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Full text of "Annales du Midi"

ANNALES DU MIDI 



ANNALES 

DU MIDI 

REVUE 

ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET PHILOLOGIQUE 

DE LA FRANGE .MÉRIDIONALE 

Fondée sous les auspices de l'Université de Toulouse 
PA K 

ANTOINE THOMAS 



PRESIDENT DU COMITE DE REDACTION 

A. JEAMiOY 

Professeur ;\ l'Université de Paris. 
DIRECTEURS 

J. ANGLADE, J. CALMETTE, I[. GRAILLOT 

Professeurs à l'Université de Toulouse. 

« Ab l'alen tir ves me l'aire 
« Qu'eu sent venir de Proenza. » 
Peire A'idai.. 



XXIX' ET XXX' ANNÉES 

1917-1918 




TOULOUSE 

IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE ÉDULARD PRIVAT 

l4. RUE DES ARTS (SQUARE DU MUSÉE) 

Paris. — Auguste PICARD, rue Bonaparte, 82. 



POÉSIES RELIGIEUSES INÉDITES DU XIV* SIÈCLE 

EN DIALECTE TOULOUSAIN 
Tirées des LEYS D'A M ORS 



Le manuscrit* inédit des Leys d'Amors, dont nous 
allons commencer l'impression, renferme, outre de nom- 
breux passages versifiés ou « exemples » qui lui sont 
communs avec le manuscrit déjà édité par Gatien-Arnoult, 
deux groupes de poésies dont l'intérêt nous a paru suffi- 
sant pour qu'elles méritent d'être publiées à part. 

Ce n'est pas que la valeur littéraire du premier de ces 
groupes, les poésies théologiques, soit éminente; on ne 
saurait l'attendre de la poésie religieuse en général, qui 
est une plante délicate ne fleurissant pas dans tous les 
temps et ne s'accommodant pas de tous les milieux. 

A plus forte raison ne peut-on l'espérer de la poésie 
théologique, écrite en langue vulgaire, en pleine déca- 
dence de la littérature méridionale. On verra cependant 
que, au point de vue littéraire, le second de ces poèmes, 
la CoNTEMPLACio DE Lx Grotz, u'est pas sans mérite. En 
tout cas chacun de ces groupes forme un tout et ils 
dépassent de beaucoup, au moins par leur développe- 
ment, l'importance et l'intérêt d'un simple « exemple », 
comme il y en a tant dans les Leys d'Amors. 

Au moment où l'on vient de publier à nouveau les 

I. On trouvera la description de ce manuscrit, qui est du milieu 
du xiv° siècle, dans la préface de notre édition des Leys. * 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. I 



2 J. ANGLADE. 

Joyas del Gay Saber*. où Vlnslilut crEstudis Catalans de 
Barcelone veut bien nous donner, par l'intermédiaire de 
M. Masso y Torrents, bibliothécaire de l'Institut, les poésies 
inédites des premiers Manlenedors de la Gaya Sciensa* et 
des premiers lauréats de nos concours, il m'a paru oppor- 
tun de détacher ces modestes Heurs poétiques du re- 
cueil au(iuel elles a{)partiennent et d'attirer sur elles, 
par une [)ublicalion spéciale, l'altentioii qu'elles méri- 
tent. 

I 
POÉSIES THÉOLOGIQUES 

Ces poésies forment un recueil de 729 vers % parmi les- 
quels neuf sont empruntés à N'Ath de Mous, troubadour 
toulousain du xni^ siècle, cité avec prédilection par les ré- 
dacteurs des Leys. Ces poésies sont divisées en plusieurs 
parties, ayant chacune un titre : le pouvoir de Dieu 
(v. 1-57), preuves de l'existence de Dieu par la Foi 
(v. 58-85), [)ar l'Ecriture Sainte (v. 86-139), par la com- 
paraison du Créateur et des choses créées (v. 1^0-175), 
parles paroles des Saints (v. 176-181), par le cri [clamor) 
des choses créées (v. 182-823), par la raison naturelle 
(V. 324-365), détinition de Dieu (v. 366-558), existence 
d'un seul Dieu(v. 559-602), la Sainte Trinité (v. 6o3-6/j8), 
la Foi (v. 6/19-728). 

On remarquera que la longueur de ces divisions est 
très inégale : la preuve de l'existence de Dieu par les pa- 
roles des Saints est réduite à six vers, ce qui est d'une 

1. Les Joies du Gai Savoir, nouvelle ('dilioii. |);i!' M. A. Joanroy, 
Hibliolhèquo méridionale, l. \\l. 

2. Annales du Midi, année 191/4-11)15. 

3. I,es vers de N'Alh de Mons sont de six syllabes; les autres sont 
de huit, sauf un vers (jui lennine (juelques divisions du poème, et 
• lui est de (|ualre syllabes. 



POESIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV'' SIECLE. 6 

concision bien rare chez le rédacteur des Leys; en re- 
vanche, la preuve par le « cri » (clamor) des choses créées 
ne comprend par moins de i4i vers, et il faut à l'auteur 
une centaine de vers pour définir Dieu et ses attributs. 

Le plus intéressant de ces passages est sans nul doute 
celui où l'auteur fait parler les choses créées, ou du 
moins les principales d'entr'elles ; ce n'est d'ailleurs 
qu'une paraphrase d'un passage d'Huc de Saint-Victor. 
Les autres théologiens cités sont saint Bernard et saint 
Athanase. 

Au point de vue du fond, les idées de l'auteur parais- 
sent conformes à la pure doctrine théologique et on re- 
marquera plusieurs fois qu'il se soumet humblement à la 
« Sainte Eglise de Rome »; cet aveu, souvent répété ici 
et ailleurs dans les Leys dCAmors, nous rappelle les chan- 
gements profonds qui s'étaient produits depuis plus d'un 
siècle dans l'âme des compatriotes de Guilhem Figueira. 

Quant à la forme, il n'y aurait pas grand chose à re- 
lever qui eût quelque intérêt, le vers de huit syllabes se 
prêtant avec une déplorable facilité au développement et 
surtout à la prolixité; remarquons seulement les vers 
suivants, dans lesquels l'auteur insiste sur la difficulté 
qu'il y a à s'exprimer en « romans n sur des questions 
difficiles et subtiles : 

Autras razos trobam subtils, 

Lasquals laysham, quar diffîcils 

Son per espauzar en romans, (v. 598-600.) 

Il y a là quelque exagération. La langue <( romane » 
était parfaitement apte à traiter tout sujet philosophique 
ou théologique : les poésies didactiques de N'Ath de 
Mons et de ses contemporains, surtout de Guiraut Ri- 
quier, en sont une preuve évidente. Il n'y fallait que du 
talent, et il semble bien qu'il ne manquait pas à l'auteur 



4 J. ANGLADK. 

du deuxième groupe de ces poésies : on s'en convaincra 
aisément en lisant ce dernier poème. 

Mais de qui sont ces poésies? Les deux groupes sont-ils 
du même auteur? Et quel est cet auteur? 

A toutes ces questions on ne peut répondre que par 
une hypothèse, qui est la suivante : nous n'avons pas de 
raison — jusqu'à preuve du contraire — de refuser la 
paternité de ces deux groupes de poésies au rédacteur 
principal et sans doute au rédacteur unique des Leys 
d'Aniurs, qui fut Guilhem Molinier. C'est l'opinion de 
Chabaneau ' : elle est parfaitement vraisemblable. Car on 
sait que Guilhem Molinier se nomme plusieurs fois dans 
le Code poétique toulousain, même par des acrostiches : 
et nous savons que c'est à lui que fut donnée la commis- 
sion de « compiler » les Leys. Les poèmes intitulés cocirs, 
dans la rédaction publiée par Gatien-Arnoult, prouvent 
d'ailleurs que, le cas échéant, il ne manquait pas de ta- 
lent poétique ^ 

I 

POÉSIES THÉOLOGIQUES 

Parla del grand poder de Dieu. 

Ferrnanieiil crczcm (}ue Dicus es 
Fous e naisslu'iisa de tolz ])es. 
Ses comensanieii e ses fi, 
/, [F° 11 v°] Simples del toi e lotz en si. 
La veilutz del es tolz poders 
El sens d'el tôt pleniers sabers. 



i. Hixt. ijén. Imiuj., éd. Privai, \, p. 357a cl p. 389, 11. i 

a. l'oul iMrc pourrait on penser à .Tohan de Gaslcllnou, dont les 

'< vers » religieux ne manquent pas d'élévation; mais nous tenons 

plutôt pour (luiilicm Molinier. 



POESIES RELIGIEUSES INEDITES DU XlV SIECLE. 

L'essers de Itiy es lis bes grans, 
8 Excellens. naiitz e tan passans 

Que per subtilitat de cor 

Hom noy atenh per degun for. 

L'obra de liiy tôt so qu'es bo ; 
13 Aquest senhor e rey del tro 

Sus tôt quant es e jos demoia 

Totz es dedins e totz defora. 

De part dessus non es majors, 
i6 En so qu'es jos non es menors. 

Estans defors non es excbis, 

Per estar dins non es enclus. 

Dessus del tôt es prezidens, 
30 Dejos lot quant es sostenens. 

Defors lotas cauzas abrassa, 

Dedins complish Iota la plassa 

De sobregran bonaiiransa. 
3/1 Dieus qu'es de totz bes habondansa 

Sus mas de si non ha sostenh, 

Jos per suffrir greugz no l'atenh; 

Fors pauc ni pro no's dilatatz, 
38 Dins non es ponch encarceratz. 

Movens lo mon non es mogutz, 

Tenens tôt loc non es tengutz. 

Ni's muda ges lo temps mudans 
3a E so qu'es vac del (ot fermans 

El per aiso ges no vagueja. 

Non es lunhs bonis qu'aysso no déjà 

Notar en son cor et escrinre. 
36 Vida vivens es e fa viure. 

Totz es bos, ans es bontatz pura ; 

E nos quez em sa créa tu ra 

Hem tengiit am mot gran fervor 
ko De cor amar aquest Senhor, 

Servir, hondrar e benezir. 
' Li nostre plazer el dezir 

Tug devon esser ordenat 



J. A>GL.\DE. 

4/j A Dieu pcr far sa volonlat. 
E quar gloricjar en Dieu 
Et alegrar en lo nom sieu 
Et liaver per ferma crezensa 

/,8 De Dieu veraya conoyshensa 
F] de luy parlar mot conforta 
E niant crim delish et amorta 
E noyrish tôt bon esperit, 

52 Parlem ne donc mays .i. petit 
A lauzor et houor e gloria 
De luy e per haver memoria 
De far e dir lo sieu plazer 

56 Per que puscam lassus haver 

JOT-E-TER-NAL 



Mostra que Dieus es et aysso proa per la Fe. 

Lo grant poder naut divinal 

Ni bocca dir, ni cor pessar 
60 Ni lunhs engenhs emagenar 

No'l pot, tant es de gran nauteza, 

Et ayssi de gran prcondeza 

[F" 12 T°] Que lunli final terme noy ha. 
()4 (hie siii Dieus aysso nos da 

La santa Ees, quar tota via 

D'aysso nos porta guerenlia. 

Crezen Dieu, a Dieu et en Dieu 
6(S .In/ien, Sarrasi, Canalicu 

(Irezoïi Dieu, crezo que Dieus es; 

Qui a Dieu cre, per mays es près, 

(Miar l(is siens dig/ cre per verays ; 
~-j (Jui m Dieu cred'aytan creysh mays. 

(Jiiai luy crezen c sos comans 

C.ouia (Ici l<i| Ncrays e sans 
\(lU('ls gardai- \()| a loi l'or 
7<'' l'I aniar Dieu de tut son cor 



POÉSIES RELIGIEUSES INÉDITES DU XIV'^ SIECLE. 

Et csser us dels siens fizcls 

Per venir al règne dels cels, 

Quoras que parla ' d'aquesf mon. 
80 Del creyre primier e segon 

Li mal e-1 bo son parsonier 

E'ih bo solamen del denier; 

Los dos primiers a bos e mais 
84 Trobam cornus e gênerais 

E"l ters especial als bos. 

Que sia Dieus, aysso proa per la Santa Escriptura. 

Esser Dieu aysso podem nos 

Haver per TEscriptura Santa, 
88 Laquais enayssi dit/ e canta : 

[F° 12 r°, c. 2] « Senber, tu yest elernalmen, 

Ses fi, ses tôt comensamen. » 

Esser Dieu proat es ayssi. 
92 En autre loc ditz enayssi : 

« Cel qui es a vos m "a trames. » 

Qui es per Dieu veray es près. 

D'aquest sant nom Dieus se nomnec, 
96 A Moysen dirlo mandée : 

Quar (( aycel es, tu yest, soy yen » 

Be no"s pot dir, sino de Dieu. 

Quar homs enans sa qualitat 
100 iMuda que soy' pronunciat. 

Laquais de perfectio nuda 

Appar quar soplamen se muda 

Per temps passât o que sera. 
io4 Mudamen Dieus ni temps non ha 

Avenidor ni prétérit : 

En si es, don esser complit 

E profieg ha per que res als 
108 Non es, mas l'essers divinals. 

1. Ms. parcn; c et t sont souvent confondus. 

2. Sic ms. 



J. ANGLADE. 

E ressers bos que da Natura 
Eu quai que sia creatura 
En sas qualitatz uon es ferms, 
1 1 2 Aras homsas ', aras enferms, 
Et aras habondos e rix 
Et aras paubres e mcndix 
Et aras joves e baudos 
ii6 Et aras vielhs c tossilhos, 
Aras alegres e rizens, 
Aras iros, tristz e dolens. 
L'essers aquest voutz e giratz 
I20 [F° 12 v°] Es ades en sas qualitatz, 
En mal soen, e pueysh en pieytz, 
Si que del tôt non es perfieytz. 
La pessa d'ome fort mudabbla 
134 l'^s ysbamens e variabbla : 
Veus ades recort, veus oblil. 
Sofau de se qu'aura cauzit; 
Quar ades vol, autreja, manda, 
128 Apres desvol, nega, desmanda, 
Si que vagueja say e lay, 
Quar en un voler non estay. 
Aras es dins, aras defora, 
l'À'A Eu tant qu'en ccrt punch no demora. 
Dieus es en si, no'l quai relolge, 
Temps, horas ni loc on s'alotge, 
Pcr que 1(> noms priiicipals siens 
i36 D'a(pjels per qu'es mensonalz Dieus 
Es Cet qui es, quar trop enporta 
Tant quesad als be no*s reporta 
Mas sol a Dieu cpii be l'expauza. 

I. Kn nii seul mot fl.ins le nis. 



POESIES RELIGIEUSES lîNEDITES DU XIV^ SIECLE. 9 

Que sia Dieus, aysso proa per comparatio de las cauzas creadas 

al Creator. 

i4o Que sia Dieus per Iota cauza 

A luy comparada se moslra, 

Quar ayssi l'essers de la nostra 

Natura del tôt s'anienta 
i44 Quo'l ros al solelh o can venta 

E may cent melia tans encara, 

Dece quesaquel nom compara 

A l'esser de la deitat. 
ihS Veray de gran eternitat, 

De gloria poder no mudabbic, 

Creator, senhor perdurabble 

De tôt quant es, sera ni fo, 
162 Totas las causas qu'el mon so 

Te Dieus en son poder et ha. 

Et en son esserprezen da 

A totas lor esser degut; 
i56 En tant que si Dieus sa vertut 

D'aquelas sostrayre volia 

Cascuna s'anientaria 

Si cum de nien fo creada. 
160 Assatz appar vertatz proada 

Que totas cauzas esser han 

En l'esser de Dieu et estan 

Vivoiî e prendo movemen. 
164 En autre loc ditz yshanien 

Que la beutatz e la drechura 

Que pot baver nostra natura 

Esquays nien que petit val 
168 En respieg de la divinal, 

Ans es no re segon que"s lieg. 

Pus qu'en Dieu tôt (|uant es se rieg 

Et es e viu e-s mou e's vira 
172 Sec se, qui tôt aysso cossira. 



lO J. ANGLADE. 

Que senes luy res no pot esser : 
Donx totas causas per lor esser 
Nos mostran que Dieus es tôt clar. 

Que sia Dieus aysso proa per lo dig dels Sans. 

176 [F° 13 r°] Esser Dieu per lo prezicar 

Dels Sans appar, e per escrig, 

Si que la us d'els en son dig 

L'esser de Dieu enayssi pauza : 
180 « Senher, tu yest una tais cauza 

Qu'oni no pot cogitar major. » 

Que sia Dieus, aysso proa per la clamordelas cauzas creadas. 

Que sia Dieus, per la clamor 

E per lo crit totas vegadas 
18/4 Appar de las cauzas creadas; 

Quar totas en l'esser que so 

Dizo : Nostra creatio 

Havem de Dieu, non pas de nos; 
188 Lo crit fa Dieus tôt poderos 

Per nom de tota creatura, 

Quar Dieus es la votz de nalura 

Am que la cauza dreyturiera 
193 Deinostra per bona maniera 

Dieu que l'a fayta drechurier 

E la veraya vertadicr 

La santa, sant, la digna, digne, 
i«)<) Lumils e benigna. bénigne, 

La bona, bo, la bcla, bel : 

Cascuna lauza son capdel. 

Ayssi nieteys es en tend ut 
200 D'niilra cpial (|ue sia verlul ; 

Quar ayssi eu m Dieus en los cels 

De las crcaluras fizels 

Ks bels miraîbs e resplaïuiens 
3o/i K verays ellumcnamens, 



POESIES RELIGIEUSES INEDITES DU XlV SIECLE. II 

Âyssi meteysh en aqucst mon 

Qui las creaturas que y son 

Vol be regardar, cossiran 
3o8 Las formas diversas ques han 

Prezas de Dieu e lots vertutz, 

Son us miralhs que nos adutz 

Ad haver certana sciensa 
2 12 De Dieu e vera conoysshensa ; 

Quar l'obra son fazedor lauza. 

Hue DE Sant Victor ditz e pauza 

Ques a nos mania creatura 
216 Am sa rescosta parladuia 

Parla claramen ab très votz : 

Pren, RED e fug; aquestz très motz 

Pren servish e Red amonesta, 
220 Fug es votz a menassar presta. 

Per la prumera ditz lo Cels : 

« Senhors soy del mon e capdcl ; 

De be far ad aquel no "m trigui, 
23/j Del mantel mieu del tôt l'abrigui, 

Lutz doni lo jorn per velhar, 

Ombra la nueg per repauzar. » 

E l'Ayres ditz : « Yeu doni vens, 
228 Auzels e vidais bufamens. » 

L'Ayga ditz : « Yeu tenc habondos 

Lo mon de diverses peysshos, 

Fluvis, fons e manta ribiera, 
282 Ostans de terra la sequiera ; 

Fiualmen a lotz m'abandoni 

E francamen a beure doni; 

E quar del mon tôt jorn me plegi, 
286 [F° 13 v°] Pudors et orduras denegi. » 

La Terra ditz : <( Yeu noyrisc, porti 

Las gens lasquals de pa coforti 

Et am bos vis las fau joyosas, 
2Z(0 De carns e de fruytz habondosas; 

De bestias las tenc en sayzina 



J. A.Nr.LADE. 

Doinetjas e de salvatgina 
A lasquals segon lor natura 

■itxk Yen servisc e doni pastura. » 

E le Focs dilz : « Can fa gran freg 
E ven e glas e temps destreg, 
Las gens escalfi e soy quocz 

aZiS De lor viandas en totz locz ; 

Amagar no"m vuelh ni rescondie 
A fargar e tôt metalh fondre. » 
Red es votz de l'amonestan 

203 Don fa le mons argumen gran 
E ditz : « Hom, vuelhas cossirar 
Que Dieus per te m'a volgut far; 
>fo sia ges ta pessa tnrta ; 

256 Guarda l'amor ques el te porta; 
Per se m'a fayt e te per se. 
Vuelhas servir a Dieu quel fe; 
Yeu te servisc per quel serviscas 

260 E so nom tostemps beneziscas. 
Dieus nos ha faytz e pus que yeu 
Te vuelh servir, servish a Dieu ; 
Pus que d'el prendes benefici, 

26^1 \\(h\ li degut e bon servici; 
Uoconoysh sa benignitat 
Per amor e per caritat. » 
FuG, tersa votz, tôt jorn menassa 

268 Por que'l focz de dire nos lassa : 
« lloms fols, ardray te per ta fauta. 
Quar mal ses emendar t'azauta. » 
La Terra ditz : « Yeu te beuray )>, 

272 Et l'Aiga : « Yeu te negaray »; 
E l'Ayrcs ditz : « Yeu faray tan 
Hue no polsaras tan ni (juan » ; 
« El yeu t'ongluliray del tôt, 

276 So ditz Yferns, dedins ma .sot. » 
<Juar ayssi cum las creaturas 
Servissho segon lors naturas 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XI V' SIÈCLE. l3 

Los Los e-ls no sabens essenlio 
280 Et a far loi' dever enpenho, 

Ayssi meteysli son ysscmplari 

De far als mais tôt lo contrari, 

Los quais ses autre perseguir 
284 Lor colpa fa soen fugir. 

Regarda be donx e décora 

Cum las creaturas defora 

Corporals e senes razo 
288 En alcun fag avol o bo 

Nos dono bel essenhamen ! 

E celas de dins yssbamen, 

Cuni l'arma ques ba conoysshensa 
292 Am la remorden cossiensa 

Que fa bos faytz e fug a mal 

Per baver lo joy eternal, 

Quar d'aquel ba gran dezirier ; 
296 E mays H Sant el drecburier 

Per bon yssemple de lor vida 

Cascus a be far nos covida ; 

Li Patriarcba libéral 
3oo [F° 14 r°] Foron tostemps en lor bostal ; 

E per aysso il nos aduzo 

Hospitalitat ens enduzo ; 

E li Propbeta nos avizo 
3o4 A vertat, quar aquela dizo; 

Mostro l'Apostol caritat 

Et en la fe gran fermetat; 

Et li Martir gran fortaleza, 
3o8 Quar mort cruzel ban per Dieu preza; 

E li Coffessor abstenensa, 

Pietat e gran penedensa ; 

Las verges purtat nos ameno, 
3i2 Las veuzas castetat semeno. 

Donx havem que las creaturas 

Segon lors diversas naturas 

Nos dono niant essenbainen. 



I^ .T. ANGLADE. 

3i6 Segon lor esser ysshamen 

Dono conoysshensa de Dieu 

E mostro lo gran poder sieu 

Qui de nien las ha creadas, 
320 De vertu tz a beutatz doladas. 

Ani mol variabblas faissos. 

Aysso cossiran totz homs bos 

Dieu beuezish d'aquesla nioslra. 

Que sia Dieus, aysso proa per razo natural. 

324 Esser Dieu aysso ditz e mostra 

Razos naturals, quar a l'obra 

Ades sab conoysher qui l'obra ; 

Et argumens far et endure 
328 E per dreg natural conclurre 

Que Dieus es, et am razo bona 

Per esta guiza s'en razoïia : 

Cauza creada creator 
332 Requier, e fayta, fazedof ; 

Ses formador non es formada 

Cauza, ni ses obrier obrada; 

Donx mostro las cauzas formadas 
33<) Qu'enans qu'elas fossan creadas 

Covcnc que fos (jui las crées 

E l'esser en que son lor des. 

Aysso res far mas Dieus no poc : 
3/io Concluzem donx en aqucst loc 

Que Dieus es ccrt, e quel mon rieg. 

Dieus esser ha sobreperfieg ; 

Aquo sobreperfieg es mot 
3/i4 Que rc non ha mas de si tôt; 

Sobreperfieg es atressi 

So (ju'esser non ha fors de si. 

Nostr'essers, quar alcuna cauza 
3^8 lia fors de si, degus non auza 

Dire ni pot que perfieytz sia; 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XI V SIÈCLE. i5 

Divers temps ha per que-s varia; 

Falh nos su qu'oni per temps passât 
35a Tiobam de nostr'esser mermal ; 

Falh nos so qu'om per temps aten 

Per dar ad esser creysshemen. 

Nostr'esser donx vezem falhir 
350 Per temps passât oz a venir, 

Per que perfieytz non es lunh temps. 

L'essers de Dieu es totz essems 

[F° 14 v°] Per temps passât ni venidor; 
36o L'essers no-s mou del Creador, 

Ni's defectius ni defalhens. 

Ans es complitz sobrieramens 

De sobregran perfeclio 
3C4 Tant que per cngenh pauc ni pro 

ReS-NOI -APEZA. 

Mostra quinha cauza es Dieus. 

L'Eternitat ni la grandeza, 

La perfectio, la bontat, 
368 Pietat, la misericordia, 

Patz, santetat, doussor, concordia, 

Vertat, cosselb ni-1 gran poder, 

La savieza ni'l saber, 
372 La gloria, gaug, bouatiransa, 

La Ycrtut, la gran alegransa, 

La beutat, purtat, la sciensa, 

La gran nobleza, l'cxcellensa, 
37G La volontat ni la drechura 

De Dieu humanals creatura 

Dire no pot, ni cor pessar 

Ni perfiechamen declarar, 
38o Ne defenir per lunh vocabble 

Naut o subtil ni entendabble 

Qu'es Dieus, quar so que non ha cors 

Ni quantitat dins ni defors 



I G J • ANGLADE . 

384 Temps, an, mes, jorn, ni luenh ni près, 

Sa entras, semjjres, ni atles, 

JVIajormen so qu'es infinit 

Be no pot esser définit, 
388 Ni vist ni palpât ni tengut 

Ni perfiechamen entendut. 

Si era fayta questios 

On era Dieus ans que'l mons fos, 
39a Respon e digas enayssi : 

« Adonx et aras es en si ; 

Dieus es tôt so qu'es bel e bo, 

Per que de si meteysh a pro ; 
3()G El es en si; que res compendre' 

Son esser no pot ni entendre 

Efi lo mon es tanli se que règne 

Ayssi coma reys en son règne ; 
/joo En angels es coma doctors 

De pura vertat e doussors 

De bontat ses Iota mezura ; 

En Santa Gleyza Dieus s'atura 
/io/i Et es e fa mansio tal 

Coma senhor en son liostal ; 

En los elegitz esta Dieus, 

(^oma del'endeyres dels siens 
408 E ministrayre de totz bes ; 

En l'arma d'ome fîzel es 

En las manieras sobredichas 

Et en las autras jos escrichas 
l\ij (]oma lo Iruytz en lo fruchier 

U cum le vis en lo celier 

coma viva fons en ort 

lorrs que red lo castel fort; 
/»!() Et eu ni en la bresca le mels 

Es Dieus en l'arma dels fizels; 

Dieus es en angels désirables, 

I . sic. ms. 



POESIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV* SIECLE. 

[F° 15 T°] En homes bos formen amabbles, 
li'io En creaturas veituos, 

E mays sobremeravillios; 

En los bos es tostemps pazibbles 

Els mais per lor colpa terribles ; 
/|24 Dieus es totz bos ses qualitat 

E sobregran ses quantitat, 

Creayres que re no'l sofranh, 

Prezidens qu'en re no s'afranh, 
428 Per tôt ses loc es totz essems 

E perdurables senes temps ; 

Las cauzas muda ses mtidar 

E ses tôt greuge suffeitar 
432 Ni pena, desplazers ni mal, 

No cay en l'esser divinal, 

Lequals be no's pot exprimir 

Ni cor pessar ni bocca dir 
436 Nil volers, poders, la bontatz 

De laquai nos ha totz amatz; 

Quar no"s tanh ni's cauza leguda 

Que sia per home saubuda 
44o La razos del voler de Dieu 

Ni del secret jutjamen sieu ; 

Quar non es dat a servidor 

Saber lo secret del senhor, 
444 E mays que dece quel saubria 

Fes ni crezensa no séria, 

El meritz séria perdutz ; 

Ni's bo per so que deceubutz 
448 No sia degus homs ni erre 

De disputar ni trop encjuerre 

L'esser de la divinitat 

Ni de la Santa Trinitat. 
453 La volontat ni'l gran poder, 

La savieza nil saber 

De Dieu ni la sua drechura, 

Quar aysso lunha creatura 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. 



l8 J. ANGLADE. 

/i5G No pot complidamen entendre; 

E quar trop montar fay deshendre 
Per so qui mays avan s'enpeiih 
A saber aysso mens atenli, 

/jGo Savis non es qui-s vol enpenher 
Lay on no pot razos atenher; 
Qui sobresaber vol ni cuja, 
Sabers e sens cove que-1 fuja, 

l^^Jll Quar otra razo qui enquier 

C) mays que sabers no requier 
Fols appar et otiacujatz; 
Peio cant es necessitatz 

/|08 Fer estructio de la fe, 

No's tanh oblidar ni-s cove 
D'enquérir e de demandai 
Per miels si meteys enformar 

li']'j La vertat e l'esser de Dieu 
E la vertut del poder sien, 
Ses trop cavar, tempradamen, 
Quar mot gran enlumenamen 

-'170 De fc, de vertat, de sciensa 

Pren cascus en la conoyshensa 
De Dieu e gran estructio, 
Am tal pero conditio 

/j8o Demande cascus et enquiera, 
Que si entendre la maniera 
Be no pot de so que demanda 
Adonx amb esperansa granda 

48/i Et am ferm cor, pur et leyal, 
La santa le catbolical 
Creza simplamen cofessan' 
E sa crezensa reportan 

/|88 Fcrmamen del tôt et en soma 
\yssi cum \:\ gleyza de Roma 
Allcrma, dilz e delermena, 

I. Ms. rDiifrsmui .ivt'c 11 l'xponclucV. 



POESIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV ' SIECLE. 19 

Laquais Sant Esperitz ordena 
492 Mcravilliozamen e riog. 

Don\ pus que sen non ha peifieg 

Lunhs homs per mostrar ni per tlir, 

Expressar, ni per définir 
496 Qu'es Dieus, lioms doux que respondra 

Qui d'aysso demanda li fa? 

Diga so que' Dieus n'amenistra 

Et el cor d'omo ne registra, 
5oo Que Dieus es tais cauza que res 

Major cogitar non pot ges. 

Dieus es cel qui es el meteysh; 

A dir yen soy qui soy ncs feysh; 
5o4 Cel qui es noms es competens 

A Dieu que noy cal mays ni mens, 

Quar assatz compren lo' sieu esser; 

Res non es ses luy ni pot esser; 
5o8 El es a si, el es a totz 

Fontayna de totz bes e dotz; 

L'essers de luy es verays Dieus 

Vida, patz e gloria dels sieus; 
5 12 El es purs e simples de si, 

Ses comensamen e ses fi 

De si; tôt so qu'es bel e bo 

Es el e ses relacio. 
5 16 En Dieu non ha mas Dieus veray, 

Noy ha re als, ni mens ni may; 

Dieus es pura vertatz de si 

E lums e clartatz atersi, 
5ao Tan grans bontatz e savieza 

E vertu tz que re noy apeza, 

De si meteysh omnipotens, 

Totz sobiras et exellens; 
634 Jutjans, quar es vera scieusa, 



I. Ms. los sieu esser. En marge, main du xvn' s., lo biffé. 



20 J- ANGLADE. 

Tôt (luant es am gran pacierisa'. 

Pazibbles, bénignes e bos, 

Plazens, miseiicordins, 
52<S Ygnoransa non ha de re 

E sab totas cauzas e ve; 

Tostems ama sa crealura 

Ayssi coma caritats pura, 
532 Et en sa gloriosa se 

Esta cnni engalcatz e se; 

E senhoreja vas totz latz 

Ayssi cum vera niagestatz. 
536 Le regartz siens, vera salutz, 

L'obra, sobirana vettutz, 

Révéla coma lutz veraya 

E coma glorioza raya, 
540 Prezenta se cnm patz, coucordia, 

Benignitatz, misericordia, 

Et am sobriera plenetat 

D'amor e de gran pietal. 
5.'t4 Diens es esperitals substansa 

De beulat, de bonaznransa, 

'i'ant (pie l'angel bel e plazen 

|po |g poj ],] ,ïi;^Ys clar e pins resplandens 
5'|N Vil (lobbies, e mays Iota via, 

(^)nel solelbs non es a mieg dia 

De Iny vezer e regardar 

Lunh temps no's podo sadolar, 
55u 'I'ant es grans la gloria (pies liaii 

La sna lienlal regardan, 

(Jnar \czen Dieu (^ue toslenis colo 

Complidamen han so que volo : 
()5() \ Ida, patz, joy et alegrier 

Et ardent tostemps dezirier 

De — LUY — SEHVUt. 
I. Vers niihlir et ajouh'' en haut (1(^ la colonne. 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DL XlV SIÈCLE. 2 1 



Mostra que us Dieus es solamen. 

Adorar, creyre, benezir 

56o Devem tostemps .1. Dieu verav. 
Tôt poderos, ses plus ni niay, 
Quar enayssi l'auctoritatz 
Ho mostra clar e ditz : « Aejatz 

56/| Que sols yeu soy e degus ges 

Mas yeu ses plus vers Dieus non es. » 
Et aysso l'Âpostols conferma. 
Quar una fe ditz et afferma 

568 .1. veray Dieu et .1. baptisme. 

Sant Bernât, parlan de l'Altisme, 
Ditz que Dieus es ainsslnms, 
Si dire se pot, tant es us; 

572 .1. meteys es e d'una guiza 

Lunh temps d'un esser no- s desguiza 
En si, mas si meteys non ha, 
Regens tôt quant es, ni sera ; 

576 Aquo sobrieramens es .1. 

Que nombre no recep degu ; 

Dieus non ha compositio 

Ni degu nombre })auc ni pro ; 

58o Vers es quant a la Unitat, 
Non pas quant à la Trinilat, 
.1. meteys de si, totz en si, 
Totz purs e simples atersi ; 

584 Unitatz per comensamen 

De nombre ges ayssi no's pren, 
Mas segon que miels se comporta 
Amb esser ab Dieu se reporta ; 

588 Unitatz si per nombre-s pauza 

Vas Dieu pot baver semblan cauza, 

Quar ayssi cum ela stanteja 

E no-s deshen d'autru nis pleja 

592 E-1 nombres plurals s'en abriva 



J. ANGLADE. 

E de liey deshen e-s dériva, 
'En ayssis Dieus en si meteysh 

No -s deshen, ni merma, ni creysh, 
596 Si be totas cauzas deshendo 

De luy e lor esser ne prendo. 

Autras razos trobam ^ subtils 

Lasquals laysham, quar diffîcils 
600 Son per espauzar en romans, 

Si be son bonas e tocans 

La — UM — TAT. 



De la Santa Trinitat. 

D'un vcray Dieu eu Trinitat, 
6o4 Payre, Filh e Sant Esperit, 

Nos cove parlar .1. petit. 

[F° 16 v°] Le Payres, segon que nos dona 

La nostra fes, ha sa persona, 
608 La sua le Filhs, no' per si, 

El* Sans Esperits atressi ; 

Distinctas son aquestas très, 

La una ges autra non es ; 
612 No son trey Dieu, mas .1., ses plus, 

Fcrmamcn lo crezcm cascus ; 

E si be's distincta cascuna, 

La deitatz de lor es una, 
G16 Lor gloria del tôt es ongals 

K la magestalz olenials. 

H crozem u)ays, quais es le Payres, 

Tais os le Eilhs, nostrc Salvayres, 
iy.'.o Va aUals le Sans Espeiitz, 

Segon que lEscriplura difz. 



I. Kii ninr^c. iii;iiii du wir s.? Deul. -la. 

7. Ms. Irouhnm ;iv<m- h exponclué. 

'^. Ms. no ('cril au tlessiis de ha YniXé {\i\' s.). 

i. Ms. els. 



POESIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV SIECLE. 20 

Degus de lor non es cieatz, 

Pero le Filhs es engendra tz 
624 Per Dieu lo Payrc glorios; 

Le Sans Esperilz de lor dos 

Procezish, segon nostra fe, 

E santa Gleyza ditz e cre. 
638 Tug trey nomnat personalmen 

Son .1. Dieu essencialmen : 

Aysso triangulars figura 

Per quays semblansa nos figura 
633 per un pom se pot entendre 

Ques aia color et odor 

E tersamen qualque sabor. 

Très cauzas doux haveni en una 
636 Et am distinctio' cascuna 

E tôt essems es una cauza. 

La Santa Gleyza ditz e pauza 

Las très personas divinals 
6^0 Totas essems totas engals 

Que noy a primier ni derrier 

Ni may ni mens ni sobrancier : 

Lo foc, la clartat, la calor, 
644 Essems et engals entre lor 

Penre podetz per quays semblansa, 

La us de l'autre no s'avansa. 

Qu'es t'es dam vo'n estructio 
648 Quar fayta n'avem mentio. 

Mostra' que es fes. 

Fes, segon l'Apostol, es vera 
Substancia de so qu'oms espéra 
E de las cauzas argumens 
653 Qu'om no ve, ni son apparens ; 



I . Écrit au-dessus de diversitat exponclué. 
3. Ms. moustra. 



2^ J- ANGLADE. 

Qui spcra cre so que no ve 
A m caritat ha vera fe; 
Si xperiencia te fa cert 

656 Adonx la fes so merit pert. 
Fes de religio sostenta 
Es que-ls fizels a Dieu prezenla, 
Liams de caritat e mays 

660 D'amor adjutoris verays ; 

D'aquesta santetat pren forsa, 
Aquesta castetat reforsa, 
Orna dignitat et agensa, 

664 Resplan mot fort en penedensa 
E creys en joves e florish, 
En los anticz son fruch noyrish, 
[F° 17 r°] Governa, rieg cresliantat, 

668 Avansa, promou bon estât, 
En gardar uffici curoza 
Es et en paubres gracioza, 
En mejanciers fa de joy festa 

673 Et en los riez appar honesta ; 
Conservayritz es d'amistansa, 
Unisli, coUegis et avansa; 
Gran lauzor e sciensa dona, 

676 Endenh no'l fa lunlia porsona, 
Degu no mespreza nii falh 
Si deffîzeltatz no l'assalli ; 
Dais mandainens es bona garda, 

680 E te so qu'es promes e garda : 
Fes red faniiliar ulTici, 
A Dieu e veray sacrilïici, 
A Jesu Christ aniix a|)plica 

68/, Dois (|uals |)aradis niultiplica; 
El entendatz le qu'os vesllda 
De bf)nas obras e garnida 
Ani las((ualsviu et estanlcja; 

688 Morla ses be far- es e fieja, 

E (jiiar Iriip es dur. grcu e lag 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XlV SIÈCLE. 20 

Doptar en so que Dieu s ha fag, 
Degus no yesca de la fe 
692 Si be no s'aten a far be. 
De fe parlam catholical, 
So es a dir universal, 
Laquai en lo Credo nos mostra 
696 La Santa Gleyza, mayres nostra, 
Et en lo Qiiiciunque i:iilt pauza 
ÂTHANAzis, e nos espauza. 
Âquesta fes salva deneja 
700 Los crims e contra-I mon gueneja ; 
Qui la requier senes fallacia 
Leugieramen enpetra gratia ; 
Dona perseveransa ferma 
704 E l'amor temporal amerma ; 
Red home drechurier e bo 
E l'adutz a salvacio, 
E mejansan ferma speransa 
708 Met los fis en bonauransa. 
La razos que nos da natura 
E la divinals escriptura 
Esta fes' santa nos adutz 
712 Et am si gran re de vertu tz 

Don ^"Ath de Mons, que fo garnitz 
De gran saber, enayssi ditz : 
« Razos d'arma adutz 
716 « En home bona fe, 
« Esperansa merce 
« Pietat, caritat, 
« Vergonha honestetat, 
720 « Mezura^ abstenensa, 
« Patiensa suffrensa. 
« Cortezia largueza, 
« Leyaltat savieza. » 



I. Ms.Je. 

3. Ms. Mesuziira: en marge (xvii' s.) Meziira. 



26 J- ANGLADE. 

73A D'aysso qu'es dig e dir volem * 

De tôt en tôt nos sosmetem 

E singularmen et en soma 

A la fizcl Gleyza de Roma, 
738 Don tug prendem govern e vida 

Quar le Sans Esperitz la guida. 

Protesta l'actors que d'ayssi avan [f" 17 r"] procezira 
prozaygamen sino en alcus cazes dejos expressatz. 

Ses rims hueymais procezirem 
E nostras Leys conipiîarem 
Am la comuna parladura 
Que d'enpost liamen no cura 
De hyat, fre, collizio 
D'accen, ni replicacio 
Gardan lo cas ayssi co"s lanh 
Alqual Ijoslengatgcs s'afranh ; 
Enpero can mestiers fara 
Hom d'acort de rims uzara 
Per miels declarar et entendre 
Per breu report e tost aprendrc 
A gloria, lauzor et honor 
De Dieu nostre veray senhor 
E de la sua gracioza 
Vergena mayro glorioza 
En cuy totz fizels se cofiza 
E procczoni per esta guiza'. 



I. fies six vers sont onfoiurs d'unr arroladr m tnrnu' do fif^nre. 

rj. Dans la copie du xvii* sirrlr. 1rs dix-huit vns ])n''rrdenls sont 
cnlourés d'un trait à l'encre. 

.'Vu bas du f" 18 on lit : « Nota opus prosoiis ad inslrucUouoni lai- 
cnriini prinriftalitoi'. » 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XlV SIECLE, 2"] 

II 

LA CONTEMPLACIO DE LA GROTZ 

Le poème qui suit est, comme le précédent, emprunté 
au manuscrit encore inédit des Leys d'Amors. 

Le poème sur la contemplation de la croix y est donné 
comme exemple de vers de douze syllabes. Ce poème 
n'existe que dans la rédaction des Leys encore inédite. 

Il se compose de cinq cents vers environ, divisés en 
strophes de six syllabes; quelques vers seulement man- 
quent dans certaines strophes. Toutes les rimes sont 
féminines; elles se composent, dans chaque strophe, de 
trois groupes de deux rimes'. 

Il semble, d'après l'état du manuscrit, qu'on ait eu 
l'intention d'accompagner le récit d'illustrations : on y 
voit en effet de nombreux blancs; nous les avons indi- 
qués à mesure. 

Le poème se prêtait en effet à une illustration abon- 
dante, car cette « Contemplation de la Croix » est un 
récit de la Passion du Christ, dans lequel sont interca- 
lées, sous forme d'invocation, quelques prières. 

La valeur littéraire de ce morceau est assez grande; 
il nous semble même qu'elle est bien supérieure à la 
plupart des poèmes en langue vulgaire, en français ou 
en provençal, écrits au Moyen âge sur le même sujet. 
Les beaux vers n'y manquent pas; le récita de l'éclat et 
de l'ampleur; la partie dramatique du récit de la Passion 
est en général bien rendue. Les détails réalistes ne sont 

1. M. Paul Meyer a public, d'après le manuscrit Didot. un poème 
sur les appellations de la Morge, qui paraît être de la même époque 
que le poème sur la Contemplation de la Croix. 11 est écrit en vers 
de douze syllabes et en strophes de quatre vers monorimes. Cf. P. 
Meyer, Daiirel et Béton, p. cjn. 



28 J- AXGLADE. 

pas rares; par là celle poésie s'éloig-ne de la poésie aca- 
démique alors dans sa naissance. 

La nécessilé d'enfermer chaque scène de la Passion 
dans une strophe de six vers donne au style, médiocre 
et sans éclat dans les poésies théologiques du même 
manuscrit, de la fermeté et de la concision, et au récit 
du relief et de la netteté : toutes qualités plutôt rares 
chez le rédacteur des Leys. 

Ajoutons que l'ample vers de douze syllabes, si rare 
dans l'ancienne poésie romane, convient admirablement 
à la grandeur du sujet. 

En un mot ce poème ignoré, et que nous sommes 
heureux de mettre au jour pour la première fois, nous 
paraît être une des meilleures productions de la muse 
toulousaine pendant le xiv*" siècle. Il mérite à tous égards 
d'êfie extrait de la publication que nous préparons de la 
deuxième rédaction des Leys <rAniors'; c'est plus qu'un 
c< exemple », c'est un modèle; ou jilutôt c'est l'un et 
l'autre. 

L'aiilcur du poème est inconnu; mais il ne saurait 
guère être que le chancelier Guilhem Molinier, qui a 
joué un si grand rôle, dans les premiers temps du GV/.v 
Saber, et à qui appartiennent, selon toute vraisemblance, 
les différentes lédactions des Lrys (VAn^ors (première et 
deuxième rédactions) en prose, rédaction en vers et les 
diverses poésies qu'elles contiennent. Nous voulons parler 
non seulement des définitions versifiées ou des ci exem- 
ples » allégués |)()ur compléter les définitions, mais encore 



I. Nous avons découvert récominoiil. à Rarcolonr. iiii(> troisiôme 
rrfl.-iclinn dfs Leyf. (l'Amorx: colle rrdaclioii csl m l'rrs. h la difTé- 
rrnrr drs doux aiil les i 7,r)()() vois cnviioin. Nous la publiorons dès 
(|uc nous aurons IciiniiK" l'iiuprossion (\(^ la deuxième rédaction. 
Le prcscnl poème ne s\ linii\e pas. 



POKSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV'' SIECLE. 29 

des poèmes plus étendus, conune les élégies (cossir) du 
livre l (éd. Gatien-Arnoull), dont quelques-unes sont si 
curieuses, la poésie à la Vierge, les poésies théologiques 
de la rédaction des Leys encore inédite, et probablement 
aussi l'étrange porqneira, dont le réalisme grossier et mal- 
propre détonne si fort dans ce recueil plutôt austère et 
vertueux. 

Le poème est divisé très symétriquement en sept grou- 
pes de douze strophes de six vers chacune (12 x ti = 72). 
Chaque groupe porte comme titre le nom d'une division 
liturgique de la journée : [Compléta], Matinas, Prima, 
Tercia, Mieg Jor>', Hora Aona, Vespras'. 

Il est fait allusion à cette division en sept heures dans 
le Brevîari d'Auior (écrit à Béziers, à la fin du xiir siècle) : 

Car en .VII. oras trobaretz 
Que fo Jésus, si ben ccrcatz, 
Entre nuecli e jorn trebalhaz 

(v. 3Z1006-8)'. 

M. Paul Meyer ne connaît pas d'autres Heures de la 
Croix que celles dont il publie un extrait. Il connaît 
deux traductions françaises de l'olTice liturgique latin 
concernant les heures de la Croix. C'est probablement un 
de ces ofQces que notre auteur toulousain a paraphrasé ; 
mais, si on en juge par les extraits des traductions fran- 
çaises donnés par M. Paul Meyer et par la rédaction 
béarnaise qu'il publie à la suite, il n'existe aucune com- 
paraison, quant au mérite littéraire, entre ces rimeurs et 
notre poète. 



1. l'armi les poèmes qui traitent le même sujet, Ghabaneau cite 
Lo Romans de las horas de la Croiz, d'un auteur gascon (Hisl. yen. 
Lantj., éd. Privât, X, 889 *J). Cf. Paul Meyer, Daiirel et Delon, Paris, 
1880, p. GIX. 

2. P. Meyer, Op. land., p. ex. 



3o J. ANGLADE. 



VEUS AUTRE YSIIEMPLE DELS BORDOS DE . \U . STLL \BAS 
PER LO PRESEN DICTAT APPELAT LA CONTEMPLATIO 
DE LA CROTZ. E QUAR LA PASSTO DE \(JSTRE MAESTRE 
JHEZU GRIST GOM.MENSEC A COMPLETA, PER 80 LE PRE- 
ZENS DICTATZ COMENSA A COMPLETA. 



I 

[Compléta] '. 

Verays DiousJlicsu Crist, lumniera de l' Altisme, 
Senhor de tôt poder e de cel e d'asbisnie, 

3 Gaug, vertutz e lioiiorsde Paradis e gloria, 
Pas sagratz, saboros, vida, patz e Victoria, 
Abrazanieiis d'amor, fous de totz bes veraya, 

Etz vos, Scnhois humils, e doussors que'iis appaya. 

l'A\ aquest mon venguetz vezitar la Vergena, 
Pies del glorios ros que dossamen semena 

9 Le vers Sans Esperitz e plenieramen dona, 
[F° 83 v°] Per so que s'averes la prophecia bona 
Del Scnlior dezirat; per que vos carn liuniana 

l'ji De la Verges jjrezetz, quar la trobetz certana. 

E forotz' verays lioms e lillis de Dieu lo payre. 
De layl verge noyritz perla Vergena Mayre, 

i5 De liey prendre volguelz e noyrimen e vida, 
Vos ques etz verays pas que noyrish et avida; 
En la grepia ibs mes, can vos hac la piucela ; 

i8 Gel (jue no cap els ccls en sa fauda capdela. 

Nos etz verays solelhs, l'eslela nos lio nioslra. 
Symeons ab gran joy dilz qu'etz lumniera nostra. 



I. Nous ajoutons ce mot d'après l'indication qui précède, 
a. Sic; cf. la vraie [oruw. J'urelz, au v. 39. 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV" SIECLE. 3l 

2 1 Heiodes per aucir vos quier per qucus amaga 
La Verges e cove que del pahys vos traga ; 
En Egiptc s'onfug, de sa lerra s'estranha, 

2Zi A os poiian en son bras e Josop l'acompagna. 

A liey vos sosmezelz, Jliezus, vota luniiera, 
E lums e resplandors e clailalz verladiera; 

27 Pueysh intrctzal dezorl far penodensa granda, 
Quar de quaranta jorns no receubetz vianda ; 
Pueys sanan orbs e niutz per la vertut divina 

3o Essenhetz tôt lo mon ain veraya doctrina. 

Als vostres gran amor, Senher, havetz niostrada, 
Gant del vostre pur sanc de vostra carn sagrada, 
[Six lignes en blanc \] 
83 Hostia viven e frug de la Verges corteza, 

Los volguetz sadolar per vostra gran franqueza. 
Los pes dels servidors lavetz, per dar entendre 
36 Que cel que majors er vuelha ressemblar meudre. 

Apres los sermonetz et prezetz vostra via 
Per montar sus lo pueg on hom penre-us dévia; 
[F" 84 r"] Mot tristz et engoyshos foretz en aquel'hora ; 
Vostre cors paor ha de la mort, per que plora 
E trassuza de sanc d'engoysha que sufferta ; 
A2 Dieu lo payre pregan amb oracio certa. 

En l'escurtat fos près, vos qu'etz lums de las armas, 
Per vostres enemicz am lansas e gazarmas. 
[Six lignes en blanc] 
45 Al senhal del bayzar del traydor maligne 

Meto lors cruzels mas en vos, Senhor bénigne; 
Manejar vos layshetz coma l'anhels al tondre 
48 Et a lor no'us volguetz amagar ni rescoiidre. 

I. Il est probable que ce poème devait être illustré d'enluminures, 
comme on le verra par le nombre de blancs Indiqués. 



32 J- ANGLADE. 

Fons de gran pielat e de misericordia, 

E princeps glorios de patz e de concordia, 
5i Atras fezetz tornar lo vostre defendeyre ; 

El no fis el sanetz qu'en re no-us denhec creyre; 

E reddetz be per mal, don cascus s'adoctrine 
54 Ques on plus naulz sera humilitatz l'encline. 

Li cruzel cruzelmen vos lian e-us estaquo 
Et am buices mot gransvilanamen vos maquo; 

57 Las vostras santas mas, que lot quant es creero, 
Ayssi coma layro fortmen vos estaquero; 
A tolz pogratz haver, sius volguessetz, delTensa; 

Go Mas plac vos lo sulFrir per nos en paciensa, 

Près, liât e ferit lo senhor el bon pastre. 
Las ovelhas s'en van, tristas, seguen lor astre, 

03 Ploran e sangloten, ayssi cum yssliarradas, 
E van a regiros totas espaventadas ; 
Et lian paor mot gran qu'ades sian atenchas, 

GG E planlio lor pastor qu'emmeno ad enpenchas. 

Senher, quar vos han près li fais Juzieu s'en gabo 
E han ne tant de joy que il meteysh no sabo 
[F'84v'] Quo s'en |)uescan portar; et entertant vos meno 
Ad Anna; pueysb aqui li gran capela veno 
Per que puescan Icgir contra vos lorsauteri 
7u U'ontas e de despieylz e t'ar lot vitupcri. 

Lunis de gran resplandor, joy de sans e de santas, 
Gloria, laus et honor, haiatz, Senher, que tanlas 
Enijoyshas de dolor, escupimens ed antas 
Sujjfrilz per nostr'amor, qaieii no say dire cpiantas ; 
Joencel faytz lauzor, vielh, efan et ef antas 
Al (lavel/iat senUor, e de mas e de pla/itas. 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV'' SIECLE. 33 

II 

A matinas. Rubrica. 

La votz el bnigz se mou e la gian brcga'S dressa. 
(]an raguero menât vilmeii ab gran detressa 
75 Denan los majorais, per far de luy enquesta, 
(îaubu s'en li Juzieu en fan aqui gran festa 
D'esquerns e de despieytz e pueysh cascus l'acuza 
E'I bos Senhors s'estay qu'en re no- s dezencuza. 

Duy teslimoni fais creysho la mala salsa 
E contra l'ignoscen fan guerentia falsa. 

81 L'avesques fort l'enquier ain paranla terribbla 
E'I conjura fortmen; el dilz am votz pazibbla : 
« Sezer veyretz lo lilli de la Verges encaras 

84 En la dextra de Dieu sobre las nivols claras. » 

Can l'avesques auzicd'estn razo la thema, 
Cridet coma raujos e dilz (jne Dieu blas[)liema; 

87 Tant se fenli corrossat que sa rauba n'esquissa, 
Si quels autres maustis contra l'aidiel atissa; 
Pueysh ciido tug essems am motz cspaventabbles 

90 E dizo que de mort es dignes e colpabbles. 

E qnar la volontatz sobra lo sen el gasta, 
Aysso que mal ban dig als maustis non abasta, 

93 Ans venu contra luy c dessobre s'acato 

E de pes e de punbs mot cruzelmen lo bato; 

[F" 85 r°] El menan entre-ls pes, baten cossi fosgarba, 

96 E li rompo los pels del cap c de la barba. 

Tantli donograns colps li truan pie d'enveja 
Que retondish le cors e la cara blaveja, 
99 Dels siens pels glorios portan las plenas paulas; 
Pueysh auziratz los colps que-I dono per las gantas; 

ANNALES DU MIDI. XXIX. 3 



34 •'• ANGLADE. 

Son cap viratz lorbal e-1 mieg d'aquela gucrra 
102 Els pels aqiii inaicar a graiis mas solz en terra. 



Ay, Senher bentados, ad avtal gcnt cruzayga, 
loâ Quar la vostra beutatz es del tôt ara truma, 
Plena de blavayrols e de la vil' escuma 
Dels escupimens grans qiieus fan la liiiandallia; 
loS Mas por nf)s restaurai' vos play esta batalha'. 

Can bo foron tug las de ferir e de batre 
Anib antas e despieytz lo coniniensou conibalie. 
[Blanc (le six un sept lif/nes.] 
1 1 1 Metol sul cap . j . drap ani que lus buellis li clauzo 
E de maysbelejar li bacalar no's pauzo; 
Cascus lo fier ta fort ques a pauc no'l derroca; 
ii4 Et après dizon li : « Divina tostqul't toca. » 

Sans Peyres vay al hiotdi, ques home non espéra, 
Segueii lo sieu capdel per vezer liom queii fera; 

1 17 Mas enterrogatz fo per alcuna gent pega 
Et el son car Seidior très vetz ades renega ; 
Et cant le pois cantet del sieu digse lecorda; 

120 Ploret amaramen et am Dieu el s'acorda. 

Le dous vosirc regartz, Senher, ayssl transfora, 
(^)uc sant Pe\re trauquel, punh en dins e defora 

lu'S E l'oslel de la gent mala, crnzel c fera 

|F" 85 v] El sieu cors escalfet, (juar freyiz e f^elalz era 
1)(;1 \eray foc d'amor que las armas sadola 

1:^0 El intra doussamens Iro qu'es dins la mezola. 

A m lo dait glorios dels voslres uelhs Sa ni Peyre 
Hedressetz (pie la fcs no retornes areyre, 
ij() E (le sds ralhimens vous li sanelz las plagas. 

I. I II \crs iiiiUHpie au déljut de la strophe. 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XlV SIÈCLE. 35 

Quar vitz que bon cor ha qucus fassa bonas pagas 
De lagremas e plor am conlricio ferma; 
iSa Per que voslra bontatz en la fe lo conferma. 

Cant be"us ban malmenât e fayt lo mal que podo, 
Li malvat bacalar queus van entorn e rodo 

i35 Tôt las cl enuiat, pie de colps e de bossas 

E de grans blavayrols e d'autras nafras grossas 
Dins una preyzo greu on los murtriers estujo 

i38 Vos han mes, quar ades, Senher, perdre vos cujo. 

Ay, flors de gran beutat. sus lo sol dur quoi macas, 
Estan en la preyzo cuberta de grans tacas ! 
i4i Escalfamens d'amor, que lot quant es consolas, 
Ses tôt consolamen de gran freg quo tremolas! 
Rays del veray solelh, que lum lostemps célébras, 
i44 Aras estas enclaus e près en grans tenebras. 
[Lums de gran rcsplandor. etc.]'. 



III 
A prima. 

Li major capela gran mayti se revelbo 
Et am los plus anticz d'ajuslar s'aparelho, 

i47 En una sala gran on la gens lalseguita 
En re mays en barat no pessa ni cogita ; 
Quar als no van ([ueren mas que Jhezu traziscan 

i5o Et ayssi cum layro en crotz lo destruiscan. 

Li major de la ley, coma lop devorabble, 
Fan ades amenar lo scrdior i)erdurabble; 
i53 L'anhels suaus estay am motbumil coralge 

El mieg dels grans maustis que son fer e salvatge, 

I. Cette indication manque ici; nous la rétablissons d'après les 
autres passages analogues. 



3G J- ANOLADE. 

[F" 86 r] E per dccobre luy cascus son par affoga 
i5G Kl Jiiii lallacias gratis reiuiiiier e l'onterroga. 

Sa doclrina li fais e son all'ar demando, 
Et après s'il os Crisl lot dire lo comando. 

1Ô9 El bos Setihors, <|ue ve lor voluiilat nialigna, 
Dit/, que sevra le fillis de la Verges benigiia 
En la dextra de Dieu celestial e nauta : 

i()i Avsso reputan fort li Juzieu a grau fauta. 

Contra luy s'eiiardisb cadaiis e s'arufa 
E l'escriila fortmen e l'escarnisli e"l trufa; 

I (').') Trastug son d'un voler e dizo : « Pauc nos preza, 
Quar vitupéra Dieu en public el niespreza, 
( hiar lilb de Dieu se fa el nieleysh o cofessa » ; 

iGS De luy vituperar la mala genl no-s cessa. 

Aysso fayt, entre lor engenho et enarto 
(hiel uienon a Pilât; ])er cpie d'aqui se parte 

171 E fan l'anar tôt las; el niieg de la gran brega 
De buis 1(» lier cascus e l'enpeid» e'I punhega. 
1,'anbel près e liât per (pie luenli no deniore 

17'j Al l<»p inalicins ban liurat ijue-l dévore. 

1/1 gran clerc de la b y lolz los autres enduzo, 

E [)ueysb denan IMIat l'uinil senlior acuzo; 
177 (!lontra luy falcetalz e tracios' allego 

E Dieu, |»ura vcriat e vcray luni, renego; 

Dizo (pie trops do mais gran re de lualezas 
180 (lonlia Dieu e la ley lia faytas e coiuezas. 

Pilalz ara l'enquier en una part sécréta 
El .liiziou crido li : (( Hey se fa e proplieta 
iS,') !•; >^iia nosira gont et on après deveda 

(^)ii('s al i(\ linni no (bi Irai'ilaggo ni redda ; 

1. Ms. Inilios? 



POFSrES RELIGIELSES INEDITES DU XIV" SIECLE. 3^ 

A pane non ha ciel toi (laliloa conqnisla : 

Aytal secla d'error lunh temps mays no lu \ista. » 

Can Pilatz an rpi'el os de la terra [F" 86 v"] d'Krodes 
Am si meleys el ditz : « Ges tn jntjar nul podes. » 

189 Tantost aqui meleysh lo remet a son jutje, 
Ad Herodes qnes el a son plazer lo jutge. 
Am gran bing H Jnzien mantcnen lo van segre 

193 Per so que-1 puescan miels acnzare persegre. 

Can li foro denan Jliezii Crist li prezento 
E no'us cal demandar li bacalar si mento; 
195 Grans son las falsetatz ques al Scnhor alevo, 

' De mal que"l puescan far pane ni pro nol relevo 
E dizo : « Grans mais fa, Senlier, tôt jorn e traclia 
198 Per que sera be fag qui leu d'el se despacha. » 

Herodes can lo vie hac trop gran alcgransa, 
Qnar espéra que-1 fesalcuna demostransa 

aoi De qualque[s] noels faytz e de grans meravilhas. 
Enpero d'ira gran ades ronsec las silhas, 
Quar mentre que l'cnquier am gran re de paraulas 

2o4 Jhezus no li respon ni preza re sas faulas. 

Le reys lo mesprezct, quar enayssi l'escota, 
Don fe son gran esquern la malvaysa gens tola; 
307 Apres tôt las e clés et am la eolor falba 

Per far major despieg lo vesliro d'un' alba. 

[Blanc de six lignes.] 
E coma d'un rey fol caseus de lui se ganha 
210 Et am grans erebacors rcsearnish la compagna. 

Can sadol foron tug de far esquern e dire 
Et antas e despieytz deganhar e de rire, 
3i3 Caseus de retornar vas Pilât s'aparelha : 

I. \ ers oublié, ajouté au bas de la page. 



38 J- ANr.LADE. 

De maiulameTi dol rey al lop incnati l'ovelha; 
E va s'en trabucan per la lauba qu'es longa; 
3i6 Cascus per tosi aiiar s'esforza quoni lo ponga. 

Liims de (jran respUuulor [en lettres rouges ut S^]. 

IV 

A tercia. 

[F° 87 r"] En torn de tercia fo can retornat l'aguero; 
Et adonx li Juzieu trop gran brcgua tongiiero, 

219 E Pilatz coniandet, cant auzic la geiit fola, 

Que-s despiielhe Jhezus el vestir' hom li tola 
Et al pe d'un pilar boni fermamen l'estaque 

233 El bala duramen per tôt lo cors e-1 niaque. 

Cant l'aguero tôt nut liât ara correns lasses 
Et estreg per las mas per cambas e per brasses*, 
2a5 Duy bacalar malvat las faudas se regusso 
E'I sien cors precios balo, feron e truffo, 

[Blanc de six lignes.] 
Per flânez e per costalz, per cap e per mayshclas, 
338 Per ancas yssbamens qu'eran blancas e bêlas. 

Tota la sua carn del sieu cor viratz blava 
Tant descauzidanien cascus lo nialnienava: 

33 1 Kl pueys de batre inays cadaiis se perforsa 
Tro cpie li blavayrol sagnero tug per forsa. 
El oslay liuinilnien, scMiibla <pie rc non senla 

23/i Ouar no fa mol nis |)laiili mentrc qu'om lo lurmenta. 

(kiscus es ara las e de balrc s'enueja 
Et el corr lotz de sanc ayssi rnenut cum pliieja. 
\Blanc de six lignes.] 



1 . Ms. veslirs. 
■).. Ms. Iirnxi^as. 



POÉSIES RELIGIEUSES INÉOITES DI XlV SIECLE. '.]f) 

2.37 Pucysli d'un pâli vcrnielh |)('r rs([iicin lo cobriin; 
Soptamen, cant aysso li fais Juzicn scntiro, 
Venguero près d'aqui per quel viliiporcsso 

3/(0 Et ain grans crel)acors so niaiiire dobblesso. 

Al mot huniil Senhor las penas son cregudas, 

Qiiar d'espinas punhens e longas et agiidas 

[F" 87 v°] Lo coronan, lasquals tant calqvn) et enpenho 

Tro que lains preon près del cervel atenlio. 

[Blanc de six lignes]. 

1 

■il\6 E'I sancz que yeysh del test pel cap cnjos li iiielha. 

Ayssi coma rey fol escridan rescariiissho 
E ly sshiulan aqui e vilinen l'escupisso 

349 Trop dezondradamen sobre la cara nuda. 

Pueys cascus de génois per esquern lo saluda 

Dizen : « Dieus te sal, reys », per que'l sieu cor esclate 

3.53 E qu'enayssi cascus ab crebacors lo mate. 

L'umil Senhor battit per cap e per esquinas 
Malmenât, escarnit e de punhens espinas 
355 Coronat e portan ceptre de canavera 
[Blanc de sept lignes]. 
Han de fora mostrat a la gen rpie l'espéra, 
Laquais dece quel vie am dobbla votz l'escrida 
358 Dizen : « Mefetz l'en crotz, quar el l'a be merida ». 

E'I julges bon voler mostra de luy défendre 
Ed dilz : « >ol trobi crim per que déjà mort prendre ». 

361 Adonx le pobbles fe murmur e brug e brega, 
Acuzal bon Senhor e so mal cor desplega; 
Liechas' donadas son, relaxatz es le layres 

364 Et a morir en crotz es jutjalz le Salvayres. 



I. 11 manque un vers. 

3. Ms. liechas; copie du xvir s. hecluis; au bas du nis., main du 
XVII' s. li echas . 



yjo J- A>OL\DE. 

Prest son H IV)1 sirven, mal, fer. cspavcntabl)le; 

Gafan l'anhel hiimil coma lop tlevorabble 
367 E la crolz per portar li cargan ses demora; 

[F" 88 r"] [Blanc de six lignes]. 

Esscms amb tlos layros lo trayshero defora; 

liursan feren son cors, las e clés e mot fibblc. 
270 Lo mcnan escarnen am crit e btug onible. 

Tant es pezans la ciolz que l'han dessobre mcza 
E del veray Senbor tan grans la freoleza 

378 Del mal ques ha suffert la nuog denan passada 
(hiel piTHi los membres lolz si fpi'<Mi sen la coiada. 
Tant qu'en va tranpolan cl mieg de la gran torba 

376 E s'enclina le cors e vas terra s'encorba. 

La pressura fo grans de la genl dcfTezayga 
E fero major brug que lunba rabens ayga ; 

379 E cridan ayssi fort (pie sembla quays toneyre; 
La mort del Drechuricr son cobeytos de vcyre; 
La trompa brugis fort, la crida fortmen tica 

282 IN'r (\u(' veiiga la gen plcna de mala ruca. 

La \(il/, de lauzar Dieu O/.anna se reversa, 
La \i>lz dcls sieus amix en lagrcmas s'esmersa; 
28.") La \(it/ (Ici filli de Dieu de gran pietat plena 
Oue (le\(.'(la plorar e de l'umil N'crgcna 
(hie sanglolish e-s plaidi ani rauca >olz ploroza 
288 As[)n> so fan e riil ;ini d<il(M' engoyssboza. 

Liuits (le (jran rcsjtlan'Ioi'. ut S" \cn lettres rour/es]. 

V 

A mieg jorn. 

.IIk'sus' cazcn lrv;in es al purg Ncnguiz ara 
(>ii deu >ull'rir ])ov nos nidri ciuzel et amara: 

I. \,n iellrr (uih'c a ('lé ciilcM'e. anlt'iicnrenu'nl à la copie du 

XYII' S. 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XlV SIÈCLE. ^I 

391 r^a i)icssura fo grans si quel niacan e'I trussan ; 
La rauba ques te fort als costatz li regussan 
Es ostan lay dessus, tiran am grans estrachas, 

39/» Las plagas refrescan am grans batemens fâchas. 

Dcspulhat lo Senhor mot ptecios e noblile, 
[F° 88 v°] Totz nutz coma iiasquel remas denan lo pobblc; 

297 Pies fo — semblet lebios — de blavayrols e bossas 
E de plagas cruzels e menudas c grossas ; 
Pero no contrastan estas mâlas bezonhas 

3oo La Mayres ab son velh li cul)ric las vergonhas. 

La brega de la gent ara creysli en la rota 
E s'enpenh tant quant pot sobrel Senhor e's bota, 

3o3 Tôt fatigat, elas ! Cascus pero ses triga 

Bursan feren de ponhs ades mays lo fatiga; 
Et après lo sieu cor[s '] ce prendo 

3o6 E le verso tantost e sus la crotz l'estendo. 

A maniera de pel que s'esten e s'alonga 
Tiran los menbres sieus sercan on hom lo ponga 

309 E fiquo los clavels. E nientre se clavela 

Le bras se ronsaT cors, e pueys men la pagela. 
D'una part clavelat tiran l'autra per forsa 

3i2 Tro qu'es endrey lo trauc on lo clavels s'amorsa. 

La crotz am lo Senhor clavelat bas en terra 
Drcsson c planto la naut lassus en la serra; 
3i5 Tan gran sortida pren que las plagas s'en uebro, 
[Blanc de six lignes] . 
E del sanc propri sieu la crotz e"l cors se cuebro, 
Laquais pren ornamen de luy e ta naut pueja 
3i8 Et en tal dignitat quel mon de peccat veja. 

Ay ! Crotz. de tan bel frug e noble yest ornada 
Et de mot glorios titol enlitolada, 

I . Lire dece ? 



'(■? J. \>r,LADE. 

331 Escriiit segon vcitat aiii divcrsas figuras, 
Quar cel que"l mon creet e lotals croaturas 
S'es mes aras en le, penden per los siens brasses 

Sa/i Am los nervis rompu tz e faligatz e lasses. 

[F° 89 r°) Tant es le cors desfaytz qu'om pot nombrar los 

Am forlz clavcls agulz las mas el[s] pes i a fosses [osses; 
327 E las juncluras son rotas c desliadas, 

Las venas ysshamen rompudas et trencadas; 

Per lo gran pes del cors que la mortz fier e tusta 
33o Se plegan li genol moren ses cauza justa. 

Dos layros han menât, pies de mot gran tristicia; 
Jutjat eron a mort, far ne volon justicia. 
333 Amduy son mes en crotz, la us pen en la destra, 
L'altres ayssi meteysh en l'autra part senestra; 

[Blanc de six lignes]. 
Jhezus es el mieg loc d'aqucsta layronalha, 
336 On languish e per nos am cor ferven batalha. 

Aras la mala gens a gitar lotz s'es voûta 
IVr la rauba partir ques han al Senhor touta; 

33() Cilh que passan d'aqui am paraulas e bufas 

iS"en ganho li mal va t et de Dieu fan lors trufas, 
E lor cap secoden desplegan lor sauteri 

343 Blapheman lo Senhor el dizo viluperi. 

Senher, niera bontals, pura misericordia, 
Aras fas entre nos e Dieu patz et concordia; 

3'j') Pregas lo que de mal tos eneniix deliurc 

E ta Mayre (pie mort volria mays que viure 
(^omandas a Johan. (pie languish e sospira, 

3V*^ Pcrdonas al layro (pic vas te se régira. 

I.a iiinrlz es ara près del Senhor que s'engoysha 
Kl ditz am naula volz el am mot gran engoysha : 
3.(1 « Diciis miens. Dieus miens per cpie. Senher, me dezampa- 
Aprcs dil/ : .< (iiim sot hay » ; vinagre prendon aras, [ras. » 



POKSIES RELIGIELSES I\ÉDITES DU XIV" SIECLE. /lO 

A m fol abeuian lo d'aquela mala saba. 
354 « So qu'es ptophetizat, ditz Jhezus Crist, s'acaba. » 

[F° 89 v°J Dels siens dobblet le plors cl dois en crit 
E la Mayies semblet niays trop morla que viva. [s'abriva; 

357 E ges repazimar ncs pot, tant es dolenta. 

Johans de l'autra part se plaidi e s'esgaynienla 
Et am coral dolor Jhezu Crist planh e plora; 

36o E"l solelhs s'escurzis del tôt en aquel'hora. 
Lums de grani (sic) resplnndor. Ut S^. 

VI 
Ad hora nona. R^ 

En l'ara de la cro'iz l'anhels ygnoscens penja 

Et am humilitat d'erguelh ara se venja, 
363 Cofon' sos enemix am sobregran victoria 

Et avansa lo[s] siens per montar en sa gloria; 

Quar moren nostra mort met al bas e revoca 
366 Et yfern dissaysish am la crotz el derroca. 

On plus esta le cors, se ronsa mays e-s maca; 

Cel que de tôt peccat es mondes e ses taca 
369 Es tacatz e del sanc totz veytz, am color falba; 

La votz s'afrevolish, la lenga torna balba ; 

Le cor li falh ades e lo sien cap enclina 
372 Et adonx se cofish la nostra medicina. 

Solelhs de gran clarlat, lumniera de drechura, 
La tua grans beutatz en la crotz es escura; 

37.5 Abrazamens d'amor, que noyrish e coforta 

Totz es freytz le tiens cors, quar am dolor s'amorta ; 
Gaugz d'angels e de sans, del mon bonaûransa 

378 ' 

1 . Ms. Confon, avec n exponctué. 

2. Strophe trop courte d'un vers. 



/i4 J- ANOLADE. 

Qui-l vie et ara ve la sua carn dezerta 
De colps, d'escupimens e de bossas cubciia, 

38 1 A penas lo conovsh, quar es la cara tencha 

Del sanc cazut del test e d'engoysha destencha; 
I.i huelh ne son intrat, si que defalh la vista; 

384 La Mayres qu'aysso ve pessar podetz sis trista. 

Cars Senhers, la dolors que suefres non es pauca, 
Quar la morlz lo tieu cors trassinh e ponh e trauca, 
[F" 90 r"] Si que l'arma del cors pauc et pauc se deslassa; 
La deitats pero cascus de lor abrassa ; 
Coniandas l'esperit, ploran, a Dieu le payre; 
390 (irans es aras le critz dels tiens e de ta mayre. 

Sobre-l trespassamen la terra se crodola, 
Las pcyras fendo se e totz le mons tremola; 

393 La cortina tantost del temple s'es fenduda 
Et yferns s'es ubertz e la porta rompuda ; 
Adam qu'estava près dejos la viala trapa 

396 Es per la prezcnt mort rczemutz et escapa. 

D'ifcrn romp le romj)utz las cadenas a trosses; 
Cel ques a ferm lassatz e pes e mas et osses 
399 En l'aybre de la crotz c penja per los brasses 
Deslassa prozamcns e iraiih d'abis los lasses; 

[Blanc de six lir/nes.] 
Li» primier falhimcn del toi remet c quita; 
4o3 Mans boms per sa vertut qu'era mortz ressucila. 

Can vezo l'escurtat cl lerrafremol sento 
Marridas son las gens r forment s'espavenio; 

'405 K quar d'aipiesla mort saboii (|U(^ mal ne miero, 
Tridari coma raujos e sobic'l pioylz se liero, 
'Icsiimiini i'azen dizon li Juzieu soptc : 

/io8 <i Veramcii lilh de Dieu acpiest era ses dople. » 

Ter los corecs o.star de la crolz l'an requesla 
Li .liizicu apilal per honor de la fesla ; 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV' SIÈCLE. /|5 

/(Il Et agiit sori autreg fan lor tien({uar las cueyslias 
Tro que d'osscs e carn l'oro molas e (lueyslias ; 
D'aquelz dos nialfachors l'execucio fâcha 

/ji-'i Del Seiilior drcchiirier parla cascus e tracha. 

Aras mena graii brug la fola gen testarda 

li\- E qiiar lo saute cors e glorios mort viro 

De las cueyslias tiencar li Juzieu se cauziro; 

[F" 90 V] [Blanc de six lignes.] 

La lansa près Longi jos lo coslat lo plaga, 

420 La vista recobret qu'era fieols e vaga. 

Par lo trauc del costat gran e fer e sahatge 
Decorr nieuut le sancz desobre. dons beuratge' 

428 Et aygua de salut, d'aqui meteysh sobronda 
Que nos deneja totz e nostres peccatz monda; 
Am lo sanc nos fa sais le Senhor de l'Altisme 

42G Laval primier peccat am l'ayga del baptisme. 

Li paren e l'amie engoyshozamen crido, 
Li planch el marri men de noel se resshido, 

429 Com mort virol Senhor a tant cruzel martire; 
La gran tristor cascus de la Mayre cossire, 
Cant lo ve lansejat, la dolor li refresca 

432 E la terra, ploran, de lagremas refresca. 
Lums de gran resplandor. Ut S^. 



VII 
A Vespras. R^. 

Senhor e donas son gran re que Jhezu planho 
E la Mayre planhen e ploran acompanho ; 

I. 11 manque un vers. 

a. Ms. hevaage, avec un u au-dessus de e-r. 



46 J- AXGLADE. 

/jSô Tug son trist e dolen de la morl ques han vista 
De lor senhor Immil tant es la Mavres tiista' 



438 Que nos pot sostener, ans cove que la tengan. 

A Pilât es vengutz Josep Arimacia; 

La mort del Salvador tantost li denuncia 
44 1 De laquai en son cor havia dolor granda ; 

Lo cors par sebelir de Jliezu li demanda; 

Pilatz creyre no pot (pie ta leu sia morta 
444 La persona de Crist segon qn'om li reporta. 

Totas vetz el estet doptos d'aquela cauza 
Tro que Cenlurios aysso rneteysh depauza ; 
447 Josep per so no sta que lo cors no requiera 
Per onor de la gran festa e mot sobriera ; 
Pilât, quar el sab be que mortz es per eveja, 
[F" 91 r"J So que Josep requier mot volentiers autreja. 

Jozep, Nicbodemus al vertuos sacrari 
Nomnat cominalmen Pueg de Monticalvari 
453 Son vengul e tantost de la crotz lo dessbendo 
[Blanc (le six lignes.] 
E donas e serdior en los brasses lo prendo ; 
La Mayres denan totz, clessa de mal e lassa, 
45G Bavzan buelhs, boca, mas, lo cors per mieg abrassa. 

Can l'agro descendu t d'enguens meiavilbozes 
L'an oncb et enbasmat, odorans, preciozes, 

4'Xj Per (pie miels conservar se puesca de corrompre. 
Adonx viralz plorar, lirarcabels e rompre; 
La Mayre sanglontisb mentre ques bom l'enbasma 

4<»2 Et en lagremas Ion e sobre-1 cors s'emblasma. 

Mayies de Dieu, le gaug del lieu filb se Irasforma, 
Quar en plancli et en plor et en dolor se torna, 

I II iii;iiiqnc un vers. 



POÉSIES RELIGIEUSES INEDITES DU XIV^ SIECLE. 4 7 

405 Cant lo sieu cors desfayt e fos de plagas vezes 
E'is membres scnes sanc et de la carn remezes 
Lo glazi que't promes Symeons de paraula 

4r»8 Per execncio dins lo tieu cor s'eiitaula. 

Can onch et enbasmat liagro lo cors els membres 
Am lagremas e plors aquel prezero cempres 

fi'jj En .j. drap blanc e prim dece l'enveloporo, 
E segon lor estilb nobblamen l'adobero, 
Dedins lo monumen non e l'resc' lo mezero 

A74 E d'una peyra gran manlenen lo clauzero. 

Can la Mayres sariat vie d'aylal sarradura 
Lo monumen e clans de peyra fort e dura 

477 Et enclaus lo sieu filh dedins una gran roca, 
Tan grans fo la dolors que dins lo cor la toca 
[F" 91 V] Qu'en terra s'engroyshet e semblet del tôt morta ; 

480 Mas caScus dels parens l'adertz e la conorta. 

Ara foc vespres bas si que le jorns s'enclina 

E nos pot sostcner, tan freols e mesquina 
483 Es la Verges per que las douas la' sosteno 

E deves la ciutat en son hostal la meno. 

E donas e senlior, e paren e parentas, 
486 S'en van am liey essems dolen, trist e dolentas. 

La Verges a l'intran de la ciutat s'erissa, 
Quar noy sab lo sieu gaug, dolor al cor la fissa ; 

48g Orfa pot dir quez es de filh mays bel e nobble 
Que fos ni ja sera restauramens de pobble. 
Et aysso cossiran la dolors es tan granda 

493 Que no's pot refrenar, an creysli mays e s'abranda. 

Cant foc en son liostal crida : « Falsa gen croya, 
Tout m'avetz mon solas, tôt mon gaug e ma joya ; 

I. Ms. frest. 
a. Ms. las. 



48 J. A>GLADE. 

f^^)^ Ay, fillis, no puesc trobar lunha re que m'alegre 
Sino que tost mûris per su quel pogues segre ; 
Ses te lunli joy non hay, que m'eras aniparansa, 

/198 Hepaus d'aim'e cors e tota ma speransa. 

Li païen que son pics, can auzo la Vergena 
Ques am gran marrimen ayssis planh es démena, 
âoi Degus no'l pot far mot quar engalmen sobmndo 
De tan coral dolor qu'en lagremas se fondo : 
Essems pl(>ian la mort de lor senhor e planlio 
5o4 Fazen aqui lor dol la Verges acompanho. 
Lums de gran resplandor. Ut S^. 

J. Anglade. 



JEAN BARTON 



PIIEMIRU PHKSIDENT DE LA COUll SOUVERAINE DE BORDEAUX 
(l'iJI-I^Ja). 



M. F. Gébclin a publié récemment une relation inédite 
de l'entrée de Dunois à Bordeaux, le 3o juin i/joi '. Ce do- 
ment renferme d'intéressants détails sur l'organisation de 
la justice souveraine dans cette ville, détails que l'on ne 
trouve pas dans les autres relations connues jusqu'ici. 
Voici le commentaire de l'éditeur à ce sujet : 

L'article 20 du traité du 12 juin stipulait l'établissement 
d'une justice souveraine à Bordeaux « pour cogooistie, discuter 
et déterminer difTinitivcment de touttes les causes d'appel qui 
se feront en iceluy pays )>. Cet article fut-il exécuté? On l'a 
contesté longtemps, quand Briyes-Caze« découvrit, dans un 
registre du Parlement de Bordeaux, la mention suivante : 
« Lecta et publicata in curia suprcma Burdigale... xxi ju- 
« nii 14Ô2... » C'est à peu près tout ce qu'on sait sur celte Cour 
souveraine, qui n'eut qu'une existence éphémère : elle fut sup- 
primée à la suite de la révolte de la Guyenne en i452. Le texte 
que nous publions nous donne le nom de deux commissaires 
qui furent chargés de l'organiser : il nous apprend qu'après 
mûre délibération, le Conseil désigna pour ce faire un « général 
sur le fait de la'justice des aides », J. Barton, et un conseiller 
au Parlement de Toulouse, Nicolas Berthelot. Et si, comme on 
l'a souvent voulu faire, on rattache à cette Cour souveraine 
l'origine du Parlement de Bordeaux, ce sont les deux organi- 

I. Mélanges d'histoire offerts à M. Cluirles BéinotiL (l^iris, igiS), 
pp. 406-4 lO. 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. 4 



5o A>TOINE THOMAS. 

saleurs de ce jinilcinent dont notre texte nous donnerait les 
noms '. 

Sur Jean Baiton, M. Gébelin se l^orne à renvoyer à 
\' Histoire (le Languedoc des Bénédictins, édit. l^rivat, t. XI, 
p. 1.") ', en mentionnant que ce général de la justice des 
aides fut désigné comme commissaire royal auprès des 
États de Languedoc en i/i4G. 

Qu'il me soit permis de rappeler que, dès 1S79, j'ai 
publié une notice biographique sur Jean Barlon', dans 
laquelle j'ai constaté que le chancelier de la Marche (titre 
que .lean Barton a porté jusqu'à sa mort, pendant qua- 
rante-cinq ans au moins, et sous lequel il est générale- 
ment connu*), avait été commissaire royal auprès des 
États de Languedoc^ non seulemenlen 1/4^^16, mais en ili\'], 
et 011 j'ai signalé son rôle judiciaire à Bordeaux dans les 
termes suivants : 

Apirs la conquête de la (iuyenne, Jean Harton, (pii avait 
assisté en pcisonnc à la reddition de Bordeaux, fut nommé pai' 
Cliarles \\\ picuiier prt'sidenl au Parlement de cette ville; il 
résigna alors, en i'axcnr de son lils Matliuiin, sou otïîce de 
f;riu''ral drs aides '". 

( domine source, j'ai in(li(|ué sommairement : a Beg. de 
la Cour des Aides, \rcli. nal., Z' \ 18, fol. .'MG-17". » En 
réalité, il s'agit tlu registre it), où l'on trouve des plai- 
doiries prononcées à l'audience, le -20 mai 1 '|5'^ au sujet 



I. Loc. laitiL, pj). V)J-'it>(J. 

■>.. Loc. IniuL, p. ^09, ti. (i. 

.'i. Lrs HIals i>n>i<iiiciau.r de ht [■'nuire ceiilrnlc sous CJuwIt's ] If. t. 1. 
pp. :*79 u80. 

f\. Cf. luoii li\ic iiililidi' : Le coiiilé île lu Mdrehc cl le l'arlcincnl de 
Puiliei's (V'dvh, lyioj, pp. i,xiii-i.xi\ . 

.'). Les l-:ials provinciaux, t. 1. pp. ;i8'i a85. 

<). .le Mie suis abslenn de reiiviiyer au XohiL du diocèse el de lit 
(icnénil. de Limoijes de l'abbé Josepli .Nadaud, où il est dit que Jean 
nailoM fui <• pii'iniri président de Bordeaux » (t. I, p. i!\'i), parce 
(jue Nadaud ne cWv ;iii( un doeuiiiciit à l'appvù de son dire. 



JEAN BARTOX. 5l 

de la possession d'un ofTice de général des aides conten- 
tieux entre Malliuiiii Buiton cl François (juerincl. Voici 
un extrait textuel, limité au point qui nous intéresse, 
de l'une de ces plaidoiries : 

Entre maistre Malhuriu Borthon (sic), gênerai conseiller du 
Uoy sur le fait de la justice des aides, défendeur, d'une part, 
contre maistre François duerinet... 

Poignant, pour icellui défendeur..., dit... que feu maistre 
Nicole de la Barre ', avant fan nij' xvnj et au devant de toutes 
les divisions, estoit gênerai conseiller eu la Court de céans, 
... jusqucs à la bataille des Harens-, qu'il ala de >ie à trespas 
au service du roy. Dit cpie. par icellui trespas, le Roy donna 
l'olTice comme vacant à maistre Jehan Barton, a présent prési- 
dent de la Court soiireraine de Hourdeaulj% père du défendeur... 
Et depuis, icellui maistre Jehau Berlon (sic) a résiné son olFice 
audit défendeur, son fdz. 

Le procès devant la Cour des Aides traîna en longueur. 
Le 7 février i^i53, l'avocat Poupaincourt prononça, en 
faveur de François Guerinet, un long plaidoyer d'où 
j'extrais ce qui suit : 

Dit que quant le peredudit maistre Mathurin a resigné icelui 
office de gênerai audit maistre Mathurin, son père estoit en 
autre office, comme président de Bourdeaulx. Dit que, en accep- 
tant iceluiofjlce de présidant, h'dit olhce de gênerai vacquoit "... 

Le r2i février suivant, lavocat Poignant dupliqua en 
faveur de son client, Mathurin Barton. Je nie borne à 
relever les points suivants de sa duplique : 

Ad ce que partie a dit i[\ic maistre Jeha/i Barton est président, 
etc., dit qu'il pouoit tenir tel (5ic) deux offices qu'il luy plaisoit, 
et que pour ce partie impetre l'office de président, se bon lui 
semble. Dit que ledit maistre Jehan Barton avoit puissance de 
tenir lesdis deux offices '. 

1. Sur ce personnage, voir mes HIats proiùncinu.r . t. I. pp. 278-279. 

2. Le 12 février 1429. 

3. Arcli. nat., Z'.V2(). fol. 90. 

4. Ihid.. fol. 112. 



52 ANTOINE THOMAS. 

On voit, ]ydv ces cilations f|iie, si les avocats ne sont 
pas (l'accord sur la valabililé de la résignation faite par 
Jean Barlon de son otrice de général sur le lait de la 
justice des aides, la possession par lui, dès avant le 
2 1 mai i/|32, de roffîce de ^' président de la Court souve- 
raine de Bourdeaulx » ne fait pas question. 

11 n'est pas douteux, en elfet, (jue la Cour souveraine 
instituée à Boideaux par lettres patentes données à Tours 
le 5 août i4"Ji', et ({u'on paraît avoir évité d'appeler 
offîciellenieiil (( Pailetnenl » pour ménager la susceptibi- 
lité des Pailements de Paris et de Toulouse, n'ait fonc- 
tionné régulièrement pendant l'annéejudiciaiic i/|ji-i452. 
l)'aj)rès l'acte d'institution, elle devait comprendre un 
premici- président, un second président et six conseillers. 
Brives-Gazes déclare qu'on connaît les noms de quatre 
conseillers (Jean Tudert, Jean Avril, Jean de Sansay et 
Vital du Palais), sans l'ien savoir des présidents'. Avec 
Jean Barlon nous tenons l'un de ces présidents; il est 
vraiseinblable que son collègue en dignité a été Mcolas 
Bertbelot. Ce «pii est sûr, en tout cas, c'est que Jean Bar- 
ton a été le chef de la Cour souveraine avec le titie olïi- 
ciel de a picmier président ». Sur ce point précis, que ne 
loucheiil pas les extraits des l'egistres de la Cour des 
Aides [)ubliés ci-dessus, je vais [)r(»duire le témoignage de 
l'intéressé, tle Jean Barlon lui-même. 

Le 8 novembre l 'i .")(), le clianceliei- de la Marelie com- 
paiutde\anl le |)i()eureur général Jean Dauscl, eliargé de 
réaliser au prolil du roi les créances de Jacques Cœur. 
Il a\ail à s'explicpier sur deux cédules, signées de sa 
main, <pii s'étaient trouvées dans les papiers de l'argen- 
tier. Ses ('\|)li( alidns liirenl liés longues et très circons- 



1. l'iiljlit'cs par Brivos-Gazos. Orujines du Parlcmenl de Bordeaux 
I liordoanx, 1887), pp. 05-07. 
•j>.. I.tjr. Iiiitd.. p. 70. 



JEAN RVRTOX. 53 

lanciées. J'en cxlrais sculcinent ce qui intéresse iiolic 
sujet : 

Dit oultre [ledit Bartoii] que, depuis, lesdis Cuer et Union 
estans en la ville de Belac en Limosin', icellui Bartoii demiiii(l;i 
audit Cuer s'il avoit rcceii sa part desdiles espices' dudit uiais- 
trc Estienne Petit ', lequel Cuerluy dist et lespondit que oy. Et 
lors ledit Bartou pria et requist ledit Cuer qu'il lui voulsist 
rendre sesdites cednlles couime acipiiltees, lequel Cuer lui dist 
et respondil qu'il ne les avoit jias là, mais qu'elles esloienl de- 
vers le Roy en l'Argenterie, et que, la première foiz qu'il/, se 
trouveroieTil ensemble à la Court, il les lui renderoit, et iui 
paieroit l'oultreplus de ce qu'il avoit receii pour luy dudit Pelil 
à cause desdites espices. 

Et depuis se sont trouvez lesdis Barlon et Cuer à Bourdeaux. 
auquel lieu ilz ont eii pareilles parolles ensemble, et confessa 
pareillement ledit Cuer avoir esté paie de ce que ledit Barton 
lui devoit, et lui promist rendre sesdites cedulles, et lui paier 
avec ce l'oultreplus, comme dessus. 

Et dit ledit Berton que, depuis lors, // denioura à Bourdeaux , 
en office de premier président, dont il ne partit point jusques à 
ung peu de temps avant la prinse et occupation faicle par les 
Angloiz du dit Bourdeaux , pendant le(|uel temps ledit Cuer fut 
prins et constitue prisonnier à Taillebourg'. Et depuis les pa- 
rolles et appoinctemens dessusdis d'entre lesdis Barton et Cuer, 
ne se sont peu trouver ensemble à la Court ne ailleurs en autre 
lieu où il aye peu recouvrer dudit Cuer sesdites cedulles ne 
l'outreplus que ledit Cuer lui devoit '. 

1. Bellac. chef-lieu d'arrondissement ( llaute-\ ienne). Cette rcn 
contre de Jean Barlon et de Jacques (^œur doit être antérieure de 
peu à la première expédition de (iuïennc. 

3. Il s'agit des présents en argent dits ôpices faits par les l^lats de 
Languedoc aux commissaires royaux. 

3. Trésorier général de Languedoc. 

^. Jacques Cœur fut mis en état d'arrestation le 3i Juillet l'iôi 
(G. du Fresne de Beaucourt. Hisl. de Charles Vil. t. V, p. io6. n. 6). 

ô. Journal de Jean Dauvel, Arch. nat., KK 328, fol. 4i5 V-'iiO. — 
Notons en passant que le souvenir des relations amicales qui exis- 
tèrent entre Jacques Cœur et Jean Barton ne fut proriabiement pas 
étranger à la conchision, sous le règne de Louis \I, d'un mariage 
entre Bernard Barton. petit-fds du second, avec Françoise Trous- 
seau, petite-fdle du premier. 



5^i ANTOINE THOMAS. 

Si Ton se rappelle que les Anglais rentrèrent à Bor- 
deaux le -.l'S oclobrc i\Ô2, et que les sessions des Parle- 
ments se terminaient au commencement de Tété, on sera 
convaincu ([ue le premier président Jean Barton a été à 
la tète de la Cour souveraine de Guïcnne du premier au 
dernier jour de la session de i45i-i/i52, la seule que cette 
Cour ait pu tenir avant le retour offensif des Anglais. 

Quand Louis \I rélahlit le Parlement de Bordeaux, en 
juin i46:^, Jean Barton n'était plus là pour faire valoir 
SCS droits d'ouvrier de la première heure; il était mort à 
Guéret, âgé de soixante-seize ans environ, le -.>') sep- 
tembre \'\i\\ '. Le poste de premier président fut attribué 
à Jean Tudert, un de ses collaborateurs. 

Et cela même est un trait d'union entre la Cour créée 
par Charles VIT et celle que créa Louis XI, ce qui revient 
à dire que le Parlement de Bordeaux date réellement 
de i^ir)r, malgré l'éclipsé quil subit pendant les dix 
années sui\antes, malgré le silence gardé inlentionnelle- 
ment par Louis XI sur l'œuvre de son père. Il est l)ien à 
craindre que les registres de cette session de i\'^m-v^'ô'2 ne 
soient irrévocablemoni perdus. A défaut de mieux, con- 
tentons-nous d'être renseignés sur la personne et la car- 
rière du haut magistrat qui la présida. Et espérons qu'on 
prendra note, une bonne fois, à Bordeaux. 

\nt()in(; Thomas. 



I. .rindiqiio la dalf du jour d'après le Xohiliaire dr l'abbô Nadaud, 
I. I. p. i'|.'^ bien (pi'il ne donne pas do itIVtcmicos. En iont cas, la 
inorl de .1. Harlon csl aiiliTicnrc an i" février i/iOa (acte original 
dos arrhivos (\v tainillo do M. |,- cointo (U- Monibas. descendant de 
.1. Karinn. à \niions). 



MÉLANGES V:r noCUMKXTS 



LES FIEFS DU ROI ET LES ALLELX E> GUIENNE' 

Le registre des « Recogniciones feodorum ». — En i Si/4, 
Jules Delpit et son cousin Martial publièrent uuc Aotice 
d'an ninnuscrit de la bibUol/ièfjde de W olfenhiitlel iniUulé 
Recogniciones feodoi'um el où se trouvent des renseigne- 
ments sur l'état des villes, des personnes el des propriétés en 
Guyenne et en Gascogne, au XIII" siècle-. Plus tard, le 
même Jules Delpit donna des extraits de ce registre dans 
les tomes lll et V des Archives historiques de la Gironde. 
Ces publications fragmentaires laites sans suite, avec un 
soin insuffisant, étaient comme bien d'autres que Delpit 
inspira : l'ouvrage, suivant une locution populaire, 
n'était ni lait ni à faire. M. Rémont, jugeant avec raison 
qu'un pareil texte devait être édité intégralement, l'a im- 
primé en un volume de la collection des Documents 'iné- 
dits, avec une copieuse introduction, une table chrono- 
logique, un glossaire, enOn un index des noms de 
personnes et de lieux. 

1. D'après Recueil d'actes relatifs à l'administration des rois d'Angle- 
terre en Guyenne au \ui^ siècle, llecognicioncs feodorum in Aquilania, 
transcrits el publiés par Charles Bêmont, directeur adjoint à l'École pra- 
tique des liautes études; Paris. Imprimerie nationale, 191^; in-A" de 
Lxxv-477 pages. 

2. Extrait des Notices et extraits des manuscrits publiés par l'Acadé- 
mie des Inscriptions el belles-lettres, L \I\, 2' partie. 



56 ANNALES DU MIDI. 

Ce manuscrit de Wolfenbiittel n'est autre que le second 
d'une série de huit registres, A-H. où ladministration du 
Domaine royal à Bordeaux avait colligé les titres qu'elle 
devait appliquer. Ce registre B, sorti des Archives du Roi, 
entra, dès avant 1G27, dans la bibliothèque des ducs de 
Brunswick, à Wolfenbiittel. Les sept autres se sojht 
perdus. 

Le registre dont il s'agit est appelé Recogniciones feodo- 
riim in Aquitania, parce qu'en efï'et il se compose, pour 
une grande partie, de reconnaissances féodales consenties, 
en 1273-1276, par les tenanciers de biens qu4 étaient pla- 
cés dans la mouvance du roi d'Angleterre, en tant que 
duc d'Aquitaine. Ces fiefs, disséminés sur une vaste 
étendue, étaient surtout nombreux dans la prévôté de 
Saint-Sever, la Chalosse, le Gabardan et le Tursan, dans 
les Landes bazadaises, enfin du c(Mé de La Réole et Lan- 
gon, de Libourne et Bourg, de Bordeaux, Barsac et Bey- 
chac; la directe du Koi s'étendait au littoral landais — 
Buch et Born, .Maremne et Marensin — et au Labourd'. 

Les agents du domaine ducal d'Aquitaine avaient déjà 
précédcnimcnl consigné })ar écrit les obligations dont on 
devait s'acquitter entre leurs mains. Il semble que partie 
de ces états eussent la forme de rouleaux : rôle gardé au 
château royal de Bordeaux, lôles gardés aux châteaux de 
i>a Réole, de Bourg-. Toulcfois, un regisire se conserve 
mieux qu'un rouleau. On sait que llaiinond de Penya- 
fort recommandait aux églises de transcrire les pièces les 
plus piécieuses à la (in des livres lihirgicpies '; un acte 
des l{('r()(/inci(>ii<:s vise une donalion (jui est ainsi Iranscrilc 



1. Cil. Ik'iîionl, op. cil., Irilroduclion, p. \ii\. 

u. N"" ft'.')-. y.'.U, fioC). — Pour ce fl(>rni(M-. le Icxlc porte : u iii lolulo 
faslcII.Tiii »; Je suppose (pie le cliMlelain Imhil.iil le cluile.iii. 

.H. Publié p;ir \\i\\i\\ssni\. Cdhiloyiic des nutniiscrih des hihliolhriiucs 
dex dé parlements, I. I, p. O20. 



MELANGES ET DOCUMENTS. O" 

flans un missel de Téglisc de C^audrot. Les églises du 
Bordelais, la Cathédrale, Saint-Seurin et Sainte-Croix de 
Bordeaux, La Sauve et même des particuliers possédaient 
au XIII" siècle des cartulaires : il était rationnel que le 
Domaine eût son terrier. 

Ce terrier, avec ses cinq à six cents reconnaissances, 
est Tun des documents qui nous renseignent le mieux 
sur la condition des personnes et des biens dans nos pays 
au XIII' siècle. Je voudrais lui (Muprunter quelques traits 
pour une très rapide et très incomplète esquisse des rela- 
tions entre le Roi et ses feudalaires. 

Les auteurs des reconnaissances; questions auxquelles 
ils répondent. — Qui passe recr)nnaissance? C'est généra- 
lement l'intéressé ou son fondé de procuration ou son 
représentant légal, le père pour le fils, le mari pour la 
femme, le tuteur pour le pupille. La reconnaissance est 
individuelle ou elle est collective : deux frères, un da- 
moiseau et sa sœur, un père et son fils, etc. Le maire de 
Libournc déclare les obligations de sa commune et des 
habitants; à Issigeac, l'ensemble de la communauté des 
hal)itants, « tous et chacuns », figure dans l'acte; ail- 
leurs, la communauté d'habitants comparaît par procu- 
reur : celle d'Haux délègue pour parler en son nom le 
curé et un paroissien. Il est à noter que cette intervention 
du curé est une très rare exception. 

11 est fréquent, au contraire, que des habitants d'une 
contrée soumis à un même régime, sans être d'ailleurs 
solidaires, s'entendent pour une reconnaissance com- 
mune. Ce qui est plus intéressant, c'est le grand nombre 
de cas où des cotenanciers, des parcionarii agissent en- 
semble. Ce mot de parcionarii revient à chaque instant 
dans les Recogniciones, et c'est là un fait d'importance. 

Un autre fait à souligner consiste dans lincroyable 



58 ANNALES DU MIDI. 

confusion dont témoignent ces aveux et dénombrements. 
Si nous connaissons mal le légime des tenures au xm" siè- 
cle, nous pouvons nous consoler en pensant que les 
malheureux fonctionnaires du Domaine à cette époque 
ne devaient être guère plus avancés. 

L'enquête porte principalement sur trois points : si le 
déclarant possède des fiefs du Roi, et ce mot s'étend aux 
censives; s'il a des alleux; enfin, s'il n'a lien aliéné. 

Bien des gens ne sont pas en état de répondre : ils 
ignorent si leurs immeubles relèvent du Roi ' ou bien de 
quelles charges ces tenures sont grevées-. On leur ac- 
corde un délai poui* s'informer. La réponse est parfois 
négative : Thibaud de Noaillan n"a ni fief royal ni alleu; 
tous ses biens dépendent de la maison de Noaillan. De 
même, Raimond-Guillaume de Gérons ne tient rien du 
Roi : il ne doit ni hommage ni fidélité, et s'il lui arrive 
de se rendre à une citation par-devant le prévôt de Bar- 
sac, c'est qu'il cède à la violence. 

Des fevulalaires ne manquent pas de réserver les droits 
des tiers : Guillaume-Arnaud de ïontoulon excepte de 
sa reconnaissance « le bien de Gaptieux, qu'il dit tenir 
de fJaston de Béarn «, et (iuillaume- Vrnaud de Gazalis 
précise (pie, dans la paroisse de ce nom, quatre manses 
sont dans la directe du seigneur de Doazil. 

L'objet des reconnaissances : dîmes, fonctions publi- 
ques, personne du feudataire. — LObjel des reconnais- 
sances est très ^arial)lc; elles sélendeni jusrpi'à des dî- 
mes'; il est \rai (pie les dîmes sont généralement tennes 
de révê(|ue '. 

Les fonclioMs piihlicpies sont souvent matière à con- 

I. Inlrndnclioii. p. \\m. 

a. N" cjG. 

3. N" if). 

h. V- •»,',',. r)fi7. 58;^, O.SÔ. r.3(> [.1,13]. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. bf) 

cession : les droits de justice à Sainl-Eslèpiie et à Cissac 
sont donnés en « commande » à un chevalier ; la justice et 
la baillie de Pimbo sont données en « commande » à un 
clerc. La viguerie de Bourg, celles de (lubzac, Saint-Gei- 
vais, etc., celle de Mauco sont tenues en fief. Amanieu 
de Puch, chevalier, viguier de Mimizan, reconnaît pour 
cette viguerie; le seigneur de .Iuliac et celui de Mau- 
vezin rendent la justice en tant que viguiers royaux, et 
la fonction paraît inhérente à leur fief. Des prévôtés 
étaient tenues pai- des feudataires, dont la condition so- 
ciale était modeste : (elle la prévoté de Sainte-Eulalie, 
Yvrac et Ambarès. Quelques tenures, qualifiées mandarie, 
ne seraient-elles pas des oniccs d'huissier, d'appariteur? 
Le registre s'ouvre par une pièce des plus curieuses, où 
Arnaud d'Espagne, damoiseau, seigneur de Mérignac, 
avoue tenir féodaicment la garde de la chasse dans de 
vastes forets au sud de Bordeaux. 

Dîmes inféodées, fonctions inféodées occupent, au total, 
une place restreinte dans l'ensemble des Recogniciones : on 
rencontre plus souvent dans ce volume mention d'hom- 
mes qui tiennent du Roi leur corps. C'est encore une no- 
tion juridique abandonnée de nos jours, que l'on puisse 
de la sorte disposer de son corps : un chevalier, Arnaud 
Seguin d'Estang, a engagé sa personne et ses biens au 
Boi, qui les lui rend jusqu'à la saint Jean suivante. Dès 
l'instant que Ion pouvait faire servir son corps à gager 
une créance, il était naturel qu'il fût soumis à un contrat 
féodal. Les gens qui tiennent leur corps du Roi sont, du 
moins le j)lus souvent, ses hommes francs, home francaa 
de lors rors, hoinines fi'aiwale.s ^ , et ce en raison de leurs 
tenures', spécialement de leurs manses ', ou des padouens 

I. ]\"' 5;ii, 247. 
3. >"'" 5^1, 543. 

3. \- 2^1 [lit], r.23. 



fio ANNALES DU MIDI. 

OU pi\liiia^''es ', ([uelquefois des chemins-. Il en est cepcn- 
(laiil (jui alTirmcnt n'avoir rien du Uoi sinon leur corps'. 
Nous venons de voir que la condition du manse pouvait 
entraîner la sujétion de l'individu : il est logique, en 
somme, que le manse et spécialement la maison d'habi- 
tation soient plus intimement liés au tenancier que le 
reste des immeubles ; il n'était pas indifférent que le 
paysan IVit domicilié en terre royale, casatus siih liege 
ou in terra /-ef/ia '. Quelle que fût l'origine de sa dépen- 
dance, l'homme qui tenait son corps eu fief pouvait être 
astreint, de ce chef, à un cens spécial : l'un d'eux payait 
au prévôt de La Réole 12 deniers « pour sa tête ' ». 

Que le Uoi ait concédé à un de ses fidèles, durant la 
vie de ce dernier, les redevances dues par un juif de Les- 
parre% c'est une simple curiosité. Il est plus intéressant 
de savoir qu'assez souvent des églises ou des particuliers, 
nobles ou non, onl en fief du Hoi des hommes, posses- 
seurs d"alleu\, (/iteslaux, — c'est-à-dire taillables, — ou 
feudataires '. 

L'objet des reconnaissances; immeubles : forteresses, 
caveries, manses, biens à usage commun. — Quant aux 
biens immeubles rpii foi-maient ordinaii'cmeul la malièie 
du coniral féodal, ils soni d'une extrême variété, depuis 
l(^ lemplc de Tulellc, <|ue Pierre de Bordeaux possédait 
an ((rnr de la \\\\r de ce nom, jns(prau\ dunes les plus 
sau\ag('s. (létaienl parfois une liabitation, (loniiis. un 
manoir, itumcriu/n, plus souvent des forteresses, inola, 

I. \" OGi. O.iS. 

a. N" 63^. 

8. N" G75. 

\. V"a.',7, .',',. 

(i. N'" ^ôy. 'ili... 

7. N"" 352, .ô'i'i. i.>7. i((. 



MÉLANGES ET DOCIMENTS. Gl 

cfis/rii/n, cas/elldrinni. De ces li'ois mots, les deux pre- 
miers avaient [)eut-etre le même sens, village fortifié, 
château : à Benquet, le seigneur possède la motte et la 
moitié du faubourg, « niedielatem bariii et motam to- 
tam )), Eudes de Doazit occupe l'autre moitié; le cii.sli'iuii 
de Castelmoi'on est un pitlorcs(|ue village, ceux de Cas- 
teluau-de-Cernès, de Pujols, de Rauzan, etc., sont des 
châteaux au sens propre du mot. Le terme casteWti-'uun, 
castelbii', cnsleUarc, rasierar. désigne peut-être de vieilles 
constructions militaires : <( Yetus castellare d'Vrulha w. 
Les défenses de ces places pouvaient être légères et 
faites, du moins en partie, de palissades et de fossés : 
des maisons, à Sault et à Lahet, sont « dedens lo barad », 
à l'intérieur du fossé, rdUatuni. 

Le château était fréquemment le chef-lieu d'une châ- 
tellenie : casfi'U « cum eorum castellaniis ' », d'un terri- 
toire formant seigneurie, honor : « honorem de Turri », 
« castrum de Lesparra cum honore- ». Vajfariani est un 
tènement, de quelque nature que ce soit : « affarium seu 
tejiementum^ »; ce peut être un village, une place forte', 
un territoire : « in territorio seu affaiio ». 

Le mot milicia désigne des biens soumis à un régime 
juridique déterminé : (iuillaume-Arnaud de Saint-Aubin 
ignore si ses possessions « sunt milicie vcl non )>. C'est 
la cavareria, la caveria des documents plus modernes, 
le fief de chevalier, la tenure noble, peut-être celle qui 
devait le service militaire d'un homme d'armes : Vital 
de Cazaletz tient deux milicie et la moitié de deux autres ; 
pour les deux premières, il s'engage à fournir deux hom- 
mes d'armes, et, pour sa part des deux inilicie restantes, 

1. N° 2o5. 

2. N°' ao5, 190. 

3. i\'° 73. 

4. N"' 42, 52. 

5. iN° i3i. 



62 ANXVLES DU MIDI. 

un homme d "armes. Le capmansus, cnpinasard, cajjinisurd 
est à la uiUicia ce que le château est à la chatellenie; 
c'est le chef-lieu : pour une iniUcid, la capniisura est à 
Aire et les terres sonl dispersées'. On comprend que les 
scribes aient attaché même signification aux deux voca- 
bles : « miliciam seu capinasuram^ ». 

(^)uanl au casalc, casau, c'est, du côté d'Aire, le mause, 
(pie l'on a])pelait en Bordelais shujki, cslalye. L'n docu- 
ment relatif à une région intermédiaire entre l'aire du 
cusdu et l'aire de Vestalgp assimile l'un à l'autre : u casale 
seu stagiam^ ». 

Les biens à usage commun sont souvent mentionnés 
dans les RecngiiU-iones. Certains manses com|)renaient 
des pacages particuliers*; mais sur les laudes et bois du 
seigneur un droit d'usag-e devait appartenir à ses hommes. 
Les biens soustraits à ce droit d'usage de la collectivité 
sont nommés bedal, beddliutv. Les habitants d'une paroisse 
ou d'un hameau pouvaient être propriétaires de fonds 
communs : la terre des hommes de Bernos, la terre des 
lioniines de Caclien. la (erre des hommes d'Arrios, etc. 
I"]idin, les gens de nos campagnes jouissaient des chemins, 
des eauv, des j)acag('s''. C'étail soit un droit ])ersonnel, 
soit un accessoire de leur prui)rié(é : des habilants de la 
|)ié\ùlé de Barsac, hommes liges du Boi, tenaient de 
divers seigncnrs Icnis biens, manses, terres, etc., et du 
souverain leur corps, les pacages, eaux et chemins pu- 
blics'; d'autres anirmenl qu'ils ont des droits sur les 



I. .N" ii5. 

u. N" \\\. 

•y \' ,97. 

'\. N" G78 : <( Slajïiaiu siiain. lon-ain ol noiiius. vinoasol padnoncia 
sila cilia slagiaiii siiaiii. .> 

.'». .N* 7a, 9:5. !.(• Il" r)S porlo « bcdaul ». 

(3. .N" 6^9. 

7. V Ga^. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 63 

padciueiis de la prévôté en raison do leurs immeubles et 
de leui' qualité d'Iiommes liges'; u\\ autie enfin se sert 
des chemins, eauv, padouens, prairies et bois })artoul où 
il a des censives du Hoi'. La libre jouissance des pas- 
quiers, des bois, des eaux et des chemins était assurée 
aux habitants Du Tourne, Tabanac, Cambes% etc.; or, 
ces biens sont énoncés dans les reconnaissances féodales; 
les eaux et les landes étaient accusées comme des champs 
ou des vignes. 

Ln vieux brocard recueilli par A iollet* disait que l'eau 
et riierbe relevaient du Pèie Eternel; on voit que les 
barons d'ici-bas avaient empiété sur la directe seigneurie 
du Créateur. On ne saurait s'étonner qu'ils se soient 
enqjarés de certains droits que les juristes réservent au 
souverain : Cénebrun de Lesparre avait en liet' la côte de 
la mer; le seigneur de Lillan, une localité du Médoc 
engloutie par les flots, avait également en tiel' « forestam 
que dicitur lo Mons », c'est-à-dire la dune boisée, plus, 
pour son bétail et celui de ses hommes, le parcours dans 
la grande dune boisée, — peut-être la même, — dans les 
marécages et les forêts. A Mimizan, des |)articuliers et 
la comnmnaulé d'habitants tiennent en fief direct du 
duc d'Aquitaine, ceux-là les « montagnes », c'est-à-dire 
encore les dunes couvertes d'arbres, et celle-ci la côte. 

Des procès ont été engagés, d'autres sont à prévoir au 
sujet de la propriété des dunes de Gascogne; l'adminis- 
tration prétend que les dunes font essentiellement partie 
du domaine public, qu'elles n'ont jamais été et n'ont 
jamais pu être aliénées par la (louronne : on voit quel 
démenti les faits infligent à ces théories singulières. Les 



1. A ' C77, O24. 

2. N" 059, 073. 

3. \° 537. 

4. Histoire des instilnlioiis jjuliti^iues, t. III. p. 11. 



6/4 AMVALES DU ÎVIIDT. 

dunes étaieiiL occupées par les liabilaiils avaiil (pi'il y eût 
un domaine public et même un État organisé : certaines 
l'écclent des vestiges d'installations préhistoriques. 

Il semble, mais ceci n'est qu'une hypothèse, il semble 
tpie, dans nos contrées, les réserves de pacages, les vastes 
landes situées loin des centres de ])opulation gardaient 
le nom de biens comtaux : <( de divisis comitalibus' ». 
Une partie des paroisses de Portels, Castres, Cabanac 
s'appelait Comiaii : co/nlaa de Portets, cunifau de Castres, 
coinhiii de Cabanac ; on ])arle couramment aujourd'hui 
encoi'c de la coinlan de Blaye, qui est une étendue consi- 
dérable de niarais desséchés. Il y avait même près de 
Toujouse (Gers) un cassou condal. un chêne coudai, (^ui 
fait songer aux arbres des Basques. 

Condition des tenures; les alleux, les tenures ecclé- 
siastiques. — A[)iès l'objet des tenures, leur cojidition. 
Ce j)oint n'olTre ])as une moindre diversité que les i)ré- 
cédents. 

L'un des ])roblèmes les plus attachants que sovdèvent 
les lîecoiinir'umes a trait auv alleux : M. Bémont leur a 
consacré l'un des meilleurs articles de son Clossaire. 

Ce mol (illcu. de même (jue le mot com/iiunc, a un 
])reslige dont les cousins Delpit ont été (juchpic peu 
éblouis. Assurément, il existait entre l'alleu et le fief une 
différence spécifique, puisque des propriétaires conver- 
lissenl leurs alleux en liefs - ; mais l'un et l'autre gardent 
bien des points de contact. Soit un seigneur foncier, tpii 
perçoit des redevances féodales; rien ne s'oppose à ce 
(piil possède des cens en alleu'. On comprend que la 



I. 'S'" 2^7, p. 84, col. 2-, p. 8G, col. 2. — Lo proiuier de ces doux 
alinéas porte : « Las Viras conilals ». 
•j. \" 35, 3()i. l)8(j. 
3. M" 590. 



MÉLANGES KT DOCUMENTS. 65 

féodalité, organisation militaire du pays, ait englobé les 
immeubles qui présentaient une valeur militaire : en fait, 
M. Bémont ne connaît pas un seul exemple de château 
possédé allodialcment ; en droit, rien n'empêchait les 
dérogations, et il en existait apparemment quelques-unes. 
A un autre point de vue, la différence de l'alleu au fief 
est moins importante qu'on n'est tenté de le croire : 
certains fiefs supportent des chaiges légères, tel alleu est 
plus lourdement grevé. 

En théorie, on reconnaît un fief de nos pays à ce qu'il 
doit, lorsque change le seigneur, une redevance qui peut 
être minime, ïcsporlc'. Quant aux alleux, s'il en est 
d'indépendants, cette indépendance de fait n'est pas re- 
connue par la coutume, même dans les villes les plus 
privilégiées. Des documents qui parlent d'alleu libre 
s'empressent d'ajouter : « sous l'autorité et la seigneurie 
du Hoi », « in allodium libcrum sub posse et dominio 
dicti domini Régis- ». Ces textes sont dans la règle : il n'y 
a pas, il ne peut pas y avoir, dans une société organisée, 
de biens absolument indépendants; les biens qui échap- 
pent à la mouvance de tout seigneur foncier n'en restent 
pas moins soumis à la juridiction générale et souveraine 
du Roi. 

Martial et Jules Delpit' ont rappelé avec à-propos une 
reconnaissance passée par les Bordelais en 127/i, qui n'est 
pas transcrite dans le manuscrit de Wolfenbûttel ; il y est 
dit que le Roi a sur les alleux trois sortes de droits : s'il 
survient un procès en tnatière féodale relativement à un 

1. Voir rôtudo de M. Hémont, au mol Sporln de son Glossaire, 
pp. 'i!\o-'6!\i. — A la vérité, je me demande si Vesporle n'était pas 
due au changement de seigneur ou de tenancier. Les documents 
portent: «in mutacionc domini » ; mais le tenancier est. lui aussi, 
un maître du bien, doiniiuis. 

2. N°^ 2i4, 216, 222, 287. 

3. Op. cit., p. 4o du tir. à part. 

ANNALES DU MIDI. WIX. 5 



66 ANNALES DU MIDI. 

licf, le seig-iieur du fief est compétent, au lieu que les 
an'aircs (•oneeniaiil les alleux ressortissent à la justice de 
droit comiuuii ; en cas de déshérence, le fief appartient 
au seigneur et lalleu au Roi; en cas de confiscation éga- 
lement'. Au XIV" siècle, la coutume de Bordeaux attribua 
au souverain un cjuatrième droit sur les possesseurs 
d'alleux, saxoir la faculté d'exiger le service militaire, 
(^etle addition ne consacrait i)eut-élie (ju'un ancien 
usage : en i^y/j déjà, les alleutiers du diocèse de Bazas 
étaient tenus à l'host-. 

On dislingue, en somme, dans nos pays, li'ois espèces 
de biens : fiefs (léj)endanl du Boi, fiefs dépendant d'un 
autre que le Roi, enfin alleux. On comprend maintenant 
la portée de l'enquête à laquelle procédait l'administra- 
tion domaniale : dès linslanl (|u"elle aAait des droits sur 
les alleux, il lui importait de savoir si tel immeuble était 
un fief soumis à un seigneur ])aiticnlier ou un alleu. 

La consécinence est (jue les alleutiers sont astreints à la 
déclaration : le relus ()|)[)()sé j)ar (|uelques-uns ' ne semble 
j)as fondé. 

Les biens tenus i)ar les communautés monaslicpies 
sont assujettis à un régime ])articulier. L'abbé de Blasi- 
mon, (pii lieid en lief le raslriiin de Blasimon et la justice 
en ce lieu, l'onmit un moine nioidé pour servir au Boi 
d'aumoniei-, lui dire les messes et les ollices. L'abba\e de 
La Sauve et l'hôpital de Bessan sont astreints à prier 
poui- le souverain; l'abbé de Vertheuil allirme son indé- 
pendance et n'est lenu (pi'à des oraisons; les abbés de 

I. \oii- M" .j los obliy:alu)iis d'im ail(Milier des nniroiis do Hazas : 
la justice royalo osl compélcnlo dans les causes relatives à ces alleux; 
s'il ) a confiscation, l'est au profil du Uoi. 

a. .N" 3")-^. 

3. Martial et .Iules Delpil. ojj., cil., p. ',;5 du tir. à part. — M. Bé- 
niont (Intioductiou. p. \\\i) sifj;nale un individu qui reconnaît asoir 
lui alleu, mais (pii rcluse de l'iii(li(|uer. 



MÉL\>'GES ET DOCLMENTS. G7 

Sainl-lloniain et Saint-Sauveur de Blaye, de (iuîtres, de 
Fontguillem ne reconnaissent aucune obligation. Les 
possessions de l'abbaye de Cadouin et de Tbôpital de 
Baulac sont des alleux libres, « sub posse et dominio 
régis Anglic ». L'abbé de Sainte-Cioix de Bordeaux va 
plus loin el passe même un peu la mesure : comme on 
lui demande de qui il lient les justices de Macau, Soulac 
et Saint-Macaire, il répond que c'est du Pape. 

Condition des tenures : l'esporle, la corvée, le droit 
de gîte. — Les feudataires ou les censitaires ne faisaient pas 
masse de leurs tenures; un même individu pouvait avoir 
des biens, même des fiefs, de conditions très dissem- 
blables. 

Nous savons déjà que les possesseurs de fiefs acquit- 
taient un droit de mutation, dit e.spoi'le : « de sporla seu 
acaptamcnto in mutacione domini ' ». Au dire des bour- 
geois de Bourg, il n'y avait pas de fief dans leur coutume 
quand il n'y avait pas esporle, « nisi sit ibi sporla seu 
investitui'a ». Peut-être la règle n'est-elle pas générale, 
peut-être souffre-t-ellc des exceptions; car Bertrand de 
Lamotbe tenait du Roi un caverie non loin de Saint-Sever 
et il ne devait pas d'esporle^ L'esporle occupait une telle 
place dans le contrat féodal que l'on en vint à dire leiiii' 
à esporle, esporlamenl, pour lenu' en JiefK L'esporle pou- 
vait être payée en nature ou en espèces : c'était excep- 
tionnellement une ferrure de cheval, fers et clous*, un 
cheval blanc ', etc. ; c'était fréquemment, même quand le 
tenancier n'était pas noble, une lance, dont le fer devait 



1. N" 227. 

2. N° 5o : (( De sporla, aichii ». 

3. N- 488-490. 

4. N" 647. 

5. N° 235. 



68 \N\VLF,S DC AflDI. 

(|uelqiier()is rire doré' ou dos gaiils, de prélerence des 
jianls blancs-; mie fois au moins, cestune palm : n'est- 
ce pas un Irhi. la ((tnlrc-pailie de rensnisincnienl i>ri' 
l'cslncam ■'■ ? 

1/espoile |)aNée en espèces alteignail rarement une 
somme un peu élevée : ao livres (4o5 fr. ') pour un 
(Misend)le de plusieurs châteaux et domaines, lô livres 
{.')o'i IV.) poin- la vigiierie de \rimizan, lo livres (200 fi'.) 
dans nne bourse blanche, 5 livres (loi IV.) pour un 
manoir. (Télail pins habituellement une petite somme : 
r li\re (:^o IV.) pour nne cavei"ie el dautres biens, 10 s. 
(10 IV.), .io s. (.'>() IV.) |)our la viguerie de Bourg, ou même 
() deniers (o IV. ')\'). Le chinVe qui se l'encontre le plus 
souvent est ."> s. (.') IV.) ; il ne l'aul pas oublier que c'est 
vm chinVe i)oui' ainsi dire sacramentel en choit romain et 
(pii (■\|)li(pie la IVé(pience de ces autres chifïVcs Go s. et 
03 s., i'oire>^pondanl à la don/aine malhémalique (5 X 12) 
et à la ilouzaine commerciale (3 X d'^ + D) ^^ "^ sous. 

Les esporles de tiès basses sommes nonl pas en soi 
une \aleiir appr(''ciabie ; elles sont pnremenl i-rcof/nilircs, 
elles l'onmissenl an seigneur l'occasion danirmer son 
droil de dirccle. Les lods cl xcnlcs, au coulraiie, égaux à 
nii liiiilirnic de r.ibjcl du licL constiUiaicnt une source 
inipoi laiilc de icNciins; mais les lods el \enles, les 
r<-ii(l(is s()\\[ bien riircmeni noniinésdans \es lîecogfdciones '' . 

Li' eonlial IV'odid s';idiipl;iil ;ni\ nécessités de ré|)0(|ue : 

1 . N'" I Kl, \i^, 1 1-. CtS:)., ji. 

•j. .N'" i-^i, ',XH, .'|S<). 

;?. N" .".S.".. 

'1. La livre honiclaisc ('laiil. à celle é|)o(|iie. assimilée |)ai' les tlocu 
mciilsà la livre loin nois. j'ai applicinc' à la livre bordelaise les valeurs 
iillrilmécs par Nalalis de Uaillv à la livre Inniiiois. dans riivpollièse 
d'un paicnicnl lail luoirh- en or el nioilii' en arL!(Mil. 

à. \"" :.().,. •,;{8. (188, -0:1. -.o'i. 

• '. N " lut. ."i()i . I I '(, 'M\, 

7. l'ar exemple, n ■■ .'iJC. cl L)8o. 



MÉLANGES ET DOf;L>[E\TS. ()f) 

(le même qu'il lemplaçait des fonrlioniialrcs jiar des l'cu- 
dataires, de même il suppléait à la pénurie du i)roléla- 
riat salarié par la corvée, au manque des moyens de 
transport jiar des réquisitions, au petit nombie des hôtel- 
leries par le droit de gîte. La corvée, le bian apj)arait à 
peine dans le registre '. Comme réquisition de moyens de 
transport, on peut signaler Tobligation où étaient cer- 
tains personnages, nobles ou non, de voiturer sur la 
Dordogne le Roi et sa suite, dont le chilTie maximum est 
indiqué, dans un bateau garni de paille en hiver et de 
jonc en été-. Le droit au gîte et le droit au repas sont 
courants, non pas seulement au profit du souAcrain ou 
des seigneurs justiciers, mais aussi de leurs magistiats et 
des ofTiciers de leurs cours de justice. (Juillaume-Sanche 
de Pomiers offrait au Roi et à dix chevaliers un repas 
composé de viandes de porc et de vache, de choux, de 
moutarde et de poules rôties. Quand le souverain traver- 
sait les terres d'Arnaud-Seguin d'Estang, celui-ci était 
obligé de lui servir, sur un point donné, une vache farcie 
et autant de pain et de vin qu'il en fallait pour la man- 
ger. Des habitants du Razadais pouvaient avoir à héberger 
deux fois par an le prévôt et ses sergents itinérants, 
« cum suis servienlibus erranlibus' », et des gens de 
Reychac étaient suceptibles de recevoir, en commun, 
quatre fois le prévôt et deux compagnons. Arnaud 
d'Espagne, ce damoiseau de Mérignac chargé de la garde 
de forêts au Sud de Rordeaux, s'ariétait dans le manse 
oij la nuit le surprenait, quel que fût le maître des habi- 
tants de ce manse. 

Clauses des reconnaissances : cens et taille; dépen- 

1. ^" ."i.^o, par cxciuplo. 

2. N"" 198, 201, 202. 

3. N-^ 2^0 [10]. 



no ANNALES T)V MIDI. 

dance des personnes. — Les lentncs féodales et même 
divers alleux porliiienl des redevances payables en cer- 
taines circonstances ou annuellemenl, en argent ou en 
nature, celles-ci quolilutivcs ou quantitatives. La fantaisie 
se donnait parfois libre carrière dans la fixation de ces 
redevances : un merle blanc, des oublies, du vin mouillé 
d'un tiers d'eau, un cbar attelé de deux vaclies sans 
queue auxquelles on devait mettre le feu, une lance avec 
une chandelle au bout, un autour, une paire d'éperons 
dorés, une poule, des (•bai)ons, etc. ' Comme l'csporle, la 
rente annuelle ou cens était parfois de 5 sous-, tantôt 
inférieur — par exemple, i sou pour chaque emplace- 
ment de maison à Libournc — et tantôt supérieur : la 
communauté des lial)ilaiils de Mimizan j)ayait un cens de 
3oo sous de Morlaas. 

Certains cens étaient liviables dans un château, château 
de Bordeaux, château de La Réole' : le fait s'explique 
aisément si on se rappelle cpie les trésors étaient déposés 
dans une forteresse. 

Le cens pesait sur des immeubles, la taille sur des jicr- 
sonnes. Les deux retlevances se touchaient de très près et 
il n'est pas toujours aisé de démêler si une prestation est 
n'-cllc ou pers(»nnelle. La luillede l'I'iii re-deux-Mers était 
aboiiiHM' à '|(i li\res; nous sommes lenscignés sur le 
ré|)arteiii(iit de cette soinnu' : liouliac, 3o s. ; Floirac, 
W s.; l'aigues, los.; Le Pont, rîo s. et, de plus, 8 s. d'es- 
porle: Cursan. '|o s. et :>os. desporle, etc.' ; or, le prévôt 
de Saiiite-llulalie |)eiccvail, « en raison des alleux que 
les lionimes de |;i pié\ô|('' possèdent cu ceitaines jiaroisscs», 
r»! s. sur les '|o li\ics |)récitées "'. En lia/adais, pour l'cn- 

I. \ ■ i'y>>. ;;;{(|. (i',. c.',."). i-,s. ;?:,(;. (hSo. ■>■,. 

j. N ■ 0;<7. — AJoiiliT rcNcnipIc (l'une luiicndc de .") s., n" W.\~. 

.1. N- /i»)."), ïM^, \m. 

.'.. N" 537. 

:. \ f.So. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 7I 

semble des hommes libres, francales, la taille était de 
20 livres, sur lesquelles divers contribuaient pour 26 s. 
« en raison des manses' » ; à lîernos, il est dû pour un 
manse 7 s. de taille, « vu s. de questa, » et une part du 
repas offert au prévôt pendant sa tournée de recelte. 
, Les redevances proportionnelles à la récolte sont visées 
dans un très petit nombre de documents : l'un des actes 
les plus récents du registre est u\ï bail à fief de terrain 
dans la foret royale de Gradignan, moyennant un quart 
des fruits, plus, si le terrain était converti en vigne, 
2 deniers par jour et « a dinar a la garda w, le repas au 
surveillant chargé de vérifier la quantité de vendange-. 

La dépendance de la terre pouvait entraîner la dépen- 
dance du tenancier : les hommes de Jieychac étaient 
hommes du Koi à cause de leuis l)iens'. Dans d'autres 
cas, cette obligation personnelle existait quoiqu'il n'y eût 
aucune espèce de tenure : tel individu de Gérons qui ne 
possède ni fief royal ni alleu est néanmoins homme du 
Roi. C'est l'exception, si bien que hoinniage est synonyme 
de fief : on disait parfois tenir i)er hoiniadjc K De même 
que la reconnaissance féodale alfirmait le droit du sei- 
gneur foncier sur le bien, de même l'hommage atrirmait 
le pouvoir d'un seigneur sur l'individu. Des actes parlent 
d'hommage seul ' ou de serment de fidélité, jiwaiiieniam 
fdeUtalis, Jidem jui'dtain" : la formule courante est hom- 
mage elfidcHllc. Les deux vont ensemble ; ([uelques décla- 



1. N' ^47- 

•2. \' o(i. — (icllc claiiso. « a dinar a la garda ». est coiiraiilc <'ii 
Bordelais. Il y a lieu de rectifier sur ce point la lecture de M. liénionl. 

3. >".54i : « Sont home francau deu niediss roi... per arradon 
de la niedissas causas que an en la medissa parropia». (]fr. 543 et 543. 

4. N" 491 : Ten esporlamcnl e pcr lioniiadge ». Cfr. n"'' 490, 492 
et ss. 

5. N" 691 . 

6. N" 564, <Ji4. yu. 



y 2 ANVALES DU MIDI. 

rations cnicgisliont le icIVis d'hommage et de fidélité'. 
L'expression homme litjr, Itommage lige est usitée, et aussi 
hommage frwic' : celle-ei précise apparemment qu'il 
s'agit d'hommes fraiieales, d'hommes francs et non pas 
de r/uestanx, laillahles à merci; quant à celle-là, il est 
permis de croire quelle ne répond à aucune réalité 
précise. 

On se déclarait donc l'homme d'un seigneur, l'homme 
du Roi, et on relevait volontiers la banalité de cette 
locution par l'énoncé du rang social : on était l'homme 
libre du Hoi, son homme lige franc, le l)aion homme 
lige du Hoi, le chcAaliei' et homme du Roi, le damoiseau 
et homme du Roi '. 

Dépendance judiciaire. — Hommes du Roi et tenan- 
ciers de Ilefs loyaux étaient justiciables du souverain et 
de ses juges : ils devaient slare Jari, ester en jugement 
devant ces derniers*. On disait plutôt, du côté de Mont- 
de-Marsan, qu'ils devaient./«5 ac legem, far dreii ou facere 
Jus el reeipere, faire et recevoir droit, ou encore fdejahere , 
(lare Jidejussores, fournir des cautions avant d'engager 
l'instance''. Le possesseur dune caverie sise dans la pré- 
vôté de Dax a l'en deu far — au Roi — clam e sajct" » : 
r/r/m désigne lu plainte en justice, la requête |)ar laquelle 
ou saisit le juge; \e sajel est le sceau, la juridiction gra- 
cieuse a[)rès hi ju i idiclion conlentieuse, ou peut-être le 
pouNoircpie le juge a de faire com|)arailre devant son 
h ihiinal ' . 



1. N'"' i.-), 18.""). 

2. ^"' Wh, ao5. ().")"). 

3. N-Gr</i, 6;^() |',7|. •-, i . ■,x'>. :û^\. ,q:k 
'|. S"' \\\\. (ici. (il-.. 

;i. N"" ;)(). 1(1.1. i)'|. ()i. iii|. iiC). (i^o. .")', 1. •)(,.'). (i.i,,. Cl', 

f). A" X\. 

- DiicuiL''-. ;in mol S'ujiUum. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 78 

On s'est déjà rendu compte que ce droit de justice peut 
remonter à des origines différentes : des clercs sont justi- 
ciables d'un prévôt royal en raison des biens qu'ils ont 
reçus en flef du Roi'; Bernard de Vignau est justiciable 
de la cour de Saint-Sever de fiuido. L'emplacement des 
biens déterminait aussi la juridiction à laquelle ressortis- 
sait le possesseur : un damoiseau, Arnaud de Lartigue 
reconnaît « jus ac legem pro biis que sunt in Marciano, 
ut alii de vigeria », tandis qu'un clievalier de Noaillan 
comparait en justice devant le sénéchal de Gascogne pour 
les biens sis dans le diocèse de Bordeaux et devant le 
sénéchal de Bazas pour des biens du diocèse de Bazas-. 

Il est, d'ailleurs, tels déclarants qui, n'ayant ni fief 
royal ni alleu, sont néanmoins sous le pouvoir judiciaire 
d'un officier du Roi '. Les Recogniclones exposent même 
le cas étrange de Bordelais qui, s'étant soustraits à la juri- 
diction du Maire pour se placer sous la juridiction du 
sénéchal, entendent néanmoins garder leurs privilèges \ 
Le dernier fait s'explique par cette théorie, que le souve- 
rain est supérieur aux divers pouvoirs locaux : à La Sauve, 
à Bazas et à Langon, les textes lui reconnaissent la pos- 
sibilité d'intervenir s'il y avait déni de justice des juges 
seigneuriaux \ 

Service militaire : le principe. — Le service militaire 
n'est pas toujours compris dans l'énumér^ition des charges 
qui incombaient aux tenanciers, même chevaliers \ Des 



1. >° 188. 

2. A" 187. 

3. N" 183. 
A. >"> 519. 

5. X"^ 58^, 332, 291. — Cfr. n" 100, le cas d'un chevalier qui, on 
présence d'un déni de justice de son seigneur, se soustrait à la juri- 
diction de celui-ci. 

6. X"'' 52, iio, m, 121, 119, 94. 



nfx ANNALES DU MIDI. 

reconnaissances portent expressément que le déclarant 
ne doit rien de plus que ce qui est énoncé dans l'acte : 
ainsi lîernard de Vignau, chevalier, qui possède vingt- 
ci ikj inanscs à (jastandet, paie une lance d'esporle, plaide 
(levant la cour de Saint-Sever, et c'est tout, « et non 
aliud w. Le texte est plus explicite encore pour certains 
comme les bourgeois de La Sauve, lesquels, alfirmc-t-il, 
sont « francs d'host et de chevauchée ». 

La variété était moins grande en matière de service 
militaire qu'en matière de cens, par exemple. Il existait 
des règles uniformes pour des groupes géographiques ou 
pour des groupes sociaux ; de là cette formule qui revient 
souNcnt : « comme les autres )>, « nt alii », « com li autre 
home d"Entre-(los-Mars », a sicut céleri milites preposi- 
ture |de| Harssiaco », ou encore « comme la ville de 
Hazas », « comme les hommes de petite condition peu- 
vent et doixenl le faire ' ». 11 faut croire cependant que 
les règles générales étaient insuffisantes à résoudre le 
problème, puisque tel damoiseau, possesseur d'une ca- 
verie, ignorait comment il devait s'acquitter de Thost : 
« débet facere... exercitum, set nescit de modo = », d'où 
on |)cut raisonnablement inléici' cpie ce damoiseau et ses 
pareils ii'in aient pas somciit l'occasion de renqilir ce 
de\<)ii-. 

Le sei\ ici' inililairr ('■lail-il du pour la personne ou pour 
Irv hiciis!' Ici ciicoïc la réponse \aiie suixaul les cas : des 
lioMuucs (lu lia/adais (pii occujjeul des liefs royaux aflir- 
Miciil (pi'ils sont exempts d'host et de chevauchée; mais 
les allciilicis (lu diocèse y sont astreints en certaines 
'"'■'"■"■''iiccv . Il est (|iicl(|ii(-'- (léclaralions où le rapport 
csl rnanirc-lc cnlrc li niporlancc de la Icnnrc cl lélcudue 

I. \- :)(■.. :»(). f)',!. (ii.s. •,/,-, :,;;-. 

a. N" I -Ài. 

3. .N'-a',',. i8(,. -i-yj,. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. "jb 

(]c riiosl : un liuhitaiil de la Chalossc. possesseur de deux 
ou plusieurs caveries, fournit un homme d'armes pour 
chacune d'elles; un second a deux caveries et la moitié 
de deux autres, l'acte précise que le Hoi lèvera deux 
hommes d'armes pour les premières el un homme d'armes 
pour les deux uioitiés. Il serait facile de niuiliplier les 
exemples; en voici encore un : le raslruin de Caclien est 
réparti par douzièmes entre les mains de feudataires, dont 
chacun doit contrihuer pour- un douzième à l'armement 
d'un chevalier'. Quelquefois c'est la famille qui paye 
l'impôt du sang : dans partie au moins de la population 
de Bernos, est soldat qui enl retient feu vif et l'host 
prend, à Bazas, un homme par maison-. Le principe 
même du service militaire n'est |)as constant : il a par- 
fois pour but de défendre le pays contre l'étranger, et 
paifois d'assurer la police intérieure. C'est au Roi quil 
appartient de décider la guerre; les sujets n'ont pas à 
décider s'il a tort ou raison ; aussi les hommes de Meillan, 
nobles ou non, doivent-ils l'aider pour toute guerre, 
(' juste ou injuste^ ». 

Quant à l'organisation de la police, on y démêle des 
traces d'institutions très anciennes. Certains passages des 
Recorjniv Urnes font penser à la recommandation : entre le 
Roi et le tenancier intervient un contrat, aux teimes 
duquel ils s'engagent, le tenancier à servir au Roi des 
prestations détei'ininées, et le Roi à pi'oléger le tenancier '. 

1. N"'" 80, 120, 7;). .îi. ,'}i8. iÎH). i:>". 

2. y»"^ 338. 391 . 

3. \" 334. • 

4. Celto pioleclini) parnit ôfro payée sous la foriiio d'une rede- 
vance appelée anipurnineiiluin ou emparamenlum : n"3i2. le Roi et sou 
prévôt de La Réole prometleut de proléger, imparare les fiefs tenus 
par P. de Scarbona, « ne sihi injuria fiât » ; n" 3i4, un autre tenan- 
cier promet de payer au même prévôt les ainpananenla. Durapproche- 
jiienl des deux textes se dégage le sens de ce mot. — Gfr. n" 248 [i3] : 
deux individus paient annuellement 2 s. « pro cabernio el ampa- 



^fi ANNALES nu MIDI. 

C'est suitoiil fliiiis la prévôté (le Barsac que se fait jour le 
souci (le l'ordic el de la sécurité; or, dans les reconnais- 
sauces de cette prévôté, il subsiste des réminiscences de 
la paix de Dieu : à Saiut-Vlorillon, un tenancier, homme 
frauc du ]\o'\, est oblif^é de jurer la paix au prév(M quand 
celui-ci est clian-^é. Ce devoir de solidarité sociale se 
^^iielTait sur le statut féodal : un autre habitant de la même 
paroisse jurait la paix pour son inanse'. 

Toujours est-il que des hommes de conditions sociales 
dilTérentes, qui résidaieul dans la prévoté susdite, sui- 
vaient le prévôt « s"il lui était fait violence dans sa cir- 
conscription », (( pour défendre la juridiction et la sei- 
"•neurie du Vmù ». « (juand ils en seront requis », etc.-. 

Service militaire : les obligations. — Le service mili- 
taire ('■lail-il personnel? Oui, dans certains cas : le sei- 
«^ncni- de Lesparre dc\ait faire campagne si le Roi était 
présent à l'armée '. hes actes prévoient de nombreuses 
dérogations : les femmes, les enfants, les clercs, les laïcs 
qui avaient une excuse valable se faisaient suppléer; ainsi 
\nianicn dVIbrcI, (pii était mineur, équij)ait deux che- 
valiers. Iji outre, bien des reconnaissances sont rédigées 
de façon (pielles niénag(Mit au tenancier la faculté de se 
battre, si je puis diic, par procuration : liertrand de Po- 
densac cl lïcrlrand (\r Noaillan axoucnl des fiefs moNcn- 
iianl I host personnel on d'un clieNaliei'. ^ cnni... excrcitu 
>-iii (oi poris \ cl nnins niilitis m. 

'Ml noie enfin, mais rarement, des feudataires (|ui se 

ranlivo .1, iiin\ciiiiiiiil (jiioi !(> Uni on son rcprésonlani les piolèj^o 
conlrc lontc injinc. 

1. N ■ (■17(1 : l»rn isl;i sl;i;,'i;i jnial paccni picpnsilo de Harssiaco in 
nnilac inné ctijnslilx'l |)icposili. •■ 

a. N- .")(i'i. »r»'|. Cy>.X. 

'A. N" i()o. --\'()t> : \rnan(l \inanicn. sei^nenr de (;ani[)el. ser- 
\na pnsnnnellcineni si le Uni ^rnenoic dan» tics limites détcrininccs 
nu s'il etilroprend de faire lever le siège d'un de ses cliàleaux. 



>ri:i>A>GRS ET DOCUMENTS. 77 

contenlenl d'appoilor à l'hosl une faible coiiliibulioii 
|)écuiiiaire : -20 deniers, 6 sous et 8 denieis, (i deniers, ou 
deux ferrures de cheval d'armes et de jialcfioi ' ; lorsqu'un 
tenancier doil une [)arlie de chevalier, il s"a^il évidem- 
ment de payer dans cette proportion la sokle et l'entretien 
d'un chevalier. Dans ce cas, il peut ariiver fjue le tenan- 
cier s'acquitte entre les mains d'un peisonna<ie déterminé, 
lequel est responsable envers le Koi -. 

Nous constatons, en etTet, en quelques pages des He- 
cognic'ioncs, rexistence d'un intermédiaire entre le souve- 
rain et le déclarant : l'intermédiaire garantit le déclarant 
de toute ol)ligation dhosl; mais, si cet intermédiaire est 
défaillant, le déclarant reste personnellement engagé'. 
C'est le cas pour Raimond de Munhos, bourgeois de Mont- 
de-Marsan, lequel possède la forteresse de Munhos, non 
loin de Grenade-sur-l'Adour : « Le seigneur de Mourrin, 
tenant le chef-manse, doit garantir de l'host ledit Ber- 
nard, comme il incombe à qui possède l'héritage d'oîi 
viennent les tenures de ce derniei' )>. 

Il y avait donc lieu d'établi 1; une sorte d'équivalence 
entre remplaçants et remplacés, et les indications abon- 
dent sur ce point. Va\ règle générale, pour un cheval iei- 
on envoie ti'ois sergents; mêmes conditions poui- des 
damoiseaux ' ou même pour des bourgeois qui ont une 
caverie, un fief de chevalier : Vital de Cazalelz, damoi- 
seau, recrutera pour deux caveries deux houimes d'ai'mes 

1. IN'" Gr)8, G78. aoi, 53 1. 

2. \" i34. 

'^. \°'' 102. 100. 

4. -\° i3o. — Dans un autre ordre d'idées, voir le iv 27^1 : des in- 
dividus tiennent des fiefs du i\oi à -Monbos(aujourd"liui Uordogne; : 
l'un des co-tcnancicrs, qui sera choisi par le lioi. devra faire hom- 
mage lige et payer 3o s. d'esporle « et ille qui homagium fecerit 
débet aliis suis comparciariis sua feoda garantire ». 

5. \"" ^7- 5i, 100, 79, io4, 12G, 128. — Gfr, n" :i\ : « Ab . I . caver 
o ab . m . serbentes a pee si caver ne puisse aver. » 



■y 8 VNNALES DU MIDI. 

OU si\ scrgenls; |)aniu divers bourgeois résidant à Saint- 
Sever, chaoïn acquilleia l'Iiosl, comme les autres l)Our- 
g-eois de la mèiuc \illc, de sa personne ou i)ar (rois ser- 
gents, (( de se arnialo vel tribus servicntibus ». Le notaire 
laisse entendre çà et là que les sergents sont à pied ; (( de 
se vel uno armato eques vel tribus servienlibus ' ». Plus 
raremenl, un ('euyei' vaut trois sergenis-, ou deux ser- 
gents, ou un seul sergent : Vrnaud de Saint-Germain, 
chevalier, équipera, pour la motte de ce nom et pour 
divers autres biens, un écuyer à cheval ou deux sergenis 
à pied ' ; un damoiseau feudataire pour la caverie de 
Hourdenv servira lui-même ou pai" un écuyer à cheval ou 
pai- un sergent à pied ; plusieurs, qui sont clievaliers, 
damoiseaux, bourgeois sont quittes moyennant un ser- 
gent*. Ln acte exige que le sergent soit monté sur un 
roncin et armé d'une lance; un autre acte assure à l'armée 
du Roi le concours d'un arbalétrier à pied\ 

Cei'iaines j)ièces spécilient ([uel doit être l'équipement 
du soldat : le seigneur de Mauriet enverra un chevalier 
d'écn, « de scuto ». l/annure défensive est souvent com- 
posée « pcrpuncto et ganione" ». Gr//yîo, r/omo doit-il se tra- 
duire pnvijdi/ihrsofi? Le gambcson était, au dire de Quiche- 
rat', •< un Justaucorps à manches entièrement rembourré et 
|>i<|""' dune iidinilé de points » ; le pourpoini étaii lui- 
même, u à l'origine, la colle de tissu rembourrée d'ouate 
(pii se |)ortait sons le haubeil pour éviter (|u'il meurtrît 
les chairs" », c'esl-à-din- un (jainheson, et on se ligure 



I. N- Su. Ni. 

a. \" 7(1. 

3. .N" 75. — (ilV. Il" i(i(i. 

'\. .\"" 108, I lO, I IV, 1 1;5. 

.'). .\"' Oofl, lOij. 

<i. N"" ui I, -ix-jt, y()7. ;i'|i. 

7. Histoire du rostiniii' i-ti /•'/vj/kv. p]). :joô aoG. 

N. IjiI.iiI. Maiiiirl ir<trrlit'',,l,,(iii-. le Otsluinc. [). 'ly^. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 79 

malaisément un combattant portant à la fois l'un et l'autre. 
Peul-eti'c le (jmno est-il l'airnurc des jambes. Le heaume, 
sauf erreur, n'est pas nommé; par contre, il est question 
du chai)eau de fer ', « cappello », plus prati(|ue dans uotre 
Midi. Le liouclier est rarement sij>nalé. L'homme d'armes 
porte la lance et l'épée, plus ({uelquefois le couteau. Tel 
sergent avait une lance et un dard, et tel soldat, sans 
autre désignation, un couteau et deux traits ', qui étaient 
apparemment, sous un nom ditTérenI, une arme analogue 
aux dards. 

On sait que l'un des vices essentiels de l'organisation 
militaire féodale consistait en ce que les obligations élroi- 
tement définies des combattants ne permettaient i)as les 
expéditions de quelque envergure : on n'était astreint à 
servir que pendant (jnelques jours et dans un petit rayon. 
La durée maxima que j'aie enregistrée estquarante jours pai' 
an. Nous savons |)ar ailleurs qu'en règle générale les che- 
valiers du Bordelais pouvaient être retenus à l'armée pen- 
dant ce temps ' et quekpics reconnaissances confirment la 
règle*; mais d'autres, beaucoup plus nombreuses, rédui- 
sent notablement la durée du service : quinze jours, ou 
moins'. Les hommes libres de la prévôté de Barsac sui- 
vaient le prévôt un jour"; des nobles de la même prévôté 
pouvaient être obligés de rester })lus longtemps, mais 
celui-ci devait alors les défiayer. 

Ces hommes libres du Barsacais ne marchaient obli- 
gatoirement que dans les limites de la prévôté". Quant 
aux habitants de Meilhan, on n'avait pas le droit de les 

1. N" 34i. 

2. N"" 297, 34 1. i;!3, 592. 

3. Martial et Jules Dolpit, op. cit., p. 29. 
\. \°^ 2o3, 5i8, G53. 

5. X° 27. 

6. N°= 189. 50'',. Gi3, G23. 

7. -V^ i8g, 56\. Gi3. G3G [47]. 



8o ANNALES DL MIDI. 

emmener si loin de clicz eux qnil leur fùl ini])Ossible de 
rentrer au loois le soir ou, au plus, le lendemain'. Assez 
fréquemment il est stipulé que le chevalier ira guerroyer 
(( entre i)orts et Garonne- ». Le délégué charge d'acquitter 
les devoirs inilihiircs de Tabbé de Sainl-Sever allait « citra 
landas » pour les biens que ledit abbé possédait en deçà 
des landes et « ultra landas » pour les biens situés au- 
delà. 

Dès le temps de paix, on s'occupait de grouper, d'enca- 
(lici les iiHiiies : IMerie de Bourdenx, damoiseau, ira 
avec le seigneur de INmillon ; Guillaume-Bernai'd d'Or- 
non se rangera sous létendard du seigneur de Blanque- 
fort; les bouigcois de Caudrot sont de la bannière de La 
Héole. Le seigneur de Benquet amènera un écuyer chargé 
de porter ses armes, tandis que, pour d'autres, ce service 
est assuré par un personnage désignée 

La l'endablelé, l'obligidion de livrer une i)lace forte au 
suzerain est |)arf()is insérée dans la reconnaissance*. Sur 
divers points, du c(Mé de Bergerac et de Saint-Sever, des 
fcudataires s'engagent à faire u unum niensem castella- 
nie », c'est-à-dire à tenir garnison un mois durant dans 
tel riis/nim (|ue nomme l'acte''. 

Organisation judiciaire : vigueries, sénéchaussées, etc. 

— Les llccot/nirioiirs. d'une p;irl, les Utiles (jtfsrons pi'écé- 
deiiiiucnl imprimés |)ar M. Uémoiil, de l'aiilre, l'ourni- 
raienl la matière d'une étude sur la géographie atlminis- 
Iralive du Sud-Ouest pendant le xni' siècle. 

La vigucric de Marsan était, autant qu'on en puisse 
juger, inie \icillc ciicidiscriijlion ; elle avait à sa tète un 

I. %■' ;<;<o. 

a. \"" u/i. 29. /(3. 5'i, •j.ja. 
3. N"' /,3, 5(1. 

r». >•■ 8.S, ao:.. a;-. ■.7,;. ■j,i<-2. uss. ^84,280. 



MELANGES ET DOCUMENTS. Ol 

vigerius, qui n'était peut-être pas un viguicr, dans le sens 
rigoureux du mol. Vigerius, vigeria ont, en effet, une 
signification vague : on peut voir, au Glossaire de M. Bé- 
mont, des exemples de vigeria pris dans l'acception de 
juridiction, de justice : « vigeriis altis et bassis ». C'est ce 
qui explique la présence de vigerii dans des localités de 
mince importance, à Laruscade, à Cubzac, à Mimizan, et 
l'inféodation fréquente des vigerie, à Bourg, à Mimizan, 
à Juliac et Mauvezin, où la vigerie fait partie de la sei- 
gneurie locale, etc. 

La sénéchaussée était une autre division géographique. 
On a l'impression que le sénéchal jugeait plutôt les no- 
bles', le commun des justiciables ressortissant à la pré- 
vôté; toutefois la règle n'était pas absolue et les gens de 
Guillos, entre autres, plaidaient devant le sénéchal^ 

Le bailli est un personnage moins relevé et dont les 
attributions sont mal définies : bailli de Labouheyre, de 
Mimizan, do Saint-Alacaire-'. 

Le fonctionnaire ((ui est le plus souvent nommé est le 
prévôt. Prcrot veut dire préposé ; le mot peut être employé 
dans ce sens : « probost... a cuillir lo pedage' », préposé 
à la recette du péage. Il y a donc prévôt et prévôt : les 
uns avaient des attributions quelconques, comme de 
percevoir le péage du poisson à Saint-Emilion'' ; d'autres 
étaient des magistrats d'ordre administratif et judiciaire ; 
d'autres enfin tenaient le milieu entre ceux-là et ceux-ci, 
entre le simple agent de perception et le personnage semi- 
important qu'était le prévôt d'Entre-deux-Mers, par exem- 
ple. Bien ])cu de reconnaissances présentent autant d'in- 



1. N"^ 539. 544, 552, 5C7. 

2. JN"^ 572-5-4. 

3. N°= 55i, O95, 598. — Gfr. n" 88. in fine. la mention d'un bailli. 

4. iN" 5oi. 

5. N° G68. 

.\.NN.\LES DU MIDI. \\I\. 6 



8-2 ANNALES DU MIDI. 

lérêt que celle où le prévôt de Sainle-î^ulalic crAmbarès 
fait connaître en quoi consiste sa charge, qu'il tenait 
d'ailleurs en fief. 

La prévoté de Barsac- était très solidement organisée 
et vivait d'une vie [)ropre. Le Bazadais avait son prévôt', 
et aussi le Blanhadais*, un petit pays sur les bords de la 
Dordogne, (pii tirait son nom de Blaignac. Les docu- 
nienls ciicnl encore le prévôt de Mimizan, le prévôt de La 
Béoie, le [)révôl de Pellegruc, etc. Mais le prévôt dont le 
noni revient le plus souvent est le prévôt de l'Enlre-deux- 
Mers, de cette contrée ([ui s'étend entre Dordogne et Ca- 
ronnc. 

Ces divisions ont laissé leur empreinte dans la vie du 
pays. On a |)laidé naguèie sur le point de savoir si telle 
commune a\ait lait partie de la prévôté de Barsac ou de 
la Juiidiction de Saint-Kmilion et, dans un procès fameux, 
il m'est arrivé de tracer pour un haut tribunal et sur sa 
demande unecaite de la vieille sénéchaussée de Bordeaux. 

Il existaitdes châtelains à Bordeaux, à Dax, à Bouig, etc., 
cl un ou [)lusieurs connétables. Mais il se peut que des 
noms multiples aient désigné une hjnclion unique : le 
cliàlclain de Bourg est probablement le personnage qui 
es! iiilleurs dénommé sénéchal, comme le bailli de Mimi- 
zan n'est autre a|)parenitnnient que le viguier ou le pré- 
\ <'il (lu niéinc lieu. 

Observations diverses. — Il ne sauiait être (piestion 
d'épuiser ici l'intérêt des Recngiiic'umcs, de signaler tout 
ce (pie ce volume j-enlennc d'utile : histoire des rivalités 
<pii cnviiiini;,,,|;,j,,,,( |i,),-,|,.;,u\, Bavounc cl Dax, statuts 



I. \" G8o. 

a. .N- i8;i f)3<). 

3. .N" uW. 

!\. N" KjK. aoo. -MYi. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 83 

municipaux dont M. Bémont a dressé un état précieux', 
statuts de la marine marcliande de Bayonne au début du 
xnr' siècle-, renseignements sur nombre de cbâteaux et 
de mottes, mesures contre les confréries^ devenues un 
danger pour la paix sociale. L'archéologue feuillctera 
utilement le volume : il comprendra mieux les disposi- 
tions insolites de l'église de Pellegrue quand il saura que 
Pellegrue est une bastide; il constatera sans surprise, 
mais non sans intérêt, l'importance historique de cette 
paroisse Saint-Pierrc-de-Mont, près de Mont-de-Marsan, 
dont l'église à chevet tréflé mériterait d'être mieux con- 
nue. L'économiste trouvera mainte obser^ation à faire : 
des locutions suggestives, comme cJiem'ui du marché, route 
de V église, « de itinere mcrcadili », « viam ecclesie* », 
des indications sur les impôts, des chiffres précis concer- 
nant le péage du port de Libourne, etc. Le philologue lui- 
même parcourra utilement ces pages, oi\ il notera, parmi 
bien des formes dignes d'être relevées, des gasconismes 
caractérisés : « Seint-Orens », « Mountbet », « Moundi- 
ront' » et autres. Mais le volume s'adresse surtout à 
l'historien des institutions. 

Celui-ci constatera, si je ne m'abuse, que le droit féo- 
dal du Sud-Ouest présentait pendant la seconde moitié 
du xni" siècle une extraordinaire confusion. Les distinc- 
tions théoriques entre nobles et non nobles, entre fiefs 
et ccnsivcs, ne répondaient pas à la réalité. Assurément, 
on peut avec quelque attention saisir des catégories : le 
bourgeois de Bazas qui faisait une prise de guerre avait 
droit à loO/S. s'il s'agissait d'un chevalier, à 5o s. pour 



1. P. xLiv, note k- 

2. N° 407. 

3. >i'' 899. 

4. N°^ 362, 248 [3]. 

5. >"°^ 66. 78, 59. 



8/| ANNALES DU MIDI. 

un damoiseau, à 20 s. pour un bourgeois, à 5 s. pour 
un paysan, à 10 s. pour un cheval' ; mais ce sont là des 
valeurs conventionnelles; dans la vérité concrète, un ho- 
bereau besogneux, comme tel que citent les Recogniciones 
et dont j'ai étudié ailleurs les expédients, ne représente 
pas à beaucoup près une valeur égale à celle de ces opu- 
lents bourgeois qui possèdent des caveries et sont assu- 
jettis au même service que les chevaliers. Ce maire de 
Bourg, dont les administrés disaient : « Je suis son bour- 
geois 1), fait vraiment figure de seigneur féodal. La situa- 
tion de fait, la fortune, les services rendus remportent 
sur les distinctions de dioit. 

Il est permis d'ajouter que tous, nobles, bourgeois et 
paysans paraissent être soumis à des obligations légères; 
les conditions faites par les Recogniciunes aux tenanciers 
du Domaine sont loin d'être écrasantes : pas de cens ou 
très peu, dus droits de mutation minimes en cas de chan- 
gement du seigneur, peut-être des droits de mutation 
plus élevés en cas de vente, pas de corvée, un service 
militaire très réduit, on ne saurait dire que le contrat 
féodal fut léonin. 

Mais ce contrat tend à perdre son caractère : les tailles 
collectives et les esporles abonnées également collectives, 
les unes et les autres mentionnées dans des chartes rela- 
latives à TEntre-Deux-Mc rs, induisent en des réllexions 
instructives. D'après les chartes dont il s'agit, le tenan- 
cier ne se trouvait plus isolé en face du seigneur foncier : 
(M'hii-ci avait alTairc à un grouj)e organisé; la redevance 
iiidi\ idiicllc tendait à devenir une contribution à un 
iin|)(\t |)Ml)li('. Le devoir envers le souverain se substitue 
|)iMi à peu à la dépendance féodale. Les autres carlulaires 
boi'delais contiennent des indications plus abondantes et 

I. >" 291. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 85 

plus ncUes sur les redcvajices, sur les convenlions 
entre seigneur foncier et tenancier; le registre de AVol- 
fenbiittel apporte plus de précisions sur les devoirs du 
sujet envers l'État. Peut-être est-ce que, dès ce temps-là, 
le pouvoir central, incapable de remplir avec une égale 
minutie toutes ses fonctions, était un médiocre proprié- 
taire ; à coup sûr, le roi d'Angleterre négligeait ses droits 
domaniaux au profit de ses attributions politiques. 

L'attitude prise par le Domaine envers les alleu tiers ne 
mérite pas moins notre attention. En d'autres pays, le 
seigneur dit aux possesseurs d'alleux : « Produisez vos 
titres ou vos biens seront réputés fiefs. » Cliez nous, 
c'est le Roi qui dit aux mêmes propriétaires : « Vous avez 
des alleux; je n'y contredis pas et ils continueront à être 
qualifiés tels; mais il est posé en règle que j'ai sur ces 
alleux certains droits qui appartiennent au seigneur sur 
les fiefs. » 

Dans ce monde d'antinomies, deux forces agissaient 
pour le Roi : seigneur féodal, il cherchait dans sa suze- 
raineté des occasions et des moyens d'étendre et de ren- 
forcer les pouvoirs judiciaires et militaires qui lui appar- 
tenaient sur ses feudataires et sur leurs biens; souverain, 
il s'efforçait de ressaisir les personnes qu'il n'avait pu 
soumettre comme seigneur. De cette double action, la 
liberté eut à souffrir parfois; c'est la rançon inévitable de 
toute organisation. 

11 y a plaisir et profit à étudier le beau volume de 
M. Bémont : le texte est établi avec soin et autorité', les 
tables et le glossaire facilitent les recherches et les rappro- 
chements. Il me sera permis d'adresser, pour finir, les 

I . \ oici fiinc des menues clifTîcultés par lesquelles devail être ai rèlé 
un homme étranger au pays: ta localité appelée In noinine Dominiesl 
Saint-André-de-Cubzac. (Voy. Archives de Ja Gironde, E sujjpl. 43.) 



86 ANNALES Dl MIDI. 

icineiciements des érudits du Sud-Ouest à Tédileur des 
liôles gascons et des Recogniciones, à l'historien de Simon 
de Montfort et des institutions municipales bordelaises, 
pour tout ce qu'il a fait en vue de nous révéler, à nous 
Gascons, la Gascogne du xui*" siècle. 

J.-A. Brltails. 



II 



UNE SCULPTURE COM\lEMOR.\TIVE SUR LA CATHEDRALE 
DE RAYONNE, SECONDE MOITIE DU XIV" SIECLE (?) 

M. l'ahhé Duhaiat, curé de Saint-Martin de Pau, a eu 
rextrèmc obligeance de me signaler, à propos de mes 
études sur les PoiiuUs coniinrinoratifs de Bordeaux^ un 
curieux passage des Recherches consignées par le cha- 
noine Veillet vers 1710 sur la rille et l'église calhrdrale de 
Bayonne. 

Voici ce passage, d'après l'édition qu'ont donnée de 
ces Recherches M.M. Dubarat et Daranatz (Pau, 1910, in-/i", 
p. 37:?) : 

(JiifMliioiis-nous d'un assez bel nriieineiil de sculpture qui est 
au haut et au dehors de ce grand portail' de l'église par lequel 
on va \ers la place publique? L'on y voit un cavalier couronne 
(|ui foule un homme sous les pieds de son cheval, et au devant 
fhKjuel se présenlc une femme aussi couronnée. Qu'est-ce (pie 
cela sifinifie et eji quel lem|is fur(Mil faites ces figures? 

Je n'ozeiais i)res(iiie dire (pie j'ai ouï attribuer tout cela à un 

1. \oy. [iinuirs. i()i(i. I. \\\|||. p. 3o0 el ss., ftiÀ et ss. 

a. Celle iiidicalioii ri'csl poiiil cvacle. Elle est recliTuV par un lexlc 
que nous cilons pins loin, el i)ar cet autre (pie donnenl les (:'(m('urs 
loul au bas de la p. .S7', : « Le cavalier n'i'lait i)as sur la porte, mais 
sur le cdir el rui hnul du perron (jui domine la i)laee puljiicpie. contre 
le mur cxlc'rieur de la cliapellc SaiiM .Ican. » 



MÉLANGES FT DOCUMENTS. 87 

gouverneur de Haionne, le(iucl (disoil-un), en présence de sa 
femme qui lui avoit élc infidelle, fit marcher son cheval sur un 
de ses domestiques, complice de ce crime. C'est une pure fic- 
tion, qui même est évidemment détruite par ces deux cou- 
ronnes qui ne conviennent point à un simple gouverneur de 
ville, lequel d'ailleurs n'auroit pas deu conserver la mémoire 
d'un tel crime et d'une telle punition sur le grand portail d'une 
église. Et puisqu'il .faut ici deviner et comme expliquer une 
énigme, je dis que l'homme renversé sous les pieds du cheval 
est le simbole d'un ennemi vaincu par un conquérant, tel que 
nous en voionsun grand nombre dans les anciennes médailles. 
Ce conquérant est un roi, comme le marque sa couronne, et ce 
roi est aparemment Ciiarles 7 qui par ses grandes conquêtes a 
mérité le titre de Victorieux. Ce roi, après avoir chassé les Vn- 
glois de presque toute la France, se rendit encore maître de 
leur Aquitaine. Et c'est l'Aquitaine vaincue qui vient se sou- 
mettre à ce roi conquérant sous la figure d'une souveraine cou- 
ronnée. 

D'où je conclus aussi ([ue toutes ces figures furent sans doute 
taillées et appliquées en ce lieu peu après que cette ville [de 
Bayonne] et cette province [de Guiennej passèrent de la domi- 
nation angloise à celle de France, c'est-à dire vers l'année r/iôi. 

De ce témoignage du chanoine Aeillet il faut rappro- 
cher, pour le compléter et le rectifier, celui que nous a 
laissé Fauteur anonyme d'un manuscrit du (irand-Sémi- 
naire de Bayonne (i84o) et que rapportent également 
MM. Dubarat et Daranalz (p. '^-^i, n. 2) : 

Les portails de l'église étoient aussi ornés de grandes statues 
qui toutes ont été détruites. 11 y avoit aussi, à coté du gni/td 
portai/ \crs la place Notre-Dame et contre la voûte extérieure 
du dit portait, un bel ornement de sculpture; cet ornement 
colossal représentoit un cavalier couronné foulant un honnnc 
sous les pieds de son cheval et au devant duquel se préseiiloit 
aussi une femme couronnée. Ce monument colossal fut détruit 
vers l'année 1812, d'après l'avis des officiers du génie atachés à 
la Place, parce que la voûte extérieure contre hupielle il étoit 
adossé s'élant crevassée de ce coté, on craignoit que ce poids 
ne finît par entraîner et le mm- et le pilier; ce dernier est 



88 ANNALES DU MIDI. 

cncoiT Corlomonl incliné. Cette crainte étoit d'autant plus fon- 
dée que cette voutc extérieure formant vestibule esta côté de la 
haute voutc de la croix, qui étoit tombée l'année 1800 et avoit 
pu être ébranlée par cette chute. 

Que retenir de ce double témoignage!' C'est ce que nous 
allons esssayer de déterminer, avec le regret de ne pou- 
voir étudier le ])as-rclief lui-même, puisqu'il n'en subsiste 
pas la moindre représentation graphique. 

En premier lieu, il s'agit d'un groupe de personnages 
plus grands que nature, analogue à celui de Sainte-Croix 
de Bordeaux, et placé comme lui à l'extérieur de l'édi- 
fice, de manière à solliciter l'attention de la foule,. 

En second lieu, remarquons qu'au lieu de dater ce 
groupe pai' ses caractères propres, le chanoine Veillct l'at- 
tribue sans hésitation à la seconde moitié du xV siècle, 
parce qu'il veut rcconnailre Charles Vil dans le cavalier 
couronné. 

Mais ni le personnage de ce roi n'est certain, ni donc 
la date qu'on nous propose. Cherchons autre chose. 

Il ne i)cul être veiui à l'idée d'un artiste réfléchi de 
symboliser « lAquilainc \aincuc » par une « souveraine 
couronnée ». L'Acpiilaine a-t-ellc jamais eu rang de 
royaume pendant le Moyen âge féodal? En (pioi était-elle 
'^onvciaine!* N'était-ce |)()inl loni simplement un duché 
subordonné au royaume d'Angleterre!' 

Les voûtes de la cathédiale de l5a\onne, construites au 
XIV" siècle, portent ])lnsienrs médaillons aux armes des 
rois d" \iigjcl('i re. Celle conslalalion es! d'nn grand point 
|><Mir nous; elle \a nous aider à fixer approvinialix e- 
intiil la (laie de consli iiclion el par suite celle du gronj)e 
(|iii nous .Mciipc Si jiayonne reste à l'Angleterre jusque 
\ers la lin du xin siècle, elle en fui détachée par la grande 
trêve de i-^cj.S et revint à la l'rance (pii la garda jusqu'au 
traité de Uiélign\ de i.iC,,,. l-ll le reçut alors pour la seconde 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 89 

fois une garnison anglaise qui y demeura jusqu'en i45i. 

Au jugement des archéologues modernes, le portail de 
la cathédrale de Bayonne fut construit lui aussi au xiv" s., 
peu après l'achcvement de la nef centrale. 

Le rapprochement de ces divers faits jious conduit à 
une conclusion assez différente de celle que proposait le 
chanoine Yeillct. Le groupe de Bayonne dérive de celui 
de Sainte-Croix de Bordeaux; il en serait une imitation 
(sinon une copie), imitation assez rapprochée du modèle 
chronologiquement pour n'avoir point laissé à l'imagi- 
nalion populaire le temps d'en déformer le sens histo- 
rique. Comme le portail lui-même, il serait de la seconde 
moitié du xiV siècle, ce ([ne nous avons admis pour 
celui de Sainte-Croix. D'inspiration anglaise comme lui 
et comme son antécédent à Châteauneuf en Angoumois, 
il représenterait donc la reine Aliénor accueillant le roi 
Henri II à la veille ou au lendemain du mariage qui 



donnait la Guienne à l'Angleterre. 



Alfred Leroux. 



P. S. — M. l'ahbé Dubarat me signale également, au 
portail de l'église Sainte-Marie d'Oloron (B.-Pyr.), un 
cavalier seul, foulant un homme aux pieds de son che- 
val. Il y voit Constantin écrasant le paganisme. J'y con- 
tredirais d'autant moins que j'ai déjà admis la possibilité 
de cette interprétation à Poitiers, Saintes et Limoges 
[Annales, 1916, t. XXYIII, p. IÔ9), en demandant seule- 
ment pourquoi les sujets du duc d'Aquitaine ont, à l'ex- 
clusion de tous autres, si souvent voulu rappeler le ser- 
vice rendu par Constantin à l'Egiise. 



COMriKS RENDUS CIIITIOUES 



Noël Valoir. — Jacques Duèse, pape sous le nom 
de Jean XXII. Paris, imprimerie nationale, igi/i; 
in-/j" de a^ô pages. (Extrait de ÏUisloire liltéra'ire , 
t. XXXIY.) 

Depuis plus de deux ans Clément V était mort, l'antagonisme 
des cardinaux italiens, gascons et français avait rendu inutile 
le conclave de Carpentras, et les prélats réunis de nouveau à 
Lyon ne semblaient pas devoir mieux s'entendre. Las de leurs 
tergiversations, pressé de rentrer à Paris où l'appelait la mort 
de son frère Louis \ qu'il allait bientôt remplacer sur le trône, 
l'bilippc, comte de Poitiers, les attira dans le couvent des Jaco- 
bins et leur signifia (pi'ils n'en sortiraient pas avant d'avoir 
donné un souverain pontife à l'Église (28 juin i3i6). L'accord 
s'établit enfin et le 7 août suivant était élu Jacques Duèse qui 
prit le nom de Jean WII'. 

Jacques Duèse, dans la langue du Midi Jacme Duesa, était 
né vers 12/iô à Cahors, dans la paroisse de Saint-Bartbélemi. Il 
appartenait à une riche famille bourgeoise de la ville; en effet 
son père Arnaud Duèse ne figure pas dans le livre des métiers, 
mais il est inscrit le troisième sur la liste des plus imposés. 
C'est donc par erreur, peut-être pai- une irrévérencieuse inler- 
|inialion de son nom de famille (lieuse ou luihe signifiant en 
\iiii\ l'iançais bottes ou liouscaux) (]u'on a fait de Jean WII 
l(! lils d'un savetier. Il n'était pas non plus de soucbc noble, 
puisque son frère Pierre obtint en seplendjre i3iG des lettres 
(raiioijlisscmciil du loi de l-'iauce. 

I. \(iir;i ce siijcl (i. Molhil. Les J'apcs <r\i'iijii(,ii. i'iiiis. l.ccoUVe. 
njiy, iii la, p. Wi iiy. où l'on Iromcia la l>il)li()ui;ip|iie complète dos 
ouvrages relalif.s à Jean WII. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. QI 

Apres avoir roçii rinstrnction dans sa ville natale, le futur 
pape étudia à Paris, à Orléans,, peut-être aussi à Toulouse et à 
Montpellier, se livrant de préférence à l'étude du droit qui de- 
vait finir par lui ouvrir l'accès des cours séculières. Une missive 
qu'il écrivit en iSaS à Charles le Bel laisse deviner qu'il n'avait 
pas conservé de son séjour dans les pays de langue d'oïl une 
connaissance suffisante du frain.-ais, car il était obligé de faire 
traduire en latin, afin de la mieux comprendre, une lettre que 
le souverain lui avait adressée. 

Nommé évêque de Fréjus en looo, chancelier de Charles II 
d'Anjou, comte de Provence et roi de Sicile en i3o8, il est appelé 
en i3io par Clément V au siège épiscopal d'Avignon devenu le 
centre du monde catholique. Sa fortune dès lors est rapide. Il 
est envoyé en mission auprès de Philippe le Bel à propos du 
procès de Boniface Mil et chargé de classer les mémoires du 
concile de Vienne; il en est récompensé en i3i2, par le titre de 
cardinal de Saint-Vital, et, moins de six mois après, par celui 
de cardinal-évcque de Porto. Il avait environ soixante-douze ans 
quand il monta sur le trône pontifical. 

Petit de taille, chétif d'aspect, le teint pâle, la voix grêle, 
mais énergique, emporté, tenace et autoritaire, il conserva, 
contre toute attente, le pouvoir pendant dix-huit années, don- 
nant jusqu'à la fin les marques d'une inlassable activité. Il lui 
fallut, dès les premiers jours, sévir contre Hugues Géraud, 
évêque de Caliors, qui, menacé d'être déposé et emprisonné à 
cause de ses désordres, avait résolu de le faire mourir. La dé- 
couverte de poisons, de statuettes de cire destinées aux prati- 
ques de l'envoûtement et dont l'une portait l'inscription : Papa 
Johannes inoriatar et non alias, la mort subite et mystérieuse 
de Jacques De Via, neveu du pape, les enquêtes, les interroga- 
toires successifs, les aveux mêmes des complices firent décla- 
rer l'évèque coupable. Il fut remis au bras séculier et brûlé 
(i3.7). 

Jean XXII prit dans la suite des mesures générales contre 
tous ceux qui se livraient à la sorcellerie et aux sciences occul- 
tes. Il enjoignit à l'évèque de Paris de les expulser du dio- 
cèse (iSig), aux inquisiteurs de Languedoc de les surveiller 



92 ANXALES DU MIDI. 

(iSao), il rappela à tout chrélien (1336-1027J que de telles pra- 
tiques font encourir rexcomniiinication et tout hérétique repen- 
tant dut désormais les réprouver formellement dans la formule 
d'abjuration. Afin de décourager les chercheurs de la pierre 
philosophale, il les obligea à verser au\ pauvres une quantité 
d'or ou d'argent véritable égale en poids au prétendu or ou 
argent qu'ils auraient fabriqué. C'est l'objet de la bulle, Spon- 
(tenlqiias non exhibent' qui figure dans le Corpus Juris canonici. 
Et pourtant, malgré tant de preuves, il ne manque pas d'histo- 
riens qui ont prétendu que Jean XXII s'adonnait lui-même à 
l'alchimie. 

Les Juifs aussi se virent l'objet de ses rigueurs, cependant le 
pape usa d'abord de mesures de bienveillance à leur égard. 
Après les avoir défendus contre les Pastoureaux qui s'imagi- 
naient faire (louvre pie en les massacrant, après avoir aboli la 
coutume féodale, déjà prohibée mais toujours vivace, condam- 
nant à la confiscation ceux d'entre eux qui recevraient le bap- 
tême, après avoir cherché à les convertir par des monitions 
charitables, il adopta, devant l'inanité de tant d'eflbrts, déplus 
rudes moyens. Nombre de ces Juifs furent expulsés du Comtat- 
Venaissin, quittes à s'établir en Provence ou en Dauphiné; les 
synagogues de Carpenlras, de Bédarrides, de Noves furent 
rasées pour faire place à des chapelles, et, sur l'initiative de la 
Cour de France, les écrits talniudiques furent recherchés et 
brûlés. 

A côté de ceux (pii s'écartaient ainsi de l'enseignement de la 
religion ou qui refusaient de s'y rallier, à côté de ces adeptes 
des sciences occultes et de ces Juifs trop allachés à la Loi an- 
<'i»'nne, Jean X\ll rencontra d'autres ennemis plus redoutables : 
ce hnvnl les disciples mêmes de relui qui, suixant la légende, 
élail .ipparn an pa])e Innocent III sonicnant l'édifice chance- 
lanl (le l'j^glise. Des frères Mineurs |)()ussant à l'extrême l'es- 
prit de délachemeiil, alfectaient de porter des cajjuchons exi- 
gus, des vêlements étriqués, de \ivre en ermites, et qui pis est, 



I. IMr.raj^a 1)1 es communes, lib. \. Ii(. \|. !),■ iTiniinc fahi. cap. 
luiic. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. go 

refusaient toulc ol)éissanceà leurs supérieurs. C'était se mettre 
en contradiction avec les préceptes de leur saint fondateur 
François. Ils furent poursuivis et, malgré l'éloquence de leur 
défenseur Bernard Délicicuv, condamnés. Par les trois bulles 
successives Qiioriiindani exlgil du - octobre, Sancta Roniaiia 
offjne luiiversalis Ecclcsia du 3o décembre i3i7, et Gloriosain 
Eccleslam du aS janvier i3i8, Jean XXII, aidé de l'Inquisition, 
crut avoir triomphé avec les « Conventuels » de ces Fraticelles. 
de ces Bizzochi, de ces Béguins, do ces dissidents, en un mol 
de tous ces « Spirituels » répandus en Provence, en Langue- 
doc, en Italie et en Sicile, mais lorsque, emporté par l'ambition 
de plier tous ces Mineurs sous une règle unique modelée sur 
celle des autres Ordres mendiants tels que les Dominicains, il 
leur est conféré, ou plutôt imposé ce droit de propriété collec- 
tive dont ils ne voulaient point, lorsque se prononçant sur la 
pauvreté évangélique, il leur eut enlevé ce privilège de parfait 
dénûment qui faisait leur gloire, il ameuta contre lui ces frères 
ennemis réconciliés dans une commune animosité. Le conflit 
se ralluma d'autant plus âpre, il acquit d'autant plus d'exten- 
sion qu'il devenait politique autant que religieux, les mécontents 
ayant pris parti avec leurs chefs, Michel de Césène, Marsile de 
Padoue, Jean de Jandun. pour Louis de Bavière, candidat à- 
l'Empire contre Frédéric d'Autriche que soutenait le pape. 

Vainqueur de son rival à la bataille de Muhldorf (28 sep- 
tembre iS^a), Louis de Bavière entre bientôt en lutte ouverte 
avec le Saint-Siège, il s'avance triomphalement eu Italie et se 
fait couronner à Rome, adoptant les griefs des frères Mineurs, 
il met en jugement et dépose « Jacques de Cahors, l'hérétique, 
l'antéchrist », il lui oppose enfin, sous le nom de Nicolas V, un 
antipape, Pierre de Corbara, qu'il a choisi dans leurs rangs 
(12 mai iSaS). 

\int la réaction; Nicolas V se rendit au pape d'Avignon qui 
le traita avec indulgence; les dissidents s'apaisèrent, les villes 
et les tyrans italiens se soumirent. Le Bavarois, hésitant devant 
tant de défections, se fit humble; il avoua ses torts, il sollicita 
le pardon de Jean XXII, à la seule condition que celui-ci le 
reconnaîtrait comme empereur (i33o). C'était oublier la ténacité 



g4 ANNALES DU MIDI. 

du vieux pontife. Celui qui, avec toute l'autorité d'un Boni- 
face VIII, avait déclaïc qu'à lui seul revenaient le gouverne- 
ment, l'administration et la juridiction de l'Empire vacant, 
refusa de transiger avec l'usurpateur, et il mourut sans avoir vu 
réussir aucune de ces combinaisons par lesquelles il se flattait 
de faire passer la couronne impériale sur la tèle d'un prince de 
son choix. 

II rétracta à ce suprême instant l'opinion qu'il avait avancée 
au sujet de la vision béatifique, c'est-à-dire du moment où les 
Ames justes sont admises à voir Dieu, opinion qui, en lui sus- 
citant jns({ue dans l'Université de Paris des adversaires plus 
nondjreux encore et non moins acharnés que les partisans de la 
pau\reté évangéli(|ue, empoisonna le déclin de son laborieux 
pontifical. 

Si à coté des mesures que Jean XXll dut ainsi prendre pour 
sa défense ou celle de la Foi, nous cherchons à déterminer pour 
quelle part il contribua à la grandeur de l'Eglise, 7ious consta- 
tons que par ses réformes, par ses fondations, par ses travaux, 
il en augmenta les ressources, il en étendit l'influence, il en 
fortifia le pi»u\oir. 

Il réserva au SaÎFit-Siège les annales, taxe prélevée sur les 
revenus de la |)remière aiuiéedes plus modestes bénéfices et les 
« services comniniis » ainsi que les « menus services » corres- 
pondant aux annales pour les gros bénéfices. Si l'on y ajoute, 
avec le Denier de Saint-Pierre et les subsides caritatifs, les 
dépouilles ou successions laissées par les prélats, les vacants ou 
fruits produits p;u' les bénéfices (pii venaient à va(|uer /// ciiria, 
bénéfices dont le nombre s'accrut notablement lorsque le cumul 
en entêté interdit par la constitution licsccrabilis {i[) niAcm- 
i)re i.iiy), si l'on ohserxc (pie de nombreux collecteurs furent 
noiiiniés et p;irtuut en\o)és pour recueillir toutes ces taxes, que 
ladminislration de la Chambre apostolique où elles étaient 
centralisées fut réorganisée et la comptabilité méticuleusemcnt 
réglée, on comprend que Jean XXII ait remis dans une bril- 
lante situation les finances pontificales qu'il avait trouvées 
épuisées. Il encourut de ce chef le reproche d'avarice, et Dante, 
sf)n contenq)orain, ne manque i)as de le lui adresser. Le pape 



COMPTES RENDLS CKITIQLES. gS 

aurait laissé, d'après ccrlains clironi([uours, 22 ou 20 millions 
de florins d'or. A y regarder de près et à vérifier les chiffres, on 
voit que ce « scandaleux trésor » se montait seulement à 700 
ou 800.000 florins, somme toutefois considérable quand on 
sait que le nouveau pape n'avait recueilli que 70.000 florins en 
succédant à Clément V. On a voulu voir aussi un procédé fiscal 
dans la création de nouveaux diocèses, ceux de Monlauban, de 
Rieux, de Lombez, de Saint-Papoul, de Mirepoix et de Lavaur, 
formés aux dépens de celui de Toulouse élevé au rang d'arche- 
vêché, ceux de Saint-Flour, de Castres, de Sarlat, de Luçon, de 
Maillezais, de Vabres, de Tulle, de Condom, de Saint-Pons- 
de-Thomières et d'Alet. 

La mesure était pourtant justifiée par l'étendue ou la situa- 
tion de certains de ces diocèses, comme celui de Toulouse, trop 
vaste et trop riche, et par la nécessité d'assurer la bonne admi- 
nistration et de faciliter la tache des évoques. Elle témoigne 
surtout de cet esprit de centralisation à outrance (pii fut une 
des caractéristiques de ce pontificat. 

Mais avant de condamner celle « fiscalité excessive dont les 
avantages n'ont jamais compensé les désastreux efîets », il con- 
vient de voir comment le pape utilisa les sommes si âprement 
amassées, il faut songer aux dépenses énormes auxquelles il 
dut faire face, en particulier pour la propagalioTi de la Foi par 
les croisades et par les missions. 

Par la reprise de ces projets de croisade dont on parlait tou- 
jours, Jean XXII espérait maintenir la paix entre les princes 
chrétiens, en détournant vers la Terre-Sainte leurs belliqueuses 
velléités et étouffer en même temps les conflits dont il aperce- 
vait les redoutables progrès. La preuve nous en est fournie par 
ces lettres qu'il écrivit comme arbitre universel aux rois de 
France et d'Angleterre, à ceux de Sicile, de Trinacrie ou d'Ara- 
gon, de Chypre et d'Arménie, partout où il pensait que son 
intervention pût écarter la guerre. 

Philippe A et Charles IV virent surtout dans ces projets de 
passage outre-mer l'occasion d'obtenir des subsides, maintes 
fois redemandés et maintes fois accordés. Ils les perçurent sous 
forme de décimes sur le clergé, déjà obéré, et les consacrèrent 



g6 ANNALES DU MIDI. 

à d'autres usages. Avec Philippe VI, nommé chef de l'expédi- 
tion, l'entreprise sembla enfin près de se réaliser; la date de 
l'embarquement fut fixée et, le 7 mars i33/i, le pape annonçait 
aux Arméniens l'arrivée d'une armée considérable, mais il 
mourut le 4 décembre i334 et le roi ne partit pas. 

Plus consolants furent pour Jean XXII les résultats des mis- 
sions pacifiques qui, suivant ses instructions, allèrent chez les 
Infidèles, en ces terres lointaines où cessaient les rivalités des 
ordres religieux. Il envoie dos Franciscains en Chine, des Domi- 
nicains en Ethiopie, en Arabie, en Perse où il fonde la métro- 
pole de Sullanieh et l'évèclié de Tiflis ; il correspond avec les 
chefs tartares et écrit lui-n)ème au grand Khan pour l'engager 
à se convertir. 

On peut croire que c'est afin d'assurer le succès de ces mis- 
sions qu'il recommande l'étude des langues orientales parmi 
toutes les mesures qu'il prit en faveur du développement des 
Universités, tandis (pi'il fondait des collèges en Arménie afin 
d'y répandre l'usage du latin. 

Par des dispenses, par des privilèges, il chercha à attirer les 
étudiants dans les Universités de Coïmbre, de Rome, de Pérouse, 
de Paris, d'Orléans, de Toulouse, de Montpellier, de Bolo- 
gne, etc. Il déjcudil leurs droits contre les rigueurs du pouvoir 
civil et même religieux; c'est ainsi qu'il fit revejiir de Nevers, 
où (>lle avait cherché asile contre les vexations du loi de France 
et où elle faillit sinstaller définitivement, l'Université d'Orléans. 
Il érigea en Université le collège de Oahors, sa ville natale, et 
celui de Cambridge qui, depuis, acquit une bicTi autre célébrité. 

Jean Wll [)ublia les décrétales de son prédécesseur Clé- 
ment \ ; jointes aux constitutions du concile tle Menue, elles 
forment, sous le titre de ClêineiiUiies, le septième et dernier 
livre du recueil olïïciel qui reçut le nom de Corpus jiiris 
cufio/iici. Les décrétales mêmes de Jean X\ll, celles des divers 
papes (lu'on y ajouta beaucoup plus lard, ne furent considérées 
(|uc comme un supplément; c'est pourquoi on les appela les 
Exlravuijanlcs. On découvre là tout le zèle que le pontife appor- 
tait à réprimer les abus, à raffermir la discipline, à répandre 
1 usage de la prière. Xous le voyons, [)ar exemple, encourager 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 97 

par des indulgences la récitation de VAve Maria le soir, au son 
des cloches, et interdire, en invoquant l'autorité de Boèce, pour 
la célébration du culte, les fantaisies que les disciples d'une 
nouvelle école avaient introduites dans le champ liturgique. 
Enfin il soumit à des règlements plus sévères les auditeurs du 
sacré Palais f[ui constituaient ce tribunal au([uel on donna dans 
la suite le nom de Rote. 

Jean WIl avait la parole facile; un seul manuscrit de la 
Bibliothèque nationale (latin 8290) nous a conservé le texte de 
trente-deux des nombreux sermons qu'il prononça. On y perçoit, 
sous un ton simple et généralement familier, une tendance à 
la controverse. 

A son œuvre littéraire on ajoute différentes prières, entre au- 
tres un office de la Croix, un otFice du Saint-Esprit et un office 
de la Compassion. Quant au traité d'ajchimie : De arte metallo- 
riim transinatatoria, il ne saurait pas plus lui être attribué que 
l'ouvrage de médecine : Thésaurus pauperum. 

Le pontife fut enseveli dans l'église de Notre-Dame-des- 
Doms, auprès de ce palais qu'il avait agrandi, et qui devint le 
somptueux séjour de la papauté en exil. Lui-même n'avait pas 
renoncé à revenir à Rome, et à certain cardinal qui, au dire de 
Pétrarque, lui proposait de fixer à Cahors le siège de la cour de 
Rome (ce cardinal était cahorsin), le pape répartit que, ce fai- 
sant, lui et ses successeurs ne seraient plus jamais que des 
évêques de Cahors et les empereurs qu'ils couronneraient ne 
seraient que des gouverneurs de Gascogne. 

Des réparations furent faites sur les ordres de Jean XXll aux 
basiliques du Vatican, de Saint-Jean-de-Latran, de Saint-Paul- 
hors-les-Murs. Une forteresse fut élevée à Bologne qui marquait 
la première étape du retour, mais le légat Bertrand du Pouget 
en fut chassé par la population soulevée et le projet de Jean XXll 
resta lettre morte. Puis, en faisant rac(|uisilion de Valréas, en 
réparant les châteaux de Sorgues, de Chateauneuf-Calcernier. 
de Noves, de Bédarrides, de Barbentane, de Saint-Laurent-des- 
Arbres, etc., en peuplant le Sacré-Collège de cardinaux qui 
presque tous Français, la plupart du Midi, n'étaient pas sou- 
cieux de se risquer au delà des monts où ils se savaient peu 

ANNALES DU MIDI. XXIX. 7 



gS ANNALES DU MIDI. 

sympathiques, il contribua sans doute à fixer au bord du 
Rhône le centre du monde catholique. 

Telle est, brièvement exposée, la vie de ce pape « de réputa- 
tion variable et de tumultueuse mémoire » que M. N. Valois a 
étudié au poiîit de vue dogmatique, moral, littéraire et intellec- 
tuel. On ne saurait mieux faire apprécier le travail du regretté 
savant, le dernier qu'il ait écrit, qu'en en rejiroduisant ici 
l'éloquente conclusion. « L'homme d'esprit vif et de sens pra- 
tique qui, ami de l'étude et des livres, comprit d'une part 
l'utilité des répertoires, de l'autre la nécessité de recourir aux 
textes originaux; qui, en développant l'instruction dans les 
Universités, réagit contre la déplorable tendance des scolasti- 
(jues à la subtilité; qui consacra par le prestige de l'auréole 
l'autorité pliilosopliicpie de saint Thomas d'Aquin, réservant 
ses sévérités à l'alchimie, à la magie et à d'autres formes de la 
superstition, cet homme joua un rôle, et non des moindres, 
dans le mouvement littéraire de son siècle. 

<( En oiitio, le pontife autoritaire et tenace qui, épris de dis- 
cipline, d'unité ol d'uniformité, poursuivit l'hérésie impitoya- 
blement, jjien (pic sa de^tinée fût d'être à maintes reprises 
tiailé d"héréli(pie lui-même, qui plaça l'obéissance, dans les 
de\()irs des religieux, au-dessus même de la chasteté et de la 
pauvreté, (|iii lit sagement consister cette dernière vertu moins 
dans la privation que dans le détachement des biens, et qui, 
d'il lie main rude, au prix, hélas! de bien des amputations, 
t'l»iii;i. sdiiiiiil, assagit dans une certaine mesure l'ordre de 
Saiiil-Fraiu;ois atteint de mysticisme exalté et menacé de désa- 
grégation, ce pontife exerça une direction puissante sur la 
maiche d<'s idées de ses conleniporaiiis. 

« All(jns plus loin encore : le pape (pii, pénétré de l'impor- 
tance de ses droits et sans reculer même devant l'ellusion du 
sang, maiiiliiil en face des tyrans italiens, de rKmj)ire viclo- 
ii<Mi\ et des théoriciens révolutionnaires, le principe de la su- 
pn'iiialie l(Mn])orelle du Saint-Siège, si fort battu en brèche au 
Icmps (le IMiilippc le Bel; l'hôte du rocher des Doms, le reclus 
volontaire (pii, sans cesser d'aspirer au retour dans la Ville 
éternelle, organisa solidement et magnifiquement le campement 



COMPTES IIENDUS CRITIQUES. 99 

de la papaulé sur les rives du Rhône, accrut, sa puissance et ses 
ressources, au risque, nialheureuscment, de débiliter les mem- 
bres en faisant aflluer vers le chef une grande partie du sang et 
de la sève de l'Église; celui qui enrichit le corps du droit 
canon; celui enfin (jui recula les bornes de la chrétienté, sinon 
par des guerres saintes, dont le succès ne lui inspira longtemps 
qu'une médiocre confiance, du moins par l'envoi de mission- 
naires et la fondation d'évêchés dans des contrées jusque-là ré- 
putées inaccessibles, celui-là contribua largement à constituer 
ce gouvernement centralisé, opulent, universel, absolu, qui 
devait survivre au Moyen Age, mais aussi, par sa puissance 
môme, susciter tant de jalousies, fournir prétexte à de si terri- 
bles révoltes. 

« Enfin, dans l'ordre purement religieux, le pieux pontife 
qui, pour maintenir la gravité du chant liturgique, s'efforça de 
bannir des cérémonies du culte les mélodies profanes, et qui, 
au moment solennel de la chute du jour, éveilla la voix des 
cloches, à laquelle la prière humaine devait faire écho; celui 
([ni définit, ou tout au moins s'efforça de définir, sur plusieurs 
points restés douteux, la doctrine catholique, prenant tour à 
tour l'attitude du docteur infaillible qui tranche les difficultés, 
et celle du maître encore hésitant qui tâtonne et continue ses 
recherches, soumis d'avance, ainsi que le porte sa déclaration 
dernière, à la décision de ses successeurs, celui-là n'a pas été 
non plus sans influence sur les usages, les croyances et les des- 
tinées de l'Kglise. » Aug. COULON. 

A.-L. Teruvcher, professeur à rUniveisilé de Liverpool. 
— Étude de géographie linguistique. Les ai- 
res morphologiques dans les parlers popu- 
laires du Nord-Ouest de l'Angoumois (1800- 
1900). Paris, Ed. Champion, 1914; in-8°de XIY-2I18 pa- 
ges, plus une suite cV Appendices, portant le même titre, 
mais avec le millésime 191 2, paginés de i à 4Ô2, avec 
lalettre supérieures. {Bibl. Ec. Hautes-Études, fasc. 212.) 



lOO AMNALES DU MIDI. 

Id. — Les aires morphologiques dans les par- 
1ers populaires du Nord-Ouest de l'Angou- 
mois (1800-1900). Vtlas. Paris, Ed. Champion , 
191/i; 37 cartes, dont une double (complément du 
volume précédent). 

C'est un métier que de faire uu livre, comme disait l'autre, 
qui élail La liiuyère. Le présent ouvrage a dû coûter beaucoup 
de soins non seulement à lauleur, mais au prote. Le livre se 
compose de trois parties différentes, bourrées de faits, farcies 
de cartes et de tableaux, hérissées de caractères spéciaux, qui 
feraient frémir la plupart de nos imprimeurs, habitués aux 
bons caractères que l'on achète par tonnes et que l'on manie 
les yeux fermés. «C'est qu'il n'est plus possible d'écrire un livre 
(le linguistique descriptive, du genre de celui-ci, sans demander 
à des sciences voisines, comme la géographie, leurs méthodes et 
leurs procédés. L'Atlas linguistique de la France donna le 
branle, au moins chez nous, à ces études; depuis, de jeunes 
linguistes ont étudié avec la même méthode et plus de détails 
des coins peu connus de notre sol; les parlers wallons et lor- 
rains commencent à être explorés (par M. Ch, Bruneau, maître 
de conférences à l'Université de Nancy); on nous annonce des 
études du même genre' sur les pailcrs vosgiens par M. 0. Bloch; 
en attendant (pic nos parlers du midi soient étudiés avec le 
môme soin, M. A. Terracher nous olîre les résultats d'une en- 
quête longue, patiente vl minutieuse sur les parlers de l'Angou- 
mois (Cliai(Mile) où \oisinent les di;dectes d'oïl et les dialectes 
d'oc. 

Féliritoii.s r;nileiir d'aNoir rompu ii\er l'habitude de n'étudier 
(|iic la plimirlicpie d'nn parler; il y a une écol(> de linguistes 
qui ne tiennent (pi'à la phonéli(|uc, et qui semblent ignorer la 
syntaxe, la morphologie, la lexicographie et autres parties de 
la ;:ianin!airi' : il y a dans celte conception un excès certain; il 

1. \u iiiomciil Mil nous corrigeons les éprouves de col article, 
MOUS apprenons (jnc c(«s études viennent de paraître sous forme de 
llièses soutenues en Sorboiine(i- mars 1917). 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. lOI 

est trop commode — pour des raisons de méthode — d'extraire 
d'un bloc une seule partie que l'on étudie d'après des procédés 
le plus souvent trop purement descriptifs; avec la morphologie 
et la syntaxe on pénètre davantage dans l'élude de ces phé- 
nomènes d'ordre si divers qui contribuent à l'évolution des 
langues; on sort, pour ainsi dire, de la physiologie pour entrer 
dans la psychologie. Peut-être, d'ailleurs, M. Terracher, dans 
son goût marqué pour la morphologie, a-t-il trop négligé la 
phonétique; il a eu roccasion, en étudiant les parlers de cin- 
quante communes de l'Angoumois, de faire des observations 
intéressantes; elles sont résumées en quelques pages (p. 8i- 
85); il n'aurait pas été difficile de les multiplier et de nous of- 
frir en raccourci un tableau de la phonétique dos parlers étu- 
diés. L'étude morphologique n'y aurait rien perdu; elle y aurait 
même gagné, par endroits, en précision et en clarté. 

M. Terracher, ayant observé de nombreux phénomènes de 
désagrégation des parlers angoumois, des contaminations, etc., 
s'est demandé à quel facteur principal étaient dus ces change- 
ments, et il l'a cherché et trouvé dans l'influence des mariages et 
surtout des intermariages. Les explications ordinaires ne lui ont 
pas paru suffisantes : l'influence du français littéraire, des jour- 
naux, de l'école, du régiment n'explique pas tout, et d'ailleurs 
elle n'a pas été étudiée dans le détail : c'est l'oreiller commode 
d'une dialectologie facile; les limites administratives ou ecclé- 
siastiques anciennes — qui peuvent peut-être expliquer l'ori- 
gine des grands dialectes, si tant est qu'on puisse s'exprimer 
ainsi! — ne rendent pas compte non plus des changements ob- 
servés; la linguistique ne connaît guère les divisions admi- 
nistratives, mais beaucoup de limites ])olitiques ont été fixées 
d'après la langue. La géographie linguistique emploie une mé- 
thode plus sûre : en étudiant les rapports qu'ont entre eux 
certains villages ou certains groupes de villages, en tenant 
compte des moyens de communication, de l'orientation des 
vallées, de l'isolement des plateaux, etc., on s'aperçoit que les 
changements linguistiques ne sont pas dus au pur hasard, 
mais qu'ils sont souvent conditionnés par des facteurs humains 
qu'il n'est pas impossible de dégager. Parmi ces facteurs, un 



I02 A>'NALES DU MIDI. 

des plus importants est pour M. ïcrracher celui des mariages 
et surtout des intermariages. L'enquête minutieuse qu'il a 
poursuivie dans l'état-civil de cinquante communes donne rai- 
son à sa méthode; et quelle enquête et quelle minutie! Était-il 
vraiment la peine d'imprimer 45o pages de statistiques? Et 
n'aurions- nous pas fait crédit à la conscience de l'auteur? 

M. Terracher a insisté à plusieurs reprises sur l'excellence de 
sa méthode; elle n'est pas nouvelle, si on en juge par l'abon- 
dante bibliographie (piil nous donne plusieurs fois sur le 
sujet; mais c'est la première fois, croyons-nous, qu'elle est 
appliquée avec cette vigueur et cette ampleur à l'étude des par- 
lers romans, du moins en France. Nous en reconnaissons avec 
l'auteur l'excellence, mais nous nous associons aux restrictions 
qu'il apporte dans son dernier chapitre à ce qui nous avait paru 
trop rigoureux et trop affîrmatif, pendant que nous lisions les 
chapitres précédents. « Malgré ces réserves, les coïncidences 
d'ensemble et de détail entre le mouvement matrimonial et la 
résistance ou la désagrégation morphologique du nortl-ouest de 
l'Angoumois au xix' siècle me semblent subsister. Si pauvres 
que soient les phénomènes ici observés, si borné que puisse 
être dans l'espace et dans le temps le champ de cette étude, on 
m'accordera, j'espère, que ces coïncidences sont précises et 
qu'elles sont constantes. Simples coïncidences? Peut-être; mais 
c'est parce qu'elles sont constantes et précises que l'on est fondé 
à attribuer aux inlerniariages le rôle (Vinlcrmédlnirc humain 
co/islani ri\[rv le langaiJ^'c cl r(Misenil)l(' des l'ails (pii agissent 
sur sa réj)artition. » (P. ■.i:>.<^.) On ne saurait mieux dire, et nous 
nous associons à ces conchisions ; il faut d'ailleurs aller encore 
plus loin; les inlerniariages, surloiil l'récjuents et constants 
dans la même zone, ne sont |)as dus au hasard ; ici intervient 
de nnnveau la géograplii(> non pas linguisticpie, mais la géogra- 
|)hie pureiiKMit humaine; les marchés et les foires, les facilités 
des rclalidiis ((imiiKM-cialcs ou agricoles, tout ce (|ui fail la vie 
active dc^ canq)agncs contribuent largement aux « inlernia- 
riages )) ; et ce seuil aussi des « inteiniédiaires humains cons- 
tants » ; c'est l'eMiseiiihle de ces laits d'ordre psychologique (pii 
amène révnluiioii des langues : dans (pielle mesure chacun 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. Io3 

d'eux y contribue, c'est ce qu'il n'est pas facile d'établir tou- 
jours mathématiquement; mais, même si on devait l'aire des 
reserves sur la méthode employée par M. Terracher (il faudrait 
voir par exemple ce que donnerait cette méthode appliquée à 
des langues de pays roman ou non dont les conditions géo- 
graphi(iues, économi(iues, politiques ou intellectuelles seraient 
très diflerentes de celles d'une province française de vieille cul- 
ture), il semble bien ([ue l'intermariage joue dans le « devenir » 
des langues un rôle des plus considérables. Ce n'est pas un 
mince mérite d'avoir établi cette vérité pour une partie du 
domaine français, même au prix d'un très gros, trop gros 
volume'. J. Anglade. 



I. Il y aurait des observations intéressantes à faire sur les parlers 
qui sont sentis socialement supérieurs à d'autres par les paysans 
illettrés ; mais la question que M. Tcrraclier effleure plusieurs fois 
est bien compliquée et difTicile. Je n'aime pas trop les expressions 
« moins patois » et « plus patois », qui reviennent souvent ; quant au 
mot « provençal ». il est bien gênant, même avec des guillemets, 
comme l'écrit M. Terracher. 



RK\ l E DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX 

Lozère. 

BuUelin Iriniesfriel dr la Soriélé (Tagrirulfiire, industrie, 
sciences et arts du département de la Lozère, 191 1-19 13': 

i" Archives géraudnnaises , t. II (en cours depuis 1909). 
V. iSq-^Si. Coniniandnnt Pt.iqle. Procès-verbaux inédits des délibé- 
ralioris des Étals du Ciévaudan (i56'j-i588). [Supplément à la publi- 
cation des procès-verbaux faite par F. André de iN7() à 1882.] — 
P. 333-4o. C. lînuxEL. Courte chronique des actes d" Aldebert IH, 
é\r(iu(' (le Mciide. [Traduction française du texte latin publié par 
le même auteur à la suite de son édition des Miracles de aninl Pri- 
vai (igi-î). Quelques nouvelles corrections sont apportées au texte 
original. Ch. iî, proprinin \nenin. mon l)ien propre, paraît bien être 
une faute pour /j/"op;-/V(/» nmrani. qui s'accorde mieuxaveclecontexte. 
S'il eu est ainsi, ce qui est dit de l'auteur de la chronique serait à 
reprendre. [ — P. ■i'i!-8'|. D' J. IUiujot. Chanac. Chef-lieu de can- 
ton du département de la Lozère. [Notes historiques sur une petite 
localili' (|ui a joné \\\] lôle important dans l'histoire locale.] — 
P. aSô-ga. D' .1. lUimoT. Nouveauxdocuments sur l'histoire de ren- 
seignement dans le diocèse de Mende. [Addition à une publication 
du même anicur parue en 1910 (p. 137 du même volume). Créa- 
lion irunc école à Moiilbrnn (i7()8). Notes sur les écoles de La (]a- 



I. (ir. Aiiniilrs. nji:2, I. \\l\. p. i:ii. bc lîullcliii de relie S()ci(''l(' est 
ciimposé (If la réunion sous une même couvcrlure cl'iui certain nombre de 
feuilles non l)rocli('es, <|ui apparliennonl à divers ouvrages donl la publica- 
lion se poursuit^simullani'inenl . Parmi ceux-ci, les Procès-i'erbnux des si'ances 
ri nijricnlUirr, cjui lormenl \ui volume par an, ne contiennent rien qui soit à 
ri'lever ici. Les autres sunl iniHi|ués dans le dépouillement qui s\iil. 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. Io5 

iioiirgiie à répoquc révoliilioniiairc. Il vaudrait mieux donner 
des études approfondies que de publier ainsi des notes au hasard 
des découvertes.] — P. agS-Siô. J.-B. Delon. Société populaire de 
Mcyrucis. [Extraits des procès-verbaux des séances.] 

2" Chronique et Mélanges, t. Il (en cours depuis 1909). 
P. 129 3o. P. A[gulhon]. Quelques mots sur deux arrièrc-petils-ne- 
veux d'Urbain V. Les Borbal de Combret. [Quelques mots pour 
signaler que le colonel Borbal de (Jombret se rattache à la famille 
du pape gévaudanais Urbain V.) — P. i3o-4. P. A. Nouvelles d'il y 
a cent ans en Lozère. [Résumé du Journal de la Lozère.] — P. i34 7. 
E. Rémy. Quelques renseignements sur le couvent des Carmes de 
Mende d'après les Miscellaneaaiqiie coUecianea du P. Bulle. [D'après 
les mss. 1 768-1 771 de Dijon.] — P. i38-4o. Anonyme. Épitaphe 
relevée sur deux pierres tombales existant dans l'ancienne chapelle 
des Capucins de Mende. [Inscriptions tumulaires en latin de Jean 
de Baglion, comte de La vSalle, et de sa femme Catherine Aumai- 
tre, baronne de Saint-Marcel (xvui" s.). Traduction française.] — 
P. i4o-2. A. SoLANET. Scrmcnts et mort de l'abbé Jean Tourne- 
mine, curé de Florac à la Révolution de 1789. [Résumé par l'auteur 
d'une étude parue dans la Semaine religieuse du diocèse de Mende, 
1910.) — P. 145-9. P. Agulhon. Nouvelles d'il y a cent ans en Lo- 
zère. — P. i5o. Et. Fages. Origine du nom des Cévennes. [D'après 
D'Arbois de Jubainville et MM. Dottin et Jullian. L'auteur, ancien 
archiviste de la Lozère, est mort depuis pour la France.] — P. i.5i-4. 
D' Barbot. Bibliographie. [Suite annuelle d'une très utile entre- 
prise. Il est indispensable d'apporter à cette tâche une absolue pré- 
cision bibliographique.] — P. iSS-g. J. D'Esparron. Une députa- 
tion du Collège électoral de la Lozère chez l'empereur. 1813. — 
P. 139-61. É. Fages. Anderilum. [Aujourd'hui Javols. Etymologie et 
explication par la présence d'une station thermale du choix de cet 
emplacement pour y établir la capitale de la cité des Cabales.] — 
P. 161-3. E. Fages. Un manuscrit nouveau de la vie de Saint-Hi- 
lairede Gévaudan. [Indication du ms. 171 1 de la Mazarine. xi"" siè- 
cle.] — P. i63. P. Agulhon. Plan cavalier de la ville de Mende au 
xvi" siècle. [Dessin imaginé par l'auteur. Enfantillage.] — P. i65-8. 
J. D'Esparron. Un député lozérien à la fête du i" vendémiaire 
an IX à Paris. [Paradan, conseiller général de la Lozère.] — P. 169-74. 
P. Weyd. Quelques mots sur les inondations et les éboulements 
en Lozère. [Liste de 1706 à nos jours.] — P. 170-87. Ponceau. Chap- 



lOfi ANNALES DU MIDI. 

tal. [Discnursde dislribulioii de prix prononcé au collège de Mende.) 
— P. 189. Bail à ferme des eaux de Bagnols en 1769. [Extraits 
d'un acte notarié.] — P. 189-90. Vente de la maison commune de 
Mende. [Publication de l'acte (1791).] — P. 191-3. D"^ J. Barbot. 
Quelques anciens droits seigneuriaux. [D'après des minutes de 
notaires, whi' s.] — P. 192-6. D"^ J. Barbot. Bibliographie. — 
V. 197-204. L,. CosTECALDE. Découvcrtc du cimctière dc Saint-Iljjide 
à Mende. [Dizaine de tombes du Moyen âge.] — P. 2o5-i2. C. Bru- 
NEL. Leçons des offîccs des saints du Gévaudan dans le bréviaire 
de Mende de i542. [D'après l'exemplaire unique conservé par 
M. G. Baudrier, de Lyon.] — P. 21 2-3. L'église dc Florac en 1578. 
[Acte dc prise de possession de la cure.] — P. 2i3-6. Agrandissc- 
menl de l'église de Florac en 168G. [Devis à la suite des nouvelles 
conversions.] — P. 216-8. D'^J. Barbot. Drayes et anciens chemins, 
[lieievé des dénominations : chemin ferré, draye, drayelte, estrade, 
chalsade, cami Boumiou, d'après quelques cadastres.] — P. 218-20. 
A. MATinia. Le colonel Borrelii de Serres. [Né à Mende en i836, 
originaire d'iuie famille de \illefort.] — P. 231-66. L. Costecalde. 
Anciennes églises du déparlcmenf de la Lozère antérieures au 
w" siècle. [Liste utile, inais peu sûre.] — P. 267-70. E. Bosse. In 
Lozérien inhumé dans la cathédrale de Beims. [L'abbé Etienne 
Blanquel de Bouville, 1768-1838.] — P. 270-2. D"^ J. Barbot. Biblio- 
graphie. [Souhaitons que, le volume une fois achevé, la Société ne 
persévère pas à publier ce recueil de broutilles.] 

3" Oiirragrs iii(l/'pc/i(h/iils. 

Conimandaiil Pi,ioi e. Il'u^loirc de lu iiKirrrliniissi'e du Gévniulnn, 1911- 
1913, i9'i p. [Etud(> sérieuse et soignée, sur un sujet neuf. Malheu- 
reusement, l'auteur suit pas à pas l'ordre chronologique et ne 
nous fait grâce d(^ l'achat de la ninindre casatjue: la lecture de son 
ouvrage est i)énible. et les grandes lignes se p(M(lent. Pièces justi- 
ficatives ( 1 55,")- 1 789 ). ] 

Pniii:i;. Ilhulca d'IiisUtirc cl (l'firclti'idotjic sur le Crvunddix (en cours 
depuis 1908). — P. 217-66. La domination aragoiiaise en (îévaudan 
(suite). [Fin de l'étude et pièces Justificatives. Dénombrement des 
domaines du roi d'Aragon en Cévaudan (1217-8). Enquêtes sur les 
«Iroils (les rois d'Siagon en (îévaudan (1262 et 1275).] -- P. 267-80. 
I ne p^tiido (()ri><piiiili()n contre Odilon dc Mercœur [évèquc de 
Mende] i \A\^). [D'après un fragment d'enquête publié.] — P. 281- 
3f8. Le jirocès du paréage dc i3o7 f'' '<^ fonds dc ce procès aux 



PERIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. IO7 

Archives de la Lozère. [Guide indispensable pour utiliser les nom- 
breux documents de ce grand procès. Il est fâcheux d'avoir changé 
de caractères d'imprimerie et de papier au milieu d'un volume. 
A suivre.] C. B. 

Pyrénées-Orientales. 

I. Ruscino, t. IV, 191 4. 

P. 1-44, 129 76, 397-472. P. ^"|DVL. Correspondance inédite de Parchi- 
visteAlart et du général Callier. [Suite. \. Ruscino, 191 3, p. 195-220. 
Cette correspondance a trait à la fixation de la frontière des Pyré- 
rénées, trop vaguement délimitée au traité de 1669. On y trouve 
des documents d'un réel intérêt concernant principalement le 
Moyen âge. M. Vidal en poursuivra la publication dans les numé- 
ros suivants de Ruscino.] — P. 45-72. .\bbé .1. Gibrat. Le Prieuré de 
Saint-Feliu-d' Amont [Étude bien documentée sur ce prieuré fondé 
vers l'an 1100.] — P. 78-86. D'^ L. FoxNtaine. La lutte contre les 
épidémies pendant et après la peste de Provence. [Processions de la 
Confrérie de la Sanch, du Tiers-Ordre, surveillance des portes de 
la ville pour empêcher l'entrée des étrangers suspects de porter la 
contagion, règlements d'hygiène municipale, création d'un bu- 
reau de santé, etc.] — P. 89-99. R- ^^ Lacvivier. Documents iné- 
dits antérieurs à l'année 1790. Le siège de Perpignan de i542 et le 
Livre vert d'Elne. [Sur la feuille de garde de la fin du Livre vert 
d'Elne, un consul d'Elne a consigné en i544 ses impressions sur 
le siège de Perpignan qui fut un échec pour le Dauphin (i542). 
Document publié : Lettres patentes créant le marfpiisat d'Oms 
i^l^l)-] — r*- ï 77-2 17- lu- Le Livre vert d'Elne et les deux sacs des 
archives. [M. de Lacvivier possède une analyse faite pièce par pièce 
de tous les documents insérés dans le Livre vert d'Elne. 11 publie 
cette analyse, qui doit dater du xvui'^ siècle; les documents pu- 
bliés se rapportent aux années 1872 à i5o6 inclusivement. A la 
suite, analyse du contenu des deux sacs qui formaient, au 
xvn' siècle, le dépôt des archives d'Elne.] — P. 218-30. P. Vidal. 
Ambroise Paré à Perpignan. [A. Paré était dans l'armée du Dau- 
phin qui assiégea vainement Perpignan en i542 ; il raconte com- 
ment il soigna avec succès M. de Brissac, grand-maître de l'artil- 
lerie, blessé d'un coup d'arquebuse, et un soldat qu'il était im- 
possible de sauver.] — P. 229-896. H. Auagox. Les vestiges de 
Ruscino. [L'auteur réédite, en les complétant, les renseignements 



I08 ANNALES DU MIDI. 

qiril nous a donnés sur les trouvailles faites à Ruscino. dans son 
ouvrage intitulé Le Bilan des fouilles de Ruscino, dont nous avons 
publié lecomptc rendu. Cf. Annales. 1916,1. XXVlII,p. 37iet5i4.] — 
P. 47.3-80. F. BauOxN. La nomination de Galceran Albert aux évê- 
chés d'Elnc et de Majorque (i425-i432). [Intéressants détails sur la 
façon dont G. Albert fut enfin nommé à révêché d'Elne en i43i, 
grâce à l'appui dWIphonse V d'Aragon, après n'avoir pu obtenir 
cet évêché du pape Martin \ . en l'jaS, non plus que celui de Ma- 
jorque en 1/139]. ^'" ^' 

II. Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées- 
Orientales, t. LV, iQi/j. 

P. 1-2 1. P. Masnou. Quelques scribes et enlumineurs roussillonnais 
du xv° siècle. [Données sur ce qu'était l'artiste, sa manière, la va- 
leur de l'œuvre et son gain.] — P. a3-3.55. .T. Fhkixe. Le Passage 
de Perlhus(i790-i878). [Suite de l'imposant travail de M.Freixe. Le 
Bulletin de 191/» ne relate que les événements de 1790 à 1810. La 
dernière partie sera publiée ultérieurement.] — P. 307-63. F. -P. 
Thieks. Sur les origines du château de Caladroi. — P. 365-8i. 
Ph. Toiuu.u.LEs. La difTusion du français après l'annexion (1660- 
1700). [Importante contribution à l'histoire de la francisation du 
Hnussillon. Après l'annexion, le gouvernement français songe de 
suite à gagner les générations naissantes par l'école. Le collège 
fondé par les .lésuites. les écoles primaires que les consuls n'éta- 
blirent point malgré les ordres du roi, mais qu'organisèrent les 
curés, firent pénétrer, moins de vingt ans après la conquête, le 
français dans les classes aisées.] M. S. 

Var. 

I. Bulletin (te l'Académie du \(ir, LWIX' année, 191 1. 

Néant. — LXXX* année, 1912. 

P. iii-Tti. D' \. H\r.KiN. Etude comparative des budgets de la ville de 
Toulon dans les aimées 181 9. i843, 1912. [Uéllexions assez som- 
maires sur les charges comparées aux chillres de populaliou (elles 
ont prescpie lri])lé depuis environ un siècle), sur les principales 
sources de receltes (octrois, patentes, location des places aux mar- 
chés, li;'lles cl <'iii|)lacements, concessions de terrain au cime- 
tière, etc.), sur les dépcMises (arignientalion des frais d'adminis- 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. lOQ 

tration, service des pensions de rclrailc, budget de rinstruciiori 
publique, subvention au directeur du tliéâtrc, œuvres d'assistance, 
bureau de bienfaisance, etc.) Les budgets de iSiget i8/|5 sont équi- 
librés sans emprunts; depuis 1881, ces emprunts s'élèvent à la 
somme de 18 millions 867.700 francs. Ils ont été contractés non 
seulement pour exécuter des travaux d'assainissement, créer des 
écoles, favoriser des œuvres d'hygiène et d'utilité générales, mais 
« trop souvent... pour combler un déficit imputable à une mau- 
vaise administration, à l'incurie et à l'imprévoyance ».\ 

LXXXP année, icjiS. Néant. — LXXXII-LXXXIIP an- 
nées, 1914-191Ô. 

P. G'j-i23. J. Parks. Une ambassade hindoue à Toulon (juin 1788). 
d'après les gazettes du temps et des documents inédits. [Il s'agit 
de l'ambassade envoyée à Louis \M par Tippou-Sahib, afin de 
conclure une alliance offensive et défensive. Les ambassadeurs 
hindous arrivèrent à Toulon le 9 juin 1788 et y séjournèrent jus- 
qu'au 21 juin. Us se réembarquèrent à Brest le 11 octobre, après 
avoir échoué dans leur mission. M. P. donne d'après les Archives 
de la marine, à l'arsenal de Toulon, les détails de la note à payer.] 

V.-L. B. 

II. Bulletin de la Société d'études scientifiques et arcfiéo- 
logiques de Draguignan, t. XXIX, 191 2-1910. 
P. x-xvi. A. DE Sapouta. De Montpellier à Aicc en 1768. Itinéraire 
d'un Anglais. [L'Écossais Smolett récrimine surtout contre le 
manque de confort des auberges provençales.] — P. xxu-xxvni, 
i.xxn Lxxni. Mireur. Le port du manteau et du voile interdit aux 
courtisanes au Moyen âge, sentence du juge royal de Barjojs (fin 
du xiV siècle). [Reproduction avec commentaire d'un texte frag- 
mentaire tiré des archives de Barjols (Var).] — P. xxx-xxxvni. 
A. OuRSOu. La jeunesse de Gaspard de Besse. [Gaspard Bouïs, né à 
Besse le 9 février 1707. C'est le Mandrin provençal ; ses premiers 
exploits dans les environs de Besse.] — P. xlu-xlvi. Masse. Un 
procès politique dans le Var après les Cent Jours. [Poursuites in- 
tentées contre un certain nombre d'habitants de Saillans (Var), 
pour le rôle joué pendant les Cent Jours.] — P. xlix-liv. D' Guiard. 
Un médecin dracénois du xv" siècle. [Antoine de Prat, originaire 
de Sisteron, établi à Draguignan vers la fin du xiv siècle et mort 
vers 1433.] — P. Liv-LX. Comte de Grasse. La chèvre de Cabris et 



IIO ANNALES DU MIDI. 

((loi cabrioun» do Tanaron. — P. lxv-lxvi. A. Barbier. Les prôtrcs 
soptuag-énaires prisonniers dans le déparlcmcnt du Yar à Bona- 
parle. [Texte d'une lettre écrite peu après le 1 8 brumaire an Mil.] 
— P. Lxxni-i>xxv. Toi;cAS. Une inondation à Belgentier en iG5i. 
[Crue extraordinaire du Gapeau qui noie 44 personnes, 8 septem- 
bre i65i.] — P. Lxxxi-Lxxxviu. É. PoupÉ. A propos d'Artefeuil. 
[Publie six lettres et deux quittances du graveur Coussin écrites 
entre le a'» novembre 175G et le 4 mars 1708 et adressées à l'auteur 
d'une Histoire héroïque el universelle de la noblesse de Provence 
publiée en 1737-1759. Vrtefeuil est un pseudonyme et celte ///i/o/re 
est une entreprise de librairie el non une œuvre consciencieuse 
d'érudition.] —P. xci-xcui. A. BAUBtER. Arrestations du courrier 
d'Aix à Nice au début du Concordat. [Cinq arrestations en deux 
ans, 3i déc. 1799-25 octobre i8oo.( — P. xcvi-cr. A. Etienne. Les 
majorais du. premier Empire inscrits à Draguignan. — P. cv-cxii. 
Histoire d'un calendrier liturgique. [A propos d'un calendrier ec- 
(•lésiasli(|ue à l'usage du diocèse de Fréjus pour l'année 1801, saisi 
chez iMi imprimeur de Draguignan le 29 déc. 1800.]^ — P. cxiv-cxv. 
F. Miiuxii. La gratuité de l'instruction au Val (Var) en 1681. [D'après 
uneordonnance municipaledu i''i sept. 1681.] — P.cxvii-cxix.Comte 
de Grasse. Une épizootie de fièvre aphteuse à Cavaillon en 1C82. [E.x- 
trail du Livre de raison de messire .lean Gaspard de Grasse, cha- 
noine de Cavaillon, à la Bibliothèque d'Avignon.] — P. cxxii-cxxiii. 
F. MiuEUR. Le plus ancien registre d'actes de Pétat civil du dépar- 
tement. [C'est le registre de catholicité de la cathédrale de Toulon, 
i5i5-i52G.] — P. 3-20. Capitaine Pou AHER. Lcbarond'Azémar, second 
préfet du Var, 1806-181 1. [Donna à Draguignan une place publique 
et une promenade qui rappellent aujourd'hui son nom; encoura- 
gements aux cidlures; portrait; cf. un compte rendu sommaire. 
Annales, ujiS, t. WVII, p. i;>7.| — P. ai-223. F. Miheir. Le cou- 
vent royal des Frères Préciieurs. [ llistoric{ue détaillé depuis le 
milieu du xiir' siècle jusqu'à la Hévolulion ; description du domaine 
nionaslique et des bâtiments, l'église el le couvent (aujourd'hui 
place (Jaudc-Gay); liste des prieurs et des religieux.] — P. 225-G3. 
(lornle de Gkasse. La Criiicpiedu .Nobiliaire et la famille de Grasse. 
[Montre les erreurs dont fourmille la Critique du Nobiliaire de 
Provence de l'abbé llnberl, attribuée à Barcilon de Mauvans. au 
sujet iiotanuiienl tie la lainillc (le (jrasse.] 



» PÉRIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. III 

Tome XXX, 191 4- 191 5 (paru en 191G). 

V. \i-\v. Z. d'Aginel d'Acigné. Les ruines do San-Luen au Muy. 
(Description de ces ruines dalatil de l'époque préliislorique, de la 
période gallo-romaine et de l'ère cluélienne. San Luen = Saint 
Léonce.] — P. xviu-xxiv. E. Masse. La mort de Martin Bidouié. 
Les responsabilités. [Reproduit une lettre du capitaine Érard, 
commandant le détachement des troupes restées à Aups au mo 
ment de l'exécution de Martin Bidouré on décembre i85i : ce n'est 
nullement sur l'ordre du préfet Pastoureau que l'exécution fut 
faite, mais à la suite de l'intervention du maire d'Âups.] — 
1*. x\vi-xx\i. M. Sagot-Lesage. L'ancien château de Bormes. 
Fouilles et découvertes. [L'auteur, propriétaire du château, a dé- 
blayé les ruines d'une chapelle et exhumé, entr'autres débris, un 
cercueil de plomb contenant les restes de Gaspard de Cauvet, mar- 
quis des îles d'Or, baron de Bormes, mort en 1CO8.] — P. xxxnt-XL, 
xui-Lii, Lx-Lxxin. L. Honoré. L'instruction publique à Bormes 
(1640-191/4). [Importante étude, d'après les ai'chives communales 
de Bormes (Var). Liste du personnel entre ces deux dates.] — 
P. Lxxvi-Lxxvn. Z. d'Agnel D'AcrGMi. La vérité de la légende de 
Saint-Hermentaire. [Saint Hermentaire. patron de Draguignan, 
aurait réellement délivré la région d'un dangereux reptile.) — 
P. XGi-ciii. É. PoLPÉ. Lettres de l'abbé Montjallard, curé de Bar- 
jols, député h l'Assemblée constituante. [Reproduit trois lettres 
de l'abbé député et une lettre de son collègue Rigouard, adressées 
à Trucy, maire de Barjols, et datées des i" et 20 septembre, 
5 novembre et 17 septembre 1789.] — P. cvui-cxni. F. Mireur. Con- 
trats d'apprentissage pour le métier de tisserand en i565 et i566. 
Participation de l'apprenti aux bénéfices. [Commente deux textes 
tirés des archives de notaires.] — P. cxvi-cxx. Z. d'Agnel d'Acigné. 
Les antiquités du Vérignasc. [Quartier aux environs du Muy; 
quelques débris d'inscriptions latines.] — P. cxxni-cxxvi. Adrien 
GuÉBHARD. Découvertes de Castelars dans les départements du Var 
et des Basses-Alpes. — P. cxxx-cxxxiv. É. Poupé. Un ambassadeur 
turc au Beausset en 1741- [Il s'agit de Saïd-Mehémet pacha, envoyé 
en France en 1741-1742; il s'arrêta au Beausset en allant vers Paris 
au début de novembre 1741] 

P. 1-79. É. Poupé. La Cour prévôtale du Var, 1816-1818. [Étudie 
d'abord l'organisation et le fonctionnement de la Cour prévôtale 
et passe en l'evue les différentes affaires qui y fui-ent jugées, pour 



112 ANNALES DU MIDI. 

vols, contrebande, tentative d'assassinat, fausse monnaie, rébellion, 
faux, attentat à la pudeur. La Cour eut à connaître six affaires 
politiques. Dans Tcnsenible, pour les affaires de droit commun, 
la Cour prévôtale ne montra pas j^lus de sévérité que les juridic- 
tions ordinaires; au point de vue politique, sauf dans les pi*emiers 
mois de leur installation, les juges prononcèrent leurs jugements 
avec impartialité.] — P. 80-96. A. Boîsnet. Un primitif à Dragui- 
gnan. [Tableau représentant N.-D. du Rosaire, dont l'auteur 
donne vnie reproduction en couleurs. De l'examen des physiono- 
mies et costumes des priants, M. B. croit pouvoir conclure que 
ce retable daterait du premier tiers du xvi*" siècle, entre i53o 
et i534.) — P. 97 118. F. MiREUR. Les statuts de la confrérie des 
tailleurs d'habits de Draguignan, i47i- [Commente les articles des 
statuts rédigés en provençal dont le texte est reproduit.] — 
V. 119-79. II. Belletrud. Un marin provençal au xvin' siècle. 
M. de Lyle-Taulane, 1710-1795. [Biographie de ce personnage 
d'après les archives familiales de M. le baron de Sinety. Rensei- 
gnements succincts sur les diverses campagnes, une vingtaine 
environ, accomplies par M. de Lyle-Taulane entre 1732 et 177/».] 

V. L. B. 



1>É1\I0DIQUES FRANÇAIS NON MÉRIDIONAUX 

I . — liuUcUii (irchéologiquc dn (jtinilé des Ti'dVdux Iiis- 

l(>ri(/ii('s ri scû'/iliJU/uc'S, 1910. 

V. \\\i\. l'oullles sur l'einplacemenl de l'aiiciennc calliédrale de 
Montaubaii. - P. \i.. iawiii. cxi.w. Fouilles au cimetière de Saiiit- 
Seuriii de Bordeaux. — 1'. \li. Fouilles sur l'emplacement de 
l'antique P/.w()/.s-. — P. xlh. !''oullles à Juan les-Pins et à Fréjus. — 
V. \i.ix. Objets |)réliislori{|nes et romains trouvés près de Cannes. 
— I*. I.. Fouilles aux abords de l'arc de Diane, à Caliors. — 
I'. i.i. Sépultures antiques dans la conunune de Vallauris. Téte- 
IMnlcait (le l'épocjue gallo-romaine à Saint-Mailin de Crau. — 
I*. i.viii. Miirques de [jlombiers romains dans la vallée du Rhône 
el dans llsèr(>. — P. ia. Inscription romaine à Cliàleau-Barnier, 
près de .Nîmes, épitaphe de Cn. Luciclius Fucteinon. - P. i.wi. 
Uueyras dans les Hautes-Alpes et la peuplade gauloise des (jua-^ 
ridtes; Ium ii|tti()ii romaine des Escoyères en (^uejras. — P. i..\x\i. 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS \0> MERIDIONAUX. Il3 

Sculptures préromanos de la Gayole, en Provence. — P. lxxx. Sar 
cophages chrétiens de l'église Saint-Félix de Gérone, à rattacher 
à l'école provençale. — P. lxxxu. Bronzes antiques du musée de 
Nice. — P. cxxin-v et cun-v. Trois inscriptions romaines d'.YrIes. 
[L'une est l'épitaphe d'un centurion primipile.] — P. cxxvn. 
Antiquités romaines à Monans-Sartoux (Vlpes-Maritimes). — 
P. cxxx. Fouilles dans la station préhistorique de Laugerie-Haute 
(Dordognej. — P. cxxxu. « Lunes » ou disques métalliques, avec 
emblèmes, personnages, armoiries ou inscriptions, ayant décoré 
le harnachement des bêtes de somme dans le Gévaudan, le Rouer- 
gue et le Velay. — P. cxxxiv et cxlv. Découverte d'inscriptions 
dans le mur romain de Périgueux. — P. gxl. Antiquités préhis- 
toriques dans la vallée des Baux. — P. cxli. Statue de la Vierge, 
xv" siècle, à Saint-Pardoux-la-Rivière (Dordogne). — P. glu. Pierre 
à dessins géométriques trouvée à Cézan (Gers). — P. clxhi. Anti- 
quités romaines à Rodez. 
P. i5-2i et pi. i-n. M. Chaillan. Autels chrétiens de Cassis, de Buoux 
et de Cavaillon [d'époque préromane]. — P. 22-63 et pi. ni-xvn. 
Ch. Dangibeaud. L'école de sculpture romane saintongeaise. [Elle 
atteint son maximum d'intensité vers le troisième quart du 
xn" siècle; placée entre deux provinces de tempéraments dissem- 
blables, elle a su éviter « l'exubérante minutie et la rudesse » du 
Bordelais, en restant inférieure au Poitou et à l'Aiigoumois pour 
l'invention, la richesse et l'exécution ; exclusion des gi'andes scènes 
religieuses; l'auteur annexe à son étude un intéressant répertoire 
des sujets traités par ces imagiers de Saintonge.] — P. i^g-Oo 
(cf. p. Lvu et CLXvi). F. -P. TniERS. Rapport sur les fouilles de 
Castel Roussillon (Pyrénées-Orientales). — P. 17^-204 et pi. xxx 
à XXXIX. A. AuuoLLEiXT. Les tombes à incinération du musée de 
Clermont-Ferrand. — P. 3o8-i3 (cf. p. lxxxi). II. de Gékin-Ricakd. 
Les statues romanes de l'église Saint Pierre-de-la-Manarre (\ar). 
[Moines en prière, sur les arcs; xn^s.] — P. 814-27 et pi. lu à lix. 
Arxaud u' Agxel. JNotice archéologique sur le prieuré de Ganago- 
bie (Basses-Alpes). [Église et cloître du xn" s. ; les voussures dente- 
lées dateraient d'une réfection du xvi"^ s.; imporlanlos mosaïques 
avec ca\aliers. fauves, monstres, palmeltes.J 

Id., 191 1. 

P. xxxv. Substructions d'un cirque antique à Arles. — P. xxxvin, 
xuu. Antiquités romaines à Gondrin (Gers). — P. \x\ix-xli 

ANNALES DU MIDI. \XIX. 8 



Il4 ANÎVALES DU MIDI. 

ol cxvii. Fouilles de Vésone (Périgvicux). — P. lxxxvii. Les em- 
preintes de mains sur les parois de la grotte de Gargas (Haute 
Garonne). — P. cxi. Fouilles de Vaison. — 1^. cxu et cwii. Décou- 
vertes arctvéologiques dans le déparlement du Gers. — P. cxvni. 
Découvertes dans la région de Cannes, à Fréjus et dans l'Esté- 
rel. — P. cxxxvin. Squelette moustérien de La Quina (Chai"ente). — 
P. cxxx IX. (irotte préhistorique dan s la commune de Rivièie (Landes). 
— P. CXI.. Oppidum préromain de Saint-Gcnce (Haute-Vienne). 
P. 3 i3 et pi. I. F. Mazaurig. Sépulture gauloise avec vases poly- 
chromes découverte à Gavaillon (\ aucluse). [Influences italo-grec- 
ques sur les arts industriels de la Gaule.] — P. i4-3o et pi. n-iv. 
E. HoiXAET. Les sarcophages chrétiens de l'église Saint-Félix de 
Gérone et l'école artésienne de sculpture funéraire. — P. -ioS-so 
et pi. XV (cf. [). xLix et (.xlv). F. -P. Tuieus. Rapport sur les fouilles 
de (^astel-Koussillon (Pyrénées-Orientales). — P. aa5-8 et pi. xvni 
(cf. p. Lix à Lxiv). M. Devdikh. Table d'autel chrétien à Vauglnes 
( \ aucinse.) [Gf. l'autel d'Auriol au musée d'Âix-en-Provence et celui 
de liuoux, supra 1910, de type et de décoration analogues, avec 
rinceaux de vigne, colombes, chrisnie.] — P. Sig-aS et pi. xxi à xxn 
(cf. p. cxvni). 11. DE Géuin-Ricaud. Découverte d'un nouveau quar- 
tier d'Olbia, prèsd'llyères (Var). [Entre autres, mosaïque romaine]. 
P. ;)53-(k) ol |)l. x\rx (cf. p. i.xxvi). E. Bonnet. Un autel inédit 
du NUI' siècle. |l)e ia collection Didclot à l'Université de Montpellier ; 
agneau m>sticpie et symboles des Evangélisles.] — P. 3Gi-8 et 
|)l. \x\-\\\i (cï. pi. i.xxv). VitxAtn d'Agnel. Fragments d'un bas- 
relief du xn'^ siècle [)rovenant du mausolée de Sainl-Elzéar de 
Sabraii. | Le mausolée se trouvait dans la chapelle des Cordelicrs 
d'Apt ; les deux grou[)es reproduits ici sont conservés au musée 
Horély, à Mar.seille, et représentent deux miracles du saint.] — 
P. 3()(|-72. M. HAnuiui.T. La construction du clocher des Augus- 
tins d'Avignon. [L'acte de piix-fait est de 1372; .Lacques Laugier, 
lapicide d'Avignon, continue la besogne en 1377.I IL (!u. 

îi. Urrur (irc/i('(d<)(fu/uc, V série, t. XXIII, 191/1, I. 

''• ' •''• •'<"•'" -Lucien llioiut. La reine de Saba et le bois de la croix. 

(Légende de la reine de Saba au pied d'oie ; à étudier au sujet de 
la légende toulousaine d'une reine Pédauque]. — P. 09-98. L. Jou- 
iiN. Le- âges protohistoriques dans l'Europe barbare. -- P. 11 1-2. 
U. I.i/.<ii'. Nouvelles découvertes à Saint-Hertrand-de-Comminges. 
[Entre antics. ini sarcophage chrétien dont !e couvercle porte l'ins- 



PERIODIQUES FRANÇAIS NON MERIDIONAUX. II 5 

criplion : Dit, Chrisle, famulae lime Aeinilinnae requiem el vilam 
(lelernnm]. — P. .'«nS-G'i. (1. Barrano. ^olos sur Vônasquo (Vau- 
cluso). — P. 3/;9-78. F. dk Mélv. Sigiialiires do primitifs. (Gclarli- 
liclc est une véritable étude sur la danse de Saloniédans l'iiisloire 
de l'art avant la Renaissance; à partir du xni" siècle, le pas de ca- 
ractère devionl une danse de jongieresse ; l'auteur cite et repro- 
duil. [). 36i, fig. 9-10, le chapiteau du musée de Toulouse où figure 
ce thème; s'il n'a pu se procurer une phologiaphie de la Salomé 
toulousaine, du moins aurait-il pu renvoyer au dessin qu'en donne 
^ iollel-le-Duc dans son Dicliuiiiidire de V Architecture, WU,i) 126, à 
l'article Sculpture, cf. son Dictiomi. du Mobilier, II, p. l\53, à l'arti- 
cle Da/ise]. — P. 453-98. Revue des publications épigraphiques. [N'"' 36- 
38, Castcl-Roussillon, 85 Bizanot (Aude), igG l^odez, 197 Ponsan- 
Soubiran (Gers), 198 Lasséran (Gers).] 

T. XXIV. 191/,, II. 

P. 3o5-3o. .T. LoTii. Le dieu Lug, la Terre Mère et les Lugoves. [Lug- 
duimm Conveiiaruin à Saint-Bertrand-de-Gommingcs, Lmjdunuin Coii- 
seranorum à Saint-Lizier (Ariège), Lugduinim Voconliorum à Mont- 
lehue (Drôme) ; l'auteur cite également Laudunum à Loudun dans 
le Gard, Lauzun dans le Lot-ct Garonne, Montlauzun dans le Lot, 
Montlezun dans le Gers; examen des i^rincipales hypothèses sur 
la signification du mot Lug; le culte de Lug en Irlande est insépa- 
rable de celui de la Terre ; les Lugoves seraient des Maires attachés 
à Lug; identification de Lug et de Mercure.] — P. 36i-83. Revue 
des publications épigraphiques. [N°* 236 Vaison, 237 Die, sSi Nar- 
bonne, 382 Cabasse (Var), 283 Saint-Canadet (Bouches-du-Rhône), 
284 Guéroult (\ ar), 285 Apt.] 

T. XXV, 1915, I. 

P. 3G-39. II. IIlbert. Une nouvelle figure du dieu au maillet. [Trou- 
vée à Orpierre dans les Hautes-Alpes, acquise par le musée de Saint- 
Germain-en-Laye ; assimilation de ce dieu à Silvain]. — P. 47-70 
et 259-82. JouLiN. Les âges prolohistoriques dans l'Europe barbare. 
[Suite. P. 55 et 264, régions du Sud de la Gaule.] 

Ici. 1915, II. 

P. 8o-3. D'^Pey^ean. Découvertes archéologiques dans la Gironde. [A 
Mios, tuinuti el tombes plates à incinération ; à Biganos, tumuli]. 

H. Gr. 



NÉCROLOGIE 



Le 4 juillet 1915 est décédé à Clcrmont-Ferrand M. Marcellin 
BouDET ', (lui pendant une longue carrière de magistrat n'a pas 
cessé de consacrer à l'histoire de l'Auvergne tous les instants 
dont il pouvait disposer. Né en i834, dans une petite localité 
du Puy-de-Dôme, il avait, dès sa jeunesse, manifesté pour les 
études liislori(}ues un goût très vif auquel il se fût volontiers 
consacré exclusivement, et c'est un peu malgré lui qu'il était 
entré dans la magistrature, où il a laissé d'ailleurs la réputa- 
tion d'une haute compétence juridique et d'une intégrité irré- 
prochahlc. Partout où il passe, à Gannat comme substitut, à 
Murât et à Saint-Flour comme procureur, à Riom comme subs- 
titut du ])rocureur général, à Tliiers, puis de nouveau à Sainl- 
Flour cijinme président de tribunal, à Grenoble comme con- 
seiller à la Cour, enlln à Clermont-Ferrand où il s'établit 
en iç)o3 en prenant sa rotiaite, il fouille les archives, il stimule 
les bonnes volontés, donne aux travaux histoiiques une nou- 
velle impulsion en créant des sociétés locales, il ramasse enfin 
une quantité de matéiiaux qu'il a mis en œuvre, avec un esprit 
(•riti(pie excellent, tantôt dans de simples articles de revues, 
l;iiili'il dans (h's ouvrages plus importants (jiii le placent parmi 
les meilleurs des historiens régionaux. 

Nous ne pouvons donner ici toute la liste de ses travaux, 



1. Nous regrettons vivement que les circonstances n'aient pu pcr- 
iiiL'lli(> ;'i aucun do nos collaborateurs réf^ionaux de rédiger la notice 
dctaillôc (lue aii\ mérites de ((>! érudil et à l'importance de son 
(iMivrc. Nous nous contenterons de renvoyer à l'étude biographique 
et bibliograpldque très com|)lcle (pie ^\. Aymar lui a consacrée dans 
la séance du ■>. uiais i()i() de l'Académie des sciences, lettres et arts 
(le Clermoiil. et qu(> M. Uouchon, archiviste du l'uy-de Dôme, a biCn 
voulu iiniis sljfuater. 



NECROLOGIE. I I 7 

parus clans les Mcmoircs cl le Bulletin de rVcadéiiiic de Cler- 
mont, dans Ysiavcrfiiie historique, la Revue de la Haute-Auver- 
gne, la Revue (VAuvergne, etc. '. Nous citerons seulement les 
plus saillants. 

Il s'était d'abord occupé d'études révolutionnaires et avait 
publié, en 1878, Les, li'ihuiiaux criminels et la justice révolu- 
tionnaire en Auvergne, Les exécutés", puis Le.s" conventionnels 
d'Auvergne ' \ mais c'est surtout l'Iiisloire du moyen âge qui lui 
a fourni la matière de ses ouvrages les plus importants. C'est 
la publication des Registres consulaires de SainlFlour en langue 
romane {1376-1 W5), qui, malgré quelques imperfections rele- 
vées par les philologues, établit tout d'abord sa réputation'. 
Sur Saint-Flour également on trouvera, dans les Annales du 
Midi, deux articles, Charles VII à Saint-Flour et le prélude de la 
Praguerie {l^i37)'\ où il montre comment l'arrivée inopinée du 
roi à Saint-Flour fit avorter une première tentative des sei- 
gneurs conjurés, et La légende de SaintFlorus'', où il prouve 
que la croyance à son apostolicité est antérieure à Bernard Guy, 
le nom actuel de la ville s'étant subslitué à celui d'Indiciac au 
début du XI" siècle. Il consacre encore à cette ville divers arti- 
cles : Assauts, sièges et blocus de Saint-Flour pendant la guerre 
de Cent ans (1356-1391) '; Villandrado et les Écorcheurs à Saint- 
Flour '*; Saint-Flour et sa prévôté pendant la révolte des Arma- 
gnacs et des Bourguignons'', contribution de premier ordre à 
l'histoire générale a la fin du règne de Charles Vil et au début 

1. On en trouvera la liste détaillée dans l'étude de M. Aymar 
(cf. note précédente). Les dépouillements de ces périodiques par les 
Annales du Midi ont aussi donné en leur temps une analyse de ces 
articles; nous les indiquons en note. 

2. Paris, Aubry, in-S" de \v-3o6 p. 

3. Id.An-S" de 464 p. 

4. Paris, Champion, 1900, gr. in-S^de 4i8 p. Cf. un compte rendu 
de M. Jeanroy dans les Annales, 1904, t. \VI, p. 286-340. 

5. Annales, 1894, I. ^ I, p. 3oi-326. 

6. Id., 1895, t^ VII, p. 257-274. 

7. ln-8° de 34 p. (Revue d' Auvergne. 1893; cf. Annales, 1890, t. MI, 
p. 25o). 

8. In-8" de 87 p. (Revue d'siuverg ne, 1895). 

9. 1909, in-8'' de 210 p. (Revue de la Haute-Auvergne, 1906, 1907). 



Il8 ANNALES DU MIDI. 

du règne de Louis M; L'hôtel du consulat de Saint-Ftour, ses 
maîtres et la twurgeoisle sanjloralne au moyen âge ' ; Les mar- 
chands d'Aarlllac et de Saint- Flonr aux foires de Champagne et 
à Montpellier'^ : La recluserie du pont Sainte-Christine à Saint- 
Flour^ (un des meilleurs travaux sur les recluserics); et enfin 
son ouvrage capital, le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour*, 
dont l'introduction, bourrée de faits, est une véritable histoire 
critique de toute une région de l'Auvergne". C'est encore dans 
notre Revue qu'il a retracé le rôle des États d'issoire de i355, à 
peu près inconnus jusque-là : l'Auvergne, en échange de ses 
subsides, obtient du roi toute une série de garanties, notam- 
ment contre les officiers royaux ". 

L'étude des coutumes locales semble aussi lavoir particuliè- 
rement attiré. Il publie en 1902 Aspres sur Buech et ses chartes 
de coutumes (l'276-l^i39)' ; en 1908 et 1909, Cournon et ses char- 
tes de franchises (li'ii)"; enfin, en 1914, nne très importante 
Collection inédite de chartes de franc/lises de Basse-Auvergne 
(XIII'-XV' siècles)". 

A l'histoire générale, à l'histoire des institutions se ratta- 
chent ses travaux sur Thomas de la Marche, bâtard de France^", 

I. 189Ô, in 8" de i.'vi p. (DiiUerui de l'Académie de Clciiitonl, iStj'i; 
cf. Annales. i!^()<'». l. \\\\. p. iy'4). 

■i. ln-8" de 38 p. (Revue de In Haute Auvergne, igiS). 

3. Bévue de la Haute Auvergne, 1901 et 1902 (cf. Aiuiales, 1903, 
I. \\. p. 95j. 

']. Monaco. 1911); in-4' de (ccww i-r)77 p. 

."). N oir le compte rciidn (pic les [iui(tt<'s onl consacre à cel ou 
vragcdgii. t. WIV. p. ■>.'i-i ■>.\'^'). 

6. Lex Etals d'issoire en 1355 et leurs couuiiissnircs rayuu.'' (Annales 
du Midi, 1900, t. \II, p. 33 60). 

7. ln-8'' de 3o3 p. (fiulleliii de f \c(idéuue delpliimdr : cf. \iuiidrs. 
1901, t. \\ I, p. 118); localité (1(> rarrondisscineni de (iaj). dépendant 
do l'abbaye de Sainl-Cîérand d'Aurillac. 

S. Iw-i^" (le 9Ah\ p. (Revue d'Auvergne: ci\ Annales, n)!''!. I. \\i\. 
p. I •>")); localité près do Clermont. 

9. ln-8" de 53 1 p. (Mémoires de iAïudrnuc de Clrmuml). 

Ml. Thomas de lu Marche, hnlard de l^niiu-c (^Revuc historifiue, 189"), 
I. I,l\. p. 36-70); Thnmus de tu Marche, bâtard de France, et ses aven- 
lures (i3i8-i36i). 1900. in-N" de 378 p. el 7 i)l. ( \uvcrgne hislorigue. 
i898-i()ooj. 



NECROLOGIE. T [9 

fils, d'après M. Boudet, de Pliilippe fie Valois et. de IMaiiclie de; 
Bourgogne, comtesse de la Marche, première femme de Charles 
le Bel*, chargé de diverses missions en Bohême, Allemagne, et 
gouverneur de la Haute-Auvergne; sur Les derniers Mercœars"' 
(Béraud Vil, 1 272-1321, principal seigneur d'Auvergne sous 
Philippe le Bel); sur Les baillis royaux et ducaux de la Haute- 
Auvergne^ (catalogue très documenté), et sur le vCAt à' Euslache 
de Beaumarchais ' en x\uvergne. Enfin l'histoire économique et 
sociale avait, en dernier lieu, fait l'objet d'une très curieuse 
Éliule sur les sociétés marchandes cl fina/tcièrcs au moyen à(jc. 
Les Gayte et les Chauchal" , étude pleine d'aperçus nouveaux et 
intéressants. 

Cette simple énumération ne saurait donner une idée de la 
masse énorme de documents mis en œuvre et toujours expli- 
qués, discutés et interprétés avec une méthode scientifique per- 
mettant d'aboutir le plus souvent à des vues d'ensemble solide- 
ment établies. 

Ce sont toujours aussi les documents soigneusement publiés 
et critiqués qui sont la base d'autres travaux moins longs, il 
est vrai, que les précédents, mais tout aussi importants par 
leur sujet et par la manière dont ils sont traités. Citons, par 
exemple, comme études d'un intérêt général : Les comtes d'Au- 
vergne aux V" et VI" siècles et le palais de Victorius, étude sur 



1. Celte thèse a été vivement combattue par G. Paris (Journal des 
Snvantx, décembre 1900) et ici même (cf. compte rendu, Annales, 
1901, t. Mil, p. 539-545). M. lîoudet a repris la question dans te 
Moyen à<je en 1901 (p. 3i5-356, Ctiarles le Bel el Thomas de la Marche, 
réponse à G. Paris) et en 1903 (p. 283 3<i3, Nouveaux dociunenls sur 
Thomas de la Marche, seigneur de ÏSonelle el d' \u:on, bàlard de France; 
cf. Annales. 1904, t. W I, p. 126). 

2. i9()(). in-8" de 263 p. (Revue d'Auvcr<ini\ 1904-191)5; cf. Annales, 
1907, t. XI\, p. 56o et compte rendu, igoG, t. WIII, p. 555). 

3. In 8° de 356 p. (Auvergne hislorique, 1903-1906; cf. Annales. 191 1, 
t. WIII. p. 25o). 

4. In-8"de 220 p. (Revue de la llaule- Auvergne, 1899-1900; compte 
rendu dans .l/ma/e*-, 1903, t. \IV, p. 428). 

5. 1915, in-8" de 395 p. (Revue d'Auvergne, 1911-1914; cf. Annales, 
1913-1915, t. XXV, p. 375-37G; XXVI, p. 398; XXVII,' p. 107). 



120 ANXALES DU MIDI. 

ce palais à propos du travail de Kurtli sur les comtes*; Sfdnl- 
Rohert de Tuiiande, fondaleiir de La Chaise Dieu et sa /ami Ile "; 
Deux épisodes des guerres albigeoises en Ilaule-Auvergne (le 
concile de Saint-Flour en laaS, Louis Vlll à Saint-Flour 
en i2a6)^; Le domaine des dauphins de Viennois et des comtes de. 
Forez en Auvergne {1303- 13 '49)'; La justice et la police prévô- 
tales en province, Haute-Auvergne"; .\ote sur le commenceme/it 
de l'invasion anglaise en Auvergne pétulant la guerre de Cent ans " 
(d'après les comples municipaux el les registres de délibéra- 
tions); La Jacquerie des Tuchins {ï3()3-13S^i)\ travail qui, 
d'a|)rès Aug. Molinier, a donné sur le caractère et les causes de 
ce souleAement des aperçus tout à fait nouveaux; Note sur la 
fabrication <la feu grégeois en Auvergne pour lampée de Du 
Guesclin (1380)^, d'après les comptes de Saint-Flour; La Haute- 
Auvergne et les d'Armagnac pendant le siège d'Orléans et la 
mission de Jeanne d'Arc" (envoi de secours à Orléans, d'après 
les archives de Sai;it-Flour) ; L'histoire d'un liandit méconnu : 
Bernard de Garlan, dit le Méchant Bossu, capitaine d'Aï- 
leuze'", chef d'une des grandes compagnies qui ont fait le plus 
de mai à l'Auvergne de i38o à i3()i (voir aussi la notice sur un 



I. TQOd, in-S" fie \- p. (Hci'iic <lc ht llanlc Auvergne : cf. Annales, 
ii)<).'^, t. \ \ . \). f)'\ I. 

:>.. ln-(S"de()o p. (litdlclin de l'Acndrinle de Clernwid. 1906 et 1907; 
cf. un compte rendu, Annfdes. 1907. t. \I\. p. ft'MV). 

3. 1904, in-8" de la p. {Hcciic de la Haute Aiwergnc : cf. Annales, 
1905, t. WII, p. lioG). 

\. 190.5, ni-8" de 95 p. {Bnllclin ilc i Académie de ClermnnI. l()n\-\^\o^^ ; 
cf. un compte rendu, Annales, 1906. I. WIII, p. 55/|, et 1907. t. \1\, 
p. 26/i). 

5. 1902, in-8" de 177 p. (Auvergne hislorique). 

fi. Bidlelin de l'Acndémie de CAermont, 1908. p. 3i-'|8 (cf. Annales, 
1910, t. WII, p. io3). 

7. I11-8" de i/|8 p. (Aurcrqnf hisloritine. i89'i-i89.'i ; cf. vui compte 
rendu, Annales, 1896, t. Mil. p. 98). 

8. 1906, in-8" de 12 p. (Bullelin de l'Acadéndc de iUernionl : cf. .1/i/irt- 
tes, 1908, t. X\. p. i3i). 

9. nio'i. iu-8" de 59 p. (Revue de la Haule-Auvrrqne : cf. Annales, 
1905, t. WII, p. 4o6). 

10. 1912, in-8" de 98 p. (Rceue de ht Ilaule-Auvergne; cf. Annales, 
ujy\, [. XXVI.p. 258;. 



NECROLOGIE. 121 

autre routier. Aimcri(/o/. Marches, 1381-1391 '); Origine aiiver 
gnale de deux ministres de Charles Vil : Jacques Cœur et Jean 
de Vernet, dit Le Camus de Beaulieu'; Étude historique sur 
les épidémies de peste en Haute-Auvergne, XlV-XVllL siècle' 
(en collaboration avec iM. R. Grand). Voici enfin quelques arti- 
cles d'un intérêt plus local : Les plomberies de Pontgifmad sous 
les Romains et au moyen éige '; Les pren^iers travaux de dessè- 
chement du marais de Limagne, d'après les textes du moyen 
âge''; L'ours et le gros gibier dans la Haute-Auvergne d'autre- 
fois"; les monographies des communes de Foulholes' et de 
Thuret", etc. 

Les indications qui précèdent, loul incomplètes qu'elles 
soient, montreront combien est variée et considérable l'œuvre 
laissée par M. Boudet. Sa mort sera pour l'histoire de l'Au- 
vergne une perte très sensible. 



I. Auvergne tiistoriqae, iS()3-94. 

3. igiS, in-S" de 48 et 91 p. (Bullefiii de l'Académie de CIcrmonI). 

3. 1902, in-8" de i33 p. (Revue de la Ilaule-Auvergne ; cf. un compte 
rendu, Aniudes, 1904, t. X\ I, p. 43i, ci id., p. io4). 

4. Mémoires de l'Académie de ClermonI, i88i, 61 p., et Balletin de 
l'Académie de ClermonI, 1908, 42 p- (cf. Annales, 19 10, t. X\II, p. io4). 

5. 1890. in-S" de 59 p. (Revue d'Auvergne). 

6. 1912, in-S" de 78 p. (Revue de la Haute- Auvergne. 191 1 et 1912; 
cf. Annales. igiS, t. \XV, p. 239). 

7. 1907, In-8" de 87 p. (Revue de la liante-Auvergne, 1900 et 190G; 
cf. Annales, 1906 et 1908, t. WIII, p. 627 et t. \X, ]). 269). 

8. 1913, in-S" de 174 p. (Auvergne historique). 



CHRONIQUE 



Notre gérant M. Edouard Privât, capitaine au 3" génie, dont 
nous avons déjà relevé les citations à l'ordre de l'armée', a été 
de nouveau cité à l'ordre du jour de sa diA'ision dans les termes 
suivants : 

« Kxcellent commandant de compagnie, d'un bel exemple 
pour ses subordonnés par sa conscience et son esprit de de- 
voir. Le I 1 juillet 1916, aux abords du fort de Souville, a ob- 
tenu do ses hommes, sous un violent bom])ardement, un très 
gros cfibrt, maintenant dans sa troupe le meilleur esprit, mal- 
gré les pertes qu'elle subissait. » 



L'Académie de la I^angue catalane (Acadcmia de la llcngua 
catalana) a été déruiilivcment constituée à Barcelone, sous la 
présidence du chanoine Jaume Collell. 

KUe s(î compose de membres titulaires et de membres ad- 
joints. Ceux-ci jouent le id\e des « correspondants » des Acadé- 
mies de notre In^^lilut de France. L'objet de la fondation est 
défini en ces termes j);ir l'article 3 des statuts : « L'estudi aiuo- 
rns (le l;i iKislia lirngiia, tant en sos origens, com en sos clas- 
siclis, COU) en son a-.tual innivcmenl, tant en jos arxius y can- 
celleries com la paria popular y vivent en lots sos lerrittiris; 
trebidiant per niornarli l'antiga xerital ab lo Irc^sor de sos in- 
menses ri(pieses (li;il('(|;ii : y lomeiilaiit cada th'a mes son cidtiii, 
son honor y son |)i('stigi. » 

Les termes de cet article méiilcnl délrç rele\és, parce ijnils 

I. Cf. [nnnlrs. i<|i .'). I . \ \ \ 1! . j.. i a3. 



CHRONIQUE. 123 

définissent un esprit et un programme. Le style dans lequel il 
est conçu dénote un respect marqué du catalan traditionnel, et 
les formules employées révèlent le souci de concilier, avec 
l'unité fondamentale de la langue, la variété de ses dialectes. 
11 semble donc que l'Académie nouvelle aborde sa tache avec 
le sentiment très net des réalités. Puisse-t-elle y persister, car 
c'est la condition indispensable de son succès ! 



Le texte du manuscrit des Leys d'Ainors conservé à l'Acadé- 
mie des Jeux-Floraux, et jusqu'ici inédit, va être l'objet d'une 
édition par les soins de M. Joseph Axolade. Cette édition for- 
mera les tomes XVll et XVIll de la Bibliothèque méridionale, 
dès maintenant sous presse et mis en souscription. 



Mouvement félibréen. — Depuis notre dernière chronique, le 
félibrige a perdu deux représentants éminents. i\L J. MoxxÉ est 
décédé à Marseille, où il habitait depuis très longtemps. Mais 
Monné était d'origine catalane, et lorsque la Sainte-Estelle fut 
célébrée à Perpignan, il fut un des principaux organisateurs de 
cette réunion. Il a publié de nombreux recueils de poésies (on 
peut en voir le détail dans la revue perpignanaise Moantanyes 
Régalades, numéro de novembre-décembre 1916). Il dirigea 
longtemps une jolie petite revue, Loii Felihrige. d'une impres- 
sion très élégante, qui a vécu une dizaine d'années. Monné 
laisse d'assez nombreux travaux manuscrits, entre autres un 
Dicdonnaire de rimes qui rendrait autant de services aux phi- 
lologues qu'aux poètes — et sans doute plus aux premiers 
qu'aux seconds — et un Dictionnaire bibliographique de la lan- 
gue d'oc. 

M. Léopold CoxsT.ws était, comme J. Monné, majorai du 
félibrige. En dehors de ses travaux scientifiques, il s'intéressait 
beaucoup aux publications félibréennes et prêchait d'exemple 
en publiant le populaire .4/vnana rouergat et en rééditant les 
poésies de Peyrottes. Pendant l'exposition internationale de 
Liège, il fut chargé par le Ministère de l'Instruction publique 



12^ ANNALES DU MIDI. 

d'une mission an cours de lacjuellc il fit une série de confé- 
rences sur Mistral (elles ont paru en librairie, à Avignon, chez 
Roumanille). Ces conférences régionalisles dans ce pays de 
bon régionalisme qu'est la Wallonie eurent un grand succès. 
L'Armanak de la Marmite, qui est populaire à Liège, en fut 
aussi fier que l'Annana rouergat. 

\.'Almaiiac Illuslral de Touloazo e dcl Mieljoun a continué à 
paraître régulièrement malgré la guerre. On y lira d'intéres- 
santes poésies de son directeur, M. Xavier Rivière, l'auteur 
des Campanejadas Ladrar/aezas, et, dans le fascicule de 191 7, 
une belle pièce du docteur Albarel, aide-major à l'armée 
d'Orient, fondateur de la Cigalo narbowiéso. 

La gracieuse Reine du Félibrige, M"" Marguerite Priolo, 
vient de publier, sous le titre Coules del Meirilher (Brive, imp. 
Bessot et Guionie) une série de contes limousins qui font pen- 
dant à ses Légendes limousuies. 

M""" Frédéric Mistral vient de fonder une revue félibréenne, 
Lon Félibrige, destinée à continuer l'œuvre du Maître et à servir 
de lien amical aux félibres. Les deux premiers numéros parus 
font présager pour cette publicatif)n un légitime et durable 
succès. 

M. Jules RovjAT, bien connu par ses publications félibréen- 
nes, sa collaboration à Vivn Proiivi'nro et par ses travaux scien- 
tifiques {Comptes consiilnires de Grenoble, publiés dans la 
Revue des Langues Romanes et Lssai de syntaxe des parlers pro- 
vençaux) vient de se faire inscrire comme Privai dorent à 
ri Diversité de (Jenève, où il a\ail fait pendant les deux der- 
niers semestres un cours d(> provençal. Nous souhaitons un bon 
succès à son enseignement. 

Fribourg a un excellent provençaliste en la peisonnc de 
M. (î. Bcrloni ; (jencvc n'a plus rien à lui envier; à quand Gre- 

"Oble? J. AXGI.ADE. 



CHROINIQUE. 125 

Le proveiirnl à Alx-Marseille. — Le cours de provençal 
laissé vacant à la Faculté des lettres d'Aix-Marseille par le décès 
du regretté Léopold Constans a été confié à un jeune professeur 
du lycée de Marseille, M. Emile Ripert. M. Ripert est un poète 
des plus distingués, qui a collaboré longtemps au Feu, l'ar- 
dente revue méridionale qui vient justement de faire sa réap- 
parition (i"' janvier 1917). Le nouveau chargé de cours de pro- 
vençal a été souvent lauréat de l'Académie des Jeu\-Floraux, 
où il est maître es jeux. 11 prononça, il y a quelques années, à 
la séance publique du 3 mai, un éloge en vers de Clémence 
Isaure, qui fut des plus remarqués. Nous lui souhaitons le plus 
srand succès dans son enseignement. J. Angl\de. 



Section Lettres-Philologie de l'Institut d'Études Méri- 
dionales (Années 191.5-1916). — Cours. — L'appel des classes 
1 916-19 17 a réduit de plus en plus le nombre de nos étudiants. 
Nous avons pu cependant faire quelques études critiques sur 
des textes provençaux et initier nos auditeurs au travail de 
préparation d'un texte méridional. Nous avons continué l'ex- 
plication de textes choisis de Folquet de Marseille, de Bertran 
de Boni, et autres grands troubadours, pour faire connaître 
à nos étudiants les chefs-d'œuvre de la poésie méridionale. 
Une partie des conférences a été consacrée à l'étude de la con- 
jugaison en ancien provençal et à l'étude de la formation des 
mots, d'après le livre de l'Américain L. Adams, Word-Forma- 
tion in old Provençal. 

Fxamcns. — Le Diplôme Supérieur d' Etudes Méridionales a été 
décerné, avec la mention Bien, à M. l'abbé Fouché, professeur 
à Perpignan. Ce candidat, déjà licenciées lettres, a présenté un 
excellent mémoire sur la Conjugaison catalane, ancienne et 
moderne. M. Fouché a traité avec méthode un chapitre impor- 
tant do la grammaire catalane. Malgré des traces d'inexpé- 
rience, ce mémoire dénonce non seulement une préparation 
sérieuse, mais, ce qui est plus important, un goût très vif pour 
les études de linguistique catalane. M. Fouché a d'ailleurs dé- 
posé le sujet d'une thèse sur Verdaguer et a traduit, comme 



laG ANNALES DU MIDI. 

deuxième épreuve écrile, une chanson du tioubadouv Peirc 
Hainion deTolosa. La traduclion était bonne et le commentaire 
philologique excellent. A l'oral, le candidat a répondu avec 
précision à une question de littérature provençale et il a expli- 
qué avec aisance un passage de ÏAIla/ilidc de Verdaguer'. Cet 
examen est le ])remier examen de philologie catalane subi de- 
\aiil une Université l'rançaise. 

Dons. — L'Institut a reçu des dons assez nombicux pendant 
l'année scolaire i()ij-i()i6. Le plus important, par le nombre 
des volumes el par la richesse des publications, est celui qui 
nous a été (ait par M. Charles-Roux, président de la Compa- 
gnie (iénérale Transatlantique, membre correspondant de la 
Société archéologique du Midi de la France, et par M'"" Jeanxe 
DE Flaxdueysy. Nous ne pouvons, dans ce compte rendu, don- 
ner en entier la liste de ces volumes; citons du moins les prin- 
paux : Soiive/iirs du Passe : Arles; in-4" de xxxvi-564 pages, avec 
ZI93 illustrations, 26 autographes et 4o planches hors texte; 
Soiive/iirs du Passé : Saint-Gilles ; Souvenirs du Passé : Le Cus- 
liunc en Provence, t. 1, Période ancienne, t. 11, Période mo- 
derne (la |)ériod(' moderne comprend, à elle seule, i5 plan- 
ches qn couleur hors texte et 338 dessins originaux); Sou- 
venirs du Passé : Le Cercle artistique de Marseille (avec une 
gravure au burin, 3i héliogravures, 2 planches en couleur, 
(kjo dessins originaux). Nous arrêtons là notre énumération ; 
elle siiHit à donner une idée de la magnihcence du don qu'a 
bien voulu nous faire M. Charles-Roux. Il nous a confié per- 
sonnellement, en vue d'une Iconoçiraphie des Troubadours, plu- 
sieurs centaines de clichés en couleurs des principaux chanson- 
niers; nous espérons qu'a])rès l'achèvement de ce travail une 
partie de ces richesses restera à notre Institut. Ajoutons (pie, 
|)ar l'intermédiaire de M'"" Jeanne de Flandreysy, M. le marquis 
de Rargncelli-Javon a fait don à l'Institut de son beau volume 

I. L'épreuve écrite de palcograpliic consistait dans la transcrip- 
tion et l'analyse d'une lettre en catalan des conseillers de Barcelone 
aux consuls de Mon(i)ellier, au sujet d'une lettre de inar(iue (i39,''i); 
l'épreuve orale d'histoire portail sur la forniolion des étals de la 
maison d'Armagnac. 



ClIROMQUE. 127 

de poésies inlilulé : Blad de Liuio — dont plusieurs pièces se 
rapportent à 'i'oulouse — et de sa cliarnianle nouvelle, luxueu- 
sement illustrée, Babali. 

Citons encore, parmi les plus généreux de nos bienlai- 
teurs, le président et les membres do Vl/iatilul d'Esladis (Ca- 
talans de Barcelone. Au cours d'une mission en Espagne (en 
mai-juin 1916), nous avons été invité par VlnstiUit à faiic six 
conférences sur la langue provençale; elles ont réuni dix-huit 
autlileuis, dont jilusieurs étaient tléjà des maîtres en philolo- 
gie. Nous avons eu la bonne foitune de pouvoir étudier dans 
les archives de l'inslitut une lédaction rimée des Leys d'Amorx 
(7.500 vers enviion). M. Lucien Poincvré, directeur de l'Ensei- 
gnement supérieur, qui se trouvait en mission à Barcelone, a 
bien voulu nous ouvrir un crédit pour faire photocopier ce ma- 
nuscrit ; la photocopie sera déposée à Y Institut d'Études Méridio- . 
nales. Nous pensons pouvoir aller plus loin dans cette voie et 
commencer bientôt la photocopie des manuscrits des trouba- 
dours conservés à la Bibliothèque Nationale et dont aucun n"a 
été encore publié intégralement. Les membres de V Institut 
d'Estudis Catalans, ainsi que le D' C vuulla, recteur de l'Uni- 
versité de Barcelone, ont bien voulu nous donner d'importantes 
collections pour notre bibliothèque et pour la bibliothèque uni- 
versitaire. Nous les remercions chaleureusement. Nulle part la 
science de nos voisins de Barcelone n'est mieux appréciée qu'à 
Toulouse. Nous n'avons oublié ni le nom ni les travaux des 
deux grands grands provençalistes catalans Bastero et Mila y 
Fontanals. 

j^jme ^i^fjig ^Mistral a bien voulu nous envoyer le dernier au- 
tographe du grand poète : c'est une poésie de circonstance, 
composée à l'occasion de l'inauguration d'une cloche. M""" Mis- 
tral a joint à son envoi un exemplaire de Mireille et un de la 
traduction de la Genèse. Nous exprimons à notre donatrice nos 
plus respectueux remerciements. 

M. Emile Cartailhag est toujours un de nos bienfaiteurs les 
plus zélés. H a donné plusieurs volumes à notre bibliothèque, 
en particulier un exemplaire des Leys d'-iniors et des Rondayes 
de Mallorca. Notre collègue se propose de nous faire des dons 



J28 ANNALES DU MIDI. 

plus importants quand l'Institut, dont une partie est affectée, 
par suite de la guerre, à un dépôt public, sera rendu à sa des- 
tination et sera en plein fonctionnement. 

Parmi nos autres donateurs, citons M. le capitaine Dm y, 
du 19" dragons, qui a bien voulu nous faire liominage du vo- 
lume de vers languedociens écrit par son père, le félibre Dipuy, 
décédé récemment à Castelnaudary. 

I^emercions aussi les directeurs de la revue catalane Monla- 
nyes Régalades, de Perpignan, ([ui ont bien voulu nous faire le 
service gratuit de leur revue, comme l'avaient fait déjà avant la 
guerre plusieurs autres directeurs de revues méridionales. 
Soubaitons que cet exemple soit suivi, pour que nos étudiants 
lisent et voient, pendant leur séjour à l'Unixersité, le plus de 
publications possible concernant le Midi. 

Nous avons donné plusieurs ouvrages à la bibliotbèque, 
jjarmi lesquels les Mélanges Chabanean et les Vies des Trouba- 
dours, publiées à Toulouse par « Un Indigène », c'est-à-dire le 
nianjuis de Loubens. Nous nous proposons d'offrir à l'Institut 
un recueil manuscrit de sermons gascons, composés dans la 
région de Muret à la fin du wiiT siècle et au commencement 
du XIX''; nous attendons les autorisations nécessaires pour don- 
ner à l'Institut ce manu.scril que nous avons découvert, en assez 
mauvais état, dans le grenier (transformé en pigeonnier!) d'un 
de nos amis, notaire dans une jjetite ville de la région. 

liibliolhhiue. — Malgré la guerre et l'état des finances de 
IL niversilé, nous avons pu commencer à acbeler (piel(|ues 
livres intlispensables. Nous avons acquis (pielques manuels et 
antbologies, comme VAiilologla provenzale de M. E. Portai ; 
mallieureusement les manuels français concernant notre an- 
cienne langue sont plutôt rares. 

H manque à nos étudiants une Grammaire de l'ancien pro- 
vençal, une Chreslomalhic, une Histoire de la liltéral are proven- 
çale, c'est-à-dire à peu près l'essentiel. Tous nos manuels sont 
écrits par des étrangers, par des Allemands, puisqu'il faut les 
appeler [)ar leur nom. Pour remédier un peu à cet état de clio- 
ses et pour commencer ab oro, nous avons rédigé à l'inten- 
lion de nos étudiants une courte notice bibliograpbique inli- 



CHRONIQUE. 129 

tulée : Pour clndicr les Troubadours. Grâce à l'obligeance infa- 
tigable de M. Émii.e Cartailhac, celle brochure a élé imprimée 
sous les auspices de la Soriclé des Amis de t'L nivcrsilé de Tou- 
louse el dédiée à nos éludianls, présents el fnlurs, de Tlnslilul. 
Nous avons acquis les diclionnaires palois de Doujat (réédilé 
par ViSNER, dialecte toulousain), le Dictionnaire palois-J'ra/içais 
de l'abbé Gary (palois du Tarn ; Castres, i8/i5) el surtout le 
Trésor du Félihrige de Mistral, indispensable pour les éludes 
de dialectologie méridionale. Nous n'avons encore qu'un em- 
bryon de bibliothèque; nos besoins sont immenses, nos désirs 
innombrables, nos ressources modestes : exoriare nostris ex 
ainicis donalor! 

Joseph Anc.lade, 

Professeur de langue el lillérature méridionales. 



Chronique de l'Hérault. 

Grandes ont élé les pertes éprouvées i)ar l'érudition de notre 
région au cours de ces trois dernières années. Nous ne voulons 
point transformer cette chronique en nécrologe, mais il nous 
sera permis d'entr'ouvrir pieusement le rouleau des morts pour 
saluer la mémoire de M. Léon (iaudin, qui l'ut pendant plus 
d'un demi-siècle l'actif conservateur de la Bibliothèque de la 
ville de Montpellier'; de M. Frédéric Fabrège, le restaurateur 
cl l'historien de l'antique cathédrale de Maguelone; de M. le 
professeur Anlonin Glaize, qui culli\a avec un égal succès les 
lettres anciennes el la littérature néo-romane; de M. l'abbé 
Bougelle, qui, dans d'estimées monographies, a retracé l'his- 
toire de Montblanc, de Saint-Marlin-de-Loiulres el de Puécha- 
bon. Adressons plus parliculièrement un souvenir ému aux 
jeunes tombés gloricuscmcTit au champ d'honneur, à M. Babul, 
professeur d'histoire à la Faculté des lettres de notre Lniver- 
sité; à MM. Loubers et Moride, agrégés à la Faculté de droit; 

I. Voy. la notice nécrologique consacrée par M. Jos. Berlhelé à 
cet érudit dans les .4/l/K//(^s• du Midi, i(ji5. t. WVII, p. u'nj, ainsi que 
notre dernière Chronique de rilrraull. ihid.. i(|i.".. I. \\\ . p. liçja. 

A.N.NALKS UV MIDI. \\1\. (J 



l3o ANNALES DU MIDI. 

à Maurice LutliartI, à Jean Baumes, dont les pieuiiers essais 
contenaient de belles promesses d'avenir. 

La guerre a naturellement paralysé les travaux d'érudition 
dans une large mesure. Aussi avons-nous peu de publications 
nouvelles à signaler. Toutes nos Sociétés savantes ont cepen- 
dant continué à fonctionner, d'une façon à peu près normale, 
malgré la réduction de leur personnel. 

La Société archéologique de Montpellier a publié le 3" volume 
de la deuxième série de ses Mémoires. 11 renferme un impor- 
tant travail de M. Jos. Berthelé : Anciens textes canipanaires de 
r Hérault (arrondissement de Montpellier). Ce volume contient 
encore un résumé des Procès-verbaux des séances de la Société 
de 1911 à 1913. Nous y trouvons des notes intéressantes rela- 
tives au peintre monlpelliérain Mirailhet (xv° siècle), au célèbre 
reliquaire de RonceAaux (xiv* siècle), qui serait une œuvre de 
Montpellier, et enfin plusieurs textes relatifs à l'industrie de 
l'émaillerie dans cette ville au Moyen âge. 11 se termine par 
un document utile : la liste des monuments historiques et des 
objets mobiliers classés dans le département. 

Les G' et 7" volumes des Mémoires de cette Société sont 
actuellement sous presse. Ils seront exclusivement consacrés à 
une étude très documentée de M"' L. Guiraud sur les origines 
iW la Kéfoime à Montpellier. 

De son côté, la Société archéologique de Béziers a fait paraî- 
tre deux fascicules de son Bulletin portant l'un la date 1913, 
l'autre les millésimes kji/i-hjîô. Signalons, dans le premier, 
un article de M. l\ Cassan sur deux églises de Béziers, depuis 
longtemps disparues : Saint -Pierre-le-\ieiix et Saint-Saturnin, 
et, dans le second, un mémoire de M. Félix Mouret sur : Le 
Temple de \'énus, près de Vendres, et sun empoi-iunt p/iuccen de 
Villc-Lon(jue. Ce travail abondamment illustré présente un réel 
iFilérèt, bien que nous ne [missions souscrire à toutes les cou- 
chisiuiis de l'auteur, notamment à celles relatives à l'attribu- 
tion de nos monnaies gauloises à légende AorroïT.VAIITlJX . 

L'Académie des sciences et lettres de Montpellier coTitinue 
à ne pidjlicr les Mémoires d'aucune de ses trois classes. Ce fait 
prolnndi'incnt regrettable a pour cause une situation financière 



CHRONIQUE. l3l 

pou brillanle. Un BuUotin mensuel (au moins par son titre) se 
borne à donner les procès-verbaux des séances et un résumé 
des principales communications qui y ont été faites. Cette 
Compagnie a récemment rompu avec ses anciennes traditions, 
en élisant un membre féminin dans sa section des Lettres. 
L'innovation a fait quelque bruit, car elle a soulevé certaines 
oppositions de principe. 

La Revue historique du diocèse de Montpellier, dont le direc- 
teur est mobilisé, a cessé de paraître depuis le début des hosti- 
lités. Espérons que des temps meilleurs nous permettront de 
voir l'achèvement de la publication du Bullaire et du Cartu- 
laire de Maguelonc, vaillamment entreprise par les rédacteurs 
de cette revue'. Nous devons à un de ces derniers, M. l'abbé 
Yillemagne, une très complète Histoire de Teyran (Hérault), 
dont une partie a paru dans ce périodique. 

M. l'abbé Chaillan, curé de Septèmes (Bouches-du-Rhône), 
qui a publié une bonne Vie d'Urbain V et plusieurs registres 
concernant l'administration des collèges fondés par ce grand 
pape français, vient d'éditer un nouveau document d'un réel 
intérêt pour Montpellier. C'est le Registre des comptes pour le 
Collège papal Saints-Benoît et Germain (1368-1370), d'après le 
manuscrit des Archives Vaticanes. On y trouve des renseigne- 
ments précieux sur l'organisation matérielle de ce Sludium 
papale. Il est fâcheux que se soient glissées, dans cet ouvrage, 
de regrettables inexactitudes en ce qui touche les identifications 
topographiques "'. 

M. le chanoine Granier, secrétaire du cardinal de Cabrières. 
a donné, d'après des documents inédits, un curieux travail sur : 
Le dernier évêque de Béziers, M^'' Aymard-Claude de Nicolay, 
en exil (1791-1815). 11 contient d'intéressants détails sur l'atti- 
tude de ce prélat vis-à-vis du Premier Consul et sur son oppo- 
sition au Concordat. Nous sommes encore redevables au même 
auteur de doux phKpiettos : Le pape Pie 17/ et les cardinaux 

1. Voy. notre doniièro Chronique do l'Hérault (Annales du Midi. 
\\\, p. 387-388). 

2. Cf. un conipto rendu do cet ouvrage dans les Annales. 1916. 
t. XWIII. p. A83. 



l32 ANNALES DU MIDI. 

/loirs dans le diocèse de Monipcl/ier ; — Deux Mystiques du 
XVII' siècle : Jacquelle de Bachelier de Béziers (1559-1635) et 
Marie-Germaine de Clerniont-l'IIérault (157^1-1638). 

Signalons enfin un livre de M. de Ferrouil de Montgaillard : 
Le patrimoine des pauvres et les services hospitaliers de Bcda- 
rieiix au Moyen âge, et la publication par M. Henri Mazet de 
Six lettres inédites d'Auguste Comte à Roméo Pouzin, professeur 
à l'École de Pharmacie de Montpellier. Ces lettres, qui pui- 
sent leur principal intérêt dans la personnalité de leur auteur, 
s'espacent entre les années i8i4 et i843. Les deux premières, 
datées de l'École Polytechnique, sont vraisemblablement les 
plus anciennes lettres connues du célèbre philosophe. 

Aux Archives départementales, M. Jos. Berthelé achève l'im- 
pression de la table du Répertoire numérique de la série A et 
poursuit le Répertoire numérique des Archives communales. 
Parmi les fonds dont le répertoire a été récemment imprimé, 
mentionnons ceux de Cette, de Lattes et de \ illeneuve-les- 
Maguelone. ^otre infatigable archiviste départemental vient 
d'o])ércr le reclassement de ce qui subsiste de l'important dépôt 
des Arciiives municipales de Fiontignan, dont les principaux 
parchemins mis en Aenle, à la suite tlu décès d'un ancien maire, 
ont été ac(|uis jjartic par les Archives de l'Hérault, partie par 
M. l'abbé Léon Cassan, (|ui les a légués à la Société archéolo- 
gicpie (le Montpellier. 

Aux Archives municipales de Monlpollici, l'impression des 
Inventaires ri Doiiime/ils a été i'àcheusement interrompue 
par la guerre. Toulcfois, la pré|)aralion des fascicules ultérieurs 
se continue régulièreuienl. Le prochain volume contiendra la 
suite (les (( Lclaircisseinents l()[)(»graplii(jues ». 

Nous ne saurions passer sous silence, dans cette chroni({ue, 
un très inqiorlant événement archéologique. Nous voulons 
palier des récentes découvertes faites aux environs de Béziers, 
sur la hauteur d'Ensérunc. De tous temps, le site d'Ensérunc 
a\ail attire latlcution des archéologues (|ui avaient conclu de 
certain^ indices à l'existence, sur ce promontoire rocheux, d'un 
iippidiiru préi'oiiiaiii. Mais. jus(iu'ici, les (luehjues fouilles (pji 
) axaient éli- piali((uée> n'avaient donné, à part (juehjues mon- 



CHRONIQUE. l33 

naies gauloises, que des objets appaiionant à la prriodc de 
l'occupation romaine'. Tout dernièrement, la tiouNaillc de 
quelques fragments de vases grecs à figures peintes a démontré 
le bien-fondé des anciennes conjectures et décidé un archéolo- 
gue biterrois, M. Félix Mouret, à acquérir une vigne qui sem- 
blait plus particulièrement receler des vestiges antiques. 
M. Mouret a entrepris sur ce terrain des fouilles méthodiques, 
et ses recherches ont été magnifiquement récompensées. Elles 
ont révélé l'existence d'un vaste cimetière à incinérations dont 
les tombes étaient garnies d'un abondant et riche mobilier fu- 
néraire : beaux vases grecs à figures, poteries dites ibériennes, 
ornements de bronze, armes de fer, etc. Un grand nombre de 
ces objets paraissent remonter au v' siècle avant l'ère chré- 
tienne. L'Académie des Inscriptions a délégué à Ensérunedeux 
de ses membres, MM. Salomon Heinach et Ed. Potticr, qui se 
sont plu à reconnaître la haute importance des découvertes de 
M. Mouret, tant pour l'histoire de l'art que pour l'étude des 
relations de notre contrée avec la Grèce antique. 

Par une curieuse coïncidence, presque au même moment, 
M. Maurice Gennevaux, de la Société archéologique de Mont- 
pellier, découvrait à Castelnau-le-Lez, sur l'emplacement de 
l'ancienne ville de Substantion, un très important monument 
de l'époque préromaine. Mais il serait prématuré de donner 
des détails sur cette découverte, qui, (hi reste, n'a pas encore 
été publiée par son auteur. 

Terminons par une bonne nouvelle archéologique, l ri des 
membres les plus éclairés du clergé montpelliérain, auquel 
aucune manifestation de l'art ne demeure étrangère, M. le 
chanoine Prévost, \ient de faire restaurer, avec un soin scru- 
puleux et digne des plus grands éloges, la magnifique chapelle 
de l'ancienne abbaye cistercienne du Vignogoul et de sauver 
ainsi d'une perte presque certaine un des édifices les plus re- 
marquables de notre région, rare témoin de la période de tran- 



I. Rappelons, pour mémoire, que c'est à p]nséruriie qu'a été trou 
vée la précieuse inscription dite de Régimont, qui est datée de 
l'an 455. 



l3^ A>NALES DU MIDI. 

silion enlrc l'arL roman cl le gothique'. Los très importants 
travaux de conserxalion et de restauration ont été dirigés avec 
autant d'habileté f[ue de science par M. Julien Boudes, archi- 
tecte, qui s'était déjà signalé à l'attention des amis de l'art par 
la construction, dans notre ville, d'une délicieuse église dans 

le stvle du xiiT siècle. 

Emile Bonnet. 



I. Un documenl pul^lié dans Gallid ChristiaiKi pernu-l de fixer la 
fl.'ite de construction de cette ciiapclie en l'année 1211. 



1>IVRES ANNONCES SOMMAIREMENT 



Catafogae des niaïuiscrils de la hih/iulhètjae île /'l'/iirersitc de 
Toulouse. Paris, Plon-Nourrit, iQiO; in-8" de 02 pages (E\lr. du 
Catalogue général des manuseri/s des Bibliolhlujues publiques). 
— - Ce catalogue, rédigé par MM. Ducos et Vie, bibliothécaires, 
d'après les notes de MM. Canal et H. Crouzel, nous montre que 
la Bibliothèque universitaire de Toulouse possède un véritable 
fonds d'archives diverses dont l'intérêt n'est pas purement uni- 
versitaire ni local. 

Sans doute les documents les plus importants sont relatifs 
à l'histoire de l'Université de Toulouse. On y trouve notamment 
les statuts de l'Université (iSio-iSoq, n" 1-2), dont la plupart 
ont été publiés dans le grand ouvrage de M. Fournicr (t. I), les 
registres de la Chancellerie (1698-17S4) et les registres de testi- 
moniales ou certificats d'études (1682-1784 ', n"" 12, 16 et 17-25), 
des documents relatifs à l'union à l'université, en 1681 et 
17 17-1736, des collèges des Jésuites et de l'Esquilc (n"' 92-98). 
La Faculté de théologie est représentée par des registres de 
testimoniales (16 14-1690, n" 26-29-31), de tentatives (1630-171 1 ', 
n" 84), des nominations de bacheliers (1622-1734, n"" 33-37), 
des pièces concernant les droits des professeurs conventuels 
(1707-68, n" 89), un cours de théologie de 1742-43 (n" 282). 
Pour la Faculté de tiroit on a tous les registres de délibérations 
de 1698 à 1789 (n" 3-6), les registres d'inscriptions de 1679 
à 1793 (n'"' 39-62), de bacheliers de 1681 à 1798 (n"' 63-65), les 

1. Les deux derniers registres de testimoniales (i78'i-i793) sont 
aux archives municipales. 

2. Les registres 1711-176S sont aux archives municipales, qui ont 
également tous les registres d'inscriptions trimestrielles (inscrip- 
tions proprement dilesj et d'inscriptions pour examens (suppliques) 
de 1742 à 1792. 



l36 ANNALES DU MIDI. 

procès-verbaux fies actes en droit de 1G82 à 1798 (n"' 71-83)'. 
A la Faculté de médecine se rattachent les registres des déli- 
bérations de 1773 à 1793 (n" 275)'%. les présentations et actes 
concernant la maîtrise des apothicaires jurés de 1701 à 1792 
(n" 276), les statuts et listes des écoliers en chirurgie de i5i7 
à 1712 (n° 283). Enfin, l'histoire de l'enseignement au début 
du xix" siècle trouvera une ample moisson dans la correspon- 
dance du recteur, de la Faculté de droit, les délibérations du 
conseil académique (1809-18Ô1), les délibérations de commis- 
sions diverses relatives à l'enseignement primaire, les registres 
de personnel, de comptabilité, etc. 

L'Université de Toulouse n'est pas la seule qui figure dans 
ce catalogue. Les archives de colle de Cahors ont été en effet 
versées à celle de Toulouse en 1702 (cf. procès-verbal, n" 85); 
registre des délibérations (1611-17/1/1), inscriptions en di'oit 
(1673-1751), graduations diverses, inscriptions et graduations 
en médecine pour le xvii" et xviir siècles, attestations en théo- 
logie, et arrêts divers du conseil, occupent les n" 1/1G-195. Enfin 
le n" 19G concerne des con^enlions entre l'UniAcrsité de Bour- 
ges et les Jésuites du roljègo. 

Mais c'est surtout sur les documents étrangers à l'Université 
et qu'on ne songerait |)as à aller chercher dans ce dépôt que 
nous croyons utile d'attirer l'attention. Ces documents intéres- 
sent à la fois l'histoire de Toulouse et de sa région, l'archéo- 
logie, la philologie, l'aiitliropologic. Parmi les j)remiers, nous 
relèverons : comme documents ecclésiastiques, le registre de 
l'archevêché de Toulouse, concernant les mutations survenues 
dans le clergé de i633 à lO^j.") (n" 2o3), le livre des comptes de 
la Table du Saint-Esprit de la Dalbade (i573-i68/|, n" -loli), 
les statuts de l'archiconfrérie de rimmaculée-Conception de 
\.-l). à l'église de la Daurade { \ '\~ri-]b!\\)) en langue romane 
(n" 222); — sur les abbayes, ]v livre des fiefs de l'abbaye de 
Mzors (1028-1572, u" 2o5), un acte relatif à l'abbave des SaliMi- 



I. I,('s snp|)li(|iies 1 [--'À-i-jiy) 1 sont aux ai(i)i\e.s iiiuiiicipales. 
y. Deux re-rislres d'insci ipiions ( i703-i7'!() et 17Ô8-1787) aux arclii- 
vcs niunicipalcs. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. l3~ 

qiics (1099, n" 206), le livre des fiefs des chapelains de Mones- 
tiès (1791, n" 9A^)\ — comme documents civils, les mémoires 
sur la généralité de Montauban (1693, n" 333), les déclarations 
des revenus des habitants de Verfeil (17/19, n" 208); — comme 
documents juridiques, des commentaires par Boutaric, profes- 
seur de droit en 1728, sur l'ordonnance de 1G73 relative an 
commerce (n" 2^6), par d'Aslrnc, professeur de droit en 1740, 
sur celle de 1735 relative aux Icstamenls (n" 2 10) ; — des collec- 
tions diverses sur les rues de Toulonse (Taillade, n"' 219-220), 
sur l'histoire du Languedoc (Du Alège, n"' 227 et ss.), sur la 
ville d'Albi et la bibliothèque Rochegude (n"" 238-2^1, catalo 
gue), et sur la Révolution à Toulouse (n" 220, et notamment le 
catalogue des ecclésiastiques détenus à la maison Sainte-Cathe- 
rine). Enfin on y trouve même un registre de minutes en roman 
d'un notaire de Lédergues (Aveyron) en i546 (n" 197) et un 
autographe de Victor Hugo de 1869 (n" 244)- 

Les archéologues consulteront avec fruit les papiers de Lebc- 
gue sur les fouilles de Martres (n" 207), tandis que les philolo- 
gues auront à leur disposition des poésies gasconnes des \vi% 
xvil' et xviii" siècles (n" 201, 202, 234) et les papiers de Du Mège 
(copie des Leys d'Aniors, n" 23o, etc.). Enfin, l'anthropologie 
et la paléontologie feront leur profit des papiers d'Edouard et 
Louis Lartet et de leurcorrespondancc donnée par M. Garlailhac 
(n"' 333-377); ^t les papiers de \Iussy (n"' 378-385), ingé- 
nieur des mines à Vicdessos (Ariège), relatifs surtout à la carte 
géologique de ce département, fourniraient certainement aux 
historiens de la mine de Rancié, près de Vicdessos, des détails 
qui les intéresseraient. 

C'est donc une très grande variété de documents que possède 
la Bibliothèque universitaire, et il y avait lieu de les signaler 
aux historiens, puisque sur tous ces sujets, si les sources des 
autres dépôts publics sont incontestablement plus abondantes, 
on peut néanmoins trouver ici des détails qui les complètent'. 

Fr. Galabert. 



I. Conformément au plan général de la publication des catalogues 



l38 AWALES DL" »nDI. 

Conseils practichs pcr csrriure en calala aixi en lu Principal 
de Catnhinva y Comlals de Bossello' y Cerdanya coni en los 
Realines de MaUorca y Fa/c/ic/a. Barcelona,Biblioteca nova, 1916; 
in- 16 de 32 pages. — Cet opuscule anonyme se rapporte au 
mouvement qui se prononce de plus en plus parmi les catala- 
nistes traditionnels en faveui' de la conservation de la langue 
classique. Cette réaction contre la hardiesse de certains « réno- 
vateurs » irrespectueux du passé a déjà inspiré de nombreuses 
dissertations dont nous avons signalé dans un précédent numéro 
l'une des plus méthodiques'. Celle-ci se distingue par autant 
de clarté cl de justesse. Relevons ce qui y est dit (p. 9) de l'ar- 
ticle lo : « De cap manha post sotstituirse ab « el », que, a mes 
d'esse un vulgarisme dialectal, ningu'l pronuncia (per mes 
que molts aixi l'escriugan); donchs lo que's diu en lloch de lo. 
es un so inarticulat, no una paraula. » Dans le camp opposé à 
celui de notre auteur, on n'ose défendre le barbarisme « el », 
tant il est indéfendable. Anfos Sans i Rossell, dans ses Breiis 
nocions de lle/iga calalana (1909), écrivait, p. i3 : « Cal rcmar- 
car que l'articl el, aNuy massa usât, sembla provincnt del cas- 
tella. Aixi doncs, mirarem d'evitar-lo tant com piiguem. » Il ne 
semble pas que ce conseil trop timide ait été suivi el qu'un 
effort sérieux ait été tenté pour chasser l'intrus ; bien au con- 
traire. La vérité est que el pour lo est une faute grossière qu'il 
faut éviter, non pas « autant qu'on le peut », mais d'une façon 

(ios tnannscrils des t)ibliollièqucs puljli(|iios. l'ordre méthodique 
dans lequel sont éuuniérés les manuscrits n'est pas l'ordre réel 
dans lo(jn(>l ils figurent sur les rayons; les numéros en caractères 
gras de 1 à .'^yo (jui figurent sur le catalogue imprimé sont des 
numéros d'ordre l'ulifs. el c'est le luiméro qui suit entre parenthèses 
(|ni cnnslilue la véritable cote (ex. : testimoniales en théologie, 
29-31 n' d'ordre; ili, >.;)i. •?,5'? cote réelle). Dans le compte rendu 
(|ui précède nous n'avons indiipié (|ue le ninnéro en caractère gras 
du calalogue. le seul utile pour retrouver dans ce catalogue les 
niainisci ils cilés ci-dessus. Mais, dans toute citalion de docinnent, 
il scia prudiMil de donner les deux niunéros. Il \ a là un inconvc- 
iiicnl (pi'inic jailli' de concordance permelhail c\\ |)ailic d'cvilcr; 
il csl à souhaiter (pTclle soit donnée à la (iii de la [)ublicalion dont 
cette brochure est un exirail. 

I. [iiiifdcs. K)!."). I. \\\ll. p. ■a(u:>. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. l3Çf 

rig-nuiTiiso cl absolue, si Ion se })i(nie de parler ou d'écrire et 

non d'ccorchcr le catalan. 

J. Calmette. 

DiPRAT (Eug.). \otes de lopor/raphie arignonnise. \\ . Mdcho- 

vllla(CanmonlJ. Paris, Champion, et Avignon, Kounianille, 1916; 

in-8" de 3i pages (Extr. des Annales d'Avignon et du Comiat 

Venaissin, 1916). — Après tant d'autres, M. Duprat a recherché 

le site de la villa Macho, dont parle Grégoire de Tours et qui 

appartint au patrice Mummolus. Il croit avoir retrouvé ce site 

à Caumont, sur la colline de Serre, en un lieu désigné sous le 

nom de Magna au x" siècle, de Magol aux xir et xur siècles, 

de Magnes dans les temps modernes. L'archéologie vient à 

l'appui de l'onomastique; car le territoire de Caumont ofTre les 

vestiges d'une importante villa romaine, qui semble avoir été 

occupée encore à l'époque mérovingienne. Tous les arguments 

réunis par M. Duprat sont des plus sérieux et rendent son 

hypothèse très vraisemblable. 

II. Ga. 

Labrole (H.). La Société populaire de Bergerac pendant la 
Réoolntion. Paris, F. Kieder, 191."); in-8" de 423 pages (Publi- 
cation de la Société de l'Histoire de la Révolntion française). — 
Cette publication, qui est une seconde thèse de doctorat es let- 
tres, comprend une Introduction de 5o pages, un texte détaillé, 
des appendices et des tables alphabétiques et des matières. 
L'Introduction constitue une sorte de synthèse des indications 
éparses dans le texte sur le fonctionnement de la Société, ses 
organes, son influence politique et administrative. Le texte est 
tiré de trois registres de délibérations de la Société populaire, 
conservés aux archives communales de Bergerac, et (jui \ont, 
avec quelques lacunes, du 26 noAembre 1790 au 7 nivôse an II. 
Ce sont des extraits reliés par de brèves analyses. Les notes, 
fort nombreuses et substantielles, complètent les délibérations; 
elles sont en général empruntées aux autres documents d'archi- 
ves, constituant le fonds de la Société — pièces annexes et cor- 
respondances — que l'auteur a pu consulter. 

Cette disposition, qui marque un progrès sur les publica- 



1^0 \NN\LES DU MIDI. 

lions similaires précédemment faites, permet de mesurer dans 
toute leur étendue les moyens d'action de la Société populaire 
de Bergerac. Sa vie intérieure et son évolution ont leur carac- 
tère propre. Influencée par les événements politiques sur les- 
quels elle réagit à son tour, elle passe, non sans secousses et 
sans retours vers le passé, du modérantisme constitutionnel 
à la démocratie montagnarde pour se survivre, sous le Direc- 
toire, en un Cercle constitutionnel qui conservera quelque 
allure républicaine. Elle fait accueil à Lakanal, qui y trouvera 
quelques-uns des agents de son œuvre d'organisation '. Elle 
suit, pendant une partie de son existence, l'impulsion du 
conventionnel Pinet, dont la correspondance avec ses compa- 
triotes est fréquemment citée. Elle participe, avec zèle et con- 
tinuité, aux mesures de défense nationale, d'assistance publi- 
que, d'instruction populaire, de répartition des subsistances. 
Elle a sa politique religieuse, d'abord sympathique à un clergé 
qui se soumettrait aux lois de l'État, puis ardente et passion- 
née pour la « déchristianisation ». C'est le tableau en raccourci 
des transformations de l'opinion dans une grande partie du 
pays que M. Labrouc met en relief par ses extraits largement 
compris, où seides disparaissent les redondances et (juc les 
notes éclairent. 

En dehors même de ces indications d'histoire générale, 
l'intérêt de la publication n'est pas limité aux faits locaux. 
L'échange d' y adresses » de la Société avec les clubs « affiliés » 
ou « correspondants' » nous fait assister à quelques-uns des 
actes de ceux-ci ', à cet ell'ort d'action collective dont la rapidité 
nous surprend aujourd'hui, préxcnus comme nous le sommes 
(les difficultés de communications cpi'il fallait surmonter. 

Les deux a|)|)(Midiccs — une étude sur le Cercle constitution- 



I. \oy(v. la llii-sc j)rincii)ak' de M. I.aljiouc : l.a mission ilit Conren- 
lionnel Laknnal clans In Dordogne en l'un II (oclohre 1/93 août t79'4), 
dotil il sera donné ici nitôricurcnient un compte rendu. 

■>. M. I.ahroiic vu a compte cent vingt-neuf, dont un anglais. 

.<. .le n'ai pas relevé moins de quinze citations; dont on ne relrou- 
vorail poiil-ôlro pas toujours récpiixalent sur place, concernant la 
Soriélé de Toulouse. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. I /J 1 

nel de Bergerac, une carte du déjjartement de la Dordogne 
divisé en neuf districts et soixante-douze cantons — ont leur 
intérêt et leur utilité. La table alphabétique des noms de per- 
sonnes, d'institutions et de lieux est très complète. 

M. Labroue a montré une fois de plus de quelle utilité serait 
le dépouillement systématique des « actes » des Sociétés popu- 
laires. Son livre est une contriijution à l'histoire de l'esprit 
public dans un déparlement moyen, point trop agité par les 
événements, et par cela même digne de fixer notre attention 
pour l'étude d'une période si complexe de notre histoire inlé 
rieure. J. Adher. 

Lacrocq (L.). Les travaux du sculpteur toulousain Arthur 
Legoust à Limoges. Limoges, Ducourtieux, 1914; gr. in-8" de 
10 pages. (Extr. du Bull. Soc. arch. du Limousin). — M. l'abbé 
Lestrade a démontré jadis, dans le Bull. Soc. arch. du Midi de la 
France (n' 27), que les Carmélites de Limoges avaient com- 
mandé à Arthur Legoust, en 1O27, un grand rétable avec sta- 
tues et accessoires. Par le présent article, M. L. prouve, d'après 
les mentions recueillies dans notre Inv. des arch. dép. de la 
Haute-Vienne, série D, que, vers le môme temps, les Jésuites 
de Limoges commandèrent au môme artiste un autre rétable, 
qui fut dressé dans leur chapelle en iG3o. Ces deux œuvres, 
qui témoignaient de l'habileté du sculpteur toulousain, ont 
malheureusement disparu pendant la Révolution. M. L. établit 
contre l'abbé Lestrade qu'il y a eu à Toulouse deux sculpteurs 
du nom de Legoust : Arthur f avant i63o, et Arthur-Georges 
qui vivait encore en 1660. Mais il n'en admet pas trois, con- 
trairement à la conjecture des auteurs du Répert. des artistes 
décorateurs du bois. — Bon travail qui devra servir de point de 
départ à toutes recherches ultérieures sur les Legoust et leurs 
œuvres. A. L. 

Lamolzèle (E). Toulouse au .W JII' siècle, d'après les « Heu- 
res perdues », de Pierre Barlhès. Toulouse, J. Marquesle, 1914; 
in-S" de 4^0 pages. — Les érudits et les curieu\ connaissaient 
les huit volumes manuscrits de Pierre Barthès, conservés à la 



1^2 ANNALES DU >IIDI. 

Bibliollièquc de Toulouse, où ce modeste répétiteur de latin a 
consigné jour par jour, de 1787 à 1780, les grands et menus 
événements toulousains. Quelques extraits en avaient été pu- 
bliés, au hasard des recherches d'histoire locale, notamment 
par Uoschach dans ses Eludes hislorujues sur la province de 
Lanr/iiedoc'. Mais nul n'avait songé jusqu'à ])résent à une pu- 
blication systématique, totale ou partielle, mettant l'ouvrage à 
la portée du grand public. Grâce à M. L., cette lacune est au- 
jourd'hui comblée. 11 y fallait un soin, une information, un 
esprit méthodique et judicieux — j'allais dire juridique — dont 
l'éditeur avait donné maintes preuves dans ses précédents tra- 
vaux. 11 fallait surtout une persévérance et une volonté sans 
cesse en éveil pour dégager les faits saillants du verbalisme où 
se complaisait Barthès,qui écrivait pour lui et un cercle d'amis, 
ii'a\ail aucun scrupule à se répéter, à s'étaler et à moraliser, à 
traiter de oinnl re scibilL 

Ceci nous explique pourquoi M. L. ne pouvait songer à une 
publication intégrale. La méthode suivie s'imposait. A une in- 
troduction destinée à nous faire connaître l'auteur succèdent, 
dans l'ordre chronologique, avec les divisions mêmes adoptées 
j)ar lîarthès, des extraits reliés par des analyses. Ces extraits 
comporteiil i]es coupures marquées par des points et destinées 
à supprimer les redondances, les digressions ou les détails 
oiseux. Les analyses consistent soit en une simple mention du 
fait — aucun n'est omis -- soit en un rappel complété par de 
courtes citations. De cette fa(;on la substance même du récit 
reste, avec (juelqnc chose de sa saveur première et tic l'origina- 
lité du texte. 

Disons tout de suite (pie cette méthode, si elle a des avan- 
tages, présente (piehpies dilhcuités d'application. (^)ui sera juge 
du degré d'intérêt liisl(ni(jue (pie présentent le récit ou les ob- 
ser\alions;' L'érudil allachcra de rim])orlance au |)remier; le 
psychologue sappli(]uera aux secondes, et seul le lecteur très 
infoinié ap|)iéciera (pielh> conliibulion le texte intégral apporte 
à 1 bi>t(iire des ind'iirs. C(>s réserves, (pii ont pu êlie faites cha- 

1. Ilistuir,' ,lr l.aïujHcduc. I. Mil (édit. I'ii\al). 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT, l/|3 

que fois en pareil cas et ne sont d'ailleurs pas restées sans ré- 
plique, semblent conserver plus de force lorsqu'il s'agit d'his- 
toire anecdotique. 

On peut dire à la louange de M. L., après un rapprochement 
tout indiqué de sou livre et du maïuiscrit, qu'il a fort heureu- 
sement évité le reproche de parti pris ou de négligence. Il y a 
bien, en ces 4oo pages, la substance « utile » des réflexions du 
professeur toulousain'. 11 y a surtout des faits, dont quelques- 
uns peuvent être consignés ailleurs, mais ont ici des préci- 
sions, des couleurs, des circonstances particulières. Cette no- 
menclature, offerte ])ar le livre de M, L., nous fait regretter la 
perte du manuscrit (pji servit de modèle à Barthès et où étaient 
racontés les événements toulousains de la fin du règne de 
Louis \1V. De pareils recueils de documents, contemporains 
des événements, n'ayant sidji aucune déformation, à peine en- 
tachés de préoccupations littéraires, sont absolument précieux. 

Ce n'est pas ici le lieu de préciser le personnage que fut Bar- 
thès. M. L, l'a fait pour nous. Disons seulement que nous som- 
mes en présence d'un petit bourgeois de moyenne culture, de 
sens pratique, attaché aux traditions sociales et religieuses ; 
avec des partis pris, quelques « haines vigoureuses », une éru- 
dition livresque jointe à une absence absolue d'esprit scientifi- 
que', une sensibilité très émoussée, des Aertus de famille tem- 
pérées, à la Montaigne\ Ses propres opinions et celles d'une 
partie de ses contemporains, curieusement caractérisées par ses 



1. L'exception confirmant la règle, je signalerai à M, L., comme 
caractéristiques, deux omissions qu'il pourra ultérieurement réparer : 
p. 60, au iG avril 17A1 (vol de vase sacré), quelques mots sur le rôle 
du clergé de Saint-Étienne, plus humain que la pratique judiciaue 
du temps; p. i85, au a8 juillot 1709, les clTorts du principal coupa 
ble pour ramener au domicile paternel la victime du rapt, ce qui 
expliquerait la mesure dont il fut l'objet, annulant l'arrêt du Parle 
ment. 

2. Ce contemporain de Garipuy nous donne une singulière « ex- 
plication de la comète », et renvoie, pour des précisions, sans y re- 
courir lui-même, au Recueil de l'Académie des sciences de Toulouse. 

3. Essais, TI, chap. viu. C'est tout à fait la note de Barthès, rela 
tant la mort de ses enfants ou de sa première femme. 



l44 ANNALES DU MIDI. 

réflexions de fin d'année, vont divergeant avec le siècle. 11 
meurt après 1780, avant d'assister aux grandes catastrophes 
qui l'auraient bouleverse sans trop surprendre son pessimisme. 

C'est un curieux, qui recueille autour de lui les faits les plus 
minutieux et les plus divers, relate au besoin ceux de la 
Gazette. A-t-il tout vu de ce qui lui était accessible? On en 
doute quelquefois; mais il est consciencieux, laisse en blanc 
une date qu'il n'a pu chercher ou retrouver. 11 veut être précis, 
pour ceux qui liront ses cahiers autour de lui, pour lui-même. 
C'est par cet argument qu'il se défend du reproche d'avoir un 
goût malsain pour le détail des exécutions capitales. « C'est 
mon plaisir. » Et il se trouve que son plaisir fut notre instruc- 
tion, sinon notre édification. 

Le livre de M. L., annoté sobrement, est édité avec soin. Quel- 
ques fautes d'impression' disparaîtront dans une prochaine 
édition. Les amis de notre histoire méridionale, fort nombreux, 
se doivent à eux-mêmes de répandre un recueil de grande va- 
leur tlocumenlaire, (|ui peint par surcroît l'état d'esprit de 
toute une catégorie sociale, dans une gramle ^ille de province, 
pendant près d'un demi-siècle. J. Adueu. 

MoitKRE (Ph.). L'Ariègc avant le régime démocratique. 1. Le 
})aysau. — 11. L'ouvrier. Les mineurs de Hancié. — 111. L'ou- 
vrier. Les J'orgeurs. Foix, Gadrat, 1912, igiS et igiO; trois bro- 
chures in-8' de 1 1. a.") et aô pages. (Extr. du Bull, de la Soc. de 
l'Histoire de la Révolution de '18'(8, t. VIII, X et XI et du Bull, 
de ta Soc. ariégeoise, t. Xlll, n'" 3 et 8, et t. XIV, n" 0). — Les 
conditions économiques et sociales de la \'ic du paysan et de 
l'ouvrier ariégeois dans la première moitié du xix' siècle sont à 
pou près les mêmes que sous l'ancien régime. La révolution 
de 1789 n'a apporté en effet aucun changement radical à leur 
existence cl le tableau (pi'en trace M. Morère avec une grande 
abondance de détails puisés dans les auteurs ronlemporains, 

I. Il en est d'inollcMisivos, quoi({ue toujours désagréables. D'autres 
l'ont contre-sens. Ex. : fort Caxiilluit pour fort Oirilton lil s'agit du 
Canada). >I. I,. nous excusera de icicxcr ces \(''tiiles; (•"csl la prenvo 
que nous l'avons bien lu. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 1^5 

dans Tes sciios modcinos tlos arcliivcs déparlcmciilalos el dans 
les renseignements fournis par des témoignages locaux iiilolli- 
gemment provoqués, peut aussi bien s'appliquer au xviir(|u'au 
XIX* siècle. A ce litre il y avait lieu de le signaler ici. 

La situation du paysan, loin do s'être améli(irée après 1789, 
semble au contraire avoir empiré sous la Restauration à la suite 
de la restriction des droits des communes en matières fores- 
tières; restriction (]ui provoque de nombreux soulèvements. 
Misère, ignorance, salaires dérisoires, disettes, tel est le soit du 
paysan qui « lutte aprement contre la faim, les épidémies, les 
exigences du fisc, l'usuie » et « est miir pour la révolte ». 

Quant aux mineurs de Rancié, ils forment un admirable 
exemple de la survivance des anciennes institutions. Véritable 
corporation fermée, se recrutant dans les mêmes familles, ex- 
ploitant la mine selon des règlements antiques qui fixent la 
(piantité de fer à extraire, le prix, le mode de vente, résistant 
aux nouvelles mélliodes que cherclient à introduire les direc- 
teurs nommés par l'État, fournissant un travail pénible, dange- 
reux et peu rémunérateur, exploités par les maîtres de forges, 
dont dépend le prix de vente, et les « magasiniers », qui s'oppo- 
sent à toute innovation contraire à leurs intérêts, les mineurs, 
ignorants et routiniers, fortes têtes et querelleurs, sont restés 
des primitifs. C'est seulement à la fin du siècle que, les condi- 
tions de l'exploitation venant à cbanger sous la nécessité de la 
concurrence, la condition des mineurs, plus instruits et parti- 
cipant plus directement à l'administration de la mine, s'amé- 
liore également. 

Même phénomène pour la forge à la catalane qui subsiste 
avec sa constitution féodale jusqu'au dernier moment et dont 
la technique primitive, telle que la décrit Picot de la Peyrouse 
en 178G, se maintient sans aucune intervention de la machine. 
Le travail du creuset et du marteau constitue un secret qui se 
transmet dans les mêmes familles, et l'ouvrier est, comme sous 
l'ancien régime, soumis à la volonté absolue du maître. D'une 
habileté professionnelle indiscutable, le forgeur est routinier, 
superstitieux, brutal. Le travail qu'il doit fournir pour manœu- 
vrer la masse ardente dans une atmosphère malsaine, au mi- 

ANN.VLES DU MIDI. XXL\. lù 



l/|G ANNALES DL MIDI. 

lion J'éliTicellos, d'éclats de métal on fusion, ruine sa santé, 
mais lui rapporte un salaire cpii, ajouté au revenu du petit do- 
maine familial, lui procuio une aisance relative. Malheureuse- 
ment les salaires diminuent après i83o par suite de la crise 
industrielle, dès lors ap[)araît la rivalité du propriétaire des 
forges el du Ibrgonr. L'installation des liauls-fonrneanx amène 
la disparition île la forge primitive le long des riAières et des 
ruisseaux. Les propriétaires de forges perdent leur importance 
|)()lilique et sociale tandis que les forgeurs, obligés do se dis- 
perser do tous les cotés dans les verreries, les chemins de fer, 
rapportent à leur retour dos grandes \illes des idées nouvelles. 
« La dispaiition dos forges à la catalane dans l'Ariège marque 
la lin d'un monde indusliiol, politiipie et social. » 

Ces trois études, méthodiquement présentées, sont particu- 
lièrement intéressantes non seulement par les idées générales 
(jue M. Morère a su en dégager, mais aussi par la précision et 
l'exactitnde des détails qui les constituent. La description du 
travail dos mineurs el do celui des forgeurs est particulièrement 
vivante et forme un tableau pittoresque qui montre le profit 
(pio l'on peul liror, pour ces études sociales, des documents 
d'archives et dos témoignages oraux, judicieusement utilisés 
avec toute la rigueur de la critiipiehislorique. 

Vv. Galabert. 

MoRf:RE (Ph.) cl PÉr.issiEu (E.). L'Ariège /lislorii/ue, pays de 
Foix, Consera/is, Do/uiczan, Mirepoix. Lectures el nolices. Pa- 
niiors, inq). Labrunio, nji'i; in-iOde ^ajH pages avec gravures. 
— L'ouvrage de MM. Morère et Pélissicr a été faitpour le grand 
public et les élèves des écoles. Pul)lic et écoliers n'auront pas à 
se plaindre. Les simples érudits eux-mêmes y lrou\eronl leur 
compte. Au moyen d'extraits savamment choisis dans des ou- 
vrages relatifs à l'Ariège, et réunis par de substantielles analy- 
ses, les auteurs ont tracé non seulement un résumé succinct de 
1 histoire des faits, mais encore une esquisse très complète de 
la \io politique, sociide et économi(jue du pays aux différentes 
péiiodos. 

Des payes enq)runtées aux lia\au\ de MM. Cartailhac, Ré- 



IJVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 1 ^| - 

gnault, l'icltc, Noulet, Cau-Diirban, monlrcnl l'aspecl si cu- 
rieux et si capital pour la paléontologie, qu'olTie ce départe- 
ment avec ses stationspréhistoriques duMas-d'Azil, de L'Herm, 
Lornbrive, ses peintures de iMaux, ses bisons du tue d'Audou- 
bert, etc. L'époque celtique, l'époque romaine, avec ses inscrip- 
tions, ses murailles de Saint-Lizier, ses piles du Couserans, 
sont décrites d'après Luciiaire, Sacaze, Anthyme Saint-Paul, 
Pasquier. Puis vient l'époque barbare avec son cimetière Avisi- 
gothique de Tabariane fouillé par R. Roger. Les périodes 
suivantes sont naturellement encore mieux connues et plus 
développées : c'est d'abord un lableau de la Société féodale, 
représentée par Gaston Piiébus (d'ai)rés Froissait), par l'évèque 
Dachon (abbé Vidal, Les comptes de l'évêchi' de Pamlers), par la 
charte de la commune d'Ornolac (d'après M. Pasquier); puis 
des notions sur la \ie économique à Foix, à Pamiers (d'après 
MM. Pasquier, le chanoine Ferran, de Lahondès), sur l'ensei- 
gnement (Barrière-Flavy, Histoire du collège de Pamiers), sur la 
vie religieuse (abbé Douais, Les Frères prêcheurs à Pamiers, elc). 
Par un procédé identique MM. Guiraud, l'abbé Vidal nous ren- 
seignent sur l'hérésie albigeoise, l'inquisition; MM. Baudon de 
Mony, Courteault, Flourac et surtout les résumés des auteurs 
eux-mêmes, sur les anciennes divisions territoriales, sur l'his 
toire des comtes de Foix, de la guerre de Cent ans; ^IM. Roger 
et de Lahondès sur l'architecture militaire et religieuse (l'Ariège 
fourmille d'églises romanes ou gothi([ues et de ruines de châ- 
teaux féodaux); MM. Brun et de Bardies sur les guerres de reli- 
gion jusqu'à Louis Xlll; MM. Cénac, Doublet, Rumeau sur le 
xvir et le xvin' siècle, sur l'épiscopat de Caulet, la révocation 
de l'Édit de \antes; M. Arnaud sur la Révolution. Pour ces 
dernières périodes, les auteurs n'hésitent pas à nous donner des 
documents inédits puisés dans les archives locales, et leurs 
résumés, leurs statistiques sur la Révocation, leurs aperçus sur 
la question des forêts, sur la misère, la peste, le brigandage, 
sur la vie des mineurs, des orpailleurs, sont le résultat de sé- 
rieux travaux personnels. Il en est de même pour toute l'épo- 
que contemporaine, la révolution de 1800, l'émeute de Foix 
de 1840 et les origines du mouvement démocratique dont 



I 18 ANNALES DU MIDI. 

M. Mnirrc a fait imr ('liidc foute particulière (les forgeurs', les 
clubs de Foix, etc.) ainsi que de la révolution de i848. Les au- 
teurs conduis.entleur récitavec uneimpartialité toute historique 
jusqu'à la convention des Transpyrénéens en 1904 sans oublier 
d'insister sur les richesses naturelles du département (stations 
thermales, usine d'Orlu, etc.) 

C'est cette note personnelle ([ui fait de ce livre })lus qu'un 
recueil de morceaux choisis, l'œuvre d historiens dont l'esprit 
critique est toujours en éveil. On regrettera seulement l'absence 
d'un chapitre sur la géographie et la géologie. 11 est en effet 
peu de régions naturelles où Tinfluence de ces éléments sur les 
divers aspects de l'histoire du pays soit aussi sensible que dans 
l'Ariège. Le rôle de ce département dans l'étude de la préhis- 
toire par exemple, l'importance des questions de forêts et de 
pâturages dans l'histoire économique, sont la conséquence 
directe de la structure des montagnes, qui explique aussi toute 
l'histoire féodale et religieuse. Les auteurs eux-mêmes sont na- 
turellement obligés (voir notamment p. 86) de faire ressortir 
ces caractères dans le cours de leur travail qui s'adresse d'ail- 
leurs à des Ariégeois; mais il eut été peut-être utile, pour les 
étrangers an département, de grouper ces notions en tête du 
\i)lume avec une carte soniniaiic. Fr. Galabert. 



Phvtx fMaxence). 1. (Généraux provisoires de l'armée des Py- 
rénées-Orientales (i7()3-i7()4). Pradcs, imp. Cocharaux, 1914; 
in-8" de 38 pages (Kxir. de /?//*c/no, octobre-décembre i9i3). 
— II. Le (jênéral Dagoberl. Lézignan, imp. (ï. Lou])iac, 1913 ; 
i 11-8" de 19 pages. — Durant les guerres de la Ré\olution, et 
même sous rFm])ire, la graïuh' pénurie des cadies d'officiers 
imposa des noniiiialioiis de généraux à litre provisoire. M. Léon 
llennel en a publié utie liste {i\An<, Feuilles d'histoire, 1912 : 
Ciénéraur provisoires de la Rèvolalion el de l'Empire). L'érudil 
rous^illonnai> bien coiiuu. M. Maxencc Pratx a extrait de cette 
liste les noms de ces généiaux (jui ont exercé leur commande- 

I. Noir le coniplc rendu ci dessus. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 1 'if) 

ment dans les Pyrénées-Oricnlales et a complété, par des détails 
précis et de judicieuses remarques ce que le travail de M. Hen- 
net lui fournissait sommairement. Ainsi apprenons-nous que 
sur i4 généraux de l'armée provisoire de l'armée des Pyrénées- 
Orientales, 5 sont morts sur l'échalaud. C'est beaucoup; et l'on 
peut se demander de quelle utilité pouvait être une nomina- 
tion à titre provisoire alors que la guillotine tranchait aussi 
bien les nominations à titre définitif. Quoi qu'il en soit, on ex- 
pliquait et on justifiait alors l'avancement provisoire — ainsi 
qu'à l'heure présente — par la nécessité de juger à l'œuvre, 
avant sa titularisation, celui qui était investi du nouveau grade. 
Mais comme le fait judicieusement remarquer M. Pratx, cette 
situation ambiguë, en se prolongeant outre me.sure, comme ce 
fut le cas sous la Révolution, n'était point faite pour rehausser 
le prestige de l'officier général aux yeux de ses soldats. Le tra- 
vail de l'auteur est d'ailleurs plus et beaucoup mieux qu'une 
simple biographie de ces officiers généraux. Pour la meilleure 
compréhension du sujet, M. Pratx est en effet conduit à nous 
donner d'utiles et précieux renseignements sur l'armée des Pyré- 
nées-Orientales, de 1793 à 1790, tant sur les anciens corps de 
la province, comme les Miquclels, qui entrèrent dans l'organi- 
sation de l'armée révolutionnaire, que sur les gardes natio- 
naux, volontaires, réquisitionnés qui composèrent cette der- 
nière; sur les cadres d'officiers généraux, qui atteignirent des 
chiffres invraisemblables : au cours de la campagne de 179^, 
qui dura neuf mois, le commandement en chef de l'armée des 
Pyrénées-Orientales passa entre les mains de treize généraux; 
sur les anciens grades, sur le rôle des représentants du peuple, 
qui ne fut pas toujours heureux, etc. L'œuvre de M. Pratx est 
un excellent travail qui intéresse autant l'histoire générale que 
l'histoire locale. 

Le second travail du même auteur, écrit à propos du livre 
de M. Arthur Chuquet : Le Général Dagoberl (Paris, Fontc- 
nioing, 1913, un vol. in-S" de ^']2 pages), n'est point un sim- 
ple résume de l'œuvre de l'éminent membre de l'Institut. 
M. Pratx, en condensant ce qui est épars dans le livre de 
M. Chuquet, met excellemment en lumière la figure si atta- 



l50 ANNALES DU MIDI. 

chante du vaillant général révolutionnaire. 11 y ajoute d'ailleurs 
des remarques personnelles que sa parfaite connaissance de 
l'histoire locale rend aussi intéressantes qu'autorisées. 

Marcel Sellier. 

Prinet (M.). Sceaux altribués à des seigneurs de Duras en 
(iuyen/ie. Paris, Rollin et Feuardent, 1918; i 11-8° de 10 pages et 
planche. (Extr. de la Revue numismatique, i9i3). — Douet 
d'Arcq a rangé un sceau d'Alix de Brabant, comtesse de Duras 
(1361), dans la catégorie des grands feudataires de Guyenne. 
M. Prinet montre, d'après divers documents, qu'il ne s'agit pas 
de Duras, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Marmande, 
Lot-et Garonne, mais de Duras, localité de la Hesbaie dans le 
Limbourg belge (arrondissement de Hasselt, canton de Saint- 
ïrond). Certaines indices permettent pourtant de penser que 
la matrice de ce sceau a été fabriquée avant le deuxième ma- 
riage d'Alix de Brabant, alors qu'elle était la femme de Guil- 
laume, comte de Clermont et d'Auvergne. 

De même un sceau de Robert de Duraccio ne doit pas être 
atlribné à Robert, de Duras en Agénois, mais à Robert, de Du- 
razzo en Albanie. Petit-fils d'un roi de Naples, ce personnage 
s'était mis au seivicc de Jean le Bon et fut tué à la bataille de 
Poitiers (i356j. Fr. Galabert. 



PUBLICATIONS \OUVELLKS 



Albanès (J.-H.) ol U. Chevalier. Gallia chrisliann novissima. 
T. VI. Orange (évêqiies, prévôts). Valence, inip. \alentinoise, 
1916; gv. in-l\° à 3 col. XIX p. et 204 col. 

Blanchet (A.) et A. Dieldonné. Manuel de nnniismati(|iie 
française. T. H. Monnaies royales françaises, depuis lingues 
Capct jusqu'à la Révolution. Paris, Picard, igiO; in-8" de 
x-4<jS p. avec fig. et pi. 

Catalogue de la collection d'archéologie régionale du musée 
national Adrien Dubouché, de Limoges, par P. Ducoi htieux. 
Limoges, Ducourlieux et Goût, 191 6; in-8" de viii-4i p. 

Catalogue général de la librairie française d'ÔTXo Lohexz. 
T. XXIY (1910-1912), fasc. 4 (M-Z) et t. XXV (table des ma- 
tières du t. XXIV), fasc. I (A-G), rédigés par D. Jordell. Paris, 
Jordell, 8, rue de Louvois, 1914 et kjiô, in-8" à 2 col., p. 721- 
1 1 1 1 et 1-240. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque 
nationale. Auteurs. Tome LXIV. Grégoire-Grosvenor. Paris, 
imp. nat., 1916; in-8" de 1242 col. 

CouLON (A.). Le service sigillographique et les collections 
d'empreintes de sceaux des Archives nationales. Xotice suivie 
d'un catalogue du musée sigillographique. Paris, Champion, 
1916; in-i6 de i56 p. et pi. 

Coutumes (Les) de Saint-Gilles (xii' et xiv" siècles), p. p. 
E. Bligxy-Boxdura>'d. Paris, Picard, i9i5; in-S" de 253 p. et 
fac. si m. 

Exj.art (C). Manuel d'archéologie française. Tome 111. Le 
costume. Paris, Picard, i9i(»; in-8" de xxix-6i5 p. avec grav. 

Inventaire sommaire des archives départementales du Gard. 
Supplément à la série C. Série D. Archives religieuses, supplé- 
ment aux séries G et H, par Bligxy-Boxduraxd. Ninies, imp. 
Cliaslanier, 191G; gr. in-4' à 2 col., de xi-oog p. 



l52 ANNALES DU MIDI. 

LoiBERSA^NES (E.). Pclitc liistoirc de Blave d'AUngeois. /Vlbi, 
iiiip. coopôralivo du Snd-Ouosl, t9i(); iii-i(i doviii-iaS p. et 
carte. 

Mvz.viJHic (F.). Les Musées archéologiques de Mnics. Recher- 
ches et acquisitions, années i()\!\ et 1910. Ninies, imp. Chasla- 
nier, 191 (3 ; in-8" de 34 p. 

>h'nioires et Documents pour servir à l'histoire du commerce 
et de l'industiie en France, p. p. J. Hayem, /j" série. La manu- 
facture d'armes de la Montagne (Tulle). Quelques conséquences 
du blocus continental en Corrèzc. Les papeteries de Provence 
au xviii^ siècle. L'industrie chapelière à Marseille au xviir siè- 
cle. Un grand atelier de charité sous Louis XIY. L'Hôpital 
général de la Manulaclure à Bordeaux (1058-1715). Deux docu- 
ments pour l'histoire du salariat dans les Bouches-du-RliAne. 
Les houillères de la Machine au xm*" siècle. Documents inédits 
sur l'histoire du compagnonnage à Marseille au xviii" siècle. 
Les relations commerciales de Bordeaux avec les villes hanséa- 
li(pies aux xvii'' et xviii'" siècles. Les apothicaires privilégiés de 
Paris sous l'ancien régime. Paris, Hachette, 1916; in-8" de 
vii-3i3 p. 

Monuments et Mémoires publiés par l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, sous la direction de G. Pehrot et I\. de 
l^vsTEMUE. '!'. W, fasc. -î. Tables. Paris, Leroux, 1916; gr. in-4" 
de m/h p. 

Procès-verbaux de l'Académie rovde d'architecture (1O71- 
'79^^)' !'• P- ï'- Lemoxxieh. T. 1\' : 1713-172G. Paris, Cham- 
pion, 1915; in-/i" de li-362 p. 

Recueil des actes de Philippe-Auguste, roi de ('"'rance, publié 
sous la direction de E. Berger, par II. -F. Delaroude. T. 1, 
Années du règne l à W (1"' nov. 1179-31 octobre 1194)- Paris, 
Klincksieck, 191O; gr. in-/|" de XL-575 p. ((Charles cl diplômes 
rchilifs à l'I fis/ni rc de France, piihlics par les soi/is de /' Acadc- 
iiiic des uisci'ij)lioiis cl /jellc.s-lellres). 



Le Gérniil. Kn. IMUVAT 



TouLOrsi:. — Inip. ul Lili. KnorAiU) Piuvat. -- Ooli 



^s'"- 



LE SIÈGE DE TOULOOSE PAR LES NORMANDS EN 864 

ET LES CIRCONSTANCES QUI S'Y RATTACHENT 



Dans une note placée au bas de l'une des pages d'un 
article récemment paru', M. Ferdinand Lot, après M. Léon 
Levillain%et non moins incidemment, a essayé d'apporter 
quelque lumière sur un épisode particulièrement obscur 
de l'histoire toulousaine : le siège de la ville par les Nor- 
mands en 864. 

Je voudrais examiner de près les textes et les faits sur 
lesquels se sont appuyés mes deux confrères et tenter 
d'expliquer, s'il se peut, d'une manière plus satisfaisante 
qu'on ne l'a fait jusqu'ici quelques-unes des circonstan- 
ces qui se rattachent à cet événement. 

I 

Rappelons tout d'abord qu'un seul auteur contempo- 
rain parle positivement du siège de Toulouse par les Nor- 
mands en 864 : c'est Aimoin, au livre II, chapitre xii de 
la Translatio Sancll Vincent ii inartyris ex Hispania in Cas- 
trense Gallise monasterium\ 

1. La Loire, l'Aqiiiiaine et la Seine de 86Q à 8G^. Robert le Fort, dansla 
Bibliothèque de l'École des Chartes, LXWI, G'Iivraison, novembre-dé- 
cembre igiS, p. 492, note 5. 

2. La Iranslation des reliques de saint Auslremoine à Mozac, dans Le 
Moyen âge, WTI (2° série, VHI, p. 3i4, noie 3). 

3. (( Nortmanni quorum livido metu sancii levila' et mariyris cor- 
pus recesserat, lune temporis ex Garonnae tluvio a Pipino couducti 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. II 



l5/i J. CALMETTE. 

Cet auteur nous raconte, en substance, que les Nor- 
mands « ex Garonnfr fluvio », — c'est-à-dire en suivant 
le cours de la Garonne, — vinrent jusqu'à Toulouse, con- 
duits par le roi d'Aquitaine, Pépin II, qui les avait sou- 
doyés; avec lui, ils assiègent la ville, méditant de mettre 
à feu et à sang la campagne d'alentour et de tuer tous les 
citadins. Non seulement les Toulousains, mais même les 
Albigeois, craignant l'attaque brusque des païens et frap- 
pés d'épouvante à la nouvelle de leur approche, s'étaient 
enfuis, se dispersant de tous côtés. Mais les Normands, 
après quelques jours d'un siège vain, fatigués de l'inuti- 
lité de leurs efforts, se retirent, en même temps que leur 
guide, non qu'ils aient été chassés par la force, mais, sans 
avoir été empêchés de ramasser tout autour leur butin, 
ils ont été repoussés par la grâce divine et par l'interces- 
sion du saint diacre et martyr. 

De ce récit, il est aisé de déduire les trois points posi- 
tifs suivants : 

i" Les Normands qui parviennent sous les murs de Tou- 
louse ont remonté le cours de la Garonne; 

2" Ils ont été conduits par Pépin qui les a pris à son 
service et s'est placé à leur tête ; 

3" Ils ont tenté un siège qui a échoué. 

Aimoin fait honneur de cet heureux résultat au saint 



lucrciiiioniis, parilor cuin co ad obsidendam Tolosam adventaverant. 
Hoc ilaquc conloiidotiles agonizabant qualUer urbem capcront; ter- 
rain autein priudiu ignisquc plaga vaslareiil alquc incolas exitiabilis 
forri niucrone sanguinissitibundi périmèrent. Unde non solum Tolo- 
sani sed rêvera Albicnses omnes, ne forte more solilo illis supcrve- 
nienlibus insperatc praeoccnjjarentur, gravi perculsi forniidine, bue 
atquc illuc exlorrili, morlis periculum evadere concertantes difTu- 
giuiil... Dcnique Norlniauni posi aliquos dies in vanun» exactes, 
siinul cuin coiiduclore, inani obsidioiie fatigati, recedunl; non ut 
coiiati fuerant, excepta in circuiln iacta pneda, Dei niiseralione 
sanclique !'jvita> et niartyris rogatione repulsi. « (D. Bouquet, Rec. 
des historiens de France, MI, 352-353.) 



LE SIEGE DE TOULOUSE PAR LES NORMANDS. lOJ 

dont il célèbre la translation. Toutefois, lui-même, dans 
un autre chapitre de son ouvrage' nous montre le comte 
d'Albi, Ermengaud, entouré de chevaliers et campé dans 
les prés de l'abbaye de Castres. Ce sont là visiblement les 
contingents de l'Albigeois concentrés par leur Comte. Si 
nous ignorons quelle a pu être la marclie de cette troupe, 
il semble raisonnable de croire que son rassemblement, 
sinon son approche, a dû être pour quelque chose dans la 
levée du siège par Pépin et ses alliés. 

II 

Sur les trois points positifs que nous déduisons du cha- 
pitre XII d'Aimoin, nous pouvons trouver, dans d'autres 
sources, des éléments précieux de corrobora tion, de façon 
à obtenir ce recoupement des témoignages qui est, pour 
l'historien, la seule et véritable garantie de vérité. 

Les Normands ont bien suivi le cours de la Garonne, 
en effet. Car nous lisons dans une autre œuvre hagiogra- 
phique, — Historia transkitionis reliqiiiuriim sanclse Fmistœ-, 



I. Lib. II, cap. xviii : « In quodam loco eidem cœnobio adjacent! 
qui Waldarii cella nunciqoatur, hoc mémorandum enituit virtutis 
prœconium. Secus etenim ipsum locum diffusis inilitum copiis, 
monachi Ilermengaudum Albia? comitem adicrunt. crantes ut ab 
hostium invasione equorumque depastione sata condimine sua? pro 
tegeret. Nam in Illis partibus pe[r]pauca cxstant prata. » (Migne, 
Palrol. lai., CXXVI, 1024). 

a. « Tempore que post doniini nostri Jesu Ghristi incarnationem 
DGCCLXIIII annos impletus est, obtinente regnum Francorum Carolo 
rege, filio Ludovici magni imperatoi-is, grassata est ingens persecu- 
tio in ecclesia Christi in regionibus Aquitaniff" seu Gasconiic. Siqui- 
dem paganorum barbaries, quos usitato sermone Danos seu Norman- 
nos appeilant, a suis sedibus cum innumerabili exeunles navali ges- 
taniine, ad Sanclonicam sive Burdegalensem urbes sunt advecti. 
Indeque passim discurrentes provinciis, urbes depopulando, monas- 
teria, ecclesias necnon et cunctas hominum a^des igné cremantes. 
non parvos hominum strages occidendo dederunt. » {Rec. des Hist. 
de France, VII, 344.) 



l56 -T. CALMETTE. 

— que « en 86A l'Église du Christ souffrit une grande per- 
sécution dans la région de l'Aquitaine et de la Gascogne ». 
Et l'auteur nous montre les navires de « ceux qu'on 
appelle couramment Danois ou Normands « à Saintes, à 
Bordeaux, d'où ils se répandent « dans lesdites régions, 
brûlant les ^lonastères, les églises, toutes les habitations, 
massacrant les habitants. >:> 

Or, il y a coïncidence de date entre cette mention de la 
venue des pirates en Aquitaine et la mention du siège de 
Toulouse par Ai moin. Car Aimoin, au début de son œu- 
vre, inscrit la date 855 comme étant celle du début des 
événements qu'embrasse son récit. Ces événements occu- 
pent neuf ans environ', ce qui nous amène exactement 
à 864. 

Nous retrouvons encore, par surcroît, cette même date 
de 86/» dans les Annales de Sa'ml-Bertin qui mentionnent 
sous cette rubrique l'alliance de Pépin avec les Normands*. 



1. Loi, /or', cil., p. 493; Levillain, loc. cil., p.3i4, note 3. La vision du 
moine Iliidebert se place en 855. Huit ans et demi après la vision, ce 
moine se réfuj^ie à Castres. ^ ientensuite le voyage de Salomon, comte 
(le Cerdagne, à Cordoue,dont le Khalife ordonne à l'évèque de Sara- 
gosse de livrer le corps de saint Vincent. Enfin, le transport du corps 
exige encore un certain temps : on peut donc compter neuf ans en- 
viron entre la vision d'Hildebert et l'épisode qui nous intéresse. Bien 
qu'approximatif, ce calcul présente plus de précision que ne semble 
lui en attribuer M. Lot, qui dit : « nous atteignons 864, mèmeSGô.» 
En aucun cas, à quelque moment indéterminé de 855 que l'on place 
la vision, on ne peut, en ajoutant seulement neuf années, atteindre 
805; c'est donc 8(i't qui s'impose. 

2. Annales Uerlininni, 8ù[\ : a Pippinus, l'ippini lilius, ex monacho 
laicus cl apostata factus, se Normannis conjungit et ritum eorum 
servat. » Comme M. Levillain et comme M. Lot, nous n'admettons 
pas un instant que Pépin ait abjuré. Il a simplement prisa son ser- 
vice la bande normande de la Garonne, et l'on peut ajouter encore 
aux raisons de nos deux confrères cet argument que le texte d'Ai- 
moin donne précisément ce rôle à Pépin sans souftler mot d'une 
apostasie (juclconque. Au surplus, l'ardent archevêque de Heims est 
coulumier de noircir les adversaires polili(iues. 11 appelle Vvpin apos- 
tat en 80.'t, comme, en 8O9, il appellera concubine la seconde femme 



LE SIEGE DE TOULOUSE PAR LES NORMANDS. 107 

Nous avons donc ici, en même temps quune confirmation 
nouvelle de l'année sous laquelle se placent nos événe- 
ments, une confirmation précieuse de rafTirmation d'Vi- 
moin, faisant conduire par Pépin les païens qui assiègent 
Toulouse. 

Quant au troisième point, Téchec des Normands devant 
la ville, on peut dire qu'il est implicitement confirmé par 
ce fait qu'aucun annaliste ne mentionne en 86^ un pillage 
de Toulouse par les Normands : circonstance négative, 
il est vrai, mais d'autant plus digne de remarque que les 
Annales de Sainf-Berf in, nous le verrons, s'occupent expres- 
sément de Toulouse en cette même année 864. 



III 



Avant d'aller plus loin, constatons que les trois points 
que nous venons d'établir n'étaient pas si évidents qu'ils 
n'aient été parfois méconnus. Ainsi, M. Levillain faisait 
venir les Normands d'Auvergne à Toulouse, et le même 
érudit contestait que leur chef devant les murs de Tou- 
louse eût été Pépin. 

Or, s'il est vrai que les Normands, venant de Saintes, 
ont été, en 863, jusqu'à Clermont', il n'y a aucune raison 
pour objecter ce fait à l'affirmation catégorique d'Aimoin 
qui indique nettement la Garonne comme voie de l'inva- 
sion de 864 dans le Toulousain ^ 



de Charles le Chauve, la sœur de Boson, la reine Richilde (Cf. ma 
iJiplomaUe carolingienne, p. 117). 

1. Cf. les textes relatifs à la prise de Clermont rassemblés par F. 
Lot. /oc. cit., p. 489. Le comte de Clermont, Etienne, fut tué lors du 
sac du chef-lieu de son pagns. 

2. Rappelons que l'auteur de ïllisloria reliquiarnm sanctx Faiislx 
(ci-dessus, p. i55) corrobore Aimoin. Hincmar, dans les Annales de 
Saint-Berlin, fait d'ailleurs revenir les Normands sur leurs pas après 
le sac de Clermont. C'est M. Lot (loc. cit., p. 492, note) qui a redressé 



l58 J. CALMETTE. 

Quant à nier que Pépin ait conduit les Normands au 
siège de Toulouse, on se heurte à la môme autorité d'Ai- 
moin, à laquelle on ne peut rien opposer. Nous verrons 
un peu plus tard pour quelle raison, toutà fait subjective, 
M. Levillain se refusait à voir dans Pépin le chef des 
assiégeants'. 

On pourrait, enfin, hésitera admettre l'échec des Nor- 
mands en se référant au témoignage de l'historien de 
Saint-Philibert, llermcnlaire, et de la chronique de saint 
Bénigne de Dijon, qui citait Toulouse parmi les villes 
prises au ix'' siècle par les Normands. Les Bénédictins, 
auteurs de VHisloire générale de Languedoc-, ont toutefois 
donné depuis longtemps l'exemple de ne point rapporter 
cette mention à l'expédition dont Pépin fut le triste héros : 
ils ont préféré admettre que la prise de Toulouse avait eu 
lieu en 85o. Or, celte prise de Toulouse en 85o par les 
Normands me paraît, quant à moi, purement imaginaire, 
et je reviendrai peut-être quelque jour sur ce problème, 
que nous pouvons d'ailleurs sans inconvénient écarter 
pour le moment. 

IV 

Mais, si nous pouvons écarter pour l'instant les textes 
(|iii cilenl Toulouse parmi les villes prises par les Nor- 
mands au IX' siècle, il est un ordre de faits, par contre, 



sur ce poiiil, — cl liTs liourcusoiiiciil. — l'oiiour do M. Levillain. 
On peut ajouter que l'itinéraire de linvaaion indiqué par Aimoin est 
beaucoup plus conforme que loul autre aux hahitudes normandes. 

I. \oir ci-dessous, p. iCa. 

■j. Ed. Privât, II, SOa-SG.H. Disculaiil la liste des villes prises parles 
pirates, d'après llermenlairc, les auteurs de Vllisloirc de Languedoc 
s'elTorcent de déduire la date à laquelle les ÏNorniands auraient pris 
Toulouse d'après la place que Toulouse occupe dans la liste. Comme 
elle est inscrite entre Bordeaux occupée en 848 et Angers saccagée 
en 8.5 1, on place en Sôo la chute de Toulouse. Il y aurait liien des 
objections à faire à ce raisonnement et à cette conclusion. 



LE SIEGE DE TOULOUSE PAR LES NORMANDS. DQ 

qui se rattache directement au siège de 86/i et que nous 
devons maintenant aborder. 

A première vue, les faits dont il s'agit pourraient ce- 
pendant paraître sans liaison avec l'expédition normande 
dans la vallée de la Garonne. A la réflexion, il en va tout 
autrement. 

Le texte essentiel à considérer est celui que nous devons 
à Hincmar, rédacteur des Annales de Saint-BerUn. Le célè- 
bre archevêque de Reims nous apprend dans cQ?,Annales\ 
à l'année 863, que le marquis de Gothie Humfroi-, profi- 
tant d'un complot tel que les Toulousains ont, — dit-il, — 
l'habitude d'en ourdir, accoutumés qu'ils sont à substi- 
tuer les comtes les uns aux autres, enlève Toulouse au 
comte Raymond' et met la main sur cette ville. 

Puis, au début de 864, Charles le Chauve, au témoi- 
gnage du même annaliste*, délègue ^c des missi en Gothie, 
— in Gothiam. — pour récupérer cités et châteaux ». 
Plus tard, ces missi reviennent, « axant peu fait pour leur 
objet », et aussitôt Hincmar d'ajouter que « Humfroi 
ayant abandonné Toulouse et la Gothie et fui par la Pro- 
vence jusqu'en Italie », le roi Charles envoya de nou- 
veaux missi à Toulouse et en Gothie « pour recouvrer 
cités et châteaux^ ». A quoi ils réussissent certainement, 

1. Annakf! Bertiniani, 863 : « Humfridus, Gothuc marchio, sine 
consciencia Karoli régis, factione solilo more Tolosanorum qui comi- 
tibus suis candem civitatem supplanlare sunt soliti, Tolosam Rei 
mundo subripit et sibi usurpai. » 

2. Sur Humfroi, marquis de Gothie, cf. mon étude sur Les Mar- 
quis de Gothie sous Charles le Chauve, dans les Annales du Midi, \l\ 
(1902). 

3. Hincmar était parent de Raymond (Annales du Midi, \^ H, igoS, 
p. i4, note i). Cette parenté explique assez qu'il blâme les auteurs 
de l'attentat et qu'il soit bien renseigné. 

4. Annales Bertiniani, 8(j/|. 

5. Reproduisons en son entier la phrase unique de l'annaliste à ce 
sujet {Ann. Bert., 864) : « Missi régis Karoli parum pro quibus missi 
fuerant utilitatis agentes, a negotio revertuntur, et Huntfrido, di- 



ifio J- CÂLMETTE. 

cette fois, attendu que Tannée suivante, en 865, un rema- 
niement territorial de la marche de Gothie est réalisé 
sans obstacle '. 

Ne quittons pas les Annales de Sainf-Bertin sans y rele- 
ver encore un trait important. Presque aussitôt après 
avoir mentionné l'envoi des seconds missi dans le Midi, 
Hincmar raconte ce qui s'est passé au plaid de Pitres, 
ouvert le i"juin 86/i : Pépin y est jugé, après avoir été 
« enlevé à ses alliés normands » et fait prisonnier^ 



Nous connaissons par ailleurs quelques détails sur cette 
capture qui fut l'œuvre de Rannoux, comte de Poitiers'. 
Pépin est saisi par surprise, et, en même temps que lui, 
cet Efroi, — Ecfridus, — en qui l'on peut reconnaître à 
volonté le comte de Bourges ou l'ancien comte de Tou- 
louse, signalé en 8^2. Quoi que l'on conjecture sur cette 
identification très douteuse, et qui n'importe pas à notre 
sujet actuel, retenons que le jugement de Pépin à Pitres 
oblige à placer sa capture au moins en mai. 

Or, Hincmar a été présent au plaid de Pitres. Il a joué 
personnellement le rôle d'accusateur de Pépin*. Il a donc 
été parfaitement renseigné sur tout ce qui se rapporte à 
la dernière équipée du roi d'Aquitaine. Son témoignage 

niissa Tholosa ac Golia per Provinciam in partes Italiic transcdiite, 
iterum alios missos ad rccipiendas civilalcs et castella Karolus ad 
Tholosam et in Gotiam mittit. » 

1. Voir, sur ce remaniement de la Ciothie en 8()ô. l'article rite ci- 
dessus, p. iSg, note 2. 

2. Annales liertiniani, 8()'i : « Pippinus apostata a Aortmannorum 
collegio ab \quitanis ingenio cajiitnr et in eodem placilo priesen- 
lahir. .. 

.'?. !.. I.cvillain, /or. cil., p. ;ii3. noie. 

'i. Hincmar, De prenilcnlia Peppini i'c<jh (Mi;:,nie. Pdlrol. lai., 
t. CWV). Sur l'interprétalion qu'il faul donner aux accusations for- 
mulées dans ce réquisitoire contre Pépin, cf. ci-dessus, p. i56, note 2, 



LE SIÈGE DE TOULOUSE PAR LES NORMANDS. l6r 

acquiert, par là même, un intérêt très vif : c'est un 
témoignage des plus directs, partant des plus précieux. 

Justement, cette présence de notre annaliste au plaid 
du i" juin explique, à mon avis, la forme inattendue de 
la mention qu'il consacre à la mésaventure du marquis 
Ilumfroi : forme assez singulière pour avoir gêné, voire 
trompé les commentateurs. 

C'est dans une seule et même phrase, en effet', que 
l'archevêque de Reims enveloppe le retour des premiers 
missi, la fuite du marquis Humfroi, l'envoi de la seconde 
mission. Or, il suffit d'y réfléchir pour se convaincre que 
ces faits ne sauraient être concomittants. Ce n'est certes 
pas à l'heure de l'échec des premiers missi envoyés contre 
lui que le rebelle Humfroi a dû abandonner le champ 
de ses exploits, car, en pareil cas, au lieu d'être un échec, 
la mission du début de l'année eût été un triomphe et la 
seconde mission eût été inutile. Par conséquent, entre le 
retour de la première mission déçue et la fuite du mar- 
quis il s'est nécessairement écoulé un laps de temps dont 
nos Annales ne tiennent aucun compte. 

J'estime qu'il est facile d'expliquer pourquoi la présen- 
tation des faits par Hincmar ne répond pas et ne peut 
pas répondre, en l'espèce, au rythme des faits eux-mêmes. 

C'est tout simplement que notre annaliste a appris en 
bloc ces faits en arrivant à Pitres. Il a noté ensemble, 
parce qu'il les a connus ensemble, ces événements sépa- 
rés dans la réalité, savoir : i" le retour des premiers missi 
sans avoir pu accomplir leur mandat; 2" la fuite ulté- 
rieure du marquis usurpateur et l'envoi fait en consé- 
quence d'un nouveau groupe de missi. 

Or, puisque la fuite du rebelle n'est connue au Palais 
qu'au moment où l'on y amène Pépin prisonnier, cette 

I. Cf. celle phrase cilcc ci-dessus, p. lôg, noie 5. 



l62 J- CALMETTE. 

fuite se place à peu près à la même époque que le siège 
de Toulouse, sans que l'un et l'autre fait puisse être séparé 
par un long espace de temps'. Lequel de ces deux faits 
est antérieur? C'est ce qui n'apparaît pas jusqu'ici. 

VI 

La question se pose donc de savoir si Humfroi a été 
ou non le défenseur de Toulouse contre les Normands. 

M. Levillain admet que le marquis Humfroi a été le 
défenseur de 864 ; M. Lot ne l'admet pas. 

M. Levillain croit Humfroi partisan de Pépin. Sa fuite, 
en effet, coïncide, dit-il, avec le désastre et la capture de 
celui-ci. Elle en serait donc, suivant lui, la conséquence 
directe. D'autre part, c'est de Pitres que le roi délègue 
la seconde mission dans le Midi, après que le marquis 
désillusionné a abandonné Toulouse, « dimissa Tolosa ». 
Humfroi était donc à Toulouse au moment du siège. 
Seulement, si Humfroi était un partisan de Pépin, com- 
ment aurail-il pu défendre Toulouse contre ce même 
Pépin conducteur des Normands ? Pour se tirer de cette 
difficulté, M. Levillain préfère ne pas croire que Pépin 
ait assumé le rôle qu'on lui attribue. Pour lui, s'il est 
exact que les Normands aient assiégé la ville, il est inexact 
que Pépin les y ait conviés et dirigés-. C'est ainsi que 
AI. Levillain est réduit, encore (|u'il le fasse timidement, 
à s'inscrire en faux contre l'un des points les plus solidc- 

I. l'oiir rvaliipr cet espace de temps, il laudrail avoir un élénienl 
(l'api)récialion qui nous inantiue : combien de temps au juste s'est-il 
écoulé entre la levée du siège de Toulouse par l^épin et sa chute 
dans les mains de Rannoux? (resl ce que rien ne nous autorise à 
préjuger. 

■) . !.. Levillain, /oc. c//., p. ;ii5, note : « La concordance des dates 
douiic )i croire (pie //(j/;(/r(V/f/,s- était, lui aussi, un partisan de Pépin II. 
et ce dernier n'aurait evi alors aucun intérêt à conduire lui-même 
les Normands soui les murs de Toulouse. » 



LE SIEGE DE TOULOUSE PAR LES >ORMV>DS. lOS 

ment établis : la présence de Pépin parmi les assiégeants 
de Toulouse. Et il se laisse aller à cette tentation dange- 
reuse qui consiste à écarter un témoignage positif au 
nom d'une déduction purement subjective, uniquement 
parce qu'il a supposé préalablement que le marquis de 
Gothie avait agi à Toulouse comme partisan de Pépin. 

M. Lot, au contraire, s'exprime ainsi : « M. LeviJIain 
émet l'hypothèse que Humfroi était partisan de I*épin II, 
vu la concordance des dates; nous n'en savons rien, en 
réalité. » L'observation est aussi juste que catégorique. 
Mais M. Lot présente tout autrement l'ordre des faits; 
selon lui, Humfroi a perdu Toulouse avant le siège et la 
défense de la ville à l'arrivée des Normands a été assumée 
non par lui, mais par les missi royaux. Lorsqu'ensuite, 
c'est-à-dire postérieurement au retour des missi, Hinc- 
mar nous apprend que le marquis a abandonné Toulouse, 
— dimlssa Tolosa, — il faut comprendre Tolosa non au 
sens de Toulouse, mais au sens de Tolzan, Toulousain, 
pays de Toulouse; et, de même, les seconds missi, en- 
voyés, aux termes de nos Annales \ <( ad Tolosam et in 
Gotiam » sont envoyés non pas à Toulouse, mais « dans 
le Tolzan et en Gothie ». 

VII 

C'est là une interprétation des faits et des textes que 
nous ne pouvons faire nôtre. 

Comment admettre, d'abord, que ces premiers missi 
royaux, dont on nous dit ffu'ils ont peu fait- pour leur 
objet, aient recouvré Toulouse'? Le penser serait mécon- 



1. Texte cité ci-dessus, page iSg, note 5. 

2. Ibld. « Paruni pro quibvis missi fueranl uUlilalis agentes ». 

3. F. Lot, loc. cit., p. 492, note 5. « Les missi envoyés en janvier 
dans le Midi ont très probablement réussi à recouvrer Toulouse et 
à la défendre contre Pépin et les .Normands. » 



l64 J. CALMETTE. 

naître l'importance de Toulouse dans l'Aquitaine du 
ix" siècle. Et quand un annaliste officieux, dont nous 
connaissons les attaches, que nous savons habitué à pré- 
senter toute chose sous le jour le plus favorable à son 
maître, nous parle de délégués qui « ont peu fait pour 
leur objet », ce peu est assurément plus près de rien que 
de beaucoup. C'est pourquoi nous ne saurions aperce- 
voir la reprise de Toulouse sous l'adverbe pessimiste, le 
« parum » de l'annaliste. 

Qui plus est, si notre discussion de tout à l'heure est 
exacte, si la phrase unique des Annales de Saint-Berlin 
doit être entendue comme accouplant des faits qui se 
sont produits à deux moments distincts', l'ordre des faits 
ne peut pas être celui que M. Lot suppose. C'est seule- 
ment après le retour des premiers missi que l'on apprend 
au Palais la fuite du marquis abandonnant Toulouse, 
— (limissa Tolosa, — et alors seulement part la seconde 
mission ad Tolosam et in Goliam. 

Il est vrai que M. Lot propose une traduction nou- 
velle du mot Tolosa dans ce passage. Mais nous ne pou- 
vons en aucune manière nous y rallier. 

En somme, M. Lot se trouve ici condamné sinon comme 
M. Levillain à heurter de front un texte, du moins à tor- 
turer un autre texte et finalement à le fausser. Parce qu'il 
a voulu imaginer, — en dépit de ce qu'en dit clairement 
llincmar, — la première mission comme couronnée de 
succès à Toulouse, — et uniquement pour cela, — M. Lot 
est obligé d'imaginer l'évacualion de Toulouse par Hum- 
IVoi (ir<inl le siège. Cette façon d'arranger les faits en- 
haine aussitôt une grosse difficulté pour lenlenle du 
Icxtc aniialisli(|ue qui suit. Dès lors, quand llincmar 
place à sa date, — c'est-à-dire postérieurement à la pre- 

I. '-If. ci dessus, p. iGi. 



LE SIEGE DE TOULOUSE PVR LES NORMANDS. I (i.") 

niière mission, — l'évacuation de Toulouse par Humfroi, 
— diniissa Tolosa, — M. Lot n'a pas d'autre expédient 
que de rendre Tolosa non par Toulouse, comme il devrait 
aller de soi, mais par le Tolzuii; et il répète forcément la 
même traduction, en vérité toute [)ersonnelle, pour le 
membre de phrase suivant, de sorte que, d'après lui, les 
seconds commissaires sont expédiés non à Toulouse et en 
(jothic, mais dans le Tolzan et la Ootliie'. 11 en lésulte 
finalement cette interprétation que le marquis de Golhie, 
ayant évacué Toulouse lors de la première mission royale, 
a continué à dominer le Tolzan, j^endanl la durée du 
siège, pour s'enfuir ensuite, quand il était le moins 
menacé, sans que le motif de cette fuite puisse être 
défini. 

Le malheur pour cette version est qu'elle se heurte à 
une objection fondamentale touchant le mot Tolosa. Il est 
arbitraire de traduire Tolosa par Tolzan, comme s'il y 
avait Tolosanum. Encore pourrait-on y consentir si le mol 
n'était dans le texte qu'une fois : on pourrait alors, en y 
mettant de la complaisance, risquer l'équivalence au bé- 
néfice d'une leçon vicieuse et dun à-peu-près du texte. 
Mais cette audace devient excessive lorsque notre auteur 
emploie aussitôt après l'expression complète « ad Tolo- 
sam et in Goliam mittit ». Cette fois, point d'obscurité ni 
de doute : la préposition ad devant le nom de ville, la 
préposition in devant le nom de pays, quoi de plus régu- 
lier, quoi de plus lumineux ? Et il suffit, au surplus, de 
parcourir la partie des Annales de Sainl-Beiiin rédigée 
par Hincmar, pour se rendre compte que son style en 
pareil cas est toujours identique. La saine critique exige 
cette conclusion qu'en écrivant k ad Tolosam » c'est bien 

I. F. Lot, ibid. a Tel est ici le sens de Tolosa = Tolzan. » Cette 
traduction n'est justifiée par aucune argumentalion : on se trouve 
devant une allîrmation pure et simple. 



l66 -T- CALMETTE. 

la ville de Toulouse que notre annaliste a entendu viser. 
Dès lors, il devient évident que le marquis Humfroi a tout 
abandonné d'un coup : et la cité comtale naguère usur- 
pée par lui, et le ïolzan, et la Gothie même. 

VIII 

Peut-on préciser davantage la chronologie des faits? 
M. Lot s'est efforcé de resserrer la date du siège de Tou- 
louse entre des limites étroites, en discutant l'ordre des 
mentions placées par Hincmar sous l'année 86/4. Cette 
discussion le conduit à placer le siège en février-mars. 

Voici le raisonnement de M. Lot à ce sujet' : « La date 
du siège de Toulouse n'est fournie par aucun texte. Il est 
à coup sûr postérieur au début de 863, époque à laquelle 
le rebelle Humfroi enleva Toulouse au comte Raimond, 
antérieure à mai 86^, date de la prise de Pépin. On peut 
préciser davantage. Hincmar, qui ne parle pas du siège 
de Toulouse, nous apprend que les missi de Charles, en- 
voyés par lui en Gothie en janvier 864 « pour recouvrer 
« cité et châteaux » (au pouvoir du rebelle Humfroi), étaient 
de retour, ayant assez mal rempli leur mission, à une date 
qui, vu la place de la narration, est antérieure à l'assem- 
blée de Pitres (i" juin) et postérieure : i" au séjour à 
Rome de l'empereur Louis, qui y célébra la fête de Pâques 
(4 avril), séjour qui n'a pu être connu à Reims au plus 
toi qu'à la fin d'avril ; 2" au récit du voyage de Rolhadus 
en Italie en avril-mai. Le retour des missi se place donc 
en mai... Les missi envoyés en janvier dans le Midi et de 
reloiii v\i mai ont très probablement réussi à recouvrer 
Toulouse... ^ous placerions donc entre ces deux dates le 
siège de la cité : en défalquant un mois pour l'aller, un 
autre pour le retour des missi, nous pensons qu'on doit 

I. Loc. cit., p. !\()2, note 5. 



LE SIEGE DE TOULOUSE PAR LES \ORALVNDS. 1 0- 

même resserrer la date entre février et avril 864. Une au- 
tre remarque vient à l'appui de cette conjecture, llincmar, 
avons-nous dit, ne parle pas du siège de Toulouse. Mais 
il mentionne l' « apostasie » de Pépin. Cette apostasie... 
consiste en réalité à prendre à sa solde des Normands 
païens pour assiéger Toulouse. La date de l'apostasie nous 
donne donc, avec quelques semaines d'avance, celle du 
siège, llincmar en parle au début de 864 avant le récit 
de la chasse dans la forêt de Guise (Gompiègne) oii Gliarlcs 
le Jeune fut blessé par Aubouin... L'accident de Gharles 
le Jeune ne saurait... être postérieur au milieu d'avril, 
peut-être même au début... L' « apostasie » de Pépin, 
postérieure à janvier, est donc antérieure à avril, et, par 
suite, le siège de Toulouse se place en février-mars. » 

Il ne me semble pas, quant à moi, que l'on puisse ob- 
tenir, sans forcer les textes, une telle limitation. D'abord, 
M. Lot ne peut spéculer sur le retour de la première mis- 
sion qu'à la condition de lui attribuer la défense de Tou- 
louse : hypothèse que nous avons rejetée. De plus, M. Lot 
n'est pas autorisé, comme il le croit, à dater le retour de 
cette première mission du mois de mai en arguant de la 
place de la mention dans les Annales de Saint-Bertin, car 
nous avons vu qu'en l'espèce le rythme du récit ne com- 
prend pas un rythme des faits*. Une partie de l'argumen- 
tation de M. Lot tombe donc. Il est impossible, d'autre 
part, d'affirmer avec lui qu'il s'est écoulé seulement « quel- 
ques semaines » entre l'apostasie, — c'est-à-dire l'alliance 
de Pépin avec les Normands, — et le siège de Toulouse. 
Nous ignorons absolument tout de la campagne dont ce 
siège fut l'épisode saillant. Pour notre part, nous nous 
contenterons donc de dire, — plus modestement, mais 
plus prudemment, — que cet épisode se place cerlaine- 

I. Cf. ci-dessus, p. iGi. 



I 68 J- CALMETTE. 

ment dans les cinq premiers mois de 86/1, et vraisembla- 
blement dans les quatre premiers, peut-être dans le pre- 
mier trimeslie, sans qu'il nous soit possible de hasarder 
une spécification plus précise. 

Contrairement à l'opinion de M. Lot, il est permis de 
conjecturer que les premiers missi, envoyés en janvier, 
sont revenus au Palais sans résultat sérieux, précisément 
parce qu'ils étaient arrivés dans le Midi en pleine crise. 
A l'attentat du marquis de Gothie, qui motivait leur délé- 
gation, s'ajoutait tout à coup 1' « apostasie » de Pépin', 
l'invasion normande. Peut-être le pariini — le peu que 
les missi ont fait, suivant notre annaliste, — consiste-t-il 
à avoir suscité cette prise d'armes d'Ermengaud, comte 
d'Albi, dont Aimoin nous a conservé la mémoire et que 
nous avons considérée, au début de cette étude, comme 
la raison humainement déterminante de la levée du siège^ 

M. Lot n'essaie pas de déterminer à quel moment se 
place la fuite définitive du marquis Humfroi. Ur, le bruit 



1. M. Lot ne paraît pas s'aviser de ce fait que l'apostasie de Pépin est 
mentionnée par Hincmar après le départ des missi envoyés en jan- 
vier. L'ordre des mentions indique, ici, que l'on n'a appris dans le 
.Nord la nouvelle levée de bouclier du roi d'Aquitaine qu'après l'en- 
voi des missi dans le Midi. Toutefois, comme il est difficile de savoir 
le temps qu'il a fallu pour recevoir la nouvelle de l'apostasie de Pépin, 
il est impossible de tirer de cette observation des conclusions chro- 
nologiques trop rigoureuses. Il reste du moins avéré que, d'après 
l'ordre des mentions chez Hincmar, le Palais ignorait, lors de l'en- 
voi des premiers missi, les complications qui venaient de se produire 
du côté du Toulousain : l'échec de la mission n'a plus rien, dès lors, 
qui puisse surprendre. 

■2. Cf. ci-dessus, p. i55. — M. Lot, Fidèles ou Vassaux? p. 1 15, note 4, 
a montré qu'Ermengaud agit en comte de Rouergue en juin 864 
(cf. mon étude citée ci-dessus, p. 159). A ce moment, déjà, la crise 
serait donc terminée et, sans doute, faut-il voir la récompense d'Er- 
mengaud dans celle union entre ses mains du Uouergue à l'Albi- 
geois ; le Honergue, précédemment uni au Toulousain, du temps de 
Ha>mond, en est alors disliail. et Bernard, (ils de HaNmond, se con- 
tente du Toulousain seul. 



LE SIÈGE DE TOULOUSE PAR LES NORMANDS. t()(| 

de cette fuite n'étant arrivé au Palais qu'à la veille du 
plaid de Pitres, ainsi qu'en font foi les Annales d' Saint- 
Berlin, il s'ensuit qu'on ne peut se refuser à rcticMiver ici 
la concordance de dates signalée par M. Levillain' : la 
fuite du marquis et la capture de Pépin sont présentées 
en même temps par ïlincmar. Dès lors, la fuite du mar- 
quis étant sensiblement contemporaine de la capture du 
roi d'Aquitaine, doit se placer, comme elle, après le siège, 
en sorte que, en définitive, le défenseur de Toulouse con- 
tre les Normands a bien été Humfioi, comme le pensait 
M. Levillain^ 

IX 

Seulement, si Humfroi a été le défenseur de Toulouse 
et si la troupe assiégeante a été conduite par Pépin, il 
s'ensuit nécessairement qu'il faut renoncer à faire agir 
Humfroi en partisan de Pépin. 

Ici, nous rejetons la solution suggérée par M. Levillain 
et nous estimons bien fondé le doute exprimé à ce pro- 
pos par M. Lot^ 

Au demeurant, au lieu de se contenter d'un doute, on 
peut faire un pas de plus et formuler cette question : 
quelle position avait prise Humfroi dans les compétitions 
princières du moment P 

Ce qui avait engagé M. Levillain à situer Humfroi dans 
le parti de Pépin, c'est, sans nul doute, ce fait qu'à Tou- 
louse et en Gothie la longue lutte entre Pépin et Charles 

1. Cf. ci-dessus, p. 1G2. 

2. Nous savons par Hincmar quand Humfroi est entré à Toulouse 
et quand il en est sorti : or, le siège se place nécessairement entre 
ces deux faits. D'ailleurs, l'échec de la première mission envoyée 
par Charles le Chauve entraîne nécessairement, ce semble, l'attribu- 
tion à Humfroi do la défense de Toulouse. Nous ignorons quels ont 
pu être les rapports entre Humfroi et l'évèque de Toulouse, Helisachar. 
cité par Aimoin, Mb. H, cap. i\. (^Migne, Patrol. lut., CWVl, 10:20.) 

3. Cf. ci-dessus, p. i03. 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. 12 



t*o J- CALMETTË. 

le Chauve sest traduite fréquemment par des substitutions 
de dignitaires. Deux séries de personnages, dont chacune 
se réclame de son roi, se remplacent alternativement dans 
les fonctions comtales ou ducales. Lorsque s'était ouverte 
la lutte fratricide déchaînée par la mort de Louis le Pieux, 
un groupement s'était bien vite créé entre Lothaire et 
Pépin 11 d'une part, Charles le Chauve et Louis le Ger- 
manique d'autre part. La bataille de Fonlenoy (Fontane- 
lum) suivie du traité de Verdun avait eu pour conséquence 
un |)arlage à trois, éliminant Pépin. Mais celui-ci avait 
continué à prétendre à l'Aquitaine. El, à partir de cette 
date jusqu'à la catastrophe de 804, qui termina sa carrière 
mouvementée, Pépin 11 n'avait cessé d'aspirer infatiga- 
blement à la domination du royaume méridional qu'il 
revendiquait du chef de son père Pépin P', Aussi voyons- 
nous souvent, dans ce royaume et dans ses marches, des 
comtes et des marquis en lutte les uns contre les autres' : 
corollaire local du duel qui se livre entre Charles le 
Chauve et Pépin II sur le terrain de l'histoire générale. 
Nos sources, qui sont unilatérales, invariablement favo- 
rables à Charles le Chauve, traitent sans façon d'usurpa- 
teur et d'insurgé quiconque se réclame de Pépin. Ces 
vicissitudes et ces tendances nous expliquent justement 
le trait désobligeant décoché par llincmar- à l'adresse des 
Toulousains à l'occasion de l'expulsion de Raymond ^ A 
l'entendre, les Toulousains ont l'habitude des complots 
et sont coutumiers de substituer des comles les uns aux 
autres. En réalité, autant il y avait de prétendants à la 
c(jmonne d'Aquitaine, autant il y avait de partis dans 

I. Il sciublc que les anciens liislorions ont mieux saisi que les 
plus récents le sens véritable de ces luttes et de ces substitutions. 
»;r. par exemple Ilisl. yen, de Lamineduc, éd. Privai. T. loai. 

■^. Cf. ci-dessus, p. ibç). 

3. Uaymond a même péri en <S03, au cours ou à la suite de raffalre, 
comme le prouve M. Lot {Fidèles ou vassaux? p. 99). 



LE SIEGE DE TOULOUSE PAU LES NORMANDS. 171 

Toulouse, et, ces partis ayant alternativement le dessus, 
suivant les circonstances, l'attitude des Toulousains, vue 
du dehors, apparaissait sous le jour d'iiiie perpétuelle 
instabilité'. 

Sans entrer dans le détail de ces luttes et de ces chan- 
gements de front, qui pourraient faire l'objet d'une étude 
particulière, il suffira de retenir le principe j)our saisir 
aussitôt pourquoi M. Levillain classait dolïlce Hunifroi 
comme comte de Pépin à Toulouse. Il lui donnait de 
toute évidence ce rôle pour ce seul motif, à ses yeux suf- 
fisant, que le marquis avait ravi Toulouse à Raymond, 
connu pour être un fidèle de Charles le Chauve. 

Mais ce raisonnement est vicieux s'il y a une tierce 
hypothèse, à laquelle M. Levillain n'a point pris garde, 
non plus d'ailleurs que M. Lot, hypothèse qui sera propre 
à tout expliquer. 

X 

Si l'on replace l'aventure de 864 dans son ambiance 
historique, elle apparaît comme un dernier sursaut de 
Pépin II, dont la vie, depuis plusieurs années, était celle 
d'un prétendant déchu, traqué et dépouillé". Se faire le 
capitaine d'une bande de Normands, c était un geste de 
désespoir : les accusations d'apostasie auxquelles un tel 
geste exposait étaient de nature à disqualifier un carolin- 
gien ^ Si Pépin a pris ce parti extrême, c'est qu'il était 
tombé bien bas, c'est qu'il n'avait plus ou presque plus 
de partisans, et sa fin lamentable ne fait que justifier l'idée 

1. A cette façon d'envisager les choses s'ajoute assurément, dans 
l'esprit de l'archevêque de Reims, la considération de parenté qui a 
été relevée ci-dessus, p. i5g, note 3. 

a. L. Levillain, loc. cit., p. 3ii : u Le palais de ce prince vagabond 
était sans nul doute réduit à peu de chose... » 

3. Sur l'interprétation de cette prétendue « apostasie », cf. ci-des- 
sus, p. i56, note 2. 



1-2 J. CALMETTE. 

sombre que l'on doit se faire des dernières semaines de 
sa misérable activité. 

Aussi bien au moment ori, l'année précédente, Humfroi 
avait mis la main sur Toulouse, ce n'était plus Pépin qui 
se dressait en rival de Charles le Chauve, c'était plutôt 
le propre fils de Charles le Chauve, celui que l'on appelle 
Charles le Jeune ou Charles l'Enfant. Ce jeune cadet, 
que son père, par égard pour le nationalisme aquitain, 
avait fait, — en titre tout au moins, — roi d'Aquitaine, 
était devenu le centre d'une intrigue dont quelques me- 
neurs nous sont connus et dont les échos multiples nous 
sont parvenus à travers les sources annalistiques'. 

Marié contre le gré de ses parents à l'âge de quinze 
ans, Charles l'Enfant s'était révolté et l'année 863 marque 
juste le point critique de cette rébellion. 

L'acte du marquis Humfroi en 863 doit, à mon sens, 
être réintégré dans celte série d'événements. Il devient 
dès lors bien clair que c'est comme lieutenant du fils que 
le marquis de Gothie s'est saisi de Toulouse, en l'enle- 
vant à Kaymond, le fidèle du père". 

Marquis de Gothie, Humfroi rêvait, apparemment, une 
reconstitution de cette marche de Toulouse-Septimanie 
qu'avait autrefois gouvernée, — en vrai vice-roi du Midi 

1. F. Lot, hc. cil., p. 48 1. Ajoutez que l'existence d'un groupe 
iKiuitain partisan de Charles l'Enfant se déduit de ce qui se passe 
lors de la réconciliation du père et du fils : la plupart des Aquitains 
qui avaient suivi Charles l'Enlant sont reçus en grâce en même 
temps que lui. 

2. L'interprétalion que Ton adopte ici [xMinettra de comprendre 
In nuance de sens du mot quelque peu énigniatiquo qu'emploie 
llincmar à propos de l'attentat commis sur Toulouse. Humfroi se 
saisit de cette ville « sine consciencia Karoli». (^ette expression, assez 
particulière, cadre fort bien avec une substitution de comte non au- 
torisée — et pour cause — par Charles le Chauve, au regard de qui 
Charles l'Enfant, suivant l'usage carolingien en pareil cas, est plutôt 
un vice-roi qu'un roi. L'envoi de missi est la sanction naturelle de 
l'irrégularité qui a été commise à Toulouse en 863. 



LE SIEGE DE TOULOUSE PVH LES NORMANDS. (-3 

carolingien, — le vainqueur de l'Orbieu, le fameux duc 
Saint-Guilhern, et qui avait été scindée après lui : recons- 
titution tentante, à coup sûr, et que tous les marquis du 
IX' siècle ont plus ou moins âprement pouisuivie, à peu 
près comme leurs souverains poursuivaient le fantôme 
décevant de la reconstitution impériale. 

En 863, Pépin battant toujours la campagne, Charles l'En- 
fant soulevé contre son père et représentant en face de lui 
le nationalisme aquitain : n'était-ce point une occasion in- 
espérée pour refaire la grande Marche et jouer le r(jle d'un 
second saint Guilhem sous un roi sans maturité? Le fait 
est que le marquis Humfroi a joué cette partie séduisante 
et son coup de main hardi sur Toulouse, où il avait des 
intelligences, a paru un moment réussir ; nous en avons 
la preuve, puisque les missi venus du Nord au début de 
86/j ont été incapables de remettre les choses au point. 

Mais voici bientôt que tous les espoirs s'écroulent. 
Pépin semble se ressaisir, s'allie aux Normands. Il mar- 
che avec eux précisément sur Toulouse* et le nouveau 
comte du Toulousain voit fuir ses administrés quAimoin 
nous montre se dispersant dans les pagi voisins. Fidèle 
au roi de France, Ermengaud arme ses chevaliers. Sans 
doute, Pépin échoue dans son suprême effort, sa carrière 
est brisée avant même sa capture. Mais, sur ces entre- 
faites, la réconciliation s'est opérée entre Charles l'Enfant 
et son père. Alors Humfroi, qui a bravé les premiers 
missi, qui a des adversaires déterminés à Toulouse même, 
sent qu'il ne peut plus désormais tenir ; il abandonne la 
partie brusquement, se rendant compte quelle est irré- 

I. Il n'est peut-être pas inutile d'observer que le cas du marquis 
Humfroi, partisan de Charles l'Enfant, assiégé dans Toulouse par 
les Normands de Pépin, ressemble fort à celui du comte Etienne tué 
dans sa cité de Clermont par les Normands (cf. ci-dessus p. 157 note). 
Or, Etienne est l'un des meneurs de la rébellion de Charles l'Enfant. 
C'est sans doute sa mort qui en détermine l'avortemcnf. 



l-f^ J. CALMETTE. 

médiablement perdue pour lui, ayant sans doute de bon- 
nes raisons de savoir que rattentat qu'il a commis l'année 
précédente contre ce Raymond, dont la famille est si 
bien en cour, ne lui sera pas pardonné*. 



Il semble donc que tout s'éclaire maintenant, que le 
rôle de chaque personnage soit devenu net, que la liaison 
entre les mentions éparses de nos textes se soit retrouvée, 
qu'enfin la suite des événements satisfasse aux exigences 
de cet enchaînement logique, parfois si malaisé à rétablir 
et pourtant si nécessaire à l'intelligence des faits. 

Joseph Calmette. 



I. La l'uilo du mai(]iiis l'ait conlrasle avec la réconciliation des 
aulics suppôts de Charles fEnfanl reçus en grâce avec lui. llum- 
froi a été, senible-l-il bien, cxceiité de ceux à qui Charles le Chauve 
accordait son amnistie. C'est pourquoi il abandonne tout et ne s'ar- 
rête, dans sa fuite, qu'en Italie. Depuis, on n'en entend plus jamais 
parler. 



OPUSCULES PROVEXC^AUX 1)1 XV^ SIÈCLE 

SUR LA CONFESSION 



Le manuscrit français 1802 de la Bibliothèque natio- 
nale est bien connu depuis que M. Paul Meyer a attiré l'al- 
tention sur lui'. C'est un petit volume portant une demi- 
reliure du WHi" siècle en maroquin rouge, au dos dacpicl 
on lit « Médital[ions] en vieux proven|çal] ». 11 comprend 
189 feuillets de papier, du format in-/i" (l'i.") sur 2i3 mil- 
lim.), écrits d'une même main dans la seconde moitié 
du xV siècle et numérotés au xix". Son exécution est très 
soignée; les initiales des chapitres sont presque toujours 
en rouge, et les premières lettres de chaque phrase ont 
été ordinairement relevées de couleur jaune. Les signa- 
tures des cahiers montrent que ce volume, relié une 
première fois lors de sa composition, a été relié à nou- 
veau au xvi" siècle, avant de recevoir sa couverture ac- 
tuelle. On lit sur le reste d'un feuillet de garde collé au 
dernier feuillet du manuscrit les signatures du xyi' siè- 
cle : « G. Arnaud presbiter » et « Barbasta ». Dans la 
marge intérieure du premier feuillet, se distingue cette 
autre signature, du xvn' siècle : « David de la Roche 
presbiter ». Ces noms d'anciens possesseurs ne suffisent 
pas à nous renseigner sur l'origine du li%re-. \oiis savons 

I. Notice du manaiicrit f murais 7852 de la BihlioUihiac nalionale 
contenant divers opuscules religieux en rouergal. dans Bulletin de la 
Société des anciens textes français, t. \VI (1890), pp. 70-107. 

a. Au verso du feuillet 18 v" resté blanc, la mention suivante a élé 



jirg CL. BRUNEL. 

seulement qu'il entra dans la Bibliothèque de Golbert et 
passa avec elle à la Bibliothèque du roi, ainsi qu'en font 
foi les anciennes cotes tracées au premier feuillet : a Co- 
dex ColberLinus ^297 », " Regius 787.2 ». 

J'énunière de nouveau les opuscules contenus dans ce 
manuscrit. On trouvera dans la notice de M. P. Meyer des 
analyses et extraits de chacun deux. 

1 (fol. i-i4). Résumé de la doctrine chrétienne'. 

2 (fol. 16-17 V"). Commentaire sur les six premiers 
versets du j)saume xxx (fn te Domine speravi), sur le 
psaume cxxix {De profumlis), et sur le Magnificat. 

3 (fol. 19-32). Règles nécessaires au salut'. 

4 (fol. 33-37 ^ ')• Tiaité des sept péchés capitaux. Pu- 
blié ci-après. 

5 (fol. 58-71 v). Traité des dix commandements de 
Dieu. Publié ci-après. 

G (fol. 72-103). Brève exposition des psaumes, de 
cantiques et d'hymnes. 

7 (fol. lol-iii v"). Traité de la profession religieuse 
suivant la règle de saint Benoît^ suivi de courts chapi- 
tres sur la prédestination, la multiplication des péchés et 
la multiplication des mérites*. 



écrite au \\\' sièclo : " Mcmoryc soyo de saiiterys de carcme pahyat 
Iros a nos. » 

1. Vjoiilcr aux obscrvalious de M. P. Meyer que l'auleur nous dU 
(fol. ii5) (jue sainte (]allierine de Sienne (morte en i38o, canonisée 
en 1/161) était fort diligente à « guasantiar les perdes ». 

3. Hemarqucr ce passage (fol. 3ov") : « Dama, nos religioses em per 
far penilencia per los seculars, quar nos manjani lotz ios jorns lor 
peccatz, lie per so devem esser for solicitoses a suflrir. .. Dama, vos 
dires : Totz ios jorns nos diseni niatinas lie las autras lioras... », du- 
«pu'l il résulte (|ue ce traité a été composé par un ieiii;i(Mi\ ]iour 
une religieuse. 

•i. <> traité est adressé à une religieuse bénédictine, comme le 
riioiilre la [ilirase (fol. lo'i v"; : « Sapiatz fpie tais discorses vos so 
iotiilineti devedatz... » 

'1 M n'est pas |)rol)al)le (pie ces trois jiaragraplies soient un opus- 



OPUSCULES PROVENÇAUX Dl XV" SIÈCLE. iry 

8 (fol. ii2-i33 V"). Traduction du Irailé d'Albert le 
(irand sur la perfection, suivie de préceptes religieux et 
de l'indication de treize moyens de parvenir à la per- 
fection '. 

9 (fol. i3'i-i39). Division des livres de la Bible. 

Les opuscules i , 3 et 7 sont adressés à une femme qui y 
est souvent interpellée sous le titre de « Dama ». Des ob- 
servations déjà faites sur chacun d'eux, on conclut 
qu'ils ont été composés après 1^(61, pour une religieuse 
de l'ordre de saint Benoît, par un religieux, qui était du 
même ordre, selon toute vraisemblance'. On peut attri- 
buer au même auteur l'ensemble du livre dont le style' 
et la langue sont partout identiques*. ^lais, si les œuvres 
mystiques, comme les traités 2, 6 et 8, ou didactiques, 
comme l'opuscule 9, peuvent aussi avoir été écrites pour 
la religieuse désignée ailleurs sous le nom de « Dama », 
les ouvrages sur la confession (4 et 5) sont certainement 
destinés aux personnes du siècle. Leur insistance sur la 
luxure et l'emprunt des exemples aux mœurs des paysans, 
des marchands et des étudiants, aussi bien qu'à celles 
des gens d'Église, ne laissent pas de doute à ce sujet. 



cule distinct du précédent, ainsi que le suppose ^^. P. Meyer, car ils 
ne commencent pas en tète d'une page comme les autres traités, ni 
par une lettre ornée. 

I. Ces deux derniers chapitres ont été considérés par M. 1^. Meyer 
comme des œuvres distinctes (n"" 10 et 11). Comme ils n'ont pas de' 
titre et se rattachent étroitement à ce qui précède, il est préférable d'y 
voir simplement des appendices ajoutés au traité d'Albert le Grand. 

•2. Celte hypothèse est confirmée par la prééminence accordée à 
saint Benoît, ci-après, Op. I. fol. 56. 

3. Le style est négligé. L'auteur s'embarrasse dans les proposi- 
tions incidentes qu'il multiplie, des phrases commencées ne s'achè- 
vent pas, et la concordance des personnes et des temps est parfois 
mal observée. 

4. Il est certain en tout cas que les opuscules 4 et 5 sont d'un 
même auteur, d'après les termes suivants lesquels le second, ci- 
après, ch. m. S 8. renvoie au premier. 



,-8 CL. BRUNEL. 

Le soin pris par l'auteur d'indiquer ses sources quand 
il traduit un ouvrage latin (opuscule 8), ou suit même 
simplement la doctrine d'autrui (opuscule /i) nous auto- 
rise à croire que les divers traités de notre manuscrit 
sont originaux quand nous ne sommes pas informés du 
contraire. On rencontre sans doute fréquemment des 
mots français, ou des mots dont seule la terminaison 
est provençale : frès 3 v", i6 v"; Joynessa, velhessa 9 v"; re- 
joyt 16 v"; no m'en chaut 21 v", etc.; sacrifices 28 v"; 
sagessa 3o x"; fama {=femina) 34 ; lenle 34 v"; la {^= illac) 
30, 'jo V; varie 53 v"; grave 56; asses 58, io5; saja 58 v°; 
AV>e|/] 61, etc., mais il n'y a rien là que d'habituel dans 
les textes du Midi au xV siècle, et ces emprunts ne 
suffisent pa^s à justifier l'hypothèse que nous ayons affaire 
à une traduction provençale d'ouvrages composés en 
français. 

Quelques passages permettent de déterminer approxi- 
mativement la région oij vivait notre auteur. Par deux 
fois il cite lUiiiversité de Toulouse'; ailleurs, il parle de 
la cour de Toulouse^; plus loin, il nous informe d'une 
superstition à laquelle donnait lieu le pèlerinage de 
Notre-Dame-de-Quézac en Gévaudan '. Ces exemples 
iiiiiiilrcnl que nos opuscules ont été composés dans le 
ressort du Parlement de Toulouse, et probablement dans 
la partie septentrionale '. 
- Létude de la langue va nous permettre de préciser 



I. l"ol. (i.H. ci-.iprès, Op. IF. cli. 11. S ô; fol. 6:^ v", ihid.. cli. iir. 
S 5. 

3. Vol. 35 V", ci-après, Op. I. cli. 1, a, S /(. 

3. Fol. Oo v°. Ci-après, Op. II, ch. i, S i<). 

!\. S'il est fait ailleurs allusion à la NoniiaiuliiMfol. nS : '( Coma en 
Nnrniandia an tal costuma que Parlamen de Paris no los pot poncli 
Iransporlar de lors jutges, ni los scolars de Paris no los podo ponch 
transportar de lors julges »), c'est pour mi exemple propre à cette 
région. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIECLE. inç) 

davantage. Voici quels sont les principaux caractères' 
de celle-ci : 

1. On relève plusieurs exemples, intéressants par leur 
date, de l'assourdissement en o de Va tonique latin 
suivi d'une consonne nasale : po G v"; mo 9, 20 v"; 
démo 18. 5f) v", m. 

2. La finale romane -eira s'est toujours développée en 
ieyra : manieyra 33 v°, 63 v"; carrieyra 36 \";Jieyra 02 ; 
ribieyra 6/| ; ostcdleyra 6fi v"; paabrieyra ()C) \°, etc. 

3. L'e ouvert ne s'est pas diphtongue au contact du 
yod dans gleysa 33, et passim. 

4. Un a épenthétique se développe entre / et / dans les 
mots emitials 38; ulial /iy v°. 

5. La finale latine -lonem est représentée souvent par 
ioii : deliheracioii 34 ; adjuraciou 63 v", etc. 

6. La voyelle initiale précédant un s suivi d'une 
consonne est toujours tombée : scalz 33; stime 33 v"; 
stat 00 v°, 60 V"; apressamen. 67 v"; sllea 58 v°; scri- 
chas 60 V"; scurs 61 v"; scampat 62 v"; scoti 68; slnimens 
69, etc. 

7. Le c latin, initial ou appuyé, devant a, conserve le 
son explosif : peccal 33, etc., caiilar 33 v", caminar 37 v", 
carn 62; capela 53 v°; candelas 60 v" ; caassi 61; carguar 
64, etc.^ 

8. On rencontre quelques traces du changement de v 
en b : baegz 3; aben 49; y/6/a (graphie inverse) i34. 

9. Le /• final n'était plus prononcé. Il est souvent omis 
par le copiste : repenti 36 v"; palhardeja 49 v°; povquie 
5o v°; Lisurie 54; bochie 64 v", etc. 



1. Ils se retrouvent dans les Mystèrex provençaux du XV' siècle pu- 
bliés par A. .leanroy et H. Teulié. Toulouse. 1878 (Bibliothèque méri- 
dionale, I" série, t. III), qui proviennent de la même région. 

2. Charniayres 60, et charmes 60 v°, chaut passim, sont des mots 
d'emprunt. 



l8o CL. BRUNEL. 

10. Le h est employé dune façon systématique dans les 
mots 7i« (= hahet), hi, he, ho, hiey. 

11. On remarque quelques pluriels en ses : aquelses 
ro'j; lantses, elses io8. 

i:^. Les. 3"' pers. du plur. se terminent en o : parlo 
36 V"; gaasanho ^|6 v"; vario 53; aagmenlo Bg v°; cridavo 
62, etc., à l'exception des désinences de Timparfait en -ia 
et du conditionnel, qui offrent ordinairement des formes 
en -ian : avianb^ v"; serianGb ; vol'uui 60, etc. Ces derniers 
exemples sont d'ailleurs des graphies traditionnelles; la 
prononciation est indiquée par les terminaisons vulgaires 
qui ont échappé au copiste, comme dans passarUm 9. 

i3. La i" pers. sing. du prés, de l'ind. du verbe aver est 
hiey 63, 58 v", 60, etc., d'oiî les formes correspondantes du 
futur : seriey 3(i; comprariey ^i^ v"; aiiviey /Iq v", 60; fariey 
^19 v"; creyriey 58 v"; iiilrnriey (ri v", etc. 

i'i. A la r'pers. sing. du prés, de l'ind. apparaît une 
terminaison en i : alrobi 33 v"; peqiii '^^^, lau:i ^|6; observi 
58 v"; friifji 65 v", etc. 

i5. J^es 3'"" pers. sing. des parfaits faibles se terminent 
en (' .• donec'ioi; pendec, usée, eonvertie iio, etc. 

r6. A coté du fone 7, i36 v", foc i36 v", 3" pers. sing. 
(lu parf. (I(! esseï-, nolcv J'ofec 100 v", i36. 

Parmi les |)liénoinèiies (|u'om vient de relever, il en est 
plusieurs qui dépendent uniquement de la date du ma- 
nuscrit (5, 6, 9, 10). D'autres, au contraire, sont des traits 
dialectaux précis, tels les n"" 1 cl 7 qui présentent cet 
iivanhigc pour le but |)ouisuivi de caractériser des aires 
livs dilTérenles. La limite méiidionale de l'altération 
de II + // intervocalique en o passe au sud des dépai- 
temenls de la Dordogne et du Lot et englobe la partie sej)- 
li'iili i(ni;ilc (le !" \ vcy roii , ainsi (pic la Lozèie en ciilicr'. 

I. l//'(s liniinislùiiir dr hi France, carie 7()0 (main). 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIÈCLE. l8l 

La limite septentrionale de la conservation de la valeur 
primitive de la consonne dans le groupe en latin initial 
ou appuyé comprend le sud et Touest de la Lozère, 
l'Aveyron en entier, le sud-ouest du Cantal, le Lot et le 
sud-est de la Dordogne". La région qui se trouve à la fois 
dans les deux domaines ainsi déterminés est constituée par 
le sud-est de la Dordogne, le Lot, le sud-ouest du Cantal, 
le nord de l'Aveyron, le sud-ouest de la Lozère. Dans ce 
territoire, le v a également pris le son b- (ci-dessus 8). Si 
on considère que dans la partie occidentale seule de cette 
région la T' pers. sing. du prés, de l'indic. du verbe 
aver se rencontre aujourd'hui sous la forme ey^, il ap- 
paraît bien que c'est dans les environs de Cahors*, Vil- 
lefranche ou Moissac que notre manuscrit a été exécuté \ 
Nous savons déjà que l'auteur était sans doute un moine 
bénédictin. Nous sommes ainsi conduits à supposer que 
le recueil que nous venons d'étudier sort de l'importante 

abbaye de Moissac. 

* 

La plupart des opuscules que nous avons énumérés ont 



1. Ail. ling.. n" 289 (cluindelle), et P. Meyer, C et G suivis d'A en pro- 
vençal, dans Romania, t. WIV (i8(j5), p. 529. 

2. Ail. ling., n° i354 (veau). 

'6. Atl. ling., n° 102 (J'ai). La limite linguistique rejette le nord est 
du Lot, TAveyron cl les territoires plus à Test, jusqu'à la Lozère 
inclusivement, dans le domaine où on dit ai. Pour le Moyen âge, je 
relève la forme et dans Daurel et Béton, les chartes du Tarn, de 
Tarn-et-Garonne et du Toulousain, voir P. Meyer, Daurel et Béton, 
Paris, 1880 (Société des anc. textes), et dans les Mystères rouergats. 

f\. La forme /orec (ci-dessus n" lO) est signalée par Mistral dans 
le Toulousain et le Quercy. 

5. Ln désaccord entre l'idiome de l'auteur et celui du copiste au- 
rait été révélé par un manque d'unité dans la langue, ce qu'on ne 
constate pas dans notre manuscrit. Ces traités n'ont pas dû, d'ail 
leurs, avoir une grande diffusion. Auteur et copiste étaient vraisem 
blablement du même pays, et ils ne sont peut-être qu'une seule 
personne. 



iSa CL. BRUNEL. 

un intérêt assez faible, l^ar contre, les traités 4 et 5 rela- 
tifs à la confession, grâce aux exemples nombreux qu'ils 
renferment, sont des documents curieux pour l'bis- 
toire des mœurs et des idées morales dans le midi de la 
France au xv'' siècle'. Ils sont à cet égard d'une valeur 
supérieure à celle des œuvres provençales analogues 
déjà publiées-. Ils se complètent réciproquement, l'un 
passant en revue les péchés capitaux, et l'autre, les fau- 
tes contre les commandements de Dieu. Nous avons vu' 
que le second renvoie au premier, ce qui établit bien 
leur dépendance mutuelle. 

On a conservé bon nombre de traités analogues de la 
même époque, en diverses langues*. L'imprimerie les a 
multipliés à ses débuts \ Ils se répartissent en deux groupes 
suivants qu'ils s'adressent aux confesseurs ou aux péni- 
tents. Nos opuscules se rangent dans cette dernière classe. 

TuAiTÉ DF.s SEPT PECHES CAPITAUX. — L'autcur a pris 
soin de citer ses sources dans le titre de son travail. 
Il tire ses règles, nous dit-il, de la Somme de saint 
Thomas d'Aquiii, d'Antonin, et de la Pantheologia\ 

1. La confession lionf aussi une grande place dans l'opuscule 3. 
mais ce traité, destiné à la « Dama » (jui est également interpellée 
dans les opuscules i et 7, ne doit pas être séparé de ces derniers. 11 
est d'ailleurs d'un intérêt bien moindre que ceux qui sont publiés 
ci-après. 

2. Le TruUalo provenzale di penitenza (éd. De LoUis, dans Sludi difilo- 
logiaroinnn:a,[.\ , 1891, p. -iGS) est une œuvre purement mystique. Le 
traité en prose sur la confession, dont II. Snchier a publié deux ver- 
sions provenant d'un même original latin inconnu {Dciiknu'iler der 
l>rovcn:aUschen IJIleralar, t. I. Halle, i88;5, n" III, et Mélanges Chaba- 
lu-au, Lrlangen, 1907, p. 42»), n'est (|u'un guide très sec du pénitent. 

•H. Ci-dessus, p. 177, note 1. 

'i. Noir nolammcnl La Confession et le rrailé des dix conimande- 
nienls de la Loi de Gerson. 

5. Urunei, Manuel du libraire, t. VI (i865), table méthodique, col. 62. 

G. l'ublié dès i'j73. J'ai consulté l'édition donnée à Lyon en 1G70 
(3 vol. in-fol.;. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV"" SIÈCLE. l83 

œuvre duu Frère prêcheur du xiv" siècle nommé 
Rainier de Pise. Il n'y a pourtant aucun rapport appa- 
rent entre notre traité et les questions de la seconde 
division de la seconde i)artie de la Soinine de saint Tho- 
mas, ou les articles du dictionnaire théologique de Uainier 
de Pise. De la déclaration de l'auteur relative à ces deux 
théologiens, on retiendra seulement qu'il avait lu leurs 
œuvres et suivait leur doctrine, Il n'en est pas tout à fait 
de même en ce qui concerne saint Antonin. Ce religieux 
dominicain, qui mourut archevêque de Florence en 
1459, a laissé, entre autres ouvrages, une Sunvna inoralis, 
qui a joui d'un grand succès, et plusieurs opuscules pra- 
tiques sur la- confession connus sous le nom de Defece- 
runt, Ciivam illiiis liabe (pour les confesseurs). Omnium 
mortalium cura (pour les fidèles), dont un grand nombre 
d'éditions incunables attestent la popularité'. Le traité 
provençal a le même caractère de vulgarisation que ces 
derniers manuels. Il suit en outre à peu près les divisions 
de la seconde partie de la Summa relative aux péchés 
capitaux, notamment dans l'indication des filles de cha- 
que péchés Mais si notre auteur a pu s'inspirer dans 

1. Voir Abbé Raoul Morçay, Saint Antonin, archevêque de Florence, 
Paris, 1914 (Thèse de la Fac. des lettres de Paris), et L. Jordan, An- 
cienne traduction italienne du Confessionale de saint Antonin de Florence, 
dans Mélanges Chabaneaa, pp. 637-644 • 

2. 11 ne faut d'ailleurs pas exagérer l'influence de la Suntma nwra- 
lis à ce point de vue. L'indication des diverses filles des péchés capi- 
taux remonte aux Moralia de Grégoire le Grand. Elle est cou- 
rante au Moyen âge, et se retrouve, avec des variantes, aussi bien 
dans Thomas d'Aquin que dans Rainier de Pise et ailleurs, notam- 
ment dans la Somme le Roi de frère Laurent (voir l'édition imprimée 
par Antoine Yérard avant i5o4). Nous donnons pourtant en note, 
dans l'édition du texte, la référence aux chapitres correspondants 
de saint Antonin, pour qu'on puisse plus aisément, à titre surtout 
de commentaire théorique, se reporter à un ouvrage du même 
temps où la doctrine est exposée avec ampleur. Je me suis servi de 
l'édition donnée à Lyon en 1629 (4 vol. in-foL). Tous les lituli cités 
se rapportent à la secunda pars. 



l84 <^L. BRUNEL. 

son plan de l'œuvre dAntonin, il est complètement ori- 
ginal dans la rédaction, notamment dans le choix des 
exemples. 

Il passe d'abord en revue les sept péchés capitaux dans 
Tordre suivant : J, Saperbia (A, Vana Gloria et ses huit 
fdles : Jactansa, Presumpcio, Ypocrisia, Ambicio, Pertina- 
cia, Contencio, Enobedienria et Discordia; B, Erguelh et ses 
dix degrés : Arroyansa, Car'iositat, Laageyretat , Enepla 
Leticia, Singul(U'U(d, Fencha Confessio, Liber tat, Defensio 
del Peccat, Acostumansa, Tenlacio de Dieu); II, Luxuria et 
ses huit filles Cecilat, Preripilacio, Enconsideracio , En- 
costansa, Amor de Se Meteys, Amor de aqiiest Mande, 
Azirar Dieu, Desperado'; III, Ira et ses onze fdles {Endi- 
(jnacio, Enjlacio de Coralge, Blaspheinia, Detractio, Coutu- 
melia, Convicii, Enproperacio, Derisio, Clamor, Rixa, Su- 
surracio ; IV, Gola et ses cinq filles Ebetud de Sen, Enepla 
Lelicia, Parlar en Va, Scurrilital, Enmundicia ; \ , Enveja ei 
ses cinq filles (.4^//', Sussuracio, Delraclio, Rejoyssansa en la 
Adversilal del Propda, Tristicia del Be del Autru ; VI, Pi- 
gricia et ses six filles Malicia, Torpor, Pusillaniinitat, Des- 
perado, Vagacio de Enlendenien, Negligencia ; VII, Avariciu 
et ses douze filles Synionia, Lsura, Rapina, Sacrilegii, 
Layronessi, Traicio, Adulacio, Acceptio de Personas, Malvaf 
Guasanh, Enqaiehid de Enlendenien, Enluunanihd, Amor de 
las Rirhessas , puis il consacre un chapitre (VIII) à divers 
péchés qui n'étaient pas rentrés dans les cadres précé- 
dents, ou sur lesquels il juge à propos de revenir Pro- 
digulilal, Peccal: amlra lo Sand Sperit, Blasfemia, Igno- 
ransa). La suite de l'opuscule n'a plus de rapport avec le 
plan de la Snniina nioralis. Elle comprend un i'liai)itre (I\) 
de considératioFis générales sur les péchés (difïérence 
entre les péchés mortels et les péchés véniels, fin des pé- 
chés, occasions de pécher), j)uis un antre (\) sur la con- 
trition. Viennent ensuite (ch.Xlj une série de règles d'exa- 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV*" SIECLE. l85 

men de conscience et une dissertation (ch. XII) sur les 
circonstances aggravantes des péchés. Le traité se termine 
(ch. XIII) par un modèle de confession, maladroitement 
interrompu par de nouvelles règles sur le scandale. 

Traité des dix commandements de dieu. — L'ordre 
suivi par l'auteur est celui de la Bible (Exode, xx), 
mais une grande confusion règne dans notre manus- 
crit : le sixième commandement porte le numéro vu ; il 
est suivi du neuvième; vient ensuite le septième, appelé 
à tort sixième, qui précède le dixième; le huitième figure 
en dernier lieu. Le traité se termine par deux paragra- 
phes sur la correction fraternelle. 

Chaque commandement formulé en tête et à la fin de 
chaque chapitre est examiné dans un certain nombre de 
règles, dont le nombre varie de vingt-deux pour le pre- 
mier commandement à un pour le dixième. L'examen de 
conscience pour les péchés de superstition (ch.i) offre un 
intérêt tout particulier. 

I 

TRAITÉ DES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX 

S'enseguo' las reglas que son trachas de sant Thomas en la 
segonda de la .ij\ partida de la Sunima, de Anthonini, he may 
aytant be de la Panth[e]ologia, las quais ensenho de ben vieure 
he de conoysser quant es peccat mortal he quant es venial eu 
los .vij. peccatz capitals. 

He primieyramen de Superbia. 

I. Ce qui est ajouté au manuscrit est imprimé entre crochets; 
les mots dont le sens de la phrase demande la suppression sont 
mis entre parenthèses. 



ANNALES BU MIDI. 



XXIX. i3 



l86 CL. BRUNEL. 

[I. — SUPERBIA.]' 

La pnmieym régla". Totas ves que hom en son entendemen 
ha delectaciou he plazer en pensan que hom ha extimaciou de 
el, ho en pensan de sos bes he perfectios, coma de esser gran 
clerc, ho de esser dévot ho riche, ho de qninha autra causa 
que sia, que la persona s'i arresta he pren plazer en pensan tais 
causas, non ordenan pas en Dieu, totas ves he tantas, hom 
pecca mortalmen, he principalmen quant hom s'i arresta après 
que razo ha dich que no s'i quai ponch arresta, quar quant 
hom pren un petit de vana gloria subitamen, en la ostan tôt 
mantenen que razo dis que hom la oste, aquo no es que peccat 
venial. 

La .ij". régla. Totas ves que la persona fa ho dis alcuna 
causa per vana gloria, sia almoyna ho dejuns, ho digua messa, 
ho Pater noster, ho Ave Maria a la gleysa, ho fassa leysos, he 
que fassa aquo après que razo ha délibérât, ho deu aver délibé- 
rât, la persona pecca mortalmen. Se hom ho fazia subitamen, 
en no hy pensan, séria peccat venial. 

La .iij". régla''. Totas ves que la persona se jacta de aquo 
que es contra Dieu, coma se hom se jactava que hom fossa 
Dieu, ho quant hom se jacta de aquo que hom ha, en disen 
que hom n'a plus que non hi ha, coma ieu que non hiey que 
.X. scutz he die que ne hiey .xx., he en ayssi quant hom se 
jacta en disen aquo que hom ha per vana gloria, he non pas 
per la honor de Dieu he utilitat de son propda, he en ayssi 
quant hom se jacta en [fol. 33 v"] un obprobri he contennemen 
dels autres, totas he tantas ves hom pecca mortalmen per una 
lllha de Vana Gloria que se apela Jactansa. 

Aulra régla. Totas ves que ieu disi que ieu sabi alcuna 
sciencia, ho que ieu hiey alcuna perfection, he ieu non ho die 

1. Anloniii, sec. pars, lit. III et IV. 

2. .Viilonin, lit. III, cap. n, S i {prima species ><uperbiae). 

S. Aiilouin, ihid., S ni (lerlia species Superbiae). Ibid., lit. III. 
cap. 111. i vu [quarlus gracias Superbiae), el lit. IV, cap. iv {Jilia Inanis 
Gloriae). 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV* SIÈCLE. 187 

pas per lauzor mundana, mas pcr la lionor de Dieu, alïi que 
liom ne redda gracias a Dieu, lio quant ieu lio dizi poi' la utili- 
tat de mon propda, affi que los autres prengo bon exemple en 
mi, ieu no pequi pas, mas fau obra ben plazcnla a Dieu. 

|.\. — VAN A GLORIA.] 

[2. Presumpcio.] ' 

Reglas per conoysser quant hom pecca per la .h".* fii.ha de 
Vana Gloria, que se apela Presumpcio. La primieyra. Totas 
ves que ieu am razo deliberada atrobi qualque novela faysso ho 
de far raubas ho autres abilhamens, ho de cantar, ho de parlar, 
ho de servir, ho de gestes, ho de caminar, ho qualque autra 
manieyra he faysso de quinha causa que sia, ieu pecqui mor- 
talmen; he senblanmen, totas ves que ieu volia trobarlas causas 
sobredichas, lie no las podi pas atrobar, aytant be pequi mor- 
talmen. 

La .ij". régla. Totas ves que ieu trobi alcuuas fayssos novelas 
per alcuna causa utila, he non pas per vana gloria, coma de 
far alcun abilhamen plus utilamen que hom no lo solia far lo 
temps passât, ho preguar Dieu, ho de far abstinencias, ho de 
autra causa, ieu no pequi pas mortalmen, se no que fos per 
autra circumstancia, coma ieu podi be vezer que belcop de 
gens volran portar la novela faysso de abilhamen ho de autra 
causa novela que ieu liiey trobada, he, non obstan que ieu no 
hi prengua pas vana gloria, los autres n'i penran, he, per so, 
quant ieu vezi aquo en troban novelas fayssos, ieu faria contra 
la caritat de mon propda he peccaria mortalmen; he, per so, 
se aviso aquels que trobo novelas manieyras ! 

La .iij". régla. Totas ves que ieu reprehendi alcuna persona 
que no me aperte pas de la repenre, he que ieu fau aquo affi 

1. Antonin, tit. III, cap. vi; tit. III, cap. m, S x (septiiims yradus 
Saperbiae) ; tit. IV, cap. v {fdia Inanis Gloriae). V. ci-après, ch. I, B, $ 3. 

2. La prima filha est sans doute Jactansa. dont il est traité dans 
le chapitre précédent et qui est mise par Antonin au nombre des 
filles de Vaine Gloire. 



CL. BRUNEL. 



que liom stime [fol. 3//] de mi. ho quant me entremeti del facli 
del autiu he que no me aperte pas, hc que ieu fan aquo per so 
que ieu slimi fort de mi, he afh que hom digua que ieu sabi 
belcop de causas, ieu pe(|ui mortalmen. Quant ieu ho faria 
per una laugeyretat, en no hi pensan pas, adoncas no séria pas 
que peccat venial, si no que hom s'i acostumes. 

La .iiij". régla. Totas ves que ieu jutgi mal mortal de alcuna 
persona per una hmgéyra circumstansa he per un laugier signe, 
coma per so que ieu vezi un religios parlar ab una fenna, sols 
ho non soletz, ieu pequi mortalmen, quant ieu m'i arresti he 
ho fan am deliberaciou ; se ieu ho fa/ia subitamen he sens 
deliberaciou, séria peccat venial. Mas quant ieu jutgi mal 
mortal de alcuna persona per signes manifestes he evidens, 
coma ieu vezi .j. home cochât en un liech amb una que no es 
pas sa fama, ho ieu vezi .j. home que rauba, ieu no pequi pas 
mortalmen. 

La .v". régla. Totas ves que no entrepreti la causa ho la obra 
que se pot be far he mal far a la melhor partida, ieu pecqui 
mortalmen per so que fau contra la caritat de mon propda. 
Exemple. Ieu vezi que qualque un manja lo jorn de dejun, ieu 
devi entreprelar la melhor partida, so es assaber que el no pot 
ponch dejunar a causa de alcuna débilitât ho malautia que el 
ha, he se ieu jutjava deliberadamen que el pecca, ieu pequi 
mortalmen. Semblanmen, ieu vezi qualque un que demanda 
la almoyna, ieu devi jutjar que el ha alcuna débilitât, he per 
so el no pot guasanhar sa vida. Hc per so donc en las causas 
doptosas que se [)odo be far he mal far, cl quai entrepretar la 
buna partida. 

La .l'j". régla. Totas ves que ieu me meti affar alcuna obra 
(jue sobremonla he excedis ma facultat he ma poyssansa, he 
que ieu conoyssi be ho, ho devi conoysser, ieu pequi mortal- 
men; coma hom me demanda conselh de qualcjne cas de cons- 
ciencia, he ieu li doni conselh a la venlura, bo lio mal, mas 
ieu fau aquo per so que hiey vergonha de confessar ma igno- 
ransa, ieu |)ec(iui [fol.3^tv°] mortalmen. Semblanmen, totas 
vos que im nie meti alfar qualque abstinencia granda, he que 
couoyssi be que ieu no soy pas asses fort per la far, ho ieu 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV SIÈCLE. 1 8f) 

demandi alcun ofTici ho benefici, hc ieu vezi be que non biey 
pas la sciencia per lo guovernar, ieu pequi mortalmen ; cjuanl 
ieu faria aquo subitamcn, lie lot mantenen (\\w ieu conoysscria 
mon cas, ieu me retrayria de mon prepaus, aquo no séria que 
peccat venial. Veray es que quant hom ve be que lioni de se 
meteys no pot pas far alcuna obra, coma de se guardar de 
peccar ho autras causas, mas an la ajuda de Dieu hom la fara, 
en fazen tal obra hom no pecca pas. 

La .vij". Totas ves que ieu reprehendi los dichs ho los fachs 
dels autres sens razo suffîcienta he per una vana gloria, ieu 
pecqui mortalmen. Quant ieu los repenria per razo sufFicienta, 
per manifestar la veritat, he non pas per vana gloria, ieu no 
pecquaria pas. Parelhamen, se ieu reprehendia lo fach ho lo 
dich de mon propda per una laugeyretat, en no hi pensaji pas, 
enquaras quant lo fach séria notablamen gran, no séria <|ue 
peccat venial, mas hom séria tengut a restituir; coma, per una 
laugeyretat, en no hi pensan pas, ieu die : « Ieu sabi be que tu 
es un malvat guarso », tôt mantenen ieu me avisi que hiey mal 
dich, ieu devi dire an aquels que ho an auzit : « Ieu no hi pen- 
sava pas, no crezas pas re de aquo que ieu hiey dich ». Apres, 
quant ieu reprehendi lo dich ho lo fach de un autre que no es 
pas notablamen gran, enquaras en hi pensan, ieu no pequi que 
venialmen, coma ieu dizi : « Tu yes ben lente », no es que 
peccat venial. 

La .viij". Totas ves que me mcti deliberadamen en occasiou 
de peccar en me confizan de ma poyssansa, he principalmen 
quant ho fau voluntieyramen lie sens nécessitât, ieu pecqui 
mortalmen; coma ieu reguardi alcuns jocx he alcunas repre- 
sentacios deshonestas, coma de ribautz he ribaudas, ho auzissi 
alcunas [fol. S')] paraulas provocans a palhardisa, ho legissi 
alcuns libres que parlo de palhardisa, coma poetas ho alcuns 
romans, ho quant ieu reguardi qualque fenna, ho iou que soy 
fenna reguardi qualque home. Se ieu reguardava totas las cau- 
sas sobredichas a la ventura, en passan per la carrieyra, en no 
m'i arrestan pas, no séria pas peccat mortal. 



igO CL. BRUN EL. 

[3. Ypocrisia.]' 
S'enseguo las reglas per conoysser quaxt hom pegga per 

YpPOCRISLV, QIE ES .1". DE LAS FILHAS DE VaNA GlORIA. La pH- 

mieyra. Totas ves que ieu fau alcun signe de devociou ho de 
sanctetal afTi que hom digua que ieu soy dévot he sant home, 
non ordenan pas a la gloria de Dieu, mas a la moa, ieu pequi 
mortalmen; coma ieu dizi mas horas, ho vau a la gleysa, ho 
fau abstinencia, he en ayssi de las autras causas, per aquesta fi 
que hom digua que ieu soy bon home, he non ho ordenan pas 
a la gloria de Dieu. Quant ieu faria tais signes affî que hom 
me repûtes sant, en donan la gloria a Dieu, he non pas a mi, 
he per lo exemple de mon propda, el séria obra plazenta a Dieu. 
He, semblanmen, quant ieu fau alcun signe que me desplay * 
alcunas paraulas, coma, quant hom j)arla de palhardisa, ieu 
scopissi, affî que hom digua que ieu soy caste, ho casta, he en 
ayssi de las autras causas, ieu pequi mortalmen. Quant ieu 
volria far las causas sobredichas sens hy pensar hc subitamen, 
he, tôt mantenen que razo diria que aquo es mal fach, ieu reti- 
raria mon prepaus, no séria que peccat venial. 

La .ij". Totas ves que ieu cuobri mos peccatz, non pas per 
vana gloria, mas alïï que mon propda no sia pas scandalizat, 
ieu fau bona obra. He totas ves que ieu moslri signe de devo- 
ciou affi que ieii aia de mou pntpda qualque be que me es ben 
nccessari, non pas que ieu lo vuclha aver per tromparia, mas 
que ieu sabi be que, se hom sabia ma vida, hom no lo me 
baylaria pas, aepio no es pas peccat mortal de far signes de 
devociou, mas que no hi aia aulra circumstancia. 

l'j. Ambicio.J-' 

Ul.<iLV i'EU CONOYSSER QUANT IIOM PECCA PEU AmIUGIOI, QIE 

I/o/. :35 v"] ES L>A DE LAS FUJLVS DE Va>'a Glorlv. Ltt primicyra. 

I. Anlouin. lil. I\ , cap. vu. 

.*. ilorn'^c/. (lexjjlazo. 

S. Aiildiiiii. lil. III. lai). \ iiirinuiDi rilitini dcxrendens a Supcrbia). 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIECLE. I C) i 

Totas ves que ieu demandi alcuu ofTici ho benefTici principal- 
men per la honor que hi es, he non pas per lo be régir a la glo- 
ria de Dieu he a la utilitat de mon propda, quant fau aquo, ho 
voli far, si podia, he non ho fau pas que no podi, totas he tan- 
tas ves pequi morfalmen, se ho fau deliberadamen ; hc totas las 
ves que ieu ne parli, ho ne fau parlar, he vau a la cort per 
playgiar, ho a Roma, ho a Tholosa, ieu pequi morlalnicn. Pense 
cascun que se vol confessar, quant auria recollegil aquestz pec- 
catz! Se hom fazia, ho volia far, las causas sobredichas subita- 
men, en no hy pensan pas, mas, tôt mantenen que hy pensaria, 
retrayria son prepaus, no séria que peccat venial. 

[5. Pertinacia.] ' 

Régla per conoysser quant hom pecca per PERTn'ACL\, que es 
FiLHA DE Vana Gloria. La priniieyra. Totas ves que ieu voli 
demorar en ma oppiniou per dire que hom no puesca ponch 
dire que ieu sia stat vencut, he totas ves que ieu bayli evasios a 
las razos dels autres, he aquo fau per vana gloria, afii que no 
sia pas vencut, he an deliberaciou, ieu pequi mortalmen, he en 
ayssi quant ho volria far, he non ho podi ponch far. He quant 
ieu no volria pas layssar ma oppiniou, non pas per vana gloria, 
mas per razo que ieu hiey — he un gran tropel so de la oppiniou 
contraria — , quant aquo séria de gran causa, ieu no devi ponch 
demorar en ma oppiniou, se no que los autres aguesso oppiniou 
manifestamenfalsa; quant no séria pas, masbende petitacausa, 
que no poyria pas portar notable dampnatge, adoncas demora 
en sa oppiniou, mas que no fos per vana gloria, no séria pas 
peccat morlal. 

[g. goxtencio.j^ 

Régla per conoysser quant hom pecca mortalmen per Conten- 
ciou, QUE ES UNA DE LAS FiLHAs DE Yana Gloria. La primicvra 
régla. Totas las ves que ieu voli vincir un autre en paraulas per 



1. Antonin, lit. IV, cap. vu 

2. Antonin, lit. IV, cap. ix (seplima et uUunafilia Inanis Gloriae). 



IQ2 CL. BRUNEL. 

vana gloria, he que ieu cridi fort aut per lo confundre, ieu 
pequl [fol. 36] mortalmen; he en ayssi, quant ieu vezi be que 
l'autre dis veritat, he ieu per vana gloria li contradic, pequi 
mortalmen. Mas, se ieu cridi. non pas per vincir l'autre ni per 
vana gloria, mas que no fassa pas otra l'orde de razo ho que lo 
munde no sia pas scandalizat. ieu no pequi pas mortalmen. En 
ayssi, totas las ves que ieu respondi ad un autre he li bayli res- 
ponsas enpertinentas per lo fay taysar, he aquo ieu fau per esser 
vist, ieu pequi mortalmen, quant ho fauandeliberaciou ; quant 
ho faria subitamen, he tôt mantenen que razo diria que es mal 
fach, ieu retiraria mon prepaus, no séria que peccat venial. 

[7. ElNOBEDIENCIA.]' 

Régla per conoysser quant hom pecca per E>'OBediencia, que 
ES UNA FiLHA DE Vana Gloria. Totas ves que ieu no voli ponch 
far lo comandamen de mon prélat ho de mon maestro en cau- 
sas en las qualas ieu li soy obliguat de obesir, ieu pequi mor- 
talmen; coma lo prélat me comanda que ieu aneen tal loc, que 
es causa utila per la comunitat, he ieu no hi voli pas anar, ieu 
pequi mortalmen. Quant lo prélat me comandaria causa que 
fos contra Dieu, ieu no lo devi pas creyre, he en ayssi quant lo 
prélat me comandaria causa en la quala ieu no li soy pas tengut 
de obezir, coma el me comanda (|ue ieu ane a matinas, he ieu 
me senti gravât, he après (pie me seriey desencuzat en disen 
que soy malaute, se après lot acpio ol me comanda que ieu hi 
ane, en no li obczen pas ieu no pequi pas mortalmen 

|8. DlSCOHDLV.j- 
PeR CO.NOYSSER quant nOM pecca MORTALMEN PER DiSCORDIA, QUE 

ES u\A FILHA DE Vana (ÎLORLV. Lci.j" . ref/lti. Totas \es (|uo no voli 
ixincli far a(|uo (|uo los autres volo far ])er una vana gloria, per 
(lin\ cpip ieu no denharia pas de far coma los autres, iou po(|ui 



r. \nlntiiii. lil. I\. cap. 11 1 itriiiui Jiliii liianis Gloriae). 
■j- \iil(tnin, lil. i\. cap. vm {sexla JUid litanis Gloriae). 



OPUSCULES PHOVENÇAUX DU XV SIECLE. l()3 

inortalmen, quant ieu fan aqno dcliberadamcn, cpiar (juanl ieu 
ho faria, ien no peccaria pas mortalmen, f|nant, tôt mantenen 
qne razo diria que es mal fach, ien hostaria mon prcpans de la. 

[B. — ERGUELH.] 

[i. Arrogansa.]' 

Régla per conoysser Vrrogansa, que es dels.xu.' degras he 
Ergi'elh. [fol. 36 V"] ïotas ves que ien per nna gran stimacion 
que hiey de ma persona deliberadamen mensprezi los antres, 
ho los fachs, ho los dichs dels antres, ien peqni mortalmen : 
coma per exemple me es avist qne ien sabi belcop, ho qne ien 
soy ben sage, he per so ien no fau conte de aqno qne dizo los 
autres, mas tôt mantenen que los antres parlo ien meni la testa 
ho disi : « Apres, après, avant, avant», ho no denhi pas de anar 
am los antres, ho dizi alcnnas paranlas, coma en dizen : « Jeu 
lo ne fariey ben repenti! » ; quant hom dizia talscansas subita- 
men, en se retiran tôt mantenen que razo diria qne aqno es mal 
fach, aqno no es pas mas peccat venial. 

[2. Curiositat.]'' 

Régla per conoysser Curiositat, que es. i. degré de Superbia. 
Totas ves que ieu vezi, ho auzi, ho entendi alcnna causa per lo 
plazer que ieu hi prendi, he non pas per la honor de Dieu, he 
en ayssi quant ien voli experimentar la delectacion de alcnna 
obra per saber que es, non ordenan ponch en la honor de Dieu 
ni en la ntilitat del propda, he qne, enquara quant séria contra 
Dieu, ien non ho volria pas layssar*. Exemple. Coma ieu hiey 
auzit dire qne en tal carrieyra ha tant bêla fenna, ho tant bel 

1. Antonin, t. Kl, cap. ni, § ix (sexhis gradiu Siiperbiae). 

2. On ne rencontre pourtant ici que dix degrés. Le nombre douze 
a été emprunté à Antonin. L'auteur provençal a laissé de côté les de- 
grés 4,7 et 10 dWntonin : Jnctanlia, Praesumptio, Rebcllio, et en a in- 
troduit un nouveau : Tentacio de Dieu {n° 10). 

3. Antonin, t. III, cap. m, S m, et t. III, cap. vu. 
4- Sujjpléer ien peqiii mortalmen. 



iq4 CL. BRUNEL. 

home, he ieu non podi star juscas a tant que ieu la aia vista, 
ho lo aia vist. Ieu auzi dire a qualque un que el sap be de no- 
velas, ieu no me podi arrestar juscas a tant que ieu ho sapia. 
Ieu auzi dire que en tal taverna ha de si bon vi, ieu no me 
podi arrestar juscas a tant que ieu ne hiey begut, non pas per 
besonh que ieu ne aia, mas per vezer si es si bon. Quant ieu 
voli saber de aicuna causa amb una tresque gran solicitud, se la 
causa no es pas prohibida, ni no me retray pas de far aicuna 
obra a la quala ieu soy obliguat, he que ieu no me meti pas 
per aquo en perilh de peccar mortalmen, he, se ieu sabia 
desplayre a Dieu, ieu non ho faria pas, no es quepeccat veuial. 
Mas, se ieu hiey si gran affectiou a conoysser aicuna causa que, 
enquaras quant ieusaubria be que séria contra Dieu he que me 
retrayria de far aquo que ieu soy tengut de far, enquaras ieu 
hovolria hr — Exemple, los dimenges [fol. 37], quant ieu devi 
pensar a Dieu he a ma consciencia, ieu quasi tôt lo jorn me 
applicariey a legir fablas de poetas, ho a joguar, ho a ralhar — 
ieu, en fazen tais causas, pequi mortalmen. 

La segonda. Totas ves que ieu studi per esser vist, ho per 
sobremontar los autres, ho per aver honor, ho per enguanar lo 
munde, ho totas ves que ieu studi artz prohibidas, coma so las 
artz magicas, ho la art notoria', ho quant apreni de aquel que 
no me aperte, coma se ieu aprenia del dyable, totas he tantas 
ves, ieu pequi mortalmen. 

[3. Lalgeyketat. I' 
Régla pkr co\oysser quant hom pecca per Laugevretat, qie 

ES IN OEI.S DEGRAS DE ErGUELU, QUE QUASI ES TOT UN AAI PrESUMP- 

ciou. Totas ves que ieu jutgi mal mortal de mon propda sens 
signe manifesl he cert, ho que ieu reprehendi lo fach ho lo dich 
del autru. a la quala reprehenciou s'ensec notable dampnatge 
de mon propda, ho en bes, ho en fama, enquaras quant ieu non 
ho faria pas per vana gloria, ieu pequi mortalmen; he per so 

I. Noir ci-apirs, Tniil/' des di.r (■oiiiinaïKlcineids de Dieu, cli. 1, S 19. 
.> . \iil()nii:. lit. III. l;i|). ui, S \ ■ 



OPUSCLLES PROVENÇAUX DU XV SIÈCLE. if)o 

laugeyretat he presumpciou no se dirtero mas per aysso que la 
fi de presumpciou es vana gloria, mas laugeyretat pot esser 
sens vana gloria. 

[4. EiNEPTv Lepic lA.]' 

Régla per conoysser quant hom pecca per Enepta Leticia, 
QUE ES UN degra DE Erguelh. Totas ves que ieu me rejoyssi deli- 
beradamen per so que ieu hiey vencut, lio en paraulas, ho en 
playdejamens, mon propda, coma per so que ieu hiey be parlât, 
so me es avist, am lo jutge, ho am lo officiai, après, per un er- 
guelh he jactansa, ieu m'en vau a mon companho, he li die que 
ieu hiey ben parlât am lo officiai, ho a mon maestre, he lor ho 
reconti tôt, he m'en rizi, he los fau rire, aquo se apela Enepta 
Joya; ho ieu hiey guasanhat en Parlamen .j. procès, he ieu fau 
un gran sopar, he covidi mos vezis, he, en aquel sopar, ieu, per 
una jactansa, recomti tôt lo discors a mos vezis, en rizen, en 
cridan, en beven, he en manjan, totas he tan tas ves que ieu fau 
aysso, ieupequi mortalmen ; he en ayssi Jactansa Mie Enepta Joya 
[fol. 37 V"] van tôt jorn ensemble quasi, lie es quasi tôt un. Qui 
se rejoyria subitamen per erguelh, he, tôt mantenen que razo 
diria que es mal fach, ieu m'en retiraria, ieu no peccaria que 
venialmen. 

[5. Singularitat.]^ 

Régla per conoysser quant hom pecca per Singularitat, que 
ES un scalo de Superbia. Totas ves que ieu no voli pas far coma 
los autres, he que ieu voli aver singulara fayso, ho de parlar, 
ho de manjar, ho de caminar, ho de cantar, ho de autra causa, 
se ieu ho fau per vana gloria he affi que ieu sia presat del 
munde, ieu pecqui mortalmen, quant ho fau an deliberaciou ; 
quant ieu ho faria subitamen, no séria que pcccat venial.Se ieu 
voli aver singulara faysso per devociou, ho per autra bona en- 
tenciou, ieu no pequi pas mortalmen, mas que aquela novela 



1. Antonin, tit. III, cap. m, § vi. Voir ci-après, ch. IV, s 2. 

2. Ci-dessus, ch. I, régla iij". 

3. Antonin, tit. III, cap. m, § vni (quintiis yradus Superbiae). 



igô CL. BRUNEL. 

faysso no sia pas contra Dieu, autramen el qualria dire que 
aquels que an trobat paubretat evangelica aguesso pcccat en la 
troban, quar al comensamen aquo era manieyra singulara de 
vieure. 

[6. Fencha Confessio.]' 

Regl\ per congtsser quant hom pecca mortalmex per Fencha 
CoFEssiou. Totas ves que ieu no dizi ponch totz mes peccatz 
quant confessi davant lo confesser attî que el me extime melhor 
que no soy, ieu pequi rnortalmen. 

[7. LlBERTAT.]' 

Régla per cootsser quant hom pecca per Libertat, que es 
UN scALO DE Ekîuelh. Totas ves que ieu serqui los médis per 
esser en libertat en fugen mos parens, ho los maestres de la 
scola, ho ieu que soy religios, ho religiosa, hiey privilegi, lie tôt 
aysso ieu fau per esser en plus gran libertat de far mal, ieu, 
totas ves que ho fau, pequi rnortalmen. Quant ieu voli privilegi 
per alcuna bona entencio, coma permielhs aprofechar al poble, 
ieu no pequi pas, mas fau bona obra. 

[8. Defensio DEL Peccat.]^ 
Régla per conoisser quant hom pecca per so que hom deffen 

SOS PECCATZ QUANT HOM ES CORREGIT, QUE ES. I. SCALO DE ErGUELH. 

Totas ves que ieu, quant hom me corregis, deffendi mos peccatz 
per una vana gloria, alTi que iiom me repute melhor que no 
[fol. 38] soy, ieu pequi morlahnen; coma quant hom me dis: 
« Per que ralhaslu tant, (|uant tu parhis de causas enutials? Tu 
le metes lie prcndes occa>iiMi de peccar morlalmcn », he ieu 
dizi : « \<|U() 110 es pas giaii causa, las gens de la gleysa ho los 

1. Aiiloniii. lil. III. cap. m. s mi (nuntis (inidiix Saperbiae). 

■/. Aiitonin. lit. |||. cap. ni, S xiii (Libeiiof; peccandi andecimux firo- 
dnx Sitpcrhini- K 

•'». \rilniiin. lit. Ijl. cap. m, s xi Ujckwus (jradus Superbiae). 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV* SIECLE. 197 

plus peiTiechz la fan be! » Quant ieu me cxcusaria, non pas per 
vana gloria, mas per la veritat, he alTî quehom no lospas scan- 
dalizat de mi, ieu no peccaria pas moitalmen. 

[9. AcOSTUMANSA.j' 

Régla per conoysseu quant hom pecca per Acostlmaxsa, que 
ES ,1. scALo DE Erguelh. Totas ves que ieu me acoslumi a pec- 
car, he que pequi per una acostumansa, ieu pequi plus greumen 
que se no peccava ponch per acostumansa. Item, ieu me meti 
en perilh, quar no sabi pas se me poyriey retirar île la acostu- 
mansa, ni si Dieu m'en fara la gracia. 

[10. Tentagio de Dieu.]- 

Regla per congtsser quant hom pecca en tentan Dieu. 
Totas ves que ieu fau alcuna causa per penre experiensa de la 
sciensa, ho de la poyssansa ho bontat de Dieu, ieu pecqui mor- 
talmen, coma ieu voli passar una ribieyra, hela podi be passar 
an la iiau, he qûeque sia, per vezer se Dieu me ajudaria, ieu 
me metriey a passar a pe ; ho ieu soy malaute, ieu podi ben 
aver remedi del metge, he ieu, per experimentar la bontat de 
Dieu, so es assaber se Dieu me ajudara, ieu no anariey pas al 
metge, ieu pequi mortalmen. Quant ieu no anaria ponch al 
metge per fauta de argen, ieu no tentaria pas Dieu. En ayssi 
quant ieu soy malaute, he per una negligensa ieu me layssi 
morir, ieu tempti Dieu enterpretativamen, quar ieu fau alcuna 
obra a la quala s'ensec experimentesa de la bontat ho miseri- 
cordia de Dieu. 

[II. — LUXURIA.]' 

S'enseguo reglas per conoysser quant hom pecca per Luxuhia. 
Totas ves que ieu, [que] no soy pas maridat, cometi lo peccal 
de la carn amb una fenna que n'es pas maridada, ho ieu, que 

1. Antonin, tit. III, cap. m, S x\ {duodecimas gradiis Superbiae). 

2. Ce scalone figure pas dans Antonin, parmi les degrés dsSuper- 
bia, il y fait l'objet du cap. x tout entier. 

3. Antonin, tit. V. 



iq8 cl. brunel. 

no soy pas maridada, cometi lo peccat de la carn amb un joven- 
sel que uo es pas maridat, ho totas las ves que ieu lo volria 
cometre se avia opportunitat, ho se no temia lo munde, ieu 
pecqui mortalmen. [fol. 38 v"] 

La Aj" .régla. Totas ves que ieu, que soy maridat, cometi 
luxuria amb una que es maridada, ho ieu, que soy maridat, co- 
meti lo peccat amb una que n'es pas maridada, ho ieu, que 
no soy ponch maridat, cometi lo peccat amb una que es ma- 
ridada, ho lo voli cometre se avia opportunitat, ieu pequi mor- 
talmen, he cometi plus gran peccat que en l'autra régla. 

La .iij". Totas ves que ieu, que soy verge, cometi luxuria amb 
una que es verge, ho ieu, que no soy pas verge, amb una que 
es verge, ho ieu que soy verge amb una que no es pas verges, 
ieu pecqui mortalmen. 

La .iiij". Totas ves que ieu, que soy religios, cometi luxuria 
amb una religiosa, ho ieu, que soy religios, amb una que no es 
pas religiosa, ho ieu, que no soy ponch religios, amb una que 
sia religiosa, ieu pecqui mortalmen. 

La .v". Totas ves que ieu cometi lo peccat de la carn contra 
lo orde de natura, ieu pequi mortalmen, he plus gravamen que 
per totas las autras fayssos sobredichas. 

La .f>J". Totas ves que ieu hiey tocamens deshonestes en mos 
menl^res, ho que ieu toqui deshonestamen los menbres dels 
autres, sian homes ho fennas, he aquo ieu fan per palhardisa 
deliberadamen, ieu pequi mortalmen. 

La .vij". Totas las ves que ieu deliberadamen reguardi mi 
meteys mit, ho un autre nut, sia masclo ho feme, per un plazer 
palhard que ieu hiey, ieu pequi mortalmen. Quant ieu reguar- 
daria un autre nul, lio mi meteys, non pas palhardisamen, mas 
per autra causa, ieu no peccaria pas mortalmen. 

La .viij". Totas las ves que ieu reguardi los menbres de gene- 
raciou de una bcstia, ho quant ieu reguardi doas bestias que 
liabito ensemble, per un reguard palhard, ieu pequi mortalmen. 

La .ix". [fol. 39] Totas ves que ieu reguardi una fenna per 
una concupiscensa carnala, so es assaber (jue ieu la reguardi 
per un plazer que hioy en la reguardar, he en volen acomplir lo 
peccat de la carn amb ela, se ieu avia opportunitat, defora 



OPUSCULES TROVENÇAl \ DU XV'' SIÈCLE. l()i) 

mariatge, ieu pequi mortalmen; ho ieu, que soy fenua, reguardi 
.j. home. Se ieu la reguardava en no hi pensan ponch de mal, 
no peccaria pas mortalmen. 

La .x". Totas ves que ieu dizi lengualges provocans a palhat- 
disa an razo deliberada, ieu pequi mortalmen; quant ieu ho 
diria sens hy pensar lie subitamen, ieu peccaria venialmen. 

La .xj". Totas ves que ieu, [que] soy maridat, hiey tal afTec- 
tiou a ma molher que, enquaras ieu la volria conoysser car- 
nalmen, quant ela no séria pas ma molher, ieu pequi mortal- 
men, quant ho fan an deliberaciou de razo. 

La .xij". ïolas ves que ieu cogite del peccat de la carn en 
prenden plazer en aquela cogitaciou, quant aquela cogitaciou 
es morosa, so es assaber que ieu me arresti après que razo ha 
dich, ho deu aver dich, que aquo es mal fach, ieu pequi mor- 
talmen; quant ieu hi cogitaria subitamen, davant que razo 
murmure, ieu no peccaria que venialmen. 

La .xiij". Totas ves que ieu me pencheni, ho porti bels abi- 
Ihamens, ho m'en vau a la fenestra, ho a la gleysa, ho a la car- 
rieyra, affî que ieu plassa a las fennas, ho ieu que soy fenna 
plassa als homes, he que aio una concupiscencia de mi, ieu 
pecqui mortalmen, quant ho fau deliberadamen. 

La .xiiij". Totas ves que ieu doni alcuns petitz dos, ho grans. 
ho rameletz de flors, en signe de una fola amor, ieu pequi mor- 
talmen ; he en ayssi quant ieu fau alcuns signes, ho dels huelhs, 
ho del cap, ho de las mas, a filhas ho a fennas, ho ad homes, 
ieu, que soy fenna ; he en ayssi quant ieu fau lo messatge de 
dos que se amo de una fola amor ; he en ayssi quant ieu dizi 
alcuns lenguatges en signe de amor carnala a qualque [fol. 39 V] 
filha, ho a qualque home, ieu pequi mortalmen ; he en ayssi es 
quant scrivi letras que conteno recomandacios ad amoroses ho 
a fadas amorosas. 

La .XI'". Totas ves que ieu hiey poUuciou, sia en velhan, ho 
en dormen, he que ieu ne soy causa, quar quant ieu velhava 
hiey pensât en palhardisa, ho hiey trop manjat, ieu pequi mor- 
talmen. Se ieu no soy ponch causa, mas la poUuciou ve per 
natura que se purgua, se ela se comensa en dormen he se acaba 
en velhan, se en aquela delectaciou carnala ieu hiey consen- 



200 CL. BRUXEL. 

timen, so es assaber que ieu voli be aver aguda aquela delec- 
tacio, quar el me sembla que, per so que ieu no la hiey pas 
procurada, que no pequi pas, he adonc ieu pequi mortalmen. 
Se ieu en velhan procuri polluciou per malvatz tocamens que 
ieu fau a mi meteys, bo que un autre me fa, me consenten, se 
la procuri en tocan fennas bo en las reguardan palhardamen, 
ieu pequi mortalmen, be es un grcu peccat. 

[i . Cecitat.] ' 

Régla per conotsser la primieyra filha de Llxl'rl\, que se 
APELA Cecitat ho Ignoransa, he en aissi pot esser filha dels 
autres peccatz, he per so ieu metriey las reglas de la .viir. 

FILHAS DE LUXURIA EN QUANT QUE PODO ESSER FILHAS DELS AUTRES 

PECCATZ. Totas ves que ieu, per una delectaciou desordenada 
(|ue biey al pecat de la carn, me layssi assaber aquo que me es 
necessari a mon salut, ieu pequi mortalmen. Exemple. Con- 
sciensa me dis que ieu deuria anar al sermo, he que ieu que soy 
ignoran bi poyria belcop apenre que séria approfecbable al 
salut de mon arma, be ieu, per so que tôt jorn pensi a palbar- 
disa, no bi voli poncb anar, mas m'en vau per la rua vezer quai 
es la plus bêla, bo lo plus bel, be per so que ieu no soy pas 
anat al sermo, ieu ignori aquo que deuria saber, ieu pequi mor- 
talmen. He semblanmen, per una gran sollicitut que ieu biey a 
luxuria, ieu, quant soy al sermo, no bi podi poncb pensar, bo 
ieu, que soy cleic, quant voli studiar per conovsser los coman- 
damens de Dieu, no podi studiar, be meti la lo libre, be biey 
ignoransa de aquo que agra be pogul [fol. 'tO] saber, aquo es 
peccat mortal. Semblanmen, quant ieu, per una gran sollicitud 
que biey als bes del munde, me layssi de saber aquo que poyria 
be saber, bo parelbamen, se ieu me occupi trop en sciensas 
dels philosophes, bo dels poetas, ho en mas besonbas, talamen 
que ieu layssi de saber las causas que me so necessarias al salut 
lie mon arma, ieu pequi murtalmen. Ile de ignoransa enquaras 
lii aura reglas '. 

1. Aiiloiiiii, lit. \, cap. ix, S i (Cecilas Mentis prima Jilia Luxuriae). 

2. Ci-après, cti. Mil, s 4. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIECLE. 20I 



[2. Precipitacio.] ' 

Régla per conoysser la .h', filha de Llxiuia, que se ai'Ela 
Precipitaciou. Totas ves que, per una alTecliou que ieii hiey ad 
una causa, ieu la fau en ne doptan se es peccal ho no, he que, 
per unaafTectiou que hiey a far tal causa, ieu nie asseguri sens 
ne far la quesiciou que deuria, mas ieu fau tal causa, ieu pec- 
qui mortalmen. Exemple. Ieu alcunamen dopti se parlar an 
fennas he fabular amb elas sens causa es })eccat niorlal, he, per 
una affectiou he plazer que ieu hiey a fabular he ralhar amb 
elas, ieu me asseguri en dizen : « Aquo no es pas peccat, les 
monges hi ralhan be ! », he ieu no demandi pas se es peccat a 
qualque persona que ho sapia dire, per aventura que ieu ho 
demandariey a qualque un si sot coma ieu, adoncas, en fazen 
tal causa, ieu pequi mortalmen, enquaras quant aquo que ieu 
fau no séria pas peccat mortal, mas per so que me meti en 
perilh de peccat mortal. 

[3. Engonsideracio.] - 

Régla per conoysser quant hom pecca per Engonsideracio, 
que es una filha de Luxuria, he parelhamen dels autres pec- 
GATZ. Totas ves que ieu no prendi lo bon conselh que gens savia 
me acosselha, mas ieu prendi lo malvat, he aquo ieu fau per 
affectiou que ieu hiey al peccat de la carn, ho als bes del 
munde, ieu pequi mortalmen. Exemple. Ieu, per una mala 
affectio que hiey a luxuria, quant hom me dis que ieu per me 
retirar no ane ponch entre fennas, ho ieu, que soy fenna, no 
ane ponch entre homes, ni no parle ponch paraulas provocans 
a palhardisa, he ieu no voli pas pcnre aquest conselh, ieu 
pequi mortalmen. He semblanmen, quant hom me dis que ieu 
soy asses [fol. UO v°] riche, he que no aia si gran sollicitud des 
bes, he que pense en ma consciensa, he ieu non \oli re 

1. Antonin, tit. V, cap. x (secunda Jilia Luxuriae). 

2. Antonin, tit. V, cap. xi. 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. l4 



202 CL. BRUNEL. 

lar, ieu pequi mortalmen; he en ayssi quant ieu soy trop soUi- 
citos ad studiar sciensas que retraso de devociou, he layssi star 
aquelas que me so necessarias, ieu pequi mortalmen. 

[/i. EltCOSTANSA.] * 

Régla per conoysser quant hom pecca per Encostansa, que es 
UNA FiLHA DE LuxuRiA. Totas ves quc, quant ieu déjà hiey pre- 
pausat de far lo conselh que razo dis, he tôt mantenen que ieu 
conieiisi de besonhar, ieu hi trobi gran difficultat, he ieu ho 
layssi tôt la \ Exemple. Ieu hiey agut conselh, afh que me 
guardes de luxuria, de fugir las occasios, so es assaber de no 
anar plus en companhias dissoludas, de no ralhar pas tant coma 
ieu hiey acostumat, he ieu m'en absteni .j. jorn, ho dos, he ieu 
trobi tant longz aquels dos jorns que me sembla que duro dos 
ans, he ieu m'en torni far coma davant serquar las occasios he 
palhardeja coma per davant, ieu pequi mortalmen. 

[5. Amor de Se Meteys.]' 

Régla per conoysser la .y", filha de Luxuria, que se apela 
Amor de Se Meteys. Totas ves que ieu hiey tal affection a mos 
plasers he a mas delectatios que, enquaras quant ieu saubria 
(pie ieu en las prenden faria contra Dieu, enquaras la[s] volria 
penre, ieu pecqui mortalmen ; coma ieu prendi si gran plaser 
a ralhar he fabular (he)que, enquaras quant ieu saubria be que 
ieu faria contra Dieu, ieu no m'en curaria, mas enquaras ho 
volria far, ieu pecqui mortalmen. 

[6. Amor de aquest Munde.]* 

Hegla per conoysser la .vi". filha de Luxuria, que se apela 
Amor de aquest Munde. ïolas ves (|ue ieu hiey tal amor a mos 
bes, a mos enfans, a mos companhos he a mas companhieyras, 

I. Arilonln, lit. V, cap. xii {quarla jilin Lnxuriae). 
•i. Suj)pltVr iea pequi morlalme/i. 

3. Aiitoniii, lit. V, cap. xiii (qiiinhi Jilia l.uxuriae). 

4. Antouin, lit. V, cap. xiv. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIÈCLE. 2o3 

que ieu volria jamays no mori, mas tostemps demorar en lo 
munde, lie no m'en chaut de paradis, ieu peqni niorlalnicj), 
quant ho fau an dcliberaciou. 



[7. AziRAR Dieu.]* 

Régla per conoysser quant hom pecca per la .\u\ filha de 
LuxuRiA, QUE SE APELA AsiRAR DiEu. Totas vcs que ieu mal 
grazissi he mal lauzi Dieu, per so que [fol. ùl] no me layssa 
accomplir mas delectacios de la carn, ho en au Iras, ieu pequi 
mortalmen. He en ayssi, quant ieu soy malaute, ieuaziri Dieu, 
he me corrossi contra Dieu, per so que no podi pas anar acom- 
plir mas delectacios carnals ; se ieu era corrossat subitamen, 
no séria que peccat venial. 

[8. Desperacio.]* 

Régla per conotsser quant hom pecca per Desperaciou, que 
ES LA DARRiEYRA FILHA DE LuxuRiA. Totas ves que ieu, per una 
acostumansa del peccat de la carn, soy totalmen endispausat 
ho endispausada a pensar de las causas spirituals de Dieu he de 
ma consciensa, de infern he de paradis, que me es avist que no 
me séria pas possible de hy pensar, ieu pequi mortalmen. En 
ayssi, quant me trobi si envelopaten tal peccat, que me es avist 
que ieu no m'en poyria pas tener, ieu pequi mortalmen; he 
senblanmen es dels autres peccatz. Quant ieu, per una gran 
sollicitud desordenada als bes temporals, soy tant endispost, 
ho endispausada, que no podi pensar a Dieu ni a ma consciensa, 
es peccat mortal. 



1 . Odiiim Dei et Desperatio Vilae futurae sont compris parmi les 
huit filles de Luxure qu'Antonin (tit. V, cap. ix) cite d'après Grégoire 
le Grand. Mais ces deux vices ne sont l'objet dans la suite de la Sainma 
d'aucun chapitre spécial; par contre, SlaUUia est traitée dans un cha- 
pitre (xv), étant considérée comme fille de la luxure sur l'autorité de 
saint Thomas. 

2. Voir ci-après, ch. VI, $ 4- 



2o/i CL. BRUNEL. 

[III. - IRA.]' 

[i. Endignacio.]* 
S'enseguo reglas per conoysser lo peccat de Ira he sas 

FILHAS, ET QUANT HOM PECCA PER LAS FILHAS DE IrA, HE PER LA 

pRiMiETRA FiLHA s'ejjsec REGLA. Totas ves quG 1611, per una en- 
dignaciou, appeti he demandi venjansa otra lo orde de razo, en 
mon coratge, ieu pecqui mortalmen, coma ieu, per una endi- 
gnaciou, voli mal a qualque un otra lo orde de razo, aquo es 
peccat mortal. Se ieu subitamen volia venjansa, mas, quant me 
avisi, ieu me retrasi, no pequi que venialmen. 

[2. Enflacio de Coratge.] 

Régla PER conoysser la .ii". filha de Ira, que se apela Enfla- 
ciou DE Coratge, quant es peccat mortal he quant es venial. 
Totas ves que ieu serqui los moyans per penre venjansa contra 
alcun personatge, ieu pequi mortalmen, quant me voli venjar 
otra lo orde de razo; quant ieu ho faria subitamen, aquo no 
séria que peccat venial. 

[3. Blasphemia.]^ 

HeGLA per CONOYSSER quant HOM PEGCA per la .111'. FILHA, QUE 

se apela liLASPHEMiA [fol. //i V"]. Totas vcs quc ieu per un 
corros mal grasissi Dieu, despiechi he mal lauzi Dieu, he blas- 
plieini Dieu en disen a despiech de Dieu : u Malgrat n'aia Dieu 
de labcsonha! », ieu pequi mortalmen. Quant ieu diria aquo 
lot subitamen, en no hi avisaii ponch que disi, ieu no peccaria 
pas niorlalnieu. 



t. Anlonin, til. VII. 

a. Aiiluniii, tit. VU, cap. n. 

i. Atitoniii, lit. Ml. cap. \. \ oh- ci-après, ch. MIL S 3. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV SIECLE. 2o5 



[/j. Detractio.] ' 

Régla fer cootsser Detractiou, que es una filha de Ira. 
Tolas ves que ieu enpausi aicnn cri m a qualque persona que 
no es pas veray, ho que descobrissi lo cri m que es secret, lie 
que dizi enquara plus que no hy ha, ho que layssi a dire lo be 
de qualque persona que ieu sabi be, a temps he loc, ieu pecqui 
mortalmen. 

[5. CONTUMELIA.j ' 

Régla quant hom pecca per Contumelia, que es una filha de 
Ira. Totas ves que ieu deliberadamen, per una ira, dizi alcun 
peccat de mon vezi, en sa presencia, perli far anta he per m'en 
venjar, ieu pcqui mortalmen, he soy tcngut de li restituir 
la bona fama, se lo peccat era secret; se ieu, per una enver- 
tensa, die lo peccat de un autre, no séria que peccat venial, mas 
ieu ne séria tengut a restituciou ; se ieu, per un joc, disia lo 
peccat mortal de un autre, ieu peccaria mortalmen. 

[6. CO.NVICII.] 

Régla per conotsser quant hom pecca per Convicii, que es 
u>A FILHA DE Ira. Tolas ves que ieu disi deliberadamen per ira 
he per venjansa lo deffaut natural de un autre en sa presencia, 
per li far vergonha, ieu pequi mortalmen, coma se ieu dizi : 
« Vay, vay! bornhe ! boytos ! ». Se ieu disia aquo per correc- 
tion, coma a mon disciple he servitor, no séria pas peccat. Se 
ieu ho disia per .j. joc, he aquel a qui ieu ho diria séria provocat 
a blasfemar Dieu, ieu peccaria mortalmen; en ayssi quant ieu 
ho diria a qualque paubre per un mesprezamen, coma se de el 
no fos re, ieu pecqui mortalmen. Per dire qualque petit deffaut 
per .j. joc, no es que peccat venial. 



1. A oir ci-après, cli. V. § 3. 

2. Antonin, tit, VU, cap. vi. 



2o6 CL. BRUNEL. 

[7. Enproperacio.] 

REOr.A PER COOYSSER QUANT HOM PECCA PER EnPROPERACIOU , 

QUE ES UNA FiLHA DE Ira. Totas ves quG ieu reprochi a qualque 
ua lo be que li hiey fach, pcr una venjansa, ieu pcqui mortal- 
men ; se ieu ho fazia per correctiou, no séria pas peccat. 

[8. Derisio.] 

Régla per conoysser Derrisiou, que es u.\a filha de Ira 
[fol. ''/2j.ïotas ves que ieu, per una ira, me moqui de un autre, 
per li far confusion, ieu pequi mortalmen, se per correctiou 
ho dizia, no séria pas peccat ; he en ayssi se per un joc disia qual- 
que petita mocaria, no séria que peccat venial. 

[9. Clamor.]' 

Régla per conotsser Clamor, que es .1/ filha de Ira. Totas 
ves que ieu, per una ira, cridi, dizen paraulas confusas, he 
suspirs, he exclamacios, deliberadamen, contra mon propda, 
ieu pequi mortalmen ; he en ayssi totas ves que ieu reguardi 
mon propda deliberadamen de un reguard pie de ira he de 
corros, ho quant, per una ira, no volria pas ausir parlar de el, 
ho quant, per una ira, no lo sahidi ponch, ho, quant el \e per 
.j. cami, ieu m'en fugi per l'autre, affî que no lo atrobe ponch, 
et quant, per una ira, no me volria ponch atrobar la ont el es, 
ieu pecqui mortalmen. Quant lot aquo ieu faria subitamen, no 
séria que peccat venial, mas, quant razo diria que aquo es mal 
fach, que ieu m'en retires. 

1 10. Rfxa. ] - 

Régla per co>oysser Rixa, que es una de las filhas de Ira. 
Totas ves que ieu, per venjansa, deliberadamen, bâti ho tuy 
qualque personatge, ho fau dampnatge a qualque causa de sos 

1. Vntonin. lit. MF, cap. ni. 

2. Anlonin, lit. MF, cap. vu. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV*^ SIECLE. 207 

bes, per venjansa de el, coma en baten sos enfans, ho en rom- 
pen SOS albres, ho sas vinhas, ho en baten sas bestias he las 
tuan, he en quant ieu me rebelli an aquels que an auctoritat de 
me corregir, he de me penre, he me encarcerar, he en ayssi 
quant fau guerra enjusta, ho quant sabi be que lo princep fa 
guerra enjusta, he ieu hi vau, he en ayssi totas ves que ieu 
voiria far las causas sobredichas, se ieu podia ni avia opportuni- 
lat, he en ayssi quant soy be joyos quant aquel, al quai ieu voli 
mal, ha qualque adversitat, he soy triste quant ha qualque be, 
totas he tantas ves, ieu pequi mortalmen. Se ieu volia aquo su- 
bitamen, masque, après tôt mantenen que razo diria que aquo 
es mal fach, ieu me retiraria, no séria que peccat venial. En 
ayssi, quant ieu ho faria per correction, en baten razonablamen 
he no fazen pas excès, séria bona obra. En ayssi, quant hom 
frapparia per joc qualque un, mas que no hi agues [fol. ^r2 i'°] 
pas excès, no séria que peccat venial ; he parelhamen , quant hom 
subitamen batria qualf[ue un en no s'en avisan he subreptisa- 
men, no séria que peccat venial. En ayssi, quant, en me defen- 
den, ieu fau alcuna lésion, he que me poyra be guardar de la 
far, he me poyria be defîendre sens far tal lésion, ieu pequi 
mortalmen. 

[11. susurracio.]' 

Régla per conoysser quant hom pecca per Sussurragiou, que 
ES UNA FiLHA DE Ira. Totas vcs quc ieu per una venjansa meti 
desacort entre doas personas que se acordavo be he aprofechavo 
be ensemble, ieu pequi mortalmen. 

[IV, — GOLA.]' 

S'ensegiio reglas per conoysser lo peccat de la gola, he pri- 
mleyrameii per la priinieyra specia que se apela Trop Manjar". 
Totas ves que ieu mangi plus notablamen (jue no se aperte a 
ma sustentaciou, ieu pequi mortalmen; (juant ieu manjaria 

1. Voir ci-après ch. V, § 2. 

2. Ântonin, tit. VI. 

3. Antonin, tit. VI, cap. i. Sv {prima species Gulae). 



2o8 CL. BRU.NEL. 

plus que no quai un morsel de pa, ho dos, no séria que peccat 
venial. 

Régla per conoyaser la .ij". specia. que es quant hom preve la 
hora'. ïotas ves que ieu, quant dejuni, mangi ho bevi vi davant 
miech jorn', notablamen davant miech jorn, quar, se per .j. 
quart de hora ieu nianjava davant miech jorn, no séria pas pec- 
cat, mas, se per una hora ho dos, séria peccat; se ieu bevia de 
l'ayga davant miech jorn, no séria pas peccat. He en ayssi los 
servidors dels senhors, de manjar un petit davant que lo senhor 
dine, he, après que ha dinat, de acabar de dinar, no es pas 
rompre lo dejun. he principalmen quant so fatiguatz, que no 
poyrian convenablamen attendre tant sens manjar, quar, se 
podian attendre juscas que poguesso de tôt dinar, séria autra 
causa. 

Régla per conoysser quant hom pecca en rompen los dejuns^. 
Totas ves que ieu après lo atge de .xxj. an[s] rompi los dejuns 
de la Gleysa sens causa légitima, ho ieu, que soy rcligios, ho 
religiosa, rompi los dejuns de ma religion que so en coman- 
damen sens causa legittima*; se ieu era malaute, ho malauta, 
ho tant débilitât que no pogues dejunar, ieu séria excusât ho 
excusada. En ayssi, se ieu [fol. W] caminava, he que no pogues 
pas far Jornada (jue no me fos gran dampnatge, parelhamen séria 
excusât. En ayssi, se ieu era panbre. he que no agues pogut 
amassar depueys lo mati juscas a miech jorn asses de po per 
dinar, séria excusât. Scmblanmen a me que me es forsa al jorn 
de dejun de laborar an gen stranha per guasanhar ma vida, he 
de mi, he de ma familia, soy excusât; se al jorn de dejun ieu 
besonhi en ma possession, ho me podi be guardar de anar me 
loguaren aquel jorn, no séria pas excusât. Fennas que noyrisso 
enfans so excusadas. he may gens vielhas, que so fort debili- 
tadas. 



I. Vnloiiiii, lil. \l.cap. vi.Six (qninia species Giilae, Anticiparc IIo- 
rani sen exlrn hornm xlatnlain vcl com^uelam comedere). 

•>.. Supplc'cr ien pct\n\ inoiidlnieit. 

.<. Aiiloiiiti, til.^l,c■ap. ii. Il esl renvoNéà ce cliapiiro dans le Irailé 
suivant, cli. III. s 8. 

'(. Snpplf'cr ieu peqni 'iioiialincn. 



OPUSCLLKS PROVENgVlX DU XV SIECLE. oof) 

Régla perconoysser(jtia/il ho/npeccapcr la .lij" . speria'. Totas 
ves que ieii niangi trop delicadas viandas olra mon stat, ieu 
pequi mortalmen; coma ieu, que soy un laborador, manjariey 
capos, faysas, lampresas, he autras bonas viandas, lie beuricy 
ippocras, marvasi, he autre bon vi, ieu pequi mortalmen. Per 
ne manjar qualque ves l'an, mas que no lii aia pas trop gran 
excès, no séria pas peccat : coma en nossas, ho quant hom fa 
festa a sos amicx, ho quant hom fa revit, ho quant hom es 
malaute. 

Régla per conoysser quant hom pecca per la .iiij". speria^. Totas 
ves que ieu meti, ho fau mètre, trop gran sollicitud ad appa- 
relhar viandas, he que hi meti tan tas podras, he specias, he de au- 
tres diversas causas per donar gran sabor a las viandas que hy 
ha gran cost, he que hy cove mètre lo ters del jorn a las appa- 
relhar, ieu pequi mortalmen; de hi mètre pena rasonabla no es 
pas peccat, affi que hom puesca sustentar natura per mielhs 
servir a Dieu. 

Régla per conoysser la .v". specia de Gola que es Trop ardenmen 
Manjar^. Totas ves que ieu mangi si ardenmen que mangi plus 
per contentar la gola que per lo sustentamen del cors, he que 
hiey si gran affection a las viandas, que enquaras voiria manjar 
quant saubria que desplayria a Dieu, ieu pequi mortalmen. El 
es veray que el hy ha alcunas gens que de natura an [fol. ^i3 v"] 
aquo que manjo subitamen, he aquo no es pas peccat mortal. 

Régla per conoysser quossi hom pecca per lo .vj/ en se ene- 
brlan~\ Totas ves que ieu bevi vi que me sembla que es trop 
fort, he que ieu no lo poyria pas portar, he que el me sembla 
be que me enebriara, he que ieu ami plus lo heure que se hy 
metia de l'aygua, ieu pecqui mortalmen ; he après, quant ieu 
frappi, ho tuy, hoenjuri, ho maudisi qualque un quant soy ibre, 
heque non hiey ponch usatge de razo, ieu pecqui mortalmen, per 
so que, quant ieu bevia lo vi, ieu vezia be en quinh langier 

1. Anlonin. tit. VI, cap. i, § vi (secanda species Gaine), 

2. Antonin, tit. VI, cap, i. § vu (lertia species Gulae). 

3. Antonin, tit. VI, cap. i, S viii {tpiarta species Gulae). 

4. Corrigez la .vj". specia. 

5. Antonin, tit. VI, cap. ni, 



2IO CL. BRUNEL. 

me metia. Quant ieu me enebriaria per so que no conoyssi pas 
la forsa del vi, ho que soy caut, ieu no peccaria que venialmen. 

[i. Ebetld de Se>.]' 

Régla perconoysser la .i'. filha deGola, quese apela Ebetld 
DE Se>-. Totas ves que, per trop manjar, ho per trop heure, ieu 
soy talamen endispausat, ho endispausada, que no podi re far, 
ni preguar Dieu, ni contemplar, ni studiar, ni autra causa, ni no 
podi pas parlar, ni sabi, he que lo ventre me fa mal de forsa 
de manjar, ieu pequi mortalmen. Se ieu me trobava un petit 
mal dispost après dinar, aquo no séria que peccat venial, quar 
hom no saubria si sobramen manjar que los fums de las vian- 
das no se elevp a la testa, he que hom non es pas si ben dispost 
après manjar coma davant. 

[2. Enepta Leticia.]^ 

Régla per co>'oysser quant hom pecca per la .11'. filha de 
GoLA, QUE se apela Enepta Leticia. ïotas ves que ieu, per trop 
manjar o per trop heure, hiey una joya enepta, so es assaber 
que ieu fau jocx provocans a luxuria, ho disi per joc paraulas 
diffamatorias de mon propda, ho disi paraulas que provoco 
qualquc un ad ira, ho a jurar he blasfemar, ho quant talamen 
ieu ami los jocx que, enquara quant ieu saubria que des- 
playrian a Dieu, ieu los volria far, ho quant endifTerenmen^ 
sens los ordenar a qualque bona fi, he que en tota hora ieu los 
fau, ieu pequi mortalmen. Autramen séria peccat venial quant 
hy faria un petit de excès. 

I. Anlonin. lit. \l, cap. i\. § 11 { [iriina Jilia Giikie). 
3. Vnlnnin, Ut. VI. cap. iv. S ui {seciinda filia Galae). Voir ci-dessus, 
cil. I, B, s i 

3. Suppléer los faria. 



opuscules provençaux du \\' siècle. 211 

[3, Parlar en Va.]' 

Régla per conoysser la .111°. filua ui: Gula, que se apela 
Parlar en Va [fol. ^t^i]. Totas ves que ieu parli paraulas que no 
servo de re : coma mantenen de la gucrra, inantoncn de gens 
maridadas, mantenen de uns, mantenen de autres, se per aquo 
ieu me layssi afTar qualque bona obra a que ieu soy tengut, ho 
se indifFerenmen he en tota hora ieu soy conten ho contenta de 
ralhar he fabular, he que, enquara quant ieu saubria que Dieu 
hy prengues desplazer, enquaras ho volria far, ieu pecqui mor- 
talmen. 

[II. Scurrilitat.]' 

Régla per conoysser la .iiii'. filha de Gola, que se apela 
ScuRRiLiTAT. Totas vcs quc ieu fan gestes trop desordenatz he 
provocans a luxuria, ho quant hy ha trop grans clamors, que 
belcop de gens ne podo esser scandalisatz, ho quant ieu dansi 
en la gleysa, ho per atrayre mon propda a concupiscensa, ho se 
en dansas ieu prendi tant de plazer que, enquaras quant ieu 
saubria be que desplayria a Dieu, ieu ho volria far, ieu pecqui 
mortalmen. Autramen, quant ieu faria un petit de excès en 
gestes, ieu no peccaria que vcnialmen. 

[5. Enmundicia.]' 

Régla fer conoysser la .v\ filha de Gola, qle se apela 
Enmundicia. Totas ves que ieu, per trop manjar o per trop 
heure, hiey vomit, ho geti ventositatz he damon he daval, ho 
quant, per una gran ardor de manjar, ieu hiey lo visatge he la 
rauba oncha, he que lo grays me ve juscas a la barba, ieu pequi 
mortalmen. Quant ieu faria las causas sobredichas per malau- 
tia, ho per débilitât, el no séria pas peccat. 

1. Antonin, lit. V[, cap. iv, § iv (tertia filia Galae, Multiloqaiiim seu 
Loquacitas). 

2. Antonin, tit. VI, cap. iv, ^ \ (qaar ta Jilia Galae, ScurrllUas, id est 
Jocularitas vel Jociinditas proveniens ex defectu rationis). 

3. Antonin, tit. VI, cap. v, § vi (qiiinta filia Galae). 



212 CL, BRUNEL. 

fV. — ENVEJA.]* 
[i. AziR.]' 

S'eNSEGUO reglas PER CO.NOYSSER las FILHAS de EnVEJA, HE PER 

LA PRiMiEYRA QUE SE APELA AziR. Totas ves que ieu per una en- 
veja aziri qualque persona en li volen mal, he volria que no 
agues degun be, ieu pecqui mortalmen, quant ho fau delibera- 
damen ; quant subitamen ho faria, no séria que peccat venial. 
He en ayssi quant lo reguardi per una enveja, ho quant per 
una enveja no voli auzir parlar de el, en ayssi quant hiey en- 
veja quant un autre, ho una autra, sap plus que mi, ho es plus 
riche que ieu, ho richa, ho es plus prezat, ho prezada que ieu, 
ho hom fa plus conte de el que de mi, he ieu fau aquo delibe- 
radamen, ieu pecqui mortalmen. [fol. ÙU v"] 

[2, susurracio.]' 

Régla per co>'Otsser quant hom pecca per Susurraciou, que 
ES UNA FILMA DE Enveja, Totas ves que ieu per una enveja dizi 
mal de qualque persona per mètre desacordi entre el he la per- 
sona an laquai se acordava be, ieu pecqui mortalmen, he soy 
tcngut a restituir de tôt dampnatge que ne es endevengut, ho 
de cors, ho de hes, ho de bona faina, an aquels personatges. Se 
ieu metia débat entre dos que fosso be de acordi a far mal, ieu 
no faria que bona obra, 

|.). Detractio. I * 

HeGI.A per CONOISSER LA .111". FlLllA DE E.NVEJA, QUE SE APELA 

DETHAcrio. ïolas ves que ieu per una enveja diffami qualque 

I. \iiioiiiii. lii. \ m. 

a. Xiiloniii, lit. \l!i, cap. m (Odinin prima fdin Invidiaé). 

;<. Viitoniti. lil. \lll. cap. \ ((jimrht filin Invidiaé). Voir ci-dessus, 
rh. III. s I I. 

'1. \iiloiiiii. lil. \ 111, cap. i\ (seciinda filia Invidiaé). \oir ci-dessus, 
di. III, s .'i. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV SIÈCLE. 2l3 

personatge, en disen que es palhard, ho layro, ho ergolhos, ho 
que el no sap pas aquo que honi dis, ho que es palharda, ho 
ergolhosa, ieu pequi mortalmen ; mas se ieu ho di/.ia suhita- 
men, sens deliheraciou, no séria que peccat venial. 

[4- Rejoyssansa en la Adversitat DEL Propda.]' 

Régla rer conoysser quant iiom pecga per la .un", filha, 
que se apela Se Rejoyr en la Adversitat de son Vezi. Totas \es 
que ieu me rejoyssi per una enveja del mal he de la adversitat 
de mon propda, ieu pequi mortalmen, quant ieu ho fau deli- 
beradamen; quar, quant ieu ho faria subitamen, en no hy pen- 
san pas, he tôt mantenen que razo diria que aquo es mal fach, 
ieu me retrayria de la, no séria que peccat venial. 

[5. Tristicia del Be del Autru.]* 

Régla per conoysser quant hom pecca per la .v'. filha, que 
SE APELA EssER TRISTE DEL Re DEL AuTRu. Totas vcs que ieu soy 
corrossat de la bona fortuna del autru per una enveja, ieu pec- 
qui mortalmen, quant ho fau deliberadamen, comadesos bes, 
ho de SOS enfans, ho de sas honors; he eu ayssi quant li layssi 
a dire qualque bon cosselh, ho de lo avisar, ho quant lo atrasi 
a mal, pecqui mortalmen. 



[VI. — PIGRICIA.]" 
[i. Malicia.] 

S'eNSEGUO reglas per conoysser LOS PECCATZ DE PiGRICIA, HE 
PRIMIEYRAMEN DE MaLICIA, que ES LA PRIMIEYRA FILHA DE PiGRICIA. 

Totas ves que eu, per una pena que hiey en pensar en ma con- 
sciensa, he que no volria pas que hom me disses que ieu hy 

I. Antonin, tit. VIIT, cap. vi (qiiinta fiUa Invidiae). 
1. Antonin, tit. Mil, cap. ii. 
3. Antonin, tit. IX {De Accidia). 



2 1^ CL. BRUNEL. 

penses, quant ieu soy corrossat contra aquel que me dis que 
ieu hy devi pensar, coma davant la confession, ieu pecqui 
mor-[/o/. ^/.l]-talmen, quant ho fau deliberadamen. 

[2. TORPOR.] 

Régla per conoysser qua^t hom pecca per Torpor, que es 
UNA FiLHA DE P1GRECIA, Totas ves quc icu , per una pena he diffî- 
cultat que atrobi a guardar los comandamens de Dieu, los 
layssi star, he no los guardi pas, ieu pequi mortalmen. 

[3. pusillammitat.] ' 

Régla per conoysser una filha de Pigricia, que se apela 
PusiLLANiMiTAT. Totas ves quc ieu, per una diffîcultat que ieu 
atrobi en las causas que so de conselh, coma de intrar en reli- 
gion, de servar silenci, he en ayssi de las autras causas que so 
de conselh, he ieu las layssi star, que me es avist que no las 
poyria ponch far, ieu no pequi pas mortalmen. 

[/4. Desperacio.] - 

Régla per conoysser .1". filha de Pigricia, que se apela Des- 
peracio. Totas ves que ieu hiey aquesta oppiniou que dizi que 
no es pas possible que Dieu me perdone mos peccatz, ieu pequi 
mortalmen; he en ayssi, quant ieu hiey oppiniou que ieu no 
poyria pas guardar los comandamens de Dieu, ho quant ieu dizi 
que no me es pas possible de me guardar de peccar, ieu pequi 
Fiiortalnien. 

[5. Yagacio de Entendemen.] 

Régla per conoysser .1". filha de Pigricia, que se apela 
Vagaciou de Entendemen en causas illicitas. Totas ves que ieu, 
per so que no trobi {)onch plaser a pensar en causas spirituals, 

1. Anloniii, lit. 1\, cap. xvi. 

■j. Antoriiti, til. IX. cap. xv. Voir ci-dessus, ch. II, S 8. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV"" SIECLE. 21 J 

pensi en causas deshonestas he malvadas, coma niantenen eu 
fennas, ho en homes, mantenen en honors, he en richesas, ieu 
pequi mortalmen, quant ho f'au deliberadamen. 

[6. Negligencl\.]' 

Régla per coxoysser Negligencia, que es .i\ filha de Pigrecia. 
Totas he tantas ves que ieu me layssi affar, ho [a] pcnsar, ho 
assaber, ho a parlar, lio a cor régir, ieu pequi mortahnen. Se 
ieu layssi de far qualque causa que era ben expedicnla que ieu 
la fezes, mas non era pas tengut de la far, non es que peccal 
venial. [fol. //ô v"] 

[VII. — AVARICIA.]^ 

[i. Symoma.] ^ 

Régla per coxoysser quant hom pegca per lo pegcat de Ava- 
RiciA HE per sas filhas. He primieyramen DE Symonl\. Totas ves 
que ieu vendi ho compri la causa spirituala, ho lo labor que es 
en la causa spirituala, ieu pequi mortalmen ; coma ieu doni de 
argen a presfach per dire una messa, ho per baplizar, ho per 
auzir de confession, ho per aver un olhci, ho per aver un bone- 
fici, ho pregui qualque avesque de donar .j. benefici a ([ualque 
un que no sia pas digne, ho quant ieu fan lo dévot affi que hom 
digua be de mi, ho que hom me fassa des bes, ieu pecqui 
mortalmen. 

[2. Usura.]* 

Régla per coxoysser quant hom pegca per Usura, que es una 
FILHA DE AvARiCL\. ïotas vcs que ieu prendi en prestan argen 
qualque causa per so que lo presti otra lo principal, ieu pequi 



1. Antonin, tit. IX, cap. ni. 

2. Antonin, tit. I. 

3. Antonin, tit. I, cap. v. 

4. Antonin, tit. I, cap. vi. 



2l6 CL. BRLÎNEL. 

mortalmen; coma, per so que ieu presti .xx. scutz per .j. an, he 
liom m'en deu redre .xxj., en ayssilo sestierdel blat val .x. do- 
blas, ieu presti lo sestier, he hom m'en deu redre .xij., ho hom 
me bayla .j. guatge, he ieu m'en ajudi he me servissi del 
guatge, he no li conti pas lo servici que me ha fach lo guatge, 
he en ayssi quant hom me bayla en guatge qualque possession, 
he ieu prendi los enefruchs' de aquela possession, he no los li 
conti pas, en totas aquestas fayssos ieu cometi usura, he pequi 
mortalmen. 

[3. Rapina.]- 

Regla per conoysser quant hom pecca per Rapixa, que es 
UNA FiLHA DE AvARiciA. Totas ves que ieu prendi per forsa lo be 
del autru en autre loc que a la gleysa, per violensa, quant la 
causa es notablamen granda, ieu pequi mortalmen ; quant 
penria qualque poma del aulru, no séria pas peccat mortal, se 
no (jue ieu fezes amb entenciou de ne penre plus avan quant 
agra pogut. Quant ieu séria en extrema nécessitât, ieu en ne 
prenden de la ont ne trobaria, quant hom no m'en volria pas 
clonar, no pequi pas en ne prenden \ 

[li. Sacrilegii.] * 

Régla per conoysser quant hom pecca per Sacrilegii, que es 
UNA UE las filhas DE AvARiciA. Totas vcs que ieu prendi de la 
gleysa, ho del cementeri, ho de autre loc sant, qualque causa 
sancta, coma calices, lio relequias, [fol. U(j] ho vestimens, ho 
quant ieu prendi cpialque causa que no es ponch sancta de loc 
sant, coma una rauba, lio .j. libre de la gleysa, ho qualque 
causa sancta de loc (jue no es pas sant, coma de relequias de 
(jualcpie mayso, ieu pc(iui iiiortaliiion, he soy scumenjat de 
cxcoiiiunicaciou minor. 



I . Corrigez usexfrnchs, 

'J. Aulonin, lit. I. cap. xn. 

3. .\iiloniii, lit. I, cap. xiv, S i. 

'(. Aiiloiiiii, lil. I, cap. \\i. 



opuscules provençaux du xv* siècle. 'ain 

[5. Layronessi.] ' 

Régla per conoysser quant hom pegca per Layuonessi, qi e es 
uNAFiLHA DE AvARiGiA. Totas ves que ieu prendi (jualque causa 
en loc non sant, la quai causa es notablamen granda, sens 
licencia de aquel de qui es, he que la prendi lurtivanien, ieu 
pequi mortalmen ; se la causa no era pas notablamen granda, 
he que ieu no entendes pas portai' danipiiatge an a(|uel de qui 
la prendi, coma de prendre doas ho très prunas, ho una ponia, 
no séria que peccat venial. 

[6. Traicio.]- 

Regla per gonoysser quant noM PEGGA per Traigio , que es 
.1". FiLHA DE AvARiGiA. Totas ves que ieu trayci qualque persona 
que se fize en mi, enquaras he no si fize per aver sos bes, ieu 
pecqui mortalmen ; coma qualque persona me ha dich son 
secret, una autra persona venra a mi he me dara del argen affî 
que ieu li diga lo fach del autre, ieu lo li dizi he l'autre lo vol 
trompar, ho diffamarj ieu pequi mortalmen, he soy tengut a 
restituciou de tôt dampnalge que lui pot venir. Quant séria 
causa que portaria dampnatgea qualque persona, he el no m'a* 
auria pas baylat en fach de confession, ieu no peccaria pas en 
la disen. 

[7. Adulacio.]* 

Régla per gonoysser Adulagiou, que es una filha de Ava- 
RiGiA. Totas ves que ieu lauzi lo peccat de qualque persona, ho 
lo supporti en son peccat, he lo sosteni, he lo deflendi en son 
peccat, ho lo diminuici, en disen que aquo no es pas si gran 
causa coma hom dis, ho lo layssi a corregir quant lo devi cor- 
regir, ho no lo reprehendi, ni no lo amonesti, he après, se no 

1. Antonio, lit. I, cap. XIV. 

2. Antonin, tit. I, cap. xxn. 

3. Corrigez m'o. 

4. Antonin, tit. X, cap. n. 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. l5 



2l8 CL. BRUNEL. 

se vol layssar de peccar, si ieu non ho die an aquels que se 
aperle de corregir, lie tôt aysso ieu fau per so que tal persona 
me fa del be, ho me porta honor, ho ieu ho fau per una sim- 
plesa, que no lo ausi corregir, ieu pequi mortalmen, lie princi- 
paluieii (|uanl lo peccat es mortal; (jue quant tal persona no 
faria que peccat [fol. ^iG V] venial, quant ieu no faria tota 
aquela correction, ieu no peccaria pas mortalmen. 

[8. AccEPTio DE Personas.]* 

Régla i'ek conoysser Acgeptiou de personas, que es .i". filha 
de Avaricia. Totas ves que ieu fau plus tost justicia ad un que 
ad autre, ho plus tost ausissi un que un autre en facli de jus- 
ticia, ho (jue pallii la causa de la un per donar favor a l'autre, 
enjuslanien, lie en causa que sia notablamen granda, ieu pequi 
mortahnen ; (juar ([uant séria de (jualque petita causa que no 
séria quasi de deguna emportansa, no séria que peccat venial. 
Quant faria plus tost plazer ad un (pic ad autre en causa que 
ieu no séria tengut ni ad un ni ad autre, ieu no peccaria pas. 

[9. Malvat Guasanh.]* 

Reola per conoysser quant hom pegca per Malvat he enho- 
NESTE CîuASANH. Totas vcs que ieu, que soy jutge, preudi alcuna 
causa per jutjar, ho ieu, que soy acosselhier stipendiât, prendi 
alcuna causa per donar conselh, si no que fos qualque petita 
causa que hom donaria de son plazer, ho quant ieu, que soy 
doctor stipendiât suffîcienmen per vieure, prendi alcuna causa 
de emportansa dels scolars, ho ieu, que soy roffia, preudi argen, 
lie vivi del argen ({ueguasanho las palhardas, ho ieu que prendi 
argen de palliardisa, iio logui las maysos per far bordels, ho ieu 
(pie prendi argen de joc, bo ieu que fau los datz ho las cartas 
per \endie, lio ieu, (pie (au taverna, teni cartas lie datz par 
baylar a lotz aquels que volran jogar, ho ieu que teni mayso a 



I. Antoniii. lit. I, cap. xx. 
■2. .\ntûnin, lit. I, cap. xxiii. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIÈCLE. ^ | (j 

publicx jogadors he reneguadors de Dieu, ho icu que no los 
corregissi ho no los fau corregir lanl que sera en mi, pecjui 
mortahiien. Ile en ayssi quant, en canibian, jnendi plus <|ue 
non es acoslumat de penre, he, per far porlar argen, prendi 
plus que no me aperte, ho quant ieu a la Sant Johan comprariey 
lo blat per lo vendre a Pascas belcop plus car en lo pays meteys. 
he principalmen quant aquo no es pas mon offici de far. 

[lO. ErsQUIETUD DE EnTENDEMEIN . J * 

Régla, per conoysser Enquietud de Entendemex, que es .i*. 
FiLHA DE AvARiGiA. Totas ves que ieu soy tant sollicites he tant 
curios de acquirir bes, ho sciencia, ho honors, ho autra causa 
mundana. que soy conten, [fol. ^/7] ho no m'en chaut de layssar 
a far aquo que ieu soy tengut de far, coma de auzir messa los 
dimenges he las festas, he de pensar a Dieu he a ma consciencia 
a temps he a loc, ieu pecqui mortalmen. Quant ieu séria trop 
sollicitos de acquirir bes, mas que ieu no volgues pas per aquo 
offendre Dieu ni layssar a far aquo que ieu devi far segon Dieu 
he consciencia, no es que peccat venial. 

[il. Enhumanitat.]* 

Régla per goîvoysser Enhumanitat, que es .i\ filha de Ava- 
RiciA. Totas ves que ieu hiey de bes otra nécessitât he la de- 
censa de mon stat, he non doni ponch als paubres, quant ieu 
vezi be que n'an nécessitât he m'en demando, ieu pequi mor- 
talmen ; he no quai pas que ieu attenda la extrema nécessitât, 
quar ieu podi be considerar que lo munde es asses pigre he 
frech a lor ne donar, he no sabi pas se lo paubre, quant aura 
extrema nécessitât, tornara. En ayssi quant lo paubre es en 
extrema nécessitât, he ieu no hiey de bes mas per ma nécessitât 
he per la decensa de mon stat, ieu devi bayssar mon stat, so es 
assaber tener plus strecha vida, aver mens de servidors, no 

1. Antonin, tit. I, cap. xxv. 

2. Antonin, tit. I, cap. xxiv. 



220 CL. BRUNEL. 

portar pas si finas raubas, no bastir pas si grans maysos, per 
soccorre al paubre que es en extrema nécessitât, autramen ieu 
pecqui morlalmen. Se ieu doni a de grosses coquis que so acos- 
tumalz de coquinar he que poyrian be guasanhar lor vida, ieu 
pequi mortalmen en lor donan, se no que fos en extrema néces- 
sitât. Se d'alcunas ves ieu soy trop rude de paraula als paubres 
en lor donan la almoyna, ho la lor demori trop a donar, non es 
que peccat venial, si no que moriguesso per mon tardamen, 
adoncas séria peccal mortal. En ayssi ieu, que soy bénéficiât, 
he del superflu non ho doni als paubres ho a la reparaciou de 
la gleysa, pecqui morlalmen. 

[i2. Amor de las Richessas.] 

Régla per conoysser quant hom pecca per Trop Amar Riches- 
sas. Totas ves que ieu ami los bes, que ieu soy content, ho co- 
tenta, de ofFendre Dieu per los acquirir, he davaut que los 
laysse soy conlen de ofFendre Dieu, ieu pequi mortalmen; 
quant los amaria trop, masque no volgues pas offendre Dieu 
per los accpiirir, ho per los retener, no pequi que venialmen. 
[fol. Ul r] 

[MIL — ALTRES PECGATZ.] 

[i. Prodigalitat.]* 

Régla per conoysser quant hom pecga per Prodigalitat, que 
ES coNTRARLv AD AvAKiciA. ïotas ves que ieu fau trop grans 
despens nolablamen, ho en manjar, ho en heure, ho en abil- 
hamens, ho en servitors, ho en chavals, ho en autras causas, 
ieu pequi mortalmen. Quant ieu faria un trop grand despens, 
mas ({ue no fos pas notablamen grau, ieu no peccaria que ve- 
nialmen. 

I. \iiloniii. lit. \ I, cap. vni. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU W" SIÈCLE. 32 1 



[2. Peccatz contra lo Sanct Sperit.]' 

Régla per conoysser quant hom peccn coiilra h Sanct Sperit. 
Totas ves queieu pequi per certa malicia, coma icu pecqui non 
pas per fragilitat ni per ignoransa, mas per aquo que aquo 
[que] ieu fau es mal fach, ieu pequi mortalmen he contra lo 
S. Sperit. Exemple. Ieu hiey tant manjat que no me curi plus 
de manjar, mas ieu sabi be que es mal fach de manjar plus, 
mas ieu voli manjar per so que ieu sabi be que es mal fach de 
manjar plus, he se apela de certa malicia, quar non es pas ex 
temptaciou, quar natura no me enclina pas de plus manjar, ni 
non es pas de ignoransa, quar ieu sabi be que fau mal, he es 
contra [lo Sant Sperit, quar lo Sant Sperit es bontat, hc ieu no 
pequi pas per be que ieu trobe en tal acte, quar el no hi ha ni 
be délectable, ni utial, ni honeste. 

Aiitra régla per conoysser quant hom pecca contra lo Sant 
Sperit. Totas ves que ieu prepausi de jamay no aver contriciou 
ni repentensa de mos peccatz, he que me es avist que Dieu 
no me perdonaria jamay, he per so ieu voli far al piegz 
que ieu poyriey juscas a la fi, ieu pequi mortalmen hc 
contra lo Sant Sperit, car ieu me desperi de la bontat he mi- 
sericordia de Dieu, he aquest peccat es enremissible he en 
aquest munde he en l'autre, quar ieu prepausi de jamays no 
aver perdo ni aver repentensa de mos peccatz, he per so es en- 
remissible, quar quant ieu volria layssar aquesta obstinaciou he 
m'en volria retornar à Dieu, ieu auria rémission de mos pec- 
catz. 

Autra régla per conoysser quant hom pecca contra lo Sant Spe- 
rit. Totas ves que ieu hiey enveja per so que un autre es dévot, 
ho servis be a Dieu, hoseguarda de peccar, ho ha belcop de gracias 
de Dieu, ieu pequi mortalmen he contra lo Sant Sperit, per so 
[fol. ^i8] que lo Sant Sperit per sa bontat li ha donat aqueslas 
gracias, he en aquestas gracias es mostrada la gracia del Sant 
Sperit ; ieu pequi contra lo Sant Sperit en ne aven enveja. Se cl 

1. Antonin, lit. Mil, cap. viii. 



322 f^L. BRUNEL. 

me sabia mal per so que ieu no soy si bo coma cl, ieu no pecca- 
ria pas, mas faria be bona obra. En belcop de autras fayssos 
he manievras hom pot peccar contra lo Sant Sperit, mas aques- 
tas so las principals fayssos. 

[3. Blasfemia.]' 

Régla perconoysser ql ant hom blasfema Dieu. Totas ves que 
ieu osti a Dieu aquo que li aperte ho li attribuissi aquo que no 
li aperte pas, ieu pequi mortalmen heblasfemi, coma quant ieu 
dizi ; « La testa, lo ventre, lo sang de Dieu! », car en Dieu non 
ha ponch de partidas, ho quant ieu diria que ieu soy Dieu. En 
ayssi totas ves que ieu diria (jue las erbas culhidasen una hora 
an plus de vertut que se ero culhidas en autra hora, he en ayssi 
quant ieu doni fe ad encantadors, hoconjurados.ho a charmos, 
boa breus ont el hi ha vocables que hom no los enten ponch, he 
parelhamen quant ieu crezi que las 'costellacios del cel podo 
constrenge lo home de peccar he podo ostar lo franc he libéral 
arbitre del home, totas he tantas vos que ieu fau aysso ho sos- 
teni aquels que ho fan, ieu pequi mortalmen °. 

\/i. Ignoransa.]' 
Hegi.a per novoYssER Quwr noM pecca per lr.\nRA>SA, he e\" 

QUINH temps hom DEU PENRE LOS A?iS HE DISCRECIOL . TotaS VCS 

que ieu ignori aquo que ieu devi saber, ieu pecqui mortalmen, 
enquaras quanl ieu uo faria alcuna obra mal fâcha, per so que 
ieu ignori a{|no (pie ieu devi saber, ieu pecqui mortalmen. He 
que es aquo que ieu devi saber? Ieu devi saber afjuo cpie es 
necessari a mon salut, so es assaber de conoyssec quant ieu 
|)r(|ui luorlahncn ho venialmen, he (mi ayssi de doptar de una 
causa si es bcn farha ho mal fâcha, aili (pie ieu no me meta pas 



I. Noir ci-flossn.s, cil. III, S 3. 

7. I,es ni(''incs prescriptions soni f'ailcs plus cxplicilcinciit dans le 
second trailô, ch. I. 
3. O paragraphe est annonce ci-dessus, ch. Il, 5 i. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU W SIÈCLE. 223 

a la far, que ieu non' demande consclh devant que ieu la Passa. 
Tu me diras : « En quinh temps devi ieu saber he conoysscr 
quant ieu pequi mortalmen? IIo devi ieu saber a .vij. ans, ho 
a .xiiij., ho a .x., ho en quinh temps? He en ([uinha manieyra 
ho podi ieu saber que sia peccat mortal? » Los doclors comu- 
namen meto que a .xiiij. ans al mens hom dcu saber quant 
hom pecca mortalmen, al mens en aquel temps la. [fol. 'tH v"\ 
He davant .xiiij. ans, se hom ha consciensa he razo li dicta (jue 
aquo que el fa es mal fach he es contra Dieu, el pecca mortal- 
men, en quinh atge he en quinh temps que hom sia, quant 
séria ho a .v. ans, ho a .vj., ho a .vij.; he per so quant los doc- 
tors diso que a .xiiij. ans hom deu conoysser quant hom pecca, 
no volo pas dire que hom no puesca peccar davant, he en ayssi 
el hy ha de enfans que a .x. ans so plus agutz he conoyssens 
que los autres a .xiiij., he per so hom no pot bonamen baylar 
régla generala de af(uo, mas al mens a .xiiij. ans hom es capa- 
ble que deu conoysser que deu far he que deu layssar a far 
segon Dieu, ho ne deu doptar et demandar conselh als sages. 
« He quossi al atge de .xiiij. ans ho podi saber? — La faysso es 
aquesta : Ieu vesi al atge de .vij. ans que mos parens van a la 
gleysa los dimenges he las festas, lie que tôt lo munde hy va, 
per razo naturala ieu conoyssi que hom es tengut de hy anar, 
he que séria mal fach de no hy anar. Apres mos parens me 
devo mostrar quossi cove creyre en Dieu he lo amar sobre tôt, 
lie me devo mostrar los articles de la fe, he que ieu no devi ju- 
rar, ni perjurar, ni raubar, he en ayssi de las autras causas que 
veno en joynessa, coma de honorar he aver en rèverencia lo 
payre he la mayre he gens de gleysa, non esser pas ergolhos ni 
gorjut, he que ieu faria contra Dieu, he que ieu séria dampnat, 
se ieu ho fazia; adoncas, se ieu ho fau, ieu pecqui mortalmen. 
Apres, ieu \au a la gleysa, he lo rector deu mostrar en (juala 
manieyra hom offensa Dieu mortalmen, coma en palhardisa, ho 
en erguelh, ho en avaricia, he en ayssi, davant que ieu vengua a 
far tais causas, so es assaber davant (jue ieu sia tentât deluxuria, 
ho de avaricia, ho de belcop de autras causas, se ieu hiey fach 

I. Corrigez ne. 



224 



CL. BRUNEL. 



diligencia de anar a la gleysa he de ausir los sermos, ieu ho podi 
be sabcr. — He se ni parens, ni curatz, ni uns ni autres jamays 
no m'en an re mostrat, quossi ho podi ieu saber? — Ieu ho 
podi saber quar razo naturala demostra de belcop de causas se 
so be fâchas ho mal fâchas. » He en ayssi es la manieyra de 
vieuie [fol. ^/Pj dels Christias. He belcop de causas fa l'enfan 
que pecca mortalmen, he aquo que fa de nature delà obra no es 
que pecca t venial. 

(A suivre.) Cl. Brunel. 



BERNARD DE PANASSAG 
ET GUILLAUME (( DE VILLARIBUS » 

D'APRÈS DES DOCUMENTS NOUVEAIjX 



Le présent article est destiné à compléter et à rectifier 
celui que j'ai publié ici même, en 1915, sous ce titre : 
Bernard de Panassac, un des fondateurs des Jeux Floraux''. 

En ce qui concerne Panassac considéré comme trouba- 
dour, je n'ai rien à ajouter. Mais il y a lieu de revenir 
sur trois points connexes à sa biographie : son procès, 
le mariage de sa fille « Albria », la personnalité de Cuil- 
laume « de Villaribus ». mari de cette dernière. 

De là, trois chapitres distincts entre lesquels je vais 
répartir ma matière, avec le regret de ne pouvoir quamor- 
cer le dernier. 

I. — Le procès de Bernard de Panassac. 

Les documents publiés ne donnent pas l'indication de 
Tannée où « le tribunal du sénéchal de Toulouse eut à 
juger un procès considérable dans lequel étaient impli- 
qués une trentaine de personnages gascons, nobles et 
autres, dont le plus marquant, cité en tête de la liste, était 
Bernard de Panassac ». J'ai dû me borner à constater que 
la date de l'afl'aire était « antérieure au mois de janvier 

I. Ann. du Midi, t. WVII, pp. 37-51. 



226 A. THOMAS. 

i336' n. Des documents nouveaux permettent d'affirmer 
aujourd'hui que la date cherchée est antérieure même 
à i33i. Voici en effet les deux mentions que mes recher- 
ches m'ont fait découvrir, en février 1916, dans un regis- 
tre du greffe du Parlement de Paris conservé aux Archives 
nationales et coté X'A 8845 "- : 

1" Session du Parlement de 1331-1332 (28 mai 1332). 

Inter procuratorem noslrum, pro nobis, et Bernardum de 

Panassaco. Renovata est eorum commissio ad niagislros Johan- 

nem de Halis ' et Guidonem Bonaffocii \ clericos, die xxviij 

maii. 

(Reg. cité, fol. 260 v"). 

2" Session du Parlement de 1332-1333 (31 mai 1333). 

Inter procuratorem nostrum, pro nobis, ex una parte, et Ber- 
nardnin de Panessaco (sic), ex altéra. Renovata est eorum com- 
missio ad magistrum Johannem de Halis et judicem majorem 
senescallie Tholose^ die ultima maii. 

(Ibid., fol. 826 r"). 

1. Annales du Midi. t. XWII. pp. 88-39. 

2. Ce registre va de 1838 à i334. Je crois pouvoir affirmer qu'il 
n'y a rien de relatif à l'affaire Panassac ni dans le registre précédent 
(X'A HS!i'i, de !3i9 à iSrîS), ni dans le registre suivant (X'A 88^6. 
de i334 à i337). 

3. Sur Jean de Haies, menibrc de la Chambre des Enquêtes du 
Parlement, voir Auberl, l.e Parlement de Paris de Philippe le Bel à 
Charles Ml. I. I! (Paris. 1890). p. 809; je crois qu'il vaut mieux 
l'appeler J. de llales que J. de.f Halles, comme le fait F. Auberl. 

II. (]c commissaire, dont le nom accuse l'origine méridionale, est 
mentionné comme procureur du comte d'Armagnac et de la vicom- 
tesse de Lautrec, le 27 novembre i33o : « Guido Bonafocii, procu- 
ralor comitis Armaniaci et vicecomifisse Laulricensis » (Arch. nat., 
X'A 88'|."), fol. 9.00 v"). En langue vulgaire du Midi, on devait écrire 
alors lionafos; par la suile, la graphie es! devenue lionafons. Bonnn- 
faii.c, etc. 

."). Le juge mage en qucsliou csl Etienne Alberl ou Anhert [Slepha- 
nns Mlierli). qui avait exercé antérieurement rofïicc déjuge ordinaire 



BERNARD DE PANASSAC. 02 7 

Pour que les deux commissaires chargés de faire iiiic 
enquête sur le procès de Panassac aient vu renouveler 
leur commission le 28 mai i332, il faut que l'appel des 
condamnés de Toulouse ait été relevé devant le Parle- 
ment au plus tard dans la session précédente, c'est-à-dire 
à la fin de l'année i33o. La première nomination de ces 
commissaires n'a pas été enregistrée par le grelFier. La 
sentence des juges de Toulouse est demeurée introuvable. 
D'après les lettres royaux datées de Toulouse, le 23 jan- 
vier i336, et confirmées par celles qui furent expédiées, 
le mois suivant, à Montpellier', Panassac avait été con- 
damné à payer une double amende : 2.000 livres tour- 
nois en monnaie faible, et 2.000 livres tournois en mon- 
naie fortes II y a là un précieux indice chronologique : 
la sentence en question est nécessairement postérieure au 
relèvement de la monnaie royale, c'est-à-dire au 25 dé- 
cembre 1329 ^ Comme nous avons montré qu'elle doit 

de Toulouse, au moins dès le 5 juin 1823 (Arch. nat., JJ 61, n" i^r?) 
et encore le 26 octobre 1828 (Arch. nat., JJ 66, n" 72^;. Il figure 
comme juge mage dans différents documents qui vont du 1 1 dé- 
cembre 1829 (Arch. nat., J J 66, n° iioi) au 20 décembre i333 ("Arch. 
nat., JJ 66, n" 1857). 

1. Ces lettres, que j"ai publiées d'après le registre du parlement 
X'A 8, sont aussi transcrites dans le registre de la chancellerie colé 
JJ 69, sous le n" 285, fol. 102, qui nous a seul conservé la formule 
finale : Per dominum Regem ad relacionem vestram, Math[els]. Le 
chancelier dont la relation est visée est Gui Baudet, mort évoque de 
Langres au commencement de i838. Le texte de JJ 69 est d'ailleurs 
très défectueux. La rubrique est ainsi conçue : QunUler dominas rex 
remicHt Albrle el Moscoerose, filiabus el heredilms Bernnrdi. de Pensnco 
penain sive ordinacionein dirrupcionis faciende in donio seu J'orlnUcio de 
Roueda. Dans le corps même de l'acle. le scribe écrit : Albria Mos- 
coerosa (en omettant la conjonction el) et Bernardi de Penensaco. 

2. Voir Ann. du Midi, loc. cit., pp. ^9 et 00. Un fâcheux lapsus calaini, 
relevé lourdement par M. Furgeot {Ann. du Midi, t. XXYIIL p. 892), 
m'a fait écrire, dans une note (loc. cit., p. 3r)), forte au lieu do faible : 
j'en fais mes excuses au lecteur. 

3. Cf. Ad. ^'uilry, Eludes sur le réyiine financier de la France, nou- 
velle série, t. II (Paris, i883), p. 222 et s. 



2 28 A. THOMAS. 

être antérieure à la session du Parlement qui s'ouvrit à 
la fin de l'année suivante, nous pouvons la dater de i33o, 
presque aussi sûrement que si le texte nous en était 
parvenu. Elle doit donc émaner du sénéchal Béraud, sei- 
gneur de Solignac, successeur de Jean de Trie et prédé- 
cesseur de Savari de Yivonne. 

Bernard de Panassac mourut entre le 3i mai i333 et le 
23 janvier i336. Malgré sa mort, malgré la double grâce 
faite par Philippe III à ses héritiers, le Parlement conti- 
nua, comme je l'ai dit, à instruire la cause d'appel. 
Larrêt fut rendu seulement le 23 décembre i338 : rien 
ne saurait ébranler cette date, quoi qu'en puisse penser 
M. Furgeot'. Mais ici se pose une question délicate, que 
je n'ai pas résolue clairement dans mon exposition de 
l'affaire, et que je vais reprendre. 

Nous avons deux libellés de cet arrêt dans le registre 
de la session de i338-i339, tous deux datés du 23 décem- 
bre, le second plus favorable que le premier à la mémoire 
et aux héritiers de Panassac. Le premier n'est pas, comme 
je l'ai dit, un ilictiun antérieur au moment où le Parle- 
ment fut informé par la famille de la double grâce que 
lui avait faite le roi, puisque les lettres accordant la grâce 
sont transcrites à la suite de ce libellé. Il faut donc ad- 
mettre que, l'arrêt une fois rendu, une pression s'exerça 
sur les magistrats pour faire modifier les termes de l'arrêt, 
que les magistrats cédèrent à celte pression et qu'ils con- 
sentirent à la modification demandée : de là la radiation 
de l'arrêt dans .sa premic're forme et une nouvelle rédac- 
lif)n, destinée à flevenir délinitive, rédaction à laquelle 
on maintint la date priniili\(' du :»3 décembre i338, et 
qui fut vraisemblablement libellée avant la fin de la ses- 
sion de 1 338-1 339. Le nom du conseiller rapporteur se 

I. cr. .\/(/(. ./(/ .Midi. [. \\\ III. |)|,. ;)()i ;}(j2. 



BERWRD DD PVNASSAC. 229 

lit au bas du texte : J. Bescoti. Goiiime je l'ai dit', Jean 
Le Bescot n'a été noiiirné membre de la Chambre des 
Enquêtes que le i6 novendjre i336 : le fait a été indiqué 
depuis longtemps, d'après le registre X'A 88'|G, fol. iG3-. 

II. — Le mariage d' u Albria » de Panassac. 

Le lecteur ne peut avoir oublié le morceau de bravoure 
dans lequel M. Furgeot a « reconstitué » les préliminaires 
du mariage d' « Albria » de Panassac avec Guillaume 
« de Yillaribus' ». Je n'ai garde, à mon tour, de lâcher 
la bride à mon imagination : ce n'est pas pour ce genre 
de littérature que j'ai fondé les Annales du Midi. Je re- 
grette même d'avoir dit avec trop d'assurance que les 
futurs époux étaient fiancés au moment de la mort de 
Panassac. Certes, étant bien établi que Panassac et le futur 
mari de sa fille ont résidé tous deux à Toulouse dès 
l'année i323, on peut supposer que des relations se sont 
nouées entre le troubadour et le magistrat; mais ce n'est 
là qu'une conjecture. Le projet de mariage nous est révélé 
par des lettres de Philippe YI datées de Toulouse le 
23 janvier i336 : contentons-nous de sa\oir cela, et ne 
sollicitons pas trop les documents. 

Au moment oi!i j'ai rédigé mon premier article, je me 
figurais que G. « de Villaribus » se trouvait à Toulouse 
quand le roi de France y arriva. M. Furgeot suppose que 
le roi l'amena avec lui de Paris ou des environs, quand 
il se mit en route pour le Midi*. Mieux informé aujour- 
d'hui, je n'hésite pas à déclarer que M. Furgeot a vu 



1. Ann. du Midi, t. XXVIII, p. SgS. 

2. Félix Aubert, Le Parlement de Paris de Philippe le Bel à Charles VIL 
son organisation (Paris, 1886), p. /I9, note 2. 

3. Ann. du Midi, t. XXVIII, p. 891. 

4. Loc. cit., p. 390. 



23o A. THOMAS. 

juste sur ce point. On trouve en effet Guillaume « de Vil- 
laribus » auprès du roi dans plusieurs lettres de chan- 
cellerie qui s'échelonnent de juillet à novembre i335 et 
sont datées des divers lieux oii séjourna Philippe VI à 
cette époque (Pontoise, Yincennes, Boulogne-sur-Mer, 
Baugé, etc. '). 



III. — Guillaume « de Villaribus w. 

Comment faut-il énoncer le nom du mari d' « Albria » 
de Panassac? Dans mon précédent article, je Tai appelé, 
en passant, « Guilhem de Villars », et même, plus sim- 
plement, « Guilhem de A ilars- » parce que je voyais en 
lui un Méridional. Je ne tiens pas à « Guilhem )>. Et, à 
vrai dire, pour qui écrit en français et non en « ro- 
man » du Midi, mieux vaut user de « Guillaume » que de 
« Guilhem », n'en déplaise aux amis du « félibrige » ; 
cela a l'avantage de ne rien préjuger sur le fond de la 
question, qui seul importe. On a l'habitude de dire 
« Guillaume » et non « Guilhem » quand on parle du 
célèbre Nogaret; on peut faire de même pour Guillaume 
« de Villaribus », qu'il soit du Nord ou du Midi, de la 
région oià le latin vulgaire villares (pluriel) garde son a 
tonique, ou de celle où Va a évolué en e. 

Au moment où j'écris ces lignes ^ malgré de longues 
recherches, je n'ai trouvé aucun document explicite sur 
la patrie du mari d' « Albria » de Panassac. Jusqu'ici on 
n'a pas produit de témoignage sur sa carrière avant la 
date de iS^^y. Je puis affirmer non seulement qu'il était 
<^*^JiÀ jugt^ tles appeaux civils à Toulouse le i4 décem- 



I. Reg. du Trc'sor tlps Chartos, JJ Gg, passiin. 
a. Anii. du .\Jiili, l. WMI, pp. 89, 4o, '49 (noie 5). 
3. ^7 juillet 1917. 



BERNARD DE PANVSSAC. ySl 

bre i323, mais qu'avant tl'occuper ces fonctions, il était 
juge de la jugerie de Rivière, dès le f\ mars précédent'. Il 
est certain que des documents français émanésde la chan- 
cellerie royale, et même d'ailleurs, énoncent son nom de 
famille, à partir de 1827, « Villers » ou « Yilliers ». Voir 
là une présomption en faveur de l'origine « française » 
de maître Guillaume, c'est peut-être imprudent. Mais 
comme dans la seconde partie de sa carrière, qui pa- 
raît s'être terminée en iS/jô ou peu après, il adopte lui- 
même la forme française (ou francisée), le plus sinqjlc 
est de l'imiter en disant « Guillaume de Villers ». 

C'est ce que je ferai dans un prochain article que 
j'espère lui consacrer ici même, article oii seront grou- 
pés les nombreux actes qui le concernent, et avant tout 
ceux qui intéressent le Midi de la France. A cette occa- 
sion, la question de l'origine et de la forme de son nom 
de famille sera examinée sous toutes ses faces. Que le lec- 
teur veuille bien me faire crédit. 

Antoine Thomas. 



I. Il avait probablement succédé dans ces fonctions à llaimond 
Court, qui les exerçait en iSig. 



MÉLAMiES ET DOCUMENTS 



LE NOM DE FLEUVE « AUDE » ' 

Dans la brochure intitulée : Noie sur les ports antiques 
de I\arl)onne, que M. Henri Rouzaud a récemment publiée 
et que mon confrère et ami M. Jullian a présentée à 
l'Académie des Inscriptions avec de grands éloges % trois 
pages^ sont consacrées à des spéculations philologiques. 
Elles forment un paragraphe spécial, sous la rubrique : 
(( Deux noms à expliquer : Ataj- et Aude. » M. Rouzaud 
y émet les propositions suivantes* : 

1" Il n'y a aucune relation, aucune parenté philolo- 
gique entre le nom ancien Aiax et le nom moderne 
A ude ; 

2° Le nom moderne Aude représente l'adjectif-pronom 



1. Mémoire lu ù l'Académie des Iiisciiplions et Bclles-Lellres dans 
la séance du .'^i aoûl 1917. 

2. Séance du 2() juin 1917. Il est bon de dire que celle brochure 
csl lui tirage à |)arl des lomes XIII el XIV du ïinllelin de la Commis- 
sion archéologique de Navhonne. 

3. Paffes /n-/i4. 

,'). Je laisse de côlé l'oxplicalion àWlax comme un composé grec 
pou\anl signifier u l'iriégulier. l'indiscipliné», du verbe -râaaw pré- 
cédé d'à privatif; je ne me place, en ell'et. que sur le terrain de la 
philologie romane. 



MÉL\NGES ET DOCUMENTS. 233 

latin altenim employé siibstantivemonf par los Tiallu-Ho- 
maiiis, en sous-enlendaniy/////jr// ; 

3" Le nom ancien Alax n'a pas survécu, à moins (|u'on 
ne le reconnaisse dans celui de la Cesse, alïluent de srau- 
clie de l'Aude, en supposant (juM/r/^- s'est appliqué d'abord 
spécialement à la Gesse et à la branche fluviale qui passe 
par >«arbonne considérées comme un seul et même cours 
d'eau coupant ou croisant VfiUeriuu Jliunen, c'cst-à-diic 
l'Aude depuis sa souice, dans les Pyrénées, jus(prà son 
emboucliure nord, près de Vendres. 

Ces propositions ne sont pas avancées dune manière 
ferme. L'auteur multiplie les formules dubitatives, les 
réserves : «j'incline à croire » (p. l'ii); «je n'aflirme pas, 
je cherche une lueur » (p. 4^); « la question est pour moi 
très ardue et, si je me risque à l'aborder, c'est moins pour 
la résoudre que pour faire appel au concours de quelque 
spécialiste plus qualifié » (ibid.). 

Je suis particulièrement tenu de répondre à cet appel, 
car il y a vingt-cinq ans que j'ai pris sur le premier point, 
d'oii découlent les deux autres, une position directement 
contraire à celle de M. Rouzaud. 

Et je dois m'expliquer devant l'Académie pour compléter 
la présentation faite par mon ami ^L Jullian et tempérer 
ses éloges par une déclaration catégorique, que je ne 
pourrais garder in [le/lo sans li'ahii- les intérêts de la 
science : j'estime que les spéculations philologiques conte- 
nues dans la brochure de M. Rouzaud sont absolument sans 
valeur. En [3 16, le cours de l'Aude a été bouleversé [)ar un 
cataclysme naturel qui a gravement compromis la prospé- 
rité commerciale de Narbonne et dont des siècles de travaux 
et d'efforts n'ont pas réussi à réparer complètement les 
conséquences désastreuses. Les idées de M. Rouzaud ne 
vont à rien moins qu'à déchaîner dans le domaine phi- 
lologique une autre manière de cataclysme qui boule- 

ANNALES DU MIDI. — WIX. 1" 



23A ANNALES DU MIDI. 

verserait encore le bassin de ce malheuienx fleuve. 11 
faut conjurer le mal sans retard et sauver l'Aude menacée 
dans son intégrité historique. 

Le nom moderne .lH<:/eest sorli par évolution phoné- 
tique du nom ancien A/a.r, et il a son point de départ 
dans le cas oblique A (are, proparoxyton, forme où la 
prononciation du latin vulgaire réunissait et confondait 
l'accusatif et l'ablatif par suite de la chute du ni qui ca- 
ractérisait l'accusatif Atacem. Mais comme les diflérentes 
étapes de cette évolution ne sautent pas aux yeux à pre- 
mière vue, il est nécessaire de les préciser en éclairant les 
formes que nous ont transmises les textes du haut Aloyen - 
âge à l'aide des lumières de la philologie romane '. 

M. Rouzaud écrit- : « Alax n'a pu se transformer en 
Aude et, vu l'absence de documents et de formes inter- 
médiaires, j'en arrive à penser qu'on a dû les créer 
pour désigner des choses différentes, n Va l'absence de 
documents et (te j ormes intermédiaires! M. Rouzaud 
n'ignore certainement pas qu'il existe un Dictionnaire to- 
IxKjrapliique de l'Aude, publié en 1912 par AI. Tabbé Sa- 
barthès, et que dans ce recueil l'article Aide est abon- 
damment documenté'. 

Examinons les textes, |)uisqu(' l'examen en a élé négligé 
de parti pris. 

1. .Inlcs ( Miichcral, dans son livre intitulé : De hi fuvmulion J'raii 
raise des anciens noms de lien (Paris, 1867), li. 80, a bien vu que la 
transformation d'Alax en Aude comporte une mélathèse; mais la 
série de formes qu'il établit (Azeie. Azie. Adte) no leiid pas comi)lo 
de Va qui se trouve dans Aude. 

:>.. Note citée, pp. Ai-Zis. 

.'5. M. ral)bé Sabarthès n'a pas poussé à fond le dépo\iillemonl dos 
textes de l'antiquité classique (voir un relevé plus complet dans l'ar- 
liclo At.w de V Aliceltisctier Sprachscliatz d'Alfred Holder) ni dos 
textes du Moyen âge, mais il donne l'essentiel. J'aurai l'occasion do 
citer ci-dessous quelques textes médiévaux, non dénués d'intérêt, . 
qu'il a omis, et aussi do rectifior la citation (ju'il a faite d'un acte 
de luSg. 



Ml:Lv^GI•s i;t docuaien ts. 



Le pi'cmier qui s'oflVc à nous est celui du coulimuilcui- 
(le la chronique dite de Frédég-aire. On y lit, sous l'an- 
née 707 : super [(lire Jhivii). Doue \(Hcr poui' Marc. 1/al- 
raiblissement ou sonorisation du / intervocaliquc en d est 
lin phénomène si connu et si anciennement attesté en 
latin vulgaire, quil n'y a pas lieu de le comnienter. 
Quant au changemeni de IV/ pénultième en /, dans un 
mot pioparoxyton comme Atace, il rentre dans une loi 
générale dont j'ai établi l'existence, dès 1892, par de mul- 
tiples exemples, au cours de mon étude étymologique 
sur le mot français aise, élude où j'ai précisément l'ait 
état du nom de l'Aude'. 

Le Dictionnaire fopographique de l'Aude ne donne aucun 
texte indigène entre 707 et 91 V. Pour le x" siècle, il n'en 
donne que deux : « In Jhiviuni Ataze, 914 {II- L.\ V, 
pr. t\\); In Jhimine A:ate, 978 (Doat, 07, fol. 20). Ce der- 
nier texte figure aussi dans l'édition Privât de Vllisfoire 
de Languedoc, V, pr. 129, col. 2 83-1, où A. Mol i nier l'a 
publié d'après la copie de Doat visée par l'abbé Sabar- 
Ihès; l'édition et la copie portent : A:ali, et non A:ale, 
mais ce menu détail est sans importance. 11 existe d'au- 
tres textes pour le x" siècle; il est bon de les enregistrei', 
par ordre chronologique : super ^fluvium Alax, 908 (di- 
plôme de Charles le Simple pour Lagrasse, //. L., V, 
pr. 3/t); super Jluriuni \:ale, iy?.:) (donation du vicomte 



I. Romania, X\I. ôii; cf. la ri-impression de celle élude dans mes 
Essais de philologie française (1897), pp. 3i4-2U). 

a. Il en existe cependant au moins deux pour le ix' siècle, que je 
noie ici pour mémoire : super Jlaoium qui vocalur Atax. 8i4 (diplôme 
de l'empereur Louis pour Lagrasse, H. L., IL pr. 29); super Jîuviuin 
Atacio... inflavio Atace, 8V1 environ (//. L.. IL pr. 124). — La forme 
h:das, relevée par le D/e/. lopogr. dans 1' Vnonymede Ravenne, est trop 
altérée pour mériter considérai ion. 

3. Par l'abrévialion //. L. il faut eiiloiidre VHishire de Languedoc 
des Bénédictins, édition Privai. 



236 AXNALES DU MIDI. 

Vulveradus à Saint-Paul de >.aibonne, //. L., V, pr. 5i'); 
superfluvlum Atace, 926 (donalioii de Tendericus à la ca- 
thédrale de Narbonne, //. L., V, pr. 53); /// ripd de Jhi- 
inine Atace, ^b^ (bulle du pape Agapet |)our Saint-Martin 
de Lez, aujourd'hui Saint-Martin-Lys, //. L., V, pr. gO). 
Au X* siècle apparaissent donc pour la première fois, à 
côté des formes classiques A(ax et Atace, trois formes 
qui attestent la sonorisation et l'assibilation du c primitif 
en : (Afaze, Azate, Azati), phénomène bien connu, qui 
s'est produit en Gaule au moins dès le vn'' siècle-. 

Deux de ces formes {Azate, Azati) nous montrent une 
métathèse entre le / et le :; cette métathèse est la pierre 
angulaire de l'évolution qui a abouti à la forme moderne 
yiiide. Nous retrouvons, au xi- siècle, quatre formes ana- 
logues, dont le Dictiofinaire topuyraphique n'a relevé que 
deux : juxta Jhicuim Azalis, io'6'i (donation du comte de 
Rodez à Saint-Paul de Narbonne, //. L., V, pr. 198); 
juxta JhuHuin Azcdis, io34 (engagement d'Ermesinde ù 
Saint-Paul de Narbonne, original, //. L., V, pr. 200); /// 
JUunine Azate..., in Jlumine Azete, io53-io6o (accord entre 
l'abbé de Saint-Paul de Narbonne et des particuliers, ori- 
ginal, Bibl. nat., lat. 52ii d, n" 7, publié par A. Giry, 
Manuel de diplomatique, p. l^f^b, d'après un fac-similé de 
l'Ecole des chartes, sans référence à l'original). La méta- 
thèse est un accident particulièrement fréquent dans les 
proparoxytons : les consonnes qui se trouvent au com- 
mencement des deux dernières syllabes font volontiers un 
chassé-croisé. Les noms communs n'y échappent pas plus 
que les noms propres, en français aussi bien qu'en pro- 
vençal : le latin corulus ou corylas, « noisetier », a été gé- 
néralement altéré en "coUwu.s, ce qui explique le français 

1. Le texte imiDrimé porte : Alaze; mais ta copie de Doat, seule 
source connue, porte rcellenicnt, conmie je m'en suis assuré, Azale. 

2. Voir G. Paris, Mélanyen Unçjuisliques, p. ia5. 



MELANGES ET DOCUiME.NTS. 237 

primitif coldre, aujourd'hui coudre (d'où les dérivés coa- 
draie, coudrier, etc.), dialectalement coure, raure, et le pro- 
vençal (surtout limousin) colre, coure: le latin Jica/uui 
(proparoxyion) (( foie » a eu une prononciation concur- 
rente \fdacum, laquelle a abouti notamment au provençal 
jetge, etc. Citons deux noms de lieu : le nom de la ville 
de Chartres n'est explicable que par l'hypothèse d'une 
forme vulgaire *Carfunis qui a pris la place de Carnutis^; 
celui de la ville de Vannes, jadis Vennes, suppose de môme 
une très ancienne prononciation *Vetems au lieu de Ve- 
netis^. 

La métathèse peut être plus *ou moins ancienne, selon 
les cas. En ce qui concerne le nom de l'Aude, elle est cer- 
tainement postérieure à la sonorisation et à l'assibilation 
du c (prononcé primitivement A), au moins en tant que 
génératrice de la forme moderne. Il se peut, certes, qu'à 
l'époque reculée ori le c était encore prononcé comme 
une consonne explosive [U) , d'aucuns aient prononcé 
*Akale pour *Atake, mais cette prononciation n'a pas 
laissé de traces durables dans les parlers cispyrénéens'. 
Au contraire, la même tendance à intervertir l'ordre 
des consonnes s'étant produite (ou maintenue) lorsque 

1. G'esl ce qu'a bien vu Jules Quicherat dans son livre inti- 
tulé : De la formalion française des anciens noms de lieu, p. 34. 

2. En revanche, l'explication du nom de la ville de Bordeaux {gns- 
con Bordeii dans les j^lus anciens textes) par la métathèse *Burgidala, 
pour Bardigala, proposée par Meyer-Lûbke, est inacceptable; je l'ai 
dit il y a vingt-cinq ans (Rotnania, X\I. 5i2-ôi3) et je n'ai pas change 
d'avis. 

3. M. Henri Rouzaud me signale obligeamment la forme A(jde, 
pour Aude, dans le Resumen hislorial de las grandezas y anliguedades 
de la ciudad de Gerona de .luan (iaspar Roig y Jalpi (Barcelone, 1678), 
pp. i3i-i32. où on lit : « El dislriclo de Gapsir, pequeno pedaço de 
lierra, donde el rio Atax. o .\gde, que corrc jjor la Gallia A'arbonense, 
tiene su origen. » Cette forme Agde, si elle n'est pas une faute typo- 
graphique ou une erreur de l'auteur, peut remonter phonétique- 
ment à *Alxa(e pour *Ataice; cf. le nom de la ville d'Agde, sorti du 
grec AyaOr, par l'intermédiaire du latin. 



■2o!^ ANNALES DL MIDI. 

la prononciuliou du c iïit celle diui :, ou eu vint à dire 
Azaie, [:ck' pour Akce, *Ateze, et c'est à celte deruière 
métathèse que la foimc lomaue de la Gaule doit sou 
existence. 

La forme loniaue ap|)araît au xi' siècle, mais elle n'a 
pas encore, à celte époque, trouvé son équilibre, ni dans 
la graphie ni probablement dans la pnjuonciation. Je 
re\h\e Aide en 1069 (If. L.. V, pr. 289') et en 1082 (quatre 
fois dans le même document): A:dc en 1089 dans deux 
documents différents, le premier, du 20 février, portant : 
super Jliiviuni Azde-; le second, du 22 juin, où on lit 
deux fois : Jlameri (ou Jluniine) Azde, et une fois : jUunen 
Asde\ Je néglige, comme peu sûre, la forme Auzde citée 
par le Diclionnaire topographique d'après un document du 
même siècle, sans date d'année, conservé aux archives 
municipales de Narbonne et non inventorié ' . La forme 1 zde 
est sortie tout naturellement des formes antérieures Azate, 
Azete expliquées ci-dessus. Quant à la forme Aide, dont 
la giaphie sin'prcnd au premier abord, ce serait se mé- 
prendre lourdement que de voir dans son / un point 
d'appui pour le type étymologique [Il cru m imaginé par 
M. Houzaud : le / de l'adjectif-iironoui (dieruni. comme 



I. ïoxlc omis par le l)icl. hipo'jr. 

:>.. Bulle du pape Urbaiu II publiée dans le (Miiiilairc de l'abbaye 
de Sainl-] ictor de Marseille, t. H. n" 83(); texte non cité dans le Diel. 
Inpogr. Les éditeurs du ('.aviidaire n'ont [)as icconrni que \:de était 
une forme romane, et ils y ont vu le génitif d'un |)iélet)du uoruinalif 
'Azda, qu'ilsont inlrodnii dans WwvUivi. <jéiH)Viiiiliujiu\ I. II. p. X'\'\. 

3. Donation de rarclievècpje de Narbonne Dalmatius à Saiid \ ic- 
tor de .Marseille, Bibl. nat.. coll. Doat. l. i.N , fol. i>\ v . d'après 
une copie trouvée par Doat. chez les Dominiciùiis de Narbonne. I.e 
iHrI. (ojHjgr. de l'Aude ne cite pas la forme \sde. et il a altéré la 
forme A:de en Ad:e. 

'\. Mon confrère M. lissier. arclii\ist(' municipal dr Narbonne. à 
tpii j'ai demandé des renseignements à ce sujet, m'ccril (pi'il n'exisle 
|>as dans son dépôt de document original du \i' siècle oITiaid la 
forme Anzde. 



MKLANGFS ra' DOCLMIi.MS. U.'ig 

tout / appiné sur une consonne immédiatement |)récé- 
denle, reste immuablement / ; (lUcrinn devient en pioxen- 
çal comme en français, allre, aiilre, et non aldre. diulrr. 
Vax revanche, la notation par l de Vu semi-consonne sm li 
dun : est un fait connu, particulièrement fréquent en 
catalan, où, encore aujourd'hui, à côté de dea (primitive- 
meid (le:) « dix «, on écrit delnic « dîme », dclmar u di- 
mer », etc. Nous trouvons de même en ancien ffascon 
dcliiia à coté de dciiinu « dîme' >-. On i)eul ailirmer cpie 
.l/f/c se prononçait Aude. En somme, dès le xi'' siècle, la 
I)rononciation actuelle .i«(/e est née-. Saluons-la : c'est celle 
(ju'onl adoptée et propagée les chansons de geste, véhi- 
cule à travers le monde de la gloire poétique de Aarbonne 
et de son fleuve, incrite par nos trouvères au livre d'or 
de l'épopée française '. 

J'ai écrit, il y a vingt-cinq ans : « Dans Aude, c'est le c 
l)alatal qui a produit 1'// conformément à la phonétique 
catalane'. » L'Aude prenant sa source dans le Capcir 

I. Luchaire. Recueil de textes rie l'une, dial. tjaxeon, au rilnssairo. 

sous DEZMA, p. l56. 

3. Le Dlclionnaire topographique de t'Aade icicve Audeii dans une 
charte de ii47- Mon confrère, M. Galabert. m'informe que ceUe 
charte ne nous est parvenue que dans un vidimus de i243 (Arch. 
dép. de la Haute-Garonne, fonds de Malte, Campagne, liasse i, n° 5i), 
mais il est possible que la forme Audeii remonte à l'original perdu. 
Le n final est paragogique; il est dû à l'inllucnce des formes pri- 
mitives telles que joven. oiiten, ordeiu usitées concurrenunent avec 
les formes sans n : jove, orne. orde. 

3. Le Dict. topogr. ne cite que les chansons d'Ayineri de .\arl)oitiie 
et de La Mort Aymeri de Narbonne; mais Aude se trouve aussi dans 
Les Narbonnais (édition H. Suchier dans la collection de la Société 
des .anciens textes français, t. L paru en 1898) en deux passages dif- 
férents : 

IjOrs pasent Aude qui nioul formenl ondoie (v. .'^700); 

IJevant JNerbone par nii le fonz d'un val 

•Si coroil Aude; par font sont li clianal (vv. ;^i|5(j-3(jCo). 

4. Roinania, XXI, 5ii ; cf. mes Xouv. Essais de philologie française 
^1897), pp. 31 '1-3 1."». 



■2\o AWALES DU MIDI. 

(Pyiéiiées-Orientales), pclil pays ([ui appartient liiiguisti- 
queincjit au domaine du catalan, il n'était pas absurde de 
penser (pie la forme catalane du nom de lantique Atax 
avait |)u sétendie jusqu'en Languedoc au détriment de 
la forme proprement pro\ençale Azde. Depuis lors, je 
me suis aperçu — et j'ai eu occasion de le dire' — que le 
changement de : en // n'était pas exclusivement catalan 
comme on me l'avait enseigné. Si Ton c<msidère le déve- 
lopi)ement phonétique des noms communs latins décima, 
(( dîme », et licUa, <( taxe sur les marchandises », on cons- 
tate, en elï'ct, (|iic les loi nies <leum<i et leinhi fonl concur- 
rence à dezmu et lezdd non seulement en Catalogne et en 
Roussillon, mais dans les départements actuels de TAude, 
de l'Ariège, de l'Hérault, du Gard, de la Haute-Garonne, 
des Basses-Pyrénées, du (iers et même, exceptionnelle- 
ment, jusque dans la Haute-\ ienne^ Dans l'Aude spécia- 
lement, le Diclionnaire (opographique ne cite pas moins de 
'i3 anciens péages auxquels s'est appliqué, ou s'appli- 
que encore, le nom de La Lenda^. G'est aussi dans la 
région de l'Aude qu'a été écrite la célèbre Bible cathare, 
conservée aujourd'hui à Lyon, ^n\ le latin évangélique 
leloniani csl traduit par Leudairia\ et où on lit deaina, 
« dîme'' ». 

La continuité phonétique entre Ahi.r ci Aude étant ainsi 
établie, esl-il permis d'attacher la moindre imi)ortance à 



I. lioiiiani'i, WNIII (iScjy). p. 197 : « (Jiu' lo cliaiifjicinent de c lalin 
flovant e. i en a ail pu avoir lieu en dehors des lionlièresdu catalan 
|)ropreinent dit, c'est ce que montre le nom même de la rivière 
iV \ii(le = *Acele, pour "Alece, Alacein ». 

■j. \oir les textes cités par Raynouard et surtout par Emile Levy. 
/'roc. Suppleiiient-Wôrterbuch, IV, 87.5; cf. ma notice étymologicpie 
sur Icude, dans Romania, \\\ III. lyC) 197 et '1^7. 

7). Voir en outre rarliclc nu mi:, qui concerne un rlang ajjpclé en 
\!\\\n Derimnm. 

!\. E. I.evy, op. cU., 1\ , 876. 

ô. Cf. ihi'd. II. 1 ',(•). 



MKLV.NGES ET DOCUMENTS. a^t 

la leniarque faite par M. Rouzavid svir le nom de la Cesse, 
alïluent de IWude? \on, assurément. « Qui sali, dil-il, s'il 
n'y a qu'une vague analogie de sons entre de Alace, au 
cas indirect, et un Acesse, d'où serait sortie la graphie 
la Cesse^? » Le Diclionnaire lopographigae nous a[)prend 
(jue la plus ancienne mention de la Cesse est ainsi 
conçue : « In rivturi Seissar, 92/i (//. L., V, pr. 5o) ». Nous 
sautons ensuite à 1262, où le nom de ce cours d'eau est 
écrit ; Cesser, puis à i358, où l'on Ivouxejîunien Cesseris. 
D'autre part, le Dietionnaire topogniphiqae de l'HéraaU, 
publié en i865 par Eugène Thomas, nous fournit pour le 
nom de la commune de Cesseras, située sur la Cesse et 
qui en tire manifestement son nom, les formes Sesserus 
en 1090 et Saisseras en iioo = . Il est certain que le nom 
antique de la Cesse commençait par un .s' et non par un c. 
On peut le restituer vraisemblablement sous la forme 
*Saxar, *Saxaris\ analogue, dans sa désinence, à celle du 
nom primitif de la Saône, Arar, Araris, et sans rapport 
d'aucune sorte avec Atax, Ataels. 

En terminant, je crois utile d'attirer l'attention sur une 
singularité de V Allas historique de la France de notre re- 
gretté confrère Auguste Longnon en ce qui concerne 
l'Aude. J'ai en vue la planche Vil, qui concerne l'époque 
carolingienne, spécialement le x" siècle. Le nom du 
fleuve est porté trois fois sur la carte. Entre (>arcas- 
sonne et le contluent de l'Aude et de l'Orbieu (appelé Oro- 

I. -Yo/«? citée, p. Aa- 

3. Thomas donne comme premier exemple Cesaranus en 898, mais 
l'identification avec Cesseras est insoutenable: cf. Sabarthès. Dicl. 
fopogr. de l'Aude, art. Sérame. 

3. La forme Seissar de 914 semble, à première vue, parler en fa- 
veur de *Sexar; mais il est plus probable que la diphtongue ei est 
un affaiblissement d'une diphtongue antérieure ai, erj faveur de 
l'existence de laquelle la graphie Saisseras en iioo, pour le nom de 
la commune actuellement dénommée Cesseras, témoigne claire- 
ment. 



2 42 ANNALES DL MIDI. 

hhme), comme plus cii aval, eiilre le confluent de l'Aude 
cl de la Cesse (non dénommée) et la mer', on lit : {hi.r F. 
Au conlraiie, près de la source, en amont d'Axal (Adesate), 
on lit : \(Jacr F. Je n'ai jamais rencontré la forme Adace, 
qui lia rien (rinadmissible ; mais pourquoi la localiser 
ainsi près de la source!' Longnoii aurait-il pensé que le 
nom de lieu [desale est avec le nom du ileuve Aude dans 
le même rapport ([ue le nom de lieu Cesseras, signalé ci- 
dessus, avec le nom de la rivière (xsse? Sq l'igiKjre. Tou- 
jours est-il que ce rapport ne saurait être admis sans 
autre forme de |)rocès. Adesale ligure dans un document 
de i)')'\. A celte date, le c primitif de 1 Uice (ou Adace) avait 
depuis longtemps évolué en :, mais ce : n'était pas encore 
arrivé à se confondre avec s, puisque dans tout le cours 
du XI'" siècle rorlhograj)he usuelle emploie cncijre le : ; 
voir les formes citées ci-dessus : Ala:e, Azale, A:eie, 
\:il('. La forme isolée Asde (1089) nest peut-être que la 
faute d'un scribe postérieur. D'autre [)art , d'après le 
Dicl. /op.. \\d\ n'est pas nommé entre (jT)^! et i'2[)\) : à 
cette dernière date son nom est énoncé Aitsalam, puis 
Arriafu/n en 1007, etc., ce (jui s'éloigne de plus en i)lus 
(In nom de l'Aude. 

\ntoine Thomas. 



1. l,oiif.Mioii a coinpjt'lcniciil omis la braiiclie de >arboiiuo cl n'a 
li;,nii('> (|iu' roiiil)Oiiclmr(' nord fie l'Audo; il y a là une fâcheuse 
omission, d'aidant pins singulière (jne la plnpar! des mentions de 
l'Aude (pu nous son! par\eiines |)()ni- le \' siècle conrern(Md la bran- 
che même de Narlionne. 



MELANGES ET DOCLMENTS. 2 '| O 



II 



CONTRIBUTIONS A L IIISTOIUE DE L AKT MEHIDIONAL 

1. — Sic docutnenls relatifs à la cailintrale Saint-Étienne 
lie Toulouse. 

Jusqu'au uiiiieu du xv" siècle, la cathédrale de Toulouse 
paraît avoir conservé son portail roman. A en juger par 
certains vestiges d'ébraseinents, c'était un portail à trois 
baies, qui correspondaient aux trois nefs de l'édifice re- 
construit vers la fin du xi' siècle par Tévêque Izarn. Le 
comte Raymond VI, qui remplaça les trois nefs romanes 
par une seule et grande nef à voûte gothique, n'eut pas le 
temps d'achever son œuvre; les maçons travaillaient 
encore à la voûte quand, sous les murs de la ville, arrivè- 
rent Simon de Monfort cl les croisés (1211). Le comte 
Raymond Vil, qui termina l'œuvre de son père, n'ajouta 
vraisemblablement à la décoration de Tancienne façade 
que la rose aux meneaux rayonnants, dont le type rap- 
pelle celui de la rose occidentale de Notre-Dame de Paris. 
Ce fut l'archevêque Pierre du Moulin (i439-i/i5i) qui fit 
construire le portail actuel. Espérant encore que l'on réa- 
liserait les plans grandioses de l'évèque Bertrand de l'Isle 
et qu'une triple nef relierait un jour la façade au chœur 
élevé durant le dernier quart du xiii" siècle, il ouvrit déli- 
bérément la baie dans Taxe du bas-côté méridional. Mais 
il lui donna des proportions qui dépassent celles d'une 
porte latérale. Il voulut aussi que l'ornementation en fût 
riche et digne de son église métropolitaine. De cette déco- 
ration sculptée le portail n'a conservé que les vigoureux 
feuillages de chardons frisés qui grimpent le long d'une 



2^[i ANNALES DU MIDI. 

voussure. 11 a perdu toutes ses statues. Sur la seconde 
voussure, où s'étagent encore une série de dais, on voyait 
les statuettes des douze apôtres, de saint Sernin et de 
saint Exupère. Sur les pieds-droits de la porte se dres- 
saient, à droite, la statue de Pierre du Moulin; à gauche, 
celle de son frère et prédécesseur Denis du Moulin, promu 
en 1439 à l'évêché de Paris '. Le pilier central, mutilé au 
cours du XIX' siècle, portait une statue de saint Etienne, 
patron de Téglise. Quant au tympan, il n'a jamais reçu 
de sculpture. Mais il est possible que la mort de Pierre 
du Moulin, victime de la peste en octobre i^bi, ait inter- 
rompu les travaux. Nous savons seulement qu'à la mort 
du prélat une somme de 2^6 écus, cinq gros et un quart 
dor, restait due au maître d'œuvre. Celui-ci eut grande 
peine à se taire payer. 11 lut obligé dintroduire une action 
devant le Parlement contre larchevêque Bernard de Rou- 
scrgue, successeui' de Pierre du Aloulin, et contre Jehan 
du Moulin, écuyer, sans doute principal héritier de Pierre. 
Pour donner satisfaction au demandeur, « ouïe la rela- 
tion des commissaires (jui ont vu les comptes w, la Cour 
fit vendre aux enchères la vaisselle tl'aigent du défunt. 
Deux documents des Archives parlementaires de Tou- 
louse, datés des 5 et 12 janviei" i'|53 (nouveau style), sont 
relatifs à cette affaire (pièces j et 2). Ce qui en constitue 
le priiK'i|)al intéi"èt, c'est de nous faire connaltie rauleur' 



1. Denis du Moulin a laissé sou t'Ili^^lc sur un précieux \ il rail de la 
raltiédrale de Toulouse, cjui décore la chapelle de saint Jose[)h. an- 
cienne chapelle de saini Jean rKvauirélisle : cf. de Lahondès, /.VV/Z/w 
Sainl-Hlicniic, iS()ii. p. '.\\'>. el plauclie. Il esl i('pr(''senté à genoux el eu 
prières de\aul une jurande croix, couleuaul les reliques de la vraie 
croix, sur un soni[)lueux missel à l'usaye de l'aris, qui fut continue 
el leriuiiK' par s(>s soins; lîibliolhèque de rArsenal, ms. 6a i, fol. 429; 
cl. Ctthilofine de l'E.rpoxilion ilc poiinùlx du Xlll'aa XVII' siècle, 1907. 
p. i\j. n° 1^0. h'elligie de Pierre du Moulin esl siiu|)leuieut gravée au 
Irai! sur la dalle liuiéraire de son louibeau ; cf. de Lahondès, oy>. c//.. 
p. 190. 



MELA\GES ET DOCUMENTS. 2/10 

du portail de la cathédrale. 11 s'appciail Marin Haiuliv. 
Ces documents nous montrent en outre, par un cxcinplc 
des plus typiques, les diflîcullés llnancières (pii n'ont 
cessé de faire obstacle à l'aclièvement de Saint-Ktienne. 
Aussi bien, l'heureuse initiative de Pierre du Moulin, 
dont les dépenses ris([uaieiit presque de dépasser les res- 
sources, semble-t-elle avoir été la dernière. Son successeur, 
Bernard de Rousergue {i^Ô2-i^'jli), s'intéressa surtout à 
l'aménagement intérieur de sa cathédrale; et le colossal 
pilier, dressé par Jean d'Orléans (i5o3-i533) entre la nef 
de Raymond VI et le chœur de Bertrand de l'Isle, paraît 
bien indiquer le renoncement définitif à toute reprise des 
grands travaux d'architecture. C'est seulement dans la 
seconde moitié du xvin'^ siècle que se pose à nouveau la 
question; par bonheur, le chapitre se borne à exprimer 
des vœux, et rarchevêque Richard de Dillon à demandei- 
le plan d'une nouvelle nef à l'architecte Cammas. Quant 
aux constructions récemment entreprises par le service 
des Monuments historiques, je crains qu'elles n'ajoutent 
rien à la beauté de Toulouse ni à la gloire de l'art 
français. 

De toutes les confréries établies dans la cathédrale, au 
début du XVI" siècle, la plus importante était celle du 
Coi'pus Christi ou Corps de Dieu, que devait remplacer 
plus tard la Confrérie du Saint-Sacrement. Son autel se 
trouvait adossé au jubé, sur l'un des côtés de l'entrée 
principale du chœur. Il fut décoré d'un retable en forme 
de triptyque, peint en lôig. Les bailes en avaient fait la 
commande à un peintre de la ville, qui se nommait Bar- 
thélémy Arseguel. Grâce aux précisions du bail à besogne, 
passé le 17 mars par-devant le notaire Saurelli , nous en 
pouvons reconstituer aisément le thème (pièce 3). Celui-ci 
s'inspirait du mystère eucharistique et de l'objet même 
des adorations de la pieuse confrérie. « Un Dieu le Père, 



■} '|(i A\> \1,F,S 1)1 Mll)[. 

assis en son Iroiic », occupail loul le panneau eenlral; de 
la main droite il donnait la bénédiction et dans la main 
ganclic il tenait nn calice, que surmontait une liostie. 
Nous connaissons daulres variantes de ce thème mysti- 
que, qui a survécu dans l'imagerie religieuse : tel, par 
exemple, le Christ portant d'une main le sceptre et de 
l'autre le calice également surmonté de l'hostie, comme 
il apparaît sur une clef de voûte du collatéral de la cathé- 
drale, en face de l'entrée de la sacristie, ou encore le 
Christ tenant d'une main le calice et présentant de l'autre 
l'hostie à l'adoration des fidèles, comme le figurent cei- 
lains tableaux de l'école espagnole '. Sur chaque panneau 
latéral, on voyait un ange muni d'un encensoir; cet 
attribut est en général celui des anges qui accompagnent 
l'hostie, par analogie avec le rite religieux de l'encense- 
ment du Saint-Sacrement. La peinture était à l'huile, 
selon la métliodo flamande qui s'était répandue au cours 
du xv'" siècle. Mais il faut croire que, dans le midi de la 
France, on connaissait mal encore la nouvelle technique 
et que beaucoup de tableaux, comme dans l'ait italien du 
Quattrocento, s'écaillaient et se ruinaient vite à cause de 
l'imperfection des procédés; car le bail à besogne spécifie 
que, si ladite peinture vient à « perdre sa croûte » et à 
se détacher pai' écailles, Arseguel devra la refaire, ainsi 
qu'il en a pris l'engagement. Les étoiles semées dans le 
ciel d'azur étaient d'or, « appelé or de coche »; il s'agit 
sans doute de l'or dit de coquille ou en coquille, (jui ser- 
vait aux ciduniineurs"'. Chaque panneau, terminé en 
couiiiC à la |)arli(' snjiérieurc, avait une bordure d'or 



1. Cf. deux hibloaux de .luaii de .luanès. doid l'un csl ceiiaine- 
meul le panneau eenlral d'vin triptyque : Madrazo. Calai, des (ableav.r 
(In m usée du Prado. 1918, p. 173, n"" 811 et S'iô. 

:*. L'or de cocpiille est une pàtc solut^le. où l'oi' esl délayé dans une 
eau niueiiaîrlneuse nu dans une dissolution de yoinme. 



MELVXOES ET DOCUAtRMS. o/| y 

J)ruiii. Monlanls cl « Iraverses » de l'oncadioiiuMil (reii- 
semble, « peints de fines conlenis à la détrempe », étaieni 
« enrichis d'antiques à perfection »; autrement dit, les 
montants formaient des pilastres cannelés ou décorés de 
rinceaux, avec chapiteaux à volutes {roiiUrau.r), que sur- 
montait une corniche empruntée aux modèles de l'anti- 
quité romaine. Cette mention d d'anliques » est particu- 
lièrement intéressante à la date de lôig; on n'en pourrait 
guère signaler de plus ancienne dans la région loulou- 
saine. 

Sur le jubé se trouvaient les orgues, données en i/iO.S 
par l'archevêque Bernard de Rousergue'. Cette disposi- 
tion était fréquente au xv" siècle. Elle était heuieuse pour 
l'acoustique, puisqu'elle permettait à l'harmonie de 
s'épandre également vers le chœur et dans la direction 
des fidèles ; d'autre part, elle pouvait aboutir à d'heureux 
eflets de décoration, si la montre historiée de l'orgue était 
digne de son riche piédestal-. Comme dimensions, un 
orgue du xV siècle avait à peu près deux fois la hauteur 
d'un harmonium actuel et un peu plus de largeur que 
l'harmonium. Aussi les cathédrales importantes en possé- 
daient-elles plusieurs. Il y en avait cinq sur le jubé de la 
cathédrale de Toulouse. Trois de ces orgues, dont le plus 
grand, se dressaient au milieu du jubé, au-dessus de la 
porte d'entrée du chœur, et étaient réservés au chapitre. 
Les deux autres, placés à droite et à gauche, étaient 
concédés à deux confréries. La Table et Confrérie du Cor- 
pus C/irlsli en utilisait un, ({ui dominait précisément son 
autel. Pour jouir de ce privilège, elle s'était engagée à 



I. De Laliondès, op. cil., p. 190. Oi-snos ol jub('- fnroni di'truils 
pur Tincendic du 9 décembre 1G09. 

a. Cf. Georges Servières, La décoralion des buffets d'orgue aux W 
et XVI' siècles, dans Gazette des Beaux-Arts, igiA- II-1916. p. 'iô~ et s.. 
et 1917, T, p. 9Ô et suiv. 



^48 ANNALES DU MIDI. 

« tenir accordés lesdits orgues en forme duc, à ses pro- 
pres coûts et dépens, ainsi que appert par instrument 
retenu par maëslre Jeiian Danyel, notaire du dit chapitre ». 
En i53i, il lui fallut refaire neuf jeux. Ce fut à un maître 
organiste de Tours, nommé Jacques Goiinier, qu'elle 
confia celte besogne, pour la somme de 1/40 livres tour- 
nois. Les organistes chargés de l'expertise et de la récep- 
tion des travaux sont tous étrangers à Toulouse : maîtres 
Fortis Pujol est de Garcassonne, Nicolas Pongi est d'Uzès, 
et maître Firmin de la Lyardière est d'Amiens en Picar- 
die (pièce (j). Une feuille annexée à l'acte d'expertise, et 
portant la signature de Jacques Cormier, énumère les 
différents jeux de l'orgue en question. Cette liste présente 
quelque intéi'ét pour l'histoire de la musique. On y re- 
trouve les jeux de chantres, de fifres, de iiasard, de cor, 
de cymbales, de petit carillon, de flûtes, le jeu de régale, 
dit aussi voix humaine, un jeu de « papegayl », qui paraît 
être un jeu de fausset, et la flûte d'Allemagne, « fleute- 
traverse que l'on appelle à grand tort d'Allemand », écrit 
Garloix ; « car les François s'en aydent mieulx » '. 

L'année précédente (i53o), la Table et Confrérie du 
Pain-Béiiit avait fait un don à l'église qui l'abritait. Elle 
avait commandé à maître Jehan Tailhant, « faiseur 
d'ymages de pierre », un pilier de mai'bre pour la coupe 
de Peau bénite. Ce pilier était destiné, ce semble, à dé- 
corer le centre de la vasque, ou peut-être à suimonter 
la partie contiguë au mur, et à servir de piédestal à une 
statuette de Notre-Dame, d'un art plus ancien. 11 devait 
avoir l;i hauteur de celui (pi'il leniplaçail, mais cire taillé 
et sculpté w en manicre de balustre à l'antique » (pièce 5). 
L'artiste a promis d'employer « la meilleure pierre de 
marbre blanche que se pourra trouver ». 11 convient de 

i. Cité par Littic, Dict., s. \. Fldle. llabolab tlil (iia- Gargaulua 
jouait de la flûte d'alleinan à neiil' trous ». 



MliLANGES ET DOCUMEM'S. 2/|(j 

noter, en passant, cette préoccupation de la belle matière 
et ce choix du marbre, remis en vooue par la Renaissance. 
Les carrières de Saint-Béat, jadis e.\i)loitées par les Ro- 
mains, fournissaient du marbre à Toulouse avant d'en 
expédier au roi de Fiance ' ; il est même surprenant que la 
Renaissance toulousaine, dans un tel milieu dliunianistes, 
d'architectes et de sculpteurs, nait pas mis davantage à 
profit le voisinage des maibres pyrénéens. Ce Jehan 
Tailhant ou Tailhan, chargé du travail par les bailes de 
la Confrérie, dont Tun était procureur au Parlement, nous 
le connaissons par ailleurs. En i33o, il sculpte les armoi- 
ries du roi et de la ville pour un mur de l'enceinte, au 
faubourg Saint-Cyprien. En i54i, il s'engage à faire, pour 
un marchand de (ïrenade-sur-Garonne, une croix de 
pierre, portant l'image du Crucifié, et de l'autre côté 
ÏNotre-Dame d'Espérance. On signale également comme 
soi'tis de son atelier une croix pour le quartier de Tounis, 
à Toulouse, et divers ornements à l'hôtel de l'avocat 
Maynier (hôtel dit du Vieux-Raisin). En i.j/jG, il travaille 
à la décoration de fenêtres, de portes, de cheminées, pour 
l'hôtel de Pierre Robin de Cuigniaulx, dans le quartier 
de la Daurade. Il avait besogné en i5/ii pour l'église de 
la Dalbade ; et peut-être collal)ora-t-il, sous la direction 
de Michel Colin, aux sculptures du portail -. Son surnom 
de Manceau révèle son pays d'origine. 

La même Confrérie du Pain-Bénit (Table du Pain-Ceniat) 
tît bâtir à l'entiée de Saint-Étienne, en i5/i7, une chapelle 
destinée aux fonts baptismaux. Cette chapelle, sur plan 
carré, existe encore. Pour sa construction, les bailes 



\. Douais, L'\rl à Toulouse, inalériaux, igoi, pp. i5o-i54, fourni- 
tures de marbres pour le roi; l'archilccte Dominique Berlin poiHe le 
litre de (( conducleur du marbre pour le roy » (années i554-i557). 

•i. Voir les références dans Graillot. Mie. Bachelier, p. lao, n. i ; 
cf. p. 24. Douais, op. cit.. p. ôG. 

ANNALES DU MIDI. — X\l\. I7 



25o ANNALES DU MIDI. 

avaient traité avec Nicolas Bachelier et Laurens Clary'. 
Laurens Clary avait été maître de l'œuvre de la cathé- 
drale antérieurement au 19 août 1529. Gabriel Bourgoing- 
lui succéda dans cette charge et dans la maison, sise rue 
Boulbonne, que le chapitre mettait à la disposition du 
maître d'œuvre, domiis operis (pièce 4). Ils furent occupés 
l'un et l'autre à l'achèvement du clocher % peut-être aussi 
à l'édification du grand pilier de Jean d'Orléans % qui 
supporte les poussées contraires des voûtes du chœur, du 
collatéral et de la travée bâtie entre le chœur et la nef. 
Faut-il attribuer au maître maçon et « lapicide » Clary la 
sacristie, avec les sculptures de la porte P Cette sacristie 
était terminée avant le 1 1 janvier 1627, date à laquelle on 
y transporte les ornements et vases sacrés. D'autre part, 
depuis le mois de mai iGaG, Clary dirigeait les travaux 
de construction de la tour dite des Archives, dans l'enclos 
de la Maison commune. Parmi le personnel embauché 
au service de la Ville par son prédécesseur Pierre de Naves, 
il avait trouvé Gabriel Bourgoing. Celui-ci était un maître 
français, du pays de la pierre, possédant mieux que ses 
compagnons de la région toulousaine la technique de 
cette architecture. Aussi l'avait-on choisi avec Jehan Bar- 
bier, dès le mois de septembre i525, pour tracer le dessin 
d'ensemble de la Tour, les profils des moulures et les 
réseaux de nervures des deux voûtes*. Son nom disparaît 
vile des documents d'archives. Par contre, celui de Lau- 
lens Clary s'y rencontre encore en i555. Ce fut Clary qui. 



I. Cf. Graillot, op. cit., pp. 118 et 278. 

■j.. I.c cIocIkm' fut U'nniné on i53i ; mais l'arcade de bri([ucs el do 
pierres de laiile en bossages, dans laquelle est suspendue la cloche 
de l'horloge, no date que du commencement du xvu" siècle. 

3. L'archevêque Jean d'Orléans prit possession de son diocèse en 
mars iSaa et mourut en septembre i533. 

'i. Roschach, Les nrcliiues de T., ilisL du dépôt et de l'édifice, 1891, 
p. 56. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 25l 

entre î5/|0 et i5/i8, construisit pour Pierre Potier le fier 
château de Sain t-Élix '. Henri Ckaillot. 



') janvier 1/(53 n. s. 

Entre maistre Marin Baudry peyrier demandeur et requérant 
d'une part et messire Bernard arcevesque de Tholosc et Jclian 
du Molin escuier défendeurs d'autre, ouye la relacion des 
commissaires qui ont veu les comptes, c'est assavoir l'irisliu- 
ment du pris faict de la main et de la pierre pour faire le portai 
de Saincl Estienne de ïholose entre feu messire Pierre en son 
vivant et dernier arcevesque de Tholose et le dict Marin, ont 
veu aussi les paiemens faiz audict Marin, la court a ordonné et 
ordonne que led. Marin sera paie de la somme de deux cens 
quarante et six escus cinq gros et un quart d'or restant du dict 
pris faict, des biens du dict feu messire Pierre, c'est assavoir 
sur la vaisselle d'argent estant es mains de maistre Giles Lelas- 
seur conseiller du Roy en lad. court, en baillant quictance 
souffisant de tout led. pris faict. FaicI le cin([uicsme jour de 
janvier. 

(Arcliivos dn l'ailomenl do Toulouse. Bi, f" 202.) 



1 2 janvier i '1 j.'î n. s. 

La court, vcuc la requesle baillée par ^larin Baudry peyrier 
a ordonné et ordonne que la vaisselle d'argent de feu messire 
Pierre du Molin en son vivant et dernier aicevesque de Tholose, 
estant es mains de maistre Giles Lasseur conseiller du Roy en 
lad. court sera délivrée vocalis vocandh par maistre Jehan Clia- 
tillon exerçant le greffe de lad. court au plus offrant et dernier 
enchérisseur et que du pris qui en ysira sera satisfait aud. Ma- 
rin selon l'appoinctement de la court sur ce faict le cinquiesme 
jour de ce mois, et sera baillée par led. Ghatillon de par la 
court descharge aud. maistre Giles tant de la vaisselle qui sera 
baillée ainsi (|ue dit est comme de celle qu'il a baillée par or- 

I. 1*'. Pasquier dans Bull. nrrliéoJ. du Coinilé. 1901. pp.2C5-27;^ 



202 ANNALES DU MIDI. 

donnances des commissaires autrefois sur ce députez par lad. 

court. 

(Ihifl.. f" 2o3. Cf. Inventaire soinm. des Archives dép.. Uaule- 
Gnronne. (ircli. civiles Bi, ir)i3. p. 5.) 

:\ 

1 7 mars lôig n. s. 

Auno domini miilesimo quingentesimo xviij"etdie xvij men- 
sis marcii, infra ecclesiam sancti Stephani Tholose persoiialiter 
constitutus magister Bartholomaeus Arseguel pictor Tholose, 
qui ipse recepitad faciendum a bajulis tabulae corporis Christi 
sancti Stephani Tholose videlicet presln teris magistro l*etro de 
Podio et Stephano Ysalguie praesenle pro dictis bajulis, ununi 
retabulum dicte tabule sub bis pactibus el convonfione se- 
(juentc. 

Et primo sera tengut lo dict Arseguel de pinta lo retaulo de 
la tanla del cor de Dieu' de la présent gleysa de Sanct Stephe, 
so es a saber de bonas et finas colors et à oly, lequel retaule a 
très paneaulx. 

Et es tengut de far al paneuau del miech loc' ung Dieu [de] 
le payre stant assis en son trosne, que tendra tout le dict pa- 
neuau, portant ung calice en' lo Corporis Christi dessus en la 
ma senestra, et am la dreyla donera la bénédiction ; et als altres 
dos [)ancaulx en cada ung faran ung angel en perfection, tenent 
cada ange ung ensencer, de finas colors et ainsi que porte de fa 
angcls. 

Item es pacte que tolcs les bordos des paneaulx et les areslas 
de las corbas que son sus le sel* et le bordo del davani ([u'es 
dessus le sel seran d'or brunit, el lo cel de dessus sera d'asur 
semenatde stelas d'or appelât d'or de coche, 

item es pacte que les costatz et traversies seran pinlatz de 
finas colors a destrempe, enrechiz de antiques à perfection, et 
les roulleaux seran a plata coleur de diverses el bones colors. 



I. Uclablo de la liiblc on confi-cric du corps de Dieu. 

■i. l'anneau ilu milieu. 

3. Il faut lire sans doulo « cl » ou pcut-ôtic <. ;iiu » (: 

/i. Sel, ccl = ciel. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. ^53 

Lequol ohralge prnmes de ineclie à perfection per toute la 
semmaua sancla en la forma et maniera que dessus es dict, 
fasen totas fornituras à sos dcspens del dict pintre. 

Quae praemissa dictus Arseguel prornisit facere sub prelio et 

nomine prelii xxv librarum turnensium. de qua quidem 

summa dictus Arseguel recepit realiler in praesentia mei no- 

tarii etc. a diclis bajulis summam xv libiaium turonensium in 

quinque sentis solis auii et residunm in moneta per manns 

dicti de Podio, restantem vero summam dicti bajnli promi- 

serunt opère perfecto, videlicel dictus de Podio et Vsalgnié 

nomine dictorum bajulorum, et casu quo praedicta pintura se 

descrostaret' et non esset bona et sutïîciens juxta dictum 

expertorum quod dictus pictor promisit reffîcere etc. sub obli- 

galione bonorum etc. Testes niagisler Joannes Fabrigalis nota- 

rius et Bernardus Textoris Tholose et Dnrandus Macari Tho- 

lose et ego 

Saurelli not. 

(\rcliives nolariul«'s de T.. Saurelli not.. reg. ir)i8-i.J23, f*^' 5.) 

I () août i52r). 
Oïdctaiicia inagislri GahrleUl Borf/oiiig lapicide Tolose. 

Anno quo supra et die décima nona mensis augusti apud 
Tholosam personnaliter instilutus magister Laurentius Glari 
lapicida Tholose qui gratis etc. recognovit habuisse et récépissé 
a magistro Gabriello Borgoing magistro operis ecclesiae sancti 
Stephani Tholose ibidem praesenti etc., quod utensilia et sup- 
pellectilia domus ac alia bona rnobilia eidem Glari pertinentia 
in domo operis dicte ecclesie existentia, scita in carrera Bor- 
bone Tholose, in qua dictus Glary solebat habitare tempore 
quo erat magister operis eiusdem ecclesie qu[a]eque bona fue- 
runt baptisata" speciffîcata et inventarisata in quodam inven- 
tario de illis bonis facto, necnon et dictus Glary recognovit 

1. Cf. Mistral, Dicl. prov.fr. s. v. descroasfa : en catalan, descrosfar. 

2. Cf. Godefroy, Dict. de Vanc. langue fr., s. v. Baptisier ^= dési- 
gner, énoncer, avec un exemple daté de i535. 



2h\ ANNALES DU MIDI. 

habuisse plura alia bona qu[a]e iioa erant nec sunl compre- 
hensa in dicto inventorio, et de his omnibus dicLus Clari se 
habuit cl teniiit percontentum et dictuni Borgoing quictavit et 
quictum tenere promis! t de omnibus dictis bonis etc.. Testes 
magistri Arnaldus Robert! caussaterius et magister Jacobus 
Orlhaci studens Tholose habitatores. 

(Archives notariales; Saiirolli riol., reg. 1027-1531. non fol.) 



1" jan\ icr l 'iSo 11. s. 

l/islriiincnliuii iificluriiin passaloriim Inter bajnlos tahiilc jxuns 
bencdicti ecclesic sa/icli Slephani Tholose ex ana et ntayislrum 
Johannem Tal/ianl ymaginatoreni lapidnm Tholose es alio. 

Anrio domini millesinio quingenlesimo viccsimo nono et die 
prima mensis januaiii in Tbolosa et in ecclesia sancti Stephani 
Tholose, in mei noiarii etc., personnaliter constituti egregius 
vir dominus Polrus Reveron doctor Tholose et magister Guil- 
lermus Gondal prociirator in Parlamento Tholosano tanquam 
bajuli dicle tabule j)anis benethcti tradiderunt ad facicndum et 
(■omponendum ununi ])ilarium de marmore supra f'ontem in 
(pio a])ponitur aipia Ijenedicta in dicta ecclesia sancli Slephani, 
magistro Johann! Talhant ymaginatori et talhatori lapidum 
Tholose ibidem praesenti etc. suJj pactis et clarilicafionibus 
verbis gal(l)icis sequenlibus. 

Et premièrement est pacte convenu en Ire lesd. parties <[ue 
led. maislre l^ierre (sic) 'J'alhant l'aiseur d'vmages de pierres 
fera ung pilier de pierre de marbie blanc en manieie de baluste 
à la anticpia pour mectre à le l'ont sur la coupe 'de l'euau 
benoyte de lad. glise de Sainct Kslienne (h) 'J'holose. 

Item est pacte ({uc ledict Talhant aura f'aict cl ijarlaict led. 
pilier sur lad. coupe de la font de l'euau b(MK)Yte à la anli(]ua 
à manière de baluste comme dict est, de |)ierie de marbre 
blanche de la meilhcure pierre de marbre blanche (pie se 
punira trouver pour mectre sur lad. coupe de l'euau benoyte, 
«il- la hauteur d'icelluy pillier (pii est à j)resenl, et ce entre icy 
et carcsme prencnt. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 255 

Item est pacte que lesd. bailhes du pain l)onoil seront tenus 
pour la facture et composition d'icelluy pilier poyer aud.Talhan 
la soma de unze livres tournois et ce entre si et le jour de 
caresme prenent, la besoigne parfaicte. 

Item est pacte que, au cas que le dictTalhan n'eust niys Icd. 
pilier aud. jour de caresme prenent sur lad. coupe de l'euau 
benoyste en la forme et manière dessus dicte, bien ferme et 
assemblé avecques la coupe, par dessus, et l'ymaige Nostre 
Dame qui. est au dessus, led. Talhan a voulu et veult encourir 
la poine de unze livres à apliquer à lad. table. 

Item est pacte que là et quant ledict pilier ne seroit au plai- 
sir desd. bailles et ne leur seroit agréable, le pourront laisser 
aud. Talhan, et si led. Talhan en avoit prins aucune some de 
deniers pour ce faire, led. Talhan sera tenu leur [rendre] l'ar- 
gent qu'il auroit receu desd. bailles. 

Quae quidem pacta fueruut, inde tenere et servare promise- 
runt etc.. Testes magister Johannes Longapierre massonerius, 
Johannes de la Roqau et Johannes Fornic Tliolose. 

Et ibidem illico in praêsentia mei notarii dictus Talhan per- 
cepit a dictis bajulis in deduclionem dicti pilarii sunimam 
trium librarum turn. quam habuit et récépissé recognovit etc. 
in praesentia quorum supradictorum. 

[.\rchives notariales; Saurclli not., reg. i527-i53i, non fol.] 

6 

3i juillet i53i. 

Sachent tous presens et advenir que comme ainssin soyt 
que messieurs les bailles regens et surentendens de la table et 
confrairie du corps de Dieu en l'église métropolitaine Sainct 
Estienne de Tholouse instituée heussent baillé à reffaire les 
orgues de la dicte table à maistre Jacques Cormier, maistre 
orgueniste de Tours, et ce à faire aux ditz orgues les jeulx qui 
suyvent, à scavoir est le principal, la octave, le xv""*, la xix% 
la xxij% la grosse fleute, le xij" de la fleute, le xv" de la tteute, 
le bas jeu de regales, que montent tout neuf jeux dilTerens, 
pour le pris et somme de cent quarante livres tournois, comme 
plus aplain est contenu en l'instrument sur ce passé par moy 



•>?)(■) ANNALES DU MIDI. 

notaire subsigné, el soyt ainssi que les dits messieurs de bailles 
en haussent promis à messieurs les chanoynes de la dicte église 
de soy pouvoir aydcr desdicts orgues pourveu que t'eussent 
tenus de iceulx tenir accourdés en forme deue à leurs propres 
coutz et despens, ce que lesd. messieurs de chanoynes avoyenl 
accordé ainssi que appert par instrument retenu par mestre 
Jehan Danyel notaire du dict chapitre, et soyt ainssi que tant 
le dict Cormyer pour sa descharge que aussi lesd. messieurs 
heussent convoqués plusieurs maistres orguenistes pour visiter 
lesd. orgues, icelles faire somner et voir si led. Cormier auroit 
acompli la tenur des pactes sur ce passés. 

Par ainssi est que l'an que l'on conte mil vcxxxj et le deinier 
jour du mois de julhet dans la dicte église et table personnel- 
lement constitués à scaAoir est maistre Fermyn de la Lyardièrc 
de Amians en Picardie, Fortis PujoUi de Carcassone, Nicholas 
Pongi de Uzès maistres orguenistes, messieurs Guilhaume 
Picanain (ou Picavain) maistre des enfans du cucr de cestc 
esglise, Pierre Chevallier chantre et contrehaute dud. cuer, 
lesquels tous moyeuent seraient par eulx preste ont lefferé 
avoir visité lesd. orgues et ensemble les pactes passés avec led. 
Cormyer et icelles visitées avoir tiouvé led. Cormyer avoir 
acompli le contenu auxd. pactes et lesd. orgues estre bien 
accordés, les jeulx contenus en iceulx pactes avoir esté faicts 
par le susd. Cormyer et acompHs et iceulx orgues estre de bon 
accort et en perfection, et aussi la souflerie estre faicte selon 
le contenu esd. pactes, desquelles chouses dessus dictes tant 
ledict Cormyer pour sa descharge que aussi lesdicls messieurs 
de bailles à scavoir est messieurs Pierre Kolli, \rnauld de 
Hlancour licencié, maistre Gerault Peguricr prociireur en Par- 
lement, Pierre Malbard appolhicaire, ont re{juis à moi noiaire 
subsigné leur retenir acte de ce dessus pour leur servir en 
temps et lieu contre led. chapitre, aclendu qu'ils balhenl lesd. 
orgues à présent accordées, là où et c|u;ui(l led. cbappilre en 
suivant sad. offre ne vouldroit leui' accorder lesd. orgues en 
et suyvanl l'obligation par eulx faicte, es présence de mestre 
Pierre Ciilelli docteui', mestre .leliau de Sancto"' [trocuieui- du 
roy, Tuonsieur Domiuge de Saint-Ange, messieurs Xrnauld de 



MKLVNP.ES ET DOCLMKNl S. 



■20' 



Arro bachelier, meslre Pierre de (^)ueicu panatier, diul. Tholose 
liabitans, et de moy 

Salrelli. 

S'ensuit les dilerands [des] jeulx de l'orgue, 
et premièrement le grand jeulx, 
le jeulx de papegayl, 
le jeulx des chantres, 
le jeulx des fleusles d'allemans, 
le jeulx de pifres', 
le jeulx souri, 

le jeulx de nazars petits et grans, 
le jeulx des cornes, 
le jeulx des simballes 
le jeulx des tleustes, 
le jeulx de petit carillon, 
le jeulx de petites orgues, 
le jeulx de petites orgues en tleustes, 
et sic de aliis 
le tabou ri n 
et un jeulx de regalles. 

I Archives notariales, ihid.] 



III 



VERS LANGUEDOCIENS d'lN ÉLÈVE DL" COLLEGE DE CASTRES 

(xvii" siècle). 

Je dois à mon collègue et ami Emile Carlailhac com- 
munication d'un petit volume manuscrit du xvn" siècle, 
contenant des élucubralions d'un écolier du «gymnase» 
de Castres. Le volume est en papier; il mesure environ 



1. Fifres; cf. Ducangc, Glons. s. v. piffarus, et Mistral, Dicl. i>rov. 
fr., s. V. pij're. 



2 58 ANNALES DU MIDI. 

i8 centimètres de hauteur sur 12 et demi de large. Il est 
composé de soixante-dix feuillets environ. Il renferme 
des fragments de discours français, de discours latins, de 
vers latins, des extraits des sentences de Caton, des pré- 
ceptes de rhétorique, des houts rimes, des vers français, 
et tout ce que peut trouver une imagination d'écolier, 
intelligent d'ailleurs, et qui devait connaître le latin infi- 
niment mieux que les candidats au haccalauréat d'au- 
jourd'hui. L'auteur se nomme plusieurs fois ; en tête 
d'abord : Alaret (f" i, 1"), Alaret « rhétoricien au col- 
lège de Jésuites, 1670 (f" 12, r") » ; sur un feuillet se 
trouve la date de 1669, sur un autre Jacobus Alaret 
1668; un autre contient la mention suivante, plus com- 
plète : «Jacobus Alaret, eloquentiae candidatus, fecit 1668. 
Factum es! in gymnasio Gastrensi'. » 

Parmi les compositions du recueil, on trouve une Épi- 
taphe de Mr. de Vasergues, mort en Candie, une Épigramme 
du Régent Obrier, jésuite; une épître latine qui est en- 
voyée à Alaret par le sieur Degualy ou De Gualy- (avec 
réponse d' Alaret). Le même « sieur de Gualy » lui écrit 
de Puylaurens une lettre en latin et Alaret y répond dans 



I. M. Cartailhac est par sa graud'inèic aiaterncUe un desccndani 
do CCS d'Alaret. dp Millau (Avcyron); il possède encore leurs biblio- 
Ihcques formccs aux \\i°, xvn° et xvni'= siècles, plus de vingt 
diplônios universitaires, des livres de raison, des lettres et papiers 
divers, qui pourraient permettre d'écrire un petit livre intéressant 
sur ces bourgeois rouergals très instruits, médecins, professeurs 
es arts libéraux, juristes; huguenots, bien qu'ayant fréquenté, faute 
d'autres, les écoles cl universités callioliqnes. M. Cartailhac a pro 
mis un clioix de ses documcnls et souxcnirs au Musée Universitaire 
de Toulouse, qui. sans la gueire. serait prêt à les recevoir. [E. C.| 

y. Encore une vieille famille de Millau. Le correspondant (hi 
jeune .Vlarel, cpii devait avoir quinze ans environ en i()7o, ne se 
retrouve pas sur les listes généalogiques du M. 11. de Harrau; mais 
cet historien a négligé (iiieiciuefois les Rouergals huguenots. Or. ce 
(le (iualy a étudié à l'uNlaurens. dans l'Académie de la religion 
réformée. (K. C.J 



MELANGES ET DOCUMENTS. 25q 

la même langue (1670). Il y a encore des vers sur « la 
caille lorsqu'elle passe la nier », des épigrammes lati- 
nes, etc. C'est au milieu de ce l'atras que M. Gartailhac 
m'a signalé les deux sonnets publiés ci-dessous. La poésie 
n'a rien à voir avec ces bouts rimes et la musc y parle 
(( patois » et français. Ces vers ne sont intéressants qu'à 
un seul titre : ils prouvent que le goût d'écrire en langue 
vulgaire n'avait pas complètement disparu dans certains 
milieux de la société méridionale. Les écoliers du collège 
de Castres seraient ])eut-être encore capables de faire de 
mauvais vers français; mais auraient-ils l'idée d'en com- 
poser en langue castraise? J'en doute. Rappelons, en 
terminant, que Alaret est contemporain de Pierre Borel, 
qui fut déjà au xvn' siècle un philologue et dont le 
Trésor de recherches et antiquités gauloises el françaises 
peut être encore consulté avec fruit'. 

J. A>GL.\DE. 
I 
LHAUTEUR. SONNET. 

Jamay noun me prendrai! per grand home d'cslat, 
Jamay noun ay legit ny libres ny pancartes, 
Jamay noun ay jougat qu'as dats et à las cartes, 
Jamay noun ay rendut l'argen que m'en prestal. 



I. M. Gartailhac mp communique au dernier moment une note 
concernant les relations cjui existèrent entre un membre de la fa- 
mille Alaret et Pierre Borel. Notre ami possède un volume de ce 
dernier intitulé : « Discours nouveaux \ prouvant | la pluralité des 
mondes | ... A. Genève. M.DG.LVtl. » Sur la feuille de garde on lit : 
Pluralité des Mondes. 1657 . Donum Authoris. La date de 1657 ne con- 
vient pas pour notre Alaret ou plutôt d' Alaret. Le dWlaret aucjuel 
Pierre Borel fait hommage de son volume pourrait être, d'après 
M. Gartailhac, non l'auteur des vers languedociens imprimés plus 
loin, mais son père, licencié en médecine en 1627, qui avait une 
quinzaine d'années de plus c^ue son renommé confrère de Gastres, 
le savant docteur Borel. 



26f) WNVLES ni MIDI. 

Jamay noiin crcsc pas d'aue f'ach (?) autre estât, 
Jamay noun ay mangat que perdises et tartos, 
Jamay noun ay agut que un cop las febres quartes (sic), 
Jamay noun ay pougut faire de carrcstat. 

Jamay noun lornc fa de débauches pareilles, 
Jamay noun jogue pas jusques à las aureilles, 
J.inia) noun sortiray gaire be de l'housteau; 

Jamay noun aymaray l'enne, p..o, ny iille ; 
Jamay noun vole pas arboura la vedillc' : 
Janiav noun m'ausiran dire nv faire mau. 



11 



.lamay noun a\ gastat ol\ ni ma\ caridelles 
l'er estudia lou gra^c, rhel)rieu ny lou latin, 
.l;iinay noun ai veillai ny vespre ny malin 
Pcr retenc (|uicon dins ma lourde cervelle. 

Ce you baihouille en vers mon humour m'y apelle, 
Cftmme un fantasque esprit de faire lou lutin ; 
I/on noun pot évita soun malheureux destin, 
l/igiiourence embe ion n'es pas cause nouvelle. 

Jou noun soui pas tant fat de me creire entendut. 
Mais tau qu'oun vaudra pas las bragues d'un |)endut 
Fara de mous sonnets et de mous vers letieire. 

'i'outefcs s'a de sen, avant que s'en trufa 
Tasche permiciramenl au mens de million i',\ 
Va piei monquf se prou de ma limr groiissieire. 

I. I.a \c(lili,, ipiclinl Trcsar du lV'lil)rij^c > <'sl le n(inil)ril ri sans 
(lonic iMic ,nili(> |);iilie (In corps. 



COMPTES RENDUS CRITIOUES 



Les Joies du Gai Savoir, recueil de poésies couron- 
nées par le Consistoire de la Gaie Science (132/4-1 /|8/i), 
publié avec la traduction de ,I.-B. Noulkt, revue et 
corrigée, une introduction, des notes et un glossaire 
par Alfred Jeanrov, professeur à l'Université de Paris. 
Toulouse, imprimerie et librairie Edouard Privât, 
191 4 ; in-8" de xx\-322 pages [nihliol/ièqiie inéi-idionale, 
V^ série, t. \VI|. 

M. A. Jeanrov a voulu remcltro en circnlation un livre de- 
venu aujourd'hui introuvable et qui pour son époque fut une 
très bonne ])ublication. Les Joies du Gai Savoir ont été d'abord 
éditées par cet érudit si sûr et si dévoué à nos éludes que 
fut J.-B. Noulet. Noulet était un de ces excellents autodi- 
dactes, à qui il n'avait manqué que d'avoir, au temps de la for- 
mation de leur esprit, de bons maîtres et des instruments de 
travail. Ils n'abondaient pas, ni les uns ni les autres, du moins 
pour ce qui est de la philologie romane, vers 18:20 ou i83o. 
Aussi y avait-il des lacunes tlans l'éducation philologique de 
notre romaniste; mais il y suppléa par des lectures nom- 
breuses et des travaux minutieux; il axait une belle bibliothè- 
que romane, qui se dispersa aux quatre coins, sans qu'aucune 
société, compagnie ou corps méridional essayât de la letcnir. 
Il ne fut jamais de l'Académie... des Jeux Floraux, et pourtant 
c'est lui qui aurait dvi éditer les Lcys d'Amors, aux lieu et place 
de Gatien-Arnoult, qui était moins bien préparé que Noulet h 
cette publication. Un de nos amis, M. F. de Gélis, a accjuis 
l'exemplaire des Leys d'Amors qui ;i appartenu à \oulet : de 
nombreuses notes et corrections montrent combien ce profes- 
seur de pharmacie avait le sens de la philologie romane. 



262 A>>ALES DU MIDI. 

Ce qui le montre encore, c'est l'éloge que M. Jeanroy fait de 
sa traduction des Joies du Gai Savoir : « Quant à la traduction, 
j'ai cru devoir la conserver dans son ensemble; elle est d'une 
littéralité systématique, parfois un peu déconcertante, mais 
non sans charme, laquelle, au surplus, était seule propre à 
rendre une pensée si souvent incertaine, confuse et presque 
inexistante. Je me suis borné à remplacer quel([ues expressions 
trop archaïques ou inexactes et à effacer les contresens, » (P. 11.) 
Tel est l'hommage justifié rendu par M. A. Jeanroy à son pré- 
décesseur. 

La nouvelle édition se recommande par des améliorations très 
sensibles apportées au texte et par l'élimination des contresens 
que Noulet n'avait pas toujours su éviter. Une préface un peu 
brève peut-être nous fait connaître ce qu'il est nécessaire de 
savoir avant d'aborder la lecture des Joies. Le texte est sensi- 
blement amélioré, avons-nous dit; il semble qu'il pourrait l'être 
encore davantage par une collation minutieuse du manuscrit; 
nous avons collationné (juelques-unos des pièces (nous avons 
pris celles du début, exactement les six premières); nous don- 
nons ci-après le résultat de notre étude, en signalant les lectu- 
res douteuses; il n'est pas d'ailleurs dans notre intention 
de diminuer, par ces critiques de détail, les mérites du nou- 
vel éditeur ni ceux de l'ancien; c'est plutôt un complément, 
au moins pour- ces six premières pièces, à leur édition. 

Préface, p. II. Le ms. est en parchemin et appartient à la 
bibliothèque de l'Académie des Jeux Floraux; 1, 2 de la note 3 
de la p. I, il manque les cliifl'res des centaines : MflGCLXXXX. 

P, V, n. 3, Au-dessus du dessin représentant une femme, 
qui se trouve à la ]>. i (hi ms, , on lit, /), Gl (écriture plus ré- 
cente que celle du ms,; elle pourrait être du xvii° siècle ou du 
XVI" î»); or i\ la p. ()i de la pagination primitive se trouve la 
Dansa de Nostra Dana : Palays de (/raid excellensa; c'est sans 
doute ce haut personnage que l'apprenti dessinateur a voulu 
représenter avec une gaucherie parfaite. 

P. \ 1. Deuxième lislc des maiuteneurs : le ms, porle M" 
conslaninient; je crois (pi'il faut mainlrnir M" cl non pas M', 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 263 

et entendre Mossen, comme il est écrit en (ouïes hllres au 
document suivant. En ce qui concerne ce dociiineiil, le ms. me 
paraît porter : dillalz (\. 5), ([uoique le premier/ soit moins tiaut 
que l'autre, et yj/'nnerament (1. 6) au lieu de preinu-rnineiil. 
Capitol (1. 3) est écrit en interligne. 

P. Vil, haut de la page, ligne 2 ."je n'ai pu lire sur le ms. 
que qiiada; si an existe, il est invisible aujourd'hui par suite 
de la reliure. M. de Gélis lil (Ilhl. crit. des Jeux Floraux, 
p. 343) quad'an. 

P. VIll, n. I. Titre : cominaliva est sûr; je lis ensuite istruc- 
liva plutôt que eslructiva; v. 2, le ms. a niesatger, avec une 
seule s; v. 5, crldec ms.; v. i3, le ms. a seii; le sens n'en est 
pas d'ailleurs plus clair, mais j'exclurais census; v. ll^, il sem- 
ble qu'on ait d'abord écrit nol, corrigé en nô par le grattage de / 
et l'addition du tilde; v. 19, le ms. a guarnir; y. 21, le ms. a, 
sauf erreur, nos pas (au lieu de nos par) que j'interprète no's 
pas = no[n] es pas; v. 23, no hy, le ms. a noy ; les deux derniers 
vers sont écrits en caractères plus gros. 

Dans la pièce 1 du recueil, publiée d'abord par Noulet et 
ensuite par Chabaneau et Noulet, j'écrirais avec les précédents 
éditeurs : Verges ses par de plazensa (à la strophe II) sans vir- 
gule après Verges et Regina dels sels d'ondransa (st. III) sans 
virgule après sels : Verges ses par et Regina dels sels me parais- 
sent former de véritables noms composés qui peuvent avoir 
un complément déterminatif. La traduction de nierce par 
merci (v. f\, 64), qui se retrouve chez les deux traducteurs, 
prête à la confusion, d'autant que la tournure -.Je vous prie 
que merci m'ayez ne pallie pas ce défaut par son élégance. 
Quant à la traduction : aussi vrai que je suis octroyé là où 
vertu est octroyée, qui remonte à Noulet sauf les trois premiers 
mots, elle n'est pas heureuse non plus. 

Dans la pièce n° II, M. A. Jeanroy a aussi gardé la traduction 
i\oulet en rectifiant quelques erreurs (i" strophe) ou faux sens, 
mais ceux-ci peu nombreux. La strophe III est identique dans 
les deux traductions et la strophe IV présente peu de change- 
ments. La traduction Noulet du vers 23 {que l'ennui le cœur me 
gâte) me paraît meilleure (sauf ennui) dans sa littéralité que 



■J.(]^\ ANNALES Dl MIDI. 

celle du nouvel (klilour {fjuc la pà/)ioiso/t le cœur me trouble). 
A la deuxième strophe, Chabaneau hésitait entre esserca, sub- 
jonctif de exercir, o\ esserca, indicatif présent de essercar; 
M. Jeanroy adopte la [)remière hypothèse et traduit par « que 
j'exerce le droit »; le sens ne me satisfait pas; de plus, il faut 
corriger clreg: en dreg ; enfin, le subjonctif esserca de exercir 
me paraît peu assuré; je ne connais que exercisca (dans Ray- 
nouard, Lex. Rom.), forme inclioative; j'aimerais donc mieux 
traduire : que le droil [d'amour?] recherche. 

Dans la pièce 111, au titre, le ms. porte non pas ex-capitol, 
forme qui ne doit pas être de l'époque, mais cavalier (oublié) 
HE CAPITOL, V. i8, le ms. a prendem. Au v. ^j, la lecture ne 
me paraît i)as douteuse; paléographiquement il est impos- 
sible de lire perl ; pot me paraît seul lisible. Y. 29, avant 
naut on a bairé man; à la fin du vers le scribe a écrit, par 
erreur, tôba (avec /) qui est très lisil)le. Si au v. 02 on con- 
serve la leçon du ms., on pourrait entendre : si bien que il 
(c.-à.-d. l'ave/-) nous met dana la tombe. V. l^-j, ou, faute de lec- 
ture ou d'impression pour on, leçon du ms. 

Pièce IV : la collation du ms. indique des corrections ; pour 
l'année, sauf erreur, je lis MCCCLVI (au lieu de MCCCLV). 
V. (), le z de declaratz est gratté, mais il est encore bien visible; 
on avait d'abord écrit ray declaratz, on a ensuite corrigé rays 
déclarât. A . 10, quar <'sl écrit de la même encre que senes (cor- 
rection i)Ostérieure au texte). V. i4, la leçon piimilive est liinh ; 
une main récente a corrigé en nuh (et non nulz, comme il est 
dit), h finale de lunh étant maintenue. \ . 17, le ms. a bonlatz 
et non bontat. \ . -ÏA . a\an! f/uanjos on a\ail écrit yau , rayé 
ensuite. \ . 'A-. /o.v, le ms. a t(Ui.s\ \. YA. (( ms. amistal n ; non, il 
y a amislatz. 

\. En marge le ms. porte la mention r, d. ati début de 
chaque strophe de canso ou de dansa. Cette mention cesse après 
la strophe VIII. V. id, le / de deduyt a été ajouté après coup; 
V. 17, le second o da joyos au-dessus du mot; v. 19, amors, 
s est ajoutée; qucn est dans le ms. que avec tilde ajouté de la 
môme main qui a l'ail les autres corrections. V. /|2, .s'as(U/ua 
est bien traduit an g|(is«;aiie par ar/-nser; le p.iinl d'inlerroga- 



COMPTES RENDUS CHITIQLFS. 205 

tiou de la traduction est inutile. V. ôo, écrire ijue-tis au lieu de 
que vos; v. 5i-5a, les mots don cascus deu ont été aussi refaits; 
entre deu et vos on pourrait lire peut-être en ou es de l'ancien 
texte. V.b8,joves est une correction intéressanle du nouvel édi- 
teur, qui rappellerait un passage de H. de Harbe/ienx. V. .^)9, 
je lis beulat dans le mantiscrit, et je crois que c'est la vraie 
leçon. 

VI, 3. Lire on s'abitet (pronominal) •* ^^ tj, sauf erreur de ma 
part, le ms. a soffric. V. 8, les trois derniers mots sont écrits 
sur trois mots grattés'. 

Pièce Vil, V. 3, 1. pojat ; v. ^'i, arbe (avec dissimilation) doit-il 
être maintenu? V. lo, trop vils me paraît se rapporter au sujet, 
non au régime. V. 33. Umililat, \h et ailleurs, me paraît devoir 
être plutôt traduit par miséricorde: il y a quelque part une 
observation de Cliabaneau sur ce sens de humilitat en parlant 
de Dieu et de la Vierge; mais je n'ai pu retrouver le passage; 
à la pièce \XI, v. 5, hiuniel est bien traduit par bienveillante. 

VIII, ai-aS. Maior. hotraciigar ; j'aimerais mieux unifier la 
graphie duj; cf. p. 1V^ de l'introduction : « plusieurs emploient 
\ej, mais sans lui donner, semble-t-il, une valeur particulière. » 
Si le j n'était pas en i373 le j actuel (français), il n'était sûre- 
ment ni i ni y : cf. au v. 53 reihovenir, et IX, 39, venyansa, etc. 

IX, la, lire nous; v. 34, pourquoi un point d'interrogation 
dans la traduction? Ce n'est plus un duché, il n'existe plus 
comme duché, car il ne vous reconnaît plus, mais il désire très 
fort le roi français. V. Z»6, lire c'um. 

XII, 10. Corr. tot[:]. 



I. On remarque des corrections assez nombreuses dans les sus- 
criptions des pièces : des noms propres sont écrits d'une encre plus 
récente sur un texte plus ancien gratté (ou simplement effacé par le 
temps?). Si cette restauration n'a eu pour but que de rendre plus 
lisibles des textes qui ne l'étaient plus guère, l'intention l'ut bonne 
et la restauration beureuse. Mais si par hasard quelques-unes de 
ces corrections étaient dues à un faussaire-' Ce ne serait pas la pre- 
mière fois qu'un manuscrit pourrait dire, comme un de ceux que 
de Hailze a annotés à la Bibl. Méjanes : Super dorsuin ineain fabrica- 
veninl peccalam. Je pense plus particulièrement à la pièce MU, qui 
se trouve dans deux manuscrits avec une attribution difl'érente. 

ANN.\LES DU MIDI. \\I\. l8 



206 ANNALES DU MIDI. 

XVI, II. Lire totz estrems. Cf. XXV, 21, per toutz estrernps. 

XVI, 7. Laupart avait été écrit d'abord Laupardt, puis d a 
été effacé; il semble que a ici et au v. i5 ait été corrigé en e : 
au V. 43 la correction (par suite d'un grattage) est sûre; v. aS le 
nis. a leupart, v. 3i et 89 également : leuparl est donc la forme 
attestée. 

XIX, V. 3. Remplacer le point par une virgule. 

XXI, 7. La forme tiau (p. lieu) est intéressante, comme pas- 
sage de la triphtongue ieu protonique à iaii. V. 34- La traduc- 
tion littérale : Toulouse csl elle de grand conforl (qui est d'ail- 
leurs de Noulet) n'est pas des plus heureuses. 

XXIII. Titre, traduction : carmina erant de re nova est traduit 
par étaienl chose nouvelle, ce qui n'est pas très exact. Y. 42, 
lire isla. 

XXIV, 49- Le ms. porte non pas a calobre cru, mais Icalobre 
cru, que l'on peut conserver en faisant de / l'article appuyé; 
l'article peut être employé dans les invocations ou exclama- 
lions : cf. XI, 2, a î'05 reclam, la Regina plasenl. 

XXVII, titre. Il manque un C au millésime. V. 87, j'entends 
provesio comme apposition au v. 34. A la lornada (traduction) 
ajouter le nom de Bernard Arnaut, après qu'il lui souvienne. 

XXIX, 4- Je lis myljh dans le ms. au lieu de niynh. 

XXXIV, 3o. Corrigez niiligara. 

XXXV, V. 4- Je ne crois pas que la traduction (qui est de 
Noulet) soit exacte : gen est un masculin (cf. genta au v. i4) 
qui doit se rapporter à capilol : « je veux montrer que chaque 
capitoul est noble par une vertu. » Sir. II (trad.) honnéle parleur 
(pour des Toulousains !), honnêteté... pkdsanle (qui sont aussi 
de Noulet) sont des traductions plutôt faibles. 

XXXV, V. 27 {den) lire dea. 

XXXVII, 37. Le"ms. n'a pas cslrey, mais ,s^//y'_v avec le signe 
de l'abréviation de n au-dessus de ey. 

LX, i4 : C(^/'/r///a ; je crois (pi'oii peut arriver au sens de secou- 
rable, fidèle, qui n'abandonne pas les pécheurs, par l'intermé- 
diaire de : sûre, à qui on fie s'adresse pas en vain; les exemples 
donnés par Levy, S. W., ou du moins celui tiré de Guiraut Ri- 
quier(7i, 1 54) et appliqué à la Vierge, peuvent s'expliquer ainsi. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 267 

LXI, 17. Il vaudrait mieux écrire melré (avec un accent) 
comme cela a été fait ailleurs, clans le volume, pour faciliter la 
lecture. Cf. XV, 10, où la graphie (jiie dire poui- ({xc dire a fait 
d'abord tromper le traducteur (corrigé [). "^98). 

P. 394. Si A/o.s- Casteh est un se/thal, comme le veut Cliaba- 
neau, il est le sujet de iibrisca (et non de iifrisca, comme il est 
dit par erreur), qui n'a pas besoin de régime direct, surtout 
avec un pronom régime indirect. 

P. 294. « Cet auteur gagna la violette en i333 ». Dans l'éd. 
Noulet des Joyas il est dit i333; tlans Deux mnnnscrils il y 
a i33o. 

Note à Y, 44 : c'est ''/ qu'il faut lire; j'entendrais : non par 
une paire de rimes (sens ordinaire de an au pluriel), c'est-A-dire, 
non simplement, mais par une coupe nouvelle, etc. L'auteur 
veut insister sur l'honneur (ju'il rend à la Vierge en employant 
pour la chanter une forme métrique compliquée; nous sommes 
loin de la simplicité du Tonibeor lYoslre Dame. 

Note à VII, 65-68. Il n'est peut-être pas nécessaire de corri- 
ger po/'/a/-a en portaras : on jieut entendre : mon rers courlois 
me portera, c.-h-d. portera mon /lo/n; l'allusion à un jongleur, 
même lictif, me paraît peu vraisemblable à cette époque. Peut- 
être aussi pourrait-on corriger : m'emportara, puisque le poète 
désire (v. i) c{ue son poème soit entendu des chevaliers (qui 
pourraient aller à la croisade). 

Note à X, 44 : j'entendrais gitar au sens de déliorer, qu'il a 
souvent (Levy, S\ W.), et je remplacerais demensa, inconnu, 
par temensa : délivrer de sa crainte, ne pas avoir j)eur du 
démon, ce qui correspond assez bien à indacere in tentationem. 

Au glossaire je relève altisme traduit par ciel, tandis que 
dans la traduction de la pièce il y a Très-haut; à cossena se 
trouve le renvoi à LXV. 58, c'est LXVll, 60 qu'il faut lire; 
cossena est d'ailleurs le matelas (de plume) ou la couette 
(comme il est traduit au glossaire) plutôt que le lit de plume. 

Une fâcheuse erreur de typographie a interverti une partie 
des deux listes de lauréats (ordre alphabétique et ordre chro- 
nologique). 



268 ANNALES DU MIDI. 

M. Jeanroy n'a pas voulu faire une étude grammaticale de ces 
textes, et on ne peut lui en faire un reproche, car il faudrait 
que les Leys aient été auparavant mieux étudiées au point de 
vue grammatical. Cependant un relevé des formes les plus in- 
téressantes de la morphologie, de la phonétique et de la syn- 
taxe, comme l'a fait Chabaneau pour ses Deux manuscrils, au- 
rait été le bienvenu. Pour la syntaxe on remarque de nombreux 
emplois de la conjugaison périphraslique de esser avec un par- 
ticipe présent, ainsi que de el neutre devant les impersonnels. 
Pour la phonétique je note l'emploi fréquent de ou pour o 
fermé; dans le manuscrit inédit des Leijs d'Amors ou du copiste 
est ordinairement corrigé en o par exponcluation de u. En ce 
qui concerne la morphologie, M. Jeanroy relève des formes 
verbales fort étranges (p. XXVIII, n. i). 

11 est quelque peu exagéré de qualifier (p. XXYIII, n. 4) de 
« remarquable » le travail de Lienigaurla grammaire des Leys 
d'Amors (Thèse de Breslau, 1890), Cette thèse comprend une 
brève étude sur les relations des Leys avec les Razos de Irobar 
et le Donatz et la « phonétique » des Leys \ 

11 y a des gallicismes dans ces poésies et l'éditeur on a noté 
(pielques-uns au glossaire, sans les distinguer d'ailleurs des 
autres mots. Il aurait été bon de relever dans un tableau d'en- 
semble — (|ui n'aurait pas été trop long — ces différents 
gallicismes, lexicologiques ou syntaxiques (emploi de el pour // 
neutre sujet d'un verbe impersonnel, etc). 11 y a là des élé- 
ments intéressants pour l'histoire de l'influence de la langue 
d'oïl sur la langue d'oc, si l'on songe surtout que tous les ri- 
meurs qui ont leur place au recueil devraient avoir le souci, 
conformément aux préceptes des Leys, de parler une langue 
assez pure. 

11 y aurait encore matière à un nouveau volume de poésies 
toulousaines ou se rattachant au Gai-Savoir. Il faudrait réunir 
dans un même recueil les poésies du manuscrit de Barcelone 

I. Die Graininalik der provenzalischen Leys d'Amors verglichen mil 
der Sprache der Troubadours. Breslau, Wiltielm Kœbner. 82 p. -h 2 pa- 
ges (Vita et Thesen). Le travail complet comprend iir» pages. La 
Morphologie n'a jamais paru. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 2G9 

déjà publiées, dans les Annales, par M. Massô Torrents; il fau- 
drait y joindre, après collation, les poésies contenues dans la 
rédaction des Leys publiée par Gatien-Arnoult et les poésies 
religieuses qui se trouvent dans la deuxième rédaction et que 
nous publions d'autre part; le tout ferait un volume qui ne 
serait pas de même nature que celui-ci, mais qui l'emporterait 
sur lui en intérêt, et quelquefois en poésie. Avec le recueil pu- 
blié par Chabaneau et Noulet et avec les Joies du Gai-Savoir 
nous aurions ainsi en trois volumes les produits de la muse 
toulousaine aux xiv" et xv' siècles. Toulouse est la seule ville 
du Midi qui puisse présenter, pendant cette période, une telle 
production ; ce sont les faits qui louent et non les paroles. 

P. XVll et ibid., n. i. M. Jeanroy reproche au rédacteur ou 
aux rédacteurs des Leys de ne pas connaître les « bons et an- 
ciens troubadours » auxquels ils se réfèrent assez souvent; « ils 
les ignorent manifestement; le seul qu'ils citent, At de Mons, 
est presque leur contemporain », etc. En fait, il y a au moins 
deux autres troubadours cités par leur nom dans les Leys : c'est 
Riambaa {Leys, \, 334), qui est Rambaut de Vaqueiras, dont 
nous avons ici la dernière strophe du descort « polyglotte » et 
Arnaut Daniel, dont le début de la sextine est cité, t. lll, 
p. 33o (deux premiers vers). 

En dehors de ces grands noms, le rédacteur en connaissait 
d'autres, si l'on en juge par une page intéressante (lll, 286) où 
sont cités trois débuts de chanson : la première est la chanson 
de Peire Vidal, Si col paubres que jay el rie hostal; la deuxième 
est la jolie pièce de Rigaut de Barbezieux, Atressi coin l'ori- 
fanz. Concurremment avec cette dernière, Guilhem Molinier 
en cite une autre dont je n'ai pas su retrouver l'auteur' : Atressi 

I. Grœbcr {LiedersainmUimjen der Troubadours, p. 648), à qui 
échappe d'ailleurs la pièce de I\igaut de Barbezieux, ne parle pas de 
cette pièce, pas plus que Barlsch, dont j'ai eu en mains l'exemplaire 
des Leys. M. Jeanroy a été plus heureux que nous trois réunis. Ce 
n'est pas une poésie provençale, m'écrit-il, « c'est le début légère- 
ment altéré d'une chanson célèbre de Thibaut de Champagne (Ainsi 
coni Vimicorne sai). Et voilà bien un éloquent témoignage de la fami- 
liarité du rédacteur des Leys avec les œuvres de bos et antics troba- 



2-0 ANXALES DL MIDI. 

coin riinicorns. Elle parait se lapporler à un gioupe de chan- 
sons qui auraient été faites sur le modèle de celles de Higaut 
de Barbezieux on du moins qui auiaient emprunté au gentil 
troubadour saintongeais son goût prononcé pour les compa- 
raisons'. 

Il m'a même semblé reconnaître dans un passage des Leys 
commeun écho d'une pièce célèbre de Peire Cardenal : c'estlc sir- 
ventés Li clerc se /(inpastor — E son ancizedor, avec l'allusion à 
Isengrin ; cf. Leys, 111, 206 : Paeys que releiio li pastor — Iffici 
de lop rciuhador — .1 cuy poirem d'iieimays entendre — Per 
nostrns ocelhas defe/idre. 11 se peut qu'il n'y ait là qu'une coïn- 
cidence et que ces métaphores fussent devenues communes; 
mais j'inclinerais assez à croire qu'il y a là un écho de 
Peirc Cardenal, dont le souvenir parait être resté vivant à 
Toulouse, comme le prouveraient peut-être l'attribution au 
troubadour du Puy de la ]\'rsa de Raimon de Cornet et la 
mention qu'en fait celui-ci dans sou Doctrinal {\ . '|io)". 



docf.! » La (rouvaillc de M. .Jeanroy est inlércssanle. i^eut-ètre d'ail- 
leurs la pièce était-elle réellement de Rigaut de Barbezieux, car elle 
est citée dans les Leys sous une forme provençale un peu différente 
du début de la chanson française. Rigaut de Barbezieux était célèbre 
par SOS comparaisons, et/on lui attribua beaucoup de pièces d'autres 
Iroidiadours qui couimcnçaienl par cet artifice de rhétorique. Ce 
troubadour séjourna à la cour de Champagne, vers la fm du 
\u' siècle, il nous reste neuf pièces aullienliques de lui, et une 
soixantaine de Tiiiliaut de Cliainpagne. lise pourrait bien que parmi 
les pièces perdues de Rigaut il s'en trouvât une commençant par 
une comparaison avec la licorne, et que Thibaut lui en eût emprunté 
au moins le début. 

Le lirevinrl d'Amov cormait quatre poésies de 'fhibaut de (Ihaui 
pagne, mais non celle ci. Ajoutons, en ce qui concerne l'auteur de 
Leys, qu'il connaissait les troubadours par l'anthologie (pii se 
trouve dans le Brcviari (iAmnr : il y a des allusions au Breviari dans 
les Leys ; I, 138; III, lo'i. 

I. De ce nombre est celle do Peirc de Cols d'Aurillac, (jue l'on 
trouvera dans notre édition de Rigaut de Barbezieux, actuellement 
sous presse. 

•j. (If. pour d'autres imitations de l'eire Cardenal par R. de 
Cornet : (liiabaneau. Deux manuscrits, p. \\\\ . Il se pourrait aussi 
(el cela me |iaiaît même plus viaisemblablei, (ju'il y eût ici wn écho 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 27 1 

Quoi qu'il en soit de cette supposition, il est étrange que le 
rédacteur des Leys, qui connaissait les «anciens troubadours», 
ne les ait pas cités plus souvent, et qu'il donne ainsi l'impres- 
sion qu'il ne les connaissait pas. 

Il est probable que le rédacteur des Leys et ses collaborateurs 
ne trouvaient pas chez ces anciens troubadours des «exemples» 
qui convinssent à leurs idées morales ou religieuses. Et peut- 
être, plutôt que de choquer leurs confrères du Consistoire ou 
les lecteurs auxquels étaient destinés leurs préceptes, ont-ils 
mieux aimé composer eux-mêmes leurs « exemples » dans le 
ton terne et médiocre qui leur convenait que d'emprunter à 
Arnaut Daniel, à Rambaut de Vaqueiras, à Peire Vidal ou à 
Rigaut de Barbezieux quel(|ues-unes de leurs plus jolies stro- 
phes. 

Nous reviendrons, pour terminer, sur quelques pages de la 
Préface où M. Jeanroy a exprimé son opinion sur le mérite 
littéraire des poésies qu'il vient de rééditer. M. Jeanroy est 
sévère pour ces rimeurs, et quand on a lu ces textes, on partage 
sa sévérité. Pendant ces centsoixante ans de coTicours académi- 
ques, il semble qu'il n'y ait pas eu un seul poète, ce qui prouverait 
l'inutilité des concours et même, peut-être, des Académies, si 
on ne le savait par d'autres exemples. 

C'est que la poésie méridionale n'avait pas su ou peut-être 
n'avait pas pu se renouveler. A la fin du xiii^ siècle, avec 
Guiraut Riquier, elle avait jeté un dernier et mélancolique éclat. 
Plusieurs des chansons à la Vierge du troubadour narbonnais 
sont des modèles de grâce et de délicatesse ; les lauréats des 
concours académiques n'eurent aucune de ces deux qualités; 
un pédantisme formaliste, mis au service d'une imagination 
médiocre, est le défaut capital de cette poésie. Je ne crois pas 



d'une pièce fie Guilhem Figueira, .\oni laissarai per paor, où l'on 
trouve les deux vers suivants : 

Vers es que iioslre paslor 
Son tornat lop raubador. 

Le mot ovelhas se trouve, dans la même pièce, au v. 2^. 



2-2 ANNALES DL" MIDI. 

que le milieu où se recrutèrent les candidats au concours soit 
pour beaucoup dans cette médiocrité : la poésie n'est pas lapa- 
nage d'une classe de la société. D'autre part, si les gallicismes 
commencent à s'introduire dans la langue méridionale, cette lan- 
gue reste assez pure encore, et elle était, dès longtemps, assou- 
plie à la poésie la plus subtile et la plus délicate qu'on pût con- 
cevoir alors. L'instrument restait excellent; seuls les bons 
artistes manquaient. 

Ils manquèrent si bien qu'un jour ils abandonnèrent leur 
langue pour écrire en « bon français », comme des écoliers 
sages et studieu>:. Pendant tout le xvi' siècle, il y eut de nou- 
veaux rimeurs et pevi de poètes. Puis vint, à la fui du xvti' siè- 
cle, la transfcjrmation du Collège de Rhétorujue en Académie 
presque française, faite à l'instar de l'autre (avec quatre mem- 
bres en moins, pour bien marquer la liiérarcbie). La langue 
méridionale disparut pendant deux siècles environ des Jeux 
Horaux; les Mainteneurs avaient renoncé, non à leur titre, 
mais à leur devoir. 

Or cette vieille Académie, qui s'est obstinée à vivre pen- 
dant six siècles', a vu reparaître à ses concours, dans ces der- 
nières années, la langue méridionale; ce ne fut pas sans éton- 
nement d'ailleurs, ni sans (quelque réserve un peu dédaigneuse 
qu'elle y fut de nouveau accueillie. Celte langue, (pii elle aussi 
n'avait pas voulu mourir, était maniée cette fois-ci par de 
vrais poètes, bien supérieurs par le talent aux rimeurs des xiv' 
et XV* siècles. Sans doule, on nous présente encore trop sou- 
vent des bouts rimes en guise de poésie; mais au milieu du 
fatras que connaissent tous les concours académiques, il y a 
souvent des pièces remarquables par l'imagination, la >iricé- 
rité, l'émotion, |)ar l'éclal (]u verbe et du r\llimr. en un mol 
par la poésie. 

Les auteurs des Joies du (îai Savoir ont cependant exercé une 
action bienfaisarde : il.-: ont contribué à faire de Toulouse un 
centre littéraire, à une époque où ces centres n'étaient pas très 



I. Cf. les articles de M. .leanroy dans la licnic des l'Yrrnrcs, iyi4, 
3* trimestre rt dans la Revue Bleue {'\, ii, 18 octobre i;)i3). 



COMPTES RKNDLS CRITIQUES. 273 

nombreux; au \vi* siècle de nouveaux foyers se sont allumés, 
en Gascogne, en Provence, ((ui se sont (lé\eloppés au wii' ; 
mais ce sont nos mainteneurs et lauréats toulousains du xiv' et 
du XV' siècles qui avaient « maintenu » la tradition. C'est à ce 
litre qu'ils méritent notre reconnaissance; et ceux-là la méri- 
tent aussi qui, comme M. Jeanroy, nous ont donné l'occasion 
de lire leurs œuvres dans une édition moderne, bien ordonnée 
et accessible à tous, avec une bonne traduction, qui permettra 
aux plus déracinés de nos compatriotes de suivre de près le 
texte; souhaitons-lui, comme à l'édition Noulet, introuvable 
aujourd'hui, d'avoir beaucoup de lecteurs, dans tous les milieux 
et dans toutes les Compagnies dont s'enorgueillit, et à juste 
titre, eucore aujourd'hui, la « nobla cieutat de Tholosa ». 

J. A?JGLADE. 



Jean de Jalrgain. L'Évêché de Bayonne et les 
légendes de saint Léon. Étude critique. Sainl- 
Jean-de-Luz, Béguet, 1917; in-8" de 102 pages. 

L'origine de l'évêché de Bayonne est un de ces obscurs pro- 
blèmes qui depuis des siècles défient la science des érudits du 
Sud-Ouest gascon. Nous avons ici aux prises deux des princi- 
pales solutions proposées dans ces derniers temps. Du moins 
l'auteur de la présente brochure s'essaie à faire prévaloir la 
sienne à rencontre de_^celle qu'a soutenue, en lyoi, M. l'abbé 
Dubarat dans la préface de sa réédition du Missel de Bayonne 
de iôfiS. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui que M. de Jaurgaiu a pris position 
sur ce terrain. Voilà quelque vingt ans que dans son premier 
volume de La Vasconie (Pau, i8()8) il attribuait la fondation 
de ce diocèse à Sanche le Grand, roi de Navarre, qui l'aurait créé 
vers io3o aux dépens des diocèses de Pampelune et de Dax. 
S'il y revient aujourd'hui, presque sans rajeunir sa démonstra- 
tion d'hier, c'est uniquement, nous dit-il, ])Our répondre à 
M. Joseph Bédier, qui dans ses Légendes épiques s'est rangé à 
l'avis de M. Dubarat, tout opposé à celui de M. de J. sur la \a- 



274 ANNALES DU MIDI. 

leur de deux documents dont il est fait grand état dans cette 
discussion. FA le voilà amené à reprendre de bout à fond la 
réfutation de la thèse de M. Dubarat pour qui le diocèse de 
Bavonne aurait pris naissance à la fin du v" siècle ou au début 
du VI'. 

Sans vouloir prendre parti dans le débat, il n'y a que justice 
à reconnaître la vaste science dont fait preuve ici M. de J. On y 
retrouve toute l'abondance d'information qu'on pouvait atten- 
dre de l'érudit qui depuis plus d'un quart de siècle s'est voué à 
l'étude des familles seigneuriales de la Gascogne médiévale. 
Mais pourquoi n'apporte-t-il pas autant de pénétration dans sa 
critique et de circonspection dans sa méthode? 

Car je veux bien supposer qu'il n'a manqué que de circons- 
pection dans la chicane qu'il fait à son adversaire, dès les pre- 
mières pages, à propos du parti que celui-ci a tiré du passage 
du traité d'Andelot (Greg. Tur., fl. F., IX, 20) où Bayonne 
figure avec une dizaine d'autres civitates, M. de J. lui oppose 
une longue citation de A. Jacobs d'où il appert que, dans Gré- 
goire de Touis, le mot civitas désigne tantôt une ville, tantôt 
son territoire. Mais cela n'a rien à voir dans le débat présent. 
Ce qui est en question entre M. de J. et M. Dubarat, c'est de 
savoir si le mot civUas appliqué à Bayonne ne désigne pas là, 
comme pour les autres localités, une cité ou circonscription 
épiscopale. Jacobs répond à cette question, dans la page citée, 
quelques lignes plus bas, et M. de J. ne l'ignorait pas (cf. Vns- 
conie, I, 435) ; mais je ne sais comment il néglige de le voir ou 
du moins de nous le dire. 11 coupe sa citation au bon endroit. 
Je la continue })Our lui : « Les expressions rivitns, urbs, oppi- 
d(ini sont donc IVécpiemmenl mêlées, surtout les deux premiè- 
res. Remarf|uons toutefois que la confusion a ses limites : les 
'leiix premiers de ces mots désigne/il des r il les épiscopnles, cl il 
n y a tjne de 1res rares dérogations à celle sorte de règle impo- 
sée par l'habitude au langage désordonné de l'époque méro- 
vingienne. » C'est moi qui souligne. 

I n autre texte dont la discussion arrête tout aussi long- 
t<ni|i'> M. (Ir ,1. rs( (("lui (|u'il ii|)|)(>IIe une o ])seud()-bulle « de 
J'"""'''' "• ''l il lie craini pas de dire que si elle était anihcn- 



COMPTES REXDUS CRITIQUES. 270 

ti(juc « l'origine de ré\èclic de Bayonne serait antérieure o à 
l'époque qu'il lui assigne lui-même. Or j'en suis bien fàclié 
pour sa thèse, cette bulle est authentique. 

Pour « lui enlever toute autorité », M. de J. croit qu'il lui 
suffît « d'en retenir les phrases finales ». En bonne critique, 
le procédé est peut-être un peu sommaire. Mais passons. Contre 
ces « phrases finales », M. de J. n'a en somme à objecter 
qu'une erreur de date, mcgvi pour mcvi ou plutôt mgv ; mais 
le nom du pape, la date de son pontificat et l'indiction nette- 
ment indiqués imposent et justifient la correction de cette 
erreur, due évidemment à l'inadvertance d'un copiste, car 
cette bulle ne nous est connue que par une copie de la fin du 
xiii" siècle. M. de J. lui-même reconnaît que « cette erreur 
dans l'année n'a qu'un intérêt tout à fait secondaire » et 
que le faussaire « qui l'a fabriquée eut certainement sous 
les yeux une bulle authentique du même pape ». Mais 
M. de J. a trouvé tout de même un bon moyen de dépister 
sa supercherie. « On ne s'avise pas de tout, dit-il, il ne sut pas 
discerner que le 5 des ides d'avril de la sixième année du pon- 
tificat de Pascal II... tombait un dimanche, et je doute fort que 
ce souverain pontife eût choisi un jour consacré au Seigneur 
pour fulminer une bulle... » J'ai le regret de dire à M. de J. 
que son doute est sans fondement. 11 n'a qu'à ouvrir les /?e^t'A'/a 
Ponlljicuni Romanorum de Pb. Jaffé (2' édit.), qui ne lui est 
pas inconnu, nous le savons; il trouvera que l'année iio5 du 
Regestum de Pascal II s'ouvre justement par deux bulles (600Z1, 
6oo5) « fulminées » le premier dimanche de janvier et se clôt 
par une bulle (6o56) également « fiilminée » un dimanche. Il 
pourra encore constater là que Jaifé, ([ui a connu la bulle de 
Pascal H, n'a eu aucun doute sur son authenticité. Après lui 
avoir fait subir la simple relouche mentionnée plus haut (iioô 
pour i2o(j), il l'a admise dans son recueil (n° 6024), où elle s'in- 
sère très bien dans l'itinéraire connu de Pascal 11 et dans la série 
des noms de ses secrétaires. A pousser son examen sur le texte 
même de la bulle, M. de J. aurait pu voir qu'en dehors de la 
pseudo-charte d'Arsius, texte de provenance bayonnaise, qu'elle 
s'incorpore, cette bulle se conforme rigoureusement aux lois du 



276 ANNALES DU MIDI. 

Cursus rvllimique, généralement peu connues des faussaires 
postérieurs. Pour achever sa conviction, il n'aura qu'à lire dans 
le Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse (édit. C. Douais, Tou- 
louse, 1887, p. 478) une autre bulle de Pascal II publiée d'après 
l'original encore existant et absolument semblable presque mot 
pour mot à celle de Bayonne, sauf naturellement l'élément 
local, ici les possessions de Saint-Sernin, là celles de l'église de 
Bayonne (même uicipit dans les deux : slcut itijusta petentihus . . . 
non esl diffevenda petitio, etc. 11 resterait à voir comment un 
document faux comme la charte d'Arsius a pu trouver place 
dans une bulle authentique. Mais cette question n'en est pas 
une pour M. de J. lui-même, qui rapporte et fait sien (p. 78) 
le mot de M. Dubarat « que le Saint-Siège... rédige d'ordinaire 
les bulles et les brefs d'après la teneur des suppliques qu'on 
lui adresse ». . 

Même quand il en admet l'authenticité, M. de J. a parfois 
une façon de traiter les textes vraiment déconcertante. Dans 
l'extrait d'un nécrologe de Saint-Sernin de Toulouse copié par 
dom Estiennot et publié dans VHistoire de Languedoc (IV, 523j, 
on lit : (( Eodeni die [II non. Febr.], ohlit Bonuspuer cpiscopus 
Lapurdensls. » Sous prétexte que « ce prénom est inconnu », 
M. de J. déclare (|ue Bonuspuer est « certainement une faute 
de lecture », qu'il faut y substituer Bompart. Et cet « évêque », 
ainsi dépouillé de son nom, est pourvu en revanche de tout un 
élat-ci\il. il devient cousin d'un comte de Lavedan et d'un 
vicoirite de Soûle, « prieur de Madiran vers le commencement 
de 10.S7 », évêque de Bayonne le 28 décembre 10,58 et meurt 
le \ février io.h). Et tout cela est tiré de l'identification du 
Boniisj)ucr du nécrologe de Saitil-Seinin avec un Bonus Par, 
au(piel il est consacré quelques lignes dans les Init'ui Madiren- 
sis inonnslerii publiés par dom Marlène (Thés. Anecd.. 1717) et 
cités par M. de .1. d 'a})rcs un niaïuiscrit d'Oihénart ! Or lieu ne 
permet d'établir celle identification, el tout concourt à la faire 
rejeter. Du Bonus Par de Madiran, nous savons seulement 
(pi'il se fait moine ou à peu près (qualenus, ahjectn nuplinll 
(•()j)iilu, rudcrci sihi harlxini cl capitl el induerci se reslinienlis 
Sfuidis) sur le lard, à la demande duii sien cousin Sanchc, 



COMPTES RE^DLS CRITIQUKS. 277 

(ini veut lui Inisser son monastère. Une fois à la lèlc de celte 
maison, rien ne nous apprend qu'il l'ail ([uitléc. Au contraire, 
c'est là qu'il attire tous les seigneurs de la région pour l'aider 
à émanciper sa maison vis-à-vis de l'abbaye de Marciilac, là 
qu'il reçut, fort mal d'ailleurs, l'abbé de cette dernière, là 
qu'il meurt en passant son monastère à son fils, à une flale 
que rien dans le texte ne permet de préciser. 

Pour ce qui est de sa thèse elle-même, la fondation du dio- 
cèse de Bayonne vers io3o par Sanche le Grand, roi de Navarre et 
d'Aragon, elle ne peut s'autoriser d'aucun texte positif. M. de J. 
linduit d'une charte qu'après Moret il date de 10^7, et où 
Sanche détermine les limites du diocèse de Pampelune. En ad- 
mettant l'authenticité de cette charte, il n'en reste pas moins 
fâcheux pour le parti qu'en tire notre auteur qu'elle soit livrée 
à la discussion. Mais elle répugne pour d'autres motifs encore 
au service qu'on lui demande ici. Sanche s'y fait gloire de ren- 
dre pour toujours au diocèse de Pampelune son ancien terri- 
toire (quaecumque exalienala vel extraneala a perversis homi- 
nibus ab eadem Ecclesia fuerant. .. perquirere feci et exquisita 
omnia... restitui... atque in perpetuam possessionem... con- 
cessi). Comprend-on qu'il y porte atteinte trois ans plus tard P 
car le diocèse de Bayonne créé par lui aurait ab.sorbé « un terri- 
ritoire détaché du diocèse de Pampelune ». Il est vrai que 
M. de J. a remède à tout : le roi Sanche aura fermé la bouche 
à l'évêque de Pampelune en lui donnant comme compensation 
révêché de Nagera, puisqu' « il est évêque de Pampelune et de 
Nagera dans une donation que lui fitSanche le Grand en io3i ». 
Resterait à voir si le diocèse mutilé de Pampelune pourrait 
aussi facilement s'accommoder d'une cession momentanée, 
viagère tout au plus, faite à son évêque. Mais nous ne sommes 
pas au bout des difficultés. 

Pour créer un évêché dont le territoire s'étendait sur les deux 
versants des Pyrénées, Sanche le Grand devait exercer une au- 
torité souveraine sur la Gascogne. Cela ne fait pas de doute 
pour M. de J. Pour lui, ce roi d'Aragon, deCastille. de Navarre 
et de Léon était en même temps prince suzerain de Gascogne et 
même de Toulouse. Des critiques de quelque valeur (M. Barrau- 



270 A^^ALES DU MIDI. 

Dihigo, M. F. Loi) ont déjà objecté à l'auteur de La Vasconie 
que des textes sur lesquels sappuie cette souveraineté cispyré- 
néenne de Sanche les uns étaient probablement, les autres cer- 
tainement faux. M. de J. n'en a cure, et il allègue à nouveau ces 
textes sans prendre la peine d'en établir la valeur. Il est pour- 
tant à remarquer que Sanche ne prend aucun de ces titres con- 
testés dans cette charte de 1027 où ils auraient été si bien à 
leur place, puisqiie ce prince aurait préludé dans cet acte à la 
création de l'évéché de Bayonne. 

Il serait aussi bien étrange qu'un roi aussi soucieux du bon 
gouvernement des églises que nous apparaît Sanche le Grand 
dans les textes cités ou utilisés par M. de J., s'avise de créer un 
évêché de plus poui- Raymond le Vieux qui en a déjà six! Le 
bon moyen de faciliter sa tâche (jue d'ajouter à Vepiscopatus 
Vascuniae, déjà trop vaste, des territoires excentriques dont l'ac- 
cès était si facile à l'évêque de Pampelune. Et c'est là ce que 
M. de J. appelle « le couronnement de l'œuvre de réorganisa- 
tion religieuse entreprise (par le roi Sanche) dans ses États », 
singulier couronnement et singulière réorganisation religieuse! 

Kt « le Saint-Siège » qu'on représentait jus([u'ici comme im- 
|)uissant à réprimer ce scandaleux abus de l'accumulation de 
phisieurs évêchés sur une seule tète, serait intervenu pour l'ag- 
graver en se prêtant « à la création d'un nouvel évéché puie- 
menl basque! ,) C'est du moins ce qu'affirme M. de.l. (p. 5o). 
Un en voudrait la preuve. 

Et jjour en finir ici avec lionuspuer, s'il avait existé à la date 
(jueM. de J. lui assigne, comment Rome et le métropolitain 
d'Auch, qu'on nous dit alors si préoccupés de rétablir l'unité de 
siège pour l'unité de titulaire, auraient-ils laissé si facilement 
détruire celte unité réalisée (|uelques mois par son éjiiscopat? 

Je ne suivrai pas M. de J. plus loin; il y a beau temps que la 
critique, la critique désintéressée, est fixée sur la valeur des 
légendes de S. Léon, et ce n'est pas le compromis assez inat- 
tendu (pi'il propose sur le nom de Villon ((ui modifiera son 
verdict. M. de ,1. aurait bien pu encore se dispenser de ses lon- 
gues citations (|ui ne font (ju'encombrer sa marche. 11 aurait 
eu aussi tout a\aiilage à renoncera celte vivacité de ton, à ses 



COMPTES REINDUS CRITIQIES. 279 

Irails (le persiflage qui doniieul à son plaidoyer dos allures de 
réquisitoire, j'allais dire de pamplilol. Mieux oui \.dii regarder 
de plus près ses textes latins où il s'est glissé vraiment trop 
d'incorrections; j'en signale seulement quelques-unes : p. 33, 
senet pour lenel [barbarisme renouvelé de La Vasconic, 1, j). 420] ; 
p. 39, destruciioneinPampIonem., l'cllgiussiiDu; j). \'M'), propter... 
J'amam... dispersera/il pour dispersarn. 

Ces fautes et autres que je pourrais relever nedoivent pas 
cependant empêcher de reconnaître que le gros efTort de 
M. de J. n'aura pas été vain. Sur bien des points, secondaires 
pour la plupart, il apporte des données nouvelles ou peu con- 
nues avec lesquelles l'histoire religieuse de Bayonne devra 
désormais compter. A. Degert. 



Bligny-Bondurand. Inventaire sommaire des ar- 
chives départementales du Gard, anté- 
rieures à 1790, T. VI. Suppléments des séries 
civiles C. D. et religieuses G. IL Nimes, Gliaslanier, 
1916; in-4" à deux colonnes de xi-5i2 pages. 

L'inventaire des archives départementales du Gard est ac- 
tuellement parvenu' au sixième tome dont la distribution vient 
d'avoir lieu. La persévérance dans la production autant que la 
méthode dans la rédaction font honneur à M. Bligny-Bondu- 
rand, auteur de cet important travail. Ce volume est unique- 
ment consacré aux suppléments des volumes précédemment 
publiés et des séries déjà constituées. Remarquons que cet ac- 
croissement, obtenu à la suite de découvertes, d'acquisitions, 
de dons, de réintégrations prouve l'activité de l'archiviste; la 
curiosité toujours en éveil, il a trouvé, cherché et saisi les oc- 
casions d'enrichir les collections de son dépôt en recueillant des 
pièces qui, préservées de la destruction, servent aux recherches 
des érudits. 



I. Voir Annales du Midi. 1901, t. \lll, p. 281, et igoô. t. \M[, 
p. i47- 



2 8o ANNALES DU MIDI. 

L'inventaire des suppléments comporte autant de subdivi- 
sions qu'il y a de séries représentées : C, admiidslrnlion pro- 
vinciale \ V>, instruction publique ; G, clergé séculier ; H, ordres 
religieux. 

Comme dans les précédents volumes, M. B. a suivi une mé- 
thode qui permet de dissimuler l'aridité du fonds, sans rien 
enlever à l'exactitude scientifique. La personne qui ouvre ce 
volume pour un simple renseignement se laisse prendre in- 
sensiblement par l'attrait qu'offre l'analyse des textes. Ce sys- 
tème attire les lecteurs, leur inspire des sujets d'études. On 
peut l'affirmer, c'est aux invei'taires rédigés d'après ce principe 
que l'on doit la connaissance de la plupart des archives provin- 
ciales et que le public a commencé de s'y intéresser. 

Quand il aborde un registre, une liasse, un dossier, ^I. B. ne 
se contente pas de donner quelques mentions plus ou moins 
sommaires, il ne laisse passer aucune page, aucune pièce, sans 
l'examiner avec soin pour en extraire le contenu suivant l'im- 
portance. Aussi le dépouillement analytique des articles donnc- 
l-il le résumé d'événements, le sommaire de procès, la subs- 
taiîce de contrats et plusieurs autres indications. Grâce à ces 
renseignements, pour un grand nombre de cas, les chercheurs 
n'en demandent pas davantage et se dispensent de recourir 
à des documents dont les éléments constitutifs sont mis en 
lumière. Arrivant en place opportune, des citations choisies 
avec discernement rompent la monotonie des nomenclatures et 
donnent parfois un peu de couleur locale. A l'appui de ces as- 
sertions, les exemples ne manquent pas pour montrer l'intérêt 
du sixième volume et faire juger le plan [adopté par M. B. 
(^est, en même temps, le moyen d'apprécier l'importance his- 
torique des acquisitions faites parles archives du Card. L'in- 
troduction, du reste, fait connaître la composiliim (hi volume 
et sert de guide à travers les subdivisions. 

Dans la série C, signalons le registre concernant la tenue dos 
États généraux à Tours en i^S/i. Un cahier spécial au Langue- 
doc, sous forme d'annexé, concerne la situation de la pro- 
vince à celte épofjue, ([ui est présentée sous de tristes couleurs. 
\ iciuienl ensuite plusieurs articles aiipartenanl à l'administra- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 201 

lion civile des diocèses de Ninics et d'Alais pendant les xvi', 
XVII' et xviii' siècles. Ce qui constitue un des principaux attraits 
du supplément de la série C, ce sont quatre recueils factices 
relatifs aux protestants, à leurs rapports avec l'adminis 
tration. 

Les apports de la série D, moins considérables, sont aussi 
moins intéressants; il s'agit principalement de la réorganisa- 
tion du collège de Nimes confié aux Doctrinaires a[)rès la sup- 
pression des Jésuites. 

Les fonds du clergé séculier, série G, et des ordres religieux, 
série H, se sont accrus dans des proportions notables et ont 
recueilli des collections nombreuses et variées. Citons le re- 
cueil de documents du milieu du xvii" siècle provenant de l'évè- 
que de Nimes Cohon, qui s'est trouvé mêlé aux affaires de Ri- 
chelieu, d'Anne d'Autriche et de Mazarin. 

On a réuni plusieurs fonds de première valeur qui intéres- 
sent l'histoire religieuse de Saint-Gilles. En cet endroit onl 
existé trois établissements ecclésiastiques : la renommée de l'un 
contribuait à celle des autres; de cette confusion résultait une 
grande célébrité pour toute la ville. D'abord la collégiale, dont 
le cartulaire contient des chartes concédées par les rois de 
France, les comtes de Toulouse et de Provence ; puis l'abbaye, 
parmi les fonds de laquelle se trouve le bullaire s'étendant du 
XI' au xvn' siècle; enfin le grand prieuré de la Langue de Pro- 
vence que l'ordre de Saint-Jean ou de Malte avait établi en ce 
lieu. Les archives du prieuré, très considérables, ont été trans- 
férées à Marseille; Nimes n'a guère reçu (pie les procès-verbaux 
des ventes faites, dans les commanderies du ressort, par les di- 
gnitaires de l'Ordre. 

Les coutumes municipales de Saint-Gilles (H 787), où l'on 
trouve l'influence du droit romain, quoique données en tra- 
duction résumée, n'occupent pas moins de cinquante colonnes. 
Cette publication est de nature à aider les érudits dans leurs 
recherches et à vulgariser un texte de coutumes communales 
réputé parmi les ])lus curieux de la région. 

Les fonds des Dominicains et des Capucins forment aussi un 
bon appoint; quant aux monastères de femmes, ils n'ont trait, 

ANN.\LES DU MIDI. — XXIX. IQ 



282 ANNALES DU MIDI. 

comme celui des Clarisses d'Alais, qu'aux alTaires de l'aduii- 
nistration pendant les derniers siècles de l'ancien régime. 

Aux éloges que mérite le travail de M. B. qu'il nous soit per- 
mis de joindre deux critiques, qui portent surtout sur la forme. 
Une des observations peut s'appliquera la plupart des inventaires 
composés conformément à la règle administrative, qui n'admet 
pas les alinéas. Les colonnes, où l'œil ne trouve aucun blanc 
pour se reposer, sont trop compactes, ce qui nuit à la facilité 
des recherches. Ce défaut est apparent dans les coutumes de 
Saint-Gilles où les sommaires des articles, imprimés en itali- 
ques, sont noyés dans les lignes du texte. La seconde critique 
est imputable à l'auteur. Pourquoi a-t-il fait autant de pagina- 
tions distinctes qu'il y a de séries spéciales et qui se suivent 
dans la table ? Une pagination pour tout le volume aurait mieux 
valu et aurait évité les confusions dans les citations. Les diffi- 
cultés surgissent par suite de ces multiples paginations, quand 
il s'agit de procéder à une consultation à travers ce volume, 
auquel manque une table alphabétique des noms de lieux et 
de personnes. 

En félicitant Al. B. d'avoir adopté la méthode d'inventaire 
dont nous avons vanté les avantages, nous ne prétendons pas 
qu'elle soit la seule et qu'elle doive écarter les autres. S'il est une 
matière où la décentralisation doit être admise, c'est bie^i dans les 
questions concernant l'organisation des archives et la rédaction 
des inventaires; cependant il ne faudraitpasaller jusqu'à déclarer 
qu'il doit y avoir autant de systèmes que de dépôts; il convient 
qu'il y ait une réglementation assez souple pour tenir compte 
des circonstances et s'adapter aux exigences des dépôts grands 
et petits. La rédaction d'un inventaire dans les grandes collec- 
tions, où les séries comptent par milliers registres et liasses, 
doit être ramenée à des proportions plus restreintes. Si l'on lient 
a voir la fin dr la besogne entreprise, il importe de la sinipli- 
tier, dùl-on composer un simple répertoire semblable à un 
sec catalogue de librairie. Mais si l'archiviste constate que la 
nijilh'Mc n'est pas trop abutuhmlf et que l'inventaire peut rem- 
l)lacer le répertoire, il fait œuvre utile en donnant aux men- 
tions les développements que comporte l'intérêt des documents. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 283 

C'est ce qu'a fait M. B. Aussi comient-il de sigualer comme des 
modèles du peiiro les volumes d'iuveutaire des aicliivcs du 
Gard. ]•'. Pvsolikr. 



Auguste Plis. Les Lettres de cachet à Toulouse 
au XVIIIe siècle, d'après les documents 
conservés aux Archives départementales. 

Paris, Champion; Toulouse, Privât, igi/j; petit in-8" 
de 332 pages, avec 12 gravures et fac-similé. 

Après une introduction où il explique leur importance au 
point de vue de l'histoire des mœurs de la vieille société, M. V. 
étudie les lettres de cachet en général, puis les lettres de cachet 
de famille, l'opinion qui entraîna leur abolition, les lieu\ de 
détention, et comme type d'affaire célèbre l'affaire de Solages. 
La seconde moitié du volume est consacrée au dépouillement 
de dix dossiers de lettres de cachet, de 1788 à 1787, et d'une 
liste de documents sur ces sortes d'affaires, classés par catégories 
sous forme de tableaux'. 

Tout cet exposé est fait avec clarté et agrément. L'auteur 
dégage des dossiers examinés, en une argumentation subtile 
et serrée, les « motifs » qui provoquèrent la délivrance des 
lettres de cachet. Il s'applique, dans la plupart des cas, à en 
démontrer l'opportunité, étant donné les idées du temps sur 
« l'honneur » delà famille, la rigueur de la législation pénale 
et l'éclat fâcheux qui résultait d'une condamnation judiciaire. 
Il s'applique ailleurs à signaler avec quelle circonspection les 
subdélégués, les intendants, les ministres eux-mêmes étu- 
diaient ces demandes de séquestration. Il applaudit, et nous 
pouvons l'imiter en ceci, à la fermeté du subdélégué de Tou- 
louse, Ginesty, dans l'affaire de M°" de Barrau". Il résume 
im peu sommairement, mais non sans un effort louable de « dis- 
crimination», les motifs invoqués pour ou contre les lettres 

I. Parents contre enfants. Epoux contre épouse. Parents conli<' 
parents. Ordres du Roi. Divers au Roi. Divers. 

3. Ou affaire de Solaeres. riinostv a encouru les obser^ 



2 84 ANNALES DU MIDI. 

de cachet avant et depuis leur abolition. Il rappelle, entre 
autres, l'opinion de M. Funck-Brentano, vers laquelle il sem- 
ble incliner. S'inspirant de la formule qui ne saurait en aucun 
cas suspendre le jugement de l'histoire, — ^ Autre lemps, autres 
mœurs, — il conclut : « La monarchie elle-même proposa la 
suppression des lettres de cachet... 11 y avait longtemps que la 
cause était entendue et jugée, non pas seulement dans l'opi- 
nion, mais dans les conseils de la royauté même. » 

Je ne surprendrai pas M. P. en lui disant que cette partie 
de son livre, en son intime argumentation, trouvera des contra- 
dicteurs. Je ne lui apprendrai rien non plus en constatant que 
son récit n'a pas toujours une forme objective. C'est le plus sou- 
vent inoffensif'; mais l'auteur réunit de telles qualités d'his- 
torien et d'écrivain qu'on peut lui souhaiter de se dégager des 
derniers liens du polémiste. 

Le livre a été édité avec un soin particulier. Les amis de 
l'histoire documentaire sauront gré à l'auteur d'avoir recueilli, 
dans nos archives départementales, des pièces qui auraient pu 
y rester longtemps enfouies et de les avoir mises en bonne lu- 
mière. C'est une nouvelle contribution à une série d'études 
appréciée sur la vie sociale et familiale sous l'ancien régime. 

J. Adher. 

l'intendant Saial-Priest sur son peu de déférence pour l'opinion 
du principal persécuteur de M"* de Barrau. « Tant que vous m'iio- 
norerez encore de vos bontés, répond le subdélégué le i3 septem- 
bre 178a, j'apporterai le plus grand soin à démêler le langage et les 
intrigues des passions et à me défendre de la séduction des rangs, 
des grades et des qualités, on observant cependant les égards qui 
leur sont dus. » 

I. P. 90, « des lois persécutrices ». P. 99, « l'établissement des Pères 
de la Compagnie de Jésus, aujourd'hui spolié ». Voici qui est plus 
grave : P. 94, note 2, « Chabot, le régicide, le triste et corrompu 
comparse de Danton, avec qui il périt sur l'échafaud. » M. P. a-t-il 
voulu caractériser le rôle de Danton par ce rapprochement som- 
maire et tendancieu.K? Sans entrer dans une discussion qui ne 
serait pas à sa place, je prendrai la liberté de rappeler à l'auteur ce 
que furent ces alîreux ainahjames où les partis cherchaient à 
déshonorer leurs adversaires en les proscrivant. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX 

Ariége. 

Ballet la de la Société ariégeolse des Sciences, Lettres et 
Arts et de la Société des Études du Coaserans, t. XIV, 
2' partie, 191C. 

P. 233-'i6. F. Pasquiek. Coutumes municipales de Rabat au pays de 
Foix, XVI' xvu« siècles. [Suite et fin. 11. Requête à la comtesse douai- 
rière de Rabat (1607). III. Texte de la coutume (roman et latin). 
IV. Hommage an seigneur par les habitants.] — P. 247-65. 
F.-J. Samiac. Situation des villes de Saint-Girons et de Saint- 
Lizier dans les trente dernières années du xvai' siècle. — P. 2O9-90. 
Barrièbe-Flavy. Testament de Germaine de Foix, reine d'Ara- 
gon, i488 (.3)-i536. [Avant-propos. Texte du testament.] — P. 291-2. 
Seuvat. La chanson du prisonnier de guerre en dialecte de Massât, 
avec traduction. — P. 3o2. Nomenclature ofïicielle des monuments 
historiques du Couserans (arrondissement de Saint-Girons). — 
P. 3o3-4- Glaustke. Renseignements archéologiques sur la cha- 
pelle de Salau (canton d'Oust, Ariège). — P. 3o6-8. F. Pasquiek et 
F. Gadrat. Aotices nécrologiques sur R. Roger, mort au champ 
d'honneur en 1916. — P. 309. Blazy. Bibliographie de R. Roger. — 
P. 3 12-5. Blazy. Bibliographie de Jules de Lahondès, de l'abbé 
Ferran, des cai^itaines Dessat et Julien de l'Estoile en ce qui con- 
cerne l'Ariège. — P. 3i6-2o. R. Roger. L'orfèvrerie religieuse dans 
le comté de Foix et le Couserans : reliquaires d'Oust et de Foix 
(Planches). — P. 32i-6. R. Roger. Croix du pays de Foix et du 
Couserans (Planches). [Ces deux mémoires sont extraits du Bulletin 
archéologique du Ministère de l'Instruction publique.] — P. 827. 



286 ANNALES DL MIDI. 

Ph. MoBKHE. Textes concernant Fliistoire locale d"Ax-les-ïhermes 
au XIX' siècle [Hôpital militaire, enseignement, désarmement de 
la garde nationale, etc.]. F. P. 

Gard. 

I. Bulletin du Co/nité de l'arl ehrétien de Mines, t. X, 
1914-1916. 

A" 70. P. 3i3-'?!>. Louis Bascoll. Ln nmivcl ('•\è(jno dM zès. [Intéres- 
sante discussion sur la question d" Vimliiis. ^ oui il un. deux ou 
trois évoques de ce nom ? M. B.. par lélnde attentive du Cnrtu- 
laire de Gellone, supprime le pins ancien et en admet deux, l'un 
de 88G à 916, l'autre de 9(5 '4 à [)-■>.. Dans ses Fastes épiscopaii.r de 
l'ancienne Gaide, I. 1. p. .WC). M-' Dnchesne ne connail qu'un seul 
\mélius, mi'ntionné dans la corresjjondance pontificale depuis le 
temps d'Etienne V (885-891) jusqu'à 911 '1 . figurant au bas des 
deux conciles du Port (880. 897) et dans diverses chartes, et vivant 
encore en 912. M^' D. écrivait en 1907. épo([ue où la publicalion 
du Cartulaire de Gellone était commencée.] — P. .'Vi'i 8'|. Chanoine 
Albert Duu.vnd. L'abbé Bonhonune, doctrinaire et curé de Saiid- 
Charles (i759-i8'i-V)- [St' continue et se termine dans le n" 71, 
pages 393-'|3'|. L'abbé Bonhomme joua un r('ile ni;M(|iianl (l;nis les 
crises politiques de Nimes, notamment en i8i,").| 

N" 71. P. /|35-/j3. Chanoine \lta/on. Beliques de saint Césaire. — 
P. Vi'i-9- Chanoine Lrançois Dlua.nu. L'insciiplion de la Belle-Croix. 
[Celte croix était en marbre blanc. Llle a laissé son nom a une 
place de Ximes. 11 n'en reste que le piédestal, conservé an nouvel 
é'véché. Inscription de iliC)!.] K. ]]. 

II. Mémoires de l'Arudrinie de finies, \ 11' série, I. \\\\ , 

IIP partie. P. \-.>.\. Salonion Kaii\. Les .lnir> de Posfjnières et de 
Saint-(jilles au Moven âge. |S;i\anl cNposr- (li> la \ie de ces deux 
comnmnaMtc's. nées au \n' siècle el (h'Ii uih's par Philippe le Bel 
en ii)()().| — P. -tW-W-. Chanoini' I ran(;(li^ DiitWD. L'église de 
.MonlIVin (Cardi. jConsIruile j)ar les Templiers. Deux planches.] 
— P. M9-'ii. I*'(''li\ M \z M luc. Les nnis('-es aicln'oldyiipies de Nimes. 
Becherch(>s el ac(piisitions. \Mii<''e i9i>. |\ ii(iI(M- un hron/e anli- 
(pip donné par M. Baphel el repiV^enlanl nii groupe de i)ugi- 
listes; le moulage d'un bnsie (i(- DioiiNsos. marbre liouvé à 



PERIODIOIFS FUANÇAIS MÉRIDIO-X VUX. -.iH-J 

Hozoucc: les i)roclnits de l'anliqno nieliercle céraini(]ue de Lafoiix; 
les monnaies antiques de }[arbaciun (Sainle-Anaslasie); les trou- 
vailles du Grau de la Chèvre, ancienne embouchure du Rhône, où 
figure un simpulumen argent; le mobilier de deux sépultures pré- 
romaines du (luartier de Calinier, près M mes.] 

T. XXXVI, igi3. 

P. 63-70. Pierre Glkrin. Des types de famille et des causes de désor- 
ganisation de la famille dans une commime rurale du Midi. 
[Excellente étude d'histoire démographique et économique faite 
d'après les archives communales de Milhau, près Mmes. I>a famille 
patriarcale n'y existe plus depuis longtemps. La famille souche y 
a formé jadis le type normal d<' la plupart des familles de pro- 
priétaires moyens ou de grands propriétaires; mais ce type est en 
pleine décadence. 11 n'y a pas Irenle familles où vivent côte à côte 
les parents et l'héritier destiné à continuer directement Parbrc 
généalogique, en restani sur leur domaine foncier. Le Code civil 
a tué la famille souche par le partage égal de la propriété fami- 
liale entre plusieurs enfants. L'abaissement de la natalité est le 
remède funeste qui met fin à toute compétition. C'est la famille 
instable qui a remplacé les deux types les plus anciens.] — P. 77-98. 
Georges Maurin. Le mouvement économique du Gard sous le 
Consulat et le premier Empire. [Spirituel et A'ivant tableau de la 
foire de Beaucaire de 1800 à i8i5. complété par un grai^hique des 
marchandises vendues et invendues, el un graphique des navires 
arrivés. Tant que le régime impérial fut victorieux, on gagna de 
l'argent à la foire de Beaucaire. Le signal des défaites fut celui de 
la ruine.] — P. 99-11.). \rlhur dk Cazenove. Vieilles « lunes » du 
Gévaudan, du Rouergue et du Aelay. [On entend par lanex de 
grands disques de cuivre ornant autrefois le harnachement des 
mulets. Deux servaient d'œillères, et un troisième de plaque fron- 
tale. Cet ornement a été, de tout temps, le motif d'une décoration 
particulière. Il y a là une survivance de Page du bronze. Les der- 
niers échantillons de ces lunes se retrouvent dans le Massif central. 
Deux belles planches de photogravures font connaître des plaques 
françaises des xvii" et xviri' siècles.] — P. 11 7-8. Albert Roix. 
Sépultures typiques de l'époque barbare, quartier de Meyrieni, 
commune de Blauzac. — P. 119-43. Félix Mazauric. Les musées 
archéologiques de Nimes. Recherches et acquisitions. Année igiS. 
[A noter le cimetière néolithique de Carignargues, près d'Uzès; 



2 88 ANNALES DU MIDI. 

doux cliapiloaiix provenant des fouilles de la rue Litlrc, à >imes; 
les fouilles à Saini-Haudile. hors les murs de Mmes. qui ont per- 
mis do retrouver remplarenieni do l'ancienne église et du monas- 
tère de ce nom; les fouilles de la Baume de Saint-Vérédèmc, com- 
mencées dès 191 1; les fouilles du rocher de Ganteduc (Nimes) qui 
ont déhlayé complètement un fond de cabane gauloise, au bord 
même de l'à-pic d'une carrière ouvei-le par les Romains pour la 
construction du rempart de ?simes ; des ruines romaines à Bernis, 
sur la voie Domitienne.] 

T. XXXYII, 1914 et 1915. 
P. 37-36. Chanoine Nicolas. Le Nimois Jacques de Cassagnes. une 
des victimes de Boileau. [Un seul vers de Boileau déconcerta l'am- 
bition de l'abbé de Cassagnes, prédicateur suivi i)ar le beau 
monde, et le fît mourir de chagrin. La liberté de la presse a rendu 
nos contemporains moins vulnérables, ce qui est un grand bien- 
fait. M. N. rectifie quelques erreurs historiques au sujet du trop 
sensible abbé, passé malgré lui à l'immortalité.] — P. 61-8. Cha- 
noine A. Dluaxd. Les prisonniers de guerre d'autrefois. [Il s'agit 
de prisonniers de guerre espagnols faits au siège de Perpignan, 
en 1642, et envoyés h Nimes par Louis MIL La tour ^ inatière, 
située à proximité de l'amphithéâtre romain, leur servit de séjour. 
Avant de quitter Mmes, les î^spagnols signèrent une déclaration 
contenant engagement de ne pas s'enfuir et où ils témoignaient 
leur satisfaction du traitement reçu du roi.] — P. 167-95. F. Ma- 
zAUiuc. Les musées archéologiques de Nimes. Recherclies et acqui- 
sitions. [ \nnéc i9i'i- A noter les recherches à Saint-Hilaire- 
d'Ozillian; une plaque de baudrier avec inscription romaine eu 
pointillé; l'achèvement du plan de l'enceinte supérieure de l'op- 
pidum celtique de Nages; les fouilles à Saint-Baudile IcMeux ; les 
recherches à l'oppidum de Nages; les recherches dans les gorges 
do la Cèze. — Année 1915. A noter les fonds de cabanes néoli- 
thiques des chantiers du nouvel hôpital de Nimes; nn petit autel 
aux Proxumes, ayant dû servir de moellon de construction, et 
entraîné par le torrent du Cadcreau du chemin d'Alais.] 

K. B. 

Garonne (Haute-). 

I. Recueil (le Lé(jLslalioii de rouloiise, a'sér., l. IX, 1913. 

P. 3/1-76. p. BuESsoLi-Es. Bernard-Antoine Tajan (177.5-1845) et le 
barreau loul'">usaiTi au lendemain de la Révolulion. [Reconstitution 



PERIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. 289 

du barreau; ses rapports avec l'École de Droit. Hiofiraphic de 
Tajan; son rôle à l'Athénée, aux Sociétés savantes et dans l'admi- 
nistration.] 

ï. X, 191/4. 

P. 17-44. 81-338. J. BoNNECASE. La Faculté de droit de Strasbourg 
(^' jour complémentaire an XII-io mai 1871). [Travail considérable, 
accompagné d'une documentation précise et abondante; on y 
trouve un passage et des renseignements bibliographiques sur 
l'enseignement du droit à Toulouse et sur l'histoire de l'Université 
de cette ville.] L. V. 

II. Revue de Comminges, t. XXIX, 19 1 4- 

P. u-in. F. Marsan. L'incendie du 17 scplcm1)re 171 1 à Bagnères- 
de-Luchon. [Précision sur la date de cet incendie, allumé par les 
troupes du comte de Taff.] — P. iv-vi. Cazaux. La chapelle de 
saint Roch à Miramont. [Commvme voisine de Saint-Gaudens. 
Note sur l'origine de cette chapelle, construite en i63i.] — [Le vo- 
lume est ensuite consacré à une importante et fort remarquable 
étude de M. et M"' P. Lesimnasse sur les églises du Comminges. 
Il sera fait un compte rendu spécial et détaillé de ce travail qui, 
tiré à part, forme un ouvrage distinct et constitue une précieuse 
contribution à l'histoire de rarchitecture religieuse dans le midi 
de la France.] L. \ . 

Hérault. 

Bulletin mensuel de V Académie des Sciences et Lettres de 
Montpellier, t. VI, i9i4- 

P. 92-109. B. Gaillard. Origines de la commune de Montpellier. 
[Complète et par endroits modifie l'Histoire de In commune de 
Montpellier de Germain, en examinant avec quelques détails les 
trois stades par lesquels est passée l'évolution communale de 
Montpellier : soulèvement de ii4i, à la fois aristocratique et 
popvdaire, qui ne réussit pas: organisation vers 1190, par 
Guillem VJII, d'une sorte de consulat seigneurial sans indépen- 
dance; enfin, à la suite de la révolution de i2o4, confirmation de 
la charte de commune par Pierre d'Aragon, époux de Marie, la 
fille de Guillem VIII.] ^ .-L. B. 

ï. VU, 1915. Néant. 



agO ANNALES DU MIDI. 

Vienne (Haute-) 

Bulletin de la Société archéologique et historique du Li- 
mousin, t. LXIV, 1915. 

Tables générales des tomes LI à LXIII, dressées par P. Dlcourtieux 
[Comprend une table méthodique, plus quatre tables de matières, 
d'auteurs, de documents, de gravures. La deuxième division, 
Hisloire. manque de précision, mais l'ensemble rendra de grands 
services.] 

Tome LXV, 19 lO. 

V. 5-12. F. Delagi:. Le souterrain de Morlorat (cf. plus loin c. r. som- 
maire). — P. i3-8o. L. Lacuocq. Chronique des tapisseries anciennes 
d'Aubussou et de Fellelin, 1912 et igiS. [Suite de cet utile travail.] 
— P. <Si-i36. Abbé A. Lr.cLEu. Hisloire de l'église et de la paroisse de 
Siiiiit-Michel-des-Lions à Limoges. [L'auleur ne cile que rarement 
SCS sources. L'église dale du mv' siècle; elle fut reconslruile sur 
l'emplacement d'églises cl chapelles antérieures, qui scndjJenl 
avoir (mi pour point de dépari une chapelle de cimelièrc remon- 
tant an M' siècle. A suivre. [ — P. 107-75. P. Ducouutieux. Les 
grands chemins du Limousin : la grande voirie. [Supplément 
aux diverses éludes puljliées j)ar le même sur le réseau des voies 
publicpies dans l'ancien Limousin.] — P. 176-92. L. L\cnocQ. Pin- 
liers cl potiers d'élain limousins et marchois. [Les slatuls de la 
corporalion de Limoges dateni de i'î()'i. Il csl douleux, quoi (jue 
dise M. L., que cette corporation soil beaucoup plus ancienne, 
puis(pie le travail corporatif n'existait pas en Limousin antérieu- 
rement au milieu du xn"" siècle. Di'esse une liste de 84 potiers.] 
- I*. if)v?-(t. P. iJrcoi iirn;i \. La lédcnqjtion des captifs dans l'an- 
cien diocèse de Litnogcs. |l)";q)rès les notes fournies par M. Ed. 
Mouard de (^ard, piol'esscur à l'I ni\(Msité de 'ronioiise.j - P. 197 
u()8. Documciils rcluHI's à li xillc de Saiiil-^ 1 ieix. con)nunii(piés 
par M. II. DK MoxTK(;i i-. |Saii> iiidiciilidn de source.] — I'. 209-2G. 
Doeumerds relatifs à la (iénéraiil('' de l.iirmges, tirés des Archives 
nationales et conmnini(piés i)ai' M. I!. Lmix. |Concernent les années 
1678-80.] — P. •i:«7-7(i. (;iii()iii(|ii(> de \;i Société. — P. 277-.H07. 
Procès-veihanx des s(''anc('s en i()i'|. A. L. 



PERIODIQUES FRA.NÇAIS NON MERIDIONAUX. 29 1 

PÉRIODIQUES FRANÇAIS NON MÉRIDIONAUX 

îî. — Bulletin archéologique du Comité des Travaux histo- 
riques et scientifiques, 191 2. 

P. XL. Inventaire do la cathédrale do Digne en i3io. — P. lu et lvki. 
Deux inscriptions médiévales de l'enceinte fortifiée de Saint-Ga- 
briel, près de Tarascon [dont une inscr. hébraïque]. — P. lui. Mo- 
saïques romaines à Die (Drôme). — P. nv. Épitaphe d'un larda- 
riiis à >arlîonno. — P. LViii. Découverte de haches en cuivre à 
Pertuis (Vaucluse). — P. l\. ^ ases peints trouvés dans une sépul- 
ture gauloise à Cavaillon. [Cf. 1911, p. 3-i3; Déchclette les tient 
pour une importation do fabriques apuliennes, et Pottier y voit 
plutôt l'œuvre d'artistes établis en Gaule, soit de Gaulois s'inspi- 
rant de modèles grecs, soit d'Italiens immigrés.] — P. lxicIclxvi. 
Fouilles à Sos (Lot-et-Garonne). — P. lxui. Poteries grecques près 
de Marseille. Aqueduc romain de Fréjus. — P. lxxiii. Pierres 
tombales avec épitaphcs à Orange. [Époque romaine, v^. xn° et 
xvu' siècles.] — P. lxxviu. Clocher de l'église Saint-Michel de 
Tarascon (Ariège). — P. lxxxiv. Abbaye de la Celle, près de Bri- 
gnoles (Var). — P. cxxvit. ^losaïque romaine à Auch. — P. cxliv. 
Fouilles de A ésone. — P. cli. Commande de tapisserie faite vers 
i5.5o à \ntoino Trigant, habitant à La Roche-Chalais (arrondisse- 
ment de Piibérac, Dordognc). pour la femme d'un président au 
Parlement do Bordeaux. — P. clu. Fouilles à Fréjus, à Juan-les- 
Pins et à Mouans-Sarloux i Alpes-Maritimes). — P. clui. Antiqui- 
tés romaines au Chàtolard-do-Lanlicrs (Basses-Alpes). — P. cuv. 
Camp anti(pio de (joudel (Haute-Loire). — P. clvhi. Inscriptions 
romaines à Briançonnol ( AIpcs-.Marilimes). [L'ne inscr. en l'hon- 
neur do Claude II le Gothique.] — P. clxui. Objets antiques 
trouvés à Cézan (Gers). — P. clxv. Tumuli à Lacajunte (Landes). 
— P. CLxxif. Mosaïque romaine à Cahors. — P. clxxhi. Décou- 
verte do mosaïques romaines à Arles en i85i. 

P. 3-19. .1. Déchelette. Los « cases » en pierres sèches de l'Auver 
gne. [L'établissement de ces anciens villages n'est probablement pas 
antérieur aux temps féodaux, mais quelques-uns ont été occupés 
depuis l'époque néolithique ; le modèle de ces villages à galeries 
souterraines ne doit-il pas être attribué aux Germains et n'aurail- 
il pas été importé en Gaule au temps des invasions ?] — P. ao-'i 



292 ANNALES DU MIDI. 

et pi. [. (î. Ghauvilhat. Les « cases » en pierres sèches de Villars, 
commune d'Orcines (Puy-de-Dôme). — P. 76-86 et pi. xxi, cf. 
p. cxLviii, CLXVH. F. -P. Thiefis. Rapport sur les fouilles de Castel- 
l\oussilIon. [Le forum.) — P. 87-98 et pi. xxn. M. Deydier. Un 
monument romain à Cabrières-d'Aigues (Vaucluse). [Scène de 
halage.] — P. 94-116. HÉnoN de Villefosse. Rapport sur la com- 
munication de M. Marc Deydier : L le halage à l'époque romaine; 
II. les utriculaires de la Gaule. [Fig. 2 à 4, tessères d'utriculaires 
trouvées près de Gavaillon, à Saint-Hippolyte-dc-Montaigu (Gard) 
et à Narbonne; liste des inscriptions trouvées en Gaule, et dans 
lesquelles sont mentionnés des utriculaires.] — P. 117-29. R. 
Drouault. Marmites de bronze avec inscriptions, xni'-xvm' siècles. 
[P. laA pt suiv., exemplaires du Limousin et du Périgord]. — 
P. i85-88, cf. p. xLvi, Lx. .1. Déciielette. Les vases peints de 
Gavaillon. — P. 210-9 ^^ P^- xxxi-xxxni, cf. p. xuii, xlvu. cxxxn, 
cxLvui, cLxv. J. Sautel. Fouillcs du théâtre romain de Vaison. — 
P. 220-1. A. AcuoLLEXT. Une sépulture à incinération aux Marlrcs- 
de-Veyre (Puy-de-Dôme). — P. 289-344 et pi. xlix à liv, cf. p. xxxviu 
et Li. H. Labande. Saint-Sauveur d'Aix. Étude sur les parties ro- 
manes de cette cathédrale. [Ancienne église Saint-Maximin d'Aix, 
devenue le collatéral méridional de la cathédrale sous le nom de 
nef du Corpus Domini; elle rentre dans la catégorie des monu- 
ments édifiés en Provence entre i i5(i et i i8o|. — P. 880-90 et pi. lv, 
cf. p. xci. H. DE Gérin-Riciiard. Hachette de cuivre, épée et bra- 
celets de bronze trouvés dans le département des Bouches-du- 
Rhône. — P. 428-84 et pi. i,rx à lxi, cf. p. xc. E. Ginot. Les pein 
turcs du manuscrit 260 de la Bibliothèque de Poitiers. [Les plan- 
ches représentent le poète Fortunat. la vierge Goda et Baudonivie). 
— P. 444-66 et pi. Lxiv à Lxxni. Labaxde et Arnaud d'Agxel. Notre- 
Dame de Salagon (Basses-Alpes), notice archéologique. [Voir dans 
les Annales iln Midi. 1916, p. 878. le compte reiulu spécial. | 

1910. 
P. \r. cl \i,i\. l'oiiillcs de Sos ( Lot-el Caronne). — I'. 1.. l'ouilles à 
Vnftitidinn de l'Iiiipcnial. près de Luzech (Loi). — P. lu. Fouilles 
dans des grottes aux environs de Marseille. [Poteries grecques]. — 
Vestiges romains à Goulat. près de Nontron (Dordogne). — 
P. i.xx. Temple fi'AugusIe el Livie à Vienne (Isère). — P. i.xxiv. 
\nti([uilés romaines d'Aix-les-Bains. — P. iaxvui. Origines de 
Grenoble. — P. i.xxix. Monnaies gauloises et marseillaises, trou- 
vées a La Tronche, près de Grenoble: aniiquilés préhistoriques 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS NON MÉlUDIONAU\. SQ.S 

et protohistoriques dos environs do GronoljJo. —1'. iaw. Station 
néolithique à Oradour-sur-Vayres (Haute-A ionnc). — I'. lxxxui. 
Meubles et costumes provençaux au xui' siècle, d'après des inven- 
taires inédits des archives communales de Marseille. — P. lxxxvi. 
Voies romaines du Dauphiné. — P. cxxiv. Sarcophage chrétien 
de la Gayole (Var). — P. cxxx. Peson gallo romain attaché à un 
vase de terre cuite, au Garros (Gers). — P. cxxxi. Fouilles dans 
les Alpes-Maritimes. — P. cxxwu et clu. Bustes reliquaires à la 
cathédrale de Vence. — P. cxxxvni et cxlv. Fouilles à Aix-cn-Pro- 
vence. — P. cxxxix. Fouilles à Uzerche. — P. cxl. Inscription 
romaine au Cannet-du-Luc (Var). — P. cl. Antiquités préhistori- 
ques au Tuf, commune de Limeuil, et à Rocheyrel, commune de 
Grand-Brassac (Dordogne). — P. clvi. Inscription romaine à >ar- 
bonne. — P. clvu. Inscriptions romaines de Briançonnet ( \lpos- 
Maritimes). 
P. 59-65. R. Roger. Le clocher de l'église Saint-Michel de Tarascon 
(Ariège). [Différents types de clochers du xiv siècle dans la partie 
du comté de Foix cjui est au nord du Plantaurel; dans la partie 
montagneuse on reste attaché aux traditions romanes; le clocher 
de Tai-ascon est carré, à l'imitation des clochers romans de la 
Haute-Ariège ; quittance d'acompte délivrée par le constructeur le 
17 janvier i383.] — P. ii8-44- Arnaud d'Agnel et Isnard. Inven- 
taire du mobilier de la cathédrale de Digne, i34i. — P. igS-aoS 
et pi. IX. H. DE Gérin-Ricaud. Un pèlerinage gaulois alpin avant 
et après la conquête romaine. [Le Chàtelard de Lardiers (Basses- 
Alpes); nombreuses lampes romaines; appendice : note sur les 
voies antiques d'Apt à Sistoron.] — P. 206-22 et pi. x, cf. p. cxliv. 
F. -P. Thiers. Rapport sur les fouilles de Castel-Roussillon (Pyré- 
nées-Orientales; en 1912. [Inscr. du forum romain; plaque cen- 
trale de bouclier, en bronze doré.] — P. 227-88 et pi. xi à xni, 
cf. p. cxxxvi et cui. J. Sautel. Fouilles du théâtre romain de 
Vaison en 191a. [Statues de marbre.] — P. 233-5. Héron de 
ViLLEFOssE. A propos du torse cuirassé de Vaison. [Deux Victoires 
autour d'un palladium.] — P. 286-54. F. Sauve. Mobiliers d'églises 
de la Haute-Provence à la fin du moyen âge. [Inventaires du prieuré 
de Lioux, de l'église Saint-Pierre d'Apt, des églises de Joucas, 
Clermont, Cavaillon.] — P. 255-9 ^^ P^- ^^^' ^ ^^^> ^^- P- ^'^• 
L. Berthomieu. La maison des Trois Nourrices à Narbonne. [Seul 
type d'architecture civile du xvi' siècle à Narbonne; porte la date 
de i558.] — P. 292-5 et pi. xxi, cf. p. xci. J. Sautel. Deux autels 



20^ ANNALES DU MIDI. 

inédits trouvés à Viiisnn (Vavicluse). [Dédicace aux Proxumes et 
autel anépigraphe avec le symbole du maillet, attribut de Silvain.] 

p. 296-300, cf. p. xci. .1. Sautel. Note sur le Diadumènc de 

Vaison, le lieu de sa découverte et son affectation. — P. 801-7 et 
])1. XXII, cf. p. Lxxxviii. H. DE Gérin-Ricard. Sculptures et ins- 
criptions antiques à Die, Dea Augusia Vocontioriim . — P. 3o8-i4, cf. 
p. c;\xiii. CiuiLLAX. Les fouilles de la Gayole (Var). [Sarcophages 
en pierre el tombes en briques dans l'église.] — P. 3i5-2i et 
pi. XXIII à XXVI, cf. p. Lxxxiv. Chailla.x. Note sur un sarcophage 
de la Gayole (Var;. [Sarcophage d'Ennodius Félix, patrice. préfet 
du prétoire des Gaules: notes cl croquis de Peiresc] 

1 9 1 ^ . 

P. i.xii. Fouilles autour de Téglise de La Gayole (Var). [Tombes 
romaines.] — P. i.xx. Fouilles de Yoppidiim gaulois de l'Impernal, 
près de Luzech (Loi). — P. lxxi. Tainuli de Tursan (Landes). — 
P. lAxviii. Anses d'amphores du musée de Clermont-Ferrand. — 
P. Lxxix. Trouvailles romaines au Pont de Naud (Puy-de-Dôme). 

— P. Lxxwi. Monuments de la région de Nimes reproduisant la 
figure d'Hécate. — P. xc.ii. c Cluseaux » ou souterrains ayant 
servi d'habitation et de refuge clans la région de Ribérac (Dordo- 
gne). — P. c.ix. Grotte préhistoi'iciue de Fontarnaud à Lugasson 
(Gironde). — P. ex. Inscriptions et sculptures rupestres du Val 
des Merveilles, piès du Col [de Tende, [\nimaux. armes, outils, 
figures géométriques ; rite religieux?] — P. cxii. Momie décou- 
verte au xviii'" siècle sur le territoire de la commune de Martres- 
d'Arlières (Puy-de-Dôme). — P. cxxvi. Découvertes de poteries 
antiques à Marseillc-Veyre (Bouchos-du-Rhône). — P. cxxvii. ^ es- 
tiges préliisloriqucs et romains à Saint-Michel-de-Valbonne. près 
d'Hyères (Var). — P. cxxxix. Découverte d'antiquités à Fifailloux, 
près de Rosières (Ilaute-Loire). 

P. 3-87 el pi. i à III. H. Ferraxd. Les voies romaines du Dauphiné. 
[\oie principale : route de Suse à Arles; voies secondaires : roule 
de ^ alence. route de ^ ienne.] — P. C^S-ç) et pi. vi. 1)"^ Capitax. 
Ariléfixe romaine trouvée à l>éjus. — P. 91-6 et pi. vu. J. Saltel. 
Fouilles du thééitre romain de^aison en igiS. [Statue d'Hadrien. | 

— P. 97-107. .\RNAtu d'Agnel et E. Isxahd. Inventaires de mobi- 
liers provençaux du xiir siècle tirés des Archives de Marseille. — 
P. 108-45 et pi. \in. Cil. PoKïAL. Notes sur Forfévrcrie à .Vlbi du 
xi\' siècle ;'i 1,1 fin du wiii'. [Croix filigranée et gemmée de Castel- 



PERIODIQUES FRANÇUS NON MERIDIONAUX. 'M)'} 

iiau-dp-Montmiral ; liste de '19 orfèvres albigeois.] — P. iS^-q'i, 
cf. p. i-iv. F. -P. Thiehs. Rapport sur les fouilles de Castel-Rous- 
sillon (Pyrénées-Orientales). [Inscriptions provenant du forum ; 
plan du forum.] — 1^. 255-03. G. DoiBr.r.T. Note sur des reliquaires 
trouvés dans réglise de Vence (Alpes-Maritimes). — P. 447-60. 
(}. Caillaud. Un four de potier gallo-romain de Lezoux (Puy-de- 
Dôme). — P. 491-8 et pi. \\viii-\\i\, cf. p. xcv. CiiAU.LA.N. Quel- 
ques monuments de Brignoles (\ ar;. [Colonne, chapiteau et pierre 
d'autel de l'époque carolingienne, stèle antique? etc.] — P. 012-7 
et pi. xLiv à xi.vir, cf. p. xcvn. R. Roger. Croix du pays de Foix 
et du Couserans. [Audressein, Gamon, Saint-Lizier, Daumazan 
dans l'Ariège, cf. Belpech dans l'Aude.] — P. 556-Go, cf. p. cxxiv. 
U. RoccHOX. Inventaire des joyaux d'une bourgeoise du Puy-en 
Velay. en ifioi. 

1915. 

P. LU. Fouilles pratiquées autour de l'Hôtel de Ville de Libourne. — 
P. Lx. Oppidum de Bègues (Allier;, avec muraille vitrifiée. — 
P. Lxxi. Sur le site d'Uxellodunum. — P. i.xxxi. Cimetière méro- 
vingien sur les hauteurs dominant la Dordogne. commune de 
Bétaille (Lot). — P. lxxxv. Château de Pellevézy. près de Saint- 
Geniès (Dordogne). 

P. 71-82 et 1)1. vu-vui. E. Miciiox. Le trésor gallo romain de Pouzin 
(.\rdèche). [Bague en or, flacon de verre, coupe d'onyx, coffret 
d'ivoire en forme de poule accroupie] — P. 1 45-56 et pi. xii-xiii. 
Chaillan. Les aqueducs romains d'Aix en-Provence. — P. 167-70. 
J.-B. Chabot. >'ote sur l'inscription hébraïque de la tour de Saint- 
Gabriel à Tarascon. [Ce serait la date 4956 de l'ère juive exprimée 
sans le millésime et correspondant à l'année 1196 de l'ère chré- 
tienne.] H. Gr. 

4. — Bulletin philologique et historique (Jusqu'à 1715) 
du Comité des travaux historiques et seientifiques , 191/i. 

P. 6, 7-9. G. Lavergxe. Les cas réser\és du diocèse de Périgueux au 
XV' siècle. [Texte du mandement adressé par les vicaires géné- 
raux du diocèse aux couvents d'Excideuil et de Périgueux le 
28 mars 1490 (n. st.) leur conférant le pouvoir d'absoudre pendant 
un temps déterminé certains cas épiscopaux dont la liste est don- 
née.] — P. 10, 11-9. — R. JoLANNE. L'IIôtel-Dicu du Puy et les 
hôpitaux de Tullins, de Charpenay et de Saint-Étienne de Saint- 



29G ANNALES DU MIDI. 

fîeoirs. [Documents du xui'' et du xiv' siècle relatifs à des filiales 
on Daupliiné de l'hôpital du Puy.] — P. 4i- Laverg.ne. Biron et 
la conspiration de Biron en Périgord (1601-1603) [Résumé d'une 
communication. La présence du maréchal en Périgord se rattache 
à ses projets de trahison.] — P. 43. Abbé Auguste. Arnaud Baric, 
fondateur de l'hôpital général de la Grave à Toulouse (1647). i^^^- 
sumé d'une communication montrant que Baric appartient à la 
compagnie du Saint-Sacrement.] — P. 43-4- Bégouen. La compa- 
gnie du Saint-Sacrement dans le diocèse de Pamiers. [Résumé 
d'une communication montrant les efîorts de l'évêque Gaulet 
pour établir la compagnie à Foix, Tarascon-sur-Ariège.] — P. 45-6. 
JouANNE. Situation intérieure de l'hôi^ital de rs\-D. du Puy à la fin 
du XV' siècle. [D'après deux règlements de i484 et 1492- Résumé.] 
— P. 71-3. R. Latouche. Un pouillé du diocèse de Cahors conservé 
aux archivesde la Société archéologiquedeTarn-et-Garonne. [Pouillé 
du xvn' siècle; analogies avec celui ijublié par M. Longnon.] — 
P. 34, 74 0. Id. Les représentations de mystères à Saint- Antonin 
au XV' siècle. [Une confrérie formée au couvent des Garmes faisait 
jouer tous les ans le jour de l'Epiphanie le «Mystère de l'Étoile et 
des trois rois venus pour prier Dieu à Bethléem » et un Mystère 
de l'Assomption. Ces représentations étaient une source de béné- 
fices pour les Garmes qui prolestent énergiquement lorsque les 
chanoines veulent jouer le même mystère. Texte, conservé dans un 
registre de notaire, de la tiansaction de i445 qui met fin au dé- 
bat : le mystère sera représenté chaque année, à tour de rôle tous 
les deux ans, dans chacun des deux couvents.] — P. 34, 77-81. 
E. Laurain. Deux représentations de la messe de saint Grégoire. 
[Description d'une gravure sur pierre à Saint-Léonard près de 
Senlis; comparaison avec un bas-relief de Saint-Seurin de Bor- 
deaux, connu sous le nom de « Messe du pape Glément V » et avec 
un tableau conservé au musée de La Rochelle sous le titre de 
« Personnification de l'Eucharistie. »] — P. 35, 82-110. E. Laval. 
Les chartes de coutumes du Bas-Quercy octroyées par Alfonsc de 
Poitiers. [Renseignements bibliographiques sur les sept chartes 
de Montpezal (1257), Caylus (1262 et 1268), Montjoie (1268), Gas- 
telsagral, Molières, Puylagarde, Septfonds (1270), localités du Bas- 
Quercy, situées dans le Tarn-el-Garonne. Garactère pratique de la 
politique d'Alfonse dans l'octroi de ces coutumes, qui sont le plus 
souvent des tarifs de redevance imposés, et non déballus, avec la 
concession de quelques libertés civiles sans danger pour le sei- 



PERIODIQUES Fn\\(. \IS NON ^[KRiniONALX. 2f)7 

gncur. L'étude dos trois chartos inéditos de Cayliis, Ntoidjoie cl 
Molières-Castelsagiat prouve que les differenls t\|)es auxquels di- 
vers érudits ont voulu ramener les eharlcs dVlfonse de l'oitiers 
soid arbitraires el que la l'oriiK» el la teneur de chacune des cliai-- 
les oui leur originalité propre. Texte des chartes de (iaylns 
(juin ifiji) en 81 articles et de Molièrcs (uiai 1370) en /i5 arlicles. 
I<'ragnient très intéressant d'un important travail sur 85 textes qui 
ont été retrouvés pour le Quercy.] — P. !ii, 374-9. G. Mussf.t. Do- 
minique de Gourgues '^1573). | Publie un acte de 1079 qui piou\e 
(jue le roi, malgré l'ambassadeur d'Espagne, était bien dis|)osé à 
l'égard du grand navigateur à son retour de la Floride, puisqu'il 
lui fait fournir par les échevins de La Rochelle l'artillerie néces- 
saire pour une nouvelle expédition.) — P. 45, 38o-8. R. Fage. Un 
petit problème de bibliographie. Jean Margarin, imprimeur à Li- 
moges. [En 1628, Henri de Bourbon publie sous le titre de : (( Let- 
tre de M. le Prince à M. de Rohan », un opuscule de huil pages 
destiné à provoquer les défections autour de Rohan en le repré- 
sentant comme seul responsable des événements, ennemi du loi 
et traître à son pays. Rohan réplique vigoureusement et fait im- 
primer clandestinement sa réponse avec la lettre du Prince. Il en 
existe deux éditions sans nom d'imprimeur; c'est une 3'^ édition 
de cet opuscule qui porte l'indication de Jean Margarin, impri- 
meur à Limoges, 1629. En réalité ce nom de Margarin est pure- 
ment imaginaire, et l'ouvrage n'a pu être impiùmé à Limoges, 
ville catholique avec laquelle d'ailleurs Rohan ne pouvait commu- 
niquer à ce moment.] Fr. G. 

0. — Congrès archéologique de France, LXXX'" session; 

19 13, Moulins et Nevers'. 

Troisième excursion, Mozac et Rioin. — Mozac'- : P. i24-43. Liziv (abbé). 
Église abbatiale et biàtiments de l'abbaye. — Rioin^ : P. i4'i-(i'i. 
Galchery. ^lonuments religieux. [P. «44, Saint-Amabic ; p. i.'x). 
Notre-Dame du Marthuret ; p. lô'i, Sainte-Chapelle.] — P. 164-73. 
Architecture civile. [P. i64. Maison des Consuls; p. 166, Hôtel de 
Ville, Tour de l'Horloge; p. 167, Hôtel Guimoneau; p. 171, Maison 

1. Nous laissons de côté la région visitée par le Congrès, mais non com- 
prise, comme le Puy-de-Dôme et la Loire, dans la zone des pays dont s'occu- 
pent spécialement les Aiiiialeg du Midi. 

?.. Près de Riom. 

3. Chef-lieu d'arrondissement du Puy-de-Dôme. 

ANNALES DU MIDI. — XXJX. 20 



298 ANNALES DU AUDI. 

des Cariatides, Maison do Guillaume Pandu; [>. 172, Musée 
det.] — P. 477- Compte rendu de l'excursion à Riom. 
Cinquième excursion, Ambierle et Charlien'. — P. 333-4i- Begut-e (L.). 
Atnbieiie : Église et dépendance. — P. 342-68. Rhein (\.). Char- 
lien. [P. 2l\-i, Église; p. 243, Prieure; p. 24O, Porclie du Prieuré; 
p. 254, Cloître du Prieure; p. 357, Donjon; p. 3Ô8. l^]glise Saint- 
Philibert; p. 2G1, IIcMel-Dieu; |). 3()2, Maisons pailicnlières; p. 9AM'). 
Couvent et (Cloître des Cordeliers.] F. P. 

(>. — Gazelle des Beauc-Aiis, oô" année, I\' périodo, 
tome I\, 19 13, I" semestre. 

P. ()9-72. D'' PouzET. L'adoration des Mages du cloître Sainl-I^liennc 
au musée de Toulouse. — P. 207-18. Mahcei, Raymond. Uitels ber- 
ninescpies en France. [P. 218-21."), maître-autel de la cathédrale de 
Tarbes, inauguré le 8 sept. 1721.) — P. 201-9^ l^. .1 wioi'. Le théàlic 
des Champs-Elysées. | Bas-relief d'Émile-Antoine Bourdelle.] — 
P. 271-90. Cii. Saunier. David et son école au Palais des Beaux- 
Arts de la ville de Paris (Petit Palais). [Portrait de M"" de \ erni- 
nac ; Ingres, Gros, Granet, Evarisle Fragonard.| — P. 323-3i. Em. 
\ ERHAEUEN. lufluence séculaire de l'arl naniand sur l'art français. 
|P. 324. Primilifs de Provence; p. 327, Sébastien Bourdon; |). 829. 
FragonardJ. 

Tome X, igiS, 2" semeslie. 

P. O8-7O. Seymour de Ricci. L'arl du Moyen âge et delà Renaissance 
à l'hôtel de Sagan [P. 74, émaux de Limoges]. — P. io3-3o. G. dk 
.Mandacii. De la peinture savoyarde au w" siècle. [Apparentée à la 
peinture du Piémont seplenlrional.j — P. 237-4<'). P- Lv\edan. 
Les émaux limousins en Champagne. — P. \(m \f\. L. 11. Lusxnde. 
L'ameublement jirovençal. 

56'" année, t. M, 191/i, 1" semestre. 

P. 2OÔ-7G. .1. Roman. Le livre de raison d'Hyacinthe Rigaud. — 
P. 4G1-82. C. DuEYFUs. La collection Camondo. Les sculptures et 
les ohjels d'art du Moyen âge el de la Uenaissance. [Masque luné- 
raire en cuivre doré, ])rovenant sans doute d'une église d'Angers, 
truvre de l'art limousin vers la fin du xiu' s.| 

I. I^ocalilé-; dr l'aïuirii l'orcz, dans le déparlonienl de la Loire. 



PKRIODIQUKS FR\N(;VIS \ON' MEUIDIONAUX. 299 

Tome XI, 1914, a' semestre'. 

P. 11-24. Florence Ingeusoll Smolse. La sciilpluic à (iôiics aii 
xvii'' siècle. [Pierre Pugct. son Saiiit-Sébaslioii cl son Saiiil-\ni 
bi'oise de l'église S. Maria di Carigiiano, ses \ ierges du i)alais Ca- 
laldi, de l'Albergo dei Poveri et de l'Oratoire de Saint-Philippe de 
Néri.] — P. G7-80. J. F. Schnerb. Les salons de igii- Le salon des 
artistes français. [Suite. Panneau décoratif de Zo, destiné nu mu- 
sée Donnât de Rayonne, le « Travail » par Henin Martin; iiKupiclle 
de la suite des « .leux floraux de Toulouse » par Jean Paul f,au- 
rens, gouache reproduite hors texte en liéliotypie; Philippe 1! à 
l'Escurial, du même.] - P. 89-10/1. (!. Ceffroy. Henri de Tou- 
louse-Lautrec (1 8(3/1- 1901). — P- 100 19. M. Retmond. Le baptistère 
Saint-Jean de Poitiers. [Origines du monument : la théorie (pii 
fait dvi baptistère la transformation d'un tombeau a l'inconvénient 
de ne pas expliquer le plan; l'hypothèse la plus vraisemblable 
paraît être que ce plan irrégulier et compliqué a été celui d'une 
maison d'habitation antérieure au monument funéraire; le tom- 
beau, probablement du m" siècle, a été transformé en baptistère à 
l'époque mérovingienne avec remaniements du xi^ et du xm" s. ; 
étude des parties décoratives, chapiteaux et plaques ; discussion de 
la date, comparaison avec les chapiteaux de Saint-Laurent de Gre- 
noble et ceux du baptistère de Vénasque.] — P. 2/47-56. A. Mau- 
GuiLUER. J. F. Schnerb. [Né à A.vignon en 1879, ai'tiste et critique 
d'art, tué le 23 mai igiS, prèsd'Ablain-Saint-iXazaire.] — P. 273-9'^. 
S. Ueinach. Courrier de l'art antique. [P. 280, statuette disparue 
de Jupiter en pierre, ancienne collection Sallier à Aix-en-Pro- 
vence.]' — P. agS-SiO. II. A. Michel. Les fresques de la garde-robe 
au palais des Papes d'xVvignon. [Scènes de lîêche, de fauconnerie, 
de vénerie, découvertes en 190G; elles doivent être de peu posté- 
rieures à la construction de la tovu' de la garde-robe, qui date des 
années 1 3/12-1, 543 ; par la technique et le style, elles relèvent de 
l'art italien, ce qui n'exclut pas la collaboration d'artistes français. | 
— P. 473. ri. Servu:res. La décoration des buffets d'orgue aux xv" 
et xvi" siècles. [Embrun, cité de Carcassonne, Villefranche-de- 
Rouergue. Vence, Perpignan, Solliès-Ville (Var)]. H. C,v. 



I. N'ont paru en igii que les livraisons de juillet et d'aoùl; c'est seulement 
en juin igi6 que la Gazette des Beaux-Arts a repris la suite du semestre in- 
terrompu ; la 687' livraison porte les indications suivantes : juin igiO, y se- 
mestre 191 'i. 



3oO ANWLES Dl AriDf. 

7. — Romanifi, t. XLIII, 191^1. 

P. 18-28. A. Langfors. Notice du nis. Ir. 170G8 de la Bibliollièqup 
nationale. [Publie un D^bat de hi Vicnje fl de la Croix, en français. 
A rapprocher du D,'hal provençal du nirnie yeiire.] — P. ■39-58. 
E. Philum'ox. Suffixes romans d'origine pié-laline. |l. SufTixe 
-ardo-; U. SufTixe -aido-.] — P. .19-88. V. Tuomvs. Variétés 
ctimolojiqes. [Ane. daufinois elmsiour ( = caxlorein), cilé dans la 
leide d'Enilirun; Ane. prov. enUririnas (diaphragme); Ane. tV. 
gest, prov. mod. gèst, poitev. /V// ; Ane. prov. (luivbia^greba, griba 
(châsse); Ane. prov. issirabn, inisinipa-abn : ilal. meseimba. elc. 
(récipient) ; L'ai'ticlc sncouhade de (iodefroy (mésintelligence de .sy( 
confiade).] — P. 89-95. G. Bertom. Il Liiridario italiano. [Traduction 
d'une version française de ['Ehicidariaw d'IIonorius d'Vntun. \ 
rapprocher de la version provençale du même texte.] — P. i(ji-(i. 
J. Angla.de, .\ostradamica. II. Deux lettres adressées à Jehan de 
Nostredame. [Lettres de Pierre [iilonio Boero, sans doute P. A. Boyer. 
franciscain de Nice.J III. Pietro délia Rovere. piemontese. [Peire de 
Ruer de Puymont, dans l'ouvrage de \ostrcdame.] — P. i()7-7G. 
n. Beiitoni. Il «pianio » provenzale in morte di re Manfrcdi. [To/a.s 
honors e tuig fUig beneslan {Bavlsch. 'tCn, r>.3\). Edition critique et 
revue des poésies provençales qui l'ont mention de Manfred.] — 
P. ■.>.'ii-3. P. DouvEAUx. \nc. prov. iiot: yssercn, not ycherca etc. [Noix 
fournie par la plante qui produit la graine de paradis, autremeni 
dit le fruit de VAmoninin Melegiieta Roscoe. Mot d'origine arabe.] — 
P. ^43-6. A. Jeankoy. Sur la version provençale de Barlaam et 
Josaphat. [Corrections à l'édition IIeuckenkamp.[ — P. 3i/|-5. M. M. 
Compte rendu de Jehan de Nostredamc. Les vies des plus célèbres 
et niiciens poêles provençaux, éd. Chabaneau Anglade | Kloge]. — 
P. 819-20. Haus Maveh. (jompte rendu de II. Morf, \\nn irsprang der 
provenzaliseliea Sclirijlspraclie. jNe croit pas qu'on puisse résou- 
dre déllnilivement la (piestion.) — P. Y'^8-\'i. A. Jeanko\. Compte 
rendu des Poésies de Peire Vidal publiées par M. J. Anglade. (Kdi- 
liou livbri(le.| — P. V|5-5o. A. Jeaxuo^ cl l.co SrirzEit. Conq)tc 
i-endu de E. Mestroy, Der Trobador Pislolela, et E. Nandielh. Der 
Trobador GniUein Magrel. [Très satisfaisant. Observations sui- le 
texte.] — P. 587-93. (J. Beutom. In nnoNo Irovalore italiano : («i- 
l'ardo Cavalla/i. [Public d'après un nou\cau ms.. la Icwso Si pura- 
dis et infern: suitl aitat déjà éditée par Suchier, Denkin. prov. Lit.. 
|). 297. Idcnlificalion de l'aulcur.] P. 593-(). \. Thomas. P<'ii(' 



PERIODIQUES FR\\(;\IS NON MKIUDIONAUX. 3o f 

\idal ail tèro sainic. [ f.nniinoiisos idciilificalions de lociliU's 
(l'Or'uMil rih'cs dans la pK'cc [joshtr c l(i>;s(ir (\\ de l'rd. \ii^lado).| 

C. H. 

8. — Sociétc iXdtioïKilc des [ii(i(/unires de France, nnllcliii, 
191/1. 

V. 12G. Fokmigl:. l'holographies et relevés d'antiques cabanes en 
pierres sèclies dans le Gomlat Venaissin. — P. i3G-45. Id. Antiqui- 
tés gallo-romaines de Vénasque etdes localités voisines (Vaucluse). 
[Planches.] — P. i\ô. SEnBAx. Dessin re2:)résenlant l'église d'Issoirc 
(Pny-de-Dônie) avant sa restauration moderne. — \^. i5\. Dieu- 
donné. Testons de Charles ï\ frappés à Limoges en lôfifi. — P. i58. 
R. Page. Note explicative sur le sens du mot Capinanse dans le 
Bas-Limousin d'après les carlulaires. — P. 172 7. A. Blanchet. Ins- 
criptions latines dans le tome 111' de la correspondance de Mabil- 
lon recueillies à Limoges. Observations relatives à l'enceinte gallo- 
romaine de cette ville au m" siècle. — P. 187. F. Pasquier. Fouilles 
à Saint-Bertrand-de-Gomminges (Haute-Garonne) : découverte dés 
substructions d'un vaste édifice gallo-romain et de sarcophages 
en un autre endroit. — P. aoi-a. Héron de Villefosse. Tête virile 
romane en marbre blanc, trouvée à Marseille dans la maison Par- 
rovel ; dépôt au musée de Saint-tiermain. — P. ■>.2'\. M. Prou. 
Objets antiques trouvés à Tifailloux près de Rosières (Haute-Loire). 
P. 235. Robert Michel. Fresques à Avignon, Palais des Papes, troi- 
sième étage de la tour de la Garde-robe (scènes de pêche et de 
chasse). — P. 344- R- Fage. Cuve rectangulaire servant de bénitier 
à l'église du Dorât (Haute-Vienne), lions sculptés sur trois faces. [La 
cuve proviendrai! d'une église du xi- siècle remplacée par celle du 
xii" siècle.] — P. 355-6. Héron de Vuxefosse. Prolestation de la 
Société des Antiquaires de France contre le vandalisme des Alle- 
mands et spécialement contre Fiiicendie de Louvain et le bombar- 
dement de la cathédrale de Reims. — P. 271. Héron de Villefosse. 
Résultats des fouilles entreprises par M. Henri Ai-agon sur l'em- 
placement de la \ille gallo romane de Ruscino : Castel-Roussillon 
(Pyrénées-Orienlales). — P. 288 9. R. Fage. Distribution et orga- 
nisation du sol dans le Bas-Limousin au Moyen âge. d'après des 
docunients contemporains. — P. 292-7. G. Lafage. Monument ro- 
main à Labastide-Forte, près d'Aix-en-Provence, détruit au xviir' 
siècle, connu par un dessin de Peiresc. 



3o2 ANNALES DU MIDI. 

I915. 

P. i28-3i. Héron de Villefosse. Bronze trouvé dans le Rhône, dé- 
posé au musée de Nîmes. [Tète d'animal formant une douille.] — 
P. i3i. Td. Mobilier funéraire gallo-romain trouvé à Martigues 
(Bouches-du-Rhône). [10 tlacons en verre, i lampe.] — P. 200. 
Begouen. Découverte d'une grotte préhistorique à Alontesquieu- 
Avantès près de Saint-Girons (Ariège). [Dessins gravés et coloriés 
représentant des animaux et une femme fantastique.] — P. 201-2. 
MicnoN. Indication d'études sur le palais des Papes à Avignon et 
sur d'autres monuments du Moyen âge dans le Comtat-Venaissin. 
entreprises par Robert-André Michel et interrompues par la mort 
de l'auteur au champ d'honneur. — P. 208. R. Fage. La planta- 
tion d'un clou en 1106 à Tulle (Corrèze) considérée comme mar- 
que de tradition de la propriété. V. P. 

î). — Société nailonaic des Antiquaires de France. jVIé- 
moires, 8" série, t. IV, 191/i. 

p. 90-1 H). L. .louLiN. Les âges protohistoriques dans l'Europe bar- 
bare. [Synthèse des découvertes faites d'objets de cette époque : 
bibliographie.] — P. i53-8o. Héron de Villefosse. Deux armateurs 
narbonnais Fabius Secundus et Olitius Apollonius. [Étude sur deux 
armateurs de Narbonne au ii'' siècle et sur le commerce de cette 
ville à celte époque.] F. P. 



CORRESPOXDAXCE 



REPLIQUE DE M. FURGEOT 

I" M. Thomas croit avoir découvert un argument décisif pour 
rejeter la date de 1 335 : le conseiller rapporteur du jugé, J. Le 
Bescot, dit-il, n'a fait partie de la Chambre des Enquêtes qu'à 
partir du i6 novembre i336; donc le jugé ne peut être antérieur 
à cette date. 

Jiien que M. Thomas n'ait pas indiqué la source où il a puisé 
la date de la nomination de J. Bescot (ou Le Bescot), admet- 
tons-la comme exacte; mais qu'est-ce que cela prouve? Que 
M. Thomas enfonce une porte ouverte et que son grand argu- 
ment n'en est pas un. Je n'ai jamais soutenu, en effet, que le 
remaniement était antérieur à novembre i336 : or c'est ce jugé 
remanié qui est signé /. Bescot. Quant au jugé primitif, à celui 
fjui confirme la condamnation de Panassac, il ne porte pas de 
signature et cette suppression est caractéristicpie. 

■2" La remaniement est donc postérieur- à novembre i33G; 
quant à être du 20 décembre i338, c'est une autre affaire : il est 
peu vraisemblable que G. de Villiers et les filles de Panassac 
aient attendu trois ans pour se prévaloir des lettres de rémis- 
sion et faire modifier le jugement rendu conl;re celui-ci. Le fait 
que ce jugé remanié est intercalé après lesjugés de janvier i339 
ne prouve rien, puisque le jugé primitif est bien inséré après 
ceux de décembre i338, quoiqu'il soit manifestement antérieur 
à janvier i33(). 

3" En vain M. Thomas prétend-il que le texte du folio i5 n'a 
aucune valeur, parce qu'il est omis dans la table et qu'il est 
cancellé ou rayé. L'argument tiré du fait que le jugement pri- 
mitif n'est pas mentionné dans la table ne résiste pas à l'exa- 
men ; en effet, cet acte étant reproduit presque textuellement 



3o4 ANNALES DU MIDI. 

au folio 27, stmsle numéro 67, et mentionné sous ce numéro à 
la table, il n'y avait pas lieu de le mentionner une seconde fois. 

()uanl à l'argument tiré du fait que ce texte est cancellé, iln'a 
pas plus de valeur. Pourquoi l'a-t-on cancellé et remplacé par 
le texte du folio 27? Simplement parce que, les deux filles de 
Panassac ayant obtenu la remise des peines prononcées contre 
leur père, elles obtinrent aussi une modification de ce juge- 
ment, modification portant uniquement sur la condamnation 
de Panassac cl laissant intact tout le reste : ce ne fut pas un 
nouveau jugement, mais une simple retouche du jugement 
cancellé; c'est pour cela, sans doute, qu'on laissa subsister la 
date : 23 décembre. 

4° Selon M. Thomas, un acte cancellé est un acte nul et qui 
n'a jamais eu aucune valeur. C'est une erreur. Un acte cancellé 
n'est pas un acte nul en soi, c'est un acte qui a été valable un 
certain temps, mais qui a été annulé, soit en tout soit en partie. 

5" Le jugé primitif condamnant Panassac est immédiatement 
suivi de ces mots : « Le Roi. n remis l'amende susdite, comme il 
apparaît par les lettres siiiva/ttes », qui ne sont autres que les 
deux lettres de rémission du 'i'S janvier et de février i336. Et 
nous lisons dans ce jugé : « Aaditis in ciirià nostrâ procuratore 
nostro... prefatoqae de Panassaco... in causa appellationis pre- 
dicte..., per jiidicium curie nostre dictum fuit... «C'est donc que 
Panassac vivait encore au moment de ce jugé, ou que sa mort 
était si récente qu'elle n'était pas parvenue à la connaissance 
du Parlement. Comme, d'autre part, la premièie des deux let- 
tres de rémission nous apprend que Panassac était mort à cette 
date, il en résulte avec évidence que le jugé condamnant Panas- 
sac est antérieur au 28 janvier i330. 

Ainsi s'écroule tout le système de AI. Thomas. Ne croyez pas 
d'ailleurs qu'il reconnaisse son erreur : c'est une chose ([u'un 
savant n'avoue guère; bientôt \ous le veirez pointer sa lète (hi 
milieu des décombres de son édifice et vous l'entendrez crier: 
liedivirus. rcdirivus sum. Henri Flugeot. 



XÉCROLCXilE 



En novembre 1916 est décédé h \i\-en-Provence M. Léopnld 
CoNSTANS, professeur à la Faculté des Ictlies de ILniversilé 
d'Aix-Marseille. M. L. Goastans était né à Millau en iS/^ô. 
Après avoir été professeur dans divers lycées, il devint profes- 
seur de langue et littérature latines à la Faculté des lettres 
d'Aix ; il était en même temps chargé d'un cours complémen- 
taire d'ancien provençal, qu'il faisait en partie à Aixet en 
partie à Marseille. En dehors de ses ouvrages sur la littérature 
latine, il avait publié d'importants travaux sur les littératures 
française et provençale du Moyen âge. Sa Chreslomalhic de 
l'ancien français était une œuvre fort méritoire, qui a eu trois 
éditions et (|ui a figuré plusieurs fois aux programmes d'agré- 
gation. Son œuvre la plus importante, dans le domaine de 
l'ancien français, est son édition du Roman de Troie, qu'il a 
publiée dans la collection de la Société des Anciens Textes fran- 
çais ; l'édition de ce poème de trente mille vers, faite d'après 
les trente-neuf manuscrits qui nous l'ont conservé, est un mo- 
nument de patiente érudition qui fait honneur à la science 
française; les six volumes ont paiu de igoi'i à it)ia. 

Dans le domaine des études méridionales, M. L. Constans 
avait publié également d'importants travaux, l n des premiers 
fut sa description des manuscrits provençaux de Cheltenham'. 
Vers la même époque, il écrivit un Essai sur /histoire du sous- 
dialecte du, Rouergue'. Très attaché à sa petite patrie, il publia 
récemment (avec M. Artières) une édition nouvelle du poète 
Claude Peyrot '. M. L. Constans était majorai du félibrigc 

1. Revue des Langues Romanes, lomcs \l\ et \\. 

2. Montpellier-Paris, 1880. 
i. Millau. Artières, 19 10. 



3o6 ANNALES DU MIDI. 

depuis 1889, époque où il succéda au comte de Toulouse-Lau- 
trec. Il était depuis 191 a Assesseur de Provence. 

J. Anglade. 



Don Joaquim Botet y Sisô est mort le 27 janvier 191 7 à Gé- 
rone. Il était né dans cette ville en 1848. Il exerça la profession 
d'avocat, mais s'adonna surtout à la politique et aux sciences 
iiistoriques. Le patriotisme catalan l'animait : en politique, il 
fut un « catalaniste o et, comme tel, lame de I' « Unio cata- 
lanista », dont l'œuvre fut reprise par la « Lliga regionalista » ; 
comme savant, il s'est adonné à l'étude des antiquités de la 
Catalogne, dont il aimait à faire revivre les gloires et les splen- 
deurs passées. 

De 187.^ à 1900, Botet sema dans la Hevista de Geroiia et di- 
vers autres périodif|ues un grand nombre d'articles de littéra- 
ture, de critique, de bibliographie, de statistique, de démogra- 
phie, d'histoire et d'archéologie, qui indiquent une instruction 
générale solide el une compétence variée. Son article intitulé : 
El Ampurdan' est uncexcellente étude histori([uesur les limites 
de cette contrée. Plus tard, il écrivit pour la belle Geograjïa 
gênerai de Catahmya de Francesch Carreras y Candi' une Geo- 
grafia de la provincia de Gerona où l'exactitude des détails s'al- 
lie à l'élégance du style. Cette œuvre est écrite en catalan. Bo- 
let s'est décidé un peu tard à user de celte langue pour ses tra- 
vaux scienlilupies : celte contradiction, assez surprenante chez 
un catalaniste de conviction, a été déjà signalée à propos (hi 
regretté Sanpere y Miquel. 

La production scientififinr d.' liotd a éli- très abondante : 
aussi ne signalerons-nous que les plus intéressantes de ses 
contiibutions. C'est, tout d'abord, sa « Notice» sur Einporion', 
couronnera Madrid par l'Académie de l'Ilisloire; la iniuiisiiia- 
tiqnc y occu|)(' une place de prédileclioii. \ ré|)o(pie où Bolet 

1. lii'i'islii de ('icvDnii. \^-^. 

■}.. Gfoiinijln tjciwrul de Calnlunya. Harteloiie. A. Martin. I. \ . 
.'5. \()liria hisloricn y nrfhcolmjica de In nnligud riudnil de Einporion. 
Madrid. \. (ioiiiez l'ueiilcncl^ri). 1^7(1. iii-8". 



NECROLOGIE. .Sq- 

écrivait. sa « notice d, l'opinion la plus accréditée était qu'Ein- 
porion datait du milieu du v"^ siècle avant notre ère; l'auteur 
s'y était rallié. Mais, trente-trois ans plus tard, il changea d'avis 
à la suite de découvertes de vases grecs sur l'emplacement de 
la colonie et professa que sa fondation romonlail à la seconde 
moitié du vi"' siècle'. 

Attiré par les problèmes les plus dilTiciles, Botel s'altaipia à 
un sujet fort épineux en s'elTorçant de dresser la liste des Com- 
tes bénéficiaires de Gerona : son mémoire' porte sur dix comtes 
carolingiens, de l'apparition de Rostagno en 8oi jusqu'à la mort 
deWifred le \ élu en 898. Si quelques rectilications ont été appor- 
tées à ce travail', il n'en est pas moins resté la hase de l'histoire 
critique du comté de Geronc à l'époque franque. Les vicomtes 
de Gerone furent également étudiés par Botet' : il dégagea tles 
textes l'existence de Llopart (928), Unefret ((y.^), Audegari (946), 
Seniofred (982-1008), Amat(ior9), Grau de Cahrera. Après celte 
époque, la vicomte de Gerone appartientà la maison de Cahrera 
et la chronologie en est h peu près fixée. 

Ces études avalent obligé Botet à puiser dans les archives 
épiscopales de Gerone. Il y dépouilla le.caitulaire appelé Carto- 
ral de Carlo Marjiio; 11 reconnut que cet important recueil de 
chartes comprend deux parties, l'ime de la première moitié (hi 
xitr siècle, l'autre de la première moitié du xiV siècle; il lit 
remarquer que le nom de ce Cartulaire provient d'une confu- 
sion causée par le premier document, relui de 881, émané de 



1. Dabtaproximada en que les (Jrecs s'eslabllren àEiiiporles. Gerona. 
Dolores Terres, 1908, gr. in-8. A ta suite de ce discours, fait cà l'Aca- 
démie des Belles-Lettres de Barcelone, figure la réponse de D. Joseph 
Pella y l'orgas, qui, objectant le silence des textes, se refnsc à ad 
mettre les conclusions de Botel, basées sur l'archéologie seule. 

2. Condado de Gerona. Los Condes benefieùirios. (ierona. P. Torres. 
1890, in-8. 

3. J. Calmette, Rampon, comle de Geronn et marquis de Gottiie sous 
Louis le Pieux, dans le Moyen Age, 1901 ; Notes sur WiJ'red le Velu, dans 
Revistade Archivas, Bibliotecas y Museos, 1901 ; Gaueelme, marquis de 
Gothie sous Louis le Pieux, dans Annales du Midi, t. Wllt, 1906. 

4. Notes sobre vesconites de Gero/m, dans le Boletin de la R. Acad. de 
Baenas Letras, Barcelone, IX, 1909. 



3o8 ANNALES DU MIDI. 

Caiiomau, Karoliis mannus. Pour épargner à ses successeurs les 
tâtonnements auxquels il avait dû lui-mèaie se résigner, Botet 
publia une précieuse analyse du Carlulaire '. 

Notre érudit passait de l'histoire à l'archéologie avec une fa- 
cilité surprenante. Il alternait ses travaux avec une admirable 
souplesse. En i8()ô, il publia un mémoire sur les Sarcophages 
romano-chréliens de Gerune. Barcelone et Tarragone'. Et c'est à 
l'art funéraire qu'il consacra aussi sa dernière étude d'archéo- 
logie, en 191G, en étudiant deux^arcophages placés aujourd'hui 
dans l'église Santa Maria do Castellôd'Vmpurias, mais qui pro- 
viennent du couvent de Saint-Domingo de la même ville '. 

Le château féodal de Cartellâ, sis à 7 kilomètres environ au 
nord-ouest de Gerone, fournit à Botet la matière d'un mémoire 
descriptif et historique', précédé d'une introduction dont les 
idées générales s'inspirent d'Arcisse de Caumont et de Viollet- 
le-Duc. 

La numismatique, que Bolet avait abordée dès 187Ô à propos 
de sa « notice » sur Emporion, a de plus en plus séduit Botet; 
il lui a consacré le meilleur de son activité à partir de 1900. 

Le 8 mars 1900, une lettre adressée à son ami le D'' Joseph 
Massot, de Perpignan, soulève les questions les plus intéres- 
santes '. Depuis plusieurs années, Botet se livrait à une vaste 



\ . Carioral de Caries Many. liidi'.r rhrnnolûyieli del Ikuloni} de la 
(jirhi ecclesiaslica de Gerona. aiwmeiial (le " f'jirlo Magno ». dans le 
liiilelui, 1905 et suiv. 

2. Sarcofagox roinano-crblianos seulliinidos <jne se euitsertvm en Cala 
l'iùft, Barcelone, Jaime Jepus, iSgô, in-8, pi. Il faut compléter celte 
élude à l'aide do celle do M. Emile Bonnet, Les sarcophages ehréliens 
de iéijUse Sainl-Félix de Gerone el l'Ecole arlêsienne de scidiilure funé- 
raire, dans lo Bidlel. arch-'ol. du Comité des trav. hist. igii- 

.'!. Sol)re nue sepidlures de la Janiilia eondal d'Eniparies. dans le /.'<> 
lelin, i()i(i. l/uii (les sarc()|)li;i<ios rsl celui du coiiilc Malfianli. raiilro 
celui (le llucli. son trôrc. tous deux liisdc (Inn;! Marqiiesa, \ iconilessc 
de Cabrera, el, par son inariafre. conilcssc d' \in|)nrias. 

1. (InavisUa del Casiell de Cartellâ. s. d. 

."). Leilre à M. le D' Massai an sujet d'une numinde iinsiiiolliiijne iné- 
dite et des récentes découvertes d'Anipurias. (lotte lettre, écrite en cala" 
lari, a élé pvd)liéo avec Iraduclion franc^'aiso dansia Revue d'histoire e 
d'archéologie du l{i>n.<sillon. i((oo. p. i-m)-i37. 



M':(:KOLor.iF. ;^0(j 

enquête. Il la poursuivit sans relâche, et, en içio-, il i)ut enfin 
publier son magnifique livre sur les Monnaies catalanes, cou- 
ronné au concours Martorell'. C'est un ouvrage magistral, qui 
fait état des nombreuses publications antérieures, et en synthé- 
tise les résultats épars, mais qui innove en même tein|is grâce 
notamment aux textes inédits découverts par l'auteur dans les 
archives ecclésiastiques de Gerone et Barcelone et surtout dans 
les merveilleuses Archives de la Couronne d'Aragon : les trois 
volumes de cette belle publication contiennent la description 
de i.io5 pièces dont io5 environ inédites; elles sont accompa- 
gnées de i.4oo reproductions en gravure ou en phototypie'. 

En 191 1, dans le second volume du Congrès historique tenu 
en l'honneur de Jacques le Conquérant, Botet publia une « note » 
sur les monnaies arabes frappées dans les Etats d'Aragon avec 
l'autorisation de ce prince^ : mazniudlnes (doblesy senars), mil- 
lareses et qiiiratz. En 1918 il apporta une importante contribu- 
tion à la numismatique des Baléares'; en 1915, une contribu- 
tion à la numismatique vvisigothique et aux monnaies de Tar- 
^assa^ Enfin, un ouvrage sur les pallofes de Catalogne*' est 
resté encore inédit. 

La disparition de Botet y Siso, encore en pleine activité, est, 

1. Les Monades catalanes, estudi y descriptio de les monedes carolin- 
(jies, contais, senyorials, reyals y locals propris de Catalnnya, Barce- 
lone, Institut d'Estudis catalans, 3 vol. gr. in-4. PI. et fig. 

2. Nous devons les éléments de cette appréciation à M. le D' ^[as- 
sot, ami personnel de Botet, et lui-même numismate des plus avertis. 

3. Nota sobre la encunacyo de monedes ardbigues pel rey don Jaunie 
(del volume II del Congrès de historia de la Corona d'Aragô) Barce- 
lone, Allés y Alabart, 1911. 

/i. Notes nuniismaticiiies. Monedes d'ihiça, dans le Bolelin, iQi'S. 

5. Notes numismalkjues . Dos monedas wisigodes inédites, monedes de 
Tarrassa, dans le Bulletin, igiS. Dans ces notes, l'auteur répare des 
oublis commis, comme il était d'ailleurs inévitable, dans son livre 
Les monedes catalanes. 

0. Il s'agit des méravix ou bractéates, appelés pallofes en catalan. 
Ces bractéates servaient à rémunérer tout particulièrement les cha- 
noines de leur présence aux offices. C'était aussi une monnaie de 
fortune. Botet en a décrit 600 et plus et préparé une introduction 
historique sur leur rôle. Il est à souhaiter que ce travail puisse être 
l'objet d'une prompte publication. 



3lO \NNVLES nu MIDI. 

pour la scioiicc calai, me, une immense peite. Ceux (pii ont 
connu l'homme el apprécié son loyal caiaclère, ainsi que son 
inlassable complaisance, lui doivent, en outre, l'hommage 
d'une estime toute paiiiculière. Pierre \inAL. 



A la fin de féviier i()i7 est mort M. Georges Platon' biblio- 
thécaire de la Faculté de droit de Bordeaux el l'un des co-direc- 
teurs depuis i(S88 de la revue Le Moyen âge. Né à Pujols (Gi- 
ronde) en iSôg, il avait d'abord professé la philosophie au col- 
lège de Bazas. Atteint de bégaiement, il avait été contraint de 
renoncer à l'enseignement et, après quelques années passées à 
l'École des hautes études, il était entré dans le service des bi- 
bliothèques. Il n'appartient aux études que représentent les 
Annales du Midi que par deux mémoires : l'un sur Le Droit de 
famille dans ses rapports avec le régime des biens en droit an- 
dorran (1902), et l'autre sur La Scriptura de terç en droit cata- 
lan (1903). Mais sa part est grande dans les études générales 
sur l'histoire de France par ses recherches sur La nature de la 
royauté frami ne (1886). le Malins ante theoda vel Thunginum et 
le Malins légitimas (1889), le Droit de propriété dans la société 
franc/ue (1890), L'Hommage féodal comme moyen de contracter 
des obligations privées (1902). — \ous ne pouvons que rappe 
1er ici ([ue G. Platon avait donné au droit public et à l'écono- 
mie politique de l'Anticpiité et du Moyen âge grec une part con- 
sidérable de son labeur. Sociologue averti, polémiste sans peur 
en matières religieuses, il était resté'épris d'idées et de princi- 
j)cs autant que d'érudition, et sa pensée avait évolué, avec une 
parfaite sincérité, du rationalisme pur au protestantisme « libé- 
ral », puis au catholicisme orthodoxe, non sans pousser îles 
pointes hardies vers le spiritisme. 11 n'a vécu que pour la 
science et les livres avec un désintéressement absolu qui lui 
avait attiré le respect de tous, professeurs et étudiants. — Le 
JJnlletin de l'association des Bibliothécaires français a donné par 
la plume de M. E. Bouvy un relevé, qui n'a pas la prétention 
d'être complet, des publications du probe érudil que fut G. Pla- 
ton. A. Leroix. 



m:(:uoi.()(;ii:. 



f/énulil bordelais Kriiosl Lviudir esl, décédé |)irs(|n(' suljilc- 
iiit'iif, lo '37 mars n)i7. à l'àgo (]o soixaiilc-doii/c ans sonnés. 
\jC catalogue de son oMivie ne conij)le pas nidins de licnle-liuil 
numéros', dont \iiigl-den\ concernaiil la l)il)liogia|)liie, la 
typographie, l'iconographie bordelaises; on/e an Ires se rappor- 
tent à l'histoire de la cérami(pi(^ en (îascogtie, Hazadais, Age- 
nais, Saintonge, Aunis, Périgord, Limousin; les ciii(| derniers 
traitent de sujets di\crs, entr(> autres des lUllcIs de cun/ia/icc 
sous la Ucvolution. Les Annales du Midi en ont apprécié plu- 
sieurs et rendu justice aux mérites de l'auteur. \enu tard aux 
travaux de ce genre, il les a marqués d'une empreinte très per- 
sonnelle. En concentraTit ses eflbrts sur un petit nombre de 
sujets modernes, en délaissant ceux pour lestpiels une instruc- 
tion générale ne pouvait sulTlre, il a contribué elficacemenl aux 
progrès des études d'histoire locale et forgé quelques instru- 
ments de travail qui manquaient encore. Possesseur d'une 
grosse fortune acquise dans le commerce des vins, il en avait 
fait un bel usage en rassemblant l'une des plus riches collec- 
tions qu'il y eut d'impressions bordelaises, estampes, médailles, 
faïences, etc., qu'il mettait fort obligeamment au service de 
ses amis; mais de ceux-là seulement, car son caractère atra- 
bilaire le rendait exclusif à l'égard des hommes comme des 
opinions Qtdes choses. 11 laisse inachevées quelques éludes qiii, 
sous une forme moins définitive que celle qu'il leur eût donnée, 
pourront cependant paraître. L'un des fondateurs de la Revue 
historique de Bordeaux, premier président de la Société d'his- 
toire de cette ville, Ernest Labadie, a tracé son sillon plus pro- 
fondément et plus durablement que beaucoup d'érudits formés 

par l'École 

A. Lerolx. 

I. M. P. Gourteault les a soigneusement énumérés dans la lirriir 
hislorique de Bordeaux (191 7, p- CC-70). 



3i;^ ANNAi.KS ni Mini. 



M. Goorgos Ai vthiei:, né à Nimes en iSS'i, est loml)é gloiieu- 
sement pour la pairie, le 8 mai dernier, dans l'alTaire deGraonne, 
à la tète de la section d'infanterie qu'il entraînait comme aspi- 
rant officier. Sorti de l'Kcole des Charles avec une thèse sur 
Les Marais de Bordeaux el de Bruges de 17)99 à 1789, il avait 
été nommé archiviste du département de la Corrèze tout à la 
fin de 1908, après un long stage aux Archives de la Gironde. 
S'il n'a pas eu le temps de donner toute sa mesure, il laisse 
cependant une trace dans- le dépôt confié à ses soins, par la 
peine qu'il prit de continuer l'inventaire et de dresser les réper- 
toires i)rescrits. Plusieurs de ses publications ont été appré- 
ciées ici-même : sa Courte chronique écrite à Ayen (1909), son 
Essai sur les sources de l'histoire de la Corrèze pendant la Révo- 
lution (1910), ses Notes et documents sur l'instruction publique en 
Corrèze pendant la Révolution (1912), ^a?, Notes et documents sur 
l'industrie en Bas-Limousin, au XVIII^ siècle (dans la collection 
Ilayem, 1911 à i3 et 1916). Ajoutons-y une traduction de VHis- 
foria Tatellensis de Baluze. — Déjà licencié es lettres, M. Ma- 
thieu avait mis en chantier depuis quelques années une thèse 
de doctorat sur l'Histoire du département de la Corrèze sous le 
(Consulat el l'Empire, dont les éléments pourront sans doute 
être utilisés. Aux qualités de l'homme privé il unissait celles de 
l'érudit consciencieux et du fonctionnaire irréprochable pour 
rendre son souvenir précieux à la Société des lettres, sciences 
et arts de la Corrè/e, dont il était seciétaire général. 

A. Leuoi X. 



( IIHOXrQT'K 



Dans sa séance du i8 mai 191 7, l'Académie desinscriplioiis d 
belles-lettres a accordé le premier prix Gobert 9.000 francs à 
M. Delaghenal ponr son troisième volume de l'iiistoire de 
Cbarles \ . 

Dans sa séance du 8 juin elle a accordé sur le prix h\ùiitour 
ôoo francs à M. Roger Gbaxd pour le Contrai de compla/ir . 



Dans sa séance du 7 juillet 191 7, l'Académie des sciences mo- 
rales et politiques a accordé sur le prix Perret une somme de 
5oo francs à M. Paul Lemoxmer pour son recueil Les Déporta- 
tions ecclésiastiques à Rochefnrt et ime égale somme à M. Léon 
MiROT pour ses études sur le xiv" et le xv' siècles. 



Dans sa séance du 12 juillet 1917, l'Académie française a ac- 
cordé sur le prix Marcelin Guérin iine somme de 5oo francs à 
AI. Dauphin Meimeh pour son ouvrage sur Louise de Miraljeau. 
marquise de Cahrls' . 

Les thèses de l'École des Chartes soutenues le i3 mars der- 
nier et jours suivants^ ont été au nombre de huit. Deux de ces 
thèses intéressent le Midi : celle de M. Bruno Durand et celle 
de M. François Jourda de \au\ de Foletier. 

I. Voir phis loin un compte rendu sommaire de cet ouvrage. 

3. Voir un compte rendu critique, Annales. i9i'4. t. XXVI, p. ôa.'î. 

3. Position des tlièses. etc. Paris. Picard. 1917; in-8°de 62 pages. 

ANNALES DU MIDI. XXLX. -il 



3l4 ANNALES Dl MWJ . 

M. Bruno Durand a étudié La vie municipale à Ai.c-c/i-Pro- 
vencc avant 1789. Après une introduction sur la « topographif 
aixoise », il consacre trois chapitres à la (( vie munici[)al(^ » 
proprement dite, divisée en trois périodes (avant i32o;de 1820 
à 1490; de 1490 à 1789) ; un quatrième chapitre traite du « per- 
sonnel municipal »; consuls, assesseur, conseil, greffiers, esti- 
mateurs, trompettes de ville, sans oublier le« prince d'amour ». 

M. Jourda de A^aux de Foletier a jorésenlé une biographie de 
Galiot de Genouillac, maître de l'artillerie de France {i l\()ù- 1 3lt()). 
Cette biographie, développée en neuf chapi Ires, montre d'abord 
en Galiot le viguier de Figeac, capitaine de Najac, sénéclial 
d'Armagnac, curateur de Charles d'Armagnac; nous voyons en- 
suite Galiot chargé de fortifier Bayonne sous Louis XII ; grand 
maître de l'artillerie, il joue son rôle àMarignan et revient dans 
le Midi en i5i7, date de son entrée à Cahors comme sénéchal 
de Quercy; il inspecte ensuite à diverses reprises le Languedoc; 
enfin, il dirige, avec son fils, François, l'artillerie au siège de 
Perpignan en i542. Le petit-fils de Galiot, Antoine de Crussol, 
fut sénéchal de Quercy en survivance et devint, en i546, gou- 
verneur de Languedoc. 

Sous le titre : Quatre poésies du troubadour Pcire Uaimon de 
Tolosa (Toulouse, imp. Gay, 1917), M. J. Anglade vient de réu- 
nir en une petite brochure de iS pages quelques poésies de ce 
troubadour de la fin du xii' siècle, qu'il avait lait paraître dans 
la revue L'.l/;/a, organe de la Société Les Toulousains de Tou- 
louse; une traduction et des notes accompagnent le texte. 



VAcadén}ia de la llcngua Catalane a publié ses Règles orto- 
grdjiques'. Ces règles sont inspirées parles ])rincipes déjà allir- 
més par cette Académie', et confirmés |)ar l'introduclion du 



I. Barcolona, kjiO, in-iG de 2/1 pages. A la lin de celle i)ioclnire 
figure la liste des académiciens. 
■>.. Annotes. \[)\G. I. \\I\. p. laa. 



CMIIOMOUR. ."il,") 

présenl oi)uscule : inodifier aulanl que possible la graphi(> du 
catalan sans heurter les droits légitimes des dialectes et sans 
rompre avec l'usage essentiel des classicpies ou avec la c plivsio- 
nomie propre » de la langue. Notons en particulier (pie TAra- 
démic maintient Vit traditionnelle, dans des mots comme nihù, 
vchi; vl Vy dans la co])ulalive y, dans les finales de mots, tels 
(pie /ry, et comme semi-voyelle dans des mots tels (pie //v/y/, 
reyet. Sans affirmer que les solutions de l'Académie soient les 
meilleures dans tous les cas, il est permis dédire que le res|)ecl 
du passé et du bon usage dont ces solutions procèdent mérite 
(r('tre pris en sérieuse considération. 



Grammaire catalane. — M. l'abbé FouciiÉ, professeur à Per- 
pignan, diplfjmé supérieur de l'Institut d'Études Méridionales, 
va publier dans la revue Ruiicino un Essai de grammaire histo- 
rique du catalan. C'est le premier essai de ce genre tenté en 
France. Toutes nos félicitations au sympathique catalaniste et 
à la Société d'Archéologie et de Philologie catalane qui va éditer 
celte publication : Visca Rosello! Le premier fascicule a d(''jà 
paru (Perpignan, Barrière et C'", éditeurs). 

Grammaire provençale. — Il existe des grammaires d'ancien 
proven(,al en Italie, en Allemagne et en Amérique (ouvrages 
de Crescini, Schultz-Gora, Grandgent). Notre collaborateur, 
M. J. Ânglade, vient de mettre sous presse une Grammaire de 
l'ancien provençal ou ancienne Ltmgue d'oc (le mot provençal 
est entendu ici au sens large qu'il avait au Moyen âge). Cette 
grammaire se composera de 35o pages environ et paraîtra 
dans le courant de l'année 1918 à la librairie Rlincksieck, 
Paris. Elle comprendra une Biljliographie de la grammaire 
provençale, qui vient de paraître dans les Estudis Romdnics, 
publiés par l'Institut d' Estudis catalans; tirage à part à cin- 
quante exemplaires (librairie Masscj Torrents, Rambla Cala- 
lunya, Uibreria de ÏAvenç, Barcelone), une Phonétique et une 
Morphologie; les études sur la Syntaxe de l'ancien proven(:al 
sont encore trop sommaires pour qu'on puisse tenter un ré- 
sumé de cette partie de la grammaire. 



3l6 VNWLES Dl MIDI. 



Mouvement félibréen. — Le bureau du Félibrige a décidé 
d'offrir un témoig-nage d'admiration au maréchal Jofl're. A cet 
elfet,il sera constitué un album comprenant des poésies et des- 
sins dus aux meilleurs poètes ou artistes du félibrige. 

Nous annoncions, dans le dernier luiméro des Annales, la 
nomination de M. Emile Ripert, professeur au lycée de Mar- 
seille, comme chargé de cours à l'Universiié d'Aix-Marseillc. 
L'Académie des sciences et lettres d'Aix vient de décerner à 
]\I. Ripert le prix de S.ooo francs, fondé par M""" Dosne, nièce 
de Thiers, en faveur d'un ouvrage intéressant la Provence et 
écrit par un Provençal. Ce prix est décerné tous les cinq ans. 
L'ouvrage de M. E. Ripert, encore manuscrit, porte sur la Re- 
naissance provençale au xix' siècle. M. Ripert se propose de 
faire, en dehors de son enseignement à Aix, une série de cours 
en Avignon dès que les circonstances le permettront. 

M""" Frédéric Mistral a décidé, conformément à la volonté ex- 
primée par son mari, de ne pas autoriser la publication des 
manusciits et lettres du grand poète avant une période de cin- 
quante ans à partir du jour de la mort de Mistral. En particu- 
lier, les manuscrits destinés au musée Calvet, d'Avignon, no 
pourront pas être publiés avant cette date. 

Le prix de poésie en langue romane a été décerné, le 
3 mai 1917, par l'Académie des Jeux Floraux à M. Léon Gouyor, 
du Pont-Saint-Esprit, pour son Ode à la France. 

Le concours fut d'ailleurs exceptionnellement bon cette an- 
née, et le rapporteur, M. le baron Desazars de Montgaillaid, a 
regretté qu'une deuxième récompense ne puisse pas être décer- 
née. Deux fleurs sont prévues pf)nr le concours do langue ro- 
mane de 1918. 

La fête des Jochs Florals de Barcelone a été présidée cette an- 
née par M. Pages, directeur du Télégramme. Dans un excellent 
discours languedocien, M. Pages a insisté sur l'amitié séculaire 
(|iii unit le Midi dv la Krance à la Catalogne et sui' la commu- 
nauté (je nu-; sontiMioiit-< et de nos goûts. 



M. Johannis J^ey, de la Société de Slalisliqiic de la Dn'uiic, ii 
publié en biochurc le récit d'une charmante felibrée, qui a eu 
lieu en juillet 1916, chez M"" de Flandrcvsy, à Valence. I.e dis- 
cours prononcé à cette occasion par M. .1. Charles Houx énu- 
mère le programme des ouvrages que le bon provcnralisie 
qu'est le Directeur de la Compagnie transatlantique se propose 
de publier avec l'aide de collaborateurs. Cinq publications au 
moins sont prévues ; trois volumes sont consacrés à Mistral, du 
moins dans le projet primitif. Nous publierons en collabora- 
tion avec M. J. Charles Roux une Iconographie des Troubadours, 
surtout d'après les manuscrits I,K, H, etc. La publication con- 
tiendra de quatre à cinq cents reproductions en couleurs. Le 
texte comprendra une notice sommaire sur chaque troubadour 
accompagnée de notes bibliographiques. Les provençalistes ne 
seront pas fâchés de voir comment les miniaturistes du xiii'et 
du XIV' siècle se représentaient les troubadours. 

On nous assure que le procès-verbal de la séance solennelle 
du 3 mai 1917 de l'Académie des Jeux Floraux a été rédigé et 
transcrit en plana lenga romana. Voilà qui aurait fait plaisir 
aux sept troubadours, fondateurs du Consistori de! Gay Saher. 
Mais que nous sommes loin de l'époque déjà lointaine où l'on 
reprochait à l'Académie des Jeux Floraux de ne pas « mainte- 
nir » la Lang^ue d'Oc ! J. Axglade. 



Chronique universitaire ' 

Année 1915-1916. — L'Institut d'Études méridionales, ouvert 
à la rentrée de novembre 1914. n'a vu modifier depuis ni les 
conditions matérielles de son installation, ni la composition 
de son personnel enseignant. La première année d'existence 
de l'Institut avait témoigné déjà, malgré la guerre, d'une acti- 



I. Xous reproduisons, sous celle rubrique, les rapports olficiels 
présentés au Conseil de l'Université par M. le Doyen de la Faculté 
des lettres, directeur de l'Institut d'Études méridionales, qui nous 
en a donné commvinicalion pour les Annales da Midi. 



3l8 ANNALES DU MIDI. 

vilé de bon augure. L'année scolaire 1910-1916, en dépit des 
mêmes obstacles, n'a pas été moins féconde. 

L'appel des classes successives sous les drapeaux a eu pour 
e(Tet inévitable de diminuer le nombre des étudiants. Par con- 
tre, des étudiantes en plus grand nombre ont suivi les cours. 
Le nombre total des élèves a donc été plus élevé. 

Cours. — M. Anglade (lettres-philologie) a initié ses audi- 
teurs à l'étude critique de textes méridionaux choisis parmi les 
œuvres des grands troubadours. Il a expliqué, en outre, devant 
eux, la conjugaison de l'ancien provençal et la formation des 
mots. 

M. Calmette (histoire) a traité des origines et de l'évolution 
des grands fiefs de la région pyrénéenne. 

M. Graillot (histoire de l'art) a pris pour objet de ses leçons 
l'étude des édifices romans et gothiques de Toulouse et de la 
région toulousaine. 

M. Cartailhac (archéologie) a fait un cours public sur les an- 
tiquités préhistoriques et a consacré ensuite aux étudiants de 
l'Institut plusieurs conférences, avec visites dans les Musées 
toulousains : musée d'histoire naturelle, musée Saint-Uaymond. 
Ces visites, fort goûtées, ont démontré à la fois la^ richesse ex- 
ceptionnelle de nos collections et l'importance des découvertes 
locales. 

M. Galabert (paléographie) a fait déchiffrer et commenter 
aux élèves de nombreuses chartes d'intérêt méridional, dont 
plusieurs ont été empruntées par lui aux archives de Tou- 
louse. 

Examens. — Le diplôme supérieur d'études méridionales a 
été décerné avec la mention bien àM. l'abbé Fouché, licencié 
es lettres, auteur d'un excellent mémoire sur La conjugaison 
catalane ancienne et moderne. Le candidat a fait preuve, en 
outre, de connaissances précises en liisloiic lilléraire, en his- 
toire méridionale et en paléographie 

D'antre par!, MM. (Juilhamon et Cayré onloblenu le diplôme 
d'études supérieures (histoire) avec deux mémoires portant sur 
riiisloire du Languedoc : le premier a étudié L'étal du déparle- 
rncnl de la Haute-Garonne à la fin du prrniici- Empire ; le se 



ciiiiorocF. 3jfj 

cond, La Révolution tk IS^iS à Toulouse ci dans le dépnrlemenl 
de la Haute-Garonne. 

Pour la licence d'histoire, l'une des épreuves pralicjues a 
porté sur la Basilique de Sainl-Sernin. 

Doxs ET ACQUISITIONS. — Des dons intéressants ont été faits à 
l'Institut par AIM. Charles Roux, Emile Carlailhac, le capitaine 
Dupuy (livres). L'Instilul d'Esludis catalans a autorisé l'cvécu- 
tion d'une photocopie de son manuscrit des Leys d'Amors. Cette 
reproduction sera faite grâce à une subvention du Ministère de 
l'Instruction publique. 

Les collections photographiques d'art et d'archéologie se 
sont augmentées d'un lot important, comprenant en particulier 
une riche série de chapiteaux romans de la région. 

Extension universita.ire. — M. Angladc a obtenu du Minis- 
tère une mission à Barcelone. Pendant son séjour dans celte 
ville, il ne s'est point contenté de poursuivre ses travaux per- 
sonnels, mais encore il a donné à l'Institut d'Esludis catalans, 
qui l'a parfaitement accueilli, une série de conférences sur la 
langue provençale. Ces conférences ont été suivies par un pu- 
blic particulièrement choisi. 

L'Académie de la langue catalane, créée à Barcelone en 19 15, 
sous la présidence du chanoine Jaume Collell, a élu d'office 
M. Calmette membre adjoint de cette Compagnie. 



Année 1916-1917 . — L'installation matérielle et le personnel 
n'ont subi aucune modification depuis le rapport précédent. 
Le nombre des étudiants est demeuré au total à peu près le 
même que pendant l'année scolaire 1915-1916. Pour la pre- 
mière fois un étranger a demandé à suivre l'enseignement de 
l'Institut : Ch. Todesco, professeur au lycée de Bassano, qui 
s'est placé par correspondance, sous la direction de MM. An- 
glade et Calmette, et qui s'est plus particulièrement spécialise 
dans l'étude de la langue, de la littérature et de l'histoire de la 
Catalogne. 

CoiRS. — M. Anglade (lettres, philologie), devant un audi- 



820 ANNALES DU MIDI. 

toirc complètement renouvelé, a traite de nouveau des éléments 
de la grammaire et de la littérature provençale. 11 a expliqué 
des textes anciens (17t's des troubadours, poésies de Peire Vidal, 
Bernart de Ventadour, Peire Ramon de Toulouse) et Mireille de 
Mistral. 11 a, d'autre part, étudié la métrique des troubadours 
d'après les Leys d'Amors. 

^1. Calmette (histoire) a poursuivi l'histoire des États pyré- 
néens. Pour initier les élèves à la critique historique, il a éta- 
bli, en collaboration avec eux, un recueil de textes qui a été 
imprimé sous ce titre : Institut d'Etudes méridionales ; choix de 
textes latins pour l'explication historique. Chaque élève a ensuite 
préparé un de ces textes, et l'explication a permis de montrer 
pratiquement ce qu'est l'usage et la discussion des sources; 
des épisodes variés de l'histoire méridionale, du vi' au xv"" siècle, 
ont été de la sorte passés en revue. 

M. Graillot (histoire de l'art) a fait une série de conférences 
sur l'architecture et la sculpture gothiques dans le Midi de la 
France et en particulier dans la région toulousaine. 

M. Cartailhac (archéologie) s'est attaché, dans ses leçons, à 
faire apprécier la situation privilégiée de Toulouse comme 
centre des études d'archéologie préhistorique: toutes les phases 
paléolithiques, néolithiques, énéolithiques sont représentées 
dans le Midi toulousain par des gisements et même des monu- 
ments de premier ordre. Plusieurs matinées ont été consacrées 
à l'examen sur place des collections conservées au Muséum et 
au Musée Saint-Raymond. 

M. Galabert (paléographie) a fait déchiffrer et commenter de 
nombreuses chartes concernant Simon de Montfort, les abbayes 
de Moissac et de Saint-Antonin, la Bigorre, le Roussillon, la 
ville de Toulouse, etc. Une visite faite aux archives municipales 
a donné aux élèves l'occasion de voir de près les documents 
caractéristiques des principales séries. 

Examens et travaux. — Aucun des étudiants n'a affronté les 
épreuves du diplôme ou du certificat. Un candidat à la licence, 
M. Bégoueti, a choisi pour matière d'option l'aichéologie pré- 
historique, et a obtciui dans cette matière des notes fort satis- 
faisantes. Parmi les travaux en préparation sous la diioction 



niROMOl i;. 3';( 1 

des professeurs de l'Institut, il convient de signaler ci lui (\c 
M"" ^'ilhac sur Les plus anciens textes concernant Saint-Sernin ; 
celui de M"'' Maury, sur Le rôle des corps administratifs à Tou- 
louse pendant la Révolution: celui de M. ^oubel, sur Simon 
de Montforl et Raymond VIL M"" Abcilliou, AF. Daydé et 
M. Labatut ont collaboré à l'établissement d'un index des Leys 
d'Amors. 

Dons et acquisitions. — Nos collections se sont accrues par 
des achats et par des dons. Il y a lieu de citer ici les donateurs 
généreux qui ont contribué à cet enrichissement : MM. Puig, 
de Quillan (ms. de cantiques catalans), de Puybusque, Emile 
Cartailhac, A. Jeanroy, Décap, Gadrat, L. de Santi, Auguste 
Puis, Maurice RaimbauU. Savinian, Auguste Vidal, Martin- 
Chabot (livres et brochuues). La photographie du manuscrit 
des Leys d'Amors conservé à Barcelone, à l'Institut d'Estudis 
Catalans, a été exécutée comme il avait été prévu dans le pré- 
cédent rapport. L'Institut d'Estudis Catalans a bien voulu in.s- 
crire l'Institut d'Études méridionales parmi les établissements 
auxquels se fait le service de ses précieuses et magnifiques pu- 
blications. 

Extension universitaire. — M. Cartailhac a été nommé mem- 
bre de la British Academv de Londres. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Ageorges (J.). Le docteur Bordes-Pages. Paris, librairie des 
Saints-Pères, 191 3; in-12 de 278 pages et 4 planches hors texte. 
— L'ouvrage de M. Joseph Ageorges se recommande aux lec- 
teurs de la région pyrénéenne par la nature des sujets qu'il 
traite. Autour du sujet principal en efTet : la vie et les œuvres 
d'un homme de bien qui joua, comme médecin, comme admi- 
nistrateur et comme homme politique, un rôle important dans 
l'Ariège au cours du xi\' siècle, s'en groupent naturellement 
un certain nombre d'autres qui sont d'un vif intérêt pour l'his- 
toire du coin méridional où M. Bordes-Pagès a déroulé sa lon- 
gue et belle vie. 

Fils spirituel de Montalembert (qu'il documenta un jour sur 
une question de législation médicale) et démocrate « bien avant 
le ralliement », le héros du livre et les principaux membres de 
sa famille : Jean-Pierre Pages, l'illustre député de Saint-Girons, 
le grand orateur et l'incorruptible adversaire de Guizot — et 
Kdouard Descola, le polémiste fougueux, spirituel et courtois, 
l'aident républicain dont nul n'a pu mettre en doute la sin- 
cérité — sont éminemment représentatifs, pour l'Ariège, du 
parti connu sous le nom de catholicisme libéral. Acquis de 
tout temps aux i)rincij)es démocratiques, ils les ont défendus 
sans défaillance tantôt contre les adversaires naturels de leur 
religion, tantôt contre ces chrétiens do rop])osition qui nul 
toujours AU dans ht Démocr(die et l'h'fj/isc deux ennemis irré- 
conciliables, it ([ui ne inénagèren! pas leur « faiouche hosti- 
lité » au UiAÀv ouNrage de M. Bordes-Pagès j)aiu sous ce litre 
en 1881. 

A côté de ses luttes |t()lili(jues. M. Hordos-Pagès en soutint 
d'autres ni>r> moins \ ignureusos. Il lui l'un » des initiateurs du 



LIXUES ANNONCES SOMMAI RKMF,NT. ,'r<0 

mouvement transpyrénéen » (p. 03). C'est même lui « (jui le 
premier donna une forme vraiment pul>li(|ue à l'idée de l'éta- 
blissement d'une voie ferrée franco-espagnole |)ar les IS'rénées 
centrales ». Au triomphe de ce grand dessein il se dé\oua si 
bien tout entier qu'il mérite d'être considéré comme « le véri- 
table apôtre du transpyrénéen central » (p. 86). C'est ainsi que 
le livre de M. A. devient un fragment de l'histoire économique 
de l'Ariège. 

On y retrouve encore l'histoire de l'Ariège dans les pages 
savoureuses consacrées à la création de la station thermale 
d'Aulus par le docteur Bordes-Pagès (p. 73-83) — et dans 
l'appendice relatif au choléra qui sévit à travers le département 
en i854 (p. 200-237), ^ ^^ suite d'une longue disette causée par 
diverses perturbations atmosphériques. 

Ou la suit enfm — avec le regret de la trouver un peu courte — 
dans un passage instructif sur certaines querelles locales. Il y 
est question de la séculaire inimitié qui lançait parfois Oùst 
contre Seix dans « des engagements à mains armées » (p. 53) 
et qui se traduisit une fois « par une guerre de mémoires 
imprimés » remplis d'épithètes désobligeantes, de reproches 
amers, de virulentes satires efd'homériques chamailleries — le 
tout à propos d'un juge de paix que les deux communes se 
disputaient avec rage. Cela se passait en 1823. 

11 faut signaler en terminant l'intérêt social du livre considéré 
comme l'histoire d'une famille bourgeoise et lettrée d'Ariège 
au XIX' siècle. Visiblement nourri, sur ce point, d'une surabon- 
dante documentation, dont on me dit que l'auteur, sous peu, 
tirera un parti plus considérable, il nous fait pénétrer dans un 
milieu de chrétiens aussi larges que convaincus, d'excellents 
bourgeois amis de leur foyer et de leur province, de distingués 
humanistes et jjhilosophes. C'est le type de la famille française 
où il n'y a que des honnêtes gens dans tous les sens du mot, 

y compris celui du xvii- siècle. 

Julien Fajolles. 

Archwes municipales de Bordeaux. I/wenlaire .sommaire des 
registres de la Gironde de 1.520 à 17S:J, t. VI, public par Alfred 



32^ ANNALES DU MIDI. 

Lerolx. }3onleaux, Pech, 191C; in-V de xiv-8^0 pages. — Com- 
prend quatre-vingts rubriques nouvelles, qui conduisent la 
publication jusqu'au milieu de la lettre G. La préface indique 
que les rubriques les plus abondantes sont les Fiefs (213 p.), 
Fontaines (53 p.), Gouverneurs militaires (120 p.) et Grains 
(218 p.). Les index ont reçu un développement qu'ils n'avaient 
point eu jusqu'ici et remplissent i3o pages. Il y a une vingtaine 
de délibérations ou mentions de 1217 a iSao. 

L. A. 

Auguste (Abbé Alph.). Le séminaire de Caraman au fauboury 
Saint-Ètienne, à Toulouse. Paris, Picard; Toulouse, Privât, 1918; 
in-8" de 170- pages et 4 planches. — Des dix séminaires qui, 
de la fin du xvi' siècle à la Révolution, prirent naissance à 
Toulouse et y durèrent plus ou moins longtemps, celui du 
faubourg Saint-Étienne ou de Caraman (1651-1704) a trouvé 
un historien particulièrement érudit et consciencieux, dont le 
travail très fouillé et fortement documenté ne laisse rien dans 
l'ombre. 

Le premier séminaire toulousain, celui du cardinal de Joyeuse, 
fondé en 1590, avait cessé d'exister en 1602. En i65i, le chan- 
celier de Ciron établit près de Saint-Pierre-des-Cuisines le sémi- 
naire des Hautes Sciences qui n'eut qu'une vie éphémère et ne 
vécut que neuf ans. Au contraire, le séminaire du faubourg 
Saint-Étienne, né en i65o, confié par l'archevêque Montchal 
à la direction de R. Bonal, devait durer un siècle; installé 
d'abord dans une « maison attenante de celle de M. le chance- 
lier » de Ciron, il fut transféré quelques mois plus tard « au 
faux-bourg de Saint-Étienne », dans la propriété « du S' Comte 
de Carmaing ». Avec un soin mirmticux, ^L l'abbé Auguste 
suit pas à pas l'institution nouvelle dans son organisation inté- 
rieure, son développement, « sou maximiim de prospérité en- 
tre 1680 et 1690 », son union avec les Lazaristes en 1753. Ceux- 
ci, ayant acheté l'ancien noviciat des Jésuites sur le quai de la 
Daurade, se défirent des bàlirnents et des terrains de Caraman, 
dans lesquels se succédcrciil |)ai' la suite la communauté du 
Ron Jésus ou dos filles repenties, une usine, une caserne et une 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 826 

partie du Pensionnat des Frères des Kcoles clirétionnes nota- 
blement agrandi. 

Deux passages de l'importante et si instructive monographie 
du séminaire de Caraman sont consacrés aux vieilles chapelles 
Saint-Aubin et Saint-Sauveur, et à un tableau magistralement 
brossé de ce (ju'était co quartier rural et champêtre quand le 
creusement du canal du Midi en commença la transl'ormalion. 
Les Toulousains doivent être reconnaissants à M. l'abbé Auguste 
d'avoir apporté une si importante contribution à leur histoire 
locale, contribution dont nous avons pu apprécier personnelle- 
ment toute la valeur en amorçant en 1914 et en terminant plus 
récemment, sur un quartier qui nous est particulièrement cher 
(Saint-Sauveur, le faubourg Saint-Étienne et la place Dupuy), 
une étude d'ensemble, prête en manuscrit, et que nous espé- 
rons faire paraître dès que les circonstances le permettront. 

Louis ViÉ. 

Brutails (J.-Aug.). La question de saint Fort. Bordeaux, 
Gounouilhou, 1916; gr. in-8" de 87 pages (Extr. des Actes de 
l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux. — 
Sans être professionnellement un « dénicheur de saints », 
M. Brutails vient d'en tenir l'emploi en foute révérence aux 
dépens de saint Fort, que la dévotion des Bordelais avait adopté 
comme « bienheureux » depuis quatre ou cinq siècles (p. 10), 
et que l'abbé Ci rot de la Ville, suivi par le P. Moriguet, a con- 
sacré comme tel il y a justement un demi-siècle. Après avoir 
constaté le vague de la tradition relative à saint Fort, que les 
uns appellent de ce nom, les autres Sigebert, Gilbert, Sanctus 
ou Gallicin ; l'incertitude de la date où il aurait vécu : le i" siècle 
d'après quelques-uns, le ii% le 111% le iv% le v% le vi" et même 
le viii" d'après quelques autres ; les contradictions que l'on 
relève quant au genre de son supplice : lapidation, décapita- 
tion, égorgement; l'ignorance où l'on est du siège qu'il aurait 
occupé comme évêque. — M. B. n'a pas de peine à montrer 
ce que valent les arguments philologiques, archéologiques, 
liturgiques ou soi-disant historiques dont on n voulu étayer le 
culte adventice rendu à ce personnage dont le nom apparaît 



3-26 VNNALKS DU AUDI. 

pour la première i'ois au \m" siècle (p. 27). « C'est probable- 
ment un saint d'oiigino populaire et laïque, né de l'imagina- 
tion des loules », (pii, du mot fort signifiant un autel, une 
chasse ou iieut-ètre une reli([iic, ont l'ait un homme à tra\ci's 
la personnalilr diujuel la dévotion de tous s'adressait à saint 

Seurin (p. .'k") et suiv.) '. 

\lfrcd Leroix. 

Calmette (J.). Le problème des origines de Perpujnan. Tou- 
louse, Privât, 191O; in-8" de 11 pages. (Exlr. du Bulletin de la 
(ircliéolo(ii<ine du Midi de lu France, 1914- 1910) • — -M- J- Cal- 
mette, professeur à la Faculté des lettres de Toulouse, à qui 
nous devons de si reuiarquables travaux sur le Roussillon, 
établit, à l'aide d'une |)én(''trante critique de documents connus, 
les origines historiques de Perpignan, si obscures comme celles 
de la plupart des villes de France, et parlant si controversées. 
L'auteur a vite fait d'écarter ce qu'il nomme la légende linguis- 
tique et la légende poétique qui ne reposent que sur des jeux 
de mots. En revanche, il lui a fallu sa si sûre faculté de criti- 
que savante et ingénieuse pour démolir ce qu'il appelle juste- 
ment la légende archéologique a laquelle un très bon archéo- 
logue, M. Mayeux, a prêté en igiS l'ajîpui de son talent, dans 
un article du Bulletin monumental. Celui-ci admet, avec de 
nombreux érudits, que l'église principale de Perpignan dérive- 
rait d'une abbatiale bénédictine carolingienne, noyau de la cité 
primitive. Cette abbatiale (dite dels Correchs = des ravins), 
attenante à la cathédrale Saint-Jean actuelle, aurait dépendu 
du monastère de Montmajour, 

M. Calmette ne songe point à nier l'existence d'une chapelle 
du ix" siècle au lieu tlit dels Correchs. Une chapelle de ce nom 
subsiste, attenante à la cathédrale, — mais vraisemblablement 
postérieure à celle du ix' siècle et sur l'emplacement de celle-ci : 
on va la rendre incessamment au culte. Mais il prouve que cet 
édifice n'a jamais été une abbatiale bénédictine. D'abord par 
une remanpie négative : comment se fait-il que pas un docu- 

I. ^oi^ |)tiis loin le coiiiplc icudu (iiiii liaxail di' M. (ilianliac sui- 
te ni«'iiif' sujet. 



l.nURS WNONCKS Sf )M M M Itl'M lAT . .'^2" 

inent local n'altestc j'ac Ihilé du inonaslri^^ <lcls darriu-hs, aUns 
([iio sont si hioii coiiiiiis, par do iKniihreuscs cliai ic^s ( rclalées 
dans la Marca hispanica), les instiUits rdifiicux de l'époquo. 
carolingienne d(^ la piovince? Voilà déjà i:ne piésomplion grave 
de noa-c\islencc. On rri)ond, il csl \iai, (mi laisanl appel à 
l'autorilé (\\\ chanoine Coma tpii, an v\ii sirclc, a d(''\el()|)p('' la 
théorie d'nii monastère bénédictin an\ Cunrr/i.s, en s'appu\anl 
sur deux textes. Or, M. Mayenx lui-même a ruiné l'un de ces 
textes qui, par erreur singulière, confondait (lorreiis, dans le 
Var, où à la vérité fut fondé un monastère (en loio seulement, 
sous Sixte IV, et non à l'époque carolingienne, sous Sixte 11), 
avec les Correchs perpignanais. Quant à l'ultime document, 
une prétendue bulle de Sergius II décrite et copiée par Baluze 
qui l'a vue aux archives d'Elue, et perdue depuis, M. Cal mette 
démontre irréfutablement qu'elle est apocryphe : si cette bulle 
était de Sergius II, elle serait sur papyrus et non sur parche- 
min; — en relation évidente avec la bulle concernant Correns, 
elle devrait dater de Sergius IV; — la souscription .SVr^f«,s Papa 
aecandiis est faiissc et fausse également la bulle en plomb. 
« Voilà donc le monastère parti pour rejoindre la foret incen- 
diée de l'Albère et les bœufs du Père Pinya. )> 11 reste qu'une 
chapelle existait au ix' siècle sur le territoire futur de la cathé- 
drale Saint-Jean. C'était vraisemblablement la chapelle de la 
Villa Perplnia/ii. Le véritable Père Pigne se nommn\[ Perpinius, 
et s'il n'a point comme Romulus tracé le fossé qui devait cein- 
dre la cité future, sa villa avec sa chapelle furent l'origine véri- 
table de Perpignan. Ce travail d'érudition pourrait être le pre- 
mier chapitre d'une 'histoire de Perpignan; avec tant d'autres 
travaux du même auteur, il nous fait espérer que M. Calmelte 
nous donnera bientôt l'œuvre qu'attendent de lui tous les éru- 
dits de la province : une Histoire générale du Ronssillon. 

Marcel Selleeh. 

Cu.vuLiAG (A.), ancien élève de l'École polytechnique. Hé- 
Jîexions d'an Bordelais sur la question de saint Fort (Bordeaux. 
Féret, 1917 ; gr. in-8" de 29 pages). — « Douloureusement ému » 
par les conclusions du mémoire de M, Brulails dont tious 



3a8 ANNALES nu MIDI. 

avons rendu compte plus liaut, M. Chauliac entreprend cou 
rageusement, avec le concours de quelques amis anonymes, 
d'établir « la solidité do la tradition séculaire relative à 
saint Fort ». S'il est contraint de reconnaître qu'on ne sait 
rien de positif quant à la personnalité du sujet en cause, il 
établit du moins que le culte en était célébré, dès le commen- 
cement du xiv' siècle, c'est-à-dire emiron quatre-vingts ans 
plus tôt que n'admet M. Brutails, et il infirme légèrement sur 
quelques autres points la force probante des arguments que 
celui-ci a présentés. Toutefois, le fond des choses n'en est pas 
changé : saint Fort doit sa naissance à l'imagination populaire, 
par les raisons qui ont été dites. La discussion de M. Ch. reste 
toujours courtoise; mais en réclamant les preuves positives 
d'un fait négatif, il élève une prétention inadmissible en bonne 
logique. Puisqu'il remet à l'Autorité diocésaine le soin de pro- 
noncer en derniert ressort, nous nous permettrons d'éclaircir 
un peu la question en présentant ailleurs quelques remarques 

qui n'ont pas encore été faites. 

Alfred Leroi x. 

Del.vge (Fr.j. Le souterrain de Morloral. Limoges, Ducour- 
tieux, igiT); gr. in-8" de 8 pages (Extr. chi /)////. de la Société 
nrch. et hisl. du Limousin). — Mortorat est un tout petit village 
de la commune de Saint-Priest-la-Feuille (Creuse). Le souter- 
rain qu'il renferme a été découvert fortuitement en 191 2 par 
M. Uoby, propriétaire, et s'ajoute au nombre considérable de 
ceux que l'on connaît déjà (plus de 200) dans les trois départe- 
monts de l'ancien Limousin, grâce aux rochcrchos de MM. Le- 
cier, Bombai, Kiclianl ol Imbort (Cf. L'IIonn)ie préhistorique, 
1910). — M. D. a exploré Mortorat avec grand soin et l'a décrit 
avec la compétence qu'il possède en ce genre d'études dont il 
s'est fait une spécialité. On y accède par un puits de /| m. 3o 
(|ui aboutit à un couloir conduisant à doux chambres mesurant 
cliacunc oiniron /( mètres de longueur. Dans le sens opposé ce 
couloir central conduit à une autre chambre longue de .') mètres 
i\(^ forme assez régulière. Los objets recueillis dans ce souter- 
rain sont des scories (]o fer, dos fragments do poteries et d'ar- 



LIVRES VXNONCKS SOMMAIREMENT. ?>:>.f) 

mes. Au jugement de M. D. on est vraisemblablemcnl en pré- 
sence de silos de l'époque gallo-romaino. — Quand donc les 
archéologues de la Haute-Vienne et de la Creuse songeront-ils 
à entreprendre une exploration méthodique et approfondie de 
la petite ville de La Souterraine, dont le nom si claiioincnl 
significatif éveille tant d'espoirs? 

A. L. 

Dlrr (E.). — 1. Karl der Kiihne iind der Ursprung des Ifahs 
burgisch-Spanischen Imperiums. S. 1. n. d. ; in-8° de 33 pages 
(Extr. de la Historische Zeihchrift, Bd. ii3j. — II. Liidivig XI, 
die aragonesich-castiUanische Helrat iind h'àrl der Kiihne. S. 1. 
n. d. ; in-8" de 36 pages (Extr. des Mltteilangen des InsUluis fur 
osterr. Geschichichts/orschungen, xxxvBd., a Heft). — M. Diirr 
est un jeune érudit suisse qu'attire la diplomatie compliquée 
de la fin du Moyen âge. L'idée fondamentale de la première 
de ses deux brochures est de montrer que l'élection impériale 
de i5i9 tient à une politique austro-hispano-bourguignonne 
dont le destin se suit à travers la trame de l'histoire internatio- 
nale du XV' siècle. Le développement de l'Etat valois de Bour- 
gogne et la rivalité de Charles le Téméraire et de Louis XI, le 
duel des maisons d'Anjou et d'Aragon, la question des Pyré- 
nées, la question de Lorraine, autant d'aspects du même pro- 
blème. Que la conception soit juste, il m'appartient d'autant 
moins de le dire que M. D. se réfère à mes précédentes publi- 
cations où l'essentiel de ce thème, — il ne le cèle point, — a 
été formulé d'abord. — L'empire que Charles le Téméraire a 
rêvé, Charles-Quint l'a réalisé, et au-delà. Dans un travail plus 
fouillé, dont la présente dissertation n'est qu'une esquisse très 
générale, M. D. se propose de faire l'étude détaillée des rela- 
tions diplomatiques entre Louis XI et Charles le Téméraire dans 
leurs rapports avec la politique européenne, de 1467 à Jli']l\. 
Si ce travail, annoncé et amorcé, met en œuvre les sources très 
dispersées que le sujet comporte, une grave lacune dans notre 
bibliographie du xv' siècle se trouvera comblée. 

La seconde brochure me semble être un chapitre détaché de 
l'ouvrage dont il vient d'être question. M. D. s'attache à éclai- 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. 22 



33o ANNALES DU MTDI. 

rer dans ses détours la politique matrimoniale des maisons de 
France et de Bourgogne en Castille durant le troisième quart 
du XV'' siècle. C'est, au juste, la succession du trône castillan 
qui est en cause. Nous n'avons pas vu cité parmi les l'éférences 
de l'auteur le livre de J.-B. Sitges : Enriqiie IV y la excellente 
senora llamada vulgarmente doîia Juana la Beltraneja, livre 
paru à Madrid eu 1913 et qui intéresse au premier clief le 
sujet. 

.1. Calmette. 

Fage (R.). Histoire d'une famille bourgeoise depuis le X VI' siècle. 
Brive, Roche, 1916; gr. in-S" de 39 pages (Extr. du Bull, de la 
Société scienl., hisf. et arch. de Brive). — 11 s'agit de la famille 
Maruc (de Tulle), dont l'existence s'écoula en Bas-Limousin, 
et, par alliance, de la l'amille Froment, dont un membre, titré 
seigneur de Champlagarde et des Condamines, était bailli de 
Versailles au moment de la Révolution. — Recherches étendues 
dans les archives de la Corrèze, de Seine-et-Oise, du ministère 
des Affaires étrangères, du collège Stanislas, où l'auteur a suivi 
la trace de divers membres de la l'amille : l'un député en 1822. 
l'autre consul à Tripoli, un autre professeur ecclésiastique. 
Les portraits qu'il nous en donne sont bien tracés et toujours 
indulgents. Le style est vif et précis, la connaissance des en- 
tours indéniable, le sens historique très aiguisé, qu'il s'agisse 
du xvir siècle ou du xix" : « Lu tombeau en bonne place dans 
l'église paroissiale, une maison en ville, un domaine à la cam- 
pagne, une « pièce » dans la banlieue, une profession libérale » 
(p, 16), c'est à ces buis (jue se bornait, en elTel, l'ambition des 
bourgeois de l'Ancien régime. J'y ajouterais pourtant le souci 
qu'ils avaient presque tous de posséder quelque charge hono 
rifique et d'ajouter à leur nom patronymique celui de f|uekpie 
lopin de terre. 

A. L. 

Grand (R.). Le contrat de comptant depuis les origines jusqu'à 
nos jours. Paris, librairie du Recueil Sirey, 1917; in-8" de 
Ui~ pages. — Par le contrat de complani, « le propriétaire 



LIVRES \rsNO\CFS SOArMAIREMENT. '.\^l 

(l'une ferre inculte ou d'une vigne décrépite cède sa terre pen- 
dant cinq ans à un preneur qui s'engage à y planter des ceps. 
Passé ce délai, la vigne est divisée en deux parties égales, dont 
l'une revient en toute propriété à l'auteur de la concession 
tandis que l'autre reste entre les mains du concessionnaire, 
dans des conditions juridiques variables, allant selon les cas 
de la pleine propriété du fonds à la simple jouissance viagère 
des améliorations, mais à charge d'une redevance annuelle, 
consistant parfois en argent, le plus souvent en une quolt; part 
de la récolte ». Tel est le complant de la bonne époque, celle 
qui s'étend du ix" au xni"" siècle. Avec quelques modifications, 
ce contrat régit encore certaines exploitations viticoles de la 
Loire-Inférieure. Il a donné lieu, à la fin du siècle dernier, à 
des discussions auxquelles ont pris part surtout des incompé- 
tents, députés ou journalistes, et qui ont eu en 1898 leur écho à 
la Chambre. On a beaucoup disserté, dès le xviir siècle, sur 
la nature juridique du complant, sans aboutir à quelque chose 
de bien précis, peut-être parce que c'est une survivance médié- 
vale qui ne répond plus à nos idées simplistes sur la classifica- 
tion des droits réels. Du contrat, que les textes appellent sou- 
vent ad médium plantiim, résulte en effet pour la portion de 
terrain entre les mains du complanteur, du concessionnaire, 
une situation juridique assez particulière, puisque le bailleur 
y possède un droit de propriété sur le fonds, tandis que le pre- 
neur a acquis sur ce même fonds un droit de jouissance, et sur 
la vigne qui y est plantée un droit de propriété transmissible 
(sous certaines modalités), par voie d'héritage, de vente, etc. 
On n'est pas d'accord non plus sur les origines du complant. 
Peut-être se rattache-t-il à des institutions romaines analogues, 
dont on constate l'existence dans l'Afrique du Nord. Peut- 
être aussi a-t-il été oublié pendant quelques siècles, pour se 
recréer en quelque sorte en Gaule, à l'époque franque, sous 
l'influence de conditions économiques analogues à celles qui 
l'avaient fait naître dans le monde romain. Il n'en est pas ques- 
tion dans les textes de l'époque mérovingienne. Le premier 
acte qui en constate l'usage sur le territoire de l'ancienne Gaule 
est une charte du cartulaire de Saint-Victor de Marseille, de 817. 



332 ANNM.F.S DT Afini. 

Au IX', au X' siècle, le complant joue un rôle important, et esl 
peut-être le procédé le plus employé pour mettre ou remettre 
en valeur des terres incultes, dans la plupart des régions pro- 
pres à la culture de la vigne, dans la vallée du Rhône, en Bour- 
gogne, en Auvergne, mais surtout en Angoumois et en Poitou. 
Les exemples de complant, dans les documents de ce dernier 
pays, sont même si nombreux, au x*^ siècle et au xi", que 
R. Lampreclit voulait considérer ce contrat comme carac- 
téristique de l'économie agricole poitevine. 11 est curieux 
de constater que ce sont précisément les districts poitevins 
rattachés au x' siècle à la Bretagne qui seuls ont conservé le 
contrat de complant, jadis si répandu dans la plupart des pays 
du sud de la Loire. A la veille de la Révolution, il existait 
encore en Poitou, en Angoumois, en Saintonge, en Aunis, en 
Auvergne et en Guyenne. A ce titre, le travail de M. Roger 
Grand devait être signalé aux lecteurs des Annales du Midi. 

R. PoiPARDIX. 

Leroux (A.). Les ports de Bordeaux et de Hambourg. Élude 
comparée. S. 1. n. d.; in-8" de i6 pages (Extr. de la Revue phi- 
lomatique de Bordeaux 'et du Sud-Ouest). — « Entré dans l'his- 
toire générale au i"' siècle avant J.-C, dans l'histoire commer- 
ciale à la fin du xir siècle grâce aux xVnglais, Bordeaux a eu 
longtemps l'avance sur Hambourg, qui n'apparaît dans l'his- 
toire générale qu'au ix" siècle après J.-C., et dans l'histoire 
commerciale qu'au xiir. » Ainsi s'exprime M. L. Les tableaux 
comparatif qu'il établit très minutieusement entre la situa 
tion des deux ports en igiS sont fort suggestifs. 

J. C. 

Lettres de la comtesse d'Albany au chevalier de Sobirals, sui- 
vies de quelques pièces inédites ayant rapport à elle, éditées 
])ar le marquis de Ripert-Moxclar. Monaco et Paris (Picard), 
191 G; in-8° de i38 pages. — M. le marquis de Ripcrt-Monclar 
ayant trouvé dans ses archives de famille vingt-cinq lettres 
adressées par la comtesse d'Albany au chevalier François de 



LIVRES VNNONCÉS SOMMAIREMENT. 333 

Sobirats entre 1808 et 1830, ajustement pensé que celle corres- 
pondance intéresserait non seulement le cercle de plus on plus 
étendu des « alba/tysanls », mais encore tous ceux f[ui sont 
curieux d'histoire et de psychologie. L'édition qu'il nous donne 
de ces lettres et qui a pris place dans la série des Mémoires et 
documents historiques publiés par ordre de S. A. S, le prince 
Albert de Monaco, est tort bien présentée. Je ne parle point de 
la forme typographique, qui est, comme pour les divers numé- 
ros de la collection, irréprochable; mais M. de Ripert-Monclar 
s'est fort bien ac(juitté de sa tâche d'éditeur : il a accompagné 
le texte des lettres, reproduit fidèlement dans leur orthographe 
parfois bizarre, de notes précises et assez nombreuses'; il s'est 
efforcé d'éclairer les allusions aux faits et aux personnes. La 
tâche était facilitée par le fait qu'une partie des lettres (34) de 
Sobirats à la comtesse d'Albany a été conservée et publiée par 
M. Pélissier. Par une singulière bonne fortune on se trouve 
avoir une correspondance, incomplète sans doute, mais assez 
abondante et assez étendue pour pouvoir porter un jugement 
motivé sur les deux correspondants. Pour apprécier la comtesse 
d'Albany, nous possédons les trois cent quarante et quelques 
lettres publiées par le regretté doyen de Montpellier en trois 
séries, et dont il est étrange que M. de Ripert-Monclar ne fasse 
pas la moindre mention \ Certaines de ces lettres, notamment 
quelques-unes adressées au chevalier Cerretani, auraient pu 
être utilement rapprochées de celles écrites à Sobirats. En ce 
qui concerne ce dernier, il convient de corriger l'appréciation 
plutôt sévère de M. Pélissier, ou plutôt de la mettre au point, 
ce que M. de Ripert-Monclar s'est chargé de faire dans une 

1. Quelques personnages auraient pu être l'objet d'une note ou 
biographique comme Puccini, p. 36 (cf. les Lettres de la comtesse 
d'Albany à Cerretani, p. io3). ou bibliographique comme pour les 
œuvres du comte Baldelli. 

2. Ces lettres étant adressées à des correspondants qui n'appar- 
tiennent pas au Midi de la France n'ont pas fait l'objet d'un compte 
rendu dans les Annales. La présente publication, au contraire, ren- 
tre dans le cadre de notre Revue, le chevalier de Sobirats étant du 
Comtat-Venaissin et les lettres qui lui sont adressées concernant 
souvent la Provence et régions avoisinantes. 



33 'l ANNALES DU MIDI. 

substantielle Introduction'. L'édition des lettres de la comtesse 
d'Albany est complétée par trois lettres de la sœur de la com- 
tesse, la princesse de Cas tel franco, et par un document qui 
pose, sans la résoudre, la question mystérieuse d'une descen- 
dance de la comtesse d'Albany et de son mari le prince Charles- 
Edouard Stuart. V.-L. Bourrilly. 

Œuvres de François de Corlète, sieur de Prudes et de Cainbes, 
publiées par Ch. Ratier. Agen, maison d'édition et imprimerie 
moderne, igiS; in-8" de xviii-342 pages avec grav. (Recueil des 
Travaux de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Agen, 
3* série, tome XVII.) — Le tome XVII du Recueil annoncé ci- 
dessus est consacré tout entier à une édition des œuvres gas- 
connes de François de Cortète, sieur de Prades et de Cambes, 
dont l'œuvré a joui, après sa mort, de quelque célébrité, si on 
en juge par les éditions assez nombreuses qui s'espacent du 
xvir siècle à nos jours. La nouvelle édition est due à M. Ch. 
Ratier, félibre majorai, auteur de travaux estimés d'érudition 
et en particulier de deux notices sur François de Cortète, parues 
dans la Revue de VAgenais (1888 et 1890). Cette édition était 
prête depuis 1889; les circonstances ont retardé son apparition 
jusqu'à ce jour. 

I. On aurait voulu que M. de l\iperl-Moiiclar se moniràl aussi 
équitable envers M. Pélissier. Sans doute, il rend hommage, — com- 
ment ne pas le faire .3 — aux publications qu.e M Pélissier a consa- 
crées à la comtesse d'Albany. Mais pour le prendre en défaut il ne 
le cite pas toujours avec toute l'exactitude désirable; et sufTit-il d'une 
erreur d'interprétation (au sujet d'un passage qui est loin d'être 
<( parfaitement clair » puisque M. de R.-M. est lui-même obligé de 
l'expliquer en une longue note, p. 18, n. 3), pour donner, à l'en 
croire, « la mesure du peu d'importance et de réflexion que M. Pélis- 
sier apportait à l'annotation des documents qu'il mettait au jour 
avec profusion » ? Quel éditeur n'a pas sur la conscience quelque 
bévue de ce genre.» Que M. de Hipert-Monclar, par exemple, se 
reporte à la lettre de Sobirals publiée à la page 4o3 du Porle-feuille 
de la comtesse d'Albany : il y verra que le litre courant : Un émigré 
en demi-solde, dont il triompbe pour taxer d'erreur M. Pélissier, se 
rapporte non pas à Sobirals qui effectivement ne fut jamais ni émi- 
gré ni en demi-solde, mais à un certain M. de iVlalolau, dont il est 
tout au long question dans celte page. 11 suffît de hre le passage. 



LIVRES A\\ON(:iîS SOMMAIREMENT. 335 

L'édition do M. Ch. Halier comprend la Miramoiuido, pasto- 
rale; le liaiiwiuiel, ou le paysan agenais revenu de la guerre. 
Ces deux pièces ont été souvent éditées; en revanche, la Iroi 
sièrae pièce publiée par M. Ch. Halier, Sanc/w Pansa al })alais 
del Duc, était jusqu'ici inédile. 11 faut savoir gré à l'éditeur 
de nous avoir fait connaître cette imitation gasconne de Cer- 
vantes. 

Ce qui frappe — et choque — le plus dans l'œuvre de F. de 
Cortète, ce sont les gallicismes; on en trouve partout : à la 
rime, dans la syntaxe, dans le vocabulaire; il emploie presque 
constamment le pronom sujet devant les verbes : el es buii; 
el cal (il est bon, il faut); sa muse parle gascon et français. 
Dans Ramounet le miles gloriosus parle un français bourré de 
gascon ; mais ce sont tous les personnages de F. de Cortète 
qui parlent ainsi; en rendant ridicule le soldat vaniteux, mal 
« dégasconné », Cortète prononce sa propre condamnation. 
11 est vrai que, au xvii" siècle, trop de causes se mêlaient pour 
empêcher un écrivain méridional de parler une langue pure : 
les défauts de Cortète sont communs à tous ceux de ses contem- 
porains qui firent servir l'idiome dit vulgaire (devenu surtout 
vulgaire!) à l'expression de leurs sentiments. 

Mais Cortète a montré dans plusieurs passages qu'il était 
capable d'écrire de jolies scènes champêtres, d'une langue pure 
et savoureuse : dans Miramounclo, pastorale, il y a des bergers 
qui parlent comme des... bergers et comme des bergers gas- 
cons; il y a telle description du printemps ou d'une chasse au 
loup qui nous conduit dans la vraie campagne gasconne et non 
dans les paysages factices des pastorales françaises d'imitation 
italienne. C'est dans des passages comme ceux-là qu'il faut 
chercher l'originalité de Cortète; et c'est par là qu'il mérite 
d'être compté au nombre des précurseurs de la Renaissance 
méridionale. Remercions son savant compatriote, M. Ch. Ra- 
tier, de nous avoir fait connaître son œuvre dans une bonne 
édition, soigneusement faite, très correctement et très joliment 
imprimée. Un glossaire complet (35 pages à deux colonnes) 

termine le volume. 

J. Anglade. 



336 A>>ALES DU MIDI. 

Pasquier (F.). Fêles publiques à Toulouse sous le Directoire, 
d'après les comptes rendus officiels. Toulouse, imp. Bonnet, 
191G; in-8° de 74 pages. ■ — Les fêtes publiques de la Révolu- 
tion ont eu (iVI. Mathiez a insisté sur ce sujet dans ses Origines 
des cultes révolutionnaires et dans la Théophilanthropie et le 
culte décadaire) une tendance moralisatrice bien marquée et 
elles sont intéressantes au point de vue de l'effort tenté par les 
révolutionnaires pour remplacer les morales religieuses par 
une morale purement civique, pour substituer en somme une 
religion laïque aux religions alors existantes. 

Ce caractère à la fois instructif et moralisateur se retrouve 
très marqué dans les fêtes célébrées à Toulouse dont M. Pas- 
quier nous donne une analyse très complète d'après les deux 
registres de procès -verbaux officiels conservés aux Archives 
municipales. Lecture des lois, des bulletins de victoires, indi- 
cation du nombre d'actes de l'état civil, récitation par les en- 
fants de la nomenclature des départements, exercices de diction, 
lutte contre l'accent du terroir, voilà le côté de propagande et 
d'instruction civique; célébration des mariages, discours sur 
les vertus antiques ou sur les actions d'éclat et de dévouement, 
chant d'hymnes, cérémonies destinées à frapper l'imagination, 
à remplacer la pompe extérieure des divers cultes, propagande 
contre les danses particulières des tavernes, « toujours dange- 
reuses pour les enfants des deux sexes » (p. i5), au moyen de 
danses publiques « où les administrateurs se mêlent aux admi- 
nistrés » (p. [\k), voilà le côté moralisateur destiné à « unir les 
citoyens dans un même sentiment de concorde et d'égalité » 
(p. i5), à opérer la « régénération morale » en même temps que 
la réorganisation sociale (p. Sa), « à fonder la morale publique, 
surtout par l'enseignement républicain » (p. \lx). Ces dernières 
expressions de l'administration municipale sont à ce point de 
vue des plus curieuses, ainsi que l'expression de d religieu- 
ses » dont les rédacteurs eux-mêmes qualifient ces cérémonies 
(p. 56). 

M. Pasquier, après avoir fait lessortir quclquos-un.s de ces 
caractères, donne de ces fêles une description méthodique. 11 
a groupé ensemble ce qui, dans cette période de l'an IV à 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. ^.î; 

l'an VIll à laquelle se rapportent les registres, concerne 
une même fête, en donnant une physionomie complète de la 
première et en relevant seulement pour les suivantes les inci- 
dents spéciaux s'il y a lieu. C'est ainsi qu'il nous décrit les 
fêtes de la jeunesse, des époux, de la reconnaissance et des vic- 
toires, de l'agriculture, de la vieillesse, de la liberté, île la 
chute du trône, de la prise de la Bastille, de la république, 
du i8 fructidor, de la souverainté du peuple, les fêtes funè- 
bres en l'honneur de Hoche, de Joubert, des plénipotentiaires 
de Radstadt, de Washington, et pour l'an Yll et l'an \ 111 les 
fêtes décadaires. 

C'est toujours le même cortège des autorités, les mêmes 
(( colossales » statues de la Liberté, le même déploiement de 
fleurs, guirlandes, théories de jeunes gens et de jeunes filles, 
déclamation de discours de Desbarreaux-Bernard, administra- 
teur du département, ou d'Aubegès, chef du bureau de l'Ins- 
truction publique de la Commune; d'hymnes d'un poète « cor- 
rect, solennel et ennuyeux », Jean Carré, fournisseur attitré 
en cette matière, qui a successivement célébré avec la même 
abondance de paroles et la même absence d'inspiration la 
Monarchie, la Révolution, l'Empire et le retour des Bourbons. 
Il n'est pas jusqu'aux animaux qui ne contribuent à l'éclat des 
fêtes, tels les chevaux qui, dans la fête de la reconnaissance et 
des victoires, « semblaient s'applaudir » de conduire les guer- 
riers blessés (p. 22), ou les bœufs de la fête de l'agriculture, 
« dociles à la voix des magistrats... fiers d'être dirigés par des 
mains consulaires et marchant majestueusement au milieu 
d'un peuple immense » (p. 35). 

Il y a cependant certaines fêtes qui sortent de la banalité 
ordinaire : ainsi la fête des victoires destinée à témoigner aux 
soldats blessés et à leur famille la reconnaissance publique, 
où on proclama les noms des six mille Toulousains qui étaient 
partis pour les armées; la fête de l'agriculture, où l'on voit 
nettement le côté pratique de ces fêtes qui se traduit ici par 
un véritable concours agricole destiné, avec la participation 
de la Société libre d'Agriculture, à encourager les progrès de 
l'agriculture, la suppression des jachères, les défrichements. 



338 AMSALES DU MIDI. 

le développcmeut de I.) pioduclion chevaline, etc.. La fête de 
la liberté, par ses exercices de lutte, natation, course, etc., 
offre aussi un caractère particulier. 

Enfin, les fêtes décadaires, outre le caractère général que 
nous avons déjà noté, nous font saisir par de brèves allusions 
la persistance des menées royalistes dans la région et nous 
montrent la popularité sans cesse grandissante de Bonaparte 
« général surnaturel et toujours victorieux » (p. 60), « héros 
républicain » (p. 66), qui, émule de Washington (p. 70), appa- 
raît aux révolutionnaires du Midi comme animé de « la volonté 
de faire triompher la République » (p. 65) contre les nouvelles 
menaces d'une insurrection semblable à celle de l'an VII. Et 
après le 18 brumaire et la Constitution de l'an VIll, les Toulou- 
sains se déclarent u satisfaits, parce qu'ils avaient un gouver- 
nement fort et stable qui avait fait triompher la République 
des ennemis du dehors et du dedans » (p. 68). On saisit ici sur 
le vif les conséquences de l'insurrection du Midi et des intri- 
gues royalistes' qui favorisent le succès du Premier consul. 

Sans doute, comme l'observe avec raison M. Pasquier dans 

sa conclusion, ces fêtes avaient « une existence factice » et elles 

nous paraissent froides et monotones; mais l'exposé très bien 

présenté de M. Pasquier nous montre qu'elles ont pourtant 

leur intérêt, puisqu'elles nous font connaître la mentalité de 

toute une époque, la Révolution morale tentée également en 

même temps que la Révolution politique et sociale, et qu'elles 

nous donnent aussi des aperçus sur l'évolution des esprits vers 

le régime napoléonien. 

Fr. Galabert. 

Petit (Aug.). Le domaine, du prieuré de Venues. Limoges, 
Guillemot, h)i6: gr. iu-8" de .")i pages. (Extr. des Mém. de la 
Société des sciences nal. cl arc/i. de lu Creuse.) — Elude fouillée 
du lemporcîl foncier d'un très petit prieuré voisin de Guéret 
(d'après les nombreux documents conservés aux Archives de 



I. \oir à ce suj(>l une Ijroclunc rrccrilc de M. de Sanli dont il sera 
icudu compte |)rociiaiiicriuMit. 



LIVRES ANNO.NCKS SOMM VIKKMICNT. '.V,\t) 

la Haute-Vienne et depuis longtemps analysés, D. ô'yG à .J8/|j. 
Fondé au xm" siècle par les moines de L'Artige près Limoges, 
ce prieuré prolongea jusqu'à la Révolution sa « longue et obs- 
cure existence ». A l'exploitation directe (|ue l'on constate pri- 
mitivement se substitua en i45o l'exploitation par « métayers 
perpétuels », laquelle se continua à travers beaucoup de vicis- 
situdes durant trois siècles. La métairie se divisait en plusieurs 
corps de domaines, et les revenus s'aiTermaient suivant divers 
modes. Une nouvelle transformation des conditions d'exploi- 
tation se produisit peu après que les Jésuites du collège de 
Limoges eurent pris possession du prieuré (1748). M. P. a étu- 
dié en juriste ces divers genres de tenures. De plus, il a repro- 
duit en appendice trois longs documents d'un intérêt capital 
(1381-1477). Mais comment ignore-t-il que les deux bulles de 
ii58 et 1256, qu'il cite à la page 6, note 2, sous la cote D. 584 
(corrigez D. 984), ont été publiées dès i883 par son prédéces- 
seur aux Archives de la Haute-Vienne ? 

A. L. 

Régné (J.), — L Les prodromes de la Révolution dans l'Ar- 
dèche et le Gard. Une relation inédite de la révolte des Masques 
armés dans le Bas-Vivarais pendant les années 1782-1783. Lar- 
gentière, imp. Mazel et Plancher, 1916; in-8'' de 16 pages. 
(Extr. de la Revue historique de la Révolution française et de 
l'Empire d'octobre-décembre igiô.) — II. La grande peur en 
Vivarais {fin juillet 1789). Contribution à l'étude de la forma- 
lion des légendes. Privas, chez l'auteur de Y Histoire du Vivarais, 
1917; in-8'' de 3o pages. (Extr. de la Revue historique de la Ré- 
volution française et de l'Empire de juillet-septembre 191 0). — ■ 
in. Les synthèses d'histoire provinciale à la veille de la guerre 
(1905-191.5). Aubenas, imp. Ilabauzit, 1917; in-8° de i4 pages. 
(Extr. de la Revue du Vivarais.) — La première brochure donne 
le texte d'un journal de la répression, par M. de Dampmartin, 
commandant à Uzès et Saint-Ambroix, des attroupements 
masqués et armés provoqués par la misère, le manque de ré- 
coltes, l'esprit processif du pays, l'avidité des procureurs et 
des gens d'affaires en Cévenues et en Vivarais. Les masques 



34o ANNALES DU MIDI. 

brûlaient les registres et papiers des praticiens, ancêtres des 
palrocineiirs du xia' siècle, sans dédaigner le pillage de l'ar- 
gent, des effets et des provisions. Ils tuaient peu. On en pendit 
et on en roua. Ce texte est plein de détails intéressants; il 
appartient aux archives de l'Hérault. 

La seconde brochure nous jiernict de suivre jusqu'aux points 
terminus les principales bifurcations du courant de la peur en 
Vivarais. La rumeur venait du Dauphiné, et aborda le Vivarais 
par Tain, Loriol, Montélimar, Pierrelatte, aboutissant à Anno- 
nay, Aubenas, Vallon, Pont-Saint-Esprit. 

La grande peur sévit à la fin de juillet 1789. Le renvoi et 
l'exil de Necker (11 juillet) avait très impoli tiquement froissé 
l'esprit public. Le peuple y répondit par la prise de la Bastille 
(i4 juillet). Des bandes armées parcoururent le Dauphiné, entre 
autres provinces, et le désordre s'étendit, sans justifier la grande 
peur, disproportionnée à sa cause, et destinée à tomber bientôt 
d'elle-même. 

Kn l'absence d'un pouvoir central outillé pour connaître 
promplement la vérité, les autorités locales agirent avec déci- 
sion et sagesse, étant donné les messages erronés, mais de 
bonne foi, qu'elles recevaient, et qu'elles ne pouvaient suspec- 
ter, dans leur ignorance de la réalité. C'est de la grande peur 
({ue naquirent les milices bourgeoises. 

Avec la troisième brochure, nous entrons dans un ordre 
d'idées récent, qui touche, comme il arrive souvent, au passé. 
Il s'agit d'un érudit exposé du degré d'avancement du groupe 
d'histoires consacrées à nos provinces. Les unes sont de pure 
vulgarisation, les autres s'inspirent de la méthode de M. La- 
visse et de ses collaborateurs. La Savoie, la Corse, le Poitou, 
ont vu leurs histoires paraître de igi/j à igiô. La Gascogne, 
l'Auvergne, le Languedoc, le Houssillon, f)nt leurs histoires en 
préparation. Les auteurs en sont res[)OCtivement MM. Cour- 
teault, W. Fagcs, V. (Jachon, .1. Calmelle et V. Vidal. Les lec- 
teurs des /{finales du Midi savent que le premier volume de 
V Histoire du Vivarais a paru en 191^, sous la signature de 
M. J. Uégiié. .le ne parle pas des histoires provinciales étran- 
gères au Midi. (;t (jiii n'avaiiconl pas moins (pic les nôtres. 



LIVRES ANNONCIÎS SOMMAIREMFNT. 3^1 

En terminant l'examen des histoires provinciales parues, 
petites ou grandes, M. Régné s'occupe naturellement de l'in- 
fluence que pourront avoir sur la réforme administrative toutes 
ces résurrections historiques de nos anciennes provinces, dont 
la guerre actuelle évoque à chaque instant les noms chers et 
glorieux : Alsace, Lorraine, Champagne, Picardie, Flandres. 

Je ne crois pas le département sérieusement menacé comme 
division administrative. 11 a pour lui d'exister depuis long- 
temps, de se prêter admirablement aux groupements les plus 
divers, et d'avoir favorisé, par sa faible étendue, l'unité morale 
et politique de la France, palladium de notre pays dans les in- 
vasions subies depuis 1790. 

La résurrection des anciennes provinces ne me paraît pos- 
sible que dans le domaine de l'histoire et de l'art ; mais là elle 
est éminemment désirable, pour nous faire mieux connaître et 
mieux aimer la France, expression suprême de la patrie. 

Ed. BONDURAND. 

Thomas (Ant.). — I. Cartulaire de Bertaud de Ry, gentilhomme 
normand, capitaine de Felletin sous Charles VIT. Paris, imp. nat. , 
1916; gr. in-8" de 55 pages. (Extr. du Bull. phil. et hist., igiS.) 
— II. Les premières franchises de Bourganeuf. Limoges, Guil- 
lemot, 1916; gr. in-8" de 1 5 pages. (Extr. des Mém. de la Soc. des 
se. nat. et arch. de la Creuse.) — Le court cartulaire domestique 
de Bertaud de Ry ne contient que 38 pièces (i4/J7-55), aux- 
quelles l'éditeur ajoute 12 autres pièces qui en sont le complé- 
ment naturel (1420-1 523). Il concerne une dizaine de paroisses 
de la Haute-Marche et du Bas-Limousin sur lesquelles s'éten- 
daient les intérêts de la famille de Ry. — Est-il besoin de dire 
ici que ce cartulaire est publié avec le soin minutieux dont 
M. T. est coutumier; que les identifications de localités et de 
personnes sont des plus sûres, à une ou deux exceptions près; 
que la description du manuscrit est un modèle à proposer aux 
érudits, et que l'introduction résume très exactement le genre 
de renseignements que ces 00 documents apportent à l'histoire 
économique de la région? 

C'est seulement en iZi^S que les habitants de Bourganeuf 



342 ANNALES DU >tIDT. 

(dioc. de Limoges) ol)liment du graud-niaître de l'ordre des 
Hospitaliers une charte communale, qui fut confirmée en i449 
par Charles \]\{Ordonn. des rois. XV). Aces faits depuis long- 
temps connus M. T. a le mérite d'ajouter deux curieux antécé- 
dents : le premier, de i3o8, émane d'im grand-maître qui, 
après avoir entendu les doléances des habitants contre les em- 
piétements et les actes arbitraires {potentlx) des commandeurs 
de Bourganeuf, consent à accorder certaines franchises aux 
plaignants, sauf deux qui sont exclus de cette mesure; le se- 
cond, de i3i5, étend à ces deux exclus le bénéfice des franchises 
obtenues par la communauté. Charles IV confirmera les deux 
actes en 1827. — Bourganeuf attend encore son historien. La 
tâche de celui-ci sera facilitée par les textes que vient de publier 
M. T., d'autant plus utilement qu'on les chercherait en vain 
dans le Cartulaire général des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jéru- 
salern du très regretté Delaville-Le Roulx. A. L. 



PUBLICATIONS .\()U\KI.I.F.S 



Archives départementales de l'Ardèche. Répertoire numéri- 
que. Série L (Période révolutionnaire), p. p. J. Régné et Cii. 
PiNTARD. Largentière, imp. Mazel et Plancher, 1917; gr. \n-l\" 
à 2 col. de 27 p. 

Baluze. Vitae paparum Avenionensium, nouv. éd., par G. 
MoLLAT. T. P'". Paris, Letouzey et Ané, 1916; in-S" de xxxi- 
629 p. 

Bibliographie générale des travaux historiques et archéologi- 
ques publiés par les sociétés savantes de la France, par R. de 
Lasteyrie et A. Yidier. T. Yl, 3° livraison (n"' 1 20.1 28-1 sG. 721). 
Paris, Leroux, 1916; gr. in-4" à 2 col., p. /ioi-Goo. 

BoissoNNADE (P,) et L. Gauthier. Petite histoire du Poitou à 
l'usage des écoles. Paris, Delagrave, 1917; in-i8 de 9G p. avec 
grav. 

Cabanes (D) et D' R. Molixéry. Monseigneur le duc du Maine 
et M"'" de Maintenon aux eaux de Barèges (1G75-1G77-1681). 
Paris, Barèges, chez les auteurs, 191 7; in-8" de 55 p. 

Catalogue général de la librairie française d'ÛTTO Lorexz. 
T. XXY (table des matières du t. XXIY, 1910-1912), fasc. 2 
(G-Z), et t. XXYl (1913-1915), fasc. i (A-Dampierre), rédigés 
par D. JoRDELr,. Paris, Jordell, 8, rue de Louvois, 191G; in-8' à 
2 col., p. 241-595 et p. 1-22 I. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque 
nationale. Auteurs. T. LXY et LXYl (Grot-Giinther). Paris, 
imp. nat., 1916; 2 vol. in-8" à 2 col. de 1218 et 1254 col. 

Chronique des règnes de Jean II et de Charles Y', p. p. R. 
Delachenal. t. II (i364-i38o). Paris, Laurens, 191G; in-8" de 
392 p. (Société de l'Histoire de France). 

Combet (J.). Les arrêtés de Robespierre jeune dans les Alpes- 



34 /i A^^M.F,s du midi. 

Maritimes. Besançon, Millot, 1917; in-S" de iG p. (F-xtr. des 
A finales nlvo/iition/inires , 1917). 

Grémieux (A.). Marseille el la royauté pendant la minorité 
de Louis XIV (i6/|3-i66o). Paris, Hachette, 1917; 2 vol. in-8" de 
x\iî-li2l\ p. et p. 425-894. 

Grémieux (A.). Le W" livre des statuts de Marseille, publié 
d'après un ins. des archives communales. \i\, Ghauvet, 1917; 
in-8" de LVi-219 p. 

Département de la Haute-Garonne. Documents relatifs à la 
vente des biens nationaux, p. p. H. Martin. District de Tou- 
louse. Toulouse, Privât, 1916; in-8" de lxxxvii-648 p. {Collec- 
tion de Documents inédits sur l'histoire économique de la Révolu- 
tion française). 

Despis (Th.). Gontribution à l'histoire de la baronnie de 
Durfort dans le comté de Foix, avec exposé d'un inventaire du 
xvr siècle. Toulouse, Privât, 1917; in-S" de 48 p. 

DucÉRÉ (E.). Dictionnaire historique de Bayonnc. T. I et II. 
Bayonne, imp. Foltzer, 191 1 et 1910; gr. in-8" à 2 col. de xi-46i 
et 342 p. 

Jeanroy (A.). Bibliographie sommaire des chansonniers pro- 
vençaux (Manuscrits et éditions). Paris, Ghampion, 1917; in-iO 
de viii-89 p. (Les classiques français du Moyen âge, '2' sér. Ma- 
nuels. N" 16). 

Mathieu (A.). La Gonvocation des États généraux de 1789 en 
Languedoc. Montpellier, imp. Firmin el Montane, 1917; in-8" 
de lof) p. 

Sagarra (Ferran de). Sigillografia catalana. Inventari, des- 
cripcio i estudi dels segells de Gatalunya. Vol. 1. Barcelona, 
estampa d'Henrich i G', i9i(i; in-lol. de xxvni-:i7o p. et lxxix 
pl.-5o p. 

\ie (la) de sainte Enimie, poème provençal du xiii' siècle, 
de Bertran de Marseille, p. p. GI.Brixel. Paris, Ghampion, 1917; 
in-i() de \v-78 p. (Les classi(jues français du Moyen âge, n" 17). 

Le Géranl. Kd. FlinA'!'. 



Toulouse. — Imp. et Lib. Édolard Pi\iv.\t. 



LA TRADITION CAPITOLINE A TOULOUSE 

A LA FIN DU XIII' SIÈCLE 



La question de l'existence d'une tradition historique 
expliquant pourquoi le nom de Gapitole a été donné au 
siège de la municipalité toulousaine a été étudiée d'un 
point de vue critique. Les Bénédictins auteurs du tome II 
de Vllistoire générale de Langiiedoc ont combattu (p. 790- 
791 du tome III de l'édition Privât) l'hypothèse d'une 
corrélation entre le niot Gapitole et le nom de capitouls 
qui désignait les magistrats de la ville de Toulouse, cri- 
tiquant le rapprochement indiqué par DomMabillon dans 
son De re dlplomallca (p. 33o). Dans la seconde moitié 
du xix" siècle, E. Roschach a exprimé sur ce sujet, à diver- 
ses reprises son opinion, qu'a adoptée A. Gastan dans son 
ouvrage relatif aux Gapitoles provinciaux'. 

L'érudit archiviste de la ville de Toulouse, cherchant 
les raisons qui incitèrent les capitouls du x\f siècle à 
moditier la légende du sceau municipal « sigillum capi- 
lali régie urbls et subarbli Tolose » en celle-ci : u sigillum 
nobilis Capitolii Tholosani » et leurs successeurs du pre- 
mier Empire à dater du « Gapitole » les actes officiels 

I. En 18G6, dans la Revue de Toulouse, t. WUI. p. U5-i18, sous co 
titre : Comment l'iiotel de ville de Toulouse a prU le nom de CapUole; 
en 1879, dans la note 47 du tome Vil de ['Histoire de Languedoc (éd. 
Privât), p. 2i3; en i885, dans une lettre qu'a publiée A. Castan aux 
pages 216 et 221 de son livre Les Capiloles [jrovinviunx du monde ro- 
main (Besançon. 188G, in-8"). 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. 23 



346 K- M\RTr\-niIABOT. 

rédigés au lieu de leurs séances, nen a découvert aucune 
de « plus solide, qu'une l'orluite consonnance de syllabes » 
entre les mots capitalam (en langue romane : capliol) et 
capitolUim\ Il attribue à « l'érudition pompeuse de la 
Renaissance toulousaine » la paternité du u calendjour », 
qu'il dénonce en cette occurrence ^ 

J'emprunte, à son premier article sur la question, ses 
propres termes pour rappeler son opinion constante, qui 
paraît avoir fait autorité. La voici': 

« En roman lesdominl de cnpilulodes actes latins s'appe- 
« laient los senhors de capital, ce que l'on traduisit plus 
« tard en français, dans ce français mélangé de roman, 
« dont les bords de la Garonne gardent encore de loin- 
ce taines réminiscences, par cette étrange expression « nos- 
« seigneurs de Capitoul ». Quand la faveur revint aux 
(( lettres antiques, le corps municipal, influencé par 
« quelque savant, répudia la tradition séculaire qui l'assi- 
« milait à une réunion de chanoines... Le mot capital 
« qui, dans le loman du xvi" siècle, n'avait pas cessé de 
« signifier chapitre..., subit une légère transformation et, 
« sur cette base fragile, l'érudition pompeuse de la l\e- 
« naissance toulousaine édifia le deuxième temple de 
« Jupiter Gapitolin... Mais ce qui est certain, ce qui est 
« démontré par le témoignage constant et multiplié de 
« tous les documents sérieux, c'est qu'aucun lien, plus 
« solide qu'une fortuite consonnance de syllabes, ne ratta- 
« che le chapitre communal au Capitole romain... » 

Il est, en eff'et, bien vrai que les capitouls liraient leur 

1. Cf. le passage des Annales niss. do la ville de i5'4i-i5/»2 cite par 
M. H. Graillot, Nicolas Bactielier...,p. i6,nole5 : «d'aullanl que nos- 
Ire Capifolle est successeur et imitateur du GapiloUc roniniain... 
d'aultant est il nécessaire que les seigneurs Capitols soynt imitateurs 
des sénateurs dudict Capilolle rommaiii. » 

•j. A. Caslan, op. cil., p. 216. 

3. Art. de la Revue de Toulouse cité ci-dessus, p. 3'i5, note i. 



L.\ TRADITION CVPITOLINE A TOULOUSE. 3^7 

appellation du mol latin capiltdum et de leur réunion en 
chapitre et ne pouvaient revendiquer aucune étymologie 
les rattachant au temple provincial existant dans leur 
ville au temps des Empereurs romains et portant le nom 
de Gapitolc. 

Et cependant, si Femploi du même terme pour dési- 
gner cet édifice religieux et le bâtiment communal sem- 
ble un jeu de mots d'érudits, ainsi que le note lloschach, 
ridée du rapprochement entre les deux institutions est 
née bien avant l'époque de la Renaissance. La question est 
plus complexe et il y a à l'origine quelque chose de plus 
qu'un calembour savant. Carie texte, que je me propose 
de faire connaître ci-après, prouve qu'en plein Moyen 
âge des souvenirs de l'époque romaine et du Gapitole de 
Toulouse y étaient bien vivants, du moins dans le milieu 
des juristes, et que dans leur esprit un lien était établi 
entre le lieu où se réunissaient les conseillers de la ville, 
capitularii ou coiisules, et le temple, sanctuaire des trois 
grandes divinités romaines, où parfois les sénats provin- 
ciaux tenaient leurs séances'. 

J'use à dessein du terme de conseillers pour désigner 
les dominl de capitalo ou consuls, car un document de 
l'an 1175"^ leur donne pour mission d'ouïr, « conseiller » 
fidèlement et traiter toutes les affaires intéressant la ville 
et de les régler judiciairement ; et c'estau mot « consuls» 
que se rattache la tradition du Gapitole romain à Tou- 
louse dans le texte qui atteste, en 1296, cette tradi- 
tion. 

Ge texte est une glose, rédigée pour éclairer le sens 

1. A. Gaslaii, op. cit., p. 91. 

2. Cite pai' Boularic, OnjanisaLiun judiciaire du Laïujiiedoc au Moyen 
tiije. {Bibliothèque de l'Ecole des Charles, 4"" série. 1. 1, i855, p. 223, noie: 
« ... tempore illo erant coiisliluti capitularii. .. ut res communes To- 
lose urbis..., diligenlcr audireiil ol fidcliler consuierenlot tractarent 
et judiciario ordine diilinirent », 



3/|8 E. MxRXrX-CTIABOT. 

des articles de la Coutume de Toulouse de l'an 1286' et 
composée à la louange de Jésus-Christ, de la Vierge Marie 
sa mère et de toute la Cour céleste, mais aussi pour la 
plus grande gloire de l'auguste ville de Toulouse et à la 
recommandation de ses consuls. Plus précisément le ju- 
riste qui l'a écrite l'a faite sur les instances de plusieurs 
personnes qui n'entendaient pas suffisamment le sens de 
la coutume dans toutes ses parties et, en particulier, à 
la demande de maître Pierre de S0U0-. L'auteur ne s'est 
pas nommé dans l'explicit de son travail, qu'il dit avoir 
achevé le 18 juillet 129G. 

Dans son préambule, il s'était promis d'éviter toute 
subtilité exagérée et toute prolixité, mais désireux de 
montrer son érudition et sa finesse desprit, il n'a pas 
échappé à ces défauts. Son œuvre couvre les marges des 
feuillets i à 28 du manuscrit 9187 du fonds latin de la 
Bibliothèque nationale, qui contient le texte de la Gou- 
tume^ 



1. Cette coutume a été publiée, mais sans les gloses, par Ad. Tar- 
dif, sous le titre : Contâmes de Toulouse... (Paris, A. Picard, i884.in-8"). 

2. Incipit et expUcit de cette glose : » In nomine Domini nostri 
Jcsu Gliristi, ejus nomine invocalo, quia sine ipso factuifi est nicliil. 
et ad honorem bcate Marie Virginis, matris ejus, et tocius curie ce- 
lestis et ad laudem et comendationem et ob reverenciam doniino- 
rum consulum aime urbis Tholose, facere propono et dicere ea que 
sequ|u]ntnr cl lioc nimia subtilitalc et verbositate reprobata... — Ex- 
pliciunt cxpositiones glosarum super consuetudinibus seu statutis 
Tholose, ([ue facte (ms. facta) fuerunt ad instanciam quorundam qui 
non inlcUigcbant consuetudines seu ignorabanl virtutem ipsarum ; 
item ob reverenciam et precibus magislri Pétri de Solio et ad comen- 
dationem et ad laudem aime urbis Tholose, prout diximus supra 
in prohcmio, que compilale fuerunt seu facte sub armo Domini 
M" GG° nonagesimo sexto, die mcrcurii ante festum Marie Magda 
lenes, sole exislenle in leone. » 

3. Ce manuscrit d'une écriluie du \i\" siècle, a appartenu au 
wir siècle à l'abbaye de Moissac (ex-libris au fol. i r°) et en i7'j(i 
faisait partie de la bibliothèque d'un sieur Charles Picard (ex-libris 
au fol. 'j7 r";. Il est orné de quelques peintures el porte au fol. i r" 



LA TRADITION CAPITOLINR A TOULOUSE. ,'V|f) 

C'est au sujet des capitouls de l'an 1286, qui sont appe- 
lés dans la coutume : coiisules urbls et suburbu Tolose, 
que l'auteur de la glose insère dans son commentaire 
une petite dissertation sur le Capitole de Toulouse. 

Il commence par expliquer le sens du mot consul et 
remarque que ce substantif a un sens passif et un sens 
actif, comme le verbe considère, qui signifie donner un 
conseil et aussi prendre conseil de quelqu'un et il cite à 
ce sujet un dicton relatif à Caton, de qui l'on prenait con- 
seil et qui était le conseiller de son fds. Le consul est un 
magistrat qui donne des conseils et administre d'après 
une délibération. 

llis breviter dictis, videndum est de nomine consulis; nec 
enim sit homo supinus, immomagisstultus diceretur, ut suum 
nomen ignoraret... 

Videamus ergo quare dicitur consul : die quod consul idée 
vocatur quasi consilium dans vel consul dicntur quasi consilio 
regens, et sic active et passive, juxta allusioneni vocabuli, ut 
nomina sint consonantia rébus (Instit. de dônationibus, § et 
aliud genus'). 

Istud nomen consul fuit sibi impositum ab initie, ad difîe- 
rentiam sapienlis Catonis, qui dicebatur in civitate Romana et 
etiam ubique consultus, quia philosophas eratet non indigebat 
consilio alioruin ; fdius enim suus (sic) Catonis dicebatur con- 
sultor, unde versus: 

Consulo le posco sed consulo consilium do 
Et Cato consultus consultor filius cjus. 

les blasons peints, assez grossièrement exc-cutés. du roi de France 
du comte de Toulouse et de la ville de Toulouse; sur ce même feuil- 
let sont peintes cinq fois les armoiries suivantes, que je n'ai pu iden- 
tifier : coupé éinanché d'or et de gueules, et qui sont peut-être celles 
du premier possesseur du manuscrit, pour qui cet exemplaire avait 
été copié et enluminé, peut-être celles de maître Pierre de SoUo, 
nommé dans Ye.rplicit. 

I. Institutes, de dônationibus, S 3 : u sed nos plenissimo fini tradere 
sancliones cupientes et consequentia nomina rébus esse studentes... » 



35o E. MARTIN-CHABOT. 

Notre glosateur pose alors cette question : « pourquoi à 
Toulouse, les consuls sont-ils appelés le chapitre, le capi- 
tal? » et il emploie non pas le terme latin capUulum, mais 
le terme roman capilol, dont la consonnance facilite sa 
réponse. 

C'est, dit-il, que cette appellation est et était en usage 
dans trois cités, à savoir Rome, Constantinople et Tou- 
louse. Le rapprochement étant établi entre le capilol, cha- 
pitre des consuls et le Capitole (Gapitolium) romain, il 
l'explique et pour le faire mieux saisir il crée un mot 
analogue à capitalarii : capitolenses qu'il identifie à Capi- 
tolium et dit : le Capitole ou, autrement dit, les « capi- 
tolants », cela signifie ceux qui ôtent ou font tomber la 
tête, car le Capitole était le lieu où se rendaient les sen- 
tences de condamnation à la peine capitale, et de leurs 
jugements il n'y avait jadis point d'appel. 

Sed quld erit, in civitate Tholose, quia vocantur nomine islo 
consules : le Capitol? Die quod, in civitate Romana et Constan- 
tinopolitana et Tholose, consules vocantur seu vocabantur isto 
nomine Capitol, juxta allusioneni vocabuli, et est ratio in 
promptu quia Gapitolium vel capitolenses quasi capita aufe- 
rentes, ut nomina sint consonancia rébus (Instit. de donationi- 
bus, § est et aliud et fF. ad municipalem) '. Et debes notare 
quod non erant nisi tria Capitolia, vidclicet in civitate Romana 
et Gonstantinopolitana et civitate Tholose, proiit legimus in 
cronicis^ Et ab eorum sentenciis olim non appellabatur. 

Après cette définition, le commentateur de la Coutume, 
fier de sa ville, fait remarquer que, d'après les chroni- 
ques, il n'existait de Capitole que dans les trois cités 
déjà nommées : Rome, Constantinople et Toulouse. 

1. Digeste, livre L, titre i (ad municipaloin), cap. xxwiii in fine : 
« nam solam nominis similitudinem ad confirmandain cnjusque ori- 
gineni salis non esse... ». 

2. A/s. cranonicis, pour chronicis. 



LA TRADITION GAPITOLINE A TOULOUSE. 35 1 

Il ajoute tout ce qu'il connaît de celui de Toulouse, à 
savoir qu'il était le lieu de réunion des consuls et était 
situé sur remplacement de l'église de Saint-Pierre et 
Saint-Géraud ; et que là se trouvaient les statues des 
dieux, qu'adoraient les païens, qu'il appelle Sarrasins, 
comme le faisaient tous les gens de son siècle pour parler 
des Romains. Et il renvoie aux actes de saint Saturnin, 
011 on lira, dit-il, comment ce premier évêque chrétien 
de Toulouse fut conduit au Capitule et y fut condamné 
au supplice. 

Item Capitolium dicebatur ille locus ubi judicabant homi- 
nes ad aufTerendum caput et sic quandoque ponebatur conti- 
nens pro contento. Verumptamen antiquitus consules Tholose 
cougregabant se in loco ubi modo est ecclesiasancti Pétri sancti- 
que Gerardi (sic) et in illo loco erant ydole que colebantur per 
Sarracenos (ms. Sarecenos) ; et ille locus dicebatur Capitolium, 
quia ibi judicabantur homines ad perdendum capud, etitainve- 
nitur in legenda sancti Saturnini, qui fuit primus episcopus 
Christianorum, qualiter fuit ductus ad Capitolium et qualiter 
fuit judicatus per Capitolium. 

Cette glose, assez prolixe en certaines parties, est trop 
concise en d'autres, car nous aurions aimé y trouver des 
renseignements sur les raisons qui font situer par notre 
auteur l'emplacement du Capitole toulousain. Subsis- 
tait-il de son temps quelques substructions de l'édifice 
antique, du temple « des idoles qu'adoraient les Sarrasins », 
qui étaient Jupiter, Junon et Minerve!' 

L'existence de ce temple est attestée par le récit de la 
passion de saint Saturnin, texte qui paraît dater de l'an 3oo 
environ et ne serait donc postérieur que d'une cinquan- 
taine d'années au supplice de cet évêque'. 

I. Passio sancll SaturninL apud Ruinart. Acta sincera, p. i3o (voir 
infra, p. 352, n. i) ; ce récit est suivi par Forlunat, Grégoire de Tours 
et Sidoine Appollinairc (cf. E. Saglio dans Daremberg et Saglio, 



352 E. MARTIN-CHABOT. 

Il semble que ce soit le souvenir de sa condamnation 
au supplice, s'unissant à la constatation de la juridiction 
criminelle des capitouls toulousains, et peut-être aussi à 
une vague réminiscence des exécutions qui se faisaient 
à Rome du haut de la roche ïarpéienne, qui a suggéré 
à notre glosateur l'étymologie qu'il donne du mot 
Capitole. 

Quoi qu'il en soit, il y a lieu de retenir la localisation 
que fait notre auteur, tout au moins pour la discuter. Je 
ne vois pas, en effet, de raisons de l'écarter d'emblée. Si, 
comme il le dit, le Capitole se trouvait à l'endroit où fut 
bâtie l'église Saint-Pierre et Saint-Géraud, près de la 
Pierre, aujourd'hui place Esquirol, le taureau préparé 
pour le sacrifice aux dieux capitolins et devenu l'instru- 
ment du martyre de saint Saturnin, aurait entraîné son 
cadavre meurtri dans la direction du Nord, par l'artère 
centrale de la ville, que l'on s'accorde à supposer sur le 
tracé des rues des Changes et Saint-Rome. 

D'après le récit de la passion du saint, celui-ci fut atta- 
ché par les pieds à l'extrémité de la corde qui avait servi 
à maintenir jusqu'alors le taureau, et cet animal, excité 
par les coups d'aiguillon des bourreaux, fut lancé du haut 
du temple du Capitole vers la ville. Et sur les gradins 
qui entouraient cet édifice, la tête du martyr fut brisée 
et son corps mis en pièces'. Le temple était donc cons- 

Dict. des AnUquilés, I, ii, p. goô, et H. Leclprcq dans Dom Cabrol. 
Dicl. d'Archéologie chrétienne, II, 2, c. 30^7). Sidoine s'exprime ainsi 
dans son Epislola, ix, iG, citée par M. Toulain dans aoti Étude sur les 
Capitolcs provinciaux dans l'Empire romain ( \nnuaire de l'École pra- 
tique des Hautes-Études, section des sciences religieuses, Paris, 1899, 
in-8°, p. 5) : 

« De gradu summo Capilolloruin pra'cipilatuni 

Quem negatorem Jovis et Minervîi* 

Et crucis Chrisli bona confilenlom 

Vinxit ad tauri latus injuguti plebs furibunda... » 

I. (( ... Postrema cnini parle funis illius, qu.T ad posleriora lauri 



L\ TRADITION CAPITOLINE A TOULOUSE. 353 

truit sur un soubassement destiné à faire dominer l'édi- 
fice pour le rendre visible de plus loin et plus imposant. 
La tradition romaine voulait, en effet, que le temple capi- 
tolin fut placé dans un lieu éminent'; des degrés en 
maçonnerie étaient destinés à suppléer au mouvement de 
terrain insuffisant, pour que cette condition fût réalisée. 
L'emplacement du Capitole toulousain ne saurait se déter- 
miner par une différence de niveau dans le sol de la ville, 
où les mouvements de terrain sont peu perceptibles. 
L'opinion de Gatel, qui suppose cet édifice construit près 
de l'église Saint-Quentin ne paraît pas fondée^ Roschach, 
dans la lettre qu'a publiée Gastan, incline à croire que le 
Capitole se trouvait là où se dressa le Château Xarbonnais, 
à cause des ruines romaines qui y furent découvertes et 
démolies au xvi" siècle, sous la direction de Nicolas 
Bachelier. Ces débris importants sont décrits par Antoine 
Noguier dans son Histoire tolosaine, qui en a publié le 
dessin fait par Servais Cornouaille\ D'après ces témoi- 
gnages, il semble qu'il s'agisse plutôt des restes d'une 
porte monumentale, bâtie dans le rempart de la ville, et 
certainement pas du Capitole. 

Dans l'état de la question, la localisation sur l'empla- 
cement de l'église Saint-Pierre et Saint-Géraud, près de 
l'artère principale de la cité, offre beaucoup de vraisem- 
blance. Des fouilles pourraient peut-être donner raison 

ipsius dcfluebat. saiictiviri pcdes inligant actumque slimulis acrio- 
ribus taurum do superiori (]apilolii parle in plana pnrcipitant. Nec 
mora : inter primos descensus ipsius gradus, capito collisa cercbro- 
que exciisso et onini membroruni parte corpore laceralo, dignani 
Dco animam Clirislus excepit... » (Uuinarl, op. cil.). 

I. E. Saglio dans Darcmberg el Saglio, Dirl. ilcs Antiiia'dcs, I, 
II, 9o5. 

3. Guillaume de Galcl, Méiiunres de l'ilisl. de Languedoc, Toiose, 
i633, p. 136-127. 

3. Publiée en i5ô6, in-A", p. 3<i. Le dessin esl reproduit rlans 
Espérandieu, Recueil des bas-reUeJs de la Gaule romaine, I, p. '^-'x. 



354 E. MARTIN-CHABOT. 

au juriste toulousain qui, en 1296, dans la glose rapportée 
ci-dessus, créait un lien historique entre le capitoulat et 
le Capitolc romain '. 

E. Martin-Chabot. 



I. Un témoignage de la continuité de cette tradition apparaît dans 
une note copiée, Je 16 mai i388, au verso du feuillet i!\Ç) du manus- 
crit n" 874 de la bibliothèque de Toulouse et publiée par A. Moli- 
nier, Catalogne général des manuscrits, t. VII, in-i", p. 5 16. A propos 
d'un monument sculpté conservé dans l'église Saint-Sernin de cette 
ville, le souvenir du Capitolc y est évoqué : « ... civitates ... Roma, 
Jherusalem et Tholosa, ... famose et nobiles .... in quarum singu- 
lis, ex quadam prerogativa, est Capitolium, locus cominunis, ubi 
redores dictarum civitatum ad dccisiones causarum conveniunt, et 
inde rectorcs tholosani capilularii nominantur ... ». 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU Xr SIÈCLE 

SUR LA CONFESSION 

(Saile el fin.) 



[IX. — REGLAS GENERALS.] 

[l. DeLS PECCATZ MORTALS HE DELS PECCATZ VEMALS. | 

Reglas generals per conotsser quant hom pecca mortalmen 
HO VEN1ALMEN. Lu priiuieyra régla. Totas ves que ieu fau alCuna 
causa contra la caritat que ieu devi aver a Dieu, ieu pequi mor- 
talmen. He per so, totas ves que ieu dizi alcunas paraulas que 
so en vituperi de Dieu, coma juran lo sens causa, lo despitan, 
lo malgrazen, lo mallauzan, adoran autre que el, aben fola 
crezensa, mesprezan los comandamens de Dieu, no lo temen, 
no lo confessan, no lo reconoyssen- coma Dieu, en mesprezan 
los bénéfices que me ha facliz, ieu pequi mortalmen. 

La .ij". negla. Totas ves que ieu porti tal amor a la creatura 
que no m'en chaut de ofîendre Dieu, he ami plus la creatura que 
guardar lo comandamen de Dieu, ieu pequi mortalmen. He per 
so, totas ves que ieu voli acf{uirir richesas per tromparia, ho 
quant no las prepause a distribuir a loc he a temps als paubres, 
ho a la Gleysa, ho quant voli retener del autru, en ayssi fazen, 
ieu ami plus la creatura que Dieu. He parelhamen, quant voli 
aver honors per una vana gloria, ieu ami plus la creatura que 
Dieu. Semblanmen, quant ieu voli pehre las delectacios de mon 
cors, coma en trop manjan, ho en trop beven, ho en lo peccat 
de la carn, ho en rompendejuns, ho en portan abilhamens contra 
mon stat, ieu ami plus la creatura que Dieu, he per so ieu pe(|ui 
mortalmen. 



356 CL. BRUNEL. 

La .ilj" . régla. Totas ves que icu ami la creatura plus que no 
deuria, he liy meti mon entendemen plus que ieu no deuria, 
mas, queque sia, plus tost amaria layssar la creatura davant 
que ieu ofTendes Dieu, he uo volria pas ofTendre Dieu per amor 
de la creatura, ho totas ves que ieu saubria que desplayria a 
Dieu, ieu layssaria la la creatura, non es que peccat venial, mas 
es disposiciou a peccat mortal. 

La .iiij". régla. Totas ves que ieu porti dampnatge a mon 
propda ho en sa fama [folio 'i9 v"] he renom, ho en bes tempo- 
rals ho spirituals, ho en son cors, ieu pequi mortalmen, se lo 
damnatge es notable, quar quant no séria que qualque ben petit 
de causa, no séria que peccat venial. lie per so, quant ieu teni 
dels bes del autru que hom ne puesca esser dampnajat, quar per 
una poma ho .j. rasim no séria pas dampnajat, ho quant ieu 
die mal de mon propda, mal mortal, quar si non disia que 
qualque petit de mal, no séria pas per aquo diffamât, ho quant 
ieu lo bâti notablamen, totas he tantas ves, ieu pequi mor- 
talmen. 

La :v" . régla. Totas ves que ieu prendi dels bes de mon propda 
si petit que per aquo, quant el ho saubria, el no séria pas mal- 
conlen,ho quant ieu dizi qualque petit mal de el, ho quant soy 
occasion que el pecca venialmen, ieu, totas he tantas ves, pequi 
venialmen. 

La .vj". régla. Totas ves que ieu, quant fau qualque obra, no 
la fau principalmen per la amor de Dieu, ho, quant layssi affar 
qualque mal, lo layssi a far non pas principalmen per la amor 
(le Dieu, icu pecqui mortalmen. He per so, (juant ieu vau a 
matinas, ho dejuni, si ieu ho fau principalmen aili que Dieu 
me donc de bes, ho per vana gloria, ieu pequi mortalmen. He 
en ayssi, (piant me layssi de palhardeja principalmen per ver- 
gonha (loi muiide, ho per palior de esser dampnat, ho per pahor 
que Dieu me donc (|ualque desforliiîia en aquesl munde, icu no 
fau rc (|ii(' \allia, mas jx'tjtii uiorlalmcu. ' , 

La .vij". régla. Totas \es cpic ieu fau contra ma consciensa, 
sia consciensa vera ho falsa, ieu pequi mortalmen ; coma cons- 
ciensa me dis (pie ieu no perjure pas, he ieu perjuri, ieu pequi 
mortalmen; ieu hiey consciensa falsa que dire mcssonja joyosa 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV'' SIKCLE. 35y 

que no porta dampnatge a persona es peccat rnorlal, si ieu dizi 
messonja joyosa, ieu pequi mortalmcu, juscas que ieu auriey 
ostat aquesla consciensa, he la devi layssar slar en (Icniaiulâii 
de las causas laugieyras se so peccat ho no. 



[2. De la fi DE LAS OBI\AS.| 

Hegla per conoysser quant, hoin fa aquo que liom fa pcr la 
amor de Dieu ho pcr la a/nor del mande. Tolas ves que ieu 
fau qualque causa, ieu devi reguardar se ieu la voliia far se 
persona del munde non sabia re, he se ieu volria [fol. ~>0\ he 
séria be conlen que persona del munde non saubes re, adoncas 
aquo es signe ([ue ieu la fau per la amor de Dieu ; mas, se ieu 
no la volria pas far se ieu sabia que persona del munde non 
saubes re, aquo es signe que no la fau pas per la amor de Dieu, 
mas per vana gloria ; he per so aquels que fan mètre lors 
ymages a las veyrias de la gleysa ho en qualque ca pela que fan, 
aquo es signe que ho fan per vana gloria. 

Aulra régla per conoysser- quani honi fa be una ohra. To- 
tas ves que ieu fau qualque obra, coma un dejun, ho me 
guardi de far qualque mal, coma de palhardejar, ho de jurar, 
he en ayssi de las autras causas, ieu devi reguardar si ieu ho fau 
per vana gloria, ho se ho fau principalmen per pahor de esser 
dampnat, ho affî que Dieu me doue de bes he de. las honors, ho 
me guarde de desfortuna, quar se ieu ho fau per aquesta enten- 
ciou, la obra no val re, he per so ieu devi retornar a mi he 
dire : «Tôt quant ieu fau he fariey, ieu no voli pas far per vana 
gloria, mas ho volria far enquaras quant persona del mon non 
saubria re, ni non ho voli pas far per temor de esser dampnat 
principalmen, mas, enquaras quant non hy auria ponch de in- 
fern, ho volria enquaras far, ni lio voli pas far afîi (|ue Dieu me 
doue de bes principalmen, mas, enquaras quant ieu saubria que 
Dieu jamay no me daria de bes, ni no me daria ponch paradis, 
mas tôt mantenen me adnichilaria, em[uaras ieu ho volria far 
per so que Dieu est to bo. toi poyssan, lie per so que Dieu ni'o 
ha comandat. 



358 cl. brunel. 

[3, De las occasios.] 

Hegla pek conoysser quant iiom i'Ecca mortalmen per so que 
HOM >o FUGis PAS LAS OCCASIOS. ïotas vcs que ieu me meti eii 
occasion de peccat sens causa, ieu pecqui mortalmen ; coma ieu 
belcop de ves m'en soy anat entre las fennas per ralhar he qua- 
queta amb elas, ho ieu, que soy fenna, m'en soy anada entre 
los homes, he belcop de ves ieu hiey peccat, al mens de volun- 
tat,enquaras ieu lu vau sens causa ralhar, ieupequi mortalmen, 
quar ieu me meti en perilh de peccar. En ayssi ieu me meti 
en perilh de peccar quant ieu me meti a danssar, he per so ieu 
pecqui mortalmen. [fol. ôO y°] 



[X. — CONTRICIOU.] 

Régla per conoysser qiiossi hom deii aver conlricio he quaiila 
deii esser. Davant que la contriciou sia sulTicienta, el cove que 
ieu aia tal dolor de cascun peccat qu(^ ieu volria perdre tôt quant 
ieu hiey, he cors, he bes, he fama, he enfans, he que ieu non 
agues cornes lo menre peccat que ieu hiey comes, he cove que 
ieu aia lerm prepaus de no olTendre plus Dieu d'ayssi en avant, 
mas plus tost ieu volria morir davant que comeses lo menre 
peccat que es al munde; quar, quant una persona no auria pas 
ferm prepaus de absterier d'ayssi en avant de peccat, mas vaxil- 
laria, peccaria mortalmen, he la confession no valria re. 

Régla per aver contriciou he dolor dels peccatz. Per aver con- 
triciou he dolor de mos peccatz, ieu m'en devi retornar a Dieu, 
he elevar lo entendemen aul a Dieu.he li dire: « Senhor, vos es 
aquel que aves humiliât aquel gran rcy Nabucodonosor he .vij. 
ans lo aves fach demorar entre las bestias, vos es aquel que 
aves humiliai Alexandre lo Gran, he hâves baylat als Romas la 
senhoria de lot lo munde, he lor aves ostat quant vos ha plagul, 
vos aves lot fach de nonre, he ieu, paubre maluros, ho malurosa, 
hiey stat si presnui|)lnos (pje vos hiey ollendul per (al peccat, 
lie |)('r lai, (pie se ieu ne a\ia dIIcihIuI un porcpjie, ieu no lo 
ausaria retfuaidar. » 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU W"-" SIKCLE. ?u)() 

Régla qiiossi se dcu hoin condiire per aver co/ilridioii lie (pie 
deii hoinfar. Per a\er contriciou hom dcu rcguaidar ([ue es 
aquel que hom a olTendut, quar hom ha offendullo roy que ha 
donatz los riahnes a totz los reys he las senhorias a lolz los 
senhors, he \a lor osta quanl li play, so es a(|ncl que lia lach 
lo cel, la terra, he loi quanl es de noiiro, so es a(|uel (|ue fa 
venir la guerra quanl li play, he parelhamen la pa\ quant li 
play, loi quanl es, he angels, he dyables Irambla en sa pre- 
sencia, so es aquel que per la salut del home se es lanl humi- 
liai que se es fach liome, ha slat paubre, he subjcl a tota pena, 
près, liât, batut, lie crucifîcal; so es aquel que nos ha donat he 
cors he arma [fol. 51] he lolz los be[s] que avem. 

[Aidra régla]. Apres, quant hom ha reguardal la excellensa 
he la aulesa de aquel que hom haoffendut, hom deu reguardar 
sa miseria en disen : « Qui soy ieu que hiey olfendut si aut 
senhor? Ieu no soy que una miserabla crealura, plena de malva- 
das enclinacios he de ignoransa, el me cove morir, ieu seriey man- 
jatde verms.heretornariey en polvera, he ieu, paubre maluros, 
ho malurosa, soy slat si presumptuos, ho soy slada si presump- 
tuosa, que hiey offendut si vilanamen aquel que es lot bo, lot 
juste, totdoshe bénigne, quar quant ieu auriaolTendul un paubre 
home en ayssi coma ieu hiey olTendul Dieu, ieu no la ausaria pas 
reguardar ». Apres, hom deu reguardar que so las grans penas 
que hom ha demerit per .j. solel peccat mortal, quar hom ha 
demerit las penas terriblas de infern, he hom ha perdut to lobe 
que hom ha lach,he quossi Dieu, per .j. solel peccat que Adam 
comes, Dieu ha fach si gran punicio que el cove que lolz ne mo- 
ram he siam en si grans penas he langiers de esser dampnatz. 
Apres, la persona deu aver desplasensa de totz los peccatz que 
el ha fachz en gênerai, he de cascun eu spécial que li venra en 
memoria, he ne deu aver si gran desplazensa que deu voler que 
li costes lot quant el ha, he la vida semblanmen, he (jue non 
aguesjamays peccat, heprepausar fermamen de morir plus losl 
que de aquesta hora en avan pecques. - 



360 CL. BRUNEL. 



[\I. — EXAMEN DELS, PEGCATZ.] 

Régla per aver memoria de sos peccatz he de se examinar. 
Per aver memoria de sos peccatz, hom deii preguar Dieu qu'el 
in done coïioyssensa, et deu dejunar, lie far de las abslinen- 
cîas belcop, lie deu far preguav ({ualquc devota gen affî que 
Dieu li meta a memoria sos peccatz. Apres, deu far tota la dili- 
gencia que poyr(i)a per l'in sovenir lie deu aver tal manieyra : 
Primieyramen, el deu reguardar los locx ontel ha demorat, ni 
quantde temps el ha demorat en casciin loc, après, an quinhas 
gens el ha conversât, he quinhs peccatz el ha comes an cascun 
personatge en discorren los .vij. peccatz morlals he las filhas 
de aquels .vij. peccatz mortals, he los .x. comandamens de la 
ley, he las obras de misericordia. Apres, cove reguardar quossi 
hom ha peccat de coratge, de paraula, he de obra. Apres, cove 
reguardar (|uossi [fol. 51 v"] hom a peccat contra Dieu, ho 
contra lo propda, he contra si meteys. Apres, (pial reguardar 
que ha hom fach que hom no dévia pas far, ni que ha hom 
layssat affayre que hom dévia far. Apres, cove reguardar que 
ha hom facli contra la ley de nattira, ni contra la ley divina, 
ni que ha hom hiyssat affar que liom dévia far. 

Reg/a per ne examinar en gênerai dels .vij. peccatz capi- 
lals. llom deu reguardar se hom ha volgut degun honor per 
esser prezat, ni per sobremontar los autres, ni per mesprezar 
los autres, lie si se es donat vana gloria de re que el aia agut, 
ni si es stat yppocrita ni desobedien, ni se ha trobadas novele- 
talz per esser vist, ni se ha facliz mais jutjamens, ni se ha re 
fach per curiositat, he en ayssi de las autras manieyras de er- 
guelh. Apres, deu reguardar se ha vendut ni comprat causas 
spirituals, )ii se ha agut othci ni benehci per prcguaria ni per 
argen, ni se ha preguat per qualque un que non era pas digne, 
ni se ha comes usura, ni se ha re près per forsa. ni se ha re 
raubat, ni se ha trahit persona per aver lo sen, ni se ha baralal 
persona en romprati ni en Ncndoii, ni se ha re i)res de loc sanl. 
ni se ha doiiada alnioMia als paubres (jur ho podio bon far, ni 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV* SIÈCLE. 3Gl 

se ha si fort mes lo cor als bes que fos conten de neoffendre 
Dieu. Apres, deu reguardar si ha volgul se venjar, ni se ha ser- 
f[uat los médis per se venjar, ni se ha tuât ni fach tuar, balut 
ni fach batre qualque persona, ho si, ho sas bestias, ho sos en- 
fans, se ha diffamât persona, se ha murmurât contra Dieu, ni 
se lo ha malgrazil, ni despitat, ni blasphémât, ni jurât en va, 
ni renégat. Apres, se ha portada enveja a persona, si se es rejoyt 
del mal del aulru, ni se ha stat triste dcl be del autru, ni se ha 
mes débat entre alcnns personatges que se acordavo be; après, 
se ha trop manjat, ni trop begut, Tii se s'es enebriat, ni se ha 
manjat trop delicadas viandas otra son stat, ni se ha mes trop 
gran diligensa en las apparelhar, ni se ha manjat trop arden- 
men, ni se per trop maujar ha stat endispausat abeson[h]ar, ni 
se ha trop parlât, ni folamen, ni en va, ni se ha fach vomit, ni 
se ha stat poilu t per trop manjar. Apres, deu reguardar se 
[fol. 52] ha comes l'obra de la carn autramen que en marialge, 
ho an verge, ho an maridada, ho an religiosa, ho en loc sant, 
ho contra lo orde de natura. Apres, deu reguardar se el ha lays- 
sat a far deguna obra que cl dévia far, ho se a fach las obras 
per la fi que el dévia, so es assaber principalmen per la amor de 
Dieu, he se el ha agut desperaciou, he se el, per so que nopren- 
dia pas plaser en las causas spirituals, se es occupât en pensan 
en causas illicitas he terrenals. 

Régla per se examinar ciels .x. comandamens de la ley. La 
persona deu reguardar se ha ponch doptat en los articles de la 
fe, ni se hi ha ponch errât, ni se ha donat fola crezensa en con- 
jurs, en charmes, en breus, ont hi ha vocables que hom no los 
enten pas, ni se ha crezut que alcunas horas so melhoras a 
besonhar que d'autras, ni que las erbas culhidas en una hora 
aguesso alcuna vertu t que no la an pas en l'autra, ni se ha 
adorât alcuna creatura, ni se ha ponch fach encan tacios per 
Irobar causas perdudas, ni se ha [ajpres l'art notaria', ni se ha 
adorât alcuna creatura, ni romput sos volz sens causa legit- 
lima. Apres, deu reguardar si se es perjurat en jutjarnen al 
encontra de qualque un, ni se ha jurât Dieu en va en coniu 

I. Corrigez noloria. Voh- traité suivant, ch. I, règle xix. 

ANNALES DU MIDI. — XXIX. 24 



362 CL. BBUNEL. 

colloqui en hi avisan, ni se ha révélât lo secret de qualque per- 
sona que era en prejudicii de persona, ni se ha fach contra lo 
juramen qne el avia fach, ni se el ha pronies alcuna causa en 
la honor de Dieu he no la ha pas lâcha, ho se promelia de far 
aquo que no podia ponch far, ho se ha jurai de far qualque 
causa que no lo ha pas fâcha, ho se ha endut a jurar qualque 
persona que li era avist que se sperjurava. Apres, deu reguar- 
dar se los dimenges he las feslas ha auzit messa, he lo sermo, 
quant podia, he se ha peccat mortalmen a jorn de festa, ni se 
ha venduthocomprat causa, si no que fos pormanjar, en aquel 
meteys jorn, ho en fieyras permesas per los prelalz, he se quasi 
tôt lo jorn de festa ha vaccat a jocx, ho a dansas, ho a ralhar 
de causas vanas. Apres, deu reguardar se ha dich al payre he a 
la mayre paraulas opprobriosas he enjuriosas, he se s'es mocat 
de els, he se los ha maudilz, ni batutz, ni provocatz ad ira, he 
se los ha batutz, he se lor ha [desjobezit, he se los ha provesitz 
[fol. 52 V"] en lors necessitatz, he se ha complit lor layssas, he 
se lor ha stat irroveren he trop malgracios, he se ha stat ne- 
gligen enver la familia en lor far auzir messa, confcssar, coniu- 
nicar a loc he temps, he se no ha mes diligensa que los enfans 
fosso bos, he se ne los ha provesitz de vieures he de abilha- 
mens, he ad els, he a sa molher, he se ha fach anar al hospilal 
SOS servilors quant ero malautes he lo avian be servit, he los 
dimenges he las festas los ha fachs laborar he lor ha fach perdre 
la messa, ho se los ha lardatz de paguar, ho se ha soffrit a sa 
molher de portar grans pompas, ho en raubas, en dansas, lio 
en autras causas provocativas a luxuria, ni se la mayre ha lays- 
sat anar las filhas a dansas he en autras folias ont el hy ha 
perilli de peccar. Apres, deu reguardar si ha tuât degun ni de 
coratge, ni de fach, ni de dich, ni batut, ni fach batre, ni dif- 
famât, ni mocat, ni se ha re raubat, ni près per violensa re del 
aulru, ni se ha enganat, ni trahit, ni contumeliat, ni re repro- 
chât a persona, ni se lia mes discordia cnlrc alcuns personatgcs, 
ni se ha portât fais tcstimoni, ni se ha comes la obra de la carn 
defora marialge, ni se ha volgut cometre luxuria, se agucs 
agut opportunilal, ho se no fos stat per la temor del munde, 
he se ha fachs deshonestes atocameus, ni se ha près plazer en 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV* SIECLE. 363 

pensar en lo peccat de la carn, lie se per una avaricia agra vol- 
gut aver lo be del autru, se agues pogut, ni se agues Irobat 
moyans. 

Régla per se examiiiar de las obras de misericordia. Hom deu 
reguardar se ha donat almoyna als paubres que ero en extrcnia 
nécessitât, ni an aquels que li semblava be que ne avian besonh 
he non podian guasanhar, ni se hom ne ha donat an aquels 
que non avian pas besonh hc que ne podian be guasanhar, ni 
se degun paubrc es mort per son deffautque li agra be pogut so- 
corre, he se ha visitât [los] paubres malaules, ni selosha servitz 
ni lor ha administratz de sos bes, ni se ha corregit aquels que 
fan mal, ni se ha donat conselh an aquels que l'in demandavo, 
al mens en cases de conscieucia, ni se ha vestitz los nutz, ni 
sebelit los mortz, ni alotjat los [fol. 53] paubres peregris. He 
quant es peccat mortal ho venial, aquo se appar en las reglas*. 



[Xll. — CIRGUMSTANCIAS DELS PEGCATZ.] 

Reglas per conoyser las circumstanclis dels peccatz, las 
quals hom es tengut de confessar de >'ecessitat, he aquelas que 

HOM NON ES PAS TENGUT DE CONFESSAR QUI NO VOL. El hi ha cirCUmS- 

tancias que alaugeyrisso lo peccat, coma un que ha raubal quant 
eraen nécessitai no ha pas comes si greu peccat coma aquel que 
ha raubat quant no era en nécessitât, lie, per so, no cove pas 
confessar tais circumstancias : el no quai pas dire : « leu hiey 
raubat, quar ne avia besonh », mas el cove dire : « leu hiey 
raubat ». En ayssi cometre luxuria an temptaciou, la lempta- 
ciou es circumstancia que alaugeyris lo peccat, el no quai pas 
dire : « leu hiey comes luxuria, per so que era fort temptat », 
mas cove dire : « leu hiey comes luxuria ». El hi ha autras cir- 
cumstancias que no vario pas la specia del peccat, mas be lo 
aggravo fort, he tais circumstancias el quai confessar, coma 
ieu hiey raubat .c. scutz, no sulTis pas de dire : « leu hiey rau- 
bat argen », quar, quant ieu no auria raubal que .j. liard, ieu 

I. Ci-dessus, cli. IX. § i. 



364 CL. BRUNEL. 

diria : « leu hiey raubat argen », lie, pcr so, el covo dire la 
quantitat, el quai dire : « leu hiey raubat .x. doblas, .xx. scutz, 
.xij. floris, .1. ducatz, he tal dampnatge l'in esvengut que agra 
comprat tal inarchandisa, ho tal possessiou, ho agra fach sa 
provesiou de blat al temps que era a bon mercat, se hieu no li 
agues raubat l'argen ». Semblanmen, cove dire : « leu hiey 
raubat .x. sestiers de blat, ho .iij., ho .iiij. », henosuiïls pas de 
dire : « leu hiey raubat de blat », he cove dire : « Tal damp- 
natge l'in es vengut que el ha covengut que aia vendu t sas 
possessios per se provesir )). Apres, el hi ha de circumstancias 
que vario la specia del peccat, so es assaber que ajusto un autre 
peccat al primier, coma de raubar en la gleysa, raubar es 
.j. peccat, en la gleysa es un autre; he per so no sufTis pas de 
dire : « leu hiey raubat », mas el cove dire : « En la gleysa », ho 
« Hiey raubat causa sancta, ieu hiey cornes luxuria amb una 
fenna maridada, ho amb una verge, ho amb una religiosa, ho 
amb unavieusa, ho amb una sarrazina, ho paguana, ho juziva, 
ho hiey près [/o/. 55 V] una fenna per violensa, ho hiey fach 
contra lo orde de natura », he no suffis pas de dire : « leu hiey 
cornes luxuria, ieu hieybatut .j. home que era clerc, ho capela, 
ho avesque, ho layc », he no suffis pas de dire : « leu hiey 
batud .j. home », en après cove dire : « leu lo hiey batud jus- 
cas quasi a la mort», ho « Li hiey rompu t un menbre », quar aquo 
so circumstancias que aggravo lo peccat notablamen ; en après 
may : « Ieu hiey batud .j. home talamen que de dos meses no 
se es pogut affanar, he que era home que guasa[nha]va la vida 
a SOS enfans he a sa molher », ho « Hiey batut ho tuât .j. home 
que era fort necessari a la causa publica per donar consclh ». 
Apres, el quai dire : « leu hiey jurât Dieu ho blasphémât da- 
vant lo munde, he no m'en ha calgut de donar mal exemple a 
mon propda », he no suffis pas de dire : <( leu hiey blasphémât, 
ho batut », quar ho fa en public es una circumstancia ho un 
peccat autre. En ayssi cove dire : « leu hiey peccat per acpiesta 
entenciou, affî que ieu fes peccar los autres, he que fosso mal- 
vatz coma ieu ». Apres, el hi ha de circumstancias que no vario 
pas la specia del peccat ni lo aggravo pas notablamen, he tais 
circumstancias, qui las vol confessar, las pot confessar, mas el 



OPUSCULES PROVENÇAUX DV XV SIECLE. 3f)5 

no es pas de nécessitât, coma de cometre luxuria sens lempta- 
ciou, sens lemptaciou es una circumstancia qne no varia ponch 
la specia ni no aggrava pas enfenidamen lo peccat. En ayssi 
ieu fau luxuria, ho juri, ho blasphemi per una acostumansa, la 
costumansa no es pas circumstancia que varie la specia. En 
ayssi ieu era vertuos, he per mos peccatz ieu hiey perdut mas 
vertutz, coma per luxuria hiey perdut castetat, he en ayssi de 
las autras vertutz, perdre las vertutz non es pas circumstansa 
que varie la specia de peccat. En ayssi, ieu hiey sfat cngrat a 
Dieu en peccan. Totas aquestas circumstancias, qui las vol 
confessa r, el es bo he convenien, mas hom non es pas tengut. 
El es veray que el cove be confessar de nécessitât lo temps que 
li sembla que non ha stat en la gracia de Dieu, coma deu dire 
en ayssi : « Per .j. mes ieu hiey demorat, ho per .j. an, ho per 
dos, que ieu era [fol. .3^] luxurios, ho usurie, ho simoniac, ho 
avaricios, ho layro, he conoysia be que fazia mal, mas no avia 
pas prepaus de me ostar del peccat, al mens, enquara se en 
.j. an ho en .ij. hiey stat en taladisposiciou, en tôt aquel temps 
ieu non hiey ponch agut la gracia de Dieu », he per so cove 
dire : «Ieu me acusi que de .j. an ieu non hiey agut la gracia de 
Dieu, ni no me soy dispausat de la aver, he tôt quant ieu hiey 
fach en aquel temps no me ha re valgut a mon salut ». He per 
so alcuns doctors breumen se despacho de aquestas circums- 
tancias, he disoque el quai confessar las circumstancias de loc, 
coma de raubar en loc sant, he de la persona, coma de batre 
un clerc, he del temps, coma de cometre peccat en jorn de festa, 
he de la enductiou, coma se el ha enduch per son mal exemple 
qualque un a peccat, he de la sequela, si al peccat que el ha 
fach s'en es ensegul gran dampnatge a qualque persona, he en 
ayssi las ves que el ha fach lo peccat, he, se no l'in sove, al 
mens ho deu dire segon probabla stimaciou, he deu dire lo 
temps que el ha demorat al peccat, coma deu dire : « Ieu hiey 
.XX. veguadas cornes luxuria », ho, se no l'in sove, deu dire : 
« El me sembla que .xx. ves ho plus ieu hiey cornes tal peccat, 
non obstan que non sia pas cert, he .j. an ho .ij. hiey persé- 
vérât en tal peccat ». 



366 CL. BRUNEL. 



[XIII. — PRATICA DE CONFESSAR.] 

S'ensec la pralica de confessar he qiiossi se quai accasar. El se 
quai en ayssi accusar : « leu hiey cornes lo peccat de la carn 
.X. ves, las .v. ves en jorn de festa, he amb ima fenna maridada 
las .vij. ves, he amb una religiosa .iiij., he hiey enducha la 
maridada al peccat en li prometen .x. scutz, he .iiij. ves hiey 
parlât amb ela per entenciou de la atrayre a peccat. El me 
sembla que .Ix. ves he plus, no soy pas ben cert, hiey pensât 
quossi la pogues averhe convertir a mal, he .c. ves ho plus, no 
soy pas ben cert, hiey agut deshonesta delectacio en pensan de 
cometre lo peccat amb ela. Apres, ieu me accusiper so que ieu, 
per negligencia, no sciey pas dire totas las ves que hiey peccat 
amb ela, ho hiey pensât de ela ». [fol. d^V] Quant lo con- 
fessor pot be evidenmen conoysser se lo peccat es mortal, 
no es pas nécessitât de dire : « Ieu hiey peccat mortalmen 
en cometen lo peccat de la carn, ho en li parlan per la 
atirar a mal, ho en ne aven cogitacios palhardas », quar lo 
cofessor pot be conoysser que aquo so peccatz mortals, ho no 
saubria re, he nonre mens no séria pas digne ni sufTicien de 
auzir confessios. « Item, me accusi may que hiey agut enveja 
contra .j. merchan per so que el era riche he que agra volgut 
que el non agues pas agutz los bes que el avia, he aquela enveja 
ha be durât .j. an, he en aquel an ieu crezi que plus de .ij.' 
ves ieu hiey volgut que el agues agut mal, ieu me accusi de la 
negligencia que no sabi pas dire las ves determinadamen, he 
belcop de ves li hiey volgut mal en las festas, en ayssi coma 
los autres jorns. Apres, el ha agut una advcrsitat, he ieu m'en 
soy rejoyt plus de .iiij.' ves. leu me confessi de la negligencia 
que no sabi pas dire quantas ves. Apres, el ha agut una fortuna, 
he ieu ne soy stat triste, he ieu hiey volgut que el no agues pas 
agut aquela fortuna .iij.^ ves c plus. Apres, ieu per una enveja 
lo hiey difamat en dizen que el no era que .j. layro he pilhava 
lo munde, he aquo hiey dich .x. ves en public, he .iiij. en 
secret, he per so l'in es vengut tal dampnatge que très pageses 
se volian mètre a besonhar amb el, he, per so que an auzit aquo 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV SIÈCLE. 867 

que ieu hiey dich que era layro he pilhador, els no an pas 
volgut comprar de draps de el, he per aventura belcop d'autres 
que an saubut aysso, he de lot aquest dampnatge ieu soy causa. 
Apres, el se era acompanhat amb un autre merchan, la un 
demoret a Lio, l'autre a Paris, he se acordavo be, he fazian 
gran guasanh ensemps, he ieu, per una enveja, m'en soy vengut 
ad un de aquestz, he hiey dich que l'autre, al quai ieu volia 
mal, non era que un flatayre, he que el ne avia ben trompatz 
d'autres. Ieu per mètre desacordi entre els dos [fol. 5.1] li hiey 
empausat lo mal que no hy era pas, he hiey stat causa que se 
so despartitz, he que lor ha stat un gran dampnatge a totz dos. 
Apres, me accusi que en lo dilTaman quatre ves en public 
he .iiij. en secret, .viij. ves hiey scandalizat tant que ha stat 
en mi en donan malvatz exemples an aquels que ho an 
auzit. » 

Exemple quossi se quai confessai' de ira s'ensec. « Ieu me 
accusi que ieu me soy volgut venjar de .j. clerc, he aquesta 
voluntat ieu hiey agut per lo spasi de .j. an, he aquela voliciou 
en aquel an hiey agut plus de .111.' ves, he hiey serquat los 
moyans, he hiey pensât quossi m'en poyria venjar plus de 
.iij'. ves. Apres, quant soy passât davant, .xx\\ ves, per una 
ira, no lo hiey pas saludat, he totas aquelas ves hiey peccat que 
hiey donat malvat exemple ad el he an aquels que ho an vist, 
que podian be conoysser que ieu li voli mal. Apres, hiey dich 
que el non era que .j. palhard .x. ves en public he .vj. en 
secret, he tantas ves hiey peccat en scandalisan aquels que ho 
auzian. Apres, en sa presencia, hiey dich que el non era que .j. 
symoniayc .viij. ves, he tantas ves hiey scandalisatz aquels que 
ho auzian. Apres, lo hiey batut juscas quasi a- la mort, he en 
fazen aquo, hiey scandalizat totz aquels que ho an saubut. » 

Régla per conoysser quant honi pecca en scandalizan son 
propda '. Totas ves que ieu fau qualque peccat affî que ieu atire 
([ualque persona a mal he a peccat, ieu pequi mortalmen; coma 
ieu juri affî que un autre jure coma ieu, ho ieu vau guorman- 
dejaraffî que un autre hi ane, ieu pequi mortalmen, he enayssi 

1. Anlonin, tit. VII, cap. iv. 



368 CL. BRUNEL. 

el hy ha al mens dos peccatz, la un es lo peccat de la gola, 
l'autre es lo nozemen que ieu voli donar a mon propda. Apres, 
se ieu juri Dieu en va, non pas per atirar lo propda a peccat, 
mas per plazer que ieu hiey, he que ami plus penre mon plazer 
que no fau la caritat de mon propda, he adoncas hi ha dos 
peccatz, la un que ieu juri en va, l'autre que mesprizi he no 
m'en chaut de la caritat de mon propda, quar ieu li devi porta r 
tal amor que li [Jol. 55 y"] devi mostrar bon exemple, he tôt 
aysso se apela scandol actic he donat. Scandol pacifie es quant 
una persona per lo fach ho lo dich de un autre penra occasiou 
de peccar; coma ieu vesi que .j. home de gleysa es avaricios, 
ho usurie, he ieu diriey que ay tant be ho podi ieu esser coma el , 
ho qualque un me corregis, he ieu m'en torbi he m'en corrossi 
amb el, he pequi mortalmen. De alcunas ves cove layssar afîar 
aquo que es bo affi que hom no scandalize pas lo propda, ho al 
mens ho cove differre de far; coma ieu parli amb una fenna 
joyna de causas que se aperteno a son salut, se ieu vesi que lo 
munde ne sia scandalizat, ieu ho devi layssar star. Se un fa 
mal, he ieu conoyssi be que se ieu lo corregia adonc el ne séria 
plus irat, he s'en torbaria, ieu ho devi differir en autre temps, 
quant ieu veyriey que sera en bona disposiciou. El es veray que 
las causas que so de veritat de doctrina he de via, he may 
aytant be las causas que ieu soy tengut de far sub pena de 
peccat mortal, ieu non ho devi pas layssar, enquaras quant ieu 
saubria be que un autre ne séria scandalizat. Coma ieu prediqui 
he parli de symonia, he dizi que aquels que vendo los sagra- 
mens, he que no ausirian ponch de confessios, ni no dirian 
ponch de messas, se non era l'argen, son simoniaycx, quant ieu 
saubria be que aquels que ho ausirian ne serian lurbatz, he ne 
peccarian mortalmen, ieu non lio devi pas layssar a dire. Sem- 
blanmcn ieu hiey .j. companho, he el vol anaral bordel, he ieu 
sabi be que el s'en torbaria se ieu no hi van amb el, ieu no hi 
devi pas anar, he lo devi layssar esser scandalizat tant que se 
voira, he lo devi amonestar (j[ue no hy ancni pas. En ayssi ieu 
que soy religios, ho religiosa, he ma religiou dis que ieu no 
devi pas portar raubas de fin drap, lie, so ieu ho fau, hom dira 
que ieu soy tornat ho tornada ypocrila, he que solia esser bon 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIÈCLE. 36() 

companho ho fenna debe, ieu plus tost devi layssar essor scan- 
dalisa tz los autres davant que ieu fassa contra ma religion. 
Parelhamen, ieu soy religios, ho rcligiosa, he voli far alcunas 
[fol. 56] abstinencias, ho en dormi, ho en cochar, ho en Dieu 
preguar, ho en manjar, que los autres no la fan pas, per so que 
me es avist que ieu hiey fachs plus de peccatz que los autres 
ho las autras, ho hiey alcunas temptacios, ho de la carn, ho de 
autra causa, que los autres no la an pas, ieu devi pensar que 
los autres ni las autras no seran pas scandalisatz, mas ne seran 
be hedificatz. Aulramen sant Benesech, sant Frances, sanl 
Jheronimi agro scandalisatz lors religiouses he religiosas. Sem- 
blanmen, se ieu no fau ponch tais singularitatz, mas vivi, dor- 
mi ssi a la manieyra comuna, segon ma religion, los autres no 
devo pas esser scandalisatz, (jue per aventura ieu hiey plus ho 
aytant de pena en tenen la manieyra communa de religion 
coma ha l'autre en fasen sas singularitatz, ho l'autra. Belcop 
de causas cove reguardar en la materia de scandalizar, cascun 
ne fassa al mielhs que poyra, queque sia, cascun sia ben grave 
he avisât en jutjar del fach del autru. 

Régla per conoysser quossi d'alcunas ves en una obra ht ha 
plusors peccatz, he hom no se accusa que de un. Totas ves que 
ieu raubi per entre[te]ner una palharda, el no hi ha que una 
obra, el hi ha dos peccatz mortals, la un es raubar, l'autre per 
palhardejar. Ieu porti abilhamens pomposes otre la decensa de 
mon stat, aiïi que ieu plassa ad una fenna, ho ieu, que soy 
fenna, ad un home, enquara quant ieu non ho fariey que ima 
ves per una, après aquelahora ho layssariey tôt, el hy ha (ay) lo 
peccat de erguelh, après lo peccat de palhardisa, après lo peccat 
que hiey en atrasen a mal la fenna ho lo home, après lo scandol, 
quar be me an vist portar abilhamens pomposes he auran 
volgut far coma ieu. Que es d'aquel que totjorn faraaysso? 
Âpres, ieu diffami una persona per una venjansa, el hi ha lo 
peccat de diffamaciou, après hi ha la malvada fi, quar ieu ho 
hiey fach per una venjansa. Ieu juri Dieu en va, el hy ha 1res 
peccatz, un quant perjuri, lo segon que fau irreverencia a Dieu, 
lo ters que scandalizi aquels que ho ausisso [fol. 56 v"]. Enqua- 
ras pequi que ieu perjuri per far jjerdre a qualque un son be ho 



SyO CL. BRUNEL. 

sa honor, he per so hom deu be reguardar quant hom confessa 
quossi hom se accusa. 

S'ensec la pratica per se confessar quant hom vol dire totas las 
circamstancias, sian de nécessitai ho de congniitat, en lo peccat 
de la gola. « leu me accusi que ieu hiey manjat otra raso, he 
plus que no m'en qualia, per glotonia, he per la bontat he 
sabor de las viandas, segon que ieu podi stimar .c. ves he plus, 
he en aquelas .c. ves hiey peccat mortalmen. Ieu me accusi 
aytant be, quar per una negligensa ieu no sabi pas dire las ves 
determinadamen, he en ayssi hiey peccat mortalmen. Apres, me 
accusi que en .xl. de aquelas ves ieu hiey stat tôt endispausat a 
laborar, quar ieu no podia, ni Dieu preguar, ni studiar, ni far 
autra causa, he aquela endisposiciou me durava de alcunas ves 
très horas, d'aulras ves doas. Apres, me accusi quar après que 
avia trop manjat, ieu m'en anava am los autres, he aqui fazia 
unsjocx totz dissolutz, ieu fazia de deshonestes atocamens a 
filhas he a mascles he a mi meteys, he aquo hiey fach .xx. ves, 
he en ayssi fazen .xx. ves hiey peccat mortalmen, he autras 
.XX. ves en scandalizan totz aquels que ho vezian, .xx. personas, 
ho .XXX., que ero la. Apres, me acusi que soy stat engrat per 
tolz los peccalz sobredicliz enver Dieu, quar Dieu me avia per- 
donat belcop de pcccatz, he enquaras hi soy tornat tombar. 
Apres, me accuzi que a jorn de fcsta hiey comes .xx. de aquestz 
peccatz. Apres, me acusi mortalmen que quatre ves per trop 
manjar hiey agut vomit, las .ij. en jorn de festa. Apres, me 
accusi que per liop manjar .x. ves ieu soy vengut a polluciou 
en dormen, las .v. a jorn de festa. Apres me acusi que per trop 
manjar hiey gitat ventuositatz he damon he daval. » 

Pratica per sal)er confessar los peccatz ont hotn dopta. d Ieu 
en fasen .j. sermo me soy donat vana gloria, ho ieu cresi en ays- 
si, ieu non soy pas ben cert, mas plus me es avist aquo 
[/()/. .'>7J (pie lo contrari. Apres, iou, on disputan, me es avist 
(juc iiicN agiil vana gloria, mas no me sembla pas plus la una 
|)ai lida quo l'aulra, se iou hiey fach, iou m'en accusi. Apres, en 
parlan a mon senhor, ieu no sabi se hiey agut vana gloria, el 
me sembla plus tost que no que si, se iou ne hiey agul, ieu 
m'en accusi. Apres, per so que ieu canlava bc, .iiij. vos ne agui 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV^ SIÈCLE. 37 1 

vana gloria, mas no durava re, quar tost ieu la ostava, ieu uo 
sabi se aquelas .iiij. ves so statz peccatz mortals ho venials, si 
an stat mortals, ieu m'en accusi coma de mortals. Apres, ieu 
soy stat troblat contra mon companho un petit, ieu no sabi se 
ha stat mortal ho venial, se ha stat mortal, ieu m'en accusi 
coma de mortal », he en ayssi dels autres. 

S'enseguo an grati tropel de peccatz veninh, he per aqneslz hom 
poyra coiioysser los autres, quar cl' al amas ves hom no los conoys 
ni los sab decernlr dels mortals. Quant hieu hiey tôt subitamen 
un petit de vana gloria, he tôt mantenen que razo la conoys la 
débuta, aquo es peccat venial. Semblanmen, quant ieu voli 
venjansa contra qualque un subitamen, davant que razo vengua, 
en ayssi quant hiey plazer en pensan del peccat de la carn, ho 
en pensan de atocamens deshonestes, ho quant veyriey qualque 
richessa he la volria aver se podia, ho quant veyriey qualque 
persona, he tôt subitamen auriey enveja contra el, ho quant soy 
sol he vezi qualque delicada vianda he ne volria manjar, ho 
quant ieu hiey asses begut he vezi qualque bon vi, ieu subita- 
men ne volria heure, mas que tôt aquo sia davant razo, no so 
que peccatz venials, he so los peccats venials interiors. Apres, 
quant ieu parli diffaman qualque un, ho juran, ho blaspheman, 
ho quinh mal que ieu digua de boca, en no hi pensan ponch, 
no es que peccat venial. Apres, quant ieu parli an mos servitors 
ho trop dossamen ho trop aspramcn, ho die en hi avisan qual- 
que petit de mocaria de qualque un, ho fau qualque un un 
petit corrossat, ho demori un petit trop a corregir, ho amo- 
nestar, ho a consolar, ho a far justicia, tôt aysso son peccatz 
venials. Apres, se ieu, per una venjansa, tiri un petit los pels a 
qualque enfan, ho lo buti un petit, es peccat venial. En ayssi 
quant mangi .j. [fol. 57 v"] ho .ij. morsels de jdo, ho bevi .j. 
petit de vi plus que nodevi, ieu pequi venialmen. Apres, quant 
tardi .j. petit de donar la almoyna, ho de visitar lo malaute, ho 
de consolar lo prisonier, ho soy trop aspre als paubres que 
demandola almoyna, ieu pequi venialmen. Apres, quant ieu en 
dizen mas horas no soy pas attendut en aquo que dizi, pequi 
Aenialmen ; se ieu era destrach tôt spressamen per la plus gran 
part he tôt spressamen, aquo séria peccat mortal. Apres, quant 



372 CL. BRUNEL. 

ieu prendi .j. rasim, ho una ho .ij. pomas, ho qualque petita 
causa del autru, mas que mon propda non sia notablamen damp- 
natjat, no es que peccat venial. En ayssi quant ieu dizi qualque 
petita causa de mon propda, coma que el es .j. petit trop em- 
pachat en parlar, ho .j. petit trop cochât, ho quinha causa que 
sia, mas que mon propda non sia pas diffamât notablamen, no es 
que peccat venial. En ayssi totas ves que ieu soy occasiou que 
un autre pecca venialmen, ieu pequi venialmen. Parelhamen, 
totas ves que ieu dizi paraulas ociosas, ieu pequi venialmen, 
He en ayssi totas ves que ieu meti .j. petit trop gran sollicitud 
a las causas temporals, ho ad apparelhar viandas, ho a me parar 
he ornar, ho quant porti .j. petit trop bona rauba, ho cochi un 
petit trop mol segon mon slat, ho dormi .j. petit trop, ho risi 
ho me jogui .j. petit trop, ieu pequi venialmen, ho quant soy 
trop lâche en disen mas horas, ho en fascn qualque autra causa. 
Breumen, a gran pena poyriam far una obra que no hi aia 
peccat venial, mas aquels demoro am gracia, [fol. 58] 



II 

TRAITÉ DES DIX COMMANDEMENTS DE DIEU 

S'enseguo los .x. comandamens de la ley, he las manieyras 
que hom pecca en los transpassan '. 



[I] 

Lo primier comandamen es : Un solct Dieu tu creyras, he 
aquel tu amaras he honoraras sus tola causa. 

Régla per conoysser quanl hom pecca contra aquest comanda- 
men. Totas ves que ieu soy doptos en la t'o, ho on qualque article 
de la fe, ho en rpialque passa tge de la Scriptura, ho en qualque 

t. M. ['. Mcjcra public dans sa notice le début do cet opuscule jus- 
qu'à la fin do la règle 11 et les règles v à xxu. Nous empruntons à 
ce travail plusieurs notes que nous faisons suivre des initiales (P. M.). 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV' SIECLE. 3^3 

causa que ha stat ordenat pcr lo saul conseil» de la Gleysa ra- 
sonablamen he coma se aperle congreguat, lie que ieu no de- 
pendi plus en una partida que en autra, ho que dépend! plus 
en crezen que sia fais que veray, se ieu ho fau deliberadamen, 
ieu pequi morlalmen, he soy herelic. Se ieu ho fazia subitamen, 
davant que razo me remordes, no séria que venial. (hianl ieu 
pensaria quossi se pol fai' aysso que dis la Scriptura, he ieu ho 
enserquaria per razos quossi se pot far, ho ademandaria ai s 
clercx, ieu non peccaria pas. 

La segonda régla. Ieu que soy persona sinipla he ignoranta, 
he lo avesque ho lo curât predica alcuna causa delà fe, enquaras 
quant aquo séria fais, mas que ieu sapia que lo prélat es asses 
sufficien, he que ieu no sapia ponch que aquo sia fais, se ieu 
non ho crezi ponch, enquaras quant séria fais he contra la fe, 
ieu pecqui mortalmen. 

La .iij" . régla. Quant ieu, per una negligentia, quant soy déjà 
vengut als ans de discreciou, que conoyssi be he mal, se ieu pcr 
una negligencia no m'en chaut de apenre la oraciou dominical, 
ni lo Credo, ni m'en chaut de anar a las predicacios ho mone- 
cios que fa lo curât, ho un autre, que hiey be besonh de las 
auzir, ho quant ieu no sabi ponch las causas sobredichas, ho 
que ignori belcop de causas apertenens a mon salut per so que 
hiey stat negligen de las apenre, ieu pequi mortalmen. 

La .iiij". régla. ïotas ves que ieu no voli creyre las causas que 
so en nostra [fol. 58 v°] fe, se no que ieu las entenda, he que no 
voli pas captivar mon entendemen, ho quant ieu enserqui 
curiosamen las causas de la fe per dire que ieu no creyriey pas, 
se no que ho trobe per razo naturala, ieu pequi mortalmen. 

La .v". régla'. Totas ves que ieu observi los jorns que hom 
apela los jorns de Egipte ' en disen que aquels jorns no so pas 
ben fortunatz, he que no quai ponch anar a la fieyra ni far ma- 

I. Voir Antonin, lit. XII, cap. xiv. De ubservantia temporum. 

1. Sur les jours égyptiaques et les jours périlleux, voir P. Meyer, 
Nolice du manuscrit A loU de la Bibliollièqne de Roueiu dans Bulletin 
de la Société des anciens textes français, i883, p. g^. On trouvera des 
exemples des mêmes croyances dans un ouvrage du \\' siècle égale- 
ment, Les évangites des quenouilles, éd. Jannet (l^aris, i855), p. 157. 



Sy/i CL. BBUNEL. 

riatge en aquels joins, he en ayssi quant ieu gardi he observi 
alcun temps a besonhar obras que dependo de la voluntat del 
home en dizen, per so que lo solhel es mantenen en tal signe, 
no quai pas anar sobre cami, que hom me tuaria, ho no quai 
pas far camp de balalha, que hom la pcrdria, ho, se alcun enfan 
nayssia en tal liora, el séria pendut, ho layro, ho ribaut, ho 
quant ieu dizi que las herbas que so amassadas en la vespra de 
Sant Johan an plus gran vertut a razo de la festa que se ero 
amassadas un autre jorn ', totas he quantas ves que ieu ho fau 
deliberadamon, ieu pequi mortalmen. Se ieu, que soy persona 
ignoranla, crozi aquo per una laugeyretat, que vezi que bclcop 
d'autres lio fan, he jamays persona no m'en repres, he, tôt 
mantenen que gen saja m'en repren. ieu ho layssi, no séria pas 
peccat mortal. 

La .vj". régla. Quant ieu guardi lo temps per semenar, ho 
per empeutar los albres ', ho per tuar los porcx, ho per penre 
medecina, ho per se far sagnar, ho per pescaria, ho per podar 
las vinhas, ho per manjar he heure, he en ayssi quant reguardi 
lo solhol quant os en tal signe, lio la Inna, per far alcunas obras 
naturalas, ieu no pec^ui pas, mas fau obra meritoria, se soy en 
gracia, he se ho fau per bona fi. 

La .vij". régla. Totas ves queieujutgi : «Tal anliy aura mor- 
talitat, ho tal yvern sera fort gran, ho tal stieu sera fort caut, 
tal jorn ploura, ho tal jorn fara solhel he bon temps, tal jorn 
fara gran ven, tal que ha tal complexiou sera enclinat a luxuria, 
he tal a pielat, he tal ha ira, he que, se el no resistis fort a 
[fol. .yj] sa complexiou, el sera fort vicios, ho tal que es conceu- 
but en tal eniluensa he costellaciou de planelas sera enclinat a 
tal peccat, he no sera ben verluos, se no que se guoverne be per 
razo he que batalhe contra sas encliuacios, el sera un home 
pigre, que no voira re far, he se metra a raubar, he sera pendut », 
totas vos que ieu fau aquestz jutjamens, ieu, que soy astrolog 

1. Voir ci-après, règle xi. 

2. La grefîe passe pour réussir mieux ijuand oUo osl opérée à 
certaines fêtes ou pondant tcho phase de la lune, voir P. Sobilloi, /.<' 
rolldore de France, t. III (Paris, ujoG), p. '6-'6. il en est de même pour 
la taille des arbres. 



OPUSCULES PROVEÎSÇAUX DU XV^ SIÈCLE. Syj 

ho medeci, no pe(|ui pas, mas fau bc, ho pocii aNisar Ijolcop de 
gens. 

La .viij". régla. Totas vos quo ion jnlj^i dolcrniinnd.imon los 
actes he las obrasqiic so en la liboital del lionio en dison :«Tal 
home es conceubut en tal onflucncia de planolas, lie por so el 
sera luxurios, ho iros, ho vicios, so es a dire que corneUa lo 
peccat de luxuda ho de ira etc., ho ho, ho malvat», en ayssl 
quant ieu jutgi : « Aquest home es de lalcomplexiou, he per so 
el sera layro, ho riche, ho paubre, ho be fortunat, ho mal fur- 
tunat», ho quant ieu dizi : «Qui on aquesta hora va parlar amb 
un senhor el empetrara aquo que li demandara, he onuna aulra 
hora non ho empelraria ponch», quant ieu fau lais juljamens, 
ieu pequi mortalmon. Se ieu ho fazia subilamen, ho per una 
simplessa. que jamays non ho agues auzit dire que fos mal fach, 
he que fos appareillât de m'en layssar quant me corregiria, no 
séria pas mortal. 

La .ix"'. régla. Totas ves que ieu liioy lais jutjamens que ieu 
die que en una hora fa melhor parlar amb una persona que en 
una autra, he que plus tost empelraria hom de qualque persona 
aquo que demandaria que en una antra hora — Exemple. D'al- 
cunas ves la persona es corrossada, melhor parlar fa am la 
persona quant es joyosa que quant es corrossada, lie plus tost 
hom empelraria aquo que hom demandaria quant la persona es 
joyosa que quant es corrossada. Apres, vêla ayssi un home que 
es fort malencolic, ho colorie, en aquest jorn renlia la planela 
que augmenta fort la colera, ho la malencolia, es fort [fol. 59 v] 
triste, he per so un autre jorn, quant la planela no renhara plus, 
hi fara melhor anar, he plus tost hom empetrara a(iuo que 
hom demandara — en fasen aquestz jutjamens, hom no pecca 
pas. Quant ieu diria que lo jorn que la planela renha hom nul- 
lamen ho poyria empetrar, adoncas hom peccaria, quar el pot 
far contra sa complexiou, mas quant ieu dizi ({ue iiiiellis lioni 
ho empetrar[i]a en un autre jorn, ieu no dizi pas mal; he per so 
belcop de clercx, que penso corregir, devo be guardarquediso, 
ho devo be roguardar que no corregisco plus que no devo. 

La .x'. régla. Totas vos que ieu dizi que las herbas amassa- 
das en un temps an plus de verlut naturala que en .j. autre, ho 



376 CL. BRUNEL. 

en .j. jorn plus que en un autre, he aysso per la vertut de la 
enfluenssa del cel, ieu no pequi pas, he es possible que lo jorn 
de Sant Johaii aio plus de vertu t que un autre jorn per so que 
en tal jorn las planetas so en tal reguart he en tal costellaciou 
que augineiito la vertu t de las erbas, non pas que aysso sia a 
causa de la lesta, nias a causa de las planetas, he que se Sant 
Johan no era pas en lai jorn, nias que las planetas fosso en tal 
disposiciou, enquaras las herbas aurian tal vertut. 

La .xj" . régla. Se ieu nie funii an las erbas de Sant Johan en 
dizen que las herbas avnassadas aquel vespre an alcuna vertut 
de hostar la nialaulia a causa de la festa', lie que, se ero aiiias- 
sadas un autre jorn, no aurian pas tal vertut, a causa de la 
fesla, ho quant contra la tenipesta ieu crenii aquestas, ho quant 
ne meti a las portas de las niaysos, ho als liechs, ho sobre mi, 
ho als bres dels petitz enfans, en dizen coma davant que an 
plus de vertut aquel jorn que un autre a causa de la festa, he 
en ayssi quant ieu culhissi de nozes, he dizi que seran si tost 
maduras coma las autras, he que se ero culhidas l'endemo no 
serian pas, ho quant ieu culhissi de una herba que ha grossas 
luelhas, lie dizi que no secara ponch [fol. 60] juscas a Nostra 
Dama de aost^ lie que se era culhida l'endema no séria pas en 
ayssi, ieu pequi mortalnien, quant ho tau deliberadamen. Se 
ieu soy simpla persona, he ho fau per una laugeyretat, davant 
que boni m'en aia repres, ieu no pequi pas mortalnien. 

La .xij". régla. Quant lo vespre de Sant Johan ieu aniassi de 
herbas en honor de sant Johan he per me rejoyr spiritualmen 
en meten a memoria la joya que la verges Maria ac an sancta 
Hclizabeth he an Zacharias en la Nativitat de sant Johan, ieu 
no pequi pas, ant es ben fach, mas que no lii aia dissoluciou ; 
he en ayssi, se ieu vezia que hy agues scandol, ieu non ho devi 
pas far, (juar per aventura las autras simplas gens volran far 

1. Voir règle v et Évangiles des quenouiUex, V, vi, p. 7G. La eroyaiico 
aux vertus des iierbcs cueillies la veille de la Sainl-.leati est encore 
très répandue. En Héarn et en Languedoc, il est d'usage d'en sus- 
pendre dans les maisons. (Voii- I*. Sebillot, t. III, p. loOet^TÔ-j 

•A. Eu .Normandie, les fleurs cueillies la veille de la Saint-Jean 
passent pour ne pas se flétrir. (Ibid., p. 405.) 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIECLE. 077 

coma ieii, he ho faran per malvada entenciou, he d'alcunas ves 
quai layssar de far be per fugir lo scandol. 

La .xiij". régla. Tolas vos que ieu vau on aqueslz devis ho 
devinas, boemis', lio de autre pays, per deniandar de mas 
fortunas, ho per saber de las causas perdudas, ho quant ieu 
meteys reguardi alcunas linhas ho protractios en las mas ho 
en los autres menbres, he dizi que per aquo auriey tal forlutia, 
ho quant ho crezi quant los autres hodizo, ho (a) fau reguardar 
als autres, he en ayssi quant, per alcunas malautias de mi ho 
de mos enfans, ieu vau ad alcunas gens que dizo alcunas ora- 
cios, he fan de crozes, he meto de fiais dedins un drapel, ho 
quant ieu meteys ho fau, ho quant hy doni fola crezensa, et en 
ayssi quant, per saber. quinh mal hiey, m'en vau ad alcunas 
gens que fan sautar una pessa d'argen dedins una plena scu- 
dela de aygua, he quant sauta defora, ha lo mal de tal sanl, 
ho quant ieu meteys ho fau, ho quant hy doni fola crezensa, 
totas he quantas ves, ieu pequi mortalmen. Se ieu ho fazia per 
una ignoransa, he que no saubes pas que fos mal fach, ni ho 
pogues saber, no peccaria pas mortalmen. 

La .xiiij" . regla'^. Totas ves que ieU m'en vau als charmay- 
res^ he [crezi] que per alcunas paraulas que dizo fan guérir la 
plagua tost, ho quant ieu meteys [ho] fau, ho doni fola cre- 
zensa en tais paraulas, ho quant ieu porti de brevetz* al col, 
ho ne fau, he que crezi que aquela;? scripturas an tal vertut de 

1. Sur les Bohémiens, voir Gh. Balaillard, De l'apparition et de la 
dispersion des Bohémiens en Europe, dans Bibliothèque de l'École des 
Charles, t. V (i843-4), p. 438 et 620, Ducange, au mot Sarraceni, et 
Thiers, Traité des supersUlions, 2-^ édit., t. 1 (^Paris, 1O97), .p. aôO. 
(P. M.) 

2. Voir Antonin, t. XII, cap. i, S xni, De observantia circa brevia 
et adjarationes. 

3. A propos dos cliarmcs, voir Jacobus Sprengcr (seconde moitié 
du \v" s.). Maliens nialejlcarum. p. 11% q. Il", c vr, éd. de N cuise 
(157O), p. 323. On trouvera des exemples de ces formules dans 
P. Mcyer, Recettes médicales en provençal (Romania, t. xwii. 1903, 
p. 293). 

4. Sur les brefs, voir Thiers, t. 1. p. 421, el Ducange, au mot bre- 
via (P. M.). Cf. C. Chabaneau, dans Revue des langues romanes. 
[. WIII (i883), p. 167. 

AXN.\LES DU MIDI. — XXIX. 3J 



378 <:l. niuNEL. 

ostar la malautia, quinhas oracios que sian lie quinhas scrip- 
turas que sian, he en ayssi quant ieu [fol. 60 if) trobi enscrich 
en qualque taula que tal oracioii ha lai vertut que qui la dira 
ho la portara desobre si jamay no morra de mort subilana', 
ho jamays no veyra las penas de infern, he en ayssi quant ieu 
crezi que, se ieu dizi totz los jorns tal oraciou, ieu auriey tal 
sciencia, ieu pequi mortalmen. Se ieu ho fazia per una sim- 
plessa he ignoransa, no peccaria pas mortalmen. Quant en los 
charmes no ha que bonas paraulas he lo signe de la .f . , he no 
hi ha ponch de supersticiou, he semblannien en los brevetz, 
no hi auria pas mal, se no per aventura que hom daria occa- 
siou de aver fola crezensa als simples. 

La .xv'\ régla. Totas ves que ieu dizi : « Aquest home es 
stat pendu t per so que Dieu lo avia ayssi ordenat, he no podia 
ponch autramen avenir, he, despueys que Dieu ha ordenat que 
ieu devi esser dampnat, el quai que vengua en ayssi, he no pot 
pas autramen avenir, he fassa ieu mal ho be, aquo avenra ; en 
ayssi se Dieu ha ordenat que ieu sia salvat, fassa ieù mal ho 
be, aquo avenra », totas ves que ievi hiey tais crezensas folas he 
entrecujadas deliberadamen, ieu pecqui mortalmen. 

La .xvj". régla. Totas ves que ieu crezi determinadamen que 
per guérir de qualque malautia el quai far una novena de can- 
delas,he que no valria re se no que n*i agues .ix.% he en ayssi, 
quant crezi que lo vot de Nostra Dama de Quezac% quai que 
sia an fcrmansa*, he que no valria re autramen, he en ayssi 
quant ieu fau autar ho celebri messa a qualque sant juscas 
que sia canonizat, he en ayssi quant ieu vau a conjuradors que 
dizo alcunas oracios sobre los huelhs en crezen que aquelas aio 

I. On trouvera des exemples de prières contre la mort subite 
dans Romaida, t. XIV (i885), p. 028, et Gli. Msard, Histoire des livres 
populaires, 2' édit., l. I (i864), p. 187. (I\ M.) 

3. Comparer Amilia, Le lableti <le la bido del iiarjail l'reslia ( 1O73), 
éd. Doublet et Pasquier (l'oix, 1897), p. 237 : « as. . . bruhil ii;iu c aiulc- 
lous? »; p. 189 : « as alucat nau candelous? » 

3. Sur ce pèlerinage, voir Abbé Albert Solanot. Histoire de \olre- 
Daine de (Juè:ar (Monde, ii)o'S). Luc collégiale avait été l'ondée dans 
le \illago on i3()5 par le pape Urbain \ . originaire dos environs. 

4. La pluasp, cpil paraît incomplète, est inintelligible. 



OPUSCULEf? PROVENÇAUX DU XV" SIKCLE. 879 

verfut de guérir, he en ayssi quant icu dizi que alcunas oracios, 
mas que sian scrichas en pel verges', an lai effîcacia, hc non 
pas se ero scrichas en aulra pel, he en ayssi quanl quanl iou 
dizi que alcunas cordas fâchas de tanlz de fiais [an lai vertul], 
he se n'i avia plus ho mens no valria rc, ho (|ue sia fâcha lai 
jorn, he en un aulre no valria re, ien pequi morlalmcn. 

La .xvij". régla. ïotas ves que ieu hiey lai crezensa que qui 
no manja [fol. 61] ponch las lestas de las bestias no aura pas 
mal al cap*, he qui no manjara ponch los crancx no aura pas 
mal als huelhs, ho qui lo dijous après las temporas no man- 
jara ponch de carn no aura jamay la bossa, ho qui no se banha 
ponch lo dimars no aura pas las febres, ho que fiala, ho femo- 
reja, ho se banha, ho osla los pels lo dissapde fos mal fach, 
ho se ieu crezi que abslener de carn lo jorn de Paschas^ ho de 
Noe[l], ho de Panthacosta, ha alcuna vertu 1, ho que las crozes 
que boni fa quant se dis la Passion an alcuna vertul que no la 
aurian pas se ero fâchas un aulre temps, ho que aquelas ci'ozes 
que sp fâchas en lo jorn de sancla .f . an alcuna vertul que no 
la aurian pas se ero fâchas en aulre jorn, he quant ieu porti de 
fuoc per las possessios en dizen que aquel guardara los fruchs 
de la terra, sian blalz ho autres fruchs, de perda*, totas he 
tantas ves, ieu pequi mortalmen.Se ieu, per honor de la verges 
Maria, me voli abslener defilar ho de femorejar lo dissapde affî 
que ieu puesca mielhs vaccar a Dieu he visitar los malaules, 
el séria bo. 

La .xvUj" . régla. Totas ves que ieu senchi la femna que vol 
enfantar de la sencha de son maiit en disen que cnfantara plus 
tost, ho quanl ieu dizi que la femna que morra en enfaiilau 
no veyra jamays claramen Dieu, ho quant ieu dizi que renfan. 



I. A propos des charmes sur parchemin vierge, voir Thlers. I. I. 
p. 'jio. ( P. M.j 

■2. Sur celle croyance, voir Tliiers. (. I. p. 3(ji 1 1\ M.), EvniujUeA 
des iitienoiiiHes. 111, n, pp. /|G ef 107. el les usnjios recueillis par 
V. Sebiliol.i. III. p. i2y. 

3. \oir Thiers. l. I, p. 373. (P. M.) 

4. Sur cette superstition, voir Thiers. l. I. p. -jijS, el Ducange. au 
mot brando. (P. M.) 



38o CL. BRINEL. 

quant mor sens baptisme, no ha ponch de arma, ho quant amb 
un cotel benezesi la fenna que vol enfantar, ho uieti la scoba 
dedins son liech, ho quant dizi que, se una vielha me encontra 
primieyramen lo niali, ieu no auiiey pas en aquel jorn bona 
fortuna', ho se ieu me caussi primieyramen lo pe senestre", ho 
se prendi la rauba ho autre abilhamen per la part senestra, 
he dizi que aquel jorn no auriey pas bona fortuna, ieu pequi 
mortalmen, se no que ieu ho fezes per una laugeyretat, que 
non saubes re. [fol. 67 v"] 

La .xix". régla. Totas ves que ieu mn fan portar als dyables 
de un loc en un autre, ho quant dicalcunas paraulas heconjurs 
per far venir los dyables, ho quant ieu aprendi alcunas sciensas 
dels dyables, ho quant ieu liiey alcuns pactes an los dyables 
per aver qualque causa coma richesas, ho fennas, ho aur, ho 
argen, ho quant ieu fau la ymage de qualque persona, he bali 
aquela ymage, he crezi que per aquo lai persona sulfrira he 
sera tormentada, he en ayssi quant ieu dizi alcuns psalmes en 
crezen que aio vorlut de far mal ho de far venir malautia en 
alcunas personas, he en ayssi quant ieu uzi de la art notoria ' 
ont ha tan tas figuras he de oracios que hy ha de noms scurs, 
he que manda guardar los ponchz de la luna he reguardar las 
figuras, totas he tantas ves, ieu pequi mortalmen, se no que ho 
fezes per simplessa. 

La .xx". régla. Totas ves que, ieu crezi que, quant los ausels 
canto sobre la mayso de qualque persona malaula, que la per- 
sona morra ho que hi aura qualque grau mal*, ho quant ieu 
crezi que, se lo lop ho la lebre me passa lo mati de davant ieu, 

I. Sur la fasciiialion produite par la rencontre des vieilles fem- 
mes, voir J. Sprengcr, p. I". q. Il", éd. de \ enise, p. 21. 

■2. Autres exemples de cette croyance dans Las ordenansas e cous- 
lamas del libre blanc, éd. J.-H. A'oulet (Monipcllier, 1878), p. 55 (P. M.), 
et les Évangiles des quenouilles, Ifl, \vi, p. Sa. 

3. Voir Anlonin, lit. XII (De in fideliiale), cap. i, Dearte iioloria, inqua 
fiunl quedam jejunia et oraiiones cum quibnsdam observanliis vanis ad 
imiuirendum scientiam, et traité précédenî. cli. I B, S 2, et cli. \l, 
S 3. 

/». Les corbeaux, les pies, les oiseaux noclurnes oui celle réputa- 
tion. Voir P. Sebillot, t. III, p. icjô. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIÈCLE. 38 1 

no auriey pas bona fortiina ', ho (|uant ieu crezi que hi ha alcuns 
conjurs' que guardo que les lops ho les cas no fan pas mal ho que 
no tocopas las beslias, ho quant ieu crezi que cl hi haconjursque 
an vertut de fararrestar los hiyros que no salhiran pas de alcunas 
possessios, ho quant ieu dizi que las armas salhisso de Purgua- 
tori las festas, ho quant ieu layssi lo cer la taula mesa an de 
viandas en crezen que los vezis ho autres, après que hom s'en 
sera anat jazer, venvan he farau la bona chera he donaran las 
bonas fortuuas, ho quant ieu die que lo dilus es mal fach de se 
levar mati per besonhar he que las armas torno en pcnas quant 
lo primier comcnsa de besonhar', totas he tantas ves ([uc ieu 
hiey aquestas folas crezensas, ieu pequi mortalmen, se no que 
ignoransa me excuses. Be es veray ([ue bclcop de ves, quant 
[fol. 62] la persona deu morir lio deu aver alcun gran enconvc- 
nien, que el iii ha belcop de ves alcuns signes, coma en belcop 
de convens et de abbadias hom auzis alcuns cops', he alcuns 
an vist que, quant qualque persona moria en una mayso, las 
agassas lie los gorbs cridavo fort, en tais signes no quai pas 
creyre determenadamen, mas el es bo de doptar, heque lo ma- 
laute se meta en bon stat. 

La .xxj" . régla. Totas ves que ieu doni certa crezensa aïs 
soinpnis, coma ieu hiey sonnjat que(((ue) tal persequciou venra, 
se ieu crezi determinadamen que sera en ayssi, ieu pequi mor- 
talmen, se no que me fos révélât, heque ieu foscert de la reve- 
laciou he entendemen; en ayssi dels sompnis, que so de las 
causas que dependo de la voluntat del home, ({uar per los 
sompnis hom poyria be conoysser lie jutjar de alcunas causas 
naturals. Belcop de autras causas hom poyria ayssi dire he 
mctre, mas aquestas so las plus principals. 

La .xxij" . régla. Totas ves (pie ieu podi empachar los mais 



I. Cette croyance est fréquente, voir P.Sebillol, ibid., p. 28. el sur 
la rcnconire du lièvre, Évangiles des quenouilles, II, ui, p. 33. 
a. P. Scbillot, ibicL, p. 33, cite phisieurs de ces conjurations. 

3. C'est sans doute à la même superstition que fait allusion Amiiia. 
ouvr. cité, p. 189 :« .Vurias refusât le dilus De donna de foc a degus ? » 

4. Voir P. Meyer, notice citée, p. 96, sur cette tradition qui existe 
encore dans certaines familles. 



382 CL. BRUNEL. 

sobredichs, ho en amonestan, ho en corrigen, ho en denuncian 
an aquels que ho devo corrigir, he ieu non ho fau ponch, ieu 
pequi mortalmcn, aven las circunstansas que deu aver la cor- 
rectiou fraternal. 

ïotas causas sobredichas so contra lu primier comandamen 
de la ley, he se deu entendre en ayssi : Un solet Dieu tu creyras, 
un en essencia he très en personas, he aquel tu adoraras he 
amaras sobre tôt, he, tôt quant tu faras, tu faras per amor de 
aquel, he tu no auras pas fola crezensa en crezen que las crea- 
turas aio alcunas vertutz, las quais no an pas, ni faras causa 
que hi aia supersticiou. 

[Il] 

Lo segon comandamen de la Icy es : Tu no juraras ni penras 
lo nom de Dieu en va. 

La prlmieyra régla. Totas ves que ieu blasfenii, so es assabcr 
juri per los [fol. 62 v"] menbres de Jhcsu Christ, quinhs menbres 
que sian, sian mas,hopes, ho brasses, ho autres menbres, he' en 
ayssi quant ieu juri per los menbres liontoses de Jhesu Christ, 
heen ayssi quant ieu juri per los menbres que homdeu aver en 
gran rêve rensa," coma lo sang que ha stat scampat per nos per 
las plagas per lo costat, ieu pequi mortalmen ; quant ieu no hi 
pensaria pas, mas juraria no hi pensan, no séria que venial. 

La .ij". régla. Totas ves que ieu juri Dieu per messongia he 
per falsetat, he en ayssi quant ieu juri qualque creatura, coma 
una peyra, lo fuoc, l'aygua, he en ayssi de las autras creaturas, 
en quant que la perfection de Dieu es participada en tal crea- 
tura, quar cascuna creatura ha alcuna perfection del Creator, 
totas he tantas ves que ieu ho fau, ieu pequi mortalmen. Se 
ieu no hi pensava, mas subitamen ho fazia, no séria pas mortal. 

La .iij". régla. Totas ves que iou me obligui ad alcuna pena 
coma : « Jamay no veia ieu Dieu se no es en ayssi ! », lio « Lo 
diable m'enporte, se aysso no me costa tant! », quant ieu fau 

I. I.es mots he en (lyssi... de Jhesu Chrit^l onl (-lé raturés avec l'in- 
tention d'en rendre la lecture impossible. Cf. ci-après, ch. V, règle ni. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV' SIECLE. 38.1 

tais juramens per falsetat ho mcssonja, ieu pecpii niortalincn. 

La .iiij". régla. Totas ves que ieu juri de far alcuiia causa (|uc 
es peccat mortal, coma ieu juri c[ue jamay no intrariey cii la 
gleysa, ho jamays no fariey que mal, ieu pequi morlalmen en 
juran, he no devi pas lener lo juramen. En ayssi quant ieu juri 
de tener secret alcuna causa que noes cndampnatgo dcpersona, 
he ieu la descobrissi, ieu pequi morlalmen. Se la causa portava 
dampnatge notable a qualque persona, ieu devi dire an a(|ucla 
persona a qui portaria dampnatge que se guarde he demore en 
son avisamen, he no li devi pas manifestar la persona que li 
vol far dampnatge, enquaras quant ieu no auria jurât. Ieu devi 
far en ayssi sub pena de peccat mortal. [fol. 63] 

La .v". régla. Totas ves que ieu hiey jurât de guardar los sta- 
tutz de alcuna universitat he comunitat, los quais so licilz, 
he ieu los transpassi, se no que fosso a[b]roguatz he delayssatz 
perla comunitat, [ieu pequi mortalmen] ; coma ieu jurique totas 
las ves que lo rector de la Universitat de Tholosa me mandara 
venir a la congregatiou, ho me mandara que ieu no prengua pas 
en mon collegi los scolars que s'en van de un autre collegi '[...] 
ieu que hiey jurât de tener los statutz, se no fau aysso, pecqui 
mortalmen. En ayssi, nos em très companhos que anam d'ayssi 
a Roma, he juram que la un no layssara pas l'autre, se ieu 
layssi mon companho, ieu pequi mortalmen, he principalmen 
quant la ley de Dieu nos obligua a far tais causas, he en causas 
lasqualas layssar séria contra Dieu, en ayssi, quant las promes- 
sas an las condicios que devo aver, he que las condicios no se 
mudo pas, he que me soy obligat. 

La .vj". régla. Totas ves que ieu hiey promep de attendre he 
de far alcuna causa que es licita, coma de paguar alcuna soma 
de argen, ho de venir tal jorn en tal loc, se ieu al terme que 
hiey mes no attendi la promessa, ieu pequi mortalmen, se no 
que la partida me agues relaxât lo juramen ; he en ayssi quant 
la causa es de emportansa, quar, quan séria qualque petita 

I. Cf. la réforination de l'Université de Toulouse ordonnée par le 
pape Jean XXII en iSag, S vu, De non sublrahendis scolaribus el pena 
siibtrahenliuni, dans M. Fournier, Les statuU et privilèges des Univer- 
sités françaises, t. I (1890), p. 5o8, 



384 CL. BRUNEL, 

causa, no séria pas peccat mortal, coma se leu juri de far qual- 
qiie petita causa, coma de batre mon enfan, ho ma filha, per 
un petit de corros, he ieu no lo bâti pas, ieu no pequi pas mor- 
talmen. 

La .vif. régla. Quant ieu juri per la veritat sens nécessitât, 
coma ieu juri de anar démo a la messa, ho de sopar, ho que ieu 
hiey dinat, he en ayssi de las autras causas, que no es pas né- 
cessitât de jurar, ieu no pequi que venialmen. El es veray que 
hom se deu retrayre de aquela costuma afiî que hom no se 
sperjure, he per aventura que es peccat mortal de s'i acostuma, 
per so que hom se met en perilh de perjurar, healcus diso que 
s'i acostumar es peccat mortal per la razo sobredicha. [fol. 63 v"] 

La .viij". régla. Totas ves que ieu fau adjuraciou a un que no 
es pas mon subget per manieyra de costrencha,coma se ieu die: 
« En lo nom de Dieu, ieu te adjuri que tu fassas lala causa », 
ieu pequi mortalmen. Quant ieu ho fau a mon subjet, no es pas 
peccat. Se ieu fau adjuraciou a un que no es pas mon subjet, 
non pas en lo constrengen, mas en lo preguan coma : « Ieu to 
adjuri », so es a dire : « Ieu te pregui en lo nom de Dieu que 
lu fassas tal causa », adoncas es be fach. Se ieu adjuri lo dyable 
en li demandan adjutori, ieu pequi mortalmen, se no que aquo 
fos per spiraciou del Sant Sperit. Se ieu los adjuri en los cons- 
trengen en lo nom de Dieu que no nos nozo pas, ho que no uzo 
pas de las creaturas irrasonablas a nos nozer, ieu no pequi pas, 
mas es be fach. ïotz aqucls mais sobredichs, qui los fazia per 
ignoransa envincibla, que no saubes pas que fos mal fach, he 
la ignorancia no venria pas per défaut de la persona, no peca- 
ria pas. 

He totas aquestas reglas sobredichas so per declarar quossi 
hom pecca contra lo segon coraandameii, lie se deu en ayssi 
entendre en retornan lot aquo dessus dich : Tu iio juraras 
Dieu per messonja, ni sas creaturas, ni los menl)res de Jhesu 
Christ, ni per vertat, ni per messonja, !ii adjuraras menre que 
tu en li comandan, ni'los dyables en los [Heguan lio en lor de- 
mandan adjutori, se no que te fos spiral. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIÈCLE. 385 



[III] 

Lo ters comandamen es : ïii honoraras las Testas he las 
sanctificaras. 

La primieyra régla es. Totas ves que no auzi poiich messa 
Los dimenges he las Testas, se no que icu agues legelima desen- 
cusa,ieu pecqui mortalmen; he generalmen, quant hi ha causa 
legelima, qui non ausis pas, noespas peccat, mas cascun avise 
que es causa legetima, que no sia pas causa laugieyra ! Se ieu 
hiey legetima desencusa, que soy malaute, ho servissi als ma- 
lautes, ho guardi la mayso de [fol. 6^t] un mas, ho soy pastre, 
he qualque quant lo bestial es defora la mayso, coma es de 
aquestz pastres que meno las bestias a la montanha ont qualque 
totjorn demore, en ayssi quant ieu besonharia per qualque 
gran causa, coma de traclar la pax en un rialme, adoncas ieu 
no pequi pas. Se ieu no la auzissi pas tota, mas que no s'en 
falha pas notablamen, coma se hom comensa de dire la epistola 
quant ieu veni, no es pas peccat mortal. Se ieu no auzi pas la 
messa del jorn, ho se ieu no attendi pas al sen de la letra, mas 
que ieu tengua lo cor a Dieu en dizen mas lioras, ho en re- 
conoyssen mos peccatz, no es pas peccat, he principalmeii 
als laycz que no sabo decernir quinha messa es ni entendo lo 
lati. 

La .Ij" . régla. Quant ieu fau obra servila lo jorn de festa, he 
en aquo no hi lia ponch de nécessitât, he que ieu m'i occupi 
longamen, he que no es pas obra pia, ieu pequi mortalmen. Se 
era nécessitât, coma .j. rossi es tombât dedins .j. valat en jorn 
de festa, ho la ribieyra creys he ne menaria i'ustas,ho niolis, ho 
autras causas, semblanmen, ieu vezi que lo temps es mal dis- 
pausat he que ieu poyria perdre los blatz he los vis, adonc, mas 
que hom agues auzit messa he que non ho fezes pas per avaricia, 
el poyria meyssonar he vindemiar las festas. En ayssi quant la 
obra es pia, comadecobrir ho bastir qualque gleysa, ho laborar 
lo camp de un paubre home, no es pas peccat, mas es ben me- 
ritori, he de tirar sas fustas a sos molis, de levar sas bestias 



386 CL. BRUNEL. 

quant serian tombadas en valatz, he en tota autra causa que 
hy aia nécessitât, no es pas peccat. 

La .iij". régla. Totas vesque ieu porti de merchandisas, he se 
ieu me sojornava totas las festas ieu faria un gran despens, 
adonc, après que ieu hiey auzit ma messa he hiey fach a la 
gleysa mon dever, ieu podi carguar mas bestias he m'en anar, 
en no fazen pas si gran jornada coma un [fol. 6^1 V] autre jorn. 
En ayssi, ieu que camini a pe ho a caval, après que ieu auriey 
auzit ma messa he reconogut Dieu, ieu podi caminar en pensan 
per mon cami de ma consciensa, he caminar mens, afïî que ieu 
puesca pensar en Dieu, se no que hi agues causa legittima que 
me calgues despachar cami. Apres, ieu, que soy en la mar, 
no soy pas tengut de auzir messa; se ieu era a la riba he 
ne podia anar auzir, ieu hi deuria anar, he peccaria se no hi 
anava. • 

La .idj". régla. Totas ves que ieu compri ho vendi al jorn de 
festa causa que no sia per despendre lo jorn, ho causa que hi 
qualha gran mercat he gran occupaciou en venden ho en com- 
pran, he principalmen quant no hy ha pas nécessitât, ieu pecqui 
mortalmcn. Se ieu compri de po ho de vi per lo jorn, no es pas 
peccat. Ieu que soy bochie, he tôt lo jorn vendi la carn, he a 
gran pena auzissi messa, no crezi ieu que sia excusât, quar no 
es pas nécessitât, quar cascun s'en pot provesir lo jorn de 
davant, se no que hi agues belcop de festas en seguen, he que 
perdria la carn se no la vendia al jorn de festa. Aquel que com- 
praria de carn lo jorn de festa per tôt lo jorn no peccaria pas, 
se no per tant que donaria occasiou al bochie de s'i occupar tôt 
lo jorn. La ostalieyra que tôt lo jorn se occupa en venden los 
vieures sens auzir messa, ela pecca mortalmen, mas en una 
ostalaria s[i]o dos ho très, he que quant la un servira a la 
mayso, que l'autre ane auzir messa. he après la messa se podo 
occupar la tôt lo jorn en venden a gens (jue n'aio nécessitât, 
coma a gens que camino, quar se se occupavo tôt lo jorn après 
la messa a vendre a truans de vila que ])odo manjar he heure a 
lor mayso, no serian j)as excusatz; lio que la un servisca una 
partida del jorn lie l'autre adoncas pense en sa consciensa, he en 
ayssi no qualra ponch que tôt la jorn se occupo la 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV SIÈCLE. 887 

La .v". régla. leii, que soy scolar a Paris ho a ïholosa, podi 
be scriure [fol. 65] ma leyso que ausiriey aquel Jorn, mas que 
no me laysse pas per aquo de auzir mcssa he de pensai- en ma 
consciensa, que no scriva pas .j. casernonl me qualria occupar 
lot lo jorn ho la plus gran partida del jorn. En ayssi, ieii, (juc 
soy maestre, podi be far leysso als scolars una \cs lo jorn, mas 
(pie no me laysse pas per aquo de far mon dever. a Dieu, ieu no 
pequi pas. Quant hom lo jorji de fieyra no auzis ponch 
messa en jorn de fesla, mas tôt lo jorn ven lie conipra, pecca 
mortalmen, he, après que ha auzit messa, compra ho ven tôt lo 
jorn de la festa, non obstan que los prelatz ho permeto, es una 
causa perilhosa he doptosa, he principalmen quant hom fa per 
guasanh temporal, quar quant hom ho faria per socorre a qual- 
que pays deaquela merchandisa, enquaras no séria pas si doptos. 
El es veray que despueys que los prelatz ho susporto, melhor 
es de dire que no es ponch peccat, he majormen quant hom fa 
sens avaricia. D'alcunas \es los prelatz non ho volriaii pas, mas 
per patiensa ho supporto, adonc séria doptos, he per aventura 
peccat, quant hom ho saubria. Apres, se ieu, que leni servitors, 
he los fau besonhar los jorn de festa obras que no se devo pas 
far aquel jorn, ieu pequi mortalmen, he els aytant be que me 
crezo. Se ieu, que hiey besonh de me logar he no trobi persona 
que me vuelha logar, se no que ieu besonhc las festas en venden 
ho en compran, lo plus segur es que ieu me logue a jornal, ho 
aprenga un autre mestier que no lu sia ponch aquel perilh, ho 
que plus tost mendique. 

La .vj". régla. Se ieu, après la messa, toi lo jorn no fau que 
jogar an datz ho a las cartas, enquaras quant al joc no auria 
'ponch de scandol, ho tôt lo jorn dansar, enquaras quant hi 
serian las .vj. condicios requisas a las dansas, ho tôt lo jorn 
confabular he dire paraulas ociosas an mon vezi, he que de tôt 
lo jorn no me sovenra de Dieu ni de ma consciencia, [pequi 
mortalmen]. Las festas quai mètre la plus gran partida del 
jorn a servir Dieu. Apres la messa aysso [fol. 65 v"] es una 
causa fort perilhosa he doptosa, entenden que hom no jogue 
pas per avaricia, mas lo vi, per se recrear, quar lo dimenge he 
las festas so instituidas per reconoysser Dieu, he per so el es 



388 CL. BRUNEL. 

fort perilhos de esser peccat, al mens hom se met en langier 
he perilh de peccar sens causa razonabla. 

La .vij". régla. Totas ves que ieu fau peccat mortal lo dimenge 
ho jorn de festa, ieu ne fau dos, coma ieu raubi al jorn de festa, 
el n'i ha dos, la un que raubi, l'autre que viouli la festa. 

La .viij". régla. Totas ves que ieu soy al atge de .xxj. an[s] he 
no dejuni pas los dejuns mandatz per la Gleysa ho de ma 
religion, ieu pecqui mortalmen, se no que agues legetima 
desencusa. Qui so aquels que an legetima desencusa? Aquo es 
stat mes a las autras reglas '. 

Totas aquestas reglas soper declarar quant hom pecca contra 
lo ters comandamen,he se deu en ayssi entendre : Tu colras las 
testas en auzen la messa entieyramen, he en no fazen deguna 
obra servila, se no que hy agues gran nécessitât ho la obra fos 
pia, mas tu vaccaras la plus gran part del jorn en ta consciensa, 
ho en visitan gleysas, ho malautes, he dejunaras los juns 
comandatz despueys que venras ad atge. 



[IVJ 

Lo quart comandamen es : Tu honoraras tos parens, so es ton 
payre he ta mayre. 

La prUnieyra régla. Totas ves que ieu dizi obprobris he vila- 
nias a mon payre he a ma mayre, coma se ieu lo apeli « Vila 
ybre! », ho u Vila pesolhos! », ho quant ieu li dizi enjurias, 
coma se lo apcli « Layro! », he generalmen quinh obprobri que 
ieu li diga per malvat coratge, ieu pcqui mortalmen. En ayssi, 
se ieu me trufïi de els notablamcn, quar se no di/i que un petit 
deffaut en rizen, per una laugcyrctal, no pcccaria pas mor- 
talmen. JMi ayssi, (juant ieu no lor obezissi en causas licitas he 
honestas uni ieu no hiey ])as dampnatge ni spiritual ni tem- 
poral, lii) ieu vezi be que en no lor obezen los provocariey ad 
ira, ieu [fol. 6'6] pequi mortalmen, lie pricipalmen quant hom 
es en lor subjectiou ho demoran en lor mayso. Se ieu lor parti 

1. Trailé des sept péchés capUaax, ch. IV, specia ii. 



OPUSCULES PUOVENÇAUX DU XV" SIECLE. SSçj 

irreverenmen, he que en pailaii amlj els no lor iK)ili plus de 
reverensa que faria a mon servitor, he per aquo los l'au corros- 
satz, ieu pequi mortalnien. Se no volian pas que icu intres en 
religion, ho que me fezes capela, ho se volian que ieu perdes 
mon temps, he que no ânes ponch als sludis, ho que ieu vendes 
una hona possession ([ue hiey acquirida que me es be neces- 
saria, no soy pas tengul de lor obezir, mas me devi excusar 
g^-aciosameu. Se iey lor parli un petit dnramen d'alcunas ves, 
ho se no lor fau pas totjorn reverensa, mas que no hi aia pas 
notable excès, no es que peccat venial, se no que hom vigues 
que s'en turbesso, quar adonc, per razo del scandol, qualria 
cesser. 

La .ij". régla. Se ieu no socorri a mon payre he a ma mayre 
quant ne an nécessitât, he quant ho podi far, debes temporals, 
he de servissi se so malautes ho vielhs, que no se puesco servir, 
he se ieu no pagui las layssas que an layssadas en lors testa- 
mens. he se ieu los hiey maudichs mortz ho viens, ho se ieu los 
hiey balutz ho tuatz, ieu pequi morlalmen. Se ieu soy un petit 
negligen a lor provesir ho a lor paguar lors layssas, no séria 
que venial. 

La. iij". régla. Se ieu, que soy marit, dizi paraulas enjuriosas 
he diffamatorias a ma molher en la apelan « Puta! » ho 
« Macarela ! », he en ayssi de las autras enjurias, en la provocan 
ad ira, ho quant ieu la bâti sens causa, ho quant ieu la mes- 
prizi plus que no devi en la provocan ad ira, ho quant ieu no 
la provezissi de aquo que li es necessari, coma de vieurcs, ho de 
raubas, ho de autras causas, se no que no pogues, ho quant ieu 
li layssi portar abilhamens trop dissolutz he pomposcs otra son 
stat, los quais no sepoguessoentretenersens mal lar, ho quant 
la layssi anar a vanetatz, coma a dansas, lo temps que deuria 
anar a la gleysa, ieu pequi mortalmen. Se no hy [fol. 66 t»"] 
avia pas gran excès en sos abilhamens, no séria pas que venial. 

La .iiij". régla. Totas ves que ieu no provezissi a mos enlans 
he a mos servitors, que se apcio sers, de abilhamens he de 
vieures, he en ayssi quant no cnsenhi a mos enfans aquo que 
devo saber coma lo Pater nosler, la Ave Maria, lo Credo, he 
quant no los instruissi en bonas costumas, ho quant no los l'an 



SgO CL. BRUNEL. 

instruir, lie quant no los corregissi quant fan mal, ho quant 
fau anar mos servitors al hospital quant so malautes, he no los 
pravezissi ni los fau servir quant me an lialmcn servit he lor 
soy obligat, ieu pequi mortalmen. Quant ieu non ho poyria far 
per paubrieyra, ieu séria excusât, se no que la paubrieyra 
vengues per ma negligensa. 

La .v". régla. Totas ves que ieu, que soy mayre, he que no 
ensenhi mas filhas lo Pater noster, le Ave Maria, lo Credo he 
bonas costumas, ho quant las layssi anar en companhias disso- 
ludas que so occasion de grans peccatz, ho quant lor layssi 
portar abilhamens dissolutz he provocans a luxuria, ho quant 
ieu no las castigui quant fan mal, ho quant ieu lor mostri 
\anetatz que so occasion de grans peccatz, ieu pequi mortalmen. 

ïotas aquestas reglas sobredichas so a declarar quant hom 
pecca contra lo quart comandamen, lie se deu entendre en 
ayssi : Tu honora ras ton payre he ta mayre eu lor soccorren 
en lor necessitalz, en no los maudizen, ni truifan, ni mesprezan, 
ni vituperan. mas en lor obezen en causas licilas he honestas, 
he tu, payre, proveziras a la luolliei , lie a tos enfaiis, he a tota 
la faniilia. 

[V] 

Lo .V. comandamen es : Tu no tuaras persona, 
La primieyra régla. Se ieu tuy qualque un an voluntat de ho 
fardefora lo orde de justicia, he en ayssi sens^ voluntat, quant 
ieu lo tuy en fazen causa illicita, coma en juslas, ho en jocx 
illicitz, ho en fazen causa licita, ((uant ieu no hy meli suffi- 
cienla [fol. 67] diligentia de m'en guardar, coma quant ieu 
geti de peyras a las carrieyras he no cridi ponch (|ue hom se 
guarde, he en ayssi quant en me deffenden i(Mi tuy un home, 
lie me podia be delfendre sens lo tuar, he en ayssi quant ieu lu\ 
.j. home en me deffenden, he no me podia pas deffendro se no 
que lo tues, quanf ieu soy occasion del debal, coma quant lo 
marit me trolja en mal en sa mollier, lolas lie lanlas ves. ieu 
pequi inorlalnien. (^)uanl séria en lo orde île juslicia, coma lo 
borreu, ho en bala!li;i licila, no es peccat, mas es beii iach. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV* SIECLE. .Sgi 

La .ij''. régla. Se lo jutge coiidampna a moil un que es 
innocen he que no ha passtat prohat sufficienmen, lio (|uant es 
prohat segon lo cors de drecli, mas los leslimonis so Taises, he 
lo jutge sab be que la persona es innocenta, heaysso segon una 
oppinio, quar d'autres diso que lo julge deu jutjar secundum 
allegata et probata, enquaras quant sab be que la persona es 
innocenta, he en ayssi quant lo jutge jutja per venjansa la 
persona, ho per avaricia, ho per enveja, ho per temor, ho 
per favor, ho per complayre, pecca mortalmen, he es homi- 
cida. 

La .iij". régla. Se' ieu, que soy grossa de enfan, per mede- 
cinas, ho per herbas, procuri que lo enfan morisca al ventre, 
ho se ieu bayli lo cosselh, ho la art, ho la niedecina per ho far, 
ho se ieu bat^ .j'. fenna grossa per lo ventre, ho en loc que lo 
enfan puesca penre mal, enquaras quant per so lo enfan no 
mora pas, ho se ieu, per ma negligentia de me guovernar be, 
que fau excès de laborar, ho de sautar, ho de portar gran cargua 
de qualque causa, lo tuy al ventre, ho se, per ma negligencia, lo 
tuy en lo liech alpres de mi, ieu pequi mortalmen. 

La .iiij". régla. Totas ves que ieu bâti notablamen qualque 
persona que no me es ponch subjecta, ho enquaras quant me 
séria subjecta he ieu ho fau per venjansa, ho per enveja, ho per 
erguelh, ho per favor, ho quant ieu meti en carCer enjustamen 
qualque un, ho lo deteni an violensa sens causa, ho quant ieu 
fau [fol. 61 v°] tuar, ho balre, ho encarcerar, ho violentamen 
detener, ho hi doni conselh a ho far, ho alauzi he hi consen- 
tissi, ieu pecqui mortalrnen. 

La .t'". régla. Totas ves que ieu trasi la persona violentamen 
de sa franquesa, se no que fos rumpuda, pequi mortalmen ; he 
en ayssi quant ieu bâti, ho tuy, ho nalîri qualque un en loc 
sant, coma en la gleysa, ho en lo cementeri, el hi ha doble 
peccat, un es lo batemen, he l'autre lo sacrilegi ; lie on ayssi 
quant ieu no tuy pas, mas rumpi .j. tuonbrc a (piahiue persona, 



I. Los mots se ieu ... mederina per ho Jnr ho oui ôté barrés pour en 
empêcher la lecture. Los lettres restent pourtant discernables sous la 
large couche d'encre qui les recouviT. Cf. ci-dessus, ch. 11. lègle i. 



392 CL. BRUNEL, 

totas he lanlas ves que fau las causas predichas, pequi mor- 
talmen. 

La .vj". régla. Totas ves que ieu voli luar, hobalre, lio encar- 
cerar, ho détenir vilauamen [he] cnjustamen, ho quant ieu 
volria que (jualque un fos mort, ho quant ieu ho emageni, he lio 
cogiti, he, en ho cogilan, me delecli, ieu pequi mortalmen. Se 
ieu voli que qualque un fos moit per so que el tribula la Chiis- 
tianitat he guarda de servir a Dieu los bos, amb aquesta con- 
diciou, se no se deu einendar he que aquo fos sa utilitat he la 
nostra he lo plazer de Dieu, ieu no peccaria pas. 



[VI] 

Lo.YIP.' comandamen es : Tu no cometras ponch la obra de 
la carn se no en maria tge. 

La primieyra régla. Totas ves rpie ieu cometi luxuria an fenna 
maridada, ho an verges, ho an monja, ho an ma molher contra 
lo orde de natura, ho ieu, que soy mascle, anb un mascle, ho 
fenna an fenna, ho amb una bestia. ho quant en velhan procuri 
polhicio, ho en velhan fau alcuna causa per la quala ieu me 
polluci en dormen, ho quant fau atocamens en mos menbres, 
ho quant reguardi mos meid^rcs ho los menbres de un autre, 
sia home ho fenna, ho los menbres de una bestia, per palhar- 
disa he per un plazer palhard, ho quant ieu reguardi .j'. fenna 
per palhardisa, ho quantparli paraulas provocans a luxuria, ho 
(piant ieu fau atocamens ad un aulre, sia mascle ho feme, he 
quant los me layssi far he m'en poyria guardar, defora mariatge, 
lio quant scrivi lelras contenens causas [fol. 68] de luxuria, ho 
quant doni alcuns dos grans ho pelitz per entencio de palJiar- 
disa, ho «piaut scoti paraulas provocans a luxuria, ho quant 
bayli rameletz de flors\ ho quant ieu fau lo messatgcdel paliiard 
a sa palharda, ho vendi una lilha, lio la prendi per forsa, totas 
he lantas ves, pequi mortalmen. 

T. Corrigez 17 d'après la concordance avee le texte de l'I-lxode. 
3. f]r. opuscule f, cil. n. règle xiv. Sur l'habitude d'ollVir des 
branches llcurios en signe d'amour, voir P. Seljillot. t. III. p. 'lo'j. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV' SIECLE. Sg.'J 

[IX]' 

Lo .I\^ comandanion os : Tu uo voiras pas far lo ohra do la 
carn defora mariatge. 

La priinieyra régla. Totas vesqueiou voli far las causas m ihro- 
dichas en la régla ho las faria se avia opportunilat, ieu pecpii 
mortalmen, enquaras cpiant jamay non lio l'aria; li<' on avssi 
quant ieu cogili las causas sobredichas, ho en cogitan niodoiocli 
de delectaciou morosa, enquaras quant no voiria complir la 
obra, ieu poqui niortalmon. Se ieu avia una cogitaciou laugiox ra, 
no es que venial. 

[Vil] 

Lo .VI. "^ coniandamon es : Tu no raubaras pas. 

La priinieyra régla. Totas vos que ieu presti argon, lio blal. 
ho autra causa, enentendon penroalcuna causaotra lo |)rinci|)al, 
se no on certz cases, ho quant ieu presti argen sus un gualgo, 
he ieu me ajudi del gualgo, coma de una rauba ho de un lioch, 
he en ayssi quant hioy una pocessiou en guatge he prondi lo 
fruch de la pocessiou. se no que ieu prongues la pocessiou do 
mon sogre, mas que hi tbsso las condicios requisas, he de mos 
bes sostenria lie noyriria ma molher, adoncas poyria rolenor lo 
fruch he penre lo principal, [pequi mortalmen.] En ayssi, s(> 
ieu meli mon argen amb un merchan per enlonciou de no 
penre qualque causa, sia an pacte ho sens pacte dotoiminal, 
entenden aver lo principal, se ieu me meti al dampnalgo ho 
a la perda coma al guasanh, no séria pas peccat. Se ieu bayli 
.j. parelh de buous ad un home, he totz los ans el me bayla 

1. Los neuvième et dixième commandements sont, comme d'or- 
dinaire, un dédoublement du dernier précepte du Décalogue (Vo/i 
eoncupisces doiniun proximi lui, nec desidcrnbh uxorein ejiis, non xi-r- 
viim, non ancillam, non bovem, non asinnm nec onvda quae ilUusmnl), 
rendu nécessaire, pour maintenir lo nombre dix. par la réunion on 
un même article des deux premiers conmiandonienls do la liiblo 
(:Vo» habebis deos. aliénas et Non faciès libi scul.pl ile). 

2. Corrigez 17/ d'après la concordance avec la lîihie. 

ANNALES DU MIDI. XXX. '-'-^ 



394 CL. BRUNEL. 

tant do blat, he el me deu tornar mas bestias salvas, es 
usLira; se ieu no li devi pas tornar las bestias de tôt salvas, 
he aquel de qui so pren pies rasonable, es bc fach ; se 
el ne prendia una gran soma, que vigues que ieu no m'en 
podi passai', ho se ieu no l'in donava se no qualque [fol. 68 v"] 
petita causa, que vesi que li es forsa que las me laysse, no 
séria pas usura, mas séria peccat mortal. Apres, se ieu vendi 
drap, ho blat, ho autra causa, a qualque persona, he, perla dila- 
ciou, ieu prendi qualque causa, es usura. Se ieu no voli pas far 
si bon mercat ad un que no me pagua mantenen, mas que no lii 
agues pas trop gran excès, coma se me paguava mantenen, no es 
pas usura. Apres, se ieu fau cambis de aur en moneda, ho de mo- 
neda en aur, ho de moneda en moneda, ho de porlar aur ho mo- 
neda, en prenden près rasonable, coma es de costuma, es ben fach. 
Se ieu prendi trop he plus que hom no ha acostumat, ho se ieu, 
sub color de cambi, prestava aur ho argen, he entenden penre 
qualque causa otre lo principal salvat, séria usura. Apres, se 
ieu soy tutor de alcuns enfans, he bayli ad usura dels bes dels 
enfans, a la ulilitat dels enfans, pequi raortalmen; he se els 
no volo restilTuir, ieu de mos bes ho devi restituir. Apres, se 
ieu conipri una possession amb un mercat en prometen de 
lornar la possession, quant lo autre se voira, mas entretan ieu 
prendriey lo fruch de la possession, no es usura, dam sil honn 
Jhles. Apres, quant ieu presti argen ho autra causa, heotralo prin- 
cipal ieu ne entendi aver alcun servizi, coma eldemorara .j. jorn 
ho .ij. an mi per nonre, ho me prestara sas bestias .j. jorn ho .ij., 
home procurara qualque offici, ho de esser jutge, ho bayle, ho 
entendi que dels fruchs de la terra me dara plus notablamcn 
([ue non agra, es usura. Se me donava .j. plea bonet de peras, 
que aytant be sens aquo las agra volgutdonar, no es pas usura. 
Totas he tantas de vcs que ieu fau las causas sobrodichas, ieu 
comeli usura he pequi mortalmen, he soy tcngut a restituciou. 
La .ij" . régla. Totas ves que ieu fau alcuns statuz que las 
usuras sian paguadas, sian en cieutat, ho en castel, ho en vila, 
ho ((uc hom nn las demande pas quant hom las aura paguadas, 
ho que aquels (jue las auian prezas no las relorno pas, ho quant 
alcuns fan capilols lie ]jacles aiii los juzieus que hom paguara 



OPUSCULES PHOVEINÇAUX DU XV" SIÈCLE. .H).") 

las usuras, ho, se so paguadas, no las ivtornara [fol 69] pas, 
ni las dcmandara, he on ayssi quani geiis do jnslicia In snodid. 
totz aquoslz pecco morlalmcrt. 

La Aij". régla. Totas \os que ieu vendi un vi por un iuilic (pu- 
no es pas si bo, coma \i (pie liy ha de l'aygua per \i i)ui, Im 
una carn per una aulin. coma carn de cabra ho do cicslat por 
carn de moto, ho .j. drap per un autre, i(Mi poqui moilalnieu; 
he en ayssi quant ion faisi la mezura que hi ha nolai)ia poida, 
ho en lo pes, ho quanI iou vendi causa malvada porbona, coma 
.j. chival que ieu sabi be que ha una malaiitia inlrinseca coma 
se era sa; en ayssi se iou vendi una causa, sia blat, ho vi, |)lus 
notablamen que no so ven en aquel temps, ho se ieu compri 
alcuna causa, ho vezi bo que aquel que la ven per ignorausa so 
engana el meteys, he bi ha gran porda; en ayssi se iou no ])agui 
los posatges, ho guabclas, ho deymes, ho cesses, lio (|uo la 
partida hi os notablamon gravada, ieu pequi mortalmon bo soy 
tongut a restituciou. Quant no hi auria pas nQtablodampnalgo, 
ho que hom non ho faria pas a son ascien, no séria pas (pio 
ven i al, 

La .iiij". régla. Se ieu hiey falsat alcuns strumens, bo hiey 
usât de strumens falses, ho se hiey falsat las letras dol papa, 
ho hiey usât de letras falsas, ho se hiey obtengut alcun benolici 
ho endulgencias ho autre be en no dizen pas alcuna circums- 
tancia, laquala, se ieu la agues dicha, ieu nonagra pas empêtrai 
aquel be, en ayssi, se ieu fan falsas monedas ho fais aur, Im 
usi de falsa moneda ho fais aur, he ieu ho sabi be, he sembla n- 
men, se ieu falsi las mesuras de la comunitat, ho lo pes, ho se 
ieu usi de falsas monedas, ho falses pezes, scienmen, he on 
ayssi, se ieu falsi las letras ho los sagelsdels senhors, ho de las 
cortz, ho usi de falsas letras, bo de fais sagels, he parelbamen, 
se ieu falsifiqui alcunas scripluras [fol. 69 v] en dampnatge 
de alcunas personas, ieu pecpii morlalmen, be soy tengut a res- 
tituciou. 

La .v". régla. Se ieu, que soy jutgc, doni enjusta sentoncia 
contra qualque persona, ho se ieu, que soy advocat, per negligon- 
cia, ho favor, ho argen, layssi perdre lo drech de la partida, ho 
quant advocjui per la partida que conoyssi be claramen que no 



396 CL. BRUNEL. 

lia ponch de drech, ho ieii, que soy piocurayre, que fau las 
scripturas de la partida, que sabi be que no ha ponch bon 
drech, ho quant ieu proseguissi en cortz la causa ont ieu sabi 
be que no biey pas drech, en ayssi ieu que accuzi alcuna per- 
sona de crim del quai ieu sabi be que la persona no lo ha pas 
cornes, ho non soy pas cert, ho ieu, que soy senhor, he fau 
taillas enjustamen per las quali\s aggravi mos subgetz, totashc 
tan tas de ves que ieu fau las causas sobredichas, ieu pequi 
mortalmen. 

La :vj". régla. Totas ves que ieu raubi qualque causa que es 
de emportansa a qualque persona, sia mon payre, ho mon 
frayre, ho mon companho, ho stranh, he que non ho volriapas 
se ho sabia, ieu pequi mortalmen, he soy lengut de restituir. 
Se la causa raubada no era pas de gran emportansa, coma se 
era .j. petit de frucha, no séria que venial. Apres, quant qual- 
([ue persona me ven qualque causa que el ha raubada, lie ieu 
sabi be que el la ha raubada, ieu pequi mortalmen, he soy tengut 
de restituir; he en ayssi, quant ieu la comprava no sabia pas 
que fos raubada, mas, après, ieu ho hiey saubut, ieu la devi 
restituir. Apres may, se qualque un me presta qualque causa, 
lie la persona de qui es la oblida, lie ion no la retorni ponch, 
pecfpii mortalmen. Apres, quant ieu trobi de thesaurs, ieu ne 
devi far segon la costuma del pays, se lo princep ha mesa ley 
[fol. 70] que sian sens per sa entretenensa he affi que plus lau- 
gieyramen el comporte sos subgetz, ieu, se los releni, pecpii 
mortalmen. Se qualque persona me ha baylat en guarda 
qualque causa que se puesca guastar, coma una rauba, ho 
.j. liech, se ieu m'en ajudi, ieu soy tengut de satisfar de la uli- 
litat que ne hiey preza, se no que ieu conogues be queaquel de 
(pii es lio vol be; ho se boni me presta (pialque causa per alcun 
usatge, he ieu la appliqui en autre usatge ont la causa se guasta 
bolcop may, coma hom me presta .j. cbival per poitar alcunas 
causas, he ieu lo cargui tant fort (|ue (|uasi lo lui, ieu, quant 
fau totas las causas dessus dichas, pecqui mortalmen. 

La .vij". régla. Jeu, que soy religios, he doni alcuna causa, se 
no que aia licencia del prélat ho ([ue conogues be que lo prélat 
ho vol be, he ieu, que lio prcndi, ho (|uaiil ieu preiidi alcuna 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIÈCLE. :^^)'J 

causa dels bes del crucifie sens "besonh que ien ne aia, pcr so 
que icu soy de la parontela, ho en gran amislansa de aquel que 
los distribuis, lio quant ieu los prendi per causa palharda, ho 
per joc, ieu pequi mortalmen, he soy tengut de restiluir. 

La .viij". régla. Se ieu hiey fach he empausal coletas ho 
talhas sobre gens de gleysa, sens licencia del papa, se no en 
certz cases, ho se ieu hiey donat conselh ad ho far, ho hicy ajii- 
dat, ho se ieu hiey fach a Icu n s statutz contra, la liberlat de la 
Gleysa, ho ieu que los hiey scrichs, ho adjudalz a far, ho lii hicy 
consentit, ho se ieu hiey près las rendasdequalque gleysa vac- 
can enjustamen, ho los bes, ho se ieu hiey près los bes de al- 
cuna gleysa, ho los calices, ho las crozes, ho los autres para- 
mens, he en ayssi, se ieu hiey près los bes non sagratz de la Gleysa, 
ho se ieu hiey rompu t las portas ho las muralhas de qualqno 
gleysa, ho de qualque conven ho abbadia, ho se ieu hicy broliial 
qualque gleysa, ho conveni, ho abbadia, he en ayssi quant no 
[fol. 70 V"] pagui los leguatz lie las layssas que los inoriz an 
layssadas a las gleysas he a las autras causas pias, coma ad 
hospitals he a paubres, ho quant ieu diiferi trop longuamen de 
los paguar, ho quant no los pagui pas entieyramen, ho se ieu 
prendi lo beneflici per symonia, ho se ieu, que soy prélat, per 
una tromparia layssi perdre los bes de la Gleysa, ho per ma 
negligencia, ho per ma culpa, ho se ieu no pagui las décimas 
ont es acostumat de las paguar, [ieu pequi mortalmen]. 

La .ix". régla. Totas ves que ieu per una violensa prendi la 
causa de un autre, coma las gendarmas, ho los piratas de la 
mar que pilho los merchans sus la mar, ho aquels que pilho 
los romieus que van a Roma ho a Saut Jacme, he en ayssi dels 
autres peregrinatges, he generalmen de totz aquels que prendo 
per violensa la causa que no hi an re, pecco mortalmen. 

Totas aquestas reglas so per declarar lo .ix°. comandamen,he 
se deu entendre : Tu no penras ni retenras re del aulru. 



398 CL. BRUNEL. 



Lo ..\. comandamen es : Tu no voiras ni cobesejaraspas aver 
los bes de ton propda. 

La primieyra régla. Totas ves que ieu voli aver enjustamen 
en (inalqne manieyra sobredicha, ho perusura, ho per rapina, 
bes temporals, he cogiti qiiossi los poyria aver, lie, en cogitan, 
me delecti, ieu pequi mortalmen, enquaras quant jamay non 
.uiria re del autru. Se per una complasensa laugieyra me delec- 
lava, no séria que venial. 

[VIII] 

Lo .^'III. comandamen es : Tu no portaras pas fais testimoni. 

La primieyra régla. Se ieu mentissi en causa que sia contra 
la honor de Dieu ho lo be de mon propda, temporal ho spiri- 
tual, ont lo propda ha notable dampnatge, ho quant no die lo 
be de mon propda en temps he loc, mas lo cobrissi, ho c[uant, 
PII juljanKMi, quant soy requirit del jutge de dire la veritat he 
juri de la dire se no que fos secret, ho que ieu non ho saubes 
se no en confessio, he en ayssi se en la confessio scienmen die 
messonja, ho se [fol. 71] ieu soy qualque grava he famada 
persona, he en diseu messonja joyosa ho olïiciosa, s'en sec 
gran scandol, ho se ieu l'au fais testimoni contra qualque per- 
sona en jutjameii ho en autra part, ho quant ieu accusi enjusta- 
men (pialque persona, ieu pequi mortalmen. Se ieu die mes- 
sonja j(3yosa, ho no s'ensec pas al mens gran scandol, ho quant 
icii die messonja que no not/, a persona he porta profiech a 
qualque un, ieu no j^equi que vcnialmen. 

La .ij". régla. Quant ieu empausi a qualque persona qualque 
criin enjustamen et falsamen, ho quant ieu ajusli qualque 
causa notabla al peccat que h(uu dis de un autre, ho se ieu 
publiqui lo peccat que era occult, o se ieu die lo peccat de un 
autre al prélat ho an aquel que ha auctoritat de lo corregir, 
non pas per caiitat, \i\;\^ per nialvolensa he venjansa, après, se 
iiii liiey lacli de cartels cotitenens la dillamaciou de qualque 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIÈCLE. 3f)r) 

pcrsona he los hiey mezes en loc public ont hom los podia ic- 
guardar, ho se ieu hiey racontât lo peccat de un autre, sia se- 
cret ho public, per una venjansa, ho se ieu disia los defTauls 
venials per venjansa an prepaus de dire plus, se plus ne sabia, 
ho quant ieu die que las obras bonas que fa qualque porsoiia 
las Iti per mala entenciou he per yppocrisia, ho quant ieu au/.i 
las dilTamacios que qualque un dis de un autre, he lii prcndi 
plazer, he voli be que sia en ayssi coma ho au/.i dire, lolas \es 
que ieu fan las causas sobredichas, pequi mortalmen. 

La .iij" . régla. Se ieu die lo peccat venial de mon propda per 
una loquacitat, he non pas per venjansa ni per mal, onquaras 
quant es secret, ieu no pequi que venialmen. En ayssi quant 
ieu diria lo peccat mortal als parens ho al confessor affî que lo 
amonestcsso que se corrigigues, no séria que be fach. 

Ile totas aquestas reglas so per declarar quossi hom pecca 
contra lo .viij. comandamen, he se deu entendre en ayssi : Tu 
no portaras ponch fais testimoni, tu no diffamaras persona, hc 
diras lo be de ton propda a temps he a loc, he no lo cobriras 
pas. 

[XI]. — REGLA GENERAL CONTRA TOTZ COMANDAMENS'. 

[La .j" . régla.] Totas ves que ieu vesi far qualque mal he iou 
no lo empachi [fol. 71 i'"] tant que es en mi, ho en corrigen, 
ho en punien, ho en denuncian an aquels a cui se aperte de 
punir, ho en amonestan, ho en scumenjan, ho en entredison, 
ho en baylan autras penas, ieu pequi mortalmen, quant lo mal 
es mortal. 

La .ij". régla. Totas ves que los peccatz se metto en coslu- 
mansa per deffaut de puniciou, aquel a cui se aperle de punir 
es causa dels peccalz que se cometo per so que cl no los punis 
ponch, he en ayssi, quant per mon malvat exemple belcop de 
gens pecco, ieu soy occasiou de aquels que so coiiiczes lie se 
cometo totz los jorns per mon mal exemple. 

I. En marge, de la même main que le texte, on lit collo monlion : 
(janrdas las circunslansas de correction fraternal. 



loo 



CL. BRUNEL. 



TABLE DES NOMS PROPRES 



f.c^ nombres reiwoieiil aux fcuilli'ts du manuscrit, dont l'indicntlon est imprimée 
rnlrr crocltcls et en italiques. L'apostrophe indique le verso. 



Alexandre lo Gran 5o', Alccaii- 

dre le Grand. 
Viitlionini (sant) 33, sainl Aiilu- 

niii, archevêque de Florence. 
Benesech (sanl) 56, salnl BeiioiL 

al)bé da Mont-Cassin. 
Ejriple (jorns de) 58', jours égyp- 

linques. 
Franccs (sanl) 56, sainl Françob 

d'Asxise. 
llelizabelh (sancla) Go, sainle Eli- 

aabelh. mère de saint Jean-Bap- 

llsle. 
Jhei'onimi (sanl) ôi3,sainlJérdine. 
Johan (sanl) 6o, saint Jean-Bap- 
tiste. 
Lio 54', Lyon. 
Maria'6o, la vierge Marie. 
Nabucodonosor 5o', Nabuchodono- 

sor, roi de Babylone. 



Panlh[e]ologia 33. ouvrage de 
Raiider de Pise. 

Paris 54' (merchan), 64' (scolar). 
Paris. 

Quezac (Nostre-Dame de) 6o', 
.\otre-Dame, église de Qaézac 
(canton de Sainte-Énimie, arron- 
dissement de Florac. départe- 
ment de la Lozère). 

Ronia 35' (cort), 63, Rome. 

Romas 5o', les anciens Romains. 

Sanl .lohan 58', Sg'. 6o, la Saint 
Jean (2^ juin). 

Tholosa 35' (corl), 63 (universi- 
tat), 64' (scolars), Toulouse. 

Thomas (sant) 33, saint Thomas 
d'Aquin. 

Zacliaiias 6o, Zacharie, père de 
sain t Jean- Baptiste. 



GLOSSAIRE' 



* acceplio de personas 46', accep- 

tion de personnes. 

* .icosselhicr 46', conscitter. 

' acoslumansa 38. accoutumance. 
' acle 47', ttcle. 

* aclio 55', aclij'. 

* adjuraciou 63', adjuration. 

' |adnichilar], annihiler. — .'J con- 
dil. adnichilaria 5(). 

* adnlario 46. adulation. 



[advoquar]./>/^ff/e/". — 1 prés. ind. 

advoqui 69'. 
alTanar (se) 53', s'occuper. 
agassa 62, pic. 
*[alaugeyrirj,a//<^^('r. — Prés. iiul. 

3 alaugeyris 53, — 6 alaugey- 

risso 53. 
* ambiciou 35', ambition. 
anar 4i> 52', aller. — Prés. ind. 1 

vau 35, 37, 89, 42, etc., — 3 va 



;. \ou> avoii> rcli;\('' cl ili>liiiguc par un aNtériqiio les mots qui ne figu- 
rent pas dans le Petit dictionnaire provençal français de E. Levy. Nous 
avons introduit quelques formes rraprunlécs à la partie encore inédite du 
ms. i85a. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV" SIECLE. 



4oi 



48', 59, — U anam 63. — 6 van 
37', 48', 63; — / imp. ind. 
anava 56'; — prés. subj. 1 
anc 36. ^o, — 3 ane 64'; — 
J futur anariey 38 ; — 1 condit. 
anaria 38. 

* anl 60, aa contraire. 
anta ^1', lionte. 

apenre 39', apprendre. — 1 prés. 

ind. aprcni 37 ; — 1 inip. ind. 

aprenia 37; — / prés. subj. 

aprenga 65. 
aprofechar 37'. être utile. — G 

imp. ind. aprofechavo '42'. 

avaient avantage. 

* ardeiimen 43. ôi\ ardemment. 

* arrogansa 36', arrogance. 

* ascien 69, escient. 

* aspramen 57, durement. 

* astrolog 09, astrologue. 
[alraire], attirer. — / prés. ind. 

atrasi 44'; — gér. atrasen 56. 
auzir 53', ausir ^2. entendre. — 
Prés. ind. 1 auzi 36', anzissi 
34', 46', 64, 64', —S auzis 63, 
65 ; — 6 ausisso 56 ; — (i imp. 
ind. aiizian 55 ; — / futur ausi- 
liey 65; — 6 condit. auzirian 55'. 

* avaricia 45'. avarice. '■ 

aver 35. 37, 37', 38, elc. avoir. — 
Prés. ind. 1 hicy 33, 33'. 34', 
36, etc., —.5 a 33. 34. 4i'- 5i, 
etc.. ha 33, 53, 61, 65, etc., — 
ô aves 5o'. baves 5o'. — 6an34', 
37', 48. 53, etc. ; — imj). ind. 1 
avia 38, 39. 42, 5o', etc., — 3 



avia o4 . 



6 avian 53': 



parf. 1 agui 57, — .? ac 60 ; 

— prés, saljj. 1 aia 35, 36', 
4o'. 5o', etc. , — 3 aia 35, 
4i', 43, 5i', etc., — 6 aio 39, 
59, 60', 61', etc.; — imp. subj. 
J agues 5o', 5i, 53, 59, etc., 

— 3 agues 4i, 44, Sa', 54', etc., 

— 6 aguesso 35', 37', 53 ; — 
Jutur 1 auriey 49'; 57, 60, 61, 
etc.. — 2 auras 62, — 3 aura 



4o, 58', 61, elc. — G auran 
56, 68' ; — / condit. 1 agra 89', 
53', 54', 69, — .3 agra 53, 68', 

— 6 agro 56; — // condit. I au- 
ria5i,53, 62', — .5auria 35', 5o. 
60', — ij aurian 09', 61 : — 
gér. aven 54' ; — part. prés. 
aben 49 ; — part, passé agut 
5i, 52', 54, 54', etc. 

azir 44, haine. 

baratar 5i'. tromper. — l'art, 
passé ba ratât 5i'. 

barba de palha (faire) a Dieu 8 
ipetitas de gens hi lia que se 
euro de servir Dieu fizelmen, 
mas la un dissimula de un 
quanto, l'autre de un autre, he 
tolz fazem a Dieu barba de pa- 
lha 1. .se moquer de Dieu. Expres- 
sion conservée de nos Jours, cf. 
Mistral « faire de Dieu barbo 
de paio, faire a Dieu tjarl)e de 
foerre, parler avec irrévérence 
des choses de religion ». De même 
en français, cj. les dictionnaires 
de Godefroy, Liltré et Hatzfeld, 
au mot barbe. 

[benezir], tjénir. — 7 prés. ind. 
benezesi 61. 

* bénigne 5i, bienveillant. 

[heure], boire. — i prés. ind. bevi 
42', 43' ; — y imp. ind. bevia 
42', 43'; — / /«/(jr beuriey '|3: 

— gér. beven 49'; — part, 
passé begul 5i'. 57. 

[caler]. /fi/toir. —Prés. ind. quai 
34, 43', 47, 5i', 64 (corrige: 
quai que [...] quant, et plus loin 
montanha, ont quai que), etc.. 
chaut 49, 58; — imp. qualia 
56'; — ' prés. subj. qualha 
64'; — imp. subj. calgues 64': 

— futur qualra 64'; — condit. 
qualria 37', 65, 66 ; — part, 
passé calgut 53'. 



4o2 



CL. BRUNEL. 



cami (anar logran) 8 (Dama, vos 
dirias : « 'So quai esscr si scru- 
pules, mas quai anai- lo gran 
cami. — Dama, el no quai pas 
esscr trop scrcpulos (sic), mas 
cl ho quai esscr asscs »), au 
sens figuré, avoir des idées larges. 

* carnalmcn 89, charnelleineni. 
casern 65, cahier. 

caut (esscr) 43', avoir rhaud. 

* cecilal ho ignoransa 89', aveu- 

glement. 
cer Oi', soir. 

* charmayrc (io. enchanteur. 
*charmor 48. enchanteur, 
chipelùcfiov (j. guirlande de fl('ur.'< . 

* chival 69, 70, cheval. 

* claramcn 61, clairement. 
cochar 56, coucher. — 1 prés. iiul. 

cochi57'. 
cochai 57', agité. 

* cogilaciou 68, pensée. 
[cogitar], penser. — 1 prés. ind. 

cogite 3g ; — / condit. cogi- 
taria 39. 
colcra 5q' colère. 

* coleric 59, .m jet a la colère. 

* coleta 70. impôt. 

* complasensa 70'. plaisir. 

* complcxiou 59, 59'. compte.! ion. 
[comprarj. acheter. — / prés. ind. 

compri '|5' ; — / futur com- 
praricy 4t'»'- 

* comunamenl '18, communén)ciit. 
'" comunicar 5:^', cotnmunier. 

* concupisceucia , concupisceiisa 

89, 44. concupiscence, 
' conclure (se) 5o', se conduire. 

* confabular 65. bavarder. 

* congruital 56'. oppitrlunilé . 
conoysscr 34. 36, 3()', 39, clc.. 

connaître. — Pré^. ind. I co- 
noyssi 34, 34'. '|3'. 48'. — •'>' 
conoys 57 : — / inip. ind. 
coiioyssia 53'; — / //«/j. sut)]. 
coiiogues7o; — I condit. conoy^- 
scria 34'. 



constrenge 48. contraindre. 

* contenciou 35', dispute. 

* contennemen 33', dédain. 

* contumelia 4i'. injure. 

* conlumeliar Sa', injurier. 

* con vieil 4i', outrage. 
coqui 47, truand. 

* coquinar 47, truander. 

* correctiou 62. correction. 
rorregir 46, 57, corriger. — Prés. 

ind. 1 corregissi '16', — .3 cor- 
regis 37', 55' ; — G prés. subj. 
corregisco 59' ; — 3 imp. subj. 
corrigigues 71 ; — gér. cor- 
rigen 71'; — part, passé corre- 
git 37'. 

* costellaciouSg, 5q', constellation. 
*costrencha 63', contrainte. 
cranc 61, cancre. 

*crestat 69, bouc châtré. 

creyre 63, croire. — / prés. ind. 
cresi 56', crezi 48, 58, 58'; — 
2 prés. subj. (== impér. avec né- 
gation) crezas 34'; — futur 
1 creyriey 58', — 2 creyras 62 ; 
— gér. crezen 58, 60', 61'; — 
part, passé crezut 52. 

* crucifie 70, crucifix. 

* [crucificar], crucifier. — l'art. 

liasse crucifical ôo'. 
|culhir]. cucittir. — / /*/v'.s-. ind. cu- 

Ihissi 59'. 
*curiosamen 58'. curieusement. 
*curiositat 36'. i-urinsité. . 

* flcbat 44', 5r, dét)at. 

' decensa 47- 56, décence. 
' decernir 57. 64, discerner. 

* déjà 58, déjà. 

(U\]i\i\i\r 'm, jeûner. — I prés. ind. 

dcjuni \'>.'. !iq', 65'. 
' (ii'lccliiciou 68, plaisir. 

* (Icliberadaïuen 4i'. \''-- 'i'\'- '»5. 

elc: délibérément. 

* délicat 43, délicat. 
[demerir], mériter. — l'art, pusse 

demeril 5i . 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV*" SIECLE. 



4oî 



*dcrrisiou 42, dérision. 

dcspachar cami 6^', parcourir 
son chemin. — [despachar (se; 
de alcuna re]. s'acquitter d'une 
chose. — 6 prés. ind. despacho 
54. 

*despitar 5i', outrager. — 1 prés, 
ind. despiechi 4i'; — part, 
prés, despilan 4() ; — part, 
passé despitat 5i'. 

*destrach 07', distrait. 

•delcnir 67', détenir. 

' dctormenadamcn (12 . ferme- 
ment, delerminadameii 5V, 56', 
avec précision. 

* detiactio 44'- detractiou 4i'. 

détraction . 
[de\er], devoir. — Prés. ind. / devi 

34, 34', 35', 36, etc. , — 3 deu 33. 

45', 5o', 5i, etc., — 6 devo 4^'. 

56, 59', 63, etc.; — 3 imp. ind. 

dévia 5i', Sa ; — condil. I deu- 

ria 39', 4o, 49, — 3 dcuria 66. 
* difîamacion 71, diffamation. 

* [difTamar), diffamer. — / prés. 

ind. difîami 44'. 

* difTamatoria (adj. J'ém.) 43', diffa- 

matoire. 
*difTerre 55', différer. — Cprés. 
ind. difîoro 37. 

* dilaciou i^S' , retard. 

* fdiminuirj, diminuer. — l prés. 

ind. diminuici 46. 
dire 36, 53, 53', 54', etc., dire. — 
Prés. ind. 1 die 33, 33', 34, 4i, 
etc., disi 33', 36', dizi 33', 35. 
36. 37', etc.. —5 dis 33, 36, 38, 
39', etc.; — 6 diso 54, 59' , dizo 
36'. 60, 60'; — / imp. ind. disia 
4i'. 49': dizia 43; — prés. sat>j. 
1 diga 46, digua 57, — .3digua 
33, 34, 35, 45', etc.; — 3 imp. 
subj. disses 44'; — futur l di- 
riey 55', — 2 diras 48, — .3 dira 
55', 60'; — cond. 1 diria 39, 4i') 
53. 59, etc., — 3 diria 35, 36, 
36', 37', etc., dizia 36' (faute 



d'impression pour diria) ; — r/er^ 
disen 58',59,6i,dizen 59', 61; — 
^ part, passé dich 52, 54'. 

* disccrdia 36, discorde. 

" [discorre], parcourir. — Gér. dis- 
corren 5i. 

*discreciou 48', discrétion (dis- 
cernement). 

*disposiciou 59', disposition. 

* dispost 43', dispos. 

* [distribuir], d(s/r/^(ier. — 3 prés. 

ind. distribuis 70. 
*dissoluciou 60, désordre. 

* dissolut 56', dissolu. 
dobla45'. 53, douljle denier. Cf. Mis- 
tral doublo (rouergal). 

[dormir] . dormir. — / prés. ind. 
dormissi 56. 

*ebetud 43', tiétjétude. 

cl. els, ela, elas, pro//. /x'/'.s-. trois, 
pers. tonique. Pron. sujet fré- 
quemment exprimé. -cl me sem- 
bla 54, els no an 54', els volo 
68', ela se comensa 39', etc.; ré- 
gime vertjal tonique et régime des 
prépositions,, à l'exclusion de lui, 
Ici. lor : se engana el meleys 
69, de el 42, contra el 57, amb 
els 66, entre els 54', de ela 54. 

cmpachar 62, enq)èclier. — Part, 
passé enipacliat 07', emtinrrassé. 

[empausar. enpansar], attrittuer. 
— l prés. ind. empansi 71. en- 
pausi 4i'- 

*[empetrarj, obtenir. — 3 condil. 
empetraria 59. 

cmpeiitar 58'. greffer. 

*eniportansa 69'. importance. 

*oiicarcerar ^2, emprisonner. 

'enclinacio 59. inclination.^ 

*eiiconsideracio 'lo- inconsidérn- 
tion. 

* enconvenien 62. infortune. 
*encostansa 4o', inconstance. 

* endifîerennieii '|3', 44, indiffé- 

remment. 



M 



OL. BRUNEL. 



*endignacio k\, iinUgnalion. 

*endisposiciou 56', indisposillon. 

[enduire], induire. — Pari, passé 
enduch 54, endiil 53. 

*cndulgencia 69, indulgence. 

*enefruch k^' , faute présumée à 
lorl pour usesfruch , usufruit. 
CJ. Mistral enfreluiris, usufrui- 
tier. 

*enept 87, ^3', inepl. 

*cnferiidamen 53', infiniment. 

*enflucncia 59, enfluonssa 59', 
influence. 

*engrat 53'. 56', ingrat. 

*enjuslamen 70, injustement. 

* enmundicia li'A, grossièreté. 

* enobediencia 36, désoliéissance. 
*enproperaciou '41', reproche. 

* enquictud 36', '|6', lx~,, inquié- 

tude. 
* cnremissiblc ^7', irrémissit)le. 

* [enscriiirc], inscrire. — f^art. 

passé enscrich 60'. 
[ensegrc (se)], s'ensuivre. — 3prés. 
ind. ensec 87. 38, 71 ^ — 6 en- 
seguo 33, 35, 4i ; — part, passé 
ensegul54. 

* cnlerpretalivaincn 38 , en un 

certain sens. 
onlrecujat 60', outrecuidant. 

* [entrcprolar], interpréter. — / 

prés. ind. onlrcprcli 3^. 
*entrclenensa 70, entretien. 
pnutial 88, inutile. 
*cnverlensa 4i', inadvertance. 

* essencia 62, essence. 

csser 36, 87, 87', 89', etc. être. — 
Prés. ind. l soy 34', 85, 36. 36'. 
etc.,— 2ycs3V, — ^es33,34, 
84', 35, etc., est 5o, — ^ em 63, 

— g so 35', 4o, 4u', 5i, etc.; — 
imp. ind. 1 era 4i. 48, 58, 53', 
etc., — 5 cra 37',' 4i', 52, 53, 
etc., — ero 48, 02', 56', 58', 
clc; — prés. subj. 1 sia 85', 87'. 
60', — 3 sia 33, 33', 35, 86, etc., 

— // siam 5i, — 6 sian 38', 60, 



61, 62, etc., s[i]o 64'; — imp. 
subj. 1 fos 83', 85', 86, 4i', etc., 
— 3 fossa 33, — 6 fosso 52', 53', 
59', 68, etc., fosson 44'; — 
futur 1 seriey 36, 56, — 3 sera 
46', 58', 59, 61', etc., — G 
seran 56, 59'; — cond. 1 séria 
5o, 3 séria 83, 34, 84', 85, 
etc.; — 6 serian 55', 59', 64, 
64', etc. — Se conjugue avec 
lui-même : soy stat 54', 56', 57, 
etc., es stat 5i', 60', 65', ou 
avec l'auxiliaire aver : liiey stat 
00', 53', 55, 58, etc., ha slal 
5i', 53', 55, 57, etc. 

* [excedir] ,'é.xc^der. • — 3 prés. ind. 

excedis 34. 
•expédient 45. expédient. 

* fxperimentcsa 38, expérience. 

* fabuiar 4o. 4o', 44, Ijavarder. 
fada 89', fée. 

* famat 71, renommé, 

far 33', 34, 85, 36. elc, fay[r] 
36, faire. — Prés. ind. 1 fau 
33', 34, 84', 85, etc.. — 5 f a 88, 
39', 5o, 55', etc., — 6' fan 38, 
48, 5o, 52', etc.; — imp. ind. 1 
fazia 34, 54, 56', 58, etc.. — 3 
fazia 33, 35', 4i'- — 6' fazia n 
54'; — prés. subj. 1 fassa 36. 
55', 60', — 2 fassas 63', — 3 
fassa 33, 45', 56; — imp. subj. 
1 fes 53'. fozes 45, 61, 61'. 06. 
etc.; — futur J fariey 36', 5o, 
56, 6a', etc., — 2 faras 62, — 
3 fara 34', 38, 56, 58'. etc.; — 
6" faran 60, (ii', — condil. I fa- 
ria 33', 84. 34', 85, etc.; — 3 
faria 65, fazia (sic) 68'; — gér. 
fason 56, 59, fazen 64, 66'; — 
part, passé facli 5o', ôi', 52, 
52', etc. 

fa y sa 43, J'aisan. 

feinoreja 61. femorejar 61. net- 
loyer une élable. 

fiai 60, 60', Jit. 



OPUSCULES PROVENÇAUX DU XV SIECLE. 



4o5 



liala 6i, filar Gi, filer. 
*flatayre 5/1', trompeur. 

* folamcn 5 1', follement. 

* fortunal 58'. heureux. 

* [frappai], y'/'«pper. — l prés. iml. 

frappi A3'; — 3 condll. frappa- 
ria 42. 
" fratornal 6j, fr.alernel. 

* [ïu\nar (se)], s'eufnnwr. — I prés. 

iml. fuini 5 g'. 

* furtivamen 46, furlivemeiit. 
fusta Ç>!\, pièce de bois. 

•gendarmas 70', hommes de 
guerre. 

* gencralmen 03', généralemenl. 
gens savia 4o, les personnes sages. 
gola 42', gourmandise . 

gorb Ga, corbeau. 

* gorjut 48', goulu. 
grais 44, graisse. 

grava (fém. sing.) 71, gravo 56, 
grave. 

* gravamen 38', gravemenl. 
grossa (adj. fém. sing.) 67. en- 
ceinte. 

* guormandcjar 55, agir en gour- 

mand. 

* [liabitar cnseniblcj , s'accoupler. 

— 6 prés. ind. habito 38'. 

* horetic 58, hérétique. 

ieu, pron. pers. prem. pers. sujet 
souvent exprimé : ieu ignori 3()', 

48, ieu pogui 57, ieu layssaria 

49, ieu nielia 44', etc.; après 
un comparatij : coma ieu 53', 
56, 60, plus riche que ieu 44, 
cj. rni, tu. 

*ignoransa 48, ignorance. 

•illicit 52, illicite. 

*in 5i, 52', 53, 68, etc., en (ad- 
verbe). 

*instruir 66', instruire. — / prés, 
ind. instruissi Oi)'. 

*intrinsec 69, intrinsècfie. 



*ippocras 43, hypocras. 
*irrasonabIa (adj. fém.) 63', dé- 
raisonnable. 
* irreverencia 56, irrévérence. 
* irreverenmen, irrévéremment. 

*jactansa '6'6', jactance. 

* [jaclar (se)], se vanter. — 3 prés. 

ind. jacta 33. 
jocx (uns) 5()', desjeiKT. 
jusla 66', joule. 

la (adverbe) 44'. 64', là. 

* lâche 57', distrait. 
lampresa 43, lamproie. 
*langier, 4i, 43', 65'. danger. 

CJ'. Mistral langié. 
*hiugeyretat 37, légèreté. 
legir 37, lire. — / /très. ind. ie- 

gissi 35. 

* lésion !i2' , blessure . 
*liard 53, liard. 
*libertat 37', liljerté. 
*licit 63, licite. 
*luxuria 38, luxure. 
*luxurios 59, luxnrieu.r. 

* malgracios Sa', désagréatilc. 
*malgrat 4i', dépit. 

* [maigrazir], maudire. — l prés. 

ind. malgrasissi 4i', malgra- 
zissi 4o' ; — gér. malgrazen 49 ; 
— pari, passé malgrazit 5i'. 

* malicia 44', malice. 

* [mallauzar], injurier. — / prés. 

ind. mallauzi 4o', 4i': — part, 
prés, mallauzan 49- 

maluros 5o', 5i, malheureux. 

mariatgc 58', mariage. 

marvasi 43, malvoisie. 

me, pron. pers. prem. pers. ré- 
gime atone : me aperle 3.'V, 34. 
37, me desplay 35, me bayla- 
ria 35, me senti 36, etc. (jamais 
mi), aussi devant t'injinilif : de 
me logar 65, et le part. prés. : 
me consenlen 39'; très rare- 



/jo6 



CL. BRUNEL. 



meiii comme forme Ionique, seul 
exemple : a me 43 ; l'élision a tou- 
jours lieu devant i et en: ni'i ar- 
restan 35, m'en vau 37, m'en 
rizi 37. m'en retiraiia 37'. etc. 

* medecina 67, médecine. 

* medi 37', 5i', moyen. 

* [niendiquar], mendier. — 1 prés. 

subj. mendique 65. 
[mentir] . mentir. — 1 prés. ind. 
mentissi 70'. 

* meritori C>\, meriloria 58', méri- 

toire. 
mètre 5o, mettre. — Prés. ind. 1 
meti34',36',4o,/i3,etc.,— 2me- 
tes 38 ; — 6 meto /î8, metto7i'; 

— 7 imp. ind. metia 43', 44'; — 
])rés. subj. 1 metla 48. — 3 
nletta 5i, meta 5i, 62; — fu- 
tur i metriey 38, 39', — 3 mé- 
tra 59; — fjér. meten 60; — 
part, passé mes Sa'. 

mi, pron. pers. prem. pers. ré- 
(jime tonique, complément d'an 
verbe : ieu regardi mi nieteys 
38', o« d'une préposition : en mi 
33, de mi 3'i, a mi meteys 39', 
de mi 43, etc., rf. me, oh du 
compar(dif : plus que nû 44- >"/■ 
ieu. 

* mocaria 42, moquerie. 

* monecio 58, enseignement . 
|morii|, mourir. — 3 prés. ind. 

mor 61 ; — 3 imp. ind. moiia 
62 ; — prés. subj. 3 morisca 07, 

— '4moram 5i; — G imp. subj. 
morigucsso47; — 3J'ulurn\orrn 
Go', 6^1, Ci'. 

* moros 3(). 68, (jui .^'(tit(trde com- 

ptdisamment. 
uioyaii '1 1 , 53', 5V- moyen. 

* iie^ligencia 45. negligensa 56', 

négliijence . 
nonre 5o', 68', rien. 

* notablamen 42', '|6. 49', 53', 

notablement. 



* noloria (art) 37, 61', nrl magi- 

que, cf. note au fol. Gl'. 
*nullamen 09', nullement. 

*obprobri 65', injure. 

*occult 71, occulte. 

*[ofrensar], offenser. — 3 prés. 

ind. ofîensa 48'. 
*ofVicios7i, obligeant. 
[onher], oindre. — l^arl. passé 

oncli 41- 
otra 5()', otre 56, 08', outre. 

*palliardeja 49', palliardejar 5o, 
56, paillarder. 

*[palliar]. pallier. — / prés. ind. 
pallii 46'. 

parlamen 37. parlement, cour de 
justice. 

pax 5o', '64, paix. 

pcccar 38, pécher, commettre un 
péclié. — Prés. ind. 1 pecqui 
33', 34, 38, 38', pequi 33'. 34, 
35, 35'; — 3 pecca 33, 33', 
34- 34'; ^ 1 imp. ind. pec- 
cava 38; — / imp. subj. pecques 
5i ; — 1 cond. peccaria 33', 36, 
37', 38, etc., pecquaria 34'. 

[penchenar (se)] , se coiffer. — 
] prés. ind. penclieni 39. 

penre 38, 4o, 4o', 4i, etc., pren- 
dre. — Prés. ind. l prend! 36', 
4(>, 4<>', 44, etc. . — '..-' prendes 
38, — .'i pren 33; — 3 imp. ind. 
prendia 68; — prés, sulij. I 
prengua '.'ÙV. ()3. — G prcngo 
33': — imp. subj. 1 prengues 
()^, — 3 prengues 44 ; — futur 
I prendriey 68', — 2 penras 62'. 
711', — 3 penra 55', — 6 pen- 
ran 33'; — / condit. penria45'; 
— gér. prenden 68'; — pari, 
passé près 5o', 52', 53, 70. 

* pertinacia 35', eidétement. 
pesalge 69, péage. 
pesollios 65'. pouillcii.r. 
piegs 47', pis. 



OPUSCULES PROVENÇAUX Dl^ XV" SIECLE. 



407 



*pigricia \^' , paresse. 

Iplaire], ptaire. — .9 prés. ind. 
play 5o'; — / prAs-. subj. plassa 
3f), 56; — pari, pa.'^sé plagui 
50'. 

*playgiar 35', plaider. 

podar 58', émonder. 

[poder], pouvoir. — Pré.'<. ind. 1 
podi 33', 35', 36', 38, etc., — .V 
pot 34, 34'. 37, 39', etc., — 
podo 34, 39', 48, 64', etc., — 
imp. ind. l podia, 35', 42, 57. 
06', etc., — 3 podia 03. — ('> 
podian 43'? 52', 55, podio 5i. 

— prés. subj. 1 pucsca, 61, 6V. 

— 5puesca 35', 43, 49', 67, etc.. 

— 6 puesco 66; — imp. subj. 1 
pogues 42', 43, 54, 60, etc., 

— G pogucsso 66; — J'alur I 
poyriey 38, 47'- — 3 poyra 56, 
poyr(i)a 5i ; — condit. J poyria 
39', 4o, 43', 55, etc. . poyra 
42' (faute d'iniprei^sion pourpoy- 
ria). — 5 poyria 35', 59', 62, — 
à poyriam 57', — 6' poyrian 42' ; 

— part, passé pogut 52', 53'. 

* pollucio 67', polluciou 09', 56', 

pollution. 
*[poIluir], polluer. — 1 prés. iitd. 

polluci 67'; — pari, passé pol- 

lut 5i'. 
pompa, 52', atours. 
' possible 59', possible. 

* predicacio 58, prédication. 

* presunipcio 33', présomption. 
*prcsumptuos 5i, présomptueu.r. 
principal (subsl.) 68', capital. 

* principalmen 42', 5o, 52, prin- 

cipalement. 
*prodigaIitat 47', prodigalité. 
[proseguir], poiirsiu'vre. ^- 1 prés. 

ind. proseguissi 69'. 
*protractio 60, ligne (dans la main). 
provesir 53, 64', 66, pourvoir. — 

7 prés. ind. provezissi 66; — 

part, passé provesit Sa. 
*pusillanimitat 45. pusillanindté. 



qiialor, voir caler, 
qualque 64, voir caler, 
(piaquetar âo. caqueter. 
' quesiciou 4o, recherche. 

ralliar 4o, 4<>', 5o. 52. plaisanter. 

— Prés. ind. 2 rallias 38; — G 
ralhan 4o. 

* ramelet, 39, 67', petit rameau. 

* rasonablamen 58, razonabla- 

men 4'^, raisonnablement. 

* rejoyr ()o, réjouir. — / prés. 

ind. rejoyssi 37, 44'; — 3 fui. 
rejoyria 37'; — part, passé rc- 
joyt 5i', 5','. 

* rejoyssansa 44', réjouissance. 

* reniissiou 47'- rémission. 

* renom 49', renom. 
[reprendre], reprendre, critiquer. 

— 1 prés. ind. reprehendi 33', 
34', 37, 46, etc.; — / inq). ind. 
reprehendia 34'; — / condit. 
repenria 34'. 

*[resistir], résister. — 3 prés, 
ind. resistis 58'. 

* reslituir 4i', restituer. 
relrayre (se) 63, retirer, détourner. 

— j prés. ind. relrasi 4i, — 3 
rctray 36, — 6 retraso 4o, — 
condit. 1 retrayria 34', — 3 re- 
trayria 35', 36'. 

revit 43, fête morluaire, anniver- 
saire. 

* rixa 42, rixe. 

roffia 46', erdremetleur. 
rossi 64, cheval de charge. 

saber 60, savoir. — Prés. ind. I 
sabi 33', 34, 34', 36', etc., sciey 
54,-3 sap 36', 44', sab 57, 
67, — 6 sabo 64 ; — «'«P- ind. l 
sabia 36', 5o, 69', — 5 sabia 
35, 49'; — subj. prés. 1 sapia 
36', 58, — 3 sapia 4o; — imp. 
subj. 1 saubes 60. 61. — 3 sau- 
bes 5o, 63' ; — condit. 1 sau- 
bria 4o', 43, 49, -" 3 saubria 



4o8 



CL. BRUNEL. 



43', 49', 5o, 54'; — part, passé 
saubut 54', 55. 

*saci"ilegii 45', sacrilège. 

*saja (adj.fém.) 58', sage. 

salut (masc.) 4o, (fétn.)5o', salu(. 

[scampar] , répandre. — Part, 
passé scampat 62'. 

scandol 55', 60, 65, etc. , scandale. 

scoba 61, Ijalal. 

fscopir], cracher. — 7 prés. ind. 
scopissi 35. 

[scotar], écouter. — 1 prés. ind. 
scoli 68. 

scudela 60, écnelle. 

[scumenjar] , excommunier. — 
Gér. scumenjan 71'. 

scur 61', obscur. 

*scurrilitat 44, bouffonnerie. 

se, pron. pers. réjléclii atone : se 
jacta 33, se apela 33', se aviso 
33', se vol 35', etc. (jamais 
si) ; tonique, complément d'une 
préposition, seuls exemples : de 
se meteys 34', 4o'. La voyelle 
est toujours élidée devant en et i : 
s'i acoslumes 34, s'i arresta 33. 
s'enseguo 33, etc. Cf. si, nie. nii. 

sencha 61, ceinture. 

[senchar], ceindre. — / prés. ind. 
senchi 61. 

*sequela 54, suite. 

[servir], servir. — Prés. ind. î ser- 
vissi 45', 63', — 3 servis 47', 
— /j servo 44 ; — 3 prés, sutij. 
servisca 64'. 

si. pron. pers. réfléchi toni/jne ': 
contra si meteys 5i'; régime 
verbal ne renvoyant pas au sujel : 
se lia batut qualque personn 

■ 1)0 si ho sas bestias 5i'. 

•siinoniayc 55', simoniaipw. Cf. 

sjnioniayc. 
simple (subst.) (io. [ler.-^nnm- non 

cultivée. 
* simplessa 5i), simplicité. 
•singularilal 37', 56, singularité. 
*sobramen 43', sobrement. 



specias 43, épices. 

* spiraciou 63', inspiration. 

* stipendiât 46', stipendié. 
*snbitamen, 43, 42', 43'. 44', 37, 

subilenient. 

* subreptisamen 42', subreptice- 

ment. 
subget 63'. 69'. 70, inférieur. 

* suflicienmen 67, suffisamment. 

* superbia 'i'6, superbe (substantif), 

péché commun à l'orgueil et à la 
vanité. 

* superflu 47. superflu. 

* supersticiou 60', superstition. 

* sustentaciou 42', sustentation. 
*susurracio 42', 4V, insinuation 

calomnieuse. 
*symonia 45', simonie. 
symoniayc 55, sinujniague. Cf. 

simoniaic. 

*talamen4o, 43', 53', tellement. 

te, pron. pers. seconde pers. ré- 
gime atone : que te fos 63', ieu le 
adjuri 63'. Cf. me, se. 

temperas 61, les quatre temps. 

tener 63', tenir. — / prés. ind. 
teni 49'; — / prés. sut)], ten- 
gua 64; — part, passé lengut 
53, 53'. 

* tentacio 38, tentation. 

* torpor 45, torpeur. 

[traïr], trahir. — / j)rés. ind. 
trayci 46. 

" [tribular], troubler. - .'>' prés, 
ind. tribula 67'. 

*trinc7'(queaioliedelici,spolilzlie 
honestes, que no tcnguo ponch 
gran trinc de servitors), train. 

Iruan 64'. truand. 

|lrnirar(se)|. .s-e //iO(//j(T. — I prés, 
ind. truili (iô'; — gér. Irnll'an 
66', en raillant. 

lu, pron. pers. sec. pers. sujet or- 
dinairement exprimé : lu tassas 
63', complém. du comparatif : 
mcnre que lu 63'. Cf. icu. 



OPUSCULES PllOVENÇAUX DU XV SIECLE. 



'|0<J 



[tuar], liier. — / prés. ind. tuy 
42, 43': — 3 condit. tuaria 58'. 

un (la) 55, 63, 65, el ci-(l<'xsiis à 
l'article barba, l'un. Cf. A. Jcan- 
roy. Mystères provençaux du 
XV' siècle, p. xxxix, n" 2 3. 

utial 47', utile. 

•vagaciodo entendemon '|5, dis- 
traction de /'esprjV. 

•[variar]. varier. — .3 prés. ind. 
varia 53', varie 53'. 

•[vaxillar], vaciller. — :i condil. 
vaxillaria 5o'. 

vêla 59, voilà. 

*venialmen 07', 71, vénicllcment. 

[venir], venir. — Prés. ind. 3 ve 
39', 42, 44, — G veno 48'; — 
prés.subj. ivengua48'.— 5ven- 
gua 57, 60'; — 3 in)p. subj. 
vengues 66'; — futur 2 venras 
03'. — 3 venra 46', 3i, — 6 
venran 6i'; — 3 condit. venria 
63'; — part, passé vengul 53, 
54', 58. 

*ventosital. 44- ventuosilat 36'. 
Jlatuosité. 

verge, verges {subst. et adj.). 38'. 
60', 67', vierge. 

ves (una) per una 50. une seule 
fuis. 



veyria ao, verrière. 

vezer 36', 38, 39'. voir. — l'rés. 
ind. 1 vesi 55', vezi 33', 34, 30, 
36', etc., — 3 ve 34'; — imp. 
ind. l vezia 43', 60. — G vezian 
56' ; — 1 prés. subj. veia O2' ; — 
imp. subj. 1 vigues 68, — 3 vi- 
gnes 66; — futur I veyriev 37. 

— 3 veyra 60', 61; — part, jjassé 
vist 36, 5i', 55, 56. 

vieusa 53, veuve. 

*vilananien 51,67', vilainement. 

* vincir 35', 36, vaincre. 
*vindeniiar 6^, vendanger. 

* violentamen 67', violentement. 
[voler], vouloir. — Prés. ind. / voli 

35,35', 36, 36', etc., — 3 vol 33'. 
46. 53, 53', etc.. — G volo 36; 

— imp. ind. I volia 33'. 4ir 54'. 
-- 3 volia 35', — G volian 54'. 
06; — prés. subj. 1 vnellia 33, 

— 3 vuelha 65; — 1 imp. snbj. 
volgues 47 ; — futur 2 voiras 68. 

— 3 voira 59, — G volran 33'. 
60; — condit. 1 volria 35. 33'. 
36', 38, etc. , — G volrian 63 ; — 
part, passé volgut 3i', 52'. 3'4', 
55. 

•ypocrisia 35. hypocrisie. 

* ypocrita 55', yppocrila 3i'. hy- 

pocrite. 

GlOvis BlUNEL. 



AXNALES DU MIDI. 



\\\. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



VENTE DU CHATEAU DE CASTELVIEL DE ROSANÈS, Ei\ 1023, 
PAR BÉRENGER, COMTE DE BARCELONE 

On trouve, dans plusieurs recueils, des documents éma- 
nant de la chancellerie des comtes de Barcelone ; en les 
publiant, les éditeurs se sont parfois contentés de don- 
ner les passages * relatifs à l'objet de l'acte et ont omis 
de reproduire les formules qu'ils jugeaient inutiles. Cette 
suppression a eu pour résultat de faire perdre des élé- 
ments d'information, notamment pour les recherches des 
lois, coutumes et usages, pour l'étude de l'organisation 
administrative et judiciaire. Autant semblables lacunes 
sont admissibles pour les époques modernes par suite de 
l'abondance de textes et grâce aux recueils de documents, 
autant elles sont regrettables pour les périodes du haut 
Moyen âge dont les chartes, en nombre restreint, sup- 
pléent, dans les mentions protocolaires, à l'absence de 
textes législatifs. 

En publiant in extenso la charte de 1020, dont une 
photographie accompagne le texte-, nous donnons un 

I. Marca Hispanka. Vonlc d'un imnicuble on 1024 : Appendix 
n" CXCVII, col. loiiG. Pas de confronls, pas do l'ormulos. 

a. Dimensions do la oliarlo : II.. o"'/|':!; L.. o"''i9, parchoniin. au bas 
duquol des plis et dos dôchiruros ont porlé allointo à récriluro : 
lt> icsio ost en bon état; ly lignes de lexte, 5 de souscriplions. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. f\ \ \ 

exemple de ce que les documents de ce genre, oulic l'in- 
térêt de leur objet propre, renferment d'indica(i<iiis pour 
l'histoire du droit. Précieuse à cause de sa j)i<nL'naiicc, 
elle offre un caractère d'authenticité d'autant plus indis- 
cutable qu'elle est dans la famille du propriétaire, M. le 
duc de Lévis-Mirepoix', depuis le commencenieni du 
XIV* siècle; elle y est entrée à cette époque par suite 
d'une alliance des maisons de Lévis et de Foix. Jean de 
Lévis P', seigneur de Mirepoix, épousa, en 1.296, Cons- 
tance, fille du comte de Foix Roger-Bernard 111 et de 
Marguerite de Moncade ; celle-ci avait apporté en héri- 
tage à son mari la vicomte de Béarn et plusieurs fiefs 
en Catalogne, tels que Vich, Castelviel de Rosanès, 
qu'elle tenait de sa famille, une des plus puissantes et des 
plus illustres de Catalogne. Castelviel, avec d'autres do- 
maines situés de chaque côté des Pyrénées, avait servi 
de garantie à la dot de la princesse-. 

Après avoir résumé la teneur de l'acte, nous croyons 
utile de faire ressortir l'importance et le caractère de 
quelques dispositions particulières. 

Les parties qui figurent dans l'acte sont : 

D'un côté, le comte de Barcelone, Bérengeu-Haymond 
(1017-1035), fils de Raymond Borel, et sa femme Sancik, 
fille de Sanche, duc de Gascogne. 

De l'autre, Guillaume, Gilelnius, fils d'Amat. 

A comparer ce nom avec ceux des aînés de la maison 
de Moncade à cette époque % on peut admettre, non sans 

1. JNous adressons nos remerciements à M. le duc de Lévis-Mire 
poix, qui a bien voulu nous autoriser à publier dans les Annales du 
Midi celte charte avec reproduction phololypique. 

2. Inventaire des archives du château de Léran, t .III, Jean de Lévis I", 
p. 68. — Baudon de Mony, Relations politiques des comtes de Foix avec 
la Catalogne Jusciu'au \i\' s. Paris, Picard, 1892, l. I, cli. iv. 

3. Moréry. Dictionnaire Historique, t. \ , p. 262. Le nom d'Aiiial ne 
se trouve joint à aucun des Guillaume de Moncade. 



4l2 ANNALES DU MIDI. 

vraisemblance, que le personnage en question appartenait 
à cette famille dont il était peut-être le chef; il aurait 
acquis Castelviel qu'on trouve , presque à partir de ce 
moment, énuméré dans les possessions de Moncade, jus- 
qu'à l'époque où un héritage le fit passer aux Foix- 
Béarn, comme nous l'avons dit plus haut. 

Notre charte serait donc la pièce originale, eu vertu de 
laquelle le château de Castelviel serait sorti du domaine 
des comtes de Barcelone par suite d'aliénation. 

Quand même notre Guillaume n'aurait pas l'origine 
que nous lui supposons, il faut reconnaître qu'il aurait 
vendu ledit château qui, de transmission en transmis- 
sion, serait enfin échu aux Moncade. 

Le i8 août 1023, le comte et sa femme vendirent à 
Guillaume, fils d'Amat, le château de Castelviel, situé 
à l'extrémité du Comté, près de ïarragone. Les limites 
du domaine, qui devait avoir une étendue considérable à 
en juger par la description, étaient déterminées par les 
accidents du sol, cours d'eaux et collines. Sa consistance 
donne lieu aune énumération, d'autant plus longue que 
les synonymes étaient employées pour désigner une 
même chose ; il en fut de même pour tout ce qui concer- 
nait les droits et revenus de divers genres. 

Le prix était fixé à trois excellents chevaux, ires npli- 
nios cabaUos, estimés 60 onces d'or. 

Les origines de la propriété étaient clairement expo- 
sées. Le domaine appartenait à Bérenger; si la comtesse 
Sancie intervint dans le contrat, ce fut en raison des droits 
qu'elle avait à faire valoir sur les biens aliénés, d'abord 
en vertu du decùmun, puis grâce à la libéralité de son 
mari. Par decimum, on devait entendre la donation que 
l'époux devait faire à sa femme à l'occasion du mariage, 
et fixée à la dixième partie de son propre avoir. jNous 
n'avons pas le contrat de Bérenger et de Sancie, mais il 



MELANGES ET DOCUMENTS. ^1 1 3 

reste celui de leur fils Raymond, où l'on trouve hi 
preuve que la quotité était bien le dixième'. Telle est la 
prescription de la loi des Wisigoths* dont notre charte 
montre une application'. Ce sont des pratiques inspi- 
rées surtout par le droit germanique. 

Parmi les choses cédées en conséquence de la vente, 
les unes se référaient à la propriété, comme les prés, les 
bois, les vignes, les terres, avec les revenus des immeu- 
bles et autres redevances; les autres avaient trait à la 
souveraineté, dont elles étaient un démembrement, tel 
était le droit de rendre la justice et de tenir des assem- 
blées délibérantes, niallos et placila '. Ces tei'mes indi- 
quent une institution d'origne barbare et révèlent les 
débuts de la féodalité dont les conditions d'existence 
étaient déterminées. Néanmoins, il convient d'obser- 
ver qu'il n'est fait aucune allusion à la foi, à l'hom- 
mage, c'est-à-dire aux rapports marquant la dépendance 
du vassal vis-à-vis de son seigneur. En celte circons- 
tance, la propriété territoriale semble avoir encore été 
régie à titre d'alleu, susceptible d'être aliénée sans auto- 

1. Par acte du \\ novembre io3g. le comte Raymond fait à sa 
femme Isabelle un don nuptial en ces termes : ...decimnm pnricin, 
omnium reriim meaniin ei dono alque confirma, quantum per (juali- 
cumqae voce, moderno lempore, habeo atque deinceps AlUssimus imper- 
tire atqae concedere dUjnalas fuerit, secandam legalem aiictorilatem Lex 
Gotica confirmât. P. de Bofaruli, Los condes de Barcelona vindicados, 
Barcelona, i836, t, II, p. 8. 

2. Zeumer, Fontes juris (jermanici (Pevlz). Hanovrix, 189 j. un 
vol. in 8". Le.r Wisigotlioram, liv III, lit. 1. cliap. v, p. 91. 

3. Il est aussi question de cette quotité dans les règles d'Ulpien. 
t. XV, DE DEC[Mis. vir et uxor inter se, matrinionii nomine, decimum 
capere possunl. Voir aussi Brissaud. Manuel historique du droit, 
p. 1641-1644. 

4. Le placitum. pris dans um sens général, s'applique aux réu- 
nions judiciaires et délibérantes, tandis que le malhis est réservé 
aux séances de justice. Voir Gloss. de Ducange à chacun de ces 
mots. 



4l/i ANNALES DU MIDI. 

risation, et laissant le possesseur libre de toute sujétion. 

Pour linvestiture des vendeurs à l'acheteur, pas de 
longues formules, pas de cérémonies symboliques en ma- 
nière de tradition ; l'acte suffît pour assurer la validité 
de l'opération. Les vendeurs se sont bornés à déclarer 
qu'ils ont fait purement et simplement abandon à l'ac- 
quéreur de leurs droits et qu'ils lui en ont fait la trans- 
mission. Le prix étant payé, ils n'avaient plus rien à 
lui demander et s'engageaient, en cas où eux-mêmes vien- 
draient ou tenteraient à contester la validité du contrat, à 
lui verser une indemnité fixée au triple de la valeur de 
l'objet. De la part de l'acheteur, aucune garantie n'était 
exigée; ce n'est que plus tard que l'on trouve les formules 
relatives aux exceptions, aux manœuvres dolosives et à 
d'autres cas. 

Pour donner une plus grande force aux stipulations 
du contrat, l'autorité des lois était invoquée. Afin que 
la cause d'ignorance ne pût être alléguée, on transcrivit 
in extenso les textes qui établissaient la validité des 
contrats de vente par rapport à la qualité des parties et en 
matière de formalités. La première citation a trait aux 
conditions exigées des contractants, pour que l'acte ne 
fût pas nul. Agés de quatorze ans, ils devaient avoir la 
faculté de disposer de leurs aflaires. Les autres extraits 
rappelaient dans quelles conditions les actes de vente 
devaient être rédigés pour être valables. La première était 
de fournir lu matière d'un texte écrit {scrij)lara) ; la 
seconde de porter avec évidence la date de l'année et du 
jour où ils avaient été retenus. Si ces deux ])rescriptions 
étaient renq^lies, les vendeurs n'étaient plus admis à con- 
tester la valeur de l'aliénation, en prétextant qu'elle avait 
été consentie à vil prix. 

La loi, dont quatie articles étaient cités, n'était autre 
que la Lex W isujothoi-iun reccesvincHana ou Liber jadicio- 



MELANGES ET DOCUMENTS. ''l I T) 

ram' qu'il ne faut pas confondre avec la Lcj: romand 
Wisigothoram. La première, œuvre du roi Reccessvinde, 
promulguée en 654, s'appliquait aux représentants de la 
race conquérante, aux Gotlis, tandis r[ue la seconde, plus 
ancienne au moins d'un siècle et demi, connue sous le 
titre de Brevianam Alarlcl, en souvenir du roi qui en 
était l'auteur, était spéciale aux vaincus, aux indigènes, 
aux Hispano-Romains. Au vu" siècle, le roi Recccsvinde, 
en mettant en vigueur une compilation qui contenait les 
dispositions de la loi barbare, voulut établir l'unité de 
législation dans le royaume et en finir avec les dislinc- 
tinctions de race. Aussi défendit-il de faire usage de la 
Lex Romancr- dont les vaincus étaient redevables à son 
prédécesseur Alaric II. En 1028, la Catalogne oii, après 
l'expulsion des Arabes par Charlemagne, l'ancien régime, 
du moins, pour le règlement des affaires i)rivées, avail 
été restauré, fut soumise à la Lex Wmrjothonim, à la loi 
gothique, comme on la trouve désignée en 1089, dans le 
contrat de mariage du fils de notre comte Bérengcr'. 
Elle se maintint longtemps devant les envahissements 
de la coutume et les applications du droit romain renais- 
sant', 

La date, sommairement indiquée sans mention de 

I. Zeumer. Voir plus haut p. 4i3, note 2. 

3. Zeumer, op. cil. L. Il, t. I, ch. 7, p. 4'» « Nohimas sive liomaiiix 
legibiis, seu alienh instUutioiiibus aniodo amplius convexari. 

3. Voir plus haut la citation du contrat, p. 4i3, note i. 

4. Mélanges FUtiiuj. Montpellier, 1908. Deux vol. in-8'' publiés à 
l'occasion du cinquantième anniversaire du professeur Filting. T. i" 
J.'Flach, professeur au Collège de France, Le droit romain dans /e.s 
Charles du IX' au XI' siècle, p. 383-422. T, II, Hinojosa, professeur 
de droit à l'Université de Madrid, Le droit romain en Catalogne, 
p. 391-408. T. Il, L. StoufF, L'interprétation de la loi romaine des 
Wisigotlis dans les formates da VI' au XI' siècle, p. 165-189. Bris- 
saud, De l'application des lois luisigothiques dans le Midi de la 
France (Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse. 1902, p. 32 1 
328). 



/|l6 ANNALES DU MIDI. 

lieu, ne donne que les calendes du mois, XV kalendas 
scpieinhris, et l'année du règne du roi de France Robert, 
concordant avec celle on l'acte a été passé, anno XXVII 
regni Robert régis (i023). Il n'y a pas lieu d'insister sur la 
présence du nom de ce prince; c'était la preuve des liens 
ou plutôt des souvenirs qui rattachaient la Catalogne à 
la France. Les comtes de Barcelone ne prêtaient pas ser- 
ment à nos rois ; ils semblaient en reconnaître la suze- 
raineté, bien qu'en fait ils affirmassent leur autonomie en 
proclamant dans les formules protocolaires qu'ils devaient 
leur autorité à la grâce de Dieu. Dans notre charte, le 
fait mérite d'autant plus d'être relevé que la mention est 
insérée en pleine connaissance du comte, qui apposa sa 
signature sur le document. La tradition d'indiquer dans 
les actes le règne du roi de France s'est maintenue jusqu'à 
la lin du xii' siècle en Catalogne. 

Au bas du corps de l'acte sont apposées les souscriptions 
des personnes qui avaient un intérêt spécial dans l'acte, 
comme auteurs, témoins ou rédacteurs. Il y a dix-sept seings 
manuels {signa) y compris ceux des vendeurs; trois fonc- 
tionnaires interviennent : le vicecomes ', deux juges, 
dont l'un en qualité de témoin, l'autre de rédacteur, tous 
deux appartenant à l'Église comme lévile, diacres ou sim- 
|ilemenl clercs'-. Plus lard, dans des chancelleries souve- 
raines, un plus grand nombre de dignitaires fut admis à 
ligurer comme témoins cl à souscrire les actes avec appo- 
sition de leur marque. 

Les signa consistent en une croix dans chaque contour 
de laquelle est inscrit un point; le comte, comme il 
convient à son rang, a posé, le premier, sa marque dis- 



1. ]a' viceconu's devait (Mic le piinripnl nllu-icM' du p.dais. l'ad- 
iiiinislratcur général. Noir ("lir.y. Maiiiicl de diploinalùjuc. Paris, lla- 
chello, 189/i, in-S", p. 3^3. 

2. Voirie glossaire de Diicanjrc, un inol LevUa, 



MKLANGES ET nOGL'MIÎNTS. \ ^ -j 

tinctive, et dessiné une croix qui lesscmljlc à celle (jiicn 
termes héraldiques on appelle paltée. 

Dans les signa l'S est relié à la croix par une \'\<r\\v 
courbe qui se rallaclie à la barre transversale; les entrelacs 
sont rares, peu compliqués et ne font pas prévoir ceux 
des âges suivants si tourmentés et si variés. 

L'écriture du corps de la pièce est correcte, soignée, 
régulière, uniforme dans ses diirérenlcs parties, semblable 
plutôt à celle d'un manuscrit qu'à celle d'une charte; la 
première ligne n'est pas tracée en caractères spéciaux et 
n'oflre pas de lettres ornées, comme c'était l'usage dans 
les chancelleries de l'époque carlovingienne. Quand on 
arrive aux signatures, autant de diftérences que de sous- 
cripteurs; quelques-uns ont eu de la peine à finir le mot 
commencé. On ne trouve pas les noms superposés en 
forme de colonnes, on a essayé, avec plus ou moins de 
succès, de les maintenir clans des lignes droites allant d'un 
côté du parchemin à l'autre. Pas de sceaux pendants ou 
plaqués. Le clerc rédacteur, investi en même temps des 
fonctions de juge, s'est contenté de déclarer qu'il a\all 
écrit et souscrit, scripsi et suhscripsi, l'acte, d'y mettre son 
seing consistant en une double torsade. Le document 
était, du reste, suffisamment authentiqué par les auto- 
graphes des participants. Parmi les signataires de la 
charte, nous trouvons des noms qui figurent sur d'autres 
documents du même comte : c'étaient ceux de gens (jui 
étaient de la suite du prince, ses familiers. A la forme, 
quelques-uns comme Gifredas, Sinoberlas rappellent les 
origines germaniques ; d'autres, comme M'iro, Bonijitiiis 
ont une apparence latine. Cette divergence indique qu'il 
y avait encore dans les noms des diflérences qui rappe- 
laient des origines, mais qui tendaient à s'elTacer grâce 
aux progrès de la fusion entre les races. 

Le style est généralement clair; pas de phrases Ion- 



/il8 ANNALES DU MIDI. 

gues et embrouillées, pas de préambules, pas de réflexions, 
de considérations étrangères au sujet. Le rédacteur, homme 
d'affaires avant tout, n'a pas voulu se livrer à des di- 
gressions philosophiques ou littéraires. Afin de rendre le 
sens plus clair et traiter distinctement chaque partie du 
contrat, il a distribué la charte en phrases courtes, sans 
périodes. Le scribe a suffisamment respecté les prescrip- 
tions grammaticales ; parfois les adjectifs et les substan- 
tifs ne sont pas d'accord pour le nombre et le genre; des 
mots ont changé leur forme primitive; des termes ont été 
introduits suivant les besoins nouveaux. 

L'orthographe ne .s'est pas écartée sensiblement des 
principes constitutifs de la langue : la construction a été 
disposée suivant les prévisions de la syntaxe. 

Dans notre charte, comme dans d'autres documents 
contemporains émanant de la chancellerie comtale de 
Barcelone, on a eu recours à une langue, qui cherche à 
rejeter la barbarie des temps précédents pour revenir aux 
bonnes traditions. 

F. Pasquier. 

In nomine Domini. Ego, Berengarius, gratia Dei cornes, 
fdiiis qui fui llaymundi comitis, et uxor mea, Santia, comi- 
tissa, vendltores suuius libi, Gilelmo, filio (|ui fuisli Amati, 
cniplori. l^crhanc sctiptuiam vendiliouis ' | nostiae, vcndiinus 
libi castiuni Moslium, qui dicilur f'.astiuin Veluluin, extrema- 
riuin ', cum fiuibusel teriuinis al(|U(' iidiacentiis eius, lurribus 
alque solariis, doinibus, edificliscunclis.cullo et ercmo,pugios' 
condi rectos | et erernos, rocas condireclas et cremas, terras et 
vineas, cullas et eremas, prala et pascua, silvas elgarricas, ligna 
et lapid<'s, pronuni el pl;iiiuni, décimas et primicias, obla- 

1. La barre Ncilicalc inaicjuc la ï^éparalioii des lignes du texte; 
n indique la cédille de l'e. 

3. H.rli einarium, situé à l"e\li(''inité; n'est pas dans Ducange. 
3. PiKjius \)om' podium. Noir ee mot dans ledit Glossaire. 



MELANGES ET DOCUME^'TS. \ \ () 

tiones alque servitia, obseqiiium ', placila et | niallos', dislric- 
tnai, et omnes voces quas ibi aut nos liaboiims, anl ;ili(|iiis 
princeps' habuit. Advenit mibi, licron^Mrio, per \ocoin pa- 
rentorum meorum, sive per alias ullasquc voces: et inilii 
Santiae, per meiim decimum sive | por vocem largilionis \iii 
mei prefati, quam ibi habeo, sive per alias ullasqnc voces. VM 
deniqne hoc castrum in coniitato* Barchinoneiisi, iii eiiis 
marchiis. Habetque termiiiuni, de parte orientis, in terniino 
castri Sancti Mar|tini et in tcrmino caslri Olerdulae el in i|)sa 
lafcjuna; et vadit per ipsum torrentem Balliboni nscpio in ler- 
niinum castri Sancti Stepbani; de meridic, in lerniino pn-l'ali 
castri Sancti Stepbani; et inde vadit in sninilalein pngii | de 
Calaph ; et usqne in ipsum locnni qui dicitur Ortus ; et \adit 
per ipsum coUum Lodgarii et adberetsc termino de Bagnariis 
per ipsam viam que vadit ad ipsam Spulzellam ; et vadit per 
ipsum campum usque in torrentem Udal|rici; et pervadit per 
ipsum terminum de Albignana et per ipsum serram, qiie est 
super Alastrum; et sic inde per ipsum pugium, qui est super 
ipsos Lanciatos, etadberet termino Nucis et vadit us(|uo ad llu- 
men Gallanum, | et sic inde usqne in rivum ïarraconae; de 
occiduo, in rivo prefato Tarraconae, sive in rivode Vallii)us, a[c] 
revertitur per ipsum castellare de Vallibus per ipsam planani 
usque in rivum Gallanum; de circio, similiterin | rivoGallano 
et vadit per Villam Ardidam et inde pvv terminum montis 
Macelli usque in [i]psum terminum de Marmellare; et sic inde 
us(iue in terminum Sancti Martini prefati, sicul supra scriptum 
castrum, cum omnibus | suis supra scriptis pertinentiis, conti- 
netur infra supra scriptos terminos. et cpiantum |>rcfati tcrmini 
concludunt. Sic vendimus tibi supra scripla oniiiia ; ri nnllani 
vocem ibidem ad opus nostrum reservamus, seil de nostru iure 
in tuum ea omnia tradimus dominium et ])otestatein, pro|)ler 
precium cavallos très optimos (pios, in precio r.x untiarum auri 

1. Obseqaiwn, service d"hoiuieur. Voir le iiiènie Glossaire. 

2. Placilum et malins.- Voir plus haut, p. 4i3, note /|. 

3. Princeps, synonyme de Z)ommus. Noir Giry, Manuel cl- diploinali 
que. Paris, Hachette, 189.I, in-8'\ p. .^a'i-Saf). 

4. ComUato (sic). 



/i20 ANNALES DU MIDI. 

recepimus ; est manifestum '. Quocl si nos venditores, aut aliquis 
homoTitriusque sexiis, contra haiic | venditionem venerimusaut 
veneritad inrumpendum, non hoc valeamnsaut valeatvendicare, 
sed coniponamus aut componat tibi, anl heredibus tuis, supra 
scripta omnia que tibi vendimus, in Iripplum. j Et omni tem- 
pore bec venditio firma permaneat, ut tu et omnis posteritas 
tua faciatis, et nunc et in antea, ex omnibus supra scriptis rébus, 
quodcumque volueris ad vestrum plenissimum proprium. Sane 
et ut bec [ven-J | ditio omnibus modis maius firmitatem obti- 
neat,auctoritatenostrorumiudicum et nostrarumlegum,muniri 
eam fecimus, vel dumtaxat auctoritate legis que continetur 
libro II, titulo v, caput vim, et ila dicit: « ut postquam " si 
qui ve[I c[ue] ] usque ad plénum \ini aiinum aetatis in om- 
nibus iudicandi de rébus suis liberam habeant absolutamque 
licentiam ». Et lex que, eodem libro et titulo, caput i, posita 
est, ila dicit ; « scripture, que diem habuerint évident [er] | an- 
num expressum atque secundum legis ordinem conscripte 
noscuntur, seu conditoris vel testium fuerint signis aut subs- 
criptionibus roborate, omui hal)eanlur stabiles firmitate. » Et 
lex, que continetur libro V, titulo m, caput m, ita dicit : | 
« venditio, pcr scripturam facla, plenam babeat firmitatem » et 
in eodem libro et titulo, alia lex ita dicit : « venditionis bec 
forma servctur ut seu res alique vel terras, sive mancipia, vel 
quodlibet animalium genus venditur | nemo propterea firmi- 
tatem venditionis inrumpat co quod dicat rem suam vili pre- 
cio vendidisse ». Acta est buius veuditionis scriplura xv Ka- 
lendas sebtembris, anno XXVII regni Koberti régis. | 

Y Berengarius, comes; f [Santjiae, gralia Dei ' comitisse. 



1. tJ^l manifesliiin. (Jaud si... Les deux mois est inanifcslum finis- 
sent la ptu-asc i)oiir indiquer que le pjnemeni est cliosc faite, que 
c'est évident. Le point final el la majuscule de (Jiiod annoneent le 
commencement d'une autre phrase. 

2. Ut posUinani si. qui [vel (jne]... sont une addition qui ne se 
trouve pas dans le Icxte de la loi. 

3. Au commencement delacliarle, Méren^LTer s'inlitule C'o/?î<?s(/ra/trt 
Dei;h la fin il renonce à cette désignation que la comtesse s'adjuge, 
après l'avoir omise à l'origine. 



MELANGES ET DOCIMENTS. /| .i I 

nos qui islam venditioneiii fecinms et nnnare rogavirmis, S 7 
Bcniaidi Gifredi; S f Rai|mundi (îifredi. 

S 7 lutias, sacrista qui et iudcx' 
Sf Aianrici, fialris istorum ; Sf Scniofiedi de Sancta Prijxliia ; 
S f Mironis gralm Dei [..,]; Sf Raiamballus, Bonacii filins; 
S f Mironis Sindaredi ; S f Sinofredi Flavii | S 7 Odolardus, 
vicescomes '; S f Gitardi Odolaidi ; S 7 (iiiilardus, Ifxila 
qui et iudex ; S 7 Bonifillius. 

S f Ermengaudus. 

S f Poncii cognomento Bonifilii, cleiici et iudicis, (|ni Imc 
scripsi et subscripsi die et anno (juo supra. 



II 



LA LEVEE DU CAPAGE ET L EMEUTE TOULOUSAINE 
DU 9 MAI 1357. 

Les États de Languedoc d'octobre i3ô6 avaient volé la 
levée du capage jusqu'au jour oiî une trêve serait conclue 
entre les rois de France et d'Angleterre. Or, une trêve de 
deux ans ayant été signée par les deux souverains à Bor- 
deaux, le 23 mars i357, les États au début de mai 133; 
n'en avaient pas moins décidé la continuation delà levée 
de cet impôts 

C'est cette décision qui, d'après dom Vaissète, amène la 
rébellion du peuple de Toulouse. Le livre du boursier 
de Millau* et les lettres de rémission "du comte de l'oi- 



1. Cette suscription est seule entre les deux lignes. 

2. Plus haut, p. 4iG, note i. 

3. Hisl. Lang., t. I\, p. 672. 

4. Cité par M. l'abbé J. Rouquelle, U Rouenjiie sous les Amihiis. 
Millau, 18G9, in-12, p. lo-ii. Cf. A. Molinier, dans ///s/. I.amj., t. i\. 
p. 672, n. 6. 



^2 2 ANNALES DU MIDI, 

tiers (mars i358) ' nous apprennent que cette révolte eut 
lieu le 9 mai. C'est la date même des lettres de rémis- 
sion en provençal du comte d'Armagnac que nous 
publions plus loin, lettres qui sont en contradiction avec 
le mandement en latin adressé le 17 juin par le même 
comte, réfugié à Verdun, au Sénéchal de Beaucaire pour 
la poursuite des coupables. Il faut donc en conclure que 
ces lettres de rémission du 9 mai, délivrées le soir même 
de la révolte, — ce qui paraît singulier tout d'abord, mais 
ce dont il est difficile de flouter après l'affirmation du 
comte de Poitiers, — ont été arrachées au comte d'Arma- 
gnac par la violence. 

Les faits sont exposés à peu jjrès dans les mêmes ter- 
mes par notre document provençal, [)ar le texte latin du 
17 juin 1357 et parles lettres du comte de Poitiers de mars 
i358. Le peuple en armes attaque le château Narbonnais, 
incendie la grande porte de la salle royale et brise les 
autres, en criant : « Mort aux traîtres » ; pendant tout 
un jour les comtes, barons, consuls et officiers royaux 
réunis autour de Jean d'Armagnac sont assiégés par la 
foule ; les mutins mettent le feu à la salle, aux chambres 
et à la tour qu'ils couvrent d'une grêle de carreaux d'ar- 
balète, de pierres et de flèches enflammées ; maîtres de la 
salle neuve, les assiégeants lancent pai- les fenêtres lits, 
coffres, vaisselle et autres ustensiles. Le comte d'Arma- 
gnac, suivi de quelques personnes, s'est réfugié dans la 
tour de la salle neuve ; les rebelles s'elTorcent de l'allein- 
die; ils auraient réussi si l'arrivée d'un secours imprévu 
[auxiluim diolnam) n'eût changé brnsquemcnt la face des 
choses. 



I. Arch. coiiun. Toulouso, AA 45, pièce /Ig. Je dois ririditalioii de 
ce document à l'exlrôme obligeance du couservaleur de cesai'clji\es. 
-M. F. (lalabert, qui se propose de r(>preMdr(' plus tard, lui-niènie, 
l'examen de la question. 



MELANGES ET DOCUMENTS. /JaS 

Plusieurs personnes de l'entourage du comte furent 
tuées ou blessées. Les mutins commirent des vf)ls cl des 
sacrilèges; ils détériorèrent rartillerie roj^ale et hiùlèrcnl 
les archives. 

Le texte latin donne ensuite quelques détails (pic ne 
renferme pas le texte provençal : après le siège du châ- 
teau royal, les rebelles s'en prirent à des maisons parli- 
culières, mettant à sac les demeures d'un chevalier, du 
juge mage et du juge criminel de la sénéchaussée de Tou- 
louse. 

Il semble, ainsi que le suppose Aug. Molinicr, (|uc lo 
révoltés soient restés maîtres de la ville pendant plu- 
sieurs semaines. Le 9 mai, le comte d'Armagnac fait 
remise aux habitants de Toulouse et à tous ceux de la 
langue d'oc, de tout capage, subside et autre contribu- 
tion de guerre; en même temps, il accorde sa grâce aux 
rebelles toulousains, qu'il aime mieux, dit-il, traiter avec 
pitié qu'avec rigueur, puisqu'aussi bien les capitouls, les 
bonnes gens de la ville et les mutins eux-mêmes déj)lo- 
rent ce qui s'est passé. Le comte ne veut pas publier les 
noms des perturbateurs ; il leur pardonne pour le dom- 
mage causé à l'hôtel du roi et jure sur les saints Évangi- 
les de ne pas les « pourchasser »> ; il fera confirmer les 
lettres de rémission par le roi, ainsi que par son lieute- 
nant, et les fera enregistrer par la chambre des comptes 
de Paris. 

Il mande enfin au Sénéchal de Toulouse et aux autres 
officiers de s'abstenir de toutes représailles à l'égard des 
habitants de la ville. 

Aussitôt réfugié à Verdun ', le comte, oubliant pro- 
messes et serments, écrit le 17 juin au Sénéchal de Bcau- 
caire* et aussi à ceux de Rodez et d'Agen et au juge de 

I. On l'y trouve dès le 7 juin (Hist. Lang.. I. I\. j). (i;-^, 11. (Ji. 
■2. Hist. Lang., t. X, c. iiag. 



/i2/i ANNALES DU MIDI. 

Verdun', pour faire arrêter les fugitifs toulousains. Il 
fait, toutefois, exception pour les capitouls et leurs 
assesseurs, les chevaliers, nobles, bourgeois, docteurs, 
licenciés, bacheliers, avocats, changeurs et gros mar 
. chauds \ Plusieurs mutins s'étaient sans doute réfugiés 
dans les montagnes cévenoles. Il ne semble pas que la 
répression ait été poussée très loin. « D'après les docu- 
ments vus par M. Rouquette, les principaux coupables 
furent seuls punis, et encore le comte d'Armagnac dut-il 
accorder leur grâce à un grand nombre de rebelles, à la 
requête des États tenus à Albi le 8 juillets » 

Quant à la cause de la révolte, savoir la prorogation 
de la levée du capage, il paraît bien que la remise qui en 
avait été faite le 9 mai, ne fut pas infirmée comme l'acte 
de rémission. C'est sans aucun cloute en raison de ce 
dégrèvement que, le 16 août iv357, la municipalité de 
Viviers se fit délivrer une copie authentique des lettres 
du 9 mai. La levée de subsides ne devait d'ailleurs pas 
rester longtemps suspendue : le 5 janvier i358, un com- 
missaire, député par Jean de Poitiers et par le partisan 
Arnaud de Cervole, ordonna de recueillir les termes en 
retard de la capitation dans la sénéchaussée de Beaucaire*; 
cette réclamation donna lieu à des plaintes et le comte de 
Poitiers dut interrompre la perception du capage vers le 
milieu de janvier'. Le 9, il le rétablit^ Le (8 février, 
à Montpellier, les députés des principales communautés 
de la sénéchaussée de Beaucaire accordèrent au comte pour 
deux mois la levée d'un autre cai)age. Quati'c jours après, 

I. C'osl ce qui résullc dos lollros ;k1ioss(Vs à cos siMicchaux 
lo 34. Cf., lîolc ci-dessous. 

a. Lcltros du 24 .juin (Arcli. coinni. ioulousc, A\ 15, piôces '|3 .'(0.) 
3. Note de M. Xw^. MoJinier, dans Ilisl. de Laïui.. t. I\. p. G7 >. n. 0. 
/». Ménaid, Ilisl. de Nimes. t. Il, Preuves, p. 19(1. 
ô. llist. de Lang., I. \. Preuves, c. ii'ii. 
6. Ib., t. IX, p. 679. 



MELANGES ET DOCUMENTS. \j') 

le 22 février, à Bézicis, les mandataires de la leniponilii.' 
de l'évêque de Viviers se présenlèionl devaiil le conil.' (!.■ 
Poitiers; ils préleiulaieiit avoir été alTrancliis de Icmli- 
contribution par privilège royal; ils consentirent enfin à 
payer la capitation ])cndant trois mois'. Le liî mai i.'ljs, 
Jean, comte de Poilieis, leur délivra à Toulouse des let- 
tres de non préjudice : l'évêque, le chapitre et les com- 
munautés de la terre épiscopale acceptaient de parlicipi r 
à la finance des deux mille combattanls, mais à hi cDiidi- 
tion que cette libéralité ne fût pas considérée ccjmmc 
une renonciation au\ privilèges royaux qui les exemp- 
taient de toute taille; l'évêque et le chapitre pourraient 
exiger de chaque communauté sa quote-part, sans enCiciii- 
dre les franchises delà seigneurie épiscopale-. 

Ces tractations entre le pouvoir royal et les commu- 
nautés se répéteront à chaque nouvelle demande de 
subside, jusqu'au jour où les Etats provinciaux fourni- 
ront périodiquement de bonne grâce la contribution 
imposée au pays. 

Voilà, certes, un commentaire un peu long pour i)ré- 
senter un document de quelques pages ; mais il nous a 
paru indispensable de rechercher dans quelles circons- 
tances et à quelle fin cet acte avait été dressé ; outre quil 
jette quelques lueurs sur un épisode dramatique de l'his- 
toire de la capitale languedocienne et sur la politi(|ue fis- 
cale du comte d'Armagnac, il pourra grossii- dune pièce 
le dossier, pas très considérable, des chartes rédigées en 
langue provençale. 

Jean Régné. 



1. A.rcliivos do l'Hérault, registres de la sénéchaussée de Mnic 
t. [, p. 307-8. Gf. Ilist. de Laïuj., I\, G79 80. 

2. Arcliives municipales de Mvicrs, A A G, pièce 25. orig. 



ANNALES DU MIDI. W.X, 



420 ANNALES DU MIDI. 



i357, 9 mai. — Toulouse. 

Lettres du comte iVArmacjnac portant remise de capage aux 
haijitants de langue d'oc et rémission de peine aux Toulou- 
sains révoltés. 
(Archives municipales de Viviers, AA 6, n" 21, pièce pareil., vidimus'). 

Johan, comte d'Armanhac, de Fesensac etde Rodes, vescomte 
de Lomanha et d'Autvilar, loctenen de nostre senhor lo Rey de 
France en tota la lenga d'oc, a totz cels que aqueslas letras 
veyran salut. Com lo poble els habitans de Tholosa et de tota 
la lenga d'oc aian soffert sa en reyrelongement tantper lo faich 
de las guerras que son estadas entre lodit Rey n[ostre senhor] et 
ces enemix granre' de greuges^ oppressions et ennumerablcs 
despens, en continuan tôt jorn et demostran gran lieutat et 
fizeltat aldit Rey nostre senhor et a la corona de Fransa, saber 
vos fam que nos, aguda concideracion a las causas dessus di- 
chas, als dit/ pobles et habitans de la dicta \ila et a totz los 
autres pobles de tota la lenga d'oc et a chascun de lor avem 
remes et (juittat et remetem et (|uittam per la ténor de las pre- 
sens de grâce especial et de certa sciencia etde l'auctoritat reyal 

I. Sicard de Beaulion (Pnlcliroleonc). damoiseau, sergent d'armes 
du roi do France et bailc de la cour commune de la cité du Puy, 
vidime un acte en parchemin écrit des mains et seings manuels 
deM'^.Ican Houvieret Ponce EsmenricdeMontpellier. notaires royaux, 
el muni du sceau de la cour ordinaire de Monlpellier. Dans cet acte 
est insérée une lettre notable {spectnbilis) du comte d'Armagnac, de 
Fezenzac et de Rodez, vicomte de Lomagne et de llautvillars, et lieu- 
tenant (lu roi de France dans les parties d'oc; transcription faite, 
le 5 juin 1357, sur l'ordre d'Hugues de A alboissièrc, juge de la cour 
ordinaire de Montpellier pour la partie récemment acquise par le 
roi de France. Les lettres du comte d'Armagnac étaient scellées de 
son propre sceau de cire verte, pendant sur cordelette verte, et por- 
taient la date : Toulouse, mardi 9 mai 1857. Le vidimus est délivré 
par le baile du Puy à noble André de Malhau (Maliavi), de Vivieis. 
le iG août 1357. Uepli partiel du |)ar(liemin; sceau en lire brune de 
la cour corunuine du Pii\ apix'iidu sur simple queue. 

■j. Beaucoup. 

3. Dillicullés. 



MELA\(.ES ET DOCUMENTS. 'iJ.-j 

;i nos aulreada tôt cabalf^^e', lot subsidi et Iota aulra siibNcncio, 
composicio, on que lodil poble et habitans son o poyii.m essor 
lengutz au Hey nostie sonhoma autre e nom do luy per lo faicli 
de las ditas guerras. Et nonremens' coma alcuna parlida dois 
habitans et poble mentit de la dita vila de Tholosa por caler ot 
per escalfamen de ira se sia ajustât' en grant iioinhio cm divi r 
sas armaduras, coma platas', bassinolz, balestas\ gasarnias', 
barras, paveses', lansas cl autres arneses" et soyenl vongiil/ a 
maneyra d'osl et aian mis foc a la gran porta et dosbol.ulas ot 
rompudas las autras de la sala nova real de Tiiolosa, cridaii « a 
mort, a mort, moyran los Iraidors, moran » et ganrc d'autres 
criz, meten foc en la sala, cambras et tors, gitan carrelsd'arcz, 
peiras et autres arnezes ol combatennoset nostrasgciisetgilalz 
lictz, cofres, vaicelas et autres ordilhamens'per las feneslrasde 
la dita sala nova real et ganre d'autres excesses comessos, don 
mortz, mutilacions el plagas et violacions de salvagardas rcals 
se son enseguidas; el por lor insull nos es con\ongnl on loc do 
gaudida'" dins la torl de la dita sala nova, dins laquai se sont 
esforsat de dampnetgar" nos et nostra persona el daulrcs tpie 
eran am nos dins la dila lor. Nos avens compaciou a la dicha 
calor et ira et non voloii usar en els de rigor mas de pietat el 
de misericordia, attendu l ishament" que las causas dessus ditas 
an formens desplagul al capilol de Tholoza et a las aulras bo- 
nas gens d'istat de ladila vila el a totz aquels que an estai o 
participât al dil ensuit ajuslainenl", nietemontdo focs, cmidja- 



1. Capitation. 

2. De plus. 

3. Rassemblé. 

4. Plastrons on plaques do for. 

5. Arbalètes. 
G. Guisarmes. 

7. Grands boucliers. 

8. Harnachomonls. 

9. Ustensiles. 

10. Jouissance, possession. 

11. Endoinuiager. 

12. Également. 

i3. Rassemblement. 



428 ANNALES DU MIDI. 

temens, murtres, robaries, plagas, mutilacions et autres excès, 
comben que lors noms no sien aissi declaratz. Avem remes, 
quittât et perdonat et remetem, quittera et perdonam per la 
ténor de las presens de nostra dita gracia especial, certana 
scioncia ot auctoritat real, de nostre propri nlovement et de 
nostra bona et libéral volontat, totz los crims, maléfices et ex- 
cesses dessus especificatz et declaratz et autres conus que soien, 
comben que non sien aissi especificat[z] per lor tant conjunta- 
mcnt quan singularment comesses et perpetratz en atjuesta 
partida, et tota pena criminal ou civil que per aquo porrien 
aver comesa envers lo Rey nostre senlior et tôt lo dampnatge 
que s'en es enseguitz a l'oslal del Rey ou au trament, et lor pro- 
melem en nostra bona fe et juram als sains quatre deus evan- 
gelis de nostra ma personalment tocatz que nostra présent gra- 
cia lor tendrem et servarenf et farem tenir et gardar a tôt nos- 
tre poder et la lor farem confermar al Rey nostre senhor et a 
son primer nat fil et loctenen et passara la cambra de ces comp- 
tes a Paris. Et prometem nonremens als ditz pobles et als au- 
tres habitans de la vila de Tholosa en nostra fe et sacrament 
dessus ditz per nos et nostres fils et tolz autres valcdors' que 
per occaiso de las causas dessus dicbas no lor farem ni per- 
quassarem ni farem far ni percassar^ dampnatge en lors perso- 
nas, en lors bes. Et mandera et comandem coma locten del 
Rey nostre senhor al seneschal de Tholosa et al viguer e a totz 
autres jutges, thesaurers et officiers de Tholoza et de la senes- 
callia et a cascun de lor o a lor lieuttenen que per las causas 
dessusditas ou alcuna d'a({uelas o de las dependcnsas non vexo 
ni molesto los ditz pobles ni habitans en cors ni en bes ni en 
denguna maneira. Et per so que nostra présent gracia sia ferma, 
establa et perdurabla, nos y avem faitz mètre nostre segel en- 
pendent. Dadas a Tholoza, lo dimars noven jor de may, l'an de 
gracia mil et GGCLYIJ. Per domiimm locumtenentcm : Petrus 
Jovini. 

1. Auxiliaires. 

2. l^ourcliasser. 



MELANGES ET DOCUMENTS. \2() 

III 

CONTRIBUTIONS A l'hISTOIRE DE l'aRT MERIDIONAL 

II. — Note sur les peintres de Toulouse entre l.'jffd <■/ i:,'ili. 

La « vénérable fraternité, compaignie et allianœ dos 
painctres, verriers et tailleurs d'imaiges de ïholose », 
placée sous la protection « du glorieux Monseigneur Sainct 
Luc, qui est patron de toute pourtraicture », avait lail 
réformer ses statuts en i5i3. A cette époque, Toulouse 
devient une des grandes cités marchandes de l'Occident. 
Pour elle commence une période de magnifique prospé- 
rité. L'art y va prendre un nouvel essor. De plus en plus 
nombreux, les artistes se groupent et élèvent en commun 
la voix pour revendiquer leurs droits méconnus. Des looG, 
« voyant les abus et tromperies qui se font au dict oITicc 
de painctrerie et veyrcrie », huit maîtres rédigent et vingt 
maîtres signent un projet de règlement, qu'ils présentent 
à l'approbation des Capitouls'. A l'appui de leur requête, 
ils précisent la nature de ces « abus et tromperies ». 
Tout d'abord, les règlements antérieurs, n'ayant jamais 
été confirmés par l'administration municipale, ne dispo- 
saient d'aucune sanction ; « par ainsi chacun faict à son 
plaisir ». De plus, « il y a long temps que les dicts esta- 
tuts ont esté perdus entre les mains de feu maislre Guil- 
laume Papillon, à qui Dieu fasse mercy et pardon. «Pein- 
tre « de grand renom », Guillaume Papillon a a voit des 
ouvrages plus qu'il n'en sçavoit faire ; et par ainsi ne se 
curoit des autres, mais tenoit les estatuts en sa main..., 

I. Le texte de ces statuts et la requête aux capitouls ont été publiés 
par Belliomme dans les Mémoires de la Soc. archéol. du Midi. V, i84'», 
p. 168-181 ; cf. A. du Bourg, ibid., XIV, 1889, p. a^o. 



43o ANNALES DU MIDI, 

et les a bien tenus par l'espace de vingt ou trente ans, et 
n'y avoit pour lors homme qui les put recouvrer. Car 
avoit trop mauvaises opinions envers les maistres qui 
pour lors estoient; et pour fuyr à plaideyer contre lui, 
aucun ne s'en mesla plus »'. De ce peintre réputé, qui 
manifestait un tel mépris de ses confrères et des statuts, 
il ne reste rien. Nous savons seulement qu'il travailla 
pour l'Hôtel de Ville- en i/jSy et en 1^98. Son atelier ne 
disparut pas avec lui. Nous lui connaissons un fils, Fran- 
çois Papillon, qui fut peintre'; François figure parmi les 
signataires du projet de nouveaux statuts. Sa fille Jeanne 
avait épousé en premières noces le peintre Guillaume \a- 
lotS sans doute père de ce Bernard Nalot qui passait pour 
être le meilleur peintre de Toulouse sous le règne de 
François I' : pictura Nalotus erat praestantior\ Devenue 
veuve antérieurement au mois d'avril i5o8, elle épousa 
en secondes noces, au mois de mai i5io, le maître pein- 

1. Belhommc, loc.cii..p. i8t. 

2. Roschach, Simple note sur quelfjueK artistes, dans Mémoires Soc. 
archêol. du Midi, XI, 1874-79, p. 9, oL Les douze livres de l'Histoire de 
Toulouse, dans Toulouse, Assoc. fraiu;. p. l'avanc. des sciences, 1887, 
p. 356. 11 admet, sans en donner de preuves, ridcnlitc de Guilhcm 
Minier, peintre du Capitole en 1^69, et de Guillaninc Papillon. 

3. Il est peu vraisemblable qu'il s'agisse d'un frère: car il n'est 
(pieslion jusqu'ici de François Papillon qu'après la mori de (luillaume. 
Outre le ])rojet de statuts, cf. Arcbives notariales de Toulouse, de 
l'odio, notaire, reg. I i5o5-i5u8, acte du 7 juillet i5o(), <> tradilio ad 
cdifjicnndum », témoin : Franciscus Papillon piclor, et rcg. III, f" 68. 
août i5io. 

f\. Arch. nol., de Podio. reg. II i5o8, f° 11 (procuration, la avril) : 
« Johanna Papilhona, hères magislri Guillelmi Papillioni quondam 
pictoris Thle, relicta magislri (îuillelmi Nalot quondam pictoris » ; 
cf. f' 34 v° (procuration. 17 juillel). De son premier mariage elle 
avait luie fille, Herllioline Nalol, qui épousa d'abord le marchand 
Anioinc Hodel, puis en secondes noces le marchand Durand ^diiard; 

\rcli. not.. Scuderi, reg. 1027, à la date du 3 février iSaS n. s. 
ô. Augier Ferrier, dans son poème sur les hommes illustres de 

Toulouse au xvi»^^^ siècle, en lèlc de l'Histoire lliolosaine d'Antoine 
Noguier . 



\ 



MELANGES ET DOCUMENTS. \?, \ 

tre et verrier Antoine Ferrct', originaire d'Auvergne' cl 
qui venait de se fixer à Toulouse. L'année suivante, An- 
toine Ferret était baile de l'office des peintres'. Deux lois 
il fut chargé d'enluminer les Annales cdpilakdres , en x'vm) 
et en i53i. Son nom reparaît souvent dans les documenls 
relatifs à l'art toulousains entre 1620 et i55'|. 

Parmi les artistes qui signèrent le projet de lôoli, plu- 
sieurs nous intéressent à divers titres. 

Mathieu Cochin, peintre, est-il le même que M ace (lo- 
chin, enlumineur, qui signait en mars 1/178 une suppli- 
que adressée aux Gapitouls par cinq maîtres en lin I 
d'enluminure, pour exposer la décadence de leur méliei 
et faire reviser leurs statuts'. L'identité de ces deux Cocliiii 
paraît assez vraisemblable. Les « pauvres enlumineurs » 
se plaignaient d'être ruinés par l'imprimerie; ils proles- 
taient contre l'introduction à Toulouse et la lapide dilTu- 
sion des « livres dimpressure, amenez pour vendre d'AUc- 
maygne, Rome, Venise, Paris, Lyon" ». Ils obtinrent, en 
effet, des statuts nouveaux, datés du 12 novembre i/|8i. 
Nous connaissons encore en i5i3 rfï/ami/iayre Jehan Merle, 

1. Arch. noL, de Podio, 10g. III, f" 33 v" : « matriinoaUiin Anllionii 
Ferreti pidoris et viclrera Tlde c Joimnnc. Papilhone », 27 mai i.)iu. 
Témoins : Jehan Grandjoan, imprimeur; Guillaume Boysson, 
libraire; Etienne de Ferrières. apothicaire; Jehan Ferret, frère du 
marié, habilanls de Toulouse. Antoine Ferret eut une fille, Jeanne, 
qui épousa en iâ3o le marchand toulousain llaimond Auzat, fds 
de GuUlaume Auzat, de Garbonne dans le diocèse de Ricux ; il lui 
donna en dot 4oo livres; Arch. not., Scuderi, reg. i53o, f' i'|N. 
1 1 octobre. 

2. De Podio, loc. cit. : « oriundum ville de Brcude (Brioude?) in 
Alvernia ». 

3. Ibid., f" 325 : localio bnialorum inagislcrii picloniin, 9 février 
i5i2 n. s. 

4. Références dans Graillut, Nicolas Bachelier, 191/1, p. 3(i. \ntoine 
Ferret semble avoir été très lié avec Bachelier. 

5. Le texte de cette supplique a été publié par Boschach, Lc.< 
douze livres, etc., p. 352-354. 

6. On imprimait déjà des livres à Toulouse en i\-(). 



/ioî ANNALES DU MIDI. 

qui travaille pour les Capitouls', et en i5i5 maître Guil- 
laume Fabre, UUiminalor lihrorum, qui achète une maison 
rue des Imaginaires^ Mais, après les premières années du 
XVI" siècle, on ne retrouve plus trace de leur corporation. 
Les derniers gagnèrent leur vie en exerçant la profession 
de relieurs'; l'un d'eux se réfugia dans le notariat' ; quel- 
ques-uns, qui ne se contentaient pas d'être experts en 
l'art « de florisseure, champisseure, devise et vignettes ' », 
mais qui savaient aussi figurer des « histoires », durent 
chercher à se faire inscrire dans la corporation des pein- 
tres et imagiers. Celle-ci leur ouvrait largement ses por- 
tes : « item seront receus en la dicte confrairie et jouy- 
ront dos privilèges d'icelle, c'est à sçavoir tapiciers, en- 
lumineurs..., e^t toute manière de gens usans de l'art de 
lK)urtraicture, en payant toutesfois pour leur entrée dix 
soûls chacun » (art. 7). Aussi bien, les meilleurs peintres 
étaient-ils appelés à faire eux-mêmes œuvre d'enlumi- 
neurs sur le vélin des Annales capilukdres". 

Jehan ç\e Meaux et Jehan Duval, surnommé dans d'au- 
tres textes « lo Picart » ", sont des septentrionaux, comme 
Jehan d'Etampes et Jehan d'Amboise', qui travaillent 
aux préparatifs de lentrée triomphale de François 1" 
en i533, — comme le peintre Jehan du Clou, « alias de 

I. Hoschach, lue. cil., p. 356. 

a. Bcnoîlc Arnaud, femme du pcinlie Jehan Duval. « commorans 
in burgo Carcassonnac », lui vend celle maison ; Vrcli. not., de Podio, 
reg. IV, f" 197, ai février i5i5 n. s. 

3. Après la réforme des statuts en i48i. le chef-d'œuvre porte à 
la fois siu- l'art d'enlnminure et surj'arl de reliure; cf. A. du Botn-g. 
loc. cil., p. 24 1. 

'i. Roschach, Simple noie, etc., dans Méin. Suc. archcol. du Midi, \1, 
1874-79, p. 10. 

5. Statuts de 1478, art. 7. 

G. Voir la liste, d'ailleurs incomplète, donnée par Uoschach. Les 
douze livres, etc., p. 356. 

7. Arch. not.. de Podio. reg. 1. à la date du 35 mai. 

8. (iraillol, o/>. cil., p. 35. 



MI?L\Nr.ES ET DOCUMENTS. /|33 

Calais' », mort en i536, — comme le sculpteur Jehan 
Taillant, dit \Ianceau% — comme les maçons et tailleurs 
de pierre Guillaume et Jehan Langlois, dits les Picards, 
qui besognent en i5oo pour le marchand Bernuv ', Pierre 
de Saint-Maur*, Jehan Barbier, natif de Saint-Aubin-dc- 
Guichard dans le diocèse d'Évreux", qui collabore à la 
construction du donjon ou Tour des archives du Capi- 
tole, — comme le menuisier et sculpteur sur bois Pluyllc, 
natif de Fontenay-aux-Roses, dans ITle de France, (jui 
épouse en 1007 la fdle de Jehan Barbier". Nombreux fu- 



1. \ich. not., Rcbe, reg. i5ai-i529, f" 96, i"' mars 1027 n. s.; cl 
f" i53 v", II nov. 1527, « Jehan du Clou, dict de Calays, pinclre »; 
Teslainenls, f" 88, 3 février i536 n. s. : « dans la maison de Jehan 
du Clou assize en la rue de Payrollières » (il laisse un fils, Jehan, 
et une fille, Marie, mineurs, et « a voulu et ordonne que après son 
trépas ses enfans soient régiz el gouvernez par Joseph Cracier. 
pinctrc et victricr, son serviteur » ; il déshérite sa femme, Jeliainu' 
des Pujols, « à cause que a esté trouvée en adultère »); f" 99 v°. 
« clausule du testament de feu maistrc Jehan du Clou quant vivoit 
pinctre de Thle », 2^ octobre; Salamonis, reg. i528-i535, f" 202 v", 
« debilam Johaiinis du Clou allas de Calais el Jacobl lion plcloruin 
Thle », 19 juin i53i; f" 267 v", « procuralio halalorum plcloruin ". 
9 avril i532. 

2. Références dans Graillol, 0/). cl!., index, s. v. T(tilh<m. 

3. /6td., p. 27, n. 2. 

4. Arch. not., Scuderi. reg. i53(), à la date du 2ti octobre; il est 
témoin à une vente de maison. 

5. Ibld., reg. 1537, f" 1 3, « donation J'aicle ixtr nialslre Jehan Barhier. 
lailheur de pierre, à Thomas Barbier son frère », i4 avril 1.137; ils 
sont « fils et héritiers de feu Raulyn Barbier, en son vivant habitant 
du lieu de Sainct Âubyn de Guycherl, diocèse d'Esvrux en Norman- 
die ') (aujourd'hui dans farrondissemont de Bernay). Il avait épousé 
en i5i(3 Guillcmette Cordon, de Rabaslens, dans le diocèse d'Albi. 
sœur d'un maçon de Toulouse; Ibid., reg. lôiC, f" 28 v" « reœijniUo 
dolis », où il se dit « oriundum ville d'Ubrus (Evreux) palriae Nor- 
mandiae ». 

6. Arch. not., Scuderi, reg. 1037. pièce détachée, datée du 
16 avril 1537 : mariage de Claude Pluycte el de Dauphine Barbier 
(dot : 200 livres tournois, plus 3o livres pour faire deux robes): 
cf. f" 16 V", « quldancia dotis maglslri Johannis Barbier; reg. i538. 
« ratificallo vendicionis », 9 avril i538 : Dauphine Barbier ratifie la 



\'6fl ANNALES DU MIDI. 

rcnt, dans la première moitié du xvi" siècle, les artistes 
venus des pays au nord de la Loire. Les plus anciens res- 
taient encore fidèles aux traditions et aux formules de 
l'art gothique; ce sont deux lacis de nervures angevines 
que Jehan Barbier a dessinés, en i525, pour les deux 
voûtes de la Tour du Consistoire et des Archives munici- 
pales. Aux derniers venus, dont la génération s'est con- 
vertie à lart nouveau, certains monuments de la Renais- 
sance toulousaine doivent peut-être la sobriété de leur 
décoration, qui contraste avec l'exubérance toute méri- 
dionale d'ornementations voisines. 

Pélegrin Frison étail-il d'origine frisonne, comme l'ad- 
met Roschach', qui lisait à tort « Pierre Gony, Frison».^ 
Il y eut à Toulouse d'autres artistes originaires des Pays- 
Bas, tels : Pierre Gerhaidt ou Girard, « Olandès= », reçu 
maîlre peintre le \ mars i53i, et peut-ètie aussi le pein- 
tre François Godoffre ou GodofTle', qui comptait déjà 
parmi les anciens maîtres en i5i6; quant à Gautier Lub- 
bert, surnommé Salvaige, qui était né dans la région 
d'Utrecht et qui exerçait à Toulouse la profession de lal- 
haiiderius ymagincrioruin, talhanderhis yinagiiiarum, il fa- 



vcnlc l'iiilo par son mari à iiiailrc Nicole l'iiiulc. pirlrc. i. natif de 
Fonlanay en France, à présent demeurant à l^aris ». de ô arpents i :j 
de terres « assizes au terroir de Fonlanay et Marly la \ ille » ; Pailliès 
notaire, reg. iS'ig, f" 56 V, 27 avril : « >icliolle I^luycte. principal du 
coiliègc des Bons Enfans de Paris, héritier de feu maistre (Claude 
l'iuyclc, quant vivoit frère dudict Xiclioile et menuisier du dict 
Ttiolose »; reg. i55o, f" 5o3 v°. 

I. Simple noie, etc., loc. cit.. p. m: Les douze lirres. etc.. 
p. 35(). 

-■?. Arch. comm., HH i'ôl Lirre dex inrulrises. i525-i.')'i '(. f' 17'! ; Hos- 
chacii, Simple note, p. 11. 

3. Raile de l'office en ibu--28 et en i53r)-.')(); cf. Arcli. comm., 
loc. cit. f" 72 et 262; voir aussi Arcli. not.. Saurelli, reg. lôaS-iSaG, 
f" KKj, (< Inslrnnienhun paelorwn lalmlae C.ovporis Christln, 3 juin 
1026, peintures de l'aulel et du retable de la confrérie, à l'église 
cathédrale. 



MELANGES ET nOCUMENTS. /|35 

briquait des outils pour sculpteurs et tailleurs de |)iiMio'. 
Dès i5o3, puis en 1 507-1608, iôii-ir)i.>, lôi^-i.ji/i, 
i^élegrin Frison avait fait les portraits des Cai)ilouls, soit 
au livre des Annales, soit au grand Consistoire-. Kn lôiC», 
nous le voyons travaillera un retable, destiné à la cliapellc 
d'un des nombreux collèges qui s'élevaient dans le quartier 
de l'Université. Il s'agit du collège de Saint-Nicolas, plus 
connu sous le nom de collège de Mirepoix en souvenir de 
son fondateur'. Le bail à besogneporteladate du 1 1 juin'. 
Trois collé^iats, au nom du dit collège, y commandent à 
l'artiste un retable à trois « tabernacles », c'est-à-diie un 
triptyque'. Celui-ci doit mesurer quatorze pans (.î m. if) 
environ) de largeur sur douze pans (2 m. 70) de liautcur 
aux extrémités" et quatorze au milieu, à cause du con- 

1. Arch. not.. Salamonis. rcg. lô'îi-iôaS, à la date dti 3 aoi'il \?)i-, 
" procnralio Gnulerii Lubbeiii alias Salvaûje. IfiUidiiderii ynuujiiwrio- 
rnin Thle habikdoris » ; dans l'acte, il est nommé « Honteiius ï.ut^lx'rli, 
tallianderius ymaginarum Thle » ; il désigne comme son procureur, 
au sujet des biens de sa mère, « Peirum Jolianui, mcrcaloreni, 
oriundum vljlae de Vie et habitatorem viilae d' Amofardis (Amers- 
foort) ducatus Trayalencis » (Trajcctensis = d'L'tn^cht). 

2. Roschach, Les douze livres, notes manuscrites, aux Krcliixes 
communales. 

.3. (le collège avait été fondé j^ar (Guillaume du Puy, évèquc de 
Mirepoix (i4o5-i43i), pour 8 écoliers et a prèlies. dans une maison 
qu'il possédait à Toulouse. 

'4. Arch. not., de Podio, reg. \ , f" .Si v". Ce bail a été déjà signalé 
par J. de Laliondès dans \c Biitlelin de la Soc. archéol. du Midi, u" ■>.9.. 
1898, p. 162. 

5. « Anno domini etc., pcrsonaliter consliluli discreti \iii ma 
gislri Johannes de Castro, Franciscus Baronis (ou Harrius) baccala- 
rii et Anthonius de Sancto (?) collcgiati collegii bcali Mcholay Tho- 
lose. alias de Mirapeys qui gratis etc., omnes Ires insimul nomiue 
dicti collegii tradiderunt magisijio Peregrino Frczon pictori Thle 
habitatori ibidem praesenli etc.. ad lacienduin ununi relaide in ca- 
pella ejusdem collegii, etc. » Témoins : « nobilis Johaïuies de Huppe- 
forte dominus de Viviès (,Iehan de Roquefort, seigneur de Mviès). 
Anthonius de Ruppeforte viguerius Appamiarum. magistri Antho- 
nius Seguy sludens, Bernardus de Maura fuslcrius. .lohannes (Janal 
argenterius ». 

6. « A duobus lateribus ». 



436 ANNALES DU MIDI. 

ronnement', trois pans (o m. 67 environ) étant réservés 
au « marchepié », c'est-à-dire à la prédelle^ Les trois 
panneaux ou « parquetz » seront de chêne ou de noyer, 
au choix du collège ; des pilastres en bois mouluré sépa- 
reront le panneau central des deux autres % et l'encadre- 
ment du tout sera décoré de (( ramages « d'or fin. L'artiste 
s'engage à peindre « trois grands personnages, longs de 
sept pans » (i m. 07 environ), par conséquent presque 
de grandeur naturelle* : au centre, Notre-Dame de Grâce, 
tenant l'en faut Jésus sur le bras; à droite, saint Nicolas, 
« avec trois petites filles et trois petils garçons»; à gau- 
che, sainte Catherine, comme patronne des études-. Sur 

1. « Item diçluin relaule ih incdio crit altius secundum quod 
convcniet et pertinebit diclo relaulo. Item ulterius fuit pactum quod 
le poinel in incdio dicli relaale et in summilate existens ascendet 
duos palmos sujira totuni residuuin cl crit altius de duobus pal- 
niis ». 

■j. u De quibus quidem duodecini paiinis profunditalis sivc longi- 
tudinis dictus piclor ponet très palmos en marchapié et novem palmos 
ad faciendum personatgia in dicto retaulo existcncia ». 

S. <( In quo quidem retaulo erunt 1res parquetz et duo pilaria in 
medio; et a duobus laleribus erunt los bortz, quae quidem pilaria 
et borlz operabuntur operis (sic) de menuserie condecentis... Et 
circa turnum illiiis dictus pictor lenebitur el debebit facere ramal- 
gia etc. » 

4. « In tribus lahernacles illiiis. dictus piclor lenebitur facere tria 
magna personatgia, videlicel imaginem beatae Mariae graciac, Icneii- 
tis ejus filium in brachio, et erit in medio; et a latere dextro ymagi- 
nem beati Mcolay cum tribus parvis puellis et tribus parvis pueris, 
et a Jaterc sinistro crit sancta Catherina. Quae quidem personatgia 
erunt longitudinis septem palmorum cl eruiit depicta ex bono auro 
et aliis bonis coloribus. Quae quidem ymagiiies erunt picture plane. 
Et in tribus palmis in marchapié lemancntibus. diclns pictor pro- 
misit depingerc duodccim aposlolos et ymaginem dei in medio ». 

5. Les trois garc^-ons assassinés et cachés dans le saloir, qu'il ressus- 
cite, et les trois jeunes filles ({u'il arrache au déshonneur; cf. J. Laro- 
che, Iconographie de S. Nicolas daws la Revue de l'art chrélien, 1891, 
p. lo^-i 19. 

6. Elle était instruite dans tous les arts libéraux, el la Légende 
Dorée exalte à la fols sa science, sa dialectique et son éloquence, qui 
lui permirent de discuter victorieusement avec les plus fameux 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. /l.'i" 

la prédelle, il disposera les douze apôtres enlouruiil le 
Christ. «Toutes ces images seront de peinture plane », 
c'est-à-dire sans aucun de ces oriienienls en relief, oblciuK 
par des stucs dorés ou peints, dont la mode se |)erpéluu 
si long-temps de l'autre côté des Pyrénées. Pour parfaire 
son œuvre, on octroie à Pélegrin Frison près d'un ;mi. 
jusqu'à la prochaine fête de Pentecôte. Le prix en est fixé 
à 107 livres 10 sous tournois'. Il est spécifié que, pour la 
qualité des couleurs et des ors, on la veut aussi riche, 
« et même plus », qu'au retable de la chapelle de la Sainte- 
Trinité dans l'église des Frères-Prêcheurs. Ce texte paraît 
bien sous-entendre que le retable des Jacobins, inconnu 
par ailleurs, était aussi l'œuvre de Pélegrin Frison. 

L'article 11 des statuts interdit aux maîtres d'avoir plus 
d'un apprenti : « item estatuèrent et ordonnèrent Messei- 
gneurs de Capitol que a nul maistre du dict office soîct 
permis ne licite tenir oultre ung apprentif au dict othce. » 

Voici, sur le lieu d'origine de quelques apprentis et sur 
la durée de leur séjour dans l'atelier du maître, certains 
renseignements fournis par des baux d'apprentissage. 

Chez Pélegrin Frison : i4 juillet i5oâ, entrée de Pierre 
Vallé, fils de feu maître Bernard Vallé, d'Albi, pour 
3 ans^ 

Chez Mathieu Cochin : 29 avril i5i3, entrée de Jelian 
Lasserre, de Lisle-en-Jourdain (Gers), pour ô ans'. 

Chez le même : 2/1 juillet ibi'j, entrée de Pierre Albes- 
prin, tils de feu Antoine Albesprin, âgé de 12 ans, pour 
5 ans*. 

philosophes de son temps. L'un des collèges de Toulouse portail sou 
nom. 

1. Il devra loul fournir, sauf les ferrures (ferramenta) destinées 
à tenir en place le triptyque. 

2. Arch. not., de Podio, reg. l, i5o5-i5o8. f" 5 : « localio faimtli >•. 

3. Ibid., de Podio, reg. IV, f 12 v". 

4. Ibid., de Podio. reg. V, f" i83. 



438 ANNALES DU MIDI. 

Chez Jehan Baudoni : 28 janvier 1027 (n. s.), entrée 
de Jehan Delhermet, originaire du lieu de Thédirac, dio- 
cèse et sénéchaussée de Gahors {Lot, arrondissement de 
Gourdon), pour 5 ans'. 

Chez Antoine Ferret : iG février i532 (n. s.), entrée 
d'Antoine Vergié, de Montauban, pour 6 ans-. 

L'article 8 comporte l'obligation, pour « tous les com- 
paignous qui vouldront lever boutiques en la dicte ville 
de Tholose et gardiage d'icelle ou passer maistres d'iceulx 
offices », de faire quelque chef-d'œuvre de leur art. Le 
sujet du chef-d'œuvre et les conditions imposées pour 
l'obtention de la maîtrise font l'objet d'un acte notarié. 
En voici deux exemples. 

Le 4 janvier i5i7 (n. s.), dans la boutique du notaire 
Hugues Dupuy^ sont présents : 1" les bailes de l'office 
des peintres, François de Labadic et Michel Portai ; 2" les 
maîtres peintres Pelegrin Frizoïi, Laurent Gonand, Ma- 
tliieu Gochin, Jacques Gochin, lléliot Portai, François 
Godofi're, Guillaume Laforgue, Henri de Granas, Goriiille 
Stiève ou Estienne, Jehan du Glou, constituant la ma- 
jeure partie, et aussi la plus âgée, du dit office^; 3" le 
compagnon Biaise Olivier, candidat à la maîtrise; /|" maî- 
tres Arnauld Garnault, gaînier, et Mcolas Bagoticr, ar- 
gentier, en qualité de témoins. Les bailes remettent à 
Biaise Olivier « une image d'eslolTure de Noslre Dame », 

I. ////(/., Simoiiis. roo;. i5:^i i.'^aS. 1" 180 v". « ad iiddicoiidum artoiii 
do pinlraria ol do lalha ». Co point ro Haudoni osl aussi « magisloi' 
in ailo palosliiiiao ». cVst-à-dirc iiiaîlio d'oscrinio; lo 7 avril i'y?S^. il 
passo un ooiilial a\oc io prôvôi (iiiillaimio Uaiiiond. pour orgaiiisor 
uiio salio d'anuos, « iovar scnla d(> la dicio ail do palosiriiia on Tlio- 
iose aprôs Pasquos »; ot oïdio ou\ » osl pacli- (|iio lod. l'andnni don 
nionslrar al dicl (luilboni Uaniond loul/ los soorolz ol j.;ardas (pio 
apartoncn à ung maislrc do ladiclo arl »; ibid.. f" ô8. 

■2. Ibid.. Salanionis, reg. i5'i8-i535, 1'" •<'i7. 

'6. Ibid., do l'odio, reg. V, f" 110 v". 

4. " Tanquani major et senior pars locius ollicil ». 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. /iSg 

c'est-à-dire une statue ou statuette de Madone (ju il 
s'agit d' « estoffer », en la pol\ chromant de couleurs 
appropriées. L'image, don du maître Laurent Conand à 
la confrérie dudit office, était peinte en blanc. Olivier 
doit la racler jusqu'au bois en évitant toute détériorai ion, 
la soumettre dans cet état aux bailes et à six maîtres, (pii 
jugeront de la bonne ou mauvaise exécution de ce tra\ail 
préliminaire, et enfin la peindre à sa guise'. Pour accom- 
plir celte besogne, on lui accorde jusqu'à la fête de saint 
Jean-Baptiste; mais, durant cette période de temps, il ne 
pourra pas accepter d'autre tâche. Si l'œuvre est jugée 
bonne par les bailes, elle sera reçue comme chef-d'œuvre 
conformément aux statuts; sinon, il paiera le prix de 
l'image à la confrérie, d'après l'estimation des bailes et 
de tout l'office des peintres. 

Le i3 novembre i53i, dans la boutique du notaire Sa- 
lamonis, les peintres Jehan du Clou, Jacques Bon et Jac- 
ques Dalencourt, bailes de l'office, « ont baillé son eliief 
d'oeuvre suyvant les estatutz » à François Malcorresa ou 
Maulcorrese : « C'est assavoii- ung Dieu le père assis dans 
ung tronne, suyvant le patron qui lui a esté illec baillé 

I. « Tradidcrunt pro capnl operis Blasio Olivier, sodaii difli oilicii 
piclorum ibidem praesenti. videlicel uiiaiu ymaginein d'eslojff'nre 
nostrae Dominae. quae yinago fuit dala confralriae ejusdeiii oilicii 
per magistrum Laurenciiun Conand. quae (piidem yniago esl de 
picla en blanc, cum pactis se(|uentibus, videlicel quod ipse Olivier 
tenebitur dictam ymaginem rasdftr Jtisques à la fus le. et hoc fado 
tenebitur praedictos ipsos bajnlos voccare cum sex magislris dicti 
ofïicii ad fines vidcndi si fueril bcnc rasclala, et deindo illam depin- 
gere ad ejus voluntatem, hinc ad festum sancti Joliannis, Baplislae. 
et his faclis illam oslendere ipsis baiulis si sit bene operala vel ne; 
et si repeiietur maie operala, lenebilur diclus Olivier praedictam 
ymaginem solvere confralriae ad diclamen bajulorum et locius 
oilicii; el eliam non poleril acciperc operam ab aliquibus durante 
diclo ejus capite operis, videlicel hinc ad feslum sancli .lohamiis 
Baplislae, el hoc sub pena in slalulis conlenla; el eliam dicii baiiili 
promiserunt eidem Olivier recipere ejus capul opeiis cum hoc (juod 
sil bene operalum juxla lenorem slalulorum oilicii i)raedicli. ■> 



44o AÎVNALES DU MIDI. 

dans ung feulhet de papier' ». Il a promis de leur pré- 
senter son travail « entre cy et Noël prochain, à peine 
d'être renvoyé et ne faire ledit chef d'œuvre de trois ans ». 
Deux peintres, Nicolas Haulin- et Ramond Vierges ^ ont 
servi de témoins. Il ne faudrait pas croire que l'office 
n'appliquait jamais les sanctions prévues. En marge de 
l'acte en question, barré de deux traits de plume qui l'an- 
nulent, on lit cette mention brève, mais suggestive : 
« l'an mil cinq cens trente et ung et le xxij""' jour de dé- 
cembre, le présent instrument, du consentement des par- 
ties, a esté cancellé pour ce que le dict François Malcor- 
resa n'a faict son debvoir ». Il ne fut reçu à la maîtrise 
que le 19 décembre 1687. 

Après que les balles avaient accepté le chef-d'œuvre, 
restait la prestation de serment. Elle se passait au Consis- 
toire de l'hôtel de ville, sous la présidence de plusieurs 
Capitouls. Les bailes leur présentaient le candidat» comme 
idoine et suffisant ». Celui-ci promettait fidélité au roi de 
France et aux magistrats de la ville; il jurait de bien 
exercer son métier et d'observer les statuts. Ces forma- 
lités accomplies, on le déclarait « admis » ; et les notaires 
municipaux enregistraient le procès-verbal de la séance 
sur le livre capitulaire des Maîtrises*. 

Aussi bien, les Capitouls se réservaient-ils le droit de 
dispenser du chef-d'œuvre tel artiste, mais en faisant ins- 
crire au procès-verbal les raisons particulières de ce pri- 



I. AitIi. not., Salamonis, rog. iSaS-ifj^G. f" aa^ v" : « chej'il'(tuvri' 
(le Françoys Maiileorresc, pinclre ». Co pointio figure dans lo nom- 
breux personnel qui fut employé aux pré|)nralifs de l'entrée de 
François 1'' en iô33. 

j. Reçu maître en i53o; voir injra. 

3. Baile de roffice en i53i-32, en i532-33; cl', \rcli. eomm.. IIll i3. 
IJvre des mallrises, i525-i5/i4, f"' 168 et 190. 

\. Voir l'un de ces procès-verbaux reproduit par Hoscliach . Les 
douze livres, etc., p. 358, n. 2. 



MELANGES ET DOCUMENTS. y^l 

vilège. C'est ainsi que l'on admit à la rnailrisc M.nlin 
Anthony en 1627 et Nicolas Haulin en ifj.'k). Miniin 
Anthony, originaire tic la cité de Vers u in CnUin » et eoni- 
pagnon de loffîce des peintres de Toulouse', avait |jciiil 
les Capitouls « avec les images du crucifix, de la bien- 
heureuse Marie et antres figures », dans le Consisloiic 
neuf de la Maison commune; ces peintures sont eonsidc- 
rées par lesdits Capitouls comme tenant lien de clicl- 
d'œuvre^ Nicolas Raulin fut reçu après entérinement de 
lettres adressées en sa faveur, le 25 septembre ij2(S, jjur 
« illustrissime princesse Renée de France, duchesse de 
Chartres, comtesse de Gisors, dame de Montarg-is' ». C'est 
en cette même année 1628 que Renée de France, seconde 
fille de Louis XII et d'Anne de Rretagne, épouse le duc 
de Ferrare, Hercule II. On sait qu'elle fut une protectrice 
éclairée des lettres et des arts. Ce document [)rou\c une 
fois de plus l'intérêt f[u'clle portail aux artistes. 

Voici, d'après le Livre des Maîtrises*, les noms des pein- 
tres admis entre 152.") et i5/io. 

i526, ^ décembre : Simon Leduyt (a fait comme clief- 
d'œuvre un Saint-Sébastien) ; 

1527, 27 septembre : Jacques Bon, qui |)arail a\(>ii- lia- 
vaillé comme « com|)agnon » dans l'atcliei' de .leiuui 
du Clou, dit Calais; 



1. Arcli. comm., loc. cit., i° 6g. L'indication d'origine rosl(> ol)senre 
pour nous; car il y a plusieurs localités du nom de \ ers on Franco, 
sans compter \ airos-sur-Marne, près do Meaux. 

2. « Ex 00 quia dominos de Capilolio supra scriplos depinxit el 
figuravit, cum imaginibus Crucifixi et Beatae Mariae el aliarnin 
imaginum liie depiclaruin i-n consistorio novo donuis eommimis 
Tille, pro suo capite operis diclam picturam aeceptanliljus ». 

'6. Arch. eoinm., loc. cit., f°"i3o : (( praesenlalis ibidem eortis lil 
loris... audilisque audiendis etc.., dictas tllteras interinando ». 

4. F°' 45, 64, 69, 100, i3o, i5i, 174, ;5o3, 3o8. liio. 3'j3. 38o v. Le 
livre antérieur, HH 11, portant sur ia reliure les dates 1 '|i)'i i'>:*'^- 
s'arrête en réalité à l'année lôio. 

AXNALES DU .MIDI. WX.. ^9 



/l/j2 ANNALES DU MIDI. 

1527, 12 décembre : Anthony Martin; 

1629, 16 octobre : Guillaume Gochin, fils de Mathieu 
Cochin ; 

i53o, 8 août : Nicolas Raulin ; 

i53i (n. s.), 3o janvier: Archimbault Daniat, qui de- 
vient baile dès l'année suivante; 

i532 (n. s.), k mars : Pierre Gerhardt, dit Girard de 
Hollande ; 

1537, ^ août : Joseph Gressier, sans doute le même que 
Joseph Gracier, peintre et verrier, serviteur de Jehan 
du Clou en 1627 et tuteur de ses enfants; 

1537, II octobre : Ramond Moynier; 

1537, 19 décembre : François Maulgoresa ou Malcor- 
resa ; . 

i538, 3 décembre : Servan Cornouailhe, qui peignit sur 
toile l'entrée de Charles IX à Toulouse en i5G5 et donna 
une réduction de son tableau dans le livre manuscrit des 
Annales. 

i54o, 22 octobre : Jehan Bardes. 

Henri Graillot. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES 



A. Jeanroy. Bibliographie sommaire des chan- 
sonniers provençaux (nianuscrils el ('-(lilioiis). 
Paris, H. Champion, igiG; petit iri-8" de viii-90 pa- 

. ges. [Les Classiques français du Moyen âge, n" iG). 

Voici un des premiers manuels — le premier peut-être, si on 
excepte le Recueil des textes bas-latins et provençaux dû à 
M. Paul Meyer — que la-Science française ait bien voulu écrire 
pour les études provençales. Remercions donc très vivement 
M. A. Jeanroy, à qui revient l'honneur — et auquel il revenait 
très légitimement — d'avoir ouvert cette voie : en attendant la 
nouvelle édition du Grumlriss de Bartscli — qui ne paraîtra pas 
en terre française — le manuel que nous annonçons initiera à 
l'étude des troubadours ceux qui demandent un bon guide, sim- 
ple mais sûr; et il rendra d'inappréciables services à ceux qui 
sont déjà plongés depuis longtemps dans ces études si attrayan- 
tes. 

Comme le titre l'indique — et c'était peut-être le plan primi- 
tif — l'ouvrage est une étude des chansonniers provençauN:. 
Mais il fallait restreindre le domaine, qui est immense, et (pii 
fut si bien débroussaillé, il y a près d'un demi-siècle, par G. 
GVœber. On ne trouvera pas dans ce manueU une description 
minutieuse des manuscrits : mais on y trouvera une descrip- 
tion suffisante et un historique succinct, mais lui aussi parfai- 
tement suflisant. De plus, quand le chansonnier a été publié, 
l'indication de cette édition a été donnée : même pour les pro- 
vençalistes de profession, ces renseignements seront Us bien- 
venus. 



[\^^ ANNALES DU MIDI. 

Il semble probable que, vu les circonstances, M. A. Jeanroy, 
n'a pas connu à temps la Bihliografmdels antlcs poètes catalans 
de Massé Torrents; car il aurait pu citer et décrire succincte- 
ment les principaux chansonniers catalans qui contiennent des 
poésies provençales, comme il l'a fait pour le ms. v. (p. 3o). 
11 aurait peut être pu nous donner aussi une liste des princi- 
pales copies modernes des chansonniers provençaux; il y en a 
de Baslero à la Bibliothèque Universitaire de Barcelone; j'ai 
vu, il y a quelque vingt ans, dans la bibliothèque de M. Clé- 
ment-Simon, au château de Brach (Corièze), une copie, qui 
avait servi à Raynouard, me dit son possesseur. En cas d'acci- 
dent aux manuscrits originaux (qu'on se souvienne de Turin! ) 
ces copies prendraient une singulière valeur. Pour le moment, 
il est vrai, leur relevé aurait plutôt un simple intérêt de curio- 
sité. Mais ce qu'il y aurait de mieux pour assurer la conserva- 
tion de nos précieux chansonniers, ce serait leur publication 
intégrale ou leur photographie. 

Un étranger, C. A. F. Mahn, se plaignait il y a plus de cin- 
quante ans, que de tant de crédits dépensés par la France pour 
encourager les publications historiques ou scientifiques pas une 
obole n'eût été employée à la publication de nos chansonniers 
provençaux. Et la Muse de IHistoire seule sait tout le fatras 
qu'on a publié dans les Z)oc;/.me/i/A^ inédits de l'Histoire de France, 
sans compter les Documents économiques concernant la Révolu- 
tion française! Ainsi ni C ni /?, les deux meilleurs de nos 
manuscrits, n'ont encore vu le jour; tandis que la plupart des 
manuscrits italiens ont été publiés par les soins d'une Société 
pour l'étude des langues modernes, dont le siège est sur les bords 
de la Sprée! On nous annonce, il est vrai, la publication photo- 
graphique prochaine du ms. /?, mais que signifie « pro- 
chaine », surtout par le temps qui court? Pour ma partie 
bats ma coulpe pour ne pas avoir copié en entier, pendant 
que je l'avais entre les mains, le chansonnier T, dont je n'ai 
copié que la partie concernant Peire Cardenal (et encore pas 
toute entière). A propos de T précisément, M. Jeanroy dit que 
les .sirventes de Peire Cardenal y sont anonymes; je ne crois 
pas qu'ils le soient dans l'état actuel du ms. ; dans des notes 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 'l'i.', 

que j'cii prises jadis j'ai relevé la mention suivante : « au 
f" 89, au milieu de la page, en haut, un peu rognés, se lisent 
les mots suivants : Peire Cardenal. L'encre est plus pàlo (pie 
celle du ms. ; mais cela peut tenir à des causes particulières. 
L'écriture, il faut l'ajouter, est différente. » Je ne sais à (pidlc 
époque remonte l'addition de ce nom propre: au xvi" siècle? 
Les éléments me manquent pour le déterminer. Le ms. If 
(Vatican) doit avoir des miniatures ou lettres ornées, car j'y 
ai jadis noté la « tête » de Na Loinbarda. 

Parmi les fragments de chansonniers je n'ai pas vu relevé 
celui que M. Pierre Vidal a découvert à Perpignan, et qui a été 
publié par Chabaneau, Rev. l. roni., XXXV (1891), p. 88. (V 
propos du ms. a (Sienne) c'est XXXVII et non XXVII qu'il faut 
lire). Cf. encore le court fragment de ms. publié par Chaba- 
neau, Rev. l. roin., XXXIll, p. 123; mais je crois que ce frag- 
ment-ci ne rentrait pas dans le cadre que s'était fixé M. Jeanroy. 

A la p. 34 commence la deuxième partie du maimel, consa- 
crée aux éditions des troubadours, et plus spécialement aux 
éditions critiques. N" 9, Suchier : trois feuilles au moins du 
tome II des Denkmaeler ont été imprimées; cf. P.Meyer, Ronia--^ 
nia, 1914, p- 622 ; de même il y a une suite imprimée des 
Gedichte, comme l'a fait jadis observer M. Jeanroy — cela peut 
avoir quelque intérêt pourles bibliophiles — en imprimant ses 
liiedUa (h. ce propos je me demande ce qu'on attend pour pu- 
blier les poésies de P. G. de Cazals, qui nous sont promises 
depuis au moins 27 ans (cf. Appel, Prov. Ined.) et qui, se trou- 
vant, sauf une ou deux, dans le seul ms. C, pourraient être si 
facilementpubliées). N" i5 : il aurait été bon de signaler le con- 
tenu des diverses préfaces de la Chrestomalhle de Appel : cela 
aurait rendu service à ceux qui ne possèdent pas les quatre 
éditions. 

A la p. 44, commence l'énumération des éditions séparées 
des troubadours. P. 45; j'aurais ajouté un 38 ter pour : Zinga- 
relli, Re Manfredi iiella memorla dl un trovalore. (Per .\ozze 
Bonanno-Pltrè) ; il s'agit du planh : Tolas honors ; il n'est pas 
sûr d'ailleurs, d'après M. Zingarelli, que ce planh soit d'Aime- 
ric. P. 47, Arnaut de Mareuil; il aurait été bon de renvoyer au 



'l/jÔ A^'>\VLES DU MIDI. 

n" 3i, Chabaneau, Poésies iiiédilcs des troubadours du Périgord. 
Pour Aimeric de Pegullian, une édition est annoncée depuis au 
moins quinze ans, par le D' Nactebus, de Berlin! N" 78 : j'ajou- 
terais : Jeanroy, Poésies inédites. P. 53, ajouter : Castelloza, 
Schultz, Prov. Dichterinneii et Duc de la Salle et Lavaud, Trouh. 
Cantaliens, N° ti8 ; j'aurais mis le 118 bis, qui est une édition, 
à la place du 118, qui est surtout une étude littéraire et histo- 
rique. N" 119; l'édition contient le texte de R et aussi, le cas 
échéant, les variantes de C : l'édition Pfaff est une édition 
critique. P. 69, Peire Raimon de Tolosa. Depuis l'apparition du 
manuel de M. Jeanroy j'ai publié ; Quatre poésies de Peire Rai- 
mon de Tolosa (texte et traduction), Toulouse, 191 7 ; j'ai publié 
quatre autres pièces dans le volume intitulé : A propos des 
troubadours toulousains ; l'ensemble de l'édition provisoire sera 
publié incessamment. Le n" 164 n'est pas à sa place. N" 170; 
mon édition de R. de Barbezieux est depuis dix-huit mois (et. 
j'écris ceci en juillet 1917!) à l'imprimerie. P. 78. Anonymes. 
Je crois que les provençalistes auraient été fort reconnaissants 
à M. Jeanroy de nous donner la liste complète des anonyma, 
avec renvoi aux publications. 

M. Jeanroy n'a pas donné d'indications bibliographiques en 
dehors des éditions, ou du moins, il y en a peu. La bibliogra- 
phie de l'ancien provençal en dehors des manuscrits et des édi- 
tions est encore à faire : peut-être tenterai-je avant peu cette 
tâche', qui est, elle aussi, urgente; M. Jeanroy a bien voulu si- 
gnaler ma notice : Pour étudier les T roubadours, que ] ai réduite 
volontairement à un petit nombre de renseignements biblio- 
graphiques et qui est destinée à nos étudiants et aux amateurs 
de notre ancienne littérature ; il nous manque encore deux ou 
trois instruments de travail essentiels : j'ai mis, pour ma part, 
sous presse une Grammaire de l'ancien provençal ; nous arrive- 
rons bien à avoir nos livres ; mais on se demandera peut-être 
si nous n'aurions pas pu les avoir plus tôt. La faute de ce re- 



1. Celte bibliograj)tiic paraîtra bicnlôl dans les ËsUidis Roinànics 
publics à Barcelone par ÏInsUUil d'Estudis Catalans. Le mannscrit 
est à riniprimoric depuis le début de 1918. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. '| 'i - 

tard n'en est pas aux hommes, je dois le dire; on ne peut pas 
demander à deux ou trois provençalistes, comme ils furent 
longtemps en France, de tout faire à la fois : publications de 
textes et manuels. La situation est meilleure maintenant; il y a 
plus de bonnes volontés, plus de travailleurs et plus de goût 
pour ces études ; demandons seulement aux amateurs d'étudier 
les manuels comme celui de M. Jeanroy avec le désir de don- 
ner à leurs études, comme ce manuel les y invite indirecte- 
ment, une base solide et scientifique qui guidera leur imagina- 
tion et réglera leur fantaisie. J.Anglade. 



J. Masso Torrents. Bibliografia dels an tics poè- 
tes catalans. Barcelona, 1914 ; in-/i' de 284 pages 
(Extrait de VAnaari de rinstitut d'Estadls Catalans, 
MCMXIII-XIY). 

Sanclus amor palviee dat anlnmin. Cette devise, qui inspira 
les auteurs des Moniimenla Germanise, à une époque où le pan- 
germanisme était encore discret, est celle que notre collabora- 
teur et ami a dû avoir souvent présente à l'esprit, pendant qu'il 
amassait patiemment et courageusement — au milieu des soucis 
d'une grande maison d'édition et de la direction de l'importante 
bibliothèque de l'Institut d'Estudis Catalans — les éléments de 
cet important recueil. Patience et longueur de temps lui ont 
été en effet nécessaires pour dépouiller tous les recueils du 
Moyen âge qui renferment des poésies catalanes et pour rédi- 
ger, par page, la liste complète de ces poésies, 

M. Masso Torrents a donc pris d'abord tous les chansonniers 
provençaux qui contiennent des poésies catalanes et a fait un 
relevé complet de ces compositions, des origines au xvi' siècle. 
En ce qui concerne les troubadours d'origine catalane, nous 
avons là l'énuniération de toutes leurs pièces, avec le folio du 
manuscrit : à ce point de vue-là ce sont les manuscrits C el R 
qui sont parmi les plus importants. 

Avec les chansonniers catalans, dont le dépouillement com- 
mence p. 3o et se continue pendant deux cents pages, nous 



448 ANNALES DU MIDI. 

arrivons au cœur du volume et au centre du travail. Nous avons 
ici une description minutieuse de ces précieux recueils, dont 
les meilleurs entiont petit à petit, comme dans un panthéon 
naturel, où la poussière ne les couvrira pas de longtemps, dans 
la Bibitoleca de Calalunya. Le premier chansonnier décrit 
(dix-huit pages in-/!") est le chansonnier A, l'ancien chanson- 
nier de Saragosse, si précieux pour l'étude des poètes de la 
décadence provençale et de l'école toulousaine. Dans la série 
des chansonniers catalans, représentés par les diverses lettres 
de l'alphabet latin (majuscules), M. Massô a fait entrer des 
œuvres comme le Jardin de Orats ou le Conort de Francesch 
Ferrer, où l'on trouve des citations de poètes catalans. De plus 
M. Massô Torrents a pu décrire également des chansonniers 
qui appartiennent à des particuliers et cette partie de son 
œuvre n'est pas la moins intéressante. 

Une troisième division qui commence à la page 206, com- 
prend (avec, comme signes, les lettres minuscules de l'alphabet 
latin) une série d'autres manuscrits moins importants, conte- 
nant des poésies catalanes. Ces manuscrits sont nombreux : la 
letlre d n'a pas moins de aS exposants. 

La quatrième division est consacrée aux imprimés, pour la 
plupart des incunables. Il y a là des notes précieuses de biblio- 
graphie catalane. 

Enfin une cinquième et dernière division comprend (avec, 
comme sigles, les lettres de l'alphabet grec) les traités de gram- 
maire et de poésie : parmi eux se trouvent la copie des Leys 
d'Amors des Archives de la Couronne d'Aragon, le précieux 
recueil des traités grammaticaux entré récemment à la Biblio- 
Lecd de Caiahinyn, et contenant les Flora del Gay Sabcr, les 
Razus de Irohar, etc. 

Une liste alphabétique Tort bien faite termine l'ouvrage, qui 
comprend encore cependant quelques pages d'additions. 

Nous n'avons rien à ajouter à cette simple analyse : un pareil 
ouvrage porte avec lui sa propre louange ; quelques menues 
critiques de détail sur ce qui aurait pu être ajouté ou peut-être 
omis manqueraient d'inlérêt. Il suffit pour juger de sa valeur 
cl de son importance de faire un retour sur nos propres études 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. /j/ÎQ 

cl de nous demander par qui, quand et comment sera élevé un 
semblable monument. On se demande même, non sans quelque 
mélancolie, s'il n'aurait pas pu être édifié plus tôt. 11 ne serait 
pas encore trop tard pour le faire : plusieurs tables existent de 
nos principaux chansonniers et elles sont bien faites ; on pour- 
rait dépouiller facilement les autres manuscrits : un traAail de 
cette nature qui pourrait d'ailleurs être rédigé par une équipe 
de collaborateurs, au lieu d'être fait par une seule personne, 
comme celui-ci, nous rendrait d'inappréciables, services. La 
Catalogne nous a donné le bon exemple; c'est du Midi cette 
fois-ci que nous vient la lumière : suivons-la. 

J. Anglade. 



Abbé G. Arnaud d'Agnel. Politique des rois de 
France en Provence. Louis XI et Char- 
les VIII. Marseille (Jouvène) et Paris (Picard), 191 4 ; 
2 vol. in-S" de vin-/i4o et 196 pages. 

M. l'abbé Arnaud d'Agnel s'est attaqué à un sujet particuliè- 
rement intéressant : il a voulu montrer commenta été préparée 
l'union de la Provence à la France, comment elle s'est effectuée 
et quels en ont été les premiers résultats. 11 s'« est attaché 
à découvrir et à suivre l'action diplomatique [et administrative] 
des rois Louis \1 et Charles VIII. » Il n'a pas ménagé ses re- 
cherches : il a dépoviillé non seulement les archives départe- 
mentales des Bouches-du-Rhône, mais encore celles de la 
Meurthe-et-Moselle (pour l'action de René II, duc de Lorraine); 
il a eu la bonne idée de jeter quelques coups de sonde dans 
certaines archives communales, celles de Marseille, d'Aix et 
d'Arles, naturellement, mais aussi celles de Toulon, d'Apt, 
de Manosque, de Forcalquier, de Digne. Il y a trouvé de nom- 
breux documents dont il a reproduit quelques-uns des plus 
importants dans son second volume (45 documents). — M. l'abbé 
A. d'Agnel a-t-il tiré de cette documentation particulièrement 
abondante tout le parti désirable? Je ne le crois pas. Il y a dans 
son travail certaines parties qui méritent, il nous semble, d'être 



'JOO ANNALES DU AUDI. 

signalées: celles notamment qui ont trait à Charles du Maine, 
Charles 111, le dernier comte angevin de Provence, à Palamède 
de Forbin et à la politique toute personnelle, parfaitement 
égoïste, qu'il appliqua en qujilité de lieutenant-général en Pro- 
vence. Mais la composition est bien décousue : le développe- 
ment a été découpé de telle sorte que les redites abondent, et 
qu'il est bien difficile d'apprécier la suitedela politique royale, 
cette politique est parfois rendue à peu près inintelligible, par 
suite d'une disposition des matières faite au mépris de la plus 
élémentaire chronologie. Dans l'ensemble, on a l'impression 
d'une étude qui a rarement été poussée à fond. 11 est aisé 
d'y relever des bévues qui témoignenl soit d'une rédaction 
trop hâtive, soit d'une certaine légèreté. Ainsi p. 16, la victoire 
de Granson (2 mars 1476) a été remportée par les Suisses et 
non par le duc de Lorraine; p. 171, les capitaines dont il est 
question, sont tout simplement les capitaines des quartiers de 
Marseille et il est bien malaisé d'étayer sur ce fait les déductions 
que l'auteur développe; p. 218, la porte Durse est la porte de 
l'Ourse, au N.-E. de Marseille, du côté de la mer; p. 284, il 
faut lire, je suppose, les États du 8 novembre i48o(etnon i48i), 
Palamède de Forbin ne pouvait les avoir préparés puisqu'à 
cette date il était en France, cf. p. 266; p. 298, et II, 81, le 
seigneur de Môrges, c'est tout simplement le seigneur de Mo- 
naco et non des Mourgues dans le Gard ! 11 y a bien des incerti- 
tudes sur les noms propres : le même personnage est appelé 
dans la même page Cossa et Costa (p. 5i), ailleurs Cosse; 
mêmes variations pour de Jean de Loubièies, duquel est dis- 
tingué bien à tort un sire de Loubiers. La lecture des textes 
n'est pas toujours sûre: lire, par exemple, p. 77, rescinder et 
non rescuider qui est inintelligible; t. Il, p. 99, gvanl folle (et 
non /o//e), etc. L'index est loin d'être complet et il est parfois 
inexact. Il est fàclicux que tant de petites imperfections dépa- 
rent un travail d'apparence scientifique. 

V.-L. BOURRILLT. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. ^5l 

Alfred Leroux. La colonie germanique de Bor- 
deaux, étude historique, juridique, statistique, (kono- 
mique d'après les sources allemandes et françaises, i vol . 
en 2 tomes. Bordeaux, E. Feret, 1918; in-8" de iv-(i3o p. 

« Il ne saurait paraître prématuré que nous retracions dès 
maintenant l'histoire de la colonie germanique do Bordeaux, y 
compris les quarante-trois dernières années de son existence, 
si nous savons nous dégager des impressions du présent. » Ces 
mots, écrits par l'auteur en tète de sa préface, donnent bien le ton, 
hautement impartial et résolument objectif, qui persiste d'un 
bout à l'autre du livre. 

Le tome l va de 1462 à 1870. La matière y est répartie entre 
deux parties ou périodes (1462-1697 et 1697-1870) dont cha- 
cune se subdivise en deux chapitres, savoir chapitre i et cha- 
pitre i his d'une part, chapitre 11 et chapitre 11 bis d'autre part. 
On attendrait, avouons-le, une numérotation de chapitres plus 
habituelle et continue, d'autant plus qu'en nous donnant 
d'avance la table de son tome II (p. 268), M. L. nous livre 
une liste de chapitres normalement numérotés de m à xii. 
Cependant le procédé suivi par l'auteur lui a paru nécessaire : 
« Comme le veut, dit-il, la méthode génétique, une première 
et une deuxième partie, en deux chapitres bissés, esquisse- 
rontlepassé delacoloniegermanique depuis sa fondationen 1462 
jusqu'à la guerre de 1870 » (p. 11). Nous confessons n'avoir saisi 
ni ce que l'auteur entend au juste par « méthode génétique », 
ni en quoi les exigences de cette méthode l'obligeaient à créer 
des chapitres bis. 

L'observation importe peu d'ailleurs, car, quelle (|ue soit 
l'économie apparente des chapitres, la matière est en ordre: et 
c'est l'essentiel. M. L. montre d'abord que « les Germaniques », 
— et sous ce terme il enveloppe Flamands, Hollandais, Teutons 
et Prussiens, — n'apparaissent à Bordeaux, avant 1462, qu'à 
titre individuel et temporaire. La formation d'une colonie 
remonte donc au règne de Louis XL C'est le moment où le 
commerce des vins de Bordeaux, réservé sous la domination 



452 ANNALES DU MIDI. 

anglaise, devient plus libre, encore que réglementé. La hanse 
de Bruges prend d'abord le dessus. Parmi les Allemands 
ou « germanophones » de la fin du xv" siècle, M. L. cite le 
peintre Horms Clôt, les imprimeurs Michel Svieler et Jehan 
Waltear. Est-il, toutefois, juste de dire que la civilisation ger- 
manique du temps de Maximilien l, qu'apportent ces pionniers, 
soit (( la seule vraiment originale qu'ait connue rx\llemagne » ? 
C'est trancher bien vite la question, controversée par tous les 
spécialistes, des origines de l'école rhénane. 

M. L. suit avec une grande conscience et une louable sagacité 
toutes les mesures qui peuvent permettre de reconstituer le 
rôle des nations septentrionales dans le commerce bordelais au 
cours du x\ï% puis du xvii" siècle. Il signale au passage l'inno- 
vation des Hollandais de Bordeaux : « Ce sont eux qui, les pre- 
miers, ont pratiqué « les soins à donner » aux vins pour « les 
mettre au goût de la clientèle étrangère », autrement dit, les 
coupages avec tout ce que le procédé comporte de liberté et 
finalement de sophistication. Le Parlement et les autorités 
auront dès lors matière à interventions aussi nombreuses 
qu'inefficaces. 

M. L. poursuit, autant que faire se peut, les statistiques no- 
minales des colons, les détails découverts par lui sur les 
maisons de commerce qu'ils fondent : toutes données de la plus 
haute importance pour l'histoire sociale et économique en 
même temps que pour l'histoire locale pioprement dite. 

La même méthode est appliquée au wiiT et au xix' siècle. 
Signalons les renseignements intéressants qui nous sont appor- 
tés sur les Allemands à Boideaux pendant la Révolution, sur 
l'organisation des consulats, sur le rôle des llanséates dans le 
ravitaillement de Bordeaux en blé lors des disettes, sur les 
lettres de « naturalité », sur la vie des colons, leurs sociétés, 
leurs concerts, etc. La culture germanique du xviir siècle pé- 
nètre à Bordeaux; mais, çn revanche, au xix' siècle, elle y de- 
meure inconnue. Faute de connaître l'allemand, les Français, 
même instruits, sont fermés à la science d'outre-Rhin, depuis 
quelle a abandonné \r lalin comme expression de sa pensée. 
Ainsi, l'histoire des idées trouve à son tour son compte dans 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. f\\)3 

l'étude de M. L. qui louche à tant de choses. L'histoire de notre 
politique extérieure y est également intéressée. Lorsque, le 
7 juin 1868, au cours d'une fêle du cercle allemand Germania, 
un Français (( traduit la pensée générale en déclarant que la 
France n'a pour l'Allemagne que des sympathies et que si les 
maîtres de nos destinées, ceux sur qui pèsent la responsabilité 
des luttes fratricides, interrogaient la conscience populaire, ils 
apprendraient que les deux nations dont on fait aujourd'hui 
deux ennemies, ne demandent qu'à se tendre la main pardessus 
le Rhin, qu'à fraterniser cordialement», ce n'est point manquer 
à l'impartialité ni contrevenir à la sérénité historique que de 
voir, dans ces sentiments exprimés à pareille date, devant 
ceux qui devaient être les soldats de 1870, la preuve péremptoire 
et de la naïveté française et de la dissimulation germanique. 

M. L. s'étonne de l'optimisme confiant que reflètent ses docu- 
ments et que dément la brutalité immédiate des faits: « L'his- 
toire fondée seulement sur les textes ne serait-elle donc 
qu'illusion et duperie!' » (p. 239). Elle est au contraire subs- 
tance et vérité, à condition de ne pas oublier que si, suivant le 
mot de Talleyrand, la parole a été donnée à l'homme pour dis- 
simuler sa pensée, il faut toujours corriger par les données de 
la psychologie individuelle et collective les éléments de l'infor- 
mation verbale : la colonie de Bordeaux avait tout simplement 
rempli à souhait son mandat, puisqu'elle en était venue à don- 
ner à ce point le change aux Bordelais de l'Empire qu'ils 
croyaient sans malice à la duperie d'un gouvernement berli- 
nois francophobe et belliqueux, forçant la main à une nation 
douce et aimable, toute à la fraternité ! 

Le Lomé 11 est d'une lecture peut-être plus attachante encore, 
car ici la matière touche à l'histoire d'hier, à l'histoire d'au- 
jourd'hui : par cela même, il appartiendra d'en connaître à la 
critique de demain. L'auteur retrace la vie des « sédentaires » 
et des « temporaires » allemands à Bordeaux durant ce qu'il 
appelle « l'Entre-deux-guerres », de 1871 à 191/». H lend justice 
à leur activité, au loyalisme des uns, à la discrétion des autres, 
tout en montrant quel danger recelait la religion pangerma- 
niste. Le lecteur qui croirait trouver dans ces pages si pleines 



454 ANNALES DU MIDI. 

des révélations à sensation sur l'espionnage serait d'ailleurs 
déçu, car, faute de documents, l'historien de la colonie germa- 
nique de Bordeaux a fort sagement réduit cette rubrique. Plus 
tard, peut-être, pourra-l-il la compléter? 

Au total, M. L. a écrit un beau livre et un livre utile. 

Joseph Calmette. 



Mémoires de Jacques de Banne, chanoine de 
Viviers, publiés d'après le manuscrit de la Bibliothèque 
nationale, avec une introduction, des notes et une 
table, par Auguste Le Sourd. Âubenas, imp. Habau- 
zit, 1917; in-8" de 9/i-xv pages. (Extr. de la Revue du 
Vivarais, t. XXIII.) 

La carrière ecclésiastique de Jacques de Banne s'est écoulée 
tout entière à l'ombre de la catliédrale de Viviers. Il était déjà 
enfant de chœur à la cathédrale en 1699 et dès l'année i6i8nous 
le trouvons inscrit au rôle des chanoines. C'est à la date du 
3i octobre 1647 que la plume lui tomba des mains; mais nous 
ignorons si, après avoir interrompu son rôle de chroniqueur, 
il vécut quelque temps encore. C'est vraisemblablement à 
La Youlte-sur-Rhône, sa ville natale, qu'il rendit le dernier 
soupir. Contemporain des troubles qui manfuèrent en Vivarais 
les vingt premières années du règne de Louis XIII, le chanoine 
de Banne est moins explicite sur les événements militaires de 
ce pays que l'auteur des Commentaires du soldat du Vivarais. 
Aussi bien n'écril-il là-dessus que par ouï-dire ; de la campagne 
de Rohan en 1628, il retient surtout l'échec du capitaine pro- 
testant devant La Youlte et devant Cruas, défendu par les 
moines de l'abbaye. Le chanoine de lianne est surtout le chro- 
niqueur de la cité épiscopalo, de ses églises, de ses évèques, de 
son vénérable cJiapitre. 

C'est pour célébrer l'antique gloire du siège do saint Vincent, 
en mêirie temps que pour défendre les intérêts spirituels et 
temporels de ses confrères du chapitie, qu'il a consacré ses loi- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. li^b 

sirs à déchiffrer les anciennes inscriptions et les vieilles charlos ; 
à lire les pieuses légendes des martyrologes, à interroger les 
vieilles gens et à transcrire le tout, avec des souvenirs person- 
nels, dans un beau désordre, sans souci du style ni de In 
chronologie. Par beaucoup de côtés, ses Mémoires ressemblent 
à un livre de raison ; il note avec soin les phénomènes météoro- 
logiques : tremblement de terre en l6ol^, comète en 1618, 
invasion de chenilles en 1622, peste en 1628 et 1629, famine en 
i63o et i63i, sécheresse en i63i, froid tardif en juin et Juillet 
1682, inondation de l'Escoutay en i633, pluies abondantes el 
invasion de rats en i636, ravages de la foudre en 1637. 11 
n'oublie pas, non plus, de reproduire les événements miracu- 
leux, les recettes médicales, les accidents et les décès. Le 
manuscrit publié par M. Le Sourd s'arrêteau mois de juin 1687 ; 
mais deux autres manuscrits, communiqués et transcrits à 
l'évêché de Viviers vers i843, nous montrent que le chanoine 
de Banne avait établi une double rédaction : l'une, sous le titre 
de « Mémoires des antiquités de l'église cathédrale de Viviers...» 
se terminait au 3i octobre 1689 ; l'autre, intitulé «Chronologie 
des évêques de Viviers... » s'arrêtait au 3i octobre 16/17. ^ ^^ 
suite de ce second ouvrage, une main étrangère inséra quelques 
notes sans importance de 1690 à 1780. Les deux manuscrits 
originaux, communiqués à l'évêché de Viviers et à son histo- 
rien, le chanoine Rouchier, ont malheureusement disparu. 11 
n'en subsiste que des copies, dont l'une se trouve aujourd'hui 
conservée dans le fonds Mazon des Archives départementales 
de l'Ardèche. M. Le Sourd incline à croire que le manuscrit de 
la Bibliothèque nationale publié par lui est autographe. Il ne 
pense pas que ce soit une copie abrégée des deux manuscrits 
signalés par le chanoine Rouchier, mais un premier état des 
ouvrages de Jacques de Banne. 

L'hypothèse est tout à fait vraisemblable. Notons ici que la 
fameuse page où le chroniqueur raconte le passage de Richelieu 
à Viviers, au mois d'août i6l\2, avant l'exécution de Cinq-Mars 
et de Thou, — page reproduite par Alfred de Vigny dans son 
roman de Cinq-Mars, — se trouve à la suite de la « Chro- 
nologie des évêques » (pages 292 à 29/4 de la copie des Archives 



456 , ANNALES DU MIDI. 

del'Ardèche). Scientifiquement établie, l'édition de M. Le Sourd 

répond à toutes les exigences de la critique moderne. Elle est 

précédée d'une introduction sur la famille et les ancêtres du 

chroniqueur, sur les mss. de ses ouvrages. Les personnages 

mentionnés dans le texte sont identifiésavec soin; pouV beaucoup 

M. Le Sourd peut nous fournir un ciirriculum vitœ grâce à sa 

connaissance approfondie des anciennes minutes de notaires. ' 

Une table analytique, très complète, termine l'édition des 

Mémoires et en rond la consultation facile. 

Jean Régné. 



J. de Maupassant. Un grand armateur de Bor- 
deaux : Abraham Gradis, 1099!'-! 780. Bordeaux, 
Féret; gr. in-8" de X-J92 pages (Extr. de la Revue hislor. 
(le Bordeaux, années 1918 et 1914.) 

Avec une compétence toute particulière, M. de M. continue 
les recherches ffu'il a si opportunément entamées il y a quel- 
ques années', et au boni descpioUcs il apporte chaque fois, 
à l'histoire du commerce extérieur do Bordeaux, dos clartés 
vraiment noii voiles, losultanl autant de l'abondance des détails 
(pjo de la manière dont ils sont présentés. 

Le présent travail comprend trois parties : la première nous 
expose la formation et le développement de la maison « David 
Gradis et fils », de i685 à 1744. Cet ancêtre appartenait à la 
nation des Juifs portugais qui jouissaient à Bordeaux, depuis 
longtemps déjà, d'une situation exceptionnelle, tant par la 
tolérance dont ils étaient l'objet que par l'honoiabilité (prils 
s'étaient acquise. « Prati(|uanl o\lérioiir(>meiit lo calhùlicisine, 
— mariage à l'égiiso, baploinc, exlioino-iinclion, — mais sans 
rien renier de leui' foi réelle », ils étaient intiniment mieux 
traités que leurs contemporains protoslauls, pnis(|u'ils possé- 
daient, outre certains droits civils, iiiio synagogue ol un cime- 
tière". 

I. Noir Annales. 191 a. p. Irm. 

:>■ M. lo professeur (Jirot a mis ce cuiieux fuit on pleine lumièio 



COMPTES RENDUS CUITIQl ES. \')- 

La maison de cominorcc des Gradis date de 17:^8. C'est dire 
qu'elle prend naissance au niomenl où le commerce bordelais 
entre à pleines voiles dans une voie de splendeur qui aujour- 
d'hui encore fait l'étonnement de l'historien. Les (Jradis y con- 
tribuèrent largement. ])resque autant, ce semble, mais dans 
une autre direction, que les Hauséates allemands cpii, vers le 
même temps, commençaient d'affluer dans notre ville. 

C'est cette collaboration que démontre la deuxième partie de 
l'ouvrage où M. de M. étudie l'activité d'z\braham Cradis, suc- 
cesseur de David. Il nous le montre prenant part, dès 17V1, à 
la lutte contre l'Angleterre, armant contre elle autant de na\i- 
res qu'il le peut, fondant la « Société du Canada » (i7^S-r)(ij 
de concert avec François Bigot, intendant de la Nouvelle-France 
et Jacques-Michel Bréard, contrôleur de la marine à Québec; 
entamant enfin des relations suivies avec le célèbre « Jésuite 
d'affaires » Antoine Lavalette, alors aux Antilles. 

Refaisant et développant une précédente étude, M. de M. 
consacre le chapitre 11 de cette deuxième partie à l'exposé des 
entreprises d'Abraham Gradis durant la guerre de Sepl-Ans. 
11 y a là des faits du jdus grand intérêt, soit qu'on les consi- 
dère en eux-mêmes, soit que l'on envisage les circonstances de 
temps et de lieu. Les hommes d'action qui travaillent aujour- 
d'hui au relèvement de notre marine marchande pourraient 
s'inspirer, en plus d'un cas, des précédents que leur rap|)ellc 
le livre dont nous rendons compte. 

Le chapitre m, qui traite des grandes fournitures faites par 
Gradis aux colonies, de 1768 à 1780, à la demande du gouver- 
nement français, est de beaucoup le plus neuf. Sur Choiseul et 
le service de Gorée, sur l'expédition de Kourou, sur l'associa- 



dans ses fiecherches sur les Juifs espa(jiiols tl portiKiais à Bordeaux 
(1909). — Reprenant une assertion de l'historien Malvezin, M. de 
Maupassant croit pouvoir afFirmer que Simon Mitlanges, le grand 
imprimeur bordelais du wr" siècle, était d'origine Israélite. De preuve 
il n'en donne point. Ce que l'on sait indubital^lenient. c'est (jue 
Simon Mitlanges est né dans la Marclic timousino. à Vfillemijlanges, 
commune de Saint-(jOussaud (Creuse), en un temps où les .luil's 
n'y avaient point encore pris pied. 

ANNALES DU MIDI. WX. 3o 



^58 ANNALES DU MIDI. 

lion Gradis-Escourre, sur les envois d'espèces d'or aux Iles, 
sur la maison Gradis et Beaumarchais, sur le ravitaillement de 
la llotle de Brest, on trouve une foule de renseignements ins- 
tructifs, puisés aux bonnes sources et presque tous inédits. 

La troisième partie (p. 1.42-162) analyse les lettres patentes 
de 1779 4"^ accordaient à Abraham Gradis le droit de propriété 
aux colonies, raconte sa mort, étudie son caractère. Huit pièces 
inédites complètent le volume, entre autres les statuts de la 
Société du Canada, rédigés à Bordeaux le 10 juillet 17/18. 

Le livre de M. de M. arrive à son heure puisque, aujourd'hui 
plus (|ue jamais, la France a besoin, pour refaire sa fortune 
ébranlée, d'hommes de probité, d'intelligence, de labeur et 
d'initiative, tels que fut Abraham Gradis. En pareille matière 
les exemples du passé ne sauraient être dédaignés, et M. Camille 
Jullian a raison lorsque, dans une préface aussi fine qu'oppor- 
tune, il tend à orienter les recherches d'histoire locale vers des 
buts plus réalistes que ceux où se complait trop souvent l'éru- 
dition. Oui, pourvu que l'échelle des valeurs subsiste aux yeux 
de tous, et que l'histoire des idées, des mœurs, des croyances, 
des institutions publiques, de l'art et du droit, conserve tou- 
jours la primauté qui lui appartient sur l'histoire des faits éco- 
nomiques. 

Alfred Lerolx. 



Martin (Henri). Histoire économique de la 
Révolution française. Les biens nationaux 
dans le district de Toulouse. (Confiscations. — 
Ventes. — Papier-monnaie). Toulouse, Privât; Paris, 
Leroux, 1917, in-8° (35-lxxxvii-6;^8 p.) 

L'Iiisloire locale vient de s'enrichir d'un précieux et très 
impoi'lant ouvrage consacré à Toulouse et à la région loulou- 
saine. Grâce à une persévérance inlassable et à de minutieuses 
recherches, l'auteur, M. Henri Martin, archiviste départemental 
adjoint de la Haute-Garonne, heureusement servi par ses fonc- 
tions et une parfaite connaissance des fonds à explorer et des 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. ^laf) 

documents à mettre en œuvre, a pu mener à bonne lin une 
étude complète, fort originale et en certains points très neuve de 
la question des biens nationaux. Cette étude est accompagnée 
d'une documentation abondante, sûre et méthodique. Deux 
maîtres en la matière, ]MM. Camille Bloch' et Marioii", onl déjà 
apprécié comme il convient cet excellent travail «composé avec 
conscience et avec compétence », ainsi « qu'avec un soin et un 
savoir dignes d'éloges». 

M. Martin s'est surtout préoccupé de donner dans sa publi- 
cation « une série d'éléments divers pour servir à l'histoire 
économique de la Révolution ». Son livre fait d'ailleurs partie 
de la Collection de documenta inédits relatifs à cette histoire 
(collection dans laquelle il a paru sous un litre un peu différent ' 
et avec l'avant-propos en moins). Mais il contient, en |)his des 
renseignements demandés par le programme otFiciel, une inté- 
ressante reconstitution de la propriété ecclésiastique et dos 
grands domaines morcelés et vendus en vertu des lois de la pé- 
riode révolutionnaire; on y suit, en outre, par une innovation 
hardie qui mérite d'être signalée, les transmissions successives 
de ces domaines ou de leurs parcelles jusque dans les mains 
des propriétaires actuels. Topographiquement, on se retrouve,' 
en feuilletant ce volume si plein de vie malgré la sécheresse 
apparente des statistiques et des nomenclatures, dans la vieille 
cité d'avant 1789, parsemée d'églises, de chapelles, de grands 
monastères avec leurs cloîtres et de couvents de moindre 
importance (M. M. en énumère 40 avec leurs biens et revenus 
sans compter les confréries), de collèges et d'hôpitaux. Rue par 
rue, on relève les immeubles séquestrés comme biens de pre- 
mière ou de deuxième origine. Il en est de même pour les loca- 
lités du gardiage et les communes rurales du district où l'on 
voit en quelque sorte revivre les domaines de mainmorte et 
ceux des émigrés ou condamnés, parfois le château avec ses 
vastes dépendances, souvent la maison plus modeste, la simple 

1. La Révolution française, imUcl-aoûl 1917. 

2. Revue critique d'histoire el de littérature, 6 octobre 1917. n°/jo. 

i. Département de la Haute-Garonne. — Documents relatifs à ta vente 
des l)iens nationaux, — District de Toulouse. 



/jÔO ANNALES DU MIDI. 

métairie ou la pièce de terre. Tout cela est fort intéressant pour 
l'histoire locale, même en dehors de toute préoccupation éco- 
nomique ; les auteurs de monographies communales ou de 
notices du même genre trouveront désormais tout profit à 
consulter le livre que nous sommes heureux d'analyser ici. 

c( Comme préliminaire de cet ouvrage, exclusivement consa- 
cré à la région toulousaine », il a paru nécessaire à l'auteur — 
et on ne peut ((ue l'en féliciter — de retracer^dans un avant- 
propos l'historique général de la question des biens nationaux, 
des assignats et du papier-monnaie. Puis, dans une introduc- 
tion de près de cent pages, M; Martin a condensé, en un exposé 
néanmoins très précis et très clair, tout ce qui a trait à la même 
question envisagée au point de vue local, en suivant la division 
même de la publication en quatre parties : Inventaires, biens 
nationaux par communes, ventes, tableaux synoptiques résu- 
mant tous les résultats. 

Les patrimoines des collectivités, ecclésiastiques ou laï- 
ques, et des individus sont classés dans la commune où 
ceux-ci avaient leur principal établissement; «ainsi, c'est le 
domicile et non la situation des biens qui a déterminé le classe- 
ment ». Le district de Toulouse avait à ce point de vue de 
l'importance, car son chef-lieu était à la fois le centre et le siège 
légal de tous les établissements, de tous les corps et de toutes les 
institutions. Dans les patrimoines se trouvaient souvent des 
iicheaux, parts ou fractions de propriété des moulins du Château 
et du Bazacle ; ces parts avaient un caiactère immobilier et 
nominatif. Les biens ruraux des émigrés étaient parfois 
très importants; « les grandes familles n'avaient générale- 
ment à Toulouse qu'un hôtel, leur domicile et leur résidence 
habituelle ». Tandis que cette première partie de la publication 
est consacrée à la reconstitution des patrimoines grâce aux 
inventaires, la deuxième donne la répartition par communes, 
et pour Toulouse par rues, de tous les biens nationalisés. Enfin, 
la troisième partie; contient tout ce qui est relatif aux ^ventes ; 
c'est, au point de vue économique, la plus iniporlanlc, car elle 
résume à peu près à elh^ seuh^ toute la question des biens natio- 
naux et embrasse une période de trente-neuf années durant 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. ](] i 

laquelle s'échelonnent les ventes, de 1791 à i83o. « Contraire- 
ment aux tableaux des patrimoines, qui comprennent tous les 
biens et valeurs, quels que soient leurs lieux de situation, 
groupés sous le nom du possesseur, ce chapitre des ventes ne 
contient que les domaines situés dans le district, mais il les 
contient tous sans exception, môme ceux qui appartfiiaioiit à 
des personnes domiciliées hors du département ». La qualité 
des acquéreurs, le prix d'adjudication des terres, le désir de 
poursuivre le morcellement des domaines, la dépréciation des 
assignats, la spéculation même et la question des paiements, 
la vente du mobilier, enfin les biens réservés sont l'objet de 
judicieuses remarques. Contrairement à l'opinion de Loutcliisky, 
il apparaît nettement « que les habitants de Toulouse formèrent 
la majorité des acquéreurs : les biens qui leur furent adjugés 
surpassent de beaucoup, en nombre et en valeur, le lot échu 
aux acquéreurs ruraux ». 

Une série de sept tableaux synoptiques forme comme la syn- 
thèse de la publication. Ces tableaux contiennent : 1" l'état de 
division de la propriété rurale au milieu du xviii" siècle ; 
2" la récapitulation des patrimoines séquestrés; 3° le résultat 
des ventes ; 4" la répartition des ventes par régimes législatifs ; 
5" les ventes par catégories sociales d'acquéreurs ; G" l'état des 
biens restant à aliéner en 1808 ; 7" l'état des indemnités aux 
émigrés et autres personnes. L'auteur pense m que les résul- 
tats ainsi groupés et condensés pourront épargner des recher- 
ches et des calculs à ceux qui n'auraient en vue qu'un travail 
général». L'ouvrage tout entier est assurément une mine où 
pourront puiser, même pour la période prérévolutionnaire, les 
futurs historiens de Toulouse et du pays toulousain ; remer- 
cions M. Martin de nous l'avoir donné si complet et si précis. 

Louis ViÉ. 



462 ANNALES DU MIDI. 

Jules RoNJAT, docteur es lettres. Essai de Syntaxe 
des parlers provençaux modernes. Mâcon, 
imp. Protat, 1918; in-8" de 3oG pages (Thèse de Paris), 

Nous aurions dû rendre compte beaucoupplus tôt de ce livre 
original et intéressant: c'est le premier essai sur la syntaxe de 
nos parlers méridionaux; c'est une vue d'ensemble sur la syn- 
taxe de ces parlers que l'anarchie linguistique a si fortement 
différenciés les uns des autres à tous les points de vue : phoné- 
tique, morphologie, syntaxe, etc. Il faut donc louer M. J. Ron- 
jat d'avoir essayé de voir si dans ce désordre chaotique il y avait 
quelque chose qui pût constituer sinon des règles syntaxiques, 
du moins, des habitudes ou même de simples tendances com- 
munes à la plupart de ces parlers. L'auteur a déployé dans 
cette recherche beaucoup d'érudition patiente et d'ingéniosité. 
Je ne sais pas — ou plutôt je ne crois pas — qu'il ait réussi à nous 
convaincre complètement que nos parlers avaient une syntaxe 
à eux, bien originale et bien distincte de la syntaxe des autres 
langues romanes; mais il a condensé en quelques centaines de 
pages des trésors d'observations importantes. C'est un résumé 
très serré d'une longue enquête linguistique menée par l'auteur 
avec une vigueur et une conscience de premier ordre. Une 
étude de ce genre nous manquait, peut-être parce qu'elle 
demandait d'autres qualités que l'exposé des transformations 
phonétiques ou morphologiques d'un simple parler : l'auteur 
a été à la hauteur de l'entreprise et nous ne lui mesurerons pas 
nos éloges. Il m'a semblé, en le lisant, que la syntaxe de nos 
parlers ressemble étrangement à la syntaxe du français du 
Moyen âge; il y a une liberté très grande dans nos dialectes 
modernes parce que ni Malherbe ni ^"augelas n'ont eu d'action 
sur nos auteurs (sur ceux du moins qui ont quelque originalité); 
et certaines tournures archaïques, qui ont disparu depuis long- 
temps du français littéraire, sont parfaitement restées vivantes. 

Je ne sais pas si, à un autre point de vue, il n'aurait pas 
mieux valu restreindre l'étude à la « Provence proprement dite », 
pour employer un terme bien lourd qui revient souvent sous la 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. \(\?^ 

plume de l'auteur; il y a déjà chez les écrivains de celle région 
une vraie tradition littéraire qui date de plus d'un dcmi-sièclc; 
et peut-être faudrait-il faire unedistinction onlro celle Iradilion 
et les formules ordinaires de la syntaxe vraiment popidairc, 
telle que nous la font connaître les enquêtes linguislicpics 
plutôt que la lecture et le dépouillement des textes de tout 
ordre et de toute provenance. Quoique les grands écrivains 
méridionaux — et je pense surtout à Mistral — aient écrit dans 
la langue — et dans la syntaxe — du peuple, peut-être s'en 
sont-ils éloignés quelquefois sans le vouloir. Et ainsi il y aurait 
peut-être deux sujets à traiter au lieu d'un : la syntaxe des 
écrivains méridionaux modernes et la syntaxe des par/ers méri- 
dionaux; mais, au fait, ces deux sujets sont bien traités dans 
le livre de M. J. Ronjat; seulement il me paraît que quehiue- 
fois la distinction entre les deux syntaxes aurait pu être plus 
nettement établie. 

Dans le détail les remarques originales, les cxplicalions 
ingénieuses et personnelles abondent. Nous nous permettrons 
de soumettre à l'auteur quelques observations, qui ne sont pas 
toutes des critiques, et nous ajouterons à ce compte rendu quel- 
ques renseignements pris dans notre parler de Lézignan (Aude). 
Nous souhaiterions d'ailleurs que ce livre fût pris comme guide 
dans les enquêtes sur la syntaxe qui pourraient terrter quelqu'un 
de nos compatriotes. 

§ i/j, in fine. Léz. enclins (inde inliis) est devenu adj. (au 
lieu de prioiin de l'ancienne langue) et il a un féminin : u/io 
cafetier endinso. 

§ i5. Léz. Ço de niilhou, ço de pas f&rl, ço de pus bel, etc.; 
mais ço meii, ço tea, ço sea, etc. 

P. 35. Es loiilo bacjnado; soun tuutis bagnals; loiili dons, 
toutis 1res, toulos quatre. 

P. 36. Planis d'ornes (Escales, Aude) m'est inconnu ,: est-ce 
un exemple de Mir? Léz. pla d'ornes, et pas d'accord pour les 
adverbes de quantité : trop de rnzins,n'i a trop ; pauc de razins . 
Cependant il me semble qu'on dit plutôt : ni a tantis que ni a 
tant. 

§ 22 : emploi de l'article. Les riverains de la Garonne disent, 



46^ ANNALES DU MIDI. 

suivant l'ancien usage : a Garoimo (du moins en amont de 
Toulouse, à Muret, par exemple). Ce paragraphe 22 est d'ail- 
leurs trop bref : l'enquête pourrait être poussée bien plus loin. 

§ 87. Amé marque un rapport bien plus étroit que e/ (parenté, 
dépendance) ; paiiigiière/i ame ma fenno, am'el 

Je ne vois pas relevé, entre amé et contro, entre : entr'el et 
ieii fagaèren dets constats (entre lui et moi nous fîmes dix 
comportes de raisins). La tournure existe en ancien français. 

P. 62. Léz. Le moiinde dlzoïin, crezoun; i avio un fum de pople 
/jne venion dal fjarri (il y avait une foule (littéralement une 
fumée) de peuple qui venait). L'a. fr. connaît aussi cette tour- 
nure. 

§ 57. Léz. L'as vist a Falcou : as-tu vu Falcou? L'as entendnt 
a Falcou serait plus rare : la construction est plus rare encore 
avec d'autres verbes, ou même inusitée; cependant on peut 
dire : l'as aimât a naquel inoucent? En sommeil y a hésitation. 

P. 100. Léz. siuplèt, forme française ; cf. R L R, XLIll (1900), 
p. 61. 

P. 109. Léz. gallon (pour garo ton) et garais lou, quand on 
ne tutoie pas la personne. Gallaqul et garais l'aqul (garallaqui) 
= le voilà. 

§ 78, p. 109. Léz. garqnl que, voilà que. 

§ 107, 2" a. Léz. pas d'accord; ibid. 2° h hésitation. 

§ 1 10. 11 faudrait distinguer l'emploi de après avec les verbes 
désignant les repas de l'emploi de après avec d'autres verbes. 
Léz. après déjnna, dinna, gonsta, sonpa, mais après la plèjo et 
non après plôure, etc; après heure, après manja sont inconnus 
(on dit après aljé hegut, manjat, etc). 

vj (II- Léz. en ajent, en essen, en J'agnen. Taleu estre sont, 
Inteu parti existent dans notre parler. 

P. 181 « Je n'ai pas rencontré »; même tournure à Léz. pour 
• rendre dont après mon, notre, votre; les constructions avec e/i 
tiuan{\). 182) nous sont inconnues. 

§ 126. Léz. connaît es estai vengut = il est venu déjà (]uel- 
(|ucfois ; m'es estai arribat, ilm'cslquelquefoisarrivé, il m'esldéjà 
arrivé; la nuance exprimée parce temps surcomposé est celle 
de quelquefois, déjà ; cf. encore nïavetz agut dit. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. ^^5 

§ i45. Réponses : j'ai traité le sujet à fond pour Lez. liev. 
laiig. rom., XLIII (1900), p. 58 sq. 

§ 149. Léz. dizoïin, crezoun (rare); Imnl on ven hiel, knnl on 
csjoave. Autre tournure : le monade dizonn, crezoun, fan, etc. 

§ i53. Indéfini : Léz. kiskesechogue {qui es que ce siogue), qui 
que ce soit; kiskeclioguèsse, qui que ce lui. Coussikcsiogue, de 
quelque manière que ce soit. J. Anglade. 



Chanoine Sabvuthès. Bibliographie de TAude. 

Naibonne, F. Gaillard, 1914; in-8" do (iio pages. 
(Extr, du Bullelln de la Commission Archéologique de 
Narbonne) . 

Nous avons rendu compte jadis' du Dictionnaire lojjogra- 
phique de l'Aude de M. le chanoine Sabarthès. Presque en même 
temps que cet excellent travail a paru le gros volume que nous 
annonçons aujourd'hui. Ce sont là des témoignages d'une belle 
activité et qui confondraient le Boileau du Lutrin. La Biblio- 
graphie de l'Aude est faite avec le même soin et la même cons- 
cience scientifique qui caractérisent les travaux de M. le chanoine 
Sabarthès. 11 la dédie avec raison « à tous ceux qui aiment leur 
petite patrie, à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire et aux 
diverses sciences ». Puissent-ils devenir plus nombreux dans 
l'Aude ceux qui s'intéressent à leur petite patrie dont l'histoire 
est si intéressante et si glorieuse et dont la terre est pleine de 
souvenirs; trop de nos compatriotes se sont laissés gagner, au 
milieu de l'opulence, par une déplorable incuriosité intellec- 
tuelle; qu'ils se réveillent. 

Le plan adopté par M. l'abbé Sabarthès est le plan ordinaire 
des bibliographies non critiques : chaque article est précédé 
d'un numéro qui facilite les renvois : il y a 4768 nuanéros. Les 
tables sont particulièrement soignées; il y en a trois, en dehors 
de la table des matières ': une table des noms d'auteurs, une 
table des anonymes et une table alphabétique des noms de 

I. Annales du Midi, igi/J, p- ^142. 



466 ANNALES DU MIDI. 

lieux. L'auteur a pu connaître quelques bibliothèques parti- 
culières importantes et signaler les manuscrits, incunables ou 
livres rares qui s'y trouvent et qui concernent l'Aude. Il y a eu 
en effet quelques bons amis des livres à Carcassonne et à Nar- 
bonne, comme l'indiquent les Catalogues de librairies privées 
cités dans la première partie du travail de M. Sabarthès : la race 
n'en est pas tout à fait perdue, surtout à Narbonne. 

Voici quelques observations que la lecture du livre m'a sug- 
gérées : n" 2729. Ce volume (Toulouse, J. Colomiès, i553) est 
intéressant par les pages indiquant comment il faut dire 
« pregarias e mandamens en lengage vulgar de Tolosa. » C'est 
sans doute le même texte qui se trouve dans l'ouvrage intitulé 
Modus concionandi ad popiilum, Lyon, i538; cf. Desbarreaux- 
Bernard, Èlabl. de Vlinpr. en Languedoc, p. 4i4-424- 

Les numéros 3828-3978 contiennent les ouvrages écrits en 
languedocien (pourquoi dire en langue provençale pour des 
dialectes aussi caractérisés que le languedocien?) 11 y a là des 
notes intéressantes sur les plaquettes, chansons, etc., écrites 
en languedocien. Je n'ai pas trouvé cité : A. Kempe, Die Orls- 
namen des Philomena (qui ferait le n" 2023 bis): Halle, 1901 
(thèse de Halle). P. 45 1, il faudrait ajouter (pour être complet 
seulement, car l'article n'a pas grande importance) : J. Anglade, 
Les Troubadours de l'Aude (Revue Méridionale 1907 ou 1908). 

La division administrative en départements rend difficile la 
tâche du bibliographe : s'il veut être complet, ses recherches 
débordent son domaine, les limites les plus artificielles peut- 
être qu'une division administrative ait jamais connues. Mais ce 
qui pourrait être un défaut avec un érudit moins sûr que M. le 
chanoine Sabarthès devient une qualité, car il sait s'arrêter à 
temps; de plus le département actuel de l'Aude a été tellement 
mêle à l'histoire du Midi, surtout à l'époque gallo-romaine, wisi- 
gothique ou à l'époque dite albigeoise, que cette bibliographie 
de l'Aude est devenue, par endroits, une bibliographie du Bas- 
Languedoc. Et en altendani la lUbliographie générale de Lan- 
guedoc qui devrait tenter quehjue Société savante, on en trouvera 
ici bien des éléments importants. 

Le volume a été publié grâce au concours de la Commission 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. fiCfj 

Archéologique de Narbonne, qui développe depuis longtemps 
dans la région narbonnaise une si féconde activité scientifique 
(il ne dépend pas d'elle, je le sais, que le Jacnie Olivier, une de 
ses grandes publications, ne soit terminé); il fait honneur à 
l'auteur qui l'a conçu et exécuté, à la Société qui en a facilité 
l'impression et à la vieille imprimerie narbonnaise qui conserve 
depuis plus d'un siècle les traditions de bon goût et de correc- 
tion de nos anciens imprimeurs méridionaux; dans un livre 
d'une impression si dilTicile, avec des titres en langues si 
diverses, je ne crois pas avoir rencontré de coquilles! Les bons 
auteurs méritent cette aubaine. 

J. Anglade. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX 



Ardèche. 

Revue du Vivarais, t. XXIII, 19 15- 191 6. 

P. 8-4 1, 57-82. 125-33. Gh. AuREXCiiE. Mémoires d'Isaac Meissonier, 
ci-devant ministre à Saint-Sauveur-en-Vivarais (1630-1709), suivis 
d'extraits do son Livre de Raison (i66i:-74). [Fin de cette intéres- 
sante publication sur la vie privée d'un ancien pasteur à la veille 
et au lendemain de la révocation de Pédit de Nantes.] — P. 42-6. 
J. Régné. Histoire locale de la guerre. [Exhortation à tenir note 
des répercussions villageoises de la guerre actuelle. Reproduction 
du plan universitaire et du plan ecclésiastique.] — P. 47-8. Les 
tambours du régiment de Vivarais. [Lettre du 3 septembre 1763, 
par laquelle le major de ce régiment demande au syndic du \ iva- 
rais les armes de ce pays pour les faire peindre sur les caisses 
des tambours.] — P. 83-91. 108-29, 172-'!. \. Renoit d'Entrevaln. 

• Excursion à Pourchères. [Notes liisloriques sur la paroisse, les 
curés, le prophétisme cévenoL la mairie, les écoles, les produc- 
tions, les légendes.] — P. 92. Note sur la seigneurie de (irospienes. 
[Elle fit partie, depuis i54(i, de la baronnie de Joyeuse.] — P. 93-6, 
i3'i-43. 170-83, 23o-4o, 270-2. 370-8. '|2i-3i. 473-80. A. Roche i Cor- 
respondance administrative du citoyen Robert, commissaire du 
gouvernement dans l'Ardèche (8 messidor an \ ll-i 2 prairial an VIII). 
[Suite et à suivre.) — P. 105-7. J- 'iKt:-^K- VP Louis Buflin. [Colla- 
borateur de la Revue du Vivarais, tué le i3 juillet igiS.] — P. 157-8. 
E. N. VI. Michel de Chazotte. [Généalogiste et collectionneur, mort 
le aa mars 1916.] — P. i59-(34. Le général de Chalendar. Le nota- 
riat en Vivarais. (Actes passés en 1482 et i564 dans la cuisine, 
dans la boutique du barbier, sous l'orme, en bateau; maximes, 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. /1O9 

recettes, événements liistoriques insérés par les nolaires dans 
leurs registres; accession du notariat à la noblesse.) — P. i()r)-7i. 
A. Le Sourd. Henri IV a-t-il été un roi populaire? (L'impression 
dominante caiisée en \ ivarais par la mort du pacificateur est la 
crainte de la reprise des guerres religieuses; le chanoine de Banne 
traite Ravaillac de « monstre infernal ».] — P. aii-21. A. Benoit 
d'Entrevaux. Le château de Sibleyras et ses possesseurs. [Le corps 
de logis ne date que de la fin du xviu° siècle; la ferme, la tour 
carrée et la tour cylindrique paraissent remonter au xv' siècle; 
filiation des châtelains depuis i35i jusqu'en 1785.] — P. 222-G. 
\. L. S. L'an de malheur i586. Guerre, famine, mortalité. [Enquête 
ouverte à Largcntière le 24 mai i586 devant le lieutenant du bailli 
deVivarais.j — P. 327-9. E- N- Petites Commissions (1724). [Objets 
apportés de Paris par Mathieu Chomel à Serrières et à Peyraud.J 

— P. 266-7. ^^ ^' JuLUEN. M. Marc Ollier de Marichard. [Collabo- 
rateur de la Revue, mort au champ d'honneur le i\ avril 1916. | 

— P. 268-9. ^- ^- ^^- Léon Rostaing. [L'historien de la famille de 
Monlgolfier est décédé le i3 avril 1916.] — P. 278-6. E. N. Don de 
créances confisquées sur les habitants de Privas en 1627. [Il s'agit 
de sommes saisies en représailles de la rébellion privadoise.] — 
P. 277-82. A. L. S. Communiqués de jadis. [Lettres circulaires 
adressées de [702 à 1746 aux consuls de Tournon pour leur appren- 
dre les victoires et leur prescrire d'allumer des feux de joie.) — 
P. 283-6. A. L. S. Le bon vin de l'Ohvel. [Lettres de i655 et i656 
adressées au prieur des Carmes de Tournon.) — P. 287-8. La société 
historique et archéologique des Vans. [Elle fut fondée en 1876, 
mais ne vécut guère plus de cinq à six ans.) — P. 3o3-i9, 346-55, 
410-20, 461-72. R. Labrély. L'imprimerie au Bourg-Saint- Andéol. 
au xvni' siècle. [A suivre. L'introduction de l'imprimerie au Bourg 
ne date que de 1735; elle fut provoquée par un vœu des États du 
Vivarais; à côté du premier atelier Chappuls et Guillet, Gulremand 
en installa un autre vers 1756; cette concurrence engendra des 
querelles et des procès. Le 3o octobre 1776, un arrêt du Conseil 
d'État supprima l'imprimerie de Guiremand; lorsqu'éclata la Ré- 
volution, les imprimeurs du Bourg s'établirent à Privas. Liste des 
ouvrages imprimés au Bourg et pièces justificatives.] — P. 3io-3i, 
356 74,396-409, 444-60, 518-26,553-64. A. LeSolrd. Mémoires de Jac- 
ques de Banne, chanoine de Mviers. [^oir ci-dessus, p. 454. compte 
rendu du tirage à part.) — P. 501-17. J. Belleudy. Xotes biogra- 
phiques sur le général Reymond. [Né à Saint-Alban-sous-Sampzon 



fl'jO ANNALES DU MIDI. 

le 8 octobre 1860, tombé glorieusement à la tête de ses troupes le 
27 décembre 1914. Portrait.] — V. SSg-Sa. A. Le Sourd. Baïx de 
1619 à 162a. Petite chronique du temps des guerres civiles. [Exposé 
précis et intéressant de l'tiistoire d'une petite place, qui dut aux 
circonstances et à sa position sur les bords du Rhône de jouer un 
rôle important au commencement du règne de Louis MIL Ren- 
seignements curieux sur l'aspect de la petite ville, l'organisation 
consulaire, les principales familles. A suivre.] — P. 565-6. E. N. 
M. n. de Soubeyran de Saint-Prix. [Collaborateur de la Revue. 
décédé le 2 octobre 1916.] J. R. 

Corse. 

Bulletin de la Société des Sciences historicjues et naturelles. 

de la Corse, XXXP année, 1911 ' : i" Documents. 

P. 1-168. Abbé L. Letteron. La Corse et la Révolution : extraits de 
l'ancien Moniteur. [Précieuse réimpression, qui s'étend du 12 octo- 
bre 1789 au 9 novembre 1796. On y verra la place que tint la Corse 
dans les débats des diverses Assemblées révolutionnaires : les pro- 
messes de (( régénération » formulées par la Constituante-, l'inac- 
tion forcée de la Législative, l'énergie des représentants de la 
Convention — Saliceti, Lacombe-Saint Michel, Delcher — envoyés 
en mission dans l'île, les projets de Bonaparte général en chef de 
l'armée d'Italie.] — P. 173-276. Id. Lettres de Napoléon concernant 
la Corse : extraits de la Correspondance. [106 lettres, échelonnées 
du ai mai 179G au 21 mai i8i5, permettent d'alïirmer la conti- 
nuité des préoccupations corses chez .Napoléon général, piemier 
consul, empereur : il envisage toutes les questions — politiques, 
militaires, administratives, économiques — qui intéressent son 
île natale: il s'occupe d'une manière spéciale, surtout à partir 

1. La Société des Sciences liisloriqiics el nalureiips de la Corse, fondée 
en 1881 par M. l'abbé Lellcron. coiilinue à {iroiiper Ions les cliercticurs, in- 
sulaires ou continentaux, qui s'intéressent aux choses de Corse. InsufTisaui- 
ment subventionnée, elle avait dû en i(|o8 interrompre la publication de 
son Bulletin cl elle fut sur le point de disparaître. Mais elle put se réorora- 
niser en 1911 et reprendre, en des fascicules trimestriels, la série de ses tra- 
vaux, où la reproduction des documents orij^inauv alterne avec les études 
— historiques, littéraires ou scientifiques — de ses différents collaborateurs. 

2. Les trois volumes de Pièces cl Documents sur la Itévolution en Corse, 
publiés par M. Letteron en i8(.)o, i8i|i et 1892 d'après les Arcliives Nationales 
et les Archives du Ministère de la Cuerre, étaient uniquement relatifs aux 
années 1790-91. 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. /I7I 

de 18 II, de la réorganisation financière de l'île et de l'exploitation 
de ses forêts.] — P. 1-67 (pagination spéciale;. Dom Pu. Makini. 
Gênes et la Corse après le traité de Caleau (^ainbrésis. (Quelques 
documents se rapportant à la guerre de Sainpiero, extraits, du 
riche dépôt des Archives de Gênes. A suivre.] 

2° Travaux. 

P. 5-G4. A. Ambrosi. Un épisode de la guerre entre Gênes et Aragon 
au w' siècle : Vincentello d'istria. [Intéressant épisode de l'his- 
toire insulaire de i4o2 à i434 qui se rattache intimement à l'his- 
toire générale de la Méditerranée occidentale. D'après la chronique 
de Giovanni délia Grossa.] — P. 67-80. F. Gruciom. La (Jirnéide. 
[Brève étude, analytique et critique, d'une épopée factice et insi- 
gnifiante de Lucien Bonaparte, prince de Canino.J — P. 1 23-33. 
.1. Santom. Dell' Adeinaro ovvero ({clla Corsica liberala, poème épi- 
que de Giambattista Merea. [Étude, analogue à la précédente, d'un 
poème italien peu connu du xviii" siècle.) 

3" Ouvrages indépendants. 

Abbé L. Letteron. Notice historique sur l'île de Corse, depuis les ori- 
gines jusqu'à l'établissement de l'Empire romain, gS p. [Résumé 
des travaux antérieurs et état de nos connaissances sur les anciens 
noms de la Corse, sur les monuments mégalithiques et les objets 
préhistoriques et sur les pi-emiers temps de la Corse historique.] 

G. GouRTiLHER. La Corse et l'opinion publique au XVIII^ siècle, 55 p. 
[Agréable analyse de quelques auteurs qui ont parlé de Corse. Au 
temps de la première campagne française, les descriptions sont 
généralement superficielles (le R. P. de Singlande, l'apothicaire 
.laussin, l'administrateur Goury de Champgrand. l'anonyme de 
1743). Puis vient J.-.I. Rousseau, qui faillit aller en Corse et lui 
donner une législation. Après lui, et d'après lui, apparaissent les 
premières études morales et économiques : Bellin en 17G4, Vol- 
taii-e, Boswell, « le premier globc-trotter que la Grande Bretagne 
ait envoyé à la Corse » et « le premier poète que ses paysages 
aient troublé », l'abbé de Germanes, Ferrand-Dupuy, Pommereul, 
l'abbé Gaudin... Quelques erreurs de détail.] 

XXXIP année, 1912 : i" Documents. 

P. 1-145. Abbé L. Letteron. Deux députations des États de Corse à 
la Cour de France, 1775 et 1780. [Dans les vingt années qui suivi- 



472 ANNALES DU MIDI. 

rent la conquêto. les États de Corse furent réunis huit fois. A.ux 
procès-verbaux de ces assemblées, précédemment publiés par 
M. Letteron, nous pouvons joindre les rapports présentés à Ver- 
sailles après chaque session par les députés des Etats. Les textes 
relatifs à l'Assemblée de 1773 sont particulièrement suggestifs : 
on y trouvera, en 63 paragraphes, un véritable cahier de doléances 
où tout ce qui intéresse la Corse est passé en revue. J — P. 69-120 
(pagination spéciale). Dovi Ph. M.\rim. Gènes et la Corse après le 
traité de Cateau-Cambrésis. [Suite des documents publiés dans 
le volume de 191 1. De curieux renseignements sur les Génois à 
Constanlinople en i563. A suivre.] 

2" Travaux. 

V. i5i 210. Eug. Seuveille. Le siège de Calvi en 1794. [Comment 
Calvi se prépare à la résistance contre Paoli et les Anglais sous 
l'énergique impulsion de Lacombe-Saint-Michel et de Saliceti. Les 
Anglais, qui ont débarqué au milieu de juin, réussissent après un 
mois à s'emparer du fort de Mozzello. Et après 4o jours de siège, 
la ville doit capituler. En appendice, quelques documents sur la 
femme Brulon, qui servit à Calvi comme soldat, entra aux Inva- 
lides en 1799 et reçut en i85i la croix de la Légion d'honneur.] 
— P. 211-45. A. Ambrosi. La Banque de Saint-Georges et la Corse 
aux xiv*^ et \v' siècles. (Explique, d'après l'ouvrage italien de 
MM. Marengo, Manfroni et Pessagno. comment la maison de 
Saint-Georges administra et exploita la Corse de i4t3 à i562.] — 
P. 261-85. P. LucciARDi. Les prêtres romains déportés en Corse. 
[Au nombre de iai, à la suite de l'emprisonnement de Pie VIL 
Parmi eux, l'archevêque Thomas Arezzo. qui s'évade en i8i3 de 
la citadelle de Gorte, ci dont la fuite à travers les montagnes de 
l'intérieur présente les plus pittoresques péripéties.] — P. 293-319. 
Abbé MuKACCioLE. Monographie géographique et historique de 
Vivario. [Quelques notes sur une petite localité qui a joué un lôie 
important dans l'histoire corse.] — P. 323-8. An. Romagnoli. 
Uelation sur une découverte proto-historique dans le cap Corse. 
[Divers objets d(> la fin de rage du fer découverts en décenilHc 1900 
près d'un hameau de la commune de (^agnaiio, sur le versant N. K. 
des monte dellc Spclniirhe.] — P. 337-71. Louis \ u.lat. La politique 
française et la (^lorse au win'' siècle. [D'après l'excellente préface 
mise par M. Ed. Driault en tète du Recueil des liixlniclions données 
aux minislrei de France à Gênes. S'attache à montrer que l'offre de 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. '17.'^ 

la Corse à la France ne lui point de la pari des Génois ini at If 
spontané, mais le résultat d'une campagne diplomatique Immmcm- 
sement poursuivie, véritable « chef-d'œuvre » où s'allirnieiil. de 
Fleury à Chauvelin et à Ghoiseul. la plus remarquable continuilé 
de vues et le sens le pins réaliste des intérêts nationaux.) 

3° Ouvrage indépendant. 

.T. Mansion. Bibliograpliii' xcientifique de la Corse (des orifiinesà I9l(h. 
I. Sciences géographi([ues (i" fascicule), if\\ p. [Très vitile entre- 
prise, malheureusement mal conçue, sans méthode cl s;uis criti- 
que. Quelques renseignements sur la Corse noyés dans un inex- 
tricable fouillis. X suivre, mais le plan et la méthode en devraient 
être profondément i*emaniés.] 

XXXIIP année, 191 3 : i" Documents. 

P. 27-1^3. A.bbé L. Letteiîon. Ponte-Movo. [Rapport sur les « opéra- 
tions militaii'es de la réduction de la Corse » par le comte de Gui- 
bert, le célèbre ami de VI'^' de Lespinasse, major général de l'an'iiée 
du comte de Vaux. S'étend du i" au 20 mai 1769 et complète 
ainsi sur les points les plus importants (Ponte-Noyo est du 
8 mai) la relation plus étendue, de juin 17G8 au 2O août 1709. 
de M' de Lenchères, éditée par l'abbé Letteron dès 1889.] — P. 65 112. 
DoM Ph. Marini. La (Consulte de Caccia et l'élection de Pascal Paoli. 
[Trois mois avant l'élection de Paoli, une Consulte, tenue à Caccia 
les ai et 22 avril 1755 et complétant une organisation ébauchée 
à Orezza en 1751, allirmait contre Gênes le principe de la souve- 
raineté nationale. Les « établissements, règlements et décrets » 
reproduits Ici organisent de la façon la plus minutieuse le gou- 
vernement nouveau : finances, armée, police, justice prompte et 
sévère.] 

2" Travaux. 
P. A5-6o. Abbé L. Letteron. Causerie sur l'étang de Biguglia. [Excel- 
lente dissertation sur l'ancien Chiurlino, dont le nom — d'origine 
inconnue — se rencontre pour la première fois dans une charte 
du xui"" siècle. — sur les configurations successives de l'étang 
d'après les écrivains et annalistes (Ceccaldi, Banchero), — sur les 
îles, dont quelques-unes ilschia Vecchia notamment) ont disparu 
après avoir été le théâtre d'événements historiques importants.) — 
P. 61-107. Abbé L. Letteron. Pascal Paoli avant son élévation au 

ANNALES DU MIDI. X.XX. 3l 



/jy/i ANNALES DU MIDI. 

géncralal, 1749-1755. [De curieux renseignements sur le projet de 
donner la Corse à l'Ordre de Malle et sur l'entrée en scène de 
Pascal Paoli.] — P. 109-61. E. et J. Fiuncescuini. Un préfet de la 
Corse sous la Restauration : M. de Saint-Genest, i8i5-i8i8. [Après 
s'être occupé de la question électorale, Louis Courbon de Saint- 
Genosl se donne énergiquement à l'œuvre de réorganisation mo- 
rale et de relèvement économique. Mais il ne s'entend pas avec 
le gouverneur militaire, M. de Willot, et découragé il demande 
son rappel en 1818.] 

3" Ouvrages indépendants. 

A.bbé L. Letteron. Correspondance des agents de France à Gênes avec 
le Minir.lère, 287 p. [D'après les Archives du Ministère des Affaires 
étrangères. Un premier volume, paru en 1901, se rapportait aux 
années 1780 à 1741. Celui-ci reproduit la coi-respondance échan- 
gée, de 1742 à 1748, entre les agents Coutlet, Jonville, Guymont 
et les ministres Fleury, Amelot, d'Argenson, de Puysieulx.] 

Abbé L. LETTEnos . Journal d'Antonio Baitafoco, 72 p. [S'étend de 1744 
au début de 175O. Aucune considération de politique générale : 
c'est Je récit — exact, minutieux, vm peu terre à terre — d'un 
patriote corse. J 

XXXIY" année, iQi/i' : i" Documents. 

P. 1 21-195 (pagination spéciale), Dom Pu. Marim. Gènes et la Corse 
après le traité de Cateau-Cambrésis. [Deuxième série des docu- 
ments publiés précédemment. Il s'agit du procès des agents de 
Sampiero — Paris et Piovanelli — instruit à Ajaccio en l^jOG. 
L'interrogatoire des témoins éclaire la politique de Sampiero dans 
sa lutte suprême contre la République de Gênes.] 

2° Travaux. 

P. 3i-63. E. et J. FRANCEScniiNi, L'élection du général Sébastiani 
en 1819. [On connaît la situation anormale de la Corse au début 
de la monarchie censitaire : le nombre des électeurs (3o) s'y trouva 
inférieur au chiffre des éligibles (fixé légalement au minimum 
de 5o). La composition de la liste électorale présentait dès lors 
des ditïicultés spéciales, que MM. Franceschiiii analysent avec 

1. I,a guerre a eiiipccliô la publication régulière des fascicules de 1914, 
dont le (iiiatrièiue a paru seulement eu nji". 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. \-j7} 

beaucoup de clarté. Ils étudient ensuite la présidence du Conseil 
électoral, les péripéties de l'élection et les opérations de l;i valid;!- 
tion.] — P. 67-97. S. (le Gauafka. Promenade à travers Haslla au 
xvm' siècle. [Superficiel et sans intérêt.) — P. 99-203. \bl)é L. 
Lettehon. Les Sociétés savantes à Bastia. [Importante élude ([ui 
reprend, à l'aide de nombreux documents nouveaux, un article 
donné par M. le baron Galeazzini dans le Bulletin de 1881. — 
L'ancienne Académie des Vagabonds, reconstituée en 17 '19 par le 
marquis de Cursay, avait été entre ses mains un véritable iiislru- 
ment de la propagande française, tandis que l'Académie des Betli- 
cosi servait la cause de Gênes. Elles n'eurent qu'une existence 
éphémère, et il faut attendre l'an XI pour voir se reconstituer, 
avec le préfet du Golo, Pietri, une « Société d'instruction » qui 
tint quelques séances intéressantes, tomba dans l'oubli, reprit 
une vitalité nouvelle de 1818 à 1822 avec le comte de Nij^nolle et 
le chevalier Eymard. puis disparut définitivement. | — P. 307-'io. 
DoM Ph. Marini. La mort de Sampiero, 17 janvier 15O7. [Eclaircit 
certains points, restés obscurs, d'un petit problème historique, 
grâce aux renseignements fournis par deux des assassins, Ilaphael 
(xiustiniani et Jean Sorba.] — P. 2/ii-56. E. et J. Fraiscescuim. Le 
comte de \ ignolle, préfet de la Corse : i4 mars i8i8-i5 décem- 
bre 1819. [Sa nomination, son arrivée en Corse, son premier 
contact avec ses administrés jusqu'au 17 août 1818. A suivre.] 

3" Ouvrage indépeiubuit. 
A. Ambrosi, CataloijLie des pubUcalioiis de la Société des Sciences hislu- 
riciues et nalureUes de, la Corse, 5q p. [De 1881 à njw^ inclus. 
Catalogue en partie triple : chronologique, métbodique et par 
noms d'auteurs. Devra être rectifié et complété.] 

L. \ . 

Isère 

I. Annales de l'Universifé de Grenoble, t. XXVI, 191^^1. 

P. Ô9-i3o. D. Falciieu. La Révolution à Loriol (1788-1790). [Popula- 
tion et étal économique de Loriol à la veille de la Révolution. Con- 
tre coup à Loriol de la Journée des Tuiles. Étals provinciaux de Ro- 
mans. Rôle joué, en 1789, par Faujas de Saint-Fond à Loriol et dans 
la région. Organisation d'un comité permanent; union avec les com- 
munautés voisines ; fédérations martiales d'Etoiles, de La \oulte, 



/j76 ANNALES DU MIDI. 

do Montélimar , do Valence, auxquelles los patriotes de Loriol 
prennent une part active. Disparition de l'esprit particulariste.] — 
V. i3i-A. M. Blanchard. Note sur Claude Périor. [Etîorts faits 
en 1778 par Périer, propriétaire du château de \ izillo ot l'un des 
plus riches industriels du pays, povir être anobli.] — P. iSo-q. Id. 
A projjos de danses (1820). [Deux ans avant la pétition de P.-L. 
Courrier à la Chambre des Députés « pour les villageois que l'on 
empêche de danser », le curé de S'-Joan de Bournay était entré en 
conflit avec la municipalité en voulant faire interdire les danses.] — 
P. 343-58. Id. Contribution à l'étude de la formation du départe- 
ment de l'Isère. [Malgré les résistances de Mounier et de la Com- 
mission intermédiaire, Pidée d'une division du Dauphiné en plu- 
sieurs départements rencontra un accueil favorable, soit dans la 
vallée de la Durance, soit dans celle du Rhône, qui ne voulaient 
plus avoir Grenoble comme capitale. C'est ainsi que se formèrent la 
Drôme et les Hautes-Alpes. Cependant les villes de Vienne, Bour- 
goin, La Tour furent, malgré elles, rattachées au département de 
l'Isère. Luttes entre l'Isère et les Hautes-Alpes, au sujet du Champ- 
saur et du canton de La Grave ; entre l'Isère et'le Rhône-et-Loire, 
au sujet de la Guillotière ; rivalité de Grenoble et de Moirans au 
sujet du siège du chef-lieu de l'Isère.] — P. 359-94. A. Allix. La 
foire de Goncolin. [Étude économique, mais contenant plusieurs 
renscignemonls historiques.] — P. 487-90. M. BLANCHAnD. Corres- 
pondance d'ecclésiastiques ot do la Préfecture de l'Isère (1857). 
[Protestations des curés de Cordéac et de Goncolin contre les 
cabarets, les fêtes rurales, etc.] — P. 5o3-58. E. Rkynieii. La région 
privadoise. [Quelques renseignements sur l'histoire économique 
do Privas et de la région.] . 

T. XXVII, 1915. Néant. — ï. XXVIII, 1916. 

P. 85-272. M'"" FoLLiASSON. Mouvement de la population en Mau- 
rienne au xix* siècle. [La population do la Maurienne au com- 
mencement du XIX* siècle; sa situation économique. Accrois- 
sement régulier de la population jusque vers i85o ; fléchissement 
depuis cette date, dû à l'émigration vers les villes, à la 
transformation des conditions économiques depuis la construc- 
tion du chemin de for, à la baisse de la natalité. Ce fléchissement 
est smtout sensible dans los connnuiios agricoles ; au contraire, 
los contres induslriels do la viitlôc ont vu tour population augmon- 
lor notabloniont.J - P. 353-'i'i7. H- Bla.nciiaiu). Annecy. Esquisse 



PERIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. '|"J- 

de géographie urbaine. [Étude du développement historique de la 
ville. Tour à lour on voit apparaître, au bord du lac, à l'époque 
néolithique, une cité lacustre; puis, dans la plaine des Fins, une 
ville gallo-romaine, Boiilae. A l'époque franque. Annecy-lc-Vicux 
nait sur le flanc d'un coteau; au Moyen âge, un château s'installe 
sur les dernières pentes du Semnoz ; enfin, sur les deux bords du 
Thiou, s'établit la ville nouvelle. Son développement, à la fin du 
Moyen âge, a sa cause beaucoup inoins dans l'industrie locale, 
restée très rudinientaire jusqu'au xix° siècle, que dans le rôle poli 
tique et religieux d'Annecy, capitale des Savoic-N'emours (lôi'j- 
ifi65), siège d'un évêché illustré par S' François de Sales, cl rési- 
dence de nombreux ordres religieux chassés de Genève par la 
Réforme. Avec la Révolution, disparaissent ces anciennes causes 
de prospérité de la ville ; mais celle-ci a pris, au xix* siècle, un 
grand essor commercial et industriel.] 

T. XXIX, 1917. 

P. 261-76. M. Blanchard. Correspondance du Prieiu- du Cenis avec 
l'évêque de Mauricnnc (1847-1849). [Le prieur, l'abbé Albrieux, 
qui venait souvent à Turin, juge sévèrement la politique du gou- 
vernement sarde, critique ses tendances belliqueuses, s'occupe 
d'élections en Maurienne.] R. C. 

IL Bulletin de l'Académie delphinale , 5" série, t. VII, 
1913. 

P. 7-38. P. Saint-Olive. Les mésaventures de trois beaux-frères. 
Chronique dauphinoise du temps d'Henri II. [Jacques et Fran- 
çois de Beauvoir, seigneurs de Faverges, tentèrent, en i546, d'as- 
sassiner leur beau-frère, Claude du Monet, seigneur de Fossan, à 
Saint-Jean d'Avellane, et incendièrent sa maison forte. Traduits 
pour ce crime devant le Parlement de Grenoble, ils l'expièrent 
par une longue détention à la prison de Porte-Traine et par une 
condamnation aux galères. L'un d'eux s'échappa; l'autre, moins 
heureux, tenta de s'évader, fut repris, condamné de nouveau et 
finalement gracié en i556. Tableau de l'état très troublé du Dau- 
phiné à la veille des guerres de religion.] — '■ P. 61-79. A. MouNiiiu. 
Jean de Montluc, évèque de Valence. Un évêque diplomate au 
xvi" siècle. [Étude sur quelques épisodes de la vie de ce prélal. 
beaucoup plus occupé de missions diplomatiques au service du 



/'lyo ANNALES DU MIDI. 

roi, qnc de l'administration de son diocèse (i553- 1579).] — 
P. 99-292. A. Helly. Guicliard Déageanl, conseiller d'État, inten- 
dant des finances, premier président de la Chambre des comptes 
deDauphiné (i574-i645). [Né à S'-Marcellinen i574,Déageantdébula 
à Paris, sous les auspices de son compatriote SofTrey de Calignon, 
chancelier d'Henri IV pour le royaume de Navarre. Il fut succes- 
sivement secrétaire d'Henri IV, de Marie de Médicis et de Louis XIII. 
11 prit une part ti'ès active au coup d'État du 24 avril 1617, et fut 
promu, à la suite de 1' « exécution » de Concini, conseiller d'État 
et intendant des finances. Pendant dix-neuf mois, il fut, sous le 
gouvernement de Luynes, le chef réel du ministère, et il contri- 
bua à la reprise des traditions de la politique extérieure d'Henri IV. 
Mais il se fit, par sa dureté et sa rudesse, de nombreux ennemis, 
et, en 1619, il dut quitter la Cour et fut envoyé en mission en 
Dauphiné, auprès de Lesdiguières. Il servit d'intermédiaire entre 
la Cour et le maréchal ; il le dissuada de rompre avec Luynes. 
malgré tous les griefs qu'il pouvait avoir contre celui-ci ; il 
contribua même à la conversion de Lesdiguières au catholicisme 
(1621). En 162(3, compromis dans les agissements du maréchal 
d'Ornano, il fut interné à la Bastille. Ce fut la fin de son rôle 
politique. En i63o, il revint en Dauphiné, et, pendant dix ans, 
présida cITcctivement la Chambre des comptes de Grenoble.] — 
P. 32,3-58. G. N ELLEiN. Le poète Vincent Voiron, curé de Domarin. 
[Voiron, modeste curé de campagne des environs de Bourgoin 
au xvcn' siècle, a écrit vers 1780 un poème épique. Phanor, où 
il célèbre les mariages d'amour, les unions contractées selon les 
lois de la nature. Sans doute avait-il été conquis par les idées de 
,[.-J. Rousseau, qui avait séjourné à Bourgoin et à Maubec (1768- 
1770). Pendant la Révolution, Voiron, dont les convictions reli- 
gieuses ne paraissent pas avoir été bien profondes, rentra dans la 
vie civile, et envoya même à la Société populaire de Voiron son 
diplôme de docteur en théologie, en la priant de brûler ce mor- 
ceau de parchemin, avec toutes les théologies du monde, sur 
l'autel de la Raison.] — P. 373 92. L. Roveh. Le Probus et les 
enquêtes sur le domaine du Dauphin au xui" siècle. [Les enquêtes 
générales faites de laSo à 1267 sur le domaine delphinal en 
Viennois, en Graisivaudan et en Briançonnais, et contenues en 
partie dans le registre Prolnm de la Ghambi'e des comptes du 
Dauphiné, constituent un dociunenl de premier ordre sur l'his- 
toire et l'état économique du Dauphiné au xiu'= siècle. On y trouve 



PERIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. /lyr) 

de nombreux renseignements, non seulement sur les familles 
féodales relevant des Dauphins, mais surtout sur le régime de la 
terre, la condition des personnes, les droits d'usage, les produc- 
tions de chaque communauté d'habitants.] — P. SgS-Zloo. Abbé 
Gkaeff. Clément Met la province de \iennc. [Suite et fin. Cata- 
logue des actes des lo' et 11-= années de Clément VI,dua3 mai iSôi 
au 6 décembre iSôa, date de la mort de ce Pape. Tables alphabéti- 
ques de tous les bénéfices de la province de Vienne et des princi- 
paux personnages qui sont mentionnés dans les 1629 numéros de 
ce répertoire.] 

5' série, t. VIII, 191/i. 

P. i-xix, 1-37 1. Abbé A. DussERT. Les États du Dauphiné aux \i\" 
et xv° siècles. [Histoire de ces États, depuis leurs origines jusqu'à 
la prise de possession du Dauphiné par Charles VII (i457), qui 
marque la fin de l'indépendance dauphinoise. Organisation, fonc- 
tionnement et attributions de ces assemblées. Piècesjustificatives. 
A raison de son importance, l'ouvrage de M. Dussert fera l'objet 
d'un compte rendu spécial.) 

5- série, t. IX, 1914-1917. 

P. 55-io8. J. DuQUESNE. François Bauduin et la Réforme. [Le célè- 
bre jurisconsulte Bauduin, qui eut au cours de sa carrière de 
professeur quelques relations avec le Dauphiné et avec les Uni- 
versités de Grenoble et tle Valence, a été souvent accusé de versa- 
tilité religieuse, à raison de la collaboration qu'il prêta, lors du 
colloque de Poissy, à la politique de conciliation d'Antoine do 
Bourbon. Calvin et ses disciples le présentèrent comme vm triple 
ou quadruple apostat. En réalité, après avoir incliné vers le calvi- 
nisme, il s'est écarté peu à peu de Calvin, s'est fait l'apôtre de la 
conciliation et de la tolérance, et est revenu définitivement en lôOS 
au catholicisme.] — P. 187-262. J. de Beylié. Barnave avocat. 
[Détails sur la jeunesse de Barnave, sur la façon dont il subit ses 
examens de droit devant l'Université d'Orange, sur le discours de 
clôture qu'il prononça à la fin de l'année judiciaire, en 1788, et 
qui avait pour sujet : la Division des pouvoirs; sur ses plaidoyers 
et ses mémoires dans plusieurs afîaircs importantes. Projet de 

• délibération du Barreavi de Grenoble, rédigé parMounieren 1788, 
au moment de l'enregistrement des édits qui restreignaient les 
droits des Parlements, et flétrissant ceux qui accepteraient de 



^j8o ANNALES DU MIDI. 

siéger dans les nouveaux tribunaux] — P. 263-89. P. de Qlinso- 
>«AS. A propos d'vme médaille : la réunion à Grenoble de onze 
princes de la Maison de Bourbon en 1829. [Le 3i octobre 1829, 
François 1", roi des Deux-Siciles, sa femme et leur flls, qui allaient 
conduire en Espagne leur fille Marie-Christine, fiancée au roi 
Ferdinand MI, rencontrèrent à Grenoble Marie -Caroline, la 
duchesse de Berry, l'infant et l'infante d'Espagne, le duc d'Or- 
léans, sa femme et deux de leurs enfants. Des fêtes furent données 
en leur honneur, et l'on frappa une médaille reproduisant les 
onze effigies.] — P. 349-70. A. Masimbert. Notes sur une ancienne 
société littéraire de Grenoble, la société anacréontique(i8oi-i8o7 ?). 
[Reproduction d'un diplôme de membre de cette société, qui com- 
prenait les hommes les plus considérables de Grenoble, et qui 
avait donné à ses publications le titre bizarre d'Accès de fièvre.] 

R. G. 



NÉCROLOGIE 



Nous apprenons larrlivemcnt la morl de M. Jean-F'.nsèbe Bom 
BAL « chaptal du félibrige limousin, majorai du Iclibrige >>, 
qui s'est éteint à Argentat (Corrèze) au commencement de no- 
vembre 1915, à l'âge de ([uatre-vingt-huit ans. L'œuvre de ce 
très digne instituteur, qui fut en même temps un fervent de la 
(( petite patrie », est des plus variées, à la fois littéraire et his- 
torique. Nous ne pouvons retenir ici, dans la longue série de 
ses études d'histoire locale, que les suivantes : la Chdtellenie de 
Merle(iS-;-), Histoire delà ville d' Argentat et desonhoapiceix^'ioj), 
La haute Dordogne et ses gabarriers (igoo-oS) dont les Annales 
ont jadis rendu compte. Le Lenioazi d'Argentat (( revtie franco- 
limousine mensuelle », a consacré à la mémoire de Bombai un 
numéro spécial (nov. 191 7, 78 p. gr. in-8°), dans lequel on re- 
marquera sûrement la notice émue qu'a signée M. J. Nouaillac. 

A. L. 



Le 24 juin 1916, après une courte maladie, mourait à Nar- 
bonne M. Paul Thiers. Il fut un des meilleurs archéologues de 
notre Midi, je veux dire l'un des plus savants et des plus vail- 
lants. Comme épigraphiste, il continuait dignement cette tra- 
dition provinciale, faite d'ingéniosité à la fois experte et pru- 
dente, dont Allmer avait été le plus célèbre représentant. C'est 
avec passion qu'il s'intéressait à tout ce qui regarde l'histoire 
de la domination romaine en Narbonnaise; et il n'a cessé d'ap- 
porter de précieuses contributions à cette histoire. Conscient et 
fier du rôle qu'avait joué Narbonne au temps des Romains, il 
consacra presque toute son activité scientifique au glorieux 
passé de cette ville. Elle lui était chère entre toutes. Paul Thiers 



482 ANNALES DU MIDI. 

y était né le 12 juin i845. Après avoir enseigné les mathémati- 
ques, dont l'étude certainement développa dans son esprit le 
sens de la méthode et de la précision, il s'adonna tout entier à 
sa vocation d'archéologue. Aussi bien, une incurable infirmité, 
qui, à l'âge des grands espoirs et des vastes pensées, lui avait 
fermé les portes de l'Ecole Polytechnique, l'éloignait du monde, 
réagissait sur son tempérameift et déterminait en lui l'impé- 
rieux besoin de s'isoler dans l'étude. Mais jamais elle ne dimi- 
nua l'ardeur de son zèle ni l'assiduité de son labeur. Dès 
l'année i883,il était membre résidant de laCommissionarchéo- 
logiqueel littéraire de l'arrondissement de Narbonne. Sa colla- 
boration y resta, pendant de longues années, effective et fruc- 
tueuse. Dans le Bulletin de cette Commission, de nombreux 
articles de Paul Thiers témoignent de l'importance de son 
œuvre. Tantôt il y commente des inscriptions et en révèle l'in- 
térêt historique, tantôt il élucide et cherche à résoudre une 
question de topographie narbonnaise, tantôt il nous fait par- 
courir avec lui les voies romaines de la région, la voie Domi- 
tienne, la voie d'Aquitaine. Plus tard, c'est le difficile problème 
des Ibères qui le préoccupe: il en recherche les traces dans le 
Bas-Languedoc et dans le Koussillon (tome X, 1908-1909). On 
sait quelles remarquables découvertes, à Castel-Roussilloii, à 
Montlaurès, à Ensérune, ont agrandi et renouvelé nos connais- 
sances sur l'histoire de toute cette région méditerranéenne. 
Paul Thiers y eut sa part, el non des moindres. Ce fut lui qui 
dirigea les fouilles entreprises à Castel-Roussillon, sur l'empla- 
cement de l'antique Ruscino. Depuis longtemps cette localité 
l'attirait; il y avait trouvé, dans des silos anciens, des frag- 
ments de vases peints et de vases étrusques en terre noire, des 
mormaics grecques el des monnaies ibériques ; il avait acquis 
et faisait partager au propriétaire du terrain, M. Henri Aragon, 
(jui devint bienlôl son collaborateur et son ami, la profonde 
conviction que IcsGrecs possédaientsur ce point un gros comp- 
toir. Correspondant depuis 1900, du Comité des travaux IristD- 
riques et scientifiques au Ministère de l'Instruction publitpie, 
il obtint une ])remière subvention du Comité en 1909; et dans 
le Bullelln archéologique du Comité, de 1910 à 1914, il a publié 



^EGnOLOGIE. \H?, 

les résultats de ses explorations, dont on a déjà rendu compte 
dans les Annales du Midi. Entre temps, et sur la proposition 
même du Comité, il était nommé en 191 2 chevalier de la Légion 
d'honneur. Une autre œuvre lui mérite notre reconnaissance. 
Non content d'étudier les monuments épigraphiquesou figuré» 
de Narbonne et de la région, do faire connaître les documents 
inédits (cf. le Bulletin archcologùjue du Coniilé entre 1899 el 
1909), de mettre en lumière ceux qu'il jugeait dignes d'être 
mieux connus, il voulait les sauver tous, les mettre pour tou- 
jours à l'abri, organiser définitivement le Musée des antiquités 
narbonnaises. Ce ne fut pas faute de dévouement ni faute de 
ténacité, si, dans la vieille église de Lamourguier, il ne réussit 
qu'à constituer un musée provisoire. Jadis, le véritable musée 
de Narbonne, c'étaient ses remparts. Pour un aussi riche tré- 
sor, dont on peut juger à la 'fois par le nombre d'inscriptions 
publiées au Corpus et par la série des sculptures que reproduit 
le Recueil d'Espérandieu, le local était insuffisant. L'inslalia 
tion restait précaire. Paul Thiers n'avait même pas confiance 
dans la solidité de l'édifice : et ses craintes étaient fondées. En 
1906, l'église s'elTondra en partie, ensevelissant dans ses ruines 
le trésor lapidaire de la cité. D'autres hommes viendront, qui 
reprendront l'œuvre de conservation nécessaire. Il faut espérer 
que toutes ces vieilles pierres, qui depuis la chute de l'Empire 
romain ont échappé à tant de désastres, tetrouveront place 
dans un musée vraiment digne d'une ancienne capitale des 
Gaules. Mais on y devra conserver pieusement le souxenir de 
Paul Thiers. Henri Graillot. 



Le i3 octobre 1916 mourait à Grenoble M. Auguste Prl- 
DHOMME, archiviste départemental de l'Isère^ qui a été, pendant 
de longues années, un fidèle collaborateur des Annales du Midi. 

Né à Bourgoin (Isère), le 6 mars i85o, M. Prudhomme fit ses 
éludes h la Faculté de Droit de Paris, puis entra à l'Ecole des 
Chartes, d'où il sortit en 1877, obtenant le n" 2, avec une thèse 
sur le Conseil delphinal. Attache d'abord aux Archives munici- 
pales de Marseille, il fut nommé, le 16 février 1878, archiviste 



/[S^ ANNALES DU MIDI. 

du département de l'Isère, et il est demeuré à ce poste pendant 
près de trente-neuf f^nnées, se consacrant entièrement, d'une 
part, à l'organisation et au classement des archives qui lui 
étaient confiées, et d'autre part à des travaux d'histoire dauphi- 
noise. 

Lorsque M. A. Prudhomme arriva à Grenoble, les Archives 
de l'Isère étaient dispersées dans plusieurs locaux différents, 
fort encombrés et d'un accès compliqué. Beaucoup de fonds, 
qui auraient du régulièrement y figurer, se trouvaient encore 
épars : au Palais-de-Justice ou à l'éveché de Grenoble, à Vienne, 
à Saint-Marcellin, à Saint-Antoine, à Crémieu ou même chez 
des particuliers. Grâce à une inlassable patience, M. A. Pru- 
dhomme est parvenu à rassembler ces archives et à obtenir la 
réintégration des pièces dispersées. Toute une réinstallation 
matérielle, devenue indispensable, a été peu à peu effectuée. A 
plusieurs reprises, les locaux des Archives de l'Isère ont été 
agrandis. On peut suivre pas à pas, dans les rapports annuels 
de l'archiviste, les étapes de cette œuvre considérable, à peine 
achevée aujourd'hui. Ajoutons qu'au fur et à mesure des réin- 
tégrations, M. Prudhomme procédait au classement de ces fonds 
nouveaux. Il a été véritablement le créateur de l'organisation 
actuelle des Archives de l'Isère. 

Son prédécesseur, Pilot de Thorey, avait commencé la pu- 
blication d'un inventaire sommaire : en 186^1 avait paru un 
premier volume, comprenant la série A (très courte) et 2.3io 
articles de la série B (Parlement de Grenoble). A la mort de 
Pilot, le tome II était déjà en partie imprimé (n " 2.3i i-S.a/jo); 
il contenait la fin des articles relatifs au Parlement, et com- 
mençait le dépouillement des archives si importantes de la 
Chambre des Comptes. Dès 188Z1, M. Prudhomme reprenait la 
publication et achevait ce second volume. Mais, tandis (]ue les 
analyses de Pilot étaient extrêmement sommaires, consacrant 
quelques lignes seulement à de volumineux registres, M. Pru- 
dhomme s'attachait à donner des inventaires complets, indi- 
quant succinctement toutes les pièces; parfois même il repro- 
duisait, en tout ou en partie, le textedesactesles plus importants. 
Le tome III parut en 1899, analysant complètement, avec de 



NECROLOGIE. ^85 

copieux extraits, 5oo nouveaux arliclcs du loufls de la Cliain- 
bie des Comptes (B 3. 8(82-3.893), et juvcédé d'un iinporlanl 
travail sur l'histoire et les vicissitudes des Arcliives de l'Isère 
depuis 1790. Un quatrième volume enfin était presque terminé 
à la mort de M. Prudhomme. De plus, deux volumes d'in- 
ventaire de la série L (Période révolutionnaire) ont paru en 
1900 et 1908, donnant, analysées en détail et souvent repro- 
duites in-extenso, les délibérations du Conseil général et du 
Directoire du département de l'Isère. Le tome II est précédé 
d'une intéressante étude sur Le Fédéralisme dans l'Jsère el 
François de Nantes. 

En même temps, M. Prudhomme s'est occupé du classement 
et de l'inventaire des Archives municipales de Grenoble. 11 a 
publié successivement, en 188G, l'inventaire des séries A A 
(actes constitutifs et politiques de la commune) et BB (admi- 
nistration communale, délibérations du Conseil de ville) ; en 
1892, celui de la série LL (documents de la période révolution- 
naire, qui constituent à Grenoble un fonds spécial); en 1897, 
celui de la série CC (impôts et comptabilité); en 1906, celui des 
séries DD (biens communaux, travaux publics), EE (affaires 
militaires) et FF (juridictions et police locales). Les archives 
de la ville de Grenoble ont été ainsi en grande partie invenlo- 
riées, el l'inventaire des séries GG, HH et 11 est en cours d'im- 
pression. 

Ajoutons que M. Prudhomme a encore publié, en 1892, l'in- 
ventaire des archives historiques de l'hôpital de Grenoble, et 
qu'il a collaboré, avec MM. P. Fournier et E. Maignien, à la 
confection du catalogue des manuscrits de la Bibliothèque 
municipale de Grenoble (Catalogue gén. des Mss. des Bibl. puhl. , 
t. YII, 1889)'. 

Mais l'activité de M. Prudhomme ne s'est pas bornée à ces 
travaux d'archiviste. A quelques pas des Archives de l'Isère se 



I. Ces travaux d'ai-cliiviste avaient attiré sur M. I^rudhomnic l'at- 
tention et les sufTrages de ses collègues. Il fut. le premier. Président 
de r Association des Archivistes français, el fut élu nionibre ilc la 
Commission supérieure des Archives. 



486 ANNALES DU MIDI. 

trouve le modeste local qui constitue le siège de l'Académie 
delphinale. Peu après son arriNée à Grenoble, le nouvel archi- 
viste avait été accueilli par cette Société, et nonrmé, en i883, 
son secrétaire perpétuel. Il s'est acquitté de ces fonctions avec 
une conscience parfaite, apportante l'Académie delphinale son 
concours le plus dévoué; et surtout il a publié, dans le Bulletin 
de cette Académie, un grand nombre de monographies sur des 
questions d'histoire dauphinoise : d'abord, en 1882, une solide 
étude sur les Juifs en Dauphiné aux XIV' et XV" siècles; puis 
une riche série d'articles : Le Trésor de Saint-Pierre de Vienne 
(1884); Mémoire historique sur la partie du comté de Valentinois 
située sur la rive droite du Rhône (i885); Un épisode inconnu de 
la vie privée du Baron des Adrets (1886) ; plusieurs Études histori- 
ques sur l'assistance publique à Grenoble avant la Révolution 
(1892, 1895, 1897), sur L'enseignement secondaire à Grenoble 
avant la création du Collège des Dominicains, i3/»o-i6o6 (1909). 
Un travail sur L'origine et le sens des mots Dauphin et Dauphiné, 
et leurs rapports avec l'emblème du dauphin en Dauphiné, en 
Auvergne et en Forez, paru en 1898 dans la Bibliothèque de 
l'École des Chartes, prit place également, en 1900, avec quel- 
ques légères retouches, dans le Bulletin de l'Académie delphi- 
nale : l'auteur y montre que le mot Dauphin, d'abord simple 
prénom, puis nom patronymique, n'est devenu un litre de 
dignité qu'à la fin du xiii" siècle, et que l'emblème du dauphin, 
apparu en Auvergne à la fin du xii" siècle, ne se rencontre pas 
avant le xiii* siècle dans le comté d'Albon. Il faut ajouter à cette 
liste de très nombreuses notes, communications de tout genre, 
publications de documents inédits se rapportant à toutes les 
périodes de l'histoire dauphinoise. 

M. Prudhomme a encore collaboré à d'autres revues, don- 
nant, en 1880, à la Revue du Dauphiné et du Vii^arais, une 
Notice historique sur la ville de Bourgoin (sa ville natale); pu- 
bliant, en 1884, dans la Revue des l'Jludes juives, des Xutes et docu- 
ments sur les Juifs en Dauphiné; en 1886, dans la Xouvelle Revue 
historique de droit français et étranger, La charte comuiunale 
de Veynes (Hautes-Alpes); en 1898, dans le Bulletin historique 
et philologique du Comité des travaux historiques, une étude 



XÉCROLOGFR. ^87 

sur Le commencement de l'année et iiwlicilon en Dnuphiné. il a 
écrit de nombreux articles de biographie et de bibliographie 
dauphinoises dans des revues locales {Petite Revue dauphinoise , 
Revue dauphinoise, Le Dauphiné). A la Grande Encyclopédie, il a 
donné les articles Dauphiné, Grenoble, et un certain nombre de 
notices biographiques. Mentionnons encore son Histoire de 
Pierre Terrait, seigneur de Bayart, écrite au début de sa cai- 
rière, en 1880, et dédiée à la jeunesse. 

Mais ce qui restera surtout de l'œuvre de M. A. Prudhomme, 
à côté de ses travaux d'archiviste, c'est son Histoire de Grenoble, 
publiée en 1888, et qui a été récompensée l'année suivante par 
l'Académie des Inscriptions. L'auteur y a condensé les résultats 
de ses patientes recherches dansles archives du département et 
de la ville. Une probité poussée à l'extrême, une défiance ex- 
cessive à l'égard des généralisations l'ont conduit à juxtaposer, 
sur un plan rigoureusement chronologique, les matéi-iaux 
fournis par les sources, et l'ouvrage donne souvent l'impression 
d'une simple succession d'analyses. Le livre vaut, en somme, 
par la sûreté de sa documentation, toute de première main; et 
il suffît, pour en apprécier le mérite et la nouveauté, de le 
comparer aux diverses histoires de Grenoble écrites antérieu- 
rement. 

Mais nous n'avons parlé ici que de l'archiviste et de l'histo- 
rien, dont l'œuvre restera. Ceux qui ont pu connaître person- 
nellement Auguste Prudhomme n'oublieront pas le charme de 
ses entretiens, où se révélaient, non seulement son abondante 
érudition, mais toute la finesse d'un esprit critique, qui n'était 
pas toujours exempt de malice. Très accueillant pour les 
travailleurs, il savait guider et renseigner ceux qui venaient 
le consulter. Profondément attaché à la terre dauphinoise, il a 
voulu faire profiter de son expérience les jeunes générations de 
chercheurs; et, dans les dernières années de sa vie, alorS ([u'un 
mal implacable l'immobilisait déjà, il a dédié aux élèves-maî- 
tres de l'École normale d'Instituteurs de Grenoble une série de 
leçons (qui peut-être seront publiées quelque jour) où il leur 
indiquait la -façon de travailler à l'histoire du Dauphiné, les 
guidait dans le choix des sujets à traiter, orientait les débutants 



488 ANNALES DU MIDI. 

à travers les archives et les bibliothèques dauphinoises. Dans 
ces quelques pages, qui sont comme le testament intellectuel 
de M. Prudhomme, on retrouve les qualités de précision, de 
clarté, de probité scientifique, qui ibnt la valeur de son œuvre. 

R. Caillemer. 

* 
* * 

Paul Meyer, « doyen et maître des provençalistes », comme 
on l'a appelé, est mort le 7 septembre 1917. Sa disparition est 
la perte la plus grande subie par la philologie provençale 
depuis la mort de Raynouard. 11 a définitivement orienté la 
voie que son illustre devancier avait ouverte. Par l'exemple de 
ses travaux, la rigueur de ses critiques, l'ascendant de son 
enseignement, il a créé et imposé pour les études d'ancien 
provençal la discipline rigoureuse sans laquelle il n'est point 
de progrès. Aujourd'hui, la cause est gagnée, et le mérite de 
l'avoir fait triompher risque de ne pas nous apparaître dans 
toute sa valeur. 11 faut se reporter à la période de combat de la 
seconde moitié du siècle dernier ponr apprécier l'action de 
Paul Meyer. Parmi l'élite de savants i^ii rénovèrent alors en 
France l'Iiistoire et la philologie, à Gaston Paris et à lui échut 
la réforme de la philologie romane. Ils se partagèrent la tâche. 
« Dans le compafjnonnage qui s'était formé entre nous », 
dit celui des deux qui vient de partir, « il s'était établi une 
sorte de division du travail. Chacun de nous avait son do- 
maine propre, ses ckdms, comme disent les Américains, qu'il 
exploitait sans trop s'aventurer sur le domaine de son compa- 
gnon. » Meyer eut dans son lot la langue et la littérature pro- 
vençales. Puissamment doué pour ce nMe de champion et de 
chef, il a rempli sa mission et il a pu en voir mûrir les fruits. 

Paul Meyer était né à Paris le 17 janvier i84o. Aucun lien ne 
rattachait au Midi de la France, auquel il devait consacrer la 
part de ses travaux la plus grande et la plus aimée. C'est l'éclat 
de la littérature méridionale au moyen âge, qui, pour lui 
comme })our Diez, paraît avoir détciniiné sa vocation. Il entra 
à l'École des chartes en sortaiil du Lycée Louis-le-Crand et 
suivit les cours de Guessard, (|ui lui aj)pril à liie les anciens 



NECROLOGIE. /|,S() 

textes romans de notre pays. Le jeune homme fut proie mdé- 
ment ému par la révélation de la poésie pio\eii(;alo. Dans ses 
premières œuvres, où il craignit moins que plus lard de 
dévoiler ses sentiments, il laisse paraître son enthousiasme, 
tel dans la dédicace de l'édition du roman île Flamenca 
en i865, écrite dans la langue des troubadours, dont il usera 
aussi dans un autre moment d'expansion, pour féliciter Gas- 
ton Paris à l'occasion de son mariage en i885. 

Sa science et son caractère s'alFirmèrenl de bonne heure. 
Il n'est pas sorti de l'Kcole des chartes et déjà il collabore 
à l'édition du Breviarl d'ainor donnée par G. Azaïs, et publie, 
à vingt ans, ses premiers articles : Ancienneii poésies religieuses 
en langue d'Oc et Elwles sur la chanson de Girart de Roussillon. 
A vingt-cinq ans, il se range parmi les fondateurs de la Revue 
critique, « dont les collaborateurs, forts d'une science qu'ils ne 
pouvaient pas posséder depuis bien longtemps, avaient le 
ferme propos de signaler les bons livres, et plus encore de stig- 
matiser les mauvais », dira-t-il un jour. Au sortir de l'École 
des chartes, on lui confia le classement des archives de 
Tarascon. Les difficultés qu'il rencontra dans sa première 
fonction furent l'occasion de révéler l'intrépide fermeté dans 
la poursuite du vrai et du bien qui caractérise sa vie. De cette 
mission en Provence datent les étroites relations de mutuelle 
estime qui l'unirent à Frédéric Mistral. On sait qu'il lui dédia 
sa traduction française de Girart de Roussillon publiée en i88/|. 

Revenu à Paris, Paul Meyer ne fit que jjasser à la Bibliothè- 
que impériale, puis aux Archivesde l'Empire. Dès i864, ilavait 
fait avec maîtrise un cours libre de littérature provençale à 
l'École des chartes. Cinq ans plus tard, il prenait place parmi 
les professeurs de la même École; Guessard, le choisissant 
comme suppléant, lui confiait sa chaire, qu'il ne devait plus 
reprendre. P. Meyer en devint titulaire en 1882, en même 
temps qu'il succédait à J. Quicherat dans la direction de 
l'École, et il la tint jusqu'en juillet igiô. Ses forces cédèrent alors 
au labeur immense qu'il leur avait imposé. 

La maison d'où il était sorti fut l'objet de sa prédilection. 
11 aimait par-dessus tout cette école qu'il pouvait régir d'une 

ANNALES DU MIDI. XXX. 3:2 



llÇfO ANNALES DU MIDI. 

main assurée el l'audîtoire déjeunes gens pour qui il savait ne 
pas laisser vains ses efforts. Elle n'est pas seule à être fière 
de son enseignement. Le Collège de France choisit Paul 
Meyer, en 1876, pour remplacer Edgar Quinet dans la chaire 
de langue et littérature de l'Europe méridionale. 11 l'occupa 
jusqu'en 1894, et fit au provençal une part presque exclusive. 
En dehors de cours d'ensemble sur la grammaire et la littéra- 
ture, il choisit comme sujets la Chanson de la croisade contre 
les Albigeois, la poésie narrative, les plus anciens monuments 
littéraires, les origines de la poésie lyrique, la poésie au xii" siè- 
cle, l'histoire de la nouvelle, la versification, Folquet de Mar- 
seille, la satire, Pierre Cardinal, le roman de Jaufré, Girart de 
Roussillon, Flamenca. Son cours, longuement étudié, avait une 
valeur originale de premier ordre. Plusieurs de ses travaux en 
sont sortis, tels ses articles sur L'influence des troubadours sur 
la poésie des peuples romans, Les troisièmes personnes du pluriel, 
Ld^ rapports de la poésie des trouvères avec celle des troubadours. 
Paul Meyer s'était préparé par les vues générales de son ensei- 
gnement à écrire cette histoire de la littérature provençale qu'il 
nous avait promise et ne réussit pas à publier. Un fragment de 
l'œuvre a seul été imprimé, c'est le mémoire devenu classique 
sur La langue romane du Midi de la France et ses différents noms 
qu'il envoya pour inaugurer la présente Revue, témoignage de 
sa précieuse approbation de l'entreprise et de sa haute estime 
pour celui de ses élèves qui la créait. 

L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres accueillit Paul 
Meyer dès i883. Il était désigne pour siéger dans la commis- 
sion d'histoire littéraire de la France où il entra en 1892. Mal- 
lieureusement, l'âge d'or de la littérature provençale était déjà 
traité, il n'eut qu'à étudier Guillaume Anelier, Matfré Ermcn- 
gau, les derniers troubadours el diverses légendes pieuses. 

On ne saurait ici passer en revue ses éditions de textes : la 
Chanson de la croisade contre les Albigeois, Daurel et Belon, 
Guillaume de la Barre, Blandin de Cornouailles, etc., ses noti- 
ces de manuscrits, genre où il excellait, ses mémoires divers 
intéressant le Midi de la France répandus en si grand nombre, 
surtout dans la liomania, fondée en itS-a avec Gaston Paris, et 



NECROLOGIE. '|(jl 

les publications de la Société des anciens textes franrais, créée 
aussi avec le même savaul trois ans après. D'une puissance de 
travail peu commune, Paul Meyer multiplia ses travaux sur le 
provençal, les seuls que nous ayons à retenir ici, comme sur le 
français, sans qu'y parût jamais la marque d'aucune liàtc II 
faut s'arrêter pourtant sur sa publication des Doca///cAi/.s- li/u/uis- 
tiqiies du Midi de la France. Comme l'exploration dos biblit)- 
thèques anglaises, elle a retenu sa constante attention. Encore à 
l'École des chartes, il recueillait déjà les documents d archives en 
provençal. Il commença ses recherches en province pendant son 
séjour dans le Midi en 1862, et tira de ses premières enquêtes 
l'étude restée manuscrite sur les dialectes de la langue d'oc au 
moyen âge, que l'Institut couronna en 1874. Depuis, il a 
bien des fois parcouru le Sud de la France pour réaliser son 
vaste projet. Les recherches longues et ingrates dans les ar- 
chives les plus reculées ne le rebutaient pas. 11 y faisait parfois 
des trouvailles précieuses, comme le livre-journal de maître 
Ugo Teralh, notaire et drapier à Forcalquier, rencontré dans 
la reliure d'un registre de cette ville. Dans son zèle pour le 
bien public, il ne se contentait pas d'utiliser les moindres dépôts 
d'archives communales, 'il se préoccupait de leur conservation. 
11 attirait au besoin sur eux la vigilance des autorités et parfois 
n'hésitait pas à dénoncer publiquement l'incurie des adminis- 
trations. Ses investigations sulïisamment avancées, au moins 
dans le Sud-Est, il songea à aboutir, et publia en 1898 son dos- 
sier du département des Basses-Alpes comme échantillon du 
corpus auquel il travaillait. Pour que rien n'y manquât, il 
voulait profiter des observations suscitées par cet essai. Ce 
grand savant, dont les critiques furent redoutées, était en 
effet aussi sévère pour lui-même que pour les autres. Em- 
pressé à corriger ses erreurs (il disait que nous devrions 
publier notre erratum tous les dix ans), il demandait qu'on 
l'aidât à les prévenir ou à les reconnaître. Le premier tome 
de la collection parut en 1909, trop tard pour que son auteur 
pût espérer achever la série entreprise. 11 ne lui fut même pas 
permis, hélas ! de publier les deux ou trois volumes qu'il se 
serait estimé heureux de nous donner. Au moins, comme il le 



492 ANNALES DU MIDI. 

jugeait essentiel, l'édifice est-il bien conçu et commencé. Puis 
sent les ouvriers ne pas manquer pour le finir ! 

11 n'est peut-être point de question de philologie provençale 
à laquelle Paul Meyer n'ait touché et qui n'ait reçu de lui une 
particulière clarté. Grâce à une connaissance des sources des 
plus vastes qui se soient rencontrées, il apportait sur le sujet 
traité nombre de faits nouveaux qu'il savait exposer avec une 
rare distinction de forme. 11 se contentait de marquer en 
quelques phrases nettes et profondes les résultats généraux 
acquis, et laissait volontiers aux autres le soin de les développer 
et de les répandre. C'est ainsi qu'il fut le premier à poser, et à 
trancher, dans quelques lignes d'un compte rendu, la question 
de l'existence des dialectes destinée à un tel retentissement. 
Son œuvre, riche et solide, est de celles qui vieilliront le moins. 
Dans ses écrits, où se reflète une intelligence supérieure habi- 
tuée à dominer tout ce qu'elle considère, rayonne ce don de 
force qui lui a valu un incomparable prestige. 

Clovis Brunel. 



M. l'abbé Louis Lettero^, chanoine honoraire de la cathé- 
drale d'Ajaccio, agrégé de l'Université, chevalier de la Légion 
d'honneur, vient de mourir à Bastia (avril 1918). Originaire du 
Morvan, il était arrivé dans l'île en 1878 comme professeur 
au Lycée de Bastia et il s'était aussitôt consacré à l'étude de 
riiistoire corse : il y apporta une ardeur infatigable et le talent 
le plus sûr. Dès 1881, il fondait la Société des Sciences histo- 
riques et naturelles de la Corse et commençait de publier une 
foule de textes inédits ou difficilement accessibles : Vliistoire 
de Filippini, la Chronique de Pietro Cir/ieo, les Osservazioni 
d'Ambrogio Rossi, etc. Il fouilla les bibliothèques italiennes 
aussi bien que les Archives nationales, les Archives de la 
Guerre et du Ministère des Affaires étrangères. Il discuta les 
questions si controversées relatives à l'ancienne organisation 
religieuse de l'île. 11 se risqua même à quelques études synthé- 
tiques, éléments d'un plus vaste ouvrage que sa modestie 
l'empêcha toujours d'écrire. Du moins, il démêla l'histoire 



NÉCROLOGIE. ^,ç)3 

corse des légendes dont elle était longtemps demeurée enve- 
loppée, et tous les historiens de l'île, à quelque période qu'ils 
se soient attachés, ont rencontré son nom et ses travaux. 

Quand il quitta sa chaire du Lycée de Bastia, il ne put se 
résoudre à abandonner ce pays qui l'avait adopté et pour 
lequel il entendait travailler encore. Il fut nommé conserva- 
teur de la Bibliothèque municipale de Bastia et se préoccupa 
de fonder un Musée corse dont il fut le premier directeur. 
Jusqu'à son dernier jour il demeura fidèle à la Corse, guidant 
les chercheurs qui recouraient à sa science et à son affahililé, 
réunissant les matériaux de nouvelles études. Un simple coup 
d'oeil jeté sur notre dépouillement du Bulletin des Sciences his- 
toriques de la Corse^ témoigne de son érudition, qui s'étendait 
à tous les domaines, et de son labeur, qui ne s'arrêta qu'avec la 
mort. Son pays adoptif lui doit beaucoup et c'est en suivant 
son exemple et en profitant de ses leçons que la science de 
l'histoire corse pourra achever de se constituer. 

Louis ViLLAT. 

1. Voir plus haut, p. 470. 



CHRONIQUE 



Par décret du 29 septembre 191 7, notre collaborateur M. Fran- 
çois Dumas, doyen de la Faculté des lettres de Toulouse, a été 
nommé Recteur de l'Académie de Besançon. Par arrêté minis- 
tériel du 17 décembre 1917, M. Henri Guy, professeur de litté- 
rature française, a été nommé doyen de la Faculté des lettres. 
M. Guy a succédé en même temps à M. Dumas dans les fonc- 
tions de directeur de l'Institut d'études méridionales. 



Chronique du Velay. 

« Le réveil intellectuel » qui me réjouissait au début de ma 
double chronique de 191 1 et de 1912 ' n'a pas été éphémère. 
Dès le mois d'octobre suivant, je devais apprécier dans un long 
compte rendu critique, l'histoire si bien documentée que M. A. 
Jacofin a consacrée à « l'Abbaye de la Chaize-Dicu. » Ce compte 
rendu allège bien ma lâche aujourd'hui et je me contente de 
rappeler que le livre de l'ancien président de la Société scienti- 
fique du Puy est le couronnement d'une œuvre remarquable 
(ju'ont marquée dans les grandes lignes le Dictionnaire topo- 
graphicjue de la Haule-Loire, l'Inventaire (Série G) des Arc/iive.s 
départementales du Puy, la Chronologie des anciens Ijaillis du 
Puy, et surtout les Preuves de la Maison de Polignac. A ces 
œuvres de longue haleine, il faut ajouter, à l'actif de M. A. Ja- 
colin, les notes bibliographiques qu'il lisait au début de chaque 
séance mensuelle de la Société scientifique de la Haute-Loire, 



1. V. Annales da Midi, oclobrc 1911, p. 55o-57, et janvier 191a, 
p. 133-39. 



CHRONIQUE. 'ig?) 

notes qui, à cause de leur clarté et de leur exactitude, l'orme- 
ront un. guide des plus sûrs pour les chercheurs de l'avenir. 
Depuis, M. A. Jacotin, frappé par des deuils cruels et une alTcc- 
tion des yeux due à ses travaux persévérants, semble prendre 
un repos bien gagné. Je n'en crois rien, et peut-être devrons- 
nous prochainement à notre président d'honneur une réédition 
du fameux dictionnaire de Ducangc. 

Au moment même où paraissait l'Histoire de l'Abbaye de la 
Chaize-Dieu, un jeune érudit de premier ordre, M. Boudon- 
Lashermes, déjà connu des lecteurs des Annales par sa thèse 
sur la Sénéchaussée présidiale du Pay\ faisait revivre les fastes 
les plus minutieux de l'histoire de sa ville natale. Chacun sait 
que la cité d'Anis, dans ses vieux quartiers, et surtout dans le 
groupe de monuments et de vieux hôtels qui, sous le nom de 
Cloître, entoure sa cathédrale au pied même du Rocher Cor- 
neille, est restée un véritable musée archéologique où l'on vit 
au sein des siècles passés depuis l'époque gallo-romaine juscj^uà 
la Révolution. Là, le logis le plus modeste et parfois le plus 
décrépit, contient des armoiries illustres ou vénérables, évoque 
le souvenir de grands événements, ou abrita pendant des siècles 
quelque famille notable par sa noblesse, son rôle historique ou 
ses vertus. Or, justement M. Boudon-Lashermes appartient à 
une des plus honorables et des plus anciennes familles de la 
cité, et des liens de parenté l'unissent à celles qui se sont vouées 
au culte de la science et des arts. 

Il était donc naturellement porté à tirer de l'oubli un passé 
qui était celui des siens et à renouer le fil de généalogies où il 
retrouvait les traces de ses ancêtres. Le premier volume du 
Vieux Puy, qui porte en sous-titre « Vieux logis et vieilles fa- 
milles, » ' tente cette résurrection pieuse. L'auteur, respectant 
la vieille répartition de la ville en Cloître et en Isles, décrit 
avec amour les « logis » qui ont disparu, reconstruit ceux 
qui ont laissé quelques vestiges, un pan de mur, une porte, une 

1. Annales da Midi, t. XXI, p. 232-36. 

2. Société de l'Imprimerie ïhéolier, Saint-Élienne, in-V do iao pa 
ges, 191 1. 



^()() AIVNALES DU MIDI. 

cheminée, un escalier, et pénètre avec émotion dans tous ceux 
que le temps a épargnés. II y est suivi par un collaborateur 
dévoué, M. Gaston de Jourda de Vaux, l'historien des Châteaux 
du Velay, lauréat de la Société française d'archéologie, dont le 
crayon fait revivre, bien mieux que la photographie, les coins 
mystérieux, les armoiries augustes, les meubles, les grilles 
ouvragées, les sculptures, les enseignes et parfois la merveil- 
leuse perspective des rues moyennageuses qui montent à l'assaut 
du Mont-Anis ou s'ouvrent sur quelque haute place ou quelque 
jardin intérieur d'où la vue s'étend jusqu'aux monts chevelus 
du Velay, aux crêtes violettes et massives du Mégal, aux som- 
mets fauves ou diamantés de neige des Cévennes et du Mezenc. 
L'annaliste a si bien senti ce que son livre devait au dessina- 
teur qu'il a donné à son ami la première place. Le livre est dû 
à « Gaston de Jourda de Vaux et à Albert Boudon-Lasher- 
mes ». 

Un tel ouvrage ne saurait s'analyser. 11 faut même, pour le 
comprendre et en sentir le pouvoir d'évocation, le lire en re- 
faisant le pèlerinage des auteurs dans les vieilles rues, les 
chandons, les « escaliers boiteux », du Cloître, en passant sous 
les voûtes croulantes des anciens hôtels, ou en s'égarant dans 
le labyrinthe des ruelles du Pouzarot ou la solitude sacrée des 
églises, des sanctuaires et des vieux couvents. 

Voici, pour donner une idée des trésors oubliés que les au- 
teurs nous forcent à admirer, l'itinéraire d'une promenade 
archéologique dans le Cloître : 

« Le Cloître. — i. Prévôté et prieuré de Saint-Jean. — 
2. Hôtel de Chalancon. — 3. Doyenné. — Hôtel d'Allègre et 
maison de Mauzac. — 4. Maison de Saint-Mayol. — 5. Maison 
do (Jirardin. — 6. Maison de Luzy-Pélissac. — 7. Hôtel de 
Nontadour, famille Pipet. — 8. Hôtel de Sainl-Ahond. — 
(). Hôtel de la Chassaigne de Sereys, — 10. Maison de Poinsac. 
— II. Hôtel de Turenne. — 12. Maison de Cornilhe. — i3. Mai- 
son Mondot. — i/|. Hôtel de Frétât. — i5. Maison de Cho- 
mclix. — 16. Maison d'Orvy. — 17. Maison Roche de Mercœur, 
famille Roche de Mercœur. — 18. Hôtel des Dauphins du 
Viennois, — 19. Hôtel de Saint-Vidal. — 20. Maison de Cla- 



. CHROMQUE. '19- 

vières. — 21. Maison de Jagonas. — 22. Maison al)balial(' dn 
Sainl-Vosy. 

Pour édifier les généalogies des familles qui ont ilhislré res 
vénérables demeures, M. Boudon a consulté toutes les archives 
publiques ou privées de la ville. 11 a surtout déchiffré les nom- 
breux compois qu'ont laissés les xv% xvi" etxvii" siècles à partir 
de i4o8. Il est allé parfois très loin, à Tournon, à Lyon, à 
Paris, à Toulouse, en Provence et même en Orient, pour re- 
trouver des traces d'une filiation dispersée ou renouer les cliai- 
nons de quelque biographie d'homme célèbre. C'est ainsi (|uc 
le Vieux Puy donne une personnalité très nette au cardinal 
Pierre Bertrand, qui, simple doyen d'Anis en i3o8, devint suc- 
cessivement évêque de Nevers, d'Autun, d'Arras, puis un des 
oracles de l'Université de Paris et s'éteignit à Avignon dans 
tout l'éclat de la pourpre romaine. Or, l'histoire de ce prince 
de l'Église est encore inédite dans un vieux manuscrit de la 
bibliothèque de Xournon dû au père Grasset. 

Le Vieux Pay fournit des renseignements inédits aux pro- 
vençalistes eux-mêmes. M. C. Appel, en éditant les poèmes de 
Garin-le-Brun dans la Revue des laiifjues romanes, en 1890, 
n'avait pas pu déterminer le rang social du troubadour et 
même dire exactement dans quelle localité du Velay il était né. 
M. Boudon-Lashermes, trouvant une famille Brun, Bruni, Le 
Brun, dans son chemin, la suit depuis 1 192 jusqu'en 1686. Le 
fils du troubadour est notaire, et son petit-fils est si bien en- 
touré de la considération de ses concitoyens qu'il devient consul 
du Puy en 12 19, c'est-à-dire au moment même où la ville ob- 
tient de Philippe-Auguste ses premières franchises commu- 
nales (mars 1218). Et ces Le Brun étaient, à trois lieues du Puy, 
seigneurs de Lanthenas, des Chazottes et de Borne. 

Le grand mérite du livre de M. Boudon est sa probité scien- 
tifique. L'auteur ne se permet aucune hypothèse, même vrai- 
semblable. Quand les documents laissent une généalogie in- 
complète, il ne cherche pas à combler les lacunes et l'arbre 
reste brisé. Cette méthode, à laquelle pe^ de chercheurs ont le 
courage de s'astreindre, peut provoquer des regrets et décevoir 
bien des espérances : elle est la seule qui attire à un auteur 



498 ANNALES DU MIDI. 

une confiance entfère et qui lui permette d'être clair et de 
procéder toujours par affirmations indiscutables. 

Le second volume du Vieux Pay, « La Vie d'autrefois » (191 2), 
a été édité avec le même sofn que le premier, et avec la même 
richesse de documentation et d'illustration artistique. 11 décrit 
« la vie militaire » et surtout « la vie religieuse», si impor- 
tante ici au Moyen âge et pendant la période tourmentée des 
guerres de religion. Un tableau de « la vie consulaire » et de 
« la vie corporative » suit ces premiers aperçus historiques, et 
l'auteur a même tenté une esquisse de « la vie littéraire et ar- 
tistique ». Mais ici, je me sers des mots à dessein, il n'a 
tracé qu'une esquisse. La page maîtresse du tableau était l'his- 
toire de l'école de l'université Saint-Mayol, qui remonte, au 
moins, au vu' siècle et qui peut être suivie pas à pas dans les 
bulles du pape Clément IV (1267-1268), puis dans celles d'Eu- 
gène lY au \i\" siècle, et dans les règlements nombreux dus 
au chapitre et aux doyens d'Anis. Tous ces documents, qui 
indiquent l'organisation de l'Université, citent souvent les maî- 
tres qui l'ont illustrée, le nombre, le recrutement et la condi- 
tion de ses élèves, la nature et la . durée des études, ont été 
conservés dans un copieux recueil du xviir siècle resté manus- 
crit. Or, M. Boudon ne paraît pas avoir consulté cet ouvrage, 
qui est pourtant aux archives départementales. M. Boudon n'a 
pas pu aussi faire revivre sérieusement la cour poétique du 
Puy dont le Moine de Montaudon fut senher en 119/». Cette 
cour arma chevaliers les fils de Bertrand de Born; avant 1202, 
elle eut à examiner, entre autres productions, une chanson de 
Guiraud de Calanson sur « le troisième Amour »; elle entendit 
enfin un chant de Richard de Barbézieu\ que Bertrand d'Ala- 
manon répéta ensuite à Guida de Kodez vers 1282; la part que 
le Velay prit à la Renaissance avec Guillaume Tardif, et au 
mouvement de la Pléiade, est également presque oubliée. 11 en 
est de même de la persistance de la poésie en langue d'oc lo- 
cale, qui, sous Louis XIII, produisit les Noëls gouailleurs et 
pittoresques d'un humble curé de Cussac et s'allia, au xviir siè- 
cle, à des productions dramatiques dignes d'attention sur des 
sujets locaux. 



CimOMQUE. /,fjQ 

Mais ces derniers oublis avaient une excuse : M. Boudon ne 
connaissait pas la langue d'oc. C'est même à cause de cela qu'il 
n'avait puisé que très discrètement, pour son premier volume, 
dans le compois de i4o8, écrit dans cette langue. Il se propo- 
sait justement d'apprendre ce vieux parler de ses aïeux et de 
lui consacrer un troisième volume qui aurait eu pour sous- 
titre : « La langue d'autrefois ». Le courageux écrivain n'a pas 
failli à cette tâche, mais nous dirons bientôt dans quelle voie 
inattendue ses nouvelles études l'ont conduit. 

Mais M. Boudon n'est pas seulement un érudit conquis par 
le culte du passé lointain. C'est un royaliste et un catholique 
convaincu et ardent. Aussi, la résistance que la Révolution 
française rencontra dans le Velay, dès les premiers jours de 
l'émigration, devait-elle provoquer ses recherches passionnées. 
Des mémoires et des journaux de plusieurs royalistes du Velay, 
auteurs ou témoins des événements de la Révolution, ont été 
conservés nombreux par bien des ecclésiastiques, des familles 
honorables ou par les archives départementales ou munici- 
pales. M. Boudon est parvenu à les lire presque tous. Et c'est 
de ces documents qu'il a tiré Les Chouans en Velay'. Le livre, 
paru par chapitres dans les journaux de la région, est une 
œuvre de propagande; il est écrit avec l'impétuosité mordante 
qui caractérise les polémistes de « L'Action française » ; Léon 
Daudet et Charles Maurras ne le désavoueraient pas. Il a néan- 
moins le mérite essentiel de n'être pas un livre de haine et de 
respecter scrupuleusement la vérité dans le récit des faits. Et 
c'est par là qu'il fournit un apport précieux à la bibliothèque 
déjà abondante que les écrivains du Velay ont érigée à la Ré- 
volution dans nos montagnes. Il complète et corrige parfois 
très heureusement les ouvrages de M. Gonnet et de Godard 
dont j'avais dit un mot dans la chronique de 191 1. J'écrivais 
alors : « On s'explique que, sous l'influence du séduisant et 
vertueux prélat de Galard, les prèlres insermentés aient été 
nombreux en Velay, et même aient fait cause commune avec 
les émigrés, les révoltés de Jalès et de la Lozère, ainsi qu'avec 

I. Yssingeaux, Cl. Ranchon, éditeur; in-12 de 4*38 pages, 191 1. 



5oO ANNALES DU MIDI. 

les déserteurs de 1793... M. Gonnet l'a compris, mais, sur les 
causes du mouvement, il est resté légèrement au-dessous de sa 
tâche. Sympathique au clergé assermenté, il n'a pas assez re- 
cherché les causes obscures et profondes de la résistance. » 
J'ajoutais : « M. Godard n'a pas assez fait ressortir qu'à partir 
de 1793, Conseil général et Directoire (départemental) n'ont 
plus guère existé que de nom et n'ont été que des instruments 
sans force et sans autorité propre dans les mains des représen- 
tants envoyés en mission ou des agents nationaux. » Le livre 
de M. Boudon, rédigé au même moment, me donne raison 
d'une manière lumineuse et fait disparaître les lacunes que je 
signalais. Il fournit, en outre, une foule de renseignements pré- 
cis et inédits sur des événements de détail, sur les Morangiès 
de Saugues et de Saint-Privat, les de Ribains, de Pradelles, etc. 
L'histoire fantastique du « Roi de Bauzon », c'est-à-dire du 
révolté Claudo Duny, qui, « ne sachant ni lire ni écrire, n'en 
régna pas moins pendant plusieurs années » sur la région boisée 
de Mazan, avec une bande que les soldats de la République ne 
purent jamais atteindre, est un chapitre absolument inédit de 
nos annales révolutionnaires. L'auteur lui-même avoue qu'en 
lisant le manuscrit qui lui a révélé cette histoire, il a cru 
« vivre un conte de fée ». 11 ne manque à l'ouvrage de M. Bou- 
don que la mention de quelques dates qui auraient bien situé 
les faits et surtout relié entre eux des chapitres un peu dispa- 
rates. Le plan est excellent et clair; il était imposé par la géo- 
graphie même, qui avait réparti la résistance sur diverses ré- 
gions du département; mais, à cause do cela même, il fallait 
établir soigneusement les synchronismes qui auraient rattaché 
chaque fait à Tcnsemble. 11 aurait même fallu relier soigneuse- 
ment les événements du A elay à l'histoire centrale de la Révo- 
lution. Cette histoire, surtout à partir de 1794 et sous le Direc- 
toire, est faite de soubresauts et de coups d'État en relation 
étroite de cause à effet avec les victoires militaires de l'inté- 
rieur ou des frontières. Or, ces coups d'État et ces victoires ont 
eu leur répercussion jusque dans l'administration du départe- 
ment et dans le mouvement des chouans du Velay. 



CHRONIQUE. 5oi 



Cependant, la Société sciontiliquc et agricole de la Haule- 
Loiie continuait ses travaux. L'analyse de son Bullelinlrimeslriet 
et de ses Mémoires paraîtra bientôt ici dans la « Revue des 
Périodiques ». Mais les publications savantes de Paris nous ont 
déjà devancé dans ce travail de dépouillement. C'est dire que 
les études de la Société ont eu un retentissement flatteur ; elles 
sont aussi recherchées à Poitiers où veut bien les faire connaî- 
tre M. Brunel, archiviste de la Vienne. 

Dirai-je qu'en dehors de communications courantes dcdélail, 
elles m'ont permis de continuer, comme les Annales, la double 
publication que je poursuis depuis dix ans sur les troubadours 
du Velay ? En 1912, les Annales ont accueilli une étude assez 
longue sur Guida de Rodez. La critique n'a pas cru à la solidité 
de toutes mes interprétations. J'en suis d'autant plus libre pour 
la remercier sincèrement des remarques fondées qu'elle a pu 
formuler. Mon étude, en définitive, a fait connaître exactement 
la vie d'une haute dame qui, mariée en Velay, a, pendant 
trente ans, été l'inspiratrice des troubadours les plus connus, 
et notamment de Sordel et de Bertrand d'Alamanon. MM. C. de 
Lollis et Salverda de Grave, qui ont édité les vieilles œuvres de 
ces deux poètes, ont vu ainsi leurs livres s'éclairer d'un jour 
plus complet pour leurs lecteurs, et j'ai répondu àquel(|ues-uns 
des points d'interrogation que la vie, jusque-là obscure, de 
Guida de Rodez les avait contraints de poser assez souvent. 

Au Puy, j'ai pu, en quelques pages, indiquer la valeur de la 
thèse in laurea in lettere que M. Georges Dalmazzone, de Turin, 
a consacrée à Cardinal en 1910, et signaler la contribution si 
précieuse et si claire que M. J. Anglade, dans ses « Troubadours » 
avait apportée à l'interprétation de l'œuvre du même poète. 

Dans In planh de Bertrand Carbonel de Marseille sur la mort 
de Cardinal, j'ai essayé de comprendre le chant bien oublié : 

S'ieu anc nulh temps chantioi alegramon, 
et j'ai pu prouver que Bertrand Carbonel, le fidèle disciple de 



D02 ANNALES DTJ MIDI. , 

Cardinal, a écrit de 12^5 à 1268, tandis que les provençalistes les 
plus autorisés le faisaient vivre et écrire plus tard, jusqu'en i3io. 

Mais mon étude la plus substantielle est celle que j'ai consa- 
crée à Gui Folqiieis et à son poème des Set gaugz de Noslra 
Doua. Gui P'olqueis fut un très haut personnage « le plus grand 
avocat de la terre ». Né à Saint-Gilles, vers la fin du xii" siècle, 
il fixa, en 1 229-1 235, les destinées politiques de la ville de 
Viviers, qu'il proclama « terre d'empire » contre les appétits 
du roi de France et de Pèlerin Latinier, Sénéchal de Beau- 
caire. Homme de confiance d'Alphonse de Poitiers, il régla, de 
1200 à i25/i, toutes les contestations que provoqua, en Venaissin 
et à Toulouse, la liquidation laborieuse de la succession de 
Raimon Vil. Devenu conseiller de Louis IX, il fut le représentant 
du roi dans toutes les affaires concernant Narbonne, Béziers, 
Montpellier, Nimes, Anduze et la Provence. Son entrée dans les 
ordres, au moment où il atteignait l'âge mûr, lui valut en 1257 
le siège épiscopal du Puy où il resta trois ans. Appelé à l'arche- 
vêché de Narbonne, il rédigea les règlements de l'inquisition, 
fut promu cardinal en 1261, envoyé comme légat en France et 
en Angleterre, et, en 1266, élevé au souverain pontificat. 11 
mourut en 1 268, à Viterbe, après avoir instauré Charles d'Anjou 
sur le trône de Naples. 

Voilà le grand personnage dont j'ai pu déterminer la longue 
et magnifique carrière, surtout avant son accession à l'épisco- 
pat. Et ce personnage fut un poète qui ne craignit pas de ten- 
sonner vivement avec Peire Bremon Ricas Novas avant de 
s'anéantir humblement dans le culte de la Vierge, el produire 
un chant pieux d'adoration et de renoncement qui inspirera 
Pétrarque. 

Tout cela était si peu connu que Sucliier avait enfermé dans 
une simple page toute la biographie du pape Clément IV, quand 
il avait publié le chant sacré pour la récitation duquel ce pape 
avait accordé « cent jours d'indulgences ! » Le chanoine Nicolas, 
de Nimes, avait môme été scandalisé de voir qu'on osait trans- 
former un Souverain Pontife et un Saint eîi troubadour. Il avait 
vivement dénoncé ce qu'il croyait être, non seulement une 
erreur, mais une espèce de sacrilège. 



OHUONTOI^K. 7u>'^ 

Or, c'est ce lioubadouf (juc j'ai làclié dr lairc connaîtif en 
expliquant tous ses chants par sa piestigicuso carrière. Mais, 
comme Gui Folqueis avait été évoque du Vu\ pendant trois ans, 
j'ai aussi analysé ou publié iii-e.vfenso, les actes de son épiscopat 
en Velay. J'ai enfin analysé ou publié également iii-exlenso, les 
douze bulles par lesquelles l'ancien évêque d'Anis, devenu pape, 
réorganisa notre église et donna des règlements minutieux à 
l'université Saint-Mayol. Le testament du pape n'oubliait pas le 
Velay et y fondait un somptueux anniversaire qui fut célébré 
pieusement pendant un siècle. J'ai publié une vieille analyse 
inédite de ce testament. 

Je ne dirai que quelques mots d'une étude sur le Troubadour 
Perdigon. Elle a paru dans la Revue du Vivarais et la division 
de la France en départements en fait la propriété morale de nos 
voisins de Largentière, quoique aux xii' et xiir siècles, Lespéron 
patrie de Perdigon, appartînt à l'évêché de Mende et fût un fief 
des seigneurs de Luc et de Pradelles, vassaux des Handon et des 
Polignac. M. J. II. Ghaytor, l'éditeur des poèmes de Perdigon 
dans les Annales (1907-1908), avait exprimé le désir de voir 
quelqu'un déterminer la carrière du troubadour et retracer les 
relations qu'il eut avec le Dauphin d'Auvergne, les seigneurs 
du Baus, les vainqueurs des Albigeois et le roi d'Aragon. C'est 
à cette tâche que j'ai consacré une brochure d'une centaine de 
pages. J'ai pu surtout montrer, ce qui était ignoré, que Perdigon 
célébra un moment dans ses chants x\lix de Montmorency, la 
« comtesse » femme de Simon de Montfort. J'ai pu en outre faire 
connaître cinq mélodies du troubadour, complétant ainsi un 
travail que M. Restori avait commencé en 1890. Ces mélodies 
ont même été traduites en notation moderne par M"' ^'adot, 
professeur au Puy, que je remercie encore une fois respectueu- 
sement de sa collaboration. 



Mais les études sur la vieille langue du Velay eurent, en 1913, 
une destinée inattendue. M. Boudon-Lasliermes avait déjà re- 
produit en épigraphe, en tête de son lieux Pur, une stance vi- 



5o4 ANNALES DU MIDI. 

brante de Calendaa. Il me proposa un jour de dépouiller avec 
lui le vieux coinpes de iZjoS, que possède la Mairie du Puy et 
que M. P. Meyer a fait admirablement restaurer comme un des 
trésors les plus précieux laissés ici par la langue d'oc. Le dé- 
pouillement achevé, M. Boudon, qui s'était familiarisé rapide- 
ment avec le parler de ses pères, écrivit à Mistral et lui de- 
manda la création dune maintenance félibréenne dans nos 
montagnes. La démarche donna naissance à l'école Peire Cardi- 
nal, qui fut, en effet, érigée en maintenance, à Avignon, par le 
Consistoire du félibrige en juin 191^. La nouvelle maintenance 
fut ofRciellement organisée dans une laulejado solennelle à 
Boussoulet, sous les auspices de l'ombre du troubadour Pons 
de Chapteuil, par le majorai Alcide Blavet, d'Alais, le 22 juillet 
suivant. 

Cet événement doit être mentionné ici. La maintenance du 
Velay n'est pas simplement une nouvelle circonscription terri- 
toriale du félibrige. Elle se propose formellement — c'est un 
article de ses statuts particuliers — d'étudier à fond nos an- 
ciens troubadours et de reconstruire par tous les textes qu'elle 
trouvera, l'histoire littéraire de la langue d'oc dans notre petite 
province. C'est pour obéir à cette prescription que j'ai fait pa- 
raître récemment dans les Annales « trois documents inédits 
des archives de l'Hôpital du Puy, écrits en langue d'oc. » 

Les vieilles traditions purement orales sont aussi r