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Full text of "Antiquités de la région andine de la République Argentine et du désert dAtacama"

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MISSION SCIENTIFIQUE 
G. DE CRÉQUI MONTFORT ET E. SÉNÉCHAL DE LA. GRANGE 

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ANTIQUITÉS 



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D E LA R É G ION ANDINE 

DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE 

ET DU DÉSERT D'ATACAMA 

PAR 

.ERIC ROMAN 
TOME PREMIER 

NANT 2 CARTES, 32 PLANf. JES ET 28 FIGURES DANS LE TEXTE 




PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 



LIBRAIRIE H. LE SOUDIER, BOULEVARD SAINT -GERMAIN, il h 



MDCGCCVIII 








ANTIQUITÉS 

DE LA RÉGION ANDINE 

DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE 
ET DU DÉSERT D'ATACAMA 



PUBLICATIONS DE LA MISSION. 



Rapport siir une Mission scientifique en Amérique du Sud (Bolivie, République 
Argentine, Chili, Pérou), par G. de Créqui Moxtfokt et E. Séxéchal de la Grange. 

Carte des régions des Hauts-Plateaux de l'Amérique du Sud (Bolivie, Argentine. 
Chili, Pérou), parcourues par la Mission française. Carte dressée par V. Hugt, d'après 
les travaux des membres de la Mission, les sources originales inédites et les documents 
les plus récents, à l'échelle de 1/750000. 

Les lacs des Hauts-Plateaux de l'Amérique du Sud, par le D' M. Neveu-Lemairk 
avec la collaboration de MM. Bava y, E.-A. Birge, E. Chevreux, E. Marsch, J. Pelle- 
GRiN et J. Thoulet. 

Anthropologie bolivienne , par le D' Chervin. 

Tome l". Ethnologie , Démographie , Photographie métrique. 
Tome II. Anthropométrie. 
Tome III. Cranioiogie. 

Linguisticfue comparée des Hauts-Plâteaux boV;--' ^ns et des régions circonv 
sines, par G. de Créqui Montfort '^f *-. K!r.-T. 

Explorations géologiques dans l'Amérique du Su«i, suivi de tableaux météo 
logiques, par G. Courty. 

Antiquités de la région andine de la République Argentine et du Désert 
d'Atacama , par Eric Boman. 

Tome I". Vallées in vjrandines de la République Argentine. 
Tome II. Puna argentine , Désert d'Atacama et province de Jujuy. 

Fouilles archéologiques à Tiahuanaco , par G. Courty et Adrien de Mortillet. 

Faune mammalogique des Hauts - Plateaux de l'Amérique du Sud, par le 
D' M. Neveu-Lemaire et G. Graxdidier. 

Notes physiologiques et médicales concernant les Hauts-Plateaux de l'Amérique 
du Sud, par le D"^ M. Neveu-Lemaire. 

Études paléontologiques , par M. Boule. 

Géographie des Hauts-Plateaux des Andes , par V. Huox. 



MISSION SCIENTIFIQUE 
G. DE CRÉQUI MONTFORT ET E. SÉNÉCH VL DE L\ GRANGE 

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ANTIQUITÉS 

DE LA RÉGION ANDINE 

DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE 

ET DU DÉSERT D'ATACAMA 

PAR 

ÉRIC BOMAN 



TOME PREMIER 

CONTENANT 5 CARTES, j-i PLANCHES ET 28 FIGURES DANS LE TEXTE 




PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 



LIBRAIIIIE H. LE SOlJDIER, BOULEVARD SAllNT-GERM VIN, ^^^ 



MDGGCCVIII 



PRÉFACE. 

Le présent ouvrage est surtout un exposé des recherches 
efFectuées au cours d'un voyage que j'ai fait dans l'extrême 
nord-ouest de la République Argentine, en iQoS, comme 
membre de la Mission G. de Créqui Montfort - E. Sénéchal 
de la Grange. Un récit sommaire de mon voyage a été pu- 
y M. le comte de Créqui Montfort (iio)^'), dans son 

rappos l officiel sur les résultats scientifiques de la Mission. 

Je me suis rendu par chemin de fer de Buenos-Aires 
à Salta, chef-lieu de la province argentine de ce nom, où 
j'arrivai le 18 mai. Après quelques jours de préparatifs, 
acquisition de mulets, engagement de personnel, etc., j'ai 
commencé, le 28 mai, mes recherches archéologiques dans 
la Vallée de Lerma. Du 7 au 2 3 juin, j'ai fait des fouilles 
dans la Quebrada del Toro et dans la Quebrada de ias 
Guevas, étroites vallées qui donnent accès au haut plateau. 
Après une excursion dans la partie occidentale de ce haut 
plateau, laPuna de Atacama, j'en ai visité la partie orientale, 
la Puna de Jujuy, presque tout entière ; puis je suis des- 
cendu du haut pays par la Quebrada de Humaimaca qui 
aboutit à la ville de Jujuy, où je suis arrivé le 2 septembre. 

Ce voyage est le second que j'ai effectué dans ces régions. 
En 1901, faisant partie de la Mission Suédoise dirigée par 
mon ami et compatriote M. le baron Erland Nordenskioid , 

'') Pour les renvois bibliographiques, voir la bibliographie, à la lin (hi lumc II. 



M PREFACE. 

j'avais parcouru une partie de la Puna de Jujiiy et aussi 
Test de cette province et le sud de la Bolivie. Auparavant, 
j'avais déjà voyagé dans les provinces de Cataniarca et de 
ïucuman. Naturellement, les observations et les études 
de ces divers voyages ont contribué au résultat de ma der- 
nière expédition. 

Les recherches archéologicpes ont été le but principal de 
mon voyage ; cependant à Susques, dans la Puna de Ata- 
cama, j'ai fait des études sur les Indiens actuels. Dans les 
anciennes sépultures, j'ai recueilli une collection de crânes 
et de squelettes qui ne sont pas étudiés ici ; leur description 
paraîtra dans l'ouvrage du D'' Arthur Chervin (99, i. s .1 sur la 
collection de crânes rapportés par la Mission. Je me borne 
donc ici à donner les numéros que portent dans cet ouvrage 
les crânes que j'ai réunis. 

L'un des grands problèmes de Tai^héologie dans 1 
nord-ouest de la République Argentine était de détermine 
l'étendue géographique de l'ancienne culture que l'on a pri; 
l'habitude de dénommer « civihsation calchaquie » et les rap- 
ports entre cette culture et la civilisation ando-péruvienne 
en général. Mais les renseignements historiques sur ces 
questions sont difficiles à retrouver dans les volumineux 
ouvrages des historiographes de l'ancien Pérou et des chro- 
niqueurs jésuites du Tucuman. D'autre part, les données 
archéologiques que l'on possède sont éparpillées dans un 
grand nombre de petites brocliures, peu à portée de tous et 
écrites dans une langue peu usuelle, l'espagnol. Comme 
un aperçu général de ces données n'existe pas, j'ai cru 
rendre service aux Américanistes en commençant mon tra- 
vail par une étude ethnogéographique de la région inter- 
andine de la République Argentine et par un résumé de nos 



PREFACE. vn 



connaissances sur cette région , au point de vue de Tarchéo- 
loo-ie. J'y ai ajouté la description et les figures de quelques 
pièces intéressantes appartenant à la collection de la Mission 
Française. Vient ensuite la description d'une importante 
trouvaille faite à Lapaya , dans la Vallée Calchaquie. 

Dans le rapport sur mes recherches personnelles effec- 
tuées lors de mon dernier voyage, j'ai choisi f exposition 
par ordre géographique, en suivant mon itinéraire. Bien 
que cette méthode occasionne des redites, c'est celle qui 
cependant donne fidée la plus nette des vestiges laissés par 
les habitants préhistoriques d'un pays. 

Mes recherches sur le haut plateau de la Puna de Jujuy 
m'ont amené à la conviction que les anciens habitants de 
ce haut pays appartenaient à un peuple distinct des Dia- 
guites dits « Calchaquis » , des vallées interandines. D'autre 
part, le matériel archéologique de f ouest de la Puna de 
Jujuy est identique, jusqu'aux moindres détails, aux nom- 
breux objets exhumés par fun des chefs de la Mission 
Française, M. E. Sénéchal de la Grange, dans le cimetière 
de Calama, qu'il fut assez heureux de découvrir au cours de 
ses voyages dans le Désert d'Atacama. M. Sénéchal de la 
Grange a bien voulu me confier la description de la collec- 
lion fort importante qu'il y a recueillie. Le cimetière de Ca- 
lama, ainsi que d'autres sépultures du Désert d'Atacama, 
comme celles de Chiuchiu, etc., proviennent sans doute 
des anciens Atacamas, et fanalogie parfaite du matériel 
ethnographique de cette région avec celui que j'ai rapporté 
de la Puna de Jujuy permet d'établir fétendue géogra- 
phique des Atacamas qui, par conséquent, occupaient jadis 
toute la vaste zone allant de la Puna de Jujuy jusqu'à f océan 
Paciliaue. 



VIII PREFACE. 

A l'exposé des résultats scientiliques de mon dernier 
voyage j'ai ajouté un aperçu sur les découvertes archéo- 
logiques faites par la Mission Suédoise dans l'est de la pro- 
vince de Jujuy, sur les bords du Grand Ghaco. 

Mon ouvrage a certainement des lacunes. Le manque de 
temps et les ditïlcultés matérielles que présentent les voyages 
dans ces déserts en sont la cause. L'extrême réserve des 
Indiens du haut plateau , qui refusent obstinément de four- 
nir au voyageur tout renseignement, n'a pas été fune des 
moindres difficultés de mon voyage. Cependant je crois 
qu'il ne reste plus beaucoup à faire, au point de vue des 
recherches archéologiques, dans la Puna de Jujuy et dans 
la Quebrada del Toro. La carte archéologique insérée à la 
fin du tome II est, je crois, une carte assez complète des 
endroits habités à fépoque préhispanique. Pour les signes 
archéologiques de cette carte, j'ai pris pour base la légendv^ 
internationale établie sur f initiative du Congrès international 
d'archéologie et d'anthropologie préliistoriques de Stock- 
holm, 187/i, publiée par la Revue de l'Ecole d'anthropologL 
de Paris (209), mais avec les modifications que j'ai dû y in- 
troduire en raison des différences que présentent les anti- 
quités préhistoriques de fAmérique et celles de TEurope. 

J'ai essayé d'éviter de longues et ennuyeuses descriptions 
détaillées des objets composant les collections que j'ai rap- 
portées. Je laisse autant que possible les figures remplacer 
les descriptions et j'emploie la méthode descriptive seule- 
ment pour les détails que f on ne peut voir sur les figures. 
Au contraire, j'ai attaché de fimportance à la comparaison 
de mes collections avec des objets analogues trouvés dans 
d'autres régions de fAmérique, surtout avec ceux des di- 
verses parties de la région ando-péruvienne. Sans négliger 



PREFACE. IX 

]a littérature ancienne, les «chroniqueurs », j'en ai fait un 
usage prudent en examinant avec soin leurs renseignements 
en pénéral si obscurs et souvent contradictoires. 

Une description géographique sommaire est donnée pour 
chacune des régions dont il est question , ainsi qu'un aperçu 
de ce qui peut intéresser dans la flore et dans la faune, au 
point de vue de l'ethnographie. 

Je saisis cette occasion pour dire combien je reste obligé 
envers les personnes qui, d'une manière ou d'une autre, 
m'ont aidé à accomplir ma mission. Ce sont, dans la Répu- 
blique Argentine, M. Domingo T. Pérez, sénateur de Jujuy 
au Congrès argentin, M. le Ministre du Gouvernement de 
Jujuy, le D'' Octavio Iturbe, actuellement député au Congrès 
argentin, MM. les Gouverneurs de Salta, M. Angel Zerda, 
et du Territoire des Andes, M. le lieutenant-colonel Nicolas 
Menéndez. Ces hommes, qui étaient à la tête des provinces 
que j'ai parcourues, m'ont donné les recommandations les 
plus efficaces pour leurs subordonnés, et c'est spécialement 
grâce à M. Menéndez que j'ai pu effectuer mon voyage assez 
difïicile chez les Indiens de Susques. Mon ami le D"" Jus- 
liniano L. Arias, juge à Salta, s'est mis très aimablement 
à ma disposition, avec ses nombreuses relations, pendant 
mon dernier voyage aussi bien que lors de mon premier 
séjour dans cette ville au temps de la Mission Suédoise. 
A MM. Nicolas Arias Cornejo et Domingo Torino je dois 
une charmante hospitalité dans leurs domaines de la Vallée 
de Lerma et de la Quebrada del Toro. A Buenos- Aires, 
m'ont aidé de différentes manières MM. le D' Francisco P. 
Moreno et le D"^ Florentino Ame^rhino, threcteurs du Musée 
de La Plata et du Musée national de l^uenos-Aires; MM. le 
D"" R. Lehmann-Nitsche et J. B. Ambroselli. .rcvpriiiic égale- 



X PRÉFACE. 

ment toute ma oratitude à mon ami M. Eduardo A. Holm- 
berg fils pour le travail artistique qu'il a bien voulu faire 
pour Texécution définitive de mes croquis. 

Le maître des études ethnographiques en France, M. le 
D'" E.-T. Hamy, m'a guidé de ses conseils pendant la rédac- 
tion de mon ouvrage et m'a donné toutes les facilités néces- 
saires pour les études comparatives que j'ai dû entreprendre 
au Musée d'ethnographie du Trocadéro. Je tiens à lui en 
témoigner ma profonde reconnaissance. De même je re- 
mercie cordialement le nouveau conservateur du Musée du 
Trocadéro , M. le D'^ R. Verneau , de faide qu'il m'a prêtée , 
et f inspecteur du Musée, M. Jules Hébert, de toute fobli- 
geance dont il a fait preuve envers moi. 

Mon regretté ami, M. le professeur Léon Lejeal, du 
Collège de France, est mort récemment. Je garderai toujours 
le meilleur souvenir de l'amabilité qu'il n'a cessé de me té- 
moigner pendant mon séjour à Paris et de tous les services 
qu'il m'a rendus. 

Enfin je suis fort obligé à plusieurs spécialistes pour le 
concours qu'ils m'ont prêté en effectuant des études et des 
déterminations du domaine de leurs spécialités. Ce sont 
MM. les professeurs du Muséum d'histoire naturelle A. La- 
croix, L. Vaillant et G. Maquenne; MM. Jules Poisson et le 
D" A.-T. de Rochebrune, assistants au Muséum; M. le pro- 
fesseur G. Pouchet, de la Faculté de médecine; mon col- 
lègue de la Mission Française , M. Georges Courty ; M. le 
D' Walther Lehmann, du Musée royal d'ethnographie de 
Berlin; M. le conseiller intime L. Wittmack et M. le D' 
L. Plate, professeurs à TEcole royale des hautes études 
d'agriculture de Berlin; M. le professeur G. V. Callegari, 
de Padoue; M. E. Visto, préparateur au laboratoire d'ana- 



PREFACK. XI 



tomie comparée du Muséum d'histoire naturelle. M. Victor 
Huot, du service géographique de la maison Hachette, a 
exécuté avec beaucoup de précision et de goût les cartes el 
les plans qui accompagnent mon ouvrage. 

Paris, Février 1908. 

E. BOMAN. 



CARTE ETHNIQUE 

DE LA RÉGION ANDINE DE L'AMÉHKU E DU SUD 

ENTRE LE 2r ET LE 33"^ DEGRÉ LATITUDE SUD 
AU XVr SIÈCLE 



CAUTE ETHNIQI E 

DK L:V RÉGION AISDIÎSE DE L'AMÉUIQUE DU SUD 

E>TRK LI-: 22 I-:T LE 33" DEGRÉ LATITUDE SUD 

AU XVr SIÈCLE. 

Les recliercbes contemporaines, anssi bien dans le domaine 
de rarchéologie que dans celui de Fanlliropologie physique, 
démontrent nettement l'existence réelle de cette race auto- 
chtone de l'Amérique du Sud qu'on s'est habitué à nommer 
la race ando-péruvienne, et qui équivaut plus ou moins au 
rameau péruvien de la race ando-péruvienne de d'Orbigny 
(274,1, p. 11). Les peuplades qui, à l'époque de la conquête 
espagnole, habitaient le haut plateau et les vallées des Andes 
ont toutes, en dehors de leurs affinités somatologiques, une 
civilisation, des mœurs et une industrie aiialo<»ues, depuis la 
r»épul)lique de l'Equateur jus([u'à la République Ar^^entine 
et au (Ihili. Tout ce territoii'c forjne ce que nos confrères 
allemands appellent un kulliirlireis bien homogène, une zone 
ethnique bien distincte de celles du Nord et du Sud, et sur- 
tout de celles constituées par les peuples habitant les régions 
basses à l'est de la Cordillère. 

La conquête espagnole s'eirectua presque entièrement du 
côté du Pacifique. Ce n'est qu'à des dates postérieures que les 
Espagnols réussirent à prendre pied sur quelques j)oint,s isolés, 
sur les bords des grandes rivières appartenant au bassin du Rio 
de la Plala. Dans les Andes, les conquérants trouvèrent des 
J'Aals solidement établis avec des systèmes de gouvernement 
admiiables par leur organisation aussi sinq^le qu'efficace; ces 
peuples, d'une civilisation ancienne assez avancée, étaient très 
dociles à leurs souverains, ce f[ui facilita réiahlissement de la 
domiiialion espagnole (uii n'était, au début, ([uim change- 
ment de régime. Au contraire, les plaines, couvertes de lorêts 



4 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

vierges jusqu'au 3o'' dcgi'é, dénudées au sud de ce parallèle, 
étaient peuplées de tribus sauvages, pour la plupart nomades, 
qui, aidées par la nature de leur territoire, opposèrent une 
résistance désespérée aux invasions. Ce n'est qu'en exterminant 
presque complètement ces tribus que la race blanche parvint 
à prendre possession de leur sol, alors que depuis longtemps 
les Indiens de la Cordillère, habitués à un gouvernement ré- 
gulier au temps de leur indépendance, bon gré ou mal gré 
s'étaient soumis aux Blancs, s'étaient mélangés à eux et contri- 
buaient ainsi à la formation d'un important élément ethnique 
de l'Amérique espagnole. Un Etat comme la République Ar- 
gentine, où l'organisation moderne est relativement avancée, 
fournit un exemple de la résistance opposée à l'invasion par 
les tribus des plaines. Jusqu'au milieu du xix'^ siècle, les In- 
diens ont dominé la plus grande partie de la province de 
Buenos- Aires; les tribus du Grand Chaco sont encore au- 
jourd'hui absolument indépendantes. 

La partie montagneuse de la République Argentine CO' 
prend, du Nord au Sud, les provinces suivantes: Jujuy; Sait»! ; 
Catamarca; une partie de Tucuman, au nord-ouest de Cata- 
marca, sur les pentes orientales de la Sierra de Aconquija; La 
Rioja; l'ouest de Côrdoba occuj^é par ]a Sierra de Côrdo])a; et 
enliu San Juan. Au point de vue de l'archéologie, le sud de 
Salta, l'ouest de Tucuman et Catamarca sont les parties les 
mieux connues. La Rioja et San Juan n'ont pas été explorées, 
elles sont presque inconnues archéologiquement. Cependant les 
antiquités qui y ont été trouvées démontrent une analogie par- 
faite avec celles de Catamarca et de Salta. La province de Men- 
doza ne paraît pas avoir fait partie de la civilisation andine; 
elle send3le constituer la limite méridionale de celle-ci. Sur la 
Sierra de Cordoba, il n'existe que très peu de données archéo- 
logiques. Ces montagnes étaient, nous aurons à le redire, ha- 
bitées, à l'époque de la conquête, par un peuple dont on ne sait 
presque rien, mais qui était, tout au moins linguistiquement, 
différent du reste de la population de la région interandine. 



CAiriK ETHNIQUE. 



A l'époque (]q la conquête, presque toute la région était, 
comme nous le verrons, habitée par un peuple appelé Dia- 
aiiites, et la concordance de la zone archéologique dont nous 
avons parlé avec le territoire alors occupé par ces Diaguites 
justifie l'attribution à ce peuple de la plupart des vestiges pré- 
hispaniques qui s'y trouvent, bien qu'il y ait aussi des débris 
provenant d'époques et de peuples antérieurs, que l'on n'a 
pas réussi jusqu'à présent à distinguer de ceux de la culture 



(haguite. 



Sur le haut plateau et dans le Désert d'Atacama, au nord des 
Diaguites, nous trouvons les vestiges d'une culture inférieure 
à la leur, au point de vue industriel et artistique : celle des an- 
ciens Atacamas. A l'est de ceux-ci, dans l'étroite vallée nommée 
la Quebrada de Humahuaca et dans les montagnes environ- 
nantes, habitait une peuplade très guerrière, les Omaguacas, 
qui semblent différents aussi bien des Diaguites que des Ala- 
camas. 

En me basant sur les documents historiques qui nous sont 
restés et dont les informations ne sont malheureusement pas 
très explicites, j'ai essayé de délimiter géographiquement ces 
peuples, et dans ce but j'ai dressé la carie fig. 1, où sont indi- 
quées aussi les peuplades voisines. Cette carie, qui compreud 
toute la région occupée par la Cordillère des Andes depuis 
le 22*^ jusqu'au 33*^ parallèle Sud, montre la distribution des 
peuples américains dans cette région au wi*^ siècle, c'esl-à-dire 
à l'époque de la conqucle de ces pays par les Espagnols, .l'y 
ai tracé des limites pour les Diaguites, les Atacamas et les 
Omaguacas seulement, car il serait aventureux d'essayer de le 
faire pour les peuplades de la plaine, les renseignements (pie 
nous en possédons étant trop vagues. Afin de rncililcr la com- 
paraison avec les cai-tes courantes, j'ai doimé les limites des 
lépubliques et des provinces actuelles. Les chefs-lieux dont ces 
d(M'nières tirent leurs noms sont marqués en gros caractères. 

Plus loin sont insérées deux aulres caries à des ('clielles plus 



6 ANTIQl ITKS DE LA REGION ANDINE. 

i^randes. La première, fi(j. 10, représente la partie la plus 
importante de la région des Diaguites et indique les localités 
intéressantes au point de vue de l'archéologie et de Tethno- 
graphie. La deuxième de ces cartes, qui se trouve k la fin du 
présent ouvrage, est une carte archéologique détaillée des 
légions de Jujiiv, de Salta et de la Puna de Atacama que j'ai 
i^arcourues. Ces deux cartes doivent être consultées pour les 
détails des régions qu'elles comprennent, tandis que, pour le 
reste du territoire, les localités que je nomme au cours de ce 
travail se trouvent sur la carte générale, ^^. 1. 

Sources historiques de la Carte ethnique. — Pour la déli- 
mitation géographique du territoire des anciens Diaguites et 
pour la localisation des peuples qui les entouraient, deux do- 
cuments puhliés dans les Rclaciones Gcogràficas de Induis sont 
d'une grande importance. Ce sont la Reîacion de las provincias de 
Tiiciiman, par Don Pedro Sotelo Narvaez (253), écrite en iSS*^ 
et la lettre du P. Alonso de Btirzana (55) au Provincial des .h 
suites, datée à l'Assomption-du-Paraguaydu 8 septembre 1^)94- 

Pedro Sotelo Narvaez, habitant de la capitale de l'ancienne 
province espagnole de Tucuman, la ville de Santiago del 
Estero, v était un citoven notable. 11 fut condamné à mort par 
le gouverneur Don Hernando de Lerma, comme un dange- 
reux partisan de Don Gonzalo de Abreu, prédécesseur et rival 
de Lerma, et acquitté ensuite par VAudiencia de los Charcas. Cet 
épisode, raconté par le P. Lozano (220, iv, p. 35i-352), est le seul 
renseignement biographique que je connaisse sur Narvaez. Sa 
relation, écrite avec précision, clarté et concision, dénote une 
connaissance approfondie du territoii'e qu'il décrit et des In- 
diens qui y habitaient. Cette relation correspond en général 
au questionnaire du Gouvernement espagnol intitulé : Ccdida, 
Instruccion y Memoria para la formacion de las rclaciones y dcs- 
cripciones de los pueblos de Indias , circiiladas en 1577 , question- 
naire qui a suscité tant de documents importants pour la con- 
naissance de l'Amérique préhispanique. 



CARTE ETHNIQUE. 7 

Alonso de Bârzana^'', «l'apôtre de Tiicmnan», naquit à 
Cordoiie^""^ en i5'i8, fut l'ec^u dans la (Compagnie de Jésus eu 
i565 et envoyé eu Amérique eu iSGg. Les Jésuites avaient 
divisé, à cette époque, l'Amérique du Sud eu deux provinces : 
le Brésil et le Péiou. \.e Provincial de cette dernière résidait à 
Lima. Ce fut dans cette ville que Bârzana commença à dé- 
ployer son activité. La connaissance des langues indigènes était 
naturellement de première importance pour la conversion des 
Indiens. Barzana se fit remarquer par son exceptionnel talent 
de linguiste en composant des grammaires et des vocabulaires 
des langues péruviennes. En i586, il passa en Tucuman avec 
les premiers jésuites qui y furent appelés par Don Francisco 
de Victoria, premier évoque du nouveau diocèse de Tucuman. 
Depuis cette époque, il ne cessa de visiter les sauvages; nous 
le trouvons tantôt à Santiago del Eslero, à Côrdoba, ta Es- 
teco, dans la Vallée Galchaquie, tantôt dans le Grand Chaco et 
au Paraguay, où il passa en 109.3 comme premier commis- 
saire de rinquisition. Le P. Nicolas del Techo (341; 1. i,r. wn, 

XXVI, XXVII, xxxvni, XLiii, xliv; l. 11, c. xi, xv, etc. ; p. 18, 20, 26, 3o, 3i , /|3, /17) 

nous donne beaucoup de renseignements sur les voyages de 
Bârzana et rend également compte de ses travaux linguis- 
tiques. On a raconté des merveilles de son endurance dans les 
voyages et il semble qu'il avait appris onze langues américaines. 



''' Son nom est généralomont ('"crit 
Jiârzena , ([uolquorois liûrcena ou liârsena. 
Mais, en piihliani la lettre ([lie nous avons 
mentionnée, M. Mârcos Jiménez de la 
Espada emploie l'orthographe Bârzana, 
sans doute parce (pie le nom est ('-erit ainsi 
dans cette lettre, et B;'irzana signe de 
même, d'après Sommervogel (44, 1 , p. 997), 
plusieurs documents conserv(;s à la Bihlio- 
lh('(pie nationale de liima. Fray Luis- 
Geionimo Ore (275), dont B;irzana avait 
6[à le collaborateur, et le P. liartolomé 
Alcazar (7, n, |>. ay"?), dans sa Chrono- 
Historia de la Compania de Jeans en la Pro- 
vincin de Tnledn , ainsi que le P. Ijozano 



(219) dans la Dcscripcîon chovocjraphiea del 
gran Cluico, écrivent aussi Bârzana. Pour 
ces motifs, j'adopte cette (lerni(*re orllio- 



g'" 



phe. 



<"' Selon les PP. Hihadeneira ci Ale- 
gambe (309, p. 17]. .Mais le P. Alcazar 
(7, ii,p 273) dit (pie Bilrzana — d'apn^'s 
un catalogue conservé dans les archives du 
Collège impérial des Jésuites de Madrid 
— était enrej'islré comme né à Vêlez 
(Malaga). l'inlin, suivant Don Maitiii 
Ximena Jurado, dans les Anales del nbU- 
padn de Jaen , le lieu de naissance de B;ir- 
zana serait Baeza (province de Jaen). 



8 ANTIQUITÉS DK LA RÉGION ANDINE. 

Bârzaiia momul à Giizco en 1598, à Fâge de 70 ans. 11 y avait 
été apporté sur une litière, ayant élé frappé d'une attaque de 
paralysie lojs de son dernier voyage. Malheureusement pour 
la science, très peu de ses ouvrages linguistiques ont été con- 
servés jusqu'à nos jours. Sa lettre, dont nous nous servons, 
contient une description sommaire des pays où Barzana avait 
passé, très claire et très précise. 

l\armi les Relaclones Geocjràficas se trouvent deux autres rap- 
])()rls sur l'ancienne province de Tucuman : l'un très court, 
de Don Diego Pacheco (282); l'autre consiste en une descrip- 
tion de l'expédition qu'effectua le général Don Geronimo Luis 
de Cabrera, depuis Santiago del Estero jusqu'à Gordoba. Une 
lettre du licenciado Juan de Matienzo (232) au roi d'Espagne 
contient aussi de précieuses informations géographiques et 
ethniques, sur le nord du territoire andin de la République 
Araentine. Enfin , sur le sud de la Bolivie et sur le Désert d'Ata- 
cama, une autre lettre, celle de Don Juan Lozano Machuca 
[222), factor de Potosi, au vice-roi du Pérou, donne des ren- 
seignements intéressants. 

Tous ces documents, contenus dans les Relaciones Geofjrà- 
fcûs de Ind'ias, doivent être considérés comme les informations 
les plus authentiques sur le territoire que nous étudions, car 
ils ont été écrits peu d'années après la conquête du Tucuman, 
lorsque ses habitants autochtones étaient encore dans leur 
état primitif. Ces documents sont tous presque contemporains 
entre eux et ils ont pour auteurs des Espagnols qui connais- 
saient personnellement le pays et décrivaient d'api'ès ce qu'ils 
avaient vu et entendu, indépendamment les uns des autres, ce 
qui permet de contrôler la véracité de leurs récits. Ainsi on 
ne peut supposer que Narvaez et Barzana se soient emprunté 
des renseignements, et cependant leurs rapports concordent. 

Les historiographes ])Ostérieurs de fancienne province de 
Tucuman furent tous des jésuites qui ont écrit l'histoire de la 
province jésuite du Paraguay, séparée en 1607 de celle du 
l^'M•()u et (le ]nqii(>ll(^ faisaient partie le Tucuman et le Rio 



CAUTK ETHNIQUE. 9 

de la Plata. Un Français, le P. del 1'echo, occupe la première 
place parmi ces historiens. 

Nicolas del Techo, né à Lille en 1611, entra en i63o au 
noviciat de la Compagnie de Jésus. Il partit en 16/19 P<>^"* le 
Paraguay, où il fut plus tard le Provincial de l'ordre. Il mou- 
rut en i685, à Apostoles, dans le territoire actuellement ar- 
gentin de Misiones. Son nom était du Toict ou du Toit, mais, 
comme antérieurement Jean du Toit ^^\ le franciscain apôtre du 
Mexique, il l'avait traduit en espagnol, el c'est sous le nom de 
del Techo qu'il est connu. Son Historia provinciœ Paraxjuaviœ fut 
imprimée à Liège en 1673. Selon le P. Lozano, (221, 1, prologue), 
Techo a pris une grande partie de ses renseignements sur le 
Tucuman d'une histoire manuscrite du P. Juan Pastor cpii n'a 
jamais été imprimée. Si cette information est exacte, la valeur de 
l'ouvrage du P. Techo, loin d'être diminuée, en serait augmen- 
tée, car le P. Pastor avait été recteur du collège des jésuites à 
Santiago del Estero dans la première moitié du xvii** siècle, et il 
devait connaître très bien le pays où il avait été missionnaire. 
Techo peut être accusé de partialité en faveur des jésuites, 
chose toute naturelle, mais ses renseignements sur les Indiens 
semblent être véricliques; sa méthode d'exposition et sa clii-o- 
nologie sont supérieures en précision à celles de la plupart 
des écrivains de son époque. L'ouvi'age de Techo est, après 
les documents du xvr siècle, la meilleure source d'informa- 
tions cpie nous possédons sur l'ancien Tucuman. 

Pedro Lozano naquit à Madrid en 1697, entra au noviciat 
de la Compagnie de Jésus en 1711 et arriva au Rio de la Plata 
en 1717 environ. L'année de sa mort est inconnue^'-^l En Amé- 
rique, il résidnit liabiluelleuient à Côrdoba, étant professeui* 
(le philosophie (;t de théologie à l'université de cette ville. H a 
fait aussi des voyages dans l'ancienne province de Tucuuian, 

'"' Fray Juan del Tcclin, airivé à lu '"' Suivant M. Lamas. D'apn's Soin- 

Nouvelle-I'iSj)a<,Mic en i.Mis, élail d'ail- nieivof^e! (44, v, |). i.loK Lo/ano seiail 

leurs, roniMie son lioinonvun^, originaire ])arli <l(> i'Ks|)agn(' pour le Hio de la iMala 

des l'Mandres. en 1 ■y 1 > el mort vers \''i^">\)- 



10 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

au Paraguay et dans le Rio de la Plata. M. Andrés Lamas , éditeur 
de Tun de ses ouvrages historiques, donne de lui, dans l'intro- 
duction de cet ouvrage (220), une biographie assez complète, 
bien que trop favorable. Lozano a beaucoup écrit. Les trois 
ouvrages principauN: qui nous intéressent sont indiqués dans la 
liste bibliographique à. la hn du second volume, sous les nu- 
méros Q 1 9 , 2 20 et 2 2 1 . Il est clair que Lozano tient de Techo 
la plus grande partie des renseignements sur les Indiens qu il 
i:)ublie, et il l'avoue lui-même dans le prologue de son Historia 
(le la Compania de Jésus en el Paraguay. Cependant Lozano a 
ajouté quelques nouvelles informations recueillies auprès de 
ses collègues missionnaires. Il a aussi examiné personnelle- 
ment les archives de Santiago del Estero, de Tucuman et de 
Salta, mais les renseignements qu'il a pu obtenir des docu- 
ments conservés dans ces archives se rapportent plutôt à l'his- 
toire des concjuistaclores espagnols qu'aux Indiens. Lozano a 
de grands défauts. On s'aperçoit, en le lisant, qu'il commet 
à chaque instant des erreurs géographiques et que ses connais- 
sances personnelles du territoire qu'il décrit et de ses habitants 
autochtones étaient très limitées. Il semble moins connaître les 
Indiens et le territoire des provinces diaguites que les indi- 
gènes et le pays du Paraguay et du Ghaco. Un autre défaut 
de Lozano est la confusion et le manque de clarté dans ses 
informations; on y trouve aussi souvent des contradictions. 
Malgré tout, Lozano, compilateur de documents et savant de 
cabinet, reste indispensable pour étudier fhistoire de la con- 
quête de ces pays. Une histoire du Paraguay, de Buenos-Aires 
cl du Tucuman, très connue, publiée au commencement du 
XIX' siècle par Gregorio Funes (139), doyen de la cathédrale de 
Cordoba, n'est guère qu'une rej^roduction servile de Lozano. 
José Guevara, né à Recas, près de Toledo, en 1720, habi- 
tait Gordoba à la même époque que Lozano. Il a écrit aussi une 
histoire du Paraguay (154), mais cet ouvrage est un simple ré- 
sumé de Lozano. Suivant Azara (42, i; p. 26), les jésuites de Gor- 
doba avaient chargé le P. Guevara d'une revision des ouvrages 



CARTE ETHNIQUE. H 

(1o Lozano, et il aurait profité de cette circonstance pour écrire 
son liistoire,(lont on trouva le manuscrit dans les arcliiv(\s des 
jésuites après leur expulsion en 1767, par le gouvernenr Don 
Francisco de Paula Bucarelli y Ursua. Guevara fut aloj-s em- 
barqué pour TEurope à bord de la frégate la Vénus, et on ne 
sait ce qu'il advint de lui, comme c'est aussi le cas de Lozano. 

Pierre -François -Xavier de Charlevoix, jésuite français, 
naquit à Saint-Quentin en i68*i. Il fit, de 1720 à 1722, un 
voyage très accidenté et très périlleux à travers le Canada et 
descendit le Mississipi ; il s'embarqua ensuite pour Saint-Do- 
mingue, mais fit naufrage et dut retourner, en longeant à pied 
la côte delà Floride, cà fembouchure du Mississipi; il rentra 
enfin en Europe en passant par Saint-Domingue. Le P. Cliarb^- 
voix consacra le reste de sa vie à écrire fhistoire du Japon, 
de Saint-Domingue, de la Nouvelle-France et du Paraguay. Il 
mourut à la Flèche en 1761. Ses ouvrages sont des recueils 
très complets de tout ce que Ton savait, à son époque, sur les 
pays dont il s'est occiq^é, et leurs nombreuses éditions témoi- 
gnent de fintérêt qu'ils ont suscité. h'Histoire du Paracjaaj fut 
imprimée en 1767, deux ans à peine après la dernière œuvre 
de Lozano, V Histoire de la Compagnie de Jésus an Paraguay. 
L'ouvrage du P. Charlevoix est une récapitulation de ce qui a 
été écrit par les auteurs antérieurs sur cette province jésuite, 
et contient un bel ensemble des principaux faits historiques 
de la conquête espagnole de ces pays, des descriptions de sa 
flore, de sa faune et des Indiens, surtout de ceux du Cliaco 
et du Paraguay. L'histoire de Charlevoix nous montre la ])ro- 
fonde érudition de son auteur et son talent d'historiographe, 
mais, au rebours de son livre sur le Canada, il n'ap|:)()rte |)as 
de laits nouveaux et ne dit rien que n'aicmt déjà fait connaiire 
les auteurs antérieurs, ce qui est tout naturel puisciu'il ne con- 
naissait pas personnellement FAmérique méridionale. 

Voyons maintenant ce que nous apjorennent ces aiilems, en 
premier lieu sur les Diagiiites et les Atacamas (jui nous inlc- 
ressent tout spécialement, et aussi sur les peuplades voisines 



12 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

qu'il nous est nécessaire de connaître afin de nous rendre 
compte de la limitation géographique de ces deux peuples. 

Diaguites. — Ce peuple occupait, à l'époque de la conquête 
espagnole, toute la région montagneuse du territoire argentin 
actuel, depuis le Nevado de FAcay et la Vallée de Lerma au 
Nord, probablement jusqu'à la province de Mendoza au Sud; 
il faut exce^Dter toutefois la Sierra de Cordoba où vivaient les 
Comechingons, dont la culture, de même que celle des Dia- 
guites, paraît avoir eu des affinités avec le type andin, mais qui 
ne parlaient pas la langue générale des Diaguites, le cacan. 

Aucun document ne mentionne des Diaguites au noi'd de 
TAcay, excepté la relation de Narvaez (253, p. i/i8), d'après laquelle 
les Indiens de Casabindo, sur le haut plateau de la Puna de 
.Tujuy, «parlaient la langue des Diaguites». Mais, nous le ver- 
j-ons en nous occupant des Atacamas, il résulte des découvertes 
archéologiques et des documents écrits qu'ils n'étaient pas des 
Diaguites. Quant à la Vallée de Lerma comme limite nord 
des Diaguites à fépoque de la conquête, Narvaez (253, p. i5o) 
(lit que cette vallée était habitée par des Lules, et que les 
Diaguites de la Vallée Galchaquie s'y rendaient seulement 
pour leur commerce. Le D'" Francisco P. Moreno (245, p. n), 
qui connaît bien ces régions, donne aussi l'Acay comme la 
limite des Diaguites, ou, ainsi qu'il le dit, de la «civilisation 
calchaquie » , vers le Nord. 

Narvaez (253, p. 1/17-1/18) rapporte « qu'il y avait dans les mon- 
tagnes des Indiens qui dépendaient de Santiago [(jue scrvian à 
Saiit'uKjo) , habillés comme les Diaguites et parlant leur langue »; 
plus loin, «que les vallées, grandes et petites, depuis Santa 
Maria jusqu'au Chili, étaient habitées par des Diaguites belli- 
(rueux» et que, parmi les Indiens dépendant de Tucuman, 
il y avait aussi des Diaguites. Dou Diego Pacheco (282, p. 137) 
conhrme cette dernière information en disant que les Indiens 
que « servian à Tucuman » étaient des Diaguites et des Juris. 
Le P. Bârzana (55,p. uv) donne la Vallée Calchaquie, la Vallée 



CARTE ETHNIQUE. 13 

(le Catamarca, une grande paiiie de La Rioja et une partie de 
Santiago del Estero comme habitées par des Diagiiiles. Le 
même Bârzana [ihid., p. lvi) alllrme que les Calchcuiius élaient des 
Diacjaites. 

Antonio de Herrera (164; déc. vm, i. v, c. ix; t. iv, p. 107) mentionne, 
en i6oo environ, des Diaguites clans La Vallée de Quinmivil, 
qui fait partie du département actuel de Belen (Catamarca). 

Techo (341) applique, dans plusieurs chapitres de son ou- 
vrage, le nom de Diaguites aux Indiens des provinces actuelles 
de Salta et de Catamarca. Ainsi il dit que le lieutenant gouver- 
neur de Salta avait des Diaguites dans le territoire qu'il com- 
mandait (1. II, c. xix; p. /jcj), et qu'il en existait aussi dans la région 
située entre San Miguel de Tucuman et Londres : la « Vallée de 
Aconguinca » (Aconquija), et dans la Vallée de Yocavil (1- iv, 

c. VI; p. 102). 

Lozano (220; i, p. 177) définit le territoire des Diaguites comme 
comprenant \esjiirisdicciones de la Ciudad delValle (Catamarca) 
et de La Rioja, jusqu'à leurs limites avec le Chili, et aussi une 
partie de lnjunsdiccion de la ville de San Miguel de Tucuman. 
Lozano mentionne d'ailleurs partout dans son ouvrage des Dia- 
guites habitant dilïerentes parties interandines de ce territoire. 
Ainsi, pour ne citer que deux exemples, il j^arle {il)i<l., n, p. /n'.».) 
des (( Diaguites de La Rioja»; à un autre endroit {ibid.. iv, p. /i7o), 
il rapporte que les Abaucans et les Huai fins des Vallées d'Abau- 
can cl de Hualhn, dans les départements actuels de Tinogasla 
et (le Belen (Catamarca), parlaient la langue des Diaguites, l<' 
cacau, par conséquent ils étai(;nt des Diaguites. 

\a\ proviiwia de Tacunian, promneia del Taeainaii on pronneias 
de Tnciunati, c(>mj)r(;uait les provinces argentines actuelles de 
Jujuy, Salta, Catamarca, Tucuman, Santiago del Estero, La 
rdoja et Cordoba''^. Le gouverneur résidait à Santiago. On 

''^ Ces territoires relevaient du gouvcr- Nievas. Il faut distinguer cette ancienne 

nenient espagnol du Chili iu?([n'cn ir)(i3, province du Tucuman , d'une aussi vaste 

année où fut créée la province du Tucu- étendue, de la province argentine aclucllc 

nian , par le vice-roi du Pérou, comte de du même nom. 



14 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

voit souvent donner à cette ancienne province de Tucuman 
différents noms, dont l'un, celui de gobernacion de Tucuman, 
Juries y Diaguitas, signifie «gouvernement de Tucuman, des 
Indiens de la plaine (Juris) et des régions montagneuses (Dia- 
guites)». Ce terme est fréquemment employé par Lozano et 
également par Herrera (164; dec. vm, i. v, c. vm; t. iv, p. i35). Lozano 
(220, IV, p. )o3) dit aussi : provincia de los Diacjuilas. En i6o4i 
un gouverneur, Don Francisco de Barraza y de Cârdenas, 
s'intitule capitan (jeneral y justicia major de estas provincias 
de Tucuman, Juries y Dlacjuitas y ComecMmjones , en signant deux 
concessions de terres d'Esteco , dont des co2:)ies ont été publiées 
par M. M. -R. Trelles (352, i, p. 111-117). Le i^om « Comechingons » 
se rapporte aux Indiens de Cordoba. 

Nous le voyons donc : tous ces renseignements des anciens 
historiens établissent de la manière suivante les limites du ter- 
ritoire occupé, à fépoque de la conquête, par les Diaguites : 
la partie montagneuse de la province actuelle de Salta, au sud 
de fAcay et de la Vallée de Lerma; les provinces entières de 
Catamarca et de La Rioja; la partie montagneuse de la province 
de Tucuman, c'est-cà-dire les pentes orientales de la Sierra de 
Aconquija. 

Au nord des montagnes et des vallées des Diaguites s'étend 
le haut plateau — d'environ 3,4oo mètres d'altitude moyenne 
au-dessus du niveau de la mer — dont la partie orientale se 
nomme la Puna de Jujuy, et la partie occidentale, la Puna de 
Atacama. Les habitants de la première de ces régions n'étaient 
pas des Diaguites : les documents historiques et les recherches 
archéologiques le démojitrent. Mais, dans la Puna de Atacama, 
il est difficile d'établii* la limite entre les Diaguites et les an- 
ciens Atacamas. Sur la carte ethnique, j'ai attribué provisoire- 
ment le sud de la Puna de Atacama, où sont situées Anto- 
lagasta de la Sierra et Antofalla, aux Diaguites, parce que la 
plupart des débris archéologiques du premier de ces lieux 
offrent une analogie remarquable avec les vestiges des vallées 
des Diaguites. Cependant, je le sais, ces antiquités n'ont été que 



CARTE ETHNIQUE. 15 

très sommairement étudiées par M. Juan B. Amlirosetti (28), 
qui n'a pas visité personnellement cette région et se base sur 
des objets d'une autlienticilé douteuse. Mais les communica- 
tions de la Vallée Calcbaquie ou de Belen, anciens domaines 
des Diaguites, avec Antofagasta de la Sierra sont relativement 
faciles, tandis que d'immenses déserts séparaient ce dernier 
endroit des Atacamas de la Puna de Jujuy et des environs du 
Salar de Atacama. Bien que les Diaguites ne se soient pas, en 
général, étendus sur le haut plateau, il n'est donc pas invrai- 
sendjlable qu'ils aient eu des colonies à Antofagasta de la 
Sierra et aux environs. 

En dehors des territoires où les historiens placent les Dia- 
guites, il est une autre région dont les vestiges archéologiques 
ont une analogie 2:)arfaite avec ceux de la région diaguite en 
général : c'est la partie montagneuse de la province de San 
Juan. Les auteurs que nous avons cités ne s'occupent pas de 
San Juan , car ils étaient les historiens du « Tucuman » ; or San 
Juan, après la conquête, appartenait à une province espagnole 
très didérente, celle de Cuyo, placée sous la dépendance des 
gouverneurs du Chili. Les historiens du Chili ne nous donnent 
pas non plus des renseignements suffisants sur San Juan. Le 
P. Alonso de Ovalle (278) est presque le seul auteur que l'on 
puisse consulter; nous reparlerons de lui à propos des Iluarpes. 
Il ne nomme pas les Diaguites, ce qui cependant ne doit pas 
nous étonner, car il est très possible que les Espagnols du Chih 
et ceux de Tucuman aient donné des noms diflérents aiiv 
mêmes Indiens. Peut-être aussi le P. Ovalle n'a-t-il pas voyagé 
dans les vallées de la Cordillère de San Juan, la roule du 
Chili passant par Mendoza, c'est-à-dire ])lus au Sud : il ne 
paraît pas connaître les Indiens de ces vallées. San Juan n'a 
pas encore été exploré aichéologiquement, mais, pour au lai il 
qu'on puisse; émettre un avis sur des collections laites par des 
amateurs^'^ ces collections et les pièces isolées que j'ai eu l'oc- 

'■' L'un d'eux, M. Dcsiderio S. Aguiar c olleclion. Os piiMiciilions n'oiil pas de va- 
(5 cl 6), a publié deux opuscules sur sa leur scienliiiquc, niais les figures sont iule- 



16 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

casion de voir montrent nne analogie parfaite avec les vestiges 
préhispaniques de la région des Diagiiites en généra] : il n'y a 
pas une seule pièce qui puisse être considérée comme carac- 
téristique à San Juan; on les retrouve toutes en Salta, Gata- 
marca ou La Piioja. Les ruines préhispaniques de la Tamheria 
de Calingasta ^^^, en San Juan, ressemblent aussi, d'après mes 
données, à celles de la région des Diaguites. D'ailleurs le 
D' H. F. G. ten Kate (343, p. 61) a étudié un grand nombre de 
crânes et de squelettes provenant de sépultures préhispaniques 
de Jachal, de Galingasta et des environs de la ville de San 
Juan, et il a trouvé que la plupart de ces crânes « ressemblent 
tellement cà certains crânes calchaquis (diaguites), qu'il y a lieu 
de se demander si nous n'avons pas affaire Là à de véritables 
Galchaquis (Diaguites) ». Tout ce qui précède semble indiquer 
que la zone montagneuse de la province de San Juan faisait 
partie du territoire diaguite. 

Les Diaguites constituaient une unité ethnique, non seule- 
ment au point de vue de leur culture, mais aussi linguistique- 
ment. Ils parlaient tous une langue commune, le cacan, caca 
ou kakan. Le P. Barzana (55, p. liv) nous donne sur ce point 
des renseignements très précis : «Le cacan est parlé par tous 
les Diaguites, dans toute la Vallée Galchaquie, dans la Vallée 
de Gatamarca et dans une grande partie de la Nueva Rioja. » 
Lt plus loin {ilnd., p. Lviii) il ajoute que le cacan était en usage 
«dans La Rioja et à Famatina». Narvaez (253, p. làA) rapporte 
que les Indiens de la province de Tucuman «parlaient nue 
langue générale qui s'appelait le diagidte, bien qu'il y en 
eut quatre auti-es : le tonozote (tonocoté), l'indama, le sana- 
viron et le Iule». Le diaguite de Narvaez est évidemment 
le cacan des Diaguites, tandis que les quatre autres langues 

ressantes, parce qu'elles établissent celte ''' Tamheria yienidumotqnichuatambo, 

grande analogie entre la partie monlagneu- stations ou relais qui se trouvaient le 

se de San Juan et le reste du territoire des long des routes péruviennes à l'époque 

Diaguites, au point de vue arclicologique. incasique. 



CARTE ETHNIQUE. 



17 



concernent les peuples de la plaine que nous mentionnerons 
ensuite. Le P. Bârzana [ibid, p. nv) avait composé un Arie y vo- 
cabnlario cacan. Il dit lui-même : « Hay liée ho artc y vocahalario 
desta lengiiay^, et Teclio (341; 1. 1, c. xun; p. 3o) '^^ nous informe 



^'' ^iltaque sesqiiicnnali spatio Alfonsus 
Barseiia, sexaginla quinqae annorum senex , 
iiimliahili aidmarum Christo lucrandaruin 
desiderio Jlagrans , coininunicatis ciim Petro 
Agnasco stndiis, Guavanicam, Naticam, 
Qiiisoqiiinam, Ahipomcaiii , Quiranguicam j 
lingnas didicit , Vocahulariis , Riidimenlis , 
Catechismis et Concionibus , ad earuin usuin 
composids : cum tamen, antequam uterqiie e 
Tuciimania discederent, Tonocotanam , Ka- 
kanain, Paquinam, Quirandicam , ad prœ- 
ccpla et lexica eo fuie reduxissent , ut Sociis 
in parlein laboriim ventuvls facilitatein ad 
cas perdiscendas adfenent. Atque ut latUis 
ulililas Sicrperet , Petrus Agnascus pleraque, 
omnia ab Alfon.w Barsena prœsertim 
compoiita , eleganlissimo caractère plnries 
transcripsit, transcriptaque publici jnris 
fecit. » 

Tous les auteurs modernes rapportent 
qu'un ouvrage de Bârzana aurait été im- 
primé à Lima, ouvrage contenant des vo- 
cabulaires, des principes de grammaire, 
la doctrine chrétienne et le catécliisme en 
puquina, tonocoté, cacan , guarani et en 
mogosna, langue des Indiens Mogosnas 
habitant la partie orientale du Chaco ar- 
gentin , prcs de Rio Paraguay, d'après ce 
qu'on ])eut voir dans les documents pu- 
bliés par M. M.-R. TroUes (352, , , ,,. 353-:;:)/. )• 
Le désir de découvrir l'ouvrage.de Bâr- 
zana sur le cacan m'amena à une en- 
quête bibliographique qui m'a convaincu 
que cet ouvrage n'a jamais été imprimé 
et que ce ne serait que comme manuscrit 
que l'on pourrait avoir l'espoir de retrou- 
ver un jour l'étude sur le cacan. 

Dans la Bibliothcca scriplorum Societniis 
Jesu , les PP. Ribadeneira et Alegambe 
(309, [)• 17) donnent sur Bârzana nia oticc 
suivante : 

nScripsil hic TacunianCiisiuin Aposlulu.t 

i. 



[quonwdo cum passini appcUanl) in niul- 
tariini gentiuin utilitatein : 

« Lexica ; 

« Prœcepla graniinalica; 

«Doctrinam Christianam ; 

« Catechismum; 

u Libruni de confessionis rulione , niullis 
additis prccationibus sernionibusque qiiinqne 
Indorum lingais, quarum longe lateque per 
Americœ Australis mediterranea usns est, 
Puquinica, Tenocotica , Catamareana, Gua- 
ranica , Nalixana, qnam ctiam Mogazna- 
nam vocant ad quas phirimœ aliœ reduc- 
lantur. » 

Dans la nouvelle édition de la même 
Bibliothcca (Rome, 1676) parle P. South- 
well (310, p- 33), cette notice se trouve 
reproduite textuellement. 11 y a deux er- 
reurs d'impression : Tenocotica pour To- 
nocoticaei Catamareana pour Catamareana. 
Bien que la première édition de la Bi- 
bliotheca ait été imprimée trente ans avant 
l'ouvrage de Techo, celui-ci n'a pas em- 
prunté aux PP. Riljadeneira et Alegambe 
ses renseignements sur les langues étu- 
diées par Bârzana, car les deux notices 
sont bien différentes. 

Antonio de Léon Pinelo (214), dans la 
première édition de son Epitome, en 
163g, ne monlionne pas Bârzana, mais, 
dans la deuxième édition de cet ouvrage 
par A. Gonzalez Barcia (215, n, toi. t^^), 
en 17^7, nous trouvons la notice de Riba- 
deneira et Alegambe traduite en espagnol 
de la manière suivante : « El P. Alonso de 
Bûrccna, nnlural de Vêlez, escribiô Voca- 
bnlarios, Gramâtica , Doctrina Christiana . 
Calecismo, en lengua de Tnciiman, i nn 
libro del modo de conjharw , cou muchas 
Oraciones i Sermoncs , en ciuco Icnguas In- 
dianas, Puquinica, Truccolica , Catama- 
reana, Guaniuica i Natixana 6 Moguna , û 

1 

■•rriurmr niTinititt. 



18 



ANTIQUITfiS DE LA REGION ANDINE. 



d'ailleurs que Bârzana avait appris, en Tucunian, le tonocoté, 
le cacan, le paqui(?) et le quirandi(?), dont il avait composé, 
aidé en partie par le P. Pedro Anasco, des grammaires et des 
A'ocabulaires. Ce dernier a copié ces ouvrages en plusieurs 
exemplaires, mais les copies semblent être toutes perdues. 

La perte de l'ouvrage du savant P. Barzana sur le cacan 
nous laisse dans une obscurité complète sur les affinités 
ethniques des Diaguites : tout ce que l'on a écrit et tout ce 
que l'on pourrait écrire sur cette question n'est et ne sera que 
théories, jusqu'à ce que quelque américaniste soit assez heu- 
reux pour découvrir un exemjilaire de ce manuscrit, égaré ou 



las cnales se reducen olras de la Tierra 
adeniro del Pcni, Tiiciunan i otras partes, 
secjiin el P. Alcàçar, toin. 2 ,fol. 273 , i Alc- 
gaiiibe, fol. 17.» — Barcla semble croire 
que la «langue de Tucuman » est une 
autre langue que le calainarcana ou cacan , 
alors qu'en réalité ces trois noms ne 
peuvent correspondre qu'à une seule 
langue, celle des Diaguites. Barcia a pro- 
bablement pris ses renseignements dans 
l'ouvrage du P. Alcazar (7, ii,p. 270), im- 
primé en l'y 10. 

Nicolas Antonio (35, i, p. i3), dans la 
Bibliolheca Uispana nova, 1783, reproduit 
la notice de la Bibliotheca scriptorirn S. J. 
de la manière suivante : li Alphonsiis de 

Barcena scripsit Indiarum quinqne 

linguis , qiianin per ca loca iisus est : Lexica, 
Prœcepta fjrainmatica , Doctrinam Christia- 
nam , Catcrliisiiniin , Libriim de Coiifessionis 
ralionc. » 

Ainsi, les bibliograpbes anciens ne 
disent rien d'un ouvrage imprimé de 
Barzana; ils se bornent à constater que 
celui-ci avait écrit des études sur diverses 
langues indiennes. 

Mais, en 1802, M. G. Peignot (283, 
I, p. 3Go), bibliotbécaire delà Haute-Saône 
et auteur d'un intéressant Dictionnaire de 
bibVologie , commence à parler d'un vo- 
lume imprimé. Il dit : «Alphonse Barzena 
de Cordoue a publié : Lexicon et prœcepta 



(jranimatica , it. lib. coiifessionis el precuni 
in qainc. indorum lingais , quariint nsas per 
Ainericani australem nempe puqninicà , teno- 
colicâ , catamareanâ , rjuaranicâ , natixanâ, 
s. marjusnanâ, Periiviœ, 1590, in-fol.n 

Peignot a été suivi par M. J.-Ch. Brunet 
(82) , dans le Manuel du libraire et de l'anui- 
tenr de livres. Les première et deuxième 
éditions de ce recueil ne mentionnent pas 
Bârzana, mais, dans la troisième édition, 
de 1820, nous trouvons le titre du soi- 
disant volume imprimé reproduit presque 
au pied delà lettre, sous la forme suivante : 

« Lexica et prœcepta (jrammatica item 
liber confessionis et precuin in quinqne In- 
doru:n linguis, quurum usas per Americani 
Australem, nempe Pnquinica, Tenocotica, 
Catamareanâ, Guaranica , Nalixana sive 
Mogaznana. Peruviœ , 1590. Infol. » 

Brunet ajoute: «Livre très rare cité par 
Sotwel , Biblioth, Soc. Jesu, page 33 , qui 
n'en marque ni la date ni le lieu d'im- 
pression, et par M. Peignot , Dict. bibliol., 
tome I", page 36o. C'est la plus ancienne 
impression faite à Lima que l'on con- 
naisse Le P. Alphonse Barzena , 

surnommé r« apôtre du Pérou», n'a point 
d'article dans la Biographie universelle. « 
La notice de Brunet est reproduite en 
abrégé dans la Biographie universelle de 
Felier (127, i, p. 377), de i838. 

Il est de toute évidence que ce titre a 



CARTE ETHNIQUE. 



19 



oublié peut-être dans de vieilles archives quelconques. Jusque- 
là nous n'aurons que les vagues renseignements des auteurs 
de relaciones, des chroniqueurs jésuites, et les données archéo- 
logiques, pour identifier ce peuple qui a occupé une partie 
si considérable de la région andine de l'Amérique du Sud. 
Je démontrerai dans un autre chapitre comment tous ces do- 
cuments indiquent une aiïinité complète entre la civilisation 
des Diaguites et celle des anciens Péruviens. 

Tout ce qui reste actuellement du cacan consiste en quelques 
noms de lieux, mais il faut remarquer que la toponymie; de 
la région des Diaguites est, presque en totalité, du phis pui- 



été composé d'après la notice de Ribadc- 
neira et Aleganibe , en gardant même les 
erreurs d'Impression des mots Toiiocotica 
et Catainarcuna. D'ailleurs le mot Pe- 
riiviœ , employé comme nom de lieu de 
publication , confirme le fait que le litre 
a été arbitrairement composé. Il est sur- 
prenant {[ue l'auteur de celte adaplation 
n'ait pas remarqué que Ribadeneira et Ale- 
gambe disent clairement scripsit et qu'ils 
indiquent au moyen d'un numérotage 
spécial les ouvrages imprimés, comme le 
fait aussi Barcia en donnant toujours pour 
ces ouvrages l'année et le lieu d'impression. 

M. Charles Weiss, auteur de l'article 
(I Bârzena » dans la Biographie univer.selle 
de Michaud (237) [éd. de 1842], présente, 
de même que Brunet, les travaux du P. 
Bilrzana dont nous nous occupons, comme 
un ouvrage inq)rimé. 11 reproduit le même 
titre : <i Lcxica cl prœcepla», etc., y com- 
pris les bévues typographiques plus haut 
signalées; mais il change le lion d'impres- 
sion en mettant : En Los Reyes , apiid 
Antonio Ricardo, 1590, in-fol., au lieu de 
Peruriœ, 1590, in-fol., connue dans Pei- 
gnol et Brunet. Dans la Biofjrapliie univer- 
selle publiée antérieurement, en i84i, 
par le même M. Weiss (375, i, p. 270), le 
prétendu livre de Bàrzana portait encore, 
comme lieu d impression , Peruviœ , 1590. 

Les PP. de Backer(43, in, p. luj), dans 



leur Bibliotlicqne des ccrirains de la Com- 
pagnie de Jésus (i85/i-i86i), répètent le 
faux litre ; « Lexica et prœcepla » , etc. , avec 
la date d'impression : Pernriœ, 1590, don- 
nés, par lirunet. Ils ajoulent que «le P. 
Bârzena a encore écrit d'autres opuscules 
d'après l'indication de nos bibliographes», 
après quoi ils copient la notice de Ribade- 
neira et Alegambe : « Scripsil liic Tucunia- 
nensiuni Apostolus » , etc. 11 est étonnant que 
les PP. de Backer n'aient pas remarqué la 
sinirulière coïncidence entre le titre du 
soi-disant ouvrage imprimé et celle der- 
nière notice. 

Dans la nouvelle édition (1890-1900) 
de la Bibliothèque des PP. de Backer, 
l'éditeur C. Sonunervogel (44, 1, p- 097) 
persiste à transcrire et le litre ^i Lexica 
et prœcepla » comme celui d'un ouvrage 
inqirimé, et la notice de Ribadeneira et 
Alegambe. 

Enfin le comte de la Vinaza (371 ,p. /i5), 
dans son érudite bibliographie des langues 
américaines, reproduit le tilre "Lexica 
et prœcepla ... Peruviœ , 1590», comnae 
s'il s'agissait d'un ouvrage imprimé; mais 
il est évident (pi'il l'a pris de Brunel, 
qu'il cite. 

Toutes ces circonstances démontrent 
que le litre donné par Peignol , et repro- 
duit [)ar lanl d'autres, est laclicc-, el nous 
n'avons aucun indice que les études de 



20 



ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 



quicliiia et que les noms qui n'appartiennent pas à cette langue 
sont rares; ce sont ces derniers que Ton suppose être cacans. 
M. Samuel A. Lafone-Quevedo (199) a dressé une liste très 
complète de noms de lieux et de termes d'origine indienne 
encore en usage chez les habitants de la province de Catamarca , 
et il classe ceux qui ne sont pas quichuas comme « probable- 
ment cacans ». Le cacan existait encore comme langue vivante 
au XVII*' siècle. Ainsi Lozano nous apprend que le jésuite Her- 
nando de Torreblanca était, en iGôy, le seul Espagnol «qui 
savait la langue des Galchaquis ». Le mot cacana, d'après l'abbé 
Lorenzo Hervas (165, i, p. 170), n'appartiendrait pas, du reste, 
à cette langue, mais serait dérivé du quichua racrt = montagne. 



Bârzana sur les langues énumérées dans 
ce titre aient jamais été imprimées. Les j 
renseignements de Ribadeneira et Ale- 
gambe et de Techo indiquent également 
que Bârzana, selon toute probabilité, avait 
écrit un ouvrage spécial sur chaque langue . 
au lieu de réunir les diverses langues dans 
un seul ouvrage , comme le faux titre men- 
tionné le fait croire. 

M. .1. G. Th, Graesse (151,t. i, p. 3o5) a 
été le premier à attirer l'attention sur ce 
livre imaginaire, mais il donne une autre 
indication qui semble erronée. Il dit que la 
« Bll)llofhèque impériale de Paris possède 
un Vocabiilario de Bârzena, imprimé à 
Los Reyes en i586». J'ai fait des re- 
cherches soigneuses pour trouver ce Voca- 
bulario à la Bibliothèque nationale, mais 
il n'y existe pas. Probablement M. Graesse 
se réfère- l-il à un vocabulaire anonyme 
de quichua qu'il attribue par erreur à Bâr- 
zana. Cet ouvrage porte , à la Bibliothèque 
nationale, la cote Rés. Inv. X2îi3,et son 
titre est le suivant : Aiie, y vocahvlario en 
la leiigva gênerai del Peiv llamada Quichua 
y en la lencjca Espai'iola. El mas copioso y 
élégante que hasta agora se ha impresso. En 
los Reyes por Antonio Ricardo. Aiio de 
M .D.LXXXVi. La préface est de l'impri- 
meur Ricardo, qui dédie le livre au vice- 
roi comte del Villar. M. de la Viiiaza 



371 , p. ^3) donne quelques extraits des 

Préambules de ce vocabulaire. 

Pour terminer cet aperçu bibliogra- 
phique sur les œuvres du P. Bârzana, 
M. Joseph Sabin (319, i, p. k'x^), dans son 
grand dictionnaire de bibliographie amé- 
ricaine, ne mentionne d'autre ouvrage 
imprimé de Bârzana qu'un Arte y Vocaha- 
pris le titre de Lude\vig(223, p. 210), qui, 
lario de la Lengua de los Indios Abiponcs y 
Quiranguis , 210 pages, dont M. Sabin a 
de sa part, dit l'avoir pris de Lozano. Ce 
titre, sans lieu ni date d'impression, me 
semble très suspect, et la publication du 
travail sur les Ablpons et Quiranguls reste 
pour moi extrêmement douteuse. Lozano 
(219 , p. 116) dit que B;lrzana avait écrit un 
arte de ces deux langues, mais sans ajouter 
que cet ouvrage avait été Imprimé. C'est 
là proljablement l'origine du titre. 

Il semble que les seuls ouvrages lin- 
guistiques du P. Bârzana, connus au- 
jourd'hui, sont les textes en puquina, 
publiés par l'évèque Ore (275), et peut- 
être VArte de la lengua toha (56) qu'a fait 
connaître M. S. A. Lalone-Quovedo, mais 
([ui. paraît-il, ne peut être avec certitude 
altiilmé au P. Bârzana. M. Enrique Torros 
Salamando (351), qui cependant connaît 
bien les archives de Lima, n'apporte rien 
de nouveau à ce sujet. 



(:\I\TE ETHNIQUE. 21 

Les Diagiiites étaient divisés en de nombreuses tribus dont 
nous retj-ouYons aujourd'hui les noms désignant des localités 
ou des districts du territoire qu'ils ont habité. Lozano surtout 
donne de longues listes de ces tribus dont nous citerons quel- 
ques-unes : Tolombons, Pacciocas, Quilmes, Acalians, Hua- 
chipas, Tafis, Anfamas, Andalgalàs, Mallis, Huasans, Huachas- 
cliis, Pipanacos, Hualhns, Famayfds^ Abaucans, Gatamarcas, 
Capavans, Copayampis, Paccipas, Guandacols, Famatins, etc. 

Parmi les tribus des Diaguites, les Calchaquis ont attiré plus 
qu'aucune autre l'attention des historiens, à cause de leur ré- 
sistance opiniâtre aux Espagnols, résistance qui dura plus d'un 
siècle après l'arrivée des premiers conquérants. Ils habitaient 
la partie sud de la Vallée Calchaquie, les départements actuels 
de San Carlos et de Gafayate, et on voit aussi désigner comme 
Galchaquis les Indiens de la Vallée de Yocavil, prolongation de 
la Vallée Galchaquie vers le Sud. Lozano nomme quelquefois, 
dans ses énumérations des nations indigènes, les Galchaquis 
de telle façon que l'on peut supposer qu'ils formaient une 
nation indépendante à côté des Diaguites; mais plusieurs au- 
teurs plus anciens nous apprennent d'une manière catégoi'ique 
que les Galchaquis étaient bien des Diaguites, parlant leur 
langue, le cacan. Bârzana (55,p. i.vi), le premier missionnaire 
qui pénétra dans la Vallée Calchaquie en iôSq, le déclare très 
nettement, et les jésuites Juan Romero et Gaspar de Monroy le 
confirment d'une manière qui ne laisse aucun doute. D'après 
Techo (341, 1. II, c.xvi-xviii; p. 47-/18), ces jésuites continuèrent, en 
1601, l'œuvre de Bârzana et ils rendent compte eux-mêmes 
de leurs travaux dans une lettre adressée à leur Provincial, 
le P. Diego deTorres^^\ où ils désignent le territoire sous le 
nom de Valle Calcliaclii , mais en appelant toujours ses habitants 
des Diacjuui, sans employer une seule fois le nu)t « Galcha- 

''' Cette lettre est insérée dans une re- Pndri Gio. Romero e Gnspuio di Monroy di 

lallon (lu P. Torres (350) , publiée en italien Tiiciiinan. [Édhiou italiiimc, p. 22-3o; tWlition 

et en français. l'Ule porto, dans l'édition française, fol. l'i-ig.) 
originale italienne, le titre : Lctlera dclli 



22 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

quis ». Ce témoignage prouve que cette dernière dénomination 
lut tirée, à une date postérieure, du nom de la vallée. Techo 
{ibid. ; l wu , c. m; p. .iôi) dit également que les Diaguites d'Andal- 
galâ,Belen, etc., étaient sanguine et hncjua Calchacjmnis affines. 
Romero et Monrov, dans la lettre citée, mentionnent aussi 
des Indiens nommés Pulares qui habitaient une partie de la 
\ allée Galcliaquie, et Lozano parle souvent de ces Indiens, 
qu'il localise dans la partie nord de la vallée. Bien que Lozano 
donne une certaine autonomie à ces Pulares en les énumérant 
quelquefois parmi les principales nations de l'ancienne pro- 
vince du Tucuman, parallèlement aux Diaguites, aux « Ju- 
ris » , etc. , il me semble probable qu'ils n'étaient qu'une tribu 
des Diaguites et même qu'ils faisaient partie intégrante des 
Calcliaquis. Ils devaient parler le cacan, car aucun auteur ne 
mentionne une langue qui leur fut spéciale. Lozano (220, v, p. Gi, 
160, 2i3) cite des Pulares près de l'Acay, ta Chicuana, située 
entre Gaclii et Molinos, et à Luracatao, dans les montagnes à 
l'ouest de Molinos. Ces renseignements précisent l'étendue de 
leur territoire. 

Tous les auteurs donnent aux Diaguites les épithètes de bel- 
liqueux, guerriers, terribles, grands tireurs d'arc, etc. Techo 
(341; p. 147-148) nous a laissé quelques renseignements curieux 
sur leurs mœurs et leurs coutumes. Dans le xxii^ chapitre du 
v° livre de son Ilistoria, après avoir défini géographiquement 
la Vallée Galchaquie, en y comprenant aussi, semble-t-il, la 
Vallée de Yocavil, il décrit les habitants de cette vallée comme 
fort guerriers et très vaillants, toujours en rébellion contre 
les Espagnols, et défenseurs opiniâtres de leur liberté. Les 
femmes, portant des torches allumées, excitaient leurs maris 
au combat, et, si ceux-ci voulaient fuir, elles les obligeaient, en 
brandissant les torches, à retourner à la bataille. Ces femmes, 
lorsqu'elles voyaient la bataille perdue, se jetaient du sommet 
des rochers en bas, pour ne pas tomber entre les mains du 
vainqueur. Les jésuites eurent beaucoup de difficultés j^our 



CARTE ETHNIQUE. 23 

convortir los Galcliaquis. Enfin en i64i furent déllnitivenient 
établies les missions de San Carlos et de Santa Maria, fondées 
déjà en 1617, mais souvent détruites pendant les rébellions 
des Indiens et toujours restaurées avec cette ténacité carac- 
téristique aux fds d'Ignace de Loyola. San Carlos et Santa 
Maria sont aujourd'hui des chefs-lieux de départements, ap- 
partenant l'un à la province argentine de Salta, et l'autre à celle 
de Catamarca. 

Techo consacre le chapitre suivant, le xxiii'' du v^ livre, 
tout entier aux coutumes et aux cérémonies des Calrhaqnis. 
Le texte de ce chapitre mérite d'être reproduit : 

De Calchaquinorum moribus. — Calchaqiiinos ah Jiidœis onfjincm diiccrc 
indc prima orta siispicio est, qiiod siih priimim HispanoruDi iiujrrssum ah non 
paacis Davidis et Salomonis nnmina usuipari in hâc valle rrprrtani sit; et asse- 
rcvent (jcntis anlicjiiissimi , majores siios olini circumcidi solere. Defnnctorum fra- 
triim semen siiscitare : vestis ad tcrramjluxa, et ad siniim cimjiilo collecta, aliipiod 
Jiidaici moris indiciiim hahet. Siispicionem liane aiujet quonimdam opinio apud 
Josephiim Acostam et alios aatlwres Americanorum orifjinem adJndœos referentinm. 
Gens omnis, nt Jiidœi, ad insaniam siiperstitionihiis dedita est. Arbores plnmis 
ornatas passim adorât, adeo ut in illani jactari possit (jiiod olini in Sinagocjam , 
sub omni arbore frondosâ prosternebaris millier. Soleni pro primario Numine, pro 
feciindariis Diis tonitriiiun et fulgiir colit. Acervis lapidiim, Majoriim suoriim 
monumentis [nt ex eo ctiam Jiidœos agnoscas) sims est honor. Magos pro medicis 
ac sacerdotibiis vcteralionihiis insignes veneralur. Hi in semotis sacellis decjnnt, 
Dœmonem consultantes, aut abs se consultari fmgenles. Hiijusmodi Sacerdotiim 
ojficiuni est, alios nefandis prosus execralionihus initiare. Apud initiatos pleriun- 
(pie puhlicas debacchationes exercent : finariim dehacchationum tanta est frrocitas 
et tarpitudo, (juanUim mctiias ah projligatissimis morlalihus ebrielate (juolidiana 
acfnrore corriiptis. Ubi vino incalnere, in miituam prœteritarum injuriarnin rin- 
dictam in sese tiimiiUuose involant, capita inviccm arciibiis ferienles. In Itis bac- 
chanalibiis prœliis declinarc ictum, aut manu averlere , perpelun dedecori est : 
ruinera vero accepisse , sancjuinem large Judisse faciem dejormari, inler piimaria 
décora computant. Calenlc jam debacchatione , Sacerdos multa verba deblaterans 
cciDW calvam sagitlis hirsutam Soli consecrat, aqris fertilitatem deprccans : 
exccrandam mox calvam allcri tradlt, (put acceplala, deharchalionis se(iuenlis 
indupcralor constituitur. Sic per orhcm (jenlis primores Irsserd accepta, tolain 
vitani inler furibiinda hilaria transigunt. la sacrificiis a Mago animalium san 
gnine expin(junlur. Scd nus(iuam alihi insaniiinl mugis, (juam m funerihus. Ad 



24 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

moribundi domuin coiicurruut consamjiiiiiei omnes ac amici, diii noctaqiie morbi 
temporc compolilalnri : œcjroti liomims stratuni innumcris scujitis solo injîxis cir- 
cumdant; ne mors scilicct, sagittanim metii, accedcrc aiidcat. Rcccnlcr inoiiuuin 
quanta possunt vociim conlentione lamentantiir. Circa cadavcr scdi iwposiliini , 
omnis gcneris cibos et vinuni depomint, focos excitant, thiiris loco nescio (juas 
frondes concremant. Ad commovendam commiserationeni viri fœnimœcjue snpel- 
lectilcm defancti nniltitudini ostentant; aliis intcr insanas clwreas ac saltitationes 
cri cadaveris , quasi cornes tari, cibos admoventibiis , et frustra admotos pro mortao 
decjlutieniibns. Octiduo in liis et aliis insaniis transacto cadaver sepeliunt , canes, 
arma, eqnos et defnncli cœteram supeUectilem , variasque vestes ab aniicis oblatas, 
in camdeni cum eo fossam conjicientes. Subinde domum mortmdem , ne scilicct 
mors eo iterum redeat, concremant. Anno integro in luctuposito, anniversarium 
iisdem cerimoniis célébrant. Pro veste lugabri corpus nigrore inficiunt. Ne quid in 
his omnibus peccetur, magistrum ccrimoniarum adliibcnt. Nullum morte natarali, 
sed omnes violenter mori aatumant ex quel hacresi mutuis suspicionibus perpétua 
livescunt aut prœlianiur . Dœmone, ut bella seminet, vere aut mendaciter mor- 
tium authores per Magos quandoque dilvugante. Animas suorum post mortem 
existimant in stellas converti, eo splendidiores , quo invita fucre aut gradu aut 
facinoribus insignores. Festis diebus plumis versicoloribus se coronant. Capillos ad 
cingulum usque promissos vittisque discriminatos muliebriter innodant. Brachia 
cubito tenus argenteâ œneave lamina ad usum sagittandi, et ad adliquod corporis 
ornamentum , vestiunt. Gentis primores orbe argenteo œneove diademati inferto 
frontem cingunt. Pueri usu veneris interdicuntur, donec ab veteratoribus nefando 
prorsus rita emancipentur. Virgules pictis vestibus utuntur, quas prostato pudore 
in simplices vertunt. Calcliaquinorum factiones contimiis ferme bellis sese confi- 
ciunt. Nihil potentius focmiius ad pacem inter utramque armatorum partem indu- 
cendam, Barbarissimis morlalium sexui, a quo lac ac alimoniam sumpserunt, 
omnia facile concedentibus. Triginta millia Indigenarum inpagis oppido plurimis 
incolentium sub id tempus esse perhibebantur : quamquam de hoc numéro discon- 
venire reperio etiam illos, qui gentem excoluere. Sed in hoc convcniunt omnes, 
quod Calchaquini tam facile Christianorumfidem approbent, quam postea nulla 
causa execrentur. Ex his, quiolim baplismum susceperant, nullus Christianorum 
more vivebat. Promiscue cum Ethnicis avitos ritus omnes sine discrimine usur- 
pabant. Quare Socii communi consilio decrevere, nullum imposterum ex hac 
gente baptizandum, nisi in mortis articula, aut multorum annorum experimento 
probatum. Infantes liberius sacris undis immergebantur. Quia igitur projliqandœ 
prius erant Barbarorum inveteratœ consuetudines , quam Christianœ leges induci 
passent. Patres imlli labori parcebant. Spreto mortis periculo ubique idola distur- 
babant. In perversas sepeliendi ritus acri sermone invehebanlur, et si quid hujus- 
madi erga baptizata corpora Christiani agere vellent, ne hid sieret fortiter pro- 
hibebant. Prœterca maqnam vim adhibebant in ainovcndd plerorumquc opinione, 



CAiriK K/niMOUE. 25 

arhjtrantium se millâ in rc pcccarc, et proiiide millâ Exhomolo(jcsi indicjerc. Cuni 
vevo in recjione perversd fructus non respondebat opcri, lutc se Sncii cfxjitdtione 
solabantiir qnodJre(juenlibus nwricnlium puerorum et snbinde adaltonun hdptlsniis 
minierwn Cœlestium cmgerent, obstaculoque essent ne pcdam (jens in Hispdnos 
rebellaret, mit bella doniestica exercevet. Cœtciuni (juani ApostoUca esset liœc 
expeditio, inde collecji potest, (juod bini in singulis sedibus Socii, barbaro cibo 
contenti, miUo per alùjiwt annos Eiiropœorani consortio, sala cœlcstinni rernni 
suavitate pascerentur. Singulis sedibus, prœter annucun stipeni, campanœ et orna- 
menta sacra, Régis Catholici beneficentia , transmissa sunt : tanto Rege Bar- 
baroruni miserrimos ad uUinins uscpie Orbis angulos libcraliter prosecpienfe. 



On le voit, le P. Teclio commence ce chapitre en se de- 
mandant si les Calchaquis descendaient des Jnifs, la théorie 
de la descendance Israélite des Indiens en général étant très en 
vogue chez les auteurs qui ont écrit sur T Amérique aux pre- 
miers temps de la conquête. Mais Acosta (2;l.i, c.xxin; t.i, i).7o), 
que Techo cite comme partisan de cette théorie, est justement 
d'opinion contraire. A l'appui de la descendance israélite des 
Calchaquis, Techo nous fait connaître plusieurs particularités 
de ce peuple, intéressantes au point de vue ethnographique. 
Ainsi il nous apprend que les ancêtres des Calchaquis, d'après 
ce que racontaient les individus les plus âgés, pi-atiquaient la 
circoncision. Le vêtement principal des Calchaquis était une 
longue rohe retenue par une ceinture, probahlement la «che- 
mise » péruvienne [camiseta des chroniqueurs) que nous décri- 
rons plus loin, mais descendant au moins jusqu'aux genoux, 
comme on le voit sur la fresque de la grotte de Carahuasi, 
pvd^liée par M. .1. B. Ambrosetti (13), et aussi s ni- celle de 
Pucarâ de Rinconada, dans la Puna de Jujuy, i-eprodiiile 
plus \om,fi{j. Iâ7. Un frère survivant se mariait avec la vcMive 
de son fj-ère défunt. Les Calchaquis adoraient des arbres 
ornés de plumes. Le Soleil était leur dieu princij)al et ils ado- 
raient aussi le tonnerre et les éclairs, cultes dans lesquels nous 
constatons l'influence incasique, car les Incas inlroduisaieul 
l'adoration du Soleil chez Ions les ])eu])les qu'ils .'iniiex.'ilenl à 
leui" enqiire. Comme monuments ruiMMiiires, les Cnl(ha(piis 



26 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

érigeaient des monceaux de pierres sur les sépultures. Ils véné- 
raient des médecins et des prêtres fameux qui habitaient des 
lieux secrets où ils consultaient les puissances surnaturelles. 
L'enseignement des rites religieux par les prêtres était accom- 
pagné d'orgies se terminant dans l'ivresse la plus absolue et 
ayant comme conséquence des rixes générales, quelquefois 
même de vraies batailles où les arcs et les flèches jouaient un 
rôle principal. On considérait comme un honneur d'y recevoir 
des blessures et d'en conserver des cicatrices sur la figure. Au 
milieu de l'orgie , le prêtre , en demandant la fertilité des champs , 
offrait en sacrifice au Soleil une tête de biche hérissée de flèches. 
Cette tête était ensuite remise à un sorcier qui, s'il facceptait, 
devait présider l'orgie prochaine. Les principaux personnages 
célébraient souvent de ces orgies tumultueuses. Lorsqu'un Gal- 
chaqui était atteint d'une maladie mortelle, tous ses parents et 
amis se rendaient chez lui, et, aussi longtemps que durait la 
maladie, ils buvaient jour et nuit et plantaient des flèches dans 
le sol autour du lit pour que la mort n'osât pas s'en approcher. 
Immédiatement après la mort, les personnes présentes com- 
mençaient à se lamenter à haute voix. Elles plaçaient auprès 
du cadavre des mets et des boissons, allumaient des feux et 
brûlaient comme encens certaines herbes. Pour inspirer de la 
compassion à la foule, des hommes et des femmes lui mon- 
traient les vêtements du défunt; d'autres dansaient et sautaient 
autour de celui-ci et lui offraient des mets; lorsqu'ils voyaient 
qu'il n'y touchait pas, il les mangeaient eux-mêmes. Ces cérémo- 
nies duraient huit jours, après quoi on enterrait dans une fosse 
le cadavre revêtu des vêtements donnés par ses amis; on brûlait 
ensuite sa maison afin d'empêcher la mort d'y revenir. Le deuil, 
qui durait un an, se portait avec des vêtements noirs, et à la fin 
on répétait les mêmes cérémonies. Les Calchaquis croyaient 
qu'il n'y avait pas de mort naturelle, mais que tout le monde 
mourait de mort violente; cette croyance avait pour résultat 
des souT)çons, des inimitiés fréquentes entre les familles. Les 
sorciers contribuaient à inspirer ces soupçons et incitaient ta la 



CARTK ET II M OLE. 



27 



discorde. Les Calcliaqiiis croyaient aussi que les morts étaient 
convertis en étoiles, d'autant plus brillantes que leur situation 
avait été plus élevée. Les jours de fête, les Calcliaqiiis ornaient 
leur tcte de plumes multicolores. Ils avaient des cheveux longs 
jusqu à la ceinture et réunis en tresses fixées au sommet de la 
tête en forme de nœud. Ils portaient à favant-bras des lames ou 
des bracelets en argent ou en cuivre, pour faciliter le manie- 
ment de l'arc ou comme parure. Les chefs entouraient leur front 
d'un bandeau en argent ou en cuivre. Le commerce avec les 
femmes était défendu aux jeunes gens jusqu'à ce qu'ils fussent 
déclarés pubères par les sorciers à la suite de cérémonies spé- 
ciales. Les jeunes fdles portaient des vêtements multicolores 
qui.prostrato piidore, étaient échangés contre de plus simples. 
Les Galchaquis, toujours divisés en factions, étaient continuel- 
lement en guerre. Les femmes avaient une grande autorité pour 
séparer les combattants, et ceux-ci les respectaient. On évalue 
à trente mille les Galchaquis de la campagne et des villages, 
mais les difiPérents auteurs de l'époque ne sont pas d'accord 
en ce qui concerne cette évaluation ^'^. Ces Indiens se laissaient 
très facilement convertir au catholicisme, mais ils oubliaient 
avec une égale facilité la religion et retournaient à leurs an- 
ciennes coutumes païennes. Pour ce motif, les Pères s'étaient 
vus obligés de les baptiser seulement in articiilo mortis, ou 
quand leur fidéhté au christianisme avait été éprouvée pen- 
dant plusieurs années. Ces informations du P. Techo sont don- 
nées d'une façon si simple et si sincère, que l'on est convaincu , 



f'' Les évaluations des individus compo- 
sant les diverses nations et tribus indiennes, 
faites par les auteurs anciens , sont toujours 
h peu près sans valeur lorsqu'elles ne sont 
pas i)asées sur les recensements réf,^uliers 
(jue les Espagnols dressaient quelquefois des 
Indiens soumis au payement d'un tribut 
dansun certain territoire. Comme exemple , 
nous citerons Narvaez (253, i>- i 'i8) qui éva- 
lue les Indiens de la Vallée Calcliaquie à 
2,5oo, se référantsansdoute aux guerriers 



seulement. L'évèque deTucuman , MeK lior 
INlaldonado de Saavedra (227), évalue, en 
i6r)8, les mêmes Indiens à 20,000 indi- 
vidus, dont 6,000 guerriers. Actuellement 
la N'allée (^alcliacpiie et les montagnes 
environnantes, c'est-à-dire les départe- 
ments de La Ponia, Cachi, Molinos, San 
Carlos et Cafayatc, contiennent 2 2,000 ha- 
bitants, d'après le recensement de la Ué- 
publi(|ue Argentine de i8<)5. La Vallée de 
Yocavil en contient (j.ooo environ. 



28 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

en les lisant , qu elles ont été obtenues des Indiens eux-mêmes 
ou de personnes qui les connaissaient Lien. Elles sont d'autant 
plus précieuses que nous possédons très peu de renseignements 
ethnographiques sur les anciens Diaguites. 

Techo termine, comme on le voit, son chapitre en rendant 
compte des difficultés que rencontrèrent les premiers mission- 
naires jésuites de la Vallée Calchaquie. Plus loin {ihid; 1. xn, c. xi; 
p. 326), il décrit les coutumes funéraires des Diaguites delà 
région de Londres. Ils laissaient les yeux des morts ouverts, 
pour que ceux-ci jDUssent voir leur chemin dans l'autre vie. 
Pour les funérailles, il y avait des pleureuses (^laudatrices) qui 
avaient pour mission de proclamer les mérites du défunt et 
de se lamenter à haute voix auprès du cadavre, coutume en- 
core en usage aujourd'hui chez les métis de l'ancien territoire 
des Diaguites. D'après Techo, les Indiens de Londres n'enter- 
raient pas leurs morts, mais ils les gardaient dans un «sarco- 
phage » placé à un endroit élevé au-dessus du sol. Il me semble 
que cette information doit être inexacte, car les données ar- 
chéologiques ne fournissent pas d'indices de cette coutume, 
tandis que toute la région est pleine de tondues sous terre. 
Peut-être les cadavres étaient-ils, avant d'être enterrés, 
exposés pendant quelque temps dans le « sarcopliage » élevé que 
mentionne Techo. Une autre habitude des Indiens de Londres 
était d'asperger les plantes naissantes avec du sang, afin d'ob- 
tenir une moisson al)ondante. 

Lozano (220, i, p. /lacj/iSo) répète tout ce que dit Techo sur les 
coutumes des Indiens de Londres. Quant à l'habitude de placer 
les cadavres au-dessus de la terre, à celle de laisser leurs 
yeux ouverts et à celle des pleureuses, qu'il dénomme préficas, 
on ne peut douter que Lozano ait copié Techo directement. 
En ce qui concerne les cérémonies pour obtenir une bonne 
moisson, il donne des informations complémentaires. H ra- 
conte que, pour semer, on attendait f apparition de certaines 
étoiles. Lorsque les nouvelles plantes sortaient du sol, on 
organisait une chasse et on gardait le sang du premier hua- 



CARTE ETHNIQUE. 29 

naco OU du premier lièvre (agouti) tué, pour eu asperger les 
fruits de la terre. Les premiers fruits de la terre étaieut sus- 
pendus à un arbre et olFerts aux dieux : cette cérémonie s'ap- 
pelait pilla-jacica. Je parlerai plus loin des cérémonies cpii 
ont lieu encore aujourd'hui dans la Puna à l'occasion des 
semailles. 

Dans la lettre des PP. Romero et Monroy publiée par le 
P. Diego de Torres, et que nous avons déjà mentionnée, ces 
missionnaires donnent la description suivante des vêtements 
et des armes de quelcpies Diaguites qu'ils virent au cours de 
leur voyage dans la Vallée Calchaquie en 1601. Nous transcri- 
vons cette description de l'édition française de la relation du 
P. Torres (350, fol. 16) : 

Ayant achevé de dîner, vinrent pour nous visiter deux Curaqiies avec dix 
hidicns diaquitcs d'un autre peuple voisin dont l'aspect et l'habit est si fier 
et si bizarre, qu'il épouvante. Ils portent les cheveux longs et avec tresse, 
retroussés sur les épaules, et à i'entour de la tête un cordon de laine filée, 
là où ils y mettent plusieurs plumes colorées. Ils peignent leur front de noir 
jusqu'aux yeux, et le reste du visage ils se despeignent de mille couleurs. 
Ils y sont de grand corsHge''^ et d'un regard terrible : depuis les cils des 
yeux jusqu'à la ceinture, il leur pend deux cordons de laine ou poil df 
chèvre [sic) de couleur d'escarlate. Ils se vêtent d'une chemise qui leur va 
jusqu'au col du pied, tant homme que femme, laquelle ils ceinturent quand 
ils vont à la chasse, à la guerre et en voyage. En aucun temps qui soit ils ne 
laissent l'arc, ni le carquois chargé de plus de cinquante flèches, et ont un 
grand renom d'èlrc vaillants et adroils pour tirer de l'arc. Ils portent au 
bras des bandes en façon de laserans, qui sont de laine rouge reluisante, 
ce pendant demeurant tout le reste découvert jusqu'au coude, et ont des 
patins dans les pieds. 

On trouve sans doute de légères conlracbclioiis dans ces 
])assages des PP. Romero et Monroy et du P. Techo. Cepen- 
dant ces relations constituent presque les seules données an- 
ciennes et aulhenliques des couliimes des Diagiiiles. Vu leur 
inqwrtance [)()ur l'ethnograpliie préhispaiiicpic de ce |)('Uj)le, 

''' Corsage .la taille ou le busle, clc[)uis les hanches jus(ju'au\ éj)aules; de l'ancien 
français cors (= corps). 



30 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

j'ai cru intéressant de les citer, sans toutefois entrer dans Tliis- 
toire de la conquête espagnole. 

Pour cette histoire de la concjuista, les ouvrages de Techo, de 
Lozano et de Guevara sont les principales sources à consulter; 
on peut trouver aussi des détails dans les documents inédits 
conservés dans les archives coloniales d'Espagne, dans celles 
de Buenos-Aires, de Santiago-du-Chih, de Lima, et enhndans 
les archives puhliques et particulières , surtout familiales , des 
provinces argentines. M. Lafone-Quevedo a fait des recherches 
soigneuses dans les archives provinciales , surtout en Catamarca , 
et il a mis au jour heaucoup de détails inconnus jusqu'alors. 
Gomme histoire générale de la conquête espagnole du pays des 
Diaguites, l'ouvrage du clianoine Funes (139) est intéressant. 
Martin de Moussy (230, t. m) et Burmeister (85, p. 84-107) ont donné 
des aperçus de cette histoire. 

Don Diego de Almagro fut le premier des comjii'isladores qui 
pénétra dans le pays des Diaguites, en i536; mais il ne fit 
que passer par la Vallée Galchaquie pour se rendre au Chili. 
En i5/io, Diego de Rojas, venu du Pérou, tenta de conquérir 
la région diaguite; mais il y trouva la mort. Son compagnon, 
Francisco de Mendoza, arriva jusqu'au Rio Paranâ, où il fut 
assassiné par ses propres soldats. La deuxième tentative eut 
lieu en i549, ^c>us les ordres de Juan Nunez del Prado, qui 
était parti du Pérou. D'autres expéditions suivirent, comman- 
dées par des Espagnols venant du Chih : Francisco Villagran , 
Francisco de Aguirre (i553), Juan Pérez de Zurita (1558), 
Gregorio Castaneda (i56i). Ces généraux ne faisaient pas 
seulement la guerre aux Indiens, ils semblent avoir autant 
combattu les uns contre les autres, excités par fambition et la 
jalousie. 

J'ai indiqué sur la carte fuj. 10 les dates de fondation des 
])rincipales villes et de quelques « missions » des jésuites. Ces 
dates, à elles seules, découvrent, étape par étape, rétablisse- 
ment des Espagnols dans les différentes régions. Mais les 



CARTE ETHNIQUE. 31 

premières villes furent presque imiuécliatement détruites. Ces 
villes disparues sont marquées sur la carte avec un point noir 
et des caractères spéciaux. L'emplacement de certaines autres 
villes changea souvent, jusqu'à ce que l'on eût rencontré un 
endroit où les ressources fussent suffisantes et la défense contre 
les Indiens possible. La première ville fut Ciudad del Barco, 
fondée en 1550, par Nunez del Prado, et, d'après Teclio (341; 
i. I, c. xx;p. i4), sur le Rio de Escava. Cette ville connut plusieurs 
emplacements. M. Lafone-Quevedo (197), qui a étudié son his- 
toire, doute de la position primitive sur le Rio de Escava. La 
deuxième ville, fondée par le rival de Prado, Francisco de 
Aguirre, en i553, fut Santiago del Estero, pendant longtemps 
capitale de toute l'ancienne province de Tucuman , et aujour- 
d'hui encore chef-lieu de la province argentine de Santiago del 
Estero. Pérez de Zurita fonda Londres^^^ en i558. Un village 
du même nom existe encore à la place du premier Londres, 
mais l'ancienne ville fut, elle aussi, souvent déplacée. Ainsi, 
en 1607, la «ville de Londres», rejuadada, se trouvait près du 
village actuel de Belen, et, en i633, elle était à l'endroit du 
Poman actuel. M. Lafone-Quevedo (196) a fait aussi une étude 
intéressante sur l'histoire de cette ville ambulante. En i559, 
Zurita fonda encore les deux « villes » de Côrdoba de Calcliaqui 
etde Canete.GràceàMatienzo(232, p. xLiv), nous connaissons la 
jDOsition précise de la première , qui fut détruite par les Calcha- 
qiiis en i562. Quanta la seconde, Canete, abandonnée égale- 
ment en i562, il est impossible de la localiser, les divers au- 
teurs donnant des renseiji^nements contradictoires à cet é^ard 
et le même nom étant, paraît-il, employé pour désigner des 
villes différentes. M. Lafone-Quevedo (197) a émis des hypo- 
thèses à ce sujet. Sur la carte, j'ai placé Canete suivant le ren- 
seignement de Matienzo [ibid.). Si cette position est celle du 
Canete de Zurita, l'endroit coïncide presque avec le [)r('mi('r 
emplacement de San Miguel de Tucuman, fondé en i56,> et 

''' Apjiclce îiinsi cii riioiiiunir de de Philippe, iiil'aiil (rEsp;ignc, le lulur 
Marie Tudor, reine d'Anglelcrrc, liancée roi IMiilippc II. 



32 



ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 



dépiacé en i685. San Miguel de Tucnman serait, dans ce cas, 
la continuation de Canete. Après les villes de Zurita suivirent : 
San Juan en i56i, Esteco en i566, la ville actuelle de Cor- 
doba — souvent dite « Côrdoba del Tucuman » pour la distin- 
guer d'autres villes du même nom — en i oyS, Salta en i582 , 
La Rioja en 1 69 1 , Jujuy en 1 ôgS , Catamarca en 1 683. On voit 
que la conquête ne peut être considérée comme un fait acquis 
avant l'année 1600, la domination esj)agnole ayant été tout à 
fait précaire au xvi^ siècle. 

Araucans. — Vers l'Ouest, les Diaguites étaient séparés du 
territoire chilien actuel ]yar la Grande Cordillère des Andes^'\ 
De l'autre côté de ces hautes montagnes habitaient les Araucans 
qui occupaient presque tout ce territoire, leur langue étant 
parlée « dejDuis Coquimbo jusqu'à Chiloë» d'aj)rès Antonio de 
Léon (214), et ils s'étendaient probablement aussi sur une partie 
de la Patagonie. Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de 
discuter l'étendue géograj^hique des Araucans à l'éj^oque de la 
conquête, car ils n'appartiennent pas à la civilisation ando- 
péruvienne^'-^^ Ils se trouvaient à un degré de civilisation très 
inférieur à celui des Diaguites, mais leur affinité ethnique 
avec ceux-ci constitue toujours un problème. Des recherches 
somatologiques modernes, par exemple celles de Virchow (373, 



'"' Je nomme « Grande Cordillère » la 
haute chaîne occidentale des Andes qui 
forme d'aboi'd la limite ouest du haut pla- 
teau bolivien et ensuite la frontière entre 
la République Argentine et le Chili. Dans 
ces derniers pays, on a l'habitude de nom- 
mer celte chaîne la Cordillera Real, mais 
j'évite l'emploi de cette dénomination , 
car, en Bolivie, une autre chaîne, celle 
qui passe à l'est du lac Titicaca, porte le 
même nom de Cordillera Real, tandis que 
l'on nomme la chaîne occidentale Cor- 
dillera de las Andes. 

''' L'ouvrage classique sur les Arau- 
cans • Los Aborigènes de Cliile, par M. José 



Toribio Médina (234), est une excellente 
compilation des renseignements histo- 
riques sur ce peuple. Les travaux récents 
du D' R. Lenz , basés sur de longues études 
parmi les Araucans eux-mêmes, ont jeté 
beaucoup de lumière sur leur folklore, 
leur linguistique et leur ethnographie. 
Ses Estudios Araiicanos (213) contiennent 
une riche collection de folklore araucan. 
Suivant M. Lenz, M. Médina, dans la pré- 
face d'un texte du P. Luis de Valdivia 
(364) a publié dernièrement une biblio- 
graphie complète de la langue araucane. 
Malheureusement , je n'ai pu consulter cet 
ouvrage. 



CARTE ETHNIQUE. 33 

p. 4o3), du D"* ten Kate (343, p. 61) et du D"" R. Verneau (368) ont 
signalé certaines analogies crâniennes entre les Araucans et 
les anciens habitants du Pérou, de la Bolivie et de la région 
andine de la République Argentine. 

Je veux seulement rappeler quaucommencement du xiv'' siècle 
le Chili fut conquis jusqu'au Rio Maule (35** 20' latitude Sud, 
plus au Sud que Mendoza qui est situé au 3 2° 53') parl'Inca 
Yupanqui et par son général Sinchi-Roca. Les vestiges laissés 
par les anciens Araucans démontrent qu ils n'en étaient qu'à 
l'« âge de pierre » , et il est facile de voir que les instruments 
en métal et la céramique perfectionnée que l'on a trouvés au 
Chili ne proviennent pas d'eux, mais bien de leurs conquérants 
péruviens. M. R. A. Philippi (286), ancien directeur du Musée 
national de Santiago-du-Chili, certainement expert en anti- 
quités chiliennes, considère aussi toute la poterie de fabrica- 
tion et d'ornementation supérieures trouvée au Chili comme 
de provenance péruvienne , ou , si elle a été faite au Chili, imitée 
des modèles péruviens. 

Un problème intéressant serait de savoir s'il y a eu com- 
munications, commerce ou migrations à travers les Andes 
entre les Diaguites et les Araucans. Les cols pour traverser la 
Cordillère sont très rares, depuis la Puna de Atacama jusqu'à 
Mendoza, et d'ailleurs situés à une altitude considérable; le pas- 
sage en est extrêmement dilFicile et périlleux. Suivant une tra- 
dition, répétée par Lozano (220, t. iv, p. 9), la tribu des Quilmes, 
qui habitait la Vallée de Yocavil, aurait émigré du Chili au 
pays des Diaguites, mais rien ne prouve la véracité de cette 
tradition. Probal)lement, ce sont les Incas qui ont établi les 
relations entre les Araucans du Chili et les Diaguites. 

Huarpes. — Comme il a été dit déjà, on a voulu attribuer 
les ruines et les débris préhispaniques des vallées andines de la 
province de San Juan, que je considère comme jjrovenant des 
Diaguites, à des Indiens nommés Huarpes. 

Le P. Alonso de Ovalle (278; 1. m, c. vu; i. r, p. 175 et suiv.) nous 

I. 3 

lUPIIIMCIII KATIOSiLt. 



34 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

donne une description très précise de ces Indiens, qu'il appelle 
Guarpes. Ovalle a écrit en i64o environ, quatre-vingts ans 
seulement après la conquête de l'ancienne province de Cuyo, 
comprenant les provinces argentines actuelles de Mendoza, 
San Juan et San Luis, conquête effectuée par les Espagnols 
du Chili. Ovalle fait remarquer les différences très marquées 
existant entre les Araucans et les Huarpes : ceux-ci avaient la 
peau beaucoup plus foncée que les premiers; ils étaient d'une 
taille beaucoup plus élevée et très minces, tandis que les Arau- 
cans étaient moins grands, mais robustes et trapus, ce qui est 
également le cas des Araucans de nos jours; les Huarpes par- 
laient une langue tellement différente de l'araucan du Chili, 
qu'il n'y avait pas un mot semblable dans l'une et l'autre langue. 
D'autre part, les HuarjDes construisaient leurs maisons sans 
aucun soin, se contentaient de huttes misérables, et ceux qui 
vivaient auprès des lagunes (celles de Huanacache) habitaient, 
comme des troglodytes, dans des trous creusés dans la terre. 
Les Huarpes couraient avec une vitesse extrême et ils étaient 
d'une endurance extraordinaire. Ils chassaient les nandous en 
les jDOursuivant à pied pendant un jour ou deux, sans s'arrêter, 
jusqu'à ce que le nandou, brisé de fatigue, se laissât prendre 
avec les mains. Techo (341; i. in, c. xxm; p. 82) donne la même des- 
cription des Huarpes qu'Ovalle. Il les représente aussi vivant 
sur les bords des lagunes, habitant des terriers creusés dans le 
sol ou menant une vie errante et se nourrissant de la pêche, de 
la chasse, des racines de plantes aquatiques. Techo, dans ce 
chapitre, les nomme des Ciiyoémes, mais dans un autre cha- 
pitre {ibid.;\. vu, c. xv; p. 188) il racoute que le jésuite Domingo 
Gonzalez, missionnaire en Cuyo vers 161 5 environ, savait la 
lingiia cjuarpana. 

Ces descriptions ne peuvent en aucune façon correspondre 
aux anciens habitants de la Tamberia de Calini>asta et antres 
villages en ruines des vallées andines de San Juan, habités par 
un peuple qui bâtissait des maisons en pierre, était très avancé 
dans l'art de la céramique et dans celui de fondre le cuivre 



CARTE ETHNIQUE. 35 

pour en faire des inslriimenls, qui, eu uu mol, avait alleiul 
uu assez haut degré de civilisation. D'ailleurs, comme nous 
l'avons vu, les squelettes des anciennes sépultures de Calin- 
gasta et de Jachal, étudiés par M. ten Kate (343, p. 61), ne cor- 
respondent pas à ces Huarpes minces et de haute taille; ils 
sont au contraire identiques aux Diaguites des Vallées Calcha- 
quie et de Yocavil. M. ten Kate a examiné aussi une autre 
catégorie d'anciens squelettes conservés au Musée de la Plata 
étiquetés comme provenant de San Juan ; or ces derniers sque- 
lettes correspondent bien, paraît-il, aux Huarpes décrits par 
Ovalle. 

11 résulte de tout ceci que les Huarpes étaient un peu])le sau- 
vage vivant en dehors des montagnes de San Juan, dans les 
plaines autour des grandes lagunes de Huanacache, probable- 
ment jusqu'aux pentes occidentales de la Sierra de Côrdoba; 
ils n'avaient aucun rapport avec les habitants des vallées an- 
dines. 

Vers le Sud, les Huarpes s'étendaient jusqu'aux parties sej)- 
tentrionales de San Luis et de Mendoza, où ils se trouvaient en 
contact avec d'autres Indiens que le P. Ovalle nomme des 
Pampas, nomades sans aucune espèce de domicile, construi- 
sant chaque nuit \in abri rudimentaire à l'endroit même où ils 
se trouvaient, habillés de peaux, chassant avec la holeadora et 
mangeant des sauterelles grillées. Ces Indiens, différents aussi 
des A raucans, venaient quelquefois jusqu'à la ville de San Luis 
(«Punta de los Veuados»). Les Pampas décrits par Ovalle 
sont probablement les Puelches. 

Les Huarpes, appelés aussi « Allentiac », parlaient la langue 
de ce nom, dont le missionnaire jésuite, le P. Luis de \ aldivia 
(363) , a composé une grauimaire et un vocabulaire. Il avait étudié 
cette langue en catéchisant quelques Huarpes des environs des 
Lagunas de Huanacache, venus au Chili où résidait Valdivia. 
M. Bartolomé iVlitrc (239) a fait une analyse de la grammaire 
de Valdivia, el il n'a lroiiv<'' aucune aninil('' ciilit' r.illciiliar , 

S. 



36 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

d'un côté, et les langues de la Patagonie : araucan, j^uelche et 
tehuelche, de l'autre. En comparant Tallentiac avec le qui- 
chua et l'aymara, M. Mitre a obtenu le même résultat : il n'a 
rencontré dans Tallentiac que le inoi pat aca [pacJiaj «cent»), 
mot commun à l'aymara et au quichua, et qui doit y avoir été 
introduit jDar des relations commerciales ^^l M. Mitre {ibid.,^. 52) 
arrive à la conclusion que l'allentiac est une langue isolée, sans 
analogie lexique avec aucune des langues qui géograpliique- 
ment l'entouraient, et complètement différente de celles-ci par 
son système grammatical. M. Raoul de la Grasserie (153) a lait 
une autre analyse de l'allentiac de Valdivia. Le distingué lin- 
guiste américain, M. D. Brinton (77, p. 323), ne paraît pas s'être 
beaucoup occupé des Huarpes, car il confond l'allentiac avec le 
millcayac, que nous mentionnerons ensuite; il donne ces deux 
langues comme des dialectes parlés par les Huarpes, et localise 
ceux-ci en Mendoza au lieu de San Juan; il cite enfin, comme 
source d'information au sujet de ces langues, YArlede la Icngaa 
de Claie (araucan) de Valdivia (362), où il n'en est pas question. 
Les noms Hiiarpe et Allentiac ne semblent pas appartenir à 
la langue allentiac ; ces noms paraissent avoir été donnés aux 
Huarpes par des étrangers : on peut dériver « Allentiac » du 
mot tehuelche : allen = homme, gens; et « Huarpe » serait ay- 
mara. La position isolée de la langue allentiac et les différents 
noms donnés aux Huarpes et provenant du Sud et du Nord 
peuvent faire supposer que ceux-ci seraient les derniers restes 
d'un peuple qui, à. des éj^oques antérieures, aurait habité les 
vastes territoires de la partie méridionale de l'Amérique du 
Sud. Fait intéressant à noter, les Huarpes employaient, pour 
naviguer dans les Lagunas de Huanacache , la même sorte de 
balsas en totora que les Uros du Titicaca et du Desaguadero. 

L'allentiac est maintenant complètement éteint; il n'en reste 
rien, pas même des noms de lieux, car la toponymie de San 

<"' Il y avait des mots quichuas en usage les langues des Araucans et des Puelchcs. 
chez, plusieurs nations de ces régions. M. Siemiradsky (331, p. i36) mentionne 
D'Orbigny (274, i, p. 258) en trouva dans à tortjoaiaca comme étant un mot guarani. 



CARTE ETHNIQUE. 37 

Juan est pour la plupart quicliua, comme dans les autres pro- 
vinces andines de la République Argeuliue. 

Après avoir publié son arle de rallenliac, le P. Valdivia écrivit 
une grammaire et un vocabulaire d'une autre langue parlée 
par des Indiens de Mendoza et nommée millcayac, qu'il ne 
faut pas confondre avec l'allentiac des Huarpes, ni considérer 
comme un dialecte de cette dernière langue. Cet ouvrage a été 
perdu, sans avoir jamais été imj)rimé. Lozano (221), en donnant 
une notice biographique de son confrère Valdivia, dit que le 
millcayac était la langue des Puelches de la Patagonie. 

Don Antonio de Léon (214), relator del Supremo i Real Consejo 
de las Indias, antérieur à Valdivia et à Ovalle, confirme ce que 
nous avons exposé sur les rapports entre l'araucan, l'allenliac 
et le millcayac, et établit nettement la différence entre les 
Araucans, d'un côté, et les Allentiac (Huarpes) et Millcayac 
(Puelches?) de l'autre. 11 dit de l'araucan : [Lemjna clàlena) 
assise llama la lengua (jcncral, a dijerencia de la Millcayac, i de la 
Allentiac, (jne usan los piichlos de Cuyo, (jiic auiKjiie sujeios oy al 
mismo Reyno (Chili) estanfiicra dcl, i son ullramonianos. 

Comechingons. — La seule partie de la région montagneuse 
non habitée par les Diaguites était la Sierra de Cordoba, sys- 
tème de montagnes d'une assez grande étendue, séparée des 
autres échelons des Andes par de vastes plaines semi-désertiques. 

Don Pedro Sotelo Narvaez (253, p. i5i) cite les Comechin- 
gons comme habitant les domaines de la ville de Cordoba; il 
les décrit comme étant d'une civilisation assez élevée, portant 
des vêtements de laine de lama, de longues tunic[ues et des 
mantes ornées de c]ia(faira''^\ Ils possédaient aussi des brnrelets, 

*'' Les chaquiras étaient de petits dis- aujourd'hui ces petits distjucs poui' oincr 

ques ou houlons faits en cocpiille, (pie leurs ceintures et d'autres elTi'ls d'IuiMlle- 

les Péruviens et beaucoup d'autres In- ment et de parure. Antonio de Ilcrrera 

diens portaient cousus sur leurs vêle- (164; «le.-, iv, I. i\, r. nr ; i. n, p. aaG) délinit 

iMcnIs, fonnanl des parements et d'autres les clin<i(iir(is connue étant «des perles 

ornements. Plusieurs tribus du (iliaco, et blanches tenues en grande valeur parles 

[larmi elles les Mata(t)s, emploient encore Indiens». 



38 



ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 



des aigrettes frontales et d'autres objets de cuivre. Ils parlaient 
deux langues : le comechingon et le sanaviron. 

Le général Don Geronimo Luis de Cabrera (88, p. i/|o), fon- 
dateur de la ville de Côrdoba, décrit dans une relacion le voyage 
qu il fit en 1672 et au cours duquel il choisit fendroit où il 
allait placer cette ville. Il mentionne là des Indiens monta- 
gnards, portant des vêtements ornés de chacjiilra. Les indica- 
tions géograj^liiques qu'il donne sur sa marche sont assez 
vagues '^^, mais on j^eut parfaitement se rendre compte qu'il 
s'agit des Indiens de la Sierra de Côrdoba, c'est-à-dire des 
Comechingons. Cabrera donne des renseignements intéressants 
sur les villages et les habitations de ces Indiens. Leurs vil- 
lages étaient petits, a de dix à quarante maisons», et entourés 
d'une clôture de cactus et d'arbres épineux. Chaque village 
était habité seulement par les familles alliées entre elles et 
qui constituaient un clan. Les « maisons » étaient très grandes, 
basses et creusées dans la terre jusqu'à la moitié de leur hau- 
teur; chacune d'elles abritait quatre ou cinq Indiens mariés. 
Ces Indiens étaient agriculteurs et se servaient de l'irrigation 
artificielle, par canaux, pour leurs cultures. Selon Rui Daiz 
de Guzman (116; 1. n, c.vi;p. 77), Don Francisco de Mendoza 
avait déjà en i543 traversé Côrdoba, le pays des Comechin- 
aons. Diaz de Guzman mentionne aussi leurs habitations 
demi-souterraines. Cependant cette manière de construire les 
maisons ne justihe pas fépithète de «troglodytes» qui a été 
appliquée aux Comechingons j^ar plusieurs auteurs. 

Le P. Bàrzana (55, p. mv) n'emploie le nom Comechingon ni 
pour les Indiens de Côrdoba, ni pour leur langue. Il dit que 



''^ Le général Cabrera n'était pas fort 
on géographie. Il dit qu'il est parti de la 
ville de Santiago en direction Sud et néan- 
moins qu'il a marché longtemps dans des 
montagnes limitrophes du Chili qui sont 
situées à l'ouest de Santiago. Mais il abou- 
tit à l'endroit , qu'il délinit très clairement , 
où est située la ville actuelle de Côrdoba 
et où il n'aïu'ait pu parvenir s'il avait suivi 



vraiment les montagnes de Catamarca et 
de La Rioja. D'ailleurs Cabrera parle aussi 
d'une grande p'aine, propre à l'élevage 
du bétail européen, qui ne correspond 
pas aux déserts de ces provinces, mais 
])Iutùt aux plaines de Côrdoba. Les mon- 
tagnes parcourues par Cabrera ne peu- 
vent donc être que celles de la Sierra de 
Côrdoba. 



CARTE ETHMQUE. 39 

ces Indiens parlaient plusieurs lang^ues différentes; il men- 
tionne cependant le sanaviron de Cordoba comme Tune des 
principales langues de Tancienne province de Tucuman. 
Teclîo (341; 1. II, c. XV ; p. 46) ne donne pas, lui non plus, le nom 
de Comechingons aux Indiens de Cordoba, mais il raconte 
qu'en 167 3, année de la fondation de la ville de ce nom, il y 
avait dans le territoire en dépendant 4o,ooo Indiens guer- 
riers, sans compter les vieillards, les femmes et les enfants, 
et que les Espagnols les ayant tellement exterminés, il n'en 
restait que 8,000 en 1600. Cette information nous édifie sur 
la disparition rapide des Indiens qui ne voulaient pas se sou- 
mettre aux conquérants. 

Les historiens postérieurs, Lozano et Guevara, parlent tou- 
jours des Comechingons comme habitant Cordoba. Le P. Gue- 
vara (154, p. 107) dit qu'ils occupaient la Sierra de Cordoba et 
que leur nom , en langue sanaviron , signifie « cavernes soutex^- 
raines ».• On voit souvent les historiens, par exemple Lozano 
(220,1, p. 176), donner au territoire de Cordoba le nom de pro- 
vincia de Comechingones. 

Je ne connais pas d'antiquités provenant de la Sierra de 
Cordoba et aucune publication n'a été faite sur les vestiges que 
doivent y avoir laissés ses habitants préhispaniques. On ne peut 
donc établir, par voie archéologique, les affinités ou les dilfé- 
rences de ceux-ci avec les Diaguites ou avec d'autres peuples. 
Les rochers à cupules, que je mentionne page 109, situés à 
Capilla del Monte, se trouvent dans l'ancien domaine d(\s 
Comechingons, ainsi que des fresques peintes dans des abris 
sous roche du département de Rio Seco, dans la partie nord de 
la Sierra de Cordoba. M. Leopoldo Lugones (224) a donné des 
figures de ces peintures représentant des hommes qui semblent 
coiffés de plumes et dont quelques-uns sont armés de flèches 
et de haches. H y a aussi des figures d'aniinaii\, doiil il csl 
impossible de déterminer les espèces. M. Lugones a mi, d;ms 
ces abris sous roche, plus de deux cents figun^s peintes eu 
blanc, rouge, noir. A en juger par ses reproductions, hî style 



40 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

de ces peintures difFère de celui des fresques rupestres et des 
pétrogiyphes de la région des Diaguites , et se rapproche plutôt 
du style des peintures sur rochers de la Patagonie ; mais au- 
cune indication ne permet de les attrihuer avec certitude aux 
Comechingons. C'est également le cas des pierres à cupules, 
qui peuvent parfaitement être plus anciennes que ce peuple. 
Dans la ville de C6rdoha,un musée provincial dirigé par fabhé 
Geronimo Lavagna, que je n'ai pas eu l'occasion de visiter, 
doit contenir des antiquités de la région. Elles pourraient peut- 
être aider à établir des comparaisons avec l'archéologie de la 
région diaguite. M. E. H. Giglioli (144, p. 24/O possède, dans sa 
grande collection générale d'objets lithiques, sept haches de 
pierre à gorge, de San Marcos (département de Cruz del Eje), 
San Vicente, Cosquin et Punilla, tous endroits situés dans la 
Sierra de Côrdoba. M. Giglioli croit que les Comechingons 
étaient apparentés aux Diaguites, mais un fait s'y oppose : les 
Comechingons ne parlaient pas le cacan. 

Sanavirons et Indamas. — D'après Narvaez (253, p. i5i), les 
Indiens de Côrdoba « j^arlaient deux langues : le comechingon 
et le sanaviron», et, suivant Barzana (55, p. liv), il y avait en 
Côrdoba deux nations : les Sanavirons et les Indamas. Narvaez 
{ibid.,\^.iii6) dit aussi que,2Darmi les Indiens au service des Es- 
pagnols de Santiago del Estero, se trouvaient des Sanavirons. 
Techo (341; 1. IX, c. i; p. 235) mentionne des Sanavirons, en 1629, 
sur le Pùo Dulce. Ce sont là tous les renseignements que nous 
possédons sur ces Indiens, et, suivant ces informations, il faut 
les placer entre Côrdoba et Santiago, c'est-à-dire à l'est et au 
sud des Salinas Grandes de Côrdoba. 

Sur leurs langues nous ne savons rien, les jésuites, d'après 
Barzana [ibid.), ne les avant pas apprises, car les Sanavirons 
et les Indamas avaient appris le quichua que savaient les 
missionnaires. Barzana dit que les Indiens de Côrdoba par- 
laient beaucoup de langues différentes, mais il est difficile de 
comT)rendre si ces « Indiens de Côrdoba » étaient les Come- 



CARTE ETHNIQUE. 41 

chingons de la Sierra ou d'autres tribus de la plaine à l'est 
des montagnes. Quoi qu'il en soit, il paraît que le coniechin- 
gon, le sanaviron et l'inrlama étaient les trois langues princi- 
-pules de Cordoba, si toutefois le comecliingon et le sanaviron 
ne sont pas une même langue, question qui me semble assez 
obscure. Lozano (220, i,p. 19) dit que la langue la plus parlée 
par les Indiens du « vaste district de C6rdol)a » était le sana- 
viron. Toutes ces langues sont maintenant éteintes. 

«Juris.» — Nous trouvons souvent ce nom dans les documents 
et dans les chroniques des premiers siècles après la conquête. 
Ce n'est pas le nom d'une nation, mais bien une dénomination 
générale donnée à tous les Indiens plus ou moins sauvages, 
d'une civilisation inférieure à la culture péruvienne des In- 
diens des montagnes, et habitant la plaine couverte de forêts, 
à l'est des cliaînes de l'Aconquija et d'Ancasti, c'est-à-dire la 
plaine formée par les provinces actuelles de Salta, Tucuman 
et Santiago. Les «Juris», d'après les chroniqueurs, étaient 
(jeiile desniida (nus), au contraire des Diaguites des montagnes 
qui étaient ^<?/i/e vestula, « gens vêtus ». Ils sont dépeints comme 
des sauvages et, quant à leur asjDect physique, comme étant 
d'une haute taille, extrêmement maigres, avec des jambes très 
longues et très minces, ce qui a fait dire à Gonzalo Fernândez 
de Oviedo y Valdez (280; l. xi.vn.c. m; t. n, p. 26I) que leur nom 
dérivait de sari «autruche» (nandou), en quichua. 

D'après la relacion de Don Diego Pacheco (282, p. 137), la ville 
de Santiago del Estero était située «dans les Juris», voire sur 
le territoire des Juris, et il y avait aussi des Juris qui dépen- 
daient (h^ Tucuman. Le générai Cabrera (88), (|iii résidait à 
Sanliago, '^\n\\\.n\ini (joheniador de los Jiiries ou (johcniador de las 
prnvincias de los Jades. Cabrera [Uml, p. 1 V)) dit que le Rio Dnice, 
(liTil nomme « Puo del l'^slei'o», arrose la |)ro\lii(»' des.liiris, 
du Nord au Sud^^l 

''' H ne l;iut pas coufoiulic cos Jiiiis par Spix ol von Marlius (333. 1, |>. mii), 
avec les Juiis ilu Brésil qui lurent étudies dans la ré^'ion du Iud lapina. 



42 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Sous la ])lume de Narvaez et de Bârzana on ne trouve j^as 
le nom de Juris, sans doute parce qu'ils connaissaient les vrais 
noms des tribus indiennes et n'avaient pas besoin d'employer 
un terme qui ne désignait pas une nation déterminée, mais 
était la dénomination générale des Indiens de beaucoup de 
tribus différentes, ce qui d'ailleurs est confirmé par le fait 
qu'aucun auteur ne parle d'une langue jurie. 

Lozano, fex^plorateur d'archives de fancienne province de 
Tucuman, sans expérience pratique des populations et des 
choses, emploie le mot « Juris » de diverses manières, quelque- 
fois comme nom d'une nation, d'autres fois pour désigner en 
général les Indiens habitant la plaine et les distinguer de ceux 
des montagnes. Cependant, dans un passage de son ouvrage, 
Lozano (220,1,1x177,178) défmit nettement ce qu'il considère 
comme la « province des Juris » : il dit qu'elle était traversée 
par deux rivières, le Rio Dulce et le Rio Salado, et à la page 
suivante que « la province des Juris est le territoire de San- 
tiago del Estero». Lozano oppose cette «province des Juris» 
à la « province des Diaguites » qui comprenait les territoires 
de Catamarca, de la Rioja et la partie montagneuse de celui de 
San Miguel de Tucuman. 

Suivant Oviedo y Valdez, dans le chapitre cité, Almagro 
rencontra dans la «province de Xibixuy » (Jujuy) des Juris 
très guerriers qui entravèrent fort sa marche. Ces Juris, 
nomades comme les Arabes, avaient dévasté et pillé tout, 
depuis Jujuy jusqu'à la «province de Chicoana » (probable- 
ment la Vallée Calchaquie, comme nous le démontrerons plus 
loin). 

Les Juris de Santiago del Estero devaient être les Tonocotés 
qui habitaient cette province à fépoque de la conquête. Les 
Tonocotés de Tucuman et de Salta sont peut-être aussi des 
Juris dans quelques auteurs, mais on appliquait plus encore 
ce nom, paraît-il, aux Lules nomades qui, avant la conquête 
espagnole, avaient envahi ces régions. Les Juris de Jujuy 
dont parle Oviedo y Valdez pourraient être des Omaguacas, 



CARTE ETHNIQUE. 43 

et ceux qui avaient désolé le territoire entre Jujuy et « Clii- 
coana » , des Lules. 

En résumé, le nom « Juris » était plus ou moins employé 
comme le mot Cliiinchos dont on se sert au Pérou et dans le 
nord de la Bolivie pour désigner toutes les tril)ns sauvages 
habitant les lorêts au pied de la Cordillère, sans distinction de 
race ou de langue, comme les Tacanas, les Panos, les Campas, 
les Guarayos, les Araunas, les Cavinas, etc. 



Tonocotés. — Les noms « Tonocoté » et « Lule » ont été con- 
fondus aussi bien par les auteurs anciens que par les modc'rnes. 
Le premier de ces deux noms est cependant bien défini. Nar- 
vaez (253, p. i/i6, 148-1/19) nous dit cpi'à la fin du xvi'' siècle les 
Tonocotés servian à Santiago, à Tucuman et à Esteco , c'est-à- 
dire qu'ils dépendaient de ces villes et habitaient des territoires 
de leur ressort. D'après Bârzana (55, p. uv), contemporain de 
Narvaez, la langue tonocoté était parlée par « toutes les nations 
dépendant de Tucuman et d'Esteco , par presque toutes celles du 
Rio Salado^'^et par cinq ou six nations du Rio del Estero (Rio 
Dulce) ». Techo (341; 1. 1, cxxiv, xxv, xxxi; p. 18-19, 23) confirme les 
renseignements de Narvaez et de Barzana^Ce dernier, dit-il, 
catéchisait les Indiens d'Esteco en langue tonocoté en i586. 
Le tonocoté était également la langue des Indiens des envi- 
rons de la ville de Santiago del Estero et des Indiens habitant 
les rives du Rio Salado. Ainsi les Tonocotés occupaient, à la 
fin du xvi'' siècle, toute la plaine formée par les provinces 
actuelles de Salta, Tucuman et Santiago, excepté l'extrémité 



'"' Il faut (lislinguor ce Rio Salado de 
tant d'autres rivières du même nom. Ce 
fleuve commence sur les pentes méridio- 
nales du Nevado dol Acay, suit la Vallée 
Calchaquie du Nord au Sud, reçoit près 
de Cafayale le Rio Santa Maria venant de 
la Vallée de Yocavil , se dirige ensuife 
vers le Nord par la Qiichrada de las Cou- 
chas ou de Guachipas, entre dans la Vallée 
de Lerma , tourne vers l'Est, traverse la 



chaîne qui sépare cette vallée de la plaine 
et va enfin se jeter dans le Rio Paranâ, à 
proximité de la ville de Santa Fé, après 
avoir traversé une paitie de Salta et les 
jirovinces de Sanlia;^^) del Estero et Santa 
Fé. En sortant de la \'all('(» de Lerma, la 
rivière prend d'ahoid li> nom de Rio Pa- 
satrc et ensuite celui de Uio Juramento. 
Le nom de Rio Salado lui est donné dès 
qu'elle entre dans la province de Santiago. 



44 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

sud de cette dernière où vivaient, comme nous l'avons vu, les 
Sanavirons. C'est le même territoire dont les habitants ont reçu 
d'auteurs contemporains de Narvaez et de Bârzana le nom ou 
plutôt le sobriquet de Juris dont nous venons de parler. Les 
Tonocotés s'étendaient jusque dans le voisinage immédiat des 
montagnes, car Narvaez dit qu'ils « eurent beaucoup à soulTrir 
des attaques des Diaguites de guerre, de Calchaqui ». 

Suivant le P. Antonio Maclioni (226, p. 32), les Tonocotés des 
environs d'Esteco abandonnèrent cette région lors du tremble- 
ment de terre qui, en 1692 , détruisit la ville. Cette nation ^^^ se 
comjDOsait alors, toujours d'après Maclioni, de cinq tribus : les 
Lules, les Isistinés, les Toquistiné s , les Oristinés et les Tono- 
cotés. Les quatre premières avaient habité près d'Esteco et le 
long du Piio Salado; la cinquième, près de la ville de Concep- 
cion^""\ dans le Chaco, d'où elle s'était retirée vers le Nord, sur 
les rives du Piio Pilcomayo et du Piio Yabibiri, pour échapper 
aux mauvais traitements que faisaient subir à ces Indiens les 
encomenderos espagnols de Concepcion. Ce peuple était si nom- 
breux qu'à Esteco seulement v'^o,ooo individus payaient tribut, 
et cela sans compter les femmes et les enfants. Les quatre tribus 

'*' Machoni n'emploie pas le nom «To- celui que mentionne Techo, et je n'ai pas 

nocotéi) pour la nation en général, et ne entendu parler non plus cVun lac de cette 

lui donne pas non plus d'autre nom gé- étendue. Sur la carte de d'Anville (36), 

néral. *■ Concepcion est située beaucoup plus à 

'^^ Cette ville de Concepcion de Buena Tintérieur, au confluent du Rio Bennejo 

Esperanza, cpil a disparu sans laisser au- et d'une autre rivière qui ne peut être que 

cune trace, fut fondée, d'après Techo le Rio Teuco. 

(341; 1. I, c. xii; p. 28), en 1670, par Don 11 est remarquable que les Espagnols 
Alonso de Vera y Aragon, et, suivant de celte époque aient pu maintenir la 
Lozano (219, p. 92, 107) détruite par les communication ouverte entre le Tucu- 
Indiens soixante ans après sa fondation. man et le Paraguay en passant par Con- 
Selon Techo, Concepcion était située près cepcion , alors qu'aujourd'hui ce voyage, 
d'un lac de 8 lieues de circonférence, sur prcs([ue impossi])le , ne pourrait être el- 
les rives du Rio Bermejo, à 00 lieues fectué que sous forme d'expédition armée, 
(sans doute des lieues coloniales de 8 ki- Une expédition de ce genre occasionne- 
lomètres chacune) de son embouchure rait des frais élevés et n'empêcherait pas 
avec le Rio Paraguay. J'ai remonté le les voyageurs de risquer leiu- vie par 
Bermejo jusqu'à cette hauteur sans avoir suite de la présence d'Indiens hostiles et 
vu aucun lac qui puisse correspondre à à cause de la sécheresse. 



CARTE ETHNIQUE. 45 

qui avaient fui Esteco auraient erré dans le Cliaco jusqu'en 
1710, époque à laquelle elles revinrent — sauf les Oristinés 
qui s'étaient « perdus dans les forêts » — vers les régions se 
trouvant sous la domination des Espagnols, et se soumirent au 
gouverneur de Tucuman, Don Esteban de Urizar y Arespaco- 
chaga, qui chargea les jésuites de les prendre sous leur tutelle. 
On fonda alors dans ce but les missions de Miraflores et de 
Valbuena sur le Rio Salado^'\ près de remplacement oii avait 
été situé Esteco. Les Indiens qui s'étaient soumis se groupèrent 
autour de ces missions, et celle de Miraflores, dont le P. Ma- 
choni était chargé, reçut la tribu nommée «les Lules». C'est 
ainsi que Maclioni (226) fut amené à écrire une grammaire et 
un vocabulaire de la langue parlée par cette tribu. L'ouvrage 
porte ce titre : Arte y vocahiilario de la lencjua Liile y Tonocote, 
et a été imprimé en ij732. Maclioni applique à cette langue, 
ainsi qu'on le voit, deux noms synonymes: Iule et tonocote, 
et il dit qu'elle était commune aux cinq tribus citées. 

Maclioni était recteur du Colecjio Màximo des jésuites, à Cor- 
doba, où Lozaiio était professeur. La Descripcion cJioro(jraphica 
(Ici cjraii Chaco, de ce dernier, parut en 1 ySS , presque en même 
temps que Y Arte lule-tonocoté de Maclioni, et celui-ci en a 
écrit la préface. Lozano (219, 11. 5i , 54, 94 et suiv.) y confirme ce que 
rapporte Maclioni sur l'émigration des Tonocotés-Lules dans 
les forêts du Chaco, et il dit avoir eu cette information d'une 
bonne source : une relacion conservée dans les archives des 
jésuites de Cordoba, laquelle contenait des déclarations d'iii- 

'■^ Les missions des jésuites sur le Rio Orlega (Omoampas : triini Je Vilclas), 

Salaclo sont désignées sur la carie Jlg, i. fondée en 1763; 

Ces missions, d'après Tahljé Hervas (165, Macapillo ou. Nucstra Senora de la Co- 

I, p. 192), étaient les suivantes : lumna (Pasains : tribu de Vilelas), fondée 

San Estéhan de Miraflores (Indiens en 17^3; 
Luios), fondée en 1711, puis abandon- San José de IVlacas (Vilelas), fondée 

née et rétablie en 175^; en 1705, déplacée en 1761; 

San Juan Baulista de Valbuena (Isisti- Dans la \'allée de San Francisco (Ju- 

nés, 'Jocpiislinés), fondée en 1751, dé- juy), les jésuites avaient aussi une ntission : 
placée en 1765 ; San Ignacio de Ledesma (Tobas et M.i- 

Nuestra Senora del Buen Consejo de taguayos), fondée en 1756. 



46 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

diens Guaycurus aux jésuites du Paraguay et d'autres déposi- 
tions faites au Pérou par des Espagnols qui avaient voyagé dans 
le Gliaco. Lozano consacre tout le paragraphe XVI (p. 94 eisuiv.) 
aux « Lules ou Tonocotés » qu'il divise en deux catégories : les 
« Grands Lules » et les « Petits Lules » , les premiers correspon- 
dant à la tribu des Lules de Machoni, les derniers aux trois 
tribus des Isistinés, Toquistinés et Oristinés. Lozano emploie 
le nom « Tonocotés « comme nom général de la nation com- 
posée par toutes ces tribus. 

Le P. Bârzana avait déjà, comme nous l'avons signalé, écrit 
une grammaire et un vocabulaire tonocotés, résultat de ses 
études chez les Tonocotés d'Esteco et de Santiago, au cours 
de sa première tournée dans le Tucuman, lorsqu'il y arriva 
venant du Pérou, en i586. Cet ouvrage a malheureusement 
été i^erdu, comme celui qu'il avait fait sur le cacan. Machoni 
alFirme que son « Iule et tonocoté » serait la même langue que 
le tonocoté de Bârzana. 

Or, en 1784-1800, l'abbé Lorenzo Hervas (165; i, p. 165-171)^'^, 
dans son grand ouvrage de linguistique universelle, soutient 
que les renseignements donnés par Machoni, dans la préface 
de son Arte, sur les Lules parlant son lule-tonocoté , ne corres- 
pondent pas à ce que rapportent Techo, Lozano et Charlevoix 
(96) sur les Lules, et il nie par conséquent que la langue étu- 
diée par Machoni soit le tonocoté de Bârzana. Hervas avait de- 
mandé des renseignements à ce sujet au P. José Ferragut qui 
avait été à la tête de la mission de Miraflores après 1762, cette 
mission ayant été abandonnée pendant quelque temps et réta- 
blie à cette époque. Les arguments de Hervas sont les suivants : 
l'existence des Tonocotés du Rio Pilcomayo et du Rio Yabi- 
biri est une simple supposition de Machoni; les Espagnols 
de Guadalcâzar^"^^ qui auraient du connaître les Tonocotés de 

''^ Ilorvas écrit Toconolc , au lieu de il faut supposer cpi'il s'agit d'une simple 

Tonocoté; mais , comme Téminent linguiste métalhèse. 

Bârzana et le grand connaisseur du pays '^' La ville de Santiago de Guadalci'izar, 

Narvaez adoptent cette dernière forme, dans le Chaco, fut fondée en 1628 parle 



CARTE ETHNIQUE. 



47 



CCS fleuves, les ignoraient. Les Lules, dont la langue a été 
étudiée par Maclioni à Mirailores, ne seraient pas, comme ce- 
lui-ci le suppose, une tribu des Tonocotés qui s'était enfuie 
d'Esteco, car d'anciens missionnaires des Lules auraient dit à 
Hervas n'avoir jamais entendu les Lules parler de leur parenté 
avec ces Tonocotés, ni avec les Matarâs qui sentaient les vrais 
Tonocotés dont la langue a été étudiée par Bârzana. Les Ma- 
tarâs auraient habité d'abord les environs de Concepcion (sur 
le Bermejo), et de là ils se seraient transportés dans la région 
du Salado, à cause des continuelles attaques des Abipons, Mo- 
covi's et Tobas, auxquelles ils étaient ex23osés dans le Chaco^^^. 
Après Hervas, les linguistes, aussi bien les anciens, par 
exemple Adelung (4, t. m, 2= part., p. 5o6 etsuiv.), que les modernes 
comme Brinton (77, p. on) et Lafone-Quevedo, se sont beau- 
coup occupés de cette question. 

M. Lafone-Quevedo (194) a pul^lié un vocabulaire Iule-espa- 
gnol basé sur celui de Machoni et précédé d'une étude gram- 
maticale. Dans un autre travail (193), le même auteur essaie, 
d'une manière très ingénieuse, de prouver que le tonocoté de 
Bârzana n'est autre que le mataco actuel. M. Lafone-Quevedo 



gouverneur de Tucuman, Don Martin de 
Lcdesma Valderrama. Elle fut bientôt dé- 
truite et n'a pas laissé de trace. Suivant 
un renseignement de Don Flliberlo de 
Mena, publié par M. M.-R. Trclles (352, 
m, p. 25), cette ville était située sur les 
rives du Rio Bermejo, à l'est de Zenta. 
Ce renseignement est conOrmé par la 
carteded'Anville(36),sur lacjucllc (iuadal- 
Ci'izar est placé au nord-est de Jujuy , au 
confluent de deux rivières, qui paraissent 
être le Rio Bermejo et le Rio San Fran- 
cisco, (niadalcazar était donc pr()l)able- 
mcnt situé au sud-est de l'actuel bourg 
d'Oran. 

'"' Les Matarâs avaient été convertis 
parle P. Bârzana on i.^Hy. En i^i/ji, !<' 
P. Juan Paslor partit de Santiago del 



Eslero pour faire chez eux une nouvelle 
mission. D'après Techo (341; 1. i, c. .\lii; 
I. Mil, r. IV ti v; p. 19 cl 353) , ces deux mis- 
sionnaires se faisaient comprendre dos 
Malanis on employant la langue (onocolé. 
En quittant les Matanis, Pastor continua 
son voyage jus([ue chez les Abiponcs, qui 
étaient à Go lieues des premiers. Cette 
distance pormol de localiser les Matarâs à 
rotto opocpie sur lo Rio Sahido, et, en 
lait, doux dopartoiiionts do la prn\inoo 
de Santiago dol Estoro sur la rive gauche 
du Salado portent encore aujourd'hui les 
noms do Matarâ I et Matai;! II. (iopen- 
dant, sur les cartes de Eozauo (219) vl 
do d'Anville (36), les Matarâs figurent à 
l'est do la Sierra Santa Barbara, c'ost-à- 
dirc au nord de ces dopartomonls. 



48 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

raisonne ainsi : Le tonocoté de Barzana ne j^ouvait être le 
lule-tonocoté de Machoni, car celui-ci ne connaissait j)as les 
Tonocotés qu'il suppose avoir habité sur le Rio Pilcomayo, 
c'est-à-dire loin de sa mission de Mirailores. Une nation aussi 
nombreuse à la fin du x\i° siècle que celle des Tonocotés n'a 
pu disparaître totalement, et pourtant aucune langue, aucune 
tribu de ce nom ne sont connues, pas plus aujourd'hui qu'au 
xviii'' siècle, car les voyageurs de cette époque, comme le 
colonel Matorras (1774) (233) et le colonel Fernândez Cornejo 
(1780) (128), en donnant des listes des tribus du Chaco, ne 
nomment jDas les Tonocotés. Au contraire, les Matacos consti- 
tuent, de nos jours encore, une nation très nombreuse, peu- 
plant de grandes étendues dans le Chaco, et cej^endant Techo 
et Lozano ne mentionnent pas la langue mataco, tandis qu'ils 
j^arlent beaucoup de la langue tonocoté. Ni Hervas, ni Ade- 
lung, ni Azara, ajoute M. Lafone (i7»iV/.,p. 202), ne citent aucune 
langue du groupe mataco- mataguayo, bien que les langues 
de ce groupe soient parlées aujourd'hui j^ar un plus grand 
nombre d'Indiens que celles d'aucun autre grouj)e linguistique 
du Chaco. La langue mataco a dû pourtant exister déjà au 
xvi° siècle et aurait été alors le tonocoté. De plus, la langue 
des Mataràs était, d'après Techo, le tonocoté étudié par Bar- 
zana, et les Mataràs étaient, suivant M. Lafone, des Matacos. Si 
donc le tonocoté de Bàrzana est le mataco moderne, ce tono- 
coté ne peut être le lule-tonocoté de Machoni, car cette der- 
nière langue n'a rien de commun avec le mataco : le système 
grammatical de f une et de f autre est bien différent. Le mot 
« Iule )) signifierait en mataco « indigène » , « fils du JDays » , et ce 
seraient les Tonocotés qui auraient donné ce nom aux Lules 
lorsqu'ils sont arrivés dans leur pays. M. Lafone propose, 
d'autre part, une étymologie mataco du nom «Tonocoté», 
pour le cas où la manière de Hervas d'écrire ce mot (JYoconoié) 
serait la véritable forme. Le mot signifierait alors en mataco 
« Notenes rouges » , les Notenes ou Noctenes étant une trilni 
de Matacos crui habite actuellement les rives du Pilcomavo. 



CARTE ETHNIQUE. 49 

L'idenlificatiou des Toiiocotés et des Matacos esl acceptée par 
M. Ehreiireicli (122, p. 60). 

Contre rargumentation de M. Lafone-Qiievedo, je me per- 
mettrai les ()l)jections suivantes. Je yeux bien croire que les 
Matarâs ap2)artenaient aux Tonocotés, car Teclio (341; 1. i, 
c. xi.ii; p. 19) dit clairement qu'ils avaient tous été convertis loiw- 
cotanœ liiKjaœ beneficio, d'où Ton peut conclure qu'ils parlaient 
tous le tonocoté (de Bârzana) qui doit avoir été leur propre 
langue. Mais je ne sais sur quoi se fonde M. Lafone pour dire 
que les Matarâs sont des Matacos. Quant aux étymologies des 
mots « Lule » et « Tonocoté », dérivées de la langue mataco, la 
première nie semble un peu rechercliée et la deuxième est 
basée sur la forme Toconoté de Hervas qui, comme je l'ai déjà 
dit, ne peut prévaloir contre l'autre forme, employée par Bâr- 
zana, Narvaez, Techo et Machoni. 

D'autre part, il est inexact que la langue mataco n'ait point été 
mentionnée par Techo, Lozano, Hervas et Adelung. En effet, 
nous trouvons une lengua de los Matagaayos citée dans la relation 
du P. Gaspar Osorio^*^, missionnaire dans le Cliaco, de i63o 
environ, relation transcrite littéralement par Lozano (219, p. 172- 
176), et il faut remarquer qu'Osorio distingue parfaitement 
les Mataguayos (Matacos) des Tonocotés. Hervas (165; i, p. 16/1) 
nomme aussi la lengua matagiiaya en énumérant les tribus qui 
la parlaient, entre autres les Matacos et les Palomos. 11 cite 
également («7»»^., p. 192) la mission de Mataguayos, de San Igna- 
cio deLedesina, fondée en 1766, et il indique enfin la gram- 
maire et le vocabulaire matacos écrits par le P. Joseph Araoz, 
ancien missionnaire des Mataguayos, que Hervas avait con- 
sultés. Bien que celui-ci ait dû avoir des informations très 
précises du P. Araoz et des autres jésuites, an sujet de ces 
Mataguayos, il n'a pas le moins du month^ ïn\vv (fidenlirier 
ces derniers aux Tonocotés. Si une tradition (pHdcoïKpie de 
Mataguayos avait qualifié les Tonocotés de leurs ancèlres, 

^ ' Belacion del niii'ia (Icsciihiunicnlo de lu Vadrc (laspar Ossorio (adressée au Général 

Pvnvincin dcl Cl nu Chacn (iiKtlandxi , par cl des ji-siiilcs, le I'. Mii/id \'illclcsclii ). 
I. /, 



50 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

Hervas ravirait su, et il l'aurait mentionnée dans son ouvrage 
où il s'occupe tout spécialement des Tonocotés et de leur 
langue. A tout ceci nous devons ajouter que Teclio (341; I. m, 
c. xwiii; et 1. VIII, c. xv; p. 87 ei 216) et Lozauo (219, p. 5i , 53, 119) dis- 
tinguent toujours les Touocotés des M^taguavos ou Matacos; 
le premier de ces auteurs donne à ceux-ci le nom de Mataguœ. 

Le P. Jolis (182, p. 392), missionnaire desVilelas à Ortega en 
17 63, en énumérant les principales nations du Chaco, distingue 
aussi nettement les Matacos et les Mataguayos des Matarâs. 

Enfin une autre raison milite encore contre Tidentification 
des Tonocotés et des Matacos : les premiers sont décrits 
comme de bons traA ailleurs, intelligents et faciles cà gouver- 
ner, tandis que les Matacos sont au contraire, comme j'ai 
eu f occasion de m'en convaincre j^ersonnellement, très peu 
aptes aux travaux agricoles, paresseux, sales, faux, vagabonds 
et se trouvent, au point de vue moral, à fun des derniers 
degrés de féchelle bumaine. Ce n'est pas à tort que Hervas 
dit qu'ils sont la nacion la màs vil de todas. En outre, les Ma- 
tacos ont un caractère physique qui leur est tout à fait propre 
et que mentionne Lozano (219, p. 73) : ils n'ont presque pas de 
mollets, ce qui attire immédiatement fattention et permet 
de les distinguer d'autres Indiens. J'ai moi-même toujours joré- 
sente fimpression curieuse que m'ont faite ces Matacos, pe- 
tits, mais d'un squelette très fort, lorsque j'ai vu leurs jambes 
décharnées, presque dépourvues de muscles, supportant un 
corps aussi trapu et aussi robuste. Si les Tonocotés avaient été 
des Matacos, cette particularité physique aurait certainement 
été relevée par les auteurs qui ont parlé d'eux. Lozano (219, 
p. 95) dit au contraire que les Tonocolés étaient de grande taille 
et avaient le corps bien développé. 

Je ne conqjrends pas d'ailleurs que fou aille chercher les 
descendants des Tonocotés aussi loin que chez les Matacos. Il 
faut rappeler que ces Tonocotés problématiques, qui s'étaient 
enfuis jusqu'aux rives du Pilcomayo, n'étaient qu'une partie 
de la nation tonocotée : celle qui avait été attachée au service 



CARTE ETII.MOUK. 31 

des Espa«^iiols (rEstcco. Que lait-oii de tous les Touocotés de 
Tucuinaa et de Santiaj>o, a|)]^art(Miant à la uièiiie uatiou et 
parlant la même langue, selon Ik'uzana et Narvaez? La poi:)ula- 
tion de ces provinces se compose actuellement de mrtis avant 
une pro])ortlon insi«^niflante de sang blanc et qni descendent 
certainement des Indiens habitant le pays au temps de la 
conquête, Indiens au service des Espagnols, cncomcndados^^^ 
de ceux-ci, et, par conséquent, protégés par eux contre les at- 
taques des tribus sauvages du (iliaco. Il n'existe aucun indice 
d'une émigration en masse ou d'une extermination de ces 
Touocotés du XV!*" siècle, que tous les auteurs dépeignent 
comme des Indiens dociles et parfaitement assimilés au non- 
veau genre de vie et aux travaux ([ne leur inq:)osaient lenrs 
maîtres européens. Ces Tonocotés se sont, sans aucun clou le, 
perpétués dans la population actuelle de ces provinces, et il 
doit en avoir été de même pour ceux d'entre eux qui |)()rliii('iil 
le nom de Matarâs. Leur nom et leur langue ont disparu 
comme tant d'autres noms de peuples et de langues indigènes. 
C est précisément le cas des Diaguites : leur nom n'est con- 
servé que pai* les chronique uis, et leur langue avait été étu- 
diée par Bârzana, mais son ouvrage a été perdu. Nous avons 
une longue liste de ces langues éteintes, par ex('uq)l(* : rallcn- 
tiac, le comechingon, le sanaxirou, le cacan, poui' n'en ciliM' 
que quelques-unes. 

Le tonocoté de Barzana était-il la même langue que le lidc- 
tonocoté de Machoni:^ Et, dans le cas conhaiic, comuu'iil doil- 
on considérer cette dernière langue? (ic (pii est absoluiucnl 

^'^ Encomcnderos : ainsi s'apjiclaicnl , le dntit (l\'\ig('r un liihnl de ses f/Ho;;i(//- 
comnie on le sait , les jK-rsonncs (|iii , jiac iladus. Ecs cnoimuiulas , au contraire df 
un acle royal, avaient la protection d'un ce qu'elles auraient dû cMre, n"»''laient en 
certain n(»uil)re d'Indiens, avec la charge réalilé ((u'une sorte de glèi»' ou d'es< ja- 
de veiller sur leurs intérêts et de leur \a;,'e, les ciimmcndcrus cherrlianl à Im-r 
enst'i^'uer le calérliisme. dette cliarj^e, il' leurs Indiens liiul le [irolil (|u'ils |i(iu- 
avec les privilèges (jui y appartenaient, vaient. Cliarlevoix liaduit lU Iraneais cii- 
|)orlait le nom iVcncomieiida et les Indiens comciidcin par commamUilnirc. 
relui iVciirnmnidddos. \.'riiciinicndi'rtt avait 



52 ANTIQUITES DE LA REGION ANOINE. 

certain, c'est que les Lules de la mission de Mlraflores, les Isis- 
tinés et les Toquistinés de celle de Valbuena, parlaient cette 
langue, et ce sont eux qui ont déclaré au P. Maclioni qu'ils 
appartenaient à cette nombreuse nation des Tonocotés ayant 
habité aune époque antérieure les environs d'Esteco, les rives 
du Rio Salado et les territoires de Tucuman et de Santiago. Il 
est difficile d'admettre que cette information est inexacte, car 
Maclioni vivant parmi ces Indiens devait pouvoir contrôler la 
véracité de leurs affirmations. Jolis (182, p. 392) considère les Lules 
(de Miraflores) , les Isistinés, les Toquistinés et les Tonocotés 
non comme des « nations » , mais comme des tribus d'une même 
nation qu'il dénomme les « Lules ». Adelung (4, t. m, 2'= part., p. 5o8) 
émet aussi l'opinion qu'ils devaient faire partie d'une nation com- 
posée de tribus parlant toutes la langue de Machoni. En ejfet, 
aucun argument sérieux ne s'oppose à l'hypothèse que ces trois tribus 
n'appartenaient pas à la grande nation tonocoté nommée par Bàrzana, 
Narvaez, Techo, et dont les Mataràs étaient aussi une tribu. En 
somme, c'est surtout le nom «Lule», porté au tenq)s de Ma- 
choni par l'une de ces tribus, qui est la cause de ces incerti- 
tudes, et nous verrons ensuite que ce nom a été appliqué par 
différents auteurs à des nations et des tribus très différentes. 
On invoque, du reste, un autre argument pour nier l'identité 
du lule-tonocoté et du tonocoté de Bârzana : c'est l'information 
négative donnée par le P. Ferragut à Hervas sur l'existence des 
Tonocotés du Rio Pilcomayo et confirmée par Jolis (182, p. 090). 
Mais la question de fexistence de cette tribu ne peut pas fournir 
de preuves pour la solution du problème, à savoir si la langue 
j)rimitive des autres tribus a été ou non le tonocoté de Bàrzana. 
Que si, cependant, les Lules de Maclioni n'étaient pas des 
Tonocotés, on peut en ce qui les concerne formuler trois hypo- 
thèses : 1° Ils seraient l'une des nombreuses tri])us de Lules 
nomades qui sont mentionnées, comme nous le verrons, jiar 
Narvaez et Bârzana, mais assimilée k la nation des Tonocotés 
et ayant adopté leur langue ; 2" Comme dans la première 
hypothèse, les Lules de Maclioni seraient une tri])u de Lules 



C \r«TE KTHNIQl K. 53 

nomades, mais n'auraient pas adopte la langue tonocoté (de 
Bârzana). Leur « lule-tonocolé » serait alors l'un des dialectes 
des Lules nomades dont joarle Bârzana dans sa lettre. Les ren- 
seignements nécessaires manquent pour vérifier ces deux hypo- 
thèses; 3" On pourrait, à cause du nom, être tenté de voir 
dans le lule-tonocoté de Machoni un(^ relation avec les Lules 
de l'Aconcprija décrits par Teclio, mais ces derniers sont diflé- 
rents des Lules de Machoni, ainsi que nous le démontrerons 
ensuite. Il est prohahle que les Lules montagnards de Teclio 
étaient une trihu diaguite parlant le cacan, et, dans ce cas, le 
lule-tonocoté de Machoni serait le cacan, ce cfui est impossible, 
car la première de ces langues n'a aucune de ces inflexions 
gutturales que tous les auteurs attribuent à la dernière. 

Si nous cherchons des affinités du lule-tonocoté de Machoni 
dans les autres langues indiennes, nous voyons quelles en 
difl^èrent toutes, excepté celles de deux tribus du Chaco, les 
Vilelas etles Ghunupis (Chulupisou Sinipis). Lozano (219, p. 85 
ei suiv.) parle en 1 78 3 des Vilelas et des Ghunupis, « deux tribus 
diiïerentes, mais appartenant à la même nation », habitant dans 
le Chaco, sur le Rio Bermejo, et, d'après Hervas (165, i, p. 17/1), 
il y en avait en 1767 dans les missions de Petacas, d'Ortega 
et de Macapillo, en dehors de ceux errants dans le Chaco. Ils 
ont été étudiés dernièrement par M. Giovanni Pelleschi, qui 
a fait un vocabulaire de leur langue. Ce vocabulaire, ainsi 
qu'un autre de M. And)rosetti (11) et les données plus anciennes 
de Hervas et d'Adelung- ont servi de matéri:\u\ à M. Lafone- 
Quevedo (195) pour un travail contenant des observations his- 
toriques, des notes grammaticales et un vocabulaire du vilela 
et du chunupi, qui paraissent presque identiques. M. Pelles- 
chi avait observé des Vilelas sur le Bermejo et des Ghunupis sur 
le Pilcouiayo. Hervas (165, i, p. 175) avait déjà signalé la grande 
affinité existant entre le vilela vl le lule-tonocoté (h* Machoni. 
J^'a])bé Gilij (146, m, p. ;i(3;i et suiv.) ])ublie des vocabulaires com- 
parés (\v ces deux langues. Adehing (4, t. m, ?/ part., p. 507) déclare 



54 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

qu'elles ont une «grande analogie. Brinton (77, p. 3i3) croit que le 
\ilela est une «représentation moderne du lule-tonocoté , mais 
très corrompue par des emprunts ». Lafone-Quevedo (195, p. /lo) 
estime que «le vilela a une affinité assez grande avec le Iule 
de Machoni, mais ce^^endant avec certaines diilérences mar- 
quées "^^l Les Vilelas et les Chunupis devaient être sans doute 
des tribus du Chaco appartenant, au moins au point de vue 
linguistique, au même groupe que les Lules de Machoni, 
c'est-à-dire au groupe des Tonocotés, si l'on admet que ces 
Lules en faisaient partie. 

En conclusion, il est parfaitement établi que la plaine des 
provinces argentines actuelles de Salta, Tucuman et Santiago 
del Estero était, à l'époque de la conquête espagnole, peuplée 
par une nombreuse nation, les Tonocotés, qui avaient une 
langue commune, le tonocoté, aujourd'hui éteinte, sur laquelle 
Bârzana a écrit l'ouvrage linguistique qui est maintenant perdu, 
et leurs descendants sont les métis actuels de ces provinces. 

Quant aux Lules de Miraflores et à la langue lule-toconoté 
de Machoni, la longue discussion commencée par Hervas en 
i8oo et continuée jusqu'à nos jours n'a pas prouvé à l'évi- 
dence que cette langue n'est pas le tonocoté de Bàrzana, mais 
elle n'a pas non plus prouvé le contraire. La seule chose mise 

C' Suivant le D' Francisco Xarque (381), cher aucune importance à ces traditions, 

cité par Lozano (219, p. 86), les Yilelas et en entendant un vieux Mataco, qui était 

les Cliunupis du xvii" siècle conservaient présent lorsque je fouillai un cimetière 

une Iradition d'après laquelle ils auraient ancien dans le Chaco,- me raconter que 

habité la région andine, d'où ils se seraient ses aïeux étaient enterrés dans des urnes 

enfuis dans le Chaco pour se soustraire sur le haut plateau (Puna de Jujuy), ce 

aux rudes travaux que les Espagnols leur ([ui est impossible parce (jue les Matacos 

imposaient. Cette tradition, à laquelle ont habité le Chaco depuis la conquête 

M. Lafone-Quevedo paraît attacher une espagnole, parce qu'ils n'enterrent jamais 

certaine importance, est d'après moi sans leurs morts dans des urnes, et enfin parce 

aucune valeur réelle, comme tant d'autres qu'il n'existe pas de sépultures dans des 

traditions des tribus indiennes sur leur urnes dans la Puna de Jujuy. 
origine, par exemple celle relative àla P^'rancisco Xarque avait appartenu à la 

provenance chilienne des Quilmes dont Compagnie de Jésus et voyagé en Jujuy 

parle Lozano (220, iv, p. 9). J'ai eu l'occa- en i63g, d'après le P. Lozano (219, 

sion de me convaincre qu'il ne faut atta- p. i^^i). 



CAUTE ETHNIQUE, 55 

en évidence par cette discussion, c'est que les Lnles monta- 
gnards décrits par Teclio n'étaient pas les ancêtres des Lules 
de Miraflores. Si la langue de ceux-ci n'est pas le tonocoté de 
'Bârzana, elle ne peut être que l'un des dialectes des Lules 
nomades, dont nous allons nous occuper. 

Lules. — Plusieurs auteurs décrivent sous ce nom unique 
des peuplades qui sont évidemment différentes. Narvaez et Bâr- 
zana parlent de Lules nomades et sauvages habitant la plaine; 
Teclîo nomme d'autres Lules sédentaires des montagnes, et, 
comme nous l'avons vu, Machoni nous présente une troisième 
sorte de Lules, ceux de la mission de Miraflores, qui, d'après 
lui, seraient une tribu des Tonocotés. 

Lules nomades. — Selon Narvaez (253, p. 148-1^19), des Lules 
habitaient les domaines d'Esteco et de Tucuman, c'est-à-dire le 
territoire occupé par les Tonocotés, ceux-ci pacifiques et bons 
serviteurs des Espagnols, tandis que les Lules étaient au con- 
traire des nomades, se nourrissant de la chasse et de la pêche, 
et pas du tout pacifiques : no estàn del lodo de paz, dit le texte. 
Bârzana (55, p. lu) confirme cette information et ajoute que les 
Lules étaient des Alàrabes et n'avaient ni domicile, ni propriété, 
mais étaient très nombreux, grands guerriers, et qu'ils auraient 
exterminé les Tonocotés, si la conquête espagnole n'était pas 
survenue. Ces Lules, bien qu'ils appartinssent tous à la même 
nation, parlaient différentes langues (dialectes) qu'il fut im- 
possible aux jésuites d'étudier pour en faire des grammaires 
et des vocabulaires. Les Lules connaissaient en général le lono- 
coté, qui paraît avoir été la leiKjua (jenend dans celte région, 
comme le guarani au Brésil, le quichua dans les pays andins 
et le nahuatl au Mexique. En se servant du tonocoté, les mis- 
sionnaires catéchisèrent et convertirent beaucoup de Lules. 
Narvaez [Und., p. i^o) place aussi des Lules dans la Vallée de 
Lerma, dont les habitants soni appelés des Juris par Oviedc) y 
Valdez, ainsi qu'il a été vu. 

Lules de l'AcONQIMA. Techo (341: 1. i, r. xwix; p. 0,7; otl. n, 



5() 



ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 



c. XX, p. 49) rend compte de la conversion au catholicisme d'une 
j)euplade qu'il nomme des Lules, mais ceux-ci ne paraissent 
pas devoir être confondus avec les Lules nomades de Barzana 
et de Narvaez, car Teclio les dépeint comme étant sédentaires 
et habitant des villages (^oppida) dans les montagnes. En par- 
lant du voyage de Bârzana, qui fut le premier à pénétrer dans 
les domaines de ces Lules, en 1689, Techo fait une longue 
description des montagnes escarpées, des profondes vallées et 
des torrents impétueux qui y entravèrent sa route. L'habitat 
de ces Lules devait être situé près de la ville de Tucuman^'^, 
puisque cette ville fut toujours exposée à leurs attaques et 
qu'ils tentèrent même de l'incendier. La Sierra de Aconquija 
étant la seule région montagneuse aux environs de Tucuman, 
ce sont sans doute ces montagnes qu'habitaient les Lules nom- 
més j)ar Techo ^"^\ Douze ans après Bârzana, les jésuites Fer- 
nando Monroy et Juan Viana visitèrent ces Lules qui avaient 
déjà presque abandonné la religion chrétienne, et les conver- 
tirent de nouveau. Les missionnaires pouvaient se faire com- 
prendre de la plupart d'entre eux au moyen du quichua et 
du tonocoté, mais ils devaient employer des interprètes au- 
près de ceux qui ne savaient que le cacan. 11 paraît donc que 
les Lules de l'Aconquija parlaient, à cette époque, le quichua 
parce qu'ils avaient été sujets des Incas, le tonocoté parce 
([u'ils avaient des relations commerciales avec les Tonocotés, et 



'*' San Mignei de Tucuman , comme 
nous l'avons dit, ne se trouvait pas, à 
l'origine, à l'endroit où est situé actuelle- 
ment Tucuman. La ville fut fondée en 
1 r)65 par Don Diego de Villaroel , près 
du Rio Monteros; mais, en i685, le gou- 
verneur Don Fernando de Mendoza Mate 
de Lima la transporta là où elle se trouve 
maintenant, c'est à-dire l^eaucoup plus au 
Nord que son premier emplacement. 

'"' Près de la ville actuelle de Tucuman 
est un village Lules oh Los Lules, ainsi 
nommé sans doute en mémoire d'un lait 
cjuelconcpie se rapportant aux Lules. Il 



serait cependant aventureux de tirer du 
nom de ce village la conséquence que des 
Lules y auraient habité à une certaine 
époque. Le D' Adan Quiroga (299, p. SScj) 
a publié la figure d'une très intéressante 
« idole » en terre cuite , trouvée dans cette 
localité , mais il n'y a aucune raison pour 
attribuer cette idole aux anciens Lules, 
comme le fait le D' P. Ehrenreich (122, 
p. Co), probablement par suite d'une er- 
reur d'impression dans la jmblication 
de Quiroga : Idoh de los Lules, au lieu de 
1(1 ni de Los Lules, 



CARTE KTIIMQUE. 57 

le cacan, prol)ablement parce que c'était leur propre langue; 
dans ce cas, ces Lules de Techo ne seraient c[u'une tri])u des 
Diaguites, ce qui me paraît assez vraisemblable^^'. M. Lafone- 
Quevedo (193, p. 198) partage cette opinion, qu'il apj^uie de 
bons arguments. Toutefois remarquons que Techo distingue 
les Lules des Diaguiles en énumérant Tonocotani, Diagiut(c et 
LiiUi, et ajoutons que son récit sur la mission de Bârzana chez 
les Lules sédentaires des montagnes ne concorde pas avec la 
description donnée par ce dernier, dans sa lettre, des peu- 
plades qu'il appelle Lules. 

Lules (Tonocotés?). — Nous avons déjà longuement discuté 
sur la troisième catégorie de Lules, ceux dont la langue a été 
étudiée par Machoni dans la mission de Miraflores; mais reste 
toujours à savoir s'ils formaient une des tribus des Lules no- 
mades de Narvaez et de Bàrzana, ou bien une tribu des Tono- 
cotés. Ce qui est certain , c'est qu'ils ne sont pas les descendants 
des Lules de Techo (de l'Aconquija). Hervas (165, i, p. 170), le 
premier, l'a démontré. Il nomme les Lules de Techo «anciens 
Lules » et ceux de Machoni « Lules modernes ». Lozano les con- 
fond toujours : il cite (219, p. 106), en parlant des derniers, la 
description que fait Techo des premiers, ceux-ci montagnards 
belliqueux et indomptables, ceux-là, les Lules de Machoni, 
Indiens de la plaine, dociles et soumis. Si l'on admet que les 
Lules de Techo composaient une peuplade diaguite, la dilïé- 
reuce entre les uns et les autres devient plus nette encore, 
caria langue des Lules de Machoni ne peut pas être le cacan, 
on le sait déjà. 

Sur la carte ethni([ue fi(j. 1, les Lules l^de TeclioY'^ sont j)lacés 
dans les limites des Diaguites, et je désigne, avec le mol Jjtles, 

''* Lozano (221; 1. III , c. xviii; t. I, p. /iSO) , (jiii cciivil cent ans avant Lo/.ano cl <|iii 

en reproduisant la narration de Techo sur csl l'iiirorniatcurdc celui ci. Lo/.ano scnii)lt' 

la mission des PP. Monroy et Viana, dit que avoir rcmpl.icé le mot «cacan » par celui de 

les Ijules parlaient le (piicluia, le tonocoté « Iule », simplement parce cpi'il mira cru cpie 

cl le Iule, au lieu du (piicliua, du lonocoté les Lules devaient parler le m Init'». 
et du rrtc«/i, mais il faut plutôt croire Techo ^'' Fiules de l'AcoïKpiija. 



58 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

en dehors de ces limites, les Liiles iioiiiades de Narvaez et de 
Bàrzana. Les Lules de Maclioni n'ont pu, naturellement, être 
localisés. 

Atacamas. — Le haut plateau de la Puna de Jujuy, au 
nord des Diaguites, a été habité par un peuple jusqu'à pré- 
sent sans nom dans l'ethnographie, mais qui a laissé des ruines 
et des sépultures en bon état de conservation. L'étude de ces 
vestiges a été le but principal de mon dernier voyage, et une 
grande partie de cet ouvrage est destinée à rendre compte des 
recherches que j'ai effectuées à ce sujet. En. même temps, 
l'un des chefs de notre mission, M. E. Sénéchal de la Grange, 
faisait, dans le Désert d'Atacama, des découvertes archéolo- 
giques, que je décris aussi dans le présent ouvrage. Il résulte 
de mes recherches et de celles de M. Sénéchal de la Grange, 
ainsi que l'on peut s'en convaincre en lisant les chapitres cor- 
respondant à nos explorations respectives, que les vestiges 
laissés par les anciens habitants de la Puna de Jujuy et par 
ceux du Désert d'Atacama sont identiques : un même peuple 
aurait donc habité la vaste zone comprise entre la Puna argen- 
tine et le Pacifique. 

Les vestiges du Désert d'Atacama ne peuvent être attribués 
qu'aux anciens Atacamas qui, d'après les données historiques, 
à l'époque de la conquête esj)agnole, occupaient le désert 
depuis plusieurs siècles. Par conséquence, à ces Atacamas ap- 
partenaient aussi les anciens habitants de la Puna de Jujuy : 
Santa Catalina, Rinconada, Cochinoca et Casabindo. 

Les documents écrits ne parlent pas beaucoup des Ata- 
camas du Désert d'Atacama, encore moins de ceux delà Puna 
de Jujuy. hefactoràe Potosi, Don Juan Lozano-Machuca (222, 
p. xxv), dans une lettre adressée en i58i au vice-roi du Pérou, 
donne aux Indiens habitant «la Vallée d'Atacama», c'est-à-dire 
le bassin du Salar d'Atacama, le nom d'Atacamas; ils étaient 
au nombre de 2,000 et avaient été concédés en encomlenda 
à Don Juan Velâsquez Altamirano, de La Plata (Chuquisaca). 



CARTE ETHNIQUE. 59 

Selon Macliuca, Velâsqiipz ne tirait pas ^rand bénéfice de ses 
Atacamas,. qui ne lui donnaient que 1,000 pesos par an, et en- 
core payaient-ils ce tribut d'une manière irrégulière. Machuca 
])ropose au vice-roi d(^ les placer directement sous la dépen- 
dance de la couronne, de les concentrer dans un village, de 
leur faire payer un tribut au roi et, de plus, de les faire tra- 
vailler dans les mines de cuivre des environs du port d'Ata- 
cama (Cobija). Macbuca propose aussi qu'on les emploie pour 
faire la guerre aux Indiens de Omaguaca (Quebrada de Hu- 
mahuaca). Les historiographes postérieurs ne disent presque 
rien sur les Atacamas. Suivant Garcilaso de la Vega (140-, I. vn, 
c. xvni; fol. i84), des Atacamas et des Indiens du Tucuman avaient 
donné au gouvernement de l'inca des renseignements sur le 
Chili, et ils furent employés comme guides de l'armée que 
rinca dirigea contre ce pays et qui s'en empara. Presque tous 
les chroniqueurs espagnols désignent Atacama comme quartier 
général des armées envoyées de Cuzco à la conquête du ChiH, 
au commencement du xiv'' siècle. Oviedo y Valdez (280; 1. xlmi, 
r. v; t. IV, p. 280), décrivant la conquête espagnole du Chili par 
Almagro, en i536, rapporte que «la province d'Atacama a 
une longueur (probablement du Nord au Sud) de quarante 
lieues, non compris le désert inhabité, et compte environ 
sept cents guerriers, Indiens belliqueux et «vicieux», vêtus 
comme les Yuncas. Ils récoltent assez de maïs pour leur 
nourriture et possèdent des lamas en abondance. Ils ont aussi 
dans leur pays de Valgarroha et une sorte de petites noix que 
l'on mange après les avoir moulues et qui existent égaleiUiMit 
à Copiapô » . 

D'après Garcilaso de la Vega (140; 1. iv, c x\; fol. ()G), le Désert 
d'Atacama lut annexé à l'empire incasique vers la fin (hi 
XII 1" siècle par Mayta-Inca, général de l'inca Yahuar-lluacac, 
r|iii «conquit toute la côte depuis Arequipa jusqu'à Tacama », 
un territoire «long et étroit, peu peuplé». Au temps de la 
conquête espagnole, les Atacamas étaient de fidèles vassaux 
des Incas, car Oviedo y Valdez nous informe, dans le même 



60 AMIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

chapitre, qu Almagro étant revenu du Chili, ils se révohèrent 
contre les Espagnols, «par ordre deTInca». 

Encore j)lus vagues sont les renseignements sur les Ata- 
camas de la Puna de Jujuy. Les Espagnols paraissent ne pas 
s'être aperçus que c'étaient des Atacamas. Le pays qu'ils habi- 
taient était d'ailleurs si aride, si froid, si désert et si bien caché 
dans le labyrinthe des montagnes du haut plateau, qu'il oflVait 
sans doute peu d'attrait à la convoitise des Espagnols. On a dû 
surtout oublier ces Indiens parce qu'ils étaient pacihques et 
n'attiraient pas l'attention par des rébellions ou des guerres; 
ils se sont soumis sans doute sans résistance. On ignore en 
effet l'époque à laquelle les Espagnols ont pris possession du 
pays. Lozano-Machuca (222, p. xxiv) avait envoyé un certain Pedro 
Sande pour explorer les mines et étudier, au point de vue 
pratique, les Indiens de Lipez. Sande rapporta que des In- 
diens « voisins des Indiens de guerre de Omaguacas et de Casa- 
bindo » venaient à Potosi sous le nom d' Atacamas pour y 
échanger leur «bétail» (lamas) et d'autres produits contre des 
marchandises, probablement de la coca, Potosi étant alors un 
centre de commerce de cet article si recherché par les Indiens 
du haut plateau. Cette information ne peut correspondre k 
d'autres Indiens qu'à ceux de Rinconada, Cochinoca et Casa- 
bindo. Il est vrai que Lozano-Machuca dit : « Indiens voisins 
d'Omaguacas et de Casabindo » , en comprenant ceux de Casa- 
bindo parmi les « Indiens de guerre » et non parmi leurs voi- 
sins pacifiques; mais ce doit être là une confusion, très expli- 
cable chez un homme qui tenait ses renseignements de seconde 
main et encore d'une personne, Sande, qui n'avait pas été 
sur les lieux, mais avait obtenu ces renseignements loin de 
là, en Lipez. Au surphis, nous retrouvons ces confusions à 
chaque instant dans les anciens rapports espagnols et surtout 
celles occasionnées par l'emploi de la conjonction et, spécial 
à l'espagnol de cette époque. Les Indiens de Casabindo sont 
bien identifiés à ceux de Cochinoca, Piinconada et Santa Cata- 
hna par les vestiges qu'ils ont laissés, et ces mêmes vestiges 



CARTE ETHNIQUE. Gl 

prouvent qu'ils étaient différents des Oniaguacas. On peut 
facilement tirer des informations de Sande, répétées par Lo- 
zano-Machuca, la conclusion que les Indiens de la Puna de 
Jujuy se nommaient eux-mêmes des Atacamas. 

Le hcenciado Juan de Matienzo (232) est fauteur d'un 
j^rojet de route stratégique et commerciale de Chnquisaca à 
Santiago del Estero, à travers la Puna de Jnjuy et la Vallée 
Calchaquie. J'ai essayé plus loin de reconstituer fitinéraire 
qu'il avait proposé; cette reconstitution est indiquée sur la 
carte archéologique insérée à la fin de cet ouvrage. Matienzo 
donne les noms des Indiens habitant près de chacune des 
stations de la route. Jusqu'à Moreta, en venant du Nord, il y 
place des Chichas, mais il ne donne pas le nom des habitants 
de la région de Casabindo; puis ii cite de nouveau ceux des 
stations de la Vallée Calchaquie qui étaient des « Calchaquis ». 
Matienzo connaissait bien, on le voit, et les Calchaquis (Dia- 
guites) et les Chichas. Si nos Atacamas de Cochinoca et de 
Casabindo avaient appartenu aux uns ou aux autres, il leur 
eût certainement donné leur nom. La nomenclature de Ma- 
tienzo indique aussi indirectement que Narvaez (253, p. i48) 
commet une erreur en disant que les Indiens de Casabindo 
«parlaient, en dehors de la langue des Chichas, la leur qui 
était le diaguite » (cacan), voire qu'ils étaient des Diaguitcs. 
Du reste Narvaez, si bieu renseigné sur les provinces de Tu- 
cuman, ^Santiago, Catamarca, Côrdoba, La Rioja et Salta, fest 
naturellement beaucoup moius en ce qui concerne la géo- 
graphie des déserts du haut plateau, presque inconnus à son 
époque. 

Les historiens postérieurs nous apprennent peu de choses 
sur les Indiens de la Puua de Jujuy. Le P. Pedro Lozano (220) 
les nomme plusieurs lois, mais toujoui-s sous les nonis (hî 
leurs villages : Cochinocas, Casabindos, etc., sans leur ap])h- 
quer de désignation spéciale ^'^. Guevara (154) imite Lozano. 

^') Lozano (220, i, p. 179) non plus ne phie de la Puna de Jnjuy. Pour lui, «les 
paraît pas connaître beaucoup la géojrra- montagnes de la Vallée (]alclia(piie sont 



02 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

Aucun des deux auteurs ne dit rien d'intéressant sur ces In- 
diens, sauf qu'ils prirent seulement une très faible part aux ré- 
bellions des Calchaquis et des Omaguacas contre les Espagnols. 

Ilerrera (164; déc vm, 1. v, c ix; t. iv, p. i36) paraît donner aux In- 
diens de la Puna de Jujuv le nom d'Atacamas. En parlant des 
avantages qu'offrit la fondation d'une ville dans la vallée de 
Salta (Lerma), il dit que cette ville serait le rendez-vous des 
Indiens de Casabindo, Cochinoca, Moreta et des Indiens Apa- 
lamas (Atacamas), qui y viendraient pour échanger leurs pro- 
duits contre des marchandises. Il semble commettre la même 
erreur que tant d'autres écrivains de fépoque : il emploie à 
faux la conjonction et, et considère comme différents des noms 
qui probablement ne sont que des synonymes. Ses Apatamas 
ne peuvent être les Atacamas du Désert d'Atacama, séj^arés de 
la Vallée de Lerma par la Grande Cordillère et par 6oo kilo- 
mètres de désert; il ne peut donc s'agir que de nos Atacamas 
de la Puna de Jnjuy, auxquels appartenaient les Gasabindos et 
les Gochinocas. 

En fait, les informations des historiens sur les iVtacamas 
ne sont pas suffisantes pour en tirer des conclusions en ce qui 
concerne l'identité des Indiens de la Puna avec les anciens 
Atacamas du Désert d'Atacama, mais, ainsi que je l'ai dit, les 
découvertes archéologiques de la Mission Française démontrent 
que les uns et les autres formaient un seul peuple. 

Des survivants de ces Atacamas préhispaniques, les Ataca- 
menos, existent encore dans le bassin du Salar de Atacama. 
D'Orbigny (274, i, p. n) les a étudiés en i8oo, et il en fait l'une 
des quatre nations de sa branche péruvienne de la race 
andopéruvienne, les trois autres nations étant les Quichuas, 

continuées par colles de Lipez qui est une le chef-lieu de la province de Lipez. Sur 

mine très riche de la province de San sa carte, Lozano (219) laisse et la Vallée 

Antonio». Il laisse donc de côté toute la Calchaquie et la Puna presque en blanc. 

Puna et semble croire que la vaste pro- Dans cette dernière région seulement, les 

vince de Lipez est une mine qu'il place localités Casabindo, Cochinoca et Yavi sont 

dans la «province de San Antonio», alors indiquées. Les Salinas Grandes n'y figu- 

que San Antonio de Lipez est, en réalité, rent pis. 



CARTE ETHNIQUE. 63 

les Aymaras et les Cliaiigos. D'Orbigiiy (liid., p. o3o) veut les 
identifier aux Li2:)es de la lettre de Lozano-Machiica (222), 
mentionnés également par Garcilaso de la Vega (140; I. iv, c. w, 
fol. (j6). Mais celui-ci distingue parfaitement le territoire des 
Lllpi (Lipes) de celui de Tacama, et raconte que les Lipes et 
les Gliiclias furent soumis à fempire incasique par Yahuar- 
Huacac, dans une guerre j^ostérieure à celle qui eut pour 
résultat la conquête de la côte jusqu'à Atacama. D'ailleurs les 
Lipes actuels parlent le quichua, n'ont pas les vêtements et 
les coutumes particuliers aux Atacamenos et ne semblent pas 
avoir de rapports ethniques avec ceux-ci. 

Les Atacamenos ont une langue complètement diflerente 
de toutes les autres langues américaines. On a pris flia])i- 
tude de lui donner le nom d'« atacameno » , mais eux l'appellent 
le clmnza, ce qui signifie «notre», c'est-à-dire «notre langue». 
MM. Philippi (285, p. G7), von Tschudi (356, v, p. 82), Th. H. Moore 
(242), F. J. San Roman (321) ont publié des petits vocabulaires 
d'atacameno; Moore y a ajouté aussi des principes de gram- 
maire. Mais ce sont surtout MM. Vaïsse, Hoyos et Echevarria 
(361) qui en ont donné dernièrement un vocabulaire très com- 
plet, comprenant 1,100 mots dont il faut cependant écarter 
beaucoup de mots quichuas introduits dans fatacameno. Ils 
ont ainsi sauvé de foubli cette langue qui est sur le point de 
disparaître. Elle n'est maintenant plus parlée qu'à San Pedro 
de Atacama et dans les petites localités voisines : Toconao, 
Soncor, Camar, Socaire et Peine. Selon M. Vaïsse et ses colla- 
borateurs [ihid., p. 53o), il n'y a actuellement qu'une vingtaine 
de personnes qui possèdent bien fatacamefio, l'espagnol pre- 
nant peu à peu sa place. D'après M. von Tscbudi, on parlait 
encore l'atacameno dans la deuxième moitié du dernier siècle 
à Calama, ([ui ])()rlait jadis le nom de «Atacama Baja», à 
Chiuchiu et à Antolagasta, mais à présent il n'v est plus du tout 
en usage. Au rapport de M. Moore (242, p. h-]), on pcul siii\re 
les traces de celte langue par les noms de lieux, depuis (iobija 



64 ANTIQUITES DE LA UEGION ANDINE. 

sur la côte jusqu'à Piirilari (^)«n = eau, /a//-- rouge) dans Tin- 
térieur, et en effet beaucoup de noms dans la partie sud de 
la province de Tarapacâ proviennent de Tatacameno. Les Ata- 
canieîïos se nomment eux-mêmes Lickan-Antai «le peuple 
du village ». Lickan « le village » , comme en latin urbs « la ville » 
par excellence, est surtout San Pedro de Atacama; pour dési- 
gner des localités étrangères, les Atacamefïos disent IcrL 

La toponymie du nord de la Puna de Atacama, c'est-à-dire 
du désert qui séj^arait les Atacamas du Salar de Atacama 
de ceux de la Puna de Jujuy, est presque totalement tirée de 
l'atacameno, sauf quelques mots pris du quicliua et, naturel- 
lement, quelques noms esj^agnols^^l Dans la Puna de Jujuy, 
les noms dont on peut dire avec certitude qu'ils dérivent de 
l'atacameno sont rares, mais il y en a pourtant quelques- 
uns. Ainsi le nom indigène de l'Al^ra de Cobres est Abra de 
Cabi, et Ckabi est un nom d'Indien qui figure sur les registres 
de féglise de San Pedro de Atacama, en Tannée i6i3. Près de 
Cobres, il y a aussi une localité appelée Potor, ce qui veut dire 
en atacameno « avalanche de terre ». Beaucoup de noms de lieux 
dans la Puna de Jujuy ne dérivent pas du quichua et pro- 
viennent d'autres langues indiennes, peut-être de fatacameno, 
mais, en général, les Incas semblent avoir imposé la nomen- 
clature quichua dans cette partie du haut plateau, ce qui 
est tout naturel, car fune de leurs jDrincipales routes traversait 
ce territoire. 

D'Orbigny (274, i,i). 33o) a évalué le nond3re des Atacamenos 
(le son temps à 7,^00 individus environ, dont y, 000 dans la 

'"> Citons quelques exemples : Catua anus); Caurchari [ckuhur = haute mon- 

(cAa/H = roche); Puripica, près de Catua tagne, ckari = vert); Z:ipaleri [Ischapnr 

(pfj(7 = eau, picka = frais: eau fraîche); = renard); Mucar [iinickar == mort); 

Pairique (pajVi^ mouche) ; La ri, près de Pultur (peut-être de piilcklur = svm- 

Susques (/arî= rouge); Salar de Arlzaro vrer), etc. C'A", suivant l'orthographe adop- 

(/;rt«ri = vautour, ara ou aro = demeure : tée par MM.Vaïsse, Hoyos et Echeverria, 

demeure des vautours) ; Olaroz (peut-être représente un son guttural spécial à l'ata- 

de /io?or = quinoa); Salar de Jama (peut- camcno et resseml)lant au ch allemand 

être de ckumai = petit-fds); Toro [toro — suivi d'une sorte de r. 



CARTE ETHNIQUE. 65 

province crAtacama et 5,4oo dans celle de Tarapaca. Ces 
derniers sont maintenant complètement absorbés par les 
Aymaras. A San Pedro de Atacama, les Atacamenos paraissent 
s'être conservés très purs. Lors du passage de M. von Tschudi, 
il n'y avait parmi eux aucun blanc. M. Alejandro Bertrand 
(60, p. 277) estime, en i884, la population indigène du Désert 
et de la Puna de Atacama à 4, 000 individus, dont la moitié 
environ auraient été des Atacamenos et le reste des Changos 
et des Indiens de la Bolivie. 

AI. Pliilippi (285, p. 65) décrit les Atacamenos comme ayant 
une taille peu élevée (i m. 60 en moyenne, d'après d'Orbi- 
gny), le front bas, le nez jAat et large, les pommettes assez 
saillantes. 

Les Atacamenos ont conservé beaucoup d'anciennes tradi- 
tions qu'il serait d'un grand intérêt de colliger le plus tôt pos- 
sible, avant qu'elles ne soient perdues pour toujours, ce à quoi 
il faut s'attendre d'ici peu d'années, car elles seront oubliées 
avec la laniifue. La tache de recueillir ce folklore est loin d'être 
facile, les Atacamenos étant fort réservés sur ces choses. J'ai 
rencontré à Cochinoca, dans la Puna de Jujuy, une femme 
Atacamena, mais il me fut impossible de rien tirer d'elle sous 
ce ra]3port. 

Les hommes Atacamenos sont plus ou moins vêtus à l'euro- 
péenne, comme les Indiens de la Puna; mais les femmes por- 
tent des vêtements spéciaux composés, d'après M. von Tschudi 
(356, V, p. 78), du coton, de Vackso et de la Uicla. 

Coton, c'est une longue robe en laine de couleur brun ioncé, 
pourvue de manches et descendant jusqu'aux chevilles. 

Aciiso : vêtement ouvert d'un côté, couvrant la partie (boite 
du buste, et ramené par deriûère et par-dessus fépaule gauche 
sur la poitrine où il forme poche, pour s'attacher enhn à la 
ceinture du côté droit. L'ac/f50 est toujours rayé de couleurs 
criardes: jaune, ronge, noir; vert, ronge, jaune; verl, l'onge, 
noir, etc., rappelani les lissns rayés des anciennes sépultures 
de Calama el de l;i INina. 



IC 7<AT10^ALr. 



66 



ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 



Llicla^^ : sorte de châle jeté sur les épaules, généralement 
d'un tissu grossier et poilu, rouge ou vert pour la plupart. 

Je ne dois pas laisser ici passer, sans la mentionner, une 
théorie de M. von Tschudi (356, v,p. d>'v, et 357, p. 71), ou plutôt 
une su])position , car il ne ra])puie pas de raisons plausihles. 
A son a>is, les Atacamenos seraient les derniers survivants 
des anciens « Calchaquis » et, par con'séquent, leur langue 
serait l'ancien cacan. Lorsque l'inca Yupanqui fit la con- 
quête du Chili, les Calchaquis lui auraient opposé une résis- 
tance téméraire dans leurs forteresses, et une partie d'entre 
eux se seraient réfugiés dans le Désert d'Atacama pour ne pas 
se soumettre aux Péruviens. Or la situation des vestiges du 
chemin incasique démontreraient que les Incas n'ont jamais 
pénétré dans les oasis de San Pedro de Atacama et de Toconao, 
et que ces endroits n'auraient jamais appartenu à l'empire 
incasique. La rareté relative de mots quichuas dans l'atacameho 
confirmerait ce fait. Ces arguments sont tout à fait contraires 
à ce que nous apprend l'histoire. Aucun document ne donne 
des informations sur une résistance opiniâtre des Calchaquis 
ou Diaguites contre les Incas, et, si nous en croyons Garcilaso 
de la Vega, cité plus haut, la soumission des Calchaquis fut 
plutôt volontaire ; le même auteur rend compte de la conquête 
d'Atacama sous l'empire de Yahuar-Huacac, et, d'après lui, ce 
lurent des Indiens d'Atacama et de Tucuman (des Diaguites, 



f'^ Le mot llich ou ïïiclla est quichna. 
La lUcla était aussi en usage chez les In- 
diennes du Pérou, mais le colon et Vackso , 
tels qu'ils sont décrits par von Tschudi, 
diffèrent du vêtement préhispanique des 
lénimes péruviennes , Vunacu, sorte de long 
sac sans fond qui couvrait le corps depuis 
les aisselles jusqu'aux pieds et dont les 
bords supérieurs étaient ramenés au-dessus 
des épaides pour y être agrafés au moyen 
d'épingles [topos). Cependant les femmes 
des Yuncas employaient aussi Vacso ou 
a/s«, connue le démontre une ordonnance 



du vice-roi Don Francisco de Toledo (48, 
fol. i't6), signée à Arequipa en i575. D'ail- 
leurs, comme nous l'avons dit, les anciens 
Atacamas étaient, suivant Oviedo, vêtus 
comme les Yuncas. 

Suivant le P. Cobo (103, n , p. 162), les 
Péruviennes se ceignaient avec le chu m pi , 
large bande d'étoffe à laquelle elles lai- 
saient faire plusieurs tours autour du 
ventre. Suivant des renseignemenls qui 
m'ont été donnés, les femmes atacamenas 
emploient aussi le cliiiinpi, quoique von 
Tschudi ne le menlionne pas. 



CARTE ETHNIQUE. 67 

peut-être justement des Calchaquis) qui servireuL de guides 
à Tarmée de l'Inca, Yupanqui. Suivant M. Philippi, la route 
dite « de l'Inca » jDasse par San Pedro de Atacama et par Toco- 
nao, et, même s'il n'en a pas été ainsi, cette route traversait 
certainement le bassin du Rio Loa où l'on parlait l'atacameno 
il y a moins d'un siècle. D'ailleurs il est impossible de sup- 
poser que les Incas n'aient pas soumis à leur enq:)ire l'oasis de 
San Pedro de Atacama et ses environs, seuls endroits dans ces 
régions désertiques pouvant fournir des provisions aux nom- 
breuses troupes péruviennes allant au Cbili ou retournant 
au Pérou. Quant au fait que la langue des Atacamenos s'est 
maintenue assez pure de mots qnichuas, il ne prouve rien. 
Et d'ailleurs on y retrouve plusieurs de ces mots, parmi les- 
quels certains désignent des croyances religieuses nettement 
péruviennes. Au contraire, dans la toponymie de la région 
diaguite, où l'on rencontre les seuls restes connus du cacan, 
on ne trouve pas de mots atacamenos. L'hypothèse de M. von 
Tschudi, d'après laquelle les Atacamenos seraient des survi- 
vants des « Calchaquis», n'est donc justifiée par aucun fait. 

Les peuj)les voisins des Atacamas à l'époque de la conquête , 
en étendant ceux-ci à la Puna de Jujuy, comme les découvertes 
archéologiques findiquent, sont : au Sud, après des déserts, les 
Araucans et les Diaguites; à l'Kst, les Omaguacas; au Nord, 
les Ghichas bien connus comme appartenant à renq:)ire inca- 
sique, les Lipes, et, en Tarapaca, les Yuncas. On ne peut ris- 
quer une opinion en ce qui concerne fextension des Atacamas 
vers le Nord, dans cette dernière province, avant que celle-ci 
ait été explorée archéologiquement. 

Uros (Changos). — Le long de la côte (Ui i\u'i(iqiie, sur le 
territoire même des Atacamas, et dépenchuit probablement de 
ceux-ci, habitait une peuplade de pêcheurs, les Uros, qui se 
trouvaient au degré le plus bas de la civilisation. Don Juan 
J^ozano-Machuca (222, p. wv-xwn) donne sur les Uros (f \tacama 

5. 



68 ANTIQUITES DE LA HEGIOM ANDINE. 

le renseignement suivant : « Dans la baie crAtacama (Cobija) où 
est situé le port, il y a /ioo Indiens Uros, pêcheurs qui ne sont 
pas baptisés et qui sont incapables de servir à quoi que ce 
soit; cependant ils donnent du poisson aux caciques d'Atacama 
en signe de soumission. Ces Indiens sont très brutes : ils ne 
cultivent pas la terre, ils n'en récoltent pas les produits, ils se 
nourrissent exclusivement de poisson. » D'après Lozano-Ma- 
chuca, il y avait aussi des Uros ])êclieurs sur la côte de la 
province actuelle chilienne de Tarapacâ, depuis Pisagua jus- 
qu'à l'embouchure du Rio Loa , et plus d'un millier sur la côte 
d'Arequipa. 

Les Changos qui habitent actuellement la côte du Pacifique 
de Cobija au Nord, jusqu'càHuasco au Sud, ne peuvent être que 
les descendants des anciens Uros de la côte, mentionnés par 
Lozano-Machuca. Frézier (137, p. i3o), qui visita Cobija en 1712, 
dit que ce village était alors composé d'une cinquantaine de 
cases d'Indiens faites de peaux de loups marins. Ces Indiens, qui 
étaient des Changos, ne vivaient ordinairement que de poisson, 
d'un peu de maïs et de pommes de terre qu'ils obtenaient à 
Atacama en échange de leur poisson. D'Orbigny (274, i, p. 333 
et suiv.) a étudié les Changos en i83o. D'après lui, ils habi- 
taient à cette é|3oque la côte entre le 2 2"^ et le 2 4'' degré, j^i'inci- 
palement les environs du port de Cobija. Il les évalue à mille 
âmes. Leurs maisons étaient faites de trois ou quatre piquets 
fichés en terre sur lesquels ils jetaient des peaux de loups 
marins et des algues. Leur mobilier consistait en quelques 
coquilles, quelques vases et en instruments de pêche, petits 
harpons ingénieusement confectionnés. La pêche, la chasse des 
loups marins étaient leur seul moyen d'existence. Leurs bateaux 
étaient formés de deux outres en peau de loup marin soufflées 
et attachées ensemble. Ils savaient tisser. Leurs femmes por- 
taient les fardeaux en se servant de hottes coniques formées 
de six bâtons et soutenues par une sangle qu'elles avaient sur 
le front. Philippi (285, p. 22, /i2, 43) a vu les Changos en i853. 
Il les a surtout étudiés au sud de Taltal. Ils avaient alors des 



CAKTK ETH.MQl K. 69 

chèvres et des ânes. Leiu's liuttes, faites de cotes de baleines et 
de pieux en bois de Cereus, étaient couvertes de peaux de loup 
marin, de peaux de chèvre ou de vieilles voiles. Ils étaient 
vêtus de haillons, restes de vêtements européens. Ils se nour- 
rissaient de molluscpies, de poissons, d'œuls d'oiseaux marins 
et de viande de chèvre. Leurs halsas ou radeaux étaient tou- 
jours construits en peaux de loup marin. Bollaert (66, p. 171) 
donne aussi une description desChangos, mais moins détaillée. 
Vers 1860, il en avait observé environ deux cent cinquante 
disséminés en plusieurs endroits de la côte, de Paposo au sud 
jusqu'au nord de Cobija. 

D'Orbi<»nY (274, i, p. 33/i) paraît avoir été en rapport avec des 
Changos qui parlaient encore leur ancienne langue indienne, 
mais il ne put malheureusement recueillir des sj)écimens de 
cette langue; les Changos eux-mêmes lui assurèrent qu'elle 
différait de l'atacameno, du quichua et de l'aymara. Lors du 
voyage de M. Philippi, les Changos avaient totalement oublié 
leur langue et ne parlaient que l'espagnol, ce que M. Fran- 
cisco J. San Roman (321, p. /i) afFirme comme Philippi. M. Bol- 
laert (66, p. 171) dit que les Changos qu'il a vus « comprenaient 
un peu d'espagnol, mais que leur propre langue était pr()])a- 
blement un mélange d'atacameno et d'aymara». Ce rensei- 
gnement ne laisse pas d'être une simple supposition formulée à 
la légère et ne peut être opposé aux informations de (rOrbigny, 
de Philippi et de San Roman. 

Ces Changos de 1 7 1 2, de i83o, de 1853, de 1860, ainsi que 
ceux de notre époque, ne peuvent être que les Uros de i58i, 
ceux de Lozano-Machuca, habitant les mômes localités et al)- 
solument identiques dans les différentes descriptions. Le nom 
Clicmgo, d'une étymologie douteuse et d'une signihcation mé- 
]:)i'isante, paraît d'ailleurs avoir été employé par les Espagnols 
à une époque relativement récente. Il est à nolei- que Frézier, 
le plus ancien des voyageurs qui aient visité les Changos, ne se 
sert pas de cette expression. Ce mêm(» mot cliaiHjo est (Muployé 
par les métis delà région andinc de l'Argentine, notamnienl en 



70 



ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 



Catamarca, dans le sens de « gamin », ce qui peut avoir un rap- 
port avec le nom des Indiens Gliangos, car ceux-ci sont d'une 
très petite taille. 

Les Changos ont été souvent confondus avec les Atacamenos. 
M. Elirenreicli (122, p. 65) se demande si les Atacamas et les 
Changos ne sont pas un même peuple. M. José Toribio Polo 
(292, p. i5) les confond, dans son travail sur les Uros. Cepen- 
dant il est tout à fait certain que les Atacamas et Atacamenos 
n'ont aucun rapport etlmique avec les Changos et les Uros. 
Lozano-Machuca (222,p. xxv) les distingue parfaitement. D'Or- 
higny (274, i, p. 333)^^' fait des Changos une «nation» spéciale, 
parallèle aux Quichuas, Aymaras et Atacamas, et, pour von 
Tschudi (356, V, p. 78), les Atacamenos «forment une tribu tout 
à fait différente aussi bien des Indiens de la côte, les Changos, 
que de ceux du haut plateau bolivien ». 

Sur la côte du Pacifique où habitent les Changos, on trouve 
souvent des sépultures anciennes qui proviennent très vrai- 
send)lablement de leurs ancêtres, c'est-à-dire des Uros préhis- 
paniques. M. Philippi (285, p. 33) a fouillé quelques-unes de ces 
sépultures aux environs de Taltal et de Paposo. Elles étaient 
indiquées par des cercles de pierres de l\ pieds de diamètre, à 
la surface du sol. M. Philippi y a trouvé beaucoup de pointes 
de flèches et de harpons en silex. Nous décrirons plus loin 
une de ces sépultures, fouillée à Chimba, sur la baie d'Antofa- 
gasta, par M. E. Sénéchal de la Grange. 

Les Changos ou Uros de la côte semblent être les derniers 



(') D'Orbigny (274, i, p. SSy) exhuma 
à Cobija plusieurs squelettes de Changos. 
Deux crânes provenant de ses fouilles ont 
été étudiés par Quatrefages et Hamy (293, 
p. /175). Leur étude établit une notable dil- 
iérence soniatologique entre les Changos 
et les autres races de l'Amérique du Sud : 
«Les Changos de l'Atacama, dont d'Orbi- 
gny avait recueilli deux crânes, no renlront 
ni dans l'une, ni dans l'autre des séries 
que nous venons de mesurer. Ils sont plus 



volumineux , aussi longs , mais plus larges 
et surtout plus hauts que ceux des cavernes 
des Andes, et présentent une dilatation 
notable de la face qui devient sensiblement 
plus large que dans les autres groupes. » 
L'indice céphaiique de ces deux crânes 
est de 76.66 et 76.77; diamètre basilairc- 
bregmatique, 137; largeur frontale maxi- 
mum, 109; largeur frontale minimum, 
93; capacité crânienne, i,48o centimètres 
cubes, etc. 



CARTE KTIlMOriv 71 

vestiges d nn ancien peuple qui a habité le pays avant les 
Yiincas, les Quicliuas et les Ayaiaras. Sir (Uem<Mits Markhaiii 
(229, p. 321) fait, comme nous, remarquer les probal^ilités de 
cette manière de voir. 

Autour du lac Titicaca et du Rio Desaguadero se trouvaient 
aussides « Uros «.DonPedrodeMercadodePenaloza (236,p.54-56), 
dans sa relacwn sur la province des Pacajes, énumère les Uros 
vivant dans ce territoire. H y en avait 270 aux environs de San- 
tiago de Mamaneca, sur le Desaguadero , plus de 100 dans le 
district de Tialiuanaco et d'autres à Huaqui, sur le ^Fiticaca. 
Tous ces Uros étaient des pêcheurs, d'un degré de civilisation 
très bas; ils se nourrissaient de poissons, de racines de joncs 
et de totora [Malachochœte Totora,Meyen) , haute cypéracée aqua- 
tique, dont ils faisaient aussi et font encore aujourd'hui leurs 
halsas ou radeaux. Ces Uros sont également nommés par plu- 
sieurs des chroniqueurs : Garcilaso de la Vega (140; 1. vu, c iv; 
fol. 169); Acosta (2; 1. II, c. VI ; t. I, p. 86); Balboa (47; c xi; p. i43); 
Herrera(164; dec. v, i. m, c xm; t. m, p. 73); Calancha (89; 1. n, c vm; 
p. 353). Tous qualifient les Uros de la même manière : telle- 
ment sauvages et tellement incultes « qu'ils se rapprochaient 
davantage des animaux que des hommes», vivant exclusive- 
ment de la pêche, employant la totora à tous les usages : ils 
en faisaient des abris et des radeaux, s'en servaient comme 
com])ustible et en mangeaient les racines. 

Les descendants de ces Uros, disparus des environs du lac 
Titicaca, habitent encore les bords du Piio Desaguadero. Ils 
n'ont rien changé à leurs anciennes habitudes et se tieniicut 
toujours au même degré inhme dans la civilisation. Ils n'onl 
lait aucun progrès, d'après M. Polo (292), qui a recueilh de leur 
bouche et publié un certain nombre de mots et de phrases. Mon 
coUèg^ue le D'^Neveu-Lemaire (257, p. i3) avait cru rencontrer des 
Uros dans l'île Panza du lac Poopo, mais il trouva cette île habitée 
par quarante Indiens parlant l'aymara. Néanmoins il n'est pas 
impossible que les hal)itantsde l'ilc Panza soient des Uros, soit 



79 



ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 



qu'ils aient remplacé leur propre lan<^ue par ïiw niara, soit cpi'ils 
la conservent encore, mais qu'ils l'aient cachée à mon collègue 
selon leur habitude d'extrême réserve vis-à-vis des étrangers. 

On a voulu identifier avec la langue des Uros l'ancien 
puquina , dont nous possédons des spécimens avec traduction 
[Pater Noster, Ave Maria, les Articles de la Foi, etc.), rédigés 
par le P. Bârzana et publiés par Fr. Luis Jerônimo Ore (275, 
p. 4oo-4o3). Le Pater Noster a été reproduit par Adelung (4, m, 
2= part., p. 549); dernièrement M. Raoul de la Grasserie (152) a édité 
ces textes entiers, copiés d'après l'original. Ore [ihid. p. 1 1) com- 
prend le puquina parmi les « quatre langues générales » du 
Pérou, les trois autres étant le quichua, l'aymara et leyunca- 
mochica; mais l'évoque de Cuzco, Don Antonio delà Raya, dans 
un préambule du livre d'Ore [ibid, p. 7), classe seulement le qui- 
chua et l'aymara comme lengnas cjenerales. Suivant Hervas (165, 
i,p. 2/i5), la langue puquina était, à son époque, parlée dans la 
mission des PP. Mercenaires près de Pucarani, dans les îles du 
lac Titicaca et dans quelques localités appartenant au diocèse 
de Lima. Comme, à une certaine époque, il y a eu des Uros dans 
les îles du lac Titicaca, M. Brinton (77, p. 221) en a déduit que le 
puquina était la langue des Uros, quoique ni Ore, ni Hervas, 
ni Adelung ne le disent. Au contraire, Hervas cite Garcilaso 
de la Vega (140;1. vu; c. iv;fol. 169) qui distingue parfaitement les 
Puquinas des Uros. D'ailleurs il est difficile de supjDOser que 
la langue de ces Uros sauvages ait pu être qualifiée comme 
fune des «langues oénérales du Pérou». Enfin le vocabulaire 
uro de M. Polo, contenant quatre cents mots en dehors de 
phrases, etc., démontre à févidence que la langue uro n'a rien 
de commun avec le puquina. Cette dernière langue était pro- 
bablement parlée par d'autres Indiens des îles du Titicaca, 
mais certainement pas par les Uros. 

Les Uros du Desaguadero sont peut-être les mêmes que les 
Uros ou Changos du Pacifique : les descriptions des uns et des 
autres sont en effet parfaitement concordantes et les deux au- 



CAUTE ETHNIQUE. 73 

teiirs de relaciones, Lozano-Macliuca et Mercado de Penaloza, 
contemporains (if^Si et 1082), mais écrivant indépendam- 
ment l'un de l'autre, leur donnent le même nom : Uros. Sir 
Cléments Markham (229,p. 3o5), cejDendant, les distingue dans 
sa classification géographique des tribus apj^artenant à l'em- 
pire incasique : il place les Uros du Titicaca dans sa « région 
du Collao )^ et les Changos dans la «région Yunca», sans éta- 
blir d'affinités entre les uns et les autres. Mais M. Markham 
n'avait pas lu les relations de Lozano-Machuca et de Mercado 
de Penaloza, et il a d'ailleurs négligé la partie sud de l'empire 
en désignant les Changos comme la tribu la plus méridionale 
et en ne nommant pas les Chichas qui, sans aucun doute, se 
trouvaient sous la domination incasique. 11 me semble très 
possible que les Uros du Titicaca et du Desaguadero soient 
identiques à ceux de la côte. On pourrait objecter l'éloignement 
géographique entre les uns et les autres, mais il faut se rappeler 
que le Titicaca n'est pas loin d'Arequipa ou d'Arica. 

Omaguacas '^^ — La Quebrada de Humahuaca, à l'est de la 
Pnna (l(* '^^\j^i}% et les montagnes des deux côtés de cette que- 
brada étaient, à l'époque de la conquête, habitées par une peu- 
plade à laquelle les auteurs donnent les noms d'Omaguacas, 
Humahuacas ou Humaguacas. On les voit aussi dénommés 
Omaguas, mais à tort, car aucun des auteurs anciens n'enmloie 
ce nom. Ainsi Techo dit toujours Omaguacœ, quoique M. Juan 
B. Ambrosetti (23, p. 3) dise avoir pris de lui le non) d'Oma- 
guas. J'ai même vu des auteurs qui mettent les Omaguacas en 
ra])port avec les Omaguas, Tn])is de la région équatoriale à 
l'est de la CordiUère et avec lesquels naturellement les Oma- 
guacas n'ont rien à voir. 

Narvaez (253,p. iSi) mentionne el vallc de ()ma(/nara, licrra 
rua, (listante de SaUa d(* trente lieues et de Jujnv de \ingl en- 
viron. Cette dernière distance semble (h'Miionlici- (iiic NarNac/ 

'"' Voir, en dehors de la rarlo fuj. i , la rarlo archcolog^irpK^ à la lin fin Idino M. 



7'j ANTIQUITÉS DR LA RÉGION ANDINE. 

veut indiquer la parHo supérieure fie la Ouebrada de Huma- 
luiaca, c est-à-dlre les environs du village actuel de llumaliuaca. 
Lozano-Macluica (222,p. x\iv) caractérise les Omaguacas comme 
(les Indiens belliqueux. Selon Teclio (341 ; 1. n, c. vi-vm; p. Sg/lo), les 
Omaguacas babitaient « la partie du Tucuman qui s'étend vers 
le Pérou » [Oniacjiiacœ Tuciimaaiœ fines , cjua Pernviœ ohtencUtiir, 
hahitant). Il les décrit comme des Indiens belliqueux et rebelles 
et il rend compte des eiTorts continus du P. Gaspar de Monroy 
r)0\\v les convertir à la religion catbolique. Enfin les deux 
caciques principaux des Omaguacas, Piltipico et Teluy, furent 
faits prisonniers et baptisés par force, en iSgS. Ainsi les Esj:)a- 
gnols réussirent à dominer les Omaguacas qui, depuis le pas- 
sage d'Almagro en i536, n'avaient cessé d'attaquer les troupes 
espagnoles se rendant du Pérou en Tucuman et de détruire 
leurs établissements en Jujuy. Lozano (220, iv, p. no, 2^7, 2G6, 
/io2, 4ii, etc.) décrit en détail plusieurs de ces combats, et, dans 
sa description du Cliaco (219, p. 1 22-180), il fait, d'après Teclio, 
le récit de la conversion de Piltipico. M. Ambrosetti (23, p. 6-12) 
a publié un résumé des principaux renseignements que donne 
Lozano à ce sujet. 

Tous les auteurs dénomment Jiijuys les Indiens qui s'oppo- 
sèrent à la marche de Don Diego de Almagro; ces Jujuys, très 
vraisemblablement, n'étaient qu'une tribu des Omaguacas. 
Quoique aucun auteur ne désigne la localité exacte où fut atta- 
quée l'avant-garde d'Almagro, les Jujuys étaient probablement 
l'une des tribus habitant la Quebrada de Humahuaca. Lozano 
(220, IV, p. /io2) énumère les tribus suivantes qui furent assujetties 
par les fondateurs de la ville de Jnjuy : Purumamarcas, Osas, 
Paypayas, Tilians, Ocloyas et Fiscaras. Toutes ces tribus étaient 
probablement des Omaguacas, quoique Lozano nomme ceux-ci 
cà part pour signaler les Omaguacas des environs du village actuel 
de Humahuaca. Les « Purumamarcas » , nommés aussi Puquiles 
par le même auteur {ihid.,\\ 24s) , étaient la tribu habitant la Que- 
brada de Purmamarca. «Fiscaras» doit être Tilcaras, la tribu 
de Tilcara, village situé au nord de Purmamarca. Quant aux 



CARTE ETHNIQUE. 75 

Ocloyas, ils hal)itaieot les moiitagiips au nord-est de la ville de 
Jujiiy, oii une localité porte encore leur noni^'^. D'après Nar- 
vaez (253, p. i5o), ils étaient « à dix lieues de distance de la vallée 
(le Jujuy». Suivant Techo (341; 1. xn, c xn etxxvm; p. 327 et 33G), les 
PP. Gaspar Osorio et Antonio Ripario firent, vers i638, un 
voyage chez les Ocloyas et baptisèrent 600 de ces Indiens. Ces 
missionnaires « devaient traverser le pays des Ocloyas pour aller 
au Chaco ». Par conséquent, les Ocloyas devaient occuper une 
grande ]:)artie des montagnes qui séparent la Quebrada de 
Humabuaca de la Vallée de San Francisco, et, du côté de cette 
vallée, ils devaient sVlendre jusqu'à la Sierra de Calilegua on 
peut-être plus au nord encore. Gomme les Ocloyas, les Osas ont 
donné leur nom à un endroit appelé Osas, dans la Sierra de 
Sapla, et les Paypayas, le leur au village de Palpalà, ancienne- 
ment Paypaya, près de la ville de Jujuy. 

Il est difficile de donner les limites exactes des Omaguacas, 
mais leur centre était sans doute aux environs du a illage actuel 
de Humabuaca, et les dilTérentes tribus occupaient probable- 
ment les montagnes des deux côtés de la quebrada de ce nom; 
peut-être s'étendaient-elles aussi sur des parties des départe- 
ments actuels d'Iruya et de Santa Victoria. Par la similitude 
des vestiges archéologiques du département de Yavi, sur le 
haut plateau, avec ceux de la Quebrada de Humabuaca, j'ai 
également compris, sur la carte fi(j. 1 , ce département dans la 
région des Omaguacas. Ce qui est curieux, c'est qu'il y a un 
autre endroit portant le nom de Yavi, dans la i-égion (l(*s 
Ocloyas, au nord-ouest de San Pedro. 

De la langue des Omaguacas nous ne savons rien. Cepen- 
dant les Ocloyas paraissent avoir eu une langue spéciale^ à (mi\, 

*'' Sur la carto do Lo/.ano (219), ily a San Francisco. Sur la raric de (r\n\ille 

un «Rio (le Ocloyas» où l'uront assassinés (36), l<* Rio de Ocloyas est placé hoauconp 

par les Indiens les PP. Osorio et Ripario, cl plus au Nord. Celte rivière y li{,Hue connue 

(|ui correspond plus ou moins au Rio Nof^Mo \u\ alllucnl du Rio Berniejo de Tarija cl 

actuel ou peut-être au Rio San liorenzo, pourrait correspondre au Rio de Zcnla qui , 

lous deux ailluents du Rio San Francisco, venant dlruNa, se jette dans le Rio Rer- 

auquel il se réunissent dans la Vallée de inejo jirès dOran. 



76 ANTIQUITÉS DE LA RFÎGION ANDINE. 

car le P. Osorio, suivant Teclio (341; 1. xn, c. xxvm; p. 336), avait 
rédigé un vocabulaire en langue ocloya qu'il possédait ainsi 
que le toba, le tonocoté et le quicliua. Peut-être cette langue 
ocloya serait-elle la langue générale des Omaguacas. 

Le P. Ovalle (278, i, p. 25i ) caractérise, à propos de la marche 
d'Almagro, les Indiens de Jujuy comme étant un peuple très 
belliqueux, que les Incas redoutèrent toujours beaucoup (///- 
jiiy es un hujar 6 provincia de (jente mny helicosa, à cjuien los Incas 
tnvieron siempre temory II est presque certain que le P. Ovalle 
se réfère ici aux Omaguacas, et cette phrase indiquerait — si 
nous l'en croyons — qu'ils auraient su se maintenir indépen- 
dants de la conquête incasique, comme leurs voisins du Nord, 
les Chiriguanos. Cependant il peut se faire qu'Ovalle ait voulu 
simplement dire que les Omaguacas se révoltaient souvent 
contre les Péruviens. 

M. Ambrosetti (23, p. 3-5) soutient que les Omaguacas, comme 
tous les Indiens de la province de Jujuy, notamment ceux de 
la Puna, seraient des « Calchaquis » , c'est-à-dire des Diaguites. 
Comme arguments à l'appui de cette thèse, il invoque la simi- 
litude des objets d'industrie et d'art préhispaniques trouvés 
dans la région diaguite et en Jujuy, et, d'autre part, le fait que 
les Indiens de Jujuy, dans certaines occasions, se sont alliés 
aux Diaguites pour secouer le joug des Espagnols. Je dois 
d'abord remarquer qu'il ne faut pas englober les Indiens préliis- 
paniques de la Puna (Casabindo, Cochinoca, Rinconada, etc.) 
avec ceux de la Quebrada de Humahuaca. Sur les premiers, 
j'ai déjà consigné les renseignements historiques que je pos- 
sède, et plus loin j'analyserai en détail l'archéologie de cette 
région. Sur la base de ces éléments, je classe ces Indiens, 
comme je l'ai déjà dit, parmi les anciens Atacamas. Je répon- 
drai ici aux arguments de M. Ambrosetti en ce qui concerne 
les Omaguacas. Quant au premier argument, il ne hgure 
dans les collections décrites par Al. Ambrosetti qu'un seul objet 
provenant de la Quebrada de Humahuaca : c'est une sorte 
de crapaud en terre cuite {ibid.^i^ 66) qui avait formé un orne- 



CARTE ETHNIQUE. 77 

ment en relief sur un vase. Je ne peux rien trouver de « style 
calchaqui » dans ce crapaud, et, d'après ce que j'ai vu du ma- 
tériel archéologique de la Quebrada de Hunialiuaca, ce maté- 
riel diffère autant de celui de la région diaguite que de celui de 
la Puna de Jujuy. Si l'on veut comparer les objets exhumés 
dans la région de Humahuaca avec les débris préhispaniques 
d'autres régions, ce serait de ceux de Chiclias qu'ils se raj)- 
procheraient le plus, mais nullement de ceux de la Puna et 
moins encore de ceux de la région des Diaguites. Au sujet du 
deuxième argument, nous ne devons pas nous étonner que 
les Omaguacas fissent cause commune avec les Diaguites dans 
certaines rebellions contre les Espagnols; nous savons que 
tous les Indiens se confédéraient contre l'envahisseur, l'ennemi 
commun, quand ils le pouvaient. Suivant Lozano (219, p. 120) 
et Gorrado (105, p. 19), les Omaguacas dans d'autres occasions 
se sont alliés aux Chiriguanos contre les Espagnols, mais j^er- 
sonne ne voudrait en conclure une parenté quelconque entre 
ces deux peuples, d'une culture si différente. Enfin la preuve 
linguistique manque pour rapporter les Omaguacas aux Dia- 
guites, aucun auteur n'ayant lait mention que les premiers 
parlassent le cacan. La toponymie de la Quebrada de Huma- 
huaca est, comme partout dans la région andine de fArgentine, 
tirée pour la plupart du quichua : il n'y a que peu de noms 
dérivés d'autres langues indigènes. Ces derniers ne ressemblent 
pas aux noms de la région diaguite considérés comme prove- 
nant du cacan. 

Tobas. — Comme nous favons vu, les Ocloyas, qui élaient 
selon toute probabilité une tribu des Omaguacas, occupaient 
]('s montagnes portant actuellement les noms de Sierra de 
Sapla, Sierra de Calilegiia, elc, qui s'élèvent entre Jujuy et 
la Quebrada de Humahuaca, d'un côté, et la Vallée de San 
Francisco, de l'autre. Les Ocloyas, suivant Narvaez (253, p. if)!) 
qui écrivait en i583, avaient pour voisins les Tobas (pii fai- 
saient continuellement des invasions dans leur pnvs {(lonfiiian 



78 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

con otra (jente (fue Ilaman los Tohas, (jenle hdicosa mas alla y des- 
proporc tonada, los cucdes los van apocando y rohando cada dlii). En 
1628, le P. Gaspar Osorio, Tapôtre des Ocloyas, écrivit au 
Provincial des jésuites du Paraguay, le P. Duran (120, p. 23), 
([u'il pensait « rester parmi ces Tobares » et que « leur rivière 
l)elle et fort large se nomme Taricha». Ce Rio de Tarija ou 
Rio Bermejo de Tarija est la rivière qui, unie au Rio San Fran- 
cisco à l'ouest de Humahuaca et au nord de la Sierra Santa 
Barbara, forme le Rio Bermejo^^^. Près de la jonction se trouve 
actuellement le petit bourg d'Oran. Plus tard , en 1766, suivant 
Hervas (165, i, p. 176) fut fondée par les jésuites une « réduction » 
ou « mission » de Tobas à Ledesma, dans la Vallée de San Fran- 
cisco. Enfin, en 1 79 1 , il y avait une autre « réduction » de To- 
bas sur le Rio Negro, près de San Pedro, dans la même vallée, 
selon le colonel Don Adrian Fernândez Cornejo (128) qui tra- 
versa, à cette époque, tout le Cliaco jusqu'au Rio Paraguay. 11 
y existe encore une localité appelée Reduccion. 

Tous ces faits démontrent que les Tobas, pendant les xvi% 
wii*" et xviii'' siècles, occupaient les forêts qui remplissent la 
Vallée de San Francisco et la région de Cliaco où est main- 
tenant situé Oran. Les Tobas étaient alors, de toutes les tri])us 
nomades du Cliaco, la plus proche des montagnes du Jujuy. 

A la fin du xv!!!*" siècle, il parait que les Matacos ont envahi 
ces régions, car, en 1800, Fray Antonio Comajuncosa (349), 
préfet des Franciscains de Tarija, écrit à propos de la mission 
de Zenta, située dans les montagnes à l'est de Humahuaca, que* 
cette mission était « entourée de trois côtés par des barbares 
infidèles : au nord les Chiriguanos, au sud les Matacos et à 
l'est les Tobas; à l'ouest se trouvaient les chrétiens de Huma- 
huaca ». Les Matacos auraient donc à cette époque remplacé les 
Tobas près des montagnes, et ceux-ci se seraient retirés plus à 
fintérieur du Chaco. Les Matacos sont encore aujourd'hui les 
maîtres des forêts environnant le cours supérieur du Bermejo. 

'"' Sur la carie de Lozaiio, les Tobas sont placés justement aux environs de la 
jonction de ces rivières. 



CARTE ETHNIQUE. 79 

Les Tobas appartiennent au groupe des Guaycurùs et sont 
actuellement assez nombreux dans la partie orientale du 
Cliaco, depuis le Pilcomayo au nord jusqu'au Rio Salado au 
sud, surtout aux environs du cours inférieur du Rio Bermejo. 
11 y a aussi des Tobas sur les bords du cours supérieur du Pil- 
comayo, jDrès des jnontaqnes boliviennes, mais la partie occi- 
dentale du Cbaco argentin et les rives du Bermejo supérieur 
sont, au contraire, babitées par les Matacos. Je ne veux pas 
m'étendre ici sur les Tobas modernes, lesquels oui été rol)jet 
d'un grand nombre d'études etbnograpbiques et linguistiques. 
Le D*" Tli. Koch-Grunberg (186), dans son précieux ouvrage 
sur le groupe des Guaycurùs, a donné un aperçu très complet 
de l'état actuel de nos connaissances au sujet des Tobas. J'ai 
été en contact et avec des Tobas du cours supérieur du Pilco- 
mayo et avec ceux de la région du Rio Paraguay. Les premiers 
ne se considèrent pas comme «compatriotes» des derniers, 
mais M. Koch-Grûn])erg a démontré que les deux fractions 
j^arlent la même langue. Une bonne compilation des rensei- 
gnements bistoriques sur les Tobas et sur les autres tribus chi 
Cbaco a été publiée récemment par M. L. Kersten (185). Cet 
ouvrage est acconq^agné de deux cartes liistorico-etb niques du 
Cbaco; l'une montre la distribution géograpbique des tribus à 
l'époque de 1750-1767, l'autre vers l'année 1800. 




lARIELIHMytT' Dh L.\ RK ION \>DINf 

entre les 22 et 33 degrés 

IXNT- Si,-i-le.) 

■.P„,,.l.,f„l„^,„...,„r. zzrr-z L,^,.'.. ,fi;,..h ./,/,«,. 



r 



ANTIQUITES DE LA RÉGION DiAGlITE 
DITE "RÉGION CALCHAQUIE» 



G 

iHrntuLnic xatiuïialr. 



DESCUIPTION SOMMillîK 
DU TKRRIÏOIRE DES ANCIENS DIAGUITES. 

l^e versant oriental de la Cordillère des Andes forme, dans 
la rK'puJjlique Argentine, une série de chaînes secondaires, 
presque toutes parallèles à la chaîne principale. Entre ces 
chaînes s'intercalent de grandes plaines dont la végétation 
consiste en hroussailles : arbustes et petits arbres épineux, à 
leuilles dures, coriaces, d'un teint grisâtre. Alternant avec les 
])roussailles, on trouve d'immenses landes de sable mouvant 
ainsi que des sciUnas d'une grande étendue, couches horizon- 
tales de chlorure de sodium mélangé à de petites quantités 
d'autres sels. 

L'aspect de ces plahies est profondément désolant; on s'en 
rend compte en traversant ce pays par les chemins de fer qui 
unissent Buenos-Aires aux chefs-lieux des provinces andines. 
Dès que l'on entre sur le territoire andin , les heures s'écoulent 
sans que le paysage change : toujours les mêmes broussailles 
grises et poussiéreuses dont la monotonie n'est interrompue 
que par les silhouettes vagues des montagnes qui se dressent à 
distance. 

C'est au manque de pluie qu'il faut attribuer une végétation 
aussi mesquine. La terre est très fertile, et, partout où l'irri- 
gation est possible, de petites oasis se forment où fleurissent 
toutes les cultures des pays tempérés et subtropicaux. 

C'est surtout au pied des montagnes qu'il faut chercher ces 
oasis, dans l'étroit espace fertilisé par le mince volume d'eau 
des torrents i^arroyos^ à leur débouché de la monlagne. La vé- 
gétation est également luxuriante dans les étroites vallées creu- 
sées par les torrents et par les rivières à même les sierras. Ces 
vallées sont appelées dans le j^ays (juebradas; lorsqn'elles sont 
d'il ne l;n-g(Mir relativement considérable, on les nomme vallcs. 
Par exemple, l;i \ allée Calchaqnie (e/ VaJlc Cdlchmini) n'est en 

6. 



84 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

réalité qu'une longue (jnehrada, atteignant jusqu'à 5 kilomètres 
de largeur. Cependant le mot espagnol valle, comme on le 
comprend en général dans l'Argentine, signifie autre chose que 
quehrada. El Valle de Lerma ou el Valle de Catamarca sont des 
plaines entourées de montagnes, d'une étendue de quelques 
dizaines de kilomètres dans un sens et dans l'autre. Les histo- 
riographes esjDagnols de l'époque de la conquête appliquent 
quelquefois le nom valle même aux grandes plaines qui s'éten- 
dent entre les différentes sierras. Le mot (jnebrada, qui revient 
à chaque instant dans toute description des pays andins de 
l'Amérique du Sud, n'a pas d'équivalent en français ^^^. 

Dans un pays de pluie tout à fait insuffisante pour la culture, 
l'eau des rivières est naturellement f élément vital des habitants. 
Partout où coule une petite rivière, si mince soit-elle, on ren- 
contre des demeures humaines; où l'eau manque, le territoire 
est désert. Actuellement les droits de prise d'eau sont les mo- 
tifs les plus fréquents de différends, de procès, de querelles, 
même de meurtres. Quelquefois les habitants d'un village 
livrent de vraies batailles à ceux d'un autre village plus rap- 
j)roché de la source de la rivière, ces derniers ayant pris plus 
d'eau qu'ils n'en avaient le droit; le sang coule , et les vainqueurs 
détruisent les canaux des vaincus. 

La quantité d'eau des rivières et des torrents andins semble 
diminuer peu à peu. J'ai souvent eu l'occasion de m'en con- 
vaincre pendant mes voyages. Je me souviens particulière- 
ment de trois villages dans la Vallée de Catamarca : Miraflores, 
Villaj^ima et Capayan, où les habitants les plus âgés m'ont fait 
voir les traces de culture du temps de leur enfance, cultures 
maintenant abandonnées par suite de la diminution des cours 
d'eau qui arrosent ces villages. En effet, la limite des terrains 
susceptibles d'irrigation a, pendant un siècle, graduellement 

''' Les vallées et les quebradas clant à — des ValUslos, et leur pays, Los Vallès 

peu près les seuls endroits habités dans (Les \ allées). Ces termes sont en usage 

les provinces iaterandines de la Repu- dans les provinces voisines des plaines et 

blique Argentine, on nomme les métis surtout en Bolivie, 
de ces provinces — en mauvais espagnol 



RECION DIAGLITK. 85 

reculé vers la ]nontai»ne. Le même fait s'o])servc partout dans 
les provinces andines. Il est très probal^le aussi que la pluie a 
été j^lus abondante jadis : les arbres sécidaires des espèces qui 
ont besoin d'eau sèchent et meurent sans être remplacés; les 
broussailles racbitiques prennent la place des forêts d'autrefois. 
Le D"^ H. F. G. ten Kate (343, p. 18) a fait à ce sujet les mêmes 
observations que moi. 11 dit, en parlant de Salta et de Cata- 
marca : «En effet, on rencontre des ruines de villages et des 
vestiges de cliamps cultivés situés près des lits de rivières 
taries où il n'y a plus actuellement de traces d'eau. En d'autres 
termes, il est évident que le climat était jadis plus humide et 
le pays, par cela même, plus habitable. » M. ten Kate compare 
ces phénomènes avec ceux qu'il a observés dans l'Amérique 
du Nord, et il ajoute : « Il est certain que le Sud-Ouest nord- 
américain, la péninsule californienne et les autres régions 
avoisinantes du Mexique ont passé et passent encore par un 
processus physico-climatologique analogue, qui a également 
influencé le dépeuplement ou le déplacement des populations 
indigènes. » 

Les cultures actuelles sont l(*s mêmes que celles du sud de 
TEurope : Italie et Espagne. Au temps préhispanique, le maïs 
était naturellement la plante cultivée par excellence et la base de 
l'alimentation, comme il l'est encore pour les métis de nos jours. 
Tous les chroniqueurs et tous les auteurs de relacioncs nomment 
le maïs. En dehors de Tesj^èce commune Zea Mays, Lin., il y 
en avait peut-être d'autres comme Zea cryptosperma , Bonafous 
(syn. Zea Mays tunicata, A. St.-llil.) qui existe encore aujour- 
d'hui à Bucnos-Aires sous le nom de maiz pimicjallo, ou Zea ros- 
Irala, Bonafous, que le D"" A.-T. de lloclK^brune (313, p. 1 1) a trouvé 
en grande quantité j)armi des graines provenant des sépultures 
du ciniclièrc d'Ancon, ou encore Zea Mays (juasconensis , Bona- 
fous, dont M. Sénéchal de la Grange a exhumé des graines 
dans les sépultures de l'ancien cimetière de Galama, silu('* dans 
le Déserl d'Atacamn. Don Pedro Solelo Narvaez (253, p. i/i4, ir)i) 



8C) ANTIQUITÉS DE LA IIKCION ANDINK. 

parle des frisoles'^^^ (haricots) commo d'une plante alimentaire 
importante des Indiens du Tucuman préhispanique, et dit qu'il 
y avait desfrisoles de muclias marieras, c est-à-dire de plusieurs 
sortes. Il est probable que ces haricots étaient une espèce du 
genre Phaseolus auquel appartient notre haricot commun, Pha- 
seohis viilfjaris, Savi, car on ne trouve pas dans ces régions 
d'autres légumineuses à graines comestibles ressemblant sulTl- 
samment aux haricots j^our que les Es2:)agnols leur aient donné 
le nom àefrisolcs. L'espèce péruvienne, Phaseolus miihljîonts, 
WUld., est encore de nos jours cultivée dans la Répu!)lique 
Argentine. De CandoUe (92, p. 275) n'est pas sûr de l'origine du 
Phaseolus vulcjaris, mais il admet la possibilité que cette plante 
soit originaire de l'Amérique. La plupart des espèces du genre 
Phaseolus sont américaines et ])lusieurs d'entre elles ont été, 
d'après les chroniqueurs, cultivées dans l'Amérique du Sud 
avant l'arrivée des Européens. Ainsi, selon Herrera (164; dcc, iv, 
1. IX, c. m; t. II, p. 226), on cultivait sur une vaste échelle les fnsoles 
dans le ])as pays du Pérou. Comme on le sait, des haricots figu- 
rent aussi , modelés avec beaucoup de naturel , sur de nond^reuses 
poteries péruviennes. M. Léon de Cessac et MM. Reiss et Stub(>l 
ont rencontré des graines de Phaseolus dans les sépultures d'Au- 
con. Le D'" de Rochebrune (313, p. 8, 12, 18) en a reconnu Irois 
espèces dans la collection rapportée par M. de Cessac, et le 
professeur L. Wittniack (380), deux espèces, Phaseolus vuhjavis 
et Ph. Pallar, Moliiia, dans les collections de MM. Reiss et 
Stûbel. Tous ces faits démontrent que plusieurs espèces de 
Phaseolus étaient cultivées au Pérou, et il est fort probaljle que 
les haricots des anciens Diaguites appartenaient k ce genre. 
Selon Narvaez (253, p. i/i8) , les pommes de terre, ^( papas, como 
turmas de t'ierra^)^ abondaient dans la région diaguite. Parmi 
les plantes qu'il énumère figurent aussi les courges ^:apaUos; 
Cucurhita Pepo, Lin.), que l'on cultive encore partout dans la 
République Argentine. Mais on ne sait si cette espèce est ori- 

('' Frijoles en espagnol moderne. 



REGION DIAGllTE. 87 

i>inaire de rAiicien ou du Nouveau Moude et il est diiïicile de 
dire à quelle cucurbitacée appartenaient les zapallos que men- 
tiouue Narvaez. En dehors des plantes alimentaires dont nous 
venons de parler, les Indiens des vallées interandines avaient 
de nombreuses plantes tinctoriales et médicinales. 

La végétation naturelle de l'ancienne région des Diaguites 
comprend plusieurs arbres à fruits comestibles. Le ])rinci])al 
de ces arbres est une sorte de caroubier, Yalcjanoho hîanco 
(^Prosopis alba, Grlseh.)^ de la famille des légumineuses, très 
commun, formant parfois de véritables forets, bien qu'elles 
disparaissent peu à peu par suite de la sécheresse résultant 
du changement climatérique. Cependant le fruit de Valcjarroho, 
Y alfjarroha , qui forme de longues gousses d'un goût sucré, est 
encore aujourd'hui l'un des aliments importants des ]ial)itanls 
de la région diaguite. Lorsque Wdcjarroha est mûre, des villages 
entiers émigrent dans les forêts et on y fait une récolte abon- 
dante pour toute l'année. Pendant le séjour dans ces forêts, on 
ne mange que ce fruit et on se livre à des bacchanales conli- 
nuelles en buvant de VaJoja, boisson alcoolique pré]:)arée avec 
Val(jarroba. Dans l'industrie sucrière de Tucuman, très déve- 
loppée, la plus grande partie de la main d'œuvre comprend des 
Indiens et des métis de Santiago del Estero où al)ondent les 
forêts (VaJgarrobos. A la saison où ces fruits mûrissent, il est im- 
possible, même en leur ollrant des salaires extraordinaires, (\o 
retenir ces ouvriers et de les empêcher de retourncu- dans leur 
pays où ils ont alors suffisamment à manger sans être obligés 
de travailler. L\dgarrobo necjro (^Prosopis nujra , Ilieron.) donne 
aussi des fruits comesrd)les bien qu'inférieurs à ceux de Vahjar- 
robo blanco. Le chahar {^Gowiiea decoiticans , (idl.'j^ de la lamllle 
des légumineuses, le molle (^Lilhrœa Gdlesii, Griscb. et Sc/unus 
Molle, Lin. p] , dv la famille des anacardiacées) (;t le niislol 
[ZizypJuis Mlslol, Gmeh.)^ une rhamnacée, sont égalemiMit 
des arbres à fruits comestibles, aujoui'd'hui encore d'une cer- 
taine importance alimentaire et qui en avaienl cerlainmicnl 
une plus grande à l'époque préhispanicpie. Des Iriiils de ces 



88 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

arbres on prépare aussi des boissons alcooliques. Les Indiens 
du Cbaco se nourrissent toujours, à une certaine époque de 
l'année, uniquement des fruits du chahar. D'autres arbres et 
arbustes de la région diaguite donnent également des fruits 
bons pour l'alimentation, comme par exemple le picjailhn [Con- 
dalia lineata, Asa Gray). H y a aussi plusieurs cactées, spéciale- 
ment des espèces du genre Opuntia , dont les fruits ont certaine- 
ment servi d'aliments aux anciens habitants. De nos jours, les 
indigènes mangent beaucoup les tunas , fruits d'Opuntia Ficus 
indica, Haw. Cette espèce, malgré son nom, est d'origine améri- 
caine et se trouvait à l'état à la fois spontané et cultivé au 
Mexique, avant la conquête, mais on ignore si cette cactée a été 
importée par les Espagnols dans la région diaguite ou si 
elle y existait auparavant. Narvaez (253, p. lâA, lA-j) raconte que les 
Indiens de Santiago del Estero, avant l'arrivée des Espagnols, 
avaient des fruits de différentes sortes de cactées (^cardones et 
tunas), de Valcjarroba et du chahar, et que le pays des Dia- 
guites possédait de grandes forêts d'algairodo (^algairobales) et 
de chahar l^cliaharales) . Le P. Bârzana (55,p. lvi) nous informe 
que les Diaguites vivaient surtout de maïs qu'ils semaient en 
grande quantité; «ils se nourrissaient aussi en grande partie 
à'alcjarroha qu'ils recueillaient tous les ans à l'époque où ce 
fruit mûrit et dont ils faisaient d'amples réserves. Lorsque la 
pluie n'était pas suffisante pour la culture du maïs et que les 
rivières n'avaient pas assez d'eau pour l'irrigation , ils vivaient 
exclusivement de cette alcjarroba. Elle ne leur servait pas seule- 
ment d'aliment; ils en préparaient aussi une boisson très forte, 
et jamais on ne voyait autant de rixes et de guerres entre eux 
qu'au temps où ils possédaient de Valgarroba en abondance. 
Des missionnaires de la Compagnie de Jésus ont suivi les Dia- 
guites dans les forêts où ils récoltaient Valgarroba, et là ils ont 
catéchisé, baptisé et confessé de nombreux infidèles; ils y 
ont j)rêché et pratiqué leur saint ministère. » 

Selon Narvaez (253, p. i45), les Indiens des « provinces de Tu- 
cuman » se servaient de cabuya comme chanvre, c'est-à-dire 



REGION DIAGUITE. 89 

pour en faire des tissus et des cordes. Cette cahiiya est proba- 
blement l'une des broméliacées qui existent dans la région. Les 
Espagnols du temps de la conquête paraissent avoir appliqué, 
dans n'importe quelle région de l'Amérique espagnole, le nom 
caraïbe cahnya cà toutes les plantes textiles à feuilles épineuses, 
des broméliacées en général. Oviedo y Valdez (280; 1. vu, c ix; 1. 1, 
p. 277) parle de la calmya « de Tierra firme » , qui avait « des feuilles 
comme celles du chardon », et raconte que les Indiens prison- 
niers et enchaînés coupaient leurs chaînes en une seule nuit en 
les limant avec un fil de cahuya mouillé et passé continuelle- 
ment sur du sable fin. Le nom quichua correspondant à cabnya 
est chahuar, et le nom guarani, caracjiiatà. 

Actuellement les animaux domestiques sont ceux qui ont été 
importés d'Europe : chevaux, mulets, ânes, bœufs, chèvres, 
moutons et la volaille ordinaire européenne. 

Le lama n'existe guère que sur le haut plateau de la Puna 
de Atacama et à la lisière de ce plateau , dans les vallées les 
plus élevées, entre les montagnes septentrionales des départe- 
ments de Belen et de Tinogasta. Le nord de la province de 
Gatamarca est, en effet, d'après ce que j'en connais, la limite 
méridionale actuelle de cet animal, ce qui est d'accord avec la 
distribution géographique que lui assigne M. von Tschudi (358), 
de l'Equateur à Catamarca. Mais, à fépoque de la conquête, le 
lama était répandu beaucoup plus au sud. Techo (341; 1. 1, c xi\; 
p. i5) rapporte que les indigènes de l'ancien Tucuman se ser- 
vaient de lamas comme bêtes de somme. Cabrera (88, p. i/io) et 
Narvaez (253, p. i5i) disent que les Indiens de Côrdoba avaient 
des lamas, et ce dernier ajoute que ces lamas étaient moins 
grands que ceux du Pérou. Ce renseignement de Narvaez est 
intéressant, car j'ai trouvé, dans les ruines de la Quebrada (Ici 
Toro et de la Puna de -hijuy, beaucoup d'os plus analogues, 
quant à. leur forme, à ceux du lama actuel qu'à ceux du lui;i- 
naco, mais moins grands. Ce fait scMubh^ indicpiei* (ju'll v a 
eu jadis une race de lamas de taille iniï'iicuic .1 la \\\cr (l';iu- 



90 ANTIQUn ES DK LA RKCilON ANDINE. 

jourd'Iuli. En ce qui concerne la distribution géo^i^rapliique 
du lama, nous voyons qu'il était répandu sur tout l'ancien 
territoire des Diaguites. Nous remarquons aussi que cet ani- 
mal, actuellement confiné sur le haut plateau au-dessus de 
3,000 mètres d'altitude, vivait, k l'époque préhispanique, dans 
des terres beaucoup plus basses, l.e pic le plus haut de la 
Sierra de Cordoba n'a, en effet, que 2,35o mètres d'altitude 
et les hautes vallées de l'intérieur de cette chaîne doivent 
avoir environ 1,000 cà i,5oo mètres. 

Comme animaux domestiques des indigènes de l'ancien 
Tucuman, Narvaez (253, p. 144) mentionne des autruclies (nan- 
dous) , des poules et des canards. Les nandous [Rhea americana, 
Lat/iam) sont encore assez communs dans la région andine de 
la République Argentine, aussi bien dans la plaine que sur les 
montagnes, mais on ne les apprivoise plus de nos jours dans 
la région montagneuse. Les « poules » ne pouvaient être les 
poules européennes, mais très probablement des pavas del monlc 
[PcnelQpeohsciira, Vieil, p]), gallinacés sauvages communs dans la 
Répuldique Argentine et que l'on rencontre encore quelquefois 
domestiqués dans ce pays et aussi en Bolivie. Quant aux ca- 
nards, il en existe plusieurs espèces sauvages qui peuvent avoir 
été également domestiquées par les Diaguites, de même que 
les Indiens préhispaniques du Pérou, selon Garcilaso de la Vega 
(140; 1. vin, c. xix; fol. 9.17), élevaient des canards, probablement 
Y Allas nioscata, Lin., comme le suppose M. A. Nehring (255). 
Un animal qui probablement aussi a été élevé par ces Indiens 
est le petit sanglier américain, ou pécari (^Dicotyles tonfiiatus, 
Cnv., et D. labiatas, Cav.), nommé dans le pays jahali ou 
chancho del monte. On le trouve encore fréquemment dans les 
quebradas de la région diaguite et, d'après ce qu'on raconte, 
il était jadis luuiucoup plus commun qu'aujourd'hui. Je ne 
connais pas de renseignements historiques concernant son 
élevage par les Diaguites, mais j'en ai vu chez des métis ha- 
bitant à fest de la Sierra Santa Barbara, en Jujuy. Il était, à 
fépoque préhispanique, domestiqué dans plusieurs parties de 



HKCilON 1)1 ACUITE. 91 

r\ni(''rifjn(' du Sud. Ainsi Lozano (220, i, p. /uf)) raconte cruo 
les Ciuaranis avaient des jabalis domestiqués, et Cieza de Léon 
(101, c.vi, p. ;>Gi) rapporte que les Indiens d'Uraba (Colombie) les 
élevaient pour les vendre à d'autres tribus. Il est regrellal)le 
qu'aucun des archéologues qui ont fait des recherches dans la 
région andine n'ait songé à recueillir les os d'animaux qui se 
trouvent toujours, plus ou moins nombreux, parmi les débris 
des anciennes habitations. Ces os, dûment déterminés, auraieul 
pu nous donner la solution de maint problème intéressant cnie 
nous ne pouvons résoudre à présent. 

Quant aux animaux sauvages, le gibier principal des an- 
ciens Diaguites devait être le huanaco, qui est encore très 
commun dans toutes les provinces interandines de la Répu- 
blique Argentine. De nos jours on le trouve surtout dans les 
montagnes, mais on rencontre aussi souvent des petits trou- 
peaux de ces animaux dans la brousse des plaines où on les a 
cependant beaucoup poursuivis. A l'époque préhispanique, les 
huanacos étaient sans doute plus nombreux. 

La vigogne, qui n'ha])ite que les hautes montagnes, devait 
être alors également plus fréquente qu'aujouid'luii, de même 
que les cerfs [Cervus chilensis, Gay [syn. ou var. Cerviis auli- 
sicnsis, d'Orh., et Furcljer antisiensis, Gray^^\ (Icrviis ruj'us, Jllin- 
r/e/'),]es pécaris, les l'ïscrtc/ms (^La(ji(Uum pcrurianiun , (jiv.y^\ les 
agoutis ou maras [DuJicliotis palagonica, Wacjner, a[)pelé « lièvre » 
dans le J^'^iys), les cochons d'Inde [Cavia leucohlep/iara, Burin.), 
les tatous (7J<:/5j/;«5" viîlosus, Desmar., D. miiniliis, Dcsmar. el /). 
conurus, Is. St.-lfiL), les nandous, etc. 

De nondjreux échassiers et oiseaux aquali(ju(vs, ainsi (|ue, 
d'autre part, des perdreaux et d'autres gallinacés, des co- 

'*' 11 ne faul pas confondro le LfUjUiinii Aires juscpi'à Tmiimaii. — Ta' nom vi^cii- 

{viscacha de la sierra) avec la viscaclia cita [litiiscarlut) esl (piicliua. Par oonsé- 

de la plaine [LcKjostomus tricli(yd((clyliis , (pient, les Kspa<;nols doivent avoir ap|>li- 

Jhookes) qui est un animal loul à l'ail cpié re nom au La(jostoiuus , parce ipiils 

diiïérent, beaucouj) plus grand, et qui l'auraient trouvé S'uihlahle an Lagiiliitm 

habite les pampas de la Répul)li(jnc Ar- qu'ils avaient \u an l'tiou. 
gcntine, depuis la province de Buenos- 



92 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

lombes, des perroquets, augmentaient l'ahondance de gibier. 
Parmi les bêtes féroces, les seules redoutal)les étaient le 
jaguar et le puma, dont le premier a presque totalement dis- 
paru aujourd'hui. 



LITTERATURE ARCHEOLOGIQUE 
SUR LA RÉGION ANDINE DE LA RÉPURLIQLE ARGENTINE. 

LE NOM «CALCHAQUI». 

A dater de 1890 on a beaucoup écrit, dans la République 
Ar<>entine, sur l'arcbéologie de la région andine de ce pays. 
Le D"" Francisco P. Moreno, l'infatigable fondateur, organisa- 
teur et directeur du Musée de La Plata, a été le promoteur de 
ce mouvement scientifique, en organisant des missions archéo- 
logiques, en mettant les publications de son musée à la dispo- 
sition du monde scientifique international, en encourageant 
par tous les moyens possibles l'étude du passé préhispanique 
de son pays. Depuis, de nombreux ouvrages ont été publiés et 
l'on connaît maintenant, dans leurs grandes lignes, les anti- 
quités des provinces andines. C'est un beau début pour le 
développement de la science préhistorique chez une nation 
jeune, où le goût des études qui n'ont pas une application 
pratique immédiate semble enfin s'éveiller peu à peu. 

Mais beaucoup reste à faire et à refaire. Les descriptions et 
les figures d'un certain nombre d'objets de l'industrie préhispa- 
nique nous olfrent un élément d'étude déjà précieux, mais, en 
général, les collections décrites proviennent d'achats faits à des 
paysans ou à des trafiquants en antiquités qui n'ont pu donnei' 
aucun renseignement sur les circonstances dans lescjuelles ces 
objets ont été trouvés. On ne connaît même pas les localités de 
provenance pour beaucoup de pièces composant la plus grande 
partie de ces collections, (l'est que très pvu de recherches 
furent exécutées sur les lieux mêmes; les fouilles méthodiques 
sont encore moins nombreuses. 11 est vrai, les descriptions et 
les plans de ([uelques-unes des ruines préhisj)ani(|ues ont été 
faits sur place, mais il est impossible (fétablir avec ([uelque 
certitude un rapport (îiitre ces ruines et les objets cpii pro- 



94 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

viennent de la région où elles sont situées. Il laudrait donc des 
missions scientifiques bien organisées, composées d'archéolo- 
gues compétents, munies de ressources pécuniaires suirisantes, 
et qui puissent effectuer des études sur place. Ainsi, et seule- 
ment ainsi, on pourra jeter quelque lumière sur les questions 
encore si obscures de rethnographie préhispanique du pays 
des Diaguites, dont Thistoire ne nous dit presque rien. 

A propos de la littérature argentine sur rarchéologie de la 
région andine, nous ne pouvons passer sous silence une erreur 
dans laquelle sont tombés quelques auteurs : nous voulons 
])arler des dissertations purement spéculatives sur la mytho- 
logie des Indiens préhispaniques et sur la portée symbolique 
de leurs sculptures sur pierre, de leurs décors céramiques, des 
figures peintes ou gravées par eux sur les outils et sur les ro- 
cliers^'l Certains de ces savants prétendent même fixer la va- 
leur symbolique des plus simples figures géométriques, ])arlois 
communes à presque tous les peuples primitifs de la terre, et 
cela sans alléguer le moindre argument à l'appui de leurs 
interprétations. En lisant les ouvrages auxquels nous faisons 
allusion, il est difficile de dégager les faits intéressants de 
tant de fantaisies. L'étude d'une mythologie n'est possible que 
chez des peuples qui ont laissé des documents, comme les 
codices des anciens Mexicains, ou chez des peuples qui ont con- 
servé des restes du culte et des cérémonies de leurs ancêtres, 
tels les Pueblos. Quant au folklore obscur et d'origine péru- 
vienne que nous rencontrons chez les habitants actuels des 
pays andins de la République Argentine, il ne fournit aucun 
élément pour interpréter les tentatives artistiques des auto- 
chtones de cette région. Ces productions ne sont d'ailleurs le 
plus souvent que de sim|)les ornements sans aucune tendance 
s\ mJjolique ou mythologique. 

Il serait aussi k désirer que l'on ne compliquât pas f archéo- 

''' Dans In bibliographie du présont de renseignements concrets concernant 
ouvrage, je fais abstraction de ces pubb- l'archéologie ou l'ethnographie des pays 
calions cpiand elles ne contiennent pas cjue nous étudions. 



REGION DIACriTE. U5 

logie (lu pays desDiaguites, en donnant aux diverses catégories 
d'objets trouvés des noms quicliuas, empruntés sans discerne- 
nient aux chroniqueurs péruviens du xvT et du xvii' siècle. En 
général, les historiographes de la concjiusla ne définissent pas 
suIFisam ment les objets qu'ils désignent par un certain nom, 
et les diiîérents auteurs se contredisent à ce sujet. 11 est jDré- 
lérable, dans ce cas, de se servir de terjnes enq)runtés aux 
langues modernes et délinissant la forme ou f usage de fol^jcl 
(pie fon veut désigner. On est en droit de s'étonner que des 
arcliéologues soutenant f autonomie de la culture « ca]clia(piie » 
adoptent ces anciennes dénominations péruviennes douteuses 
pour des objets provenant de la région diaguite. 

La littérature archéologique de la République Argentine 
emploie les noms « Calchaquis » , «région calchaquie » , «ci- 
vilisation calchaquie » , etc. , en parlant de toute la région 
diaguile. Nous avons déjà vu que les Calchaquis habitaient 
la partie sud de l'une des nond^reuses vallées interandines, la 
longue et étroite Vallée Calchaquie qui court du Nord au Sud, 
près de la limite ouest de la province de Salta, au pied 
de la chaîne qui séjwre cette province de la partie méridionale 
de la Puna de Atacama. D'après les témoignages de Bârzana, 
Romero, Monroy et Techo, que nous avons cités page 21, les 
Calchaquis parlaient sans aucun doute le cacan, et par con- 
séquent ils doivent être considérés comme une peuplade dia- 
guite. Les Calclia(piis se rendirent célèbres, parmi tous l(!s 
Diaguites, par leur esj^rit d'indépendance, par leur résistance 
opiniâtre aux Espagnols et par leurs continuelles rebellions. 
Les premiers liistoriogni])lies, Teclu) par exemple, ne dési- 
gnent jamais comme «Calchaquis» d'aulres Indiens (jue cette 
peuplade de la Valh'^c CalclKupde, tout en la classant parmi 
les Diaguites. Mais Lozano, il est vrai, avec son manque de 
précision dans les définilions g(^ograplii(pies et teclniiques, 
emploie le nom « C;dclia([ui » A lort et à travers. Quelquefois 
il s(Mnble indiquer sous ce nom seulement l(\s lndi(Mis de la 



96 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

Vallée Galchaquie, daiitres fois il l'ajDplique à plusieurs autres 
tribus, particulièrement à certaines tribus de la province ac- 
tuelle de Catamarca. Mais nous avons déjà fait remarcpier 
Tignorance de Lozano en ce qui concerne la géographie du 
pays qu'il décrit, et nous citerons comme exemple une de 
ses erreurs géographiques (220, i, p. 178), qui démontre qu'il ne 
connaissait pas la Vallée Galchaquie : il place la ville de Gôr- 
doba (de Galchaqui) dans la vallée de Quinmivil (Belen), alors 
que cette ville, d'après tous les documents de l'époque, était 
située dans la Vallée Galchaquie. 

Quand la région diaguite commença à être l'objet d'études 
historiques et archéologiques, les ouvrages de Lozano furent 
])ris pour base de ces études et les auteurs argentins étendirent 
l'usage du nom « Galchaqui » à tous les Diaguites. M. J. B. Am- 
brosetti va encore plus loin : pour lui, les habitants de la Puna 
de Jnjuy et de la Quebrada de Humahuaca sont des « Galcha- 
quis » ; il parle même de « Galchaquis du Ghili ». 

Get emploi si large et si vague du nom « Galchaqui » rend 
difficiles les études archéologiques, donne lieu à des concep- 
tions erronées de la géographie ethnique du territoire andin 
la République Argentine et amène une confusion regrettable 
des peuplades de cette région. Bien que le nom « Galchaqui », 
dans le sens inexact que nous avons signalé, se soit implanté 
dnns la littérature, je crois nécessaire de passer outre à cet 
usage et je me propose d'employer l'expression « région dia- 
guite » pour tout le territoire où habitaient les Diaguites, en 
réservant le nom «région calchaquie » pour la Vallée Galcha- 
quie et la Vallée de Yocavil, sa continuation vers le Sud. 



RUINES. 

En trailant dans les chapitres suivants des antiquités pré- 
hispaniques de la région diaguite, je ne me propose pas de les 
décrire en détail , car il y faudrait plusieurs volumes. Mon in- 
tention est de dire seulement quelques mots des caractères 
généraux que présentent les débris de cette ancienne civilisa- 
tion et de donner un aperçu sommaire des publications qui 
ont paru sur des sujets concernant l'archéologie diaguite. Je 
crois cet aperçu indispensable comme base de comparaison 
entre l'archéologie du haut plateau de la Puna que j'ai exploré, 
et celle de la région située immédiatement au sud de ce haut 
plateau. 

Tous les lieux mentionnés au cours de cet aperçu sont indi- 
qués sur la carie fig. iO^^\ insérée en face de la page 2 i 2 , et qui 
comprend toute la région diaguite, excepté sa partie la plus 
méridionale, pour laquelle on peut consulter la cârieficj. 1. 

La région est riche en ruines préhispaniques. Ces ruines 
n'ont d'ailleurs rien de commun avec les merveilleux monu- 
ments mégalithiques de la belle époque de l'ancien Pérou. 
Mais les ruines de la région andine de l'Argentine ressemblenl 
aux vestiges subsistants de la construction vulgaire chez les 
habitants ])réhispaniques du haut plateau du Pérou et de la 
Bolivie, sur laquelle le P. Cobo (103, iv, p. iGO) nous donne des 



'"' Cette carte représente, à une 
échelle plus lorle, une grande partie du 
territoire compris sur la carte ellini([ue 
firj. 1. La division administrative actuelle, 
en provinces et en départements, y est 
indi(piée, étant donnée l'habitude de rap- 
porter géographiquement les découvertes 
archéologiques à ces déparlements. Pour 
la |irovinre de T. a Rioja, imc; nouvelle di- 
vision en d(''p;iilemen(s a été établie il y a 



quelques années, mais j'ai préféré garder 
l'ancienne division qui est plus connue. 

Pour éviter une confusion avec les 
chiffres indicpiant les dates de fondation 
des villes et des missions es|)agnoles l(>s 
plus anciennes, seules les cotes d'alliliide 
des principaux pics sont données sur la 
carie fi(j. 10, mais d'autres cotes indi- 
(piées sur la car(<* pij. I donnent ime idét; 
générale du relief du pays. 



mniiictic >tTio«ii.e, 



98 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

renseignements très précis. Ce sont en général des restes de 
murs en pierres sèches^^^ bien choisies et encastrées les unes 
entre les autres sans aucun mortier. Ces murs ont une épaisseur 
de o"'5o à i"\ et ce cpii en reste debout ne dépasse presque 
jamais i"" de hauteur. Un grand nombre même ne paraissent 
pas avoir été beaucoup plus hauts primitivement. Parmi les 
plus élevés qui aient été observés, nous pouvons citer certains 
murs de la forteresse de Pucarâ de Aconquija, de 2°' 7 5 de 
hauteur sur i™5o d'épaisseur à la base et o'"6o au sommet, 
d'après M. G. Lange (206), et d'autres, les plus hauts des ruines 
de Loma Jujuy, de ^"'So de hauteur et 2"'3o d'épaisseur, me- 
surés par le docteur ten Kate (342, p. 33/i). Les constructions 
à étages n'ont jamais existé. Les pircas des ruines de la 
région des Diaguites forment les parois de constructions rec- 
tangulaires et rondes de différentes dimensions, mais les 
Indiens n'ont presque jamais ^u arriver à faire des lignes très 
droites, des angles droits, des cercles ou des ellipses parfaits. 
Ils ne traçaient pas d'abord les lignes sur le sol; ils commen- 
çaient leur mur où il leur semblait bon, et le continuaient à 
vue d'œil, sans l'aide de l'équerre ou de la corde. C'est pour 
cela qu'ils pèchent toujours contre la régularité des figures 
géométriques et contre la symétrie. Une particularité de leurs 
enclos, chambres, cours ou compartiments, selon le nom qu'on 
préfère leur donner, c'est que la plupart d'entre eux n'ont pas 
de portes. 

Il est difficile de se faire une idée du système de toiture 
employé par les constructeurs de ces demeures. Ils n'ont pu 
vivre dans des maisons de i"" de hauteur seulement, quoique 
le P. Cobo dise qu'une certaine sorte de maisons au Pérou 

'"' Ces murs s'appellent clans le pays de formes el de dimensions les plus dif- 

des pircas, nom cpie j'adopterai. 11 y a férentes et font ainsi des murs si compacts 

encore parmi les indigènes de ces régions et si solides, qu'une construction moderne 

des constructeurs habiles de pircas cpii en brique et mortier n'est guère supérieure 

forment un corps de métier spécial. J'ai à leurs pircas. Le mot pirca est quichua. 

souvent admiré l'adresse de ces pirca- 11 est encore en usage à Cuzco. 
dores. Ils assemblent si bien des pierres 



REGION DIAGUITE. 99 

n'avaient qu'un eslado de hauteur. Dans cerlains cas, on pour- 
rait supposer que le sol de riiabitalion se Irouvait au-dessous 
du niveau du sol extérieur. Cabrera (88, p. i/n) mentionne dans 
la Sierra de Cordoba des maisons semblables, à moitié souter- 
raines. Il dit que « las casas son hajas c la inilad del altara mw 
tieneii eslà hajo de licrra y enlran à ellas coma à sôlanos y cslo 
hâcenlo por el ahrujo para cl ticmpo frio y par falta de madcra nue 
en alfjnnos higarcs por alU ticncn)K Je reviendrai plus longue- 
ment sur ces questions en décrivant les ruines de la Vallée de 
Lerma, de la Quebrada del Toro et de la Puna de Jujuy. 

On voit exceptionnellement des murs bâtis en pierre avec 
de la terre comme mortier; mais ces constructions sont très 
rares. Le mortier à la chaux élait inconnu dans la région dia- 
guite, à l'époque préhispanique. Les anciens murs en briques 
crues — adohes — sont rares. 

Beaucoup de villages préhispaniques s'élevaient sur des 
collines d'un accès plus ou moins difficile. L'eau manquait sur 
ces collines, à peu d'exceptions près. Leurs anciens habitantes 
ont dû apporter l'eau qui leur était nécessaire des ruisseaux 
qui coidaient au pied, et quelquefois même d'une distance 
considérable, comnie le font encore, avec beaucoiqj de dilU- 
culte, les Zunis et d'autres tribus habitant les mcsas de l'Ari- 
zone et du Nouveau-Mexique. Lorsqu'on craignait un siège, 
il fallait faire de grandes provisions, ce qui semble conhrmé 
])ar les nombreux fragments d'énormes récipients en terre 
cuite que l'on trouve partout dans les ruines. 

On rencontre très communément une autre sorte de con- 
structions. (]e sont des rangées de pierres de dimensions in- 
égales qui n'ont pu servir de soubassements de murs. Ces 
alignements forment aussi des enclos ronds ou rectangulaires 
de différentes grandeuis. La couche de débris (prou v trouve 
souvent démontre cjue rpielques-uns de ces enclos ont de 
aussi des emplacements d'habitations, mais probablcnient les 
rangées de pierres ne formaient (pie la limit<' (\[\ l('ir;iin 
aj)partenant à une huile ou à un hangar conslruil m peaux 

7- 



100 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

OU en chaume sur des poutres en bois. Ces alignements de 
pierres renferment aussi parfois des superficies trop grandes 
pour avoir pu être des « cours » autour d'habitations et ne 
peuvent être expHquées non plus comme des cultures, car 
leur situation et la qualité du sol rendent cette explication 
impossible. Leur but est alors une énigme. M. Cari Lumholtz 
(225, 1, p. 8, etc.) décrit des alignements de pierres, très nom- 
breux en Sonora, dans l'extrême nord du Mexique. «Ces 
pierres, qui ont une longueur d'environ un pied, sont soli- 
dement enterrées dans le sol. Seule leur partie supérieure 
apparaît à la surface, à peu près comme les pierres-bordures 
que l'on voit quelquefois autour des pelouses et des massifs 
dans les parcs et les jardins. Les pierres alignées forment 
des cercles et des rectangles. J'ai vu deux cercles se tou- 
chant, chacun de 6 pieds de diamètre. Un rectangle mesurait 
5o pieds de longueur et la moitié de largeur. Il n'y avait jamais 
de soubassements de murs au-dessous des pierres apparaissant 
à la surface du sol. » Cette description de Sonora correspond 
tout à fait aux alignements de pierres de la région diaguite. 
Quelquefois les alignements sont en position transversale sur 
les pentes des montagnes. Leur but était alors, sans doute, de 
retenir la terre qui recouvre ces pentes, bien que celles-ci 
n'aient probablement pas été utilisées ]30ur l'agriculture. J'ai 
observé des alignements de cette sorte, parallèles, avec un 
écartement de lo"' environ entre chacun, sur la pente par 
laquelle on descend au village de Poman , dans la province de 
Catamarca, en venant du haut de la Sierra del Ambato. On 
marche pendant quelques kilomètres à travers ces alignements 
de pierres, dont chacun atteint parfois une longueur de Sog"" et 
même davantage. 

Sur les hauteurs de cette même chaîne de montagnes, j'ai vu 
des vestiges d'un autre genre, très remarquables. En effectuant 
du côté est l'ascension du pic le plus haut, le Manchao, 
4,o5o"' d'altitude, on rencontre de distance en distance, 
le long du chemin le plus praticable j^our cette ascension, 



UEf.lON DlACiUlTI':. 101 

dÏMiormes blocs de quartz l)lanc, ayant quelquefois plus d'un 
mètre de diamètre, posés sur le sommet des rochers les plus 
saillants. Ces blocs , dont la blancheur se détache sur le mica- 
schiste gris foncé de la montagne, ne peuvent avoir eu d'autre 
but que de jalonner le chemin. Il a fallu un travail considérable 
pour les transporter depuis leurs gisements, rares et situés à de. 
longues distances, jusqu'aux altitudes où ils se trouvent. 

Je passe maintenant à l'énumération des ruines connues, 
à propos desquelles je citerai les publications contenant des 
plans, des descriptions ou des notices. 

C'est dans la Vallée Calchaquie, et surtout dans la Vallée de 
Yocavil, que l'on trouve en grand nombre des vestiges de vil- 
lages préhispaniques, presque tous occupant, au moins en par- 
tie, des positions stratégiques sur des hauteurs. I^es ruines de 
la Vallée de Yocavil sont les plus connues, car cette région seule 
a été visitée ])ar des archéologues. Par contre, les ruines de la 
Vallée Calchaquie, au nord de Cafayate, n'ont pas été étudiées. 

Lapaya, dans cette dernière vallée, près de (]achi, est une 
grande agglomération de vieilles constructions en pirca qui 
démontre l'existence ancienne d'un grand village. Aucun plan, 
aucune description n'ont été pu])liés sur ces ruines, mais je 
dirai plus loin ce qu'on en connaît, en décrivant une collection 
qui provient de cet endroit. 

A l'ouest de Mohnos, la Quebrada de Luracatao paraît, 
d'après les renseignements qui m'ont été donnés, i-cnh^'mer 
beaucoup de ruines. 

HuRViNA est situé j)rès d'Amblayo, dans les montagnes, à 
70*"" au nord-est de San Carlos. Le D"" ten Kate (342, p. 3/|:i) 
donne le plan d'un grand rectangle en pirca de celte localilé, 
mesurant i38 pieds de longueur et 48 pieds de largeur. L'in- 
térieur renferme plusieurs murs de séparalioii cl deux pelilcs 
chambres adossées au mur extérieur. Des ouverhires dans les 
murs intérieurs servent de portes, mais on n'en voil iiiicunc 
dans le niurde circonvallation. 



102 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

De la Qiiebrada de las Couchas ou de Guacbipas, parallèle à 
la Vallée Calchaquie et courant à l'est de celle-ci, de Cafayate 
à la Vallée de Lerma, M. ten Kate (342, p. 3M) cite, d'après les 
renseignements qu'il a recueillis, des ruines à Gurtiembre, à 
Carrizal et à INIorales. 

Pampa Grande est une localité du département de Guachi- 
pas, dans les montagnes à l'est de la Quebrada de las Concbas. 
M. Ambrosetti (30, p. 169-184) décrit des ruines situées sur deux 
plateaux aux environs de Pampa Grande, dont l'un porte le 
nom de La Pedrera. Les deux plateaux sont entourés d'une 
clôture en pirca et, dans l'intérieur de ces clôtures, existent les 
débris de certaines petites constructions circulaires et de pircas 
formant des arcs ouverts. 

QuiLMES. Dans la partie nord de la Vallée de Yocavil appar- 
tenant à la province de Tucuman sont les ruines de l'ancien 
grand village de Quilmes, énorme agglomération de milliers de 
constructions en pirca, au sommet et au pied d'une montagne. 
M. Ambrosetti (18) donne de cette ancienne ville une description 
générale accompagnée de plusieurs figures montrant les détails 
de différentes sortes de constructions. Quilmes est peut-être le 
village préhispanique le plus grand que l'on connaisse dans la 
région des Diaguites, et présente un intérêt tout spécial comme 
ayant été longtemps habité par les Indiens, à l'époque histo- 
rique, après l'arrivée des Espagnols. Lozano (220, v, p. igietsuiv. 
et 233 etsuiv.) décrit le siège et l'assaut de Quilmes en i665 par 
Don Alonso de Mercado y Villacorta, qui l'avait déjà vainement 
attaqué en 1669. 

Anjuana, un peu au nord de Quilmes, près de Colalao del 
Valle, possède aussi, suivant M. ten Kate (342, p. 346), des ruines 
d'une étendue considérable , de « nombreuses pircas comme à 
Quilmes». Aucune description, aucun plan n'existent de ces 
ruines. 

Dans la Vallée de Yocavil, on rencontre beaucoup d'autres 
ruines de grands villages dont les principales sont : Loma Rica, 
Fuerte Quemado, Loma Jujuy, Cerro Pintado et Andahuala. 



I^EGION DIAGUITE. 103 

LoMA Rica sont les premières ruines de la région où l'on 
ait pratiqué des fouilles. MM. I. Liberani et R. Hernàndez 
(217) ont publié, sous forme d'album et en reproductions photo- 
giaphiques, les plans qu'ils ont dressés de ces ruines. Bur- 
meister(86)a donné une description sommaire des résultats 
de leurs recherches. Le D"" Florentino Ameghino (32, i,p. 535 et 
suiv , pi. X, fig. 33 3, 428) reproduit en partie la description et les 
figures. Loma Rica est un village préhispanique avec des habi- 
tations assez nombreuses et un vaste cimetière. 

Loma Jujuy, Cerro Pfntado et Fuerte Quemado sont trois 
anciens villages fortifiés, situés sur des montagnes escarpées. 
Le D" ten Kate (343, pi. A) en a publié des plans dressés avec 
beaucoup de soin, les meilleurs que nous possédions, mais il 
n'en donne pas de description et il n'en détermine pas la po- 
sition géographique. Loma Jujuy et Fuerte Quemado sont 
connues, mais il est impossible de trouver Cerro Pintado sur 
aucune carte. Le D"" Adân Ouiroga (302) a donné une descrip- 
tion de Fuerte Quemado. 

Andahuala. m. Moreno (244, p. 19) publie, d'après un dessin 
de M. Methfessel, une vue de ruines composées d'enclos rectan- 
gulaires et situées près de la localité de ce nom. 

Au sud d'Andahuala, les pentes occidentales de la Sierra de 
Aconquija sont également parsemées de ruines. M. ten Kate en 
a observé à Arenal et à Rio Blanco. 

La Ciénega et Anfama. A l'est de Santa Maria, sur le ver- 
sant 0])posé de la Sierra de Aconquija, dans le déparlement 
du Tafi, se trouvent La Ciénega et AnFama, décrits par M. Qni- 
roga (300). Ces ruines semblent composées en grande ])nrli(^ 
d'alignements de pierres du genre de ceux dont j'ai parle, cl 
ne formant que des enclos circulaires. M. Qniroga a doinié 
les croquis de plusieurs groupes de ces enclos. (Certaines cir- 
constances semblent indiquer qu'ils sont ]ilus aiu iciis (jiic les 
ruines de la Vallée de Yocavil. 

San Antonio del Cajon. A l'ouest de la Vallée de Yocavil el 
parallèlement à celle-ci se li'onve l'élroile N'alh'e du (i.ijoii, où 



lOi ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

est situé le village actuel de San Antonio del Cajon, auprès 
duquel on voit des ruines dont M. ten Kate (342, p. 339) a dressé 
le plan. Elles comprennent une rangée d'enclos presque car- 
rés, placée sur la crête d'une colline allongée, et deux autres 
rangées au pied de cette colline, de chaque côté, contenant 
chacune onze compartiments presque carrés, sans portes de 
communication entre eux ou avec l'extérieur, tandis que. entre 
quelques-uns des compartiments de la rangée située sur la 
colline, on trouve des portes. 

La Hoyada, au sud de Cajon : un enclos rectangulaire d'en- 
viron lô'^xS™ sur le sommet d'une colline; à l'intérieur, sept 
petites chambres adossées au mur de circonvallation. Plan 
dressé par M. ten Kate (342, p. 34o). 

GuASAMAYO , au sud-ouest de La Hoyada : ruines d'un village 
assez important, composé de soixante-dix enclos ou maisons, 
tous rectangulaires, assez irréguliers et situés sur le plateau 
formé par le sommet d'une colline à flancs escarpés. Le plan 
de M. ten Kate (342,p. 3/n) montre un grand enclos rectangu- 
laire, une sorte de «place publique» au milieu du village. 
M. ten Kate donne les mesures suivantes de quelques enclos 
choisis au hasard : 1 5°" 1 o X 1 4" 4o ; 1 1 X 6"^ 5o ; 1 o™ X 9'" 3o ; 
6"'3ox3"'9o; 6"' 30X5"" 70; 4"" 50X4°" 20. Le mur le mieux 
conservé avait 1^62 de hauteur et 0°" 9 2 d'épaisseur. 

En continuant vers le Sud-Ouest, nous rencontrons aux 
environs de Hualfm, dans le département de Belen (Cata- 
marca) , beaucoup d'anciens vestiges. 

Gerro Colorado de Hualfin. M. Carlos Bruch (80) a donné 
une bonne photographie et un plan de quelques-unes des 
ruines situées dans les environs de cette montagne. 

Batungasta. Encore plus à l'Ouest, dans le département de 
Tinogasta, le plus occidental de la province de Catamarca, se 
trouve Batungasta, à l'entrée de la route qui conduit au Chili 
par le col de San Francisco. Ces ruines, d'une assez grande 
étendue, sont intéressantes par suite de la présence, sur les 
hauteurs, d'espèce de tourelles rondes bâties en pisé {^lapia 



REGION DIAGUITE. 105 

M. G. Lange (205) en a dressé un plan accompagné d'une des- 
cription faite par M. Lafone-Quevedo (192). 

PucarA de Aconquija. Dans le département d'Andalgala, au 
sud de Santa Maria, il y a de nombreuses ruines, mais elles 
n ont pas été décrites et paraissent d'ailleurs être de peu d'im- 
portance, excepté Pucarâ de Aconquija, dont M. Lange (206) 
a donné une bonne description et des plans détaillés, dressés 
avec soin. C/est une montagne formant plateau, lequel est en- 
touré par une muraille en pirca, très bien conservée encore 
jusqu'à près de 3°" de bauteur, pourvue de bastions et de 
meurtrières. L'intérieur offre beaucoup de maisons en pirca 
formées d'un ou jDlusieurs compartiments. L'espace renfermé 
dans le mur de circonvallation a environ ],'ioo'" de longueur 
sur 660*" de largeur, et le mur lui-même a plus de 3, 000'°" de 
longueur totale. On remarque, dans l'intérieur de ce camp 
fortifié, des traces très nettes d'une source d'eau jaillissante, 
tarie maintenant. Pendant l'un de mes voyages dans cettc^ 
région, j'ai pu examiner personnellement cette forteresse, ad- 
mirable par sa position, par sa construction et par l'instinct 
stratégique démontré par ses constructeurs: c'est, en effet, une 
forteresse presque inexpugnable. Déjà von Tschudi (355, p. i5-i(j) 
avait visité les ruines de Pucara de Aconquija, qu'il décrit 
d'une manière un peu fantaisiste. 

Dans le département de Poman, au sud d'Andalgalà, sub- 
sistent aussi, au pied des pentes occidentales dr la Sierra del 
Ambato, beaucoup de ruines. ■ 

Sur l^AJANCO et Tuscamayo, M. Lafone-Quevedo (201) a donné 
une courte notice, sans plan ni croquis. 

CiUDARGiTA, près du village actuel de Saujil, au nord dt» 
Poman , est un ancien village en ruines assez bien conservées. 
Je l'ai examiné sommairement; il est composé de conslriic- 
tions rectangulaires en pirca formant une agglomération com- 
pacte avec des ruelles presque droites. M. Quiroga (295, [>.:)o^) 
a donné une description très sommaire de ces l'uines. 

Nous ne savons absolument rien des ruines ])réliispani(pies 



106 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

(le la province de La Rioja, et pourtant il doit y avoir, dans 
les vallées andines de cette province, autant de vestiges qu'en 
Catamarca. De vagues renseignements qui m'ont été donnés 
confirment cette supposition que j'étends à la province de San 
Juan, où une grande agglomération de constructions en pirca 
est connue, à la Tamberia de Calingasta^'I 

Comme je l'ai déjà dit page i4, je ne sais si l'on doit consi- 
dérer comme appartenant à la région des Diaguites le sud de 
la Puna de Atacama qui touche les provinces de Catamarca et 
de Salta. Sur la carte ethnique [fig. î) j'ai rapporté provisoi- 
rement ce territoire à la région des Diaguites. Là se trouvent, 
à 3,500°" au-dessus du niveau de la mer, les ruines d'ANTO- 
FAGASTA DE LA SiERRA , d'une grande étendue, divisées en deux 
groupes, d'après des renseignements recueillis et publiés par 
M. Ambrosetti (28, p. i3). L'un des groupes est situé à lo''" au 
sud du hameau actuel d'Indiens, Antofagasta, et se compose 
d'un grand labyrinthe de constructions en pirca, très irrégu- 
lières et séparées par des ruelles, suivant M. Ambrosetti qui 
cependant n'a pas vu ces ruines. L'autre groupe, à S*^"" au sud- 
ouest du village actuel, est situé sur une colline, et au pied 
de celle-ci il y a beaucoup de vestiges d'anciennes cultures. 
Ces dernières ruines sont également mentionnées par le D"" L. 
Darapsky (113, p. m) qui les considère comme une fortification 
[piicarà] et croit avoir vu des traces de canaux d'irrigation 
dans les anciennes cultures au pied de la colline. Le D'^Moreno 
(245, p. i5) a aussi visité les ruines d'Antofagasta de la Sierra. 

Dans la même région de la Puna de Atacama, on trouve 
d'autres ruines à Antofalla, au pied du volcan de ce nom; ces 
ruines sont mentionnées par M. Moreno (245, p. i5). Botijuela 
est situé à ^o''"' au sud d'Antofalla, sur le bord de la saline 
qui porte ce nom. D'après M. Ambrosetti (28, p. a), il y a ]à 
encore d'anciennes constructions en pirca, circulaires et rec- 
tano'ulaires. 



(1) 



Pour la situation géographique de ces endroits, voir la carte fuj. 1. 



REGION DIAGUITE. 107 

Enfin un croquis des petites ruines de la Vega del Cerro 
GoRDO, sur la frontière de la Puna de Atacama et du dé]:)arte- 
ment de Molinos (Salta), a été dressé par M. Eduardo A. Holm- 
berg. Ce croquis est inséré dans fun des travaux de M. And)ro- 
setti (28, pi. IV, iig. 3). Les ruines se composent de constructions 
en pirca arrondies et carrées. 

Ce sont là toutes les ruines de la région diaguite mention- 
nées dans la littérature. Quelques-uns des plans ont été dressés 
avec soin et les descriptions sont satisfaisantes, mais on n'y a 
jamais fait de fouilles méthodiques. 

En ces localités on voit très fréquemment, dans chaque 
habitation, une ou plusieurs pierres longues, plantées debout 
dans le sol, à l'intérieur ou près des murs. M. Ambrosetti (*t 
d'autres auteurs ont applicpié à ces pierres le nom de menhirs. 
Elles ne semblent pas avoir eu un but pratique, ou du moins il 
est impossible d'expliquer lequel. Elles étaient probablement 
destinées à un usage religieux ou cérémonial. Ce sont, en gé- 
néral, des pierres portant peu de traces d'un travail artificiel; 
elles ont, pour la plupart, été formées d'une pierre schisteuse 
plate, dont on a détaché certaines parties pour lui donner la 
forme voulue. Elles ont, le plus souvent, de petites dimensions, 
leur longueur ne dépassant presque jamais un mètre. 

Je décrirai plus loin des pierres de la même catégorie qui 
se trouvent dans les ruines de Taslil (Quebrada del Toro) et de 
Pucara de; Piinconada (Puna de Jujuy). 

Dans la Vallée de Tafi, à un endroit nommé El Mollar, 
M. Ambrosetti a découvert d'autres «menhirs» sculptés, de 
grandes dimensions. La plus intéressante de ces pierres a 
3'" 10 de hauteur et présente à sa partie supérieure une face 
humaine rudimentaire; au-dessous de celle-ci, la pierre est 
couverte d'ornements géométriques, très réguliers, composés 
de lignes combinées avec des cercles à point central. Dans le 
même endroit, de chaque côté du petit Rio d<'l Rincon, il y a 
plusieurs autres pierres de la même loîigu(Mjr ([iie cette (1er- 



108 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

nière. Ces pierres présentent à leur extrémité supérieure des 
figures humaines dont les yeux, le nez et la bouche sont 
grossièrement taillés dans la pierre. Le sol, aux environs des 
«menhirs», est couvert d'alignements de pierres du même 
genre que celui décrit plus haut, formant en général des 
enceintes circulaires ou ovales. A Rio Blanco, près d'El Mollar, 
il existe aussi un « menhir » avec des ornements géométriques 
rectilignes très artistiquement sculptés. Ces monuments ont été 
décrits par M. Ambrosetti (17) et une courte description en a 
également été publiée par le D' Hamy (159 et 155, déc. v, n" xlvh, 
p. ki\ etsuiv.), qui les rapproche de certaines formes observées au 
Mexique par M. D. Charnay. 

Parmi les ruines de La Ciénega, dans la même Vallée de 
Tafi, M. Quiroga (300, p. 118-119) a trouvé aussi deux « menhirs » 
sculptés. Sur f un d'eux, le nez et les yeux d'une figure humaine 
sont indiqués dans la partie supérieure; f autre porte près 
de sa base une concavité circulaire assez profonde , une sorte de 
cupule. M. Quiroga {ibid.,ix 120) décrit des «dolmens» du même 
endroit, mais je suis tout à fait convaincu que ces « dolmens » 
ne sont que des pierres tombées les unes sur les autres, natu- 
rellement, sans l'intervention de l'homme. Je ne crois pas qu'il 
existe de vrais dolmens dans ces régions. 

Les mortiers {nietates") en pierre sont communs dans les 
ruines. Celui que j'ai trouvé à Carbajal, dans la Vallée de 
Lerma [ficj. 47), offre l'exemple de l'une des formes les plus 
fréquentes de ces mortiers. M. Ambrosetti (30, p. 160-163) repro- 
duit un bon nombre de mortiers grossièrement travaillés, pro- 
venant de Pampa Grande (Salta). 

Aux environs des anciennes demeures humaines, des cu- 
pules sont souvent creusées dans les rochers. Leur cavité est 
quelquefois presque cylindrique, mais en général elle est plus 
étroite au fond qu'à l'ouverture. Elles sont de différentes di- 
mensions; les plus grandes que j'aie vues avaient à peu près 
o'" 5o de profondeur et un peu moins de diamètre. On voit 
parfois de grands rochers tout couverts de ces cupules. Ce sont 



REGION DIAGUITE. 109 

des rochers horizontaux; les rochers verticaux portent rare- 
ment des cupules. M. Ambrosetti (28, p. n) mentionne trois 
grandes cupules sur un rocher vertical, situé à Penas Blancas, 
près du Cerro Ratones, sur la limite de la Puna de Atacama 
et du département de Molinos. Les cupules creusées dans les 
rochers horizontaux sont très communes dans toute la réiiion 
diaguite, et j'en ai même vu dans la Sierra Santa Barbara, entre 
Jujuy et le Grand Chaco. Le D'" R. Lehmann-Nitsche (211) dé- 
crit un grand nombre de cupules qu'il a étudiées à Capilla del 
Monte, dans la Sierra de Cordoba. M. And^rosetti (30, p. i/i) repro- 
duit une pierre avec trois cupules qu'il a découverte récemment 
à Pampa Grande. Suivant M. Florentine Ameghino (32, i, p. 5i/i), 
il existe aussi des cupules dans les provinces de San Luis et 
de Mendoza, et, selon MM. Fonck et Kunz (134), elles ne sont 
pas rares dans la partie centrale du Chili. M. R. Lenz (213, p. 423) 
mentionne un bloc avec des cupules, la « Piedra Santa de Re- 
tricura», situé dans un défilé de la Cordillère près du volcan 
Lonquimav, au nord-est de Valdivia. Les Indiens Araucans 
y lont des sacrifices pour le bon succès du voyage, quand ils 
passent du Chili en Patagonie. Les habitants des provinces 
interandines de l'Argentine nomment les cupules des morteros 
(mortiers). Il ne me paraît pas invraisemblable qu'elles aient 
été employées dans ce but, car beaucoup d'Indiens de l'ouest 
des Etats-Unis emploient encore de nos jours les cupules 
comme mortiers. Les formes combinées de cupules avec cercles 
extérieurs, dont M. Garrick Mallery (228, p. i8y et sulv.) décrit 
beaucoup de variétés dilférentes, sont inconnues dans la Ré- 
publique Argentine. 

Les pentes des montagnes de la région diaguite offrent, hlcii 
qu'assez rarement, des restes d'audenes, ces terrasses si com- 
munes au Pérou, construites ])ar les Indiens préhispaniques 
pour y cultiver le maïs. J'en parlerai longuement en décrivant 
les andcnes que j'ai trouvés à Sayate, dans la Puna de .Iiiju\. 
M. ten Kate (343, p. 17, fig. 22, 2/1) donne des figures re|)résentant 
un autre genre de champs cuhivés, liorizontanx, limités par 



110 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

des alignements de pierres semblables à ceux que nous avons 
décrits page loo. Cependant je ne crois pas qu'il s'agisse vrai- 
ment de champs de culture, surtout en ce qui concerne la 
figure 2 2 de M. ten Kate. Il existe pourtant des vestiges de 
chamjjs horizontaux enfermés dans des bordures de pierres, et 
on peut constater quelquefois que de la terre y a été rapportée 
pour augmenter l'épaisseur de la couche de terre végétale. 

On entend souvent parler des grandes routes du temps pré- 
historique dites « routes incasiques », construites sur les pentes 
des montagnes de la Cordillère, mais je n'en ai jamais vu 
dans la région diaguite. L'une d'elles, dont nous reparlerons 
page 2o5, suivait toute la Cordillère jusqu'à Mendoza, où elle 
passait au Chili. M. Moreno {245, p. 8) confirme l'existence des 
vestiges de cette route. Je décrirai plus loin une route pré- 
hispanique de la Ouebrada del Toro. 

On voit aussi dans la région diaguite des apachetas, grands 
monticules de pierres entassées par les Indiens aux points les 
plus élevés où les chemins traversent la crête des montagnes. 
L'Indien y dépose encore, en passant, de la coca et d'autres 
offrandes pour le bon succès de son voyage. M. Ambrosetti 
(15, p. 76) a donné une description des coutumes relatives aux 
apaclietas. M. ten Kate (342, p. 337) mentionne un de ces autels 
au sommet de la chaîne de montagnes qui sépare Quilmes, 
dans la Vallée de Yocavil, de la Vallée del Cajon, et M. Quiroga 
(295,p. 5o5) a vu une autre apacheta, entre Aymogasta et Alpa- 
sinchi, sur la frontière des provinces de Galamarca et de La 
Rioja. Les apaclietas sont d'origine péruvienne. Suivant Calan- 
cha (89; 1. II, c. xi; p. 372), Ics Péruvieus « adoraient des monceaux 
de pierres que les Indiens du Cuzco et les Collas dénommaient 
apachitas)K Le Père Arriaga (39, p. i3o) les nomme parmi les 
« idolàlries » des Indiens du Pérou, et l'on trouve dans les ques- 
tionnaires pour la confession de ces Indiens, formulés par Ar- 
riaga en 1621, et par farchevêque de Lima, Don Pedro de 
Villa Gômez (370, fol. 37), en 1649, la question suivante : «^;^f 
ciiando van camino an eçhado 6 echan en las cuinhres alias ô apaclietas 



REGION DIAGUITE. 111 

à dunde llccjan ô en piedras (jvandcs hendidas, coca mascada 6 maiz 
mascado 6 oiras cosas cscupicndolas , 6 pidiciidolcs (jae les (jiiitan el 
cansancio ciel camino? )) M. von Tschudi (356,v, p. 62) donne une 
description générale très intéressante des apachetas actuelles 
du Pérou et de la Bolivie, ainsi que des renseignements dé- 
taillés sur le culte que les Indiens actuels de ces pays rendent 
à ces autels. Les cérémonies qui ont lieu auprès des apachetas 
de la République Ai-gentine sont presque identiques à celles 
du Pérou et de la Bolivie. Nous reproduisons plus \(nn,fi(j. 8S, 
une apacheta de la Puna de Jujuy. 

INDUSTRIE. 

Céramique. — Peu de pays sont aussi riches en débris d'an- 
cienne poterie que le pays des anciens Diaguites. Partout de 
grandes étendues sont couvertes de fragments de poterie; 
partout où les bords d'un ruisseau s'ellondrent apparaît de la 
poterie; partout où l'on creuse la terre dans un but quelconque 
surgissent de vieux vases, de vieilles écuelles, toutes sortes de 
débris de céramique. 

Mais l'art du céramiste préhistorique de ces régions était loin 
d'être aussi perfectionné que celui du Pérou. On n'y voit pas 
ces figures humaines des anciens vases péruviens, si admira- 
blement modelés, si vivants dans leur raideur, si parfaitement 
semblables aux descendants actuels des artistes. Le modelage, 
la peinture et la gravure des céramiques de la région diaguile 
sont plus rudimentaires; les ligures ont toujours quelque 
chose de grotesque, d'enfantin. 

Et cependant le style est le style péruvien, les procédés sont 
ceux du Pérou. Seulement, c'est do la polcrie péruvienne or- 
dinaire; les chefs-d'œuvre, la poterie très fine, très arlislique, 
manquent. 

f.a ])olerie préliispanicpie de la région diaguile esl , couune 
celle de toute rAuiéri(|ue, faite sans l'aide du lour, sim|)lemeiit 
avec les mains et des instruments rudiuientaires pour façonner. 



112 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

aplanir et polir. Le procédé paraît avoir été celui qui est en 
usage chez la plupart des peuples sauvages de nos jours : l'agré- 
gation par petites portions de la matière en formant des cercles 
superposés. Je décris plus loin ce procédé tel cpie je l'ai vu 
employé par une vieille Indienne de la Puna. 

La pâte est très variée , selon le soin mis à sa préparation et 
la qualité de la terre. Toutefois on ne trouve pas ces pâtes du 
Pérou, fines, homogènes, presque aussi compactes que la por- 
celaine. Comme dégraissant, on se servait de vieille poterie 
moulue, ou de pierre pulvérisée. 

Les roches feldspathiques étaient souvent employées à cette 
fin; dans d'autres poteries on trouve quantité de petits frag- 
ments de mica enfermés à même la pâte et qui prouvent que 
le dégraissant a été du micaschiste ou d'autres roches riches en 
mica, réduites en poudre. Le mica blanc (muscovite) est assez 
commun dans la région , à fétat jxir, sous forme de cristaux 
de G™ 20 de diamètre. Quelquefois la pâte, surtout celle des 
grands pots grossiers d'une couleur noirâtre, est tellement riche 
en mica, que l'on est tenté de se demander si, par hasard, le 
dégraissant n'a pas été du mica pur : mais le minerai pur 
n'aurait pas donné l'elfet désiré, c'est-à-dire rendre la poterie 
plus résistante. D'ailleurs, la structure de ces pots démontre 
que le dégraissant emj^loyé a été du micaschiste très riche en 
mica, roche très commune dans tout le pays. 

Beaucoup de vases sont engobés, quelquefois seulement à 
fextérieur ou à l'intérieur, quelquefois des deux côtés. Pour 
colorer fengobe, on a employé de l'ocre rouge ou jaune et de 
la plombagine, quelquefois de la chaux. 

Le décor des vases engobés avec de la plombagine est tou- 
jours formé par des traits gravés, tandis que ceux à engobe 
ocreuse sont ornés de figures peintes. 11 n'y a jîresque pas 
d'exception à cette règle. On ne voit que très rarement de la 
poterie rouge gravée, bien qu'il n'y ait pas de raison pour que 
l'on ne grave pas sur cette couleur aussi bien que sur la poterie 
engobée avec de la plombagine. M. Lafone-Quevedo (202, p. 8, 10), 



RfXiION DIACUITE. 113 

dans un travail tout récent, a tenté de classer la j)oterie d'An- 
dalgalâ en trois catégories, d'après l'ornementalion : poterie 
grise gravée, poterie noire gravée et poterie peinte. La diffé- 
rence ne me paraît pas très grande entre la poterie gi'avée , noire 
et grise, l'engobe de ces deux variétés étant de la plomljagine 
plus ou inoins foncée. M. Lafone a rencontré des fragments 
des trois sortes partout sur la surface du sol, mais, dans les 
sépultures d'un ancien cimetière qu'il a fouillées, il n'y avait 
pas de poterie gravée; cette poterie manque dans les andenes 
des environs, où l'on trouve seulement de la poterie peinte. 
M. Lafone en veut tirer la conséquence que la poterie des deux 
catégories est différente etlmographiquement et chronologi- 
quement. Ce serait .là un fait fort intéressant si l'on pouvait en 
prouver l'évidence. Cependant, dans d'autres régions, comme 
la Quebrada del Toro, j'ai trouvé ensemble, en place, ces deux 
sortes de poterie. 

La couleur la plus commune des ornements peints de la 
céramique est le noir, probablement à base de charbon. Mais 
il y a aussi d'autres couleurs : rouge, jaune , violet, brun, pro- 
venant de terres ocreuses ou qui contiennent du magnésium. 
Le blanc est produit avec des matières calcaires; quant au 
vert, je n'en ai jamais vu. 

L'usage de la vannerie comme moules à pousser les vases 
en terre cuite a existé, bien que très rarement, dans la région 
des Diaguites. Un vase, formé de cette manière et portant les 
impressions très nettes du panier dans lequel il a été moulé, 
jDrovient de Santa Maria et a été figmé par M. Ambroselti 
(21, j). i32). Dans la collection faite par le comte Henri de La 
Vaulx à El Banado (Quilmes), et donnée au Musée du Tioca- 
déro, existe une grande écuelle, cataloguée sous le n" 47828, 
de o™38 de diamètre et o^ao de liauteur. A l'extérieur, elle 
offre les traces très manifestes de la corbeille en vannerie qui 
a servi à la mouler, et la partie déprimée du fond montre très 
nettciuient la forme carrée de fainorce pour la ronlection de 
cette corbeille. Cette écuelh", (pii Icrniail rofidcc d'iine nrnc 
I. s 



■ MPIIIirilll! IIITIOKILS. 



114 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

funéraire d'enfant, a été décrite par M. de La VauLx (366, p. 173), 
mais il n'en a pas donné de ligure. Pour faire connaître ce rare 
spécimen de poterie, je le reproduis ici ^fig. 3. La pâte est assez 
fine, rougeàtre. Dans la collection de Lapaya, décrite plus loin, 
se trouve une autre écneWe.fig. 28 cet 30, dont les impressions 
au fond démontrent qu'elle a été posée , j)endant sa confection , 
sur une claie en vannerie. A Puerta de Tastil (Quebrada del 
Toro), j'ai trouvé aussi un fragment de poterie avec des im- 
pressions de vannerie. M. A. de Mortillet a rapporté de Tarija 
(Bolivie) d'autres fragments de poterie poussée en vannerie. 
L'usage de la vannerie pour mouler des vases paraît avoir été 
rarement pratiqué dans l'Amérique du Sud. Le D'" Verneau 
(367, p. i54) décrit et figure des fragments provenant d'une sé- 
j)ulture contenant des urnes avec des ossements humains, du 
Rio Arauca, affluent de fOrénoque. M. Erland Nordenskiôkl 
(269, p. 22) mentionne un fragment de poterie poussée en van- 
nerie qu'il a trouvé dans une grotte de la Vallée de Queara, 
au nord du lac Titicaca. M. de La Vaulx (366, p. 17^) parle de 
fragments de poterie avec des impressions de vannerie qu'il 
aurait recueillis à San Gabriel et à Choele-Choel , dans la Pata- 
gonie; mais M. Verneau (368) ne dit rien de ces fragments, dans 
son étude sur les collections patagoniennes de M. de La Vaulx. 
Dans l'Amérique septentrionale, spécialement dans le nord des 
Etats-Unis, les poteries portant des impressions textiles sont 
assez communes, mais ce sont surtout des empreintes de tissus, 
de cordes, etc., qui ont été employés en formant les vases ou 
pour leur décoration. Au contraire, les empreintes de vannerie 
y sont rares, selon M. Holmes (172, p. 69), et les corbeilles n'ont 
guère été employées que comme support ou pour y mouler 
le fond du vase. Parmi les milliers de poteries des Etats-Unis 
qu'a manipulées le distingué chef du Bureau d'ethnologie, il 
dit n'avoir vu aucun spécimen ayant été entièrement poussé 
dans une corbeille, comme c'est le cas de l'écuelle de la col- 
lection de La Vaulx. Cependant M. Holmes {ibid., p. 58-59) cite 
des renseignements historiques suivant lesquels ce mode de 



REGION DIA(JUITE. 115 

fabricalioii (Hail en noj^uc parmi les Indiens du Missouri et du 
Haut Mississipi, au conimencenient du xix'' siècle. La corbeille 
était détruite par le feu en cuisant le vase. 

Les objets les plus Iréquents dans la région diaguite sont les 
vases et les écuelles, de formes et de décors les plus variés. 

Parmi les vases, les grandes urnes funéraires ont, lout 
d'abord et naturellement, attiré l'attention des auteurs qui ont 
étudié l'ai'chéologie de la région diaguite ; j'examinerai cett(^ 
catégorie de vases plus loin, en parlant des cimetières de la 
région. 

Les urnes décorées contenant des squelettes ou des osse- 
ments ont sans doute été fabriquées pour cette destination 
funéraire spéciale, et c'est peut-être aussi le cas de la plupart 
des plats qui servent de couvercles à ces urnes. Au contraire, 
il n'y a aucune raison pour appliquer, d'une façon générale, la 
même bvpotbèse aux autres vases que l'on rencontre dans b^s 
sépultures, et qui ne sontque de la polerie de ménage, pbis ou 
moins simple ou artistique, ayant contenu les aliments, les 
boissons et autres provisions que l'on donnait au défunt pour 
l'autre vie. 

On a publié un certain nond)re de figures de cette polei ie 
de ménage. Voici celles qui se trouvent dans les ouvrages de 
M. \nil)i()selli : si\ pièces assez intéressantes «de Tucninau » , 
et une j)iece de Jaclial (San Juan) (10, \>. 5 ci suh.); sej)t [)elils vases 
antbroj^onïorpbesde Molinos (Salta),Belen (Catamarca), feules 
( rucuman) et Calayate (Salla) (19, p. 47 oi suiv.); deux vases 01- 
nilliomor|:)bes provenant de Seclantâs (Vallée (ialcbaquie) (19, 
|).6ioisuiv.); deux vases re])rései lia ni des animaux, de Tali cl de La 
Vina(Salta) (19, p. 78); un très iiiléressant vase peiiil d' \iHl;ili;;il;i 
(19,]). 84), repiodiiil aussi par M. Lalone-QucNedo 191. p. i(i cl 
par M.Quiroga (299, p. .'^«7); un vase avec une cniiciisc représen- 
tation bumaine (19, p 9^1); un vase aulliroj)oin()rplie d'Andabuala 
(Sanla Maria) (19, p. lof)]; un pelit vase de Vipos ( rucumaii) 
(19, |). ia8]; un \asc janiciix poilanl une (igiirc liimiainc iiiodc'<'e 

8. 



116 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

et couvert d'une ornementation peinte très compliquée, décou- 
vert par M. Quiroga à Amaicha (Vallée de Yocavil, au nord de 
Santa Maria) (19, p. 169); ce vase est aussi figuré par M. Quiroga 
(299, p. 3i6, et 303, p. 169); d'autres petits vases ornés (19, p. 218, 235); 
un petit vase peint de Santa Maria (19 lis, p. 171); un grand vase 
peint de Santiago delEstero (19 ifs p. 17/i); trois vases, dénommés 
vasos ceremoniales , de La Vina et de Cafayate (Salta) (21, p. 126, 
128, 129); une série d'écuelles de Santa Maria peintes avec des 
ornements géométriques en rouge sur fond blanc (26); enfin 
plusieurs vases de Lapaya (Vallée Calchaquie) (22) et de Pampa 
Grande (département de Guacliipas, Salta) (30). On remarque 
parmi ces derniers un énorme vase (30,p.5i), de i"i8 de hau- 
teur et i'"2 5 de diamètre maximum, que M. Ambrosetti croit 
avoir été employé comme dépense pour le grain, ce qui est 
assez vraisemblable. M. Quiroga publie souvent, dans ses 
travaux sur le syml^olisme et la mythologie , les mêmes figures 
que M. Ambrosetti. Cependant nous trouvons dans ses ou- 
vrages quelques vases intéressants qui n'apparaissent pas 
chez M. Ambrosetti. Les j^lus remarquables sont : un vase de 
la Sierra de Ambato (Gatamarca) (301, p. 433 et 303, p. 80); un autre 
de Santa Maria (301, p. 4/14); un petit vase d'Amaicha (301, p. 445); 
un vase ornithomorphe avec une figure humaine fantastique, 
gravée (301,p. 43i); un vase peint de Capayan (Gatamarca) 
(301, p. 425 cl 303, p. 99-100). M. Lafone-Quevedo, en dehors de 
plusieurs poteries trouvées dans des sépultures à Ghanar- 
Yaco (191) et à Batungasta (Tinogasta) (192), nous donne de 
bonnes phototypies de deux vases peints et de deux vases gra- 
vés des environs d'Andalgalâ (202, pL xn-xv). M. Bruch (80) figure 
une série de poteries de Ilualfin (Beleii). Enfin fallnim de 
MM. Liberani et Hernândez (217) contient un certain nombre 
de poteries de Loma Rica; leurs figures ont été reproduites 
par M. Ameghino (32, 1. 1). Voilà donc une liste, que je crois 
assez complète, sur les vases de la région diaguite dont nous 
avons des figures. 11 est toutefois à regretter que nous ne possé- 
dions que sur très peu de ces pièces des indications relatives aux 



REGION 1)1 ACUITE. 117 

circonstances dans lesquelles elles ont été trouvées; les rensei- 
gnements se bornent à donner le département d'où elles pro- 
viennent. Le Musée de La Plata possède une collection très 
riche d'objets inédits. 

Nous avons déjà parlé des fragments de différentes sortes 
de poterie d'Andalgalà, récemment publiés par M. Lafone- 
Quevedo (202). Dans un autre ouvrage du même auteur (201), 
on trouve aussi une planche de fragments de poterie peinte, 
de Tuscamayo et de Pajanco, en Poman , au sud d'Andalgalà, 
très semblable ta celle de ce dernier département. M. Ambrosetti 
(19 ti.?, p. i66) publie également une planche de fragments de 
poterie peinte de Santiago del Estero et plusieurs planches 
(30, p. i/u, i43, i46, i/i8) de fragments de poterie gravée, de 
Pampa Grande. Mais le plus curieux fragment connu de la 
région diaguite est une partie de vase provenant du Rio del 
Inca, en Tinogasta (Catamarca). Sur ce fragment est gravé 
un Indien armé et, à côté, une grande hache très curieuse. 
M. Lafone-Quevedo (191, p. 25, et 202, p. lA) en donne une figure, 
reproduite plusieurs fois par MM. Ambrosetti et Quiroga. 

Tous ces vases sont décorés de figures modelées ou d'or- 
nements peints. Gomme au Pérou, le vase entier est souvent 
la représentation grotesque d'un homme ou d'un animal. Ge 
sont naturellement les pièces de formes rares ou d'ornemen- 
tation compliquée qu'on a publiées. Les auteurs se sont donné 
beaucoup de peine pour imaginer, généralement à faide de la 
mythologie péruvienne, si obscure et si variable, ce que signi- 
fiaient ces figures. En ce qui concerne la poterie commune 
des anciens habitants des vallées interandines du territoire ai- 
gentin, sa technique et ses formes, presque rien n'a été écrit. 
Ges pièces n'attirent pas l'attention des paysans et des clicr- 
cheurs de trésors qui ont déterré la pluplarl des objets décrits 
dans les pubhcations citées, à fexception toutelois des ()l)jels 
qni proviennent des fouilles de M. Lalbne-Qnevedo. Gependant 
une élude scieiilidque de cette poterie commune serait d'une 
grande importance pour l'archéologie de ces re'gions. 



118 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. ' 

Un autre genre de productions assez caractéristique de la 
céramique diagnite est constitué par les petites statuettes hu- 
maines, modelées d'une manière assez rudimentaire. M. Am- 
brosetti les appelle des «idoles funéraires», bien quil n'ait 
été constaté nulle part qu'on en trouve dans des sépultures. 
M. Lafone-Onevedo leur a appliqué le nom péruvien de compas 
ou canopas en prenant ce mot dans le sens de dieux pénates, 
d'après la définition de plusieurs auteurs anciens, et parmi eux 
Antonio de la Calancha (89; 1. n, c xi; p. 373). Cependant, d'après 
Joseph de Arriaga (39,p. i5-i6), les conopas des Péruviens n'étaient 
pas des statuettes, mais des pierres de formes ou de couleurs 
exceptionnelles, et quelques-unes de ces pierres avaient «la 
forme d'un carncro (lama)». Ces pierres étaient, suivant Ar- 
riaga, conservées comme une sorte de mascottes, et dans ce 
cas les conopas seraient les illas dont nous parlerons plus loin. 
Il y a des statuettes argentines qui ressemblent parfaitement 
à des statuettes en terre cuite rencontrées au Pérou dont 
MM. Stûbel et Pieiss (340) publient plusieurs spécimens. 

Les premières figures de ces « idoles » , publiées par M. La- 
-fone-Quevedo (191, p. 19), ont été reproduites par M. Ambrosetti 
(19, p. 10-2/1, 106-108, 112, 116, 126, 128, 210-214, 217, 239), qui en pu- 
blie beaucoup d'autres, soit en tout une trentaine. M. Qui- 
roga en a aussi publié quelques-unes. Dans d'autres travaux 
de M. Lafone-Quevedo (192, p. 10; 201, p. 8 [planche], et 202, pl.xvi-xvn), 
il y a encore cinq statuettes, et, dans son dernier ouvrage, 
M. Ambrosetti (30, p. 53,97) reproduit quatre nouvelles «têtes 
d'idoles». Plusieurs statuettes montrent des coiffures très 
compliquées. Ces « idoles » proviennent de Santa Maria, Andal- 
galâ, Belen, Poman, Ambato et Capayan en Catamarca ; Tafi 
et Famaillâ (Lules) en Tucuman; Molinos, Cafayate, Gua- 
cliipas et La Vina en Salta; Los Sauces en La Rioja. 

Il y a aussi des animaux et des têtes d'animaux modelés en 
terre cuite. M. Ambrosetti (19, p. 57-59) nous montre des têtes 
de jaguars, très faciles à reconnaître bien qu'elles soient sty- 
lisées. Une tête de chauve-souris (//^ù/., p. 176) est très distincte, 



RKf.lON DIAGUITE. 110 

mais l'autre figure que M.Ambrosetti [ihid., p. 175) doune comme 
«tête de chauve-souris» n'a rien de commun avec cet animal. 
Ce même objet, actuellement dans la coUeclion de la Mission 
Française, est reproduite icifig- 2 h. Dans ses dernières fouilles, 
à Pampa Grande, M. Ambrosetti (30, p. iSG, 1 38) a trouvé d'autres 
têtes d'animaux, dont il donne des figures. Sur les vases de la 
région diaguite, surtout sur les petits plats et écuelles, fappli- 
cation de têtes modelées d'oiseaux et de lama, comme anses, 
est assez commune. Les têtes de canard sont très fréquentes. 
Pour donner quelques exemples de fart du modelage en 
céramique des anciens habitants de la région diaguite, je re- 
produis, fi(j. 2, un certain nombre de statuettes humaines et 
de têtes d'animaux appartenant à la collection de la Mission 
Française. Voici leur description : 

a. Amaigha (Vallée de Yocavil, partie appartenant à la province de Tucu- 
nian). — Grande tête ressemblant à celle d'un jaguar. Yeux, nez, narines 
et bouche assez accentués, bien que maintenant un peu effacés parfactiGn 
du temps. Il ne reste que la trace d'une des oreilles , modelée de façon à 
imiter celles du jaguar. La tête est presque sphérique, de o™ 09 de diamètre, 
creuse à l'intérieur; elle a fait partie de la paroi d'un grand vase de o"'oi5 
d'épaisseur. Pâte couleur rose, grossière, à dégraissant feldspathique. Cette 
tête est figurée à i/3 grandeur naturelle, tandis que les autres pièces le sont 
aux 2/3. 

h. Amaicha. — Tête humaine. Face presque plate; yeux et bouche pro- 
fondément creusés. Cheveux séparés par une raie au milieu et peignés sur 
les deux côtés, comme la coiffure des Indiennes actuelles de la région. Cette 
tête a servi d'anse à un vase ou à une écuelle. Pâte scmblal)le à celle d(^ la 
pièce précéflente. 

c. Amaicha. — Mêmes caractères que b. 

d. Amaicha. — Tête d'un animal monstrueux, à quatre cornes et à deux 
oreilles, actuellement cassées, ainsi que les pointes (1(> trois des cornes. Nez 
aquilin; lèvre supérieure fendue au milieu. Celte tête était placée sur la paroi 
d'un vase de o'" 008 d'épaisseur. Pâte grossière, couleur rose; dégraissant 
contenant du mica. 

r. Amaicha. — Tête de puma qui se trouvait en relief sur un vas(>. Très 
analogue aux têtes de puma cpie l'on rencontre très souvent sur des vases 
péruviens, principalement sur les vases dits aijhalles, dont nous traiterons 
longtemps pages 2g5 et suiv. On peut parfaitement suivre, sur les ixilcrics 



120 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

de Tiahuanaco, la transition entre les te tes de puma modelées d'une ma- 
nière complète et naturelle et les têtes stylisées dont notre figure est un 
exemple, et qui ont les oreilles et la bouche simplement indiquées au 
moyen de dépressions allongées. Ces têtes de puma schématiques, d'une 
forme si simple et si caractéristique, que l'on trouve partout dans les 
limites de f ancien empire péruvien, depuis l'I^quateur jusqu'à la République 
Argentine, sont une preuve indéniable de filiation péruvienne de fart 
diaguile. Cette manière si originale de rendre la tête du puma ne peut avoir 
été inventée séparément dans un pays et dans un autre. Pâte grossière, cou- 
leur rose. 

f. « Vallées Calchaquies », sans indication plus précise sur la provenance 
(pièce obtenue par échange avec le Musée de La Piata). — Tête d'un ani- 
mal fantastique, en relief sur la paroi d'un vase. Yeux, narines et bouche 
creusés assez profondément; les dents marquées j)ar des raies creusées dans 
les lèvres. Représente peut-être un jaguar et ressemble beaucoup à une tête 
en terre cuite provenant de Pampa Grande et figurée par M. Ambrosolti 
(30, p. i38). La tête est creuse, d'une pâte grossière, rouge; dégraissant feld- 
spathique ; recouverte d'une patine calcaire blanchâtre. 

g. PoMAN (Catamarca). — Tête que f on pourrait prendre pour celle d'un 
pécari [Dicotyles). Creuse, presque sphérique, cette tête a été placée en reliel' 
sur un vase. Le museau est cassé. Les lignes arquées qui, partant des oreilles, 
arrivent au museau, représentent peut-être les bandes blanches de la tète 
du Dicotyles. Pâte fine, jaunâtre. 

h. Capayan (Catamarca). — Tète d'un mammifère dont il est impossible 
de définir f espèce. En relief sur un vase. Cette pièce est celle que M. Am- 
brosetti (19, p. 175) a décrite et figurée comme « tête de chauve-souris »; mais 
il n'existe pas de chauve-souris avec un museau de cette forme. Pâte rou- 
geâtre, grossière. 

i. Santa Maria (Vallée de Yocavil). — Tête de lama ayant formé l'anse 
d'un vase ou d'une écuelle. Pâte grisâtre, grossière. 

/. \inghina (La Rioja). — Tête de canard reproduite avec beaucoup do 
fidélité. Ces tètes sont très communes comme anses d'une certaine sorte 
de petits plats. Nous les retrouverons, plus ou moins bien modelées, à 
Lapaya, ficj. 28 g et 29, et à Pucarâ de Lerma, fig. 4'J a. Pâte rouge, fine; 
cngobe d'ocre rouge. 

k. Amaicha. — Tête de serpent , probablement anse d'un vase. Yeux et 
bouche bien marqués; derrière les yeux sont modelées des oreilles. Pâte 
jaunâtre, fine. 

/. Cafayate (Vallée Calchaquie, Province de Salta). — Tête d'animal 
fantastique. Paraît avoir été placée perpendiculairement sur le bord d'un 
vase, comme anse. La cavité de la bouche est très profonde; sur le front il y 



REGION DlAGllTE. 121 

a trois raies horizontales. L'envers de la figure est plat. Pâte grossière , gri- 
sâtre et dure; dégraissant contenant du mica; engobe d'ocre rouge. 

m. Santa Maria. — Une autre tête fantastique. Il est difficile de savoir 
s'il s'agit d'une tête humaine ou de celle d'un animal. Sous les yeux et sous 
le menton, on voit des raies verticales; le nez est aquilin et très prononcé. 
L'envers de la figure est presque plat, modelé sans aucun soin. Cette tête a 
probablement fait partie d'une figure entière, car le cou, à l'endroit de la 
cassure, est trop gros pour que l'on puisse croire qu'il ait, comme dans 
la précédente, continué le bord d'un vase. La pièce est presque identique à 
une tête provenant de Pampa Grande et publiée par M. Ambrosetti (30, p. 9-, 
fig. 102). Seulement, dans celle-ci, manquent les raies sur le menton. Pâte 
assez grossière, couleur rose. 

71. PiPANACo (Andalgalâ, province de Catamarca). — Face humaine, 
rappelant beaucoup certain style péruvien. L'envers est légèrement concave 
et lisse, sans traits gravés. L'épaisseur de la pièce est presque uniforme : 
o"' ili au milieu, s'amincissant jusqu'à o^ooS aux bords. Cette tête, d'après 
ce que démontre la cassure, a fait partie du bord d'un vase, formant un 
quadrilatère irrégulier qui surpassait ce bord dont elle formait la continua- 
tion vers le haut. Pâte fine, jaunâtre; dégraissant contenant des grains très 
fins de mica. 

0. Amaicha. — Statuette humaine, plate, de o^oiB d'épaisseur sur 
g"' o65 de longueur et o'" o35 de largeur maximum. La poitrine et le 
ventre sont légèrement concaves, les mains et les pieds sont indiquées par 
un certain nombre de petites incisions. Pâte assez fine, couleur rose. Trace 
de peinture noire sur le front et le ventre. 

p. Amaiciia. — Statuette humaine. Les bras sont rudimentaires, mais les 
jambes sont bien développées. La jambe droite et le pied gauche manquent , 
la pièce a été cassée. Un trait curieux de cette petite statuette, ce sont deux 
tresses de cheveux qui pendent devant les épaules. L'envers de la figure est 
légèrement concave. Pâte rouge, fine. 

q. « Vallées Calchaqliies », sans indication plus précise sur la pro\enanre 
(pièce obtenue par échange avec le Musée de La Plata). — Statuette huniaine 
beaucoup plus grande que les deux précédentes : o'" 1 1 5 de longueur. Des 
lignes indiquent les cheveux peignés des deux côtés avec une raie au milieu. 
l^a bouche manque, à moins qu'elle n'ait été placée sur une partie du men- 
ton qui est cassée. Les bras sont posés sur la poitrine; les mains et les doigts 
sont bien indiqués; on ne voit pas les doigts de la main droite, car celle 
partie de la pièce est détériorée. A l'envers, les hanches sont indiquées par 
des parties saillantes. Pâte assez grossière, couleur rose. 

r. MoLiNOS (Vallée Calchaquie, province de Salta). — Statuette Immaine, 
les mamelles démontrent le sexe li-tniniu. Les jambes sont tout à lait rudi- 



122 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

mentaires : la figure n'est pas cassée à cet endroit, comme on pourrait le 
croire. A l'envers de la tête sont gravées des lignes oblic{ues et une raie cen- 
trale indiquant le mode de la coiffure. Le front très fuyant de cette statuette 
comme des trois précédentes semble représenter la déformation artificielle 
du crâne dite « déformation aymara ». Pâte rouge, très fine. 

Les fiisaïoles en terre cuite ornées de différentes manières 
sorit communes. M. Ambrosetti (19, p. 190-192) et M. Lafone- 
Quevedo (202, pi. vin et wi) en présentent quelques exemples. 

Des objets dont la présence dans la région diaguite est très 
intéressante à constater, ce sont les pipes. M. Ambrosetti (19, 
p. 225-327) en donne cinq figures. L'une de ces pipes est en 
pierre, trois en terre cuite; l'auteur n'indique pas la matière 
dont est faite la cinquième. Deux d'entre elles sont de Capayan 
(Catamarca), deux d'Amaicha (Vallée de Yocavil, partie de 
Tucuman) et une de Los Sauces (La Rioja). Dans le nord 
de l'Argentine , en dehors de la région des Diaguites , la Mission 
Suédoise a trouvé à Palo a Pique (Vallée de San Francisco, 
Jujuy) une pipe en terre cuite , à long tuyau et à fourneau per- 
pendiculaire, qui a été reproduite par M. Erland Nordenskiold 
(262, pi. 5, fig. 1). On n'a pas rencontré au Pérou de pipes du 
temps préhispanique ; c'est un fait connu que les anciens 
Péruviens ne s'en servaient j)as. Au Brésil, où beaucoup de 
tribus sauvages actuelles fument le tabac dans des pipes, on 
en a trouvé dans des tumulus préhistoriques à Bahia et à Sào 
Lourenço (Rio Grande do Sul), d'après le D"" IL von Ihering 
(180, p. 553). M. Médina (234, p. 209, fig. 85, 87-91) nous fait con- 
naître des pipes préhistoriques du Chili. Le D'" Verneau (368, 
p. 287, fig. 63) et M. F.-F. Outes (276, p. .463 eisuiv.) en décrivent 
plusieurs, en pierre, de la Patagonie. Celles-ci ressemblent 
parfaitement à celles du Chili et aussi, du moins comme forme 
de fourneau, à certaines pipes des Araucans modernes. Il est 
probable qu'elles proviennent toutes des Araucans. M. von 
Ihering(177, p. 80) niait autrefois l'usage des pipes avant l'arrivée 
des Européens en Amérique du Sud, mais, devant les pipes de 
Bahia et celles de la i-égion diaguite, il a changé d'opinion. Le 



Pl. t. 




l'x'^iim ili;i^uili'. Sl.ililrllcs liiimniili's ri li'lrs <r;iiiiin,iii\ inoih 
(I, 1 ;'. ; A-r. •.' .') lie hi i,'raii(lriir ii:il uni le. 



■Il Iri'CC Cllllc 



REGION DIAGUITE. 



123 



(listiof^iK» arcliôologue de Sào l\iulo insinue (180, p. 563, 575) que 
la (lislril)ution géographique des pipes préhistoriques et cer- 
taines autres analogies entre rarchéologie des vallées interan- 
(lines de la République. Argentine et celle du Brésil méridional 
démontrent l'influence de la civilisation préhistorique de cette 
première région sur celle du Brésil. Pourquoi ne pas admettre 
riiypothèse inverse, c'est-à-dire que l'habitude de fumer avec 
des pipes aurait été introduite du Brésil dans la région diaguite 
et, de là, peut-être même dans la Patagonie et au sud du (Ihili? 
Je décrirai plus loin des cimetières des Vallées de Lerma et de 
San Francisco qui me semblent prouver un courant migratoire 
tupi-guarani du Brésil vers la partie iuterandine de l'Argentine. 
La distribution géographique des pipes sert aussi d'appui à 
cette thèse. 



Pierre sculptée et taillée. — Commençons par les haches en 
pierre. La Mission Française possède une trentaine fie haches 
de la région diaguite (provinces de Gatamarca et de Salta, 
surtout Vallée de Yocavil). Je reproduis, y?//. 5 , dix spécimens 
de cette collection que j'ai choisis de manière à représenter 
les formes et les dimensions les plus communes. Voici les 
détails de leurs dimensions et de leurs poids : 



NUMÉHOS. 


LONG UK un. 


LAUGEUU 

MAXIMUM. 


ÉPAISSEUR 

MAXIMUM. 


POIDS. 


1 


■nilllin. 

i53 

12 1 

i38 
100 
170 

i/,r> 

1/.7 

121 


.nUIim. 

77 
62 

82 
7/. 
05 
/i/i 
/iC. 
72 


milliiii. 

5/, 
5G 
Ml 
58 

70 
60 
59 

3o 

52 


^raniinps. 

912 

775 

705 

5 5 9 

1,690 

1.12', 

1,00.4 

2 05 

22 1 

7/.3 


2 


3 


/| 


5 




7 


H 

'J 

10 



Ces haches sont faites de roches (hircs cl lourdes, <'u gén(''ral 
des ([uarlzites, des grès ou des roches gr;inili(pies. Files sont 



124 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

assez bien polies. Toutes sont bien aiguisées, leur tranchant 
formant biseau atténué, excepté les n"' i et 7. Le premier de 
ces deux spécimens ne semble jamais avoir eu de tranchant; 
c'est plutôt un marteau qu'une hache. Le n° 7, au contraire, 
paraît avoir eu un tranchant, qui probablement a été lésé et 
émoussé par le travail. La plupart des haches en pierre de la 
région diaguite présentent le tranchant en biseau, comme ceux 
de nos spécimens. Quant à la forme, deux de nos haches, les 
n°' 4 et 10, sont plus courtes que les autres, si Ton compare la 
longueur avec la largeur. Ces haches courtes ne sont pas rares 
dans la région diaguite, quoique moins fréquentes que les 
haches dont la longueur est environ le double de la largeur. 
Les petits spécimens n°^ 8 et 9 semblent trop légers pour avoir 
été employés dans un but pratique. Peut-être étaient-ce des 
jouets. Le n** 9 présente cette particularité que le revers est 
plat, la rainure n'existant que du côté qui est visible sur la 
figure. 

Toutes ces haches sont entourées d'une rainure ou gorge 
servant à fixer le manche. Mais la "orse ne fait le tour com- 
plet de toute la hache que dans deux spécimens, le n" 5 — le 
plus grand — et le n"" 2. Sur les autres, la rainure comprend 
seulement trois côtés : elle laisse le dos de la hache intact. La 
première catégorie est rare au pays des Diaguites; presque 
toutes les haches de pierre qu'on y a rencontrées sont de la 
deuxième catégorie : ce sont les haches caractéristiques de la ré- 
gion. Elles sont, en général, de dimensions semblables à celles 
des spécimens que nous avons reproduits. Les renseignements 
sur les haches de pierre n'abondent pas dans la littérature 
archéologique de la République Argentine, et les reproductions 
sont moins nombreuses encore. M. Moreno (244, p. i5) donne la 
ligure d'une hache à gorge entourant toute la pièce, provenant 
de Singuil (Gatamarca). De la deuxième catégorie, à gorge in- 
complète, M. Quiroga (300, p. ii5) reproduit un spécimen qu'il 
a exhumé d'une sépulture à La Ciénega (Tafi). D'autres haches 
de cette sorte, provenant de Loma Rica, ont été représentées 



REGION DIAGUITE. 125 

par MM. Liberam et Hernândez (217, pi. xxi, n" 3,4); leurs figures 
out été reproduites par le D'" F. Ameghino (32, i, pi. x, fig. 3/|/|). 
liécemment, M. Anibrosetti (30, p. ib-j) a publié des photogra- 
phies dViue douzaine de haches trouvées à Pampa Grande et à 
Churcal (Guachipas, Salta). La plupart ressemblent beaucouj), 
comme forme et comme dimensions, à nos spécimens de la 
deuxième catégorie. 

Les haches dont la gorge comprend seulement trois côtés 
de la hache peuvent être regardées comme typiques pour la 
région diaguite. Ce type est rare, même exceptionnel, dans les 
autres j)arties de FAméricpie du Sud, tandis cpie les haches 
d'autres formes sont rares dans la région diaguite. MM. Stid3el 
et Reiss (340, i, pi. i5, fig. i8, 19) figurent cependant deux haches 
de notre type diaguite, de Riobamba et de Quito. En Amé- 
rique du Nord, ce type se trouve surtout dans la région des 
Pueblos; M. Charles C. Abbott (1, p. i3) en représente aussi un 
spécimen du New-Jersey, et M. Holmes (171) plusieurs spéci- 
mens des environs de la baie de Chesapeake, mais qui diffèrent 
cependant un peu de notre type. En Europe, cette forme de 
hache en pierre existe aussi. 

Quelle a été la destination de ces haches en pierre « néo- 
lithiques », de formes diverses, mais ayant toujours les mêmes 
caractères essentiels, et que fou rencontre dans le monde 
entier, partout où sont découverts les vestiges de fhomme 
préhistorique? Ce problème ne peut être résolu qu'en étudiant 
les peuples actuels qui ne connaissent pas les outils en mêlai 
et qui se servent encore de haches en pierre. Dans TAmérique 
du Sud, quelques voyageurs ont été assez heureux de pouvoir 
faire des observations personnelles sous ce rapport. Le pn^uiier 
(fenlre eux est le D' Karl von den Steinen (335, p. 88, 2o3). Aux 
bords du Rio Culisehu, l'une des rivières qui forment le liio 
Xingù, dans le nord du Matto Grosso, il a vu de vastes éten- 
dues de forêt vierge, dont les arbres avaieni élé abattus au 
moyen de haches en pierre, comme le démontraient les traces 
(pie ces haches avaient laissées sur les troncs et, d'autre j)art, 



12(3 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

le fait que les haches en acier étaient complètement inconnues 
autant des Bacaïris qui y habitent que de toutes les autres 
tribus de la région des sources du Xingû. M. von den Steinen 
a rapporté des haches en pierre emmanchées, provenant de 
plusieurs tribus du Matto Grosso. Ces haches étaient faites en 
diabase , roche dure et lourde qui, dans la région du Culisehu, 
ne se trouve que dans le territoire de la tribu des Trumais. 
Ceux-ci détenaient, par conséquent, le monoj^ole de la fabri- 
cation et de la vente des haches en pierre dans toute la région 
des rivières qui donnent naissance au Rio Xingù. Suivant 
M. von den Steinen, les Indiens de cette région exécutaient 
avec ces haches tous leurs travaux de défrichement de la forêt, 
de construction de maisons et de canots, etc. Le D"" E. A. Gôldi 
(147) décrit d'une manière un peu différente le travail avec la 
hache de pierre, d'après des renseignements provenant de per- 
sonnes qui connaissent bien les Indiens du cours supérieur de 
FAmazone. Suivant ces renseignements, les Indiens formeraient 
d'abord un anneau autour de l'arbre qu'ils ont fintention 
d'abattre, en broyant l'écorce et le bois avec la hache; la circu- 
lation de la sève interrompue, l'arbre se sèche et meurt. L'in- 
cision annulaire serait alors approfondie au moyen de la hache , 
puis on y appliquerait de nouveau le feu. Le travail avec la 
hache et avec le feu serait continué alternativement jusqu'à ce 
que farbre tombe. Le baron Erland Xordenskiold (264, p. 282) a 
recueilli des renseignements analogues à propos de l'emploi 
de la hache de pierre chez les Yamiacas du Rio Inambari, 
l'un des affluents du Rio Madré de Dios, au nord du lac 
Titicaca. 

Quoique leurs descriptions varient un peu , ces auteurs nous 
ont donné la solution du problème concernant la destination 
des haches en pierre des peuples sud-américains : ces haches 
étaient sans doute surtout des outils de charj)enterie , pouvant 
aussi, le cas échéant, servir d'armes. 

Pour nous. Européens, il est difficile de nous imaginer 
comment on pouvait travailler le bois, spécialement les bois 






^ 



>t^ 









Fig. Ô. ■ — l'x'i^ioli (li.i^'iiilr. IImcIm's ni |iicn-c. — a/ô i;i'. liai. 



REGION DIAGUITE. 127 

durs de rAiiiérique du Sud, avec des instruments aussi peu 
tranchants, mais nous devons nous déclarer convaincus devant 
les renseignements des voyageurs que nous avons cités. Quant 
à nos haches de la région diaguite, la description de celles du 
Matto Grosso, par M. a on den Steinen, est spécialement inté- 
ressante , car les haches diaguites ont en général à peu près les 
mêmes dimensions que celles du Xingù : la longueur de ces 
dernières est de o"'ii à o'°i2, et la longueur générale des 
haches diaguites, de o'"i2 à o"'i5. Les unes et les autres se 
ressemhlent aussi parfaitement, et comme forme générale, et 
comme tranchant et comme matière. Seulement les haches du 
Xingu n'ont pas de gorge, ce qui indique une méthode diffé- 
rente d'emmanchement pour les haches diaguites. Mais fana- 
logie générale de celles-ci avec celles que décrit M. von den 
Steinen démontre que les haches de la région diaguite étaient 
aussi, avant tout, enq:)loyées pour travailler le ])ois. 

M. Amhrosetti (19, p. iGSetsuiv.) hgure huit haches en ])ierre 
de forme exceptionnelle. Quelques-unes ne sont pas, étant don- 
nées leurs petites dimensions, d'un usage pratique; elles ont dû 
prohablement être des insignes ou peut-être des jouets. Deux 
d'entre elles sont ornées de figures humaines sculptées sur le 
talon. M. Lafone-Quevedo (202, pi. m) donne aussi les figures 
de deux haches de pierre à talon sculpté. 

Les pointes de flèches en roches siliceuses sont communes 
dans la région des Diaguites, mais aucun auteur ne s'est oc- 
cupé de les décrire, et cependant les différentes formes de ces 
petites pointes peuvent souvent donner des indications pré- 
cieuses sur l'âge relatif des ruines où elles ont été trouvées et 
sur les rap])orts des anciens habitants de ces ruines avec ceux 
d'autres villages préhispaniques voisins. Les indications 2:)récises 
manquent sur la provenance de presque txmtes les |)()inles 
de flèche des collections de Bu(uios-Air(\s. D(^ sa colleclion 
d'objets en pierre, M. E. IL Ciiglioli (144, p. ■i/r?.) mentionne six 
jDointes en silex, dont une pédonculée et les cinq autres sans 



128 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

pédoncule, provenant de Cochagasta, près de la vilie de La 
Rioja, et de Vargas, au pied de la Sierra de Malanzan, égale- 
ment dans la province de La Rioja. 

Les anciens habitants de la régfion diai>uite étaient très ha- 
biles dans l'art de sculpter la pierre. On trouve de vrais chefs- 
d'œuvre dans ce genre, surtout des mortiers ou bassins en 
pierre, ornés de lézards et de grenouilles ou crapauds sculptés, 
admirablement rejDroduits d'après nature. Sans exagérer, on 
peut dire que la région diaguite n'a rien à envier aux anciens 
Péruviens dans cet art ; on y voit des pièces dont le Pérou pour- 
rait à peine montrer l'équivalent. Les meilleures pièces ne sont 
pas parvenues aux collectionneurs de Buenos -Aires; elles 
sont gardées dans le pays, et leurs propriétaires ne veulent 
les céder à personne. Dans certaines églises de la campagne de 
Catamarca, j'ai vu de ces bassins en pierre sculptée employés 
comme fonts baptismaux ou comme bénitiers. Dans l'église de 
Bolson, département d'Ambato, en Catamarca, il y avait une 
très jolie pièce de ce genre. Je fis de mon mieux pour con- 
vaincre le curé qu'un objet aussi païen, provenant des infieles, 
n'était pas à sa place dans ime église chrétienne; mais mon 
éloquence n'eut pas de succès. Le bon curé ne voulut à aucun 
prix se défaire de ses fonts baptismaux qui étaient ornés sur les 
l^ords de trois lézards admirablement sculptés. MM. Liberani 
et Hernândez (217, pi. 25) figurent un mortier en pierre sculptée 
de Loma Rica(.^). Leur dessin a été reproduit par M. Ameghino 
(32, 1. pi. M, fig. 3/lG). M. Lafone-Quevedo (202, pi. i\-\i) rej^résente 
trois autres mortiers sculptés d'Andalgalà, dont fun ressemble 
comme décor à celui de MM. Liberani et Hernândez. M. Am- 
])rosetti (19, p. 95-98) en figure six; M. Quiroga (299, p. 329-000) 
deux, dont fun est orné de quatre figures sculptées dans 
lesquelles fauteur veut voir des « figures phalliques » , mais qui 
ressemblent très nettement cà des cigales. L'autre pièce, repré- 
sentant un lama, ne doit pas être considérée comme un mortier : 
c'est sans doute un de ces petits lamas en pierre ayant un creux 
dans le dos, très communs au Pérou, et qui probablement ont 



REGION DIAGUITE. 129 

servi pour des cérémonies religieuses. Je ne crois pas que cette 
pièce provienne de la « région calchaquie »; elle y a plutôt été 
importée du Pérou. On peut la rapprocher des illas, dont nous 
parlerons ensuite. 

Les petites figures humaines en pierre sculptée sont très 
fréquentes. Parmi ces «idoles», de formes les plus variées et 
souvent très fantastiques, M. Ambrosetti (19, p. 3i-/i:i, ii3, 120, 
201, 219, 221-22/i) et M. Lafone-Quevedo (202, pi. x) en publient 
une vingtaine. Le premier les appelle quelquefois «idoles», 
d'autres fois « fétiches » , « amulettes d'amour » , etc. M. Quiroga , 
dans divers travaux, reproduit quelques-unes de ces figures. 
M. ten Kate (342, p. 345) figure aussi une intéressante petite 
statuette, de Molinos. Leur provenance est très diverse : depuis 
la province de Salta, au Nord, jusqu'à celle de La Piioja, au 
Sud. Les auteurs qui ont étudié farchéologie argentine, parti- 
culièrement MM. Quiroga et Ambrosetti, prétendent voir dans 
])eaucoup de ces ligures des représentations phalliques, rémi- 
niscences d'un culte phallique. H y a sans doute de rares objets, 
surtout en pierre, auxquels leurs auteurs ont donné intention- 
nellement la forme d'un phallus, mais de là à considérer une 
statuette comme une « idole phallique » parce qu'on y voit les 
organes génitaux, ce n'est guère raisonnable. Presque tous 
les peuples sauvages, p)lusieurs peuples d'une haute civilisation 
même, ont une autre conception de la pudeur que nous, et 
ils trouvent tout naturel d'indiquer sur les images ces organes 
aussi bien que les autres organes du corps. D'ailleurs, en ce qui 
concerne les pièces en pierre sculptée, uiainles fois la forme 
naturelle de la pierre roulée, choisie pour fœuvre artisti([U(', 
a obligé le sculpteur à donner sans le vouloir un aspect « j)1kiI- 
lique » à sa création qui n'avait pourtant dans son dessein d'autre 
but que de représenter un homme ou un animal quelconque. 

Le tatou, cjuircjuincho dans le pays (^Dasyjms minuliis, Desmar.) , 
est très souvent représenté en pierre, quelquefois avec un cicux 
dans le ventre formant ainsi un petit mortier. M. And^ro- 
setli (19, p. i()(j) donne les figures de trois (inirriuinrhos en ])i(M-re 






130 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

provenant de Catamarca et de Vinchina (La Rioja). Le même 
auteur (19,p. i63) représente un curieux objet composé de 
deux animaux monstrueux s'étreignant, dont Tun paraît un 
(imrcjuincho par sa carapace, mais un alligator par sa tête et ses 
dents. M. Lafone-Quevedo (202 , pi. xvm) présente une très bonne 
figure d'un tatou sculj^té en pierre, de Poman (Catamarca), 
ayant dans le ventre une cavité qui communique avec un canal 
se terminant à la pointe de la queue. L'auteur considère cette 
pièce comme une pipe, ce qui me paraît vraisemblable, bien 
que ce grand ciiùrcjuincho en pierre ait dû être lourd et peu 
facile à manier. Qo, cjiuromncho a une certaine analogie avec des 
pierres sculptées enigmatiques, traversées par des canaux, que 
publie M. C. Gay (142,pl. i,%. 3, 5). Le tatou sculpté de Poman 
serait un nouvel exemj^laire de pipe en pierre de la région dia- 
guite. J'ai déjà mentionné une autre t^ipe en pierre figurée par 
M. Ambrosetti (19, p. 225). Le (juircjaincho jouait certainement un 
rôle dans les superstitions ou dans les anciens rites du pays des 
Diaguites. M. ten Kate (342, p. 342) a trouvé, à Fuerte Quemado, 
un squelette complet de Dasypiis miniUiis dans une urne funé- 
raire contenant un squelette d'enfant. L'urne était parfaitement 
boucbée par une petite écuelle; le Dasypiis y avait donc été 
introduit par ceux qui avaient enterré fenfant : il n'était pas 
entré dans Furne à une époque postérieure. 

On rencontre souvent des objets en pierre représentant des 
animaux entiers ou simplement leurs têtes, mais sans qu'il 
soit possible de reconnaître fanimal figuré. Quelquefois, sans 
doute, le sculjDteur a imaginé un être tout à fait fantastique, 
mais d'autres fois la forme et la dureté de la pierre l'ont obligé 
à donner un aspect bizarre à l'objet qu'il voulait imiter. Les 
objets en pierre particulièrement, mais aussi ceux modelés 
en céramique, ont souvent leurs extrémités raccourcies, dé- 
formées, atropliiées. M. Ambrosetti (19, p. 80, 126, 170, 19/i, 200-201, 
2o/i-2o5) présente une dizaine de sculptures en pierre difficiles 
à interpréter; plusieurs d'entre elles figurent des animaux 
fantastiques. 



REGION DIAGUITE. 131 

Un masque en pierre, le seul connu de toute la région dli- 
guite, trouvé à Fuerte Queniado (Santa Maria), est reproduit 
par M. Quiroga (304, p. 7). 

M. Ambrosetti (19, p. 190, 192) donne les figures de cinq lu- 
saïoles en pieri-e, ornées de gravures plus ou moins conqoli- 
quées.Deux fusaïoles grossières, sans décor, sont figurées dans 
un autre travail du même auteur (30, p. ir)o,fig. i5o, n"'4,5). Les 
fusaïoles en pieri-e,pour la plupart en forme de disque, sont 
communes. 

Sur les emplacements d'anciennes lial)itations de la région 
diaguite, on trouve souvent des petites pierres sphéroïdales, 
oblongurs ou fusiformes, d'un travail plus ou moins achevé. 
M. Ambrosetti (30, p. i5o, i53) reproduit quelques-unes de ces 
pierres, provenant de Pampa Clrande. Il explique les pierres 
oblongues et fusiformes comme des projectiles destinés à être 
lancés avec la fronde, ce qui ne me paraît pas possible, car on 
ne se serait pas donné tant de peine pour fabriquer des pro- 
jectiles qui ne servent qu'une seule fois. La forme, d'ailleurs, 
n'est pas avantageuse pour la fronde. Des pierres de cette forme 
existent dans les gisements archéologiques de beaucoup de 
l'égions dans le monde entier, et l'on n'est pas encore arri\é à 
donner une explication satisfaisante de leur usage. Les pierres 
sphériques ont probablement fait partie des armes nommées 
boleadoras. 

Les auteurs se sont rarement occupés de constater la pré- 
sence des petites perles, presque toutes faites de turquoises ou 
d'autres minéraux verts, si abondantes (huis loute la région. 
Récemment M. Ambrosetti (30, p. 37 et i5o, n^,'. i5o, n" 1) a publié la 
figure d'un collier, qui est intéressant, parce qu'il a été trouvé 
en place autour du cou d'un enfant , à Pampa Grande. De petites 
pendeloques perforées, triangulaires ou en forme (faniniaux, 
faites de la même matière, accompagnent très souvent les perles 
qui ont dû former des colliers. M. Ambrosetti (19, p. :>.oi , uo^) 
ligure cin([ de ces pendeloques dont trois en forme d'oiseaux 
eluneaulre i-ej)i-ésenl<'iiil un niamniilérc. M. Lidonc (hievedo 

y- 



132 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

(202, pi. xvii) en donne deux autres, de forme triangulaire. 
D'autres petits objets en pierre taillée, qui n'étant pas per- 
forés ne sont peut-être pas des pendeloques, sont figurés par 
M. Lafone-Quevedo (202, pi. xvi). 

On trouve souvent en possession des métis habitant ac- 
tuellement la région diaguite de petites figures sculptées en 
pierre blanche. Ces figurines, dites illas, représentent des ani- 
maux domestiques : des lamas, des moutons, des bœufs. Ce 
sont des talismans jDOur protéger les troupeaux contre toutes 
sortes de dangers et pour favoriser leur reproduction. Une autre 
illa, assez fréquente, consiste dans une main fermée qui em- 
paume un objet en forme de petit bâton. Quelquefois il y a un 
cercle gravé à fin té rieur de la main et représentant une pièce 
de monnaie. Cette main, dite mcicjui, est considérée comme un 
précieux talisman pour acquérir la fortune et faire de bonnes 
affaires. M. Ambrosetti (19, p. 67-68, 76) donne les figures de ces 
deux sortes (ï illas provenant de la région diaguite, et aussi 
d'une autre sorte de forme triangulaire, que j'ai vue en usage 
en Salta, mais sans avoir pu m'instruire des vertus qu'on lui 
attribue. M. Lafone-Quevedo (190) a voulu identifier ces illas 
avec certaines figurines des Zunis du Nouveau -Mexique. 
Ce dernier paraît croire que les illas en question sont des 
produits de findustrie ancienne ou moderne de la région 
diaguite. M. Ambrosetti exprime la même opinion dans fou- 
vrage cité, mais dans un autre travail il dit que les illas sont 
importées de la Bolivie. Celles que Ton trouve dans la Répu- 
blique Argentine sont, en effet, toujours fabriquées en Bo- 
livie, par certains Indiens Aymaras, dits C allai luay as , et qui 
habitent les villages de Charazani et de Curva,dans la province 
de Munecas, au nord- est du lac Titicaca. Ces Indiens font de 
longs voyages commerciaux dans les pays voisins; ils arrivent 
quelquefois k pied jusqu'à Buenos -Aires en vendant le long 
du chemin leurs marchandises consistant en herbes médici- 
nales, en remèdes secrets et en talismans de toutes sortes. 
J'ai vu personnellement à Salta les illas que possédait dans son 



nE(]iON DIAGUITK. 133 

sac fie voyage un de ces Indiens, dénommés vulgairement 
dans TArgentine des Collas. D'autres membres de la Mission 
Française ont acquis des Aymaras,à la grande foire de Copa- 
cabana (Titicaca), des illas identiques à celles que vendent 
les Collas dans la République Argentine. MM. Stûbel et lieiss 
(340, II, pi. 27, fig. 16, 17) figurent deux de ces illas, une main et 
un mouton, provenant de La Paz. On en fabrique aussi au 
Pérou. M. Wiener (377, p. 578) rapporte que les Indiens d'Aya- 
cucho «sculptent, dans la jolie pierre de Huamanga, espèce 
d'albâtre blanc et transparent, des lamas, des moutons, etc. ». 
M. Wiener donne la figure d'un de ces moutons. Le mot illa 
est quicliua et signifie au Pérou lesbézoards de divers animaux 
considérés par les Indiens comme des talismans puissants. Le 
même mot illa, comme adjectif, signifie «vieux», «conservé 
pendant longtemps». Dans l'Argentine, illa veut dire «talis- 
man» ou «mascotte» en général. M. Ambrosetti donne, dans 
les travaux cités, une liste des différentes catégories (Villas. 

Dans la collection de la Mission Française se trouvent deux 
spécimens d'une sorte de barres en pierre, presque cylindri- 
ques, que je reproduis^?^. 4 [PLU)., car aucune de ces pièces 
n'a jamais été publiée. La première de ces barres, en baut de 
la figure, a o'^Sô/i de longueur et 0^046 à o™o35 de dia- 
mètre; la seconde a ©""ôiô de longueur et o"o/i2 à o^oSy de 
diamètre. La plus courte a été trouvée à Andalgalâ, dans les 
mines de Las Capillitas, exploitées depuis le temps préliis- 
panique. L'autre a été acquise par échange avec le Musée de 
La Plata et porte seulement findication «Vallée Calcbaquie » 
comme provenance. J'ai entendu dire à des personnes connais- 
sant bi(;n la région diaguite que ces pièces se renconli-cnl 
toujours dans d'anciennes mines. H est fort proba])le que ces 
instruments étaient employés dans les mines préliispaniques, 
bien qu'il soit difficile de s'imaginer dans quel but. Ces bâtons 
en pierre sont presque trop fragiles pour avoir servi de leviers 
ou pour avoir été employés comme les mèches ou fleurets 
d'aujourd'hui. 



134 ANTIQUITFÎS DE LA. RÉGION ANDINE. 

Métaux. — Les objets en or et en argent, du temps préhis- 
iDaniqiie, sont rares clans la région diagnite. 

En or, je ne connais que les ornements de tète de Lapaya, 
dont quelques-uns ont été décrits par M. Ambroselti (22, p. i?.i ), 
et d'autres, dans le présent travail , page 2 1 8 etfi(j' 13. Mais ces 
objets sont trj^ vraisemblablement, comme je l'exposerai en 
les décrivant, d'origine péruvienne. Comme argent, je ne 
trouve, parmi tous les objets figurés par M. Ambrosetti, qu'une 
petite plaque (19, p. 201) provenant d'Encalilla (Tucuman). Un 
renseignement de M. Quiroga (295, p. 506) semble pourtant dé- 
montrer que les anciens liabitants de la région diaguite exploi- 
taient l'argent natif qui se trouve dans bur pays. M. Quiroga a 
recueilli, à Rio del Inca (Tinogasta) , un spécimen de ce métal, 
placé dans une petite écuelle qui était renfermée dans une 
urne contenant des os bumains. Le P.'I'cclio (341; 1. 1, c. xix; p. i5), 
en parlant des métaux des Calcliaquis, mentionne l'argent et 
le cuivre, mais non pas l'or : jEris et arcjcnli, cjiio non carcnl, 
exujiiiis nsus. 

Le cuivre est fréquent. M. Ambrosetti (29) a réuni dans l'un 
de ses derniers travaux toutes les figures d'objets de cuivre de 
la région diaguite, publiées jusqu'en i9o4- Ce travail est un 
recueil très complet de ce que l'on conn:iit sur le cuivre de 
cette région. 11 contient les catégories suivantes : poinçons, 
couteaux, ciseaux, liacbes à oreilles, baclies plates rectangu- 
laires emmancbées comme nos berminettes, spatules, liacbes 
à pédoncule central (les tuniis d'Ambrosetti) , aiguilles, tojws, 
bagues, bracelets, plaques diverses et objets de parure, clo- 
cbettes, épiloirs, petites boules de formes variées, casse-tète, 
« baclies de cérémonie » , « sceptres » , manopîas (sortes de cestes), 
cloches, plaques «pectorales et frontales», disques. Dans le 
présent travail sont décrits des objets de la plupart de ces 
catégories, trouvés pendant mon voyage ou provenant de 
Lapaya. 

Le cuivre est presque toujours allié à une petite quantité 
d'étain, comme le montre notre tableau d'analyses. M. Am- 



REGION DIAGUITE. 



135 



brosetti, pour celte raison, nomme ce métal du «bronze». 
Mais ce terme est généralement employé pour désigner un 
alliage où il y a environ lo p. loo d'étain. Or la plupart des 
pièces sud-américaines en contiennent beaucoup moins. Je 
préfère donc conserver le nom de « cuivre ». 

11 n'existe presque aucun renseignement sur les mines dont 
l'exploitation date authentiquement de l'époque préhispa- 
nique. Celles que cite M. Ambrosetti sont d'un âge très dou- 
teux. Les seuls vestiges authentiques de l'industrie minière 
préhispanique sont les marays et les débris de hiiairas que 
j'étudierai plus loin, à propos des anciennes mines de Cobres, 
sur le haut plateau de la Puna. Il est presque certain que tout 
le cuivre de la région diaguite a été fondu dans des huairas, 
comme le cuivre du Pérou. Les minerais d'argent étaient aussi 
fondus dans cette sorte de fourneaux. Quant à l'or et l'argent 
natifs, peut-être employait-on la méthode que décrit Gieza 
(101, c. Gxiv, p./i52), suivant lequel les Indiens fondaient ces métaux 
dans de petits fours en terre cuite, où ils soufflaient avec des 
chalumeaux. Benzoni (58, fol. /tg, 169) donne deux figures repré- 
sentant des Indiens fondant de for dans une écuelle où ils 
soufflent avec des chalumeaux ^'l 

Presque tous les objets en cuivre ont leurs équivalents parmi 



('' M. Ambrosetti (30, p. i33) décrit un 
objet énigmatique provenant de Pampa 
Grande (Salta), sorte de capsule fermée en 
terre cuite , d'environ o"" 2 3 de diamètre et 
o"' 1 5 de hauteur maximum. Cette capsule 
ne présente d'autres ouvertures que quatre 
trous circulaires de o'"02 5 de diamètre. 
Quoiqu'il n'y ait pas de traces que la pièce 
ait été soumise au feu, M. Ambrosetti sup- 
pose que c'est un creuset pour fondre des 
métaux, notamment du enivre, ce qu'il est 
fort dillicile de comprendre, car la mani- 
pulation de cette capsiJe avec son contenu 
de métal fondu semble impossible. En tout 
cas, s'il s'agit en efl'et d'une sorte de creu- 
set, il n'aurait certainement servi que pour 
fondre des métaux purs, jamais des mi- 



nerais, et l'air y aurait été introduit au 
moyen de chalumeaux. xMais l'auteur sup- 
pose encore que c'est une hiiaira que l'on 
plaçait sur les collines pour que le vent 
entrât par les trous et fournit ainsi l'air 
nécessaire pour Ibndre le minerai. Ceci est 
absolument impossible. Nous connaissons 
les huairas, dont je reproduis plus loin la 
figure d'après le P. Barba. Quelle ressem- 
blance peut-on trouver entre ces fourneaux 
et la poterie que décrit M. Ambrosetti ? 
D'ailleurs, comment pourrail-on s'imaginer 
que les Indiens eussent construit un four- 
neau de dimensions si minimes pour le 
mettre sur le sommet d'une montagne 
afin que le vent fit fondre le minerai (pi'il 
contenait? 



136 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

ceux découverts au Pérou. S'il y avait des objets spécifiques de 
cette dernière région, ce seraient les manoplas, les cloches et les 
disques. Les manoplas sont une sorte de cestes, adaptables à 
la main et pouvant être employées comme les coups de poing- 
nord-américains modernes, en fer. Elles se composent d'une 
partie droite, plane et relativement étroite, sans ornements, 
destinée à être saisie par la main , à suj)poser toutefois que la 
manopla était prise comme ces coups de poing. L'autre partie 
de finstrument, celle qui, dans ce cas, devait couvrir fexté- 
rieur de la main, est plus large, courbée, bien polie; trois 
exem23laires sur huit connus sont pourvus de petits perroquets, 
formant une sorte de boutons, qui correspondraient aux 
pointes que Ton voit à f extérieur des couj)s de poing nord- 
américains. Sur le côté du petit doigt, les manoplas ont toutes 
des appendices qui, toujours dans le cas où elles étaient des 
armes, pouvaient être employés pour donner des coups en 
levant la main. M. Lafone-Quevedo (200), se basant sur des 
passages de Cobo et d'Acosta, prétend expliquer ces manoplas 
comme attributs tenus en main pendant certaines prières au 
dieu Huiracocha; mais cette explication ne me jDaraît pas fon- 
dée sur des raisons satisfaisantes. M. Ambrosetti (29,p. 25i-256) 
donne les figures des huit manoplas de la région diaguite. Elles 
proviennent de Salta et de Catamarca. M. D. S. Aguiar (6, p. A9) 
en reproduit une autre, provenant du département d'Igiesia,en 
San Juan. Jusqu'ici on ne connaissait pas fexistence de ces 
manoplas dans d'autres régions de fAmérique du Sud, mais 
au Congrès international des Américanistes tenu à Stuttgart 
en août 190^, j'ai vu entre les mains du D"" A. Plagemann, de 
Hambourg, une manopla typique qu'il avait trouvée à Taltal, 
sur la côte du Pacifique ^^l 

On connaît une dizaine de cloches en cuivre de la forme de 

'"' Ayant mal interprété les renseigne- Brouce en la Rcrjioii CalcJuui ni, ^a.v i.-B. Am- 

ments de M. Plagemann, j'ai donné na- nnosioTTi, dans le Journal de la Société des 

guère cette m«nop/a comme trouvée dans Aniéi-icaiiislca de Pari<; , n. série, t. Il, 

la province de Tarapacâ, alors quelle a p. i5i, njoT)). 
été rencontré à Taltal (Analyse de El 



REGION DIAGUITE. i;i7 

celle de Lapava,y?</. là a-d, la plupart trouvées dans la Vallée 
Calchaquie. Des cloches de cette Ibrme, en métal, n'ont pas 
encore été rencontrées hors de la rég^ion dont nous nous occu- 
pons, mais la cloche en bois de Calama, de cette même forme si 
particulière, décrite et reproduite plus loin, fait supposer que 
des cloches semblables en cuivre seront exhumées en Bolivie, 
lorsque ce pays sera exploré archéologiquement. 

Comme spécialité de la région diaguite, il ne nous reste 
donc que les disques fondus, si richement décorés de figures 
humaines, de serpents, etc. Mais des disques en cuivre ont été 
rencontrés aussi en Bolivie et au Pérou. Provenant du pre-* 
mier de ces pays, la Mission Française en possède plusieurs 
dans sa collection. Il est vrai que le décor des disques de la 
région diaguite est très spécial, mais l'ornementation par'i- 
culière de certaines pièces archéologiques ne suffît pas à dé- 
montrer fautonomie de la « culture calchaquie » par rapport à 
celle de fancien Pérou. 

M. Ambrosetti prétend aussi que les haches qu'il nomme des 
« sceptres» sont caractéristiques de la région diaguite. En fait, 
elles ne représentent qu'une des* innombrables manières de 
décorer les haches de guerre, dont nous trouvons une si grande 
variété dans toute la partie andine de fAmérique du Sud. 

Bois sculpté. Os sculpté. — Le climat de la région des Dia- 
guites n'a permis que dans des cas exceptionnels la conserva- 
tion des objets ]:)réhistoriques en bois. 

Une petite figure humaine en bois, de Santa Maria, a él('' 
publiée par M. Lafone-Quevedo (191, p. 20) et reproduite par 
M. Ambrosetti (19, p. 23), qui donne aussi (19, p. 43, et 23, p. 28) l(^s 
figures des deux tablettes en bois, ornées de sculptures, d(^ 
Quilmes (Vallée de Yocavil) et de Calingasta (San Juan). Je 
parlerai de ces tablettes en décrivant des pièces de la même 
catégorie trouvées à Pucara de Rinconada, à Calama el à Chiii- 
chiu. M. Ambrosetti (22, p. i3o) représenle égal(>ment d(^ petites 
pièces en bois, de Lapaya, qui étaient pi'obnhlciiienl les hches 



138 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

de quelque jeu. Une cuillère en bois, de Hualfin (Belen), est 
publiée parM.Bmch (80, p. ii),et une autre, trouvée à Amaicha, 
dans une urne funéraire, par M. Ambrosetti (19, p. 200). 

Les paysans qui recueillent les antiquités détruisent natu- 
rellement les fragiles objets en bois. Lorsque des archéologues 
étudieront sur place les gisements de la région diaguite , nous 
en connaîtrons davantage. 

Les pointes de flèches en os sont communes dans toute la 
région. M. Ambrosetti (22, p. 128, et 23, p. 4649) donne les figures 
de quelques-unes d'entre elles, de Santa Maria, de Lapaya et 
de Calingasta (province de San Juan). Trois pointes en os, de 
Lapaya, sont reproduites ^g. 13 et décrites page 2 35. 

Les objets très variés, taillés et sculptés en os, ne sont pas 
rares non plus, mais les seules figures connues sont une grande 
épingle, portant une figure humaine, et une petite plaque 
avec deux figures humaines gravées, publiées par M. Ambro- 
setti (19, p. 127,34). 

Les calebasses pyrogravées se trouvent dans la région dia- 
guite, de même que dans les diverses parties du haut plateau 
andin, mais on peut rarement en recueillir, car elles ont 
presque toujours été détruites par faction du temps. M. Am- 
brosetti (23, p. 70-71, 79) publie des dessins sur calebasses, de 
Molinos (Salta) et de Santa Maria (Catamarca). 

Industrie textile. Vêtements. — Le climat des vallées des 
Diaguites n'a pas, aussi bien que celui du haut plateau ou de 
la côte du Pérou, conservé les tissus dans les sépultures. Cepen- 
dant on trouve quelquefois des fragments d'étofPes qui peuvent 
donner une idée de fart textile des habitants préhispaniques. 
M. ten Kate (343, p. 17) a rencontré, à Fuerte Quemado, «des 
restes, encore en bon état, de ponchos''^\ en laine d'une espèce 
iVAuc/ienia , avec lesquels les cadavres avaient été inhumés». 

'"' Le poncho est, comme on le sait, le siste en une pièce d'étoffe carrée, au mi- 
vêtement encore aujourd'hui en usage lieu de laquelle est ménagée une ouverture 
dans toute TAmérique espagnole : il con- (fente) pour passer la tête. 



RÉGION DIAGUITE. 139 

M. Quiroga (304, p. 34 et suiv.) dit avoir exhumé de nond)reiix 
fragments de tissus, de cordes, de fds, au cours des fouilles 
qu'il a effectuées à Quilmes, à San Fernando (Belen) , à Ilualfiii , 
et dans l'ancien cimetière de l'Apaclieta, près d'Amaicha. En 
ce dernier endroit, les cadavres étaient ensevelis dans du sable. 
M. Quiroga « y trouvait à chaque instant des fragments de tissus, 
de dix à soixante centimètres de longueur, mais très détériorés 
par le temps». Il lui parut «qu'il s'agissait de fragments de 
chemises [caiivsetas) , de ponchos, de tuniques [iûnicas) , de cein- 
tures, etc. Le tissu était très fin, tellement fin que quelques- 
unes de ces étoffes ressemblaient à des tissus de fabrication 
européenne. Le jaune, le rouge et le brun étaient les couleurs 
les plus communes. On voyait peu de spécimens de deux ou 
plusieurs couleurs, et, dans ce cas, le décor formait des raies, 
des lignes brisées avec des appendices en forme de languettes, 
des bordures composées de grecques. Les étoffes étaient en laine 
de lama, de huanaco ou de vigogne. Il y avait deux ou trois 
échantillons en laine de mouton [?) , ce qui prouverait que fou 
avait continué à enterrer les cadavres dans ce cimetière après 
l'arrivée des Espagnols ». 

Les tissus de Quilmes, déterrés par M. Quiroga, avaient un 
décor plus compliqué que ceux de l'Apacheta. 

H est à regretter que M. Quiroga n'ait pas gardé tous ces 
fragments; il en est de même pour les collectionneurs d'anti- 
quités diaguites en général : ils ne trouvent pas que ces frag- 
ments de vieilles étoffes vaillent la peine d'être conservés. 
Cependant ce matériel serait indispensable pour une étude 
comparative de fancienne industrie textile de la région diaguite 
avec celle du Pérou et des différentes régions du haut plateau. 
En ce qui concerne les échantillons de tissus en laine de mou- 
ton, il est en effet, comme le dit M. Quiroga, assez probable 
que plusieurs cimetières préhispaniques ont continué à servir 
de lieu de sépulture pour les Indiens pendant un certain temps 
après la conquête. Ce n'est qu'après leur conversion au christia- 
nisme que les Indiens ont abandonné ces cimetières pour être 



140 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

enterrés dans nn terrain consacré par le rite catholique. Mais, 
d'autre part, la distinction entre la laine de mouton et celle des 
diverses espèces (VAiicheniaipeiii difficilement être faite sans un 
examen microscopique, et il ne faut accepter ces classifications 
que sous réserve. 

Dans fouvrage cité, M. Quiroga (304, p. 44 et suiv.) donne une 
description intéressante, accompagnée de bonnes figures, des 
procédés actuellement en usage chez les métis pour la con- 
fection de leurs jolis tissus en laine de vigogne et de huanaco. 
Les femmes de Belen sont renommées dans le pays pour cette 
industrie. Les procédés de confection et le décor de ces tissus 
sont une tradition surtout préhispanique , quoique les tisseuses 
aient aussi beaucoup appris depuis la conquête espagnole. 

A propos de Texcellente qualité des tissus en laine de lama 
de fancien Tucuman, Techo (341; l.i, c. xix;p. i5) nous dit que 
quelques-uns de ces tissus paraissaient être en soie : lanamni 
vero longe major, qiiam nostratibus tenuitas : ex his omnis generis 
vestis sericas maxime rejerentes , texiintiir. 

Au contraire, il n'est pas très certain que les Diaguites culti- 
vaient du coton, bien que Garcilaso de la Vega (140; 1. vm, c. wm; 
fol. i84) cite des tissus de coton parmi les cadeaux que les Indiens 
de Tucma offrirent à flnca Yupanqui. Il semblerait plutôt que 
le coton fut introduit en Tucuman par les Espagnols. 

Le vêtement principal des Diaguites était la tunique ou 
chemise péruvienne, mais en général plus longue, paraît-il, 
que celle en usage au Pérou. Cette camîseta, uncii en quichua, 
sans manches ou avec des manches très courtes, est toujours 
mentionnée par les chroniqueurs comme une caractéristique 
des peuples appartenant à la civilisation péruvienne. Bârzana 
(55,p. Lvii) dit que les Indiens qui dépendaient de Santiago et 
de Tucuman étaient «vêtus comme les PéruAiens». Il fait allu- 
sion, naturellement, aux Indiens des montagnes, les Diaguites, 
car ceux de la plaine — d'Esteco — étaient au contraire « cou- 
verts de plumes de nandou, et les femmes avaient des pagnes 
très petits». Narvaez (253, p. 147) nous informe que les Diaguites 



REGION DIAGUITE. 141 

des vallées de Catamarca portaient des camisetas muy larcjas 
(très longues) , mais qu'ils n'employaient pas de manias (mantes) 
« pour être plus libres de leurs mouvements pendant les ba- 
tailles». Nous avons cité, page 29, la description des PP. Pio- 
mero et Monroy d'a^^rès laquelle les Diaguiles de la Vallée Cal- 
chaquie « se vêtaient d'une chemise qui leur allait jusqu'au 
cou-de-pied ». 

Bien que Narvaez dise que les Diaguites n'employaient pas 
de mantes [ponchosj , il est probable cependant qu'ils en avaient, 
comme c'était le cas des Comechingons de Cordoba, dont 
quelques-uns, d'après le même Narvaez [ibid, p. i5i), avaient des 
camiseta:< , d'autres des mantas. 

Les Diaguites aussi bien que les Comechingons ornaient leur 
tête dej^lumes, fixées dans une Jiuincha (bandeau fronlal), géné- 
ralement en laine. Piomero et Monroy (350, fol. 16) et Cabrera 
(88, p. i4o) mentionnent ces décors de plumes. 

Ces vêtements : tunique longue et plumes sur la tête, se 
voient sur les figures peintes dans la grotte de Carahuasi (voir 
page 170). 

Ajoutons que les Diaguites portaient des usiitas, sandales en 
cuir, d'après Piomero et Monroy. Les «patins» qui figurent 
dans la traduction française de leur lettre, page 29, sont des 
saiidah dans f édition italienne originale. Des sandales de même 
sorte se retrouvent dans les tombeaux anciens du haut pla- 
teau, et ces usutas sont toujours les chaussures habituelles des 
Indiens du haut pays et aussi des métis des vallées argentines, 
où cependant les chaussures européennes, surtout les bottes, 
les ont supplantées en partie. Les Diaguites devaient être habiles 
dans f emploi de la peau, particulièrement pour reher les divers 
morceaux de leurs armes ou de leurs instruments, comme le 
font si bien encore de nos jours les métis, leurs descendaiils. 
Mais tous les débris des anciens ouvrages en ])eau semblent 
perdus; du moins n'en ai -je pas vu (féchantillons dans les 
musées ou dans les collections. 



142 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 



SEPULTURES. 

Les fouilles méthodiques qui ont été faites dans les sépul- 
tures préhistoriques de la région diaguite sont rares. Les prin- 
cipales sont celles de M. Lafone-Quevedo (191) à Ghanar-Yaco, 
près d'Andalgalâ, et de M. Carlos Bruch (80) dans les environs 
de Hualfin (Belen). Ces auteurs donnent de bons plans et de 
bonnes figures des sépultures qu'ils ont examinées. Un peintre, 
M. Adolphe Methfessel, qui a accompli un voyage pour le 
compte du Musée de La Plata, a exécuté aussi des fouilles 
dans un grand nombre de sépultures, principalement en Santa 
Maria. Les esquisses de ces tombes ont été publiées par 
M. ten Kate (343, p. 1 1 et suh.). Récemment, en 1 906 , une mission 
envoyée par la Faculté de philosophie et de belles-lettres de 
Buenos-Aires, sous la direction de M. Ambrosetti, a étudié un 
très intéressant cimetière et d'autres séj^ultures aux environs de 
Pampa Grande, dans le département de Guachipas (Salta). 

Les modes funéraires de la région diaguite 23résentent une 
très grande variété. Comme caractères généraux, on n'en j^eut 
citer que deux : les jambes, sans exception, et le plus souvent 
aussi les bras du mort, sont plus ou moins repliés en avant vers 
le corps, les genoux touchant quelquefois la poitrine; avec le 
cadavre, il y a toujours des objets enterrés, spécialement des 
poteries, dont les plus communes sont les écuelles dénommées 
par les métis actuels pucos, mot quichua [piicu) qui signifie 
simj)lement « écuelle » ou «assiette». Et ces caractères sont 
communs à presque toutes les sépultures de la région andine 
de fAmérique du Sud, pour ne pas dire à la plupart des séjiul- 
tures anciennes du continent américain. 

Les squelettes, avec les jambes re23liées comme il est dit 
ci-dessus, se trouvent souvent couchés sur le dos ou sur le 
côté. Cependant j'en ai trouvé dans une position verticale. 
Le crâne qui figure sous le numéro 1 dans l'ouvrage du 
D"" Cbervin (99, i. m) appartenait à un cadavre enseveli dans 



REGION DIAGUITE. 143 

cette dernière position, exhumé par moi à Piedra Blanca, près 
de la ville de Catamarca. Auprès de lui était une écuelle avec 
ornementation peinte. Cette position verticale des cadavres est 
générale dans la Quebrada del Toro, comme nous le verrons 
plus loin. Quelquefois le crâne est séparé du corps et enterré 
à quelque distance. Ten Kate (343, p. 12) donne la figure d'une 
de ces sépultures, et M. Ambrosetti (30, p. 43, 106, 108) a observé 
le même fait à Pampa Grande. 

Quant aux poteries trouvées dans les sépultures, elles ont 
probablement contenu des aliments destinés au mort. Les vases, 
de différentes dimensions, quelquefois très grands, ne sont pas 
rares. Il faut distinguer ces vases — qui étaient selon toute pro- 
])abilité des récipients pour les aliments ou les boissons — des 
urnes funéraires, dénomination sous laquelle je comprends 
seulement celles qui contiennent des ossements. Les auteurs 
parlent toujours d'« urnes funéraires » , mais il faut accepter ce 
terme avec une certaine réserve, parce que, en général, il n'est 
pas du tout certain que les vases ainsi dénommés aient servi de 
cercueils. Les vases et les écuelles rencontrés auprès des cada- 
vres sont quelquefois décorés, et leur décor a été pris pour des 
« figures symboliques». Lorsqu'il s'agit de simples poteries de 
ménage enterrées avec le mort, cette théorie n'est pas admis- 
sible : rien de plus rationnel, en effet, que cette ornementation 
ait simplement eu un but esthétique. 

Chaque sépulture contient un ou deux individus, rarement 
trois ou quatre. Les sépultures se trouvent isolées, forment 
de petits groupes ou constituent des cimetières consicférables. 
M. Ambrosetti (18, p. 53-54) a découvert à Quilmes des tombes 
dans le sol des habitations. Des grottes ou abris sous roche 
naturels ayant servi de sépulcres sont mentionnés par M. Mo- 
reno (244, p. 17) et par M. ten Kate (343, p. i3). 

Souvent aucun signe extérieur ne dénonce les sépultures; 
d'autres sont signalées par la présence de pierres rassend)lées 
(Ml tas ou disposées en lignes; quelquefois ces pierres forment 
une simple ligne droite, d'autres fois des carrés, des rectangles, 



144 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

(les cercles simples ou deux cercles concentriques, des demi- 
cercles, des ellipses, etc. Très rarement, un petit tumulus en 
terre marque Tenq^lacement de la tombe. 

Les cadavres gisent à peu de profondeur, de o"" 5o à 2 mètres. 
Ils sont généralement déposés dans une fosse sans revêtement; 
mais quelquefois les parois de celle-ci sont garnies de murs en 
pirca formant des puits funéraires cylindriques ou rectangu- 
laires, ou Lien le cadavre est entouré d'alignements souterrains 
de pierres en forme de cercles, ellipses, rectangles ou carrés. 
On trouve aussi, d'un côté du squelette seulement, une pirca, 
un alignement de pierres droites, un demi-cercle de pierres, un 
simple monceau de j^ierres ou enfin un entassement de pierres 
formant une pyramide renversée souterraine. Des pyramides 
de cette sorte sont placées quelquefois au-dessus des cadavres 
après qu'ils ont été recouverts d'une couche de terre. 

Il existe des tombes souterraines voûtées qui, à en juger 
parleur mobilier funéraire, paraissent avoir été en usage pour 
les personnages de distinction. M. ten Kate (342, p. 339) décrit 
et figure une de ces tombes, de Pena Blanca, près de San 
Antonio del Cajon, en Santa Maria. Cette chambre mortuaire 
a G™ 80 de hauteur, o'" 70 de largeur. M. Ambrosetti (18, p. 54) 
décrit d'autres tombes voûtées, de Quilmes. 

A Antofagasta de la Sierra , dans le sud de la Puna de Ata- 
caina, il y a, d'après des informations recueillies par M. Ambro- 
setti, des tombes souterraines dont les parois et la toiture sont 
formées par de grandes dalles de schiste placées verticalement 
j^our les premières et horizontalement pour la toiture. 

Les urnes funéraires trouvées dans la réiiion diaouilo con- 
tiennent surtout des squelettes d'enfants en bas âge et forment 
ces cimetières spéciaux, si caractéristiques à la région, et que 
je décrirai ensuite. Des urnes servant de cercueils aux adultes 
existent aussi : on en a trouvé à Chanar-Yaco et à Pampa 
Grande. 

L'enterrement dans des urnes n'appartient pas à la race an- 



REGION DIACUÎTE. 1^5 

dine de rAmérique du Sud. De l'ancieu Pérou, on ne connaît 
que des exemples isolés et tout à fait spéciaux de ce mode d'en- 
terrer. Parmi les régions appartenant à la civilisation péruvienne, 
celle des Diaguites est la seule où Ton trouve, généralement 
j^arlant, des urnes servant de cercueils. Cette coutume est donc 
due à des influences autres que celles du Pérou. 

Le cimetière de Cliafiar-Yaco était composé de cinq sépul- 
tures dont l'emplacement est désigné à la surface du sol par 
des cercles de pierres. Chaque sépulture renferme un squelette 
introduit dans une grande urne, sans décor, à une excej^tion 
près. Autour des urnes, M. Lafone-Quevedo trouva de nom 
breuses poteries décorées. 

Clianar-Yaco olfre un exemple d'un cimetière où tous le? 
cadavres sont enterrés dans des urnes ; il y avait quatre adultes 
et un enfant. M. Lafone-Quevedo croit que ces cimetières ne 
proviennent pas du peuple qui enterrait les morts directement 
dans la terre. Le D*" F. P. Moreno est du même avis. D'aj)rès 
lui, les urnes contenant des adultes remontent à une époque 
plus reculée et sont de types plus primitifs que les urnes d'en- 
lants. Je suis de la même opinion. Cependant je crois qu'on doit 
distinguer en deux catégories les sépultures d'adultes dans des 
urnes : celles du type Clianar-Yaco, qui contiennent de la cé- 
ramique fine, décorée, et celles qui ne contiennent que de la 
poterie grossière, où manque conq:)lètement la céramique d'arl. 
J'attribue cette dernière catégorie de sépultures à des Tiipis- 
Guaranis venus de l'Est et qui, à une certaine époque, doivent 
avoir occupé une j^artie de la région diaguite. Je développ(M'ai 
cette théorie en décrivant les cimetières d'El Carmen et de 
Providencia. En étudiant ces cimetières, je me demandai si 
Chafiar-Yaco ne devrait pas être considéré comme appartenant 
à cette dernière catégorie, mais la poterie décorée ([ui y a été 
trouvée s'oppose à cette conclusion. 

Le cimetière de Pampa Grande a été d(''c lil par M. Vndii-osclli 
(30, p. 69 eisuiv.); sa description estacconipagnée d'un plan, d'une 
coupe verticale {Und., p. ()(>) et de nond)r<Mis;vs |)li()l()grapliies. Les 



146 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

sépultures sout rangées en ligne presque droite le long d'un 
affouillement naturel du terrain , une « barranca » formée par un 
torrent. On n'a fouillé que le bord de cette barranca, mais yrai- 
semblal)lement le cimetière continue en s'éloignant du torrent. 
Le cimetière de Pampa Grande comprend des sépultures de ca- 
tégories les plus diverses : i" Adultes enterrés directement dans 
la terre , avec de la j^oterie grossière ou sans avoir auprès d'eux 
d'objets d'aucune sorte. 2" Adultes enterrés directement dans 
la terre, ayant auprès d'eux de la poterie du type commun 
de la région diaguite. Les cadavres de la première catégorie 
ont été, dans deux cas, remués en creusant les fosses pour les 
cadavres de la deuxième catégorie. S*' Urnes contenant des 
squelettes de petits enfants qui, selon M. Ambrosetti [ibid, p. 191), 
avaient tous « des dents de lait , dont la plu2)art n'étaient pas 
sorties des alvéoles ». Une partie de ces urnes sont du type des 
urnes décorées des cimetières d'enfants de la Vallée de Yocavil, 
dont nous parlerons ensuite; d'autres sont grossières, mais 
contiennent quelquefois de petites écuelles décorées , du style 
de la céramique de la région diaguite. En général, les urnes 
grossières se trouvent au-dessous des urnes décorées, et jamais 
le contraire. Cej)endant les deux sortes d'urnes proviennent 
prol)ablement du même peuple ; peut-être les urnes grossières 
sont-elles d'une époque où il n'y avait pas dans la localité d'ar- 
tiste assez babile pour confectionner des urnes spéciales, de 
décor compliqué. 4" Une urne grossière renfermant un sque- 
lette d'adulte qui, à en juger par la jDOsition des os, y avait été 
enseveli immédiatement après sa mort. Cette urne, qui porte 
le n" 201 dans l'ouvrage de M. Ambrosetti {ibid., p. 89, fig. 89), était 
couverte d'un autre vase renversé et formait, avec ce couvercle, 
un espace intérieur d'environ i"" de hauteur et 0^76 de dia- 
mètre maximum. Auprès de l'urne il n'y avait qu'un petit vase 
en céramique grossière, sans décor. L'urne se trouvait au-des- 
sous d'une série d'urnes décorées contenant des enfants; mais 
rien n'indique qu'elle soit contemporaine de celles-ci. Dans 
divers endroits aux environs de Pampa Grande , M. Ambrosetti 



REGION DIAGUITE. IM 

et ses collègues ont exhumé d'autres urnes grossières analogues, 
contenant également des os d'adultes. 

M. Ambrosetti [ibid., p. 19/1-196) se déclare convaincu que les 
sépultures de Pampa Grande proviennent d'époques et de 
]:)euples différents. 11 distingue deux types de céramique, l'ini 
constitué seulement j^ar de la poterie grossière, l'autre com- 
prenant des urnes et d'autres objets du style général de la 
région diaguite (« calchaquie «). Les deux types ont été rencon- 
trés séj^arément ou, quand ils se trouvaient mélangés, certaines 
circonstances démontraient que ce mélange était accidentel. La 
jjoterie grossière se trouvait toujours au-dessous de la poterie 
du second type. 11 est en effet de toute évidence que les trou- 
vailles de Pampa Grande proviennent de diverses époques. La 
lecture du rapport de M. Ambrosetti m'amène à en distinguer 
trois. A l'époque la plus reculée apj)artiendraient l'urne conte- 
nant un adulte et les autres urnes semblables rencontrées dans 
divers endroits. Ces urnes présentent des analogies avec celles 
que j'ai exhumées à El Carmen. Les cadavres enterrés directe- 
ment dans la terre, ou au n:>oins une partie de ces cadavres, 
constitueraient la seconde catégorie. Quant aux urnes contenant 
des enfants, je crois qu'elles sont indépendantes des autres 
sépultures et qu'elles forment l'un de ces cimetières spéciaux 
d'enfants dont nous parlerons ensuite : aucune de ces urnes ne 
se trouvait au-dessous d'une sépulture d'adidle, et rien ne dé- 
montre que l'on ait enterré une urne d'cnlant dans l'une de 
ces dernières sépultures. D'autre part. Pampa Grande est une 
petite vallée fertile et bien pourvue d'eau. 11 n'existe pas ])eau- 
coup de localités dans ce district montagneux qid olïrent ces 
avantages; l'endroit a dû être habité à toutes les époques par 
différents peuples qui s'y sont succédé. 

Aucune répartition géog raphique n'est possible des sépultures 
si variées (h^ In légion diaguite : comme à Pauq^a Grande, on 
renconire j^arlout des t()ml)es d(^ cah'goiies les plus opposéi^s 
et quelcpielois très près les unes des autres. Ces (bllerences cor- 



148 ANTIQUITES DE LA REGIOxN ANDINE. 

respondent-elles à divers peuples, à diverses époques, à diverses 
tribus, à diverses classes sociales? Ce sont là des questions que 
seule pourrait résoudre une longue série de fouilles métho- 
diques. 

Les Incas et les Espagnols imposaient très fréquemment aux 
tribus leur déplacement d'une région à Tautre, souvent à drs 
distances énormes. Ces migrations forcées ont naturellement 
contribué à diversifier les sépultures, chaque tri])u apportant 
avec elle ses coutumes funéraires. 



CIMETIERES 
D'ENFANTS ENTERRÉS DANS DES URNES. 

Passons maintenant à une autre catégorie de cimetières qui 
existent exclusivement dans la réi>ion diaii^uite : les cimetières 
spéciaux d'enfants en bas âge, ensevelis dans des urnes de 
formes particulières, couvertes de dessins symboliques poly- 
chromes. Ces cimetières appartiennent probablement, à en juger 
par la j)oterie trouvée avec les urnes funéraires, au peuple qui 
a enterré ses cadavres directement dans la terre, et non à celui 
qui se servait des urnes comme cercueils pour les enterrements 
ordinaires, ainsi qu'à Chanar-Yaco par exemple. 

Le comte de La Vaulx (366) est le premier voyageur qui ait 
fouillé l'un de ces cimetières d'une manière méthodique. Ce 
cimetière est situé à ElBanado, près des ruines de Quilmes. 
M. Ambrosetti (18, p. 55 et suiv.) en a fouillé un autre, situé aussi 
dans les environs d'El Banado; mais, en dehors de descriptions 
d'urnes et de spéculations sur la signification symbolique de 
leur décor, le seul renseignement qu'il nous fournisse sur ce ci- 
metière, c'est que les urnes contenaient des squelettes de j)etits 
enfants. Il ne dit rien de la manière dont elles étaient groupées, 
rien non plus sur les objets qui devaient être placés autour ou 
à l'intérieur de ces urnes. A ces fouilles il faut ajouter celles 
de Panq^a Grande dont nous venons de parler. 



RKGION DIAGUITE. 149 

J'ai été assez heureux pour découvrir i'un de ces cime- 
tières d'eulants, assez loiu de la région calchaqule, à Arroyo 
(\e\ Medio, dans la province de Jujuy, à la lisière du Grand 
Chaco. Une description de ce cimetière est insérée à la lin de 
cet ouvrage. 

Les fouilles d'El Banado, de même que tous les renseigne- 
ments que j'ai pu recueillir à ce sujet, démontrent que les 
urnes contenant des enfants forment généralement, dans la ré- 
gion diaguite, des cimetières sj^éciaux où il n'y a pas d'adultes. 
Les trouvailles de Pampa Grande semblent peut-être s'opposer 
à cette thèse, mais, comme nous l'avons dit, il est probable ([ue 
la série d'urnes d'enfants qui y ont été découvertes est indé- 
pendante des autres sépultures. Même si ces urnes étaient 
contemporaines des cadavres enterrés directement dans la 
terre, le nombre des urnes et celui de ces derniers indiquent 
qu'il s'agit d'un cimetière destiné spécialement à l'enterrement 
de petits enfants ensevelis dans des urnes. Il n'y a que sept 
cadavres d'adultes, dont il faut écarter quelques-uns qui mani- 
festement appartiennent à une époque dilï'érente. Les urnes 
contenant des enfants sont beaucoup plus nombreuses : il en 
existe plus de vingt. Cette proportion n'est pas normale : un 
cimetière ordinaire ne contiendrait pas vingt enfants pour 
seulement trois ou quatre adultes. La série d'urnes de Pampa 
Grande doit donc être considérée comme un cimetière spécial 
d'enfants. Quant aux cimetières d'El Banado, autant M. de La 
Vaulx que M. Ambroselti aiïirment qu'il n'y avait pas d'adultes. 
M. de La Vaulx décrit très clairement comment il y a trouvé les 
urnes : par groupes, dont chacun se composait d'une grandi» 
urne de forme particulière entourée de quatre ou cinq ])his 
petites. La première aussi bien que les dernières conlenaienl 
(h's restes d'enfants. Les groujoes étaient 2:)eu éloignés Tun de 
l'autre. 

On rencontre quelquefois, il est vrai j^ar e\c<»plion, une 
ou deux de ces urnes lyj)iques hors d'un cinu^lière, mais en- 
terrées dans un endroit isolé. M. de La Vaulx (366. p. 176) men- 



150 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

tioniie un de ces cas, à Quilmes : trois urnes déposées dans une 
sorte de grotte, l'une contenant deux squelettes d'enfants, une 
autre des cendres, et la troisième des résidus d'aliments décom- 
posés. Je dois aussi parler, comme se rapportant à cette ques- 
tion, de quelques urnes contenant des squelettes d'enfants et 
provenant de la Quebrada del Toro et de la Puna de Jujuv, 
reliions situées immédiatement au nord de la région diaguite. 
Ce sont quatre cadavres d'enfants enterrés dans des urnes 
d'une céramique grossière que j'ai trouvés dans le cimetière 
de Morohuasi (voir p. 344) ^ivec un grand nombre de cadavres 
d'adultes, non enterrés dans des urnes, et un autre squelette 
d'enfant, de Paerta de Tastil, aussi enterré dans une urne 
(voir p. 362). D'autre part, un enfant enseveli dans une urne 
sans décor a été trouvé j^ar la Mission Suédoise de 1901, à 
Casabindo, dans la Puna de Jujuy. Cette urne était déposée, 
avec des cadavres d'adultes, dans l'une des grottes funéraires 
si communes dans cette région. Enfui M. Ambrosetti (23, p. ir>) 
reproduit une «momie d'enfant avec son urne funéraire, de 
Rinconada .) (Puna de Jujuy), cette dernière également gros- 
sière, sans décor. L'auteur ne donne pas d'autres renseigne- 
ments. 

Personne jusqu'à présent ne s'était donné la peine de déter- 
miner l'âge des enfants contenus dans les urnes de la région 
calcliaquie. Parmi les enfants de la Quebrada del Toro (Moro- 
liuasi et Puerta de Tastil), quatre étaient des fœtus, le cin- 
quième avait deux ans; deux d'Arroyo del Medio avaient plus 
d'un an, un était plus âgé encore, et le dernier était un fœtus à 
terme. Le D*" Verneau, à qui je dois la détermination de fâge 
des enfants de la Quebrada del Toro, a bien voulu déterminer 
aussi l'âge des deux crânes trouvés par M. de La Vaulx dans la 
grotte de Quilmes et actuellement conservés dans la galerie 
d'anthropologie du Muséum d'histoire naturelle. Ces enfants 
ont l'un et l'autre 3o à 32 mois, en supposant toutefois que le 
développement de la dentition soit le même chez ces peuples 



REGION DIAGUITE. 151 

que chez les Européens. Les deux crânes présentent nne défor- 
mation occipitale artificielle. Il existe beaucoup d'urnes funé- 
raires « calcliaquies » dans les musées et les collections, mais 
nous en avons peu de renseignements. La détermination de 
l'âge des enfants que fon trouve dans les urnes serait extrê- 
mement intéressante. D'ajDrès les restes que j'ai eu foccasion 
de voir, je crois que la plupart de ces enfants sont des fœtus 
à terme ou des nouveau -nés. 

M. de La Vaulx (366,p. 170) dit n'avoir rencontré que des 
crânes dans les urnes du cimetière d'enfants fouillé par lui à 
El Banado; il assure qu'il n'a pu découvrir aucune trace des 
autres os du squelette. Cependant j'incline plutôt à croire que 
ces urnes, comme c'est le cas en général dans les cimetières 
d'enfants de la région diaguite et aussi dans celui d'Arroyo del 
Medio, ont contenu des squelettes entiers, mais que ceux-ci ont 
été détruits par la décomposition, qui n'a respecté que des par- 
ties de crânes. D'après ce que j'ai observé sur les squelettes 
anciens d'enfants, le crâne, en effet, est toujours la partie qui 
résiste le plus longtemps; il est même plus résistant que les 
fémurs et les humérus. 

Les auteurs argentins ont publié un grand nombre de bons 
dessins d'urnes funéraires, dus à la plume habile de M. Eduardo 
A. Holmberg, qui a rendu de grands services à l'archéologie 
argentine : c'est lui qui a illustié, d'une manière consciencieuse 
et avec beaucoup d'exactitude, tous les travaux parus,' presque 
sans exception. 

Pour que fon puisse se faire; une idée des principaux types 
d'urnes funéraires, je donne ici deux séries des formes les plus 
communes. La première série, y?^. 6 a, b, c, cl, représente les 
formes générales des urnes des cimetières spéciaux d'enfants. 
Les deux premières sont des variétés de la forme que M. Lafone- 
Quevedo(191, p. 28) a dénommée «type Santa Maria». M. Am- 
brosetti (18, p. 58) a vouhi faire, des urnes de la forme c et d, un 
type s])écial, «type Amaiclia», qui se (h'stiuguerait (\o celui de 



152 



ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 



Santa Maria par le goulot qui est plus court que le corps de 
l'urne. Mais cette distinction ne me semble pas avoir de raison 
d'être, car la hauteur du goulot varie énormément; il y a des 
urnes avec des goulots de toutes les hauteurs, dun extrême à 
l'autre, fig. 6 a, jusqu'à 6 c. 11 serait impossible, par exemple, 
de classer les urnes qui sont au milieu de ces extrêmes, c'est- 
à-dire celles dont le goulot a à peu près la même hauteur que le 
corps. La hauteur du goulot ne dépend certainement que des 




FijT. 6. — Principales formes d'urnes funéraires de la région diaguite. i" série : Urnes avec des 
pciiiLures symboliques, a. h. type Santa-Maria ; c, d, type dit «Amaicl.a» ; c. type Andaluiala ; 
J , type sans nom. 




Fiï. '7. — Formes d'urnes funéraires, a' série : Urnes sans déror. n. h. c, urnes d'enfants 
d'El Banado (Amhrosetti) ; d. c, urnes de Clianar-Yaco (Lai'one-Quevedo). 

caprices du potier. D'ailleurs les deux sortes d'urnes, celle à 
iroulot lonof et celle à c:oulot court, coexistent dans les mêmes 

o o o 

cimetières ^^^. M. Amhrosetti veut distinguer plusieurs autres 
types d'urnes, mais il les définit d'une manière confuse. 

La forme de la ^v^. 6 f n'est pas commune dans les col- 
lections. M. de La Vaulx a rapporté d'El Banado une urne de 



''' Les urnes du « type Auiaicha » se- 
raient aussi caractérisées par leur ornc- 
menlalion exclusivement « j,'éométri(jue » , 
mais ce mode d'ornementation ne con- 



stitue pas non jjlus une définition accep- 
table, car toutes les urnes en général pré- 
sentent la plus grande variété sous ce 
raj)port. 



REGION DIAGUITE. 153 

ce type ayant contenu un squelette d'enlant, et qui est con- 
servée actuellement au Musée d'etlinogiapliie du Trocadéro, 
où elle porte le n" 47827. En haut de cette urne se trouve 
l'esquisse d'une face humaine semblahle à celles qui sont carac- 
téristiques des urnes d'enfants de la région diaguite, figure 
composée de deux yeux, d'une bouche, d'un nez rufliinentaires 
et de grands «sourcils» arqués, en relief. Toute l'urne est 
ornée de serpents enroulés peints en noir, décor habituel des 
urnes funéraires. M. Moreno (244, p. n) donne la figure d'une 
urne très semblable, de Santa Maria, sans autres renseigne- 
ments. 

Des urnes cylindriques, sans goulot, ayant la forme de la 
fi(j. 6 e et dénommées par M. Ambrosetti (19, p. 23o) « type Ancla- 
huala», ont été rapportées de Santa Maria comme étant des 
« urnes funéraires ». Je crois que cette indication, bien que très 
vague, est authentique, car ces urnes portent souvent l'orne- 
mentation si caractéristique des urnes d'enfants. Mais ont-elles 
contenu des adultes, comme le dit M. Ambrosetti, ou des en- 
fants.^ C'est là une question à résoudre. La Mission Française 
possède dans ses collections deux urnes de ce type, dont l'une 
a o" 64 de hauteur et o™ 3o de diamètre intérieur à l'ouverture, 
et l'autre représentée ici par \3ificj. g d, o'" 56 et o"" 286 respec- 
tivement. Dans aucune de ces deux urnes on n'aurait pu (mi- 
foncer le cadavre accroupi d'un adulte de taille ordinaire, c'est- 
à-dire de i"6o à i™5o minimum. A cette taille correspondent 
des épaules de o"'35 à o"/io de largeur, et le diamètre antéro- 
postérieur de la tête avec fépaisseui- de la jambe et du mollet 
donnent la même mesure, au moins, si serrées que soient les 
jambes repliées auprès du corps. Pour contenir un corps 
accroupi, une urne doit avoir comme minimuui o™8o de hau- 
teur, car la hauteur moyenne (\\\\\ liomme assis, d'une lallle 
(\v i"'6o à l'^Bo, est de o°* 76 y conq:)ris la tète. Les 2 1 Indiens 
(hommes adultes) de Siiscpies (pie j'ai meusurés assis don- 
naient en moyenne, dans celte position, une liauleur de o"'88'i 
pour une taille d(> i"'6i2. Cinq lioinnuvs de la Vallée du Cajou 



15^1 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

(Santa Maria) mensurés par M. ten Kalc (342,p.337) étaient 
d'une taille plus élevée, 1^676 en moyenne, et devaient par 
conséquent avoir des épaules en proportion. H aurait fallu 
pour eux des urnes ayant de plus grandes dimensions encore 
que celles que je cite comme minimum. L'inclinaison de la tête 
en avant aurait permis, il est vrai, de diminuer un peu la 
hauteur de l'urne; on peut supposer aussi que la tête dépassait 
peut-être les bords; mais la diminution de hauteur provenant 
de ces circonstances ne pouvait pas être considérable. 

La série de ^^fig- 7 représente des urnes sans décor. Les 
spécimens a, b et c ont été trouvés par M. Ambrosetti dans le 
cimetière d'enfants d'El Banado qu'il a fouillé. C'est un fait 
curieux qu'au milieu d'un très grand nombre d'urnes décorées, 
de la forme typique, il en ait rencontré d'autres sans décor. Ce 
sont probablement des vases communs de ménage, faits pour 
contenir des boissons et employés comme cercueils d'enfants 
uniquement parce que, dans ces occasions, on n'avait pas 
d'urnes spéciales. 

hes fi(j. 7 d,e sont des urnes sans décor du cimetière d'adultes 
de Chanar-Yaco. 

Les urnes caractéristiques pour les enfants ont les formes 
indiquées par la Jig. 6 a, h, c, d. Pourtant il existe exception- 
nellement dans les cimetières d'enfants d'autres formes d'urnes 
décorées, parmi lesquelles les urnes j)yriformes méritent d'être 
mentionnées. M. Ambrosetti (18, p. 61) en figure une. 

Le décor des urnes d'enfants est assez varié, mais presque 
toutes se ressemblent par un détail. A la partie supérieure 
près du bord, presque toujours un nez se prolonge vers le haut 
par deux « sourcils » arqués se continuant le long du bord et 
formant généralement une bordure. Au-dessous de ces arcs, 
on voit des yeux, et quelquefois une bouche au-dessous du 
nez. Ces organes sont parfois modelés en relief, mais, le plus 
souvent, ils sont peints et fréquemment enlacés avec l'en- 
semble des lignes qui forment le décor très comj^liqué du vase. 



REGION DIAGUIÏE. 155 

Il y a en général une de ces faces liumaines de chaque côté de 
l'urne. 

Au-dessous de cette face rudimentaire, toute l'urne est cou- 
verte de peintures en noir ou en plusieurs couleurs prouvant 
une grande puissance d'imagination chez les artistes et un goût 
artistique remarquable, bien que très particulier. Ces lignes, 
entrelacées de la façon la plus surprenante, forment des com- 
binaisons de grecques, d'escaliers, de volutes, de triangles, de 
carrés et mille autres figures géométriques; entre celles-ci, oti 
voit des représentations de serpents, de crapauds et d'une sorte 
d'oiseaux, des nandous probablement. H y a aussi quelquefois 
des personnages habillés de vêtements ornés de différents des- 
sins et coiffés de panaches. Dansfun de ses ouvrages, M. Aui- 
brosetti (19, p. ii4) reproduit une série de ces personnages. Les 
nandous et les crapauds ont souvent une croix au milieu du 
corps. Les serpents ont une ou deux têtes, d'une forme plus ou 
moins triangulaire généralement. Voilà les éléments principaux 
du décor des urnes funéraires; mais il faut remarquer qu'aucun 
de ces éléments n'est commun à toutes les urnes : tout au con- 
traire, on en trouve rarement plusieurs réunis sur le même 
vase. Cette circonstance rend difficile toute conjecture sur la 
signification de ces dessins qui cependant, sans doute, sont 
symboliques. Si le même animal ou la même ligure était tou- 
jours dessiné sur les urnes, ou pourrait émettre des théories, 
mais quand une urne représente des nandous et fautre des ser- 
pents, etc., toute théorie devient impossible. 

Sur quelques-unes des urnes on remarque un décor très 
spécial : elles présentent sur la panse deux petits bras couibes 
en relief, dont les mains se rencontrent et soutiennent une 
petite coupe également en relief. Ce même décor se relrouNc 
sur des poteries péruviennes ^'\ 

'"' M. (le Monlessus de Ballore décrit vase provicnl du Pitou cl a rli' Irans- 

ct figure [Le Salvador jn'ccolonibii'n, Paris, poilé i'i .San Salvador par des uiarcliands 

i8()0, |)1. X, fif^. 9.0) un vase avec ce d'anlicjuilés, roinuu' égaleuient l)caucou|) 

même décor, qu'il a rapporté de San d'autres poteries reproduites dans l'ou- 

Salvador, mais il semble prouvé cpie ce vrage mentionné. 



15() ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

Je reproduis ici, ficj. 8 et P, six urnes du type Santa Maria et 
une urne du type Andahuala, provenant toutes de la Vallée de 
Yocavil et appartenant à la collection de la Mission Française. 

Fin. 8 a. Hauteur, o'" 535. Diauiètres intérieurs miniuia du goulot, 
o"'2 2o et g'" 2 10*''. Décor peint en noir et en rouge sur fond blanc; le 
rouge n'a été employé que pour la partie supérieure du goulot, notamment 
pour la ligne qui forme le nez de la face humaine. Au-dessous de ce nez, la 
liouclie est indiquée au moyen d'un rectangle , dans lequel on remarque des 
dents irrégulières. Les yeux sont pourvus de longs appendices du côté exté- 
rieur et de deux petits appendices dirigés obliquement en bas. L'urne fuj. 8 c 
a deux appendices semblables aux derniers, pour chaque œil; Yurnc ficj. 8 h 
en a trois, mais ils manquent sur les urnes jf?^. 8 d, 9 a-b et 9 c. Ces petites 
lignes existent souvent sous les yeux peints sur le goulot des urnes funéraires 
d'enfants et aussi sur d'autres représentations anthropomoi plies de l'art 
(liaguite. Certains auteurs y ont voulu voir des larmes. Le décor de l'urne 
juj. 8 a est composé d'ornements géométriques, excepté deux figures fort 
stylisées représentant des serpents bicéphales à têtes triangulaires. L'un de 
ces serpents se trouve à gauche sur la moitié inférieure du goulot ; l'autre , 
qui est placé à droite au-dessous de l'œil, ne paraît pas entier sur la figure 
h cause de la position oblique de l'urne. Les taches noires que l'on voit 
sur la panse sont des « coups de feu » provenant de la cuisson du vase. De 
l'autre côté de l'urne, la même ornementation est répétée avec des modifica 
lions insignifiantes : il Y ^^ quelques lignes rouges de plus sur le goulot, et la 
« bouche » de la face humaine manque. L'une des anses a été cassée, 

Fig. 8 h. Hauteur, o"'5Zio. Diamètres intérieurs minima, o'"2 3o et 
o'" 2 10. Ornementation toute géométrique, peinte sur fond blanc en noir 
et en brun violacé, cette dernière couleur ayant été employée pour la partie 
intérieure de certaines figures dont les bords sont noirs. Sur les photogra- 
phies des urnes, on distingue bien les couleurs brun, rouge, etc., du noir, 
qui est la couleur principalement employée pour leur décoration. A la base 
du goulot de Wwnefuj. 8 h , on voit, quoique presque effacé, un rectangle 
représentant la bouche appartenant à la face humaine. Le côté opposé de 
celle urne est identique à celui qui est reproduit sur la figure. 

F/V/. 8 c. Hauteur, o"'55o. Diamètres intérieurs minima, o'" 2 i o et 

'•' Les virnes du type Sanla Maria ne grand axe et le petit axe de la partie 

sont pas rondes ; leur section horizontale la plus étroite du goulot. Ces mesures sont 

présente la forme ovale. Les anses sont intéressantes pour déterminer la gran- 

placées aux extrémités du grand axe de deur et, par conséquent, l'âge des petits 

cet ovale, près de la base de Turne. Les cadavres qui ont pu être introduits dans 

i< diamètres intérieurs minima » sont le l'urne. 



REGION DIAGUITE. 157 

o'" i85. Drcor peint en noir sur fond blanc; quelques-uns des ornenienls 
du goulot et du pied sont de couleur brun violacé avec des bords noirs. 
En debors des ornements géométriques, composés de greccpies, etc., sont 
esquissés deux oiseaux sur la partie supérieure de la panse. A en juger 
par le long cou, on a probablement voulu représenter des nandous [Rlwa 
amencana). Ces figures rendent parfaitement certaine position de cet oi- 
seau prêt à se coucber par terre. Au-dessous de la queue du nandou, à la 
droite, il y a un cercle noir que l'on pourrait être tenté d'interpréter comnie 
un œuf qui aurait été déposé par l'animal. Sur la base du goulot, au- 
dessous du nez, est esquissée la bouche y appartenant. Autour des nandous 
passent deux lignes en relief représentant probablement les bras du person- 
nage dont les yeux, le nez et la bouche figurent sur le goulot. Ces lignes 
partent de la base du goulot, «au-dessus de chacune des anses, et, après 
avoir circonscrit les nandous, elles se réunissent au milieu, oii elles forment 
une agglomération arrondie de petites bandelettes en terre appliquées par la 
j^ression des doigts sur la surface du vase. Ce relief pastillé est sans doute 
une substitution de la petite coupe tenue entre les mains des bras en ri'licf 
qui existent sur beaucoup d*autres urnes de la même catégorie et dont nous 
avons parlé j)lus haut. 

Fi(j. 8 cl. Hauteur, o"'55o. Diamètres intérieurs minima, o™ 226 et 
o'" 2 10. Décor peint en noir et en brun violacé sur fond blanc. Les parties 
peintes en brun , comme les grands escaliers sur la panse et certaines par- 
ties du goulot, ont des bords noirs. Ornementation géométrique, excepté 
les serpents dessinés en zigzag sur le goulot. L'un de ces serpents que l'on 
voit sur la figure, dans la partie inférieure du goulot, est pourvu de deuv 
têtes triangulaires. L'autre est placé au-dessous de l'appendice extérieur de 
l'un des yeux de la face humaine. Ce dernier serpent n'a pas de tète. Les 
deux serpents sont répétés sur le revers du vase, mais sans tête ni l'un ni 
l'autre. Dans le coin, en haut à droite, du rectangle blanc où se trouve le 
serpent bicéphale, est placé un petit carré représentant la bouche de la 
figure humaine du goulot. Dans celte bouche se trouvent trois dents supé- 
rieures et trois inférieures. L'ornementation du revers de l'urne est idenlicjue 
à celle du côté visible, excepté la bouelie (|ni nian([ue, et le serpent (|ui n'a 
pas de tête. 

Fuf. 9a, h. Ihrileiir, ()"'5'i5. Diamèlres intérieurs inininia, o"' 220 et 
o'" 210. Lcsjicj. a et h montrent les deux côtés de cette urne. L'ornemenla- 
tion est exclusivement i;éoinétri([ue et présente quelques différences sur un 
côté et sur l'autre. A remar(|uer les croix, dont l'une est ])larée sur le Iront 
de l'une des faces humaines, et d'autres au-dessous des arcs (|ni snrmonlent 
les yeux. Le fond est blanc; la ])lupai'! d(>s ornements sont de coiiieiii- bnni 
violacé, avec des bords noirs. 



158 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Fig. 9 c. Hauteur, o'"6io. Diamètres intérieurs niinima, o"" 220 ol 
o'" 2 1 o. Ornements en relief : les yeux et les arcs qui forment, h leur jonc- 
tion, le nez de la face humaine du goulot. La bouche de cette face n'existe 
pas. Décor peint exclusivement en noir sur fond blanc. Ornementation géo- 
métrique, excepté peut-être les deux figures rondes placées sur le goulot et 
composées de lignes enchevêtrées. Ce sont probablement des figures sché- 
matiques ornithomorphes, représentant peut-être des nandous. Dans ce 
cas, l'œil de la face humaine formerait simultanément la tête de foiseau; 
les pattes seraient indiquées par les lignes formant des angles en bas de la 
figure. Le revers de l'urne présente un décor identique. 

Fig. 9 cl. «Type Andahuala». Hauteur, o" 56o. Diamètre intérieur à la 
bouche de l'urne, o"* 285. Décor géométrique, très sinqjle, dessiné par une 
main peu experte. Tout l'extérieur de l'urne •est divisé en huit zones verticales 
dont quatre peintes en blanc alternent avec les quatre autres qui sont peintes 
en rouge foncé. Sur la figure, on voit au milieu l'une des zones blanches, 
une autre est située en face, au côté opposé, et les deux restantes traversent 
les anses. Sur ce fond , les lignes c[ui sentent d'ornementation sont peintes en 
noir. Les deux côtés de l'urne se ressemblent parfaitement. 

La pâte de ces urnes est rouge ou jaunâtre, excepté celle de \uy\w fuj. 9 d 
(type Andahuala), qui est de couleur grise. On voit dans la pâte de toutes 
les urnes des particules de feldspath blanc provenant du dégraissant. La 
cuisson est assez parfaite; seule dans une urne on remarque, dans une cas- 
sure, une couche grisâtre entre deux couches rouges et qui démontre que 
la cuisson n'a pas atteint d'une manière égale toute l'épaisseur du vase. 



Les urnes funéraires d'enfants ont, en général, de o"5o à 
o"" 60 de hauteur. Elles sont recouvertes d'écuelles qui souvent 
portent des dessins analogues à ceux des urnes. Ces écuelles 
sont généralement renversées sur la bouche de l'urne, ou, par 
exception , placées le fond en bas ; quelquefois, au lieu d'écuelles 
comme couvercle, le fond d'une urne brisée ou une dalle de 
schiste. 

On a exhumé plusieurs centaines de ces urnes. Dans falbum 
de MM. Liberani et Hernândez (217, pi. 5-io), nous trouvons les 
premières reproductions qui en ont été publiées. Ce sont six 
urnes dont l'une provient de Fuerte Quemado et cinq de 
Loma Rica, probablement, quoique les auteurs n'indiquent 



Pl. IV. 







Fisr. 8. — l rues rim(''raii'('s de 



\allri' (le Yoravil, ayant conlciiii ilrs -.(|iicl( 
Knviron i/() <i\\ iial. 



ilaiils 



Pl. V 







Fi.r. f). Lrnos fiiiu'i'aii'i's de la \ nllro de Vocavil , ayant roiilciiu des .s(iiiclollc>i driiranls. 

Kiiviroii i/G gr. iial. 



REGION DTAGUITE. 159 

pas de localité. M. Aniegliino (32, i, pi. xi, fig. 3-.i3-326, 429, oi pi. x, 
lig. 029) reproduit les ligures de MM. Liberani et Hernâudez. 
Plus tard, environ quarante urnes ont été dessinées par 
M. Holmberg, et les dessins de ce dernier ont été publiés par 
MM. Ambrosetti (16, p. 222-223, 226-227; 18, p. 56-Go; 19, p. no, ii5, 
162, 172-175, 180-186, 231-233) et Quiroga (297, p. 552-557; 299, p. 3i3- 
3i/i; 303, p. 128-135, 139-1^4, i5d-i55, 187-189, 225, 228, 23i). Prescpie 
toutes les figures apparaissent chez les deux auteurs et sont 
répétées dans leurs divers travaux; (dles comprennent les urnes 
suivantes : 

3i urnes du type Sanla Maria (voir ll(j, 6 a, h) : Santa Maria [U urnes), 
San José (y), Loiiia Ilica (3), Fuerte Quemado (3), Andahuala (2), 
Quilmes et El Banado (6), Ainaicha (1), talï (/j), Calayate (1 urne)'''. 

1 1 urnes du « type Aniaicha » (voir Jtg. 6 c, d) : Santa Maria (1 urne), 
Lonia Rica (i), Fuerte Quemado (1), Quilmes et El Banado (3), Amaiclia ( 3), 
Cafayate ( 1 ) , Colonie près de Molinos ( 1 ). 

k urnes du type Andaliuala [\oirJi(j. 6 c): 1 de Loma Rica, -i de San José 
(Santa Maria) et 1 d'Andalgalâ. 

On voit que toutes ces urnes proviennent d'un territoire très 
limité : la partie méridionale de la Vallée Calchaquie, sa conti- 
nuation vers le Sud, la Vallée de Yocavil, et sa ramification en 
Tucuman, la Vallée de Tafi. Cependant rien ne s'oppose aux 
découvertes futui'es de ces cimetières d'enfants dans d'autres 
j^ai'ties de la région diaguite. Le D'^Hamy (155; déc iv, n°xxxiv;p. 174 
cipl. iv) a piil)lié déjà en 1896 la ])hotogi-aphie d'une urne du 
type Santa Maria, provenant du département de Guachipas, 
dans la province de Salla, et les dernières découvertes à Pampa 
Grande indiquent que ce département est très riche en urnes 

'"' Les photographies de cpialre autres Grande. Cepentlanl, sur ces figures, les 

urnes du l\pe Sanla Maria, sans iudicatiou desshis ne sont en général jias visiMes. 

de localités, sont publiées par M. Amhro- Parmi les urnes de Pani|)a (irande, il > 

selli (25 , p. i5) , dans le /i»//c/m (/c /a iS'o- en a plusieurs d'un type nouveau »pii 

cièlè de géographie italienne. Au nombre .s'écarte un |)eu de celui déiionuné «type 

des figures d'urnes qui ont été |)ubliées, Sanla Maria». 
il laul aussi ajouter celles de Pampa 



160 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

décorées analogues à celles de la Vallée Calcliaquie et de la 
Vallée de Yocavil. M. Lafone-Quevedo, dans la préface d'un 
ouvrage de M. Quiroga(303, p. xvi), mentionne deux autres urnes 
du type Santa Maria, exhumées à Choya, à 2 kilomètres d'An- 
dalgala, c'est-à-dire dans un endroit qui est séparé de la Vallée 
de Yocavil par les vasles landes du Campo de Pozuelos et i)ar 
la haute Sierra de las Capillitas. 

Dans le but de comparer mes connaissances sur les enten-e- 
ments d'enfants dans des urnes, dans la région diaguite, avec 
celles d'un voyageur qui a effectué une belle exploration an- 
thropologique et archéologique dans cette même région, j'ai 
demandé à M. ten Kate de me dire ce qu'il pense à ce sujet. 
M. ten Kate, se trouvant en mission scientifique en Ceylan et 
n'ayant pas sous la main les carnets de son voyage , m'écrit : 
« Je ne puis donc vous répondre que d'après mes souvenirs 
un peu vagues. Je crois avoir rencontré les urnes funéraires 
du «type Santa Maria» dans des endroits spéciaux, non mê- 
lées d'autres tombeaux. J'incline à croire que ces petits enfants 
étaient sacrifiés dans un but religieux quelconque. » 

Cependant le fait que des restes d'enfants ont été recueilfis 
dans les urnes des cimetières et des grottes funéraires des 
contrées immédiatement au nord de la région diaguite : la Que- 
brada del Toro et la Puna de Jujuy, constitue une exception à 
la règle que les urnes funéraires d'enfants soient toujours en- 
terrés dans des cimetières spéciaux. Mais notons que les urnes 
de ces dernières régions n'ont jamais de décor spécial; ce sont 
des vases communs, grossiers, sans ornementation. D'ailleurs, 
en ce qui concerne la Puna de Jujuy, c'est-à-dire Casabindo 
et Rinconada, les enfants momifiés trouvés dans des urnes et 
mentionnés 23las haut étaient beaucoup plus âgés que les 
enfants des cimetières spéciaux de la région diaguite; peut-être 
s'agit-il ici de sépultures ordinaires .i^ Quant à Morohuasi (Que- 
brada del Toro) , j'ai en effet constaté qu'on y enterrait certains 
enfants dans des urnes grossières, parmi les autres morts, dans 



RÉGION DIACUITK. 161 

le cimetière général du village. Peut-être faut-il, dans ce fait, 
voir une modification des coutumes de la région diaguite. 

Les cimetières d'enfants de la région diaguite, ou plutôt de 
la région calcliaquie — car c'est surtout dans la partie calcha- 
quie du pays des anciens Diaguites qu'on les connaît jusqu'à 
présent — sont particuliers à cette région. Nulle part ailleurs 
en Amérique, on ne constate l'enterrement habituel des fœtus 
et des nouveau-nés dans des urnes spéciales. Ce mode d'enter- 
rement d'enfants n'est connu que sporadiquement et dans des 
cas tout à fait excej^tionnels et isolés. Ainsi M. J. T. Médina 
(234, p. /i23, fig. 3o8) donne la figure d'un grand vase, presque 
globulaire, sans décor, provenant de Patagûilla, province de 
Curicô (Chili), et qui aurait contenu «des os d'un enfant et 
plusieurs sortes de graines». De l'Amérique septentrionale, on 
peut citer un certain nombre de cas, mais toujours des cas 
isolés. M. J. W. Fewkes (129, p. 179), par exemple, mentionne un 
grand vase contenant le squelette d'un enfant et trouvé à Pueblo 
Viejo (Arizone), dans une ancienne habitation, avec beaucoup 
d'autres grands pois grossiers , vides , qui avaient servi sans doute 
à conserver de l'eau ou des boissons quelconques. Nous pour- 
rions citer d'autres cas exceptionnels, mais nos cimetières ad 
hoc, d'où sont exclus les adultes et qui se composent seulement 
d'urnes d'un décor spécial et ne contenant que des fœtus et des 
nouveau-nés, ces cimetières ne se trouvent que dans la région 
diaguite. 

Les historiographes jésuites des Diaguites ne parlent pas de 
ces sépultures d'enfants ni des rites qui devaient être en usage 
pour ces enterrements. Ce silence des historiens ne doit pas 
nous étonner, car, ainsi que nous l'avons vu, leurs infoiinations 
sur le culte et la religion des aborigènes sont des plus précaires. 
Sans doute, la réserve extrême des indigènes sur ces questions 
a empêché les missionnaires d'oblenir d'eux (hvs renseigne- 
ments. 

En général, l'usage d'urnes comme cei-cueils élail élranger 
aux peuples andins et surtout n'existait pas dans la région ando- 



1G2 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

péruvienne en dehors du pays des Diaguites. Les recherches 
archéologiques ont, jusqu'à ce jour, conhrmé l'ahsence de cette 
coutume dans la zone de l'ancienne civilisation péruvienne. 
Seuls, deux ou trois renseignements, tirés des auteurs espagnols 
de la conquête, sembleraient, à la grande rigueur, contredire 
ce fait. Zârate (383, 1. 1, c. xi; 1. 1, p. 63)^^^ d'abord, raconte que « les 
Espagnols trouvèrent, dans les temples consacrés au Soleil, 
lîlusieurs grands pots en terre pleins d'enfants secs que l'on 
avait sacrifiés ». Gomara (148, c. cxxi, fol. i58), de son côté, dit que 
les Indiens sacrifiaient leurs propres enfants, mais «ceux qui 
agissaient ainsi n'étaient pas nombreux (bien qu'ils fussent 
tous cruels et d'instincts bestiaux dans leur religion). Ils ne 
mangeaient pas, d'ailleurs, ces enfants, mais les faisaient 
sécher et les gardaient dans de grands vases en argent». 
D'après Arriaga (39, p. i6, 17, iSa), les jumeaux, chiichos ou curls , 
et les enfants qui venaient au monde les pieds en avant et que 
l'on nommait chacpas, étaient conservés, lorsqu'ils mouraient 
en bas âge, dans des pots à l'intérieur des maisons. Le clergé 
catholique avait brûlé en autodafé public de nombreuses urnes 
contenant les corps de ces enfants. Certaines superstitions 
étaient attachées iinx clnichos et dLiixchacpas. On croyait que l'un 
des jumeaux était le fils de la foudre. Un chacpa, s'il vivait, 
portait pendant toute sa vie ce mot accolé à son nom, et ses 
enfants étaient désignés par des appellations spéciales : masco 
pour les fils et chachi pour les filles. L'archevêque Villa Gômez 
(370, c. Lviii, fol. 37, 38) confirme les renseignements du P. Arriaga. 
Son questionnaire pour la confession des Indiens est, en grande 
partie, formulé d'après ces renseignements. Sa So*" question, à 

('' Ce chapitre de Zôrate : « Des céré- de manière que les chapitres originaires 
nionies religieuses et des sacrifices des In- xiii , xiv et xv portent les numéros x , xi 
diens du Pérou», existe seulement dans et xii. La figure des éditions françaises, 
la première édition de son ouvrage , impri- représentant le sacrifice d'un jeune homme 
mée à Anvers en i555, et dans la tra- et reproduite par M. Ambrosetti (19, p. 90), 
duction française (383). Dans l'édition es- n'est pas prise dans l'édition d'Anvers, 
pagnole de la Biblioteca de Au tores Espa- mais dessinée spécialement pour ces tra- 
fioles (382), les chapitres x, xi et xii ont ductions. Cette figure n'a donc aucune va- 
été supprimés et le nvimérotage changé, leur documentaire. 



REGION DIAGUITE. 1G3 

propos des chuchos et des chacpas, est la suivante : « Quand un 
de ces petits enfants meurt, l'ont-ils conservé ou le conservent- 
ils en une quelconque jarre ou autrement, suivant la coutume 
de leur gentilité ? » Cette question est précédée de bien d'autres 
qui démontrent un ensemble de superstitions cohérentes à 
l'égard de ces enfants : La femme accouchée de jumeaux a-t-elle 
« par coutume de sa gentilité» observé des jeûnes, certaines 
abstinences (de sel, cVaji ou piment), certaines continences, 
une retraite plus ou moins longue, loin des regards de tous, 
dans sa maison ou ailleurs? La naissance de ces chuchos ou de 
ces chacpas a-t-elle donné lieu à une procession où les nouveau- 
nés furent promenés au son du tambour ? 

C'est là tout ce que j'ai pu trouver dans les documents 
écrits sur l'usage des urnes comme cercueils de petits enfants. 
Mais les faits rapportés par Zârate et par Gomara devaient être 
exceptionnels, car on ne trouve pas au Pérou d'urnes conte- 
nant des squelettes d'enfants. En ce qui concerne la coutume 
mentionnée par Arriaga et par Villa Gômez, elle est encore 
plus exceptionnelle, car elle ne se rapporte qu'aux jumeaux 
et aux chacpas morts en bas âge. D'ailleurs, les quatre au- 
teurs cités visent clairement la conservation à domicile des 
urnes contenant les corps, et non leur enterrement. 

La sépulture des enfants en bas âge et des fœtus dans des 
cimetières spéciaux, où il n'y a ni adultes, ni enfants au-dessus 
de deux ans, est une coutume très particulière sans doute. En 
présence de ce fait, on entrevoit très naturellement la possil)iHlé 
de sacrihces provenant d'un rite qui exigeait fliolocausle des 
petits enfants pour obtenir la clémence et la Ixiveur des dieux. 

S'il n'en était pas ainsi, il serait en elfet bien étonnant que 
l'on eût enterré uniquement ces petits enfants de cette manière 
toute spéciale, dans des endroits ad hoc et dans des urnes si 
particulières couvertes de dessins symbohques. S'il ne s'agissait 
pas de sacrifices, pourquoi rendre de pareils honneurs aux 
fœtus et aux enfants d'un ou de deux ans seulement, honneurs 



104 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

qiioii n accordait pas aux adultes et aux enfants plus âgés? 
En admettant — ce qui est invraisemblable — que ces urnes 
si bien décorées aient été un hommage de l'amour paternel, 
pourquoi ne pas avoir enterré ces enfants aimés avec leurs 
parents? Pourquoi y aurait-il des enfants inhumés de la manière 
ordinaire avec les adultes, et d'autres enterrés d'une façon 
particulière et dans des cimetières à part? Il me semble que 
tout plaide en faveur de la théorie du sacrifice qui expliquerait 
ces cimetières si spéciaux. 

A l'appui de cette théorie , on peut citer de nombreux ren- 
seignements historiques sur les sacrifices d'enfants , aussi bien 
dans les diverses régions de l'empire péruvien qu'au Mexique. 
Je parlerai des principaux de ces renseignements en ce qui 
concerne le Pérou; je dois toutefois faire remarquer qu'il n'y 
est pas question de sacrifices de fœtus et d'enfants d'un ou de 
deux ans, comme dans la région diaguite, mais d'enfants plus 
âgés. Les auteurs ne disent rien de l'enterrement dans des 
urnes, ni d'un enterrement particulier quelconque, d'un autre 
genre. Pour commencer par Cieza de Léon (101; c.iv,l\iii, lxwix; 
p. 337, 416, 435), il parle beaucoup de sacrifices humains et éga- 
lement de sacrifices d'enfants, mais c'est seulement dans le 
dernier des chapitres cités qu'il rapporte que, dans la province 
de Bilcas, on sacrifiait aux dieux des nihos tiernos, des enfants 
en bas âge. Pioman y Zamora (315, i, p. 226) dit que «les sacri- 
fices généraux » (pour tout l'empire du Pérou) « étaient accom- 
plis dans les cas d'une grande nécessité, comme famine, é2:)i- 
démies et autres ; dans ces cas , on sacrifiait des enfants mâles 
et femelles qui n'avaient encore commis aucun péché». Le 
P. Cristobal de Molina (240, p. 54, 58) rapporte qu'un ou deux 
enfants âcfés d'environ dix ans étaient sacrifiés à foccasion de 
la fête Capac-cocha, instituée par Pachacuti-Inca-Yupanqui. 
On étranglait ces enfants et on les enterrait avec des statuettes 
en argent, etc. On sacrifiait aussi, aux Jiaacas princijDaux de 
toutes les provinces, des enfants qui, à une certaine époque 
de l'année , étaient envoyés de Cuzco dans tous les endroits où 



REGION DIAGUITE. 165 

avait lieu le culte de ces liuacas. Parmi les victimes, il devait y 
avoir des enfants en bas âge, car « ceux qui le pouvaient allaient 
à pied à leur destination, les autres étaient portés par leurs 
mères ». Une fois arrivés, on les étranglait et on brûlait ensuite 
leur corps. Suivant Acosta (2; 1. v, c. xix;t. n, p. /ly), « il était d'usage 
au Pérou de sacrifier des enfants de quatre à dix ans ». A l'occa- 
sion du couronnement de l'Inca (lorsqu'il ceignait la borla), on 
sacrifiait deux cents enfants de cet âge. On les étranglait et 
on les enterrait ensuite avec certaines cérémonies; d'autres 
fois, on leur coupait la gorge et les Indiens s'enduisaient la face 
de leur sang, d'une oreille à l'autre. Lorsqu'un Indien était ma- 
lade et que le sorcier prédisait sa mort, on sacrifiait son fils au 
Soleil ou au dieu Huira cocha, en leur demandant de se conten- 
ter de l'enfant et de ne pas prendre la vie du père. Garcilaso 
de la Vega (140; 1. 1, c xi; fol. lo) dit que chez quelques-unes des 
nations qui composaient fempire incasique, les parents sacri- 
fiaient leurs propres fils dans certaines circonstances critiques, 
mais il ne parle pas de l'âge de ces enfants et encore moins de 
leur enterrement dans des urnes. D'après Garcilaso, ces enfants 
étaient sacrifiés en leur ouvrant la poitrine et en leur arrachant 
le cœur. Herrera (164; dec. v, 1. iv, c. v; t. m, p. 1 15) cite aussi l'immo- 
lation des enfants, mais ne dit rien non plus de leur enterrement 
dans des urnes; selon lui, c'étaient des enfants de quatre à dix 
ans que l'on sacrifiait pour obtenir la guérison de l'Inca lorsqu'il 
était malade, ou à foccasion de son couronnement ou encore 
pour remporter une victoii-e en temps de guerre. Ces enfants 
étaient quelquefois étranglés et enterrés, d'autres fois décapi- 
tés. On sacrihait le fils pour obtenir la guérison du père, lorsque 
celui-ci était gravement malade. Dans le chapitre suivant, 
Herrera raconte que les Indiens immolaient des enfants pendant 
les grandes fêtes qu'ils organisaient à l'époque de la moisson, 
et pour implorer également la clémence divine dans les grands 
malheurs et les adversités. Calanclia (89; I.ii,c. xn;p. 375) réj:)èle le 
lait rapporté par Acosta, qu'on sacrifiait deux cents enfanls âgés 
de quatre à dix ans, à foccasion du couronnement de l'Inca. 



166 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Si de l'Amérique du Sud nous passons au Mexique, nous y 
trouvons les sacrifices d'enfants très en vogue. Sahagun (320; 1. n, 
c. I, III, IV, XX ; 1. 1, p. 5o, 52, 55, 84) nous décrit de vraies hécatombes 
faites annuellement en l'honneur de Tlaloc et de Chalchiuht- 
licué, les divinités des montagnes, des orages qui s'y forment 
et des eaux qui en descendent. Dans le premier mois de l'année , 
Athcahualco , on achetait un grand nombre d'enfants en bas 
âge à leurs mères et on « les sacrifiait dans certains endroits 
situés sur les sommets des montagnes, en leur arrachant le 
cœur, en l'honneur des dieux de l'eau , afin d'obtenir d'eux une 
pluie alDondante ». Ces sacrifices d'enfants en masse continuaient 
jusqu'au Uei Toçoztli, le quatrième mois de Tannée, c'est-à-dire 
que « Ton sacrifiait des enfants dans toutes les fêtes jusqu'à ce 
que les eaux devinssent abondantes ». Les enfants ainsi sacrifiés 
jDaraissent avoir été enterrés dans des cimetières spéciaux sur 
les hautes montagnes, considérées comme résidence de Tlaloc. 
M. Désiré Charnay a fouillé, en i88o, un de ces cimetières à 
Tenenepanco, sur les pentes du Popocatepetl, à /i,ooo mètres 
au-dessus du niveau de la mer. Ce cimetière contenait seu- 
lement des enfants, ensevelis dans la terre au hasard, sans 
aucune méthode, les corps paraissant avoir été jetés pêle-mêle 
dans les fosses, tantôt seuls et tantôt groupés, dans toutes les 
attitudes et à toutes les profondeurs. Les petits cadavres étaient 
accompagnés de poteries dont les motifs de décoration se rap- 
portaient le plus souvent à TlalocetàChalchiuhtlicué. M. Char- 
nay (97, p. iSg et suiv.) a j^ublié la description de ses fouilles dans 
le cimitière de Tenenepanco, et le D"" Hamy (155; dec.n, n''xi;p. 69 
et suiv.) a fait une étude complète de ce cimetière et des sacrifices 
d'enfants au Mexique. 

Comme nous le voyons, il existe peu d'informations sur 
fusage des urnes, au Pérou, comme cercueils de petits enfants, 
et ces urnes étaient alors conservées dans les maisons et n'étaient 
pas enterrées. Quant aux sacrifices d'enfants, ils étaient communs 
au Pérou et au Mexique , mais on sacrifiait des enfants de tous 
les âges et on ne les enterrait pas dans des urnes. L'enterre- 



RÉGION DIAGUITE. 167 

inen des fœtus et des nouveau-nés dans des urnes spéciales 
et dans des cimetières ad hoc reste toujours particulier à la ré- 
gion diaguite. Il est probable que ces fœtus et ces nouveau-nés 
étaient immolés en sacrifice aux dieux. 

En terminant ce chapitre, je dois rappeler une cérémonie 
des métis actuels que M. Ambrosetti et d'autres auteurs ont 
voulu rattacher aux cimetières d'enfants et aux rites spéciaux 
d'inhumation infantile dans la région diaguite. C'est la cérémonie 
de Vangelito : lorsqu'un petit enfant meurt, il est habillé de 
blanc, paré de papier peint et de rubans de couleurs criardes; 
on lui fixe au dos des ailes en papier doré ; on l'assoit sur une 
table et on f entoure de bougies allumées. Le soir, forgie com- 
mence dans la maison mortuaire : on danse autour du « petit 
ange», et les libations continuent jusqu'à ce qu'il n'y ait plus 
rien à boire. On transjDorte alors Xamjellto dans une autre 
maison, forgie recommence, et le corps est ainsi mené d'une 
maison à fautre jusqu'à ce qu'il se trouve dans un état tel de 
décomposition qu'il faut fenterrer d'urgence. Quelquefois on 
met le corps dans falcool ]30ur le conserver plus longtemps, 
et des cabaretiers entrepreneurs louent ce corps pour con- 
tinuer la fête chez eux et vendre ainsi de grandes quantités 
d'eau-de-vie. Les métis donnent comme prétexte de cette céré- 
monie que Xancjelito étant innocent, il faut se réjouir de sa mort 
parce qu'il va auprès de Dieu prier pour les vivants. Comme 
nous le verrons, cette cérémonie existe aussi chez les Indiens 
de Susques, dans la Puna de Atacama. M. Wiener (377, p. 95) a 
trouvé la même cérémonie en usage au Pérou parmi les 
nègres de Trujillo. Elle existe également chez les indigènes 
du Mexique; le D' Hamy (40, p. 76, note) dit, en parlant de ce 
pays : « La mort d'un enfant au-dessous de sept ans, considéré 
comme un saint, un protecteur, donne lieu à des réjouissances. 
Autour du cadavre, lavé, parfumé, costumé en ange et couvert 
de fleurs, s'ouvrent des danses et commence une orgie qui 
durent jour et nuit et que la déconq)osilion du corps n'arrête 



1G8 ANTIQUITES DE LA REGION ANDTNE. 

pas. Des industriels louent, achètent le cadavre qu'ils trans- 
portent dans un lieu plus aéré, suivant les proportions qu'ils 
veulent donner à la fête appelée velor'io au Mexique et velatono 
en Espagne. » 

Les auteurs argentins prétendent que la cérémonie de 
Vangehto est une réminiscence lointaine des anciens sacrifices 
d'enfants; mais cette thèse est tout à fait insoutenable, car des 
coutumes semblables existent parmi les paysans de certaines 
parties de fEurope méridionale : cette cérémonie est donc 
d'origine européenne et chrétienne. 

Sur ma demande, M. le D*' G. V. Callegari, de Padoue, a 
bien voulu recueillir des informations à cet égard en Italie. 
11 a consulté, entre autres savants de ce pays , le folkloriste bien 
connu, le D'" G. Pittré, et le comte A. de Gubernatis. 

Voici ce que m'écrit M. Callegari : « M. de Gubernatis me 
dit qu'il croit avoir vaguement entendu parler d'une coutume 
semblable à celle de l'Argentine , et il pense qu'elle a été trans- 
portée en Amérique par des émigrants de fEurope méridio- 
nale. M. de Gubernatis m'informe, et M. Pittré m'assure, que 
dans la campagne toscane f enfant mort est habillé en petit ange 
[angiolino] et entouré d'un ruban auquel les personnes présentes 
font des nœuds, croyant que tous les vœux adressés ainsi seront 
exaucés. Un usage identique existe également en Sicile. Dans 
laCalabre, d'ajDrès les renseignements d'un de mes élèves de 
Catanzaro, f enfant est habillé en amjioUno et considéré comme 
tel, mais aucune cérémonie n'est faite autour de son corps. » 
La coutume des paysans de Toscane est analogue à la cérémonie 
hispano-américaine de Xangelito, seulement elle n'est pas suivie 
d'orgie. Je n'ai malheureusement guère pu obtenir de ren- 
seignements concernant cette coutume en Espagne. Le seul 
que je possède de ce pays provient d'une dame française de 
mes relations qui a habité les environs de Barcelone. Elle m'a 
raconté qu'un petit enfant étant mort dans une maison de 
paysans voisins de la sienne, il fut habillé en ange. Et, comme 
en Amérique, on buvait et on dansait toute la nuit autour de 



REGION DIAGUITE. 169 

son corps. Une enquête sur ces cérémonies en Espagne serait 
très intéressante. Même en France, les paysans se réjouissent 
de la mort d'un petit enfant au lieu de le pleurer. A ce sujet, 
M. le professeur Jules Humbert m'écrit : « Ce que vous me 
dites de cette cérémonie m'a rappelé ce qui se passait encore 
il y a quelques années dans mon pays, en Franche-Comté : 
Quand un enfant mourait, les parents et amis qui le veillaient 
laisaient des (jaiifres pendant la nuit; et Ixiire des gaufres dans 
les campagnes de la Franche-Comté, c'est un des plus grands 
signes de réjouissance. On pensait qu'il ne fallait pas s'attrister 
de la mort d'un enfant, puisqu'il allait directement au paradis. 
Je vous signale ce détail qui a son importance, car la Franche- 
Comté, qui fut très attachée à l'Espagne jusqu'à la (in du 
xvii^ siècle, a gardé nombre de coutumes espagnoles. » 

Ces coutumes ont leur origine dans la théologie catholique 
même. D'après cette théologie, les enfants au-dessous de sept 
ans n'ont pas encore atteint l'âge de raison , c'est-à-dire , au point 
de vue eschatologique , l'âge de responsabilité. Quand ils se con- 
fessent, le prêtre ne les absout pas, il les bénit simplement, 
puisqu'ils sont censés avoir agi sans discernement. Lorsqu'ils 
meurent, l'église ne célèbre pas pour eux, à leur enterrement, 
la messe ou l'office des morts, mais des offices spéciaux : une 
messe dite « messe d'anges». Le prêtre y revêt des ornements 
])lancs. Le sens général de ces cérémonies est la joie, (^ar l'en- 
fant est mort sans avoir perdu l'innocence baptismale, et son 
âme, sans jugement, va grossir le nombre des anges. Les sur- 
vivants doivent donc se réjouir de son bonheur. Parallèlement 
à cette particularité liturgique, on sait qu'en France la formule 
lial)ituelle De Profiindis des billets de faire-part mortuaires est 
remplacée pour les enfants par les mots Laiidatc pucii Domuinm. 
Ceci indique bien que la mort d'un enfant avant l'âge de raison 
doit inspirer au chrétien catholique des prières d'actions dv 
grâces et non des sup|)lications pour ie re]X)s de l'ànie du 
défunt. A noter encore que, dans certains pays catiioliques, on 
ne porte pas le deuil des enfants au-dessous de sept ans. 



170 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Toutes ces traces européennes de réjouissance pour la mort 
d'un petit enfant « parce qu il va directement au paradis » dé- 
montrent l'origine européenne de la cérémonie hispano-amé- 
ricaine de Xangelito, et ce fait nous apprend combien il laut se 
tenir sur ses gardes pour ne pas confondre les éléments améri- 
cains avec les éléments européens en étudiant le folklore des 
métis et même des Indiens de l'Amérique du Sud. 

PÉTROGLYPHES. 

Les inscriptions sur les rochers sont très fréquentes dans la 
région diaguite. Je me bornerai ici à énumérer les pétrogiyphes 
publiés, qui ne sont pas nombreux quand on considère que 
M. Adan Quiroga, en peu d'années, d'après ce qu'il m'a écrit 
en 190/i, a pu réussira former une collection de dessins de 
287 pétrogiyphes inédits de Catamarca, Salta, Tucuman et La 
Piioja. M. Quiroga est mort sans avoir publié ces pétrogiyphes, 
et il serait regrettable que cette grande collection fût perdue 
pour la science. 

Pour fixer leurs inscriptions et leurs ligures sur les rochers , 
les Indiens avaient deux procédés : la peinture et la gravure. 
Quelquefois ils réunissaient les deux, en gravant d'abord les 
figures et en remplissant ensuite les traits gravés avec des cou- 
leurs. Ce dernier procédé mixte est cependant peu commun 
dans la région diaguite. 

Pour commencer par les pétrogiyphes peints, nous avons 
d'abord la superbe fresque découverte par M. Ambrosetti dans 
la grotte de Carahuasi (département de Guachipas, Salta). Ce 
tableau représente un grand nombre de personnages peints en 
quatre couleurs : jaune, bleu-gris, brun et blanc. 11 est surtout 
intéressant en ce qu'il donne, avec une assez grande clarté, les 
vêtements, les coiffures et les armes très variés de ces person- 
nages. On y voit aussi beaucoup de ces boucliers ou écus, d'une 
forme et d'un décor particuliers , qui se retrouvent sur plusieurs 



REGION DIAGUITE. 171 

pétroglyphes et dans rornementation des disques en cuivre 
et de la poterie de la région diaguite. Une planche en couleurs 
de cette fresque a été dessinée sur place par M. Holmberg et 
publiée par M. Ambrosetti (13). Il y a beaucoup d'analogie entre 
cette fresque et celle que j'ai découverte à Pucarâ de Rinco- 
nada, et qui est reproduite ^^. iâ7 . 

Près de Carahuasi, M. Ambrosetti a trouvé deux autres 
grottes peintes, dont l'une, celle de Ghurcal, avait des fres- 
ques tellement effacées qu'il était impossible de les recopier. 
Ambrosetti (13, p. 33i-333) donne, de l'autre grotte située dans la 
QuEBRADA DEL Rio Pablo, quelqucs ligures rej)résentant des 
boucliers décorés, semblables à ceux de Carahuasi, mais sur- 
montés de têtes humaines, et aussi des jaguars et des lamas. 

Dans l'un de ses derniers travaux, M. Ambrosetti (27) publie 
des figures de quatre autres fresques : f une , d'une grotte de la 
Quebrada de las Conchas (Salta); deux de la Quebrada de la 
BoDEGA, dans les montagnes qui bordent la Vallée de Lerma au 
Sud; et la dernière , d'un rocher dans la Quebrada del Ghuzudo, 
près de Quilmes. Ces figures ont été fournies à M. Ambrosetti 
par un ancien employé du Musée de La Plata; je crains que 
mon collègue n'ait ici bien mal placé sa confiance, à en juger 
par le plan des ruines de Pucarâ de Rinconada soi-disant levé 
par le même collaborateur d'occasion , et également publié par 
M. Ambrosetti. Je reviendrai plus loin sur ce dernier point. 
Ces quatre fresques représentent principalement des hommes, 
des lamas et ces curieux boucliers dont nous avons parlé. 
J'ai appris qu'il existe des pétroglyphes dans la Quebrada 
de la Boflega; aussi les ai-je indiqués sur ma carte archéo- 
logique. 

D'autres fresques rupestres ont été publiées par M. Am- 
brosetti (13, p. 334-336). Ce sont : une figure de nandou, de San 
IsiDRO (Cafayate); un mammifère douteux et des figures géo- 
métriques du môme endroit; une série de figures humaines 
très particulières de Tolombon, au sud de Cafayate. 

Du sud-ouest de la Puna de Atacama on a publié une fresque 



172 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

peinte sur un rocher près de la Laguna de Infieles, située au 
pied du pic portant le nom, sur la frontière chilienne. Cette 
fresque représente cinq personnages armés de lances et dont 
les têtes sont ornées de raies perpendiculaires représentant 
peut-être des plumes. Les figures ont environ un pied de 
hauteur. M. L. Darapsky (113, pi. xn) les reproduit et M. Amhro- 
setti (28, pi. IV, 2) en donne aussi une figure, mais qui diffère de 
celle de M. Darapsky. D'après ce dernier auteur, la fresque 
dlnfieles est peinte en rouge ; suivant M. Amhrosetti, en hlanc. 

Les premiers dessins de pétrogiyphes de la région diaguite 
ont pour auteurs MM. Liherani et Hernàndez (217), dont les 
figures ont été reproduites deux fois par M. Ameghino (31 et 32), 
Plus tard, MM. Quiroga et Amhrosetti ont puhlié un certain 
nomhre de pétrogiyphes gravés. La plupart de leurs figures 
ont été dessinées sur place par de bons dessinateurs, comme 
MM. Eduardo A. Holmherg et F. Voltmer. Au contraire, je 
crains que les figures de MM. Liherani et Hernàndez ne laissent 
à désirer comme exactitude. 

Voici la liste des pétrogiyphes gravés qui ont été publiés. Je 
commencerai par ceux de la Vallée Calchaquie et de la Vallée 
de \ocavil : 

San Lucas (San Carlos) : Trois pétrogiyphes : des lignes 
courbes enlacées d'une manière irrégulière, combinées avec 
des cercles simples ou concentriques et avec des croix. Quel- 
ques-unes de ces lignes se terminent par trois petits rayons 
comme celles d'un pétroglyphe de la Puerta de Rinconada, 
reproduit ficj. Iâ9. 11 y a également des lamas formés de 
lignes droites, comme presque toutes les figui'es de lama des 
pétrogiyphes de la Puna de Jujuy. (Quiroga: 303, p. 210, 211.) 

Las Fléchas (San Carlos) : Une figure humaine schéma- 
tique faite d'une ligne droite représentant le corps, de lignes 
horizontales courbes pour les bras, de deux lignes droites pour 
les jambes; enfin, d'un cercle pour la tête, d'où sortent deux 
lignes droites, ressemblant à des cornes. D'autres ligures repré- 



REGION DIAGUITE. 173 

sentent des mammifères, parmi lesquels un animal, une Inche 
peut-être, allaitant son petit dans la même attitude que le lama 
femelle de la grotte de Chulin, qui est reprodidte plus loin. 
On voit aussi des cercles à point central. (Ambroseiti : 13, p. 338, 339.) 

San Isidro (Cafayate) : Une figure humaine, à demi effacée, 
deux signes en forme de 8, deux cercles, dont un à point cen- 
tral, deux autres signes. Publié par M. ten Kate (342, p. 3/i6) et 
reproduit par M. Ambrosetti (13, p. 335). 

Anjuana : Un pétroglyphe présentant des lignes courbes, 
irrégulières, et des signes. Un autre, de 4'"X/|"', avec des 
ligures géométriques assez compliquées, mais composées ex- 
clusivement de lignes droites. Ces figures sont très grandes, 
gravées sur les deux côtés d'un bloc de pierre. H y a aussi une 
ligne serpentine, se terminant par un cercle. Les deux pélro- 
giyphes se trouvent à 7 kilomètres au nord-ouest de la localité 
dénommée Anjuana, sur la frontière entre les provinces de 

Salta et de TuCUman. (Liberani : 217, pi. i8 et 20. Ameghino : 31, pi. i, fig.5; 
pi. II, fig. 12 ; et 32, i; pi. xi , fig. 358 ; pi. xii, fig. 364.) 

LoMA Rica, sur le bord du « Piio Seco », au pied de la colline 
où sont situées les ruines : divers signes, assez variés, composés 

de lignes courbes. (Liberani : 217, pi. 20. Aineghino : 31, pi. 11, lig. 10, 11 ; 
et 32 , 1, pi. XII, fig. 362, 363.) 

QuiLMES : Des lamas, des signes en forme de points d'in- 
terrogalion, des cercles, un signe en forme de 8. (Anibroseiil: 18. 
p. 68-6(j.) 

QuiLMES : Des concavités circulaires, de d(;ux cenlimèlres 
de profondeur, quelques-unes unies par des lignes gravées. 

(Quiroga : 303, p. 210.) 

Las Canas (près de Quilmes) : Une figure humaine. (Ambrosetti: 
18, p. 66.) 

Las Chilcas (près de Quilmes) : Des lignes en zigzag, une 
grecque, des lignes serpentines dont l'une se termine par un 
cercle. (Ambroscui : 18, p. 67.) Cc pétrogl vplie a aussi été dessiné 
par MM. Liberani et Hernandez, mais leur figure dillère beau- 
coup de celle de M. Ambrosetti. Cette dernière, qui a pour 



174 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

auteur M. Voltmer, est sans doute la plus exacte. (Liberani : 217, 

pl. 19, Ameghino : 31, pi. ii, i'ig. 9, et 32, i, pi. xii, fig. 061.) 

LoMA CoLORADA (EucaliUa) : Des figures humaines rudimen- 
taires, un mammifère. (Quiroga : 303, p. ai/i.) 

Andahuala (Santa Maiia) : Lignes courbes, irrégulièrement 
enlacées, d'un côté de la pierre. De f autre côté, un lama formé 
par des lignes droites, analogue aux lamas des pétroglyplies 
de la Puna; un écu surmonté d'un T et ayant exactement la 
même forme qu'un autre écu, gravé sur le pétroglyphe d'Anto- 
fagasta de la Sierra. Cet écu ressemble aussi à ceux de la grotte 

de Carahuasi. (Liberani : 217, pl. 17. Ameghino : 31 , pl. i, fig. 3, A, et 32, i, 
pl. XI, fig. 356, 357.) 

Ampajango (Santa Maria) : Trois pétroglyphes : des lignes, 
irrégulières comme celles de San Lucas; des croix, des figures 
rudimentaires d'hommes dont le tronc et les extrémités sont 
très semblables aux représentations humaines du pétroglyphe 
de Puerta de Rinconada que nous avons mentionné. (Quiroga : 
303, p. 215-217.) MM. Liberani et Hernândez reproduisent égale- 
ment trois pétroglyphes, de la Vallée du Morro, près d'Ampa- 
jango, composés principalement de lignes courbes enlacées et 
formant les figures les plus irrégulières. Il v a aussi beaucoup 
de petits cercles, dont un avec un point central. Enfin, une 

figure de mammifère. (Liberani : 217, pL i4, i5, 16. Ameghino : 31; pl. i, 
fig. 1, 2; pl. II, fig. 6; et 32, i; pl. XI, fig. 353, 354, pl. xii, fig. 355.) 

MiNASYACO et Chapi (Santa Maria) , dans la Vallée de Cajon : 
Deux pétroglyphes représentant principalement des lamas et 
aussi des figures formées de trois ellipses concentriques. Le 
pétroglyphe de Minasyaco est gravé sur la surface horizontale 
d'un bloc, celui de Chapi sur un rocher vertical. Mentionnés 
par M. ten Kate (342, p. 338). 

San Pedro de (^olalao, sur le versant oriental de fAcon- 
quija : des figures humaines dont la tête est entourée de raies 
qui forment des rayons. (Quiroga:298, 41, 43.) MM. Liberani et 
Hernândez reproduisent un pétroglyphe avec, pour légende, 
seulement : Piedra pintada, sans indiquer la localité. Ce pétro- 



REGION DIAGUITE. 175 

glyplie est certainement le même qu'a ligure Quiroga, de San 
Pedro de Colalao, quoique les deux reproductions présentent 

des différences. (Liberani: 217, pi. oo. Aiueghino: 31, j.l. a, lig. 7, 8; et 32, 
I, pi. XII, fig. 359, 36o.) 

San Pedro de Colalao : Un autre pétroglyphe avec des 
cercles à point central et d'autres signes. (Quhoga : 298, p. 45.) 

De la province de Calamarca, en dehors de la Vallée de 
Yocavil, on a publié les pélrogiyplies de : 

San Fernando (Belen) : Une croix, des grecques, des S. 

(Quiroga : 303, p. 219.) 

Cerro Negro (Tinogasta) : Des croix encadrées de la même 
manière que celles du pétroglyplie d'Incahuasi,^?^. 86, et des 
lignes serjDentines. (Quiroga : 303, p. 218.) 

CoNDORHUASi (département d'Alto) : Lignes courbes enlacées, 
plusieurs lignes serpentines se terminant par des cercles. (Qui- 
roga : 303, p. 2 12.) 

Les pétroglyplies suivants ont été publiés, provenant du 
haut plateau de la Puna de Atacama (Territoire des Andes), au 
nord de la province de Catamarca : 

Antofagasta de la Sierra : Un grand pétrogly]3he représen- 
tant surtout des lamas et ces écus ou boucliers particuliers dont 
nous avons déjcà parlé. Photographié par M. Francisco J. San 
Pioman, publié par M. Karl Stolp (338) et reproduit par M. Am- 
brosetti (28, p. 8). 

Penas Blancas (près du Cerro Ratones) : Principalemenl 
des combinaisons de lignes droites et de points, mais aussi des 
lamas. Décrit par M. llolmberg (166, p. 44), dont le dessin a été 
publié par M. Ambrosetti (28, pi. n). 

De la province de Mendoza, M. Moreno (244, p. 8) publie uu 
pétroglyplie de Bajo de Canota. Il présente les mêmes lignes 
courbes enlacées irrégulièrement que l'on voit sur un grand 
nombre des pétroglyphes de Catamarca et de Salta. M. Mallery 
(228, p. 167) a repr()(biit ce pétroglyplie dans son gr-and ouvrage 
sur les inscriptions rupestres de l'Amérique. 

M. Ameghino (31, pL i, fig. 16, et 32; i, p. 5ii, pi. i\, fig. 3(ii) publie 



176 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

le dessin d'un pétroglyphe de la Sierra de San Luis, représen- 
tant des hommes, un lama, un nandou, un autre animal et 
un soleil. A première vue, on aperçoit que ce dessin, commu- 
niqué à M. Amegliino par M. 0. Nicour, a été fait d'une façon 
par trop fantaisiste, sans aucune exactitude. Cependant ce 
dessin est intéressant, car il démontre l'existence de pétro- 
glyphes dans la jDrovince de San Luis. 

En général, les divers pétroglyphes de la région diaguite jiré- 
sentent de grandes différences : le style, les signes, les figures 
ne montrent aucune unité ; les auteurs de ces inscriptions ont 
suivi chacun leur inspiration personnelle. La même combi- 
naison de lignes droites ou courbes est très rarement répétée 
sur plusieurs pétrogiyj)hes. Les signes d'une inscription ne 
se retrouvent pas dans une autre, excepté les plus simples 
qui sont universels, comme le cercle à point central, la croix, 
le S, etc. Quant aux figures de lamas ou de huanacos, si com- 
munes sur le haut plateau, elles sont assez rares dans la 
région diaguite; au contraire, les pierres gravées avec des 
lignes courbes irrégulièrement entrelacées sont très fréquentes. 
M. Quiroga m'a donné des renseignements très intéressants 
au sujet des figures les plus fréquemment représentées sur les 
pétrogiyphes de sa grande collection. Parmi les 287 pétro- 
giyphes de cette collection, 81 présentent des lignes courbes, 
21 des lamas ou des huanacos, 5 des autruches (nandous), 
4 des jaguars, 4 d'autres animaux, etc. 

On a voulu voir dans les signes des pétrogiyphes une écri- 
ture idéographique comme celle qui est encore en usage chez 
les Indiens de l'Amérique du Nord, mais la variété même de 
ces signes rend cette théorie impossible. On ne peut admettre 
en effet que l'idéographie de chaque pierre soit différente. S'il 
s'agissait de signes idéographiques, ils devraient se répéter sur 
plusieurs pierres. Je crois que les pétrogiyphes sont des essais 
d'un art primitif et que les signes qui ne sont pas des représen- 
tations réalistes d'objets réels sont des ornements et non des 



RÉGION DIAGUITE. 177 

signes idéographiques conventionnels. Toutefois, il est invrai- 
senii3lable que l'on se soit donné autant de peine pour un 
aimple passe-temps; il est très possible que quelques-uns des 
pétroglyplies aient eu une lin religieuse. 

Quant à la contemporanéité des pétrogiyphes du pays des 
Diaguites et des anciens cimetières et ruines de la région, je 
pense qu'un bon nombre au moins sont de la même époque. 
On retrouve plusieurs figures de pétrogiyphes sur les objets 
d'industrie préhispanique rencontrés dans les ruines et dans 
les cimetières, et d'ailleurs l'emplacement des pétrogiyphes est 
le plus souvent proche de ceux-ci. M. Moreno (245, p. 3), dans 
une conférence qu'il a faite à la Société de géographie de Lon- 
dres, émet la théorie que tous les pétrogiyphes sud-américains 
appartiennent à une race qu'il nomme «tupi-caraïbe». Cette 
hypothèse ne me paraît pas vraisemblable, car les types ru- 
pestres des diverses régions de l'Amérique du Sud sont très 
différents. A mon sens, les inscriptions doivent plutôt être rap- 
portées à des peuplades d'origine et d'époques variées. 

Des pétrogiyphes de types analogues à ceux que nous avons 
déjà énumérés sont répandus jusque dans la province de San 
Juan, c'est-à-dire jusqu'à l'extrême limite sud de la région dia- 
guite. J'ai toujours recueilli des renseignements sur l'existence 
des pétrogiyphes chaque fois que je me suis trouvé en relations 
avec des personnes ayant voyagé dans ces contrées; j'espère 
donc pouvoir relever un grand nombre de pétrogiyphes, s'il 
m'est donné de faire de nouveaux voyages dans ces régions si 
intéressantes pour l'archéologue. 

FOLKLORE. 

La population métisse actuelle du pays des anciens Diaguites 
est catholique, mais sa religion consiste principalement dans 
l'observance des cérémonies extérieures du culte : la messe, la 
confession, les fêtes religieuses. Le pouvoir moral des prêtres, 
très grand il y a un siècle, a beaucoup diminué aujourd'hui. 



lUi-MVi itii; •lArlo^Al.r.. 



178 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Le culte catholique n'est pas, dans le territoire andin de 
l'Argentine, aussi intimement lié et mélangé aux éléments 
païens que sur le haut plateau de la Puna, en Bolivie et au 
Pérou. Cependant les croyances d'origine préhispanique sur- 
vivent surtout dans les vallées lointaines où les communications 
avec les villes sont difficiles. Mais ces croyances sont beaucoup 
plus indépendantes du catholicisme que sur le haut plateau : 
les métis gardent les pratiques catholiques et la foi aux miracles 
de la Vierge et des Saints , mais en même temps ils croient à 
Pachamama et au Chiqui, tout en faisant une certaine distinc- 
tion entre les uns et les autres. Cet état de choses rappelle le 
polythéisme des anciens Péruviens. 

Pachamama est le principal personnage du folklore, ici 
comme sur le haut plateau bolivien. 

Pachamama est d'origine péruvienne. Arriaga (39. c ii,p. n) 
dit qu'au Pérou «Mamapacha, la Terre, était adorée surtout 
par les femmes à l'époque des semailles; elles lui demandaient 
une bonne récolte et lui offraient de la chicha ou de la farine de 
maïs ». Calancha (89; 1. n. c x; p. 071) répète presque au pied de la 
lettre ce que dit Arriaga. Il ajoute que les Indiens du haut pla- 
teau appelaient la Terre, personnifiée comme divinité, Pacha- 
mama ou Mamapacha, tandis que les \uncas lui donnaient 
le nom de Vis. Parmi les offrandes dédiées à cette divinité, 
Calancha nomme la coca. Montesinos (241, c. xm, p. 78) rapporte 
que, sous le règne de Huaman-Tacco-Amauta, le Gi*" roi du 
Pérou , d'après sa chronologie, « on faisait de grands sacrifices à 
la mère de tous, la Terre, qu'on nommait Pachamama ». Selon 
Garcilaso (140; 1. 1, c. x; fol. 10), quelques-unes des tribus péru- 
viennes « adoraient la Terre et la nommaient Mère, parce qu'elle 
leur donnait ses fruits ». D'autres historiens du Pérou parlent 
aussi de Pachamama. 

Pacha, dans le quichua actuel du Pérou, signifie « la Terre » , 
«le Monde», et aussi «jour» ou «temps». Dans la Puna, les 
Indiens donnent à ce mot un autre sens, d'après les explica- 
tions qu'ils m'ont fournies maintes fois et en différents lieux : 



RÉGION DIAGUITE. 179 

Pacha veut dire «déitc», «être surnaturel». C'est sans doute 
dans le premier sens qu'il faut prendre ce mot dans le nom 
Pachamama. Marna signifie « mère ». 

Pachamama est, d'après les métis comme d'après les Indiens 
du haut plateau, « la Sainte-Terre, la mère de tous et de tout ». 
Pachamama est toujours un être féminin; c'est une bonne 
et bienveillante déité; d'elle tout est né : hommes, animaux et 
plantes; elle protège tout et spécialement les hommes. 

Les métis font des prières, des invocations à Pachamama 
dans toutes les circonstances de la vie. La plupart de ces prières 
sont dites en quichua, ou en quichua mélangé de mots et de 
phrases espagnols. M. Ambrosetti (15) a publié un travail inté- 
ressant sur le folklore de la Vallée Calchaquie, et, dans un autre 
travail (19, p. i8, 70, i33, 189, igS-igS, 216), le même auteur donne 
une bonne collection d'invocations à Pachamama qu'il a re- 
cuellie dans cette vallée. Cette collection comprend des prières 
à l'occasion des semailles afin d'obtenir une abondante moisson; 
pour le travail de filer la laine, afin que le fil ne se casse pas 
et que le travail marche vite; lors de la marque des moutons et 
des chèvres, pour que les troupeaux se reproduisent; lorsqu'on 
chasse les vigognes et les huanacos, pour avoir beaucoup de gi- 
bier; afin que les troupeaux ne se perdent pas quand ils paissent 
dans les montagnes; pour éviter le soroche et d'autres maladies 
pendant les voyages; quand on tue des animaux domestiques, 
probablement à cause de l'analogie qui existe entre les sacri- 
fices et faction de tuer un animal pour le manger. D'autres 
invocations doivent être prononcées chaque fois que Ton ab- 
sorbe des boissons alcooliques ou quand on mâche de la coca. 
Enfin certaines prières demandent à Pachamama de faire 
« rentrer fesprit » dans une personne qui a été efl rayée : les In- 
diens croient en effet que, dans ce cas, l'esprit s'enfîiit; si Pacha- 
mama ne le fait revenir, la personne reste privée de sa raison. 
Les métis font, dans toutes les circonstances inqiortantes ou 
banales de leur vie, des offrandes à Pachamama plus ou moins 
semblables à celles des habitants de la Puna et de la Bolivie. 



180 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Dans la Puna, surtout à Susques, j'ai moi-même recueilli 
nombre d'invocations à Pachamama. Elles sont analogues à 
celles publiées par M. Ambrosetti et provenant de la Vallée 
Calchaquie. 

Le Chiqui est une autre déité péruvienne. Montesinos (241, 
c. XIV, p. 80) nomme ainsi «la fortune adverse» qui poursuivit 
certains Incas dont il raconte l'histoire. C'est la déité ennemie 
des hommes, d'où proviennent tous les malheurs, tous les 
revers de fortune. 

Or, dans la province de Catamarca, on célèbre encore une 
fête en l'honneur du Chiqui, ou plutôt pour apaiser sa colère. 
Cette curieuse fête a lieu à l'ombre d'un vieil alcjarrobo. On 
coupe les têtes d'animaux sauvages : huanacos, agoutis, nan- 
dous, chassés pour cette occasion; on les fait rôtir et on danse 
en agitant ces têtes tenues en mains. M. Quiroga (297, p. 553-557) 
décrit la fête du Chiqui, et M. Lafone-Quevedo (189, p. 378) 
donne une curieuse chanson , mélange d'espagnol et de quichua 
impossible à traduire, chantée à la fête du Chiqui dans le 
Valle Vicioso (La Rioja). 

Selon toute apparence , la fête du Chiqui devait être primi- 
tivement une fête de sacrifices; de nos jours elle a j^erdu ce 
caractère, elle n'est j)lus qu'un prétexte à libations et à orgies. 

Llastay est peut-être une personnification ou un attribut de 
Pachamama, mais il est masculin et son pouvoir ne s'étend que 
sur les animaux sauvages : le gibier. Il en est le maître et le 
protecteur. Il se fâche quand on en tue trop. De lui dépendent 
les chasses heureuses. Llastay a certaines analogies avec Co- 
quena, que nous décrirons plus loin, qui est le génie des 
Indiens du haut plateau, et également le maître des animaux 
sauvages. Llastay est pourtant plus bienveillant envers les 
hommes que Coquena. 

Le mot llastay, en quichua , est un verbe qui signifie « saisir 
quelque chose», «se cramponner à quelque chose». Suivant 
la légende, Llastay, en effet, «saisit» les chasseurs qui lui en- 
lèvent trop de gibier. 



RÉCION DIAGUITE. 181 

HuAiRAPUCA OU LA Mère DU VENT est la déité qui règne dans 
l'air; elle paraît être hermaphrodite. Elle est maléhque poui' 
les hommes; elle empêche toujours la pluie bienfaisante en 
chassant les nuages. M. Quiroga (301) a publié sur ce person- 
nage des légendes provenant de la Vallée Calchaquie et de la 
Vallée de Tafi. 

Ilaaira en quichua signifie « vent » , puca « rouge » : « le vent 
rouge ». 

PucLLAY, ou PujLLAY, n est j)as une déité ou un être mytho- 
logique comme le suppose M. Quiroga. C'est simplement un 
personnage de carnaval, travesti d'une manière spéciale et qui 
amuse par son badinage et ses bouffonneries. C'est l'arlequin 
des Indiens. Il hgure dans le carnaval de la Bolivie comme 
dans celui de la région diaguite , auquel , dans la province de 
la Rioja, on donne le nom de Chaya. Nous devons à M. Qui- 
roga (297, p. 56i etsuiv.) une bonne description de cette «fête de 
la Chaya » , qui a beaucoup de ressemblance avec le carnaval 
bolivien. On y voit représenter des coutumes et des cérémonies 
de provenance préhispanique, mélangées à d'autres d'origine 
européenne. 

Le verbe pujUay, en quichua, signifie «jouer», « s'amuser». 

Comme on le voit, le folklore, la mythologie païenne des 
métis de la région diaguite est, presque en totalité, nettement 
péruvienne. 

Une collection de folklore de la province de San Juan serait 
d'un grand intérêt, car elle permettrait de savoir si les mêmes 
mythes existent dans la partie méridionale de la région andine 
de la République Argentine et de reconnaître l'homogénéité de 
l'ancienne culture dans toute cette région. 



PRETENDUE DESCENDANCE COMMUNE 
DES «CALCHAQUIS» ET DES INDIENS PUEBLOS. 

M. Ambrosetti , défenseur de Tautonomie de la « civilisation 
calcliaquie » par rapport à la civilisation péruvienne , a préco- 
nisé une curieuse théorie de descendance commune des « Cal- 
chaquis » et des Indiens Pueblos (Shiwis) de l'Amérique du 
Nord. Dans trois de ses travaux (20, 24 et 25), il développe cette 
théorie. Mais c'est surtout dans une communication à la So- 
ciété de géographie italienne (25, p. 12) qu'il la formule. D'après 
lui , les « Calchaquis » et les Pueblos seraient les derniers restes 
d'une race très ancienne qui aurait, à une certaine époque, 
occupé toute la région andine des deux Amériques, mais qui 
aurait disparu partout, laissant des vestiges seulement dans ces 
deux régions. 

M. Ambrosetti appuie sa théorie sur les coïncidences existant 
entre certains faits archéologiques et ethnographiques communs 
à l'une et à l'autre région. Quelques fétiches animaux et sta- 
tuettes humaines en terre cuite ont, dans les deux régions, une 
certaine ressemblance. Dans la région diaguite on a trouvé des 
figurines à coilîure en forme de houppes latérales; les jeunes 
lilles des Hopis ont encore aujourd'hui une coiffure semblable. 
L'usage de « tuer la poterie » au moyen d'un trou intentionnel a 
été observé dans les sépultures des deux régions. Parmi les cou- 
tumes funéraires actuelles de l'une et de l'autre région figurent : 
la cérémonie du lavage des objets ayant appartenu à un mort; 
le bain cérémoniel donné au veuf ou à la veuve ^^^; l'habitude de 
tuer un chien pour qu'il aide son maître décédé à passer le 
fleuve de la mort. En dehors de ces faits, M. Ambrosetti cite 



'"' Ces coutumes ont certainement été duisons plus loin , à propos de la céré- 

introduites du Pérou, comme le démontre monie du lavage des effets du délunt telle 

le passage de la Carlu pastoral de l'ar- qu'elle est pratiquée par les Indiens de 

chevéque Villa Gômcz que nous repro- Susques. 



IS'i ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

aussi, comme preuves, ses propres hypothèses mytliologiques, 
comme par exemple son identification du tJninder-bird nord- 
américain avec certaines hgures peintes sur la poterie de la ré- 
gion diaguite, etc. On ne peut vraiment fonder sur de pareils 
arguments une théorie comme celle que nous venons d'expo- 
ser. M. Ambrosetti s'appuie d'autre part sur l'autorité du dis- 
tingué anthropologiste M. ten Kate, qui a voyagé et dans la 
région diaguite et chez les Pueblos. M. ten Kate (3^2, p. 347) at- 
tire en effet l'attention sur des analogies archéologiques entre 
ces deux régions. Son opinion est que « certaines analogies 
mythico-religieuses ont dû exister entre ces deux j^opulations 
américaines » , et il cite comme exemples « la similitude des 
pétrographies en partie probablement rituelles » , la ressem- 
blance de certains fétiches en pierre de la région diaguite avec 
d'autres exhumés dans les ruines shiwiennes, la présence de 
certaines petites ardoises gravées dans les deux pays , fliabitude 
de « tuer la poterie » en la perforant d'un coup de foret, ou en 
cassant d'une autre manière les vases destinés à être enterrés 
dans les séjDultures. La forme des poteries diaguites diffère, 
suivant M. ten Kate, de celle des Shiwis, mais la couleur et la 
décoration offrent quelquefois des analogies. Dans son grand 
ouvrage sur l'anthropologie physique des anciens habitants de 
la région « calchaquie », M. ten Kate (343, p. 62) fait aussi remar- 
quer des ressemblances entre les crânes de ces Indiens et ceux 
qui ont été exliumés des anciennes sépultures du Mexique cen- 
tral, de l'Arizone et du Nouveau -Mexique, mais surtout avec 
les crânes de Santiago de Tlaltelolco étudiés par le D'' Hamy 

(158, p. i5 et suiv. et pi. i). 

Cependant M. ten Kate est loin d'adopter l'hypothèse d'une 
descendance commune ou d'une parenté ethnique. Il se borne 
simplement à faire remarquer, entre les deux races et entre les 
deux cultures, certains points de contact provenant peut-être 
des milieux désertiques très semblables où évoluaient Diaguites 
et Pueblos. M. ten Kate me dit d'ailleurs, dans une lettre datée 
à Ceylan du 21 avril 1905 : « J'ai été le premier à appeler l'at- 



REGION DI ACUITE. 185. 

tention sur les analogies de la civilisation calcliaquie avec la cul- 
ture shiwienne, sans vouloir prétendre pour cela que l'une et 
l'autre s'étaient fait des emprunts, si l'on peut s'exprimer ainsi, 
au sujet des idées religieuses et des coutumes qui en résultent. » 
D'ailleurs, la meilleure raison contre la théorie de M. Am- 
brosetti se trouve dans la question suivante : Pourquoi cette 
ancienne race, dont les « Calchaquis » et les Pueblos seraient 
les derniers restes, n'a-t-elle pas laissé de vestiges dans les 
immenses contrées qui se trouvent entre l'une et l'autre ré- 
gion? 11 est impossible qu'elle ait passé sur toute l'Amérique 
andine ou qu'elle ait occupé toute cette vaste étendue sans y 
laisser de traces. 



RAPPORTS 

ENTRE L'ANCIENNE CIVILISATION PÉRUVIENNE 

ET LA CULTURE PRÉHISPANIQUE 

DE LA RÉGION DIAGUITE. 

Cette question a été discutée par tous les auteurs , historiens 
ou archéologues qui, chacun à leur point de vue spécial, 
étudièrent la région interandine de la République Argentine. 
C'est le P. Lozano qui a inauguré cette discussion en niant 
que les Incas aient jamais dominé le territoire des Diaguites, en 
quoi Lozano se sépare des chroniqueurs antérieurs qui tous 
avaient accepté cette domination comme un fait. Après Lozano, 
les auteurs européens du xix'' siècle, comme Martin de Moussy 
(230, III, p. A33 etsuiv.) et Burmeister (85), devaient revenir à la 
première tradition, suivis plus récemment en Argentine par 
le D"" Florentino Ameghino (32, i, p. 507 et suiv.), par l'abbé So- 
prano (332, p. 87 etsuiv.) et par le D'' Vicente G. Quesada (294). 
Mais M. Ambrosetti (19, p. i/ii et suiv.) a repris les arguments 
de Lozano pour défendre ses théories personnelles sur l'auto- 
nomie de la culture diaguite ou « calchaquie » , comme il la 
nomme, par rapport à la civilisation péruvienne. 

Pour moi, mes études des antiquités de la République Ar- 
gentine m'ont amené à la profonde conviction que cette culture 
diaguite fait partie intégrante de la civilisation ando-péru- 
vienne, qu'elle émane presque entièrement de l'ancien Pérou, 
sans plus de différence entre les deux civilisations que celle 
qui existe entre l'ethnographie des diverses autres parties de 
l'empire des Incas, par exemple entre l'Entre-Sierras du Pérou 
et la région des Collas. La région yunca présente même des 
différences ethnographiques plus marquées par rapport à ces 
deux régions que celle des Diaguites. 

Remarquons-le : l'origine péruvienne de la culture diaguite 
n'implique pas nécessairement une domination des Incas sur 



188 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

le pays des Diaguites, mais raiïiiiité ethnograpliique rend cette 
domination vraisemblable au jdIus haut degré. 11 y a, d'ail- 
leurs, des arguments d'un autre ordre en faveur de cette pro- 
babilité . 

Les preuves du caractère péruvien de la culture diaguite et 
de la subordination politique de la région des Diaguites à l'an- 
cien Pérou émanent de trois sources : i" l'archéologie; 2" l'ex- 
pansion de la langue quichua et du folklore péruvien dans la 
région diaguite; S"* les renseignements historiques. 

Archéologie. — Les résultats des recherches archéologiques 
réalisées sur le territoire diaguite viennent d'être passés en 
revue. Les ruines de ce territoire nous offrent des construc- 
tions en pirca, tout à fait semblables aux demeures anciennes 
de la Bolivie et du Pérou : pircas basses et irrégulières comme 
celles qui ont abrité tous les sujets de l'empire incasique. Dans 
les montagnes de l'Argentine aussi bien que sur les hauts pla- 
teaux du Pérou et de la Bolivie , les tribus préhispaniques se 
défendaient de la même façon, en temps de guerre, par des 
piicaràs placés sur des collines escarpées et offrant partout les 
mêmes dispositions. 

Les andenes du pays des Diaguites évoquent une agriculture 
tout à fait identique au système péruvien. Seules les grandes 
constructions : les temples, les palais et les forteresses faits de 
blocs taillés, gigantesques, manquent dans l'Argentine comme 
dans presque toute la Bolivie. Mais il est à croire que l'on ne 
construisait ces édifices monumentaux que dans la partie cen- 
trale de fempire. Quant aux habitations populaires, elles étaient 
plus ou moins les mêmes partout. 

Dans aucune de ses branches, l'industrie de la région dia- 
guite ne présente de différence notable avec findustrie pré- 
hispanique du Pérou. Pour la céramique d'abord : technique , 
procédés, formes et décors sont les mêmes. Le style péruvien 
est aussi caractérisé, aussi facile à reconnaître que le style 
gothique ou le style mauresque, par exemple. Et ce style péru- 



REGION DIAGUITE. 180 

vieil se retrouve toujours dans les figures humaines et ani- 
males, dans la forme et dans les ornements de la céramique 
(liaguite. Au contraire, le style des vases de la Colombie, du 
nord de f Equateur et de la côte du Pacifique où habitaient les 
Yuncas, est tout autre. Nous avons reproduit, y/^. 2 e, cette 
tête schématique de puma, caractéristique de la céramique 
péruvienne et qui est aussi commune dans la région diaguite. 
Un autre exemple très convaincant de la connexité entre Fart 
du potier dans ces deux régions nous est fourni par les vases 
dits aryhalles, si fréquents dans les limites de f empire in- 
casique , mais que Ton ne trouve pas en dehors de ces limites. 
Plus loin, pages 296 et suiv. , en décrivant un aryballe que j'ai 
trouvé dans la Vallée de Lerma, j'énumérerai les vases de ce 
type qui ont été publiés. 

En ce qui concerne les objets en pierre sculptée, ils sont 
aussi tout à fait de style péruvien. Les pipes à fumer sont une 
exception, car d'après ce que je connais, on n'en a pas trouvé 
au Pérou et en Bolivie. Mais f origine péruvienne de la cul- 
ture diaguite n'exclue point, bien entendu, d'autres influences 
venues d'ailleurs. 

La forme typique des haches en pierre de la région diaguite 
n'est pas, ainsi que nousfavons dit, la forme la plus commune 
des haches péruviennes, mais ce type de haches existe aussi, 
quoique exeptionnellement, au Pérou, et Ton retrouve en 
outre, dans la région diaguite, presque toutes les formes de 
haches connues du Pérou. 

Les objets en cuivre de la région diaguite sont, comme je 
fai remarqué, presque tous identiques aux objets correspon- 
dants du Pérou. La forme, les procédés métallurgiques sont 
les mêmes. Les fourneaux péruviens, les hnairas qui utilisaient 
le vent comme soufflet, ont été en usage aussi bien dans les 
montagnes des Diaguiles que sur le haut plateau du Pérou et 
de la Bolivie. I^'orneuientation de certains ol)j('ts est particu- 
lière, il est vrai, mais c'est une circonstance insignifiante en 
vérité et qui ne suffit nullement à attribuer aux Diaguiles hi 



190 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

plus légère originalité dans l'art de travailler les métaux. 
Enfin, preuve plus évidente encore des origines péruviennes 
de cette métallurgie préhispanique de l'Argentine : la com- 
position des alliages métalliques. A la lin du présent travail, 
j'ai donné un tableau d'analyses d'objets préhispaniques en 
cuivre de toute la région andine de l'Amérique du Sud. Ce 
tableau démontre clairement que ce métal est mélangé avec une 
petite quantité arbitraire d'étain, dans tout le haut plateau du 
Pérou et de la Bolivie comme dans les vallées interandines de 
l'Argentine. Au contraire, dans la République de l'Equateur 
et sur la côte péruvienne du Pacifique, cet alliage n'était pas 
usité. C'est là une différence essentielle qui nous permet 
d'établir une région métallurgique bien définie comprenant 
la Bolivie, le Pérou et le pays des Diaguites, parfaitement sé- 
parée de celle qui se trouvait au nord de ces limites et s'éten- 
dait au sud, le long de l'Océan. 

L'industrie textile de la région des Diaguites, je fai indiqué 
aussi, a donné, pour autant qu'on la connaît, des produits 
ayant une grande analogie avec les tissus péruviens. Et, de part 
et d'autre, la forme des vêtements se ressemblait. Le lama, 
f animal domestique par excellence et pour ainsi dire spécial 
des autochtones du Pérou, en fournissait la matière, aussi bien 
dans la région diaguite que dans tous les autres pays de fem- 
pire des Incas. 

Les coquilles marines provenant du Pacifique et trouvées 
dans les sépultures de fArgentine donnent une autre preuve 
des rapports de ce dernier pays avec le Pérou. 

Les sépultures de la région des Diaguites présentent des 
types très variés, mais sans aucune originalité foncière par 
rapport aux habitudes funéraires des diverses parties de la zone 
ando-péruvienne. Certains de ces pays possédaient même des 
modes de sépulture beaucoup plus caractéristiques. Je citerai 
par exemple la région des Collas, avec ses to*mbeaux si particu- 
liers, les petites maisons sépulcrales dites chulpas ou chiiUpas, 
dont la distribution vers le Nord-Est a été déterminée récem- 



REGION DIAGUITE. 191 

ment par M. Erland Nordenskiôld (265, p. 69-71), de même que 
mon collègue de la Mission Française, le D"" M. Neveu-Lemaire, 
croit avoir rencontré leur limite méridionale à la hauteur 
d'Oruro. Toutefois la région diaguite possède une sorte de sé- 
pulture qui ne se constate que par exception sur d'autres points 
de la région ando-péruvienne : ce sont les urnes funéraires. 
Je démontrerai plus loin, pages 262 et suiv. , que certaines de 
ces sépultures proviennent d'un peuple, probablement guarani , 
immigré du Brésil et qui habitait la région diaguite sans doute 
avant l'introduction de la culture péruvienne. Une autre caté- 
gorie de sépultures dans des urnes est probablement indigène. 
Il s'agit des urnes exhumées de ces cimetières spéciaux qui ne 
contiennent exclusivement que des restes d'enfants en bas âge. 
Jusqu'alors, les cimetières d'enfants paraissent limités à la ré- 
gion calchaquie proprement dite. Mais admettons, comme les 
faits nous y invitent, que la coutume des Diaguites fût d'en- 
terrer les enfants nouveau- nés d'une manière spéciale; ce fait 
ne prouve pas l'autonomie de la culture diaguite par rapport 
à la civilisation péruvienne, car les Incas avaient l'habitude 
de laisser aux peuples soumis par eux une liberté complète 
quant à leur religion et aux cérémonies du culte qui leur étaient 
propres. Restent les enterrements d'adultes dans des urnes dé- 
corées et accompagnées d'un matériel de poterie funéraire plus 
ou moins analogue au type général de la céramique diaguite. 
De ces sépultures le cimetière de Chanar-Yaco est un exemple. 
Ce mode de sépultures et ces urnes funéraires ne sont pas 
d'origine péruvienne , mais nous les expliquerons aussi par des 
influences étrangères, peut-être antérieures à celle de la culture 
péruvienne. 

Lespétrogiyphes de la région diaguite présentent une certaine 
variété de ligures et de signes. Ceux du Pérou sont peu connus, 
mais un essai de classification géographique des pélrogiyphes 
sud-américains amènerait certainement à grouper cnsend)]e 
ceux du Pérou, de la Bolivie et de la région andine de l'Argen- 
tine, à les séparer nettement des pétroglyphcs du Venezuela, du 



192 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

Brésil, de la Patagonie; le Chili olIVirait aussi des spécimens 
différents qui ne se retrouvent pas dans d'autres pays , particu- 
lièrement les gigantesques pintados de Tarapacâ. 

La langue quichua et le folklore péruvien. — La topo- 
nymie de toute la région andine de la République Argentine 
est, comme nous l'avons dit, à très peu d'exceptions près, dé- 
rivée du quichua, et cette langue était encore, à la lin du 
XVII*' siècle, parlée par les indigènes de tout ce territoire. 

M. Lafone-Quevedo (189, p. 93,9/i) donne à ce sujet d'intéres- 
santes informations relatives à la province de Catamarca. En 
1705, les Indiens d'Andalgalâ avaient besoin d'interprètes pour 
converser avec les Espagnols et, en 1810, on parlait exclusive- 
ment le quichua à Huaco, petit village près d'Andalgalâ. Encore 
aujourd'hui, des personnes très âgées parlent le « Cuzco », terme 
par lequel la population métisse désigne le quichua. M. Lafone 
donne des exemples concernant Andalgalâ et les petits villages 
situés au pied de la Sierra del Ambato, comme Mutquin, 
Colpes, etc. En ce dernier endroit, j'ai entendu moi-même une 
vieille Indienne parler le quichua; de même, j'ai toujours re- 
marqué que les métis de La Rioja, du sud-ouest de Salta, de 
Catamarca et de San Juan mélangeaient leur espagnol de mots 
du plus pur quichua , parfois si nombreux qu'il était difficile de 
comprendre un langage ainsi altéré. M. Lafone-Quevedo [ibid.) 
donne un curieux échantillon de cette langue mixte. 

Dans une province entière, située cependant en dehors des 
montagnes, Santiago del Estero, les paysans indiens, à peu 
2)rès purs, parlent entre eux presque exclusivement le quichua; 
il en est même qui ne comprennent pas l'espagnol. 

Une particularité de la toponymie nous démontre combien 
intimement le quichua s'est incorporé à fhabitude linguistique 
des indigènes dans la région andine. C'est la formation de mots 
espagnols selon les lois de la langue quichua, bien que cette 
dernière soit une langue synthétique et fespagnol une langue 
analytique. Quelquefois, ces mots sont composés d'un vocable 



RECION DIAGUITE. 193 

espagnol et d'un autre vocable quichua, comme Burriiyaco, de 
hnrro, espagnol = âne, eiyaco, quichua= eau: « L'eau de l'âne ». 
D'autre fois, les deux vocables sont espagnols, par exemple 
Leonpozo, au lieu de P020 del Leon^ de leon= iion (pimia) et 
pozo= mare : « La mare au lion ». 

En ce qui concerne le lexique de la grammaire, le quicliua 
de la République Argentine ne dilïère guère de celui du Pérou. 
La différence consiste surtout dans la prononciation de certains 
sons et n'est du reste pas très considérable. Le dialecte de la 
République Argentine se rapproche du quichua de la Bolivie. 
L'abbé Miguel-Angel Mossi (248) est l'auteur d'une étude inté- 
ressante sur le quichua de Santiago del Estero, et nous avons 
déjà mentionné l'ouvrage de M. Lafone-Quevedo (199) sur les 
mots de quichua et d'autres langues indiennes en usage parmi 
les ha])itants de Gatamarca. 

Nous avons inventorié les principaux éléments du folklore 
des provinces diaguites et démontré que toutes ces légendes, 
toutes ces anciennes croyances sont d'origine péruvienne. 
Techo (341; 1. II, c. XVIII, et 1. v, c. xxiii; p. A8, i48) affirme également 
que les Diaguites adoraient le soleil et les étoiles , et il est bien 
connu que les Incas imposaient toujours aux peuples qu'ils 
avaient annexés à leur empire le culte du Soleil, tout en per- 
mettant aux vaincus de conserver, à côté de ce culte principal, 
leurs religions et rites particuliers. Le culte du Soleil a été cer- 
tainement importé chez les Diaguites de cette manière. Nous 
pouvons ajouter qu'en 1611, les Indiens d'Andalgalâ possé- 
daient, semble-t-il, des (luipiis. Lozano (221; 1. vi,c. v, t. n, p. 292) 
raconte qu'à cette date, ces Indiens, baptisés auparavant |)ar 
d'autres jésuites, se présentèrent, à l'occasion d'une visite des 
PP. Dario et Boroa, pour se confesser et énumérèrent leurs 
péchés à l'aide de (fuipiis. Le voyage des PP. Dario et Boroa est 
confirmé par Techo (341; 1. iv, c vi; p. 102) d'après lef[uel ces mis- 
sionnaires l^aplisèrent en la circonstance^ cincj cents ïlnasans, 
Mallis, Hnacliaschis et Andalgalàs, tous Diagnltes, habitant les 
environs de l'actuel Andalgalà.Orles Péruviens seuls, du moins 



194 ANTIQUITES DE LA REGION AN DINE. 

dans l'Amérique du Sud, employaient ces combinaisons de 
cordelettes et de nœuds comme appareils compteurs et mné- 
moniques. 

Les défenseurs de rautonomie de la culture diaguite essaient 
d'expliquer la toponymie et la langue quicliuas dans la région 
comme un résultat de la conquête européenne : dans cette 
hypothèse, conquérants et missionnaires auraient essayé d'im- 
poser aux vaincus le quichua pour instituer ainsi une lengiia 
gênerai, comme il fut fait du guarani au Brésil, du nahuatl au 
Mexique ou du maya dans l'Amérique centrale, afin de pouvoir 
par là régir les Indiens ou les catéchiser sans avoir à apprendre 
les différentes langues locales. 

Contre cette théorie s'élèvent d'abord plusieurs données 
historiques concrètes qui démontrent de toute évidence que 
le quichua était connu et parlé, à côté des langues indigènes, 
avant farrivée des premiers Espagnols. Ainsi Techo (341; Lu, c.xx; 
p. 5o) affirme, comme nous favons vu page 56, que les Indiens 
des montagnes de fAconquija, qu'il dénomme des Lules, par- 
laient le quichua , en dehors du cacan et du tonocoté , lors de 
la visite des PP. Monroy et Viana. Le P. Bârzana étant le seul 
Européen qu'ils eussent vu auparavant, ce dernier, en quelques 
jours ou même quelques semaines, aurait-il pu vraisemblable- 
ment implanter parmi ces Lules la langue quichua, s'ils ne 
f avaient sue déjà.^ Le même Techo [ibid; l. ix, c. xxxiv; p. 258) cite le 
fait qu'en 1 6 3 i les Indiens parlaient le quichua et le « calchaqui » 
(cacan) dans les « montagnes de Quimilpa » et dans la Vallée de 
Catamarca. Or, à cette époque, les Espagnols n'avaient fait que 
des incursions accidentelles dans ces parages. Donc, en toute 
certitude, ils n'avaient pas eu le temps d'y porter le quichua. 
Enfin, si nous en croyons Garcilaso de la Vega (140; L vu, cm; 
fol. 167), le quichua «était, à fépoque des Incas, parlé depuis 
Quito jusqu'au royaume du Chili et jusqu'au royaume de 
Tumac (Tucma, Tucuman) ». 

Ces exemples démontrent que le quichua était parlé par les 
Diaguites avant la conquête espagnole. Cependant, on ne peut 



REGION DIAGUITE. 195 

le nier, ceux-ci ont contribué à répandre cette langue dans 
certaines régions de la République Argentine actuelle. A ce 
sujet, il faut d'abord remarquer que l'action hispanique, 
dans ce cas, a été très exagérée. Certains auteurs prétendent 
que les autorités et les encomenderos espagnols auraient imposé 
le quiclîua aux indigènes, et que les yanaconas péruviens, 
amenés par les conquérants, auraient été les instruments de 
cette « quichuisation » des Indiens. Or c'est plutôt le contiaire 
qui est vrai : les Espagnols essayaient de répandre partout leur 
propre langue, et non le quichua dans le monde indigène, 
et ceci d'après le témoignage de plusieurs chroniqueurs. Ainsi 
le P. Blas Valera, cité par Garcilaso (140; 1. vu, c. i;fol. i66), dit 
clairement que le quichua, après la conquête, « se perdit dans 
plusieurs provinces » , et Don Antonio de Léon Pinelo (214) 
rapporte, en 1629, que le quichua, à cette époque, « était très 
altéré par des éléments espagnols et s'était perdu dans quelques 
provinces, par suite de la négligence des gouverneurs espa- 
gnols ». Ces renseignements démontrent que les autorités espa- 
gnoles ne faisaient rien pour la conservation du quichua. En ce 
qui concerne \e,^ yanaconas, les conquérants, d'après les données 
historiques, n'ont jamais amené dans les provinces diaguites 
un nombre considérable de ces auxiliaires, si l'on excepte Don 
Diego de Almagro qui ne s'arrêta pas dans cette région, mais la 
traversa seulement pour se rendre au Chili. Les conquérants 
du Tucuman n'eurent, à aucun moment, àç^s yanaconas assez 
nombreux pour que ceux-ci aient pu même contri])uer à la 
diffusion du quichua. Engénéral, les immigrations ou introduc- 
tions d'Indiens du Pérou dans le territoire argentin acluel, à 
l'époque espagnole, ne méritent pas d'être prises en considéra- 
tion. Bien plus, un décret du vice-roi (hi Pérou, Don Francisco 
de Toledo, daté de La Plata (Chuquisaca), 2 novend3re lôyS, 
et publié en partie par le D' Quesada (294, p. iS) démoiilic (juc 
les Espagnols du Pérou avaient pris l'habitude d'amener du 
l'ucuman des Indiens pour les employer, en Bolivie et au 
Pérou, sur leurs pr{)]:>riélés, pour les \(uidr(* comme esclaves ou 



196 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

les louer à des tiers. Cette opération se faisait sur une si grande 
échelle que le vice-roi, craignant le dépeuplement du Tucuman , 
se vit obligé de défendre, sous des peines sévères, l'espèce de 
traite en question. 

Reste la possibilité d'une introduction du quichua par les 
missionnaires et par les membres du clergé espagnol qui tous 
l'avaient appris au Pérou. Nous avons quelques raisons de croire 
que le clergé a travaillé dans ce sens afin de s'éviter la nécessité 
d'apprendre les diverses langues indiennes. Mais, d'après les 
chroniqueurs, cette action des ecclésiastiques se serait exercée 
plutôt en dehors des limites des Diaguites que parmi ces der- 
niers Indiens. L'abbé Mossi (248, p.7) croit que l'introduction et 
la persistance du quichua en Santiago del Estero sont dues en 
partie à une résolution du Concile de Lima de i583, par 
laquelle il aurait été ordonné au clergé d'enseigner, seulement 
en langue quichua, la doctrine et le catéchisme aux indigènes, 
et de n'employer d'autres textes pour les prières et le catéchisme 
que ceux qui avaient été approuvés par le Concile , et qui étaient 
rédigés en quichua et en aymara. Mais, suivant l'édition d'Ila- 
roldus (161 bis; aciioi", c. m; p. 6) des actcs de ce Concile, celui-ci, 
au contraire, ordonne aux évêques de faire traduire les textes 
approuvés dans les diverses langues de leurs diocèses. Cepen- 
dant, d'autre part, le P. Jolis (182, p. 45 1) rapporte que les Mata- 
râs, habitant à l'est de la ville de Santiago del Estero, ne 
parlaient plus leur langue propre, le tonocoté, à la fin du 
xv!!!*" siècle, mais seulement le quichua. Or les Matarâs, à 
l'époque de la visite du premier missionnaire, Barzana, ne 
savaient encore que le tonocoté et paraissent avoir appris le 
quichua postérieurement. Barzana (55,p. uv) dit aussi que les 
Sanavirons, les Indamas et d'autres Indiens qui dépendaient de 
Santiago, de San Miguel de Tucuman, de Côrdoba, de Salta 
et d'Esteco, «avaient appris la langue de Ciizco ». Mais ces 
Indiens ne peuvent avoir été des Diaguites qui, d'après le témoi- 
gnage de Techo que nous venons de citer, savaient déjà le qui- 
chua avant l'arrivée des Esj^agnols. H ne peut s'agir que des 



REGION DIXGUITE. 197 

Indiens de la plaine, chez lesquels on ne peiil nier Tinfluence 
des missionnaires pour la dilïïision du quichua. 

En résumé, les faits énumérés le prouvent, les Diaguites 
parlaient le quichua, concurremment avec le cacan avant la 
conquête, et l'influence des missionnaires, si elle s'exerça sous 
ce rapport, s'est simplement bornée à maintenir la langue. Com- 
ment, du reste, admettre que quelques prêtres aient pu, chez 
un peuple d'un assez haut degré de culture, implanter une 
langue étrangère assez profondément pour avoir supprimé tout 
à fait la langue originelle et même changer du tout au tout la 
toponymie? Dernier argument décisif : ce n'est j)as seulement 
l'introduction du quichua, c'est aussi celle des idées mytholo- 
gicjues et religieuses du Pérou — les seules reliques de l'ancien 
paganisme conservées par les descendants des anciens Diaguites 
dans leur folklore — qu'il s'agit d'expliquer. Faudrait-il donc 
attribuer aussi ce dernier phénomène au clergé espagnol , comme 
le veut la logique, mais comme s'y refuse le simple bon sens.^ 

Renseignements historiques. — Comment ont été introduits 
chez les Diaguites, d'une manière si large, si profonde, l'art 
péruvien, la métallurgie péruvienne, la langue quichua, les 
croyances péruviennes, le culte incasique du Soleil.»^ Les rela- 
tions commerciales, des déplacements fréquents de Diaguites 
au Pérou et de Péruviens au pays des Diaguites, des guerres 
avec l'échange consécutif de prisonniers, ne suffiraient pas à 
expliquer ce développement de la culture péruvienne dans les 
vallées argentines. Seule fliypothèse d'une longue domination 
péruvienne peut nous donner la solution du problème. Mal- 
heureusement, les renseignements donnés à ce sujet par les 
historiens généraux du Pérou et ceux de la province jésuite du 
Paraguay sont obscurs et incertains. 

Trois historiens seulement du Pérou préhispanique ont, à 
notre connaissance, parlé du Tucuman antérieur à la conquête 
européenne : Montesinos, Garcilaso et Pachacuti. Les autres 
historiographes du Pérou ne font que les reproduire. 



198 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

Le llcenciado Fernando de Montesinos (241) passa une douzaine 
d'années à voyager dans les difFérentes régions du Pérou, où il 
s'occupait spécialement d'entreprises minières et de l'appren- 
tissage métallurgique des Espagnols. Il arriva au Pérou en 1629 
et le manuscrit de ses Memorias antiguas y poUticas porte la date 
de 1642. C'est un des ouvrages les plus critiqués de l'ancienne 
historiographie. Plusieurs auteurs mettent même en doute 
l'authenticité des légendes qu'il rapporte. Cependant Monte- 
sinos est le seul qui se soit occupé de l'époque préincasique, 
on peut même dire qui en ait eu la notion, notion pourtant 
naturelle, historiquement et logiquement nécessaire, car la 
civilisation péruvienne ne peut avoir eu le temps de se déve- 
lopper pendant la courte durée — un peu plus de quatre cents 
ans — de l'empire des Incas. D'autre part, des monuments 
mégalithiques, comme ceux de Tiahuanaco, d'époque anté- 
rieure — tout l'atteste — à cette dynastie, ne peuvent avoir 
été construits que par des souverains, maîtres d'un grand 
Etat régulièrement organisé et sans doute autocratique. C'est 
l'histoire de ces souverains, les Pyrhuas et les Amautas, qu'a 
écrite Montesinos. Il a dressé une chronologie de l'antiquité 
péruvienne comprenant environ 4 ,000 ans et commençant cinq 
cents ans après le « diluve ». Il énumère 1 o 1 rois du Pérou, tan- 
dis que Garcilaso en nomme seulement i/i, et Acosta, 7. Nous 
ignorons de quelle source Montesinos a tiré ses récits préinca- 
siques, mais certainement ils ne peuvent être l'œuvre de son ima- 
gination. Ils ont une saveur tellement indienne, qu'au temps de 
Montesinos nul Espagnol n'aurait été capahle de fahriquer 
de toutes pièces de pareilles légendes avec la connaissance du 
monde indigène qu'il pouvait avoir. La simple lecture du livre 
dit la sincérité de l'écrivain, instruit vraisemhlahlement du 
passé préincasique par les derniers amautas qui conservèrent, 
comme en dépôt, la tradition et la science nationales. Les dy- 
nasties préincasiques et la chronologie de Montesinos viennent 
de trouver aujourd'hui un appui dans les théories formulées 
par le D"^ Max Lhle, à la suite de ses dernières recherches au 



REGION DTAGUITE. 



199 



Pérou. M. Ulile altri])ue à la civilisation de Tialiuanaco, anté- 
rieure à l'ère incasique, une durée de i,5oo ans, et il classe 
des vestiges découverts à Ica et à Nazca comme provenant 
d'une civilisation encore plus reculée. 

Voici les passages de l'ouvrage de Montesinos qui mention- 
nent le «Tucuman», c'est-à-dire la région diaguite : 

C. VIII, p. AS, Gobernà Manco Capac Yupaïujiii su reino cou todapaz auiujue 
sus capitanes tuvieron algunas guerras contra los del Tucuman que habian entrado 
por los Chichas. (« Manco-Capac-Vupanqui^^' régnait dans une paix par faite, 
quoique ses capitaines eussent quelques guerres avec les habitants du Tucu- 
man qui étaient entrés par la province des Chicbas. ») 

C. XI, p. 6/i. Déjà Paullu Toto Capac por heredero à Cayo Manco Amauta, 
scgundo deste nombre. En tiempo deste liubo grandes alborotos en el reyno por las 
nuevas que vinieron de que por Tucuman, Ckiriguainas y Cliile habia venido gente 
ferocisima y guerrera. (« Paullu-Toto-Capac laissa comme héritier Cayo- 
Manco -Amauta ^^^ le deuxième de ce nom. Dans son temps il y eut de grandes 
inquiétudes dans le royaume, à cause de la nouvelle arrivée que des gens 
très féroces et guerriers étaient entrés de Tucuman , de Chiriguainas et du 
Chili. ») 

C. XIII, p. y 5. Tupac Curi Amauta dejô por heredero à Huillcanota Amauta. 
En tiempo de este rey vinieron mâchas tropas de génies por el Tucuman y sus 
gobernadores se vinieron retirando al Cuzco. (« Tupac-Curi- Amauta laissa 
comme héritier Huillcanota-Amauta^^'. Au temjjs de ce roi, de grandes mul- 
titudes de gens vinrent du Tucuman et leurs [ses?] gouverneurs furent obligés 
de se retirer à Cuzco »^^U 



'*' De la dynastie des Pyihuas , 6° roi du 
Pérou, selon Montesinos. Jl aurait régné 
environ i,5oo ans avant Jésus-Christ. 

'^^ 24° roi du Pérou. Il régnait , suivant 
Montesinos, plus de /joo ans après. Manco- 
Capac-Yupanqui. 

('^ 55* roi du Pérou. Selon Montesinos, 
on peut calculer qu'il aurait régné environ 
700 ans après Cayo-Manco-Amaula, c'est- 
à-dire un peu plus d'un siècle avant l'ère 
chrétienne, en se rapportant au « dchige » 
de Montesinos. Naturellement, la chrono- 
logie de celui-ci n'est basée que sur des 
légendes, et il faut la prendre sous héné- 
fice d'inventaire. 

(*' M. J. B. Ambroselti (19, p. 88)|ran- 



scrit dans l'un de ses travaux les mêmes 
passages de Montesinos d'après une édition 
des McDiorias , insérée dans la Revisla de 
Biicnos-Airex, t. XXI et XXII. Le texte 
de celte édition présente des dilTérences 
avec l'édition espagnole, mais on ne peut 
hésiter entre les deux, la dernière ayant 
été l'aile par les soins de l'érudit Marcos 
Jiinénez de la Espada, d'après un manu- 
scrit en partie autographe de Montesinos. 
M. Ambrosetti cite aussi d'autres passages 
de celui-ci, où il est parlé d'invasions de 
los Andes au Pérou. L,os Andes n'ont rien à 
voir avec le Tucuman, connue semble le 
croire M. Ambrosetti. Los Andes de Monte- 
sinos sont naturellement les Antis des 



200 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Analysons ces passages. Les deux premiers nous parlent 
d'invasions des Indiens du Tucuman dans le Haut Pérou, 
c est-à-dire dans la Bolivie actuelle. Il semble, d'après Monte- 
sinos , que la région diaguite, à cette époque reculée, n'avait pas 
encore été conquise par les Péruviens, mais que ceux-ci domi- 
naient déjà la partie méridionale du haut plateau bolivien, 
le pays des Chichas. Quant au troisième passage, sur l'invasion 
au temps de Huillcanota-Amauta, le texte espagnol n'est pas 
clair, le motsHS {^(johernadores) pouvant être traduit par «leurs» 
ou par « ses ». Dans le premier cas, ce seraient les gouverneurs 
péruviens du Tucuman qui se virent obligés de se retirer de- 
vant la révolte de leurs sujets; dans le second cas, ce seraient 
les gouverneurs péruviens de Huillcanota dans les Chichas, 
qui durent s'enfuir, leur pays ayant été envahi par les Indiens 
du Tucuman. Quoi qu'il en soit, Montesinos nous apprend 
que, plusieurs siècles déjà avant les Incas, le Pérou avait des 
relations, belliqueuses ou non, avec le Tucuman. En tout cas, 
le Tucuman, dès ces temps lointains, était bien connu des 
Péruviens. Nous sommes donc loin des affirmations de certains 
défenseurs de l'autonomie de la « culture calchaquie » , quand 
ils prétendent que les Incas ne connaissaient même pas la 
région diaguite. 

De Montesinos passons à Garcilaso de la Vega (140). Fils du 
gouverneur espagnol de Guzco et d'une nusta, princesse du 
sang des Incas, sa naissance le mettait, plus que tous les autres 
écrivains de l'époque, à même de recueillir les traditions indi- 
gènes. 11 eut aussi l'avantage d'écrire au premier temps de la 
conquête : il était né à Cuzco en iBSg et mourut à Cordoue 
en i6i6. La première édition de ses Comentarios Reaies fut 
imprimée à Lisbonne en 1609. On l'a accusé, non sans raison, . 
de s'être efforcé de peindre ses ascendants, les Incas, aussi favo- 
rablement que possible, parfois aux dépens de la vérité. Mais 
prétendre, comme M. Ambrosetti (19,p. idi) que la soumis- 
anciens Péruviens, c'est-à-dire les pentes Titicaca, y compris la Montana forestière, 
orientales des Andes au nord-est du lac au pied de la Cordillère. 



REGION DIAGUITE. 201 

sion des Indiens du rncunian, racontc'e par Gai'cilaso, est une 
pure invention de celui-ci, destinée à rehausser la grandeur des 
Incas, c'est aller un peu trop loin. 

Voici ce que dit Garcilaso sur cette soumission : 

L. V, c. XXV, fol. )2h. Estando el Inca (i'Inca Yupanqui, surnommé 
Huiracocha-Inca, fils de I'Inca Yahuar-Huacac , 97" roi du Pérou d'après 
Montesinos , 8" Inca selon Garcilaso; il régnait probablement au commen- 
cement du xiv" siècle '^^) en la provincia de Charcas, vinieron embajadores dcl 
Rey 110 l lama do Tue ma, que lo s Espafioles llaman Tucuman, (jue esta doscienlas 
léguas de los Charcas al sudeste j puestos aiite él le dijeron : Capac Inca Hui- 
racoclia, la fama de las hazanas de los Incas tus progenitores , la rectitud e 
igualdad de su justicia, la hondad de sus leyes, el gohierno tan en favory bene- 
ficio de los sdbditos, la excelencia de su religion, la piedad, clemencia y manse- 
dumbre de la real condicion de todos vosotros, y las grandes maravillas que tu 
padre el Sol nuevamente ha hecho por ti, ha penetrado hasta los àltimos fines de 
nuestra tierra y aun passan adelante, de las cuales grandesas aficionados los 
Caracas de todo el reyno Tucma envian à suplicarte hayas por bien recibirlos de- 
bajo de tu imperio y permitas que se llamen tus vasallos, para que goccn de tus 
beneficios, y te dignes de darnos Incas de tu sangre real que vayan con nosotros 
à sacarnos de nuestras bârbaras leyes y costumbres y à ensenarnos la religion que 
debemos tener y los fueros que debemos guardar. Para lo cual en nombre de todo 
nustro Reyno te adoramos por hijo del Sol y te recibimos por Rey y senor nuestro 
en testimonio de lo cual te ojrecemos nuestras personasy losfrutos de nuestra tierra, 
para quesea sefialy muestra de que sonios tuyos. (« L'Inca étant dans la province 
de Charcas , des ambassadeurs arrivèrent du royaume dit Tucma , que les 
Espagnols appellent Tucuman et qui est situé à deux cents lieues au sud- 
est de Charcas. Une fois devant I'Inca, ils lui dirent : Capac-Inca-Huiracocha, 
le renom des prouesses des Incas, tes ancêtres, est arrivé jusqu'aiLx ultimes 
frontières de notre pays; nous avons eu connaissance de leurs rectitude et 
impartialité en justice, de la bonté de leurs lois, de leur gouvernement si 
favorable et bienfaisant à leurs sujets, de l'excellence de leur religion, de la 
piété, de la clémence et de la mansuétude de toutes vos royales personnes 

*'^ Suivant la liste des Incas donnée reprendre la discussion sur les dilTérentes 

par Garcilaso et acceptée par la plupart chronologies incasiques, mais je reniar- 

des auteurs, tant anciens que modernes. querai toulelbis que le bon sens s'oppose 

Montesinos supprime des Incas après Ilui- à rhypolhèse que cette con([U(Me eût eu 

racocha et avance de celte manière, en un lieu seulement un siècle avant la con([uête 

siècle environ, la conciuèle du Chili (et espagnole. Huiracocha ligure dans Monfe- 

du Tucuman). Il ne convient pas ici de sinos sous le nom de Tupac-'ïupanqui. 



202 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

et des grands miracles que ton père ie Soleil récemment a faits pour toi. Les 
Curocas de tout le royaume de Tucma, épris de ces grandeurs, nous en- 
voient pour te supplier de vouloir bien les accepter dans ton empire et de 
leur permettre qu'ils se disent tes vassaux, pour pouvoir jouir de tes bien- 
faits. Daigne nous donner des Incas de ton sang royal tpii nous accompagne- 
ront pour nous délivrer de nos lois et de nos usages barbares et pour nous 
enseigner la religion que nous devons suivre et les coutumes que nous devons 
garder. C'est pourquoi, au nom de tout notre royaume, nous t'adorons 
comme fds du Soleil , et nous t'acceptons pour notre Roi et Seigneur. En té- 
moignage de quoi nous t'offrons nos personnes et les fruits de notre terre, 
c[ui seront signe et preuve que nous sommes tiens. ») 

Les ambassadeurs donnèrent à l'Inca «des tissus de coton, 
du miel d'une qualité supérieure, du maïs et d'autres grains 
et légumes de leur terre». L'Inca Huiracoclia accepta la sou- 
mission des habitants de Tucma et leur fit de superbes ca- 
deaux, entre autres des vêtements sacrés confectionnés pour sa 
propre personne impériale par les mamaconas ; il ordonna à des 
Tncas, ses parents, de partir pour Tucma pour y enseigner sa 
religion; il y envoya également de ses officiers pour instruire 
les Indiens dans fart de faire des canaux d'irrigation et dans 
fagriculture , « afin d'augmenter les biens du Soleil et du Roi ». 

Les ambassadeurs, avant de retourner à Tucma, annon- 
cèrent à finca «que, non loin de leur pays, entre le Sud et 
l'Occident, il y avait un grand royaume nommé Chili, très 
peuplé, avec lequel le Tucma n'avait pas de relations commer- 
ciales à cause d'une grande cordillère neigeuse qui séparait les 
deux pays. Ils tenaient de leurs ancêtres des renseignements 
sur le Chili et ils les communiquèrent à flnca pour qu'il 
ordonnât la conquête et fannexion de ce royaume à son 
empire ». 

Plus loin, Garcilaso {ibid.; 1. vn, c. xvm; fol. i84), en parlant de 
la conquête du Chili par le même Inca Huiracoclia, dit qu'il 
donna comme guides aux chefs de l'armée envoyée contre ce 
pays des indios de los de Atacama y de los de Tucma, por los 
ciiales como atras dijimos habia alcjiina nolic'ia del reyno de Chili 
(« Indiens d'Atacama et de Tucma par lesquels, comme nous 



RÉGION DIAGUITE. 203 

l'avons dit anlrrieureinenl, on avait des renseignements sur le 
royaume du Chili »). 

Le noble Indien Don Joan de Santacruz Pacliacuti Yamqui 
(281, p. 292) était, d'après ses propres déclarations, le descen- 
dant d'une famille de caciques des Gollahuas, qui faisaient 
partie des Rucanas et habitaient au nord d'Arequipa. Dans 
sa Relacwn de antujiïedadcs dcl Perû, écrite, d'après M. Jiménez 
de la Espada, vers 16 13, Pacliacuti conhrnie le fait, rapporté 
par Garcilaso , d'une domination incasique dans le Tucuman , 
sous l'empire de Yupanqui (Huiracocha). Voici le passage 
intéressant de cette relation : 

A esta saxon vicne la micha como los Chillcs hazian (jcntc de guerra para contra 
el ynga, y entonces despacha un capitan con veinte mil hombres y otros veinte à 
los Gaarmeoaucas , los cuales dos capitanes llegail hasta los Coquimhos y Chilles 
y Tucuman, muyhien, trayendoles muclio oro; y los ennemigos no liacen tanto 
dafio en los de acà, unies on poca fazelidad fueron sujetados, y los Guarmeaucas 
lo mismo, y en donde los déjà una compahia para que servieran de garafwnes, y 
de alli irae grau cantidad de oro l'inisimo para el Cuzco. (« A cette époque on 
reçoit des nouvelles, suivant lesquelles les Chilles préparaient des gens de 
guerre contre l'Inca [Yupanqui] et celui-ci expédia contre eux un capi- 
taine avec Adngt mille hommes et vingt mille autres contre les Guarnieo- 
aucas(?). Les deux capitaines arrivèrent à Coquimho, au Chili et à Tucuman 
où ils prirent beaucoup d'or. Les ennemis ne firent pas grand mal aux Péru- 
viens; au contraire, ils furent facilement vaincus, de même que les Guar- 
meaucas. Les capitaines y laissèrent une compagnie d'hommes pour servir 
d'étalons*^' et rapportèrent à Cuzco une grande quantité d'or très fin. ») 

Les relations écrites après la conquête, suivant les traditions 
verbales, sont naturellement toujours vagues, et on pourrait 
se demander si, dans le cas présent, il s'agit d'une attaque des 
Indiens du Chili et du Tucuman contre l'Inca ou d'une rébel- 
lion de CCS Indiens contre le pouvoir d('')à étal)li dans leur 
pays par le Cuzco. Mais le fait que les capitanes incasiques lais- 

''^ Garaûon , littôralcmont : âne non peul s'inlerpnHor ([uVn faisanl a[»|H*l à 1V\- 

chàtré, propre à la reproduction. Ce pas- pression rabelaisienne «porter sa graine 

sage de Pachacuti, si curieux pour félude chez le voisin ». 
des procédés incasiques d'assimilation, ne 



204 ANTIQUITES DE LA RECION ANDINE. 

sèrent une « comj^agiiie » en garnison, après avoir réduit la 
révolte, confirme l'existence de la domination incasique dans 
le Tucuman, rapportée par Garcilaso. Cette confirmation est 
d'autant plus significative que Pachacuti probablement n'a pu 
consulter Garcilaso. 

Un autre auteur, le capitaine Rui Diaz de Guzman (116; l. m), 
c. xii;p. i35), presque contemporain de Pachacuti, mais habitant 
Assomption-du-Paraguay, confirme aussi le fait de la domi- 
nation des Incas dans le Tucuman. Diaz de Guzman écrit que 
San Miguel de Tucuman fut fondé « dans une contrée de quatre 
ou cinq mille Indiens dont une partie, ceux qui habitaient les 
montagnes, avaient reconnu jadis finca du Pérou comme leur 
roi. Les autres avaient des caciques qu'ils respectaient». 

Don Juan de Matienzo (232, p. xliu-xliv) donne un témoignage 
concret que la Vallée Calchaquie , et tout au moins certaines 
parties de Catamarca, comme Belen et Tinogasta, se sont trou- 
vées sous la domination régulière des Incas. Nous reproduisons 
plus loin f itinéraire proposé par Matienzo pour la jonction de 
la Bolivie avec le Piio de la Plata. Matienzo dit clairement que 
le « chemin des Incas » vers le Chili passait par la Vallée Cal- 
chaquie , par Londres (Belen) et parla « Cordillera de Almagro » 
(c'est sans doute la j)artie de la Grande Cordillère où le col 
de San Francisco sert de passage entre Tinogasta et le Chili). 
Plus loin, Matienzo rajDporte qu'à toutes les étapes de cette 
route il y avait des tamhos del Inca, c'est-à-dire des auberges 
qui étaient en même temps des relais pour les courriers impé- 
riaux. A fépoque incasique, dans le voisinage de ces stations, 
les Indiens étaient tenus à prêter tous les services qu'on exigeait 
d'eux, au nom de fInca. Narvaez (253, p. i/iy), en parlant des 
A allées situées entre Santa Maria et le Chili, confirme f exis- 
tence du chemin incasique mentionné par Matienzo. Il dit : 
Vapor acjui elcamino real del incja del Pirii à Cliile (« Le chemin 
royal de f Inca , du Pérou au Chili , jDasse par là » ) . L'établissement 
d'un service régulier de postes, par la Vallée Calchaquie et à 
travers la province de Catamarca, avec les obligations qui en 



REGION DIAGUITE. 205 

étaient la conséquence et qui étaient imposées aux habitants 
du pays, démontrent que les Incas exerçaient une souverai- 
neté absolue sur les régions attenantes à ce chemin. L'autorité 
d'un homme comme Matienzo, ayant des connaissances aussi 
approfondies sur l'Amérique espagnole de son époque, donne 
à ses renseignements une très grande valeur. Lozano (220, iv, 
p. 77), quoiqu'il nie la domination incasique dans la région dia- 
guite, confirme pourtant les renseignements de Matienzo et 
de Narvaez, en disant que « le chemin royal des Incas, de Cuzco 
au Chili, passait par les plaines de Salta » [los Uanos de Salta, 
por donde iba el camino Real de los Incas desde el Ciizco al reiiio 
de Chile). Ces «plaines de Salla » ne peuvent être que la Puna 
de Jujuy, d'où le chemin devait nécessairement continuer par 
la Vallée Calchaquie. Selon le capitaine Miguel de Olaverrj'a 
(273 bis, p. 23), qui écrivait vers 169/^, ce chemin continuait 
jusqu'à Mendoza, d'où il traversait la Cordillère pour se ter- 
miner au Chili. Jusque-là il y avait des tambos le long du che- 
min. A la fin du xv*' siècle, une armée péruvienne faurait suivi 
en se dirigeant sur le sud du Chili. Olaverria semble avoir eu 
ces renseignements des Araucans de ce pays. Il dit avoir vu des 
ruines de tambos jusque dans les passages les plus élevés de la 
Cordillère. 

Le P. Bàrzana (55, p. lv) parle d'un manière très Aague de la 
domination incasique sur les Diaguites. Des régions appar- 
tenant à f ancienne province de Tucuman, il semble croire 
que seule la Vallée Calchaquie ait eu un « gouvernement géné- 
ral» [cabeza (jeneraï) et il ne dit pas si ce «gouvernement gé- 
néral» avait été, d'après son opinion, f empire incasique. 

Techo (341; 1. I, c. XIX ; p. i5) commeuce par définir ainsi les 
limites du Tucuman : Tacumania inter Paraguarinm et C/nlennni 
refjniim média, ab Oriente partim ipsl Paracjuario, partim Arcjenteo 
JJiiimni adjacentes terras respicit, ab Occidente Pernviœ monldxis 
terminatur. Le Tucuman déterminé de cette iiiaLiiérc est donc 
pris dans le sens le plus vaste du mot. Techo décrit ensuite» 
les habitants de ce territoire, parmi lesquels il compte les no- 



206 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

mades des déserts de San Juan — les Huarpes — et les tribus 
sauvages des plaines à l'est de la région montagneuse. Enfin 
Techo dit des Indiens des montagnes : Ullim'i in cxujius pagis 
ver vallcs et montium aspen taies oh Peruviœ vicinUatein, et commer- 
ciiim, aliciiaiito ciiltius ac latins decjiint. Ces derniers Indiens, — 
les Diaguites — « voisins du Pérou « , relevaient, suivant Techo, 
de l'empire incasique : Qiia Peniviœ contermuii erant, Incjœ Recji 
parehant. Au contraire , les Indiens des plaines se répartissaient 
en tribus gouvernées par des caciques : Cœtcr'i in factiunciilas 
dieisi, Casimius aclhœrehant, non tam monbus , cjuam diversitate 
linguarum notahiles. Or Techo, sans aucun doute, considérait 
tous les Diaguites comme « voisins du Pérou » , et par consé- 
quent, d'après lui, tous les Diaguites s'étaient trouvés, avant 
la conquête espagnole, sous la domination des Incas. En ce 
qui concerne les Calchaquis, Techo [ibid, 1. v, c. xn; p. 1^7) s'ex- 
prime avec plus de clarté encore : CalcJiacininos Imjis Periiviœ 
Recjihns oUm pariiisse docent miilta victœ (jentis monumenta : persé- 
vérante adhuc in indicjenariim aninus ercja Imjaruni nomen venera- 
tione. 

Ainsi, selon Techo, les Calchaquis et, en général, les Dia- 
guites, après la conquête espagnole, continuèrent à vénérer les 
Incas. La confirmation de ce fait nous est fournie par la célèbre 
révolte qui eut pour chef Pedro Chamijo, connu sous le nom 
de Pedro Bohôrquez. Lozano (220, v, p. 13-179) s'occupe très en 
détail de cette rébelhon. Bohôrquez était un aventurier espa- 
gnol qui avait commis au Pérou de nombreuses escroqueries 
et autres délits. Il fut déporté au Chili et enfermé dans la prison 
de Valdivia, mais il put s'échapper et traverser la Cordillère, 
se rendant d'al^ord à San Juan, ensuite à La Rioja, où il ar- 
riva en i6v56. Bohôrquez avait passé de longues années parmi 
les Indiens du Pérou et il s'était parfaitement assimilé leurs 
coutumes. Dans la Vallée de Guandacol et parmi les Capayans 
deFamatina, il se présenta comme fun des descendants des 
Incas. Il obtint crédit et les Indiens facclamèrent comme Mes- 
sie libérateur. Sous le nom de Huallpa-lnca et accompagné de 



REGION DIAGUITE. 207 

sa concubine, une métisse aiFublée du titre de Colla, la femme 
de rinca, Taventurier se rendit dans la Vallée de Catamarca, 
dans les montagnes de l'Aconquija et enlin dans la Vallée Cal- 
cliaquie. Sa tournée fut une vraie marche triomphale : partout 
les Indiens l'acclamaient et lui rendaient les honneurs que 
Ton rendait jadis aux Incas. Le gouverneur de Tucuman, Don 
Alonso de Mercado y Villacorta, craignant peut-être finfluence 
de Bohôrquez sur les Indiens et peut-être aussi séduit par la 
promesse de partager avec Bohôrquez les trésors cachés des 
Incas, se laissa aller à signer un traité d'alliance avec faven- 
turier. H donna même à Bohôrquez la permission de porter 
le titre que celui-ci avait usurpé. Le faux Inca, accompagné 
d'une suite de 1 17 caciques, eut à Poman une entrevue avec 
le gouverneur, qui l'accueillit en grande pompe. Mais le gou- 
verneur Mercado reçut du vice-roi du Pérou l'ordre d'arrêter 
Bohôrquez et de le remettre prisonnier à Lima. L'exécution d'un 
tel ordre ne fut pas facile. Le faux Inca souleva, en 1657, ses 
fidèles Indiens qui attaquèrent Mercado, dans la Vallée (le 
Lerma, où celui-ci avait rassemblé des forces considérables. 
Avec beaucoup de difficulté Mercado réussit à repousser leur 
attaque. Mais, pour s'emparer de Bohôrquez, il fallut lui donner 
un sauf-conduit. Enfin, contre la promesse formelle qu'il aurait 
la vie sauve, Bohôrquez se livra et fut conduit à Lima, où il 
demeura emprisonné jusqu'en 1666. Son pouvoir sur les Cal- 
chaquis était si grand, qu'il put de sa prison, par émissaires, 
préparer une nouvelle révolte; il fut, pour ce motif , condamné 
à mort et exécuté. On n'en peut douter : c'était comme Inca 
que les Indiens suivaient Bohôrquez. Plusieurs de ses contem- 
porains l'affirment. Ainsi le P. Eugenio del Sancho, mission- 
naire à Santa Maria pendant le séjour de l'aventurier dans la 
Vallée Galchaquie, écrivit au gouverneur Mei'cado — la lettre 
a été publiée ])ar Lozano {ibid.. v, p. 35) — que les Indiens « tai- 
saient fête à Bohôrc[uez et facclamaient, comme s'il avait été 
un de leurs anciens Incas». L'évêque de Tucuman, Fr. Mel- 
chor Maldonado de Saavedra (227, [>. 4G) dit aussi avoir averti 



208 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Mercado des dangers que créait la présence parmi les Indiens 
d'un individu «portant le nom d'Inca». L'imposteur aurait-il 
pu s'imposer d'une manière telle aux Diaguites, si ces derniers 
n'avaient pas appartenu, avant la conquête, à l'empire des 
Incas ? 

L'évêque Maldonado, dans une autre lettre adressée à 
Bohôrquez même, et reproduite par Lozano (220, v, p. 69 70), dit 
clairement que les « Calchaquis » avaient été jadis soumis et 
maintenus sous la domination des Incas au moyen de forte- 
resses. Les Calchaquis, ajoute l'évêque, n'aimaient point ces 
souverains qui les gouvernaient seulement par la force. On ne 
peut en douter : Maldonado présente ainsi les choses afin de 
persuader Bohôrquez d'abandonner ses plans ambitieux et son 
rôle de soi-disant Inca. Dans son commentaire de la lettre du 
prélat, Lozano (i7»îW., p. 71) se fait l'écho, tout en la contestant, 
d'une tradition en vogue parmi les Espagnols de son époque. 
D'après ce récit, farmée des Incas aurait deux fois conquis la 
Vallée Calcliaquie, mais les habitants se seraient par deux fois 
révoltés contre les vainqueurs. A la seconde de ces rébellions, 
une armée aurait été envoyée de Guzco avec l'ordre de détruire 
tous les villages de la vallée, ordre scrupuleusement exécuté. 
Le nom Galchaqui viendrait du verbe quichua calchani « abattre 
le maïs » ^'', et ce nom aurait été donné à la vallée parce que ses 
maisons et ses habitants furent abattus comme des chaumes. 

Une nouvelle j)reuve de la domination des Incas dans la 
région des Diaguites.nous est fournie par la tradition d'après 
laquelle ces souverains du Pérou auraient exploité les liches 
mines d'argent du Cerro de Famatina, dans La Rioja. Lozano 
(220, 1, p. i85), au premier volume de son ouvrage historique, 
répète cette tradition en rapportant que « les officiers des Incas 
extrayaient du Cerro de Famatina de très grandes richesses d'or 
et d'argent » (e/ altisimo y miiy fainoso cerro de Famatina, de ciiyas 
entranas sacaban los jnimstî'os de los Ingas (jrandisimas rinuecas de 

''^ En quichua moderne, de Cuzco, le verbe callchny, que Lozano écrit calchani, 
signifie en effet « faucher » , « moissonner ». 



REGION DIAGUITE. 209 

oro Y plata), que les Incas faisaient travailler là des milliers 
d'Indiens voisins de la montagne et que plusieurs forteresses 
assuraient la sécurité de l'exjiloitation. Lozano continue en di- 
sant que les Espagnols ont vainement cherché ces mines, con- 
nues des temps incasiques, car il leur a été impossible de tirer 
aucun renseignement des Indiens obstinément muets sur les 
secrets de ce genre qu'ils se transmettaient de père en fils. 

Or, plus loin, au premier chapitre de son quatrième volume 
(220, IV, p. 5-12), consacré à prouver que fancien Tucuman n'a 
jamais connu la domination incasique, Lozano revient sur ces 
mines de Famatina. Cette fois il nie que les Incas les aient 
jamais exploitées et, sous prétexte que de son temps les Espa- 
gnols n'en faisaient rien, il nie même l'existence des gisements 
rendus fameux par la tradition indigène. Or les mines d'argent 
dont il s'agit sont, en réalité, les plus riches et les plus pro- 
ductives de la République Argentine actuelle, et si prospères 
sont les compagnies propriétaires qu'on a pu établir, à frais 
considérables, pour faciliter fextraction, un chemin de fer 
aérien jusqu'au sommet de la montagne, qui a une altitude de 
6, COQ mètres au-dessus du niveau de la mer. En somme, si, 
malgré les traditions relatives à la richesse de Famatina, les 
Espagnols n'en avaient pas encore , au temps de Lozano , com- 
mencé la mise en valeur, c'est justement à cause du mutisme 
des indigènes au sujet de l'existence et de l'emplacement des 
veines. Et, dès lors, les récits relatifs à une exploitation inca- 
sique deviennent infiniment probables. 

Les autres arguments de Lozano contre la domination inca- 
sique sont d'ordre tout à fait dialectique, et d'ailleurs assez 
confus. Les Incas, dit-il en substance, avaient en effet réussi à 
soumettre les vaillants Diaguites, mais ils n'avaient pas étendu 
leur conquête aux plaines du Tucuman. Et Lozano s'étonne, 
car, selon lui, les Indiens de la plaine leur auraient opposé une 
résistance assurément beaucoup moins opiniâtre, puisqu'ils ont 
été si facilement vaincus par les Es2:)agnols. C'est là naïvement 
oublier que les Péruviens étaient, par délinition, en quelque 



210 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

sorte un peuple montagnard et, comme leurs lamas, ne pou- 
vaient vivre dans les forêts des plaines. Ils n'ont jamais étendu 
leurs conquêtes sur les régions basses autour du cours supé- 
rieur des affluents de l'Amazone, ni dans le Grand Chaco, et 
il est, par suite, tout naturel qu'ils ne se soient jamais préoc- 
cupés des plaines de Tucuman et de Santiago del Estero. 

Lozano s'efforce aussi de réfuter les arguments linguistiques 
qui pèsent d'un si grand poids en faveur d'une ancienne suze- 
raineté incasique sur la région diaguite , à savoir la prépondé- 
rance de la langue quicha et le caractère quichua de la topo- 
nymie dans cette région. Nous avons déjà discuté ces points. 
Il nous faut seulement ajouter ici que, pour expliquer en 
dehors d'une conquête péruvienne l'existence des noms de lieux 
quichuas, Lozano se borne à examiner deux cas particuliers 
dont il rend compte à sa façon. D'abord celui du nom Chicoana 
(( dans la Vallée Calchaquie ». Ce nom pourrait, suivant Lozano, 
avoir été donné à cette localité par quelques Indiens originaires 
de Chicoana , près de Cuzco , qui se seraient enfuis de leur vil- 
lage natal, par crainte d'être punis pour un délit quelconque 
I^Pudiera ser (jue algunos chicoanos discjnstados del nnperio de su 

soherano o fugitivos del miedo jwr ahjiin delito , se hubiesen 

refiigiado à Calcliacjiii . . . . , j ellos diesen el nombre de Chicoana 
para recuerdo de su ahandonada patria . . .). Le deuxième nom de 
lieu expliqué par Lozano est celui d'une autre localité située 
également dans la Vallée Calchaquie , qui s'aj)pelait « Tambo 
del Inca ». L'explication la plus naturelle de cette dénomination, 
c'est que l'endroit aurait servi de relais aux courriers incasiques 
à l'époque préhispanique. Lozano préfère admettre que l'Inca 
Paulin s'y serait arrêté en escortant Almagro dans son expédi- 
tion au Chili. Et voici les justifications de cette hypothèse : Les 
serviteurs de Paulin faisaient rouler devant lui , pour aplanir le 
chemin, un cylindre de pierre. Or ils se seraient vus obligés 
de l'abandonner à « Tambo del Inca » , la route devenant trop 
pas mauvaise , et la localité aurait porté depuis lors le nom de 
Piumusaicué, «pierre fatiguée» en quichua. Je ne comprends 



REGION DIAGUITE, 211 

pas bien le rapport pouvant exister entre les noms Rumisaicué 
et Tambo del Inca. Mais admettons que le premier prouve que 
ce Tambo fiel Inca date seulement du temps d'Almagro et de 
Paulin, il y a un grand nombre d'autres « Tambo del Inca » et 
« Incahuasi » (« maison de l'Inca ») , distribués sur tout le terri- 
toire diaguite et qui ne peuvent s'expliquer par la marche de 
Paulin à travers la Vallée Galchaquie. D'ailleurs les renseigne- 
ments de Matienzo constatent l'existence de plusieurs tamhos le 
long du chemin incasique qui traversait cette vallée. 

En une autre partie de son livre, Lozano (220, i, p. 175) voit 
dans la « quichuisation » du pays diaguite l'œuvre d'un parti 
d'Orejones qui se seraient enfuis de Cuzco au temps de la con- 
quête espagnole , pour s'établir dans les montagnes du Tucuman. 
Cette hypothèse, comme les autres, n'est fondée sur rien; elle 
est, en elle-même, tout à fait invraisemblable. 

M. Ambrosetti (19, p. 1/1 1-1 5o) transcrit in extenso l'argumenta- 
tion de Lozano contre l'hypothèse d'une domination incasique. 
De son cru, il n'y ajoute rien. H n'y a joint que d'autres cita- 
tions de Lozano. D'après ces derniers passages, les « Galcha- 
quis » avaient, à l'époque de leurs rebellions contre les Espa- 
gnols, l'habitude d'envoyer de village en village et de maison 
en maison une flèche pour convoquer à la guerre. Quelle 
analogie y a-t-il entre cette coutume et l'ancienne soumission 
des Diaguites aux Incas, ou avec leur autonomie par rapport 
au royaume de Cuzco .►^ Je ne le comprends pas bien. 

Enlin, je dois le remarquer, Lozano (220, i,p. 175) reconnaît 
lui-même que les Incas avaient conquis la partie du Tucuman 
qui était sur la frontière du Pérou (Los In(jas poderosos enipera- 
dores de la América no concjidstaron de esta provuicia — Tucu- 
man — sino solo sas cxtrenios hacia el Perûy 

En résumé : les Diaguites sont peut-être, comme l'insinue 
M. Ehrenreiclî (122, p.d/i), (piant à leur ethnogénie, un mélange 
de différents éléments, mais les études archéologiques el histo- 
riques démontrent que leur culture est nettement péruvienne, 

i4. 



212 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

sans autres éléments hétérogènes que quelques coutumes ri- 
tuelles et funéraires. Quant à la question de savoir si, politi- 
quement, les Diaguites ont été ou non subordonnés à l'ancien 
Pérou , il faut d'abord avouer que l'existence dans leur pays de 
la civilisation péruvienne, des arts et industries du Pérou, de la 
langue quichua et du folklore péruvien, ne serait guère expli- 
cable sans cette subordination politique. Les documents écrits 
ne sont pas tout à faits décisifs à ce sujet, mais tous les historio- 
graphes qui ont traité des Diaguites s'accordent quant à la sou- 
mission de ceux-ci à l'Inca Yupanqui, excepté un compilateur 
relativement moderne, le P. Lozano. Montesinos a d'ailleurs 
constaté le contact qu'il y a eu entre le Pérou et le pays des 
Diaguites, en des temps beaucoup plus reculés, circonstance 
en effet fort vraisemblable. 



JVtê d £L n 
& r a. n d e 

jts d'Aljga.' 




A kp:(;i()> des diagi rri:s 

ocalites dun intérêt archeologiaue 



/v,^,/VAv„ ,,,-/;;.-... 



M I SSION aPE CREQUI MOWTFORT irE SENECHAL DE U GRANGE 




(ARTK DK LA KKCIO.N DES DIAGLTl'ES 

indiquant les -ocalites dun intérêt archéologique 



O 



LAPAYA 

(VALLÉE CALCHAQUIE 



LAPAYA^''. 

Après avoir essayé de résumer nos connaissances sur l'ar- 
chéologie de la région des anciens Diaguites et avant de com- 
mencer le compte rendu des résultats de mon voyage, je 
donnerai ici la description d'une intéressante trouvaille faite 
dans la Vallée Galchaquie. 

En 1902, en rentrant à Buenos-Aires, après mon premier 
voyage à la Puna et en Bolivie, je rencontrai dans le train deux 
personnes : Tune était M. Piafael Martinez, propriétaire de la 
hacienda Carbajal, près de Salta, chercheur infatigable de 
mines d'or et de trésors cachés; l'autre, qui remplissait les 
fonctions de conseil «technique» de M. Martinez, avait toutes 
les professions : il était maître d'école, pharmacien, médecin, 
expert en mines, et je ne sais quoi encore. Ces messieurs me 
racontèrent avec beaucoup de mystère que, dans un voyage, ils 
avaient trouvé un trésor caché « par les Incas » à Lapaya, dans 
la Vallée Galchaquie. Ils me montrèrent quelques pièces pro- 
venant àe ce trésor, et particulièrement une sorte de diadème 
en or qu'ils appelaient « la couronne du roi Inca » , enfin quelques 
poteries très intéressantes, le tout d'origine préhispanique. Ils 
voulurent me vendre leur collection à un prix exorbitant et, 
sans doute pour en augmenter la valeur, me dirent les histoires 
les plus fantastiques et les plus contradictoires sur son origine 
et la manière dont ils l'avaient trouvée. 

La collection fut acquise par le Musée national fle Buenos- 
Aires, et M. J. B. Ambrosetti (22) l'a décrite dans les Anales de 
ce musée, sous le titre de El Scpulcro de La Paya. 

A mon dernier séjour à Salta, je fus assez heureux d'ac- 
quérir pour la Mission Française une nouvelle collection de 
Lapaya, de M. Manuel Delgado, receveur d'impôts dugouver- 

<■) Voir los {)lanclics VI-XV, inscréos après la pac^e a/jG. 



216 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

nement de Salta dans le département de Gachi, où est situé 
Lapaya. 

M. Delgado avait continué les fouilles de M. Martinez, le 
lendemain de la visite de ce dernier. M. Delgado m'a donné des 
renseignements très précis sur les circonstances dans lesquelles 
M. Martinez et lui-même ont déterré les objets des deux col- 
lections; ces renseignements sont complètement différents de 
ceux fournis par M. Martinez et son « conseil » à M. Ambrosetti, 
et que celui-ci a publiés dans son ouvrage. M. Delgado m'a paru 
un homme sérieux; de plus, en le questionnant sur le sujet, 
j'ai posé mes questions de façon à pouvoir contrôler ses infor- 
mations; je n'ai donc aucun doute sur leur véracité. 

D'après M. Martinez et son « conseil » , M. Ambrosetti men- 
tionne leur trouvaille comme ayant été faite dans une tombe 
voûtée, construite en pierre, à 2™ de profondeur, «entre les 
ruines d'une fortification indigène à fendroit dit Puerta de La 
Paya ». Dans cette tombe on aurait aussi rencontré deux sque- 
lettes que les chercheurs de trésors n'avaient pas emportés. Les 
contradictions entre les récits faits respectivement à M. Am- 
brosetti et à moi par M. Martinez d'une part, et les renseigne- 
ments de M. Delgado d'autre part, m'ont convaincu que cette 
tombe n'a jamais existé. M. Ambrosetti accompagne ses expli- 
cations d'une ligure représentant « une tombe voûtée de la ré- 
gion calchaquie», reproduction, au moyen du même cliché, 
d'un dessin schématique que M. Ambrosetti (18, p. 5d) a publié 
dans un autre ouvrage, pour expliquer la construction de cer- 
taines tombes voûtées de Quilmes. Cette figure n'a aucun rap- 
port avec Bapaya, et il me semble que, même si les objets de 
cette collection avaient été trouvés dans une tombe voûtée, la 
présence de ce dessin, au lieu d'éclairer le lecteur, lui ferait 
plutôt croire que c'est là le soi-disant « sépulcre de Lapaya ». 

Lapaya ^^^ est situé à lo*"" au sud de Cachi. Le D*" ten Kate 
(342, p. 344) y a fait une courte visite en 1 898. 11 dit qu'il y a des 

''' Voir la carte de la région diaguite, fi(j. 10, et aussi la carte archéologique à la fin 
du présent ouvrage. 



LA PAYA, 



217 



ruines sur une vaste étendue de terrain. Il a exhumé, au point 
le plus élevé, une grande urne contenant un squelette d'en- 
fant, un petit vase et deux écuelles ; ces trois pièces, ornées de 
peintures. Le sol, entre les ruines, est parsemé de fragments 
de poterie et de pierres travaillées. Au dire d'un habitant du 
pays, à quelque distance des ruines se trouveraient des « roches 
peintes « , c'esl-à-dire des pétroglyphes. 




Fig. 11. — Plan de \a ruine où ont étr faites les trouvailles de Lapaya. 

D'après M. Delgado aussi, les ruines, d'une grande étendue, 
consistent en des restes de constructions en pirca, rectangu- 
laires et rondes. Au milieu de ces ruines, on voit une maison 
bâtie avec beaucoup plus de soin que les autres, avec des 
pierres spéciales, j^lates, apportées d'un endroit situé à 7 kilo- 
mètres des ruines, alors que le matériel des autres construc- 
tions du village a été pris sur place. Je donne fig. ii le plan 
de cette maison, d'après le croquis que m'en fit M. Delgado; 
c'est une construction rectangulaire avec deux annexes eu 
forme de triangles. 

La présence d'une maison si spéciale parmi les ruines d'un 
village préhispanique n'est pas un fait unique dans ces régions. 
A Pucarâ de Rinconada, j'en ai trouvé une autre dans les mêmes 
conditions, mais elle avait une annexe semi-circulaire au lieu 
des annexes triangulaires de Lapaya. 



218 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

C'est à Tendroit désigné B^ dans un coin de la maison, que 
M. Martinez a fait sa trouvaille. L'excavation de M. Delgado a 
été faite en A^ au centre de la maison, où apparaissait, d'après 
lui, l'extrémité d'un pieu enfoncé perpendiculairement. En 
suivant ce pieu, à 3°" de profondeur, M. Delgado a trouvé les 
pièces que je vais décrire. 

J'ai dû céder au Musée national de Buenos-Aires, en échange 
d'autres objets ethnographiques, quelques-unes des pièces 
provenant des fouilles de M. Delgado, et je regrette de ne pou- 
voir donner ici leur description. Voici la liste de la collection, 
ces pièces exceptées : 

Objets éh or. — Une aigrette en or laminé [fig. 13 e) de 
o™2 'j8 de longueur; poids, 8 grammes. Deux bandeaux [ficj. 13 
f, g) de G™ o 1 3 de largeur et de o™ 2 7 2 et o™ 2 3 5 de longueur 
respectivement; ils pèsent ensemble 9 grammes. Cette aigrette 
et ces bandeaux faisaient sans doute partie d'une coiffure. Les 
bandeaux sont pourvus de trous, destinés à les coudre sur une 
haincha (bandeau en tissu ou en peau). Ces trous devaient 
exister aux deux extrémités; mais j'ai été forcé de couper le 
bout de l'un des bandeaux pour fanalyser, et l'autre n'était pas 
entier quand je l'ai acquis. L'aigrette fixée dans le bandeau par 
sa partie inférieure aiguë devait produire un joli effet brillant 
lorsque les deux branches oscillaient au-dessus de la tête. Les 
extrémités supérieures de l'aigrette représentent deux têtes de 
serpents dont les contours et les yeux sont indiqués en travail 
repoussé. 

M. Ambrosetti décrit et figure une aigrette d'or, de la col- 
lection Martinez, de même forme que la nôtre, mais sans les 
lignes pointillées sur les têtes des serpents. Cette aigrette est 
pourvue d'un trou, à la base de la pointe, sans doute pour 
coudre faigrette au bandeau. Notre aigrette n'a pas de trou, 
mais elle pouvait facilement être fixée au moyen d'un fil entou- 
rant la base de chacune des branches. Le diadème appelé par 
Martinez « la couronne du roi Inca » est aussi reproduit dans 



LA PAYA. 219 

ToLivrage de M. Ambrosetti : c'est une mince lame d'or sur- 
montée de deux appendices perpendiculaires. La lame et les 
appendices se terminent en croissants. Sur ces croissants se 
trouvent des faces humaines formées de lignes repoussées ana- 
logues à la face humaine de la plaque de Golgota [fuj. 53 a). 
Il est en effet très probable que cette lame d'or a été employée 
comme diadème, car elle est pourvue de quatre petits trous 
servant à la coudre sur un bandeau. Le Musée national de 
Buenos-Aires possède une aigrette ayant presque la même 
forme que celles que nous avons décrites, mais en cuivre. Elle 
diffère de celles de Lapaya seulement quant à ses extrémités 
qui sont arrondies au lieu d'avoir la forme de têtes de serpent. 
Cette pièce provient de Santa Maria, et M. Ambrosetti (29, p. 229) 
en donne une figure. Selon Narvaez (253, p. i5i), les Comechin- 
gons de Côrdoba ornaient la tête de plumas de cohre y otros 
metalcs (plumes en cuivre ou autres métaux); ces «plumes» 
étaient sans doute des aigrettes analogues aux spécimens que 
nous venons d'énumérer. MM. Stûbel et Reiss (340, i, pi. 1^, n^. 1) 
reproduisent une aigrette semblable, en cuivre, contenant 
i5 p. 100 d'argent, de Caiïar, dans la République de l'Equa- 
teur. Dernièrement, le D*^ Paul Rivet a rapporté de ce dernier 
pays une superbe couronne en or, trouvée dans une sépul- 
ture et composée d'un bandeau et de plusieurs aigrettes ana- 
logues à celles que nous avons décrites. 

Le P. del Techo (341; l. v, c xxm; p. i48) rappelle fliabitude 
des chefs calchaquis de porter des diadèmes en argent ou en 
cuivre^^^ : Geiitis pnmores orbe argentea œneove diademati infcrlo 
frontcm cincjunt. Mais les diadèmes en or devaient être rares 
et étaient probablement importés du Pérou. Les Péruviens, 
suivant Herrera (164; déc. iv, 1. ix, c. m; t. n, p. 226), «avaient des 
ornements en laine pour la tête ; les riches garnissaient 
ces ornements avec de l'or ou de l'argent, ou avec des chu- 
niiiras. » 

^'^ M. Ainbroselli (22, p. i^a) Iraduil ;'i lorl « DiadriiH's en ari,'fnt on on or». 



220 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

L'aigrette et les ])anfleaux de Lapaya ne sont pas en or pur. 
L'or est allié à la moitié d'argent environ (53. gS p. loo d'or et 
4d.8o p. loo d'argent pour les bandeaux). La plaque de Gol- 
gota a donné 58. 80 p. 100 d'or et 4o.io p. 100 d'argent. Cet 
alliage est probablement intentionnel, car l'or natif de ces 
régions contient seulement une toute petite quantité d'argent. 
Par exemple, l'analyse d'une pépite d'or que j'ai recueillie 
moi-même à Colquimayo (Rinconada) a donné 98. 5o p. 100 
d'or et 6.10 p. 100 d'argent^^^. Il est difficile de dire si c'est la 
rareté de l'or qui poussait les Indiens à le mélanger avec l'ar- 
gent ou si leur but était d'obtenir un métal plus dur. 

Objets en cuivre. — La fig. 13 c représente une épingle 
pour attacher les vêtements. La tête, pourvue d'un trou de sus- 
pension, forme une lame dont le bord supérieur est tranchant, 
bien aiguisé. La Mission Française a rapporté de plusieurs 
parties de la Bolivie, comme Tiahuanaco, la Vallée de Panagua 
(Porco) et Tarija, des épingles de la même forme. M. Erland 
Nordenskiôld (269, %. 10, id et pi. 2) décrit et reproduit une dou- 
zaine d'épingles très analogues, rencontrées dans des tombeaux 
dans la Vallée de Queara et à Pelechuco (Bolivie), dans les 
Vallées d'Ollachea et de Quiaca (Pérou), au nord du lac Titi- 
caca. Quelques-uns de ces spécimens ont été trouvés dans des 
chuUpas, mausolées qu'on attribue généralement aux anciens 
Aymaras ou Collas. En dehors des épingles à tête plate, 
M. Nordenskiôld y trouva aussi des spécimens d'autres formes, 
notamment des épingles ornées de têtes d'animaux, etc. Wiener 
(377, p. 167) donne la figure d'une épingle tout à fait du même 
type que la nôtre, mais en argent; elle provient de Marca- 
Huamachuco, au nord du Pérou. MM. Stiibel et Reiss (340, i, 
pl. 24, fig. 5, 6) en représentent deux spécimens, en cuivre, de 
Canar (Equateur), et M. Anatole Bamps (50, p. i33, pl. xxvi), 
d'autres, provenant de la Répubhque de fÉquateur. M. Am- 



0) 



Pour les analyses complètes, voir le tableau à la fia du présent ouvrage. 



LA PAYA. 221 



brosetti (29, p. 217, fig. 3i) publie des figures de plusieurs de ces 
épingles à tête plate avec un trou, appartenant à la collection 
du Musée national de Buenos-Aires et provenant de « la région 
calchaquie » , sans autre indication de localité. Cependant la 
tête de notre épingle de Lapaya s'en rapproche moins que des 
formes bolivienne et péruvienne. Une épingle en or, exacte- 
ment de la même forme que celle de Lapaya et provenant de 
Copiapo (Chili), est figurée par M. J. T. Médina (234, i.g. i3i). 

Le nom quichua de ces épingles est topo ou topa. Zârate 
(383; 1. 1, c. Yiii; 1. 1, p. 4i) parle de ces topos en décrivant les vête- 
ments des « femmes des Indiens qui habitent les montagnes du 
Pérou» : «Elles ont par-dessus certains mantelets de laine, 
à peu près comme des peignoirs quelles attachent au cou 
avec des grandes épingles d'or ou d'argent, selon qu'elles les 
peuvent avoir; elles les nomment dans leur langue topos; ces 
espèces d'épingles ont des têtes fort grandes et fort plates et 
si tranchantes, qu'elles peuvent s'en servir à couper plusieurs 
choses. » Comme Zârate, le P. Cobo (103, iv, p. 162) nous apprend 
que les têtes plates de ces topos servaient d'instruments tran- 
chants. En effet, les anciens topos de cuivre, de la forme de 
notre spécimen de Lapaya, peuvent très bien avoir été em- 
ployés à cette fm. De nos jours encore, toutes les Indiennes de 
la Puna et de la Bolivie portent des topos dans leurs mantes 
dites llicllas, mais, excepté certaines pièces de grand luxe, les 
topos actuels sont en laiton et leur tête est en forme de cuillère 
tout à fait de la forme de nos cudlères à thé. Cette forme de 
cuillère n'est pas fantaisiste : le topo sert en effet de cuillère et 
d'épingle tout à la fois^^'. 

Une autre épingle est donnée dans la/^/. 13 l Cette épingle, 
beaucoup plus petite que le topo que nous venons de décrire, 
a pour tête le corps d'un oiseau qui ressemble beaucoup à un 
perroquet. Les petites épingles semblables, avec lêles en foniu» 

<') Ces épingles à cuillère sont peiiU-lrc en existe de nonihieux s|)('-(im(Mis prove- 
d'originc européenne. Au Musée hislnii(pie nani de la France el picscpie identiipies 
de la Ville de Paris (Musée Carnavalet), il aux lopos modernes de la liolivie. 



222 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

d'oiseaux ou d'autres animaux, sont aussi très communes dans 
l'archéologie de la Bolivie et du Pérou. 

La petite boule en cuivre en forme de sphère aplatie , repré- 
sentée d'en haut et de côté par ^àfig. 13 o et n, était destinée à 
être attachée à une corde, comme on le voit sur la coupe /i^. J2. 
C'est une merveille de l'art du fondeur pratiqué par les anciens 
habitants des vallées andines. 11 est difficile de se rendre compte 
de la méthode employée pour fondre des pièces aussi petites en 
y ménageant le canal circulaire qui se trouve à l'intérieur et 
en laissant au milieu la petite barre qui sert d'attache pour la 
corde. Trois de ces petites boules ont été trouvées par M. Del- 
gado; c'est justement là le nombre nécessaire pour former des 




Fig. 12. — Lapaya. Coupe verticale de la boule en cuixrefuj. 13 n, o. 
Grandeur naturelle. 

libes^^\ comme sur le haut plateau on nomme la petite holcadora 
dont on se sert pour chasser les vigognes. L'une de ces boules 
pèse 46 grammes, une autre 4 7 grammes. Leur poids est infé- 
rieur au poids des libes en pierre des Indiens actuels, dont 
nous reproduisons //^. 96 un spécimen provenant de la Puna. 
Les trois boules en pierre de ces derniers libes pèsent respec- 
tivement 176, 170 et 95 grammes, y compris les fourreaux en 
peau, c'est-à-dire beaucoup plus que les boules de cuivre que 
nous venons de décrire. Les libes des Indiens de la Cordillère 
sont maniés de la même manière que la boleadora des Gau- 
chos des Pampas : les trois boules sont attachées au bout de 
cordes d'une même longueur dont les autres extrémités sont 
reliées ensemble. En prenant Tune des boules dans la main, on 
fait tourner les deux autres au-dessus de la tête. Lorsqu'elles 

^'^ Liluii dans le quichua du Pérou. 



LA PAYA. 223 

ont acquis une vitesse aussi grande que possible, on les lâche. 
Mues par la force centrifuge, elles entravent les pattes du 
gibier qui, alors, tombe enveloppé par les cordes. 

Lapaya a fourni deux sortes de haches en cuivre. La pre- 
mière catégorie, les haches lourdes à oreilles, est représentée 
ficj. là e. Cette hache a o"" i 5o de longueur totale, o°'o34 
de largeur immédiatement au-dessous du talon et o°*o2 5 
d'épaisseur au même endroit, c'est-à-dire que la section de la 
hache à sa partie supérieure est presque carrée. La longueur 
du talon est de o™ 080. La hache pèse 1 ,06 5 grammes. Le tran- 
chant est symétriquement cunéiforme et a été corrigé à l'aide 
de coups de marteau après la fonte. Cette hache est l'une des 
rares pièces en cuivre où ce métal ne soit pas allié à une petite 
quantité d'étain. J'ai cédé au Musée national de Buenos-Aires 
une autre hache à oreilles de Lapaya, de tranchant plus large 
que le spécimen que je viens de décrire. Les haches à oreilles 
sont communes dans la région diaguite et dans toute la région 
andine. M. Ambrosetti (29,p. 206-215, fig. 20-29) en publie un bon 
nombre, provenant des provinces de Salta et de Catamarca. 
Quatre d'entre elles (Kg. 26 a, h,c, etfig. 27), ainsi qu'une autre 
de la Vallée de Catamarca, figurée par M. Moreno (244, p. i3), 
sont presque identiques comme forme à notre spécimen de 
Lapaya. Au Chili, on a rencontré aussi des haches à oreilles; 
un spécimen en a été publié par M. Thomas Ewbank (125, p. 112, 
pl. viii), dans le rapport de la Mission navale et astronomique 
des États-Unis, de 1849-1 852. M. Médina (234) reproduit la 
figure de ce spécimen. La pièce provient du Cerro de Très 
Puntas, près de Copiapô, sur le «Chemin de l'Inca » qui se 
dirige sur San Pedro de Atacama. Elle est certainemenl (l'ori- 
gine péruvienne, comme tant d'autres antiquités dn Chili. On 
trouve aussi, dans toutes les régions de la Cordillère, des 
haches en pierre de la même forme. M. Ambrosetti (29, p. 212) 
donne la figure d'une de ces haches, de Molinos, dans la Vallée 
Calchaquie, et M. Erland Nordenskiold (262, pl. 5, (ig. 3) en repré- 



224 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

sente une autre, d'Agua Blanca, clans la Vallée de San Fran- 
cisco (Jujuy). La Mission Française possède une hache à 
oreilles, en pierre, provenant de Tarija (Bolivie), et au Musée 
du Trocadéro on en conserve une de Tiahuanaco (n° 4 06 8 du 
catalogue). Plusieurs spécimens à oreilles, un peu modifiés et 
provenant de la République de l'Equateur, ont été reproduits 
par M. Bamps (50,pl. xxviii,xxxi, xxxn). Un autre encore, de la 
Colombie, est figuré par Stiibel (340, i, pi. i3). Dernièrement, 
M. Nordenskiold (266, p. 93 et 269, pi. v) a trouvé ensemble, dans 
les Vallées de Quiaca et de Sina, au nord du Titicaca, des 
haches à oreilles en pierre et d'autres en cuivre. L'une de 
ces haches en pierre, dont il donne la figure, est d'une forme 
identique à celles en cuivre qui paraissent être une imitation 
de celle-ci. 

Quel était fusage de ces lourdes haches de cuivre.»^ Sans 
doute, elles étaient employées comme armes en temps de 
guerre. Ainsi Don Juan de Ulloa MogoUon (359, p. 45) raconte 
que les Collahuas se battaient avec des haches en cuivre. Mais 
elles devaient avoir aussi un autre but : celui, par exemple, de 
couper du bois. M. Ambrosetti (29, p. 208) donne des figures 
très intéressantes de deux haches à oreilles, de la Vallée Cal- 
chaquie, dont le tranchant est plus usé vers l'un des coins que 
vers l'autre, comme c'est également le cas de la hache décrite 
par M. Ewbank et que nous avons déjà mentionnée. Cette usure 
inégale du tranchant ne peut avoir été produite que par un 
long usage de ces instruments à la façon dont nous employons 
nos haches en acier, c'est-à-dire pour hacher. Le tranchant de 
la jDlupart des haches dont nous nous occupons prouve, par 
de certains signes, qu'on avait l'habitude de les aiguiser à 
coups de marteau. 

La fi(j. 16 représente un moule pour couler les haches à 
oreilles. L'original de ce moule en terre cuite se trouve au 
Musée de la Plata, et la Mission Française possède un moulage 
de cette intéressante pièce qui provient de San Fernando, dans 
le département de Belen (Catamarca). 



LAPAYA. 225 

Je ne connais pas d'exemplaires emmanchés de ces haches 
à oreilles. Cependant le Musée du Trocadéro (n° 2 6533 du 
catalogue) possède le moulage d'une pièce, dont l'original existe 
à Madrid et fut présenté au Congrès international des Amé- 
ricanistes à Paris, en 1890. C'est un petit modèle de hache à 
oreilles emmanchée, tout en cuivre, provenant du Haut Pérou. 
J'en donne la photographieriez. 15 b. Comme on peut le voir, 
la hache est attachée à un manche cylindrique au moyen de 
liens en corde ou en peau, je ne sais au juste; ces liens forment 
une croix au dos du manche. De chaque côté du talon on a 
placé au-dessous des liens un morceau de bois pour remplir 
les interstices et pour donner plus de solidité à la hache. La pièce 
entière n'a que a o"" 2 55 de longueur : ce n'est donc pas une 
véritable hache, mais un petit modèle, comme nous l'avons 
dit, qui a peut-être servi de jouet à un enfant, ou plus pro- 
bablement ce devait être l'insigne d'une dignité, car la pièce 
a été exécutée avec trop de soin pour un jouet. La partie 
antérieure du manche est incrustée d'argent et de cuivre plus 
rouge que celui dont est formée toute la pièce. Le décor ainsi 
obtenu consiste en croix et losanges. Le Musée du Trocadéro 
possède aussi un vase figurant un homme porteur d'une hache 
à oreilles, emmanchée de la même manière que celle que 
nous venons de décrire. Ce vase a été figuré par le D'' Hamy 
(160, pi. xxxiv, fig. 107). Les deux pièces établissent d'une ftiçon 
certaine comment étaient emmanchées les haches à oreilles. 
Elles démontrent aussi qu'il ne faut pas faire des recon- 
structions de fantaisie, comme le manche dont M. Ambrosetti 
(29, p. 2\à, fig. 26 a) a muni une de ces haches. D'ailleurs des 
Indiens actuels ont encore des haches de pierre à oreilles, 
emmanchées comme le démontre la pièce du Musée du Tro- 
cadéro, et portant même de petites cales de chaque côté du 
talon ainsi que cette dernière. M. Erland Nordenskiold (264, 
p. •.>.82,et 269, p. /|/i) reproduit une de ces haches, moderne^ (h\s 
Indiens Huachipairi, de la région supérieure du Rio Madré 
de Dios. 



226 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

Une deuxième sorte de haches est rejDrésentée par trois 
spécimens [fuj. là j , (j , h). C'est une sorte de tranchet qui 
ressemble assez, pour la forme, à certains outils cpie les cor- 
donniers modernes emploient pour couper le cuir. Ce sont 
des lames de cuivre à tranchant bien affilé pourvus de pédon- 
cules. En /et (j ces pédoncules sont lamelliformes, c'est-à-dire 
qu'ils constituent une continuation de la lame. En //, au con- 
traire, le pédoncule est rond. Ce dernier exemplaire a l'extré- 
mité de son pédoncule contournée, formant une sorte d'œillet, 
tandis que les extrémités en/ et cj sont simplement coupées. 
La longueur du tranchant des différentes pièces est de o"' i 29 
en /, o'"i45 en ^, et o"" 099 en //. Epaisseur maximum 
de la lame : /, o'"ooi; (j, o°'oo4; A, o"ooi5. Poids : 
f, io5 grammes; ^, 2i3 grammes; A, 4 2 grammes. Les trois 
spécimens portent des traces démontrant qu'ils ont été forgés 
ta faide d'un marteau. 

Ces outils sont communs depuis la région diaguite jusqu'au 
Mexique. La forme du tranchant varie peu : parfois il est cur- 
viligne ou bien presque droit. Mais le pédoncule peut se pré- 
senter sous deux aspects. Dans la catégorie à laquelle appar- 
tiennent nos trois spécimens, le pédoncule est mince, sans 
décor et se termine souvent en forme d'œillet, comme notre 
exemplaire h. Dans l'autre catégorie, le pédoncule, beaucoup 
plus éj)ais, cylindrique, se termine en bouton ou en jDetites 
figures représentant des têtes d'animaux, etc. Il est souvent 
incrusté d'ornements en argent ou en cuivre d'une couleur dif- 
férente de la couleur générale de l'instrument. Le pédoncule 
forme alors un véritable manche adapté à la main, étonne 
peut pas douter que l'outil ait été employé comme tranchet, 
ce qui ne paraît pas être le cas pour la première catégorie. 
M. Wiener (377, p. 167, 583-584) donne des figures de pièces de la 
seconde catégorie provenant de Marca-Iiuamachuco et M. Ew- 
bank (125, p. ii4, pi. vm) publie une de ces pièces exhumée d'un 
tombeau de San José sur le Rio Maipù (Chili). Le manche, 
relativement éjDais, porte des ornements gravés et se termine 



LA PAYA. 227 

par une patte d'oiseau, imitée avec beaucoup de naturel. 
M. J. T. Médina (234, fig. iH) reproduit la même figure. Je ne 
connais pas de ces tranchets à manche épais et décoré pro- 
venant de la région diaguite. Du Pérou, un spécimen est figuré 
dans l'atlas de MM. Rivero et von Tschudi (311, pi. xxxiv, fig. 5) et 
plusieurs autres dans l'ouvrage récent de M. Bœssler (45) sur 
les objets en métal de l'ancien Pérou. 

Quant à l'autre catégorie de ces instruments, ceux à pédon- 
cule mince et simple, comme nos exemplaires de Lapaya, 
c'étaient des haches et non des tranchets. Cela est démontré 
par le spécimen trouvé avec son emmanchure dans un tombeau 
de Chiclayo, au nord de Trujillo, sur la côte du Pérou, et 
publié par M. E. H. Giglioli (145), dont je reproduis la figure 
[fi(j. 15 a). Le pédoncule de cette hache traverse verticalement 
la hampe en bois qui est renforcée par une ligature en fil de 
coton. Cette hache ressemble beaucoup aux haches de guerre 
des Zoulous et des Basoutos de l'Afrique méridionale dont le 
Musée du Trocadéro possède une bonne collection : celles-ci 
ont la même forme et sont emmanchées de la même façon, 
bien qu'elles soient faites en fer. M. Ambrosetti (29, p. 2o5, fig. 19) 
représente douze haches, de la catégorie que nous sommes en 
train de décrire, apjiartenant aux collections du Musée national 
de Buenos-Aires. Ces haches ont des pédoncules minces comme 
nos spécimens de Lapaya; quelques-unes ont l'extrémité re- 
courbée en œillet, d'autres non. 11 y a aussi un exemplaire dont 
le pédoncule se termine en un tout petit bouton en forme de 
disque, mais il est mince et sans décor, et doit par conséquent 
être considéré comme appartenant à notre deuxième catégorie. 
Dans la collection Martinez, de Laj^jaya, il existe encore une 
pièce de cette forme, figurée par M. Ambrosetti (22, p. 127, fig. 8). 
Pour une de ces haches, Ambrosetti a fait construire un manche 
court couvrant le pédoncuh; longiliidiiialement, emmanchure 
qui n'est pas réelle et qui n'a aucune raison d'être, d'autant 
plus que la figure de M. Giglioli nous montre un dispositif 
tout à fait différent. 



228 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

A tous ces instruments, sans distinguer ceux à manche 
épais de ceux à manche mince, M. Ambrosetti apphque le 
nom de tumi. Il l'a pris de Montesinos (241, c. xxvi, p. i53) : Tumi 
era un instrumento de cobre al modo de trinchante de zapatero cjue se 
enhastaba en un palo. Montesinos donne cette définition pour 
expliquer le nom de Tumipampa, localité située à l'endroit 
où se trouve actuellement la ville de Cuenca, dans la Répu- 
blique de l'Equateur. L'un des Incas y gagna une bataille et ht 
tuer tous ses prisonniers à coups de couteau {j)asarlos à cucJidlo). 
A la suite de cet événement, l'endroit reçut le nom de Tumi- 
pampa qui signiherait Llano del cuchûlo, c'est-à-dire la « Plaine 
du couteau». Mais asta, en espagnol, désigne «hampe» d'une 
lance, d'une hallebarde, etc., et non le manche court d'un 
couteau ou d'un tranchet. Les tumis de Montesinos auraient 
donc été emmanchés comme la hache de M. Giglioli. Cepen- 
dant M. von Tschudi (358, p. loi) donne une autre explication du 
mot tumi; il ajDpelle ainsi des couteaux en pierre ou en cuivre 
employés pour ouvrir le poitrail des lamas qu'on sacrifiait aux 
dieux. M. von Tschudi ne désigne pas l'auteur auquel il a pris 
ce renseignement. M. E. W. MiddendorlF (238, p. 825) traduit le 
mot tumi d'une troisième manière : d'après lui, ce serait «une 
sorte de couteau employé par les Indiens pour hacher la viande 
ou les légumes en petits morceaux ». A propos de ses pièces de 
Marca-Huamachuco, M. Wiener emploie les noms champi et 
tulpo qui lui ont été probablement fournis par les gens du lieu. 
Je laisse de côté tulpo, nom aussi employé par M. Médina, mais 
dont je n'ai pu arriver à déterminer la signification. Quant 
à champi, le sens général en quichua moderne est : alliage 
de cuivre avec for ou f argent, et encore : bijoux faits de ces 
alliages. Pour M. Middendorfif (iTnU, p. 342), ce serait aussi une 
« arme des Indiens, sorte de lourd bâton, avec une petite hache 
fixée à son extrémité». D'autre part, Garcilaso de la Vega dit 
que les cliampis étaient des haches de guerre que l'on maniait 
avec une seule main. Suivant Cristobal de Molina (240, p. 6), 
le champi était fun des insignes des Incas, et, d'après Cobo 



LA PAYA. 229 

(103, IV, p. 196), ce serait là le nom des casse-tête en forme 
d'étoile, « armes particulières des Incas». Selon Molina [ibid., 
p.4o), il y avait aussi une autre arme, leyauri, « bâton à l'extré- 
mité supérieure duquel était attaché un couteau » ; or Midden- 
dorir [ibid., p. 101) donne ce nom de yauri à une sorte d'aiguille 
de grande dimension , « généralement faite d'une épine » , les 
ciraciinas de Cobo (103, iv, p. i63). En somme, de cette nomen- 
clature il résulte que le sens précis de ces différents termes 
est très confus, que tous ces mots ont plusieurs significations 
et que le nom original quichua de nos haches et de nos tran- 
chets peut aussi bien avoir été tumi, tiilpo , champi ou yaiiri, 
ou, après tout, peut-être s'appelaient-ils d'un tout autre nom. 
Aussi aimé-je mieux pour les instruments à pédoncule mince la 
désignation «haches à pédoncule central», et pour les autres 
l'expression « tranchets à manche central ». 

M. Ambrosetti (29, p. 20/i), à propos de nos haches à pédon- 
cule central, invoque de plus un passage de la relation du 
général Cabrera (88, p. Mo), d'après lequel certains Indiens de 
l'ancien Tucuman portaient un couteau suspendu à la main 
droite au moyen d'une courroie [un cuchillo colcjado cou iinfiador 
de la mano derecha). Mais quelle raison y a-t-il pour supposer 
que ces cuchillos — qui d'ailleurs, suivant Cabrera, étaient en 
fer, obtenus probablement par échange avec les Espagnols — 
fussent les instruments en question.^ Dans d'autres parties de 
l'Amérique andine , il y avait des armes tout à fait différentes 
qui se portaient suspendues à la main. Ainsi le célèbre vase 
« Sécrestan » (Musée du Trocadéro, n° 21 261 du catalogue), 
provenant du Grand -Chimu et figuré par M. Hamy (160, 
pi. xu), représente en peinture un personnage tenant dans la 
main une lame de hache sans manche, avec à la base un trou 
où passe une courroie servant à l'atlacher au poignet. Un autre 
vase du Trocadéro (n" du catalogue 7282), de Chiclayo, offre 
des personnages avec la même sorte de haches attachées à la 
main. Ces haches n'ont aucune ressemblance avec celles que 
M. Ambrosetti appelle des tiimis; elles ressemblent plutôt à ces 



230 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

lourdes haches de cuivre, à large tranchant semi-circulaire et 
à talon perforé que Ton rencontre surtout dans l'Equateur. De 
plus, nos haches en forme de tranchet n'ont pas toutes des 
trous de suspension , il n'y a donc aucune raison pour les iden- 
tifier au caclnllo dont parle Cabrera. 

Les cloches en cuivre constituent des objets très intéressants 
de l'archéologie de la région diaguite. Une de ces cloches, re- 
produite sous différentes faces j^ar ^^fi(j- ià a, h, c, cl, se trou- 
vait parmi les objets déterrés j^ar M. Delgado à Lapaya. Cette 
cloche a o™i85 de hauteur, son ouverture est ellij)soïde et a 
0™i85 de diamètre maximum et o'^oyo de diamètre minimum. 
La partie supérieure correspondante, c'est-à-dire celle qu'on 
peut appeler le « fond » de la cloche, a o""! i5 de longueur sur 
o^oSg de largeur maximum. Le poids est de i,4oo grammes. 
La cloche a été fondue dans un moule fait avec beaucoup de 
soin pour donner à ses parois la même épaisseur partout. A la 
partie supérieure, on voit deux ouvertures carrées qui devaient 
2:)robablement servir à susjDendre la cloche et peut-être aussi à 
fixer le battant. Ces trous ne paraissent pas avoir été faits au 
ciseau, mais semblent résulter de la fonte même. La surface 
supérieure de la cloche montre en trois endroits des aspérités. 
Ce sont sans doute les marques laissées par les jets de fonte; 
on les distingue bien sur la^?^. là a. La cloche donne un son 
fort, agréable et profond quand on la frappe avec un objet 
métallique. C'est une vraie œuvre d'art du fondeur, et la fa- 
brication du moule n'a certainement pas été la chose la plus 
facile, étant donnés les éléments dont disposaient les auteurs. 
Le moule extérieur a été divisé en deux valves, comme on 
peut le voir par les traces de leurs joints sur la cloche. Il est très 
probable que ce moule et son noyau étaient faits en terre cuite, 
comme le moule de la hache à oreilles que nous avons repro- 
duit y?^. 16. 

On connaît une vingtaine de ces cloches, toutes provenant 
de la région diaguite, particulièrement de la Vallée Calchaquie 



LA PAYA. 231 

et de la Quebrada de las Conchas. Ambrosetti (29, p. 260) en men- 
tionne une qui avait élé achetée à bijuy, mais, comme il le dit, 
il est probable qu elle avait dû y être apportée. J'ai acquis 
d'un Indien d'Abrapampa (Puna de Jujuy) un grand fragment 
d'une cloche de ce genre ^'^ dont la partie supérieure intacte a 
o"2 de longueur sur o'^oy de largeur maximum, presque 
le double de la cloche/^. 14. La moitié inférieure, y compris le 
bord, avait été séparée à coups de ciseau pour en extraire de l'or, 
car les Indiens croient que le cuivre des antujiios contient tou- 
jours beaucoup d'or. Je fus tout surpris de rencontrer sur le haut 
plateau une de ces cloches caractéristiques des Vallées Calcha- 
quies, et je fis une enquête pour savoir le lieu exact où elle avait 
été trouvée. D'après les renseignements des habitants de l'en- 
droit, elle avait servi pendant longtemps de cloche à fécole du 
village et elle proviendrait d'un emplacement de vieux murs 
en j)irca qui existe près d'Abrapampa. Mais un vieil Indien, 
s'étant alors présenté , me raconta que son père l'avait trouvée 
à Molinos, dans la Vallée Calchaquie, au cours d'un voyage 
qu'il y avait fait; les Indiens avaient pris leur repas près de 
cette localité, non loin de la haute berge d'une rivière dont 
l'eau avait emporté des blocs de terre, mettant ainsi la cloche à 
découvert. Cet incident prouve qu'il ne faut jamais se lier aux 
renseignements donnés par les paysans sur les objets archéo- 
logiques qu'ils vendent; l'authenticité de la provenance des 
pièces ainsi acquises est toujours suspecte et peut parfois causer 
de grandes confusions dans les études archéologiques. 

La cloche de Lapaya est ornée d'une bordure composée de 

C' Ce fragment porte sur le tableau On voit que cette analyse coïncide 

d'analyses chimiques le n" 2 3, et la cloche prescpie avec celle faite à Paris , et les 

de Lapaya, le n° 24. Un morceau du frag- petites diiïérences peuvent s'expliquer 

ment que j'avais donné à M. Ambrosetli parfaitement par le manque d'homogé- 

(29, p. ^6/1) a été analysé par le D' .1. J. néité du métal des diflérentes parties do 

Kyle, de Buenos-Aires ; l'analyse a donné : la cloche. 

- . M, Ambrosetti donne l'échantillon ana- 

Cuivro qi.2n. loo i ^ i- i- 

Y^^\^ C lysé comme provenant de Lachi, au lieu 

Fer.. . ! ........... ..^. traces. ^le Molinos, et je saisis cette occasion pour 

OxygÎMi(> anhydre rlp.itrs. 2.8 p. 100 rectifier l'erreur. 



232 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

lignes courbes formant une rangée d'ellipsoïdes, dont chacune 
contient un autre ellipsoïde plus petit. Au Musée national de 
Buenos-Aires , on voit une autre cloche avec le même décor, 
figurée par Ambrosetti (29, p. 259, 264, fig. 66 e), mais tous les 
autres spécimens connus portent une ornementation diffé- 
rente, dont le motif principal est cette face humaine rudimen- 
taire faite de lignes courbes et droites, décor très commun 
des objets préhisjDaniques de la région diaguite et du Pérou, et 
dont la plaque d'or de Golgota, fig. 53 a, et le fragment de 
poterie, y?^. 2n, donnent des exemples. 

Comme nous l'avons déjà dit, tous les spécimens connus de 
ces cloches en cuivre proviennent des vallées calchaquies. 
Ils se ressemblent tous comme forme et comme fabrication, et 
aussi dans le style de leur décor, excepté les deux spécimens 
à bordure d'ellipsoïdes. Seules les dimensions varient dans de 
notables proportions : de o°'32 à o™i 1 de hauteur. Ces cloches 
seraient donc exclusivement propres à la région diaguite, ce 
qui donnerait l'indice d'une industrie spéciale à cette région. 
Mais M. Sénéchal de la Grange a trouvé à Calama, loin des 
vallées diaguites, plusieurs cloches en bois du même modèle 
que nos cloches en cuivre. Une de ces cloches en bois est 
figurée plus loin, dans le chapitre consacré à la description de 
la collection de Calama. Les habitants des confins du Chili et 
de la Bolivie avaient donc des cloches tout à fait de la même 
forme, et très probablement dans un avenir prochain on trou- 
vera aussi des cloches en métal en Bolivie ou au Pérou. 

Outre les objets déjà décrits, notre collection de Lapaya 
comprend trois de ces petits ciseaux en cuivre, si communs 
dans toute l'Amérique. L'un d'eux est donné par lâfig. 13 h; il 
a o^ilxi de longueur, o"'oo3 d'épaisseur maximum, et son 
tranchant, qui est bien affilé, a o"oi4 de largeur. 

A la collection exhumée par M. Martinez appartiennent deux 
objets en cuivre dont on ne trouve pas d'équivalents dans la 



LA PAYA. 233 

collection de la Mission Française. Le premier est une superbe 
hache emmanchée, d'une forme assez rare. L'extrémité du 
manche cylindrique en bois est adaptée à la hache de la même 
manière que nos haches communes, c'est-à-dire que l'extré- 
mité du manche passe par un trou laissé dans la masse de la 
hache lorsqu'on l'a fondue. M. Ambrosetti (22, p. 120) reproduit 
cette hache qu'il prétend être une « hache de commandement » , 
uniquement par suite de la présence d'une sorte d'appendice 
en forme de crochet que l'on voit sur son bord antérieur. 
M. Ambrosetti a donné aux pièces qu'il considère comme 
des « haches de commandement » le nom araucan toki, parce 
que les haches servant d'insignes aux chefs araucans portaient 
ce nom. Il me semble tout à fait arbitraire d'appliquer des 
noms araucans à des objets qui n'ont aucun rapport avec les 
Araucans. La seconde des pièces particulières à la collection 
Martinez, figurée aussi par M. Ambrosetti (22, p. 126; 29, p. 255, 
i'ig. 62 e), est une de ces curieuses manoplas dont nous avons parlé 
page i36. 

Le tableau inséré à la fin du présent ouvrage donne des 
analyses chimiques de la cloche, de la hache à oreilles, d'un 
ciseau, de l'une des petites boules de libes, d'un fragment de 
plaque et d'un autre fragment de couteau, tous appartenant à la 
trouvaille de Lapaya. Le premier des fragments provient d'une 
plaque fondue, de forme rectangulaire, et le deuxième d'une 
pièce mince à tranchant un peu courbe, peut-être un couteau 
ou une hache à pédoncule central. 

Objets en bois. — Une timbale en bois est représentée en 
photographie à gauclie sur \3if1g. 17 ; k droite, elle a été dessinée 
pour montrer son décor, trop effacé pour être visible sur la 
photographie, mais assez clair cependant pour m'avoir jx'rinis 
d'en reconstituer tous les détails. Ce vase a o'" 108 de hauteur, 
o"" 1 20 de diamètre maximum et son fond o'" 092 de diamètre. 
Il est laqué en trois couleurs; il a d'abord été peint tout entier 
en brun; cette première couche est représentée sur le dessin 



23't ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

par un ton grisâtre. Sur cette couleur on a appliqué le noir et 
le blanc qui forment l'ornementation; celle-ci est uniforme 
autour du vase, c'est-à-dire que sa partie inférieure aussi bien 
que sa partie supérieure se composent chacune de six carrés de 
deux différents dessins qui alternent. A Lapaya on a trouvé 
deux timbales exactement pareilles. 

Le D"" Hamy (160, pi. xi., fig. ii5, 116) représente deux de ces 
timbales,des grottes sépulcrales de Pisac, à cinq lieues au nord 
de Cuzco. Elles sont un peu plus grandes que celles de Lapaya 
et décorées aussi de laques polychromes, mais elles représen- 
tent principalement des fleurs et des personnages avec peu de 
motifs géométriques. La Mission Française a rapporté de Tiahua- 
naco une autre timbale en bois laqué, avec des dessins poly- 
chromes du même style que ceux des vases de Pisac. Sur cette 
timbale, on a peint, outre des ornements géométriques et des 
fleurs, deux Indiens, l'un avec trois plumes dans sa coiffure et 
l'autre portant un bouclier carré. Les vases exactement de la 
même forme, mais en terre cuite, sont communs àTiahuanaco; 
la Mission Française en a rapporté plusieurs spécimens avec le 
décor si typique de cette localité. Au Musée royal d'ethnographie 
de Berlin, il existe un exemplaire de bois laqué, de Casabindo 
(Puna de Jujuy), rapporté par le D"" Max Uhle. Dans une grotte 
funéraire de ce même endroit, la Mission Suédoise de 1901 
trouva deux timbales en bois avec des ornements géométriques 
gravés, au lieu de décorations en laque. Le comte von Rosen 
(316,pl. ix) donne la figure de l'une d'elles. M. Ambrosetti (23, 
p. 67, 68,%. 5i) figure aussi trois timbales en bois provenant de 
Cochinoca, près de Casabindo. Elles ont la même forme que 
notre timbale de Lapaya, bien que plus petites, mais ne sont 
pas laquées; fune d'elles est décorée de bordures gravées 
comme les petits Ynsesficj. 18. Les timbales ornées de fleurs sont 
probablement plus modernes que celles qui portent un décor 
géométrique de style péruvien. 

Les \a.sesfig. 18 , également en bois, ont o"' o65 de hauteur 
eto"o5o de diamètre maximum. Celui qui est marqué a n'a 



LA PAYA. 235 

aucun décor, mais ceux qui portent les lettres h et c ont les 
bordures inférieure et supérieure gravées, très simjolement 
comme les figures le démontrent; ils sont parfaitement égaux 
et forment une paire. 

Parmi les autres objets en bois provenant de Lapaya sont 
de grands outils en forme de couteaux, d'un type que j'ai ren- 
contré dans la Quebrada del Toro. L'un de ces couteaux, bien 
conservé, a presque la forme et les dimensions de celui de 
Morohuasi représenté par ^Sifig. 74 e. 

Un fuseau en bois très dur est donné par la ficj. 13 d. La 
fusaïole ressemble comme forme aux fusaïoles du Pérou, dont 
M. Wiener (377, p. 45) donne une série de figures, mais diifère 
des fusaïoles communes dans la région diaguite qui ont presque 
toutes la forme d'un disque ou d'un cône. 

Objets en os. — Un topo, très bien travaillé, orné d'une tête 
d'oiseau, à bec très grand, est donné par Isl/kj- i»5 a. 11 a o"' 1 5 i 
de longueur, sans compter la pointe qui est brisée. La tête est 
semblable des deux côtés. Les yeux sont formés d'un cercle 
avec un point au centre; à la base de la tête, de chaque côté, 
se trouvent huit autres cercles avec points centraux. Les cercles 
et les points sont gravés et noircis au feu. Parmi les objets de 
Lapaya que j'ai cédés au Musée national de Buenos-Aires se 
trouve un autre topo en os, exactement pareil au spécimen 
que nous venons de décrire, excepté la tête qui représente une 
effigie humaine sculptée, de style tout à fait péruvien. 

La pointe de ùèchefifj. ie5 /f a o"" i 27 de longueur et elle est 
formée de la partie centrale, face antérieure, d'un métatarsien 
de lama. L'os a été coupé longitudinalement et a été gratté 
jusqu'à ce qu'il eût la forme voulue. Mais on peut toujours re- 
connaître sa surface naturelle sur l'axe cenlrnl , des deux côtés. 
Le côté de la flèche qui correspond à la moelle est plat; celui 
correspondant à l'extérieur de l'os est courbe. Ces flèches en os 
sont assez communes dans la l'égion diaguite, et le D'MaxUhle 
en a rencontré, d'après M. Seler (327), à Gasabindo, Puna de 



236 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Jiijuy. M. Uhle a trouvé ensemble fies flèches à jDointes en os 
et à pointes en silex, ce qui démontre que les deux sortes sont 
contemporaines. M. E.-H. Gigiioli (144, p. 2^2) mentionne aussi 
deux grandes jDointes de flèche en os, de sa collection, qui 
probablement sont de même sorte que celles que nous avons 
décrites. Elles proviennent de Sanagasta (La Rioja). 

hdifig. 13 i, j montre deux pointes de flèches en os d'une 
autre forme, très rare. Ces pointes, de o°'o65 de longueur et 
3 millimètres d'épaisseur seulement, sont faites d'un os très dur 
et sont polies d'une manière très spéciale. Elles sont presque 
identiques comme forme à certains os des grands siluriens du 
Rio Paranâ, et j'ai cru d'abord que c'étaient en effet des os de 
poisson, importés de la région fluviale. Je fus ainsi amené à 
soumettre l'une de ces pièces à l'examen microscopique de 
M. le professeur Vaillant, mais il obtint un résultat tout autre : 
le microscope démontra que ces pointes étaient faites d'un os 
long de mammifère, probablement de lama. Les Indiens ont dû 
exécuter un travail de longue haleine pour pouvoir obtenir de 
l'un de ces os des flèches aussi minces. 

M. Ambrosetti (22, p. 128) a figuré sept flèches en os de la 
collection Martinez. Elles sont larges et plates comme celles 
que nous avons décrites, mais elles varient quant à leur forme 
et à leur longueur. M. Ambrosetti les suppose fabriquées de 
côtes de huanaco, de lama ou de vigogne, ce qui n'est guère 
vraisemblable, car la structure spongieuse des côtes rend ces 
os peu aptes à fabriquer des pointes de flèches. Sans doute, 
ces pointes sont faites, comme les nôtres, avec des os longs. 

Objets en pierre. — La hache, y?^. 19, en grès très dur, 
bien polie, a, comme les haches typiques de la région diaguite 
[fixj. 5), sa gorge formée par une rainure qui n'entoure pas 
toute la hache, mais cesse sur l'une de ses faces étroites. Cette 
hache a o"" i3o de longueur, o^^oS/i de largeur maximum, 
o°°0/45 d'épaisseur maximum et pèse 896 grammes. 

Le petit vase en stéatite,^^. 13 m, a o'"o44 de hauteur et 



LA PAYA. 237 

o™o33 de diamètre; il est d'une couleur blanc jaunâtre et pro- 
fondément creusé. 

La ficj. 13 h représente une série de perles cylindriques de 
turquoise, couleur vert pomme. La perforation de ces pièces 
d'enfdage a été, d'après la méthode générale des peuples primi- 
tifs pour perforer les pierres, opérée des deux côtés, probable- 
ment en faisant tourner sur la pierre un petit bâton avec du 
sable mouillé au bout. Le trou est plus étroit au milieu et 
forme deux cônes qui se rencontrent par leurs sommets. 

Céramique. — La poterie de Lapaya est très variée comme 
forme, qualité, pâte, style et décor. On peut y distinguer : 
i'' grands vases à parois très minces, d'une pâte fine, grisâtre 
ou rouge pâle, décorés avec de la peinture noire; 2° poterie 
fine, compacte, rouge, lustrée, absolument identique à un cer- 
tain type de poterie péruvienne; 3" poterie noire, engobée avec 
de la plombagine, très bien lustrée; 4° poterie mince, de pâte 
noirâtre, riche en mica; 5° poterie grossière de diiférentes 
pâtes. Il est rare de trouver dans une même fouille autant de 
différentes sortes de poterie. 

A la première catégorie appartiennent plusieurs vases d'une 
forme se rapprochant plus ou moins de celle de ces vases dits 
« aryballes » , qui caractérisent la céramique péruvienne et sur 
lesquels je reviendrai page 296. 

Le \asefi(j. 22 est d'une pâte rouge pâle, àpatine rouge foncé, 
presque brune. Les ornements peints en noir commencent à 
la base du goulot par une bande réticulée diagonalement; la 
zone qui suit est composée de grecques alternant avec d'autres 
dessins très effacés; dans la troisième et la quatrième zone, on 
a formé, au moyen de triangles peints en noir, des bandes 
ondulées de la couleur du vase; la première de ces bandes 
ondulées est couverte de petites figures, surtout d'une espèce 
de trident. Une tête de lama, de o™02 5 de hauteur, en relief, 
est placée d'un côté du vase au-dessous du goulot. Au lieu de 



238 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

se terminer en pointe comme les vrais aryballes, ce vase a un 
fond plat de 0^07 de diamètre, de sorte qu'il peut se tenir 
debout sans support. Il a ©""SgÔ de hauteur et o"" 2o3 de dia- 
mètre maximum à la panse. 

Un autre vase, dont je ne donne pas la figure, est de la même 
pâte et de la même couleur, presque de mêmes forme et di- 
mensions, mais il n'a pas de tête de lama en relief et les zones 
horizontales sont ornées de spirales ressemblant à celles des 
xâsesfig. 23 et 24, bien que tracées avec des lignes plus fines. 
Ce vase se termine dessous en pointe. Un vase exactement de la 
même forme, avec une tête de lama en relief et provenant de 
Tarija (Bolivie) , est figuré par M. von Rosen (316, pi. vu). 

Les deux vases ^^. 23 et 2â sont en pâte grisâtre très fine, 
mélangée de mica très pulvérisé. La patine est jaunâtre; le 
décor peint en noir forme, sur le premier de ces vases, deux 
et, sur le deuxième, trois bandes horizontales composées de 
volutes assez compliquées, bien qu'elles ne soient pas tracées 
avec beaucoup de régularité. Le premier vase a o™385 de 
hauteur et 0°" 290 de diamètre maximum à la panse , le second 
o"" 3 75 et G™ 290 respectivement. 

Le \3ise fig. 21 se rapproche davantage des aryballes. Il a 
0°" 38 de hauteur et o'"2 6 de diamètre maximum à la panse. 
Sa patine est jaunâtre, sa pâte rouge pâle, avec beaucoup de 
mica. Il se termine dessous en pointe, et il est pourvu d'un côté 
d'un petit mamelon au-dessous du goulot. Des ornements géo- 
métriques peints en noir occupent un côté du vase seulement; 
l'autre côté n'a, en fait de peinture, que celle du goulot. 

Dans la collection de Lapaya publiée par M. Ambrosetti (22, 
p. i33- 139) , plusieurs vases ressemblent comme forme et comme 
décor à ceux que je viens de décrire. La poterie de ce style 
occupe la première place à Lapaya, ce qui est curieux, parce 
que le décor n'appartient pas du tout à la région dioguite. 

A la même catégorie de poterie que les vases décrits ci-dessus 
appartiennent aussi plusieurs petits plats ou écuelles. La mieux 
décorée est celle de la ficj. 25 qu'on voit d'en haut et de côté. 



LA PAYA. 239 

Cette écuelle a o™2 de diamètre; elle est d'une pâte fine, 
rouge pâle, à patine rouge. Le décor peint en noir montre 
les mêmes petites figures tridentées que le vase fuj. 22 et, à 
l'extérieur, les volutes du vase ficj. 24. Les mêmes volutes se 
rencontrent dans quatre petites écuelles, dont deux sont 
données par les ficj. 27 h et 28 h, mais elles n'ont aucun décor 
intérieur; la pâte defune d'elles est jaunâtre, celle des autres, 
rouge pâle. 

Dans la première catégorie se range encore le platy?^. 29 de 
o'" 1 70 de diamètre, en pâle rouge pâle et patine jaunâtre, dé- 
coré de peintures noires et d'une tête rudimentaire de canard 
formant anse. Le petit plat /^. 28 j, de o^^ogy de diamètre, 
est d'une couleur rouge vif avec une bordure intérieure de 
grecques en noir et une bordure extérieure composée d'une 
sorte de points d'interrogation horizontalement renversés. 
L'anse est une tête de lama bien modelée avec cou perpendi- 
culaire, garni d'un collier peint en noir. Le petit \a.sefig. 28 f 
est d'un ton plus brun que les autres, très brillant, avec des 
ornements géométriques en noir. Deux petits vases presque 
de mêrnes (orme et décor, fun provenant de Fuerte Quemado 
et l'autre de Loma Rica (Vallée de Yocavil), sont figurés par 
MM. Liberani et Hernândez (217, pi. 22, ^?.?^) et par M. Ameghino 
(32,1, p. 539,fig. 333, 336). 

La deuxième catégorie de poterie de Lapaya est représentée 
seulement par la tasse dont un grand fragment est donné fi(j. 26. 
Elle a o"'o75 de hauteur et le diamètre a été de o'" 120. La 
pâte est très hne et compacte, très rouge, et fengobe égale- 
ment d'un rouge brillant. Le décor est une borduie en trois 
couleurs : blanc, noir et vermillon. Cette bordure est com- 
posée d'une bande blanche en haut, puis d'une bande noire 
ornée d'une lii»ne blanche brisée, et enfin (fune troisième 
bande divisée en carrés de deux sortes alternant entre eux : des 
carrés remplis de triangles noirs et blancs et des carrés blancs 
avec des raies perpendiculaires couleur vermillon. Cette pièce 



240 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

est identique comme forme, dimensions, pâte, couleur, décor, 
à une tasse du Musée national de Montevideo, provenant de 
Guzco. Les deux tasses sont tellement pareilles qu'on les confon- 
drait, si notre tasse de Lapaya était entière. Il n'est guère pos- 
sible que cette pièce ait été fabriquée à Lapaya; certainement 
elle y a été introduite du Pérou. 

A notre troisième catégorie correspondent les deux vases 
fig. 21 (j et h; le premier a o"" 1 3o de hauteur et o°' 1 20 de dia- 
mètre maximum à la panse; le deuxième, o™i5o et o""! 26 res- 
pectivement. Ces vases sont très bien engobés avec de la plom- 
bagine fort noire, ce qui leur donne un joli aspect très brillant. 
Les vases de cette forme ne sont pas rares dans toute la région 
andine. Le Musée du Trocadéro en possède un , de couleur rouge 
brun, de la République de l'Equateur (n*' 9766 du catalogue). 

Les vases à piedy?^. 28 aei c forment notre quatrième caté- 
gorie. Ils sont d'une poterie noirâtre , riche en mica, bien cuite, 
de pâte homogène, sans patine. Chacun de ces vases présente, 
du côté opposé à l'anse, près du bord, deux petits mamelons 
circulaires avec un petit creux au centre. On les voit bien sur 
^^jî(]' 28 a. Le vase a a o"'i35 de hauteur et o™o85 de dia- 
mètre intérieur à l'ouverture; le vase c, respectivement o™i8o 
et 0°" 1 12. Notre collection de Lapaya comprend un troisième 
vase de cette forme, et M. Ambrosetti (22, p. 132) en mentionne 
trois autres trouvés par M. Martinez. M. Ambrosetti (23, p. 56, 
lig. /i3fl) ligure aussi un de ces vases originaire de Cochinoca, 
sur le haut plateau, et M. Ameghino (32; i, p. 538; pi. xf,%. 33o), 
d'après MM. Liberani et Hernândez (217, pl. i3), un autre, de 
Loma Rica. M. Médina (234,%. 182) en donne un autre de Frei- 
rina, entre Copiapé et Coquimbo (Chili). Le D"" Hamy (160; 
pl. XXXIV, fig. 108) représente un vase de la même forme, avec un 
couvercle, trouvé à Copacabana par M. Théodore Ber. Ce vase 
a cependant une petite anse à l'endroit où sont situés les ma- 
melons sur ceux de Lapaya. D'autres vases de la même forme. 



LA PAYA. 241 

d'ïnfaiîtas (Pérou) et de l'île de La Plata (Equateur), sont 
figurés par MM. Wiener (377, p. 597) et G. A. Dorsey (119, p. -^58. 
lig. /n). Celui de l'île de J^a Plata est pourvu d'un couvercle. 
Deux autres spécimens de la République de l'Equateur ont été 
publiés par M. Anatole Banips (50 . [). 1 1 7. 1 u5 : pi. vm , fi-, -i , ii xvi, % 5). 
L'un de ces vases provient d'Imbabura, au nord de Quito. 
Enfin un dernier spécimen a été rapporté récemment par le 
D' Rivet, de Cuenca (Equateur). Les spécimens deCopacabana 
et de l'Equateur sont d'une fabrication plus perfectionnée que 
ceux de la République Argentine. 

La cinquième catégorie de poterie de Lapaya consiste en 
pièces de différentes formes et structure, toutes d'une fabrica- 
tion plus ou moins grossière. Les pâtes, noires, grises, rouges, 
plus ou moins riches en mica, sont différentes dans les diverses 
pièces, ce qui semble démontrer qu'elles ont été fabriquées 
en des localités distinctes. Les vases fi(j. 27 a et cl offrent les 
striures très visibles d'un racloir à dents, tandis que les écuelles 
ficj. 281), d, c,cj, i sont relativement lisses; une ou deux d'entre 
elles ont f intérieur engobé avec de la plombagine. L'écuelle </ 
est pourvue d'une anse en forme de tête d'oiseau. 

L'écuelle y?^. 28 c et ,9(^ a o"" 2 20 de diamètre maximum; son 
fond plat, de o'"ioo de diamètre, a été posé sur une claie de 
vannerie pendant le moulage. La fnj. 28 e montre cette écuelle 
au tiers de sa grandeur naturelle; la//^. ^W reproduit la même 
écuelle à la moitié de la grandeur naturelle et vue du dos, pour 
montrer les empreintes de la vannerie sur le fond. 

Le gobelet à une anse, Jig. 27 c, mérite une mention spéciale. 
11 a o™ i5o de hauteur et o'" io3 de diamètre à l'ouverture. La 
pâte est grisâtre, sans engobe et sans patine; la surface est lisse. 
Cette forme, tellement rapprochée de celle de certains objels de 
poterie moderne, est rare dans farchéologie sud-américaine. 
M. Ambrosetti (23, p. 57-68, fig. 43 a) donne la figure d'un gobelel 
de cette forme, de Cocbinoca, et j'ai vu dans les groltes funé- 
raires de Sayate des fragments de vases semblables. Le Musée (bi 
I. 16 



242 ANTIQUITÉS ])E LA RÉGION ANDINË. 

Trocadéro ne possède pas de spécimens de ce type d'aucune 
localité de l'Ainérique. 

A la poterie gi'ossière nous devons ajouter aussi la petite 
pièce y?^. 27 f, qui a peut-être servi de lampe. Son diamètre 
maximum est de o" i o5 , et celui de l'ouverture, de o"'02 5 ; elle 
est d'une pâte rougeâtre, jaune à l'extérieur, avec une bordure 
peinte, maintenant presque effacée. La pièce //</. 27 c est faite 
de la même sorte de poterie. Ayant, comme la précédente, des 
bords recourbés vers le centre, elle est peinte avec une rangée 
de grecques noires, d'une exécution très imparfaite, d'ailleurs. 
L'ouverture, de o"'o63 de diamètre, s'entoure de deux bras 
humains en relief, rudement modelés, et se terminant chacun 
par trois doigts. Au milieu de la ligne en relief formée par ces 
bras, il y a une cassure où devait être j)lacée une tête qui sûre- 
ment correspondait aux bras. Les deux pièces que nous venons 
de décrire ont beaucoup d'analogie avec la céramique commune 
du département de Sauta Alaria. 

Coquillage. — Une valve de Pecten piirpiiratus , Lmck. [fig. 20 ) , 
a été trouvée avec les objets que nous avons énumérés. C'est 
une espèce marine qui vit dans le Pacifique. Comme les autres 
coquillages, par exemple les Oliva, que livrent les tombeaux 
(le ces régions, ce Pecten est une nouvelle preuve des rela- 
tions entre les divers peuples préhispaniques de l'Amérique 
du Sud. 

Une monnaie romaine. — Parmi les objets que M. Delgado a 
déterrés à Lapaya, il se trouve une monnaie romaine en bronze, 
à l'effigie de l'empereur Constantin le Grand(3o7-337 de notre 
ère)^'^ D'après Delgado, cette monnaie fut rencontrée à i*" de 

''' La monnaie porte le buste casqué sur lequel sont inscrits les mots : VOT ' 

de l'empereur à droite et autour Tinscrip- P • R* ( Vola Popiili Romani). A l'exergue, 

tion : IMP- CONSTANTINVS AVG- la m.arque d'atelier. M. Babolon, membre 

Au revers : VICTORIAE LAET* de l'Institut et conservateur du Cabinet dos 

PRINC' PERP* avec deux Victoires médailles de la Bibliothèque nationale, a 

tenant, au-dessus d'un autel, un bouclier bien voulu déterminer cette monnaie. 



LA PAYA. 243 

profondeur, cesi-à-dire à. 2°" au-dessus des objets que nous 
\enons de décrire. Bien que la présence de cette monnaie soit 
tout à fait surprenante, je n'ai aucune raison de douter de la 
véracité des informations de M. Delgado sur les circonstances 
dans lesquelles elle a été trouvée, Delgado n'avait pas les con- 
naissances nécessaires pour comprendre la valeur de la monnaie 
trouvée au cours de ses fouilles dans des ruines préhispaniques. 
Il n'y attachait aucune importance, et il me l'a jnontrée tout 
naïvement comme une monnaie des gcntiles, en exprimant 
son regret que ceux-ci n'aient pas enterré aussi des monnaies 
d'or. Les paysans, d'ailleurs, ont en général la croyance que 
les Indiens préhispaniques avaient de la monnaie. On trouve 
quelquefois dans ces régions des pots, remplis d'anciennes 
monnaies d'or et d'argent, enterrés par les premiejs Espagnols, 
et les paysans croient toujours que ces trésors ont appartenu 
aux (jenliles. 

De nos jours, il n'y a sûrement personne dans la Vallée 
Calchaquie qui fasse des collections numismatiques. Il est im- 
230ssible qu'une monnaie romaine soit arrivée à Lapaya du lait 
d'une collection. 

La patine de la monnaie est semblable à celle des outils pré- 
hispaniques en cuivre que nous avons décrits, ce qui confirme 
la déclaration de M. Delgach) (ju'il l'avait trouvée enterrée au 
même endroit que les outils. 

Naturellement je suis loin de croire que cette monnaie 
romaine soit arrivée dans la Vallée Calchaquie avant la con- 
(juête espagnole et (ju'elle ait appartenu aux propriétaires pré- 
hispaniques des trésors de Lapaya. Vraisemblablement, c'est 
un des premiers Espagnols parvenus dans la région qui l'a 
perdue en fouillant le sol de la maison de Lapaya. Elle y est 
restée jusqu'à ce que les chercheurs modernes de trésors l'aient 
découverte. En tout cas, la trouvaille de cette moiiiKiic n'est 
pas dépourvue d'intérél, parce qu'elle constitue un souvenir 
de la présence des Européens dans la Vallée CalclKupiic à une 
épofjue reculée. 

iG. 



244 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

Résumé. — Les renseignements de M. Delgado consignés au 
commencement de ce chapitre démontrent que les pièces exliu- 
mées dans la construction princij^ale des ruines de Lapaya ne 
faisaient point j^artie d'une sépulture. Ces nombreux et beaux 
objets en métal et en poterie fine constituaient sans doute, à 
répoc[ue prélîisjjanique , pour teur valeur intrinsèque et pour 
leurs mérites artistiques, un Yérital)le trésor. Mais ce trésor, 
pourquoi fa-t-on enterré dans cette maison ? Je ne peux m'ex- 
pliquer ce fait que par fliypotlièse d'une cachette. Les pro- 
priétaires auraient dissimulé leurs richesses sous le sol de leur 
habitation, pendant quelque rébellion des Diaguites contre 
leurs sauverains péruviens ou peut-être à fentrée des Espagnols 
dans le pays. 

Plusieurs pièces appartenant à ce trésor sont nettement pé- 
ruviennes. Ainsi les aigrettes en or et un bon nond3re de pote- 
ries, parmi elles la tasse y?^. 26 , les vases aryballoïdes , les vases 
à ipiedficj. 28 a, c et les vases noirs lustrés y?^. 27 (j , h. Au 
contraire, la cloche est une pièce caractéristique de la métal- 
lurgie diaguite, et quelques pièces de poterie, des moins im- 
j)ortantes, comme celles représentées y/^/. 27 c, f, rappellent 
la céramique commune de la Vallée de Yocavil. Mais les pièces 
de type péruvien offrent un ensemble si bien défini, qu'on 
est tenté de se demander si elles n'ont pas été importées de 
Cuzco dans la Vallée Calchaquie. Cette hyj)othèse est cor- 
roborée par la position de Lapaya sur la route incasique cpii 
menait au Chili. Il n'est pas du tout invraisemblable que le 
trésor de Lajoaya ait appartenu à fun des représentants de 
rinca qui aurait apporté avec lui, du Pérou, un certain nombre 
de bijoux et d'ustensiles, et qui aurait acquis, pendant son 
séjour en pays diaguite, d'autres objets de valeur provenant 
de findustrie locale. 

M. Ambrosetti attire fattention sur la similitude existant 
entre j)lusieurs poteries de Lapaya et d'autres exhumées à 
Freirina, entre Copiapô et Cocjuimbo (Cliili). En effet, comme 
nous l'avons dit, un vase à j)ie(\, pareil à ceux de Lapaya, a 



LA PAYA. 245 

été trouvé à Freirina, et l'on constate aussi des analogies frap- 
pantes entre rornementation de quelques-unes des poteries de 
Lapaya et celle d'un petit vase de Freirina, figuré par M. Mé- 
dina (234, fig. i65) et reproduit par M. Ambrosetti (22, p. 189, iig. 35). 
Les volutes doubles de nos pièces fuj. 23 , 24, 25 et 27 b se 
retrouvent à l'extérieur de ce vase qui, à l'intérieur, présente 
les mêmes petites ligures tridentées que nos poteriesy?^. 22 et 
25 et que plusieurs pièces reproduites par M. Ambrosetti [ibid., 
fig. 20-26). Le signe noir terminé des deux côtés par des cornes 
recourbées qu'on remarque sur le platy/(/. 25, dans le secteur 
à droite en bas, se retrouve aussi sur la pièce de Freirina. Ce 
signe se voit encore sur trois des poteries de Lapaya publiées 
par M. Ambrosetti (fig. 20, 22. 20), où il se complète de manièi-e 
à former une sorte de ligure d'oiseau. Eidin la pièce de l''n;i- 
rina montre un autre genre d'oiseau que répètent deux des pote- 
ries publiées par Ambrosetti (fig. 21, 2/1). Ces analogies si notables 
dans le décor de certaines céramiques de Laj)aya et d'une 
poterie du Chili ne peuvent pas être l'œuvre du hasard. Toutes 
ces pièces furent sans doute fa])riquées au même endroit et 
peut-être par le même artiste. Dans cette rencontre, M. Ambro- 
setti veut voir une preuve, même une évidence, que les do- 
maines des « Calchaqiiis » s'étendaient jusqu'à la partie centrale 
du Chili. Cette hypothèse est vraiment trop subtile. Nous pré- 
férons admettre que quelques-unes des poteries péruviennes 
de Lapaya furent transportées le long de la route des Incas jus- 
qu'à leurs possessions chiliennes. Du reste, presque toutes les 
pièces provenant de Freirina sont de pur type péruvien. Toutes 
concourent à justifier l'opinion du D"" R. A. Philippi 286) sui- 
vant lequel « toutes les poteries décorées ou de formes arlisti- 
(pu's trouvées au (]hili sont d'origine péruvienne ou au moins 
(les imitations de modèles ])éru\iens ». f^es statuettes eu or 
et en argfMit, exhumées des sépultunvs de Freii'ina et figurées 
par M. Vledina (234, fig. i38-x42), sont aussi absolument caracté- 
risticpics (le l'art péruvien, soit comme forme et comme traits 
des j^jersounages repré.sentés, soit comme tcchnicpie. Ces sta- 



2'4r) ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

tuettes prouvent jusqu'à l'évidence l'origine péruvienne des 
sépultures de Freirina. 

M. Martinez et son Maître-Jacques avaient présenté à M.Am- 
brosetti une molaire de cheval actuel, qui d'après eux accom- 
pagnait les objets qu'ils ont exhumés. Si cette dent figurait 
vraiment dans le matériel de Lapaya, elle indiquerait que la 
cachette n'est pas 23réhispanique, ce qui est possible. Mais 
l'authenticité de cette dent est extrêmement douteuse. Mes com- 
pagnons de voyage de 1902 m'assuraient que c'était « une dent 
du cheval de Don Diego de Almagro, tombé dans la bataille 
de Chicoana » ! 



Pi.. VT 




I-'ig. ,;•,. — Lii|)iiy;i. 01)jols en or (c, /", </) ; en cuivre (/'. C /, n, n]; on os [a, i. j. h] 
cil bois ((/); en pierre (A. m). — i/i gr. nal. 



Pl. vn. 




F.Lr. ./,.- 



liipaya. C.loclie, liaclic à oi'cilli's ri liacli 
1,.) irr. liai. 



|ic(lcini'lllr irlilrjil ; en cillM 



Pl. vm. 




l'Ii;. iT). — a. Ilaolio on cuivre, à pcdonciilfi roiUral , Pininimclirc. Cliiclayi) (riiiim'i ,. — 
.■')/i 1 m'. liai. — /). Modèle ancien, on ciiivi'C, do liadio à oreilles, emnianclié. liaiil-Péron. 
()ri^inal à Madrid; moulage au Trocadéro. — 1/2 gr. nal. 




Kii:. il'.. — 



San {''ernando ( Relen , (',alainarca\ ironie en lerre mile pmir cniil 
des liaclios à oreilles. — \ ■> iri". nal. 



Pl. L\. 




Fig. 17. — Lapaya. Tiinhalr en l)ois laqué et rpronsliliilion de smi dessin. — i/'j <j,v. nat. 




a b 

Fig. 18. — Lapaya. Pclitcs (inihales en l)oi.s 



3 o «jr. nal. 





Fig. 1 (J. — I,a|)a\;i. Iliiclic ilc j> 
1/2 gr. nal. 



Fig. 20. — • l^apaya. (i<i(|iiillc marine Pcctcn pur- 

puralus Liiik.) trouvée dans les iiiines. 

1/2 gr. nal. 



Pl. X. 




Fig. 2 1. — Lapaya. N'ase arybalhjïde. — i/4 gr. iia( 




Fig. 22. — Lapaya. \ aso en Inic ciiile. — i/3 gr. nal. 



Pl. XI. 




) 



Fig. 23. — Lapaya. Vase en terre ciiile. — 1//1 gr. nal. 




Fig. 24. — Lapaya. \ ase on Icrrc ciiile. — i/'i g 



V. liai. 



Pl. XII. 





Fig. 2 5. — Lapaya. Plal en terre cuite. — 1/2 t,n-. iial. 




Fig. 2(). — Lapava. Tasse en leri'e mit 



•iiite. — 1/2 gr. liai. 



Pl. XIII. 




'il,'. •}.-. — Lapava. l'olcrics. — i/3 gr. iial. 



I^i.. M\ 




Fig. '(S. - [.;i|)a\;i. Poteries. — i/'.\ gr. iial. 



Pi.. XV 




Fig. 29. — Lapaya. Plat en l(M-ri' mile. — 1/2 gr. nal. 




rig. 3o. — Lapaya. ilriicllc de la //</. 2S <■ . \nrscnlvc, par \r d"^ pour niciiilni- 1rs ciuprcinlc 
(le. vamici'ic du Ibiul. — 1/2 gr. iial. 



VALLÉE DE LERMA 



LA VALLEE DE LERMA. 

J'ai pris comme point de départ de mon voyage la ville 
de Salta où je suis arrivé de Buenos-Aires par chemin de fer. 
Cette ville est située dans la partie boréale de la Vallée de 
Lerma, à 24" àCV 20" latitude Sud et Gy" f\\' 33" longitude 
Ouest de Paris, à environ 1 ,200"' d'altitude au-dessus du niveau 
de la mer. 

La \ allée de Lerma a quelque 60"^'" de longueur du Nord 
au Sud et une largeur de gô"^"" dans sa joartie la plus large. Elle 
est encaissée de tous côtés entre d'assez hautes montagnes , der- 
niers contreforts orientaux de la Cordillère; à quatre ou cinq 
endroits seulement, ces montagnes sont traversées par d'étroits 
défilés permettant l'accès flans la vallée. Le plus large de cesdé- 
fdés est la Puerta de San Bernardo de Di'az, par laquelle on 
entre dans la Quehrada de las Couchas ou de Guachipas. Cette 
quebrada se dirige vers le Sud et aboutit dans la Vallée Calclia- 
quie près de Cafayate. 

Le sol de la Vallée de Lerma, comjDosé d'alluvions, est tout 
à fait plat, excepté dans les environs du village de Cerrillos, 
où quelques collines dressent leurs sommets d'une centaine de 
mètres de hauteur. 

Plusieurs petites rivières et torrents descendent des mon- 
tagnes dans la vallée où ils se réunissent et foiment le Puo 
Pasaje ou Juramento, qui quitte la Vallée de Lerma par une 
gorge, traverse les plaines argentines et va se jeter dans le Rio 
Paranâ sous le nom de Rio Salado. Les petites rivières creusenl 
parfois d'assez profonds ravins dans l'alluvion, formant ainsi de 
hautes berges nommées dans la langue du pays des barranras''^\ 

'"' Collo (oriTialion flo fondrières est lui a|)|)li<|uor un mol de la ferniinolo<,Me 

très particulière aux plaines irallnvions de géo(^Ma|)lii(|ui' ou <,'éolof,M(|ue française. 

rAmérique du Sud, et, en raison de ses Pour ce niolif, j a(l()|>lcrai donc le nom 

caractères particuliers, il est dilVKilc de du |>aN>: humuHii. 



250 



ANTIOI ITÉS DE LA RÉGION ANDTNE. 



Partout s'allongent d'anciens lits (le rivières, aujourd'hui à sec, 
renfermés entre des barrancas. On voit que les eaux ont souvent 
changé de cours, ce qui est très naturel étant données la sur- 
face plate et horizontale et la friabilité du sol. 

Le tableau suivant donne une idée du climat de la Vallée de 
Lerma. 11 est dressé d'après dix ans d'observations faites à Salta 
pour le Bureau central de météorologie de la République Ar- 
gentine, et publiées par son directeur, M. W.-G. Davis (114,p.2i i 



cl SUIV. 



MOIS. 


TEMPÉr.ATUR 


E C) 

aiMSllM. 


PRESSION 

BAr.O- 
MÉTnltJUE 

moyenne. 


HUMIDITÉ 

ATMO- 
SPHÉRIQUE 

moyenne. 


l'I.UIE 

MOÏE>NE. 


MOÏEKNE. 


MAXIMIU. 




degrés. 
2 2 

2 1 5 
20 

'7 
l'i 

10 5 

11 5 
i4 
17 
19 

21 5 

22 5 


degrés. 

'i3 
38 
35 
3o 
3n 

29 
28 
33 
35 
35 
38 
38 


degrés. 
10 

I 2 
10 

:) 

-'1 

-G 

—0 

—2 
1 
5 
8 

I I 


millini. 

660 58 

660 89 

661 l3 
661 90 

66 1 96 
663 20 

662 85 
662 22 
662 23 
661 \i 

660 29 
669 90 

661 55 


78 1 

80 8 
82 1 
78 5 
76 5 

7' 9 
66 3 
62 h 

62 2 

63 2 
66 8 

71 


milUm. 
1-Vl 
l38 

117 5 

22 5 

9 

5 

2 

7 5 
11 5 

'17 5 
7'' 




Mars 


Avril 


Mai 




Juillet 




Septembre 


Octobre 


Novembre 


Décembre 

Toute l'année 


17 5 


43 


-6 


7' 7 


57/. 


(') Les maxima et les miniina 
cliiffres ne représentent donc pa 


sont ceux qui ont été enregi 
s les vrais maxiina et minima. 


très aux lieure 


s des observât! 


Dns , trois fois 


lar jour. Ces 



Ainsi la temj)érature, qui présente de grandes variations, 
est assez élevée, sans être excessivement chaude. Le climat est 
sec; la pluie peu abondante. Pendant les trois mois d'hiver : 
juin, juillet et août, elle est presque nulle, et ce n'est qu'en 
décembre, janvier, février et mars qu'il y a des pluies dont 
il faut tenir compte. Cependant il est probable, comme nous 
favons déjà remarqué en parlant de la région diaguite, que la 
pluie était jadis |)his abondnntc 



VALLEE DE LERMA. 251 

La terre est très fertile, mais elle ne peut être cultivée sans 
irrigation artificielle, car la pluie n'est pas suffisante par elle- 
même pour la culture. Le territoire de la vallée est divisé entre 
un petit nombre de propriétaires. Leurs propriétés, relative- 
ment grandes, sont appelées des haciendas. On y cultive du 
maïs, du tabac, du blé, et surtout de la luzerne. Celle-ci sert à 
engraisser le bétail élevé dans les estancias''^^ des montagnes, 
qui doit passer cpielques mois dans les champs de luzerne de 
la vallée afin de pouvoir supporter le long voyage à travers les 
déserts du haut plateau et les chaînes neigeuses de la Cordillère 
avant d'être vendu au Chili , où la production de viande est 
presque nulle dans les provinces du Nord. Cette exportation 
du bétail, pratiquée sur une grande échelle, constitue fune des 
principales ressources de la Vallée de Lerma. Les chevaux et 
mulets sont élevés aussi dans les haciendas depuis les premiers 
temps de la colonisation espagnole. Lozano (220, i, p. 181) dit que 
tous les ans on exportait de Salta au Pérou des milliers de 
mulets provenant des provinces de Tucuman et du Rio de la 
Plata. Ces mulets devaient rester un hiver dans la Vallée de 
Lerma ou aux environs de Jujuy pour être remis en bon état 
avant d'être envoyés sur le haut plateau aride du Pérou , où ils 
étaient soumis à de rudes travaux. 

Dans les parties non cultivées du sol, la végétation est pauvre. 
Elle consiste en arbustes et en de rares graminées. Cà et là, il 
y a aussi une végétation arborescente composée d'arbres peu 
élevés et d'arbustes disséminés dans la plaine. La plupart de 
ces arbres sont des Cccsalpinées, entie autres plusieurs espèces 
(\' Acacia et de Prosopis. Les ai-bustes appartenant au genre Ccllis 
sont communs, ainsi que le churqni (^Prosopis ferox, Griseh.). 
Parmi les arbres non cultivés, le cochiicho i^ZanthoxyJum (lovo, 

'"' Les cstunrids sont les |ii()|)ii(''l('s où s|)onlan(''(> est moins pauvre en licrhcs (|iic 

il n'y ii pas de ciillnic, niais (pii scMvcnt dans la terre hasse. Le mol lunicmin , en 

exclnsivemont ponr rdeva^^c à hase de français «^'ran<,'0», osl en iisaj^e en lioli- 

lonrraj^o j)rodnit spontanément par le sol. vie, en .'njny et en Salta; en Catainaiva 

En Salta, les eatamids sont tonjonis si el pins .m Snd , on emploie plutcM le hhiI 

Inées dans les nionlai^nes où la véi^élalion fiiitn. 



252 ANTIQUITES DE E\ REGION ANDINE. 

GUI.) est celui qui atteint la pins grande hauteur, quelquefois 
jusqu'à huit ou dix mètres. 

La population actuelle de la Vallée de Lerina est composée 
pour la plus grande partie de métis dont la proportion de sang- 
indien est de beaucoup supérieure à celle de sang blanc. Mais 
leur origine n'est pas du tout homogène. Ils descendent de 
métis immigrés de toutes les provinces de l'intérieur de la Ré- 
publique Argentine, d'Indiens de la Puna et d'Indiens et métis 
boliviens. Ces descendants de tant d'éléments ethniques diffé- 
rents présentent naturellement des types très divers. L'espagnol 
est la seule langue parlée; le quichua est tout à fait oublié, sauf 
des personnes immigrées, par exemple les Boliviens, qui l'ont 
appris dans leur pays. La population de la Vallée de Lerma, cal- 
culée d'après le dernier recensement général de la République 
Argentine (37), en 1890, s'élève à 3 2,000 habitants environ 
dont 16,672 pour la ville de Salta. Parmi les personnes recen- 
sées, 1,280 sont nées en Bolivie, 5^2 dans la province de Cata- 
marca, 5o3 dans celle de Tucuman et 496 dans celle de Jujiiy. 
Je donne ces chiffres pour que l'on puisse se faire une idée de 
l'immigration actuelle, mais il faut se rappeler qu'une grande 
partie des habitants de la vallée, nés dans la province de Salta, 
sont des descendants d'immigrants d'autres régions. L'élément 
européen est si peu nombreux, qu'il ne mérite pas d'être pris 
en considération. 11 n'y a de sang blanc en grande proportion 
que dans les veines de la classe dirigeante et propriétaire, la- 
quelle conserve beaucoup des traits caractéristiques des anciens 
hidalgos espagnols. 

L'hétérogénéité de cette population a sa cause dans le 
commerce actif de transit entre les provinces argentines et la 
Bolivie qui, depuis les premiers temps de la colonisation espa- 
gnole, a été exercé par la ville de Salta. Le chemin de fer nord- 
argentin, qui a maintenant -Tujuy pour terminus, et celui qui 
unit Antofagasta sur le Pacifique avec le centre de la Bolivie, 
ont presque anéanti ce commerce; mais, avant la construction 
de ces lignes, Salta était l'entrepôt de toutes les marchandises 



VALLEE DE LE RM A. 253 

allant en Bolivie et de tous les |)roduils qui en venaient. Plus 
de 5o,ooo mulets chargés étaient continuellement en route 
entre Salta et la Bolivie. 

Don Pedro Sotelo Narvaez (253, p. i5o) nous apprend que les 
Indiens de la Vallée Calchaquie et « de la Cordillère », cest- 
à-dire delà Puna, à l'éjDoque de la conquête, venaient Iréquem- 
ment dans la Vallée de Lerma, sans doute pour y échanger 
leurs produits. Cette vallée en efl'et a dû être, à l'époque préhis- 
panique déjà, un centre de commerce par suite de sa situation 
au milieu de tant de régions différentes. Les (inebradas, seuls 
chemins de la région montagneuse, y aboutissent de tous 
côtés : au Sud, elle communique avec les Vallées Calchaquie et 
de Yocavil par les Quebradas de las Couchas et d'Escoipe; à 
rOuest, la Quebrada del Toro mène à la Puna; au \ord, le 
chemin de Caldera met la Vallée de Lerma en communication 
avec JLijuy et, par la Quebrada de Humahuaca, avec le haut 
plateau; enfin à TEst, les quebradas de Mojotoro et du Rio Ju- 
ramento donnent passage à la grande plaine argentine et au 
Chaco. 

La Vallée de Lerma était d'abord placée dans \a jiinsdiccion 
de la ville de Nuestra Seiiora de Talavera ou Esteco. Mais Es- 
teco était trop éloigné des sauvages de la Vallée de Lerma pour 
pouvoir les maintenir en paix, et, en 168:2, le gouverneur de 
Tucuman, Don Hernando de Lerma, fonda la ville de Salta 
sous le nom de Ciiidad de Lerma en el Valle de Salta, provincla de 
Tacunian, nom cpii fut changé en celui de San Felipe de Lerma 
en el Valle de Salta. Maintenant c'est la ville qui s'a[)pelle Salta, 
et la vallée, Lerma. Don Hernando de Lerma, un homme éner- 
gicpie, d'une volonté de fer, a beaucoup lait pour la conquête 
de ces régions et pour la soiiinission des indiens. Lo/ano f220. 
IV, p. ;ir)7) l'attaque violemment et lui re|)roche d'avoir été tyran 
et despote, mais on voit bien que Lozano n'est pas inq^artial; 
la raison de ses attaques est sans doute ([iie Lerma n(^ laissa pas 
les jésuites gouverner comme ils le voulaienl. Suivant Lo/auo, 
Lerma avait d'abord l'intention de fonder sa nouvelle ville dans 



254 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

la Vallée Calchaquie, où les Indiens avaient détruit la première 
ville fondée par les Espagnols, Côrdoba de Calchaqui; mais il 
se décida pour l'emplacement actuel de Salta, parce que de là 
on j)ouvait combattre en même temps les Calchaquis et les 
Pulares du Sud et de l'Ouest, les Cochinocas et les Omaguacas 
du Nord, «qui faisaient continuellement la guerre aux Espa- 
gnols et qui étaient toujours en rébellion contre le service de 
Sa Majesté ». Salta eut, au début, beaucoup à soufTrir des belli- 
queux Indiens qui l'entouraient de tous côtés. 



ARCHEOLOGIE DE LA VALLEE DE LERALL 



EL CARMEN, 
CIMETIKUb: PUOBIBLEMENT DOUIGINE (iUARANIE. 

La Vallée de Lertna est très riche en restes préliispaniques 
dont l'hétérogénéité révèle Torigine de peujDles et d'époques 
dllFérents. J'ai pratiqué des fouilles principalement en deux 
endroits de la vallée : aux environs de Pucarâ*'^ et d'El Carmen, 
à l'est de l'embouchure de la Quebrada del Toro, et sur les 
domaines de la hacienda de Carbajal, au pied des montagnes 
qui bornent la vallée au sud du village de Rosario de Lerma. 

En 1901, lorsque je lis partie de la Mission Suédoise, mes 
amis, le D"^ Justiniano L. Arias et M. Nicolas Arias Cornejo 
m'offrirent d'occuper, pour les préparatifs du voyage que cette 
mission entreprenait au haut plateau de la Puna , leur hacienda 
El Carmen. Cette propriété est située à environ 2 5*^™ au sud- 
sud-ouest de la ville de Salta et à 5''°' à l'ouest de la ligne de 
chemin de fer de Salta à Zuviria, entre les stations de Cer- 
rillos et de La Merced. 

Pendant mon dernier séjour à Salta, j'ai joui de nouveau 
de l'hospitalité de MM. Arias et je passai une dizaine de jours 
à El Carmen où j'avais été attiré par de nombreux restes pré- 
hispaniques que l'on trouve aux environs. J'y ai fait des lo ailles 
intéressantes et je commencerai par une trouvaille archéolo- 



^'' Le mot (juichua pucarâ slgnKîc, carâ de Aconquija. J'ai fait, pondant mon 
comme on le sait, « forteresse ». Dans la voyage, des fouilles dans deux endroits 
région diaguite. comme également au portant le nom de Pucani, celui de la 
Pérou et en Bolivie, il y a de nombreuses Vallée de Lerma, et un autre dans le dé- 
localités qui portent le nom de Pucani, et partement de l^inconada (Puna de .lujuv). 
où il existe toujours des vestiges d'an- Pour éviter une confusion, je les désignerai 
ciennes places fortes. Nous avons doimé, respectivement sous les noms de Viinirà 
page io5, une courte description de Pu- de Lrrina et de Piirnrâ tic Wnroiindd. 



256 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

gique de catégorie différente des autres, faite par un hasard 
la veille de mon départ pour le haut plateau. J'avais achevé 
mes préparatifs et je devais jjartir le lendemain, lorsque fun 
des péons '^ métis de la hacienda m'apporta quelques grands 
fragments de poterie grossière. 11 ajoutait qu'il y avait beau- 
coup de vilciucs'-'' contenant des ossements et enterrés à moins 
de 1*"" à f ouest de l'habitation de la hacienda. 

Je me rendis à 1 endroit indiqué, et je vis les excavations 
faites par le métis qui, en voulant exhumer trois ou quatre des 
vases, avait naturellement tout cassé. Un ruisseau avait miné 
le bord du chemin et mis au jour ces urnes; son bord formait 
une harrauca; les urnes se trouvaient à o"5o de profondeur 
au-dessous du niveau actuel du sol. 

Je commençai à fouiller, mais avec un médiocre résultat, 
car la poterie humide et ramollie par le temps tombait en mor- 
ceaux au seul contact de l'air. De plus, je n'avais guère de 
temps, devant partir le lendemain, ma caravane étant prête 
et mon temps juste suffisant pour pouvoir remplir le pro- 
gramme de mon voyage. Si j'avais eu cinq ou six jours à ma 
disposition, peut-être eussé-je réussi, par des méthodes spé- 
ciales, à extraire quelques urnes entières. 

Cependant j'ai pu examiner trois urnes, et je donne ici le 
croquis de fune d'elles [fi(j. SI). Sa forme est, je le crois, 
reproduite fidèlement, moins les contours du couvercle qui 
recouvrait l'urne jusqu'à la moitié de sa hauteur environ, 
car il n'en restait que les bords; le fond avait été détruit par 
la pression de la terre. La ligne pointillée qui marque sur la 
ligure cette partie du couvercle est donc conventionnelle. 

Cette urne, comme toutes les autres, était d'une terre assez 
mal cuite, couleur rouge brique, et grossièrement modelée, 
sans décor d'aucune sorte. Elle était pourvue de deux grandes 

''^ Peoii est le nom que l'on donne aux ^^^ ViUjuc [Innrqni) est un mot quichua 

travailleurs indigènes des haciendas et des dont se servent les Indigènes et qui signi- 

cstancias. Il sert aussi à désigner, en gé- lie « grand pot en terre cuite » ancien ou 

néral, les ouvriei's sans métier spécial. moderne. 



VALLEE DE LERMA. 



257 



anses latérales, horizontales, placées un peu au-dessous de sa 
mi-hauteur. Les parois avaient environ o™ oi d'épaisseur. La 
ficj. 32 montre quelques fragments de la panse de l'urne (a), 
de son bord (/>, c) et du bord du couvercle [d). vSur le grand 
fragment, on aperçoit très clairement les stries laissées par 
leracloir_qui a servi à lisser la poterie. L'ouverture de l'urne 
était de o'"8o, et sa hauteur de o'"55. Le fond était perforé 
au centre, le diamètre du trou était d'environ o^oaS. 




I''ig. .'îi. — L'rnc [mu'rairo du riinclièro d'I'Jl (iarmcri. — i/io 



nal. 



IVuriK! était remplie de terre qui avait dû pénétrer quand 
le couvercle s'était brisé. En examinant cette terre, j'y trouvai 
les débris du c râne et de l a phipart des^_o^s d'un squelette 
d'adulte. Bien que ces os fussent dans un état de décomposilion 
presque compléter, je pus constater qu'ils se trouvaieni /// sila 
et que le cadavre avait été placé entier dans l'urne, dans une 
positioii_accrmipie , les jambes et les bra s repliés sur la poi- 
trine, la tète inclinée en avant. 

Deux autres urnes que j'ai cviiumées étaient ])resque de la 



ATIOXILL. 



/^ 



258 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

même forme et en tout point analogues à celles que je viens de 
décrire. 

Les urnes du cimetière étaient placées très près les unes 
des autres, espacées. d'environ i mètre. J'ai vu des débris d'une 
dizaine d'urnes sous le bord du chemin où j'effectuai mes 
fouilles; beaucoup d'urnes doivent avoir été emportées par le 
ruisseau, et, de l'autre côté du chemin, dans une excavation 
faite pour le réparer, j'ai également trouvé des fragments 
d'urnes, à une distance de lo"" des premières. Le cimetière 
continuait sûrement au-dessous du chemin, et, en calculant sa 
superficie, on peut estimer à une centaine le nombre d'urnes 
enterrées là. 

Avec les urnes d'El Carmen, je n'ai trouvé d'autres objets 
qu'une curieuse pièce de poterie en forme de tonneau sans 
fond, de la même qualité de céramique que les urnes, et striée 
sur la surface comme l'urne que je viens de décrire. Cette 
pièce est représentée par l^fg- 33. Elle a o"" 16 de hauteur et 
o™ 17 de diamètre maximum. Il n'est pas facile de formuler 
une théorie sur sa destination. A ma connaissance, c'est le pre- 
mier objet en terre cuite de cette forme rencontré par l'archéo- 
logie de l'Amérique. 

En deux autres localités de la Vallée de Lerma, il existe des 
cimetières d'urnes funéraires en tous j)oints analogues à celui 
d'El Carmen. A Carbajal, j'ai entendu parler d'un grand nombre 
d'urnes de cette même catégorie, et à La Canada, au pied des 
montagnes qui bornent la vallée à l'Est, on en avait découvert 
deux autres. Un de ces cimetières d'urnes paraît avoir existé là 
même où se trouve la principale place de la ville de Salta. Don 
Filiberto de Mena (235, p. 26) raconte qu'en 1791 on apercevait 
au ras du sol, sur cette place, à côté de l'ancienne église des 
jésuites, les goulots de quelques urnes que l'on disait être 
des «sépultures de (lentlles^^^ n. Cependant Mena n'en avait pas 
vu le contenu : pendant les trenle-six ans qu'il vécut à Salta, 

^'' Gentiles : nom que l'on donne, clans les provinces andines, aux Indiens païens qui 
y vivaient avant la conquête. On dit aussi ant'ujnos. 



Pl. XVI. 






Fi g . Sa. — CiiiK'lièro (VVA Caiinoii. Kni^mcnls d'iiiK^ iirru- I'iiik rairo cl (K; son couvercle 

i/'i gr. Mal. 




ri;;. .').'î. — CimcliiTC (l'FJ ('.armcu. ('.\Iiii(lrc en Icnr ciilli'. - i/'i gr. nal. 



VALLEE DE LERMA. 259 

« personne n'avait eu la curiosité de faire des excavations pour 
examiner ces sépultures ». 

Le cimetière d'El Carmen fut pour moi une découverte très 
intéressante, car aucun autre cimetière de ce genre n'a été 
décrit de la région andine de l'Argentine, et la trouvaille en 
était d'autant plus notable que j'avais examiné, en 1901 , des 
sépultures tout à fait analogues dans la Vallée de San Fran- 
cisco, en Jujuy. La Mission Suédoise séjourna alors pendant 
trois semaines à San Pedro, situé dans cette vallée. Bien que 
nous fussions surtout occupés d'études ethnographiques sur 
les Indiens Matacos du Chaco qui, au nombre de i,5oo envi- 
ron, travaillaient dans la récolte des grandes plantations de 
canne à sucre de ces parages, j'ai pu cependant employer 
quelques heures disponibles à examiner sommairement les 
urnes funéraires anciennes qu'on exhumait accidentellement 
pendant le labourage des terrains. 

A Providencia, près de San Pedro, j'ai vu dans des localités 
difierentes huit ou dix de ces urnes funéraires, semblables à 
celles d'El Carmen, faites de terre assez mal cuite, façonnées 
d'une manière grossière, sans aucun décor. Les parois avaient 
environ o"'oi d'épaisseur; les dimensions étaient d'environ 
0^80 de hauteur sur o*" 5o à o"* 60 de diamètre. Le contenu 
était toujours un squelette d'adulte, mais en si mauvais état 
de conservation, en raison de l'humidité, que les os tombaient 
en poussière aussitôt qu'on les touchait. D'ailleurs les urnes 
elles-mêmes se séparaient en petits morceaux, une fois ex- 
posées à l'air. Chaque urne funéraire était toujours surmontée 
d'une autre urne renversée qui lui sei*vait de couvercle, ayant 
peu près la même forme que celle qui contenait les restes 
humains. Le croquis de la Jicj. 3â montre approximativement 
la forme de quelques-unes de ces urnes. 

Elles se trouvaient toujours au nombre de deux ou de plu- 
sieurs ensemble, et parfois la grande quantité de morceaux 
de poterie épars dans leur voisinage démon Ir.iit f[ue les tra- 

»7- 



260 



ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 



vailleiirs avaient brisé joliisieurs urnes en ouvrant la trancliée. 
En quelques endroits, une dizaine d'urnes avaient été certai- 
nement inhumées ensemble. Ainsi qu'à El Carmen, on ne 
rencontrait jamais dans ces urnes, ou aux alentours, ni de la 
poterie décorée comme celle qui se trouve toujours dans les sé- 
pultures de la région diaguite, ni d'autres ol^jets. 




Fig. 3'i. — llrne funéraire de Providencia (San Pedro). — i/io gr. nat. 



Ces cimetières de la Vallée de Lerma et de la Vallée de San 
Francisco se caractérisent par leurs sépultures. L'enterrement 
dans des urnes est exclusif. Ces unies sont de facture grossière, 
sans aucun décor. Les cadavres y ont été introduits entiers, 
placés dans la position accroupie. Aucune poterie, aucun objet 
ne les accompagnent démontrant chez le peuple d'où pro- 
viennent les cimetières un quelconque développement des 
aptitudes artistiques. En région diaguite, les cimetières d'urnes 



VALLÉE DE LERMA. 261 

funéraires, cimetières d'enfants en bas cage ou cimetières 
d'adultes (tel gelui de Ghanar-^aco], livrent des poteries, des 
objets de parure qui impliquent une relative culture artistique. 
Parfois, il est vrai, dans le domaine de l'arcbéologie diaguite, 
cà El Banado par exemple (voir page iv^)4), des cimetières spé- 
ciaux d'enfants ont fourni quelques urnes grossières, au milieu 
des urnes décorées. Mais le fait s'explique parfaitement par le 
manque accidentel d'une céramique appropriée à l'usage fu- 
néraire, qui a obligé à employer momentanément des pote- 
ries vulgaires. Et d'une circonstance très exceptionnelle on ne 
peut, en aucune façon, conclure à une parenté ethnique entre 
les découvertes d'El Carmen et de Providencia, d'un côté, et 
celles du pays diaguite, de Fautre. 

Si nous exceptons la région diaguite et quelques cas isolés 
d'enterrements d'enfants dans des urnes, de la Quebrada del 
Toro et de la Puna de Jujuy, ce mode de sépulture était tout 
à fait inconnu dans toute la région appartenant à la culture 
ando-péruvienne. La riche littérature archéologique de cette 
région explorée avec soin ne m'a présenté que deux rensei- 
gnements relatifs à des cadavres ensevelis dans des vases, et 
l'un de ces cas seulement est assez bien défini pour pou- 
voir être pris en considération : M. Th. J. Hutchinson (174, t, 
p. iiO) mentionne une urne d'environ deux pieds de hauteur, 
« contenant tous les os d'un être humain », qui fut exhumée 
à Ica. Quant à M. Bastian (57, n, p. ()i()), qui cite des « urnes avec 
os humains» de Ganete, au sud de Lima, il ne donne pas la 
source d'où il a tiré cette information. La nécropole d'Ancon, 
suivant MM. Reiss et Stûbel (308, i, pi. 8, 9), n'a pas révélé de 
cadavres ou d'ossements ensevelis dans des urnes. Tout au 
plus, en quelques cas seulement, a-t-on trouvé des fragments 
ou fonds de grands vases placés au-dessus des momies, dans la 
même position que les pierres horizontales qui couvrent la tête 
des morts dans maints cimetières piéhispaniques de toute la 
région andine. Nous avons déjà, page i()'.^, analysé les pas- 
sages de /iârale, Gomara, Arriaga et Villa (lomez, d'après les- 



262 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

quels certains enfants, dans des cas tout à fait spéciaux, étaient 
conservés dans des vases, ceux-ci d'ailleurs n'étant pas en- 
terrés. Mais de telles exceptions ne peuvent pas infirmer la 
règle générale que fusage d'urnes comme cercueils n'appar- 
tient pas à la civilisation ando-péruvienne, et qu'il était en 
général inconnu à tout le domaine de cette civilisation. Nous 
pouvons donc considérer comme un fait établi que nos cime- 
tière des Vallées de Lerma et de San Francisco ne proviennent 
pas d'un peuple de la race andine. 

Il faut chercher forigine de ces cimetières parmi les peuples 
de moindre culture qui avaient l'habitude d'enterrer leurs 
morts dans des urnes grossières. Us sont nombreux dans toute 
la partie orientale de l'Amérique du Sud, à l'est de la Cor- 
dillère des Andes. Parmi eux nous notons deux variétés d'en- 
terrements dans des urnes. Certaines tribus plaçaient, dès la 
mort, le cadavre entier dans le vase. Chez d'autres, le corps 
était d'abord déposé à même la terre, et, quand la putréfaction 
avait accompli son œuvre, les os étaient ramassés et définitive- 
ment déposés dans l'urne. En fétat actuel de nos connais- 
sances ethnographiques sur le Brésil, le premier de ces modes 
funéraires peut être, en Amérique du Sud, presque exclusive- 
ment attribué aux peuples de la race tupi-guaranie , le second, 
à peu d'exceptions près, était pratiqué par d'autres, comme 
Nu-Aruacs, Caraïbes, Tapuyas. 

Dans toutes les fractions de la grande race tupi-guaranie 
régnait ou règne encore la coutume d'employer des urnes en 
terre cuite comme cerceuils et, dans ces urnes, de placer, 
immédiatement après la mort, le cadavre entier, les jambes 
repliées, les genoux appuyés sur la poitrine, les bras croisés 
et également repliés sur la poitrine, le tout formant un paquet 
d'un volume aussi réduit que possible. Vu finfériorité des 
Tupis dans l'art de la céramique, les urnes sont d'une facture 
grossière, sans décor ou avec une ornementation très simple. 
En général, les vases ne paraissent pas avoir été fabriqués 



expressément pour servir de cercueils, mais l'on employa et 
Ton emploie encore à cette fin de grands pots faits pour con- 
tenir de la c/iicha ou de l'eau. 

Pour commencer par les « Tupis orientaux», ceux qui à 
l'époque de la conquête étaient répandus sur toute la côte bré- 
silienne, jusqu'à l'Amazone, l'un des premiers voyageurs euro- 
péens, le célèbre cosmographe André Thevet (345, fol. 9.>.r)), dit 
sur les Tupinambâs du Cap Fri'o : « Ils le courbent (le mort) 
en un bloc et monceau, dans le lict où il est decedé : tout ainsi 
que les enlans sont au ventre de la mère, puis ainsi enveloppé, 
lié et garrotté de cordes de cotton, ils le mettent dans un 
grand vase de terre, qu'ils couvrent d'un plat aussi de terre . . . 
Ce fait ils le mettent dans une fosse ronde comme un puits, 
et profonde de la hauteur d'un homme ou environ, avec ung 
peu de feu et de farine, de peur, disent-ils, que le maling 
esprit n'en approche , et que si l'ame a faim qu'elle mange : puis 
après couvrent le tout de la terre qui a esté tirée de cette fosse. 
Si c'est un père de famille, il est enterré dans la maison à 
l'endroit propre où il couchoit : et si c'est un enhuit, il est mis 
hors et derrière la maison dont il estoit. Autres sont enterrez 
dans leurs jardins et autres lieux où les delYuncts auront prins 
plus de plaisir en leur vivant. » Les Tupis orientaux se répan- 
daient avant la conquête, vers le Nord le long de la côte, 
jusque sur les îles formant le delta de l'Amazone. A Pacoval 
et à Os Camutins, sur l'île Marajô, ont été faites d'intéres- 
santes découvertes de cimetières composés d'urnes funéraires, 
mais les opinions diffèrent sur la provenance de ces nécro- 
poles. Martius (231, i, p. 178) et Brinton (77, p. ?M) les considèrent 
comme des vestiges des anciens Tupis, tandis que, pour 
d'autres ethnologues, ces cimetières proviennent de l ri bus 
aruacs. Les urnes décrites sont d'ailleurs, en général, de di- 
mensions trop petites pour avoir contenu des cadavres entiers 
d'adultes. Ainsi une ui-ne figurée par le D' llamy (160, pi. i.vi), 
de forme très semblable à notre urne d'El Carmen, n'a que 
o'"2C) de hauteur et o'"43 de diamètre à l'ouvcrlure. Elle 



264 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

n'aurait pu contenir un adulte entier que si le cadavre avait 
dépassé le bord, sa partie supérieure étant abritée par un 
dôme formé par un autre vase en guise de couvercle. Suivant 
M. Hamy {ibid.i). hj), «un troisième vase nous est aussi resté 
(à Paris), à la suite de l'Exposition de 1889. Cette grosse mar- 
mite (diamètre, o"'3o) avait été sciée horizontalement, de 
façon à montrer les ossements d'un adulte vus en coupe dans 
la terre durcie ». D'autre part, M. G. F. ffartt (162, p. 0.2) a ren- 
contré dans une urne de l'île Marajo des parties de corps hu- 
main avec les os encore articulés. Plusieurs urnes du delta de 
l'Amazone sont de dimensions suffisantes pour avoir contenu 
des cadavres entiers, et la région n'est pas assez explorée pour 
qu'on puisse distinguer entre les différentes catégories de sé- 
pultures qui probablement y existent. Il se pourrait bien que 
quelques-unes de ces sépultures provinssent des Tupis, et 
d'autres sépultures de races différentes. 

En suivant la côte brésilienne vers le Sud, nous trouvons les 
provinces de Sào Paulo, de Santa Catharina et de Rio Grande 
do Sul, dans le territoire desquelles on a souvent découvert de 
grandes urnes contenant des squelettes ; mais les premières 
de ces trouvailles et les renseignements y relatifs proviennent 
d'amateurs. M. Cari Nehring (256) rend compte à la Société 
d'anthropologie de Beilin de ses fouilles dans un grand cime- 
tière d'urnes près de Piracicaba (Sào Paulo). H y a exhumé 
quatre urnes : deux contenant des squelettes d'adultes, et deux 
des squelettes d'individus jeunes. Les premières étaient assez 
grandes pour contenir «trois himptcn (environ i5o livres) de 
pommes de terre ». Les squelettes, suivant M. Nehring, parais- 
saient y avoir été ensevelis entiers. Les urnes étaient couvertes 
de deux à quatre pieds de terre. Elles étaient de diverses formes 
et, en général, placées avec l'ouverture en haut et pourvues 
d'un couvercle. Cependant quelques urnes occupaient une posi- 
tion renversée. Aux environs on ne trouvait « pas d'armes, pas 
de pointes de flèches, pas de haches, seulement beaucoup de 
fragments de poterie, la tête d'une statuette en terre cuite et 



VALLEE DE LERMA. 265 

une pierre à aiguiser». M. Th. BischoIT (62) dit avoir trouvé, 
également dans le Sào Paulo, des vases grossiers contenant des 
ossements, mais de dimensions trop petites pour avoir pu con- 
tenir des cadavres entiers. Les renseignements de M. BischofT 
sont d'ailleurs assez obscurs. Il attribue ces urnes à une sorte 
d'Indiens qu'il appelle « Campos-Bugres », race qui, d'après 
lui, en aurait remplacé une nommée « Sambaquy-Bugres » (?), 
Un manuscrit poslluime de M. Carlos Ratli (307) sur les dilïé- 
rents modes d'enterrement dos sauvages du Brésil a aussi été 
publié dans les actes de la Société d'anthropologie de Berlin. 
M. Rath avait voyagé surtout en Sâo Paulo et dans les pro- 
vinces environnantes. Il dit avoir vu maintes fois des sépul- 
tures où les morts étaient enterrés dans des urnes, auxquelles 
on donne le nom (Vujarahas et qui ont environ 2 pieds à 
3 pieds 1/2 de hauteur, la partie la plus large de la panse ayant 
3 à 4 pieds de diamètre et l'ouverture 2 à 3 pieds. Les parois 
ont 1 pouce à 1 pouce 1/2 d'épaisseur, et l'extérieur de l'urne 
porte un décor simple qui consiste en des lignes et des carrés 
peints. Ces icjaçabas sont généralement pourvues d'un cou- 
vercle. M. Rath a examiné soigneusement une icjaraba conte- 
nant un squelette ])ien conservé, en position accroupie, les 
bras et les jambes repliés sur la poitrine, les genoux ramenés 
aussi haut que possible. Pour maintenir le cadavre dans cette 
position, qui seule permet de l'introduire dans l'urne, on le 
lie avec des lianes. M. Rath paraît attribuer ces sépultures 
surtout à des tribus Tapuyas, mais sa terminologie ethnique 
est trop vague pour accepter ses classifications : il se rend cou- 
pable de contradictions, et sa note posthume, d'ailleurs, n'était 
peut-être pas destinée à être publiée dans la forme qu'il lui 
avait donnée. Enfm, de Rio Grande do Sul, M. P. A. Kunert 
(188) publie une autre note sur des urnes funéraires. Une urne 
de la Vallée de Forromecco « était si grande, que Ton y aurait 
bien pu enfoncer un individu corpulent en j)osilion accroupie ». 
Une autre uiiie avec couvercle, piovenant de Lomba (ïrande, 
près de Sào Leopoldo, contenait, d'après ce qu'on avait raconté 



266 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

à M. Kunert, des ossements en désordre. Le crâne était placé 
au-dessus de ces ossements, dans une écuelle spéciale. 11 s'agit 
donc, dans ce cas, d'un second enterrement. 

Ces renseignements sont en partie fort vagues; d'autre 
part, ils émanent de personnes qui n'ont fait que des observa- 
tions locales dans la contrée qu'ils habitaient et qui se fondent 
aussi sur des données empruntées à des tierces personnes, 
de colons sans instruction suffisante pour apprécier les faits. 
Cependant il semble constaté que, dans le sud du Brésil, 
existaient les deux variétés de sépultures dans des urnes, outre 
plusieurs sortes d'enterrements directs de la terre. Cette diver- 
sité de modes funéraires est d'ailleurs très explicable par la 
grande variété de races indiennes qui ont habité les provinces 
méridionales du Brésil. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à jeter 
un coup d'œil sur les deux intéressantes cartes publiées par 
le D'' von Ihering (181), qui montrent la distribution ancienne 
et actuelle des Indiens dans ces provinces. Nous y trouvons 
nombre de tribus différentes des groupes des Tupis-Guaranis, 
des Tapuyas et d'autres encore. Mais de quels Indiens pro- 
viennent les urnes funéraires.^ M. von Ihering (178, p. ]5,etl81, 
p. 3i) qui connaît si bien l'ethnographie du sud du Brésil, 
attribue nettement aux Tupi-Guaranis fenterrement des icja- 
rahas. Il dit que « les Guaranis et les TujDis enterraient en 
général leurs morts dans des urnes funéraires, en position 
assise ». On trouve ces urnes très nombreuses en Piratinin"a 

o 

et en d'autres districts voisins de la ville de Sào Paulo, jadis 
habités par les Tupinaquins. Seulement, dans le cas où un 
guerrier mourait loin de chez soi, on fenterrait provisoirement 
et l'on transportait plus tard les os du mort dans son village. 
Des Cayuâs, Guaranis du Rio Paranapanema, le même auteur 
(181, p. 7) rapporte qu'ils employaient jadis des urnes comme 
cercueils pour leurs morts, mais qu'aujourd'hui ils les en- 
sevelissent directement dans le sol de leurs cases, qui alors 
sont brûlées. Dans une publication antérieure, M. von Ihering 
(177, p. 78) avait déjà fait remarquer la différence entre les Gua- 



VALLÉE DE LERMA. 267 

ranis et les autres races dlndiens : les premiers ensevelissenl 
leurs morts dans des urnes, tandis que les « Crens » (Gès), par 
exemple, les enterrent simplement à même la terre. Le Musée 
de Sào Paulo possède deux de ces urnes décorées extérieure- 
ment avec des lignes rouges et noires sur fond blanc. Dans la 
collection de la Commission de géographie et de géologie de 
l'Etat de Sào Paulo se trouvent deux autres urnes, dont Tune 
a 0°* 65 de hauteur, i'"02 de diamètre maximum (panse) et 
o°'4o de diamètre à l'ouverture^''. 

D'après M. von Ihering-, les icjaçahas sont recouvertes par 
d'autres vases plus petits, renversés. 11 croit que les ujaçahas 
n'ont pas, en général, été destinées exclusivement à un usage 
funéraire, mais qu'elles ont servi à l'origine pour y conserver 
le cauim^^^ que les Tupis préparent et consomment en grande 
quantité. 

Avec l'opinion de M. von Ihering, attribuant les ujaçahas aux 
Tupis-Guaranis, concorde celle de M. Ehrenreich (121), qui, 
pendant une visite à Sào Paulo, en i885, écrivait : «Je crois 
que ce sont les Tupis qui ont laissé les innombrables frag- 
ments de poterie, les urnes funéraires, les haches de pierre et 
les pipes, car nous trouvons ces objets partout où ce peuple 
a passé, depuis le Paraguay et le Brésil méridional jusqu'à 
l'Amazone. Ce ne sont pas, comme on le croit souvent ici, les 
Puris, qui au commencement du siècle présent se trouvaient 
à un degré très bas de civilisation. Aussi la céramique des 
Coroados est relativement très primitive. » 

Passons aux Guaranis du Paraguay. Les missionnaires jé- 
suites nous renseignent que ces Tupis enterraient dans des 



^'^ Cette urne, comme celles dont ser que le cadavre dépassait quelquefois le 

M. Rath donne les mesures, est sulllsani- hord de l'urne et que sa partie sujit'rioure 

ment grande pour contenir le corj)s d'un se trouvait alors dans le dôme lormé par 

adulte. Voir ce (pie nous avons dit à ce le vase qui servait de couvercle. 
sujet, page 1 53. Môme (piand il s'agit '*' Nom guarani de la rliichu [azua vu 

d'urnes de o" 5o seulement de hauteur, (piichua), boisson alcoolicpie préparée avec 

elles ont pu servir pour des personnes du mais fermenté à l'aide de la salive hu 

adultes, car l'on peut parfaitement suj)po. maine. Le mol chirha est caraïbe, 



268 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

urnes. Le P. Ruiz de Montoya (318, fol. i/i), en décrivant au 
commencement du xvii" siècle les «Rites des Guaranis», dit 
qu'ils « enterraient leurs morts dans de grands vases couvrant 

leur ouverture avec un |)lal Ces vases étaient enfoncés 

dans la terre jusqu'au goulot». De son côté, le P. Martin 
DobrizbofFer (118, i, p. 7;'>) donne le même renseignement à 
propos des Indiens de Mbaeverâ, sur le Rio Acaray, affluent 
delà rive droite de l'Alto Paranà, dans la jDartie orientale de 
l'actuelle Répidjlique du Paraguay. Dobrizhoffer ajoute que 
ce mode de sépulture «était un rite des anciens Guaranis » : 
Suoriwi cadavera uujcnlihus cant/ians ex arcjilla fictis , el ad iaiiem 
excoctis claiidnnt Qiutraniorum velerum rUu. Très ejusmodi caii- 
tharos, sed inanes, hoc in itinere per sylvam depreJiendimus. 11 ne 
peut y avoir de doute que ces Indiens fussent des Guaranis, 
car le nom de leur dieu était, selon Dobrizhoffer, Tupa. Les 
renseignements de ces jésuites sont corroborés par les récentes 
découvertes archéologiques de M. Ambrosetti (12) qui a exhumé 
de grandes urnes funéraires grossières sur les rives de l'Alto 
Paranâ, autant sur le territoire du Paraguay que sur territoire 
argentin, en Misiones. J'ai vu moi-même, au Musée national 
de Buenos-Aires, quelques-unes de ces urnes qui présentent 
beaucoup d'analogie avec celles des Vallées de Lerma et de 
San Francisco. Le D' von Ihering (177, p. 77) mentionne aussi 
le même mode d'enterrement chez les anciens habitants du 
Paraguay. L'un des amis de M. von Ihering avait eu l'occasion 
d'examiner, pendant la guerre fin Paraguay aux environs de 
1867, une de ces grandes urnes contenant un squelette entier 
et recouverte d'un autre pot renversé. M. J. Koslowsky (187, p. 8) 
mentionne des cimetières d'urnes analogues qu'il a examinés 
sur les bords du Rio Paraguay, beaucoup plus au Nord, dans 
les environs de Descalvados (Matto Grosso, au nord de la ville 
de Corumbâ). Ces cimetières ])roviennent aussi, très vraisem- 
blablement, de Guaranis. 

Au sud du Paraguay, le long du Rio Paranâ et sur les îles 
formées par son delta, habitaient jadis en r)lusieurs endroits 



VALLÉE DE LERMA. 269 

des tribus giiaranies. Suivant Pmi Diaz de Guzman (116; 1. m, 
c. XVIII ; |). 149), ces Guaranis occupaient, à Tépoque de la conquête, 
les îles entre Baradero et le Rio de las Palnias, dans le delta. 
A eux correspondent très vraisemblablement les urnes funé- 
raires mentionnées par le D*' H. Burmeister (84, p. 196), trouvées 
dans les îles du delta du Rio Paranà. Selon M. Burmeister, ces 
urnes sont assez grandes pour contenir des cadavres d'adultes 
en position accroupie. Quelques-unes d'entre elles contenaient 
encore, lorsqu'elles furent déterrées, des squelettes entiers 
dans cette position, quoique comi^lètement eilrités. Une urne 
conservée entière avait environ 2 pieds de hauteur et autant 
de diamètre; ses parois avaient un demi-pouce d'épaisseur et 
l'extérieur était orné de quelques simples lignes gravées. 

Les Guaranis qui, de nos jours, sont les plusjoroches voisins 
des Vallées de San Francisco et de Lerma sont les Clîirii»ua- 
nos, établis au nord du Rio Pilcomayo, sur les pentes du haut 
plateau bolivien vers le Chaco. Une partie des Chiriguanos ha- 
bitait cette région longtemps avant la conquête, dès le temps 
de rinca YujDanqui, d'après Garcilaso (140; 1. vu, c. wn; fol. i83), 
mais une autre partie, suivant Rui Diaz de Guzman (116, p. 20), 
paraît être immigrée du Paraguay en i5'j6. Les Chiriguanos 
enterrent encore aujourd'hui leurs morts comme jadis, dans 
de grands vases en terre cuite, grossiers et surmontés d'un 
autre vase renversé, formant couvercle, absolument comme 
dans nos cimetières d'El Carmen et de San Pedro. Le premier 
auteur qui ujentionne cette coutume chez les Chiriguanos est 
probablement l(î P. Lozano (219, p. 69), suivant lequel ces Inchens 
«ensevelissent leurs morts dans de grands pots, dans lesquels 
ils sont assis; on couvre ces vases après y avoir mis quelques 
mangeailles ». Dans les Lettres édifiantes est insérée une lellre 
du père jésuite Ignace Chômé (100, p.oii^), de 1735, qui écrilsur 
les Chiriguanos : « Quand quel([u'un de leur famille (\st décédé, 
ils le mettent dans un jiot de [vvvv ])r()portionné à la grandeur 
du cadavre, et l'enterrent dans leurs propres cabanes. C'est 
jDOurquoi tout autour de chaque cabane on voit la terre élevée 



270 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

en espèce de talus, selon le nombre de pots de terre qui y sont 
enterrés. » Don Francisco de Viedma (369, p. 181) dit des Cliiri- 
ofuanos habitant la région entre Santa Cruz de la Sierra et 
Parapiti : « Ils ont la coutume d'enterrer leurs morts dans leurs 
maisons, placés dans de grands pots, avec les objets qui leur 
avaient appartenu et avec des provisions de comestibles et de 
boisson. » D'Orbigny (274, n, p. 339) : « A la mort de l'un d'eux, 
on reploie ses membres, on j^lace le corps dans un grand vase 
de terre avec tout ce qui lui a appartenu, on l'enterre dans sa 
propre maison. » H. A. Weddel (374, p. 3i 1) : « Lorsque l'un d'eux 
vient à mourir, on place son cadavre dans un pot de chicha, 
avec ses armes, ses ornements, du maïs, une cruche d'eau et du 
bois pour faire du feu; on le recouvre ensuite avec un autre pot 
ou une dalle, et on le dépose dans le sol même de sa maison. » 
FrayAlejandro Maria Gorrado (105,p.52), du collège franciscain 
de Tarija, donne une description détaillée des enterrements 
des Chiriguanos. Selon lui , l'urne est d'abord placée dans la terre 
et le cadavre y est mis ensuite, habillé de ses plus beaux vête- 
ments et orné de ses bijoux , la figure peinte comme pour une fête. 
Les Chiriguanos appellent les grands vases en terre cuite des 
yamhuis, et un yamhui renversé sert, d'après Gorrado, de cou- 
vercle à celui qui contient le cadavre. M. Thouar (348, p. 62), qui 
a visité le cours sujDérieur du Rio Pilcomayo à la recherche 
des vestiges du massacre de Grevaux, décrit la cérémonie funé- 
raire des Ghiriguanos de la manière suivante : « Trente heures 
après la mort, le plus proche parent commence à creuser la 
fosse dans un coin de la case, près du mur. Il fait un trou d'un 
mètre de diamètre environ. Pendant ces ])réparatifs, la veuve 
fend par le milieu le grand vase en terre appelé yamhin qui lui 
servait à j^réparer la chicha. On glisse la partie iidérieure du 
yamhui au fond de la fosse, jDuis le corps qu'on recouvre aus- 
sitôt de la partie supérieure. » Il doit y avoir une erreur dans 
le récit de cet auteur, car les vases des Ghiriguanos pour j^ré- 
parer la chicha sont largement ouverts : ils n'ont 23as de goulot 
et leurs bords ne sont que légèrement incurvés, de sorte que 



VALLÉE DE LERMA. 271 

rorifice a un diamètre presque aussi grand que le diamètre 
maximum du vase. La partie supérieure ne peut donc servir à 
recouvrir le cadavre. Si quelquefois on fend les vases horizon- 
talement pour y faire entrer le cadavre, on doit alors employer 
deux vases, et le cadavre doit être déposé dans Tun d'eux, 
tandis que le fond de l'autre forme couvercle. M. Domenico 
del Campana (90, p. 98), d'après des renseignements fournis par 
des franciscains italiens qui ont passé de longues années parmi 
les Ghiriouanos, décrit très minutieusement les enterrements 
de ces Indiens et les cérémonies qui y sont célébrées. Selon 
lui, on agrandit d'abord l'orifice ànyamhui, on y met ensuite le 
cadavre; l'urne est descendue dans la fosse et recouverte par 
un 'autre y amhiii après y avoir déposé, au préalable, une écuelle 
pleine d'eau ou de cliicha, de la braise afin que le défunt ne 
manque pas de feu dans l'autre vie, et quelquefois un perroquet 
vivant. Si le mort est un jDetit enfant, on met dans son urne 
une écuelle remplie du lait de sa mère. Enfin M. Erland Nor- 
denskiold (258, p. 456; 261, p. joi; 268,p. 18) a trouvé en 1902 , près 
de Caiza, à l'issue du Rio Pilcomayo de la Cordillère, un ca- 
davre de Chiriguano, encore en décomposition, enterré dans 
un grand vase de i'"'-2 de hauteur, recouvert par un second 
vase. Le cadavre était placé dans l'urne en position accroupie. 
Il portait des vêtements européens qui doivent avoir été don- 
jiés à cet Indien par les Blancs. Autour de la tête, on voyait le 
bandeau frontal, de couleur rouge, que portent tous les Chi- 
riguanos. Il y avait par-dessus cette urne funéraire i"" de terre. 
D'a2:)rès des renseignements recueillis sur place, ce Chiriguano 
avait été enterré en 1899. 

Sur les « Tupis occidentaux », dont différentes tribus habi- 
taient dès avant la conquête espagnole à proximité de la Cor- 
dillère, les renseignemenis quant à leurs habitudes funéraires 
nous manquent complètement. Cependant M. Baslian (57, 11, 
p. 775) rapporte, malheureusement sans indiquer sa source 
d'information, que la plus septentrionale de ces tribus, les 
Omaguas, du territoire à l'est des Andes équatoriennes, « enter- 



272 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

raient leurs morts dans leurs huttes, ensevelis dans des vases ». 
Ce renseignement est confirmé, mais aussi sans indication 
de provenance, par M. Hartt (162, p. 27), suivant lequel «les 
Omaguas enterraient dans des urnes le corj^s entier, sans le 
préparer d'une manière spéciale ». 

Exceptionnellement, certains Tupi-Guaranis n'employaient 
les urnes que pour un second enterrement des os, après la 
décomjDOsition de la chair. Mais les exemples connus provien- 
nent de tribus de Textrême nord de l'Amérique méridionale, 
considérées comme Tupis pour des raisons linguistiques. Ainsi 
les Oyampis et les Palicurs de l'OyajDoc. Les premiers ont été 
décrits par Crevaux (111, p. iM, iSy), et une urne qu'il a rapportée 
est figurée par le D"" Hamy (160, pi. lmi). Sur les usages funé- 
raires des Palicurs, le P. Fauque (126, p. 383) s'exprime ainsi : 
« J'entrai dans une Case haute que nous appelons Soura en 
langage Galiln : m'entretenant avec ceux qui fhabitoient, je fus 
tout-à-coup saisi d'une odeur cadavérique, et comme j'en 
témoignai ma surprise, on me dit qu'on venoit de déterrer les 
ossements d'un mort qu'on devoit transporter dans une autre 
Contrée, et l'on me montra en même temps une espèce d'Urne 
qui reiifermoit ce dépôt. Je me ressouvins alors que j'avois vu 
ici, il y a trois ou quatre ans, deux Palicours, lesquels étoient 
venus chercher les Os d'un de leurs parens qui y étoit mort. 
Comme je ne pensai pas alors à les questionner sur cette pra- 
tique, je le fis en cette occasion, et ces sauvages me ré2:)ondirent 
que l'usage de leur Natioji étoit de transporter les ossements 
des Morts dans le lieu de leur naissance, qu'ils regardent 
comme unique et vérital^le patrie. » 11 sem])le, d'après ce récit, 
que les Palicurs mentionnés pratiquaiiMith^ second enterrement 
dans une urne pour transporter le cadavie d'un individu mort 
loin de son pays; mais Fauque ne dit j^as si cette mode funé- 
raire leur était hal^ituelle. Fauque laisse d'ailleurs comjirendre 
que d'autres Indiens de la région, non Tupis, comme les Ga- 
libis, avaient la même coutume. Il n'est j)as du tout invrai- 



VALLEE DE LERMA. 273 

semJ3lable que les Palicurs aussi bien que les Oyampis aient 
emprunté ce second enterrement des peuples voisins. 

On a aussi, par exception, constaté l'enterrement direct 
dans des urnes, immédiatement après la mort, chez des In- 
diens qui n'appartiennent pas à la race tupie, tels les Goytacâs 
du Rio Parahyba, au nord de Rio de Janeiro. Le P. Ayres de 
Gazai (41, II, p. 5/i) dit que ces Indiens « enterraient jadis leurs 
caciques dans de grands vases cylinrlriques en terre, nommés 
cammiicis et dont on trouve parfois quelques-uns contenant des 
ossements». Le prince de Wied-Neuvvied (376, i, p. i3i) donne 
le même renseignement. Le voyageur français J.-B. Debret 
(115, p. 20, pi. iv) donne une figure d'une urne funéraire dans 
laquelle on voit la momie, et il répète les renseignements 
d' Ayres de Gazai. Spix et von Martius (333. i, p. 383) visent pro- 
bablement les mêmes Indiens en parlant des « Goroados du 
Rio Xipoto ') qui habitaient aux environs des sources du Rio 
Doce, dans l'Etat de Minas Geraes, au sud-est d'Ouro Preto. 
Ges « Goroados » enterraient leurs morts « en position accrouj)ie, 
ou dans de grands vases en terre cinte, ou directement dans 
la terre, ensevelis dans des tissus de coton ou d'autres fibres 
végétales». D'après Ayres de Gazai et Debret, les Goytacâs 
enterraient dans des urnes seulement les chefs, et, dans ce 
cas comme dans d'autres cas exceptionnels où dçs peuples non 
tupi s pratiquent un mode funéraire qui est propre aux Tupis- 
Guaranis et général chez eux, il est parfaitement permis de 
supposer que cette coutume a été transmise aux premiers par 
les derniers. Nous connaissons les migrations des Tupis à 
fépoque de la conquête européenne. Le P. Gristôbal de Acuna 
(3, p. i66-i()7) nous a donné uu exemple j)ar celle des Tupi- 
nambâs de la région de Pernambuco (pi'il av.iit rencontrés, 
en 16.39, ^^^^ ^^^ ^^^ ^ ^^ lieues de rembouchure du Rio Ma- 
deira dans TAmazone, bien loin de leurs anciennes habitations. 
A l'époque de Spix et von Martius (333, m, p. lofîi), au commen- 
cement (kl xiK*^ siècle, les Tupinand)âs existaient encore dans ces 
régions : au sud-ouest d'Obydos, près de rembouchure du Rio 



MAT1<I!VAI.C. 



274 AM'IOLITES DE LA REGION ANDINE. 

Mauhé dans l'Amazone , et à Villa de Boim , près de rembouchure 
du Tapajoz dans l'Amazone. D'autre part, nous savons comment 
les Tupis ont imposé leur langue à d'autres tribus, et il n'y 
aurait rien d'étonnant que leurs coutumes funéraires aient aussi 
été adoptées par des peuples avec lesquels ils étaient en contact. 

Beaucoup d'aulres voyageurs parlent d'urnes funéraires 
qu'ils ont trouvées dans diverses parties du Brésil, mais ils ne 
donnent pas d'indications d'après lesquelles on pourrait for- 
muler des conclusions quant aux Indiens d'où proviennent ces 
sépultures. Pour citer l'un de ces auteurs, M. Keller-Leuzinger 
(184, p. 26) décrit des icjarahas contenant des squelettes entiers, 
en position accroupie, et qu'il a exhumées près de Manàos. 
M. Keller-Leuzinger donne une figure représentant une de ces 
trouvailles. 

Nous ne devons pas passer sous silence la découA^erte d'urnes 
grossières contenant des squelettes entiers, dans l'ile Aruba, 
l'une des Petites Antilles, située au large de la côte vénézué- 
lienne, au nord de la presqu'île deParaguanâ. Le D^C Leemans 
(208, p. 1 5 , pi. VIII , fig. 1) donne la description et deux figures de 
ces urnes. L'île d'Aruba était probablement, comme Curaçao 
et d'autres îles voisines, habitée d'abord ]:)ar des Aruacs et 
postérieurement envahie par des Caraïbes; l'on pourrait tirer 
de ces faits la conséquence que les Caraïbes ou les Aruacs 
auraient répandu sur le continent sud-américain la coutume 
de l'enterrement direct dans des urnes. Mais la sépulture décrite 
23ar M. Leemans ne constitue qu'un fait isolé, puisque la plu- 
part des urnes funéraires qui ont été exhumées aux Antilles 
ne contiennent que des os provenant d'un second enterrement. 
D'ailleurs, ni les Caraïbes, ni les Aruacs du Venezuela ne sui- 
vaient la coutume de l'enterrement direct dans les urnes, et, 
comme ce sont les Tupis qui la pratiquaient partout sur le 
continent, une telle conclusion n'est ^^as logique. 

Je suis naturellement loin de prétendre^ f[ue les renseigne- 
ments consignés dans les j)ages précédentes constituent une 



VALLEE DE LEHMA. 275 

monographie sur les eiiterieiiieiits dans des urnes en Amérique 
du Sud; je crois simplement avoir prouvé que nos connais- 
sances actuelles de l'ethnographie sud-américaine inrhquent 
l'enterrement immédiat dans des vases en terre cuite comme 
caractéristique pour toutes les branches de la race tupi-guaranie 
et que, chez les peuples andins, les urnes n'étaient qu'exception- 
nellement et dans des cas spéciaux employées comme cercueils. 
Pour appuyer encore plus la première de ces thèses, je me per- 
mettrai d'ajouter les opinions de quelques ethnologues éminenls 
qui ont voyagé au Brésil et font autorité en ce qui concerne ce 
pays. Déjà d'Orhigny (274, n, p. 3io) disait que, chez les Guara- 
nis, « à la mort d'un homme, on le pare de ses vêtements, de ses 
peintures de fête; il est enterré dans un vase de terre ou dans 
un fossé de clayonnage au milieu même de sa maison ». Martius 
(231,1, p. 177) note que les « Tupis enterraient leurs morts en 
position verticale, assise ou accroupie. . ., ensevelis directe- 
ment dans la terre ou bien renfermés dans des vases en terre 
cuit(» ». Ces urnes, nommées ùjarahas ou camotms, ajoute-t-il, 
étaient fabriquées très simplement et sans ornementation, de 
terre rougeàtre, et on les enterrait à très peu de profondeur 
sans se soucier de leur conservation, f^es deux auteurs admet- 
tent la concomitance de deux usages : sépultures directes dans la 
terre et enterrement dans des urnes; mais cette circonstance ne 
peut pas ôter au dernier des deux modes funéraires sa situation 
d'habitude carastéristique chez les Tupis-Guaianis. iNous le 
savons, en elfet, des tribus qui jadis enterraient dans des urnes 
ont maintenant al^andonné cette coutume et placent les cadavres 
directement dans la terre. D'un autre côté, les naturels n'avaient 
certainement pas toujours à leur disposition des vases de gran- 
deur sulhsaute. Ils étaient, dans ce cas, forcés de s'en passer. 
Ainsi j'ai vu des Çhiiiguanos qui temporairement travaillaient 
comme ouvriers dans les plantations à la récolle de la canne à 
sucre, en Jujuy, enterrer les morts sans urnes, tandis cjuils les 
employaient ])our les sépultures (huis leur pays, sur le Pilco- 
mayo. Elirenreich (122, p. 47) écrit : « Gomme les ancieus Tuj)is 

18. 



276 



ANTIQUITES DE LA UEGION ANDINE. 



avaient ia coutume d'enterrer leurs morts clans des urnes gros- 
sières, de dimensions colossales, les trouvailles de ces urnes 
offrent des bonnes indications pour déterminer la distribution 
ancienne de cette race. » Enfin MM. Brinton (77, p. 23A) et von 
Siemiradzki (331, p. if)-?) tiennent aussi l'enterrement dans des 
urnes comme caractéristique pour les Tupis. 

En conclusion : les cimetières d'El Carmen et de Providencia 
n'appartiennent pas à la civilisation diaguite dite « calchacpiie », 
ni à aucune autre civilisation andine. Ces cimetières sont des 
vestiges d'un peuple de culture notablement inférieure , lequel 
à une certaine époque occupait une partie des vallées inter- 
andines de la République Argentine et qui y était arrivé du 
Brésil. Ce peuple, pour les raisons exposées, doit avoir appar- 
tenu à la race tupi-guaranie. La j^artie de la grande plaine 
sud-américaine la plus proche des Vallées de Lerma et de 
San Francisco, le Grand Chaco, était au temps de la conquête 
habitée par des tribus guaycurues. C'est donc à une époque 
antérieure que les Guaranis avaient occupé les vallées en 
question ^^\ 



''^ Sur les découvertes d'El Carmen et 
de Providencia , j'ai formulé dans une com- 
munication faite, en igoS, à la Société 
des Américanisles de Paris (70) les con- 
clusions que je viens d'exposer. Cette pu- 
blication a été l'objet d'une étude critique 
de la part de M. Félix-F. Outes (277) , étude 
assez volumineuse où l'auteur s'elTorce 
surtout de donner une bibliographie dé- 
taillée, d'ailleurs incomplète et en partie 
étrangère à la question en cause, c'est-à- 
dire les migrations précolombiennes in- 
diquées par ces cimetières qui proviennent 
d'une culture à première vue totalement 
différente de la « civilisation calchaquie » 
et de toute l'ancienne culture andine. 

Il me déplairait d'attarder ici le lecteur 
dans une polémique. Je crois du reste avoir 
suffisamment développé la matière dans 
ce présent chapitre. Cela n'était pas pos- 



sible dans le temps nécessairement res- 
treint d'une communication préliminaire. 
J'v ai donc considéré comme un principe 
établi, inutile à discuter et accepté d'ail- 
leurs par tous les ethnographes qui se sont 
occupés du Brésil, le caractère essentiel- 
lement tupi-guarani de l'enterrement di- 
rect dans des urnes. L'argument principal 
opposé par M. Outes, c'est-à-dire les cas 
exceptionnels des Goytacâs, des Oyampis 
et des Palicurs, ne peut modifier la règle 
générale. M. Outes remarque aussi que 
les Tupinambâs, les Tupinaquins et les 
Munduruciis, d'après certains auteurs, en- 
sevelissent les cadavres directement dans 
la terre. Nous avons vu que les Tupinani]);is 
de Thevet employaient des urnes comme 
cercueils , et de même , d'après von Ihering, 
les T(q)inaquins de Sào Pauh^ Si ces 
Indiens, dans certaines circonstances, se 



VALTJIK l)K LKliMA. 



277 



•obal)l( 



^11( 



res proDai)ieineiu, on découvrira encore (h' nouvelles 
traces des Guaranis ^[uë> à l'intérieur de la région diaguite. 
M. Lafone-Quevedo m'a dit avoir vu, à Andalgalâ (Catamarca), 
il y a quelques années, des débris de grandes urnes grossières 
sans aucun décor, contenant des squelettes d'adultes vêtus en- \ 
core de lambeaux de vêtements. Ces urnes avaient été exliumées j ///^ 
par un habitant d'Andalgalâ, mais elles étaient complètement / 
en morceaux lorsque M. Lafone les a vues. Il ne sait pas si ' 
elles avaient eu des couvercles ou non. Peut-être ces urnes 
provenaient-elles aussi d'un cimetière guarani. Quant à un ci- 
metière découvert « dans la Cordillère » par M. Octavio Nicour, 



voyaient forcés de se passer d'urnes, ce 
fait n'a aucune importance. Quant aux 
Mundurucûs modernes, ils peuvent très 
bien, comme beaucoup d'autres Tupis, 
avoir abandonné leurs anciennes coutumes 
funéraires. 

Enfin M. Outes ajoute un autre argu- 
ment contre la ibéorie de la provenance 
tupi-guaranie des cimetières d'Kl Carmen 
et de Providencia : les découvertes de 
M. Ambrosetti à Pampa Grande que nous 
avons sommairement décrites page i46. 
M. Outes, lorsqu'il écrivit sa criti((ue, 
n'avait jeté qu'un coup d'œil sur les col- 
lections de Pampa Grande , et il supposait 
que toutes les trouvailles faites dans ce ci- 
metière appartiennent à la même époque. 
On y a trouvé de grandes urnes gros- 
sières contenant des cadavres d'adultes 
entiers et, d'autre part, des cadavres in- 
bumés directement dans la terre, ayant 
auprès d'eux de la poterie du typecomnuui 
de la région diaguite; enfin, une série 
d'urnes décorées, du type d(^ celles de 
la Vallée de Yocavil et contenant des 
.squelettes de petits enfants. De ces laits 
M. Outes déduit (pu; les urnes grossières 
contenant des adultes, celles d'VA (jarnien 
et de Providencia y comprises, appartien- 
draient, comme les autres sé|)ullures, à 
la culture diaguite. Mais M. Outes igno- 
lait (pi'on a constaté à Pamj)a Grand*; 
une superposition d'au moins deux cul- 



tures diffénMites et (pie, selon les laits 
observés par M. Ambrosetti (30, p. ig'iji 
les sépultures ne contenant que de la po- 
terie grossière proviennent d'une épixjue 
différente, plus reculée, (pie les sépul- 
tures contenant des objets du style dia- 
guite. L'argument de M. Ouïes est donc 
dénué de tout fondement , et il est fort 
vraisemblable que les grandes urnes fu- 
néraires grossières de Pampa Grande, 
comme celles des vallées de Lerma et de 
San Francisco, proviennent d'un peuple 
émigré du centre de l' Américpie du Sud 
et appartenant très probablement à la 
race tupi-guaranie. 

Il faut convenir (|ue les déductions 
de M. Outes ne sulllsent même jias à 
diminuer la probabilité de l'origine tupi- 
guaranie des cimetières d'El Carmen et 
de Providencia. Au sujet de la brochure 
de M. Outes, M. Erland Nordenskiold 
(268, p. 19) écrivait réceunnent : « [ihypo- 
thèse de Boman me semble d'un baut 
degré de ])rol)abilité, car la seule tiibu 
habitant |)rès de la Vallée de Salla et 
pratiquant ce mode de sépulture, sont les 
CMiiriguanos , coni[)ris dans les Tupis. Si 
(les tribus non Inpies, dans des régions 
brésiliennes éloignées (\ii nord de l'Ar- 
gentine , avaient la uuMue coutume Inné- 
ce fait ne peut pas, d'après iikmi 
des (on- 



l'aire 



opinion, modifier l'exaclitud 
clusions de lioman. » 



278 ANTIQUITES DE LA RECTON ANDÎNE. 

dont les renseignements ont été pii])liés ])ar le D' Aniegliino 
(32, 1, p. 5i5), ces renseignements sont Irop vagues pour cpi'on 
en tienne compte. I^a localisation même de ce cimetière fait 
défaut. 11 s'agit peut-être diin cimetière du type Chanar- 
Yaco. 

M. Moreno (244, p. 12), en parlant de la région diaguite, s'ex- 
prime ainsi : « Il semble que l'habitnde d'enterrer dans des 
urnes, à l'époque de la conquête, était en usage seulement pour 
les cadavres d'enfants en bas âge, en Catamarca. Il est très rare 
de trouver des adultes enterrés de cette manière, et, quand 
on en rencontre, les urnes sont de types plus primitifs et pro- 
viennent sans doute d'une époque antérieure. » 

En ce qui concerne l'existence de ces cimetières guaranis 
dans les plaines à l'est des derniers contreforts des Andes, on 
n'a que des renseignements vagues. Dans le Chaco, à l'est et au 
nord-est de Jnjuy, il est probable qu'il doit en exister, car les 
anciens Guaranis des vallées de Salta et de Jujuy ont traversé le 
Cbaco pour se retirer dans les territoires qu'ils habitent actuelle- 
ment. Dans le département d'Anta (province de Salta) , qui fait 
partie du Chaco et qui est situé à l'est de la Sierra de la Lum- 
brera, il y a des cimetières du même genre que ceux de Provi- 
dencia et d'El Carmen, c'est-à-dire des sépultures d'adultes dans 
des urnes grossières, sans décor, ayant pour couvercles d'autres 
urnes. Je tiens ces informations d'habitants de la ville de Salta 
qui possèdent des propriétés en Anta. M. Moreno (244, p. n) a 
trouvé, plus au Sud, dans la province de Santiago del Estero, 
sur les bords du Rio Dulce, un cimetière avec des urnes gros- 
sières contenant des ossements humains. Ce cimetière est peut- 
être de la même catégorie que ceux dont nous nous occupons. 
M. Giovanni Pelleschi (284, p. 204) raconte aussi avoir vu, près 
de la ville de Santiago del Estero, un cimetière contenant un 
grand nombre d'urnes, mais de dilfé rentes dimensions. Ces 
urnes, dont quelques-unes étaient sans décor et d'une facture 
grossière, d'autres ornées de «lignes entrelacées» et de «des- 
sins (le lignes disposées géométriquemeut », conleiiaient des 



VALLEE DE LEP^LX. 279 

ossemeiils hmiianis. M. I liilcliiiison (174, i, [.. i iGj a é'>al(Mii('iit i 
vu un cimetière (ruines à '(Bi-aclio» (Quebraclios?) , en San- \ ' 
tiai>o (le! Esteio. Jl mentionne «une urne contenant un corps 
humain ». J^e D"^ Juan A. Dominguez, de Buenos-Aires, m'a 
parlé d'un cimetière encore plus au Sud, à Ambargasta, sur la 
limite entre les provinces de Santiago del Estero et de Côrdoba; 
il y avait là environ quarante grandes urnes qui apparaissaient 
à la surface du sol dont la couche supérieure avait été em- 
portée par les eaux. Par curiosité, M. Dominguez fit exhumer 
deux ou trois de ces urnes grossières qui contenaient des os. 
Il est très ])ro])al)le qu'il s'agissait également d'un cimetière 
guarani. Des fouilles en Santiago del Estero donneraient sans 
doute des résultats intéressants. 

PUCARA DE LERMA. - GROUPES DE Tl MULUS. 

La région siluée immédiatement à l'ouest de la hacienda lA 
Carmen se nomme « Campo del Pucarâ » (Champ du Pucarâ). 
Tout à fait plate, cette partie de la vallée est partagée entre 
plusieurs haciendas qui toutes sont nommées «Pucarâ»; on 
ne les distingue entre elles que par le nom de leurs proprié- 
taires. Le terrain à l'ouest des domaines d'El Carmen appar- 
tient à M. Félix Usandivaras; au sud de sa propriété se trouve 
la hacienda de M. Ricardo Isasmendi, et, au nord, celle du 
colonel Torena. 

En 1901, MM. Arias, dont j'ai déjà parlé, attirèrent mon 
attention sur une curieuse «cité» de petits tunuilus artificiels 
qui existait dans la propriété d(; M. Usandivaras. La Mission 
Suédoise se rendit à cet endi'oit et nous y trouvâmes le groupe 
de tumulus que je désigne ici par A (^fùj. /)*6') et (pii est situé 
à i"""' à l'ouest du cimetière d'urnes funéraires que je viens de 
décrire. Nous exécutâmes quel([ues louilles dans les tumulus et 
dans les environs, mais la date fixée pour notre dépai't ne nous 
permit pas d'en faire une étude soigneuse. 

En igo.H, j'ai découvert les gi'oupes /> et C [fuj. .'>/ et /)<V), 



280 ANTIQUITES DE LA REGION ANDÏNE. 

situés sur ie terrain de M. Torena, j'y fis des fouilles métho- 
diques et je dressai des plans des trois groupes ^'l 

Les tumulus, dont j'ai compté un total de 1,668, sont tous 
identiques, circulaires, régulièrement arrondis, mesurant ac- 
tuellement de ()"'4o à o"'5o de hauteur au-dessiis du sol 
naturel. 

Le diamètre de ceux du groupe A est de 2^60 k 2'" 70; 
celui des tumulus des groupes i^ et C un peu plus grand, de 
2°" 80 à 2^90, quelquefois jusqu'à S"". On voit que les faibles 
variations de diamètre des tumulus d'un môme groupe ne 
sont pas volontaires, mais qu'elles ont été causées par des ir- 
régularités dans l'exécution de la construction, les construc- 
teurs ayant voulu les faire tous égaux. 

Les tumulus sont entourés d'une ou deux rangées circu- 
laires de pierres roulées, ayant toutes plus ou moins les mêmes 
dimensions, i5xioXio à 20Xi5x iS'^"'. Dans les environs 
immédiats il n'y a pas de pierres; elles ont été apportées d'un 
lit de rivière, d'au moins un kilomètre du groupe A, mais plus 
près des groupes B et C. Une j^ai'tie de ce lit de rivière est 
signalée sur ^^fi(j- 39. 

hdijicj. 35 donne faspect général (a) et la coupe verticale [d) 
d'un des tumulus, ainsi que le plan d'un tumulus à un cercle 
de pierres (è) et celui d'un autre à deux cercles (c). Il faut 
avertir qu'il n'existe aucune relation entre les diamètres diffé- 
rents des tumulus et le nombre des cercles de pierres; les tu- 
mulus, qu'ils soient à un ou à deux cercles, ne sont pas placés 
d'une manière particulière les uns par rapport aux autres. 
Tout au contraire , les deux sortes sont distribuées irrégulière- 
ment, ceux à un cercle étant plus communs que ceux à deux 
cercles. 

Les tumulus des trois groupes sont disposés en rangées par- 

'*' J'ai publié un travail préliminairo résultats de la Mission, et les plans des 
sur les tumulus de Pucarâ de Lernia groupes sont insérés dans une coninuini- 
(69). Une courte notice à ce sujet a au«si cation qu'il a faite au Congrès interna- 
été donnée par M. de Créqui Montfort tional des Américanistes, à Stuttgart, en 
(110) dans son rapport oiïlciel sur les i()o/i(109). 



VALLÉE DE LRP.M \. 



281 



faitement droites, avec des intervalles réguliers et toujours 
égaux, dans une direction comme dans l'autre. Les rangées se 
dirigent strictement du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouesl. La 
largeur des rues qui séparent, dans la direction de l'Est <à 
l'Ouest, les tumulus du groupe A, est d'environ 5°"; celle des 
rues allant du Nord au Sud, de 5"" 5o avec de petites irrégula- 
rités par déplacement de quelques tumulus de la ligne droite. 




a 






Fin. 3; 



Tiimnliis de Piicaiâ de. Leima. 



a. Aspect j^énéral ; h, r. Plans de deux liimidus; (/, (loiij»- verticale d'im tuiiudiis. 

licliell(! : 1 /(')o. 

ces irrégularités ne dépassant guère o"'5o. Dans les groupes B 
et C, les rues sont également régulières, mais plus étroites; 
elles ont 3" de largeur seulement. 

Le groupe C présente une particularité qu'on ne rencontre 
pas chez les autres : il est entouré d'un rempart en terre 
(^ffj. 38 a) qui est actuellement d'une élévation de i'" et d'une 
largeur de 2'" environ. On doit supposer que ce renq^art a été 



282 ANTIQUTTExS DE LA REGION ANDINE. 

beaucoiij) ]Aiis élevé, parce que les pluies ne peuvent que 
l'avoir réduit. Du côté intérieur du rempart, il y a un fossé 
[fi(j. 38 h^ de i"'5o de largeur; la terre extraite du fossé a été 
employée pour la construction du rempart. L'un et l'autre de 
ces ouvrages ne peuvent avoir été destinés à la défense des 
tumulus, parce que, dans ce cas, le fossé serait situé en dehors 
du rempart et non du côté intérieur. H y a, parallèlement à 
l'une des rangées extérieures du groupe C , un soubassement 
de mur en pirca [ji(j. 38 c) , lequel est actuellement rasé jusqu'à 
terre. Ce n'est qu'un mur droit, et les fouilles que j'y ai pra- 
tiquées m'ont convaincu qu'il ne faisait nullement partie de 
quelque enclos rectangulaire ou autre sorte de construction, 
comme on aurait pu le supposer. 

Les trois groupes sont situés sur un sol dur et parfaitement 
plat. Pensant que les tumulus pouvaient être des sépultures, 
nous avons, pendant la visite de la Mission Suédoise, pratiqué 
des excavations dans deux ou trois d'entre eux, mais sans rien 
trouver. Dans mon voyage pour la Mission Française, j'ai fait 
des fouilles dans six tumulus pris au hasard, jusqu'cà i"'8o de 
profondeur, où j'ai atteint le niveau de feau, et deux exca- 
vations en forme de croix dans les intervalles situés entre les 
tumulus, toujours sans trouver ni squelettes, ni aucun vestige 
humain. Au contraire, mes fouilles démontrèrent toujours que 
la terre se trouvant au-dessous des tumulus n'avait jamais été 
remuée, et que ceux-ci étaient simplement superposés au sol, 
dont la terre est à première vue différente de celle des tumulus. 

Généralement la terre de la surface est plus noire que celle 
qui se trouve à une certaine profondeur, car la première est 
toujours plus mélangée de débris organiques. Mais ici c'est le 
contraire : la terre des tumulus est plutôt l'ougeâtre, et celle 
du sol plus noire. Ce fait indique que les tumulus ont été for- 
més avec de la terre prise à une certaine distance de l'endroit 
qu'ils occupent. M. le professeur Maquenne en a bien voulu 
examiner deux échantillons, l'un piis au-dessus du niveau du 
sol naturel, au milieu d'un tumulus et à ()"''io de i:)rofondeur 



VALLEE DE LERMA. 



283 



au-dessous du soinmel; l'autre daus le sol sous le même tu- 
mulus et à o'"8o de proloudeur. Le premier échantillon, celui 
du tumulus, contient plus de gros cailloux que celui du sol, 
mais les éléments constitutifs sont les mêmes, quoiqu'ils se 
présentent en des propoitions dillérentes dans chacun des 
deux échantillons. Selon M. Maqiienne, la terre des tiimulus 
n'est ni plus ni moins propre pour la culture que celle (Ui 
sol. Je dois à M. le j^rofesseur Lacroix une analyse minéra- 
logique du sable, tamisé et lavé, des deux échantillons. Cette 
analyse a donné le même résultat : les deux sables sont com- 
posés de fragments des mêmes roches ^^\ mais le sable du tu- 
mulus est composé de grains beaucoup plus fins que celui 
du sol. On aurait attendu le contraire, car les éléments fins de 
la terre superficielle auraient pu être enlevés par la pluie au 
cours des siècles, ce qui ne pouvait être le cas pour la terre se 
ti'ouvant à o" 80 au-dessous du sol. Les analyses ne prouvent 
pas jusqu'à l'évidence l'origine diverse des deux sortes de terre, 
mais les dilïérences sont néanmoins assez grandes pour être 
considérées comme un indice que la terre formant les tumulus 
a été apportée d'un autre endroit. L'identité des deux échan- 
tillons, quant à leurs éléments constitutifs, ne s'oppose pas à 
cette hypothèse, car le sol de grandes étendues de la vallée 
est homogène, l'alhivion étant formée de matériaux d'érosion 
provenant de montagnes d'une constilution géologique très 
homogène. 

Un autre fait m'a convaincu que la terre formant les tumulus 
a été apportée de loin^'^^ : il n'y a pas, dans les environs, de creux 



^'^ Les éléments des sables, tous très 
roulés, comprennent : i " quartz; :i" l'eld- 
spaths acides (de roches granitiques? : 
orlliose microcline, plagioclases acides); 
'y quart/.ite Ibrniée luiiqueinent de petits 
grains de quartz auxquels parfois se joi- 
gnent des paillettes de niuscovilo dans les 
ternies île passage aux roches suivantes; 
/;" phyllade-muscovite en liiics paillettes, 
avec ou sans quartz. 



''^^ Ce fait rappelle ce que disent 
MM. Squier et Davis (334, p. /iH) sur les 
mounds (pii forment les «Enclos sacrés» 
de rAméri(pie du ISord : Tliey me iisikiIIy 
composed of eiirtli taken iij) evciily froin ihc 
surface , or froin large pil< in ihe neighhor- 
hood. Evident rare appears in ail casex to hâve 
been exerciscd , in procuring tlw inatcrial, 
la pirscrve llie surface of llic adjacent plane 
snioolli , and as far as possible unbroken. 



28'i ANTIQUITKS DE LA REGION ANDTNE. 

d'où elle aurait pu être tirée. Le sol et les tumulus sont si 
bien conservés dans leur état originaire, que ce serait très facile 
d'apercevoir ces cavités s'il y en avait eu , d'autant plus que la 
végétation ne se compose que de rares graminées basses et de 
quelques petits arbustes épineux. 

Je ferai, au sujet des plans des groupes de tumulus, les re- 
marques suivantes : 

Les tumulus sont, comme nous l'avons déjà dit, en général 
très bien conservés; la seule détérioration dont ils ont eu à 
souftVir est que leur élévation a sûrement été réduite un peu 
par la pluie et que quelquefois des parties de leurs bords de 
pierres ont été déplacées. Cependant il y a des exceptions. Au 
coin nord-ouest du groupe A [fig. 36 a) passe un chemin. Les 
cavaliers et les rares charrettes qui parcourent le pays ont 
détruit quelques-uns des tumulus qui se trouvaient en cet 
endroit. Au nord de la rangée qui, du point e, se dirige vers 
l'Est, il existe un champ cultivé et clos; il est possible que les 
tumulus se continuaient jadis dans ce champ. Du côté Est du 
même groupe (dans les environs des points / et //), plusieurs 
tumulus paraissent avoir disparu, tandis que, dans la même 
direction, à environ 200™ plus loin, on voit encore des traces 
de tumulus. De ce côté, il n'est pas possible de définir avec 
certitude où ils s'arrêtent. 

Mais au contraire, dans plusieurs autres endroits où man- 
quent des tumulus nécessaires pour achever la parfaite régu- 
larité des groupes, comme en m, d, n, cj du groupe A [fuj. 36), 
au coin nord-ouest du groupe B [ficf. 37) et du côté sud du 
groupe C [ficj. 38), le sol n'est pas touché, et Ton est con- 
vaincu que les tumulus qui y semblent manquer n'ont jamais 
existé. 

Dans le groupe A , les deux tumulus isolés en k, les dix en / , 
lesquels semblent occuper un lieu qui devait rester libre pour 
compléter la grande rue entre c-d et c-f\ le tumulus isolé en A, 
tous ces tumulus ne sont pas, comme on pourrait le croire, 
des restes de rangées détruites, mais véritablement des tumulus 







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280 



ANTIQUITES DE LA REGION AN DINE. 



isolés, placés hors du plan général, quoique dans la même 
direction et aA^ec les mêmes intervalles que les autres. 

Enfin, en étudiant ces groupes de tumulus, on arrive aux 
résultats suivants : i° Le plan de leur conslmction a été dressé avant 





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Fig. 37. — Tumiiliis (k' Piicarà do Lerma. Plan du grouj)c B (i58 tiiiniilns). 
Eclielle : 1/2.000. 

de commencer les travaux et l'on a pris pour base certaines lujnes 
droites, qui sont, dans le groupe A : a-b, b-f-m et e-f; 2" La 
construction des tumuhis ne paraît pas avoir été réalisée en une seule 




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Sa^i'l'frfejaatiSrj»-;.. 



Fig. 38. — Tumulus de Pucarâ de Lcrma. Plan du groupe C (/|(53 tuiiuilus). 
a. Rempart; b. Fossé; c. Mur. — Echelle : i '^.ooo". 

fois, mais peu à peu, selon le besoin qu'on a pu avoir, par suite 
de certaines circonstances, d'ajouter de nouveaux tertres à 
ceux déjà existants; 3" En commençant, on a voulu laisser des 



VALLEE DE LEHMA. 287 

liu'(j(s rues libres cnlrc les différenles séchons du groupe /l, mais, 
par la suite, on s'esl décidé à y placer certains tumulus, 
comme ceux situés en i et ceux qui sont placés dans la rue (j-h 
{fuj.36). 

Les trois groupes de tumulus sont situés k G*"", plus ou 
moins, à Test de l'eml^oucliure dans la Vallée de Lerma de la 
Quebrada del Toro. 

Le groupe A contient 1,0^7 tumulus, en dehors de ceux 
qui sont disparus; les groupes B et (J, où tous les tumulus se 
sont bien conservés, en contiennent respectivement 1 58 et 463. 
Le groupe B est situé à 2'"" environ de distance à Touest-nord- 
ouest du groupe A , le groupe C à 300*" à peu près au nord du 
groupe B^ dont la dernière rangée de tumulus à l'est forme la 
continuation de la ligne du rempart du côté ouest du groupe C. 

Le croquis y/^. 39 montre les environs des groupes B et C. 
A 100'" à l'est de ces groupes il existe les restes d'un camp 
retranché rectangulaire d'à peu près 600'" d'extension de 
l'Ouest à l'Est et 35o"' du Nord au Sud. Ce camp est limité 
par des remparts en terre avec un fossé extérieur, en ligne 
droite, et assez bien conservés des cotés nord et est, tandis 
qu'il ne m'a pas été possible de suivre leur tracé du côté ouest, 
où ils ont probablement disparu par suite du passage d'un 
chemin moderne. Du côté sud, il n'y a ]:)as de lempart, mais 
le camp est borné ]^ar le lit d'une rivière aujourd'hui à sec, 
dont les bords perpendiculaires ont de 2 à 3"' de hauleur. 
C'est peut-être ce lit de rivière qui a fourni les ^pierres qui 
bordent les tumulus. L'endroit paraît avoir été fréquemment 
habité aux temps pi'éhispaniques, car on y trouve, sur le 
sol, beaucoup de fragments de poterie ancienne, presque tous 
d'une céramique grossière, sans décor, mais très rarement des 
fragments gravés, engobés avec de la plombagine, du type de 
la //</. 53 b, c, cl àc Golgota. 

Piesque au centre de ce camp i-etranché exisie un giand 
tertre artificiel de 6"" de hauteur dont il est dilllcile maintenant 



288 



ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 



de mesurer les dimensions j^rimitives, la terre des côtés s'étant 
éboulée et le tertre étant entièrement couvert de vieux arbres 
dont les racines ont contribué à en altérer la forme originaire. 
Il reste encore une surface supérieure plate de 1 3" de longueur 
(Nord-Sud), sur 6™ de largeur (Est-Ouest); la terre éboulée 
comprise, le tertre couvre une superficie de 28" dans le pre- 
mier sens sur 3 2°" dans la dernière direction. Si l'on suppose 
que les flancs du tertre ont été, à Torigine, plus ou moins 
perpendiculaires, il aurait eu 20"" de longueur sur 1 5"" de 
largeur environ. La terre éboulée a mis à découvert, sur les 



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Tumulue 
Groupe C 


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de U'QuebraJi, 


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Fig. 39. — Tumulus Je Puçarâ de Lerma. Environs des groupes B et C. 
Echelle : i/io.ooo. 

flancs, des murs cpii paraissent avoir servi à consolider ce 
grand monticule artificiel. Partout où l'on fouille dans le 
tertre, ^particulièrement près de ces murs, on trouve des frag- 
ments de poterie ancienne en abondance, la plupart — comme 
sur le sol du camp retranché — d'une céramique grossière, 
quelques-uns gravés et même un fragment peint à la manière 
des urnes funéraires de la région diaguite. Ces fragments gra- 
vés ou jDeints sont cependant trop peu nondDreux pour qu'on 
puisse s'aventurer à vouloir en tirer quelques conclusions en 
ce qui concerne le synchronisme du tertre avec d'autres ruines 



VALLEE DE LE KM A. 289 

Ou antiquités de la Vallée de Lerma. Dans le tertre, j'ai trouvé 
d'assez nombreux os de lama et de huanaco, espèces qui 
n'existent pas actuellement dans cette vallée. 

Sur le plan y^ry. 39, près du tertre artificiel, on voit deux 
étangs, l'un assez grand et l'autre plus petit; ce sont des étangs 
modernes construits par les propriétaires de l'hacienda comme 
réservoirs d'eau pour l'irrigation de leurs cultures. 

Près des tumidus 1^ il y a aussi les restes de deux étangs, 
l'un de Bo'^X 40"' et l'autre de 54'" X 35'". On voit, de jilus, les 
traces d'un canal se dirigeant de ces étangs vers le camp re- 
tranché, mais ces traces se perdent avant d'y arriver. Les habi- 
tants actuels de l'hacienda ne connaissent aucune tiadition sur 
ces étangs et sur ce canal; ils attribuent leur construction aux 
(jentUes, mais il est difficile de se prononcer sur leur âge. 

En résumé, le tertre et ]:)robablement aussi le rempart et le 
fossé du camp retranché sont sans doute préhispaniques, et je 
crois qu'il faut les considérer comme contemporains des tumu- 
lus. Quant aux étangs et au canal, leur origine est douteuse; 
cependant il ne serait pas impossilîle que les constructeiu^s des 
tumulus, du tertre, du camp retranché, des étangs et du canal 
ne soient les mêmes. Le tertre et le fossé sont mentionnés dans 
la relation de Don FiliJ)erto de Mena (235, p. 27), déjà citée, 
sur les monuments et les vestiges des liabitants primitifs de la 
région de Salta et de Jujuy. Mena dit avoir vu, en 1760, «à 
un endroit nommé Pucarâ, à sept ou lui il lieues de Salta », un 
pe(jucno cerro (fiie se recoiioce s in csjaerzo scr obra del homhre, Icvan- 
tado con tierra y cou un foso cjue lo rodea. Mena suppose que ce 
tertre a servi de iortification aux Indiens païens [los indios 
injicles). 

D(» quelles l'uines et (l(* quels {]él)ris j)r(''liispaMi(pies de la 
Vallée de Lei'ina ou des régions voisines les luinulus sonl-ils 
contemporains? Il est difficile de répondre à cetf(» question. 
Dans les tumulus ou autour d'eux, 011 ne Iroiivc^ aucun indice 
pour résoudre ce problème; les fragmeuLs de j^olerie du iiwup 



290 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINË. 

retranché et du tertre n'ont, en général, pas de décor et ne 
peuvent être considérés comme argument accepta]3le. Le seul 
indice serait l'urne funéraire y?^. âl trouvée, comme on le voit 
sur le plan fuj. 39 , au nord du camp retranché. Cette urne 
ressemble assez à celles de Santa Maria et à certaines urnes de 
Pampa Grande; elle indiquerait que les tumulus appartieinient 
à la civilisation diaguite, mais le synchronisme de cette urne 
avec les tumulus est loin d'être sûr, et nous avons aux environs 
tant d'autres débris de différentes éjDoques, qu'il serait osé de 
formuler une conclusion sur cette base. 

Dans quel but ont été élevés ces nombreux tumulus, uniques 
comuie forme, dimensions, disposition régulière, non seule- 
ment dans l'Amérique du Sud , mais , d'après mes connaissances, 
dans le monde entier. 11 fallait un but important pour qu'on se 
soit donné la peine d'effectuer ce travail long et onéreux, même 
avec les moyens dont disposent les ingénieurs de nos jours. 

Mes fouilles ont suffisamment démontré que ces tumulus ne 
sont pas des sépultures. 

Ils ne représentent pas non plus des emplacements de huttes 
d'Indiens; outre leur petite dimension, l'absence a]:)solue de 
morceaux de poterie, d'os ou d'autres débris humains prouve 
que cela n'est pas possi])le. D'ailleurs on voit clairement que 
les bordures de pierres ont été posées simplement pour limiter 
le tumulus et qu'elles n'ont jamais servi de soubassement à 
des constructions de quelque nature que ce soit. 

Serait-ce des amas de terre végétale pour la culture ? H est 
certain que les habitants préhispaniques des Andes amassaient 
de la terre végétale en terrasses sur les flancs des montagnes, 
les andenes. Mais la construction de ces terrasses avait un motif 
qui n'existe pas dans la Vallée de Lerma : le défaut, dans les 
étroites vallées entre les montagnes, de terrain plat qui puisse 
être cultivé. J'ai aussi vu, dans la province de Gatamarca, d'an- 
ciennes cultures sur terrain plat entourées de pierres ou de 
pircas, mais jamais surélevées sur le sol et n'ayant pas la forme 
et la disposition régulière des tumulus de Pucarâ. G'était sim- 



VALLEK l)i; I.KRMA. ^91 

plement des (lél)ris de vieux murs ou de vieux aliguements, 
sans aucune symétrie, servant de clôture à un espace de ter- 
rain d'une forme et de dimensions quelconques qui avait été 
cultivé. M. len Kate (343, ilg. i-x et ilv) donne deux ligures de ces 
anciennes cultures. 

En Europe, nous avons, en Bavière et en Wurtemberg, 
d'anciens amas de terre végétale, disposés d'uue manière assez 
régulière. Ce sont les hochàcker, sur lesquels M. II. von Ranke 
(306) a écrit une monographie très complète. Les hochàcker sont 
des es|)èces de plates-bandes de terre végétale, longues de 170 
à 3oo'", quelquefois même de 1,200'", larges de 8 à 10'" et d'une 
hauteur moyenne de o'" 5o à ©"'go. Ces longs amas de terre 
qui out chacun loujouis la même largeur sur toute leur éten- 
due, sont droits ou presque droits, placés en groupes, quelque- 
fois trente ou quarante ensemble, parallèles entre eux, mais 
sans aucun raj^port en ce qui concerne la direction d'un groupe 
relativement à celle d'un autre. Pour former les hochàcker, on a 
enlevé la terre végétale des sillons qui les séparent au milieu, 
évidemment dans le but d'améliorer la fertilité du sol qui, dans 
ces régions, est fort maigre et n'a qu'une couche superficielle 
très mince de terre végétale. Les hochàcker se trouvent répandus 
dans la partie méridionale de la l^avière et du Wurtemberg, 
entre le Danube et les Alj^es. M. von Ranke les allrlhue aux 
anciens Vindeliciens, peuple celtique qui habitait le pays avant 
sa conquête par les Romains. 

J'ai mentionné les hochàcker \y<\vc,c que ce sont les anciennes 
cultures les plus propres à conq^arer à nos tumulus; mais, en 
faisant cette comparaison, j'arrive à finqx^ssihilité de consi- 
dérer les tumulus comme lieux de culture. En (^llet, dans les 
hochàcker nous voyons, comme dans les andencs , des lra\au\ 
pratiques qui ont été exécutés sans aucun autre point de \ue 
([ue l'agricultuie; tandis qu'on ne peut conq)ren(he ])ourqu()i 
les constructeurs des tumulus de Pucarâ se sont donné tant 
de peine pour obtenir une régidarité géométrique et j^ourquoi 
ils ont transpoi-té d'aussi loin l'énorme quantité de picM-res 



292 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

nécessaires pour former les ])or(ls des luimiliis, si leur but était 
simplement la culture. Avec des amas de terre plus étendus, 
ils n'auraient eu besoin que d'une petite quantité de pierres 
pour les bords; en tous cas, des cultures plus grandes auraient 
été certainement beaucoup plus pratiques. D'autre part, l'ana- 
lyse de M. Maquenne démontre que la terre des tumulus n'est 
pas meilleure pour la culture que celle du sol. 

Enfin le sol de la \ allée de Lerma est trop fertile pour 
rendre nécessaire de tels amas de terre spéciale. Ce qui manque 
dans la région, ce n'est pas une épaisse couche de terre végétale , 
mais la pluie; or la forme et le relief des tumulus auraient 
rendu impossible femploi de l'eau par des canaux d'irrigation. 
D'ailleurs il n'existe pas de trace de ces canaux, et, si les tumulus 
avaient été des cultures, la seule manière de les irriguer eût 
été de les arroser à la main avec de l'eau apportée d'une grande 
distance. J'en conclus qu'il ne faut pas considérer les tumulus 
comme des terrains de culture. 

Il ne nous reste pas d'autre hypothèse que de supposer que 
ces cités de tumulus ont dû servir dans de grandes cérémo- 
nies ou dans des assemblées d'Indiens; chaque tumulus de- 
venait peut-être alors le siège ou l'autel d'un individu ou d'un 
chef de famille'''. 

Cette interprétation , bien qu'elle puisse paraître assez aven- 
tureuse, n'est pas cependant tellement invraisemblable. Nous 
devons rappeler que les Indiens des régions andines avaient, 
et ont encore l'habitude d'organiser, dans toutes les occasions 
possibles, des fêtes avec des cérémonies. Dans l'ancien Pérou, 
chaque mois, chacun des événements périodiques comme les 
semailles, la moisson, etc., avaient leurs fêtes. Les Indiens de 
la Puna ont encore devant leurs huttes le liiiin, autel pour 
les cérémonies qui accompagnent l'apposition de la marque de 

^'' M. Félix-F. Ouïes (277, p. li-S) oh- le groupe A. Naturellement, ii n'y a au 

jerte contre celte hypothèse que l'on ne cune raison de supposer qu'on ait fait 

pourrait pas entendre les allocutions des des discours dans ces assemblées, qui 

orateurs de l'assemblée à 200 mètres de doivent avoir été rituelles, si elles ont 

distance, comme ce serait le cas dans existé. 



VALLEE DE LERMA. 293 

propriété sur les lamas et les moulons : cet autel se compose 
d'un amas de pierres. Dans l'archéologie argentine, nous avons 
deux exemples de sièges ou d'autels situés en grand nombre 
dans un même endroit et dans une disposition plus ou moins 
géométrique. L'un de ces exemples consiste en un groupe de 
grandes pierres, disposées symétriquement dans une enceinte 
entourée de murs, à Loma Rica (Vallée de Yocavil); ces ruines 
figurent dans l'album j^ublié j^ar MM. Liberani et Hcrnâiulcz, 
(217, 1)1. 12). L'autre exemple est donné par un grand nombre de 
monceaux de pierres que j'ai trouvés à Puerta de Tastil, dans 
la Quebrada del Toro, et qui sont décrits page 369 et indiqués 
sur le plan de ces mines, Ji(j. 61 E. Ces monceaux de pierres 
ne peuvent avoir eu aucune fin pratique; ils étaient alors 
probablement destinés à un but religieux ou à quelque céré- 
monie. 

Si nous cherchons des analogies en dehors de l'Amérique, 
nous remarquons, chez plusieurs peuples, que les endroits où 
avaient lieu de grandes cérémonies étaient pourvus d'un grand 
nombre d'autels, un pour chaque famille ou clan. Ainsi les 
Maoris de la Polynésie avaient, il y a peu de temps encore, des 
autels nommés marae, destinés à y célébrer des repas sacrés de 
tortue et aussi, (Lins certaines îles, des sacrifices humains. Ces 
marae étaient des entassements de blocs de coraux renfermés 
entre des dalles de calcaire corallien, formant rectangle, et le 
tout couvert d'autres dalles de la même pierre. Les marae ont 
1"° à 1"* 5o de larjifeur sur une loni»ueur variable. M. L.-G. Seurat 
(330) a publié dernièrement un travail sur les marae, spéciahi- 
ment sur ceux de file Fakahina, de farchipel des Tuamolu, 
qu'il a examinés, et il dit que, dans celte île et dans certaines 
autres, les marae sont tellement nombreux relativement aux 
hal)itants que contiennent et que pouvaient contenir ces îles, 
que chaque famille doit avoir eu son marae spécial. J'ai cité cet 
exemple pour démontrer que l'explication des tumulus comme 
autels pour les grandc^s fêtes n'esl pas aussi in\ raisemhlable 
qu'on pourrait le penser. 



294 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDTNE. 

FOIILLES DANS LKS ENVIRONS DE PUCARA DE LERMA 

ET DEL CARMEN "\ 

Comme nous l'avons vu, l'emplacement des tumulus et celui 
(lu cimelière d'urnes funéraires d'El Carmen sont à peu de dis- 
tant l'un (le l'autre. Aux environs, le sol livre partout des ob- 
jets d'origine préhispanique. Les propriétaires, les régisseurs 
ou intendants, les péons des haciendas m'ont parlé de nom- 
breuses trouvailles faites en labourant ou en creusant la terre. 
Il est regrettable que tous ces objets soient perdus pour la 
science : ou bien ils sont gardés pendant cjuelque temps dans 
les chaumières des paysans, comme curiosités, et ils finissent 
alors par se casser ou se perdre; ou bien les paysans en font 
cadeau à quelque personnage politique qui les égare. La Mission 
Suédoise acheta divers objets aux paysans, particulièrement de 
la poterie. 

Nous avons fait des fouilles en 1901, dans un monticule de 
terre, à Soo"" à l'est du groupe A des tumulus, près d'un mou- 
lin, et nous y avons exhumé un certain nombre d'objets, spé- 
cialement de la poterie du type de la région diaguite. Ces objets 
sont maintenant au Musée d'ethnographie de Stockholm. 

Je décrirai ici les pièces les plus intéressantes découvertes 
dans mes dernières recherches, en 1908, aux environs de 
Pucarâ. 

Urne funéraire (?), — La Jicj. 41 montre une grande urne 
de terre cuite de o"' 4o5 de hauteur et o" 4oo de diamètre ta 
l'ouverture. La panse n'est pas tout à fait circulaire; dans sa 
partie la plus large, elle a o™ 275 de diamètre dans un sens et 
o"'2 6(^ dans l'autre. L'urne a deux paires d'anses de forme dif- 
férente et elle est d'une poterie jaunâtre assez fine. Comme 
anses et comme forme, elle ressemble beaucoup à deux urnes 

'■^ Voir 1 os planchos W II , XVIII, XIX, insc-rcos oprôs la pago 3io. 



VALLEE DE LERMA. 29f. 

exliiuiiées par M. Aiiibrosetti (30, p. 9^1, 100) à Pampa Grande et 
qui contenaient des ossements (Veillants. Elle a été trouvée à 
une cinquantaine de mètres au nord du rempart du camp 
retranché {yoir fi(j. '39); elle n'était qu'à 10 centimètres de 
profondeur. Un essaim d'abeilles, d'une de ces espèces sud- 
américaines qui vivent dans la terre, y avait fait son nid. Les 
indigènes me dirent qu'ils avaient trouvé plusieurs urnes sem- 
blables da s le voisinage immédiat de celle-ci. Cette urne est 
d'une forme ([ui ressemble à celle des urnes funéraires d'enfants 
si car.ictéristiques de la région diaguite. Elle a probablement 
aussi contenu le cadavre d'un enfant dont le squelette a du 
disparaître complètement sous l'action du temps. L'urne a été 
ornée de peintures comme celles de la région diaguite, mais le 
décor s'est elïacé, excepté quelques fail3les traces au bord supé- 
rieur, où l'on peut encore observer le nez, les grands « sourcils » 
en forme d'arc et les yeux du personnage qui apparaît presque 
constamment sur les urnes funéraires déniants de la région 
diaguite. Ces traces sont trop faibles pour apparaître sur la 
pliotograj^liie. 

Aryballe. — Le vase représenté de deux côtés par \^ /kj- àS 
fut exhumé dans les champs de luzerne de la hacienda de M. Isas- 
mendi, à i'^"' environ au sud du groupe A des tumulus. Ce vase 
est d'une poterie jaune assez fine, sans engobe. Il a o'"32 5 de 
hauteur, non com]:)ris une partie du goulot qui manque. La 
panse a o"" o.lxo de diamètre maximum, sans les anses. L'un des 
côtés du vase est orné de lignes horizontales peintes en noir et 
composées de petits triangles, alternant avec d'autres lignes 
d'où pendent des dessins en forme de crochets. Au milieu, cette 
ornementation est interrompue par une rangée verticale de 
losanges triplés également peints en noir, renfermée entre deux 
lignes verticales. Immédiatement au-dessous de la naissance 
du goulot se trouve une cassure qui démontre qu'il y a eu, à 
cet endroit, un ornement saillant modelé sur la panse du vase. 
Il s'agit probablement d'une léle de puma, comme celle des 



296 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

vases que nous allons énuniérer. Le côté opposé d-u vase n'est 
pas peint, mais il a, comme décor, un serpent en relief très 
artistiquement modelé. 

Ce vase est une tron\ aille extrêmement intéressante, car c'est 
un type caractéristique j)(mi' toute la région où jadis domi- 
naient les Incas,si carastéristique même qu'il se retrouve dans 
tous les pays ayant appartenu à l'empire incasique, mais jamais 
en dehors des limites de cet empire. On peut presque dire que 
la découverte d'un vase de ce genre constitue une preuve de 
l'influence péruvienne immédiate dans le pays où la trouvaille 
a été faite. 

Ces poteries ont une ressemblance frajopante avec certains 
vases antiques de l'Italie auxquels on donne le nom à'aryhalles. 
Adrien de Longpérier, dans son catalogue de l'ancienne col- 
lection d'antiquités américaines au Louvre, aujourd'hui trans- 
férée au Musée d'ethnograj^hie du Trocadéro, fut le premier 
à attirer l'attention sur cette ressemblance et à appliquer aux 
vases américains le nom d'aryballes. Longpérier (218, p. m) dit, 
à propos d'une de ces poteries provenant d'Ollantaytand^o : 
« Ce vase pourrait être facilement confondu avec ceux que l'on 
trouve à Gorneto et dans quelques autres localités au nord de 
Rome. » 

Le D'' Hamy (160, texte de la pL xxxmi) douue des aryballes la 
définition suivante : «Col haut, s'élance en forme de long 
tuyau évasé; l'épaule est étroite, la panse peu dilatée; les anses 
épaisses et plates sont attachées très bas; deux j^etits anneaux 
évidés viennent de plus s'accrocher symétriquement de chaque 
côté, sur la bouche même du vase. On voit constamment saillir 
en haut relief, sur la face la plus ornée, au niveau de la base 
du col, une petite tête d'animal, d'un travail simplifié et géné- 
ralement fort laide. La base a presque constamment la forme 
d'un cône large et court. » J'ajouterai à cette définition que 
les anses sont toujours verticales et que la petite tète en relief 
à la base du col est presque sans exception cette tète stylisée 



VALLEE DE LERMA. 297 

de piiina dont nous axons reproduity^ry. 2 un spécimen prove- 
nant d'Aniaiclia (Vallée de Yocavil),déciit pa^e 1 19. Les têtes 
de puma des aryballes péruviens ne se distin<»uent de ce spé- 
cimen que ])ar l'exécution plus nette et plus parfaite et par les 
contours pins rectilignes. Il est plus que probable que notre 
aryballe de Pncara a élé pourvu d'une de ces têtes, dont deux 
lignes ci'eusées verticalement indiquent les oreilles et une li<j^ne 
liorizonlale la boucbe. I^resque tous les arvl^alles présentent 
cette léte de puma en reliel; rarement la léte est pins arrondie, 
et alors les yeux sont lormés par des dépressions circidaires; 
par exception la tête est remplacée par un simple bouton, ana- 
logue à celui du vase de Lapaya, ^y. 21. Sur la panse, en 
général d'un coté seulement — celui de la tête en relief, — 
les aryballes présentent presque toujours un décor peint qui, 
à peu jDrès constamment, consiste dans des ornements géomé- 
triques. Très fréquemment, dans les régions les plus dilîérenles , 
cette ornementation peinte des aryballes est celle de notre 
spécimen de Pucarâ, c'est-à-dire une rangée verticale de lo- 
sanges au milieu, et, des deux cotés, des lignes horizontales 
renfermant d'autres figures géométriques, comme de petits 
triangles, etc. Quelquefois cette dernière ornementation latérale 
est remplacée par une peinture en échiquier, d'autres fois par 
des figures pinnées, composées d'une ligne droite, perpendi- 
culaire, de laquelle sortent, des deux cotés, d'autres lignes 
formant un angle de 4^ degrés, dirigées vers le haut et souvent 
terminées par des cercles ou par des points, (le dessin lait 
fimpression de la reproduction schématique d Une plante à 
nond)reuses branches terminées en fleurs. Les ligures curvi- 
lignes ou représentant des hommes ou des animaux sont rares 
sur les aryballes. La dimension des arybalb^s varie de 10 centi- 
mètres jusqu'à plus {\a\\\ mètre de hauteur, mais la phipartonl 
de 20 à 35 centimètres. 

Etant donnée rimj)orlance des aiyballes comme caractéris- 
tifpies de rarchéologic de fancien empire iiicasicpie, il con- 



298 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

vient de présenter ici un aperçu de leur distri])ution géogra- 
phique. 

Commençons par le Nord, avec la République de l'Equa- 
teur. Dans ce pays, on a trouvé des aryballes dans tout l'Entre- 
Sierras, mais surtout au sud de Quito. MM. Stûbel et lleiss 
(340, I, |)1. 7, liy. 1, 5) reproduisent un aryballe de Quito, de f)'" <5 
de hauteur, et un autre d'Achupallas, de o'^'icS de hauteur. 
Les deux sont pourvus de la tête de puma stylisée en relief 
et d'ornements géométriques peints : losanges en bandes ver- 
ticales. L'abbé (îonzâlez Suarez (149; atlas pi. xl,!!^. i, et texte p. 16.)) 

doiuie la figure d'un autre aryballe typique de la province 
d'Azuav. M. G. A. Dorsey (119, p. ^58, pi. xlh) exhuma deux de 
ces vases dans une sépulture de lile de La Plata. 11 repro- 
duit l'un, de forme typique, à ornementation géométrique 
peinte consistant en bandes verticales et en figures pinnées; 
tête de puma en relief, typique. Le D" Seler (326, pi. 48, fig. 20) 
figure également un aryballe typique, d'ibarra, au nord de 
Quito. Sur ce vase sont peintes, au milieu, plusieurs bandes 
verticales, contenant de petits losanges, et, des deux côtés de 
ces bandes, les ornements pinnés que nous avons mentionnés. 
M. Anatole Bamps (50; p. 1 13, 1 \\, ^ 17, 1 18, 124; pi. n ùg. 1 , m, iv fig. 4 
et 6, VIII fig. A et 6, XV fig. 5) reproduit, en couleurs, sept aryballes 
de la République de fEquateur. Le spécimen le plus grand 
provient de Quinjeo (province d'Azuay) et a o"'6i de hau- 
teur. Ce spécimen n'a pas de dessins peints, mais il est engobé 
en rouge jusque près de la naissance (hi goulot. La partie supé- 
rieure du vase est de couleur jaune. Cet aryballe est tout à fait 
typique quant à sa forme et pourvu d'une tête de puma en 
relief et de petits anneaux évidés de chaque côté de la bouche 
du vase. Un spécimen (pi. m) provenant de Chordeleg (Aziiay), 
de o'^SSS de hauteur, présente un décor peint très analogue 
à celui de notre aryballe de Pucara de Lerma. Les autres ary- 
balles que figure M. Bamjijs sont de petits spécimens, de o"'i4 
à o'" 2 5 de hauteur. L'un provient de la province de Quito et 
quatre de la province d'Azuay. Tous sont des aryballes typi- 



VALLEE DE LERMA. 299 

ques,a\ec des tètes de puma en relief et avec les pelils.aiiueaux 
évidés dont nous avons parlé. Deux de ces aryballes sont déco- 
rés, du côté de la tète de puma, avec des dessins géométriques 
(<»recques et losanges), formant une bande horizontale. Trois 
spécimens n'ont pas de décor peint. Enfin M. Bamps {ibi<l,[)\. a, 
fig. a) figure aussi la nioitié (fun grand aryballe cassé, lequel 
présente des ornements pinnés verticaux. M. Bamps décrit les 
aryballes sous les noms espagnols de càntaro ou càntaro malta; 
le grand spécimen de o"'6] de hauteur est dénommé càntaro 
ijiiallo. Ce sont là probablement des noms que Ton donne à 
ces vases dans fEquateur. Récemment, en 1906, le D'' Rivet 
a rapporté de l'Equateur de nombreux aryballes. Excepté 
un vase de Ganar, ils proviennent tous d'Azuay qui est, 
après Loja, la province andine la plus méridionale de la répu- 
blique. Cinq aryballes de la province d'Azuay ont de o"' 18 
à g"" 20 de hauteur, trois autres de o'" 1 3 à o"' 1 5. Ces huit spé- 
cimens proviennent des localités suivantes : Incapirca, Intipata 
(près Azogues), Biblian, Sinincay (près Cuenca), Guatana (près 
Cuenca), Sigsig, Cumbe. Trois de ces vases portent des tèles 
de puma typiques, la bouche et les oreilles étant formées par 
des lignes creuses; sur trois spécimens, ces organes, ou du 
moins les yeux, sont désignés par des (léj)ressions formant des 
points; sur un autre spécimen, Ils ne sont pas du tout mar- 
qués. Seule, sur un de ces aryballes, la tête de puma est rem- 
placée par un simple bouton. Ea plupart présentent les deux 
petits anneau V évidés au-dessous de la bouche du vase et dont 
parh' M. Hamy dans sa définition des aryballes que nous ve- 
nons (h; transcrire; dans faiybahe de Biblian, ces anneaux 
sont remplacés par de petits boutons. L'ornementation peinte 
existe seulement du côté où se trouve la tête de puma, saul 
un vase, i\\\\\ (h'cor peint excej^tionnel, et un autre cpii n'a 
pas de décor peint. Les ornements peints consistent en figures 
géométriqiK^s : des grecques, des méandres, des losanges, des 
rectangles, etc. Sui- raryl)alh^ de Gimd)e, on voil h's ornements 
pinnés doni nous avons hiil niciilioii. L'ai-\l)all(' (h' Ganar a 



300 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

o'"i7 de hauteur; les yeux et la bouche de la tête de puma 
ne sont pas marqués; il n'y a pas d'ornementation peinte, mais 
le devant est engobé en rouge et la tête de puma peinte en 
blanc; les petits anneaux évasés existent. En dehors de ces 
vases, M. Rivet a rapporté cinq énormes aryballes, tous de la 
province d'Azuay (Caldera, Taday, Sajil, Zhumir, Rio Paute); 
les quatre premiers ont de o™8o à o"'9o de hauteur, celui de 
Rio Paute, r"io. Tous ont une tête de puma typique. Orne- 
meutation peinte (seulement sur le devant) : losanges, grec- 
ques, méandres, échiquier, etc. Le spécimen de Taday est 
orné de figures pinnées; celui du Rio Paute est simplement 
peint, la moitié supérieure du vase en blanc et la moitié infé- 
rieure en rouge. Le spécimen de Sajil présente sur le goulot 
exactement la même ornementation que notre vase aryballoïde 
de Lapaya, fuj. 21. Le Musée du Trocadéro possède trois 
petits aryballes typiques, provenant de Guano, près de Rio- 
bamba, dans la province de Ghimborazo. Ges pièces sont cata- 
loguées sous les n°* 9761-9763 et appartiennent à la collection 
Gûnzbourg. 

Au PÉROU, c'est aussi surtout dans l'Entre-Sierras que nous 
trouvons les aryballes. Cependant nous connaissons quelques 
vases de cette catégorie, provenant de la terre basse, c'est-à- 
dire de la CÔTE du Pacifique. Quelques-uns correspondent 
dans presque tous les détails aux aryballes typiques dont nous 
avons donné la description : ainsi, ceux qui sont catalogués au 
Musée du Trocadéro sous les n°' 29966, 29967 et 3oo47- 
3oo49, appartenant aux collections Ouesnel et Wiener. Pour- 
tant deux de ces pièces s'écartent du type général par une face 
humaine formée par des lignes en relief et appliquée d'un coté 
du goulot, les bras de ce même personnage étant également 
esquissés en relief sur la panse du vase. Mais la plupart des 
aryballes de la cote du Pérou présentent des difTérences plus 
remarquables encore avec le type général. Le Musée du Troca- 
déro en possède deux, n"' 7061 et 706 3, provenant de Moclie, 
près de Trujillo, et appartenant à la collection Drouillon. 



VALLEE DE LERMA. 301 

L'un d'eux est plus <»lo])uleux que les aryballes eu général, 
et l'autre est d'une forme fort modifiée. Deux autres aryballes 
du littoral péruvien, de la collection Lemoine, n"* 21 o44 et 
2 1 08 1 , noirs, bien lustrés, sont de la forme typique et ont des 
têtes de puma typiques en relief, mais le décor peint de la 
panse est renq^lacé par une ornementation curvilij^ne, gravée. 
M. Seler (326, pi. i5, lig. i/i, et pi. 37, %. 4) reproduit deux ary- 
balles de la côte, appartenant au Musée d'etlinograpliie de 
Berlin. Le premier, provenant de Supe, au nord de Callao, a 
la panse décorée d'ornements horizontaux, peints, formant 
des méandres. Le second, en terre noire, provient de Lam- 
bayeque, au nord de Trujillo. 11 présente la même face en 
relief sur le goulot et les mêmes bras esquissés sur la panse 
que les aryballes des collections Quesnel et Wiener que nous 
venons de mentionner. M. Seler {ibid., pi. 36, fig. 9, n) donne aussi 
deux aryballes noirs de Hiiaras, dans la Cordillère Maritime, 
assez irréguliers, avec des ornements gravés au lieu d'orne- 
ments peints. Une partie de cette ornementation consiste en 
ligures d'oiseaux. Au contraire, un aryballe provenant de la 
côte de Huarmey, situé justement à l'ouest de Huaras, corres- 
pond au type général. Ce vase, de o'"4o de bauteur, est repro- 
duit par MM. Stûbel et Reiss (340, i, pi. 10, llg. 9). Les mêmes 
auteurs [ihid.,\, pi. 10, fig. 10) représentent un autre aryballe, 
provenant de « Pueblo Muevo », de o'" 2 1 de hauteur, sans tête 
(h» puma, mais orné d'un serpent en relief qui roule sa queue 
autour du goulot du vase. Des figures pinnées, de la sorte que 
nous avons déciite, y font partie de l'ornementation peinte. Il 
y a au Pérou plusieurs localités dénommées Pueblo Nuevo; 
il s'agit probablement de celle (pii est située dans la province 
de Pacasmayo, au nord de trujillo. 

Les nombreux aryballes de l'ENTRK-SiKniws du Pkrou cor- 
respondent presque sans exception dans tous leurs détails à la 
description qu'on a lue plus baut. La ])lu])art des sj^écimens 
ont été exhumés aux environs de Cuzco et du lac Tilicaca. 
Le D' Hamy (160, pi. xwvn) reproduit un grand aryballe, de 



302 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

o™88 de liauteur, provenant d'une grotte funéraire de San 
Sébastian, près de Cuzco. Ce vase, pourvu de la tête de puma 
typique, est d'une fal)rication très supérieure à celle de notre 
spécimen de Pucani de Lerma, mais l'ornementation j^einte 
est presque identique dans l'un et dans l'autre. Un second ary- 
])alle, fif^uré dans l'ouvrage de M. Hamy (i7»iU,pl. xxxvm.fig. hj), 
j)rovient de Sacsaïluiaman. 11 a o'" 33 de liauteur et correspond 
tout à fait à la description des aryl^alles tyjiiques, excej^té la 
tète de puma, aux yeux ronds. En dehors de ces deux ary- 
balles, le Musée du Trocadéro en possède plus de vingt autres 
provenant de l'Entre-Sierras du Pérou. Les spécimens les plus 
anciens ont été trouvés par Léonce Angrand à Yucay,à quatre 
lieues au nord-ouest de Cuzco, et donnés au Musée du Louvre. 
Longpérier (218, p. cjd, 109-110) les a décrits sommairement. 
Une douzaine d'ary]3alles du haut pays, de o'" 1 o à o"' 35 de hau- 
teur, furent rapportés par M. Wiener. Un spécimen de Cuzco, 
n" 4o38, provient de la collection Macedo. Enfin deux de 
Cumana, sur le Titicaca, n**' 36 35o et 3635 1, de ©"''i^ et 
de o"' 1 7 de hauteur, y furent trouvés par le comte de Sartiges. 
Tous ces spécimens correspondent au tyj)e général; le seul 
détail qui présente quelque variation remarqual)le est la tète 
de puma, remplacée parfois par un simple bouton. L'aryl^alle 
le plus notal)le du Musée du Trocadéro est un grand vase de la 
collection Sartiges, également trouvé à Cumana. Cet aryl^alle 
a o"'6'i de hauteur, non compris le col, qui est cassé. M, Léon 
Lejeal (212, p. 80 et suiv.) en donne une description détaillée et 
une bonne figure. La forme est celle des aryballes typiques, 
mais il y a deux tètes de puma au lieu d'une seule, et le décor 
est vraiment remarqua])le, composé de 29 coquilles imitées en 
relief sur la panse du vase. Ces coquilles sont des reproduc- 
tions très fidèles d'un bivalve marin , Spondyhis pictonim , C/iemtz. , 
originaire de la côte du Pacifique dans la région équatoriale. 
Le grand ary])alle de Cumana se distingue aussi par une richesse 
peu commune quant aux couleurs enq^loyées dans son orne- 
mentation. M. Seler (326; pî. 2, fig. 1,2; pi. 3; pi. 5, (ig. /n pi. 6, %. n, 



VALLKE DE LERMA. 303 

i5; pi. 07, fij;. /i, 7) reproduit huit aryhallcs de (luzco, deux des 
environs de Puno (Nasacara et Ichii) et deux de Gajamarca, 
tous appartenant aux collections du Musée d'ethnographie de 
Berlin. Tous ont la forme typique des aryhalles. Seulement 
l'ornementation ])einte varie, mais deux spécimens de Cuzco et 
celui deXasacara présentent une oi'nementalion peinte presque 
identique à celle de l'aryhalle de IHicarâ de Lerina; dans le 
décor d'un autre se trouvent ces ligures pinnées que nous avons 
décrites. Un autre spécimen de Cuzco a son goulot pourvu 
d'une face humaine formée par des lignes en relief, semhlahle 
à celle de faryhalle de Lamhayeque, mentionné plus liaiil. 
Dans ini aryhalle, également de Cuzco, les ornements peints 
de la panse sont remplacés par des ornements gravés. Les deux 
spécimens de Cajamarca sont noirs, mais toujours de formes 
parfaitement lypiques. Tous ces aryhalles sont pourvus de la 
tête de jouma caractéristique, à deux exceptions près, où elle 
est remplacée par des houtons. Au Musée national de Monte- 
video, j'ai aussi vu ])lusieurs aryhalles typiques, provenant de 
Cuzco. Enfin, dans l'atlas de MM. Rivero et von Tschudi (311, 
pl. wxvi), nous voyons un vase aryhalloïde avec des figures peintes 
représentant des oiseaux, des insectes, etc. Ces peintures sont 
(fun style si différent de celui du décor des autres aryhalles, 
qu'il n'est pas impossihle qu'elles soient relativement modernes, 
appliquées récemment sur un aryhalle ancien, comme c'est le 
cas (fiin spécimen rapporté de la Répuhlique de fEquateur 
j)ar le D' Rivet. 

En Bolivie, c'est surtout dans la région (hi fiticaca qu'on a 
trouvé des aryhalles. Déjà Castelnau (94, pl. \u) a donné la ligure 
(Vun de ces vases, avec la légende : «Vase conservé dans le 
Musée de La Paz (Bolivie) ». Il n'y a pas d'indication sur la 
localité, mais prohahlement ce spécimen ])r()vient de la Bolivie. 
C'est un aryhalle |)arlallement tv])i(pie, dans lequel les lignres 
pinnées font ])arlie de fornenienlalioji peinte. Le Musée du 
Trocadéro possède deux aryhalles de Copacahana, ])rès de 
Tialîuanaco, n"' 4o'i5 et 4026, rapportés par M. Ber. fous 



304 ANTIQUITÉS 1)K LA RFXtION ANDINÊ. 

deu\ ont environ o'^So de hauteur et sont de formes et décor 
typiques, mais le n** 4oy5 présente sur le col une face hu- 
maine esquissée au moyen de lignes en relief, comme les S2:)é- 
cimens de Guzco, Lambayeque, etc., décrits plus haut. Ce 
dernier arvhalle a été figuré et décrit parM. ffamy (160,pl\\xviii, 
fig. ii3). La Mission Française a rapporté un aryballede Tiahua- 
naco, d'une céramique très fine, avec des ornements peints 
sur fond jaune, surtout en noir, mais comprenant aussi quel- 
ques lignes rouges. Ce vase a o"" 38 de hauteur, non compris 
le goulot qui manque. Il présente la tète de puma lial)ituelle, 
en relief, et, du même côté, un décor peint en échiquier, 
interrompu au milieu par une rangée verticale de losanges, 
encadrée de lignes verticales rouges. A fenvers, il n'y a pas de 
décor. La partie méridionale de la Bolivie est archéologique- 
ment presque inconnue; quand ce j^avs sera exploré, très pro- 
bablement on y trouvera aussi des aryballes. 

Passons à la Républioue Argentine. De Suru^-â, localité de 
la Puna de Jujuy, mais dont je ne connais pas la situation 
précise, le D' R. Lehmann-Nitsche (210, p. 45, pi. v B i3) décrit 
et figure un vase qui doit être classé comme aryballe, quoiqu'il 
soit d'une facture plus grossière que les aryballes péruviens, et 
l'ornementation peinte est différente, présentant cependant 
cela de commun avec la plupart de ces vases, que ce décor 
existe seulement d'un côté. La forme du vase et des anses est 
la même que celle des aryballes en général. La tête de puma 
est remplacée par un bouton. Le vase a o™ 22 de hauteur, non 
compris une partie du col qui manque. En avançant vers le 
Sud , vient ensuite notre S2:)écimen de Pucarâ de Lerma, typique, 
mais d'une fabrication un peu plus grossière que celle des 
aryballes ])éruviens. Nous avons également décrit, page 287, 
fuj. 27-24, plusieurs vases provenant de Lapaya, dans la Vallée 
Calcliaquie, plus ou moins aryballoïdes, quoique présentant 
certaines modifications, \irchow (372, p. 375, pi. vu, fig. 1) décrit et 
reproduit un aryballe de o"' ^o de hauteur, « de la région cal- 
cliaquie » , sans indication plus précise de localité. Ce vase est 



VALLEE DE LERMA. 305 

un aryl)aUe parfaitement typique, dont rornenientatiou j)einte 
comprend des Ijandes verticales et aussi des figures pinnées. 
M. Ambrosetti (28, p. 21, pi. n, {]<;. 37) reproduit un fragment d'arv- 
haWe, d'Antofagasta de la Sierra, et dit avoir trouvé un autre 
de ces vases à Golomé (Molinos). M. de La Vaul\ (366, p. 176) 
a trouvé un petit aryballoïde grossier, sans décor, à Kl Ba- 
nado, près de Quilmes, dans la Vallée de Yocavil. (le vase 
porte au Musée du Trocadéro le n" 47 ^'^7- Jusqu'à la province 
de San Juan, on trouve des vases ressemblant au\ arvl^alles, 
quoique modifiés. L'un de ces vases, à fond conique, mais 
plus globuleux que les aryballes en général et dépourvu de la 
tête de puma en relief, est figuré par M. D. S. Aguiar (6, p. 45). 

Au Chili, on a aussi découvert des aryballes. M. J. T. Mé- 
dina (234, fig. 211) en reproduit un spécimen exbumé à Freirina, 
localité qui a fourni tant d'objets de style péruvien. C'est un 
aryballe bien typique, dont le décor peint est presque iden- 
tique à celui de l'aryballe décrit par M. Virchow. 

Tous les vases que nous avons énumérés ont exactement la 
même forme et le décor est analogue, souvent identique, sur 
des spécimens exhumés dans des pays si éloignés l'un defaulre 
comme la République Argentine et l'Equateur. On n'en saurait 
douter : les aryballes sont caractéristiques de l'archéologie de 
l'ancien empire des Incas, et les vases de ce genre qui ont été 
découverts dans la région diaguite constituent une nouvelle 
|)reuve en faveur de fopinion que la culture diaguite faisait 
partie intégrante de la civilisation péruvienne. 

Quant à la destination des vases auxquels nous avons aj)|)li(jué 
le nom d'aryballes, une pièce conservée au Musée du Troca- 
déro nous fournit un renseigiiciiKMit précieux. C'est un gr()Uj)e 
en argent catalogué sous le n" /jojG et trouvé j)ar M. V\'i(Mier 
dans une grotte à Sacsaïl maman. Wiener (377, p. 588) eji donne 
une figure très réduite, et llamy (160, pi. i.m, lîg. i5(>), une belle 
pliototypie en grandeur naturelle. Cette pièce porle comme 
étiquette : «Groupe en argent. Un Inca et deux serviteurs qui 
lui présentent à boire et à manger». En effet, fun des servi- 



300 AMI (H ITKS DE LA 1', KG ION AN 1)1 MO. 

leurs porlc dans la main un ar\ balle typique, tandis que l'autre, 
une femme, présente un plat qui devait contenir un mets. La 
i)résence de l'aryballe dans ces circonstances semble bien dé- 
montrer que ces vases étaient simplement destinés à contenir 
des boissons. Ils doivent avoir fait partie de la vaisselle de luve 
des i^cns riches, dans tous les dilFérents pays où s'étendait 
feuinire incasique. Seulement les grands aryballes, d'environ 
1"' (le hauteur, ne peuvent pas avoir été employés pour le ser- 
vice courant; ces énormes vases servaient probablement à con- 
server les boissons et spécialement la chicha. 

Autres objets. — Dans un autre endroit de la hacienda de 
M. Isasmendi se trouvaient les trois pièces représentées par la 
fig. 45. Leurs diamètres respectifs sont : r/, o" i35; h, o'" 226; 
c, o™ 161. Elles sont d'une poterie rouge, lisse, bien cuite. Les 
cassures de l'écuelle b montrent une pâte fine, grisâtre, et l'on 
voit que la belle couleur rouge de la pièce a été obtenue en 
ensobant la surface, avant la cuisson, avec une matière conte- 
nant probablement de focre rouge. La tête de canard qui forme 
l'anse du plat a est bien modelée; les yeux et les narines sont 
assez prononcés. 

L'objet y?^. ââ a, en quartzite gris verdatre assez dur, s'est 
rencontré non loin de ces poteries; c'est la moitié d'un instru- 
ment ayant servi à broyer du maïs ou d'autres grains sur une 
pierre plate. La longueur du fragment est de o^'^aô; celle de 
l'instrument entier devait être d'environ o"5o. La hauteur 
de la surface cassée est de o"" 1 1 o , la largeur maximum o"" 097 . 
La coupe [cl) de ce broyeur n'est pas tout à fait symétrique, ce 
qui devait faciliter son em23loi, qui consistait à en faire alter- 
nativement monter et descendre les extrémités. On voit encore, 
dans les chaumières, broyer le maïs de la même façon, mais 
les Indiens actuels ne travaillent plus la pierre comme leurs 
ancêlres, ils se contentent d'une pierre roulée quelconque prise 
dans le ruisseau voisin; cependant ils se servent des broyeurs 
anciens lorsqu'ils en trouvent. L'instrument de la même espèce 



\ AI.LKK l)K L KIWI A. .'iOT 

ac([viis à Hiiicoiiada et reproduit y/y. 155 était en usage daus 
la hutte d'un Indien. Ces broyeurs de pierre existent dans les 
parties les plus différentes de l'Amérique du Sud. Le Musée du 
Trocadéro en possède un beau spécimen (n" iMO'i du cata- 
logue ayant prescpie la même forme et provenant du Rio Iça 
(Colombie). 

ha Jig. 44 b, c représente deux poteries trouvées sur un 
autre point de la propriété de M. Isasmendi. La première est 
d'une terre cuite noirâtre; elle a o"* i5 de longueur. Le dia- 
mètre intérieur du goulot est de ©'"09. L'ornementation con- 
siste en trois lignes en relief interrompues par des traits graves 
transversalement. Dans la Puiia, les Indiens fabriquent encore 
en terre cuite des récipients de cette forme, mais plus grands; 
ils sont employés pour griller le maïs jusqu'à ce qu'il devienne 
parfaitement dur et sec. Ce maiz tostado est l'une des princi- 
pales provisions de voyage des Indiens. 

La /uj. 44 c est une écuelle noire en terre cuite très bien 
lustrée, engobée de plombagine. Son diamètre maximum est 
de o^^iSS. 

Près de ces dernières poteries a été trouvée une autre pe- 
tite écuelle contenant un ciseau et un 23oinçon(?) en cuivre 
{fuj.â2aeib). 

Le régisseur de la hacienda de M. Isasmendi m'a assuré que 
l'on découvrait fréquemment des ossements humains dans les 
champs, ce qui est très vraisemblable. 

A quelques mètres de la maison d'haljitalion de la hacienda 
El Carmen, j'ai fouillé, en 1901, quelques tombes formées 
de murs circulaires en pierre sèche, de quelques décimètres de 
profondeur et d'un j)eu plus d'un mètre de diamètre. Chaque 
sépulture contenait un ou deux squelettes dans un état tel, 
qu'il n'était pas possible de retirer les os do la terre sans qu'ils 
tombassent en poussière. 



308 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 



CARBAJAL'''. 

Quelque temps avanl ma visite à cette hacienda, son proprié- 
taire, que j'ai déjà nommé en décrivant la collection de Lapaya, 
avait fait des fouilles sur l'emplacement d'une vieille construc- 
tion, à quelques centaines de mètres à l'est de sa maison. H y 
avait remué 4oo à 5oo mètres cubes de terre pour chercher 
des trésors imaginaires. 

Les murs en pierre de cette ruine, tracés en lignes trop 
droites pour être indiens, sont disposés de la même manière 
que ceux des haciendas du pays au temps de l'occupation espa- 
gnole : une grande cour entourée d'un mur; d'un côté, un bâ- 
timent contenant neuf chambres dont cinq formant façade et 
quatre disposées en deux ailes, deux de chaque côté. Pour une 
personne habituée à voir des ruines préhispaniques, cette con- 
struction a un air tellement espagnol que je sids convaincu 
qu'elle n'est pas indienne. 

Le croquis y?^. 40 montre la disposition des ruines et les 
tranchées de 2 mètj'es de profondeur, ouvertes par les cher- 
cheurs de trésors. Ceux-ci m'ont donné des renseignements 
précis sur les trouvailles faites, et j'ai pu, en continuant les 
fouilles, recueillir quelques objets. 

11 est vraiment extraordinaire de rencontrer dans cette con- 
struction d'une apparence si espagnole un atelier d'objets en 
pierre sculptée, sans nul doute d'origine indienne. 

A fendroit marqué A, à plus d'un mètre de profondeur, on 
avait trouvé une trentaine de pierres de diverses dimensions, 
travaillées suivant une forme cvlindrique, les bords arrondis 
comme le sont certains fromages. Une de ces pierres de dimen- 
sions moyennes, o" i64 <^le diamètre et o^'ogo d'épaisseur au 
milieu, est représentée par ^'à fig. 46 e. H y en avait du double 
de cette grandeur et de plus petites. MM. Stûbel et Reiss (340, i, 

''^ Voir la planche XX, insérée après la page oio. 



VAI.LKK DE LERMA. 



309 



pi. 18, fig. 2^) reproduisent une pierre de Tarapacâ, de la même 
forme, en granit, mais de dimensions plus petites : o"" 1 3 de 
diamètre. J'en ai trouvé une semblable à Sayate (Puna de Ju- 
juy), voir l^fifj- US h. M. von ih(U'ing(179, p. 4, %. 6) représente 
une autre pierre de la même forme, moderne, provenant de 
Itanalîem (Rio Grande do Sul) et qui y était employée par les 
Indiens pour broyer du sel, du poivre et des drogues. D'après 
M. B. G. de Almeida Nogueira (9), le nom donné en guarani 
à ces pierres est ila-yeré «pierre tournante», ce qui démontre 
qu'elles étaient employées comme broyeurs. Il existe aussi des 
pierres de cette forme en Amérique du Nord. M. G. G. Abbott 
(l,p. 342) en figure une, du New-Jersey. 




Fig. 4o. — Plan de la ruine de Carbajal. — Echelle : i/i.ooo. (Trancliées en gris.) 

En B, contre les fondations du mur, à 0'°' 5o de profondeur, 
ont été trouvés une vingtaine de petits mortiers taillés, dont 
l'un est représenté fuj. âG c; il a o'" 10 de diamètre extérieur. 
Rivero et von Tscbudi (311, atlas, pi. wx) re])r()duisent une pièce 
péruvienne semblable, en «marbre jaspé». Les objets en 
pierre de cette forme sont communs au Pérou et en BoHvie. 

Les pierres en forme de «fromage» et les ])('tits mortiers 
proviennent tous de la même roclie : un calcaire zone couleur 
blanc jaunâtre, translucide, com])act, d'un assez joli aspect. 

En B, il y avait beaucoup de morceaux de cette roche où 
l'on voyait encore les traits d'nnc taille romnicncée [fuj. ^16 j, 



310 ANTIQUrr?:S DE LA REGION ANDFNE. 

h, a). Tout ceci clciiionlre donc que nous nous trouvons en 
présence de l'atelier d'un Indien peut-être au service des Espa- 
gnols, habitants de la maison au premier temps de l'arrivée des 
Européens dans la vallée. 

La petite jDierre à surface concave, y?fy. âO d, a été trouvée au 
même endroit cjue les mortiers et provient de la même roche. 

En C [[kj. 40) se trouvait le grand mortier en grès rouge, 
ficj. 47, de ©""/iS de longueur. C'est un bloc naturel où l'on a 
creusé une concavité qui présente une surface lisse et j^olie. 
Deux grands mortiers de la même sorte se trouvaient à côté de 
celui-ci. 

Dans la cour, près du mur, au fond (Z) sur ^^fi(j- 40)^ les 
chercheurs de trésors avaient trouvé un squelette, ayant la 
position étendue, avec un A^ase en terre cuite auprès de lui, ce 
qui semble démontrer que c'était un Indien, caries Espagnols 
n'enterraient pas de vases avec leurs morts. 

Mais la trouvaille la plus curieuse faite par le projoriétaire de 
Garbajal dans ces ruines est un énorme dépôt de petits cailloux 
roulés qui se trouvait au point E, à o™3o ou o'"4o au-dessous 
du sol. Ces petits cailloux, choisis avec soin comme ceux dont 
les enfants se servent pour jouer, étaient de toutes les couleurs, 
blancs, jaunes, roses, verts, bruns, la plupart en quartz, tous 
<à peu près de la même grandeur : de 3 à ô'^'" de diamètre. 
Mon hôte me ht voir huit grands sacs de ces cailloux qu'il avait 
recueillis et qui devaient bien peser ensemble 2,000^^ au moins. 
Il croyait que c'étaient des pierres précieuses et il avait l'inten- 
tion de les emjoorter à Buenos-Aires, pensant en retirer un prix 
élevé. Il était si épris de ses cailloux, qu'il ne voulut pas m'en 
donner un seul, et, lorsque je lui dis que c'étaient des pierres 
très communes, il crut que je parlais ainsi poui- le tromper. 

Plusieurs années de travail avaient dû être nécessaires au 
collectionneur primitif pour réunir cette énorme quantité de 
cailloux, car les roches de presque toute la région sont des 
roches métamorphisées d'une couleur grisâtre; les hlons de 
quartz sont rares et les rivières ne contiennent que très rare- 



VALLEK I)K LERMA. 31 I 

ment des cailloux quarlzeux de jolies couleurs. Le but dans 
lequel cette collection avait été faite est une énigme. C'est la 
première fois que j'ai entendu j^arler d'un tel dépôt dans des 
ruines de l'Amérique du Sud. 

On pourrait cependant, à ce sujet, citer un passage de Gar- 
cilaso (140; 1. I, c. ix; fol. g), suivaut lequel certains habitants de 
l'empire incasiqne « adoraient les cailloux de diverses couleurs 
qu'il y aA^ait dans les rivières et les ruisseaux » [Asi adorahan . . . 
(juijarros y picdrecitas , las (jue en los rios y arroyos hallahan de 
diversos colores conio cl jaspe). 

TINTI. 

A 7 kilomètres environ du sud-ouest du village actuel de 
Rosario de Lerma, et à peu près à la même distance au nord- 
ouest de l'habilalion de la hacienda de Carhajal, se trouvent 
les ruines d'un village préhispanique, appelé Tinti par les in- 
digènes. 

Dans une plaine, fermée au sud par de hautes montagnes 
et au nord par des collines et des barrancas qui la séparent 
du reste de la Vallée de Lerma, on voit les emplacements de 
i5o habitations environ. Une petite rivière sillonne cette 
plaine : c'est elle qui a formé les barrancas. 11 n'y a qu'un seul 
accès facile à la petite plaine de Tinti : du coté est. Dans toule 
antre direction, les montagnes, les collines et les l)arranc;is 
lacilitent la défense du village contre finvasion d'un ennenn. 

Les habitations de Tinti sont composées de chambres et de 
grands enclos que nous pouvons apj)eler des « cours ». Le ])lan 
/î(j. 4(S montre la disposition d'une de ces constructions doni 
chacune devait former la demeure d'une famille. On y voit deux 
grandes chambres, presque carrées, de 8'"X 7'" ('l de 9'"X T)'", 
accédant sur une cour plus ou moins rectangulairede 25'"X 1 6'". 
Ces chambres sont pourvues de ])ortes vers la cour, mais celle-ci 
ne piésente aucune onverhire c()ninHini(|nant avec l'iîxtéiieur. 
Un petit mur isolé forme nnc soric de loge à côté de la clunubie 



312 



ANTIQUITÉS DE LA REGION AN DINE. 



située au coin ouest de la cour. Les murs qui entourent cette 
cour continuent vers le Nord-Ouest. Dans le plan , ils sont in- 
terrompus en a et en i, mais leur tracé continue beaucoup ])lus 
loin, et ils semblent avoir formé un autre grand enclos, qui 
arrivait jusqu'à Thabitation suivante, conq^osée, comme celle 
qui nous occuj^e, d'une cour et de cliamjires. 




Fig. 48. — Tinli. Plan criino habitation du village préliispanique. — Echelle : ij^oo. 

Les murs sont construits en pierre sèche. Leurs restes attei- 
gnent actuellement un peu plus de o™5o de hauteur. Il est dif- 
ficile de discerner leur largeur originelle, car on ne distingue 
pas les pierres écroulées de celles qui occupent encore leur 
place primitive. Cependant on peut deviner que la largeur a été 
de plus de o™ 5o, mais de moins de i™. Les fondations peu pro- 
fondes ne dépassent pas o"'5o. Les pierres employées dans la 
construction proviennent du lit de la rivière voisine. 

Ces murs ne peuvent de toute façon avoir été très hauts. Le 
terrain ne contient pas de matériaux de même taille que celle 



Pi.. XVII. 




^■!f. % 










Fig. Al. — l'ucara de Lnnna. Urne liiiicrairc. — i/4 gr. nul. 






l ffl'i~ " ^ïï l'l t'^''''- r.J!.'iâ!f^j^:v»iif)J> ^^ 




Fif. Ii2. — Piicafù (le Lri-ma. C-iscaii cl iioinron on ciiivro. — 2/3 gr. nat. 



Pl. xmii. 




FIg. (^3. I*ur;u'à ilr I^cnna. Arsliallr. iy"i j^r. iial. 



Pl. XIX. 







b 



Fig. /|/|. — Pucarâ dn Lcrma. liroyniii- cm |)iciir cl jHilcrics d, coupe dd Ijroycnr 

1/3 gr. nal. 




Fig. 'i'». - l'iicarà Ai- Lciniii. I^)lc|•|cs. — i/3 i^r. m;iI. 



Pl. XX. 







Fig. 4(3. — Carijajul. l'clil moiliri' ri autres pièces eu calcaiic /(iiié. Pierres a laille commenrée 

(le la ini'ine roche. — i/.') gr. nal. 




Fig. /17. Carhajal. Mortier en ij;rès roiij,'!-. — i//| gr. nal 



VALLEE DE LERM \. 313 

des constructions, et les pierres écroulées ont du, ])our la plu- 
part, rester près des murs auxquels elles appartenaient. Dans le 
voisinage n'existe aucune maison moderne pour l'édification 
de laquelle on pourrait avoir recueilli les pierres des ruines. Par 
conséquent, il est facile de calculer le nombre de pierres par- 
semées sur le sol aux environs de chaque construction. Or ce 
calcul donne comme résultat que les murs ne doivent avoir 
eu qu'environ un mètre de hauteur. On en arrive, par suite, 
à snp])oser que seule la partie inférieure des murs aurait été 
bâtie en pierre, tandis que la partie supérieure était construite 
en bois recouvert de chaume ou de 2:)eaux. La toiture devait 
être également faite de fun ou fautre de ces matériaux. L'exa- 
men des ruines préhispaniques de ces régions suggère , du reste, 
presque toujours des réflexions semblables. 

A Tinti , ce qui attire surtout fattention , ce sont les sépultures 
ou chambres mortuaires à demi souterraines, annexées à la 
plupart des habitations. Sur le jÀanfuj. 48 on voit deux de ces 
chambres, A et B, cylindriques, bâties en pierre sèche, avec 
plus de soin, semble-t-il, que les murs des habitations et de la 
cour. Le sol est pavé de pierres plates. Les murs sont revêtus 
intérieurement d'autres dalles en schiste, formant un autre 
cylindre, dans lequel se trouvent les cadavres. Ce cylindre est 
couvert d'une dalle également en schiste. La hauteur des cy- 
lindres intérieurs est de 0^70 environ; le diamètre intérieur 
de la chambre A est de 0^65, celui de la chambre B de 1™. 
Les pierres plates qui servent de couvercles sont à quelques cen- 
timètres au-dessus du niveau du sol. La chambre A contenait 
un squelette, la chambre B, deux; mais ils étaient si mal con- 
servés, qu'il m'a été impossible de les recueillir. Les cadavres 
avaient certainement été placés dans la position assise, étant 
données les dimensions des sé])ultures. De nombreux fragments 
de poterie grossière, avec quelques traits gravés comme seul 
décor, les accompagnaient. Cette poterie avait probablenuMit été 
fracturée par la pression de la terre; je n'ai pu avoir entière 
qu'une petite écnelle, Ji(j. à9. Elle est de o'" i^iT) de diamètre 



314 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

maximum, poterie grisâtre, un peu plus (iue que les autres 
débris. 

Le village de Tinti est traversé, de l'Est à l'Ouest, par une 
large rue courbe, bordée de chaque côté de constructions sem- 
blables à celle que je viens de décrire. Derrière ces deux ran- 
gées de maisons s'étendent encore beaucoup de ruines d'autres 
maisons situées à quelque distance l'une de l'autre, tandis que 
celles de la rue principale se touchent presque. Toutes ces con- 
structions présentent les mêmes chambres, parfois trois ou 
quatre, groupées autour d'une coui" plus ou moins trapézoïdale; 
presque toujours des chambres mortuaires cylindriques y sont 
annexées. 




Fig. /|Ç). — Tinti. Ecuélie en terre ciiile. — i/") gr. nat. 

La petite rivière traversant Tinti descend des montagnes 
nommées Cumbres del Obispo. Elle forme dans ces montagnes 
la (}uebrada de los Manzanos, dans laquelle se trouve un autre 
village préliispanique. Je n'ai pas eu l'occasion de le visiter, 
mais on m'a informé qu'il occupe des hauteurs inaccessibles 
de manière à former une place forte. Peut-être ce village a-t-il 
appartenu aussi aux anciens habitants de Tinti. Ceci nous don- 
nerait un exemple de ces doubles résidences des Indiens andins : 
l'une fortifiée, sur les hauteurs; l'autre près des cultures, dans 
la vallée. Dans la région diaguite, on constate souvent ce cas qui 
est également mentionné par les historiens de l'ancien Pérou. 
Ainsi, suivant Cieza de Léon (101; c. xcix, c; p. 44^ ^3), les Collas 
avaient des villages avec des cultures dans la plaine, et des 
places fortes sur la montagne, où ils se retiraient en temps de 
guérie. Sur les Pacajes spécialement, Don Pedro de Mercado 
de Penaloza (236, p. 62) donne des renseignements identiques. 



VALLIiE DE LKiniA. 315 

RUINES PRÉHISPArVIQUES 
DANS D'AUTRES PARTIES DE LA VALLEE DE LERMA. 

De Salta , j'ai fait une excursion à un endroit nommé El Prado , 
situé au pied des montagnes, à environ i o""" au sud-ouest de 
la ville. On voyait là, sur une colline, de nombreux vestiges 
de murs en pirca dans un très mauvais état de conservation, et 
presque rasés. Quelquefois il était même presque impossible 
d'en restituer le tracé. Ces murs formaient des clôtures rec- 
tangulaires de lo à So"" de côté, alternant avec d'autres traces 
d'enclos circulaires ayant jusqu'à lo'" de diamètre. Les ruines 
d'El Prado présentent quelque analogie avec celles de Tinti, 
mais elles sont beaucoup moins bien conservées. Les fouilles 
que j'y pratiquai ne donnèrent aucun résultai. 

A Silleta, au pied des montagnes, un joeu au nord de l'em- 
boucliure de la Oue])rada del Toro, on voit de nombreuses 
traces de pircas, mais très mal conservées. La population de 
cet endroit était certainement très nombreuse au temps pré- 
hispanique. 

Sur le sommet de l'une des montagnes qui bornent la vallée, 
au nord-est de la ville de Salta, à une distance de 6 ou y"^'" de 
celle-ci, il y a aussi des traces de murs en terrasses. 

D'api'ès des informations dignes de foi, il existe des ruines 
d'une grande étendue à Vinaco, à S""'" au sud de Zuviria, point 
terminus du chemin de fer de la Vallée de Lerma. Je n'ai pu 
visiter ces ruines, mais, d'après les descriptions qui m'en ont 
été faites, elles doivent provenir d'un village ancien assez 
considérable, à peu près dans le genre de Tinti. 

A La Canada, j'ai vu beaucoup de traces de pircas rasées. 

Dans les montagnes, derrière (îhicoana, est également situé 
un village ancien, sorte de place foilc, d'après les descriptions 
données. 



316 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 



RESUME. 

Les vestiges préliispaniques de la Vallée de Lerma sont très 
hétérogènes. Ils proviennent sans doute de plusieurs épocpies 
et de plusieurs peuples différents. La plupart des objets exhumés 
dans les environs de Pucarâ et d'autres pièces que j'ai vues, 
provenant de Silleta et de Rosario de Lerma, dénotent la môme 
origine que les antiquités appartenant à l'ancienne culture de la 
région diaguite. Mais aucune des ruines que j'ai examinées ne 
peut avec certitude être rapportée à cette culture. Tinti y appar- 
tient peut-être, mais la poterie rencontrée dans les deux tom- 
beaux que j'y ai fouillés est inférieure à celle de la région dia- 
guite, et, comme je n'y ai pas trouvé de pièces décorées, il est 
impossible d'en tirer des conclusions. Je n'ai puvisiterles ruines 
de Vinaco et de Chicoana, et je ne sais pas si elles peuvent être 
classées comme diaguites. Les ruines d'El Prado sont plus pri- 
mitives et proba])lement plus anciennes que celles de Tinti et 
qu'également celles de la région diaguite en général. Quant 
aux tumulus de Pucarâ, il est impossible de les classer, car ils 
sont uniques dans l'archéologie sud-américaine et ne présen- 
tent pas de poteries ni d'objets quelconques qui permettent 
une comparaison avec d'autres antiquités de ces régions. Si 
V urne fi(j. âl, exhumée près de ces tumulus, provenait de leurs 
constructeurs, les tumulus seraient diaguites, mais le rapport 
qui existe entre cette urne et les tumulus n'est pas du tout 
déterminé. Enfin les sépultures dans des urnes, d'El Carmen, 
de La Canada et de Carbajal, sont, comme nous l'avons dé- 
montré, d'une origine tout à fait différente des autres vestiges 
de la vallée. 

Suivant Don Pedro Sotelo Narvaez (253, p. i5o), la ^ allée de 
Lerma était, à l'époque de la conquête espagnole, habitée par 
i,5oo Indiens, dont la plupart étaient des «Lules, quoiqu'ils 
cultivassent la terre et eussent des trou])eaux)). Narvaez [iUd., 
p. i48, 1/19) applique en général le nom « Lules » à certaines tribus 



VALLEE DE LERMA. 317 

nomades et sauvages (^^i alàrahes n) des plaines de Santiago del 
Estero et de Tuciiman. Nous devons par suite supposer que 
ses Lules de la Vallée de Lerma appartenaient à ces mêmes 
Lules nomades et s'étaient établis dans cette vallée, ayant adopté 
la culture et l'élevage. Selon le même auteur, des Indiens de la 
Vallée Calchaquie et de la « Cordillère » , c'est-à-dire de la Puna, 
descendaient (^bajahan) aussi dans la Vallée de Lei-ma, proba- 
blement pour échanger leurs produits contre ceux de cette 
vallée et contre d'autres provenant des plaines voisines. Les 
renseignements de Narvaez paraissent confirmés par un passage 
d'Oviedo y Valdez (280-, l. xr,vii, c. m; t. n, p. 263), suivant lequel 
AlmagTO trouva, en i536, tout le territoire dévasté, depuis 
Jujuy jusqu'aux limites « d'une autre province dite Chicoana », 
sans doute l'actuelle Vallée Calchaquie , comme nous le démon- 
trerons plus loin, en traitant les itinéraires d'Almagro et de 
Matienzo Selon Oviedo, des «Juris alàrahcs)) avaient dévasté 
cette contrée, située entre Jujuy et la Vallée Calchaquie et qui 
ne pouvait être autre que la Vallée de Lerma ^'l Nous avons 
déjà signalé, pages /il et 55, le sens que les dilTéreiits auteurs 
anciens donnent aux noms « Juris » et « Lules » et l'ambiguïté 
de leurs définitions. Les Lules de Narvaez sont sans doute 
identiques aux Juris d'Oviedo, et ainsi les renseignements de 
ces auteurs nous apprennent que la Vallée de Lerma aux temps 
de la conquête était habitée par des Indiens sauvages et no- 
mades des |)laines qui , peu de temps auparavant, avaient chassé 
de cette vallée les habitants antérieurs, fiuliens j)lus civilisés, 
lesquels ne peuvent être que les Diaguites cpii y ont laissé de 

'"' Oviedo no s'oxprimc pas avec- l)caii- vaicnt hoauconp <lo maïs et avaient de 

coup d'exacliliidc. J)'al)(»id (page ;'.G3), il nombreux Iroupeaiix de lamas, li est donc 

semble comprendre la «province de Chi- certain cpie la Vallé(î (]al(Iiaqui(> n'était 

coana II ou Vallée Calchatpiie parmi les ré- pas coni[)lée parmi les régions désolées 

gions dévastées et dépeuplées par les inva- par les Juris. Fi'aml)iguilé d'Oviedo a in- 

sions des «Juris»; mais plus loin (p. aO'i) duit en erreur le D' ten Kale (343, p- 5), 

il dit expressément cpie ee n'était (pie jus- qui semble croire que les ruines de la 

qu'à la l'rontière de cette province que \c région diaguito en général se trouvaient 

pays était dévasté et (p. 2(i5) (juc les liabi- déjà dans cet état quand les Espagnols y 

tauts de la «province de Chicoana» culti- arrivèrent. 



318 AiNTlOMTÉS DE LA RÉGION ANDINK. 

nombreux vestiges. Mais, avant les Diaguites, la vallée a été 
occujîée par un autre peuple, d'un développement artisticpie 
beaucoup inférieur aux Diaguites, peuj)le qui enterrait ses 
morts dans des urnes grossières et qui était, je crois l'avoir 
démontré, un peuple tupi-guarani ou, en tous cas, un peuple 
immiirré du centre du Brésil. Ces faits et la situation de la 
Vallée de Lerma qui l'indique naturellement comme centre de 
commerce entre tant de régions différentes nous donnent l'ex- 
plication de l'hétérogénéité des vestiges archéologiques qu'on 
y trouve. 



QUEBRADA DEL TORO 



LA QUEBRADA DEL TORO. 

La Quebrada del Toro est un long- et étroit ravin qui conduit 
des Salinas Grandes, dans la partie sud du haut plateau de la 
Puna de Jujuy, à la Vallée de Lerina. Cette quebrada a une lon- 
gueur de i5o''"' et une largeur variable de loo à 1,000"". Les 
montagnes qui servent de parois au ravin sont tantôt escar- 
pées, presque perpendiculaires, tantôt arrondies j)ar l'érosion, 
toujours tellement à pic qu'il est difficile d'y monter, excepté 
aux endroits où des torrents ont formé des ravins latéraux. La 
ficf. 77 montre une des parties les plus larges de In Quebrada 
del Toro, immédiatement au sud de sa jonction avec la Que- 
brada de las Cuevas, à Puerta de Tastil. La wiefuj. 76 est prise 
du même point, mais vers le Nord. On y voit la jonction même, 
avec l'embouchure de la Quebrada de las Cuevas à gauche et la 
continuation de la Quebrada del Toro à droite. Les montagnes 
de cette partie de la quebrada sont arrondies. Les photographies 
fi(]. 50 et 5i sont prises à un autre endroit, Golgota, on les 
montagnes sont presque à pic. 

Les montagnes des deux côtés de la Quebrada del Toro, et 
aussi celles de la Quebrada de las Cuevas, sont composées 
d'un quartzlte schistoïde très plissé dont les couches tordues 
démontrent la forte pression qu'elles ont dû subir, lorsque 
fétat actuel du relief du pays s'est formé. Du côté ouest de 
la Quebrada del Toro, de Golgota à Tastil, le quartzite est 
en partie couvert de couches puissantes d'nii grès feriugineuv 
tendre, se rapprochant presque de ce que fou appelle (hi grès 
j)sammite. 

Le col, au pied du Nevado del Chani, où commence la Que- 
])rada del Toi-o, nommé l'Abra del Palomar, est silué à 3, 600'" 
(f altitude, et Rio Blanco, endjouchure de la quebrada dans 
la Vallée de Lerma, à i,/|5o"'. Les eaux venant du Chani et 
d'autres montagnes environnantes se réunissent (fabord dans 



322 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

un grand marais [ciénega), à Très Cruces, et vont de là dans 
trois petits lacs, les Lagunas del Toro, à 3,334"" d'altitude. Les 
eaux s'infdtrent ensuite et passent sous terre jusqu'à un endroit 
appelé Ojo de Agua, non loin des ruines préhispaniques de 
Morohuasi. Là commence le Rio del Toro qui coule au fond 
de la quebrada jusqu'à la Vallée de Lerma où il se jette dans le 
Rio Arias, affluent du Rio Pasaje ou Juramento qui, sous le nom 
de Rio Salado, traverse les plaines et rejoint le Rio Paranâ. Le 
Rio del Toro n'est qu'un torrent presque à sec; seulement, à 
ré2:)oque des crues, la rivière franchit les boids, recouvre une 
bonne jDartie de la quebrada et empêche le passage des voya- 
geurs, quelquefois pendant plusieurs jours. 

La végétation spontanée du sol est composée de quelques 
arbustes, de plantes aquatiques, et même, en quelques en- 
droits, de petits gazons près de l'eau. C'est à peine si un trou- 
peau d'ànes ou de lamas y trouve de quoi brouter pendant 
une halte. Les pentes des montagnes ont une végétation très 
pauvre : des touffes de graminées au milieu des pierres et de 
broméliacées grisâtres qui adhèrent comme des lichens aux 
rochers. On ne voit pas d'arbres au nord de Golgota, excepté 
quelques saules cultivés [Salix Hiimboldtiaiia , W^illd.). Les arbres 
entourant la maison de Golgota, y?^. 50, sont des saules de cette 
espèce. Les derniers se trouvent à Candelaria, au nord de 
Puerta de Tastil. Dans les quebradas latérales de la partie infé- 
rieure de la Quebrada del Toro, la végétation suffrutescente est 
un peu plus prospère; par exemple, dans la Quebrada de las 
Cuevas, entre Puerta de Tastil et Tastil, il y a d'assez nom- 
breux arbustes et quelques arbres ayant jusqu'à 3 ou 4™ de 
hauteur. Dans la Quebrada de las Capillas, il y a même des 
viscotes (^Acacia Visco, Giiseb.), arbres de 8"" de hauteur et dont 
le tronc a Go*"" de diamètre. Ces arbres donnent un assez bon 
bois de construction; plus en amont de la Quebrada del 
Toro, le seul bois de construction est celui des hauts cactus- 
cierges (probablement Cereus Pasacana , [RiimpL] Weh.). On cul- 
tive, notamment entre Golgota et Tambo, de la luzerne qui est 



QUEBRADA DEL TUUO. 823 

veiulue pour les mulets qui passent. L'irrigatiou artificielle est 
nécessaire à cette culture. A Las Cuevas, clans la partie supé- 
rieure de la quebrada du même nom, sont aussi des cultures 
de luzerne assez importantes. M. Domingo Torino, proprié- 
taire de la Quebrada del Toro, depuis Golgota presque jus- 
qu'à Puerta de Tastil, et d'une autre partie, à Gandelaria, a dé- 
montré ce que l'on peut faire dans ces ravins stériles, si l'on 
sait bien ménager l'eau d'irrigation et si l'on emploie des mé- 
tliodes rationnelles pour la culture. Ses chanq:)s de luzerne 
sont superbes et il y élève même des moutons Rambouillet et 
Lincoln. Je suis très reconnaissant à M. Torino de l'aimable 
hospitalité dont j'ai été l'objet de sa part les deux fois que j'ai 
passé par la Quebrada del Toro. 

Les habitants actuels des Quebradas del Toro et de las 
Cuevas, y compris ceux des montagnes de chaque côté de 
ces quebradas, sont au nombre de 1,800 environ, si l'on se 
base sur le recensement de 1896 (37). Cependant ce chiffre me 
semble exagéré. La plus grande partie est conq^osée d'Indiens; 
il y a très j^eu de métis. Beaucoup de ces Indiens sont d'origine 
bolivienne, d'autres de la Puna de Jujuy; on n'y trouve presque 
pas de métis des vallées interandines. Une partie des habitants 
sont les péons des propriétaires des cultures de luzerne, d'autres 
ont eux-mêmes de petits champs de cette plante fourragère. 
Ceux des montagnes élèvent de petits troupeaux de moutons, 
des ânes et même ([uelques mulets. On ne voit plus de lamas; 
ils ont été remplacés par les moutons et par les ânes. Les In- 
diens savent tous l'espagnol , mais ils parlent souvent le quichua 
entre eux. 

La Quebrada del Toro est l'une des deux routes praticables 
entre la République Argciutine et la Bolivie; l'autre est la Que- 
brada de flumahuaca. En laissant ces ravins, on Iraverse la 
Puna de Jujuy du Sud au iVord jusqu'à la frontière bolivienne. 
Presque tout le commerce emprunte actuellement la dernière 
route. Dans la Quebrada del Toro, tout le trafic se réduit à 
présent à l'exportation du borate de chaux des Salinas (Iraudes, 



324 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

au transport du sel de ces salines à Salta et à l'exportation du 
bétail de la Vallée de Lerma à San Pedro de Ataeama, où il est 
vendu aux nombreux établissements miniers et aux salitreras 
(gisements de nitrate de soude) des provinces cbiliennes 
d'Antofagasta et de Tarapacâ. Si Ton y ajoute les courriers, les 
soldats du gouvernement du Territoire des Andes et quelques 
voyageurs isolés, cest tout ce que l'on peut rencontrer sur 
cette route. 

L'exportation du borate, commencée il y a quelques années, 
se fait au moyen de charrettes, tirées chacune par six mulets. 
Le chemin est à peine carrossable. Pendant la plus grande 
partie du trajet, les charrettes avancent lentement dans le 
sable du lit de la rivière, mais elles arrivent quand même. 

Le transport du bétail au Chili est une entreprise hardie 
dans laquelle les conducteurs s'exposent à perdre la vie, et les 
propriétaires leur bétail. Celui-ci est envoyé par troupeaux 
d'environ soixante bœufs chacun. Les animaux sont ferrés pour 
pouvoir marcher dans les montagnes. Us avancent à une faible 
allure, de i 5 à '20^"' par jour, et derrière eux marchent les trois 
ou quatre gauchos conducteurs. Ils laissent, à Puerta de Tastil , 
la Quebrada del Toro et prennent celle de las Cuevas allant sur 
le haut plateau par la Cuesta de Munano, passent par la Que- 
brada de Chorillos la haute chaîne qui sépare la Puna de Jujuy 
de laPunade Atacama, traversent tout ce territoire absolument 
déj^ourvu de fourrage et arrivent enfin au pied de la Grande 
Cordillère. Là est le passage difficile. En général, le trou- 
peau y est décimé par le « vent blanc » , la redoutable tempête 
de neige de la Cordillère. Les bœufs et les hommes meurent de 
froid, et leurs cadavres restent intacts j^endant plusieurs années 
conservés par la neige et par la sécheresse de l'atmosphère. 
Lorsque j'ai remonté la dernière fois la quebrada, j'ai rencon- 
tré un métis conducteur de bœufs qui revenait de la Cordillère 
où il avait perdu tout son troupeau et aussi tous les doigts 
d'une main; il craignait également d'avoir la gangi'ène dans 
une jambe. Deux de ses compagnons étaient morts de froid, un 



QUEBP.ADA DEL ÏORO. 325 

troisième avait réussi à arrivera San Pedro de Atacania après 
avoir erré dans les montagnes plusieurs jours. Le métis appoi- 
tait aussi des nouvelles de deux autres troupeaux de bœufs (jui 
avaient voulu traverser la Grande Cordillère avant lui. Deux 
des conducleurs avaient péri, Tim des troupeaux était totale- 
ment perdu et la moitié seulement de l'autre était arrivée à 
Atacama. 

Sur l'extraction el le transport dn sel des salines, je revien- 
drai plus loin. 

Je n'ai trouvé, dans les documents et les cliroiiiques de la 
première époque de la conquête, aucun renseignement sur 
la QueLrada del Toro, ni sur les Indiens y habitant à l'arrivée 
des Espagnols. Ceux-ci paraissent avoir suivi, en général, le 
chemin de Humahuaca ou de l'Acay. Peut-être les nombreux 
Indiens de la Quebrada del Toro, par leurs villages si straté- 
giquement situés dont je décrirai ensuite les ruines, bar- 
raient-ils si bien le chemin que les Espagnols n'osaient pas le 
prendre. 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBRADA DEL TORO 
ET DE LA QUETÎRADA DE LAS CUEVAS. 



GOLGOTA. 

En quittant la Vallée de Lerma, c'est à Golgota^'^ qu'on 
trouve les premiers vestiges préhispaniques de la Quebrada del 
Toro. Da côté sud de la maison du propriétaire, M. Torino, 
les crues des eaux provenant d'une petite quebrada latérale ont 
profondément raviné le sol et formé un véritable dédale de 
barrancas. ha. fig. 50 montre la maison de M. Torino et l'entrée 
de ce ravin vues de la Quebrada del Toro; la fuj. 51 représente 
la barranca principale, prise du Nord. 

Dans cette barranca, on voit apparaître Çcà et là des ossements 
humains. Chaque année, la crue enq:)orte de nouveaux mor- 
ceaux de terrain mettant au jour de nouveaux squelettes. Le 
cimetière en a certainement contenu plusieurs centaines. Trois 
crânes que j'ai rapportés de ce cimetière sont décrits par le 
D"" Chervin (99, t. m), sous les n"' y à i i. 

Les cadavres ont tous été inhumés dans la position accroupie, 
les jambes et les bras repliés sur la poitrine. Ils sont à o"\m) 
ou o'" 70 au-dessous de la surlace du sol; presque immé- 
dialenient au-dessus du cadavre, on trouve une ])ierre plaie 
(^eu^ll•on ()'"4oXo"'4o ou o'"5o. A l'origine, les cadavres ont 
dû être enterrés dans une position verticale, la pierre placée 
horizontalement sur la tête. J'ai rencontré plusieurs squelettes 
dans cette position, mais beaucoup d'autres étaient d<'j)lacés 
par la pression et les mouvements de la terre, par le glissemcnl 

('' Cette hacienda porte le nom de ressomhlait au f!ol<,M)llia où .Irsus- Christ 

Golgota, parce qu'une ancienne proprié- subit son supphce. Mlle y lit ériger Irois 

taire, je ne sais pourquoi, avait trouvé croix en commémoration du Calvaire, 
que l'iino des monlagnos des enviions 



328 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

de la hairanca et par l'action de l'eau. Cependant le tibia est 
toujours sur le fémur, le radius et le cubitus sur l'iiumérus, en 
paquet sur la poitrine, ce qui démontre que les jambes et les 
bras ont constamment été repliés sur le corps. 

Nous retrouvons cbez beaucoup de peuples sud-américains, 
anciens et modernes, l'babitude* de placer une pierre ou un 
autre objet plus ou moins plat dans la sépulture, au-dessus 
de la tête des cadavres, pour les protéger en quelque sorte, 
semble-t-il, de la pression de la terre. Les sépultures de Ga- 
lama, décrites plus loin, en donnent un exemple, et les cime- 
tières des environs de Tiabuanaco, décrits par M. de Créqid 
Montfort (109, p. 542), en fournissent un autre. Dans certaines 
sépultures d'Ancon, selon MM. Reiss et Stid3el (308, i, pi. 9 et 10, 
lig. 8), les pierres sont remplacées par de grands fragments 
de poterie ou par un clayonnage. Dans les Singularités de la 
France antarcticfue de Tbevet (345, p. 218), une curieuse gravure 
sur bois représente l'enterrement d'un Indien. Le corps est 
déjà placé dans la fosse que d'autres Indiens sont en train de 
remplir avec de la terre. On tient, au-dessus de la tète du ca- 
davre, une écuelle renversée qui, dans ce cas, doit remplacer 
les pierres, etc., dont nous avons parlé. La même gravure est 
répétée dans la CosmocjrapJiie de Tbevet (346, fol. 926). 

Quelquefois trois ou quatre morts étaient enterrés ensemble, 
d'autres fois la sépulture n'en contenait qu'un seul. Les distances 
entre les différentes sépultures sont très variables, de 1°" à 10™. 
Le nombre des cadavres enterrés dans le cimetière de Golgota 
doit être très grand, car M. Torino me racontait que les ava- 
lanches d'eau, depuis son enfance, enlevaient chaque année 
plusieurs squelettes. 

Les sépultures renfermaient peu de poteries ou d'autres ob- 
jets; même les petites écuelles en terre cuite se rencontraient 
rarement, ha. Jicj. 52 en représente une, de o™ 10 de diamètre, 
d'une poterie noirâtre. L'intérieur et l'extérieur de cette pièce, 
jusqu'à 0^020 du bord, sont bien lustrés et engobés avec de 
la plombagine avant la cuisson; le fond n'est pas engobé. Sur 



Pl. XXI. 




'^ .a»-,. 



-.-mm^i^-: 




l'ig. 5o. — Golgola. Ilaciciula il riinclicn' |)r(liis|i;nii([ii(' ; \iir pii'^i' de la (hi('l)ra(la di'l Toro. 




Fig. .') 1 . — (iiiL'iila. \ lie (li> la li(n-r(nicii cnnlriiaiil Irs s,|iiilliins |)iilil-.|)aMii|i 



Pl. XXU. 




Fig. 52. — Golgota. l'^ciiclle on Icrro ciiilc. — 1/2 gr. nal. 



,' /v^"^:n \ 




I"'ig. 5,'). — Ciolgola. l'laqn<> en oi' cl (Vaginciils de iiolciic gravée. — 2/0 gf. n;il 




Fig. S'i. — Golgola. linici'l.ls CM ciiivic. — 1/2 gr. nal. 



QUEBR\I)A DEL TORO. 320 

les parties lustrées, on leconnaît très bien les petites raies pro- 
duites par l'outil qui a servi pour fixer Tengobe; ces raies man- 
quent sur la partie non lustrée. 

Des fragments d'une poterie grossière, sans décor, d'environ 
un centimètre d'épaisseur, étaient assez communs. Dans trois 
endroits, j'ai trouvé enterrés de grands vases grossiers. Ce 
n'était pas des urnes funéraires, puisqu'ils ne contenaient pas 
d'ossements. Les fragments de céramique décorée étaient ti-ès 
rares. La fuj. 5S, h, c, d en montre trois, qui sont d'une poterie 
grise brillante et leur ornementation appartient à l'un des types 
les plus communs dans la région diaguite. Le fragment b ne 
porte aucun décor à l'extérieur, mais, sur la face concave, on 
voit une combinaison de lignes droites ainsi que l'indique le 
dessin. 

Auprès de plusieurs squelettes, on rencontrait des perles et 
des pendeloques en turquoise. Ces pièces d'enfdage gisaient 
presque toujours près du cou des cadavres. Elles doivent cer- 
tainement avoir formé des colliers. Les perles sont taillées en 
forme de disque, un peu irrégulières, polies et perforées au 
centre. Leur diamètre varie de o°'oi à o"' 002 ; leur épaisseur, 
dans le sens de Taxe du cylindre, est de o'^ooi à o'"oo5. Les 
pendeloques sont triangulaires ou ovoïdes. Sur la fuj. 129, 
n"' i, 2, 3 , sont représentées trois séries de perles, de diffé- 
rentes sépultures, et, au bout de la série n" 2, on voit aussi une 
pendeloque. 

Un squelette était particulièrement remarquable pour ses 
ornements. La pierre plate qui recouvrait la tête était de di- 
mensions extraordinaires : ©""ôS X o"" 35xo™ 18. Auprès des 
vertèbres cervicales se rencontraient les perles et la pendeloque 
désignées sous le if 2. Derrière focciput étaient amoncelées 
les petites perles de la série 11" 3 qui constituaient peut-étic une 
parure pour les cheveux. Le bras gauche éljiit entouré de trois 
bracelets de cuivre, ovales, ouverts d'un coté, de o"o63 de 
diamètre maximum, o'"o55 de diamètre minimujn, o'"oir) 
de largeur et o^'ooS d'épaisseur. Sur la//^. 5^/ on voit ces bra- 



330 ANTIQUITÉS DE LA RP:GI0N ANDINE. 

celets placés autour du cubitus et du radius, comme ils ont 
été rencontrés. La bande de métal qui forme le bracelet est lé- 
gèrement courbe dans le sens de sa largeur, présentant la con- 
cavité vers l'extérieur. La longueur du radius est de o"'3or), 
ce qui donne, d'après la méthode de Manouvriei*, une taille d'en- 
viron i"'5o. Probablement ce squelette est celui d'une femme 
adulte, assez robuste. 

Des bracelets identiques à ceux que nous venons de décrire 
ont été trouvés à Tarija (Bolivie) par M. Adrien de Mortillet, 
membre de la Mission. 

Un autre squelette, orné aussi d'un collier en perles de 
turquoise, avait près de lui la petite plaque d'or fuj. 53 a, 
en travail repoussé, représentant une figure liumaine avec ses 
contours, le nez, les yeux et la bouche formés de lignes droites. 
Cette plaque avait été brisée et son dernier propriétaire y avait 
percé un trou, sur le nez de l'effigie, de façon à la porter encore 
au moyen d'un fd. 

Enfin j'ai ti'ouvé également des pendeloques en os, sans 
décor, avec un trou pour pouvoir les suspendre. 

Ces trouvailles ne constituent pas un butin bien considérable, 
si l'on songe que j'ai fouillé environ une quinzaine de tombes, 
11 est vrai que l'état dans lequel se trouvaient les squelettes 
])rouvait que des objets en bois ne pouvaient pas s'être con- 
servés, ce qui n'a d'ailleurs rien d'étonnant vu l'altitude relati- 
vement faible de Golgota : 2,35/i'". Ce qui est plus surprenant, 
c'est la rarelé de la poterie, alors que dans les cimetières pré- 
hispaniques de ces régions, chaque mort a toujours auprès de 
lui au moins un vase rempli d'aliments pour son voyage dans 
l'autre vie. 

Près du cimetière, on voyait les traces de plusieurs murs 
en pirca descendant de la montagne vers le cimetière. Peut-être 
étaient-ce les divisions des différentes sections de celui-ci.-^ 
Plus haut, dans la petite quebrada latérale, il y avait aussi des 
vestiges d'enclos rectangulaires. Mais, bien que j'aie examiné 
attentivement les environs, je n'ai pas trouvé de ruines d'un 



QUEBRADA DEL TORO. 331 

village préhispaniqiie assez important pour expliquer la pré- 
sence de ce grand cimetière. Peut-être ce village était-il situé 
à l'endroit où sont actuellement la maison de M. Torino et ses 
champs de luzerne. On trouve, en effet, dans ces champs, 
beaucoup de fragments de poterie ancienne qui proviennent 
probablement des demeures des anciens habitants de Golgota. 



MOROHUASl'". 

En continuant, à partir de Golgota, le voyage par la Que- 
brada del Toro, nous trouvons, 5""" plus au Nord, à Lam- 
pazar, sur une harranca de quelques mètres de hauteur, des 
restes de pircas, mais en si mauvais état qu'il est difficile de 
reconnaître leur forme et leur tracé primitif. 

A 1 S""" encore plus au Nord , à Puerta de Tastil , se réunissent , 
ainsi que je l'ai déjà dit, la Quebrada del Toro et la Ouebrada 
de las Cuevas, cette dernière orientée Nord-Ouesl. A la jonction 
je fus assez heureux pour découvrir d'importantes ruines pré- 
hispaniques, mais je laisse pour le moment leur descriplion 
de côté et je poursuis mon voyage. A Candelaria, à l'ouest de 
la route, il y a aussi des ruines, mais de peu d'imj^ortance, 
d'après la description qui m'en a été faite. 

A 2 5""" de Puerta de Tastil, nous arrivons à Morohuasi, bul 
de mon voyage vers le Nord. J'avais déjà visité cet endroit <'n 
1901 et nous avions alors exécuté, dans le cimetière de ce 
vaste village ])réhispanique, des fouilles étendues. Les belles 
collections qui en furent le résultat se trouvent au Musée 
d'ethnographie de Stockholm. J'espère qu'elles seront publiées 
tôt ou tard. Le comte E. von Rosen (316, p. 10 1 1) a donné quel- 
ques renseignements sommaires sur ces fouilles. 11 appelle cet 
endroit Ojo de Agua, du nom de deux cases (rindiens qui y 
existent actuellement^'^ Je préfère la dénomination de Moro- 
huasi, car les Indiens nomment encore ainsi les ruines; la 

'"' Voir les planches XXlli-WVlI, insérées après la pa^^o 378. — ''' On noinnio ojn 
de aijna tous les endroits où Peau jailli I de la Nmi-c, (orninnt une source on ini ruisseau. 



332 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

montagne snr le flanc de laqnelle elles sont sitnées porte ce 
même nom, et la rivière qui passe par là pour se jeter clans le 
Piio del Toro s'appelle TArroyo Morohnasi. 

J'avais peu d'espoir de réunir des collections dans ce cime- 
tière que nous avions presque épuisé en 1901; le but de ma 
visite à Morohnasi était principalement de dresser un plan des 
ruines. Le croquis que j'en ai fait est donné par la fuj. 55^^\ 

Comme on le voit, le Cerro Morohnasi, qui a environ 5oo'" 
de hauteur au-dessus du niveau de la Quebrada del Toro, 
détache un contrefort parallèlement à son massif et qui se 
termine près de la quebrada, après une bifurcation. La mon- 
tagne et son contrefort renferment une petite vallée d'environ 
100"' de largeur sur 600 à 700"' de longueur. Le fond de 
celte vallée est presque plat, mais avec une assez forte incli- 
naison de l'Est à l'Ouest. Les flancs du contrefort ont subi une 
forte érosion ; il est presque en dos d'àne et sa surface supé- 
rieure plate n'atteint pas lo"' de largeur. Cependant il est in- 
terrompu par de petits plateaux. A sa bifurcation , le contrefort 
se divise en deux branches; celle du Nord descend graduelle- 
ment par gradins. La branche Sud a toujours la même hauteur 
et aboutit à une petite montagne très à pic et beaucoup plus 
haute C|ue le contrefort en général. Du côté sud de celui-ci se 
trouve le lit sablonneux de l'Arroyo Morohnasi, la plupart du 
temps à sec. Ce n'est qu'à l'époque des crues que les eaux des 
montagnes y passent pour aller se jeter dans le Rio del Toro. 
Le flanc du contrefort, vers l'Arroyo Morohnasi, est complète- 
ment à pic. 

Ruines. — La plus grande partie des ruines de Morohnasi 
consistent en des enclos en pierre, prescpie carrés, de 8 à 
10°' sur 6 à 8'". Mais les murs, en pierre sèche, sont tombés; 

'*' Ce plan, comme les autres plans de sant pas pour lever des plans absolument 
ruines qui figurent dans le présent travail , exacts, je me suis borné à fixer la forme 
a été dressé simplement à l'aide de la et la distribution générales des ruines 
boussole et d'une cbaîne d'arpenteur. Le ainsi que la topographie de leurs envi- 
temps dont je pouvais disposer ne sudl- rons. 




m'iÊm^, 



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^. ,1 ~ 










MWkWhii! ,nuwl s sxwv^ 




Fig. 55. — Plan du village préhispaniqiie do. Moroliuasi. — Éclicllo aiiproxinialivc : i/ô.ooo. 



334 ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 

on ne voit que leurs traces, qui démontrent la forme des con- 
structions. Les photographies/?^. 68 ("ijifj- 69, prises par le 
comte von Rosen, donnent une idée de ces restes de murs, 
qui, seulement dans des cas très rares, ont une hauteur de 
o™5o. Comme à Tinti, les murs n'ont jamais dû être très 
hauts. Ces enclos carrés, d'une si grande suj)erhcie, n'ont pu 
être recouverts entièrement par une toiture, étant donnés les 
matériaux dont disposaient les Indiens et qui consistaient en 
poutres formées du bois de Cereus Pasacana. Lorsqu'on fouille 
le sol des enclos, on trouve de grandes quantités de débris de 
ce bois. Peut-être les enclos n'étaient-ils pas recouverts et ser- 
vaient-ils de cour; les Indiens auraient alors habité une hutte 
en adohes ou en bois de Cereus couverte de peaux ou de chaume 
et construite dans cette cour. 11 faut cependant rappeler que 
Ton connaît aussi des maisons de grandes dimensions de 
certains Indiens de la région andine de la République Argen- 
tine. Ainsi, Don Geronimo Luis de Cabrera (88,p. i/u) décrit les 
habitations des Indiens de Cordoba comme étant «basses, en- 
fouies à moitié au-dessous du sol, de manière qu'on y entrait 
comme dans une cave; ce mode de construction est motivé par 
le froid et par le manque de bois. » Cabrera avait trouvé des 
maisons très grandes, « où l'on pouvait faire entrer dix hommes 
avec leurs chevaux )>. Dans chaque maison habitaient quatre 
ou cinq Indiens avec leurs familles. 

Les enclos se rencontrent surtout dans la petite vallée décrite 
plus haut i^E-F). Certains, situés au milieu, ont de plus grandes 
dimensions que les autres; d'autres forment des terrasses, au 
pied du Cerro Morohuasi (de D à TEst). 

Sur la crête du contrefort (de A vers le Nord) on voit une 
rangée presque continue d'enclos, et sur les jietits plateaux il 
en existe d'autres. A la bifurcation du contrefort, les Indiens 
ont fait des terrasses [B-C) si solidement construites avec de 
la pierre, que les eaux n'ont pu les détruire. Ces terrasses sont 
entièrement occupées par des enclos. Le flanc de la branche 
sud du contrefort (la pente au sud de B-C) possède également 



QUEBUADA DEL TOKO. 335 

des terrasses avec des enclos. Enfin, sur la montagne qui ter- 
mine cette branche vers la quebrada, il y en a quelques-uns. 

Le nombre total des enclos carrés est d'environ 3oo. J'ai pra- 
tiqué des fouilles dans plusieurs d'entre eux, par exemple aux 
endroits marqués par les lettres A, B, C, D, E, F. Toutes les 
fouilles donnèrent une couche très épaisse, de o™ 5o à i*", de 
débris : bois pouri'i de Cereiis, charbon, cendres, laine de lama, 
fragments de fil et de cordes en laine de lama, quelques os de 
lama et l^eaucoup de huanaco^^^; un grand nombre des os longs 
avaient été fendus pour en extraire la moelle. Il y avait égale- 
ment des os de Lagidium et d'oiseaux. Les fragments de cale- 
basses étaient assez communs. 

Enfin j'ai trouvé, dans le sol des enclos, une grande quantité 
de fragments de poterie grossière, rouge, épaisse, et aussi de 
la poterie plus fine, lisse, engobée avec de la plombagine. Les 
objets recueillis entiers étaient, en général, de petites écuelles 
ressemblant à celles de la ^^. 7i. L'art de décorer la céra- 
mique avec des ornements peints paraît avoir été peu ])rati- 
qué par les anciens habitants de Morohuasi, car les fragments 
de poterie peinte sont extrêmement rares. 

Parmi les outils dont des fragments ont été mis à découvert 
dans la couche de débris des enclos de Morohuasi, il faut 
mentionner des tronçons de hampes de flèches comme celles 
dont nous traiterons plus loin en décrivant le cimetière du 
même village, ensuite des «couteaux» semblables à ceux de 
lay/^. 7â c et e, des crochets en bois identiques à ceux de la 

'"' Grâce à la collaboration do M. Eimle rieuse en ce (ju'aujounrimi . au conlraire. 

Visio, préparateur au laboratoire d'anato- lo huanaco est peu Iréquonl, tandis (jue la 

uiie comparée du Muséum d'histoire natu- vij^og^ne est couuuune dans la Puna. .le 

relie, j'ai pu comparer tous les os d'ani- n'ai pas trouvé d'os pouvant être attribués 

maux exhumés pendant mon voyage dans à l'alpaca. 

les ruines et dans les sépultures de la Que- Il y avait jadis (leu\ races dillVrenles 

brada del Toro et de la l'ima de .bijuy, de lamas, fi'une ('lail plus robuste cl plus 

avec les collections du Muséum. La plu- élevée de (aille ([iic les lamas actuels. Au 

part de ces os proviennent des différentes contraire, la laee la plus couuuune était 

espèces iVAucheiii<t. Le huanaco était par- plus petite et plus faible (pie ces derniers, 

tout [)lus Irécpient ipie le lama. Les os Le s([uelette de huanaco ancien est iden- 

dc vigogne étaient rares, circonstance eu- titpie au stpielelle actuel. 



330 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

Juj. 75 d-f, k-n, des ciseaux et des poinçons de cuivre. Pendant 
mon voyage de 1901, j'avais trouvé, dans l'un des enclos, un 
poinçon à section carrée comme celui de Tastil, représenté par 
la fi(j. 67 a, mais beaucoup plus long et pourvu d'un manche 
en bois recouvrant, dans le sens longitudinal, la moitié de 
l'instrument. Un autre enclos offrit le manche en bois d'un 
ciseau. M. von Rosen (316, p. n, et pi. ix,5) reproduit un ciseau 
de Morohuasi, emmanché de la même manière. Ces faits prou- 
vent que ces instruments, communs dans toute la région ando- 
péruvienne, étaient en effet une sorte de ciseaux, emmanchés 
comme tels. Cependant on connaît aussi des pièces de la même 
forme, emmanchées et employés comme une sorte de haches. 
En effet, M. E. H. Giglioli (145) figure un de ces « ciseaux », de 
o™ i35 de longueur, provenant de Trujillo, et appliqué per- 
pendiculairement, comme la haicheficj. 15 a, sur un manche 
de o'" 5 1 de longueur. 

Dans l'enclos marqué D sur le plan a été trouvé, à o'" 5o de 
profondeur, le grand vase grossier Jig. 73 a, de 0°" 60 de hau- 
teur, qui contenait des grains de maïs assez bien conservés. 

A un seul endroit des ruines j'ai rencontré des os humains: 
dans f enclos F, j'ai mis au jour un crâne d'homme et la plu- 
part des os du squelette, mais brisés et disséminés. 

Les dé])ris contenus dans le sol des enclos prouvent que 
ceux-ci ont servi d'habitations. La ressemblance des frai^ments 

o 

d'outils de la couche de débris avec ceux qui ont été exhumés 
dans le cimetière de l'autre côté de la Quebrada del Toro dé- 
montre que ce cimetière appartenait aux anciens habitants du 
village. 

Le mortier Ji(j . 71 e provient des ruines de Morohuasi. Il 
est fait d'une pierre roulée naturelle; son creux forme une 
ellipse régulière dont faxe majeur est de o°'095 et faxe mi- 
neur de 0°' 070 ; la profondeur du creux est de o"'o20, et son 
fond plat. 

Partout, sur le sol, on rencontre des pointes de flèches en 
obsidienne noire; la/^. 112, n!" 10 à 15, en montre six; la der- 



QUEBR VI) A DKL TORO. 337 

nière, par exception, est taillée en cpiartz (cachelong) blanc. 
Ces pointes de flèches, comme celles de la Quebrada del Toro 
en général, n'ont pas de pédoncule, tandis que celles du haut 
plateau sont presque toujours pédonculées. Les flèches sont 
minces, taillées avec un très grand soin; leur base est concave, 
formant des ailerons; leurs bords sont légèrement arqués. Les 
pointes en obsidienne sont tellement nombreuses à Mosohuasi, 
qu'on peut en ramasser des centaines en quelques heures; on 
trouve aussi beaucoup d'éclats d'obsidienne, restes de la fabri- 
cation des flèches. 

Je ne sais d'où peut provenir cette obsidienne; je n'en ai 
jamais trouvé de gisements; s'il y en a, ils doivent être très 
rares, ou très éloignés de ma route, car pendant tout mon 
voyage j'ai vainement interrogé les Indiens et d'autres per- 
sonnes capables de donner des explications à. ce sujet. 

Tous les enclos rectangulaires se ressemblent quant à leur 
forme et à la structure des murs, mais, sur les plateaux de la 
partie est du village, il y a un autre genre de constructions : 
des enclos circulaires d'environ /i*" de diamètre. Leurs murs, 
sans portes, actuellement conservés jusqu'à o™ 5o, parfois jus- 
qu'à 1°' de hauteur, sont bâtis d'une manière beaucoup plus 
solide et avec plus de soin ([ue ceux des enclos rectangu- 
laires. Ces enclos circulaires forment trois groupes qui por- 
tent la lettre G sur le plan. Le premier contient sept enclos, 
les autres, chacun cinq. Je n'ai pas eu le temps de faire des 
fouilles à l'intérieur de ces enclos et il est diflicile d'expliquer 
leur destination; peut-être servaient-ils pour des cérémonies, 
ou bien encore comme magasins. Analogues à ces construc- 
tions semblent être les « tourelles cylindriques » de Kuertc Que- 
mado, en Santa Maria, mentionnées par M. Lalone-Quevedo 
(189, |). 1, :?, ()). Ces constructions circulaires sont également dé- 
pourvues de portes. En ce qui concerne les diverses formes de 
constructions, on trouve au Pérou des villages préhispaniques 
]^résentant des analogies avec celui de Moroliiiasi : ainsi l(\s 
ruines de Sausa (Jauja), suivant un ])lnn inédil, (b-essé par 



338 ANTFOLITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

J^éonce Angraiidet conservé à la Bibliotlièque nationale^'l Cette 
ancienne ville péruvienne est composée d'un gi-and nombre (le 
petites maisons carrelas, groupées en (errasses. Mais, du côté 
Sud, séparées du resie de la ville par un ravin, il y a une cin- 
quantaine de constructions circulaires disposées sur trois ran- 
gées et avant, rVaprès une annotation d'Angrand, « sept pas de 
diamètre, li'ois pas de distance de l'une à l'autre et dix pieds 
de hauteur». M. Wiener (377, p. 1/12) publie aussi un plan des 
ruines de Sausa. Ce plan est plus rudimentaire que celui d'An- 
grand; on y voit cej^endant les constructions circulaires sépa- 
rées des maisons carrées. Le P. Cobo(103, iv, p. 166) rapporte que 
les Indiens du haut plateau du Pérou, surtout ceux du Collao, 
avaient des maisons circulaires aussi ])ien que des maisons rec- 
tangulaires cà deux versants. Pourtant il ne me semble pas que 
les constructions circulaires de Morohuasi aient été des habita- 
tions communes. lime paraît dilFicile d'expliquer de cette ma- 
nière la présence d'un petit nom]3re d'enclos circulaires parmi 
autant de grands enclos rectangulaires. 

Sur la pente de la montagne H, il y a une troisième sorte de 
constructions faites également avec plus de soin que les enclos 
rectangulaires. Sur cette pente, d'une inclinaison assez forte, 
on a élevé des murs verticaux de quelque 6 mètres de lon- 
gueur, reliés à la pente au moyen de murs, de sorte que le 

tout, vu d'en haut, forme un 1 j. Ces murs ont actuellement 

jusqu'à 1'" de hauteur environ. 

Le village de Morohuasi est inaccessible de presque tous 
les côtés. Seule, dans la petite vallée renfermée entre le Cerre 
Morohuasi et son contrefort, une entrée est possible par la 
Quebrada del Toro. Du côté de l'Arroyo Morohuasi, toute ten- 
tative d'escalade est inqjraticable; même de la petite vallée, où 

''' (le plan rorinc le folio oo d'un à la Bibliothèque nationale : P. Angrand 

album contenant de jolis dessins au Eft. 8, et porte le litre : Lima 1838. - 

crayon représentant des villes, des églises, Viaje à la Sierra 1838. — Viajc de Lima 

des ruines, des paysages, des scènes de la à Caha 1839. — Havana y Santiago de 

vie populaire, etc., de l'Amérique du Cuba 1839-18ii y 18U2. - Album n" 9. 

Sud et de Cuba. Cet album est catalogué 81 Jeuillcls. 



QUEBRADA DKL TOUO. 339 

la j^lupart des enclos sont situés, une ascension à la crête du 
contrefort est difllcile. 

Les collines et les montagnes autour de Morohuasi ne por- 
tent pas de ruines. La population ne doit pas s'être étendue 
au delà de Tendroit que nous avons décrit. La colline mar- 
quée K , K, K sur le plan fait cependant exception ; on y 
trouve çà et là de rares vestiges de murs en pirca. 

Cimetière. — Le cimetière de fancien village de Morohuasi 
est, comme nous favons dit, situé en face des ruines, de 
fautre côté de la Quebrada del Toro. 

Ce cimetière est formé d'une colline en terre grasse d'allu- 
vion d'environ 1 5™ de hauteur et une cinquantaine de mètres 
de diamètre. La colline a été arrano^ée en terrasses ou gradins 
consolidés et soutenus de distance en distance par de petits 
murs en pirca. Les sépultures se trouvent sur ces gradins, à 
peu de distance l'une de l'autre, environ un mètre en général. 
M. ten Kate (343, p. i5, %. 17, 18) décrit un cimetière de Loma 
lUca (Vallée de Yocavil) disposé d'une manière analogue, sur 
un monticule conique, sans gradins, mais avec les sépultures 
placées en rangées concentriques autour du monticule. 

En dehors du cimetière, quelques sépultures isolées exis- 
tent sur des échelons formés par la montagne voisine, mar- 
qués ./, J sur le ])lan. 

Les morts sont enterrés dans la ])osition habituelle : accrou- 
pis, les jambes et les bras repliés sur la poitrine. Les sque- 
lettes étaient en si mauvais état, que je n'ai pu recueillir un 
seul crâne entier. Chose curieuse : beaucoup d'objets en bois 
étaient au contraire bien conservés. 

Voici la description de quelques objets (hi inobiher funé- 
raire que j'ai mis à jour : 

Avec chaque cadavre se trouvaient au moins une ou deux 
écuelles en terre cuite. Ces écuelles ont du contenir des ali- 
ments. La^?^. 71 a, b, f/,/ montre quatre d'entre elles; les deux 
premières ont été engobées avant la cuisson avec de l'ocre rouge 



3'i() ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

mélangé prol^al^lcniciil (l(^ tcrie grasse. L'éciielie ^ est noire, 
engobée avec de la plombagine. Le contenu de cette écuelle a été 
examiné par le D"" A. -T. de Rochebrune qui a constaté la pré- 
sence d'une terre imprégnée de matière organique très grasse. 

La juj. 70 représente la seule écuelle décorée d'ornements 
peints : ce sont des losanges et des triangles, quadrillés au 
moyen de lignes noires. Seule la surface extérieure a été en- 
gobée avant la cuisson avec de l'ocre rouge. Le décor, fort ru- 
dimentaire, est semblable à celui des fragments de poterie de 
Tastil,y/^. 85, et aussi à l'ornementation de la grande écuelle 
de Pucarâ de Rinconada,y?^. lâl. 

Dans le cimetière de Morohuasi on trouve très peu d'objets 
en cuivre; ^^fig- 56 a, h, c représente deux ciseaux, de o"" 167 
et o"o46 de longueur respectivement, et une plaque rectan- 
gulaire avec trou de suspension. 

Du cimetière de Morohuasi proviennent les objets en bois 
dont voici la description : 

Un instrument en forme de couteau, reproduit de deux côtés 
fi(j. 7â e et e'. 11 a o™ 5/^ de longueur; sa lame o'" 078 de lar- 
geui- maximum et o'"oi7 d'éj^aisseur maximum. Le manche, 
très lourd, a la forme d'un cône tronqué de o'" 07 4 de diamètre 
maximum. Cet instrument est très j^ointu, d'un bois très dur, 
mais la lame n'est pas affilée. M. E. Seler (327) donne à ces 
instruments le nom de liandpjlug (« charrue de main »), mot qui 
ne me paraît pas juste, même si l'on admet qu'il s'agit d'outils 
de culture. Si ces «couteaux» ne sont pas des outils d'agri- 
culture, ils i^ourraient avoir été employés comme armes à 
pointe, mais non comme armes tranchantes. M. Ambrosetti 
(23, ]). \cj) prétend que ce serait des boomerangs, ce qui est im- 
possible. La forme et le manche lourd s'opposent à ce que 
l'instrument ait été employé de cette manière. D'ailleurs, Ton 
n'a qu'à jeter un coup d'œil sur une figure quelconque de 
boomerangs employés par les Zuiïis, par les Hopls ou par les 
Wolpis, flans leurs « chasses sacrées», ])nr e\(unple sui- celles 
données par M. James Stevenson (336; ir 2o5i oi ao54, lig. r)^i8 fi 549), 



QUEBRADA DEL TORO. 



341 



citées par M. Ambrosclti, ou sur celle de M. John G. Bourke 
(72, p. 36i), pour se convaincre que nos « couteaux » n'ont rien de 
commun avec ces boomerangs. Ceux de l'Australie ne leur res- 
semblentpas non plus. Ces « couteaux » sont assez communs dans 
la Que])rada del Toro et dans la Puna de Jujuy. J'ai rapporté 
des instruments de cette catégorie de Lapaya, de Morohuasi, de 




Fig. 56. — Morohuasi. Ciseaux et plaq ii ciiiMv. ,/, Ol.jrl on huis. — 2/3 gr. naU 

Tastil, de Savate et de Purnra de liinconada. M. Aiii('i>hi,io 
(32,1, p. 520, li- ;;i7) représenle un de ces « couteaux », d'fnca- 
Imasi, près de Salta. M. Sénéchal fie hi (Irauge eu a IrouNé 
d'autres à Calaina. 

La/ry. 74 d représente un aiiliv oulil eu bols, de scclion 
carrée, enjployé peut-être pour lalic des Irons dans la Irrrc 



3'42 ANTIQUITES DE LA REGION ANDTNE. 

Le long' bois plat,y<"^. 74 a, a o"" SyS de longueur, o'" oSy 
de largeur niaximuui et o™ oi d'épaisseur maximum. Les bords 
sont arrondis. M. Lehmann-Nitsche (210, p. 44, pi. v B G) décrit 
une pièce analogue, d(» la Puna de Jujuy. Il croit que ce serait 
là un outil pour tisser, ce qui est probable en eiïet, car deux 
pièces exactement de la môme forme, rencontrées auprès 
d'une momie d'Ancon, faisaient partie d'une trousse complète 
d'outils à tisser. Cette momie, avec tous les objets qui l'accom- 
jwgnaient dans le tondDeau, est figurée par MM. Reiss et Slid^el 
(308, I, pi. 2.^). 

La ficj. 56 d j'eprésente un petit objet en bois sculpté; il 
ressemble à celui de Tastil,y/^. 75 i. 

L'écuelle fig. 75 a est taillée d'une seule pièce de bois 
blanc. La petite timbale ou èixxi ficj. 75 h est très habilement 
sculptée. 

Les sépultures renfermaient fréquemment des faisceaux de 
hampes de flèches en bois de chilca, arbuste à tiges droites et 
à bois très léger, qui pousse sur les bords des rivières et des 
ruisseaux des vallées interandines et que je crois correspondre 
ta la synanthérée Baccharis salici/oha, Pers. Pendant mes der- 
nières fouilles à Morohuasi, je n'ai pas rencontré de flèches con- 
servant leurs pointes, mais, au cours des fouilles de 1901, j'ai 
recueilli quelques spécimens avec des jDointes en obsidienne, 
encore en place, identiques à celles qui sont si communes 
dans les ruines et que l'on trouve aussi dans les tond3es du 
cimetière. Plusieurs sépultures olfi'aient aussi des arcs, mais 
toujours cassés, h^ficj. 57 reproduit les coupes transversales de 
deux de ces arcs. 

Les crochets représentés par la fuj. 75 /.-, /, m, n sont très 
communs dans tous les cimetières préhispaniques de la Que- 
])rada del Toro, de la Puna de Jujuy et dans les cimetières de 
Calama et de Chiuchiu. Auprès de la plupart des cadavres on 
rencontre un, deux ou trois de ces crochets. Plusieurs archéo- 
logues les ont pris pour des « mors de lama », ce qui est tout 
à lait impossible, car le lama n'a jamais été monté j^ar les 



QUEBR\DA DEL TORO. .Ti3 

Indiens, ni conduit avec des hrides. Je re\ien(lrai sur cette 
question à propos des grottes lunéraires de Sayate, où j'ai trouvé 
un grand nond)re de ces crochets. Ceux de Moroluiasi ont res- 
pectivemenl o"'io, o'"i i, o"'o7 et o'"or)5 d'ouverture entre les 
extrémités de leurs deux branches. Dans les trois premiers, 
les fibres du bois suivent la pièce dans toute son étendue, ce 
cpi démontre que les pièces, droites à l'origine, ont été coui- 
bées artificiellenu^nt par la pression, peut-être en les trenqjani 
dans de l'eau pour les rendre plus flexibles. Le crochet // esl 
fait de la fourche uaturelle d'un arbre, façonnée au moyen d'un 
instrument tranchant. 





Fig. 67. — Morohuasi. — Deux arcs en covipc. — rirancleup naturelle. 

Dans fune des sépultures, j'ai rencontré une quantité consi- 
dérable de bois de niienoa {^Polylepis lomenlella, JFcdd,), f arbre 
qui, de tous les arbres de ces régions, pousse à f altitude la 
plus élevée au-dessus du niveau de la mer. Un morceau de ce 
bois est représenté y?(/. 71 c. Le Polylepis est actuellement très 
rare dans les montagnes des environs de la Quebrada del Toi'o. 

Les calebasses, généralement coupées par la moitié pour 
servir d'écuelles, sont très communes dans les sépidlui-es de 
Morohuasi ^'l 

''^ M. Jules Poisson, assistant au Mu- cerlaincnuuil d'une cncarbitacée , mais il 

séum , a bien voulu sounicltrc à un examen a été im[)ossil)l(' de déterminer la(|uellc. 

anatomi(jue de nombreux échantillons de Selon M. Poisson, «le tissu des parties 

calebasses que j'ai trouvées dans les ruines |)<''ri|)héri(|U('s du Iruil esl formé de col- 

et les sépultures de la Quebrada delToro, Iules rclallvenKMit jurandes, à parois minces 

ainsi ([ue d'autres échantillons de la Puna et ponctuées légèrement; elles sont allon- 

de Jujuv et de Calama. De cet examen il gées dans le sens perpendiculaire de la 

résulte que toutes ces calebasses provien- surface, et plus raccourcies vers la portion 

neni de la même espèce, et (pi'il s'agit cpidcrmicpie". 



344 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

On y rencontre aussi des morceaux de pâte d'ocre rouge qui 
doit avoir servi pour peindre la poterie et peut-être aussi le 
corps humain. 

Dans plusieurs sépultures, il y avait des os de lama et 
de huanaco, le plus souvent brisés ou fendus par la main de 
l'homme. On trouvait aussi des os entiers, surtout des méta- 
carpiens et des métatarsiens. Ces os proviennent peut-être 
de la viande déposée dans les tombeaux comme aliment pour 
ie mort. 

La découverte la plus intéressante que j'ai faite dans le cime- 
tière de Morohuasi a été celle de petits enfants enterrés dans 
des urnes, comme dans la région diaguite, surtout en Santa 
Maria, etc. Mais j'ai déjà fait remarquer la différence entre 
ces sépultures dans l'une et l'autre région. Dans la région 
diaguite, les urnes sont pourvues de riches peintures symbo- 
liques et généralement réunies dans des cimetières spéciaux, 
où il n'y a pas d'adultes. A Morohuasi, au contraire, les enfants 
sont enterrés dans des vases grossiers quelconques, sans décor, 
déposés dans le cimetière général parmi les cadavres d'adultes. 

La. Ji(j. 72 représente une des urnes du cimetière de Moro- 
huasi, contenant le squelette d'un fœtus à terme. Cette urne a 
les dimensions suivantes: hauteur, o™4i; diamètre de fouver- 
ture, o'"2 55; diamètre minimum intérieur du goulot, o"" i65; 
diamètre maximum de la panse, o°'27o. L'urne est engobée 
extérieurement et intérieurement avant la cuisson, avec une 
terre grasse, de couleur brune violacée, qui lui donne un 
aspect assez brillant. A côté de l'urne était enterré un adulte 
qui avait auprès de lui fécuelle en terre cuite ficj. 7 1 a ci celle 
en hois fi g. 75 a, une noix [Jiujhns australis, Griseh.), des 
hampes de flèches, des crochets en bois, un morceau d'ocre 
rouge. 

Ldificj. 73 h donne une autre urne funéraire trouvée non 
loin de la précédente; une écuelle renversée couvrait l'ouverture 
de cette urne. L'urne et l'écuelle, grossières, en terre cuite 



QUEBRADA DKL T01\0. 345 

rouge, sans engobe, étaient en si mauvais état qu'elles tom- 
baient en morceaux. Je n'ai pu en conserver que les contours 
montrés par ie dessin, mais j'ai recueilli des parties du sque- 
lette d'un fœtus à terme et une petite écuelle en terre cuite 
[fuj. 7 1 f^ qui se trouvait également dans l'urne. La hauteur 
de l'urne est de o°'45, le diamètre de l'ouverture, o^^iô, le 
diamètre maximum de la panse, o°'4o. La petite écuelle, qui 
était contenue dans l'urne, a o*" i3 de diamètre maximum. 

J'ai exhumé deux autres urnes funéraires d'enfants dans le 
cimetière de Morohuasi; l'une est presque semblable à celle 
de lay/^. 72 et contenait un squelette de fœtus un mois avant 
terme. Cette urne était renversée, l'ouverture se trouvait en bas 
et quelques-uns des os étaient tombés en dehors, ce qui dé- 
montre que l'urne avait été déplacée après la transformation en 
squelette du cadavre qu'elle contenait. L'autre urne, en poterie 
grossière, contenait le squelette d'un enfant de 26 mois, à en 
juger par la dentition. 

Je dois faire observer que les enfants d'un âge plus avancé 
étaient enterrés sans urnes comme les adultes. J'ai rapporté le 
squelette d'un enfant de trois ans et demi environ qui était 
enterré dans la position accroupie, comme tous les cadavres en 
général. 

CHAUSSÉES PRÉIIISPAMQUES 
DE MOROHUASI À INCAHUASI ET À PAYOGASTA. 

PÉTROGLYPHES. 

LA PARTIE NORD DE LA QUERRADA DEL TORO. - CHAINL 

Chaussées préhispaniques. — Morohuasi est h», point de dé- 
part de deux de ces admirables routes préhispaniques sem- 
blables à celles que les Incas du Pérou faisaient construire poui- 
entretenir les communications entre leui' capitale et les ])ro- 
vinces de leur empire, et dont Cieza de Léon (102, rw, p. 51 eisuiv.) 
nousa donné une l)oini(^ desci-ipiioii, Nalurelldnciil , j(> ne\(Mi\ 



;V4() ANTIQUITES DE LA REGION AN DINE. 

pas affirmer que les chemins de Morohuasi aient été construits 
par ordre des Incas, mais les Indiens les appellent encore ca- 
juinos del Inca. 

De Morohuasi j'ai pu suivre, j^endant une dizaine de kilo- 
mètres, l'une de ces voies qui se dirige vers le Sud-EsL Elle est 
construite sur les flancs des collines, en général ta mi -hauteur 
au-dessus des petites vallées qui les séparent. Ce qui est vrai- 
ment admirable, c'est l'art qu'avaient les Indiens pré hispa- 
niques de toujours trouver le chemin le plus court en même 
temps que la rampe la plus douce. 

La route est large d'environ 3". Elle n'est pas dallée comme 
la chaussée incasiquede Guzco à Quito, mais elle est très soli- 
dement construite avec des pierres naturelles, sans aucun mor- 
tier et presque sans interstices entre les pierres. C'est grâce 
à la patience et à l'habileté des Indiens à choisir les pierres et à 
les joindre que cette chaussée s'est conservée pendant des siècles 
sans que personne ait songé à l'entretenir. Le chemin, dont le 
talus extérieur a une hauteur de o'^ôo à i"", se trouve, dans 
la partie que j'ai parcourue, dans un état de conservation tel 
qu'il suffirait d'étendre un peu de gravier sur la surface pour 
le rendre praticable k des voitures d'une largeur de 2"" entre les 
roues. Seuls les ponts sont écroulés. Les Indiens suivent encore 
aujourd'hui cette ancienne chaussée dans leurs voyages. 

Une coupe schématique de cette chaussée est donnée y/^. ^8. 

Le Gouvernement argentin a fait, ces derniers temps, con- 
struire cà grands frais des chemins pour le passage des charettes à 
travers ces territoires montagneux et sillonnés de profonds ravins; 
les torrents, à l'époque des crues, y rendent toute circulation 
impossible et arrêtent pendant des semaines même les voya- 
geurs à cheval. Mais, bien qu'il y ait des ingénieurs compétents, 
la construction de chemins carrossables est très difficile dans 
ces pays. Souvent la première grande crue en emporte des par- 
ties considérables; certaines routes mêmes doivent être recon- 
struites chaque année et sont toujours détruites à la fonte des 
neiges du printemps suivant par les torrents d'eau qui des- 



QUEBRADA DKI. lORO. 3'i7 

cendeiît des nionlagnes. Si nous comparons les travaux des 
Indiens précolombiens avec les ouvrages modernes, nous de- 
vons reconnaître que les premiers sont supérieurs en solidité 
aux derniers; en ellet, il n'y a que les ponts de la chaussée 
préhispanique qui soient démolis. 

D'après mon guide, qui connaissait très bien le ])ays, la 
chaussée de Morohuasi va jusqu'à Incahuasi près de la Vallée 
de Lerma, en passant ]:)ar Pascha, où l'on voit les ruines d'un 
village préhispanique. A Incahuasi, il y a aussi des ruines très 
importantes; malheureusement je n'ai pas eu l'occasion de les 
visiter; on y a trouvé des objets très intéressants concernant 
l'industrie préhispanique. 




l'ig. 58. — Coupft verticaie de la route prchispaniquc de Moroliuasi à Iiiraliiiasi. 

Echelle : i/ioo. 

Je n'ai pas vu la seconde chaussée, mais mon guide en qui 
j'ai pleine confiance m'assurait que cette route, semblable à 
celle que nous venons de décrire, part (\{i Morohuasi dans la 
direction du Sud-Ouest, en traversant les montagnes jus([u'au 
village préhispanique de Tastil, pour continuer, parles j)eutes 
du Nevado dv\ Acay jusqu'à Payogasta, où elle aboutit à la 
Vallée Calchaquie. A Capillas où passe ce chemin se trouvent 
les ruines d'un village préhispanique assez important. Phi- 
sieurs Indiens de la région m'ont conhrmé l'existence de cette 
chaussée, et je n'ai pas hésité à la iaiie ligurer sur ma caite 
archéologique. 

D'ailleurs cette route paraît avoir été, longtemps encore 
a]:)rès la conquête, le chemin employé de prélérence par l<'s 



348 ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

Indiens se rendant de la Vallée Calchaquie au Pérou. Suivant 
Lozano (220, v, p. iSg), ce devait être par ce chemin que le célèbre 
aventurier Bohôrquez envoya un messager demander à VAu- 
chencia de los Charcas grâce pour les délits de rébellion qu'il 
avait commis dans la Vallée Calchaquie. Ce messager devait 
passer por cl despohlado del Acay, Tambo dcl Toro y Casahindo; 
le Tambo del Toro est probablement l'endroit appelé encore 
aujourd'hui El Tambo, situé à 2''"" au sud de Morohuasi. 

Pétroglyphes de la Quebrada del Rosal. — A environ 3''"' de 
Morohuasi, à un endroit où la chaussée préhispanique de Mo- 
rohuasi à Incahuasi traverse un ravin large et profond, nommé 
Quebrada del Rosal, j'ai découvert deux pétroglyphes (^fig. 59 
et 60). 

Les lignes formant ces inscriptions rupestres ont peut-être 
un demi-centimètre de profondeur aux endroits où les pierres 
ont moins soulïert de férosion. La coupe de ces traits forme 
un arc de cercle. Tous les pétroglyphes que j'ai relevés dans 
la Quebrada del Toro, dans la Puna et dans la Quebrada de 
Humahuaca présentent ces mêmes caractères, ce qui est aussi 
le cas de la plupart des pétroglyphes de la région diaguite. 

Quant au procédé employé pour tracer les lignes dans la 
pierre, il me semble tout à fait impossible qu'elles aient été 
gravées avec un instrument analogue à nos burins. 

M. Ambrosetti (18, p. 69-70) suppose que la plupart des ])étro- 
glyphes de la région diaguite ont été faits avec un instrument 
de percussion, c'est-à-dire qu'où a frappé le rocher continuelle- 
ment avec une pierre jusqu'à creuser les lignes. Exceptionnel- 
lement, certains pétroglyphes à lignes très profondes seraient 
gravés au moyen de ciseaux en cuivre, ce qui ne me paraît 
pas vraisemblable. Pour moi, certains pétroglyphes indiquent 
que le procédé par percussion, nommé peckincj par M. Gar- 
l'ick Mallery (228, p 218), a été employé, mais pas seul, car on 
n'aurait ])u, de cette manière, produire des lignes à courbes 
si régulières, et le creux n'aurait pas pris non plus la forme 



QUEBRADA DEL TORO. 3V.) 

d'arc légulier qu'il a. Mon collègue M. G. (Joiiily (106, p. •?. 
oi 107, p. ^) décrit et ligure un outil dont il a exhumé de nom- 
breux spécimens au pied du pétroglyphe de Gillevoisin, dans 
le département de Scine-et-Oise. Ce sont des fragments de 
grès grossièrement taillés en biseau et fort usés par un long 
frottement sur l'arête ])iseautée. M. Courty su])pose que c'est 
avec ces morceaux de grès qu'on a gravé les lignes de ce pétro- 
glyphe, ce qui est très proba]:)le. On aurait frotté pemhint long- 
temps avec ces pierres pour produire enfin les lignes voulues, 
peut-être eu faisant agir les pierres biseautées sur du sable fin 
mouillé. C'est le procédé que Mallery [ihid.) mentionne sous le 
nom de nibhiiKj, et, suivant son opinion, un grand nond3re 
d'inscriptions rupestres des Etats-Unis, comme celles d'Owens 
Valley (Cahfornie), de Conowingo (Maryland) et de Machias- 
port (Maine), ont été tracées ou au moins achevées de cette 
manière. 11 me semble très probable que les pétroglyphes de 
la région andine de l'Argentine ont été gravés d'après cette 
même méthode et qu'on y a aussi employé le pecking, mais 
seulement comme procédé auxiliaire, pour produire des figures 
à surface étendue comme celles décrites plus loin, de Rodero, 
pour corriger les angles et peut-être aussi pour commencer le 
travail. En tout cas, on voit clairement qiiele peckiiuj n'a jamais 
été employé seul pour les pétrogly])hes que j'ai étudiés. Pour 
s'en convaincre, il n'y a qu'à les comparer avec les pétrogly- 
phes exclusivement pechcd, comme ceux de f Afrique du Sud, 
dont des S2)écimens rapportés par le Rév. F. Christol existent 
au Musée d'ethnographie du Trocadéi'O. Ces ])étroglyplies ont 
leurs figures, de surface assez étendue, percutées sans prolon- 
deur, tandis que les anciens habitants de la Puna et de la région 
diaguite, au contraire, formaient leurs figures et leurs signes 
lupestres surtout avec des traits assez profonds. 

Le pétroglyphe y/^. 59 consiste en un grand bloc roulé, de 
granit amphiholique altéré, fractionné en deux parties; il a en 
à l'origine '^"' l)0 de longueur, r"r)0 d'épaisseur et !'"'.>() de 
haui(uir. Ce bloc se trouve à mi-côte, près de la chaussée qui, 



350 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

à cet endroit, descend de la colline vers le fond duVavin. L'eau 
a miné Tune des extrémités du bloc en la laissant suspendue 




Fi^. 09. — Qiiebrada de! Rosal. P("tro<îly|)lic. 
(i) côté est du bloc; b, côté ouest diuie partie du Jdoc; c, cxtiéuiité sud du bloc. 

i/3o gr. nat. 

dans le vide. La pierre ellritée s'est alors divisée en deux parties 
par suite de son propre poids, et la partie se trouvant sans sup- 
port a glissé quelques mètres plus bas. La^/^. 59 a représente 



QUEBRADA DEL TOP.O. 



351 



tout Je bloc vu fl'un coté; l'autre côté du morceau le ])lus 
i>rand — celui qui se voil à (li-oite en a — est repi'oduit 
fi(j. 59 h; c est l'extréniité de la partie figurant à gauche en a, 
c'esl-à-dire de la partie ([ui a glissé. 

Toute la pierre est couverte d'inscriptions, mais sur le dessus 
elles sont tellement ellacées, qu'il est imj)ossible de rien dis- 
tinguer, de même que sur les autres parties du bloc qui ne 
sont pas reproduites. Les inscriptions représentent des lamas 




Fig. 60. — Quchrada (Ici Rosal. Pélroglyplic. — 1/50 gr. nal. 

de toute grandeui-, des croissants, des cercles avec ou sans 
point central, et une ligure rudimentaire d'homme. Les lamas 
sont tracés au moyen de traits droits, manièie très caractéris- 
tique; des anciens habitants d(î ces régions de dessiner leur 
principal aninial (lomesti([ue. dépendant la direction des lignes 
l'cprésentant le cou, la tête, les oi'eilles et la cpieue Vcnie dans 
les dillérentes (igures : on a certainement voulu représenter 
ainsi l'animal dans diverses attitudes. Les lamas (pii [)ortent au 
cou une corde teiininée ])ar une boucle en spirale sont lemar- 
quables. Pour les croissants et pour trois lamas présentant des 



352 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

siirtaces si considérables qu'elles ne peuvent plus être considé- 
rées comme des traits, le pechuicj doit avoir été le procédé prin- 
cipalement employé. 

Le deuxième pétroglyphe [fi(j. 60) se trouve au fond de la 
Ouebrada del Rosal. Cest aussi un bloc roulé du même <>ranit 
altéré que le premier, mais de dimensions plus réduites : euvi- 
ron i"* 20 dans tous les sens. D'un côté de ce bloc, on voit des 
lignes courbes, irrégulièrement ondulées, parfois formant 
des esj^aces fermés. Ces lignes courbes irrégulières sont très 
caractéristiques pour les pétrogiyphes de la région diaguite, 
comme nous l'avons déjà dit page 176. Sur fautre côté de la 
pierre, les inscriptions sont presque effacées; les seules figures 
que j'aie pu distinguer représentent un lama et des cercles 
avec point central, donnés en h de la même figure. 

Le nord de la Quebrada del Toro. — En 1901, j'ai suiAi trois 
fois la Quebrada del Toro, de Morohuasi au Nord, jusqu'à El 
Moreno, sur le haut plateau. Je n'ai pas vu de ruines préhispa- 
niques, et, s'il y en a, elles doivent être de peu d'importance. 
D'après des renseignements dignes de foi, il existe des pétro- 
giyphes représentant des lamas et des hommes dans une petite 
quebrada latérale nommée Pancho Arias, à fouest du ])remier 
des trois lacs qui portent le nom de Lagunas del Toro. Il y 
aurait aussi cinq autres pétrogivphes au nord du deuxième de 
ces lacs, du côté est de la Quebrada. 

Presque immédiatement avant d'arriver à l'Abra del Palo- 
mar, col qui, de la Quebrada del Toro, donne accès sur le haut 
plateau, on voit les ruines d'un village assez grand qui doit, 
sans aucun doute, être un ancien village espagnol abandonné; 
la construction des maisons le démontre clairement. L'endroit 
porte le nom de Pueblo Viejo et est situé à 0,600™ au-dessus du 
niveau de la mer. 

Chani. — A propos des antiquités de la Quebrada del Toro, 
je dois mentionner une découverte que firent deux de mes col- 



QUEBUADA DEL TORO. 353 

lègues (le la Mission Suédoise, le D' Rob. E. Fiies et M. (iiistai 
von llofsLén. Us cntrepiirenl les premiers l'ascension du Nevado 
del Cliafii^^^ le plus haut des pics de ces régions, 6,100™ au- 
dessus du niveau de la mer. Au sommet même de ce pic, ils 
découvrirent deu\ constructions enpirca, en forme de U, c'est- 
à-dire des murs en rectangle avec un côté ouvert. Dans l'inté- 
jieur de ces constructions, MM. Pries et von Holstén trouvèrent 
des fragments de poterie ancienne dont fun avec ornement 
peint, une perle en turquoise polie et perforée, et un dépôt de 
bois de Cereiis Pasacana et d'une es])èce de tola. La première 
de ces deux espèces fournit le seul bois de construction existant 
sur le haut plateau, et la seconde est un des rares arbustes 
pouvant servir de conrbustible. L'une et fautre ne poussent 
pas à une altitude supérieure à 41000""; elles ont donc été 
apportées du pied du Chani à son sommet. 

Quel pouvait être le but de cette station à 6,100" d'alti- 
tude, où la respiration est 1res difficile et où les Indiens de 
nos jours ne peuvent accéder? Peut-être était-ce un lieu 
consacré à des cérémonies leligieuses, peut-être une station 
de signaux. 

Cette découverte a été décrite par M. Erland Nordenskiold 
(260) et par moi-même (68). 

Sur le versant nord -ouest du Chani, mes collègues trou- 
vèrent deux villages en ruines, à différentes altitudes; d'aj)rès 
leur descrij)tion , j'incline à croire que ce sont simplement des 
ruines d'habitations de mineurs espagnols. A titre de curiosité, 
j'ajouteiai que ces mêmes voyageurs ont rencontré, ])rès de 
l'un de ces villages, une pièce de monnaie française à l'c^ffigie 
de Louis XIV, qui probablement avait été perdue par l'un de 
ces mineurs. 

*'' Ïa' nom «Chani» n'élail pas connu zano (219) in(lii[U(' <o [)ic .soulcnuMil sous 
des missionnaires jésuites au commence- la dénoiniualion de » (À'iro i^iandc ». Sur la 
ment du wiii" siècle, car la carte de Le- carte de d'Anville (36) il n'est pas in(li([ué. 



33 

ît MTIOIIILC 



354 A-M'IQLITES DE LA RÉGIOÎS ANDlNK. 



PUERTA DE TASTIL"'. 

Revenons à la jondion des Quebradas del Toro et de las 
Cuevas. 

Les eaux y ont formé, à une époque géologique antérieure, 
un énorme dépôt de matériaux d'érosion consistant surtout 
en terre et menues pierres; ce dépôt formait alors le fond de 
la vallée. A une époque postérieure, les rivières provenant des 
deux quebradas ont creusé leur lit, jusqu'à une profondeur 
de oo"", dans le terrain formé par ce dépôt; seule une langue de 
terre en forme de plateau triangulaire reste entre les deux ravins. 

Sur la partie extrême de ce plateau sont situées, comme on 
le voit sur le plan^?^. 61 , les ruines des demeures des Indiens; 
ceux-ci, aAant la conquête espagnole, ont commandé de cette 
position stratégique le passage des deux quebradas. Ils ne ])0u- 
vaient choisir une position plus avantageuse, pour établir leur 
forteresse. 

La photogra])hiey?^. 76 , prise du vSud, montre le plateau 
au milieu où sont situées les ruines; à droite, on voit la conti- 
nuation de la Quebrada del Toro vers le Nord; à gauche, feu- 
trée de la Quebrada de las Cuevas. La ficj. 77 est une vue de la 
Quebrada del Toro vers le Sud, prise d'une petite hacienda 
qui se trouve près de la jonction des deux quebradas. 

L'ascension des flancs du plateau où est situé le village pré- 
hispanique est très chiïîcile : ils sont presque à pic et la terre 
s'éboule sous les pieds. Les jours de vent, fascension est im- 
possible, au dire des Indiens qui habitent la petite hacienda 
située à quelques centaines de mètres au sud des ruines. 
Comme j'ai eu foccasion de le constater moi-même, faccès 
n'en est possible, quoique assez difficile cependant, que d'un 
seul côté et cela seulement par un temps calme. Cet accès se 
trouve à fendroit portant la lettre G sur le plan. 

*'^ Voir les planches XXVII-XXIX, insérées aj)rès la page 378. 




Fig. G 1. — Plan du village préhispanique de Puerta de ïastil. — Échelle approximative : i/5.oo. 

a3. 



350 ANTIQUITES DE LA UÉGION ANDINE. 

Sur le plateau j'ai trouvé (les enclos rectangulaires en pirca, 
comme à Morohuasi, mais mieux conservés. Les enclos en B 
et C étaient certainement des habitations. Leurs dimensions 
sont en général ô'^X 5™, mais il y en a exceptionnellement de 
plus longs; j'ai mesuré un enclos ayant ly'^xG'", un autre 
de 1 l'^xB"", un troisième de S'^'xS'". Ces enclos sont séparés 
])ar de petites ruelles, mais il y eu a aussi qui sont séparés seu- 
lement par un mur commun. Le terrain s'incline des deux 
côtés vers le ravin qui sépare les groupes B et C et les ran- 
gées d'enclos de ces groujoes forment une sorte de gradins. 
Les enclos en D sont plus grands que ceux en B et C et plus 
séparés les uns des autres. 

Les murs de ces enclos sont mieux construits que ceux de 
Morohuasi. Les pierres brutes qui les forment ne sont pas très 
grandes et sont très bien encastrées les unes dans les autres. 
Souvent le mur est double, l'intervalle entre les deux parois 
étant rempli de terre. Les murs sont généralement conservés 
jusqu'à o™ 5 G de hauteur, quelquefois plus encore. 

Les enclos en A sont beaucoup plus grands que ceux que 
nous venons de décrire; j'en ai mesuré de iS'^Xio'", de 
1 2"" X 8"' et le plus petit était de i o"" X 6°". Les murs aussi sont 
différents, de construction beaucoup plus sommaire. Ces en- 
clos ne doivent pas avoir servi d'habitation. Peut-être étaient- 
ils destinés à renfermer les lamas. 

Le nombre actuel des enclos de la première catégorie est 
d'environ i5o, mais on voit que les crues et les eaux de pluie 
ont emporté une grande partie du plateau, et tous les ans 
encore de grands morceaux des flancs s'écroulent et sont en- 
traînés. Sur les bords du plateau, il y avait partout des enclos 
qui ne subsistent plus aujourd'hui que partiellement, leurs 
murs étant en partie tombés au fond du ravin. Les eaux du 
petit ravin entre B et C ont aussi englouti beaucoup d'enclos. 
A la pointe sud du plateau, il ne reste qu'une étroite langue 
de terre isolée déjà par une crevasse, de sorte qu'il est impos- 
sible d'arriver jusqu'au bout. 



QUEBRADA DEL TORO. :i57 

Sur le sol j'ai Irouvé beaucoup de frai»ments de poterie, 
grossière, mais, chose étonnante, il n'y avait ])as de pointes de 
flèches, tandis que le sol des ruines des deux villages voisins, 
Morohuasi et Tastil, en est couvert. A Puerta de Tastil, après 
beaucoup de recherches, j'ai rencontré seulement deux petits 
éclats d'obsidienne. Cette absence de pointes de flèches est dif- 
ficile à exphquer, mais, dans un ancien village de la Puna, 
Pucarâ de Piinconada, j'ai observé la même chose. Dans ces 
ruines, situées aussi sur un plateau inaccessible, je n'ai pas 
trouvé non plus de pointes, tandis qu'il y avait de nombreuses 
flèches à pointe en silex dans les sépultures. Le cimetière de 
Puerta de Tastil reste encore à découvrir, et peut-être trouve- 
rait-on là des flèches, comme dans les grottes funéraires de 
Pucarâ de Rinconada. 

Je n'ai pas eu beaucoup de temps à ma disposition pour 
fouiller les enclos; dans l'un d'eux cej^endant, appartenant au 
groupe C, j'ai exhumé la petite écuelle f(j. 79 h, el d'autres 
poteries grossières de différentes formes et dimensions, mais 
complètement détériorées et cassées. La pierre ronde //</. 79 c 
provient du même endroit. Ces pierres sont assez communes 
dans les couches de débris de Morohuasi et de Puerta de Tastil; 
elles doivent problablement avoir été (employées comme holea- 
doras, enfermées peut-être dans de la peau. Enfin , comme pièce 
intéressante, cette fouille a donné une urne identique, comme 
forme, dimensions et eiigobe, à furne funéraire de Morohuasi, 
fifj. 72. Ces deux urnes sont tellement ressemblantes, (jik" Ton 
est presque tenté de croire qu'elles ont été faites par la menu; 
main et cuites dans la même fournée. Cette découverte prouve 
à l'évidence (jue Morohuasi et Puerta de Tastil étaient contem- 
porains. 

Dans le sol de l'un des enclos du groupe B, donl tiiie piulic 
avait déjà été enlevé(; ])ar les eaux, se trouvaient : le petit 
plat //ry. 62, le bois de cerf (^(a'itus chilensis, (îay, ou (atciis 
aulisiciisis, lYOïh. [i*]) fuj. 78 f, des fragments de poterie, de 



358 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

bois travaillé et de calebasses. L'un des fragments de poterie 
portait des em]3reintes textiles bien marquées, de la catégorie 
qui corres])ond au premier groupe de la classification de 
M. Hobues (167), publiée dans son excellent ouvrage sur les 
empreintes textiles de la poterie des Etats-Unis. Au même en- 
droit, j'ai houvé un fragment de vannerie d'un travail très 




Fig. To. — Piicria do Tastil. Potoric. — i/3 gr. iial. 

délicat, formée de tiges minces, cylindriques, lisses '^^, unies 
par les fd3res d'une autre plante [fuj. 63). l^Sifig. 75 c reproduit 
un autre fragment de vannerie, provenant aussi d'un enclos 
de Puerta de Tastil, confectionnée de la même manière, mais 




Fig. 63. — Puerta de Tastil. Vannerie. — Grandeur natureHe. 

beaucou]^ moins régulière. Dans un autre enclos j'ai exhumé 
un crochet de bois, identique à ceux qui ont été décrits au 
sujet de Morohuasi. 

Dans les enclos fouillés, il y avait beaucoup d'os de hua- 
nacos et de lamas; ceux des premiers s'y trouvaient en plus 
grande quantité. 

l'^ D'une monocotylcdone, suivant M. VViltinnck. 



QUEBRADA DEL TORO. 359 

Au nord des ruines du village (en E sur le plan), il y a de 
soixante-dix à quatre-vingts monceaux de pierres distribués 
sur une surface presque carrée d'environ 80°' de côté. Ces 
amas de pierres, qu'on pourrait appeler cairns suivant la ter- 
minologie archéologique européenne, ne sont pas rangés en 
lignes régulières, mais distribués plus ou moins en quinconce. 
Chaque monceau, couvrant un espace presque régulièrement 
circulaire de 2'" à 2'" 80 de diamètre, est formé de pierres 
brutes, roulées, amoncelées sans ordre. J'ai effectué des louilles 
au-dessous de trois de ces cairns jusqu'à l'^So de profondeur, 
mais je n'ai rien trouvé qui pût expliquer leur raison d'être : 
la terre, au-dessous d'eux, semblait n'avoir jamais été remuée. 
Sans prétendre que ce soit là le but de ces amas de pierres, je 
ne peux que les comparer aux kiiiris que les Indiens actuels 
du haut plateau élèvent derrière leurs maisons et dont je par- 
lerai plus loin. Ceux-ci, en effet, ont chacun leur kiurl der- 
rière leur hutte, mais il ne serait pas impossible que les anciens 
habitants de Puerta de Tastil eussent eu les leurs situés tous 
ensemble à quelque distance du village. Peut-être serait-on dis- 
posé à considérer ces cairns comme ayant été formés avec des 
pierres provenant du nettoyage d'un champ destiné à fagri- 
culture, mais cela me paraît invraisemblable, car le sol ne 
révèle aucune trace de culture et ne semble même pas a\oir 
été remué; d'ailleurs, en cas de culture, on aurait emporté les 
pierres plus loin au lieu de les dé{DOser sur une grande éten- 
due de terrain utile. Enhn, d'autre part, une irrigation arti- 
ficielle de ce terrain par des canaux eut été impossible. 

M. José H. Figueira (132) donne une description de cairns 
analogues, situés sur le Cerro Tupambaé, dans la Piépublicjue 
de l'Uruguay. Sur un plateau que forme cette montagne il y a, 
d'après M. Figueira, environ deux cents monceaux de pierres, 
de forme circulaire ou elliptique, de 2 à !^'" de diamètre sur 
1™ à o'" 5o de hauteur, placés immédiatement sur la roclie (jui 
forme la montagne ou sur un sol cpii n'a pas été remué. Ces 
nionceaux sont disposés régulièrenient en plusieurs rangées. 



360 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Dans les monceaux se trouvaient quelques pierres sphéroïdes, 
probablement des pierres de holeadoras qui devaient se trouver 
là accidentellement. M. Figueira suppose que ces cairns seraient 
d'anciennes sépultures, où les cadavres auraient été placés sur 
le sol, puis couverts avec un monceau de pierres; mais je ne 
vois pas sur quoi s'appuie cette liypotbèse, puisque , suivant l'au- 
teur même, on n'y a rencontré aucun fragment d'ossements; 
or les squelettes ne pourraient pas s'èlre totalement anéantis. 

A l'ouest des cairns de Puerta de Tastil, de l'autre côté d'un 
ravin profond qui divise l'extrémité du plateau en deux, il 
existe six constructions circulaires qui portent sur le plan la 
lettre F; Idifig- 64 en donne les détails. 

Ces enclos circulaires sont composés de murs en pirca peu 
solides, presque sans fondement, de o"' 60 d'épaisseur et ac- 
tuellement d'environ o"' 5o de hauteur. Ils n'ont jamais dû 
être beaucoup plus hauts, et probablement n'ont jamais eu de 
toiture : ce sont des enclos et non des maisons ou des huttes. 
Enfin, comme la phqDart des constructions de ces régions, ils 
n'ont pas d'ouverture servant d'entrée. Les cercles n" 1, II, V 
et VI ont 2" 20 de diamètre intérieur, le n"" 111, i"'9o, et le 
jjo jY^ l'^yo. Le n° 1 est pourvu d'une sorte d'antichambre, 
également presque circulaire et de 1'" de diamètre. 

J'ai fouillé entièrement tous les cercles jusqu'à o"" 60 ou 
o*" 80 de profondeur. Je suis sûr de n'y avoir rien laissé, car 
j'ai toujours continué les fouilles plus bas que les derniers 
objets trouvés, là où le sol était encore intact. Je donnerai ici 
la description de ce que contenaient les cercles. 

N" I. Au sud- ouest, sous le mur, se trouvait le squelette 
d'un enfant âgé de trois ans et demi à quatre ans, assis, les 
bras et les jambes repliés sur la poitrine, assez détérioré par la 
pression de la terre. Auprès de cet enfant, il y avait un fais- 
ceau de hampes de flèches et quatre écuelles en terre cuite 
dont Tune est représentée fùj. 79 e. Dans cette écuelle était 
placée une autre écuelle plus petite. Près de fenfant se trou- 



OUEBRVDV DFJ. lORO. 



30 1 



vait aussi le tube en os, probablement un étui, repi'oduit 
fia. 78 (j. Ce tube a été fait en sciant les deux articulations de 
riiumérus d'un lama et en grattant l'intérieur pour rendre la 
cavité plus grande. I^e tube provient d'un lama extrêmement 
grand et robuste; il serait diiïicile de trouver de nos jours un 



Echelle. 'A 





a Scjueletle dénfanl 

b Scjuelellc d'aàilte 

c Urne funéraire contencr.t un fœtus 

d Squelette de lama 

Echelle '/loo 



Fig. G/|. — Puerla do Taslil. Conslriirlioiis cirrulaircs. (Voir /'' sur le plan m'iiôral des iMiinos.) 



de ces animaux d'une taille aussi lorte. Le tube ])résente, à 
l'extrémité la pkis étroite, une incision destinée à altaclier \v 
morceau d'étoile ou de peau (jui servait à le fernnM'. l^'enlaul 
avait aussi avec lui rastragaie d'un lauia très jeune *'^ cl un 



crâne de /^ 



«^ 



ul 



mm 



peniv 



laïuun. 



^'* Dans [on sépnllnrcs. j'ai souvcnl 
trouvé des astragales ili- lama isolés, sans 
être accompagnés d'autres os do cet ani- 
mal. .!(! iiif suis sdiivciil demande si ce lail 



n'indi([uorail pas l'origine préliis|iani(pie 
d'un jeu dOsselels nommi* labu, très ré-- 
pandn parmi les gauchos et les anires 
iiielisde la l*iepnl)iiinie \rgentM)e counni; 



362 



ANTIQUITÉS DE LA REGION ANDINE. 



Dans ce même cercle, le n" I, au nord-est, il y a une sorte 
de pavé à environ o"' 3o au-dessous du sol actuel. Ce pavé 
forme un segment dans le cercle. Auprès, était un squelette 
d'adulte en position accroupie, étendu sur le côté et dont le 
crâne est décrit par le D"^ Chervin (99, i. m) sous le n" i •?. Près 
du crâne était le petit tube en os^fig. 78 e. 

Au pied du squelette, j'ai trouvé une urne funéraire, com- 
plètement écrasée par la pression de la terre, contenant le 
squelette d'un fœtus à terme. A côté de l'urne, on voyait le tube 
fin. 78 h , fait d'un humérus de lama comme celui décrit plus 
haut, dont il se distingue seulement par la grandeur et la 
fente d'incision qui manque. Près de l'urne étaient déposées 
deux écuelles dont l'une est représentée y?^. 79 a. 

Devant la partie du mur qui sépare le cercle n° 1 de son 
«antichambre» se trouvait un squelette de lama adulte, mais 
sans tète. Le sol de 1'» antichambre » ne contenait rien. 



parmi les Indiens de la Bolivie. Ce jeu 
consiste à jeter un astragale de bœuf à 
une certaine distance. On gagne le coup 
si l'os tombe en présentant le côté con- 
cave, mais on perd si le côté convexe 
paraît. Les métis ont une grande passion 
pour ce jeu; ils y perdent jusqu'au che- 
val, jusqu'à la selle et jusqu'aux éperons, 
et, on le sait, la plus grande humiliation 
pour un gaucho est d'être obligé d'aller à 
pied. Même les membres de l'aristocratie 
des provinces argentines sont passionnés 
pour la taha. On voit des personnes occu- 
pant les positions les plus hautes de la 
contrée mettre des sommes considérables 
sur un coup de taba et quelquefois se rui- 
ner à ce jeu. On racontait, à propos d'un 
gouverneur de la province de Côrdoba, 
il Y a quelques années , qu'il avait un as- 
tragale imité en or et incrusté de dia- 
mants; avec cette tuba, l'enjeu minimum 
était, pour chaqtie coup, de mille piastres 
or (5,ooo francs). 

Le nom taha est employé dans la Répu- 
blique Aigentine et pour le jeu et pour 



l'os, 11 y a un mol espagnol lahu qui signifie 
astragale, mais, d'autre part, le jeu s'ap- 
pelle en Bolivie lahiia (« quatre » en qui- 
chua). L'on ne saurait dire duquel de 
ces deux mots provient le nom du jeu. 
Chose curieuse, les Indiens Papagos (Pi- 
mas), de l'Arizone, ont un jeu identique, 
suivant M. Stewart Culin [Gaines of the 
Norlli American Indians , p. i/i8, in 2i"' 
Anniial Report of the Bureau of American 
Ethnology, Washington, 1907). Ce jeu, 
dénonuué lunwan par les Papagos, se joue 
avec un astragale de bison , d'après les 
mêmes règles que la taha de l'Argentine 
et de la Bolivie, seulement avec celte dif- 
férence que, quand on tire dans ces der- 
niers pays, l'os est placé dans la main ou- 
verte, tandis que les Papagos le prennent 
entre le pouce et l'index, tournant le re- 
vers de la main en haut. 

Le jeu est connu en Espagne, mais il 
serait intéressant de vérilier s'il a été in- 
troduit de l'Amérique du Sud, ou si ce 
sont au contraire les Espagnols qui l'ont 
introduit en Amérique. 



QUEBRADA DEL TORO. 363 

X" II. Dans ce cercle 11 y avait iiii squelette (radiilte étendu 
le long du mur, du coté est. Un autre squelette, celui d'un 
enfant de 12 à i5 ans, se trouvait sous le mur, du côté sud, 
avec beaucoup de fragments d'outils en bois. Près du mur, du 
côté ouest, étaient deux écuelles, une grande et une petite. 

N*"* III et IV. Le sol ne contenait absolument rien, ni os, 
ni objets d'industrie humaine. J'ai fouillé ces cercles comme 
les précédents jusqu'à o'"6o de profondeur. 

X"* V. Beaucoup d'os de huanaco; une côte avait été dé- 
pouillée de la chair au moyen d'un instrument tranchant dont 
on voyait encore très bien les marques. Il n'y avait pas d'os 
humains, mais des hampes de flèches, le petit tube fuj. 78 c, 
faite avec la partie centrale du fémur d'un jeune lama ou d'une 
vigogne, et trois morceaux d'une pâte verte contenant, en forte 
proportion, du carbonate de cuivre. Enfin, le petit sàcjîg. 75 j, 
fait avec la peau de la patte ou de la queue d'un animal, cousue 
dans sa partie inférieure, et contenant une poudre blanche. 

N" \1. Un squelette humain très détérioré, sous le mur, du 
côté est. 

Le résultat de mes fouilles dans les six constructions cir- 
culaires de Puerta de Tastil est très remarquable. Ce sont les 
seules constructions de ce genre qui existent près des ruines 
de ce village et elles doivent sans doute avoir joué un rôle im- 
portant dans la vie des anciens habitants. Sur les six cercles, 
trois contenaient des squelettes humains, un des restes de repas 
et des objets d'inckistrie humaine, les trois derniers étaient 
vides. Les cercles ne constituent pas le cimetière général du 
village; cette hypothèse tombe d'elle-même. Seraient-ce des 
tombeaux de chefs ou des endroits pour célébrer des cérémo- 
nies religieuses.'* peut-être des sacrifices humains .'^ 

Dans les environs immédiats de Puerta de Tastil, on ne» 
trouve pas de ruines; la population devait avoir été concentrée 
dans le village même. Il n'y a qu'une seule exception, ce sont 
les ruines d'une dizaine d'enclos i-eclangulaii-es en pirca silu(''s 



364 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

à moins d'un kilomètre au Sud, sur un petit ]:)lateau bornant la 
Quebrada del Toro à TEst. 

La position stratégique de Puerta de Tastil est, comme nous 
l'avons vu, excellente; mais une question s'impose : c'est la 
provision d'eau nécessaire au village. Sur le petit plateau où 
celui-ci. est situé, il n'y a pas d'eau; ce plateau se prolonge vers 
le Nord et ce n'est qu'à un kilomètre des cairns qu'il est inter- 
rompu par de hautes montagnes. Tout ce plateau est complète- 
ment plat, sa végétation se borne à de rares graminées et à de 
petits arbustes disséminés. Les sources et les cours d'eau man- 
quent absolument ; la constitution géologique du sol et la 
conformation de la surface les rendent impossibles. Il n'existe 
même pas de dépression où l'eau de pluie puisse séjourner 
pendant quelques temps. Les habitants du village ont donc dû 
apporter leur provision d'eau de l'une des rivières qui coulent 
dans les quebradas. Les nombreux fragments de grands vases 
en poterie grossière que l'on trouve partout sur le sol du village 
et dans la couche de débris doivent provenir en grande partie 
de récipients d'eau. 

Je n'ai pas trouvé de restes d'ancienne culture dans les envi- 
rons de Puerta de Tastil. 

Pétroglyphes. — Dans une petite quebrada qui, ta l'Ouest, se 
réunit à la Quebrada del Toro, à 3'''" environ au sud de Puerta 
de Tastil, il y a des pétroglyphes, d'après les renseignements 
qui m'ont été donnés. 

Dans la Quebrada de las Guevas, à lo*^"' de Puerta de Tastil, 
à mi-chemin entre cet endroit et Tastil, j'ai trouvé un pétro- 
glyphe que j'ai dessiné, mais malheureusement mon dessin 
s'est égaré et je dois me borner à le décrire ici. Cette pierre est 
lui bloc roulé de grès dur, d'environ 1'" So de longueur, d'une 
surface assez lisse. Elle se trouve à côté du chemin, à un en- 
droit où la quebrada très étroite forme une gorge. Le bloc est 
couvert de dessins à contours gravés, représentés, fuj. 65. 
Ces dessins reprochiisent très exactement la forme des iisutas 



QUEBRADA DEL TOHO. .lOf) 

OU sandales t'ii peau que portent les Indiens actuels de ces 
régions et qui ont été également portées par les Indiens préco- 
lombiens de toute la région andine, d'après ce que nous voyons 
sur les cadavres des tombeaux. Les asulas gravées sur le l)loc 
sont de toutes grandeurs, depuis les dimensions d'un j)i('d 
d'eidant jusfju'à celles d'un pied d'adulte. Le pied droit et h; 
picnl gauche sont représentés tous deux, mais les marques des 
usiitas ne sont pas disposées par paires, ni dans aucune din.'c- 
tion précise; elles s'entre-croisent de toutes façons et souvent 
une usula est placée au-dessus du dessin d'une ou de j)lu- 
sieurs autres. L'âge reculé de ces dessins est démontré par les 




l^'ii;. (i5. — Forme des empreintes tliisutas j^ravées sur le jiéU<)L;lyj)lic 
près de l'ueiia de Tastil. 

effets de la pluie sui* la pierre. A quelques endroits, en effet, 
l'eau a effacé certaines parties des traits gravés, ce qui n'a ])u 
se produire qu'après un grand laps de temps, élaiil donnée la 
dureté de la roche. 

En Patagonie, on connaît des pétroglyphes représentant des 
empreintes de pieds liumains, mais juis, laissant voii" les 
orteils. M. Carlos Bruch (79) nous donne la description et de 
très bonnes figures d'im de ces pétroglyphes (pi'il a découNeil 
à Vaca Mala, près du lac Nahuel Huapi. 

Je ne connais pas d'autres dessins publiés de pétroglyphes de 
l'Amérique méridionale représentant des empreintes de pieds 
humains; mais les chroniqueurs jésuites en citetH un bon 
nombre à l'appui de la légende guaranie de Pay Zuuk'', 
r» homme blanc voyageur », dans hnpu'l les jésuites veulent voir 



366 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

rapotre saint Tlioiiias, qui aurait laissé Tempreiiite de ses pieds 
en beaucoup d'endroits au cours d'un voyage qu'il aurait fait 
longtemps avant la découverte de l'Amérique, pour prêcher 
aux Indiens la foi de Jésus-Christ! Le P. Ruiz de Montoya (318, 
fol. 3o-32) mentionne des « empreintes de pieds de l'apôtre saint 
Thomas» sur un rocher de la plage de San Vicente (Brésil), 
sur un autre tout près de la ville d'Assonq:)tion-du-Paraguay 
et sur un troisième à deux lieues du village de San Antonio, 
dans la province de Chachapoyas (Pérou septentrional). Le 
P. Piuiz dit avoir vu ce dernier rocher, une grande pierre hori- 
zontale sur laquelle se trouvaient les empreintes de deux pieds , 
« de quatorze points [pinitos) de longueur chacun », et, devant 
eux, deux « concavités », sans doute des cupules. Fiuiz décrit un 
quatrième pétrogiyphe de Calango (près de Gaiiete, au sud 
de Lima); c'est une pierre horizontale « avec des empreintes de 
pieds d'un homme de grande taille » et autour desquelles se 
voient « des caractères d'une langue qui devait être de l'hébreu 
ou du grec» : par conséquent, un pétrogiyphe composé d'em- 
preintes de pieds gravées et de signes. Calancha (89, t. n, 1. m; 
p. 325-328) donne une curieuse figure, en forme d'écu, de la 
pierre de Calango. C'est probablement la première reproduc- 
tion qui ait été faite d'un pétrogiyphe américain. On y voit 
une empreinte de pied et des signes en forme de H, X, Y, etc. 
Calancha dit avoir remis des copies de l'inscription à tous les 
couvents augustins du Pérou , pour obtenir une interprétation 
des signes; mais il semble que les frères augustins ne savaient 
ni le grec, ni l'hébreu, car ils déclarèrent que « c'étaient bien 
des lettres hébraïques et grecques, et un frère qui connaissait 
ces langues ne put pas les interpréter, quelques lettres étant 
presque elfacées et d'autres confuses». Techo (341, 1. vi, c. iv; 
p. i56) cite, d'après le P. Orlandini, un autre pétrogiyphe 
avec des empreintes de pieds, près de Guaira, dans l'Etat ac- 
tuel de Paranâ (Brésil). Lozano (220, i, p. ^1-445, 453456, /i6i), en 
dehors des pétrogiyphes mentionnés par Ruiz et par Techo, 
en énumère d'autres, représentant aussi des empreintes de 



QUEBRADA DEL TORO. 367 

pieds, aux endroits suivants : Itoco («province de Muso, Nou- 
velle Grenade»), Ubaque (près de Bogota), Pueblo Hondo 
(près de Grita, province de Mérida, Colond3ie), Itapuâ (à deux 
lieues de Baliia) et dans un autre endroit de la Baie de Todos 
os Santos. M. Jiniénezdela Espada (183), d'après des documents 
inédits, ajoute à cette liste encore d'autres rochers à empreintes 
de pieds (Frias, près de Piura du Pérou) et de l'Equateur 
(Gonzanamâ, dans la province de Loja; Callo, dans la province 
de Latacunga; Ambato). Les empreintes sur les l'ocliers ])aignés 
par la mer des côtes brésiliennes pourraient être des forma- 
tions naturelles, mais celles de la Cordillère sont certainement 
des pétroglyplies. 

En Europe, les pierres avec des enq3reintes de pieds gra- 
vées ne sont pas rares. En France, elles sont assez communes. 
M. Louis Schaudel (324), en décrivant le «Rocher aux pieds» 
de Lans-le-Villai'd , en donne une liste. Dans certains pays de 
l'Asie (Java, Ceylan, etc.), il y a, dans plusieurs localités, des 
empreintes gravées de ce genre attribuées par la religion à 
Bouddha. Dans l'Afrique du Nord, on trouve aussi cette caté- 
gorie de pétrogiyphes. 

ÏASTIL ''. 

La Quebrada de las Cuevas est plus étroite que la Quebrada 
del Toro. Elle forme souvent de véritables gorges à parois per- 
pendiculaires. Au fond coule une petite rivière, le llio de las 
Cuevas, qui apporte les eaux du versant nord-est (bi xNevado 
del Acay. 

J'ai souvent entendu appliquer à la Quebrada de las Cuevas 
le nom de Qnebrada del Tastil, mais à tort, car ce dernier nom 
appartient à une quebrada latérale, par la([uelle TViioyo del 
Tastil, allluent du Rio de las Cuevas, vient se jelei- à dioile 
dans ce dernier. 

(') Voir les planches XWI, XXVii , XXlX-XXXil, insérées apr.'s la page ^78. 



.'ÎGS ANTIQUITES DE LA RÉGION AN 1)1 NE. 

A cet endroit, la Quebrada de las Guevas s'élaigil jusqu'à 
atteindre environ 4oo'". C'est là que se trouve le village pré- 
hispanique de Tastil; il occupe, comme on le voit sur le plan 
ficj. 66 y une position semblable à celle des ruines de Puerta de 
Tastil. L'ancien village de Tastil est une énorme agglomération 
d'enclos reclangulaires en pirca, qui s'étendent par la partie 
exlronie des monlagnes séparant la Quebrada de las Guevas 
de celle de Tastil. Sept collines rocheuses, de la hauteur d'une 
centaine de mètres, très escarpées du côté des quebradas, 
lorment au centre une sorte de plateau concave, mais assez 
plat pour avoir permis la construction des enclos. Geux-ci, 
comme on le voit par la y?^. 80 et par la coupe A-B,fig. 81, 
sont (lisjîosés sur le plan incliné en terrasses irrégulières, c'est- 
à-dire chaque rangée d'enclos étant un peu plus haute que la 
suivante. 

L'ascension du plateau n'est possible que par les points K, 
L et M, entre les différentes collines, du coté de la Quebrada 
de las GucAas, et même ces accès sont assez diiïlciles. En face de 
la maison indiquée sur le plan comme « maison moderne d'In- 
dien», on peut monter aussi, mais plus dilïicilement encore. 
Les pentes du côté de l'Arroyo de Tastil sont tout à fait à pic, 
même dans fangle qui, sur le plan, porte la lettre ./. 

Les collines ne sont pas, comme presque toutes les mon- 
tagnes autour des quebradas c[ue nous avons parcourues, com- 
posées de quartzites schistoïdes plissés : elles forment un îlot 
de granit ^^^ entre les grands massifs de schiste. Des pierres du 
même granit ont servi à élever les murs du village. 

Toute la dépression entre les sept collines est couverte d'en- 
clos; l'aggiomération d'enclos couvre également les sommets 
et descend sur les flancs des collines G, H, [, au Sud. Les colli- 
nes du Nord sont plus escarpées que celles du Sud; néanmoins 
.les enclos s'étagent sur leurs lianes aussi haut que possible. 

Les enclos ne sont pas isolés l'un de l'autre, comme c'est 

'"' Ce granit a été tlëterminé par M. Lacroix comme «granit normal à biotlte, le gra- 
nilile des pétrographes allemands». 



QIJKBRADA DEL TORO. 369 

généraleiiienl le cas à Moroliiiasi et à Puerta de Taslil; ils ne 
sont séparés que par un mur commun. Les murs atteignent 
encore i*" de hauteur, souvent davantage; leur épaisseur est 
de o™5o à o"'6o. 

Les dimensions intérieures de la pluj^art des enclos sont 
io'"x4 ou 5'". Cependant il y en a aussi cjui ont d'autres di- 
mensions, par exemple : G'^XÔ'", S^xd'", etc. Exceptioinielle- 
ment, on rencontre des enclos d'une longueur extraordinaire, 
jusqu'à 'jÔ"" sur 5 à 6"' de largeur. Ces enclos longs se trouvent 
particulièrement sur le versant sud des collines H et I , tandis 
que les petits enclos de 6™ X 5™ sont plus communs sur les 
sommets des collines. 

J'ai évalué à 8oo enviion le nombre total des enclos, et j'es- 
time la surface occupée jDar les ruines à environ 200,000 mètres 
carrés. 

ha. fi(j. 80 donne une idée de Tasj^ect de cette mer de pircas, 
La vue est prise du centre du village, vers les collines G, II, I; 
sur la colline du milieu, on voit un gigantesque Cereus. 

Les enclos sont, en général, rangés de telle sorte que leur 
transversale la plus courte suive la pente du sol, les murs plus 
longs lestant par conséquent horizontaux; le sol de chaque 
enclos est aplani de façon à être horizontal, quand le terrain 
a permis de le faire ''l La différence de niveau d'un enclos à 



''' La terre des enclos contient une 
quantité considérable de salpêtre qui est 
recueilli par l'un des Indiens du voisinage 
pour en fabriquer de la poudre, il met la 
terre dans un récipient dont le Ibnd esl 
remplacé par une sorte de tamis ou filtre. 
Au-dessus il verse de l'eau qui dissout le 
salpêtre et passe dans un récipient infé- 
rieur. Celte eau une fois bouillie, la terre 
et d'autres impuretés se déposent au fond 
de ce récipient. On la passe alors dans un 
troisième récipient où on la laisse pendant 
une nuit. \jv matin suivant , on trouve le 
salpêtre cristallisé au fond. Cin([ livres 
de ce salpêtre, mélangées avec une livre de 

I. 



cbarbon de bois quelconque et une livre 
de soufre, ce dernier aclieté à la ville, 
donnent une poudre qui n'est pas bonne 
j)Our charger des fusils, mais qui esl em- 
ployée pour laire des tirs en l'honneur 
des saints aux lèles religieuses, où l'on 
en fait une grande consommation. Nous 
reproduisons, p'jj. 100 a, un mortier ser- 
vant pour ces tirs. Cette lahrication pri- 
mitive (le poudre est également répan- 
due dans certains endroits de la Puna, 
où la terre contient du salpêtre. La mé- 
thode doit être très ancienne et a élé 
introduite probablement par les premiers 
l'jS[)agnols. 



2.1 



370 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Tautre varie suivant riiiclinaison du terrain. La moyenne de 
cette différence peut être estimée à o'"'jo ou o'"3o. 

J'ai représenté dans la^</. 81 une j)etite partie de Tagglomé- 
ration d'enclos au i//ioo, c'est-à-dire à une échelle suffisante 
pour montrer les détails, ce qu'il n'était pas 230sslble de faire 
sur le plan. 

Dans chaque enclos, on observe des cercles en pierres d'en- 
viron 'j™ de diamètre. Ces cercles ne sont pas des nuirs, ce ne 
sont que de simples alignements circulaires de pierres brutes 
du même granit que les murs. Généralement il y a deux ou 
trois rangées de pierres superposées; seule la rangée supérieure 
est visible au-dessus de la terre. Ce sont des cercles funéraires, 
indiquant des sépultures; à l'intérieur on trouve toujours, en 
effet, des cadavres enterrés. Il y a dans presque tous les enclos 
un de ces cercles, le plus souvent dans un coin de l'enclos. 
Il est très rare de trouver le cercle au milieu de celui-ci et 
plus encore de trouver deux cercles funéraires dans un même 
enclos. Dans deux ou trois cas, le cei'cle remj^lissait tout l'en- 
clos, lequel n'avait alors pas beaucoup plus de 'j"'X2"' de 
surface. 

Outre les cercles, on trouve aussi de grands mortiers en 
pierre brute, ressemblant à cehii de Carbajal,^?^. 47. Enfin, 
dans la plupart des enclos, il y avait des pierres en forme de 
dalles j^lates, plus ou moins rectangulaires, fichées verticale- 
ment dans le sol. Il est difficile d'expliquer le but de ces j^etits 
« menhirs ». Ils ne sont pas faits du granit commun des con- 
structions, mais d'un quartzite Aert noirâtre, très dur et à grain 
très fin, qui ne fait pas partie des collines sur lesquelles sont 
situées les ruines. D'après mon guide, cette sorte de roche 
existe de fautre coté de la petite Quebrada de Tastil, et c'est 
de là probablement que les dalles ont été a23portées. Les « ineii- 
hii-s » avaient de o'"4o jusqu'à i"" de longueur; leur largeur 
était de o™3o à o'^-jo, rarement plus. 

Le village de Tastil est traversé par un système de rues sur- 
élevées sur le sol en forme de chemin de ronde, construites en 



Ql'EBli \l)\ !)KI. ToUu. 371 

pierre sèche, comiiie les murs des enclos. Ces rues ont de i"" à 
i"5o au-dessus du sol, quelquefois un peu plus; leur largeur 
est de i"" à i'"5o. Sur la y?^. 81 on voit une de ces rues qui 
passe entre deux rangées d'enclos; sa coupe verticale est égale- 
ment donnée. Sur le plan, je n'ai pu faire figurer que les rues 
])rincipales DDD qui conduisent de l'entrée M-F aux diffé- 
rentes collines. Ces rues ont beaucoup de ramifications qui 
n'ont pas été notées sur le plan. Cependant il faut remarquer 
que tous les enclos ne donnent pas sur une rue : pour entrer 
dans la plus grande partie d'entre eux, il faut traverser plusieurs 
enclos voisins. Dans V Entre-Sierras du Pérou, il existe des vil- 
lages préhispaniques ayant des rues surélevées comme celles 
de Tastil. 

En E et F, il y a des sortes de grandes places entourées de 
clôtures en pierre faites avec moins de soin que les murs des 
enclos. La place Fa 34" X 22"'; celle en F, SS'^X 20°". 

A TEst, la ville est défendue par un long mur construit avec 
de très grands blocs de pierre, pour la plupart tond)és à terre 
actuellement. 

Le sol est plein de fragments de poterie grossière, de pointes 
de flèches et d'éclats de la loche qui a servi à la fabrication 
de ces dernières. Dans les environs delà place E, particulière- 
ment, et entre cette place et le mur de défense, les flèches 
étaient très nondjreuses. hafig. 112, rf' 1 à 9, repi'oduit neuf 
de ces pointes. J'en ai recueilli, sur le sol des ruines, environ 
quatre-vingts en une heure, toutes en silex vei't de la même 
couleur et qualité, provenant toujours, selon toute apparence, 
du même gisement. Cependant deux pointes en obsidienne 
noire font exception. L'une est représentée par le n" 6 de la 
figure. Ces deux pointes sont tout à fait semblables à celles de 
Morohuasi. 11 y avait aussi, comme dans presque tous les 
endroits où Ton trouve des flèches, quelques rares pointes en 
f|Mnrtz laiteux ou hyalin et en calcédoine. 

Les pointes de llèches de Tastil sont ii ail(M-ons ])rolongés; 



o72 



AM'IOll TES DE LA RKCION ANDINE. 



à fie rares exceptions près, comme la j)oiiile n" 8, elles n'ont 
])as de pédoncule non plus que celles de Morolmasi. Elles 
durèrent de celles-ci seulement parce qu'elles sont en général 
un peu plus grandes, à bords plus droits, et d'une taille moins 
achevée, ce qui dépend peut-être de la matière plus difîicile à 
travailler que l'obsidienne. 

Les flèches ont certainement été fal^riquées à Tastil uïême, 
ce qui est démontré par les jiond^reux éclats de silex vert, 
fléchets de la taille, qu'on trouve sur le sol; j'ai ramassé aussi 
quelques éclats d'obsidienne et de quartz blanc. 





rig. 6-j. — Tastil. Puiiiron et ciseaux eu cuivre («-c). Pendeloque en argent (J"). 
Pendeloques en pierre [g , A). — 2/3 gr. nat. 

La dilTérence de la matière employée pour la fabrication des 
flèches, obsidienne à Morohuasi et silex vert à Tastil, démon- 
trent que ces deux villages, bien que très voisins et sans aucun 
doute contemporains, avaient chacun leur industrie pro23re en 
ce qui concerne les flèches. 

Sur le sol de Tastil, j'ai recueilli encore les deux petites 
pendeloques^^/. 67 g , li , taillées, en quartzite Aerdàtre, et quel- 
ques fragments très oxydés de cuivre. L'analyse de l'un de ces 
fragments, partie d'un disque fondu, est donnée sur le tableau 
inséré à la fin du présent ouvrage (analyse n" 3 i ). 

J'ai eflectué des fouilles dans quinze des enclos du village; 
elles ont démontré que ces enclos avaient en effet servi d'habi- 
tations et que les cercles en pierre marquaient des sépultnres. 

Le sol des enclos présentait tonjours une couche de débris 



QUEBRADA DEL TORO. 373 

de o"' 1 o à o'"3o (IV'j)aisseiir, contenant des os lendus on Ijrisés, 
la plupart de liuanaco, quelques-uns de lama, de vigogne 
et de Lagidiiim, du charbon , des cendres, du fd et des fiagnients 
de tissus en laine de lama, des morceaux de poterie grossière, 
des restes de bois de Cereus. 

Les seuls objets entiers de cette couche dignes d'être men- 
tionnés sont : le vase^?^. 82, en poterie gi'ossière, le poinçon en 
cuiwefig. 67 a, et la pendeloque en argent fi(j. 67 f. La seule 
]wi'\e de turquoise que j'aie trouvée à Tastil lut rencontrée au 
milieu d'un enclos. Il est à remarquer que toutes mes fouilles 
n'ont donné que cette seule perle, alors que celles-ci sont si 
communes à Morohuasi et surtout à Golgota. 

Les cercles examinés contenaient tous des squelettes, la plu- 
part dans un très mauvais état de conservation. Ils avaient été, 
comme ils le sont en général dans toute la région, enterrés 
accroupis, les jambes et les bras repliés sur le corps. Mais, à 
Tastil, il n'y avait pas de cadavres placés dans une position ver- 
ticale; ils étaient posés horizontalement, en général à une pro- 
fondeur de o"'5o au-dessous de la surface du sol. Les cadavres 
se trouvaient presque toujours près du mur de l'enclos; il y 
avait rarement des squelettes dans la partie du cercle funéraire 
opposée au mur. Chaque cercle funéraire contenait de un à 
quatre squelettes. 

Les crânes décrits par le D"^ Chervin (99. i. m), sous les n**" i .3 
et i4, proviennent de Tastil. 

f)eu\ cercles, dont run au centre (bi \illage, sont remar- 
quables; ce dernier contenait un squelette d'afbdte et les sque- 
lettes d'un enfant d'un an environ , d'un enfant ])his âgé et d'un 
hetus à terme, le seul foetus que j'aie trouvé hors d'une urne 
funéraire. L'autre cercle fnn(''raire, près (bi soninicl de la col- 
line (t, servait de. sépulture à un enlanl de (junirc à ciiHi ans, 
enterré au pied du mur, à ()"'(S() de profondeur, avcîc les 
deux vases ficj. S'i , une petite écu(ille en polerie grossière, la 
fusaïole(.^) en hoisfiif. 75 i, une auliv fusaïoli* en hois, plusimirs 



37'! ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

outils également en bois, dont il ne restait que (les fragments, 
des morceaux d'une pâte de carbonate de cuivre, enfin beau- 
coup d'os de liuanaco provenant sans doute de la viande qu'on 
avait déposée comme aliment auprès de l'enfant. 

Les deuxAases de ce tombeau [ficj. 83) méritent d'être men- 
tionnés tout sj^écialemeiit, car ils étaient parmi les mieux dé- 
corés de tous ceux que j'ai trouA'és dans les Quebradas del 
Toro et de las Cuevas. Ils portent des ornements peints dont la 
grecque est le motif princi2:)al. Le vase à droite sur la figure est 
peint en trois couleurs : les grecques en brun violacé, le fond 
en gris clair, et les espaces entre les grecques et les lignes on- 
dulées en jaune orangé. Le vase à gauclie a des grecques et des 
triangles j^eints en brun violacé, le fond est gris clair; le gou- 
lot a été engobé intérieurement et extérieurement avec une pâte 
à l'ocre rouge, ainsi que tout fextérieur du vase. Le vase de 
gauche a o™ i 2 de hauteur et o'" 2 1 5 de diamètre maximum ; 
celui de droite, o"i5 et ©"'iSS. Les vases de mêmes forme 
et dimensions et presque toujours décorés avec des grecques 
peintes sont communs dans la région diaguite. 

Un autre cercle, au centre du village, contenait quatre sque- 
lettes d'adulte avec deux petites écuelles pour tout mobilier 
funéraire; un autre, sur la pente sud de la colline G : trois 
aduUes , un enfant de trois ans à trois ans et demi et un second 
enfant plus jeune. 

Les objets enterrés le plus communément auprès des ca- 
davres étaient des petites écuelles en poterie grossière, dont la 
fi(j. 79 d donne un exemple. 

J'ai exhumé aussi beaucoup d'outils en bois ressemblant à 
ceux de Morohuasi; nous citerons parmi eux : des (< couteaux» 
(^fi(j. là b, c) et des petits crochets y?^. 75 d-J'. Le couteau h 
devait avoir, lorsqu'il était entier, environ ©""SS de longueur; 
le couteau c, o™5o. La distance entre les pointes extrêmes des 
crochets figurés est de ©""gS (c?), o'^qo (e), o™55 (/). Pour le 
crochet /j on a employé une fourche d'arbre naturelle, comme 
pour le crochet y/^. 75 n de Morohuasi. 



QUE13I\ \l)\ DKL TORO. 375 

h^xfig. 75 h représente le fragment d'nn lacloir en l)oi.s qui 
a peut-être servi à travailler la poterie. En <y de la même 
figure, on voit un autre petit outil en bois de l'emploi durniel 
je ne puis me faire aucune idée. 

Les tubes en os n'étaient pas rar^s; celui de la fcj. 78 d, de 
o^'ogS de longueur, est fait d'un bumérus d'oiseau. 

La fi(j. 67 h-c montre quati'e petits ciseaux en cuivre trouvés 
dans difféientes fouilles. 

Les couleurs les plus fréquemment employées par les an- 
ciens babitants de Tastil étaient l'ocre rouiie et le carbonate 
de cuivre; la//^. 78 a-h représente deux morceaux d'une pâte 
ocreuse rouse. Le carbonate de cuivre se trouvait en "énéral 

o o 

aussi à fétat de pâte; cependant, à un endroit, j'ai trouvé celte 
couleur métallique en poudre dans une petite calebasse. 

Auprès des cadavres des cercles funéraires de Tastil, il y 
avait beaucoup de calebasses coupées par la moitié et servant 
de récipients. Lixji(f.84 en montre deux sj^écinjens gravés d'or- 
nements géométriques assez compliqués. C'est de la pyrogra- 
vure comme celle que ])ratiquent encore aujourd'lud beaucoup 
de peuples sauvages. Les traces des pointes incandescentes em- 
ployées pour la gravure se voient nettement snr la figure. 

L'art de décorer la ]:)oterie d'ornements peints n'était pas 
plus avancé à Tastil qu'à Morobuasi. Si nous en exceptons les 
deux vases y/^. 83, qui peul-élre sont importées d'ailleurs, 
les seules peintures sur polerie que j'ai trouvées sont (bi mo- 
dèle //<y. 85, décor qne nous avons déjà rencontré à Morobuasi 
et dont un exemplaire est donné fi(j. 70. Les ornements qua- 
drillés sont peints sur une poterie engobée avanl la cidsson 
avec de focre rouge. 

Les enclos de Tastil sont des babitations; la coucbe de débris 
couvrant leur sol met ce fait en évidence. Mais, comme dans 
les deux autres villages j^rébispaniques de laQuebrada del Toro, 
il est difficile de savoir de quelle sorte de loilnre ces demeures 
luimaines étaient recouvertes. Sur le sol, on ne voit pas assez 



370 ANTIQUITES DE TA REGION ANDINE. 

de pierres écroulées pour admettre que les murs aient eu une 
hauteur supérieure à i'"5o. A Tastil, nous nous trouvons en 
outre en présence d'un lait extraordinaire que j'ai déjà signalé : 
la plujDart des enclos n'ont j^as d'issue sur les rues ; il faut 
quelquefois traverser un grand nombre d'enclos pour atteindre 
une rue. Les murs n'ont pas de portes : ils sont assez bien 
conservés pour que je jouisse assurer qu'ils n'en ont jamais eu. 
Pour passer d'un enclos à l'autre, peut-être les anciens habitants 
de Tastil ont-ils employé le système d'escaliers en bois comme 
les Pueblos de l'Amérique du Nord. Pour arriver aux enclos 
éloignés des rues, ils ont du marcher sur les murs. 

Cette curieuse façon de construire les habitations se tenant 
entre elles dans une agglomération compacte, sans espaces 
libres, a pu être en partie motivée par l'exiguïté du terrain 
disponible sur le plateau dont nous avons plus haut signalé les 
avantages stratégiques. On voit en effet, sur le plateau de Tastil , 
chaque parcelle de terrain utilisable occupée par les enclos. 
Il y a là une diflerence avec Puerta de Tastil et surtout avec 
Morohuasi , où l'on a laissé des intervalles libres entre les enclos. 

Dans les ruines de la région diaguite, nous trouvons des 
analogies partielles avec celles de Tastil, mais nulle part une 
analogie complète. Ainsi les ruines de Quilmes présentent 
une agglomération également grande et compacte. Al. Lafone- 
Quevedo (189, p. 2-3) compare les habitations de Quilmes aux 
alvéoles d'un rayon d'abeilles ; mais M. Ambrosetti (18), dans 
une descrij)tion plus détaillée, démontre qu'il y existe des dif- 
férences assez notables entre une habitation et l'autre. Si des 
ruines peuvent être comjiarées aux cellules en cire des abeilles, 
ce seraient certainement celles de Tastil, où l'uniformité est par- 
faite, et où la dimension constitue la seule variation d'une habi- 
tation à l'autre. Les sépultures dans les maisons sont connues 
pour plusieurs ruines diaguites, par exemple pour celles de 
Quilmes, et, suivant MM. Liberani et Hernândez (217) , Burmeis- 
ter (86), Ameghino (32, i, p. 53G), pour celles de Loma Rica, mais 
seulement par excejotion, landis ([u'à Tastil il n'y a presque 



QUEBRADA DEL TORO. 377 

pas une seule « maison » qui n'ait son cercle funéraire. Dans le 
r3ésert d'Atacama nous trouvons, à « Lasana » (Caspana?), im 
village préhispanique où les sépultures dans les habitations 
paraissent être aussi communes qu'à Tastil. Selon M. W. Bol- 
laert (66, p. 170) «on y marche littéralement sur des crânes et 
des ossements, qui remplissent tous les coins des construc- 
tions». En ce qui concerne l'absence absolue de portes entre 
les enclos de Tastil, nous rencontrons souvent, dans les ruines 
de la région diaguite, des constructions sans portes, mais 
cependant les différentes chambres d'un même logement ayant 
appartenu probablement à une famille communiquent parfois 
entre elles. M. Moreno (244, p. 18) fait cette observation au sujet 
des ruines diaguites en général. Quant au système des rues, 
qui laisse la plujoart des enclos sans accès direct, le même fait 
s'observe dans certaine ruines diaguites, et M. Bollaert {Und.) dit 
à propos de Caspana qu'il y fallait souvent, pour ai-river de 
la rue à certaines maisons, en traverser dix ou quinze autres. 
Cependant ces maisons avaient des portes. Enfui on retrouve, 
dans les villages préhispaniques de la région diaguite, des 
«places» entourées de murs, comme celles qui portent les 
lettres E et F sur le plan de Tastil. Les ruines de Guasamayo, 
dont un plan a été publié par le D"" ten Kate (342, p 3/n), nous 
en donnent un exemple. 

Une description que fait Cieza de Léon (101, c. xcix, p. H^) des 
anciens villages (hi Collao s'applique parfaitement aux ruines 
de Tastil : « Les villages des indigènes sont très ra])prochés et 
les maisons en sont collées les unes aux autres, pas très grandes, 
bâties en pierre avec le toit de chaume qu'ils enq)l()ienl Ions au 
lieu de tuiles. Jadis toute cette région était très peuplée par les 
Collas, et il y avail de grands villages tont près les nns des 
antres ^'^ ». 



'"' Le texio es[)agnol dit : Los puchlos que lodos en liufav de lejn sueleii iisar. Y fiic 

lieiieii Ins iKtliirnles jinilos , perjddas Ids rasas aiiluiiuiinriile inny j)i)lilada rsUt veifion jior 

nnas con olras , 110 inny (fraudes, lodas lie- las Collas \ adoinle lin ho (fraudes jiiiehlos 

chas de picdru , y fior coherlura f>af(i , de la todos jiinlos. 



378 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

Gieza nous ajDprend que la toiture des Collas était en chaume; 
c'était probablement aussi le cas pour Tastil. 

L'ancien village de Tastil a eu une population très nom- 
breuse. Si nous supposons une famille de quatre individus 
seulement ayant habité chacun des 800 enclos, ce calcul nous 
donne au moins 3, 000 habitants. Actuellement, aux environs 
de Tastil, il n'y a qu'une cinquantaine d'Indiens qui y mènent 
une existence misérable en cultivant un peu de maïs et en gar- 
dant quelques maigres troupeaux de moutons et quelques ânes. 
Tout le district ne pourrait pas nourrir un nombre beaucoup 
plus grand d'habitants. Or on se demande nécessairement de 
quoi vivaient les 3, 000 habitants de l'ancien village. Peut-être 
étaient-ils agriculteurs, bien que je n'aie pas vu de traces d'an- 
cienne culture. Peut-être, à cette époque, le climat était-il meil- 
leur et permettait-il une culture intense. Les hidiens de Tastil 
ne possédaient pas beaucoup de lamas, ainsi que cela est dé- 
montré par la couche de débris qui contient beaucoup plus d'os 
de huanaco que de lama. La présence de ces os de huanaco en 
aussi grande quantité nous montre que ces hidiens vivaient 
en grande partie de la chasse. Une autre industrie pourrait 
également les avoir aidés : le commerce de sel des salinas de 
la Puna, où l'extraction s'est effectuée sur une grande échelle 
à l'époque préhispanique. Il est possible que les Indiens de 
Tastil allaient chercher ce sel aux Salinas Grandes et le por- 
taient sur le dos de leurs lamas dans les vallées, pour l'échanger 
contre du maïs, comme le font encore aujourd'hui les Indiens 
de ces régions. Cependant l'archéologie de Tastil n'a pas donné 
beaucoup d'objets de provenance étrangère attestant que ses 
habitants aient exercé un commerce extérieur florissant et actif. 

En dehors du plateau où est situé l'ancien village, il n'y a 
presque pas de ruines. Les seuls restes de pircas que j'aie vus 
sont ceux qui portent la lettre A sur le plan et qui sont situés 
sur les montagnes de la Quebrada de las Cuevas. 



Pi.. XXIII. 




Fig. (iS. — Moi'olmasi. llcslcs de iniiis des rnrlos |)i'i''liis|>aiii(|Mrs. 










^#^ 






^:.\' 



Fig. 6f). — Miii(iliii;i-i. IU'sIps (le iniir>; des ciiclus ])ivlii>-|>niiir]iics. 



Pl. XXIV 




Fig. 70. — Morolluasi. J-^cuelle à décor |H'iiit. — r '2 gr. nal. 








Fig. •^1. — Mofiiliiiasi. l'oloi'it's , morlicr en incnc cl Ixiis de iinifiod. — i/3 <rr. nal. 



Pl. XXV. 





Fig. 72. — Moroliuasi. Urne funéraire d'enfant. — 1/4 cr. ual. 




Kig. 73. — M()i-(.liiiasi. r/, (ir.-ind \asc ,<m I.tiv nnle, <lii \illai,'.' pivhispanùii 
/'. l rue fnni'i-aiic dViifaMl, du rinielièrc. — i/io "r. iial. 



Pl. xxvl 




Fig. 7^. — Oiilils en bois do IVIoroliiiasi [a. d. c) et de Taslil (/), c). — i/5 gr. nat. 



Pl. xxvn. 




ig. 70. — Oiilils (Il l)(iis lie Moi'oliiinsi [a. h, 1,-n) cl de T;i.slil ((/-/). \ :iniiiiii' il |>i'lil sar 
(Il [)cau (le PiKM'la (le Tasiil [c.j). 



Pl. XXVIII. 



1 

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II 



:sn"=" 



Fig. 76. — P*iierta de Tastil. Plateau où est situé le village préhispauique. 




Fi 



g- 77- 



Piierla de Taslil. \ ne mit la Oiirliiada dri 'l'oro \eis Ir Sud. 



Pl. XXIX. 




Fig. 78. — Piiorla (le Tas(il [r , c-h) el Tastil [a, h. d). Tiihos on os de lama ; l)()is de rrrf; 

ocre rouge. — i/3 gr. nal. 








I' ri.s (le l'iKTla (Ir Tasiil {a. h. r] ol de Taslil (r/). l'icriv nm,l, 

«le Taslil [(•.). — i/;5 gr. Mal. 



lie riici'la 




Fig. 80. — Tiislil. l'aitic (le l'agglfjrnéralion d'enclos du vdiage |)i'éliisj)ani(jt 




ti H ue %)aJj Cerclas /f//tcr'a.i/'cs 

3«3ajKaiI& JFuj-s en „ pli-ca" "^ J/orù'efS 




B 



Coupe suivant ^\-B 

Fig. 81. — Ruines de Tasiil. IMaii d'uni' iiailie do raggli)tnéi-alii)n (I'(>iirlos. — Erhelle : i/'ioo. 



Pl. xxxi. 





Fig. 82. — Tastii. V 



asc PU [cru 



' niile. — 1/3 gr. nat. 




Fig. H.'}. — Taslil. Va: 



poiiils en Iroi- couiciir.s. — i/3 gr. nal. 



Pl. XXXII. 





l'ig. 8'i. — 'l'aslil. Calebasses pyrogravées. — 5/6 <^v. nat.. 





l'ig. 85. — Taslil. IVaLjnunl-; dr ikiIiti'i' à dvrov pcin 



•j.r. liai. 



QUEBRADA DEL ÏORO. 



379 



Sur la coHine B, il y aurait, ni'a-t-on dit, quelques pircas. 

Sur la peute marquée C existent, d'après les Indiens du 
pays, plusieurs pétroglyplies représentant principalement des 
lamas. Sur cette même pente passe la route préliispanique 
qui , comme nous l'avons vu plus haut, mène de Moroliuasi, par 
Tastil et Capillas, à Pavogasta, dans la Vallée Calchaquie. 

Pétroglyphe d'Incahuasi. — En poursuivant mon chemin 
vers le Nord-Ouest, par la Quehiada de las Cuevas, je n'ai 
j)as rencontré d'autres ruines préhispaniques avant Cuesta de 




FIl,'. <S6. — Iiicaliuasi (Acay). Pétroglyphe. — i/io i;r. iial. 

Munano, déhlé très escarpé qui donne accès au haut plateau 
de la Puna. Au pied de ce défilé et également au pied du Cerro 
Bola, montagne qui fait partie du Nevado del Acay, se trouve 
un assez grand village préliispanique en ruines, très mal con- 
servées d'ailleurs. Les indigènes donnent à ces ruines le nom 
d'Incahuasi. Le peu de temps dont je disposais ne m'a permis 
que d'y jeter un coup d'œil. Les ruines ressemblent à celles 
de Morohuasi. 

A côté du chemin actuel, en face de Incahuasi, j'ai trouvé le 
pétroglyphe /?</. 86. Le dessin de ce pélroglyphe est d'un ty]:)e 
différent de toutes les autres inscriptions rupestres que j'ai 
vnes dans les régions parcourues pendant mon voyage. Ce 



380 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

dessin est composé de figures presque géométriques qui for- 
ment une bande diagonale sur un coté du bloc de quartzite 
où se trouve le pétroglyplie. Quatre croix, dont f une entourée 
d'un encadrement également en forme de croix, font partie de 
finscription. 

La croix encadrée de cette façon est un ornement très 
simple qui fait partie de fart décoratif de beaucoup de peuples 
primitifs. Nous la trouvons sur des pétroglyphes de la ré- 
gion diaguite, comme ceux de San Lucas (département de 
San Carlos, Vallée Galchaquie) et de Gerro Negro (Tinogasta en 
Gatamarca), reproduites par M. Quiroga, (303, p. 211 , 9.iS). Dans 
le décor des urnes funéraires de Santa Maria, ce signe est 
fréquent. La croix encadrée de cette manière existe sur des 
pétroglyphes de toute fAmérique. M. Mallery (228, p. 48, 686) 
figuie deux de ces joétrogiyphes, de San Francisco Mountain, 
dans l'Arizone, et d'Ometepec, en Guatemala. 

D'après les Indiens habitant Incahuasi, il y a d'autres pétro- 
glyphes aux environs. 

RÉSUMÉ. 

Les trois villages préhispaniques que j'ai examinés dans la 
Quebrada del Toro ont, sans doute, chacun leurs particularités. 
Il y a des variantes dans la construction. A Morohuasi, les ha- 
bitations sont en général isolées fune de fautre, à Puerta de 
Tastil elles sont aussi séparées par des ruelles, mais à Tastil 
elles forment une agglomération compacte sans autre sépara- 
tion que les murs toujours communs (fune habitation avec 
l'habitation voisine. Beaucoup de murs à Puerta de Tastil sont 
doubles, ce qu'on ne trouve pas dans les deux autres villages. 
Ges différences de construction sont peut-être motivées ])ar la 
to])ographie locale. Les modes d'enterrer les morts présentent 
aussi des différences. A Tastil, les cadavres sont constamment 
ensevelis dans le sol des habitations. A Morohuasi, le sol du 
village n'offre^pas d'ossements humains; tous les morts ont été 



QUEBRADA DEI. TOUO. 



381 



enterrés dans un cimetière spécial, à une certaine distance des 
ruines. Enfin, à Puerta de Tastil, je n'ai pas découvert de ci- 
metière, qui jiourtant doit exister, car les sépultures des con- 
structions circulaires décrites plus haut étaient certainement 
exceptionnelles. Mais, malgré ces variantes, les villages sont 
certainement contem])orains entre eux, car les ojjjets trouvés 
dans les louilles démontrent une identité pai'laiie d'industrie 
des trois villages. 

J'incline à croii'e (pie ces villages datent approximativement 
de l'époque de la conquête espagnole, puisque la Quebrada 
del Toro^^^ était certainement peuplée à cette époque, et il n'y 
existe pas de vestiges d'habitants autochtones postérieurs à 
ceux que nous avons décrits. Il est très possil)le que les vil- 
lages aient continué à être habités un certain temj^s après la 
conquête. 

A quelle nation appartenaient les anciens habitants de la 
Quebrada del Toro? Comme je l'ai déjà dit, les historiens et 
les documents des archives ne nous fournissent pas de ren- 
seignements à ce sujet, du moins à ma connaissance^^^. Si 
ces Indiens appartenaient à quelqu'un des peuples voisins, ce 
serait aux Pulares, les Diaguites du noj'd de la Vallée Calcha- 
quie, aux Atacamas de la Puna de Jnjuy ou aux « Lules » de la 
Vallée de Lerma. Parmi les objets rencontrés au cours de mes 
fouilles dans la Quebrada del Toro, ])lusieurs sont analogues 
à des objets trouvés dans les sépultures de la région diaguite 
ou de la Puna, ou, jdIus souvent encore, communs aux trois 



'"' Au commencement du xviii' sircle, 
le nom « Quebrada del Toro » ne seml)le 
pas avoir été en usage parmi les Espagnols, 
car, sur les caries de d'An ville (36) et de 
Lo/.ano (219), toulos deux de J733, la 
rixière qui y passe est dénommée «Hio 
Quebrada I), sans «pi'il soit ajouté «del 
Toro». lia (picbiadn, selon toute proba- 
bilité, a pris son nom des trois « Lagunas 
del Toro», mais il est douteux que leur 
nom «Toro» soit l'écpiix aient espagnol du 



mot français « laureau » ou (ju'il s'agisse 
du mot alacameno loro — anus. Le village 
Toro, dans le nord de la Puna de Ata- 
cama, prend très probablement son nom 
(le ce dernier mot. 

'^' Je ne connais pas, il esl \ rai , l'ou- 
vrage de M. Manuel Zorreguiela : ApniUcs 
hisinricos de la l^roviucùi de Salla ; Salla, 
1876. Pcul-éire y trouvera- Ion quehpies 
rcnseignemenls sur les Indiens de la Que- 
brada del Toro. 



382 ANTIQUITES DE LA REGION ANDINE. 

régions. Ces analogies ne sont pourtant pas assez importantes 
pour permettre fie classer les anciens habitants de la Quebrada 
ni parmi les Diaguites, ni parmi les Atacamas. Au contraire, 
riiabileté industrielle et artistique des Indiens préhispaniques 
de la Quebrada del Toro démontre un degré de développement 
très inférieur à celui des Diaguites en général. En ce qui con- 
cerne les Atacamas, il y a autant de différences que d'analo- 
gies ethnographiques, et Ton peut alléguer beaucoup d'autres 
raisons contre de ])rétendues affinités de ce côté, surtout des 
raisons géographiques. Des « Lules » des chroniqueurs il n'y a 
pas à parler, car ils étaient des nomades, et les Indiens de la 
Quebrada étaient bien sédentaires. Comme conclusion, nous 
n'avons pas d'éléments pour résoudre la question de l'affuiité 
ethnique des anciens habitants de la Quebrada del Toro. 



TABLE DES FIGURES. 

ri. l'ig. Pages. 

1. Carte etlinicjue de la région andine entre les 22* et 33" degrés 

(xvi" siècle) 80 

I, 2. Région diagnite. Statuettes humaines et tètes d'animaux mode- 

lées en terre cuite 122 

II. 3. El Banado (Quilmcs). Ecuelle poussée dans de la vannerie. . . 122 
II. 4. Capillitas (Andalgala) et « Vallée Calcliaquie ». Barres en pierre. 122 
m. 5. Région diaguite. Haches en pierre 12G 

0. Principales lormes d'urnes l'unéraires de la région thaguite. 

1 '■'' série 162 

7. Idcin. 2" série i52 

IV. 8. Urnes funéraires de la Vallée de Vocavil ayant contenu des 

squelettes d'enfants 1 58 

V. 9. Idem i58 

10. Carte de la région des Diaguites indicpiant les localités d'un 

intérêt archéologique 212 

11. Pian de la ruine où ont été faites les trouvailles de Lapaya ... 217 

12. Lapaya. Coupe verticale de la boide en cuivre fuj. 13 u , 0. . . . 'l'i'i 

VI. 13. Lapaya. Objets en or, en cuivre, en os, en bois, en pierre. . . 2/16 

VII. 14. Lapaya. Cloche, hache à oreilles et liacbes à j)édoncule central, 

en cuivre 2^0 

VIII. 15. Hache en cui\re, à [)édoncule central, emmanchée, de Chiclayo 

(Chimu). Modèle ancien, en cuivre, de hache à oreilles, 

emmanchée, du Haut-Pérou 2/i(i 

Mil. I(). San Fernando (Belen, Catamarca). .Moule en terre cuite pour 

coulei' des haches à oreilles 2/16 

l\. 17. Lapa)a. Timbale en bois laqué et reconstitution de son dessin. a/iO 

LX. 18. Lapaya. Petites tind)ales en bois 2 4(1 

l\. 19. Lapaya. Hache de pierre 2^0 

L\. 20. Lapaya. Co([uille marine [Pecleii i)uij)uratus , Ltnh.) 2^0 

X. 21. Ijapaya. Vase aryballoide 2 ^i() 

X. 22. Lapaya. Vase en terre cuite 2/i() 

XI. 23. Lapaya. Vase en terre cuite 2 ^|() 

XI. 24. Lapaya. Vase en terre cuite 2 i() 

XII. 25. Lapaya. Plat en terre cuite 2/16 

XII. 26. Lapaya. Tasse en terre cuite 2'i() 

XIII. 27. Lapa\a. Poteries 2 1() 

XIV. 28. Lapaya. Poteries 2l(i 

W. 29. Lapaya. Plat en terre cuile 2'|() 

X\ . 30. Lapaya. Kcuell<' de la //<y. "28 c présentée |)ar le dos |)oiir mon- 
trer les empreintes de vanneiie du fond 2/|() 

31. Urne funéraire du cimetière d'Kl Carmen 267 



384 TABLE DES FIGURES. 

XVI. 32. Cimetière d'Ei (^iarnieii. Fragments d'une urne funéraire et de 

son couvercle 268 

XVI. 33. Cimetière d'Ei Carmen. Cylindre en terre cuite 2 58 

3'i. Urne lunéraire de Providencia (San Pedro) 260 

35. Tumuius de Pucarâ de Lerma. Aspect général; plans de deux 

tuniulus; coupe verticale 281 

36. Tumuius de Pucarâ de Lerma. Plan du groupe A (10/17 t'"iin- 

lus conservés 285 

37. Tumuius de Pucarâ de Lerma. Plan du groupe B ( i58 tumidus). 28G 

38. Tumuius de Pucarâ de Lerma. Plan du groupe C (465 tuniulus). 286 

39. Tumuius de Pucarâ de Lerma. Environs des groupes B et C. . 288 
^lO. Plan de la ruine de Carbajal 309 

XVII. il. Pucarâ de Lerma. Urne funéraire 3 10 

XVII. 42. Pucarâ de Lerma. Ciseau et poinçon en cuivre 3 10 

XVIII. 43. Pucarâ de Lerma. Aryballe 3 10 

XIX. kk. Pucarâ de Lerma. Broyeur en pierre et poteri( s 3io 

XIX. 45. Pucarâ de Lerma. Poteries 3io 

XX. 46. Carbajal. Petit mortier et autres })ièces en calcaire zone. Pierres 

à taille commencée, de la même roche , 3io 

XX. 47. Carbajal. Mortier en grès rouge 3io 

48. Tinti. Plan d'une habitation du village préhis])anique 3i2 

49. Tinti. Ecuelle en terre cuite 3 i/i 

XXI. 50. Golgota. Hacienda et cimetière pi éhispanicpie ; vue prise de la 

Quebrada del Toro 328 

XXI. 51. Golgota. Vue de la barranca contenant les sépultures préhispa- 

niques 328 

XXII. 52. Golgota. Ecuelle en terre cuite 328 

XXU. 53. Golgota. Plaque en or et fragraenls de poterie gravée 328 

XXII. 54. Golgota. Bracelets en cuivre 328 

55. Plan du village préhispanique de Morobuasi 333 

56. Morobuasi. Ciseaux et plaque en cuivre. Objet en bois 34 1 

57. Morobuasi. Deux arcs en coupe 343 

58. Coupe verticale de la route préhispanique de Morobuasi a Inca- 

huasi 347 

59. Quebrada del Bosal. Pétroglyphe , 35o 

60. Quebrada del Rosal. Pétroglyphe 35i 

61. Plan du village prébispanicjue de Puerta de Tasiil 355 

62. Puerta de Tastil. Poterie 358 

63. Puerta de Tastil. Vannerie 358 

64. Puerta de Tastil. Constructions circulaires 36 1 

65. Forme des empreintes cViisulas gravées sur le pétroglyphe^ [)rès 

de Puerta de Tastil 365 

66. Plan du village préhispanique de Tastil et de ses environs 368 

67. Tastil. Poinçon et ciseaux en cuivre. Pendeloque en argent. 

Pendeloques en pierre 372 



TABLE DES FIGURES. 385 

XXIII. 68. Morohuasi. Restes de murs des enclos préhispaniques 878 

XXm. 69. Idem 878 

XXIV. 70. Morohuasi. Écueiie à décor peint 378 

XXIV. 71. Morohuasi. Poteries, mortier en pierre et bois de qiierioa. . . 878 

XXV. 72. Morohuasi. Urne funéraire d'enfant 878 

XX.V. 73. Morohuasi. Grand vase en terre cuite, du village préhispa- 
nique. Urne funéraire d'enfant, du cimetière 878 

XXVI. 74. Outils en bois de Morohuasi et de Tastil 878 

XXVII. 75. Outils en bois de Morohuasi et de Tastil. Vannerie et petit 

sac en peau de Puerta de Tastil 878 

XXVIII. 76. Puerta de Tastil. Plateau où est situé le village préhispa- 

nique 878 

XX VIII. 77. Puerta de Tastil. Vue sur la Quebrada del Toro vers le Sud. 878 

XXIX. 78. Puerta de Tastil et Tastil. Tubes en os de lama ; bois de cerf; 

ocre rouge 878 

XXIX. 79. Puerta de Tastil et Tastil. Poteries 878 

XXX. 80. Tastil. Partie de l'agglomération d'enclos du village préhispa- 

nique 878 

XXX. 81. Ruines de Tastil. Plan d'une partie de l'agglomération d'en- 

clos 878 

XXXI. 82. Tastil. Vase en terre cuite 878 

XXXI. 83. Tastil. Vases peints en trois couleurs 878 

XXXU. 84. Tastil. Calebasses pyrogravées 878 

XXXII. 85. Tastil. Fragments de poterie à décor peint 878 

86. Incahuasi (Acay). Pétroglyphe 879 



33 

IP. KATIOHALR. 



TABLE DES MATIÈRES 
CONTENUES DANS LE TOME PREMIER. 

Pages. 

(]arte ethnique de la région andine de l'Amérique du Sud entre le 22^ et 

LE 33^ degré latitude Sud, au xvi* siècle ^ 

Sources historiques de la Carte ethnique G 

Diaiïuites 



12 

32 

Huari 



Araucans. 



'Pes 33 

Comechingons 3„ 

Sanavirons et Indamas /.q 

« Juris » L 

Tonocotés ^-^ 

Luies 55 

Atacamas , r: o 

Uros (Changos) (j„ 

Omagnacas „3 

Tobas __ 

77 

Antiquités de la région diaguite dite « région calchaquie » 81 

Description sommaire du territoire des anciens Diaguites 83 

Littérature archéologique sur la région andine de la République Ar- 
gentine. Le nom « Calchaqui » q3 

Ruines ' 

Industrie ^ ^ ^ 

Céramique ^ ^ j 

Pierre sculptée et taillée , o3 

Métaux ^ ■^/ 

Bois sculpté. Os sculpté ,3.7 

Industrie textile. Vêtements i38 

Sépultures ^ /p, 

Cimetières d'enfants enlenés dans des urnes 1 /|8 

Pétroglyphes ^^o 

Folklore. ,^_ 

, w7 

Prétendue descendance commune des « Calchacpifs » et des Indiens 

Pueblos 1^3 

Rapports entre l'ancienne civilisation péruvienne cl la ciildirc |)iV'- 

hispanique de la région diaguite 187 

Archéologie ^88 

La langue quichua et le Iblkiore péruvien 192 

Renseignements historiques 107 



388 TABLE DES MATIÈRES. 

f.APAVA (Vallée Calciiaquie) 2 i3 

Lapaya 2i5 

Objets en or 218 

Objets en cuivre 220 

Objets en bois 233 

Objets en os 2 33 

Objets en pierre 2 36 

Céramique 237 

Coquillage 2^2 

Une monnaie romaine 2/12 

Résumé 2I1I1 

Vallée de Lerma 2/17 

La Vallée de Lerma , 2/19 

Archéologie de la Vallée de Lerma. 255 

El Carmen, cimetière probablement d'origine guaranie 2 55 

Pucarâ de Lerma. Groupes de tumulus 279 

Fouilles dans les environs de Pucarâ de Lerma et d'El Carmen. 294 

Urne funéraire 29/1 

Aryballe 295 

Autres objets 3o6 

Carbajal 3o8 

Tinti 3ii 

Ruines préhispaniques dans d'autres parties de la Vallée de Lerma . 3 1 5 

Résumé 3i6 

QUEBRADA DEL ToRO 3l9 

La Quebrada del Toro 32i 

Archéologie de la Quebrada del Toro et de la Quebrada de las Cuevas. 327 

Golgota 327 

Morohuasi 33 1 

Ruines 332 

Cimetière 339 

Chaussées préhispaniques de Morohuasi à Incahuasi et à Payo- 
gasta. Pétroglyphes. La partie nord de la Quebrada del Toro. 

Chani 345 

Puerta de Tastil 35A 

Pétroglyphes 36d 

Tastil .' 367 

Péti'oglyphe d'Incahuasi 379 

Résumé 38o 



La bibliographie sera insérée à la fin du tome II. 




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