. — 7 maior A. 

XXII. — Dans AUPR. — l lo] le AGP; die P; semblansa A. — 3 Tout 
le vers, sauf les deux derniers tnots, manquent en A par suite d'un 
bourdon. 

trop et ajouter à ce qui manque; aussi celui-là est-il fou qui 
dépense au delà de ses facultés, car j'ai vu par là et je vois tous 
les jours bien des gens tomber de haut en bas. 

XXI. .lamais en aucun temps — et cela est chose certaine — 
aucun bien ne vint à quicon(|ue du jeu; et plus on a de valeur. 
plus on fait [en s'y adonnant] une sottise; car jamais, en aucun 
temps, il n'en est venu ni n'en viendra de bien. Suivre cette voie 
où on ne saurait trouver aucun bien, c'est, à mon sens, la plus 
grande folie; et c'est pourquoi on s'en doit rigoureusement 
abstenir. 

XXII. Le sage dit (ju'on ne doit pas juger un homme sur l'appa- 
rence, avant de l'avoir éprouvé; car le perfide apporte avec lui 
des fu(,'ons honnêtes el fera que l'on ne se garde point de sa dé- 



LES < COBLAS » DE BERTRAN GARBONEL. 155 

4 Per tal que liom no-s gart de son engan. 
Aisi renha el mon truandaria, 
Que-ls sabens fug per cobrir sabauzia 
Et ab los pecx le truans se rescon 

8 Ab bel semblan, pueys los ras'e los ton. 

XXIII. Nulhz boni tan ben non conoys son amie 
Go fay aquel que a sofraclia gran, 

E*l pi'overbis vai nos o referman 
4 Que ditz c'als hops conoys hom tota via 
Son bon amie; per qu'ieu d'amie volria 
Cames de cor enaisi, per semblansa, 
En pauretatco fay en aondansa. 

XXIV. Cascun jorn truep pus dezaventuros 
Lo segle fais, on yeu pus vauc enan; 
Que per amor auray prestat ongan 

4 De mos deniers, et aeo voluntos, 
A dos homes; e cant los vauc queren, 
L'us me respon enequitozamen, 



4 de soueneiar A. — 6 quels] quel AP; sabels A. — 7 pecxj peti P. — 
8 lo ras e lescont A. 

XXIII. [Dans APR. — 3 uai] nés A ; referma A, refrinan P. — G c' âmes] 
al mens A. — 7 per p. A; en pauieza (?) con fai en audansa P. 

XXIV. Dans APR. — 4 tuep... desabenturos A. — 2 aquest'segle P ; on 
plus yeu A. — 3 per manque A; poestat A; ugan AP. — 4 e eico P. — 
5 vac P. — 6 eneguitozamen AP. 



loyauté. Aussi règne en ce monde coquinerie, car le méchant, pour 
cacher sa malice, fuit les sages et va se cacher, avec ces beau.x 
dehors, parmi les sots; puis il les rase et les tond. 

XXIII. Nul ne connaît son ami comme celui qui tombe dans 
l'extrême dénuement, et le proverbe nous le confirme, qui dit que 
« au besoin on connaît son ami »; et c'est pourquoi je voudrais 
que l'ami aimât de tout son cœur [son ami] et lui fit même 
visage dans la pauvreté que dans l'abondance. 

XXIV. Plus je vis et plus je trouve malheureux ce monde per- 
fide : par bienveillance, j'aurai un jour prêté de mon argent, et cela 
bien volontiers, à deux hommes; si je le leur redemande, l'un me 



156 A. JEANROY. 

L'autres me fiich : eiiaisi ai carnjat 
8 De gran valor ab bels ditz amistat. 

XXV. Tal[s] port' espaz[a] e bloquier 
Qu'es grans e bels e de bon talh 
Que als ops no val un denier, 

4 Ans fug qui ab armas l'assalh ; 

Qu'ieu say d'aitals e de petitz, 
Laitz de faiso, pros et arditz; 
Per qu'es fol qui los vol jutjar 

8 Per lor semblan, ni mesprezar, 

Car per lo petit pros se ditz 
Aquest semblans, qu'es vers e fis, 
Cant es als ops sa valor[sJ vista, 
12 Ben val mais per drap que per lista. 

XXVI. Motz liomes ti'obi de mal plach, 
Majormens c'o son per paureza; 
Als paures non esta fort lach, 

7 enaisi] ue uos cuni P. — 8 valor] amor AP; am bels de sainistatz A, 
a bels dezamistat P. 

XXV. Dans AR. — 4 ans] ani A. — 6 latz A. — 7 jutjar] usar A. — 
9 pros se ditz manque A. — 10 es manque A. 

XXVI. Bans AGPR. — 1 trobe A. — 2 raaiorens A ; eza [sic) ni con son 
p. p. G. — 3 fort répété P. 

répond avec colère, l'autre me fuit ; et voilà pour quoi j'ai échangé 
une amitié précieuse et a])on(]anle en belles paroles. 

XXV. Tel porte épée et bouclier, grand, beau et solidement 
taillé, qui, au moment du danger, ne vaut pas un denier, mais 
s'enfuit quand on l'attaque; J'en sais au contraire de petits et de 
vilaine apparence, qui sont courageux et hardis. 11 est donc fou 
celui qui veut juger ou mépriser les gens sur leur mine : c'est au 
petit homme courageux que l'on peut appliquer ce dicton, si vrai 
et juste, quand on a, dans le besoin, reconnu sa valeur ; « il vaut 
mieux comme drap que comme lisière ». 

XXVI. Je trouve beaucoup de gens difficiles en affaires (?), et 
qui le sont surtout par suite de leur pauvreté. ]Mais cela n'est pas 
déshonoiatil pour los pauvres, quand ils se conduisent ainsi vis-à- 



LES t GOBLAS » DE BERTRAN GARBONEL. l')7 

4 Ves aquels que an gran riqueza, 

Car dreitz ditz que necessitatz 
Non a ley, ayso es vertatz; 
Ancar ditz dreg[z] que cor d'atendre 
8 Deu hom per fach comtar e pendre ; 

Per c'om paures deu atrobar perdo 
Can passa-] jorn de sa proniessio. 

XXVII. Hostes, ab gaug ay volgut veramens 

Tostemps vieure et ab gaug vuelh èslar 
Tan cant vieiirai, car gaug mi fai «mar 

4 Tal on es gaug e beulatz e jovens; 
E pus ab gaug soi de mon loc partitz, 
Por Dieu vos prec c'ab gaug si' aculhitz, 
C'ostals ses gaug no mi play ni garidida : 

8 Doncx dem nos gaug, car ses gaug non es vida. 



5-7 encar dis dreiz qe cor manque A {bourdon). — 6 a ley manque 
A; ayso] et K. — 7 ancar] après R. — 8 conitarj dritat P; comtar per 
fagz G ; en penre A. — 10 qan... iorns P; et alongui cant fa (falh R) pro- 
mession (promessio R) AR. 

XXVII. Dans AGPR. — .3 amarj annar A. — 5 de mos hioxs partz A, 
de mon luoc issintz P, de niaseilhitz (sic) G. — 7 car senes gaug negus 
(neguns P) hom (homs P) non a uida GP. — 8 den A; non] nos A; e sia 
gaug a la per cert complida G ; per qeu uoill gaug car finamors mi 
guida P. 



vis des riches. Car le droit dit que nécessité ne connaît pas de loi, 
et cela est vrai; droit dit aussi que l'intention de tenir ses engage- 
ments doit être comptée et prise comme un fait; et c'est pourquoi 
le pauvre doit obtenir un répit quand il ne s'acquitte pas au jour 
convenu. 

XXVII. Hôtelier, j'ai toujours, en vérité, voulu vivre en joie, 
et en joie je veux demeurer, tant que je vivrai, car joie me fait 
aimer tel où se trouvent joie, beauté et jeunesse; et puisqu'en joie 
je suis sorti de ma demeure, je vous prie, de par Dieu, de ni'ac- 
cueillir avec joie, car hôtel ou demeure sans joie ne me plaisent 
aucunement. Donnons-nous donc joie, car sans joie la vie n'est 
rien. 



158 A. JEANROY. 

XXVIII. Bontatz d'amie e de senhor 
Non (leu aver esgardamen, 
Gant hotii li fai paure prezen, 

4 Mas el cor del prezentador: 

Per que, s'ieu ai fach lo semblan, 
Yeu prec la vostra valor gran, 
Sonlier, que se c'ay dich veyatz, 
8 Que razos o vol e bontatz, 

Que deu houi dar al prezen complinien, 
Gant sel que'l fay lo fay de bon talen. 

XXIX. Huey non es homs tant pros ni tant prezatz 
Ni tan cortes ni ab tan de bo sen 

Que no fallia o en ditz o en fatz 

4 E non yesca del dreg cami soen. 

G'atressi truep c'oni vay per pauc falhen 
Go fai }ier trop; per que, a ma semblansa, 
Deu perdonar senher(s) que am engansa 

8 Seguon razo al forfach peneden 
Et absolver lo sieu condempnamen. 

XXVIII. Dcms APR. — 1 bontaiz P. — 3 home P. — G la] a A. — 
7 cayso que ieu die A; nobles marqes mon cor u. P. — 8 rarons A; 
qeles toiz uostres cert sapchaiz P. — 9 deu hom] deuon R; per qe deues 
mon cor el bon talen P. — lU e so qen faill penre par complimen P. 

XXIX. Dcms AR. — 1 presant A. — 2 sentz A. — 3 faitz R. — 4 e] o 
A. — 7 que amoransa A. — 8 penden A. — 9 1. s. comandanien A. 

XXVIII. Un ami elun seigneur vraiment bons ne doivent, quand 
on leur fait un maigre présent, rien considérer, sinon l'intention 
du donateur. C'est pourquoi, si j'ai fait de même (c'est-à-dire si je 
me suis trouvé dans lecas de ce donateur), je prie, Seigneur, votre 
grande valeur de réfléchir à ce que je viens de dire, car raison 
et bonté le veulent ainsi, à savoir que Ton doit considérer un pré- 
sent comme accompli, quand celui qui le fait le fait de bon cœur. 

XXIX. II n'est anjouni'hui liomme si honnête, si estimé, si 
courtois, si plein de sagesse qui n'erre en paroles ou en actions, 
et ne sorte souvent du droit chemin; — et je trouve qu'on peut 
errer par insuffisance comme par excès; et c'est pourquoi, à mon 
avis, un seigneur qui aime l'éiiuité doit, selon raison, pardonner 
à la faute repentante et revenir sur sa condamnation. 



LES « COBLAS » DE BERTRAN CARBONEL. \'>Q 

XXX. Qui non perve-s al dan perpétuai 
Si que l'arma lay non puesca venir 
Ja cant er niortz lay non poira gandir 

4 Que non vaia ins el foc yfernal. 

Et aquest mons es non res, tan vay lieu, 

Contra-1 règne celestial de Dieu, 

On trobaran ben li bon veramen 
8 E-1 mal tôt mal ses fi durablamen. 

XXXI. Atressi ve hom paures en auteza 

Com lo ricx chay d'ant en bas molas vetz; 
Mas car o met la mortz en egaleza, 
4 Com no*n porta mas lo ben que faiz es, 
Deu totz hom be far, si podia, 
E"l ricx pus, c'atressi poiria ' 
Venir d'aut bas, co"i gran[s] mur[s] pot cazer 
8 Giint noi soste so que"l deu sostener. 



XXX. Dans AR. — 1 Bartsch a lu perve ; V s en effet est dans R écrite 
ati- dessus de la ligne et presque effacée; al] el R. — 3 er] es A; lay] la 
A. — uenga metz el A. 

XXXI. Dans AGPR. — 2 lo] le G, li P; manias u. P. — 3 mas car il 
montz (?) m. e. orgaleza P. — 6 pus manque P. — 7-8 con un tems ui 
cazer iina torre per mal obrar per uer G ; deuenir daut bas con chai 
erguelhs per uer o qant uns hom fai mas qe per poder P. 



XXX. Celui qui ne se pourvoit point contre la damnation éter- 
nelle, de telle sorte que son âme n'y puisse tomber, ne saurait, 
quand il sera mort, échapper au feu infernal. Ce monde n'est que 
néant, tant il passe vite, en regard du règne céleste de Dieu, où 
les bons trouveront, en vérité, le bien et les mauvais toute sorte 
de mal, sans fin, perpétuellement. 

XXXI. Le pauvre parvient aussi aisément à la grandeur que le 
riche tombe, bien souvent, de haut en bas. Mais comme la mort 
égalise ces deux choses et que l'on n'emporte que le bien que l'on 
a fait, tout homme doit faire le bien selon son pouvoir, et le riche 
davantage, car il pourrait bien tomber de haut en bas, comme 
peut tomber le grand mur quand il n'est plus soutenu par ce qui 
le devait soutenir. 



160 A. JEANROY. 

XXXII. D'ornes say que van rebuzan, 
Que son avut(z) bon e cortes, 
E s'anc los lauziei nulha vetz, 

4 Ar los puesc ben anar blasman : 

Car qui fay mal e layssa be - 

Non deu aver lauzor per re 
Del be que fes, pus qu'es laissatz, 
8 Car bes pren fin cant mais es comensatz. 

XXXIII. Deus non laissa mal a punir, 
Paraiila es vertadeira; 

Per que totz hom deu fugir 
4 De mal obrar la carreira, 

Car nuls mais non a cuberta 

Et [es] am semblansa cerla 

Que hom dis -per loi lo mon 
8 Que-1 fuecx no"s fay tan preon 

XXXII. Dans AGPE. — 1 say] truob P ; ques R. — 2 autz A, agut GP; 
e manque A; bon ez adreg G. — 3 e sieu ans los 1. adreg G ; e sanc en 
dieis bes nulhas ues P. — 4 car los puec A. — 5 e] el A. — 7 del ben] el 
be R. 

XXXIII. Dans APR. — 2 so es P. — 4 de totz mais o. R. — 5-7 : 
une partie de ces vers est difficile à lire dans R par suite d'une tache 
et Bartsch les a laissés incomplets; les mots en italiques sont 
empruntés à A. — 5 nuls manque B.; on y déchiffre encore en desc... 
erta; car mais uen en descuberta P. — 6 am est 7'emplacé dans R 
par un blanc équivalent à trois lettres; Bartsch suppose à tort ici une 
lacîine plus cofisidérable; après semblansa, tow tache recouvrant cinq 
lettres; e dis nom semblansa certa P. — 7 per ioi recouvert par une 
tache dans R; qe se dis p. P. — 8 q. lo fuoxs non si A; qe fuocx nos P. 



XXXII. .le sais des gens que l'on avait tenus pour bons et 
courtois, et qui vont empirant, et si jamais je les ai loués, je puis 
bien les blâmer maintenant; car celui qui fait le mal et laisse le 
bien ne doit, sous nul prétexte, obtenir de louanges au sujet du 
bien qu'il a fait, puisqu'il a renoïicé à le faire, car le bien prend 
fin dès que le mal est commencé. 

XXXIII. Dieu ne manque pas de iiunir le mal; c'est là une 
parole véridique. C'est pourquoi tout homme doit fuir la voie du 
mal. car nul mal ne peut être dissimulé el sa découverte est sûre; 
on dit, en efl'et, dans le monde entier que le feu ne peut être 



LES « GOBLA.S » DE BERTRAN CARHOSEL. 

Que'l fums no n'iesca : per que 
Deu hom ponhar de far be. 

XXXIV. D'omes vey ricx et abastatz 
Que non curan de lor aver, 
Mas de gardar e de tener, 

4 Tant es grans la lur cobeitatz, 

Et auran de paures parens 
Bos et adreitz et avinens, 
Et non lur volran ajudar; 
8 Per qu'ieu die qu'ilh fan lag estar, 

C'atressi notz trop gardars mantas ves 
Co ajuda cant locx ni sazos es. 

XXXV. Qui a riqueza e non val 
A sel que-n deuria valer, 
May li play lo nom retener 

4 De malvays que d'orne cabal; 

Que la gens c'o sap lo-n desama 
E l'en blasma e*l met en fama, 



161 



9 que lo (qel P) fums non an fortz (fors P) PR. — 10 deu hom laissât 
mal e R. 

XXXIV. Dans PR. — 1 cabastaiz P. — 4 li lur cobertaiz P. — 6 dreitz 
R. — 7 e] eu P. — 9 e a. R. — 10 adna uida (?) P. 

XXXV. Bans PR. — 2 qe P. — 4 del P. — 5 li g... len P. 



enfoui si profondément que la fumée n'en sorte; c'est pourquoi 
tout homme doit s'efforcer de faire le bien. 

XXXIV. Je vois des hommes riches et aisés qui n'ont, au sujet 
de leur avoir, d'autre souci que de le conserver et retenir, tant est 
grande leur avarice. Ils pourront avoir des parents pauvres, hon- 
nêtes, justes et aimables : ils ne voudront pas les aider. C'est 
pourquoi je dis qu'ils ont une mauvaise conduite et que souvent 
le souci de conserver nuit, quand il est excessif, de même qu'il 
peut aider quand il s'exerce en temps et lieu. 

XXXV. Celui qui possède la richesse et ne s'en sert pas pour 
aider ceux qu'il devrait aider préfère le renom de mauvais à celui 
d'honnête homme; car les gens qui s'en aperçoivent le prennent 
en haine, le blâment et le vilipendent; et celui qui pour ce motif 



162 A. JEANROY. 

Et qui si dona enemicx 
8 Per aiso, fols es e mendicx; 

Per qu'es bos sens c'om valha, per gardar 
Com nol puesca repenre ni blasmar. 

XXXVI. Bon es qui sap per natura parlar 
Mas vos vezem c'uzansa cassa-1 dreg; 
Per qu'ieu près ma y, e razos o eleg, 

4 Que segon l'us nos dejam coformar; 

G'atressi truep qu'es mais ditz le vers ditz 
En tnot de locx, com en luecx es ben ditz; 
Per que yeu tenc tôt home per gamus 

8 Gan repren so que'ls sabens an en us, 

XXXVII. D'onies trobi que, ab luv gent parlar, 
Vos lunharan un deule, si'l queres. 



8 fais P. — 9 valha] uala P. 

XXXVI. Dans APR. — 2 que uns (us P) cassa lo d. AP ; enjansa 
est une fausse lecture de Bartsclt. — 3 qu'ieu manque P; prese may 
e r. nos lieg A. — 4 conferinar A, confortar P. — 5-6 c. t. quel mal dich 
leu es die en mots de luoxs es bon dicz A ; m. d. le ueritz ditz e moutz 
de luox es ditz P; mot] mou R. — 8 qel sabent P; caut de r. so que el 
sab ben cennusa A. 

XXXVII. Dans GPR. — 1 trobe... aui G; lur gen] cortes P. — 3 uas 
luiharan P ; sil] sis G. 



se fait des ennemis est bien fou et misérable; en effet, c'est agir 
sagement que de se bien conduire, ne fût-ce que pour écarter de 
soi le blâme et la censure. 

XXXVI. J'approuve celui (]ui ]iar!e fruncbement. Mais nous 
voyons que l'usage l'emporte sur le droit; c'est pourquoi j'estime 
— et la raison est de mon côté — que nous devons nous régler 
sur l'usage. Je pense donc que la vérité peut être en maints lieux 
déplacée, comme ailleurs elle sera à su place. C'est pourquoi je 
considère comme niais l'homme qui blûme l'usage pratiqué par 
les sages. 

XXXVII. Je connais des gens (jui, par bnii's belles paroles, léus- 
siront à différer le jiaiement de leur dette, si vous la liMir rappe- 
lez; et pourtant ils pourraient aisément vous payer, mais l'avarice 



LES « COBLAS » DE BERTRAN CARBONEL. 

E poirian leugeyramen paguar, 
4 Mas cobeitatz los fai fenher cofes 

E loi" fa dir qu'ilh o fan per paureza; 

Per que yeu die, pus qu'ilh dizon falseza, 

Que dretz no vol que hom los an sofren, 
8 Ni, si paguan, c'om lur prest pueis argen. 

XXXVIII. Ane de joc no vi far son pio 
Ad home quil vai trop seguen, 
Que s'avia mil marcx d'argen 

4 E fos coms o rey[s] d'Arago, 

Sa bona fama en perdria ; 
E qui son bon pretz en un dia 
Despen, de dos mes non ave 

8 En cobrar; per c'aiso m'en te. 

XXXIX. Totz maïstres deu estar 
Qu'enseinh sa porta huberta 



163 



4 mas ilh si fan per coybetat c. G ; mas sa la fin nen clamas ol noges 
P. — 5 ezenfeinhon que ilh non an riqueza G; tornon uilan maldicent 
ab feunia P. — 6 pos ilh iian a primeza G; pos hom ues lar bauzia P. 
— 7 non ual P ; que zom G. — 8 lur] li R. 

XXXVIII. Dans PR. — 1 de] per P. — 2 qel... seuguen P. — 3 qe si 
nauia marcx P. — 5 on mais nol failli ses bauzia P. — 7 de III mes P. — 
8 quel cobri P. 

XXXIX. Dans GPR. — 1 doiz m. P. — 2 quessenha porta R, qeu sechi 
a P. 



leur fait feindre la misère et ils se retranehent derrière leur pau- 
vreté. Et c'est pourquoi je dis que, puisqu'ils mentent, la justiee 
ne veut pas qu'on tolère eela, ni qu'une autre fois, quand ils 
auront payé, on consente à leur prêter de l'argent. 

XXXVIII. Jamais je n'ai vu le jeu profiter à qui en abuse; pos- 
sédât-il mille marcs d'argent, fùt-il comte ou roi d'Aragon, il y per- 
drait sa réputation, et quicon(|ne perd en un jour sa l'éputation, 
celui-là ne réussit pas à la recouvrer en deux mois : et voilà ce 
qui m'en empêche [de trop jouer]. 

XXXIX. Tout médecin doit se tenir [chez lui] el montrer sa porte 
constamment ouverte (?) et êli'e toujours prêt à dispuler avec les 
savants, cela est chose évidente. Et s'il refuse de le faire, il se fait 



164 A. JEANROY. 

Et ab sabens disputar, 
4 C'aiso es razos aperta ; 

E si d'aisso ditz de no, 

El dona prezumptio 

D'enjan o de non saber; 
8 Per qu'es fols qui son aver 

Despen en lui ni en re 

Si no n'a profiech o be. 

XL. Homs cant es per forfait près 

E sap c'aver deu greu pena 
Del cors, die que no falh ges 
4 Si trebalh e dol en mena; 

Mas sel qu'es près en batalha, 
O ses colpa, fai gran falh a 
S'a Dieu sos dans non grazis 
8 E si non joga e ris; 

Car no vieu nulhs homs dolens 
Et aquel vieu qu'es jauzens; 
Per que hom près, cant n'espéra issir 
12 Deu joi aver e-1 dan a Dieu grazir. 

3 a sabers P, despiitar G. — 5 eissi aisso P. — 6 prononsion G,prezo- 
nieio P. — 8 de lauer R. — 9 en alcuna ren G, d. se non sabe P. — 
10 que na prenda qalqe be P. 

XL. Dans GPR. — 1 per sos gag P. — 7 dieus G. — 8 es P ; iuoga G. 
— 11 hom] le G; quan] que G ; espéra P. — 12 els dans GP. 

soupçonner de superclierie ou d'ignorance. Il est donc fou celui qui 
dépense au profit de cet homme quelque chose de son avoir(?) s'il 
n'en éprouve (juelque l)ien ou (juelque amélioration. 

XL. Un homme emprisonné pour un crime et qui sait qu'il doit 
être gravement puni dans son corps, je dis qu'il n'a pas tort s'il 
mène çraml deuil et tristesse; mais celui qui est pris en bataille 
ou sans qu'il y ail faute de sa part, il a grand tort s'il ne rend pas 
grâces à Dieu de son dommage, et ne s'abandonne pas à la joie et 
à la gaité ; car ce n'est pas vivre qu'être dans la douleur et celui-là 
vit vraiment qui est joyeux : c'est pourcjuGi un prisonnit'r, quand 
il espère sortir de prison, doit éprouver grande joie et remercier 
Dieu de son dommage. 



LES « COBLAS » DE BERTRAN CARBONEL. 165 

XLI. Bertran lo Ros, yeu t'auch cobla retraire 

En tant cars riins que huey non es persona 
Qu'en lo semblan respost te pogues faire; 

4 Per que tos cors a saber no s'adona : 
No fai valor sel que nus vol sobrar 
Cant es armatz, ni deu nuls comensar, 
Segon razo, obra c'a fi no venha; 

8 Per qu'ieu ti prec hueimay ton cors s'en tenha. 

XLII. Ane non fo homs tant savis ni tant pros 

Que non falhis o en ditz o en faitz; 
Pero qui falh e-1 falhimen[s] li platz, 
4 Razos no vol li sia faitz perdos ; 
Mas sel que falh e conois son faillir 
E s'en penel, dreitz no l'en deu punir; 
E qui no fay lay on cove perdo 
8 Falh atressi, car el no siec razo; 

Per que totz homs deu far perdoiiamen 
Als penedens et als sieus majormen. 

XLI. Dans R seul. 

XLIL Dans GPR. — 1 liuey non es R. — 2 falha R. — 5 le secotid 
hémistiche ma)iqiie V. — <> pena P. — S l'ai P; sec GP. 



XLI. Bertrand le Roux, je l'entends réciter des coblas en rimes 
si rares qu'il n'est aujourd'hui personne qui pourrait te répondre 
de même sorte; c'est pourquoi tu n'agis pas sagement : il ne fait 
pas chose louable celui qui, bien armé, veut l'emporter sur les gens 
sans armes, et l'on ne doit pas, selon raison, entreprendre une 
chose que l'on ne saurait mener à bonne fin; c'est pourquoi je te 
prie de t'en abstenir désormais. 

XLII. Il n'est homme aujourd'hui si sage ou si preux qui ne 
pèche en paroles ou en actes; celui à qui sa faute plaît, raison ne 
veut pas qu'il lui soit pardonné; mais celui qui pèche et reconnaît 
sa faute et s'en repent, on ne doit pas l'en punir. Et celui qui ne 
pardonne pas là où il convient, celui-là pèche également, car il ne 
suit pas la raison. C'est pourquoi tout homme doit pardonner aux 
repentants et particulièrement à ses proches. 



166 A. JEANROY. 

XLIII. Berlran lo Ros, tu yest homs entendens, 

Mas repenres en totz locx es folors, 
E, si sabes, tu non yest pas doctor[s], 

4 Car m"as repres non pas amigalmens; 
Car s'ieu, parlan ah un de gran valenha, 
Die un fais mot, tu fas mays de falhensa, 
Si'm reprenes, qu'ieu non fas, per un dos, 

8 Car non gardas luoc ni temps ni sazos. 

XLIV. Totz trops es mais : enaissi sertamens 

O truep ligen els libres dels auctors, 
E d'autra part que lauzors es blasmors, 

4 Pos hom conois que la vertat n'es mens; 
Per que totz hom deu mètre s'entendensa, 
Gan vol lauzar, c'om non y truep falhensa; 
Que si'l vertatz no y es, no es razos 

8 O denh grazir pros dona ni hom pros. 



XLlIl. Da7ix K seul. 

XLIV. Dans GPR. — 2 legen... autors GP. — 3 lauzors] lamors R; 
es] e G. — 4 conors P; la] li GP. — (» trop G. traob P — 7 no es manque 
P. — 8 denh] dels P. 



XLIII. Bertrand le Roux, tu es un homme avisé, mais blâmer 
en toute occasion, c'est folie. Or, en dépit de ta science, tu n'es pas 
docteur, et lu fis mal(?) de me reprendre d'une façon non amicale. 
Si, parlant à un homme de grande valeur, je dis un mot de 
travers, tu pèches, en me reprenant, deux fois plus que je n'ai 
péché, car tu ne tiens compte ni du lieu, ni du temps, ni de l'occa- 
sion. 



XLIV. Tout excès est mauvais, voilà certainement ce que je 
trouve écrit dans les livres des auteurs; j'y lis, d'autre part, que 
la louange se change en blâme quand on reconnaît que la vérité 
en est absente : c'est pourquoi tout hoinuie doit prendre garde, 
quand il veut louer, qu'on ne trouve dans ses paroles aucun 
défaut, car si la vérité n'y est pas, il n'y a pas de raison pour 
qu'une dame ou un homme de bien vous en ait de la reconnais- 
sance. 



LES « COBLAS » DE BERTRAN GARBONEL. 1G7 

XLV. Als demandans respondi qu'es Amors 

Ni co si fay entre los fis amans : 
Tôt aisi-s fay fin' Amors de sas flors 

4 Co'l mels s'en fai, c'aiso es sos semblans. 
Beutatz non es pas a tolz d'agradatje, 
Mas, cant le cors vol als huelhs cossentir, 
Amors dissen por los huelhs el coratje, 

8 Pueis certes ditz et onrar e servir 
La fan granar et a son temps venir. 

XLVI. Dieus fe Adam et Eva carnalmens, 

Ses lot pécha t, ru[n] ab l'autre ajustar 

E'n totz aquels que d'els fes derivar 

4 Dieus vole fos faitz carnals ajustamens ; 

E pus Adam[s] fon de totz la razitz, 

- Senes razitz nulhs arbres es floritz, 

Per c'amans fis et amairitz complida 

8 Gant s'ajuston, die que non fan falhida. 

XLV. Datis R seul. 

XLVL Dans PR. — 1 cainahiiens P. — "2 peccar R. — 3 quan fes 
dieus d. R. Le dernier mot peu lisible : Bartsch a lu deviar — 4 sos... 
carnals P. — 5 fon daquest mon raiziz P. — 6 arbres non es P. — 7 ni 
amanz c. P. — 8 non pecan ses fallida P. 



XLV. A ceux qui me le demandent, je dirai ce qu'est Amour, et 
comment il prend naissance piirmi les loyaux amants : loyal 
Amour nait de ses propres fleurs, tout ainsi comme le miel (?), car 
telle est sa nature. La beauté n'est pas pour tous un appât, mais 
quand le cœur s'accorde avec les yeux. Amour descend par les 
yeux au cœur, puis courtois propos, honneurs rendus et service 
le font grainer et venir à point, 

XLVL Dieu unit l'un à l'autre charnellement Adam et Eve, 
sans péché; et, entre tous ceux que Dieu [a fait descendre d'eux], 
Dieu a voulu que fût faite union charnelle; et puisque Adam fut 
la racine de tous, et que sans racine nul arbre ne peut fleurir, je 
dis que quand loyal amant et amante accomplie s'unissent, ils ne 
commettent point de faute. 



168 A. JEANROY. 

XLVII. D'ornes trnep fort enamoratz 

De femnas drudeyras ses fe, 
E soi sert que cascus si cre 
4 Car ben ama, que si' amatz. 

Mas sapchas qu'el y cre folia, 
E la fai, qu'ieu truep ses bauzia • 
(Jue cascuna, can ven a la perfi, 
8 Vol ab caval, palafre e rossi. 

XLVIII. De femnas drudeiras y a, 

Sabens, pauras et acorsadas 
Que se fenhon enamoradas 

4 Per mais galiar sa e la 

E que mielhs puescan tondre e raire 
Los fols; per qu'ieu lor vol retraire 
Que, si alcuna mi cossen 

8 Qu'ieu y jassa per mon argen, 

Qu'ieu non lay torn, car mescaps e bauzia 
Deu hom fugir en cal que part que sia. 



XLVII. Dans PR. — 3 Bartsch a lu fermas; quoique le milieu du 
mot soit peu net, la lecture est certaine; à XLVIII, 1, où il a lu 
également fermas, femnas est très clair; donas drudieras P. — 3 e suiz 
euz P. — 5 qellz si cres P. 

XLVIII. Da7is PR. — 1 dorapnas druideras P. — 2 sabeinz P. — 3 qe si 
fan fort P. — 4 e uan galian P. — 5 e uei boi tôt iom P. — 6 lo fol R; 
Bartsch a lu sol, quoique le mot soit très net. — 9 lay] li P ; eliauzia P. 



XLVII. Je connais des hommes fort amoureux de gourgandines 
sans foi, et je suis certain que chacun se croit aimé, puisqu'il 
aime. Mais sachez que c'est folie de le croire, et qu'ils agissent fol- 
lement, car je constate, sans mentir, que chacune, à la fin des fins, 
veut, avec le cheval, le palefroi et le roussin. 

XLVIII. Je connais des gourgandines adroites, pauvres, et... qui 
se feignent amoureuses pour mieux tromper le tiers et le quart, et 
pour mieux tondre et raser le fou : c'est pourquoi je veux les aver- 
tir que si quelqu'une m'accorde ses faveurs pour mon argent, je 
me garderai d'y retourner, car on doit en tous lieux fuir dommage 
et tromperie. 



LES « GOBLAS » DE BERTRAN GARBONEL. 1G9 

XLIX. De trachorelz sai vey que lur trichars 

Toriia sobr'els; e par iiii dreg[z] juljai's, 

Cav cascus sa mollier tricha 
4 Qu'elas los vaiaii ti'iclian; 

Per que, cant veira[n] l'eiigan, 

Er tort si n"a[n] dissazec... 

Ni'n bâton las liirs molhers, 
8 Cals guers deii boni esser guers, 

L. Qui per bon dreg se part d'amor 

Don irais, si co (yen) m(en) vuelh partir 
De vos, yen say qu'el fai valor 
4 E sen, can non vol nnlh mal dir. 
Mas yeu, don m'es salvatje. 
Soi d'autre se[n] car autr'amatz : 
Per qu'ieu prec Dieu com boni iratz 
8 Que'us tlon mal encombratje 

Et qu'el foc d'ifern vos abratz, 
Car ieu conosc que-m galiatz. 

XLIX. Dans R seul : 4 uaian est très net, mais l'i étant légèrement 
infléchi, comme souvent dans cenis., Raynouard {Lex., Y, i23, à trichar) 
et Bartsch ont lu vazan. 

L. Dans PR. — 2 la lecture irais dans R n'est pas absoliitnent siire ; 
don naissi con gen nulh P. — 3 yeu] qeu P. — 5 ieu sai do mes P. — 
7 iioin siraitz P. — <S don manque P. — 10 yeu conoisc P. 

XLIX- Je sais de petits trompeurs, dont la tromperie retombe sur 
eux-mêmes; et il me parait juste, puisque chacun trompe sa 
femme, que leurs femmes les trompent. C'est pourquoi, quand ils 
s'apercevront qu'ils sont trompés, ils auront tort, s'ils en conçoi- 
vent du dépit (?) et battent leurs femmes, car aux louches on doit 
être louche. 

L. Celui qui, pour une juste cause, met fin à un amour dont il 
a lieu de se plaindre, comme moi, qui veux me séparer de vous, je 
sais qu'il agit en galant homme et en sage, en s'abstenant de mau- 
vaises paroles. Quant à moi, et je le regrette, je suis d'autre 
humeur [et ne puis supporter] que vous en aimiez un autre : c'est 
pourquoi je prie Dieu, en homme irrité que je suis, qu'il vous 
donne force tracas et vous grille dans le feu d'enfer; car je ni'a[)(U'- 
çois que vous me trompez, 

A.NNALES DU MIDI. — XXV- 12 



170 A. JEANROY. 

LI. Per fol tenc qui s'acompanha 

Ab sel a qui a facli mal; 
Car non es c'ades non platilia 
4 Dins son cor Tira mortal ; 

Que coralje sert, sapchatz, 
Non a ben tro qu'es venjatz; 
Per que tolz hom deu refudar la pacha 
8 D'orne, cant mal ni anta li a fâcha. 

LU. Enaisi corn en gnazanhar 

Coven sens e discressios, 
Enaisi coven qu'el gardar 
Hom sia savis e ginhos; 
Qu'enaisi co es mesprezalz 
Hom ses denier, l'autr'es prezatz ; 
Per qu'es be sens c'om gazanh e retengua, 
8 Ab que gart be trop gardars dan no-1 tengua. 

LHI. D'omes trolji fols et esservelatz 

Tostemps sosmes a malvat[z] noirimens 

LI. Dans PR. — 1 sa compaiiiclia P. — 2 a répété P. — 4 dira R; 
cors aunez dira m. P. — ;"> corages P. — 7 refuiar P. 

LU. Dans PR. — 2 sen R. — 3gornar P. — 4 cm sauis sia engignos P. 
— manque P. — 7 be] bons P. — 8 gart] gait; dan] don P. 

LUI. Bans GPR. — le manque GP; eissir uilhatz G. — 2 sautmes G, 
soiz mes P; au lieu de noirimens, pourtant très net, Bartscli a lu 
movimens. 

LL Je tiens pour fou celui qui se lie avec l'homme à qui il a 
nui, car il n'est pas possible que celui-ci ne continue à garder en 
son co'ur un mortel ressentiment; il ne se calmera, sachez-le 
bien, que i]uand il se sera vengé : c'est pounpioi tout homme doit 
refuser de faire marché avec celui à qui il a fait mal ou honte. 

LH. De même qu'à l'acquérir convient sagesse et modération, on 
doit être dans la garde de son bien, sage et prudent, car autant 
est méprisé l'homme sans argent, autant est prisé l'autre : aussi 
est-ce sagesse de gagner et de conserver, en prenant bien garde 
toutefois que trop conserver ne vous nuise. 

LUI. .Je vois des iionimes fous et écervelés, toujours adonnés à 
mauvaises coutumes, (jui ont cependant des pères sages et pru- 



LES « COBLAS » DE BERTRAX GARBONEL. 171 

Et an paires savis et ensenhatz 
4 Et en totz faitz de bos captenemens. 
Com es aiso, que lo filhs, per natura, 
Dell resemblar lo pair'? E l'Escriplura 
C'o ditz doncx ment? Qii'ilh son filh de trotiers 
8 de ribautz o d'autres pautoniers. 

LIV. Una décrétai vuelh [yeu] faire 

Que er segon razon bastida, 
Que femna joves repentida 
4 Non eslia en l'orde gaire; 

Car yeu trobi que putaria 
Non a paiiza, ni drudaria, 
Ni lor seniblans, aisi coin es amors, 
8 Que non pauza, tro que a fach son cors. 

LV. Mal fai qui'nclau ni enserra 

Dona jove e'namorada, 

3 ez... ez G; paire P. — 4 bos] bes P. — 5 qe 11 fils P ; sils fils G, silli 
filh R. — 6 reconblar, e manque P. — 7 ment] mens R ; trotiers P. 
- 8 ribaut GR. 

LIV. Dans PR. — 1 yeu ma)ique PR. — 5 geu trob cert P. — 6 non an 
p. P. — 7 cuns dells es a. P. 

JjV. Dcois GPR. — 1 qui clau R, quynclaus G, qin claus P. — 
"2 iouenamorada PR. 

ilents, dont toutes les actions sont irréprochables. Gomment peut-il 
en être ainsi, si le fils par nature doit ressembler au père? Et 
l'Écriture qui nous le dit, ment-elle donc? Non; mais c'est qu'ils 
sont fils de vagabonds, de ribauds, ou d'autres gens de rien. 

LIV. Je veux faire une décrétale, qui sera fondée en raison : 
c'est que jeune femme repentie ne s'avise pas d'entrer en religion ; 
car je crois que la mauvaise conduite et la dépravation n'ont pas 
de fin, ni rien de ce qui leur ressemble, comme l'amour, qui ne 
s'arrête pas, jusqu'à ce qu'il ait accompli sa carrière. 

LV Celui-là a tort, qui enferme et enserre femme jeune et amou- 
reuse, car c'est alors qu'Amour la tourmente [le plus] etréchauft'e 
davantage du désir de voir son amant. Je dis donc qu'il a tort, 



172 A. JEANROY. 

C'adoncx amors li mou guerra 
4 E la fai pus escalfada 

De vezer son nmador, 

E doncx ben fai oran folor ; 

Que femna vol ades mai 
8 So c'om li ved'e l'esliai 

Que nnlh' autra re : perqne 

F;ii mal qui'nclaiiza la te. 

LVl. Eiuiissi coui corlezia 

S'espan e mou del corLea, 

Tôt en;il3si vilauia 
4 Mou drl vilan mal après; 

Per que lotz liom fai folor 

Que cuja traire valor 

Ni cortezia de vila ; 
8 (',af nou es ni fo ni sera 

Que cadauna creatura 

Non ceverla vas sa natura. 

LVII. Major fais non jiot sostener 

Hoins dreitin-iers en aquest mon 
Que |)aguar so que deu per ver; 
4 Per que li rie home que son 

4 plus GP. — 7-8 manquent G. — 8 listrai P. 

LVL Dans PR. — 1 cotn manque R. — 2 e] en P. — G que] cant R. — 
7 iiila complété d'une main plus récente en ùilania dnjis R. — 8 car 
hanc non l'o ni non sera P. — 9 qeu qadauna enatiira. — 10 reuerte R. 

LVIL Dans PR. — 1 sostenir P. — 3 p. son dente P. 

car femme préfère toujours à toute cliose crllr (ju'on lui défenil cl 
interdit. C'est i)oui'i|uoi il a tort, celui qui la tient enfermée. 

LVL De même que courtoisie émane du courtois et se répand 
autour de lui, de même vilenie émane de vilain mal appris : c'e.st 
pour(juoi tout homme fait folie qui espère tirer valeur ou courtoi- 
sie de vilain, car il est, a été et sera toujours impossible que cha- 
que créature ne retourne i)as à sa nature. 

LVIL I/iioinme juste ne peut en ce monde se soumettre à une 
obligation idus élroite(?) (jue colle de payer ce qu'il doit vraiment : 



LES « t;OBLAS » DE BERTRAN CÂHBON'EL. 173 

Que volun vieur' onest e mon 
Non dcurion anar fugen 
D'acu]hir lur paure paren. 
8 Car verameii bon[s] sanc[s] no men, 

E car a Dieu qui li ajuda platz, 
E (leutes es, deu li esser pagatz. 

LVIII. Nulhs hom non deu trop en la mort pensai-, 

Ni trop marrir cant moriz li vai tolen 
Son bon amie, qu'ipu trobi veramen 

4 Que, si fa, lonc(x) temps non pot dui'iir, 
Qu'en trop pensar pert lo gaug de sa via, 
E trop marrirs vay lo nieten en via 
D'abreujauien de jorns e de sos ans; 

8 Per qu'ieu de gaug mi soi fag sos compans. 

TilX. Savis hom en re tant no falh 

Com can cre lauzengpirn gen, 
Qu'ieu n'ai vist e"n vey dar trebalh 
4 Ses colpa soveneyramen; 



5 qe an de ben far cor ualan P. — 7-10 per paiireza home ualen — 
ni maiormen paubre paren — car deutes es almosiia e bons faz — qom 
deu pagar qa deu ren tan non plaz P. 

LVIII. Dans PR. — 1 mortz P. — 2 mort E. — 4 podirar P. — 
5 qu'enl qel P. — 6 e] el P; la uai P. — 7 abreuiamens R. 

LIX. Dans GPR. — 1 res R. — 2 cres G, creis P. — 3 ai uist e upI R. 
— 4 souenieiramen G, souenier- P. 



c'est pourquoi les hommes riches, qui veulent vivre honnêtes el 
justes, ne devraient pas éviter d'accueillir leurs parents pauvres, 
parce que vraiment bon sang ne peut mentir, et que celui-là plaît 
à Dieu qui les aide; enfin, c'est une dette qui doit leur être payée. 

LVIII. Nul homme ne doit trop penser à la mort, ni trop se dé- 
soler, quand elle lui enlève son bon ami, car je pense en vérité que 
s'il agit ainsi, il np peut vivre longtemps, car trop grand souci 
gâte la joie de sa vie, et l'affliction le met en voie d'abréger ses 
jours et ses années : c'est pourquoi j"ai fait de joie ma compagne. 

LIX. L'iiomme sage ne peut faire une plus grande faute que de 
croire les flatteurs, car j'en ai vu et j'en vois souvent nous donner 



174 A. JEAXROY. 

Per que tolz hom que savis sia 
Deu saber la vertat enans 
De tôt fach, e pus la sabria 
8 Dell punir et esser jutjans. 

LX. Sel que die qu'ieu fas foklat 

Car de nuetz vauc trop soven 
A mi no par en vertat 
4 Que îija natural sen : 

Car lai on forsa d'amor 
Yen [s], 110 y a contrastador 
Non fassa sas volontatz; 
K E car selars may li platz 

Que res, en tout mon afaire 

Vîuic de nuetz co fis amaire 

E vauc fngen lai on [ieu] vey la lutz 

il E las gâchas, tro que^m soi escondulz. 

LXI. S'ieu ay faillit per razo natural 

Nulhs no m'en deu repenre ni scarnir, 
Qu'ieu ai rimât de fin cor ses mentir 
4 Et en amors nulh no pot mètre sal; 



7 laj lo G. — 8 ez e. G. 

LX. Cette cobla et les dix suivantes dans R seul. — 3 uertat. 



de grands soucis sans qu'il y ait de notre faute : c'est pourquoi 
tout homme qui veut être sage doit savoir d'abord la vérité de tou- 
tes choses, et, quand il la sait, il doit juger et punir. 

LX. Celui qui dit (|iie je fais folie en sortant trop souvent de 
nuit ne me semble pas en vérité avoir son bon sens : car là où 
force d'Amour l'emporte, nul homme n'est assez fort pour l'empê- 
cher de faire de lui ses volontés; et comme le secret lui plaît plus 
que toute autre chose, je fnis mes affaires de nuit comme bon 
amoureux, et dès que je vois la lumière ou les guetteurs, je m'en- 
fuis, jusqu'à ce que je sois bien caché. 

LXI. Si j'ai failli faute de raison naturelle, nul ne m'en doit 
reprendre ni honnir, car j'ai rimé sans mentir en obéissant à 
rins|)iration d'un cœur amoureux, et nul ne peut rien contre 



LES « COBLAS » DE BERTRAN GARBONEL. 175 

Doncx s'ieu ai dich en alcun chantar mieu 
Alcun no sen, fach ai lo voler sien, 
Car fin' Amors non obra segon sen 
8 En nulha re tan com segon talen. 

LXII. Nuliîs honi non port' amistat 

Si son amie non repren 
En secret, can ditz foldat 
4 . O li vey far falhimen, 
C'aiso es deutes d'amor 
Que hom den, segon valor, 
Paguar, e, cant es pagatz, 
8 Si-1 repres per sas foldatz 

No se vol del mal eslraire, 
No"n deu hom a ver que faire : 
Car qui repren sel on non es vertutz 
12 IMi par qu'es folh et per fol es tengutz. 

LXIll. Tota dona que aja cor d'amar 

E"l play de far amie secretamen 
INIai deu voler que l'anjic, per un sen, 
4 La en pregue que si la'n fai preguar; 
Car nulha res non es secrela sia 
C'o[m] sapcha-n très : per que dona deuria 

amour. Si donc j'ai dit, en quelques-uns de mes vers, des choses 
non sensées, j'ai fait sa volonté; car loyal amour ne se conduit 
en rien suivant la sagesse, mais suivant son caprice. 

LXII. Nul homme n'est un véritable ami s'il ne reprend secrè- 
tement son ami, quand il l'entend dire une sottise ou lui voit faire 
une faute; c'est là une dette d'amitié qu'on doit payer selon la 
valeur [de chacun]; et quand cette dette est payée, si le répri- 
mandé, [lar sa folie, ne veut pas renoncer au mal, on ne doit plus 
s'occuper de lui : car l'homme qui reprend celui qui n'a pas la 
vertu [de s'amender], il me semble qu'il est fou, et tenu pour fou. 

LXIII. Toute dame qui a volonté d'aimer et à qui il plaît de 
faire ami secrètement doit préférer, cent fois pour une, que son 
ami la prie lui-même, que s'il la faisait prier; car il n'est pas pos- 
sible qu'une chose reste secrète quand elle est sue de trois per- 



176 A. JEANHOY. 

Voler ramic que la pregue enans 

Per los siens precx que per autres, mil tans. 

LXIV. Mais parla hom tostemps d'un mal, 

('ant hom lo fai, que de cen bes; 
Et on mais la persona val 
Adoncx en brug may tota res; 
Per que devon li gran ed rie 
Ben pagiiar, que per els o die, 
Ou'ieii en sai un qu'el fora mielhs assatz 
8 Que ben pagues, que car n'es fort blasmatz. 

LXV. (lobla ses so es enaissi 

Cod molis qne aigua non a; 
Per que fai mal qni cobla fa 
4 Si son non li don' airessi; 

G'om non a gang pas del moli, 
Mas per la moulura que-n tra. 

LXVI. Tal[s] vai armatz et a eors bel e gran 

Qu'es vils e flacx e volpilhLz} sotz la pel, 

LXIII. 7 pregue] pregaa. 

LXIV. 4 totas. — 8 que car] corr. car el. 

sonnes : c'est pourquoi une dame devrait, mille fois pour une, vou- 
loir que son ami la priât lui-même que par des intermédiaires. 

LXIV. On parle toujours \^\n^ d'une seule faute, quand quel- 
qu'un l'a commise, que de cent belles actions; et plus la personne 
a de valeur, plus on en fait de bruit : c'est pourquoi les grands el 
les riches doivent bien payer [leurs dettes] ; c'est pour eux que je 
le dis; et j'en sais un à qui il eût l)ien mieux valu qu'il les payât, 
car il en est fort blâmé. 

LXV. Couplet sans musique est pareil à moulin sans eau : il a 
donc tort celui qui fait un couplet sans l'accompagner de musi- 
que, car ce n'est pas le moulin qui donne de la joie, mais la mou- 
ture qu'on en tire. 

LXVI. Tel est armé et a le corps grand et bien fait qui, là-des- 
sous, a un cœur vil, mou et lAclie, et tel est petit qui dément son 



LES « GOBLAS » DE BliRTRAN GAHBOXEL. 177 

E tais es paucx que desmen son semblan 
5 Can ven als ops, ab un petit cosselh, 
Per luy se dis que us draps motas vetz 
Val mai per drap que per list'; aisi es 
C'us pauc[s] deslrui be un gran e'I cofon 
8 E l'aussi be, o li fug o s'escon. 

LXVII. Qui vol paradis giiazanhar 

Fass' aiso qu'ieu vuelh retraire, 

Pueis no'l cal clerguada faire 
4 Ni en estreg orde intrar : 

Goffes se — et es ben devers — 

Et non fass' ad autre tnia 

So c'a lui non vol fach sia : 
8 Pus non quier lo devis poders. 

LXVIII. En aiso truep qu'es bona paui'etatz 

Car mostr' a sert qui ama corulmens; 
C'aitant cant yeu puec servir fuy amatz, 
4 E car non puesc, cascus mi vay fugen ; 
Per que-m par fols, segon mon essien, 
Qui ses aver quier amicx ni'cundansa; 
Aja lo près que Rotlan près en Fransa, 

LXVI. 7 gran] pauc. 

LXVII. 6 mia] dia. 

LXVIII. 1 truepj uep. — 7 près] corr. ac. 

apparence quand on vient à l'épreuve... C'est pour lui qu'on dit 
souvent qu'un drap vaut mieux pour drap que pour lisière. C'est 
aussi qu'un petit homme peut en abattre un grand, le vaincre, et 
même le tuer, si celui-ci ne fuit ou ne se cache. 

TjXVII. Que celui qui veut gagner le paradis fasse ce que je vais 
lui enseigner, puis il n'aura pas liesoin de se faire tonsurer ou 
(l'entrer dans un ordre rigoureux : qu'il se confesse, c'est liien 
j liste, et qu'ensuite il ne fasse pas à un autre ce qu'il ne veut pas 
(|u'il lui soit fait. Puis 

LXVIII. Je trouve que pauvreté a ceci de bon qu'elle montre 
à plein qui vous aime sincèrement ; tant que j'ai pu rendi'e ser- 
vice, j'ai été aimé; et maintenant que je ne le puis plus, chacun 
m'évite. C'est pourquoi celui-là me paraît fou — c'est mon opi- 



178 A. JEANROY. 

8 Cortezia, beutat, saber e sen, 

Pus l'avers falh, non es prezatz nien. 

LXIX. D'omes y a e say n'un majorniens 

Que, si parlatz, tantost venra de cors 
E repenra, e cnja-s que honors 

4 Li sia grans, mas lo es grans no sens; 
Car sel que ha de parlar entendensa 
Non deu faillir, car may fa de falhensa 
Hom entendens, can falh, c'us que n'es blos, 

8 E majormens reprendens, per un dos. 

LXX. Hom de be, segon bontal, 

Non deu penre ab fol conten, 

Que yeu vos die en vertat 
4 Que per dever eyssamen 

Li fol devon far folor 

E dir, co-1 valen valor; 

Per que-m par pus fol[sJ assatz 
8 Que-1 fol qui repren sos falz 

Ni sos dilz, a mon vejaire. 

Que mal fazen son afaire 

LXIX. 2 uenran. 

LXX. 1 bontat] beutat. — 8 que] qui ; fatz] faitz. 

nion — qui sans argent cherche amis ou alliés; qu'il ait la 
valeur que Roland eut en France, courtoisie, beauté, savoir et 
sagesse, si l'argent lui manque, il est estimé moins que rien. 

LXIX. Je connais des hommes, et j'en sais un particulièrement, 
qui agissent ainsi : si vous parlez, il accourt pour vous repren- 
dre, et il croit que cela lui fait grand honneur; c'est au contraire 
une grande sottise, car celui qui a assez d'intelligence pour bien 
parler ne doit pas faillir. Or, un homme sage, quand il fait une 
faute, est plus blâmable que celui qui n'a pas de sagesse; et s'il 
reprend les autres, il pèche doublement. 

LXX. Un homme sage, selon raison, ne doit pas se quereller 
avec un fou; car je vous dis en vérité que les fous doivent faire et 
dire des folies, comme les sages des choses sages; aussi me paraît- 
il beaucoup plus fou que le fou — c'est mon opinion — celui qui 



I.F.S « COBtiAS » DE RERTRAl^ GA.RBONEL. 

Fols fassa be, so es de Dieu vertutz, 
12 Corn deu lausar, pus folhs es conogutz. 

LXXI. S'ieu ben plagues als pecx desconoisens. 

Donc for' ieu pecx et desplagr' als melhors, 
E plagra mi blasmes e desonors 

4 Etu desplagra homs pros e conoisens, 
Car totz temps plai als crois desconoisensa 
E als valens valor[s] e conoisensa, 
E qi pogues plazer nd anbedos" 

8 Doncs plagra i tan un[s] avols com uns bos. 

LXXII. Ab son amie si deu hom conseilar 

Qan lo truoba savi e conoisen, 
Qe'l fins amicx dona plus flnamen 

4 A son amie eonseill, segon qe par, 
Q'autre savis non s'estudiaria 
Tant el eonseill co-1 fins amicx faria. 
Car si l'amicx perdia, fora dans 

8 Al fin amie, per qe-i es plus gardans. 



179 



LXXI. Dans P seul (de même que la cobla suivante) [éd. Stengel, 
n» XLV.J — 1 ms. planges (ou plangues?). — 2 ej o. 
LXXII. [éd. Stengel, n° XLVI]. — 7 perdria, séria... 



reprend les actes ou les paroles de celui-ci ; que le fou fasse bien 
en agissant mal, c'est miracle de Dieu qu'on doit louer, du 
moment que le fou est reconnu comme tel. 

LXXI. Si je plaisais aux sots, aux gens sans raison, je serais 
sot moi-même et déplairais aux meilleurs; toute chose blâmable 
et déshonorante me plairait, et me déplairaient les gens honnêtes et 
sensés; car toujours sottise plaît aux méchants et aux gens de 
l)ien, valeur et intelligence. Et si quelqu'un pouvait plaire aux uns 
et aux autres, c'est qu'un mauvais lui plairaitautant qu'un bon. 

IjXXIL On doit prendre conseil de son ami quand on en trouve 
un qui soit sage et intelligent, car l'ami dévoué donne, semble-t-il, 
à son ami un conseil plein de prudence; un autre sage ne s'appli- 
querait pas autant que l'ami dévoué à donner un bon conseil, car 
ce serait dommage pour l'ami dévoué si .son ami faisait quelque 
perle : et c'est pourquoi il y regarde de plus près. 



180 A. JEANROY, 



NOTES. 



1. 2. Je repousse avec quelque hésitation la leçon empenha, appuyée 
pir APG. Mais empenher me paraît avoir un sens trop fort, et se 
einp)-ettdre est souvent attesté dans des phrases très analogues à celle-ci 
(voy. Rayn., IV, 631*» et Levy, emprendre, 9). Il y a au moins un exem- 
ple de pi'enha pour prenda (G. Faydit, Cum que, c. 1, M. G.,4n5). 

5. Be, quoique employé sans article, est certainement un substantif, 
auquel il faut rapporter le pronom personnel du vers suivant. Même 
emploi XXXII, 5. 

6. On retrouve la même pensée dans le Libre de Seneca : Bon conseil 
fi (corr. si) fol le te dona — Nol rnespreses per la pressona (Bartsch, 
Denkm., 200, 11-2; éd. Festa, v. 575-(;, dans Annales du Midi, XVIII. 
312). 

II, 5. Aizina, « commodité » (s.-ent. de faire le mal sans être vu). 

H. Una. Je vois ici un adjectif féminin pris au sens neutre, sans rela- 
tion :ivec iiii substantif déterminé, dont il y a tant d'exemples en français 
ancien et moderne. Cf. Tobler, Ja/irb., VIII, 338, et Dis don vrai aniel, 
note au v. 2. 

9. Le mot brosson, qui dans .4P remplace ansa, ne signifie pas 
« anse », mais « bec »; voy. IMistral, s. v. boursotoi et broussoun. La 
leçon de ces deux mss. doit être originale, car le mot paraît propre à la 
région rhodanienne. 

III, 1. Je prends enlendedor au sens étymologique : celui qui tend, 
applique son esprit à quelque chose; le contexte indique suffisamment 
de quoi il s'agit. 

2. 11 y a une idée sous-entendue, à savoir que c'est l'autour lui-même 
que provoquent à la lutte ces entendedors. Je ne connais pas i'exemple 
de cais dans le sens de « comme si ». Pour la construction du met avec 
l'indicatif, voy. Levy, cais 2. 

V, 2-3. Quel porta critn, « qui est pour lui-même un sujet d'accusa- 
tion »; pour ce sens de crim, cf. Levy, I, 416, et III, 409. La même [)en- 
sée est exprimée dans les « Trente sis mestres folies » (Jubinal, Nouveau 
recueil, II, 373) : Ki altres blasme do?it il meime est cupable. 

6. Fama, au sens de « mauvaise réputation », ne se trouve que dans 
B. Carbonel (cf. XXXV, (i). 

VI, ô. Bartsch jemarque que la locution fol e muzart est familière à 
P. Cardinal, que B. Carbonel a souvent imité. Je crois que c'était i)liitôt 
une locution tonte faite. Voy. cobla 86 du ms. P {Archiv, L, 274, et Rayn., 
IV, 295;. L'emploi de emplegar sans régime est singulier (voy. Levy, 
s. V.) Peut-être faut-il suppléer se. 

VII, 2. Corr. valha en valf 

VIII, 2. Ce passage de P. Cardinal se trouve dans la pièce : Tsn son 
valeti nostre vezi (Mahn, Werke, II, 189) : Tal n'i a, mas non dirai 
qui, Que foron porc eti Guavauda, Et en Vianes foron ca, Et en Velaic 



LES « COBLAS » DE BERTRAN CARBOXEL. 181 

foron rnasti, Seguon l'afaitanien cani; Mas quar non han coa, rtma. 
Il n'est pas parfaitement clair; tous les mss. imprimés portent au reste 
foron (prétérit) et non foran (condit.), qui serait exigé par le sens, et 
que paraît avoir écrit Oarbonel. Bartsch, dans son Prou. Leseh. (83,38), 
écrit fosson, mais je ne sais où il prend cette leçon. 

X, 3. Cette folle façon de « garder » sa richesse consiste évidemment à 
la dépenser trop largement, c'est-à-dire à ne pas la garder du tout. — 
Cf. une idée analogue dans la cobla LU. 

8-9. .Jeu de mois sur marc (monnaie) et le thème du verbe donar. — 
Quar en lur cortz fa sains Marcs acabar — Mais que Jésus ab totz 
Los autres sens, avait déjà dit G. Anelier (2(M, 3), en parlant des clercs 
(Rayn., Choix, V, 179). A. Tobler a recueilli un grand nombre de locu- 
tions de cette sorte dans un article bien connu (Verblumter Aus- 
druch, etc., dans Vermischte Beilraege, II, 2« éd., p. 211 ss.; voyez 
notamment p. 231 ss.). Je crois que Bartsch précise trop et attribue à 
l'auteur trop d'esprit en disant : « Donatz signifie ici celui qui se laisse 
graisser la patte, accepte les présents, ce à quoi fait allusion le dretz 
qui suit. » 

11. Servir paraît ici synonyme de donar. 

XI, L'éloge de la .viesure est un des lieux communs qui reviennent le 
plus souvent au moyen âge. On trouvera des expressions très analogues 
à celles-ci dans une pièce artésienne de la fin du xiii« siècle : Trestout le 
trop doit on haïr. . . — Moiienne cose va covrant, — Mais tout le trop 
n'ont nul garant (Jeanroy et Guy, Chansons et dits artésiens, p. 49). 
Cf. plus bas, coblas XX, XXIX, XLIV. 

XII, 4. Sur cette expression, voy. Poésies de Uc de Saint-Circ, éd. 
Jeanroy et Salverda de firave, note à XXXIII, 2, et Rornania, janvier 1913. 

10. Idée analogue, LVIII, 8. 

XIII, (j. t< Chez les poètes tardifs, avol est souvent compté pour une 
seule syllabe et en conséquence écrit aul » (Bartsch): suivent quatre 
exemples empruntés à Guiraut dul Olivier. Cf. auleza dans Levy, I, 101. 

8-10. Même idée, XIX, 9, LU, 6-7, et LXVIII, 8-9. 

XIV, 5. Il y a ici une forte ellipse : « Mais le monde [dit] oui, [à savoir 
qu'on peut mentir]; plutôt que... » 

9. Bartsch voulait corriger ganre en grau Joe, pour rétablir la rime; 
mais le ms. A montre que c'est au vers précédent que se trouve la faute. 

W, 1. Bartsch cite un grand nombre de pièces présentant la même 
forme; notaUiment deux de Peire Cardinal (1 et 6); il semble que leur 
modèle commun soit la chanson de Peirol, M'enteticio ai tôt' en un vers 
rnesa; voy. là-dessus en dernier lieu, Mélanges Chabaneau, p. 87. La 
même forme se retrouve plus loin, n"** XX, XXI, XXXI. 

6. J'ignore la source de cet adage. 

XVI, 3. Senhat, « marqué du signe de la croix, baptisé ». 

7-8. La liaison de ces deux vers avec le reste de la strophe n'apparaît 
pas très nettement. Même idée dans une cobla anonyme qui se trouve 
dans P à la suite de celles de Carbonel et pourrait bien être de lui 
(Archiv, L, p. 273, n" 79). 

XV^II, 3. Enfetiher se, non « se figurer », mais « se piquer, se faire 
fort de >•> (Cf. Levy, fenher, n" 3). 



182 A. JEANROY. 

XVIII, 4. Sentir paraît signifier ici « entendre » (it. sentire). — Somo- 
guti, non de somondre, comme le croit Raynouard (IV, 254), qui traduit 
l>ar « averti », mais de somover (qui manque à Raynouard). 

XIX, 9. Qui, « à celui qui ». 

11. Petit[z] est assuré par l'accord des trois mss. : je su)ipose, d'après 
cet exemple unique, l'existence d'un verbe savant, petit- de petere. — 
Bartscli conserve le texte de R et traduit : << aimé si peu que ce soit ». 

12. Amparar, « saisir » (cf. Raynouard, II, 73) et, par extension, 
« acquérir ». 

XX, 1. Pour le sens cf. note à XI. — Peut-être fallait il conserver le 
texte de APR et entendre : « celui que l'excès n'incommode pas ». 

2-3. « On doit, ou bien considérer liais comme sujet de deu esser et 
alors corriger com. en que, ou prendre les mots tnezura en toi meza 
comme un accusatif absolu » (Bartsch). L'accord des mss. nous force à 
repousser la première hypothèse. 

6. La conjecture de Bartsch, so qu'es pauc, valait mieux en somme que 
e texte de l'auteur. 

XXI, 1. Pour l'idée, cf. cohla 38. 

2. Si mânes n'est pas un adjectif, dont ce serait le seul exemple, mais 
l'adverbe très connu, le mot est ici une pure cheville. 

3. On pourrait comprendre aussi : « plus on y excelle, plus on y fait 
de folies ». 

8. Le vers était trop court; peut-être la correction de Bartsch : }ier 
c'om s'en deu [per] fort... était-elle meilleure. 

XXII, 8. Ras' paraît venir d'un rasar, non relevé jusqu'ici. Raire et 
tondre sont souvent opposés ou associés; voy., plus loin, XLVIII, â, et 
Raynouard, V, 35. 

XXIII, Cette cohla n'est que le développement du proverbe bien connu : 
« Au besoin connaît-on l'ami. » Cf. Tobier, Li proverhe au vilain, p. 138. 

3. Entre ce vers et le précédent ou le suivant, il pourrait y avoir une 
lacune d'un vers (rimant en ic). 

XXV. 1. Sur bloquier pour boclier, voy. Rayn., II, 228. 

10. Seniblan, même au sens de « avis, opinion » (Rayn., V, 189) paraît 
ici médiocrement juste : on attendrait un mot signifiant « dicton »; peut- 
être faut-il le prendre au sens de « comparaison ». 

12. La locution usuelle devait être : valer per drap e per lista, et 
signifier : « être bon pour tous usages », proprement « comme drap et 
comme lisière »; c'est sous cette forme qu'elle se trouve dans une tenson 
entre Rainol d'Apt et Magret (231, 3; Mahn, Ged., 95(5;. B. Carbonel 
l'emploie, sous la même forme qu'ici, dans une autre cohla ( LXVI, 6) où il 
exprime la même idée. 

XXVI, 3-4. On peut hésiter entre deux sens : 1° il n'est pas désho- 
norant pour les pauvres d'être de mauvais payeurs à l'égard des 
riches; 2° le déshonneur qui en rejaillit sur les pauvres n'est pas compa- 
rable à celui qu'encourraient les riches s'ils se mettaient dans le même 
cas. Cette incertitude tient à l'ambiguïté de ves qui peut signifier « à 
l'égard de » et « en comparaison de ». 

5. Nécessitas lege caret, dicton fréquent au moyen âge, dont j'ignore 



LES « GOBLAS » DE BEKTRAN CARBONEL. 183 

l'origine. Cf. Meurier, Trésor des Sentetices, p. 141 : Nécessité n'a loy, 
foy ne roy. 

XXVII, 7. Gandida, proprement a lieu de refuge » (Levy, s. v., 2), 
paraît ici un pur synonyme de ostal. 

XXVIII, 9. Complimen, a qualité de chose accomplie, perfection t> (Ray- 
nouard, IV, 572); c'est-à-dire que l'on doit considérer le présent comme 
parfait. 

XXIX, 7. Sur ce sens de enya?isa, voy. Levy, egansa, 4. 
y. Sur ce sens de absolver, voy. Levy, s. v. 

XXX, Même forme n» LXI, imitée, selon Bartsch, de Peire Vidal, Ane 
no mori (éd. Bartsch, n° 35), 

XXXI, 3. Ho doit se rapporter à l'idée de pauvreté et de richesse, im- 
plicitement contenue dans les vers précédents. 

XXXII, 2. Son avutz pour son estatz. Cette curieuse sub.stitution de 
sum habutus ksum (ou habeo) status, est fréquente en provençal, surtout 
à partir de la lin du xnv siècle (exemples dans G. Riquier, Sainte Agnès, 
les Mystères alpins); elle se trouve surtout dans la France orientale et 
l'Italie septentrionale. Voy., pour la délimitation du phénomène, Meyer- 
Lûbke, Gramm., II, | 344, et un essai d'explication par L. Gauchat dans 
Seritti varl di filologia (dédiés à E. Monaci), Rome, 1901, pp. 61-5. 

7. Bartsch, supposant que ce vers doit être de dix syllabes, propose de 
compléter : fas {as ^nals]; l'accord de AGP n'autorise pas cette correc- 
tion. 

XXXIII, 1. Sur laissar a, « omettre de », voir Levy, laisar, 13. 

8-9. Cnyrim {Altp. Sprichwœrter, p. 27, n° 105) cite une autre forme 
prov. de ce proverbe. Cf. en anc. franc. : Où fu n'est, n'est fumée 
(P. Meyer, Documents manuscrits de l'ancienne litt. de la France 1871 
p. 173). 

XXXIV, 8. Sur estar, « manière d'être ou d'agir», vov. Levy, s. v. n» 14. 
10. Même idée, LU, 8. 

XXXVI, 1. Per natura, « selon la nature, conformément à la réalité » (?). 
Le contexte semble du muins exiger ce sens. 

6. A lit : en mots de luoxs en faisant accorder l'adjectif de quantité 
joint au substantif par la préposition de. Cette construction devient fré- 
quente au xi\' siècle (voy. Noulet et Chabaneau, Deux manuscrits, 
p. 172, note 25). Il y en a déjà un exemple dans P. Vidal (éd. Bartsch, 
n» 11, V. 14), que Bartsch (p. 99) veut à tort corriger. 

XXXVII, 4. Cofes. Le sens exigé par le contexte, est difficile à ratta- 
cher à celui de confessus : probablement « qui se reconnaît [insolvable] », 
puis « insolvable ». 

XXXVIII, 4. Comte [de Provence]. L'auteur paraît avoir gardé le sou- 
venir de l'époque où les comtes de Provence étaient apparentés aux rois 
d'Aragon. Cet état de choses avait pris fin en 1245. 

XXXIX, 1. Je no vois pas le sens précis de estar ni comment il peut 
se construire également avec l'infinitif et le subjonctif. 

9. Ni en re paraît une simple cheville. 

XL, 9-10. Cette idée est chère à l'auteur : cf XII 10- XXVII 8" 
LVllI, 8. ,,--,, 

XLII, 3. Cette altération, pour la rime, de faitz en fatz, n'est pas rare. 



184 A. JEANROY. 

iiiPiiie à l'époque classique et chez des écrivains plus soigneux que Car- 
bonel. 

XLIII, 3-4. La liaison entre ces deux vers n'apparaît pas clairement. 
Le sens en est au reste obscur; on pourrait comprendre ainsi : « Tu n'es 
pas assez savant pour avoir le droit de me reprendre. » 

7. Reprenes est difficilement admissible comme 2*^ pers. sing. ; corr. si 
me reprensC^). — Sur la locution per lai dos, etc., voy. Raynouard, V, 
447. 

XLIX, 3. Au lieu de lauzors, qvii est dans le manuscrit, Bartsch avait 
lu l'amors; mais il avait retrouvé par conjecture la bonne leçon. 

Xr,V, 2. L'auteur comparant l'amour au miel, il est naturel qu'il parle 
ici de « fleurs o; mais on ne voit pas bien ce qu'il veut dire, ni quelles 
sont ces fleurs. 

4. Semhlans est peu juste; on attendrait non « son apparence », mais 
« sa nature ». 

7. Cette idée, souvent exprimée, a été longuement développée par A. de 
Pégulhan : Ane tnais dejois, c 3-5. 

8. L'auteur ne s'astreint pas à faire varier les infinitifs pris substanti- 
vement. 

XLVI. ce Même forme déjà à la cobla XXVI » (Bartscli). 
6. Ce vers paraît former une sorte de parenthèse, assez inutile au sens ; 
floritz est de plus fort impropre. 

XL VIL 8. C'est-à-dire, sans doute, que ces sortes de femmes sont insa- 
tiables, et qu'elles exigent, non seulement ce que vous avez de plus pré- 
cieux, mais tout le reste. 

XLVIII, 2. Pour acorsat, Tobler, qui cite ce passage dans son compte 
rendu du Supp. W. (Zeits. f. rom. Phil., XVII, ']()'^), hésite entre deux 
sens : « qui a la vogue », ou « qui est toujours par voie et par chemin » ; 
je pencherais pour le premier à cause du fr. corsaus qui s'applique aussi 
à une femme de mauvaise vie (cf. le second exemple de Rayn., II, 491), 
s'il n'était en quelque sorte exclu par le voisinage àe paures. 

4. Sa, la, pour sai. lai, ne sont pas rares. Voy. Appel, Chrest. au 
Glossai7'e. 

ô. .Sur tondre etraire, cf. plus haut à XXII, 8. 

XLIX, 8-6. Bartsch propose de corriger tj'ic. dessazic; je corrigerais 
plus volontiers trec, quoique la forme trechai- ne soit pas attestée et qu'il 
faille correctement trecha; dessazec en tout cas doit rester; ce mot, non 
traduit par Levy (II, 56) est le substantif verbal de desasegar. de-ex-ad- 
œquare, « déséquilibrer, désorienter ». 

L. Bartsch nous avertit que cette forme se trouve non seulement dans 
le célèbre sirventés attribué à B.dcBorn (233, 1), mais aussi dans des piè- 
ces de Giraut de Bornelii (242, 51), Folquet de Romans (156, 11), Peire 
Cardinal (335, 7), Guiraut Riquier (248. 20), et Guillem Kabre (216, 1). Le 
modèle commun est probablement la chanson de Giraut de Bornolii. 

LI. 4. le te.\te de P serait plus satisfaisant si l'on pouvait extraire de 
aunez un participe signifiant « gonflé, rempli ». 

LIV. Paraît imité de Peire Cardinal : Un décret fane dreiturler (335, 
63), mais la forme est différente. 

10-1. « L'allongement de la rime, ici non plus que LIX, 2-4 (lauzen- 



LES « COBL.VS » DE BERTRAN CARBONEE. 18-") 

geira gen., sove?ideyramen), ne parait pas reflet du liasard », écrit 
Bartscli. Je ne comprends pas cette note. 

LV. Le même thème revient constamment, comme on sait, dans les 
poésies de Marcabru. 

LVI. 8-10. Imitation littérale do Marcabru : voy. Bartscli ot Koscli- 
witz, Chrest. prov. , 58, 11-12. 

LVII, 1. Je ne puis obtenir un sens satisfaisant qu'en donnant à fais 
le sens métaphorique de « obligation », non enregistré par les lexiques. 

LVIII, 7-8. La rime n'est obtenue que par la réduction de n mouillée à 
n simple. Voy. autres exemples du même fait dans Coulet, Monlanhngol, 
p. 93. 

LIX, i. Soveneyramen. autre forme de sovendieiramen, non enregistré 
par les lexiques. 

8. Sur l'emploi pléonastique du possessif, voyez en dernier lieu Stronski. 
éd. de Barjols, p. 71. 

LIX, 5. Sur le subjonctif marquant la possibilité, voy. note à Uc de 
Saint-Cire, XX, 25. 

LXI, 4, Mètre sal est peut-être équivalent à tnetre se en sal (c.-à-d. 
salf). Cf. éd. de Uc de Saint-Cire, note à VI, 11. 

LXIII, 3. Sur per un cen, cf. plus haut, à XLIII, 7. 

LXIV, 4. En se rapporte à persona; « tout ce qui se rapporte à cette 
personne ». 

8. Que car est un singulier pléonasme, dont je ne connais pas d'autre 
exemple. 

LXV. Forme empruntée, comme le fait remarquer Bartscli, à un sir- 
ventés de Peire Cardinal, que Carbonel a déjà imité plus haut (cf. note 
à VIII, 2). — La pensée est confuse, car on ne voit pas le rapport entre 
la mélodie d'une pièce et le bénéfice qu'on en peut tirer, à moins qu'une 
pièce sans musique n'ait été d'avance vouée à l'insuccès. 

LXVI 4. Cosselh. « secours » (?). Cf. Levy. conselh, n» 5; mais on 
attendrait une autre épithète qne petit; au v. 8, pauc est aussi une faute 
évidente, déjà corrigée par Levy (a lista, 1). 

6. Sur cette locution, voy. plus haut, à XXV, 12. 

8. Construite régulièrement, la phrase n'aurait pas de sens. Je suppose, 
pour lui en trouver un, qu'il y a un brusque changement de sujet. 

LXVII. « Cette même forme a été employée par Carbonel dans une de 
ses chansons » (Bartsch) [Verz., 82, 16]. Cette forme paraît empruntée à 
une chanson de Pons Fabre d'Uzès (Rayn. IV, 472), à moins que les deux 
pièces n'aient un modèle commun. 

6. Mia est une excellente correction de Bartsch. 

8. ('e vers m'est inintelligible. 

LXVIII, 8. Sur puec, forme de prétérit régulière, mais rare, voy. Grand- 
gent, Old provençal, % 181 ; cf. muec (movui) dans G. del Olivier (Denkin., 
47, 17), moec dans Chastel d'Amoris, v. 113 {Annales du Midi, I, 194). 

6. Cnndansa (de coinde) ne donnerait pas de sens. J'ai, au reste, mon- 
tré ailleurs (éd. de Uc de Saint-Cire, note à XI, 15) que ce mot doit être 
rayé des lexiques. 

LXIX, 4. Lo, pronom neutre, synonyme de so. « Cet emploi est fré- 
quent dans la prose et la poésie de l'époque postérieure », dit Bartsch 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 13 



186 



A. JEANROY, 



(qui renvoie à son Lesebiich, 176, 19 et 178, 6) et qui propose, au reste, de 
corriger en so . 

7. Ne se rapporte à un entendensa, implicitement contenu dans enten- 
dens. 

LXX, 10-2. L'idée est à la fois naïve et compliquée : « C'est un prodige 
que quelqu'un agisse à la fois mal et bien. » Le dernier hémistiche du 
vers 12 est une pure cheville. 

LXXI-LXXII. J'admets l'authenticité de ces deux coblas. uniquement 
à cause de la p'ace qu'elles occupent dans le ms. P. 

LXXI, 7. Le sens serait meilleur en suppléant se après pZa^er. 



GLOSSAIRE 



/l corsai (partie, passé de acorsar), 
XLVIII,2 (?). 

alongui XXVI, 10 (var.), délai (de 
paiement). 

amparnr XIX, 12, acquérir. 

aplmiar (se) LXXI, 5, se parer. 

Cabal XXXV, 4, honnête. 

cet't LI, 5, calme, tranquille. 

clerguada LXVII. 63, tonsure. 

Cofes XXXVII, 4, insolvable (?). 

col e cais [far) XII, 4, faire lamoue. 

conten LXX, 12, contestation, dis- 
pute. 

crim V, 2, accusation. 

Derivar, XLVI, 3, descendre. 

dissazec XLIX, 6, trouble, dépit. 

DoNAT (saint), X, 9. 

drudaria LI V,6, mauvaises mœurs. 

drudeyra XLVII, 2; XLVIII, 1, 
coureuse. 

Encomhratge L, 8, tracas. 

enequiLozamen XXIV, 6, grossiè- 
rement (?). 

ew/e«/ter(.<;e)XVlI,3, se piquer de. 

estar XXXIV, 8, façon d'agir; 
XXXIX, 1 (?). 



Fais LVII, 1, obligation (?). 
faissonar X, 12, conseiller, indi- 
quer. 
fama V, 6; XXXV, 6, décri. 
Gamus XXXVI, 7, niais. 
gandida XXVI I, 7, abri, demeure. 
Maïstre XXXIX, 1, médecin. 
mânes XXI, 2, continuellement (?). 
Marc (saint) X, 8. 
me7idic XXXV, 8, misérable. 
tnon LVII, 5, pur, honnête. 
]\o-)'es XXX, 5, néant. 
no-sen LXI, 6, non-sens, sottise. 
Pe<à- XIX, 11, rechercher. 
Rasar XXII, 8, raser. 
re6^«A'«r XXXII, 1, reculer, empirer. 
ROTLAN LXVIII, 7. 
Saben XLVIII, 2, habile, rusé. 
sembla7iXW, 10, comparaison (?J. 
senhat XVI, 3. baptisé, clirèlien. 
sentir XVIII, 4, entendre. 
sei-oii- X, 11, faire dos présents (?). 
somover XVIII, 4, émouvoir. 
soveneyramen LIX, 4, souvent. 
Trotier LUI, 7, coquin, vaurien. 



LES « GOBLAS » DE BERTRAN GARBONEL. 187 



NOTE ADDITIONNELLE. 



En attendant qu'un autre donne une nouvelle édition des 
coblas de Guiraut del Olivier qui font suite, dans le manus- 
crit R (fol. 112'' = 114'^), à celles de Garbonel, je crois faire 
œuvre utile en communiquant ici les résultats d'une compa- 
raison attentive du texte de Bartsch' avec le manuscrit. On 
verra que cet!e collation n'est pas dénuée de tout intérêt et 
permet assez souvent d'améliorer le texte, que Bartsch avait 
dû copier très rapidement. Je ne m'astreins pas à noter tous 
les cas où Bartsch a écrit i pour y, plus fréquent dans le 
manuscrit. Je renvoie, pour plus de commodité, au numéro 
de la cobla et du vers, et non à la page et à la ligne des Denk- 

I, 5 cari] ms. cant. 

V, 3 ap] ah. — 4 lo] le. 

VU, lo. Par suite d'un bourdon, le passage suivant a été 

omis dans l'édition : avols [adoctrina lenfan per us 
de far aiil obra lina. car pel noirlr bes o mal si com- 
pren (non apren.)] per que, etc. 

XIII, 5 foleza] simpleza. 

XXL 1 toi] totz. — 2 sabadar] saludar. 

XXIII, 8 falh] fal. 

XXIV, 7 non] nom. 

XXXII, 5 perc] pert. — 8 an, suppléé par Bartsch, est dans le ms. 

XXXIII, 7 acor] acorr. — 9 vieuron] vieurom. 
XXXVI, 8 sec] cre. 

XLI, 6 savi] somi. 

XLII, 3 viergas] uergas (le sigyie abréviatif placé au-dessus de 
l\\ a été pris pour un i). — 11 proverbis] proverbi. 
XLIII, 9ejel. 



1. De?ikmœler der provenzalischen Literatur, pp. 26-50. 

2. Je rappelle que Bartsch, contrairement à l'usage actuel, met entre 
crochets les lettres qu'il supprime; entre parenthèses, celles qu'il propose 
de suppléer. 



188 A. JEANROY. 

XIAX, 0-10. Deux vers omis : per que ual mais uertat grossa- 
niens dieha que messonia polidamens escricha. 

L, 4 fa] fai. 

LI, 4 quej qui. — 11-2 az] aj. Pas de lacune indiqtiée. 

LU, .J fora] fera. 

LIV, 5 si] se. 

LVl, 7 atempraria] atremparia. 

LXl, 2-3 sert... aperl] serlz... apertz. 

LXII, 7 razis] razilz. — 10 se] sen. 

LXVI, 3 e] 0. 

LXVII, 6 escaisj eslais. 

LXVIII, 8 au début du vers, un blanc équivalent à trois lettres 
— 10 vencutz] uengcutz. 

LXX, 4 volontatz] uolontat. 

LXXr, 1 o] e. — entre 2 et 3 un vers omis : caisel que deu sa(?j 
ben li fardamen. — 6 mas] mais. — 9 vay] uey. 

LXXV, 2 [se] sicast] sesicasio. — 6necx] pecx. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



JOURNAL DES ACTkS DE JEAN F'LANTaVIT DE LA PAUSE, 
ÉVÊQUE DE LODÈVE ( 1626-1630). 

Jean-Samuel de Plantavit de la Pause, mort évèque de 
Lodève et comte de Montbrun, conseiller.du roi, grand aumô- 
nier de la reine d'Espagne, venait de loin ({iiand il obtint 
en 162.5, d'Anne de Lévis Venladour, l'évèché de Lodève. 

D'après V Ai-morial dit Languedoc'^ et le [)lus l'écent his- 
torien de notre évêque, M. l'abbé Blaquière-, la laniille des 
de Plantavit, originaiie d'Kalie, est menlioniiée en Bas Lan- 
guedoc dès le XV*' siècle. 

Au xvie siècle, elle se divisa en deux brandies : 1" bran- 
che aînée, celle des seigneurs de iMargon, Villeneuvette, 
Perdiguier, Maraussan et Saint-Nnzaiie; 2° cadelle, d'où sor- 
tit Jean, évêque de Lodève, celle des seigneuis de La Baume 
et de La Bastide. 

Plusieurs d'entre eux sont mentionnés dans les regisires 
du Parlement de Toulouse, en des ariêts dont on n'a pas 
encore fait état. — 11 seplembre 1573 : « Règlement de droits 
entie Gabriel de Planlavit. seigneur de ÎMai'gon et de Ville- 
neuvette et Jeanne de Plantavit. La place de Perdiguier est 

1 . L. DE La Eoque, Armoriai de la noblesse de Languedoc. Généra- 
lité de Montpellier, 2 vol. 

2. L'abbé G. Blaquiéke, Histoire des évéques de Lodève : Jean Plan- 
tavit de la Pause. Montpellier, Valat, 191(i, in-S". 



190 ANNALES DU MIDI. 

adjugée à lad. Jeanne et le domaine situé au terroir de Mau- 
rensan est attribué à Gabriel de Plantavil', » 20 mai 1581 : 
« Sentence du sénéchal de Beaucaire concernant Fulcrand 
de Montfaucon, seigneur de Vissée et Antoine de Plantevit, 
seigneur de La Balme^. » 13 juillet 1581 : « Renvoi au bu- 
reau du domaine de Carcassonne pour faire statuer sur les 
contestations qui s'étaient élevées entre la communauté de 
Saint-Nazaire-de-Ladarez et Gabriel de Plantavit, s^'' de 
Margon, avec maintien provisoire dud. Plantavit en la jouis- 
sance des droits féodaux mentionnés dans les reconnais- 
sances par lui produites ^ » 

Catholique par sa mère, Isabeau d'Assas de Marcassar- 
gues en Gévaudan, protestant par son père noble Christophe 
de Plantavit, sieur de la Pause, mort avant le l^r juin 1603, 
de son vivant ministre de la parole de Dieu en l'Église réfor- 
mée de Mauguio^, Jean Samuel fut élevé dans la religion 
calviniste. 

11 lit de solides études et se prépara au pastorat. Son cw- 
riculum vitœ est connu. En avril 1608, les rôles du synode 
d'Uzès portent encore comme proposant « Jean Plantavit dict 
de la Pause, de Montpellier* ». Nommé peu après ministre à 
Boujan les-Béziers, il y est converti au catholicisme par un 
Père Récollet et quitte avec fracas l'Église protestante. 
De 1606 à 1617, il est entretenu par les pensions du clergé 
comme pasteur apostat^. 

Il a reçu l'absolution, est entré aux Jésuites de La Flèche, 
a reru les ordres, puis a beaucoup voyagé et travaillé, cà 
Rome surtout. Son érudition, son talent d'écrivain et de con- 

1. Inventaire des Archives dr la JlanU'-Garonne, série B, t. I, p. 417 
(B. 68, folio (572). 

2. Id., 1, p. 478 (B. 84, folio 7;J). 
••!. Id., 1, p. 48U (B. 84, folio 311). 

4. Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme p-nnçais, 
t. XLVIII, p. 81. Kegistres de l'Église réformée de Montpellier, mariage- 
de Judith de Plantavit, sœur de Jean, avec noble Gabriel de Trinquier. 

•j. Synodes du Bas-Languedoc'{Bibl. Faculté libre théologie Montauban, 
manuscrit 12! |, t. I. 

»;. liiiUelin du protestantisme français, t. LVl, i)p. 2:5',t, 41, .J1.54,ô'J. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 191 

troversiste, son inlassable activité le tournaient vers les 
fonctions pastorales. 11 avait quitté le Midi languedocien à la 
suite du scandale causé par sa conversion; il y revient vingt 
et un ans après pour occuper le siège épiscopal de Lodève. 

Nommé le 7 mai 1625, confirmé le 16 août, Planlavit fit 
son entrée dans la ville le 24 décembre et tout de suite se 
mit à Tceuvre. II avait fort à faire, car son diocèse se relevait 
à peine des ruines m.itérielles et morales qu'avaient accumu- 
lées les guerres de Religion. 

Ce qu'il fit, et comment il le fit, le document que nous 
offrons aux lecteurs, des Annales chi Midi va nous le dire. 

Ce n'est pas une œuvre peisonnelle de Plantavit que ce 
journal, et nous y perdons peut-être au point de vue litté- 
raire et psychologique, mais non cependant au point de vue 
documenlaire. Écrit presque sous les yeux de l'évêque par 
un de ses familiers de tous les instants, son secrétaire parti- 
culier, Jean Vézian, c'est une source de premier ordre. 

Le manuscrit de ce précieux journal se tiouve aux Archi- 
ves départementales de Montpellier, au milieu d'un registre 
d'actes de l'évêché de Lodève. Il en occupe vingt cinq feuil- 
lets, recto et verso, commence le 17 février 1626, — six 
semaines après l'arrivée de Plantavit à Lodève, — et se ter- 
mine le 4 oclobre 1630. 

M"« L. Guiraud l'a découvert et s'en est servie, pour ce qui 
concerne la cilé lodévoise et son prélat, dans VHisioire de 
Lodève^ publiée sous le nom d'E. Martini. C'est là que nous 
en avons trouvé l'indication, avec le souhait qu'il fût un jour 
publié. A la réalisation de ce vœu se borne notre mérite. 

Le secrétaire particulier relatait jour par jour les déplace- 
ments de Planlavit et tous les actes de sa vie seigneuriale ou 
épiscopale : abjuiations, ordinations, confirmations, synodes, 
mariages, dispenses, cérémonies. Plantavit faisait en cons- 
cience son métier d'évêque, comme Louis XIV fera son mé- 
tier de roi. Mais si ce texte met principalement en lelief la 



1. E. IsIkuti'h, Histoire de la ville de Lodève, ^lor\\.\)p\\\ftv. Rouméyous, 
1900; in-8°, 2 vol. et 1 cartulaire. 



192 ANNALES DU MIDI. 

figure de l'évêque dont il montre la prodigieuse activité tant 
en matière spirituelle que temporelle, ce n'est pas là son 
seul mérite. 

Il éclaire par de nombreux exemples le mouvement de la 
Renaissance catholique : vie religieuse intense, lointains 
pèlerinages, ordres monastiques, lutte contre l'hérésie. Et 
les fréquentes abjurations que le « journal » enregistre, 
directement ou indirectement, montrent assez abondamment 
le succès de ce qu'on a aussi appelé la contre-réforme. On y 
voit le diocèse sillonné jusqu'en ses coins les plus reculés, — 
et il n'en manque pas, — par des missionnaires qui prêchent 
et reçoivent les convertis à la foi catholique; on y voit l'évê 
que présider régulièrement les synodes, veiller à l'instruc- 
tion et à la dignité de ses prêtres, les rendant ainsi capables 
d'éditier les peuples et de les diriger dans les voies de Dieu, 

Planlavit y déploie aussi devant nous son zèle pour les 
aftaires du clergé (Régale, par exemple), ou de la province : 
assistance aux États, députations auprès du duc de Montmo- 
rency, du Parlement de Toulouse, du roi à La Rochelle. 

Le Journal des Actes de Plantavit intéresse enfin tout le 
diocèse. C'est une mine de renseignements pour l'historien 
local. Presque chaque ville ou village, chaque couvent ou 
communauté du diocèse peut y relever quelques lignes le 
concernant :(<lermontde Lodève surtout et ses Dominicains. 
De nombreuses mentions intéresseront encore le généalo- 
giste ou l'historien des vieilles familles. 

Cette rapide introduction n'est pas une étude approfondie. 
Son but îi'est pas de suppléer au document, mais au con- 
traire d'en montrer l'intérêt alin d'exciter à le lire. Il faut 
lire les documents; ils parlent plus clairement, sinon plus 
élégamment, que n'importe quelle œuvre composée avec leur 
secours. 

Les notes qui accoMii)agnenl ce texte sont pres(|uc toutes 
topogra[)hiques. Kl les guideront le lecteur à la suite du pré- 
lat dans une légion <|u'il pourrait ne i)as connaître en 
<lélaii. M. Li riiAni>. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 193 

TEXTE DU JOURNAL'. 

1626. — Cejourd'huy dix.-septiesme jour de febvrierl626, David 
Montant marchand chaussetier de Clermont' a abjuré l'hérésie 
entre les mains de Monseigneur de Lodève en présence de Mes- 
sieurs Babot, aroliiprebsti'e de l'Eglise cathédrale, Philip Laurans 
sindic du diocèze fet... Fontes marchant de Clermont et de nous, 
seci'élaire de mondit Seigneur Evesque, et a esté... 

Ce jourd'huy quatorsiesme jour de febvrier 1626 Monseigneur 
donna permission à messire Martin Eguiès, religieux de Tabaye 
de Sauve de célébrer la s'e Messe à S* Martin de Castres 2, de ce 
diocèze, jiisques au prochain synode. 

Ce 16 février an susdit Monseigneur a donné mandement au 
S' Père Archimbaud de Tordre des FF. Prêcheurs de Clermont de 
prêcher le prochain caresme à S' Guilhem ^ et S^ Jean de Fos*. 

Mondit Seigneur a permis par escript aux Pères Auguslins Ref- 
formés de Montagnac-» de fèrela queste dans son diocèze pour ceste 
année. 

Ce jourd'huy, XIX février, an que dessus, Monseigr a consacré 
deux calices, l'un d'argetit appartenant à M. Fornier chanoine et 
l'autre d'estain apartenant à M. de S' Maurice dans l'esglise des 
Recoletz. 

Le mesme jour Monseigneur a donné la conlirmation à damoi- 
selle ^larie de Plantavit, fille du feu sieur de la Pause, conseiller 
de Béziers et de demoiselle Anne de Relhe. Sa marrine a esté 
damoiselle Hélène de Sarret femme de Monsieur de Fousières. 

Hélène d'Arnal de S' Michel, fille du s^ Jean Darnail et damoi- 
selle Gabrielle de la Trelhe. Sa marrine a esté damoiselle Jeanne 
de Guilleminet, femme du sr Joubert, conseiller au sénéchal de 
Montpelier. 

Henry de La Trelhe, fils de Jean Jacques de La Trelhe, sieur de 

1. Archives départementales de l'Hérault, série G, Évèché de Lodève. 

2. Chef-lieu de canton, arr. de Lodève. L'évèque en était prieur primitif. 

3. Saint-Martin-de-Castries, h. c°e et à 3 kil. E. de La Vacquerie. 
Paroisse et village dépendaient de l'abbaye de Saint-Guilhem. 

4. Saint-Guilhem-du-Désert, auparavant Gellone. Arr. de Montpellier, 
canton et à 7 kil. d'Aniane. Très ancienne abbaye d'hommes de l'ordre 
de Saint-Benoît. 

5. Saint-Jean-de-Fos. Arr. de Lodève, canton et à 8 kil. de Gignac 
L'abbé de S' Guilhem en était seigneur et prieur. 

6. Chef-lieu de canton, arr. de Béziers. — Ancien diocèse d'Agde. 



194 ANNALES DU MIDI. 

Fousières et damoiselle Hélètie de Sarret; son parrin a esté le s'' 
Jean Philip de La Trelhe. 

Antoine Froment, filz d'autre et de Jeanne de Rouvière; son 
parrin a esté le sieur Jacques de Fons. 

Jean Azémar filz d'autre et de Marguerite de Roullendes, son 
parrin a esté Jacques de Fons. 

Le mesme jour Monseigneur a dispensé JeanCoste et Thonete 
Vedelle, de la paroisse de S'- Saturnin i de deux annonces de leur 
mariage, à cause de la proximité du jour des Cendres. 

Le mesme jour Mond. Seigneur a dispencé Anthoine Clapié, 
habitant de ceste ville et Anne Barrale, de la paroisse de Péret- 
diocèze de Béziers, d'une annonce, pour la mesme cause. 

Le XXII jour de febvrier an susdit Monseigneur a donné mende- 
mant au R. P. Innossent de Perron, gardien des Récoletz de 
Ginhac^ de prêcher le Caresme prochain à Glermont. Et par 
mesme mendemant, permition par escript pour tous les religieux 
de son couvent de prêcher dans le diocèze et absoudre des cas 
réservés. 

Le mesme jour Monseigneur a donné lettres de Régende jusques 
au prochain synode, à M" Jean Galdissac du diocèze de Béziers 
pour Notre-Dame de La Garrigue ''^. 

Le XXII febvrier an que dessus, Monseigneur a balhé dispence à 
Monsieur et Madamoiselle de S^ Félix, beau-père de Monsieur 
de Montpeyroux% à Madamoiselle de Montpeyroux et Madeleine 
de la Tour, tous de la familhe, de manger de la viande, le pro- 
chain Caresme, aus ungs pour leur eage et aus autres pour leurs 
indispositions, sur le témoignage du R. Père gardien de Ginhac. 

Le mesme jour Mond. Seigneur a dispencé Jean Espinasse de 
Si Saturnin et Françoise Figuière de Montpeyroux « des annon- 

1. Saint-Saturnin-de-I^ucian. Arr. de Lodève, canton et à 9 kil. de 
Gignac. L'cvèque en était prieur primitif. 

2. Péret : arr. de Béziers, canton et à 18 kil. de IMontagnac. - Ancien dio- 
cèse de Béziers. L'abbé de Saint-Sauveur de Lodève en était prieur et sei- 
gneur. 

3. Gignac : chef Ikmi de canton, arr. et à 24 kil. do Lodève. — Ancien dio- 
cèse de Béziers. 

4. Ancienne paroisse de Lagamas, église et prieuré dépendants de l'ab- 
baye de Saint-Guillioni. 

5. Noble Jean de Grégoire des Gardies, vicomte de Montpeyroux, gou- 
verneur de la citadelle do Gignac. 

(5. Montpeyroux. Arr. de Lodève, canton et à 8 kil. de Gignac. L'cvèque 
en était prieur primitif. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 195 

ces quy se debvoient faire à la parroisse de Montpeyroux, celles 
de Si Saturnin y ayant esté faictes. 

Le 24 febvrier Monseigneur a permis à Pierre Orlhac, du faux- 
bourg de Montbrun, de se marier avec Arnaude Berriade, de la 
paroisse de S' Pierre de ceste ville, après vespres, les ayant 
dispencés de recepvoir la bénédiction du prêtre pendant la célé- 
bration de la S'e Messe, à cause du jour du mardy gras. 

Le 28 du mois et au que dessus, INIonseigneur a permis à damoi- 
selles Jeanne et Gîtbrielle d'Azémar l'usage de viande en Caresme, 
à cause leur itifirmitté, et à leur chambrière, sur l'attestation de 
Mf de Monjanel, médecin. 

Le mesme jour Mond. Seigneur a donné la dispense, pour man- 
ger en caresme, à Mr Bessèdes et à Madamoiselle de Guillieminet 
pour eslre octuagénairps et à Madeiie de Joubert pour son indispo- 
sition sur le certiflîcat de M'' de INIontgenel. 

Le III mars, an susdit, INIonseigneur a donné dispence, sur le 
certifficat du médecin, de manger de la viande en caresme à 
M. de Beaupin, sergent majour du Régiment de M^ le Comte de 
Vallac. 

Le mesme jour Monseigneur a dispencé Anthoine Laurans et 
Marie Servies, de se marier en caresme pour certaines considéra- 
tions que l'on verra à l'acte quy est à la liasse. 

Le mesme jour Mond. Seigneur a donné dispence, sur le certif- 
ticat du médecin, pour manger de la viande à IMe Pierre Tralliès, 
prêtre, servant à Parlatges'. 

Le mesme jour Mond. Seigneur a donné lettres de Régende au 
susdit I\P Pierre Tralhies pour Nostre Dame de Parlatges. 

Le mesme jour mondit Seigneur a dispencé M' Piei-re Chaliès, 
vicaire île Parlatges, de résider à son bénéfice; et luis a donné 
peimition de servir à l'esglise d'Hoton^, pour une année. 

Le 4 du présent mois, Monseigneur a donné la dispense de 
manger de viande en caresme à Mf et Madamoiselle de Vilacuen 
à cause de leur infirmité. 

Le mesme jour mond. Seigneur a donné la mesme dispense à 
M"" Jean Vieles à cause de son eage. 



1. Parlatges. Arr. canton et à 12 kil. de Lodève. L'évêque en était 
prieur primitif. 

2. Octon ou Lauzières-Octon. Arr. de Lodève, canton et à 18 kil. de 
Lunas. 



196 ANNALES DU MIDI. 

Le septiesrae Mond. Seigneur a donné les Ordres Sacrés dans la 
Grand Eglise et le lendemain la confirmation. 

Le 14 du mois susdit Monseigneur a donné permition, par 
escript, aux Pères Cordeliers de quester dans son diocèze. 

Le mesme jour Mond. Seigneur a permis à Jean Belson et Jac- 
ques Bayle de résider en l'ermitage de Nostre-Dame du Peyron* 
près Clermont. 

Le 15e Monseigneur a permis à Monsieur de Triguiés d'user de 
viandes en caresme sur le certificat du médecin. 

Le 17 du susdit mois Monseigneur a donné lettres à Messire 
Bertrand Bernard, prêtre de S"- Gervais, diocèse de Castres, 
pour régenter à Ceyras-, au lieu et place de Messire Pierre Domer- 
jous, JQsqiies au synode prochain. 

Le 19 du susd. mois. Monseigneur a consacré deux calices d'es- 
taing à fasson d'argent, l'un du prieur de Clermont et l'autre du 
prieur du Cros-^ et a béni un corporal de Mr Babot, archiprebtre. 

Le mesme jour Mond. Seigneur a donné permition aux Pères 
Carmes de fère la quesle dans son diocèze. 

Le mesme jour Mond. Seigneur a désigné pour confesseurs aux 
Esglises de ceste Ville, pour les festes de Pasques, les S's Garri- 
gues et Vilaris, chanoines; Le Prieur de S^ Pierre, Messire 
Tronc, curé et secrestain ; Le Père Gayoïi, gardien des Recoletz, 
prédicateur; INIr Gajel, moine de S^ Sauveur; Le prieur des Carmes 
et un sien companion; Le gardien des Cordeliers et le père Pisse- 
l)euf, du mesme ordre; Le Père Ange, le Père x\rchange et le Père 
Thomas, Récoletz, ausquels il a balhé les cas réservés, en nombre 
de ".^4 avec deifences d'en absoudre, sans sa licence et permition 
particulière, lesquels sont icy incérés. 

Premièrement : Ceux qui auront comis homicide soit par le 
glaive ou par poison, encore mesme que l'efïaict ne s'en soit point 
ensuivi. 

Ceux qui se servent de sortilèges, nomément d'aigullettes et 
autres maléfices ou qui ont pactisé avec le diable en quelque fas- 
son et manière que ce soit. 

1. N. I). du Pcvro». Eglise et lieu de polerinapie à LOdO mètres do Cler- 
mont sur la route de Bcdarieux. Unie en 1622 au couvent des Kécollets de 
cette ville. 

2. Ceyras. Arr. de Lodève, canton et à 2 kil. de Clermont. L'cvèquo en 
était prieur primitif. 

3. Le Cros d'Alajou. Arr. de Lodève, cunton et à l kil. du Caylar. 
L'évêque en était prieur primitif. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 197 

Ceux qui deinandent comniuLalion des vœux ou qui les ont 
violés. 

Item les incendiaires ou boutefeus volontaires, tant des lieus 
sacrés que profanes. 

Item ceux qui ont juré et conspiré la mort ou ruyne de leur 
propre seigneur. 

Item ceux «pii ont contracté mariage clandestinement et aux 
degrés detfendus par l'Eglise. 

Item les concubinaires manifestes, tant clercs que layques. 

Item ceux qui retienent et recèlent les obligations des dettes ja 
acquises. 

lien» les usuriers manifestes. 

Item les Simoniaques et conlidentaires. 

Item ceux qui auront reçeu les ordres sacrés sans lettres démis- 
soiresde nous ou de nos vicaires généraulx. 

item les prebtres qui auront célébré la Sic Messe pendant leur 
suspention ou autre personne ecclésiastique. 

Item ceux qui ont rendu faulz témoniage en jugement contre le 
prochain. 

Item ceux quy auront falciflé et contrefait le sem ou le sceau de 
leur Evesque et se seroit servis de faulces lettres en son nom. 

Item ceux qui auront comis le péché de la cher dans l'Eglise, 
cimetière ou autre lieu sacré. 

Item ceux qui auront comis quelque inceste ou péché de bruta- 
lité et contre nature. 

item ceux qui par breuvage ou autrement auront procuré l'avor- 
tement des femmes grosses ou empêché leur grossesse par moyens 
illicites. 

Item ceux qui ont mangé de viandes deffandues au temps de 
caresme et autres jusnes de l'Eglise. 

Item ceux qui sont excommuniés d'excommunication majeure 
par le droit ou par sentance de l'Official, comme sont... (?). 

Ceux qui bâtent et tuent les prebtres et autres gens d'Eglise. 

fleux qui fraudent ou ne payent point la disme qui est deube de 
(il oit divin, aux ecclésiastiques. 

Ceux qui recèlent les légatz pies et retiennent lettres et docu- 
mens de l'Eglise. 

Ceux qui recourent aux sorciers et divins 

Ceux qui lisent les livres hérétiques ou autres deflandus par 
l'église. 



198 ANNAiES DU MIDI. 

Le vingt-utiiesme du susdit mois Monseigneur a donné lettres 

de Régende, jusques au prochain synode, à prebtre de Nant', 

diocèse de Vabre-', pour les Rives ^ et escrit aux consuls de prou- 
voir à son logement. 

Le mesme jour Mondit Seigneur a despéché lettres d'excommu- 
nication pour Azémar Fabre, comme aussi à Guillte Cornière de 
S' Félix'». 

Le xxiiie Mondit Seigneur a bénit une aulbe, une chasuble avec 
une estole et manipule de Monsieur le prieur de Pégayroles^. 

Le xxve Monseigneur a reçu plainte par requête de certains 
habitans de S* André ^ sur l'innégalitè gardée sur le logemant 
de 2 companies du Régiment de Mr le Conte de Vallac, sur 
laquelle Monseigneur a député le sr Gibert, advocat, pour procé- 
der au despartement au sol et livre. 

Le mesme jour mondit Seigneur a donné lettres à Me Jean 
Liaus, prebtre du diocèze de Rodes, pour confesser et dire la 
S'-e Messe à S' Pierre de ceste ville. 

Le dernier mars Mondit Seigneur a donné lettres au Père 
Sirelly, cordelier de Ginhac pour prêcher et confesser dans son 
diocèze. 

Avril. — Le premier jour d'avril Monseigneur a donné lettres 
pour prêcher, confesser et absoudre dés cas réservés et faire la 
queste dans le diocèze aux Pères Jacobins Reformés de Gler- 
mont. 

Le mesme jour Monseigneur a donné permition à Me Pierre 
Darnaut, prebtre de Paulian^ diocèze de Réziers, pour confesser 
et administrer les saints sacrements à St André pour XL jours, 
le secondère étant malade. 

Le ii<- mars Monseigneur a dispensé du temps et des annonces 

pour cause légitime de Clermont, Madamoiselle de Goudon en 

a escrit à Monseigneur. 

1. Chef-lieu de canton, arr. de Millau (Avcyron). 

2. Vabres. Arr. et à 4 kil. de Saint-Atrrique (Avoyron). 

3. Les Rives. Arr. de Lodève, canton et à 4 kil. du Caviar. L'évèque en 
était prieur primitif. 

4. Saint-Félix de Lodèz. Arr. de Lodève, canton et à 5 kil. de Clermont. 
ô. Pégairolles de l'Escalette. Arr. de Lodève, canton et à 11 kil. du 

Caylar. I/évèque en était prieur primitif. 

6. Saint-André-de-Sangonis. Arr. de Lodève, canton et à 4 kil. de 
Gignac. L'évèque de Lodève en était seigneur direct et prieur primitif. 

7. Paulhan. Arr. de Lodève, canton et à 11 kil. de Clermont. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 199 

Le second mars, Monseigneur a permis à Messire Charles Fauré, 
preblre de Nant, diocèse de Vabre, de dire la Messe et administrer 
les sacrements en l'église de PegayroUes pour XL jours, le prieur 
estant absent. 

Le 4e jour d'avril Monseigneur a sacré dans l'esglise Cathédrale 
la quanlilé de 44 pierres d'autel. 

Le mesme jour Monseigneur a béni une aube dans la mesme 
esglise, du prieur Des plans^. 

Le 5 avril le vicaire de S' Jean de Fos a prins 7 pierre sacrées; 
le prieur le S"" Michel, une; Mons"" le Précenteur en a une; M^ le 
Prieur de Clermont, trois; Les Pères .Jacobins de Clermont, 4; le 
prieur de S^ Martin, 2-; M*" S» Pol, secrestain, une; Monsieur Ba- 
bot, ciianoine, deux; Les péiiitens gris de Clermont, une; Monsei- 
gneur en a donné deux à;M. L'abbé de Jaucelz^; M"" Manuj'n eu a 
demandé une pour le prieur d'Avène*. 

Le mesme jour ^Monseigneur a donné permition au R. Père Bal- 
tesar Isouart, de l'ordre de Si Dominique, du couvent de Clermont, 
de recepvoir les hérétiques à la Religion catholique dans le dio- 
cèze. 

Le huiclièsme jour d'avril Monseigneur a donné le « forma 
dignum » du prieuré des Ribes à Mi" Massai, preblre de S' André. 

Le neufvièsme Monseigneur a fait les Sainctes-Huyles, dans la 
grand esglise S^ Fulcrand, à laquelle cérémonie ont acisté : Mes- 
sieurs de Guilheminet, arcliidiacre; de Benoit, pressenteur; Babot 
archiprebtre; Tarrusson, Vilaris, Fournière, Brun, Belaclièro, 
Garrigues, Laboisse, chanoines et autres prébandiers de lad Es- 
glise % ensemble M' Archimbaut prieur de Clermont, avec son 
diacre. 

Le mesme jour Monseigneur a lavé les piedz dans la mesme 
Eglise à doulze pauvres, lesquelz il a fait digtier avec luy et leur 
a donné à chacun .5 s. 

1. Les Plans. Arr., canton et à 5 kil. de Lodève. Le chapitre cathédral 
Saint- F 11 le ran de Lodève en était seigneur et prieur. 

'2. Saint-Martin de Combes. Arr. de Lodève, canton et à 9 kil. de Lunas. 
L'abbé de Saint-Sauveur de Lodève en était seigneur et prieur. 

•i. Joncels. Arr. de Lodève, canton et à 4 kil. de Lunas. Ancienne abbaye 
d'iioninies de l'ordre de Saint-Benoit dont l'abbé était seigneur de la ville 
et prieur de la paroisse. 

4. Avène. Arr. de Lodève, canton et à l-j kil. de Lunas. 

.5. Le chapitre cathédral de Lodève se composait de 12 chanoines dont 
8 dignitaires : l'archidiacre, le précenteur et l'archiprêtre; de 19 prében- 
des et de 12 chapelains. 



200 ANNALES DU MIDI. 

Le mesme jour ^lonseigneur a donné permition au prieur de 
St Pierre, de bénir une aube. 

Le mesme jour et suyvans ^vlonseigneur a confessé publiquement 
plusieurs personnes dans la grand Eglise et officié le jour de Pas- 
ques, pontificalement. 

Le 18e Alonseigneur à dispensé Urbain Peyran et Catherine de 
Chartes, de la parroisse de Si Paul de Clermont, de deux annonces. 

Le XXV, Monseigneur c'est transporté à S' André, à la requeste 
des habitans du lieu pour la création des nouveaux con.sulz et 
establissement d'un conseil réglé. Et leur a, pour cest effaict, 
donné un règlemant pour estre sy après observé en la création 
des consulz et délibérations consulaires, lequel leur a eslé balhé 
en bonne et deue forme, pour estre mis dans leurs Archifves. 

Le 26 monseigneur estant à .Jonquières' a baptisé dans l'esglise 
dudit lieu Bernardin Roubert, ûls de Pierre et de Thouette Combat- 
tes, dudit lieu, ayant eu icelle pour parriti Noble Bernardin de 
Latude, seigneur de Jonquières et damoyselle Helayne de Latude, 
sa sœur, pour marrine. 

Le 28, Monseigneur a donné la confirmation et tonsure à six 
personnes en l'esglise de Jonquières. 

Le mesme jour Monseigneur a donné permition à M. Estienne 
Ricard, vicaire de Bedarieux- de prescher et confesser dans son 
diocèse. 

Le 29 Monseigneur a dispencé de deux annonces Jean de Sabliè- 
res, de Ginhac et Françoise de Condé, de Clermont. 

May. — Le second de may, Monseigneur a aflermétout le reve- 
neu temporel de son évesché au sieur Fleury recepveur des talles 
et décimes, pour trois ans, à commencer du 25 mars dernier passé, 
moyennant le prix de tretze mille cinq cens livres et quelques 
réserves mentionnées au contrat receu par Bessodier, notaire. 

Le ne May Monseigneur a dispensé de trois annonces Pierre 
Sémat et Catherine Portefaisse, de la parroise de Soubès'. 

Le in inay Monseigneur a reçeu à l'Eglise damoiselle Françoise 
de Falc, lille de M"" Falc, Ihrésorier provincial de l'extraordinaire 
des guerres et l'a ouye en confession. 

Le 4 may Monseigneur a donné dispense des annonces du 

1. Jonquières. .\rr. de Lodèvo, canton et à 8 l<il. de Gignac. 

2. Bedarieux. Ciief-lieu de canton, arr. et à 87 kil. do Béziers. — Ancien 
diocèse de Béziers. 

3. Soubès. Arr. canton et à 5 l\il. de Lodève. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 201 

mariage d'entre Noble Henri de Peyrottes, sieur de Sonbès et la- 
dite damoiselle Françoise de Falc; Et a commis le S^ de Guilhe- 
minet, archidiacre pour les marier audit Soubès. 

Le ye Monseigneur a donné dispense des annonces verbalement 

au S'' Galtier, médecin et de Roudès fille de Nadal Roudès de 

la parroise de S' Pierre de la présente ville. 

Le 14e, jour de la Translation de S' Fulcrand, Monseigneur a 
officié pontificalement aux premières vespres, procession, grand- 
Messe, et secondes vespres à laquelle solemnité ont acisté les musi- 
tiens d'Agde. 

Le 15e Monseigneur a dispansé des annonces Marie Rouvière, 
de Liausson' qui c'est mariée avec Henry Rrunet, de Pézénas^. 

Le mesme jour Monseigneur a donné lettres et permition à 
Claude Vallant, prebtre du lieu de Barbentane, en Provence, et 
Jacques Bayle, de Clermont, tous deux hermites, de résider en 
l'hermitage de Notre-Dame de Peyron, hors les meurs de Clermont. 

Le 16 Monseigneur a dispencé des annonces Bernard Laget et 
Jeanne Clavèle de la parroisse de S ^ Pierre de Lodève. 

Le 20 may Monseigneur a consacré un calice de Milan, pour 
Mèse^ au diocèze d'Agde. 

Le 23 Monseigneur a permis par escrit au Rev^ Père Regonrt, 
•Jesuyte* de prêcher, confesser et absomlre des cas réservés dans 
tout son diocèze. 

Le 24 Monseigneur a consacré trois calisses d'estaing, l'un pour 
Sors^ l'autre pour Alzon et l'autre pour 

Le dernier may, jour de la Pentecosto, Monseigneur a officié 
pontificalemant aus premières et secondes vespres et à Messe. 

Jung. — Le 6 jung Monseigneur a donné les ordres dans son 
Esglise Cathédralle. 
Le XI, jour de la Feste-Dieu, Monseigneur a officié pontificale- 

1. Liausson. Arr. de Lodève, canton et à 6 kiJ. de Clermont. Prieuré 
dépendant de la Mense capitulaire de Lodève. 

•2. Pézenas. Chef-lieu de canton arr. et à 28 1^:11. de Béziers. — Ancien 
diocèse d'Agde. 

S. Mèze. Chef-lieu de canton, arr. et à .31 kil. de Montpellier. — Ancien 
diocèse de Montpellier. 

4. Ale.\andre Regourd. S. J. (Castelnaudary, 1.58.Ô. — Cahors, 163.3). Prêche 
à Montpellier dès 1614. — Cette autorisation de prêcher lui est donnée alors 
qu'il soutient à Gignac, diocèse de Béziers, une controverse publique con • 
tre J. de la Paye, ministre de la R. P. R. de cette ville (22-26 mai 1626). 

5. Sorbz. Arr. de Lodève, canton et à 8 kil. du Caviar. 

A.NNALES DU MIDI. — XXV. 14 



202 ÂXNALES DU MIDI. 

maut ans premières et secondes vespres et à la Messe et porté le 
Saint Sacrement en procession et donné la bénédiction tous les 
soirs durant l'octave. 

Le 12 Monseigneur a permis au prieur de Pegayroles d'aler visi- 
ter ses parans en Limousin pour 3 sepmènes. 

Le 13 Monseigneur a donné lettres de régende pour Foscays* a 
Mf Estienne Liquier, prebtre de Clermont. 

Le 13 Monseigneur a authorisé une fondation faite par Guil- 
laume Frayret, du lieu de Geyras, dans l'esglise dud. lieu, laquelle 
fondation est reçeu par Heral, notaire de Béziers, et la confirma- 
tion et authorisation par Liquier, notaire de Lodève. 

Le mesme jour Monseigneur a donné permilion par escrit au 
R. Père Honoré Lions, prieur des Reflformés de Clermont, de rece- 
voir les hérétiques dans tout le diocèse. 

Le 15 Monseigneur a donné permition, par escrit, aux Pères 
Récoletz de Clermont, de prescher, confesser et quester dans son 
diocèse. 

Le 23 Monseigneur a permis au prieur de St Pierre d'espouser 
sans annonces Anthoine Fabre et Marie Rougé, de sa parroisse. 

Ledit jour Monseigneur a dispencé des annonces François Vila- 
ret et Marguerite Coulette, de la parroisse du Gros. 

Le 24 Monseigneur a bénit une aulbe, chasuble, estole et corpo 
raulz de M"" Fornier, chanoine de son Esglise qui a dict aujour- 
d'huy sa première me>se avec lesdits ornements. 

Le vingt cinquiesme Monseigneur reçeut lettres du Roy et de 
Monseigneur de Montmorency, gouverneur de Languedoc, pour se 
trouver en assemblée des trois estatz de ceste Province convoqués 
en hi ville de Pézénas au Se jour de juilhet. 

Julhet. — Le 4e jour de julhet Monseigneur est allé au lieu de 
Montpeyroux, de coucher, et le lendemain cinquiesme il a teneu à 
baptesrne une fllhe dud. sieur de Montpeyroux avec Madame.... 
de S' Félix, femme de Monsieur de Pennautier, Trésorier de 
France. Lad. filhe feut apelée Louyse. Le baptesrne fut fait par 
M"" de Guilheminet, archidiacre, avec grande magnificence. 

Le cinquiesme, après la cérémonie dud. baptesme, Monsei- 
gneur donna la confirmation dans l'église parroisâiele de Mont- 
peyroux. 

1. Fouscaïs, iiaineau, c"«^ et à 3 kil. de Clermont. L'évêqne en était 
prieur primitif. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 203 

Le lendemain siziesme, Monseigrneur partit dud. lieu de Mont- 
peyroux pour aller dans la ville de Pézénas où il a séjourné tout 
le lendemain septiesme, ayant esté visité par les Consulz et per- 
sonnes plus aparantes de la ville. 

Le 8 Monseigneur est parti dud. Pésénas pour aller en la ville 
de Béziers. 

Le 10 Monseigneur est parti dud. Béziers pour aller visiter Mon- 
seignenr l'Archevesque de Narbonne, Messire Louis de Vervins, 
de l'Ordre de S' Dominique, duquel il a été grandement caressé, 
quoy que fort viel et caduque. 

Le mesme jour Monseigneur est parti dud. Narbonne pour 
retourner aud. Béziers. 

Le lendemain onze Monseigneur est parti dud. Béziers en com- 
panie de Monseigneur l'Evesque dud. Béziers pour aller à Pésénas, 
pour la tenue des Estatz généraulx de la Province. 

Le 15 dud. mois de Jullet a esté faite l'ouverture desd. Estais 
Gênéraulz, par Monseigneur le Duc de Ventadour, pair de France, 
Lieutenant général pour le Roy en ceste Province, a laquelle 
ouverture et à la tenue desquelz Estatz ont acisté : Messeigneurs 
lesd. Evesques de Mirepolx, de S' Papou], de St Pons', d'Alby, 
d'Alet, de Monpelier-, de Carcassonne, de Lodève, de Béziers^; 
Messieurs le Marquis de Portes, gouverneur du Gévaudan; M"" le 
Président de Fauré; Messieurs les Barons de Bieule, d'Auteribe, 
D'Ambres, de Castelnau, de Castries et autres. 

Le dimanche 19e jour dud. mois Monseigneur de Lodéve a célé- 
bré pontifficalement la Messe des Estatz à laquelle Monseigneur 
l'Evesque de Monpelier a prêché avec une merveilleuse éloquence, 
comme il a accoustumé faire; Et à la fin a esté faite la procession 
généralle par toute la ville avec le S* Sacrement porté par Mon- 
seigneur de Lodève, à laquelle a acisté toutz les Estatz en corps. 

Le 25 julhet taxe par ordonnance au sr Gallard Vie, de St Jean 
de Fos, la somme de cinq cens livres; présent Monsg'" l'Evesque 
de Béziers, abbé de S^ Guilliem. 

Aoust. — Le dimanche 9e jour du mois d'aoust Monseigneur a 
teneu à baptême un enfaiu de M^ Rinieou, habitant de Pésénas, 
avec Madame la duchesse de Ventadour, avec grande magniffî- 



1. Saint-Pons. M^r Pierre de Fleyres (1587-1633). 

2. Montpellier. Mgr Pierre de Fenouillet (1608-1652). 

3. Béziers. Me^- Thomas II de Bonzi (1621-1628). 



204 ANNALES DU MIDI. 

cencp, ayant acislé à iceluy tous les susd. Evesques et grand 
nombre de Noblesse desd. Estatz, ensemble Mgr le duc de Venta- 
douret toute la Noblesse de sa suite. Le nom de l'enfant a été Henrj'. 

Le 17 Monseigneur est parti de Pésénas, après la fin des Estatz, 
pour aller coucher à Fontes *. 

Le 18 Monseigneur a teneu abaptesme une filhe de Monsieur de 

Fontes, avec Damoiselle de Latiide, femme de Monsieur de La 

Costa, sœur ilud. Sieur de Fontes. Le nom de la fllhe a esté Mar- 
guerite. 

Le 19 Monseigneur a fait son entrée dans la Ville de Clermonf, 
seconde de son diocéze, abilhé pontiflcalement, ayant esté reçeu 
par le Clergé au couvent des Récoletz de lad. Ville et puis par les 
Consulz et habitants d'icelle, à la porte de la Ville, où luy a esté 
faict une arangue en latin par le sieur Meynier, médecin. Et après 
a esté conduit en procession par toute la ville soubz le poyle 
porté par les consulz; et de là à l'église S[ Paul de lad. ville, où, 
ayant fait les cérémonies requises en telles actions, il a été logé 
par les consulz en la maison de Mi" Goudon premier consul de 
lad. Ville. 

Le lendemain vingtiesme. Monseigneur a célébré la S'^ Messe 
dans l'esglise S^ Paul de ladite Ville, et le jour mesme, environ 
midy, Monseigneur a fait sa visite dans le Couvent des Dames de 
S' Estienne de Gorjean, de l'ordre de S' Benoit refformées^, acisté 
de Messieurs de Guilheminet, archidiacre, Babot, chanoine, Bayle, 
procureur fiscal et de moy, secrétaire de Monseigneur. Et après 
avoir rendeu sa visite et confirmé sept ou huit religieuses dans 
leur cœur, Monseigneur est allé donner la confirmation dans la 
grand Esglise de Si Paul à quatre ou cinq cens personnes. 

Le mesme jour Monseigneur a permis à Messire Pierre Fro- 
menlz, prebtre, de solemniser le mariage d'entre.... Nazon, de 
Nant, diocèze de Vabre et .leanne Carrelé dud. Clermont, après 
la publication d'une annonce, l'ayant dispencé des autres deux. 

Le 21 Monseigneur c'est rendu en ceste ville au contentemant de 
tout son peuple. 



1. Fontes. Arr. de Béziers, canton et à 14 kil. de Montagnac. — Ancien 
diocèse de Béziers. 

2. Gorjan. Abbaye bénédictine de femmes fondée en 1.347. F^es bâtiments 
claustraux ruinés parles protestants en 15CI furent réparés parles Récol- 
lets qui s'y installèrent en 1611. C'est aujourd'hui l'hospice Saint-Louis. 
Les religieuses rebâtirent leur monastère non loin de Clermont. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 205 

Le 25, jour de la Feste S* Genieis, Monseigneur a officié ponti- 
fical^ment aux premières et secondes vespres et à la Ste Messe. 

IjC 29 Monseigneur a donné la confirmation et tonsure au fils 
de Madame la Vicomtesse du Bosc; son parrin de confirmation a 
esté Monsieur de la Pause, frère de Monseigneur. 

Septembre. — Le premier de septembre Monseigneur a balhé 
lettres dimissoires à François Héraut, de StGuilhen le désert, cha- 
noine d'Alès, pour les 4 mineurs et pour le soubdiacre. 

Le mesme jour Monseigneur a donné permition par escript aux 
Religieux de la Trinité de Monpelier, de faire la queste dans son 
diocèse. 

Le 4e jour de septembre a esté faite procession généralle et feu 

de joye à la place de Broussonnelle pour se réjouyr du mariage de 

Monseigneur, frère du Roy, avec Madamoiselle de Mompensieur, 

et fut le feu de joye aluraé par Monseigneur, acisté de son clergé, 

•de ses officiers et des consulz de la Ville. 

Le 12 se]itembre Monseigneur a permis au prieur du Gros de 
solempniser le mariage d'entre .Jacques Vernet, de S^ Pierre de La 
Fage' pari'oisse de Parlages et Catherine Vassasse, du lieu d'Es- 
parron, diocèse de Nismes et les a dispensés d'une annonce. 

Le 16 dud. mois Monseigneur a fait l'ouverture de l'Assiette de 
ce diocèze. de laquelle Monsieur de la Pause, son frère, a esté 
commissère. 

Le mesme jour s'est présenté devant Monseigneur M^ Philip 
Laurans, sindic du diocèze, lequel a déclaré à Monseigneur, en 
présence de M"" Antoine Laurans son frère et de moy secrétaire, 

qu'il consent à la solempnisation du mariage d'entre Pestrach 

et Lauransse sa filhe, auquel il ne prethant aporter aucun 

empêchement. 

Le 19 Monseigneur a donné les ordres dans son Eglise Gathé- 
dralle. 

Le 19 Monseigneur a confirmé François de la Pause, son nepveu. 
Son parrin fut M. de Teyran fils de M"" Boucaut, président en la 
Cour des Aydes de Monpelier. 

Le 25 Monseigneur a donné lettres de Régende à Mestre .lean 
Conducher, prebtre du diocèze de Rodés, dans l'Eglise S* Paul de 
Clermont. 

1. Saint-Pierre de la Fage. Arr. canton et à 14 kil. de Lodève, 



206 ANNALES DU MIDI. 

Octobre. — Le second jour d'octobre, Monseigneur a permis au 
premier prebtre requis de solempniser le mariage d'entre Noble 
François de Latude seigneur de La Valette et damoiselle Margne- 
rile de Fabry et dispence led. sieur de Latude des annonces. 

Le mesme jour l'nssiete du diocèzea esté close, présant Monsei- 
gneur; avant laquelle closture la Recerche Générallede cediocèze 
a esté résolue et d'une comune voix délibéré qu'il sera procédé à 
lad. recerche le plus diligemant que se pourra et à moingz de 
frais, et a cest efifaict Monsieur le Président Bocaut, cornue député 
par le Roy pour lad. recerche, a esté prié se vouloir contenter 
pendant lad. recerche, tant pour ses journées et vacations que de 
celas de son greffier, de la somme de trois mil six cens livres, ce 
qu'il a promis faire, comme apert de sa promesse qui est entre les 
mains de Monseigneur. 

Le mesme jour présant Monseigneur, led. sieur présidant Bou- 
caut, comre et député du diocèse, lad. recerche généralle a esté 
balhée à prix fait aux sieurs Revel, de Glermont; Delmas, 
d'Aniane'; Gastanier, de Gabian^; Gatalant, de Gapestan* et 
autres auxquels pour tous frais et prétenthion on a accordé la 
somme de doutze mil cinq cens livres, moyenant laquelle lesdits 
susnommés ont promis parachever lad. recerche*. Apert du con- 
trat reçeu par Bonnafous, notaire de ceste ville'\ 

Le mesme jour a esté accordée la somme de trois cens livres par 
les depputés de l'assiette, Monseigneur présant, fà] Messieurs du 
siège présidial de Béziers pour les réparations et accroissemens de 
leur palais, lesquels avoient député le sieur Mercorant, Gonseiller 
aud. siège, vers Monseigneur et députés. 

Le 3 Monseigneur a permis la publication des indulgences obte- 
, nues de Nostre Saint Père, pour le jour et teste de Si Ginieis et 

1. Aniane. Chef-lieu de canton arr. et à ii9 kil. de Montpellier. — 
Ancien diocèse de Montpellier. 

2. Gabian. Arr. de Béziers, canton et à 4 kil. de Ronjan. — Ancien 
diocèse de Béziers. 

3. Capcstang Chef-lien de canton, arr. et à 15 kil. de Béziers. — Ancien 
diocèse de Narbonne. 

4. C'est la « Recherche générale des biens prétendus nobles dans le dio- 
cèse de Lodève ». Commencée en 162*3, elle fut clôturée en 163o. (Ce texte 
nous a été conservé.) 

5. Franrois Bonnafous, notaire à Lodève. Ses minutes de IGOfi à 1656 
sont conservées à l'étude Martin, à Lodève. — Registre de 1626, folios 124 
à 1.30, acte du !'"■ octobre inlilulé : « Contrat de prix [fait pour le diocèze 
de Lodève. » 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 207 

d'un autre privilège en la chapelle du Rozaire, pour le temps et 
espace de sept ans. 

Le mesme jour Monseigneur a dispencé des annonces Jeanne 
de Dumaistre, de la parroisse de Clermont, qui c'est mariée avec 
Anthoine Sanche, du lieu de Trèbes' diocèse de Nismes. — A esté 
aussy permis aux Pénitens gris de Clermont, d'exposer le Si Sa- 
crement à leur chapelle durant l'octave. 

Le 4 Monseigneur a permis aux Pères Récoletz de ceste ville 
d'exposer le S^ Sacrement pendant l'octave de S' François. 

Le siziesme Monseigneur a donné permition par escript au Père 
Honoré Lions, prieur du' Couvent de S* Dominique de Clermont 
de confesser les religieuses de Gorjean, dud. Clermont, de trois en 
trois mois et plus souvent s'il en est requis. 

Le 18, jour et feste de St Luc, Monseigneur a célébré la mémoire 
de son sacre, fait en pareil jour dans la ville de Paris, dans 
l'Eglise S' Louis, par Monseigneur l'Archevesqne de Rouhan, 
acisté de Messeignrs les Evesques d'Uzès et deNimes, en présance 
de doutze Archevesqiies ou Evesques. 

Le mercredi "H Monseigneur a teneu son synode ou se sont trou- 
vés tous les prieurs, vicaires et curés de son diocèze, Monsei- 
gneur ayant célébré la S'e Messe et acisté à la procession et orai- 
son synodalle prononcée dans la Grand Esglise, au retour de lad. 
procession, par M' Jean Massai, docteur en théologie et prieur de 
S' Sauveur des Ribes. Ils se sont assamblés à un heures après 
midy dans la salle de l'Evêché où Monseigneur les a exortés à 
leurs debvoirs et observation des Statu tz et ordonnances synodales 
et a fait avec eux la profession de foy ordonnée par le S' Concilie. 
La nomination des députés du Clergé faites par Monseigneur des 
personnes de M" R. de Gnllheminet, archidiacre, H. de La Valete, 
camérier de S' Guilhem , J. Archimbaut, prieur de Clermont, et 
H. Navarre, vicaire du Caylar- a esté approuvée d'un comung 
consentement de tous les acistans. 

Le mesme jour et dans la mesme assamblée a esté délibéré que 
les offices des recepveurs et conterolleurs des décimes seront 
racheptés au nom du Clergé et au profit du Chappilre de l'Eglise 
Cathédralle; devant estre fait led. rachapt des deniers dud. chapi- 
tre provenant de la revante de la Canourgue, Royne et Rouquet 

1. Trèbes. Chef-lieu de canton arr. et à 47 kil. du Vigan. 

2. Le Caylar. Chef-lieu de canton arr. et à 20 l^il. N. de Lodève. L'évè- 
que de Lodève était prieur primitif et seigneur de ce lieu. 



208 ANNALES DU MIDI. 

faite au sieur de Si Estienne, à la charge que led. chappitre ne 
pourra préthandre que les gages affectés auxdits officiers et que le 
Clergé proffitera des trois deniers pour livre et autres droitz qu'il 
avoit accoiistumé de payer aux particuliers prouveus desd. 
offices. 

Le mesme jour et en la mesme assemblée Monseigr a ordonné 
que tous les prieurs, vicaires et curés seront obligés de luy rap- 
porter désormais, à chaque tenue de synode, un extraict de leurs 
registres particuliers des biiptesmes et mariages qu ils auront célé- 
brés et de ceux quy seront mortz en leurs paroisses, pour estre 
mis entre nos mains et inséré dans nostre registre général. A 
aussy ordonné (pie dans huit jours les prebtres segondaires de 
leurs paroisses .se présenteront à luy pour estre examinés et pren- 
dre de nouvelles lettres de régendes, jusques au prochain synode. 
Après Monseigneur leur a donné la bénédiction et son mestre 
d'hostel la collation. 

Le vingt deuziesme. Monseigneur a confirmé les lettres de Ré- 
gende de frère Mai'tin Arguiès, religieux de Sauve, pour l'Esglise 
SI Martin de Castres, à la charge qu'il n'y administre pour les 
sacremens. 

Le mesme jour M' Bernard Bertrand a esté continué pour secon- 
dère de l'Eglise de Ceyras. 

Le mesme jour M^ Jean Conducher, prebtre du diocèze de Vabre, 
a esté confirmé en l'Eglise St Paul de Clermont. 

Le mesme jour M'' Jean Pouraarède, prebtre de ce diocèze, a esté 
continué en l'Eglise de Salasc' pour curé. 

Le vingt troisiesme a esté délibéré en plain chapitre que la mai- 
son dite Porlalier, con ligue à celle de l'archediacone, avec ses 
dépendances, sera balhée à Monseigneur pour accroistre son loge- 
ment et en jouir sa vie durant, à la charge que Monseigneur sera 
prié de fournir aux frais nécessaires pour la relever, réparer et 
remettre en bon estât, estant tout à fait ruinée et inutille despuis 
plusieurs années, sans (jue Monseigneur ny autres puissent repe- 
ter les deniers employés ausdites réparations et méliorations qu'au 
cas qu'après son décès, le chappitre ou chanoine auquel lad. mai- 
son est affectée, ou l'Evesque qu)^ sera pour lors, s'en voulut ser- 
vir; auquel cas les héritiers de Monseignr seront rembourcés 
desd. deniers selon l'estimation qui en sera faite par des experts 

1. Salasc. Arr. de Lodève. canton et à 12 kil. de Clermont. L'évêque en 
était seigneur et prieur primitif. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 209 

nommés de part et d'autre, et, au defïaut desd. rembourcement 
pourront lesd. héritiers ou ayant cause jouyr de lad. maison jus- 
ques au terme de 40 ans à conter dujourd'huy, sans payer aucun 
loyer; après lequel temps lad. maison reviendra au chappitre ou 
aud. chanoine. Et a esté signée lad. deslibération par Monsei- 
gneur et autres acistans aud. Chappitre, dans le registre des déli- 
bérations dud. Chappitre, tenu par Bessodier, greffier. 

Le mesme jour Monseigneur a permis la publication des pardons 
de Nostre-Dame du Puy et permilion de fère la queste par tous les 
lieux de son diocèze. 

Le 24 Monseigneur a reçeu à l'Eglise Judith Moro, de la par- 
roisse de Si Pierre de la Fage, laquelle a fait abjuration de son 
hérésie entre ses mains; présens les Sieurs Poupillian et Bayle et 
un oncle de ladite Judith. 

Le mesme jour Monseigneur a permis par esccit à Mestre An- 
thoine Desfours, prebtre de Nebian' de servir de secondère en 
l'Eglise dud. lieu. 

Le vingt cinquiesme Monseigneur a donné lettres de Régende à 
Anthoine Jean du lieu d'Alzon 2, diocèse deNismes, pour l'Eglise de 
S' Ginieis de Furnes'. 

Le mesme jour Monseigneur a fait assembler les principaulz 
habitans de la Ville, dans la maison consullaire, pour leur faire 
prendre délibér;)tion sur le règlement qu'il leur a donné, de vingt 
quatre conseillers pour l'administration et maniement des affaires 
de La Ville, avec les Consulz; Lesquels conseillers après avoir esté 
nommés et agréés de tous, ont reçeu le serment de Monseigneur. 
El seront lesdits conseilliers renouvelles de trois en trois ans pour 
la moytié, la première mutation par le sort et les autres par les 
advls et suffrages dud. conseil, sans que désormais les consulz 
ayenl besoin de convoquer autres personnes que les susdits 24 con- 
seillers, sy ce n'estoit pour des affaires de très grande importance 
et du tout extraordinaires. 

Le 27 Monseigneur a apointé une requête présentée parMessire 
Fauré, prebtre de S' André, prieur de la vicairie de Nostre Dame 
de Cambous*, portant permition de fère saisir les fruitz du prieuré 



1. Nébian. Arr. de Lodève, canton et à 3 kil. de Clermont. 

2. AIzon. Clief-lieu de canton arr. et à 19 kil. du Vigan (Gard). 

3. Saint-Geniès-des-Fours (de Furnis), ancienne église, c" de Saint-Mi- 
cliel-d'Alajou. 

4. Camboux. Hameau, c" et à 3 kil. de Saint- André. 



210 ANNALES DU MIDI. 

dud. lieu jusques à ce qu'il soit rembourcé des réparations et 
ornemcns d'église qu'il a offert faire conformémant au verbal 
dressé par le sieur JMassal, prieur des Ribes, ensuite de la com- 
mission à lu y donné p:ir Monseigneur, le 2i du présent mois, sur 
la requeste que le dit Fauré nous avoit présentée à cesl effect. 

Le mesme jour Monseigneur a envoyé le sieur Froment, son 
Juge, au lieu de S' André, pour informer à l'enconlre de ceux qui 
ont comis le murtre d'un nommé Vilar et procéder à l'instruction 
du px'ocès. 

Le mesme jour Monseigneur a donné lettres de Régende à 
Mr Jacques Mayres, prebtre du diocèse de Béziers, pour TEglise 
St Jean de La Coste* jusques au prochain synode. 

Le 29 Monseigneur a donné lettres de régende à M^ Jean Clas- 
sain, du diocèse de S' Flour, pour la parroisse de Si Félix de Lodès 
jusques au prochain synode. 

Le 30 Monseigneur a donné lettres de régende à Mr Louis Rat, 
diocèse de S' Lis (Senlis?), bénéficié de ceste église, pour la Cure 
de Soumont^ jusques au prochain synode. 

Le 31 Monseigneur a prorrogé les lettres de régende à Mr Estienne 
Liquier, prebtre de Clermont pour l'Eglise de Foscais. 

Le mesme jour Monseigneur a donné lettres de Régende à 
Mr Jean Glamens, du diocèse de Bésiers, pour St Jean de la Bla- 
quière^. 

Le mesme jour Monseigneur a permis à Jean Besson et Anthoine 
Salât, prebtres du diocèse de S' Flour, de dire Messe dans son 
diocèse pendant trois jours. 

Novembre. — Le premier novembre, jour et feste de Toussains, 
Monseigneur a officié pontificalement aux premières vespres, à la 
Messe et aux secondes vespres. 

Le 3 Monseigneur a convoqué les députés du diocèze et autres 
députés pour ouyr les comptes de ceux quy avoient manyé l'ar- 
geant de la recerche. 

Le mesme jour Monseigneur a donné lettres de Régende h Mes- 
sire Léger Boyrie, du diocèze de Limoges, pour servir à Si André. 



1. La Costo. Arr. de Lodéve, canton et à 3 kil. de Clermont. 

2. Sounionl. Arr. canton et à ù kil. de Lodève. Prieuré dépendant de la 
mense capitulaire de Lodève. 

3. Saint-Jean de la Blaquière ou de Plaux. Arr. canton et à 14 kil. de 
Lodève. L'évêque en était seigneur et prieur primitif. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 211 

Le 4 Monseigneur a permis à Mr« Pierre Delpon, prebtre du dio- 
cèse de Rodés, de dire la S'e Messe par tout son diocèse. 

Le 5 Monseigneur a prévenu Messire Pierre Fromenti, prebtre 
de Clermont, pour dire la Messe et confesser dans l'Eglise de Cler- 
mont. 

Le mesme jour Monseigneur a donné la mesme permition à 
Mr Pierre Théron, prebtre de ce diocèze, pour servir à Cler- 
mont. 

Le G Monseigneur a donné lettres de non résidence à M"" Pierre 
Dumas, vicaire del Puers ' et a balhé la charge de lad. Eglise à 
frère François Textoris. religieux conventuel. 

Le 6 Monseigneur a fait rendre en plain chappitre, tous les 
papiers qui se sont treuvés entre les mains du Sr de La Boisse, 
chanoine, que le feu S' Archiprebtre, son oncle, avait entre ses 
mains, concernant tant le clergé en général que le chappitre en 
piu-lic!ilier, lesquelz on esté mis aux archifves. Et y a esté dressé 
un inventère, signé de Monseigneur et autres Capilulans, dressé 
aud. de la Boisse pour sa descharge. 

Le 7 Monseigneur a permis à deux pauvres prebtres du diocèse 
de S' Flour, de célébrer la S^e Messe pendant trois jours dans le 
diocèse. 

Le mesme jour Monseigneur a dispencé d'une annonce Estienne 
Gauvy et Alayssette Gauffre, de la paroisse d'Aulmet-. 

Le 8 Monseigneur a fulminé une bulle portant dispence du 
parantaige de Mathieu Trot et de Jeanne Estinade de la parroisse 
de Si Saturnin et a donné pouvoir au vicaire ou prieur dud. lieu 
de les espouser, les ayant aussy Monseigneur dispensés des an- 
nonces. 

Le 9 Monseigneur a dispencé des annonces François Raunié et 
Anthoinette Raunière, des Ribes. 

Le mesme jour Monseigneur a donné mandemant au père Ber- 
tiiel, de l'ordre des Frères Prêcheurs, du couvent de Béziers, pour 
prêcher le caresme prochain à S» Guillen et St Jean de Fos; etluy 
a permis aussi, par autre mandemant, de prêcher et confesser 
dans tout son diocèse et absoudre des cas à luy réservés. 

Le II Monseigneur a dispensé des annonces Moudete Moulivert, 

1. Le Puech? Saint-Michel du Puech d'Aubaignes. Arr. canton et à 
6 kil. de Lodève. 

2. Olmet. Arr. canton et à 4 kil. de Lodève. Les prieurés du Puech et 
d'Olmet dépendaient de la mense capitulaire de Lodève. 



212 ANNALES DU MIDI. 

de Gaux' mariée avec Anthoine Bouchers, de Ginhac, diocèze de 
Bèziers. 

Le 12 Monseigneur a acisté au chappitre général et a célébré la 
Messe du S^ Esprit avant iceluy. 

Le 13 Monseigneur a permis au procureur de Nostre-Dame de 
Montserrat de fère la queste dans son diocèse. 

I^eli Monseigneur a permis au premier prebtre requis de solemp- 
niser le mariage d'entre Guillaume de Monjuver, du diocèse de 
Vabre, et Isabeau de Roussel fille du Sieur de Gourgas et a dis- 
pencé ladite de Rousset des annonces. 

Le 18 Monseigneur a dispencé des annonces Anthoine Pérouse, 
de Ceyras et Cicile Couderque de Glermont. 

Le 20 Monseigneur a permis au S^ Vilaris, chanoine, de solemp- 
n'ser le mariage d'entre François Vincens et Delphine Bousquète 
et les a dispencés de deux annonces. 

Le mesme jour Monseigneur a donné mandement au R. Père 
Pierre Bernard, prieur des Refformés de Si Dominique, du couvent 
de Béziers, pour prescher l'advant et caresme prochain à Cler- 
mont. 

Le 24 Monseigneur a donné lettres de régende à Estienne Sou- 
lieyran, prebtre du diocèse de Bésiers, pour Pégayroles. 

Le 26 Monseigneur a donné permition ans Révèrendz Pères Vic- 
tor, de Bourdeaux et Jean Baptiste, Capucins, de prêcher, confes- 
ser, et absoudre de l'hérésie et autres cas réservés par tout son 
diocèze. 

Le 27 Monseigneur a dispencé de deux annonces Michel Com- 
l)ecal et Astrique Gaye, de la parroisse de Si .Jean de Fos. 

Décembre. — Le premier décembre Monseigneur a estably une 
conférance de prebtres en la maison de Monseigneur, en laquelle 
se traite des cas de conscience. 

Le 2 Monseigneur a donné la confirmation à dans la 

grand Eglise. Messire Hat, prébendier a esté son parrin. 

Le 4 Monseigneur a fait la cotation de la chapelle de Si« Marie 
dans l'église de Salers à M'e Claude de Bellechère. 

Le 5 IMonseigneur a donné permition par escrit au R. Père 
Roubert de La Haye, de la Compagnie de .Jésus, de prêcher, con- 
fesser et absoudre de l'hérésie dans son diocèse. 



1. Caux. Arr. de Béziers, canton et à 8 kil. de Pézénas. — Ancien 
diocèse de Béziers. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 213 

Le G Monseigneur a donné lettres de régende à M» Jean Carse- 
nac, pour servir aux Ribes. 

Le 13 Monseigneur a permis au vicaire de S' Félix de solemp- 
niser le mariage d'entre Raj'mond Silliol et Galjrielle Giberte. de 
lad. [)arroisse, lesquels il a dispensés des annonces et du temps de 
Tadvent, pour certaines considérations. 

Le 1.5 Monseigneur a dispensé des annonces et du temps de 
l'advant, Dame"e Gabriele de La Trelhe de la parroisse de Si 
Pierre, mariée avec Charles de Lafon, S"" de Rosus, du diocéze de 
Cahors. Lequel mariage a esté solempnisé par moy secrétaire de 
Monseigneur, m'ayant apareu des dispences des annonces tant du 
coslé dud. de Lafon que de la Trelhe, lesqueles j ay mises ez mains 
de Mre Brun, prieur de S' Pierre, pour le mettre dans son registrf. 

Le mesme jour Monseigneur est party pour aller voir Monsei- 
gneur le duc de Montmorency à Pésénas. 

Le 19 Monseigneur a donné les ordres dans son église cathédralle. 

Le mesme jour Monseigneur a fulminé la dispense obtenue de 
Monseigneur le Vice-Légat, par Jean Rabejac et Bringuière Sou- 
liére, du lieu de St Pilhan (ou S' Piésan?) et leur a permis de se 
marier nonobstant leur parantaige au 4e degré. 

Le 23 Monseigneur a fait la bénédiction d'une cloche des Pères 
Récoletz, a eus donnée par le S'' Flury, recepveur, de laquelle il a 
esté parrin et Mad. sa femme marraine. 

Le 33 Monseigneur a permis à Messire Jean Bessodes, prebtre 
du diocéze de Rondes, de dire la Sie Messe et confesser dans la 
parroisse de S' Paid de Clermont jusques au Synode. 

Le 35, jour de la Nativité de Notre Seigneur, Monseigneur a 
officié pontificalement aux premières vespres, à la Messe de Mi- 
nuit, à la grand Messe du jour et aux secondes vespres et a con- 
fessé diverses personnes. 

Le 36 Monseigneur a donné lettres de régende pour S' Saturnin 
à Messire Guillaume Baldouy, prebtre du diocéze de Rondes, jus- 
ques au prochain synode. 

Le mesme jour Monseigneur a bénit 4 aubes de l'église cathédralle. 

Le 37 Monseigneur a permis pour servir à S^ Saturnin, Hipolite 
Goussène, prebtre du diocéze de Rodez, à la place du susdit Guil- 
laume Baldouy. 

(A suiv7'e.) 



COMPTES RENDUS CRITIQUES 



Les Miracles de saint Privât suivis des opuscules 
d'Aldebert III, évêque de Mende, publiés par Clovis 
Brunel. Paris, A. Picard, 1912; in-S» de xlv-151 pages. 
(Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseigne- 
ment de l'histoire, fasc. 46.) 

L'édition que nous donne M. C. Brunel comprend : lo lesMira- 
cula sancti Privait et les Rhythmi de miraculis du même saint; 
2o les cinq opuscules composés entre 1170 et 1174 par Aldebert 111, 
évêque de Mende {De inventione et translatione corporis sancti 
Privati, Miraciila post translalionem corporis sancti Privati, 
De inventione secunde crypte, De novis miraculis et inventione 
tertie crypte. De inventi07ie quarwmdnm reliquiarum omissa); 
yo le Chronicon brève de gesiis Aldeberli et une courte continua- 
tion de cette chronique. Une étude sur le Livre de saint Privât, 
sur la légende du saint évêque de Gévaudan, sur la biographie et 
l'œuvre d'Aldebert 111, sert d'introduction à cette publication de 
textes. 

En 1862, déjà, L. Delisle avait attiré l'attention des érudits sur 
un recueil hagiographique de la plus haute importance pour l'his- 
toire du Gévaudan. Ce recueil n'était autre que le registre connu 
traditionnellement sous le nom de Livre de saint Privât, assem- 
blage factice de dix fragments de manuscrits, du xive siècle pour 
la plupart. Tenu longtemps pour perdu, le Livre de saint Privai 
fut retrouvé en 1908 parmi les papiers d'Eugène de Rozière, et 
réintégré aux archives de la Lozère en janvier 1909. Tel est le 
document que M. G. Brunel vient de publier, pour notable partie 
tout au moins. 

Si l'on en croit Grégoire de Tours, saint Privât, évêque de Ja- 
vols, aurait vécu au temps des empereurs Valérien et Gallien 
(253-260). Objet d'un culte répandu dès l'époque barbare, ses reli- 



COMPTÉS RENDUS ClElITIQUES. 215 

ques étaient toujours honorées à Mende au xie siècle, bien que, 
d'après une tradition dont l'évêque Aldebert s'est fait l'écho, le 
corps de saint Privât eût été transféré, sous le règne de Dago- 
bert 1er, à l'abbaye de Saint-Denis, et, de là, dans le prieuré lor- 
rain de Salone. De nombreux miracles même se produisirent en 
Gévaudan sur le prétendu tombeau du martyr. Un auteur ano- 
nyme, contemporain sans doute d'Aldebert II, évêque de Mende 
(t 1123) nous en a transmis le récit dans une prose rythmée qui 
abonde en réminiscences classiques. Un demi-siècle plus tard en- 
viron, l'évêque Aldebert III de la famille de Tournel, prélat très 
remuant de l'église de Mende, entreprit de raconter l'invention et 
la translation du corps de son illustre prédécesseur, ainsi que les 
miracles postérieurs à la translation, et la découverte de la 
deuxième et de la troisième cryptes opérée sous son épiscopat. Cinq 
opuscules, et six récits isolés de miracles, que M. G. Brunel ratta- 
che avec beaucoup de vraisemblance au quatrième opuscule, 
constituent l'œuvre il'Aldebert, œuvre d'une clarté et d'une préci- 
sion remai-quables, qu'une érudition fastidieuse ne vient pas gâter. 
Quant au Chronicon brève de gestis Aldederli, il n'est qu'une 
apologie d'Aldebert, due à un clerc de Mende contemporain de 
l'évêque. 

Nous devons savoir gré à M. G. Brunel d'avoir donné une édition 
définitive d'une série de textes hagiographiques des plus intéres- 
sants pour l'histoire des institutions médiévales, et d'en avoir indi- 
qué toute la portée dans une introduction savante, riche en résul- 
tats, malgré sa brièveté. Gette édition ne fera pas double emploi 
avec celle de M. F. Remize, également fort estimable. Une légère 
critique cependant peut être adressée à M, G. Brunel. Pourquoi 
les mots albergi, pedalicum, tnlhade, toile figurent-ils à la table 
alphabétique, tandis que le mot accapilicm, dont la signification 
n'est pas toujours très facile à préciser dans les documents du 
midi de la France, ne s'y trouve pas? Tous ces termes sont men- 
tionnés dans la continuation du Chronicon brève, à quelques 
lignes d'intervalle. De plus, s'il est assez délicat d'établir une dis- 
tinction rigoureuse entre les mots albergi, ialhade, toile, qui re- 
présentent, aux ypux de M. G. Brunel, des « impôts », l'expression 
lesda salis méritait une définition un peu moins vague que celle 
d'impôt, puisqu'il s'agit d'un droit perçu sur la vente du sel, spé- 
cialement les jours de foire. Il eût été utile, croyons-nous, de 
grouper tous ces termes sous une même rubrique, au lieu de faire 



216 ANNALES DU MIDI. 

un choix que rien ne justifie. Ce groupement aurait facilité les re- 
cherches, tout en faisant connaître l'importance réelle des divers 
textes publiés. Le mot consuetudo^, que l'éditeur a cru devoir 
passer sous silence, aurait permis de rassembler une série de no- 
tions juridiques, précieuses à la fois pour le juriste et pour l'histo- 
rien. Cette critique de détail ne diminue point le mérite de 
M. C. Brunel, dont la publication est loin de déparer la Collection 

de textes qui l'a accueillie. 

E. Laval. 

J.-A. Brutails. — I. Précis d'archéologie du Moyen-âge. 

Toulouse, Privât; Paiis, Picard, 1908; in-8o de xv- 
281 pages. — 11. Les vieilles églises de la Gironde. 

Bordeaux, Féret, 1912; in-4o de xii-302 pages. 

1. — M. Brutails a publié en 1908 un Précis d'archéologie mé- 
diévale dont les Annales n'ont point parlé en son temps. Elles 
peuvent d'autant mieux réparer cet oubli que le livre n'a point 
vieilli, qu'il n'a pas été remplacé, qu'il reste un modèle à la fois 
d'érudition et de vulgarisation et que de celui-là sort et s'inspire 
l'ouvrage récent dont il va être parlé, sur Les vieilles églises de 
la Gironde. Depuis un demi-siècle, la science archéologique 
s'est renouvelée, et M. B. est un de ceux qui ont pris une part 
active à ce renouvellement. Nul n'était mieux désigné pour 
résumer avec la précision et la concision que donnent l'étendue 
des connaissances et la netteté de l'esprit, la technique et l'his- 
toire de notre art monumental au moyen âge. Aussi bien l'au- 
teur, précisément parce qu'il a une haute idée de cette science, 
,s'intéresse-t-il moins aux phénomènes et aux résultats qu'à 
leurs causes profondes et surtout à leurs causes techniques. Son 
étude sur l'archéologie médiévale, c'est l'étude des solutions que 
les diverses périodes du moyen âge ont apportées au problème 
de la construction. Il nous montre successivement pourquoi la 
voûte s'est substituée à la charpente, comment les perfectionne- 
ments de la voûte romane ont produit ceux des supports, com- 
ment les recherches des architectes romans ont abouti à la for- 
mule gothique, et que des nécessités de la construction dépend le 

1. Sur les boue consuetudines, redevances légitimement établies, et les 
prave co?isuetudities, exactions, voir par ex. : pp. 132 et 133, n» 15; 
p. 134, n° 1 ; p. 136, n» 1 ; p. 137, n» 2. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 217 

principe logique de l'ornementation, et que de ces mêmes néces- 
sités, par conséquent, résulte l'originale beauté de l'édifice. 
« L'unité en principe n'exclut pas rintînie variété des applica- 
tions. De celte variété vient en partie le charme de l'art du moyen 
âge, » Ce charme, que M. B. analyse en érudit, il le ressent avec 
une âme d'artiste. Qu'il s'agisse d'églises ou de forteresses, il 
sait en faire valoir les beautés. En nous aidant à mieux com- 
prendre nos antiquités nationales, il veut nous les faire mieux 
aimer. Tous ceux à qui elles sont chères doivent lui manifester 
leur gratitude. H. Graillot. 

11. — Chargé de présenter aux lecteurs des Annales du Midi le 
grand ouvrage que vient de publier I\[. Brutails*, je n'essaierai 
point de dissimuler mon insuffisance à juger les théories et les 
considérations techniques de l'auteur. Je me bornerai plus sim- 
plement à montrer ce qu'il apporte, ù l'histoire du Sud-Ouest, de 
faits précis et souvent nouveaux. 

Dix-sept années séparent les Vieilles églises de la Gironde de 
VHistoire de Bordeaux de M. Jullian. Par l'ampleur des recher- 
ches, la science des faits, le souci de la méthode, l'intelligence 
d'un long passé, et peut-être même par la qualité du style, ces 
deux ouvrages méritent d'être rapprochés, car ils donnent à l'his- 
toriographie bordelaise ses titres définitifs à l'attention du monde 
des érudits et des historiens. 

Celui de M. B. s'étend sur tout le département de la Gironde, 
dans un cadie qu'il faut bien appeler factice puisqu'il ne corres- 
pond ni à l'extension de l'école bordelaise d'architecture, ni à 
aucune autre délimitation historique^. Cette réserve faite, nous 
nous hâtons de constater que l'auteur a défriché avec le même soin, 
nous dirons volontiers avec la même ardeur, toutes les parties du 
domaine géographique qu'il s'est assigné. Sans autres prédéces- 
seurs que Léo Drouyn (dont les notes sont restées manuscrites), 
le marquis de Caslelnau, Charles Marionneau et Émilien Piga- 
neau, sans autre secours que quelques études éparses dans les 

1. Cet ouvrage, publié sous les auspices de la Société archéologique de 
Bordeaux, est illustré de près de 400 gravures, dont un très grand nombre 
ont été dessinées ou photographiées par M. Brutails. Dix planches hors 
texte en phototypie, d'une superbe exéciition, ont été tirées sur des pho- 
tographies prises (sauf trois) par l'auteur. 

2. Le territoire du département de la Gironde était réparti, avant la 
évolution, entre cinq diocèses. 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 15 



218 ANNALES DU M,IDI. 

piiljlicalions locales et les communications dues à quelques cor- 
respondants désintéressés', — en étudiant directement plus de 
1.000 églises ou chapelles, réparties dans 559 communes, en recou- 
rant aux documents écrits plus qu'on ne l'avait fait avant lui, en 
examinant toutes les faces de son sujet en technicien et en archéo- 
logue autant qu'en érudit et en historien, M. B. a fondé l'archéo- 
logie girondine d'une manière qui ne laisse plus grand'chose à 
dire après lui. Les rares critiques qu'on peut lui faire ne change- 
ront rien à cette constatation. 

f.ii « première partie » de ce livre (pp. 1 à 1:26) otïre une série de 
Monographies des vieilles églises girondines^, non point de tou- 
tes les églises, mais seulement des plus cnractéristiques, qu'un 
choix judicieux réduit à soixante. La seconde (pp. 127 à 272) aborde 
l'étude de l'architecture religieuse en Gironde. Sur onze chapitres 
qu'elle contient, le premier est consacré aux causes historiques do 
l'architecture, un autre au plan des églises; six le sont à la cons- 
truction et à la fortification, les trois derniers à la décoration. 

Telle est l'économie générale de cet ouvrage. Encore qu'elle 
manque d'unité, — puisque la première partie est une sorte de 
catalogue descriptif alors que la seconde présente un tout organi- 
que, — je ne vois pas que nous ayons le droit d'en médire davan- 
tage, puisqu'elle a paru à l'auteur la plus propre, si d'ailleurs ce 
n'est pas la seule propre au classement et à l'exposé des milliers 
de faits qu'il a rassemblés. Retenons-en que M. B. a voulu, avant 
tout, étudier le mode de censtruction des édifices religieux, pas- 
sant en revue successivement les couvertures en bois, les arcs et 
les voûtes, les percements, les clochers et les cryptes, enfin les 
ouvrages do fortification. D'où le développement donné par lui à 
l'exposé de la teclmique des maîtres de l'œuvre. Riche d'a[)eri;us 
nouveaux et d'interprétations savantes, cet exposé sera forta|.[)ré- 
cié des architectes et des ingénieurs. Lu particulier, la théorie de 
la construction des voûtes (p. 103 et suiv.) arrêtera leur attention 

L La Cafte archéologique de la Gironde, intercalée entre la p. 278 ei 
la p. 279, a été dressée par M. l'abbé ]3run. 

2. Par <! vieilles églises » il faut entendre les églises romanes et gothi- 
ques. C'est seulement i)ar exception que l'auteur accorde quelque atten- 
tion aux édifices religieux de la Renaissance et de l'époque classique. .le 
relève cependant (p. 27(>) cette assertion de grand prix pour l'historien : 
c< Le xvii" et le xvui" siècles, qui ont doté Bordeaux d'églises habilement 
construites, n'ont, en dehors de cette ville, de Castillon, de Barsac et de 
Preignac, à peu près rien produit. » 



COMPTES RENDUS. CRITIQUES. 21!) 

et soulèvera sans doute plus d'une discussion. Mais je me suis 
promis de ne pas aborder ce terrain. J'y relèverai seulement quel- 
ques faits, d'ordre archéologique, qui me paraissent tout particu- 
lièrement importants : l'existence de quelques églises en terre, ou 
en charpente, ou creusées dans le roc (p. 137); — la rareté des 
cryptes, puisqu'on n'en signale que quatre dans tout le départe- 
ment (p. 154) ; — le gi-and nombre de nefs non voûtées (p. l.")(3) ; — 
la fréquence des charpentes apparentes (p. 152); — une seule 
église avec coupole sur trompes : Gaillan; — une seule église avec 
voûte en arc de cloilre : Saint-Georges- de-Montagne : quant à la 
coupole sur pendentifs, « elle n'a jamais été, dans nos pays, d'un 
usage courant comme la voûte en berceau »; au fait, l'auteur n'en 
signale que vingt-six (p. 169); — l'existence d'anciennes toitures 
en métal (p, 162); — l'apparition de la croisée d'ogives vraisem- 
blablement vers le milieu du xiie siècle (p. 176); — la persistance 
jusqu'au xviie siècle du système de voûtement sur ogives (pp. 181 
et 274); — l'usage des marques de tâcherons (p. 187); — l'emploi 
de supports antiques dans les églises du moyen âge (p. 183); — 
l'existence d'autels secondaires placés derrière le maître -autel 
(p. 214); — l'aménagement des premières sacristies au xve siècle 
seulement (p. 152), abstraction faite, sans doute, des grandes égli- 
ses urbaines. 

La lecture attentive de cette seconde partie de l'ouvrage nous 
suggère, en outre, quelques réflexions. 

D'accord avec la plupart des archéologues, M. B. semble 
repousser (p. 143) l'interprétation mystique que comportent deux 
artifices de construction : la brisure de l'axe du chevet et la 
différence de hauteur dans les rebords opposés des murs; le pre- 
mier de ces artifices symbolisant, d'après quelques modernes, 
l'inclination de la tête du Christ mourant; le second, l'affaissement 
de son corps sur la croix. — Cependant, les premières transfor- 
mations de la basilique romaine, telles que je les ai entendu exposer 
par Jules Quicherat, aboutissaient à un édifice en forme de croix 
grecque. Pour arriver à la croix latine, qui était celle des 
suppliciés -dans l'empire romain, il fallut une volonté expresse et 
consciente des architectes, laquelle se produisit, en effet, aux 
dépens de la symétrie. N'est-ce point là déjà une recherche du 
symbolisme? Mais cette croix latine ainsi obtenue n'était que 
l'instrument de la Passion. La transformer en crucifix, je veux 
dire y surajouter idéalement le corps du Christ, était trop selon 



220 ANNALES DU MIDI. 

l'esprit mystique des moines du xF et du xii« siècles pour que la 
tentative n"ait pas eu lieu. Et c'est bien ce qui apparaît, ce me 
semble, dans la déviation du chevet, — soit à droite, soit à 
gauche, peu importe, puisque le récit évangélique ne précise rien 
à cet égard 1 — et dans l'élévation inégale des rebords. Et puis, 
n'est-ce rien que de constater que le mot chevet^, capilium^, 
a été de bonne heure appliqué à la partie supérieure de l'édifice, 
dans le sens de «lieu où l'on pose la tète », sans l'avoir jnmais été, 
que je sache, à la branche supérieure d'une croix latine? D'autre 
])art, si l'on veut bien se souvenir que saint Paul considère 
l'Église, dans son sens abstrait, comme figurant le corps du 
Christ {Ephes., I, 23 et Y, 23), on comprendra mieux encore que 
les architectes du moyen âge aient si souvent suivi la logique 
de leur foi en essayant de traduire cette notion spirituelle dans la 
construction de l'église matérielle. II y a dans cet ensemble de 
considérations une preuve indirecte, mais suffisante, à défaut de 
la preuve directe qui ne peut être administrée, pour admettre 
le sens mystique de la double particularité en question. L'exclure, 
ce serait ne rien savoir de l'àme du passé; ce serait lui refuser le 
droit de s'exprimer suivant ses moyens et opposer, bien ù tori, à 
ses tendances religieuses les liabiludes de notre rationalisme 
moderne. 

M. ]i. admet (p. 130) que l'architeclure religieuse du Bordelais 
a subi des influences extérieures, venues les unes du Nord, c'est- 
à-dire de la Saintonge, du Poitou, de l'Anjou par la voie qui con- 
duisait de Bordeaux à Saintes, Poitiers et Paris; les autres du 
Midi, de Toulouse, Narbonne, Marseille par la voie qui longeait 
la Garonne et se prolongeait à travers le Languedoc jusqu'en Pro- 
vence. Quant à la route de Bordeaux à Périgueux, si M. B. en 
fait mention, c'est bien tout. Et pourtant, en traversant Clei-mont 
et Limoges elle charriait, elle aussi, bien des choses : les fîibles 
relatives à l'apostolat de saint Martial en Aquitaine, les proses et 



1. c< Et baissant la lôte, Jésus rendit l'esprit », nous dit saint Jean, 
XIX, 30. 

2. Au XIII' siècle chevais, d'après un exemple fourni par Littré 
{Dicti07i)7.). 

o. T)nns saint Jérôme, cité par L. Quicherat (Dictionn.), capitium 
désigne l'onverture d'un vêtement par laquelle on passe la tète. Le même 
mot, appliqué à une église, a pu signifier originairement l'endroit où 
est censée reposer la tète du Cfirist. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 221 

les séquences composées à l'abbaye Saint-Martial de Limoges et 
qui se chantaient sûrement à Saint-André de Bordeaux, les i-eli- 
quaires et les monstrances de fabrication limousine que possé- 
daient tant d'églises du Bordelais, les vitraux peinis des verriers 
du Limousin, peut-être même les plus anciens exemplaires des 
statues de nos portails bordelais s'il est vrai, comme l'affirme 
M. Bréhiei', que toute la statuaire romane du moyen âge (au moins 
entre Loire et Garonne, dirai-je), dérive des bustes-reliquaires 
qui se fabriquaient dès le xie siècle en Auvergne (et eu Limousin, 
ajouterai-je). M. B. reconnaît que la coupole sur trompes de 
Gaillan pourrait bien venir de l'Auvergne (p. 281). Nous soup- 
çonnons, quant à nous, que les clochers-arcades du Bazadais 
(p. 279) viennent du Limousin, où ils se rencontrent en si grand 
nombre qu'on a voulu quelquefois en faire la caractéristique 
d'une école limousine d'architeclure. Los relations de Bazas avec 
Limoges ne sont d'ailleurs pas hypothétiques; elles résultent 
pour nous de ce fait que le chœur de la cathédrale de Bazas. 
construit au xiv" sié^^le, présente des analogies frappantes avec 
ceux des cathédrales de Limoges et Glermont' et que le Chroui- 
con Vasalense a accueilli avec prédilection une légende qui con- 
duit saint Martial à Bazas au premier siècle de notre ère 2. Je n'en 
veux point à M. B. d'ignorer que le Limousin fut, aux xii^ et 
xiiie siècles et jusqu'au milieu du xiv©, le principal foyer dé la 
civilisation médiévale entre Loire et Garonne, non seulement par 
ses liagiographes, ses hymnologues, ses orfévres-émailleurs, ses 
verriers, mais encore par ses troubadours, ses poètes épiques 3, 
ses annalistes et ses chroniqueurs, comme rAuv<"rgne en fut le 
premier centre, au xi" siècle, par ses architectes. Mais je lui 
demande, à lui qui possède un dossier sur chaque église de la 
Gironde, de rechercher si, de cet incomparable foyer de vie litté- 
raire et artistique que fut le Limousin, l'architecture bordelaise 
n'a point reçu plus de rayons qu'il ne suppose. 

Sur un autre point encore, je ne partage jioint tout à fait l'avis 
de l'auteur des Vieilles églises de la Gironde, lorsqu'il nous dit 



L Celui de Clermont est de 1248, celui de Limoges de 127o environ. 

2. Impr. dans les Arch. hist. de la Gironde, XV, 15. 

3. Je fais alhision à Grégoire Béchade, auteur de la Chanson d'Antio- 
che, malheureusement perdue sous sa forme originale, et à Pierre le 
Scolastique, auteur d'un Poème sur saint Martial, dont il subsiste 
d'importants fragments. 



222 ANNALES DU MIDI. 

f|). 135) que les maîtres de l'œuvre n'avaient que « les leçons de 
l'expérience » et « n'avaient reçu dans les écoles aucun enseigne- 
ment théorique ». J'admettrais tout au plus la seconde assertion, 
quoiqu'il ne soit point impossible que le clergé ait pris, à certains 
moments, la peine de former des architectes, comme il formait des 
choristes dans lespsallettes. Après tout, les deux premiers livres 
d'Euclide étaient connus au moyen âge et leur enseignement for- 
mait (si ce n'était encore dans les universités c'était dans les monas- 
tères) l'une des matières du quadrivium, Par contre, je ne puis 
croire que, pour oser cette innovation qui consista à substituer 
la voiîte de pierre, en berceau ou sur croisée d'ogives, au simple 
plafond de bois sur fermes, ou encore pour élever des flèches et 
(les tours qui dépassent parfois 50 mètres, les maîtres de l'œuvre 
n'aient point appris, de quelque manière que ce soit, les premiers 
éléments de la géométrie, de la statique et de la mécanique. 



L'archéologie française est depuis longtemps sortie de la période 
originelle, où elle avait tendance à se constituer en science à part, 
préoccupée presque uniquement d'établir les modes de construc- 
tion des édifices, leurs plans divers, leurs galbes, l'origine et la 
succession des formes. En consentant à devenir une science auxi- 
liaire de l'histoire, elle a pris aux yeux de tous une importance et 
un intérêt qui lui eussent été autrement refusés. Jules Quicherat 
(dont je fus l'élève très indigne) avait sur son contemporain Viollet- 
le-Duc cette supériorité qu'il demandait aux documents écrits le 
commentaire perpétuel de l'art ai-chitectural et décoratif du moyen 
âge. Il ouvrait ainsi à son jeune auditoire de l'École des chartes 
des perspectives intellectuelles qui les réconciliaient avec un cours 
par ailleurs très prosaïque. M. Brutails abonde heureusement dans 
le même sens, et volontiers, si cela était en son pouvoir, il mettrait 
un texte derrière cluKiue pierre équarrie, façonnée ou sculptée par 
les artisans et les statuaires du passé. En d'autres termes, il cher- 
che dans l'histoire et dans les circonstances économiques, sociales 
et autres du temps l'explication des procédés, des formes, des ten- 
dances, des innovations chaque fois que la technique interrogée 
ne répond pas suffisamment à la question posée. 

De là, un certain noml)re de considérations et d'idées générales, 
tantôt disséminées dans l'ouvrage, tantôt soigneusement grou- 
pées. C'est ainsi que le chapitre premier est intitulé « les causes de 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 223 

l'architecture religieuse girondine », et expose en Imit pages les 
conditions physiques, géographiques, historiques, etc., au milieu 
desquelles elle a pris naissance et s'est développée pendant cinq 
ou six siècles. On pourrait compléter ce chajjitre, du moins au 
point de vue historique, par mille et mille détails consignés dans 
les Monographies de la première partie de l'ouvrage, et regretter 
que l'auteur n'ait pas rassemblé, en un second chapitre, tous les 
faits, toutes les considérations par lesquels il explique, çà et là, 
les transformations de l'architecture : tantôt l'imilation de l'anti- 
quité, la persistance des traditions, la survivance des formes, les 
emprunts aux écoles voisines, tantôt les restaurations partielles, les 
besoins du moment, l'influence des ordres monastiques, etc. 
Combien aussi il eût été facile de préciser par des chiffres, et non 
plus seulement par des affirmations vagues, le nombre ^ des 
églises détruites par les NormaU'ls, les Anglais, les bandes hugue- 
notes, sans aucun profit pour leurs causes respectives, et la 
foule de celles que lais^^a déchoir l'incurie du xviiie siècle et 
l'hostilité de la Révolution. L'histoire externe de l'architecture. 
s' ajoutant ainsi à son histoire interne, nous aiderait à pénétrer 
plus intimement dans l'intelligence du passé archéologique. Si 
l'église du moyen âge est avant tout la « maison de Dieu », l'asile 
de la prière, le lieu habituel du culte public, n'est-elle pas aussi, 
bien souvent, la demeure des hommes, quand les populations s'y 
réfugient pour fuir l'ennemi, quand les malfaiteurs y cherchent 
une « sauveté », quand les paroissiens la pourvoient de mâchi- 
coulis et de meurtrières, y établissent des cailrans solaires, des 
cheminées, des montoirs ou y creusent des puits, quand ils font 
servir les cloches à des usages profanes, quand les confréries y 
jouent leurs mystères ou que les piud'hommes de l'endroit y 
tiennent leurs assemblées? .J'aurais aimé que I\I. B. développât 
chacun de ces points, qui ne sont i)as tous indiqués dans son 
livre, et nous montrât, avec textes à l'appui, que toute la vie 
publi({ue, religieuse et profane des communautés rurales de ce 
temps, se dérouhùt sous un seul et même toit, en sorte que l'on 
comprend mal le moyen âge quand on prétend introduire dans 
sa vie de tous les jours les cloisons étanches qui prévalent aujour- 
d'hui. J'aurais aimé encore que l'auteur de Deux chanliers bor- 



1. Ou du moins les mentions qui nous en restent et qui ne répondent 
sans doute pas tout à fait à la réalité des faits. 



224 ANNALES DU MIDI. 

délais consacrât quelques pages à la fabrica ecclesiœ, dont il 
est quelquefois question dans les statuts diocésains, et nous 
expliquât à quelles difficultés sans nombre, à quels obstacles à 
peine imaginables pour nous, elle se heurtait; par conséquent, de 
quelle longue ténacité, de quel dévouement sans bornes ces syn- 
dicats mi-partis de laïques et de prêtres ont fait preuve pour 
arriver si souvent à mettre sur pied leur chère église. 

Je me reproche un peu de paraître demander à M. B. autre 
chose que ce qu'il a fait; mais lui-même m'y convie puisque, cha- 
que fois qu'il en a eu l'occasion, il n'a point manqué de nous mon- 
trer quelles relations multiples soutenait toute communauté d'ha- 
bitants avec son église. Il n'a en somme d'autre tort que de n'avoir 
pas provoqué, quand elles défaillaient, les occasions de nous don- 
ner, de l'église paroissiale du moyen âge, une représentation com- 
plète dans un cadre historique plus vivant. 

Bien que l'étude de la décoration des édifices religieux remplisse 
trois chapitres (50 pages) de son ouvrage, notre auteur reconnaît 
(pp. 228 et 239), avec une modestie qui l'honore, qu'il n'est point 
préparé à en traiter congrument toutes les parties. Toujours est-il 
que le lecteur est très vivement intéressé par tout ce qui est dit 
de» u motifs » de cette décoration, de la statuaire des portails, de 
la sculpture des tympans, des procédés en usage parmi les carre- 
leurs, les peintres, les sculpteurs, et des « applications » multiples 
que révèle l'examen attentif des églises de la Gironde. M. B. a 
sûrement ses raisons, bien qu'il ne les donne pas, pour ne point 
reconnaître (p. 227)', dans le cavalier qui ornait anciennement 
l'église Sainte-Croix et celle de Tauriac, une réminiscence de la 
statue équestre de Constantin qui se voyait jadis sur l'une des pla- 
ces de Rome. Et il en a d'autres aussi pour ne point nous parler 
du mobilier liturgique des églises, ni des autels, ni des tombeaux, 
ni des cloches. Un coup d'œil que j'ai donné, il y a quelques mois, 
aux procès-verliaiix de visites pastorales, conservés aux Archives 
départementales, m'a révélé quelle masse de faits instructifs ils 
i-éservcnt à l'iiistoin! de l'art local. A considérer seulement la déco- 
l'ation arcliitecloni(jue, nous devons retenir ce que nous dit l'au- 
teur de l'insuflisunce technique de la sculpture à l'époque romane 
et de la supériorité de la sculpture gothique au début du xine siè- 



1. Voir poiirlanl. p. 10, luir courte iiin"ase (|ui semble concéder cette 
identité. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 225 

cle, animée d'un sentiment très vif de la nature et « serrant de près 
la vérité et la vie ». Les chapiteaux de l'époque romane ne sont 
bien souvent que des cliapiteaux antiques adaptés à de nouveaux 
besoins. Quant aux chapiteaux cubiques, ils s'inspirent de ceux 
du Poitou et de l'Angoumois. 

Le livre dont nous rendons compte échappe au reproche d'avoir 
commis Terreur que quelques chartistes trop scrupuleux recem- 
mandaient, il y a une trentaine d'années, et qui consistait à lais- 
ser aux lecteurs d'un livre le soin d'en tirer eux-mêmes les conclu- 
sions; comme si l'auteur n'était point plus apte que quiconque à 
le-i dégager et à les exprimer, les lecteurs conservant le droit et 
ayant même le devoir dî les vérifier. Donc, en une douzaine de 
pages, M. B. formule ses conclusions, très prudentes, très mesu- 
rées et, en tout cas, très conformes aux faits qu'il a exposés. 

Il constate d'abord (p. 274) la survivance, durant l'époque ro- 
mane, de quelques procédés préromans, et de procédés romans 
durant l'époque gothique, voire même plus tard encore : l'église 
de Francs, « qui est romane d'intention », a été commencée en 1605, 
et certaines parties de la cathédrale de Bazas, construites au 
xvii« siècle, accusent des formes gothiques. 

Il remarque qu'aux xiie et xiiie siècles on construisit en Borde- 
lais « un si grand nomln-e de belles absides et si solides, que les 
siècles suivants n'eurent guère besoin d'en faire de nouvelles ». 
La remarque est instructive; elle le serait plus encore si l'auteur 
l'avait étendue aux édifices tout entiers, en nous disant quelle est 
la proportion en Gironde des églises purement gothiques par 
rapport aux églises purement romanes, et quel est le nombre des 
églises où se confondent les deux styles. 

Après avoir rappelé (p. 280) que Bordeaux est resté sans rayon- 
nement sur l'art régiotial, l'historien des Vieilles églises de la 
Gironde admet que l'Orient a fourni à l'architecture locale des 
motifs de décoration plutôt que des procédés de construction, 
tandis que l'Auvergne et le Périgord ont pu inspirer quelques 
édifices de notre région. L'influence de l'Agenais lui parait plus 
sensible; mais c'est plutôt à l'architecture de la Saintonge, propa- 
gée par l'antique voie qui conduit d'Aubeterre à La Béole, que se 
rattacheraient les vieilles églises de la Gironde, de l'époque ro- 
mane (p. 283). Pendant l'époque gothique, c'est au Poitou et à 
l'Anjou que le Bordelais aurait emprunté « le parti général de ses 
églises ». 



226 ANNALES DU MIDI. 

Je louerai M. B. de n'avoir point esquivé la question de savoir 
s'il y a eu ou non une école bordelaise d'Étrchitecture. Le contraire 
eût, d'ailleurs, étonné de la part de l'auteur du Précis d'archéo- 
logie du Moyen-âge, où se révèle un ensemble de connaissances 
archéologiques qui déborde les étroites limites d'un département. 
En somme, il y a eu des familles d'églises, et ces familles ont formé 
des groupes que l'on peut appeler écoles, dont la constitution lient 
à la proximité d'une voie fréquentée ou bien d'une école différente 
(p. 280). Ces familles, on en discerne une dizaine en Gironde, 
caractérisées par un chœur souventtrés profond et par l'absence de 
triforium. Leur aire totale se peut déterminer, sous cette réserve 
que leur répartition est sans rapports avec la géographie adminis- 
trative, diocésaine ou monastique. En définitive, pour de très 
bonnes raisons, M. B. croit à l'existence d'une école d'architec- 
ture qu'il appelle charentaise-bordelaise. Peut-être ne faudrait-il 
pas trop le presser pour lui faire dire que, sous cette dénomination 
nouvelle, il désigne l'école appelée jusqu'ici saintongeaise, mais 
en lui donnant comme prolongement bien constaté tout l'ancien 
Bordelais. 

.Je pense avoir résumé, assez exactement pour en montrer l'im- 
portance et la valeur, cette histoire des vieilles églises de la 
Giron<le. Je souhaite que nos Universités provinciales aient sou- 
vent l'oscasiort de mettre, comme ici, leur imprimalur sur de 
pareilles œuvres. Alfred Leroux. 

Léon DuTiL. Lettres inédites de M"'» de Mondoûville, 
fondatrice de l'Institut de l'Enfance, suivies de 
fragments de ses Mémoires (1655-1697). Paris, Hachet- 
te, 1911 ; in-8» de 135pages. 

C'est une bien intéressante contribution que M. D. vient de four- 
nir à l'histoire religieuse du xviie siècle en Languedoc, avec sa 
publication des Lettres inédites de Mme de Mondonville et l'étude 
qui en détermine le caractère. Elle rectifie l'appréciation un peu 
dure de Sainte-Beuve {Causeries du Lundi, t. II) sur la fondatrice 
d'une œuvre où beaucoup de contemporains virent comme une 
image de Port-Royal-des-Champs, après la destruction des deux 
maisons; elle ajoute des précisions à la relation plus bienveillante, 
mais un peu sommaire de Roschach {Hist. gén. de Languedoc, 
t. XIII); enfin, et surtout, elle nous donne un chapitre parfois 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 227 

émouvant de celle longue histoire des directions de conscience, 
alïaire capitale de la vie chrétienne au xviie siècle. Et c'est l'objet 
principal de l'étude, correspondant aux documents publiés. 

Voih'i pourquoi nous en voulons moins à l'auleur de n'avoir pas 
poussé plus loin une partie de son travail, laquelle, dans son des- 
sein, n'était que secondaire. Elle n'est pourtant pas sans intérêt : 
pourquoi la suppression brutale de V [nstilul de l'Enfance par le 
gouvernement de Louis XIV? 

Après avoir classé et critiqué les principales sources de nos con- 
naissances sur ce sujet, recueils de pièces, ouvrage d'Artiauld, 
VInnocence opprimée, mémoire de l'abbé de Juliard, neveu de 
Mme de Mondonville qui en appelait, en 1735, de l'injuste condam- 
nation portée contre sa parente, d'autres encore, favorables à la 
condamnée; — et, d'autre part, les ouvrages hostiles, V Histoire de 
la Congrégation des Filles de l'Enfance et la Réponse au Mé- 
moire de M. de Juliard qui ont pour auteur l'avocat d'Avignon, 
Reboulet, ex-jésuite, M. D. montre sans peine que la question a 
été traitée par les historiens modernes selon l'influence exercée sur 
eux par l'un ou l'autre courant d'opinion. 

Son résumé des débuts de l'œuvre, fondée à Toulouse en 1662, 
mais préparée auparavant, et, plus tard, étendue jusqu'à la Pro- 
vence, nous présente un de ces types de maisons d'éducation qui 
sont une des préoccupations de l'époque : d'abord abri de ser- 
vantes sans condition, puis centre d'instruction de a Nouvelles 
converties », enfin école d'enfants pauvres. Mais ce qui distingue la 
nouvelle fondation, tout en la rapprochant des écoles jansénistes, 
c'est le souci de la garder de la discipline conventuelle, d'en ban- 
nir les pratiques de dévotion formaliste et solennelle, parfois pom- 
peuse. Ce n'est ni le couvent, ni la maison noble ou bourgeoise, 
bien que présentant avec cette dernière quelque analogie. On y 
servira Dieu à côté du monde, sans se mêler au monde, sans 
rompre avec lui. Pas de clôture, pas de vœux; les statuts proscri- 
vent toute sorte de singularité, ordonnent la modération, l'humi- 
lité, la charité active. 

Ce sont les maximes de la fondatrice, Mme de Mondonville et 
du prêtre qui l'a guidée, l'auteur du règlement intérieur, M. de 
Ciron, disciple et ami de Pavillon, le ferme évêque d'Alet. 

L'œuvre fut-elle proprement janséniste? Non; on n'y voit pas de 
^hèse doctrinale et les mots caractéristiques de la secte sont absents 
des lettres et fragments de mémoires qui nous restent de la fon- 



228 ANNALES DU MIDI. 

dalrice et traduisent la pensée de son inspirateur, M. de Clron. 
Seulement l'analogie de discipline entre Tinstitution de la Sainte- 
Enfance et les maisons jansénistes, surtout leur éloignement 
commun du régime conventuel des Réguliers devaient les associer 
dans l'opinion et les hostilités qu'elles rencontrèrent. 

On sait, et M. D. résume avec une précision nouvelle (pp. 6 11) 
comment s'organisa l'Institut; quelles approbations il trouva au- 
près des évêques éclairés de la Province et du pape Alexandre VII 
dont un bref confirma la fondation; la confiance qu'il inspira aux 
familles, notamment à celles de l'intendant Daguesseau et du pre- 
mier président F'ieubetqui le chargèrent tous deux d'élever une de 
leurs filles. On sait aussi quelles sourdes résistances, puis quelles 
attaques le menacèrent d'abord, dès 1663 (pp. 8-10); puis, après 
une période de tranquillité (1667-1682), sous quelle série d'enquê- 
tes policières et de procédés d'arbitraire administratif l'œuvre suc- 
comba (1683-1686). Ses protecteurs les plus puissants lui man- 
quaient alors : le prince de Gonti, gouverneur de la Province et le 
chancelier Le Tellier qui avait soutenu la Congrégation au Con- 
seil du roi. 

C'est moins d'un mois après la mort de ce dernier (30 septem- 
bre 1685) que commencent les violences préparées l'année précé- 
dente dans une commission d'enciuèle que dirigeait le P. La Chaise. 
Elles aboutissent, de 1686 à 1688, après la suppression de la mai- 
son mère, à la ruine des succursales et à une dispersion brutale 
des pensionnaires qui rappelle les scènes de Port-Royal-des-Champs 
en 1664 et 1679 et annonce celles de 1708. Mme de Mondonville 
était, dès le premier moment, exilée à Cou tances et, peu après, 
confinée dans la maison des Hospitalières. Elle y survécut triste- 
ment et péniblement, dans une véritable captivité, jusqu'en 1703. 
L'inspirateur et le vrai directeur de l'Œuvre, l'abbé de Ciron, ne 
vit pas le désastre; il était mort vers 1676. Le pape Innocent XI, 
prévenu, n'avait pas maintenu l'acte de son prédécesseur. Il avait, 
à ce moment, bien d'autres affaires. 

Les griefs contre cette œuvre et les motifs probables de sa sup- 
pression? Il en fut d'officiels : « des erreurs intolérables » dans 
la constitution et la doctrine signalées par la commission de 1684 
et une instruction de curé toulousain; un asile fourni à quehjues 
prêtres du diocèse de Pamiers poursuivis pour l'afi'aire de la Ré- 
gale; une imprimerie clandestine d'où seraient partis dos pam- 
phlets. C'est le fond des accusations du jésuite Reboulet dans son 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 229 

mémoire du xviiie siècle. Il y ajoute l'orgueil et la tyrannie d'une 
directrice ambitieuse, despotique et sans cœur. Et c'est dans ce 
sens que Sainte-Beuve a incliné son étude sur M^e de Mondon- 
ville, avec des réserves, pourtant, que lui inspire l'attachement 
gardé, jusque dans leur infortune et leur misère, par les préten- 
dues victimes à la fondatrice de leur Institut. 

M. D. n'a pas de peine à mettre au point ces accusations et, 
avec raison, il cherche dans les principes mêmes de cet « Insti- 
tut trop fermé » la cause des inimitiés qu'il a suscitées : le con- 
traste de sa simplicité avec les fondations des Réguliers, qui 
pouvait ressembler à une leçon indirecte et à une critique à 
l'égard de certains ordres religieux; cette indépendance qu'il 
semble garder. 

Peut-être peut-on aller plus loin. Quelques rapprochements de 
dales et de faits y aideraient : bien avant l'affaire de la Régale 
l'Institut avait été attaqué, dès sa fondation, dès la fin de 1662. 
C'est peu après le moment (1660) où, les Jansénistes ayant été 
presque entièrement expulsés de la secrète Compagiiie du Saint- 
Sacrement, la Cabale des dévots les poursuit à peu près partout; 
c'est l'année où parait le livre du I'. Meynier sur l'Exécution de 
l'Édit de Nantes en Languedoc, utilisant les renseignements de 
contre-réformation locale (Cf. R. Allier, la Cabale des Dévots), 
deux ans après la date où l'Assemblée du Clergé poursuivit plus 
activement la « mission » intérieure, l'œuvre des conversions. Et 
cette mission, dont une part importante est dans l'éducation des 
enfants nouveaux-converlis, on voit les Réguliers, les Récoliets 
en particulier, mais surtout les Jésuites se la réserver là où ils 
la tiennent, l'accaparer partout ailleurs. 

Or, M'"« de Mondonville élève des Nouvelles Catholiques, à côté 
des filles de famille nées dans l'orthodoxie; bien plus, elle reçoit, 
avec M. de Ciron, pour cet objet, des subsides des États de Lan- 
guedoc associés au Clergé dans l'œuvre de conire-réformation : 
10.000 livres en 1658, et, tout i-écemment encore, en 1659, 6.000 li- 
vres! Et sou action s'étend! 11 fallait arrêter cette concurrence. 
I/archevêque de Toulouse, P. de Marca, d'une génération anté- 
rieure de prêtres, favorable à l'Institut, étant mort, trois vicaires 
gonéraiix dirigent l'attaque; et son successeur, de Bourlemont, 
par faiblesse trop bien renseignée, les seconde; puis, se ravise et 
finit par approuver les constitutions mises en cause. Mais il dispa- 
raît à son tour et de Bonzi qui lui succède n'était pas de caractère 



230 ANNALES DU MIDI. 

à résister aux influences occultes. Quand l'Institut est aboli et les 
pensionnaires dispersés, ce sont les Jésuites qui achètent l'immeu- 
ble et s'y installent. 

Tant que le prince de Conti vécut, l'œuvre était en sûreté. Le 
prince était de la Cabale des Dévols, avec M. de Ciron qui devint 
son directeur de conscience dès 165G; Armand de Bourbon ne pou- 
vait, d'ailleurs, être offusqué par la rigueur delà discipline obser- 
vée. Il la pratiquait lui-même par pénitence de ses débauches 
passées. Ces Condé étaient extrêmes en tout. Après sa mort 
en 1666, l'hostilité du monopole convertisseur est tenue en échec 
par Le Tellier, après qui rien n'arrête plus l'action de la puissante 
Compagnie de Jésus, même lorsque celle du Saint-Sacrement paraît 
dissoute. Des recherches dans ce sens amèneraient peut-être quel- 
que complément à cette histoire. 

Mais là n'est pas l'intérêt principal des lettres publiées par 
M. D. qui ne renseignent guère sur cet ensemble de faits. Il est 
dans le drame de conscience qu'elles nous révèlent, mettant en 
action deux fîmes délicates et passionnées, unies par des liens 
spirituels, quoi que puisse insinuer Reboulet, et finissant par 
trouver peut-être la paix dans leur collaboration à une œuvre 
d'éducation chrétienne. Que M. de Giron, prêtre éclairé, de haute 
culture, ait accepté d'être le directeur d'une veuve jeune encore, 
dont les contemporains ont vanté le charme, qu'il avait, semble- 
t-il bien, recherchée avant de s'engager dans les ordres, lorsqu'elle 
était encore Mi'e de Juliard ; que cette attitude ait été gardée en 
toute droiture, même pendant une véritable crise à la fois physi- 
que et morale qui marque l'année 1656 chez Mme de Mondonville 
(p. 38) et se prolonge encore au début de l'œuvre entreprise en 
commun, c'est un de ces cas de psychologie religieuse aussi atta- 
chants qu'émouvants dont le xviie siècle même offre peu d'exem- 
ples connus. Et, à suivre la pénétrante analyse qu'en fait M. D., 
où il est regrettable que, faute de documents, la figure du direc- 
teur de conscience reste voilée et comme dans la pénombre, il 
demeure une impression profonde de cette lutte longtemps menée, 
dans des ùmes scrupuleuses, contre des penchants, une affection 
devenue sans doute filiale chez la pénitente, mais où, selon son 
expression même, « la créature s'est parfois mêlée. » 

M. de (Uron parait avoir été un guide rigoureux, parfois dur, refou- 
lant, au nom de la religion, jusqu'aux sentiments naturels, poussant 
le respect des règlements de la communauté jusqu'à refuser un jour 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 231 

(le rester seul un moment avec sa propre nièce, une adoles- 
cente. 

Et le mysticisme douloureux de la pénitente, docile et parfois 
désespéré, en devient plus louchant : « Que c'est un long martyre 
que celui que l'on ressent de se vouloir donner uniquement à Dieu 
sans le pouvoir faire! » 

Ce qui en caractérise l'expression, c'est, dans cet état de trouble 
allant parfois jusqu'à l'angoisse, l'absence d'images, ou, quand 
elles apparaissent, leur contour net et précis qui reproduit de 
véritables visions, presque des hallucinations, à la différence des 
mystiques Imaginatifs qui parlent presque constaniment par figu- 
res (V. les lettres indiquées, p. 33). Pour elle, son désir, c'est 
de « penser à Dieu seul, sans aucune image » (lettre du 23 jan- 
vier 1656), et on peut voir là une analogie avec certaines discipli- 
nes calvinistes et jansénistes. Elle ne veut pas non plus le secours 
de moyens matériels, l'apaisement de la chair par les mortifica- 
tions (V., p. 113, le passage sur les Sœurs de Sainte-Thérèse, 
plein de mesure et de vraie piété). Son héroïsme est tout moral. 

Il est aussi tout désintéressé; et c'est là un haut degré de spiri- 
tualité. Presque nulle part un appel aux félicités, à l'éternité 
bienheureuse, ou une évocation des terreurs de l'enfer. L'idée 
d'une sorte d'obligation supérieure est surtout ce qui rattache au 
divin cette âme tourmentée, sans cesse en trouble d'être sur le 
bord non du péché, mais même de la tentation. 

A-t-elIe connu enfin, dans l'accomplissement de son œuvre, puis 
dans l'exil et l'épreuve, cette paix de l'âme qu'elle voulait s'etïor- 
cer de mériter de Dieu par « une continuelle pratique de l'humi- 
lité, de la charité et de la patience ? » On se plaît à l'espérer avec 
l'auteur qui a su dégager un intérêt puissant de cette autobio 
graphie assez sévère de forme — et retrouver une physionomie 
attachante. 

P. Gachon. 



IIKVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX 

Aude. 

Bulletin de la Commission archéologique de Narhonne, 
t. XI, 1911, 2« semestre. 

p. 435-59. G. Amardel. La hache des monnaies gauloises. [Elle ne repré- 
senterait ni un emblème religieux, ni une arme, mais l'ancienne hache- 
monnaie.] — P. 463-531. J. TissiER. Les sources de l'histoire de Lan- 
guedoc d'après les inventaires des archives narbonnaises. LÉnumération 
et étude sommaire des inventaires relatifs à l'église de Narbonne, entrés 
aux Archives et à la Bibliothèque de Narbonne postérieurement à la 
publication de l'Histoire de Latiguedoc, ou possédés par les Archives 
départementales de l'Aude ; publication des Tables de ces sept inven- 
taires; travail très utile. Cf. un compte rendu, Annales, t. XXIV, 
p. 477.] — P. 531-57. H. Mullot et H. Sivade. Armoriai des évêques 
d'Alot. 

Tome XII, 1912. 

p. 1-104, 157-2.50. A. Sabatithès. Bibliographie de l'Aude. [Travail très 
utile.] — P. 112-21, 271-90. G. Amardel. Les monnaies antiques inten- 
tionnellement oblitérées. [Explique par leur rôle funéraire l'abondance 
des monnaies antiques avariées.] — P. 122-55. II. Mullot et H. Sivade. 
Armoriai des évêques de Mirepoix. — P. 251-65. C. Clercy. Notice sur 
l'ancienne abbaye de Saint-Polycarpo. [Avec six planches et la descrip- 
tion des autels et des reliquaires conservés dans l'église.] — P. 265-71. 
J. YriiK. Un des architectes de Saint-Just. [Emet l'hypothèse que l'ar- 
chitecte Le Blond aurait été un des collaborateurs de l'archevêque Le 
Goux de la Berchère au début du xviii* siècle.] — - P. 291-9. L. Bkrtho- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 233 

MiEU. Le parement de Narbonne. [Étude sur cette œuvre d'art, aujour- 
d'hui au Musée du Louvre, qui paraît avoir appartenu autrefois à la 
cathédrale Saint-Just et qui lui aurait peut-être été donnée par Char- 
les V.] Gh. L. 

Bouches-du-Rhône . 

I. Annales de la Faculté de droit d'Aix, t. III, 1909. 

P. 1-94. E. Perard. « Recueil de plusieurs pièces curieuses servant à 
l'histoire de Bourgogne »... [Réimpression pure et simple, avec quelques 
lignes d'avant-propos et sans note d'aucune sorte, par les soins de 
M. J. Roman, d'un petit ouvrage édité en 1664 à Paris, chez Cramoisy. 
Trente-neuf documents du moyen âge s'y trouvent reproduits. Quelques- 
uns semblent apocryphes; une critique s'imposait. Seule la publication 
de ces textes bourguignons dans une revue au caractère méridional ne 
s'imposait pas.J 

Tome IV, 1910. 

p. 1-81. B. Raynaud. Essai d'enquête économique. L'agriculture dans le 
canton d'Aix. [Brèves indications historiques.] J. F. 

II. Annales de la Faculté des Lettres d'Aix, t. III, 1909. 

p. 1-66. P. Gaffarel. Les massacres royalistes dans le département des 
Bouches-du-Rhône aux premiers mois de 179-5. Épisode de la réaction 
thermidorienne. [Historique des méfaits des Compagnons de Jéhu ou 
du Soleil. Massacres aux prisons d'Aix, au château de Tarascon, au 
fort Saint-Jean, à Marseille. Récit animé.] — P. 32.Ô-40. L. Constans. 
Un précurseur des félibres. Claude Peyrot, prieur de Pradinas. [Né à 
Millau, en 1709, f 1795. Auteur de divers poèmes, dont le principal porte 
le titre de Géorgiques patoises, publié en 1781 .] 

Tome IV, 1910. 

P. 1.-327. M. Clerc. Aquae Sextiae. Histoire d'Aix en-Provence dans 
l'antiquité. Première et deuxième partie. [Planches. A suivre.] 

Tome V, 1911. 

Fasc. 1 et 2. P. 1-174. P. Gaffarel. Le château d'If. [Histoire de la forte- 
resse et prison d'État construite sur l'île d'If, en rade de Marseille, en 
1529. Nombreux et intéressants détails. Mais pourquoi dire (p. 173) que 
Pellissier, l'un des protagonistes de la Commune à Marseille, en 187], 
condamné à mort, a subi sa peine avec courage? Aujourd'hui encore 
(25 nov. 1912), Pellissier est bel et bien vivant!] J. F. 

A.NNALES DU MIDI. — XX Y- IG 



234 ANNALES DU MIDI. 

m. Annales de Provence, t. VII, 1910. 

p. I-IG, 81-118. J. CoMBET. Les districts des Alpes-Maritimes (1" mai 1793- 
8 brum. an IV). [Il s'agit des districts de Nice, Menton et Puget-Thé- 
niers, dont le territoire formait l'ancien comté de Nice, annexé à la 
France par décret de la Convention du 81 janvier 1793. Historique de 
l'administration de ces districts. Intéressants appendices sur la popula- 
tion des communes et le traitement du clergé en 1793; tableaux du 
maximum.] — P. 17-45. Abbé P.-M. Davin. Pacte d'union entre Marti- 
gues et Manosque au sujet d'une concession de reliques du B. Gérard 
Tenque (15 avril-6 mai 1728). [A la requête de la ville de Martigues, 
berceau de Gérard Tenque, fondateur des Hospitaliers de Saint-Jean - 
de-Jérusalem, la ville de Manosque qui détient les reliques du saint 
personnage, en cède une partie. A celte occasion, un pacte d'union à 
perpétuité est scellé entre les deux cités provençales. Extraits des archi- 
ves communales et paroissiales des deux villes intéressées. Conscien- 
cieuse et curieuse étude.] — P. 47-64. F.-N. Nicollet. Mélanges de lin- 
guistique provençale. [Laborieuses recherches appuyées de nombreuses 
citations de textes du moyen âge.] — P. 119-34, 161-83. R. Busquet. Les 
cadastres et les « unités cadastrales » en Provence du xv au xviii= siè- 
cle. [Importante contribution à l'histoire de l'impôt. Détails précis sur 
les différents modes d'encadastrement, l'établissement des cadastres, 
l'évaluation des biens. Tableaux relatifs à l'affouagement et Tencadas- 
tremenUen 1471, 1698 et 17'28. Matière fort complexe n'ayant encore fait 
l'objet d'aucune étude. Celle de M Busquet est à la fois très neuve, 
remarquablement précise et intéressante.] — P. 135-41, 185-206. G. de 
Chénerilles. Les familles parlementaires de Provence : Les Olivari. 
[Notices sur le fougueux dominicain Pierre Olivari. prieur du couvent 
de Snint-Maximin au milieu du xvi« siècle, en lutte continuelle avec le 
Parlement d'Aix, et sur le conseiller J.-P. d'Olivari, conseiller du même 
Parlement, ami et correspondant de Peiresc] — P. '207-20, 287-313, 
339-417. J. DE DUR.4.NTI La. Calade. Notes sur les rues d'Aix aux xiv" et 
xv siècles. [A suivre.] — P. 233-71. Ph. Mabilly. Valeur de la monnaie 
de Marseille (1268-1406). [Intéressante étude sur la « monnaie de royaux 
ou menus Marseillais ». Trois tableaux de valeur comparée.] — P. 273- 
85. P. -A. Robert. L'administration de la « Comédie » d'Aix (1756- 
1788). [Vicissitudes d'un théâtre « qui ne se recommandait ni par sa 
tenue ni par une troupe homogène »...] — P. 315-39. E. Poupé. Docu- 
ments sur la croisière de V Aréthuse et de la Topaze. [Lettres du con- 
tre-amiral Trogotr et des commandants des deux frégates sur la protec- 
tion des navires de commerce français contre les Espagnols en 1793. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 235 

Page intéressante de l'histoii-e de la marine sous la Révolution.] — 
P. 341-5. E. OcTOBON. Note sur les grottes et abris préhistoriques du 
vallon de Malauric ou Malavalasse, commune de Saint-Julien (Var). — 
P. 361-9S. J. CoMBKT. Un village des Maures pendant la Révolution. 
Cogolin (1789-1799). [Notice fort intéressante sur une localité que son 
isolement dans le massif des Maures préserva des excès révolutionnai- 
res. En appendice : doléances de 1789, encadastrement des biens privi- 
légiés (1790), budgets de 1787 à 1790.] — P. 419-21. 0. Gensollen. Éty- 
raologi'e du nom de lieu « Al Manarre ». [Ancien nom d'un quartier 
d'Hyères, aujourd'hui San-Salvadour. Ce nom signifierait « Fontaine 
bienfaisante » ("?j] 

Tome VIII, 1911. 

P. 1-23. L.-G. Pélissier. Un rapin marseillais dans l'atelier du baron 
Gros. [Lettres du peintre F. Férogio, de 1830 à 1833, adressées à Fabre, 
fondateur du musée de Montpellier, qui l'avait recommandé au peintre 
Gros. Intéressante contribution à l'histoire de l'art et des artistes.] — 
P. 25-37. F.-N. NicoLLET. Histoire, origine etétymologie du mot bruca, 
hraga, braja, braia, braie. [Savante étude linguistique; apport des plus 
utiles à l'histoire du... costume. A suivre] — P. 73-97, 177-98. Peyre. 
Les irrigations dans les Bouches-du-Rhône. [Bonne étude s-ur l'état 
actuel des irrigations. Bibliographie incomplète.] — P. 99-113. De 
Grasse. Jean de Grasse-Cabris (1600-1691). [Évêque de Grasse, nommé 
mais non sacré, de 1625 à 1628. Intrigant et « abbé d'affaires », auteur 
d'un mémoire intitulé : a Pour établir un grand commerce sur les deux 
mers, il faut ruiner les Parlements, les financiers et les moines», envoyé 
à Richelieu, puis à Colbert, et dont ne s'inspirèrent ni l'un ni l'autre.] 
— P. 114-35, 157-75. P. G.\ffarel et de Duranty. La peste de 1720 à 
Marseille et en France. [Fragment d'un ouvrage paru sous le même 
titre, chez Perrin, en 1911 fl vol. in-S", viii-630 pp.). Ce fragment vise les 
secours médicaux, les théories sur la peste, les remèdes et les méde- 
cins.] — P. 145-56. F. CoRTEz.'^Les grands officiers royaux de Provence 
au moyen âge (952-1555). [Introduction à un ouvrage en cours d'impres- 
sion, appelé à rendre de précieux services.] — P. 217-29. J. Audouard. 
Trois lettres inédites de l'Ami des Hommes. [Adressées par Mirabeau 
père aux procureurs du pays administrateurs de la Provence, en 1767 
et 1774. Il y expose quelques théories économiques, ses idées en matière 
d'alignement que les procureurs du pays raillent spirituellement en 
une lettre également publiée par M. Audouard. Bref et intéressant com- 
mentaire.] — P. 231-40. E. DuPRAT. Note sur le mot Thor ou Tor. [Ce 
mot, fréquent dans la toponymie provençale, auquel on attribuait le 



236 ANNALES DU MIDI. 

sens de tour, dériverait du latin torus, pris dans le sens de bord de 
lleiive, de rivière, rives en terrasse. Nombreux exemples tirés des tex- 
tes du moyen âge. Intéressant au regard de la philologie toponymique.] 
— P. 241-56. De Ville-d'Avray. La Provence et le Dauphiné réclamés 
par l'Allemagne. [Traduction d'une curieuse plaquette de 16 pp. in-4'', 
parue en 1707 — avec '2« éJition en 1736, — intitulée comme suit : 
Q. D. B. V. Vindiciae jwis imper, in P rovinciam et Delphitiatum 
tanquam veras et veteres regni Arelatensis partes qnod, praesiden. 
C. S. Schurzfleischio, prof, piibl. edisseret M. Christianiis Sigismun- 
dits , Roehrensee Vitemberg-Saxo. Hab. Add. Octobr. MDCCVII. 
Vitembergae, Prelo Gerdesiano. C'est une pièce au dossier de reven- 
dication de la Provence et du Dauphiné par l'Allemagne ; elle prétend 
établir les droits historiques de l'Empire sur^ces deux provinces. Le 
document est curieux; quelques réserves paraissent devoir être formu- 
lées sur la traduction et les notes de M. Ville-d'Avray. La plaquette est 
très brève; on aurait souhaité en connaître le texte.] — P. 273-81 . 
E. OcTOBON. La préhistoire des environs d'Aix-en-Provence. [Gisements 
de siles et grottes. A suivre.] — P. 289-313. Ph. Mabilly. Monnaies 
courant à Marseille aux xv« et xvi' siècles. [Tableaux de valeurs com- 
parées d'après les comptes trésoraires de la ville de Marseille.] — 
P. 315-35. P. -H. Bigot. Le livre du consistoire de l'Église réformée de 
Riez. [Intéressantes données sur une communauté protestante, de 1603 
à 1623.] — P. 337-40. H. Dobler. Œuvres d'art des .xva' et xviii' siècles 
acquises par des gouvernements ou des collectionneurs étrangers, et 
dont nous possédons les originaux ou des répétitions en Provence. 
[Liste de quelques peintures.] — P. 341-4. A. Crémieux. Philippe Mabilly. 
[Note nécrologique sur le regretté archiviste de la ville de Marseille, 
décédé le 29 juillet 1911. Portrait.] — P. 347-51. Ch. Cotte. Revue de 
palethnologie proven(;ale. [Compte rendu de recherches et découvertes 
eu 1908-10. Indications bibliographiques.] — P. 353-9. De Ville-d'Avray. 
Notes historiques et archéologiques sur Notre-Dame d'Espérance de 
Cannes. [Chapelle construite en 1632-43.] — P. 361-5. P. Gaffarel. La 
sécurité publique à Marseille de 1798 à 1800. [Rapports de police sur dos 
attentats commis par des « chauffeurs ».] J. F. 

IV. Bulletin de la Société archéologique de Provence. 
1909. 

Fasc. 14. P. 116-7. S. Clastrikr. Moule à bagues de l'âge de bronze dé- 
couvert au « Pain de .Sucre ». [Brève note, entièrement dépourvue d'in- 
dications géographiques permettant de localiser le point de la décou- 
verte. Fig.] — P. 118-20. Id. I. Une station néolithique au grand vallat 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 237 

de Rognac. II. Un mégalitlie à VitroUes. IV. Fouilles de la Baoumo 
troucado (Nerthe). [Simples notes d'intérêt secondaire.] — P. 121-2. 
J. Kepelin. Silex néolithiques des plateaux de la vallée du Buech, près 
Serres (Hautes-Alpes). [Lames à quatre faces et racloirs. Fig.] — 
P. 122-4. S. Clastrier. Découverte d'une troisième statue du type dit 
« de Velaux », à Rognac (Bouches-du-Rhône). [Fragment d'une statue 
de type asiatique ayant servi de pierre angulaire.] — P. 126-31. G. Vas- 
sEUfi. Découverte d'une station de l'âge de bronze à Puyloubier (Bouches- 
du-Rhône). [Mise au jour de haches et fragments céramiques. Une plan- 
che.] — P. 131-2. J. Repelin. Les tombeaux romains de Vernègues 
(Bouches-du-Rhône). [Seraient de l'époque gallo-romaine.] — P. 132-6. 
S. Clastrier. I. Stèle gallo-romaine au quartier de Cornerate, à Vitrol- 
les. II. Une pierre à rainure du Grand-Arbois. [Brèves notes sur des 
découvertes d'intérêt secondaire. | 

1910. 

Fasc. 1."). P. 1.Ô7-8. H. de Gérin-Rioard. Les stèles énigmatiques d'Orgon 
et de Trets (Bouches-du-Rhône). [» Stèles funéraires du bronze » appar- 
tenant à des sé[)ultures à incinération.] — P. 159 62. H. Bout de Char- 
LEMONT. Découverte de tombeaux romains à Saint-Giniez (Marseille). — 
P. 162-4. Th. DE Vii.le-d'Avray. Inscription romaine à Villeneuve- 
Loubet (Alpes-Maritimes). [Rectification d'une inscription déjà connue 
en 1823 et publiée à plusieurs reprises. Fig.j — P. 164-7. Id. Inscription 
romaine à Notre-Dame de Vie, près Mougins (Alpes-Maritimes). [Déjà 
connue. Lecture rectificative. Fig.] J. F. 

V. Mémoires de V Académie des sciences^ lettres et 
heauœarts de Marseille, 1908-1911. 

P. 55-63. F. de Marin de Garranrais. Un hommage tardif. [Il s'agit d'un 
hommage et serment de fidélité prêtés en la forme féodale, par-devant 
la Cour des comptes de Provence, le 3 octobre 1789, deux mois après 
l'abandon des droits seigneuriaux, le 4 août, par le clergé et la noblesse. 
L'hommageant est J.-L. de Pellissier des Granges pour la seigneurie de 
Viens ('Vaucluse). [Texte curieux et judicieusement commenté.] — P. 74- 
113. Id. Étude sur Lazare de Cordier, poète marseillais du xvii' siècle, 
[Biographie d'un avocat poète, né à Marseille le 16 mars 1619, l'un des 
inspirateurs de la révolte de Marseille contre Louis XIV en 1660. Étude 
critique de ses œuvres. Intéressants détails sur l'histoire municipale 
marseillaise.] — P. 159-68. F. Servian. La technique de Loubon. [Sur 
les procédés de l'un des peintres provençaux les plus estimés du 
xix« siècle.] — P. 337-92. E. Perrier. D'Avignon à Rome. Itinéraire de 



238 ANNALES DU MIDI. 

Grégoire XI (1376 1377). [Traduction du poème de Pierre Araiel de Bre- 
nac, évêque de Sinigaglia, sur le voyage du pape quittant définitive- 
ment Avignon pour réintégrer le Vatican. Commentaires et notes histo- 
riques très développés et pleins d'intérêt.J — P. 399-413. L. Brès. Les 
troubadours de Marseille (1809) [Amusante étude sur « une Société ba- 
chique, lyrique et anucréonlique » qui existait à Marseille il y a un 
siècle.] — P. 423-35. F. Servian. Xavier de Maistre artiste (documents 
inédits). [Pénétrante étude sur les œuvres picturales de X. de M.] — 
P. 4^9-95. Id. La fontaine Jules Canlini. Monographie du monument. 
[Description de la fontaine monumentale offerte à la ville de Marseille 
par M. Cantini et érigée sur la place Castellane.] J. F. 

VI. Répertoire des ttmvaux de la Société de statistique 
de Marseille, 1908-1910, t. XLVII, 2« partie. 

P. 330-404. E. PiîRRiER. Stephen d'Arve et ses œuvres. [Biographie dé- 
taillée de l'écrivain provençal Edmond de Catelin — Stephen d'Arve 
était son pseudonyme, — né en 1820, mort en 1909, auteur des Miettes 
de l'histoire de Provetice.] — P. 405-7. H. de Gérin-Eicard. Une thèse 
de licence en droit devant l'Université d'Aix en 1747. [Soutenue par La- 
zare de Gérin-Ricard.] — P. 413-57. 0. Gensollen. La famille de Bou- 
tiny, d'Hyères, autrefois Boutin, Botin, Botini. [Minutieuse étude généa- 
logique sans particularité intéressante.] — P. 458-73. G. -A. Fischer. Un 
Allemand en Provence sous le Consulat. [Traduction, par M. H. Barré, 
de fragments d'un récit de voyage effectué par Fischer, professeur à 
Wurzburg, au début du xix" siècle. Ces fragments s'intitulent : « Le 
marché aux fleurs de Marseille », « les Bastides », « Conseils à un neu- 
rasthénique qui veut aller à Marseille et à Hyères », « la transhu- 
mance », « les brigands provençaux ».J J. F. 

Cantal. 

Revue de la Haute- Auvergne, 1910. 

p. 11-38. R. DE RiBiER. Une branche bâtarde de la maison de Chabannes. 
[Les \)(i Chabannes-Sauvat, avec pièces justificatives.] — P. 80-100. De 
DiENN'E. La légende dorée en Carladez. La bienheureuse Bonne d'Arma- 
gnac, chap. ui-iv. [Séjour et mort de sainte Bonne à Lézignan; descrip- 
tion de son livre d'heures conservé à Lézignan; pièces justificatives; 
reproduction de son buste-reliquaire.] — P. 144-64, 253-69. L. Belard. 
Saint-Flour dans le passé. [C. IV. : L'ancien État-Civil de Saint-Flour : 
ce qu'on y trouve (1595-1792); c. V : Percjuisitions et désordres à Saint- 
Flour en 1791 ; c. VI : Les Sapeurs-Pompiers de Saint-Flour, 1784-1831 ; 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 2S9 

c. VII : Le maximum à Saint-Flour; c. VIII : Un conflit au sujet de 
l'adjudication des travaux de réparations du pont de Saint-FIour 
en 1792.] — P. 16474. J. Delmas. Un ballon dirigeable à Aurillac 
en 1784. — P. 175-90. Rolland. Notes historiques et économiques sur 
la commune de Moussages. — P. 190-8. De Dienne. Communications 
et notes de lecture. La vérité sur le massacre du garde du corps Pages 
des Huttes, le 6 octobre 1789 à Versailles; proverbes et locutions pro- 
verbiales en langue provençale; une école primaire en l'an VI (Jabrun); 
la fête nationale à Aurillac, il y a soixante-dix ans. — P. 209-35, et 1911, 
p. 84-94. G. EsQUER. La Haute-Auvergne à la fin de l'Ancien Régime; 
notes de géographie économique; assemblée d'élection de Saint-Flour; 
conclusions. [Suite et fin.] — P. 236-52. L. Jalenques. L'assistance par 
le travail au xviii' siècle; les ateliers de charité dans la Haute-Auvergne. 
[Suite et fin.] — P. 270-5. M. Boudet. Deux Auvergnats de Vie et de 
Comblât, émigrés en Espagne sous le règne de Louis XI. [Avec le texte 
de la lettre de rémission accordée à Nicolas Simon de Vie en 1478.] — 
P. 276-79. R. Four. Un troubadour auvergnat, Eble de Saignes. [Avec 
le texte de la traduction de son unique poésie.] — P. 297-326. De Dienne. 
Les sciences occultes en Carladez : Le maître Guillaume de Cariât dans 
la tentative d'envoûtement de Bernard VII d'Armagnac. [Étude curieuse 
qui comprend ; l'exposition des sources, l'hermétisme au xv siècle et 
l'affaire de Pépin et du Voult de l'évèque de Mende, la maison de Car- 
iât et le Carladez, la maison d'Armagnac depuis les origines jusqu'à 
Bernard VII, le projet d'envoûtement de 1400, le rôle de Guillaume de 
Cariât, du comte de Pardiac et de Jean d'Astarac, la suite de l'histoire 
de Bernard VII et la fin de sa maison.] 

1911. 

P. 42-69. De Dienne. Les sciences occultes en Carladez, etc. [Suite et fin.] 

— P. 70-83, 141-52. Mijoule. Arsène Vermenouze et sa poésie. — P. 10.5- 
39, 219-56, 339-60. B. Faucher. Formation et organisation du départe- 
ment du Cantal. [Excellent.] — P. 153-70. L. Lafarge. Notes et docu- 
ments sur le Chapitre de l'église de Massiac, le Prieuré de Rochefort et 
la Chapelle de Loubarset. — P. 177-9. De Dienne. Une lettre inédite 
de .Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, datée de Cariât (1474 ou 1475). 

— P. 197-218, 293-335. M. Boudet. L'ours et le gros gibier dans la 
Haute-Auvergne d'autrefois. [Étude très intéressante qui montre la per- 
sistance de l'ours jusqu'au xv siècle ; histoire complète des exploits des 
loups à la fin du règne de Louis XV et surtout de la Bête du Gévaudan.J 

— P. 2.57-75. .1. Delmas. Les prêtres du Cantal déportés pendant la 
Révolution. — P. 276-9. Delort. Monuments préhistoriques de l'an- 



240 ANNALES DU MIDI. 

cienne Auvergne ayant été christianisés. — P. 363-7. R. de Ribier. Ac- 
cord intervenu entre le duc de Berry et le vicomte de Murât au sujet 
des tailles et subsides imposés au pays des Montagnes d'Auvergne pour 
la délivrance de Charlus-Champagaac (24 juillet 1410). [Avec la repro- 
duction du texte français.] Ch. L. 

Charente. 

Bulletins et Mémoires de la Société historique et a7xhéo- 
logique de la Charente, 8" série, t. II, 1911. 

Bulletins. — P. xxvi-xxxiv. Abbé Mazière. Notes généalogiques sur la 
famille Corlieu. [Descendants du premier historien de l'Angoumois, 
xvi«-xix>^ siècles.] — P. xliii. Abbé P. Legrand. Observations sur le lieu 
de naissance de Poltrot de Méré. — P. xliv-xlvi. Id. Note sur les Cor- 
lieu des Ombrais, xvi« siècle. — P. l-liii. Abbé P. Legrand. Note sur 
les milices bourgeoises à Angoulème (xviii« siècle ) — P. liii-lv. D"" Gail- 
LARDON. Note sur une église disparue delà commune de Saint-Romain 
d'Aubeterre. (xii^-xviu" siècles. Saint-Nicolas de Villedieu.) — P. lxii- 
i.xiv. Abbé P. Legrand. Document et note sur l'hôpital Saint-Jacques 
de Cognac (xviF-xviii^ siècles.) — P. lxxviii-lxxxvi. D' Gaillardon. 
Inventaire de la succession laissée par l'abbé Lefranc, ancien religieux 
de la commanderie de Saint-Antoine-les-Aubeterre (1784) et commentaire 
de ce document. — P. xci-xciv. AbbéP. I/Egrand. Le pré de Saint-Palais 
de Verrières, diocèse de Saintes, 1576-1719, et les charges du clergé. — 
P. ciii-cxxin. D'' Gaillardon. Recherches nouvelles sur les origines et 
la jeunesse de Poltrot de Méré. [Conclut avec P. de Vaissière que l'as- 
sassin du duc de Guise était seigneur de Méré, paroisse de Nabinaud près 
d'Aubeterre, et étudie les vicissitudes du fief de Méré et la carrière de 
Poltrot.] — P. cxxni-fxxvi. P. Legrand. L'enclave de Juillac-le-Coq. 
[Situation économique, xvn^-xviii" siècles.] — P. cxxxviii. Permission de 
l'évèque de Saintes pour réparer l'église de Chalais (1607). p. p. Lafitte. 
Mémoires. — P. \-2\. i. de la Martinière. Adémar de Chabannes. [Inté- 
ressante élude sur le célèbre annaliste du xr siècle, son caractère, la 
composition de son œuvre.] — P. 22-73. Abbé Mazikre. Documents rela- 
tifs à l'éiablisseuient des jésuites au Collège d'Angoulème, 1622-1657. [Piè- 
ces i-.iportantes pour l'histoire du Collège d'Angoulème.] — P. 97-131. 
Df G.ULLARD0N. L'ègUse souterraine de Saint-Jean d'Aubeterre. [Son ori- 
gine, ses curés.] — P. 132-51. Abbé P. Legrand. Un comptede fabrique pa- 
roissiale, Saint-Léger de Cognac (1626-1627). — P. 152-67. D. Touzaiid. 
Les Montmorency, barons de Montbron (xvi« siècle). P. B. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIOXAUX. 241 



Drôme. 



Bulletin de la Société départementale d'archéologie et de 
statistique de la Dràme^ t. XLVI, 1912. 

p. 17-44, 148-84, 262-95, 391-421. Cl. Faure. Le département de la Drôme 
de 1800 à 1802. [Suite et à suivre. Préfecture de Collin ; arrêté préfecto- 
ral du 7 prairial an VIII relatif à la déclaration obligatoire des gens 
sans aveu, à l'organisation de la garde nationale; situation économique 
du département en l'an VIII, d'après les rapports des Commissions au 
.Conseil général et d'après les renseignements fournis par Collin au mi- 
nistère. Préfecture de Marie Descorches; répression énei?gique du bri- 
gandage: institution d'un corps d'éclaireurs et d'une Commission mili- 
taire, chargée de la punition des brigands (arrêté du 1" nivôse an IX), 
et remplacée, après le 11 floréal, par un tribunal spécial, institué en 
vertu de la loi du 18 pluviôse an IX. Rôle très actif joué dans la pour- 
suite des brigands par l'adjudant-coinmandant Boyer, au milieu de dif- 
ficultés de toutes sortes, et malgré l'opposition qui lui fut faite, soit 
par le général Ferino, soit par le tribunal spécial lui-même : Fouché 
dut intervenir pour faire remettre en prison des brigands arrêtés par 
Boyer et élargis par le tribunal, et on dut procéder au remplacement de 
plusieurs juges. A la fin de l'an IX, les brigands avaient presque com- 
plètement disparu. Long rapport confidentiel du préfet Descorches au 
Premier Consul.] — P. 45-59, 119-34, 30.3-20, 422-40. J. Chevalier. Visite 
pastorale du diocèse de Die par Charles-Jacques de Leberon, évêque de 
Valence et de Die (1644). [Élat lamentable du diocèse au milieu du 
xvii= siècle. Beaucoup d'églises et de chapelles sont en ruines; dans 
de nombreuses paroisses, le service divin n'est plus fait, les ornements 
sacrés ont disparu, les enfants sont morts sans baptême, les hommes 
sans confession, beaucoup ont été enterrés sans prêtre. Les protestants 
sont nombreux dans la région. Les livres défendus circulent ; à Cliàteau- 
neuf-de-Mazenc, le maître d'école, quoique catholique, les fait lire. Seuls 
quelques curés enseignent convenablement et tiennent des registres 
d'état-civil. Dans sa préface, M. J. C. indique avec détails quels étaient 
les coUateurs des bénéfices ecclésiastiques dans le diocèse de Die : le 
roi, le pape, le légat et le vice-légat d'Avignon, l'évêque, le chapitre, les 
patrons laïques, etc., et cette situation entraînait de multiples conflits.] 
— P. 60-74, 135-47. H. de Terrebasse. Arthur-Joseph de la Poype-Saint- 
Jullin. dit le Président de Grammont. [Né en 1653, d'une ancienne 
famille dauphinoise, ce personnage fut d'abord conseiller au Parlement 
de Metz (1677), puis second président au Parlement de Grenoble (1682). 



242 ANNALES DU MIDI. 

Il commanda quelque temps la province, en l'absence du Gourerneur, 
et notamment, le '^6 septembre 1729, au milieu des fêtes données à Gre- 
noble à l'occasion de la naissance du Dauphin, il abandonna ses confrè- 
res de la Cour, changea de costume et alla se mettre à la tète de la no- 
blesse d'épée, en cette qualité de Commandant intérimaire. Il fut blâmé 
de cette attitude par M. d'Angervilliers, secrétaire d'État à la guerre. 
Devenu premier président à la mort de M. de Bérnlle (1730), il mourut 
le 3 septembre 1739.] — P. 75-88, 185-99. Pr. Vallernaud. Vieux souve- 
nirs dauphinois. [Enquêtes faites par la Cour de Viennois et Valenti- 
nois, à la requête du procureur fiscal, pour la défense des droits du 
Dauphin, contre les seigneurs d'Anjou qui empiètent sur le mandement 
d'Albon et y perçoivent à tort le vingtain (5 août 1396), et contre J. de 
Roussillon, seigneur de Montbreton, qui£st venu saisir les bestiaux des 
gens de Coinau à l'intérieur du mandement d'Albon. Accord du 
19 avril 1317 entre le Dauphin et les procureurs de l'hôpital de La Chai, 
au sujet de la justice, des redevances, des corvées exigées par le châte- 
lain de Moras.] — P. 97-100. P. Guillaume. Découverte d'un Portulan 
portugais du w" siècle. — P. 200-21. Luc Maillet-Guy. Charles Anisson 
et la colorme dite ce de Henri IV » à Rome. [Anisson (1530-1600), né à 
Saint-Antoine en Viennois, fut envoyé à Rome comme vicaire du prieuré 
de Saint-Antoine. Il aurait, au dire de Chorier, fait élever une pyramide 
à Rome en l'honneur de l'absolution de Henri IV; mais c'est là une 
erreur : cette colonne existait bien avant l'abjuration de Henri IV ; elle 
fut seulement déplacée, après l'achèvement, en 1596, d'une nouvelle 
chapelle du prieuré; les médailles frappées à cette occasion célèbrent 
l'érection de cette chapelle, et non pas de la colonne.] — P. 211-61. 
Ch. Bellet. L'œuvre scientifique de M. le chanoine Ulysse Chevalier, 
membre de l'Institut. — P. 321-5. J. E. La Chartreuse du Val-Sainte" 
Marie de Bouvantes pendant les guerres de religion. [Ordre de destruc- 
tion de la Chartreuse, émané dé Cugie et de Gouvernet, adressé au 
consul de Bouvantes (6 mai 1588), et révoqué le 11 mai suivant par 
Maugiron. Monitoire de l'official de Valence, constatant le relâchement 
des mœurs de divers religieux (mars 1593).] — P. 331-46, 441-55. Abbé 
Fillet. Histoire du diocèse de Saint-Paul-Trois-Chàteaux. [Suite et à 
suivre. Dépendances de l'abbaye de Cluny; prieuré de Saint-Amand; 
privilèges de Conrad le Pacifique et de Lothaire. État politique du pays 
à la fin du x" siècle. Les princes d'Orange; testament de ïiburge 
d'Orange (1146); tentatives des comtes d'Orange pour séparer l'évêché 
d'Orange de celui de Saint-Paul, et lettres d'Alexandre II maintenant 
leur union] 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 243 

Avec pagination spéciale : 1» P. 1-32. Ul. Chevalier. Chartes de Saint- 
Maurice de Vienne, de Léoncel et de l'église de Valence. [Chartes de 
S. Maurice, extraites de la collection Gaignières (Bibl. Nat., lat. 17.049 
et fr. 22.243) et encore inédites. Bulle d'Innocent III pour l'abbaye de 
Léoncel. Cession de l'église de Bouvantes par l'abbaye de S. Bénigne de 
Dijon à l'évêque de Die, 10 février 1190. Diplômes de Frédéric I"^' et de 
Philippe de Souabe pour l'évêque de Valence (1157-1208), publiés incor- 
rectement par Hauréau dans la Gallia Christiana.] — 2° P. 1-16. La- 
TouR-Du-PiN Chambly. Une famille dauphinoise, La-Tour-du-Pin. [Note 
destinée à prouver, à rencontre de contestations récentes, que la famille 
actuelle de La-Tour-du-Pin se rattache vraiment aux anciens seigneurs 
de La-'l'our, branche de Vinay. Documents divers destinés à établir 
cette filiation, et aussi à fixer la transmission du marquisat de La 
Charce.] R. C. 

Garonne (Haute-). 

Bulletin de la Société archéologique du Midi de la 
France, nouvelle série, n" 40, du 30 novembre 1909 au 
27 juin 1911. 

P. 1-2. J. DE Lahondés. Dessins du vieux Toulouse, de Carcassonne et 
de l'Albigeois. — P. 3-5. Rachou. Un buste du Musée des Augustins 
(^avec planche). [Buste de Louis XVI que Lucas avait commencé par 
ordre à transformer en buste de Bonaparte.] — P. 8-15. Barrière- 
Flavy. Outils en pierre paléolithique et poteries du moyen âge de 
Clermonf-sur-l'Ariège. [Émet l'hypothèse de l'origine visigothique de 
ces poteries.] — P. 15-8. E. Delorme. Un bois à imprimer des billets de 
spectacle à Toulouse au xviii» siècle. [Preuve probable de représenta- 
tions de la comédie italienne.] — P. 18-20. R. Roger. Étude sur les clo- 
ches du département de l'Ariège. — P. 20. Abbé Milhau. Pierre tom- 
bale de 1684 à Beaumont-sur-Lèze. — P. 23. Rumeau. Mémoire sur le 
passage d'une chnîne de forçats à Grenade. [D'après différentes pièces, 
en particulier des pièces en langue romane de 1538.] — - P. 24-7. J. de 
Lahondés. Le Jugement dernier à la cathédrale d'Albi. [Excellente 
étude sur la composition, la date de cette fresque, les légendes de l'en- 
fer, l'infiuence du Calendrier des Bergers.] — P. 28-9. Barrière- 
Flavv. Règlements militaires édictés par Henri de Navarre en 1.577; 
accord de 1591 pour la sauvegarde de l'agriculture dans le Lauragaiset 
le Bas-Comté de Foix. — P. 30-3. J. de Lahondés. La Pentecôte et 
l'Ascension sur les chapiteaux de N.-D. de la Daurade à Toulouse. — 
P. 33-5. De Champreux d'Altenbourg. Un portrait de capitoul au Mu- 



244 ANNALES DU MIDI. 

sée du Louvre. [Note sur les portraits faits par Chardin, des deux fils 
du capitoul Godefroy.] — P. 48. J. de Lahondès. Note sur le jubé de 
Saint-Étienne, démoli en 1866 (avec une photographie . — P. 48-9. J. 
Chalande. Une monnaie du Prince Noir. — P. 49-55. E. Saint-Ray- 
mond. Une croix de carrefour de la banlieue de Toulouse (quartier 
de Saint-Agne). [Étude complète de ce monument du w siècle.] — 
P. 55. J. de Lahondès. Couvent de la Madeleine à Toulouse (avec une 
planche). — P. 57-62. J. Chalande. Le rempart romain de Toulouse à 
la place du Capitole (avec une planche). [Description complète des ves- 
tiges mis à jour par les travaux d'aménagement de la place du Capi- 
tole; étude sur le tracé de l'enceinte romaine.] — P- 64-5. Delorme. 
Différentes pièces des x\v et xvii'^ siècles trouvées dans les fouilles de 
la place du Capilole. — P. 66-73. Abbé Auriol. Deux croix du moyen 
âge de la région cordaise en Albigeois (à Campes et aux P'argues). — 
P. 73-5. Pasquier. Note sur la réception aux archives départementales 
d'un fonds de 59 pièces, comprises entre 1273 et 1283. [Léguées par 
M. Paul de Castéran et relatives au Comminges. au Couserans et au 
Quercy.] — P. 75-82. De Bourdes. Moulins du Bazacle, de -Toulouse ; 
charte de 1177, et autres actes antérieurs au xvi» siècle (avec une 
planche). [Très intéressante étude; texte de la charte latine de 1177 
(vidimus de 1474).] — P. 82-90. Adher. A propos des manuscrits de l'abbé 
Magi. [Biograpliie nouvelle et intéressante de Magi, tirée surtout du 
manuscrit de l'Académie des Sciences de Toulouse.] — P. 92-8. Bar- 
rière-Flavy. Nouveaux travaux sur l'archéologie franque et barbare. 
[Analyse du livre de M. Boulanger : Le mobilier funéraire gallo- 
romain et franc en Picardie et en Artois.'\ — P. 99-103 J. de Lahondès. 
Les niches des rues de Toulouse. — P. 103-6. Rachou. Groupe en pierre 
calcaire du Musée des Augustins; figuration de la Cène. — P. 106-9. 
Abbé Auriol : Une Pietà du xv' siècle à l'église Saint-Pierre de Tou- 
louse. — P. 109-22. Galahert. Feux d'artifices et collations capitulaires 
(1770). [D'après des documents sur l'arrivée de jNL de Vaudeuil en 1770.] 
— P. 12.3-6. Ad. Couzi. Une croix romane à Saint-Aventin ] probable- 
ment du XI» ou du XII" siècles.] — P. 126-31. De Rkv-Paii.hadk. Le 
compteur mécanique de Lavoisier. — P. 131-2. Artiéres. Las exequias 
de Moss. Johan Bonamic, senhor en Parlemen. [Texte des archives de 
Millau, de 1492, sur les obsèques de .Tean Bonami, conseiller au Parle- 
ment de Toulouse.] — P. 137, A. Laveugne. Influences toulousaines 
sur les clochers du Gers. — P. 140. Lavergne. Le dieu Lurgorr, 
d'après une inscription inédite (de Sariac, Hautes-Pyrénées). — 
P. 141-3. Abbé IIkrmet. Statue menhir de Montels (Aveyron). [Des- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 245 

cription complète de cette statue trouvée en 1907.] — P. 143-6. J. Cha- 
lande. Un petit repas capitulaire au xvi« siècle. — P. 146-8. J. de 
Lahondès. Un colombier toulousain du xvii" siècle. [Entre Ramonvillo 
et Pechbusque, près Toulouse.] — P. 148-50. Abbé Aoriol. Inscription 
romaine trouvée à Saint-Germier-le-Vieux, près Muret (Haute-Garonne). 
[Lecture : Obito Albino Silvani filio et vivae Atniereni Marmi filiae 
icx{ori) Albus f![lius).] — P. 160-71. Barrière-Fi.avy. Sur des baux à 
besogne pour la construction du monastère de Boulbonne à Tramesay- 
gues (1661-1672) et la restauration de celui de Calers (1664). [Étude sur 
ces monastères; texte des quatre baux.] — P. 171-2. J. de Lahondès. 
Note sur la cloche de Sainte-Foy d'Aigrefeuille. — P. 172. J. Chalande. 
Note sur un sceau du xv^ siècle. — P. 179-81. Abbé Auriol. Une hypo- 
thèse relative à un tableau de Cammas, conservé à la Dalbade. [Il repré- 
sentait, non pas la Vision de saint Bruno, mais la consécration au Sacré- 
Cœur des Chartreux de Toulouse.] — P. 185-9L J. Chalande. Anthoinc 
Bachelier, sculpteur au xvF siècle; une œuvre ignorée : blasons des capi- 
touls de 1601.] — [Travail nouveau sur ce sculpteur, jusqu'ici inconnu, 
et une de ses œuvres conservées, les huit blasons des capitouls 
de 1601.] — P. 191-206. Barkiére-Flavy. Notes sur les manoirs de 
Bouissou, Lagarde, Quintalone, commune deCintegabelle (Haute-Ga- 
ronne). [Étude intéressante sur ces manoirs et les familles de leurs pro- 
priétaires.] — P. 207-9. De Champreux d'Altenbourg. Les dessins col- 
ligés par Gaignières; les tombeaux de .leanne de Toulouse et de Ray- 
mond Vil à Fontevrault. — P. 216-7. Id. Notice sur le Missel d'Alan 
de la Bibliothèque Nationale. — P. 217-20. Ad. Couzi. Un blason domi- 
nicain dans l'ancien couvent des Jacobins. — P. 222. Bi'cgouen. Recher- 
ches et trouvailles dans la grotte d'Enlene à Montesquieu-Avanfès 
(Ariège). — P. 223-5. E. Saint-Raymond. Les fa(;ades de la tour Mau- 
rand et de l'ancien Grand Séminaire à Toulouse. — P. 226-8. J. dk 
Rey-Pailhade. Un instrument de mathématiques de Butterfield. — 
P. 230-2. R. Lizop. Une inscription inédite des Pyrénées centrales. 
[Étude et tentative de restitution d'une inscription latine, publiée par 
JeanduPuy dans : La recherche et descoiiverte des mines des Moyita- 
gnes Pyrénées, 1601, et la Revue de Commitiges, 1897, 295.] — 
P. 232-7. P. EsQuiROL. Les archives communales de Portet (Haute-Ga- 
ronne). [Analyse de l'inventaire fait par M. E.] — P. 237-9. J. de La- 
hondès. Nouvelle image en marbre du dieu cornu. [Étude sur ce bas- 
relief, de provenance inconnue, et sur les représentations similaires.] 

Ch. L. 



246 ANNALES DU MIDI. 

Gironde. 

Revue des Études Anciennes^ 1911. 

p. 79-81, 191-2, 317-30, 424-8. C. Jujxun. Notes gallo-romaines, XLIX : 
Un faux Mithracum dans les Pyrénées ; L. La dépopulation de la Gaule 
au iV« >wc\s\ LI. Quelques remarques sur la lettre des chrétiens de 
Lyon; LU. Les Gaulois au confluent de l'Oise (avec une planche). 
[Toutes études intéressantes, surtout l'analyse de la lettre de Lyon.] — 
P. 82. F. Mazaukic. Céramique polychrome des Celtes. [D'après deux 
vases de Cavaillon.] — P. 84. Abbé Marsan. Le dieu Ageion. [L'auteur 
a l'etrouvé le cippe portant l'inscription sur ce dieu.] — P. 87-90. De 
Gérix-Ricard. Les stèles énigmatiques d'Orgon et de Trets (B.-du-R.). 
— P. 91-9, 203-12, 344-52, 467-72. C. Jullian. Chronique gallo-romaine. 
[Notes d'une extraordinaire richesse sur toutes les publications, décou- 
vertes, relatives à la GauleJ. — P. 199-201. J. Sautel. Fouilles et décou 
vertes gallo-romaines à Vaison. — P. 202. Aug. Audollent. Mines d'or 
en Auvergne. — P. 330-6. P. Courteault. Fiole en fuseau ayant con- 
tenu du vin antique trouvée à Bordeaux. [Étude complète et concluante ; 
avec deux dessins et une planche.] — P. 341-3. C. Jullian ; H.Ferrand. 
Questions hannibaliques : XI. Nouvelle adhésion au passage d'Hannibal 
par le Clapier (avec 3 planches). — P. 428-9. Ch. Cotte. Mur à plu- 
sieurs parements. [Mur probablement gaulois à Saint-Julien, commune 
de la Bastidonne.J — P. 430-6. A. Cartier. Mobilier funéraire de quel- 
ques dolmens de la région des Cévennes au Musée d'art et d'histoire de 
Genève (avec une planche et dix dessins.) — P. 437-52. G. -H. Luquet. 
Les représentations humaines dans le néolithique ibérique. [Surtout 
d'après les travaux de Siret'.] — P. 452-6. J. Déchelette. Le javelot 
ôXocj(8y)po; des Ibères. [Correspondance entre les descriptions littéraires 
de ce javelotetdes fragments de javelots trouvés dans les Hautes-Pyré- 
nées. J — P. 4.56-8. P. Buffault. Questions hannibaliques : XII. A pro- 
pos des cours d'eau alpestres. [Croit et prouve que l'état hydrologique 
du Briançonnais et du pays de Guillestre n'a pas sensiblement varié 
depuis le haut moyen âge. — P. 459-64. Eug. Duprat. Cinga ou Sulga? 
Orga ou Sorgia. [Prouve que dans le texte de Lucain il faut substituer 
la Sulga vauclusienne à la Cinga ibérique et propose dans le texte de 
Pline Sorgia, identique à Sulga, pour Orga.] — P. 466. C. Jullian. 
Inscriptions de Fabregoules. 
1912. 

P. 55-9, 167-74, 283-4, 391-4. C. Jullian. Notes gallo-romaines : la source 
du Var et les cols transversaux des Alpes; la Gaule dans la Table de 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 247 

Peutinger (avec 8 planches); analogies de diverses sortes, Ulysse en Ger- 
manie ; les derniers des Boïens. — P. 61-4. D'Henri Martin. A propos de 

la découverte de l'homme fossile de La Quina (station charentaise). 

P. 67-74. J. MoMMÉJA. F>es découvertes de Sos; les mines de fer de Sos. 
[Étude intéressante sur leslrouvailles qui attestent la véritable position 

de la ville desSotiates; lecture d'une insi-ription par M. G. Jullian.] 

P. 7.5-6. H. DE Gérin-Ricard. a propos des stèles de Trets. — P. 77. 
L.deVesly. Les édicules carrés de Saint-Symphorien à Avenches (Suisse) 
etdeSaint-8eurin à Bordeaux. — P. 77-9. R. Lizop. Notes épigraphiques 
sur Saint-Bertrand-de-Comminge.s. — P. 80. H. de Gérin-Ricard. Les ins- 
criptions de Lambesc— P. 81-90, 197-202,308-12,405-20.0. Jullian. Chro- 
nique gallo-romaine. [Aussi riche que les précédentes, notamment sur 
le néolithique provençal, le Musée du cheval à Saumur, les oppida du 
Limousin, l'origine de Tulle, leRliindieu celtique, les fouilles en Com- 
minges, Lescar, la Tutelle de Lourdes, les mines d'or de France et 
surtout d'Auvergne, les utriculaires, Alesia, l'amphithéâtre de Saintes.] 
— P. 175-88. L. Colas. La voie romaine de Bordeaux à Astorga dans 
sa traversée des Pyrénées. [Excellente étude qui décrit la voie romaine 
de Saint Jean-le-Vieux (Imns Pyrenaeus) à Ibaneta [sicminns portiis) 
par Erreculus, Orisson, Château-Pignon (5U)?iMt?<s Pyrenaeus), Elissa- 
chare et Roncevaux.] — P. 188. M. Clerc. Frise de sculpture gauloise 
à Nages (Gard). — P. 190-2. M. Clerc. La Massiliographie. [Note sur 
cet ouvrage, peu important, de Prat et Durand, écrit sans doute 
vers 1594.] — P. 194-6. P. Boissonnade. Note sur la culture du pastel 
ou guesde enFrance au moyen âge. —P. 285-91. Ph. F abia. Officiers gau- 
lois dans les légions romaines au i" siècle de notre ère. [Prouve que la 
Gaule fournissait alors déjà des centurions et, d'après un texte de 
Tacite, plusdetribunslégionnairesqu'onne croyait.] — P. 292-8. A.Blan- 
CHET. L'avènement de Postume à l'empire. [D'après une pièce de bronze 
de Postume.] — P. 299-304. T. Montanari. Questions hannibaliques : 
Xll. Journal de la marche d'Hannibal. (Reconstitution très hypothé- 
tique depuis le passage du Rhône à Aramont ou Tarascon jusqu'à 
Drubiaglio par Oraison, Veynes, la Roche-des-Arnauds, Gap, le Pertuis 
Rostang et le col du Mont-Genèvre.] — P. .394-400. R. Lizop. Notes sur 
Saint-Bertrand-de-Comminges; archéologie. — P. 401-3. A. Ambrosi. Le 
Musée corse. [Note sur le projet de fondation de ce Musée]. — P. 403-4. 
L. Colas. A propos de la culture de la guaide ou pastel en France au 
moyen âge. Ch. L. 



248 ANNALES DU MIDI. 

Isère. 

I. Annales de C Université de Grenoble^ t. XXIV, 1912. 

p. 1-40. D.-M. VAUGHA.N. Étude géographique et historique sur la route 
du Lautaret. [Exposé des tentatives faites, aux diverses époques de 
l'histoire, pour établir entre Grenoble et Briançon, par le Lautaret, une 
route convenable. Il est probable, sinon absolument certain, qu'une 
route romaine passa par le Lautaret, et plus tard ce fut le long de cette 
route que se développa, du Graisivaiidan au Briançonnais, le pouvoir 
des comtes d'Albon. État déplorable de cette route à la fin du moyen 
âge; réparations faites en 1510 pour permettre le passage des troupes 
d'infanterie de Bayard. Importance stratégique de la route du Lautaret 
pendant les guerres de religion et pendant les luttes avec la Savoie. La 
« petite route » de l'Oisans (par opposition à la « grande route » de 
Grenoble à Briançon par Gap et Embrun) fut souvent utilisée par Les- 
diguières, puis plus tard par Catinat et Villars. A partir de 1792, des 
travaux sérieux ont été entrepris pour établir sur celte voie une route 
carrossable; mais celle-ci n'a été achevée qu'au milieu du xix» siècle.) 
— P. 399409. M.-D. Faucher. Le site de Valence. [Exposé des raisons 
qui ont déterminé la naissance et le développement de Valence : étape 
entre Lyon et Avignon, tête de la route qui, remontant l'Isère, gagne 
les hautes vallées alpines. Valence s'est établie un peu en dessous du 
confluent trop mobile de l'Isère, en un point où le Rhône, rejeté vers 
l'Est par le cône de déjection du Mialan, longe la base même des ter- 
rasses qui dominent sa rive gauche, et s'y est creusé un lit relativement 
étroit et rendant facile l'établissement d'un pont. Longtemps, Bonrg- 
les-Valence fut le port principal ; mais Valence, située sur une terre plus 
élevée, était mieux placée comme tète des routes terrestres; le port de 
Bourg s'est ensablé et a perdu toute importance.] R. C. 

II. Bulletin de C Académie delphinale,b^ série, t. V, 1911. 

p. 41-115. Éd. .Silvy. Les trois romans de Françoise Mignot. IL La ma- 
réchale de L'Hôpital. [Née à Grenoble le 26 janvier 1624, Fr. Mignot 
épousa Pierre des Portes en 1640. Celui-ci mourut le 20 août 1652, 
laissant tous ses biens à sa femme. Grâce au supérieur des Jacobins de 
Paris, elle entra en relations avec le secrétaire du maréchal de L'Hô- 
pital, gouverneur de Paris, puis avec le maréchal lui-même, âgé de 
soixante-dix ans et veuf, depuis 1651, de Charlotte des Essarts. Le vieux 
maréchal se laissa séduire par la jeune veuve, et leur mariage eut lieu 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 249 

le 28 août 1653. Extraits de leur correspondance antérieure an mariage. 
Un fils leur naquit le 16 mai 1654. Fêtes et bals donnés chez le maré- 
chal, notamment en 1658, en l'honneur du roi, de M"« de Montpensier, 
de Marie Mancini, de Christine de Suède. Malgré ses démarches, la 
maréchale ne put obtenir la place de dame d'honneur de la nouvelle 
reine Marie-Thérèse. Mort du maréchal, le 20 avril 1660. J — P. 117-79. 
D' Ponte. Les Gabet et le protestantisme à Chàtonnay. [Les Gabet ont 
occupé une situation importante dans le mandement de Chàtonnay à 
partir du xy« siècle. En 1453, Christophe Gabet et ses fils, fournisseurs 
de poissons pour l'hôtel des Dauphins, sont anoblis par Louis II. Au 
siècle suivant, on retrouve les Gabet à Vienne, dans le monde du droit. 
Innocent Gabet, docteur es droits, est lieutenant du vi-bailli en 1530 
son fils Jacques est juge royal à Vienne en 1519, et son petit-fils Israël, 
d'abord juge royal, fut nommé, en 1638, conseiller à la nouvelle Cour 
des Aides établie à Vienne. Il mourut en 1645, et avec lui s'éteignit la 
principale branche de la famille. Les Gabet ont été dans le Viennois, 
au xvr siècle, d'ardents propagateurs de la Réforme. Jacques Gabet fit 
prêcher pour la première fois à Vienne, en plein jour, « à la manière 
de Genève » ; en 1562, il ouvrit la ville au baron des Adrets, et fit venir 
en Viennois divers pasteurs de Genève; lorsque Vienne eût été reprise 
par les troupes catholiques de Maugiron, il ne cessa pas de lutter, et 
finit par être tué. en 1573, par des soldats envoyés à sa poursuite. A la 
faveur de l'édit de Nantes, le protestantisme s'établit à Chàtonnay. 
Mais la révocation de l'Édit et les dragonnades le firent disparaître, et, 
au xvin' siècle, on ne signale plus à Chàtonnay de centre important de 
protestantisme.] — P. 231-48. C°« Juster. Notes sur les couleurs natio- 
nales et le drapeau tricolore, à propos d'un drapeau récemment déposé 
au Musée de l'Armée. [Fragments de drapeaux retrouvés à la cathé- 
drale d'Embrun, qui ont peut-être appartenu au régiment irlandais de 
Limerick, qui contribua à la défense d'Embrun en 1692, à moins que ce 
ne soient seulement des copies, remises en ex-voto à cette cathédrale. 
Étude sur la signification et l'emploi des trois couleurs, blanc, rouge et 
bleu, dans l'armée, avant la Révolution.] — P. 275-99. J. Pavin de l.a. 
Farge. Un Dauphinois au siège de Prague. [Manuscrit retrouvé dans 
les papiers de la famille de Glasson, originaire de Suisse, et fixée à 
TuUins depuis le commencement du xvii« siècle. L'un de ses membres, 
Gaspard Glasson de Pongros, fils de François Glasson, greffier en chef 
du Parlement de Grenoble, embrassa la carrière des armes, devint capi- 
taine au régiment de Fiennes, et prit part à la défense de Prague, en 1743, 
par le maréchal de Belle-Isle contre les troupes autrichiennes. Il nous 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 17 



250 ANNALES DU MIDI. 

a laissé an récit détaillé de ce siège de six mois. Après trente-six ans 
de services, Glasson-Pongros vint finir ses jours au château de Tul- 
lins.] — P. 301-28. Abbé Dussert. Un recueil de poésies en patois de 
Mens, par J.-H.-Edni: Besson. — P. 329-410. Abbé Graeff. Clément VI 
ei la province de Vienne. [Suite du catalogue des actes de Clément VI 
relatifs à la province de Vienne. Actes des 5« et 6" années de pontificat, 
de mai 1346 à mai 1348, comprenant 311 articles. Grande quantité de 
renseignements sur les comtes de Valentinois, les comtes de Savoie, et 
sur l'État delphinal à la fin du gouvernement de Humbert II.] 

E. C. 

Savoie. 

I, Mémoires de V Académie des sciences^ belles-lettres et 
arts de Savoie, 4« série, t. XII (Repartie), 1911. 

p. i-xvij 1-637. L. Bouchage. Chroniques de la congrégation des Sœurs 
de Saint-Joseph de Chambéry sous la protection de l'Immaculée Mère 
de Dieu, de sa fondation à l'année 188.5. Vol. I. [Congrégation fondée 
au Puy-en-Velay, en 1650, par l'évèque Henri de Maupas du Tour, 
désireux de réaliser les desseins de François de Sales. Après la Révo- 
lution, la communauté fut reconstituée à Saint-Étienne, puis transférée 
à Lyon. Après 1815, les établissements créés en Savoie se séparent de 
la Maison de Lyon, et deviennent une congrégation autonome, approu- 
vée par lettres patentes du roi de Sardaigne Victor-Emmanuel I""' 
en 1816, avec un siège central à Chambéry, et d'assez nombreuses filia- 
les en Savoie, en Piémont, et aussi, depuis le milieu du xix« siècle, 
dans les Indes Orientales.] 

5« série, 1. 1, 1911. 

p. 1-136. De Gerbaix de Sonnaz de Saint-Romain. Mémoire historique 
sur Louis II de Savoie, sire de Vaud, sénateur de Rome (1310-1312). de 
1275 à 1349. [Louis II appartenait à une branche cadette de la Maison 
de Savoie ; son père Louis I" avait reçu en apanage, à la fin du xiii» siè- 
cle, la seigneurie de Vaud. Louis II fut élu sénateur unique de Rome, 
au printemps de 1310, sur la recommandation du pape Clément V, et 
grâce à l'appui du roi des Romains, Henri VII de Luxembourg. Détails 
sur la charge de sénateur de Rome et sur les statuts de 1278 et de 1310, 
relatifs à l'élection du sénateur par le peuple romain. Pendant une 
année, Louis administra Rome avec prudence, préparant les voies à 
Henri VII, qui désirait venir à Rome pour se faire couronner empereur. 
Mais, en 1311, les intrigues des Guelfes forcèrent Louis à quitter Rome, 
et sa destitution fut même prononcée le 23 février 1312. 11 rentra à 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 251 

Rome avec les troupes victorieuses de Henri VII, reprit ses fonctions 
de sénateur, et assista au couronnement de l'empereur, le 29 juin 1812. 
Le mois suivant, il quitta Rome et se retira en Savoie. On le retrouve 
dans les armées françaises, en 1328 à Casse], en 1346 à Crécy. A sa 
mort (1349), le comte de Savoie Amédée VI racheta à ses héritiers la 
baronnie de Vaud.] R. C. 

II. Mémoiy^es et documents publiés par la Société savoi- 
sienne d'histoire et d'archéologie, t. LU, 1912. 

P. 1-212. J. Balmain. Les franchises et la communauté d'Alton (Savoie). 
[V. un compte rendu de cet ouvrage dans les Annales du Midi, 
t. XXIII, 1911, p. 353 et s.] — P. 215-503. J. Masse. Histoire de l'an- 
cienne Chautagne depuis les temps les plus reculés jusqu'à la Révolu- 
tion. [Suite et à suivre. Le clergé et les propriétés ecclésiastiques : 
prieurés de Chindrieu et de Vions, églises et cures de Ruffieu, de Ser- 
rières et de Metz, possessions de l'abbaye de Hautecombe en Chau- 
tagne. Étude minutieuse et détaillée, empruntée aux archives municipa- 
les de ces localités, aux archives de la Savoie (Sénat de Savoie, visites 
pastorales), de la Haute-Savoie, de la Côte-d'Or, de l'État de Genève, 
sur les divers prieurs ou curés, sur la gestion des biens d'Église, leurs 
fermiers, leurs albergataires, sur la vente de ces biens pendant la Ré- 
volution. Quelques renseignements sur l'organisation de l'instruction 
publique dans les États de la Maison de Savoie.] — P. 505-51. J. Bahut. 
Le château-prieuré du Bourget du Lac, berceau de la Maison royale 
d'Italie, monument historique de France. — P. 553-75. Th. Reinach. 
Un nouveau sous-préfet romain de la Tarantaise. [Inscription trouvée 
à Aime en Tarantaise, sur un autel dédié au dieu Mars par un certain 
T. Accius, originaire d'Embrun, restaurateur du temple d'Aimé, et 
beneficiarius d'un procurator Augusti, P. Memmius Clemens, jus- 
qu'ici inconnu. Étude sur les provinces procuratoriennes des Alpes, et 
liste des procuratores connus.] R. C. 

Vaucluse. 

I. Annales d'Avignon et du Comtat Venaissin, V année, 
19121. 

P. 1-18. Requin et Pansier. Antoine Carteron lapicide. Ses travaux à 

1. Cette Revue, éditée par la Société des recherches historiques de 
Vaucluse, est surtout une publication de textes. Ces brèves études 
documentaires, par leur nature même, échappent le plus souvent à la 
critique, mais forment une source extrêmement riche. 



252 ANNALES DU MIDI. 

Avignon de 1484 à 1492. [Originaire de Bourges. Prix-fait d'une chapelle 
aux Observantins, d'un avant-corps à la porte Saint-Lazare, de la 
sacristie de Saint-Pierre ; réparations au châtelet du Pont. Planches.] — 
P. 19-27. DupRAT. Notes de topographie avignonaise. Villanova près de 
Bédarrides et Villa Nova près d'Avignon. [Villa mentionnée en 898 
dans un précepte de Louis, roi de Bourgogne-Provence, et distincte d'une 
^'iUa 7iova, quartier d'Avignon dès le xii« siècle, qui devint au xv« 
celui de Via Nova. Très nombreuses références.] — P. 28-38. Pansier. 
Les anciennes chapelles d'Avignon. La chapelle et l'Aumône de N.-D. 
du Salut au portail Mahanen. [Plan de 1784 et documents à partir de 
1423. Petite erreur d'étymologie prise à Mistral. Le portail Mag?iane)h 
ne serait-ce pas le Portale Mangaïiesiorum du xiii'" siècle plutôt que 
le portail de Hugo de Maillanaf] — P. 39-43. Duhamel. Supplique du 
conseil d'Avignon au xiv« siècle. [Texte d'une supplique adressée au 
camérier de Grégoire XI pour que la ville soit remboursée des 
1.500 florins payés par elle à Duguesclin en 1368.] — P. 4.3-52, Gir.ird. 
Documents sur les compagnons d'arts et métiers à Avignon (xvir- 
xix« siècles;. [Concernant les compagnons tailleurs et serruriers, les 
maîtres-tailleurs, les réunions des compagnons, l'embauchage, etc.] — 
P. 53-67. Labande. Inventaire du château de Vaucluse, 1414. [Avec prix 
fait des moulins de Gallas par Siffrein Ufi'redi d'Oppède.] — P. 69-80. 
Pansier. Le prieuré et l'hôpital de N.-D. de Fenolhet. [Prieuré fondé 
vers 1270 par les frères de la Pénitence; 7 pièces justificatives.] — 
P. 81-96. Girard et Requin. Le couvent des Dominicains d'Avignon. 
Cloître et bâtiments claustraux. [Suite du mémoire paru dans Congrès 
archéologique de France, 76^ sessiofi. Avignon, II, p. 299. Examen 
des débris architecturaux et objets mobiliers conservés au Musée 
Calvet.] — P. 97-103. Mourret. Inventaire du château-fort de Boulbon, 
1451. [Mobilier ordinaire.] — P. 105-28. Pansier. Le Trésor de l'église 
N.-D. des Doms et la guerre des Catalans. [Pour subvenir à cette guerre 
le Chapitre donne une partie de son trésor. Il le reconstitue ensuite au 
moyen de la dette que la ville a contractée envers lui pour la 
reconstruction du clocher de la Métropole; 18 pièces justificatives.] — 
P. 129-36. Gap. Rôle original des Hommages rendus en mai 1251 A 
Alfonse de Poitiers pour les terres du Venaissin. [Texte d'après le 
n" 52 de la layette J. 314 du Trésor des Chartes; complète le Polyp- 
tique du Venaissin ] — P. 137-46. Pansier. Les privilèges de la 
Fusterie au xni» siècle. [Codification des coutumes de la Fusterie faite 
en 1247.] — P. 147-50. Mourret. Pour le duché de Gênes. [Les Génois 
ayant proposé de livrer leur ville à Charles VII moyennant finance, caution 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 253 

est donnée par des Turasconais au roi René, son représentant, pour la 
somme de 3.000 ducats à employer à ce. 1458.] — P. l.")l-67. Duprat, 
Testament de Giraud Amie, 1216. [Fils de Giraud Amie et de Galburge. 
Rectifie complètement pour cette branche les généalogies de la Maison 
de Sabran données par du Roure et l'Armoriai de France. Intéressant 
pour le Languedoc] — P. 168-76. Pansier. Note sur une bulle deCalixtelI 
accordant des indulgences à l'œuvre du Pont d'Avignon. [23 avril 1455. 
Examine en même temps une bulle du 20 févr. 1397 rappelée dans celle 
de Calixte II, et qui a des parties interpolées.] — P. 177-99. Labande. 
Liquidation de la succession d'un magistrat pontifical au xiv« siècle : 
L'allemand Jean Heinricii (1315-1375). [Curieux pour l'histoire sociale 
d'Avignon et duComtatau xiv siècle.] — P. 201-10. Girard. Une ordon- 
nance du cardinal de Foix sur l'administration de ia justice à Carpentras 
et dans le Comté Venaissin (22 mars 1146). [Concerne les notaires, ser- 
gents, geôlier, procureur fiscal et juge ordinaire de la Cour de Carpen- 
tras.] — P. 211-18. Pansier. Le chien du roi Louis XI et le clavecin de 
la reine Anne. [En 1477 les Avignonais donnent au roi un chien de 
3 écus et en 1501 un clavecin à la reine Anne ; 7 pièces justificatives.] 
— P. 219-42. Pansier. Les œuvres charitables d'Avignon en 14.33. 
[Relevé des aumônes, confréries, hôpitaux, chapellenies, d'après le 
recensement fait sur l'ordre du cardinal de Foix.] — P. 243-54. 
Duprat. Châteaurenard de Provence : I. Les sources de l'Histoire de 
Châteaurenard. [Sources d'archives surtout; plan à suivre pour ceux 
qui veulent écrire des monographies de petites communes.] E. D. 

II. Mémoires de V Académie de Vaucluse, 2^ série, t. XII, 
1912. 

P. 1-11. Brun. Le Cointat Venaissin (Essai d'étymologie). [Démontre 
que le mot Venaissin vient de Venascinus, adjectif dérivé de Venasca 
et non de Avennicus. Nombreux textes cités. Tout à fait concluant ] — 
P. 13-50. Marcel. La Vierge de Pradier à la Cathédrale d'Avignon. 
[Histoire documentée, mais un peu longue, d'une statue exécutée par 
Pradier en 1830, pour le prix de 10.000 francs.] — P. 51-70. M. de Vissac. 
Le journal du chanoine Arnavon. [Biographie, écrite dans un style 
bizarre, de J.-F. Arnavon, 1737-1820, auteur d'un Journal de la ville 
d'Aviffnon (ms. 1520), allant de 1761 à 1819.] — P. 71-86. Lhermite. 
Les Cabanes en pierres sèches. Celles de Vaucluse. Habitations pri- 
mitives? [Étude sur le mode de construction de ces cabanes, leur aire 
dans le pays. etc. Étude manquant de netteté: on ne voit pas clai- 
rement à quelle période l'auteur assigne ces constructions, ni le mode de 



254 ANNALES DU MIDI 

leur utilisation.] — P. 87-100. Gap. Oudard de Pomponne, viguier et 
châtelain d'Alfonse de Poitiers au xiii» siècle. [Textes rassemblés sur 
ce personnage qui fut viguier de Nimes pour le roi en lïi50, puis de 
Toulouse pour Alfonse de Poitiers en 1251, puis d'Avignon en 1256, et 
châtelain de Seguret. Quelques notes inutiles.] — P. 100-18. Belleudy. 
Pierre Laplanche, peintre des chemineaux. [Biographie d'un peintre 
avignonais (1804-1882) un peu effacé et spécialisé dans la peinture des 
mendiants.] — P. 119-130. D" Colombe et Pansier. Les fouilles de 
l'immeuble Aubanel. Compte rendu. [De premier ordre; relevé minu- 
tieux et précis des fouilles faites dans un immeuble adossé au rocher 
de la Vice-Gérence à Avignon; mise à jour de trois arcades romaines 
déjà connues; découverte de murs perpendiculaires aux pieds-droits, 
et, à quelque distance, de murs en petit appareil encore revêtus de leur 
placage de marbre. Photogr. et plan.] — P. 131-63. Doprat. Notes 
d'archéologie avignonaise : III. Les ruines antiques de la rue Peyrolerie. 
[Examen critique des renseignements donnés sur les ruines romaines 
signalées depuis le xvn« siècle dans le quartier de la Vice-Gérence. 
Discussion des identifications proposées. Les restes mis à jour 
auraient appartenu à des boutiques ou caves romaines et à une maison 
particulière.] — P. 165-229. D' Colombe. Au palais des Papes. Histoire 
d'une caserne. [Suite des études remarquables de l'auteur sur le Palais. 
Examen à l'aide des Archives de la ChelTerie du Génie, des modifica- 
tions subies par le Palais pour devenir au xix" siècle une caserne. Que 
de réparations, changements, destructions et constructions! Exposé de 
premier ordre et qui sera utile pour la remise en état du monument. 
Plan de 1839.] — P. 229-54. Marcel. L'œuvre de Paul Huet au Musée 
d'Avignon. [Notice sur trois tableaux de ce peintre avec pièces justifi- 
catives.] — P. 255-60. Girard. La cloche des Augustins d'Avignon. 
[Histoire d'une cloche fondue en 1520 pour l'ouuvre du Pont et le prieuré 
de Monfavet. installée en 1562 dans le clocher des Augustins, fêlée en 
1909. Inscription de 1520 bien reconstituée, sceau et bas-reliefs.] — 
P. 261-64. Cotte. L'épée de Brennus à l'Agnel. [Découverte à Pertuis 
d'une épée de fer ployée (dessin) du début de la période de la Tène IL] 
P. 265-76. ])■■ Colombie. Le pont d'Innocent VI, nouvelle contribution à 
l'étude du Palais. [I/auteur i-etrouve à l'aide des textes et par d'ingé- 
nieuses remarques le pont jeté entre le petit Tinel et la grande 
Chapelle. Plan.] — P. 276-301. Tuouillet. Cérémonial du chapitre 
métropolitain d'Avignon au xvm» siècle. [D'après un ms. de la Bibl. du 
Grand Séminaire; détails sur le chapitre, ses statuts, offices, ses 
ornements, les reliques, etc.; quelques entrées solennelles de princes 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 255 

sont notées.] — P. 303-33. De Vissac. Le clievalier de Folard. [Biogra- 
phie superficielle.] — P. 33.5-57. Laval. Velorgues au Comté Venaissin. 
[Histoire d'un petit castrum qui apparaît en lOtO. Étude archéologique 
de la Tour qui subsiste, d'après les indications de M. Girard, et de 
l'église (fin du xiii* siècle) d'après les données de M. Labande.J — 
— Pagin. séparée. Girard. Bibliographie Vauclusienne, année 1911. 
[Répertoire précieux de tout ce qui a paru en 1911 sur le Vaucluse; 
n"' 2651 à 2820.] E. D. 



CHRONIQUE 



Le nombre des thèses de l'École des Chartes qui concernent le 
Midi est encore cette année peu considérable. Celle de M. F. Bau- 
DRY, La Révocalioïi de Védit de Nantes et le 'protestantisme au 
XYIII^ siècle en Bas-Poitou, ne concerne pas le domaine des An- 
nales. Il en est de même de celle de M. E. Lyon : Le « Coustumier 
de Poictou » du XV^ siècle, étude du texte et essai d'édition cri- 
tique, notamment d'après un manuscrit des archives de la ville de 
Toulouse. Sur les dix thèses qui restent, deux seulement peuvent 
nous intéresser. — B. de La Croptf: de Chantérac, Odet de Foîoc, 
vicomte de Lautrec {1483?- 16 août 1528). Grand sénéchal de 
(4uyenne en 1507, il suit Gaston de Foix en Italie en 1511, est 
nommé gouverneur de Bologne, puis, à son retour en France, 
chargé de guider François d'Angoulème dans l'expédition de Na- 
varre et de négocier une trêve avec Ferdinand le Catholique (1513). 
Maréchal de France à l'avènement de François I^r, il prépare le 
passage des Alpes, prend Novare et devient gouverneur du Mila- 
nais (1516); sa politique n'est pas des plus adroites; ses difficultés 
avec les Vénitiens et les Suisses, le mécontentement du peuple par 
suite des impôts excessifs et des vexations des garnisons françai- 
ses contribuent à la perte du Milanais. Mal accueilli par le roi, il 
est cependant nomuié gouverneur du Languedoc pour surveiller 
les partisans des Bourbons et joue un ntle important auprès de la 
régente après le désastre de Pavie. Chef de l'expédition d'Italie 
on 1526, il meurt au siège de Naples. Appendices sur les portraits 
et la fortune de Lautrec. Il est difficile, d'après les positions, d'aperce- 
voir le jugement do l'auteur sur le personnnge, dont un chapitre 
spécial, très sommairement indiqué, étudie la « physionomie mo- 
rale ». De même, on ne se rend i)as très bien compte de ce que ce 
travail apporte de nouveau à l'histoire des faits déjà connus. — 



CHRONIQUE. 257 

E. Laval, Le droit privé dans les coutumes du Quercy aux 
XIII^ et XlVe siècles. C'est tout un code civil que M. L. semble 
avoir tiré de l'étude des coutumes dont la liste est donnée en 
appendice. C'est d'abord la condition des personnes, nobles ou che- 
valiers, bourgeois et roturiers francs (exempts des tailles arbitrai- 
res), serfs (qui subsistent malgré l'abolition du servage consacrée 
par les chartes de coutumes), juifs, hérétiques. La puissance pater" 
nelle s'exerce à tout âge, et le mariage n'en affranchit pas le fils de 
famille. Tutelle et curatelle : la majorité est complète à vingt-cinq 
ans. L'autorisation du père est nécessaire pour contracter mariage; 
fiançailles par paroles de présent; la recherche de la pater- 
ternité est admise en Quercy. La dot est obligatoire pour le père; 
inaliénabilité absolue de la dot immobilière , conditions de restitu- 
tion de la dot; la femme survivante prélève sur le patrimoine du 
mari une portion de biens, c'est l'augment de dot ou « oscle w 
de même le mari au décès de sa femme exerce un droit de con- 
tre-augment. La liberté testamentaire est consacrée parles chartes 
de coutumes; conditions de forme et de fond du testament (institu- 
tion d'héritier, réserve de la légitime aux enfants et aux ascen- 
dants). Pour les successions ab intestat, la ligne collatérale est 
admise jusqu'au 4^ ou 5e degré; l'exclusion des filles dotées est 
générale: le retrait lignager est d'une pratique courante jusqu'à 
la Révolution. Étude des divers modes d'acquérir les biens, vente, 
louage, contrats de garantie. Un dernier chapitre est consacré au 
régime de la propriété : rareté des alleux; le tenancier peut aliéner 
sa tenure, sauf le droit de retrait du seigneur; redevances, droits 
de mutation par décès, droits de mutation entre vifs (« capsol »). 
Ici également, et quoique les positions soient assez développées, 
on aimerait à voir plus nettement en quoi toutes ces particularités 
intéressantes se distinguent des autres coutumes du Midi, quelles 
sont leurs origines, etc. ; on y saisit à plusieurs reprises l'in- 
fluence du droit romain. 



La commission centrale et les Comités départementaux chargés 
de rechercher et de publier les documents relatifs à la vie écono- 
mique de la Révolution se sont réunis à la Sorbonne, en assem- 
blée générale, les 3, 4 et 5 février 1913. Les communications 
relatives au Midi y brillent par leur extrême rareté. Nous n'en 
trouvons qu'une seule à signaler à nos lecteurs : M. Favier a ex- 



258 ANNALES DU MIDI. 

posé les résultats d'un travail qu'il a entrepris sur la vente des 
biens nationaux dans le district de Montélimar et annoncé qu'il 
procède à une enquête sur les anciennes mesures en usage dans 
le département de la Drôme au début de la Révolution. 



Mouvement félibréen. — Les félibres de la Maintenance du 
Languedoc se sont réunis en congrès à Béziers, le 24 novem- 
bre 1912, pour s'occuper d'unifier l'orthographe des pai'lers méri- 
dionaux. M. P. Bédard, chargé du rapport d'ensemble sur cette 
épineuse question, vient de publier ses observations. (Béziers, 
imp. F. Aguilhon, 1913; in-8o de 32 p.). Les observations sont inté- 
ressantes et les conclusions aussi. Pour notre part, nous avons été 
toujours d'avis qu'il ne fallait pas compliquer inutilenient la gra- 
phie. Quelques réformateurs d'aujourd'hui ressemblent un peu aux 
grammairiens du xvie siècle, auxquels nous devons l'orthographe 
française actuelle, si illogique qu'on n'ose pas la défendre. L'éty- 
mologie est une science intéressante, mais elle n'a rien à faire 
avec l'orthographe, ou du moins peu de chose; et certainement elle 
n'est pas à la portée de tout le monde. Simplifions, simplifions, 
sans trop de souci de l'étymologie, et même sans trop de souci de 
la graphie des troubadours, qui n'est la plupart du temps que la 
graphie des copistes : et, souvent, quels copistes! 

Lq Bulletin de V Union départementale des syndicats agricoles 
de VAude a publié un poèmedeMir sur Zes Venda^^^es, et chaque 
numéro contient depuis plusieurs mois une pièce en languedocien. 
LaMaintenance d« Languedoc a d'ailleurs demandé aux journaux 
de la région de donner dans leurs colonnes une place aux dialectes 
méridionaux, et quelques-uns ont favorablement accueilli ce va^u. 
La prochaine fête de sainte Estelle aura lieu à Aix-en-Provence. 
On sait qu'à cette occasion auront lieu les Jeux Floraux septen- 
naires. ,1. A. 



CHRONIQUE. 259 



Chronique du Gévaudan. 

Depuis 1908, date de la dernière chronique du Gévaudan, les 
Archives de la Lozère ont réintégré un très précieux document 
connu sous le nom de Livre de saint Privai (G 1446). Ce manus- 
crit contient le seul texte qui nous soit parvenu des Miracles de 
saint Privât (début du xne s.) et des opuscules de l'évêque de 
Mende, AldebertIII (fin du xiio s.), sur l'invention et la translation 
des reliques de ce saint. M. E. de Rozière, membre de l'Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres, inspecteur général des archives 
et sénateur de la Lozère, avait obtenu le prêt de ce registre dont 
il voulait donner une édition et était mort sans l'avoir rendu. Le 
manuscrit passa pour perdu et ne fut retrouvé qu'en 1908, d'une 
façon fortuite, par L Delisle qui, après la mort de M'"» E. de 
Rozière, fut amené à examiner les papiers laissés par son ancien 
confrère. On sait que M. le chanoine Remize, puis moi-même, 
avons depuis donné de nouvelles éditions de ces textes sur saint 
Privat^ j\L l'abbé Fourcher était détenteur d'une copie des mêmes 
traités, due à Ferdinand André, ancien archiviste de la Lozère, 
il a bien voulu l'offrir aux archives départementales (G 1446 bis). 
L'administration des Domaines a versé aux mêmes archives 
environ deux cent cinquante registres provenant du service des 
bureaux des Domaines pendant la Révolution. Cette précieuse 
acquisition nous permet à peu près seule de nous renseigner 
sur la vente des biens nationaux de la Lozère, les documents 
provenant de l'administration du département et de celle des dis- 
tricts ayant presque comi)lètement péri dans l'incendie de la Pré- 
fecture en 1887. Un état sommaire de ce versement figure dans le 
Répertoire numérique de la série Q paru en 1910. Aux collections 
révolutionnaires est venu s'adjoindre également un des rares 
cahiers de doléances paroissiaux de 1789, celui de La Canourgue, 
qui a été aussitôt publié dans le Bulletin de la Société d'agricul- 
ture... de la Lozère {Archives gévaudanaises, 1910, p. 130). Les 
archives des administrations cantonales de Villefort, Le Malzieu, 
La Canourgue, Langogne et Saint-Étienne-Vallée-Française ont 
été réintégrées au dépôt départemental. Enfin la série des minutes 

1. Cf. ci-dessus, p. 214, un compte rendu de cette édition. 



260 ANNALES DU MIDI. 

notariales s'est accrue de quatre cent sept registres versés par une 
étude de Florac et une autre du Gollet-de-Dèze. Ces registres com- 
prennent des actes de 1540 à 1807. Un état en est publié sur la 
couverture du Répertoire de la série L (1912). Le classement géné- 
ral du dépôt des archives de la Lozère a été poussé de préférence 
à l'inventaire d'une série unique. Les séries G, K, L, 0, P, Q sont 
actuellement munies de répertoires. Une liste alphabétique des 
notaires dont les minutes sont conservées aux archives a été publiée 
comme annexe au rapport de l'archiviste de 1911 et une table 
répartissant ces minutes dans l'ordre topographique figure sur la 
couverture du Répertoire des séries O et P (1911). L'inventaire 
sommaire de la série E s'est accru de cinq feuilles relatives à la 
fin des titres de famille et au début des titres des communautés. 
L'état sommaire de cet inventaire a été donné au public sur la 
couverture du Répertoire de la série Q (1910). Celte année verra 
sans doute parnitre les Répertoires des séries M, N et Y. 

A la Bibliothèque deMende, M. Renouard a été remplacé comme 
bibliothécaire par M. Arzalier, et, à la mort de ce dernier, la fonc- 
tion a été supprimée. Ce sont les employés de la mairie qui à 
tour de rôle assurent, le jeudi et le dimanche, le service de la 
bibliothèque. Celle-ci d'ailleurs, dépourvue de classement et n'ac- 
quérant que des œuvres littéraires, est à peu près sans utilité pour 
les études historiques. Parmi les bibliothèques des séminaires, 
très pauvres, un choix de livres historiques a été fait par l'archi- 
viste au profit de la bibliothèque des Archives. Le reste est de- 
meuré entassé dans l'ancien petit séminaire, devenu le Collège 
municipal. 

Le président de la Société d'agriculture de la Lozère, le Dr Mon- 
teils, est mort. Quoique n'ayant jamais rien écrit sur l'histoire du 
Gévaudan, le Dr Monteils avait, comme président de cette Société, 
donné une heureuse impulsion aux études d'histoire locale; sa 
présidence a été marquée par des publications de séries de docu- 
ments de longue haleine qu'il faut lui savoir gré d'avoir entre- 
prises et poursuivies régulièrement. Il a été remplacé par M. Ma- 
thieu, secrétaire général, dont les fonctions de secrétaire sont 
échues jusqu'à ces derniers temps à M. le D^ Barbot. Le musée 
de la Société est en cours d'importantes réparations ; il en sortira 
complètement renouvelé dans son aménagement et son classe- 
ment. Le Bulletin de la Société a sous presse une Élude sur Cha- 
nac de M. le D'" Barbot et la traduction française, par moi- 



CHRONIQUE. 261 

même, de la Chronique des actes de l'évêque de Mende, Alde- 
berl 111 (fin du xiie s ). M. Porée y doit prochainement publier 
une importante étude sur le pouvoir temporel de l'évêque de 
Mende et la géographie féodale duGévaudan et M. le Dr Barbot 
de nouvelles notes sur l'enseignement sous l'ancien régime. 

M. l'abbé Foulquier poursuit dans le Courrier de la Lozère la 
publication des Notes biographiques sur le clergé... des paroisses 
qui nous donnent de précieuses listes de tous les curés et vicaires 
jusqu'à nos jours. M. l'abbé Delon prépare pour l'Université de 
Glermont des thèses de doctorat sur l'histoire de la Révolution 
dans la Lozère. Enfin, j'élabore une nouvelle édition du poème 
provençal de Bertrand de Marseille sur la vie de sainte Énimie. 

Cl. Brun EL. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Barennes (J.). Viticulture et vinification en Bordelais au 
moyen-dge. Préface de J.-A. Bmtails. Bordeaux, Mounastre-Pica- 
milh, 1912; gr. in-S» de vri-18G pages. — L'importance économi- 
que et politique de ce sujet a été depuis longtemps signalée par 
MM. Fr. Michel, lli. Malvezin, Camille .lullian. A bon droit si 
l'on se souvient que Bordeaux fut, au moyen âge, le grand « cellier» 
de l'Angleterre dont il obtint des privilèges commerciaux consi- 
dérables, et si l'on reconnaît avec M. Brutails qu'en cette matière 
le présent est étroitement solidaire du passé puisqu'il profite de 
l'expérience des anciens autant que de la science des modernes. — 
Par Bordelais M. B. entend l'ancien archidiocèse de Bordeaux sub- 
divisé en dix régions, et il conduit son étude depuis la conquête 
romaine, plus pleinement depuis le xi« siècle, jusqu'à l'an 1500, à 
l'aide de documents très divers et surtout très disséminés, tels 
que contrats privés, cartulaires d'abbayes, registres de notaires, 
registres de comptes, etc. En six copieux chapitres il étudie suc- 
cessivement l'importance, la répartition et le régime du vignoble 
bordelais, puis les procédés de viticulture et de vendange, enfin 
les façons de faire, de conserver et de loger les vins. Un appen- 
dice de près de 70 pages apporte quelques-unes des « preuves » de 
l'auteur par la publication de vingt-cinq textes latins, gascons et 
français inédits. — En somme M. B. nous offre, pour ses débuts 
d'archiviste, un très bon travail sur un sujet rendu difficile autant 
par les connaissances techniques qu'il exige que parla nature des 
documents qui s'y rapportent. A. Leroux. 

Brutails fJ.-A). Recherches sur V équivalence des anciennes 
mesures de la Gironde, Bordeaux, Gounouilhou, 1912; gr. in-S» 
de 158 pages. — Recherches ardues, poursuivies d'abord dans cer- 
tains dossiers de l'ancienne intendance de Guyenne, souvent véri- 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. ^63 

fiées sur place et contrôlées par ce qu'apprennent les anciens 
traités de poids et mesures publiés à Bordeaux depuis celui d'Élie 
Vinet (1583). Des chiffres, des tableaux comparatifs, des énuméra- 
tions de localités, des renvois xiux documents, des discussions 
techniques forment la matière de chacune des sections de cet 
ouvrage, qu'il s'agisse de poids ou des diverses mesures de lon- 
gueur, de superficie, de capacité usitées durant le moyen âge et 
l'ancien régime sur le territoire actuel de la Gironde. Sur la mon- 
naie bordelaise l'auteur ne donne qu'un court extrait d'un travail 
manuscrit considérable qu'il renonce à publier. — Les conclusions 
de M. B., résumées dans les dix-sept premières pages de l'intro- 
duction, reviennent à ceci : il n'y a jamais eu d'étalons fixes; les 
mesures royales ont été souvent employées: les variations des 
mesures locales étaient constantes; non seulement les dimensions 
des instruments différaient d'une époque à l'autre, d'une localité à 
l'autre, mais encore les principes suivant lesquels les mesures 
étaient établies étaient sans fixité, en dépit des efforts faits par 
les administrations locales. L'imprécision subsista partout jus- 
qu'à la fin, et si l'évolution se fit suivant une force latente qui 
tendait à l'uniformité, cette force n'avait pas encore produit tous 
ses elfets au moment de la Bévolution. — Il faut aimer les chiffres 
comme les aime M. B. pour essayer de se retrouver dans cette 
Babel. Tout rébarbatif qu'il soit, son ouvrage {la seconde de ses 
deux thèses de doctorat) rendra aux érudits bordelais d'inappré- 
ciables services. A. Leroux. 

Ghaytor (H.-J.). The Troubadours. Cambridge, University 
Press, 1912; petit in-S» de viii-148 pages. — Voici un bon petit 
manuel où M. Ghaytor, l'auteur des Troubadours of Dante, a su 
faire tenir les parties essentielles de la littérature provençale. En 
neuf chapitres agréablement écrits, M. Gh. met le lecteur anglais 
au courant de ce qu'il doit savoir de cette littérature, car elle est 
et restera toujours d'une importance capitale dans l'histoire de la 
littérature comparée (p. 2). Parmi les chapitres les mieux réussis, 
nous placerons le chapitre sur la « technique » poétique des trou- 
badours. Il y a aussi quelques pages intéressantes sur l'influence 
de la littérature provençale en Angleterre, mais les recherches 
doivent être poussées plus loin. J'en ai fait quelques-unes, pour 
ma part, sur les contacts qu'a pu avoir avec elle la littérature 
galloise; elles n'ont guère abouti encore; il est vrai que j'ai été 



264 ANNALES DU MIDI. 

obligé de les abandonner depuis assez longtemps. Des notes et 
une bibliographie sommaire accompagnent le volume de M. Ch. 

J. Anglade. 

M", le chanoine Ulysse Chevalier, membre de VInstilut. Son 
œuvre scientifique, sa bio-bibliographie. l^ouweUe édition publiée 
par les soins de la Société d'archéologie de la Drôme Valence, 
imp. Jules Céas, 1912; gr. in-8o de xliv-106 pages. — En 1903, à 
l'occasion de l'achèvement du Répertoire des sources historiques 
du Moyen âge, les amis de M. Ul. Chevalier lui remettaient un 
volume contenant sa biographie et la bibliographie de ses œuvres. 
Son élection à l'Académie des Inscriptions a poussé la Société 
d'archéologie de la Drôme, dont il fait partie depuis 186G, et son 
président, M. Gh. Bellet, à donner une nouvelle édition, notable- 
ment augmentée, de cet ouvrage. 

La bibliographie, qui compte 519 numéros, est la preuve de 
l'admirable activité scientifique du chanoine Chevalier ; elle rendra 
aussi des services aux travailleurs, et c'est à ce titre que nous la 
signalons ici. Elle est faite sur un plan méthodique, groupant : 
1° les ouvrages de bibliographie, en tête desquels vient le Réper- 
toire des sources historiques du Moyen âge ; 2" les livres et les 
articles consacrés à l'histoire ecclésiastique : édition de la Gallia 
cliristiana novissima préparée par le chanoine Albanès, et dont 
cinq volumes ont paru, contenant les documents relatifs à la pro- 
vince ecclésiastique d'Aix et aux diocèses de Marseille, d'Arles, de 
Saint-Paul-Trois-Ghâteaux et de Toulon; 3o les travaux sur la 
liturgie, notamment le Repertorium hymnologicum, la Biblio- 
thèque liturgique, et les nombreux articles consacrés au Saint- 
Suaire de Turin et à Notre-Dame de Lorette, qui ont eu un si 
grand retentissement ; 4o les ouvrages relatifs au Dauphiné, qui 
ne comptent pas moins de 111 numéros • Collection de cartu- 
laires dauphinois, Documents historiques inédits sur le Dau- 
phiné, itinéraires des Dauphins, etc., œuvre considérable, que 
vient maintenant couronner le -Re^es^e daupliinois ; enfin 5° les 
monographies diverses, relatives à d'autres provinces. Vient en- 
suite la liste des comptes-rendus, au noml)re de 216, classés, eux 
aussi, méthodiquement. R. Caillemer. 

Page (R.). Etienne Baluze et le « Tartuffe ». Tulle, imp. du 
Corrézien, 1912 : grand in-8o de 23 pages (Extr. du Bull. 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 265 

de la Soc. des lettres de Tulle, 1912). — Commente longuement 
l'avis donné, en 1668 ou 1669, par Etienne Baluze, canoniste déjà 
réputé, sur l'ordonnance de l'archevêque de Paris qui faisait 
défense à toutes personnes du diocèse de Paris « de représenter, 
lire ou entendre réciter la susdite comédie... » Cet avis, déjà 
publié par M. Félix Chamljon, est reproduit ici en appendice, 
avec l'ordonnance arcliiépiscopale. L'étude de M. Fage mérite 
d'être jointe au dossier de 1' « affaire ». A. L. 

Maignien (Edm.). Catalogue des livres et vianusciits du 
fonds dauphinois de la Bibliothèque inunicipale de Grenoble, 
t. J, II (le et 2e parties), III. Grenoble, Allier, 1906-1912; 4 vol. 
in-8o de xi-502, 422, vn-232 et vii-377 pages. — M. Maignien, 
conservateur de la Bibliothèque de la ville de Grenoble, qui a 
déjà publié une Bibliographie historique du Dauphiné pendant 
la Révolution française (3 vol. in-8o, Grenoble, 1891), a entrepris 
de mettre un nouvel instrument de travail à la disposition de 
ceux qu'intéresse l'histoire dauphinoise. Il a voulu faire, sur un 
plan méthodique, l'inventaire aussi complet que possible de tout 
ce que cette bibliothèque possède relativement au Daupliiné. 

La bibliothèque municipale de Grenoble est une des plus riches 
de la province en manuscrits i et en imprimés. Ses origines 
remontent à l'année 1772. A celte date, un certain nombre d'iiabi- 
tants de, la ville prirent l'initiative d'une souscription en vue de 
l'acliat de la bibliothèque de Mg"" Jean de Caulet, évêque de Gre- 
noble, mort le 27 septembre 1771. Cette bibliothèque contenait 
plus de 34.000 volumes, parmi lesquels se trouvaient des livres et 
des manuscrits ayant appartenu à Claude Expilly2. A ce premier 
fonds vinrent s'ajouter presque aussitôt la bibliothèque des avo- 
cats de Grenoble, puis celle de l'Ordre de Saint-Antoine en 
Viennois, réuni en 1777 à l'Ordre de Malte; ce furent ensuite, 
pendant la Révolution, les biljjiolhèques des couvents supprimés, 
et notamment la riche collection de manuscrits de la Grande- 

1. V. Catalogue général des 77ta)iuscrits des Bibliothèques publiques 
de France, Départements, t. VII : Grenoble, par P. Fournier, E. Mai- 
gnien et A. Prudhomme ; et t. XLI {Supplément, t. II), pp. 2(38 à 377. 

2. Le 3 avril 1773, le Parlement de Grenoble décida que les fonds 
nécessaires à l'installation et à l'enlretien de la nouvelle bibliollièque 
seraient fournis par une imposition sur les ofticiers de la ville. Ce 
tableau d'imposition vient d'être publié par M. Rabatel, Le Parlement 
de Grenoble et les réformes de Maupeou, Grenoble, 1912, pp. 15U et s. 

ANNALES DU MIDI. XXV. 18 



266 ANNALES DU MIDI. 

Chai-treuse ; en 1844, la bibliothèque de M. Jules Ollivier, relative 
surtout au Valeatinois; et une masse considérable de volumes 
ayant appartenu à Guy Allard, cl parmi lesquels se trouvaient de 
nombreux documents rassemblés par Nicolas Ghorier ; en 1861, la 
collecLion de MM. Blanchet sur la région de Voiron ; en. 1874, les 
14.0U0 ouvrages dauphinois de M. Gariel. Enfin, tout récemment, 
la bibliothèque de Grenoble s'est encore eniùchie des manuscrits 
et des notes de M. E. Pilot de Thorey et des volumes donnés par 
M.VI. Maignien, Aristide Albert et Chaper. 

Actuellement, la bibliothèque de Grenoble compte plus de 
2(30. 000 volumes, et, dans ce nombre, le fonds dauphinois est 
représenté par plus de 40.000 articles, sans compter 4.000 pièces 
ou documents manuscrits. C'est ce fonds dauphinois que M. Mai- 
gnien a entrepris d'inventorier méthodiquement. Il a mèuîe 
voulu, pour être plus complet, indiquer, non seulement les ouvra- 
ges imprimés ou manuscrits, mais aussi les articles des journaux 
ou des revues, ou même certains textes, relatifs au Daaphiné, qui 
peuvent se trouver dans de grandes collections ou dans des 
ouvrages généraux tels que les Ordonnances des rois de France. 

Le plan suivi par M. Maignien est simple et naturel. La pre- 
mièie partie de l'ouvrage comprend tous les articles relatifs au 
Dauphiné en général (topographie, statistique, population), à son 
histoire ecclésiastique (conciles, Ordres religieux, abbayes), à 
l'hisloire politique (Dauphins, grands flefs, réunion du Dauphiné 
à la France), aux biographies collectives et individuelles : on 
trouvera parmi eux, aux numéros 7743 à 7885, les ouvrages rela- 
tifs à Bayard; aux numéros 8019 et suivants, ceux relatifs à 
Diane de Poitiers. — Puis vient, sous le titre de Droit public de 
la province, la bibliographie des États de Dauphiné, et surtout 
du Parlement de Grenoble, qui occupe à lui seul plus de 5.000 nu- 
méros. On y relèvera, aux numéros 9218 et suivants, l'indication 
des ouvrages des jurisconsultes dauphinois, Guy Pape, François 
Marc, Chorier, Salvaing de Boissieu, Jean-Guy Basset, Claude 
Expilly, auxquels il faudra joindre les œuvres mentionnées aux 
numéros 9290 et suivants, sous la rubrique : Consullalions; car 
c'est dans ce dernier groupement que l'on trouvera les Consilia de 
Guy Pape et d'Aymo Cravetta. Viennent ensuite les factums et 
les i)ièces de procédure, classés par ordre alphabétique, au nom- 
br(! de 4219; encore les procédures relatives à îles villes ou à «les 
communautés sont-elles restées en dehors de celte première liste : 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 267 

elles figureront dans les bibliographies locales. Les sections sui- 
vantes sont consacrées aux juridiclious inférieures, aux auxiliai- 
res de la justice, aux officiers delphinaux, aux gouverneurs, 
aux intendants, aux impôts, au domaine, à l'organisation féodale, 
enfin aux sciences et aux arts. 

La seconde partie de l'ouvrage est relative au département de 
l'Isère, à sa géographie, à son histoire depuis la Révolution, à son 
état agricole ou industriel. Puis viennent les monographies des 
villes et villages de ce département, classés par ordre alphabéti- 
que. La dernière bibliographie actuellement publiée est celle de 
Granieu. Les volumes suivants seront consacrés à Grenoble, aux 
autres communes de l'Isère, puis aux départements de la Drôme 
et des Hautes-Alpes. R. Gaillemer. 

Mallebây-Vacqueur (P.). Les inslitulions municipales de la 
ville de Bellac sons l'ancien régime, Paris, Pedone, 1912; gr. in-So 
de 1.j6 pages. — Assez bon travail, en sept chapitres, grandement 
facilité par ce fait que les copieuses archives anciennes de Bellac, 
judiciaires, communales et hospitalières, sont depuis longtemps 
inventoriées. Il existe cependant, en dehors de ces trois fonds, des 
documents importants que M. M. -V. eût dû utiliser. L'ensembledu 
sujet est clairement débrouillé et les phases diverses de l'organi- 
sation municipale sont pour la première fois rigoureusement éta- 
blies. L'auteur témoigne d'une incontestable intelligence des ques- 
tions, plus jui-idique cependant qu'liistorique. Presque à chaque 
page on est tenté de lui chercher chicane soit pour un terme im- 
propre, soit pour un jugement discutable, ou encore pour des re- 
dites vaines. — Seule l'élude de la charte de l'année 1260, publiée 
ici pour la première fois, est poussée assez loin, mais d'une ma- 
nière confuse et prolixe. M. M.-V. y voit, à bon droit, une charte 
de franchise, etnon une charte de commune politique, comme l'ont 
cru quelques historiens. Par contre, il n'a pas su qualifier de son 
vrai nom la commune inaugurée en 1.571 par l'institution du con- 
sulat. C'était une communauté administrative, rien de plus. — 
L'ordre des chapitres prête à contestation. Après avoir parlé de 
l'organisation municipale et des finances, il eût convenu, suivant 
''ordre des temps, d'étudier les mesures de défense et de police, 
qui préoccupèrent les consuls bien avant l'instruction publique. 
Quant à l'assistance publique, elle eût dû, par même raison, être 
traitée avant l'enseignement. Au chapitre Commerce et Industrie, 



268 ANNALES DU MIDI. 

on regrelle de ne point ti'ouver mention de la confrérie des meu- 
niers, qui suppose à son point de départ une corporation de métier. 
On cherclie non moins vainement, pour s'édifier sur l'importance 
de Bellac, quehjues indications sur l'étendue de la ville, le chiffre 
et la composition de sa population. Quant à l'index bibliographi- 
que, il est dressé avec le sans-gêne auquel voudraient nous habi- 
tuer la plupart des llièses sorties des Facultés de droit, sans indi- 
cation des dates et des \ienx de publication. — Bref, il y a dans 
ce volume la promesse plutôt que la réalisation du livre qui reste 
à écrire sur Bellac (après ceux de MM. Roy-Pierrefitte et Granet), 
et que M. Mallebay serait certainement fort capable de nous don- 
ner s'il voulait en prendre la peine en s'initiant davantage aux 
procédés du travail historique. A. Leroux. 

Mortier (R.). La sénéchaussée de la Basse-Marche. Co7i(ri- 
bulion à Vé.'ude de la géographie de Vancienyie France. Paris, 
Hachette, 1912; gr. in-8o de xxiii-371 pages. — Travail de longue 
haleine, qui accuse des recherches étendues et patientes, et une 
connaissance générale de l'histoire locale. Cependant les questions 
sont posées plutôt que résolues, et il y a de l'inexpérience dans 
l'utilisation des textes anciens et des travaux de seconde main. La 
longue bibliographie des pp. ix-xxiii est surchargée de noms et 
de litres inutiles ou mal classés. C'est un tort grave aussi de mettre 
sur le même plan le témoignage d'un document contemporain des 
faits et roi)inion d'un auteur moderne. Les exigences de la mé- 
thode historique ne semblent pas avoir été toujours comprises. 
Malgré les apparences, l'auteur nous donne une œuvre de vulgari- 
sation plutôt qu'un travail d'érudition et de critiqué. A 'prendre 
ce livre pour ce qu'il est, il rendra néanmoins quelques services, 
à condition d'être consulté avec précaution. A. L. 

PoRTAL (Ch.). Le déparlement du Tarn au XIX^ siècle. Noies 
de slalislique. Albi, imp. Nouguiès, 1911'; in-8o de xvi-524 pages. 
— En composant un ouvrage sur le département du Tarn au 
xixe siècle, M. Portai n'a pas tenté d'écrire une histoire de ce 
département au xix» siècle; le but qu'il s'est proposé est plus 
modeste : il a cherché seulement, nous dit-il, à grouper dans 
un ordre logicjue des faits et des dates susceptibles de préparer 
l'œuvre synthétique tle l'historien et de l'économiste. Mais quelle 
qu'ait été la modestie de ses prétentions, il a réussi à écrire un 



LiyUEiS ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 269 

livre qu'il est intéressant non seulement de consulter, mais de 
lire. 

Les points les plus divers y sont traités : formation du départe- 
ment, démographie; institutions religieuses, politiques, militaires; 
agriculture, industrie, commerce. Des cartes, des tableaux, des 
diagrammes d'une variété et d'une ingéniosité presque déconcer- 
tantes facilitent Tintelligence de l'exposé, du reste lumineux, de 
M. P. : carte oro-hydrographique, carte agricole, carte des châtai- 
gneraies, carte des circonscriptions industrielles et commerciales, 
carte des foires et marchés, etc.; tableau démographique par an- 
nées, tableau des crimes et délits, tableau des cultures, tableau de 
la production des cocons frais, etc.; graphique du mouvement 
de la population par périodes décennales, du pourcentage des 
conscrits sachant au moins lire, de la proportion des élèves des 
écoles publi<|ues et privées, de la moyenne annuelle des publica- 
tions nouvelles et périodiques, de la progression des associations 
de st^cours mutuels, de la valeur de l'hectolitre de froment, des 
etï.ds de l'invasion phylloxérique, de la production de la houille. 

Nous signalons en particulier les chapitres sur l'agriculture, le 
commerce et l'industrie; ce sont d'excellentes pages d'histoire éco- 
nomique. Les conclusions de l'ouvrage sont dénuées de toute 
piiraséologie et presque trop concises. Une table détaillée des 
noms de personnes, de lieux et de matières termine l'ouvrage. 

Le travail de M. P. montre les résultats heureux que donne la 
méthode d'information consciencieuse et d'analyse rigoureuse qui 
est enseignée à l'École des Chartes lorsqu'on l'applique à des su- 
jets même très différents de ceux que les archivistes-paléographes 
ont l'habitude de traiter. En étudiant avec une scrupuleuse pro- 
bité, d'après les sources, l'histoire du département dont il est ar- 
chiviste depuis de nombreuses années, M. P. a fait modesternent, 
mais utilement œuvre de sociologue. R. Latouche. 

SouRELH (A. del). Ouros d'amour, in-S» de 250 pages. Tou- 
louse, Terro d'Oc [1911], illustrations d'E. Alet. — Le bon félibre 
toulousain A. del Sourelh, qui est depuis longtemps l'àme de 
VEscolo Moiindino et le rédacteur principal de sa revue la Terre 
d'Oc, donne à ses amis un nouveau volume de vers. Ce sont des 
poèmes, des contes et des chansons. Ces premiers vers sont d'un 
enfant, pourrait dire l'auteur, comme Musset, car s'il n'est plus 
un enfant, c'est au passé que se reportent ses vers; il les a « reia- 



270 ANNALES DU MIDI. 

çonnés », dit-il, dans son âge mûr; et il se dégage de ces impres- 
sions naïves de jeunesse, corrigées \y-ir le scepticisme de l'âge mûr, 
un très grand charme. Nous louerons dans ce livre la sincérité du 
fond, la facilité et la clarté de la forme. Il y a là des échos d'émo- 
tions vécues, échos plus ou moins sonores, mais rendus ordinai- 
rement avec beaucoup de simplicité. Seulement, les • heures 
d'amour » sont un peu longues, et il semble que la poésie soit 
encore ici le contraire de la réalité. .Je crois que le livre aurait 
gagné à ce que ces « heures » fussent plus courtes. Malgré la sin- 
cérité du poète, on a l'impression qu'il n'évite pas toujours la 
monotonie. Nous avons loué la facilité de la forme; mais là encore 
un peu plus de fermeté, de recherche artistique serait nécessaire. 
Il y a çà et là quelques termes peu heureux et trop prosaïques, 
qu'un peu ))lus de travail de lime ferait disparaître. Ainsi, il suf- 
lirait de quelques retouches et de quelques suppressions pour faire 
de la jolie pièce intitulée : Celle que f aimerais, et qui est vrai- 
ment d'un poète, un petit chef-d'œuvre. 

Citons, parmi les pièces du recueil qui nous paraissent d'une 
inspiration particulièrement heureuse, le Noël païen (p. 130), 
Vents cCauia, Loti Pa d'amour, Pregnrio de drollo, Cansou 
d'ivèrn, etc. La Préface exprime quelques idées assez justes sur 
le rôle de la langue d'oc dans l'enseignement primaire et dans 
l'éducation de la démocratie. 

La graphie nous parait assez simple et ne prête pas trop à la 
criticpie; cependant je trouve des formes comme vèel et degt qui 
)ne paraissent bien iruitilement compliquées. Ajoutons en termi- 
nant que quelques-unes des gravures sur bois, dues à M. E. Alet, 
sont des mieux réussies. J. Anglade. 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



BHAUNiiB (G.)- t)er altii"anzr)sisclie Prosaroman v. Lancelot del 
Lac. Marbarg, Ebel, 1912; gr. in-8o de 127 p. {Marburger Bei- 
Crâge zur romanischen Pliilologie, 8 Heft). 

Catalogue général de la liljrairie française, conliniialion de L'ou- 
vrage d'Olto LoRKNZ, rédigé par D. Jordell. T. XXIII (Table des 
matières des t. XXI et XXII, 1906-1909) 1er et 2e fasc. : A. — Par- 
fums. Paris, D. Jordell, 1912; in-S» à 3 col., 448 p. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque natio- 
nale. Auteurs. T. XLIX; Faa di Bruno-Faure-Villar. Paris, inip. 
nat., 1912; in-8o à 2 col., col. 1 à 1296. 

Chabanon (Dr J.). Un lendit universitaire à Montpellier (xvie siè- 
cle). L'acte de triomphe du docte et gentil Rabelais. Paris, Buis- 
son, 1912; in-8o de 52 p. avec grav. 

Comptes consulaires de Grenoble en langue vulgaire, 1338-1340, 
p. p. Mgr A. Devaux et .1. Ronjat. Montpellier, imp. générale du 
Midi, 1912; in-8" de 243 p. avec fac-sim. 

DoBLER (H.). Les vestiges tles architectures et des arts décoratifs 
provençaux aux xviie et xviiie siècles à Marseille. Illustrations de 
F. Détaille. Marseille, Détaille, 1912; gr. in-40 de 189 p. 

Druy de COiNsTANT-ScRiBE. La vie du général baron de Ramel, 
1768-1815. Paris, Fournier, 1912; in-80 de 180 p. 

EcHAMEL (Abbé M.). Histoire de la paroisse de Voutezac (châtel- 
lenie des évêques de Limoges en Bas-Limousin). Brive, imp. catho- 
lique, petit in-80 de 277 p. 

Entraygues (Abbé). Mgr de Royère, évêque de Tréguier, der- 
nier évèque de Castres (1727-1802). Paris, Lethielleux, 191.^-; in-16 
de xvii-380 p. 

Entre deux révolutions. Une famille écossaise en Languedoc. 
Les Audebert de Lussan et les Drummond de Melfort. Paris, La- 
rose, 1912; in-18 jésus de 107 p. avec portraits et tableaux généa- 
logiques. 

Fabrège (F.). Histoire de Maguelonne, t. III : Réunion de Mont- 
pellier à la France. Les écoles etl'Université de Montpellier. Paris, 
Picard, 1911 ; gr. in-4^ de 656 p. 

Jean XXII (1316-1334). Lettres communes analysées par G. Mol- 
LAT, 14e fasc. T. VI, p. 313-480. Paris, Fontemoing, 1911; in-4o 
{^Bibl. des Écoles françaises d'Athènes et de Rome). 



272 ANNALES DU MIDI. 

Labroue (H.). La mission du conventionnel Lakanal dans la 
Dordogne en l'an II. Paris, Champion, s. d. ; in-8o de xxii-710 p. 
et portrait. 

Lasteyrie (R. de) et A. Vidier. Bibliographie annuelle des tra- 
vaux historiques et archéologiques publiés par les Sociétés savantes 
de la France, 1908-1909. Paris, Leroux, 1911; in-4° à 2 col. de 
207 p. 

Legler (Abbé A.). Le Limousin et la Marche au tribunal révo- 
tionnaire de Paris. T. L Limoges, Ducourtieux et Goût, 1912; 
in-8° de 328 p. 

Lettres de Msf Jean deFontanges, évêque de Lavaur (1749-1764), 
p. p. le baron de Blay de Gaïx, introduction de l'abbé de Fénols, 
préface de .1. de Lahondès. Paris, Champion, 1912; petit in-8o de 
viii-267 p. 

Mathieu (G.). Notes et documents sur l'instruction publique en 
Gorrèze pendant la Révolution. Paris, Champion, 1912; in-16 de 
87 p. 

Mémoires d'un calviniste de Millau, p. p. J.-L. Rigal. Rodez, 
imp. Carrère, 1911; in-8o de xxxii-546 p. avec fac. sim. {Archives- 
historiques du Rouer gue. II. Docume7its sur la Réforvie en 
Rouer g ue). 

Meyer-Lûbke (W.). Romanisclies etymologisches Wôrterbuch. 
Heidelberg, C. Wiiiter, 1912; in-8o, pp. 241-400 (Sammlung roma- 
nischer Elementar-u. Handbûcher. III. Ueilie, 4 u. 5 Lifg.). 

Régné (J.). Étude sur la condition des juifs de Narbonne du ve 
au xive siècle. Narbonne, imp. Gaillard, 1912; in-8o de xiv-268 p. 

RouQtJETTK (J ) et A. ViLLEMAGNE. Cartulaire de Maguelonne. 
T. I, fasc. 4 : épiscopat de Jean de Montlaur, I (1100-1190). Mont- 
pellier, Valat, 1912; in-8o, p. 209 à 368. 

Thomas (P.). La Réforme dans l'ile d'Oléron. Lezay (Deux- 
Sévres), H. Canon, 1912; in-8o de 121 p. 

Vermale (F.). La franc-maçonnerie savoisienne à l'époque révo- 
lutionnaire d'après ses registres secrets. Paris, Leroux, 1912; in-18 
de 11-77 p. {Bibliothèque d'histoire révolutionnaire, VI; Extrait 
des « Annales révolutionnaires », 1909, 1910, 1912). 

Vermale (F.). La vente des biens nationaux dans le district de 
Chanibéry. Paris, Leroux, 1912; in-8"5 de 95 p. avec lig. {Biblio- 
thèque d'histoire révolutionnaire, VII. Extrait des « Annales 
révolutionnaires », 1911, 1912). 

Le Gérant, Éd. PRIVAT. 



l'oulouse, Imp. 1)oui,\DOURE-PR1Vat, rue S'-Rome, 39 — P45. 



\OTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE 



I. Le nom de Gaucelm Faidit dans un acte de 1193. — II. Les 
fils de Folquet de Marseille {1210). — III. Le lieu d'origine 
d'Uc de Saint-Cire. — IV. Austorgius de Auriliaco cruce 
signalas {1252). — V. Les pseudonymes réciproques. 



I 

LE NOM DE GAUCELM FAIDIT DANS UN ACTE DE 1193. 

Dans le cartulaire de l'abbaye cistercienne d'ObasIne, on 
trouve un acte par lequel Gaucelm Faidit avec son fils et son 
frère vendent au monastère leurs droits sur un pré, en 1193, 
au temps du roi Philippe-Auguste et de l'évêque de Limo- 
ges, Jeani : 

[G]aucelmus Faidiz et filius eius et G. frater dederunt et conces- 
serunt Domino et domui Obazine quicquid sui iiiris fuerat vel re- 
quirere poterant in pratum quod pst iuxta domum del Sauger. 
Propter hoc G. abbas in cuius manum factum erat dédit eis .CG. 



1. Bibl. Nat., ms. lat., nouv. acq., 1560, f. 309. Un espace blanc a été 
réservé pour la première lettre. G. abbé d'Obasine est Géraud attesté 
entre 1188 et 1197 au moins. (Cf. L. Guibert, Notice sur le cart. d'OIxi- 
sine dans le Bull, de la soc. des let., se. et arts de la Corrèze, 1889. 
pp. 444-5.) La date exacte à laquelle l'évêque Jean de Veyrac succéda 
à Seibrand, au diocèse de Limoges, n'est pas connue, celle de 1197 ne 
reposant pas sur un document authentique (voy. Gallia christ., 11,526-7, 
ainsi que les répertoires connus de Gams et de Mas Latrie ; je regrette de 
ne pas avoir sous la main des recueils de documents publiés dans ces 
derniers temps qui permettraient peut-être de préciser la date). Une erreur 
de date (p. ex. MCXGIII au lieu de MCXCVIII) dans la copie insérée au 
cartulaire n'est pas impossible. 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 19 



274 ST. STRONSKI. 

solidos. Audientibus Ademaro de Brax, B. de Perols, celariis, 
Barlolomeo, P. La Ghaminada, et Pelro d'Usercha. Anno ab in- 
carnatione Dni MCXGIII, régnante Philippe et episcopo Johanne. 

D'après l'ancienne biographie provençale, « GaucelmsFai- 
dilz si fo d'un bore que a nom Usercha... fils fo d'un borges ». 
Uzerche (Gorrèze, arr. de Tulle) est éloigné de 30 kilomètres 
environ d'Obasine (Gorrèze, arr. de Brive, cant. de Beynat), 
qui était une abbaye importante et avait des possessions fort 
étendues (un des témoins de l'acte est d'Uzerche). Les chan- 
sons du troubadour Gaucelm Faidit qui se laissent dater 
remontent au moins à 1187, car c'est à cette date que fut 
composée la chanson 167,58. 



II 

LES FILS DE FOLQUET DE MARSEILLE. 

L'ancienne biographie provençale de Foiquet de Marseille 
dit que, abandonnant le siècle, le troubadour emmena avec 
lui, dans la vie monastique, sa femme et ses deux fils : 

... Abandonet lo mon e rendet se a l'orden de Cistel ab sa 
moiller et ab dos fills qu'el avia. 

Jean de Garlande, qui connut personnellement Foiquet de 
Marseille, au moins à partir de 1218 et surtout pendant les 
années 1230-1282, qu'il passa auprès de l'évêque, en sa qua- 
lité de professeur à l'Université de Toulouse, nous transmet 
la même information dans le poème latin De triumphis Ec- 
clesiae, qu'il composa bientôt après et qu'il compléta et 
acheva avant 1252 : 

Abbates facli Fiilconis sunt duo nati, 
Gonsecrat et niatrem relligionis apex. 

Dans ces conditions, l'information de la « vida » sur les 
deux fils de Foiquet, aussi bien pour leur existence que 



NOTES DE LITTERATURE PROVENÇALE. 275 

pour leur entrée en religion, m'a paru sérieuse et digne 
de foi». 

Or, une nouvelle confirmation, authentique et définitive, se 
trouve dans un acte de 1210 par lequel frère Sans de Pépieux 
(Sancius de Pipio) donne à l'abbaye de Berdoues tout ce qu'il 
possède dans la terre d'Artigaplana, acte qui se termine de 
la façon suivante ^ : 

Hiijus rei sunt testes : fi'ater Bernardas de Petrucia monachus 
Berdonarum et frater Ildefonsus et f râler Petrus, frôler ejus, 
tnonachi Grandis Silve, qui dicli sunt filii Folquel de Massilia, 
episcopi Tolose, et Ramundus de Bordes, cognatus predicli fratris 
Sancii, qui hoc audorgavit per se et per omnes successores suos 
praesentes et fuluros fratribus Berdonarum. Factum est hoc anno 
ab incarnatione Domini MGCX, régnante Philippo rege Franco- 
rum, Bernardo auxitano archiepiscopo, Gentullo astaracensi 
comité. 

Ce n'est qu'à un heureux hasard que nous devons cette 
mention, si explicite et si précieuse, des deux fils de Folquet 
de Marseille. On ne trouvera rien de pareil dans aucun des 
actes assez nombreux relatifs à leur propre abbaye conservés 
dans la collection Doat. Mais il arriva qu'un jour^ au courant 
de cette année 1210, déjà profondément troublée par la guerre 
albigeoise, les deux moines cisterciens de Grandselve (Tarn- 
et-Garonne, arr. de Gastelsarrasin, cant. de Verdun-sur-Ga- 
ronne) se mirent en route et s'arrêtèrent, assez loin de leur 
monastère, à l'abbaye-sœur de Berdoues (Gers, arr. et cant. 
de Mirande, à environ 80 kilomètres de Grandselve). Les 
moines de Berdoues, ayant ce jour-là une donation à recevoir, 
demandèrent aux frères Alfonse et Pierre d'y assister en 
qualité de témoins et, se départant de la sobriété habituelle 
dans la rédaction des documents, ils crurent devoir rappeler, 
en l'honneur de leurs hôtes, que ceux-ci étaient fils d'un per- 
sonnage doublement célèbre. 

1. Le Troubadour Folquet de Marseille, Cracovie, 191U, p. 142 (exa- 
men critique de la biographie provençale); cf. pp. 8', 107', 112', 140', 144'. 

2. Cartulaire de Berdoues, publié et annoté par l'abbé Cazauran, 
La Haye (Martinus NijhofT), 1905, pp. 289-9, n» 435. 



276 ST. STRONSKI. 

Cette brève mention appelle quelques observations. îl 
faut rappeler tout d'abord, pour éviter tout malentendu, 
que la formule « dictus filius », employée dans certains sys- 
tèmes de rédaction des actes, équivaut absolument à « tilius » 
tout courte — On remarquera que Folquet avait donné à ses 
iils des noms que nous trouvons, à cette époque, dans la fa- 
mille de son seigneur et protecteur, Alfonse II, roi d'Aragon 
et marquis de Provence, célébré par lui dès sa plus ancienne 
chanson connue (1179-80), à savoir le nom d' Alfonse, porté 
par le roi lui-même et par son fils cadet, et le nom de Pierre, 
porté par le fils aîné du roi : le fait paraît dû, non à une 
simple coïncidence, mais plutôt, comme il arrive d'ordinaire 
dans les cas de ce genre, au désir de rendre hommage <à la 
maison royale. — Les fils de Folquet sont moines de Grand- 
selve. Nous savons par trois sources (Jean de Garlande, 
Guillaume de Puylaurens, la biographie provençale) que 
Folquet se fit, après 1195, moine à l'abbaye cistercienne du 
Toronet en Provence, et il paraît naturel de croire que ses 
fils furent consacrés à la vie religieuse dans le même monas- 
tère. Si pourtant, en 1210, nous les trouvons à Grandselve, 
c'est évidemment parce que cette célèbre maison cistercienne 
se trouvait dans le diocèse de Toulouse, dont Folquet fut 
évêque dès 1205. Ses relations particulièrement amicales et 
intimes avec l'abbaye de Grandselve, sont suffisamment 
attestées par ce fait qu'après sa mort (1231) il y fut enseveli, 
près du grand autel, du côté de l'Évangile (F. de iV/., 103') 2. 
— D'après Jean de Garlande, les fils de Folquet devinrent 
tous deux abbés, ce qui n'est pas facile à vérifier parce que, 
d'une part, nous ne connaissons d'ordinaire que les pré- 



1. De même que dans le cartulairo de Berdoucs, cotte formule se lit 
constamment dans les actes de Grandselve. 

2. Comme une autre preuve de la considération dont on entourait, à 
Grandselve, l'évèque Folquel et sa mémoire, on peut citer un acte 
de 128ti sur lii consécration de l'autel de l'abbaye, dans lequel il est fait 
mention d'un registre plus ancien qui plaçait « annulum D°' Fulconis 
sanct;e memori;p, quondam Ep. Tholosani » à côté des reliques les pins 
précieuses (Mss. de Dom Estiennot. volume consacré à la Vasconie, Bibl. 
Nat., lat., 12752, fol. 529). 



NOTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 277 

noms des abbés, et que, d'autre part, ils purent être élus 
dans une autre abbaye de l'ordre de Cîteaux. 

L'évêque est nommé dans notre document « Folquet de 
Massilia ». Dans d'autres actes, ainsi que dans les chroni- 
ques latines, il est constamment nommé « Fulco » et rare- 
ment « Fulquetus* ». Notre acte est seul, parmi les docu- 
ments de ce genre, à donner la désignation « Folquet de 
Massilia episcopus Tolose », qui se retrouve, une seule fois 
aussi, dans le poème sur la croisade contre les Albigeois au 
V. 1026 : « L'evesque de Tholosa Folquets cel de Maselha. » 
C'est donc un témoignage de plus sur l'identité, suffisamment 
attestée par d'autres preuves, du troubadour avec l'évêque 
{F. de Mars., 104*-ll:r). 

En somme, le document de Berdoues confirme d'une façon 
éclatante et décisive les informations de l'ancienne biogra- 
phie provençale au sujet de l'existence et de l'entrée en reli- 
gion des deux lils de Folquet de Marseille, en même temps 
que sa double carrière, séculière et religieuse, ce qui mon- 
tre une fois encore que ces biographies, tout en débitant 
des contes bleus en ce qui touche l'histoire amoureuse des 
troubadours, contiennent cependant, concernant les données 
générales sur leur vie réelle, des informations sérieuses, qui 



1. La forme « Folquetus », constante pour le troubadour (« Folquet » 
et une seule fois « Folcon »), se retrouve, pour l'évêque, dans le poème 
provençal sur la croisade contre les Albigeois, dans Robert de Sorbon 
et dans une chronique toulousaine en provençal (F. de M., 5', 53', 103', 
112"). Mais dans les nombreuses chartes où figure le nom de l'évêque, 
la forme « Folquetus » est tout à fait exceptionnelle. Ces cas peu nom- 
breux se rencontrent dans les chartes inédites de Grandselve, où l'évê- 
que de Toulouse est nommé souvent dans la formule précisant la date : 
« ... rege Francorum,... episcopo Tolose » (comme à la fin de l'acte cité 
de Berdoues). On trouve, au tome 78 de la collection Doat à la Bibliothè- 
que Nationale, une quinzaine d'actes de l'abbaye, allant de 1208 à 1231, 
et portant « Fulcone Episcopo » (folios 183 à 261 et 396-7); on trouve 
« Fulcheto Episcopo » dans trois actes : avril 1206 (f. 177), avril 1207 
(f. 179), février 1210 (f. 193); un acte de 1205 (f. 176) et un autre de 1229 
(f. 2.56) portent « Fulcrando Episcopo ». On voit que la forme « Fulche- 
tus », correspondant au nom sous lequel l'évêque était généralement 
connu comme troubadour, se rencontre précisément dans les premières 
années de son épiscopat, pour être bientôt remplacée par la forme offi- 
cielle « Fulco ». 



278 ST. STRONSKI. 

peuvent être parfois erronées, comme celles des chroni- 
queurs, mais qui ne sont pas simplement inventées et dont 
il arrive maintes fois qu'on puisse vérifier l'exactitude. 



III. 

LE LIEU d'origine d'uC DE SAINT-CIRG 

D'après l'ancienne biographie provençale, le troubadour 
Uc de Saint-Cire prit son nom du castel de Saint-Cire, près 
Rocamadour, où sa famille n'a cependant pas réussi à se 
maintenir, puisqu'il naquit et grandit, lui-même, à Thégra, 
un village voisin : 

N'Uc de Saint Cire si fo de Caersi, d'un bore que a nom Tegra; 
fils fo d'un paubre vavassor, que ae nom n'Arman de Saint Cire, 
per so que lo castels don el fo a nom Saint Cire, qu'es al pe de 
Sainta Maria de Rocamador, que fo destruitz per guerra e derro- 
catz. 

Le lieu d'origine du troubadour, qui n'était pas facile à 
retrouver et sur lequel on n'avait jusqu'à présent aucun ren- 
seignement, vient d'être identifié par MM. Jeanroy et Sal- 
verda de Grave, dans leur édition des poésies de Uc, avec 
« la grange de Saint-Cyr », qui se trouve sur un plateau do- 
minant le cours de l'Alzou, à 5 kilomètres environ de Roca- 
madour, cette localité étant « la seule qui corresponde à peu 
près aux indications données par la biographie » '. 

Toutefois, les savants éditeurs de Uc de Saint-Cire n'ont 
pas voulu dissimuler quelques difficultés que cette identifi- 
cation leur paraissait présenter, surtout après l'exploration 
des lieux à laquelle M. Jeanroy s'était livré personnellement. 
La première concerne la distance de la grange de Saint-Cyr 
de Rocamadour et sa position : étant à 5 kilomètres de Roca- 



1. Poésies de Uc de Saint-Cire publiées... par A. Jeanroy et J.-J. Sal- 
vorda de Grave, ïouluuse, Privât, 1913 (paru en nov. 191'-?), pp. x et xi de 
l'introduction. 



NOTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 279 

madour, la grange de Saint-Cyr «. n'est en aucune façon 
située « al pe » de l'église du célèbre pèlerinage », d'autant 
plus que « ces masures (de Saint-Cyr), situées à 270 mètres 
d'altitude environ, sont au reste plus élevées que la partie 
supérieure de Rocamadour (250 mètres environ) ». La se- 
conde difticulté concerne la vraisemblance de l'existence 
d'un ancien château sur cet emplacement : « La grange de 
Saint-Cyr, composée de deux bâtisses où on abrite les trou- 
peaux, est située dans la partie la plus désolée du causse 
de Gramat; on n'y trouve aucune trace de constructions féo- 
dales, et l'emplacement, sur un plateau découvert de tous 
côtés et aisément accessible à l'est, eût été très peu favora- 
ble à l'édification d'un château fort. » De ces observations 
résulte la conclusion : « Il semble donc bien que l'auteur 
de la Biographie ignorait tout des lieux qu'il a mentionnés. » 

Les difficultés que présentait cette identification, si nette- 
ment exposées par les auteurs mêmes auxquels nous la 
devons, disparaissent en grande partie à la lumière des 
documents réunis dans un livre très utile et tout récent, que 
les éditeurs de Uc de Saint-Cire pouvaient difficilement con- 
naître au moment où leur introduction fut écrite et qui, ayant 
un cadre bien plus étendu, fournit cependant sur cette loca- 
lité de Saint-Cire des informations très précises *. 

Ces documents nous permettent de constater trois faits : 
1^ que la grange de Saint-Cyr d'aujourd'hui fut jadis une 
localité bien plus importante; 2" qu'il y avait là un château 
fort; 3° qu'il existait une famille qui tirait son nom de cette 
localité sans en être propriétaire à l'époque du troubadour. 

Saint-Cire, situé sur la rive gauche de l'Alzou, entre Roca- 



J. Le chanoine Albe, Les possessions de l'abbaye d'Obasine dans le 
diocèse de Cahors et les familles du Quercy, faisant partie d'une série 
d'études intitulée : Titres et Documetits sur le Limousin et le Quercy, 
Brive, impr. Roche, 1911 (extrait du Bull, de la Soc. scient., hist. et 
arch. de la Corrèze). — Voy. Annales du Midi, XXIV, 614. — Les in- 
formations sur Saint-Cire, que nous allons transcrire, sont en partie réu- 
nies aux pp. 173-7, en partie dispersées ailleurs dans le volume. — M. le 
chanoine Albe identifie, lui aussi, cette localité avec le lîeu d'origine de 
la famille du troubadour (p. 174). 



280 ST. STRONSKI. 

madour et La Pannonie, était au xii« siècle, et longtemps 
après, une paroisse à part. En 1173, l'abbaye d'Obasine reçoit 
certains droits sur le pacage de la paroisse de Saint-Cire 
d'Alzou (pp. 87 et 173). Il est question de cette paroisse dans 
un acte de 1261 (p. 176; cf. pp. 66 n. 3, et 77 n. 1). Le rec- 
teur ou vicaire de Saint-Cire apparaît dans un acte du cha- 
pitre de Cahors de 1334 (p. 176). En 1458, Pierre la Grange, 
marchand de Rocamadour, reconnaît avoir pris l'arrentement 
de l'entière paroisse de Saint-Cyr, des terres de la Salvate et 
de la grange ou village de La Pannonie (p. 178). Une bulle 
de 1525 parle de la vicairie perpétuelle, « Sancti Cirici de 
Alzone », pour laquelle l'abbé d'Obasine avait, « de antiqua et 
approbata consuetudine », le droit de présentation (p. 176). 
Dans un acte notarial de 1535, on trouve mention d'un ma- 
riage célébré « in rippaire de monsieur de la Carrette, sei- 
gneur de la Pannonye, paroche de Sant-Circd'Alzo ou Aulzo, 
prope Rocamador » (p. 80), et bientôt après, en 1550, l'héritier 
de ce seigneur de La Pannonie reconnaît tenir de l'abbé 
d'Obasine l'entière paroisse de Saint-Gyr-d'Alzou, la grange 
ou village de La Pannonie, les terres de la Salvate et cer- 
taines terres aux Alix (p. 181). La paroisse de Saint-Cire 
dépendait de l'église des Alix, prieuré d'Obasine, comme 
l'atteste un état des paroisses de la généralité de Rordeaux 
de 1631, dans lequel on lit : « Alix et Sainet Salvaire dont la 
juridiction s'estend sur quatre paroisses scavoir la susdite 
(c.-à-d. Alix avec S. Salvaire) et Saint Cire d'Alzou Lapanno- 
nie (cette désignation forme un tout), Carlussetet Cales » ; et 
ailleurs : « Sainet-Circq dépend d'Alix, le Roy en est sei- 
gneur, engaigee audict sieur de Lapanonie, labbe Daubazine 
ya de directe cent livres » (pp. 81 et 183). Encore en 1635 un 
acte dispose de la « cure de Saint-Cire sur TAlzou » (p. 176-7). 
Mais bientôt après, en tout cas avant 1655, le seigneur de 
La Pannonie fit bâtir, non loin du château peu ancien de La 
Pannonie, une nouvelle église où se fit désormais le service 
paroissial (p. 177). Par conséquent, un pouillé de 1672 cons- 
tate, dans un article, que le service paroissial de Saint-Cire 
a été depuis peu transféré sous le même vocable à La Panno- 



NOTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 281 

nie, et clans un autre, il contient la brève mention : « Gapella- 
nia Sancti Girgueti prope R(oc) A(madour) ignoratur » (p. 183, 
n. 6, et cf. p. 79, n. 1). C'est ainsi que La Pannonie, subor- 
donnée à Saint-Cire encore au xv» siècle, prit peu à peu le 
devant sur celui-ci au courant du xvie, pour l'efîacer presque 
complètement au xvii". Les mentions citées nous donnent 
donc quelques lumières sur la grandeur relative et la déca- 
dence profonde de Saint-Cire d'Alzou, réduit au cours des 
siècles de la dignité d'une paroisse à la détresse d'une grange 
composée de deux bâtisses où on abrite les troupeaux. 

L'existence d'un château fort à Saint-Cire sur l'Alzou est 
attestée par un acte de 1330 passé entre le procureur du roi 
et le couvent d'Obasine, dans lequel on lit (p. 69 et cf. 75) : 

In qua quidem terra sunt ville sive loca de Alico et de Gasluceto 
cum fortaliciis de S^oCirico, deCalixto et de SanctoSalvatore,itein 
grangie de Lapanhonia, de Couzo,de Bonacostaet deCalixto, item 
borie del Chastanier et plures alii mansi sive capmansi parliculares. 

Ce témoignage est tardif. Il date de l'époque où Saint-Cire 
n'était plus siège d'une famille noble et, appartenant à 
l'abbaye d'Obasine, allait être arrenté à une famille bour- 
geoise de marchands de Rocamadour qui, sans se soucier de 
l'ancien château, établirent la nouvelle seigneurie de La 
Pannonie. Il est clair que la construction du château de 
Saint-Cire remonte à l'époque, plus ancienne, où une famille 
noble y siégeait*. 

Quelques membres de la famille de Saint-Cire apparaissent, 
au courant de la seconde moitié du xii^ siècle, dans le cartu- 
laire d'Obasine. Entre 1150 et 1159, Géraud de Saint-Cire et 
ses frères vendent à l'abbaye leurs droits, évidemment peu 
importants, sur le mas de La Coste pour 12 sous, et vers le 

1. En 1831, l'auteur de la Statistique du département du Lot, A. Del- 
pon de Livernon, voyait encore à cet emplacement des ruines très visibles 
d'un fort ou château et de bâtisses diverses, ainsi que des tombeaux et 
un retranchement; M. le chanoine Albe constate qu'aujourd'hui on n'y 
voit plus qu'une muraille de pierres sèches, large et haute, à demi ruinée 
(p. 174); ces lieux ont été objet de fouilles opérées par M. A. Viré [ibid- 
et cf. A7in. du Midi, 1909, p. 283, et 1912, p. 609). 



282 ST. STRONSKI. 

même temps ils cèdent, pour la dot religieuse de leur mère, 
leurs droits sur quelques mas situés dans les terres avoisi- 
nant l'Alzou (p. 175). En 1177, un Bernard de Saint-Cire est 
témoin d'une donation concernant le territoire de Couzou, 
voisin de celui de Saint-Cire (pp. 166 et 175). Mais cette 
famille n'est pas propriétaire du domaine dont elle lire son 
nom. En effet, l'abbaye acquiert, en 1187, pour la somme 
importante de 1.230 sous caorcins, les droits de Géraud de 
Cardaillac, de sa femme et de leur fils sur toute l'étendue de 
r « honor » de Saint-Cire. 

Les documents réunis par M. le chanoine Albe confirment 
donc, en général, les informations de l'ancienne biographie 
provençale au sujet du lieu d'origine et de la famille de Uc : 
la paroisse de Saint-Cire, avec son château fort, fut bien ce 
qu'on appelait « castel » au moyen âge et le père du trouba- 
dour ne pouvait être qu'un « paubre vavassor ». L'auteur 
de la biographie de Uc de Saint-Cire a donc eu, pour les 
données générales concernant la vie du troubadour, des in- 
formations sérieuses. 

La désignation « al pe de Sainta Maria de Rocamador », 
donnée par la biographie, est inexacte, non pas en ce qui 
concerne la distance, car nos documents disent, eux aussi, 
« prope Rocamadour », mais bien en ce qui concerne le 
niveau où se trouvait Saint-Cire. Cette inexactitude d'ex- 
pression s'explique peut-être par le nom même de Roca- 
madour, qui comporte l'idée d'un endroit élevé*. Mais en tout 

1. M. .Teanroy fait observer qu'on pourrait supposer que « al pe » est 
une faute pour c< al prep », mais cette correction lui paraîtrait bien har- 
die (p. XI. note 1). Je crois, moi aussi, que « al pe » est bien la Ic^on 
primitive. On la retrouve daus les biographies dans un cas analogue : 
« d'un castel que a nom Peirols qu'es en la encontrada del Dalfi d'Al- 
vernhe al pe de Rocafort » (Feirol). On trouve dans les biographies la 
forme « prop » et non pas « prep ». p. ex. : f que i avia prop de mil ho- 
mes » (B. de Born, II). Pour dire « près », les biographies ne se servent 
jamais de l'expression « al prop » (ou « al prep »), mais d'autres, p. ex. : 
« d'un castel que a nom Vie, qu'es près d'Orlac » (M. de Montaudon), 
« d'un bore que a nom Pradas qu'es près de la ciutat de Rodes ijuatre 
legas » (I). do Pradas). Sans croire à une provenance homogène de toutes 
les biographies, il faut cependant reconnaître que rien n'autorise la cor- 
rection de <i al pe » en « al prep ». 



NOTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 283 

cas on doit y reconnaître, avec M. Jeanroy, un indice que 
l'auteur de la biographie n'est pas le poète lui-même, ce qui 
paraît d'ailleurs naturel. 

IV 

AUSTORGIUS DE AURILIAGO GRUGE SIGNATUS. 

On est aujourd'hui d'accord au sujet de la date du seul 
sirventés qui nous soit parvenu du troubadour Austorc 
d'Aorlhac : il se rapporte à la croisade de 1247-50, et plus 
spécialement à la défaite de saint Louis en 1250'. 

Mais au sujet de la personne de l'auteur, plusieurs opi- 
nions sont en présence. 

M. Jeanroy l'identifie, d'accord avec quelques historiens 
locaux de l'Auvergne, avec Austorg, appartenant à une fa- 
mille noble qui tirait son nom de la ville actuelle d'Aurillac 
et dans laquelle le prénom Austorg fut héréditaire à partir 
de la fin du xii« siècle, à savoir avec Austorg d'Aurillac, qui 
mourut avant 1260 et qui fut fils d'Austorg attesté en 1236, 
et père d'Austorg qui se croisa en 1270 et fit son testament 
en 12852. 

1. L'ancienne opinion de Millot, qui rattachait cette pièce à la croisade 
de 1270 et à la mort de Saint Louis, fut suivie par Raynouard, par Diez, 
et passa dans les ouvrages modernes sur les troubadours. C'est M. Schind- 
ler qui l'abandonna le premier dans son mémoire Die Kreuzzuege in der 
altprov. und mittelhochdeut. Lyrik, Progr. der Annenschule, Dres- 
den, 1889, p. 31. L'observation de M. Schindler étant restée inaperçue 
jusqu'au moment où M. K. Lewent la rappela dans une note de son tra- 
vail. Bas altprov. Kreuzlied, paru en 1905 dans les Rom. Forsch.,XXl, 
p. 327. M. A. Jeanroy {Le troubadour Austorc d'Aurillac et son sir- 
ventés sur la septième croisade faisant partie des Mélanges Chaba- 
neaic, pp. 81-7, Erlangen 1907, et paru en tirage à part 1906), ainsi que 
M. C. Fabre [Austorc d'Orlac, troubadour du Velay au xiii« siècle, 
étude sur sa vie et son œuvre, Le Puy, 1906, dans les Mém. soc. agr. 
et se. de la Haute-Loire, XIII, pp. 61-78) examinèrent, indépendamment 
l'un de l'autre, la pièce d' Austorc et établirent, eux aussi, la date de 1250 
d'une façon définitive. 

2. A. Jeanroy, l. c, pp. 86-7, et cf. les ouvrages de H. de Barrau(1855) 
et de Deribier du Chatelet (1859) qui y sont cités, ainsi que ceux de J.-B. 
Bouillet (Xabil. d'Auv.. 1816,1, 105), et de A. Michel {L'Ane. Auv., 1847, 
III, 256). 



284 ST. STRONSKT. 

D'autre part, adoptant une supposition proposée avec ré- 
serve par C. Ghabaneau, qui paraît ne pas avoir porté son 
attention sur les Austorgs d'Aurillac, M. G. Fabre, qui con- 
naissait, lui, cette famille par les ouvrages de Bouillet et de 
Michel, voit néanmoins dans le troubadour un Austorgius 
de Orllaco, qui fut consul de Montpellier en 1251. Quant à 
son origine, M. Ghabaneau voit dans ce « de Orllaco » un 
Ornac, commune de Mons, de l'Hérault, tandis que M. Fabre, 
réclamant Austorc pour le Velay, se prononce en faveur 
d'Orlac, commune de Pébrac, de la Haute-Loire'. 

M. Jeanroy fit observer que ni l'Ornac de l'Hérault, ni 
rOrlac de la Haute-Loire ne correspondaient à la forme 
« Aorlhac » du manuscrit unique qui nous fait connaître le 
troubadour et que, au contraire, cette forme apparaît bien 
au xiii" siècle pour désigner la ville d'Aurillac^. 

M. A. Thomas, ayant à choisir entre un membre de la 
famille noble d'Aurillac et le consul bourgeois de Montpel- 
lier, déclare que les présomptions lui paraissent peut-être 
plus fortes en faveur de Montpellier qu'en faveur d'Auril- 
lac, étant donné l'esprit gibelin du sirventés et les sources 
ordinaires du ms. 856'^. 

Voici un document nouveau à verser aux débats. 

Puisque nous savons que le troubadour Austorc d'Aorlhac 
exprime, en 1250, le désir de voir continuer la lutte contre 
les infidèles (strophes iv et v), il n'est pas sans intérêt de 
voir, en 1252, un Austorc de la famille noble d'Aurillac, dé- 
signé expressément comme croisé, entreprendre le voyage 
de la Terre-Sainte, comme en témoigne l'acte que voici ^ : 



1. c. Ghabaneau, Les Biographies des Troubadours, 'J'oulouse, ]88.">, 
p. 127, et C. Fabre. l. c, 69-70. 

2. Mélanges Ghabaneau, p. B6, pour la supposition de Cliabanoau, et 
Annales du Midi, 1907, p. 138, pour celle de M. Fabre. 

3. Dans un compte-rendu du mémoire de M. Jeanroy publié dans la 
Romania, XXXVII, Ho. 

4. Collection Uoat, à la Bibl. Xat., t. CXL, fol. 180-1, copie de 1067. En 
tète se trouve le résumé suivant : « Confirmation faite par Austorg 
d'Aurillac croisé pour le secours de la Terre-Saincte de toutes les dona- 
tions qu'avoient faites à l'abbaye de Boneval Austorg d'Aurillac son père 
et Austorg d'Aurillac [dans le document, le premier seul est nommé 



NOTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 285 

Universis praesentes litteras inspecturis, Austorgius de Aiiri- 
Uaco,cruce signalus, saliitem in Domino. Gum nos, divina gratia 
inspirante, pro reraedio animae nostrae et praedecessorum nostro- 
rnin, i(e)- arripueriinus transmar inum in subsidium Terrae 
Sanctae, et nostri praedecessores, scilicet domini Austorgius de 
Aureliaco pater noster et Austorgius f rater ejus et noster patruus, 
dederint et concesserint domui Bonevalis Ruthenensis diocesis 
quidquid habebant et tenebant in manso et in capite mansi de 
Lomiers et in ejus pertinentiis, insuper curn dominus Petrus de 
Carboneriis et domina Dea, avia nostra, soror ejusdem Pétri, dede- 
rint et concesserint dictae domui Bonevaliis alodium et feudum 
totius territorii de Abiaco et ipsum Abiacum cum pertinenciis suis 
ob remedium animarum suarum, cum etiam dicti domini Austor- 
gius pater noster et Austorgius frater ejus concesserint et libère 
dimiserint dictae domui Bonevaliis ea quae dicta domina Dea, 
mater eorum, eidem domui dederat et concesserat, scilicet Abia- 
cum et territorium ejus cum pertinentiis suis, et quidquid iuris 
habebat e Valleletas, nos praedictus Austorgius, cruce sigrialus, 
praedicta omnia a praedictis praedecessoribus nostris praefatae 
domui Bonevaliis donata et concessa, ob remedium animarum 
suarum et nostrae, eidem domui concedimuset confirmamus prae- 
dicta omnia pro nobis et successoribus nostris, habentes rata et 
firma, promittentes tactis sacrosanctis evangeliis sacramento nos- 
tro corporaliter praestito, quod nunquam per nos vel per alios 
contra praedicta veniemus, quae etiam praedicta a filio nosiro Aiis- 
iorgio promitti fecimus sub iuramento ab eodem corporaliter 
praestito, volentes et specialiter concedentes quod nos et successo- 
res nostri et baiuli nostri et successorum nostrorum, nuUatenus 
valeamus exigere, petere, vel aliquathenus extorquere a praedictis 
pcis et pertinenciis et hominibus inhabitantibus dicta loca vel perti- 
nentia tallias vel quascumque alias exactiones, vel quistas, qua- 
ciimque occasione, sed quod dicta domus Bonevaliis praedicta 
omnia libère habeat et possideat nobis vel quocumque successo- 
rum nostrorum nuUathenus in contrarium reclamante. Et abbates 
et conventus Bonevaliis, qui pro tempore erunt, debetit annuatim 



d'Aurillac] son oncle, Pierre de Carboneriis et Dea sa sœur, ayeule dudit 
Austorg croisé, laquelle confirmation est aussi aprouuée et jurée par 
Austorg fds dudit Austorg croisé, 10 kalendas maii 1258 ». La date est 
rapportée dans cette analyse avec une double erreur, car on trouve dans 
le document même 1252 et « 12 kalendas maii. » 



286 ST. STRONSKI. 

pro nobis et praedecessoribus nostris et nostra progenie facere 
annuam procurationem semper in festo beati Tbomae martiris 
canturiensis in praedictaabbatiaBonevallis. Testes rogati S. abbas 
Bonevallis, Guillelnius de Fonte, Guillelmus Sudre, R. Hue, 
B. Garnier, Guillelmus Benedicti, Jolianus G. del Gros, prior Via- 
nensis, Guillelmus Andrieu. Actum apud Amiliavum an7io Do- 
mini millesimo ducentesimo qiiinquagesimo secundo, decimo 
secundo kalendas maii. Et ego Petrus Clapeira, publicus notarius 
amiliavensis, his omnibus interfui et signum meum apposui. Et 
ad maiorem rei huiusmodi fîrmitatem nos dictus Austorgius prae- 
sentem cartam sigillo nostro duximus roborandam. 

Austorg d'Aurillac, croisé, se rendit donc effectivement 
outremer et au moment de signer cet acte, le 18 avril 1252, il 
était déjà en route pour la Terre-Sainte (« cum nos... iter ar- 
ripuerimus transmarinum in subsidium Terrae Sanctae ») 
et se trouvait à Millau (« actum apud Amiliavum »), c'est- 
à-dire à 50 kilomètres environ au sud de l'abbaye de Bonne- 
val (Aveyron, arr. et comm. d'Espalion), à laquelle il con- 
firma les donations de ses ancêtres, et 100 kilomètres au sud 
de sa terre d'Aurillac. 

On sait que saint Louis, délivré de captivité à la fin 
d'avril de 1250, demeura, jusqu'en avril 1254. en Orient où il 
continua ses efforts pour la cause du Saint-Sépulcre. Austorg 
fut un des chevaliers qui, après la répression des Pastou- 
reaux en r251, se décidèrent à rejoindre l'armée du roi 
qui, vers ce temps, c'est-à-dire après le mois d'avril 1252, 
allait livrer quelques combats aux infidèles. 

Austorg d'Aurillac, croisé en 1252, paraît ne pas être revenu 
de la Terre-Sainte, ou du moins, pour parler strictement, ne 
pas avoir survécu longtemps à cette date, car quelques an- 
nées plus tard, entre 1259 et 1260, c'est déjà son fils et suc- 
cesseur à la seigneurie d'Aurillac qui descend dans le tom- 
beau et ouvre la succession à sa postérité. 

Ceci parait résulter d'une simple confrontation de notre 
acte avec d'autres qui ont été analysés par les historiens cités. 
Dans le document de 1252, à côté d'Austorg d'Aurillac croisé, 
figure son fils Austorg, qui est sans aucun doute majeur, 



NOTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 287 

puisqu'il prête serinent avec son père (« a ûlio nostro Aus- 
torgio proniitti fecimus sub iuramento ab eodem corporaliter 
praestito »). D'autre part, d'après un acte de 1260, Austorg 
d'Aurillac, qui testa en 1259 et ne vivait plus en 1260, ne sau- 
rait être que le fils du croisé, non le croisé lui-même, car il 
ne laissa que des enfants mineurs au nom desquels sa veuve, 
agissant comme tutrice, passa cet acte de 1260 avec son beau- 
frère, Durand d'Aurillac, seigneur de Montai, frère de son 
mari défunt. On voit donc qu'Austorg d'Aurillac, croisé en 
1252 et déjà assez âgé à cette époque, probablement le même 
qui tit en 1236 hommage d'une de ses terres, fut père d'Aus- 
torg, majeur au moment où son père partit pour la croisade, 
et d'un autre fils, Durand, attesté par des actes de 1260 et de 
1270'; Austorg, fils du croisé, succéda à son père à la sei- 
gneurie d'Aurillac et mourut entre 1259 et 1260; un troisième 
Austorg, qui était mineur en 1260 et qui, fait chevalier par 
saint Louis en 1266, l'accompagna à la croisade de 1270 et lit 
son testament en 1285, était fils du précédent et petit-fils du 
croisé de 1252'. 

Austorg d'Aurillac, qui partit pour la croisade en avril 1252 
et qui, par conséquent, doit avoir pris la croix, c'est-à-dire 
l'engagement d'aller outre-mer, quelque temps auparavant, 
étant donnés les retards habituels en pareilles circonstances, 
est bien l'auteur du sirventés exhortant à la continuation de 
la première croisade de saint Louis, composé entre avril et 
novembre 1250. 



1. Selon H. de Barrau, Austorg, mort entre 1259 et 1260, aurait confirmé, 
en 1258, à l'abbaye deBonneval les donations faites par son père et, selon 
Deribier du Chatelet, il aurait trouvé la mort en Afrique au cours d'une 
croisade : ces informations reposent certainement sur l'analyse erronée 
(1258 au lieu de 12.52) de notre document même, que ces auteurs auront 
empruntée au même registre des actes de Bonneval qui servit au copiste 
de la collection Doat (cf. p. 284, note 4). 

2. Pour ce dernier Austorg, que M. Jeanroy, suivant les généalogies loca- 
les, croyait fils de l' Austorg de 1250 et pour lequel on cite, outre les dates 
mentionnées, un hommage à l'abbé d'Aurillac de 1269 et une vente à son 
oncle Durand de Montai au retour de la croisade en septembre 1270, voyez 
au tome cité de la collection Doat un acte de 1278 par lequel il confirme 
à l'abbaye de Bonneval certaines donations faites par ses féodataires Pierre 
de Séverac et Pierre de Vilar (fol. 289). 



288 ST. STRONSKi/ 

M. Jeanroy a fait remarquer que seul le nom de la ville 
d'Aurillac correspond à la forme « Aorlhac » du manuscrit 
contenant le sirventés. Et il est vraiment inutile de chercher 
une autre localité inconnue et un personnage obscur de ce 
nom, lorsqu'on connaît un « Austorc d'Aorlhac » appartenant 
à une famille importante et dont les membres suivirent deux 
fois saint Louis en Terre-Sainte. Le document de 1252, nous 
montrant un « Austorgius de Auriliaco » en route pour la 
Terre- Sainte, peu de temps après le sirventés de 1250, ne 
laisse plus subsister aucun doute sur l'origine et la per- 
sonne du troubadour. 

V 

LES PSEUDONYMES RÉCIPROQUES 

L'usage des pseudonymes réciproques, échangés entre 
deux troubadours existait-il ou non? J'ai soutenu l'affirma- 
tive ^ M. K. Lewent a contesté mon opinion 2. Réfutant tour 
à tour mes arguments, M. Lewent aboutit à la conclusion 
très catégorique que « la réciprocité des pseudonymes des 
troubadours n'est pas prouvée ». Cette réfutation me semble 
bien moins décisive que M. Lewent ne paraît le croire. 

1. Le Troubadour Folquet de Marseille. Cracovie, 1910, pp. 30-41*. 
(Les citations faites plus bas sans autre indication se rapportent à ce 
volume.) 

2. Compte rendu dans le Literaturblatt f. germ. tmd rom. Philologie, 
1912, col. 328-30. — En discutant un seul point de la critique de M. Lewent, 
je ne voudrais pas laisser croire que je suis convaincu sur les trois autres 
dont il est question dans cette critique. — Quoi qu'en dise M. Lewent, la 
pièce 9,19 exprime bien les sentiments d'un poète qui abandonne le siècle 
et elle contient bien des allusions à l.ôâ, 1.5 : je n'insiste pas, car la lecture 
seule des deux pièces suffira à tout esprit non prévenu. — Le reproi-lie 
d'avoir établi la clironologie du chansonnier de Folquet d'après « le contenu 
des chansons amoureuses » est propre à me surprendre, car c'est précisé- 
ment le système que j'ai combattu (pp. 62-3' et 70' note) : il ne faut pas 
confondre, cependant, une datation basée sur « le contenu des chansons 
amoureuses » c'est-à-dire sur « le développement psychologique des senti- 
ments du poète » avec une datation qui, à côté de beaucoup d'autres indi- 
ces, compte avec les « manières successives » et les « motifs littéraires ». 
— La chanson de croisade 9, 10 est bien, malgré le point d'interrogation 



NOTES DE LITTERATURE PROVENÇALE. 289 

1. Le premier argument que j'ai invoqué est tiré des 
anciennes biographies provençales dans lesquelles l'usage 
des pseudonymes est souvent mentionné en des termes mar- 
quant nettement la réciprocité, par exemple : « clamavan se 
abdui Raynier », ou bien « s'appellava ab lui Engles i, ou 
encore « qu'el clamava son Audiart et el lui » etc. (cf. p. 34*.) 
M. Lewent m'oppose ma propre attitude à l'égard des bio- 
graphies. Il fait remarquer que je ne leur accorde » sous ce 
rapport », aucune confiance et, pour expliquer cette objec- 
tion, il renvoie à un autre passage de son compte rendu où il 
signale mon scepticisme au sujet de ce que les biographies 
disent sur « les aventures amoureuses des troubadours », 
Cette dernière observation est exacte, mais je n'aperçois pas 
comment l'emploi réciproque d'un pseudonyme par deux 
troubadours peut être classé parmi leurs « aventures amou- 
reuses ». C'est un fait d'ordre littéraire, un usage poétique 
que les biographies peuvent connaître et rapporter au même 
titre qu'elles rapportent, par exemple, l'existence de certains 
genres poétiques ou l'habitude d'accompagner les chansons 
de « razos », etc. Le souvenir qu'elles gardent des pseudo- 
nymes réciproques est du resie inexact, car, suivant leur 
habitude, elles transfèrent cet usage purement littéraire dans 
la vie réelle des cours. 

2. La réciprocité des pseudonymes est attestée, en des 
termes non moins précis que dans les biographies, dans un 
document de tout autre ordre, un acte juridique et daté, dont 

de M. Lewent, la seule pièce composée « al crozar » de Richard Cœur-de- 
Lion, car 80, 30 de B. de Born et 248, 6 de G. de Borneil sont postérieures 
« al crozar » des deux rois, Henri II et Philippe-Auguste, à l'entrevue de 
Gisors (cf. p. 21'). Et surtout il faut dire nettement quelles sont les deux 
opinions. M. Lewent avait attribué cette pièce sans réserve à Ainieric de 
Belenoi et j'espère qu'il ne soutiendra plus cette opinion. Après avoir 
indiqué les motifs qui parlent contre Aimeric et ceux qui pourraient faire 
songer à Folquet « sans qu'on puisse produire des arguments décisifs », 
j'ai classé cette chanson parmi les pièces d'attribution douteuse (pp. 131-5* 
et cf. 19'). — Je finis cette discussion rapide en remerciant M. Lewent des 
observations sur les textes, parmi lesquelles on en trouvera sans doute 
beaucoup de justes qui se joindront aux corrections précieuses et impor- 
tantes publiées ici même (XXIII, 498) par M. Salverda de Grave et par 
M. Jeanroy tout récemment (avril 1913) dans la Ro^nania. 

A.NNALES DU MIDI. — XXV. 20 



290 ST. STRONSKI. 

l'utilité pour l'histoire littéraire des troubadours a été depuis 
longtemps reconnue par MM. Paul Meyer et C. Chabaneau 
et qu'il importe de rappeler pour la question qui nous inté- 
resse *. C'est une enquête faite en 1246 sur la mouvance du 
château de Brassac, au courant de laquelle deux témoins, 
ayant à déposer sur les relations de Raimon V, comte de 
Toulouse (1148-94), et son contemporain Bernart de Durfort, 
s'expriment de la façon suivante : 

N'Amels de Tofalhas diss per testimoni, sobre sagrament, que 
auzid dire a so payre que mosenh lo coms que jay a Nemze... lo 
(se. castel de Brassac) comandet a.N Bernad Durfort lo quais 
s'apelava ab lui Albert... — Bernad del Gazai capela de Pao, 
diss per testiuioni... qu'En Bernads de Durfort, aqnel que es 
sebelids al Brolh, teng Brassac de comanda del senhor comte que 
jay a Nemze e que avia norn Albert ab lo senhor comte e que ell 
vi qu'en Bernads de Durfort ténia a Brassac cent cavalers faiditz... 
e que ell era a Brassac quand Bernad «le Durfort fe la venda... 
e diss que ell fo al sebeliment d'En Bernad de Durfort, quant fo 
sebelids al Brolh, e tôt aisso diss sobre sagrament, coma capelas, 
que ell o avia vist e auzid... 

Les relations de Bernard de Durfort avec le comte Rai- 
mon V de Toulouse se placent aux environs de l'an 1180, 
car au moment de l'enquête, soixante-cinq ans élaient passés 
depuis la vente du château d'après un autre témoin (« que 
ben avia LX e V ans e plus »). Le premier des témoins qui 
parlent de l'usage du pseudonyme réciproque « Albert » ne 
le connaît que par ouï-dire, mais les souvenirs du second 
remontent à l'époque même du comte Raimon V et de Ber- 
nard de Durfort. Le témoignage de ce document authentique 
échappe aux doutes dont M. Lewent a cru pouvoir affaiblir 
celui des anciennes biographies. J'ajoute que dans la pensée 
de M. Paul Meyer et de Chabaneau un pseudonyme récipro- 



1. Cet acte, publié au t. XI du Bullelin de In Société archéologique 
de Tarn-et-Garonne, a été cité par M. Paul Meyer dans son mémoire sur 
Les Troubadours à la cour des comtes de Toulouse au t. Vil de l'Hist, 
gén. Lang., p. 445, et par G. Chabaneau dans les Biographies, p. 34. 



\OTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 291 

que n'était possible qu'entre deux troubadours, en poésie, et 
non pas dans la vie réelle, et cette opinion est certainement 
justes 

3. Si l'on passe aux poésies mêmes des troubadours, on 
relève une mention marquant la réciprocité non moins net- 
tement que les précédentes dans une chanson de Bertran 
de Born qui. parlant de sa dame, dit : « Ab cui eu m'apel 
Tristan », ce qui n'est, à mon sens, qu'un motif littéraire 
par lequel Bertran applique à sa dame (en admettant que 
celle-ci ne fût pas « trobairitz ») et à lui-même un usage qui, 
en réalité, n'existait qu'entre deux troubadours (cf. pp. 35-6% 
note). Moins explicite est le cas des deux allusions de Giraut 
de Borneil : « li dui Bertran » et « us dels Bertrans » qui 
paraissent se rapporter à deux troubadours qui se donnaient, 
l'un à l'autre, le pseudonyme de < Bertran » (cf. pp. 34-5'). 
M. Lewent a complètement négligé de dire son avis sur ces 
témoignages et pourtant il est impossible de ne point attri- 
buer une certaine valeur au moins à celui de Bertran de 
Born, qui est très net^. 

4. Dans deux témoignages que j'ai cités (p. 35*), la récipro- 
cité est attestée d'une façon directe et indiscutable : Garin 
d'Apchier et Torcafol se donnent, l'un à l'autre, dans l'échange 
connu de plusieurs sirventés personnels le nom de « Gomu- 
nal », et les deux partenaires de la tenson anonyme 461, 16 
s'appellent réciproquement « Amies Privatz ». Dans ce cas, 
M. Lewent ne peut pas nier et ne nie pas la réciprocité. Il dit 
donc que ce ne sont pas des pseudonymes : « Est-ce que 
« comunal » est autre chose qu'un appellatif (« gemeiner 



1. Dans la liste alphabétique des troiibadours , Chabaneau place les 
deux personnages et il dit dans l'article de Raimon, rappelant notre docu- 
ment : « La nature des relations de ce prince avec le troubadour Bernart 
de Durfort donne lieu de supposer qu'il composa lui aussi des vers », ce 
que d'autres indices encore paraissent confirmer pour Raimon et pour 
Bernart. 

2. Un troisième témoignage de ce genre se trouverait, pour le pseudo- 
nyme « Mon Joglar » de Rambaut d'Orange, dans la pièce 389, 39 
(MG., 523), où la réciprocité paraît résulter des mentions aux stro- 
phes II et VI (cf. l'opinion de M. Appel, dans la Revue des langues 
romanes, XL, 419). Mais il faut réserver ce cas à un examen spécial. 



292 ST. STRONSKI. 

Kerl »), « amies privatz » autre chose ,que « vertrauter 
Freund » ? Je ne crois pas que M, Lewent ait regardé de 
près les poésies dans lesquelles figure le pseudonyme « Gomu- 
nal ». On le trouve huit fois dans les pièces des deux trou- 
badours; il s'agit donc d'une désignation fixe et non pas d'un 
simple substantif; en outre on y relève des cas où ce pseu- 
donyme est employé, comme d'autres, avec le possessif, par 
exemple : « Mes Gomunals fai ben parer » (162, 5), ou bien : 
« Un nou sirventes ai N'Uc, de mon Comunal astruc • 
(162, 1). Un sobriquet injurieux « Comunal », <à l'instar des 
sobriquets élogieux, est bien admissible, car nous en avons 
d'autres bien plus expressifs, par exemple « En Es-Fotanz » 
(461, 241). J'ajoute que ni M. Witthoeft ni M. Appel, qui ont 
publié les pièces de Gariu et de Torcafol, n'ont jamais pensé 
à y voir autre chose qu'un pseudonyme. Quant à « Amies 
Privatz », ce pseudonyme se trouve au début de chacune des 
huit strophes de la tenson 461, 16 et on sait que, dans les 
tensons, c'est une règle que de s'adresser à son partenaire en 
le nommant toujours, dans chaque strophe, par son nom ou 
par son pseudonyme. Si l'on dit que « Amies Privatz » est 
un simple substantif, pourquoi ne pas le dire de « Mon 
Cortes », de « Plus Leial », de « Bel Senhor », de « N'Agra- 
diva », de « Mon Plazer », de « Mon Esper » et de tant d'au- 
tres? La plupart des pseudonymes sont de simples substan- 
tifs ou adjectifs, mais si un substantif est employé comme 
« Comunal » et « Amies Privatz » dans les cas dont nous 
parlons et où ces mots sont des noms fixes, c'est que ce subs- 
tantif est devenu pseudonyme. Et c'est précisément cela 
qu'on appelle pseudonyme. Je regrette d'avoir à rappeler ces 
vérités élémentaires. 

5. On trouve assez fréquemment les mêmes pseudonymes 
dans les poésies de deux ou plusieurs troubadours. Or, les 
pseudonymes identiques dans les poésies de deux trouba- 
dours contemporains ne sauraient être sans rapport : ou bien 
ils désignent le même personnage, une dame ou un ami com- 
mun, ou bien il s'agit d'un pseudonyme réciproque des deux 
troubadours. Partant de cette idée, j'ai tâché d'expliquer, à 



NOTES DE LITTÉRATURE TROVENÇALE. 293 

titre d'exemple, trois pseudonymes qui se rencontrent, tous 
les trois, dans les poésies de Raimon Jordan de Saint- Antonin 
et dans celles de Gaucelm Faidit. Et je suis arrivé à cette 
conclusion que Raimon Jordan appelait « Conort i et « Dezi- 
rier » deux dames que Gaucelm Faidit célébrait sous les 
mêmes noms, et que, d'autre part, Gaucelm et Raimon se 
donnaient l'un à l'autre le sobriquet « Dezir ». M. Lewent 
rejette cette opinion. D'après lui, le pseudonyme « Conort > 
n'existe point dans les chansons de Raimon Jordan et, quant 
à 4 Dezirier » et « Dezir », ils ne font qu'un seul pseudo- 
nyme de dame sous deux formes facultatives, conformément 
aux besoins du vers. Je crois devoir maintenir ma manière 
de voir. 

Retenons tout d'abord le fait certain que le pseudonyme 
« Dezirier » désigne une dame : l'allusion de Raimon Jor- 
dan (404, 11) : « Belhs Deziriers... Aissi me met en las vos- 
tras preizos, etc. », l'indique nettement, et dans le passage de 
Gaucelm Faidit (167, 63) cela résulte de la forme féminine 
du pronom : « Coblas anas dreit a mon Dezirier E digas li 
que per liei vau languen ». Ce point échappe à toute diver- 
gence de vues. 

Le pseudonyme « Conort » se trouve dans une chanson de 
Raimon Jordan (404, 4) où il dit, s'adressant à sa dame : 
« E s'ieu vos die mon Conort, No m'o tengatz ad orguoill » et 
dans la chanson 167, 6 de Gaucelm Faidit : « Que mos Conortz 
mi reten sai tan gen, etc. » M. Lewent ne dit rien sur Gau- 
celm Faidit; dans le vers de Raimon Jordan il écrit « conoit », 
voyant là un simple substantif. Cela est étrange, mais enfin, 
si nous n'avions que ce passage seul, il serait difficile de dis- 
cuter. Attendons donc pour le moment. 

Le pseudonyme « Dezir » se trouve dans la chanson 167, 51 
de Gaucelm Faidit(ainsi que dans 106, 1, qui pourrait être de 
lui et non de Cadenet) et il m'a paru que dans l'allusion : « Bels 
Dezirs... Que de gaug et d'amor So'il vostre dig e-il faich son 
de lauzor », ces paroles : « vos dires sont dejoie et d'amour », 
pouvaient être adressées à un troubadour. M. Lewent croit, 
au contraire, qu'il s'agit d'une dame, « car on loue souvent 



294 ST. STRONSKI. 

le beau parler et les belles manières des dames, et ce sont des 
qualités qu'on leur recommande ». Encore un cas où une 
décision serait impossible à prendre, si nous n'avions rien 
de plus. 

Mais pourquoi M. Lewent, mettant sous les yeux des lec- 
teurs les deux passages précités, qui ne sont pas probants, 
n'a-t-il pas aperçu l'importance d'un troisième, qu'il a passé 
sous silence ? C'est celui de la chanson 404, 2 de Raimon 
Jordan : 

A ma dompna fai ma razon entendre, 
Chansonela, e puois val, e non len, 
A mon Dezir, que pens de mon Conort 
Tôt enaissi cum sap qe-1 taing a far, 
E'is compaignos sapchas mi saludar. 

C'est bien clair : « A ma dompna... e puois a mon Dezir ». 
On voit que « Dezir » n'est pas la dame du poète et ne peut 
désigner une autre dame quelconque à côté de « ma dompna ». 
C'est donc un homme, un ami du troubadour, qui parle d'aiK 
leurs d'autres « compaignos » encore. Or, puisque « Dezir » 
désigne un homme et « Dezirier » une femme, c'est la pre- 
mière thèse de M. Lewent qui tombe : il ne s'agit pas de 
simples variantes d'un pseudonyme de dame, ce qui serait, 
du reste, bien singulier, car les « senhals » n'ont, naturelle- 
ment, qu'une seule forme. D'autre part, en adressant à son 
ami « Dezir » la demande « que pens de mon Conort tôt 
enaissi cum sap qe-1 taing a far », Raimon Jordan l'invite à 
célébrer sa dame, qu'il nomme à cette place par son pseudo- 
nyme, et on voit bien qu'aucune autre interprétation n'est 
possible. Par conséquent, t Conort », dans les poésies de Rai- 
mon Jordan, n'est pas un simple substantif qui, par un 
hasard singulier, ferait toujours l'effet d'un nom propre, 
mais c'est bien un pseudonyme, de même que chez Gaucelm 
Faidit : et c'est la seconde thèse de M. Lewent (jui tombe*. 

1. Si je dis : bhinc, M. Lewent dit : noir; si je dis : noir, M. Lewent 
dit : blanc. Pordigon, dans 370, 9, parlant de l'amour, sans lequel il ne 
voudrait plus vivre, dit : « C'atressi cre qu'a morir m'avongues viuria 
tostemps ses mon plazer ». "SI. Lewent corrige (XX VI, 11) ; v Lire « Mon 



NOTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 295 

Je reviens donc à l'explication que j'ai proposée. Raimon 
Jordan et Gaucelm Faidit, deux troubadours contemporains, 
sont en bonnes relations. Raimon célèbre deux dames sous 
les pseudonymes « Dezirier » et « Gonort », et Gaucelm 
donne les mêmes noms à ces dames. En outre, Gaucelm 
Faidit célèbre son noble confrère, le vicomte de Saint-Ânto- 
nin, sous le nom de « Dezir » — (il y a, cela va sans dire, un 
rapport entre les deux pseudonymes « Dezir » et « Dezirier », 
celui du troubadour et celui de la dame) — et le vicomte 
l'appelle par le même « senhal » : voilà comment deux trou- 
badours arrivent à avoir un pseudonyme réciproque. 

6. « L'exemple le plus probant qui existe des sobriquets 
réciproques », c'est, ai-je dit, celui du pseudonyme « Plus 
Leial », qui se trouve dans deux envois qui suivent et dont le 
premier est de Folquet de Marseille, le second de Pons de 
Ghapduelh : 

En Plus-Leial, s'ab los huoills vos Mon Plus-Leial, s'ieu vos vis plus 
[vezia, [soven 

aissi cun fatz ab lo cor tota-via, miels m'anera, mi e vos eissamen, 

so qu'ieu ai dig porri' aver valor, qu'eu saubra vos conseillare vos me, 

q'ieuqier conseil econseill vos daria. pei'o negus non sap a sos ops re. 

Il est évident que ces deux envois se font pendant, le 
second étant une réponse au premier, et que les deux trou- 
badours se donnent le même nom. 

Or, M. Lewent se borne à dire que la réciprocité n'étant 
pas prouvée dans les cas précédemment étudiés, elle ne sau- 
rait être acceptée dans celui-ci, ce qui le dispense de discu- 
ter et d'expliquer d'une autre manière le texte qui m'a paru 
le plus décisif. 

7. J'ai dit, et ce n'était pas une révélation, que certains « sen- 
hals » étaient devenus pour certains troubadours des sortes 



Plazer s, pseudonyme, qui se rencontre ailleurs chez Perdigon, voy. 370, 3 ». 
Je le savais bien, mais j'ai exi^Iiqué ma leçon dans une note que M. Lewent 
n'a pas remarquée (p. 130") : « plazer n'est pas nom propre, car ce 
« senhal» désigne, dans 370, 3, un homme, le seigneur de Montpellier », 
et dans notre passage un pseudonyme d'homme est impossible. 



296 ST. STRONSKI. 

de marque de fabrique, surtout à partir de Bernart de Ven- 
tadour et de Giraut de Borneil, qui abandonnèrent l'hakitude 
de mettre le nom de l'auteur à la fin des chansons (pp. 42 3*). 
M. Lewent me répond : « Fort bien, mais cela deviendrait 
illusoire, du moment que l'habitude se serait formée entre 
les troubadours de se désigner réciproquement eux-mêmes 
ou de désigner une autre personne par le même senhal. » Je 
ferai observer tout d'abord que, dans les mouvements poéti- 
ques, il existe toujours des tendances divergentes, car les 
phénomènes littéraires ne s'ordonnent pas pour la plus 
grande commodité des critiques futurs. Puis, M. Lewent 
exagère, et de beaucoup, en nous présentant ces deux ten- 
dances comme tellement inconciliables. En effet, tous les 
pseudonymes ne furent point réciproques, puisque ceux qui 
désignent d'autres personnes que des troubadours sont très 
nombreux, et que souvent ils ne sont employés que par un 
seul troubadour. Bernart de Ventadour, en employant les 
noms de « Tristan » ou de « Gonort », et Bertran de Born 
ceux ^' « Oc-e-No » ou de « Papiol », savaient bien que ces 
noms équivalaient à des marques de fabrique. Dans d'autres 
cas, il est vrai, les tendances se croisent et produisent des 
troubles, mais, assurément, pas de grosses calamités. Si 
Giraut de Borneil donne à une dame dans un grand nombre 
de chansons le nom de « Bel Senhor », ce « senhal » devient 
un indice qui laisse deviner aux auditeurs, avec beaucoup 
de vraisemblance, qu'il est bien l'auteur de ces chansons; 
mais si en même temps un autre troubadour du même pays, 
l^ertran de Born, attribue deux fois à la même dame le nom 
que son célèbre confrère lui avait donné, est-ce que tout 
devient inconcevable? De môme, si Folquet de Marseille met 
le nom d' « Aziman » dans les envois de treize chansons, il 
est clair que ce nom devient pour les auditeurs un indice 
d'origine ; le même senhal, employé par Bertran de Born 
(dans une seule chanson, qu'il était impossible de confon- 
dre avec celles de Folquet) pour désigner son nmi, éveillait 
assez naturellement son souvenir dans l'esprit des auditeurs. 
Les phénomènes poétiques ne sont pas soumis à des règles 



NOTES DE LITTÉRATURE PROVENÇALE. 207 

aussi simples que M. Leweiit le souhaiterait, mais d'autre 
part il n'y règne pas la confusion qu'il suppose. 

En somme, les observations de M. Lewent me paraissent 
plus tranchantes dans la forme que vraiment décisives et 
laissent absolument intacts tous les indices qui attestent 
l'existence des pseudonymes réciproques. Nier celle-ci, c'est 
se priver d'un indice (jui, interrogé avec toutes les précau- 
tions désirables, peut nous instruire dans plus d'un cas sur 
l'identité des auteurs et surtout des destinataires. 

St. Stronski. 



LES 



BIE\S DES ÉGLISES PROTESTANTES m 1685 



ET LES « ŒUVRES PIES » 



I 



La révocation de l'Édit de Nantes fut, entre autres choses, 
un essai de liquidation qui, en matière de discipline confes- 
sionnelle, aboutit à un échec ; en matière d'argent, à un défi- 
cit. Le premier de ces résultats est suffisamment prouvé par 
les faits; le second, moins connu, peut devenir l'objet de 
témoignages nouveaux. 

Les renseignements présentés ici ne concernent, pour le 
moment, que la condition faite, au lendemain de cette révo- 
cation, à la fortune cultuelle des Églises calvinistes. Ils ne 
touchent point, d'ailleurs, ou touchent très peu, à la vaste 
spoliation, au transfert longtemps prolongé de propriétés que 
fut la confiscation, pour délit d'hérésie, des patrimoines privés. 

L'acte révocatoire laissait aux mains du roi les biens des 
Églises protestantes, ces biens qu'un long travail combiné du 
clergé séculier, des ordres religieux, des juridictions admi- 
nistratives et des cours de justice avait, jusqu'en 1685, depuis 
1(j61, rongés sans en épuiser la totalité. Plus de culte « pré- 
tendu réformé » ; donc plus de patritnoine à la disposition de 
ce culte et des œuvres d'assistance et d'instruction qui s'y 
rattachaient. Et nulle place faite à des associations légales 
capables, à côté de l'I^tat et sous sa surveillance, de conti- 
nuer l'exercice cultuel. On est loin, en ce temps, de la tolé- 



LES BIENS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 299 

rance moderne qui laisse à une forme de la croyance humaine 
la liberté et les moyens de se manifester. Ce n'est pas, alors, 
une séparation d'Église d'avec l'État; c'est une suppression 
violente et trop souvent sanglante d'Église par l'État. 

Déjà, en de nombreux cantons, dans tout le royaume, les 
temples protestants étaient fermés ou en ruines; sur des 
lieues de pays les cloches huguenotes avaient cessé de son- 
ner. Mais les biens afférents à l'exercice proscrit n'étaient 
pas attribués et distribués partout où avait porté l'interdic- 
tion; la portion, si large fùt-elle, qu'en avaient distraite, sur 
des décisions particulières et des extinctions locales de culte, 
les ordonnances et arrêts du roi n'était point partout affectée, 
il s'en fallait de beaucoup, aux usages officiellement stipulés 
par les édits royaux : dotations d'hôpitaux, d'écoles ortho- 
doxes ou bienfaits particuliers du souverain. Car cette épo- 
que, dans la pratique des affaires, abonde en formalités, 
retards, contradictions même, sous l'apparente unité de l'ac- 
tion centrale. 

L'idée d'un emploi spécial à une part éventuelle de ces 
dépouilles ne fut délinie avec précision et force exécutoire 
qu'au lendemain de l'édit destructeur, plus exactement : sept 
jours après son enregistrement par les cours souveraines de 
justice ; dix jours après la signature royale et l'apposition des 
sceaux par le chancelier de France. Une lettre du secrétaire 
d'État Ghàteauneuf donne la date de la résolution et en déter- 
mine l'objet. 

Le 2 novembre 1685 il mande à Seignelay : « Le Roy réso- 
lut lundi dernier au Conseil de faire écrire par Messieurs 
les secrétaires d'Estat aux Intendans de leur département 
qu'encore que par la déclaration des 27 janvier 1683 et 21 août 
1684, Sa Majesté ait réuni aux hôpitaux tous les biens dont 
jouissoient les Consistoires supprimés et ceux qui leur avoient 
esté légués ou donnés entre vifs pour les pauvres de la R. P. R., 
ou pour l'entretien des Minisires, néanmoins Elle desiroit 
que lesdits s^s Intendans examinassent bien particulièrement 
en quoi consistoient les biens dont lesdits Consistoires de 
leur département estoient en possession, et si partie des 



300 p. GACHON. 

fonds qui se trouveront ne seroient pas plus utilement em- 
ployés à ce qui est al)solument nécessaire pour l'usage des 
N(ouveaux) G(onvertis), comme pour les Églises qu'il faut 
rebâtir, les Livres dont ils ont besoin et autres choses sem- 
blables ))^ 

A noter le mot : le Roi résolut. Ce n'est pas, à proprement 
parler, un v^. résultat » du Conseil, mais l'expression d'une 
décision royale, d'abord personnelle, une solution signifiée. 

Voilà donc brusquement annoncé le changement de desti- 
nation d'une portion à déterminer sur les biens vacants. De 
l'assistance publique, elle passe à une entreprise confession- 
nelle ; des hôpitaux, à la mission. Et cela décidé en moins de 
huit jours, en une séance de Conseil, peut-être : celle du 
lundi que vise la lettre de Châteauneuf et qui correspond 
au 29 octobre 1685. 



II 



Très peu de gens savaient, en dehors des ministres d'Etat 
qui, seuls, assistaient au Conseil d'en haut, où, ce lundi-là, 
fut, sans doute, appelé Châteauneuf, simple secrétaire d'État, 
mais ayant dans sa charge les affaires de la R. P. R. Sei- 
gnelay, qui n'était pas encore ministre d'État, mais dont les 
attributions comprenaient la police générale des Nouveaux 
Convertis, avait déjà, le jour même de la séance, par l'ordre 
du roi, reçu de son oncle Croissy copie de la lettre-circulaire 
destinée aux Intendants sur le fait de la mission'^. Croissy 
n'y fait aucune allusion à la nouvelle affectation des biens 
que, d'ailleurs, le texte de l'Edit révocatoire ne mentionnait 
pas. 

En certains endroits, cependant, hors du cercle étroit des 
ministres et des confidents de la pensée souveraine, on paraît 
avoir été plus au courant. 

1. Bibl. Nal., iiiss. F. fr., 7044 (anc. siippl. fr.), fol. 180. V. pièces justif., 

'Z. Bibl. Nal., iii.ss. F. fr. 7044 (anc. suppl. fr.), fol. 179. V. pièces justifie, 
n" IV. 



LES BIENS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 301 

Le 28 octobre, la veille de la séance où le Conseil royal 
délibéra sur la question ou, plutôt, en accepta la solution, 
on semble la supposer tranchée dans une réunion des évoques 
de Languedoc rassemblés autour du cardinal-archevêque de 
Narbonne, Bonzi, président des États de la Province qui 
tenaient alors une session. Les évoques s'occupent d'utiliser 
l'héritage forcé de la confession abolie, fondent sur ces res- 
sources des prévisions pour l'agrandissement ou la recons- 
truction des églises catholiques ^ 

Qui a ainsi instruit d'avance le prélat? Ce ne peut être 
Louvois qui se méfie de lui ou, simplement, juge inutile de 
l'informer, écrivant au dos d'une lettre qu'il en a reçue : « Je 
ne doute point qu'il n'ait informé M. de Châteauneuf de ce 
qu'il me mande... je ne kiy respondray point à ce qu'il me 
mande «. Il est vrai que le renseignement pouvait gêner Lou- 
vois; l'archevêque lui avait écrit : « Vous ne doutez pas, M', 
que le plus grand nombre des conversions ne sont pas sincè- 
res )>^, tout en l'assurant de son dévouement, très sincère 
d'ailleurs, à l'entreprise. 

L'informateur autorisé et intéressé était là, sur place, à 
Montpellier : Bàville, le nouvel intendant de Languedoc, le 
missionnaire à succès, le convertisseur du Poitou qu'il venait 
de quitter pour une région plus difficile à réduire. Les notes 
marginales au compte-rendu des délibérations épiscopales 
sont de sa main. Et on entrevoit, sur ces indices, la source 
de l'informatioij : la liaison que la famille des Lamoignon, 
dont le chef, le premier président du Parlement de Paris, 
père de Bâville, avait été autrefois l'homme de confiance de 
la Cabale des dévots', conservera longtemps avec la Société 
de Jésus et les « gros bonnets de l'Ordre », le P. Bourdaloue, 
le P. La Rue, et, par eux, avec le P. La Chaise. 

L'intendant a même pris une part décisive, bien qu'indi- 
recte, dans la dévolution des biens d'Églises protestantes à 

1. Arch. Nat., TT. 481 (oL TT. 268), pièce 74. 

2. Arch. Guerre. Corresp. 1" fascic. n» 795 (1682-87), pièce 45. Le car- 
dinal de Bonzi à Louvois, 16 octobre 1685. 

3. R. Allier, La Cabale des Dévots, pp. 33 et pass. 



302 p. GACHON. 

l'œuvre qu'il avait déjà si fortement servie. En octobre 1685, 
à une date incertaine de ce mois, le 7, probablement, d'après 
une réponse de Louvois', Bàville avait adressé à Versailles 
un mémoire émané de deux pasteurs renégats qui, jusqu'à 
leur abjuration publique, toute récente, restèrent entourés 
par les fidèles de Nîmes, leur église, de la plus solide con- 
fiance et du plus grand respect. C'étaient les pasteurs Cheiron 
et Paulban^. L'avis ainsi transmis était un appel aux larges- 
ses du roi, avec l'indication des moyens propres à récom- 
penser une trabison si profitable à la vraie religion par 
l'exemple et l'autorité des apostats. Entre autres, celui-ci : 
« Gomme il ne seroit pas juste ny possible de les retenir (les 
ministres ou pasteurs utiles) dans le sein de l'Église, sans 
pourvoir à leur subsistance, S. M. doit estre très bumble- 
ment suppliée de leur faire sentir les efl'ets de sa libéralité 
royale. » 

« Outre la voie des bienfaits du Roy^ on pourroit encore 
les indemniser en leur donnant en propriété tous et chacuns 
les biens qui appartenoient aux Consistoires et particulière- 
ment tous les fonds, rentes et revenus qui avoient esté légués 
ou establis pour l'entretien du ministère de la R. P. R » *. 

La prime eût été belle à l'apostasie, même avec la réserve 
qui la limitait à un fonds restreint, et, par là, créait une caté- 
gorie spéciale dans les produits de la confiscation. 

C'est bien ainsi qu'en jugèrent le roi et ses ministres confi- 
dents; mais il y avait pour eux, dans cette vilenie, une indi- 
cation pratique. Le roi la généralisa et appliqua les profits 
convoités à l'ensemble de l'œuvre de conversion. 



1. Bibl. Nat., mss. F. fr. 7044 (anc. suppl. fr.i, fol. 167. « Dépôt de la 
Guerre : Lettre de M. de TiOuvois à M. de Jiasvillo, de Fontainebleau, le 
15 octobre 1085 ». 

2. Sur Glieiron et Paullian, v. El. Benoît, Ilist. de l'Kdit de Nantes, 
t. V (réf. à la table), et la France protestante, aux noms cités. 

3. Expression officielle pour ce genre de subsides. Une série de Registres 
des Bienfaits du Roy existe à la Bibl. Nat. (Anc. suppl. fr., n"' 7651-7666, 
et aux Arch. Nat., TT., ^irZ, 431 : Dons et brevets de dons sur les biens 
des Religionnaires, 16<S.')-171<!). 

4. Arch. Nat., TT., 260, doss. 1, Nîmes, pièce 38, avec la rubrique : En- 
voyé par M. de Basville en octobre 1865. V. pièces justifie, n" i. 



LES BIENS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 303 

Il était, d'ailleurs, mis en garde contre la satisfaction par 
trop personnelle de cette convoitise même parle commentaire 
marginal qui provient de Bàville, mais dont, pour une part, 
l'inspirateur a été Daguesseau, son prédécesseur en Langue- 
doc, récemment appelé au Conseil d'État. Car une doctrine 
y est formulée qui a élé soutenue par ce dernier en plusieurs 
mémoires 1 : « Il y auroit différence à faire entre les biens 
donnés pour les pauvres, ceux qui sont donnés au Consis- 
toire sans destination et ceux qui sont donnés aux ministres 
pour prescher. Il n'y a que les derniers qui puissent leur 
estre donnés, les autres appartiennent aux pauvres- ». 

On le voit : tout en maintenant une distinction qui, 
d'ailleurs, ne fut pas le plus souvent observée dans l'opéra- 
tion imminente, le légiste accepte l'idée de faire aux compli- 
ces leur part dans le butin. Daguesseau avait aussi, à plu- 
sieurs reprises, proposé l'emploi de ces moyens « humains » 
à côté d'une action moins méprisable^. 

Mais le nouvel intendant veut qu'on prenne des précautions 
même pour la délivrance de ce morceau réduit : « La distri- 
bution pourroit en estre faite sur l'avis du mérite de chacun, 
et de la conduite qu'il auroit pour le bien de la Religion, et 
du bon exemple qu'il pourroit donner. C'est pourquoi il 
seroit à propos, en cas qu'il plust au Roy de prendre cette 
résolution, de leur faire connoistre qu'ils pourront avoir ces 
biens, mais de ne leur en pas faire si tost la distribution » : 
donnant, donnant. 

L'avis intéressé des deux pasteurs semble, au premier 
aspect, un motif bien mesquin de décision en matières aussi 
graves. Gomment aurait-il pu peser sur la résolution du 
Conseil royal ou lui suggérer une affectation particulière des 
biens d'une grande communauté confessionnelle? 

On ne peut cependant mettre en doute cette influence 



1. V. notamment le mémoire de Daguesseau, dans P. Gachon, Quelqiies 
préliminaires de la Révocation de l'Édit de Nantes en Languedoc, 
Toulouse-Paris, 1899, pièces justifie, n» xlvii. 

2. Cf. pièce citée dans la note 1. V- pièces justifie, n" i. 

3. Cf. P. Gachon, Quelques prélùninai)'es, etc., pièces justifie. ,n''xxxv. 



304 p. GAGHON. 

devant le témoignage formel de Louvois. Le ministre vise, 
en nommant les signataires, le mémoire précité dans sa 
lettre du 15 octobre à Bâville : « Vous apprendrez par M. de 
Ghaunes les pensions qu'il plait à S. M. de faire aux Minis- 
tres. J'y ajouterai seulement que su)' le Mémoire qui vous 
a esté présenté par les S''* Gliela (c'est Chelon, comme on a 
orthographié parfois le nom de Gheiron) et Paulhan, le Roy 
a trouvé bon de faire insérer dans la Déclaration qui doit 
estre publiée au premier jour pour abolir l'exercice de la 
R. P. R. dans tout le royaume : faire raser les temples et 
faire chasser tous les ministres du royaume; que ceux qui 
se voudront convertir jouiront leur vie durant et, après leur 
mort, leurs veuves, tant qu'elles demeureront en viduité, de 
l'exemption des tailles et du logement des gens de guerre; 
qu'elles auront des pensions d'un tiers plus fort que n'estoient 
celles qu'elles recevoient des Consistoires, et que ceux des- 
dits ministres qui voudront se faire recevoir Docteur es 
loix seront dispensés des trois années de licence et pourront 
estre reçus Docteurs en payant la moitié des droits que l'on 
a coutume de recevoir dans chaque université ^ » 

Ces faveurs sollicitées à la fin du mémoire de Gheiron et 
Paulhan sont, à très peu près, passées dans la déclaration 
royale (art. v et vi de l'Edit de Révocation). Daguesseau en 
avait, d'ailleurs, déjà conseillé l'emploi. 

Mais deux autres dispositions y sont aussi entrées (art. i 
et iv) qui ne liguraient pas plus que les précédentes dans la 
première rédaction de l'Édit, et qui sont parmi les plus dou- 
loureuses au cœur des Huguenots : le rasement des temples 
et le bannissement des pasteurs irréductibles. 

La i)remière est de pratique antérieure, mais non encore 
généralisée. En i)lusieurs cas, Daguesseau et, à son exemple, 
quelques intendants avaient fait suivre l'interdiction du culte 
de la démolition du temple, dont les matériaux avaient servi 
à la réparation d'églises catholiques^. 

1. Hihl. Xat., inss. F. fr. 7041. fol. 167 : Louvois à Ijùvillo. do Fontuine- 
blean, le lô octobre lt'>85. Cf. pièces justif., n° u. 

2. V. sur ce point, entre autres documents nombreux, l'arrêt du 



LES BIENS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 305 

La seconde est nouvelle. 

Ni l'une ni l'autre ne se rencontrent dans le texte que nous 
avons de l'écrit envoyé par Bâville et médité par ses auteurs 
avec une perfide science de la situation. Mais Louvois avait 
un texte plus complet sans doute, un mémoire plus explicite 
qu'il vise dans sa lettre à Bâville, le tenant de la même 
source, et il l'a sans doute lu au roi le jour où il communi- 
quait à ce dernier le projet de déclaration que son père « lui 
a remis et que S. M. a trouvé très bien* ». 

C'est dans ce redoutable tête à tête que s'est aggravée la 
condition des Protestants. Et la volonté personnelle du roi 
s'y est marquée avec son impatience : « Vous verres par la 
copie qui sera ci-jointe, écrit le ministre à son père, que 
S. M. y a fait ajouter quelques articles sur lesquels elle sera 
bien aise de recevoir vostre avis le plutôt (sic) qu'il se 
pourra. » L'on voit, à l'insistance de Louvois auprès de son 
père, auprès de Bâville le même jour, auprès de Noailles le 
19 octobre^, quelle importance le souverain attache à ces 
sévérités que ni Châteauneuf, rédacteur du premier projet, 
ni Le Tellier qui l'a revisé, ni Louvois lui-même ne semblent 
avoir conçues. 

Cette affaire des pasteurs qui pouvaient servir de centre à 
un groupement des Nouveaux Convertis en secret hostiles, 
avec seulement le « signe » d'une subite orthodoxie, les 
avait sans doute préoccupés et Rulhière le dit^ C'est à juste 
titre que M. Lavisse voit dans le bannissement des minis- 
tres le principal" objet de la Révocation*. Il n'en reste pas 
moins qu'avant le 15 octobre la question n'est nulle part 
posée. 

17 octobre 1685 qui invoque l'exemple de Daguesseau : Arcli. Hérault, C 
(Intend.), 159. 

1. Bibl. Nat., luss. F. fr. 7044 : Louvois à Le Tellier, 15 octobre 1685. 
Cf. pièces justif., n" ui : « S. M. ayant jugé qu'en Testât présent des 
choses, c'est un bien de bannir les ministres qui ne se voudront pas 
convertir. i> 

2. Ihid., fol. 171. 

3. Rulhière, Éclaircissetnents sur les causes de la Révocation de 
l'Édit de Nantes, édit. de 1819, pp. 218-219. 

4. E. Lavisse, Histoire de France, t. VII, p. 77. 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 21 



306 p. GACHON. 

Quels motifs de les chasser donnait le mémoire de leurs 
malhonnêtes confrères? Très probablement cette influence 
directrice qui leur appartiendrait encore dans la vie des égli- 
ses interdites et clandestines; mais il en était d'autres sans 
doufe : le reproche vivant et pas toujours muet, aux occa- 
sions, que leur fidélité ferait à leurs frères de la veille ; 
la solidité des liens que l'éducation huguenote avait noués 
entre eux et leur ancien troupeau ; le contraste de leur 
culture avec l'ignorance du bas clergé catholique, cons- 
tatée môme par les catholiques éclairés,... d'autres raisons 
encore. 

Quant aux temples autour desquels s'était longtemps res- 
serrée et condensée la vie protestante en un milieu social 
hostile, qu'ils fussent, en leur apparence austère, la maison 
de la pensée, de l'anxiété, de la prière communes pour la 
bourgeoisie et les artisans des villes; ou, dans les villages et 
les campagnes silencieuses, le lieu de ralliement des fidèles 
épars, l'orthodoxie triomphante ne pouvait les laisser debout 
et ne pouvait non plus les utiliser en églises. La disposition 
des bâtiments s'y opposait, et tant de souvenirs I Beaucoup, 
parmi les temples et les cimetières mis à la disposition des 
communes où depuis longtemps l'exercice était aboli, res- 
taient abandonnés, sans emploi, environnés d'une sorte de 
crainte superstitieuse. Les catholiques n'y avaient pas tou- 
ché, s'en éloignaient en se signant, et parmi les protestants 
aucun acquéreur, par respect et pudeur gardée, ne s'était 
présenté'. 

On ne pouvait, d'ailleurs, songer à installer le culte ortho- 
doxe dans ces lieux profanés. Et le roi le dit, d'un mot, dans 
la lettre de Louvois. Mais la psychologie cruelle et avisée 
des deux pasteurs nimois l'avait peut-être aidé à comprendre. 
Pas de pires ennemis à une maison que ses familiers trans- 
fuges. Ils savent par où la ruiner. Et l'avis des deux apostats 
amena sans doute le déclic d'une décision préparée ou entre - 

1. Arch. Hérault, C (Intendance), 273 : Bàville à Chamillart. — Bonzy et 
les évèques ne savent que faire des cimetières. Cf. Arch. nat., TT, 431, 
pièce Lxxxiv. 



LES BIENS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 307 

vue dans l'ensemble, mais d'application encore incertaine et 
imprécise*. 

La résolution eut ce caractère de soudaineté qui marque 
les derniers dispositifs de la Révocation; elle put être inspi- 
rée par le marché proposé et, il faut bien le reconnaître, en 
partie accepté. Surtout, elle précisait la forme et le moyen 
d'une action qu'on avait employée, qu'on allait élargir, qui 
avait pour elle d'être le plan du roi et sa passion la plus forte 
à ce moment : la mission. 



III 



L'idée n'en était certes pas neuve, ni la pratique. Inutile 
d'insister sur ce point. Mais, cà cette date, la mission envahit 
tout. Le roi veut, comme l'a dit M. J. Lemaître avec son 
ironie coutumière : « 1" contraindre les Huguenots à se con- 
vertir; Scieur faire aimer la foi qu'on leur avait imposée par 
la force 2 ». Et il le veut sincèrement pour des raisons de 
croyance personnelle; il le veut aussi pour des raisons d'un 
autre ordre, des motifs d'administration et de politique inté- 
rieure, enfin pour un expédient fiscal. 

Et tout d'abord, c'est le moment précis où, de dévot, il 
s'exalte en « apôtre », selon le mot de Saint-Simon. Dur et 
sanglant apostolat où tout aboutit : obsession de l'entourage 
religieux^; scrupules de conscience et regret de péchés qu'il 
s'agissait de racheter; goût de la règle uniforme et impa- 
tience de l'indiscipline; passion de gouverner les âmes, 
comme de régenter les manières et les usages; enfin, par 

1. Élie Benoît n'a su de Cheiron et de Paulhan que leur apostasie. 
Rulhière n'a connu que par la lettre de Louvois leur mémoire. Il ne les 
nomme pas, plaidant au xvii« siècle la cause des Protestants et de leur 
état civil, et ne voulant pas diminuer la sympathie publique pour leur 
corps pastoral. L'heure n'est plus de ces scrupules. Et une confession 
religieuse, si ferme ait-elle pu être, n'a pas toujours compté parmi ses 
adhérents que des héros et des martyrs. 

2. J. Lemaître, Féneloti, p. 63. 

3. V. particulièrement sur ce point la belle étude de M. Rébelliau dans 
l'Histoire de France de M. Lavisse, t. VIII, pp. 277 et sqq. 



308 p. GACHON. 

instants peut-être, doutes sur la sincérité de ces conversions 
qui affluaient, qu'on lui donnait pour valables, mais où pou- 
vaient apparaître, de temps en temps, ces « millions de 
sacrilèges » évoqués plus tard par Saint-Simon encore. Si 
peu qu'il y pensât, dans l'emportement du succès, on est 
tenté de croire qu'il en dut redouter parfois la responsabilité, 
puisque Mn'fideMaintenon les signale, tout en en prenant son 
parti, et qu'on ne peut supposer chez un souverain si soi- 
gneux et curieux du détail en matière de police confession- 
nelle une ignorance complète des faits réels. 

Voilà pour expliquer le zèle et l'application portés par lui 
dans la mise en train de la propagande sous toutes ses for- 
mes, prédication, difl'usion de livres orthodoxes, entretiens, 
séductions ou intimidations, surtout ce dernier procédé. Elle 
eff"ace à ses yeux tous les autres devoirs, ceux d'assistance et 
de charité qu'on le verra subordonner à la réussite d'instruc- 
tions catéchistes, ceux de justice élémentaire, et le respect 
de la propriété privée, et le respect de la pudeur et de la 
vie humaines. C'est, par- dessus les « œuvres pies » (un mot 
qui revient souvent dans les documents officiels), l'œuvre 
pie par excellence, c'est « l'œuvre », la mission. Tout régime 
a ses œuvres pies. Celle-là fut intense et ruineuse. 

C'est pourquoi le souverain, 1' « évêque du dehors » au 
sens vrai du mot d'Eusèbe, en cette occasion du moins i, le 
surveillant des non-conformistes doit songer au clergé natio- 
nal. Après lui avoir demandé tant de pénibles sacrifices, et 
comme épuisé sa docilité, il exige de lui, pour l'œuvre, 
depuis 1680, une contribution concrète et palpable. 

M. Cans en a dressé le bilan dans un article substantiel et 
suggestif- qui confirme les inductions de Rulhière. Il ne 
s'agit plus des pensions faites sur la caisse du (Clergé, 
dès 1598, aux ministres convertis, et qui se montent par an, 
depuis 1615, à 30.000 livres, ou même des subventions accor- 
dées aux officines de conversion, les Maisons de Nouveaux 

1. Sur l'abus souvent fait de ce mot, v. l'original article, qui est déci- 
sif, de M. K. Babut, Rev. crit. d'IIist. et de Littéral., 11 novembre 1909. 

2. Bullet. Soc.Hist. du Protestant, français, t. LI (1903), pp. 224 sqq. 



LES BIENS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 309 

et Nouvelles Catholiques, s'élevant à environ 6.000 livres. 
C'est, en 1680, le double de la première somme, 60.000 livres ; 
en. 1685 s'y ajoutent un fonds de pensions pour les veuves 
des ministres convertis et surtout des frais de mission i. 

Dès le 14 juin, la harangue du conseiller Boucherai à l'As- 
semblée du Clergé en a fait entrevoir la nécessité : « Secon- 
dez, comme vous avez toujours fait, les projets que la piété 
et la charité de S. M. luy inspireut pour faire rentrer dans 
l'Église catholique ceux qui s'en sont malheureusement sépa- 
rés. Le Roy tire tous les jours de son Trésor royal des som- 
mes considérables pour la subsistance des N(ouveaux) C(on- 
vertis), et pour prévenir les mauvaises instruclions de ceux 
qui les voudroient détourner et pervertir. ^» 

Le 19 juillet, leprésidentde l'Assemblée, Haiiay de Champ- 
vallon est plus net. 11 lui apporte simplement, sans donner 
des chiffres, le résultat d'une entente avec les commissaires 
du roi. « M?"" le Président a dit que la Compagnie l'ayant 
chargé de finir le compte des frais communs, il avait eu deux 
vues : la première, de trouver un fond pour employer à des 
Missions que le Roy désiroit procurer dans les Diocezes pour 
travailler à la conversion des hérétiques et à l'instruction 
des N. C, que S. M. vouloit donner libéralement 'pour sou- 
tenir les dépenses qu'il convenoit de faire k cet effet, mais 
qu'Elle désiroit que le Clergé contribuast quelque chose 
du sien pour l'accomplissement d'une œuvre si louable 3. » 
L'état du budget de l'Assemblée ne permet pas de faire im- 
médiatement face aux obligations créées, et on ne veut pas 



1. Les libéralités aux pasteurs convertis et à leurs familles avaient été 
demandées par Daguesseau dans un mémoire (Bibl. Nat., mss. F. fr. 7044) 
dont RuUiière cite quelques lignes {Éclaircissements histor.,eic.,èà.\SV?, 
p. 113) et dont M. Cans analyse quelques dispositions. M. Cans place la 
date de ce document (non daté) entre 1670 et 1680. La pièce est exacte- 
ment de 1679, comme le prouve l'allusion y contenue à la décision du roi 
qui déclare « catholiques » tous les consulats urbains. C'est sous cette 
date qu'elle avait été publiée iti extenso en 1899 par P. Gachon (ouvr. 
cité, pièces justificat., n» xxxv). 

2. Proc.-verb. des Assembl. du Clergé, séance du 19 juillet, p. 52 
(Éd. 1690). 

3. Ibid., p. 233. 



310 P- GACHON. 

emprunter. L'Assemblée s'en remet donc au Président qui 
s'entendra avec le Receveur général, Pennautier, pour trou- 
ver l'argent : « A Vesgard de ce qui rega7'de les Missions, 
elle s'est entièrement remise à ce que Ms>- le Président esti- 
?nera à propos de faire... ^ et à cet effet elle a ordonné au 
S^de Pennautier, Receveur général, d'exécuter tous les ordres 
qu'il recevra de Ms"" le Président, et de fournir les deniers 
qu'il luy ordonnera pour lesdites Missions aux conditions 
qu'il luy prescrira. » Pennautier tinit par emprunter pour 
les avances, avec l'autorisation expresse du roi\ car il n'y 
avait eu, dans la décision, qu'un blanc-seing donné au roi. 
Et ce méritoire empressement avait été précédé, le 15, 
d'une entrevue du président avec le roi, en présence du 
P. La Chaise, où S. M. « avait témoigné qu'Elle trouveroit 
fort bon qu'après que l'Assemblée auroit fini ses affaires, 
elle prist deux ou trois jours pour examiner les moyens 
qu'elle trouveroit à propos d'employer pour confirmer dans 
la Foy les N. C, et pour déterminer entièrement ceux de la 
R. P. R. qui sont ébranlez à abjurer l'hérésie 2. » 

Mais on n'était qu'en juillet et la session s'acheva sans que 
le mot décisif, avec les ressources qu'il ouvrait pour soute- 
nir le dévouement du Clergé, eût été prononcé. Le Clergé a 
même protesté que « sa très humble prière à S. M. n'est pas 
pour la révocation d'aucun Édit^ ». Tout à coup le miracle 
encore inespéré, laborieusement machiné, se produit : des 
foules avides d'instruction orthodoxe se pressent à la porte 
d'églises trop petites. Pouvait-on marchander les offres de 
Dieu même? R allait en coûter cher, et pas seulement aux 
réfractaires et aux néophytes douteux. 

M. Cans a établi* qu'en 1686, à l'époque où le Clergé a le 
plus contribué de ses deniers à la conversion des Protes- 



1. Bibl. Nat.. mss. F. fr. 7044, fol. 230. Extr. des reg. du Conseil d'État, 
12 janvier 1686. 

2. Proc.-verh. des Assembl. du Clergé, séance du 10 juillet 1685, 
p. 217. 

3. Ibid., séance du 11 juillet, p. 156. 

4. Ballet. Prot. fr., t. Ll (1902). p. 240. 



LES BIEXS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 311 

tants, sa dépense annuelle pour cet objet, sans compter les 
Intérêts des emprunts, a été d'environ 225.000 livres, 125.000 
en missions et 100.000 de pensions distribuées à environ 
300 ministres ou proposants et plus de 50 communautés. 

Un tel effort valait bien qu'on l'aidât, et on comprend que 
le roi ait, d'un prompt mouvement, ramassé, pour le soute- 
nir, les biens de nature et de destination diverses que l'abo- 
lition du culte hérétique mettait entre ses mains. On allait 
restaurer en son intégrité et orner l'autel orthodoxe avec les 
dépouilles de l'autel ennemi. Quoi de plus légitime et de plus 
glorieux! L'avoir des consistoires, des pauvres et celui des 
pasteurs bannis, leurs traitements et leur fortune privée fai- 
saient les frais de l'entreprise ; visible et trop tardive revan- 
che de la justice divine! 

Il semblait y avoir, enfin, par bonne fortune, à ce règle- 
ment de leur emploi, un avantage pour la paix intérieure de 
l'Église orthodoxe elle-même. C'est ce que le roi, les inten- 
dants, ni même aucune pièce officielle ne déclare et que les 
mémoires du temps ne signalent pas, mais qui, pourtant, se 
laisse entrevoir à des signes certains, ne fût-ce qu'au mécon- 
tentement, bientôt manifesté, de certains évêques, lorsqu'ils 
s'aperçurent de ce.tte pieuse manœuvre, déjà soupçonnée nu 
moment où elle se produite 

Par là ne pouvait-on, en effet, attribuer sa part à chacun 
des deux grands corps dont l'union précaire et si souvent 
troublée faisait officiellement la puissance de l'Ordre ecclé- 
siastique : les Séculiers et les Réguliers, les Évêques et les 
Congrégations? L'Ordinaire allait a voir l'action administrative 
et décorative, la construction et l'agrandissement des lieux 
de culte, les visites pastorales et l'inspection des diocèses, la 
surveillance des Nouveaux Convertis, et, pour le soin de cette 
police, on pouvait se fier à ses curés comme à leurs chefs ^ ; 



1. Effet prévu par Croissy dans sa lettre à Seignelay. — V. pièces jus- 
tifie, n» IV. — Cf. Arch. Hérault, G (Intendance), 273. Lettre de Percin 
de Montgaillard, évèque de Saint-Pons. 

2. V., entre autres preuves nombreuses, Arch. Hérault, C (Intendance), 
273, 276, 305, 310. 



312 P- GACHON. 

celle des hôpitaux et des écoles; le soin même d'instruc- 
tions et la charge de prédications, sans doute. Mais à la 
multiple, bariolée et remuante milice des Ordres religieux, 
des moines internationaux, dont on pourrait dire avec plus 
de justesse que des Protestants qu'ils étaient « en France un 
corps étranger », allait échoir, agrandie, la besogne du ser- 
mon populaire, de la confession et des exercices dévots, de 
la polémique, de l'éducation des enfants et des femmes, le 
meilleur de la mission, enfin, avec l'argent. 

Tant que la mission était surtout alimentée par l'Assem- 
blée du Clergé, les évêques restaient à peu près maîtres d'en 
régler, d'en surveiller la distribution, d'y prendre le rôle 
principal. Tout changeait maintenant. Sans doute, les évê- 
ques auront en apparence, chacun dans son diocèse, la haute 
main sur les prédicateurs itinérants. Mais l'elïectif de ces 
escouades prédicantes n'est pas désormais fixé par eux; il 
est arrêté sur les indications de l'intendant, l'homme du roi 
qui surveille et note le prélat; c'est encore l'intendant qui 
estimera la dépense de leur entretient Leur choix est, pour 
les principaux du nioins, au roi, c'est-à-dire à son confes- 
seur, ("est le roi qui, avec un mot aimable, enverra Bour- 
daloue à Montpellier pour apprendre à ces pauvres gens de 
là-bas, selon le mot, plaisant à l'excès, de M™» de Sévigné, 
« pourquoi ils se sont convertis ». — Ils ne le savaient que 
trop, — l'avaient appris sous le sabre. 

Les missions de choix confiées à des séculiers d'élite ou 
eu faveur, comme celle de Fénelon en Saintonge, sont des 
exceptions, du luxe. L'entretien avec les artisans et les pay- 
sans, le catéchisme aux enfants, le sermon et Tinstruction 
colportés sans relâche de paroisse en paroisse, le contact 
quotidien avec la foule, la clientèle de la haute société 
comme des petites gens appartiennent désormais à ces auxi- 
liaires gênants, parfois humbles d'allure, parfois autoritaires 



1. Arcli. nat. G' 299, Baville au Contrôleur général, 11 septembre 1G89. 
Plusieurs comptes de détail pour l'entretien des missionnaires existent 
clans les Archives départementales, notamment dans les Archives de 
l'Hérault, C (Intendance). 



LES BIENS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 313 

au nom des grands intérêts qu'ils servent, familiers et dan- 
gereux, espions redoutés des évêques et des curés, comme 
des Nouveaux Convertis. Ils dérobaient leurs ouailles aux 
chefs des diocèses et des paroisses. Ceux-ci se méfient d'eux 
dès le début, et on le sait à la cour. La lettre de Groissy aux 
intendants ' promet les bonnes grâces du pouvoir à l'empres- 
sement et à l'abondance des demandes de missionnaires par 
les prélats et les en fait avertir. 

Parmi ceux-ci, tous n'étaient pas d'humeur à subir cette 
intrusion, et, pour un Cosnac, de Valence, et un Hervé, de 
Gap^, qui se font à plusieurs reprises un mérite et un titre 
de les appeler, plusieurs les supportent avec impatience. 
Le rude Percin de Montgaillard, dans son pauvre diocèse de 
Saiat-Pons, sincère, humain, d'ailleurs, et honnête homme, 
passa quinze ans de sa vie à essayer de s'en débarrasser 
sans y parvenir, et, de ce chef, encourut la disgrâce et les 
sévérités royales 3. 

Mais, outre les succès que promettaient leur activité, leur 
insistance et leur familière audace, le souverain pouvait 
reconnaître un notable intérêt à leur emploi officiel, à l'éta- 
lage de leur action autorisée et recommandée. Ne forment-ils 
pas les troupes chères au pape, entre tous les défenseurs du 
Saint-Siège et toutes les forces de l'Église? Et replacer ainsi 
dans leurs mains une part de l'action qu'avaient exercée les 
enfants de saint Dominique dans la croisade albigeoise, ne 
serait-ce pas une correction à l'attitude prise, en 1682, par 
le clergé gallican, une compensation de son intransigeance? 
On sait, d'ailleurs, qu'Innocent XI ne tint aucun compte, 
en sa politique générale, de ces avances, fort marquées, 
entre 1683 et 1687, pas même de la plus éclatante, la Révo- 
cation, où il blâmait la violence des procédés. On sait aussi 



1. Cf. pièces justilicat., n» iv. 

2. De Boislisle, Corresp. des Contrôl. généraux, I, n" 1684. 

3. Cf. Sahuc, JJn Ami de Port-Royal, messire P.-J.-F. de Percin de 
Motitgaillard, évégue de Saint-Pons. Paris, 1909, p. 114 sqq., 177 sqq:, 
224 sqq. — Cf. Arch. Hérault, G (Intendance), 273; Lettre de Montgaillard 
de Saint-Pons, citée supra. 



314 p. GAGHON. 

qu'il éta-it peu favorable aux Jésuites. Mais les chefs d'ordre 
pouvaient avoir espéré un meilleur succès, et la plus subtile 
de ces Sociétés, celle de Jésus, avait son représentant dans 
l'entourage le plus intime et le plus écouté du souverain. 
C'était, en fin de compte, à son profit, plus spécialement, 
qu'on allait faire l'opération. Elle était assez pourvue en 
prédicateurs, en confesseurs et en pédagogues pour s'en 
assurer les principaux bénéfices, munie d'une méthode 
assez éprouvée et perfectionnée à la pratique. Elle ne pou- 
vait trouver là qu'un accroissement d'influence et de fortune. 

Rulhière a signalé d'un mot ' l'appui que le roi, devant 
les nécessités d'un coup de force hâtif et prématuré, s'em- 
pressa de donner à l'œuvre du clergé : il n'entrait pas dans 
le plan de son plaidoyer pour la reslitution de l'état civil 
aux Protestants d'étudier de plus près les motifs ou l'occa- 
sion d'une largesse si peu onéreuse en apparence au souve- 
rain, et il ne cherche pas à qui, en réalité, elle revient. 

Michelet, de son induction aiguë, a discerné les vrais 
bénéficiaires. Mais il n'a vu, dans leur succès, qu'une affaire 
d'argent engagée à leur profit : « Six cents temples ayant 
été détruits, leurs biens, celui des pauvres, des maisons 
de charité, devaient passer aux liôpitaux catholiques. Les 
Jésuites surveillaient ces biens, espérant les administrer. 
Le P. La Chaise avait des gens à lui pour chasser, décou- 
vrir les débris de ce naufrage... Mais la cour visait ce mor- 
ceau. Les Jésuites crurent prudent de demander et faire 
décider que ces biens revinssent, non aux hôpitaux, mais 
au roi, autrement dit à ceux qu'il favoriserait ou qui mé- 
riteraient en poussant à la persécution^. » 

Michelet, ici, précise trop, sans preuves, et restreint trop. 
L'état des documents actuellement connus ne permet pas 
d'affirmer cette action exclusive et décisive des Jésuites au 
moment de la Révocation ; et, d'autre part, l'affaire, si large 
qu'y fût leur lot, le plus large de tous, ne profita pas qu'à 



1. Rulhière, ÉclaircissemPtits , etc., éd. 1819, p. 224. 

2. Michelet, Hist. de France, éd. Pilon-Levasseur, t. XV, pp. 261-65. 



LES BIENS DES ÉGLISES PROTESTANTES EN 1685. 315 

eux seuls. L'opération ne fut pas, d'ailleurs, une pure spé- 
culation financière, on vient de le voir; — et une grosse por- 
tion des gains, moins considérables qu'on n'avait cru, et de 
beaucoup, s'éparpilla entre les mains des intermédiaires, 
des liquidateurs, laïques ou d'Église. 

Quoi qu'il en fût, la soudaine résolution du roi, affectant, 
pour une forte part, les biens des églises protestantes à 
l'œuvre de la propagande catholique, donnait sa conclusion 
à une longue campagne, et une conclusion logique. C'est là 
qu'aboutissait, parmi des résultats plus étendus encore et, 
pour assez longtemps, plus décisifs, l'effort combiné des 
trois grandes puissances du temps : le Clergé, les Compagnies 
judiciaires, le Corps des officiers administratifs. Elles avaient 
attaqué successivement, avec l'exercice du culte hérétique, 
le temple et le cimetière où s'en accomplissaient les cérémo- 
nies; l'école et l'hôpital, qui en assuraient l'action sociale; 
puis, précisant leur prise sans la restreindre, poursuivi les 
ressources qui alimentaient l'institution ennemie : les biens 
fonciers d'abord, ensuite les valeurs mobilières et le produit 
des contributions et des quêtes. 

Et l'on voit, depuis 1660, chacune d'elles organiser, pous- 
ser, presser le mouvement sur le terrain le mieux approprié 
à son caractère, à son pouvoir, à ses besoins ou à ses appé- 
tits. 

Le partage allait donc enfin se faire et bientôt commencer 
celui des biens privés laissés encore aux mains des non 
convertis. " P. Gaghon. 



316 p. GAGHON. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



Arch. Nat., TT., 260, pièce 38. 

Au dos : R. P.R. Envoyé par M. de Basville en octobre 1685. Nismes, 1685. 

Mémoire toicchani les ministres présenté par les s^s. Chelon 
et Paulhan. 

Tout le monde tombe d'accord qu'il seroit très avantageux à la 
religion catholique d'aflfoiblir dans l'esprit de ceux qui en embras- 
sent maintenant la profession la secrette répugnance qu'ils ont 
pour les dogmes; parce qu'outre qu'on previendroit une infinité de 
parjures et de sacrilèges, on inspireroit insensiblement aux N. C. 
de l'amour pour la communion catholique, on les empescheroit de 
songer a se retirer ailleurs, lorsqu'ils en auront la commodité, et 
on les obligeroit a eslever de bonne foy leurs enfans dans la 
croyance de nos mistères. 

Entre les autres moiens qui sont propres a ce dessein on croit 
que l'exemple des ministres qui ont acquis quelque réputation 
dans le parti pourroit beaucoup y contribuer. 

Mais comme il ne seroit pas juste ny possible de les retenir dans 
le sein de l'Eglise sans pourvoir à leur subsistance, S. M. doit 
estre très humblement supliée de leur faire sentir les effets de sa 
libéralité royalle. 

Outre la voie des bienfaits du Roy, on pourroit encor les indem- 
niser en leur donnant en propriété tous et chacun les biens qui 
appartenoient aux Consistoires. Et particulièrement tous les 
fonds, rentes et revenus qui avoient esté légués ou estal^lis pour 
l'entretien du Ministère de la R. P. R. 

Il ne sera pas mesme inutile que S. M. leur confirme do nouveau 
tous les privilèges qui leur avoient esté accordés par les Edits, et 
que pour les distinguer de ceux qui vivent dans une condition 
privée on leur donne quelque titre particulier et quelque préroga- 
tive honorable. 

D'ailleurs pour leur donner moien de s'occuper honncstement le 
Roy pourroit ordonner par une déclaration que les ministres 
convertis qui voudroient prendre les degrés de docteurs es lois 



PIÈGES JUSTIFICATIVES, 317 

seront dispensés de trois années de demeure dans les Universités 
et seront ensuitte censés docteurs du jour de leur réception au 
ministère de la R. P. R. et qu'ils prendront parmi les avocats le 
rang et ordre de ce temps-là, a moins que S. M., pour leur espar- 
gner les soins et les dépenses de leur réception, ne voulût déclarer 
qu'ils seront réputés docteurs et avocats depuis le temps qu'ils ont 
esté admis au ministère. 

Enfin S. M. pour témoigner la satisfaction qu'elle a de leur 
conversion pourroit donner des emplois honorables a ceux qui 
sont capables de les soustenir et avoir soin de leurs familles et de 
leurs Enfans. Surtout il seroit important de leur accorder par 
préférence à tous autres les consulats afin que le peuple les voiant 
toujours a sa teste s'accoustumast insensiblement a toutes les 
cérémonies de l'Eglise catholique, et assistast sans répugnance a 
toutes ses solennités. 

En marge, à partir des mots : Mais comme il ne seroit pas 
juste — et par paragraphes correspondant un à un à chaque 
paragraphe du mémoire : 

Par la dernière déclaration ces biens appartiennent aux hospi- 
taux. Mais comme ce seroit un motif bien puissant pour obliger 
les Ministres de se convertir, il me semble que ce seroit encor un 
plus grand bien de se servir de ce moien pour les attirer. La dis- 
tribution pourroit en estre faite sur l'avis des Intendants qui 
entreroient dans une connaissance particulière du mérite d'un 
chacun, et de la conduite qu'il auroit pour le bien de la Religion, 
et du bon exemple qu'il pourroit donner. C'est pourquoi, il seroit 
a propos en cas qu'il plust au Roy de prendre cette resolution, de 
leur faire connoistre qu'ils pourront avoir ces biens, mais de ne 
leur en pas faire si tost la distribution. 

Il y auroit aussi différence à faire entre les biens donnés pour 
les pauvres, ceux qui sont donnés au Consistoire sans destination, 
et ceux qui sont donnés aux ministres pour prescher. Il n'y a que 
les derniers qui pussent leur estre donnés, les auti-es appartenant 
aux pauvres. 

Je croi qu'il n'y aura pas de difficulté de leur conserver tous les 
privilèges qui estoient l'exemption des tailles et des gens de guerre. 
Je ne croi pas que l'on puisse leur donner aucun autre titre. 

Si l'on pouvoit passer en quelque façon sur cet article par dessus 
les règles ordinaires, ce seroit un grand moien d'en attirer plu- 
sieurs. Il est vray qu'ils ne scavent pas ce qui est nécessaire à la 



318 p. GAGHON. 

profession d'avocat, mais comme ils ont de l'esprit, la pluspart, et 
du talent pour la parole, ils ponrroient se rendre capables en peu 
de temps, et d'ailleurs estant libres de se servir de leur ministère, il 
n'y auroit pas un grand inconvénient de leur donner cette qualité, 
et de lever l'obstacle qu'ils ont présentement pour la recevoir par 
l'étude de plusieurs années qu'il faut faire dans les Ecoles de droit. 
La préférence aux consulats ne peut leur estre accordée indiffé- 
remment. Il seroit même dangereux de leur confier ces emplois 
sans que l'on feust assuré de leur conduite; mais on pourroit 
marquer dans la déclaration qu'ils y seroient admis comme les 
autres, et on pourroit leur faire dire qu'il y aura des ordres du 
Roy de les faire consuls quand ils se distingueront par leur zèle 
pour la Religion et par le bon exemple qu'ils donneront. 



11 



BiBL. Nat., mss. F. fr. 7044 (anc. supplém. fr., collection Rulhière), 

fol. 167 r" et v. 
15 octobre 1685, dépôt de la Guerre. 

Lettre de M. de Louvois à M. de Basville de Fontainebleau, 
le 15 octobre 1685. 

Monsieur, 

J'ai reçu par les ordinaires et par le courrier de M. le duc de 
Noaillesles quatre lettres que vous avez pris la peine de m'ecrire, 
la date de l'une desquelles est en blanc, et les trois autres des 5, 
6 et 7 de ce mois. Le Roi a appris avec beaucoup de joie par ce 
qu'elles contiennent la continuation des conversions et S. M. 
attendra des nouvelles de la suite des conversions avec beaucoup 
d'impatience. 

Vous apprendrez par M. de Ghaunes les pensions qu'il plait 
à S. M. de faire aux ministres convertis. J'y ajouterai seulement 
que sur le Mémoire qui vous a esté présenté par les Sis Chelat 
(sic) et Paulhan, le Roi a trouvé bon de faire insérer dans la décla- 
ration qui doit estre publiée au premier jour pour aliolir l'exercice 
de la R. P. R. dans tout le Royaume; faire raser tous les Temples 
et faire chasser touts les minisires du Royaume; que ceux qui se 
voudront convertir jouiront leur vie durant et, après leur mort, 
leurs veuves, tant qu'elles demeureront en viduité, de l'exemption 



PIÈGES JUSTIFICATIVES. 319 

des tailles et du logement des gens de guerre, qu'elles auront des 
pensions d'un tiers plus fort que n'etoient celles qu'elles avoient 
des Consistoires et que ceux desdits ministres qui voudront se 
faire recevoir docteurs es loix seront dispensés des trois années de 
licence et pourront être reçus Docteurs en payant la moitié des 
droits que l'on a coutume de recevoir dans chaque université. 

Le Roi est persuadé qu'il ne convient point de songer à conver- 
tir en Eglise des Temples, qu'il faut les faire raser tous à mesure 
que les habitans des lieux où ils sont situés se convertissent. C'est 
à quoi S. M. vous recommande de tenir la main. 

Vous apprendrez peu de tems après avoir reçu cette lettre, 
l'arrivée de M. le Gte de Tessé à Orange avec les ordres du Roi, 
vous en ferez raser les Temples et obliger les sujets à sortir de la 
ville et de ses dépendances. 

Vous aurez vu par une de mes précédentes que le Roi ne juge 
pas à propos de laisser la province sans Troupes, et qu'au 
contraire S. M. croit qu'il est bien d'y laisser un corps raisonnable 
pour punir ceux qui voudroient faire quelque folie. 

Je suis, etc. 

III 

BiBL. Nat., mss F. fr., 704'1 (anc. supplém. fr. Collection Rulhière), fol. 

170-171. 
Fontainebleau, 15 octobre 1685, dépôt de la Guerre. 

M. de Louvois à M. Le Tellier. 

.J'ai lu au Roi la déclaration dont vous m'avez remis le projet 
que S. M. a trouvé très bien. Vous verres par la copie qui sera 
cy jointe que S. M. y a fait ajouter quelques articles sur lesquels 
elle sera bien aise de recevoir votre avis le plutôt (sic) qu'il se 
pourra. S. M. a donné ordre que cette déclaration fut expédiée in- 
cessamment et envoyée partout, S. M. ayant jugé qu'en l'état pré- 
sent des choses, c'étoit un bien de bannir au plutosl les ministres 
qui ne se voudront pas convertir. Je vous supplie de me vouloir 
bien faire part de l'état de votre santé et d'être bien persuadé du 
respect et de la reconnaissance avec laquelle je suis tout à vous. 

En marge de cette transcription, vis-à-vis des mots : que S. M. 
y a fait ajouter quelques articles... se lit l'annotation suivante, 
écrite au crayon de la main de Rulhière : 



320 p. GAGHON. 

il est vraisemblable que M. de Châteauneuf ajouta ces articles 
et de cette sorte tout se concilie. 

Fol. 17. — Copie, de la main de Rulhière, de la pièce ci-dessus, 
avec la même note marginale (à l'encre) ; puis : 

Sur ce brouillon, au lieu de la phrase : la copie qvd sera cy-jointe, 
qui est mise en interligne, il y a plusieurs mots rayés et qui sont 
« que j'espère pouvoir vous en adresser de suite que les articles 
que Sa M'é a jugé a propos d'y faire augmenter, et deux ou trois 
autres mots que je'n'ai pu déchiffrer » (main de Rulhière). 

du 19 a Mr de Noailles... vous devés avoir reçu plusieurs jours 
avant celte lettre par les soins de M. de Châteauneuf la déclaration 
que le Roi a rendue pour abolir par tout le Royaume l'exercice de 
la R. p. R. et faire raser tous les temples. 

Les lignes précédentes sont recopiées d'une écriture de scribe au 
fol. 172 (avec mention : dépôt de la guerre, ces derniers mots de la 
main de Rulhière). 

IV 

BiBL. Nat., mss. F. fr. 7044 (anc. suppléai. fr.,Collect. RuUiière), fol. 179. 
29 octobre 1G85, dépôt du Louvre. 

A Fontainebleau, le 29 octobre 1685. 

Le Roy m'ordonne de vous envoyer la lettre que j'ai fait»par 
son ordre aux intendans de mon département, Et comme S. M- 
veut qu'on écrive par tout en cette conformité, il vous plaira pren- 
dre ses ordres, et me croire. Monsieur, votre très humble et très 
obéissant serviteur. Signé : De Croissy. 

A M'" de Seignelay, 

« Monsieur, 

« Après tant d'heureux succez qu'il a plu a Dieu donner aux 
soins infatigables et a l'application continuelle du Roy a tout ce 
qui peut procurer la conversion de ses sujets, vous jugez bien que 
S. M. n'a rien de plus à cœur que d'achever ce grand ouvrage si 
agréable à Dieu et si glorieux pour elle, et comme elle a raison de 
croire que rien ne sera plus capable d'attirer ceux qui demeure 
{sic) encore dans l'erreur que d'instruire si parfaitement les N. C. 
de la vérité de Ni'e Religion qu'ils soient capables d'y attirer les 
autres par leurs lumières et sérénité {sic), elle m'ordonne de vous 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 321 

écrire qu'encores qu'elle soit bien persuadée que M'* les Archeves- 
ques et Evesques de votre département s'emploj'eront à cet etïet 
avec tout le zèle qu'elle se peut promettre de leur piété et de leur 
vertu, néantmoins comme ils ne peuvent trouver dans leurs 
séminaires ny dans leurs diocèses autant d'Eclésiastiques qu'ils 
en ont besoin pour un si grand travail et qui ayent toute la 
capacité et toutes les auti'es qualitez nécessaires pour l'instruction 
de ces N. G.; elle a fait rechercher soigneusement tous ceux qui 
ont plus de talens pour ces sortes de missions, et comme ils seront 
entretenus aux despens du clergé, ils seront sans être a charge a 
personne tout le séjour que lesdits archevesques et evesques juge- 
ront à propos dans les lieux ou leurs exhortations et enseignement 
pourront produire les plus grands fruits. Suivant ce projet, M'", 
S. M. veut que vous concertiez avec mesdits S^s les Archevesques 
et Evesques de votre département quel nombre de ces missionnai- 
res ils pourront utilement employer dans leur Diocèse. Et je vous 
diray pour votre instruction particulière que plus ils en demande- 
ront, plus ils persuaderont S. M. de leurs bonnes intentions et 
qu'elle ne trouveroit pas bon qu'aucun d'eux refusât un secours si 
salutaire dans la conjoncture présente, sous prétexte qu'ils au- 
roient desja un nombre suflisant d'Ecclésiastiques dans leur Dio- 
ceze ou pour quel {sic) autre raison ou excuse que ce puisse être. 
Vous ne perdrez point de temps s'il vous plait a satisfaire à ce que 
contient cette lettre et à m'informer précisément du nombre 
d'Ecclésiastiques que mes dits S's les Archevesques et Evesques 
demanderont afin que sur le Compte que j'en rendray à S. M. elle 
puisse faire partir incessamment les dits missionnaires. 
Je suis, etc. » 



BiBL. Nat., mss. F. fr. 7044 (anc. supplém. fr., Collection Rulhière) 

fol. 180. 
2 novembre 1685, dépôt du Louvre. 



Monsieur, 

Le Roy résolut lundy dernier au Conseil de faire écrire par 
Mrs les Secrétaires d'Etat aux Intendants de leur département 
qu'encore que par les Déclarations des 27janv>'1683et21 aoustlG84, 
Sa Majesté ait réuni aux hôpitaux tous les biens dont jouis- 

A.NNALES DU MIDI. — XXV- 22 



322 p. GACHON. 

saient les Consistoires supprimés, et ceux qui leur avaient été 
légués ou donnés entrevifs pour les pauvres de la R. P. R., ou 
pour l'entretien des Ministres, néanmoins elle désiroit que lesdits 
Srs Intendans examinassent bien particulièrement en quoi consis- 
tent les biens dont les Consistoires de leur département étoient en 
possession, et si partie des fonds qui se trouveront ne seroient pas 
plus utilement employés à ce qui est absolument nécessaire pour 
l'usage des N. C, comme pour les églises qu'il faut rebâtir, les 
livres dont ils ont besoin et autres choses semblables, afin d'en- 
voyer au plutôt un état au juste des revenus desdits biens avec 
leur avis sur la destination qui on peut être faite pour l'avantage 
des N. C. Depuis S. M. considérant que jusqu'à ce que M's les In- 
tendans ayant pris les éclaircissements nécessaires pour satisfaire 
à cet ordre, il se passera du tems pendant lequel les administra- 
teurs des hôpitaux pourraient se mettre en possession des biens 
des Consistoires en conséquence desdites déclarations, S. AI. m'a 
commandé de vous avertir de marquer aux Intendans de votre 
Département de donner les ordres convenables pour que les biens 
des Consistoires de leurs généralités, ensemble les matériaux des 
temples qui viennent d'être démolis ne puissent être divertis, ny 
qu'aucun hôpital ne s'en empare jusqu'à nouvel ordre. 
Je suis, 

Monsieur 

votre très humble et très obéissant serviteur. 

Signé : Chateauneuf. 

A Fontainebleau, ce. 
2 novembre 1685. 

M. DE Seignelay. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



JOURNAL DES ACTES DE JEAN PLANTAVIT DE LA PAUSE, 
ÉVÊQUE DE LODÈVE (1626-1630). 

(Suite et fin.) 



1627. Janvier. — Le premier janvier 1627 Monseigneur a dis- 
pencé des annonces Baltésar Bouchère, du Gros. 

Le 2 Barthélémy Coaderc et Arnaude Pélissière, parroisse de 
Foscais, ont eu dispence de deux annonces. 

Le mesme jour Monseigneur a dispensé de deux annonces 
Pien-e Jullan et Thonette Estienne, de Clermont. 

Le 9 Monseigneur a dispencé de deux annonces Jean Agras et 
Catherine Anninade, de la parroisse de Clermont. 

Le 11 Monseigneur a permis par escript aux consulz et habitans 
des Ribes de procéder à l'élection des nouveaus consulz. 

Le 12 Monseigneur a passé transaction avec Mf Pierre Navarre, 
vicaire du Cayla, par laquelle Monseigneur lui donne cent cin- 
quante livres de pention annuelle, en deux payes, l'une à Tous- 
sains, l'autre à Pasques, outre la prémisse et autres droitz que led. 
vicaire prent aud. lieu. Lad. transaction a esté reçeue par M^ Bes- 
sodes, notaire. 

Le 1-3 Monseigneur a consacré un calice de Milan pour le prieur 
de St Guirauld». 

Le 14 Monseigneur a permis au s' Massai, prebtre, de solemp. 
niser le mariage d'entre Anthoine Bonnafous et Jeanne Vilare, d e 
S* André, qu'il a dispencé desfannonces. 

Le 15 Monseigneur a taxé M"' Jacques Favier, prebtre, wcaire 
de Gambous, pour sa nourriture, entretènemant et de son clerc 
135 livres chaque année. 

l. Saint Guiraud. Arr, de Lodève, cant. et à 10 kil. de Gignac. 



324 ANNALES DU MIDI. 

Le IG Monsgr a dispencé des annonces Jean Babot et Jeanne 
Geniesse, de Pegayrolles. , 

Le 20 Monsgr a dispencé de deux annonces François Azémar et 
Isabeau Bounalhe, de Canet'. 

Le 22 Monsgr a dispencé de deux annonces Grégoire Belhol, de 
Jonquières. 

Le 25 dispence des annonces à Pierre Espinasse et Françoise 
Martine, de Lodève. 

Le 26 dispence des annonces à François Pâlot et Marie Goubine, 
de Clermont. 

Le 28 dispence de deux annonces à Pons Alexandre et Claude 
Jaoule, de Brinhac". 

Le 29 Monseignr a donné à son Eglise Cathédralle un bénitiéde 
marbre jaspé de la carrière nouvellement descouverte à Si Satur- 
nin. La fasson seule duquel a cousté à Monseigneur soixante livres. 

Le niesme jour Monseigi" a dispencé des annonces le S^ Louis 
Defons et damoiselle Florette de Bedos. 

Le mesme jour dispence des annonces à Jean Coussergu.es et 
Catherine Sérieisse, de la parroisse du Bosc^ 

Febvrier. — Le premier, febvrier 1627 Monsgr a dispencé des an- 
nonces Pierre Boissy et Catherine Castagne, de Clermont. 

Le 2 dispence des annonces à damoiselle Louise de Montenar 
fille du Sr de La Tour, mariée avec le fils du S"" de Tressan. 

Le 2 febvrier Monsgr a donné lettres à Claude Froment, hermite 
de ceste ville, pour résider à S» Martin. 

Le mesme jour, jour de La Purification de La Vierge, Monsg"" a 
fait la bénédiction et acisté à la procession. 

Le 3 Monseigr a comis Jean Clamens, du Cros, à la charge de 
garenier et garde-bois et donné permitionde chasser sur toutes ses 
terres, excepté en chasses defi"andues, auquel il a fait expédier 
lettres. 

Le 5, dispense des annonces à Jean Yinagre et Isabeau Agrette, 
de Clermont. 

Le 6 dispense des annonces à Bernard Messie, de Pegayroles. 

Le 7 dispense à Mathieu Bésardier, de Ceyras, et Raymonde 
Sallèles, de Rt Guiraud. 

1. Canet. Arr. de Lodève, cant. et à 6 kil. de Clermont. 

2. Brignac. Arr. de Lodève, cant. et à 4 kil. de Clermont. L'évèque en 
était prieur primitif. 

3. Le Bosc d'Oiras. Arr., cant. et à 10 kil. de Lodève. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 325 

Le 8 Monseigneur a donné lettres de régende à Messire Clavade 
Cabassut, prebtre, pour servir à Ceyras. 

Le mesme jour prolongation de lettres pour servir à l'Eglise de 
Si Pierre de ceste ville, à M^ Jean Lions. 

Le 10 dispence de deux annonces à Bernard Dafous, de Fou- 
zières* et Alix Archimbaude, du diocèze de Béziers. 

Le 11 Monseigneur est parti pour aller faire la vériffication des 
chemins et passage de L'Escalette-, y ayant esté commis par 
deslibération des Estatz généraulz de la Province. 

Le 12 Monseigneur a acisté à l'assamblée généralle de son dio- 
cèse. 

Le mesme jour il a accordé la dispence des annonces à Estienne 
Boissy, de Lodève et Isabeau Guiraudonne, de Pégayroles. 

Le 13 dispence des annonces à Jacquetle Pine, de S' Jean de Fos. 

Le 15 dispence des annonces à Jean Joly, de Clermont et Jeanne 
Barbesse, de Ganet. 

Le 20 febvrier Monseigneur est party de Lodève pour aller à 
l'assamblée des Estatz généraulz de la Province, convoqués à 
Bésiers. L'ouverture desquels s'est faite le 27^ dud. mois, à la 
quelle a acisté Messeigneurs le Duc de Montmorency; Marquis de 
Portes; Président du Fauré; Les Evesques de Gastries (Gastres); 
de St Pons, d'Alby, d'Alet, d'Agde^, de Lodève, d'Uzès, de Béziers. 

Mars. — Le 14 mars Monseignr fit l'office à la procession géné- 
ralle des Estalz, porta le S' Sacrement et célébra la grand-Messe 
dans l'Eglise de S^ Nazaire de Bésiers. 

Le 17 Monseigneur a esté député des Estalz avec Monsieur le 
Comte de Brieule, le Gapitoul de Tholose, le Gonseul d'Alby, le 
Conseul de Narbonne et le sindic Gamite, pour aller à Montpelier, 
devers Messieurs de la Cour des Aydes et chambre des Comptes, 
pour leur parler de plusieurs affaires pour le bien de La Province. 

Le 24 Monseigneur a sacré un calice dans l'Eglise des Récoletz 
de Bésiers. 

Le mesme jour Monsgr est allé, delà part des Estatz, avec Monsr 
le Comté de Bieule, Gapitoul de Tholose, consul d'Alby et de Nar- 
bonne vers Monseigneur de Montmorency qui estoit en Agde, pour 
luy parler de quelques affaires touchant les Equivalans. 

L Fozières. Arr., cant. et à 5 kil. de Lodève. 

2. Pas de l'Escalette, c'est-à dire de l'Échelle, route en lacets qui mène 
sur le plateau du Larzac en suivant la vallée très encaissée de la Lergue. 

3. Agde. M»-- Balthasar de Budos (1622-20). 



326 ANNALES DU MIDI. 

Le 25, jour de l'Annonciation, Monseigneur a dit la S»» Messe 
dans la congrégation des Pères Jésuytes à Bésiers. 

Le 26 Monseigr a prolongé aux Pères Capucins de Pésenas, la 
faculté de quester dans son diocèse. 

Le 26 mars les chapelains de la chapelle de Nostre-Dame de 
Montuesoulz^, ayant présenté requête à Monsgr à ce qu'il leur fut 
permis de vendre quelque fief dépendant de lad. chapelle, Mon- 
seigneur auroit comis le S^ Honorât d'Hugues, chanoine de Mont- 
pelier, pour fère les enquestes nécessères et à suyte leur auroit 
permis la vente dud. fief par ordonnance mise au pied d'une autre 
requeste le 4e jour du moy suivant. 

Le dernier mars Monseigneur a esté prié par Monseigneur l'Ar- 
chevesque de Narbonne de venir faire quelques fonctions Episco- 
pales dans son Eglise Métropolitaine. 

Avril. — Le premier d'avril Monsgr a consacré les Stes Huyles 
dans l'Eglise S' Just de Narbonne. 

Le 4, jour et teste de la Piésurrection, Monseigr a officié Pontifi- 
calement dans lad. Eglise S' Just aux premières vespres, à la 
grand-Messe et aux secondes vespres. 

Le 5 et le 6 Monsgr a donné la confirmation a plus de quatre 
mille personnes dans lad. Eglise S' Just. 

Le 7 Monseigneur est party dud. Narbonne pour aller visiter 
Mons"" et M^'ie de Moussoulens, et a visité aussy Monsieur l'Eves" 
que de Carcassonne en allant et revenant dud. Moussoulens. 

Le 11 Monseigneur a donné la confirmation à damoiselle Ga- 
brielle de Rennes, petite fille de Monsr de Moussoulens et à 20 
ou 30 autres personnes dud. Moussoulens dans l'Eglise parroisèle 
dud. lieu. 

Le mesme jour Monseigneur est party dud. Moussoulens et s'est 
rendeu à Narbonne le lendemain 12. 

Le 13 Monseigr est arrivé à Bésiers et a continué d'acister aux 
Estatz. 

Le 14 Monseigneur a permis à Frayret, de Ceyras, d'aller à 
Montserrat et à S' Jacques. 

Le 20 a permis aux habitansde S' André de procéder à la nomi^ 
nation de nouveaux consulz dud. lieu, laquelle élection a esté faite 
fort paisiblement par Tentremise du Sieur de La Pause, frère de 

L Dans l'église de Saint-Guilhem du Désert. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 327 

Monseigneur qui c'est porté sur led. lieu pour faire observer le 
règlemant cj' devant fait par Monseigneur sur ce subjet. 

Le 22 Monseigr a permis à M^ Anthoine Tronc, prebtre, d'aller à 
Nostre-Dame de Montserrat. 

May. — Le premier niay, Monseigr est allé à Narbonne avec 
Messeigneurs les Evesques de Si Pons, d'Alby, d'Agde, de Bésiers, 
pour parler devant Monseigneur l'Archevesque des affaires ton- 
chant la Régale. 

Le 3 May, Monseigr a donné lettres démissoires pour dire la 
Messe à Barthélémy, frère de S' Guillem. 

Le 4 uiay 1627 Monseigneur ayant veu la procédure faite par le 
S'" Honorât d'Hiigiies, chanoine de Montper, sur la vente du fief 
de la chapele Nostre Dame dedans l'Eglise St Guillen le désert, 
leur a permis de faire les proclamations, procéder à la déslivrance 
pardevantled. Hugues et passer le contrat de vante à celluy quy 
en fera la condition meilleure. 

Le 14 Monseigneur est party dud. Bésiers pour se rendre le 
mesme jour dans sa ville de Lodève. 

Le 22 Monseigneur est allé à Clermont y visiter Monseigneur et 
Madame de Montmorency, où ils estoient venus en dévotion, h la 
chapelle de M'e Dame de ^lontagut, dans l'église des Racoletz. 
Monseigneur leur a dit la Messe et les a communies. 

Le 23, jour de la Pentecoste, Monseigneur a officié pontificale- 
ment à la grand-Messe et aux secondes vespres. 

Le 25 Monseigr a dispensé des annonces Estienne Marcourelle, 
de Fousières, et Catherine Pélissière, de Pégayroles. 

Le 26 Monseigr a convoqué son synode, dit la Messe et acisté à 
à la procession et à l'assamblée quy sest faite dans la chapelle de 
N^e Dame qui sert de parroisse. 

Le vingt septiesme Monseig"" a donné lettres démissoires à 
Mr Brun, chanoine, pour prendre la Messe. 

Le mesnie jour Monseigr a prolongé les lettres à frère Martin 
Eguiès pour servir à St Martin de Castres jusques à sa visite. 

Le mesme jour Monseigr a prolongé aussy les lettres de M^ Jean 
Gonducher, prebtre, pour servir en l'Eglise de Clermont jusqu'au 
prochain synode. 

Le 29 Monseigr a donné les Ordres dans son Eglise Cathédralle. 
Le dernier may, monseigr a donné lettres de régende à M^e Jean 
Poumarède, pour TEglise de Salasc. 

Le mesme jour Monseigneur a acisté à l'ouverture de l'assiète 



328 ANNALES DU MIDI. 

de son diocèze, estant commissaire le sieur de La Pause, son 
frère. 

Juin. — Le 3 jung Monsgr a acisté à la procession du Si Sacre- 
ment, n'ayant peu officier pontificalement pour c'estre trouvé 
indisposé ce jour icy et a donné la bénédiction durant toute l'oc- 
tave. 

Le 5 Monseig'" a permis à Mr Pierre (Jastel, prebtre du diocèse 
de Rodés, de dire la messe à S' Saturnin ju.^ques à la visitte. 

Le 9 dispence de deux annonces à Jacques Goût, de Geyras et 
Marguerite Gastaniède, de Montpeyroux. 

Le mesme jour prolongation des lettres de régende pour S' Félix 
à M"" Jean Ghassang, prebtre du diocèse de S* Flour, jusques au 
synode. 

Le 14 prolongation des lettres de régende à Mr Jean Glamens, 
prebtre du diocèse de Bésiers, pour S' Jean de la Blaquière, jus- 
ques à la visitte. 

Le 16 dispence de deux annonces à Fulcrand Brousse, de Sorbs 
et Marguerite Lamouroux, de Ganet. 

Le 18 dispence de deux annonces à Anthoine Brouet et Marie 
Goustine. 

Le 21 mandemant au Père Bonnafons de l'ordre de S' Domini- 
que pour prescher le caresme prochain à S' Jean de Fos et S' Guil- 
lem. 

Le mesme jour permition au R. Père Bertuel de prêcher, con- 
fesser et absoudre des cas dans ce diocèze. 

Le mesme jour la, mesme permition auPèreGhérubin de Saliens, 
capucin, gardien de Pésénas. 

Le 22 dispence de deux annonces à Raymond Vallié et Magde- 
lène Gimballe. de Glermont. 

Le mesme jour dispence de deux annonces à Jean, de Salasc et 
Marguerite Gouderque, de Glermont. 

Le 24 dispense de 2 annonces à Jean Géraud et Isabeau Ponce, 
de la parroisse de S' Pierre. 

Le 25 Monseigr est party pour aller voir Monsgr de ]\Ionlmo- 
rancy à Pésénas, ayant esté prié d'aller devers luy, par l'assamblée 
de ce diocèse, pour certaines affaires concernant le soulagement 
d'icelle. 

Le 28 dispence de deux annonces à Fran(;ois Azémar, de Ganet. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 829 

Juillet. — Le 3 juillet dispence de deux annonces ù Estienne 
Falguières, de Montpeyroux. 

Le mesme jour dispence de 2 annonces à Glère de Peyrottes, de 
Leujière^ '. 

Le 5 Monseig'" a donné l'oflice de Lieutenant de Baille au lieu 
de St André, à Estienne Bousquet, filz de Toussains, dud. lieu. 

Le 7 dispence de deux annonces à Raymond Virenque et .leanne 
SulTre, de la parroisse de S^ Fulcrand. 

Le X pennilion au prieur de Montpeyroux de soleiupniser le 
mariage d'entre Guillaume Gournut et Catherine Moulinié, de 
Clermont, avec dispence de 2 annonces. 

Le mesme jour Monseig'' a authorisé la fraternité et confrérie 
des menuisiers et massons et leiir a permis de faire leur exercisse 
dans l'Eglise des Pères Cordeliers. Le contrat a esté receu par Bes- 
sodes, quelques jours avant l'aucthorisation qui est dans le registre. 

Le XI dispence de une annonce à Guillaume Benoist et Isabeau 
Bonnette, de Lodève. 

Le mesme jour dispence de deux annonces à Figuières et Mâtine, 
de Clermont. 

Le 15 dispence de 2 annonces à Anthoine Rouaut, de Clermont 
et Catherine Vernazobres, de Nébian. 

Le 17 dispence de 2 annonces ù Jacques Bougé et Marguerite 
Jaume, de S' Estienne ^ 

Le 18 permition aux consulz de Lauroux* de procéder à l'élec- 
tion de nouveaux consuls, le jour de la Magdelaine prochaine. 

Le 22 dispence de 2 annonces à damoiselle Cière de Latude. 

Le mesme jour est parti d'icy le sieur Carré, chanoine de S' Pol 
de Narbonne et sindic du Clergé de la Province, qui e.stoit venu 
vers INIonseigneur pour la députation en cour pour l'afTère de la 
Régale, 

Le 25 permition à M^ Clamens, vicaire de S' Jean, à recepvoir 
à l'église Michel Guynard et sa famille, dud. S' Jean de laBlaquière. 

Le 30 dispence de 2 annonces à André Goumarre et Suzanne 
Fincale, de Clermont. 

1. Fille d'Henry de Peyrottes. sieur de Soubès, Cazilhac et autres 
places. 

2. Lauzières, hameau, c°« d'Octon. Château et baronnie. 

3. Saint-Étienne-de-Gourgas. Arr., canton et à 9 kil. de Lodève. 

4. Lauroux. Arr., canton et à 8 kil. de Lodève. L'évêque en était seigneur 
direct et prieur primitif. 



330 ANNALES DU MIDI. 

Aoust. — Le 2 aoust 1627 permition au procureur du S' Cru- 
cifix de Balaguier, en Espagne, de quester par tout le diocèze. 

Le (j permission au s^ Guillaumon, de S' Félix, de fère travailler, 
mesme les jours de festes, après l'office, à une peyssière du moulin 
de Rabieux '. 

Le 8 Anne Cauniet, fille de Jean Gaumet et Jeanne Reboule, de 
Montpelier, a adjuré l'hérésie entre les mains de Monseigneur. 

Le mesme jour dispence de 2 annonces à Jean Alaux, de Soubès, 
marié avec la susd. Caumet. 

Le 10 Monseigneur a reçeu à la foy catholique Jeanne Lafousse, 
du diocèse de Nismes, et dispencé des annonces Pierre Vernet, de 
Lodéve, marié avec la susd. Lafousse. 

Le XI Monseigneur a dispencé des annonces damoiselle Aune de 
La Treille, de Lodéve. 

Le 17 Monseigi" a dispencé de deux annonces Jean Salèles et 
Catherine Doujières, de S' Guiraut. 

Le mesme jour Monseigneur a authorisé la vente faite par les 
chapelains de la chapelle de Nostre Dame de Montuejouls, fondée 
dans l'Eglise de S' (!liiillen-le-désert, d'un fief déi)endant de lad. 
chapelle, assis au terroir de Monpelier [à] M'' Pierre de Guillemi- 
net, greffier pour le Roy aux Estatz. L'acte de lad. aucthorisation 
est dans le registre. 

Le 18 Monseigneur a donné attestatoire à I\Ir Jean Léotard, 
prieur de S' Saturnin, comme despuis qu'il est Evesque, led. Léo- 
tard a fait le service divin dans l'Eglise dud. S^ Saturnin et ses 
annexes, teneu le nombre de prebtres et vescu sans reproche. 

Le 21 dispence de deux annonces à Jean Sarrasy, du Cayla. 

Le 22 IMonseigr a sacré un calice d'estain pour l'Eglise de Salè- 
les 2. 

Le mesme jour Monseig'' a donné les 4 mineurs à Jean Barrau 
et Honoré Mafl're, religieux de Valmagne'. 

Le mesme jour Monseigneur a permis la publication d'une 
indulgence donnée pour 7 ans à l'Eglise de S' Jean de Fos, le jour 
de S' Ginieis. 

Le 23 Monsgr a permis la publication d'une indulgence donnée 
pour 7 ans à l'Eglise Cathédralle de ceste ville. 

1. Rubieux. Moulin à blé sur la Lergiie, à 2 kil. de Saiiit-Féli.t de Lodez. 

2. Salèlles. Hameau, C' et à 4 kil. du Bosc. 

S. Vahuagne. Abbaye d'homuies de l'ordre de Cîtcaux. Très beau cloître. 
Commune et à 3 kil. de VjUeveyrac, ancien diocèse d'Agde. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 381 

Le 24 Marthe Lapierre, fille de Jean Lapierre, sergeant, et de 
Marguerite Berthorame, décédés, éagée. de 24 ans, a fait abjuration 
de l'hérésie. 

Le 25 aoust jour de S^ Ginieix, Monseig"" a officié aux premières 
vespres, à la INIesse et secondes vespres. 

Le 29 Monsieur de S' .Jean, fils de Monsieur de Moussoulens, 
parant de Monseigneur, est arrivé icy. 

Le 30 permition au Père Jean Chôme], cordeller du couvent de 
Ginhac, de prêcher, confesser et absoudre des cas réservés dans le 
diocèze. 

Septembre. — Le 3 sepl'^re 1627 Monseigneur a donné la tonsure 
à Jean de Grégoire fils du s'' de Montpeyroux. 

Le 4 7bre Monsgr a permis à M"" Hugues Cayron, prebtre des 
Ribes, de faire saisir les fruits dud. bénéfice, pour le payement de 
ses gaiges. 

Le mesme jour permission au R. P. Bonavanture de S^e Croix, 
gardien des Cordeliers de ceste ville, de prescher, confesser et 
quester dans ce diocèze et à ses religieux de quester. 

Le dimanche 5 septembre Monsgr a bénit la chapelln qu'il a 
fait faire dans sa maison à l'honneur de S' Charles Borromée, 
acisté de Messieurs l'Archidiacre, Archiprebtre et autres cha- 
noines. 

Le 6 permition à Jacques Combes, procureur de Notre-Dame de 
Montserrat, de quester dans le diocèze cette année. 

Le 12 Monseigneur a luy mesme solemnisé le mariage d'entre 
Marguerite de la Pause, sa niepse, et Noble Estienne de Ratte, 
fils de feu s'' Présiilent de Ratte, de Montpelier, dans sa chapelle. 
Le contrat de mariage a esté prins par Bonnafous le mesme 
jour. 

Le 13 dispence de 2 annonces à Jean Vieules et Florette La Ba.s- 
sure, de Clermont. 

Le 14 dispense de 2 annonces à Guille Caysso et Emilienne Vin- 
cente, de Brugnac^ 

Le mesme jour dispence à Guilhaume Bonnet, de Brinhac, et 
Delphine Peyrette, de Clermont. 

Le 18 Monseigneur a donné les Ordres dans son Eglise cathé- 
dralle. 

Le 24 Monseigneur a receu lettre de Monseigneur de Montmo- 

1. Sans doute Brignac, déjà cité. 



332 ANNALES DU MIDI. 

rancy pour se rendre k Tholose, avec les autres Evesques, pour 
prévoir à certaines affaires de La Province. Mais, estant à Bésiers, 
Monsgr ayant apprins que lad. assamblée estoit tenue, seroit allé 
visiter Monseigneur l'Archevesque d'Héraclée, coadjuteur de Nar- 
bonne, où il auroit fait rencontre de Madame de Montmorancy 
qu'il auroit visittée. 

Le 27 Monseigneur seroit parti dud. Narbonne pour s'en retour- 
ner en sa ville de Lodève et auroit aprins en chemin que les Hu- 
guenotz rebelles au Roy se seroient saisis du chasteau de Lunas* 
et de Casilhac-, prise qui aportera de grandes incomodités à ce 
diocèze. 

Le 28 dispence de 2 annonces à Jean Mérimont et Annie La- 
combe, de Clerniout. 

Le mesme jour dispence de deux annonces à Jean Virenque et 
Margueritte Brenasse, de Clermont. 

Le 30 septembre, Monsg"" est parti pour aller à ]Montpelier, vers 
Monseigneur 

Octobre. — de Montmorancy, ayant esté prié de se rendre auprès 
de sa personne pour pourvoir à quelques affaires de la Province, 
où il a séjourné jusques au clnquiesme d'octobre, ^lontseigneur 
de Montmorancy luy ayant acordé cinquante soldat/, pour la 
garde de ses deux chasteaux, le Caylar et Montbrun, sous le 
comandemant de Messieurs de La Pause et de Ratte. 

Le 15 octobre Monseigr a donné la dispence de deux annonces 
à Georges Mathieu, de Clermont et Jeanne Goste, du diocèze de 
Bésiers. 

Le 24 la mesme dispence a esté acordée à Jean Oulive, de Cler- 
mont et Delphine Aliquote. 

Le mesme jour dispence de 2 annonces à Jacques Laudié, de 
Clermont et Nadalle Brunelle, de la parroisse de S' Martin. 

Le 26 dispense de 2 annonces à André Pascal, de Soumon et 
Marguerite Jamberte, d'Usclas^. 

Le 26 lettres de régende à M"" Guillaume Alezard, prebtre du 
diocèze de Rodés, pour S' .Xndré. 

1. Lunas. Gliof-lieu de canton, arr. et à 1.") kil. de IjOdèvo. Le cliâteau 
de Lunas appartenait au seigneur de Faugères. 

2. Cazilhac. Château ai)partenant à Henry de Peyrotles, sieur de Sou- 
bès, situé au hameau de Cazilimc-Baillevent, sur l'Orb. à 3 kil, 0. de Lunas 
et à 1.500 m. N. de Saint-Martin d'Orb. 

3. Usclas. Arr. , cant. et à 9 kil. de Lodève, 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 333 

Novembre. — Le 69 jour de novembre Jean Nayrac, de Gler- 
mont, et Louise Carbonelle, de Liausson, ont esté dispencés de 
2 annonces. 

Le 7 dispence de 2 annonces à Raymond Maure, de la Vacarie' 
et Marie Aumelassi, de Lodève. 

Le 7 Anthoinette Argouyne a été dispencée d'une annonce, ma- 
riée avec Charles Combes, d'Azilhe^ au diocèze de Narbonne. 

Le 9 Lettres de régende à M"" Jean Chassang, prebtre du diocèse 
de S* Flour, pour S' Saturnin. 

Le m Monseigneur a sacré un calisse d'estain pour S» Saturnin. 

Le 17 dispence de deux annonces à Delphine Salasco, de Lo- 
dève, mariée à Jean Deymier, de Gaunes, diocèse de Narbonne". 

Le 18 Jean Doumergue, cordonnier du Caylar, et Louise Vais- 
sière, de Lodève, ont esté dispencés de 2 annonces. 

Le 19 Isabeau Canette, fille de Jean Canet, du lieu de La Coste, 
huguenotz, a esté receue en l'Eglise, confessée et confirmée par 
Monsgr dans la chapelle de l'Evesché; présans : M« de La Pause 
et Mad. de Marchevet, sa marrine, et du prebstre de La Coste. 

Le 22 lettres de Régende à Sanson Cortié, du diocèze de Tarbes, 
pour S' Saturnin. 

Le mesme jour permition à Claude Martin, du diocèze de Nis- 
mes, de dire Messe dans tout le diocèze. 

Le 20 Monsgr a sacré deux calices d'argeant pour l'abbaye 
S' Sauveur de Lodève. 

Le 27 dispence de deux annonces au Sr Jean Laurans, de Cler- 
mont, et Marie de Gardés, de Pésénas. 

Le 28 dispence de 2 annonces et du temps de l'advant à An- 
thoine Laurans et Jeanne Dupine, de S' Saturnin. 

Décembre. — Le 2 décembre Jeanne Bourbouyas, fille de Ful- 
crand, de ceste ville, a fait abjuration de l'hérésie entre les mains 
de Monseigneur et c'est mariée avec Pierre Feson de la parroisse 
de S' Pierre. 

Le 6 Monsgr a donné ordonnence qui oblige tous les prebtres 
des environs de Clermont de se rendre aud. Clermont, tous les 
mercredis des advans et du caresme, pour ouyr les leçons des cas 
de conscience du Père Robert de La Saye, Jésuite, qui y presche. 

1. La Vacquerie. Arr., cant. et à 18 kil. de Lodève. 

2. Azilhe. Chef-lieu de cant., arr. et à 33 kil. de Carcassonne (Aude). 

3. Caunes, chef-lieu de cant., arr. de Carcassonne (Aude). 



334 ANNALES DU MIDI. 

Le 12 dispence de deux annonces à Pierre Arrasat et Jeanne 
Brune, de Lauroux. 

Le 13 permission pour fère la queste dans le diocèze, aux Gor- 
deliers de ceste ville. 

Le 15 attestation de vie et mœurs à Mr Jacques Duran, prebtre 
de ce diocèze. Le 18 Monseig' a donné les Ordres dans sa chapelle 
de l'Evesché. 

Le mesme jour il a sacré un calice d'argeant de l'abbaye de 
Valmagne. 

Le 25, jour et feste de Nouel, Monseigneur a officié aux pre- 
mières vespres, à la grand-Messe et aux secondes vespres, ayant 
donné la Messe de Minuit à Mr Brun, chanoine, qui a chanté sa 
première messe, 

1628. Janvier. — Le ler Monseigneur a bénist une chasuble et 
devant d'autel de damas, pour la chapelle du Roujère, qui a esté 
acliepté du légat faictpar le capp"e Henry. 

Le 4 permition aux Carmes de cette ville de quester dans le dio- 
cèze. 

Le 9 permition aux consulz des Ribes de faire de nouveaux 
Consulz. 

Le 9 lettres de Régende à M"" Guillaume Navarre, prebtre, pour 
S* Félix de Lhéras^. 

Le 15 dispence de 2 annonces à Jean Fabre, de la parroisse de 
S* Pierre de Loudéve, et Isabeau Hugonenque, de la paroisse de 
S» Fulcrand. 

Le 23 lettres de régende à M^ Barthélémy Birouste pour S* Es- 
tienne. 

Le 23 Monseigneur m'a fait la colation d'une place du rang, 
dans l'Eglise de Glermont, vacante en la mort de M'' Bousquet, 
prebtre. 

Febvrier. — Le l«r dispence de 2 annonces à Jacques Léotard et 
Jeanne Bertrande, de S' André. 

Le 15 attestatoire comme Jean Archimbaud est prieur de CAer 
mont. 

Le mesme jour permition au Père Vincent Autram, rcU'ormé de 
Glermont, de prêcher le caresme à S' Jean de Fos. 



1. Saint-Félix de L'héras, de Laraze ou d'Alajou. Arr. de Lodève, cant. 
et à 4 kil. du Caviar. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 335 

Le mesme jour dispence de 2 annonces à Jacques Cure et Anne 
Prêche, de Lodève. 

Le 19 dispence de deux annonces à Jean Astruc et Catherine 
Delrive, de Glermont. 

Le 21 dispence de 3 annonces à Claude André et Catherine Rous- 
selle, de Glermont. 

Le 22 dispence de 2 annonces à Estienne Gadilhac, de S» Pierre 
de La Fage et Jeanne de Peyrottes. 

Le mesme jour dispence de 2 annonces à Jean de Madriver, 
sieur d'Aubaygue * et damoiselle Jeanne de Julhen, de Lodève. 

Le 22 permition au Père François Textoris, conventuel, de 
régir la cure du Puers jusques au synode. 

Le 24 dispence de 2 annonces à François Nougarède et Margue- 
rite Delertes, de Pegayroles. 

Le 2G dispence de 2 annonces à Alexandre Gebelin et Isabeau 
Andrèque, de Clermont. 

Le mesme jour prorogation des lettres de Régende à M"" Jean 
Lions, prebtre du diocèze de Rodés, pour S' Pierre. 

Le mesme jour dispence do 2 annonces à Estienne Benoist et 
Françoise Pertrache, de Lodève. 

Le mesme jour permission à Favas, de manger de viande en 
caresme. 

Le mesme jour Monseigneur a acordé le prieur de Gramont^ 
avec le vicaire de Salèles ; instrument reçeu par Bessodes. 

Le 28 les Sieurs Babot et Belechère on fait démission de la 
dignité d'archiprebtre entre les mains de Monseigneur. 

Le mesme jour Monsgr a mis d'acort Mad. du Bosc avec le 
vicaire de Salèles; instrument receu par Bessodes. 

Le 29, Pons, Fermy et Phélip Barrais et Jacquette Satgère ont 
fait abjuration de l'hérésie entre les mains de Monsieur de. Guille- 
minet, archidiacre. 

Le dernier Monseigneur est party pour aller aux Estatz géné- 
raulx de Languedoc convoqués en la ville de Tholose. L'ouverture 
desquels fut faite par Monsgr le Prince. 



1. Aubaygue, hameau, cne et à 1 kil. S. de Saint-Étienne de Gourgas. 
Ancienne paroisse supprimée en 1832. 

2: Saint-Michel de Grandmont. Prieuré conventuel de l'ordre de Grand- 
mont, supprimé en 1772. Cne et à 7 kil. S,-0. de Saint-Privat. 

François de Eeinard était prieur en 1626. Cf. A. Vitalis, Le Prieuré 
Saint-Michel de Grandmont, 1900. 



330 ANNALES DU MIDI. 

Avril. — Le 8 apvril, Monseigneur, estant en la ville de Tholose, 
a donné les ordres sacrés dans la chapelle de rarchevesché, ayant 
esté prié de ce faire par le vicaire général. 

Le 27 Monseigneur partit de Tholose pour aller à la Rochelle, 
ayant esté depputé des Estatz, avec M^ le Comte de Vieule, les 
consulz d'Alhy et Lavaur et le sieur de Lamamie, scindic, pour 
aller supplier sa Majesté qui estoit pour lors au siège devant La 
Rochelle, de vouloir retracter la crue de 3' 5^ sur cliaque minot de 
sel et pour quelques autres affaires consernant le soulagement de 
la Province de Languedoc. 

May. — Le 8 Monseigneur arriva, avec les autres deppulés sus- 
nommés, à La Rochelle et leur fut halle logis à un vilage nommé 
Lajarrie. 

Le 15 Monseigneur, présans les autres depputés, parla au Roy 
sur le suhjet de leur députation et quelques jours après, Sa Majesté 
fit répondre assez favorablement au cayer desd. députés. 

Le 11 les Anglois se présantairent pour la seconde fois devant 
La Rochelle et en furent chassés 8 jours après. 

Le 27 Monseigneur partit de La Rochelle pour s'en retourner à 
Tholose, où il arriva le mardy au soir sixièsme jung. 

Juin. — Le 22 Monseig'' partit de Tholose deux jours avant la 
conclusion des Estatz et visitta en s'en retournant, Messieurs les 
Evesques de Rieux, de Pamiés et de Mirepoix en leurs Eveschés 
et arriva en la ville de Lodève le dernier de jung. 

Juilliet. — Le premier juilliet, dispence des annonces h Jean 
Moumé, de S^ Estienne en Forètz (B'orez), diocèze de Lion, et Isa- 
beau Boyère, de la parroisse de S* Pierre de Lodève. 

Le 2 permition au procureur du S* Crucifix de Balaguier, de 
quester dans le diocèse. 

Le 4 Monseigneur a taxé 11 livres au vicaire de Si Barthélémy 
de S' Guillen, à prendre sur les fruitz du prieuré ; Bary, Jean 
vicaire. 

Le niesme jour tlispence des annonces à Paul Gautier, de Si Paul 
en Dauphiné*, habitant dans ce diocèze depuis 10 ou 12 ans et 
Hélaine Arnouse, de la parroisse de S^ Pierre de ceste Ville. 

Le 6 Monsg'' a déclaré par acte receu par Bessodes, à M^ le due 

1. Saint-Paul-Trois-Châteaux. Cliof-lieu de canton, arr. el à 2U kil. de 
Montélimar (Drôme). Ancien évêché. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 337 

de Ventadour, qu'il ne prêtent rien sur les fruitz de l'évesché, avant 
le 15 janvier 1624. 

Le 7 dispence à Pierre Martel, de la parroisse de S' Fulcrand de 
ceste ville et Suzanne Fontanière, de Pézénas. 

Le 14 lettres de non résidence à Pierre Chaliès, vicaire de Par- 
latges et permition d'aller servir l'Eglise de S' Saturnin jusques 
au synode et mis à Parlatges Mr Pierre Treilles. 

Le 21 permition aux habitans de Lauroux défaire de nouveaux 
consulz. 

Le 23 permition au vicaire de S' Jean de La Blaquière de recep- 
voir à l'Eglise quelques habitans dud. lieu. 

Le 24 lettres de régende pour Arboras' à Pierre Gaslel, du dio- 
cèse de Rodés. 

Le 28 dispence de 2 annonces à Gabriel Revoist, de Soumon et 
Françoise Goudéne, de S' Privât-. 

Aoust. — Le premier aoust lettres de Régende pour S' Félix de 
L'héras, à Antlioine Puech, du diocèse de Rodés. 

Le 3 lettres de Régende en permition de prêcher à François, curé 
du diocèse de Rodés, pour le Gaylar. 

Le 11, dispence des annonces à Jean Jaurroux et Delphine Li- 
quière, de Glermont. 

Le mesme jour, ordonnance aux liabitans de S' André, de des- 
paistre le bestial à corne dans le terroir dud. lieu. 

Le 21 permition de publier les indulgences concédées à l'Eglise 
de S' Jean de Fos, par tout le diocèse le jour de S* Louis, feste de 
S' Ginièis. 

Septembre. — Le 7 septembre dispence de 2 annonces à Jean 
Luchayre, de Glermont et Bonne, d'Aubaigne et permition à 
M"" Vilaris de les espouser. 

Le 8 lettres de geôlier et garde des prisons à Jacques Aimeras, 
sergeant. 

Le 9 dispence de 2 annonces à Jean Pâlot et Gatherine Andrande, 
de Glermont. 

Le 22 permition au R. P. Marasel, récolet du couvent de Gler- 
mont, de recevoir à l'Eglise Gloriande de Gauffre. 

Le mesme jour la susd. Gauffre a été dispencée des annonces, 
s'estant mariée avec M'' Daniel d'Aiguesvives, de Bésiers. 

1. Arboras. Arr. de Lodève, canton et à 12 kil. de Gignac. 

2. Saint-Privat-des-Salces. Arr., canton et à 19 kil. de Lodève. 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 23 



338 ANNALES DU MIDI. 

Le inesme jour dispence des annonces h Jacques Delpon et Cécile 
Aragonne, de Clermont. 

Le 23 Monseigneur a donné les Ordres dans son Eglise Gathé- 
dralle. 

Le 28 dispence de 2 annonces à Jacques de Cambour, de la pa- 
roisse de Bunréquan en Boulonnois et à Gaserine... de S' Jean 
de Fos. 

Le dernier dispence de 2 annonces à Pierre Roubert, de Cler- 
mont, marié avec Jeanne Gaumine, du Glapié^ diocèse de Vabre. 

Octobre. — Le IG octobre permition à M^ Jean Clemans vicaire 
de SI Jean de La Blaquière, de recepvoir à l'église Michel Guiraud 
et Isabeau Crosilhaque, dud. lieu. 

Le 17 dispence des annonces à Jeanne Malibrande, de Clermont, 
mariée avec Jean Bernard, de Nisas-, diocèse de Bésiers. 

Le mesme jour lettres de régende à M*' Guille Ganny, prebtre, 
pour l'Eglise du Paers. 

Le 20 dispence de 2 annonces à Anthoinette Léguine, du Gaylar 
mariée avec Jean Seury, du diocèse de Vabre. 

Le 21 il a fait un si grand ravaige d'eaux que la rivière a telle- 
ment débordé qu'elle en a emporté une partie des faubourgz de 
Monlbrun. En a esté dommaige aux habitans de Lodève, de plus 
de cinquante mil escus. 

Le 25, dispence de 2 annonces à Marc Brun, de Gourgas" et 
Estienne Berthomme, de Clermont. 

Le 2S dispence à Pierre Brun et Marie Maromie, du Puecli. 

Novembre. — Le 5 dispense à François Roubertan et Alaissette 
Gassagne, de Brignac. 

Le 7 lettres de Régende pour St André à Sanson Gourtié, du dio- 
cèse de Tarbes. 

Ije mesme jour dispense des annonces à damoiselle Souveraine 
de Latude, mariée avec Me Anthoiue Lauriol, recejn'eur des finan- 
ces en Languedoc. 

Le mesme jour le sieur Darie a esté reçeu à l'Eglise Romaine. 

Le 8, dispense des annonces à Jean Debrieu et Jeanne l^ortes, de 
Clermont. 

L Le Clapier. Canton de Cornus, arr. de Saint-Atrrique (Avoyron). 

2. Nizas. Arr. de Béziers, canton et à 11 kil. de MonLagnao. — Ancien 
diocèse de Béziers. 

3. Gourgas, hameau, 1.2W m. N. de Saint-Étienne. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 339 

Le 10, lettres « de vita et moribus » à M"" Guillaume Alezard, 
prebtre de Rodés. 

Le 17, dispense des annonces à Jean Thérond, de Brignac. 

Le 18, le Jubilé a esté mandé à la Montagne pour le gagner 
le 26. 

Le 20 le mesme Jubilé a esté mandé à Canet, Nébian, Brignac 
et Foscais. 

Le mesme jour permition au R. i)ère Roubert de La Haye, de 
prêcher, confesser et absoudre des cas réservés. 

Le 21 dispense des annonces à Pierre Soulier et Jeanne Renaude, 
de Lodève. 

Le 25 dispense des annonces à Jacques Gabassut et Toinette 
Dousières, de Geyras. 

Le vingt neufviesme Monseigneur à donné ordonnance pour 
faire désenterrer le corps du Baron de Gange, huguenot, qu'on 
avoit enterré d'authorité dans l'Eglise de S* Maurice >. Laquelle 
ordonnance a esté exécutée par Mr Bernard Gros, prieur de Nava- 
celle* auquel a esté donné pouvoir de réconcilier l'Église du cimi- 
tière. 

Décembre. — Le 2 permition à M. le Baron de Montpeyroux 
de faire dire la Messe dans son chasteau durant le temps de 
peste. 

Le G Madamoiselle Darre a abjuré l'hérésie en mains d'un père 
Jacobin de Clermont. 

Le 23 Glaude Gui et Isabeau Guine ont abjuré l'hérésie en mains 
de Monseigneur. 

Le XXVIII dispenses des annonces à Pierre Lapierre et Cécile 
Cavalière, de Montpeyroux. 

1629. — Janvier. — Le 13 janvier Bousquet et Jeanne Estelle, de 
S* André, ont été dispensés des annonces. 

Le 14 permission au R. P. Crucel, cordelier, de î[)rêcher et re- 
cepvoir les hérétiques dans le diocèse. 

Le mesme jour Monseigneur est tombé malade d'une grande et 
longue maladie qui lui a duré sept ou huit mois. 

L Saint-Maurice. Arr. de Lodève, canton et à 23 kil. du Caylar. L'évè- 
que en était prieur primitif. 

2. Navacelle. A 7 kil. N. de Saint-Maurice. Paroisse érigée en 1286, 
supprimée en 1801. 



340 ANNALES DU MIDI. 

Le 15 permition au prieur de Pegayroles d'absoudre de l'hérésie 
damoiselle Jeanne de S' Eslienne, de Ganges^ 

Le 18 dispence des annonces à noble Jean de Latude et la sus- 
dite de SI Eslienne. 

Le 31 dispense des annonces à Joan Goubry et Isabeau Dou- 
nette, de Glermont. 

Le 21 dispense des annonces à Isac Durant et Françoise Cam- 
bonne, de Mon tpey roux. 

Le 24 Guillaume Dousières et Madeleine de S' Bausile ont esté 
dispensés des annonces. 

Février. — Le 9 Thomas Rey et Jeanne Delmas, de Glermont ont 
esté dispensés des annonces. 

Le 13 Barthélémy Cabanon et Anne Balane ont été dispensés des 
annonces. 

Le 25 dispense des annonces à Estienne Caries et Anne Joulière. 

Le 26 Jean Vallibouse et Marguerite Audrande ont esté dispen- 
sés des annonces. 

Le 26 permition au R. P. Ange Spenel, carme, de prêcher à 
S' Jean de Fos, le caresme. 

Le mesme jour Jean Carrière et Catherine Pascale ont esté dis- 
pensés des annonces. 

Le 29 Guillaume Boyer et Anthoinette Escudiére de Glermont, 
ont esté dispensés des annonces. 

Le mesme jour Pierre Pradier et Jeanne Rouqaette, do Clermont, 
ont esté dispensés des annonces. 

Le 27 Raymon<i Seures et Marie Berthomme, de Lodève ont esté 
dispensés des annonces. 

Mars. — Le 7 lettres de Régende à Mr Pierre Castel, i)0ur S'' Sa- 
turnin. 

Le mesme jour lettres de Régende à Guille Alésard, du diocèse 
de Roudès, pour S'' André. 

Le 8 lettres « de vita et moribus » à Sanson Courlié, preljtrc de 
Tarbes. 

Le 18 Lettres pour prêcher et confesser dans le (lioci''se, au Père 
Ange Spenel, carme. 

Le mesme jour lettres pour prêcher cl confesser à M'" Jacques 
Uicome, prebtre du diocèse de Montpelier. 

l. Ganges. Chef-lieu de caut., arr. et à W kil. de Montpellier, sur l'ilé- 
raull. 



MÉLANGElB ET DOCUMENTS. 341 

Avril. — Le sr Paul Caussanel, de Graissesac' a abjuré l'hé- 
résie ez mains de M'' de Giiilheminet, archidiacre et vicaire général. 

Le 14 Noble Jean Jaques de Mounes, S'' de S' Privât, a abjuré 
l'hérésie ez mains dudit sieur Vicaire général. 

Le 21 Jean Laval et Marquise Mestre, de Clermont, ont esté dis- 
pensés des annonces. 

May. — Le 2 lettres de Régende à Jean Carsenac, prebtre du 
diocèze de Rodez, pour les Ribes. 

Le 5 dispense des annonces à M^ Marcelin Boisson, preblre, 
pour S' Saturnin. 

Le XI lettres pour prêcher et confesser au Père Hugon, gardien 
des Gordeliers de Ginhac. 

Le 13 Isabeau Dumaistre, de Clermont a été dispensée des an- 
nonces. 

Le mesme jour Isac Fornier et Gralié Gouquèse ont esté dispen- 
sés des annonces. 

Le 17 Anthoine Bech et Alaisselle Fabrégues, ont été dispensés 
des annonces. 

Le 19 Estienne Sauvagnac et Catherine Vilanéve ont esté dis- 
pensés des annonces. 

Le 26 Jean Raynal et Marie Brune, ont esté dispensés des an- 
nonces. 

Juin. — Le premier lettres de Régende à M^ Anthoine Lèqnes 
pour Lagarrigue. 

Le mesme jour, lettres à fr. Louis Riveyron, hermite, de résider 
dans l'hermitage de S' Guillen et d'y confesser. 

Le 2 permition au f. Jacques Bayle, hermitte, de résider à Nos- 
tre-Dame du Peyron de Clermont sur la réquisition des consulz 
dud. Clermont. 

Le 7 Arnaud Cabassut et Catherine Belle, ont esté dispensés des 
annonces. 

Le 16 Jean Fabre et Marthe Lapierre ont esté dispensés des 
annonces. 

Le 17 Jean Crouset et Catherine Fraisse ont esté dispensés des 
annonces. 

Le mesme jour lettres de non résidence à Monsieur Jean Clia- 
liès, vicaire de Parlatges. 

1. Graissessac. Arr. de Béziers, cant. et à 14 kil. do Bédarieux. — 
Ancien diocèse de Béziers. 



342 ANNALES DU MIDI. 

Le 19 pex'milion à ff. Jacques Bayle et Jean Satger, herraiUes, 
de demeurer à N. D. du Peyron de Clermont. 

Le 23, Anthoine .... et Jeanne Martine ont esté dispensés des 
annonces. 

Juillet. — Le 1er, lettres de Régende pour Fouscais à Mr Etienne 
Liquier. 

Le 4 la Confrérie de S^ Eloi, de Clermont, a esté authorisée par 
Monseigneur. 

Le mesme jour, permition de prêcher, confesper et quester dans 
le diocèse au P. Jean Cannac, conventuel. 

Le 6 Monseigneur a donné l'office de procureur jurisdictionnel 
du Cayla à Pierre Doumergue. 

Le 7 Anthoine Baumes et Isabeau Ugonenque, de Clermont, ont 
esté dispensés des annonces. 

Le 10 Estienne Gaubert et Magdalaine Amourouse ont esté dis- 
pensés des annonces. 

Le 14 permition aux Trinitaires de Montpelier de prêcher dans 
le diocèse. 

Le 27, lettres « de vita et moribus » et permition d'aller à Rome 
et à Noste Dame deLorette, à Michel André, de S' Jean de Fos. 

Aoust. — Le premier Monseigr a donné l'office de Balle des 
Ribes à Jean Lacquas, des Ribes. 

Le 5 Vezian Geli et Grassi Gautarelle, de Clermont, ont esté 
dispensés des annonces. 

Le mesme jour, le sieur Pierre Lapierre a abjuré l'hérésie ez 
mains de Monseigneur. 

Le 7 François de Genestous et Marie de Martin ont esté dis- 
pensés des annonces; Laquelle de Martin avoit auparavant abjuré 
l'hérésie ez mains du vicaire de S* Maurice. 

Le 12 Jean Pradier et [Marguerite Gélie ont esté dispensés des 
annonces. 

Le 14 Pierre Audray et Isabeau Dounette ont esté dispensés des 
annonces. 

Le 26 Antiioine Fabrègues et Marie Pradelle ont esté dispensés 
des annonces. 

Septembre. — Le 8 Jean Roudigon et Isabeau Fabre ont esté 
dispensés des annonces. 

Le 18 Jean Rey de Liausson a esté dispencé des annonces. 

Le 28 Jacq. Peyret et Glère de Gras ont esté dispencés des annonces . 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 343 

Octobre. — Le 13 Marguerit Grimai et Antoinelle Salmagnngne 
ont esté dispencés des annonces. 

Le 14 Jean Aubert et Jeanne Vernisse ont esté dispensés des 
annonces. 

Le 29, lettres pour prêcher, confesser et qnester par tout le dio- 
cèse au P. Firmin Riisso, gardien des conventuels de Lodève, 

Novembre. — Le 7 Eslieiint^> Arnaud et Delphine Gaubert ont 
esté dispensés des annonces. 

Le 17 Jean Bésardier et Marguerite Vézians ont esté dispensés 
des annonces. 

Le 26 M'' Jean Gibert, advocat et Françoise de Fabrègues ont esté 
dispensés des annonces. 

Décembre. — Le xi décembre Monseigneur partit pour aller à 
Paris pour les affaires de son diocèse, auquel voyage il a demuré 
jusques au xxi juin de l'année présante 1630. 

1630. — JuUet. — La pesle fut descouverte à Lodève en la mai- 
son de Gampestei, qui n'eust point de suitte, Dieu merci, n'en 
estant mortz que deux ou trois dans la ville et 7 ou huit au dehors. 

Le 3 Estienne Galsi et Alaissette Virenque ont esté dispencés 
des annonces. 

Le niesme jour Jean Agnel et Jeanne Oulieu ont esté dispensés 
des annonces. 

Le 12 Bernard Bourguy et Thonelte Fromenline ont esté dis- 
pensés des annonces. 

Le 20 Amans Dardé et Aslruque Jaurionde ont esté dispensés 
des annonces. 

Le xxiiri [,aurans Arnous et Michelle Fouk{uiére ont esté dis- 
pensés des annonces. 

Le 25 j'ay solemnisé par commandemantde Monseigr le mariage 
d'entre Jean Reynes et Cécile Coste, de Montpeyroiix. 

Le mesme jour Pierre Arnaud et Jeanne Meselle, d'Hoton, ont 
esté dispensés des annonces. 

Aoust. — Le 26 Augustin Roques, de Maruejouls, a abjuré l'hé- 
résie. 

Le xxvii Noble Charles d'Albignac, sieur D'Arre et damolselle 

1. Campestre, hameau et château, c" et à 2 kil., de Lodève, sur la route 
de Bédarieu.x. 



344 ANNALES DU MIDI. 

Françoise d'Arnal, dame de S' Michel, ont esté dispensés des an- 
nonces. 

Le mesme jour Jacques Espinassière et Catherine Léotarde ont 
esté dispensés des annonces. 

En ce mois Monseigi" a donné l'office de Balle de S' André à 
M"" Coste, notaire. 

Septembre. — Jean Maturin Plumantier, me chirurgien de 
Glermont et Jeanne Bosque ont esté dispensés des annonces. 

Le 20 Noble Jean de Cadron et damoiselle Louise de S' Julhan 
ont esté dispensés des annonces. 

Le 21 Arnaud André et Marquise Combes ont esté dispensés du 
parantaige au 4e degré. 

Le mesme jour Monseig"" a donné les ordres. 

Le mesme jour, Pierre Mejean et Jacquette Poujole ont esté dis- 
pensés des annonces. 

Le mesme jour Meric Albigès et Jeanne Galathé ont esté dis- 
pensés des annonces. 

Octobre. — Le 4 d'octobre ordonnance donnée sur la requeste 
présantée par Magdelaine Juliane, vefve de Mr Jacques Portai, 
notaire de Caux, portant permition de faire bastir et construire 
aud. Caux une chapelle à l'honneur de Nostre-Dame de Beth- 
lèhem. 



:;()\irTKs kkn'dus gritiqors 



A. Jeanroy et J.-J. Salverda de Grave. Poésies de Uc 
de Saint-Cire, publiées avec une introduction, une tra- 
duction et des notes. Toulouse, Edouard Privât, 1913; 
in-S'^de xl-227 pages {BiUiothèque méridionale)^ V^ série, 
t. XV). 

A défaut d'un compte rendu de cette publication, où elle eût été 
examinée sous ses différents aspects i, je me fais un plaisir de pré- 
senter à nos lecteurs quelques notes sur la constitution du texte, 
le commentaire et la traduction, qui m'ont été envoyées, avec au- 
torisation de les publier, par mon collègue et ami Emil Levy. J'y 
joins quelques additions à l'erratum et interprétations nouvelles, 
qui seront placées entre crochets. 

I, 11 : effacer la virgule; de même 32. [21 : au lieu de aital, 
lire aitals.'] — 24 : dans aucun autre texte mesprendre ne signifie 
« blâmer »; le sens, déjà attesté, de « maltraiter » (voy. S^ippl. : 
Wœrt., s. V. 3) conviendrait ici. — 31 : le sujet de vol est Amors. 
— 41-2 : Que ne dépend pas de aital, mais explique la proposition 
précédente : « C'est en vertu d'un semblable pacte que je suis 
vôtre, car... » ; il y a un exemple de empres se l'apportant à coven, 
S. W. II, 401, 2e ex.). — 43 : je lis tout autrement (voy. S. W. VII, 
153, à refranher, 3). Je ne trouve rien, il est vrai, dans le discours 
de Fenice {Cligès, 4410-4574), qui explique clairement cette allu- 
sion. — 59 : poignar signifie ici « tarder » ; cf. 5. W. VI, 452 
{ponhar, 2). 

III, 2 : péchai signifie plutôt « dommage » que « souffrance » 
{S. W. s. V. 1). — 5 : lire e'I cors (avec IK) e-l hicoil; ces deux 

1. Je me permets de renvoj'er à celui qu'a publié notre collaborateur 
M, G. Bertoni {Romatiia, XLII, p. 109 sq). 



346 ANNALES DU MIDI. 

substantifs sont sujets <le moron sous-entendu; cf. IV, 4. — 13 : 
niarrir, plutôt « s'aftliger » que « être égaré ». — 16 : corr. lot{^) 
fail{z.) que joi[s]; c'est, au reste, ce texte qui est traduit. — [33 : la 
lacune est marquée, dans /, par un pou de blanc; peut-être faut-il 
suppléer failz plutôt q\\e prelz.'] 

IV, 3 : lire, avec CR, pels huels; cf. la traduction. — 7 : pes- 
samen, « souci », non « pensée ». — [9 : 'ine-n au lieu de men: 
virgule, au lieu de point, à la fin de vers]. — 12 : no'n au lieu de 
non. [Plusieurs fautes d'impression dans les variantes de la str. V : 
1. 4, au lieu de par, 1. per; avant-dernière 1., rétablir les chiffres 33 
avant q'ieu, 34 avant cnnuc; C finit au v. 33 inclus. — Texte, 
V. 38 que, faute d'imp. pour qiiec] 

V, 3 : azauta, non « affable », mais « agréable »; synonyme 
de plazen. — 34 : au lieu de qe'ls, 1. qel [faute d'imp.]. — 45 : au 
lieu de gens, 1. gen [id.]. — 49 : amernian est transitif et an a 
pour sujet la bella (v. 4). — [La note sur le v. 37 est mal rédigée : 
j'ai voulu dire que l'omission de la préposition avait pour pendant 
celle du pronom dans des locutions comme en loc] 

[VI, 35-6 : on obtient un sens très satisfaisant en prenant ma7i 
dans l'acception de manies; les exemples du masculin ne sont pas 
rares; voy. Stimming, Born^, p. 254, note à XII, 33; cf. Flamenca, 
2e éd., v. 3056, 5723. Sens : « Celle qui ne retient pas mes mains, 
il ne semble pas qu'elle doive tendre vers moi les siennes ». Le 
premier de ces vers contieid une allusion à la prestation de ser- 
ment féodal, comme ceux-ci, de G. de Balaruc : Non laissarai 
nous mi renda — E tnas mans no vos eslenda [M. Ged., 608, 7). 
Tendre las mans, « tendre les mains » (pour porter secours), 
comme dans ces vers (d'attribution douteuse) : Sl-m puesc a sos 
pes gilar, — Ja no m'en voirai levar — Tro-in denh sas bêlas 
mans tendre (P. O. p. 396); Uc a imité, dans la pièce XX, les deux 
premiers couplets de la chanson à laquelle ces vers appartiennent. 

— 33, var. : C'est le vers tout entier qui manque dans C R; v. 35, 
au lieu de Iruef, 1. truep.] — 44 : onrada, non « honorée », mais 
« noble, superbe »; cf. S. W. onrar, 8. 

VII, 16 : au lieu de porria, 1. poiria. — 24 : la traduction et 
la remarque ne sont pas d'accord; c'est la première qui est exacte. 

— [35 autra, faute d'imp.; les mss. présentant la leçon jol ont 
correctement autre; Ja aulra n. d. dans GO.'] 

VUI [Fautes d'imp. aux v. 20 (point à hi fin), 56 {en pour eu).'] 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 3A7 

— 14, rem. : cf. 5. W. lai 10 et loc 8. — 28, Irad. : « ne... que » 
n'est pas dans le texte. — 30 : au lieu de e-l, 1. el. — 38 : au lieu 
de car', 1. car. 

IX, 4 : effacer la virgule. — 17 et 19 : lor peut être pronom per- 
sonnel dans le premier de ces vers, mais dans le second il ne peut 
être que possessif, car autrement il faudrait un verbe; nescis haratz 
rappelle le leugiers talens du v. 13 et doit s'entendre par « folle 
conduite »; pour ce sens de baral, voy. Briefe v. Ramb. v. Vaq. 
III, 14; Schultz-Gora traduit par « Streich », Crescini [Letlere di 
R. d. V., I, 14) par « impresa »; cf. Slicdj di fil. rom., IX, 170 : 
« modo di fare ». 

X, 30, rem. : il n'y a pas de faute contre la déclinaison; il faut 
construire ai conogul, comme on l'a fait dans la traduction. — 
31 : Sur levar preiz la note et la traduction ne sont pas d'accord; 
c'est celle-ci qui est juste; le sens est bien « élever la considéra- 
tion ». 

XI, 27 : corr. quel jois ou lire, avec CR, fesson au lieu de 
fezes ; sens : « je n'ai jamais pu avoir une grande joie qu'elle 
n'ait fait cesser {retnanev) [et changée] en douleur ». — 41 : en- 
tensio = « espoir »; cf. S. W. entention, 8. 

XII, 11 : 1. no'm; cf. VI, 11. — 29 : virgule après jornals; en 
fol, « inutilement, sans profit », non « follement». — 31 : no-n. 

— [41 : « marque ignominieuse » pour menda est peu exact; il 
s'agit de la flétrissure de la vieillesse.] 

XIII, 31 : aucire n'est pas ici proprement « tuer » , mais 
« faire souffrir, maltraiter»; cf. Chabaneau, Revue d. l. r. XXXII, 
213. [Ibid., anc, faute d'imp. pour ans.] 

XIV, 16 : q'er, non qer. — 19 : virgule après so. 

XV, 19 et 28 : blandir non « louer », mais « courtiser ». 

XVI, 5 : qi'll, non q'ill. 

XVII, 7 : près n'est pas pour repres ; mettre une virgule après 
fezes et entendre : « le fait de louer... doit être considéré comme 
une faute ». 

[XVIII, 14 : point à la fin du vers.] 

[XIX, 6, rem. : cobvar a ici son sens ordinaire de « acquérir » ; 
cet emploi s'explique par l'antithèse avec le péri du vers précé- 
dent. — 26 : paguda a été confondu, par distraction, avec 
pagada.'\ — 40, rem. : ce sens àe palan n'est pas attesté; le sens 
ordinaire, attribué au mot dans la traduction, est satisfaisant. 



348 ANNALES DU MIDI. 

XX [Gomme l'a indiqué M, Kolsen {Archiv, CXXIX, 468) la 
même forme a été employée dans deux chansons, dont l'une a 
certainement été connue de notre auteur : voy. plus haut, rem. 
sur VJ, 35-6. — 3:1. no'n. — 12 : 1. premierameyil. — 14 : rozo 
comme nominatif est peu acceptable; c'est la leçon de T qu'il 
fallait préférer.] — 22 : 1. qu'el. — 25 : 1. ou Ab tal ni vol g. ou 
(24) Corn non deu moure t. — Ab tal ni deii. — [37 : lire, avec 
T, barons pendre. — 45 : au lieu de d'nitals failz, proposé aux 
notes, on pourrait corriger aussi d'aitol fais. — 46-7 : corr. sazo, 
vengiazo.] — 50 : corr. c'il en c'el, gralz en gvat. 

XXI, 12 : sur sez, voy. S. W. à se. — 14 : sur ronza, « flétrie », 
ibid., rance. 

XXII, 17 : autre explication proposée 5. W. à die. — [29 : une 
évidente distraction a fait traduire savai par « bon »]. 

XXIII, 6 : esii est aussi dans Folquet de Lunel, Rom. de tnund. 
vida, 422. — 8 : corr. las en las (faute d'imp.). 

XXIV, 5, rem. : je ne crois pas que a puisse être pour ab ; 
dans M. G. 557, 6 a est pour ad. [12 : corr. la en las (faute d'inip.). 
— 15 : corr. car en c'ar. — 21 : le vers est trop court; la correc- 
tion qui me paraît slmposer est : perdui \_l'an'] lai^^. — 24 : itère 
comme forme de S" pers. est très douteux. — 31 : corr. me Irai 
en melrai. 

[XXVI, 8 : grazit.] Corr. grazitz. 

[XXVII, 9 : au- lieu de laiz, 1. laig] (faute d'imp.). 

[XXVIII, 2 : broncs; corr. brancs ; cf. la traduction.] 

XXIX, 4 : d'après l'éd. des Sludj, le ms. i)orte maniavaz. 

[XXXIV. Celte pièce est dans N, non dans D, comme le fait 
remarquer M. Bertoni.] 

XXXV, 42 : corr. sol en se-l; devant roncin, déterminé par 
qe'm del, l'article ne peut être omis. 

XL, 3, rem. : on a déjà dans Guillaume IX (.\ppfl, Chrest. 
12, 14) azovi. [20 : la forme étrange dessel n'est pas expliquée : 
peut être pour decselz, deguesselz, comme acselz pour agucsselz.] 

XLIII, 44 : se galiar, « être trompé », comme plus bas (47) 
esser trahilz. — 48 : corr. o's en O'us. — 51 : ditz est à la 3e per- 
sonne : « tout ce qu'elle vous dit est du mépris », c. a. d. inspiré 
par le mépris.] 54 : autre; corr. autra (faute d'imp.). — 74 : corr. 
com en com.] » E. Levy et A. .Jeanroy. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 349 

F'élix Arnaudin. Chants populaires de la Grande-Lande 
et des régions voisines. Musique, texte patois et tra- 
duction française. Tome I. Paris, Champion; Bordeaux, 
Féret ; Laboulieyre, P. Lambert; 1912. Un vol. in-S'' de 
Lxxxvi-523 pages, orné de cinq phototypies. 

Il n'est personne au monde qui soit, plus que M. Arnaudin, 
passionnément attaché à son coin de terre natale. 11 n'est personne 
non plus qui coTmaisse aussi l)ieii les usages anciens, les tradi- 
tions, les coutumes de la Grande-Lande. Après nous avoir donné, 
il Y aura bientôt trente ans, ses excellents Contes populaires de 
la Grande-Lande, voici qu'il publie aujourd'hui le prernier tome 
d'une série de trois volumes consacrés aux Chants populaires de 
la même région. L'ouvrage complet, dont les dimensions seront 
considérables, se divisera en sept parties principales : les chants 
du premier âge (berceuses, amusettes), — les chansons de danse 
(rondes enfantines, chansons « de neuf », chansons énumératives, 
chansons facétieuses et burlesques, chansons satiriques, chansons 
d'amour, chansons anecdotiques et légendaires), — les chants 
divers (dont les sujets et la physionomie générale rappellent les 
chants de la section précédente, mais qui s'en distinguent au 
point de vue mélodique en ce qu'ils ne peuvent servir à la danse), 
— les chants de moissonneurs, — les complaintes, — les cantiques 
et légendes pieuses, — les chants nuptiaux. 

Dans ce premier volume ne figurent que les chants <lu premier 
âge et une partie des chansons de danse. Celles-ci doivent former 
la section de beaucoup la plus importante. Les complaintes au 
contraire, sont rares : l'auteur n'en annonce que trois. Personne 
ne songera à blâmer 'un défaut de proportion qui est inévitable 
dans un recueil de ce genre. Au surplus ce n'est pas le plan qui 
importe ici, mais bien la méthode selon laquelle chaque pièce a 
été recueillie et publiée. A cet égard le livre de M. A. ne mérite 
guère que des éloges. La sincérité des documents semble irrépro- 
chable. L'exactitude des notations phonétiques — point essentiel — 
est très suffisante. L'auteur expose son système de notation dans 
un chapitre spécial, et il reste scrupuleusement fidèle à ce système 
tout le long de l'ouvrage. Les linguistes pourront utiliser ces 
matériaux avec sécurité. 

Dans la préface, dans le chapitre sur la prononciation, dans les 



350 ANNALES DU MIDI. 

notes qui accompagnent les textes, dans l'appendice, sont dissé- 
minés de nombreux renseignements, précis et inédits, concernant 
les vieilles coutumes (anciennes danses, instruments de musique, 
fêtes locales, cérémonies burlesques...), la langue (le vocabulaire, 
les faits d'emprunt, les particularités dialectales morphologiques 
ou phonétiques), l'histoire politique, économique et sociale (sou- 
venirs des pèlerinages de Saint-Jacques, droit de « perprise », vie 
du résinier, du pâtre, etc). Tout le monde pourra y glaner de pré- 
cieux documents, les historiens et les dialectologues comme les 
curieux de traditions populaires. 

Le seul reproche un peu grave que l'on puisse adresser à l'auteur, 
c'est qu'il n'a pas assez précisé les sources exactes de chaque 
chanson. Sans doute nous donne-t-il, pp. lui et suivantes, 
une longue « liste des personnes qui ont fourni la matière du 
recueil ». Le nom de chaque témoin est accompagné d'une courte 
notice faisant connaître l'i^ge, le lieu de naissance et les diverses 
résidences du sujet. Voilà qui est fort bien. Mais pourquoi l'au- 
teur ne met-il pas à la suite de chaque pièce — et de chaque 
variante — le nom de la personne qui l'a fournie? En recourant 
à la liste du début, le lecteur connaîtrait la provenance précise 
de tous les documents. Dans ses Contes de la Grande-Lande, 
M. Arnaudin avait ramené au « patois de Labouheyre », c'est-à- 
dire à son propre patois, tous les récits reproduits (v. Contes, p. 7. 
Cf. Chants, p. xlv). En est-il de môme ici? Le lecteur est moins 
bien renseigné. Les indications fournies pp. xuii-vr, quelque 
précieuses qu'elles soient, demeurent insuffisantes pour qui veut 
étudier l'idiome dans le menu détail des variations locales. Sans 
doute il s'agit toujours du « grand-landais », tel que M. A. 
l'a défini géographiquement dans ses Contes et tel qu'il le définit 
avec de nouvelles précisions et quelques rectifications dans ses 
Chants (p. lxviic, no 1). Mais que de différences entre les parlers 
des diverses communes de la Grande-Lande elle-même! Le langage 
do Sabres est-il celui de Labouheyre ? Et celui de Labouheyre est-il 
en tous points semblable à celui de Mimizan? I\L A. est mieux 
placé que personne pour savoir qu'il n'en est rien. Il le dit lui- 
môme. 11 n'eût donc pas été inutile de mentionner les sources de la 
manière la plus explicite, d'autant plus que certaines personnes 
qui ont été entendues par M. A. n'ont pas grands points communs 
avec le « dialecte de la Grande-Lande ». J'en vois une née à Réaut 
et demeurant à Maillères, une autre née à Vert et demeurant à 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 351 

Canenx; une autre née h Vert et demeurant ù Garein. Je sais bien 
que ces témoins, dont l'origine « grand-landaise » (je prends cette 
expression au sens purement linguistique) est pour le moins 
douteuse, sont une toute petite minorité parmi le nombre consi- 
dérable des personnes qu'a entendues M. Arnaudin. Mais, enfin, 
les documents fournis par ces personnes-là sont-ils reproduits 
sans changement ni retouche? Ou bien ces documents ont-ils 
été revêtus d'une livrée bouhéirine ? Cette indécision où nous 
laisse M. A. gênera peu les folk-loristes, n'indisposera pas 
beaucoup non plus certains linguistes, mais laissera quelques 
regrets aux véritables dialectologiies. 

Les autres observations que suggère la lecture de l'ouvrage 
^)ortent uniquement sur des points de détail^ 

P. XLv. Très intéressante note sur l'extension, dans la région 
de Saint-Martin-de-Seignanx, de la forme soiim, « je suis », nu 
lieu de souy, sUy. Soum l'èpond à v. prov. sô, son et est une des 
i-ares traces qu'a laissé sum dans les dialectes gallo-romans de 
l'époque moderne, comme le dit fort bien l'auteur. Je ne pense pas 
qu'il s'agisse d'une formation analogique d'après la première per- 
sonne du pluriel. Cette première personne est d'ailleurs ém 
actuellement à Labouheyre. — P. xlii. Sur la répartition géogra- 
phique de qic'i y'a, respectivement qu' i fa « il y a » dans les 
Landes, voir mon Pelil Allas linguistique, p. 385. Si l'on veut 
écrire cette expression en séparant les mots composants, il me 
semble préférable d'écrire qu' iy-a, qu' ij-a (ou, moins bien, 
qu^ i-y-a, qu' i-j-a, comme on écrit en français parle-t-il, parle- 
t-on, voilà-t-il pas). L'apostrophe que met M. A. est certai- 
nement de trop, puisqu'il n'y a aucune élision et que le y ou le j 
n'est qu'un phonème transitoire dû à la segmentation de Vi. — 
P. Lxxiii. A signaler particulièrement la fin de la note 1 sur les 
premières personnes du singulier que car7nyi, qit'enlamyi à 
Sabres. C'est une confirmation de l'observation que j'avais faite, 
à l'aide du parler artificiel, sur une personne de Sabres. Les 
expériences m'avaient amené à conclure que, dans le parler de 
cette personne, un i post-tonique final tend à développer après 
lui une consonne palatale plus ou moins voisine de y fricatif ou 
mi-occlusif : Et. de dial. landaise, Phon. add., p. 14G et suiv. 

1. Un autre compte rendu critique paraîtra dans un prochain numéro 
de la Ro7nania. 



352 ANNALES DU MIDI 

Je ne pensais pas que cette addition consonantique fût encore 
entrée dans l'éJément conscient du langage. La remarque de 
M. Arnaudin montre qu'elle y est déjà entrée. Si « les trois élé- 
ments constitutifs de la syllabe atone myi trouvent le moyen de 
se faire entendre en une seule émission de voix », c'est vraisem- 
blablement que Vi se présente ici sous une forme particulière, à 
mi-chemin de la voyelle et de la consonne. L'importance de ce 
phénomène a été soulignée dans les Mém. de la Soc. de Ling. de 
Paris, XVI, 1910, p. 310, par M. Meillet, qui signale un fait ana- 
logue en vieux perse. Je suis revenu sur la question à propos du 
suédois moderne dans la Revue de Phonétique, l, p. 343. — 
P. Lxxv, n» 2. Très intéressante note sur les déplacements d'ac- 
cent suivant le letnpo du discours. — P. lxxxiii. Noter la sylla- 
bation dans dichrey, coupé di-chréy ; ddius pla g 7iréy, coupé 
pla-gnréy ; dans tnouLréy, coupé mou-lréy, et comparer p. lxxiv, 
n. 1, Ire-nréy, tre-nri. — P. 489 et suiv. A propos de l'n vélaire, 
longue discussion, d'où il ressort que M. Arnaudin n'admet pas 
l'existence, àLabouheyre, d'une sorte de diphtongaison des voyel- 
les lorsqu'elles sont suivies de cette n. La prononciation paan, 
béen, hœœn avec une voyelle dédoublée, orale dans la première 
partie et nasale dans la seconde, est, d'après M. A., incon- 
nue à Labouheyre. C'est J. Passy qui, le premier, a signalé ce 
phénomène en landais [Bullelin des parlers de France, tome I). 
Je suis revenu sur ce point dans un compte rendu de l'Origine des 
Ossalois, œuvre posthume de J. Passy, éditée par son frère : 
Annales du Midi, XVIII, p. 94. J'y donnais le résultat d'expé- 
riences que j'ai poursuivies au Collège de France, au laboratoire 
de phonétique de M. l'abbé Rousselot, avec l'inscripteur de la 
parole. Il résultait de ces expériences que, chez certains sujets 
examinés, l'a de pan, par exemple, d'une durée de 17 centièmes 
de seconde, est oral pendant 8 centièmes et demi, nasal pendant 
les 8 derniers centièmes. Le témoignage de l'appareil enregistreur 
est irrécusable. A cela, M. A. répond que mes sujets ne sont 
pas de Labouheyre. Et, en effet, l'un est d'Arengosse, l'autre de 
Lesperon. Je suis le premier à reconnaître qu'il y a de nombreu- 
ses différences entre le patois de Lesperon ou même d'Arengosse 
et le patois de Labouheyre. M. A. sait parfaitement que je connais 
les dilférences entre Labouheyre et Arengosse : les centaines de 
cartes de mon Petit Allas (ouvrage qu'il connaît, bien qu'il ne le 
cite pas), le lui ont certainement montré. Cela étant posé, je ne 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 353 

puis rien retrancher à mon affirmation : la diphtongaison en ques- 
tion existe bien « dans la région de Labouheyre ». L'observation 
de J. Passy tendrait à prouver que celte diphtongaison existe 
réellement à Labouheyre même. Je ne fais pas fi, aussi aisément 
que M. A., du témoignage de J. Passy. J. Passy était un 
professionnel de la phonétique descriptive. Son oreille était rom- 
pue à la méthode auditive. Son livre sur l'Origine des Ossnlois 
suffirait à l'attester. M. A. reconnaît lui-même la réalité de 
cette sorte de diphtongaison dans le patois d'Onesse. Qu'elle lui 
échappe dans son patois de Labouheyre, où le phénomène est 
vraisemblablement moins avancé, partant moins perceptible, il 
n'y a rien d'étonnant à cela. « Cette diphtongaison ne fait pas 
encore partie de Vêlement réfléchi du langage » {Phonèmes addi- 
tionnels, p. 77). Elle doit échapper à un indigène. Mais un étran- 
ger averti peut fort bien la percevoir. La question pourra être 
tranchée définitivement le jour où quelque habitant de La- 
bouheyre, quelque indigène bien authentique, mieux encore 
M. Arnaudin lui-même, passera à portée d'un laboratoire de pho- 
nétique, à Paris ou à Montpellier. 

En attendant une occasion qui lui permette de se prêter à quel- 
ques expériences, pour le plus grand bien de nos connaissances 
en matière de phonétique landaise, on ne peut que le remercier 
du magnifique ouvrage dont il commence la publication, riche 
mine qui sera largement exploitée. Puissent les deux derniers 
volumes ne passe faire trop attendre. Puisse aussi le Dictionnaire 
Grand-Landais, qui est depuis longtemps en préparation (cf. 
Revue des Pyrénées, XVII [1905], p. 168), voir enfin le jour. 
M. Arnaudin pourra se flatter d'avoir élevé à son idiome natal un 
monument durable. Par l'importance et la valeur de ce qu'il a 
déjà produit, il se place au premier rang, je ne dis pas seulement 
des folk-loristes landais, mais des folk-loristes. Il a d'autant plus 
de mérite à cela que ce travailleur isolé s'est formé lui-même et 
que, n'ayant pas le goût du travail en commun, il « aime à mou- 
dre son grain tout seul et à sa guise ». Voilà un moulin d'où sort 
de la bonne farine. 

Georges Millardet. 



A.NNALES DU MIDI. — XXV- 24 



854 ANNALES DU MIDI. 

J. GiLLiÉRON et M. Roques. Études de géographie linguis- 

tique. Paris, Cliampion, 191'2; in-S» de x-155 pages. 
J. GiLLiÉRON. L'aire « clavellus ». Neuveville (Suisse), 
Beerslecher, 1912; petit in-8° de vi-27 pages. 

Voilà un ouvrage et une étude de tout point remarquables, qui 
créent définitivement la géographie linguistique et nous montrent 
tout ce qu'on peut tirer du pi-écieux Atlas de la France d'après 
cette méthode, destinée à renouveler l'étude et l'histoire des lan- 
gues romanes. Le principe essentiel est le suivant : on ne peut 
reconstituer sûrement l'histoire des mots qu'en s'appuyant sur la 
répartition géographique des formes actuelles. Les auteurs ont 
analysé une série d'exemples particulièrement bien choisis, et ils 
ont mis en lumière, d'une façon tout à fait nouvelle, Timportance 
des faits sociaux et des réactions exercées par la forme sur le sens 
des mots; ils ont montré en outre combien les mots ont voyagé, 
à toute époque, à travers la France. 

Signalons les faits les plus saillants qui intéressent le Midi. 
C'est d'abord la « déchéance sémantique » dont est frappé obli- 
TARE, qui, pour avoir pris un préfixe dans de nombreux patois, 
sous l'influence de desmemhrar, arrive à perdre son sens étymo- 
logique'. Même mésaventure pour pZMmar, qu'un même préfixe 
suffit à vider de son sens en l'amenant à l'idée de « peler^ ». Pour 
le nom du fléau, le Midi se partage entre excussorium et flagel- 
Lus; mais le premier a eu jadis une aire plus vaste qu'aujourd'hui, 
et la preuve, c'est qu'il a cédé son initiale à son remplaçant, en 
Auvergne, dans la Dordogne, etc. 

La présence de dérivés permet de reconstituer l'existence an- 
cienne du primitif. Ainsi, pour « clou, clouer », le Mrdi a le type 
clavel, clavela, au centre et à Test. En Gascogne, on ne trouve 
que les formes correspondantes à clavellare; mais si le repré- 
sentant de CLAVELLUS y a disparu, il a vécu jadis dans cette région : 
la phonéli(iuc gasconne, qui amène -ellus à -et, a fait prendre le 
clabet (ou clavel) pour un « petit clou », et clan a été recréé 
par « dédiminutivisation » (nouveau mot pour exprimer une idée 
nouvelle). 

L'étude des noms des jours de la semaine, (jui réagissent les uns 

1. Pyrénées, région toulousaine, est du Massif Central. 
'■i. Savoie, Rhône moyen, Causses, Bouches-du-Rhône, etc. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 355 

sur les autres, montre l'étroite cohésion et la vitalité des patois 
situés entre la côte landaise et la côte languedocienne : chez eux, 
tous les jours de la semaine, de lundi à samedi, ont conservé 
ou pris \'s finale, qui a subsisté dans toute la région. 

Signalons quelques exemples remarquables des effets produits 
par l'homonymie. Cubare a fait disparaître ovare, parce qu'on 
risquait de confondre « les poules couvent» et « les poules qu'ou- 
vent » [qui pondent]; le second mol a été remplacé par « faire des 
œufs » : la région alpestre et la Gascogne nous donnent des exem- 
ples remarquables de celle évolution. Gallus a disparu de la Gas- 
cogne pour éviter une homonymie intolérable avec le nom du chat. 
Toujours en Gascogne, la rencontre homonymique d' « épi » et 
d' « épine » a provoqué la disparition totale du premier nîot et 
presque générale du second : il est remarquable que l'épi n'est 
appelé cabelh — mot de formation secondaire — qu'en Gascogne. 

Enfin, les rapports entre di, jour et leurs composés sont tout à 
fait frappants. Seviper a été refoulé, plus encore que « di », dans 
les Pyrénées et les Alpes-Maritimes, et les luttes entre loudis, 
loutetnps et toujours sont très curieuses. D'autre part, l'aire de 
niièjour se superpose presque exactement à celle de dilus, di- 
mars..., tandis qu'au nord 77iidi marche avec lundi... Coïnciden- 
ces qui ne sont pas l'effet du hasard. 

Mais il faut lire dans les ouvrages eux-mêmes l'étude de C('S 
diverses questions et de bien d'autres, qui ne peuvent être résu- 
mées : elles sont traitées avec une parfaite maîtrise et avec une 
connaissance approfondie des patois. Albert Dauzat. 

Marcel Marion. Les impôts directs sous l'ancien régime, 
principalement au XVIIP siècle. Paris, Cornély, 1910; 
in-8o de 434 pages. 

Ce volume est le premier d'une « Collection de textes sur l'iiis- 
toire des institutions et des services publics de la France moderne 
et contemporaine », publiée sous la direction de M. Camille Bloch, 
inspecteur général des bibliothèques et des archives. 

M. Marion était particulièrement désigné pour exposer la ques- 
tion des impôts directs par ses éludes antérieures, qui se rappor- 
tent presque toutes à l'histoire financière de la France sous l'an- 
cien régime. Quelques-unes intéressent directement le Midi. Ainsi 
un article paru en 1894 dans la Révolution française, t. XXVII, 



356 ANNALES DU MIDI. 

p. 406 : Les rôles du vingtième dans le pays toulousain. Ainsi 
L'impôt sur le revenu au xviiie siècle, principalement en 
Guyenne, Aans la Bibl. mérid., 2e sér., t. VII, 1901', et un £'^«7^ 
des classes rurales au xviiie siècle dans la généralité de Bor- 
deaux, dont nous avons rendu compte en dépouillant le périodique 
où il fut publié d'abord-, mais qui aurait mérité, en tirage à part, 
un examen plus approfondi. Laissons de côté pour le moment 
d'autres travaux cjnsidérables du même auteur, également d'ordre 
économique et financier, mais relatifs à la Révolution française, 
spécialement à la vente des biens nationaux, et venons-en au livre 
annoncé plus haut. Celui-ci est de portée générale; toutefois, un 
grand nombre des textes qu'il allègue ou qu'il publie proviennent 
des arcliives ç\e la Gironde, quelques-uns de celles du Puy-de- 
Dôme; le Midi dans son ensemble y tient une large place. 

L'ouvrage de M. M. se compose de deux parties. Dans une intro- 
duction, il étudie l'origine, le mécanisme et l'évolution de la taille, 
delà capitation, du dixième, du cinquantième, du vingtième et 
de la corvée qui étaient les principaux impôts directs de l'ancien 
régime. La seconde partie est un recueil des principaux textes et 
documents législatifs et administratifs et des principaux extraits 
d'auteurs relatifs à ces impôts. 

L'introduction n'a pas la prétention d'être un historique com- 
plet des impôts directs, mais c'est un résumé net, précis et très 
substantiel de ce qu'il est utile de savoir sur chacun d'eux. T^es 
idées et les conclusions de M. M. sont acceptables sur tous les 
points. Il montre fort bien, contrairement à ce que pensent cer- 
tains historiens, que les taxes d'office, faites par les intendants, 
n'étaient jamais des taxes de faveur, mais des taxes grossies qui 
pesaient sur des taillables riches que les collecteurs avaient ten- 
dance à ménager. Son éloge de l'abbé Terray pourra paraître un 
peu surprenant, mais je suis tout à fait d'accord avec M. M. 
L'abbé Terray, comme contrôleur général, vaut beaucoup mieux 
que sa réputation. Nous ne le connaissons guère que par les pam- 
phlets de ceux qui eurent à souffrir de ses réformes. Le duc de 
Groy n'hésite pas à dire dans ses Mémoires que Terray était la 
forte tête du Gonseil. 

Pourquoi M. M., toujours si précis quand il parle de la capita- 

1. Compte rendu dans Afinales du Midi, t. XV, p. 529. 

2. Rev. des Études histor., 1902. Tirage à part chez Picard; in-H" de 
126 pp. Cf. Annales du Midi, t. XV, p. 115. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 357 

tion et des vingtièmes, ne nous donne-t-il poiii" ainsi dire aucun 
chilïre quand il s'agit de la taille et de la corvée? C'est dans une 
simple note qu'il nous renseigne sur l'accroissement de la taille 
de 1715 à 1789. De même pour la corvée. Il lui était facile de nous 
faire connaître la somme que représentaient les journées de tra- 
vail imposées aux corvéables et de faire ressortir combien la môme 
somme utilisée par des entrepreneurs avec des ouvriers compé- 
tents aurait été plus productive. Cette comparaison, qui a été sou- 
vent faite au xviiif siècle, suffirait, à défaut d'autres raisons, pour 
justifier la transformation de la corvée en nature en un impôt en 
argent. M. M. n'explique pas assez pourquoi les villes non tailla- 
bles n'attiraient pas davantage les habitants des campagnes. Il 
fait bien remarquer que ceux qui venaient habiter une ville fran- 
che étaient soumis à la taille pendant dix ans dans la paroisse 
qu'ils quittaient, mais il aurait dû dire que la capitation dans les 
villes franches était plus élevée que dans les villes taillables. J'au- 
rais voulu aussi que M. M. insistât plus qu'il ne l'a fait sur le 
rôle des intendants pour l'établissement des vingtièmes. Quelques- 
uns d'entre eux s'en sont occupés d'une manière particulièrement 
active et ils ont réussi à éviter les réclamations des contribuables. 
M. M. me paraît enfin un peu sévère quand il qualifie (Varhilraire 
la corvée en nature qui- fut rétablie après la chute de Turgot. 
M. M. n'ignore pas que plusieurs intendants avaient consacré tous 
leurs soins à cet impôt, et que dans presque toutes les généralités 
les abus avaient été corrigés. La corvée restait un impôt injuste, 
inégal, mais non pas arbitraire. 

Les textes qui éclairent l'introduction de M. jNI. sont tous très 
judicieusement choisis, et ils rendront les plus grands services 
aux professeurs, aux étudiants et à tous ceux qu'intéresse l'étude 
des questions fiscales. F. Dumas. 

Arm.-Ad. Messer. Le Codice Aragonese, étude géné- 
rale, publication du manuscrit de Paris. Contribution à 
l'hisloire des Aragonais de Naples. Paris, Champion, 1912; 
in-8'^ de gxlviii-524 pages, 2 fac-similés, 7 gravures dans 
le texte. {Bibliothèque du XV^ siècle, t. XVIL) 

Gomme l'indique son titre, cet ouvrage considérable comprend 
deux parties bien distinctes, dont l'une, paginée en chill'res ro- 
mains, consiste en une étude originale, et l'autre, paginée en chif- 



358 ANNALES DU MIDI. 

fres arabes, est formée par une publication de textes. Les mois 
Codice Arngonese désignent traditionnellement, parmi les histo- 
riens du Oi<ai<roce/i<o, la série des registres diplomatiques émanés 
de la maison aragonaise de Naples. Par mallieur, la plupart des 
registres de cette nature ont péri. Quatre registres seulement ont 
survécu. De ces quatre registres^ trois ont été publiés entre 1866 
et 1874 par les soins de l'archiviste napolitain Trinchera ; l'autre 
registre subsistant, qui se trouve être chronologiquement le pre- 
mier, était demeuré inédit. C'est donc un document historique de 
tout premier ordre que ce « manuscrit de Paris », mis par M. Mes- 
ser à la disposition des travailleurs. L'éditeur, comme il conve- 
nait, nous explique comment ce précieux volume a pu venir à la 
Bibliothèque Nationale. 

Rapporté par Charles VIII ou acheté par Louis XII, et dès lors 
séparé du reste de la série dont il formait la tête, le registre dont 
il s'agit a passé par les librairies de Blois et de Fontainebleau, 
incorporé tout naturellement dans le dépôt royal dont il a ulté- 
rieurement partagé le sort. L'élutle qui forme la première partie 
du livre de M. Messer montre bien l'intérêt du mnnuscrit et dégage 
la substance historique des 358 pièces dont il se compose. Mais la 
partie la plus soignée et la plus instructive de celte partie de l'ou- 
vrage paraît être celle qui esquisse une monographie de la chan- 
cellerie napolitaine sous Ferrand It. Les pratiques de cette chan- 
cellerie, ses habitudes linguistiques sont analysées avec une par- 
ticulière minutie. L'un des détails les plus curieux que je relève 
dans cet exposé est celui dont l'observation a été suggérée à l'au- 
teur par l'examen de deux minutes sur feuilles volantes encartées 
dans le registre. Ce sont précisément les minutes dont les fac-si- 
milés sont joints au volume. Sur les fac-similés même, on peut 
apercevoir des taches noires, qui sont sur les originaux de teinte 
jaun;\tre. Ces taches se trouvent reproduites dans le registre même 
aux pages qui portent la transcription des mômes actes. Si l'on 
appliquait les taches des minutes sur celles du folio correspon- 
dant, on constaterait une coïncidence rigoureuse. C'est la preuve 
matérielle qu'à l'état primitif la minute (Uait collée sur sa copie 
de manière à la cacher. Bien plus, des mentions recommandant 
de laisser la feuille en place sont inscrites au verso de la feuille 
volante. Ces mentions achèvent de révéler le rôle joué par les mi- 
nutes de cet ordre : elles étaient destinées à marquer au registre 
les textes considérés comme confidentiels. .Te regrette que M. ^Ics- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 359 

ser n'ait pas eu l'idée de dresser la liste des pièces que les traces 
des folios, à défaut de minute perdue, dénotent comme ayant été 
traitées de la sorte. Mais cet emploi de la minute ne paraît pas 
avoir été signalé jusqu'ici. 

La correspondance qui forme la seconde partie du volume, con- 
sacrée à la publication in extenso du « manuscrit de Paris », em- 
brasse les années 14.58 à l'i60, et touche aux affaires complexes 
qui marquent les débuts agités du règne de Fernand ler. Je relève 
parmi ces lettres variées, et pour la plupart très importantes, le 
no 139, où se trouve la mention curieuse de Bernard de Villamari, 
qualifié « gouverneur des Comtés de Roussillon et de Cerdagne ». 
Cette mention me surprend. Certes, le fameux amiral Bernard de 
Villamari est bien connu, mais il n'a jamais été compté parmi les 
gouverneurs des deux Comtés pyrénéens. Pourtant, le texte est 
formel. La lettre qui donne ce titre à ce personnage est datée du 
22 février l'i.ôS. Je la signale à l'attention toute particulière des 
érudits roussillonnais et catalans. 

J. Calmette. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX 

Alpes-Maritimes. 

Annales de la Société des lettres, sciences et arts des 
Alpes-Maritimes, t. XXII, 1910. 

p. 1-66. H. MoRis. L'abbaye de Lérins. Son liistoire, ses possessions, ses 
monuments anciens. Supplément. [Arcliives, bibliothèque et trésor de 
l'abbaye. Planches. Catalogue des manuscrits de la bibliothèque en 1742. 
Pèlerinages. Documents divers. Chants liturgiques. Prise des î'es de 
Lérins par les Espagnols, 1635-7. Monuments anciens. Bibliographie des 
écrivains ayant appartenu à l'abbaye depuis le v* siècle. J — P. 67-167. 
G. Doublet. L'ancienne cathédrale de Grasse. Seconde partie. [La 
salle capitulaire. Les cryptes. Le bas-côté sud. Le chœur actuel. La 
chapelle du Saint-Sacrement. La sacristie. Le clocher. Faits historiques.] 
— P. 169-254. J. CoMBET. La société populaire de Nice (2 octobre 1792- 
18 fructidor an III). [Suite et fin. Action locale du club; il surveille 
l'application des lois contre les émigrés. Son action au point de vue 
religieux; hostilité au catholicisme; célébration des fêtes révolution- 
naires. Ingérence dans les aiTaircs militaires pour activer la défense du 
pays et empocher la chute do la domination française qui est à la merci 
du moindre revers. Le club s'efforce avec la municipalité de prévenir la 
fainine. Conclusion. « La Société populaire a contribué dans une très 
largo mesure à faire Nice française. » En appendice, liste des prési- 
dents, secrétaires, membres des comités de la Société.] — P. 307-29. 
P. Gaffauel. Le général Guidai. [Aventurier peu recommandable mêlé 
à de dramatiques événements, né en 17()4 à Grasse, organise un complot 
contre Bonaparte à Marseille, prcMid part à la conspiration du général 
Malet et est fusillé avec lui.] — P. 331-9. II. Mouis. Le complot Guidai 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 301 

à Grasse en 1811. — P. 341-54. Colonel H. Thierry de Ville d'Avray. 
Les fours à boulets rouges de l'île Saint-Honorat. (Plans inédits. Docu- 
ments d'après la correspondance de Napoléon I".) [Fours où on faisait 
rougir les boulets destinés à incendier les maisons, navires, etc. Grav.] 
— P. 365-70. H. MoRis. La réunion de Nice à la France en 1860. [Quel- 
ques détails sur le vote.] Fr. G. 

Ardèche. 

■Revue du Vivcwais, t. XX, 1912 •. 

P. 3-22. Marquis de Vogûê. Le château d'Aubenas. [Ce château devint la 
propriété de la famille de Vogué en 1716; la ville d'Aubenas en fit 
l'acquisition le 31 mars 1810 et y installa la mairie; le château, que 
domine un donjon carré, d'une faible largeur et d'une grande hauteur 
se développa par une série de constructions successives dans la direc- 
tion du midi; l'édifice primitif (antérieurement au xiv siècle) s'élevait 
au nord, d'où il surplombait la profonde vallée où coule l'Ardèche; la 
plupart des fenêtres, le balcon et la terrasse à échauguette sont du 
XVII» siècle. Le donjon doit remonter au xii" siècle; le rez-de-chaussée 
et le premier étage n'avaient aucune communication avec le dehors; le 
quatrième et dernier étage re(;ut au xv siècle une voûte sur croisée 
d'ogives à profil prismatique; la plate-forme est flanquée d'échauguettes 
en encorbellement. Au milieu du xvi» siècle furent édifiées les galeries 
à jour superposées de la cour intérieure; ces galeries ont été boucliées 
au xviii» siècle, ainsi que le montre le style des linteaux des fenêtres 
qui les ont remplacées. L'auléur termine cette importante étude en 
exhortant la ville d'Aubenas à conserver une œuvre qui est le résultat 
de sept siècles d'effort.] — P. 23-7, 62-7, 126-37, 1.54-72, 552-60. R. Labrély. 
Notice sur la seigneurie de Bours et Larnas. [Bours est le nom du châ- 
teau de Larnas; M. Labrély y a découvert un fonds d'archives qui 
lui a permis d'écrire l'histoire des différents seigneurs qui l'ont pos- 
sédé; la construction du château actuel, sans caractère, paraît remonter 
à la fin du xvii' siècle; le fief de Bours, Larnas et Valgayette relevait 
de l'évèché de Viviers. L'auteur dresse la liste des anciens seigneurs de 
Larnas depuis 1238 jusqu'à la Révolution.] — P. 28-36, 68-82, 138-53. 
N. G. Monographie de la paroisse de Rocles. [P'in de cette intéressante 

1. Pour paraître prochainement, si le chiffre de souscriptions le permet : 
Table générale des tomes XI à XX (1903-1912); édition ordinaire : 12 fr. ; 
é lition de luxe : 20 fr. Les adhésions sont reçues par M. Benoît d'Entre- 
vaux, à Saint-Priest, par Privas (Ardèche). 



362 ANNALES DU MIDI. 

notice.] — P. 37-45. J, Régné. L'idéal moral d'un notaire yivarois dans 
la première moitié du xvi" siècle. [D'après les maximes rimées que 
Simon Valentin, notaire de Montpezat, avait l'habitude d'intercaler, 
dans ses minutes, entre les intervalles dos contrats; publication de ces 
maximes.] — P. 19-61. M. 0[llieu de] M[aricuard]. La tour du moulin 
de Salavas. [Cette tour, par suite de sa situation stratégique et plus 
encore à cause de son moulin à blé, fut très disputée entre catholiques 
et religionnaires; l'auteur a relevé soigneusement les dates auxquelles 
les différentes garnisons s'y succédèrent; travail intéressant et bien 
documenté.] — P. 83-93, 173-88. Un chercheur. Documents vivarois. 
La révolte de Roure au Bourg-Saint-Andéol (1670). [Publication des 
délibérations municipales relatant les mesures défensives qui furent 
prises concurremment par le marquis de Castries, lieutenant général 
en Languedoc, et par l'administration consulaire du Bourg contre le 
soulèvement provoqué par Roure dans le Bas-Vivarais au printemps de 
l'année 1670.] — P. 97-105, 211-52. Général comte de Cualendar (1792- 
1863). Fragments de mémoires. [Épisodes des campagnes de 1812, 1813, 
et 1814.] — P. 106-25. H. de Longevialle. La marquise de Villevrain 
(1729-1799). [Appendice aux lettres publiées dans la Revue en 1911.] — 
P. 193-200. Marquis de Vogué. Une fête à Aubenas en 1732. [A l'occa- 
sion du mariage de Charles-François-Elzéar de Vogué avec Madeleine 
de Trucliet, célébré à Valence le 19 février 1732.] — P. 201-16, 254-64, 
289-99. E. NicoD. Les troubles du Cheylard (1621-1629). [Analyse du ms. 
de la Bibliothèque d'Annonay intitulé « La décadance du Cheylar » ; 
l'auteur de ce ms., Pierre de Chambaud, est un papiste convaincu; il 
raconte dans un langage enflammé les luttes des protestants et des 
catholiques pour la possession du Cheylard. Travail intéressant.] — 
P. 217-32, 265-81, 306-19, 346-58, 413-30, 436-48, 48Ô-97. C. du Besset. 
Essai sur la noblesse vivaroise. [Tableau très vivant de l'existence des 
gentilhommes campagnards du Vivarais au moyen âge et plus particu- 
lièrement aux XVI», xvn« et xviii' siècles.] — P. 233-7, 282-6, 320-32. 
L. RosTAiNG. La navigation du Rhône et le commerce du Languedoc au 
xviii» siècle. [D'après un mémoire du milieu du xviii' siècle contre les 
entraves apportées à la navigation du Rhône : bureaux de douane, 
péages, etc.] — P. 300-5, 337-45, 407-12, 519-24. P. d'Aluigny. Notes 
généalogiques sur la maison de Boulieu d'Annonay. [Sortes d'éphémé- 
rides ou d'annales depuis 1528 jusqu'en 1608. Ce genre de publication 
peut être utile; mais le lecteur est mis à une bien rude épreuve!] — 
P. 359-65. B. E. M. le chanoine Mollior. [Biographie de cet érudit viva- 
rois, mort le 30 juillet 1911.] — P. 366-9. Vicomte de Montravkl et B. E. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 363 

I-e château d'Allier. [Quelques dates sur les seigneurs (1229-1782) et 
renseigneuieiits archéologiques sur le château, situé sur le territoire de 
Saint-Martiu-le-Supérieur.] — P. 370-81. P. d'Albigny. Les calamités 
publiques dans le Vivarais. Les étés chauds de 541 à 1012. — P. 385-96, 
481-8, 533-42. J. Régné. Gibier de potence, de chaîne et de roue. Notes 
sur le meurtre, le brigandage et la contrebande en Vivarais aux xvii« 
et xviii» siècles. [Le crime du château de Thorenc, près Serrières, en 
1612; l'affaire Nayme et Richard dans la banlieue d'Annonay (le^il^); 
un meurtre au coulet d'Aizac (17 novembre 1665); l'assassinat du mar- 
quis de Saint-Nectaire, à Privas, le 13 octobre 1671.] — P. 397 406, 
449-59. Vicomte de Montravel et A. Le Sourd. Le monastère de Sainte- 
Claire d'Aubenas. [Notes tirées de minutes notariales et rangées par 
ordre chronologique de 1296 à 1851.] — P. 433-5. Vicomte de Montravel. 
Le château de la Barge. [Près de Serrières. Quelques broutilles sur les 
possesseurs de ce château.] — P. 460-76, 498-518, 543-51. A. Roche. 
Essai de bibliographie voultaine. [Continuation de cette bio-bibliogra- 
phie relative aux écrivains originaires de La Voulte et à tous ceux qui 
ont écrit quelque ouvrage sur l'histoire de cette petite cité.] — P. 477-8. 
E. N. Le mariage d'un lépreux et d'une lépreuse (1574). [Mariage entre 
Antoine Faugeyrole, lépreux natif de la maladière de Grignan, et Jeanne 
Gaulette, lépreuse de la maladière du Bourg-Saint-Andéol.] — P. 530-2. 
Vicomte de Montravel. Le château de Beaune. [Situé sur le territoire 
de Saint-André-des-Effangeas, ce château aurait été construit vers 1100 
et agrandi en 1500.] — P. 563-4. R. L. S. Acte de déclaration de Barthé- 
lémy Gory, du Puy-en-Velay (1619). [Retour au catholicisme d'un frère 
mineur qui, après avoir rompu ses vœux et abandonné même sa reli- 
gion, s'était marié avec une protestante de Privas.] J. R. 

Charente-Inférieure. 

I. Bulletin de la Société de Géographie de Roche fort, 
t. XXXIII, 1911. 

P. 3-14. F. Arnaud. Nouvelles découvertes historiques à Muron (Charente- 
Inférieure). [Monnaies romaines, débris de monuments, restes du 
prieuré; billet d'Henri IV au Bristish Muséum prouvant qu'il a couché 
à Muron, 1588, et contenant aussi quelques détails sur la marche de ses 
ennemis.] — P. 14-25, 57-79, 113-83. L. Delavaud. Un ministre de la 
marine, Jérôme Phélypeaux de Pontchartrain ; son éducation et ses 
premiers emplois; sa visite des ports de France en 1691, 1695 et 1696, 
[Suite et lin. Inspection des côtes de Provence et du Languedoc en 1695; 



364 ANNALES DU MIDI. 

visite et mise en défense des ports de Bayonne à Nantes en 1696; 
nombreux documents; portrait.] — Contribution à l'iiistoire de Roche- 
fort : p. 32-3, requête en faveur du port marcliand (1773); p. 87-92, 
cause entre les boulangers de Rochefort et le maire et échevins de la 
même ville (1783); p. 158-9, avantages du port de Rochefort (1778); 
p. 205-8, L. Delavaud, visite du prince de Danemark à Rochefort 
(9-11 octobre 1692); p. 209-10, L. Massiou, arrest pour décharger des 
rentes foncières secondes ceux qui ont basty des maisons dans le bourg 
de Rochefort (extrait des registres du Conseil d'État, 1681); p. 210-2. 
D"' A. Thèze, la construction de la poudrière du Vergeroux (extrait du 
journal Les Tablettes, du 18 février 1840) [reproduction d'un article 
de L. Faye racontant les circonstances de cette construction entre 1767 
et 1773.] — P. 79-87. J. S. Les hommes de la contrée. Rcnaudin et le 
vaisseau Le Vengeur [A propos du tombeau de Renaudln, comman- 
dant du Vengeur.] 

T. XXXIV, 1912. 

P. 35-7. Mémoires de M. Guéau de Réverseaux, intendant de La Rochelle 
(1781-89), sur les dessèchements des marais de l'Aunis et delà Saintonge 
et les avantages qui en ont résulté pour la population, l'agriculture et 
le commerce. — Contribution à l'histoire de Rocliefort : p. 38-40, D'' A. 
TiiÈZE. Séjour à Rochefort du duc de Ciuirtres en 1775 [extrait du journal 
Les Tablettes, 1840]; p. 42-3, A propos de Dulaurens (25 décembre 1780) 
[maire de Rochefort qui sollicitait la liberté du commerce des colonies; 
extrait des Mémoires de Bachaumont]; p. 100-16, P. Chante-Alouette, 
Les noms des rues de Rochefort [depuis 1771]; p. 116-7, Extrait des 
Mémoires secrets de Bachaumont [épreuve d'un fort en 1781]; p. 1-57-9, 
Rochefort en 1785 [extraits du journal d'une Anglaise, M"" Cradock] ; 
p. 202-4, P. Lemonnier, Panthéon rochefortais [liste d'hommes célè- 
bres]. — P. 137-47. L. JouRDAN. Le remplacement des officiers après 
l'insurrection de l'escadre à Quiberon. [Œuvre de Jeanbon Saint-André; 
d'après les archives municipales de Brest.] — P. 155-6. La famille 
Bergevin [xvin'-xix» siècles, fonctionnaires de la marine: l'un d'eux, 
lieutenant de vaisseau, fut poursuivi de-\ant le tribunal révolutionnaire 

en 1793.] 

Fr. G. 

II. Revue de Saintonge et cVAunis, t. XXXI, 1911. 

P. 3-25. 106-21, 152-63, 227-34, 275-96, 354-65. Abbé P. Lemonnier. Le tri- 
bunal révolutionnaire île Rochefort. [Suite et à suivre. Composition du 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 365 

tribunal; nomination du « guillotineur» Ance, qui a réclamé cet « hon- 
neur»; longue liste des meurtres juridiques commis à partir de novem- 
bre 1793, entre autres ceux des officiers de l'Apollo?i. de l'amiral de Gri- 
mouard,du girondin Dechézeau, député de l'île de Ré, de plusieurs ecclé- 
siastiques, etc. La Terreur à Jonzac] — P. 26-9. Ch. Vigen. Une cein- 
ture de chasteté à Saintes en 1732. — P. 29-32. Querens. Saintongeais 
envoyés au tribunal révolutionnaire. [Il s'agit de mariages fictifs con- 
tractés par des femmes nobles pour se soustraire à la rigueur des 
lois.] — P. 33-41, 121-9, 296-307. E.-J. Guérin. Les justices de paix de 
Saintes. [Suite.] — P. 42. Ch. Vigen. Le père d'Alfred de Musset cha- 
noine de la cathédrale, à La Rochelle. [En 1788; mais il était du Ven- 
dômois.] — P. 43-4. Id. A propos des serments ecclésiastiques. [Un 
certain nombre de prêtres réfractaires, énumérés, continuèrent d'exer- 
cer publiquement dans leurs paroisses jusqu'à l'automne de 1792.] — 
P. 44-50. J. Pellisson. Questionnaire adressé par l'évêque de La Ro- 
chelle aux curés de son diocèse. [Texte intéressant sur les huguenots, 
la sorcellerie, l'enseignement primaire, etc. Il est regrettable que l'édi- 
teur ne se soit pas donné la peine de le dater approximativement.] — 
P. 51-68, 174-82, 310-4, Ch. Dangibeaud. Minutes de notaires. [Suite et 
H suivre; cf. Annales du Midi, 1912, p. 108.] — P. 83-103. Id. 
Terres vernissées saintongeaises. [Musées de Sèvres, du Louvre et de 
Saintes. Planches] — P. 145-52, 234-58. G. Gambier. Le mathéma- 
ticien François Viète. Généalogie de sa famille. [Né à Fontenay-le- 
Comte en 1.540, mort à Paris en février 1603; sa fille unique s'éteignit 
sans postérité; ses parents collatéraux.] — P. 182-8. M. V. Saintongeais 
envoyés au tribunal révolutionnaire. [Celui du département.] — P. 206- 
19.J.PANDIN DE LussAUDiÈRE. Notice nécrologique et bibliographique sur 
L. Meschinet de Richemond, ancien archiviste de la Charente-Inférieure. 

— P. 273-5. A. Chauliac. Le dernier abbé de Sainte-Croix de Bordeaux. 
[P.-L. de La Rochefoucauld.] — P. 307-10. J. P. Relation inédite de la cé- 
rémonie du mariage de Louis XIV avec l'infante d'Espagne. [Lettre 
d'Isaac Pineau à Samuel Robert, l'un et l'autre de Saintes; 4 juin 1660, 
de Saint-Jean-de-Luz.] — P. 329-42. H. Venant. Charles-Alexandre de 
Morell, comte d'Aubigny, vice-amiral de France. [Né en 1699 à La- Ro- 
chelle. Biographie.] — P. 342-53. Ch. Dangibeaud. Jean Guiton et sa 
statue. — P. 366-72. Id. Règlement général de police pour Saintes, 1779. 

— P. 372-3. Delavaud. Le verdissement des huîtres. [Lettre du secré- 
taire d'État Chàteauneuf à l'intendant de la marine Arnould, 1688 : Le 
roi désire être informé « comme on engraisse... les huîtres vertes et 
autres ». Réponse.] 



366 ANNALES DU MIDI- 

Tome XXXn, 1912. 

p. 6-H. L. Massiou. Anclioine, ville disparue sous les dunes de la Cou- 
bre. [Ou Anseune. Jullian y voit l'ancien nom de La Tremblade, au 
bord de la Seudre. M. M. place Anchoine à la Combe de Paul, dans une 
anse de la Coubre, en un territoire bouleversé par les sables et par la 
mer.] — P. 15-22, 103-21. P. Lemonnier. Le tribunal révolutionnaire de 
Rochefort. [Suite et fin. Suppression du dit tribunal parle conventionnel 
Garnier, de Saintes; état récapitulatif des jugements qu'il a rendus. En 
appendice, proclamations de l'amiral Hood destinées à séparer Toulon 
de la République.] — P. 22-30. 163-74. 216-29. 268-79, 341-52. E.-J. 
GoÉRiN. Les justices de paix de Saintes. [Suite de cette longue énumé- 
ration de juges de paix avec généalogies, etc.] — P. 32-5. J. Pellisson. 
Un empoisonneur saintongeais. [Arrêt du Parlement de Paris contre 
Pierre Vincent, marchand : il est condamné à être rompu vif et brûlé à 
Angoulême, 1777. | — P. 36-59, 178-89, 286-99. Ch. Dangibeaud. Minutes 
de notaires. Notes de lecture. [Suite et à suivre.] — P. 78-102. In. 
L'œuvre de madame Babut, veuve Rang. [Peintre de portraits, de 
La Rochelle, du milieu du xix" siècle, élève de Delacroix, a-t-on dit. 
mais fort peu. à ce qu'il semble. Catalogue de ses œuvres.] — P. 121-31. 
H. DE MoNTALEMiiERT. Généalogie de la famille de Montalembert; bran- 
che de Gers. [Celle-ci de Saintonge; elle commence avec le xvii" siècle.] — 
P. 148-62. Ch. Dangibeaud. Les premières années de la Bibliothèque 
municipale de Saintes. [Depuis la loi de pluviôse an IL Pièces officiel- 
les, rapports, etc.] — P. 175-7. Id. Inscription à l'ancienne église 
Saint-Michel, à Saintes. [Inscription tombale, avec fondation de mes- 
ses, 17 janvier 1644.] — P. 201-11. Abbé Lemonnier. Les journées des 
21 et 22 mars 1793 à La Rochelle. [Massacre des prêtres déportés, après 
la fuite, à Pont-Charraud, de l'armée républicaine devant les Vendéens ; 
puis de trois prêtres, de nobles et de femmes vendéennes amenés de Ré, 
prisonniers, sur une barque. Quatre massacreurs sont jugés, un seul 
condamné et finalement relaxé.] — P. 229-34. Documents. I. Une rixe à 
Chcrmignac eu 1665. IL Mariages de religionnaires déclarés illicites, 
1740, 1749. [Liste de 46 noms.] Pendaison pour cause d'assistance aux 
assemblées du Désert, 1745.— P. 253-8. Cii. Dangibeaud. Fouilles à Sau- 
jon. [Par L. Massiou. Elles ont amené la découverte de quatre beaux 
chapiteaux romans : Daniel, Pèsemetit des âmes. Résurrection, 
2'obie ('?)• Planches. Us doivent provenir de l'église ruinée du prieuré de 
Saint-Martin, de la fin du xii« siècle.] — P. 259-68. Charron. Les mœurs 
à Montpellier de Médillan. [Fêtes, bals, chansons.] — P. 279-8(). Docu- 
ments. L Establissemont de péage de La Tremblade à Mareniies. [Let- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 367 

très du roi en faveur de la demoiselle Martel, 3 mars 1675.] II. Terres 
et domaines du roi engagés en l'élection de Saintes. [En 1696 et 
1697. etc.] P. D. 

Creuse. 

Mémoires de la Société des Sciences naturelles et a?xhéo- 
lo^iques de la Creuse^ t. XVIII, 2^ partie, 1912. 

p. 295-333. H. Delannoy. Abbayes du Palais et de Prébenoît. [Études 
analogues à celles que le même auteur a consacrées aux trois autres 
abbayes cisterciennes du département (Aubepierre, Aubignac, Bonlieu), 
mais où la rareté des documents conservés laisse encore beaucoup de 
lacunes. Il n'y a pas à douter que Jean de Colonges ait été abbé du 
Palais (p. 309), mais la date de 1211 est celle à laquelle Bernard Itier 
constate sa présence dans le monastère de Saint-Martial de Limoges en 
le qualifiant de « quondam abbas deu Palai » : ce Jean pouvait avoir 
résigné depuis longtemps et avoir siégé avant Bernard III, peut-être 
même entre Bernard II et Arbert. L'abbé Etienne de La Plagnole 
(p. 310) n'a pas été élu en 1355, mais nommé, par bulle du pape du 
30 mai 1354, à la place de Pierre, promu abbé de Dalon (bulle analysée 
dans le Bull, de la Soc. arch. et hist. du Limousvi en 1882, t. XXX, 
p. 69). Sur Louis Augustin, il fallait renvoyer à l'article spécial de 
M. Gabriel Martin; cf. Ann. du Midi, XIX, 557. En ce qui concerne 
Prébenoît, comme je trouve citée en note (p. 327) la charte attribuée à 
tort à Hugues XI de Lusignan, dont j'ai déjà parlé ici (XXII, 245), je 
me permets de renvoyer à l'article que je viens de lui consacrer (pour 
effacer un péché de jeunesse) dans les Mélmiges dédiés à M. Charles 
Bémont; enfin, je note que les documents sur les rapports de l'abbaye 
avec ses hommes serfs et sur le rôle de l'abbé Philippe Robinet (arrêté 
à Poitiers en 1435), contenus dans mon volume intitulé : Le comté de 
la Marche et le parlement de Pot<iers|(Paris, 1910), ne sont pas cités.] 
— P. 334-62. Louis Doval. Contribution à l'histoire littéraire de la 
Marche, à propos d'un exemplaire des Coutumes par Nicolas Callet. 
[L'auteur de cet article a rendu de grands services à l'histoire de la 
Marche par les livres qu'il a publiés du temps où il était archiviste de 
la Creuse, de 1869 à 1879, et on ne peut que lui savoir gré de continuer 
à s'y intéresser, même s'il n'est pas toujours au courant des questions 
qu'il aborde. Dès le début, il déclare avoir cherché en vain l'édition des 
Coutumes de la Marche parue en 1527 à Paris chez Regnault-Chaudiere : 
l'exemplaire provenant de la collection Bosvieux (n" 180 du catalogue 



368 ANNALES DU MIDI. 

de vente, déc. 1887) a été acquis par la bibliothèque municipale de 
Limoges, où chacun peut l'étudier; voir ce qu'en dit M. P. Ducourtieux 
dans Le Bibliophile limousin, juillet 1899, p. 78. Je note en passant, 
d'après une obligeante communication de M. Maugis, que le libraire 
Galliot-Dupré obtint le 5 avril 1522 (n. st.) un privilège de deux ans 
pour une édition des « Coustuines de Bourbonnois et Marche » qu'il 
projetait de publier. Sur l'enlumineur Evrard d'Espinques, voir Compte 
rendu de l'Acad. des Inscr. et Belles Lettres, 22 fév. 1895; An7i. du 
Midi, VII, 219; Rev. archéol., 1904, t. I, p. 403. Sur le romancier et 
poète Philippe Tournyol, de Guéret, voir Gustave Reynier, Le Rommi 
sentimental avant l'Astrée, Paris, 1908, pp. 187, 277, 37G et 385.] — 
P. 364-92. G. Berthomier. Le régiment d'infanterie de la Marche. 
[Bonne monographie; création du régiment, campagnes de 1688 à 
1734 ] — P. 393-9. J. Bellkt. La Souterraine; la vicomte de Bridiers. 
[Aveu et dénombrement de 1600; lettre de l'époque révolutionnaire 
relative à Saint-Étienne de Versillac] — P. 400-6. G. Pér.\thon. Nou- 
velle érection du duché de Roannais en faveur de François d'Aubusson, 
avril 1667. — P. 407-29. A. de Saint-Martin. Factums concernant 
l'abbaye de Bonlieu, 1668, 1609, 1671. — P. 430-48. L. Lacrocq. L'orfè- 
vrerie et l'émaillerie limousines. [Causeries faites au musée de Guéret 
en juillet 1912, avec une planche reproduisant un émail attribué à 
Nardon Penicaud.] — P. 4I9-.j2. L. Lacrocq. La sculpture dans la 
Creuse. [Suite et à suivre; avec deux planches, dont la plus importante 
reproduit un rétable du xv siècle.] — P. 453-74. P. Valadeau. La 
ville gallo-romaine de Breith. [Résultats des fouilles récentes et fruc- 
tueuses faites par l'auteur; plusieurs planches reproduisent d'intéres- 
sants fragments de poteries.] A. Th. 

Gard. 

I. Bulletin du Comité de CArt chrétien de N/mes, t. X, 
1912 et 1913. 

N" 66. P. 5-48. Ch"° Albert Durand. Les œuvres de charité dans les 
diocèses de Nimes, d'Uzès et d'AIais à la fin de l'ancien régime. [L'au- 
teur s'occupe du personnel des hôpitaux, associations charitables et 
bureaux de charité de Nimes, Uzès, Alais, Pont-Saint-Esprit, Bagnols, 
Beaucaire, Iloquemaure, Villeneuve-lès-Avignon, Aramon, Saint-Gilles, 
Sommières, Aiguesmortes, Saint-Hippolyte-du-Fort, Marguerittcs, 
Rivières-de-Theyrargues, etc. Il n'oublie pas non plus les monts de 
piété. Ces diverses œuvres de bienfaisance chrétienne étaient dues, en 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 369 

général, à des libéralités privées, aidées du concours du clergé et des 
communautés. Elles se régissaient elles-mêmes, sous la surveillance des 
évèques.] — P. 49-73. Chanoine F. Durand. Le discours du sacre de 
Louis XIV par Colion, évêque de Nimes. [Publié d'après un manuscrit 
entré aux Archives du Gard depuis la loi de séparation (1905) et coté 
G. 1561.] 

N" 67. P. 81-112. Chanoine C. Nicolas. Biographie de M^r Nicolas de 
Grillet, évèque d'Uzès, et ses ordonnances synodales, 1633-1660. — 
P. 113-16. Chanoine A. Durand. Histoire religieuse du département du 
Gard pendant la Révolution française. [L'auteur n'est pas un ami de la 
Révolution, car son point de vue est celui de l'Église catholique actuelle. 
Mais sa méthode d'exposition est objective, et le tableau qu'il trace 
instructif et intéressant. D'autres parties suivront.] — P. 147-57. Docu- 
ments pour l'histoire du Vigan. [Il s'agit d'une visite pastorale de 
Beauteville, évêque d'Alais, à l'église du Vigan, le 16 septembre 1770, 
et de la collation de la chapellenie de N.-D. des Salses en 1610.] — 
P. 158-60. Chanoine F. Durand. La Chapelette, ou Sainte-Croix de Val- 
verdun, à Montfrin, en 1793. 

N" 68. P. 161-226. Chanoine Fr. Durand. Les Arènes de Nimes, 
amphithéâtre romain. [L'auteur étudie successivement le nom tradi- 
tionnel de l'amphithéâtre, sa date, son orientation, ses dimensions, sa 
construction, son style, ses inscriptions, les gradins, les places de 
choix, les sparsiones, le balcon d'honneur, les jeux, les chambres, le 
vélum, l'écoulement des pluies, l'extérieur, la patine; la clausilia 
papillifera leiicostygma, petit escargot ne se trouvant qu'aux Arènes 
de Nimes; la forteresse. Il donne l'inscription d'Hébrard en langue 
d'oc (1589), avec les textes latins du moyen âge. La construction serait 
de la fin du premier siècle. La raison de la position des Arènes n'a rien 
de commun avec les points cardinaux, mais est fonction de l'assiette 
de la ville romaine, à laquelle elles font face d'une manière harmo- 
nieuse. L'architecte a tenu un compte rigoureux de la foi pythagori- 
cienne dans la puissance des nombres. Il fait jouer aux nombres 7 et 
13 un rôle capital. Les matériaux proviennent des carrières de Barutel, 
Roquemaillère, Castillon-du-Gard et Mauvalat. Les linteaux de 8 ton- 
nes de la magnifique galerie du premier étage furent montés simple 
ment avec la chèvre. Le style du monument est le dorique romain. 
Longtemps après la construction, l'architecte Titus Crispius Reburrus 
établit la fosse à trucs en forme de croix grecque du sous-sol de la 
piste, comme en témoigne une double inscription. Il n'y a jamais eu 
de naumachies aux Arènes de Nimes. Travail attrayant par la con- 

ANNALES DU MIDI. — XXV. 25 



370 ANNALES DU MIDI. 

naissance de l'antiquité et d'ingénieuses observations personnelles.] — 
P. 227-9. Chanoine Nicolas. Une chapelle de l'Immaculée-Conception 
dans l'église des Capucins (Sainte-Perpétue) en 1669. — P. 230-2. Ch" F. 
Durand. Deux inscriptions grecques à Nimes. [Il s'agit du quatrain 
grec de l'inscription de C. Vibius Licinianus, au n° 15 de la rue des 
Greffes, et de la stèle de Chrj^sis, incomplète du côté droit, au Musée 
épigraphique.] E. B. 

IL Revue du Midi, 1913. 

N» 1. P. 18-34. C. PiTOLLET. Jules Canonge et Ernest Roussel. Un 
court épisode de la vie littéraire nimoise au siècle dernier. [Suite et 
fin.] — P. 85-51. J. Belleudy. René Seyssaud. Le peintre ; le poète. 
[Attachante étude sur l'artiste provençal.] — P. 52-8. J. Saint-Martin. 
Les derniers représentants de Rome à Avignon et dans le Comté- 
Venaissin. Pieracchi, recteur du Comté-Venaissin. [Suite d'un travail 
qui se continue et se termine dans les n"» 2, p. 69-84; 3, p. 133-48, et 4, 
p. 219-28.] 

N° 2. P. 85-92. P. Thoulouze. Armand de Pontmartin. — P. 93-101. 
E. P. Le jubilé d'un grand savant nimois. Gaston Darboux. 

N" 3. P. 149-70. La polémique Ernest Roussel et Jules Canonge en 
1864. [Lettre de M. Ernest Roussel fils et l'éponse de M. Camille 
Pitollet.]— P. 171-86. Lieutenant X. Lettres de volontaires (1791-1791). 
[Suite et fin. Ces intéressantes lettres viennent de l'armée du Rhin et 
de l'armée des Alpes. Le lieutenant X était le lieutenant Alliey, instruc- 
teur à l'École militaire de Saint-Hippolyte-du-Fort, emporté au seuil 
d'un brillant avenir.] — P. 187-93. Yrondelle. La vaccination au début 
du siècle dernier à Orange. 

N" 4. P. 197-201. M: Jouve. Nemausus et Nemausa. [Spirituel exposé 
des discussions de l'Académie de Nimes, priée de rédiger les inscriptions 
de la belle fontaine de l'Esplanade, où Pradier venait de sculpter cinq 
statues de marbre. C'était en 1851. La fontaine de Nemausus y fut 
appelée Nemausa, parce que le féminin est plus gracieux que le mascu- 
lin. 11 est amusant de voir quelles libertés prenait, avec les noms latins, 
une Académie qui ne se pitjuuit point de fantaisie.] — P. 202-18. 
De Vignict de Vendeuil. Monographie de Montpesat. Partie civile. 
[C'est une commune du Gard. Se continue dans les n»» 5, p. 292-306, où 
commence l'histoire religieuse; 8, p. 497-506, et 11, p. 669-84, où com- 
mence l'histoire seigneuriale.] — P. 229-44. M. Fabre. Les archives 
révolutionnaires de la ville d'Uzès. [L'auteur étudie successivement la 
formation do la milice bourgeoise ou Légion d'Uzès, l'adresse des 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 371 

citoyens d'Uzès à l'Assemblée nationale et au roi sur le renvoi de 
Necker et la prise de la Bastille, la demande de la ville à l'Assemblée 
nationale pour avoir un tribunal à Uzès.] 

N" 5. P. 261-75. G. Maurin. La possédée de La Eouvière. [Ce village 
est aux environs de l'Aigoual, dans les Cévennes du Vigan. Il s'agit 
d'un cas de catalepsie transformé en miracle, par la crédulité du curé 
et de ses paroissiens, en 1805, avec exorcismes, pèlerinages, processions 
et boniments organisés par un certain Balsan, nuxniére de Barnum. 
Le préfet, d'Alphonse, demanda vainement le changement du curé, 
excellent prêtre, à l'évêqae Périé, incapable d'une décision rapide et 
énergique. Les travaux étaient suspendus dans un rayon qui s'agran- 
dissait de plus en plus, malgré l'effort des autorités ecclésiastiques. Le 
sous-préfet du Vigan n'avait pas de forces disponibles, ses gendarmes 
étant occupés à l'importante opération du recrutement. Le maire de 
La Rouvière fut rappelé à son devoir et i-equis de faire appel à la garde 
nationale. L'église était pleine, avec Balsan, le curé et la dénioniaire. 
Le malheureux maire fut exorcisé et promptement chassé, avec ses 
gardes nationaux fortement émus par les huées des fidèles et l'eau 
bénite.] — P. 276-91. P. Falgairolle. Le château et la baronnie de 
Vauvert. [Cet excellent travail se continue dans les n"» 7, p. 418-25; 
8, p. 488-96; 9, p. 517-32; 10, p. 596-611; 12, p. 739-54.] — P. 307-17. 
J. Belleudy, Paul Vayson; l'homme, l'artiste. [Peintre vauclusien.] 

N° 6. P. 362-7. P. Thoulouze. Jean-Jacques Rousseau dans le Gard. 

N» 7. P. 407-17. J. Belleddy. Le peintre Louis Gautier. [Provençal.] 
— P. 426-37. Gustave Lafage. Nimes. Les représentations dramatiques 
au théâtre antique des Arènes. 

N» 8. P. 479-87. C. Pitollet. Nemausa. [Suite du débat sur Nematisus 
et Nemausa. L'auteur rappelle qu'en 1858, une petite planète découverte 
à Nimes par Laurent fut baptisée Nemausa par le directeur de l'Ob- 
servatoire de Marseille, Benjamin Valz, ce qui déplut fort à Babinet, 
de l'Institut. Mais le nom est resté à la planète.] 

N» 9. P. 533-50. L. Duhamel. Un voyage pi-incier au xviii« siècle. 
[Il s'agit de la venue du comte de Provence, en 1777, en Provence, dans 
le Comtat-Venaissin et à Avignon. Se continue et se termine dans le 
n» 10, p. 581-95. Curieux détails.] — P. 558-66. E. Gay. La viguerie du 
Vigan au commencement du xvii» siècle. [Cette savante étude se conti- 
nue dans les n<" 10, p. 636-41, et 12, p. 765-70. La viguerie du Vigan 
n'est pas citée avant le milieu du xiii" siècle.] — P. 567-9. Auzias- 
TuRENNE. Note sur le château de ïresques. 

N" 11. P. 653-68. D"" Puech. La religion d'Auguste Comte. [L'auteur 



372 ANNALES DU MIDI. 

considère l'illustre Montpelliérain comme un dégénéré supérieur, fou 
intermittent et demi-fou toute sa vie.] E. B. 

Hérault. 

Ephemeris campanograpMca^ t. II (suite), fasc. 9*. 

p. 387-8. R. RoDiKRE. Les moulages campanaires du musée d'Angou- 
lême. — P. 39.3-7. Cloches de Caromb (Vaucluse) du xv<^ au xix« siècle. 
— P. 423-30. Anciens fondeurs du Bassigny. Les Gaulard du xviii" siè- 
cle. [Traces de leur passage probable à Saint-Mathieu (Haute- Vienne), 
Mareuil (Charente).] — P.. 443-76. Chronique canipanographique. 
[Ariège, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Vaucluse, Gard, Drôme, Limou- 
sin.] — P. 477-88. Petits dossiers campanaires. [Ariège, Avignon.] 

Fr. G. 

Loire. 

Bulletin de la Diana, t. XVII, 1910 et 1911. 

p. 8. J. Déchelette. La Vierge de Saint-Alban. [Planches.] — P. 15. 
A. De Saint-Pulgent. Tapage nocturne à la porte de la Croix à Mont- 
brison, 21 juillet 16(11. — P. 17. Abbé Bégonnet. L'épitaphe d'Antoine 
de âaint-Priest, abbé de Valbtnoîte et prieur de Chandieu, et la date de 
sa mort. — P. 41-51. Chanoine Heure. De Moulins à Lyon par la route 
(lu Bourbonnais. Quelques relations inédites de voyage. [1610, 1662, 
1745, etc.] — P. 51-3. J, Déchelette. Petit cheval de bronze trouvé à 
Jœuvres, commune de Saint-Maurice-sur-Loire. [Planche. Objet de la fin 
de la période gauloise, amulette ou talisman.] — P. 72-6. A. De Saint- 
PuLGENT. Statues tombales de Gabriel de Lévis et d'Anne de Joyeuse, 
découvertes dans l'église de Chalain d'Uzore. [f 7 novembre 1535 et 
10 juin 1531. Planches.] — P. 79-84. Chassain de La Plasse. Un buste 
de l'abbé Terray. [Œuvre de Guillaume Coustou le neveu. Planche.] — 
P. 84-96. Abbé C. Rochigneux. Les arbres commémoratifs dénommés 
Sully dans la région montbrisonnaise. Traditions et usages qui s'y 
rattachent. — P. 111-9. Chanoine Rkure. I. Deux tètes de saints. 
[? Planche.] IL Un ancien fer à hosties. — P. 120-34. C.-N. Desjoyeaux. 
Assemblée de la noblesse du F(n-ez, lo 18 mars 1789. [Ses membres, 
M. de Poncins, autour d' « Instructions sur la formation et la compo- 
sition des trois Etals de Forez »; le iiiar(iuis de Rostaing, le baron de 
Rochctaillée, eic; .ses députés.] — P. 14.5-58. Abbé Malley. Une 
ordonnance de Ms^ Camille de Neuville sur la constitution dotale des 

1. Lo fascicule lo, qui paraîtra ultérieurement, contiendra les tables du 
t. IL 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 373 

religieuses. ['28 juillet 1681, Contre la supérieure des Ursulines de 
Roanne, coupable d'avoir transgressé 1' « ordonnance pour les religieu- 
ses » de l'archevêque en recevant, dans certaines conditions, une jeune 
fille noble. L'auteur aurait dû prendre garde que cette ordonnance pour 
les i-eligieuses, qu'il publie, est datée de 1684. L'une des deux dates est 
fausse. Il s'agissait d'une question de dot.J — P. 1.59-99. D' B.\rbat. Le 
monastère des Cordeliers de Charlieu. [Monographie et description du 
cloître, beau monument de la lin du xiv siècle, à moitié démoli, sur le 
point de disparaître, quand il a été classé comme monument historique 
(1911). Planches.] — P. 199-^36. J. Beyssac. Ex necrologio ecclesie rega- 
lis et collegiate Béate Marie de Monte Brisonis hi Forezio. [Bibl. Nat., 
lat. 12767. Obituaire du milieu du xvi» siècle, semble-t-il. Abondante 
annotation sur les personnages qui y figurent.] — P. 244-56. Chanoine 
Reure. La vie et la mort d'un péage forézien. [Péage de Saint-Martin- 
d'Estreaux, sur le grand chemin de Paris à Lyon, appartenant au sieur 
de Châteaumorand. institué en 1418 (?), sans doute par usurpation, 
supprimé en 1741 par arrêt du Conseil d'État.] — P. 256-7. C. Beau- 
VERIE. Statuette en bronze provenant de Feurs. [Guerrier antique de 
conservation parfaite. Planche.] — P. 264-6. J. Déchelette. Tapisserie 
du xvii^ siècle à la mairie de Saint-Germain-Laval. [Scènes de chasse. 
Planches des quatre panneaux.] ^ P. 267-9. J. Déchelette. Trouvaille 
faite à Renaison. [Fragments de vases, de statuettes, etc.] — P. 269-74. 
A. BouDON. Note sur une famille forézienne de l'ancien diocèse du 
Puy. La famille Viou. [De bourgeoisie; remonte à 1275. Généalogie 
depuis la fin du xv« siècle jusqu'au xviii».] P. D. 

Lot. 

Bulletin de la Société des Études... du Lot, t. XXXVI, 
1911. 

P. .5-] 11. E. Depeyre. La défection de Murât. La mission de Fouché 
(décembre 1813-inars 1814). [D'après le livre du commandant II. Weil, 
Le prince FAigène et Murât, dont M. D. discute les conclusions trop 
sévères pour Murât, dit-il. Fouché, envoyé ofticiellement par Napoléon 
auprès du roi de Naples, s'arrangea pour livrer à celui-ci la Toscane et 
les États romains. De nombreux documents sont analysés ou réimpri- 
més.] — P. 125-40, 181-96, 245-60. A. Combes. Analyse des registres 
municipaux de la commune de Caliors. [Du 30 prairial an II au 
9 floréal an III. Suite de cette utile publication. A suivre.] — P. 160-4. 
Bergougnoux. Contrat relatif à la démolition du château d'Assier en 



374 ANNALES DU MIDI. 

1768 et à la vente des matériaux. [Texte.] — P. 165-70, 197-212. B. Tail- 
LEFER. Les coutumes de Montcuq. [Ces coutumes ont été publiées en 
1861 par E. Dufour, mais d'après une mauvaise copie du xvii« siècle. 
M. T., à l'aide d'une copie antérieure à 1463, relève les fautes; il fait 
connaître la procédure qui a précédé et suivi la confirmation des 
coutumes. 46 articles; texte roman.] — P. 213-21. E. Albe. Un mar- 
chand de Castelnau-Montratier, 1283. [Testament en langue du pays, 
contenant des legs pieux faits à deux hôpitaux, à deux léproseries de 
Casteinau, à des religieux de villes circonvoisines, à des couvents et 
hôpitaux d'Angleterre et d'Espagne.] — P. 222-4. F. Galabert. L'église 
Saint-Amans dePromilhargues. [Bénite en septembre 1519.] — P. 225-6. 
B. Paumés. Les délégués du district de Cahors à la Fédération natio- 
nale de Paris, 14 juillet 1790. [Analyse du texte.] — P. 227-37. A. Ville. 
Journal de M. de Caors de la Sarladie. [1721-1759. Campagnes en 
Allemagne. Très bref.] 

Tome XXXVII, 1912. 

p. 5-20, 73-88, 145-60, 213-28. A. Combes. Analyse des registres municipaux 
de la commune de Cahors. [Suite et à suivre. Du 10 floréal an III au 
29 frimaire an IV.] — P. 21-3. B. Taillefer. Fondation d'une chapellenie 
de Saint-Michel en l'église Saint-Hilaire de Trouhiac, 13 mai 1670. 
[Texte.] — P. 29-44, 103-17, 181-200, 229-45. B. Paumés. La grande Peur 
dans le Quercy et dans le Eouergue. Notes et documents. [Fin de juil- 
let 1789. Ces documents consistent en lettres adressées, des villes 
voisines, à la municipalité de Caliors, ou à l'intendant, M. de Trimond, 
en un récit de témoin oculaire, etc. Fort intéressant; bonne annotation.] 

— P. 45-61, 89-101, 161-80, 246-64. D-' J. Bergounioux. Galerie médicale 
du Lot. [A suivre. Revue des médecins de la fin du xviii' siècle et du 
xix°, issus de ce département : Guillaume Andral, le médecin de Murât; 
Brassac, directeur de la Marine, organisateur de l'École de médecine 
navale de Bordeaux (1890); Clédel, qui fit partie delà Législative, de la 
Convention, des Cinq-Cents; Guill. Baudus, médecin ordinaire du roi 
(1658-1739), docteur de la Faculté de médecine de Cahors, dont les 
thèses, les seules ou presque que l'on connaisse do cette Faculté, vien- 
nent d'être retrouvées.] — P. 123-6. A. Crudy. Une lettre du cardinal de 
Mazarin à l'évèquo de Cahors. [Circulaire annonçant son retour, 
4 janvier 1652.] — P. 127-34. Les reclus en Quercy. [Sans nom d'auteur.] 

— P. 201-7. B. Taillefer. Louables coutumes de Ségos, 12 mai 1468. 
[Texte latin d'un accord entre le recteur et ses paroissiens concernant 
les redevances auxquelles il prétendait.] P. D. 



PÉRIODIQUES iMÉRIDIONAUX. 375 



Puy-de-Dôme. 

Revue cVAuvergtie, t. XXVIII, 1911. 

p. 1-20, 146-86, 239-70, 379-129. M, Boudet. Étude sur les Sociélés mar- 
chandes et financières au moyen âge. Les Gayte et les Chauchat de 
Clermont. [Histoire de deux familles de marchands qui s'établissent 
jusqu'à Jérusalem dès le xv siècle. La Société Chauchat sous Philippe- 
Auguste; ses rapports avec les Lombards italiens et la Société Rinieri 
Jacopi de Florence; un Florentin, receveur du roi en Auvergne, associé 
de la famille Chauchat à la fin du xiii« siècle; affaires aux foires de 
Champagne; Géraud Chauchat, receveur général d'Auvergne et panetier 
de Philippe le Bel, fonde une maison à Paris; la banque Chauchat, 
Coccé et C'«, c'est une agence de liquidations mobilières et une caisse 
de dépôts; Géraud, trésorier d'Auvergne. Eeceveurs et médecins 
parmi ses descendants au xiv« siècle. La Société Gayte. Géraud Gayte, 
ministre des finances de Philippe le. Long; son attachement pour la 
famille Chauchat; à la mort de Philippe V, il est arrêté et meurt en 
jirison. Il est remplacé par Pierre Rémy, mari de Blanche Chauchat, 
qui, quoique ministre, continue son commerce en gros des vins, grains, 
et la banque des foires ; son beau-frère, Louis Chauchat, trésorier 
d'Auvergne. A suivre.] — P. 21-42. A. Avinen. Le poète de l'Auvergne, 
Arsène Vermenouze. [Biographie, portrait.] — P. 43-60, 289-329. Bover- 
ViDAL. Besse-en-Chandesse. [Suite et à suivre. L'église. Clergé, confré- 
ries. Liste des bailes et syndics de la communauté de Saint-André aux 
XVII» et XYiii*^ siècles.] — P. 64. D"" G. Charvilhat. Monnaie gauloise 
inédite. — P. 111-22. H. du Ranquet. La cathédrale deClcrmont-Ferrand. 
Les tours du transept. La charpente. [Grav. et planche.] — P. 123-6. 
L. Bréhier. Notes d'archéologie auvergnate. Le nom d'un sculpteur 
auvergnat du xii» siècle. Essai de contribution à l'histoire de Jean 
Deschamps. — P. 139. Découverte d'un sarcophage. — P. 187-210. 
T)\ Lhéritier. Notes sur l'archéologie gallo-romaine des environs de 
Saint-Amant-Tallende. [Description d'objets divers et monnaies; plan- 
ches]. — P. 271-3, 357. D' G. Charvilhat. Note sur un méreau inédit 
du XV» siècle de la ville de Clermont-Ferrand. Sur une anse de vase 
grec en bronze du vu' ou vi'' siècle avant notre ère, trouvée à Cler- 
mont-Ferrand. [Grav.] — P. 359-60, 430-1. L. Caili.et. Documents. 
[Mandements de Charles VII et de Louis XV concernant les bouchers 
de Montferrand et l'Hôtel-Dieu de Clermont.] 



376 ANNALES DU MIDI. 

T. XXIX, 1912. 

p. 42-64, 116-41, 261-81. M. Boudet. Élude sur les Sociétés marchandes 
et financières au moyen âge. Les Gayte et les Chauchat. [Suite et à 
suivre. Rémy, arrêté après la mort de Charles IV, est, lui aussi, pendu 
à Montfaucon ; les Chanchat compromis comme receleurs. Décadence 
de la Société Chauchat jusqu'à la fin du xiv siècle, tandis que la Société 
Gayte fournit de nouveaux fonctionnaires royaux et en profite pour 
faire prospérer ses affaires. Mathieu Gayte elles Génois; les Gayte en 
Languedoc] — P. 83-9. L. Bréhier. L'Auvergne et le peintre Huet 
(1803-1869). [Grav.] — P. 90-104. J.-B.-M. Biélawski. Aperçu archéolo- 
gique sur Vic-le-Comte, Coudes et leurs environs. [Planche.] — P. 145-9. 
D'' G. Charviliiat et L. Accarias. Découverte de vestiges de l'époque 
gallo-romaine aux « Petites-Chaumes », près de Juigeat, commune de 
Saint-Bonnet-d'Orcival (Puy-de-Dôme). [Planches.] — P. 150-1. D' G. 
Charvilhat. Note sur des monnaies gauloises trouvées en 1908 aux 
environs de Vaulry (Haute-Vienne). — P. 167-85. E. Jaloustre. Saint- 
Pierre-Colamine-le-Puy (canton de Besse). [Notes historiques et archéo- 
logiques.] — P. 217-9. J. Demarty. Note sur une sépulture gallo-romaine 
découverte en 1909 à Chamalières (Puy-de-Dôme). — P. 233-4. Id. Note 
sur une conduite gallo-romaine en poterie découverte en 1887, à Chama- 
lières, en réparant la source Marie-Louise, du groupe thermal de Royal. 
[Planche]. — P. 248-9. D'' C. Charvilhat. Sur une statuette en bronze 
de l'époque romaine provenant des environs de Queuille (Puy-de-Dôme). 
[Planches.) — P. 302-9. J. Demarty. La raine romaine du Bois de l'or 
près Craponne (Ilaute-Loire). — P. 310-55. Boyer-Vidal. Besse-en- 
Chandesse. [Suite et à suivre. Hospice, instruction publique, épidémies, 
commerce et industrie.] — P. 356-7. E. Joyau. Un professeur du collège 
royal de Clcrmont en 1819. Fr. G. 

Pyrénées (Hautes-). 
Revue des Hautes- Pyrénées, t. Vil, 1912. 

P. 5-10, 33-44, 142-9, 170-83, 197-210, 227-39, 254-72, 342-55, 375-83. E. Lacas- 
siN. Annales do Vic-Bigorre [Avec introduction de F. de Cardaillac. 
Sources, origines, étymologie; les comtes de Bigorre à Vie avant leur 
installation à Tarbes. Fortifications, coutumes; conditions pour être 
reçu « voisin de ville »; la «bésiau», réunion des habitants et voisins, dont 
les attributions passent ensuite au Conseil; les consuls et les gardes; 
les dizeniers. État du comté en 1300 d'après l'enquête ordonnée par 
Philippe le Bel. Les Anglais en Bigorre. Confrérie do Saint-Jacquos ; la 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 377 

peste de 1590 : on met à mort deux individus avec leurs femmes. Les 
guerres de religion ; Vie est pris par les huguenots, puis repris par les 
catholiques; pillages; la ville traite avec les Ligueurs. Nouvelles exac- 
tions après la mort de Henri IV. La peste au xvii» siècle. Dettes et 
impôts. A suivre.] — P. 11-27. L. Dantin. La Terreur blanche à Tarbes. 
Zèle d'un préfet sous la Restauration. [Fin.] — P. 28. N. Rosapelly. 
Lettre de d'Étigny aux consuls de Vic-Bigorre qui ont refusé de céder 
du bois à l'abbé de Monlezun (1758). — P. 28-30. F. Marsan et G. Balen- 
ciB. L'art dans la région bigourdane. [Travaux de peintures à diverses 
églises, sculpture d'un bénitier, 1669-1768.] — P. 41-6. N. Rosapelly. 
Fondation d'une Société d'agriculture et de commerce à Tarbes. (Extrait 
du registre des délibérations de l'administration du département des 
Hautes-Pyrénées, 29 frimaire an VIL) — P. 48-63, 88-118. L. Rioaud. 
Les reclus des Hautes-Pyrénées. [Fin. Reclus de Vie et de Lourdes.] — 
P. 65-87. A. DuFFOURC. Madiran, la commune, le prieuré, la paroisse. 
[Fin. Description de l'église; plans et gravures.] — P. 121-41. M. Four- 
cade. Un voyage de Laîné aux Pyrénées en 1804. — P. 141. 
J. Pambrun. Un centenaire à Orieux en 1763. [Acte de décès.] — P. 15.3-5. 
N. Rosapelly. Le banditisme en Bigorre [1810]. — P. 159-69. E. Duviau. 
Troubles à Lourdes en 1829. [Pour faire respecter un antique usage en 
vertu duquel toute personne décédée à Lourdes devait y être inhumée.] 
— P. 189-96, 226. Claveuie. Louis Cazalas, médecin militaire, président 
du Conseil de santé des armées et sénateur [1813-1884]. — P. 210-4. 

F. Marsan. Enquête sur nos vieilles cloches [Suite.] — P. 217-26. 

G. Baudens. Débris d'archives. [Documents concernant les dettes de 
Castelnau-Magnoac (1666) et les réjouissances célébrées dans cette loca- 
lité pour le sacre du roi (1775)]. — P. 239-43. N. Rosapelly. Miettes 
d'histoire locale. Tarif pour la débite du pain, dressé en conséquence de 
la délibération des États du pais de Bigorre du 21 juin 1709. — P. 27â-5. 
F. Marsan. Une descente de troupes espagnoles dans le Riou-Majou 
(vallée d'Aure), le 18 thermidor an III, 5 août 1795. — P. 329-35. 
N. Rosapelly. Miettes d'histoire locale. A propos du lancement du 
Paris. Une gloire oubliée de notre marine. Les combattants bigourdans 
de la guerre de l'Indépendance. [Paul de Cardaillac, 1739-1781, etc.] — 
P. 355-8. R. Cazeneuve. Débris d'archives. 1812-1912. [Texte du 27' bulletin 
de la Grande Armée.] — P. 368-75. N. Rosapelly. Extraits du « livre de 
raison » d'un ofiicier de l'ancien régime [1747-93]. — P. 384-9. ¥. Marsan. 
Alarmes et levées de soldats dans les vallées d'Aure et de Louron aux 
xvii» et xviir siècles. — P. 393-407. L. Caddau. Les statues, les boiseries 
et les peintures de Garaison à Monléon-Magnoac et à Bazordan. [Bau.x 



378 ANNALES DU MIDI. 

à besogne du xvii* siècle à propos du classement. A suivre.] — P. 407-11. 
L. Canet. L'imprimerie en Bigorre au xviii" siècle. Un épisode de son 
histoire. [Délibération du corps municipal de 1742, demandant le main- 
tien de l'unique imprimerie de Tarbes, menacée de suppression.] — 
P. 416-9. F. Marsan. L'art dans la région bigourdane. [Jean Ferrère, 
sculpteur d'Asté, xvii" siècle. A suivre.] Fr. G. 

Tarn. 

Revue du Tarn^ t. XXIX, 1912. 

p. 1-28. P. Masson. Un manuscrit d'Antoine Castagne, député du Tarn 
aux Cinq-cents. [Publication de ce ms. de la Bibliothèque d'Albi, lequel 
a pour titre : « Réflexions sur les événements de Brumaire. » Castagne, 
né à Albi en 1766, juge en cette ville, député aux Cinq-cents, puis au 
Corps législatif et à la Chambre des Cent-jours, mourut en 18.37, pré- 
sident du tribunal civil d'Albi. L'intérêt de ses « Réflexions » réside 
moins dans le récit des événements que dans la peinture des passions 
qui divisaient l'Assemblée, l'étude des partis et l'historique des manœu- 
vres de couloirs qui préparaient le coup d'État.] — P. 29-44, 161-78. 
254-66, 336-46. G. Dumons. Les réfugiés du pays castrais. [Suite de cet 
excellent travail commencé au t. XXVII; de Chabert à de Gau; à sui- 
vre.] — P. 45-61, 179-94. E. Thomas. Le monastère de Saint-Pierre de La 
Salvetat, près de Montdragon. [Fin. Les prieures, abbesses, religieuses. 
Suppression du monastère et vente de ses biens durant la Révolution. 
Trois pièces justificatives : une donation, en roman, de 1266; une bulle 
de Clément IV, môme année; une autre de Paul III, promulguée en 1541 
par l'abbé de Joncels.] — P. 62-8. G. D. « Extrait du registre de la val- 
leur des grains » à Puylaurens. [En septembre des années 1620 à 16.")4. 
Blé, avoine, « poix et geisses ». Variations énormes du cours : le b é 
vaut, le « ccstier », de 3 1. 4 s. (1626) k 16 1. (1652).] — P. 69 78. A. 
Vidal. Un épisode des querelles du Jansénisme à Albi. [Vers 1655, le 
P. André, augustin réformé, célèbre prédicateur, prêche le carême à 
Albi. Les Jésuites du collège dénoncent à l'évêque ses propositions 
« hérétiques»; le Père, sommé de rétracter, se justifie en un sermon 
qui ne manque pas de fantaisie et de saveur dont texte.] — P. 85-101, 
203-10. E. Marty. Archives des notaires de Rabastens. [Fin. Du 20 avril 
1705 au 2;3 octobre 1907. Parmi ces analyses de titres, voir ann. 1790 : 
allivrement des biens privilégiés.] — P. 211-28. J. Rouaset. Historique 
de la famille de Suc de Saint-Afl'rique, 1380-1886. [Originaire de Poli- 
gnac, en Velay, elle devient protestante au xvi» siècle, à Labruguière, 
où elle vivait, et se convertit vers 1679, sauf une branciio, qui, contrainte 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 379 

à l'abjuration, garde cependant sa foi. Généalogie, biens, etc.] — P. 245- 
53. E. Thomas. Une station gallo-romaine à Prat-Navesse. Les fours 
gallo-romains de la Borie-IIaute. [Prat-Navesse, commune de Saint- 
Julien-du-Puy, canton de Lautrec, est une métairie. On y trouve des 
fragments de poteries ornées. Quant aux fours de la Borie-Haute, l'ori- 
gine en est douteuse. Dessins.] — P. 267-72. A. Vidal. Jansénisme et 
poésie. [Vers et chansons composés à Albi, au xvii« siècle, à l'occasion 
des querelles du Jansénisme.] — P. 279-82. Id. Glanures historiques. 
[Passages de troupes en Albigeois, 1652 et 1653 : elles commettent tous 
les dégâts imaginables. Texte.] — P. 309-24. De Blay de Gaïx. Les 
chartes de Jourdain de Saissac. [Le château de Saissac, sis dans la 
iNIontagne-Noire, au S. de Dourgne, mouvant du comté de Carcassonne, 
apparaît en 1031, ainsi que la famille qui le possède. Elle le perdit, et 
aussi d'autres biens, au cours de la croisade des Albigeois. Jourdain 
(1237-1283) conserve pourtant plusieurs seigneuries, dont Gaucalières, 
Hautpoul, Aussillon, et leur concède des chartes d'affranchissement. 
Texte roman et traduction française de la charte de Gaucalières, 1274, 
en 16 articles; la traduction laisse à désirer. A suivre.] — P. 325-35. 
E. Thomas. Le livre de raison d'un prébendier, 1604-1650. [Registre de 
paroisse du recteur d'Expertens, M» Georges Gras; il y mentionnait les 
naissances, mariages et décès, mais aussi ses affaires personnelles, 
celles de la localité, celles du diocèse ou même du royaume. Tout de 
même son registre ne peut passer pour un véritable « livre de raison ».] 

P. D. 



PERIODIQUES P^R.\NÇAIS NON MÉRIDIONAUX. 

8. — Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 1911. 
Comptes rendus. 

P. 39-45. J. Beck. La musique des chansons de geste. [Article important 
sur le caractère de la musique des chansons de geste d'après les défini- 
tions de Jean de Grocheo.] — P. 47-8. Ant. Thomas. Note sur la décou- 
verte faite par M. Roger Drouault à Nontron d'un fragment de compte 
de l'artillerie royale, du début du règne de Charles VI. — P. 145-47. 
Héron de Villefosse. Note sur les trouvailles d'antiquités romaines 
faites à Castel-Roussillon (Rusci?io) par M. F. -P. Tliiers. — P. 224-7. 
D'' Capitan et Peyrony. Un nouveau squelette humain fossile. [Note 
sur cette importante découverte, faite à la Ferrassie (Dordogne).] — 



380 ANNALES DU MIDI. 

P, 310. Héron de Villefosse. Note sur des antiquités gallo-romaines 
découvertes près d'Hyères. — P. 377-80. Vasseur. Note sur l'exploita- 
lion, pendant la période du bronze, d'une mine de cuivre près de Ca- 
brières (Hérault). — P. 380-6. Vasseur. Les vases géométriques dits du 
bassin du carénage à Marseille. [Prouve qu'on ne connaît pas la vérita- 
ble origine de ces vases.] — P. 400-1, 431-3. Homo, Germain de Mon- 
TAUZON et Fabia. Notes sur une mosaïque et des inscriptions latines 
découvertes à Fourvière. — P. 430-1. A. Maire. Note sur les antiquités 
de l'Espiguette au Grau-du-Roi. — P. 588-95. L.-H. Labande. Insciip- 
tion gravée autour d'une pierre à entrelacs provenant de Carpentras. 
[Probablement du début de l'époque carolingienne.] — P. 658-64. J. For- 
MiGÉ. Note sur la Vénus d'Arles. [L'auteur a découvert à Arles un 
moulage de la Vénus d'Arles, antérieur à sa restauration ; essai de 
reconstitution de la statue; conjectures sur sa date.] Cii. L. 

9. — Journal des Savants, 1911. 

P. 14-28. E. Ghenon. La crise religieuse du xv« siècle. [Compte rendu du 
livre de Noël Valois, Le Pape et le Concile (1418-1450). — P. 70-5, 
101-13. P. Monceaux. La question du Priscillianisme. [Article sur le 
livre d'E.-Ch. Babut, Priscillieti et le Priscillia7iisme?\ — P. 3.36-70. 
P. FouRNiER. Clément V et Philippe le Bel. [Article sur le livre de 
Georges Lizerand, Clément V et Philippe le Bel.\ — P. 403-14. J. Lotu. 
Le sort et l'écriture chez les anciens Celtes. [Article important.] 

Gh. L. 

10. — Mélanges cl" Archéologie et iV Histoire de V École 
de Rome, 1911. 

p. 75-141. Cir. Hirschauer. Recherches sur la déposition et la mort de 
Jean Levesque de La Cassière, Grand-Maître de l'Ordre de Malte. 
[Détails sur son successeur Mathurin de Lescout de Romégas, prieur 
de Toulouse et d'Irlande.] — P. 369-92. R. Michef,. Los constructions 
de Jean XXII à Bonpas, avec pièces justificatives, quatre figures et une 
planche. [Article très intéressant sur les travaux exécutés par Jean XXII 
à la position stratégique importante de Bonpas, près de Noves, sur la 
rive droite de la Durance; fondation de la Chartreuse; restes actuels.] 

Cii. L. 

11. — Revue des Deuœ-Mondes^ 1912, 6® période, t. Vif, 
janvier-février; t. VIII, mars-avril. Néant. — T. IX, mai- 
juin. 

p. 668-83. L. GiLLEt. Une exposition de primitifs niçois. [Prétexte, pour 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 381 

l'auteur, à des considérations générales sur l'art et la vie religieuse du 
moyen âge.] 

T. X, juillet-août; t. XI, septembre-octobre; t. XII, no- 
vembre-décembre. Néant, L. D. 

12. — Revue des Études i^abelaisiennes, t. X, 1912. 

P. 19-67. L. SA.INÉAN. La cosmographie de Jean-Alfonse Saintongeais. 
[Le dit ouvrage, qui vient d'être publié dans la collection SchefTer, « est 
une traduction plus ou moins fidèle, souvent défectueuse et délayée, de 
la Suma de geografia que Fernandez de Enciso fit paraître à Séville 
en l.jlQ ». Au cours de sa démonstration, M. Sainéan étudie avec beau- 
coup de soin les termes saintongeais de la cosmographie (pp. 44-5^2)]. — 
P. 443. Bourgeois. Les connaissances de Rabelais en languedocien cri- 
tiquées au xviir siècle. [Simple extrait du Dictio)inaire languedocien- 
fra)içais de l'abbé de Sauvage; porte sur un seul détail du languedo- 
cien parlé par Panurge.] L. D. 

13. — Revue d'Histoire littéraire de la France, t. XIX, 
1912. 

p. 422-53, 916-38. Fr. Paul Denis. M. B. Lettres inédites de Pierre Bayle. 
[Les deux premières, qui sont de 1675, sont adressées de Paris à un de 
ses amis de Montauban (p. 431), qui n'est pas nommé; elles parlent de 
livres récents ou même anciens. La première se termine par : « Je salue 
la maison de M. Ynard de tout mon cœur ». A suivre.] 

L. D. 

14. — Revue internationale de V Enseignement, t. LXI, 
1911. Néant. —T. LXII, 1911. 

P. 416-26. G. Vauthier. Bersot et la neutralité scolaire en 1841-42. 
[Documents sur son rôle à Bordeaux à l'occasion des prêches de Lacor- 
daire.] 

T. LXIII, 1912. 

P. 264-8. G. Vauthier. Les étudiants en droit en 1823. [Quelques détails 
sur ceux de Toulouse et d'Aix. La Faculté de Toulouse est considérée 
comme le foyer d'où partent les provocations qui se répandent dans les 
autres académies, provocations qui consistent à crier : a Vive la Charte » 
sur le passage du duc d'Angoulème. Troubles à Aix, lors de l'expulsion 
de Manuel à la Chambre.] 



382 ANNALES DU MIDI. 

T. LXIV, 1912. 

p. 535-43. G. Vauthier. Le baccalauréat es lettres à Toulouse, en 1835. 
[Les candidats affluaient des autres académies par suite de l'indulgence 
extrême de la Faculté, indulgence telle qu'il fallut prendre des mesu- 
res pour y mettre un terme.] Fr. G. 

15. — Revue de synthèse historique, t. XXII, 1911. 
Néant. — T. XXIII, 1911. 

p. 210-39. G. Weill. Revues générales. Histoire religieuse. Le protes- 
tantisme français au xix« siècle. [Histoire du calvinisme en France et 
dans le Midi au xix* siècle; luttes intérieures, libéralisme et orthodoxie. 
Bibliographie.] Fr. G. 

T. XXIV et XXV, 1912. Néant. 



CHRONIQUE 



L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, statuant, le 9 mai, 
sur le concours des Antiquités de la France, a donné la 3e men- 
tion à M. l'abbé Sabahthès, Dictionnaire lopographique du 
dépdvlemenl de l'Aude et la 5^ mention à M. l'abbé Glergeac, 
Chronologie des archevêques, évêques et abbés de l'ancienne 
province ecclésiastique d'Auch. 

Le 30 mai elle a attribué le premier prix Gobert à M. Brutails, 
archiviste de la Gironde, pour son Histoire des églises de la 
Gironde. 

L'Académie des Sciences morales et politiques, dans sa séance 
du 24 mai, a accordé sur le prix Paul-Michel Perret une récom- 
pense à M. Sabatié, Debertier, évêque constitutionnel, et le 
clergé de Rodez, et à M. J. Régné, La condition des Juifs de 
Narbonne du v^ au xrv« siècles. 



Le 29 mai, l'Académie française a décerné une partie du prix 
Thiers (histoire) à M. Th. Ghapufs, Le marquis de Montcalm, 
1712-1759; une autre à M. Fr. de Gélis, Histoire critique des 
Jeux floraux. 

è 

Le troisième Congrès international d'histoire a eu lieu à Lon- 
dres du 3 au 8 avril dernier. Les Français y étaient très peu nom- 
breux. Les seules communications faites au Congrès qui intéres- 
sent spécialement l'histoire de la France méridionale sont les sui- 
vantes : Ch. Bémont, De l'intervention du gouvemenieyit anglais 
dans les institutions municipales de la Guyenne ; R. Gaillemer, 
Les idées coutmnières et la renaissance du droit romain dans 
le Sud'Est de la France. 



384 ANNALES DU MIDI. 



Le Congrès annuel d'histoire, d'archéologie et de géographie 
historique organisé par l'Union des Sociétés savantes du Sud- 
Ouest se tiendra cette année à Périgueux, du 29 juillet au 2 août. 
Le programme, que nous recevons, de ses travaux et excursions 
comporte la visite de la ville du moyen âge, de la Cité, de leurs 
monuments; des excursions à Brantôme et à Bourdeille, à Sarlat, 
Domme et Beynac. Adresser sans retard son bulletin d'adhésion 
à M. Féaux, trésorier du Congrès, 50, rue Combe-des-Dames, à 
Périgueux. 

La librairie F. Gaillard, à Narbonne, vient de rééditer un recueil 
de proverbes narbonnais intitulé : Prouberbis et Redits Narbou- 
neses, recullUs et rengals per letro alfabelico per Moussu Caf- 
fort pèro, surgen a Narbouno (86 pp. in-8o). Ces proverbes avaient 
commencé à paraître, pour la première fois, à partir de 1846, dans 
le Petit Almnnach de Narbonne et étaient dispersés dans plu- 
sieurs numéros de cette publication. 



M. A. Jeanroy vient de publier dans la Bibliothèque des « Clas- 
siques français du moyen âge » les poésies du comte de Poitiers. 
Dans la même collection paraîtra incessamment l'édilion des poé- 
sies de Peire Vidal, par ]\L J. Anglade, avec transcription musicale 
des mélodies par M. J. Beck. D'autre part, M. Jeanroy prépare, 
comme annexe à la même collection, une bibliographie sommaire 
des chansonniers proven('aux. Il serait à souhaiter que cette collec- 
tion comprît une section de manuels élémentaires de grammaire, de 
métrique et même d'histoire littéraire, concernant l'ancien fran(;ais 
et l'ancien provençal. 

La Société amicale Gaston Paris publie le catalogue de la bi- 
bliothèque de l'éminent romaniste. Le premier fascicule {Généra- 
lités et Linguistique) vient de paraître. La publication est faite 
par M. Barrau-Dihigo, bibliothécaire à la Sorbonne, et est en vente 
à la librairie Champion. On sait que la bibliothèque Gaston Paris 
a été donnée à l'École des Hautes-Études par la marquise Arco- 
nati-Visconti, fille d'Alphonse Peyrat, « afin, écrivait-elle, que 



CHRONIQUE. 385 

les instruments de travail du grand savant, rendus facilement 
accessibles aux romanistes de tous pays, servent au progrès des 
études qui ont illustré le nom de Gaston Paris ». 



Nous recevons la quatrième édition de la Chrestomalhie proven- 
çale de M. G. Appel (Leipzig, Reislaiid, 1912; grand in-8° de xli- 
344 pages). Le choix des textes est rest^ le même, mais beaucoup 
ont été remaniés d'après de récentes éditions ou l'ééditions. Nous 
voudrions être sûrs que la France a contribué autant que l'Alle- 
magne au succès de ce livre excellent, qui ne devrait pas quitter 
la table de travail de tout provençaliste. L'avant-propos nous 
apporte une bonne nouvelle : M. Appel publiera prochainement, 
en un fascicule à part, une phonétique de l'ancien provençal. Puis 
viendront, un peu plus tard, une morphologie et une .syntaxe; 
cette dernière publication surtout comblera une lacune li'ès vive- 
ment ressentie. 

M. Karl VoUmœller, l'infatigable éditeur des Roraanische Fors- 
chunge7i et de ÏAnnuaiy^e critique des progrès de la philologie 
rotnane, vient de faire paraître un troisième supplément à une de 
ses publications intitulée : Uher Plan und Einrichiung des lio 
manischen Jahresberichtes. (Erlangen, Fr. Junge, 1913; in-8o de 
xiv-476 pages). On y trouvera le plan détaillé des diverses parties 
dont se compose l'An^ii^aire, depuis la « Philosophie du langage » 
et la (c Phonétique générale » jusqu'aux livres d'enseignement du 
français, de l'italien et de l'espagnol; la liste des collaborateurs 
de YAn7iuaire et le relevé alphabétique des livres envoyés pour 
comptes rendus: c'est la huitième et neuvième liste, les sept autres 
ayant paru auparavant dans les deux suppléments qui précèdent 
celui-ci; ces deux dernières listes comprennent le titre de 6693 li- 
vres ou brochures et forment une véritable bibliographie romane 
jusqu'en 1911. Le dernier volume paru de l'Annuaire contient la 
bibliographie critique des publications concernant le provençal en 
1909, 1910, 1911. Elle est due à M. J. Anglade. 



Mouvement félibréen. — Le nouveau Cartabèu de Santo 
Eslello (no 10) vient de paraître (Avignon, librairie Roumanille). 
On y trouvera de nombreux renseignements concernant le mou- 

A.NNALFS DU Mini. — XXV. ' 26 



386 ANNALES DU MIDI. 

vement félil)réen, les publications qui, de près ou de loin, s'y 
rattachent, ainsi que la liste des félibres majoraux, socis, main- 
teneurs, etc. Cette publication est rédigée par le sympathique et 
dévoué baile du félibrige, le Dr Fallen, d'Aubagne. 

Le journal Vivo Prouvenço, qui, depuis le début de l'année, a 
pris le format de revue, publie, comme supplément au no 95, une 
table des huit premières années. 

Le D' Calor, lauréat de VEscolo deras Pireneos, vient de pu- 
blier quelques f;ibles choisies d'Esope, traduites en gascon (Auch, 
librairie Soulé). 

Le Recueil de l'Académie des Jeux floraux (1913) vient de 
paraître. On y trouvera un substantiel rapport de ]\L Dezasars 
de Montgaillard sur le concours de poésie romane (Deuxième 
partie, p. 186). On trouvera aussi dans cette deuxième partie du 
recueil un spirituel Éloge de Clémence Isaure par M. F. de Gélis 
et vin discours de ]\L Anglade, prononcé le 2 mai, à l'inauguration 
de la statue de la Poésie romane, sur une place de Toulouse. 
Enfin, la première partie du recueil comprend les pièces couron- 
nées au concours de langue d"oc et qui sont signées : P. Fontan, 
L. Gouyer, .J. Monné, .T.-B. Begarrie, J. Ladoux, .J. Pons, A. Peyron. 

La fête de la Sainte-Estelle a eu lieu, cette année, à Aix-en-Pro- 
vence et a été honorée de la présence de Mistral. Le prix de poésie 
tonde à l'occasion des Jeux floraux septennaires a été accordé à 
M. Bruno Durand. M"e Priolo, de Brive, a été nommée reine du 
félil)rige pour sept ans. 

Ont été nommés majoraux : MM. Bonafont, d'Ilhe-sur-Tet (le 
Piislorellel de la vallée d'Arles), Charasse, de Vaison, et Jouveau, 
d'Arles. Nous saluons très sympathiquement la venue d'un Cata- 
lan dans le Consistoire. 

Les groupements fôlibréens de !\Iontauban et de la région se 
préparent à inaugurer l'année prochaine, ù Auvillars (Tarn-et- 
Garonne), une plaque commémorative en l'honneur de Marcabrun, 

Le signataire de ces lignes a publié, comme tirage à part du 
Bulletin de la Co7nmission archéologique de Narbonne, le dis- 
cours prononcé par lui, l'an dernier, à l'inauguration île la i)laque 
commémorative en l'honneur des troubadours narbonnais : Guil- 
lem Fabrc, Bernart Alanhan, (riiiraul Pvi(|ui"r. 11 y a joint la pre- 
mière pastoui'ellc de ce dernier, texte et traduction (Xarbonno, 
librairie Gaillard). 

La Cigalo narbouneso public le texte delà première pastourelle 



CHRONIQUE. 387 

de Guiraud Riquier, avec la traduction en narbonnais moderne, 
par le Dr Albarel. 

Un groupe de félibres toulousains se propose d'élever un buste 
à un poète populaire de Toulouse, qui, sous le pseudonyme de 
L'Anric del Busca (Henri Montant), a publié de nombreuses chan- 
sons et poésies de circonstance. 

Enfin, plusieurs associations félibréennes se proposent de com- 
mémorer, le 13 septembr3 prochain, le septième centenaire de la 
bataille de Muret et d'honorer la mémoire du roi Pierre d'Aragon 
et de ses compagnons d'armes tombés, comme dit Mistral, per 
ampara loïc dreit. M. Anglade a mis sous presse une brochure 
sur La Bataille de Muret, d'après la Chanson de la Croisade, avec 
introduction, texte de la Chanson, traduction et notes (Librairie 
Éd. Privât). J. A. 



Chronique de l'Hérault. 

Nous considérons comme un véritable devoir d'inscrire, au seuil 
de cette chronique, le nom de l'érudit, ami de la première heure 
des Aîinales du Midi, qui depuis longues années avait assumé le 
soin de tenir les lecteurs de cette Revue au courant du mouve- 
ment historique dans la région montpelliéraine. Nous ne saurions 
essayer de reprendre ici la tâche du regretté doyen Léon-G. Pélis- 
sier sans évoquer son souvenir et saluer sa mémoire de l'expres- 
sion de nos regrets. 

La dernière Chronique de l'Hérault {Annales, t. XXH, 1910, 
pp. 267 et suiv.) annonçait la création toute récente (1er juil- 
let 1909) d'une Revue historique du diocèse de Montpellier. Nous 
sommes heureux de constater que les directeurs de cette publica- 
tion ont fait preuve jusqu'à ce jour de la plus louable activité. Non 
seulement ils ont fait paraître avec régularité leur Revue, qui 
contient, à côté d'articles de fond, un assez grand nombre de 
documents intéressants, mais encore ils ont entrepris vaillam- 
ment deux travaux considérables sous les auspices de l'érudit his- 
torien de Maguelone, M. F. Fabrége. Nous voulons parler de la 
publication du Bullaire et du Cartulaire de l'église de Mague- 
lone. 

Il existe aux archives de l'Hérault un manuscrit du xive siècle, 
connu sous le nom de Bullaire de Maguelone, qui contient environ 
cent cinquante bulles. La pensée première des éditeurs avait été 



388 ANNALES DU MIDI. 

de publier ce manuscrit; mais sur les conseils de M. Fabrège, ils 
résolurent de ne point s'en tenir à ce document et de réunir en un 
vaste recueil tous les actes pontificaux concernant le diocèse de 
Maguelone ou les personnages de ce diocèse. MM. les abbés Rou- 
quetle et Villemagne n'ont pas hésité devant cette tâche ardue, et 
ils ont aujourd'hui réalisé, d'une manière à peu près complète, le 
plan qu'ils s'étaient imposé. Tout en conservant l'espoir de pous- 
ser plus tard leur publication jusqu'en 1536, date du transfert du 
siège épiscopal de Maguelone à Montpellier, ils ont fait paraître, 
pour le moment, deux volumes : le premier va de la restauration 
de la cathédrale (vers 1032) à la mort d'Innocent III (1216); le 
second, de l'avènement d'Honorius III (1216) à la mort de Boni- 
face VIII (1303). 

Ce dernier volume n'ayant pas encore été distribué, nous ne 
pouvons juger de l'œuvre que par le tome 1er, le seul que nous 
ayons en mains. Il ne contient pas moins de deux cent dix numé- 
ros. C'est une très estimable publication, un précieux instrument 
de travail, destiné à rendre de sérieux services à nos historiens, 
car, suivant l'heureuse expression de M. Fabrège, ce recueil cons- 
titue une véritable histoire de Maguelone écrite par les papes. 
L'ouvrage se recommande autant par le soin et la précision avec 
lesquels les textes ont été publiés que par l'abondance des notes 
bibliographiques, liisloriques et critiques qui les accompagnent. 
Ajoutons, ce qui n'est pas à dédaigner, que cette publication, faite 
dans le format in-4o adopté par la Société archéologique de Mont- 
pellier pour ses Carlulaires, est luxueusement éditée au point de 
vue typographique. 

Le Carlulaire de Maguelone se présente d'une manière plus 
modeste, au moins quant à la forme. MM. Rouquette et Villema- 
gne, que ne sauraient elîrayer les entreprises les plus laborieuses, 
ont commencé dans leur Revue historique (no du 15 janvier 1912) 
lu publication de l'énorme recueil de plus de 2,400 aclesqui cons- 
titue le Carlulaire de Maguelone conservé aux archives de l'Hé- 
rault. 11 est vrai de dire que certains de ces actes sont en double, 
que 150 environ ont été publiés dans le Bullairé et que l'on peut 
sans inconvénient détacher du recueil près de 800 actes intéres- 
sant la baronnie de Sauve. De ce chef, il est possible d'alléger la 
publication d'un millier d'actes. Les éditeurs ont cru pouvoir 
encore se dispenser de reproduire les formules de style employées 
par les niitairt^s dans les divers contrats, de manière à ne donner 



CHRONIQUE. 389 

que les parties essentielles de ces derniers. Nous estimons qu'il y 
a lieu de faire quelques réserves à l'égard de cette méthode de 
publication. Nous ne saurions également approuver le classement 
purement chronologique des chartes, groupées par épiscopat. Nous 
aurions préféré que les éditeurs respectassent le classement topo- 
graphique des documents, plus conforme à la conception médié- 
vale d'un cartulaire. Quoi qu'il en soit, l'œuvre est en bonne voie 
d'exécution, puisque le recueil, qui s'ouvre par le diplôme délivré 
le 15 mars 819 à l'évêque Argemire par Louis le Débonnaire, est 
parvenu dans le dernier numéro de la Revue (15 avril 1913) à la 
date du 18 juin 1209, ce qui représente déjà un total respectable 
de 296 actes, publiés avec notes et éclaircissements historiques et 
géographiques. Il sera fait un tirage à part de cette publication 
qui ne formera pas moins de cinq volumes in-8o. 

De son côté, l'infatigable historien de Maguelone n'est point 
resté inactif. Il vient de faire paraître le tome troisième du monu- 
mental ouvrage qu'il consacre à l'antique cité. Ce volume porte en 
sous-titre : Réunion de Monipelliev à la France. Les Écoles et 
l'Université de Montpellier. C'est une œuvre de haute érudition, 
à laquelle on ne saurait adresser d'autre reproche que la tendance 
de l'auteur — déjà manifestée dans les précédents volumes — à 
rattacher à son sujet toute Thistoire d'une époque. Cette tendance 
est particulièrement affirmée dans le chapitre xxiv, qui traite de 
« L'Église de Maguelone, centre du cycle épique et des trouba- 
dours ». 

Le Conseil de notre Université vient enfin de publier, après un 
intervalle de vingt-deux années, le deuxième volume du Cartu- 
laire de l'Université de Montpellier. Le tome 1er avait paru 
en 1890, à l'occasion des fêtes du sixième centenaire ; il contenait 
une série de documents s'échelonnant entre les années 1181 
et 1400. Le nouveau volume, qui est exclusivement l'œuvre de 
M. Joseph Calmette, aujourd'hui professeur à l'Université de Tou- 
louse, se compose de trois parties, précédées d'une intéressante 
introduction. La première est consacrée à la publication d'un 
ancien inventaire des Archives de la Faculté de médecine, consi- 
déré comme perdu en 1890. Ce volumineux manuscrit, retrouvé 
par M. Calmette, est daté de 1583; il mentionne un grand nombre 
de pièces aujourd'hui disparues et mérite, à ce titre, d'être consi- 
déré comme une source des plus importantes pour l'histoire de 
l'Université. La deuxième partie est constituée par Tinventaire 



390 ANNALES DU MIDI. 

des archives actuelles de la Faculté de médecine, que M. Calmette 
a classées avec beaucoup de sagacité. Enfin, la dernière est un 
supplément destiné à compléter le recueil des documents anté- 
rieurs à 1400, publiés dans le tome 1er, Par cette importante 
publication, autant que par le classement des archives de l'Uni- 
versité, M. Calmette s'est acquis des titres à la gratitude des tra- 
vailleurs montpelliérains. Et maintenant, à quand le volume III, 
consacré aux documents du xv" siècle? 

L'Association des Amis de l'Université de Montpellier a, depuis 
plusieurs années, adopté l'excellent usage de convier ses membres 
à une série de conférences pendant l'hiver. En 1911, M. Gartailhac 
obtint un très légitime succès en résumant, en quelques brillantes 
leçons, le dernier état de la science préhistorique. L'année der- 
nière, les conférences furent plus pai;ticuliérement locales. M. Ch. 
Flahault traita de la Géographie méditerranéenne; M. André Jou- 
bin de la formation et de l'évolution de Montpellier; M. Babut des 
origines de notre Université; M. le doyen Gachon de la vie munici- 
pale montpelliéraine aux xviie et xviii' siècles; enfin, M. Louis-J. 
Thomas, après avoir pris comme sujet, une première fois, la 
réunion de Montpellier à la France, obtint beaucoup de succès 
dans une humoristique causerie sur : Montpellier, il y a cent ans 
(1811-1812). Ces six conférences ont été réunies en une brochure 
sous le titre de : Conférences sur l'Histoire de Montpellier. 

Signalons encore sur l'ancien Montpellier un livre récent de 
MM. Bonnet et .Joubin. Montpellier aux XVII^ et XVIIIe Siècles : 
Architecture et Décoration est un recueil de plus de cent plan- 
ches en phototypie, précédées d'un commentaire dans lequel les 
auteurs ont essayé de dégager et de résumer les éléments caracté- 
ristiques de l'architecture montpelliéraine. 

Cet ouvrage a été publié sous les auspices de la Société arcliéo- 
logique de Montpellier, qui a complété en 1911 le quatrième volume 
de ses Mémoires (2* série). On y trouve, outre les articles signalés 
dans la précédente chronique et d'assez nombreuses notices ar- 
chéologiques, des études de M. Grasset-Morel sur l'Hôtel Sainl- 
Côme, fondation de La Peyronie en faveur des chirurgiens de 
Montpellier, de M. J. Berthelé sur la Voie Domitienne d'Amhrus- 
suni au Forutn Domilii, de M"e L. Guiraud sur le séjour de 
Julius Pacius en Languedoc (1597-1616), etc. 

Nous devons encore à Mi'e Guiraud un excellent travail sur la 
Création et restauration du Jardin du Roi à Montpellier par 



CHRONIQUE. 391 

Pierre liichcr de Belleval (1593-1632). L'Académie des sciences 
et lettres en a reconnu le mérite en lui décei'nant, en H»12, le prix 
Ricard. Celte étude, qu'accompagnent de très nond>reux documents 
inédits, est un légitime hommage rendu au fondateur du premier 
Jardin des Plantes français. Elle prendra place dans le 4e volume 
du recueil des Archives de la Ville de Monlpcllier. 

La Société archéologique de Béziers continue à pulilier réguliè- 
rement son Bulletin dont la majeure partie est consacrée aux rap- 
ports sur ses concours annuels d'iiistoire et de littérattire. Men- 
tionnons toutefois, dans le Bulletin de 1912, un travail de 
M. P. Gassan sur La commanderie et la paroisse de Campagno- 
les, près Cazouls-lès-Béziers [1109-1793). 

La même Société a fuit paraître, en dehors de son Bulletin, sous 
le titre : L'Histoire de Béziers racontée par ses pierres, un ca- 
talogue de son riche musée lapidaire. Ce catalogue, illustré de 
nombreuses phototypies, est l'œuvre de MM. Dardé et Sournies, 
qui ont très largement mis à profit les noies tlii regretté archéolo- 
gue biterrois Louis Noguier. 

Saluons de nos meilleurs vœux la création d'un nouveau centre 
d'études archéologiques d;uis l'Hérault. Grâce à l'inlassable acti- 
vité de M. J. Sahuc, bien connu par ses nombreux travaux sur la 
région de Saint-Pons-de-Thomières, cette ville possède aujourd'hui 
un fort intéressant musée archéologique et une Association des 
Amis du Musée, dans laquelle nous nous plaisons à voir l'embryon 
d'une société savante. 

A l'actif de IM. Sahuc, il convient de mentionner encore plu- 
sieurs publications nouvelles : une très bonne et complète étude 
sur Pierre-Jean-François de Percin de Montgaillard, évéque de 
Saint-Pons {1 633-1 7 1 3)^ ; nn Dictionnaire topograpliique et his- 
torique de l'arrondissement de Saint-Pons, contenant les noms 
de lieux anciens et modernes^ publié en premier lieu dans le 
Bulletin de la Société languedocienyie de Géographie; entin, 
V Inventaire sommaire des Arciiives hospitalières [de Saint-Pons] 
antérieures à 1790, précédé de notes historiijues sur l'hospice de 
cette ville. 

Nous avons peu de monographies locales à signaler. Citons ce- 
pendant une bonne Histoire de Saint-Martin-de-Londres, par 
l'abbé Emile Bougette, qui avait précédemment donné une non 

1. Cf. un compte rendu, Annales, t. XXIII, p. i^29. 



392 ANNALES DU MIDI. 

moins estimable liistoire de Montblanc et qui publie actuellement 
dans la Revue historique du Diocèse un travail sur Puéchabon ; 
une histoire de Marsillargues, par l'abbé Valentin Durand; une 
étude sur la Yille de Bédarieux, par M. Roger Allaire; enfin, un 
tout récent livre sur Mont février , par M. G. -A. Belraont-Joris, an - 
cien consul de France. 

Les jeunes maîtres de notre barreau se plaisent aux études 
historiques. En l'Jli, le discours d'ouverture des C'onférences du 
stao-B a été prononcé par M. Jean Guibal, qui avait pris pour 
sujet ; L(i Cour du Petit-Scel royal et l'annexion de Mont- 
pellier à ta France, et en 1912, par M. Emile Allien, qui a traité 
de La Cour du Bayle de Montpellier depuis l'émancipation 
conununale. 

Les Archives départementales sont aujourd'hui définitivement 
et confortablement installées dans les vastes locaux du Grand-Sé- 
minaire, construits en 1664 pour un couvent de Récollets et rendus 
célèbres par le séjour de Ferdinand Fabre. Des versements impor- 
tants y ont été faits, ces derniers mois, notamment par plusieurs 
notaires. Il serait à souhaiter que l'excellent exemple donné par 
ces derniers trouvât de nombreux imitateurs. L'actif conserva- 
teur des Archives, M. Berthelé, malgré les tracas et les soucis 
d'une laborieuse installation, a trouvé le temps de poursuivre l'in- 
ventaire de son riche dépôt. Ses derniers travaux ont été le Ré- 
pertoire numérique de la série A (actes du pouvoir souverain) et 
celui des Archives communales (une mention spéciale est due aux 
fonds de Lodéve et de Lunel, particulièrement importants). 

[/intéressante revue consacrée par M. Berthelé, sous le titre 
iVPJphemeris campa nographica, à l'archéologie ôt à l'histoire cam- 
panaires, termine vaillamment sa quatrième année d'existence. 

Une touchante cérémonie réunissait, le 24 avril dernier, à la Bi- 
bliothèque nuinicipale, la plupart des érudits montpolliérains, les 
habitués des salles de lecture et les amis personnels du vénérable 
conservateur de ce dépôt. La réunion, d'un caractère tout à fait 
in lime, avait pour ol)jct la célébration du cinquantième anniver- 
saire de la nomination de M. Léon Gau<lin aux fonctions de 
liildiothécaire de la ville de Montpellier. L'œuvre féconde du jubi- 
laire, grâce auquel notre Bibliothèque compte aujourd'hui parmi 
Ibs plus riches de province, fut louée en d'excellents discours, et un 
artistique haut-relief reproduisant ses traits fut offert à la ville, 
représentée par son premier magistrat, pour perpétuer, dans une 



CHRONIQUE. 393 

des salles de cette Bibliothèque, le souvenir de l'érudit qui, 
depuis un demi-siècle, consacre son activité à l'accroissement du 
patrimoine intellectuel de la cité. Emile Bonnet. 



Chronique de Toulouse et de la Haute-Garonne. 

Depuis notre dernière chronique, parue en janvier 1910, est 
décédé, le 9 janvier 1911, un des bienfaiteurs de nos Sociétés 
savantes, M. Deloume, doyen honoraire de la Faculté de droit de 
Toulouse, où il professa longtemps, de 1868 à 1906, après en avoir 
été l'élève. 

Il avait consacré à l'histoire de cette antique Faculté, ainsi qu'à 
l'histoire du droit à Toulouse, des travaux intéressants, pleins de 
vie, mais assez rapides, comme en témoignent les titres qu'il leur 
a donnés : Ape)'çu historique sur la Faculté de Droit de l'Uni- 
versité de Touloîcse, 1899. — Faculté de droit de Toulouse, fon- 
dée en 1229. Centenaire de la réorganisation de 1805. Histoire 
sommaire de la Faculté. Privât, 1905; in-8o de 20-'3 pages. — Le 
monde du droit et les hommes de finances à Toulouse vers le 
milieu du xvie siècle, 1898. Mais son grand mérite est d'avoir 
contribué de tout son patriotisme local, de ses qualités d'admi- 
nistrateur, de sa science de juriste, de ses deniers enfin à la 
création d'un « Institut provincial appelant à lui les forces vives et 
spontanées de notre sol. » Car tel est le résultat qu'il entrevoyait 
au bout de l'installation des six Sociétés savantes de Toulouse 
dans l'hôtel d'Assézat, que leur avait par testament destiné 
M. Ozenne. 

La Ville était légataire de ce bel immeuble et de plusieurs 
autres. M. Deloume, administrateur des biens légués jusqu'à la 
délivrance desdits biens, qui se fit longtemps attendre, sut enga- 
ger dès l'abord les dépenses indispensables, réparer et aménager 
l'hôtel, y établir les Sociétés et les mettre dans leurs meubles. 
Son idée peu à peu se réalisait. Il avait mis lui-même en train les 
travaux d'une Bibliothèque centrale et les poursuivait énergique- 
ment. Ils viennent d'être repris, par suite du versement à la caisse 
municipale de la moitié des fonds nécessaires. 

Cependant on continue le classement et le catalogue des livres 
des diverses Sociétés. Celui qui concerne l'Académie des Sciences, 
Inscriptions et Belles-Lettres est terminé; on le tient à jour régu- 



394 ANNALES DU MIDI. 

lièrement; il en existe un double à la Bibliothèque de l'Université 
(Lettres-Droit). Malheureusement, un accident déplorable— l'incen- 
die, eu octobre 1910, de l'autre section de la Bibliothèque universi- 
taire (Sciences-Médecine), — en détournant sur d'autres points 
l'attention et les soins du bibliothécaire de l'Univei'sité, M. Crouzel, 
a ralenti ceux qu'il donnait aux collections des Sociétés. Il a cepen- 
dant catalogué la moitié de celles de la Société de géogra|)hie. 
D'autre part, M. Chinault a terminé le catalogue relatif aux Jeux 
floraux et entrepris celui des livres de l'Académie de Législation. 
Celui du fond très important de la Société archéologique a été 
dressé par le Président, M. J. de Lahondès. 

Les concours des Sociétés savantes de Toulouse continuent à 
provoquer de nombreux travaux. De 1908 à 1911, la Société archéo- 
logique du Midi de la France a récompensé des ouvrares manus- 
crits fort intéressants. Le prix de Clausade a été décerné, en 19C8, 
à l'étude de M. Tabbé Lalïorgue sur la Grande Lande, partie du 
gardiage de Toulouse qui comprend aujourd'hui, entre la Garonne 
et l'Hers, les territoires de Lalande et de Croix Daurade ; elle four- 
nit de nombreux renseignements sur la vie agricole de ce pays au 
moyen âge, sur la paroisse de Croix-Daurade et le percement du 
canal du Midi^. Un nouveau travail a été consacré par M. l'abbé 
Corraze à la baronnie et au château archiépiscopal de Balma; 
il a pu faire avec des baux à besogne la description de celte rési- 
dence des archevêques de Toulouse, détruite par l'archevêque de 
Brienne, et retracer l'histoire des archevêques comme barons de 
Balma. M. l'abbé Ariès a fait l'histoire de la paroisse de Saint- 
Exupére à Toulouse et des autres édifices religieux utilisés dans 
le quartier Saint-INIichel. M. Ch. Fouque a écrit un chapitre de 
l'histoire de la céramique à Toulouse en étudiant la fabrique de 
faïences des Dumont au xviiic siècle et en leur restituant des 
produits altribnés jiis(iu'ici à Nevers. M. Tabbé Maurdte a trans- 
crit, avec une biographie et des annotations sommaires, les 
œuvres valencicnnes, castillanes et latines de .lohan l?alaguer, 
moine de Valdigna (près de Valence), ,dn début du xvic siècle, 
d'après le manuscrit du monastère de Sainte-Marie-du-Désert 
(Haute-Garonne) : ce travail fait connaître un auteur et une 
œuvre d'une certaine importance, qui attendent une étude plus 
approfondie. Le prix Ourgaud de 1909 a été décerné à un très 

L Cf. un compte rendu, AtDiales, 1912, p. Sl^>. 



CHRONIQUE. 395 

consciencieux travail de M. l'abbé J. Bénaben sur La comvian- 
derie du Nomdieu, ses annexes et dépendances, volumineux 
recueil de documents annotés sur ce domaine des Hospitaliers, 
près de Nérac, depuis la fondation de l'hospice sur une terre 
donnée par Gaston V de Béarn vers 1160 jusqu'à la Révolution. 
M. Marins Millau a rédigé un Inventaire sommaire des visites 
paroissiales et documents concernant les paroisses df. l'ancien 
diocèse de Toulouse. L'Académie des Sciences, Inscriptions et 
Belles-Lettres de Toulouse a récompensé, entre autres travaux 
manuscrits : en 1910, une étude de M. Ed. Forestié sur La Grande 
peur de 1789 dans le Midi, dont il rend responsable, sans preu- 
ves, la franc-maçonnerie; en 1911, un travail de M. Axel Loze 
sur la déforestation et le déboisement dans la région pj'rénéenne; 
un mémoire de M. H. Roux sur La loi Guizol et son application 
dans un coin du Languedoc. Le prix Ozenne de 1911 a été par- 
tagé entre deux mémoires très distingués; M. Loubet a composé, 
avec de nombreux documents inédits, le premier tableau véridi- 
que et impartial, en même temps que très original et très vivant, 
de l'histoire de Toulouse pendant les Cent-Jours. M René Gadave, 
continuant les recherches de Gatien-Arnoult, Auguste Molinier, 
Denifle, Fournier, Saint-Charles, a dressé l'inventaire raisonné, 
précédé d'une introduction critique, de treize cent soixante-sept 
pièces relatives à l'Université de Toulouse : il n'y a plus qu'à 
tirer l'histoire de l'Université de ce précieux recueil de maté- 
riaux i. 

A la Faculté des lettres, M. J. Anglade a été nommé, en 1910, 
professeur de langue et littérature méridionales, en remplacement 
de M. J. Jeanroy, appelé à la Sorbonne, et, en 1912, M. J. Galmette 
a succédé, dans la chaire d'histoire du moyen âge et de la France 
méridionale, à M. Gh. Molinier, décédé. 

La cathédrale Saint-Étienne va être restaurée. Dès le xiv® siècle 
on s'était décidé à remplacer l'église romane du xiie, déjà démo- 
dée, par un édifice ogival semblable à la splendide cathédrale de 
Beauvais et autres. Faute de ressources suffisantes, et malgré de 
hardies reprises des travaux, on dut s'arrêter à moitié chemin ; 
même un terrible incendie obligea de dresser la voûte refaite du 
chœur à 14 mètres trop bas. 

En 1864, la Ville, pour continuer la restauration et achever l'édi- 

1. Cf. un compte rendu, Annales, 1912, p. 146. 



396 ANNALES DU MIDI. 

fice, lança une loterie, qui produisit péniblement 470.000 francs. 
Cette somme fut grossie par les intérêts composés et, en 1889, par 
le legs Lignères que le Chapiti'e de Saint-Élienne fut autorisé à 
accepter; or, il était d'un million. Rien dans les documents publiés 
ne permet de comprendre pourquoi en juin 1910, 1.700.000 francs 
seulement étaient disponibles. 

Une Commission fut nommée pour examiner les nouveaux 
plans de l'architecte diocésain, M. Louzier (il'aulres, antérieurs, 
avaient été refusés en 1888 par une précédente Commission). Elle 
trouva qu'encore une fois la vieille nef du xii» siècle n'élait pas 
assez respectée. Un an après, les plans rectifiés lui furent soumis; 
examinés, ils furent acceptés avec cette réserve que la Commission 
serait réunie au moins une fois par an, « afin de trancher les 
incidents qui pourraient se produire au cours de l'exécution du 
projet adopté ». (28 juin 1911.) 

On vient de terminer l'expropriation légale de tout le moulon 
de maisons couvrant, au nord, la masse de l'église et d'en com- 
mencer la démolition. De ce chef, on avait prévu une dépense de 
532.000 francs, au maximum, elle est déjà en réalité de 
627.072 fr. 50 c! 

Puis, il faudra étayer et cintrer les parties à conserver, établir 
au nord une entrée monumentale ayant pour objet de souder en 
façade les deux parties de l'édifice, adjoindre une galerie bas-côté 
de trois travées, longeant la nef actuelle jusqu'au clocher : celte 
galerie servira de dégagement et d'abri, tout en respectant le plus 
possible le mur de la nef du xne siècle; elle équilibrera, au point 
de vue esthétique, l'élévation du portail nord (578.000 francs de 
dépenses prévues). 

Le troisième chapitre est relatif à la restauration de la nef 
du xiif, et comporte une dépense de 133.000 francs, plus 40.000 
pour le statuaire, 71.000 pour la peinture décorative et les 
vitraux, 13.000 pour le mobilier. Au total, 236.900 francs res- 
taient disponibles pour frais imprévus. Qu'adviendra-t-il? On 
ne sait. 

La Société française des fouilles archéologiques fondée il y a 
peu d'années, et (jui dispose déjà de revenus suiïisanls, a invité 
par circulaire les principales Sociétés archéologiques de province 
à indi(]uer les points qui, dans chaque région, mériteraient d'être 
explorés. La Société archéologique du Midi avait signalé Saint- 
Bertrand de Coniminges. M Marcel Dieulafoy, président actuel de 



CHRONIQUE. 397 

la Société des fouilles, appuya cette proposition; il nomma un 
Comité pour l'étudier et en préparer l'exécution. Il vint lui-même 
à Saint-Bertrand et s'entoura de tous les renseignements que lui 
fournirent M. R. Lizop. dont les recherches sur les ruines de 
Lugdimum Convenarum ont été publiées à diverses reprises, en 
1910 et 1912, dans la Revue des éludes anciennes, et M. Lagerle, 
instituteur à Saint-Bertrand, dont l'école est justement au milieu 
du terrain couvrant les ruines. M. Lagerle a eu l'obligeance de 
s'aboucher avec tous les propriétaires intéressés ; mais la Société 
des fouilles a trouvé que les exigences de ceux-ci dépassaient les 
prévisions; naturellement elle favorise d'abord les recherches 
les moins onéreuses et susceptibles pourtant de donner de bons 
résultats. 

Une enquête de M. Cartailhac, secondé par toute la bonne 
volonté de ]M. Barrousse, maire de Saint-Bertrand, a permis d'éta- 
blir que les terrains sont plutôt des jardins, des vergers que des 
champs ordinaires; on espère donc que la Société des fouilles, 
mieux informée, reviendra sur son opposition. 

En attendant, elle est disposée à aider les propriétaires qui 
spontanément ont commencé des fouilles, à la condition qu'elle 
aura un droit de préemption sur les monuments découverts. 

La Société des fouilles, au cas où elle tomberait définitivement 
d'accord avec les propriétaires, veut éviter la faute commise à 
Martres. Elle estime que, si les substructions sont importantes, il 
faudra les garder à découvert, accessibles aux visiteurs qui ne 
manqueront pas, surtout dans la saison balnéaire. M. Gruppi, 
président du Conseil général de la Haute-Garonne, ayant compris 
toute l'importance pour le département et les hautes études d'un 
pareil projet, a donné l'espoir que le Conseil général s'intéresse- 
rait à la formation et à la conservation sur place du « Musée 
romain de Saint-Bertrand de Comminges «. Ce beau résultat sera 
obtenu si chacun se montre désintéressé, si l'on procède lentement 
et méthodiquement. 

Déjà les fouilles superficielles entreprises par un des proprié- 
taires et vérifiées par une commission de la Société Archéologique 
du Midi ont montré qu'à côté du cimetière actuel de la localité et 
de l'autre côté de sa chapelle, dont les plus vieux murs sont des 
morceaux de marbres en partie sculptés, étaient des tombeaux 
volumineux, grossiers, remontant sans doute à une période recu- 
lée du moyen âge. Il y a au-dessous un fouillis de murs romains, 



398 ANNALES DU MIDI. 

et tout près des surfaces pavées en mosaïques. Ainsi s'est confirmé 
et complété déjà sur un point intéressant le plan provisoire publié 
par M. R. Lizop. 

P.-S. — Les fouilles d'un propriétaire de Saint-Bertrand vien- 
nent de lui livrer la statue mutilée d'une Cérès assise. Elle est en 
marbre de Saint-Béat, d'un bon travail romain, mais elle a perdu 
sa tête et le bas du corps. De plus, elle a subi d'autres injures, 
ayant été utilisée dans la confection d'un mur. Une semblable 
statue est figurée dans le Corpus de M. S. Reinach, t. II, vol. ii, 
688. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



BouRGOiN, FoROT, PiFFAULT. Le Bas-Lîmousin, Lectures sur 
V Histoire et la Géographie de la Corrèze. Ussel, Eyboulet frères, 
1913; in-18 de 297 pages. — Ce petit volume a pour objet de faire 
connaître aux écoliers du département de la Corrèze l'histoire 
sommaire du Bas-Limousin. En le composant, les auteurs, 
M. Bourgoin, inspecteur d'Académie ; M. Piflfault, directeur 
d'École normale; M. Forot, conservateur du Musée de Tulle, se 
sont inspirés d'une circulaire de M. Maurice Faure (25 fév. 1911), 
qui invitait les inspecteurs, professeurs ou instituteurs à mieux 
faire connaître à leurs élèves la région où ils étaient nés. Cette 
histoire du Bas-Limousin va depuis la période préhistorique 
— avec l'homme de La Cliapelle aux Saints — jusqu'à nos jours. 
Une place, que nous voudrions un peu plus large, est faite à la 
littérature limousine et aux troubadours. On aurait pu sans 
inconvénient y ajouter quelques noms de poètes limousins mo- 
dernes; il y en a d'intéressants dans ce coin du Midi. Souhaitons 
que l'exemple donné par le Limousin, le Roussillon et la Lorraine 
(où existent des ouvrages de ce genre) soit bientôt suivi en Lan- 
guedoc, et que les petits écoliers languedociens ne soient pas 
tenus dans l'ignorance absolue du glorieux passé de leur région. 

J. Anglade. 

Brouillard (R.). Nouvelles recherches sur les Girondins. 
Bordeaux, Gounouilhou, 1913; grand in-S» de 64 pages (Extr. de 
la Rev. hist. de Bordeaux, V). — En bon style, avec force détails 
inédits, M. Brouillard retrace la lamentable odyssée de cinq 
députés « girondins » proscrits par le coup de force parlementaire 
du 2 juin 1793. C'étaient : Guadet (de Saint-Émilion), Pétion (de 
Chartres), Buzot (d'Évreux), Barbaroux (de Marseille) et Louvet 



400 ANNALES DU M^DI. 

(de Paris). Après avoir erré trois mois sous divers déguisements 
à travers la Normandie et la Bretagne, nos cinq « Girondins » 
étaient parvenus à Brest, d'où ils s'embarquèrent nuitamment 
pour le Bec-d'Ambès, afin d'atteindre Saint-Émilion et Libourne. 
Les dangers furent grands, les complicités nombreuses. — Le récit 
est conduit 1res objectivement et très méthodiquement, jour après 
jour, du 20 au 28 septembre 1793. Chaque assertion est appuyée 
d'un renvoi aux documents d'archives ou aux mémoires du temps. 
L'auteur, qui s'est fait de l'étude de la Révolution dans la Gironde 
une spécialité entre plusieurs autres, semble vraiment ne rien 
ignorer de ce qu'il pouvait savoir. Son étude, extrêmement fouil- 
lée, peut être proposée comme modèle du genre. A. Leroux. 

Delage (F.). Mélanges d'archéologie limousme. Nouvelle sé- 
rie. Limoges, Ducourtieux et Goût, 1913; grand in-8o de 18 pages 
(Extr. du Bull. Soc. nrch. du Limousin, XLII). — Poursuivant 
ses recherches préhistoriques, M. Delage, après examen critique 
des listes existantes, fixe le nombre des dolmens de la Haute- 
Vienne à 27 subsistants, 11 détruits, 7 douteux. Il expose ensuite 
les résultats des fouilles opérées par lui dans un tumulus de 
Sainl-Germain-les-Belles, décrit deux haches de bronze trouvées 
dans la commune d'Oradour-sur-Glane et étudie les sépultures 
gallo-romaines découvertes dans la commune de La Groisille. 

A. Leroux. 

Ducourtieux (P.). Le premier gisemenl de kaolin en France 
découvert 2>ar J.-B. Darnet. Réponse à M. E. Labadie. Limoges, 
Ducourlieux et Goût, 1912; grand in-8t» de 22 pages (Extr. du 
cinquième Congrès de V Arbre et l'Eau, tenu à Saint-Yriex en 
1911). — S'aidant de documents originaux que M. le D"" Escorne 
a pendant un demi-siècle tenus sous le boisseau, M. Ducourtieux 
soumet à un examen minutieux le mémoire de M. E. Labadie sur 
le pharmacien bordelais M. -H. Yilaris et la découverte du 
kaolin en France, 1766-68 (voir les Annales du Midi, 1909, 
p. 423). La tradition, depuis longtemps enregistrée en Limousin, 
qui attribue la découverte accidentelle du kaolin de Saint-Yriex à 
Darnet, chirurgien de cette ville, se trouve définitivement confir- 
mée. Seulement, jusqu'en 17G9, Darnet a cru qu'il avait découvert 
une terre à fouler : M. Ducourtieux le dit lui-même (pp. G et 13) 
après M. Labadie et tous ceux qui se sont occupés de la question. 
Vilaris fut le premier à reconnaître que cette terre était le kaolin 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 401 

dont les Chinois fabriquent la porcelaine. M. Ducourlieux le 
confirme (p. 4) et M. Labadie n'a pas dit autre chose. Le mérite 
de Vilaris l'emporte donc sur celui de Darnet. Les documents 
publiés par M. Ducourtieux rectifient cependant sur trois points 
secondaires l'étude de M. Labadie. Vilaris n'a point tout d"a])ord 
songé à rechercher le kaolin en Limousin. C'est bien Darnet qui, 
le premier, lui envoya un échantillon delà terre blanche. Alluaud 
a bien réellement connu les premières démarches de Vilaris 
auprès de Darnet, sans cependant entrevoir toutes les manœuvres 
auxquelles se livra le pharmacien bordelais pour obtenir seul la 
récompense promise. — Du chimiste de Sèvres, Mac(iuer, il ne 
peut plus être question. Alfred Leroux. 

DuPRAT (E.). Note sur le mot thor ou tor. Aix-en-Provence, 
1911; in-8o de 14 pages (Extr, des Annales de Provence, t. VIII, 
1911). — Ce mot est fréquent dans la toponymie de la région avi- 
gnonnaise, où il est attesté, sous des formes diversement latini- 
sées, depuis le xiie siècle. Il n'y aurait aucune difficulté à le 
rattacher au latin lorus si les lieux qu'il désigne étaient situés 
sur des hauteurs; mais ceux-ci, au contraire, sont en général voi- 
sins de cours d'eau ou étangs. M. Duprat suppose que torus avait 
pris en Provence le sens de « terrasse bordant un cours (ou une 
étendue) d'eau ». C'est d'autant plus vraisemblable que Virgile a 
qualifié les berges de lori riparum {É7i. VI, 674), comme le rap- 
pelle M. Duprat. Il faut seulement prendre garde de ne pas ratta- 
cher à cette racine des noms provenant de turris ou même de 
taurus, et ne pas faire grief à Raynouard et Levy des traductions 
« tour » et « taureau », puisque ce sont précisément ces mots 
qu'ils avaient en vue. A. Jeanroy. 

Labadie (Ernest). Les porcelaines bordelaises. Notice histo- 
rique sur une manufacture de porcelaine à Bordeaux sous 
Louis XYL Ouvrage contenant quatre planches en couleurs, un 
plan et des marques de fabrique. Bordeaux, A. Mollat, 1913; gr. 
in-8o de 96 pages. — Aux nombreuses études qu'il a déjà publiées 
sur la céramique régionale, M. E. L. ajoute une nouvelle unité en 
s'occupant de la manufacture de « porcelaine dure » qui fut fondée 
par les Verneuilh au château de Bordes près Bordeaux en 1781, 
dix ans après celle de Limoges, sept ans après celle de St-Yrieix, 
cinq ans après celle de Marseille. L'information de l'auteur repose 
avant tout sur les documents d'archives (spécialement ceux des 
annales du midi. — XXV. 27 



402 ANNALES DU MIDI. 

fonds Alluaud qu'il a compulsés aux Archives de la Haute-Vienne 
en 1905) et sur les pièces des musées de Sèvres et Limoges et de 
quelques collections particulières. Il a pu ainsi faire justice d'une 
foule d'erreurs que l'ignorance des vulgarisateurs parisiens et la 
légèreté de Camille Leymarie ont mises en circulation. — Dans 
Ihistoire de la manufacture de Bordeaux, M.E. L. distingue deux 
périodes : celle de Pierre Verneuilh et neveu (marque W dorés), 
1781-87 et celle de Vanier et Alluaud (marque V. A entrelacés 
têle-bêche), 1787-90, qu'il étudie tour à tour à fond. Verneuilh avait 
avec Limoges de vieilles i-elations commerciales, Alluaud des 
rapports de naissance et de parenté que l'auteur a bien mises en 
lumière et qui autorisent à voir dans la manufacture de Bordeaux 
comme une inspiration de celles du Limousin, d'où elle tirait 
d'ailleurs son kaolin. — Critique exacte, abondante et minutieuse, 
l'étude de M. E. L. se recommande à quiconque s'intéresse aux ori- 
gines de l'industrie porcelainière en France. A. Leroux. 

Legler (chanoine A.). Le Limousin et la Marche au tribunal 
révolutionnaire de Paris. Limoges, Ducourtienx et Goût, 1912, 
t. I ; gr. in-8o de 398 pages. — Reproduction tantôt intégrale, tantôt 
analytique, avec notes et commentaires, de documents originaux 
conservés pour la plupart aux Archives nationales et transcrits 
en majeure partie par M. P. Gaumy. Ces documents concernent 
vingt-quatre personnages des départements de la Haute-Vienne, 
de la Corrèze et de la Creuse, rangés suivant l'ordre de leur com- 
parution, du milieu de 1793 au milieu de 1794, entre aulres : 
A.-J. Gorsas, P.-V. Vergniaud et B. de Lesterpt-Beauvais, tous 
trois députés à la Convention; J.-L. Gouttes, évêque constitu- 
tionnel de Saône et-Loire; des ecclésiastiques, des religieuses, des 
officiers, des nobles, des femmes. L'introduction (15 p.) donne 
d'utiles indications sur l'organisation et le fonctionnement du 
tribunal révolutionnaire. — Cette publication, qui formera au total 
trois volumes, est un nouveau service rendu par M. L. à l'élude 
de la Uévolulion eu Limousin. Elle étend considérablement le 
champ d'exploration qu'il avait choisi jadis en retraçant l'histoire 
des Martyrs et Confesseurs de la fui dans le diocèse de Limoges. 
L'auteur déclare ne vouloir faire « ni une œuvre de flétrissure, ni 
une œuvre de glorification i>our un parti politique quelconque, 
mais seulement flétrir le crime, qui ne doit être d'aucun parti... ». 
L'intention est excellente, mais l'exécution malaisée. 

A. Leroux. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 403 

Le livre vert de Lacaune {Tarn). Bergerac, Imprimerie géné- 
rale du Sud-Ouest (J. Castanet), 1911 ; in-S» de xvn-311 pages. — Le 
a Livre vert » est un recueil, formé presque entièrement au x.ve siè- 
cle, d'actes divers, dont la plupart sont dos octrois de privilèges ou 
des règlements de police. Deux seulement, de la fin de ce siècle, 
sont en latin; trois, du xviie, en français; les autres, au nombre 
de quatre-vingts environ, du xi[i« et du xive, en langue vulgaire. 
L'éditeur a fait précéder ou suivre les textes d'une description du 
manuscrit (avec fac-similé), de considérations sur la langue, de 
quelques recherches historiques sur les seigneurs de Lacaune (sans 
indication de source), d'une liste des consuls et notaires nommés 
dans les actes, etc. Ces textes contiennent quelques lacunes ou 
fautes qu'il eût été bon d'indiquer. Quant aux erreurs de trans- 
cription commises par l'éditeur, elles se laissent, en général, aisé- 
ment corriger : il est évident, par exemple, qu'il- faut lire : recev.- 
bul, greug, atlenclens, pancossier , lolgues, sahensa, anima, 
aprofschahlamen, et non recenbut, greng, acce)idens pancos, 
rolgues, sa bensa, aima, aprosechahlamen.W n'en faut pasmoins 
savoir gré de la peine qu'il a prise à ce travailleur dévoué, qui a eu 
la modestie de ne pas se nommer et qui n'est autre, si nous som- 
mes bien informé, que M. l'abbé Gautraud, curé de Lafontasse. 

A. .Jeanroy. 

Maurat-Ballange (A.). Divorces de femmes nobles soies la 
Terreur. Limoges, Ducourlieux et Goût, 1911, gr. in-8o de 10 pages. 
(Extr. àv\ Bull. Soc. arch. du Limousin, XLI.) — Boulaud (T.). 
Douze femmes d'émigrés divorcées à Limoges sous la Terreur. 
Limoges, Ducourtieux et Goût, 1913; gr. in-S" de 196 pages. (Lbid., 
XLIl.) — Examinant en juriste sept demandes de divorce présen- 
tées par des femmes nobles de Rochechouart, et tenant compte des 
circonstances de temps et de fait, M. M.-B. conclut que ces 
demandes avaient pour objet unique d'obtenir un certificat de 
civisme qui permit de sortir de prison ou de n'y point entrer. — 
M. B,, examinant la même question pour douze femmes nobles de 
Limoges, dont il refait la biographie avec un grand luxe de détails, 
aboutit à la même conclusion que son prédécesseur. 

A. Leroux. 

Mémoires et docuvienls pour servir à l'histoire du commerce 
et de l'industrie en France, publiés sous la direction de 
J. Hayem, 2e série. Paris, Hachette, 1912; in-8o de 287 pages, 
avec 9 gravures hors texte. — La première série de ce recueil 



404 . ANNALES DU MIDI. 

avait paru en 1911. Dans ce deuxième volume, à côté de travaux 
relatifs au commerce des vins en Bourgogne, ù un projet de canal 
de Paris à Dieppe, aux quais et aux ports de la Seine, enfin aux 
inspecteurs des manufactures, figurent trois articles qui intéres- 
sent particulièrement le midi de la France. I^e premier, dû à 
M. Eug. Guittard, est intitulé : La délhvAlalion du « Bordeaux » 
sous l'ancien régiTue (pp. 1 à 12). C'est une courte étude faite 
d'après les rapports fournis par les archivistes des départements 
intéressés au moment de la crise de la délimitation, et en particu- 
lier par M. Brutails, archiviste de la Gironde. Le travail se res- 
sent de cette origine et ressemble un peu à un plaidoyer en faveur 
du privilège de Bordeaux. Il ne donne d'ailleurs qu'une idée assez 
sommaire des anciens conflits. — Le second article est : L'indus- 
trie de la soie en Provence au XYIII^ siècle, par M. Isnard 
(pp. 13 à 34). Le litre en est peut-être un peu large, car l'auteur 
exclut tout d'abord de son travail les fabriques marseillaises. 11 a 
surtout analysé quelques pièces des archives des Bouches-du- 
Rhône, une enquête de 1789, des mémoires d'inspecteurs, des 
procès-verbaux des États de Provence. Il en résulte qu'il y avait 
alors dans ce pays quantité de tirages de soie, peu d'entreprises 
sérieuses et quelques manufactures sans grande importance mal- 
gré des encouragements officiels; la fabrique de Salon faisait des 
organsins estimés. L'auteur étend un peu la Provence, puisqu'il 
met au nombre des inventeurs provençaux l'abbé Soumille, lequel 
était de Villeneuve-lès-Avignoii, et par conséquent du Languedoc. 
— Enfin, M. G. Mathieu, archiviste de la Coi'rèze, en un article 
sur L'industrie en Bas-Limousin dans la seconde moitié du 
XV[I/e siècle (pp. 101 à 116), a d'abord terminé l'histoire de la 
verrerie de la forêt de Saint-Jal, commencée dans la première 
série ; cette entreprise, fondée en 1787, est en faillite en l'an VI et 
sombre complètement. Vient ensuite l'histoire de la manufacture 
de l'hôpital de Tulle, On y voit, sommairement rapportées, les 
vicissitudes de cette fondation charitable de 1681 à 1789; les pau- 
vres y fabriquèrent successivement, sans grand succès, de la 
serge, de la bonneterie, des étoffes de laine, du coton. Une comp- 
tabilité insuffisante et le manque de surveillance expliquent sans 
doute les maigres résultats obtenus. 

L. DUTIL. 

Patry (H.). Les débuts de la Réforme protestante en Guyenne, 
1523-1559. Arrêts du Parle7nent. Préface de M. G. Jullian, pro- 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 405 

fesseur au Collège de France. Bordeaux, Féret, 1912 ; in-S" de 
xLii-300 pages. — Reprenant un travail commencé il y a une quin- 
zaine d'années par M. N. Weiss, M. H. Patry analyse ou, le plus 
souvent, reproduit intégralement 434 documents relatifs à la 
répression de l'hérésie dans le vaste ressort du parlement de 
Guyenne entre 1541 et 1559, c'est-à-dire pendant une période de 
dix-sept années. La plupart de ces documents sont des arrêts de la 
Cour de Bordeaux; quelques-uns seulement peuvent être considé- 
rés comme des « pièces annexes ». Le tout a paru d'abord dans les 
A7xh. hislor. de la Gironde, t. XLIV etXLV. Il va sans dire que 
ces documents concernent surtout Bordeaux, le Bordelais, Libourne 
et la région des Landes ; mais beaucoup aussi s'appliquent à 
l'Agenais (une soixantaine, en y comprenant Villeneuve-d'Agen 
et Sainte-Foy-la-Grande), à la Saintonge (plus de 70), au Condo- 
mois (une vingtaine), au Périgord et même au Limousin (chacun 
une douzaine). — De cette publication faite avec grand soin et 
qui est le morceau de résistance du volume puisqu'elle remplit 
286 pages, M. P. a tiré la matière d'un instructif article (paru 
d'abord dans la Revue hislorique de Paris, juillet 1912) et qui sert 
ici d'introduction, sur les débuts de la Réforme en Guyenne, de 
1.523 à 1559 1. Le rôle du franciscain Thomas Illyricus et des huma- 
nistes du Collège de Guyenne, le mouvement réformiste à Agen 
avant 1538, y sont étudiés en détail. Rien par contre, faute de 
documents inédits, sur les autres foyers d'hérésie que l'hisloire 
signale dès avant 1559 en Bordelais, Agenais, Saintonge, Périgord 
et Limousin. D'un ton un peu rude, mais d'une forme très litté- 
raire, le récit de M. P. a le grand mérite de renouveler et surtout 
d'établir sur un fondement très solide une histoire que feu Gaul- 
lieur avait exposée un peu prématurément, il y a une trentaine 
d'années. A lire aussi la très fine préface de M. C. Jullian, mettant 
en parallèle les premiers martyrs protestants avec les premiers 
martyrs chrétiens et exaltant la chimère catholique d'une Église 
universelle jusqu'à oublier les manifestations répétées de l'Alliance 
évangélique. A. Leroux. 

Patry (H.). Frère Nicolle Maurel, apostat célestin, dit 
« le Prédicant », 15.. -1546. Paris, 1912; gr. in-8o de 15 pages 
(Extrait du Bull. Eist. prot. fr., juillet 1912). — Développe un 
point de l'histoire des débuts de la Réforme en Guyenne en ce qui 

1. Cf. ci-dessus, p, 107. 



406 ANNALES DU MIDI. 

concerne le FrèreNicolleMaurel, de l'ordre des Célestins, qui, après 
avoir séjourné au Collège de Guyenne dès 1584, à Agen dès 1536 sous 
la protection de J.-C. Scaliger, introduisit le calvinisme à Saintes 
vers 1540 et y fut brûlé comme hérétique en 1546. A. L. 

PuYBUSQUE (G. -A. de). Conlribulion à Vhisloire du vieux Tou- 
louse. Généalogie de la famille de Puybusque. Toulouse, Privât, 
1912; in-8o de xvi-340 pages, 8 pi. hors texte. — Cet ouvrage, pré- 
cédé d'une alerte préface de M. J. de Lahondès, réunit l'érudition 
la plus stricte et la verve la plus personnelle. L'auteur, qui le 
dédie à ses enfants, ne craint pas de couper la discussion des tex- 
tes par des sortes iVi72cidences où se réfugie l'anecdote. 

Deux parties composent le volume : l'une reproduit et commente 
les documents et les faits sur lesquels peut se fonder une histoire 
de la maison et nous conduit de la tin du xiic siècle au seuil 
du xxe; l'autre établit la série généalogique branche par branche 
durant la même période. Suivre pas à pas à travers les siècles, à 
partir de 1180, la filiation d'une famille nombreuse à chaque géné- 
ration, démêler ses multiples alliances, reconnaître ses liabitats 
successifs, c'est une tâche toute bénédictine. L'aisance avec laquelle 
M. de Puybusque a triomphé des difficultés de son sujet n'empê- 
che pas de les mesurer. Mais il a pris un visible plaisir à suivre 
la vie de ses ancêtres, tour à tour preux chevaliers, hardis mar- 
chands, brillants capitouls, prompts à toutes les manifestations 
de l'existence languedocienne. Chemin faisant, il a su glaner des 
renseignements précieux pour l'histoire de Toulouse : précisions 
topographiques, vieux hôtels, vieilles rues. Les tables qui occu- 
pent les dernières pages de ce volume en facilitent, comme il con- 
vient, la consultation, et chacune des gravures qui l'enrichissent 
a sa valeur documentaire. Il serait vivement à souhaiter que tou- 
tes les familles méridionales dont l'importance peut se comparer 
à celle dont M. de Puybusque s'est fait l'historiographe érigent de 
la sorte leur monument. J. Cai.mktte. 



PUBLICATIONS NOUVl-lLLES 



Archives du château de Léran. inventaire liistorique et généa- 
logique des documents des branchés latérales de la maison de 
Lévis, tome IV. Toulouse, Privât, 1912; in-'i» de 729 p. 

Auguste (abbé A.). La Compagnie du Saint-Sacrement à Tou- 
louse. Toulouse, Privât; Paris, Picai'd, 1913; in-S" de 145 p. et 
porlr. 

Barada. et Brégail. Le général Laroche-Dubouscat (1757-1831), 
chef d'état-major de l'armée des Pyrénées occidentales en 1793 et 
1794, général de division à l'armée de Rhin-et-Moselle en 1796. 
Auch, imp. Cocharaux, 1913; in-8o de 35 p. et portr. 

Boudon-Lashermes (A.). Le vieux Puy. La vie d'autrefois au 
Puy-en-Velay, ouvrage illustré par G. de Jourda de Vaux. Paris, 
imp. Thomas, 1912; in-4o de 344 p. 

Boudon-Lashermes (A.). Le vieux Puy. Vieux logis et vieilles 
familles, avec dessins de G. de Jourda de Vaux. Saint-Etienne, 
imp. Thomas, 1911; in-4o de v-425 p. 

Brun (abbé H.). IManosque révolutionnaire. Digne, imp. 
Chasporel, s. d.; in-8o de 308 p. 

Catalogue général de la librairie française. Continuation de 
l'ouvrage d'Otto Lorenz. T. XXIII (table des matières des t. XXI 
et XXII), rédigé par D. .Jordell. Paris, D. Jordell, 1912; in-8o à 
3 col., pp. 449-680. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque natio- 
nale. Auteurs. T. L : Faures-Ferramosca. Paris, Imp. Nat., 1912; 
in-8o à 2 col., col. 1 à 122'i. 

Chabbonnet (G.) et E. Dalleinne. L'arrondissement de Saint- 
Yrieix. Étude géographique, économique, historique. Paris, 
Lavauzelle, 1912; in-8'> de 567 p. avec carte. 

Chevalier (Abbé J.-F.). Un plein sac de vieux papiers, trouvé 
en l'étude de M^ Jacques Tartas des Forges, notaire royal hérédi- 
ditaire à Rutïec au xviie siècle. Ruffec, Pissard, 1913; in-8o de 
350 p. et tableau généalogique {Docitmenls inédits, 1312-1800). 

DuBouRG (Abbé P.). La paroisse de Layrac de 1789 à 1911. 
Villeneuve-sur-Lot, imp. Renaud-Leygue, 1912; in-8° de 563 p. 



408 ANNALES DU MIDI. 

Fragments d'un ancien sacramentaix-e d'Auch, p. p. l'abbé J. 
DuFFOUR. Paris, Champion, 1912; in-8o de xlvii-38 p. et fac-sim. 
(Archives historiques de la Gascogne, 2^ sér., fasc. 17). 

Latoughe (R.). Saint-Antonin, pages d'histoire. Montauban, 
Masson, 1913; in-16 de 92 p. {Société des études locales dans l'en- 
seignetnent public, groupe de Tarn-et-Garonne). 

Magnonaud (M.). Histoire d'un collège ou essai de monogra- 
phie de l'enseignement secondaire à Saint-Yrieix de 1789 à 1911, 
avec plan et grav. Limoges, imp. Ducourtieux et Goût, 1912; 
in-8o de 219 p. 

Mortier (R.). La sénéchaussée de la Basse-Marche, contribution 
à l'étude de la géographie de l'ancienne France. Paris, Hachette, 
1912; in-8'' de xix-272 p. avec grav. et carte. 

Nicolas (Chanoine). Une nouvelle histoire de Saint-Gilles. 
Nimes, imp. générale, 1912; in-8o de 272 p., avec grav. et plan. 

Paul (G.). Armoriai général du Velay et des enclaves de l'Au- 
vergne, du Gévaudan,du Vivarais et du Forez formant le départe- 
ment de la Haute-Loire. Paris, Champion, 1912; in-4o à 2 col. de 
x-508 p. et 5 planches. 

Procès-verbaux de l'Académie royale d'architecture, 1671-1793, 
p. p. H. Lemonnier. t. II, 1682-96. Paris, Schemit, 1912; in-8o de 
xLvii-376 p. avec grav. 

Recueil des actes du Comité de salut public..., p. p. F. -A. Aulard. 
T. XXII (12 avril-9 mai 1795). Paris, imp. Nat., 1912; gr. in-8o de 
86i p. 

Sabarthès (Abbé). Dictionnaire topographique du département 
de l'Aude. Paris, Leroux, 1912; in-4» de lxxix-599 p. 

Triîsal (.J.). L'annexion de la Savoie à la France (1848-60). Paris, 
Pion, 1913; in-8o de xxxviii-359 p. et carte. 

Vial (H.), a. Marcel, A. Girodie. Les artistes décorateurs du 
bois. Répertoire alphabétique des ébénistes, menuisiers, sculp- 
teurs, doreurs sur bois, etc., ayant travaillé en France aux xvn^ 
et xviiie siècles. T. I : A-L. Paris, Bibl. d'art et d'archéologie, 
1912; in-4o à o col. de xxvii 326 p. 



Le Gérant, Éd. PRIVAT. 



loulouse. liiip. Douladoure-Privat, rue St-Rome, 39 - 871 



t'i 



SUR LA DATE 



QUELaOES ACTES RELATIFS A L'ABBAYE DE iOlSSAC 



ET NOTAMMENT 



A SES POSSESSIONS DANS L'AUVERGNE 



L'histoire de l'abbaye de Moissac, dont le chartrier cons- 
titue aux archives de Tarn-et-Garonne un fonds particuliè- 
rement riche en actes d'une très haute antiquité, n'a jamais 
fait l'objet d'une étude sérieuse. Celle de J. Marion, parue 
en 1849 dans la. Bibliothèque de l'École des Chartes^, est sur- 
tout archéologique ; la partie historique n'est faite qu'avec 
la chronique d'Aymeric de Peyrat, abbé du xive siècle, et 
avec ce que Marion appelle très improprement le cartulaire 
de Moissac, c'est-à-dire les copies de la collection Doat. L'ou- 
vrage de Lagrèze-Fossat^, qui a eu le mérite d'utiliser les 
archives même de l'abbaye, est loin cependant d'avoir épuisé 
le sujet, et sa critique laisse parfois à désirer. Enfin Rupin, 
dans la partie historique de son travail^, n'a fait que copier 
servilement ce qu'avait dit Lagrèze : s'il s'en écarte quelque- 
fois, c'est pour y ajouter des erreurs nouvelles^. En atten- 

1. L'abbaye de Moissac, notes d'un voyage archéologique dans le sud- 
ouest de la France. {Bibl. de l'École des Chartes, 3» série, t. I [t. XI de 
la collection], pp. 89-147.) 

2. Études historiques sur Moissac, 1870-74, 3 vol. 

.3. L'abbaye et les cloîtres de Moissac, Paris, Picard, 1897, in-4». 

4. Il a eu cependant, sur Lagrèze-Fossat, l'avantage de résider à Paris, 
ce qui lui a permis de donner de la chronique d'Aymeric de Peyrat (Bibl. 
nat., lat. 4991*) des extraits plus nombreux que ceux de Lagrèze. 

ANNALKS DU MIDI. — XXV. i!8 



410 FRANÇOIS GALABERT. 

dant qu'une étude d'ensemble sur cet important monastère 
tente un érudit imbu des principes d'une saine critique, nous 
voudrions noter ici quelques observations sur plusieurs 
de ses actes, qui ont été fort mal datés ou interprétés par 
tous ceux qui s'en sont occupés. 



I. 



Il y a notamment aux archives de Tarn-et-Garonne, sous 
la cote G 541, un acte fort intéressant par lequel Alphonse- 
Jourdain, comte de Toulouse, en présence d'Amélius, évo- 
que de Toulouse, de Roger, abbé de Moissac, de Roger, 
comte de Foix et de Guillaume, abbé de Lézat, renonce à 
nommer un abbé chevalier à l'abbaye de Moissac : « Feci 
contra fas et contra jus quod facere non debui..., et nunc, 
quia tune puerilis sensus erat in me, recognosco me culpa- 
bilem^. » 

Cet acte est important, car il se rattache à la suppression 
de ces avoués de l'abbaye qui, sous le titre d"abbé chevalier, 
n'avaient profité du pouvoir qui leur avait été confié pour 
défendre l'abbaye que pour l'exploiter et piller ses biens 2. 
Malheureusement, il ne porte comme date d'autre élément 
que celui du jour et du mois, un jeudi de juillet^. Il « est 
antérieur à 1131, disent les Bénédictins'', puisque Roger 
n'était plus alors abbé de Moissac », et ils le placent « vers 
1126^ », tandis que les auteurs de la seconde édition le da- 
tent de juillet 1125", alors qu'ils fournissent eux-mêmes, 

1. Cf. une reproduction de ce document, avec transcription, dans notre 
Album de paléographie et de diplomalique, xii« siècle, planche IT, n" 3. 
Il a été publié dans la Oallia christiana, t. I, col. 165; dans VHist. de 
Languedoc^ 2' éd., t. V, preuves, col. 940 (d'après le « cartulaire de l'ab- 
baye de Moissac » sans autre indication); dans Lagrèze-Fossat, t. I (1870), 
p. 349. 

2. Marion, pp. 101 et ss. ; Lagrèze-Fossat, t. I, pp. 115 et ss. 

3. « Facta carta ista in mense julio, sub die feria V, régnante Lodoico 
rege ». 

4. Hist. Lattg., 2' éd, t. III, p. GGl. 

5. M., l" éd., t. II, col. 441. 

6. Id., 2' éd., t. V, col. 940. 



SUR LA DATE DE QUELQUES ACTES. 411 

comme on va le voir, la preuve qu'il ne peut être antérieur 
à 1127. Lagrèze-Fossat^ l'a daté de 1115, parce qu'il a vu, 
dit-il, cette date au dos de l'original I La date y est bien, en 
effet, mais à la suite d'une analyse du xyii^ siècle. Enfin, 
Marion^ le cite avec un autre document de 1130, et quoique 
cette dernière date soit fort vraisemblable, comme on verra, 
les commentaires dont il l'accompagne dénaturent entiè- 
rement la portée de l'acte. 

Il suffisait cependant, pour avoir une date au moins approxi- 
mative, d'utiliser les éléments chronologiques fournis par les 
personnages cités dans la charte. 

Nous pouvons laisser de côté Alphonse, comte de Toulouse 
(1112-1148), Amélius, évêque de Toulouse (1106-1139), Ro- 
ger III, comte de Foix (1125-1149); mais deux autres per- 
sonnages fournissent les dates extrêmes : c'est Roger, abbé 
de Moissac, et Guillaume, abbé de Lézat. 

Guillaume Raimond d'Espel a succédé, en juillet 1127, à 
l'abbé Eudes, à Lézat; nous avons, en effet, un acte de juil- 
let 1127, 2® férié, où figure l'abbé Eudes, et un autre acte du 
même mois, lune 17, où figure Guillaume 3, Notre acte ne 
peut donc pas être antérieur à juillet 1127*. 

D'autre part, il ne peut être postérieur à la fin de l'abba- 
tiat de Roger à Moissac. Or, le dernier acte où apparaît l'abbé 
Roger est de 1130, mais le premier acte où apparaît son suc- 
cesseur est de 1131 ou 1135 selon l'interprétation que l'on 
donnera à un autre document relatif à l'abbaye. La Gallia'^ 
donne, en effet, comme successeur à Roger un abbé Guitard, 



1. T. I, p. 135. 

2. Bibl. École des Chartes, loc. cit., p. 123. 

3. Gallia, t. XIIT, col. 209, et surtout Hist. Languedoc, 2» éd., t. IV, 
p. 490 et t. V, col. 1769. 

4. Cela seul suffît à montrer les dangers de certaines méthodes de rai- 
sonnement. Lagrèze-Fossat (t. I, p. 135) prétend, en effet, que l'acte n'est 
pas au contraire postérieur à 1126, parce que, en 1125, l'abbé chevalier 
Gaubert de Fumel a engagé certains droits à l'abbé Roger « ce qui prouve 
bien évidemment que l'irritation causée par la nomination de Gausbert 
avait disparu, par conséquent que la déclaration du comte de Toulouse 
avait eu déjà lieu ». 

5. T. I, col. 165. 



412 FRANÇOIS GALABERT. 

d'après un acte qui serait de la vingt-quatrième année du rè- 
gne de Louis VI, soit 1131; Lagrèze-Fossat, au contraire, 
attrii3ue cet acte à Louis le Pieux, 838, et dès lors le succes- 
seur de Roger est Guillaume, qui n'apparaît qu'en 1135. 
Comme nous allons le voir en examinant cet acte attentive- 
ment, tous deux sont dans l'erreur; l'acte n'est ni de 888 ni 
de 1131; le successeur de Roger est bien Guillaume, et dès 
lors la limite extrême du document qui nous occupe sera 1135. 

Ainsi notre acte est compris entre juillet 1127 et juillet 1135. 

Or, au mois de mai 1130, Alphonse a tenu un plaid à Tou- 
louse pour terminer un procès pendant entre Roger, abbé de 
Moissac, et Bertrand de Montancès, abbé chevalier, au sujet 
de la propriété de l'église et des clochers de l'abbaye. Alphonse 
s'est prononcé en faveur de l'abbaye'. Il n'y aurait rien d'in- 
vraisemblable à ce que ce soit à la suite de cette sentence que, 
pris de remords en présence des inconvénients résultant de 
l'existence de l'abbé chevalier, il ait procédé en juillet à la 
renonciation qui nous occupe. 

C'est précisément à l'année 1130, comme on l'a vu, que 
Murion place cet acte, mais il en fait la conséquence d'un 
événement, qui, en réalité, s'est passé beaucoup plus tard, 
la renonciation de Bertrand de Montancès à ses droits d'abbé 
chevalier. Lagrèze-Fossat^ a montré avec raison que Marion 
avait fait ici une confusion complète entre la sentence rela- 
tive au clocher qui est de 1130, la renonciation de Bertrand, 
très postérieure, et celle d'Alphonse. Bien plus, dans les pas- 
sages d'Aymeric de Peyrat, le chroniqueur de l'abbaye du 
xive siècle, auquel Marion renvoie comme référence, il est 
dit au contraire sans erreur possible que c'est à Raymond V 
que l'engagement de Bertrand a été fait, et il n'est question 
dans ces passages ni de la renonciation d'Alphonse, ni sur- 
tout de l'hommage que celui-ci, d'après Marion, aurait prêté 
à l'abbé régulier 3. 



1. Hist. Languedoc, 2* éd.. t. HT. p. 081: t. V. preuves, col. 973; La- 
grèze-Fossat, t. I, p. 352. 

2. T. I, pp. 139 et ss. 

3. Il est vrai que Marion prétend (p. 123, n. 1) «. quWymery de Peirac 



SUR LA DATE DE QUELQUES ACTES. 413 

Ainsi, il n'y a aucun rapport entre la renonciation d'Al- 
phonse Jourdain pour la nomination des abbés chevaliers et 
la renonciation de Bertrand de Montancès à ses droits. C4'est 
celle-ci qui, très postérieurement k la première (elle est pro- 
bablement de 1177)', met véritablement fin à la tyrannie des 
abbés chevaliers, mais si ces deux actes sont la cause déter- 
minante de la suppression des abbés chevaliers, aucun des 
deux n'est la conséquence de l'autre. C'est en vertu de la re- 
nonciation de Bertrand (1177) que le pouvoir des abbés che- 
valiers disparait et c'est en vertu de la renonciation d'Alphonse 
(entre 1127 et 1135, probablement 1130) que les comtes de 
Toulouse restent désormais seuls protecteurs de l'abbaye 
avec le même titre. On voit ici l'importance de cette question 
de date. 



II 



Quant à l'acte placé par la Gallia en 1131 et par Lagrèze- 
Fossat en 838, son texte nous a été conservé par Doat qui le 
date aussi de 1131. C'est une donation faite par Léger et sa 



donne par erreur au comte le nom de Raimond « et qu'il s'agit d'Alphonse. 
Par ce procédé-là on peut évidemment démontrer tout ce qu'on veut. Il 
suffit de se reporter à Aymeric pour voir que dans les deux passages dif- 
férents où il parle de cette renonciation de Bertrand, il n'y a pas d'erreur 
possible et qu'il s'agit bien de Raimond V : « Bernardus de Monte qui 
abbatiam predictam obligavit Ramundo comiti Tholosano, qui Ramundus 
yvit visitatum terram sanctam et mortuus est illiic et sepultus apud Ne- 
mausum de arenis » (Bibl. nat., lat. 4^991*, fol. 167 r"); « Post hune Ilde- 
fonsum Raymundus, filius dicti Ildefonsi, qui duxit in uxorem reginam 
Constanciam... et sciendum quod dominus Bernardus, abbas miles Moy- 
siaci, vellet ire visitatum terram sanctam, certo precio pignori obligavit 
comiti Tholosano Raymundo, filio Ildefonsi, abbatiam militarem, et fuit 
factum dictum pignus apud Montem Cucuni, nec abbas Bernardus, vo- 
catus de Monte Incensi, de illis partibus postmodum est reversas; ille 
vero Raymundus cornes Tholosanus fuit primus abbas miles ex causa 
dicti pignoris... et fuit sepultus in civitate de Arenis... anno domini 
MoCXCIII » {id., fol. 171 V»; au fol. 161 v°, col. 2, cité par Marion, il n'y 
a que le résumé de l'affaire des clochers). Ce sont ces passages qui font 
dire à Marion qu' Aymeric de Peyrat raconte les détails de cette renoncia- 
tion « avec une joie indicible »I On avouera qu'il faut vraiment de la 
bonne volonté pour voir tant de joie dans ces quelques lignes si banales! 
1. Lagrèze-Fossat, t. I, p. 141. 



414 FRANÇOIS GALABERT. 

femme Adalbergue à Giiitard, abbé de Moissac, d'un alleu 
« qui est in pago arvernico in villa cujus vocabulum est 
Linars » et de trois églises sises aussi en Auvergne : » in ipso 
pago arvernico quasdaniecclesias... ; scilicetecclesiam sancti 
Hilarii super flumen Elenionis et Elenchae sitam, aliam 
quoque ecclesiam sanctae Eustaziae in ipso confinio, sed 
etiam in alio loco ecclesiam sancti Saturnini in villa quae dici- 
tura Volevil » (pour Volejul)'. Les rivières dont il s'agit sont 
l'Alagnon (affluent de l'Allier) et son affluent l'Allanche. Saint- 
Hilaire, près du confluent de ces deux rivières, est la commune 
de Moissac dont le nom seul indique une ancienne possession 
de l'abbaye^. A 5 ou 6 kilomètres en amont du confluent, 
sur l'Allanche, est précisément Sainte-Anastasie (m ipso 
confinioy. Enfin, Saint-Saturnin de Volevil (erreur de copie 
pour Volejulou Valojul) n'est autre que Valuéjols, commune 
du canton de Saint-Flour, siège d'une importante viguerie*. 

1. Cf. Pièces justificatives, \\° 1. 

2. Moissac, comm. de Neussargues, cant. de Murât (Cantal). Saint 
Hilaire est encore le patron de la paroisse qui, au moyen âge, s'appelait 
tout naturellement « Saint-Hilaire de Moissac » pour se distinguer des 
autres localités portant le même nom de Saint-Hilaire. Nous devons ces ren- 
seignements et ceux qui suivent à l'obligeance de M. M. Boudet, le savant 
autour du Cartulaire du Prieuré de Saint-Flour. Lagrèzo-Fossat (t. III, 
p. 481), quoique ignorant ces détails, frappé par ce nom de Moissac, avait 
précisément supposé, sans oser l'affirmer, que « là se trouvait peut-être 
autrefois l'église de Saint-Hilaire ». 

3. Comm. du cant. d'AUanche, arr. de Murât (Cantal). Cette église 
appartenait à la mense du prieuré de Bredon (renseignement transmis 
par M. Boudet). 

4. Lagrèze-Fossat (t. III, p. 481) l'identifie avec Valjouze, comm. du 
cant. de Massiac, arr. de Saint-Flour, située en aval du confluent de l'Al- 
lanche et de l'Alagnon. Ce système qui paraît séduisant, vu la proximité de 
Valjouze ot des autres biens donnés, est cependant inadmissible; Valjouze, 
dans l'arcliiprètrédeBresle, est appelée Vallis jocosa, Valjoyoso (Bruel, 
Pouilliis des diocèses de Clermont et de Saint-Flour du XIV" au XVIII* 
siècle. Doc. inédits. Mélanges historiques, t. IV, reg. de (iuill. Trascol, 
n» i;32. Fouillé de Saint-Flour, archipr. de Bresle. n° 666), tandis que le 
nom de Valuéjols, dans l'archiprètré de Saint-Flour est Valoiol (id.,reg. 
Trascol, n» ;?:32), Valogium (id., pouiilé Saint-Flour, n» 52, 491), Valeu- 
ghol, Valojol, Avalojol (M. Boudet, Cartulaire du Prieuré de Saint- 
Flour, passim). Enfin, ainsi que veut bien nous l'apprendre M. Boudet, 
l'église de Valuéjols est encore consacrée à saint Saturnin. — Aucune de 
ces localités n'est citée dans la bulle de Grégoire IX de 1240 qui confirme 
les possessions de l'abbaye de Moissac (Lagrèze-Fossat, t. lll, p. lôS); 



SUR L\ DATE DE QUELQUES ACTES. 415 

Quant à l'alleu de Linars, il nous a été impossible de l'iden- 
tifier •. 

L'acte est ainsi daté : « Facta cessio ista mense maio, anno 
vicesimo quarto domini Ludovici serenissimi régis Franco- 
rum. » 

C'est en pensant qu'il s'agit ici de Louis VI que la Gallia, 
qui semble d'ailleurs ignorer le texte de l'acte-, en conclut 
que l'acte est de 1131 (plus exactement 1132, les années du 
règne de Louis VI partant du 3 août 1108) et place ainsi 
l'abbé Guitard entre Roger et Guillaume. Or, l'expression 
€ anno... serenissimi régis Francorum » n'est pas du tout 
conforme aux habitudes du xn« siècle. Il suffit de parcourir 
les actes privés du temps de Louis VI pour voir que la for- 
mule usitée est « anno... regni Ludovici régis » ou « anno... 
régnante Ludovico rege^ », mais jamais on ne trouve 
l'épithète de serenissi7ni. 

A cette objection d'ordre diplomatique, une raison encore 
plus forte s'ajoute pour empêcher d'attribuer cette dona- 
tion à 1131 ou à toute autre date postérieure du temps de 
Louis V[I ou de Louis IX. Une bulle de Pascal II de 1107 
nous apprend, en effet, qu'à cette époque déjà Saint-Satur- 
nin de Valuéjols appartenait à Moissac. Il y avait eu sous 
Urbain II un conflit entre l'abbaye de Conques et l'abbaye 



elles avaient été unies au prieuré de Bredon (comm. du cant. de Murât, 
située aussi sur l'Alagnon, à quelques kilomètres en amont du confluent de 
l'Allanche), qui dans la bulle est seul mentionné « cum pertinentiis suis » 
en tant que possession du diocèse de Clermont (Boudet, ojj. cit., p. .55, 
n. 1, p. 344, n. 4.) 

1. Il existe un hameau de Linard dans la comm. deCronce.cant. dePinols 
(Haute-Loire), un autre dans la comm. et le cant. de Saint-Gervais, arr. 
de Kiom (Puy-de-Dôme). G. Desjardins (Cartulaire de Conques, p.xxxv), 
signale un Linares dans la comm. duTriiel, cant. de Saint-Rome-de-Tarn, 
arr. de Saint- Affrique (Aveyron). Le nom est d'ailleurs assez répandu dans 
l'Auvergne et en dehors de l'Auvergne. On trouve Linard dans l'Allier, 
la Creuse, la Dordogne, Linards dans la Haute- Vienne, Linars dans la 
Charente, le Lot. 

2. Elle n'en indique pas la source. 

.3. Hist. de Languedoc, 2" édit., t. V, col. 855 : « anno VIIT régnante 
L. rege »; col. 8S6 : « anno XVII regni L. régis »; col. 899 : « régnante 
L. Francorum rege »; col. 1022 : « régnante L. rege XXVIII anno ». Cf. la 
charte d'Alphonse Jourdain ci-dessus ; « régnante L. rege. » 



416 FRANÇOIS GALABERT. 

de Moissac au sujet de la possession de ce prieuré ; un pre- 
mier jugement de l'évêque de Clermont, Guillaume de Baffle 
(1095-1103), avait attribué l'église à Moissac, les abbés de Con- 
ques ne s'étant pas rendus à la convocation qui leur avait été 
adressée, et sous Pascal II un second jugement semblable 
avait été rendu dans les mêmes conditions par l'évêque Pierre 
Roux (1104-1110), le 12 juillet 1107, en présence même du 
pape^. Enfin, Pascal II lui-même confirma ces deux juge- 
ments par une bulle adressée à l'abbé de Moissac, Ansqui- 
tinus, le 19 août de la même année'^. 

Dès lors, la donation de Saint-Saturnin de Valuéjols ne 
peut pas être de 1131, puisque en 1107 l'abbaye de Moissac 
la possédait déjà, et il est facile de voir que c'est au contraire 
en s'appuyant sur cette donation que l'abbaye de Moissac a 
dû obtenir gain de cause dans sa contestation avec Conques^. 

L'existence même de ce procès, à une époque où Tindus- 
rie des faux était, comme on le sait, en pleine floraison 
dans la plupart des abbayes, suffirait même à jeter une cer- 
taine suspicion sur l'acte qui nous occupe; on pourrait, en 
effet, se demander s'il n'a pas été fabriqué par l'abbaye de 
Moissac pour soutenir ses prétentions. De là la nécessité de 
poursuivre l'examen de cet acte. 

L'acte pourrait-il être du temps de Louis IV d'Outremer? 
L'expression de serenissùni régis Francorum conviendrait 
à la rigueur à ce prince, quoique l'épithète de « serenissimi » 
ne lui soit pas d'ordinaire attribuée, mais Louis IV n'ayant 
pas régné vingt-quatre ans, la date ne pourrait s'appliquer à 
lui qu'à la condition de supposer que le copiste de Doat a 

1. Cf. le texte de ce dernier jugement dans Boiidet, Cartiilaire du 
Prieure de Saint-Flour, p. 39. Il est d'accord avec le récit do la bulle. 

2. Une copie contemporaine de cette bulle se trouve aux Archives de 
Tarn-et-Garonne, G 762. Cf. Pièces justificatives, n" 2. 

y. M. Boudet dit dans son Introduction (p. ccii) qu' « on ne sait sur quels 
fondements « l'abbaye de Moissac « disputait à Conques la propriété de 
l'église de Valuéjols ». C'est qu'il ne connaît (cf. p. 55, n. 2), la donation 
de Léger que pour Sainte-Anastasie, et seulement par une mention de 
Teillard (qui la date de 1141) dans une histoire manuscrite d'.\uvergne, 
et il ignore par suite que la donation de Saint-Saturnin de Valuéjols se 
trouvait dans le même acte. 



SUR LA DATE DE QUELQUES ACTES. 417 

lu XXIV au lieu de XIV par exemple, prenant pour un 
second X une tache ou un trait quelconque; des erreurs 
analogues sont assez fréquentes, mais ce serait ici une pure 
hypothèse qui ne serait admissible qu'à défaut d'une expli- 
cation meilleure. 

Lagrèze-Fossat, qui d'ailleurs ne connaît cet acte que par 
l'analyse d'Andurandyi, croit, comme Andurandy lui-même, 
qu'il s'agit de Louis le Pieux et donne, dès lors, comme 
date 838 (ce devrait être d'ailleurs 837)2. Si l'épithète de sere- 
nissimi convient admirablement pour cette époque, car c'est 
celle usitée pour Louis le Pieux, l'expression de régis Fran- 
corum ne saurait, en revanche, s'admettre; il aurait fallu 
imperatoris nostri; on ne trouvera pas un seul acte du 
temps de Louis le Pieux empereur où celui-ci soit qualifié 
de roi. 

Ainsi notre acte ne peut être ni de l'époque de Louis VI, 
ni de celle de Louis IV, ni de celle de Louis le Pieux empe- 
reur, et si on s'en tenait là, on pourrait, s'appuyant sur le 
procès du xii® siècle entre Conques et Moissac, mettre for- 
tement en doute son authenticité. 

Mais toutes ces diflicultés, qui s'opposent aux identifica- 
tions proposées par lnOaîlia et Lagrèze-Fossat disparaissent, 
et avec elles les présomptions de faux, si on songe non pas 
à Louis le Pieux empereur, mais à Louis le Pieux roi d'Aqui- 
taine du vivant de son père et couronné à Rome en cette 
qualité à l'âge de trois ans, à l'âqiies 78L 

Dans la charte de donation de Bioule à Moissac de 783, 
date sur laquelle nous allons revenir, on trouve dans le corps 

1. T. III, pp. IG et 37-38. Andurandy est un prêtre de Moissac qui, au 
xviir siècle a classé les archives de l'abbaye et en a'rédigé un énorme inven- 
taire aujourd'hui conservé à l'hôtel de ville de Moissac. (Cf. Inventaire 
des Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G 773.) 

2. Rupin (pp. 34-35) reproduit naturellement Lagrèze-Fossat avec les 
mêmes déformations des noms des rivières (« les fleuves d'Elionis et 
d'Elenque »), mais il y ajoute (p. 35, n. 1) une ligne de trois références qui 
constituent trois erreurs : Andurandy, n» 7278 (en réalité 7277); coll. 
Doat, vol. 121, fol. 221 (en réalité vol." 128, fol. 21); Arch. dép. de Tarn- 
et-Garonne, série G 570 (ce qui laisserait croire qu'il y a là l'original; or, 
il n'y en a aucune trace dans cette liasse). 



418 FRANÇOIS GALABERT. 

du texte : « domini mei Hludovici serenissimi régis evec- 
tus protectione' », et la date, telle que la donne Mabillon, est 
ainsi conçue : « Facta carta donationisanno DCGLXXXIII, 
ejusdem principis domini Hludovici secundo regni Franco- 
rum^. » Ainsi nous avons ici les deux expressions de notre 
charte « serenissimi régis Francorum », et dans un diplôme 
du même roi du 28 décembre 807 en faveur de Saint-Guilhem 
du Désert nous retrouvons dans la suscription la même épi- 
thète de serenîssi?nus : « Ludovicus divina ordinante provi- 
dentia rex serenissimus Aquitaniae^. » Il parait donc bien 
certain que cette épithète, attribuée à Louis le Pieux dès 
l'âge de cinq ans (charte de 783), qu'il a conservée le plus sou- 
vent dans la suite (charte de 807*) et qui est aussi dans la 
donation de Léger, est la preuve que cette donation est de la 
vingt-quatrième année du règne de Louis, roi d'Aquitaine. 

Gomme les années de son règne en Aquitaine partent de 
son couronnement, ainsi que le prouve la date de l'acte 
de 807^, il s'ensuit que la vingt-quatrième année va du 
15 avril 804 au 14 avril 805 et que notre donation des églises 
d'Auvergne est donc de mai 804. 

Or, si on examine les actes privés de la même époque et 
de la même région pour comparer leur formulaire avec celui 
de notre donation, on constatera que tous sont rédigés pour 
ainsi dire sur le môme modèle, presque avec les mêmes agen- 
cements de phrases^, et cette constatation achève de donner 



1. Hîst. de Languedoc, 3» édit., t. II, preuves, col. .")1. 

2. Voir plus loin. On sait que le mot de Francorum ajouté à rcx est 
un terme générique qui à cette époque s'applique à toutes les nationalités 
de l'empire franc. 

3. Hist. de Languedoc, 2«éd., t. II, preuves, col. 51. 

4. On trouve aussi dans la souscription du même acte clemen(iss>>uus. 

;■). C'est ce qu'ont fort bien établi les Bénédictins de l'Histoire de Lan- 
guedoc ('i'^ éd., t. J , p. 928). La date est ainsi conçue : « Datnm hoc praecep- 
tum V kal. januarii, ind. X, anno XXVII domni Ludovici regni. Tolosae 
publiée, Karoli vero imperii VIJI. » Otte dernière indication (28 déc. 807) 
permet en ellet de constater d'une façon absolument certaine, puisqu'elle 
correspond à la vingt-septième année du règne de Louis, que les années 
de ce règne commencenten781. (Cf. Giry, Manuel de Diplomatique, p. 722.) 

0. Partout un court préambule, la souscription ego in Dei nomine, le 
dispositif en termes précis, puis des clauses comminatoires, menaces de 



SUR LA DATE DE QUELQUES ACTES. 419 

à notre document le caractère absolu d'authenticité que nous 
avions pu mettre en doute en présence de l'impossibilité 
d'accepter les conclusions de la Gallia^ de Lagrèze-Fossat et 
de Rupin. 

Ainsi, en restituant au x'^ siècle un acte que l'on croyait à 
tort du xii", non seulement nous expliquons les formules 
qui ne pouvaient s'admettre pour une autre époque, non seu- 
lement les termes d'alodeni^mansos de notre charte, devien- 
nent tout naturels, mais nous replaçons à sa véritable épo- 
que l'abbé Guitard, ainsi que Lagrèze-Fossat l'avait entrevu 
après Aymeric de Peyral et Andurandy*, et nous retrouvons 
un des plus anciens actes de l'abbaye de Moissac; nous 
avons enfin la clef du procès qui s'est élevé au xn*' siècle 
entre Conques et Moissac. 



III 



Mais de même que l'acte de 1127-1135 nous a obligé à exa- 
miner l'acte de 804, de même l'acte de 804 nous amène à dire 
un mot de celui de 783, puisque c'est en nous servant de ce 
dernier que nous avons pu déterminer la date de 804. 

C'est une donation de Bioule^, Meauzac^ et Saint-Rustice* 
à l'abbé Hermenin de Moissac par l'évêque de Cahors Avvar- 
nus ou Agarnus. L'original est perdu, mais le texte a été con- 
servé par Doat'^ et par Mabillon'"' qui l'a publié « ex Moisia- 



peines spirituelles {iniprimis irani Dei, etc.) et de peines temporelles 
{componat in fisco auri libras...) ; voir, par exemple, Hist. de Lcoiguedoc, 
'2« éd., t. II, preuves, col. 119, 145, 174, 176 {stipiilatio7ie siibnixa], 210 
[id.], 213 {primum. tram Dei incurrat, poslea vero coactus auri libras 
componere compellatur). Au xii» siècle, les clauses comminatoires sont 
moins fréquentes et les préambules disparaissent. 

1. Aymeric de Peyrat (Bibl. Nat., lat. 4991^ , fol. 1.56 v". col. 1), liste des 
abbés des ix^-.x.» siècles; après Roger, il indique Guillaume (fol. 16.3 v») i 
Andurandy donne la même liste. (Cf. Lagrèze-Fossat, t. III, pp. 37-38.) 

2. Cant. de Négrepelisse, arr. de Montauban (Tarn-et-Garonne). 

3. Cant. et arr. de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne). 

4. Cant. de Fronton, arr. de Toulouse (Haute-Garonne). 

5. T. ex XVIII, fol. 1. 

6. Atinales ordinis sancti Benedicti, t. II (1704), p. 267. 



420 FRANÇOIS GALABERT. 

censi chartario ». Il a été aussi publié par la Gallia^ « ex 
chartar. Moisiac. et schedis colbertinis » (ce n'est en réalité 
que la reproduction absolument identique du texte de Doat) 
et par les derniers éditeurs de Vllistoire de Languedoc- 
d'après Mabillon. Il en subsiste un fragment de copie dans 
un fragment de cartulaire conservé aux archives deTarn-et- 
Garonne, G 569. 

Voici la date telle qu'elle est conservée dans ce fragment 
de cartulaire : 5. Aguarni Caturcensis episcopi. Signum 
Asterii archidiaconi.' S. Ingelberti decani. S. Hectoris. 
S. Uciandi. S. Egelrandi. Facta caria anno incarnationis 
Doniini DC.LXXIll^ ewîdem principis domni Ludovici 
anno secundo regni Francorum féliciter amen. A deo da- 
tus rogatus^ scripsU. 

D'autre part, Doat donne le texte suivant: 5. A g ucirtii (etc., 
sauf Elgelrandi). Facta carta anno incarnationis Domini 
seœcentesimo [les syllabes sexcè qui terminent une ligne 
sont récrites sur un grattage, on ne lit pas ce qu'il y avait 
primitivement^'] septuagesimo tertio, ejusdeni jirincipis 
domini Ludovici anno secundo. Et il ajoute : « Extrait et 
collationné d'un reste de cartulaire contenant vingt-huit 
feuiles (sic) en parchemin trouvé aux archives de l'abaye 
de Moissac..., dans lesquelles archives il s'est aussi trouvé 
un autre reste de cartulaire contenant huit feuilles de par- 
chemin auquel la dite donation se trouve aussi, mais impar- 
faite pour le commancement, la premier (sic) desdites huit 

I. T. I (171:")), iusU-., p. m. 
'^. T. II, pr., col. 50. 

3. Écrit d'abord dogatus. 

4. Lagrèze-Fossat (t. III, p. ll)anirnie que le copiste avait d'abord 
écrit se'ptingoitesimo ci qu'WVix remplacé ensuite « aunioycn d'une sur- 
charge » par sexcentesimo, pour faire concorder la date du document 
avec la date qu'il avait mise en tète de l'analyse d'après une erreur de la 
suscription (les analyses du dos des actes jouent un grand rôle dans 
les raisonnements de Lagrèze-Fossat; cf. ci-dessus p. 411). « Ni les auteurs 
do la Gdllia cJu-is(ia>ia, ni J. Marlon n'ont soupçonne cette suporclierie 
(sic). Mabillon ne l'a pas relevée non plus. » (!) Lagrèze reproduit d'ail- 
leurs inexactement la date de Doat : « Data cnrta donatioiiis, etc. » 
Le n" l(j.j6 d'Andurandy qu'il cite (c'est en réalité le n" 1055), n'est autre 
chose que l'analyse de (j 509. 



SUR LA DATE DE QUELQUES ACTES, 421 

feuiles commansant seulement par ces mots : eclesiam in 
pago Tolosano super ripam flumînis Tarni. Et elle s'est 
encore trouvé en acte séparé en un parchemin quy paroit 
estre un extraict par le sein et les paraphes presque effacés 
comme presque toute la pièce. Mais le sein de Deodatus y 
paroit tout entier et dans ledit acte la pièce finit en ces mots 
annô 2'^ au lieu que dans les cartulaires il y a de plus regni 
Francorum féliciter amen Adeodatus escripsit rogatus. » 

Le cartulaire de vingt-huit feuillets dont parle Doat est 
perdu, celui de huit feuillets n'est autre que celui des archives 
de Tarn-et-Garonne (G 569), qui commence, en effet, par les 
mots ecclesiam in pago et dont le texte est identique au texte 
de Doat*. Quant à 1' « acte séparé » dont parle Doat qui se 
terminait ainsi : anno secundo. ADEODA TUS, c'est . soit 
une copie imparfaite, soit l'original même^ sur lequel étaient 
encore visibles, à l'époque de la rédaction des cartulaires, les 
mots regni Francorum et la souscription d'Adeodatus; on 
ne peut pas, en effet, supposer que ce sont les auteurs des 
cartulaires qui ont ajouté ces expressions, car ils n'au- 
raient pas fait les erreurs escripsit (cartulaire de 28 feuillets) 
et a deo datus dogatus (cartulaire G 569) ; ces erreurs ne 
s'expliquent que par la présence d'un texte que les copistes 
ont mal lu sur l'original perdu. Ceci est d'ailleurs confirmé 
par la date de Mabillon qui, quoique différente, finit cependant 
de la même façon. 

Mabillon, en effet, donne ainsi la date : « Facta carta do- 
nationis anno DCC.LXXIII {lege LXXXIII) ejusdem prin- 
cipis domini Hludovici secundo regni Francorum, id est 
Aqu'itanorum. /. d. n. f. a. Adeodatus rogatus scripsit. » 

On remarquera que les termes de Mabillon ne sont pas 
ceux de Doat et du cartulaire G 569 {Carta donationis, au 
lieu de ca^^ta anno incarnationis Domini; DCCLXXIH 
au lieu de DÙLXXIII ; Hludovici secundo au lieu de an^io 

1. Il est très probable que, vu l'état défectueux de 1' « acte séparé», le 
copiste de Doat a simplement pris le corps du texte sur le cartulaire. 

2. La plupart des originaux, se trouvant validés sans sceau par la sous- 
cription du rédacteur, onl été pris par Doat pour des copies. 



422 FRANÇOIS GALABERT. 

secundo). Il y a en outre, dans le texte même des différen- 
ces, peu considérables, il est vrai, mais cependant assez 
sensibles 1; ces divergences dans le corps de l'acte et dans 
la date pourraient laisser supposer que Mabillon a eu 
sous les yeux un autre texte que ceux vus par Doat et le 
rédacteur de G 569; en réalité, comme les leçons de Mabillon 
sont en général plus correctes que celles de Doat, il est per- 
mis d'en conclure que Mabillon, comme Doat et l'auteur du 
cartulaire, a vu l'original, mais qu'il l'a mieux interprété que 
ces derniers. 

La Gallia donne la date de 673 dans les mêmes termes que 
Doat, mais indique la correction de Mabillon 2. Quant aux 
seconds éditeurs de VHistowe de Languedoc (l'acte n'est pas 
dans la première édition), ils ont simplement copié Mabillon 
en y ajoutant une erreur étrange. Les mots id est Aquitano- 
rum., mis par Mabillon comme commentaire en caractères 
romains au milieu du texte en italique, ont été par eux 
insérés dans le corps même du texte 3 ! 

En résumé, Doat, le cartulaire G 569 et Mabillon méritent 
seuls de retenir l'attention. Si l'on suit la version de Mabillon, 



1, Voici ces variantes (D. signifie Doat, M. Mabillon) : D. jubemur, 
M. jubeamur ; D. cura regendi nobis commissa, M. regendi cura commissa 
est; D. inipartire, M. impertire; D. mei jiiris extiterant, M.nieijuris esse 
videntur; 1). Oaturcenae, M. Caturcensi; D. supra flumen Tarni, M. super 
fluviuni Tarnis; V). ejus apostolis, M. ejusdem apostolis ; D. alterara quo- 
que, M. aliain quoquo ; (dans ce qui suit, on a aussi le texte de G 569 identi- 
que à Doat); D. Melzag nominata, M. Mulzacq nuncupata; D. presentibus 
et futuris ibidem, M. presentibus ibidem et futuris; D. aquarumque, M. 
aquarumve; D. possidendum in supra dicto monasterio Moisiaco pro..., 
M. possidendum. Insuper dicto monasterio pro...; D. oblatione sua cu- 
juscumque rei sint in terrenis, sive, M. Ublationes vero cujuscumque roi 
sive in terris, sive; D. intacti et inviolati in perpetuo, M. intacta et in- 
violata ibi perpetuo; D. auctoritate jam dicti domini.M. auctoritate jam 
dicta domini ; D. occasione calumpniare, M. occasione eam calumniare. 

i!. Mais dans cette correction (t. I, preuves, p. 3(5), il y a une erreur 
probablement typographique ( omission d'un C) : « Mabillonius pro 
rxJLXXIIl legit DCLXXXIII » ; l'erreur sur ce dernier chilïre (U88 mis 
au lieu de 783) n'existe pas à la p. 123 du texte où on lit correctement : 
« Mabillon edidit... adannum 783, n» 39 : Batum est anyio DCCLXXIII 
lege ex Mabill. DCCLXXXIII)... » 

3. Les auteurs de la Gallia s'étaient bien gardés do faire cette erreur : 
« id est Aquitanorum, inquit Mabillonius » (t. I, p. 123). 



SUR LA DATE DE QUELQUES ACTES. 423 

i'original aurait porté 773; mais, d'autre part, Doat et le car- 
tulaire G 569 semblent indiquer qu'il y avait 673. 

Or, la date de 673 est inadmissible, l'abbé de Moissac étant 
à cette époque d'une façon certaine Léotade et non Hermenin, 
le roi franc étant Childéric II, et la similitude des expres- 
sions de la date de notre acte avec celui de 804 (anno IIlu- 
dovici secundo regni Francorum) indiquant suffisamment 
qu'il s'agit ici encore de Louis le Pieux, roi d'Aquitaine 
depuis 781, et que notre acte est donc de 783 ainsi que le 
propose Mabillon. La date de 673 est une erreur de copie 
provenant des carlulaires, la date de 773 est une erreur de 
l'original pour 783. 

Ainsi la correction de Mabillon, adoptée d'ailleurs par 
Lagrèze-Fossat et par M. Poupardin^, est certaine. M. Pou- 
pardin suppose que « la date de l'incarnation ne figurait sans 
doute pas dans l'acte original... et doit provenir très proba- 
blement du fait du compilateur du cartulaire de Moissac ». 
Il serait peut-être plus exact de penser que sur l'original on 
a ajouté postérieurement (c'est un fait dont on connaît de 
nombreux exemples) la date de 773, mais cela a été fait avant 
la rédaction du cartulaire, et la date de 073 dans ce dernier 
est le résultat d'une erreur, l'auteur du cartulaire ayant mal 
copié la date comme il a mal copié le nom d'xA-deodatus ; le 
seul fait qu'il a commis cette erreur implique que la date de 
773 se trouvait déjà sur l'original-. 

Or, cette date de Mabillon a été récemment contestée. Après 
avoir rapporté l'opinion de Marion et les observations de 
Lagrèze-Fossat, Rupin ajoute ^ : a M. Dumas de Rauly 

1. Lagrèze-Fossat, t. III, pp. 13-15; Poupardin, La lie de saint Didier, 
évéqite de Cahors, pp. iv-v. {Collection de textes pour servir à l'étude et 
à l'enseignement de l'Histoire, Paris, Picard, 1900.) 

2. Cela aussi expliquerait le grattage qui est dans DoaL; le copiste de 
Doat aurait d'abord transcrit 773 qu'il trouvait sur l'original (« acte 
séparé ») et l'aurait corrigé ensuite pour suivre la leçon des deux carlu- 
laires qui lui paraissait plus sûre, puisqu'il prend l'acte séparé pour un 
a extrait ». 

3. P. 29. Le volume de la Bibl. de l'École des Chartes où se trouve 
l'article de Marion est 1819 et non 1889, comme le dit Rupin, p. 28, n. 5, 
sans autre indication de tomaison ! 



424 FRANÇOIS GALABERT. 

[ancien archiviste de Tarn-et-Garonne] estime qu'il serait 
plus exact de rapporter cette date à l'année 816, qui était la 
deuxième de Louis le Débonnaire empereur, plutôt qu'à celle 
de 783, qui marque la deuxième année de son règne en Aqui- 
taine ^ » Gomme les arguments rapportés par Rupin ne s'ap- 
puient sur aucune référence (Angarn n'aurait été élevé à 
l'épiscopat qu'en 804 « suivant certains auteurs », ce qui ne 
prouverait rien d'ailleurs sinon que ces auteurs se sont trom- 
pés), nous continuerons jusqu'à preuve du contraire à préfé- 
rer l'opinion de Mabillon, qui a pour elle de bons arguments, 
à celle de Dumas de Rauly et de Rupin, et nous ferons seu- 
lement observer que la date de 788 concorde fort bien au 
contraire avec la donation de Léger que nous avons datée 
de 804; l'abbé Guitard, d'après cette donation, étant de 804, 
et non de 838 comme le croyaient Lagrèze et Rupin, son 
prédécesseur Hermenin ne peut pas être de 816, mais peut fort 
bien exister en 783! 

Ainsi les deux actes, celui de 783 et celui de 804, se forti- 
fient mutuellement et en ce qui concerne la date et en ce qui 
concerne les formules de cette date. 



L'examen de la renonciation d'Alphonse et les arguments 
qui nous l'ont fait dater de 1127 à 1135 nous ont donc permis 
de reconnaître dans un autre acte soi-disant du xii^ siècle que 
jusqu'ici on avait complètement négligé, un des plus anciens 
actes dont nous ayons conservé le texte pour l'abbaye de 
Moissac. C'est le troisième de la série. Le premier est la 
donation de Nizézius à Leutade de 680, dont la date d'ailleurs 
a donné lieu aussi à beaucoup de discussions^; le second est 

1. Rupin donne en note: « Archives de Tarn-et-Garonne, série G. » Il 
nous a été impossible de trouver, dans l'inventaire de cette série, cette 
opinion de M. Dumas de Rauly. Sur ces références de Rupin, voir 
ci-desaus, p. 417, n. 2, un autre exemple d'inexactitude. 
^ 2. Cette charte vient de faire récemment l'objet d'une étude de M. Daux, 
Éclaircissements sur la charte de Nizézius (ïievue d'histoire de l'église 
de France, sept.-nov. 1911), étude qui prôte à beaucoup de critiques et 
sur laquelle nous reviendrons. 



SUR LA DATE DE QUELQUES ACTES. 425 

la donation de Bioule publiée par Mabillon et dont on a, sans 
raison, contesté la date de 783; le troisième, entin, est la 
donation des églises d'Auvergne de 804. Aussi ne sera-t-il 
pas inutile de donner ici le texte de ce dernier, tel que Doat 
l'a conservé. Les actes qui viennent ensuite par ordre de 
date sont du x^ siècle. 

Tout ce qui précède montre avec quelle prudence il faut 
utiliser tous les auteurs qui ont eu à parler de l'abbaye de 
Moissac, et comment un travail sérieux sur cette abbaj^e exi- 
gerait d'abord une étude attentive de tous les documents au 
point de vue de leur date et de leur authenticité. 

François Galabert. 



PIECES JUSTIFICATIVES 



I 



Mai 804. 
Donation à l'abbaye de Moissac par Léger et sa femme Aclal- 
bergue de Valleu de Linars, des églises Saint-HUaire de 
Moissac, Sainte- Anaslasie et Saint-Saturnin de Valuéjols en 
Auvergne'^. 

Gloriosissimum et post Dominum fortissimum patronum sanc- 
tum Petrum'Principem Apostolorum, cui tradilœ sunt claves reyni 
cœlorum esse credimus in eius « honore [fol. 21 versoj et nomiue 
mater ecclesia Moisiacensis monasterii in pago Katercino supra 
alveum Tamis sita esse dignoscitur, ubi vitse» venerabilis Witar- 

1. Coll. Doat, t. CXXIX, fol. 21 r°. Doat a fait précéder son analyse de 
la date 1131. — Nous avons scrupuleusement conservé le texte de Doat 
avec ses incorrections, mais en rétablissant les a? à la place des œ. 

2. Pour cujus. 

3. Pour vir. 

ANNALES DH MIDI, — XXV. 'i\) 



426 FRANÇOIS GALABERT. 

dus abbas supra gregeni monachorum rector esse videtur, in quo 
loco in Dei noniine ego Leofgarius et uxor mea Adalberga cedi- 
mus beato Petro Apostolo ad supradicti monasterii Luminaria 
concinnanda alodem nostrum, qui est in pago Arvernico, in villa 
cuius vocabulum est Linars, omnes niansos nostros cum domini- 
caluris, cum omnibus adjacentiis eorum quantumcumque in prœ- 
fata villa Linars visi sumus habere vel possidere, et quantum ad 
ipsos mansos pertinere videtur, totum nos et ab integro cedimus 
beato Apostolo Petro et babitatoribus eius in supradicto monas- 
terio Moysiaci; donamus etiam in aliis locis in ipso pago Arvernico 
quasdam ecclesias nostri iuris ad prasfati monasterii, et eius habi- 
tatorum victum, scilicet ecclesiam sancti Hilarii super flumen 
Elenionis [fol. 22 ro] et Elencba' sitam, aliam quoquo ecclesiam 
sanclœ Eustaziœ in ipso confinio, sed etiam in alio Loco ecclesiam 
sancti Saturnini in villa qune dicitur a Voleuil, istas ecclesias cum 
decimis, et primitiis, et cimiteriis suis, et quidquid ad ipsas in 
aliquo loco pertinere videtur ita concedimus, et donamus beato 
_ Petro in loco Moysiaco, et babitatoribus eius ad victum eorum 
sicut supradictum est, ut babeant et possideant imperpetuum, et 
ipsi moiiaclii liabitutionem suam in qualiloco melius elegerint ad 
servieudiim Deo ibi construant, et quidquid ex nostris, vel aliis 
])onis bominibus per Dei adjutoriuin acquirere potuerint in curtis, 
casis, in ortis, in pascuis, terris, vineis, pratis, garricis, a(]uis, 
moloiidinis, cultis et inlegris totum et ab integro liberam babeant 
potestatein tenendi et possidendi. Si quis vero parentum nostro- 
rum, vel aliqua potestas, vel qualiscumque bomo istam carlam 
eleemosiuariam vio- [fol. 22 v»] lare vel irrumpere voluerit, inpri- 
mis iram Dei omnipolenlis incurrat, et a liminibus sanclie Dei 
Ecclesiic extraneus liât, et cum Datan et Abiran vivus a])sor- 
l>eatur in infernum, et insuper componat fratribus pra'dicti monas- 
terii Moysiacensis super altare sancti Pétri auri libras très argent! 
libras sex stipulatione subnixa. Facta cessio i?-ta mense Majo 
anno vicesimo quarto domini Ludovici serenissimi Régis franco- 
rum, eti Leotgarii, et- uxoris eius Adalberga, qui donationem 
istaui firmaverunt et scribere rogando iiisserunt. Frodgarius 
amicus et consanguineus eorum lirmavit et' Ragambaldi et* 
Siniproiiiani. Signum f Stabilis. Signum f Ingelberti. Signum 
f Hildefredi. Signum f Bertrand!. Signum f Jordani Arcbipres- 

1, 2, î], 4. Erreur évidente pour ii{ignum). 



SUR LA DATE DE QUELQUES ACTES. 427 

biteri. Signum Viviani presbiteri. Signum Viviani presbiteri. Era- 
oleus presbiter scripsit^. 



II 



Valence, 19 juilltt 1107. 

Bulle de Pascal II confirmant le jugement par lequel Vévêque 
de Clermont avait attribué à l'abbaye de Moissac l'église de 
Valuéjols qui lui était contestée j^ar l'abbaye de Conques"^. 

Paschalis episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Ansqui- 
tino Moysiacensi abbati salutem et apostolicam benedictionera. 
Que ab ecclesiasticis jiulicibus decisa sunt, si prêter cerciorem 
rationem iteruni concitentur, lites potius ecclesie quam commo- 
dum prestaiit. Idcirco super ecclesia de Valojul decisionem a 
confratre nostro bone memorie Guillelmo Arvernensi episcopo 
factam arbitramur stabilitatis robur congruum obtinere; in ejus 
quippe litteris agnovimus a predecessore nostro sancte memorie 
Urbano papa ei fuisse preceptum ut dissensionem que inter 
Moysiacenses et Conchenses monachos de supra dicta ecclesia 
gerebatur, ipse convocatis utrisque partibus sicut de parrocliie 
sue membro diligenter audiret rationabililerque decideret. Porro 
ipse sicut eisdem litteris atestatur tante quam Begonem monas- 
terii Gonchensis abbatem pro eadem causa in concilium evocavit 
tuam scribit affaisse personam. Geterum Gonchensis abbas nec 
venit nec nuntium quemlibet destinavit; aitergo : qua propter ego 
equidem consistens in illa sacra synodo in ecclesia sancte Marie 
Glarimontis concessi et Confirmavi apostolica jussione et illius 
synodi favore coram omni multitudine abbatum archidiaconorum 
ei clericorum illam jam sepe dictam ecclesiam sancti Saturnini de 
Valojul Moysiacensi monasterio atque abbati ipsius qui aderat ibi 
presens. Mox inferius abbatum et reliquorum qui testes essent 

1. « Extrait et collationné d'une copie en parchemin trouvée aux 

Archives de l'abaye de Moissac par l'ordre et en la présence de 

messire Jean de Doat .... par moy Gratian Capot, prins pour grefier en 
la dite commission soubsigné. Fait à Alby le vingt cinquiesme février 
mil six cens soixante neuf. De Do-^t. C.\pot. » 

2. Arch. dép. Tarn-et-Garonne, G 762, copie sur parchemin du xii« siècle, 
sans bulle ni aucun signe de validation. Une étroite bandelette, détachée 
comme une simple queue, servait à entourer le document plié. 



428 FRANÇOIS GALABERT. 

nomina subnotavit. Igilur pro eadem causa longo posl tempore 
cum per Arverniam transiiemus ante presenliam noslram questio 
mota est quia diverse post eam deeisionem invasiones seu in- 
veslitiones facte fuerant. Eandem itaque causam tamquani nobis 
ignotam nos tractandam episcopis qui nobiscum aderant Anicii * 
commisimus, sed cum illic ad plénum ab eis tractari non poluisset, 
nos Gonchenses monachos nostro ore Valentiam ad tempus deter- 
miriatum ob peragendum negotium convenire precepimus. Sed 
Moysiacensis monastei'ii monachis venienlibus Gonchenses adesse 
penitus contempserunt. Nos ergo deeisionem a prenominato Ar- 
vernoruni episcopo in synodali conventu effectam, quia nulla cer- 
tior ratio repugnare conspicitur, nostra assertione lirmamus et 
prefatam ecclesiam de Valojul IMoysiacensi monasterio possiden- 
dam, omni deinceps Gonchensium sopita lite, concedimus. Datum 
Valentie, XIIII kalendas Augusti, indictione XV, anno incarna- 
lionis dominice M» G° VIIo. 



NOUVEAUX DOCUMENTS 

SUR LES 

ÉTATS PROVINCIAUX l)E LA HAUTE MARCHE 

(1418-1446). 



Je ne sais s'il me sera donné de préparer et de voir paraî- 
tre une deuxième édition du livre que j'ai publié eti 1879 sur 
les États provinciaux'^ et auquel, autant qu'il me souvient, 
je n'ai eu qu'une fois l'occasion d'apporter publiquement une 
retouche-. Il n'y aurait guère à en modifier l'ordonnance 
générale, mais que de corrections et d'additions appellerait 
le menu détail des faits I 

En ce qui concerne l'Auvergne, le Bas Limousin et le Haut 
Limousin, mon information est plus étendue aujourd'hui 
qu'en 1879 : sans parler de l'apport très riche qui m'est venu 
des archives communales de quelques villes d'Auvergne 
(Glermont, Montferrand, Saint-Flour, Saint-Pourçain), le 
nombre des quittances et autres pièces comptables échappées 
à l'incendie de la Chambre des Comptes et qui ont trouvé 
asile dans les dépôts publics ou privés, où l'on peut en avoir 
communication, s'est très sensiblement augmenté : au dé- 
part, j'en connaissais environ 730; aujourd'hui, j'approche 
de 800. En revanche, le gain est à peu près nul pour le Franc- 
Aleu^ qui ne m'a livré qu'un document supplémentaire, soit 

1. Les États provinciaux de la France centrale sous Charles VII. 
Paris, Champion, 1879; 2 vol. in-H». 

2. Ann. du Midi, I, 57. 

3. Je ne vois aucune bonne raison d'écrire Franc- Alleu, comme je le 
aiaais, sans penser à mal, en 1879. 



430 ANTOINE THOMAS. 

11 pièces, au lieu de 10. Pour la Marche, je passe de 65 à 72, 
et parmi les documents nouveaux, il en est un d'un très vif 
intérêt que je ne connais que depuis quelques jours. C'est 
dans la « lune de miel » de cette découverte que je me décide 
à rédiger un supplément consacré à ce petit pays, mais qui 
touchera occasionnellement aux pays voisins, même à ceux 
qui ne rentrent pas dans mon cadre primitif, comme le Poi- 
tou, la Saintonge, l'Angoumois, le Périgord et laComhraille. 



I 

ANNÉE 1418 

Je rappelle que mon point de départ chronologique est mar- 
qué par l'entrée des Bourguignons à Paris (29 mai 1418), et 
que mon livre ne contient rien sur les États de la Marche 
avant le mois de juillet 1420 ^ Or, le regretté Du Fresne de 
Beaucourt a relevé le fait suivant, qui m'avait échappé : 
« Nous avons la preuve, dit-il, que, vers le mois de juin 1418, 
une aide lui fut octroyée [au dauphin Charles] par les États 
des provinces suivantes: Poitou, Saintonge, Limousin, Pé- 
rigord, Angoumois et pays de la Marche, dans une assemblée 
qui paraît avoir été tenue à Limoges^ ». 

L'auteur cite trois documents à l'appui de son dire, mais 
sans les reproduire in extenso. Je lésai examinés attentive- 
ment. Laissant de côté celui qui n'intéresse que le Poitou 
(Bibl. Nat., Clairambault 58, p. 4427) et dont il n'y a rien à 
tirer pour notre objet, je vais mettre sous les yeux du lecteur 
les parties essentielles des deux autres. 

Le premier en date (Poitiers, 19 octobre 1481) est une allo- 



1. Il ne faut pas perdre de vue, d'autre part, que la circonscription 
que les documents officiels du temps appellent « le païs et conté de la 
Marche » ne comprend que la Haute Marche et son annexe la chàfellenie 
de Montaigut en Combraille. (Les Étals provinciaux, I, 170; cf. mon 
récent volume intitulé : Le comté de la Marche et le parlement de Poi- 
tiers, Paris, 1910, pp. xxxvi et ss.) 

2. Hist. de Charles VII, 1, 357; cf. I, 39^. 



DOCUMENTS SUR LES ÉTATS DE LA HAUTE-MARCHE. 431 

cation de 250 livres tournois d'indemnité à l'abbé de Saint- 
Augustin (depuis évêque de Limoges), Pierre Brun (ou de 
Montbrun), laquelle est adressée aux commissaires sur le 
fait des finances « tant en Languedoyl comme en Langue- 
doc » et ainsi motivée : 

Savoir vous faisons que veùe la [despense et les voyages qu'il a 
convenu faire à^] noslre amé et féal conseiller l'abbé de Saint Au- 
gustin de Limoges, tant en alant de Limoges à Paris, nous estans 
audit lieu, [comme...] en alant de Poitiers audit lieu de Limoges 
pour le fait de l'aide à nous nagaires octroyé pour le fait de la 
guerre par les g[ens des Trois] Estaz des païz de Poitou, Limosin, 
Pierregort, Saintonge et Angoulesme et pour ycellui aide faire met- 
tre suz, asseoir et imposer audit [païs] de r>imosin, esquelz voyages 
nostre dit conseiller a vaqué par l'espace de six vins deux jours, 
et considéré que par la diligence [de nostredit conseiller] ledit aide 
se lieve... 

L'allocation (Bibl. Nat., Glairambault 23, p. 1641) est ac- 
compagnée de la quittance du prenant : « Nous Pierre Brun, 
abbé de Saint-Augustin de Limoges... », datée du lendemain 
20 octobre; l'argent lui est versé par le receveur général de 
toutes finances, Jehan Merichon. 

Le second document (Ghinon, 31 octobre 1418), adressé par 
le dauphin aux mêmes commissaires, leur donne ordre de 
rabattre au même receveur général une somme de 482 francs 
payée irrégulièrement à deux conseillers royaux chargés 
d'une mission en Poitou : 

Comme, dès le moys de may derrer passé, Nous, par gratit et 
meure deliberacion de Conseil, eussions, à la requeste des l'rois 
Estaz des pays de Poitou, Xantonge, Limosin, Peregort, Engol- 
mois et la Marche, envoyé noz amez et feaulx conseillers mais ires 
Guillaume Thoreau et Hugues Comberel en nostredit païs de Poic- 
tou pour aucunes grans besoignes touchans le bien et utilité des- 
diz païs, où ilz ont vacqué par l'espace de six moys ou environ, 
pendant lequel temps ilz aient moult frayé et despendu du leur^.... 

1. Le parchemin est en mauvais état; je mets entre crochets les mots 
restitués. 

2. Bibl. Nat., Chxirambault 105, p. 8223; original signé ALAIN (c'est le 
célèbre Alain Chartier; cf. Romania, XXXIII, 394.) 



432 ANTOINE THOMAS. 

Les termes formels de ce dernier document nous forcent à 
placer au mois de mai (et non au mois de juin) une session 
d'États régionaux où dut être rédigée la requête dont il 
est question. Cette requête, comme l'indique le premier 
document, fut présentée au dauphin, à Paris même, par des 
délégués des États, dont l'un était l'abbé de Saint-Augustin 
de Limoges, lequel fut ensuite chargé, comme commissaire 
royal, d'assurer en Limousin la levée de la part revenant à 
ce pays de l'aide octroyée à la couronne ^ La session se tint- 
elle à Limoges, et est-ce dans cette session, ou dans une ses- 
sion postérieure, que l'aide fut octroyée? Nous l'ignorons. 
Mais des documents restés inconnus à de Beaucourt nous 
donnent des détails précis sur le concours financier qu'ap- 
portèrent à l'héritier du trône les provinces dont il vient 
d'être question, ainsi que sur la durée exacte des fonctions 
de son premier receveur général Jehan Merichon, montionné 
dans les extraits qu'on a lus ci-dessus^. Le dauphin l'avait 
institué peu de jours après son arrivée à Bourges, le 20 juin, et 
il lui donna pour successeur, le 2 février suivant, Guillaume 
Charrier, lequel occupa la place près de vingt ans 3. Le 
compte de la courte gestion de Merichon ne nous est malheu- 
reusement pas parvenu, mais nous en possédons quelques 
extraits qu'avait fait faire le célèbre marquis de Dangeau*. 
Nous y voyons^i que l'aide octroyée au dauphin par les États 
« des païs de Poitou, Xantonge, Lymosin, Pierregort et 
Angoulmois » montait à 100.000 francs, ainsi répartis : Poi- 
tou, 45.000; Limousin et Périgord, 35.000; Saintonge et 
Angoumois, le reste, apparemment, c'est-à-dire 25.00<)'''. Nous 



1. 11 eut i)lusieurs fois par la suite la inènic mission {Les États pro- 
vinciaux, I, 311.) 

2. Soit dit en passant, le receveur général était un notable bourgeois de 
Ln Rochelle, dont il fut maire en 1419 et en 1426 [Arch. hist. de la Sain- 
tonfje et de l'Autiis, XIV, 287-2'3].) Le nom de famille Merichon est un 
diminutif apocope d'Aimeric. 

;). Charrier devint, en 1438, évêquc d'Agde. 

I. Bibl. Nat., franc. 227:3], fol. 19-24. 

r>. Loc. cit., fol. 23 r». 

0. Le chiffre a été omis dans la copie de Dangeuu. 



DOGDMENTS SUR LES ÉTATS DE LA HAUTE-MARCHE. 433 

y trouvons même les noms des receveurs : Louis Bonen- 
fant, pour le Poitou; Pierre Enjourant^ pour le Limousin 
et le Périgord; Pierre Chaperon, pour la Saintonge et l'An- 
goumois. La Marche n'y figure pas nominativement, mais 
nous savons par ailleurs qu'elle était associée au Limousin 
et au Périgord^. D'autre part, le comté de la Marche a les 
honneurs d'un article particulier dans un autre extrait du 
compte de Jehan Merichon, article qui est ainsi conçu : 

L'aide de la Marche. De Jacques de La Ville, commis à recevoir 
un aide octroyée (sic) à monsr le dauphin en la conté de la Mar- 
che, le XX.* jour d'octobre mil cccc et xviii, sur ce qu'il peut et 
pourra devoir à cause de sadile recepte, par mons' le conte de la 
Marche, pour don à lui fait, 500 1. t. 3. 

Il est invraisemblable que le « comté de la Marche » ait 
payé deux impôts distincts entre le mois de mai et le mois 
d'août 1418. On pourrait supposer que l'expression « la Mar- 
che », dans les textes où elle tient compagnie aux provinces 
énumérées ci-dessus, s'applique à la Basse Marche, qui était 
partagée, au point de vue financier, entre le Poitou et le 
Limousin, mais cette supposition me paraît peu vraisembla- 
ble. Je crois plutôt que l'administration du dauphin avait 
effectivement voulu comprendre le comté de la Marche dans 
la même circonscription financière que le Limousin et le 
Périgord, mais que, au moment de faire asseoir l'impôt 
octroyé en bloc par les représentants des six pays dont il a 

1. Le nom est estropié en Emouvatit dans la copie de Dangoau; cf. la 
note suivante et mon volume Le comté de la Marche, p. 26, où on lit 
Petrum Anjoram. 

2. Mentions relevées dans d'anciens inventaires des comptes existant à 
la Chambre des Comptes (Arch. nat., PP 99, fol. 15 et 22) : « 1418. Ayde. 
Limosin, la Marche et Perigort. Pierre Anjoran. — Limoges. Aydes levées 
au pays du Limosin du 11 dec. 1392 au 2U janv. 1.S93... — Autre au pays 
de Limosin, la Marche et Périgord, 1418. Pierre Anjorand. » 

3. Loc. cit.. f° 23 v. Cf. Arch. nat., PP 99, fol. 22 : «