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Full text of "Annales sénégalaises de 1854 à 1885. Suivies des traités passés avec les indigènes"

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ANNALE S 

SÉNÉGALAISES 



DE 



1854 à 1885 



SUIVIES DES 



TRAITES PASSÉS AVEC LES INDIGÈNES 



OUVRAGE PUBLIÉ AVEC l'aUTORïSATION DU MINISTRE 

DE LA MAKLNE 




PARIS 

lâlSOlINBUVE PRiRBS BT CH. LECLBRC, ÉDITEURS 

25, QUAI VOLTAIRE, 25 

1885 




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ANNALES SENEGALAISES 



ANGERS, ISir. EURDIN ET d», RCE GAHMKR, 4. 



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ANNALES 



SÉNÉGALAISES 



DE 



1854 à 1885 



SUIVIES DES 



TRAITÉS PASSÉS AVEC LES INDIGÈNES 



OUVRAGE PUBLIÉ AVEC l'aUTORISATION DU MINISTRE 

DE LA MARINE 



PARIS 

HAISORKEUVE FRÈRES ET CO. LECLERC, ÉDITEURS 

25, QUAI VOLTAIRE, 25 

1885 



n 



4VANT-PR0P0S 



La connaissance des Traités qui nous lient avec 
les difiFérents États indigènes du Sénégal inté- 
resse tout le monde dans la colonie ; les fonction- 
naires et militaires tout naturellement, puisqu'ils 
peuvent être appelés à exercer quelque commande- 
ment territorial et à traiter certaines questions 
relatives à la politique du pays. Puis les commer- 
çants, qui sont bien aises de savoir quel degré de 
sécurité, quelles garanties peuvent présenter leurs 
opérations commerciales avec telle ou telle popu- 
lation. C'est pourquoi nous publierons Ténuméra- 
tion complète de ces Traités. 

Il ne sera pas non plus sans intérêt de voir à la 
suite de quels événements de guerre nous avons 
imposé nos conditions à des populations naguère 
encore si fières vis-à-vis de nous. 

Nous ferons donc d'abord un récit succinct, un 
simple journal des guerres qui ont été menées à 



VI AVANT-PROPOS 

bonne fin au Sénégal et dont le résultat avantageux 
a été l'état actuel de nos relations avec les popula- 
tions voisines. 

On s'étonnera peut-être de nous voir, tout en 
étant très sobre de considérations politiques et 
autres, entrer dans des détails minutieux et même 
fastidieux de dates, de distances, d'heures de départ, 
d'effectif et de composition de colonnes^ énumérer 
les moindres coups de main, les moindres razzias; 
nous l'avons fait avec intention el encore dans un 
but d'utilité. 

On peut avoir à opérer de nouveau, au moins 
momentanément, dans certaines parties du pays, 
et il sera précieux, pour ceux qui commanderont 
alors nos colonnes, de savoir ce qu'on peut faire 
sous ce climat, avec des moyens donnés en trou- 
pes et on matériel, de connaître la longueur des 
étapes, les heures du jour et de la nuit où les blancs 
peuvent marcher, les itinéraires que Ton peut sui- 
vre, dans quelle saison on peut parcourir telle ou 
telle province, les lieux oti campent ordinairement 
les Maures et où l'on peut faire des razzias sur eux, 
ceux où ils passent le fleuve le plus habituellement; 
la manière d'attaquer ou de se défendre des diffé- 
rents peuples, jusqu'à quel point ils sont redouta- 
bles, et comment il faut s'y prendre pour les réduire. 



AVANT-PROPOS VII 

Jusqu'en 1854, nous n'occupions au Sénégal 
que quelques territoires très restreints et les plus 
puissants des chefs indigènes nous considéraient 
comme leurs tributaires. On payait encore tous 
les ans, et avec un certain cérémonial, à un petit 
chef noir de quelques cases dans Tîle de Sor, le 
loyer du terrain sur lequel est bâtie la ville de 
Saint-Louis. 

Ces coutumes, que nous étions forcés de payer 
aux moindres chefs, et que les Ouolofs appelaient 
Amkoubel^ étaient désignées par les Maures sous le 
nom de djeziay mot arabe qui signifie : le tribut re- 
ligieux que les infidèles juifs ou chrétiens doivent 
payer aux musulmans pour obtenir d'eux la paix. 

Aujourd'hui les choses sont bien changées -et 
nous possédons, d'une part, vers l'intérieur, de 
Saint-Louis jusqu'au Niger, et, d'autre part, le 
long de la côte, du cap Blanc à la Mellacorée, des 
territoires considérables dont la superficie égale 
celle de l'Algérie. 

Comme on le verra dans ces Annales il a fallu 
trente années de luttes intermittentes pour arriver 
à ce résultat; mais, pour ne pas s'exagérer les 
choses, il convient de remarquer que les forces 
militaires du Sénégal n'ont jamais dépassé trois 
bataillons d'infanterie, dont deux indigènes, un 



VIII AVANT-PROPOS 

escadron de spahis, mi-partie français et indigène, 
et deux batteries d'artillerie. Dans deux circons- 
^ tances seulement, la colonie demanda et obtint 
renvoi momentané de Fi'ance, en 18S4, d'une sec- 
tion du génie, et d'Algérie, en 1860, de trois com- 
pagnies de tirailleurs algériens et d'un peloton du 
train des équipages. 

Nous espérons être entrés aujourd'hui dans 
une période de paix; celte paix ne peut qu'être 
consolidée par l'établissement des voies ferrées et 
nous devons chercher à la rendre féconde. Pour 
cela, la première condition est de bien administrer 
les populations soumises. Les commandants de 
cercles et de postes devront mettre tous leurs soins, 
twite leur vigilance à maintenir la tranquillité 
dans leur commandement, afin que les indigènes 
puissent travailler et produire en toute sécurité 
pour alimenter nos comptoirs de leurs produits, et 
qu'ils reconnaissent que notre domination leur est 
avantageuse. 

En raison de la différence de races et de religion , 
il faut les laisser, autant que possible, régler eux- 
mêmes leurs affaires intérieures. Il faut cependant 
surveiller leurs chefs pour s'opposer aux exactions 
qu'ils voudraient commettre, tout en leur mon- 
trant la considération sans laquelle ils n'auraient 






AVANT-PROPOS IX 

plus aucune autorité sur leurs administrés et ne 
pourraient plus être rendus responsables du bon 
ordre. 

En agissant ainsi, les commandants territoriaux 
rendront des services aussi méritoires que les plus 
brillants services de guerre. Us contribueront aux 
progrès déjà si remarquables de la colonie qui pos- 
sède aujourd'hui des routes, des ponts, des planta- 
tations, un port, des phares, des lignes télégraphi- 
ques et des voies ferrées, toutes choses dont elle 
était dépourvue en 1854, époque où son commerce 
ne montait qu'à 20 millions, tandis qu'il est au- 
joui'd'hui de 50 millions. 



Pour les événements survenus depuis 1854 jus- 
qu'en 1866, ces Annales sont la réimpression des 
notices historiques publiées dans les Annuaires du 
Sénégal de 1861 et de 1867. 

Pour les événements survenus de 1866 à 1885, 
on a résumé succinctement les rapports officiels 
des gouverneurs de la colonie ou des chefs d'expé- 
ditions. 

Enfin la liste des traités a été complétée et mise 
à jour. 



GOUVERNEURS DU SÉNÉGIAL 

do 1850 à 1885 



PROTET, capitaine de frégate, puis capitaine de 
vaisseau, du 10 octobre 18S0 au 16 décembre 1854. 

FAIDHERBE, chef de bataillon, puis lieutenant- 
colonel et colonel du génie, du 16 décembre 1854 
au 4 décembre 1861.] 

JAURÉGUIBERRY, capitaine de vaisseau, du 4 dé- 
cembre 1861 au 14 juillet 1863. 

FAIDHERBE, général de brigade, du 14 juillet 1863 
au 12 juillet 186S. 

PINET-LAPRADE, colonel du génie, du 12 juil- 
let 1865 au 18 août 1869. Décédé à Saint-Louis. 

Trédos, commissaire de la marine, par intérim^ du 
18 août 1869 au 17 octobre 1869. 

VALIÉRE, colonel d'infanterie de marine, du 17 oc- 
tobre 1869 au 14 juin 1876. 

BRIÈRE DE LISLE, colonel d^nfanteriede marine, 
puis général de brigade, du 14 juin 1876 au 
15 avril 1881. 

DE LANNEAU, capitaine de vaisseau , puis contre- 
amiral, du 15 avril 1881 au 5 août 1881. Décédé 
à Saint-Louis. 

Deville DE Périère, commissaire de la marine, /?«/• 
huérim, du 5 août 1881 au 2 octobre 1881* 



XII GOUVERNEURS DU SÉNÉGAL 

CANARD, colonel de spahis, du 2 octobre 1881 au 
28 juin 1882. 

Vx\LLON, capitaine de vaisseau, du 28 juin 1882 
au 16 novembre 1882. 

René SERYATIUS, du 16 novembre 1882 au 
20 juin 1883. Décédé à Saint-Louis. 

Le Boucher, directeur de l'intérieur, intérimaire, 
du 20 juin 1883 au 15 août 1883. 

BouRDiAux, colonel d'artillerie de marine, intéri- 
maire, du 15 août 1883 au 15 avril 1884. 

SEIGNAC-LESSEPS, entré en fonctions le 15 avril 
1884. 



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i: 



ANNALES SÉNÉGALAISES 



DE 



1854 à 1885 



CHAPITRE PREMIER 



§ 1. — Expédition du Dimar 



En 1 851 , les commerçants du Sénégal adressèrent 
au gouverneur de la colonie une pétition pour se 
plaindre de la situation intolérable qui leur était 
faite par les exactions et les brigandages des indi- 
gènes Wolofs, Maures et Toucouleurs; ils deman- 
daient que , par un vigoureux effort, il fût mis un 
terme à cet état de choses, dût le commerce en 
souffrir pendant quelques années. 

Ils demandaient spécialement : 

La suppression des escales , sorte de foires 
annuelles où se faisait la traite des gommes sous 

1 



2 ANiNALES SÉNÉGALAIS ES 

la surveillance des chefs maures et dans des condi- 
tions humiliantes et onéreuses pour nous, et leur 
remplacement par des établissements de commerce 
permanents et fortifiés : Vun à Dagana, où nous 
avions déjà un petit fort, Tautre à Podor, où nous 
en avions eu un autrefois. 

Le ministre ayant approuvé ce programme, le 
gouverneur du Sénégal reçut en bâtiments, troupes 
et approvisionnements ce qui était nécessaire pour 
en assurer Texécution. 

En conséquence, le 18 mars 1854, le gouverneur, 
capitaine de vaisseau Protêt, quitta Saint-Louis et 
se transporta avec tout son monde et tous ses 
moyens à Podor, où Ton s'attendait à une grande 
résistance de la part des Toucouleurs, mais que 
Ton trouva, au contraire, abandonné. Les travaux 
du poste fortifié, dirigés par le capitaine du génie 
Faidherbe, commencèrent le 27 mars ; le l^^ mai, 
le fort était achevé. 

On avait à se venger d'agressions commises par 
les Toucouleurs du Dimar et spécialement par ceux 
de Dialmatch. Pendant la construction du poste de 
Podor, ils vinrent enlever un enseigne de vaisseau 
qui chassait à une petite distance du camp français. 
Ils s'étaient figuré, par ce moyen, nous empêcher 
de les attaquer, ayant écrit au gouverneur que s'il 
marchait sur Dialmatch, ils tueraient cet officier. 

Naturellement on ne tint aucun compte de leurs 
menaces et le gouverneur se porta avec toutes ses 
forces devant Dialmatch. 

La colonne débarqua à Fanaye le 6 mai^ sans 



DE 1854 A 1885 3 

rencontrer de résistance. Après une marche longue 
et pénible, elle n arriva qu'à onze heures du matin 
en vue de Dialmatch qui dans le pays était réputé 
imprenable. Les femmes et les enfants Tavaient 
évacué et 2,000 défenseurs, armés de fusils, garnis- 
saient les créneaux de Tenccinte qui était en outre 
armée de deux pièces de canon de traite. 

Pendant que les colonnes d'assaut se formaient, 
l'artillerie ouvrit le feu contre la ville. Les obus 
allumèrent quelques incendies mais ne purent faire 
brèche dans le tata, ni en déloger les défenseurs 
qui continuaient bravement à tirer, principalement 
contre les volontaires de Saint-Louis qui, poussant 
des cris, lançant leurs fusils en l'air, s'étaient portés 
en avant et tiraillaient inutilement contre un ennemi 
bien abrité. A ce jeu, ils perdirent une cinquantaine 
des leurs et se retirèrent. 

Cependant les troupes régulières massées à 
200 mètres de l'enceinte s'élancent à l'assaut, en 
trois colonnes, sous un feu très vif. Arrivées à 
100 mètres, elles hésitent, puis s'arrêtent. Une 
vingtaine de soldais d'infanterie de la colonne du 
centre, avec quatre officiers, et le détachement des 
sapeurs du génie, dont il ne restait plus que cinq 
hommes debout sur dix, continuent seuls bravement 
leur mouvement en avant et atteignent le tata 
qu'ils cherchent à escalader ou dont ils embouchent 
les créneaux. 

Bientôt les autres troupes, électrîsées par cet 
exemple et entraînées par quelques officiers , 
reprennent le mouvement offensif et se rendent 



4 ANNALES SÉiNÉGALAlSES 

enfin maîtresses de Dialmatch dont les défenseurs 
s'enfuirent par l'extrémité opposée. 

Nos pertes furent de 173 hommes tués oublessés 
sur un effectif de 600 combattants. 

Malgré ce fait d'armes les commerçants du Séné- 
gal adressèrent au gouverneur de la colonie une 
nouvelle pétition. Reprenant et développant le pro- 
gramme énoncé dans la première , ils concluaient 
en disant qu'il était indispensable, dans l'intérêt de 
la colonie, d'avoir des gouverneurs y séjournant 
un temps assez long pour acquérir une connaissance 
suffisante du pays et une expérience sans laquelle 
rien de sérieux ne pouvait être fondé. 

Des démarches furent faites auprès de M. Ducos, 
alors ministre de la Marine, pour que M. Faidherbe * 
fût nommé chef de bataillon et gouverneur de la 
colonie. Le ministre de la guerre, maréchal Vail- 
lant, ayant consenti à la nomination au grade de 
chef de bataillon, le ministre de la Marine nomma 
le commandant Faidherbe gouverneur du Sénégal. 

La suppression des escales et des coutumes nous 
mettait nécessairement aux prises avec les Maures. 

Mohammed-El-Habib, roi des Trarza^ à qui, en 
1830, une députation d'habitants et de négociants 
de Saint-Louis avait été envoyée pour demander 
la paix, avait pris l'habitude de dire, depuis cette 
démarche qui avait redoublé son arrogance, qu'à 

* Cet officier, qui était depuis deux ans dans la colonie, 
avait pris part avec le commandant Baudin à l'expédition de 
Grand-Bassam, au combat d'Eboué et avait construit le fort de 
Dabou. 



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DE 1854 A 1885 8 

la première rupture avec les blancs il viendrait 
faire son salam dans Téglise de Saint-Louis, et le 
chef des Azouna, Mohammed-Aly, se vantait de 
prendre la ville avec les seuls guerriers de sa tribu. 

Certes les Européens faisaient bonne justice de 
ces propos extravagants, mais pour beaucoup d'ha- 
bitants de Saint-Louis, ils exprimaient une vérité 
incontestable. 

Quoi qu'il en soit, voici les ordres qui furent 
donnés par le ministère au gouverneur, en diffé- 
rentes dépêches de Tannée 1854, pour changer les 
choses de fond en comble : 

« Nous devons dicter nos volontés aux chefs 
Maures^ pour le commerce des gommes. Il faut sup- 
primer les escales en 1854, employer la force si 
Ton ne peut rien obtenir par la persuasion. Il faut 
supprimer tout tribut payé par nous aux États du 
fleuve, sauf à donner, quand il nous plaira, quelques 
preuves de notre munificence aux chefs dont nous 
serons contents. Nous devons être les suzerains du 
fleuve. Il faut émanciper complètement le Oualo en 
Tarrachant aux Trarza et protéger en général les 
populations agricoles de la rive gauche contre les 
Maures, Enfin, il faut entreprendre Texécution de 
ce programme avec conviction et résolution. » 



§ 2. — Conquête du Oualo 

Après une vigoureuse leçon, donnée le 15 jan- 
vier 1855, au village de Bokol qui faisait déserter 



6 ANNALES SÉNÉGALAISES 

nos soldats noirs, et à la suite de laquelle le Dimar 
nous accorda une satisfaction complète sur tous 
les points en litige , le nouveau gouverneur du 
Sénégal dut procéder à Texécution des ordres mi- 
nistériels; il s'occupa d'abord de la question du 
Oualo, le moment des escales n'étant pas encore 
venu. 

Comme les autres années, les tribus Trarza, 
nommées El-Guebla (les Méridionales), c'est-à-dire 
les Takharedjent , les Dagbadji , les Ouled-Akchar 
et Ouled-Béniouk (Azouna) et les Ouled-bou-Ali, 
avaient passé sur la rive gauche avec leurs tentes et 
leurs troupeaux et commençaient , malgré les 
anciens traités, à exercer leurs ravages ordinaires 
sur les contrées voisines. Comme ces tribus étaient 
encore sur les bords mêmes du fleuve, il était facile 
de les enlever toutes à la fois , au moyen de la gar- 
nison de Saint-Louis et des bateaux à vapeur de la 
flottille. 

Attendre l'arrivée du roi des Trarza, qui était 
encore dan^ l'intérieur, et lui demander l'évacuation 
du Oualo, cela eut été pris pour une plaisanterie 
par ce chef orgueilleux et tout puissant qui, non 
seulement était maître du Oualo, mais faisait tout 
ce qu'il voulait dans le Dimar, dans le Djolof, dans 
le Cayor et chez les. Brakna. 

La reine du Oualo elle-même, quoiqu'elle ne fût 
que la très humble servante de Mohammed-El- 
Ilabib et de son fils Ely (son neveu à elle), avait osé 
écrire au gouverneur, dans les premiers jours de 
18S5, pour lui intimer l'ordre d'évacuer les îles de 



DE 1854 A 1888 7 

Roup , de Dîombor , de Thionq , etc. , îles qui 
entourent Saint-Louis à une portée de canon. 

C'est pourquoi, décidé à employer les moyens 
propres à assurer sérieusement Texécution du pro- 
gramme tracé, le gouverneur voulut aller droit au 
but en attaquant immédiatement les Maures du 
Oualo. Ce n'était du reste que faire respecter les 
traités. Malheureusement, Chems, chef des Aidou- 
El-Hadj (Darmancours), étant venu à Saint-Louis 
et s'y étant assuré qu'on voulait enfin sérieusement 
les réformes dont il était question depuis nombre 
d'années, jeta l'alarme chez les El-Guebla, fit battre 
le tam-tam de guerre dans le Oualo et avertit les 
tribus de se mettre en lieu sûr, parce que, indubita- 
blement, les blancs allaient tomber sur elles, comme 
ils l'avaient fait sur Bokol. Cela dérangea les com- 
binaisons arrêtées , car les tribus suivirent ses 
conseils, ^les unes en s'enfonçant un peu dans le 
Oualo, les autres en repassant promptement sur la 
rive droite. Une seule ne bougea pas, celle des 
Azouna. Cette tribu de brigands , dont le nom seul 
faisait trembler le Oualo, le Cayor et le Djolof, 
était tellement habituée à inspirer l'effroi, qu'elle 
ne supposait même pas qu'on osât l'attaquer. Elle 
resta campée entre Diekten et Tiaggar, on dut donc 
se contenter de faire une tentative sur les Azouna 
et on organisa une razzia contre eux. 

15 février 1855. Une petite colonne composée 
de 50 hommes de la garnison de Podor, et des 
compagnies de débarquement du Galibi, du Grand- 
Bassarrij du Marabout et du Rubis, commandée par 



8 ANNALES SÉNÉGALAISES 

M. Desmarais, lieutenant de vaisseau, descendit do 
Dagana, sur le Rubis, dans la nuit du 14 au 15 fé- 
vrier, et débarqua à deux heures du matin, à deux 
lieues au-dessus de Tiaggar. SO spahis partis de 
Dagana la veille au soir, sous le commandement de 
M. le capitaine Bilhau, avaient passé la Taouey à 
minuit, étaient venus reconnaître M. Desmarais au 
lieu de son débarquement et descendaient avec lui 
vers Tiaggar. De son côté, le Gouverneur partit de 
Saint-Louis avec les troupes de la garnison le 14, 
à une heure de l'après-midi , sur VÉpervier, VAna- 
créon et les deux bateaux écuries. Sous prétexte 
d'un vol imaginaire , on avait fait bloquer Tîle 
depuis le matin par la police et par les douaniers, 
pour que les préparatifs du départ ne pussent pas 
être signalés au dehors. 

Le 13, à cinq heures du matin, la colonne débar- 
quait à 200 mètres au-dessous de Diekten, avec un 
obusier de montagne, et s'avançait dans Tobscurité 
pour chercher le camp des Azouna. A la pointe du 
jour, on arrivait sur le camp composé de 130 tentes 
environ, mais les Maures éveillés par les femmes 
qui pilaient le mil, et qui nous avaient entendu 
venir, étaient déjà en pleine fuite devant nous avec 
leurs troupeaux, abandonnant leurs tentes, tous 
leurs effets, leurs vivres, leurs marchandises et une 
centaine de têtes de bétail , de chevaux et d'ânes. 
Comme cela était prévu , ils tombèrent dans la 
colonne qui arrivait au même moment par le haut 
du fleuve, et le capitaine des spahis Bilhau les 
chargea à fond, leur tua 6 ou 7 hommes et leur 



DE 1854 A 1885 9 

enleva 700 bœufs et 69 prisonniers, la plupart 
femmes et enfants. L'infanterie appuya le mouve- 
ment et contribua par tous ses moyens à cette bril- 
lante affaire. 

Le camp des Azouna fut pillé par les volontaires 
de Saint-Louis, qui y firent un très riche butin , et 
les tentes furent livrées aux flammes, de sorte qu'en 
deux heures il ne restait plus une trace du camp de 
cette tribu tant redoutée. 

Après avoir pris un moment'de repos et avoir 
relâché environ 60 individus du village de Tiaggar 
qui avaient été pris en même temps que les 69 Azou- 
na, la colonne se mit en route pour Richard-Toll, 
où elle arriva dans l'après-midi. Les hommes , 
quoique fatigués, étaient gais et bien portants. Les 
spahis étaient restés vingt-deux heures à cheval. 

Une des grandes inquiétudes de la population de 
Saint-Louis, c'était de manquer de lait et de beurre 
pendant la guerre avec les Maures, comme cela 
était arrivé dans des circonstances analogues. Pour 
éviter cet inconvénient, en même temps que le 
Gouverneur partait pour la razzia des Azouna, il 
envoya M. le lieutenant de vaisseau Butel avec le 
bateau à vapeur le Serpent et une flottille d'embar- 
cations armées, pour enlever et amener dans l'île de 
Roup , auprès de Saint-Louis , les troupeaux de la 
tribu des Tendra, marabouts qui approvisionnent 
la ville et qui se trouvaient près de Mbéray. M. Bu- 
tel dirigea parfaitement l'opération qui eut un succès 
complet , en ce sens qu'il ramena 600 vaches , à la 
grande satisfaction des habitants de Saint-Louis, 

1. 



10 ANNALES SÉNÉGALAISES 

assurés de ne pas manquer de sanglé pendant toute 
la durée de la guerre. 

La reine du Oualo, Ndété-Yalla, et ses gens, 
stupéfaits en apprenant la destruction du camp des 
Azouna et la razzia faite sur les Tendra, furent bien 
embarrassés sur le parti qu'ils avaient à prendre. 
Il paraît même que, dans le premier moment, ils 
refusèrent d'accueillir quelques Azouna fugitifs ; 
mais bientôt l'ascendant , l'intimidation exercés de 
longue date par les Maures, et les mauvaises dispo- 
sitions à notre égard des captifs de la couronne, 
l'emportèrent sur les sympathies ou les craintes 
que nous pouvions inspirer, et ces malheureux 
Ouolof prirent la fatale résolution de se mettre avec 
leurs oppresseurs contre nous qui voulions cette 
fois sérieusement les en délivrer. 

Le gouverneur avait cependant écrit aux chefs 
du pays qu'il allait prochainement achever d'en 
chasser les Maures; bonnes paroles, cadeaux, pro- 
messes , il n'avait rien négligé pour que Ndété- 
Yalla et son peuple, comprenant leurs intérêts, se 
joignissent à nous dans l'œuvre d'affranchissement 
de la rive gauche. Tout cela fut inutile et le Oualo 
commença le premier les hostilités contre nous, 
comme on va le voir, par une insigne trahison. 

W février 1855. Décidé à marcher directement 
sur la capitale du Oualo en pénétrant dans ce pays 
par le pont deLeybar, Lampsar et Ross, le gouver- 
neur voulait rejeter les tribus qu'il s'attendait à y 
trouver et à voir fuir devant lui, sur une petite 
colonne auxiliaire partant de Richard-Toll, sous 



DE 1884 A I880 11 

le commandement de M. Desmarais et longeant la 
Taouey et le lac jusqu'à Nder. A cet effet, le capi- 
taine Bilhau avait reçu Tordre de se rendre le 23, 
de Dagana à Richard-Toll, avec un peloton de spahis, 
pendant que Taviso à vapeur le Grand-Bassam 
devait y amener plusieurs compagnies de débar- 
quement. Parti à six heures du matin, M. Bilhau 
s'étonna de trouver les habitants en armes dans les 
premiers villages près desquels il passa , mais sur 
leurs protestations qu'ils ne feraient pas la guerre 
aux Français, tant que ceux-ci ne leur feraient pas 
de mal, il continua sa route. Arrivé à la hauteur 
de Mbilor et de Keurmbay, il reconnut, à n'en plus 
douter , qu'il était tombé dans un guet-apens et se 
vit bientôt en présence d'un grand nombre de fan- 
tassins et de cavaliers qui , se promettant d'avoir 
bon marché de la poignée de spahis qu'il comman- 
dait, commencèrent à l'entourer de toutes parts. 
M. Bilhau, dans cette circonstance critique, chercha 
de quel côté il avait le plus de chance d'opérer sa 
retraite. Il fit demi-tour, et, retournant rapidement 
sur ses pas, il parvint à distancer un instant la nuée 
d'ennemis qui le poursuivaient avec acharnement; 
mais, un marigot lui barrant le passage, il se vit 
bientôt acculé dans l'angle de ce marigot sur les 
bords mêmes du fleuve. Décidé à vendre chèrement 
sa vie, il fit mettre pied à terre à ses spahis, plaça 
ses chevaux à l'abri sous la berge, et par un feu de 
mousquelerie bien nourri, il chercha à retarder le 
moment fatal et inévitable où, écrasé parle nombre, 
il serait enlevé ou massacré. Déjà deux spahis 



12 ANNALES SÉNÉGALAISES 

étaient blessés et un cheval enlevé, lorsque l'appa- 
rition du bateau à vapeur le Grand-Bassam^ qui 
avait reçu Tordre de naviguer de manière à protéger 
au besoin Tescadron , vint le sauver d'une perte 
certaine. M. l'enseigne de vaisseau Méron mit à 
terre les compagnies de débarquement, sous les 
ordres de M. l'enseigne de vaisseau Fougères ; au 
moyen de ce renfort et avec l'aide de Tartillerie du 
bateau, on repoussa vigoureusement Fennemi en 
lui faisant éprouver quelques pertes et le bateau 
transporta les spahis à Richard- Toll. 

En présence de ces faits et du soulèvement 
général du Oualo , la petite colonne de M. Desma- 
rais, sans moyens de transport pour son artillerie , 
ne put s'engager dans le pays et se borna, après un 
engagement avec les gens de Ndombo, d'une rive à 
l'autre de la Taouey , à contenir les populations 
voisines et à brûler les villages de Khouma et de 
Mbilor. 

Pendant que cela se passait à Richard-Toll , le 
gouverneur était en route avec la colonne princi- 
pale composée d'environ 400 hommes de troupes 
de toutes armes, et d'autant de volontaires avec 
deuxobusiers et un peloton de spahis. 

Ces volontaires étaient des gens de Saint-Louis 
qui. avaient l'habitude d'aider les gouverneurs dans 
les expéditions. Pour la guerre sérieuse qu'on en- 
treprenait alors, on leur fit comprendre qu'ils ne 
pourraient plus , comme autrefois , marchander 
leur concours, et qu'on ne leur permettrait plus de 
discuter, en pleine expédition, s'ils continueraienjt 



DE 1854 A 1885 13 

ou non à marcher. Une fois bien avertis , ils mon- 
trèrent toute Tobéissance qui convient à des troupes, 
firentpreuve de courage et de dévouement dans bien 
des circonstances et rendirent de très bons services, 
surtout dans les razzias. 

Partie de Bouëtville le 21, la colonne avait passé 
le pont de Leybar , nouvellement construit , et 
bivouaqué près de ce village. Nos moyens de trans- 
port organisés avec des ânes et des bœufs porteurs 
auxquels on avait eu le tort de mettre des croupières 
dont ils n^avaient pas l'habitude, nous avaient déjà 
beaucoup retardés et nous avaient causé mille désa- 
gréments. 

Le second jour, on se rendit à Lampsar, en pas- 
sant le marigot des fours à chaux, en face de Dia- 
oudoun, point important où il a été construit depuis 
un pont qui nous donne accès de plain-pied dans le 
Oualo , comme celui de Leybar nous donne accès 
dans le Cayor. Dans cette seconde journée de 
marche, nos transports nous avaient donné tant de 
mal qu'il n'y avait pas moyen de continuer à s'en 
servir pour s'engager dans le cœur du pays. Cepen- 
dant, renoncer à l'expédition après avoir annoncé 
au Oualo une marche sur Nder, cela eut produit 
un effet désastreux : il fallut donc prendre un parti 
extrême. 

On décida qu'on laisserait là tous les bagages, 
les sacs et couvertures des soldats, qui les char- 
geaient trop. C'étaient des couvertures très lourdes, 
des couvertures d'hôpital, la colonie n'ayant pas 
alors de petites couvertures de campement. On 



14 ANNALES SÉXÉGÂLAISES 

distribua à chacun douze biscuits pour six jours. 
Les hommes mirent leurs cartouches et leurs bis- 
cuits dans leurs sacs de campement, et la colonne 
ainsi allégée se mit en marche avec un troupeau de 
bœufs à abattre. 

On trouva les villages de Killen et de Ross aban- 
donnés, malgré les lettres rassurantes que le gou- 
verneur avait envoyées à Béquio, chef de cette 
province. On respecta ces villages. La colonne eut 
à traverser de nombreux marigots , où les hommes 
avaient de Teau au-dessus de la ceinture , et où les 
obusiers de montagne traînés disparaissaient com- 
plètement sous Feau; on se tira gaiement de ces 
difficultés qui avaient étonné les troupes au premier 
abord. 

25 février 1855. Le 25 au matin, dans les environs 
de Dioubouldou, on se trouva en présence de l'ar- 
mée des Maures et du Oualo réunies^ elle nous 
présentait le combat à Tentrée d'un bois qu'il faut 
traverser pour aller à Nder. L'ennemi était sur la 
lisière et en dehors du bois , la cavalerie au centre 
et deux corps de fantassins aux ailes. Entre ces 
groupes et nous, se trouvait une plaine couverte 
d'herbes touffues et hautes de six pieds. Un grand 
nombre d'hommes y étaient embusqués. Un autre 
corps composé de cavalerie et d'infanterie maure, 
principalement des Dakhalifa, cherchait à nous 
tourner par notre gauche pour nous envelopper. 

On déploya en avant une ligne de tirailleurs 
composée de la compagnie des carabiniers du capi- 
taine Benoît et de volontaires; les spahis furent 



DE 1854 A 1885 15 

avertis de se préparer à charger ; on lira deux coups 
d'obusiers ; les tirailleurs prirent le pas de course, 
débusquèrent presqu'à bout portant les noirs cachés 
dans rherbe ou dans les buissons et les spahis 
s' élançant alors au galop sous le commandement 
de M. le capitaine de Latouloubre, complétèrent la 
déroute de Tennemi à grands coups de sabre sur la 
tête des fuyards. 

Une trentaine de cadavres restèrent sur le champ 
de bataille et les fuyards firent quatre lieues sans 
se retourner avec leurs nombreux blessés. Pendant 
que cela se passait , notre arrière-garde renforcée 
d'une compagnie et commandée par M. le capitaine 
Bruyas , repoussait vigoureusement les Maures et 
les forçait à la retraite. 

Nous n'eûmes dans cette brillante affaire que 
trois hommes tués : un sergent d'infanterie, un 
spahis et un volontaire, et trois hommes blessés ' 
deux volontaires et le canonier Couderc, qui reçut 
une balle dans l'œil en pointant son obusier à por- 
tée de pistolet de l'ennemi. 

La colonne , sans s'arrêter sur le champ de 
bataille, continua sa marche et arriva à Nder, 
après avoir brûlé les villages de Dakhalifa et de 
Naéré, que nous trouvâmes abandonnés. 

Cette marche sur Nder fut excessivement pénible. 
Le manque d'eau fit beaucoup souffrir les hommes. 
Nder fut pillé et brûlé par les volontaires, ainsi que 
le village de Témey où Ton avait dit que l'ennemi 
nous attendrait, ce qu'il n'osa pas faire. 

Les guerriers du Oualo, qui étaient partis le matin 



46 ANNALES SÉNÉGALAISES 

de Nder pleins de confiance et emportant des cordes 
pour attacher les nombreux captifs qu'ils devaient 
faire dans la balaillc, étaient revenus, après leur 
défaite, abrutis par la peur, prendre la reine et les 
femmes qui étaient restées dans le village. Ils 
disaient : « Ce ne sont pas des hommes que nous 
venons de combattre, mais des démons. » Ils se 
dispersèrent de tous côtés dans les bois. 

Les volontaires de Saint-Louis s'étaient brave- 
ment conduits pendant le combat. Amadou-Sar> 
porte-drapeau des volontaires du Sud, les avait 
guidés au feu avec beaucoup d'entrain. 

Le sérigne de Nder et son taliba, qui étaient 
venus rôder le soir autour de notre bivouac, furent 
tués par une patrouille qu'ils avaient provoquée les 
premiers. 

Le 26, la colonne se dirigea de Nder sur Diekten ;« 
dans la route et au moment de la grand'halte, on 
enleva im troupeau de bœufs et les spahis eurent 
un engagement avec un parti 'de cavalerie qu'ils 
surprirent dans un bois et qui accompagnait Ma- 
rosso, le mari de la reine, et quelques chefs du 
Oualo. Cinq de ces cavaliers furent tués, et leurs 
chevaux, parmi lesquels celui de Marosso lui-même, 
restèrent entre nos mains. Le volontaire Alioun-Sal 
se distingua dans cette journée oti Ton fit encore 
une vingtaine de prisonniers de la tribu maure des 
Ouled-Dahman. 

De Diekten, on alla le 27 à Richard-ToU, on Ton 
passa la Taouey. 

Le V* mars, pour tirer vengeance de la trahison 



DE 1854 A 1885 17 

dont s'étaient rendus coupables les riverains de la 
Taouey , nous brûlâmes les grands villages de 
Ndonibo, Ntiago, Keurmbay, etc. Nous faillîmes 
prendre en blocla population fugitive de ces villages; 
malheureusement, le hasard nous fit suivre un sen- 
tier qu'elle venait de quitter pour se jeter dans les 
broussailles et nous ne fîmes qu'une quinzaine de 
prisonniers; mais, rien ne peut donner une idée de 
la terreur que notre poursuite inspira à ces malheu- 
reuses populations, entraînées dans cette guerre 
par quelques chefs vendus aux Maures. 

En somme, en dixjours, on avait pris 2,000 bœufs, 
30 chevaux, 50 ânes, un très grand nombre de mou- 
tons, 150 prisonniers, on avait tué environ 100 hom- 
mes à Tennemi, fait un butin considérable et brûlé 
25 villages. Tout cela ne nous avait coûté que 
3 hommes tués, 8 blessés et 3 chevaux perdus. La 
reine du Oualo se réfugia dans le Cayor avec ses 
gens et quelques Maures. 

Un parti du Oualo, celui des Djios, qui peuple 
les villages du bord du fleuve, vint faire sa soumis- 
sion. On s'empara définitivement du village de 
Dagana, et les habitants qui l'avaient abandonné 
pour se joindre à nos ennemis, n'y rentrèrent qu'en 
jurant de ne reconnaître, à l'avenir, d'autres 
maîtres que les Français. 

Pendant ces opérations, tous les bâtiments de la 
flottille surveillaient les deux rives du fleuve, de 
Saint-Louis à Podor, et M. Rebell, enseigne de 
vaisseau, commandant de VAnacréon^ faisait une 
razzia de bœufs. 



18 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Mars. Quelques semaines après, le 13 mars, une 
petite colonne d'observation laissée à Richard-Toll, 
sous les ordres de M. le capitaine d'infanterie Chi- 
rat, s'étant rendue à Ntiago pour détruire les bar- 
rages qui interceptaient la navigation de la Taouey, 
trouva des gens du Oualo qui étaient revenus dans 
ce village pour prendre du mil. Ces gens ayant fait 
feu sur nous, le capitaine Chirat les fit attaquer par 
les spahis qui en tuèrent 8* et en prirent 4, parmi 
lesquels se trouvaient deux personnages assez im- 
portants. Un spahis fut blessé d'un coup de lance. 

La reine étant toujours réfugiée dans le Cayor, 
les débris de Tarmée du Oualo s'étaient réunies à 
Diagan, village de l'intérieur, situé à quelques lieues 
de Mérinaghen. Les chefs annonçaient qu'ils étaient 
décidés cette fois à se faire tous tuer plutôt que 
d'abandonner ce dernier refuge. Ils l'avaient juré 
par le nez de leurs mères, serment le plus respecté 
des Oualof . Il était donc nécessaire d'aller les atta- 
quer. 

A cet effet, le gouverneur réunit une colonne qui 
s'embarqua le 14 mars, sur VÉpervier, remorquant 
les deux bateaux écuries. Le 15, nous débarquâmes 
à Richard-Toll; le 17, après avoir passé par Nder, 
nous allâmes brûler Sanent, ou Ton avait assassiné 
un traitant de Saint-Louis, le lendemain de la 
razzia des Azouna. Le 18, après avoir brûlé les 
villages de Nit et de Foss qui avaient trempé dans 
cette affaire , nous arrivâmes à Diagan. L'armée 
ennemie s'était empressée de l'évacuer à notre 
approche et était en pleine fuite dans le Cayor. 



DE 1854 A 188S 19 

Nous continuâmes notre marche en brûlant 

Binier-Ndiak-Aram , Diaran, Ndiadier et quelques 

autres petits villages, nous respectâmes le village 

dlbba, habité par des gens inoffensifs et campâmes 

à Mbrar, sur les bords du lac de Guier. 

Le 19, nous arrivâmes à Mérinaghen. Le village 
de Lambay qui s'était mal conduit envers le poste, 
fut saccagé. On ménagea, au contraire, les villages 
de Diokoul, Moui et Mérina, qui n'avaient encore 
donné aucun sujet de plaintes. 

Le 20, la colonne partit de Mérinaghen pour 
effectuer son retour, et le 22, à sept heures du 
matin, elle arrivait à Richard-ToU , ayant fait dix- 
huit lieues en deux jours et deux heures, sans avoir 
un traînard et sans avoir un seul homme aux caco- 
lets, résultat dû , en grande partie , au chef de 
bataillon Colomb, commandant de l'infanterie et à 
Texcellent esprit des troupes et des officiers do 
outes armes. 

Une 'petite flottille d'embarcations, commandée 
par M. Fougère, enseigne de vaisseau, avait suivi 
dans le lac de Guier les mouvements de la colonne 
pour laquelle elle portait des approvisionnements. 

En vingt jours, nous avions donc parcouru deux 
fois le Oualo, passé trois fois par la capitale de cet 
État et fait cent lieues de marche à terre; l'état 
sanitaire était excellent: les noirs déclaraient qu'ils 
ne reconnaissaient plus les tonbabs (blancs) et qu'ils 
pouvaient à peine les suivre. 

C'est pendant cette expédition que le gouverneur, 
voulant chercher à reconstituer le malheureux 



20 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Oualo, offrit à Yoro-Diao, homme de bonne famille, 
qui s'était déclaré pour nous et nous avait servi de 
guide , de Ten nommer chef. Yoro-Diao déclina ce 
rôle pour lui-même, et proposa à sa place son frère 
Fara-Penda, réfugié dans le Cayor, et qui, du 
temps de M. Kernel , Gouverneur du Sénégal , en 
1833, avait déjà combattu dans nos rangs avec 
beaucoup de dévouement. Fara-Penda accepta, et, 
à partir de ce moment, il nous rendit les plus grands 
services en ralliant petit à petit les gens du Oualo 
et rétablissant les villages , tout en soutenant une 
lutte acharnée contre les Maures. 

Le Oualo, dont la reine était toujours réfugiée 
dans le Cayor, se trouvait donc conquis de fait ; les 
guerriers de ce pays , naguère si fiers et si mépri- 
sants envers les blancs et les gens de Saint-Louis, 
ne nous avaient pas opposé une bien grande résis- 
tance : les Diambours (hommes libres), désignés 
sous le nom de Sib et Baor, servaient à contre cœur 
un gouvernement qui les avait écartés de toutes les 
places; les Badolo (simples particuliers) pillés con- 
tinuellement par les Maures et par les chefs du 
pays , étaient découragés depuis longtemps et 
avaient perdu toute espèce d'énergie; les Diam- 
Gallo (captifs de la couronne) seuls intéressés avec 
les Maures à défendre le gouvernement de Ndété- 
Yalla, n'étaient que de grands bandits abrutis par 
une ivresse continuelle à laquelle ils se livraient en 
compagnie de la reine ; habitués au brigandage à 
main armée, ils étaient susceptibles de montrer du 
courage dans certaines circonstances, surtout après 



DE 1854 A 1885 21 

boire ; mais Télan de nos tirailleurs et la charge des 
spahis à Dioubouldou les avaient démoralisés pour 
toujours. Quant à leur manière de combattre, elle 
n'avait présenté rien de particulier ; à Dioubouldou, 
ils avaient parfaitement choisi leur terrain, nous 
ayant laissé passer un large marigot pour nous 
attaquer entre ce marigot et un bois qu'ils occu- 
paient, et nous faisant en même temps tourner pour 
nous interdire le passage du marigot en cas de 
retraite; mais les cavaliers n'avaient pas tenu un 
seul instant, les fantassins seuls , embusqués dans 
rherbe, nous avaient attendus presqu'à bout por- 
tant. 

Leurs armes étaient des fusils de six pieds, et 
d'un très fort calibre, chargés outre mesure avec un 
grand nombre de balles , et leurs grands corps 
étaient ridiculement couverts et même chargés de 
gris-gris, ou amulettes enveloppées dans des sachets 
de cuir de toute forme. 

Décembre 1855, L'intention du gouvernement 
n'était pas d'abord d'annexer le Oualo à notre terri- 
toire; on ne cherchait qu'à le reconstituer en lui 
laissant ses anciennes institutions, à la seule cqndi- 
tion qu'il se mit en opposition avec les Maures. 

Ce ne fut qu en décembre 1855 , qu'en présence 
de l'obstination des anciens chefs du pays à se 
considérer comme sujets du roi des Trarza, le Oualo 
fut déclaré pays français et divisé en cinq cercles, 
sous des chefs nommés par nous : ces cercles étaient 
ceux de Khouma, de Nguiangué, de Nder, de Foss 
et de Ross. 



22 ANNALES SÉNÉGALAISES 



GUERRE CONTRE LES TRARZA ET LEURS ALLIÉS DU OÛALO 

ET DES BRAKNA 



Mars 1855. Vers le milieu du mois de mars 18So, 
Mohammed-El-Habib se rapprocha du fleuve avec 
ses tribus, comme tous les ans à la même époque. 
Les nouvelles qu'il connaissait déjà de la razzia des 



lioi 



Les insoumis du Oualo prirent encore part à la 
lutte des Trarza contre nous jusqu'à la conclusion 
de la paix avec cette tribu, en 1838. 

La reine Ndété-Yalla ne tarda pas à mourir dans 
son exil, et Sidia, son fils, quelle avait eu de 
Béquio, et qui, Ely écarté, eut été Théritier du 
royaume du Oualo, reçut le commandement du 
cercle de Nder, tout en restant à Fécole des otages 
pendant quelques années. 

Une révolte du village de Brenn contre son chef 
de cercle, Fara-Coumbodj, en septembre 1858, fut 
sévèrement réprimée par le gouverneur par intérim, 1 "^ 
M. le capitaine de frégate Robin ; les trois chefs de ^' * 
la révolte furent fusillés et tout rentra dans Tordre. '^^^ 

Aujourd'hui, le Oualo est un pays tout français , W 

parfaitement soumis aux chefs que nous lui avons -^1 
donnés , et qui se livre avec ardeur à la culture et ^ 
au commerce pour rétablir sa prospérité et oublier 
ses longues soufi'rances. 



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CHAPITRE II "I 



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DE 18o4 A 1883 23 

Azouna et de là conquête du Oualo, l'avaient beau- 
coup affecté ; il ne pouvait évidemment se dispenser 
de nous faire la guerre, et il avait toujours beaucoup 
redouté d'être obligé d'en venir à cette extrémité. 
Heureux dans toutes ses entreprises pendant un 
règne de plus de vingt-cinq ans, devenu le véritable 
et seul maître des deux rives du bas Sénégal, nous 
ayant abaissés plus qu'aucun de ses prédécesseurs, 
il sentait; par une espèce d'intuition, et malgré 
l'attitude assez craintive que nous avions prise 
devant lui, que notre réveil, un jour ou l'autre, 
pouvait lui devenir fatal; en outre, il y avait divi- 
sion chez les Trarza : une partie des princes de la 
famille royale était réfugiée dans TAdrar, chez 
Ould-Aïda, cheikh des Ouled-Yahia-Ben-Othman, 
en hostilité avecleroi desTrarza; aussi Mohammed- 
El-Habib disait-il, dans son intimité : « Pas de 
guerre avec les blancs ; ils tueraient mon fils aîné 
Sidy que je ne leur ferais pas la guerre ! » 

Cependant, dans les circonstances présentes, il 
ne pouvait abandonner tout d'un coup le ton 
superbe dont il avait l'habitude envers nous ; il 
était obligé de montrer de l'assurance, ne fût-ce 
que pour en donner à ses peuples. Aussi, à une 
lettre que lui écrivit le gouverneur pour lui dire 
que la paix ne se rétablirait qu'aux conditions sui- 
vantes : Suppression des escales , — suppression 
des coutumes, — renonciation au Oualo , — cessa- 
lion de pillages sur la rive droite, il répondit : 

« J'ai reçu tes conditions, voici les miennes : 
Augmentation des coutumes des Trarza, des Brakna 



24 ANNALES SÉNÉGALAISES 

• 

et du Oualo, — destruction immédiate de tous les 
forts bâtis dans le pays parles Français, — défense 
à tout bâtiment de guerre d'entrer dans le fleuve, — 
établissement de coutumes nouvelles pour prendre 
de Veau et du bois à Guet-Ndar et à Bop Nldor, — 
enfin , préalablement à tout pourparler , le gouver- 
neur Faidherbe sera renvoyé ignominieusement en 
France. » 

Ainsi, notre programme lui paraissait aussi peu 
sérieux, que l'étaient pour lui-même ces conditions 
dérisoires. La question était donc carrément posée 
de part et d'autre ; c'était à la force de décider. 

L'ennemi qui entrait en ligne contre nous, était 
plus nombreux, plus redoutable et surtout plus dif- 
ficile à saisir que les Tiédo du Oualo. 

Les Maures guerriers, qui forment à peu près la 
moitié de la population des Trarza (les autres étant 
marabouts et sans armes), sont armés de fusils à 
deux coups et à pierre, qu'ils achètent à nos comp- 
toirs. Beaucoup d'entre eux sont estropiés aux 
mains et aux bras par suite de l'explosion de quel- 
qu'une de ces armes; on effet, ces fusils ne sont 
pas très solides et ils sont souvent beaucoup trop 
chargés avec deux, trois et quatre balles ; ils sont 
du reste parfaitement entretenus et leur poignée 
est généralement renforcée par les forgerons du 
pays, au moyen d'une gaîne ou d'une simple bande 
de fer poli. Enfin, ils sont toujours renfermés avec 
soin dans un étui en cuir, d'où on ne les sort qu'au 
moment de s'en servir pour combattre. 
■ Les Maures ne sont vêtus que d'une culotte 



D£ 18S4 A 1885 2o 

courle et d'une espèce de gandoura qu'ils relèvent 
latéralement au-dessus de leurs épaules^ de manière 
à laisser les bras entièrement libres^ et qu'ils serrent 
à la taille par une ceinture; avec ces vêtements 
noirs, la tète nue, et leurs longs cheveux bouclés 
et flottant au vent, ils ont un air excessivement 
sauvage. 

Leurs selles sont petites et ne pèsent, toutes gar- 
nies, que quatre kilogrammes au plus, de sorte que, 
comme les cavaliers eux-mêmes sont généralement 
maigres, leurs petits chevaux n'ont pas une grande 
charge à porter et sont susceptibles de fournir de 
longues courses. 

Quant à leur manière de faire la guerre, les 
Maures n'attaquent que pour enlever du butin ou 
des captifs; s'il n'y a rien à gagner, ils refusent 
généralement le combat; ils montrent même moins 
de vigueur pour défendre leur propre bien que pour 
enlever celui des autres. 

S'ils veulent attaquer une caravane en route, ils 
s'embusquent dans l'herbe, et, au moment où la 
caravane arrive sur eux, ils tuent à bout portant 
quelques hommes, se lèvent en poussant des cris, 
et , si les conducteurs fuient , ils s'emparent du 
butin; si les conducteurs |se défendent, les agres- 
seur» se sauvent généralement eux-mêmes. 

Pour enlever un troupeau, ils le font observer au 
pâturage pendant quelques jours par des espions; 
puis, à un moment propice, ils assassinent les ber- 
gers qui sont souvent des enfants et se sauvent avec 
le troupeau. S'ils ont à craindre d'être poursuivis, 

2 



26 ANNALES SÉNÉGALAISES 

ce sont des cavaliers qui enlèvent le troupeau et le 
font courrir à toute vitesse et, dans ce cas, une 
bande de fantassins s^embusque dans Therbe sur le 
chemin que doit suivre la razzia; les maîtres du 
troupeau , en cherchant à rattrapper leur bien , 
tombent dans l'embuscade, perdent quelques hom- 
mes et cessent généralement la poursuite. 

S'agit-il d'enlever un village de noirs, les Maures 
Tentourent pendant la nuit; à un signal donné, ils 
tirent des coups de fusil et poussent des cris qui, 
pour les habitants, sont plus effrayants que les rugis- 
sements du lion; les hommes du village se sauvent 
presque toujours, et les Maures emmènent femmes, 
enfants et bestiaux. 

Les seuls cas ou les Maures se battent avec 
acharnement, c'est dans leurs querelles intestines, 
suscitées par des haines de famille ou de tribus ; 
alors ils se livrent des combats sérieux, des luttes 
à mort; mais contre les blancs et contre les noirs 
que leurs chefs méprisaient presque également, le 
point d'honneur consistait pour eux à faire du mal 
à l'ennemi sans en éprouver. Si un noble Trarza 
était tué par les blancs, ou par les noirs, c'était un 
déshonneur pour sa famille. 

Du reste, ces espèces d'hommes de proie sont 
infatigables et pleins d'énergie pour supporter les 
souffrances et les privations ; ils montrent en outre 
une grande cruauté envers les vaincus et les prison- 
niers ; de là , l'immense terreur qu'ils inspiraient. 

D'après le portrait qui vient d'en être fait, on voit 
qu'il n'est pas tout à fait exact de dire, comme on 



DE 1884 A 188S 27 

l'a répété souvent, que les Maures sont aussî lâches 
que cruels, qu'ils manquent complètement de cette 
qualité, assez mal définie, du reste, que nous nom- 
mons courage : le Maure a certainement du cou- 
rage : ce n'est pas la brillante valeur des héros de 
nos histoires et de nos romans, ce n'est pas non 
plus le courage du devoir, le courage sans faste et 
sans ostentation du soldat qui, à toute heure du 
jour et de la nuit, est prêt à courir à la mort sur un 
mot de ses chefs, parce que ce sont les conditions 
de son noble métier; c'est encore bien moins le 
courage spontané du dévouement, apanage des 
âmes d'élite sous toutes les latitudes et dans toutes 
les classes de la société , mais c'est le courage de 
l'homme qui vit de rapines à main armée. Puisqu'il 
tire ses ressources journalières de ces violences, il 
ne faut pas qu'il en meure. La première condition 
est qu'il rapporte du butin sans être tué ni blessé, 
aussi fuit-il devant la résistance ; tout cela est consé- 
quent; mais ne faut-il pas à une bande de ces 
brigands un grand courage pour traverser le fleuve 
à la nage, par une nuit noire, malgré les croisières 
et les crocodiles, pour s'engager dans un pays où ils 
sont détestés, pour passer entre des villages popu- 
leux, se cacher pendant des jours et des nuits en 
pays ennemi, attaquer hardiment un village qui a 
quelquefois beaucoup plus de fusils qu'eux, faire 
des prises considérables et les ramener malgré la 
poursuite des populations , à travers les forêts , les 
marigots, les bras du fleuve, où ilspeuvent à chaque 
pas tomber dans dès embuscades ? 



28 ANNALES SÉNÉGàLAISES 

Quoî qu'il en soit , le retour des Trarza fut tout 
d'abord signalé par un fâcheux accident : une em- 
barcation chargée d'une assez grande quantité de 
marchandises et qui se hâlait sans précautions, à la 
cordelle, fut surprise au marigot des Maringoins 
par des Maures embusqués dans Fherbe; son 
équipage fut tué en grande partie et Tembarcation 
pillée. 

Dans la nuit du 22 au 23 mars, une autre embar- 
cation chargée de mil, revenant seule de Mérina- 
ghen, fut aussi enlevée dans laTaouey ; un homme 
fut tué et une femme prise, le reste de Téquipage 
put se sauver. 

Le 22 du même mois , le lieutenant d'infanterie 
de marine Guillon, commandant Mérinaghen , alla 
avec sa garnison brûler le village de Lambayo , 
dont les habitants, à l'instigation d'Ely, se mon- 
traient hostiles ; il eut un petit engagement dans 
lequel il blessa 3 hommes sans éprouver aucune 
perte. 

Le 26 mars, le gouverneur partit avec 450 hom- 
mes, y compris 200 volontaires, pour aller faire 
une razzia sur des troupeaux appartenant àl'ennemi, 
entre Mpal et Dialakhar; le départ eut lieu à sept 
heures du soir, on emportait deux jours de vivres; 
à dix heures, on campa au pont de Leybar. Le 28, 
à deux heures du matin, on se remit en marche, et 
à neuf heures, on bivouaquait sur le marigot de 
Menguey, en face du village de ce nom. Les spahis 
étaient partis en avant pour faire la razzia avec les 
volontaires Peuls. A onze heures du matin , nous 



DE 1854 A 1885 29 

aperçûmes des groupes de cavaliers maures; nous 
nous mîmes à leur poursuite et ils disparurent 
bientôt. A deux heures, les spahis revenaient, nous 
ramenant 150 bœufs. Ils avaient aussi rencontré les 
cavaliers maures, mais ceux-ci n'avaient pas osé 
les attaquer. 

Notre but étant atteint, nous partîmes à trois 
heures de l'après-midi , pour aller bivouaquer la 
nuit à Dialakhar , afin d'avoir un peu moins de 
chemin à faire le lendemain pour revenir au pont 
de Leybar. 

A trois heures et demie du mktin, au moment où 
la lune venait de se coucher, et dans l'obscurité la 
plus complète, on fut éveillé par une fusillade très 
vive sur les quatre faces et même dans l'intérieur 
du camp ; les sentinelles criaient : « Le troupeau se 
sauve! » Les Maures, excessivement adroits pour 
enlever les troupeaux pendant la nuit , cherchaient 
à nous reprendre nos|150 bœufs; ceux-ci, effrayés 
par la fusillade , s'enfuirent dans toutes les direc- 
tions. La nuit étant très noire, on ne put, après 
avoir tiré quelques coups de fusil au hasard, que 
rester chacun à son poste jusqu'au lever du soleil. 
Nous avions 1 homme tué, 2 blessés et 2 chevaux 
d'officiers tués. Un Maure tué était resté dans le 
camp, et les gémissements qu'on entendait à une 
certaine distance indiquaient qu'ils avaient aban- 
donné quelques blessés. . 

Trois quarts d'heure après, le jour commençant 
à paraître , le gouverneur se mit à la poursuite des 
Maures avec un tiers de son monde ; mais ils avaient 

2. 



30 ANNALES SÉNÉGALAISES 

déjà beaucoup d'avance surnous, et après les avoir 
vivement poursuivis pendant une heure, craignant 
que leurs forces ne s'accrussent de moment en mo- 
ment par l'arrivée des contingents ennemis qu'on 
avait dû aller avertir la veille , réfléchissant qu'il 
fallait nécessairement retourner au pont le jour 
même à cause du manque de vivres, n'ayant pas 
de moyens de transport pour porter plus de 8 ma- 
lades ou blessés, le gouverneur revint au camp 
prendre le reste de la colonne, et on se mit en 
marche pour Leybar. 

Les Maures qui s'étaient rapprochés peu à peu, 
en se cachant dans les broussailles , voyant que 
nous étions partis de Dialakhar, reprirent un peu 
de courage et il y avait environ une heure que nous 
étions en marche quand nous les vîmes paraître 
sur nos derrières. 100 tirailleurs à Tarrière-garde, 
sous les ordres du capitaine Bruyas, suffirent pour 
tenir à distance pendant toute la route des bandes 
de cavaliers bien montés , dont un certain nombre 
fut abattu par nos carabines , armes dont les indi- 
gènes du Sénégal ne connaissaient pas encore la 
portée. Des hommes envoyés sur les lieux quelques 
jours après, apprirent que les bœufs n'étaient pas 
tombés au pouvoir des Maures, mais qu'ils étaient 
retournés dans leur village. Quant aux pertes de 
l'ennemi, en chevaux et en hommes, elles furen 
plus fortes qu'on ne l'avait d'abord supposé ; 14 ca- 
davres furent comptés sur la route et il y avait un 
assez grand nombre de blessés , parmi lesquels se 
trouvait un prince du Oualo. 



DE 1834 A 1883 31 

La colonne arriva au pont 'à dix heures, n'ayant 
pas eu un seul homme touché pendant la route; 
sur la fin , les Maures étaient tellement intimidés 
qu'ils ne s'approchaient plus qii'à portée de canon 
et ils disparurent tout à fait à une demi-lieue du 
pont, à la grande saline, où le gouverneur les 
attendit cependant avec le seul peloton de spahis , 
pour voir s'ils oseraient engager un combat de 
cavalerie. 

La guerre existant avec les Trarza , le commerce 
fut interdit avec eux dans le fleuve jusqu'à Podor 
exclusivement. Des deux compétiteurs au trône 
des Brakna , l'un , Sidi-Ely , en désaccord avec 
Mohammed-El-Habib, était naturellement de notre 
parti, l'autre, Mohammed-Sidi, quoique s'appuyant 
sur les Trarza, fit tous ses efforts pour ne pas se 
mettre en hostilité avec nous ; il voulut même nous 
faire croire qu'il nous aiderait dans notre guerre 
contre les Trarza, mais il fut toujours impuissant 
à réaliser cette promesse ; il ne put même pas tou- 
jours conserver la neutralité et nous força, comme 
on le verra plus tard, à sévir contre lui et contre 
son parti. 

Avril. Au commencement d'avril , le chaland 
armé de Mérinaghen ayant été à une lieue du poste 
pour faire une razzia, fut attaqué par des bandes de 
Maures et de noirs qui se mirent à l'eau pour 'cher- 
cher à le prendre; nos laptots (matelots indigènes) 
se défendirent parfaitement et parvinrent à retour- 
ner au fort sans avoir éprouvé aucune perte, et 
après avoir fait quelque mal à l'ennemi. Nos laptots 



32 ANNALES SÉNÉGALAISES 

se montrent toujours, dans les guerres que nous 
avons à soutenir au Sénégal, d'une grande bravoure 
et d'un dévouement complet à noire cause. 

Le 12 du même mois, une tentative fut faite par 
Tennemi sur le poste de Richard-Toll . A cinq 
heures et demie du matin, les Maures vinrent en 
grand nombre s'établir à Floiseac, habitation alors 
abandonnée, située sur les bords de la Taouey, à 
mille mètres environ de Richard-Toll et où se 
trouve aujourd'hui la maison de commandement. 
D'autres bandes cherchaient à entourer le poste du 
côté opposé. Les premiers se trouvèrent pris entre 
les feux du poste et ceux d'un blockhaus qui avai^ 
été établi en tête de pont sur la rive droite de la 
Taouey; ils furent bientôt forcés d'abandonner cette 
position en emportant leurs morts. M. Portalez, 
lieutenant d'infanterie de marine, commandant du 
poste, en était sorti avec quelques hommes pour se 
mettre à portée d'obusier de montagne de l'habita- 
tion Floissac. Ce que voyant, la seconde bande 
chercha à tourner ce petit détachement , mais elle 
fut arrêtée par quelques coups de canon de 8, à 
mitraille, et tout disparut. 

Ce jour là même, le gouverneur, décidé à aller 
attaquer les Maures sur leur propre terrain, partait 
de Saint-Louis à sept heures du soir, avec une 
colonne de 1 ,500 hommes, y compris les volontaires, 
sur les bateaux à vapeur le Marabout, le Rubis, le 
Grand-Bassam, le Serpent et VAnacréon^ et les deux 
bateaux écuries. 

Le 13, on touchait à Richard-Toll, où l'on apprit 



DE 4854 A 188f) 33 

que Mohammed-El-Habib avait réuni lotîtes ses 
forces pour envahir le Oualo et nous le disputer 
pied à pied. Afin de diviser des forces que tout le 
monde croyait considérables ,1e gouverneurpersisla 
dans sa résolution de faire une diversion chez les 
Trarza même; il comptait les forcer ainsi à rentrer 
chez eux pour défendre leurs familles et leurs biens ; 
on n'avait pas besoin de se préoccuper de nos 
postes du Oualo qui étaient imprenables pour de 
tels ennemis, et une tour en maçonnerie avait été 
construite au pont de Leybar, pour couvrir Tîle de 
Sor. 

En conséquence, le 15, à deux heures du matin 
nous débarquions vis-à-vis de Gaé, au marigot de 
Morghen; après avoir fait trois lieues et demie, 
nou3 tombâmes sur quatre ou cinq petits camps 
d'Ouled-Aïd et de Klibat, nous tuâmes quelques 
hommes et nous fîmes une cinquantaine de prison- 
niers dont nous relâchâmes la plus grande partie, 
comme n'ayant aucune valeur, et parce que nous 
en étions déjà encombrés à Saint-Louis. 

En revenant, pendant la journée, la colonne fut 
exposée à un vent d'est tellement violent qu'un 
matelot tomba mort d'une congestion cérébrale, en 
route, et que nous comptâmes 40 malades à notre 
retour an bord du fleuve. Un autre matelot se perdit 
pendant cette course ; se trompant de direction, it 
s'engagea dans l'intérieur et fut massacré par les 
Maures. 

Le vent d'est nous réduisit à une complète inac- 
tion le 16 et le 17. Le 17, on apprit qu'à la nouvelle 



34 AN^'ALES SÉNÉGALAISES 

de notre razzia, le contingent des Ouled-Aid avait 
quitté l'armée du roi des Trarza et repassé le 
fleuve. 

Le 18, la colonne alla à Richard-Toll pour tâcher 
de rencontrer Mohamraed-El-Habib, s'il était encore 
dans les environs, ou pour aller le chasser de Nder, 
s'il occupait cette capitale du Oualo, comme on le 
disait. Nous fîmes des sorties dans différentes direc- 
tions sans rien voir, et des espions envoyés dans le 
pays , nous apprîmes que Mohammed-El-Habib 
s'était dirigé avec toutes ses forces vers Lampsar et 
Gandiole, pour inquiéter Saint-Louis. Comme on 
avait pris toutes les précautions nécessaires pour 
mettre hors de danger les environs de cette ville, 
sans se préoccuper de ce mouvement de l'ennemi ^ 
on résolut de profiter de son éioignement pour faire 
quelque bonne razzia au cœur de son propre 
pays. 

Le 22 avril, à deux heures du matin, nous débar- 
quions vis-à-vis de Ronk. La colonne fit quatre 
lieues au nord, et à la pointe du jour nous étions 
au milieu des camps et des troupeaux. 

Une fusillade maladroite et prématurée donna 
l'éveil aux Maures, de sorte que nous ne fîmes que 
10 prisonniers, mais 3,000 bœufs restèrent entre 
nos mains ; ces bœufs appartenaient aux tribus 
de Dagbadji, des Koumlaïlen, etc. Nous eûmes un 
cheval tué. 

Malgré la difficulté d'une telle entreprise , le 
gouverneur résolut de ramener ces bœufs à Saint- 
Louis, par terre; nous avions pour cela trente 



DE 1854 A 1885 35 

lieues à faire sur le territoire des Trarza et on 
devait penser que leur armée repasserait le fleuve 
pour nous couper le chemin. Cependant , après 
trois jours de fatigues inouïes, nous eûmes la salis- 
faction de rentrer à Saint-Louis, le 24, avec notre 
immense troupeau, un peu diminué, il est vrai, 
parce que nous avions été obligés de couper les 
jarrets en route à toutes les bêtes qui ne pouvaient 
pas suivre. 

Pendant ces événements, le pont de Leybar était 
le théâtre d'un fait d'armes très remarquable. 

Mohammed-El-Habib, qui se vantait depuis dix 
ans qu'il irait faire son salam dans Téglise de Saint- 
Louis, et qui, dans toutes ses guerres avec nous, 
était toujours venu nous braver à Guet-Ndt^r ou 
dans Fîle de Sor, voulut y pénétrer cette fois par le 
pont de Leybar. Il y était surtout poussé par Ely 
qui avait eu l'impudence de lui raconter qu'à l'af- 
faire de Dialakhar , il avait battu , poursuivi les 
blancs, tué le gouverneur et jeté le reste de la 
colonne à la mer. 

Le roi des Trarza vint donc avec toute son armée 
attaquer la tour défendue parle sergent d'infanterie 
de marine Brunier , avec 11 hommes de son corps 
et 2 canonniers. A l'étage de cette tour hexagonale 
se trouvait un obusier de montagne tirant par les 
fenêtres en guise d'embrasures. Le rez-de-chaussée 
était percé de huit créneaux. 

Le 21 avril, de sept heures du matin à midi, les 
Maures se ruèrent sur la tour avec un acharnement 
incroyable. Les cavaliers venaient emboucher les 



36 ANNALES SÉNÉGALAISES 

créneaux du rez-de-chaussée, d'autres cherchaient 
à démolir la maçonnerie avec leurs poignards. Une 
case en paille qui était auprès de la tour et servait 
de cuisine, fut brûlée par les assiégeants , ainsi 
qu'une femme qui, voulant sauver ses effets, n'en 
sortit pas assez vite. 

La fumée et les étincelles remplissaient la tour 
et les défenseurs craignaient à chaque instant de 
voir sauter leurs munitions. 

Dans des circonstances aussi critiques, malgré 
les cris furieux d'un millier d'ennemis dont les 
pertes ne faisaient qu'augmenter la rage, ces braves 
soldats ne perdirent pasun seul instant le sang-froid 
qui leur était si nécessaire. Ils avaient décidé qu'ils 
se feraient sauter avec leurs dernières munitions si 
les Maures parvenaient à escalader la tour. 

Enfin leur courage reçut sa récompense. Après 
cinq heures de lutte, les Maures très maltraités par 
un dernier obus qui éclata près du roi , prirent la 
fuite, abandonnant des armes et un certain nombre 
de morts. 

Le lendemain, les défenseurs avaient déjà brûlé 
une trentaine de cadavres qu'ils avaient trouvés 
dans un petit rayon autour de leur poste. Deux 
princes Trarza et un ministre du roi étaient parmi 
les tués, et les Maures, en se retirant, traînaient avec 
eux un nombre considérable de blessés , parmi 
lesquels les fils de Béquio. 

Le sergent Brunier avait été légèrement atteint, 
ainsi que deux de ses hommes. 

Mohammed-El-Habib, après cet affront, se retira 



bE 1854 A 1885 37 

précipitamment à Ross. Trois jours après, il appre- 
nait notre grande razzia du 22 , et en éprouvait 
d'autant plus d'épouvante, qu'il paraît que son 
propre camp , renfermant sa famille , n'était pas 
bien loin du lieu où nous avions fait cette razzia, 
ce que nous ne savions pas. 

Mai, Apprenant, en même temps, que le gouver- 
neur était sorti de Saint-Louis, le 30 avril, par 
Leybar, pour marcher sur lui, il s'empressa de 
prétexter que Ould-Aïda menaçait ses camps, du 
côté du nord, pour évacuer en toute hâte le Oualo 
avec son armée. Il parvint à passer sans difficulté 
près de Mbagam, malgré le blocus qui n'était pas 
complet. Les gens du Oualo lui reprochèrent en 
vain l'abandon dans lequel il les laissait; Moham- 
med-El-Habib leur dit de s'en tirer comme ils 
pourraient et voulut même emmener son fils Ély 
avec lui. Mais ce jeune homme qui se montrait 
plein d'énergie et de résolution s'emporta contre 
son père et voulut continuer la lutte. 

Immédiatement après le départ des Maures, 
notre chef des Pouls, Bélal, faisait une. razzia de 
bœufs dans le Oualo. Les Pouls de Diaoudoun, 
sont des auxiliaires précieux pour nous dans nos 
guerres ; ils excellent surtout comme éclaireurs et 
daus l'enlèvement des troupeaux ; leurs chefs ont 
donné maintes preuves d'un grand courage. 

Le 25 mai, le gouverneur envoya 400 hommes 

d'infanterie, sous les ordres de M. le capitaine 

Ghirat, sur huit embarcations bien armées, dans le 

lac de Guier, sous l'escorte d'une petite colonne de 

3 



38 ANNALES SÉNÉGALAISES 

-volontaires jusqu'à rentrée du lac, pour enlever et 
brûler les villages de Tlle Ghiéland ainsi que ceux 
des bords du lac qui avaient été épargnés lors des 
expéditions précédentes. Cela fait, M. Chirat, 
avec l'appui de M. le lieutenant Guillon, comman- 
dant du poste de Mérinaghen, brûla cinq ou six 
villages des environs de ce poste, qui avaient été 
forcés par Ély de se déclarer contre nous. Le 
!•' juin, la flottille rentra à Richard- ToU avec tous 
ses hommes en bonne santé. 

Juin, Le 2 juin , l'aviso à vapeur le Serpent 
alla débarquer 200 volontaires au marigot de Oual- 
lalané sur la rive droite. Ils pénétrèrent à peu près 
à trois lieues dans le pays et prirent 800 bœufs et 
800 moutons, sans résistance de la part des Maures 
elles ramenèrent heureusement à Saint-Louis. Ces 
troupeaux appartenaient aux Bouïdat, Koumlaïlen 
et Tendra. 

Le 4, Fara-Penda, notre chef du Oualo, fit deux 
razzias sur des caravanes qui cherchaient à tra- 
verser la Taouey pour passer le fleuve entre Ri- 
chard-ToU et Dagana ; il tua plusieurs hommes à 
Tennemi et fit six prisonniers. 

Le 1, une chaloupe armée en guerre enlevait 
deux petites caravanes à quelques lieues de Saint* 
Louis en tuant plusieurs Maures. 

Mais notre meilleure afl'aire à cette époque eut 
lieu à Mérinaghen. Le 7, les insoumis du Oualo 
tentèrent d'aller brûler le village français qui est 
entre le fort et le lac. Les habitants se déployèrent 
bravement en tirailleurs pour protéger Içur village* 



DE 1854 A 188S 39 

Le fort les soutint de son artillerie. La lutte dura 
de six heures à dix heures du matin. L'ennemi ne 
fut mis définitivement en déroute que par un boulet 
qui traversa un cheval et son cavalier et tua un 
second cheval; le coup avait été pointé par M. Guil- 
lon. Un homme du village qui s'était trop avancé, 
ayant eu la jambe cassée, le prince du Oualo, 
Bighi-Yad, parent de la reine, vint l'achever à 
coups de poignard et fut lui-même tué raide, à 
vingt pas, par le traitant de Saint-Louis, Daour. 
Les pertes de l'ennemi montaient à une dizaine de 
morts restés sur place. On lui vit enlever douze 
blessés, sans compter ceux qui pouvaient encore 
marcher. Nous ne perdîmes qu'un homme tué par 
Bighi-Yad. 

Le manque d'eau douce dans cette saison et les 
fortes chaleurs ne permettaient guère plus de par- 
courir le pays avec une colonne. On s'occupa sur- 
tout de la croisière qui fit beaucoup de miJ à l'en- 
nemi : le 10, le Serpetit, capitaine Butel, en des- 
cendant à Saint-Louis, coupa une caravane qui 
traversait le fleuve. M. le lieutenant d'infanterie 
de marine Bénech débarqua avec quelques hom- 
mes, mit Tescorle en fuite^ et prit quelques pri- 
sonniers, des chameaux, des bœufs porteurs et des 
marchandises. 

Le 11, le même aviso portant 425 volontaires de 
Saint-^Louis, allait les débarquer à une lieue au- 
dessus du marigot des Maringouins. Le lendemain^ 
à la pointe du jour, ces volontaires tombaient à 
deux lieues dans l'intérieur^ sur de nombreux trou- 



40 ANNALE!^ SÉNÉGALAISES 

peaux appartenant aux tribus des Tendra, Taba et 
Djiaoudj et ramenaient au bord du fleuve, après 
un petit engagement, plus de 2,000 bœufs. De notre 
côté, trois hommes avaient été tués. Un volontaire, 
chasseur d'éléphants, tua à lui seul trois Maures, 
sur cinq qui restèrent sur le terrain; deux prison- 
niers tombèrent ealre nos mains. La nuit, les 
Maures vinrent tirer sur le bivouac quelques coups 
de fusil et firent, par ce moyen, échapper la moitié 
des bœufs; l'autre moitié fut ramenée à Sainl-Louis. 

Voici comment on opère pour reprendre un trou- 
peau. On étudie la nuit le bivouac des capteurs. 
On s'en approche du côté opposé à Tendroit où les 
bœufs sont habitués à aller boire, et on tire tout à 
coup quelques coups de fusil ; les bœufs, effrayés, 
passent'par-dessus ceux qui les gardent, se sauvent 
du côté opposé aux coups de fusil, et, se trouvant 
tout naturellement sur la direction que leur ins- 
tinct leur fait reconnaître pour celle de leurs pâ- 
turages ou de leur abreuvoir, ils courent au grand 
galop jusqu'à ce qu'ils soient arrivés, sans que 
rien puisse les arrêter. » 

Le 11 juin, Bélal alla avec ses Pouls enlever un^ 
troupeau de bœufs à Killa, près de Lampsar. Il 
réussit à ramener les bœufs, quoique suivi par une 
bande avec laquelle il échangea des coups de fusil 
pendant toute la route: deux de ses hommes re- 
çurent des égratignures, il blessa trois hommes à 
l'ennemi, dont deux grièvement. 

Le 14, à quinze lieues de Saint-Louîs, le Serpent 
portant la compagnie de débarquement de YHélio- 



DE 1854 A 1883 41 

polis, aperçut un troupeau de bœufs escorté par 
des cavaliers; il mit à terre les matelots sous les 
ordres de M. Serres, lieutenant de vaisseau, ainsi 
que quelques soldats et laptots, et 12S bœufs res- 
tèrent en notre pouvoir; l'escorte s'enfuit. 

Depuis le commencement de la guerre, 8,000 
bœufs avaient été enlevés aux Trarza et ramenés à 
Saint-Louis où ils avaient été partagés, vendus et 
dirigés sur les pâturages du Cayor. Mais les Trarza 
en avaient bien perdu autant, de misère, parce que 
leurs troupeaux ne pouvaient plus fréquenter leurs 
pâturages habituels. 

Dès le mois de juin, notre parti dans le Oualo 
commençait à prendre quelque importance. Sans 
Ély, la reine elle-même serait venue nous demander 
grâce; le prestige qui entourait Mohammed-El- 
Habib et les Maures dans l'esprit des noirs était 
complètement tombé. Ce chef humilié, mortifié, 
proclamant lui-même son impuissance contre nous, 
s'était enfoncé dans le désert. 

Malheureusement, Mohammed-El-Habib se trou- 
vait encore assez puissant sur la rive droite pour 
. forcer Mohammed-Sidi des Brakna à se joindre à 
lui contre nous, et ce prince se mit à contrarier 
l'arrivage des caravanes à Podor et à vouloir 
exiger les anciennes coutumes. 

Le 20 juin, les chefs des Diambours du Oualo, 
Sibs et Baors qui, depuis longtemps nous berçaient 
de promesses de soumission, se trouvant réunis 
avec leurs gens à Ntiago, M. le commandant 
Morel, partit de Richard-Toll avec 300 hommes 



42 ANNALES SÉNÉGALAISES 

d'infanterie, 30 chevaux et un obusier pour les 
surprendre. Il entoura et enleva le village un peu 
avant la pointe du jour. Malheureusement les gens 
du Oualo avaient quitté Ntiago la veille et on n'y 
fit qu'une dizaine de prisonniers . 

Le gouverneur voulut en finir avec le parti 
hostile du Oualo en allant faire une expédition 
dans le Tianialde, centre du pays, dernier refuge 
des Maures, qui s'appuyaient surBéquio, chef que 
nous avions ménagé dans nos courses antérieures 
et qui , malgré cela , forcé il est vrai par Moham- 
med-El-Habib, avait commis à plusieurs reprises 
des hostilités contre nous. 

Le 25 juin, il partit de Bouëtville avec une co- 
lonne de 1,100 hommes: SOO de troupes de toutes 
armes et 600 volontaires, et il passa le pont de 
Leybar. 

Les volontaires partirent pendant la nuit pour 
fouiller le pays à sept ou huit lieues en avant, et 
ne trouvèrent rien. Le 29, nous allâmes coucher à 
Guémoy, des embarcations nous apportèrent de 
l'eau douce de Saint-Louis, parle marigot. Le 27, 
nous allâmes à Diarao où nous arrivâmes à quatre 
heures du matin après une marche pénible et 
sans eau. Les hommes d'infanterie souffrirent 
beaucoup. 

Dans la journée, le gouverneur, avec 20 spahis 
et les volontaires, alla brûler Baridiam, Sokhogne 
et Ng^d-ou-Amar-Fal ; dans le premier de ces vil- 
lages nous trouvâmes quelques habitants armés; 
sept hommes furent tués, et trois, parmi lesquels 



DE 1854 A 4885 43 

le chef du village, furent pris; les femmes et les 
enfants furent relâchés. 

Nous sûmes à Baridiam, qu'en apprenant notre 
rentrée dans le Oualo, Ély et les Maures étaient 
retournés chez les Trarza; que la reine et ses 
captifs s'étaient de nouveau réfugiés à Nguik, dans 
le Cayor, et que Béquio, ses gens et ses troupeaux 
s'étaient sauvés la veille et étaient aussi entrés 
dans le Cayor, à Ngay. 

Dans cette journée du 27, aucun marigot ne 
nous permettant de nous ravitailler en eau douce 
par des chalands, et nos moyens do transport à 
terre étant insuffisants, nous ne bûmes que de 
Feau saumâtre du marais de Diarao. 

Le 28, nous nous rendîmes à Lampsar pour 
trouver de Teau douce. En passant, on brûla Ndellé 
et ses magasins de mil; le soir du même jour, nous 
bivouaquâmes sur le marigot de Khassakh, à trois 
lieues au delà de Lampsar; des embarcations nous 
portèrent de Tcau douce. 

Dans la nuit, 200 Pouls et Toucouleurs partirent 
en avant, pour aller fouiller Tîle comprise entre 
les marigots de Khassakh et de Gorom, refuge 
assez ordinaire des Maures; de son côté, le gou- 
verneur partit avec la cavalerie, les volontaires et 
un obusier dont les servants étaient montés, et alla 
brûler Kilen et Ross, la capitale de Béquio. L'eau 
du marigot était potable devant Ross. Dans la nuit 
du 29 au 30 , nous essuyâmes une tornade , les 
soldats furent abrités par leurs petites tentes; les 
volontaires n'en avaient pas.J 



44 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Le 30, après avoir repassé par Lampsar, nous 
traversâmes le marigot des fours à chaux, avec 
beaucoup de difficulté à cause de la vase^ dont il 
fallut retirer les chevaux comme des masses inertes, 
et nous campâmes sur ses bords. Le 1" juillet, 
nous traversâmes le Toubé, dont les habitants ras- 
surés par le départ des Maures, étaient revenus 
dans les villages et commençaient leurs travaux 
de culture. Le même jour nous rentrâmes à Saint- 
Louis, par le pont de Leybar. 

Nos ennemis, Maures ou noirs, étaient définiti- 
vement chassés du Oualo, dont quarante villages 
avaient été brûlés depuis le commencement de la 
guerre. 

Tous les villages des bords du fleuve étaient 
rétablis et habités par notre parti; ils s'entourèrent 
de tatas et protégés en outre par des stationnaires 
ou par des croiseurs, ils se mirent en hostilités 
ouvertes avec les Trarza; ainsi, le 29 juin, des vo- 
lontaires de Ronq, transportés par le Marabout^ 
enlevèrent une petite caravane au marigot des Ma- 
ringouins. Ce même bateau à vapeur avait coupé 
deux caravanes à Risga et enlevé une partie de 
leurs bœufs et de leur mil. 

Juillet. Dans la dernière quinzaine de juillet, 
les bateaux à vapeur, le Grand- Bassani^ le Rubis 
et le Marabout^ avec Taide de nos volontaires du 
Oualo, deDaganaetmême deBokol, firent quelques 
razzias sur les Maures et leur prirent plusieurs 
centaines de têtes de bétail, 12,000 kilog. de mil, 
une grande quantité de sel, etc. 



DE 4854 A 1885 45 

De son côté, Bélal avait de nouveau parcouru 
le Oualo avec ses hommes, n'y avait rien trouvé, 
et avait brûlé les deux derniers villages de Tinté- 
rieur, Ndimb et Boity. 

Août. Au commencement d'août, une partie des 
Azouna fugitifs qui s'étaient enfoncés dans le 
Cayor, voulant retourner sur la rive droite, et ne 
pouvant passer par le Oualo occupé par nos vil- 
lages amis, voulurent passer par le Dimar, et 
offrirent inutilement une forte récompense aux 
gens de Fanaye, pour leur faire passer la rivière 
avec leurs femmes, leurs enfants et leurs bagages. 
La bande essaya de traverser à Risga, où elle fut 
coupée par la goélette en croisière nie-dOléroji, 
qui lui prit une partie de son bagage. 

Septembre. Les Maures étaient retournés dans 
le désert à cette époque et nous laissaient plusieurs 
mois dans l'impossibilité de pousser la guerre. 

Octobre. En octobre, voyant l'ascendant que 
nous avions pris dans le pays, le Bour-ba-Djolof, 
envoya proposer au gouverneur d'être notre tribu- 
taire et de nous payer annuellement les 200 bœufs 
qu'il payait aux Trarza; il nous remerciait beau- 
coup de la sécurité dont avait joui son pays depuis 
un an et offrait le concours de ses guerriers contre 
les Maures; cette offre était peu sérieuse. 

Dès la fin d'octobre 1855, les Maures poussés 
parla famine se rapprochèrent du fleuve. Le com- 
mandant de Mérinaghen, malgré les ordres formels 
de ne jamais faire naviguer d'embarcations dans la 

Taouey, pendant la guerre, sans les faire escorter 

3. 



46 ANNALES SÉNÉGALAISES 

entre Ntîago et Richard-ToU , par Fara-Penda , 
envoya, le 20 octobre, deux chalands dont l'un, 
armé d'un perrîer avec dix hommes, et Tautre 
monté par six hommes. Une caravane de Maures 
qui passait dans la partie encore déserte du Oualo, 
ayant vu de loin, dans le lac, ces deux chalands 
qui allaient s*engager dans la Taouey, fut s'embus- 
quer dans les herbes et broussailles de la rive, vis- 
à-vis de Ntiago et fit feu sur les chalands dont les 
laptots, insouciants comme le sont les noirs, 
n'avaient pas même leurs bastingages de peaux de 
bœufs en place. 

A la première décharge, le premier chaland eut 
quatre hommes tués et trois blessés grièvement. 
Le patron du chaland, gourmet du Marabout^ 
nommé Ouali-Diabé, resté presque seul debout, 
montra un sang-froid et un courage remarquables. 
Il mouilla son chaland et se mit à servir son per- 
rier; il fit mouiller l'autre chaland contre lui, et 
avec les huit hommes qui lui restaient, il tint tête 
à l'ennemi depuis trois heures jusqu'à dix heures 
du soir, lui faisant éprouver des pertes sensibles, 
comme nous le sûmes plus tard. A dix heures, 
arrivèrent les gens du village de Richard-Toll, 
envoyés par le commandant du poste qu'avait été 
prévenir un des laptots des chalands et qui mirent 
l'ennemi en fuite. 

Novembre-décembre, Le 1" novembre, ayant su 
que quelques petites bandes de Maures se trou- 
vaient dans le Cayor, cherchant à acheter des mu- 
nitions de guerre, le gouverneur alla faire une 



DE 18K4 A 1885 47 

reconnaissance, avec tout ce qu'il put réunir de 
cavaliers, dans le Toubé, qu'il parcourut dans tous 
les sens. 

A la suite de cette reconnaissance, les gens de 
Gandiole et du Ndiambour se mirent tous à chasser 
les Maures de leurs villages, en les dépouillant 
même de ce qui leur appartenait. 

Janvier 1856. Au commencement de 1856, le 
Guet'Ndar^ ayant été dans le marigot de Khassakh, 
jusqu'à quatre lieues au-dessus de Ross, captura 
8 hommes de Béquio, des filets de pèche et une 
grande quantité de poissons secs; ces malheureux, 
poussés par la misère, étaient revenus dans leurs 
anciennes pêcheries. 

En même temps, trois caravanes de Trarza qui 
voulaient passer le fleuve entre Saint-Louis et 
Richard-Toll, furent arrêtées et repoussées avec 
pertes par nos embarcations qui firent sur elles 
quelques prises, et les gens du Oualo, du cercle 
de Richard-Toll, se mirent ensuite à la poursuite 
de ces caravanes. 

Le 12 janvier, 300 volontaires envoyés de Saint- 
Louis chez les Trarza, rentrèrent avec une razzia 
de 700 bœufs, 800 moutons et 10 prisonniers. 

Le 18 du même mois, nous portâmes un coup 
bien sensible aux Trarza ; toutes leurs petites cara- 
vanes qui étaient parvenues malgré nous à passer 
le fleuve, pour aller chercher dans le Cayor le mil 
dont ils étaient tout à fait dépourvus, s'étaient 
réunis à Nguick, en une seule grande caravane, 
pour, tenter de repasser le fleuve par force. 



48 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Nos espions nous avertirent du jour de son dé- 
part et de la direction qu'elle suivait ; elle se com- 
posait de SOO bêtes de somme, chargées de mil et 
de guinée et de 500 hommes environ, dont une 
bonne partie étaient armés. On envoya 500 volon- 
taires attendre la caravane entre Ronq et Ross, 
sur le marigot de Khassakh et le gouverneur se 
transporta lui-même sur le Rubis, à la hauteur de 
Ronq pour les appuyer. 

Le 20, ayant entendu dire que la caravane était 
arrivée au point où on l'attendait, et qu'elle était 
aux prises avec les nôtres^ il leva 200 volontaires 
des villages de Khann et de Ronq, et se transporta 
immédiatement avec eux et les laptots des compa- 
gnies de débarquement sur les lieux; mais tout 
était fini, les volontaires étaient déjà repartis pour 
Saint-Louis, emmenant toutes les bêtes de somme, 
dont près de 400 bœufs porteurs, 550 pièces de 
guinée, 500 toulons de mil, quelques chevaux et 
un peu de poudre. Il ne restait sur place que sept 
cadavres de Maures (les Maures en se sauvant en 
avaient enlevé d'autres) et une grande quantité de 
mil; les volontaires de Ronq et de Khann ^'empres- 
sèrent de l'emporter et ils furent aidés, le soir 
même, par 300 volontaires des villages de Fara- 
Penda, que celui-ci, averti par nos soins, s'était 
empressé d'amener. 

On saisit encore, vers le même temps, plusieurs 
petites caravanes partielles, et journellement les 
captifs des Maures mourant littéralement de faim 
sur la rive droite, venaient se rendre à nous. 



DE 1854 A 1885 49 

Un fâcheux accident arrivait alors aux environs 
de Saint-Louis; quatre manœuvres, employés à 
une briqueterie à Thionq, ayant eu Timprudence 
de s'éloigner sans armes (ils avaient bien des fusils, 
mais pas de poudre), tombèrent sur quatre Maures 
embusqués qui firent feu sur eux et se sauvèrent; 
un des manœuvres fut tué sur place et les trois 
autres blessés. 

Février. Vers le commencement de février, il v 
eut une série de razzias faites sur la rive droite par 
la rive gauche et toutes avec succès ; le Toro lui- 
même s'en mêla et tomba sur les Brakna de Mo- 
hammed-Sidi. Ainsi, Lam-Toro enleva 2,000 mou- 
tons à la tribu des Hamites. Le 1®" février, il enleva 
un troupeau de bœufs aux Tanak, près du marigot 
d'Aloar. 

Le 2 février, Fara-Penda alla enlever à l'entrée 
du lac Kbomak (lac Gayar), 800 moutons aux 
Ouled-El-Fari, il tua quelques Maures et eut un 
homme tué et un homme blessé. 

Le même jour, des Pouls du Toro, du Dimar, et 
des volontaires de Podor, enlevèrent 350 moutons 
aux Touabir (Brakna) sur la rive droite, en face de 
Podor; ils tuèrent 6 Maures et eurent] un tué et 
cinq blessés. Le lendemain, M. le sous-lieutenant 
Bénech, avec une partie de la garnison de Podor 
et des laptots du Basilic, prit et brûla un camp de 
Ktibat, sur la rive gauche, à Lamnayo. 

Le 7 février, 400 volontaires de Saint-Louis enle- 
vèrent, au marigot des Maringouins, 600 moutons 
aux Loumàg, 



SO ANNALES SÉNÉGALAISES 

Enfin, le 28, Fara-Penda, avec ses hommes seuls, 
alla faire une nouvelle razzia qui réussit; il ramena 
700 moutons, des ânes, des chameaux et 10 pri- 
sonniers : il avait tué plusieurs Maures et n'avait 
éprouvé aucune perte. 

Tant de pertes coup sur coup et sans compensa- 
tions, étaient bien faites pour décourager lesTrarza 
et les amener à composition ; mais, par Teflet de 
la longue erreur dans laquelle ils avaient vécu, ils 
ne pouvaient encore se mettre dans la tète que 
nous fussions plus forts qu'eux. Us cherchaient à 
s'expliquer à leur manière les événements si 
étranges dont ils étaient témoins et victimes, et 
s'efforçaient encore de trouver les moyens de faire 
tourner la guerre à leur avantage. 

Janvier 1856. Il se passa, au commencement de 
Tannée 1856, un événement grave chez les Maures. 
Il y eut auprès de Chikh-Sidia, grand marabout 
des Brakna, révéré dans toute cette partie du 
Sahara, une grande réunion des chefs de tribus 
pour aviser aux mesures à prendre au sujet de la 
guerre désastreuse que leur faisaient les Fran- 
çais. 

Les bruits les plus variés coururent sur les réso- 
lutions prises dans cette assemblée. Ce qu'il y a de 
certain, c'est qu'on parvint à y réconcilier Moham- 
med-Ël-Habib avec Ould-Aïda. Le roi des Trarza 
fit aussi des concessions aux princes de sa famille 
réfugiés dans l'Adrar et ils rentrèrent dans leur 
pays pour prendre part à la lutte contre nous. Sidi- 
Ély, roi d'une partie des Brakna et notre allié, ne 



DE 1854 A 188S SI 

fut pas appelé, ou bien ne voulut pas aller auprès 
de Chikh-Sîdia avec les autres. 

Feignant de reprendre courage, le roi des Trarza, 
bien que forcé de reconnaître par ce qui s'était 
passé Tannée précédente, qu'il ne pouvait nous 
disputer, ni les pays de la rive gauche, ni le fleuve, 
proclamait bien haut qu'il nous exterminerait jus- 
qu'au dernier, si nous osions encore pénétrer dans 
rintérieur de son pays. Les noirs de leur côté, 
attendaient cette dernière expérience pour croire à 
notre supériorité définitive sur les Maures. 

Février. Ayant reçu quelques renforts de France 
et quelques secours de M. le capitaine de vaisseau 
Mauléon, commandant la station dès côtes occi- 
dentales d'Afrique, le gouverneur résolut de faire 
une course dans le Ganar, en y pénétrant par 
Podor, afin de s'interposer entre les Trarza et leurs 
alliés les Brakna, du parti de Mohammed-Sidi. 

Dans l'ignorance où Ton était de leurs forces 
réelles que les anciens documents faisaient monter 
à 6,000 combattants pour les Trarza seuls, et ne 
voulant pas, dans l'intérêt de la colonie, s'exposer 
au moindre échec, qui aurait été fatale dans un 
moment où tous les peuples de la Sénégambie 
avaient les yeux sur nous, on avait réuni des forces 
considérables : 1,000 hommes de troupe ou de 
marine et 1,500 volontaires, ce qui faisait une co* 
lonne de 2,S00 hommes avec 200 chevaux, dont 
100 de volontaires et 4 obusiers. Nous péchions, 
comme toujours, par les moyens de transport. 
Nos moyens de transport pour une colonne de2,S00 



52 ANNALES SÉNÉGALAISES 

hommes, tous combattants, se réduisaient à 6 cha- 
meaux et 40 chevaux ou mulets. En Algérie, une 
colonne de cette force aurait eu au moins un con- 
voi de 300 mulets, et on lit dans l'ouvrage de M. le 
comte de Warreu, sur l'Inde, qu'une colonne an- 
glaise de 2,470 combattants, après avoir laissé les 
2/3 de son bagage en arrière^ avait encore 2,500 
serviteurs non combattants, 8 éléphants, 200 cha- 
meaux, 130 chevaux et 700 bœufs, mulets et ânes. 

L'infanterie de marine était commandée par 
M. le chef de bataillon Morel, la compagnie de 
débarquement de X'Eéliopolis^ par M. le lieutenant 
de vaisseau Serres, l'artillerie par M. le chef de 
bataillon Delassault, le génie par M. le capitaine 
Parent, les laptots par M. le capitaine de frégate 
Desmarais, la cavalerie par M. le capitaine de la 
Touloubre. Les fonctions de chef d'état-major 
étaient remplies par M. le capitaine d'artillerie 
de marine. Bonnet, M. Flize, lieutenant d'in- 
fanterie de marine, était chargé du service des 
affaires indigènes et des volontaires. M. le chi- 
rurgien en chef Lepetit et l'aide-commissaire 
Liautaud, dirigeaient leurs services respectifs. 

On devait chercher à atteindre ce fameux lac 
Cayar, autour duquel se réunissent les tribus de 
Trarza, quand elles ne peuvent s'approcher du 
fleuve. Une partie de la colonne fut transportée à 
Naolé, par la flottille, l'autre arriva de Podor au 
même point, par la rive gauche, et le 16, au soir, 
nous étions tous bivouaques sur la rive droite, en 
face du premier de ces villages. 



DE 1854 A 1885 53 

Le 17, au matin^ on se mit en marche, en se di- 
rigeant vers un gué du marigot de Koundi, qu'on 
appelle £1-Abdjià. Nous fîmes quatre lieues dans 
une épaisse forêt de gonaké, qui sert de refuge aux 
Brakna, quand ils sont en guerre avec leurs voi- 
sins. 

Nous bivouaquâmes la nuit du 17 au 18, au 
confluent des marigots deBarouadi et de Koundi, 
dans un lieu très pittoresque. 

Le 18, la marche continua d'abord, dans la 
même forêt degonaké. Une des difficultés qu'éprou- 
vait la colonne dans sa marche, provenait de ce 
que les sentiers que nous suivions, avaient tous 
été défoncés par des troupes d'hippopotames, au 
moment où le sol était détrempé par la pluie. 

Nous sortîmes enfin de ce bois et arrivâmes 
dans une belle plaine sablonneuse, parsemée de 
bouquets d'arbres, de collines et de petits lacs d'eau 
douce. C'était sous cet aspect inattendu que se 
montrait alors à nous ce désert si mystérieux et si 
redouté. Nos valontaires Pouls, toujours furetant, 
prirent une petite caravane, mais les conducteurs 
s'échappèrent. 

La grande halte se fit dans un lieu assez re- 
marquable, où se trouvait autrefois le village 
Ouolof deDimar, qui s'est depuis transporté àDial- 
math. De Dimar, une marche de nuit nous con- 
duisit dans une forêt de gommiers clair-semés, 
sablonneuse et sans eau, où les hommes souffrirent 
beaucoup de la fatigue et de la soif. 

Déjà on commençait, signe fâcheux, à offri.r 



51 ANNALES SÉNÉGALAISES 

beaucoup d'argent pour une goutte d'eau; une 
distribution d'eau-de-vîe rendit un peu de force et 
de courage aux hommes, et Ton reprit la marche ; 
après avoir fait cinq lieues, étonné de ne pas voir 
le lac que, d'après les renseignements et une carte 
inexacte, on croyait au plus à quatre lieues de 
Dimar, le. gouverneur pressa ses prétendus guides 
de s'expliquer, ils avouèrent qu'ils ne savaient plus 
où ils étaient. 

Nous étions donc perdus^ au milieu du désert, 
peut-être très loin de l'eau dans toutes les direc- 
tions, avec des hommes mourant de soif, qui se 
couchaient par terre et ne pouvaient plus marcher. 
La situation était critique et propre à inspirer une 
grande inquiétude. 

On fit halte et on envoya quelques cavaliers vers 
l'ouest, où l'on pensait qu'était le lac, tandis que 
les guides nous faisaient faire du nord. Au bout 
d'un quart d'heure, les cavaliers reparurent pous- 
sant des cris de joie; ils avaient trouvé à un kilo- 
mètre de nous, non pas le lac, mais un grand ma- 
rigot d*eau douce, celui de Guédayo, qui conduit 
au lac et l'alimente. 

Nous y trouvâmes un excellent bivouac, et la 
colonne s'y reposa toute la journée du lendemain. 
Le gouverneur profita de cette journée pour aller 
visiter le lac avec les laptots, l'escadron de spahis 
et les volontaires. En route, nous reconnûmes les 
traces des tribus, qui, averties de notre approche 
par les fugitifs de la caravane enlevée la veille, se 
sauvaient devant nous. 



DE 1854 A 1885 55 

On avait envoyé les volontaires en avant, pour 
tâcher d'atteindre les tribus fugitives. Les volon- 
taires Pouls atteignirent quelques Mradin à l'extré- 
mité nord du lac, et nous rentrâmes à notre camp, 
avec un troupeau de 500 moutons et quelques 
prisonniers. 

L'intention du gouverneur était de faire le tour 
du lac; mais il y avait trop d'hommes fatigués et 
blessés aux pieds, sans moyens pour les transpor- 
ter; il fallut renoncer, pour cette fois, à ce projet. 

Le 20, au point du jour, nous nous mimes en 
marche pour revenir vers le fleuve, en côtoyant le 
marigot de Guédayo et, après une halte faite sur 
ses bords, pour laisser passer la chaleur du jour, 
nous arrivâmes le soir en face de Gaé, après avoir 
traversé le marigot au gué de Kanabé-Sal. 

Le 21, nous allâmes de Gaé, à Dagana, en pas- 
sant le marigot de Sokam, au gué de Tio-Toro. Le 
22, nous nous rendîmes de Dagana à Richard-Toll, 
toujours sur la rive droite; Tavant-garde fit lever 
quatre magnifiques lions. 

Dans la nuit du 22, nos volontaires allèrent à Té- 
niadar, à six lieues dans l'intérieur, faire une raz- 
zia sur les Zomboti ; ils ramenèrent 300 moutons 
et 25 prisonniers. Le 23, on brûla, en passant, le» 
deux villages de Garak, habités par des Ouolofs, 
sujets des Trarza. Le 25, nous allâmes de Dîekten 
(rancienne escale du désert) à Khan. Les volon- 
taires partirent le soir même pour aller faire une 
razzia aux environs de Dara; ÎU ramenèrent 
600 bœufs, 20 chameaux, 800 mouton» et 20 pri- 



56 ANNALES SÉNÉGALAISES 

sonniers. Cette razzia fut faîte sur les Ouled-Rah- 
moun, Roumbaten, Takharedjent et sur quelques 
tribus de marabouts. 

Toute la colonne devait aller à Dara, village du 
Ganar, à cinq lieues du fleuve, habité par des Ouo- 
lofs, sujets des Trarza. Nos guides nous assurèrent 
qu'il n'y avait d'eau douce ni sur la route ni à Dara. 
Le gouverneur laissa donc la colonne campée sur 
le marigot deBépar-Ndekh, à une lieue du fleuve, 
et, prenant avec lui les 100 laptots et les 80 che- 
veaux de Fescadron de spahis, il partit le 27, à 
midi, pour Dara; c'était donner la partie belle aux 
Maures, s'ils eussent voulu se mesurer avec nous. 

Le gouverneur prit bientôt les devants avec l'es- 
cadron et après avoir fait trois lieues, il rencontra 
une bande armée d'Ouled-Rahmoun. On se mit à 
leur poursuite et quelques-uns d'entre eux se voyant 
coupés, se blottirent dans une broussaille, décidés 
à vendre chèrement leur vie. On se jeta sur eux; 
le quartier-maître indigène Rifal, en se précipitant 
le premier dans la broussaille, eut le bras gaucho 
fracassé par deux balles, un spahis eut le front 
effleuré, et un cheval fut blessé à la tête; huit 
Maures furent tués à cet endroit et six faits prison- 
niers. 

Les Maures du Sénégal font la guerre sans quar- 
tier. Aussi, quand Tun d'eux s'aperçoit que la fuite 
cstjmpossible, il se jette dans une broussaille et on 
peut être certain que ses ennemis ne le tueront 
qu'après que deux d'entre eux auront été abattus 
de ses deux coups de fusil. Aussi, fussent-ils cent 



DE 1884 A 1888 87 

contre un seul, ainsi embusqué, ils ne rattaqueront 
pas, si ce n'est pas un personnage très important. 
En général, les indigènes du Sénégal ne se rendent 
pas et ne jettent pas leurs armes. Contre un cava- 
lier qui les poursuit et va les atteindre, ils tirent 
quelquefois leur premier coup de fusil à une dis- 
tance assez grande pour le manquer, mais le cava- 
lier est sur de recevoir le second coup presque à 
bout portant. Aussi faut-il user très prudemment 
de la cavalerie contre ces gens-là quand ils sont 
armés de leurs fusils à deux coups, dispersés en 
tirailleurs et sur leurs gardes. 

Après cette petite affaire, on continua à pousser 
en avant au trot, jusqu'à Dara, que venait de quit- 
ter un peu auparavant le prince Trarza, Ould- 
Ahmed-Chein à qui le village payait tribut. 

Nous brûlâmes le village et nous en enlevâmes, 
on bloc, la population qui était de 500 habitants 
environ, qu'on envoya s'établir dans le Oualo. 

Le 27, la colonne se rendit à l'entrée du marigot 
de Ndiadier (Maringouin), làTinfanterie et les mate- 
lots de Y Héliopolis s'embarquèrent sur YEpervier 
pour rentrer à Saint-Louis et la cavalerie, Tartille- 
rie avec ses mulets, sans ses pièces, les laptots et 
les volontaires, continuèrent leur route par terre 
avec les troupeaux pris aux Maures et rentrèrent à 
Saint-Louis après avoir fait depuis Podor, une 
marche de cent lieues, en comptant les pointes que 
nous avions poussées dans l'intérieur. Nous avions 
tué une dizaine d'hommes à l'ennemi, fait 600 pri- 
sonniers, enlevé 1,600 moutons, 600 bœufs et 20 



58 ANNALES SÉNÉGALAISES 

chameaux, mais cela n'était rien auprès de reffet 
moral produit par notre expédition. 

Nous apprîmes par les prisonniers que Moham* 
med-El-Habib, qui devait nous exterminer, s*était 
sauvé bien loin dans Tintérieur, avec sa famille, 
laissant son pays, ses tribus et leurs biens à notre 
merci. 

Il n^entra à Thôpital, à notre arrivée à Saint- 
Louis, qu'une quinzaine d^hommes atteints de 
légères diarrhées. 

Mars. Le 6 mars, M. le lieutenant Flize, se trou- 
vant à Dagana, apprit qu'une caravane des Ouled- 
Bou-Ali, commandée par leur cheikh, Hamzata, se 
tenait depuis quelques jours sous Dialmatch, cher- 
chant l'occasion de passer sur la rive droite. Il en- 
voya aussitôt les volontaires de Dagana, comman- 
dés par Dembodj, pour enlever cette carava^e que 
les gens du Dimar ne voulaient pas nous livrer, 
mais qu'ils étaient disposés à laisser prendre. 
Hamzata comprit que la résistance était inutile et 
se rendit avec tout son monde, ses bêtes de somme 
et ses marchandises, au capitaine ànGraiid-Bassarriy 
qui gardait le passage du fleuve. 

Le 10, Fara-Penda enlevait 20 prisonniers, vîs- 
à-^vis de Mbagam; le 19, une péniche de la croi- 
sière tuait 3 ou 4 Maures> au marigot des Marin- 
gouins ; le 20, une baleinière tuait 4 chameaux à 
ce même endroit, et le- 24, le Basilic y con^^aii aussi 
une caravane et lui prenait quelques bêtes de 
somme * 

Pour se rendre compte par lui-même de l'état 



D£ 1854 A 1885 59 

du Oualo, le gouverneur partit le 9 mars, avecl'es- 
cadroD et un obusier pour Mérinaghen, par Men- 
guey, Diarao, Baridjam et Ndimb : le 13, on tra- 
versa le lac de Guier, à gué, à une lieue en dessous 
de Mérinaghen, et le 14, on arriva à Richard-ToU 
par la rive orientale du lac ; rintérieur du Oualo 
fut trouvé presque entièrement désert. 

Cependant, Mohammed-£l-Habib conservait en- 
core son ascendant sur la rive droite et surtout sur 
les Brakna, et, avec son appui, Mohammed-Sidi, 
leur roi, entretenait une grande partie de cette 
nation dans un état d'hostilité contre nous. C'était 
une affaire importante pour nous que de faire recon- 
naître comme roi des Brakna, Sidi-Ély, le compé- 
titeur de Mohammed-Sidi , et de chercher à nous 
faire de cette nation une alliée contre les Trarza. 

La tâche était un peu difficile parce que Sidi-Ély 
n'avait nulle confiance en nous, se souvenant qu'en 
1850 les Français avient eu un instant la velléité 
de soutenir ses droits et qu'on l'avait abandonné 
presque aussitôt après l'avoir compromis pour 
obtenir la paix de Mohammed-£l-Habib ; quoiqu'il 
en soit, le 8, VEpervier transportait à Podor un 
bataillon d'infanterie et une section d'artillerie. Le 
1 1 , ces troupes formaient sur le marigot de Koundi , 
à une lieue en face de Podor, sur la rive droite, un 
petit camp retranché pour protéger l'approche de 
Sidi-Ély. On devait en profiter pour travailler à une 
route conduisant dans l'intérieur. Pendant les tra- 
vaux^ les Maures ennemis s'embusquaient dans les 
environs, et le 15, trois manœuvres toucouleurs 



60 ANNALES SÉNÉGALAISES 

qui coupaient dubois^ tombèrent dans une de leurs 
embuscades et furent tués. 

Le 22^ pour s'occuper lui-même des Brakna et 
tenter quelque chose en faveur de notre parti, dans 
cette tribu, le gouverneur se fit conduire par le 
Basilic }ïis(iu'k Mbarobé ; les gens de Mohammed- 
Sidi, embusqués dans les gonakés de la rive, fusil- 
lèrent le bateau au passage ; on ne trouva pas Sidi- 
Ély, du côté de Mafou, comme on l'espérait^ mais 
le gouverneur étant redescendu à Podor, ce prince 
y arriva le 27, par la rive gauche, avec 40 cava- 
liers. 

Il demanda au gouverneur de venir avec une 
colonne jusqu'à Âleybé, pour rendre la roule libre 
à ses tribus séparées de Podor par les camps de 
Mohammed-Sidi. Le mouvement se fit le surlende- 
main 29, on prit les troupes du camp de Koundy, 
et le 29 au soir, le Basilic, remorquant un bateau 
écurie, remontait avec 500 hommes de troupes ; 
30 cavaliers Brakna suivaient en même temps la 
rive gauche avec 40 volontaires de Podor et 10 de 
Doué. Arrivé à Mafou j on ne trouva plus qu'un 
mètre vingt centimètres d'eau à marée haute» de 
sorte qu'il fut impossible d'aller plus avant. Il fal- 
lut donc renoncer à aller à Aleybé et à se mettre 
en communication avec les camps de Sidi-Ély. 

Cependant, comme il était urgent de mettre les 
deux partis aux prises, et de profiter de notre pré- 
sence dans le pays occupé par notre ennemi, pour 
tenter au moins sur lui, de concert avec Sidi-Ély, 
quelque entreprise qui mît celui-ci en relief, on mit 



DE 18oi A 1885 61 

à lerre notre petite colonne le 30 mars, et le gou- 
verneur, étant indisposé, on donna le commande- 
ment à M. le chef de bataillon Delassault. Le jour 
même, on surprit quelques Maures de la tribu hos- 
tile des Geuddala et le fils du chef de cette tribu 
fut tué; on prit aussi quelques bestiaux etdes mar- 
chandises. Le 31 mars, la colonne s'arrêta à Sarpoli 
où elle retrouva Sidi-Ély, qui s'y était rendu la 
veille au soir. On longea le fleuve jusqu'à Mafou. 
Sidi-Ély et les volontaires s'enfoncèrent dans l'in- 
térieur, vers le lac Nbéria. La colonne fut à eux 
pour les soutenir, en entendant la fusillade. On 
prit 4,000 moutons des Gueddala, des Aidelig, etc., 
on tua 5 Maures et on en blessa plusieurs. Parmi 
les morts se trouva le fils du cheikh des Tanak. On 
ramena aussi 10 prisonniers et quelques bœufs. Le 
|cr avril, le Grand- Bassam remorqua la razzia à 
Podor, sur des chalands, et la colonne resta campée 
à Mafou^ devant le Basilic. 

Avril. Le 2 avril, on fit une nouvelle pointe sans 
résultatsdans l'intérieur, et le 3, lacolonne retourna 
au camp de Koundy ; nous n'avions eu dans toutes 
ces affaires que 2 hommes tués, un laptot et un 
Maure de Sidi-Ély. 

Pendant que nos troupes guerroyaient ainsi 
contre les Brakna de Mohammed-Sidi, les Trarza 
se remuèrent beaucoup, sans doute, pour tâcher de 
faire descendre le gouverneur avec ses forces, car 
la question des Brakna, c'est-à-dire, de sa complète 
domination sur la rive droite, touchait peut-être 
encore plus sensiblement Mohammed-El-Habib que 

4 . * 



62 ANNALES SÉNÉGALAISES 

celle du Oualo. Il cria bien haut qu'il nous avait 
attendu avec son armée, à Tokoscoumba, vis-à-vis 
de Brenn ; mais ce n'était là qu'une fanfaronnade 
de sa part, comme il le prouva plus tard, quand en 
mai 18S7, une colonne pénétra au cœur de son 
pays, et qu'il se retira devant elle au lieu de l'atta- 
quer. Seulement, des bandes de Maures s'appro- 
chèrent du fleuve, passèrent même sur la rive 
gauche et parvinrent à enlever une centaine de 
bœufs, au village de Menguey. 

De leur côté, les volontaires de Saint-Louis cap- 
turèrent 25 chameaux aune caravane et les péniches 
du blocus eurent une foule de petits engagements 
avec l'ennemi. Depuis quelque temps, le fleuve 
était couvert de cadavres de bœufs et de chameaux 
tués dans ces escarmouches, ou noyés en traver- 
sant le fleuve. Quelques Maures plus hardis que 
les autres, essayèrent d'attaquer le village de 
Ntiago, sur la Taouey, et la tour en construction 
de Ndiago, au nord de Saint-Louis. Ils furent facile- 
ment repoussés d'un côté comme de l'autre. 

Le 10 avril, un troupeau qui venait de Dagana à 
Saint-Louis par le Oualo, tomba sur une embus- 
cade de quelques Maures et fut dispersé par la fu- 
sillade ; deux gardiens furent tués, mais les Maures 
furent eux-mêmes mis en fuite par quelques coups 
de fusil, de sorte que les gardiens, les assaillants 
et le troupeau se sauvèrent dans trois directions 
difl'érentes. 

Le 15, nous eûmes 2 soldats tués par des Maures 
embusqués dans les environs du camp de Koundy } 



DE 1854 A 1885 63 

mais, le 20, on en tira une vengeance éclatante. 
M. le capitaine d'infanterie de marine Guillet par- 
tit du camp avant le jour, avec 160 hommes d'in- 
fanterie et 2 obusiers, et tomba à la pointe du jour 
sur un endroit où il soupçonnait que les Maures 
bivouaquaient. Une s'était pas trompé, et ses tirail- 
leurs se trouvèrent bientôt à deux pas de l'ennemi. 
On se jeta sur celui-ci qui prit la fuite en laissant 
8 cadavres sur le terrain, un cheval, un chameau 
et du butin. Parmi les morts, se trouvait le plus 
grand guerrier des Trarza, le cheikh des Ouled- 
Daman, beau-père du roi Mohammed-El-Habib, et 
plusieurs autres princes de sa famille. Cette perte 
fut plus sensible pour les Maures que celle de cent 
personnages ordinaires. 

Deux jours après, les Maures en grand nombre 
cherchaient à se venger en essayant d'enlever une 
corvée de fourrage de 20 hommes qui, par la plus 
grande imprudence, avait été envoyée à trois quarts 
de lieue du camp. L'ennemi nous tua 4 hommes, le 
reste de la corvée put se sauver; un Maure fut tué 
dans l'affaire. M. le commandant Morel se porta 
vivement avec les troupes du camp sur les lieux 
que les Maures avaient déjà quittés et rapporta les 
cadavres de nos hommes. 

Le même jour, les Maures allèrent mettre le feu, 
comme on s'y attendait, aux gourbis du camp de 
Koundy, que les troupes avaient abandonné pour 
s'établir sur le bord du fleuve, afin de terminer 
plus commodément la route commencée. On avait 
eu soin de laisser des obus chargés, dans cesgour- 



64 ANNALES SÉNÉGALAISES 

bis en paille, de sorte que ces obus éclaiërent au 
milieu des Maures. Deux d'entre eux furent tués 
ainsi que quelques chameaux, et le neveu de 
Mohammed-El-Habib, fils de son frère aîné Ely- 
Khamlech, fut blessé à l'épaule. 

Les Trarza^ complètement démoralisés par Tinu- 
Lilité de leurs efforts et par les pertes qu'ils avaient 
faites, s'éloignèrent des environs dePodor et retour- 
nèrent tous, consternés, dans leur pays. 

Par suite, Mohammed-Sidi, abandonné de pres- 
que tous les Brakna et à qui les Pouls de Guédé 
venaient d'enlever 2,000 moutons, se retira lui- 
même dans l'intérieur et Sidi-Ély vit ses forces 
s'augmenter. 

Le27 avril, Fara-Penda, avec 100 fusils, traversa 
le fleuve à Ronk et ramena 2,000 moutons, 40 
bœufs et 13 prisonniers; il avait tué 2 Maures. Le 
lendemain, une patrouille de 14 Pouls, achevai, 
qui parcourait le Oualo, par nos ordres, détruisit 
une bande de 7 Maures; mais le chef de nos Pouls, 
Bélal, fut tué dans cette escarmourche^ ainsi que 
son beau-frère. La mort de Bélal fut pour nous 
une grande perte ; ce chef nous avait rendu des 
services bien importants pendant la guerre ; son 
frère Samba-Ngouma le remplaça et se montra 
digne de lui. 

Mai. Le 9 mai, le gouverneur partit de Saint- 
Louis pour faire une razzia dans le pays des 
Trarza, entre Dara et Mbal. 

A 10 heures 1/2 du soir, la colonne débarquée 
près de Khann se mit en marche; à 2 heures 1/2 



DE 1854 a 188S 65 

da matin, on se reposa deux heures sur les bords 
d'une mare d'eau douce, nommée Kémer; à 5 
heures, on repartit pour Dara où Ton arriva à 6 
heures i/2. Mohammed-El-Habib et les tribus 
guerrières s'étaient sauvées ; on prit de nombreux 
troupeaux dans la direction de Mbal et deux jours 
après nous étions rentrés à Saint-Louis, rame- 
nant 4,000 bœufs, 120 ânes et 120 prisonniers, 
dont 20 furent ramassés en route par les volon- 
taires qui ramenaient les bœufs. 

Les Maures, gardiens des troupeaux, avaient 
fui devant nous. On leur tua 2 hommes. Nous 
n'ei>mes qu'un volontaire blessé d'un coup de poi- 
gnard. Les volontaires duOualoet du Diniar nous 
avaient accompagnés dans cette expédition. Nous 
pûmes nous assurer dans cette course que les 
Trarza mouraient littéralement de faim : ils se nour- 
Tissaient de racines d'arbres grillées et de vieilles 
peaux de bœufs. 

Le 15 mai, Fara-Penda et Diadié-Coumba réu- 
nis à Boubakar-Ndoundé, chef du gros village de 
Gaé (Dimart), firent sur deux tribus guerrières des 
Trarza, les Mradin et les Zomboti, une razzia de 
100 prisonniers et 400 bœufs. C'était un coup très 
sensible pour Mohammed-El-Habib, parce qu'il 
portait sur ses tributaires personnels. 

Le 20, une bande nombreuse de Takharedjent, 
fut enlever 2 femmes et 3 enfants, au village de 
Makà. Les gens du village, exaspérés, quoiqu'ils 
ne fussent que 12 hommes armés, les poursui- 
virent et tiraillèrent bravement avec eux, toute 

4. 



66 ANNALES SÉNÉGALAISES 

une journée dans les broussailles. Les noirs 
eurent un hommes tué et deux blessés légèrement ; 
ils tuèrent 4 Maures et en blessèrent 3. A la pre- 
mière nouvelle de cette affaire, les volontaires de 
Guet-Ndar coururent au secours des gens de Maka^ 
qui sont leurs parents, mais tout était fini quand ils 
arrivèrent. 

Le 21 y M. Des Essarts , capitaine du Guet- 
Ndar, avec les volontaires de Ronq, Diaouar et 
Khann, fut enlever 166 prisonniers près du lac 
Kémer. 

Le 27, les volontaires de Saint-Louis prirent à 
Belou-Khassan, au delà du marigot des Marin- 
gouins, 350 bœufs et 30 prisonniers. 

Le 29, Charles Duprat, chef du Oualo tout récem- 
ment soumis, avec les volontaires de Richard-ToU 
et de Ndiao, fut prendre 50 bœufs, 2 prisonniers et 
2 beaux chevaux. Le même jour, les volontaires 
de Brenn, Diektenn et Tiaggar, prirent 50 bœufs 
et 1 prisonnier. 

Enfin le 30, 200 volontaires de Dagana et de 
Mbilor^ sous les ordres de Dembodj et de Bara- 
Guay, frère du chef de Mbilor, enlevèrent à deux 
tribus guerrières des Trarza (Idebbagram et £1- 
Hamet) 5^800 moutons, 50 bœufs, 10 ânes, un cha- 
meau, 13 prisonniers et tuèrent 2 ennemis. 

Juin. Le 1" juin, l'escadron de spahis surprit, 
dans le haut du marigot de Menguey, des pêcheurs 
insoumis du Oualo, en tua trois et enleva tous les 
efi'ets et ustensiles de pèche des autres, de sorte 
que les malheureux qui purent se sauver retour- 



DE 1854 A 1885 67 

nèrent tout nus, à Ngay, où était toujours réfugié 
Béquio leur chef. 

Vers cette époque, nous éprouvâmes un échec 
contre les Brakna hostiles. 

Le 6 juin, au soir, M. le commandant de Podor 
reçut Tordre d'opérer un débarquement vis-à-vis 
de Mbanam pour tenter d^enlever le camp de 
Mahommed-Sidi. Il avait avec lui 450 hommes du 
Oualo, commandés par Fara-Penda, 30 Peuls de 
Saint-Louis, 130 Brakna de Sidi-Ely, dont 60 cava- 
liers, 150 hommes d'infanterie, 40 laptots, 14 ar- 
tilleurs avec un obusier et quelques hommes du 
train; en tout 850 hommes. 

Après une marche de quatre heures, rendue 
excessivement pénible par une affreuse chaleur, 
les volontaires du Oualo et les Maures (qui se trou- 
vaient à une demi-lieue en avant des troupes) 
arrivèrent auprès du camp ennemi et commen- 
çaient déjà à enlever les troupeaux et les prison- 
niers, lorsqu'une décharge presque à bout portant 
de Maures embusqués, leur fit éprouver des pertes 
assez fortes et les mit dans une déroute complète. 
Malgré les efforts de leurs chefs et de quelques of- 
ficiers qui se trouvaient avec eux, entre autres le 
lieutenant d'infanterie de marine Poupon, ils pri- 
rent la fuite sans se défendre et furent poursuivis 
par les Maures, avec acharnement. Mais ceux-ci 
furent arrêtés court quand ils arrivèrent à la hau- 
teur des pelotons d'infanterie qu'on avait déployés 
en tirailleurs au bruit de la fusillade. 

Après une heure de repos, voyant que les volon- 



68 ANNALES SÉNÉGALAISES 

laires noirs étaient complètement démoralisés et 
qu'il n'y avait plus aucun parti à en tirer, on re- 
tourna vers le fleuve. Les Maures n'osèrent pas 
nous suivre. 

Nos volontaires noirs laissèrent 23 hommes tués 
et ramenèrent 15 blessés. Nous perdîmes de plus 
un laptot tué et un homme d'infanterie mort d'un 
coup de soleil. On évalua la perte de l'ennemi à une 
vingtaine d'hommes tués parmi lesquels 3 chefs. 
Nos gens ramenèrent quelques centaines de mou- 
tons et 10 prisonniers. Parmi les volontaires tués 
se trouvait Demba-Gouma, frère de Bélal. 

Le camp de Mohammed-Sidi était défendu par la 
tribu des Ouled- Ahmed; le grand marabout Chikh- 
Sidia s'y trouvait et cette circonstance contribua à 
la mauvaise issue de l'affaire pour nous. 

Le 21 juin, 300 volontaires de Saint -Louis 
allèrent faire, entre Bélou-Khassan et Dara, une 
razzia de 800 bœufs et de 100 moutons. Ils 
tuèrent trois Maures et ramenèrent 67 prison- 
niers. 

A cette époque, un camp établi sous Ross et 
commandé par le capitaine Ringot, gardait le 
Oualo, de concert avec l'escadron de spahis, pour 
intercepter les routes aux Maures. 

Le 27, une bande de Maures ayant traversé le 
fleuve à Naolé, tentait d'enlever le troupeau de Po- 
dor etétaitrepoussée avec pertes, après avoir blessé 
3 hommes. 

Le 28, Charles Duprat allait enlever, près de 
Téniadar, 250 bœufs et 12 prisonniers, mais le 



DE 1854 A 1885 69 

même jour les Maures enlevaient quelques bœufs à 
Diekten. 

Juillet, Le 3 juillet, 150 volontaires de Saint- 
Louis, déposés par le Grand-Bassarriy au marigot 
des Maringouins, ramenèrent 50 chameaux et 40 
bœufs pris auxBouïdat, dont 2 furent tués ; la razzia 
avait eu lieu entre Dara et Mbatar. Mais en même 
temps, le troupeau de Saint-Louis était enlevé 
dans Tîle de Thionq et livré aux Maures par ses 
propres bergers qu'on avait eu Timprudence de 
choisir parmi des captifs fugitifs des Trarza. On 
le poursuivit vainement jusqu'au marigot de Khas- 
sakh, car il avait traversé le fleuve ; un homme de 
Saint-Louis fut tué dans la poursuite. 

Fara-Penda et Diadié-Coumba avec 160 hommes 
du Oualo, partis de Richard-Toll, le 3 juillet, ren- 
trèrent deux jours après avec 350 bœufs, 4,000 mou- 
lons et 32 prisonniers ; ils avaient tué une vingtaine 
de Maures et n'avaient perdu personne. La razzia 
avait été faite sur les Azouna. 

Quelques volontaires de Saint-Louis, partis le 
2 juillet, rentrèrent le 9, ramenant 554 bœufs, 
41 ânes et 32 prisonniers. Cette razzia fut faite 
près de Bélou-Khassan. 

Une autre bande de 400 volontaires, commandée 
par le toucouleur Guibi, partie le 21, rentra le 29, 
avec 967 bœufs, 82 chameaux, 200 moutons, 9 ânes 
et 60 prisonniers. Elle avait été transportée par le 
Rubis, entre Brenn et Djiaouar; elle alla à Mbal, 
où elle mit en fuite les Bouïdat et les Dagbadji. 
En revenant, elle battit, à Mbompri, les Takha- 



70 ANNALES SÉNÉGALAISES 

redjent et les Ouled-Akchar. Elle ne perdit qu'un 
homme. 

Août. Vers le IS août, Fara-Penda, avec une 
centaine de fusils, alla enlever sur la rive droite 
400 chameaux, 200 bœufs et 12 prisonniers; il tua 
quelques Maures. Le roi des Trarza et son fils Sidi 
faillirent être faits prisonniers. La selle du pre- 
mier fut prise et il se sauva sur un cheval sans 
selle. 

A la suite de ces razzias, les captifs des Trarza 
vinrent se rendre en masse. Tous les Ouolofs du 
Ganar vinrent s'établir dans le Oualo et les mara- 
bouts, mourant de faim, venaient se faire prendre 
exprès pour avoir à manger. 

Guibi fit à la fin d'août une course de vingt jours 
avec 315 volontaires de Saint-Louis. Ils étaient 
d'abord dans le Oualo à la piste d'une caravane 
qui devait traverser le fleuve au-dessus de Dagana. 
Ne l'ayant pas trouvée après six jours de recherches, 
ils passèrent sur la rive droite, enlevèrent le camp 
des Ouled-Bou-Ali, puis celui des Ouled-Akchar 
qui se défendirent bien. La nuit suivante, ils furent 
attaqués par les Ouled-Akchar, les Dagbadji et les 
Bouïdat, mais l'avantage leur resta. Après un jour 
de repos, ils allèrent livrer un combat de douze 
heures aux Takharedjent. Pendant les quatre nuits 
suivantes, nos volontaires eurent à repousser les 
attaques de tous les Elguebla, 
, Enfin, le 13 septembre, ils rentraient à Saint- 
Louis avec 130 prisonniers, 183 chameaux, 200 
bœufs, 104 ânes et 800 chèvres ou moutons. Ils 



DE 1834 A 1883 71 

avaient tué une cinquantaine d'hommes aux 
Maures. 

Septembre. Diadié-Coumba fit, le 28 septembre, 
à Mbal, 243 prisonniers; c'étaient des gens affamés 
qui cherchaient leur subsistance dans les environs. 

Octobre, Boubakar - Ndoumbé de Gaé enleva, 
le 10 octobre, 63 prisonniers et 30 bœufs aux 
Mradin ; le fils du chef de cette tribu fut tué. 
Le 11, Fara-Penda et Diadié-Coumba avec 130 
hommes, firent une prise de 300 captifs, près de 
Téniadar. 

Novembre. Ces deux chefs, ne cessant de par- 
courir à l'envie le pays des Trarza démoralisés, 
leur enlevèrent, dans le mois de novembre, plus 
de 500 prisonniers. 

Décembre. Vers le commencement de décembre, 
les Trarza pressés par la faim, se rapprochèrent 
du fleuve et tentèrent plusieurs coups de main. Ils 
tuèrent deux pêcheurs à Mbagam, enlevèrent trois 
femmes à Djiaouar, 100 bœufs à Brenn et 13 à 
Char. Dans ce dernier village, le seul qu'ils atta- 
quèrent ouvertement, ils furent repoussés avec 
perte de quatre hommes. 

Pendant ce temps, le goum du Oualo faisait le 
tour du lac Cayar, enlevait des camps de Mradin 
et ramenait 800 prisonniers, 1,000 bœufs et 3 à 
600 moutons. Ce fut à cette époque que la tribu 
des Ouled-Bou-Ali se rendit à nous et vint s'éta- 
blir à Maka. 

Le 3 décembre, cinq habitants de Saint-Louis, 
ayant été couper du bois^ près de Mbéray, se lais* 



7â ANNALES SÉNÉGALAISES 

sèrent surprendre par les Maures pendant leur 
sommeil et furent tués ou pris ; on envoya quelques 
patrouilles pour purger les environs de Saint- 
Louis et le 29, le capitaine de rivière Moussa-Pal- 
meyra, avec seize laptots du Basilic^ rencontra 
près de nie aux Biches une bande de Maures qui 
traversaient le fleuve. S'étant embusqué dans les 
roseaux, il en tua cinq, en blessa trois et les autres 
se sauvèrent en perdant leurs fusils; c'étaient des 
Takharedjent. 

Le 30 du même mois, 50 laptots du Serpent et 
du Rubis, commandés par les capitaines de rivière 
Toro-Boli et Ramata, avec 300 hommes du Oualo, 
allèrent enlever le camp de cette même tribu, à 
seize lieues dans l'intérieur. On brûla le camp et 
on ramena une trentaine d'enfants. Pendant ce 
temps, 300 volontaires de Saint-Louis, avec Samba- 
Ngouma et Guibi, brûlaient, à trois jours de marche 
du fleuve, le camp des Ouled-Akchar auquels ils 
prirent seize prisonniers et quelques bestiaux; et 
Hamzata, avec 50 Ouled-Bou-Ali, et 100 volon- 
taires toucouleurs de Saint-Louis, allait vis-à-vis 
de Dagana enlever des camps Maures ; ayant ren- 
contré des forces considérables, il revint au fleuve, 
ramenant quelques centaines de bœufs et 40 pri- 
sonniers. 

Se voyant traquée de tous côtés, une partie de 
la tribu des Tendra vint se rendre à nous vers cette 
époque et s'établir près de Saint-Louis. 

Janvier 1857. Les pertes journalières essuyées 
par les Maures jetaient parmi eux le plus grand 



DE 1854 A 1883 73 

découragement, et vers le mois de janvier 18S7, 
on commença à faire courir le bruit que les Ouled- 
Dahman et leurs tributaires voulaient se séparer 
des Trarza. On disait aussi que Mohammed-EU 
Habib désirait vivement la paix^ mais que le res- 
pect humain Tempêchait seul de la demander. Les 
marabouts le suppliaient de faire cette démarche; 
ils n'obtinrent de lui que la permission de nous 
demander la paix pour eux-mêpies. Sur leur prière, 
une espèce de trêve leur fut accordée à la fin de 
janvier; le roi et les guerriers ne s'en mêlèrent 
pas. 

A la suite de cet arrangement , des rixes à 
coups de bâlon avaient lieu aux abords de Dagana 
et de Podor, entre les marabouts qui venaient 
vendre leurs gommes et les guerriers qui voulaient 
les en empêcher; il y eut même des marabouts 
massacrés ou mutilés par les guerriers; en re- 
vanche, trois Zombotis, surpris par nous, en em- 
buscade sur la route des caravanes, vis-à-vis de 
Dagana, furent passés par les armes. 

Cette trêve des marabouts, qui avait paru à 
beaucoup de personnes être un acheminement vers 
la paix générale, tourna au contraire très mal 
comme on le verra plus loin. 

Février 1857. Mohamed-El-Habib avait éprouvé 
un violent dépit, en voyant que nous étions dis- 
posés à faire du commerce avec ses sujets sans sa 
participation, et surtout en apprenant que le gou- 
vernement local, pour le punir de son obstination, 
avait l'intention de supprimer radicalement le droit 

5 



74 ANNALES SÉNÉGALAISES 

prélevé au profit des rois Maures, sur le commerce 
des gommes. 

Pour se venger, et en même temps pour prouver 
que le commerce ne pouvait pas se faire sans sa 
protection, ou encore, afin d'arriver à obtenir de 
meilleures conditions pour la paix, dont il pré- 
voyait ne pouvoir reculer encore bien longtemps 
le moment, il voulut tenter un suprême effort 
contre nous. Il supplia ses princes et ses sujets de 
Faider franchement et de montrer, enfin, un peu 
de courage et d'ensemble contre nous. 

Mars. D commença par envoyer le roi des Brakna, 
Mohammed-Sidi, à Talmamy du Fouta, Mohama- 
dou, pour l'engager à entrer dans une ligue contre 
les Français ; mais Talmamy et le lam Toro, Ahmed, 
furent les seuls qui ne se montrèrent pas éloignés 
d'accepter cette proposition. Le Fouta tout entier 
refusa. En même temps le roi des Trarza faisait 
tous ses efforts pour lancer tous les Ël-Guébla sur 
le Oualo, mais les cercles de Fara-Penda et de 
Diadié-Coumba étant bien peuplés et bien décidés 
à se défendre, les El-Guébla hésitèrent quelques 
temps à passer le fleuve. 

En présence des dangers qui menaçaient le 
Oualo, la moitié des troupes de Koundy qui tra- 
vaillaient à la route vis-à-vis de Podor, et proté- 
geaient l'arrivage des caravanes fut appelée à la 
Taouey et y forma un camp d'observation. • 

Avril. Bientôt, sur toute la ligne, les Maures 
reprirent l'offensive. Les gens de Brenn ayant été 
pêcher sur la rive droite, furent attaqués par une 



DE 1854 A 1885 75 

bande qu'ils parvinrent à mettre en fuite, après un 
petit engagement. 

En même temps, une colonne maure de 3 à 
400 hommes traversait le fleuve entre Diaouar et 
Khan, et, n'osant s'attaquer aux parties du pays 
déjà réorganisées complètement, mettait encore 
upe fois en déroute nos cercles de Mérinaghen et 
de Lampsar, où quelques habitants commençaient 
à rétablir leurs villages isolément et sans armes, 
malgré les avertissements que nous leur avions 
donnés. 

Cette bande qu'avaient en vain recherchée, 
immédiatement après son passage , les laptots 
de la croisière, avec les habitants de Ronq, suivit 
le chemin de Mérinaghen, le lendemain du jour où 
le gouverneur en était revenu avec 50 chevaux, 
après avoir été faire une reconnaissance et une 
razzia sur la frontière du Ndiambour, contre les 
insoumis du Oualo qui s'y étaient réfugiés. Les 
Maures tuèrent sept hommes dans l'Ile de Guié- 
laàd, où ils avaient été reçus en amis; ils brûlèrent 
çà et là à Nit, Fos et Naéré, quelques cases com- 
mencées; àNdakhar-Fos, ils enlevèrent aux Pouls, 
un troupeau qui leur fut immédiatement repris; la 
même chose leur arriva avec des pertes sensibles, 
àDjeuleus, avec d'autres Pouls. Près de Ndakhar- 
Pos, ils furent vivement repoussés par les laptots 
de deux chalands; puis apprenant que le capitaine 
Roman, avec les troupes du camp de la Taouey, 
et le goum de Fara-Penda et de Diadié-Coumba 
se mettait à leur poursuite, ils repassèrent sur la 



76 ANNALES SÉNÉGALAISES 

rive droite au marigot de Gorum, n'emmenant 
pour tout butin que huit prisonniers. 

Mais le fait le plus sérieux fut un échec très- 
grave éprouvé à cette époque, par les volontaires 
du Oualo. 

Fara-Penda voulut aller attaquer les Mradin, au 
nord du lac Cayar. Au lieu de 1,000 volontaires 
qu'il espérait avoir, il ne put en réunir que 300, 
dont 160 cavaliers du Oualo et une centaine de 
Toucouleurs de Saint-Louis. Ils commencèrent par 
enlever un camp considérable avec ses habitants, 
puis, au lieu de retourner sur leurs pas avec leurs 
prises, ils se laissèrent emporter par l'espoir d'en 
faire d'autres. Les Maures les amusèrent en tirail- 
lant pour attendre leurs renforts. Des forces con- 
sidérables arrivèrent en effet à cheval et à cha- 
meau. Les volontaires lâchèrent pied; les gens 
du Oualo et surtout les cavaliers parvinrent en 
grande partie à regagner le fleuve, mais les Tou- 
couleurs furent exterminés pour la plupart après 
une belle résistance, sous les ordres d'un chef 
nommé Bolo. Les Maures en firent quelques-uns 
prisonniers, et s'amusèrent ensuite à les couper 
par morceaux dans leurs danses et leurs fêtes. 
C'est par ces cruautés qu'ils se font tant redouter 
des noirs. 

La paix faite avec les marabouts fut considérée 
comme n'ayant pas été sans influence sur ces mal- 
heureux événements, en permettant aux Maures 
d'avoir une foule d'espions chez nous. 

En raison du mauvais 60*61 produit par ces af^ 



DE 18S4 A 1885 77 

faires, il était indispensable d'aller avec les noirs 
eux-mêmes combattre les Maures, sur le théâtre 
de leur récente victoire, pour abattre l'ascendant 
qu'auraient repris ces derniers et pour rendre un 
peu de confiance à nos alliés. 

Mai, Jje gouverneur partit donc, un mois après, 
le 7 mai, avec une colonne composée de 412 hom- 
mes d'infanterie, commandée d'abord par M. Guil- 
let, et après la mort de celui-ci, par M. le capitaine 
Roman, de 90 hommes d'artillerie, commandés 
par M. le capitaine Duhamel^ de 14 hommes du 
génie, de 65 spahis, commandés par M. le lieu- 
tenant Lafont, de 110 hommes des compagnies 
de débarquement, commandés par M. le capitaine 
de frégate Duroc, de 50 noirs auxiliaires dans les 
différents corps et de 1,230 volontaires ou hommes 
des contingents du Oualo avec leurs chefs. Nous 
avions 285 chevaux ou mulets, cinq voitures et trois 
obusiers; M. Fulcrand, chef du génie, dirigeait 
son service ; M. Thèse, chirurgien de 1" classe de 
la marine, dirigeait le service de santé. 

C'était la première fois qu'on essayait de se 
servir de voitures pour transporter une partie de 
nos bagages et de nos vivres. Cette innovation 
réussit à peu près. Le Sénégal n'étant pas un pays 
de montagnes, il vaut mieux y faire traîner que 
porter. Seulement, comme il n'y a pas de routes, 
le charriage offre quelques difficultés, principale- 
ment au passage des marigots. En somme, l'expé- 
rience nous a démontré que de bonnes charrettes 
à deux roues, avec de bons attelages et raisonna- 



78 ANNALES SÉNÉGALAISES 

blement chargées, convenaient comme moyens de 
transport de guerre au Sénégal, mais que cepen- 
dant, pour une petite colonne très légère, il faut 
encore préférer les mulets porteurs, parce qu'un 
passage de marigot peut faire perdre quelques 
heures avec les voitures. 

Le 7, dans la soirée, nous partîmes de Saint- 
Louis avec le Basilic et le Podor, remorquant les 
deux écuries ; le 8, nous étions à Dagana. Une 
grande partie de la colonne, qui se trouvait à la 
Taouey, se rendit par terre, dans la journée du 8, 
de Richard-ToU à Dagana. Le 9, toute la colonne 
était réunie à Dagana. Le iO, les troupes passèrent 
sur la rive droite. On ne se pressait pas, parce que, 
désirant cette fois une rencontre sérieuse avec les 
Trarza, on voulait leur donner le temps de réunir 
leurs forces. 

Le 11, à une heure et demie du matin, nous nous 
mettions en route. Nous arrivâmes bientôt dans un 
bas-fond défoncé par les hippopotames, où une de 
nos voitures versa et se brisa. On distribua au ba- 
taillon d'arrière-garde, le biscuit dont elle était 
chargée. Chaque homme se trouva approvisionné 
pour huit jours. 

Pendant cette marche, nous avions toujours le 
marigot de Sokam, à quelques milliers de mètres 
sur notre droite. Nous le traversâmes à l'endroit 
où il se bifurque et où il forme le marigot de 
Sokam, à Test, et le marigot de Térélé, à l'ouest. 
Nous cheminâmes dans l'angle des deux embran- 
chements jusqu'à dix heures, où nous établîmes le 



DE 18S4 A 1885 79 

bivouac auprès d^une mare d'eau, dans le lit des- 
séché du marigot de Térélé. Nous avions fait cinq 
lieues. Ce bas-fond, couvert d'herbes touffues, était 
infesté de serpents et des pires espèces. 

Douze hommes malades et un cheval décousu 
par une troupe de sangliers qui s'étaient jetés 
dans la colonne pendant notre marche, furent ren- 
voyés à Dagana pendant la nuit. 

Le 12, à deux heures du matin, nous nous re- 
mettions en roule; à quatre heures, nous eûmes à 
traverser le marigot de Térélé, à un passage très- 
difficile pour les voitures; les laplots nous don- 
nèrent un bon coup de main pour leur faire gravir 
une crête un peu escarpée. A cinq heures et demie, 
nous atteignîmes Textrémité méridionale du lac, 
que nous longeâmes jusqu'à neuf heures. Nous 
campâmes sur ses bords ; nous avions encore fait 
cinq lieues dans cette journée. 

Ce jour-là, le sous-lieutenant de spahis indigène 
Alioun, avec 10 spahis noir, 20 laptots et 1,000 vo- 
lontaires, prit les devants pour tâcher de surprendre 
le camp de Sidi, fils du roi de Trarza, qu'on disait 
ne pas être bien loin. 

Le 13, départ à deux heures du matin; nous 
bivouaquâmes à huit heures. Un spahis envoyé 
par M. Alioun, vint annoncer qu'il était à une lieue 
et demie de là, en présence de l'ennemi retranché 
dans un bois épais, sur les bords du lac. On envoya 
immédiatement un renfort de 60 laptots, avec 
ordre de maintenir les Maures dans cette position, 
sans les attaquer avant notre arrivée. A midi trois 



80 ANNALES SÉNÉGALAISES 

quarts, on leva le camp, et nous nous mîmes en 
route par une chaleur suffocante. A deux heures, 
nous arrivâmes en face du bois; nous trouvâmes 
les noirs Tenlourant à moitié et ayant .eu déjà une 
escarmouche avec l'ennemi qui avait attaqué le 
premier et qui occupait encore la partie la plus 
fourrée, d'où les volontaires n'avaient pu le dé- 
loger et où les laptots se trouvaient assez vivement 
engagés. 

M. le sous-lieutenant Alioun avait montré 
l'exemple dans ce premier engagement à ses vo- 
lontaires, en abattant de sa main un chef ennemi, 
et avait été parfaitement secondé par les laptots et 
ses spahis. 

Le gouverneur fit arrêter le train et Tambulance 
qu*il laissa sous la garde d'un peloton d'infanterie; 
il fit déposer les bagages des hommes et les be- 
saces des chevaux et prit les dispositions sui- 
vantes : 

Les laptots commandés par M. le capitaine de 
frégate Duroc, trois pelotons d'infanterie com- 
mandés par M. le lieutenant Bénech, un obusier 
par M. Féry, et Tescadron par M. le lieutenant 
Lafont, exécu tèrent un mouvement tournant par la 
gauche, pour arrêter et couper l'ennemi dans sa 
fuite; puis, deux obusiers furent mis en batterie 
à 150 mètres du bois, et y lancèrent une dizaine 
d'obus. Au dernier coup, cinq pelotons d'infanterie 
commandés par M. le capitaine Roman, s'élancè- 
rent au pas de charge et la bayonnette au bout du 
fusil, dans le bois. L'ennemi se sauva du côté op- 



DE 1854 A 1885 81 

posé, il laissa sur le terrain de 25 à 30 morts. L'es- 
cadron le poursuivit en vain pendant une heure 
environ. 

Nous restâmes maîtres du terrain, ayant entre 
les mains 42 prisonniers et une centaine de bêles 
de somme, chameaux, bœufs porteurs et ânes. 

Pendant cette journée, où régnait le vent du 
désert (vent du N. -E.), le thermomètre resta, jus- 
qu'à six heures du soir, à 87" centigrades. Jamais 
nous n'avions autant souffert de la chaleur au Sé- 
négal. M. le capitaine Guillet, commandant Tin- 
fan terie, fut foudroyé par un accès pernicieux. 

Parmi les Maures tués se trouvait le beau-frère 
du roi des Trarza, un prince de la famille royale 
et trois princes des Ouled-Dahman. Quant aux 
blessés, on n'en connut pas le nombre. 

Par un bonheur tout particulier, nous n'eûmes 
qu'un cheval blessé et un volontaire contusionné 
au front par une balle. Les volontaires qui virent 
les Maures rassemblés au commencement de l'af- 
faire, évaluent à 2,000 hommes environ les forces 
qu'avait réunies Sidi sur ce point. 

Nous couchâmes sur le lieu du combat et nous 
y restâmes encore la journée et la nuit du lende- 
main, pour nous reposer et dans Tespoir d'avoir 
une affaire plus sérieuse avec l'ennemi. 

Ayant appris, au contraire, que les Maures s'é- 
taient dispersés de tous les côtés, le 15, à deux 
heures du matin, nous quittions le bivouac et à 
huit heures, nous campions près de Tound-ou- 
Mourmar, à l'endroit où était parvenue la colonne 

5. 



82 ANKALES SÉNÉGALAISES 

Tannéo précédente et d'où on avait vu, pour la 
première fois, le lac Cayar. 

Le 16, à deux heures et demie du matin, nous 
longeâmes le marigot de Guédayo et nous campâ- 
mes sur ses bords, à huit heures. Le 17, à sept 
heures du matin, la colonne arrivait sur les bords 
du fleuve, vis-à-vis de Gaé. L'infanterie et la ca- 
valerie s'embarquèrent pour Saint-Louis, et l'artil- 
lerie et le train se rendirent par terre de Gaé à 
Dagana, où ils s'embarquèrent aussi pour Saint- 
Louis. M. le capitaine du génie Fulcrand avait 
fait le lever du pays parcouru. 

Le gouverneur avait été parfaitement secondé 
dans tout ce qui concerne l'organisation de la co- 
lonne, des transports, et, en général, pour tous les 
détails du service, par le chef d'état-major, M. le 
capitaine d'artillerie Bonnet qui, depuis trois ans, 
avait acquis une précieuse expérience de ces fonc- 
tions si difficiles lorsqu'il faut , pour ainsi dire , 
tout improviser. 

Pendant notre expédition du lac Cayar, qui 
avait causé une panique générale sur la rive droite, 
15 hommes des Ouled-El-Fari, la plus détestable 
de toutes les tribus maures, eurent l'audace de se 
réfugier vis-à-vis de Podor même, mêlés à des ma- 
rabouts et croyant ne pas être reconnus. Le com- 
mandant du poste averti, envoya des laptots qui 
parvinrent à s'emparer de ces misérables, convain- 
cus d'être de la même bande qui, depuis six mois, 
pillait et assassinait dans les environs ; ils furent 
immédiatement fusillés et pendus. 



DE 1854 A 188S 83 

Le lendemain de la rentrée de la colonne à Saint- 
Louis, les Trarza qui n'avaient pas osé venir nous 
combattre sérieusement au lac Cayar, faisaient une 
diversion très hardie sur la rive gauche. 

Mohammed-El-Habib, pendant que son fils Sidi 
commandait l'armée que nous avions battue, avait 
réuni une partie de ses fidèles, les princes de sa 
famille, et les avait envoyés, avec 3 ou 400 hommes, 
une cinquantaine de chevaux et autant de cha- 
meaux, traverser le fleuve à Mékinak. 

En passant au marigot de Gorum, les Maures 
trouvèrent 15 pêcheurs de Char, qui avaient 
stupidement déposé leurs fusils loin d'eux sur 
la rive. Ils prirent les fusils et tuèrent la plus 
grande partie des pêcheurs, avec leurs propres, 
armes. 

On apprit cela à Saint-Louis, le 19 au soir, et le 
20 au matin, c'est-à-dire avant qu'on pût bien s'as- 
surer du fait, ni prendre aucune mesure, le village 
de Gandon était enlevé par la même bande, à la 
pointe du jour. 

Il n'y eut aucune résistance de la part des gens 
du village, ni des villages voisins, qui auraient pu, 
réunir plus de mille fusils en moins d'une heure» 
10 hommes de Gandon furent tués, environ 
80 femmes ou enfants enlevés, ainsi que 450 bœufs 
et le village fut incendié. 

Les prises furent aussitôt envoyées dans la di- 
rection de Diarao, deux ou trois cavaliers restant 
auprès de Gandon, à battre le tam-tam, pour 
efirayer ceux qui auraient eu l'intention de courii: 



84 ANNULES SÉNÉGALAISES 

après les capteurs; mais c'était bien inutile, per- 
sonne n'avait cette envie ! 

Vers huit heures, on fut averti à Saint-Louis de 
ce qui se passait: le gouverneur et 80 spahis né 
purent être transportés de Tautre côté qu'à neuf 
heures et se rendirent rapidement à Gandon, où 
ils arrivèrent à dix heures ; ils suivirent les traces 
de la razzia, depuis Gandon jusqu'à Dialakhar, 
et s'arrêtèrent quelque temps dans ce dernier 
village, pour avoir des renseignements sur la 
direction qu'avaient suivie les Maures. Vers 
midi, un Poul ayant déclaré que les Maures n'é- 
taient pas loin et qu'ils longeaient le marigot de 
Menguey, on reprit la chasse jusqu'à deux lieues 
de Diarao, sous la conduite du brave sérigne Guey, 
Maguey-Fari, chef de Dialakhar, en suivant les 
traces très visibles du passage de la razzia. On 
trouvait en effet, des bœufs avec les jarrets coupés, 
des veaux, des chèvres et on rencontra même une 
pauvre vieille femme assommée; mais on avait 
déjà fait neuf lieues, le jour allait baisser, les 
hommes n'avaient pas de vivres, le pays où l'on en- 
trait était très boisé et n'avait pas d'eau douce et 
il devenait évident que les Maures avaient une 
avance considérable. On ne pouvait donc pas aller 
plus loin, et Tescadron, après avoir passé la nuit à 
Dialakhar, revint à Saint-Louis. 

Le 25, on apprit à Saint-Louis que celte bande 
se trouvait sur les bords du lac de Guier, et le 26, 
au matin, au moment même où le gouverneur s'em- 
barquait avec 200 hommes, 50 chevaux et un obu- 



DE 1854 A 4885 85 

sier, pour aller lui fermer le chemin, ou la pour- 
suivre par Richard-ToU, le bruit courut qu'elle 
s'était rendue au village de Nder; en effet, le 25, 
elle avait attaqué le blokhaus placé sur ce point, 
essayant de le brûler, mais elle avait été repoussée 
vigoureusement. Le blokhaus avait pour garnison 
le caporal blanc Valette, un caporal noir, un soldat 
blanc el 6 soldats noirs. Ces braves gens ayant es- 
sayé à deux reprises de se servir de leur espingole, 
deux fois tous les madriers d'une des faces du blo- 
khaus leur étaient tombés sur le dos, les laissant 
exposés à découvert comme sur un théâtre, au feu 
de l'ennemi. Sans se décourager, ils avaient recons- 
truit leur blokhaus, tout en tenant les assaillants 
en respect, et avaient fini par les mettre en fuite 
après avoir tué ou blessé les plus audacieux qui 
s'étaient approchés pour apporter des bottes de 
paille enflammées, entre autres, le nommé Yougo- 
Fally, notre ennemi le plus acharné parmi les 
gens du Oualo. 10 morts restèrent au pied du blo- 
khaus. La garnison n'avait eu qu'un homme tué. 

Ély, qui commandait cette attaque, renvoya ses 
blessés avec quelques hommes à Nguik, dans le 
Cayor, et se porta avec les Maures à Bat, à l'entrée 
de laTaouey dans le lac de Nguier, dans l'intention 
de gagner le Fouta. En passant la Taouey, le 26, 
il fit mine d'attaquer Ndombo ; Fara-Penda avait 
eu le temps de se jeter, avec quelques hommes, 
dans ce village et repoussa Ély, en lui tuant un 
cheval. 

Le 27, au matin, le gouverneur, étant arrivé à 



86 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Richard-ToU, avec la petite colonne embarquée, y 
apprit les résultats de Tattaque de Nder, la résis- 
tance du blokhaus et Fattaque de Ndombo. D'après 
les renseignements divers» le commandant du 
poste croyait qu'Ély, avec une partie de ses gens, 
se dirigeait alors vers le Dimar, mais qu'une autre 
partie avec son butin, n'avait pas encore passé la 
Taouey. 

En conséquence , on résolut de chercher d'abord 
celle-ci dans la plaine de Djeuleus, refuge ordi- 
naire des Maures; on le fit dans les journées du 
27 et du 28, mais sans trouver même de traces. 

Pendant ce temps, des bandes de Trarza, en- 
voyées sans doute au secours de celle qui se trou- 
vait dans le Oualo, tentaient de passer le fleuve. 
L'une d'elles, de 200 hommes environ, dont beau- 
coup de cavaliers, se faisait repousser jusqu'à trois 
fois par des péniches de la croisière, auprès de 
Khann ; une autre se montrait vis-à-vis de Richard- 
ToU. 

Le 28, un courrier de Dagana vint nous ap- 
prendre à Richard-ToU , que les Maures d'Ély 
avaient passé, le 27, près de Bokol; que les gens 
de Bokol avaient tiré sur leurs cavaliers au bord 
du fleuve, et leur avaient tué un cheval, et enfin, 
que ces Maures étaient pour le moment à Fanaye 
avec leurs prises; que les volontaires de Dagana, 
Gaé et Bokol, envoyés contre eux par le comman- 
dant de Dagana, avaient tiraillé avec eux, entre 
Fanaye et Bokol; qu^ils leur avaient tué deux 
chevaux et blessé 2 hommes, et qu'eux-mêmes 



DE 1854 A 188S 87 

avaient eu 2 hommes légèrement blessés. N'ayant 
rien trouvé dans DJeuleus, nous crûmes alors que 
tous les Maures avaient traversé la Taouey, le 26, 
avec Ély, contrairement à l'opinion du commandant 
de Richard-ToU, et qu'ils avaient tous remonté 
vers le Dimar- En conséquence, le 29, nous allâmes 
débarquer à Fanaye pour les poursuivre. Là, nous 
apprîmes que les Maures, continuant leur marche, 
avaient passé la journée à Dialmatch. On nous dit 
qu'ils étaient 3,000, tant la peur grossissait les 
objets auprès des gens du pays. 

Le 30, à trois heures du matin, nous partîmes 
de Fanaye pour Dialmatch, mais Ély et les Maures, 
en apprenant notre arrivée, avaient fait une marche 
forcée et dans la même journée du 30, ils allèrent 
d'abord à Ndiayen, puis le soir à Nbanto, près de 
Guédé, c'est-à-dire au delà de Podor. 

Il était inutile d'aller plus loin, et nous passâmes 
la journée et la nuit du 30, dans Dialmatch, renon- 
çant à poursuivre l'ennemi. 

Mais le soir, un courrier de Richard-Toll, venu 
en toute hâte, nous apprit qu'une seconde bande 
de Maures avait passé la Taouey, le 28, se diri- 
geant aussi vers Test. 

D'après cela, comme les volontaires de Gaé, 
Bokol, Dagana et du Oualo, devaient déjà retour- 
ner le lendemain par terre, de Dialmatch à Fanaye, 
l'escadron reçut l'ordre d'aller avec eux, au lieu de 
s'embarquer, pour leur donner de la confiance et 
tâcher de rencontrer la bande signalée. 

Or, cette bande n'était en effet, qu'une partie de 



88 ANNALES SÉNÉGALAISES 

celle de Gandon; le 26, après l'attaque deNdombo, 
Ély, se dirigeant vers le Fouta, entraîna avec lui 
trois de ses cousins germains et les El-Guebla; 
mais une partie des princes Maures avaient refusé 
de le suivre, et n'avaient pas passé la Taouey avec 
lui; seulement, au lieu de s^arrèter dans la plaine 
de Djeuleus, où nous avions fait nos recherches, 
ils étaient allés immédiatement, avec leur part de 
prise, dans l'angle du marigot de Khassakh et de 
Gorum, pour refaire, dans de bons pâturages, leurs 
animaux fatigués, puis pour tenter le passage du 
fleuve. Notre chef des Pouls, Semba-Ngouma, qui 
traversait le Oualo, avec 4 hommes, les avait vus 
au passage du marigot de Khassakh et leur avait 
tué un cheval et [pris un autre, en s'embusquant 
dans les herbes. 

Le 27 , ces Maures allèrent pour passer le fleuve 
à Bépar-Ndekh, ils y trouvèrent Hamzata et ses 
Ouled-Bou-Ali, qui leur tirèrent quelques coups de 
fusil de loin. Ils remontèrent alors à Tembouchure 
du marigot de Gorum, où des péniches tirèrent sur 
eux et leur tuèrent, dit-on, 5 hommes. Enfin, le 28, 
désespérant de forcer le passage du fleuve, ils se 
décidèrent à remonter à Bat, pour suivre la même 
route que la première bande. 

Comprenant leur fâcheuse position, ils passèrent 
les journées du 29 et du 30 derrière Kouroumbay, 
sans oser venir boire au fleuve. 

Le 31 au matin, mourant de soif, ils arrivaient 
à Fanaye, presque en même temps que les volon- 
taires et les spahis, et prenaient lafuite devant eux. 



DE 185i A 4885 89 

Le capitaine Bilhauleur donna la chasse. 

Après avoir fait 3 lieues au galop, il les attei- 
gnit et les extermina à Langobé, près de Dial- 
match; leurs chevaux, leurs méharis, leurs cap- 
tifs et leurs troupeaux furent pris par nous, 
par nos volontaires ou par les Pouls du Dimar. 
Parmi les morts, au nombre de 30, au moins, se 
trouvaient plusieurs neveux du roi des Trarza. 
Trois personnages importants furent faits prison- 
niers, fusillés et pendus quelques jours après, à 
Gandon même. De notre côté, nous n'eûmes qu'un 
spahis tué et un blessé. M. le lieutenant do 
Négroni et le sous-lieutenant Canard, comman- 
daient les spahis, sous les ordres du capitaine Bil- 
hau, à cette brillante affaire. Quant à Taulre 
bande, mise presque en déroute par la peur, quoi- 
qu'elle ne connût pas encore l'affaire de Langobé, 
elle alla passer le fleuve un peu au-dessus de Ma- 
fou, ayant ainsi fait une centaine de lieues depuis 
Gandon. Il y avait certes, dans tout cela, de quoi 
dégoûter les Trarza de leurs courses sur la rive 
gauche. 

On voit, piar cette affaire de Gandon, que les 
Maures ne sont pas aussi lâches qu'on veut bien le 
dire etqu'ils se montrent quelquefois, au contraire, 
pleins d'audace et d'énergie. A Langobé, aucun 
d*eux ne sourcilla devant la mort; il y eut même 
de la part de l'un d'eux un trait de dévouement qui 
mérite d'être raconté : nous avons dit tant de mal 
des Maures, qu'il ne serait pas juste de laisser 
passer une occasion d'en dire du bien. Il y avait au 



90 ANNALES SÉNÉGALAISES 

combat de Langobé, trois frères, cousins du roi 
des Trarza, Mokhtar, Mohammed et Ibrahim; 
avec eux se trouvait un jeune enfant, fils de 
Mokhtar. Ibrahim montait une jument du roi des 
Trarza, nommée El-Bouïda (Blanchette), jouis- 
sant d'une grande réputation de vitesse, et por- 
tait en croupe le jeune fils de Mokhtar. Il dit à 
celui-ci de monter, lui troisième sur la jument 
pour se sauver. Mokhtar répondit : ce serait nous 
perdre tous trois, — sauve Tenfant, Mohammed et 
moi, nous allons nous faire tuer ici pour protéger 
votre fuite; 'quelques spahis étaient déjà sur eux, 
et les sabrèrent, mais la jument put mettre ses ca- 
valiers en sûreté. 

Juin. Le 6 juin, une vingtaine de Maures, dont 
10 à cheval et 10 à pied, tentèrent de passer le ma- 
rigot de Tiallakh, près de Saint-Louis ; une embar- 
cation qui croisait dans ce marigot et qui était ca- 
chée dans les mangliers, fit feu sur eux au moment 
où ils commençaient à se mettre à l'eau, en tua 
deux et en blessa un qui fut emporté par les cava- 
liers. 

Juillet. Au commencement de juillet, les gens de 
Mbilor firent une razzia chez les Maures; ils tuèrent 
3 hommes, et ramenèrentlO prisonnierset des bes- 
tiaux. 

Le 5 du même mois, M. le commandant de Ri- 
chard-ToU fut prévenu qu'une bande de Maures 
venait d'enlever le troupeau du poste qui était à 
pattre auprès des lougans de Ndiao et qu'elle se di- 
rigeait sur le passage de Roço, près de Mbagam, 



DE 1854 A 1885 91 

pour repasser avec sa prise sur la rive droite. Il 
fit courir immédiatement aprës eux, quelques vo- 
lontaires de Richard-ToU, commandés par Para- 
Penda et une dizaine de soldats noirs du poste. 
Mais déjà les gens de Ndiao, commandés par leur 
chef, Charles Duprat, avec Taide des gens de Mba- 
gam, qui, cette fois, étaient sortis de leur apathie 
habituelle, et les laptots du chaland qui croise 
devant Roço, avaient repris le troupeau et mis en 
fuite les pillards au moment où ils voulaient forcer 
le passage. 

Fara-Penda, Charles Duprat, les volontaires et 
les soldats du poste, en tout 34 fusils, se mirent 
alors à la poursuite des fuyards qu'ils atteignirent 
vers cinq heures et demie du soir, sur la route de 
Nder, à une lieue environ de Sentch-Beukkenek. 
Le combat s'engagea immédiatement et la fusillade 
dura pendant deux heures; elle aurait duré plus 
longtemps, si la nuit n'eut permis aux Maures de 
prendre la fuite, emportant leurs blessés et laissant 
leurs morts sur le terrain. 

L'ennemi, qui se composait d'une centaine 
d'hommes de la tribu des Takharedjent et de celle 
des Ouled'Akchar, dut faire de grande pertes, car 
le lendemain, on compta encore 10 tués sur le lieu 
du combat. Les blessés avaient dû être très nom- 
breux, à en juger par le sang répandu à terre dont 
étaient souillées les herbes environnantes. 

Nos volontaires n'eurent pas de tués, 3 hommes 
seulement furent atteints ; leurs blessures étaient 
sans gravité. 



92 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Enfin, le roi des Trarza, en personne, voulut 
profiter de Tabsence du gouverneur et des troupes 
qui étaient allés délivrer Médine, à deux cent cin- 
quante lieues de Saint-Louis, pour faire parler de lui» 

Dans la nuit du H au 12 juillet, il vint avec un 
millier d'hommes à une lieue de Ndiago. Il s'arrêta 
là avec la plus grande partie de son monde et en- 
voya dans rUe de Thionq, une quarantaine de ca- 
valiers et une centaine d'hommes à pied qui entou- 
rèrent les tentes des Tendra réfugiés sur ce point 
et dépouillèrent ces pauvres marabouts de leurs 
vêtements, la seule chose qu'il fût possible de leur 
prendre. Une cinquantaine de bœufs parqués près 
du camp des Tendra et appartenant aux gens dô 
Guet-Ndar, furent enlevés par les pillards. Ces 
bœufs étaient gardés par un seul homme qui par- 
vint à s'échapper. 

Mohammed-El-Habib, qui n'avait pas quitté son 
poste d'observation, n'attendit pas le jour piur 
s'éloigner; il fit quinze lieues d'une traite, ce qui 
ne permit pas de le poursuivre. 

Pendant que ceci se passait aux environs de 
Saint-L)uis, cinquante volontaires du Oualo, com* 
mandés par le chef de Mbilor, Samba- Diène, enle- 
vaient aux Trarza un troupeau de huit cents cha- 
melles^ perte irréparable pour eux, et à laquelle ils 
furent d'autant plus sensibles qu'elle tombait 
entièrement sur les princes.de la famille du roii 
Comme on le voit, les expéditions que comman- 
dait le roi des Trarza, en personne, ne lui réussis* 
saient guère. 



DE iSUk 1883 93 

Le 15 juillet, 60 hommes du Oualo, faisant par- 
tie de ta bande qui avait suivi Ély, dans le Fouta, 
après l'affaire de Gandon, passèrent, en retournant 
dans le Cayor, à deux kilomètres de Mérinaghen. 
Le commandant du poste les fit poursuivre par sa 
garnison et quelques volontaires du village qui les 
mirent en fuite et leur prirent un cheval de selle, 
quinze bêtes de somme et 10 captifs que ces ban* 
dits avaient volés dans le Foùta. 

Août-Septembre. Ély se décida enfin, pour la 
première fois, à rester avec son père sur la rive 
droite, et les Maures s'éloignèrent du fleuve à cette 
époque, comme les autres années, nous laissant 
reconstituer complètement le Oualo sous nos ordres. 

Octobre. En octobre, le bruit courut que la dis- 
corde et l'anarchie, suite de Thumiliation et de la 
misère, commençaient à se mettre parmi les Trarza. 
- Novembre. Décidés par une reconnaissance 
poussée par les spahis jusqu'à Ngay, les derniers 
msoumis du Oualo rentrèrent enfin dans leur 
pays. 

A celte époque, un traité fut passé avec les 
Douaïch, sur les bases que nous voulions adopter 
avec les autres Maures. Le roi Bakar nous promit 
même de chercher à décider les rois des Trarza et 
de Brakna à accepter ces mêmes conditions. Chez 
les Trarza, deux partis se dessinaient de plus en 
plus; d'un côté, les Ouled-Ahmed-Ben-Dahman, 
avec les princes de la famille royale et de l'autre, 
les Ouied-Dahman et leurs tributaires qui faisaient 
du commerce avec nous à Podor, malgré les pre- 



94 ANNALES SÉNÉGALAISES 

miers. Mohammed-El-Habib, pressentant qu'il ne 
pourrait plus continuer longtemps la guerre, vou- 
lut tâter le terrain, pour arriver à un arrangement, 
et le 24 décembre, le fils de son ministre et Moham- 
med-Ély, chef des Azouna, arrivèrent à Saint- 
Louis, pour entrer en pourparlers avec nous. Ils ne 
se reconnaissaient pas comme les envoyés officiels 
du roi des Trarza, mais ils consentaient à servir 
d'intermédiaires pour les propositions qui pour- 
raient être faites de part et d'autre. Quoique dis- 
posés à faire la paix, craignant que ces ouvertures 
ne fussent que des ruses, nous n'en continuâmes 
pas moins les hostilités. 

Décembre. Le 28 décembre, Fàra-Penda, Dîadié- 
Coumba etSamba-Diëne, avec 30 cavaliers, allèrent 
à deux jours de marche dans Tintérieur du pays des 
Trarza, enlever un camp de marabouts. Ils firent 
du butin et ramenèrent 380 vaches et 50 prison- 
niers. 

Le même jour, Samba-Ngouma, avec cinq cava- 
liers, enleva une caravane qui avait passé le fleuve 
à Gorum. Après avoir tué un guerrier qui faisait 
mine de se défendre et avoir pris toutes les bêtes 
de somme, il renvoya les marabouts, au nombre 
d'une soixantaine, sur la rive droite. 

Le même jour, les Ouled-Bou-Ali, petite tribu 
Trarza qui, comme nous l'avons dit, s'était mise 
avec nous pendant la guerre, allèrent, sous les 
ordres de leur cheikh Ahmed, à deux journées de 
marche du fleuve, attaquer une bande de Takha* 
redjent, leurs ennemis personnels. Ils en tuèrent 



DE 1854 A 1885 95 

ou blessèrent 4 et en firent 5 prisonniers; les autres 
prirent la fuite. 

Cependant, malgré la colère de Mohammed- 
El-Habib, les gommes arrivaient à Podor; elles 
étaient escortées par les Ouled-El-Fari , et les 
Ahratin des Oued-Dabman. Les Ghellouha, tribu- 
taires de Mohammed-Sidi, ayant attaqué une ca- 
ravane, furent repoussés par eux> avec perte d'un 
homme. 

Janvier 1858. Le 7 janvier, un engagement assez 
vif eut encore lieu sur la rive droite, à la hauteur 
de Naolé, entre des tribus Trarza : les Mradin et 
les Ouled-Bou-Alia d'une part, les Ouled-El-Fari 
et les Ahratin-Ouled-Dahman d'autre part, au sujet 
d'une caravane que ces derniers voulaient prendre 
sous leur protection. Les Mradin eurent deux 
hommes grièvement blessés. 

Février. Le 27 février, deux soldats de la tour 
de Ross, en allant faire boire les quatre bœufs du 
poste au marigot, furent surpris et tués par une 
bande de 20 cavaliers maures, qui leur cou- 
pèrent les oreilles et les bras. Ces Maures sortaient^ 
comme toujours, de la forêt de Djeuleus, où ils se 
cachent facilement. 

Mars. En mars 1858, le roi des Trarza eut la 
velléité, sur la demande des gens de Niomré, de 
les secourir contre nous. Il espérait que tout le 
Cayor et le Ndiambour se réuniraient à ceux que 
nous menacions; mais il n'avait pas encore fait 
ses dispositions, que TafFaire de Niomré était ter- 
minée, toute à notre honneur. 



96 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Cette occasion de prendre leur revanche et de 
former une coalition contre nous, . s'étant encore 
une fois évanouie, le découragement des Trarza 
s'accrut, et par suite aussi, la discorde qui com- 
mençait à les diviser. 

A la fin de mars, les Ouled-Dahman et leurs tri- 
butaires désobéirent formellement aux ordres du 
roi et des princes; et la tribu des Ouled-Ahmed 
des Brakna, qui faisait toute la force de Moham- 
med-Sidi, c'est-à-dire du parti allié des Trarza, se 
mit avec les Ouled-Dahman et abandonna Moham- 
med-Sidi. 

Avril. Le iO avril, les Ouled-Bou-Ali allèrent 
faire une razzia sur la rive droite. Au nombre de 
vingt-cinq seulement, ils surprirent près de Dara, 
une grande quantité de pêcheurs, de toutes les 
tribus El-Guebla. Ils tuèrent quatre hommes et 
ramenèrent quinze prisonniers, des chameaux et 
des ânes. 

Poussés à bout, les Ouled-Dahman et leur parti 
s.e réunirent à cette époque, à Méchera-El-x\.biad 
et envoyèrent demander notre concours pour ré- 
sister ouvertement au roi. 

Mai. Mohammed-El-Habib, rassembla quelques 
forces au commencement de mai et alla trouver les 
Ouled-Dahman pour les punir et les rappeler à 
Tobéissance; ceux-ci firent quelques semblants d«3 
soumission, dont le roi fit, de son côté, semblant 
de se contenter; pais il passa outre et prit Moham- 
med-Sidi avec lui pour aller punir les Ouled-Ahmed 
qui s'étaient retirés dans Test, vers Alevbé. Mais 



DE 1854 A 1885 97 

les Ouled-Ahmed, qui sont les Maures les plus 
audacieux du désert, n'attendirent pas les deux 
rois; ils allèrent au-devant d'eux, et, dans une 
attaque de nuit, tuèrent le prince Mokhtar-Ould- 
Amar, proche parent de Mohammcd-Sidi ; ils firent 
aussi un Trarza prisonnier et le renvoyèrent après 
lui avoir arraché toutes les dents. A la suite de 
cette audacieuse surprise, les deux rois épouvantés 
s'empressèrent de faire demi-tour, et en passant à 
Podor, ils nous envoyèrent dire qu'ils acceptaient 
toutes nos conditions pour la paix. 

C'était donc la division sérieuse qu'ils voyaient 
s'introduire chez eux qui les décida à cette impor- 
tante démarche. Mais, en attendant que la paix fut 
signée, les noirs et les Maures, semblèrent vouloir 
profiter du peu de temps qui restait, pour se faire 
du mal les uns aux autres. Une bande d'une dizaine 
de Maures, tenta, avant de repasser définitivement 
sur la rive droite, un coup de main sur le petit 
village de Bous. Les habitants de ce village étaient 
dans leurs lougans et armés, lorsque les Maures 
parurent auprès d'eux; les noirs plus nombreux 
les eussent mis en fuite en leur tirant un seul coup 
de fusil, mais ils se laissèrent prendre aux belles 
paroles des Maures qui, dès qu'ils les virent sans 
défiance, en blessèrent deux et enlevèrent un jeune 
gar^jon. Ces Maures furent aperçus près du fleuve 
qu'ils cherchaient à passer, par les gens de Khan 
qui les chassèrent à coups de fusil. Le jeune garçon 
qu'ils avaient enlevé, se sauva la nuit suivante, en 

leur emmenant leur meilleur cheval. 

6 



98 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Les gens du Djolof, sous les ordres du chef 
Boumi, attaquèrent et pillèrent, le 9 mai, les camps 
de Trarza qui s'étaient établis depuis quelques 
semaines à Goui-Téa, Mbadjien, Néguénem. Les 
Maures qui purent s'échapper se sauvèrent à Sa- 
gata, auprès des captifs de Tanor (Silmakha- 
Dieng). 

Yougo-Fali et Tanor menacèrent les gens du 
Djolof, d'intervenir en faveur des Maures. A cette 
nouvelle, M. le lieutenant Dard, dirigea immédia- 
tement sur le Djolof quelques centaines de fusils 
des cercles du Oualo, pour soutenir le parti hostile 
aux Maures et à Tanor, mais il n'y eut pas d'hos- 
tilités. Des gens de Coqui, dans le Ndiambour, 
attaquèrent, vers ce même temps, une bande de 
Trarza et un neveu du roi, fils de Mohammed- 
Cheîn, fut tué dans cette échauffourée par un captif 
du chef de Coqui, nommé Balla-Khoudia, homme 
capable de tout et qui fut tué lui-même, deux ans 
plus tard^ lors de la révolte du Ndiambour contre 
Damel. 

Enfin, en mai 1838, nous obtenions un premier 
résultat sérieux de nos efforts et de la guerre que 
nous avions soutenue avbc tant de constance et 
d'activité depuis trois ans et demi contre les Maures. 
Le 15, le ministre du roi des Trarza, Mokhtar-Sidi, 
arrivait à Saint-Louis, muni de pleins pouvoirs, 
et le 25 du même mois, son fils Sidi rapportait à 
Saint-Louis le traité avec les Traraa, signé par 
Mohammed-£l-Habib. 

Juin. Le 10 juin suivant, Mohammed-Sidi, rot 



DE 18S4 A 1885 99 

d'une partie des Brakna^ signait un traité de paix 
analogue passé avec sa nation, et son compétiteur^ 
Sidi-Ély, signait de son côté un double du même 
traité, pour le cas où il l'emporterait sur son rival, 
ce que nous désirions. 

Le 13 décembre -de la même année, ces deux 
princes se trouvant réunis par une feinte récon- 
ciliation, tandis qu'il était tacitement entendu qu'ils 
devaient s'assassiner à la première occasion, ce 
fut Sidi-Ély qui tua son rival d'un coup de fusil à 
bout portant et qui resta seul maître des Brakna, 
chargé envers nous de l'exécution du traité et notre 
fidèle allié. 

Seulement, au mois de juin 1859, ce roi des 
Brakna, n'ayant pas eu assez d'autorité sur ses 
tribus, pour les empêcher de faire une razzia dans 
le Djolof , pays auquel notre protection était 
acquise par les traités en question, une colonne 
de '650 hommes, commandée par M. le chef de 
bataillon Faron, des tii ailleurs sénégalais, fut 
aussitôt chargée d'aller punir cette violation des 
traités. Le camp de Sidi-Ély, dont la position avait 
été reconnue et indiquée par M. Flize, directeur 
des affaires indigènes, chargé de donner au chef 
de la colonne les guides et les renseignements 
nécessaires, fut enlevé presique sans coup férir, 
grâce à la vigueur et à la rapidité de l'attaque. 
Cette sévère leçon eut pour résultat immédiat, de 
faire rendre par le roi des Brakna, tout ce qui 
avait été pillé, et de lui faire jurer pour l'avenir, 
la rigoureuse exécution des conditions du traité. 



100 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Depuis cette époque, il n'a plus été commis aucune 
infraction à ces traités et les rois des Trarza et des 
Brakna s'efforcent, par tous les moyens en leur 
pouvoir, de maintenir leurs sujets dans les limites 
que nous leur avons assignées; cette tâche est 
quelquefois assez difficile, à cause des habitudes 
invétérées de pillage de ces peuples. Cependant, 
grâce à la bonne volonté des chefs et à Tappui que 
nous leur prêtons, nous parviendrons certaine- 
ment, avec un peu de persévérance, à mettre la 
rive gauche à Tabri des brigandages des Maures, 
même au-dessus de Podor. 

Le 15 septembre 1860, Mohammed-EI-Habib fut 
assassiné par ses neveux, mécontents du traité de 
paix avec les Français, qu'il persistait à maintenir 
malgré eux. Son fils aîné Sidi, vengea son père, 
en tuant les coupables au nombre de neuf. Il nous 
assura immédiatement qu'il était bien décidé à res- 
pecter et à faire observer les conditions du traité, 
son seul désir étant d'être toujours d'accord avec 
nous. Sa conduite ultérieure a prouvé la sincérité 
de cette déclaration. 

Sidi et deux de ses frères de mère furent assas- 
sinés, en 1871 , par leurs sept frères, fils d'une 
autre femme de Mohammed-El-Habib, nommée 
Saloum. Mais ceux-ci, à leur tour, furent tués ou 
chassés par leur frère Ély, fils de Mohammed-El- 
Habib et de la reine du Oualo, Djimbotte, et depuis 
lors Ély règne sur les Trarza. 



DE 1854 A 188S 101 



CHAPITRE III 



GUERRE CONTRE AL-HADJI-OMAR ET SES ADHÉRENTS 



Omar, marabout Toucouleur (Poular) d'AIoar, 
près Podor, pèlerin de la Mecque, où il avait passé 
un certain nombre d'années, avait acquis depuis 
longtemps, dans les contrées que baigne Je Séné- 
gal, une grande réputation de savoir et de sainteté; 
il était naturellement désigné par Topinion pu- 
blique pour proclamer et commander, au moment 
venu, une de ces guerres saintes qui, depuis plu- 
sieurs siècles, se succèdent dans le Soudan, et le 
transforment successivement en états musulmans. 

Cette guerre sainte pour laquelle, depuis 1848, 
il se préparait des compagnons dévoués dans ses 
nombreux taliba (élèves) de Dinguiray, à la fron- 
tière nord du Fouta-Djalon, devait naturellement 
être dirigée contre quelqu'un de ces États restés 
idolâtres comme le Kaarta, le Ségou, le Cayor, le 
Baol, le Sine, et le Saloum, etc., mais nos préten- 
tions à la domination du Sénégal, manifestées par 
un commencement d'exécution lors de la prise de 
Podor en 1854, devaient bientôt noua mettre aux 
prises avec ce fanatique. 

Lors de l'expédition de Podor, les musulmans 
du Fouta et même de Saint-Louis, croyaient qu'Al- 
Hadji-Omar viendrait s'opposer à nous en appe- 
lant tous les croyants aux armes, mais ou bien il 

6. 



102 ANIMALES SÉNÉGALAISES 

n'osa pas, ou bien il n'était pas encore prêt. Cepen- 
dant, tout en nous laissant prendre pied dans le 
Fouta, il proclama presque immédiatement la 
guerre sainte, réunit une armée, prit Tamba et 
d'autres provinces du Bambouk et arriva bientôt 
jusqu'à Farabana et Makhana, se signalant déjà 
par son audace, parle courage aveugle de ses gens 
et par des massacres impitoyables, mais procla- 
mant bien haut qu'il ne voulait pas de guerre avec 
les blancs et osant même envoyer demander au 
gouverneur Protêt, des munitions de guerre, des 
canons et un officier pour Taider à soumettre les 
idolâtres, demande qui fut rejetée. 

Cet homme à qui on s'accorde à reconnaître une 
grande éloquence, n'eut pas de peine à se faire 
passer aux yeux des noirs du Sénégal, pour un 
être extraordinaire, doué d'un pouvoir surnaturel ; 
on croyait toute espèce de miracle possible de sa 
part; on en racontait déjà. Quelques malheureuses 
fusées qu'il lançait sur les villages, avaient fait dire 
qu'il disposait de la foudre. Il était reconnu comme 
prophète envoyé de Dieu et se permettait même 
d'imposer à ses adeptes une prière et des pratiques 
religieuses de son invention. 

A la fin de novembre 18S4, en présence d'une 
armée du Fouta-Djalon, du Bondou et du Fouta 
sénégalais, qu'on faisait monter à 12,000 hommes 
et qui était à Farabana avec Al-Hadji, c'est-à-dire 
à une vingtaine de lieues de Bakel, armée exaltée 
par ses récents succès, qui envoyait des détache- 
ments faire la loi à Bakel même, et voulait imposer 



DE 1854 À 1885 103 

des conditions au commandant du poste, il fallut 
prendre des précautions pour être prêt à toute 
éventualité. M. Bargone, sous-lieutenant d'infan- 
terie de marine 9 venait d'être nommé commandant 
du poste : la garnison fut renforcée de 25 hommes 
et d'un chirurgien, les approvisonnements doublés ; 
sous la direction du capitaine du génie Faidherbe, 
l'enceinte fut réparée, les pièces d'artillerie mises en 
état ; une redoute fut construite sur le mont aux 
Singes pour couvrir Guidimpalé, quartier des trai- 
tants français et ceux-ci et leurs gens furent orga- 
nisés en milice : ces dispositions ôtèrent à Al-Hadji 
toute envie d'inquiéter Bakel pour le moment. 

M. Girardot, habitant du Sénégal, commandait 
alors Sénoudébou, et Al-Hadji lui envoya son fils 
pendant quelque temps comme gage de bonne 
amitié et peut-être comme espion. Sénoudébou 
était le lieu de passage de bandes considérables 
de Toucouleurs du Fouta qui partaient pour la 
guerre sainte et se rendaient dans le Bambouk, où 
s'organisait Tarmée qui devait exterminer les infi- 
dèles quels qu'ils fussent. 

Le prophète ayant traversé le Sénégal et envahi 
le Kaarta à la fin de 1854, laissa derrière lui les 
populations du Fouta, du Bondou, du Guoy fana- 
tisées et soulevées par ses émissaires et disposées 
à tout entreprendre & son premier ordre. Il ne tarda 
pas beaucoup à jeter le masque à notre égard. Dès 
les premiers mois de 1855, quand il vit que ses af- 
faires allaient bien dans le Kaarta, il fit piller tous 
nos traitants du haut Sénégal, qui^ malgré les 



104 ANNALES SÉNÉGALAISES 

conseils de Tautorité, n'avaient pas rallié Bakel 
ou Sénoudébou : 22 villages du Khasso, du Ka- 
méra, du Guoy, des Guidimakha et du Damga 
prirent part à ces pillages. C'est alors aussi qu'il 
adressa aux gens de Saint-Louis une lettre par la- 
quelle il cherchait à séparer leur cause de la nôlre 
et h les entraîner dans son parti; et, de fait, il 
avait beaucoup de chauds partisans dans Saint- 
Louis même ; il terminait ainsi cette épitre adroite 
et perfide: « Maintenant je me sers de la force, et 
je ne cesserai que lorsque la paix me sera de- 
mandée par votre tyran (le gouverneur) qui devra 
se soumettre à moi, suivant ces paroles de notre 
maître : Fais la guerre aux gens qui ne croient ni 
en Dieu, ni au jugement dernier ou qui ne se con- 
forment pas aux ordres de Dieu et de son prophète, 
au sujet des choses défendues, ou qui ayant reçu 
une révélation, ne suivent pas la vraie religion (les 
juifs et les chrétiens); jusqu'à ce qu'ils payent la 
Djézia, (tribut religieux) par la force et qu'ils soient 
humiliés. 

« Quant à vous, enfants de%Ndar (Saint-Louis), 
Dieu vous défend de vous réunir à eux; il vous a 
déclaré que celui qui se réunira à eux, est un infi- 
dèle comme eux^ en disant : Vous ne vivrez pas 
pêle-mêle avec les juifs et les chrétiens : celui 
qui le fera est lui-même un juif ou un chrétien. 
Salut! » 

Il envoyait en même temps l'ordre au Guoy, au 
Bondou et au Fouta de nous bloquer dans Bakel 
et dans Podor. 



DE i8S4 A 1885 105 

Le nouveau gouvei*neur, commandant du génie 
Faidherbe, allait donc avoir une guerre sainte sur 
les bras, en même temps que la guerre avec los 
Maures : c'était trop à la fois, et ceux qui pendant 
six ans, avec des moyens bien bornés, ont fait face 
à ces deux dangers, passant la saison sèche à 
batailler contre les Maures, et la saison des hautes 
eaux à faire des expéditions dans le haut du fleuve 
et qui ont, malgré cela, établi notre domination 
sur le Sénégal, peuvent avoir la conscience d'avoir 
rendu un grand service à leur pays; leurs noms 
seront enregistrés ici avec soin. 

Les nouveaux ennemis que nous allions avoir à 
combattre étaient les plus redoutables de tous. Les 
guerres de religion sont impitoyables et le fana- 
tisme inspire un courage qui ne recule devant rien 
puisque, pour ceux qui en sont animés^ la mort 
elle-même est regardée comme nubien. 

Les gens d'Ali-Hadji étaient en grande partie, 
comme nous Tavons déjà dit, des Toucouleurs et 
des Pouls du Fouta-Djalon, du Bondou, du Damga, 
du Fouta sénégalais, du Toro et du Dimar; il y 
avait aussi des Sarakhollés du Gadiaga et des Gui- 
dimakha et, plus tard, des Bambara du Kaarta et 
des Khassonké. 

Les Toucouleurs (noirs mêlés de Pouls) sont une 
race intelligente et perfide; ils ont été viciés par 
rislamisme qui les a rendus aussi menteurs et 
aussi voleurs que les Maures. Ils combattent plutôt 
àpied qu'à cheval et à peu près comme les Maures ; 
les chefs et les gens aisés ont comme ceux-ci des 



i06 ANNALES SÉNIÉGALAISES 

fusils à deux coups, mais les pauvres s'arment 
comme ils peuvent des mauvais fusils qu'ils par- 
viennent à se procurer. 

Les villages des Toucouleurs du Fouta, ne sont 
pas fortifiés, ceux des Sarakhollés le soat, mais 
faiblement. Il y a dans le Bondou quelques villages 
très forts; il y en a beaucoup chez les Malinké du 
Bambouk, dans le Khasso et dans le Kaarta. 

Mars 1855. En mars 18SS, les villages des bords 
de la Falémé, au-dessus de Sénoudébou, subissant 
rinfluence d'Al-Hadji, se rendirent sans aucune 
raison, sans la moindre discussion préalable, cou- 
pables d'un guet-apens contre M. Girardot, piqueur 
du génie et commandant de Sénoudébou, et contre 
les ouvriers qui extrayaient des coquilles d'huîtres 
dans la rivière pour faire de la chaux. Réunis en 
très grand nombre, ils firent feu sur nos gens, 
blessèrent M. Grégoire, piqueur, et firent prison- 
nier M. Girardot qui parvint à se racheter pour 
45 pièces de guinée. Les ouvriers se défendirent 
très bravement. 

Dans le même mois, la garnison de Bakel fut 
obligée d'aller châtier les deux villages hostiles de 
Marsa et d'Oundounba. Nous eûmes un spahis tué 
et 3 laptots blessés. On tua 12 ennemis, on en 
blessa 25 et on ramena 4 prisonniers, 22 bœufs, 
des chèvres et des ânes. 

Avril. Cherchant à soulever tout le pays contre 
nous, Al-Hadji s'efforçait de mettre les Maures 
dans son parti en écrivant à ceux d'entre eux qui 
vendent des gommes à Bakel, que les Français ne 



DE 1854 A 1883 107 

leur avaient jamais donné pour leurs produits que 
la moitié de leur valeur, mais que, dans quelques 
mois, il allait venir prendre Bakel et mettre bon 
ordre atout cela. En même temps, les SarakhoUés 
du Guoy et des Guidimakha et les gens du Bondou 
se mirent à arrêter les caravanes de gomme des 
Douaïch ; le roi Bakar, envoya à Bakel son frère 
Ali, avec 60 cavaliers, pour les protéger, de concert 
avec nous. 

Le 3 avril, des bandes de Guidimakha enlevè- 
rent à rimproviste le troupeau des habitants de 
Bakel; on les poursuivit, on leur reprit le troupeau 
et on leur tua quelques hommes. Nous perdîmes 
un laptot. 

Le 14 du même mois, le prince Ali, avec ses 
cavaliers, partit de Bakel, pour punir un village 
qui avait pillé un petit convoi de ravitaillement 
envoyé par notre fournisseur à Sénoudébou; il 
enleva le troupeau de ce village, mais quand il fut 
de retour au bord du fleuve, les gens du village de 
Bakel tombèrent sur lui, le cernèrent contre le 
fleuve et l'eussent massacré, lui et les siens, si 
M. le sous-lieutenant Bargone ne fût accouru à son 
secours avec la garnison et la population de Guidi- 
Mpalé. 

On repoussa les SarakhoUés et comme il n'y 
avait plus déménagements à garder envers Bakel, 
M. Bargone fit canonner et raser le village. Déjà, 
depuis longtemps, les gens de Bakel avaient en- 
voyé, dans les villages voisins, leurs femmes et 
leurs enfants. Ils obéissaient aveuglément aux 



m 



i08 ANNALES SÉI^ÉGÂIAiStS 

■ 

ordres d'Al-Hadji et n'attendaient que Toccasion 
de nous jouer quelque mauvais tour. Une fois 
chassés, le poste se trouva bloqué, mais, au moins, 
il n'avait plus à craindre de trahison par les com- 
munications journalière^ de nos ennemis avec nos 
soldats noirs et nos laptots surtout, qui étaient 
musulmans, et passablement entichés d'Al-Hadji. 
La détermination de M. Bargone fut fortement ap- 
prouvée; un quartier du village, celui des Ndiaybé, 
fut épargné et nous resta toujours fidèle. 

Mai. Le 20 mai, le lam Toro Ahmed, cédant 
enfin aux ordres des émissaires du prophète ar- 
rivés jusqu'à Podor, se mit en campagne pour in- 
tercepter toute relation entre notre établissement 
et la rive gauche. 

Juin. Mais à l'approche des hautes eaux, en juin, 
Talcati du Fouta, Téliman Mbolo, nommé Abdoul- 
Tamsir, vint à Saint-Louis, demanda la paix au 
nom de Talmamy Rachid et d'El-Iman-Rindiao, 
le chef le plus puissant du pays. Cette démarche 
était inspirée par la peur, mais elle était un com- 
mencement d'indépendance, du moins simulée du 
Fouta, vis-à-vis d'Al-Hadji qui, lui, n'approuvait 
pas tous ces ménagements. 

Juillet. Le 14 juillet, le gouverneur voulant se 
rendre compte, par lui-même, de l'état des affaires 
du haut du fleuve, partit sur le Serpent, pour 
Bakel. Jusqu'à Orndoli, il trouva les villages du 
Fouta sur la défensive, mais sans mauvaises inten- 
tions. Arrivés à Orndoli, dans le Damga, on vit un 
grand nombre d'hommes armés sur la rive, et, sui- 



DE 1854 A 1885 109 

vant leur vieille habitude, quelques-uns d'entre 
eux, se mirent à nous provoquer par gestes et 
même à nous mettre en joue. Le gouverneur fit 
immédiatement tirer sur ces insolents, bien décidé 
qu'il était à ne jamais supporter des populations 
riveraines^ les insultes qu'elles avaient l'habitude 
de nous prodiguer. La fusillade devint générale; 
les hommes d'Omdoli nous suivirent jusqu'à Ba- 
palel, puis jusqu'à Gouriki, de sorte que l'engage- 
ment se continua avec trois villages, le bateau 
marchant toujours. Comme, à chaque village, on 
avait soin d'abord d'essuyer le feu dos Toucouleurs, 
avant de riposter, pour leur faire comprendre que 
nous ne faisions que répondre à leurs provocations, 
comme d'un autre côté, le jeu commençait à leur 
déplaire, en raison des pertes qu'ils éprouvaient, 
des cavaliers partirent du village de Gouriki et 
allèrent prévenir les villages suivants de ne pas 
tirer, et, à partir de ce moment nous ne fûmes plus 
inquiétés jusqu'à Bakel. Nous avions 2 laptots 
légèrement blessés. Les Toucouleurs, ayantpresque 
toujours combattu à découvert, avaient éprouvé 
des pertes considérables. 

En arrivant à Bakel, le gouverneur apprit qu'Al- 
Iladji était presque cerné dans le Kaarta et dans 
une position très critique, mais son influence n'en 
avait nullement souffert dans le haut Sénégal. 

La garnison de Bakel avait fait plusieurs sorties 
heureuses dans les villages voisins ; une seule fois, 
on avait été repoussé de Mannaël par des forces 
supérieures. Il n'y avait à cette affaire qu'une qua- 

7 



110 ANNALES SÉNÉGALAISES 

rantaine d'hommes de Guidi-Mpalé, qui étaient 
sortis sans en avertir le commandant. 

Au moment même où le Serpent mouillait 
devant le poste, les Bakiri du bas Galam (Guoy), 
avec quelques Toucouleurs, enlevaient un trou- 
peau de SO bœufs au poste; ils avaient choisi le 
moment de l'arrivée du bateau, supposant que tout 
le monde serait alors occupé. On se mit aussitôt à 
leur poursuite, et le Serpent redescendit le fleuve 
pour soutenir les nôtres. Les volontaires Ndiaybé 
de Bakel, les soldats et laptots du poste et du Ser- 
pent, se réunirent au nombre de 250 hommes en- 
viron. On courut jusqu'à Tuabo, capitale du pays 
et là^ le feu ayant été mis de tou^ côtés à ce grand 
village, il arriva malheureusement qu'un certain 
nombre des habitants fut brûlé. Le vieux Tonka 
(roi) fut mis par les siens sur un cheval et parvint 
à s'échapper; une partie de sa famille fut prise. 

Ayant laissé le commandement du poste au ca- 
pitaine du génie Parent, le gouverneur redescen- 
dit vers Saint-Louis pour prendre les mesures que 
nécessitaient les circonstances. Le Serpent eut, en 
passant, des engagements très vifs avec tous les 
villages du bas Galam. Grâce à nos bastingages 
en tôle^ nous n'eûmes qu'un laptot légèrement 
blessé ; les SarakhoUés perdirent assez de monde, 
car ils s'exposaient très hardiment à notre fusil- 
lade et à notre mitraille. Les villages duFouta ne 
tirèrent pas sur nous. 

Le capitaine Parent^ pour dégager les abords de 
Bakel, fit deux petites razzias et alla brûler le vil^ 



DE 1854 A 1885 iU 

lage de Counguel, le plus gros village du Guoy, 
après Tuabo. 

Août. L'état des choses dans le haut pays, néces- 
sitant la présence de forces plus considérables que 
celles qui s'y trouvaient, le gouverneur envoya 
dans le fleuve, M. le commandant Morel, à bord de 
VEpervier, avec 250 hommes d'infanterie. Il devait 
enlever, en passant, Ngana, dans le Damga, village 
d' Amadou- Amal, qui avait assassiné un traitant 
nommé Malivoire, et qui était Thomme le plus dan- 
gereux du Fouta. Après avoir accompli cette mis- 
sion, M. Morel devait s'entendre, à Bakel, avec 
M. le capitaine Parent, pour faire quelque sortie 
dans les environs, si cela était nécessaire. A Ngana, 
on ne trouva personne. Arrivés à Bakel, d'après 
les renseignements que prirent MM. Morel et Pa- 
rent, ils crurent pouvoir enlever un camp fortifié 
près de Mannaël, à une lieue de Tuabo, camp dans 
lequel s'étaient rassemblés la plupart des habitants 
des villages du Guoy. 

Ayant réuni 450 hommes, ils se rendirent à la 
pointe du jour, par le fleuve, à Mannaël, débar- 
quèrent et attaquèrent le village de l'intérieur après 
une marche de 2 heures. Après un premier succès, 
ayant'échoué contre les obstacles que présentèrent 
un réduit assez fort et plus d'un millier de défen- 
seurs, ils battirent en retraite en bon ordre vers 
les bateaux à vapeur, suivis avec acharnement par 
Tcnnemi jusqu'au fleuve même. Ils laissèrent 10 
morts ou blessés sur le terrain et ramenèrent 51 
blessés parmi lesquels le capital ne d'infanterie Gué- 



112 ANNALES SÉNÉGALAISES 

neau et le chirugic a-major de ÏEpervier, Marec, 
dont la conduite avait été très belle pendant Fac- 
tion. Les volontaires de Bakel, qui s'étaient retirés 
avant les troupes, avaient trouvé moyen d'emme- 
ner 40 prisonniers et du butin; grâce au courage 
remarquable déployé par tous, commandant, offi- 
ciers et soldats et aux pertes très forles qu'éprouva 
l'ennemi en tués et blessés, cette affaire ne produi- 
sit pas trop mauvais effet dans le pays ; les Sara- 
kboUés, ne se croyantplus en sûreté dans leur camp, 
l'abandonnèrent. 

Dès cette époque, Al-Hadji avait anéanti notre 
commerce au-dessus de Bakel et fait tout son pos- 
sible pour l'anéantir au-dessous. Il ne cachait plus 
ses projets à notre égard; il disait: « Les blancs ne 
sont que des marchands ; qu'ils apportent des mar- 
chandises dans leurs bateaux, qu^ils me payent un 
fort tribut lorsque je serai maître des noirs, et je 
vivrai en paix avec eux. Mais je ne veux pas qu'ils 
forment des établissements à terre, ni qu'ils envoient 
des bâtiments de guerre dans le fleuve. » Nous ne 
pouvions accepter ces conditions; car, faire le com- 
merce sans protection avec des barbares est une 
chose reconnue impossible depuis longtemps. 
Aussi, bien loin d'abandonner et de démolir nos 
forts, nous crûmes nécessaire d'en créer un nou- 
veau, plus avancé que tous les autres, à Médine, 
pour éloigner notre frontière de Bakel et sauver, si 
c'était possible , l'important commerce de ce 
comptoir. 

Dans ce but, le gouverneur se transporta, avec 



DE 1851 A 1885 113 

tout ce qu'il put réunir de forces à Médine, dans le 
Khasso, à 250 lieues de Saint-Louis. C'était la pre- 
mière fois qu'une colonne française allait aussi loin, 
et cela fut jugé téméraire par. beaucoup de per- 
sonnes. En effet, il y a beaucoup de difficultés pour 
les blancs à faire la guerre dans ces contrées, pon- 
dant la seule saison où les bateaux peuvent y mon- 
ter. Des inondations qui couvrent de marécages 
d'immenses étendues de pays , des pluies torrentielles 
accompagnées des plus violents coups de vent, des 
chaleurs insupportables, un soleil qui vous tue en 
quelques heures: voilà les obstacles à vaincre 
avant de combattre des populations nombreuses, 
bien armées, et douées d'une grande bravoure. 

Mais notre cause était perdue si nous ne cher- 
chions pas à arrêter court les progrès du prophète, 
et si nous attendions qu'il fut maître du haut du 
fleuve pour lui résister dans le bas. 

L'état du bas du fleuve, terrifié par nos cam- 
pagnes du printemps, rendait l'éloignement de la 
garnison possible. Les bateaux à vapeur VEpervier^ 
le Rubis, le Grand-Bassam, le Marabout y le Serpent 
et \q Basilic, sous le commandement de M. Desma- 
rais, lieutenant de vaisseau, remorquant d'autres 
navires et nos deux bateaux-écuries, transportèrent 
en quinzejours de pénible navigation, 300 hommes 
d'infanterie, 40 spahis montés, 30 canonniers, avec 
4 obusiers de montagne, 15 sapeurs du génie, 20 
conducteurs du train, avec 20 mulets, 600 volon- 
taires noirs de Saint-Louis, 100 ouvriers noirs du 
génie armés , 2 blokhaus , des matériaux et des 



H4 ANNALES SÉNÉGALAISES 

approvisionnements. Les bateaux mirent, de plus, 
à terre, 150 laptots sous les ordres des officiers de 
marine. C'est à cela que se bornaient les forces de 
la colonie, que la fièvre et le feu de l'ennemi 
avaient considérablement réduites après l'expédi- 
tion de Mannaël. 

h'Épervier y bateau de 160 tonneaux, monta 
jusqu'à Khay, à 2 lieues de Médine, c'est-à-dire à 
près de 1,000 kilomètres de Saint-Louis. 

Septembre. La colonne débarquée à Khay, le 12 
septembre, se mit en marche le 13, à S heures 3/4 
du matin, et à 8 heures 1/2 nous arrivâmes devant 
Médine. 

La veille, un détachement de l'armée d'El-Hadj- 
Omar occupait encore Médine, mais il avait fui 
dans la nuit et le roi Sambala nous attendait paisi- 
blement à la tête de ses gens, au bas de la ville. Le 
gouverneur lui dit qu'il venait punir ceux qui 
s'étaient rendu coupables du pillage de nos mar- 
chandises ; Sambala répondit que Tarmée d'Omar, 
maîtresse du Khasso, avait commis ces pillages 
malgré lui; qu'il avait offert jusqu'à 100 captifs au 
prophète, pour sauver nos comptoirs et qu'il n'en 
avait reçu pour réponse que des menaces de mort ; 
qu'il avait toujours été l'ami des Français et qu'il 
Tétait encore. Il consentit sans objection à l'occu- 
pation de Médine par un fort. 

Le marché fut vite fait, Sambala comprenant que 
nous achetions ce que nous aurions pu prendre ; 
5,000 francs une fois payés, et 1,200 francs de ca- 
deaux par an, tel fut le prix, non seulement d'un 



DE 1834 A 1883 US 

vaste emplacement de quatre hectares pour le fort, 
dans la situation la plus favorable, mais de toute 
la rive gauche du fleuve, depuis Médine jusqu'aux 
cataractes du Félou, c'est-à-dire sur 3 kilomètres 
de longueur. 

Le i5, les travaux du fort furent commencés 
par une chaleur excessive. Dès le premier jour, un 
fourrier qui faisait la distribution, mourut en trois 
heures d'un coup de soleil, et beaucoup d'hommes 
contractèrent la fièvre. 

Le même jour, ayant appris qu'il y avait à Gon- 
diourou, à deux lieues de Médine, un dépôt de 
marchandises j laissées par Al-Hadji. M. le sous- 
lieutenant Flize, directeur des affaires indigènes, 
fut envoyé, avec un peloton de spahis, 200 volon- 
taires et ISO guerriers de Sambala pour les prendre. 
Les habitants du village prirent la fuite et les mar- 
chandises furent rapportées à Médine, où un tiers 
fut laissé aux capteurs et deux tiers rendus aux trai- 
tants. On avait aussi trouvé dans le village un très 
grand nombre de corans. 

Dans la nuit du 17 au 18, une tempête effroyable 
mit notre camp en déroute, et le lendemain, nous 
avions un grand nombre de soldats blancs malades 
de la fièvre et de diarrhées. 

Heureusement les jours suivants, le temps s'a- 
méliora, la chaleur fut moins insupportable, les 
troupes étaient mieux installées ; des gourbis en 
feuillage protégeaient hommes et chevaux du soleil ; 
de petites pluies qui tombaient la nuit rafraîchis- 
saient la terre sans gêner nos travaux et sans 



416 ANNALES SÉNÉGALAISES 

mouiller les hommes abrités par leurs tentes. Les 
vivres distribués étaient abondants et de bonne 
qualité; aussi Tétat sanitaire s'améliora et cessa de 
donner des inquiétudes sérieuses. Nos chevaux et 
nos mulets, très malades les premiers jours, re- 
prirent de l'appétit; on avait trouvé, à force de re- 
cherches, un fourrage qui leur convenait. 

600 ouvriers travaillaient neuf heures par jour 
au fort. 

Le 22, le gouverneur fut, avec une partie de la 
colonne, visiter les cataractes. On fit graver sur un 
rocher les noms de tous les officiers de la colonne. 

Le 30 septembre, le gouverneur signa un traité 
de paix, de commerce et d'alliance avec tous les 
chefs du Khasso qui vinrent devant lui abjurer 
leurs haines et leurs rancunes pour s'entendre 
avec nous contre l'ennemi commun. 

Octobre. Comme il était nécessaire de faire un 
exemple avant de redescendre à Saint-Louis avec 
les troupes, on se décida, le l®"" octobre, à sévir 
contre le grand village fortifié de Gagny (Guidi- 
Makha.) Trois jours auparavant, on avait arrêté 
dans ce village des gens de Sambala, et on les avait 
maltraités, parce qu'ils étaient amis des Français 
et par conséquent ennemis du prophète. 

En conséquence, le 4, les bateaux à vapeur le 
Serpent y le Grand-Bassam, le Marabout et le Basi- 
lic^ sous le commandement de M. Butel, lieute- 
nant de vaisseau, reçurent l'ordre de partir de 
Khay, à dix heures, pour arriver devant Gagny 
vers une heure du matin, mouiller dans l'ordre de 



DE 1854 A188S 117 

marche, et commencer en même temps le feu do 
tous les obusiers. 

L'opération fut bien menée, une centaine d'obus 
démantelèrent Tenceinte du village et éclatèrent 
dans les cases, jetant l'effroi et la mort dans la po- 
pulation prise au dépourvu. 

Le !•' octobre, les gens do Gagny venaient de- 
mander leur pardon et la paix et on les leur ac- 
corda. 

Le 5, au matin, le fort étant terminé, la colonn-e 
partit de Médine, n'y laissant que quelques maçons 
pour achever les maçonneries intérieures. Le même 
jour, nous nous embarquâmes à Khay et nous 
arrivâmes à Bakel dans la nuit suivante. 

Le 10 octobre, toute la colonne était rentrée à 
Saint-Louis, les hommes étaient très fatigués et 
pour la plupart malades. Il en mourut un grand 
nombre à l'hôpital, des suites de cette expédition. 

Au moment même du départ de Médine, on vit 
venir Boubakar, le fils de feu l'almamy du Bondou, 
Sada^ qui nous avait cédé le terrain de Sénoudébou. 
Boubakar venait de l'armée des Bambara, dans 
laquelle il servait contre Al-Hadji. Le gouverneur 
lui proposa de jouer, dans le Bondou, le rôle que 
Fara-Penda avait joué dans le Oualo; il accepta, et 
tous nos efforts tendirent, dès lors, à le faire recon- 
naître comme almamy du Bondou : il en est au- 
jourd'hui le maître et notre fidèle allié. 

A cette époque, la nouvelle se confirma qu'après 
une bataille acharnée et décisive livrée entre Lakh- 
mané et Diangouté, les Bambara avaient été défi- 

. 7. 



118 ANNALES SÉNÉGALAISES 

nilîvement expulsés du Kaarta par Al-Hadji qui 
était. resté maître du pays. 

Janvier 1856. Au commencement de 1856, pen- 
dant que le Khasso nous restait fidèle et faisait la 
guerre aux Guidimakha, qui, par les ordres d'Al- 
Hadji, avaient tiré sur nos embarcations, la garni- 
son de Sénoudébou et celle de Bakel, réunies à la 
cavalerie des Douaïch, enlevaient trois villages 
hostiles du Bondou. A la suite de ces coups de 
main, plusieurs villages vinrent dire au comman- 
dant de Bakel qu'ils étaient disposés à accepter 
l'almamy Boubakar et à abandonner le parti d' Al- 
Hadji. 

Vers la même époque, le Galibi, mouillé entre 
Makhana et Dramanet, sous le commandement du 
premier maître Reutin, infligea une très sévère 
punition aux gens de Dramanet, pour avoir laissé 
des émissaires d' Al-Hadji assassiner, dans leur vil- 
lage, deux laptots de traitants de Saint-Louis, qui 
avaient eu l'imprudence de passer la nuit à terre. 

Février. 250 volontaires de Bakel, commandés 
par Alioun-Sal, allèrent enlever un village ennemi 
du Bondou, nommé Déthié; toute la population 
périt. 

Mars. Au commencement de mars, une bande de 
Toucouleurs de Tarmée d' Al-Hadji, revenant du 
Kaarta et commandée par deux grands marabouts 
du Fouta, nommés Belli et Tierno-AUiou, forçait 
le Bondou à se soulever de nouveau contre nous et 
contre son almamy. Ils s'emparèrent de Bordé, 
village situé près de Bakel, et qui avait hésité 



DE 1854 A 1885 119 

à prendre parti pour eux; et, enhardis par ce 
facile succès, ils vinrent enlever le troupeau du 
poste. On courut après eux, à la suite des trai- 
tants Alioun-Sal et Ndiay-Sour. On atteignit les 
Toucouleurs à ce même village de Bordé, on 
leur reprit le troupeau et on leur tua SO hommes ; 
la nuit seule sauva le reste ; on leur enleva 400 cap- 
tifs qu'ils ramenaient de leur guerre sainte, 14 che- 
vaux, des bœufs, des ânes et du butin qu'on mit 
quatre jours à transporter àBakal. Les deux chefs 
Toucouleurs restèrent sur le champ de bataille; 
nous n'eûmes qu'un soldat noir tué et quelques 
blessés. 

A la suite de cette brillante affaire, Talmamy 
Boubakar reprit la campagne avec trois ou quatre 
cents partisans, et M. Girardot, commandant de 
Sénoudébou, s'étant réuni à lui, ils détruisirent le 
village de ûébou, qui s'était déclaré contre nous et 
y firent plus de 100 prisonniers. 

Pendant ce temps, le commandant du Galibi, h 
Makhana, attaqué par 180 hommes, les mettait en 
fuite par deux heureux coups de canon et mitrail- 
lait, pour la troisième fois, le village deDramanet. 
Enfin, le commandant de Sénoudébou brûlait le 
village de Touldéro, aidé par Boubakar-Saada, 
avec une perte de 2 hommes; ils en avaient tué 30 
à l'ennemi, entre autres le prince Sissibé Boubakar- 
Malik. 

Avril. Au mois d'avril, les Khassonké, fidèles à 
notre alliance, eurent dé petits engagements avec 
les Guidi-Makhaet leur tuèrent quelques hommes, 



4 20 ANNALES SÉNÉGALAISES 

et les Malinké de Farabana vinrent joindre leurs 
iorces aux nôtres à Sénoudébou. 

Le'S avril, 500 Bondouké de Naé, Kidira, Sanou- 
kholé, cherchèrent à enlever le troupeau du poste 
de Sénoudébou. 50 hommes du poste, 80 du village 
et 100 Malinké les repoussèrent vigoureusement. 

Par suite de cette agression, on alla, quelques 
jours après, brûler Naé, où plus de 200 prisonniers 
périrent dans les flammes. On fit aussi quelques 
prisonniers, entre autres un grand marabout d'Al- 
Hadji, chef de la bande, qui avait attaqué le trou- 
peau du poste et qui fut fusillé sur-le-champ. Il se 
trouvait dans le village plus de 200 kilogrammes 
de poudre et une grande quantité de mil, produit 
de la dîme levée dans le Bondou, au profit d'Al- 
Hadji. Naé, était un village de 1,200 âmes. 

Le 7 avril, le village sous le poste fut attaqué 
de nouveau; Tennemi fut mis en fuite très promp- 
tement. Dans ces différentes affaires, le poste avait 
eu 1 laptot tué et 7 blessés; le village, 4 blessés : 
les Malinké, 2 tués et 3 blessés et le contingent de 
Boubakar-Saada, 1 blessé. 

Les Toucouleurs, les Guidimakha et les Sonînké 
du Kaméra voyant venir la saison des hautes eaux, 
firent une tentative désespérée pour se venger du 
Galibi qui, pendant toute la saison, avait vigou- 
reusement repoussé toutes leurs attaques. Le 
31 mars, à six heures du malin, le bâtiment fut 
assailli par une armée considérable. La lutte dura 
jusqu^à huit heures. 1,800 cartouchea furent brû- 
lées par réquipage et par les Bakiri nos alliés, qui 



m 1854 A 1885 121 

avaient 48 fusils, et on lira 28 coups de canon à 
obus et à mitraille. M. Reulin écrivit : « Je ne puis 
connaître les pertes des ennemis, elles doivent être 
très fortes, car au lieu d'emporter leurs morts, 
comme ils en avaient Thabitude, ils les ont jetés 
dans le fleuve; quand Tennemi fut mis en fuite, il 
laissa sur place de grandes traces de sang et quel- 
ques cadavres qu'il n'avait pu enlever. » 

Le 6, M. Reutin alla brûler le grand village Gui- 
di-Makha d'Ambidédi; un assez grand nombre 
d'habitants furent brûlés. 

Le 13, le Galibiîui de nouveau attaqué par plus 
de 2,000 hommes. L'affaire fut encore plus chaude 
que celle du 31 mars, quoique n'ayant duré que 
trois quarts d'heure. L'artilleur du bord Horès eu 
le bras traversé d'une balle, le laptot Disbi reçut 
dans la bouche une balle qui lui coupa la langue 
et le commandant, M. Reutin, fut légèrement tou- 
ché au flanc gauche. L'ennemi avait formé deux 
colonnes, Tune en amont l'autre en aval du bâti- 
ment qui était mouillé contre la berge. Les Bakiri, 
retranchés dans leur petit tata, firent un feu très 
meurtrier sur les assaillants. Le canonnier Horès, 
quoique blessé, continua à servir ses pièces ave.c 
beaucoup de bravoure. M. Reutin évalua la perte 
des Al-Hadjistes à 150 hommes, quoiqu'il n'en fût 
resté qu'une cinquantaine sur le terrain, car il 
apprit qu'ils avaient été en enterrer à Sébékou, où 
beaucoup de blessés moururent le même jour. 

Profitant de ce succès, dans la nuit du 16 avril, 
nos Bakiri et quelques Khassonké, envoyés par 



122 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Sambala, allèrent brûler le village de Makha- 
Iakharé. 

Vers le même temps, les gens de Bakel, les Bon- 
douké de Boubakar-Saada et quelques Douaïch 
firent trois razzias sur les Toucouleurs qui se ren- 
daient à Nioro avec leurs troupeaux, à l'appel d'Al- 
Hadji, pour aller peupler son nouvel état. On leur 
prit 400 bœufs et 300 moutons. 

Mai. Au mois de mai, vingt cavaliers du Kaarta 
vinrent dire à Sambala de Médine que les Bambara 
venaient de se nommer pour roi Déringa-Mori 
dans le Foula-Dougou, qu'ils soutenaient encore 
la lutte contre Al-Hadji et qu'ils viendraient se 
réunir dans le Diombokho aux Djaouara et aux 
Khassonké; mais, en réalité, ces gens du Kaarta 
se montrèrent toujours impuissants contre leur 
terrible ennemi. 

Le 7 mai, à sept heures du matin, le fort et le 
village de Sénédébou furent encore assaillis par 
plus de 2,000 hommes. Le combat dura jusqu'à 
six heures; Tennemi laissa 13 morts sur le terrain 
et emporta 40 blessés. 

Le 21, AbdouUay-Avésa, grand marabout du 
Fouta-Djalon , revint, suivi de 4,000 hommes 

environ du Bondou, du Kaméra, du Fouta , 

tenter une nouvelle attaque. Après cinq heures de 
fusillade, il se retira à 3,000 mètres, laissant trois 
morts. Dans la nuit du 23, il fit une nouvelle 
attaque sans résultats. Enfin, le 24, à onze heures 
du matin, l'ennemi, divisé en trois corps, vînt livrer 
un dernier assaut. Trois fois repoussé, il aban- 
donna le champ de bataille à deux heures de Taprès 



DE 18S4 A 1885 i23 

midi, laissant 35 morts et emmenant beaucoup de 
blessés. 200 hommes du poste et du village le pour- 
suivirent et ramenèrent une dizaine de prison- 
niers. 

Juin, Un de nos courriers ayant été massacré 
par les partisans d'Al-Hadji à Alana, entre le Guoy 
et le Fouta, Boubakar-Saada fut envoyé par le 
commandant de Bakel pour punir ce village. On 
le brûla à moitié, on y tua sept hommes et on y 
fit 30 prisonniers; on ramena aussi un petit trou- 
peau. 

Août, En août, tout le Bondou se soumit à Bou- 
bakar-Saada et leS chefs lui donnèrent des otages. 
D'un autre côté, les affaires d'Al-Hadji semblaient 
aller très mal dans le Kaarta. 

Septembre, Pendant un voyage fait par M. Flize, 
dans le Bambouk, notre almany du Bondou, Bou- 
bakar-Saada et Bougoul de Farabana se réunirent 
pour attaquer Kéniéba qui était au pouvoir de nos 
ennemis; ils prirent le village et le mirent à notre 
disposition pour l'exploitation de ses mines d'or. 

Octobre. Nous eûmes à cette époque de petits 
démêlés avec le Fouta, mais toujours sans hosti- 
lités et suivis de grandes protestations d'amitié do 
la part de Talmany. 

Novembre, Le l®*" novembre, Sambala de Médine 
pour venger son oncle Sanou-Moussa, tué quelques 
mois auparavant dans le Diombokho, alla attaquer 
Maréna avec 1,000 Kassonké et douze soldats ou 
laptots du poste; il fut repoussé et ses gens se sau- 
vèrent. Pendant la retraite, nos douze hommes se 



^2^ ANNALES SÉNÉGALAISES 

retranchèrent à Kana-Makhounou avec lo? Bam- 
bara réfugiés qui s'y trouvaient. Quatre d'entre 
eux furent tués avec leur chef, le gourmet Mbay- 
Diop; les autres, dont trois étaient blessés, purent 
atteindre Médine. Tous les Bambara fureat faits 
prisonniers. 

Janvier 1857. Boubakar-Saada fit, en janvier 
18S7, une grande razzia sur son cousin Ousman 
qui le trahissait et qui fit sa soumission. à la suite 
de cette sévère leçon. 

Février. Le chef Toucouleur Bêlé traversa le 
Bondou avec 600 hommes du Fouta, pour aller 
rejoindre Al-Hadji. 

Les deux villages d'Arondou et dlaféré, près 
du confluent de la Falémé et du Sénégal, ayant 
coupé les routes, nos gens leur enlevèrent sept 
prisonniers et 240 bœufs. 

Pendant que Boubakar-Saada était occupé à f airo 
la guerre dans le Ferlo, pour soumettre cette pro- 
vince, une partie de ses villages révoltés passaà 
l'ennemi, en traversant le fleuve et se rendant chez 
les Guidi-Makha. 

Mars, Croyant }es circonstances favorables, un 
compétiteur s'éleva même contre lui dans le Bon- 
dou; c'était un nommé Ély-Amady-Caba, partisan 
d'Al-Hadji. Il avait réuni autour de lui les popula- 
tions d'Ourou Amadou, Beldioudi, Sileng, Kipia- 
guel...., etc., c'est-à-dire environ 6,000 personnes, 
avec lesquelles il s'était enfermé dans le village 
fortifié d'Amadhié. 

Boubakar lui ayant envoyé demander le tribut 



DE 1854 A 1885 125 

dû à Talmany, Ély répondit par un refus formel et 
annonça qu'il fusillerait le premier qui viendrait 
lui renouveler cette demande. Boubakar se fit aider 
par 260 Malinké du Bambouk et par 6 à 700 Maures 
Douaïch qui avaient passé le fleuve à Tuabo, après 
avoir promis au commandant de Bakel qu'ils ne 
feraient aucun tort aux villages du Guoy qui se 
disaient de notre parti. 

Cette armée se présenta devant le tata d'Ama- 
dhié et en fut repoussée, après avoir perdu une 
quinzaine d'hommes tués ou blessés; les Maures 
s'étaient contentés de faire caracoler leurs chevaux 
hors de la portée des créneaux du tata. 

Boubakar se retira en désordre à Sileng, Comme 
cet échec eut pu produire un très mauvais effet 
pour nos affaires dans le Bondou, M. le capitaine 
Cornu, commandant de Bakel et M. Girardot, 
commandant de Sénoudébou, se rendirent sur les 
lieux avec. les forces qu'ils purent réunir, savoir : 
6 spahis, 40 laptots de Sénoudébou, 60 volon- 
taires de Bakel, 60 volontaires de Sénoudébou et 
un obusîer de montagne. Arrivé à Sileng, M. le 
capitaine Cornu eut toutes les peines du monde à 
décider les Maures et les Malinké à retourner à 
Amadhié qu'ils croyaient ne pouvoir enlever. Enfin, 
le lendemain 8 mars, ils y consentirent et à deux 
heures toute la colonne débouchait dans la plaine 
d' Amadhié. 

Les cavaliers entourèrent la ville pour arrêter 
les fuyards au besoin, et la pièce fut mise en bat- 
terie pour tirer sur le tata. On allait faire feu, 



126 ANNALES SÉNÉGALAISES 

quand un cavalier sortit à toute bride des mu- 
railles ; c'était le fils d'Ély qui apportait la soumis- 
sion de son père. Le capitaine Cornu lui dit qu'il 
ne voulait avoir affaire qu'à Ely lui-même ; aussitôt 
celui-ci arriva, salua le commandant de Bakel, 
puis fit sa soumission à Boubakar-Saada en le 
priant avec beaucoup de noblesse, de ne pas se 
laisser enivrer par le succès et de ne pas abuser de 
la victoire. On désarma les défenseurs qui avaient 
environ 200 fusils, on renvoya chez eux les gens 
libres des villages qui s'étaient réunis à la voix 
d'Ély, et on prit les captifs, au nombre de 260, les 
chevaux et les bestiaux pour les partager entre 
Boubakar-Saada et ses auxiliaires. 

Le tata d'Amadhié avait 500 mètres de dévelop- 
pement, 3 mètres de hauteur, et 1 mètre d'épais- 
seur à sa base : les créneaux, très évasés en dedans, 
étaient imperceptibles au dehors. 

L'énergique résolution de M. le capitaine Cornu 
fut très utile, dans cette circonstance, à notre 
influence dans le Bondou. 

Boubakar, profitant du prestige que lui donnait 
son succès contre Ély, partit aussitôt avec ses 
alliés pour soumettre le Ferlo; il prit et brûla 
Ndioum et deux autres villages, tua ISO hommes 
aux révoltés, dont 25 chefs ou fils de chefs et prit 
140 captifs et 650 bœufs; il eut 28 hommes tués 
ou blessés, parmi lesquels son homme de confiance 
Bô. Les gens du Ferlo parurent enfin se soumettre 
en masse à Boubakar-Saada qui se trouvait ainsi 
maître incontesté de tout le Bondou, 



DE 1854 A 1885 127 

Les Maures Douaïch retournèrent avec leur part 
de butin sur la rive droite sans commettre aucun 
désordre. 

Quoiqu'en guerre avec les populations qui subis- 
saient rinfluence d'Al-Hadji et obéissaient à ses 
ordres, nous n'avions pas encore eu affaire per- 
sonnellement à lui. Aussi, ses partisans quoique 
souvent battus par nous ou par nos alliés conser- 
vaient toutes leurs illusions sur sa toute-puissance 
personnelle et ne doutaient pas qu'il n'eût, comme 
il s'en vantait, les clefs de Saint-Louis dans sa 
pocbe, et qu'il ne nous anéantit quand il jugerait 
à propos de venir lui-même nous attaquer. Us ne 
devaient pas tarder à être détrompés; comme on 
va le voir. 

Dès le commencement de 1857, on avait su 
qu'Al-Hadji, soit que ses affaires n'allassent pas à 
son gré dans le Kaarta, à la frontière duquel son 
lieutenant AbdouUay-Haoussa venait d'être battu 
par une armée du Macina*, soit qu'il crût le mo- 
ment venu de nous attaquer en face, soit enfin 
qu*il voulût faire reconnaître son autorité dans le 
Fouta et conquérir le Gayor, comme ses partisans 
l'avaient déjà annoncé, revenait de l'est, vers les 
points du haut Sénégal occupés par nos établisse- 
ments, après avoir, depuis plusieurs mois, envoyé 
chercher des renforts dans le Fouta, le Bondou et 
le Gadiaga; il resta quelque temps dans le Tomoro 

1. État musulman créé, au commencement du xix* siècle, par 
le cheikh Amadou, et qui s^étend sur le haut Niger, de Djenné à 
Tombouctou. 



428 ANNALES SÉNÉGALAISES 

(Khasso). Les effets de son approche ne lardèrent 
pas à se faire sentir. Le preniier qui se déclara 
pour Tennenii, fut Dalla-Demba chef de Dînguiray 
(Khasso), rive droite. 

Mars 1857. En mars, le chef Khassonké, Kar- 
toum-Sambala, frère du roi de Médîne, passa avec 
ses partisans sur la rivé droite et prit aussi parti 
pour Al-Hadji. 

Avril. Le chef de Khoulou (rive droite), Mali- 
Mahmoudou, resté fidèle à notre cause, vit son 
village enlevé et détruit et lui-même fut tué au 
commencement d'avril. 

Quelques jours après, le 14, Niamodi chef du 
Logo, ayant été trahi par une grande partie de ses 
sujets, Al-Hadji s'empara de son pays et notamment 
de Sabauciré. Niamodi se réfugia à Médine avec 
ceux de ses gens qui lui étaient restés fidèles. 

Sémounou, chef du Natiaga, par suite aussi âe 
défection, fut obligé de se sauver dans le Bam- 
bouk. 

Tout le Khasso se trouva donc au pouvoir d'Al- 
Hadji, sauf Médine, où s'étaient réfugiés ceux qui 
lui restaient hostiles. Le prophète se décida alors à 
attaquer ce point. 

Le 19 avril, une femme déserta de Koundaet vînt 
avertir le commandant Paul HoU à Médine, qu'Al- 
Hadji) établi à Sabouciré, avait fait des échelles 
en grand nombre et allait attaquer la ville et le 
poste. On se prépara à la défense. 

En effet, le 20, à cinq heures et demie du matin, 
Tarmée ennemie arriva en trois corps : T.un suivait 



DE 1854 A 1885 129 

le bord du fleuve pour tourner le iata de Sambala, 
le second se dirigeait sur rextrémité du tata, près 
de sa jonction avec le fort, le troisième cheminait 
dans le ravin de Mokho-Fakha-Kholé, pour atta- 
quer le front 3-4. 

Les assaillants des deux premiers corps arri- 
vèrent sur le fort et sur le tata, malgré les aiïreux 
ravages que la mitraille faisait dans leur colonne 
compacte qui s'avançait dans un sombre silence, 
resserrant les rangs à chaque décharge, et ils ten- 
tèrent l'assaut. Le troisième ne put parvenir jus* 
qu'à la muraille, à cause de la vivacité du feu des 
défenseurs et surtout de la disposition des lieux. 
Les hommes qui le composaient s'embusquèrent à 
une centaine de mètres de distance et tiraillèrent 
pendant toute l'attaque. Les assaillants des deux 
premiers corps s'efforcent d'escalader la muraille 
au moyen de leurs échelles en bambou et étant 
même parvenus, un instant, à y planter leur dra- 
peau, restèrent très longtemps au pied de l'en- 
ceinte, y cherchant des abris, dans leur ignorance 
des effets du flanquement et perdant beaucoup de 
monde par la fusillade et par la mitraille ; ils fini- 
rent pourtant par reculer, laissant le terrain cou- 
vert de cadavres. Il y en avait 67 au pied de la 
courtine 2-3, qui n'a pas 20 mètres de longueur. 
En touti le long du fort et du tata de Sambala, 
jusqu'à une distance de 200 mètres, on en compta 
plus de trois cents. Combien de mourants et de 
blessés durent-ils emporter! 

Malgré ces pertes, les assiégeants restèrent 



1 30 ANiNÂLES SÉNÉGALAISES 

encore en vue du fort jusqu'à dix heures et demie, 
essuyant le feu des canons et des obusiers. A onze 
heures, ils s'étaient éloignés jusqu'au Félou et les 
assiégés purent sortir à portée de canon, trouvant 
partout des morts, des mourants et de nombreuses 
traces de sang. 

Des déserteurs de l'ennemi assurèrent, quelques 
jours après, que la perte d'Al-Hadjî, dans cette 
journée, montait à 600 hommes. Amadou-Amat, 
assassin du traitant Malivoire, fut tué sur le haut 
d'une échelle, Oumar-Sané, almany du Bondou, 
nommé par Al-Hadji, périt aussi dans cet assaut, 
ainsi que beaucoup d'autres chefs; de notre côté, 
ayant combattu derrière des murailles contre un 
ennemi sans artillerie, nous n'eûmes que 6 hom- 
mes tués et 1 3 blessés. 

La population du village se mit aussitôt à ter- 
miner et à renforcer son tala. Les 4 pièces du fort 
étaient hors d'état de servir; on répara de suite un 
des 4 affûts. 

Du 20 au 2S avril, on fut tranquille ; à partir du 
25, les Toucouleurs reparurent en petit nombre et 
tiraillèrent dans les environs. 

Mai. Le 11 mai, à la suite d'un grand sermon 
fait un vendredi à son armée, Al-Hadji obtint d'elle 
un nouvel effort; il voulut attaquer du côté du 
fleuve et pendant la nuit. Tierno-Guibi comman» 
dait l'armée. 

A une heure et demie du matin, Tîlot qui est en 
face de Médine, à ISO mètres environ, fut enlevé 
par surprise; les 30 défenseurs qui l'occupaient se 



DE 1854 A 1885 131 

sauvèrent à la nage, après avoir jeté leurs fu- 
sils. 

Lé fort canonna jusqu'à neuf heures du matin 
lés 200 Toucouleurs qui occupaient l'île; mais, 
ceux-ci avaient soin de se mettre sur le versant 
opposé où ils se trouvaient à Tabri. Pendant ce 
temps, toute Tarmée ennemie, embusquée autour 
de la ville, tiraillait sur elle. A neuf heures, pour 
débusquer les Toucouleurs de l'île, le sergent d'in- 
fanterie de marine Desplat, avec 3 laptots et 8 
hommes du village, monta sur un canot muni de 
bastingages en peaux de bœuf ; nous eûmes 8 hom- 
mes tués ou blessés pour la seule mise à l'eau du 
canot. L'embarcation tourna File ; ceux qui la mon- 
taient fusillèrent les Toucouleurs du côté du large 
en même temps que l'artillerie du fort les atteignait 
chaque fois qu'ils se montraient du côté de la terre. 
Alors ils se jetèrent tous à l'eau sous les feux 
croisés du canot, du village et du fort et perdirent 
environ 100 hommes tués. A dix heures, voyant 
qu'il fallait renoncer à ses projets, l'ennemi avait 
disparu de toutes parts. Pendant les trois jours 
suivants, ce point du fleuve fut rempli de caïmans 
qui dévoraient les cadavres ennemis. 

L'armée d'Al-Hadji était très courroucée contre 
lui, en voyant ses impostures continuelles et ses 
promesses de miracles toujours sans effet; elle ne 
voulait plus même retourner à Sabouciré. Al-Hadji 
fut obligé de venir la chercher lui-même. 

Il fut convenu qu'on n'attaquerait plus de vive 
force, mais qu'on bloquerait étroitement la ville 



132 ANNALES SÉNÉGALAISKS 

pour Taffamer. Il y avait à Médine 6,000 âmes au 
moins et peu de vivres. 

Du 11 mai au 4 juin, les Toucouleurs vinrent 
construire des embuscades tout autour de la place; 
de sorte que les malheureux habitants ne pouvaient 
plus sortir de la muraille. Les gens de Médine, 
entassés sans abri dans un espace dix fois trop 
petit, souffraient déjà beaucoup de la famine. Les 
munitions de guerre, réduites à rien^ ne permet- 
taient plus de refouler Tennemi au loin. 

Juin. Dans les premiers jours de juin, AI-Hàdji 
réunit ses gens et dans un discours très pathétique, 
se mit à pleurer la perte de ses-chefs favoris; il 
supplia ses fidèles de tenter un dernier effort pour 
les venger et voulut leur distribuer des pioches 
pour faire brèche au tata de Sambala. Il leur dit 
que les défenseurs n'avaient plus de poudre, qu'on 
n'attaquerait pas le poste, mais seulement le tata, 
et enfin, comme toujours, leur promit le paradis. 
Malgré toutes ses exhortations personne ne voulut 
prendre ses pioches ; mais le lendemain, un renfort 
lui étant venu de Nioro, composé d'hommes dé- 
cidés et qui n'avaient pas été témoins des désastres 
précédents, ceux-ci prirent les pioches et entraî- 
nèrent toute l'armée qui se rendit à Médine, le 
4 juin, et y arriva à quatre heures du matin. 

Il se ruèrent sur le tata dans une obscurité com- 
plète et coriimencèrent à faire brèche. Les gens de 
Sambala qui étaient sur leurs gardes et faisaient 
un feu très nourri, bouchaient les trous faits dans 
le mur avec les corps mêmes des assaillants ; aidés 



DE 1884 A 1883 133 

par rarlillerie du fort, ils tuèrent 86 hommes restés 
au pîed du mur et d'autres plus loin qu'on ne put 
aller compter. Avant le jour, les Toucouleurs 
étaient en pleine déroute. 

Malgré ce nouvel échec, les ennemis resserrèrent 
de jour en jour les embuscades, au point d'atteindre 
les défenseurs, même dans Tinlérieur du village. 

Sur ces entrefaites, M. Girardot, commandant 
de Sénoudébou et M. Luzet, chirurgien de 2® classe, 
essayèrent d'aller porter des secours a Médine, Le 
S juin, ils arrivaient à Makhana, mais leurs volon- 
taires les ayant abandonnés, ils ne purent dépasser 
Diakhandapé, où était l'aviso le Giiet-Ndar. On 
essaya d'envoyer des hommes isolés porter des 
munitions de guerre à Médine, mais quelques 
paquets de cartouches purent à peine y arriver. 

Pendant les six semaines suivantes, la position 
de Médine devenait de jour en jour plus déses- 
pérée ; on ne recevait aucune nouvelle du dehors 
et on ne pouvait en donner aucune. On eut 10 tués 
et 50 blessés dans les petites escarmouches qu'on 
était obligé d'engager pour chasser les assaillants 
qui s'approchaient trop. On tuait aussi du monde 
à l'ennemi, mais les renforts lui arrivaient libre- 
ment de tous les cotés. 

Le 18 juillet, les gens du village n avaient plus 
de poudre, chacun des hommes de la garnison du 
fort n'avait plus qu'un ou deux coups de fusil à 
tirer, et chacune des quatre pièces avait encore 
deux gargousses. Les embuscades des assiégeants 

s'approchaient jusqu'à moins de 50 mètres de l'cn- 

8 



134 ANNALES SÉNÉGALAISES 

ceinte et jusqu'à moins de 25 mètres du tata de 
Sambala. 

Heureusement l'eau avait monté dans le fleuve, 
et les secours arrivèrent ce jour-là même, 18 juillet, 
comme on le verra un peu plus loin. 

Pendant que M. Paul HoUe se couvrait ainsi de 
gloire, le commandant de Bakel ayant appris, le 
1«' mai, qu'une colonne de Toucouleurs du Fouta, 
de 400 hommes environ, dont 100 cavaliers, avec 
des femmes, des troupeaux, des captifs et une ca- 
ravane, se trouvait à Dembankané pour se rendre 
à rappel d'Al-Hadji et comprenant qu^il était im- 
portant d'empêcher tout renfort d'arriver à l'armée 
qui assiégeait Médine, envoya à leur rencontre à 
Bordé, 40 hommes du poste et 260 volontaires 
commandés par les traitants Lorêt, Seydoudiop et 
Sidi-Fara-Biram. Le chirurgien du poste, M. Luzet, 
les accompagnait. 

La rencontre eut lieu à huit heures du matin ; 
les Toucouleurs, avantageusement placés sur un 
plateau assez escarpé, repoussèrent une première 
attaque, mais nos gens, ralliés par leurs chefs, 
enlevèrent la position dans un second assaut. Les 
Toucouleurs furent mis en déroute laissant sur le 
terrain trente morts, des femmes, des enfants, des 
captifs, huit chevaux et tous leurs bagages. Ils 
furent poursuivis vivement pendant une heure. 

Le 12 du même mois, 300 hommes, en partie 
armés, qui avaient été en- Gambie acheter de la 
poudre, passaient près de Makhana pour rallier 
aussi Tarmée d*Al-Hadji; les laptots àuGalibiel 



DE 18S4 A 1885 135 

les gens de Makhana les assaillirent, leur enle- 
vèrent la plus grande partie de leurs bagages et 
rapportèrent environ pour 5,000 francs de mar- 
chandises et, entre autres, 65 kilogrammes de 
poudre ; le laptot Lamine se distingua particuliè- 
rement. De leur côté les Maures faisaient, pendant 
ce temps, une guerre d'extermination aux Guidi- 
makha tous ralliés à Âl-Hadji. 

Cependant, inquiet sur le sort de Médine, dont 
il n'avait plus de nouvelles directes depuis le 
17 mai et de nouvelles même indirectes depuis le 
commencement de juin, le gouverneur avait pressé 
le départ du premier bateau. 

Juillet. Le Basilic partit le 2 juillet de Saint- 
Louis, le gouverneur le suivit, le 5, sur le Podor, 
avec 80 hommes de troupe ; tous les autres bateaux 
étaient en réparation. 

Le 13, le Podor arriva h Bakel et on nous y 
apprit les nouvelles les plus graves. On faisait mon- 
ter, à Bakel, Tarmée d'Al-Hadji à 15,000 hommes. 
Le Basilic n'avait pu arriver à Médine, trouvant 
trop peu d'eau aux petites cataractes : après avoir 
ravitaillé le Guet-Ndar, il était revenu à Bakel 
pour s'alléger un peu, sans avoir pu se procurer, 
quoique de si près, aucune nouvelle de la ville 
assiégée. 

Le Guet-Ndar était de nouveau échoué sur les 
roches des petites cataractes, mais cette fois, com- 
plètement crevé et déjà presque submergé. Son 
équipage était journellement attaqué. Enfin, au 
même moment, une nouvelle colonne de Toucou- 



436 ANNALES SÉNÉGALAISES 

leurs traversait le Bondou pour aller renforcer Al- 
Hadji. 

Dans des circonstances aussi critiques, il fallait 
tout risquer et passer à tout prix ; on envoya immé- 
diatement le Basilic chercher à Matam, dont on 
construisait la tour, un renfort d'ouvriers noirs du 
génie et une quinzaine de soldais blancs, et, sans 
les attendre, le gouverneur partit sur le Podor pour 
Médine, après s'être renforcé d'une centaine de 
laptots ou volontaires de Bakel; mais, le Podor ^ 
après avoir talonné plusieurs fois à Diakhandapé 
et à Khay, fut obligé de mouiller vis-à-vis de Sou- 
toukhoUé, au milieu des petites cataractes, à trois 
lieues de Médine et à côté du Guet-Ndar] au delà, 
il n'avait plus son tirant d'eau. 

Le commandant du Guet-Ndar^ M. des Essarts, 
enseigne de vaisseau, fut apporté par un de ses 
canots à bord du Podor. Il était sans connaissance 
depuis dix heures par suite d'un accès pernicieux 
et mourut dans la nuit même. 

Voici par suite de quels événements le Guet- 
Ndar se trouvait échoué aux petites cataractes : 
ce petit aviso, à son dernier voyage de Médine de 
1836, avait été mis sur une roche pointue par son 
pilote à Diakhandapé. M. des Essarts resta à son 
bord avec son équipage composé d'un mécanicien 
et d'un chauffeur blancs et de 23 laptots noirs. 
Seulement, il se mit à construire sur la rive un 
petit fortin en terre glaise qu'il occupa en même 
temps que son bâtiment. 

Pendant sept mois, avec une poignée d'hommes, 



DK 1854 A 1883 137 

il maintiat les villages voisins dans notre partie 
même pendant le siège de Médine. Enfin, vers le 
milieu de juin, il eut Tinexprimable joie de voir 
SDU bateau réparé, à flot et marchant. Comme 
depuis quelque temps il connaissait la position 
désespérée de Médine par des lettres de M. Paul 
Holl, il n'hésita pas à tenter de remonter jusque 
là pour ravitailler la garnison. Mais à peine avait- 
il fait cinq lieues, qu'arrivé aux petites cataractes, 
vis-à-vis de SoutoukhoUé, il ne put, au milieu d'une 
fusillade des deux rives, franchir un courant de 
foudre, vint en travers et fut jeté violemment sur 
des roches qui pénétrèrent dans sa coque. Il fit des 
efforts inouïs pour se tirer de là; ce fut en vain. 

Capitaine et équipage montrèrent dans une aussi 
triste position, une énergie admirable. 

Us étaient fusillés du matin au soir, mais leurs 
bastingages en tôle les garantissaient des balles. 
Vers le 15 juillet, M. des Essarts pour ménager 
sa poudre, ayant donné l'ordre à ses laptots de ne 
pas riposter aux coups de fusils, les ennemis crurent 
que le bâtiment était abandonné^ ou qu'il man- 
quait de poudre; ils voulurent en tenter Tassant à 
la nage. Ils remplirent trois pirogues de leurs fusils 
et se mirent à la nage au nombre de 150. Pendant 
ce temps, 2 à 300 hommes sur chaque rive, fai- 
saient un feu continuel. M. des Essarts laissa les 
nageurs s'approcher à 25 mètres et alors il fit feu 
de toutes ses armes, fusils et perriers à mitraille. 
Les pirogues coulèrent, les Toucouleurs furent 

atteints en grand nombre, ceux qui ne furent pas 

8. 



138 ANNALES SÉNÉGALAISES 

tués au premier moment, prirent pied sur le banc 
de roches, ayant la tête seule hors de l'eau, et, ne 
pouvant se remettre à la nage parce qu'ils étaient 
à bout de forces, ils furent tués en détail; enfin, 
50 environ purent seulement regagner la rive. Une 
centaine d'hommes avaient été tués et emportés 
par le courant. Les jours suivants la cavalerie 
ennemie parcourait les rives du fleuve pour re- 
chercher et retirer leurs cadavres. 

Reprenons maintenant le récit des opérations de 
la petite colonne qui allait secourir Médine. Le 17, 
le gouverneur fit débarquer ses 80 hommes de 
troupe et ses 140 noirs sur la rive droite et il brûla 
le village abandonné de SoutoukhoUé, village de 
Kartoum-Sambala, dans l'espoir que l'incendie 
serait vu de Médine et annoncerait notre approche 
aux assiégés. 

Le même jour, vers le soir, le Basilic arriva do 
Matam, apportant 120 hommes de renfort, dont 
20 blancs. Il mit soft monde à terre, franchit le 
passage des petites cataractes entre deux pointes 
de roches, avec une vitesse de moins d'un mètre 
par minute en chauffant à toute vapeur, et surchar- 
geant les soupapes de sûreté; il mouilla devant 
Kéniou, village dont il éloigna des groupes enne- 
mis par ses obus; il y passa la nuit. 

Ayant reconnu que le passage si difficile des 
Kippes était défendu par de nombreux contingents 
couvrant les rochers à pic, qui dominent le fleuve 
des deux côtés, le gouverneur se décida à forcer le 
passage, en même temps par terre et par eau. 



DE 1834 A 1885 139 

Attendre de nouveaux renforts, c'était s'exposer à 
laisser prendre Médine qui devait être à la dernière 
extrémité. Des personnes doutaient même qu'il 
fût encore en notre pouvoir. 

A six heures, le Basilic s'embossa à portée d'obu- 
sier des Kippes et les canonna alternativement. 
En même temps, le gouverneur débarqua pour 
prendre le commandement des forces à terre ; 
SOO hommes, dont 100 blancs et un obusier. Il 
porta la colonne au pied de la position à enlever, 
fit lancer deux obus et sonner la charge; soldats, 
laptots, volontaires et ouvriers, officiers en tête, 
escaladèrent les rochers avec beaucoup d'entrain ; 
Tennemi les abandonna sans résistance et on ne 
reçut des coups de fusils que des ennemis embus- 
qués sur les rochers de la rive gauche. On prit 
position de manière à répondre à leur feu et à pro- 
téger le passage du 5a527/c ; Tordre fut alors donné 
à celui-ci de franchir. Il le fit heureusement et 
mouilla à 500 mètres environ en amont des Kippes. 
M. Guay, volontaire, second à bord, reçut seul 
une balle morte à Fépaule. 

La colonne descendit ensuite sur le bord du 
fleuve, vis-à-vis du Basilic, et, de là, on aperçut à 
travers une plaine de 3 à 4,000 mètres, le fort de 
Médine. Le pavillon français flottait sur un des 
blokhaus, mais aucun bruit, aucun mouvement ne 
prouvaient que le fort fût occupé. Dans la plaine 
se trouvaient des Toucouleurs embusqués ou errant 
çà et là. 

L'ordre fut donné de passer immédiatement le 



140 ANNALES SÉNÉGALAISES 

fleuve sur les embarcations du Basilic. Los Tou- 
couleurs défendirent le terrain ; les premiers dé- 
barqués les repoussèrent assez loin de la rive pour 
protéger le passage des autres et de rartilleric. 
Bientôt tout le monde se trouva réuni sur la rive 
gauche et on refoula les Toucouleurs de toutes 
parts, en se rapprochant de Médine. Le fort ne 
donnait pas encore signe de vie et cela paraissait 
inexplicable quand on songeait que Médine con- 
tenait plus d'un millier de défenseurs armés de 
fusils. 

Enfin, le gouverneur, ne pouvant contenir son 
impatience, mit son infanterie en position sur un 
petit mamelon pour y attendre TartiUerie qui ache- 
vait de passer et se lança avec ses irréguliers au 
pas de course, vers Médine, à travers les cases du 
village détruit de Komentara. Ce ne fut qu'au 
moment où il arrivait à 150 mètres du fort et tra- 
versait le dernier ravin, que l'on aperçut d'une 
part, les Toucouleurs cachés dans une foule d'em* 
buscades et bloquant le fort à le toucher et d'autre 
part, les défenseurs sortir de leurs murs en pous- 
sant des cris pour les chasser, de concert avec 
nous. 

Les Toucouleurs montrèrent jusqu'au dernier 
moment une audace incroyable ; poursuivis , 
cernés, ils ne faisaient pas un pas plus vite que 
l'autre et se faisaient tuer plutôt que de fuir, tant 
était grande leur exaspération de voir leur échap- 
per une proie qu'ils tenaient déjà si bien. 

Les défenseurs, le commandant Paul HoU en 



DE 1831a 1883 141 

tête , se jetèrent dans les bras de leurs libérateurs, 
avec une joie qu'il est inutile de décrire. 

Mais quel spectacle navrant pour ces derniers ! 
Plus de 6,000 individus, en grande majorité fem- 
mes et enfants, entassés presque sans abri et au 
milieu des immondices dans un espace de moins 
de 3,000 mètres carrés...., le fort, qui a 30 mètres 
de côté, en contenait plus de 300. La faim se pei- 
gnait sur tous les visages; depuis plus d'un mois, 
on ne se nourrissait que de quelques arachides et 
on n'avait pas de bois pour les faire cuire. Les 
maladies ravageaient cette multitude affamée, et 
pour achever le tableau, 3 à 400 cadavres ennemis 
dans un affreux état do putréfaction, au pied de 
l'enceinte, empestaient l'air environnant. 

L'ennemi ayant été repoussé hors de vue de la 
place, toute la population sortit en toute hâte, 
n'ayant pas assez d'expressions ni de gestes, pour 
témoigner sa reconnaissance au gouverneur, ainsi 
qu'à ses officiers et à ses troupes. Ceux qui ont 
assisté à un pareil spectacle ne Toublieront jamais. 

Les femmes se précipitaient sur les moindres 
morceaux de bois, comme si c'eût été des objels 
précieux, pour allumer un peu de feu et faire bouil- 
lir des racines, d'autres cueillaient et mangeaient 
de rherbe crue. 

On se mit aussitôt à nettoyer les environs pour 
faire disparaître les causes d'infection qni eussent 
pu devenir fatales, et à faire évacuer le fort pour 
y installer les troupes. 

Les officiers qui prirent part à celte belle jour- 



i42 ANNALES SÉNÉGALAISES 

née étaient MM. le chef de bataillon Sardou, com- 
mandant VartiUerie, le capitaine du génie Fulcrand 
et le lieutenant du génie Fajon, commandant les 
ouvriers noirs, M. le lieutenant de vaisseau Bros- 
sard de Gorbigny, commandant les compagnies de 
débarquement du Galibi, du Guet-Ndar et quelques 
hommes de la Couleuvrine, M. de Butler, enseigne 
de vaisseau, commandant la compagnie de débar- 
quement du Podor, MM. Bellanger et Chauvault, 
lieutenant d'infanterie de marine et Guizeri, sous- 
lieutenants, Alioun-Sal, sous-lieutenant indigène 
de spahis, M. le docteur Luzet qui^ depuis six se- 
maines, avait partagé les dangers et les efforts du 
commandant du Guet-Ndar^ pour secourir Médine, 
M. Blin, chirurgien du Podor et M. Descemet, sous- 
lieutenant d'état-major remplissant les fonctions 
d'officier d'ordonnance. 

Tous avaient rivalisé de dévouement pour faire 
réussir une entreprise aussi difficile et aussi impor- 
tante que la délivrance de Médine. Les contre- 
temps arrivant les uns après les autres pendant 
quatre jours, n'avaientpu abattre les courages; les 
esprits s'étaient mis à la hauteur de l'entreprise 
dont il fallait atout prix venir à bout. M. Millet, 
enseigne de vaisseau, commandant leBasilicy avait 
de son côté concouru de toutes ses forces à l'œuvre 
commune. Il eut, le jour même, la satisfaction de 
mouiller devant le poste et d'y déposer ses appro- 
visionnements. 

Le lendemain matin, la colonne, avec les gens 
de Médine, alla pousser une reconnaissance au 



DE 1854 A 4885 143 

delà des cataractes du Félou, sur la route de Sa- 
bouciré où se trouvait encore Farinée ennemie, et 
MM. Brossard de Corbigny et de Butler, avec leurs 
compagnies de débarquement, allèrent brûler le 
village ennemi de Kounda, abandonné à leur 
approche par les Toucouleurs. 

Pendant ce temps, on gravait une inscription sur 
les roches du Félou pour rappeler le souvenir de 
ces mémorables événements. 

Le lendemain, le gouverneur, renvoyant les ba- 
teaux à Saint-Louis, pour lui amener des forces 
qui lui permissent d'aller à son tour assiéger Al- 
Hadjî dans Saboucîré, resta de sa personne à Mé- 
dine pour soutenir le courage de ses défenseurs. 

Cinq jours après, le 23, un brillant combat fut 
livré par la garnison aux gens d*Al-Hadji réunis à 
une armée de secours qui lui arrivait du Fouta. 

Ces Toucouleurs, venant du Fouta avec leurs fa- 
milles et leurs troupeaux, avaient traversé le Bon- 
dou au commencement de juillet. Les gens de 
Bakel, ainsi que des Maures Douaïch allèrent les 
attaquer aupassage, mais, moins nombreux qu'eux, 
il furent obligés de chercher un refuge dans le tata 
de Gabou après avoir perdu quelques hommes. Les 
Toucouleurs les y poursuivirent et essayèrent de 
les y forcer, mais il furent repoussés à leur tour 
avec d'assez grandes pertes. Sur ces entrefaites, 
Boubakar-Saada arriva avec les gens de Sénou- 
débou, tomba sur les Toucouleurs, leur tua une 
trentaine d'hommes, leur prit 19 chevaux et les mit 
en déroute. Le chef de l'émigration El-Féki fut tué 



i4i ANNALES SÉNÉGALAISES 

dans le combat ainsi que d'autres guerriers mar- 
quants du Foula. 

A la suite de cette défaite, une partie de la bande 
était retournée dans le Fouta avec les blessés, et 
l'autre beaucoup plus nombreuse avait continué sa 
roule en passant par Boulébané, Cousam et Ndan- 
gan où elle avait passé le Falémé. Elle était enlréo 
le 20, dans Farabana, qu'elle avait trouvé aban- 
donné, et le 22, elle arrivait à Gondiourou, à deux 
lieues 'de Médine. Al-Hadji, averti de sa venue, 
avait envoyé une partie de ses forces à sa rencontre 
le 22 au soir. Le lendemain matin, s'étant mis tous 
en marche, ils vinrent jusqu'au ravin qui est à 3/4 
de lieue de Médine, sur la route de Gondiourou, 
pour se rendre à Sabouciré. 

La nouvelle de leur approche était arrivée à Mé- 
dine, comme nous l'avons dit ci-dessus, cinq jours 
après la délivrance de la ville, le gouverneur sor- 
tit à la tête des forces peu nombreuses qu'il avait 
gardées aveclui et dont 120 hommes, des meilleurs, 
avaient encore été distraits la veillepour allercher- 
cher un troupeau de bœufs àMakhana. 

La sortie ne se composait donc que de 50 soldais 
blancs, un obusier avec quelques canonniers, 25 
laplols, 100 ouvriers noirs du génie et environ 
150 Khassonké ou Bambara de Médine. 

La rencontre eut lieu au ravin même et les Tou- 
couleurs défendirent vigoureusement la position. 
Mais ils ne purent résister à l'élan des nôtres en- 
traînés par l'exemple de leurs chefs. Nous coupâmes 
eu deux la ligne de bataille de l'eniemi en la péné- 



DE 185i A 1885 US 

trant ; M. Brossard de Corbigny avec ses laplots et 
M. Fajon avec ses ouvriers, en rejetèrent vivement 
une iparti« à gauche sur les contre-forts du mont 
Gondiourou, pendant que le gouverneur, avec les 
cinquante soldats blancs, se heurtait au corps prin- 
cipal sur notre droite, et qu'un grand nombre rétro- 
gradait déjà par le col où passe la route de Gon- 
diourou. 

Cependant Tennemi était excessivement nom- 
breux et son feu très vif. Au moment du choc et en 
quelques minutes, nous eûmes de nombreux bles- 
sés. M. Descemet, sous-lieutenant d'état-major, fut 
atteint au ventre d'une balle mortelle qui avait, en 
passant, contusionné la main du gouverneur; 
M. Guizeri, sous-lieulenant d'infanterie de marine, 
reçut une balle dans le ventre et M. Luzet, une con- 
tusion à la tête par une balle qui traversa son cha- 
chia. Trois sergents sur cinq furent atteints: Cru- 
velhier au bas ventre, Dasle en pleine poitrine. 
Desplats, le sergent du siège de Médine, àla cuisse. 
Deux soldats d'infanterie furent traversés de part 
en part et 6 autres blessés plus ou moins griève- 
ment; 2 laptots, 10 ouvriers du génie et 12 Khas-' 
sonké ou Bambara furent atteints. En tout, 39 hom- 
mes touchés, dont 7 moururent peu de temps après. 
Mais l'ennemi fit des pertes bien plus considérables 
par notre fusillade plusnourrie encore que la sienne 
à30 pas de distance, etpar la mitraille de notre obu- 
sier, très bien commandé par le sergent Soileau et 
dont deux coups surtout furent très heureux. 

Profitant de notre avantage, nous coupâmes une 

9 



1 46 ANNALES SÉNÉGALAISES 

partie du convoi ennemi et on s'en empara. Quant 
au reste, il s'enfonça dans les gorges de la mon- 
tagne avec toute Témigration en désordre. 

La colonne rentra lentement à Médine avec ses 
nombreux blessés et beaucoup de butin. L'ennemi 
laissait plus de 50 morts sur le champ de bataille 
au monent où nous en restâmes maîtres. Les bles- 
sés devaient être nombreux en proportion, et les 
jours suivants, on remarquait des nuées de vau- 
tours le long de la ligne de collines qu'il avait sui- 
vie pour retourner à Sabouciré. 

Dans l'apres midi, une partie du convoi des Tou- 
couleurs (l'autre dégoûtée s'en retournait dans le 
Foula) voyant tout le monde rentré à Médine, re- 
vint s'engager dans une vallée du mont Gondiou- 
rou qui va à Sabouciré; on lui envoya quelques 
obus et quelques fusées de guerre qui la mirent de 
nouveau en déroute. 

Les Toucouleurs comprenaient que si le gouver- 
neur était resté à Médine en faisant descendre les 
bateaux, c'était pour envoyer chercher des forces 
qui lui permissent d'aller les assiéger dans Sabou- 
iciré. Ils ne se sentaient pas trop disposés à l'at- 
tendre. Al-Hadji déclara que n'espérant pas pouvoir 
résister aux blancs, il allait se retirer à Dingui- 
ray, son village du Fouta-Dialon, avec tous ses 
fidèles et tous ses biens. 

Les renforts demandés à Saint-Louis furent 
amenés àBakel, le H août, sur le Podor, le Rubis y 
le Serpent et le Grand-Bassani^ par M. le comman- 
dant supérieur de la marine Duroc. Ils consistaient 



DE 1834 A 1885 147 

en 200 hommes d'infanterie européenne, 100 hom- 
mes d'infanterie indigène, 70 hommes, d'artillerie, 
avec 40 mulets et 3 obusierset 100 volontaires de 
Saint-Louis. 

A l'arrivée de ces forces, Al-Hadji venait de 
quitter Sabouciré après en avoir détruit le tata. Il 
s'éloignait de Médine pour éviter notre rencontre, 
en remontant le Sénégal sur la rive gauche. 

Il n'y avait dès lors plus d'espoir de se mesurer 
avec lui; on se décida à aller enlever de suite Som- 
som-Tata dans le Bondou, la ville la plus forte de 
tous le haut pays, devant laquelle le commandant 
de Sénoudébouetl'almamyBoubakarse trouvaient 
depuis douze jours , sans pouvoir la prendre , 
quoiqu'ayant déjà lancé sur elle une centaine 

d'obus. 

La forteresse de Somsom, placée sur le marigot 
de Balonkholé et au pied d'une chaîne de collines 
rocheuses, à moitié chemin entre Bakel et Sénou- 
débou, avait environ 300 mètres de tour. Le mur 
avait 5 mètres de hauteur et 1"',20 d'épaisseur en 

bas. 

Il était construit en pierres, terre glaise et paille 
hachée ; 18 tours à étage , faisant office de bastions, 
garnissaient l'enceinte. Dans certains endroits, il 
y avait double ou triple enceinte. Dans l'intérieur 
se trouvait un réduit dont l'enceinte était garnie de 
4 autres tours. Ce fort fut construit il y a environ 
40 ans, par Talmamy Toumané, et il était tout à 
fait imprenable pour les indigènes. Les obusiers de 
montagne ne pouvaient y faire brèche, sa prise 



148 ANNALES SÉNÉGALAISES 

nécessitait Temploi d'une artillerie plus puissante 
ou de la mine. 

Il y avait un an qu'Al-Hadji avait mis aux fers 
et enfermé dans Somsom un prince de la famille 
des Sissibé, nommé Ala-Khassoum, parce qu'il le 
soupçonnait d'être du parti de notre almamy Bou- 
bakar. 

L'investissement par Boubakar avait eu lieu le 
3 1 juillet; il avait surpris dehors une partie du trou- 
peau et enlevé quelques greniers de mil, mais la 
population s'était renfermée dans le fort et Malikle 
chef, à la sommation de Boubakar, d'avoir à lui 
rendre le prince prisonnier, avait déclaré qu' Ala- 
Khassoum lui ayant été confié par Al-Hadji, il se 
ferait tuer lui et les siens plutôt que dé le rendre h 
un autre. 

Août. Le 1" août les assiégeants, après avoir 
envoyé quelques obus contre l'enceinte, s'étaient 
précipités sur les portes , mais ils avaient été 
repoussés après avoir eu 11 hommes tués ou 
blessés. L'affût de l'obusier était brisé, on bloqua 
la place. 

Le 3, ayant reçu un autre affût de Sénoudébou, 
on parvint à faire un petit trou à l'enceinte et on 
essaya de l'agrandir à la pioche, sous le feu des 
créneaux, et de pénétrer par là. Quatre hommes 
parvinrent à entrer, à leur tête le gourmet des lap- 
tots de Sénoudébou^ Massamba-Guèye ; mais ce- 
lui-ci ayant été tué et les autres blessés, on battit 
en retraite avec une perte de 8 hommes. A ce mo- 
ment, Malik croyant que le tata allait être pris, 



DE 1884 A 1883 149 

s'empressa de tuer Ala-Khassoum, quoiqu'il fût 
son oncle. 

Du 3 au 12 inclus, on se contenta de continuer 
à bloquer la place, échangeant quelques coups de 
fusil avec les tours et lançant quelques obus dans 
l'intérieur. Les assiégés se moquaient deBoubakar 
et lui disaient que jamais il n'entrerait dans Som- 
som-Tata. Il eut été du plus mauvais effet dans le 
paysMe ne pas le prendre, après s'y être servi de 
l'artillerie. Aussi le gouverneur était-il décidé à le 
prendre à tout prix. 

Le 13, la colonne débarqua à laféré ; on voulut 
se mettre en route à deux heures du matin, mais 
on se jeta dans un marais impraticable et il fallut 
attendre le jour, à la pluie et au milieu d'une nuée 
de moustiques. A six heures on se remit en 
marche; à sept heures on trouva un terrain dé- 
trempé par la pluie où les mulets s'abattirent. Il 
fallut les décharger et même, haut le pied, ils pas- 
sèrent avec la plus grande difficulté. 

Traversant ensuite un pays magnifique, on arriva 
à six heures du soir à Somsom, et la vue de cette 
forteresse indigène ne rassura pas beaucoup les 
esprits. On campa à portée de fusil du fort, derrière 
un pli de terrain. On recommanda au commandant 
de Sénoudébou et à Boubakar, de mettre tout leur 
monde à garder les deux portes pendant la nuit. 
Le lendemain on devait canonner le fort avec 
2 obusiers placés sur une hauteur qui le domine à 
environ 400 mètres et d'où l'on voitdans Tintérieur; 
le soir, on devait occuper de vive force une petite 



150 ANNALES SÉNÉGALAISES 

mosquée extérieure placée à ISmètres de distance 
d'un des angles de Tenceinte, pratiquer pendant la 
nuit une mine sous cet angle de Fenceinte, le faire 
sauter et le IS, à la pointe du jour, enlever Som- 
som d'assaut par la brèche. 

Mais Malik et ses gens, effrayés par l'arrivée des 
troupes^ comprirent qu'ils étaient perdus, et, vers 
minuit, dans une obscurité complète, ils sortirent 
avec tout leur monde. Ceux qui gardaient les 
portes les fusillèrent et coururent dessus. Une 
vingtaine de fuyards furent tués, 400 restèrent pri- 
sonniers entre nos mains, presque tous femmes et 
enfants, ainsi que les troupeaux. Malik, avec le 
quart de son monde, parvint à se sauver. Aussitôt 
après on entra dans le tata, qu'on livra au 
pillage, ^ît où Ton trouva quelques blessés aban- 
donnés. 

Le lendemain matin, au moyen de deux mines 
on fit sauteries principales tours ; on fit une autre 
grande brèche à la pioche et on brûla toutes les 
cases. La prise de Somsom nous avait coûté , 
en tout , 27 hommes tués ou blessés ; la perte 
des assiégés, en tués ou blessés, n'avait pas été 
au delà de 40 à SO personnes, malgré la grande 
consommation d'obus faite avant l'arrivée des 
troupes. 

Le IS, dans la journée, la colonne reprit le che- 
min du fleuve. On bivouaqua la nuit au village de 
Marsa, et, le 16 au matin, on arriva à laféré; tout 
le monde s'y embarqua pour Médine où l'on arriva 
le 17 au soir, sans accidents. Le Rubis resta mouillé 



DE 1854 A 1885 151 

en dessous des petites cataractes, tous les autres 
bâtiments mouillèrent devant Médine; nous y ap- 
prîmes qu'Al-Hadji se dirigeait vers le Fouta-Dia- 
lon; il était déjà à six jours de marche de distance. 

Pour tirer parti des forces qu'il avait sous la 
main et pour débarrasser Médine d'un voisinage 
gênant, le gouverneur résolut d'attaquer Kartoum- 
Sambala qui était établi à Kana-Makhounou, avec 
les Khassonké du parti d'Al-Hadji, à six lieues du 
fleuve, vers la frontière du Kaarta. 

Le 17, les troupes furent mises à terre sur la rive 
droite, au nombre de 900 hommes. Pendant la 
nuit, on passa les volontaires de Médine et les con- 
tigents alliés des Bambara du Kaarta et des Man- 
dingues du Bambouk, au nombre de 1,500 hommes 
environ. Nous essuyâmes une forte tornade pen- 
dant la nuit. 

Le 18, à cinq heures et demie du matin, on 
partit par la route des cataractes et de Fatola; 
mais arrêtée par un marigot, la colonne fit un 
changement de direction à gauche pour marcher 
directement sur Kana-Makhounou. Entre le fleuve 
et Kana-Makhounou, on voyage dans une forêt qui 
ne finit qu'au village même ; celui-ci est sur la 
rive droite d'une des branches du marigot qui vient 
se réunir au fleuve par Khoulou, vis-à-vis de Ké- 
niou. 

Après avoir fait la grande halte, à moitié chemin, 
sur le bord d'une mare, on se remit en marche, 
à midi, en deux colonnes. Une colonne légère 
composée de tous les volontaires et alliés, des 



i 52 ANNALES SÉNÉGALAISES 

soldats noirs, des laptots et d'un obusier, com- 
mandée par M. le capitaine de frégate Duroc, et une 
colonne de réserve composée de Tinfanterie euro- 
péenne, de Tarlillerie et du convoi aux ordres du 
commandant d'artillerie Sardou. A^ peine en marche, 
nous reçûmes une énorme averse qui eut bientôt 
converti toute la forêt en un vrai lac. Les volon- 
taires avaient sur nous un immense avantage, ils 
se mettaient complètement nus, et renfermaient 
leurs vêtements dans leurs peaux de bouc, ils les 
en tiraient secs après la pluie. 

Le terrain, qui est de terre très grasse, se dé- 
trempa, se défonça par le passage de la première 
colonne, de sorte qu'il devenait impossible à la se- 
conde d'aller plus loin, les mulets ne pouvant plus 
faire un pas sans tomber. M. le commandant Sar" 
dou choisit une position et bivouaqua. 

Le gouverneur poursuivit sa route avec M. le 
commandant Duroc et sa colonne, et, à deux heures 
et demie, nous arrivâmes au bord du marigot, à 
portée de fusil du village. Quelques hommes qui 
étaient aux champs nous aperçurent et donnèrent 
l'alarme. Aussitôt 3 obus furent lancés sur le tata 
et tout le monde se jeta à l'eau pour envahir le 
village. C'était un spectacle excessivement curieux 
que de voir près de 2,000 hommes passant, serrés 
les uns contre les autres, le torrent grossi par les 
pluies et écumant au milieu des roches. 

Le bruit du }canon ayant ôté à l'ennemi toute 
envie de résister, quoiqu'il y eùl 2 tatas assez vastes 
et assez bien construits, ce ne fut bientôt qu'une 



DE 18S4 A 188S 153 

poursuite générale et dans toutes les directions, 
chacun ramenant des prisonniers, des bœufs, des 
charges de butin. M. Duroc, avec ses compagnies 
de débarquement commandées par MM. Lebrun, 
Pottier et Gaillard, poursuivit vivement les fuyards, 
On enleva beaucoup de bijoux, d'effets et d'usten- 
siles de ménage, des provisions en grande quantité, 
800 femmes ou enfants, 500 vaches, un grand 
nombre d'ânes, de chèvres, de moutons et quelques 
chevaux. On tua quelques hommes à l'ennemi et, 
de notre côté, nous eûmes 2 hommes tués et 3 
blessés. On mit le feu au village, on démolit les 
deux tatas et Ton revint passer la nuit sur la rive 
gauche du marigot. 

Le 19, à cinq heures du matin, la colonne d'a- 
vant-garde, après avoir passé une nuit très pénible 
dans son bivouac boueux, sans tentes et sans ses 
bagages, reprit le chemin de Médine. Ce ne fut 
qu'avec des peines inouïes qu'elle put faire passer 
son obusier dans le terrain détrempé de la forêt, 
où les chevaux et les mulets s'enfonçaient jusqu'au 
poitrail et tombaient à chaque pas. Après quatre 
heures d'efforts surhumains, on parvint à atteindre 
la colonne de réserve et on se reposa quelques 
heuî'es, puis tout le monde se remit en marche pour 
Médine, et, après avoir encore passé quelques 
mauvais pas, on y arriva vers quatre heures du 

soir.. 

Le lenclemain, toutes les troupes s'embarquèrent 
sur le Podor, le Rubis et les deux écuries, pour re- 
tourner à Saint-Louis, où elles arrivèrent le 27, 

9. 



134 ANNALES- SÉNÉGALAISES 

En somme, nous avions débarrassé le Bondou et 
le Khasso des bandes d*Al-Hadji, nos postes étaient 
dégagés, respiraient à Taise, et le prophète était 
en pleine retraite, à la grande mortification de ceux 
qui lui croyaient un pouvoir surnaturel. La co- 
lonne ramenait beaucoup de malades. Nous n'a- 
vions eu que quelques morts à déplorer, outre celle 
du si regrettable Roger Descemet, entre autres 
celle de M. Bellanger, lieutenant d'iaEanterie de 
marine. 

Le 28 août, M. le lieutenant de vaisseau Bros* 
sard de Corbigny ayant réuni les forces de Bou- 
bakar-Saada du Bondou et de Bougoul de Fara- 
bana, les dirigea contre Ndangan et Saûsandig, 
villages hostiles de la Falémé, qui avaient fait 
traverser les renforts du Fouta pendant le siège do 
Médine ; à cet effet, il remonta la Falémé sur le 
Grand^Bassam, capitaine Marteville. Yingt-cinq 
prisonniers furent', faits h Ndûigan et le village 
pillé, brûlé et rasé ; la population se réfugia & 
Djenné. Les ge.ns de Sansandig qui venaient à leur 
secours au nombre de 300 fusils, tombèrent dans 
la colonne de nos alliés et furent battus et dispersés 
en laissapt 38 morts sur le champ de bataille et des 
blessés. Deux heures après, nos alliés arrivaient 
en même temps que le Grand-Bassam devant San- 
sandig. Des obus mirent le feu au village et les 
défenseurs démoralisés abandonnèrent le tata. On 
les poursuivit et on fit 464 prisèmiiers; on prit 
250 bœufs et becuicoup de cbèvres; de plus nos 
alliés firent d^amples provisioni^ de tùil et de maïs^ 



DE 1834 A 1885 • 155 

ils n^eurent que quelques hommes blessés et 3 che- 
vaux tués. Parmi les morts de Tennemi étaient le 
chef de Samba- Yaya, 4 fils des chefs de Sansandig 
elle fils du chef de Djenné. 

Profitant de l'humiliation d'Al-Hadji et de sa 
retraite dans le Bambouk après le siège de Médine, 
Sémounou réoccupa le Natiaga à la fin d'août. 

Septembre. Niamodi, en septembre, réoccupa le 
Logo, et le Bondou se soumit tout entier à Bou- 
bakar-Saada; mais en même temps les Toucou- 
leurs, revenant du Kaarta vers le Fouta, renfor- 
çaient les villages ennemis de Guémou et de Ko- 
mendao et interceptaient ainsi la route des cara- 
vanes maures. 

Le 12 septembre, le troupeau de Bakel fut enlevé 
par une de leurs bandes qui retournait dans le 
Fouta. Le maréchal des logis Larousse avec le 
brigadier Abdallah, cinq spahis et Malamine, fils 
de rintcrprète du poste, les atteignirent à quatre 
lieues de Bakel, tuèrent cinq des voleurs et en ra- 
menèrent deux qui furent fusillés. 

Les affaires d'Al-Hadji ne donnant plus d'in- 
quiétude dans le haut du fleuve, on dut s'occuper 
de punir le Damga, qui, non content d'envoyer tous 
ses guerriers partout où Al-Hadji cherchait à nous 
nuire, avait encore osé attaquer des embarcations 
de commerce dans le fleuve. 

M. Escarfail, lieutenant de vaisseau, capitaine 
du Podor^ fut chargé de cette opération en se 
rendant à Bakel. A Nguiguilon, il chassa les habi-^ 
tants du village au nombre de 250 fusils, avec 35 



1 56 ANNALES SÉNÉGALAISES 

hommes de son équipage, renforcés par 40 ouvriers 
noirs du génie commandés par M. Guiol, conduc- 
teur des travaux; il brûla le village et n'eut qu'un 
blessé. A Sadel, le village ne fut pas défendu, il fut 
brûlé par le capitaine de rivière Numa avec 20 
hommes ; Numa reçut une balle morte. 

A Ondourou, le lieutenant du Podor^ Arnaud, 
brûla le village en n'ayant qu'un homme blessé. 
Koundel, Bemké, Ngaoudiou, Bédemké^ Beldialo 
et Garly éprouvèrent le même sort. ' 

A Tchiempen, les Toucouleurs très nombreux 
se défendirent vigoureusement contre le capitaine 
du Podor et tout son monde ; le village fut enlevé 
et brûlé, Tennemi fit des pertes notables, nous 
eûmes deux laptots grièvement blessés. 

300 Toucouleurs suivirent le bâtiment à partir 
de Garly, ils furent décimés par la mitraille. Delol, 
Tiali, Ndiangan, Kanel-Sambasiré , Tinalî, Bar- 
match, Orndoldé et Bapalel furent brûlés sans ré- 
sistance. A Gouriki, le village fut défendu et brûlé 
après une lutte de dix minutes pendant laquelle 
nous eûmes deux hommes tués. On canonna Ga- 
rangue], dont on ne put s'approcher à cause des 
bas-fonds; les obus firent des ravages dans les 
groupes : Séré, Badala, Badiki, Barkédji et Gour- 
mel furent canonnés ou brûlés, les habitants de ces 
trois derniers villages suivirent le Podor Qi se firent 
mitrailler. 

A Ouaouandé, le village fut défendu pied à pied, 

.mais brûlé; nous eûmes deux hommes tués. A 

Guellé, Tennemi étant trop fort pour que Ton pût 



DE 1854 A 1885 157 

débarquer, le bâtiment fut seulement accosté et le 
nommé Ousmam, infirmier, sauta à terre et brûla 
un quartier du village. 3 à 400 hommes suivirent 
le bâtiment pendant deux niilles, malgré la mi- 
traille et les obus. 

On brûla Bitel, Lobali, Adabéré, Verma et 
Dembacané, le dernier village du f'outa, sans 
trouver de résistance. Cette sévère leçon consterna 
les Toucouleurs, 

Octobre, Pour assurer à l'avenir la navigation 
de cette partie du fleuve contre les violences des 
Toucouleurs, on construisit la tour de Matam. Les 
populations voisines tentèrent de s'y opposer par 
des attaques réitérées. 

Dans la nuit du 6 au 7, malgré la canonnière la 
Stridente^ capitaine Ronin, mouillée à portée de 
pistolet, et le tata provisoire où couchaient les ou- 
vriers à teri'e, les Toucouleurs s'emparèrent de la 
tour commencée qui avait à peu près 2 mètres de 
haut; ils y restèrent toute la nuit, malgré le feu 
violent d'artillerie dirigé contre eux et ne furent 
délogés que le matin par les ouvriers. Ils eurent 
plus de 50 hommes tués, dont 10 furent laissés par 
eux dans la tour même. Nous eûmes un homme 
tué et 3 blessés. 

Le même jour, près de là, àCivé, où l'on extrayait 
les pierres, les travailleurs furent cernés et séparés 
du fleuve ; le capitaine du Serpent^ l'enseigne 
Bouillon, les dégagea avec sa compagnie de dé- 
barquement et repoussa vigoureusement l'enne- 
mi. Le caporal du génie Toureille se fit remarquer 



l ;J8 ANNALES SÉNÉGALAISES 

par son intrépidité. Le gourmet Oursek fut tué et 
cinq ouvriers du génie blessés. 

A la suite de ces deux affaires et grâce à une 
compagnie de tirailleurs sénégalais envoyée sous 
les ordres de M. le lieutenant Lemaire pour pro- 
téger le travail, il ne fut plus inquiété jusqu'à son 
achèvement. 

Pendant ce temps, dans les environs de Bakel, 
les caravanes maures passaient en se battant avec 
les gens de Guémou, et les Bambara réfugiés chez 
nous' faisaient des razzias sur les Toucouleurs qui 
revenaient de Farmée d'Al-Hadji. 

Une bande de ceux-ci enleva un chaland de trai- 
tant dans la Falémé, un homme fut tué et une 
femme prise ainsi que les marchandises. 

Novembre. Les gens des environs de Matam, no 
pouvant encore prendre leur parti au sujet de la 
tour, vinrent en assez grand nombre faire une der- 
nière tentative et enlever le troupeau du poste pour 
attirer la garnison au dehors. Ils furent facilement 
repoussés et le troupeau leur fut repris immédiate- 
ment. 

La Bourrasque, capitaine Ravel, fut mise en 
station pour Tannée, à Matam, pour protéger au 
besoin ce nouveau poste. 

Vers cette époque, une colonne de cavalerie des 
Ouled-Sidî-Mahmoud, eut une affaire sérieuse avec 
le village de Guémou. Ils dirent avoir tué une 
trentaine d'hommes et enlevé 60 prisonniers et 
200 bœufs. Les Guidimakha se trouvaient ainsi 
traqués de tous côtés, car Tierno-Guibi et Kartoum- 



DE 1854 A 1885 159 

Sambala attaquaient ceux de leurs villages qui n'é- 
taient pas assez partisans d*Al-Hadji. 

Dans le Bondou dépeuplé, Ndioum (Ferlo) s'était 
rétabli sous les ordres d'un Toucouleur partisan 
d'Al-Hadji, Mamadi-Dialo ; Boubakar-Saada alla 
le bloquer, mais il fut incapable de le prendre, 
malgré toute l'importance qu'il attachait à cette 
opération. Voyant cela* le commandant de Bakel, 
capitaine Cornu, résolut de Ty aider. Il partit avec 
deux obusiers de montagne et une vingtaine de 
soldats oulaptots et se réunit à une armée de 2,000 
hommes, Bondouké et Malinké, que Boubakar avait 
rassemblés. 

Arrivés à Ndioum, ils brûlèrent le village au 
moyen des obus; mais les habitants défendant 
malgré cela leur enceinte avec beaucoup de vi- 
gueur, l'armée du Bondou se débanda après quel- 
ques assauts infructueux. M. Cornu et Boubakar, 
se trouvant réduits à quelques hommes, durent 
battre en retraite devant une sortie des assiégés, 
abandonnant les deux obusiers dont les affûts 
étaient cassés et qui sont tombés entre les mains 
d'Al-Hadji. A la suite de cette affaire, les gens 
de Ndioum abandonnèrent leur village et ce 
petit échec de nos armes, ou plutôt de notre allié, 
n'eut aucune influence fâcheuse sur l'heureuse si- 
tuation où étaient alors nos affaires du haut pays. 
Mais, malheureusement, tout allait bien tôt changer 
de face. 

A la fin de 1857, comme nous venons de le voir, 
les états du haut fleuve se reconstituaient grâce à 



1 60 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Tabsence d'Al-Hadji, retiré au fond du Bambouk 
et réduit, en apparence du moins, à un état d'im- 
puissance complète à la suite de son affront de 
Médine ; le Damga avait été sévèrement rappelé à 
Tordre et châtié par nous; le fort de Matam était 
construit et les Maures du haut pays, même les 
Ouled-Sidi-Mahmoud, tribu très-fanatique, atta- 
quaient vigoureusement les Guidi-Makha qui cher- 
chaient à mettre des entraves au commerce de 
Bakel. Enfin, tout était en voie de pacification. 
Cette heureuse situation ne devait pas durer long- 
temps. 

Mars 1858. Dès le mois de mars 1858, on fit 
courir le bruit qu'Al-Hadji faisait des préparatifs 
pour sortir de sa retraite du Bambouk et se rappro- 
cher de la Falémé. Ses émissaires parcouraient 
déjà le Bondou pour le soulever contre Boubakar- 
Saada et FalmamyduFouta Mahmadou se mettait, 
chose incroyable, à construire par son ordre un 
barrage sur le Sénégal, à Garly, pour nous inter- 
dire la navigation du haut du fleuve. 

Pour punir quelques agressions, M. Girardot, 
commandant du poste de Médine et Sambala réu- 
nirent leurs forces, et enlevèrent Koniakari dans 
le Diombokho, pendant que les guerriers du village 
étaient en expédition contre les Maures qui leur 
avaient enlevé leurs troupeaux. Le chef, Tierno- 
Guibi, un des principaux lieutenants d'Al-Hadji, 
parvint à peine à se sauver; on fit un butin consi- 
dérable en mil et en bestiaux. 

Malheureusement, quelques semaines après, 



DE 1854 A188S 161 

Tierno-Guibi, ayant rassemblé toutes ses forces, 
vînt enlever à son tour et détruire, tout en essuyant 
des pertes considérables, le village de|Tamboucané, 
avant qu'il ne pût être secouru de Médine, Pres- 
qu'au même moment, Al-Hadji entrait de sa per- 
sonne dans le Bondou. Bougoul de Farabana et ses 
Malinké s'étaient déjà réfugiés sous les canons de 
Sénoudébou, ainsi que Boubakar-Saada avec ses 
partisans peu nombreux, car presque tout le Bon- 
dou Tavait encore une fois abandonné. 

Le 20 mars, Tarmée ennemie était à Gondiourou, 
près de Sambacolo, à cinq lieues de Sénoudébou, 
et nos postes faisaient en toute hâte leurs prépara- 
tifs de défense. 

Avril, Pendant le mois d'avril, les partisans d'Aï- 
Hadji relevèrent partout la tète et reprirent l'offen- 
sive sur tous les points. 

Une avant-garde de 20 de ses cavaliers traversa 
même le Fouta et arri va j usqu'à Aloar , près de Podor , 
pour disposer les esprits en sa faveur dans le Toro. 

Le 15 avril, Al-Hadji était àBoulébané, capitale 
du Bondou, où il resta un mois. II fit tous ses 
efforts pour décider son armée à attaquer Sénou- 
débou, mais ce fut en vain ; "quelques cavaliers 
osèrent seuls s'en approcher et furent vivement 
poursuivis par Boubakar-Saada. 

Mai, Le prophète fit brûler tous les villages du 
Bondou, il en fit enlever toutes les populations qui 
ne s'étaient pas réfugiées à Sénoudébou ou à 
Bakel, pour les envoyer sur la rive droite du Séné- 
gal et peupler ses États du Kaarta. 



162 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Le 13 mai, il quitta Boulébané avec une armée 
de 2,000 hommes et une multitude de femmes et 
d'enfants; il passa la journée à Bordé, près de 
Bakel et voulut en vain envoyer ses cavaliers contre 
cette ville ; malheureusement le poste n'avait pas 
de forces suffisantes pour aller l'attaquer lui-même. 

A la fin de mai, Al-Hadji pénétra enfin dans le 
Fouta et s'établit à Kanel, d'où il voulut forcer tous 
les habitants du pays à émigrer dans le Kaarta 
comme ceux du Bondou; mais les Bosseyabé, les 
Irlabé et les Jjaonkobé (Fouta central) se montrèrent 
très peu disposés à lui obéir; le Toro commença à 
commettre des désordres autour de Podor à 
l'exemple du prophète qui se mit à piller et même- 
à massacrer les Maures qui lui tombèrent sous la 
main, sur la rive gauche et même sur la rive 
droite. 

Lors du passage d' Al-Hadji près de Bakel, le vil- 
lage de Diaguila lui-même, qui nous était toujours 
resté fidèle en apparence, alla s'établir à Samba- 
Kandié pour arrêter les caravanes; quelques hom- 
mes du poste et 800 volontaires de Bakel allèrent 
détruire ce village; puis, quelques temps après, on 
fit subir le même sort au village de Kounguel, où 
ces mêmes gens hostiles de Diaguila s'étaient réfu- 
giés. Le spahis Mamadou se distingua par sa bra- 
voure et fut blessé dans cette affaire. 

Juin. Profitant de Téloignement de leur nouveau 
maître, les Khassonké et les Diavara du Kaarta se 
révoltèrent contre lui , et Sémounou , chef do 
Natiaga, n'osant pas encore se maintenir dans son 



DU 18S4 À 1885 163 

pays, alla du moins s'établir à Ndangan, port de 
Kéniéba, avec notre autorisation et en vue de notre 
prochaine arrivée dans ce pays. 

Juillet. En effet, Toccupation de Kéniéba (Bam- 
bouk),pour l'exploitation des mines d'or, avait été 
décidée par le Gouvernement; et, en conséquence, 
après avoir eu soin de faire transporter d'avance à 
Podor une quantité considérable de charbon et de 
matériel, le gouverneur partit dès le 4 juillet de 
Saint-Louis avec M. le commandant supérieur de 
la marine Robin et les avisos le Basilic^ le Serpent ^ 
le Grand'Bassaniy le Crocodile, le Griffon et la ca- 
nonnière la Stridente, he Rubis accompagnait cette 
flottille jusqu'à Mafou. On remorquait en outre, 
les écuries le Basilic et le Serpent, le brick le Mont- 
d*Or et sept chalands. 

Les circonstances avaient bien changé depuis 
qu'on avait décidé l'occupation de Kéniéba. (Jlette 
résolution avait été prise lorsqu'on croyait Al- 
Hadji anéanti au fondduBambouk, et il était alors 
redevenu plus puissant que jamais et se trouvait 
établi dans le haut Fouta; c'était une raison de 
plus, du reste, pour rémonter avec des forces et 
voir si l'on ne pourrait pas se mesurer avec lui. 

Sauf le Grand-Bassam eileMont-d'Or qui, par 
leur tirant d'eau relativement considérable, furent 
arrêtés presqu'au début du voyage, tous les autres 
bâtiments arrivèrent successivement à partir du 13, 
à Garly, après de nombreux échouages;mais là, 
l'eau manqua tout à fait par suite d'une baisse de 
quelques jours et il fallut attendre. On acquérait 



164 ANNALES SÉNÉGALAISES 

la triste certitude que la crue du fleuve était déci- 
démenten retard sur les autres années, car l'année 
précédente, par exemple, le gouverneur arrivait à 
Médine avec le Basilic le 18 juillet, et pénétrait 
dans le Falémé jusqu'auprès de Sansandig, le 
4 août, avec le même aviso. 

L'eau ne tarda pas cependant à remonter un peu, 
et, le 19, on put se remettre on route, le personnel 
étant déjà fatigué par de très fortes chaleurs, par 
les retards et les échouages qui donnaient beau- 
coup de travail et de tracas à tout le monde. 

Comme on ]e sait, un barrage avait été construit 
à Garly par les Toucouleurs duFouta, d'après les 
ordres d'Al-Hadjiet sous la direction del'almamy. 
Il se composait de massifs de 10 mètres de largeur 
sur 35 mètres de longueur dans le sens du courant, 
séparés les uns des autres par des intervalles d'un 
à deux mètres, sans doute, pour laisser passage à 
l'eau; 1,500 hommes y avaient travaillé du 
25 février au 25 avril, et ils avaient accumulé au 
moins 20,000 mètres cubes de bois, de pierres, de 
terre et de broussailles. Ce travail était fait pour 
nous interdire le passage. Mais la première crue 
des eaux avait bouleversé cette construction peu 
solide, et, quand on arriva, il y avait un petit che- 
naldéjàpraticablepour nospetits bateaux. Lescrues 
subséquentes enlevèrent jusqu'aux dernières traces 
de ce travail. 

Al-Hadji était resté jusqu'alors en observation 
sur le bord du fleuve à Orndoldé, à une douzaine 
de lieues plus haut et nous ignorions ses intentions. 



DE 1854 A 188S 163 

Mais en arrivant à Garly, nous apprîmes que, nous 
laissant passer tranquillement pour le haut pays, 
il venait de descendre en faisant un détour et de 
s'établir au centredu Fouta à Oréfoudé, très grand 
village où se fait l'élection des almamys. 

Cette manœuvre de notre ennemi nous étonna 
beaucoup; on avait toujours cru qu'il n'oserait pas 
s'aventurer dans le Fouta, au milieu de ces Tou- 
couleurs si ombrageux, si jaloux de leur liberté et 
de leur indépendance; n'osant espérer qu'il nous 
attendrait pour nous combattre, on pensait que, 
comme les autres années, il se sauverait devant 
nous, vers l'est. 

Le gouverneur renvoya immédiatement à Saint- 
Louis M. le commandant Faron et une compagnie 
d^infanterie blanche qu'il avait emmenée, ne gar- 
dant avec lui que l'artillerie et deux compagnies de 
tirailleurs sénégalais. Le 20 on arriva à Bakel. 

Après avoir envoyé de Bakel à Sénoudébou 
Tartillerie , le train et les deux compagnies de 
tirailleurs par terre, sous les ordres de M. de Pineau, 
le gouverneur se rendit en embarcation à Sénou- 
débou. 

Il y trouva la petite colonne de M. de Pineau, 
qui avait eu de grandes difficultés à vaincre dans 
son voyage des pluies abondantes, des chemins 
défoncés, des ravins escarpés à passer et une dé- 
route générale occasionnée par des abeilles, acci- 
dent très fréquent dans le Bondou et dans le Bam- 
bouk. M. de Pineau avait laissé en route une mule 
avec les reins cassés, deux, autres étaient très ma- 



166 ANNALES SÉNÉGALAISES 

lades et un ouvrier noir du génie s'était cassé un 
bras au passage d'un ravin. 

Nous traversâmes la Fal-émé à Sénoudébou ; un 
cheval à la nage fut entraîné par un crocodile. Ces 
animaux sont très dangereux dans la Falémé où ils 
atteignent des dimensions formidables. 

On renvoya encore la compagnie de M. de Pineau 
à Saint-Louis et, n'en gardant qu'une seule, on par- 
tit le 28, au matin, de Sénoudébou pour Kéniéba, 
directement par terre. Nous traversâmes un très 
beau pays; la pluie et Tétat du chemin nous génè- 
rent un peu, mais en deux petites marches (5 lieues 
1/2 le premier jour, 4 lieues 1/2 le second), nous 
arrivâmes à Kéniéba. but de nos efforts, de nos 
espérances et de nos préoccupations depuis plu- 
sieurs années. Mais que de peines pour y arriver. Il 
y avait 23 jours que nous étions partis de Saint- 
Louis . et nous avions tout laissé derrière nous, 
matériel et approvisionnements, et nous n'avions 
de vivres que pour 4 jours. 

Les hommes se construisirent des abris en paille 
contre la pluie qui tombait à verse, en attendant 
le matériel de campement. 

La prise de possession avait donc ou lieu sans 
hostilités. Peu à peu les matériaux et les appro- 
visionnements arrivèrent et les travaux furent 
menés avec la plus grande activité par M. le capi- 
taine du génie Maritz. 

Août. Pendant son séjour à Kéniéba, le gouver- 
neur passa deux traités de paix : l'un avec Bou- 
goul, chef de Farabana, pour le Bamboukj et l'autre 



DE 1854 A 1885 167 

avec Boubakar-Saada, almamy du Bondou; il re- 
tourna ensuite à Saint-Louis pour observer les 
mouvements d'Al-Hadji. 

Septembre. Dans le mois de septembre, Al-Hadji, 
mal vu dans le Fouta central, descendit dans le 
Toro qui lui était tout dévoué et chercha en vain à 
soulever le Oualo et le Cayor, où on avait déjà 
surpris plusieurs de ses émissaires dont on avait 
fait prompte et sévère justice. Il écrivit au Bour- 
ba-Djolof (roi du Djolof) pour Teniraîner dans sa 
cause, mais celui-ci déchira sa lettre sans même 
vouloir la lire. 

Octobre. En octobre, le gouverneur par intérim, 
M. Robin, établit deux camps composés chacun 
d'une compagnie de tirailleurs sénégalais et de 
25 soldats européens, avec de l'artillerie, Tun à 
Mérinaghen, sous les ordres du capitaine de Pineau, 
Tautre à Dialakhar, sous ceux du capitaine Blon- 
deau. L'établissement de ces deux camps d'obser- 
vation avait pour but d'entretenir les pays voisins 
et surtout le Ndiambour dans leurs bonnes dispo- 
sitions. De nouveaux envoyés du prophète furent 
chassés du Djolof et même pillés et le Bour-ba- 
Djolof les eût volontiers mis à mort. D'autres 
furent moins mal reçus dans le Ndiambour, sans 
avoir obtenu cependant ce qu'ils demandaient. Nos 
troupes, en parcourant les villages de ces deux 
pays, y recevaient chaque jour un excellent accueil. 

Un autre camp fut également établi à FanstyCj 
dans le Dimar, sous les ordres du capitaine de 
spahis Baussin, pour ôter aux gens d'Al-Hadji 



1 68 ANNALES SÉNÉGALAISES 

toute envie de pénétrer dans cette province. Une 
chose singulière, c'est que Talmamy du Fouta lui- 
même, écrivit au gouverneur pour lui demander 
son appui contre Al-Hadji, toujours établi avec 
quelques centaines d'hommes seulement à Oré- 
fondé: 

Pendant ce temps, le haut du fleuve tentait de 
se soustraire à Tobéissance du prophète. Les mal- 
heureuses populations qu'il avait violemment dé- 
placées cherchaient à retourner dans leur pays. 
Le Bondou, le Damga, le Kaméra et le Guoy com- 
mençaient à se repeupler ; mais une disette affreuse 
régnait dans tous ces pays, suite inévitable de la 
guerre et des déplacements qui n'avaient pas per- 
mis de cultiver les terres. 

Novembre. En novembre, une bande de Toucou- 
leurs commandée par Ardo-Guédé et par le fils de 
Boubakar Aly-Doundou, entra dans le Djolof pour 
y exercer des pillages; elle fut repoussée avec 
perte par les gens du pays qui, se sentant appuyés 
par la présence de nos deux petits camps, agirent 
avec une grande vigueur. Ardo-Guédé fut griève- 
ment blessé; le fils de Boubakar Aly-Doundou et 
plusieurs des siens furent tués; le reste fut mis en 
déroute ou fait prisonnier. 

Ainsi la guerre sainte ne gagnait pas dans l'ouest ; 
malheureusement dans le haut du fleuve, l'alliance 
des Ouled-Sidi-Mahmoud avec Al-Hadji, portait 
un terrible préjudice à notre commerce de Bakel 
et pour bien longtemps. 

Al-Hadji était toujours à Oréfondé, où sa posi- 



DE 18S4 A 1883 169 

tion paraissait deveuir de plus en plus difficile. Des 
habitants de quatre ou cinq villages du Toro se 
réunirent à ses guerriers et allèrent attaquer sur 
la rive droite, à une vingtaine de lieues au-dessus 
de Podor, une caravane de Maures du haut pays 
(Torkos et Tadjakant), qui étaient venus vendre 
leurs produits à notre comptoir. Ces malheureux 
marabouts qui n avaient pas d'armes, eurent 
6 hommes tués et perdirent SOO pièces de guinée 
et 70 bœufs. 

Décembre, Al-Hadji quitta Oréfondé sans avoir 
pu réussir à faire émigrer la population du Fouta. 
Il n'eut pas plus de succès dans la demande qu 'il 
adressa ensuite aux chefs du pays, de mettre à sa 
disposition une armée de 15,000 hommes pour 
marcher à la conquête du Cayor. Il se rendît à 
Boumba, où il reçut un très mauvais accueil de 
la part de Tex-almamy Mohamadou qui, non seu- 
lement ne voulut pas aller au-devant. de lui, mais 
refusa de lui donner Thospitalité dans une de ses 
cases. 

Janvier 18S9. Profitant de Tabsence d' Al-Hadji, 
les gens du Tomoro, province extrême de Khasso, 
à Test, s'étaient révoltés contre lui. Ils appelèrent 
Sambala de Médine à leur aide et ce dernier fut 
suivi par Boubakar, notre almamy du Bondou, à 
qui il venait de marier sa fille. 

Arrivés dans le Tomoro avec leurs gens, ces 
deux chefs furent d'abord assez mal accueillis, et 
ce ne fut que grâce à Topiniâtreté du vieux Sam- 
bala qu'on finit par s'entendre. En sa qualité de 

10 



170 ANNALES SÉNÉGALAISES 

petit-fils d'Aoua-Demba, qui avait été roi de tout 
le Khasso, il fut reconnu comme commandant de 
l'armée alliée. 

Tierno-Guiby et ses Toucouleurs accoururent, 
sans se faire attendre, pour combattre les confé- 
dérés. Ceux-ci s'étaient séparés en deux camps, 
car Sambala et Boubakar craignaient d'être trahis 
par les Tomoro et se tenaient sur leurs gardes. 

TiernoGuiby aperçut donc, d'une part, les fan- 
tassins du Tomoro couverts de pagnes teints en 
jaune, à la manière du Khasso, et de Fautre part, 
les deux rois, avec leurs cavaliers et leur suite, 
richement vêtus des étoffes brillantes qu'ils achètent 
à nos comptoirs. Il laissa un des quatre corps de 
son armée pour surveiller les Tomoro et, avec les 
trois autres, il s'élança contre Tarmée des deux 
rois en s'écriant : « Voilà les toubab (les blancs), 
les infidèles ; voilà ceux qu'il faut exterminer 
d'abord. » 

L'espoir du butin et le fanatisme enflammant 
ses hommes, Sambala et Boubakar, quoiqu'ayant 
combattu avec beaucoup de courage , furent 
obligés débattre en retraite. Arrivés à Tountaré^ 
tous leurs fantassins, pour qui la retraite devenait 
de plus en plus dangereuse , se réfugièrent 
sur des hauteurs d'un accès difficile, et les cava* 
liers qui ne purent faire comme eux, prirent dès 
lors franchement la fuite, Sambala et Boubakar 
en tête, et distancèrent ceux qui les poursuivaient* 
Alors Tierno-Guiby fit cerner la montagne par ses 
gens, et il s'établit de sa personne dans le village, 



DE 1884 A 188S 171 

pour faire faîro une distribution do poudre et de 
balles. 

Mais, pendant que tout cela se passait, les gens 
du Tomoro, qui avaient défait le corps qui leur 
était opposé, avaient suivi Tierno-Guibi poursui- 
vant Sambala. et, au moment où on s'y attendait 
le moins, ils envahissaient le village de Tountaré. 
Tierno-Guibi eut la cuisse cassée par une balle en 
mettant le pied à Tétrier, et, en un instant, il fut 
massacré avec les principaux chefs de son armée . 
En même temps les fantassins de Sambala descen- 
daient de leurs rochers, tombaient sur les Toucou- 
leurs et pendant plusieurs jours de poursuite achar- 
née on en détruisit un grand nombre. 

Les deux rois continuant leur course n'apprirent 
que le surlendemain qu'ils étaient vainqueurs et 
osèrent à peine revenir à Tountaré visiter le champ 
de bataille et les cadavres de leurs ennemis tués. 
Du reste, quelque temps après, Alfa-Oumar, venu 
de Nioro avec une armée, les força à retourner 
chacun dans son pays. 

Février. Le gouverneur^ revenu de France le 
12 février 18S9, se rendit avec les bateaux le Basi- 
lic et le Gnffon à Mafou, pour reconnaître la posi- 
tion d'Al-Hadji qui se trouvait depuis quelque 
temps à Ndioum (Toro) ; celui-ci s'empressa de 
quitter ce village après l'avoir détruit et commença 
sa retraite définitive vers l'est, emmenant avec lui 
une partie de la population du Toro. Il était impos- 
sible de le poursuivre à cause des basses eaux qui 
ne permettaient pas aux bateaux de passer Mafou, 



172 ANNALES SÉNÉGALAISES 

et du manque de moyens de transport pour une 
colonne opérant par terre. Les gens d'Edy, seuls 
dans la province, se mirent sur une défensive sé- 
rieuse et refusèrent de suivre le prophète. Le Fouta 
central, à son passage, prit vis-à-vis de lui la 
même attitude sous l'almamy Moustapha-Tiemo- 
F.ondou; des Bosseyabè firent même une razzia sur 
ses gens à Mbagam. 

Pendant ce temps, le commandant de Bakel atta- 
quait, en face de Lanel, le dernier village qui n'eût 
pas fait sa soumission chez les Guidimakha, et 
forçait ses défenseurs à l'abandonner. M. Rey, 
lieutenant d'infanterie de marine, avait été légère- 
ment blessé dans cette affaire. 

Avril. La marche d'Al-Hadji dans le Fouta 
s'effectua très lentement; parti de Ndioum, dans 
le courant de février, il n'anîva à hauteur de Matam 
que le 9 avril. Il ne voulut pas passer devant ce 
poste commandé par M. Paul Holl, son adversaire 
de Médine en 1857, sans essayer de se mesurer 
encore avec lui et chercher à enlever les quelques 
populations du Damga qui s'étaient réfugiées sous 
la protection de nos canons. 

Après avoir ravagé tout le pays aux environs du 
fort, il se décida à l'attaquer le 13, A quatre heures 
et demie du matin, son armée, partagée en deux 
colonnes, commença son mouvement vers la tour. 
Une des colonnes se dirigea sur le village de Matam, 
l'autre sur celui des réfugiés. La tour et le Galibi 
ouvrirent leur feu sur les assaillants et les colonnes 
ennemies furent repoussées. Elles laissèrent 24 



DE 1854 A 1885 173 

hommes sur le terrain, parmi lesquels un chef 
Poul du Tôro et un parent d'Al-Hadji. Les pertes, 
de notre côté, furent de 5 hommes tués dans le 
village. La tour, le Galibiei les établissements des 
traitants n'éprouvèrent aucune perte. 

Le même jour, à huit heures du soir, le village 
fut de nouveau attaqué; un quart d'heure après, 
l'ennemi était encore obligé de se retirer; enfin, 
le 16, Al-Hadji se décida à vider les lieux. Les 
canons et les carabines de la tour et du Galibi, je- 
tèrent la confusion dans sa colonne qui se débanda, 
ce qui permit aux gens du village de faire de nom- 
breux prisonniers sur son arrière-garde. Ainsi se 
termina cette seconde tentative du prophète pour 
s'emparer d'un de nos postes. 

Al-Hadji continua sa marche vers l'est, détrui- 
sant tout sur son passage et emmenant avec lui les 
populations. Dans les premiers jours de mai, il 
arriva près de Bakel. Aussitôt qu'on syt son ap- 
proche, presque tous les villages du Guoy vinrent 
se réfugier sous la protection du brick le Pilote 
stationné à Arondou. 

Le prophète ne jugea pas prudent, bien qu'il fût 
suivi de 10 à 12,000 personnes, d'attaquer BakeL 
Le 9, il passa à une assez grande distance du 
poste. M. Cornu envoya dans la plaine, à sa ren- 
contre, un obusier sous les ordres du lieutenant 
Rey, soutenu par quelques soldats et par les volon- 
taires de Bakel. Quelques coups bien pointés 
mirent le désordre dans la longue colonne du 
prophète et permirent aux volontaires de tomber 

10, 



174 ANNALES SÉNÉGAtAISES 

sur sa gauche et de lui faire un mal considérable. 

Pendant que le gros des forces ennemies passait 
ainsi derrière le fort de Bakel, une colonne d'en- 
viron 3,000 Toucouleurs, détachée de Tarmée 
principale, tombait sur le village d'Arondou protégé 
par le Pilote, L'ennemi pénétra trois fois dans le 
village et trois fois les feux du Pilote et du village 
Ten chassèrent. L'attaque commencée à six heures 
du matin dura jusqu'à trois heures du soir, avec le 
plus grand acharnement: 220 Toucouleurs res- 
tèrent sur le terrain. Le village perditli hommes 
et eut 28 blessés; le Pilote un seul blessé, mort le 
surlendemain. Le caporal d'infanterie de marine 
Gourou, commandant le Pilote, fut admirable de 
courage et de sang-froid dans cette affaire. 

Une huitaine de jours avant l'attaque d'Arondou, 
la même armée de Toucouleurs avait enlevé par 
surprise les villages de Makhana et de Dramané. 
Les Bakiri, ayant à leur tète Silman, aujourd'hui 
chef de Makhana, s'étaient défendus vaillamment; 
mais accablés par le nombre, ils avaient dû cher- 
cher leur salut dans la fuite et vinrent se réfugier 
à Bakel, oîi ils restèrent jusqu'au commencement 
de 1860. 

A la suite de ce passage d'Al-Hadji, la disette fit 
des ravages épouvantables dans tous les pays par 
où il avait passé ; les sentiers étaient couverts de 
gens morts de faim : comme toujours les femmes 
et les enfants étaient en majorité parmi les vic- 
times. 

Se préoccupant très peu des calcunités qu'il trat- 



DE 18S4 A 1885 175 

naît à sa suite et ne pouvant plus rester dans un 
pays complètement ruiné et dévasté, le prophète 
mit le Diombokho sous les ordres de Tierno-Moussa, 
laissa une solide garnison à Guémou, et se dirigea 
ensuite vers Nioro, d'où il ne tarda pas à partir 
pour le Ségou qu'il se décidait à attaquer. 

Octobre, On sait déjà que Guémou avait été 
construit quelques années auparavant, à une petite 
distance du Qeuve, presque vis-à-vis. de Bakel, pour 
intercepter le commerce de cet important comp- 
toir et en même temps assurer les communications 
des partisans d'Al-Hadji entre le Kaarta et le Fouta. 
Sur les sollicitations pressantes des négociants de 
la colonie, déclarant qu'ils seraient forcés d'aban- 
donner le commerce du haut du fleuve, si Ton ne 
détruisait pas Guémou, une flottille de 6 avisos, 
commandée par M. le capitaine de frégate Desma- 
rais, y fut envoyée par le Gouverneur, le 17 et 
18 octobre, portant les troupes de la garnison. 
Le 24, au soir, la colonne était mise à terre à Dio- 
gountouro, à trois lieues de Guémou, sous les 
ordres de M. le chef de bataillon Faron, des tirail- 
leurs sénégalais. M. le lieutenant d'état-major 
Vincent faisait les fonctions de chef d'état-major, 
M. le chirurgien de 2<* classe Mahé était chef d'am- 
bulance. M. le capitaine d'infanterie de marine 
Flizé, directeur des affaires indigènes, dirigeait 
les goums; le garde du génie* Sart faisait le lever 
du terrain. 

Les troupes consistaient en : 250 hommes du 
4*^ régiment d'infanterie de marine, commandés par 



176 ANNALES SÉNÉGALAISES 

M. le capitaine Millet; 256 hommes des compa- 
gnies de débarquement, presque tous matelots indi- 
gènes, commandés par M. le lieutenant de vaisseau 
Aube, capitaine àeV Étoile; 490 hommes du batail- 
lon de tirailleurs sénégalais, commandés par le ca- 
pitaine de Pineau ; 30 spahis à pied, sous les ordres 
du sous-lieutenant de Casai; 400 volontaires du 
haut pays, avec Talmamy du Bondou, Boubakar- 
Saada; 44 hommes d'artillerie de marine, avec 
4 obusiers de montagne, sous les ordres du capi- 
taine Vincent; 8 chevaux d'artillerie traînant les 
pièces et 8 mulets portant des cacolets; les caisses 
de munitions étaient portées à bras. 

Les troupes emportèrent, en débarquant, 2 jours 
de vivres, 60 cartouches par homme et 50 coups 
par obusier. 

Le village, de forme rectangulaire, ayant 
800 mètres de longueur sur 200 de largeur, était 
entouré d'un mur en terre en crémaillère, de 
3 mètres de hauteur sur 80 centimètres d'épaisseur 
à la base et de 60 au sommet, dans lequel étaient 
noyés des troncs d'arbres pour plus de solidité. 

Des embuscades étaient creusées dans le sol avec 
un petit parapet extérieur, en avant des fronts d'at- 
taque, à 20 ou 30 mètres de [distance. Dans l'in- 
térieur de l'enceinte, une foule de cases en terx'e, 
avec toits en paille, étaient réunies en groupes 
par famille et chaquagroupe, entouré d'un mur en 
terre, était encore susceptible de défense après 
Tenlèvement du mur extérieur. 

Enfin, contre la longue face ouest devant la- 



DE 18S4 A 188S 177 

quelle on arrive, en venant de Diogountouro, et 
au milieu de sa longueur, se trouvait le réduit du 
village servant en même temps de mosquée et de 
logement au neveu d'Al-Hadji, SirérAdama, gou- 
verneur de la province. Ce réduit était très forte- 
ment organisé et se composait de trois enceintes 
concentriques ; la première en terre, comme celle 
dont nous avons déjà parlé ; la seconde , en troncs 
d'arbres^ avait 4 mètres de hauteur et 4 troncs 
d'épaisseur; la troisième enfin était encore en terre, 
très élevée, et renfermait, outre quelques cases 
ordinaires, la mosquée et une case carrée à ter- 
rasse, très solidement bâtie pour le chef. 

Entre la première enceinte et la palissade en 
troncs d'arbres, devant la porte de celle-ci, se 
trouvait un redan en maçonnerie de 1"*,20 d'épais- 
seur sur un 1™,80 de hauteur, et, à quelque dis- 
tance de ce redan, pour le flanquer, 2 cases rondes 
aussi en maçonnerie très épaisse. Enfin, un puits 
était creusé dans le réduit pour assurer de Teau à 
ses défenseurs. 

La population du village devait être de 4 à 
S, 000 âmes; sa garnison avait été renforcée des 
contingents des villages voisins aussi créés par 
Al-Hadji. 

L'arrivée d'une colonne française était connue. 
Siré-Adama et ses Toucouleurs avait empêché 
qu'on ne prît aucune disposition pour la fuite, 
même des femmes et des enfants. Ils étaient déci- 
dés à repousser l'attaque dont ils étaient menacés 
ou à périr. 



178 ANNALES SÉNÉGALAISES 

On trouva heureusement, en avant du village, 
des mares d'eau potable, et les assiégeants purent 
se désaltérer pendant Taction. 

La position ayant été examinée par le comman- 
dant en chef. M. le capitaine d'artillerie Vincent 
reçut l'ordre d'aller se mettre en batterie avec une 
section d'obusiers et des fuséens à SOO mètres, 
devant la face ouest qu'on avait devant soi. Les 
premières fusées firent sortir quelques défenseurs 
placés dans les embuscades, en avant de la face 
attaquée. On les vit rentrer par des brèches exis- 
tant à la face sud; on supposa qu'il devait égale- 
ment y en avoir à la face nord. La deuxième sec- 
tion d'artillerie vint joindre son feu à la première, 
et 2 pelotons de 50 carabiniers du 4® de marine 
furent envoyés en tirailleurs vers les extrémités 
de la face d'attaque pour surveiller les faces nord 
et sud. 

Le commandant Faron, décidé à faire enlever 
Tenceinte sur ces deux dernières faces, par les 
passages qui avaient servi aux défenseurs pour 
rentrer dans le village, forma deux colonnes d'at- 
taque. Celle de gauche (face N.), sous les ordres 
du lieutenant de vaisseau Aube, se composait de 
2 pelotons d'infanterie et de 2 pelotons de laptots ; 
celle de droite (face S.), du peloton de spahis à pied 
et de 4 pelotons de tirailleurs sénégalais, le tout, 
sous les ordres du capitaine de Pineau. Les volon- 
taires reçurent l'ordre de se rendre à l'extrême 
gauche et à l'extrême droite de la colonne. En 
même temps l'artillerie se rapprocha à 200 mètres 



DE 1854 A 1885 179 

et continua son tir d'une manière plus efficace. 
On vit encore des défenseurs embusqués en de- 
hors, rentrer en courant par les brèches déjà 
mentionnées. 

Le tir de l'artillerie détermina même la fuite 
d'une partie des habitants, ou des défenseurs du 
village que Ton vit s'éloigner par derrière, dans la 
direction de quelques monticules boisés. Les cara- 
biniers en tirailleurs et les volontaires reçurent, en 
conséquence, Tordre de contourner tout à fait Ten- 
ceinte pour tuer ou capturer tout ce qui tenterait 
de s'échapper. 

Le moment d'agir était venu; deux pelotons de 
laptots allèrent renforcer la colonne de Pineau, 
pendant que la réserve composée de Tartillerie et 
de 4 pelotons de tirailleurs sénégalais, s'organisait 
au fur et à mesure de l'arrivée des retardataires, 
sous la direction du chef d'état-major Vincent. 
L'artillerie devait cesser son feu dès que les co- 
lonnes d'assaut seraient dans la place. Au signal 
du commandant en chef, celles-ci se mirent en 
marche avec l'ordre de se servir surtout de la 
baïonnette. 

La colonne de droite, rendue la première devant 
son point d'attaque, fut reçue presque à bout por- 
tant par des décharges parties d'embuscades encore 
garnies, et en même temps une vive fusillade fut 
dirigée sur elle par les créneaux de Tenceinte et 
des tata intérieurs. Plusieurs des nôtres furent 
atteints, entre autres M. de Casai, qui eut la cuisse 
traversée sans fracture^ Soulé, sergent de tirailleurs 



180 ANNALES SÉNÉGALAISES 

indigènes, etc. Suivant leurs habitudes de com- 
bat, qu'ils n'avaient pu perdre encore après un an 
ou deux de service, les indigènes se couchèrent 
pour tirailler dans cette position, malgré les exhor- 
tations et l'exemple des officiers. 

Cependant la colonne de gauche allait atteindre 
l'enceinte, il importait que celle de droite reprît 
son mouvement en avant. M. Faron s'y porta au 
galop et en prit le commandement. A sa voix, tous 
se relevèrent, et spahis, tirailleurs et laptots se 
précipitèrent la baïonnette en avant par la brèche, 
derrière le commandant qui entra le premier à 
cheval dans le village et reçut une balle qui lui fit 
une légère blessure. 

Les défenseurs furent partout refoulés et la co- 
lonne, en les poursuivant et en incendiant les cases, 
arriva, officiers en tète, à un mur, en apparence de 
même nature que les enceintes des groupes de cases. 
Mais on s'aperçut immédiatement qu'on était de- 
vant un réduit et qu'on devait s'y attendre à une 
forte résistance et à de grandes difficultés. Déjà de 
nombreux blessés, parmi lesquels M. Deleutre, 
lieutenant de tirailleurs sénégalais, Bourrel, en- 
seigne de vaisseau, Lambert, sous-lieutenant aux 
tirailleurs, Beccaria, sergent aux tirailleurs et 
d'autres étaient mis hors de combat. 

Le commandant Faron, voyant sa tète de colonne 
trop compromise et comprenant qu'il fallait prendre 
des mesures sérieuses pour attaquer ces retranche- 
ments, donna l'ordre de se replier, et reçut deux 
nouvelles balles dont Tune lui traversa la joue. 



DE i854 Â 1885 181 

En ce moment arrivait aussi la tête de colonne 
de gauche qui avait trouvé moins de résistance 
que Tautre à Tenceinte extérieure et qui avait re- 
poussé tout ce qui tentait de s'opposer à sa marche 
dans le village. 

A peine le commandant avait-il annoncé à 
M. Aube Texistence du réduit, qu'il recevait une 
quatrième blessure; une balle lui traversait le haut 
de la poitrine et lui enlevait complètement Tusage 
du bras droit; déjà affaibli par la perte deson sang, 
il glissa de cheval j laissa la"direction de Tattaque à 
M. Aube, le plus ancien capitaine présent sur les 
lieux, et se fit conduire à 400 mètres, en dehors du 
village, d'où il continua à envoyer ses instructions. 

On fit venir la section d'artillerie de Cintré, qui 
battit en brèche le réduit à 25 mètres, ce jeune 
officier donnant Texemplo de Tintrépidité à ses 
hommes. Après une dépense assez considérable de 
munitions d'artillerie, la brèche n'était pas prati- 
cable. Il était déjà dix heures et demie, la chaleur 
excessive (45°) et les troupes très fatiguées; à l'ex- 
ception du réduit, le village était en noire pouvoir 
et en partie incendié. On donna un moment de re- 
pos à la colonne. 

Pendant ce temps, M. Aube, qui fit preuve d'ap- 
titudes militaires et d'un courage très remarquables, 
gardait et étudiait la position à enlever, aidé par 
M. Vincent, lieutenant d'état-major. M. Mage, en- 
seigne de vaisseau, adjudant-majordescompagnies 
de-débarquement et très brillant officier, et M. Le- 
crcurer, sous-lieutcnant de tirailleurs, avaient ral- 

11 



182 ANNALES SÉNÉGALAISES 

lié autour d'eux quelques hommes de divers corps ; 
à eux s'étaient bientôt joints les lieutenants Mou- 
quin et Jacquet, à la tête de deux pelotons d'infan- 
terie blanche et de tirailleurs, et tous ensemble 
bloquaient étroitement le réduit, afin que personne 
ne put s'en échapper. 

M. le capitaine Flize fut chargé d'informer de la 
situation M. le commandant supérieur de la ma- 
rine et de le prier d'envoyer un renfort de muni- 
tions de guerre ; en même temps, M. le lieutenant 
de tirailleurs Bénech reçut l'ordre d'aller enlever 
les blessés qui restaient à proximité du réduit, 
depuis la première attaque, et qui étaient assez mal 
abrités par des arbres contre les balles ; le spahis 
Gangel leur avait porté plusieurs fois à boire sous 
le feu de l'ennemi. Cette mission fut remplie, mais 
le brave lieutenant Bénech qui s'était fait une belle 
réputation au Sénégal, y fut tué d'un balle au front. 
Il est du reste à remarquer que presque tous nos 
morts furent frappés à la tête. 

Vers midi, le commandant Faron donna à 
M. Aube Tordre de faire une nouvelle tentative, 
avec la section du capitaine d'artillerie Vincent et 
un renfort de SO hommes choisis, commandés par 
le capitaine Millet, officier plein de bravoure et de 
sang-froid; on battit en brèche en deux endroits; à 
une heure un quart, on tenta un assaut qui fut re- 
poussé, la brèche n'étant pas suffisante. 

On eut encore recours aux obusiers : un quart 
d'heure après, toutes les munitions d'artillerie 
étaient épuisées; un nouvel assaut fut donné; le 



DE 1854 A 1885 183 

sous-lieutenant Jacquet, suivi de deux ou trois 
hommes d'infanterie de marine, entra le premier 
dans le réduit; M. le lieutenant Mouquin, le capi- 
taine Millet et renseigne de vaisseau Mage y péné- 
trèrent presque en même temps avec des Européens 
et des indigènes pêle-mêle ; les 40 ou 50 défen- 
seurs encore vivantsfurent aussitôt tués à labayon- 
nette ; ils eurent encore le temps de blesser quel- 
ques-uns des nôtres, notamment le lieutenant 
Mouquin. 

Siré-Adama et les chefs qui Tentouraient périrent 
sans montrer le moindre signe de faiblesse. 

De notre côté, s'étaient distingués à la prise du 
réduit, outre ceux que nous avons déjà cités, le 
sergent-major Cazeneuve de Finfanterie de marine^ 
le second maître de timonerie de première classe 
Pasco et le canonnier Carton. 

Tout était fini, le succès avait récompensé tant 
de courage et pendant que les volontaires pillaient 
le village, les troupes allèrent se reposer en n'em- 
portant que leurs morts. Les pertes de notre côté, 
consistèrent, en complantles volontaires, en 39 tués, 
dont 1 officier, et 97 blessés, dont 6 officiers. 

Les blessés reçurent les soins les plus dévoués 
des chirurgiens attachés à Tambulance, MM. Mahé^ 
Delpeuch, Joubert, ainsi que de M. Loupy, chirur- 
gien*major des tirailleurs sénégalais et de M. Mo- 
reau, aide-major des compagnies de débarquement. 
Les pertes de l'ennemi s'élevèrent à 250 tués et 
1,500 prisonniers. Quant aux bless&s qui purent 
s'échapper, on n'en connut pas le nombre. 



184 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Vers quatre heures, le commandant Faron fit 
former régulièrement le camp et on commença à 
diriger les convois de blessés vers Diogountouro. 
Le garde du génie Sart, qui avait fait preuve d'une 
grande énergie*en toutes circonstances, fut chargé 
de faire sauter les enceintes du réduit au moyen de 
la poudre trouvée dans le village ; les champs de 
mil presque mûrs, furent brûlés sur pied par les 
volontaires. Cette opération était malheureuse- 
ment nécessaire, parce que, comme nous Tavons 
dit, ces approvisionnements étaient destinés à Âl- 
Hadji, dans le cas où il renverrait une armée vers 
nos établissements. 

MM. Cornu et Flize dirigèrent une colonne 
de vobiitaires sur Komendao, dépendance de Gué- 
mou et ce village fut enlevé, pillé et brùlé, sous 
la direction du capitaine de rivière Detié-Mas- 
souda. 

Le soir même, M. le commandant supérieur de 
la marine arriva avec tous les hommes qu'il s'était 
empressé de réunir à la réception du courrier 
qu'on lui avait envoyé dans la journée. Il amenait 
70 hommes et des munitions; il ne put que s*asso* 
cier à la joie des vainqueurs, mêlée des regrets 
occasionnés par nos pertes. 

Le lendemain matin, des convois successifs par- 
tirent pour Diogountouro ; on rendit les derniers 
devoirs aux morts, on compléta la destruction du 
village et, le soir, tout le monde était rendu à bord 
de la flottille. 

Lo 29, c'est-à-dire douze jours seulement après 



DE 18S4 A 1885 183 

son départ de Saint-Louis, la flottille et la colonne 
y étaient de retour. 

La prise de Guémou nous avait donc coûté 
436 tués ou blessés. Six ans auparavant, celle de 
Dialmatch, dans le Dimar, nous en avait coûté 150. 
Ces deux opérations présentent des analogies et 
des différences bonnes à noter : d'un côté comme 
de l'autre, il s'agissait d'enlever un grand village 
fortifié et défendu par de nombreux combattants ; 
inais à Guémou, de notre côté comme du côté de 
l'ennemi, chefs et combattants étaient bien plus 
aguerris qu'à Dialmatch, gr&ce à six ans de luttes 
incessantes. Guémou était plus fortifié que Dial- 
match et mieux défendu, mais les assiégeants 
étaient 1 ,500 hommes bien portants. A Dialmatch, 
où Ton ne parvint qu'après une marche pleine de 
lenteurs, à la plus forte chaleur du jour, il n'y 
avait plus que 600 hommes en état de combattre 
lorsqu'on se trouva devant le village. Enfin, la prise 
de Guémou exigea six heures de lutte acharnée; 
Dialmatch fut heureusement enlevé dans une heure, 
car un effort plus long eut été impossible. 

On se demandera peut-être pourquoi, au lieu de 
sacrifier dans une attaque de vive force , 1 50 hommes, 
on n'assiège pas ces villages au moyen de tranchées 
ou gabionnades, en y consacrant plusieurs jours si 
c'est nécessaire ; c'est que le climat ne permet géné- 
ralement pas cette manière de faire. La maladie 
ravagerait la colonne exposée, sans repos, à l'ac- 
tion d'un soleil brûlant; les approvisionnements 
seraient très difficiles à assurer; enfin, le moindre 



186 ANNALES SÉNÉGALAISES 

retard enhardirait les défenseurs et leur attirerait 
peut-être des alliés qui, venant inquiéter les assié- 
geants par l'extérieur , couperaient les convois et 
augmenteraient les difficultés^ de sorte qu'au lieu 
d'éviter des pertes considérables, on arriverait peut- 
être à un résultat tout opposé. 

Novembre-décembre, A la suite de la destruction 
de GuémoUy le 14 décembre, le commandant Cornu 
organisa à Makhana, une colonne de volontaires 
chargée d'aller détruire le village de Melga, der- 
nier refuge des Toucouleurs d'Al-Hadji dans le 
Gangari (pays des Guidi-Makha). Cette opération 
réussit d'une manière complète. Le village fut 
détruit et nos hommes ramenèrent 400 prisonniers 
et un assez riche butin. 

Janvier- février-mar s 1860. Pour assurer l'exé- 
cution du traité passé avec le Damga, M. Cornu, 
dans le courant de mars, parcourut toute cette pro- 
vince et une partie du Fouta, de Bakel à Saldé, 
avec une compagnie de tirailleurs sénégalais ; il fit 
reconnaître dans le Damga, Tautorité du chef Ël- 
Fekî nommé par nous, et fut partout reçu avec 
respect et empressement. 

Avril. Pendant que le commandant de Bakel 
rétablissait ainsi notre influence dans les pays * 
récemment dévastés par Al*fiadji, Sambala, ayant 
sous ses ordres des Guidi-Makha et les guerriers 
de Makhana, alla^ contrairement à nos avis^ faire 
une expédition dans le Diombokho. Après avoir d'a- 
bord obtenu quelques succès, ses gens furent 
surpris par des forces supérieures et essuyèrent 



DE 1854 A 1885 187 

une défaite complète. Bakar, chef de Makhana et 
un assez grand nombre de nos alliés périrent dans 
cette malheureuse affaire, qui n'eut pas, du reste, 
d'autres conséquences. 

Mai-juin. On a vu qu'après être resté peu de 
temps à Nioro, Al-Hadji s'était dirigé vers le Ségou 
pour en faire la conquête; en mai et en juin, on 
eut plusieurs fois de ses nouvelles. Entremêlée de 
succès et de revers, cette grande entreprise parut 
lui coûter beaucoup de peines, exiger l'emploi de 
tontes ses forces et, par suite, le disposer à un rap- 
prochement avec nous. 

Août. Pendant le mois d'août, des préliminaires 
dé paix avaient eu lieu entre son parti et le com- 
mandant de Bakel, par l'intermédiaire de Tierno- 
Moussa, commandant au nom du prophète la 
province de Diombokho. Le gouverneur se rendit 
à Médine pour voir j usqu'à quel point ces démarches 
étaient sérieuses et quel parti on pouvait en tirer. 
Il trouva, en effet, des envoyés de Tierno-Moussa à 
Médine, et ils lui firent, au nom d'Al-Hadji, de 
nouvelles ouvertures d'arrangement auxquelles il 
fut répondu par les propositions suivantes : 

La paix entre Al-Hadji et les Français sera con- 
clue aux conditions ci-après... (Voir les traités à 
la fin du volume.) 

Ayant reçu communication de ces propositions, 
Tierno-Moussa déclara, dans une lettre du 10 sep- 
tembre, se soumettre au nom d'Al-Hadji, à toutes 
les conditions qu'elles renfermaient. Le gouverneur 
lui ayant fait espérer qu'il enverrait un officier à 



188 ANNALKS SÉNÉGALAISES 

Al-Hadji dans le Ségou, dos ordres furent partout 
donnés par celui-ci, pour que notre ambassadeur 
fût bien reçu et ne manquât de rien; mais on ne 
jugea pas à propos de mettre de suite ce projet à 
exécution. Ce ne fut que plus tard que M. Mage 
fut envoyé à Ségou. 



CHAPITRE IV 

EXPÉDITIONS DE NGUIK, DE NIOMRÉ, DE SIXE , DE LA 

CASAMANCE ET DU CAYOR. 



Vers 1852, quand on décida qu*on entreprendrait, 
au Sénégal, de refouler les Maures sur la rive 
droite du fleuve pour commencer à délivrer le Sou- 
dan occidental de leurs ravages, beaucoup de per- 
sonnes, peu au fait des affaires du pays, s'imagi- 
nèrent que, loin d'avoir la guerre avec les noirs, 
nous les aurions pour alliés. Leur première décep- 
tion fut de voir le Oualo se mettre avec les Trarza 
contre nous; on expliqua cette anomalie en disant 
avec raison que nous avions abandonné plusieurs 
fois ce pays, après avoir annoncé que nous voulions 
le protéger contre ses oppresseurs, et qu'il n'avait 
plus de confiance en nous. Puis la guerre d'Al- 
Hadji vint soulever contre nous tous les noirs 
musulmans, et même, un peu malgré eux, il est 
vraij les noirs non musulmans du haut pays. Cela 
s'expliqua tout naturellement par le fanatisme qui 



DE 1854 A 1885 189 

aveugle les hommes au point de leur faire mécon- 
naître leurs intérêts les plus évidents. Mais, outre 
tout cela, nous eûmes encore dans certaines cir- 
constances, à faire la guerre aux noirs non musul- 
mans, Ouolof et Serrère du bas du fleuve et Djola 
de la basse Casamanco. 

Pour tous ces derniers, la cause de nos démêlés 
fut tout simplement Tétat de barbarie dans lequel 
ils vivent et qui les pousse trop souvent, en même 
temps que leur intempérance, à des violences et à 
des exactions envers les étrangers qui commercent 
avec eux. 

Ces gens-là ne sont pas, en général, très redou- 
tables : les Tiédo du Gayor, du Djolof, du Baol, 
de Sine et de Saloum ont le physique, le caractère, 
les vices, le costume et la manière de combattre 
des Tiédo du Oualo. Les chefs et leurs affidés com- 
battent sur de petits chevaux qui ont à peine la 
force do les porter, mais qui sont cependant quel- 
quefois pleins d'ardeur. La foule combat à pied ; 
leurs armes sont de grands et lourds fusils chargés 
d'un grand nombre de balles, des lances et des poi- 
gnards. Capables par moments d'un courage brutal, 
ils se démoralisent assez facilement. Les popula- 
tions ouolof musulmanes, comme celles de Ndiam- 
bour y quoiqu'ayant un caractère différent parce 
qu'elles ne sont pas abruties par Teau-de-vie, font 
la guerre à peu près de la même façon que les 
Tiédo. 



11. 



190 annales sénégalaises 

§ 1. — Expédition de Nguik. ' 

Décembre 1856. Pendant notre guerre avec le 
Oualo et les Trarza, Ély, fils de Mohammed-El- 
Habid et prétendant, malgré les traités, au trône 
de Oualo, ayant été chassé par nous de ce pays, se 
réfugia à Nguik , dans le Ndiambour. Jusque-là 
il n'y avait rien à dire ; mais se servant de cette 
province du Cayor, comme d'un refuge assuré 
contre nous, il se mit à faire de temps à autre des 
incursions dans son ancien pays pour se procurer 
de quoi vivre avec sa suite ; d'un autre côté , sa 
présence empêchait une partie des habitants du 
Oualo de rentrer pour se soumettre à nous comme 
ils le désiraient. Ne pouvant laisser durer cet état 
de choses, le gouverneur réunit 600 hommes de 
troupes et 1,200 volontaires qui bivouaquèrent, 
le 16 décembre 1856, à Bouëtville. Partie le J7, à 
3 heures du matin, la colonne arriva vers 8 heures, 
à la tour de Dialakar et, le même soir, elle fut 
bivouaquer à une lieue et demie de là, au village 
de Nguey-Guélakh. Le 18, on se mit en marche à 
une heure du matin, en deux colonnes. Le gou- 
verneur, avec les spahis et les volontaires à 
cheval, arriva à six heures moins un quart en vue 
de Nguik. Le village cerné, on apprit qu'Ély, averti 
par deux Maures qui avaient vu la colonne, lors de 
de son passage à Gandon, était parti depuis 
quelques heures seulement. L'escadron se mit à 
sa poursuite jusqu'à une lieue au delà d'Ouadan, 
tua et prit des Maures de la bande d'Ély, mais ne 



DE 1854 A 1885 191 

put atteindre celui-ci qui avait une avance trop 
considérable. 

Pendant ce temps, à cause du retard des volon- 
taires qui, en approchant de Nguik, au lieu de se 
hâter, se mirent tous, musulmans ou non, à faire 
le salam, le gouverneur se trouva avec 3 officiers 
et 3 ou 4 hommes d'escorte au milieu de la place 
du village, entouré de toute la population armée. 
Il fallait payer d'audace ; un moment de faiblesse 
serait devenu fatal. Le gouverneur somma les 
guerriers de Nguik de déposer leurs armes; déjà 
plusieurs d'entre eux mettaient en joue. L'ordre 
réitéré avec menaces et le pistolet au poing, inti- 
mida ces gens, ils mirent leurs armes par terre. 

Un instant après paraissaient, comme premier 
renfort, 10 hommes d'infanterie montés sur des 
mulets, puis enfin, arrivèrent ensuite les volon- 
taires, qu'on pourrait accuser de lâcheté sinon de 
de trahison dans cette affaire, où Fara-Penda lui- 
même, se conduisit très mal. 

Pour punir le village de Nguik qui servait de 
refuge à nos ennemis depuis un an, et oii étaient 
apportés tous les produits des vols commis sur 
nous, on le livra au pillage et on le brûla. On laissa 
libre toute la population, sauf le sérigne qu'on fit 
prisonnier. 

Dans cette journée, l'ennemi eut une douzaine 
d'hommes tués; de notre côté, nous fîmes une 
perte fâcheuse dans la personne du brave capitaine 
de rivière Baédi qui eut le front traversé par une 
balle en fer. Le vendredi 19, on séjourna à Nguik. 



492 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Les volontaires allèrent brûler le village maure de 
Ouadan, où étaient établis les Dakhalifa et un autre 
village des gens d'Ély, à Baralé. 

Le 20, à 3 heures du matin, la colonne quitta 
Nguik pour revenir sur ses pas et arriva à Mpal, à 
7 heures. Les volontaires du Oualo furent renvoyés 
dans leurs villages. 

Une croyance répandue dans le pays faisant de 
Mpal un lieu inviolable où une armée ne saurait 
pénétrer, sans qu'elle en soit repoussée par des 
prodiges effrayants, la colonne traversa, musique 
en tête, les rues du village avant d'aller bivouaquer 
aux puits. 

Dans Taprès-'midi, Tescadron quitta la colonne 
pour aller faire une tournée à Ross et dans le Tia- 
nialdé. 

Le 21, on se rendit de Mpal à Dialakhar, de 
4 heures à 8 heures du matin, et on revînt ensuite 
à Saint-Louis en passant par Gandiole. L'état sa- 
nitaire était excellent; l'infanterie avait fait, le 18, 
une marche forcée de 7 à 8 lieues, sans laisser un 
traînard. On n'avait souffert que de la mauvaise 
qualité de Teau de quelques puits. 

A la suite de cette expédition, presque tous les 
chefs des villages du Ndiambour vinrent assurer le 
gouverneur qu'ils se conformeraient à Tavenir à 
tous les ordres qu'il leur donnerait. 



DE 18oi A 4885 193 

§ 2. — Expédition de Niomré. 

Mars 1858. Cependant, malgré l'exemple de 
Nguik, certains villages de la province persistèrent 
longtemps, non seulement à accorder un asile 
aux insoumis du Oualo , mais même à leur per- 
mettre quelques hostilités contre nous ou contre 
nos amis. Ainsi, à la fin de 1857, la présence 
de Sidia, à Niomré , retenait encore hors du 
Oualo, sous la pression d'un meneur nommé 
Yougo-Fali, un grand nombre d'insoumis ; ils 
étaient répandus dans les villages de Mbirama , 
de Coki et de Niomré. Le sous-lieutenant de 
spahis indigène Âlioun, ayant été envoyé en 
décembre 1857, avec une escorte de 20 spahis, 
pour s'expliquer là-dessus, de la part du gouver- 
neur, avec Sérigne-Niomré et le prier de laisser 
Sidia retourner auprès de son père Béquio, à 
Ngay, la population très nombreuse de ce village, 
malgré toute la convenance que cet officier mettait 
dans sa mission, s'ameuta, prit les armes, insulta 
nos hommes et les mit en joue; plusieurs coups 
furent tirés, mais heureusement ratèrent, ce qui 
arrive souvent aux fusils des noirs quand ils ne sont 
pas préparés à combattre; M. Alioun dut monter 
à cheval et retourner vivement sur ses pas, pour 
éviter de grands malheurs. 

C'est pour tirer vengeance de cet acte odieux do 
sauvagerie et après avoir laissé en vain aux cou- 
pables près de trois mois pour se repentir et 
s'excuser, qu'au commencement de mars 1858 



194 ANNALES SÉNÉGALAISES 

une expédition fut dirigée , par le gouverneur en 
personne, contre Niomré, 

Ce village de 5,000 âmes était le plus beau et le 
plus considérable du pays. Ses habitants, Ouolof 
de race, sont des pasteurs et des cultivateurs mu- 
sulmans ; ils jouissent d'une grande réputation de 
bravoure. 

La colonne composée d'un millier d'hommes de 
troupes régulières, d'un millier de volontaires de 
Saint-Louis et de 500 volontaires de la banlieue 
de cette ville, se rendit, le 2 et le 3, & Dialakhar^ 
l'infanterie par Gandiole où elle fut transportée 
par les bateaux à vapeur; la cavalerie, l'artil- 
lerie, le train et les volontaires par Bouëtville 
et le pont de Leybar. Ce grand déploiement de 
force avait eu lieu parce qu'on pouvait avoir affaire 
à tout le Ndiambour et peut-être même à tout le 
Cayor. 

Pendant la journée du 3, des convois de vivres 
furent expédiés de Dialakhar, où ils avaient été 
réunis à l'avance, à Mpal, sous l'escorte des spahis 
et des compagnies de débarquement commandées 
par M. Escarfail, lieutenant de vaisseau. Les vil- 
lages soumis, et principalement Gandiole, nous 
avaient fourni des chameaux autant que nous en 
désirions avec leurs conducteurs. 

Le 4, à midi, toute la colonne était réunie à 
Mpal . Des avis réitérés nous apprirent que l'en- 
nemi, au lieu de nous attendre simplement chez 
lui, était décidé à nous attaquer en route et à nous 
empêcher d'arriver à Niomré par une guerre de 



DE 1854 A 1885 195 

chicane de jour et de nuit; que, dans ce but, il 
s'était avancé jusqu'à Nguik, dont le chef refusait 
de se joindre à eux. On ajoutait que Tennemi allait 
employer la force pour entrer dans ce village et 
pour en combler les puits. Il fallait donc se h&ter 
d'aller occuper ce point capital de notre itinéraire, 
le seul entre Mpal et Niomré qui eut assez d'eau 
dans ses puits pour la colonne. 

Le ciel ayant été couvert toute la matinée, on 
crut pouvoir partir à une heure de Taprès-midi; 
mais le ciel devint bientôt pur et un soleil d'une 
chaleur excessive et que la plus légère brise ne 
tempérait pas, accabla nos hommes d'infanterie 
dont une partie était arrivée de France depuis 
6 jours seulement, et dont l'autre était affaiblie 
par 4 ou 5 ans de séjour au Sénégal. A 2 kilo- 
mètres de Mpal» nous avions déjà laissé étendus 
sous les broussailles plus de 50 hommes. On ren- 
voya les plus malades à Mpal, les officiers encou- 
ragèrent les autres; MM. le commandant Faron et 
le capitaine Roman principalement, à pied tous 
deux pour montrer l'exemple, firent des eff'orts 
incroyables pour entraîner les pauvres soldats dans 
cette terrible marche. 

Cette expérience doit servir de leçon. Il ne faut 
que dans le cas de la nécessité la plus absolue ten- 
ter une marche au milieu de la journée au Séné- 
gal , car c'est s'exposer à un désastre. 

Enfin^ on arriva aux. puits de Nguik à la chute 
du jour. M. Faron, àl'arrière-garde, ramenait tous 
les traînards. 80 hommes environ d'infanterie 



196 ANNALES SÉNÉGALAISES 

blanche qu'on avait laissés derrière avaient rallié 
Mpal; 40 chevaux de volontaires furent renvoyés 
sur la route pour s'assurer que personne ne s y 
trouvait plus. Aucun ennemi ne s'était montré . 

L obscurité, la fatigue et la difficulté de diriger 
les volontaires ne permirent pas de mettre dans le 
bivouac autant d'ordre qu'on l'eût voulu. A dix 
heures du soir, une fusillade assez vive fut dirigée 
sur le camp ; nous élions attaqués. On riposta 
vivement des avant-postes et les assaillants se reti- 
rèrent, mais, malheureusement et malgré les 
ordres donnés, les volontaires et quelques hommes 
du front de bandière, éveillés en sursaut du som- 
meil de plomb qui avait suivi les fatigues de la 
journée, tirèrent un peu dans toutes les directions 
et, sur les 2 hommes tués et 8 blessés que nous 
comptâmes, plusieurs avaient reçu des balles du 
camp même. 

A minuit, une bande d'ennemis vint encore tirer 
quelques coups de fusil sur le camp^ elle se retira 
immédiatement, et nous n'eûmes que 2 blessés. 

Cette nuit d'inquiétude, après une marche pé- 
nible, produisit un assez mauvais effet sur les 
esprits. A la pointe du jour, le contingent du 
Oualo composé de 700 hommes, dont ISO cavaliers, 
et commandé par M. le lieutenant Flize, directeur 
des affaires indigènes , arriva de Mérinaghen à notre 
camp. Nous étions alors forts de 3,200 hommes, 
dont plus de 400 cavaliers. 

Ayant appris que l'ennemi occupait 3 ou. 4 petits 
villages autour de Nguik, le gouverneur partit 



DK 1834 A 1883 197 

avec les tirailleurs sénégalais, les laptois, les 
spahis, un obusier et les volontaires de Saint-Louis, 
pour Ten chasser. L*infanterie blanche resta au 
camp avec le contingent du Oualo pour se re- 
poser. 

Nous brûlâmes successivement Ouadan, Nto- 
gueul et Keur-Seyni-Diop, sans voir Tennemi 
qui s'était retiré à noire approche; il nous restait 
à détruire Mbirama, village hostile, en vue, à 
2 kilomètres sur notre gauche. On y envoya l'esca- 
dron, sous les ordres du lieutenant Lafont et les 
volontaires à cheval, et, au bout d'un instant, 
voyant la fumée s'élever au-dessus du village, on 
crut que l'affaire était terminée et que l'ennemi 
renonçait à se montrer. L'ordre fut envoyé à l'es- 
cadron de rallier et la petite colonne se mit en 
route pour rentrer au bivouac de Nguik avant la 
forte chaleur. Au bout d'une demi-heure, ne voyant 
pas revenir l'escadron, le gouverneur eut des in- 
quiétudes sur son compte et rebroussa subitement 
chemin au galop donnant l'ordre à tout le monde 
de le suivre au pas de course autant que possible. 
Il arrivait à temps : à 2 kilomètres de Mbirama, 
on trouva les spahis en pleine retraite, et pour- 
suivis vivement par des forces considérables. 
Voici ce qui était arrivé : l'escadron, après être 
entré dans le village, ne voyant personne, avait 
voulu faire boire et manger les chevaux avant 
d'achever de brûler les cases, et l'ennemi qui 
l'avait aperçu, ainsi isolé de la colonne, l'avait 
surpris, les chevaux débridés, avait tué 3 spahis et 



198 ANNALES SÉNÉGALAISES 

5 volontaires , tué ou blessé 6 chevaux de l'esca- 
dron et enlevé les chevaux des volontaires. - 

Ralliant aussitôt les spahis et sachant qu'il pou- 
vait compter sur Tappui des renforts qui le sui- 
vaient de près, le gouverneur reprit immédiate- 
ment Toffensive en dirigeant lui-même une charge 
à fond sur les Ndiambour qui montrèrent un achar- 
nement et un courage remarquables. 21 des leurs 
furent tués sur place et le reste battit en retraite 
sous le feu des tirailleurs et des lapots qui arri- 
vaient successivement pendant la charge et en 
tuèrent encore plusieurs. L'artillerie que M. le 
commandant Sarclou avait vivement ramenée au 
feu, acheva de les faire disparaître au loin. Nous 
eûmes dans la charge, 2 hommes blessés, 1 cheval 
tué et 3 autres blessés. Le fils du chef de Niomré 
se trouva parmi les morts de l'ennemi, ainsi que 
plusieurs autres gens marquants. 

M. le lieutenant d'état-major Vincent, aide de 
camp dugouverneur, chargeant au premier rang, fut 
renversé d'un coup de crosse de fusil, mais il put 
se remettre aussitôt en selle. Le maréchal des lo- 
gis Fauque, le brigadier Fanjon et le spahis noir 
Lamine s'étaient admirablement conduits pendant 
la retraite désordonnée de Tescadron* 

L'ennemi éloigné, nous reprîmes, à midi, le 
chemin de Nguik avec .toute notre colonne légère 
et l'ennemi ne nous suivit pas, il n'osa pas même 
venir enterrer ses morts après notre départ. 

Cette petite affaire ranima tout le monde, mais 
un inconvénient bien grave se présenta pendant la 



DE 1854 A 1883 199 

journée, l'eau des puits de Nguik ne suffisait pas à 
notre nombreuse colonne. 

Le lendemain 6, le gouverneur, un peu incertain 
du parti à prendre, fit une reconnaissance avec 
Finfanterie blanche et le train sur le lieu du com- 
bat de la veille, pour y chercher du fourrage, et en 
même temps, off'rir auxNdiambour une occasion de 
faire connaissance avec nos carabines ; mais en fait 
d'ennemis, nous ne trouvâmes que les tués de la 
veille et nous apprîmes que Tarmée de Niomré oc- 
cupait Ndia, village situé entre nous et Niomré et 
qu'elle manifestait Tintention de s'y défendre pour 
retarder notre marche sur son propre village. 

Ayant trouvé à Mbirama un puits très abondant, 
on se décida àpousserquand même jusqu'àNiomré, 
ce qu'on avait cru un moment impossible à cause 
du manque d'eau. Dans l'après-midi les troupes 
régulières furent envoyées à Mbirama pour y bi- 
vouaquer la nuit, et les goums restèrent à Nguik; 
de cette manière l'eau nous était assurée en quantité 
suffisante. 

Une petite redoute enterre fut rapidement cons- 
truite au milieu du village de Nguik pour y laisser 
nos blessés, nos malades et nos bagages, sous les 
ordres du capitaine Blondeau, avec 200 volontaires 
et 1 obusier; cette occupation devait, en outre, 
empêcher de rien tenter derrière nous contre les 
puits de ce village. 

Dans la nuit du 6 au 7, à trois heures du matin, 
les goums nous ayant rejoints à Mbirama, nous 
nous mimes en marche pour Niomré. L'ennemi 



200 ANNALES SÉSÉGALAISES 

■ 

évacua Ndia à notre approche, les habitants de ce 
village ne lui étant pas très favorables. Noas dépas- 
sâmes Ndiaety à la pointe du jour, nous aperçûmes 
Niomré au fond de la plaine. 

Les gens de Niomré avaient pris position à por- 
tée de canon devant nous, au petit village de Mpaka, 
à une lieue en avant de Niomré; leur plan qui nous 
était connu par le rapport de nos espions, consis- 
tait, comme toujours, à nous attaquer à la fois de 
tous les côtés et surtout par derrière, mais ils furent 
poussés si vivement qu'ils ne purent le mettre en 
entier à exécution. La plaine autour de Niomré est 
coupée dans tous les sens par des haies qui séparent 
les champs de mil; mais les plantes qui les forment 
sont une espèce d'euphorbiacées qui n'offrent pas 
de résistance, de sorte qu'on traverse ces haies 
avec la plus grande facilité. 

Doux pelotons d'infanterie furent déployés on 
tirailleurs à Tavant-garde, sous les ordres de M. le' 
lieutenant Pipy et soutenus par un obusier mar- 
chant avec leur réserve commandée par M. le lieu- 
tenant Simon. 

Les tirailleurs sénégalais furent déployés en 
flanqueurs à gauche, et les compagnies de débar- 
quement à droite; Tarrière-garde fut confiée au 
commandement de M. le capitaine Millet, avec un 
obusier, et les volontaires se développèrent sur 
notre flanc droit. Nous marchâmes vivement sur le 
village, repoussant les tirailleurs ennemis, de haie 
en haie et éloignant leurs cavaliers de nos flancs 
par un" feu très nourri. 



DE 1854 A 1885 201 

Nous arrivâmes ainsi, et sans temps d'arrêt, au 
village même d'où nous eûmes encore quelques 
groupes d'ennemis à déloger et que nous traver- 
sâmes dans son immense longueur, de plus de 
2,000 mètres, en y mettant le feu. Tout était fini, 
l'ennemi avait disparu. 

Grâce à la vivacité de noire attaque et à la rapi- 
dité de notre marche en avant, nos pertes furent 
très peu considérables. Avec le peu de njoyens de 
transport pour les blessés, dont on dispose, en gé- 
néral, au Sénégal, on est obligé de brusquer ainsi 
les affaires pour qu'elles durent moins longtemps, 
et on ne peut généralement pas se permettre d'agir 
plus méthodiquement et de combiner des mouve- 
ments qui pourraient nous faire obtenir des résul- 
tats plus complets, mais augmenteraient aussi le 
nombre de nos blessés et seraient un grand em- 
barras pour nous. 

M. le lieutenant Pipy, excellent officier, ayant 
déjà rendu de bons services au Sénégal, fut tué 
presque à bout portant d'une balle dans le ventre. 
Un spahis fut tué d'une balle en pleine poitrine, et 
une quinzaine d'hommes furent blessés presque 
tous légèrement. 

L'ennemi perdit 50 hommes tués et, dans cette 
affaire de tirailleurs, il dut avoir beaucoup de bles- 
sés par des armes à grande portée. 

Nous bivouaquâmes aux puits de Niomré après 
avoir fait un butin assez considérable et vers le 
soir, les volontaires allèrent brûler le village de 
Tanim, résidence de Mokhlar-Binta, seul cause de 



202 ANNALES SÉNÉGALAISES 

toute cette affaire, car c'était lui qui avait conseillé 
au sérigne Niomré de nous braver jusqu'au bout. 

A la nuit, nous avions une soixantaine de pri- 
sonniers entre les mains. Nous apprîmes que tous 
les villages à six lieues à la ronde, y compris le 
grand village de Coki, étaient en fuite, et, dès le 
le jour même, des envoyés et des demandes de 
* paix arrivèrent de la part des chefs de tous ces 
villages. 

Le but de l'expédition étant rempli et toute ré- 
sistance brisée, nous revînmes, le 8, de Niomré à 
Nguik et le 9, renvoyant la colonne à Saint-Louis, 
par Mpal et Dialakhar, le gouverneur alla avec les 
tirailleurs sénégalais, les compagnies de débarque- 
ment et le goum du Oualo, faire une tournée par 
Mérinaghen et Nder jusqu'à Richard-ToU. 

A la suite de cette expédition, nous eûmes 
quelques hommes fatigués, mais pas de malades^ 
le pays où nous avions opéré étant excessivement 
sain. 

Le 5, une partie des gens de Niomré avait cher- 
ché à faire une diversion en allant faire une razzia 
dans le cercle de Dagana. Ils avaient surpris un 
troupeau du chef Poul Salif et deux bergers, mais 
le troupeau leur fut repris et ils retournèrent les 
mains vides après avoir fait inutilement quarante 
lieues. 



DE 1854 A 1885 203 

§.3 — Expédition de Stne. 

Mai 1859. Gorée et la côte jusqu'à Sierra-Léone 
furent réunis, au commencement de 1859, au gou- 
vernement du Sénégal, et le gouverneur eut à 
s'entendre immédiatement avec le commandant 
particulier, M. le chef de bataillon du génie 
Laprade, au sujet de ces dépendances. On s'occupa 
d'abord des environs de Gorée. 

Les pays qui sont compris entre la presqu'île du 
cap Yertetla Gambie sont sous la domination de» 
rois du Cayor, du Baol, de Sine et de Saloum. 

En 1679, M. Ducasse, plus tard lieutenant-géné- 
ral des armées navales, imposait aux noirs du 
Cayor, du Baol et de Sine des traités qui cédaient 
à la France une bande de terrain de six lieues de 
profondeur, depuis la presqulle du cap Vert jus- 
qu'à la rivière de Saloum. Mais nos droits sur 
cette côte, même immédiatement après leur éta- 
blissement par les traités Ducasse, n'avaient jamais 
été suivis d'un commencement d^occupation sé- 
rieuse. 

On n'aurait certes pas pensé à les faire valoir si 
le commerce eût trouvé, sur cette côte, toute la 
sécurité désirable; mais les réclamations pour 
vols, pillages, mauvais traitements, nous arrivaient 
journellement de la part de nos traitants contre les 
populations de ces pays* 

Le 7 décembre 1858, le nommé Macéne Potch, 
parent du roi du Cayor, avait tenté d'asdassiner, 
pour une cause futile^ à Rufisque, un commerçant 



204 ANNALES SÉNÉGALAISES 

français, M. Albert et son ouvrier Tamba, en leur 
tirant un coup de fusil chargé de trois balles, dans 
rintérieur de leur case. L'ouvrier seul mourut de 
sa blessure; M. Albert fit plusieurs mois d'hôpital. 
Enfin deux missionnaires établis à Joal avaient eu 
à subir toutes sortes d'outrages de la part des tiédo 
du roi de Sine. Dans deux circonstances, ils avaient 
été blessés, légèrement il est vrai, de coups de 
poignard ou de couteau. 

A la presqu'île du cap Vert, il y a quelques an- 
nées à peine, les gens d'Yof pillaient encore des 
navires naufragés sur leurs côtes, et, en 1859, les 
chefs de la presqu'île faisaient encore payer à leur 
profit des droits de transit aux produits sortant du 
Cayor pour venir à nos maisons de commerce. 

Cet état de choses qui ne faisait qu'empirer de 
jour en jour, fit penser que des explications appuyées 
delaprésencedequelquesforces,étaientnécessaires 
et sans aucun retard. En conséquence, le gouver- 
neur partit de Saint-Jjouis dans les premiers jours 
de mai 1859, avec VAnacréonj capitaine Pi, le/^o- 
dor, capitaine Caillet, 200 tirailleurs sénégalais 
commandés par M. le capitaine de Hneau et 
quelques canonniers commandés par le capitaine 
Vincent. 

On prit, en passant à Gorée, M. le commandant 
Laprade, 160 hommes d'infanterie de marine, ca- 
pitaine Arnier, quelques hommes d'artillerie avec 
M. le capitaine Viot et 100 volontaires. On débar- 
qua à Dakar le 6. 

Le lendemain 7 mai, pendant que M. Laprade 



DE 1854 A 1885 205 

conduisait, en suivant la plage, l'infanterie, l'artil- 
lerie et les bagages à Tiaroy, frontière du Cayor, 
le gouverneur parcourait la presqu'île dans toute 
son étendue avec les tirailleurs et les compagnies 
de débarquement, forçant chaque village à nous 
fournir un contingent de volontaires. Le 7, au 
soir, il rejoignait la colonne à Tiaroy, avec 225 
volontaires. C'était le nombre que nous avions 
désigné. La colonne montait alors à 800 hommes 
environ. 

M. Brossard de Corbigny, lieutenant de vaisseau 
était chargé des affaires indigènes et de faire la 
carte du pays à parcourir. M. Clary, sous-lieute- 
nant de chasseurs d'Afrique, officier d'ordonnance 
du gouverneur, remplissait les fonctions de chef 
d'état-major de la colonne. M. Bel, chirugien de 
!*• classe de la marine était chef d'ambulance. 

Franchissant la frontière du Cayor, nous arri- 
vâmes à Rufisque, le 8, à 8 heures !/2 du matin. 
C'est un village de 3 à 4,000 milles âmes. On établit 
le camp dans la plaine derrière le village. On com- 
mença par arrêter Aly-Gùeye, ancien maître du 
port, nommé par Damel, à qui on avait toutes sortes 
de violences à reprocher et Laty-Ndiaye, tiédo de 
sa suite, fortement soupçonné de complicité dans 
l'assassinat de M. Albert et de son menuisier. 

Le 9, M. Brossard alla, avec un peloton de lap- 
tots, faire une reconnaissance dans les villages de 
Kounoum, aux environs de Rufisque. Les habi- 
tants de Rufisque demandèrent à fournir des vo- 
lontaires pour montrer qu'ils ne faisaient plus 

1-2 



206 ANNALES SÉNÉGALAISES 

qu'un avec nous. On n'en accepta que 25, parce 
que l'effectif de la colonne était déjà trop nom- 
breux. 

Partie le 10, à 4 heures 1/2 de Rufisque, la co- 
lonne passa par Bargny, très grand village composé 
de plusieurs groupes; à 6 heures 1/2, à Bargny- 
Sep, qui est du Baol, puis à Yen. On s'arrêta 
à Kel, près Mangol. Mercredi, partis de Kel, à 
4 heures du matin, nous fîmes la grand'halte à la 
rivière Somone et nous arrivâmes le soir à Sali 
(Portudal). L'artillerie s'y embarqua sur le Podovy 
parce que le chemin au delà présentait quelques 
difficultés. 

Jeudi 12, départ à 4 heures 1/2 ; à 8 heures 1/2, à 
Nianing. A Mbour, on s'empara du chef Lat-Kaéré, 
contre lequel il y avait plusieurs plaintes. Le 15, 
l'infanterie blanche fut embarquée parce que nous 
devions faire une marche longue et pénible. Nous 
passâmes la Fasna et à 9 heures nous étions à Joal, 
village de 2,000 âmes, où les missionnaires et les 
traitants nous faisaient de vive voix leurs réclama- 
tions et où les habitants du village, soi-disant 
Portugais et chrétiens, venaient nous saluer, en 
nous assurant de leurs bonnes dispositions. 

Les fonctionnaires et tiédo du roi de Sine, cou- 
pables des violences dénoncées, entre autres le 
grand Fitor, s'étaient sauvés dans l'intérieur à 
notre approche. Nous nous consultâmes pour savoir 
comment noiis obtiendrions réparation et il était 
décidé que nous allions nous embarquer sur nos 
bâtiments pour aller, par la rivière Saloum, nous 



DE 1854 A 188S 207 

aboucher dans Tintérieur avec les rois du pays, 
lorsqu'un événement produit par le hasard, préci- 
pita les choses et nous entraîna, pour ainsi dire 
malgré nous, dans une série de circonstances dont 
on pouvait espérer tirer les plus grands avantages 
pour notre domination dans ces pays. 

Le Boumi, second chef de Sine, ignorant notre 
présence à Joal, y arrivait le soir même avec une 
escorte de cavalerie ; ces cavaliers ayant été aperçus 
dans Tobscurité, il en résulta une alerte et on 
envoya deux fortes patrouilles pour faire une 
reconnaissance autour du village. Un instant après, 
le gouverneur apprenait officiellement par le chef 
de Joal, l'arrivée du Boumi, et avant qu'il eût pu 
en avertir les patrouilles, une de celles-ci, composée 
de laptots, entourait ce chef et son escorte, et 
comme ils opposaient de la résistance, on se préci- 
pitait sur eux et il en résultait une bagarre à la suite 
de laquelle le Boumi^ tout meurtri, se sauvait en 
traversante rivière où il faillit se noyer et laissant 
entre nos mains 2 de ses hommes et 12 che- 
vaux. 

Le Boumi était un des chefs dont nous avions le 
plus à nous plaindre. Cependant, ne voulant pas 
passer pour lui avoir tendu un guet-apens , le gou- 
verneur lui envoya, le lendemain matin, son 
domestique et un de ses chevaux pour lui dire de 
revenir sans crainte, et que nous lui rendrions ce 
qui lui appartenait en réglant toutes nos affaires 
présentes et passées. 

En même temps qu'il offrait ces réparations, le 



208 ANNALES SÉNÉGALAISES 

gouverneur crut, pour qu'elles ne fussent pas atlri- 
buées à la crainte, devoir se porter en avant avec 
la colonne, et, au lieu de nous embarquer, prenant 
trois jours de biscuit sur nous et laissant tous nos 
bagages derrière, nous nous mimes en marche 
pour Tin térieur. 

On laissa à Joal i30 hommes de garnison avec 
un obusier, sous les ordres de M. le capitaine d'ar- 
tillerie Vincent, pour protéger la mission et nos 
traitants après notre départ, et le gouverneur 
écrivit au roi de Sine qu'il se rendait à Fatik, au 
cœur de son pays, où il serait le 18, et où il ferait 
avec lui la paix ou la guerre, suivant qu'il accorde- 
rait ou non les réparations et les garanties qu'on 
avait à lui demander. 

Nous traversâmes pendant la nuit une très belle 
forêt et, après un repos de quelques heures en 
route, nous arrivâmes à la pointe du jour au vil- 
lage de Guilas, où nous faillîmes prendre le chef 
Tchilas qui se permettait de venir de temps à autre 
tourmenter nos gens à Joal. Trois de ses chevaux 
restèrent entre nos mains. Nous passâmes la jour- 
née aux puits abondants de ce village, ombragés 
par des arbres magnifiques, rassurant la population 
et payant exactement tout ce dont nous avions 
besoin pour la subsistance de la colonne. 

Les volontaires furent envoyés à Faouoy, pour 
voir s'il ne s'y trouvait pas de tiédo. Le même soir, 
ayant appris que le comptoir de Silif qui était sur 
notre route, avait été pillé par le Boumi, nous nous 
y rendîmes et le trouvâmes désert. Le Podor, qui 



DE 1854 A 1885 209 

avait reçu Tordre de s'y rendre par le marigot pour 
nous ravitailler, n'y élaitpas encore arrivé. Gomme 
il n'y avait pas d'eau à Silif, nous fûmes obligés de 
continuer notre marche sur Faïl, où nous arrivâmes 
vers minuit. 

Le 16, au matin, le gouverneur envoya quelques 
hommes vers Silif pour avoir des nouvelles- du 
Podor. Ils ne l'y trouvèrent pas et aperçurent dés 
cavaliers en observation. On renvoya 23 laptots 
sous les ordres du capitaine de rivière Yousouf ; ils 
se trouvèrent, à une lieue du camp, en présence de 
200 hommes, commandés par quelques cavaliers 
qui garnissaient la lisière d'un bois. Nos laptots 
prirent position et échangèrent des coups de fusil 
avec l'ennemi ; au bruit de cette fusillade, le gou- 
verneur envoya le lieutenant Deleutre avec deux 
pelotons de tirailleurs ; cet officier lança ses hommes 
sur les ennemis qui disparurent 

Le soir, à 5 heures, au moment où nous partions 
pour Fatik, des cavaliers vinrent encore nous 
observer et furent chassés par quelques carabiniers 
du 4* régiment d'infanterie de marine. 

Par une marche de nuit, faite avec toutes les 

précautions voulues, puisqu'il devenait évident 

que le pays était en armes » nous arrivâmes à 

l'escale de Fatik, où les traitants n'avaient pas 

été inquiétés ; nous n'y trouvâmes pas VAna- 

créon , sur lequel nous comptions pour avoir 

des vivres, il n'avait pas encore eu le temps d'y 

arriver. 

M. Mage, enseigne de vaisseau, fut envoyé 

12. 



210 ANNALES SÉNÉGALAISES 

immédiatement avec 25 laptots pour descendre le 
marigot à la recherche de VAnacréon. 

N'ayant pas d'eau à l'escale de Fatik, après nous 
être reposés la nuit, nous nous rendîmes le matin 
de très bonne heure au village de ce nom, à une 
lieue de là, où il y a des puits abondants. On y 
forma les faisceaux et on se reposa^ en mangeant 
quelques galettes de biscuit. C'était le jour et le 
lieu du rendez-vous donné pour la paix ou pour la 
guerre au roi de Sine, il n'y manqua pas. 

A 9 heures, au moment où Ton ne s'y attendait 
guère, les sentinelles avancées n'ayant pas donné 
l'alarme, l'armée de Sine déboucha du bois, la 
cavalerie en tête et nous eûmes un homme blessé 
aux faisceaux avant d'avoir eu le temps de prendre 
les armes. 

Nous étions alors 600 hommes en tout, parmi 
lesquels 50 blancs seulement et 325 volontaires. 

Les compagnies de débarquement commandées 
par M. Pi et les volontaires de Dakar, se jetèrent 
dans le bois que nous avions devant notre droite 
et maintinrent vigoureusement pendant toute l'af- 
faire rinfanterie ennemie qu'ils avaient devant 
eux. 

Les tirailleurs sénégalais et les volontaires de 
Gorée, ces derniers commandés par M. Dumont, se 
portèrent à la rencontre des cavaliers qui envahis- 
saient déjà notre bivouac. Le peloton d'infanterie 
blanche, 35 hommes, resta en réserve par Tordre 
du gouverneur, auprès de notre obusier. 

La cavalerie de Sine, très renommée dans le 



DE 1854 A 1885 211 

pays, tint bon pendant un moment dans la position 
avancée qu'elle avait prise, malgré une fusillade 
excessivement vive de notre part et à 80 ou 100 
pas de distance. Trois coups d'obusier, dont un à 
mitraille^ lui furent envoyés, mais Taffût cassa et 
nous nous trouvâmes sans artillerie. 

Enfin, au bout de vingt minutes, avançant en 
pivotant autour de notre droite, nous repoussâmes 
Fennemi qui pivotait en reculant, autour de sa 
gauche, jusqu'à des bois qui se trouvaient derrière 
lui. On ne laissa pas nos tirailleurs s'y engager à 
sa suite, de peur qu'ils ne tombassent sur des masses 
de fantassins embusqués. On fit sonner la retraité 
et reformer les pelotons. 

Au bout de quelques moments, les ennemis ra- 
menés par leurs chefs, et reprenant courage, 
revinrent franchement dans la plaine. Le gouver- 
neur lança de nouveau nos tirailleurs qui les for- 
cèrent, pour la seconde fois, à rentrer dans le bois. 
Quelques coups heureux de nos carabiniers com- 
mençaient à les étonner. 

Nous nous reformâmes de nouveau en laissant 
encore le champ libre. La cavalerie de Sine en 
profita une troisième fois pour revenir à la charge 
et faire un dernier effort, les tirailleurs se jetèrent 
sur elle avec plus d'ardeur encore, et le gouverneur 
engagea complètement le peloton de carabiniers 
pour en finir. Cette fois Parmée de Sine, commen- 
çant à' compter ses pertes et ayant ses chefs tués ou 
blessés, tourna vivement le dos, prit définitivement 
la fuite et nous laissa maîtres du champ de bataille. 



212 ANNALKS SÊXÈGALAISES 

Les ennemis eurent , dans celle aff^re, 150 
hommes tués ou blessés ; ils accusèrent eux-mêmes 
environ 40 tués sur place, parmi lesquels 5 frères, 
beaux-frères et cousins germains du roi. C'étaient 
les nommés Oula-Sanou, Joro-Oual-Adam, roi de 
Palar, Boubakar-Ngoné, roi de Dioïn, etc. Une 
dizaine de chevaux tués restèrent sur le champ de 
bataille ; on en prit deux sans blessures. 

De notre côté, nous n'eûmes que cinq blessures 
excessivement légères. Ce résultat singulier, après 
une fusillade de plus d'une heure, à très petite 
portée, était dû à ce que le tir de cavaliers armés 
de fusils de six pieds de long est naturellement très 
incertain, à la difficulté énorme qu'ils ont à re- 
charger leurs armes et, enfin, à leur manière de les 
charger: ils y mettent jusqu'à 12 et 18 balles de 
traite, espèces de grosses chevrotines, suivant, 
comme ils le disent, le degré de colère qu'ils 
éprouvent. On conçoit que, s'il est très désagréable 
d'être atteint par un coup de fusil ainsi chargé à 
quelques pas, en revanche, on n'a rien à en craindre 
à 60 pas. 

Le village de Fatik fut brûlé par nous pour faire 
savoir au loin notre victoire. A la vue des immenses 
colonnes do fumée produites par cet incendie^ 
les habitants d'une partie des villages du royaume 
de Sine se sauvèrent de toutes parts et se réfu- 
gièrent dans les pays voisins. Le roi et les débris 
de son armée se retirèrent vers l'est. 

Nous étions vainqueurs, mais nous n'avions plus 
de vivres ; pas de nouvelles de nos bateaux et notre 



DE 1854 A 1885 213 

situation devenait très critique. Revenus le soir à 
l'escale pour y passer la nuit, nous réfléchissions 
tristement au parti à prendre et à la direction dans 
laquelle il fallait marcher pour tâcher de retrouver 
nos magasins flottants^ lorsque nous entendîmes 
dans l'obscurité une marche sonnée par un clairon; 
nous courûmes au-devant de la troupe qui arrivait. 
C'était M. Mage et ses laptots, avec 50 hommes 
d'infanterie de renfort qui nous arrivaient de VAna- 
créoriy mouillé dans le marigot, à une lieue de 
nous. Ce détachement escortait des embarcations 
chargées de vivres auxquels on fit honneur à Tins- 
tant même. 

Après avoir déménagé l'escale de Fatik, nous 
nous mimes en marche^ le 19, à 8 heures, pour 
aller en face de VAnacreon sur lequel on embarqua 
les chevaux de la colonne et les 20 chevaux pris à 
l'ennemi, car nous allions avoir à suivre une route 
impraticable pour les chevaux à cause des maré- 
cages. On passa la journée sans eau, YAnacréon 
n'en ayant presque pas. Une partie de la colonne 
fut 24 heures sans boire et les chevaux 2 et 3 jours, 
ce qui est très dur en plein soleil, au mois de mai, 
par 14° de latitude. 

Le 20, à 1 heure du matin, la colonne à terre, 
sous les ordres du commandant Laprade, et YAna^ 
créon, descendirent simultanément le marigot de 
Fatik, pour se rendre à son embouchure, dans la 
rivière de Saloum, vis-à-vis de Mbam. Les hommes 
eurent à passer un affreux marais de 500 mètres 
de large, où il y avait 2 pieds de vase molle cou- 



214 ANNALES SÉNÉGALAISES 

verte de 2 pieds d'eau. On le passa, non sans peine, 
mais sans accident, et on arriva au lieu nommé 
Kokhgnik-Mbam^ à 4 heures du matin. La colonne 
eut encore nn moment de vive inquiétude , car 
elle n'y trouva ni le Podor, ni les citernes qui n'ar- 
rivèrent qu'à 7 ou 8 heures. 

Le 21, au matin, par l'arrivée de VAîiacréon^ 
nous étions tous réunis à Kokbgnik-Mbam^ bien 
portants, abrités par des gourbis en feuillage au 
milieu de mangliers couverts d'huîtres. 

Le gouverneur fit un voyage sur le Podor à Kao- 
lakh, pour s'aboucher avec le ministre de Saloum 
et, le 24, toute la flottille {AnacréoUy Podor^ 2 
citernes et 1 cotre), portant la colonne, se rendit 
par mer à Joal. Un blockhaus y avait déjà été ap- 
porté par la canonnière la Bourrasque. Le gouver- 
neur donna des ordres pour sa construction immé- 
diate, entre la mission et le terrain des traitants, 
nomma le chef du village et, laissant 100 hommes 
de garnison pendant la construction du blockhaus, 
des ouvriers en nombre suffisant, et la Bourrasque 
mouillée devant le village, la flottille se rendit à 
Sali (Portudal), où une colonne légère commandée 
par M. Laprade, fut débarquée pour revenir à 
Dakar, par terre, pendant que les bateaux se ren- 
draient à Gorée oii nous étions tous de retour le 
27, au soir. 

A la suite de cette expédition, furent passés, 
avec les rois de Baol, de Sine et de Saloum, trois 
traités. (Voiries traités à la fin du volume.) 



DE 1854 A 1885 215 

§ 4. — Expédition de la Bâsse-Gasamance 

En mars 1860, une expédition fut dirigée contre 
les peuplades de la Basse-Gasamance. 

Son but était de mettre un terme aux pillages et 
aux exactions commises depuis quelques années 
par les villages de Garonne et de Thionq, sur nos 
nationaux et alliés. 

Les indigènes de la Basse-Casamance, plus sau- 
vages encore que tous ceux à qui nous avions eu 
affaire auparavant, ne sont qu'en partie armés de 
fusils ; un grand nombre de leurs guerriers combat 
encore avec des javelots et des boucliers en peaux 
de buffle. Cependant ceux de Garonne sont tous 
bien armés et ont une grande réputation de bra- 
voure dans le pays. 

Garonne et Thionq protégés par les nombreux 
marigots qui coupent en tous sens les plaines qui 
les environnent, marigots dont nous ne connais- 
sions ni la direction, ni la profondeur, se croyaient 
à Tabri de nos atteintes, parce qu'une première 
expédition faite au mois de janvier 1859, par le 
commandant de la division navale des côtes occi- 
dentales d'Afrique, n'avait pu les détruire. 

Pendant Tannée 1859, surtout, ils avaient jeté 
Teffroi dans le bas de la rivière. Pour les réprimer^ 
M. le cbef de bataillon du génie Laprade, comman^ 
dant particulier de Gorée, reçut Tordre du gouver- 
neur de marcher contre eux avec une colonne de 
800 hommes et 2 obusiers. 

Gctle colonne avait, pour chef d'étal-mujor, 



216 ANNALES SÉNÉGALAISES 

M. Brossard de Corbigny, lieutenant de vaisseau ; 
pour chef du génie, M. Vincent, capitaine; pour 
chef de rambulancc,M. Bel, chirurgien de 1''® classe. 
MM. Aube, lieutenant de vaisseau, commandait les 
compagnies de débarquement ; le capitaine Millet 
commandait l'infanterie ; le capitaine Ringot com- 
mandait les tirailleurs ; le sous-lieutenant Fauque 
commandait 20 spahis à pied ; le capitaine d'artil- 
lerie Mailhetard commandait les volontaires; le 
capitaine d'artillerie Lemonnier commandait la 
section d'obusiers. 

La flottille, destinée à transporter ces troupes 
se composait des avisos à vapeur Y Etoile y capitaine 
Aube ; le Dialrnatchy capitaine Vallon ; XAfricain^ 
capitaine Le^caze ; le GrandrBassam, capitaine 
Martre ; le Basilic y capitaine Faveris, et de la ci- 
terne flottante la Trombe. 

M. le capitaine de frégate Le Bourgeois-Desma- 
rais, commandant supérieur de la marine de la 
colonie, commandait cette flottille ; il était chargé 
de la mission difficile de la conduire, par des mari- 
gots sinueux et à peine connus, dans la position la 
plus avantageuse pour le débarquement. 

L'expédition quitta Gorée, le 6 mars, à 9 heures 
du matin ; le lendemain, à 3 heures de relevée, elle 
arrivait à Carabane. Le 8, à 4 heures du matin^ la 
flottille se mit en marche pour pénétrer dans les 
marigots qui conduisent à Garonne, et le 9, à midi, 
après une navigation des plus difficiles, conduite 
avec beaucoup de prudence et une grande habileté 
les avisos le Dialtnatchj X Africain^ le Grand-Bassam 



DE 1854 A 1885 217 

et le Basilic étaient embossés, au grand étonnement 
de nos ennemis, devant le débarcadère de Hilor, 
ou Banantra, premier village de Garonne. 

Hilor, situé à 1^000 mètres du mouillage, est 
protégé par une ligne de marais, couverts de palé- 
tuviers bordant la plage sur une profondeur de 
300 mètres. Le terrain qui sépare ces marais du 
plateau sur lequel se trouve le village, est entre- 
coupé de rizières profondes, dont l'ennemi pouvait 
tirer un grand parti pour la défense ; ces rizières 
se continuent jusqu'au débarcadère, par une trouée 
large de 250 mètres à travers les palétuviers. 

Les mouvements de Tennemi, que Ton distin- 
guait de la mâture des bâtiments, nous donnèrent 
une idée exacte du système de défense que nous 
allions rencontrer. Une troupe nombreuse embus- 
quée derrière des benténiers magnifiques qui 
bordent le village, devait nous en disputer l'entrée, 
pendant que d'autres masses, formées sur la droite 
et sur la gauche dans les rizières et les palétuviers, 
se jetteraient sur nos flancs au moment de l'attaque 
et viendraient peut-être, lors du débarquement, 
nous fusiller à 100 mètres de distance, sous la pro- 
tection des palétuviers. 

Le commandant de la colonne arrêta immédia- 
tement, avec M. le commandant supérieur de la 
marine, les dispositions suivantes pour le débar- 
quement. 

Pendant que les bâtiments du centre couvri- 
raient]d'obus les rizières que nous avions à tra- 
verser pour arriver au village, lès bâtiments situés 

13 



218 ANNALES SÉNÉGALAISES 

à rextrémité de la ligne d'embossage devaient 
fouiller avec leur artillerie les palétuviers situés à 
droite et à gauche du point de débarquement. Au 
signal convenu pour le débarquement des troupes, 
les bâtiments du centre seuls devaient cesser leur 
feu. 

Ces dispositions eurent un plein succès; l'ennemi 
tenu à distance par TartiUerie de la flottille, nous 
opérâmes noire débarquement sans recevoir un 
coup de fusil, et Ton prit ses mesures pour Tattaque 
du village. 

La colonne fut déployée par bataillons serrés en 
masse, les laptots à droite, Tinfanterie au centre, 
les tirailleurs sénégalais à gauche ; les deux pièces 
d'artillerie furent placées dans Tintervalle des 
bataillons. Le capitaine du génie Vincens reçut le 
commandement des tirailleurs formés du 1" pelo- 
ton de chaque bataillon, des spahis à pied et des 
volontaires; ces tirailleurs se portèrent sans obs- 
tacle à 150 mètres de la ligne de bataille. Ces dis- 
positions prises, le commandant Laprade mit la 
colonne en mouvement vers le village ; notre artil- 
lerie ne pouvant rouler à travers les rizières, fut 
portée à bras par nos canonniers. 

A peine la colonne eut-elle débouché dans les 
vastes rizières qui séparent les hauteurs des palé- 
tuviers, que Tennemi exécuta la manœuvre prévue ; 
les défenseurs du village, embusqués derrière des 
plis de terrain et de gros arbres, ouvrirent un feu 
bien nourri sur nos tirailleurs, que rien ne proté- 
geait, et les groupes répandus à notre droite et à 



DE 1854 A 1885 .219 

noire gauche menaçaient les flancs de la colonne. 

Voyant que Tennemi, confiant dans sa force, 
n'avait pris aucune disposition pour défendre pied 
à pied le village, ne voulant pas laisser continuer 
le combat de nos tirailleurs dans des conditions 
désavantageuses, et se sentant d'ailleurs assez fort 
pour enlever le village et repousser les attaques 
dirigées sur nos flancs, M. Laprade plaça en réserve^ 
sous le commandement du capitaine Hopfer, deux 
pelotons d'infanterie et Fartillerie que les irrégu- 
larités du sol ne permettaient pas d'employer; 
deux pelotons de laptots furent portés à droite, 
deux pelotons de tirailleurs sénégalais à gauche, 
pour faire face aux attaques dont nos flancs étaient 
menacés, et on s'avança sur le village avec les 
autres troupes formées en colonne d'attaque. 

L'ennemi nous attendit en réservant son feu et 
nous accueillit à 50 pas de distance par une vive 
fusillade, heureusement mal dirigée. 

Les officiers d'état-major, le capitaine du génie 
Vincens, le sous-lieutenant des spahis Fauque, les 
chefs de corps Aube, Ringot, Millet, Mailhetard, 
marchant à la tête des troupes, débusquèrent l'en- 
nemi de toutes ses positions et pénétrèrent à sa 
suite dans le village dont la possession nous était 
désormais assurée. 

Pendant que nous obtenions ce succès sur le 
centre, les pelotons de laptots et de tirailleurs séné- 
galais, chargés de protéger nos flancs, culbutaient 
l'ennemi dans la plaine et le refoulaient au loin 
dans les bois dont il n'osa plus sortir. La victoire 



220 . ANNALES SÉNÉtiALAISES 

était à nous, mais le combat n'était pas terminé; 
après avoir enlevé le village, les troupes du centre 
le traversèrent pour fouiller la lisière des bois 
situés en arrière et d'où nous pouvions être faci- 
lement inquiétés. Les tirailleurs, sénégalais, sous 
les ordres du capitaine Ringot, rencontrèrent des 
ennemis sur la gauche, les délogèrent après une 
action assez vive dans laquelle se fit remarquer le 
capitaine de Pineau. Le capitaine d'infanterie 
Millet exécuta uue opération analogue à hauteur 
du centre de village, avec beaucoup d'intelligence 
et de résolution. Ces opérations terminées , le 
village de Hilor fut livré aux flammes. 

Cette affaire^ pour laquelle tous les villages 
ennemis avaient fourni leurs contingents, nous 
coûta un caporal d'infanterie et un tirailleur séné- 
galais tués; un officier, M. le sous-lieutenant Lefel, 
légèrement blessé et 22 hommes blessés, dont un 
seul grièvement. 

L'ennemi laissa plusieurs cadavres sur le lieu du 
combat; il emporta ses blessés dans les bois; le 
fils du roi de Hilor fut tué. 

On établit le bivouac pour la nuit, dans la plaine 
qui sépare le village du point de débarquement. Le 
lendemain, au point du jour, M. le capitaine d'ar- 
tillerie Mailhetard, commandant les volontaires, 
fut chargé de transporter nos blessés à bord des 
bâtiments, et, avec le reste de la colonne, le com- 
mandant Laprade marcha sur le beau village de 
Courba qui ne fut pas défendu et qu'il fit brûler. 
M. le lieutenant de vaisseau Aube, chargé de con- 



DE 18S4 A 188S 221 

tourner ce village, surprit dans un fourré quelques 
maraudeurs qui lui tuèrent un laptot. Il les pour- 
suivit vigoureusement et leur fit un prisonnier. 

A 8 heures^ la colonne reprit le chemin de Hilor 
où elle passa la journée; elle prit une centaine de 
bœufs et un troupeau de chèvres que Tennemi 
n'avait pu emmener dans les bois. Le soir, les 
troupes regagnèrent leurs bords respectifs. 

Le 10^ à 6 heures du matin, la flottille appareilla 
pour se rendre au fond du marigot des Djougoutes, 
reconnu comme étant le point le plus favorable 
pour le débarquement des troupes destinées à 
opérer contre les villages de Thionq. 

Les Djougoutes étaient nos amis; ils s'empres- 
sèrent de mettre toutes leurs pirogues à notre 
disposition ; elles nous furent d'un grand secours 
pour accoster la plage inaccessible à marée basse 
pour les canots. 

Le 10, au soir, la colonne bivouaquait près des 
villages des Djougoutes-Tendouk, et le 11, à 5 
heures du matin, elle se mit en marche vers les 
villages de Thionq. A 7 heures, nous étions à un 
kilomètre du premier village, lorsque du fond des 
bois qui longeaient notre droite^ sortirent des cris 
sauvages qui nous annoncèrent la présence de 
l'ennemi. La colonne marchait par le flanc sur un 
étroit sentier tracé à travers les rizières; le com- 
mandant Laprade l'arrêta et par un. à-droite, elle 
se trouva en bataille, par inversion, face au bois 
d'où l'ennemi allait déboucher. Il ne tarda pas à 
paraître. 



222 AXXALES SÉ!IÉGAULISES 

Ce fat un singulier spectacle pour nos troupes 
que cette nuée de noirs armés quelques-uns de 
fusils, mais le plus gn^nd nombre de lances et 
d'immenses boucliers ronds en peaux de buffle 
venant nous défier à 23 pas. Accueillis par un feu 
de mousqueterie bien dirigé et par quelques fusées 
de guerre babilement lancées par l'artillerie, ils 
s'arrêtèrent frappés d*étonnement. Saisissant ce 
moment favorable , le commandant Lapradc 
ordonna au capitaine Millet de les charger avec 
son bataillon; cette manœuvre vigoureusement 
exécutée eut un succès complet et changea en 
déroute une attaque faite avec la plus grande 
confiance. 

Les spahis se joignirent à Tinfanterie pour 
poursuivre Tennemi dans les bois. 

Pendant cette manœuvre sur notre droite, le 
commandant Laprade s'avança avec les laptots, les 
tirailleurs et les volontaires sur les villages de 
Thionq qui furent enlevés sans résistance sérieuse. 
A 8 heures, le combat était terminé. 

L'ennemi laissa plus de 40 cadavres sur le champ 
de bataille ; il perdit 20 prisonniers et un troupeau 
de 200 bœufs et de 150 chèvres : tous ses appro- 
visionnements de riz furent enlevés par nos volon- 
taires ou détruits par Tincendie. 

Nos troupes, aussi heureuses que braves, ne 
perdirent pas un homme; un artilleur seul fut 
légèrement blessé d'un coup de lance. 

A 2 heures de l'après-midi, la colonne se mit en 
marche pour se rendre au bivouac qu'elle avait 



DE 1854 A 1885 223 

quitté le matin; elle rembarqua dans la soirée 
même du 11 et dans la nuit du 11 au 12. 

L'expédition était terminée; les pirates auda- 
cieux et insolents de Garonne et de Thionq avaient 
reçu une rude leçon et la supériorité de nos armes, 
un moment contestée , était solidement rétablie 
dans toute la Basse-Gasamance. 

A la suite de cette expédition furent passés les 
traités. (Voir à la fin du volume.) 



§ 8. — Expéditions du Gayor. 

Au commeçicement de 1861^ le Gayor était le 
seul État du Sénégal avec lequel nous n'eussions 
pas de traité de paix; cependant il s'étend entre 
Saint-Louis et Gorée, nos deux principaux établis- 
sements de la côte occidentale d'Afrique, auxquels 
il fournit, comme pays agricole, une grande quan- 
tité de produits. Un courrier à pied desservait la 
correspondance entre nos deux villes, avec une 
sécurité, sinon avec une rapidité suffisante, en 
longeant la mer sur la grève même; il mettait 
3 jours pour faire les 50 lieues environ qu'il avait à 
parcourir. 

Nos traitants qui allaient dans l'intérieur du 
Cayor avec des marchandises étaient exposés à 
être pillés ou rançonnés par les tiédo, satellites 
armés des chefs de ce pays. Mais le plus grand 
reproche qu'on ait toujours eu à faire au gouver- 
nement du Gayor, c'est que le roi ou damel, quand 



22 i AXXALES SÉ!ftr> ALAISES 

ses revenus ordinaires ne suffisent pas pour sub- 
venir à ses besoins, et qu'il veut se procurer des 
chevaux, de l'eau-de-vie, de la poudre, des fusils 
ou tout autre chose, s'arroge le droit de faire 
enlever par ses tiédo, non seulement les troupeaux 
de bœufs et les biens de ses sujets, mais ses sujets 
eux-mêmes, libres ou captifs» pour les vendre, 
soit dans le pays, soit aux Maures, soit dans. le 
Fouta. 

De là une effrayante dépopulation et un manque 
de sécurité pour les producteurs, également nui- 
sibles à notre commerce. 

Depuis longtemps nous nous contentions de 
gémir sur ce régime sauvage, souvenir du temps 
de la traite des noirs et que les rois Ouolof ou Ser- 
rère ont seuls conservé parmi tous les chefs séné- 
galais. 

Le désir d'établir une ligne télégraphique entre 
Saint-Louis et Gorée, d'y avoir des relais.de cour- 
riers à cheval et des caravansérails pour rendre 
commodes les voyages par terre entre les deux 
villes, nous amenèrent à proposer, en 1859, à 
damel Biraïma un traité dans lequel il nous faisait 
toutes ces concessions. A peine Favait-il signé 
qu'il mourut, et son père et successeur Macodou, 
malgré les promesses qu'il nous avait faites pour 
nous rendre favorables à son élection, déclara for- 
mellement, une fois au pouvoir, que nous ne ferions 
aucun établissement sur son territoire, parce qu'il 
n'y on avait jamais eu du temps de ses pères. Après 



DE 1854 A 1885 22n 

avoir patienté un an, Son Excellence le Ministre 
des colonies donna Tordre d'exiger l'exécution du 
traité passé avec Biraïrna. 

Une lutte avec le Cayor, passant dans les idées 
reçues pour sérieuse, tant à cause des forces qu'on 
supposait à Damel qu'à cause des difficultés d'un 
pays où nul cours d'eau ne peut servir au ravitail- 
lement des colonnes, quelques renforts furent 
envoyés d^Algérie au gouverneur, à la fin de dé- 
cembre 1860. 

Afin de les garder le moins de temps possible 
dans la colonie, on commença immédiatement les 
opérations : la colonne du Sénégal, partie de Gan- 
diole le 2 janvier 1861 au matin, arriva le 6 àBenou- 
Mboro, après avoir passé par Ker, Potou, Veindi- 
Bourli, Mbar, Tiakhmat, Mbétet et Guelkouy. 
C'est la ligne des Niayes, bas-fonds formant des 
lacs doux et saumâtres, et des marais entourés de 
charmantes oasis de verdure, où les palmiers (sor) 
dominent et sont exploités pour leur vin de palme, 
par des gardiens placés là par ks chefs du pays. 
Cette zone, peu large, se trouve à une ou deux 
lieues de la côte; elle ne renferme pas de villages, 
mais seulement quelques groupes de cases et des 
troupeaux. On y trouve de l'eau douce en toute 
saison, presqu'au niveau du sol. Si, à partir des 
Niayes, on marche deux ou trois lieues vers Tinté- 
rieur, on est alors dans le vrai Cayor, qui renferme 
beaucoup de villages, dont quelques-uns sont très 
grands, mais où- Ton ne trouve d'eau que dans des 
puits généralement assez profonds. 

13. 



226 ANNALES SÉNÉGALAISES 

600 hommes des goums du Oualo, sous les 
ordres du capitaine Azan, avaient été mis en ob- 
servation à Mérinaghen, pour le cas où des hosti- 
lités sérieuses s'engageraient avec le Cayor, et 300 
volontaires de la banlieue de Saint-Louis avaient 
pris position à Ker, pour contenir, au besoin, la 
population du Mbaouar et assurer les communica- 
tions de la colonne en arrière. 

La colonne de Gorée, sous les ordres du com- 
mandant Laprade, était partie de Rufisque, le 4 à 
3 heures du matin, et elle fit sa jonction à Benou- 
Mboro, le 7, avec celle de Saint-Louis, après 
avoir passé par Gorom et Din-Birandao, dans la 
province de Diander, et par Cayar, Ouasso-Bérep, 
Ouasso-Tieb, et Ouasso-Diadia, sur la côte. Les 
avisos VÉtoiley capitaine Aube, V Africain, capitaine 
Lescaze et le cotre V Écureuil , capitaine Hamon^ 
déjà arrivés à Benou-Mboro, commencèrent à 
mettre à terre, le jour même, les vivres et le maté- 
riel dont ils étaient chargés, avec Taide des pi- 
rogues de Guet-Ndar, malgré les brisants qui 
couvrent cette côte. 

Le gouverneur prit le commandement général des 
troupes au nombre de 2,200 hommes : 380 hommes 
d'infanterie de marine étaient commandés par le 
capitaine Hopfer ; 3 compagnies de tirailleurs 
algériens, par les capitaines Bechade, du 1" régi- 
ment, Girard, du 2% de Pontécoulant, du 3' ; 
l'escadron de spahis (100 chevaux), par le capitaine 
Baussin. La milice mobile de Saint-Louis avait 
fourni 250 hommes, celle de Gorée, i2S hommes. 



DE 18S4 A 1883 227 

Il y avait en outre 300 volontaires de la banlieue 
de Gorée. L'artillerie avec 2 canons rayés, 4 obu- 
siers de montagne, 2 chevalets de fusées et 200 
hommes, était commandée par M. le chef d'esca- 
dron Dutemps ; un peloton du train des équipages 
envoyé d'Algérie par le lieutenant Combalot. M. le 
capitaine de spahis de Négroni faisait les fonc- 
tions de chef d'état-major; M. le médecin en chef 
Chassaniol dirigeait le service de santé; M. le 
capitaine sous-directeur Maritz, celui du génie ; 
M. Taide-commissaire Liautaud était commissaire 
d'armée et M. le capitaine Flize était chargé 
des affaires indigènes, des guides et des réquisi- 
tions. 

La colonne étant plus forte qu'il n'était néces- 
saire, les volontaires de Gorée furent envoyés par 
Taïba, dans le Diander, pour y prendre position et 
assurer nos communications avec Gorée. 

Déjàdepuis trois ou quatre jours, damel Macodou, 
apprenant l'arrivée du gouverneur à Tiakhmat, et 
rapproche par le sud de la colonne de Gorée, avait 
quitté sa capitale Mekhey et s'était rendu à Ndande, 
à huit lieues dans le nord-est. Il appelait tous ses 
guerriers autour de lui, en déclarant que ce n'était 
pas pour combattre les blancs, mais pour aller 
conquérir le Baol, pays voisin, qu'il voudrait 
réunir au sien, comme cela a eu lieu du temps de 
plusieurs de ses prédécesseurs. De Ndande, il écrivit 
au gouverneur pour lui dire qu'il s'étonnait de le 
voir entrer dans son pays avec une armée, que s'il 
désirait quelque chose, il eût à le demander et non 



228 ANNALES SÉNÉGALAISES 

pas à le prendre de force, et que si ces observations 
ne lui convenaient pas, on se rencontrerait, s*il 
plaisait à Dieu. 

Après avoir répondu à cette lettre en reprochant 
à Damel d'avoir manqué à ses promesses et violé 
un traité signé par son prédécesseur, le gouverneur 
s'empressa d'installer le poste de Mboro, pour y 
laisser ses approvisionnements, ses malades et une 
garnison et en partit, le 1 2, à cinq heures du matin, 
pour Mekhey, résidence de Macodou, où il arriva 
le 13, après avoir bivouaqué la nuit du 12 au i3 à 
Diati. De Diati à Mekhey, il n'y a que deux heures 
de marche. L'eau est abondante dans l'un comme 
dans l'autre de ces villages qui ont plusieurs grands 
puits. 

Mais dans cette même nuit du 12 au 13, Macodou 
apprenant notre arrivée à Diati et croyant que nous 
marchions vers lui, se sauva en toute hâte de 
Ndande et se réfugia à Ntaggar, en passant par 
Ndiakher et par Gat. Ntaggar est à huit lieues dans 
le sud-sud-est de Ndande. S'éloigner de huit lieues 
chaque fois que nous faisions un mouvement vers 
lui, ce n'était pas le moyen de nous rencontrer : en 
effet, Macodou avait complètement changé d'idée 
et de ton ; il écrivit au gouverneur qu'il lui accor- 
derait tout ce qu'il voudrait, mais qu'il le priait de 
ne pas aller plus loin dans le pays et d'attendre ses 
envoyés à Mekhey ou plutôt à Mboro. 

En même temps arrivaient à Pire, village situé à 
une dizaine de lieues dans le sud de Mekhey, le roi 
du Djolof, Silmakha-Dieng et Beur-Guet, prétendant 



DE 1854 A 1885 229 

au trône du Çayor, avec leurs forces pour révolu- 
tionner le pays contre Macodou. Cela menaçait de 
compliquer singulièrement la situation; aussi le 
gouverneur, croyant suffisamment constaté que 
Damel ne voulait pas nous attendre et redoutant de 
plonger le Cayor dans une guerre civile, d'où no 
pouvaient résulter que de grandes pertes pour le 
commerce sans grands avantages en compensation, 
fit dire à ces deux derniers chefs qu'il n'était pas 
en guerre avec Damel et qu'il n'encourageait nulle- 
ment leur entreprise; et il écrivit à Damel que 
puisqu'il avouait qu'il ne pouvait pas nous résister 
et nous accordait toutes nos demandes, la colonne 
retournait vers la mer pour continuer la construc- 
tion des postes. 

En une marche de huit heures, le 13, de quatre 
heures du soir à minuit , la colonne revint à 
Mboro. On s'y reposa le 14 et le IS, Silmakha- 
Dieng et Beur-Guet rentrèrent dans le Baol et 
le premier retourna peu de temps après dans le 
Djolof. 

Le 16, à cinq heures du matin, la colonne se mit 
en route pour Mbidjen où devait se faire le deuxième 
poste et l'on y arriva le 19, à neuf heures du matin, 
après avoir passé par les villages de Taïba, Saou 
et Guellek. La colonne n'était plus que de 
1,500 hommes, le reste avait été laissé à Mboro 
comme superQu. 

Le 19 et le 20, l'aviso V Étoile mit à terre à Cayar, 
avec l'aide des pirogues d'Yof, malgré les dangers 
de ce mouillage, les vivres et le matériel. Le tout 



230 ANNALES SÉNÉGALAISES 

fut transporté de Cayar à Mbidjen (6 kilomètres) 
par la colonne et par les bètes de somme. 

Le 21, à six heures du matin, jugeant que le 
commandant Laprade n'avait plus besoin de son 
concours, le gouverneur repartit pour Mboro avec 
la moitié de la colonne, laissant les troupes de la 
garnison de Gorée et les tirailleurs algériens, cons- 
truire le poste sous la direction du capitaine 
Fulcrand, ce qui prit deux jours. 

Le 22, à neuf heures, le gouverneur arrivait à 
Mboro, et considérant la paix comme assurée, il 
renvoyait immédiatement la milice mobile à Saint- 
Louis. On apprit que Damel, avec toutes ses forces 
réunies, s'était rendu à Balai dans le sud-ouest de 
Ntaggar, vers le Baol qu'il voulait attaquer; mais 
que les chefs de son armée témoignaient presqu'au- 
tant de répugnance pour faire la guerre au Baol 
que pour nous la faire à nous-mêmes. 

Du reste, tout le pays était parfaitement tran- 
quille et les caravanes n'avaient pas cessé de le 
parcourir. 

On laissa donc 50 hommes de garnison à Mboro, 
et le 25, à quatre heures du soir, on partit au 
nombre de 700 hommes pour retourner à Saint- 
Louis, par la route de Niayes, et choisir en passant^ 
remplacement du troisième poste. 

On se décida pour Lompoul qui est à peu près à 
moitié chemin entre Gandiole et Mboro, à 10 kilo- 
mètres de la mer, et dans de très bonnes conditions. 

Le 27, à 2 heures 1/2 de l'après-midi, on était 
de retour à Gandiole. 



DE 1854 A 1885 231 

L'escadron du capitaine Baussin, avec M. le capi- 
taine Flize, faisant un détour, avait passé parDia- 
naour, chef-lieu du Mbaouar, pour menacer ce 
canton qui se montre quelquefois turbulent. 

La colonne du commandant Laprade, après 
avoir passé parle village sérère de Sognofil, dans 
un but analogue, était rentrée à Dakar, le 26, 

Cette expédition faîte pendant le mois de jan- 
vier, présenta, sous le rapport sanitaire, Tincon- 
vénient de Textrême fraîcheur et de Textrême 
humidité des nuits. Les hommes qui n'avaient pas 
de pantalons de drap ni de couvertures, en souf- 
frirent beaucoup et contractèrent de nombreuses 
diarrhées. Dans les mois de décembre et de jan- 
vier, les pantalons de drap sont de toute nécessité 
quoiqu'ils puissent êlre un peu gênants au moment 
de la grande chuleur du jour. Quant aux couver- 
tures, elles chargent trop les hommes qui ont déjà 
à porter leurs armes, leurs munitions et quelques 
jours de vivres. 

Dans la plupart des grands villages du Cayor, il 
y a des puits pouvant suffire à une colonne de 
1,500 hommes. En tous cas, on trouve toujours à 
petite distance d'autres puits où Ton peut aller 
faire boire les animaux. Une remarque que nous 
avons déjà pu faire et qui peut être très utile, à 
l'occasion, c'est qu'il faut très longtemps à Damel 
pour réunir ses forces. 

A la suite de cette expédition, un projet de 
traité de paix fut envoyé à Macodou, qui le renvoya 
signé, le 9 janvier, avec une lettre pleine de pro- 



232 ANNALES SÉNÉGALAISES 

testations d'amilié et de promesses d'exécuter scru- 
puleusement les conditions stipulées. (Voir les 
traités à la fin du volume). 

Le 12 janvier, M. le lieutenant-colonel Faron, 
ayant sous ses ordres 200 hommes d'infanterie de 
marine, 300 tirailleurs sénégalais, 100 hommes 
d'artillerie, 100 hommes du génie et du train, fut 
envoyé pour faire construire le 3® poste, celui de 
Lompoul, sous la direction du capitaine du génie 
Gazel. UÉtoile alla débarquer le matériel sur la 
côte et les transports, par terre, sur une longueur 
de près de 3 lieues, furent assez pénibles; mais 
les difficultés furent heureusement surmontées et 
la colonne était rentrée à Saint-Louis, le 21 , sans 
malades. 

Grâce à ces postes et aux commuriications de 
plus en plus fréquentes que nous allions avoir avec 
le Cayor, on pouvait espérer que nous arriverions 
progressivement à l'exécution complète des condi- 
tions du traité de paix et à des réformes dans le 
gouvernement de ce pays , sans être obligés d'en 
venir à une guerre sérieuse qui le dévasterait 
complètement et pour longtemps , à cause de la 
haine profonde qu'éprouvent contre les tiédo les 
populations qui s'empresseraient de s'allier à 
nous , et profiteraient de l'occasion pour venger 
des siècles d'injures et de violences de , toute 
nature. 



DE 18S4 A 188S 233 

§6. — Expédition de la Haute-Casamance (Souna). 

La Basse-Casamance (les Djola), avait été sou- 
mise comme nous Tavons vu, par M. le commandant 
Laprade, en mars 1860. 

Au mois de novembre de la même année, 
M. Parchappe, enseigne de vaisseau, commandant 
le petit aviso le Griffon^ avait infligé une rude 
leçon aux Balantes, peuplade presque sauvage da 
cours moyen de la rivière, en détruisant avec une 
poignée d'hommes et après une lutte longue et 
acharnée leur principal village, Couniara. 

Cet officier avait eu 24 hommes tués ou blessés 
et lui-même avait reçu une légère blessure à la 
poitrine. Vingt Balantes étaient restés sur place, 
et cette peuplade était venue à composition. 

Il restait à venger dans la Haute-Casaraance, 
contre les grands villages Mandingues musulmans 
du Souna, dix années d'outrages et de violences : 
en 18S5, les gens de Bombadiou avaient pillé nos 
embarcations et massacré les équipages; en 1860, 
ils avaient traîné aux pieds de leur chef, le com- 
mandant de Sédhiou, M. le lieutenant Faliu, qui 
avait débarqué sans défiance sur leur rivage. En 
1856, 'les gens de Sandiniéri avaient mis nos 
comptoirs au pillage; en 1860, ils avaient déclaré 
insolemment au commandant de Gorée qu'ils n'exé- 
cuteraient pas les traités signés par eux; à la fin 
de cette même année, Dioudoubou se partageait 
un vol de 2,500 francs fait dans Sédhiou même, et 
enfin, le 5 février 1861, Bouniadiou, village du 



234 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Pakao, sur la rive droite, venait de piller chez nos 
traitants une valeur de 10,000 francs. 

Il est entendu que nous passons sous silence une 
foule de méfaits moins graves. 

Le chef de hataillon du génie Pinet Laprade, 
commandant particulier de Gorée, avec sa garni- 
son renforcée des trois compagnies de tirailleurs 
algériens, momentanément dans la colonie, et 
commandés par le capitaine Béchade, reçut l'ordre 
d'aller régler nos affaires sur ce point éloigné du 
chef-lieu de deux cents lieues au moins. 

Le 5 février 1861, il quittait Gorée avec les avisos 
Dialmaich, Africain^ Grand-Bassam et Griffon^ le 
cutter r Écureuil^ la goélette la Fourmi et la citerne 
]a, Trombe. La flottille était commandée parle lieu- 
tenant do vaisseau Vallon, capitaine du Dialmatch. 

Le 10, à sept heures du matin, les troupes débar- 
quées au nombre de 700 hommes, vis-à-vis de 
Sédhipu, marchaient sur Sandiniéri et enlevaient 
ce village à la baïonnette, malgré la vigoureuse 
défense des habitants, en les poussant pied à pied 
jusque dans les bois épais qui entourent le village. 
Nous n'eûmes que 4 blessés dans cette affaire, 
Tennemi laissa entre nos mains 20 morts et 50 pri- 
sonniers. 

Un retour offensif des Mandingues fut repoussé 
victorieusement par nos troupes. Le capitaine Mil- 
let, avec ISO hommes d'infanterie de marine, avait, 
par un mouvement tournant, pris l'ennemi en flanc 
pendant que les tirailleurs le chargeaient de face. 

Tout était fini de ce côté, il était onze heures et 



DE 1854 A 1885 235 

la chaleur était étouffante, lorsqu'une vingtaine de 
soldats qui étaient allés au fleuve pour se désalté- 
rer, furent tout à coup enveloppés par les contin- 
gents de la rive droite qui venaient, mais un peu 
tard, au secours de Sandiniéri. L'infanterie de ma- 
rine et les tirailleurs algériens coururent aux armes 
et, aussi rapides que la pensée, ils enveloppèrent 
à leur tour les assaillants et jetèrent dans le fleuve 
ceux qu'ils ne tuèrent pas sur place ; nous avions eu, 
avant l'arrivée de ce secours, trois hommes tués et 
deux autres cruellement blessés à coups de sabre 
et de hache. 

Le lendemain, le commandant Laprade, laissant 
M. le lieutenant de vaisseau Vallon avec 60 lap- 
tots et 100 hommes d'infanterie de marine au vil- 
lage des traitants de Sandiniéri, pour le protéger 
au besoin et garder les troupeaux pris la veille, 
chargea le capitaine du génie Fulcrand d'aller dé- 
truire Dioudoubou, avec les tirailleurs algériens, 
100 hommes d'infanterie de marine et l'artillerie 
commandée parle capitaine Prieur; le départ eut 
lieu à six heures du matin : l'opération réussit par- 
faitement, malgré la résistance des habitants et un 
retour offensif repoussé par la compagnie du capi- 
taine de Pontécoulant, et la colonne était de retour 
à Sandiniéri, vers une heure. 

Pendant le même temps, le Griffon^ pour faire 
diversion, avait brûlé le village de Niâgabar. 

Dans l'après-midi, la compagnie du 2* régiment 
de tirailleurs algériens, capitaine Girard, s'étant 
écartée à quelques centaines de mètres pour rendre 



236 ANNALES SÉNÉGALAISES 

les derniers devoirs à un mort, reçut une vive fu- 
sillade des fourrés voisins. Heureux de trouver 
une occasion de venger leur camarade, les tirail- 
leurs appuyés par les laptots el une section d'infan- 
terie, se précipitèrent dans les bois, enveloppèrent 
une partie des ennemis et tuèrent un bon nombre 
des plus acharnés. 
Ce fut le dernier épisode de la résistance des gens 

du Souna. 

Le 12, à trois heures de Taprès-midi, malgré les 
offres de soumission, on alla enlever et incendier 
le village de Bombadiou, que ses habitants avaient 
abandonné à notre approche. 

Le lendemain 13, les chefs de la rive gauche 
(Souna) et de la rive droite (Pakao et Yacine) 
vinrent se jeter aux pieds du commandant particu- 
lier de Corée, en implorant la paix el protestant de 
la plus entière soumission. Le pardon leur fut ac- 
cordé à des conditions très avantageuses pour 
nous, (Voiries traités à la fin du volume.) 

Dans ces différentes affaires, l'ennemi avait laissé 
une centaine de morts sur le terrain. Nous n'avions 
eu en tout que 4 tués et 15 blessés; mais notre 
perte la plus sensible fut celle de l'enseigne de 
vaisseau Parchappe, officier éminemment distingué 
et qui succomba à un accès de fièvre pernicieuse, 
suite des fatigues de l'expédition. 



DE 18S4 A 1885 237 



V. 



EXPÉDIIION DE SINE ET DE SALOUM 



La colonne expéditionnaire qui venait de sou- 
mettre les peuplades de la haute Casamance, après 
avoir pris un repos de six jours seulement à Gorée, 
repartit le 27 février 1861 sous les ordres du chef 
de bataillon Laprade, pour aller rappeler les rois 
de Sine et de Saloum à l'exécution des traités 
de 18S9. 

Depuis quelque temps, le premier de ces rois 
montrait les plus dures exigences envers nos trai- 
tants de Fatik, et arrêtait les troupeaux qu'ils vou- 
laient diriger sur Dakar. 

Le second avait interdit à ses sujets toutes 
relations commerciales avec nos nationaux, et 
nous signifiait qu'elles ne seraient reprises que 
lorsque nous aurions rasé la tour de garde de Kao- 
lakh. 

Afin d'arriver à un résultat décisif, le chef de 
bataillon Laprade s'appliqua à tromper l'opinion 
sur les projets qu'il voulait exécuter. Il annonça 
qu'il allait remonter la rivière de Sine, débarquer 
près de Fatik, et marcher sur Diakhas. Quant au 
Saloum, il laissa croire que nous n'agirions pas 
contre lui. Pour bien convaincre les habitants du 
Saloum à ce sujet, on en\oya.le Gra7id-Bassam k 
Kaolakh le 26 février, avec ordre do prendre des 



238 ANNALES SÉNÉGALAISES 

pilotes pour la rivière de Sine et de ramener la ca- 
nonnière la, Bourrasque. 

Le Dialmatch, \ Africain, la citerne la Trombe et 
VEcureutl, sur lesquels était entassée la colonne 
expéditionnaire, partirent de Gorée le 28 au soir 
et entrèrent le 1" mars à 10 heures du matin dans 
le Saloum, où ils trouvèrent le Grand-Bassam et la 
Bourrasque. 

On fit route immédiatement pour l'entrée de la 
rivière de Sine, où furent laissés le Grand-Bassam, 
la Bourrasque, la Trombe et V Écureuil, puis on 
continua la route sur Kaolakh avec le Dialmatch 
portant l'infanterie et Tartillerie, et V Africain 
portant les tirailleurs algériens. 

Le 2, à 6 heures du soir, on mouillait à 100 
mètres du poste : l'ordre iut donné de faire cou- 
cher les troupes sur le pont des bâtiments. La 
plage était couverte de traitants et d'indigènes 
attirés par la présence de deux bateaux à vapeur. 
Le chef de bataillon Laprade descendit à terre où 
il fut suivi par une foule qu'il attira loin du riva^-e 
affectant de prendre des renseignements sur le 
chemin de Fatik à Diakhao. Il se rembarqua à 
7 heures laissant tout le monde dans l'ignorance 
complète de ses projets. 

La nuit même à 1 heuredu malin, la colonne reçut 
l'ordre de débarquer, et le capitaine d'infanterie 
de marine Millet fut chargé d'enlever avec son ba- 
taillon et l'artillerie le village du grand Kaolakh 
résidence de l'alcaty. Le commandant se réservait 
le soin de surprendre avec les tirailleurs alffé- 



DE 1854 A 1885 239 

riens et 50 laptots, Kaoun, la capitale du Sïiloum. 

Le capitaine Millet remplit avec succès la mis- 
sion gui lui avait été confiée. A 4 heures du matin 
il enveloppait les cases de Talcaty, enlevait quatre 
de ses femmes et dix de ses fils et presque tous 
ses captifs, en tout 150 prisonniers environ ; quel- 
ques-uns ne se rendirent pas sans se défendre. 

Afin d'éviter les méprises toujours à craindre 
dans un combat de nuit, ordre avait été donné de 
ne pas tirer un seul coup de fusil et de n'agir qu'à 
la baïonnette. Cet ordre fut rigoureusement exé- 
cuté; dans la lutte qui s'engagea, le capitaine 
Millet, terrassé par un indigène, allait être frappé 
d'un coup de lance lorsqu'il fut sauvé par la baïon- 
nette du soldat Mas (28® compagnie). L'un des fils 
de l'alcaty, celui-là même qui avait frappé violem- 
ment un de nos traitants pour lui arracher quelques 
bouteilles d'eau-de-vie, fut mortellement atteint ; 
trois autres tiédo eurent le même sort. 

De son côté, le commandant de la colonne s'était 
rendu avec les tirailleurs algériens à un kilomètre 
de Kaoun, décidé à attendre le jour pour envelop- 
per ce village, lorsque les flammes du grand Kao- 
lakh lui annoncèrent que le capitaine Millet avait 
déjà exécuté son opération. 

Cet incendie pouvant donner l'éveil, il se décida 
à agir immédiatement, et s'avança avec les chefs 
de corps et les capitaines de compagnie jus- 
qu'aux tapades du village. 

Après une reconnaissance exacte de l'habitation 
de la famille royale et après que chacun connut 



2i0 ANNALES SÉNÉGALAISES 

bien le rôle qu'il avait à remplir, la colonne avança 
sur le village, enleva sans résistance, avec un ordre 
parfait, les ISO personnes qui se trouvaient dans 
les cases du roi. Parmi lés prisonniers étaient la 
sœur du roi, ses deux neveux, héritiers présomp- 
tifs, une princesse de la famille Guélouar et les 
principaux captifs du roi et de Linguère . 

Nos soldats prirent un large butin, et à 7 heures 
du matin les deux colonnes, précédées de 300 pri- 
sonniers et de 20 chevaux, arrivèrent à Tescale de 
Kaolakh, au grand étonnement de nos traitahts, 
qui n'avaient remarqué aucun de nos mouvements. 

A midi, le Grand-Bassam^ la Trombe et V Écu- 
reuil arrivaient aussi à Kaolakh, et la Bourrasque 
mouillait à Lindiane pour protéger cette escale. 

Tous les prisonniers furent embarqués sur le 
Grand' Bassam pour être transportés à Gorée. 

Le chef de bataillon Laprade, certain désormais 
d'obtenir du roi du Saloum toutes les satisfactions 
qu'il voudrait exiger, l'informa qu^avant de pour- 
suivre ses opérations contre lui, il attendrait sa 
réponse afin de savoir s'il voulait continuer la 
guerre ou traiter avec lui. En attendant, il s'occupa 
d'amener le roi de Sine à composition. 

Le 3 mars, la colonne se mit en marche pour 
Diakhao, chaque homme portant avec lui pour cinq 
jours de vivres. Elle arriva le même jour à Diokoul, 
et le 4, à 8 heures du matin, après avoir traversé 
une épaisse forêt de quatre lieues de largeur, nous 
établissions notre bivouac à portée de canon de 
Marouk, premier village du pays de Sine. 



DE 1884 A 1885 241 

Là, nous apprîmes que lé roi et les principaux 
chefs du pays, informés que nous allions leur faire 
la guerre, étaient disposés, plutôt que de se dé- 
fendre, à se soumettre à toutes nos conditions, et 
que déjà ils avaient autorisé nos traitants à tra- 
verser le pays pour conduire leurs troupeaux à 
Dakar. 

Le marabout du roi vint au camp à 10 heures du 
matin, venant de Fatik où Ton croyait encore que 
nous devions débarquer, pour nous confirmer les 
nouvelles que nous avions déjà reçues. Il fut chargé 
de dire à son maître que le lendemain, au point du 
jour, nous arriverions devant sa capitale où on lui 
ferait connaître les conditions de la paix. 

Le 8, à 7 heures du matin, nous arrivâmes 
devant Diakhao ; le roi nous offrit six bœufs pour 
la colonne et demanda au commandant une entre- 
vue qui lui fut accordée. Le palabre fut de courte 
durée ; après avoir exposé au roi de Sine tous les 
griefs que nous avions à lui reprocher, le chef de 
bataillon Laprade lui déclara que la paix n'était 
possible qu'aux conditions suivantes : 

1° Reconnaissance du traité de 1859, en insistant 
principalement sur la cession de Joal et sur la 
construction d'une tour de garde à Fatik. 

2° Contribution de guerre de 200 bœufs (repré- 
sentant 10,000 fr. environ) livrables à Joal. 

Pour garantir l'exécution de cette dernière con- 
dition, il fut exigé que Fun des principaux chefs 
du pays nous serait immédiatement livré. 

Le roi de Sine, après avoir cherché à justifier ses 

14 



242 ANNALES SÉNÉGALAISES 

acles, prit Tavis des chef squi Tentouraient, accepta 
toutes nos conditions, nous livra le fils de son 
oncle, et promit solennellement de faire tous ses 
efforts pour assurer l'exécution des traités. 

Le même soir^ la colonne partait de Diakhao^ et 
le lendemain, à 7 heures du soir, elle arrivait à 
Gandiaye où Ton avait donné rendez-vous à la flot- 
tille. 

Nous trouvâmes sur ce point des envoyés por- 
teurs d'une lettre du roi du Saloum, dans laquelle 
il rejettait sur Talcaty tous les griefs que nous 
avions à lui reprocher; il promettait aussi de donner 
à Kaolakh toutes les satisfactions que nous exige- 
rions. 

Le 7, au matin, V Africain prenant la Trombe k 
la remorque se rendit directement à Gorée avec le 
bataillon de tirailleurs algériens et les quelques 
chevaux des officiers. Le commandant de la co- 
lonne remonta lui-même à Kaolakh avec l'infan- 
terie et l'artillerie réparties sur le Dialmath et le 
Grand'Bassam qui étaient de retour de Gorée. Là, 
il fit savoir au roi qu'il ne lui accorderait la paix 
qu'aux conditions suivantes : 

1° Ouverture immédiate de la traite ; 

2° Reconnaissance du traité de 1859 ; 

3° Cession en toute propriété à la France du ter- 
rain qui environne la tour de Kaolakh dans un 
rayon de 600 mètres ; 

4^ Contribution de guerre de SOO bœufs (23,000 fr. 
environ) livrables à Dakar. 

Nous nous engagions de notre côté à rendre 



DE 18S4 A 1885 243 

tous les prisonniers lorsque les conditions énon- 
cées ci-dessus seraient exécutées. 

Le traité fut rapporté le lendemain avec la signa- 
ture du roi, par Finterprète qu'on lui avait envoyé, 
accompagné du premier ministre de Samba-Laobé. 
(Voir les traités, à la fin du volume.) 

Le même jour, à 1 heure de l'après-midi, nous 
quittions le mouillage de Kaolakh pour nous 
rendre à Gorée où nous arrivâmes le 8 mars, à 10 
heures du matin. 

" Notre marche à travers les pays de Sine et de 
Saloum s'était faite par une chaleur accablante et 
un vent étouffant. 

Nos soldats espéraient trouver dans quelque 
brillant fait d'armes une compensation aux souf- 
frances qu'ils enduraient patiemment. Leur désir 
de combattre était surtout grand lorsque nous ar- 
rivâmes près de Marouck, au cœur du pays de 
Sine, au milieu des villages ennemis. Mais la rési- 
gnation avec laquelle le roi Bouka-Kilas se soumit 
à toutes nos conditions arrêta Fentraînement de 
nos troupes. Partis de Diakhao le 5, à 3 heures de 
Faprès-midi, nous étions rendus à Gandiaye le 
lendemain à 7 heures du soir, ayant fait quinze 
lieues en vingt-huit heures sans laisser un seul 
homme en arrière. 

Cette même colonne de Gorée avait en deux 
mois et demi participé aux marches pénibles de 
Fexpédition du Cayor; elle avait concouru à la 
construction du poste de Mboro, construit en qua- 
rante-huit heures le poste de Mbidjem, transpor- 



244 ANNALES SÉNÉGALAISES 

tant tous les matériaux nécessaires, à travers des 
sables mouvants, jusqu'à une lieue et demie du 
point de débarquement. Par de brillants combats 
elle avait soumis à notre autorité toutes les peu- 
plades de la haute Casamance sur une étendue de 
cent lieues carrées ; enfin, elle venait de dicter la 
paix aux rois de Sine et de Saloum, au sein même 
de leur capitale. 



CHAPITRE VI 



OPÉRATIONS MILITAIRES. DANS LE CAYOR. 



Les postes de Mboro, Mbidjem et Lompoul, cons- 
truits en 1861, nous assuraient une bonne base 
d'opérations pour le cas où une guerre éclaterait 
avec le Cayor : cela ne devait pas tarder à arriver. 
Le roi de ce pays, après avoir signé en février un 
traité de paix avec nous, et reçu le prix de cer- 
taines concessions de terrains, violait presque 
immédiatement ce traité de la façon la plus indigne, 
et faisait piller partout nos sujets qui commer- 
çaient dans le pays. 

Après ces brigandages et les bravades et provo- 
cations qu'il nous avait adressées, il ne restait 
plus qu'à aller immédiatement le châtier. 

M. le commandant de Gorée opérait alors de son 
côté à Sine et à Saloum avec ses forces augmentées 
des tirailleurs algériens. Le gouverneur partit donc 



DE 1854 A 1883 24S 

de Saint-Louis le 5 mars 1861 avec les seules 
troupes de la garnison de cette ville auxquelles il 
adjoignit 300 hommes de la milice mobile; cela 
formait un total de 1,200 hommes. Le temps se 
montra tout à fait défavorable; pendant dix jours, 
un vent brûlant de Test accabla nos troupes d'une 
manière incessante. Cependant, en deux jours de 
marche, on arriva au poste de Lompoul. Près de là, 
les tiédo avaient, deux jours auparavant, enlevé 
un trougeau à nos Pouls en tuant ou blessant trois 
hommes, et M. le lieutenant Joyau, commandant 
de Lompoul, avait, de son côté, fait fusiller quatre 
espions armés qui étaient venus rôder autour de 
son poste. 

Partie la nuit de Lompoul, la colonne se dirigea 
droit surlacapitaledu Cayor, Nguiguis, où Damel 
nous avait écrit qu'il- nous attendait. On ménagea 
les premiers villages, Kab et Robnane, qui sont 
habités par des gens inoffensifs. Après Robnane 
commençaient les villages des tiédo coupables : on 
les incendia. La colonne arriva, le 9, au puits de 
Nkel, centre du Cayor, à deux kilomètres de Ngui- 
guis. 

Ce puits très abondant, de trente mètres de pro- 
fondeur, sert à une foule de villages voisins. 

Damel s'était éloigné dans le sud-est, à Niasse, 
au lieu de nous attendre comme il l'avait promis. 
Ce jour là et le lendemain, dans la marche de Nkel 
à Mekhey, résidence habituelle de Damel, nous 
brûlâmes tous les villages à notre portée, au nombre 
de vingt-cinq, y compris Nguiguis, sans trouver de 

14. 



246 * ANNALES SÉNÉGALAISES 

résistance. Les tiédô pris les armes à la main 
furent fusillés par les volontaires. 

Arrivés à Mekhey le 10, à huit heures du matin, 
nous pillâmes le village, entre autres les habita- 
tions de Damel où nous primes son parasol, et nous 
y fîmes 400 prisonniers que le gouverneur fit re- 
lâcher immédiatement pour la plupart. Là, ayant 
appris que les tiédo s'étaient réunis autour de leur 
roi, on commença à se tenir en garde contre une 
attaque, mais elle n'eut pas lieu sur ce point. 

Dans Taprès-midi, continuant notre itinéraire sur 
Mboro, nous campâmes à Diati. Le soir, au moment 
où Ton commençait à placer les grand'gardes, 
nous fûmes attaqués brusquement par une recon- 
naissance de cavaliers ennemis. Après le moment de 
trouble qui se produit souvent aux premiers coups 
de fusil dans chaque expédition, nos jeunes soldats 
reprirent leur calme. Les spahis chargèrent vigou- 
reusement l'ennemi et le chassèrent définitivement, 
après lui avoir tué de 20 à 30 hommes. L'escadron 
eut 3 hommes blessés, dont un mortellement, et 
2 chevaux perdus. Nous avions eu un homme tué et 
un autre blessé dans le camp, au premier moment 
de Tattaque. Quelques prisonniers que nous vou- 
lions conserver avaient profité de Toccasion pour 
se sauver. 

La nuit fut tranquille. Voyant que les tiédo se 
décidaient à combattre, au lieu de partir le lende- 
main pour Mboro, le gouverneur resta à Diati à les 
attendre. 

Dès le matin, nous eûmes des cavaliers en vue 



DE 1854 A i88S 247 

de tous les côtés. L'artillerie leur envoyait des obus 
quand les groupes étaient assez nombreux et assez 
^approchés. 

Au milieu de la journée, nos miliciens étant au 
second puits de Diati, à un kilomètre du camp^ on 
les crut menacés par les cavaliers ennemis dont le 
nombre augmentait. L'escadron fut envoyé pour 
leur porter secours au besoin. Il rencontra les tiédo 
qui l'attendirent bravement , les chargea et leur 
lua une quinzaine de cavaliers. Le capitaine Baus- 
sin, dont les hommes étaient trop dispersés, fit 
alors sonner le ralliement en voyant deux pelotons 
de tirailleurs sénégalais arriver à lui pour l'appuyer. 
Il avait 3 hommes blessés et 2 chevaux passés à 
l'ennemi; le lieutenant Merlet avait eu son képi 
traversé par une balle. 

Les pelotons de tirailleurs, sous les ordres du 
capitaine Ringot, poussèrent l'ennertii [avec l'aide 
des miliciens qu'on envoya pour les renforcer jus- 
qu'à près d'une lieue du camp, et lorsque le lieute- 
nant-colonel Faron, envoyé lui-même avec le reste 
du bataillon et une pièce d'artillerie pour aller les 
chercher, arriva près d'eux, l'ennemi avait complè- 
tement disparu. Un milicien avait été tué; l'ennemi 
laissait quelques morts sur le lieu du combat. 

Vers cinq heures et demie du soir eut lieu l'at- 
taque sérieuse de notre camp parFarmée de Damel, 
commandée par leFara-Seuf, Dao-Coumba-Dior et 
par d'autres chefs. 

Des masses de cavaliers, venant de Mekhey, dé- 
filèrent à portée de canon, vis-à-vis la première 



248 ANNALES SÉNÉGALAISES 

face de notre camp, celle de Finfanterie de marine, 
et se portèrent, en se rapprochant, vis-à-vis la 
deuxième face, celle des tirailleurs sénégalais. 
Là, ils s'avancèrent résolument sur nous. Le lieu- 
tenant-colonel Faron reçut Tordre de porter son 
bataillon en avant à deux cents mètres du front de 
bandière et commença un feu terrible surTennemi, 
à petite portée, pendant qu'un canon rayé lui lan- 
çait des paquets de mitraille dont les effets étaient 
visibles pour tout le monde. 

Après trois-quarts d'heure d'engagement, l'en- 
nemi dispersé disparut au moment où la nuit tom- 
bant ne permettait pas de le poursuivre. 

Deux pelotons de carabiniers du 4° de marine 
ayant fait un changement de front à gauche, avaient 
pris part à la fin de cette fusillade, pendant laquelle 
nous n'eûmes que 3 hommes blessés. L'ennemi se 
retira à Mekhey et il y eut, pendant toute la nuit, 
des transports de morts et de blessés entre Diati et 
ce village. 

L'état de nos approvisionnements et la fatigue 
des troupes ne permettant malheureusement pas de 
faire un retour offensif vers l'intérieur du Cayor, 
le gouverneur, croyant du reste la leçon donnée 
aux tiédo suffisante', ordonna le départ le lende-. 
main matin de très bonne heure, suivant notre ha- 
bitude, pour Mboro, où nous n'arrivâmes qu'à 
onze heures, après huit heures de marche. 

Un coup de fusil pouvant jeter le désordre dans 
une colonne qui s'organise pour se mettre en 
marche la nuit, on évita de sonner au moment du 



DE 18S4 A 1885 249 

départ, mais, une fois en route, les sonneries ordi- 
naires eurent lieu, la colonne en marche ne crai- 
gnant nulle attaque. 

Au moment où la colonne arrivait à Mboro, on 
aperçut sur les hauteurs une dizaine de cavaliers 
ennemis observant notre marche. Quelques-uns de 
nos Pouls allèrent leur tirer deux ou trois coups de 
fusil et les chassèrent; nous sûmes ensuite que le 
lendemain du combat du 1 1 , des cavaliers revinrent 
deMekhey rôder du côté de Diati. Malmenés comme 
ils l'avaient été la veille, ils ne se seraient certes pas 
approchés de nous s'ils nous y eussent encore trou- 
vés, mais ne rencontrant plus personne, ils en pro- 
fitèrent pour aller raconter à Damel des choses in- 
croyables : ils se vantèrent de nous avoir battus, 
massacrés et jetés à la mer; le gouverneur était 
tué avec ses principaux chefs. Ce pauvre Damel, 
complètement dupe de ces inventions, divisa aus- 
sitôt son armée en deux corps pour couper la retraite 
sur Gorée et Saint-Louis aux quelques blancs 
échappés de Diati. Ces deux corps devaient, en 
outre, prendre les deux postes de Mboro et de Lom- 
poul et les détruire. Mais les tiédo chargés de 
faire toutes ces belles choses étaient les mêmes que 
nous avions si rudement maltraités à Diati, et pas 
plus la colonne à son retour de Mboro à Saint- 
Louis que nos deux postes n'en virent paraître un 
seul. En revanche, tous les villages du Cayor pleu- 
raient leurs morts. Le village de Mekhey seul en 
comptait 25, et Diati 13; on peut juger par là de 
eur perte totale; on citait plusieurs chefs mar- 



2S0 ANNALES SÉNÉGALAISES 

quants panni les raorts, entre autres le chef de TaV- 
mée, qui avait été tué ou du moins grièvement 
blessé. 

La colonne, après s'être reposée un jour à 
Mboro, revint à Saint-Louis par Lompoul; les 
troupes étaient bien fatiguées, les chevaux man- 
quèrent d'orge les trois derniers jours et souffrirent 
beaucoup. En revenant nous prîmes environ 
500 bœufs, mais les tiédo en avaient, quelques 
jours auparavant, enlevé presque le même nombre 
à nos alliés, près de Ker, à quatre lieues de Gan- 
diole ; ce n'était donc qu'une compensation. 

Nous avions eu dans toute l'expédition 20 hommes 
tués ou blessés. Les corps qui avaient eu l'occa- 
sion de se distinguer plus particulièrement furent 
les spahis dans leurs deux belles charges, les tirail- 
leurs sénégalais qui repoussèrent là principale 
attaque, et l'artillerie commandée par le chef d'es- 
cadron Dutemps, par la justesse de son tir. L'in- 
fanterie de marine brûlait du désir de prendre une 
plus grande part à l'affaire, mais on n'eut pas 
besoin d'engager sérieusement cette bonne ré- 
serve. Les miliciens se conduisirent très bien dans 
la journée du 11. 

Le génie, qui avait déjà fait construire les postes 
avec une rapidité extraordinaire, avait dressé les re- 
connaissances du pays et assuré le service des puits, 
très important dans une expédition dans le Cayor. 
Le détachement du train d'Algérie avait été du 
plus précieux secours. 

Après cette expédition, qui avait coûté si cher au 



DE 1834 A 1885 25J 

Cayor, nous espérions qu on s'en tiendrait là de 
part et d'autre, et le gouverneur était décidé, d'ac- 
cord avec la majorité du conseil d'administration 
de la colonie, à ne plus rien entreprendre contre le 
pays sans nouvelles provocations de sa part. 

Malheureusement cette inaction ne fit qu'enhar- 
dir Damel et son parti. Etabli à Ndiakher, qui est à 
moins de vingt lieues de Gandiole, il proclama 
qu'il y réunissait son armée pour nous comb'attre 
si nous entrions de nouveau dans son pays, et 
pour venir détruire Gandiole dans le cas contraire. 
Malgré une forte garnison mise à Gandiole, ces 
menaces influençaient d'une manière déplorable 
nos sujets et nos alliés. 

Bientôt on apprit que Damel avait fait nettoyer 
le puits de Guéoul, annonçant qu'il allait s'y rendre 
avec son armée pour entrer dans le Ndiambour et 
s'établir à Nguik. Ceci, rapproché des demandes 
d'alliance faites aux Trarza et d'une petite mani- 
festation séditieuse qui avait eu lieu à Nder, dans 
le Oualo, en faveur de l'ancien état de choses, et 
dont un partisan d'Ely avait été le principal pro- 
moteur, dénotait une certaine gravité dans la si- 
tuation. 

Aussi notre inaction commençait à paraître dan- 
gereuse, et si l'on n'en sortait pas encore, c''était 
dans la crainte que toutes ces menaces ne fussent 
pas sérieuses, et par la répugnance qu'on éprou- 
vait à recommencer les ravages par suite de 
craintes peut-être chimériques. Mais bientôt il n'y 
eut plus moyen d'hésiter : le 3 avril, jour même 



252 ANNALES SÉNÉGALAISES 

OÙ le gouverneur avait été à Gandiole pour avoir 
des nouvelles du Cayor et ordonner le départ d'un 
convoi de ravitaillement pour nos nouveaux postes, 
trois chefs ennemis , Fara - Bir - Keur , Djaraf- 
Mbaouar et Ardo-Labba, vinrent, par ordre de 
Damel, avec une soixantaine d'hommes dont quatre 
cavaliers, enlever un troupeau de Gandiole (cent 
quatre-vingt-dix bœufs) à une lieue du village, 
incertdier une case, tuer un homme^en blesser un 
second et en enlever un troisième. 

Dès le lendemain 4, au matin, les troupes de la 
garnison et les trois compagnies de tirailleurs 
algériens partaient de Saint-Louis avec le gouver- 
neur, prenaient, en passant, la garnison de Gan- 
diole, allaient bivouaquer à Ker la nuit même, et 
le jour suivant, à 9 heures du matin, on atteignait 
à Keur-Alimbeng (15 lieues de Saint-Louis) la 
bande coupable^ on lui tuait 16 hommes et on lui 
faisait 5 prisonniers. En même temps, on pillait et 
incendiait les villages voisins, depuis longtemps 
complices des méfaits des tiédo et déjà avertis et 
menacés plusieurs fois par nous. Les tiédo qui 
purent s'échapper se sauvèrent vers Guéoul. 

La colonne partit la nuit suivante pour ce vil- 
lage où elle arriva vers 10 heures; on n'y trouva 
personne : les forces que Damel y avait réunies 
s'étaient sauvées avec les débris de la bande battue 
à Keur-Alimbeng. En moins de deux jours, la co- 
. lonne se trouvait à vingt-trois lieues de Saint- 
Louis. 

C'était donc à nous que servait le puits nettoyé 



DE 1854 A 1885 253 

pour Farmée ennemie. Nous étions dans une excel- 
lente position, couvrant le Ndiambour et espérant 
avoir, une affaire décisive avec Damel, puisqu'il 
était à une demi-journée de marche de nous,* à 
Ndiakher, où il prétendait réunir son armée depufs 
plus de trois semaines, pour nous combattre quand 
même. Pour lui donner la partie plus belle encore, 
le gouverneur envoya nos 1,000 volontaires dé- 
truire les villages des environs de Guéoul et la 
province de Mbaouar, ne gardant avec lui que les 
troupes au nombre de 1,000 hommes, mais ce fut 
en vain ; nous apprîmes que les chefs des hommes 
libres du Cayor, Tialao-Demba-Niane , oncle de 
Damel, Lamane - Diamatil et Diaoudine-Madjior 
Diagne, avaient déclaré à Damel qu'ils ne voulaient 
pas nous faire la guerre, et que, par conséquent, 
celui-ci était réduit à Timpuissance et s'était retiré 
vers Test, à ïiaggar. 

D'un autre côté, les circonstances ne permet- 
taient pas d'engager la colonne plus avant, pour le 
moment, les renseignements sur les puits n'étant 
pas assez certains, non plus que les données sur 
les distances et la nature du terrain. 

Pendant trois jours que nous passâmes à Guéoul, 
les volontaires firent des prises considérables dans 
le Mbaouar et aux environs, entre autres plus de 
1,000 bœufs et des prisonniers. Ils emportèrent 
tout leur butin vers Gandiple. 

A Guéoul, le puits de quarante mètres de pro- 
fondeur donnait à peine assez d'eau pour la colonne. 
Les soldats étaient rationnés et les animaux 

15 



254 ANNALES SÉNÉGALAISES 

n^avaient qu'une quantité d'eau tout à fait insuf* 
fisante. Tout le monde seufTrait de la soif. 

Aussi le 8 au soir, on se remit en route pour 
revenir à Keur-Alimbeng. Au moment du départ, 
quelques cavaliers s'approchèrent du bivouac, soit 
qu'ils l'eussent fait avec intention^ soit qu'ils nous 
crussent partis. Quand ils se trouvèrent près d'une 
de nos grand'gardes, ils tirèrent deux ou trois 
coups de fusil. Les spahis leur donnèrent la chasse 
et ramenèrent un de leurs chevaux. 

La colonne arriva à deux heures du matin à 
Keur-Alîmbeng, bien fatiguée, mais surtout souf- 
frant horriblement de la soif. On s'y reposa le 
lendemain ayant encore quelque espoir d'y voir 
l'ennemi, à qui on y avait donné rendez-vous par 
un prisonnier renvoyé la veille. Mais on ne vit rien 
et on revint le jour suivant à Ker. Une partie des 
troupes retourna ensuite à Saint-Louis et à Gan- 
diole, et la construction d'un poste à Potou, à cinq 
lieues en avant de Gandiole, fut commencée immé- 
diatement. 

Les renseignements venus postérieurement du 
Cayor nous annonçaient que la discorde était parmi 
les chefs de ce pays. Damel reprocha aux chefs 
des hommes libres de ne pas défendre leur pays. 
Ceux-ci reprochèrent à Damel de ne pas se mettre 
à leur tête, de même que le gouverneur marchait 
toujours à la tête de sa colonne. Damel répondit 
que ce n'était pas l'usage, que les rois de Cayor 
devaient toujours être loin du champ de bataille et 
que^ s'ils lui disaient de marcher à leur tète, c'était 



DE 1854 A 1885 2S8 

pour le trahir, Tabandonner et se débarrasser de 
luî ; il estde fait qu'il était bien détesté. Les envoyés 
des chefs des hommes libres arrivèrent bientôt à 
Saint-Louis et il sembla résulter de tout cela 
qu'une solution ne pouvait pas tarder beaucoup. 

Le Cayor comprenait enfin qu'il était impuissant 
contre nous, il n'eut donc qu'un parti à prendre, 
celui de faire la paix. L'entêtement de Macodou 
était le seul obstacle à ce résultat. Il fallait amener 
le pays à se nommer un autre damel ; Madiodio 
avait été choisi par le gouvernement, mais Macodou, 
appuyé par un assez grand nombre de partisans, 
dont le noyau formé de 200 cavaliers dévoués et 
aguerris, était décidé à n'abandonner le pays que 
par la force. 

De notre côté Madiodio, entouré d' un nombre]au 
moins égal d'hommes armés, se tenait à Lompoul^ 
n'attendant que notre appui pour se mettre en 
marche contre son compétiteur. 

Les habitants du Cayor comprenant cette situa- 
tion demandaient de tous côtés l'envoi d'une co- 
lonne à Mboul. 

Le conseil d'administration, réuni à ce sujet, 
déclara à l'unanimité qu'espérant que notre damel, 
une fois conduit par nous jusqu'à Mboul et reconnu 
par les chefs du Cayor, pourrait s'y maintenir même 
après le rappel de nos troupes , que Macodou serait 
forcé de quitter définitivement le Cayor, il fallait 
faire encore cet effort pour arriver à une solution 
satisfaisante des affaires. 

Le colonel Faron fut donc envoyé à Mboul a la 



256 ANNALES SÉNÉGALAISES 

tête d*une colonne d'environ 1,200 hommes dont 
100 de milice mobile. 

Elle était composée ainsi qu'il suit : 

L'infanterie, commandée par le chef de bataillon 
Mayer, les tirailleurs, par le capitaine Ringol; 
Tartillerie, par le capitaine Allier; le génie, par le 
capitaine Lorans; M. Liautaud était commissaire 
d'armée; M. Barthélemy-Bènoît, chef d'ambulance, 
et M. Flize, chargé des affaires indigènes. 

Partie de Gandiole le 24 mai, la colonne passa 
par Potou, Dianaour, Diokoul et Ndande où la 
rejoignit notre candidat Madiodio avec 500 hommes 
dont une centaine de cavaliers. 

Le 28, à neuf heures du matin, le bivouac fut 
établi à Rouré, à deux kilomètres de .Mboul dans 
la direction de Ntagar, où, d'après les nouvelles, se 
tenait le damel Macodou et son armée. On se disposa 
à recevoir l'ennemi qui était annoncé. 

En effet, vers neuf heures et demie, des cavaliers 
vinrent escarmoucher avec les avant-postes. Le 
colonel Faron donna l'ordre de tirer très peu pour 
ménager les munitions, pour encourager l'ennemi 
dans ses attaques et amener Macodou à déployer 
toutes ses forces. 

Vers dix heures et demie, l'ennemi devenant de 
plus en plus nombreux, le colonel Faron prit des 
dispositions pour le repousser définitivement. Il 
donna l'ordre à l'escadron de spahis de monter à 
cheval et se porta de sa personne à la grand'garde 
du capitaine Yillain où se trouvait aussi le capitaine 
d'artillerie Allier; il fit sortir des faces du camp 



DK 1854 A 1885 257 

deux colonnes d'attaque de trois'pelotons chacune; 
Tune de tirailleurs, capitaine Ringot, et l'autre du 
4*-de marine, capitaine Millet. Ces deux colonnes 
devaient être suivies de Tescadron et des deux 
pièces rayées qui se trouvaient déjà aux avant- 
postes. 

Les pelotons devaient se déployer devant Ten- 
nemi , s'engager avec lui pour préparer aux spahis 
l'occasion d'une charge enveloppante ; mais, l'élan 
de nos soldats fut tel que l'ennemi battit en retraite 
et échappa à l'action de l'escadron. Il faut dire que 
la seule vue des spahis et la précision du tir des 
deux pièces d'avant-postes avaient, dès le principe, 
influencé l'armée de Macodou. 

A trois kilomètres du camp, en plein midi et par 
une chaleur accablante, le colonel Faron dut 
renoncer à poursuivre l'ennemi et ramena les 
troupes au camp. L'ennemi avait éprouvé de 
grandes pertes, car sur le trajet de nos colonnes on 
trouva le chemin parsemé de cadavres d'hommes 
et de chevaux. De notre côté, nous avions neuf 
hommes hors de combat, tant soldats que volon- 
taires. 

Après cette défaite, la désertion se mit dans 
l'armée de Macodou; dans la journée, un très grand 
nombre des siens vint faire acte de soumission et 
se mettre sous les ordres de Madiodio. 

Dans la soirée, on apprit que Macodou n'ayant 
plus avec lui que son frère et quelques partisans 
s'était retiré à Diouck (à cinq lieues dans l'est 
environ). Le 20 mai, la colonne laissa dans une 



258 ANNALES SÉNÉGALAISES 

redoute construite à Kouré, ses bagages et ses 
malades avec deux pièces d'artillerie; le tout, sous 
les ordres du capitaine Ochin, se mit en marche 
pour aller à Kantiakh où, d'après de nouveaux 
renseignements parvenus dans la nuit, s'était 
réfugié Macodou avec le reste de ses forces. 

En route, la nouvelle armée de Madiodio s'aug- 
menta d'une soixantaine de cavaliers accompagnant 
Laman-Diamatil , Guerna-Diambour et Ardo-Laba- 
Djerri, chefs très importants ralliés à son parti 
depuis le combat de Kouré. 

A peu près à un kilomètre de Kantiakh, Tavant- 
garde dut s'arrêter pour répondre au feu de Tennemi 
qui avait pris position dans un endroit très accidenté 
et très boisé. Le colonel Faron fit répondre par la 
section de canons rayés et par les fusées pendant 
que les troupes se massaient et que l'escadron se 
formait en colonne, pour charger s'il en avait la 
possibilité. 

L'artillerie suffit pour déloger l'ennemi qui fut 
vivement poursuivi par l'armée de Madiodio, sans 
qu'il fût nécessaire, après une marche longue et 
pénible, à onze heures et demie du matin, d'engager 
les troupes régulières dans un terrain boisé où il 
eût été très difficile de diriger et d'arrêter leurs 
mouvements. La colonne fit halte et s'établit au 
bivouac abandonné par Macodou, près du puits du 
village qui fut immédiatement incendié. 

Dans cette affaire, Macodou perdit encore bon 
nombre des siens ; trente prisonniers, ]dont quelques 
cavaliers, furent faits par les volontaires. 



DE 18S4 A 1885 259 

De noire côté, nous eûmes quelques volontaires 
blessés. 

Après ce dernier combat, quoique l'abandon de 
Macodou fut bien assuré, il importait de ne pas lui 
laisser la faculté d'un retour offensif, il fallait donc 
l'obliger à passer la frontière. 

A cet effet, il fut convenu que le lendemain matin 
Madiodio et son armée se mettraient en route pour 
le poursuivre et que la colonne les accompagnerait 
jusqu'à Kantar, à douze kilomètres S.-E. de 
Kantiakh sur la route du Saloum, ce qui eut lieu. 
A partir de Kantar, la poursuite continua dans 
la même direction jusqu'à Keur-Mai^doumbé, où 
on apprit que Macodou n'avait osé s'arrêter un peu 
plus loin que pour faire rafraîchir les quelques 
chevaux de ses compagnons d'infortune avec les- 
quels il avait continué sa route vers le Saloum. 

En conséquence, le lendemain 22, la colonne 
revenait à Kouri, et le 23, Madiodio, reconnu Da- 
mel par les principaux chefs du Cayor, recevait le 
manteau d'investiture en prenant envers nous 
l'engagement d'exécuter fidèlement les conditions 
du traité du 1" janvier 1861. 

Le 24, le colonel Faron laissait Madiodio à 
Mboul à la tête des affaires de son pays, revenait à 
Ndànde où il passa la journée du 25, envoyant 
l'escadron avec M. le capitaine Flize à Mboul pour 
aider le nouveau damel à affermir son autorité et 
à recevoir la soumission de Beurguet. 

Celui-ci et ses gens étaient arrivés dans le Cayor 
juste pour tomber sur les derrières de l'armée de 



260 ANNALES SÉNÉGALAISES 

MaCodou, au moment où elle quittait le pays. Ils 
déclarèrent lui avoir fait éprouver des pertes nom- 
breuses et ramenèrent des prisonniers assez im- 
portants. 

Le 26, la colonne se mettait en route pour rentrer 
à Saint-Louis par Lompoul et arrivait à Gandiole 
le 28 dans la journée, sans malade, ayant accompli 
intégralement la mission dont elle avait été char- 
gée. 

Quant à Macodou, il ne trouva pas dans le Sa- 
loum le refuge qu'il y cherchait, il en fut repoussé 
par son propre fils, qui en était roi et craignait de 
nous déplaire en lui accordant un asile ; il fut éga- 
lement chassé du Baol où on retint prisonniers une 
partie de ses compagnons. 

Les derniers opposants rentrèrent dans le Cayor 
pour se rallier à Madiodio. 

Telle était la situation de cette province lorsque 
le capitaine de vaisseau Jauréguiberry prit le gou- 
vernement de la colonie, en décembre 1861. 

En janvier 1862, Beurguet-Lat-Dior, malgré sa 
soumission à Madiodio, en présence de nos troupes, 
ralliait autour de lui d'anciens partisans de sa famille 
qui ne manquaient pas de lui i^appeler souvent les 
droits que sa naissance lui donnait au titre de chef 
du Cayor. Il était en effet le onzième descendant 
de dix anciens damels. Marchant à leur tête, il 
battit Madiodio dans une rencontre à Coki. Celui-ci 
vint se réfugier près de notre poste de Lompoul. 

Une colonne de 5S0 hommes, sortie de Saint- 
Louis le 28 janvier, sous le commandement du 



DE 1854 A 1885 261 

gouverneur Jaurégniberry, allait à Mboul rétablir 
le danielMadiodio. 

Devant notre puissante intervention, Lat-Dior et 
ses partisans déposaient les armes au milieu des 
chefs réunis et faisaient de nouveaux serments de 
soumission au gouvernement français et à Tauto- 
rité de Madiodio. 

Du reste, pour nous permettre de surveiller plus 
facilement nos intérêts et pour ouvrir au com- 
merce une nouvelle voie de communication avec 
rintérieur, le gouverneur conclut avec Damel un 
traité par lequel ce dernier s'engageait à faire ou- 
vrir entre Ndande et Po ton une route de trente 
mètres de largeur, et à céder à la France, en toute 
propriété, près du puits de Ndande, un carré de 
cinq cents mètres de côté pour y construire les 
établissements jugés nécessaires par Tadministra- 
tion de la colonie (2 février 1862). (Voir les 
traités, à la fin du volume.) 

Dans celte dernière sortie, le gouverneur jugea 
que Damel n'avait pas toutes les qualités néces- 
saires à un chef de populations aussi turbulentes. 
Son manque d'autorité, son intempérance faisaient 
craindre déjà qu'on ne pût avoir en lui une 
confiance bien durable. Il* montrait un manque 
d'énergie très préjudiciale à notre influence ; deux 
de ses chefs venaient encore de lui refuser impuné- 
ment l'obéissance et l'avaient menacé de Taban- 
donner bientôt. Ce commencement de rébellion 
avait pris en mai des proportions assez grandes 

pour qu'il fut nécessaire de préparer une colonne 

15. 



262 ANNALES SÉNÉGALAISES 

forte de 600 hommes et soutenue par une réserve de 
250 tirailleurs et spahis. Le pays était en même 
temps prévenu par des circulaires que nous n'in- 
terviendrions pas dans le choix d'un damel, mais 
que nous voulions le maintien des traités et que 
nous étions résolus au besoin à l'exiger par la 
force. Privé de notre appui, Madiodio se trouva en 
présence de tous les partis tiédo qui constituaient 
la véritable force du pays et qui avaient vu d'un 
mauvais œil notre intervention, puisqu'elle avait 
pour but de mettre un terme à leurs pillages. 
Aussi tous ces mécontents s'empressërent-ils de 
rallier Lat-Dior, et quelques jours après ce dernier 
fut proclamé damel à Mboul et protestait une fois 
de plus de sa soumission envers les Français. 

Madiodio chassé de Mboul se retirait à Ker avec 
un petit nombre de parents. 

Quant à Macodou , rallié à Maba, marabout de la 
Gambie, il envahissait le Saloum et faisait pres- 
sentir des projets sur le Baol. 

Lat-Dior, dont le premier devoir était, d'après 
ses promesses, de protéger les cultivateurs contre 
les pillages des tiédo^ l'oubliait au point que nous 
fûmes obligés de lui rappeler quelquefois à quelles 
conditions nous le laisserions sans contrôle gou- 
verner ses sujets. Tenant peu de compte de ces 
observations, et non content de laisser subsister ce 
brigandage, dont lui-même recueillait en partie les 
bénéfices, il noua des intriguer avec quelques chefs 
de la province du Diander, détachée du Cayor et 
annexée à la colonie en vertu des traités de 1861, 



DE 18S4 A 1888 263 

pour provoquer une révolte qui replacerait cette 
province sous son autorité. 

Yoici dans quelles circonstances cette révolte 
fut tentée et comment la répression qui la suivit 
en arrêta la réussite. 

Notre prise de possession du Diander, en 1861, 
avait eu pour effet de faire cesser les pillages que 
les tiédo du Gayor commettaient sur les paisibles 
habitants de cette province et sur les caravanes 
qui sont obligées de la traverser pour se rendre au 
comptoir de Rufisque. Ces changements froissèrent 
naturellement les intérêts de Lat-Dior et de 
quelques chefs du Diander qui donnaient asile aux 
tiédo et partageaient avec eux les dépouilles des 
voyageurs; cependant, deux années s'étaient écou- 
lées sans qu'aucun acte de violence se manifestât, 
lorsque vers le mois de janvier 1863, Maïssa-Yssa, 
nommé par le damel Fara de Ndoute, province 
limitrophe du Diander à l'est, prit possession de 
son commandement. 

Il parut certain que des rapports entretenus par 
des messagers secrets s'établirent aussitôt entre 
Fara-Ndoute et les chefs mécontents du Diander, 
principalement avec Diogo-Maye , chef de Gorom, 
et que Fun de ces derniers enlevait des bœufs au 
village de Ndiéguem. 

Le commandant supérieur de Gorée infligea une 
amende aux coupables, qui refusèrent de la payer 
et même de restituer les objets volés. 

Quinze jours auparavant, le commandant de 
Mbidjem s'était présenté à Gorom pour faire le 



264 ANNALES SÉNÉGALAISES 

recensement de la population ; il avait réclamé le 
concours de Diogo-Maye , celui-ci répondit : « Je 
suis Diogo-Maye et ne connais point le nom des 
habitants de mon village. » A Bir-Tialam, les 
chefs répondirent : « Nous payerons l'impôt si 
Diogo-Maye le paye. » 

Ces faits éveillèrent l'attention du commandant 
de Mbidjem, qui découvrit peu de jours après que 
Diogo-Maye avait convoqué, tous ses partisans, 
pour le 12 février, dans la plaine de Mangol-Fal, 
pour prendre un parti sur ce qu'il convenait de 
faire. 

Nos espions assistèrent à cette réunion où il fut 
décidé qu'on exciterait les populations à ne plus 
reconnaître notre autorité, qu'on résisterait par la 
force et qu'on inviterait Damel à reprendre posses- 
sion du Diander. 

Le châtiment ne se fit pas longtemps attendre ; 
le lieutenant-colonel Laprade, commandant de 
Gorée, partit le 14 mars avec une colonne de 200 
hommes. Le 17, au matin, le quartier de Gorom, 
habité par Diogo-Maye, fut surpris et cerné; les 
femmes et les enfants seuls sortirent du village, 
défense fut faite aux troupes d'engager le combat. 
Le fils de Diogo-Maye se présenta au commandant 
de Gorée qui lui demanda son père : « Si le com- 
mandant de Gorée veut voir Diogo-Maye , ré- 
pondit-il fièrement, qu'il entre dans sa case, car 
il ne sortira pas. » Pendant ce temps, les hommes 
du village prirent leurs fusils et revêtirent leurs 
gris-gris ; l'un d'eux s'empara du tamtam de guerre. 



DE 1854 A 188S 265 

malgré les représentations du commandant de 
Gorée, qui voulait à tout prix éviter l'effusion du 
sang sans renoncer, cependant, à Tarrestation du 
coupable. 

Le chef de Rufisque fut envoyé à Diogo-Maye 
pour l'engager à sortir, mais il ne put y réussir et 
courut même de graùds dangers. Le chef de Deen- 
y-Dack^ qui voulut se présenter en parlementaire 
dans le village, fut presque assommé par le fils de 
Diogo-Maye. 

Quelques coups de fusil furent à ce moment tirés 
sur la colonne ; tous ces faits démontrèrent la 
nécessité d'avoir recours aux armes. Ne voulant 
pas engager nos soldats dans les rues étroites du 
village, ce qui eût donné trop d'avantage à Ten- 
nemi, le commandant de Gorée ordonna de mettre 
le feu aux cases et d'attendre les défendeurs à leur 
sortie ; ils se jetèrent presque tous sur la face oc- 
cupée par l'artillerie, c'est ce qui explique les pertes 
sensibles faites par cette arme ; une lutte corps à 
corps, courte, mais très vive, s'engagea ; les re- 
belles ne voulurent pas se rendre, ils étaient décidés 
à sauver Diogo-Maye ou à mourir. 

Dans le désordre du combat, quelques-uns per- 
cèrent notre ligne ; mais le plus grand nombre 
succombèrent e* parmi ces derniers Diogo-Maye , 
son fils et ses neveux, qui montrèrent jusqu'au 
dernier moment un courage digne d'une cause plus 
juste. 

. Dans cette opération, nous eûmes un artilleur 
tué, deux morts des suites de leurs blessures; 






266 ANNALES SÉNÉGALAISES 

M. le sous-lieutenant d'artillerie Hirtz reçut un 
coup de feu à la face ; deux autres artilleurs furent 
blessés légèrement et le capitaine Laberge, com- 
mandant l'artillerie de la colonne, eut un cheval 
tué sous lui. Dans l'infanterie, deux hommes 
furent grièvement blessés et trois autres légèrement. 
Ces pertes sensibles ne furent pas sans compen- 
sation ; nous donnâmes au Diander un grand 
exemple de justice, de bienveillance et de fermeté 
car les intrigues de Diogo-Maye , les efforts faits 
pour épargner ses complices et le châtiment su- 
prême qu'il reçut furent connus et appréciés de 
toute la population. 

Les braves gens en grand nombre furent rassurés 
et confiants, la minorité factieuse renonça à ses 
projets. 

Pendant que ces événements se passaient dans 
le Diander, une bande de pillards venue jusqu'à 
Ker, près de Gandiole, fut surprise par l'escadron 
de spahis (capitaine Baussin) qui lui reprenait une 
partie de ses razzias, lui tuait deux hommes et en 
blessait quatre. 



CHAPITRE Vn. 

EXPÉDITION CONTRE LES SÉRÈRE. 

Dans les premiers mois de 1862, les habitants du 
village de Thiès vinrent renouveler chez les popu- 
lations voisines de la Tanma, les vols de troupeaux 



DE 1854 À 1885 267 

qu'ils avaient tant de fois commis avant que le 
gouverneur n'accordât au Diander la protection de 
la France. 

A la suite d'une de ces razzias, M. le commandant 
de Mbidjem envoya son interprète au nommé Dal- 
liton, chef de Thiès, pour l'engager à venir au 
poste s'expliquer sur ces faits. Plusieurs indigènes 
du Diander accompagnèrent l'interprète et recon- 
nurent les bœufs qui leur avaient été enlevés dans 
le troupeau même de Dalliton qui, dès lors, refusa 
d'obtempérer à l'invitation qui lui était faite. L'in- 
terprète voulut employer la force, un conflit s'en- 
suivit dans lequel nous eûmes 2 hommes et 
2 chevaux tués et plusieurs blessés. Indépendam- 
ment de ce fait, 3 hommes de Bargny avaient été 
assassinés peu de jours auparavant sur le territoire 
de Thiès. 

Il était donc indispensable d'infliger aux cou- 
pables un châtiment exemplaire, afin de prouver 
aux populations nouvellement soumises à notre 
autorité que le règne de la violence était passé, et 
que si nous exigions d'elles certaines obligations, 
telle que le paiement de l'impôt , elles pouvaient 
compter sur notre protection. 

Le commandant supérieur de Gorée reçut donc 
Tordre de se mettre à la tête des troupes de la gar- 
nison, composées comme suit : 

80 hommes de Finfanterie de marine, capitaine 
Chevrel ; 

41 tirailleurs sénégalais, sous-lieutenant Gotts- 
mann; 



^mm 



268 ANNALES SÉNÉGALAISES 

94 hommes de la compagnie disciplinaire, capi- 
taine Bolot; 

H cavaliers spahis, maréchal des logis Hecquet. 
1 oi)usier, 1 chevalet de fusées ; 

35 hommes, canonniers et conducteurs ; 

80 volontaires commandés par M. Bagay, sous- 
lieutenant d'artillerie de marine. 

M. le capitaine de spahis de Négroni remplissait 
les fonctions de chef d'état-major de la colonne, 
et M. Gillet, chirurgien, celles de chef d'ambu- 
lance. 

Les Sérère, en général, ont pour habitude, 
lorsqu'ils redoutent quelque attaque, de se réfugier 
dans les bois fourrés qui entourent leurs cultures, 
avec leurs troupeaux et leurs biens; ils ne laissent 
à la merci de leurs ennemis que de mauvaises 
cases en jpaille qu'ils peuvent rétablir en peu de 
jours. 

Notre entreprise ne pouvait donc avoir d'effet 
utile que tout autant que nous surprendrions les 
coupables. Pour y parvenir, le commandant de 
Gorée fit répandre, en partant de Rufisque, la fausse 
nouvelle d'une expédition dans le Cayor; il dirigea 
des vivres sur le poste de Mbidjem, qui est du côté 
de Gorée notre base d'opération naturelle conire 
ce pays, et des guides furent retenus dans tous les 
villages situés sur la route directe de Rufisque à 
Mbidjem et à Taïba. 

Partie le 10 mai, à S heures du matin de Ru- 
fisque, la colonne arriva à 9 heures à Ngorom et le 
lendemain elle marcha sur Golam pour y passer la 






-•^r 



DE 1854 A 4885 269 

journée du 11, et se préparer à la marche pénible 
du lendemain. 

La position de Golam, sans trop nous éloigner 
de la route de Thiès, nous plaçait sur une des 
routes naturelles du Cayor ; c'est là ce qui masqua 
nos projets et fut la principale cause du succès 
de notre opération. 

Le 11, à 11 heures du soir, on se dirigea à tire- 
d'aile de Golam à Thiès en passant par Sognofil, 
Pout, Oundia-Khat. 

La surprise qu'occasionna notre marche aux 
habitants de ces villages, qui nous croyaient en 
plein mouvement sur le Cayor, et les rapports des 
espions échelonnés jusqu'à Thiès, nous donnèrent 
l'assurance que nos projets étaient complètement 
ignorés. 

Après six heures d'une marche de nuit exécutée 
à travers un pays des plus difficiles, nous arri- 
vâmes à l'entrée du plateau déboisé au fond duquel 
le village de Thiès est situé. 

Dès que la tête de la colonne commença à 
déboucher, elle fut reconnue par quelques bergers 
qui donnèrent l'alarme. Il n'y avait pas un moment 
à perdre pour tirer parti de nos avantages. 

C'est alors que le commandant supérieur do 
Corée lança sous les ordres du capitaine de Négroni 
les 10 spahis de son escorte, pour tourner le village, 
et l'attaqua directement avec la section de tirail- 
leurs sénégalais. Mais avant que ces troupes eussent 
franchi les six cents mètres qui les séparaient des 
cases, la plus grande partie des habitants s'était 



270 ANNALES SÉNÉGALAISES 

jetée dans les bois, abandonnant tous leurs 
biens. 

Quelques-uns furent sabrés par nos spahis ou 
fusillés par nos tirailleurs. Nous eûmes 2 hommes 
blessés; le village de Thiès fut immédiatement 
livré aux flammes et les troupeaux cernés par le 
reste de la colonne. 

Après un repos d'une demi-heure accordé aux 
troupes, le commandant de Gorée profita du 
trouble et du désordre de Tennemi pour faire fran- 
. chir au troupeau les collines boisées qui séparent 
Thiès de la Tanma (12 kilomètres.) On le plaça 
sous la conduite des volontaires, dans un grand 
carré. La première face, formée par Tinfanterie de 
marine, devait ouvrir la marche et repousser Ten- 
nemi que Ton s'attendait à voir nous disputer la 
route; sur la droite et sur la gauche, la 3« com- 
pagnie disciplinaire était disposée en flanqueurs; 
les tirailleurs sénégalais formaient Tarrière-garde 
ou la quatrième face du carré. 

A peine étions-nous engagés dans le bois que 
Tarrière-garde fut vigoureusement attaquée; elle 
fit bonne contenance. Plusieurs tirailleurs furent 
blessés ainsi que le cheval du sous-lieutenant 
Gottsmann qui les commandait; M. le chirurgien 
de 2® classe Gillet reçut une balle au pied droit en 
relevant un blessé. 

L'ennemi fit aussi plusieurs tentatives sur notre 
droite et notre gauche, pour forcer la ligne des 
flanqueurs et semer l'épouvante dans le troupeau 
qu'il nous eût été impossible dès lors de pouvoir 



DE 1854 A 1885 271 

contenir; mais partout, malgré la difficulté des 
lieux, il fut énergiquement repoussé. 

Voyant que le fruit de notre razzia allait lui 
échapper, l'ennemi faisait ses principaux efforts 
sur notre arrière-garde et notre flanc droit qu'il 
serrait de très près. Le commandant de la colonne 
se porta de ce côté avec une section d'infanterie 
prise à Tavant-garde et les spahis démontés dont 
les chevaux aidaient au transport des blessés. 

Nous continuâmes ainsi notre route pendant deux 
heures, franchissant des collines couvertes de 
broussailles épaisses, à travers lesquelles nos sol- 
dats pouvaient à peine se faire jour, et en conser- 
vant intact le troupeau qui, par la ténacité avec 
laquelle Tennemi nous le disputait, semblait être 
désigné comme le prix de la victoire. 

Nous arrivâmes enfin à un passage plus décou- 
vert, un monticule s'élevait au milieu de l'étroite 
vallée dans laquelle nous étions engagés. Il fut 
occupé par une demi-section d'infanterie et par 
notre obusier de montagne. Le commandant de la 
colonne donna Tordre à l'arrière-garde de préci- 
piter la retraite pour attirer l'ennemi ; dès qu'il pa- 
rut dans la clairière, il fut accueilli par trois coups 
à mitraille et par une vive fusillade qui éclaircit 
sensiblement ses rangs. L'arrière-garde l'assaillit 
aussitôt et le rejeta dans le fourré; cette action 
vigoureusement exécutée fut décisive. 

Dès ce moment notre marche ne fut plus inquié- 
tée jusqu'au village de Sognofil, où nous arrivâmes 
le 12, à 10 heures 1/2, après avoir parcouru en 



272 ANNALES SÉNÉGALAISES 

douze heures quarante kilomètres à travers des 
fourrés épais, escortant, sur seize kilomètres, un 
troupeau de 200 bœufs que nous disputa énergi- 
quement l'ennemi. Cette opération nous coûta un 
soldat disciplinaire tué, M. le chirurgien de 2« classe 
Gillet et 12 soldats blessés, 4 contusionnés. L'en- 
nemi fit des pertes sensibles qu'il nous fut impos- 
sible d'évaluer exactement à cause de la nature 
des lieux où nous avions combattu. 

La rude leçon infligée à Thiès fut accueillie avec 
joie dans toutes les contrées environnantes. Ce 
village était un asile de pillards qui y réunissaient 
les troupeaux enlevés à leurs voisins et où per- 
sonne n'osait tenter de les reprendre. Aussi le 
succès de notre entreprise produisit-il la plus heu- 
reuse impression sur l'esprit des populations. 

Le village de Pont était à peu près dans les 
mêmes conditions, c'était aussi un lieu de rassem-* 
blement pour les brigands qui pillaient sans cesse 
les caravanes venant du Baol. Il fut décidé qu'on 
installerait un blockaus fortifié sur ce point qui, 
d'ailleurs, était dans les limites de notre territoire. 

C'était en outre placer, à une étape en avant de 
Rufisque, un centre de ravitaillement pour nos 
opérations dans ces pays abrupts. 

Une petite colonne forte de 200 hommes et deux 
obusiers fut chargée de cette mission en 1863. 
Elle était commandée par le chef de bataillon 
Laprade, commandant supérieur de Corée; 800 vo- 
lontaires convoqués par lui s'étaient aussitôt joints 
à la colonne pour aider au transport du blockhaus. 



DE 1854 A 1885 273 

En quelques jours, on construisit l'enceinte 
palissadée , on défricha remplacement du fort ; 
enfin la belle route qui s'étend aujourd'hui jusqu'à 
Thiès fut commencée et poussée à six kilomètres 
dans Test. 

Les 13 hommes qui composaient la garnison de 
Pout, s'abandonnant à une confiance aveugle, se 
laissèrent surprendre et massacrer le 13 juil- 
let 1863. 

Pour expliquer une tentative aussi hardie, il est 
nécessaire de se rappeler que les Diobas vivaient 
alors dans des fourrés où personne n'osait pénétrer. 
Habitués au pillage des caravanes, ils ne recu- 
lèrent pas devant un coup de main conçu secrète- 
ment et facile à exécuter, grâce à la configuration 
toute spéciale du pays. 

Ils s'appuyèrent d'ailleurs, dans cette tentative, 
«ur le concours des villages de Santia-Saffet, Palal 
et Ouandiakhat, situés sur notre territoire et qu'ils 
traversèrent pour arriver jusqu'à Pout. 

Le 12, au soir, leur projet était arrêté, et le 13, 
au matin, grâce à la trahison des quatre villages 
que nous venons de nommer, ils arrivèrent jusqu'à 
la lisière des bois qui enveloppent la clairière du 
poste sans éveiller l'attention de la garnison. 
N'ayant que 150 mètres à parcourir pour arriver 
SUT les palissades, ils franchirent cet espace avant 
que l'alerte pût être donnée et nos soldats, au 
nombre de huit, qui se trouvaient dans la baraque, 
furent impitoyablement égorgés saps défense. Le 
sergent ColliU) chef du poste, n'était qu'à une 



274 ANNALES SÉNÉGALAISES 

centaine de mèlres de Tenceinte; il reçut même 
quelques coups de fusil. Dans l'impossibilité de 
reprendre lui-même son poste, il courut à Sognofil ; 
les habitants de ce village prirent aussitôt les 
armes et le suivirent à Pout. Ils y trouvèrent tous 
nos soldats morts, à l'exception d'un seul qui sur- 
vécut à ses blessures. Le poste était en bon état; 
mais les vivres, les munitions et les effets des 
hommes avaient été enlevés. 

Dans cette pénible affaire, la trahison des vil- 
lages Ouandiakhat, Santia-Saffet et Palal avait été 
flagrante; déjà, d'ailleurs, des soupçons planaient 
sur l'esprit hostile de leurs habitants qui ne de- 
vaient pas tarder à subir un châtiment exemplaire. 
Une nouvelle garnison plus forte, commandée par 
M. le sous-lieutenant Cauvin, du 4" régiment d'in- 
fanterie de marine, et composée de 26 hommes 
du même régiment, de 2 canonniers et de 10 tirail- 
leurs, fut mise dans ce poste que les Sérère, en- 
hardis par leurs premiers succès, annonçaient 
devoir attaquer de nouveau. 

En effet, le 30 août 1863, ils vinrent au nombre 
d'environ 500 hommes se présenter devant le bloc- 
khaus, et 150 d'entre eux s'approchèrent et com- 
mencèrent l'attaque ; mais tout le monde était sur 
ses gardes, aussi l'ennemi. fut-il repoussé après 
une fusillade qui ne dura pas moins de 25 minutes. 
Les Sérère-None du Diobas éprouvèrent des 
pertes assez sérieuses, évaluées à 19 tués et à plus 
de 20 blessés; de notre côté, un tirailleur et un 
courrier furent légèrement blesséSé 



DE 1854 A 188S 275 

Cette tentative infructueuse leur prouva que 
leurs efforts sont impuissants contre le moindre de 
nos postes défendu par une garnison vigilante. 

Cependant l'agression du 13 juillet ne pouvait 
rester impunie ; il fallait en outre ouvrir une route 
à travers le défilé de Thiès et mettre un terme aux 
brigandages commis journellement sur Timmense 
voie de communication existant entre le Baol et 
notre comptoir de Rufisque. Le plus sur moyen 
d'atteindre ce but était de construire à Thiès un 
poste fortifié. 

Le colonel Laprade, chargé de cette mission; 
partit de Corée en avril 1864, à la tête d'une co- 
lonne composée comme il suit : 

Chef d'état-major, capitaine André; 

Artillerie, commandant Alexandre; 

La compagnie du génie, commandant Marîtz; 

Compagnie de débarquement, lieutenant de vais- 
seau Desprez ; 

200 hommes dlnfanterîe, capitaine Questel; 

200 tirailleurs, capitaine Rey; 

La compagnie de disciplinaires, capitaine Bolot. 

La principale difficulté de ces opérations consis- 
tait dans le passage du défilé de Thiès, couvert 
sur seize kilomètres de longueur, de rochers et de 
bois épineux à peine pénétrables, qui séparent sur 
cinq kilomètres le Dîankin du pays des Diobas. 

Tous les renseignements qui parvinrent au com- 
mandant de la colonne, avant de commencer ses 
mouvements, indiquaient que c'était ce passage 
que les Diobas avaient lïntention de nous dis^ 



276 ANNALES SÉNÉGALAISES 

puler. Il prit alors les dispositions suivantes : 
ayant réuni à Pout les baraques et blockhaus des- 
tinés au poste de Thiès et un approvisionnement 
de vivres suffisant pour la durée des opérations, 
le colonel confia au capitaine Bolot la moitié de 
ses forces (deux compagnies de tirailleurs, la com- 
pagnie disciplinaire et un obusier de montagne) ; 
il donna Tordre à cet officier de se rendre directe- 
ment de Dakar à Mbidjem pour y rallier 1,500 vo- 
lontaires du Diander et du Sagnokhor et donner 
cinq jours de vivres à ses hommes. Le 26, au 
matin, le capitaine Bolot partait sans bagages, se 
dirigeant sur Thiès par Diaye-Bop-ou-Tangor, à 
travers les montagnes abruptes du Ndiankin, de 
manière à occuper le 26, à 8 heures du soir, le 
débouché du défilé. Ces ordres, ponctuellement 
exécutés, surprirent les indigènes, et le 27, à 
4 heures du matin, le colonel Laprade quittait 
Pout avec le reste de ses forces, un grand convoi 
de vivres et 1,500 volontaires de Dakar, Rufisque 
et Bargny, portant une partie du baraquement de 
Thiès. 

Il franchit sans coup férir ce passage difficile, 
où toute résistance était devenue dangereuse 
pour Tennemi, puisqu'il aurait eu sur ses derrières 
le détachement du capitaine Bolot. 

La réunion de toute la colonne eut lieu à la sortie 
du défilé, le 27, à 6 heures du matin. Le colonel 
Laprade continua sa route sur Thiès et ordonna 
au capitaine Bolot de se rendre avec son détache- 
ment et les volontaires à Pout, pour y prendre le 



DE 1854 A 188S 277 

reste du matériel nécessaire à la coastruction du 
poste. 

Le lendemain 28, tout était réuni à Thiès, et les 
travaux furent immédiatement entrepris. Grâce à 
Taclivité déployée par tous, officiers, sous-officiers, 
soldats et volontaires, le 29, au soir, ils étaient 
assez avancés pour permettre de laisser en toute 
sûreté nos approvisionnements sous la garde d'une 
centaine d'hommes; et le 30, à 5 heures du matin, 
nous marchions sur les Diobas qui, consternés 
autant par la précision et la rapidité de nos mouve- 
ments que par la masse de forces dont nous dispo- 
sions, avaient renoncé à toute résistance sérieuse. 

A 7 heures du matin, le colonel Laprade arriva 
au centre des villages ennemis, il livra ce pays 
aux volontaires qui eurent quelques engagements; 
à Bakak, principalement, il fut obligé de les faire 
soutenir par les tirailleurs sénégalais et un obusier 
de montagne. Cette résistance promptement sur- 
montée, les dix villages qui avaient participé au 
massacre de Pout furent détruits et le 1*" mai au 
soir, la colonne rentrait à Thiès suivie de 3,000 
volontaires chargés de butin. 

Nous perdîmes 6 volontaires, 20 autres furent 
blessés. * 

La question militaire était résolue. Le 2 mai, 
les troupes de Saint-Louis retournaient dans leur 
^garnison; les compagnies du Jura et de VArchi^ 
mède rentraient à bord. 

Le capitaine Bolot resta chargé du soin de pro- 
téger, avec les troupes de la garnison de Gorée, 

16 



278 ANNALES SÉNÉGALAISES 

rachèvement des travaux du poste et le déboise- 
ment du défilé de Thiès. 

Le 15, tous ces travaux étaient terminés et la 
garnison de Gorée rentrait dans ses quartiers. 

Nous avions, dans cette expédition, détruit les 
villages coupables de trahison, assuré la sécurité 
des caravanes par la construction du poste de 
Thiës, et porté à une étape plus en avant le dra- 
peau de la France. 



CHAPITRE Vm 



AFFAIRES DU FOUTA. 



Combat de Mbirboyaji. — Les mauvaises dispo- 
sitions du Fouta central, les troubles continuels 
suscités par les chefs de ce pays dans les provinces 
annexées du Toro et du Damga faisaient, depuis 
longtemps, pressentir le moment où il faudrait 
agir contre les Toucouleurs, dont les bravades et 
les insolences, à l'égard de la colonie, ne faisaient 
qu'augmenter en raison de l'impunité qu'ils 
croyaient avoir acquise , considérant d'ailleurs les 
traités passés entre eux et la France comme des 
engagements sans valeur. 

Encouragés par notre modération et leur éloi- 
gnement du fleuve, excités par d'anciens et fana- 
tiques partisans d'Al-Hadji, cédant aux insinua- 
tions des mécontents, qui trouvaient derrière leurs 



DE 185i A 1888 279 

lata un asile assuré , [presque tous les villages de 
cette partie du Fouta, dont les Bosséiabé, sous 
l'électeur Abdoul-Boubakar, forment la principale 
fraction, s'étaient réunis à ce dernier, se déclarant 
ouvertement contre nous. 

Une partie du Damga fut pillée ; les populations 
soumises à nos lois furent menacées de destruc- 
tion, et un chef autrefois désigné par Al-Hadji 
comme capable de diriger une guerre sainte contre 
les Français, Alpha- Amadou-Tierno-Demba , fut 
élu almamy et mis à la tête du mouvement. 

Le gouverneur, M. le capitaine de vaisseau Jau- 
réguiberry, ayant demandé à ce chef une satisfac- 
tion des outrages dont nos nationaux avaient été 
les victimes, et la répression des pillages commis 
sur nos traitants, un message insolent fut la ré- 
ponse faite à cette démarche. 

Il n'y avait plus à hésiter, une certaine fermen- 
tation régnait déjà dans le Toro, et sous peine de 
voir l'incendie s'étendre rapidement, il fallait 
avoir recours aux armes. 

Le gouverneur résolut donc de monter dans le 
fleuve avec des forces suffisantes pour obtenir ré- 
paration des torts dont on avait à se plaindre. 

Les avisos à vapeur le Podor, YArchimèdey le 
Grand'Bassam, le Serpent , le Baêilic, la Boiir^ 
rasque et le Crocodile furent chargés de transpor- 
ter successivement à Saldé, lieu du rendez-vous 
général, une colonne composée de 300 hommes 
d'infanterie de marine, commandés par le capitaine 
Hopfer; 200 tirailleurs sénégalais, sous les ordres 



280 ANNALES SÉNÉGALAISES 

• 

du capitaine Ringot; 100 hommes des compagnies 
de débarquement de la floltille, commandés par 
M. Ribell, lieutenant de vaisseau; 80 spahis, sous 
les ordres de M. le capitaine Baussin; 1 batterie 
d'artillerie de 4 pièces, sous les ordres du capitaine 
Poète; 25 hommes du génie, sous les ordres du 
capitaine Lorans ; un détachement du train, com- 
mandé par M. Derbesy, et 300 volontaires de 
Saint-Louis, sous les ordres du capitaine Flize, 
directeur des affaires indigènes. M. Martin, capi- 
taine d'état-major, remplissait auprès de M. le 
gouverneur, commandant en chef, les fonctions de 
chef d'état-major; M. de Négroni, celles d'offi- 
cier d'ordonnance; Tambulance était dirigée par 
M. Cronzet, chirurgien de 2« classe de marine, et 
M. Chassagnol, écrivain du commissariat de la 
marine, était chargé du service des vivres. 

Le 28 juillet 1862, à 8 heures du matin, la flot- 
tille appareillait pour le marigot de Saldé. On 
savait, depuis quelques jours, que c'était dans les 
villages de Mbolo, placés à 6 milles environ do 
Tembouchure du marigot de Saldé, que le nouvel 
almamy, aidé d'Abdoul-Boubakar, concentrait 
toutes les forces du Fouta. C'est donc devant ces 
villages que le débarquement dut s'opérer. 

Les Toucouleurs avaient couronné la berge 
d'embuscades garnies de défenseurs, mais un mou- 
vement tournant, exécuté par l'infanterie débar- 
quée un peu plus bas, dégagea la position, et la 
mise à terre de la colonne entière s'effectua rapi- 
dement. Gomme il était trop tard pour marcher le 



DE 1854 A 1885 281 

même jour en avant, on campa auprès des navires, 
en se contentant de chasser à coups de canon les 
groupes qui vinrent inquiéter la colonne. 

L'ennemi avait choisi pour champ de bataille la 
plaine de Mbirboyan, qui sépare les villages de 
Mbolo du marigot de Saldé, et qui a environ 
4,000 mètres d'étendue. Son armée s'était formée 
en deux corps, dont Tun devait attaquer nos forces 
de front, et l'autre les tourner à un moment donné. 
L'almamy commandait en personne ce dernier. 
Une quantité considérable de tirailleurs embus- 
qués dans les herbes et les broussailles étaient en 
outre répandus çà et là dans la campagne. Les dis- 
positions de marche ayant été prises, en consé- 
quence de ces renseignements, le corps expédition- 
naire s'ébranla le 29 au point du jour, en se 
dirigeant sur le village de Mbolo-Aly-Sidy situé, 
par rapport au point de débarquement, à Textrème 
droite de la ligne parallèle au marigot que forment 
les trois villages de Mbolo; il avait à peine marché 
depuis trois quarts d'heure, que le feu s'engagea 
à la droite où était déployée une compagnie de 
tirailleurs, appuyée d'une section d'obusiers. Après 
une fusillade de quelques instants, l'escadron de 
spahis fut lancé sur l'ennemi qui l'attendit avec 
beaucoup de fermeté, mais ne put cependant résis- 
ter à Tentrain de nos cavaliers et fut poursuivi 
l'espace de deux kilomètres, laissant plus de 
40 cadavres sur la route. 

Pendant que cette belle charge avait lieu et que 

les tirailleurs brûlaient le village de Mbolo-Aly- 

le. 



1 



282 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Sidy, Talmamy, croyant sans doute nos forces 
suffisamment occupées par sa colonne de gauche, 
commença son mouvement sur leurs derrières, se 
plaçant ainsi entre elles et les bâtiments. Aussitôt, 
ces derniers prirent part au combat, et quelques 
obus, lancés à propos par le Podor, commandé par 
le lieutenant de vaisseau Aube, oblig^èrent Talmamy 
à se rabattre sur notre flanc gauche. Deux pelotons 
d'infanterie de marine et les volontaires, appuyés 
de deux obusiers, furent conduits au-devant de 
cette nouvelle attaque. Un feu meurtrier engagé 
à quarante mètres obligea bientôt Tennemi à battre 
en retraite. Vivement poursuivis par les volontaires 
pendant plus d'une demi-heure, et éprouvant 
encore à grande distance les effets de Tartillerie., 
les Toucouleurs ne tardèrent pas à être en com- 
plète déroute, et le terrain se trouva entièrement 
dégagé tout autour du champ de bataille. 

En même temps qu'avait lieu cette seconde 
attaque, la compagnie de débarquement brûlait le 
village de Mbolo-Alcaly. 

La colonne ayant pris quelques instants de repos 
se dirigea alors sur le village deDiaba-Maoundou, 
capitale de Talmamy, nommé nouvellement. Ré- 
signés sans doute à considérer comme définitive 
une défaite à Mbirboyan, les Toucouleurs n'avaient 
préparé aucun moyen de défense dans ce grand 
village, qui fut pris sans coup férir et immédiate- 
ment livré aux flammes. Il était abondamment 
pourvu de vivres et de munitions. 
Après avoir campé de 10 heures et demie du 



DE 18S4 A 1885 283 

matin à 4 heures dû soir, pour laisser passer la 
forte chaleur du milieu de la journée, la colonne 
se remit en marche et s'empara d'Oréfondé, capi- 
tale des Bosséiabé et ancien séjour d'Al-Hadji, à 
Tépoque où il était maître du Fouta. Ce village et 
celui d'Oré-Tète furent immédiatement brûlés. 

Le lendemain, les troupes furent ramenées à 
bord des bâtiments, laissant partout des traces 
durables de leur passage sur les terres de ces 
Toucouleurs qui s'étaient considérés jusqu'alors 
invulnérables chez eux. 

Les pertes de Tennemi furent considérables^ 
D'après les renseignements recueillis sur les lieux, 
27 chefs, dont 16 tués, avaient été atteints. On 
compta plus de 60 cadavres sur le champ de ba- 
taille. 

De notre côté, nous eûmes 7 blessés, dont un, 
le maréchal des logis de spahis de Serres, succomba 
le lendemain. Nous perdîmes également le capi- 
taine Grasland, de l'infanterie de marine, qui avait 
eu l'occasion de se faire remarquer par sa belle 
conduite, et deux hommes du même corps, fou- 
droyés par des insolations. L'escadron de spahis, 
entraîné par le capitaine Baussin, avait mérité, 
sans contredit^ les honneurs de la journée. 

La rude leçon que venait de subir le Fouta fut 
cependant insuffisante, et ses bandes réorganisées 
vinrent bientôt troubler de nouveau le repos de la 
colonie. 

Combat de LoumbeL — Dans le courant du mois 
de septembre suivant, une armée de Toucouleurs, 



284 ANNALES SÉNÉGALAISES 

SOUS les ordres de l'almamy Alpha-Amadou-Tierno- 
Demba, composée des bandes un moment battues 
et dispersées à Mbirboyan , qu'étaient venus 
grossir les rebelles du Toro, soulevés contre l'au- 
torité de la France, et les mécontents de la province 
du Dimar où la fermentation commençait à se 
manifester, osa s'avancer jusqu'au village de Bokol, 
situé à peu de distance du comptoir fortifié de 
Dagana. 

Pleins de confiance dans une saison qu'ils sa- 
vaient mortelle pour les troupes blanches en mou- 
.vement, dansleur nombre, qu'ils voyaient augmenté 
par la révolte du Toro, enfin, dans l'état d'agita- 
tion que leurs émissaires développaient chaque 
jour davantage dans les villages restés fidèles, les 
chefs de mouvement se promettaient d'avoir faci- 
lement raison des résistances que pouvaient leur 
opposer les derniers partisans de l'influence fran- 
çaise. 

Il devenait urgent d'arrêter les progrès de la 
révolte, et de repousser immédiatement une inva- 
sionmenaçante pour les intérêts de notre commerce, 
alors sans défense dans cette partie du fleuve 
voisine de Saint-Louis, et même pour notre in- 
fluence sur le Oualo et les Maures de la rive droite. 

Les troupes furent aussitôt assemblées sur les 
avisos disponibles, etle gouverneur se porta à leur 
tête, au-devant de l'almamy; la rencontre eut lieu 
dans la soirée du 22 septembre 1862, à la suite 
d'une marche sous un soleil meurtrier. Après une 
heure d'engagement dans la plaine de Loumbel, 



DE 1854 A 1885 285 

rarmée ennemie fut mise dans une déroute com- 
plète. 

L'almany profita de la nuît pour se soustraire à 
un plus grand désastre, et échapper à une pour- 
suite que la saison empêchait de prolonger par 
terre. Il ne s'arrêta découragé qu'à 22 lieues du 
champ de bataille sur lequel il avait abandonné 
ses morts, ses blessés, et une partie de ses appro- 
visionnements. Les troupeaux qui avaient été 
enlevés dans le Dimar furent presque tous repris, 
et cette province rentra dans la soumission. 

Nous avions payé cher ce nouveau succès; plu- 
sieurs de nos soldats avaient été victimes des 
insolations sur le champ de bataille même, et la 
colonne, rentrée à Saint-Louis, expia, par desfièvres 
violentes, la gloire qu'on ne peut acquérir pendant 
rhivernage, sans compter avec de cruelles maladies 
bien plus meurtrières que le feu de Tennemi. 

Une flottille , compose de trois bâtiments h 
vapeur, et portant une petite colonne, poursuivit, 
dans les marigots de Doué et de Balel, les groupes 
de fuyards, en essayant de les rejoindre sur tous 
les points où Tinondation permit de débarquer. 

Cette flottille enleva ou détruisit les villages 
rebelles qu'il fut possible par terre d'approcher; 
elle canonna ceux qui se trouvaient séparés du 
fleuve par des plaines inondées. 

A Gamadj et à Tioubalel-Counta les ennemis 
essayèrent vainement de s'opposer au débarque- 
ment des troupes ; ils furent mis en fuite, après 
avoir éprouvé des pertes très sensibles. Malheu- 



286 ANNALES SÉNÉGALAISES 

reusement la baisse des eaux empêcha les bâti- 
ments d'approcher à portée de canon d'Odégui et 
de Kobilo , où tout débarquement était impos- 
sible par suite de la nature marécageuse du ter- 
rain. 

Malgré ces défaites répétées, l'ennemi ne se 
découragea pas, et employa le reste de l'hivernage 
à se préparer pour une nouvelle campagne, éner- 
giquement décidé à entraver notre commerce qui, 
. pour descendre de Bakel, était obligé de passer 
sous le feu des villages ennemis. Il fut donc résolu 
qu'une grande expédition, devenue indispensable, 
irait, aussitôt que la saison le permettrait, châtier 
les coupables au cœur même des forêts répu- 
tées inaccessibles où ils s'étaient retranchés et où 
ils nous attendaient, disaient-ils, pour détruire à 
jamais notre influence dans le fleuve. 

Expédition du Fouta. — La révolte du Toro 
était devenue générale. Seuls, quelques villages 
autour du fort de Podor, restaient encore fidèles ; 
le Lam-Toro, noinmé par le gouverneur, avait été 
chassé et remplacé par un jeune homme, Samba- 
Oumané, connu pour ses sentiments hostiles à 
l'influence française ; Ardo-Isma et Ardo-Ély, chefs 
des Pouls qui habitent l'île à Morphil et la rive 
gauche du marigot de Doué, s'étaient immédiate- 
ment ralliés à la révolte des Toucouleurs. Abdoul- 
Boubakar, électeur des Bosséiabé, jeune fanatique 
plein d'ardeur, était l'âme de cette ligue à laquelle 
la tribu maure des Ouled-Eyba [était venue ajouter 
ses contingents dans l'espoir de piller aussi bien 



DE là54 A 1885 287 

ses alliés que Tennemi lui-même. L'almamy ne 
conservait qu'un semblant d'autorité parmi tous 
les chefs qui composaient son conseil, et qui, en 
réalité, conduisaient la révolte. 

Le bruit s'était faussement répandu qu'Al-Hadji 
devait quitter le Macina, et se diriger sur le Séné- 
gal, pour en chasser les Français, à la tête de ses 
vieilles bandes. 

Les Maures observaient ce mouvement général, 
prêts à tomber sur le vaincu^ mais surtout impa- 
tients de se voir autorisés à passer sur la rive 
gauche, objet constant de leur convoitise, d'abord 
peut-être comme auxiliaires, mais bientôt comme 
ennemis. 

Tant de sang a coulé pour refouler ces hordes 
meurtrières dans les plaines dont il leur est aujour- 
d'hui défendu de sortir, qu'il eût été désastreux de 
renoncer, pour l'intérêt du moment, à*une poli- 
tique traditionnelle qui est la base de la sécurité 
et du développement de la colonie; aucun appel 
ne fut heureusement fait à leurs contingents de 
pillards. 

La situation était une des plus fâcheuses qu^eùt 
traversées la colonie. Le commerce au-dessus de 
Podor se trouvait absolument interrompu; un con- 
voi de bateaux du commerce, descendant de Bakel 
chargé de produits, était bloqué entre les Ouled- 
Eyba et les Toucouleurs, au-dessus du village de 
Gaoul, retenu par la baisse rapide des eaux sur le 
barrage d'Orénata qu'il n'avait pu dépasser poui* 
venir se mettre en sûreté sous la tour de Saldé; 



288 AKNALES SÉNÉGALAISES 

Il fallait attendre, pour conduire une colonne 
dans le Fouta, que les terrains qui avaient été 
couverts par l'inondation fussent suffisamment 
desséchés et raffermis. Il y avait, d'un autre côté, 
à craindre que les eaux du fleuve, devenues trop 
basses, rendissent trop laborieux le passage des 
chalands destinés à porter les approvisionnements 
du corps expéditionnaire. 

Dés le mois de décembre 1862, le gouverneur, 
M. le capitaine de vaisseau Jauréguiberry, donna 
des ordres à tous les chefs de corps afin que cha- 
cun d'eux organisât, pour le 8 janvier suivant, 
tout son personnel disponible, et préparât le ma- 
tériel nécessaire pour une absence de 45 jours. 

Douze cents hommes de toutes armes de la 
garnison et des troupes d'artillerie et d'infanterie 
de marine, que la frégate VIphigénie venait d'a- 
mener à Saint-Louis, composèrent le corps d'expé- 
dition. M. le lieutenant-colonel Faron commandait 
les tirailleurs sénégalais ; les troupes d'infanterie 
de marine étaient sous les ordres du chef de ba- 
taillon de Barolet ; le capitaine d'artillerie Poète 
commandait son arme ; à la tète de la cavalerie 
était le capitaine Baussin ; M. Bel, chirurgien de 
V classe de la marine, dirigeait le service de l'am- 
bulance ; M. le lieutenant d'artillerie Derbesv con- 
duisait le train; le capitaine du génie Lorans, 
devait, chemin faisant, faire le levé des terrains 
parcourus par la colonne ; le gouverneur, ayant 
pour aides de camp le lieutenant de vaisseau Ri- 
bell, le capitaine d'élat-major Martin, et le capi- 



DE 1854 A 1885 289 

laine de spahis de Négroni, prit le commandement 
supérieur du corps expéditionnaire. 

Les contingents de volontaires indigènes de 
Saint-Louis, du Cayor, la plupart à cheval, elles 
Poul, nos précieux auxiliaires dans ces sortes 
d*expéditions, portèrent à plus de 1,600 le nombre 
de bouches à nourrir pendant toute la campagne. 

Pour le transport de 140 tonneaux de vivres et 
de munitions nécessaires à ce petit corps d'armée, 
il fallut créer une flottille de charge, en s'adres- 
sant aux moyens du commerce auquel on loua 18 
chalands de 6 à 14 tonneaux ; cette flottille fut 
complétée à l'aide des ressources de Tarsenal, en 
chaloupes et en canots légers ; enfln, cinq chalands 
du commerce furent autorisés à suivre le convoi 
pour aller à Orénata décharger les bâtiments re- 
tenus devant ce barrage. Deux cents hommes com- 
posaient le personnel de cette flottille, la plupart 
laptots détachés des avisos de la station locale, et 
60 marins débarqués de la frégate Ylphigénie de- 
vaient lui servir d'escorte et garder les rives du 
fleuve pendant sa navigation accidentée. 

Le gouverneur chargea M. le capitaine de fré- 
gate Vallon de l'organisation et du commandement 
de ce convoi, qui devait se trouver souvent séparé 
de la colonne, et plaça sous ses ordres le lieute- 
nant de vaisseau Régnault et l'enseigne de vaisseau 
Bernard, commandant la compagnie de débarque- 
ment de Ylphigénie. 

Un chaland spacieux, installé en ambulance, 

monté par M. O'Ncill, chirurgien de marine, devait 

i7 



290 ANNALES SÉNÉGALAISES 

recevoir les blessés et les hommes gravement ma- 
lades ; wi second chaland portait un four de . cam- 
pagne. 

L*expédition quitta Saint-Louià le 12 janvier 
1863 pour se rendre, à l'aide des avisos de la sta- 
tion locale, dans le marigot de Doué. Le capitaine 
d^artillerie Mailhetard, commandant l'arrondisse- 
ment de Podor, avait reçu Tordre de se trouver le 
14 au village de Guédé, avec les troupes placées 
sous ses ordres, depuis que la garnison de Podor 
avait été augmentée. 

Les grands navires ne purent remonter au delà 
de Diaouara, où s'effectua le débarquement. Les 
canonnières à hélice la Bourrasque^ la Çouleuvrine^ 
les avisos à roues le Basilic et le Serpent suivirent 
la colonne jusqu'à Lérabé ; ces deux derniers purent 
même atteindre le village d'Edy. 

En arrivant à Guédé, le corps expéditionnaire 
fut partagé en 2 colonnes ^ Tune comprenant 450 
hommes de troupes régulières, empruntées aux 
diverses armes, devait remonter, sous la direction 
de M. le lieutenant-colonel Faron, la rive droite 
du marigot de Doué ; l'autre, sous le commande- 
ment direct du gouverneur, était destinée à agir 
sur la rive gauche ; la flottille marchait entre les 
deux colonnes. 

Celte combinaison permettait de visiter tous les 
villages du Toro, en ôtant à l'ennemi la possibilité 
de se réfugier sur le côté opposé* 

On se mit en marche dans la soirée du 19. Au 
début, aucun adversaire ne se montra, tout fuyait 



DE 1854 A 1885 291 

devant les colonnes; mais le 16, dans Taprès-midi, 
peu après avoir quitté N'dioum, le colonel Faron 
fut vivement attaqué dans un ravin entouré de 
fourrés très épais. Au bout d'une heure de combat, 
il était maître du passage et Tennemi avait disparu, 
mais non sans infliger à cette colonne quelques 
pertes en tués et en blessés. 

Le 17, la marche fut continuée sur Édy et Toul- 
dégal, et, vers six heures et demie du matin, le 
gouverneur se trouva en présence de Tarmée en- 
nemie qui Tattendait dans la ceinture de forêts, 
connue dans le pays sous le nom de Tata (rempart) 
de Talmamy, et réputée inexpugnable. Les alliés 
avaient annoncé leur intention de défendre à ou- 
trance le magnifique village deTouldégal, et toutes 
les mesures étaient prises pour une attaque vigou- 
reuse. 

L'action commença immédiatement; à sept 
heures quarante minutes Tennemi, complètement 
battu, fuyait de toutes parts, et les colonnes en- 
traient dans les grands villages d'Édy et de Toul- 
dégal où, d'après les marabouts, les blancs ne 
devaient jamais pouvoir pénétrer. 

La journée du 18 fut employée à*aser ces deux 
villages et à pousser des reconnaissances dans les 
environs. Des forêts impénétrables, des mares 
d^eau, des obstacles naturels de tout genre ne per- 
mettaient plus d'opérer sur la rive droite ; le gou- 
verneur rappela près de lui le colonel Faron, et le 
capitaine Mailhetard reçut Tordre de reconduire à 
Podor les troupes destinées à surveiller les mou- 



292 ANNALES SÉNÉGALAISES 

vemenls des Maures pendant Tabsence du corps 
expéditionnaire. 

Le Serpent et le Basilic furent chai*gés de trans- 
porter à Saint-Louis les blessés, les malades, les 
hommes reconnus hors d'état de supporter les 
fatigues de Texpédition, et le 19 on se mit en 
marche sur Aéré, dernier village de la frontière du 
Toro. 

La flottille de convoi, réduite à ses moyens de 
locomotion, devait rejoindre la colonne au village 
de Médina. 

Pour se rendre compte des difficultés qu'avait à 
vaincre sa navigation^ il faut jeter un coup d'œil 
sur l'aspect que présente, au mois de janvier, le 
Sénégal dont les eaux baissent jusqu'à la fin d'avril. 

Le fleuve, à cette époque de l'année, se compose 
d'une succession de bassins sans courant sensible, 
profonds de 2 à 6 mètres, et séparés les uns des 
autres par des bancs de sable ou de roches qui se 
croisent d'une rive à l'autre. Ces bancs ne laissent 
à la navigation qu'un passage étroit et sinueux où 
le courant reprend une vitesse qui varie de 2 à 6 
kilomètres à Theure, et atteint jusqu'à 7 ou 8 kilo- 
mètres, comme au barrage de Navadji, au-dessous 
du village de Bodé. Il fallut les efforts des volon- 
taires de la colonne expéditionnaire elle-même 
pour faire franchir ce rapide à la flottille. — Soit 
en montant, soit en descendant, le courant nuit à 
la marche d'un convoi ; lorsqu'on le refoule , il 
lance avec force les chalands contre le banc où ils 
s'échouent, ou contre la berge escarpée où ils 



DE 18S4 A i88S 293 

s'écrasent les flancs ; il s'oppose en outre à leur 
marche. En descendant, son inconvénient dange- 
reux est de porter sur un chaland échoué en tête 
du convoi tous ceux qui le suivent dans Tétroit 
canal, et de former sur ce point une agglomération 
où Tordre ne se remet qu'avec une peine extrême. 
Une attaqua de Tennemi dans un pareil moment 
jette parmi les travailleurs désarmés et surpris 
une confusion facile à comprendre. Il importe 
cependant moins de courir aux armes que de se 
tirer d'un passage dominé par des berges de 20 à 
30 pieds d'élévation. Par temps calme, à l'aviron, 
le convoi, dans les meilleures conditions, peut 
avancer de 3 à 4 kilomètres à l'heure ; dès que le 
vent est contraire, l'aviron devient impuissant sur 
de lourdes et imparfaites machines chargées de 
monde et de colis, il faut avoir recours à la cor- 
delle. On ne peut se traîner à la cordelle que 
lorsque les berges sont dégagées d'arbustes et que 
l'eau, à quelques mètres de la rive, est assez pro- 
fonde pour que le chaland passe facilement sur les 
troncs d'arbre dont le lit du fleuve est parsemé, 
autrement l'embarcation se défonce et cet accident 
oblige à la décharger, à la tirer à terre, et à re- 
tarder pour la réparer la marche de tout le convoi. 
Dès qu'un obstacle se présente sur une rive, il faut 
traverser le fleuve et reprendre la cordelle de 
l'autre côté. Dans certains endroits, la navigation 
n'a d'autres ressources que les perches de fond à 
l'aide desquelles on se pousse péniblement pen- 
dant plusieurs heures jusqu'au point où il redevient 



294 ANNALES SÉNÉGALAISES 

possible de débarquer. Pendant tous ces mouve- 
ments, il faut aussi défendre les deux rives contre 
les embuscades d'ennemis isolés qui ne se dé- 
couvrent que pour tirailler sans danger sur Tarrière- 
garde. • 

Le gouverneur parcourut, sans se presser, sans 
éprouver de résistance, et en détruisant sur son 
passage les centres de population dont on avait à 
se plaindre, les provinces du Lao et des Irlabés ; 
à peu près chaque soir, jusqu'à l'ancien champ de 
bataille deMbirboyan, le camp était dressé sur la 
rive du marigot, où s'opérait la jonction avec la 
flottille qui ravitaillait la colonne et recevait les 
malades et les hommes incapables de continuer la 
route à pied. 

De Mbirboyan à Matam, la colonne traversa les 
provinces des Ébiabé, des Bosséiabé, en un mot 
le Fouta central tout entier, en continuant à mar- 
quer son passage de manière à en imprimer pro- 
fondément le souvenir chez ses orgueilleux adver- 
saires dispersés devant elle. 

Pendant cette marche, quelques individus, se 
prétendant envoyés parles chefs, vinrent demander 
quelles seraient les conditions de la paix ? Le gou- 
verneur leur répondit : « Je n'exigerai ni concession 
de territoire, ni redevance permanente, ni contri- 
bution de guerre ; je veux tout simplement un 
traité sincère établissant de bonnes relations d'a- 
mitié, protégeant le commerce et garantissant à 
tous, Français ou indigènes, une sécurité loyale et 
complète. » Ces propositions modérées ne purent 



DE 1884 Â 188S 29S 

engager aucun personnage jouissant réellement de 
quelque autorité à se montrer lui-même pour en- 
trer en négociation. Un traité avec le Fouta no 
pouvait être considéré comme valable que signé, 
non par Falmamy seul, au nom de qui on se pré- 
sentait, mais par tous les chefs électeurs. 

Le corps expéditionnaire pénétra le 29 dans le 
Damgapar le village de Bokidiabé et, le 31 , il arriva 
à Matam, où il ne tarda pas à être rejoint par la 
petite colonne de M. le chef de bataillon de Pineau, 
commandant de Tarrondissement de Bakel, à qui 
ce rendez-vous avait été assigné par le gouver- 
neur. 

Le convoi de chalands ne put atteindre Matam 
que le 2 février, époque extrême convenue pour 
son arrivée, qu'avaient retardée quelques causes 
particulières. 

Le gouverneur avait jugé nécessaire, en se 
séparant pour plusieurs jours de la flottille à Mbir- 
boyan, d'augmenter son escorte de marins d'un 
peloton de 80 hommes d'infanterie de marine. 
L'événement justifia cette précaution. Il était 
naturel que l'ennemi, se dérobant devant la 
colonne, songeât à se reformer derrière elle pour 
essayer de combattre un adversaire beaucoup plus 
faible. 

La plus grande modération avait été recom- 
mandée au commandant de la flottille ; son devoir 
était d'arriver aune époque fixée, afin de renouveler 
les vivres et les munitions du corps expéditionnaire, 
sans permettre sur sa route aucun acte hostile 



296 ANNALES SÉNÉGALAISES 

propre à attirer des représailles, ol à retarder la 
marche des chalands. 

Malgré toute la prudence que lui imposaient les 
circonstances, il lui devenait impossible, le 28 jan- 
vier, de laisser impunies trois agressions succes- 
sives devant les villages bosséiabé de Thiaski, 
Ndiafan et Sentch-ou-Bou-Maka dépendant d'Oré- 
fondé; un capitaine de rivière venait d'être blessé 
sans provocation pendant la halte du dîner devant 
Thiaski; les marins de Tavant-garde avaient été 
accueillis à coups de fusil à l'approche de Ndiafan, 
et la flottille commençait à peine à atteindre le 
dernier village que Tarrière-garde était assaillie h 
son tour. 

Le commandant Vallon fit masser le convoi, et 
donna Tordre de débarquer et de riposter sur les 
deux rives; quittant leurs avirons avec joie, les 
laptots s'élancèrent sur leurs agresseurs qui furent 
bientôt repoussés dans laplaine, abandonnant sept 
morts sur le terrain ; le feu fut aussitôt mis à leurs 
villages. Cet acte produisît l'effet qui en était at- 
tendu, en prouvant que la flottille était en état de se 
défendre contre un ennemi nombreux, et les Tou- 
couleurs n'osèrent plus l'observer que de loin sans 
l'inquiéter sérieusement jusqu'à Matam. 

Le convoi marchand, retenu à Orénata, avait été 
ravitaillé chemin faisant, et deux chalands, trop 
lourds pour s'avancer au delà, avaient été laissés 
sous bonne garde à ce mouillage, choisi avec 
discernement par les laptots qui s'y défendaient 
avec succès depuis près de deux mois. 



DE 1854 A 1885 297 

M. de Pineau ayant annoncé au gouverneur 
qu'Al-Hadji n'avait pas quitté le Macina et ne 
manifestait plus Tintention de se diriger sur le 
Sénégal, il devenait inutile de pousser l'expédition 
au delà de Matam . 

Les troupes commençaient d'ailleurs à être 
fatiguées; le nombre des malades grossissait, et 
Ton était instruit que les Toucouleurs d'Abdoul- 
Boubakar, réunis aux Ouled-Eyba, tribu maure 
qui ne reconnaît aucune autorité, voulaient profiter 
de Taffaiblissement de nos soldats pour essayer de 
les combattre; ils se vantaient d'ailleurs d'avoir 
laissé au climat le soin de leur enlever la première 
ardeur pour en triompher plus facilement pendant 
le retour. 

Le gouverneur se décida à revenir sur ses pas en 
parcourant cette fois les villages des bords du 
fleuve; et le 4 février, après avoir renforcé la 
colonne de M. de Pineau, par suite, la garnison 
de Bakel, d'un peloton d'infanterie de marine, il 
prit la route de Gaoul, capitale du Damga. 

Plusieurs villages furent détruits le long du 
fleuve, mais l'ennemi ne voulait pas encore se 
montrer. 

Le 7, la colonne expéditionnaire venait de quitter 

Gaoul, et de s'engager dans un bois qui sépare ce 

village des plaines inondées pendant l'hivernage, 

quand, au point du jour, elle fut vivement attaquée 

sur les deux flancs et par derrière. L'ennemi, 

employant une tactique habile, avait, sans se 

découvrir, laissé passer la tête de la colonne; mais 

17. 



298 ANNALES SÉXÉGÂLATSES 

« 

rarrière-garde, où se trouvaient les volontaires 
indigènes et le troupeau, couverte seulement par 
le peloton d'infanterie de marine du lieutenant 
Masclary, fut bientôt enveloppée; il en résulta une 
mêlée confuse où Toucouleurs et auxiliaires ne 
parvenaient plus à se reconnaître au milieu des 
bonds et des mugissements de plusieurs centaines 
de bœufs. Les tirailleurs ayant repoussé l'attaque 
sur les flancs de la colonne, celle-ci se dégag-ea sans 
trop de difficultés, et gagna une plaine voisine d'où 
le bois fut balayé à coups de canon; le bataillon du 
4* régiment de marine, commandant de Barolet, 
fut ensuite lancé contre les Toucouleurs, qu'il 
chassa djevant lui en leur faisant éprouver des perles 
considérables ; il ramena du bois quelques traînards 
auxiliaires, chargés du butin de la campagne, qui 
n'avaient trouvé, dans le premier moment, d'autres 
ressources que de se disperser dans Tobscurité au 
milieu des ennemis. Le lieutenant Masclary et la 
poignée d'hommes qui l'environnaient au moment 
de Tattaque, avaient glorieusement payé de leur 
vie une héroïque résistance au milieu d'un cercle 
d'ennemis à travers lequel ils n'avaient pu se frayer 
un passage. 

Les Ouled-Eyba s'étaient montrés parmi les 
agresseurs. 

Après trois heures de combat, de poursuites, dans 
lesquelles la cavalerie s'empara de plusieurs prison- 
niers, ou d'attente sur le champ dfe bataille, assuré 
de la défaite de l'ennemi, le gouverneur se rendit 
au village de Rindiao (rive gauche), où la flottille 



DE 1884 A 1885 299 

qui n'avait pas été attaquée arriva quelques heures 
plus tard. 

Le lendemain, quelques centaines de Toucou- 
leurs se montrèrent dans la plaine ; le gouverneur, 
laissant le camp à la garde du commandant de la 
flottille, se porta au-devant d'eux et les poursuivit 
jusqu'à une grande distance où ils ne tardèrent pas à 
disparaître. A dater de ce jour Tennemî ne se montra 
plus que rarement au corps d'expédition principal 
et par groupes isolés, ou pour venir la nuit tirer 
quelques coups de fusil sur les grand'gardes, en 
essayant de provoquer la fuite du troupeau. 

La journée du 9 fut employée à détruire, en les 
traversant, les villages qu'avait déjà en partie 
incendiés la flottille dix jours auparavant, et le 
camp fut porté à Diourbiouol d'où la colonne, 
laissant le fleuve à droite^ devait marcher direc- 
tement sur l'ancien bivouac de Galaga. 

Le nombre de blessés et surtout de malades 
devenait embarassant pour la flottille dont il 
retardait les évolutions; il était également néces- 
saire de prévenir la colonie de l'époque précise du 
retour du corps expéditionnaire à Diaouara, où 
devaient l'attendre les avisos de la station locale ; 
ces motifs décidèrent le gouverneur à détacher en 
avant trois chalands armés plus légèrement et 
porteurs des blessés et des malades les plus aflaiblis. 

Le lieutenant de vaisseau Régnault, ayant sous 
ses ordres M. Lelarge, chirurgien de 3« classe de la 
frégate Ylphigénie^ fut choisi pour conduire ce 
convoi à Podor, en suivant le grand bras du^fleuve. 



300 ANNALES SÉNÉGALÂTSGS 

Jusqu'à Saldé, cel officier no rencontra pas d'obs- 
tacles à sa marche. Mais le 11 février, arrêté par 
le passage peu profond de Fondé-Éliman, il se vit 
assailli, près du village de Tioubalel, des deux rives 
du fleuve, par des forces considérables. 

L'ennemi qui se croyait assuré de sa capture, 
entrant dans le lit du fleuve, venait insulter le petit 
nombre des défenseurs du convoi, éloignés de tout 
secours, et l'eût facilement égorgé sansThésitation 
d'un chef plus prudent qui craignait pour ses 
villages voisins du fort de Saldé. Tout échange de 
coups de fusil dans un pareil moment, entraînait la 
perte des chalands, et le massacre de leur équipage ; 
il fallait essayer au contraire de gagner du temps et 
de prévenir le gouverneur; quelques laptots se 
dévouèrent pendant la nuit, et Tun d'eux fut assez 
heureux pour échapper à Tétroite surveillance de 
Tennemi, et apporter au camp de Gouy, devant 
Pété, la nouvelle de cette fâcheuse situation. 

Le lieutenant-colonel Faron fut aussitôt chargé 
de traverserTîle à Morphil, avec une colonne légère, 
et d'aller dégager M. Régnault. Cette ordre fut 
aussi promptement que rigoureusement exécuté le 
lendemain; quoique laissé libre de ne pas continuer 
sa route s'il la jugeait impraticable, doué d'une 
rare énergie, le lieutenant de vaisseau Régnault, 
ayant obtenu du colonel un renfort composé de 
quelques tirailleurs d'élite, poursuivit sa mission 
périlleuse, entre les berges du fleuve couronnées 
d'ennemis, desquels il n'avait plus cette fois rien à 
craindre; lesToucouleurs, l'accompagnant à coups 



DE i8S4 A 1885 301 

de fusil jusqu'au delà du village d'Alcibé, criblèrent 
de balles les chalands et les objets de tout genre 
dont leurs braves défenseurs, parmi lesquels 
plusieurs furent atteints, s'étaient fait un abri 
provisoire. 

Au retour du colonel Faron, la colonne se remit 
en marche et, après quelques alertes de nuit, tou- 
jours causées par le désir qu'avait l'ennemi de 
reprendre les troupeaux enlevés dans ses villages, 
elle atteignit, le 20 février, Diaouara où l'atten- 
daient ses moyens de transport. 

Le retour de la flottille ne fut pas aussi pai- 
sible. 

Le nombre des blessées et des malades qu'elle 
transportait s'était peu à peu élevé à cent quarante ; 
un tiers des marins de Vlphigé7iie, exténués de fa- 
ligue ou en proie aux fièvres, ne pouvait plus 
rendre aucun service; des étapes de 12 à 14 heures 
par jour, et quelquefois de plus de 30 kilomètres 
en comptant les sinuosités du fleuve, imposaient 
à cette faible escorte des marches extrêmement 
pénibles le long des berges sur lesquelles il n'existe 
aucun sentier, et en présence d'un ennemi toujours 
prêt à tirailler sur les retardataires. 

Le 17, à sept heures du matin, trois chalands 
d'arrière-garde s'échouèrent au passage d^Aram où 
l'eau avait baissé, depuis un mois, de 40 à 50 cen- 
timètres. L'ennemi en profita pour attaquer les 
travailleurs qui, sans armes, n'eurent d'autre res- 
source au premier coup de feu, que de plonger 
pour s'abriter derrière leurs chalands. C'était ces 



302 ANNALES SÉNÉGALAISES 

mêmes Poul et Toucouleurs, irrités de la perte 
de leurs troupeaux et de la destruction de leurs 
villages, qui avaient assailli, de l'autre côté de 
nie à Morphil , les chalands de M. Régnault, et 
dont les cris et les imprécations poursuivaient le 
convoi depuis son départ d'Aram, que la colonne 
venait d'incendier après y avoir passé la nuit. 

Le commandant de la flottille arrêta Tavant- 
garde qu^il ramena en arrière contre la berge à pic 
qui lui servit d'abri momentané, et fit sauter à terre 
tous Iles hommes armés, même les malades ca- 
pables de tenir un fusil; l'ennemi était assez nom- 
breux pour envelopper l'espace occupé par toute 
la flottille, mais il n'était heureusement maître que 
de la rive droite du fleuve. 

Cachés par un rideau peu épais de hautes herbes, 
les assaillants trahissaient cependant de l'indéci- 
sion par des cris de mutuel encouragement, et, sans 
oser avancer davantage tiraient précipitamment et 
au hasard du côté du fleuve. Ils se montraient à dé- 
couvert devant le groupe de chalands d'abord atta- 
qué et dégarni de défenseurs. 

L'escorte d'arrière-garde avait dû se replier 
promptement pour ne pas être enveloppée, et 
quelques moments furent nécessaires pour orga- 
niser la défense sur une ligne d'une étendue de 
500 à 600 mètres. Lorsque tout fut prêt, une dé- 
charge générale à travers les herbes, suivie de 
l'escalade du talus, jeta le désordre au milieu des 
ennemis, qui s'enfuirent en traînant après eux 
plusieurs blessés. Quelques coups d'un obusier 



DE 18S4 A 188o 303 

rayé, mis en batterie sur la berge, dispersèrent des 
groupes considérables qui, se croyant hors de 
portée, paraissaient se consulter pour une nouvelle 
attaque; répandus dans les bois, ils n'osèrent se 
remontrer que de loin en loin. 

La marche du convoi fut reprise très lentement, 
et, jusqu'au camp d'Aéré, tous les hommes valides 
tiraillèrent le long des fourrés ou devant les vil- 
lages d'où partaient des coups de fusil, mais que 
Tobligalion de rejoindre la colonne le soir même 
pour prendre des vivres empêcha de détruire. 

Le gouverneur^ ayant reconnu l'affaiblissement 
du personnel de la flottille et l'insuffisance de ses 
moyens de défense contre une nouvelle attaque, 
lui donna, en quittant Aéré, une escorte de deux 
pelotons d'infanterie, et sa navigation s'acheva, 
sans trop de difficultés jusqu'à Diaouara où le 
commandant, arrivant quelques heures après le 
gouverneur, trouva des ordres pour embarquer les 
dernières troupes sur les avisos laissés à sa dispo- 
sition, et pour ramener à Saint-Louis le reste des 
forces expéditionnaires, qui étaient toutes rentrées 
dans cette ville le 23 février, après quarante et un 
jours d'absence. 

Tous les corps appelés à faire partie de cette 
longue expédition avaient déployé, au plus haut 
degré, les qualités qui leur sont particulières; l'im- 
portant service des nombreux malades et des bles- 
sés, dirigé par MM. les chirurgiens de marine Bel 
et O'Neil, avait été conduit avec un dévouement 
qui sauva bien des existences. On comptait 20 tués 



304 ANNALES SÉNÉGALAISES 

devant Tennemi, dont un officier et 13 volontaires; 
55 blessés parmi lesquels 16 volontaires et 9 lap- 
tots; enfin 21 hommes étaient morts de fatigue 
ou de maladies diverses, et 46 entrèrent successi- 
vement à rhôpibal dans les premiers jours du 
retour à Saint-Louis. 

Les résultats politiques de cette campagne ne 
pouvaient pas se faire longtemps attendre. Les 
habitants du Toro comptèrent leurs pertes qui 
étaient énormes; ils pesèrent les avantages et les 
maux de la guerre, s'avouèrent entre eux leur 
impuissance, et reconnaissant la modération des 
exigences, auxquelles, après la victoire, on n'avait 
rien ajouté, demandèrent à traiter de la paix, pour 
sauver de la destruction les villages et les récoltes 
qu'on avait volontairement épargnés, afin de ne 
pas entièrement ruiner et affamer un pays français 
par annexion • 

Après plusieurs conférences préliminaires en- 
tamées par le capitaine Mailhetard, commandant 
de Podor et conduites plus tard par le lieutenant 
de vaisseau Régnault, devenu directeur des affaires 
indigènes, et délégué par le gouverneur, un traité 
fut conclu et signé à Moctar-Salam, un mois envi- 
ron après la rentrée à Saint-Louis des dernières 
forces de l'expédition du Fouta. 



DK 1854 A 1885 305 

CHAPITRE IX 

CONQUÊTE DU CAYOR 

Le général Faidherbe avait repris le gouverne- 
ment de la colonie en juillet 1863. 

En présence des pillages continuels de Lat-Dior 
dans le Cayor et des intrigues dangereuses par 
lesquelles il cherchait à violer nos traités, il était 
urgent d'apporter un remède radical à cette situa- 
tion. 

Le ministère de la marine était d'ailleurs disposé 
à entrer dans cette voie, car il avait accordé un 
crédit de 30,000 francs , en 1863 , destiné à la 
construction du poste de Thiès, et un autre de 
70,000 francs pour occuper trois autres points dans 
l'intérieur du Cayor. Le gouverneur pensa que, 
pour rétablir l'ordre, il fallait nommer et réinstal- 
ler un damel, quel qu'il fût, dans la partie centrale 
de cette province, et détacher du Cayor le Ndiam- 
bour, le Mbâouar, du côté de Saint-Louis, et le 
Sagnokhor, du côté de Corée, pour les ajouter à nos 
possessions; il pensa aussi que, pour soutenir et 
surveiller le damel dans le gouvernement du Cayor 
central, il importait d'établir un poste solide au 
cœur même de cette province, à Nguîguis, dans 
une contrée fertile. 

L'exécution de ces projets fut immédiatement 
entreprise. 

Le gouverneur, à la tête des troupes de la colonie, 



306 ANNALES SÉNÉGALAISES 

partît pour Nguiguis, où Ton voulait construire le 
poste fortifié qu'on devait, d'après les traités, 
établir d'abord à Ndande. Nguiguis avait été préféré 
à ce dernier point comme étant plus central. C'était 
d'ailleurs la résidence du damel Madiodio.. 

La colonne, composée des troupes de la garnison, 
se mît en route le 23 novembre, suivie d'un convoi 
considérable de vivres, et, quatre jours après, elle 
rejoignit le lieutenant-colonel Laprade, parti égale- 
ment de Gorée avec ses troupes; en même temps, 
des bâtiments venaient débarquer à Mboro, à moitié 
cbemin entre Saint-Louis et Gorée, des matériaux 
de construction. 

Ces divers mouvements et transports ne furent 
possibles que grâce à 300 ou 400 chameaux requis 
à Gandiole , moyennant paiement , car les mulets 
du train suffisaient à peine pour l'artillerie et 
l'ambulance. 

Le damel Lat-Dior. coupable de tant de viola- 
lions aux traités, n'attendit pas le gouverneur; 
quoiqu'ayant réuni toutes ses forces, il battit en 
retraite devant la colonne qui le suivit jusqu'à 
la frontière du Cayor , d'où il se réfugia dans le 
Baol. 

Une redoute avait été construite le jour même 
de l'arrivée de la colonne à Nguiguis, capitale du 
Cayor, où il y a des puits abondants. 

Revenu à Nguiguis et croyant que Lat-Dior 
renonçait au pouvoir qu'il avait usurpé par sa 
révolte de 1862,, le gouverneur reconnut, pour roi 
du Cayor, notre ancien allié Madiodio, et fit avec 
lui un traité qui nous abandonnait le Diambour, le 



DE 1854 A 188S 307 

Mbaoïiar, TAndalet leSagnokhor. (Voîrles traités, 
h la fin du volume.) 

Le général Faidherbe partit alors pour Saint- 
Louis, afin de pouvoir s'occuper des Maures chez 
lesquels il y avait une certaine agitation. Il laissait 
à M. le lieutenant-colonel Laprade, pour poursuivre 
Lat-Dior, une colonne composée comme il suit : 

100 hommes d'infanterie de marine, 100 de la 
compagnie disciplinaire^ 40 [de la compagnie indi- 
gène du génie, 250 tirailleuri^ sénégalais, 75 artil- 
leurs (train), 3S spahis, en tout 600 hommes. La 
colonne s'augmenta en outre de 100 volontaires de 
Gorée et de 150 Poul de Saint-Louis. 

Les armées de Madiodio et de Silmakha-Dieng 
comprenaient ensemble 500 cavaliers et 1,500 fan- 
tassins. 

Partie de Nguiguis le 7 décembre 1863, la colonne 
campa à Soguère, puis à Khaoulou où Lat-Dior se 
retira devant elle jusqu'à Ndary (Baol). Nos troupes 
arrivaient à ce dernier campement quelques heures 
après le départ de l'ennemi ; la poursuite fut vigou- 
reusement continuée, et vers dix heures du matin, 
nous atteignîmes Tarrière-garde des fuyards qui, 
se sentant serrée de trop près, se décida à combattre. 

Les volontaires, commandés par le sous-lieu- 
tenant Beccaria, occupaient la droite'; la compagnie 
disciplinaire et le bataillon de tirailleurs formaient 
le centre et étaient appuyés par un obusier. 

Ces dispositions prises, le capitaine Ringot, à la 
tête de trois pelotons de tirailleurs se portait en 
avant, soutenu par 500 cavaliers volontaires suivis 



308 ANNAXES SÉNÉGALAISES 

eux-mêmes de fantassins. En un instant Tennemi 
fut enveloppé, aussi éprouva-t-il des pertes sen- 
sibles. Nos volontaires n'avaient que six hommes 
tués et cinq blessés. 

L'ennemi s'enfuit alors dans toutes les directions ; 
Lat-Dior s'était retiré vers l'ouest^ une partie de 
son armée avait fui dans Test. Linguëre, sa 
mère, prise en croupe par un de ses cavaliers, se 
sauvait dans le sud. Quant à Samba-Maram-Khay, 
son allié, il l'abandonna et vint à Ndiouki et à 
Khaoulou où il fit sa soumission à Madiodio', devant 
toutes nos troupes. Après un court séjour à 
Khaoulou, la colonne ne pouvant poursuivre plus 
longtemps un ennemi dispersé qui se retirait sans 
cesse devant elle, rentra à Nguiguis le 14 au matin. 
Le poste était achevé et bien approvisionné. 

Le lieutenant-colonel Laprade rentra donc à 
Gorée; à Taïba, sur sa route, il trouvait tous les 
chefs du Sagnokhor qui venaient confirmer leur 
acceptation aux conditions du traité qui les plaçait 
sous l'autorité française : paiement de l'impôt per- 
sonnel, promesse de se défendre mutuellement 
contre les pillards et de joindre leurs forces à celles 
de la colonie contre ses ennemis. 

Du reste, cette province avait déjà donné une 
preuve de ses bonnes dispositions en nous envoyant 
quelques jours avant 800 hommes pour le transport 
de Mboro à Nguiguis (8 lieues) des bois nécessaires 
à la construction du poste. 

On laissa alors une garnison suffisante à Nguiguis 
pour protéger au besoin les travailleurs^ et les 



DE 1854 A 1885 309 

troupes étaient toutes rentrées dans leurs garnisons 
respectives le 20 décembre. 

Contre notre attente, Lat-Dior rentra aussitôt 
à la tête de ses forces dans le Guet, province extrême 
du Cayor, vers Test, et le 24, il était à Ndiagne, 
venant chercher à Coki, grand village de la province 
du Ndiambour, un appui h sa cause, comme il Tavait 
trouvé dans sa révolte de 1 862 ; mais cette province 
qui avait sollicité son annexion complète à la colo- 
nie, lui refusa son concours , et le gouverneur 
envoya à Coki, pour Tappuyer dans sa résistance, 
une petite colonne commandée par le capitaine 
d'infanterie de marine Flize. 

Lat-Dior s'éloigna aussitôt du Ndiambour, mais 
il se dirigea vers Nguiguis, annonçant qu'il allait 
y attaquer son rival Madiodio. La colonne de Gorée 
recul l'ordre de rentrer immédiatement dans le 
Cayor, sous les ordres du lieutenant-colonel 
Laprade, et le chef de bataillon d'infanterie de 
marine de Barolet partit aussi avec des troupes de 
Saint-Louis. De son côté, le capitaine Flize marcha 
également sur Nguiguis avec sa colonne. 

Pendant ce temps, le capitaine du génie Lorans, 
chargé de la direction des travaux à Nguiguis et 
commandant la garnison, persuadé par Madiodio 
et Samba-Maram-Khay que, s'il les appuyait avec 
une partie de sa garnison, ils seraient assez forts 
pourbattreTennemi commun, sortîtle 29 décembre, 
dans la nuit, avec une compagnie de tirailleurs, un 
obusier et 8 canonniers, vingt-cinq spahis, vingt 
ouvriers du génie, et suivi dos forces de Madiodio, 



310 ANNALES SÉNÉGALAISES 

il alla attaquer Lat-Dior à Ngolgol, à trois lieues 
de distance. La rencontre eut lieu à la pointe du 
jour. 

L'ennemi se trouva plus nombreux qu'on ne le 
croyait. L'armée alliée, composée de gens peu 
aguerris, fit une molle résistance en perdant du 
terrain, de sorte que la petite troupe du capitaine 
Lorans eut tous les hommes à pied de l'ennemi sur 
les bras, en même temps qu'une nombreuse cava- 
lerie, débordant les deux ailes, l'entourait complè- 
tement. 

Tout le monde comprit qu'il n'y avait plus qu'à 
mourir dignement. Le capitaine Lorans et le capi- 
taine des tirailleurs Chevrel démontés tous deux, 
et ce dernier blessé, assistèrent stoïquement, 
jusqu'à ce qu'ils fussent tués eux-mêmes, à la 
destruction de leurs hommes, tirailleurs et ouvriers, 
qui combattaient jusqu'au dernier soupir. Les sept 
canonniers et l'adjudant Guichard se firent hacher 
sur leur pièce. Le peloton de spahis, perdu au 
milieu d'une affreuse bagarre où il ne reconnaissait 
plus ni amis ni ennemis, dégagea notre damel 
Madiodio, et tout en perdant son chef, le sous-lieu- 
tenant Duport de Saint- Victor et quatre spahis, il 
parvint à atteindre Nguiguis, ramenant le damel et 
huit spahis blessés. Les vainqueurs poursuivirent 
les fuyards jusqu'à la redoute d'où ils se firent 
repousser en faisant des pertes sensibles. (30 dé- 
cembre 1863.) 

En somme, de 140 hommes environ dont se com- 
posait la colonne, il ne revint que 20 spahis dont 



DE 1854 A 1885 311 

8 blessés, 2 officiers, 1 docteur et 6 tirailleurs dont 
3 blessés ; nos alliés perdirent en outre beaucoup 
de monde. 

Après ce désastre, où Thonneur de nos armes 
était seul resté sauf, Lat-Dior, sachant que trois 
colonnes convergeaient vers lui, se retira de nou- 
veau sur la frontière du Baol. 

Immédiatement Tordre fut envoyé aux troupes 
de faire leur jonction à Nguiguis, sous le comman- 
dement du lieutenant-colonel du génie Laprade, 
et de se mettre à poursuivre Lat-Dior à outrance, 
même dans le Baol. 

On se porta donc à la frontière, mais Lat-Dior, 

faisant un détour, nous évita, rentra de nouveau 

dans le Cayor, et se porta à Ngol, dans le Guet, 

canton où il est né et sur lequel il savait [pouvoir 

.compter. 

Le lieutenant-colonel Laprade passa quatre jours 
à punir les villages où il trouva les dépouilles 
de nos soldats , et à intimider le roi du Baol 
pour qu'il ne permît plus à nos ennemis de se 
réfugier chez lui, d'y laisser leurs biens et leurs 
familles pour venir commettre des agressions dans 
le Cayor. 

C'est dans ce but que la colonne, au lieu de se 
porter directement sur Lat-Dior, se dirigea d'abord 
vers le Baol. Cette pointe eut pour résultat d'inti- 
mider les chofs de ce pays et de les détacher com- 
plètement de la cause de Lat-Dior, ce qui évita de 
porter la guerre dans cette région qui fournit des 
éléments considérables à notre commerce. 



3 i 2 A^ > ALES SÉNÉGALAISES 

Le 9 janvier 186&, on se remit en marche direc- 
tement sur Lat-Dior. 

Partie de Kbaoulou le 9 au soir, la colonne arri- 
vait le 10 à Ng^aye, le 11 à Mbasine. 

Là on apprit que Tennemi n était qu*à une lieue 
de nous et bien disposé à nous attendre. Dans ces 
conditions, et afin de pouvoir tirer le meilleur parti 
possible de Taffaire qui devait avoir lieu, le lieute- 
nant-colonel Laprade fit bivouaquer les troupes 
jusqu'au lendemain. On évitait ainsi d'arriver 
devant l'ennemi à une heure trop avancée de la 
journée avec des troupes fatiguées et sans eau, ce 
qui aurait eu lieu si on avait continué le jour 
même. 

Le 12 janvier au matin, la colonne se mit en 
marche dans Tordre suivant : 

Quelques éclaireurs de la cavalerie de Silmakha- 
Dieng ; 

Un peloton de 50 laplots déployés en tirail- 
leurs ; 

25 ouvriers indigènes du génie ; 

200 hommes d'infanterie de marine, sous les 
ordres du commandant de Barolet ; 

2 obusiers sur les flancs et 50 hommes d'artil- 
lerie, capitaine Laberge ; 

100 hommes de la compagnie disciplinaire, ca- 
pitaine Bolot ; 

Le convoi et l'ambulance, 2 obusiers; 

250 hommes da bataillon des tirailleurs sénéga- 
lais, capitaine Ringot ;. 

80 spahis, capitaine Baussin; 



DE 1854 A 1885 * 313 

La cavalerie du Djolof et les volontaires à 
pied. 

Nous trouvâmes, en approchant de Loro, Tar- 
mée ennemie en bataille sur un mamelon et nous 
attendant. Nous comptions un millier d'hommes 
de troupes régulières et 3,000 volontaires. L'en- 
nemi avait beaucoup plus de cavalerie que nous. 

Nous arrivâmes en présence de ses positions à 
7 heures du matin. Le choix de ces positions était 
judicieusement fait, il n'aurait pas été désavoué 
par un militaire expérimenté. 

Les fantassins étaient à couvert derrière une 
haie d'euphorbes qui couronnait les bords les plus 
avancés d'un plateau au centre duquel se tenait 
Lat-Dior avec une forte réserve, de telle sorte que 
le vallon que nous avions à franchir était admira- 
blement battu par la mousqueterie de l'ennemi ; 
sur les ailes de cette position se tenait une nom- 
breuse cavalerie. 

Avant d'engager sérieusement les troupes, M. le 
lieutenant-colonel Laprado voulut tirer parti de la 
grande portée de nos armes. En conséquence, il 
arrêta la colonne à 400 mètres environ de l'en- 
nemi, fit replier les éclaireurs, les tirailleurs et la 
section du génie, et commença le feu par l'artil- 
lerie appuyée de trois pelotons d'infanterie dé- 
ployés. 

L'ennemi ripostait, mais sans nous atteindre. 
Bientôt sa cavalerie s'ébranla et menaça nos flancs 
et nos derrières, mais de ces côtés elle fut conte- 
nue par le feu de la compagnie disciplinaire et par 

18 



314 ANNALES SÉNÉGALAISES 

celui des deux obusicrs placés à la gauche de la 

colonne. 

■ 

Lorsque rennemi parut suffisamment ébranlé 
par notre feu^ les clairons sonnèrent la charge et 
la colonne s'avança dans Tordre le plus imposant 
jusqu'à deux cents mètres des positions de Fen- 
nemi. Alors les trois pelotons d'infanterie de ma- 
rine, qui marchaient déployés en tête, prirent le 
pas de course, sous les ordres du chef de bataillon 
d'infanterie de marine de Barolet, et enfoncèrent 
le centre de Tarmée de Lat-Dior aux cris de Vive 
r Empereur ! 

Le capitaine Baussîn, commandant Fescadron 
de spahis, reçut l'ordre de charger à fond par la 
trouée qu'avait pratiquée l'infanterie ; à sa suite 
s'élancèrent avec un élan indicible nos 3,000 auxi- 
liaires." 

L'ennemi terrifié fuyait dans toutes les direc- 
tions ; son infanterie fut écrasée, et sa cavalerie 
ne dut son salut qu*à la rapidité de ses chevaux. 

La poursuite fut poussée jusqu'à quatre lieues 
du champ de bataille. L'horizon était embrasé par 
l'incendie de tous les villages de la contrée. A trois 
heures du soir, nos auxiliaires rentraient encore 
au camp chargés de butin. 

A la suite de ce combat, où l'ennemi laissa plus 
de 500 cadavres sur le terrain, Lat-Dior s'enfuit 
avec ses cavaliers vers le sud. La colonne en ren- 
trant à Nguiguis, ne trouva sur sa route que des 
villages abandonnés, et les volontaires, répandus 
à plusieurs lieues à la rOnde> parcoururent en 



DE 1884 A 1885 315 

maîtres celle contrée quî, quelques jours aupara- 
vant, était le foyer d'un vaste complot formé contre 
rinfluence française. 

Nos pertes, comparées à celles de Tennemi, 
furent insignifiantes, elles se réduisirent à 3 vo- 
lontaires tués. Le capitaine d'infanterie Deche- 
verry, 23 soldats et 26 volontaires furent blessés, 
presque tous légèrement. 

Après le brillant fait d'armes du 12 janvier, il 
restait à la colonne expéditionnaire im dernier et 
pieux devoir à remplir. Le lieutenant-colonel 
Laprade là conduisit sur le champ de bataille du 
29 décembre, pour rendre les derniers honneurs 
aux victimes de cette triste journée. Cette céré- 
monie touchante eut lieu le 15 janvier, à 5 heures 
du soir, au bruit du canon. 

Immédiatement après notre victoire dii 12 jan- 
vier à Loro, le 13, au matin, Lat-Dior, suivi de ses 
cavaliers, était déjà sorti du Cayor, et rentré dans 
le Baol ; il ne tarda pas à pénétrer dans la partie 
sud-est de ce pays. Le roi du Baol, fidèle à la pro- 
messe qu'il nous avait faite, après quelques jours 
de pourparlers, chassa, le 20 janvier, les réfugiés 
de Ten-ou-Mekhey, vers le Sine. Penda-Tioro, 
puissant chef du Baol, dont l'autorité balance celle 
du roi, s'était mis avec lui dans cette circonstance. 
Lat-Dior fut encore abanbonné de quelques-uns 
de ses partisans, et Madiodio, établi près de Ngui- 
guis, reçut un assez grand nombre d'adhésions. 

Le 25, Lat-Dior, réfugié à Ngagniam, sur la 
frontière, entre le Baol et le Sine, n'avait plus avec 



346 ANNALES SÉNÉ64LAISES 

lui qu'un polît nombre d'hommes, el éprouvait un 
refus de la part du roi de Sine à qui il demandait 
un refuge dans ses États. 

Les jours suivants, Tègne et Penda-Tioro, crai- 
gnant notre mécontentement, firent de nouveaux 
efforts pour chasser complètement les réfugiés du 
territoire du Baol. 

Lat-Dior, ses gens et leurs familles, aux abois, 
mourant de faim, sans abri, revinrent à Tchiroun- 
guènc, point extrême du Cayor, vers le sud-est, et 
pressés par le besoin, ses cavaliers, commandés 
par Maïssa-Mbay, tentèrent quelques razzias dans 
le pays. On s'empressa d'envoyer une petite co- 
lonne d'observation, et le 8 février, le capitaine 
Ringot, qui la commandait, arrivait à Nguiguis. 
Lat-Dior était toujours à Tchirounguène, qu'on 
appelle dans le pays la porte du Bac»!. La colonne 
.du capitaine Ringot se porta droit sur lui et arriva 
le 12 février à Keur-Mandoumbé. Les uns disaient 
que Lat-Dior viendrait se rendre, d'autres, qu'il se 
ferait luer avec ses fidèles. Il ne fit rien de tout 
cela, il se sauva, comme toujours, mais cette fois, 
les derniers chefs du Ndiambour et du Cayor qui 
l'avaient accompagné jusque-là l'abandonnèrent, 
emportant les dioundioung ou tamtams de gueiTe, 
signe de Tautorllé du Damel, et vinrent faire à Ma- 
diodio leur soumission définitive. Lat-Dior, avec 
une trentaine de cavaliers, se réfugia du côté de 
Mbaké ; nos alliés les poursuivirent jusqu'à la fron- 
tière du Saloum. La colonne considérant les affaires 
comme terminées, revint à Nguiguis, le 19, et le 



DE 1854 A 1885 3i7 

23 elle arriva à Saiat-Louîs. L'élat sanitaire ne 
laissait rien à désirer. 

Ce qu'il y a de remarquable dans cette dernière 
expédition, c'est que sur notre simple appel 6,000 
volontaires , armés de fusils , se sont joints à 
notre petit noyau do troupes. Jamais auparavant 
plus de 2,000 volontaires n'avaient marché avec 
nous. 

Lat-Dior, avec une trentaine de cavaliers, se 
réfugia du côté de Mbaké, il traversa le Baol sans 
y trouver d'appui et se rallia, sur les rives de la 
Gambie, à Maba qui venait de s'emparer de quel- 
ques provinces riveraines. Nous avions donc, à 
cette époque, réalisé nos projets et mis le Cayor à 
l'abri de ces brigandages incessants dont souf- 
fraient nos comptoirs. 

Un commissaire du gouvernement près le damel 
était nommé à Nguiguis, et le Cayor entrait dans 
une ère de paix qui allait lui permettre de réparer 
les dégâts commis par les bandes de tiédo , et de 
reprendre les cultures ravagées presque entière- 
ment par les sauterelles pendant deux années con- 
sécutives. 

Mais Madiodio , désormais protégé conire ses 
ennemis extérieurs, ne tarda pas à se livrer de 
nouveau à tous les vices qui caractérisent le tiédo. 
Retombé dans ses anciennes erreurs , malgré la 
présence de notre représentant, il était redevenu 
incapable de faire respecter notre autorité. Le 
gouvernement résolut alors de le révoquer défini- 
tivement. L'ancien poste de Potou devint une 

18. 



318 ANNALES SÉNÉGALAISES 

habitation pour lui et sa famille , et une pension 
viagère de six mille francs lui fut servie par la 
colonie. 

En même temps que le damel était révoqué, on . 
évacuait le poste de Nguiguis et nous nommions 
directement les chefs dans tout le Cayor divisé en 
cantons. 

Bientôt après, le commandant supérieur de 
Gorée parcourut tout ce pays, investissant du 
manteau vert les chefs de notre choix, chargés 
désormais , sous l'autorité du gouverneur , de 
commander les cantons dont les limites sont dé- 
terminées. 

L'administration de la colonie, secondée par le 
commerce, facilitait encore la régénération de cette 
province en faisant aux habitants pressés par la 
famine de larges avances pour leurs semailles. 

Cet acte de bienveillance fut d'un excellent effet 
sur Tesprit des habitants ; il leur prouvait que si 
nous savions protéger leurs travaux contre les 
pillages des tiédo, nous pouvions aussi réparer 
les ravages bien plus terribles encore d'un insaisis- 
sable ennemi : le fléau des sauterelles. 



CHAPITRE X 



EXPÉDITION DES BOSSÉYABÉ 



Dans les derniers jours de juin 1864, huit cha- 
lands du commerce s'étaient volontairement 



DE 1854 A 1885 319 

échoués, pleins de mil et de marchandises, en face 
du village de Daoualel, à plus de cent trente lieues 
de Saint-Louis et à six lieues au-dessus de Saldé. 
Un chef maure, Ould-Eyba, allié des Toucou- 
leurs bosséyabé, chez lesquels il est très influent, 
vint sur la rive gauche, à la tête de 200 à 300 bri- 
gands , attaquer les embarcations qui, n'ayant 
qu'un petit nombre de fusils, purent néanmoins 
résister plusieurs heures. 

Les chalands ayant consommé toutes leurs mu- 
nitions, deux de leurs hommes ayant été tués, 
plusieurs blessés et quatre patrons ayant eu la sot- 
tise d'aller se livrer eux-mêmes au chef de la 
bande de voleurs, le reste des équipages dut se 
sauver abandonnant tout, et mettant le feu à deux 
chalands. 

Les gens de Daoualel, qui vendaient leur mil à 
nos traitants, étaient évidemment d'accord avec 
Ould-Eyba, comme tous les Toucouleurs de ces 
environs, et laissèrent voler et tuer nos gens sur 
leur terrain sans rien faire pour s'y opposer. 

Aussitôt après l'affaire, Ould-Eyba partagea le 
butin, se rendit chez son ami Abdoul-Boubakar, 
chef des Bosséyabé, puis il alla se retirer dans son 
camp, qui était confondu avec le village bosséyabé 
de Kaédi (rive droite). 

Certes, c'était une grande imprudence de la 
part des traitants d'aller aux basses eaux se mettre, 
eux et leurs marchandises, àla merci de populations 
chez lesquelles le brigandage marchait encore tête 
levée et où l'autorité n'existait pas ou n'était 



320 ANNALES SÉNÉGALAISES 

puissante que pour le mal ; et cela sans même être 
assez nombreux et assez bien armés pour se 
défendre. 

Néanmoins, il était nécessaire de réprimer par 
une punition sévère un brigandage commis ainsi 
en pleine paix et sans la moindre provocation. De 
plus, ces mêmes Bosséyabé avaient tiré au mois 
de mars des coups de fusil sur une embarcation de 
rÉtat, montée par un officier de marine, qui faisait 
le nivellement du fleuve et avaient ainsi empêché 
cette importante opération. 

Aussi, le 15 juillet, la flottille, sous les ordres de 
M. Aube, capitaine de frégate, partait de Saint- 
Louis, portant une colonne de 806 hommes com- 
mandés par le colonnel Despallières, pour tirer 
vengeance de ces méfaits. 

Cette colonne était composée comme suit : 

200 hommes d'infanterie de marine, commandés 
par M. le capitaine Bouët; 

300 tirailleurs sénégalais, commandés par le 
lieutenant-colonel de Barolet; 

iOO artilleurs, commandant M. Alexandre; 
30 hommes du génie , commandant M. Ma- 
ritz ; 

130 hommes des compagnies de débarquement, 
commandés par le lieutenant de vaisseau Nègre. 

Le 18, à 11 heures du soir, le capitaine Bouêt 
débarquait près de Daoualel avec 200 hommes, 
surprenait les habitants, en tuait 40 à la baïonnette 
et brûlait le village. Le 19, à 5 heures du matin, 
le reste de la colonne, sous les ordres du colonel 



DE 18Si A 1885 321 

Despalîères, enveloppait Timmense village de 
Kàédi (rive droite). 

S'étant aperçu de notre approche, la population 
prit la fuite sans essayer de se défendre, Ould- 
Eyba en tête avec ses maures. La flottille lui envoya 
des paquets de mitraille ; 200 tentes de maures et 
2,000 cases de Toucouleurs furent livrées aux 
flammes avec tout ce qu'elles contenaient, appro- 
visionnements , ustensiles et marchandises , les 
habitants n'ayant rien pu sauver. Beaucoup de 
femmes, d'enfants et de vieillards furent pris et 
relâchés. 

Dans la même journée et le lendemain, tous les 
villages bosséyabé des bords du fleuve furent aussi 
brûlés avec lout.ce qu'ils contenaient, principale- 
ment ceux de. la rive droite. On tua ce jour-là une 
quarantaine d'hommes aux. Bosséyabé. 

Les populations demandèrent grâce et la paix au 
moment où la flottille quittait les lieux pour revenir 
à Saifit-Louis. On leur indiqua les conditions aux- 
quelles elles obtiendraient cette paix. 

Le 24, la colonne était rentrée à Saint-Louis, 
Tétat sanitaire était satisfaisant. 

La tribu orgueilleuse et fanatique des Bosséyabé 
est l'âme de ce Fouta qui, depuis un siècle, dévaste 
tojuie rAfpique occidentale par ses guerres saintes ; 
c'est elle qui était toute-puissante dans le Fouta 
avant son démembrement, et c'était à son profit 
que se prélevait, il y a douze ans encore, à Saldé, 
des droits énormes de passage sur nos bâtiments 
du commerce, jusqu'à 1,500 francs par navire. 



324 ANNALES SÉNÉGALAISES 

passe nord, dite de Diogué^ reconnue et balisée 
récemment par cet officier. 

A 5 heures, nous mouillâmes à Cachewane, le 
colonel Laprade ordonna immédiatement le débar- 
quement) qui s'exécuta sans coup férir. 

Le 3, à 4 heures du matin^ la colonne se mit en 
marche dans l'ordre suivant : 

La section du génie, lieutenant Sancery ; 

150 hommes d'infanterie de marine, comman- 
dant Ringot ; 

50 disciplinaires, lieutenant de Villeneuve ; 
2 obusiers de montagne et 50 artilleurs, capi- 
taine Martinie ; 

50 laptots^ lieutenant de vaisseau Clément ; 

200 tirailleurs sénégalais, capitaine Bargone. 

Après une marche de 8 kilomètres, nous arri- 
vâmes en vue de Guimbering. L'un des chefs de ce 
village, William, qui a toujours manifesté les 
meilleures dispositions pour nous, vint se rallier 
avec ses sujets, et nous annoncer que le reste de 
la population nous attendait en armes. 

L'avant-garde ne tarda pas en eflet à signaler 
Tennemi. Il avait pris position en dehors du village 
du côté nord, sur une ligne de monticules, parallèle 
au bord àe la mer, à une distance d'un kilomètre 
environ, sa droite appuyée à des dunes élevées qui 
bordent le village, sa gauche à des marais qui nous 
étaient cachés par un petit bois. Le colonel Laprade 
prit les dispositions suivantes pour le combat : la 
colonne fut déployée à 400 mètres de Tcnnemi; 
à droite l'infanterie de marine et les disciplinaires, 



DE 18S4 A 1885 325 

à gauche le bataillon de tirailleurs, au centre les 
deux obusiers en arrière desquels furent placés la 
section du génie, les laptots et une section de 
30 artilleurs. 

L'artillerie ouvrit le feu, et quelques coups bien 
pointés portèrent la confusion dans les groupes 
ennemis. Le colonel Laprade ordonna au capitaine 
Bargone de lancer trois pelotons sur les hauteurs 
où l'ennemi appuyait sa droite, et au commandant 
Ringot de profiter du bois qui nous séparait de sa 
gauche pour la faire tourner par trois pelotons 
d'infanterie de marine. 

Lorsque ces deux mouvements parurent assez 
prononcés, l'artillerie cessa son feu, les laptots et 
la section du génie furent lancés sur le centre de la 
position. 

Ces diverses attaques faites avec ensemble' et au 
pas de course décidèrent la fuite de l'ennemi qui, 
s'il eût tenu ferme, aurait été précipité dans la mer. 
Le mouvement tournant, qui avait été ordonné sur 
sa droite, conduit avec beaucoup d'intelligence par 
M. le capitaine Bouët, fut malheureusement un peu 
retardé par le marais de plus d'un mètre de profon- 
deur que nos soldats eurent à traverser. Il eut 
cependant pour effet d'atteindre la queue des fuyards 
qui laissèrent quelques cadavres sur cette partie du 
champ de bataille. A huit heures du matin, l'ennemi 
avait disparu, et nous étions maîtres du plus beau 
et du plus riche village de la basse Casamance; 
nous n'avions qu'un seul soldat d'infanterie de 
blessé. 

19 



326 ANNALES SÉNÉGALAISES 

Noas pouvions infliger un châtiment plus sévère 
aux habitants de Guimbering', en détruisant les 
vastes greniers de riz qu'ils possédaient, mais le 
commandant de la colonne ne crut pas utile d'avoir 
recours à cette mesure extrême, il se contenta de 
retenir une douzaine de prisonniers jusqu'au 
paiement parfait d'une amende de 30 tonneaux de 
riz net, représentant une valeur de 10,000 francs 
environ. Une partie de l'amende était déjà payée 
le 6 février, jour où les troupes rentrèrent à bord 
des bâtiments. 

Le reste de Tamende ne tarda pas à être payé 
peu de jours après. 



CHAPITRE XII 



GEURRE CONTRE MABA. 



Comme El Hadj Omar et tous les prêcheurs de 
guerre sainte, Maba était originaire du Fouta. 
Comme eux encore, par des pratiques religieuses 
faites avec ostentation, par des prédications vio- 
lentes il avait su réunir autour de lui une petite 
armée de fanatiques, avec laquelle, en 1861, il 
s'empara du Rip, province de Saloum, sur les 
rives de la Gambie. 

Il s'était allié avec Macodou, ancien damel du 
Cayor chassé par nous, qui cherchait à conquérir 
le Saloum sur son fils Samba-Laobé. .Celui-ci vint 



? 



DE 1854 A 1885 327 

se réfugier auprès du poste de Kaolakh, défendu 
par douze soldats d'infanterie de marine comman- 
dés par le sergent Burg, 

Maba et Macodou, avec des forces considérables, 
attaquèrent le poste le 3 octobre 1862. La petite 
garnison résista héroïquement pendant vingt-quatre 
heures à tous les assauts. L'ennemi repoussé fit 
des pertes considérables; il laissa plus de trois 
cents cadavres sur le terrain. 

Macodou étant mort en 1863, Maba poursuivit 
seul la lutte contre le roi Samba-Laobé, qui mou- 
rut à son tour en 1864. Maba devint ainsi le véri- 
table maître du Saloum et à la fin de 1864, il con- 
sentit à signer un traité dans lequel^ reconnu 
comme almamy du Badibou et du Saloum par le 
gouvernement français et les rois du Cayor, du 
Baol, du Djolof et du Sine, il s'engagea à respec- 
ter les territoires de ses voisins et à accepter, ainsi 
que les autres parties contractantes, la médiation 
de la France pour les difficultés qui pourraient 
s'élever entre eux. (Voir les traités à la fin du 
volume.) 

Malgré ces engagements qu'il n'avait pris, ainsi 
que les événements l'ont prouvé depuis, que pour 
gagner du temps, Maba, dont les projets sur le 
Cayor et sur le Djolof étaient déjà formés, ne 
tarda pas à en préparer l'exécution en détruisant 
le pays de Mbaké, province orientale du Baol qui 
se trouve sur la route entre leRip et le Djolof. Les 
habitants furent dispe'rsés ou emmenés dans le Rip 
et c'est ce qui permit plus tard à Maba de tomber 



328 AMNÂLES SÉNÉGALAISES 

à rimproviste et sans qu'oa put ea être averti, sur 
le Djolof. 

A part ce pillage de Mbaké, dont Maba s'em- 
pressa de décliner la responsabilité, tout alla bien 
jusqu'à la fin du mois de juin 186S ; à cette époque, 
cédant aux sollicitations de son entourage, prin- 
cipalement à celles deLat-Dior, ex-damel du Cayor, 
il envahit tout à coup le Djolof et le détruisit 
presque complètement; de là il menaçait le Cayor 
et surtout le Diambour, où ses bandes s'étaient 
déjà montrées, lorsqu'il fut arrêté dans ses [pro- 
jets par les mesures que prit immédiatement le 
gouverneur. 

Dès que la nouvelle de son entrée dans le Djolof 
fut connue à Saint-Louis, une colonne légère, com- 
posée du bataillon de tirailleurs, de l'escadron de 
spahis, et de quatre pièces de montagne, sous les 
ordres du capitaine Flize, fut dirigée sur Coki, 
viUage frontière de nos possessions du Cayor du 
côté du Djolof. Le poste de Mérinaghen, qui était 
évacué depuis 11 mois environ, fut réoccupé, enfin 
une redoute en terre fut construite à Coki pour 
servir de réduit aux gens de ce village et leur per- 
mettre d'attendre des renforts s'ils étaient attaqués. 
Ces différentes mesures eurent pour effet d'arrêter 
momentanément les tentatives de Maba sur le Cayor. 
Mais il profita de son séjour dans ce pays pour 
chercher à nouer des intrigues avec le Fouta et 
les Maures Trarza , intrigues qui ne tendaient à 
rien moins qu'à entraîner dans un mouvement 
général d'hostilité contre nous le Fouta et les Mau- 



DE 1854 A 1885 329 

res Trarza. En présence | d'un pareil danger il 
n'était plus possible de conserver de doute sur la 
nécessité d'agir vigoureusement contre Maba; 
mais nous étions alors en plein hivernage et Ton 
dut se borner à défendre les pays placés sous 
notre protection. Cela était d'autant plus impor- 
tant que ces pays, le Cayor surtout, grâce aux se- 
cours de lacolonie, avaient donné un grand dévelop- 
pement à leurs cultures et qu'ils promettaient de 
se relever, dès cette année, de l'état de misère où 
ils étaient tombés. 

On prit en conséquence les dispositions suivantes: 
A la réoccupation du poste de Mérinaghen qui 
avait déjà eu lieu, ainsi que nous venons de le dire, 
et à l'établissement d'une redoute en terre à Coki, 
on ajouta l'établissement d'un blockhaus et d'une 
enceinte palissadée au village de Niomré, situé dans 
lapartie centrale laplus richeet la plus populeuse du 
Diambour. On fit occuper le poste de Nguiguis par 
une forte garnison. Grâce à ces précautions et à 
des sorties fréquentes de lagarnisonde Saint-Louis, 
l'hivernage se passa sans que l'ennemi put rien 
effectuer de sérieux contre nos alliés, qui firent 
ainsi leur récolte sans encombre. 

Maba, pendant ce temps, voyant qu'il n'y avait 
rien à faire contre le Cayor, était retourné dans le 
Rip, où il organisait une attaque plus sérieuse et 
mieux combinée contre le Cayor. Le moment était 
venu d'entrer sérieusement en campagne, aussi 
dès le 28 octobre les ordres étaient donnés et toutes 
les troupes se mettaient en marche pour leur con- 



330 ANNALES SÉNÉGALAISES 

cenlration sur Dakar d'abord, puis sur Kaolakh, 
point qui avait été choisi par le gouverneur pour 
servir de base à nos opérations contre le Rip. La 
colonne était ainsi composée : 

M. le colonel du génie Pinet-Laprade, gouver- 
neur, commandant en chef. 

MM. Brunetiëre, capitaine de spahis, chef d'état- 
major. 
Brossard de Corbigny, enseigne de vaisseau, 

officier d'ordonnance. 
Si el hadj Bou-el-Moghdad, interprète du 
gouverneur. 

Affaires politiques et commandements des 
contingents indigènes : 

MM. Flize, chef de bataillon, commandant de Gé- 
rée. 

Reybaud, lieutenant à Tinfanterie de marine. 

Dagon de la Contrie, sous-lieutenant au 
bataillon de tirailleurs sénégalais. 

Léon Diop, chef du cercle de Nder. 

Tiécoro et Sam