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Full text of "Antiquités de la région andine de la République Argentine et du désert d'Atacama"

Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/antiquitsdelar02boma 



ANTIQUITES 

DE LA RÉGION ANDINE 

DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE 
ET DU DÉSERT D'ATACAMA 



l'i i;i.i(:\Tin\s i)i: \a mission. 



RappoK mur an* MijMion aelmitlflqu* en Amérique du Sud Ikilirie, Rcpiiblique 
\u'<ntii»i-. (ihili. l'enui . |>ar (i. ur. (lhr.<.>i i MoNTfonT «-l K. Sr-NEclUL DE L* (ift*\«.E. 

Gwrte des renions dea Heute-Pieteaux de l'Amérique du Sud Bolivie. .\rgen(inp. 
Chili, Péniu), percounie» par U \li*%ion français*'. Carie drcM^ par V. iiiOT. d'aprè» 
Irt travaut de» membnr* <lr la Miaaion, les kources originales inédiles et les docu> 
nirnit les plus récent*, k l'échellp de if-jboncKi. 

Las Isos 4ss Haut»-PUt«aux de l'Amérlqns du Sud, |»ar le lY M. Nbvki-Leuaiiib 
avec la rollalmnition de MM. Havat. E.-A. HiaoB. K. Chbvkbvx, E. Maiiscii , J. Pelle- 

r.HIX et J. TilOCLET. 

Anthropologie bolivienne, par le D' Ciiervin. 

Imne I". Kthnnint^ie, l)émoi.'[.i|ihie. Photographie iiietriipie. 
Tome II. Anlhni|><itué(rii*. 
Tonir III. Craniologte. 



UagnlflUqns ooaaparés dss Bsuts-Plateaux boliTiena et dea régiona oiroonvoi* 
■Inss . par G. Di CtiiQVt MorrrtMiT et A. Prit. 

■i^plorationa géologiques dana l'Amérique du Sud, suivi de tableaui méléom- 
logiqum, par G. Cnvan. 

Antiquités de la région andine de la République Âxgmààam et du Déaert 
d'Ataosma, |Mir Krir |U)W4>. 

Tuiiie I". Vallées inirrandincs de la ni*pul>lii|ue .Xr^rnline. 

Tome 11. Ihina argentine. Désert dWtaraitia et Province de Jujuv. 



reoUIss aroMoIsflqass à Ttshnsnsoo. par (î. Coirtt et .VIrien de Mortu i i t 

Psoas msnunslogtqiM dss Hsats-Plsissax de l'Amérlqvs da Sod, pu io 
I»* M. Nr.\n -I.RMUnr ri (i, (ip\M>ii>irR. 

Noiss physiologiques si médloslss oonosmsai Iss Hsuta-Plstssux ds l'Amériqus 
do tod. |Mr le ir M. Nivbo-Lbii«iri. 



yJéoBlalegiquss . |Mir M. Dovli. 
Oéogrsphie des Hauta-Platssux dss Andss. par V. lluoT. 



MISSION SCIENTIFIQUE 
G. DE CRÉQUI MONTFORT ET E. SÉNÉCHAL DE L\ GRANGE 

5'0'<= 

ANTIQUITÉS 
DE LA RÉGION ANDINE 

DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE 
ET DU DÉSERT D'ATACAMA 

PAR 

ÉRIC BOMAN 



TOME SECOND 

CONTENANT 1 CARTE, 51 PLANCHES ET 45 FIGURES DANS LE TEXTE 




PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 



LIBRAIRIE H. LE SOUDIER, ROULEVARD SAINT -GERMAIN, I7'i 



MDCCCCVIII 






\i- 



X& S". S7 



LA PUNA 

ET SES HABITANTS ACTUELS 



2() 

lill'lirtll.nit Ml 



L4 PUNA. 

Le '2'2 juin igoS, je laisse derrière moi Incalmasi et j'entre 
dans le défilé qui donne accès au haut plateau. Ce défilé porte 
sur les cartes le nom de Cuesta ou Abra de Munayoc, mais les 
habitants du pays disent : «Cuesta de Munano))^'^ C'est un 
étroit passage en zigzag qui serpente entre de gigantesques 
masses de roches. Une fois parvenu au point culminant, on 
voit, vers le Sud, les neiges du sommet du Nevado del Acay, la 
plus haute montagjie de cette région, probablement entre 5, 800 
et 5,900"" au-dessus du niveau de la mer^^l La chaîne que 
nous traversons est une prolongation de l'Acay vers le Nord. La 
partie basse du défilé montre des roches schistoïdes très plis- 
sées, de la même structure que celles qui composent les parois 
des Quebradas del Toro et de Las Cuevas. Mais, au fur et à 
mesure qu'on se rapproche de la crête, ces roches perdent 
leur caractère schisteux, changent progressivement d'aspect et 
passent, sur les sommets, à des quartzites non feuilletés, très 
durs. 

Je pensais traverser le col et arriver ce même jour à San 
Anlojiio de los Cobres, chef-lieu du Territoire des Andes. Mais, 
à l'entrée du défilé, je fus surpris par le redoutable vienlo blanco 
(vent blanc) de la Cordillère. C'était la première fois que j'étais 
témoin de cette tempête de neige, et j'ai compris depuis ce que 
jusqu'alors je n'avais pu comprendre : comment ce vent peut 
faire périr des caravanes entières et des troupeaux de plusieurs 

'"' Le mot cueslu est cinployé dans les attribue /i,8oo"', tandis (jue, sur la carie 

ntonlagnes de l'Argenllne pour désigner de M. Feliciano Lavenas, il est signalé 

la partie d'une route ayant une forte In- comme ayant 6,3oo"'. Le l)"" L. Braoke- 

clinaison et par laquelle on monte au col busch lui donne 6,000"'. Pour mol, TAcay 

(|iii traverse la crête d'une chaîne de mon- doit avoir environ 5, 800 à 5,900'" de 

lagnes. Ahra est le nom du col même. hauteur; 11 est en elVot |)lus I)as <|ue le Ne- 

'') Les divers auteurs donnent des chif- vado del Chani, qui atteint (i, 100'", comme 

Près très dilTérents pour la hauteur du l'ont constaté mes collègues de la Mission 

Nevado del Acay. Martin de Moussy lui Suédoise de 1901. 

36. 



392 ANTlonTKS DK LA llK(ilON ANDINK 

milaiiu's cir Ixnifs pMi<lanl Iriir passage «l»- la ( ioidillcre. Le 
temps était l>oaii, et soudain la tciii{)ête se (Iccliaina; un v(>nt 
tn-s \iolrnt auKMiait une neige dense, coni|X)M''e di' (ines 
ai'Miilles df glaci*. .IVtais (orl l)irii rn\<'ln|>|)«' ri»- plusieurs 
manteaux et ponchos et j'avais la tète rouxerle d'un cltusl» ' en 
laine. Malgré cria, en un instant, je lus |)ns(jue g«l<'. Il me 
Nend)lait «nn* les aiguilles d«; glare eussent lra\ersé les \«'le- 
ment> ej>ai> (nie je |x»rtais : je sentais des |)iqiin>s d'aiguilles 
sur la IMMU. J(* iMMisais involontairement a la marche de Don 
Diegode Mmagro, danssa roncpiètedu (iliili.Ovalle 278. i. y. il\\ ^ 
(Mii a dipeint les soullranres des Kspagnols pendant leur tra- 
versée de la (iorflillère, «lit (pie el frio y el vienta les traspasahan 
las rntrahas \*\v froid el le \ent Imr transj>er( aient les en- 
trailles* . (i'i'st bien la la .sensation (pn* me lit eproii\er l(* 
• \eiit hianr ». La temjM'tj? im>iia(;ait de me desar(,*oniier, tant il 
était dillicile de se tenir en selle. (]e|)endant je inV>tais ])ro|K)s<'' 
d'arri\er à San \iitonio d<; ios (iobn\s le .soir même, et, bien 
(pi(> iiM's muletiers lissent des protestations, je leur ordonnai 
de continuer leur cliemin. Mais un \ioleiit rou|) de vent jette 
à tern* et fait rouler 1*1111 des inulels cliargt's de bagagrs, un 
animal grand et lort , (|ui |Hirlait des colis (11111 |M)ids dt* 
l 'io kilogrammes. Lèvent lui tait taire un tourcoin|)let maigre 
les malles attachées sur son dos. Les muletiers le relèvent, 
ronimeiicent à arranger sa charge; un autre mulet lombr. 
(^inxaincn (pi'il était im|K)Ssiblr <!<■ Iiittn plus longtemps 
contre rim|M'tiiosité du « viMit blam ', je lis rebrousser chemin. 
\,v lendemain, j'arrixai a San \ntonio (le Ios (iobn>s. 

i. •xlremile sud du haut plalr.ni sud-américain, dniil l.i < on- 
tiniiation \ers le NonI forme Y lùitrc-Sierms de la l^)li>ie et 
du IVroii, apjKirtient à la Hé|)ubli(pii> \rgentine. La partie Kst 

"' fkailo, |Mi%M- iiHinlaifitr , «nrir il Vn li'*lr. Uisvanl iinr iNivrrliirr iMmi U- nn. 

«rln|i|ir m IrirttI tir Unir, dp ti|;n);n«* Ir» ypin ri la UNirJir , «Mivrrtiirc (|iii |m*iiI 

griM^niirnirnl . <|irpiii|tlrarMl \r% \m\tr%\\ «Mrr «gramlir nii (liiiiinu«*r À volonl^. 
ilii liaiil |>l<«|p«ii \ji' fltmth r«Mitn* Imilr l» 



I,V PUNA KT SKS HABITANTS ACTUELS. :]{)?y 

du haut pays argentin, nommée la Piina de Jiijuy^^\ entre les 
'l'i^ei 2 4" degrés de latitude sud, était, sous la domination es- 
pagnole, une merced royale en faveur du chef de la famille de 
Campero, marquis del Valle de Tojo. Après la guerre de l'In- 
dépendance, ce territoire a appartenu à la province argentine 
de Jujuy, bien que dans la première moitié du xix*^ siècle il 
fût continuellement occupé par des invasions boliviennes, 
dont la plus importante fut celle du général Guillermo Miller, 
en 1825. 

La partie occidentale de la Puna argentine, entre les 2 3'' et 
27" Sud et les 69° et 7 i'' Ouest de Paris environ, est désignée 
sous le nom de Pana de Atacama. Ce territoire est limité à TEst 
par une haute chaîne de montagnes qui le sépare, au nord du 
Nevado del Acay, de la Puna de Jujuy, et, au sud de ce pic, 
(le la Vallée Galchaquie. Au Nord, la Cordillère de d'Orbigny 
sépare la Puna de Atacama de la province bolivienne de Lij^ez, 
et, au Sud, les montagnes de Catamarca lui servent de sépaïa- 
tion d'avec les vallées qui forment la province de ce nom. 

A l'Ouest, la limite de la Puna de Atacama est constituée par 
la Grande Cordillère. Le versant de cette chaîne donnant sur le 
Pacifique descend par gradins vers la côte, interrompu par 
d'autres chaînes parallèles, d'une hauteur relativement peu 
considérable. C'est ce qu'on appelle le Désert d' Atacama, qui 
relève de la République du Chili. 

La Puna de Atacama fut, à l'époque de l'Indépendance 
sud-américaine, placée nominalement sous la souveraineté de 
la Bolivie, mais elle passa au Chili à la suite de la guerre du 
Pacifique, 1879-1882. En 1899, le Chili dut céder ce terri- 
toire à la République Argentine en vertu d'un jugement arbi- 

''^ Puna, dans le sons argontin ot holi- Dans la Répul)rKjnc Argentine, on ein- 

vien, est synonyme de haut plalcau. Au ploie aussi le iwoi puna conune nom de la 

Pérou, ce mot est employé pour désigner maladie causée par la raréfaction de Tair 

seulement les parties plates du haut pays, à une grande altitude au-dessus du niveau 

c'est-à-dire qu'une puno est une plaine sur ào. la mer, maladie qui, plus au Nord, 

le haut j)lateau, limitée par des mon- porte le nom de .<;oror/ic 
tagnes. 



.Vj-i WTinlITKS |>K I. \ llKr.loN \M>I\K. 

Inil (lu L'nii\«Tii»-iiHiil <l. ^Klals-l ilis daii^ la (iiitslioii dr limiles 
niln* vrs clniv {kinn. La IU'|)iil)li<|in» Vr^çriilim» rrij^ca aIoi-s, vu 
Jaiixifr i()<»n, la Piiiia (U' Alaraiiia «'ii • trrriloin' national*, 
cVsl-à-<lin' niaci* sous ra(linini>tra(i()ii clirorl»* du «,Mm\rnn*- 
niriit ri'iilral dr ct'Hr n'|)nl)li(|in' IV-diTaliNr. Il nrnl Ir nom 
olUricI i\v Tcrritorio de los [ndcs. «1 San Vnlonin dr lus (.nhirs 
lui dj'si«^nr roniUH» son cIu'I-Iumi. 

La Ii4»li\ir ri lr (iliili n'axaicnl rxrrcr cju um- snu\riain<'l«'' 
tout a lail nominale sur la Puna Av Marama. Ils se l)<)rnai«Mit à 
nommer, parmi le> Indiens de rliarnii des |>elits liameau\ (|ui 
V Cî\is|eiil, une autorité |)4U'tanl di\ei> titres, et ils laissaient l«'s 
Indiens m* gouverner à leur «,Miise; ceux-ci étaient donc a peu 
()ivs indélMMidants. (iet état «le choses s'explitjue |)arlaileinenl , 
narre (luil «lail prescjin" im|M)>sil)le de perr«*\oir des ini|H>ls 
dune iniiNirlaïK-e (pirit ouipie, si minime (pTelir lui, et parce 
<pie leN roinmunicalions regulien's entn* les dillerenls liameaux 
à traxers des déserts tout a lait stériles sont très c<u*it<Mises et 
très dilliriles, pmir ni" pas <lire impossdtles. ( ,r nesl cpi ru 
l()oi (pu» la l^'pul)li(|ue Nrgentinea jiris des mesures s<'*rieUM's 
iMiur entrer en j)ossession de son nouxean territoin* et |)our se 
faire reronnaitre |)arles Indiens (jui v liahileiil. 

La propriété cixile rie la terre n'existe «^uer»' «Jans la JNiiia de 
Mac.Miia. Les seuls droits de |)roprieté de cet immense dés<*rl 
sont Tondes sur dniv concessions d'orij;ineespaj;uole [mcirrr/rj 
nalt's) axec <le> limites In»» incertaines et In's indélinies. l/um- 
de ce> mcrredes fut conférée, le i .') mars iG.'^i, pii Don lelijM* 
de All)orno7., jçouxerneur «•! capitaine j;énéral du n»i d Ks- 
Iwi^^Mie dans la proxinre du Turnman et chevalier de l'onln* de 
Santia^^o, à don l'raucisco \rias \rlas<pie/.. (.elle concession 
donnait à celui-ci \vs terres de la Puna (pii n'étaient pas coni- 
pri.HTsdaus jjfs mrnrdrs anteri«Mires; mais. <raj>re> le texte, il 
est |)res(pir nu|Hissil>|r de com|)rendre cpirllrs sont ces ternvs. 
I,e détenteur actuel des <lroits d'\rias \(*làs<pie7. pnMend ipie 
tout le Territoire (les Vndes lui aiipartient. L'autre nirrccd fut 
donnée, i>n i'(\i\, au général Luis José l)ia/., dmil 1rs héritiers 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 395 

prétendent à la propriété de la moitié sud de la Puna de Ata- 
cama. Les titulaires de l'une et de l'autre de ces concessions n'ont 
jamais songé à faire valoir leurs droits : le territoire était pour 
ainsi dire sans gouvernement et les terres avaient trop peu de 
valeur pour qu'ils se donnassent la peine d'en prendre posses- 
sion. Ce n'est qu'après l'établissement des autorités argentines 
que le titulaire actuel de la merced Velâsquez a essayé de saisir 
des fermages exorbitants, avec effet rétroactif, des Indiens, les- 
quels ont toujours considéré le désert comme leur propriété. 
Naturellement cela n'augmente pas la sympathie des Indiens 
pour le nouvel ordre de choses. 

Pour comprendre la vie humaine dans un J)ays, il faut se 
rendre compte du milieu dans lequel l'homme est placé. 
Gomme la Puna est un territoire presque inconnu géograj^hi- 
quement, je crois nécessaire de donner un aperçu de sa nature 
et de son climat avant de passer aux études que j'y ai faites 
au point de vue ethnographique et archéologique. 

La Puna argentine est un plateau d'un niveau presque uni- 
forme, divisé par des chaînes de montagnes parallèles, dirigées 
du Nord au Sud, en larges plaines composées d'un terrain d'al- 
luvion si parfaitement plat que l'on ne peut pour ainsi dire y 
découvrir aucune aspérité, excepté çà et là de petites colhnes, 
cimes de montagnes enterrées dans l'alluvion. 

L'altitude générale du plateau varie entre 3,4oo et 3,8 oo"' 
au-dessus du niveau de la mer. La hauteur moyenne des chaînes 
au-dessus des parties plates du plateau n'est pas considérai)! (> : 
elle atteint 1,200"" environ. Les cols donnant accèsd'une plaine 
à l'autre ont au maximum 4,5oo™ au-dessus du niveau de la 
mer, le plus souvent moins. Nous avons déjà mentionné les 
deux pics les plus hauts de la partie orientale de la Pnna : le 
Chani, 6,100'", et l'Acay, d'environ 5,800 ou 5,900'". L(>s 
Nevados de Cachi, entre la Vallée Calchaquie et la l\ma de 
Atacama, ont plus de 6,000™; dans l'intérieur de ce dcM^iiier 
territoire, il y a encore deuvon trois pics d'enxiron 6,o()()"' 



396 VMI^UITKS DK \.\ HKrJON ANMINK 

(rallifiirlr; rn ;^n/»ral, on jmmiI «lin- (jin" «rllr nlliludr. i rs[- 
.i-dirr rii\irnii '^^oo* aii-<l«*ssii.s du iii\«'aii «(riHMal (in liant 
i)lat(*au, «'sl l«' niaxiniuni dr liantrnr di's pics. La (irande(]or- 
dilli'n' **sl plus lianlr (pu* los autres cliaîiirs : pliisiours de ses 
pics ont 6,ooo", on inènie plus. La linnlr A*' la neij^e pcrjM'- 
tnrllr, snr Ir (iliani, l'sl à environ r),8oo"'. 

Les cliaiiies (lui traversi»nl la Pnna dn Nord an Snd sont, 
prosqnr sans exerption, roni|>osres dr (piarl/itos d nnr ronuMir 
j^ri.s vrrdalrr, (pn'hpndois ron«;«'aln'. On ohsrnr lnnjoui*s le 
iiiènie pliénonicnc cpie nous a\ons vu à la Cuesta <!«• \lnnano : 
le (piartzite de la bas«» des nionta^^nes est s(*liisl«Mi\ ••! li^ès 
plissé, relui des sounnets est roni|)arl et non srlii>len\. Kn 
(pi«'l(pieN ran's endnnts.on voit des «granits. L'én>sion a arrondi 
re.H montagnes; les FornK's angulaires ou esrarjxVs ne sont pas 
rrrcpirnies. Lrs p(>ntes sont ron\erles de |)etiles pierres déla- 
rliee,*» ri <!•• Irrri' de del)lava;^e |)rovenant de I éro.sion. 

\a*. iionl dt; la Pnna e.st rou>ert d'une ininiens<> rroùte de 
trarlislr UM'Iaii^é d anriésites, de darite.s ri ilr rlivnlites. J'ai 
oliMT\é ces Irarlivtes au piefi du volcan éteint le Tnsie (|)n's 
de San \ntonio de lo^ (iohres), à SuMpies, antoitr dr (ioclii- 
noca et Oasahindo, (*t dans le nord dn dcpartcMnent de Rin- 
conada. Les trarlivtes y occupent dnnr un»' «'tencine ronsidé- 
rahle. Il.s con\rent tout le nord de la Pnna de \tarania et d(*s 
|)artii*s de la Pnna de Jujuv, au pied des nionla^Mies (|ui sé- 
|>areut ces drn\ terriloin*s. Les Iraclivtes, étant plus n'»cenls 
cpie rêlévalion (\rs rliaines (|uart/.ili(pies, n*e\isl«'nt (pie dans 
les jKirties hasMvs. L'érosion a aj;i éner^M(pi(Mnent sur la croûte 
tracliyti(pi(>; là où celle-ci est continue, vWv est sillonnée par- 
tout i\r profonds ra\ins à parois |M'r|M>n(licnlain>s. Kn d'antres 
endroits, I érosion .1 enlevé la pins ;;ian(lr parti<> d(* cette 
cniùle et n'a laiss»» f|U(> de jM'tits pialeaux isoli-s. cpii jxMivent 
avoir jusipi'à une centaint> de nietnvs de hauteur, éj;alenienl c^ 
flancs |>«'r|XMidirnlaires« ce cpii les rend preM|ue inaccessibles, 
(les pialeaux ont un intérêt etlnio^rr,i|,)ii(|,|,.^ parce (pi'ils ont 
.M«r\i aux liahitanls préliispani(pn's |>our y constrniiv leurs 



I 



].\ PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 397 

villages, protégés ainsi contre l'assaut des ennemis. Dans les 
grottes naturelles que l'eau a creusées dans les flancs de ces 
plateaux, nous trouvons les sépultures des autochtones du 
haut plateau. 

On a écrit sur la géologie de la Puna de Jujuy trois petits 
ouvrages très intéressants, qui ont pour auteurs le D'' Ludwig 
Brackebusch (74 et 75) et M. Vittorio Novarese (271). Récem- 
ment, M. Florence O'driscoll (273) a traité aussi ce sujet dans 
la description d'un voyage qu'il a fait en même temps que moi. 

La Puna de Jujuy comprend deux grandes plaines, renfer- 
mées entre les montagnes : la plaine des Salinas Grandes et 
celle de Pozuelos. La première commence à la frontière boli- 
vienne et se termine au pied de l'Acay. Elle s'étend entre deux 
chaînes : à l'Est, la Sierra Occidental de Humahuaca; à l'Ouest, 
les Sierras de Cochinoca et de Quichagua et leur continua- 
tion vers le Sud, où le Nevado del Acay ferme la plaine, qui s'y 
termine en pointe. Cette plaine a environ 260''°' de longueur, 
en ligne droite; avec de bons mulets, il faut au moins cinq 
jours pour la parcourir du Sud au Nord. Sa largeur moyenne 
est d'une trentaine de kilomètres. Aux Salinas Grandes, 
la partie la plus large, il y a environ 60''™ de l'Est à l'Ouest, 
entre les deux chaînes. La photographie, y?^. S7 '^^\ prise 
dans les environs d'Abrapampa, vers le Sud, montre l'aspect 
(le cette plaine. Les montagnes qu'on aperçoit dans le fond 
sont à quelque trente kilomètres de distance de l'objectif. Les 
petits arbustes touffus qu'on voit sur la plaine sont des tolas. 
Devant les montagnes, à gauche, se détache une ligne noire 
ininterrompue : ce sont d'autres petites tolas, que le mirage 
fait ressembler à de grands arbres au bord de lacs imaginaires. 
Les points noirs à l'horizon représentent une caravane de mu- 
lets se trouvant à 10 ou i5''"\ mais visible et agrandie gràc(^ 
à l'air pur et transparent et à la réfraction. 

La plaine des Salinas Grandes forme, comme la plupart 

''' Voir la planche XXXIII, page 4iG. 



VtR VNTIoriTKS |)K I. \ hK(.ll>N \MHNK 

(1rs plaines (in liant |}lat(an, nn hassni li\(lrn<;ra|>lii(|nr nidt'- 
■ HMidant (*t sans rniissain*. L(*s canv <lf' la plaine v[ li'.s (ontMils 
(les nionla^no (ini IrntnnnMit sr n-nnisscnl dans !•'> salines. 
Leseanx provenant (In Nord forment le Hio de Mirallores. (pii 
traverse la jH-tile La^nna de Rnnituvor et al)ontit a la l<Mi«(ue 
La^nna de lluavatav(M' ou (îuavatavo; (M'Ile-ci na |)as de 
rninninniration \isil)le avec les salines (pii sont pres(pn' ati 
niènn* ni\ean (jne la lacune. Prohahlenient, de cette dernière 
le» ran\ passiMil sons tern* aux salines. Du c(")te sud, les 
Salinas (irandes n*çoivent directenuMit lArrovo del Mohmio, 
vtMiant dn (iliani , et 1 \rrovo de San \ntonio on de Or^anuvo, 
(pii \ienl de iVcis. 1 ne «(rande partie dn coui's de ce dernier 
est ('»^alenient souterraine. La dillerence de nixean des dixei'ses 
parties (\v la plaine est tellement insi<;ni(iaiite. (pie l'extn'me 
Nord a ensiron .i, .)()(>"' d'altitude, et les Salinas drandes 
.S,!<r)o". c'est-a-dire s(Mil«>ineiit i fio" de dillerence sur une 
('iendiie de pu -^ de aoo^"*, f^es la^iin«*s scnit p«'ii prolitndes; 
je n<* cn>is |)as (pie la |)liis «grande, relli> de (înayataYo, attei^nie 
jamais i"" de prolondenr. \ leiMxpie de la seclieres.se, coUe 
lacune est pres(pH> à .S4»c. 

rnnies les plaines du liant plateau ont, dans leurs partii*s 
l«*s plus basses, des salinas, ;;randes eti'iidnes couvertes d'une 
concile stratiliee de sels, dont le chlorure de stKlinm con- 
stitue relement principal. Les Saluias (tiandrs (»ccujM'nt an 
moins i,.'»)»^" rarrt^s. J'ai prati(|iie des excaNations dans celle 
couche saline en deux endroits dillerents, assez loin des lH>r(ls, 
et j'ai mesiin», comm»' maximum de la rroùle de s«d, o*3o 
d'épaisseur. Dans plusieurs eiidroils de la saline, le sel reii- 
lerme du horate de chaux en luherciiles ^lohnlenx; ce l>orate 
e.st exploite sur une «grande ecli(*lle par une conipa*;nie Ind^e. 
L(»D'(i. I^>deiil)ender 64.p. ii8) le détermine iniiieralo^i(pi(*- 
iiKMit comme l>oronatn»calcite. \ l'ei^Npie d(>s pluies, la salin(* 
est (|uel(pie(ois conxerte d'eau. 

Laiilre plaine de la Puna de .lujuv, celle de Po/.nelos, esl 
U'ancoiip moins grande ipie les Salinas (irandes; elle a environ 



LA PUNA ET SF:S HABITANTS ACTUELS. 3<J9 

80*^'" du Nord au Sud sur •i5'^'" de Ttlst à l'Ouest. Les Sierras de 
Cochinoca et de Santa Gatalina la bornent à l'orient et à l'occi- 
dent. Au Sud, elle a pour limite les trachytes de la Sierra de 
Quichagua. Elle est aussi plate que la plaine des Salinas Grandes 
et d'un niveau plus uniforme encore. Au centre se trouve la 
Laeuna de Pozuelos, d'eau salée, ressemblant tout à fait à celle 
de Guayatayo, excepté pour la forme, car elle est presque aussi 
large que longue. 

La Puna de Atacama est divisée, par deux chaînes princi- 
pales, en trois plaines s'étendant, comme celle des Salinas 
Grandes, en de longues bandes du Nord au Sud. Chaque plaine 
forme un système hydrographique indépendant, avec d'im- 
menses salines au milieu, où aboutissent les eaux de la plaine et 
tles montagnes environnantes. Quelquefois la même plaine est 
divisée en plusieurs bassins à cause de petites élévations du 
terrain. D'intéressantes études géographiques sur la Puna de 
Atacama ont été publiées par MM. A. Bertrand (60), F. .T. San 
Pioman (322), L. Darapsky (112) et E. A. Holmberg(166). 

L'eau de la Puna est presque partout salée ; celle des grandes 
lagunes particulièrement est chargée et même saturée de sel. 
L'eau des rivières est aussi plus ou moins salée, quoique moins 
que celle des lagunes. L'eau de ces dernières n'est jamais potable , 
ni pour l'homme, ni pour les animaux. Même l'eau des rivières 
occasionne souvent, aux étrangers et aux bêtes qu'on amène 
d'autres régions, des dérangements dans les organes digestifs. 
Sur les bords des lagunes et des rivières, on voit toujours des 
eiriorescences salines; de grandes étendues de terrain à sec 
présentent fréquemment aussi ces efflorescences. Ces terrains, 
qu'on appelle peladares, sont absolument dépourvus de vé- 
gétation. Il n'y a d'eau potable, relativement peu salé(>, 
que dans les petits torrents avant leur sortie des montagnes 
et dans des sources à de grandes distances Tune de faulre, 
quelquefois à So'^'" ou plus. M. Brackebusch (75, p. 289 et sulv.) 
formule une théorie, qui me paraît acceptable, sur la forma- 
tion des salines de la Puna et sur la provenance des sels qui en 



t(M) \\ru)\ rrks dk i.a iiÉciioN andink. 

siiluifiil !•• «Mil. Ci's M'Is S4*rai('iil 1rs m'Is iiKirins miiliMius dans 
l«»s gn»s nmjji's, nrnbaMciiXMit jiirassi(jiu'>, (|iir rmi a Inmvés 
au -dessous (If nn*s(iii(' toutes les salines ilr la H<-|iiil)li(|ue 
\r;;»'nline. I/eau dissoudrait les siîls et les ferait moiitrr à la 
surfarr. 

Lr < iiiii.il «If hi l*im;i rsl r\ces.si\riiu*nt ncc »'l ass»'/. Iruid 
|MMir sa latitudr. 

La t«'iii|M'*ratun' dr l'air n'est pas trrs basse |>en<laiil le jour, 
mais la nuit •■II** di'sccnd, toujours m loM-r rt muimiiI en été, 
au-dessous de o". Pendant la jounitM', le soird, ires rarement 
rarlié par les iiua«;r>, hrùlr Ir vovaj^t'ur (pii trav<*rse les 
st<'|)|M's aridt's du IkiuI plateau, tandi> (piVi I ond>n' ou a froid. 
L«'s jours d été, à midi, uiir rxiM-rimcr curinisr à lain* eoii- 
sistr à mettre uin' main à ronihre, drrrirre le dos, rt l'autn* 
«•\|K)sée au solril : pendant (pie cette dernière est prescjue 
liniléf par les rayons solaires, on a la sensation d'un iroid , ass(*7. 
inlriisr méiiir, sur l'auln*. Lnrsfpi'on a |oiii d'iinr rlialmr 
assez agréable nsaiil li* rourlirr du solril, iint* dcmi-beuiv 
apn>s, (piand Ir soleil a disparu derrière les inonta<;nes, on a 
froid et il iaiit se vêtir davantage. Même pend.nil li*!»', ou 
trouNe irecpiemment, le matin, l'eau rouNerle d iiiie rouelle 
de glare di» i ou "à centimètres ilépaisseiir. \ussi |M'ndant la 
|M'riode estivale |NMitH)n \oir soiivtMit les montagnes eiilièn'- 
iiMMit couv(*rtes de niMge, (pii tpiebpielnis ne disparaît |kis 
a\aiit midi. I.a IMiiia de Vlaeama m'a paru plus iroide tpie la 
Piina de .liijuv. 

La saison d'biver dure de piiii à août; comme été, il {.ml 
( ompter de décembre à février. 

11 <>st tout naturel (|ue la pn*ssion banunétritpie, à une alti- 
tude aussi considérable, soit tn's basse. Les tableaux inétéon>- 
logitpies insérés plus bas nt> contiiMineiil mallieureusement |)as 
d'observations barométriques. Le seul n'iiseignement ciue je 
|M>ssi>di> .-^ ce sujet »'st une movenne jïrise à Cocbinoca (3,.')Oo" 
au-dessus fin niNenu de la mer), basé»* sur les observntioiis de 



LA PUNA Eï SES HABITANTS ACTUELS. 401 

Tablée Lavagna; cette moyenne est seulement de 491™"". Natu- 
rellement l'extrême raréfaction de l'air a une grande influence 
physique et morale sur les habitants du haut plateau. Cepen- 
dant, comme nous le verrons, les Indiens sont rarement sujets 
aux afl'ections qui résultent de ce manque d'oxygène et de pres- 
sion atmosphérique. Ils sont capables de faire de lourds travaux 
et des exercices corporels violents sans avoir le soroche. Mais, 
pour l'étranger, c'est autre chose , surtout pendant les premiers 
jours qu'il passe sur le haut plateau. Le moindre mouvement 
un peu vif lui enlève la respiration et accélère les battements du 
cœur. La nuit, on se réveille avec une étrange sensation d'op- 
pression, et le simple elFort nécessaire pour se retourner dans 
le lit fait perdre haleine. 

La pluie sur le haut plateau est nulle pendant les mois de 
mai à septembre, comme c'est d'ailleurs le cas dans les pro- 
vinces de Catamarca, La Rioja et San Juan, du moins pen- 
dant les mois de juin et juillet. Abrapampa et La Quiaca ont 
239"""6 et 495"''"9 de pluie annuelle en moyenne, d'après les 
observations que je donne ci-dessous. Catamarca en a 280"""; 
La Rioja, 297"""; San Juan, la j^rovince la plus sèche de la Répu- 
blique Argentine, n'en a que 65°"", selon M. W. G. Davis (114). 
Cependant je crois que le chilTre de près de 5oo'"'" pour La 
Quiaca doit être exceptionnel; peut-être cette abondance de 
pluie est-elle causée par la proximité de la Vallée de Sococha, 
sillon profond du haut plateau bolivien, voisin de La Quiaca. 
Je dois avouer que les chiffres représentant les observations 
pluviométriques de la Puna m'ont surpris. Me basant sur mes 
expériences personnelles, faites durant deux séjours dans la 
Puna, en diflérentes saisons, j'étais loin de croire à une pluie 
aussi abondante. Les grandes pluies n'existent qu'aux mois de 
décendjre, janvier et février; ce sont, presque sans exception, 
des orages violents et de peu de durée, avec tonnerre et 
loudre. 

L'atmosphèie est sèche; la momification rapide et conq)lète 
des cadavres d'honimes et (fanimaux en est une preuNC. Les 



-iir» WTM^l ITKS |)K LA IIKCJION \M>INK 

onjjifsse cass«Mit, l»*s lèvres s«»j;i»rc<»nl, it's clieveux jH-nli'iit leur 
s<)iipl«*sse; 1rs bottes, les courroies et les selles se dessèrlienl r| 
M» l»ris«'iil, >1 on ne les graiss<* pas très MniNml. Tous ces faits 
(léinonireiif (lUe ratuios|)liir<> d» l.i Puna rs[ i)(>au('OU|) j)lus 
srclie (lue celle (les vallées interandin(>s, et cejx-nclant les obser- 
\alions nn'|i'«nn)l()«(i(jurs (ionnciit prrsfjne 1rs niènjes inoviMines 
(riiuiiiidilr ;ihiiospli<'ri(|iii' pour la Tuna : (i^i.'S p. ino de la 
.saluralion à \l»rapaiiipa, et ')(),. H p. loo à La Ouiaca, cpie 
pour les provinces interandines, dont les niovennes sont : jM)ur 
(ialaniarca, r)i,6 p. loo; |M>ur La Hinja,()i..> p. in(»;rl |MMir 
San luaii , (» '|,.) p. i no. 

Les \euts Si»nl très \i(»lrnls dans la Piiii.i. Lfs priits csclones 
V sont IrècpnMils. Le \enl transporte le sa!)!»' d nn rndioil à 
lanlre ••! Ininn' dfs dnin's (pii clianj^MMil (•nnliiMM'iJrnn'nt de 
place. 

Lair est cliar«(è d^drclrliil»'. Lorscpinn hnld', iiifiiir lèj^ère- 
UM'nl, les xèleuMMits nu cihou' le nnil diiii iiinirt, on sent 
ininicdialiMuent lèlectricité. La iniil. 1rs lissus ou les poils 
frottés produisent iiii*- Iiiiiihti' pliospjiorescente assez, intense. 

Les s<'ules ol)ser\ations nieteorolo*(i(pM>s de la Puna publiées 
jus^piiri consistent en une série bien incomplet»*, dressée par 
labbe (leroninio LaNa^na 38 , a (iocbinoca. le donne ici les 
nio>eini(*s de relte série. Kn i()ot, le bureau central de nié- 
léon»lo^ie de l.i hepuMniue \ri;eiitnie a nisjallf un service 
fi*obs4'r\ations an\ bureaux de |M)stes d'Abrapanipa ••! de La 
Quiaca. .le dois à la jurande obli«;eaiM e (\>' \| |).i\is, directeur 
de ce bureau central, les séries de ces diii\ endroits «onipre- 
nant vin;^t-den\ mois, d'août i()o-> à mai i()n'|. et (pii sont 
encore inédites. Dans ces dernières séries, les nioNennes nn'U- 
sui'IIeH xiiil les résultats d'obser\ations laites à 7 beures du 
malin et h 1 lieun*set 9 beures du soii. jns<pr,iu 3i décendin* 
IÇ)ciJi; apK^s celle date, à H heures du matin et à 'i beun*s 
el H heures du Miir. 



LA PUNA ET SES HABlTAiNTS ACTUELS. 



'lOi) 



ABRAPAMPA. 

AOÛT J 902 — MAI l'.to'i. 



MOIS. 



Janvier .... 
Février . . . . 

Mars 

Avril 

Mai 

Juin 

Juillet 

Août 

Sep loin h rc . . 
Octol)re . . . . 
Novembre . . 
Décembre . . 

Année 



TEMPEUATUUE 



MOÏE!*>E. 


UAXIHUM. 


dcgrds. 


degrés. 


l'i 


72 


28 8 


l'i 


05 


27 


i3 


00 


2'| 


1 1 


5o 


20 


8 


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7'' 


18 


3 


'12 


1(J 


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92 


22 


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5o 


2G 


1 2 


-40 


28 3 


1^1 


00 


29 


l'i 


9'' 


272 


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3', 


29 



tlegrc's. 

- 3 O 



— 00 
-90 
2 o 

7 O 



O 



3 3 
-90 
- o 



PRESSION 

<le 
LA vArEvr, 

atmo- 
s|)licri(|uc. 



8 2 1 

8 82 
7 08 
o\ 
5 o'i 
h 2 5 
'1 22 
.'1 G 2 
5 /|i 

7 Vi 

8 92 
8 7. 



G Go 



HU- 
MIDITÉ 

ATMO- 

si'iiÉmyiE 
relative. 



G9 8 

69 5 
G'i 5 
05 o 
60 6 
O2 o 
Oi 
58 2 
O2 7 
00 2 

70 o 
G7 7 



O'i 8 



MliililU. 

7G 
'i5 5 
3o o 

2'l o 



i3 5 



>3(i 



VENT 

DOMII>A>T 

à 3 heures 
après niult. 



E. 

N. 
N. 
N. 
N. 
O. 
0. 
O. 

o. 

iN. 
N. 
\. 



N. 



RESIME. 



SAISONS. 


lEM- 

I'Éhatuue 

MOYENNE. 


l'IiESSION 

l)E LV VAI'Ki;il. 


HIMIDITÉ 

ATMOSrilÉRlyLK. 


PLI 1 !■:. 


Eté (décembre-février) 


,l,.g,cs. 

l'i 78 

u) 91 

^ 79 
.. 87 


8 58 

G 2 2 

'1 30 
7 2G 


G9 

G 3 '1 
Go 
G G 3 


millim. 

1C7 G 

55 



17 


Automne (mars-mail 


Hiver (juin-août) 


Printemps (septembre-novembre). . . 
Annkk 


10 3'i 


Go 


O'i S 


•.39 G 





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\Nrini;iTK.S DE LA RKr.lON ANDINK 



LA QlUCA. 



1 i. U i t. i. U i i. t. 



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Janii* r 

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A«ril 

Mai.. 
Juin. . 

Jiiillcl 

Août 

Sr|i(mibn*. . . 
(Vltilirr. . . . . 
NfMrmIirT . . . 
|)rr«nilirr . . . 

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LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 



'lOf) 



COCHINOCA. 

1" JUIN 18S1 -9 AVRIL 1882. 



Janvier, 
Février 
Mars . . 
Avril . . 
Mai . . . 
Juin . . 



TEM- 
l'KRATlimO 

MOÏKNNK. 



degrés. 

i5 65 



8 J'y 



niillini 
^9 



9,a G 



M 1 S. 



Juillet. . . , 

Aoîit 

Septembre 
Octobre. . , 
Novembre , 
Décembre. 



iEM- 
l'ÉHATl'Iîli 

MOÏENNK. 



6 77 

8 o3 

1 2 G7 

i5 35 

16 64 

l'i 3i 



Total de la pluie (i" juin 1881-9 avril 1882' 



27 2 
10 6 



7 9 



La végétation de la Puna est une des plus pauvres et des plus 
mesquines du monde entier. 

Les arbres manquent totalement, à deux exceptions près : 
la auenoa (Polylepis tomentella, Wedd.) et le clmrcjiu (^Prosopis 
ferox, Griseh.). Le premier est un petit arbre de la famille 
des rosacées, atteignant jusqu'à 4°" de hauteur, à tronc et bran- 
chage tordus et formant de petits groupes dans les quebra- 
das (les montagnes, qui lui offrent un abri contre le vent. 
La auenoa est de tous les arbres celui qui pousse à la plus 
haul(î altitude dans la Cordillère. Le churciui appartient aux 
caîsalpiniacées. Il n'atteint sur le haut plateau que 2 ou 3" 
de hauteur, et il y est très rare; dans tous mes voyages à tra- 
vers la Puna, je n'en ai vu que quatre ou cinq fois. Ces deux 
espèces sont tellement peu fréquentes, qu'elles ne peuvent pas 
être considérées comme ayant une importance quelconque», 
dans féconomie des habitants actuels. Dans la ])1aine ouverte;, 
elles manquent complètement. 

[.es plaines présentent une végétation de graminées durcis 
et siliceuses, mélangées à d'autres herbes basses et surmon- 
tées çà et là d'arbustes touffus et noirâtres, d'enviion 1"' de 
hauteur. On ne peut rien imaginei- de plus inonolouc (juc 

II. '7 



^IMi \NTiniITKSI)K IN r.K.M'N \M>INK. 

cviiv M*j;<'lalioii, Hniil 1rs tous sombres se ciMiloiideiit awv l- 
i;ri» el le jaune sale rlii sol. Les |)laiites seinhleiit se déleiidn' 
roiiire la \ioleiiro (les lem|HMes, eu s'euxeloppaul dans leui-s 
hranriies a |M'lil feuilln«;e noiràlre. 

(iciH'ndniil on noie c|uel(|iie dillrrenc»' enln* la \«'^'»'tation 
dr la Inre leriiie, du sa!)!»' iiiniisaiit. d«'s hords drs saliiirs il 
dr> endroits marécageux (mi sml.- i\r la pnsiiu.' dr I'imu (jiii 
jaillit <!•• la terre. 

Sur la t«Mre ferme, (muimih' \e«(étation hasse, on remanjue 
surtout des ^ramiiu'es et des lé(;u mineuses, mais toujoui> dis- 
s<''minées, ne formant jamais «çazon. Bien mai«;re r^l l.i nour- 
riture (|u'\ iM usent trouver (|uel(|ues àm\s, (|ti<l(|ues lamas. 
OnanI au\ montons, ils pn'ferenl les |)entes dr> monta^^nes, 
on le lourraj^e est nn pru meilleur. Mnlre les lierhes il n a des 
cactéfs basses, énineuses, roncln'es a terre. Au-dessus d»* r«*tte 
végétation s'élèvent, disséminées, les /o/a^, ces arbustes noirâtres 
dont nous parlions tout a I lifiirt-. L«>s ti^rs des (olas, d<»nt 
les plus jçross(»s n'oul «pi»' 4 <>u ^)"" d't'paissi'ur, sonl !•• srui 
condinstiblr drs liabitants de la Puna. Le mot tola ne si<;niiie 
pas une rertaine esjM'ee d'arbuste; il est applitpié à pn's<pn' 
tous ceux (pii lournisseul du rond)Uslibl<'. Les principales 
esiW'n's sont : les svnanlberées (Ihiuntinuja alaianunsts. O.k., 
Senecio viridis. Pli il., llaccharis nucntphylla , II. U.K., J\ardo- 
phyllnm armntum, iU cdd.) Reirlie; les verIxMiarées l.ippia linstii- 
lata, (driseb.) Ilirnui. (très ctunmune, nommée aussi nca-rica) 
et Vcritrna srriphioidcs, (idl. et llooh. ; la solanae»'»* Inhuma visatsa, 
IlooL.ri \rn.: la lé«rnmineuse Pnlnifomuin llystrn\ {^l*liil.} (). A., 
et d'antres t-sprees de la mémr l.nniiji'; la t^^nétarér Kphedru 
amenratia. Il tlll. ' . 

I*n*s des lN)nls cb's salines, ces arbustes soiil rrmplan-s par 
d autri*s tidas, les verlwnarées l^cpidophylliim aitadranifiilarc, 
(\/ryrn) Itenth. ri //on/,., l't phyliavformr , [Meycn) llirron. \.r 

•'' Im «Irlcf Il- cr« iilanlr» r»l m . Mllrpif ilo 1.1 Mivsion SuihIoÏm», Ir 

ronfoniN* « b 1 ii«> 1.1 riiilcHiiMi D' l\nU. K. Krir* JM • 

«Iv lMiUiiM|iir ilr U i'tiiM ilr Jujiiv, (aile |Mir 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'i()7 

sol, entre ces arbustes, est tout à fait nu, sans végétation , pro- 
])ablement à cause de la présence du sel. 

Les grandes superficies occupées par le sable mouvant sont 
aussi garnies çà et là de tolas, dont les racines fort développées 
pénètrent profondément dans la terre, réussissant ainsi à main- 
tenir la plante fixe en dépit des orages. 

En de rares endroits jaillit de terre de l'eau douce ou plutôt 
légèrement salée. Il se forme là une sorte de marécage avec 
une végétation un peu moins maigre que dans le reste de la 
plaine. Un gazon composé de petites plantes vertes recouvre 
le sol, et Ton y voit même des fleurs, jolies comme les fleurs 
de nos plantes alpines. La couleur générale de la végétation y 
est vert foncé au lieu du ton grisâtre de la Puna. On appelle 
ces endroits vegas ou ciénegas. Les animaux domestiques y 
trouvent une nourriture un peu plus abondante que dans la 
steppe. 

Dans la partie basse des montagnes et dans les quebradas, 
riierbe pousse entre les pierres, jusqu'à 4,ooo et 4,500*" d'al- 
titude. Les moutons peuvent trouver là, non sans jieine, assez 
de brins durs et épineux pour ne pas mourir de faim. Les petites 
cactées sont très communes sur les flancs des montagnes. A la 
famille des cactées appartient une des plantes les plus caracté- 
ristiques du haut plateau : le cactus cierge i^Cereus Pasacana, 
[RiinipL] JVebh.)^ le cardon des indigènes. Ces cactus, qui ont 
jusqu'à lo"" de hauteur, poussent sur les pentes des montagnes 
et dans les petites vallées. Cependant ils ne sont pas très 
communs; il y a souvent des distances considérables entre un 
endroit où poussent les cardones et un autre. La limite d'al- 
titude des Cereus dans la Puna de Jujuy est à environ ^/^oo"'. 
Les> fi(j. 68 et 69^^ montrent de ces Cereus, de la Quebrada 
del Toro. Le cactus cierge fournit le seul bois de conslruc- 
tion qui existe dans la Puna. Dans les huttes des Indiens, tout 
ce qui est en bois est en bois de Cereus : le faîtage, les poutres, 

(') Noir la i)lanche XXIII, pge 378. 



-iO» wrinilTKS |)K I.A HK(.I«>N \M»IM. 

Ii'scliorons, 1«^ (xirlL-s fl l»'iirs caciivs, les tables, les métiers 
à tisser. Les tahleaiix de bois de cactus ont un as|)(3ct asMV. 
curieux : les faisceaux <le libres sont entrelacés de manière à 
Iaiss4'r des ranj;ées de Imus dans le Imms. Les Indiens préliis- 
paiiitnies s«* s(;rvaient aussi du lx)is de cactus : on en tn)U\e 
toujours des débris dans 1rs ruines. L«' Ixtis de ('(mis n'est (jur 
très dillirileiiimt <-ombuslil)i»'. 

\ uuf altitude coiisidérahlf, la nu les (lereus «1 lr> (olas ne 
iMiusseiil nlus et où il iiN a presfjue |)as de j^raminées «'t d'autn's 
jierl)4*s, lis iiioiita;(nes du liant phiteau |)ortent iinr pbinir 
curieuse qui stMile donne, à ces bauteurs, le (-oud)ustible né- 
cessaire aux voyaf^eurs. Cette plante, la yareta [Acurclla nuh- 
nanthns, Clos.; le liolnx t/leharia drs auteurs .ineiens] ««st uiir 
oinb«'Hil«r«' formant entre 1rs pirrres de «grandes toulîcs (jni 
ressi inblent a des gazons dv mousses. A j)rennère vue, on 
prend ces toulfes |H)ur des |)ierres arrondies, recouvertes de 
mousses, mais, si Ton .ittacjue la toulfr avec un couteau ou avec 
unebacbe, on découvre, au-<lessous du tapis de leuilla^e mi- 
nuscule, le j(ros tronc lij;neu\, entièrement souterrain. Ouand 
ces troncs sont vieux et secs, la yareta est un «'xcellent com- 
bustible, (pli n pn'Sfpie autant de force calorilicjue cpie le cli;n 
In)!! dr t«-rn>. I )r> rnlreprises minières de l.i I'uiki, an|ourd iini 
pn'xpic toutes abandonnées en raison des prix de trans|HH-| 
trop elevi'»s, ont, prndaii! lun^'lrnips ri a\rc un résultat satis- 
laisant, emplové la vaivta comme seul combustible |M)ur leurs 
macbines à vapmr. 

La culture est naturellemrnt , dans un li'rnloire aussi 
|kiii\rt' (pir la Piina, rédnilr a s.i phis simplr r\prrs>ion. Dans 
la Puna de .InjiiN, 1rs Indirns rnlti\enl comm«* plantes Imirra- 
j;en's la bi/.criie r| un [h'U d or|;e, (jiii ne donne pas de j;rains, 
|Nirre «piil ne mûrit |)as. Cette cnlhirr est ln>s n^duite et «n 
jçénéral il n'est |»;is du tout sûr (pu* Ir Nova^M-nr pniss»- obtenir 
le fourrage nécuss;iin' |H»ur si's niulrls, biiMi cpie dans (juebpies 
endroits on im|)orte de la lu/.erne m'cIu* de la terre basse |M)iir 
la \endre aux \nNaj»rui-s a d«'s pii\ l'xnrbilaiils. Les plantes 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'iO<) 

alimentaires cultivées sont les pommes de terre, la qiiiiwa [Clœ~ 
nopodium Quinoa, Willd.) et les fèves [Vicia Faba, Lin.). Parmi 
ces plantes, les seules d'origine américaine sont les pommes 
de terre et la cjuinoa, qui existe en deux variétés : cjuinoa hlanca 
(blanche) et (juinoa rosada (rose). Les Indiens m'ont parlé de 
pommes de terre sauvages qu'ils recueillent et mangent, mais 
je n'ai pu en trouver à cause de la saison. Il s'agit peut-être 
du Solanum tuberosiim à l'état spontané, si recherché par les bo- 
tanistes pour décider la question de l'origine de cette plante. 
De Candolle (92, p. /i2), après une étude détaillée sur l'origine 
du Solanum tuberosum, arrive à ces conclusions : l'espèce est 
spontanée au Chili, sous une forme qui se voit encore dans 
nos plantes cultivées; il est douteux que l'habitation natu- 
relle s'étende jusqu'au Pérou et à la Colombie; la culture 
était répandue, avant la découverte de l'Amérique, du Chili 
à la Colombie. Les pommes de terre de la Puna pourraient 
être aussi d'autres espèces de Solanum, par exemj)le le Solanum 
montanum, Ruiz etPav., en quichua lluki chocjue, qui est spontané 
dans la région andine de l'Argentine. Les Indiens de la Bolivie 
mangent encore ces pommes de terre , qui sont mentionnées par 
les auteurs du xvi*" siècle comme étant l'un des aliments im- 
portants des indigènes. M. Philipj)i (286 hU. p. 247), dans un ar- 
ticle sur les pommes de terre et la coca, rend compte de plu- 
sieurs variétés, ou espèces peut-être , de cette première plante, 
qu'il avait reçues du haut plateau et de la province d'Atacama, 
et qu'il avait essayé de cultiver à Santiago-du-Chili. Les in- 
digènes avaient des noms spéciaux pour chacune de ces va- 
riétés. Les fèves que j'ai vu cultiver sur le haut plateau ap- 
partiennent à l'espèce Vicia Faba, sans doute originaire, selon 
de Candolle (92, p. 253), du Vieux-Monde. Cependant les chro- 
niqueurs, par exemple Herrera (164; dec iv, \. w, c. m; t. n, p. 226), 
nous disent nettement que les Indiens cultivaient des habas 
(fèves) avant l'arrivée des Espagnols. L'oca [Oxahs tuberosa, 
Molina), dont les tubercules forment, encore de nos jonrs, 
une partie importante de l'alimentation des Indiens (hi Pérou 



',10 \NTIQl ITKS |)K l.K IIKCION \Nhl\l 

il (Ir l;i li<»liNi«', ri dont loiis les anciens liislori<»^ra|)lies nous 
iMiIrnl, iM^t j>asrnlli\V»c acliu'll«Mn«Mil dans la Pnna arj^M'iiline. 
i.e mais, cet aliniriil si iiiijMulanl «l- I lioinnir dans prescjue 
toute r\niéri(jur du Sud, ne |HHisse, dans la Pnna (le 
Jlljliy, widenieul (jue dans (|url(ju«'s \allées très prntéj^ées 
contre le >ent el il un mûrit jamais. (ie|M'ndant ou tronxe 
narloul «le»» éj>i?% et des j;rains de maïs dans le^ si'pullures pré- 
lns|)ani(|m's, et les ruines des «grandes cuilun-^ «n l< liasses, 
à (iasahiiido, Sa\ate et Rinconada, démonlunl (|ue cette 
niante v a élô jadis cultivée sur uiir «grande échelle, ce (|ui 
iiidi(|ue(|ue le climat .1 du <'lian;;er depuis cette e|HMjue. Mais, 
d'autre pari, les liahitants préliispani(pies de la Puiia de lujuN 
aiiiHirtairul peut-être une j)arlir de leurs prox isimis de maï> 
d«'s l«'in'> silui'i's pliishas, ((uiiiiie le lonl les liai)ilanls aclueU 
de cette réi:ion el roimne le faisaient autrefois iiomhn' dan- 
ciennes trihiis du li.nil pa\> hnliMi'ii , par rxnuplr 1rs Pacajes, 
d'aiirès la irhilioii d»- \Iii(;mI(> dr i'eii.dosa 236. |). '.uj . Peut-être 
les Indiens d)- l.i Tuna d«> lujuN iiu|N>rlaient-ils du maïs, à 
travers la l'uua dr Xhuaiua, des (Mi\irons de San Pedro de 
Vtacama «pii In-s prohahlemnil êlairul liahil«'s pai le luêmr 
p«'upl«> ainpit'l ils apparlenaii'ui. 

|)aus la l'uiia de \lacaiua, la < idhm- c^t nicon- |>lus ri's- 
treinte (pie dans la Piina de lujii\. \ Sus(pi('s, la seul»* piaule 
(pif Inii \ puisse cullisri- rsl l.i tjmiitxt. 

Parmi Ifs animaux sauvaj;es de la Puiia , !•' plus remarcjuaMe 
est la\ij;oj;ne lm7ir«i« Virunna. C.uv.). Mlle est assez, commune 
dans toute la Piina, surtout dans la Puna de Juju\, et les ren- 
contres a\er livs Irouprauv de ces jolis et «gracieux animaux sont 
I un «les principaux aj;rêinents du voyaj^e à travers le désert. 
Nous parlerons plus loin, paf^e ^fio, des inêlliodescpi iinploient 
le.H Indiens |>our chasser la \ij;o^ne. L'autre es|)«*ce .sauvap* du 
j;enn* \urhrnm. le hiianaco (i4fie/icni(i Huanam, Afrvr/i), est au 
contraire jmu lr«'(pientr. Le j»rand c«>rf andiii, le lanun {^(lervas 
nntisirtms. DOrh. rst ran*. Parmi Ifs |)fliK maniinilenvs, les 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 411 

plus comimins sont la viscacha^^' {^ Lagidiani peravianum, Ciiv.)^ 
rongeur de la grosseur du lapin , habitant les fissures entre les 
rochers, et Viicultuco ou oculto {^Ctenomys fïilvus , Phil. [syn. 
Ct. brasiliensis, Blainv.?]), petit rongeur qui creuse ses terriers 
dans la plaine , souvent si nombreux que de grandes étendues 
en sont tout à fait minées. Le chinchilla [Erinmys Chinchilla, 
Lichtenst.) n'existe pas dans la Puna de Jujuy, mais seulement 
dans la Puna de Atacama. Le seul carnassier dont j'aie vu une 
peau est le petit renard, Canis Azarœ, Wicd. Je ne sais pas si 
le Canis magellanicus, Gray existe aussi dans la Puna, mais, dans 
une grotte funéraire à Pucarâ de Rinconada, j'en ai trouvé un 
crâne qui peut-être provient d'une variété domestiquée de cette 
espèce ^^^. J'ai entendu les Indiens parler d'un furet [Galictis 
vittata, Bell) et d'un chat sauvage (peut-être le Felis Colocolo, 
Molina), mais si ces animaux existent, ils doivent être très rares. 
Le jaguar et le puma sont inconnus dans la Puna aigentine. 

On voit très peu d'oiseaux, sauf dans les lacs et les ruis- 
seaux où abondent les oiseaux aquatiques et les échassiers de 
diverses espèces. Parmi ces derniers , on note le flamant de la 
Cordillère [Phœnicopteras andinus, Phil.), dénommé parina par 
les indigènes. Le condor ne manque pas quand un mulet est 
tombé mort; fon voit également autour des cadavres deux 
autres espèces de vautours, plus petits. Le condor attaque aussi 
les jeunes vigognes, les agneaux et les jeunes lamas. Un autre 
oiseau de proie est une sorte d'aigle. Le nandou existe dans la 
Puna, mais très rarement. J'en ai vu près de San Antonio de 
los Cobres. 

Les lézards sont caractéristiques du haut plateau. Ce sont les 
seuls êtres vivants qui, en courant entre les pierres, animent 
un peu la nature morte de la steppe. En les voyant parfois vu 
grand nombre, je me souvins involontairement d'un passage 
de Zârate (383; l. n, c. xiv; 1. 1, p. 79) : « De toutes les provinces de 
son empire (l'empire de Huayna-Capac), on lui payait par an 

('' Voir la nolo paj^'o (ji. — <'' Voii' pa^'o flf)! *'t //V/. I^l.'i. 



^12 WTinriTKS I)K l.\ llK.rilON \M)I\I 

1111 Irihiit (le ('•' cjiir clia(|ui' p.iNs |>ru<luisiiil, juM{ii('N-là (|ii<' ili' 
(iii(>l(iii('s riirlroiU stériles (|iii im- |)r(Hliii>ai('iit aucuns iniils^ 
on lui nivnvait tous les ans une certaine (|uai)tit«' <!«' l«*/.ar(Js, 
en sij;n«' cl»' redevance, hi«'ii (jm* (]u«>l(|ues-uiis dr c«'s endroits 
fussiMit «•joi'^nés de (]uzco de plus (!«• trois c«'nts li<>ues. » 
Nrainirnl. la l*una arj^futine «*st si stériit* (|u il ne serait |>as 
(•tonnant (|u'rllr rût été Tune des ré;^ions([ni pavaient «mi lé/ards 
Irnr tril)tit à lliira lluavna-(iapae. 

I^*s animaux domestiques des Indi<'ns actu«*ls sont le mouton , 
le lama, rànt?, le rliicn, et (pnhpieiois. (hiiis la Puna de Jujuv, 
II' cochon d'Inde ou col)a\e donu'stique \^(.ana Hobaya , 
\f«rrvyr.). Les troupeaux dr moutons ronstiturnt la iortunrdrs 
Indiens. Les ànrs sont Ifur.s hélcs de somm»'. L«'> «rens très 
riches dr la Puna de .liipis possèdent un ou d(>ux mulets, mais 
les clie\au\ lie peiiM'iit pas MM'e sur le haut plateau. Dans la 
plaine des Salinas (îrandt>s, il \ ;i (piel(pi(>s hétes à cornes dont 
le nomhre n'excède ce|)endanl pas une centaine. 

(hiant au lama \nrhcma Lama, lllu/cr)^ on n'en \nil plus 
aux environs rie Salinas (irandes, ri ils sont éj^alemenl peu 
lre(pienls dans le deparleini'iit de (iochinoca. Ils n ont été 
presque totalement remplacés par le>> moutons et j)ar les àiu»s. 
Mais, dans le nord dr l.i Piina de .Injuv — en Ya\i, liinconada 
et Santa (ialalnia — el dans loiil» jj JNina dr Atacama. il existe 
des troupeaux assez nomhreux. (iomme j«' lai sij^nalé paj^es 8() 
el .^.i;), la plupart des os de lama (pir j'ai rxinnnés dans les 
ruines et dans les sépnltnres d»- la Puiia de Jujuv et dv la Oue- 
hrada del Toro smil plus Iréh's (pu- les os du lama actuel. La 
race la |)lus répandue a I epinpie j)réhis|)ani(| ne était d«>nc moins 
lorte <pie la race actuelh», ce (pii concorde avec les rens4'ij;ne- 
mentsde Don Pedro .S<)telo Narvaez (253. p. i&i),à projx»» des la- 
mas des (àunechin^'onsdeCiôrdoha.el é^'alement avec les études 
cpi'a effectuées M. .Alfred N.hrin»; ^255. p. ^ih, .^i(i) surdescrânes 
de lamas exhumés des .sépultun-s d'Ancon. L'un de ces crânes, 
hien que nasaiil (pie la ;;iandeur de celui de l'alpaca, a\ait 
le |Miil si'inhlable i ( rlui rjn lama. Il n a cependaiil dans mes 



LA l'UNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'iLl 

colieciions des os de lama très ro])ustes et très grands, si 
grands qu'on est en droit de les considérer comme provenant 
d'une race de lamas différente de la petite race dont nous venons 
de parler. Mais ce sont des exceptions , et ces os très robustes 
n'ont été trouvés que sous forme d'objets travaillés, comme le 
tuhe, fi(j. lââ, de Pucarâ de Rinconada. On pourrait se deman- 
der s'il ne s'agit pas, dans ces cas, de lamas d'une autre race, 
importés de l'étranger, ou bien d'individus exceptionnels. 

L'alpaca i^Aiichema Paca, Cuv. ) n'existe pas dans la Puna argen- 
tine, à l'exception de quelques individus qui ont été importés 
de la Bolivie à Santa Gatalina. Cette espèce ne semble pas non 
plus avoir été élevée dans la Puna argentine à l'époque préhis- 
panique, car on ne trouve pas dans les anciennes sépultures 
d'os qui, avec certitude, lui puissent être attribuées. 

A propos des Aiichenia, M. von Tschudi (353, p. 226,237,257,61 
358), à qui nous devons de très intéressantes études sur ces ani- 
maux, affirme que le lama ne se croise jamais avec l'alpaca et 
que le croisement du lama et du huanaco reste toujours infé- 
cond. 11 s'appuie sur vingt-deux cas de ce dernier croisement 
dans lesquels il a constaté l'infécondité. Cependant les nombreux 
renseignements que j'ai recueillis dans la Puna argentine et en 
Bolivie démontrent le contraire. Partout j'ai appris des Indiens 
que les huanacos mâles se rapprochent souvent des troupeaux 
de lamas et s'unissent aux lamas femelles, qui quelquefois môme 
se séparent du troupeau et accompagnent leur ravisseur dans 
les montagnes. Ces unions sont souvent fécondes; le bâtard 
ressemble au huanaco par le poil plus court et plus rigide que 
celui du lama, mais il est comme ce dernier plus grand et plus 
lobuste que le huanaco. La lama ravie par un huanaco retourne 
toujours au troupeau quand le rut est passé; mais les bâtards, 
quand ils sont gi-ands, al)andonnent fréquemment les lamas 
pour se joindre aux liuanacos sauvages. Le bâtard du lama et 
du huanaco est dénommé haarizo par les Indiens. Quant au 
croisement du lama et de l'alpaca, tous les Boliviens que j'ai 
inten-ogés à ce sujet m'ont afïiruié que ces deux espèces s'ac- 



hl% VNTini ITKS l>K LA IlKf;i<»N WDINhL 

rniinlcnt .snu\«Mit ri (|ii«* cvs iiiiioiis |>riiNriil pfn» fôcoiidcs. Ilii 
(iiiirliiia, on a|)|)<'ll(' ce l)àtanl cliajni. Kii vv (|iii (-oiic<'riu' la 
\i«rn«(iir, il naraîl (jim'II»' m» se croise pas avec les autres es|)èces. 

l/iiiinressioii que pro<lui( la l*uiia sur le vovaj^eur esl lelle- 
iiiriit i'lraii'(«',(nroii nr la ( roirait pas n'rlle. On se snil «'Inij^m'' 
il<> la Irrrc; il vrinhlr prr^qiic (pir Ion traNcrsc, an pas lent (in 
ninirt e\t«*nn«', un pays lunaire. La nuclilr dr retl»» nature «'sl 
ellravaute : elle n>n(l soinhrr, taciturne; on ne rit plus; on a la 
poitrine serrée coin m»' (laii> un elau par cet air a j)eine respi- 
rahle. Partout où le regard «-<■ poile, mi Noil les mêmes tons 
s<)ud>res, j;ris, indélinis : la stej)|M" immense, triste, couleur 
jaune s.'de à la<"lies m'iI noirâtre, où les montagnes grises, à 
ronlonrs hrntaux, semhleiil «'-tre un rliaos «le rochers hrises, si 
on l»'s Noit de près, et des nuages à lliori/on pn'curseurs <le la 
tem|M'^te, si on les voit de loin. L harmonie maufpie ahsolument. 
Kt tout srinldle dans ce! air raréfié; \*-> ()|>|e|s n'ont |)as de 
contours lixes : ils sont entourés d un halo avant les couleurs 
du six'ctrc solaire, comme m on les aperce\ail à traNers des 
lunettes trop lortes. Le ciel, d un hien pale, n'est j)res(pu' 
jamais nuageux. Les ravoiis du soleil ne lron\enl pas de ré- 
sistance en pénétrant cet air d inie densité minime. La lumière 
esl crue; elle heurte l'œil comme celle du magnésium. 11 n'v a 
pas de |)enoinhre : seules rond)re nette, delinie, noire, et la 
lumière hianche, im andescente, impitoxahle. Les photogra- 
plii(*s du haut plateau le démonlrenl : Toinhre esl représiMitée 
par une tache noire comme de l'encre; aux en<lroits iMisoleillés, 
la terre est tellement hianche (pielle semhie couverte de neige. 
Aucune transition n existe entre le noir «l le hianc; en n'gar- 
dant ces photographies, on croit à une erreur dexposition on 
de xirage. Un .silence ah.solu règne dans la Puna : |)as un chant 
d'ois«'au; les ran>s êtres vivants ne lonl pas de hrnit et, si l'on 
devance de (piel(|ues |)as la caravane, on n'entend ni la son- 
lU'Ue du cheval qui guide les mulets, ni les cris et les jurons 
des muletiers : l'air est si léger, «pie les vihratitms du son 



LA PUNA ET SES HABITAMS ACTUELS. 'n5 

s'éteignent presque immédiatement. A ôo"", il faut crier très 
fort pour être entendu. Un coup de fusil ne se perçoit guère au 
delà de loo"". 

La tempête sur le haut plateau est imposante. Le voyageur, 
monté sur son mulet, chemine lentement sans songer à l'orage. 
Soudain le ciel, serein jusque-là, se couvre de nuages noirs, 
l'un chassant l'autre avec une rapidité vertigineuse. Quelques 
minutes encore, et les éclairs sillonnent les nuées, la foudre 
paraît tomber partout à la fois, à peu de distance. On se croi- 
rait parfois entouré d'un cercle de feu. Les hommes et les ani- 
maux sont fréquemment tués par la foudre; les Indiens ne 
veulent pas habiter ou séjourner longtemps en certains en- 
droits, car il y a vraiment danger d'y être foudroyé. 

La nuit est encore plus étrange que le jour. La lune, qui 
adoucit le paysage dans le bas pays, produit sur le haut plateau 
un elfet tout différent. Elle donne une lumière étrange, sinistre. 
Si l'on s'éloigne un peu de la tente ou de la hutte indienne où 
l'on s'est abrité, il semble que l'on est loin de la terre. Il est 
impossible de décrire l'impression faite par un paysage de la 
Puna éclairé par la lune; il faut l'avoir vu. 

Les Européens ne peuvent rester longtemps dans la Puna 
sans être envahis par une mélancolie qui amène quelquefois 
des dérangements cérébraux. L'une des choses qui a le plus 
d'influence sur l'Européen est peut-être l'absence de végétation 
verte. Je me rappellerai toujours la sensation éprouvée lorsque, 
après un premier séjour de deux mois sur le haut plateau, en 
1901, je descendis à Jujuy avec deux de mes compagnons de 
voyage. A la vue des premiers arbres verts, dans la Quebrada 
de Humahuaca, nous fûmes pris d'une joie folle : nous faisions 
des courses sur nos mulets, nous dansions comme des écoliers 
qui ont obtenu un congé inattendu. 



Pl. xxxih. 




Fig. 87. — Plaine des Salinas Grandes, |)rès d'Abrapampa. 




Kig. 88. — Apaclieta. 



Pl. XXXIV. 




-âwR^'^ 









Fig. 89. — Village de Susques. 




I'il;. <)<>. — l'^glist! (le Siis(|ues. 



LES INDIENS ACTUELS DE LA PUNA. 
SUSQUIiS. 

Toute la population delaPuna, à très peu d'exceptions près, 
est composée d'Indiens purs, appartenant à la race andine; ce 
n'est que dans des cas très rares qu'il peut y avoir dans leurs 
veines une petite proportion de sang blanc. Mais, probable- 
ment, ils ne descendent pas des anciens habitants du pays. Les 
déplacements forcés, ordonnés par les Incas après leurs con- 
quêtes, les guerres continuelles entre Espagnols et Indiens, 
entre les Espagnols eux-mêmes et, après l'Indépendance, entre 
les différentes républiques et entre les divers partis politiques, 
l'exploitation des sables aurifères dans les premiers temps de la 
domination espagnole, enfin l'abri sûr qu'offre le désert aux 
individus poursuivis par les autorités des pays voisins et 
l'immigration volontaire d'Indiens de la Bolivie, telles sont les 
causes qui ont fait des Indiens de la Puna un mélange d'élé- 
ments très divers, bien qu'appartenant à la même race. 

Cependant il y a encore, dans la Puna de Atacama, des 
Indiens qui y ont vécu, depuis l'époque de la conquête, sans 
se mélangei' aux autres, conservant toujours leurs anciennes 
coutumes et leurs anciennes croyances. Ce sont les Indiens de 
Susques et de Coranzuli, districts montagneux, arides el froids, 
en dehors des chemins, et qui ne sont jamais visités ni ])ar 
un étranger, ni même par les Indiens d'autres régions ^'^ Ces 



*'^ En dehois du rnaïKjue de lourrage , 
d'eau et autres ressources, un inconvé- 
nient rend difîlcileun voyage à Suscjuos. 
]l consiste dans la présence de graminées 
toxiques nommées viscacliera par les In- 
diens de la Puna. Ces graminées poussent 
partout dans les districts de Sus(jues et 
de Coranzuli, et (pielques bouchées sont 
sulFisantes pour tuer un iiuilel , un clie\al 
ou un i'ine. J'ai [)ublié (71) une élude sur 



ces graminées dans le BiiUetin du Muséniii 
(l'histoire naliirelle. Ce sont deux espèces 
du genre Slipa : Stipa leplostachya , Grisch. , 
et une autre se rapprochant beaucoup de la 
Slipa liYsIririna , Spegazz. T/une et l'autre 
sont indiirér(Mnnient a[)pelees par les In- 
diens viscacliera; cependant, à Susques, 
on nommait la première espèce viscacliera 
inaclii) (niàle),ctla seconde* viscacliera lirin- 
bra (Icmelle). (]es graininces existent . spo 



MH 



VMlOilTKS |)K I.A I;K(.|o\ \M)|\K 



IimIiimin (uiI loiijouis éli* pn'Mjiii» in(l«'jM'ii(hinl.s des Imis n*|)u- 
l)li(|ii<'s (lui 1rs iMitoiin'iit, la B<»liNlf. If ^liili «1 I Arj^LMiliiH'. 
LorstiiH' rr clprnirr pays \oiiliil. en i()oi, |ir«'ii(ln' jMisscssion 
fl<* son nouveau l«>rrit<>in>, le prruiicr ^ouNcrncur, un ^MiéraK 
fil un \nvnj;r aulour (\r la Puii.i pour liissiT Ir (IrapiMU ar;;«'n- 
(in dans U's (iillrn'nl.s haniraux <1 Jndicus. Il se rrudil aNcr 
mn' iM'lilr rscorlr à Suscjnes, mais li* dra|>4'au lui hrnir, vi \r 
l'ouveriMMir «'1 son ••M-orlr durent •>«' rrlirrr aussi Nile cjuils 
purent, aiiii dr m- pas être chassés a coups i\r j)i( rn- pai- l«*s 



ra<lii|U<-iii<*nt,<l.in^ (oiil l<> ni>r(i<l<- la l'un.i 
(if* AlaraiiM i-t , liirn «|iir lll(>i^^ rt>iiiiiiuiu>« 
(iii'à Sut4|U<"t. «Un» piiuieun «Midrnit.s do la 
l*unn (Ir Jiiju\. l.uSiipti hyitricina m- troiivr 
auvti dan» la partir iiirridionale du haut 
|ilalr.iii l><ili\icn, ;i |>.irlir du lo* drgn* dr 
laliludr «ikI. J'ai rrcurilli la .S. leploitachyn 
■ SllM|lim, k Piirarii d(> Hinrnnada rt n 
A/ul|)ampa, et la .S. h\$lricina dans \vs 
dru\ jimuim i'n«ln»il». Mon rolli-pi»* , Ir 
\Y Nrvfu l^-iiiairr, a rnj»|M>rl(* <l«' l*ani|>a- 
Arrnal, |in*a de Pulacavn (Htilitir;, una- 
grainini^ tr ra|i|inK-hant lM>aurou|) d>- la 
dfniitTi' «•♦|MTi». rt i|ui . •l'apn'* Ir» n-n- 
v'i^nnni'nt» i|ui lui ont t-lv donnt'*» par 
Ir» lndii-n«, r$l ^l'-ni-nruM*. M. Al«*j.indn» 
IWrtmnd iSO. p- 7)j •*«t,Jr rroi«. le m'uI 
«nyap-ur ipii avant moi ail nirntionm- 
la rnrnchrra. Il dit ipic \v% Indirn» de la 
(^irhrada dr Ourirna, rn l.i|»r/ (|\nli«ir], 
lai ninnirfrrnt unr f^aininér v^non<*UM< 
dr rv nom qui > |Ntu«viit rt iHait nior- 
Irllr |Mmr lr« iiiulrl* ipii rn liroulairnl. 
(Irllr |;rainini*« rr«vndilait n la /xt/o 
kratm, rr qui indiqur qu'il t'af;il lurn t\r 
la StifM ttplotlackirm. 

I.'rflfrl t'itiipir dr rr» plautr* rU Irr» 
|Nli«Mnl lr« r\\r\ aui . Ir^ Mudrl» , lr« ànr* 
«pii rn manffrnl , nirarrnt dou\ ihi lrtii« 
hrurr» a|Hrr<i rn a*oir |in«. ui^inr rn petite 
quantité. Jr nr r<>nnai» |mi« dr iiM>rt dr 
lama» rauvr |»ar Itnloxn .tlmn dr ir» 
plantr«. rt Ir» liidirn* di«rnl qn<- Ir» lama», 
•UMÎ liini qur Ir» UrtiU. |N<ti%rnl rn nuin- 
Krr «aiM tlangrr; mai» il r»l jilulol pn>- 



li.ilii»' qur us lK't<% util iiiin^i-nt i>.is. i.r 
•umt »rulriiirnt Ir» aniiiiaul rtrangrnt «pii 
hroulrnt 1rs riicachrras , rru\ ilu |ia\» lt*« 
laiMont «Ir n'tlr; r'«>»t unr ol>M>r\alion qui* 
j'ai d'aillrur» |>rrM>nnrllrmrnt faitr |Miur 
dnulrr* planlrs vrnt-nruv» dr i'Amrriqur 
do Sud, rointni* par cxrmplr Ir iiinnio 
( Itaccharii coiiJifolin , IX '.\ 

J'ai assisté h un m'uI cas de mort 
itrcasionnrr par la riicachera. (Tétait un 
ànr, originaire <ir la Qiirhrada dri r«>nt. 
ami*n«'- |>ar un Indirn nllanl m tVilnir ri 
qui |ia&»ait la nuit à Purani <ie Hinronada, 
dan» la Punadr Juju\. I.'Indirn a^ait làrhr 
sa In'-tr au pir<l d unr lollinr rou\rrtr dr 
loufTrs tie Slipa Irptinlachyt. Is'nnr rn 
mangra rt mourut Ir matin, dit uiinuli*» 
il jM'inr aprr» mon arrivi-e n l'rmlniil où 
il a^'onisail. 

J'ai n*rurilli i-t rontmlr. a\rr tiHil Ir 
»oin iMtftsililr , di* uomlirrut n*n»ei^nr- 
mrnt» sur tirs c:k\ dr mort «Ir niulrt». dr 
rh«'%nu\. «>rrasi«>nn«'» |Mir la ritcitchnn. 
Ton» Ir» nnilrtirr» «^»nnai»»«'nt un rndmil . 
nouuue lUrranras. u lourst «le» .Salina» 
(ir.indit. Mir le rhrniin i|ui mène <ir la 
Valir«« ('.alrha«|uir rn n«»li>ir. On % »oil, 
loul Ir l«fng . iM'aurtHq* dr Slipa hytlricina , 
et les muletier* ) font toujours |»a»ser leurs 
tmiqM>au\ au galop |>our rnqMVher leur» 
U'-tr» dr mangrr «II* la ii*carhrra. A A/ul 
itampa. rn dr»rrndant d'AI>rapainpa à la 
<,hi«'lira«la de llumahuara. un Imlirn «pii 
) lialiite m'a raconte i|ue de* muletier» 
argentin» > ètairnl arrivé* un »nir rnntlai- 



LA PUNA KT SES HABITANTS ACTUELS. 



'il y 



Indiens. Dernièrement, le gouverneur actuel, M. le lieutenant- 
colonel Nicolas Menéndez, par sa fermeté et sa bonté, a réussi à 
soumettre ces fils du désert aimant leur liberté et leur indé- 
pendance. 

Depuis mon voyage de 1901, j'avais le désir de visiter ces 
Indiens, qui devaient olïrir un intérêt spécial au point de vue 
ethnologique. J'ai une grande dette de reconnaissance envers 
M. Menéndez, qui m'a aidé sous tous les rapports pour mon 
excursion à Susques, entreprise assez difficile. 



sant (jo mulets; les conducteurs avaient 
lâché leurs bêtes dans une petite vallée 
entre des montagnes, où poussait la visca- 
chera : le lendemain, ^S mulets étaient 
morts. Je visitai la petite vallée et j'y 
trouvai encore les squelettes des mulets; 
il y avait en effet de la Stlpa leptostachya 
en abondance. 

Lorsque j'ai questionné les muletiers 
pour savoir s'il n'y a pas de remède pour 
les animaux empoisoimés, ils m'ont ré- 
pondu (jue dans 1res peu de cas il était 
possible de sauver une bête qui avait 
mangé de la viscacliera, et seulement 
si elle n'en avait avalé qu'une très petite 
quantité. Un des muletiers à mon ser- 
vice m'assurait qu'une fois il avait sauvé 
un mulet en le baignant avec de l'eau 
froide pendant plusieurs heures. D'autre 
part, les muleliers prétendent qu'on peut 
prémunir les animaux contre l'effet de ces 
graminées en frottant leurs gencives et 
leurs narines avec de la viscacliera tri- 
turée, et en leur faisant respirer la fumée 
de ces plantes, après y avoir mis le feu; la 
plante leur donne alors des nausées. La 
chose est 1res possible, car j'ai essayé avec 
plein succès la même méthode pour pré- 
server les animaux de l'empoisonnement 
par la Baccharis coridifolia, dont j'ai men- 
tionné ci-dessus les propriétés toxiques, 
qui pro\iennent d'un alcaloïde , la hacchn- 
rinc. 

Les échanlillons de viscacliera que j'ai 
rapportés ont été analysés, à Paris, par 



le prolésseur G. Pouchet et par le 
D' F. Heim. Ils ont trouvé que la toxicité 
des deux Stipa doit être attribuée à un 
glucoside analogue à Tamygdaline, qui, 
sous l'iniluence des diastases, se dédouble 
en donnant de notables proportions d'fltiV/e 
cyaiihydrique. Cet acide ne préexiste pas 
dans les plantes et n'est mis en liberté que 
par la réaction du ferment sur le gluco- 
side à la suite du broyage des tissus quand 
les animaux mâchent des plantes. 

Les viscacheras ne produisent pas tou- 
jours la même quantité d'acide prussiquo. 
Ainsi M. Heim en a trouvé, dans la Slipa 
leploslachja de Pucarâ, o^'oa pour loo^' 
de poids sec, tandis que la même espèce 
d'Azulpampa ne lui a donné que des 
traces non dosables de l'acide; cependant 
le cas des 76 mulets morts dans ce der- 
nier endroit démontre que, là aussi, dans 
de certaines conditions, la Sllpa Irplosla- 
cliya peut être toxique. Par conséquent, 
ce n'est pas la différence de région ([ui 
détermine le degré de toxicité des Stipa. 
C'est peut-être la saison , la lumière ou 
d'autres circonstances qui en sont la cause. 
La solution de cet intéressant problème 
est réservée aux investigateurs de l'avenir. 

Les Indiens superstitieux prétendent 
que les animaux ne meurent pas de la 
viscacliera si on les voit lorsqu'ils en man- 
gent. M. le gouverneur Menéndez m'a 
assuré aussi avoir \u un nmlet manger de 
la viscacliera sans en êlre autrement in- 
conmiodé. 



<h20 VNTIoriTKS |)K I.A UK(;iC»N ANDINK. 

A San Aiiloiiio de los Cobres, j'ai vu les premiers Indiens 
de ce district : six prisonniers de Siisques «1 dr Coranzuli, 
dontcinti innir rébellion. Ils se distin«;uaient par leur attitude 
larourlie et nn'li.iiil»'. le lésai niensurés. mais re n\*st (pu* sur 
Inrcln* sé\«'n' <lii rln'l dr jMjlicr (ju ils sr sont soumis ii rettr 
niH'ration. Prn<lanl mon séjour à San Antonio, l'un des pri- 
sonniers, IN'dn» (iar|)anrbav, s'évadr uiir niiil. Ou «nNnif un 
servent ri IrniN snidats à sa rerliercJH', a\«'c deux prisonniers 
romiiie j^iides. Les soldats sui\in'nl (hiKnnl 1rs li;u(»s dr 
rindirn, mais ils les perdireni hirnlot. Sous les menaces d«'s 
soldats, l'un des j;uides leur montra alors, sur le liant d'une 
montn^Mic, un tout priil point lumineux provenant du iru 
allume par Ir ru;;itii. Mais il n'rtait pas facile d'arri\er aux 
nxliers où sr trouNait rindien; il fallut laisser les mulets et 
rntrrprendrr a pied, dans l.i nuil, 1 ascension de la monta«(ne 
Irè» escariMM». L«*s soldats a\an(;aienl dillicilement, sautant de 
rocher en rocher. Kidin ils arrivèrent non loin de l'Indirn; 
mais, si celui-ci les avait ajH'rcus, il aurait |)U facilement s'en- 
fuir, f^ersonne en eflif lU' peut ponrsuiNre un de ces Inrliens 
dans leurs monta^me>. I.e ser^'ent ordonna alors aux soldats de 
tirer par-dessus le fu«;itif en évitant de Tatteiiidn*. l/onlre 
sVx^rute, el l'Indien tond)e. La petite troupe se j)récipite, crai- 
gnant d«' laNoir tué;on relève le fu«;itif,oM le secoue, et lina- 
lement on s'aperçoit <pi il n ts| mh'mh' pas blessé. Ci était par 
peiii , en entcMidant millier les halles, (pTil t-tait tombé, s'imaj^i- 
iiant être mortellement blessi-. L»- lendemain, il était encore 
persuade (piil axait et»' atteint, el le «hel de polire dut le fane 
dexétir pour lui montrer (pi il n'axait rien. 

\l. le j»ou\eriieur Meiiénde/. mit 1 Indien (iarpancbay à ma 
dis|H>sition jMHir \r xoxaj^e à Sns(pies, afin «le me serxir de 
j^uide v\ sj)érialemenl pnni m'aider à décoin rir, dans leurs 
cachettes parmi les monta<;m's, les Indiens de c«* district (pu 
mit rhabitndt» de s'échapper a l'approche de tout étran'^er. 
\L Menende/. me domia aussi une lettn* |K>ur le cacicjue de 
Siistpirs , hii oidnMM.Hil <le f.iiir Minr eu nia présence autant 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'i21 

d'Indiens que possible, pour être mensurés. Afin d'expliquer 
cette opération si étrange pour eux, le gouverneur ajoula 
([u'elle avait j^our but une étude sur leur intelligence, prétexte 
habilement inventé et qui, plus tard, nous réussit à merveille. 

Voyage de San Antonio de los Gobres à Susques. — Avec 
mon prisonnier, je me mis en route le 28 juin. 11 fallait 
d'abord parcourir dans la journée la partie sud de la plaine 
des Salinas Grandes pour arriver au défilé dit VAbra de Cobres, 
où Ton doit passer les montagnes qui séparent cette plaine 
du district de Susques. Ce sont dix-neuf lieues (environ 95*"") 
sur im chemin en partie sablonneux, en partie miné par les 
lerriers des Ctenomys, où les jambes des mulets s'enfoncent à 
chaque moment jusqu'aux genoux. Comme il n'y a pas d'eau 
potable sur tout ce chemin, il faut faire le trajet en une seule 
journée, ce qui est une épreuve des plus fortes pour des mu- 
lets portant chacun 120 kilogrammes sur le dos. La végéta- 
tion consiste en tolas; dans de rares endroits poussent des 
toufPes de graminées dures. Le chemin suit toujours la direc- 
tion nord, au pied de la chaîne de montagnes sans nom qui 
h mitent la plaine vers fOuest. Cette chaîne est uniformément 
composée du même quartzite schisteux que nous avons ob- 
servé dans toute la Quebrada del Toro^^l Dans un seul endroit 
entre San Antonio de los Cobres et Salinas Grandes, j'ai ren- 
contré un Indien qui habitait une case en pierre, sans toit, au 
pied des montagnes. Il y gardait quelques moutons et devait 
apporter son eau de plusieurs kilomètres de distance. Cette 
eau était fort salée; je ne crois pas que mes mulets en eussent 
voulu boire. Les moutons devaient être amenés une fois par 
jour à la mare d'où provenait feau. 

''' M. Brackebusch (74), sur la carie Rcpdblica Aiiienlina, conslniidu sohre lus 

insérée dans son élude de la foriualion dalos exisleides , y sus proprias observacioiics 

pétrolirérc du .lujuy, délormine celle heclias duraiite los afins /<S7.) Iiasla ISSS, 

cliaine couuue composée de <;ranil, mais pnr el D' Luis Ihnchebiisrli. — liisliliilo 

il s'esl loclillé dans sa carie <;éologic|ue Gco(jrâfia) de C. Ilell/arllt , (lotlut). 
générale ( Mapa Gcolùgico del Inlerior de la 

2 s 



V22 AMIOUTKS |)K I. \ liKCilON \M)INK. 

ViTs iiiimiit lions arrivâmes à (iohros, luralilc sIIihm» à 
rniilMiurliun* (l<- li (|ii«>l)rn(la iiMMiaiit au (Icliic 11 v a iiii«' 
(l<Miii-(l()U7.aiiM- (le liiitti's (1 hidinis, dont la |)lus «grande est 
liahilrr par un»* Nirillr Irniiin", roiisiclrrrc («hiiiih' «très 
ricin* », car rllr l'st |)roj)ri«'lain' dr j»n's d»» crnt montons, de 
(inrlfinrs niniris rt , cr <jni «'^t pins notahlr rncorr, de jM'tlts 
champs i\t' In/.«MIM'. L'ean <lii nii^sran (pli v sort (l»'> nion- 
taf;ncs «vst douer. 

Jo décrirai plus loin les aiicicniH's uiiiirs (!•■ tniMf (pii 
existent dans cette localité. 

Je laissai à (iohres la |>lnpart de mes l)aj;aj;es et je chargeai 
mes muh'ts avec de la luzerne jionr ponxnir leur donnt'r à 
mander an moins |)endant la première journée à Su.s<pn">. 
sans ri.scpn'r de s'empoisonner asec de la vtstaclirru. 

Un j^endarnn- du ( louviTuemenI dr I.,o.s Andes se joi<;nit 
à moi à (iohres, et je partis, ma pelilc hoiipe se composant de 
si\ hommes, l'Indien (iarpanchav y comj)ris. i.i (jnehrada 
de Cohres n'est |)as lon«;ue, mais l'ascension en « ^1 indr. La 
\é«;étalion y est un peu moins inai«;re (pu* celle des plaines 
du haut |)lateati. IVès du ruisseau (pii coule au lond d<* la 
(HU'hrada, on \oit de temiis en teMi|)s un petit ^a/.on \eil «i 
d«'s arhustes avant juscju'à >"* «le hauteur. 

Les nuMita^nes des deux cotés de la Quehrada de (iohres 
re.ssend»lenl parlailemciil . .m |i()iiil de \ ne j;éoloj;i(pn\ à celles 
de II (hn-hrada de las (iuevas el de la Cuesta de Munano «pie 
nous aNons décrites. \u commencement, dans la partie hasse 
de la (jnehrada, c'est du «piarl/ite schistenv hien leudlete, for- 
tement plisse et tordu. Mais, au liir et a mesure (pi'on monte, 
cette roche, en gardant la même composition minéralo^Kpie, 
|M*nl son caractère scliistiMix el se con\ertit en (piart/.ite com- 
pact et dur, non ieuilleté. Dans \v délih', on \oit deux on 
trois sommets cou\erts (h* couclies de j^rés iisammite, rouj;e 
et jaune, Invs semhlahle aux |)sainmites delà Onehrada de Un 
inahuaca,(pii ont viv déterminés par M. lirackehusch comme 
appartenant à l'éptupie crétacée. (!e sont les derniers restes 



LA PU.NA ET SES HABITANTS ACTLELS. 'i2;^ 

d'une couche secondaire qui jadis a couvert le quartzite paléo- 
zoïque dont est formée la chaîne. 

Avant midi nous étions sur la crête de l'Abra de Gohres. Un 
superbe panorama se développe à nos pieds. On voyait de là 
toute la Puna de Atacama. Un soleil brillant dans un ciel sans 
nuages envoyait ses rayons au travers d'une atmosphère lim- 
pide, dont la minime densité n'est guère un obstacle à la 
pénétration de la lumière. D'abord se dressent devant nous 
deux chaînes de montagnes d'une direction constante nord- 
sud et qui divisent le territoire en trois longues bandes, inter- 
rompues çà et là par d'autres montagnes. Ces chaînes sont 
sauvages, multicolores, déchirées, hérissées de pics. Derrière 
elles on aperçoit, sur le ton grisâtre du sol rocheux, de grandes 
taches d'un blanc pur : des salines; enhn, dans le fond, la 
série de pics neigeux et majestueux de la Grande Cordillère, 
dont les plus proches sont éloignés d'environ 120 kilomètres 
en ligne droite. 

Mais il faut a])andonner ce spectacle grandiose pour arriver à 
notre destination avant la nuit. La descente commence douce- 
ment. Une couche de trachyte couvre le pays. La stérilité de ce 
sol est presque absolue; rares sont les tolas qui y ont pu prendre 
racine. Il n'y a pas de chemin visible. Peu de mulets ont passé 
par ce désert pierreux. Ils n'ont pas été assez nombreux pour 
y tracer un sentier, et, quant aux Indiens et aux lamas, ils ne 
laissent guère de traces. C'est Carpanchay qui guide. Il vou- 
drait bien égarer la caravane et se sauver en nous abandon- 
nant au milieu du désert. Il fa déjà essayé avant que nous ne 
soyons arrivés à Cobres, et pourtant le gouverneur lui avait 
promis sa liberté à condition qu'il se comportât bien. La 
couche de trachyte devient presque horizontale, mais elle est 
sillonnée de profonds ravins, des crevasses d'une centaine de 
mètres de profondeur et d'autant de largeur. Les fréqueiih^s 
descentes dans ces crevasses et les ascensions de l'aulne coté, 
le long des sentiers serpentant sur des murs presque^ à plond), 
deviennent extrêmement fatigantes. Dans les coupes de ces 

28. 



Vil \MinUTKS |)K LA HK(.H»\ \\IH\K 

ra\iii> un rL'lruu\e les cjuarl/ilfs r<)iii|)arls ou scliisluï(lL\s; ou 
voit que la puissante couche fh» trach\l«' \ a «nlerré de véri- 
lahles inonlaf^nes paN'ozonjni - 

Nous sommes |)n*s de Sus(|ues. Lr «;«>n(larnir allln' mon 
alli'iilion sur un ludirii (|ui <;ar(lail , iiou loin (\r nous, un 
IrouiH'aii (le lamas, il m«> demanda la |)«'rmis>iou d aincnri- 
ri'l Indien j)our sa\oir où Ion pourrait rencouh-er les autres. 
Sur ma réponse alIirmatiNe, i\ part au ^alop pour dispa- 
raître dans un ra>in. Au même mom<>nt, I Indien disparaît 
également dans un raxin. plus loin; |e le revois monter avec 
.son troupeau sur !<• plateau de Irarliste. pnl^ dis|)araitre 
rapidement dans un autre raNin. Un peu après, le gendarme 
apparaît un instant et disparait aussi. \u \u>\\\ d'un certain 
temps d me rejomi avee son niuli'l lali^'Uf. mais sans 
.son Indien, (.elui-ri, connaissant trop hien le dédale des 
ravins |>our se laisser j)rendre, s'était mis eu sûreté avec ses 
lamas. 

Susqucs. Le village et les Indiens. Il • l.iil déjà nuit et le 
.soled a>ait été rem|)lacé par la lune, d nnr lumière claire et 
Iroide, (piaud ( !ar|)auclia\ déclara (jue nous étions a Suscpuvs. 
.1»' ne saurais dire (pielle distance uousa\ious couverte depuis 
I \l)ra de (iohres, les continuelles descentes et ascensions dans 
les ra\ins rendant tout calcul impossihie. 

.1 aptTCois sur le Ixu'd d nn |ne(ipir«' une petite (*oustriiclion 

carm», en hrupies crues, dr dtn\ lies de liauleur et d'un 

mètre de côté, hlancliie a la cliau\ et surmontée «lune cn>i\. 
Dans rrllr hatissr, il n aNait une niclu' (pii contenait une 
estampe en oleograpliie représentant un .saint, le demande a 
(iar))aiicliay ci* (pie c'était. — «l'ne tijmclivta , lui la re|M»use. 
— • Mais je croyais (pie les apiuhrtas étaient d('»diees a l*aclia- 
inama, non pasaux saints?» — «Oui, Sefujr, aux .saints, mais 
nu.vni à Pacliamama. » — .rexamiiie Ar pus la petite hàtisse «•! 
je décoiixn' (pielle était pleine i\'u, iiHiros, « es clii(pi(>s de coca 
ipu- l«'s Indiens jelteul sin |r> apaclivtas. en .sacrifice à Ta- 



LV PIJNA ET SKS II\r,IT\NTS ACTIKLS. '125 

cliamama. Mélange singulier de culte catholique et de croyances 
païennes ! 

A nos pieds, à cent mètres de profondeur, un trou s'ou- 
vrait, l'élargissement d'un ravin, entouré de tous les côtés par 
des murs en trachyte, presque perpendiculaires. La lumière 
de la lune laissait voir, au fond du ravin, une petite église 
blanchie à la chaux et les silhouettes d'un certain nombre de 
petites maisons situées autour de cette église. Nous commen- 
çâmes la descente sur un étroit sentier en lacet, dont les tours 
et les détours ne paraissaient pas devoir finir. Cette descente 
dura une bonne demi-heure. 

Enfin nous étions en bas. — « Où allons-nous camper ? » 
demandai-je au gendarme. — «A la Casa de Gohienio)^, me 
répondit-il. Le «Palais du Gouvernement» était une case 
assez grande, avec une autre case plus petite à côté. Der- 
rière, il y avait un cnrral, une enceinte pour le bétail, en- 
tourée de murs en pirca. Je m'installai dans mon palais, je 
fis enfermer mes mulets dans le corral et leur fis donner, 
pour la nuit, la moitié de la luzerne que j'avais apportée de 
Cobres. 

Le village était désert; on n'y voyait aucun être vivant. 
J'envoyai le gendarme et l'un des muletiers pour voir si le 
village n'avait pas d'habitants. Ils s'en vont examiner toutes 
les huttes, mais sans trouver personne. Tout était désert. La 
plupart des Indiens ne viennent au village que pour des fêtes 
ou des assemblées, mais cependant il y en avait eu quelques- 
uns à mon arrivée, car mes hommes trouvèrent du feu dans 
plusieurs maisons. Ces Indiens s'étaient enfuis en voyant ma 
caravane descendre le sentier qui mène à leurs demeures. 

Le lendemain, à l'aube, j'expédiai mes ambassadeurs pour 
chercher le cacique. C'étaient mon muletier en chef, le gen- 
darme et Carpanchay. Un peu plus tard, l'un de mes hommes 
m'avertit qu'il y avait des Indiens sur le haut des rochers qui 
dominent le village. Je réussis à distinguer fun d'eux qui nous 
observait, caché derrière quelques lolas. Mais il aurait été im- 



fi2h WTHM IIKS DK I, \ HK(il(>N XNDINK. 

jxis.siMt' i\r I ;ill«-iii(ln', car I a.st rii.si«ni tiil rlrmaiidr r» rl.iiiM'- 
IIHMlt |)llls (i lllir liciin». 

Vers un*' ln'urr (\r rapivs-midi arriva un liiditii. If ihmu 
(lu caci(ju<', jMUir iirannourcr que smi «uiclr riait ru cliciniii. 
!*• Il (II- Irmps ann's, iih*s Iioiiiiih's rexiiiunt , tl le (-a(-i(|ur vu 
|><>r.s()niir lait son nitréc dans mon logement, arroni|>a«(nr 
(rnnc snil<* (\o rjualn* Indiens. (îràce aux menaces sévères (|Me 
ja\ais laites a (iarpanrljax , nn-s enNovés l'aNaient trou\é «lans 
un rasin à io^"d«' Suxjnes, où il «gardait s«'s troupeaux, liahi- 
IjiiI avec sa laniille une •^'lollr lorméi' |t;n ir^ r.mx dan^ le 
Irarlivle. 

\ i( lori.nio \âs(|ue/., rapilan dis Iiidirii-> dr Suscjuos, suivant 
Ir lilrr (|in' lui doiiii.iiciil ses ;idiiiiiii.slres, «-lait un jx'til vieil- 
lard a clieNrux *;ri.soniianls ri pnurNU de rares poils é«;alemeut 
j^ris, sur le menton. Sa j)liolo;;rapliie rsl reproduite ftij. U I . .le lui 
(-ominuni(|uai la lellr»' du j;ou\erneur et lui ex|M)sai ce cpie je 
désirai : des moutons |)our mes liomnx's, du paturaj^i' |>our les 
iinilcU ri des liidirns pnni" les iiH'iisuier. Mrliaiil ;i h'xtréme, 
très di«;ne et très dipl«>mate du irslc, il dr\ait cependant 
s'iiK liiMC d('\.iiil Ifs nrdirs joriiiiK df \I. \len«'nd»'/. Il rnvova 
chercher un tiiniitoii *'t il mit .1 ma dispo>ition deux Indiens 
pour ann'iirr les umlrls .1 uni' (pirhrada a •o^'" au sud de 
Suscpu's où il dt'\ail \ a\oir du |)iitura;;e cl (pu dail lihre 
de ns( aciirra , selon mon lu)|e. \preslui asoii- «leclan* (ju il res- 
terait rn olaj;r pour mrs hi-lrs «1 cpie les «cardions seraient sé- 
\ri»iiiiiil punis s'ils perdaient l^«^ iiiiiliK. | i'\p«'diai mou trou- 
jtriMi, non sau> craint»' (\r ne pas le rcNoii il dr iih' liiiii\rr 
j)rut-étre ohli»;*' dr ii'loiirnrr .1 pird. 

Le lendemain, \t'((ii>ilan me montra Ir Nilla^'C. Cinq lu<lien> 
se |)n'senter('iil pour l'In* mensurés. .le commençai par \ icto- 
riano, et je lui dr( larai eu pn'sence (h»s autres cpie ler> mesures 
démontraient chez, lui ufie int«'lli«(ence su|M'Tieure, co qui en 
elle! elail \r.ii.au moins pnui dmmer di's ré|M>uses évasivos à 
Iniile ipieslinn (pie je lui iaisais sur n inqxirte cpielle matière. 
Lf* soir, il det lar.i quil 11 \ a\ait plus d Indiens dans les euvin)us 



Pl. XXXV. 




Fig. 91. — Vicloriano Vasque/., cainUin des Indiens de Susqiies. 



Pl. xxxm. 




l'ig. (j2. — \V<;iiceslao Villes, Indien de Susqiies. 



Pl. XXXVII. 




I''ig. 93. — .Scl);isli:iii \ ;'is(iiir/ , Indien do Siisques. 



Pl. xxxvin. 




l'"ig. 94. — l''raiirisra Nilli's, IndiciiiK! de Siis([i 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'i27 

(le Susques; tous étaient eu voyage pour Salta, pour Jujuy ou 
pour la Bolivie. Je dus le menacer de la colère du gouverneur; 
de cette manière, j'obtins encore, les jours suivants, vingt- 
quatre Indiens , parmi lesquels cinq femmes. En voyant que leur 
capiian avait été déclaré très intelligent, ils se soumirent de 
bonne grâce à l'opération. Seulement l'un deux refusa délaisser 
mensurer sa femme. 

Pendant ce temps, j'avais réussi à démontrer au capilan que 
je n'avais pas de mauvaises intentions envers ses Indiens; mais 
toute tentative de leur faire parler de leurs croyances, de leurs 
coutumes et de leur organisation resta vaine. Enfin il se pré- 
senta une occasion qui me fit vaincre leur réserve. Nous nous 
entretenions un jour, Victoriano et moi, de la situation créée 
aux habitants de Susques par fannexion de la Puna de Ataca- 
ma à la République Argentine. Il se plaignait avec amertume, 
et avec raison , du propriétaire prétendu des terres de Susques 
et de Goranzuli, le détenteur de la merced Arias Velàsquez. 
Celui-ci voulait saisir plus de la moitié des troupeaux des 
Indiens pour se faire payer des fermages auxquels il n'avait 
nullement songé avant fannexion. Quelques Indiens avaient 
essayé d'émigrer, mais une partie de leurs bêtes étaient mortes 
pendant la marche; le reste des troupeaux paraissait ne pou- 
voir supporter le climat des régions étrangères, et on avait dû 
les faire retourner à Susques. Victoriano et ses Indiens avaient 
alors intenté des procès à fw usurpateur » du désert que leurs 
ancêtres avaient possédé pendant des générations, sans que 
personne ne songeât à y prélever des fermages et des impôts. 
Ils avaient payé des sommes, pour eux énormes, à des avocats 
dont ils ne connaissaient guère les noms, mais sans autre ré- 
sultat que de nouvelles demandes d'argent. J'eus une idée: je 
donnai à Victoriano le conseil de ne plus payer (racom|)les 
aux avocats, mais simplement de s'adresser au l^ésident de la 
République Argentine en demandant comme grâce ([u'oii (ex- 
propriât son désert et qu'on laissât y vivre tranquilles les ])os- 
sesseurs autochtones de ce sol sans aucune valeur. Victoriano 



^?H ANTIOI ITKS hK l.\ HKr.KlN \M>IM 

liiMi\.i iiHiii rniisrii l>oii ri iim> nii.i t\r |-r(li<;«'i' i.i iH'tlIinii, m 
iiinllr.iiit iMMir (•' Iraxail uih* .s<»iiiiih> d'ar^'iit a^MV. lorlt*, 
l'iaiil (IniimM'sles rpss(»urces j)éciiiiiaire8dp rt*s pauvres Iiicliciis. 
(/«•lail iiiH* ocf^sioii de rendre un service à la fois à ceux-ci 
et à la science. Je dis ;i mon liôle cjne j'écrirai j^raluilemenl 
la iM'tition, à condition (|n'il ordonnât à ses Indiens de nie 
fonrnir (inrlfnn's nMis«'i«;iMMn«'Mls >nr Irnrs crovancrs vi leurs 
crn-nionirs. Ma projHtsition lut accej)té«*, et y pus m'occuper 
pendant flenx jours à prendre note de ce cpii li^^nn* ci-<lessous 
sous le titre de •> l'olklore •. Les séances enn-iit lieu (Luis In 
case de Victoriano. \ii (-oiiinuMiceiiK-iii . il •Lut dillirilede tirer 
(piehiiie chose de l;i IxMiclie de ces Inchens si n'serNes. Je n»- 
iii.'inpi.'ii (pi'ils «'taient gênés par la j)résence de l'un (\v mes 
iiiiiieliers; je Ils rassembler mes hommes et h'ur ch'lendis, en 
|»ré.sence des Indiens, de s'aj)procher .1 nue certaine distance 
de la maison on nos séances aNaient lii'u. I ohtins alors |m>u à 
jn'M liMir coiihaiice. \.iliii«'lleiiiriil je rédi«;eai, sui\ant mon 
enj;aj;emeiil . I.i jM-lition. le ne sais pas si elle a été j)résenlée et 
si elle a en un resiiJLil satisfaisant, mais je désire de tout mon 
C(pur cpie ces lils du désert puissent Nivre en paix pendant 
plusieurs f»^énérations encore entre leiir^ rochers slZ-riles el 
dans les lahvnntluvs de leurs raNiiis. 

I.r \ill.ii;e de Siis(pies rs| s||ue ;ni coiillneiit ilil \\u) de 
Pastos (iliicos, venaiil du Nml, <l «lu liio Lapao, (lui \ii'nt du 
Nonl. (ies (jriix petites rivières iorment le hio de las Hurras 
<pii travers** les montai^nes à l'est de Sustpies et se jette dans la 
L.it^Mina de (lUavataNo. Le \illaj(t'se com|N)s(> d'einiron cin- 
«piante maisons, dont hi phip.irl sont «j^roupées rle\anl fj-^^lise el 
a côté délie. (,elle-ciet une partie des maisons sont représentées 
fifl' fif^' Les maisons sont situées tn's pn»s les unes des aulnes, 
sé|>arées par de petites ruelles «Iroites. Les deux rues princi- 
pales ont rii\iroii 10"' de j.iri^enr; les autres les cou|)eiit .1 
anj;les |)lus ou moins dn>its et n'ont que 7 ou 3"* de larj^enr. 
Lharpie maison est s<'«|>arée de l.i siii> aille |)ar une de ces 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. '\19 

ruelles. A gauche fie l'église il ) a une demi-douzaine de 
maisons dispersées, sans former de rues. A environ 3 00°" du 
village est situé le cimetière. Sur les montagnes, au nord, au 
sud, à l'est et à l'ouest du village, sont les «apachetas» avec 
des estampes de saints dans leurs niches, et dont l'une avait 
attiré mon attention à l'arrivée. Ces apachetas sont placées 
intentionnellement dans la direction des quatre points cardi- 
naux; j'ai vérifié avec la houssole leur situation, qui est exacte. 
Ces petites bâtisses jouent un rôle dans les fêtes religieuses, 
où elles sont visitées en procession par les Indiens. L'une 
d'elles se \oit,fi(j. 89, sur la pente de la montagne. 

Les maisons sont rectangulaires, toutes à peu près de 
mêmes dimensions, environ 6°" de longueur sur 3"" de largeur, 
bâties en aclobes (briques crues séchées au soleil). La toiture 
en chaume [paja hrava) est supportée par un comble à deux 
versants. Le faîtage et les chevrons reposent directement sur 
les pignons et sur les murs. Faîtage, arbalétriers, chevrons et 
pannes sont tous en bois de cactus- cierge [Cereus], seul bois 
de construction qui existe à Susques. L'extrémité supérieure 
des chevrons est fixée au faîtage au moyen d'encoches ren- 
forcées par des attaches en peau. Toutes les autres pièces soni 
simplement assemblées au moyen de lanières en peau. Les 
clous et les crampons en fer n'existent pas, ni les assemblages 
au moyen de chevilles en bois, f^es chevrons et les pannes sont 
réunis par un clayonnage de tiges de tola, sur lequel sont 
attachées les bottes de chaume, dont fextrémité supérieure a 
d'abord été trempée dans de la terre glaise diluée. Il n'y a 
pas d'ouverture dans le toit pour la fumée, parce qu'on ne 
fait qu'accidentellement du feu dans la maison. Le foyer, une 
simple plate-forme circulaire en terre, bordée de pierres, a sa 
place dans un petit hangar en dehors de la maison, lequel 
est également pourvu d'un toit en chaume et fermé, au moins 
de trois côtés, ])ar des murs. 

La maison n'a qu'une seule chambre. Contre fun des murs 
les plus courts, ou voit le poyo, evhaussemeiil (mi pierre et en 



h-irr, orninaiil Imilc la larj^fur d»' la iiiaisi>ii vi ayani niviinii 
0*50 <l«' liaiil<Mir ri i"*5o à q" d»' foinl. i.vsi If lit coiniiiiiii «li» 
tous \vs iiiniil)n»s ch' la fainiHr, (jui s'y coiiclirnt sans se (ii'»s- 
liahilji r, rciMisaiit mit des praiix (le lamas et (!•■ iiioiitoiis (*t 
roiiverU d'aiilres iH'aiix. L'exlréiiiilé ()j)jK)sée de la iiiaisnii est 
;;rin'ralrmrnl si'parée du ^e^te par mi petit niur dr pn-s de i™ 
(\r liaiilrur. ( .*'[ rspare reidrniH' srrl a e(Hi>er\er le mais, la 
(piinoa et autres articles d aliiiiciitatinn. Le mur loruiaut le Imid 
de riiahitatioii est eu «^éuér.il |)<tiii\ii <l iinr hautpu'lt»* fixe, ri\ 
(uhtIu'S, servaut de sie«^'c. M lùxislr pas de uieuhles, exci'pté, daus 
(iiirlipirs uiaisoiis, ce cpii t">l lu\r spécial, uue petili* tahir rt 
uiir nu deux prtites cliaisi-s basses, v\\ hois de (!eivus, le sie«;e 
étant cnuNert d uu uiorceau <\r peau. Dans la maison Awrapifan 
Nictnriaun, il \ a\ait, d<'\aiil i.i haïKpirlIr du Ituid, uu > bu- 
reau • l)ali eu udnlus , imilaul n<»s buieaux a tiroii's des deux 
cAlés, avec uu es|)are \ide au milieu pour n jjlacer lesjaud>es; 
seuleuH'ut les su|)|)orts à tiroirs étaieut reuiplarés par d» 
solides supports carrés de mi.k miiiicih'. |).iiis 1rs mui's des 
liahitatinus, tm xoxait des iii< lies oiiNerles cniiteuaut toutcvs 
sortes de uumuis objets, s|)e( ialeunut des pa(pu>ts euNelopp/'s 
daus des uH)rc(MUX d «'toiles et reuleriuaut, j)our la |>lu|)art, 
selou ce (Uii ui a ét<' dit, des r»'uu'des. Des bois de la toiture 
et dans les c(»ins pendaient une inlinité de vicMlles Impurs 
de véteineuls, des cordes en lame de lama, etc. Toutes les 
maisons ont une porte ni bois dr C^rrrus , dont les planrbes 
sont jointes au inoveii d un babile lressa«;e de lauién»s eu peau. 
I/embrasure (Il |;i |n»ile est aussi en bois fie (irrrus. Les cliar- 
nières sont en |)eau. Il nv a pas de fenêtres. Vupn's de (pu'I- 
(jues-unes des maisons, il \ a\ait une r<»ur b'ruu'e |»ai- des 
murs. Les maisons «-taient eu «;éiu*ral bien entreti'uues, i'\rej)té 
(piel(pu's-uues (pii a\aient été abandonnées par suite de la 
moi I d»' leurs |)ropriétaires. De ces dernières maisons il ne 
restait «pu- li's murs, le toit étant t(nub«' et complètement 
disparu. Kllf>s nous donnent une preux* <le la ra|)idité a\ec 
lafpielle l<> bnis d«> Crmis |HMirril, e| ainsi nous poii\oiis nous 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'i31 

expliquer pourquoi l'on trouve si peu de ce bois dans les 
ruines préhispaniques du pays, alors qu'il a, selon toute pro- 
babilité, formé une partie importante de ces constructions. 

L'église est aussi bâtie en adohes , mais elle se distingue des 
habitations par un recouvrement de terre glaise, blanchi à 
la chaux. La^</. 90 en représente la façade ^'l C'est une con- 
struction fort solide, avec des murs de l'^So d'épaisseur. Le 
toit est fait en planches de bois de Cereus, très bien planés à 
l'herminette. Le clocher est couronné par une petite cou- 
pole, ravalée avec de la terre. L'intérieur de l'église n'a rien 
d'intéressant, si ce n'est les décors peints par un artiste indien, 
de Rinconada, dans la Puna de Jujuy, décors assez primitifs, 
mais inspirés tout à fait de modèles européens, sans qu'on y 
découvre de traces de quoi que ce soit d'un art autochtone. 
L'église est entourée d'un mur d'environ 3°' de hauteur, en 
carré et pourvu de portes; chacune de ces dernières est située 
au milieu de fun des murs. Sur la figure on voit une partie 
de fune des portes, lesquelles sont surmontées par des arcs con- 
struits en voûte. En dehors de féglise, aux quatre angles de 
fenclos, il y a un petit reposoir où Ton érige des autels pour 
les fêtes religieuses. La patronne de Susques est Notre-Dame 
(le Bethléem, dont fimage, d'après les Indiens, aurait été 
trouvée sur une pierre derrière l'église. Nous décrirons plus 
loin la fête qui a lieu une fois par an, en son honneur. Les 
principaux saints sont ceux qu'on considère comme patrons 
du bétail : saint Jean {San Juan) , patron des moutons, parce 
que son image est généralement accompagnée d'un agneau; 
saint Antoine [San Anlonio), patron des lamas; saint Raymond 
(San Ramon^, patron des ânes, et saint Barthélémy [San Bar- 
tolo), patron des chèvres. Les cloches semblent être bien 
anciennes, mais elles ne portent pas de date. 

A côté de l'église se trouve la maison on je m'étais inslallé 

'*' Les sujets alignés devant le clocher et mon gendarme. Devant la porte de 
sont des Indiens, exce|)té les (|ualro l'rglise sont placés (piatre musiciens in- 
lionnncs à gauche, qui sont mes nmletiers diens. 



',^^ WTIOl ITKS |)l l.\ IIK(.H>\ \M>I\K 

(*t .1 i.'i<|(i«-llr nitiii ^finlaniK* a\ail (loiiitc ir nom |Ktiii|R>iiv de 
• Palai^ (lu (loiiviTiiemeiit ». Va\ n'alitô, cetlf maison riait la 
salle f|ps assonihlfM's : Casa dr la (.omunidad. Kll<» avait aussi 
M rniiiloNtM' iMMir Io^mt 1rs curés dans l«*urs ran»s visites au 
\illaj;e. Klle \w (lilIV'rait (l«*s autres que par ses rliniensions plus 
grandes. 

Le riinetière est nn caiif assez, «^rniid , entouré dr iniir-s »| 
aNant, du rot»' opposé à la jMirte, une petiti' rliapelle. Sur le> 
tombes, il n a\ait des croix en hois de (Icrcus. Le tout était 
très propre et l)i<Mi tenu, mais c'étail un cimetière comme tous 
ceux des villages du liant plateau, sans |)articularile> |)ouYaut 
indicnier des coutumes païennes. Cependant, le jour de la 
Toussaint, on v déjxise, sur les tond)es, des vivres |Miur les 
morts. 

Organisation sociale. — Suscpies lorme drpui^ Av^ temps 
rrcul»'s nm» « communauté p comjxïsée actuellement d'environ 
4oo Indii'ns. ItiiiiiH's rt rniants comj)ns. Les Indiens dr 
(ioran/.uli, (]ui sont au iiond)n; de 300 environ, appartinrent 
à la communauté- dr Snsques jusqu'à ce (pi'ils s'en lussent 
sé|)arés,il v a cpn-lcpu-s ainu'es, pour loriner une communauté 
.1 |)art, laqnellr occupe Ir terntoir»' situé au nord de Suscpirs 
ri (pn setend piscpi au pic de (iovaluiaima , sur l.i Irniitim' 
Itolivienne. 

(!<unnu! nous l'avons dit, ces lndi(>ns étaient de lait indé- 
pendants des Ltats (les(piels relevait l«iii trrriloire avant son 
annexion a la né|)ul)li(pie ,\r«;entine. La holi\ir ri le (iliili 
s'étaient horné.s à conlirmer le chef de la communauté dans 
Min autorité au moven d'une nomination oiliciellc. \icloriano 
avait été successixement <orn(jiilnr l>olivi<Mi et iinhnnadnr dii- 
lien. Mais ni l'une ni l'autre de ces républiques n était inler- 
\enue en aucune manière dans l'administration du district; 
menu* les inqmis n étaient inconnus. \ l'annexion argentine, 
l»'s Inrliens d»» Susques étaient si convaincus de leur ind«'|M'n- 
danre, qu'ils .s<» sont pn'sentés d'altord chez le sous-prélet fl«' la 



LA l'UNA ET SES HABITANTS ACTLELS. 'loo 

province boliviennede Sud-Lipez , et après chez le gouverneur 
de la province argentine de Jujuy, en sollicitant d'être annexés 
à l'un ou à l'autre de ces territoires. 11 en résulte qu'ils igno- 
raient que Jnjuy fit partie de la République Argentine. 

La communauté est dirigée par le capitan, élu par l'As- 
semblée pour un temps indéterminé, généralement à vie. 
L'Assemblée est formée par tous les individus majeurs de 
vingt ans. Ses nominations et résolutions sont proclamées à 
haute voix dans la cour de l'église. Un fonctionnaire spécial, 
appelé fàhrica, est chargé de l'entretien de l'église, du cime- 
tière et de la Casa de la Comaïudad. Sous les ordres du capitan, 
il y a des fonctionnaires inférieurs portant des titres militaires , 
empruntés à la langue espagnole : teniente (lieutenant) , sar- 
(jento (sergent). Ceux du dernier ordre hiérarchique s'appellent 
5a/ifo-j-ma«f/ar, expression difficile à traduire, mais qui signifie 
plus ou moins ceci : passer le mot d'ordre et faire des courses. 
Malgré les titres espagnols, cette organisation militaire est 
tout à fait analogue à forganisation des tribus de l'empire 
incasique, telle qu'elle a été décrite par les historiens. 

L'un de ces fonctionnaires étant élu, sa dignité lui est 
solennellement conférée par le capitan, le samedi suivant, 
devant l'église, en présence de tous les Indiens. Le capitan 
recommande à tous de le respecter, et le nouveau fonction- 
naire promet de servir fidèlement les intérêts de la commu- 
nauté. Après quoi tous les Indiens baisent d'abord la maiu 
du capitan, ensuite celle du nouvel élu, en lui promettant 
obéissance. 

La discipline est parfaite. Les résolutions de l'Assemblée 
sont sans exception respectées par le capitan^ et tous obéissent 
sans hésitation aux ordres de celui-ci. Le capitan était aussi, 
jusqu'à l'occupation argentine ^'^ juge poiu* toutes les questions 

'"' Récemment, le gouverneur du Ter- de yuardias nacionalcs ( inspecteur géni-ral 

ritolre des Andes avait nommé juge de des milices), — • titre loiil à fait (i<lil, car 

paix le l'rèrc de Victoriano. et celui ci a la niilirc n'existe |)as. 
reçu le litre pompeux de inspeclor ycncral 



civilrs ou criiiiiiu'llt's. I)'a|)rès ce «jin* iiu' disairiit \ itloriaiio 
ri les auln's lii(ii(>iis, les litiges étaient très rares et l»s délits 
i)res(jue iiicoiinus. Les tém«)ij(iia«;es des roiictioiinaires du Ter- 
ritoire des \ndes confirnieiit ces laits. Il existe à Sus(jues une 
prison, une rase (-(Miiine les autres où ion eiderniait (mmi\ (|ui 
asaient roniniis des «l»'lils, j;en<'ralein«Mit des eoups donn»'s 
dans des rixes ocrasionnees par I ehriel»*. Sui\ant \ieloriano, 
il n'y a pas eu (re\eni|>le ipi un prisonnier se soit édiappé, 
l)ii>n <pi il ne fût |)as j;arde. 

Je pus nu* riMidr»' conipl»' <!«' la discipline excellente (pii 
régnait à Sus(jues par la iacilile astc Lupielle \ ictorian(» lit 
venir ses Indiens, après (jue je I eus j)ersuad«* (piil lallait les 
con\o(pu'r j)our la mensuration. Kn moins de Nin^'l-tpialre 
heures sont accourus des individus (pii se trouxaient diss«'- 
niinés partout dans l(>s montagnes, (piehpielois à ^q}''" de 
distance. Les sanjcnlus v[ sanlo-y-mainlnr viauiii rmplo\és jH)ur 
ces convocations. Les Indiens (!•• Sus(pies .se servent de si- 
gnaux poiil' < niMMltlincpiri- cntrr rii\. (^es siguauv sont r(;d)lis 
par des ieu\ allumes sur le (.«Tto Bâvaro. Iiantr montagne 
située au nord du \illagr. IN'udant la journée, la iumée rein- 
j)lace la lumière de ces Iriix. l ii crrl.iin iiond»re de leu\ 
couNocpient en assend)lée, un aulre noinhn; sigodn* «laii^'r. 
se cacher». 

(i(Mnm«' la pislicc m gén«'ral, !'• partage des héritages était 
du n'ssorl du rapttan. Il paraissait l'xister iiin- l«'gislation sjm*- 
ciale sur l'herilage, mais je n ai pu. pinif a\«ni- d«'s renseigne- 
ments a ce sujet, vaincre la ré.serve liahiluelle des Indiens. La 
terre est considérée connm* propriété de la connnunauté, mais 
les maisons a|>pariiennenl à I iiidividn ipii h's a construites. 

Religion. — L«'s Indii'us d»* .Sus(pn's sont, comun* tous les 
hahitanls du haut plateau, des catholiipu's fervents «mi ce ipii 
concerne les cérémoiiii>s exii'rieures imiXKsées par la n-ligion. 
Nous vernms, dans le chapitre - Folklore», (jue celle religion 
est mélangée à des croxames el a des cérémonies |)aïennes. 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 435 

Rarement un curé allait à Susques ; peut-être tous les cinq ans 
ou plus encore, celui de San Pedro de Atacama traversait le 
désert pour y faire une visite, ce qui était tout un événement 
pour les Indiens. Entre ces visites, ils exécutaient eux-mêmes 
les cérémonies religieuses. Le frère du capilaii Victoriano 
servait de curé. Il était tonsuré à la franciscaine, et, habillé de 
son poncho, il officiait avec un livre en latin, qu'il lisait aussi 
bien qu'il pouvait, naturellement sans en comprendre un mot. 
Je n'ai pu assister à aucun de ces services religieux, mais un 
fonctionnaire du Gouvernement des Andes, qui y avait assisté, 
m'a raconté que le rituel catholique était assez bien suivi et 
que tout le service était fait en esjDagnol et en « latin », sans y 
mélanger de quichua. Le même Indien accomplit les céré- 
monies des enterrements, que nous décrirons plus loin, 
page 517. Au contraire, les baptêmes ne peuvent pas être 
célébrés par les Indiens eux-mêmes. On conduit toujours les 
enfants, à de grandes distances, pour les faire baptiser par 
un vrai prêtre. J'ai interrogé tous les individus mensurés, 
afin de savoir où avait eu lieu leur baptême. D'après leurs 
réponses , presque tous avaient été baptisés par le curé de San 
Pedro de Atacama; la plujDart y avaient été emportés, d'autres 
avaient reçu le baptême lors des visites du curé à Susques. Les 
seules exceptions étaient deux individus baptisés à Gasabindo, 
un à Gochinoca, un à San Antonio de los Gobres, un à Rosario 
de Lerma et un autre à Sumalao (Vallée de Lerma) , tous étant 
nés à Susques, sauf le vieux Ascencio Avalos, sur lequel nous 
reviendrons et qui était né et avait été baptisé à Gasabindo. Ges 
laits sont intéressants, car ils démontrent les relations que les 
Indiens de Susques ont maintenues avec Atacama en y em- 
portant leurs enfants, au lieu de les faire baptiser à Gasal)in(h3 
ou à Gochinoca, situés beaucoup plus près de leur village et 
qui ne sont pas séparés de Susques par la Grande Gordillère. 

Mariage. Enfants. Fécondité. — Le mariage, non phis, n'est 
pas valable s'il n'cîst célébré d'une manière régulière par un 



rSù WriOlITKS |)K I.V nKt.InS \MH\K. 

iinHn* calliolicjiir. Lr> liidinis \»)iil en j;t*iiéral à San IN'dn» dv 
Atacaina jxuir m* iiiarirr. Avant et après la cérémonie ratlio- 
li(|nr ont lien rrrlaines aulrrs rérénionies, dont (|url(jiM'>- 
unes MTont dêrriles plus loin. Le nïariaj;e est strirttMnent 
«•ndo^Mine. Kn rvaniinanl Ir lahli-au anllir<)[>oiné(ri(|u«'. on 
lron\er;i (lin* nn'sinir lows les .sujrls sont iics dans Irs dislricls 
df SiiMinrs ri tir (ioran/.nli. On\ (|ni ne le sont pas sont ori- 
j;inain*s de localités situées dans la Pnna de Atacaina près des 
Iroiitirres de ces districtis, comme (iovaluiaima, Anli«;u\«». 
Kosario de Atacama, Ton», Olarn/. Sev. Pedro (!ar|)anclia\ 
(n" 27) est né à San Antonio de los (iohres, mais accidni- 
tellement, car son père et sa mrre étaient dr Siiscjurs. \)r 
|)ln>, un ^rand nond)n' de sujets mensurés nroni doniic Irur 
j;»'nralo;;ir jus(prau\ troisirme ri (pialricmt» «(énéralitms, et, 
parmi tou> Irurs ascendants, je n'ai pas relevé de sujets nés en 
deliorN du l<i i iloii»' df Suscpn's «-l de (ioran/uli. D'étranj^ers, 
a iiroprrnii'iil |).iilri-. \\ i\'\ en a (pic di'iix. Asceiicio A\alos 
(n" 29) et \al«Miliiia Gouzàlr/, (n" 'dU). !•• |ti('mier, acturl- 
Irmcnt un \iriilard, est né à (iasahindo, dans la Puna de 
.Injuy; il aNait été amené à Susques à l'à^e de div ans ruNiron, 
il s'i'tail marié avec un«' Innnu; de Sus(pn's et il v était rest»'. 
IJien (piv a\ant passé |)res(pie toute sa vie, il sendilait être 
moins considéré (pie les vrais Sus(pn>nos. Vu ((uihaiir. \al» ii- 
lina (ionzàle/., hrlle-Mi m du cajutan \ ict<u'iano, jouissait 
d'uur |N)sition social»* pn\dr«^iée. Kll»' rlail sans <ioute plus 
intelligente «pie la plupart des autres Indiennes et parais- 
>ait aNoir une certaine iidliience dans les (piestious les plus 
im|H>rtantes de la communauté. Mlle était née a Olaro/. 
(Ii-inde. situé à l'ouest de Suscpies, près de la Irontière de ce 
district. Sa luén' était une Indienne née à Olan)/, (ille natu- 
n*lle de parents inconnus; le père, un Indi* n <| ( yuni. dans la 
pro\ince de l*orco, en liolixie. (iliose remaniuahle, en exami- 
nant a\ec attention les nu'sures anllin»ponu''tri(pn>s, on peut 
nnler, dans la desrendauce de cette lennue, certaine» ano- 
malies (|u i*lie .1 iniroduiles dans la rare si pure des IndiiMis fie 



LA PL^A ET SES HABITANTS ACTLELS. 437 

Susques. Son fils (n" 30), par exemple, est l'individu le plus 
brachycéphale de tous avec l'indice 84-32, la mère ayant 
83.00. Sauf une enfant (n^'SS), il n'y a que f étranger Ascencio 
Avalos qui ait un indice céphalique aussi élevé (84-24); après 
lui, les hommes les plus brachycépliales présentent f in- 
dice 8 1 . 

On notera sur le tableau un certain nombre d'enfants natu- 
rels, c'est-à-dire nés en dehors d'une union catholique. Poui- 
ces enfants, le père n'est pas désigné, mais les sujets en ques- 
tion n'avaient aucune honte de déclarer qu'ils étaient nés en 
dehors du mariage. Ils auraient aussi volontiers déclaré le nom 
de leur père, mais ne le faisaient pas pour la seule raison que 
le curé leur avait dit que les unions libres sont défendues par 
les lois de f Eglise, et, de mon côté, je n'osais pas le demander 
formellement, de crainte d'être pris pour un hérétique, ce qui 
aurait troublé mes relations amicales avec ces braves Indiens. 
Cependant j'ai su qu'une jeune fdle, ayant des enfants natu- 
rels, n'est d'aucune manière méprisée. Tout au contraire, une 
grande partie des femmes avaient eu des enfants, de dilférents 
pères, avant d'être mariées, et le nombre de ces enfants ac- 
croissait la valeur de la jeune fdle, les enfants constituant une 
sorte de dot, car chacun d'eux est capable, à partir de sept ou 
huit ans, de garder un certain nombre de moutons; la iortune 
d'un individu dépend donc considérablement du nondjn; de 
ses enfants, noml^re (faprès lequel il peut posséder une quantité 
de bétail plus ou moins grande. Les enfants naturels d'une 
femme sont ipso facto adoptés par f homme avec lequel elle se 
marie, et considérés comme égaux aux enfants issus de funion 
légitime. Mais gare à la femme qui aurait des relations avec un 
étranger, Indien ou non! Elle serait immédiatement expulsée 
de la tribu et ne serait pas tolérée dans le sein de la com- 
munauté. Ces cas doivent être extrêmement rares; je n'en ai 
pas entendu parler, quoique j'aie questionné les Indiens à cet 
effet. 

La fécondité des Indiennes n'est pas grande, ce c[ni s'cx- 
II. "j 



'i.iM \MiniHKS |)K l.\ llK(.loN WDINK. 

|)li(|iir |».ir Ir ( liiiiiji il |)ar r('ii(lo<;aiiiir. Mais elles ne sont pas 
iinii ])lus exressiveiiHMit stériles. I)e<; -ii couples mariés fi^Miraiit 
siii \r l.ihic.iii . il M \ m a «nn' * de stériles. I^es ao autn's ont 
|>n>(liiil .111 lolal 71) riilaiils, dont /|/| j^arçoiis et '^ïy lillrs. Lr 
couple le |)lus fécoinl a «mi i o eniaiits; il \ a un couple a\ec 8 eu- 
lanls, un autre avec y, deux avec (i , Imis iwrv 5, trois axec \ 
et le reste avec de i a A enlanis. I*.uini ces eniauts, je crois 
que sont compris les enfants naturels de la lemun> nés avant 
le mari.i^M*; je n ji ixi nhlnni (|iir li'>. déclarants distHi«(uassent 
cos eniants des enlants le«;itimes. La mortalité infantile s(>nd)le 
Aire assez, «(rancir : parmi les yç) entants notés sur l«' tahlran. il v 
en a f)') dr \i\antset a.) d»* morts; ces derniers lornu'ut donc 
environ lr tiers de la totalité, l/amour paternel et surtout 
l'amonr maternel paraissent èlie \vi'> develo|)pés chez ces In- 
diens, cerlainemeni plus (|ne (lie/ les peupl<>s civilisés. \u 
contraire, l'amour sevurj ne semhle |)as être très intense; 
ri .ipri's les rensei«;neinents (pie j'ai pu ol)l»ini\ les (pu>slions 
moliNees |).ir i.i |.il<uiMe étaient exireinement rares, mais, 
d;iiilic n.iil. I epnuse e>l en général parjaiteiiieiil fulele. 

Isolement. — L isolemenl rlr la pelile Irilxi de Siiscjues t's| 
alisnlii. Li*ndo«ramie de ces Indiens le démontre et elle ma 
été coniirmee par Nictoriam», suixant le(|uel ils ne se marient 
jamais avec des leiinnes étranj^én's, sanl cpielcpielois, mais 
très rareineiiL ;t\e( des Indiennes des j)elils villages voisins, 

situés dans la riiii;i de \tacania, jamais a\e( i Indienne de 

la Piina de .Injus <mi de la nnli\i(>, et encore moins avec une 
lemme mélisse, c«'lles-(i d'ailleurs considérant le maria«;ea\ec 
un Indien comme une mésalliance, j) autre pari, les lemines 
de Sus(pies ne se marient pas avec d«'s «'tran*;ers, el les Sus- 
(pienos en «général n ahandonnent jamais leur territoire aride 
jtonr einii^rer d.ins d .nitn*s régions pliis j)ii\ ili'«ri«»es. La nature 
même du dislricl .\\i\r .i un li.inl dejjré ces Indiens «^ ^e ron- 
ser\ei" isoles (je |nnl le ies|r i|m nmiide. (,(»mine d est iinixis- 
sfhle de s'\ prnciiiei des .dniieiits d .inriine sorte, le Noya^eui', 



LA PLLNA ET SES HABITANTS ACTUELS. YMJ 

même l'Indien, est tenu d'apporter des provisions pour toute 
la traversée. Pour le transport de ces dernières, il faut des 
Lêtes de somme; celles-ci ne rencontrent de pâturage que dans 
de rares endroits difficiles à trouver et elles courent à chaque 
instant le danger de mourir en mangeant les herbes véné- 
neuses que nous avons décrites. Il n'y a d'ailleurs, presque 
pour personne , un but quelconque qui nécessite l'entreprise de 
ce voyage, les Indiens de la Puna de Jujuy n'ayant rien à faire 
dans les déserts de la Puna de Atacama et n'ayant pas non plus 
de commerce avec San Pedro de Atacama et d'autres localités 
situées à l'ouest de la Grande Cordillère. De leur côté, les 
Susquenos font tout ce qu'ils peuvent pour expulser l'étranger 
qui chercherait à s'établir dans leur pays et pour lui y rendre 
la vie imjDossible. Ils lui refusent l'eau, les aliments et le feu. 
L'histoire d'un commissaire de police que le gouverneur des 
Andes avait envoyé à Susques est caractéristique de la manière 
de ces Indiens de se débarrasser de fétranger importun. Le 
commissaire, accompagné d'un gendarme, arriva à Susques; 
après lui avoir donné deux ou trois moutons, les Indiens dis- 
parurent tous du village, les laissant seuls, sans nourriture et 
sans fourrage pour les mulets. Le commissaire, ne pouvant 
endurer longtemps ce genre de vie, fut obligé de se retirer 
aussi vite qu'il le put pour ne pas mourir de laim, lui, son 
gendarme et ses bestiaux. 

Langue. — Pendant les séances de folklore, j'ai constaté que 
les Indiens de Susques parlent entre eux exclusivement le 
quichua. Les hommes connaissent cependant tous fespagnol, 
qu'ils parlent bien, quoique mélangé d'expressions indiennes. 
Mais les femmes ne connaissent que le quicluia. Parmi celles 
que j'ai vues, il n'y en avait qu'une qui parlait couramment 
fespagnol, c'était la vieille Valentina Gonzalez, ])elle-sœur de 
Victoriano, et elle n'était pas née à Susques, mais à Olaroz 
(irande, phis à l'Ouest. Je nu^ suis efforcé de m'(MU|iiérir si les 
Indiens savent l'atacamefio, mais ils l'ont nié. Pourlanl je leur 

29- 



r,iO ANTIQLITKS |)K LA lVK(ilON VNDINK 

ai «MiliMidu employer des mots de cette lanj^ur, ri ils la com- 
pieiiiinil sans doute Wivii. lU \onlaient pruhahlemenl me 
radier leur coniiaissaiice de ratacamt'no. 

Si nous examinons le tableau anllin)|M>nM'lri(jue, nous Inni- 
vons (lue tous les pnMioms sont e>|)aj;noU, <«' (jui rst naturel, 
rar U's curés n'i-n adnu'llrnt pas d'anh-rN. Mais, vu gênerai, les 
noms palronvnii(pies sont aussi «'sj)a«;n<»ls. adoptes prohahle- 
inent iiar les ancêtres sur l'insistance du ( I. r<rô espa«,niol. Les 
seuls noms indiens sont : (iar|)ancliaN , \iltes, (iliin-, l*uca, 
(ianavire, IJanipa, Quispe, lila. De ( ts inuns, (illire [cinri 
Irnid I, Puca rou«;e), Llamj)a bèclie servant à remuer la 
terre), Oiiispe ' (juvsfu lilwrté) et Tila ( f;ros), sont «les mots 
(piicliiias; (|u.inl nu\ Irois autres, je \\v puis en trou\er I ets nio- 
logie, mais en tous cas ce sont des noms indiens et non <'spa«;nols. 
En ce qui concerne Sotar et Vacasur, ils sont douteux, mais 
prohahlenieiit es|)aj;iiols. « Suscpies • , le iimn du \dla»;e, serait 
dérixédu nom « Jésus», d'après ce (juc me dis;iii unelndieiine 
centenaire, l'aïeuli' du fàhrua. (iepen<l;Hil je in* le crois |)as, et 
n'en ai |>u trouver aiicum' éls nn»lo«;ie \ raisend)lal>le. Il \ a un 
verbe alnranieno iliiis(l,atur ^abnler , e| le r.i\in de Sns<pies 
est en ellel bien abrite contre le \riil Innd d. I.i Pun.i m.iis 
il serait troj) osé d'en dériver le nom. 

(^)uel(pies-uns des Indiens sa\aient écrire l'i'spaj^nol, notain- 
tin-iit le rapilnn Victorianii et ses iit\tii\. (ie fait m'étonnait, 
car il UN a\ail jamais eu d'école à Susqiies et l<»s Indiens 
n'avaient assurément |>as été à l'école ailleurs. Victoriaiio m'en 
donna l'explication. Son arriére-^rand-pere a\ait a|)pris à écrire 
re>pamiol a San l'«*dro de \tacaina, el cet art a\ail été transmis 
de |M*re en lils dans la lamille. .1 ai eu I occasi(»n de laire l'crire 
sous ma dictée .liian (ilimaco, iie>eu de Victoriaiio, et je |xmix 
dire que son ortlio^rapbe n'elait pas inférieure à c<dle des 
uiéti.H de la hepiiblique \r^'entiiie cpii savent écrire. 

Véltîinents. Tissus. — Les \elemenls sont lails de lissu^ en 
laine de mouton. i.d>ri(piés par les Indiens enx-ménu's. Tout 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. ^l'il 

le monde à Susques, tant hommes que femmes, s'occupe à 
filer de la laine. On les voit, derrière leurs troupeaux, toujours 
avec le fuseau pendant d'une main, l'autre occupée à tordre 
la laine. De nos jours, celle du lama a été presque abandonnée, 
parce qu'elle est plus fragile et plus grossière que la laine de 
mouton, qui fa remplacée pour le tissage. Actuellement, la 
première n'est employée que pour faire des cordes, rarement 
pour des ponchos ou pour des sacs servant à transporter et à 
conserver les graines, etc.; beaucoup de peaux sont gardées 
avec leur épaisse toison, pour servir de lit. 

Les métiers à tisser des Indiens sont extrêmement simples, 
composés de deux bâtons horizontaux, attachés à des pieux 
enfoncés dans la terre et entre lesquels sont tendus les fils qui 
composent la chaîne de fétoffe et qui sont levés et baissés à la 
main. Chaque pièce, qu'il s'agisse d'un poncho, d'une chiispa, 
d'une coupe de pantalon ou d'un autre vêtement, est tissée à 
part; les Indiens ne tissent jamais de longs lés pour être 
découpés après, comme on le fait en Europe. Par suite, les 
métiers indiens n'ont pas d'« ensouple » tournante, d'où Ton 
déroule la chaîne , ni de rouleau pour recevoir l'étolïe au fur et 
à mesure qu'elle est tissée. Les deux extrémités des fils de la 
chaîne sont simplement fixées à deux bâtons immobiles. Tous 
les outils sont très rudimentaires, fabriqués de morceaux de 
bois et d'os. Avec cet outillage primitif, on conhîctionne des 
tissus qui ne sont pas plus grossiers que certaines étoiles ial)ri- 
quées par les paysannes de quelques contrées européennes où 
les grandes usines n'ont pas encore tué le travail manuel. Le fil 
conserve en partie la couleur naturelle de la laine, mais la 
plupart des tissus sont teints avec des matières colorantes 
obtenues de plantes du pays ou avec des ingrédients achetés 
dans les villes lointaines. 

Le D"" Hugo Ephraim (123), dans son érudite monogiaphie, 
récemment publiée, sur le développement de l'art textile chez 
les indigènes des dillerentes parties du monde, établit quatre 
catégories de tissage : i" Iressage [/îechten); 2" «demi-lissage» 



',V2 \Mlol ITKS |)K l.\ HKCION ANDINK. 

halhireherci ; ^" tissa«(«' à (wdah* [triltueheivi ],, V li'^saj^e où 
1rs dis (l(* la rliaîiM' sont l(*\(*s et haissi^s rn partir au iiioNni 
(|r iM'flah's, m j)arlir a\rc (les appareils sjM''ciaii\, maniés à la 
main pin mi aidr (lu tisseur ( j»/ryMT/>pm), cettr (Irrnière m«'*- 
IIkmI»' rtant praticjuée seul(»m<Mit |)ar l<»s (iliinois <*t 1rs .îajxmais, 
snrlonl ponr Irnrs tissus rn soir, «rniir t«'rlini(jur Irrs rompli- 
(piiM'. l/aii Irxiilr (1rs Indiens i\v la Pnna a|)parti(>nt a la drn- 
\irnu' ratr«;orir, Ir lidUnirhcrci , où 1rs lils dr la rliaiur sont 
lev^s et baissés seuirmeni ;»u innsrn (Tonlils maniés avec les 
mains. Les indif;énes (!•• I Vmcritpir nr jiralicpirnl, s«'lon 
M. Ilj)lnaim . (pir \r liallnieherei. (^et auteur linniuif unr lluMU'ie 
très inj;éiiieuse el l)i«ii fondée»; il class»* les nn'tiers de /la/Aire- 
herci en deux ralé«;ories : m«'lirrs liori/.ontanx et métiers ver- 
ticaux, les premiers « tvpe du l'iicilnpie • étant l<'s seuls métiers 
américains dorigine pr(M-olond)ienne^ tandis (pu» les métiers 
verticaux («tvpe d»- la Méditerranée») sont répandus chez de 
iiond)n-ii\ pfuples de I Miicpie ri de I \si('. Lrs métiers (les 
Indiens de la l'una, (pli sans doute sont d (>ri«(ine peruxieune, 
coniirment l.i lliroiir df \I. llpIiiMim. Il rs| \ r;n (jn'on xoit 
(piel(pieiois, cliey. I(vs métis et clu'Z (pieNpies Indiens de la 
l'una de Jnjuv, (l(\s métiers à j)édale, d une construction très 
rudinuMitaire, mais ces métiers sont dOrij^ine européenne et 
ont été introduits «mi \méri(pn» par les Ksj)agnols peu de temps 
après la con(pu'''le. M. \nii IJosimi (3i6. pi. m, fig. i) donne une 
InMine reproduction d un <!•■ ces un'liers à pédale, (pii a ete 
trouvé j)ar la Mission Suédoise eu usaj;e à Très Cruces, dans 
la Ouehrada del Toro. Il est eu hois de (]crcn$. \ucun de ces 
nielu'rs n'exis|;iit à Stisipu's, ou t<ius 1rs Indiens sui\aienl la 
xieille métlio(l(> pernxienne. 

hieii cpiil ne soit |)as de SuscpM's, je mentionnerai ici un 
tn\n simple a|)pareil |MMir tisser des ceintures en laine, que j'ai 
ac(piis dune xieille Indienne à (^)ueta, dans le département de 
(iocinnoca (Puna de lujuy). (iet appareil est repnwluit fhj. 9^. 
\'\\\ a ou x«»il la trousse complète attachée telle (pu* la xieille 
indienne me l'a donnée. \a\ trousse est comiMisee de la rattu- 



Pl. XXXIX. 




Fig. qS. - Trousse coinplrtc d'outils à tissri- des rcinlurcs en laine. 
1/2 gr. nal. (//. c, <l . r . /', </ cl 1 ,"5 gr. nal. I>\ 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. '^'\■^ 

churana (^), de la pallana (c), de la hmchiiiia (f/), de la v'inasa (ry) 
et de deux petits bâtons en bois [c,f) dont j'ignore les noms. 
Je donne ici l'explication de l'usage de ces outils telle que l'In- 
dienne me l'a donnée. La caituchiirana doit s'attacher à un 
pieu, et l'Indienne me disait que les fds de la chaîne y étaient 
fixés. La pallana sert à séparer les fds. La hiiichuna, suivant la 
vieille Indienne, serait la navette au moyen de laquelle on 
passe le fd de la trame d'un côté à l'autre. C'est le métatarsien 
droit d'un lama dont l'une des extrémités a été rendue bien 
pointue. A fautre extrémité, on a également enlevé une partie 
de fos en découvrant le canal médullaire, dont la paroi posté- 
rieure n'est conservée intacte qu'au milieu. Par conséquent, le 
canal médullaire forme un tube ouvert des deux côtés. Sur 
lay?</. 95 cl on ne distingue pas bien l'ouverture inférieure du 
canal, qui se trouve dans fombre, à gauche. Avec la vuiasa, 
pièce en bois de forme à peu près rectangulaire, on serre les 
fds de la trame une fois qu'ils ont été introduits entre ceux de 
la chaîne. Avec ces outils si rudimentaires sont tissées les cein- 
tures, de dessin quelquefois très compliqué, que portent toutes 
les Indiennes de la Puna. 

Les étoffes employées pour les costumes des hommes imi- 
tent les dessins des tissus européens : de petits carrés, des 
raies, etc., toujours de couleurs sombres telles que le brun, le 
gris, le noir, de nuances très variées. La coupe est aussi une 
imitation des vêtements européens; mais tous les costumes 
sont coupés exactement de la même manière, suivant une 
mode qui doit avoir été introduite à Susques il y a l{)ngtein])s 
et qui y est devenue permanente, hes fig. 91, 92, 93 montreni 
ces vêtements. Chaque individu les coud pour lui-même, 
autant les hommes que les femmes; le mari confectionne les 
siens, son épouse ceux qui sont à elle. Notons que le sujet 
//Vy. 93 a deux pantalons superposés. La toile des chenùses 
est généralement achetée dans les villes; c'est une toile en 
coton, de fabrication européenne, épaisse et grossière, plus ou 
moins de la même qualité ([iie celle que nous employons pour 



\\\ WIKMITKS m I \ r.KMoN VMMNK. 

|i»s slorf»s, rlr. ( iriM'iuLiiil on l;il)ri(ju«' nuiirr .1 >iis(|ius. |Kmr 
fil r<)nr«Th<niiH*r (1rs rlirmiM's, uiir sorlr <lr llaiH'lle asst'Z iiiiiiro 
»Mi laiiH» cIp mouton, mais la loil«'rlraiij;rn» a pi-fscjur totalcmiMil 
riMiiiilarô ces tissus inclijçènos. Les chemises ne s<« la>ent jamais; 
on les |M)rle jusiiir.i re (pTelles tomhent en moiT(*au\. Les fou- 
lards sont ••♦^alemenl aciielés dans les villes. 

Le ponrlio est un \èleinrnt (jiii ne manque à aucun Indien 
du liant |)lalean. Les |x)n<li(»s de Snstjnes sont prescpie rarn's, 
(•oiniM»sés de dru\ lis rnnsus l'un à l'autre, en laissant une 
lente ou\erte au inili<'n poiii |).isst'r la li'lr. Ii»iis les |)onrlios 
sont tissés par les Indiens eu\-iMfines. Ils ont près H<* "X reiiti- 
mètirs d'cpaisseiii ri pri-sentenl un tissu hcs compact et très 
lourd, lait dr* lil tordu (!•• plus d'un d»nii-<t'ntiinètre d'épais- 
seur. Dans les couleurs des poncims, i ancien L,'oùt indien 
domine. Souvent le dessin consiste en raies multicolores de 
dillérentes larirenis rt de <-ouleurs criardes; d'antres lois, la 
pièce est dune couleur nnilorme, mais p(»ur\ui' d un Lord 
roui^e, \rrl, linnie, rie. Lr nonc lu» des Indiens rs| plus court 
que celui des mrlis cl d«»s ««gauchos» (\r l.i l'npuMicpie Arj^eii- 
tine; il ne couvre les jainhes (pir juscpra mi-cuisse. L«'s Indiens 
ne laiss(Mit jamais Icni- ponclio, ni en été. ni en liiver. Pendant 
leurs marclies, ils \ »'n\eloj)|)ent leurs provisions et t»»ut ce 
(pi'ils doi\eiit emporter aNec env. Le ponclio, dans ce cas, est 
iK>rlé en haudrier, les objets enveloppés restant sur le dos (\v 
l'indiNidn. \.r poncho avec son contenu est alors dénommé 
qiirpi. Les menus ohjets et l;i proMsion de <'oca sont |>orlés 
clans un sac siW'cial, la chnspn . suspendue aux <*panles au 
moyen dune conlelette. La rhuspa est tis.sée en laine et géné- 
ralement ra\ee de plusieurs couleurs. 

pour transp«irter le mais «'t d'antres marchandises. I«'s 
Indiens emploient de «grands sacs en tissu de laine. rpTils font 
eiiv-mème». Cette étoile est pres(|ue aussi épaisse (pir crlle des 
ponchos et généralement ravée. Les sacs .s'attachent de traxers. 
sur le dos des lamas et dt*s ânes, de la manière nue montre 
la/?//. //7f|»aj;»' .>ç)fi ^ Le sac m* doit pas étrr <oinpletement 



LA PUNA ET SES HABITANTS VCTUEES. Vi.') 

plein , afin que son contenu se divise en s'entassant des deux 
côtés de l'animal, pour établir l'équilibre de la charge. 

Tous les Indiens sont chaussés d'usiitas, sandales en usage 
dans toute la Cordillère, composées de deux semelles super- 
posées. Utisuta est retenue par une lanière qui fait le tour du 
pied en traversant trois œillets en peau, dont l'un est fixé à 
trois centimètres du bord antérieur de la semelle et passe 
ensuite entre le pouce et le deuxième orteil, les autres, ratta- 
chés des deux côtés. Cette lanière passe au-dessous des che- 
villes, mais au-dessus du talon qui l'empêche de glisser. 
L'hiver, les Indiens portent des chaussettes épaisses et hautes , 
qui forment en avant une pochette spéciale, semblable à un 
doigt de gant, pour v introduire le gros orteil, laissant ainsi 
libre fespace entre cet orteil et le deuxième, par où doit passer 
la courroie de la sandale. Le capitan Victoriano [Jicj. 9i) et son 
neveu [fifj. 93) ont de ces chaussettes, lesquelles sont toujours 
tricotées par les Indiens eux-mêmes. 

Les Indiens, tant hommes que femmes, sont coiffes de cha- 
peaux en laine, mous, ronds, dits dans le pays sombreros panza 
(le hurro («ventre d'àne»), d'après leur couleur. Ces chapeaux 
sont fabriqués par des chapeliers indigènes dans la Bolivie; les 
Susquenos ne savent pas les faire, mais les achètent généra- 
lement à Talina. Un de ces chapeaux dure souvent toute la vie 
de son propriétaire. Les autorités ont obligé les hommes à se 
couper les cheveux, je ne sais dans quel but, peut-être pour 
les «civiliser». Avant ils les portaient longs, tombant jusqu'à 
f épaule. Ils gardent toujours, sans la couper, une mèche au- 
dessus de la tempe droite ; cet usage est motivé par une super- 
stition que je n'ai pu connaître. Ils me cachaient cette mèche, 
craignant que je ne fusse un agent du Gouvernement et que; 
je ne ia leur fisse couper. Les Indiens préhispaniques (hi 
Pérou attachaient une importance rituelle à certaines manières 
particulières de couper les cheveux, ainsi que le démontre la 
question n** 82 fin questionnaire pour la conlession des « ido- 
lâtries» formulé par l'archevêque de Lima, Don Pedro de Villa 



(Wniit'/. 370. loi. 58) : ^* .Si nn tnnidn, ô lierliu Irvnzas dt- /»»>• tahcUns 
en (ierlas mancras « tranjuili'ultue licrlas jmrtvs ant otrus ih/rrrn- 
rias, como de cri:nrja$, que los Indtos siiclcn ii sur para sus supersli- 
ciimes v errorrs ? 

(ioiitrainMiM'iit aux Iioiuiih's, les femmes, dniil une es! re- 
prf^senlée //l'y. .'A^, n'iinilcnt |)a> la nindr eurojM'eune en ce (|ui 
concerne les v<>lemenls, de coupe i(lenti(|ue à celle de la plu- 
part des Indiennes di- la holi\ie. Cependant re> \èt(Mnents ne 
>onl pas un lnMita^e dr {'«'pocpie pn'lnspaiiifpir. où les jupes 
élaienl inr<minieN; rellr nicxie a rlr iiiInKluilr «1 lùiroj)e j)eu 
de lemps après la contpièle et adoj)lée j)ar les femmes indi- 
jçènfs, (|iii I nul gardée |)endant trois siècles, sans en changer 
;iii( un dri.iil. l,t-> pipes sont très aiiiplfs et lorlrincnl iilissées 
a la c«»inture. (Jtiand l.i |iip'' "'^1 loiil .i f.nl nsèi», cVsl-à-<lire 
après axoir ète portée conlniuellenient pendant deux ou trois 
ans, l'Indienne en met une imminc, mais elle la met par-<lesMis 
le^ iamlx'aux de la \ieille,(pii \ it-sle juscpi'à ce (pielle loinhe 
par l'action du triii|)s. Ou dit (pinn peut compter la^e d'une 
Indiennr par If noinhir de piprs (pn-llr portf! Les vêtements 
des lemmes (pu* j ai Miesètaienl Imis d une èt<dle de couleur 
bleu fonc^, un peu plii>> fine (nif celle des liommes, et (|ui 
est comme celle-ci un jnoduil de I industrie local»*. L'ètolle 
était (pielqnefois bordée de lisi'rés rouj^es. Les InditMines de 
Sus(pie.s jMirtenI des ceintures, tissées par elles-mêmes, avec 
une ornementation j)lus ou moins complexe, (iependant j ai 
Ml peu «le »es ceintures à dessins orij;in.ni\ (pu s«nit une 
sjx'cialite de l'art textile de la holi\ie. Lis lemmes |M)rtent sur 
les épaules des cliAles carrés, plus léj;i*rs que les jxmclios des 
linmmes el .sans ouverture poni la lèle. Onant aux chemises, 
aux lonlards, aux chapeaux el aux sandales, il n'v a pas de 
dillerence entre les hninmes el les lemmes; seuls li»s chaj)eaux 
de celles-ci sont un peu moins «grands (pie ceux des hommes. 
Il y avait pen d»- hij(»ux : des hagues, des |KMKlanls en argent 
• 'I •Ml laiton. fal>ri(piés très f^rossièreiuent par des orfèvres 
indii^eiies i\t' l;i hdliNie un de l.i l'im.i de .Injuv. Les manias 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 447 

(clîàles) étaient attachées au moyen de topos en laiton se ter- 
minant en cuiller, comme les topos communs de la Bolivie. Je 
n'ai pas vu les Susquenos et les Susquefias en costume de fête, 
mais j'ai vu des garde-robes entières accrochées dans les cases 
et je n'y ai pas observé de vêtements spéciaux de parade. Je 
crois que les Indiens n'en possédaient que tout à fait excep- 
tionnellement. 

Les Indiennes avaient les cheveux divisés par une raie passant 
par le milieu de la tête et formant alors deux tresses tombant 
sur le dos. Les jeunes femmes se peignaient probablement au 
moins une ou deux fois par mois, mais il y avait des vieilles 
qui certainement ne s'étaient pas peignées depuis plusieurs 
années. Aussi certains parasites devaient-ils trouver exquis leur 
séjour dans ces chevelures. Heureusement le climat est trop 
froid pour que les parasites doués d'une mobilité plus grande 
puissent y vivre; sans cela il serait impossible d'entrer dans 
une case de ces indigènes qui ne se baignent ni ne se lavent 
depuis leur naissance jusqu'à la mort, et qui ne se dévê- 
tent pas pour se coucher. Une ordonnance du vice-roi Don 
Francisco de Toledo (48, foL U6) donne un exemple bien to- 
pique de ce manque absolu de propreté chez les Indiens du 
liant plateau : il y ordonne que les femmes ne portent pas leurs 
enfants nouveau-nés sur la peau, dans fintérieur de l'a/sH 
(chemise), comme elles avaient l'habitude de le faire, mais 
qu'elles doivent les porter dans les bras ou sur le dos ^^\ Elles 
employaient donc Vajsu de la même manière que les kangou- 
rous leur poche ventrale. 

Bétail. — La principale fortune des Indiens de Susques est 
leur bétail : des ânes, des lamas et des moutons. Un Indien 
aisé possède environ loo moutons, 5o lamas et /|0 ânes. 

^'^ Le texte de cette ordonnance, si- en niriuiias prorincins , y en cnsa de grande 

gnée à Are(jui|)a le 6 novembre i575, est snciedad, sino (jue las tniujnn en tus hrazos, 

le suivant : lien manda que nintjnna India o espaidnx , conio suclen Iraerlox en ahjnnax 

finrida meta la criafnra jinr deniro del acso /xirlcs. 
ù ruiz de tas carnes , alcnln û (jne te usa 



^^iH wTini iTKs i)K IN ukr;i(>\ wdink. 

L liidini I»' nlii^ riclu* (iii dislritl <!•' Su>(|ur> axait .xx) mou- 
Ijmis, ^nn lamas (*t 1 5o àiips. I^a valnir cuiiiiniMTialt* (Tim 
iiioiitun pst (rt'iiNirnn > piaslrrs arj;«'nlinrs"\ ccllr d un lama, 
de 5 piaslrrs, ri'lli» (iiiii âne, de 8 piastiv^. Il «xi^fp aussi 
(|iicj(|ii('s (lièvres, mais elles ne supportent j^uere le climat. Le 
paturaf^e étant extrêmement mes(piin, l»s troupeaux sont dis- 
st'ininrs dans tout !•' disirici, (pii a unr lar^rnr niovenne de 
()n^°* ri .seten<l sur environ 'lo^'" au sud et 60^'" au nord du 
\illa«;e. La ^çarde des troupeaux ol)li«;e l»«s Indiens à |)asser 
pre.S(pn huile l'année lim-s du \dla«;e, dans des huiles provi- 
soires construites a piovinnli* du pàtura<;e. Le (limât est si 
nidf.(Mii', crrlaines aiUH'e>, ^^'>^ lllnll|n||>^ niriiiriil de fnud m 
^rand nond)re. 

Ln driiors de ce hrtail ri du clnrn — d»' mis«'ial»lrs ^•|lu•n^ 
laids, sans rare — d n \ a d antres animaux donM'.sli(pifî> (pu* 
(pirKpu's rares pnnifs, mais rlles ne se reproduisent pas, à 
cause du (limai. Les riiys «m cnc lions dinde (^('.ario ('jiltnxd , 
Maivifr.^^ si ( oiiiiiniiis d.iiis 1rs liiillrs induMiues du haut |)la- 
tiMii du rnoii r\ (jr l.i lutlixir, ne semhleni |)as exister à 
Siiscpirs. Ils sniil d .iillfiiis lies rares aussi ehr/ Irs Indiens dr 
la Piiii.i (\i' .liipiN . 

Chasse. Armes. — Lu (<• ipii < «)ii( rrm' la chasse, il \ a la 
xi^ogne, le huanaco cl Ir (liim liill.i. Les troupeaux de vigo- 
j^iies ne sont pas très nomhrnix, ««l hm'iih- <ts animaux, parti- 
culiers au haut plateau, iir n>sist(M)l (pirltpu'lois pas au Iroid. 
Il y a (pirhpu's années, un Iiimt inclriurul les axait lues 
pres^pir Ions; après le Iroid, des Iroupeaux entiers axaient <'l«' 
trouxes morts dans les (|uel)radas. Ions les animaux de chacun 
des troupeaux «•tant toinhes ensemhle, dans le même iMidioil. 
Le huanaco est l>eaucoup plus rare (pie la vi«;«>j;iie. Le chin- 
chilla est liTs rare e| n'hahite cpie les |)arties les plus hautes 
et les plus iiiaccessihies des inontagiies, la nù même les 

*' Prtn marinnnl t friinr* m rrnliinm. 



LA PUNA ET SES HABITAM'S ACTUELS. 



449 



Indiens n'arrivent que difficilement. 
Les Susquenos ne sont pas en général 
de grands chasseurs. Quant au chin- 
chilla, il n'y en a que deux ou trois 
qui le chassent, et cependant ils peu- 
vent en vendre facilement les peaux 
de 1 o à 2 G francs la pièce , ce qui pour 
eux constitue une somme énorme. Les 
chinchillas se chassent avec des pièges 
qu'on monte devant les terriers, en y 
mettant du maïs cuit comme appât, 
mais il faut souvent attendre j)lusieurs 
jours avant qu'un chinchilla ne se 
fasse prendre dans le piège, ce qui 
n'est pas facile à 5,000°" ou plus d'al- 
titude, où l'air n'est guère respirable. 
La vigogne séchasse avec les lihes^^\ 
arme de jet semblable aux holeadoras 
des gauchos des Pampas et des In- 
diens de la Patagonie, si ce n'est que 
les Uhes sont moins lourdes. Je repro- 
duis, fi(j. 96, une de ces armes. Elle 
est composée de trois pierres envelop- 
pées dans de la peau et reliées en- 
semble par des cordelettes réunies au 
moyen d'une épissure. Les pierres 
sont en grès. Il y en a deux grandes 
et une petite. Les premières sont de 
forme arrondie mais aplatie, <\v 
o'"o6o de diamètre et de ©""o^o de 
hauteur; la dernière est (h; forme 

'*' JÀkui en (juiclum du Pérou. La ])ln|)arl des au- 
teurs anciens dénoninieiil celle arme uiUa ou ayllu : 
ainsi C()l)() (103, n, \>. 19O), (jui en donne la descrij)- 
lion. 



l-'ii;. (jO. 



tJbvs (arme de jet). 
,5 "r. liai. 



VfO \MinUTK.S DK l.\ HKC.ION WDINK 

c»\oï(lr, (If o" (>.').') (if liauti'ur cl (le o"o'i«» d»' diaiiirlrr. Les 
j;raii(l«'N jwseiil res|M'(iiveiiieiit ijj et 170 ^ranimes, la |>rlilr 
(jf) j;raiiiiiies, les emelojijK'.s comprises dans le |K)i(ls. Pour ces 
eiiveloi)|M's, 1rs iiioiTeaii\ (le jxîau oui été appliques frais sur 
les pirrrrs, |M>ur\us de trous j)ar les<juels |)asseul les lils de 
la rordrjclli' ipii raltadie le iourreaji au-dessus de la |)ierre. 
La prau, »ii srciiaul, se ressern* autour (!«• la piei re d'uue 
manière si lerm(> (pie le tout vient à formrr un seul corps hieii 
solide '. Les cordelrtles oui eu\irou .) milliuu'tres d «'paissrur. 
(ielles (\vs grandes pierres ont i"().) d«' lnii;^Mii ur chacune, 
«•rllr dr l.i iH-lit»' piiiTc a i". La c«»rdelctte rsl faile i\i' hhrcs 
xé^elales et nest |)as (\v lahricatioii iudi;;eur, mais pmhahle- 
uu'mI aciielée au cours <Yu\\ vovai^n-, dans liiur «les \dli's (pir 
l«'s Indiens \isilrnl pour \ \endre leurs produits ri iaire Icius 
achats. Jadis on a emploNé des cordrh'llrs en laine j>our les 
IiIh'S, mais aujourd liui on a liouNr 1rs lurllrs m lihres M'^é- 
lales mrillriirrs i\ vi'\ flirt, i'nur se srrNir di's hltcs, on j)rend 
l.i iiililt* iiirrn* (hnis l;i m, un (iioitcrl Ion jail tourner rapidi>- 
meiiL autour i\*' la t«'t<', 1rs driix autres, «pu dni\enl décrin» 
un crrrlr liori/.ontal. ^^hiand rllrs ont accpiis nnc i^rande \i- 
tcssr, on 1rs lâche dans la direction du «^djnr. Pour h's vi'^o- 
^lU's, on les vise j^énéralmient au cou; I animal haïsse alors la 
léte et les r()r(l(»s des hlns niNrloppint aussi h's patt(*s, ce(pii 
II' l.iil lomhrr; Ir chasscni aN.unr «1 I é«^t»r^e. La Ni^o^nr est 
chassée indi\ idiirllenniit on d.ins de ^raiidrs chasses collec- 
tives. Dans le premier cas, l«> chasseur altemi !•- pctil troupeau . 
comiHisf de iMiiIrt- à di\ aniinanv, a I rndroit où il sait (pw 



\m prrtu fraiche l'iiiplovii* cir rrllr 
1* 'ii«^ un lôli- lif« iiii|Mirt.inl il.in« 

I • ' •nu-nl <lc* «mlii» ••! ilr» ann«**. 

|NMir l'aikviiil)l«^p (Ip iiipcrt m Imi», rlr. , 
rhr/ \rs ln)lii*n« |>ri'hi«|>jiiiii|iir«. !.<•« v-hi 

rhtr* ri |r« llirll« l'Il ^'rnci 4I llr I<| lUllll 

l>lii|iir \r^'rnhn«- m loni fnrtiri' un iim;,')* 
lrr« \»ni> ri » rn wrtrnl «\it iiiir li«liilrlr 
r\lrMirilîntiirr. 

A lilrr llr «iiriiMilr. iumi» iiirnli«inni' 



ron» la |M'inr ilr iiioi I <|iir faiMiil Miliir 
;i v« rnnctni« Ir ilirlalriir ar);rnlin Wm 
Jimn Mmuirl ilr Hiim!» (iHii)- iH.'ii ) , pn 
faiftanl rn^ rlo|i|M>r Ir» rnn<iaiiin<*» cUn« U 
|N-Aii iriiit IniirtMii nVriiiiiirnl liuv (^'tlr 
■M-aii rn«(Misiic mit Ir n>r|i<, Ir iiialhetin-iix 
rUil r\|Mi«f «Il iMilril ilonl Im rhalriir m< 
rhuit pl rt>»M>miil |h*ii à |«rii la |*raii. 
riMii|iriiiianl ir (-<tr|i« «lu «ii|i|ilirir Jiiv|ii 4 
ii«-<-«Miinnrr m iikitI. 



LA PUNA ET SES IIABITAMS ACTUELS. 'i^l 

les vigognes ont l'habitude de passer ou près du lieu où elles 
boivent. Pour les grandes chasses, dénommées chaco, les In- 
diens se réunissent sous le commandement d'un chef. On tend 
dans une étroite quebrada une corde à laquelle sont attachés 
des morceaux d'étofl'e rouge , à environ i'" de distance l'un de 
l'autre. Par leurs cris et des bruits de toute sorte, les chasseurs 
ramènent de très loin les vigognes à cette quebrada, dont 
l'entrée est alors fermée, également par une corde tendue où 
sont attachés des chilï'ons. Les vigognes ne rompent pas cette 
clôture, car elles ont peur des morceaux d'étoifes que le vent 
agite. Les chasseurs peuvent alors y entrer et prendre, avec 
leurs libes, autant d'animaux qu'ils veulent. Toute la Puna est 
divisée, par les Indiens eux-mêmes, en circonscriptions de 
chaco. Dans chacune, il y a un chef ou capitan permanent, 
charge qui est considérée comme très honorifique. Cette orga- 
nisation pour la chasse des vigognes date de fépoque préhis- 
panique. Acosta (2; 1. IV, c. XL; I, p. 281) donne une bonne descrip- 
tion des chacos des anciens Péruviens. Les peaux de vigogne 
valent dans le pays environ de 2 à /i francs, mais la chasse de 
cet animal ne peut être considérée que comme un revenu très 
accidentel pour les Indiens. Si chaque chasseur emporte une 
fois par an d'un chaco une demi-douzaine de peaux, cela ne 
lui rapporte qu'une vingtaine de francs , la chasse avec ses pré- 
liminaires, etc., ayant peut-être duré quinze jours ou plus. 
Les Indiens de Susques ne font pas de tissus de la laine très 
belle et très Une de la vigogne, avec laquelle les métisses de 
Salta et de Catamarca font de vraies œuvres d'art textile. 

Les Indiens possèdent une autre arme de chasse, la fronde. 
A Susques, il n'y a guère d'Indien qui ne la porte toujours 
avec lui. Le spécimen y?^. 97 a 2"i5 de longueur totale et est 
formé d'une seule corde habilement tressée en laine de lama. 
A ses extrémités, cette corde est de couleur blanche et com- 
posée de quatre torons. A o"' 88 dv. l'extrémité se trouvant à 
(h-oite sur la figure, on a doublé l'épaisseur de la corde, en y 
incorporaul quatre uouveaux torons, (ies deruiers éléiueuLs 



V%2 XMinUTKS |)K L\ IlKC.lON VNDINt. 

sont (le (-oiilfiir hriiii chiir it loriiitMit avec les éléments blancs 
un dessin à cliexrons. (ielte jçn^sse |)artie de la conle a o"5o 
de longnenr. \ii iiiili>u. Ie> huit torons dont «llr est coin|X)sée 
sont nattés «i plat |H)nr Inrnirr la |)artie de la Ironde où doit 
être placé le projectile. Les huit torons y sont envelopjM*s et 
retenus dans Irur position pnr un trrssa'^e fait avec des lils 
rn l;iinr de inoulun, hiancs ri noirs, dispnx's de manière à 
lormer un dessin rn cchiipiier. (itMte partir plate (\r la Ironde 
a o" I !S de longut'ur et o^of) de larj^eur niavinniin. \n «entre, 
nn a Liissf» entre les deuv torons du niiliru une lenle ou- 
M'rte de o^o.^.) <lr lou^'uiui. (lui ^erl a retenu !•• projectin* 




Ki|{. 57. Krnmic. 1 '.'» -^r. niL 



à sa 1)1. M)'. \ I indrnil où s'.nunu it la ('nr<le, .1 ^Muche sur l.i 
liiTure, les ImmiIs des torons hruns «tul ele atlaclies au nio\en 
d'un lil mince, |Mnl)al)lement à cause d'un delaut dans le Ires- 
sajçi*. I..1 |>.ulif uiiiMf (il' la «unie a, d«' ce coté, 0*77 «le 
lon^ntMir, c i'sl-a-<lin' «jue crllc partie es| |ilus ctmrte (pu* celle 
(le lauln* coté, (iouinie prop'ctih's, nu «'niphm' «les pu'rn's 
«pieh'oiupies, plus «tu moins arrondies, «Tensiron u'"o.') de 
diamètre. Pour lan««'r une «h* ««'s pi«'rn's. I Indieu la place sui 
la lente au nuheu d«* la lr«mde, d uilr«)«luil I un de ses d«ii^ts 
dans r(L*illet (pii se tr«)U\e à I um* des «'xiremites d(* la corde 
(à droite sur la li;;nn*), il pu ud r.nitic houl de la c«)rde dans 
la main v{ lait tourner la lr«in«le au-ilessus de sa tète jus(pi a 
ce (pril «ihtienne um> grandi* >it«'ss(*. H lâche alors le l>«)ut lihre 
«h* la c«»rde et, par suit»* d«* la force c«'ntrilnj;e, le pr«>)ectile 
chI dirij;e ^nr la «ihle. I.a liontle e«»l enipln\«'i' pour Iner !«• 



LA PUNA ET SES UAIUTANTS ACTUELS. \y,] 

menu gibier, surtout les viscaclias [La(jidiiini) et les oiseaux. 
Pour ces petits animaux, le tir est mortel, lorsqu'il est bien 
fait, à plus de 5o™ de distance. Les Indiens emploient aussi 
leurs frondes pour faire marcher les troupeaux, ou des ânes et 
des lamas isolés, dans une certaine direction. Le conducteui- 
marche derrière les animaux et leur jette des pierres avec la 
fronde quand ils se détournent du chemin ou quand ils 
s'écartent du troupeau. Il ne manque jamais d'atteindre, a\ec 
les pierres, le côté de l'animal qui est opposé au chemin que 
celui-ci doit prendre , et la bête , effrayée du coup , court incon- 
sciemment vers le but que désire le conducteur. Les frondes 
sont aussi des armes de guerre assez redoutables; on raconte, 
])artout dans la Puna, un épisode survenu au cours d'une 
rébellion des Indiens, dite la «Guerre de Quêta», contre le 
Gouvernement de Jujuy. Celui-ci ayant envoyé i5o hommes 
de troupes régulières pour en Unir avec la révolte , les Indiens , 
placés sur les hauteurs d'une étroite quebrada où les troupes 
devaient passer, les détruisirent à coups de pierres. La fronde 
en laine, de la même sorte que celle que nous avons décrite , est 
répandue dans toute la région andine et se rencontre fréquem- 
ment dans les sépultures préhispaniques du Pérou. Ces frondes 
anciennes présentent en général une ornementation beaucouj) 
plus riche et plus compliquée que les frondes modernes, et 
leur partie plate est souvent tissée en mailles. J'ai rencontré des 
fragments de frondes dans les grottes sépulcrales de Sayate et 
de Pucarâ de Piinconada, dans la Puna de Jujuy. 

Agriculture. — Elle est presque nulle. La quinoa est la seule 
|)lante alimentaire de laquelle on puisse attendre une récolte 
régulière. On cultive aussi, presque comme un luxe, quelques 
pieds de fèves [Vicia Faha) sur de petites parcelles de terrain, 
particulièrement protégées contre le vent par leur situation 
dans quelque coin abrité des montagnes et encore ])ar des 
muis spéciab^nent élevés dans ce bul. Les pommes de leiic 
ne poussent pas, et encore moins le maïs. La luzerne, qui se 

H 3o 



Vi^ \MIOtlTKS |)K LA llK(ilON WDINE. 

(If'«v«*l<»j)j>e assez l)ien dans certains iMidroits de la Puiia do 
Juiiiv, est à Susqin's détruite ininiédiateinent par le froid, des 
(iiii* les jeunes jxmsses sortent de terre. 

Alimentation. — (Ju«»i(jur l.i^rKullure n e\ist«* «^urn' a 
.Su'^cnns, I alinieutation des Indiens rst j)res<jue en tntalilr 
\(^<'tale, coniiMisee de maïs. lr(|uinoa ne iorniaut (|u un stock 
(!<• ré.serve en cas de uianijuc de mais. L'Indien ne tue que 
rarement .ses lamas et ses moutons; ce Iw'tail rsl consiclen' 
comme un c.ipital au(|M*l il nr l.iiit |i;i^ tnuciiei' et dont rintérèt 
consiste en laine ou en lian^iMMl (!•■ iii.ii * liaudises. La Mande 
des animaux tués est divisée en lanières et sécliee au soleil, 
sans s«'l. La siande ainsi préparée s'a|)j)elle <liar<ini , excepté 
celle fie miuiton. (pu est dénommée r//(//<«//w. La Mande de la 
\i«i;o«;ne sul)il la même préparation, mais les Indiens chassent 
trup |)eu de ces animaux |)onr(pie la viande en ait une impnr- 
tance (Uielcoiupie dans leur alimentation. La \ian(le séclie est 
employée avec une «grande économie; on n en \nit jamais cju un 
petit morceau dans la grande marmite (pu contient le maïs 
destiné an re|)as dv toute la lamille. (iomme C(»ndinn>nt d<* ce 
maïs houilli, il n\ a (pie le sel (>t, comme article de luxe, une 
.sorte d«' piuH'ut, \aji \ (lajisunm *'/'.)• Le sel provient des salim*s 
voisines. LViyi est acheté dans les vallées; dans celle de Lernia, 
par exemple, cette |)lante est cultivée sur um- i^rande échelle. 
La \iande iraiclu*, rôtie, est un luxe; on en man^e seulement 
les jours de «grande léte. 

Coca. Tabac. Boissons alcooliques. — Les Indiens mandent 
peu, mais ils ne peuNent |)as M\re sans la coca , et* tonupie 
puissant r|ui anesthésie l'fvstomac v\ parait, jusipi'à un certain 
|Miint, suppléer au défaut de nourriture, (iomnie on le .sait . 
h's JndiiMis chicpient des leuilles de c(>ca {^l'jyfhrttxylon Coca, 
Ijinh.) en y ajoutanl flf la //i.</a '', pale formée des cendres de 

M. von Tsrhiiiii (Uil rrril ri/tta . ISO . Ilicht . in.ii« i|jin« la iNina ar^rnlino 

M MiiklrmiorlT 131 . fliflti . M. Go*»*' Ip mol r«l |tntnonri> //iW<t. 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 455 

certaines plantes, mélangées et pétries avec des pommes de 
terre. Dans la Puna, on fait la lUsla surtout des cendres d'une 
chenopodiacée sauvage appartenant au genre Alriplex, mais 
aussi des tiges ])riilées de la (juiiioa. La première sorte est con- 
sidérée comme la meilleure. En Bolivie et au Pérou, suivant le 
D"" L.-A. Gosse (150, p. 67), on emploie, en dehors de la (juinoa, 
d'autres plantes pour la préj^aration de la llisla, comme la 
hampe du maïs, les pétioles et les feuilles du bananier, le bois 
de (jaeîioa, etc., toujours réduits en cendres. Le potassium 
contenu dans la llista sert, paraît-il, à amoindrir le goût amer 
de la coca et j^eut-être aussi à dissoudre ses principes actifs. 
Selon MM. Gosse [ihid.) et A. Ernst (124, p. 235), on remplace au 
Pérou septentrional et en Colombie la llisla par de la chaux 
vive. 

A Susques, comme dans toute la Puna, tous les Indiens, 
hommes et femmes, chiquent de la coca. C'est leur passion 
principale, un besoin absolu qui prévaut sur celui de manger 
etde boire. Ils tiennent constamment la chique dans la bouche, 
même en dormant. La coca donne une odeur fort désagréable 
à l'haleine et il faut vraiment avoir du courage pour supporter 
pendant quelc[ues minutes l'Indien qui vous parle, étant 
donné surtout qu'ils ont l'habitude de beaucoup s'approcher 
de la personne à laquelle ils parlent. La coca est la meilleure 
monnaie dans ce pays; avec de la coca, on obtient souvent des 
choses qu'on ne pourrait se procurer avec de l'argent. La coca, 
dont le prix est assez élevé, constitue aussi la plus forte dé- 
pense du budget de l'Indien. Enfin, pour le faire travailler, il 
faut absolument lui donner de la coca, sinon il ne travaille 
pas. 

L'action physiologique de la coca a été très discutée. Dans 
sa précieuse monographie, M. Gosse (150, p. 69 et suiv.) rend 
comj)te des diverses opinions émises par les savants qui se sont 
occuj)és de cette (piestion. La coca, dans le haut pays, exerce 
une sllmulalion lente et soutenue, une aclion pnissanhr sur le 
cœur et sur les centres nerveux, sans le sentiment pénible de 



•^50 WTIOUTK.s DK I- \ UKC.InN WDINK 

surexcitation que donne par exenij)!*' Inpiuin. Los auteurs ne 
sont pas d'accord sur la nature de cette stimulation. Les uns 
admettent une stimulation directe, send)lal)le à celle de i'am- 
moniacpic ou des aromates, les autres, une action «'xrilnnl»' 
indin-clr, annlo^^ue n cfllf des narroliquos. Prrsoinu'IlemrnL 
j'ai i'ssiiw dr cliicpHT dr la rora pnidanl (pielques jours, a 
litr»' d'i'xpérieiire, sans rep(Midant v ajontrr (\r la I lista, cr (^ur 
y lrou\ais Ikm» drsa«;n»ahl«*. La dn>«(ur n a produit sur moi 
aucun ellet, ni hon ni lll.lll^.li'^. Mnii aj)|)étit était !•' môme 
(pr.! l'ordinaire, mes forces n'ont ni diminiir ni auj^menlé, 
ma sensibilité pour le soroche n'était ni moindre ni plus 
Jurande (pic rpiand je no chiquais pas, enfin je n'ai éprouvé 
aucune (>\citation. Peut-être laut-il laire un usa^'e plus pn^ 
lonj^é de la coca pour sentir ses ellels. ou peut-être suis-j«* 
particulièrement insensible à ce stinndaiil. \m contraire, j'ai 
sou\eiit pris d»' la coca en inlusion. Inrs(pie j'ai tro|) n*ssenti 
le sonnlir ou lorsipie j'ai eu le mal de tète ou la fièvre, ci* (|ui 
arri>e souxtnl .1 l'Kuropéen dans l'atmosphère raréli»- du h.iut 
plateau, «'t dans c«;s cas la coca s'est montrée un excelleut 
remède, .le rappelle aussi le cas d'un de mes camarades de l.i 
Missiou Suédoise (pii conimit un jour, à environ 'i,r)oo" d'al- 
titude, l'imprudence de courir à pied pendant deux ou trois 
heun»s dans la mouta«;ne, pour chasser des \i«;o»rnes. Il rentra 
a notre cauq) sérieusement malade et son <'tat s'af;[«^rava d une 
manière telle, (pie je crai^'iiais (ju il iTeii nu)urùt. Il prit j)lu- 
sieiirs tasses d'inlusion de cocn , ce (jui le reiuil complète- 
ment. 

La pninrii'te de l.i coca la plus ddlu lie a explupuM' est celle 
de diminuer à un haut devjré la nécessité de nourriture, sans 
diminution de lorces. permettaiil aux Indiens d endurer de 
très grand«*s lati;;ues. tels les longs et rapides vovages à |)ied 
durant |>liisi(»iirs jours, même plusieurs semaines, ou d'exé- 
cuter deslra\au\ fort rudes, c(unme ceux des mines, |>res(pie 
sans prendre de nourriture. r\ seulement en mâchant t\r la 
coca l)es laits de cetir nature ont i-tr «oustatj's i>ar tous les 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. '157 

voyageurs du haut plateau. M. Weddel essaie de les expliquer 
par la dose assez forte d'azote qui existe dans les feuilles, mais 
l'azote contenu dans la petite quantité qu'en consomme un 
individu par jour rend cette explication tout à fait insuffisante. 
M. Forbes (135, p. 253) nie la faculté pour ainsi dire nutritive 
de la coca. 11 dit qu'il a observé chez des Aymaras qui ne mâ- 
chaient pas la coca une résistance et des forces égales à celles 
de ceux qui en faisaient usage. Il cite comme exemple les 
soldats de l'armée bolivienne, dans laquelle l'emploi de la 
coca est défendu, et qui cependant font preuve d'une résis- 
tance merveilleuse dans les marches. Il compare le « vice » de 
la coca à celui du tabac et autres narcotiques qui ne sont pas 
nécessaires à forganisme, mais qu'il est difficile d'abandonner 
une fois qu'on s'y est habitué. D'après ce que j'ai observé dans 
ce cas, je ne peux en aucune manière admettre les opinions 
de M. Forbes, malgré sa grande expérience en ce qui concerne 
les Indiens du haut plateau. L'occasion dans laquelle j'ai pu 
le mieux me rendre compte des propriétés merveilleuses de la 
coca, c'est en allant, en 1901, d'El Moreno à San Antonio de 
los Gobres, à l'Acay et à Incachuli. Le juge de paix d'El Mo- 
reno avait engagé pour mon compte, comme guide, un vieil 
Indien âgé d'environ 80 ans. En dehors du salaire, je devais 
fournir la coca; mais, suivant l'usage du pays, il était convenu 
qu'il devait apporter ses propres provisions pour manger. Le 
juge m'avertit de cette dernière clause. L'Indien se présenta et 
je lui demandai ou il avaitses provisions. Il me montra environ 
deux kilogrammes de charqai de vigogne et trois kilogrammes 
de maïs grillé, le tout enveloppé dans son poncho, et m'assura 
que cela lui suffirait pour tout le voyage, qui allait durer une 
quinzaine de jours. En nous mettant en route, j'ollris au vieil 
hidien de monter un mulet, et il accepta, prohablement pour 
montrer, à la sortie du village, aux autres Indiens, flionneur 
qui lui était fait. Mais une fois dans le désert, il préféra aller à 
pied et ne voulut plus monter. Il courait tout le temps quelques 
mètres devant la caravane (|ui marchait au trot. Devant les 



VVi 



WTioMTKs i>K i.\ HK(;inN wdink 



riiisspanx, sans s'arivliT, il |«'lail l«'s iisufas d»* srs |»hm|s «mi 
l'air, Irs n'trxaiil rlaii> les niaiiis av«T inn* lial)ii<>t(' .>jM'<iali' ri 
passant l'i'aii iiu-nirds, jxtur- in* pas iinuiillrr sps sandalrs. Pour 
Ips n'iin'lln*, il avaii(.;ait (|in'l<jin's pas «mi cotiranl «'1 il fiait 
déjà cliauss4> hicii avant cpic !•■ nnilrl allaiil *ii Irir (m'iI ])ii le 
ralIraiMT. Pas inu* sriilr lois mi m- \il ni lin mir trace d«' 
lali^^ue; li's inulrls parai>Nairiit plus lassrs (pir lui. l'A r<'j)»'n- 
daiil nous avons lait d«'s joiiriuTs dr yo^'". .l'offris iialurrllr- 
ni(;nt a mon vieil Indien de prendre part aux repas ahondanis 
(les nndetiers, mais j'ai ronstalé cpi'il ne man^'eait preMpn* 
rien. Soul<Mnenl il ( Iikju.hI dr l.i < «k ,i Imitf l.i journée. Au 
retour à Kl Morenn. apn-s (pim/.«' |miii-> de \<»\aL,'e, d elail 
aussi dis|)os (pie li)rN(|iir nous étions partis. On ne ihiiI reelle- 
UKMit pas e\pli(pier celle résistance à la fatigue en ne |)renanl 
prescpie pas de nourrilnn», cluv. un Inrlien d'un à«;e si avanci-, 
sans admeilre le poiisoir de la coca de .supj)leer au deiaiil de 
nonrriliire. 

I.i Pnna argenlinr pnil rire (-nnsidérée <'«Miiiiie la limite 
australe «le liisage «général de la cim a. Hieii (pi d e\is|e d'assez, 
nomhrenv cliiqueurs dans la Ouehrada de I Inmaliuaca , dans 
les en> irons de la \ille de lujnv et dans les vallées de Salta, 
Tusaj^e de la coca ne s v esl j)as «généralisé et celle dn>L,Mie n'v 
conslilue pas un article de première nécessité. A î^alla, j'ai 
connu des amateurs de c(»ca, appartenant à la classe éle\ée, 
mais ce ne sont que des exceptions. Plus au Sud, en Cata- 
inarca et dans La liioja, d n \ a cpie peu de ix'rsonues (|iii 
cliicpien! t\r la coca, et c«* sont f^énéralemeiil <l«»s métis mule- 
liiTs (pn InnI appris au cours de leurs vovages eu Bolivie. 
f.epriid.ini «»n dit (pie l'emploi de la coca était jadis j)lus g»*- 
neral dans ces pniMiic(>s. I.'usnge de la «'oca esl répandu dans 
tout le liant pays de la hnli\ir <•! du Pérou, dans «pielcpies 
distriris de la Héj>nl»li(pie de rKcpiateiir et (\r la (ailomhie. 
ainsi (jue clie/. certaines Irihus indiennes du hassiu du Hio 
Madré de Di'os ((iam|)as vi Araonas), de celui du llaul-Aïua- 
/.one (Juris, Passes, Miranlias. ,'|r.^ el dans les factoreries 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'i59 

le long des rives de ce dernier fleuve. La limite septentrionale 
de l'usage de la coca a été l'objet d'une étude de M. A. Ernst 
(124), d'après lequel cette plante est et a été, depuis l'époque 
préhistorique, inconnue dans l'Amérique centrale. Quant à la 
Colombie, les chroniqueurs parlent d'une plante nommée 
hayo que les indigènes mastiquaient avec de la chaux vive. 
Au Venezuela, toutes les espèces du genre Erythroxylon s'ap- 
pellent encore hayo, et, selon Pietro Martire d'Anghiera, les 
indigènes de la province de Gumanâ chiquaient, avant i53o, 
les feuilles du hayo. On ne sait cependant d'une façon certaine 
s'il s'agit de \ Erythroxylon Coca ou d'autres espèces du pays, 
comme \ Erythroxylon camanensc , H. B. K., ou l'E. hondcnse, H. 
B. K. Actuellement, l'emploi de la coca s'est perdu en Cumana. 
En somme, à peu d'exceptions près, son usage général est 
aujourd'hui limité au haut plateau sud-américain, depuis la 
République de l'Equateur jusqu'à la République Argentine, 
et, à l'époque préhispanique, cet usage paraît également avoir 
été peu répandu en dehors de ces limites. 

Quant aux plantations de coca, elles se trouvent toutes dans 
les vallées chaudes des pentes orientales de la Cordillère, d'une 
altitude de plus de 2,200°*. La Bolivie (provinces de Yuru- 
carés, Inquisivi, Yungas, Larecaja, Caupolican) en est le prin- 
cipal pays producteur. D'après la statistique ofTicielle de 1904, 
la Bolivie en produisit, dans cette année, 1,669,628''^, d'une 
valeur totale d'environ 7,600,000 francs. Toute la coca qu'on 
consomme dans la République Argentine vient naturellement 
de la Bolivie. Au Pérou , on cultive la coca dans les vallées de 
Caravaya, Paucartambo, Santa Ana, Anco, Huancayo, Huâ- 
nuco, etc. En Equateur, la culture de la coca a été inlmdnile 
sans y prendre beaucoup de développement. En Colombie, il 
y a quelques plantations en Popayan et dans la Vallée d'Upar, 
au pied de la chaîne qui la sépare de la province vénézuélienne 
de Santa Marta de Maracaibo. On a essayé de cultiver la coca 
dans les terres basses, par exemple aux rives du Rio Solimoi^s, 
mais la plante y perd ses qualités essentielles. Comme on le 



Hrf) VNTIOUTKS hK l.\ UKCilON \MHNK. 

\«)il, iurscnif liMiIrs 1rs (-(iI|iii-i>n «|r an a m* Ikhim'iiI dans l«'s 
limites rlr l'aiicit'ii riiipin' iiMiisi(jii»*, «'l la zmi»' (\v lusaj^t* <l«' 
rrlh* (Iro^iH? coïiicid»' prescjn»' n\rv l»* trrriloire sur Irqurl 
srieiulail rct einpirt'. La coca était, coiiiiiie on le sait, encore 
|)lns aj)|)réciée à ré|H)(|ue des liiras (|irniij<>iird'lnii; son nsaji^e 
l'Iail .dors un |)ri\il«'i;«' jxmr les (dassrs rlinres ri elle jouait un 
rôle iiiipnriaiil dans crrlames eereniouies rrlij^ieuses. Dans la 
Puna. I emploi <le la coca date aussi de ré|>o(|ue |)reliis|)aiii(|u«'. 
car, d'après des renseij^nemenls (pu m ont cl»' donnés à Hinct»- 
nada,nM \ a lnMisé, dans rlan» irnues sépultures, des (l«d>ris 
de cestos (nattes) dt* coca, idenlnpies aux rcslos (pu «Micorr 
aupiurd liui ser\rnt a Irnihaila^M» de ir[ article, (atinme nous 
le \erroiis, les Indiens di- la l'uiia atla( lient eiicnn' de nos 
jours une importaiMt' reli;;i»'Usr aux leuilles de Y l'.tydinKiylnn , 
(pii (-nnstitiirnt leur prin< ipale ollrande a Pacliamama et (pii 
jouent un rôle dans heaucnnj» de leurs cérémonies seini- 
reli«;ii'uses. 

Les Susquenos iumaient les cij^arettes cpie j»' Itnr i dirais, 
mais ils no les ap|)réciaieut j^uère. (domine tous les cliiqueurs 
de coca, ils ne tiennent pas au tahac, rontraireineul aux métis 
des j)ro\in(es ar^^M-ntines rt aux Indiens sau\a^es du (iliaco. 
Les métis iuinent toute l.i journéi* et ne pdurrairnt pas se 
passer de tahac. Ils ne Irasaillent pas si on ne leur en donne 
pas, et les muli*tiers se révolteraient si la piovision de tahac 
saclieNait an cnm > d un \(»\aL;<'. I*nur h's Indiens du (Ihaco, 
le tahac est nnr passion rt I un drs meilleurs articles (pToii 
puisse em|)loNer coinine monnaie en tralnpiant axec eux. Mais 
les Indiens du haut plalran scml iiidillrrenls m vr <pn con- 
cerne ce nar<nti(pn'. 

La hnissnii i\v prrdil«>rtinn drs liidi«Mis de Sus(jues est la 
rhirlio, cominr partout dans le haut |)avs de 1 Américjue du Sud 
ou plutôt pn>s(pie )>artout sur ce continent. Comme on le sait, 
la rhnha est lait»' t\r maïs qunn fait lermenter dans de l'eau 



LA l>riNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'aw 

en employant la salive liumaine comme lermenl. Comme tous 
les voyageurs ayant parcouru des parties du haut plateau ont 
donné la description détaillée de la préparation de la chicJia et 
des orgies auxquelles cette boisson donne lieu, je crois pouvoir 
l'omettre ici. Je me bornerai à dire que les Susquenos sont 
probablement plus sobres que les Indiens de la Puna de Jujuv 
et qu'ils font assez rarement de la chicha, excepté à l'occasion 
de leurs diverses fêtes. Pendant mon séjour dans le village de 
Susques, on ne prépara de la chicha que dans une seule case. 
Peut-être la sobriété relative des Indiens de Susques provient- 
elle de leur pauvreté et de la nécessité d'économiser les pro- 
visions de maïs, pour ne pas s'exposer à movirir de faim à une 
certaine époque de l'année. On importe à Susques, de Jujuv, 
une petite quantité d'alcool de canne à sucre, lequel est con- 
sidéré cojnme boisson de luxe. 

Commerce. Voyages. — Les Indiens de Susques sont donc 
obligés d'importer leurs deux principaux articles de consom- 
mation : le maïs et la coca. Pour les payer, ils exportent les 
étoffes qu'ils confectionnent et les ânes qu'ils élèvent, ainsi 
qu'un peu de sel qu'ils cherchent dans les Salinas Grandes, 
un peu de laine de mouton qu'ils n'ont pas eu le temps de 
convertir en tissu et même un peu de chalona. Les tissus sont 
vendus à Salta ou à Jujuy, où les métis et les ouvriers en gé- 
néral achètent volontiers ces étoiles solides qui durent cinq ou 
six lois plus longtemps que les tissus des usines européennes. 
Une coupe de pantalon qui a nécessité un travail de plus d'un 
mois est vendue 3 francs environ, et pourtant cette industrie 
est beaucoup plus importante qu'on ne le croirait. 

Nous parlerons plus loin de fexploitation du sel des Salinas 
Grandes, qui se vend également à Salta et à Jujuy. Dans ces 
villes, les Indiens achètent une fois par an leur provision de 
maïs, dont le prix varie, selon les années, entre 2 et 5 francs 
Yarroha (environ 10''^). Lorsque j'étais à Susques, le prix avait 
baissé au-dessous de 2 francs, et, par suite, il y avait un exofle 



162 NMIoriTKS |)K I. \ UK^JON VNhINK. 

(I liuliciis |>o(ir ailrr proiitcr de (<> prix cxceptioiiiiollt'iiifiit 
Iniii iiiarrli(''. Los ânes se vciiclent en ii4»li\i<*, où ils sont les 
Ix'^les fie somme par «•xrelliMice, car il n'y existe |)as assez de 
fonrra^r |)onr les inulf>ts. Le marché princi|)al jMUir la vente 
(les ânes proNeiiant de Snsqnes et d'antres parties de la Pnna 
ar;;eiifiiie est Talina.daris la prosiiice de Snd-( iliirlias, près de 
la frontière arj^entine. Très rarenn'nt, les Indiens de Sns(pie> 
Nont |)lns an Nord, anx jurandes foires holiNiennes, comme 
celles de Uynin. hii prix «juiU nhlirinn'iil de leurs Anes, ils 
achètent à Talina ^nrtont de la coca, et aussi des chapeaux et 
(piehpies instruments de imisirpie, lahricpiés p.n- les l^dien^ 
de la Bolivie, comme les flûtes de Pan et les churantins, (|in> 
nous (h'crirons pins loin. La roca, fjni |)ave nii droit d'entn'e 
assez èle\«\ est sonveiil iiilrndmlc p.ir «oiilrehaiid»' .1 lra\«'rs 
les m(»nta^n(>s de Li'pez et Ir iKird de la Pnna di* Macama, 
où les douaniers ar«^entins sont un puissants à |)oursuivre les 
Indiens. Lu dehors des articles (inr ihmis venons de men- 
tionner, les seuls (pi'on acheté dans les villes sont la toile jwMir 
les chemises et \n/i venant «(énérahMuent ch» Salta, des cou- 
teaux, des foulards m coton, (juel(jue> remèdes et (pn-l(|ues 
matières tinctoriales. Du moins, je n'ai pu di-couvrir (laulres 
ohjets de provenance étran«;ere chez les Sus(juenos. Sans 
<loute, ce commerce date de Tepocpie |)rêhispani(|ue. \ussi 
hien a cette èjMKpi»- iju. dr nos jours, l<>s Indiens du haut j>la- 
teau ont cherché le maïs dans les régions hasses et y ont vendu 
les produits de h-iir industrie lr\lilr «1 le s.j dr Irurs salines. 
Tous les historio^^raphes l'attestent. La .seule cho.se qui .soit 
peut-être un |)eu rhanir,.,.^ ,,. s,nu\ les routes suivies par ce 
< onnuerce. Il doit \ avoir eu jadis des relations comnn'rciales 
im|M)rtantes entn' Siistpies et .S.in Pedro de \tacama, relations 
devenues maintenant pm frécpicnles, tandis qu'au contraire 
lecomnu'rce avec Salta et avec .lujuv s'est prohahlement dévi»- 
loppé après la roiKpiète cs|)a<(nole. 

Dans leurs vo>a^'es h ces dernières localités, \rs Sus(|uenos 
n'iMitrent p.is dans l.i ville IK rainpeni en drhors <les lau- 



LA PI NA ET SES HABITANTS ACTUELS. 463 

])ourgs, en quelque endroit inculte et abandonné, et vont 
traiter leurs affaires chez des commerçants spéciaux qui ha- 
bitent la lisière de la ville. A Salta, ils n'arrivent même pas 
aux faubourgs, mais s'arrêtent dans les villages de la Vallée de 
Lerma, comme Rosario de Lerma, Gerrillos, Sumalao, etc., 
à plusieurs lieues de la ville. Je me suis parfaitement rendu 
compte que le capitan Victoriano n'était jamais entré à la plaza 
principale de Salta; il ne connaissait pas la cathédrale ni l'évê- 
clié, et cependant il avait pour l'évêque une vénération qui 
ne devait pas être moindre que celle de ses ancêtres pour 
les Incas. Au cours de leur séjour près des villes, les Indiens 
s'enivrent quelquefois, mais toujours dans leur camp, avec de 
l'eau-de-vie qu'ils ont achetée dans le faubourg, et ils ne sont 
jamais bruyants. J'ai questionné sur ce point les fonction- 
naires de la police de Salta et de Jujuy, et ils m'ont dit qu'il 
n'y a pas d'exemple qu'un Indien de la Puna de Atacama ait 
été emmené au poste par suite d'ébriété. Au contraire, les 
métis commettent, dans cet état, des forfaits de toutes sortes 
et deviennent de vrais énergumènes. Les Susquenos, pendant 
leur séjour près des villes, ne parlent pas aux autres Indiens 
qu'ils y rencontrent; des Indiens de la Puna de Jujuy me 
font confirmé maintes fois. Cette conduite des Indiens 
de Susques démontre combien ils sont méfiants et réservés de 
leur caractère. A Talina, ils paraissent être un peu plus com- 
mun icatifs. 

Musique. Danse. — Il y a, à Susques, une troupe de musi- 
ciens composée de douze flûtes de Pan et d'une grosse caisse 
[homho). Cette dernière est en bois de Cerciis, avec les tympans 
en peau de mouton. Une flûte de Pan est reproduite ficj. 98. Cet 
instrument consiste en seize roseaux de dilïérente longueur, 
attachés en deux rangées au moyen d'un roseau fendu qui en- 
toure tous les tuyaux. A Susques, le nom général de cet instru- 
ment est fusa; il y en a de trois catégories, des grandes (^sanja), 
des petites à seize roseaux (^arra) et des petites à (jualorzc 



WH 



\MlonTK> l)K l.\ llKC.InN WDINK 



roM^ailx lira)^^'. Lfs cloii/.e llùlfs <!•• Tan mmiI ac^(^r(lée^ di 
laiton à Inriiirr mif Ikii iiimii. . Les Sus(|ii('nos ne savent |)as 
ral>ri(|uerces flûles en\-nièmes, «M d'ailleiirs Us ne |X)ssè(lent 
pas les roseanv pour Ir lairr. Ils 1rs achètent a Talina, où ces 
instruments smil a|)|>nrl«'> par l<*s lahricanls, (Itn liidieiis de 
la h()li\i<'. 

I II apn*s-midi, ii'^ iiidn'M.^ me doinicrriil une « s«'»n'Miade ». 
La niiiparl drs iinMiihies de la Irnupe «'lairnl ahsenis; il n'\ 

a\ail (pir trois i(»U('iir> de /usa et le 
hninhii. (ies musiciens se trouvenl à 
L^auclu', deNant la poitr dr réf^lisr, 
^aa^ //'/. HO. laiir mus:(|ur rtail mono- 
1 V ■ ^ loiir. hislf. .)<• It's iiisitai à or<(anisri' 
I I "Jl un hal cl ji'iir dmiiiai , cnmine ralrai- 

^ J ciii^scmeiit^. un demi- Ldo*^ranimc 

M (|r |rinlli-> dr Cnca ri n II I it PC d alc(Mll 

'■ ^ pur, (pir |a\ais dihic ni m faisant 

cinci litres d caii-<lc-\ M'. ( ,cla ctait 
Kiillisaiit iMMir nirtiii' tous les Indiens 
de honnc liumcur, sans \vs eniNrer. 
Pour la danse, les (juatre musiciens 
lormaient un cercle intcneur; les 
autres Indiens, placés autour d'eux, 
IB lin (crclf ••xlrncur. Les musiciens 

couraient a jictils |)as cad«Micés I un 
après l'autn* «mi jouant de leurs in- 
struments. (^)ucl(pn'lois ils s'arrê- 
taient une minute, pour reprendre 
ensuite leur inar< lie ( irt iilairc. Les Indiens du cercle exIeruMif 
taisaient de inènu*, en courant ]>arrois dans la même direction 
ipie les musiciens, d'autres lois dans la direction contraire. 
Il ns aN.iit pa> assez, de lemmes |>our (pi elles pussent prendre 
|>art iï la danse, car ell«'s ne <lni\rnt pas faire |)arti<> des cercles 

Aa«(i r«l Ir nom iliinr noir lio niiiMi|iii*, imi i*^|M^nol. Jr nr connai« |ni* lVl\nio 
lop{ip *\r% twAs utmjn . nrrm ri in». 




Fig. yM. 



Klùli* ilr l*«ii ^ h'unt 
I '3 gr. n«l. 



LV PI NA KT SES HABITANTS ACTUELS. 465 

formés par les hommes; quand elles dansent, elles forment un 
cercle spécial autour de l'un des cercles d'hommes; leur danse 
est semhlahle à celle de ceux-ci. Ni les hommes ni les femmes 
ne se touchent pendant la danse. Le hal continua jusqu'à mi- 
nuit sans que personne parût se fatiguer. Tout au contraire, 
les hommes comme les iemmes paraissaient se réjouir de leui* 
danse uniforme et de la musique monotone. Les faces des 
Indiens, en général si immohiles, si dépourvues d'expression, 
s'animaient et démontraient le plaisir qu'ils éprouvaient. Parti- 
culièrement, on pouvait noter chez les femmes les manifesta- 
tions de la coquetterie, qui, on doit l'avouer, ne différaient pas 
heaucoup de celles de nos femmes civilisées. Quand flndien 
ou flndienne ôte son masque d'indifférence, ils ne sont pas 
très différents de nous-mêmes. 

En dehors des flûtes de Pan et du homho, il y a ejicore 
d'autres instruments de musique : la (juena , la caja et le c/ia- 
raïujo. La cjuena est une petite flûte simple, avec cinq trous 
devant et un trou derrière, sans clefs; la vaja est un petit tam- 
hour. L'Indien, en jouant la fiiiena, s'accompagne lui-même en 
hatfant avec fautre main la caja qui est suspendue au poignet. 
Ces instrinnents, ainsi que le charanfjo, sont fahriqués par les 
Indiens de la Bolivie; les Susquenos les achètent généralement 
à Talina. 

Le c/tarango^^^ est une sorte de luth, dont la hoîte d'har- 
monie a le dos fait d'une carapace de tatou. Je reproduis 
/i(j. 99 fun de ces instruments, qui sont en vogue parmi les 
Indiens de la Bolivie. Latahle d'harmonie, solidement collée à hi 
carapace de tatou, est en hois hlanc, prohahlement de |)r()\e- 
nance européenne; la queue est de hois de Ccdrcla hrasdicnsis , 
A. Juss., mil sans doute provient du Chaco. La queue est hien 
|)olie du côté des cordes; l'autre côté est assez grossièremenl 
façonné à l'aide d'un couteau. Pour le chevalet et pour les clefs, 
on a aussi emplové du hois de Ccdrcla. Le silh^t esl <m) hois, 

'"■' ClifiidiKia , en cspa^iK»! , si^^nilic « l'anlaro mililaiic, coiiiposc'c sciilciiiciil d'insliii- 
iiicnls cil iiK'tal ". 



',Mi ANTIoriTKS |)K I. \ nK(.H»N WDINK. 

mais les louclies, en os, ressemhlnit tout à lait à celles des j;ui- 
lares et (les mandolines «'nnjjM'einies. Ces lames d'os ont prnl- 
èlreété imiKirlées d'Enn>j)e. Les cordes, en l^oyaii, sont proha- 
hlcmcnt anssi fal>ri<jiH'«'s m Knropr. !\)nr 1»' rlnvalft il jMMir 
\f> (Iris, on .'I riiinln\«' Ir hois (Ir i.cdivla. L unr (Irs clrls a v\v 
iM rdn»' ri on la ninplacér par unr anlre rn lM)is hianc. Nolrr 
inslrument a dix cordes, cinq cordts (Inid)les; mais j'en ai \ii 
d'anlres irayanl (jue cinq cordes sinq)les. Les charaïujos sont 
nrohahlemrnl lahricinés d'apiès des nuKlèles euroiW'ens, inlro- 
duits nar les conaiiistadores, mais les iiindillcations ap|)liquées 
par les Indiens sont très cnrieuses. En \lri(|u«', nolamment ni 
AlL'i'i'ir «t à \lada«rasrar, on IrouN»' des inslrnmrnls à cordes 
seml)l.il)l»'s, mais a\ec \v dos lahricpir d une carapace de lorlue, 
an lirn dr la caraj)ace de lalou (ju'on emploie à celU* lin sur le 
II. Dit plateau snd-améric.un. 

Les airs (pinn joue sur Ir cliamiufo ressend)lenl IxMUconp 
.ni\ ;mis ixipulaires espaj^nols. Quehpuvs Indirns cliantent en 
s'accompaj^nanl sur ci'l iuslrnmenl, mais ce sont en général 
drs chansons rspa«;noles. Lmelerio \ âscpiez (n° ni dn lahleau 
anlliropomélriipir , un solide ^^aillard ri l)ean «garçon, élail le 
cliansonnirr par «'xcelleiuM'. Sou r<'perloire élail pour la plu- 
parl espagnol, hieu (piil m' comprît pas toujours le sens exact 
de ce (piil clianlait. Il ( ounaissail (pn'l(pn-s clians(»ns «ii qui- 
clnia, mais c«'lles-ci étaient prohahlniiciil traduites de res|)a- 
gnol, comme ce doit être le cas du sprcinien (pu* nous re- 
produisons plus Iniu, page 'J97- J ai essa\e par lous les moyens 
d nhtenir (juil cliaiitàl un morc<MU original (*n (|uic}uia, mais 
(M' lut en \ain. Les \ raies chansons (piichuas, les \arans «m 
YarahiiiSt doi\(Mit être ouhliét's. 

Résumé. — Dans les pagi's précédentes, jai e\jM)sé les ohser- 
\ations (pie j'ai laites sur la \ie des Indiens de 8us(pies, et j'e\|M>- 
M?rai ensuite ce (pie j'ai pu relever concernant leurs ancieniuvs 
croNances et les tract-s de leurs prati(pies païennes. Je n'ai pas 
eu le temps de jx'Miétrer tout a lait <laiiN leur \ le ititime, iiiaisj ai 



Pl. XL 





'''d- 90- — Cliarangn. — a/ô ^r. nul. 



LA PU>iA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'i()7 

assez Yu pour me rendre compte qu'il n'y a guère de difïerence 
entre ces Indiens et ceux du haut pays bolivien. D'autre part, 
les habitants des vallées interandines des provinces argentines 
de Salta, de Catamarca et de La Rioja présentent également 
une certaine analogie par rapport à ces Indiens, mais aussi 
certaines particularités provenant d'une origine différente et 
d'autres qui sont évidemment le résultat de la civilisation euro- 
péenne et du métissage. 

Cependant les Indiens de Susques constituent un matériel 
de premier ordre pour l'étude ethnologique de ces régions. 11 
serait difficile de rencontrer, dans ces parages, une tribu si 
isolée, si pure, si conservatrice, si xénophobe. Quelle est l'ori- 
gine de cette tribu .^ Les Indiens eux-mêmes n'en savent rien. 
Le capitan Victoriano m'assurait que l'église de Susques datait 
d'il y a plus de quatre cents ans , c'est-à-dire d'avant la conquête 
espagnole du Pérou [sic) , et que sa maison dans le village avait 
été bâtie par son père, il y a soixante ans. D'autres Indiens me 
donnèrent des indications semblables à propos de leurs mai- 
sons, qui avaient été construites « il y a vingt ou quarante, ou 
soixante ans ». Plusieurs Indiens se souvenaient de leurs aïeuls, 
quelques-uns même de leurs bisaïeuls, mais aucun ne put me 
fournir des détails sur l'origine ou les migrations ]Dossil)les de 
la tribu. Ils paraissaient être convaincus que leurs ancêtres 
avaient vécu à Susques depuis la création du monde. 

L'organisation religieuse de la communauté de Susques 
semble démontrer que ce village a été fondé par des mission- 
naires catholiques qui auraient réuni les Indiens autour d'une 
(loctiina, comme ils avaient l'habitude de le faire. Mais quels 
missionnaires et à quelle époque? H ne peut être question que 
des jésuites ou des franciscains. En ce qui concerne ces der- 
niers, la carte des missions franciscaines, insérée dans l'ouvrage 
de Fray Antonio Comajuncosa et Fray Alejandro Maria Gor- 
rado (105), et qui j)araît être assez complète dans son genre, ne 
fait même pas mention (bi village (\o Sms{[U(\s; cet ouvrage 
démonlre d'ailhuirs que les franciscains ne se sont occupés ni 



lOM AXTini ITKS |)K l.\ llK(.loN \M)|NK 

(Ir i;i l*iiiia «II* .lujuN, ni (!•• I;i l'iiiia (le Alacaina. Quant aux 
jéftuilcs, l«Mir> nombreux et «Tudils cliroiii(|ururs ne (lis<Mit rien 
nnn plus, à ma connaissance, sur Suscjues. Mais à Casahindo, 
dans ia Puna de Jujus , de l'autre coté d<' la chaîne (|ui M'pare 
Sustiues de ce ricrnier territoire, il existe des ruines notables 
d'un Nienx <ou\ent et d'une Niedie ej;li>e, attribues par la tra- 
dition aux ji'suites. (iependant les papiers concernant l'expul- 
sion de cet ordre, en i'j(y~. publiés |)ar M. V. J. liralM» 73 /.» , 
ne mentionnent aucune mission jésuitt* à Casabindo. D'autre 
p.H I , iabix' l)ominj(o Filj^ueir.i, curé de la paroisse de (iocbi- 
noca,a lacpielle appartient r.^sabindo, nu* déclara (pi'il saNait 
seulement par tradition (pu' les ruines de (iasabindo étaient les 
restes d'une anciemie mission jésuite, mais (pie les rej(islrcs 
les |)lus anciens de la paroisse ne datent (pie de i 7(j3, c'est-à- 
dire vin^t-six ans après l'i'xpulsion des jésuites, et ne donnent 
pas de renseij;neiiiriils pnm- leclaircissenient de cette (piestion. 
\l. l'abbe .Iulian l'oscano. sicaire général de {'«'véclié de Salta , 
(pli a lait des recbercbes approlon(li(*s dans les arcbi\(»s (\r r«l 
éviM'bé et publie des ouvraj^es sur l'bistoire ecclésiasti(jue du 
pa\s, m'a é^^alement dit rpToii n'v lrou\e rien concernant l'an- 
cienne mission de (iasabindo, pas plus «pien ce (pu concerne 
Sus(pies. (i(*p(>ndaiit les ruines d(> la mission de (iasabindt» 
existent, «-t celles de (iobres. (lr^•|•|tr^ phl>^ lom, pa^e hS,^. 
sont jirob.iblemeiil b»s vesti^e^ d ime succursale de cet ancien 
eiablissrment religieux. Il est asse/. vraisemblable (pie ces mêmes 
reli«;ieu\ ont (onM'rti les Indiens dr Sus(pies et fondé leur 
é^lisi>. Il me semble moins probable (pie ces Indiens ai(*iit éle 
coiiNertis par le clerj^e de San Pedro de \tacaina, bien (pie 
.Sus(pns, di'j.i «Il 17H7, fût une • annexe» de cette paniisse, 
s<*l(»n Don Juan del Pino Manri(pie 289. p. i3^ Fin somme, tout 
ce (pie iKHis |)ouxons dire aNec certitude de rorganisatioii 
catlioli(pi(> de la communaiile de .Sus(|ues, c'est (pi'elle est fort 
ancienne et (pi elle a été très longtemps maintenue par les 
Indiens eux-mêmes sans autre aide de la part du cler«^e callio- 
li(pie (pir li's (piebpies \isitfs cpTs jais.iil |r «im»- d'Macama. 



LA PL.NA KT SES HABITANTS ACTUELS. WJ 

Mais cette organisation religieuse a un caractère tellement 
jésuite , qu'elle justifie l)ien l'hypothèse de la conversion des 
Indiens de Susques par les religieux de cet ordre. 

Quoi qu'il en soit, la tribu a vraisemblablement liabité ce 
territoire au moins depuis les premiers temps de la conquête 
espagnole. Mais d'où est-elle venue et quelles sont ses affinités 
ethniques.^ S'agit-il d'une tribu du haut ])lateau bolivien, dé- 
placée par l'ordre des Incas et transplantée dans le désert (\e 
la Puna de Atacama.*^ Serait-ce une colonie d'Atacamenos, 
qui aurait abandonné sa langue, comme les Atacamenos de 
Calama, Ghiuchiu, etc.? Ces deux hypothèses présentent plus 
ou moins, l'une et l'autre, le même degré de probabilité. Il 
est moins vraisemblable que les Indiens de Susques soient 
originaires des vallées interandines de l'Argentine, car ils 
ressemblent beaucoup moins à la population indigène de ces 
vallées qu'aux Indiens de la Bolivie ou d'Atacama. 

En déhnitive, ces Indiens, qui sont restés dans une sorte 
de slatu (fao depuis l'époque de la conquête, fournissent une 
preuve de f affinité, sans solution de continuité, de la série des 
tribus qui peuplent la Cordillère de l'Amérique méridionale. 

Les Indiens de la Puna de Atacama. — H n'existe ancun 
recensement des Jiabitants de la Puna de Atacama. Le premier 
gouverneur du Territoire des Andes les avait évalués à i,5oo 
environ, mais, (f après M. le gouverneur Menéndez, il devait 
y en avoir près de 3,ooo. Le premier chiffre est beaucoup troj) 
bas, car les districts de Susques et de Coranzuli seuls contien- 
nent environ 600 Indiens. Pour ma part, je crois que les ha- 
bitants de tout le Territoire sont environ i,5oo, distribués 
sur une surface de près de {)o,ooo'""''. Les villages, ou philôL 
hameaux, sont Rosario de Atacama, Pairique Chico, Pairicpie 
(irande, 01a roz Grande, Olaroz Chico, Coranzuh, Susques, 
Catua, San Antonio de los Cobres, Santa llosa d(? Pastos 
(îiandes, Pastos Grandes et Antolagasia dc^ la Sierra. Ces li.i- 
nieaux sont tout à lait iusignidaiils, beaucoup moins iinpor- 

11. 3i 



170 AMIOI nkS |)K LA nK(.l()N VNDINK. 

laiilî> (jm* relui de Siiscjues, excepté toulelois Antofaj^asla <lr la 
Sierra. Toutes les autres localités dont les noms sont indi({ués 
Mil- les cartes ne sont que des huttes isolées d'IiidicMis, ahaii- 
doniHM's nu liahité«'s teni|H>raireMieMl , ou bien des endroits où 
ceux-ci ont rii.il)i(ude di- ranijH'r, etc. 

Tous les liahilants dr l.i Puiia de \tacaina sont <!«• |)nrs In- 
dien-.; Ie^ métis sont si jm-u nombreux (|u'on jKMirrail presijue 
les com|)ler sur les doiî»^ls. I^es caractères physique et moral 
de ces Indiens, IrurNi»'. Irurs habitudes sont les mêmes (pu* 
ceux des Indiens de Su.s<pies. Ces derniers et ceux de Coran- 
/uli habilrnl rrpi'iidanl Innt à fait tii «b'hois (h»s chemins, 
tandis que les autres hameaux se trouvent sur des routes uù 
(nnlipiernis passtMit des troupeaux de ixruls en marche |>our h' 
( Jiili, et même de rares Nova^^'urs. Pour ce motd, les Indiens 
de ces villages sont peutnMre un |)eu moins farouches (|ue ct-ux 
de Susques et de Coranzuli. («ui^ \iNent de leurs trouj)ean\ df 
moutons, de lamas et d'ânes. Comme crn\ t\r Snsques, ils nr 
passent (in»' peu (h' tiMnps dans les villaj^es; une bonne j)artie 
de raniié«>, ils sui\ent leurs trou|)eaux dans les montagnes et 
campent là mi \r pàtnra«;e est le mcMlIrur pour \v moment. 

SuixanI \l. Mriwndez, Ips Indiens d' Nnfnla^'asla de la Sierra 
• n*ss«'nd)lrnl j)lutot a des l «//j.>7(*5 » , c est-ii-<lire aux Indiens 
et métis de (iatamarca et du sud de Salta, «qu'aux InditMis du 
nord (II- Il l'iiii.i (l<- \la( .nna n. Si crttr npiiiion «'sf fondée, Ir 
tait coidirmerait la supposition (pie j'ai émise |)a<;(vs i^-i.'>, tpn' 
la partir sud Ar la Puna de \tacama «'tait jadis habit«'e par drs 
l)ia«;uites, \vs anciens Atacamas en occu|)ant la partie s«'j>t«'n- 
Irlniialr. \iilofat;^asta de la Siri'ra est, de toutes 1rs localités dr 
la l'iiiia d«* Vtacama, crllr (pii possède les cultures 1rs plus 
L,'raiidrs : «S hertar«'s dr lu/erin'. 

Les Indiens de la Puna de Jujuy. La partir du haut pla- 

teau reh'\ant de la provinct* d»* Injuy conq>rend,(lu Nord au 
Sud. les départements d»» Santa Catalina, Vavi, Hinconada. 
(iochinoca rt la mtiitié rn\iron du deparlemtMil d«' rund)ava. 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'i7l 



Suivant le recensement de la République Argentine de 1895 
(37), l'étendue de la Puna de Jujuy est d'environ 2 7,5oo''""i et 
le nombre d'habitants de 1 2,000 à peu près. Les villages prin- 
cipaux sont Yavi (49^ habitants), La Quiaca (environ 100 ha- 
l)itants), Santa Catalina ( 1 79), Rinconada (i5o), Cochinoca 
(117), Casabindo (85), Abrapampa (?). 

Les Indiens de Susques, que je viens de décrire, sont sans 
doute les plus purs et ont gardé mieux que les autres Indiens 
de la Puna leurs traditions et les coutumes de leurs ancêtres. 
Pour ces raisons, je lésai pris, sous le point de vue de l'ethno- 
graphie, comme type des habitants de la partie argentine du 
haut plateau, et je n'entrerai pas dans des détails en ce qui 
concerne les Indiens de la Puna de Jujuy. 

Comme nous l'avons laissé à entendre, ces derniers sont pro- 
l)ablement un mélange d'éléments appartenant tous à la race 
andine et descendant d'Indiens venus surtout de diverses 
parties de la Rolivie et du Pérou, peut-être aussi des vallées 
andines de la République Argentine. Quelques fonctionnaires 
seulement et trois ou quatre commerçants dans chaque village 
sont des métis. Les Blancs ne dépassent pas le nond^re de 
trente dans toute la Puna de Jujuy; la plupart sont des em- 
])loyés de la compagnie qui exploite le borate des Salinas 
Grandes. 

Quant à leur genre de vie, leurs coutumes, leurs croyances, 
leur folklore, les Indiens de la Puna de Jujuy ressend)lent à 
ceux de Susques. Toutefois les ressources sont un peu moins 
mesquines : il y a plus de pâturage pour les moutons et poul- 
ies ânes, et, dans certains parages, on peut cultiver un |)eu de 
luzerne, de fèves et de pommes de terre. D'autre part, les 
communications plus faciles avec la Bolivie et avec Jujuy, le 
passage des voyageurs allant de la République Argenline en 
Bolivie ou vice-versa, ainsi que les visites de prospecteurs de 
mines et l'établissement de quelques entre j)ris(\s minières 
éphémères, ont jusqu'à un certain point nïodifié les condilioiis 
de vie des Indiens de la Puna de Jujuv- 

3i. 



172 \Mini ITKS l)K I.A HK(.lO\ WDINK 

L«' Ifiriloin* t'sl dixise eiilr»' un jxlil iinmhif d»- pnjjirié- 
lairos (|ui |)n's<jiic' tous lialutent la ville de .IwJun. (iliaqur j)n>- 
nrielé a une énorme étendue et est habitée par une ou plusieurs 
centaines d'liidi(>ns (pii doivent abandonner au |)ropriétairr la 
j)lus j;raiide partie de> |niKluit> (!•• irurs prlilN troupeaux et, 
de plus, lournir leur tra\aii perMinnid (piaud on le n'(pii«*rl. 
La plupart des propriétaires nOnt jamais \isil»' b'urs domaines 
d«' la Pnna; ils se contmtrnt d'y en\oyer de temps en temps 
un régisseur iH»ur recueillir les lerniaj;es et résoudre les ques- 
tions liti;;ieuse.s (|ui peu\ent s'être élevées entre les InditMis. 

La situation des Indiens vis-à-Ms de leurs maîtres (>st pres- 
(Hir la même qu'elle était jadis sous les e/irr*//i<'/i(/e/ïAs- espa«;nols. 
(îeu.\-ci avaient conservé certains usaf;es émanant des lois des 
Inras, comme i)ar exemple le droit des ciiratas de marier les 
Indiens comme bon leur semblait. LOn retrou\e aujourdbui 
encore cet usage dans la Puna de Jujuv , ainsi (pu* d'autres 
sur\iN;nices de la lé«;islation incasique. .l'ai eu lOccasion de le 
constater a Kl Moreno, près des Salinas (îrandes. La jiroprié- 
taire de ce domaine, maîtresse d'environ 3oo Indiens, «Mail une 
Nord-Américaine, tpii s'était mariée très jeune dans le pas s. 
FemnM> d'une éner«(ie peu commune, elle «;ouNernait ses In- 
diens en autocrate et ne se «gênait j>ah pour leui .idmniistrer 
a\<'C sa craNacbe de Ni«(oureuses corrections, (pund ds le nn*- 
ritaienl. Llle habitait la Ouebrada de Humahuaca. mais tai- 
sait |MTSonnelleinenl ses visites d'inspt'ction à Kl Moreno. Une 
lois par an, elle s taisait rassembler tous les jeunes Indiens 
et lndienn«'s et ouxrait alors une en(piéte lormelh> sur les rela- 
tions amoureuses qu ils axaient entretenues pendant l'année. 
Les jeunes lilles (pii axaient l'U des entants dexaient déclarer 
(jui en était le père, et, si le jeune h<unme dénonce naxouail 
|)as, on faisait \enir (l(*s témoins. Dans le cas où il tachait de 
rejeter la tante sin un autre, ou si I Indienne axait plusieurs 
amants c.iinnis, la propriétaire laisait apporter Teidant et ren- 
ilait son jugiMuent selon (pielli» trouxait un(> ressend)lance avec 
I un ou I autre des incul|M*s. L- instruction • t(*rmiiiée, la prt»- 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 



'i73 



priétaire décidait lesquels devaient se marier et avec qui. Ces 
décisions étaient sans appel, et les couples devaient immédia- 
tement se rendre à Tumbaya, où fonctionne le bureau de l'état 
civil du département. D'après ce qu'on me raconta, il n'y avait 
pas d'exemple que ces jugements de l'énergique propriétaire 
d'El Moreno n'eussent été obéis ^^^. 

Quant à leur caractère, les Indiens de la Puna de -lujuy res- 
semblent à tous les autres Indiens du liaut plateau; ils sont 
farouches, réservés, faux, rusés, paresseux, timides, pusilla- 
nimes, soumis à celui qui commande. Les traits caractéris- 
tiques qui frappent tout voyageur dans ces régions sont 
l'habitude des Indiens de s'enfuir à l'approche d'un étranger, 
en laissant leurs huttes abandonnées, et leur refus constant 
de vendre quoi que ce soit au voyageur. 

Un exemple fort particulier de la première de ces coutumes 
est la réception qu'on me fit à Sayate. J'y devais descendre 
chez un Indien qui était teniente de policia (lieutenant de police) 
et pour lequel j'étais porteur d'un ordre du commissaire du 
département de se mettre à ma disposition. Sa demeure était 
composée de quatre huttes entourant une cour. Je n'y trouvai 
personne, quoiqu'il y eût du feu dans le hangar qui servait 
de cuisine. Je me mis à visiter les huttes l'une après l'autre, 
mais elles étaient toutes vides. Enfin, dans la plus grande, je 
m'aperçus que quelque chose remuait sous un monceau de 
peaux de moutons. En relevant ces peaux, j'y vis une jeune 



t'' Presque tous les historiographes de 
l'ancien Pérou décrivent, d'une manière 
1res semhlahle, le procédé des cnrticas 
d'imposer, au nom de ITnca, le mariage 
aux Indiens se trouvant sous leur com- 
mandement. Il me paraît à propos de 
transcrire à ce sujet ce que rapporte Don 
Pedro de Mercado de Peûaio/.a (236, 
p. 60) sur les mariages chez les Pacajes 
du sud du Titicaca , qui se faisaient d'une 
manière très analogue à ceux d'El Mo- 
reno : El modo que tenian en sus casa- 
inieiitns esins Pacaxes ern (juc el iiuia ô su 



(johernador (> cac.Ujue principal, eu lleyaiulo 
al puchlo , hacia jnntar los mozos y mozas 
que habla en él solteros , y hnciales poner 
por hileras, unos â un cabo y olros à olro , 
y decîa à los varones que tomase cada uuo 
su mujcv coufortne à su eslado v talidad , 
diciendu la inujcr priinero delanli; de sus 
pudres con cuautos varoucs hahia Icnido 
cceso unies que cou cl, y no quericndo liacer 
la dicha mujer la confesion , la desechaba y 
no la queria por mujer, aunque furiese hijos 
en ella. 



iT'i WTinlITKS IIK I.\ nkr.lON KNDINK. 

lii(liriiiif (1(11 r<»iiimrii(^^i al«)r>» a m* lonlrr ri a ralrr cnimnr m 
elle ('lait a«;oiiisaiit«*. .le fis (h* iiioii inioiix p>iir la coiivaiiicrr 
(|in' j«* n'avais aiiruiic iiiaiivaisi» iiilriitioii; mais ses j^iMnis- 
scinnits coiitiiiiiaicMit i*t iiif lirriil croire qu'elle était vraiment 
malade. (i(imm«>il était im|H)ssil)lr (\r linr un mot dr la jeune 
lillr, j'cnvovai (lru\ dr mes hommes hatlre lesiMnirons j>our 
lrou\rr 1rs habitants (\r la maison. Lne heure après ils n'vinrciil 
a\rr un Indirn (lu ds axaient ch'couxrrt caché iMitrc lt>s rochers. 
I)e>ant mes menaces, ci't Indien aida mes j^ens à chercher le 
frère du •'lieutenant de police», celui-ci se trouvant ahsent 
iMHir cause de \ovage. Le frère lut amené à la maison, j<* lui 
montrai l'ordre du commissaire, et il lit nMitrer sa famille et 
le Inuipeau de moutons que Ton s'était empressé df> cacher. 
Iji ce (pii ronrerne la jeune malade, elle se h'va et se montra 
de fort honne humeur, (|uand elle \il re\enir les siens. Mn se 
sauvant, les autres l'aNaient oubliée, et elle ne s'était |)as aj>er- 
(iie de liiir hiile. (iomme nous étions (irj.i (lr\:tnl la |H)rte, 
rili- iir |int ln>u\ei- d .mire moven d'éMter l)^ ciuestions des 
redoutés étran«^ers (pu* de se cacher .sous les peaux de mou- 
lons et de (aire send)laiil d'èjre «gravement malade, lorMpi'elle 
fut (h'couveiie. 

Le \nNa<MMir arri\e ''eneralemenl le >(»ir .1 l.i hutte ou d doit 
passer la nuit. Il a hesoin d'un mouton |>our la nourritun» de 
ses j^ens et de lu/erne pour ses hétes. S'il est assez, heureux 
|M>nr atteindre l(>s Indiens avant (pi'ils aient eu le tem|)s de fuir, 
il l« III di'mande <{>- lui \rndre ce (pi'il lui laut. \o hay, Seimr 
(•il ny a rien. Monsieur*), est la n'pon>e uniforme. F)t cepen- 
rlanl,on \oil le troupeau dans h» nural, et, vu ouvrant h»shan- 
j;ars,on v découx re des monceaux de luzerne. Mais cesdernier>. 
d après les Indiens, appartiennent toujours à une tierce jmm- 
Actunir (pli les leur a conlii-s |>our les j;arder; ils ne peuvent 
donc paâ étn* vendus. Quant mi troupeau, !•• Novajçeur y fait 
choisir un mouton ^ras jwr liiii d«'s muletiers de sa caravane. 
Mais les IndiiMis prétextent toujours (pi(*lque chose p)ur ne pas 
le Nendre. ( )n en «hoisil tm drnxieme. un troisiènn*, etc., et 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. '175 

Ton peut ainsi continuer jusqu'au dernier animal du troupeau : 
pour chacun, il y a toujours un nouveau prétexte; quelques- 
uns appartiennent à des tierces personnes, d'autres sont des 
illas protecteurs du troupeau, lequel serait frappé de la peste 
ou d'autres fléaux si on les tuait; d'autres moutons sont la 
propriété des enfants mineurs de l'Indien, d'autres ont été 
élevés dans la maison et sont les favoris de la famille, etc. Pour 
aucun animal il ne manque de prétexte. Enfin on se voit 
obligé de prendre un mouton par la force. Alors l'Indien et 
toute sa famille se jettent à genoux, implorant grâce pour 
l'animal, et leurs lamentations, leurs sanglots et leurs hurle- 
ments ne cessent que quand le mouton est tué. Cela pourtant 
ne les empêche pas d'en recueillir le sang, et d'accepter la 
peau, les boyaux et les parties de la viande dont on leur fait 
cadeau. Le lendemain, avant de partir, on demande le prix du 
mouton tué. Qiùén sabe, Sehor («Qui sait», ou plutôt «Je ne 
sais pas, Monsieur ») , est la réponse invariable. On paye le prix 
établi officiellement, 3 piastres (6 fr. 6o) pour un mouton, 
et 2 piastres (4 fr. /lo) pour une brebis, et l'on donne générale- 
ment un petit pourboire par-dessus le marché. L'Indien ne 
proteste jamais; quelquefois, chose curieuse, il ne veut même 
pas accepter la somme offerte en payement, et l'on se voit 
obligé de jeter l'argent par terre pour que les Indiens le ra- 
massent plus tard. 

Quelles sont les raisons de cette conduite si étrange.^ Elle 
s'explique en partie par le pillage auquel les Indiens étaient 
exposés de la part des bandits qui jadis parcouraient souvent 
la Puna de Jujuy, et aussi par les agissements de certaines 
autorités civiles et militaires. Mais ces raisons ne sont pas suffi- 
santes pour expliquer les faits dont nous avons fait mention, 
car les Indiens ne doutent certainement pas de fhounèleté 
d'une certaine classe de voyageurs, et, d'autre part, ils sont 
avares et aiment l'argent, surtout pour l'enterrer, comme le 
démontrent les nombreux tapados, pots contenant quehiuefois 
des sommes considérables eu argent monnayé et qui sont 



iTii WTIOMTKS l)K I. \ HKf;H»N WDINK. 

rn''(|U('iiiiiii'iit r\liiiiiir> (Inns l.i l'iin.i. i..i liiih' des liidinis à 
I j|)|)r()rli(' (If l'»'!raii«;<*r ••! I«'iii- relus (\v lui lournir «Irs vivrrs 
siMit sans (loiitc, au iimiiis m partie. iiioliNcs |)ar ries raisons 
éinanaiil <!«• jriirs cn>vaiic«*s païennes. Ainsi il est heaueoup 
plus Facile «le leur acheter des nK)ut()ns le matin (jue le soir, 
leurs idées relii^ieuses leur déjpnd.nil fie hier les animaux 



"ri 

aiiri's midi. 



Les Indiens de l.i INiii;! el du liant plaleaii m général p^'U- 
\enl-ils s'assimiler la ci\ ilisalioii «'iirnpéenn»'; |MMivenl-ils a|>- 
prrndrt' j.i iiM-llinde de lra\ail des Mnro[x''ens; |)euNeiit-ils être 
al)sorl>és dans la niasse de la population d'un Ktat • civili.sé •.' 
Kn générai, jp crois (pn> non. (i<>rtes, heaucoup (riudiens ont 
été et sont encore employés h destra\au\ miniers et à I exploi- 
tation du Ixirate dans la Puna. Il est nécessaire d'y emploxer 
des Indiens, car les Murop«*ens et les métis de la terre hasse ne 
résistent pas aux durs Iraxaux d.iiis r.iir rareliérlu liant |>lateau. 
Mais les Indit'iis nr iouniissenl (pi<- l.i iiniitu- du trayail (|u'on 
pt'iil cxi^'t'i- drs métis, l't dallleu|•>^ lU Irayailleul seulement 
(piaiid des nécessités impérieuses les y ol)li«(ent. Lors(j ne, après 
un mois ou deux, ils ont réuni (|uelrpH>s piastres, ils aban- 
donnent le tra\ail et retournent a la yie contemplatiye aupn's 
de leurs trouj)eauy. Leur caractère ne .se modilie pas non plus 
par le contact ayi'c des «;«»ns d'autres rares. 

Les Indiens pfu\»'iil-ils s'éle\er .lu-dessus de l«'ur ui\eaii 
iiitelleclurl cl iimral actuel,^ Lu j^énéraL il me send)le cpi'ils 
resteront toujours stationnaires, inférieurs aux métis, (pli les 
exploitent, ri desipiels ils .sont toujours tributaires d'une ina- 
iiieie ou d'une autre, .le n'ai connu (|u'un seul Indieu de la INina 
(pli se soit eleye au-dessus de sa race et (jui ait coiupiis une 
|Nisilion siM'iale (pie les métis lui eiixiaient. L'était mon vieil 
ami Keliciano (iareca. d»- IJinconada. Il «-tait m* en 18^1, à 
\ntiguyo, sur la Irontiére de ce départenuMi! et de la Puiia «le 
\tacama. Il a\ait «lonc (ii ans «piand je l'ai connu, mais, liidiiii 
de pur saii;;. de lare complètement j^lahrr, ii n'avait pas un 
clieMMi M.ine ••! ne |)araiss.iit pas avoir plus (\r /jo ans. Il me 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'i77 

raconta que son grand-père était mort il y avait 3o ans, à Tàge 
(le i3o ans. Dans sa jeunesse, Feliciano Gareca avait été i'un 
(les contrebandiers les plus hardis pour l'introduction de la 
coca de la Bolivie à la République Argentine. Il n'y avait pas de 
coin dans les montagnes, pas de quebrada, pas de pic neigeux, 
qu'il ne connût jusqu'aux détails les plus insignifiants. Il avait 
l'éussi à amasser une fortune très considérable pour la Puna de 
Jujuy, et il était le propriétaire de la maison de commerce la 
plus importante de Rinconada. Il avait une grande influence 
sur les Indiens, qu'il traitait d'une manière patriarcale et qui 
lui obéissaient en tout, sans hésitation. Le gouvernement le 
lespectait et le craignait. Et, chose rare parmi les Indiens, 
c'était un homme franc et loyal. Je lui suis fort reconnaissant 
pour les services qu'il m'a rendus pendant mon séjour dans 
son département. Quant à son instruction, il ne savait ni lire 
ni écrire, mais il avait des connaissances générales très com- 
plètes, certainement supérieures à celles de la plupart des hom- 
mes qui constituaient la « classe dirigeante » des villages de la 
Puna. Je lui dois de nombreux renseignements sur les coutu- 
mes et les croyances des Indiens. Mais, comme je l'ai dit, c'était 
un homme tout à fait excej^tionnel pour sa race. 



'|7H 



\MloriTKS I)K l.\ IIKCION ANDINK. 



l'M'.iiM M ION hi roi I un: modi i;m:. 

I\'irl(>iit (hiiis la Piiiia, ci* sont les ieinines excliisiMMiUMit ciiii 
lai)ri(|iH'nl la polrri»;. Pn*s(jiir tontes les liHlicnnes àj^éi's con- 
naissent rel art, mais rerlaines sont pins li.ihilfs (jm» 1rs antres 
et lont «les \ases non senlenicMil poni' i«'nr pinju-e UM'oai^e, 
mais anssi jMinr les \(>n(ln* anx voisins. 

A (iohres, à mon retoni- (!•■ Sll^(Jll»•s. j'ai rrncnnlre nue 
vitMlIr Indienne (jni était <'n tr.iin de tal)ri(|iiii- ii<> h poterie. 
J'ai |>n Miit- tniit (lu lon^ rommiMit elle opérait. Lar^ile, mé- 
langée avec une certaine (jnanlité (r(>au, est étendue sur un 
vieux |M»nrlio étalé par trrre et jM'lrie avec les mains, en ajou- 
t.'Mil pru .1 p«Mi dr Iran. (.nniMir déj^naissaiil ' . la \ieill<* pnlirn' 



J'aiio|»t>* n- (rniu-, (i'a|ir('s .Mr\«n- 

• Irr lUitgiiiaii 78, ». p- 79. *^. 84], <|ui , 
(iniis «on rl»»*l<|iii- Traite de$ arts rrmini- 
tfun , «li-noiiiiiir ainsi !«■» malirrrs (lu'oii 
ajouli* atu matii'-rrs pln»liqur« (Ir la p<» 
irrir, afin «roliliTiir unr ilr\sii%ilion r«'*gii- 
lirrr fl ^^^al•• i-l rinnrrhri li-* vnv» ilr m- 
«Irloniirr «•! il«' M' l)-n<irc |>riulant (|u'il« 
MThrnl. I^« matiôrr» • tl('>gnii%sanlos • ou 

• ari<lr«* agiMml Mir !«■« |Mlr% roiiiiiic 
ino^i'ii m«Tanii|ur ou |tln»ii|ur ilr d\\'i 
«ion ; fllrs ont rgaloniml unr gramli* in 
nut-ncr Mir leur ru«il>ili(r <■! Mir i|Urlc|u«>s- 
uni'« ilr Irun auln-<i qualilc». Kilo» iloivt-nl 
«^trr rhoiMi» rn raivin «!•• rrtlr doultlc 
inilui-nrr )>l tuivanl la nalun> «Ir la Im»4' 
|ila«li«|u«' t'I ta ijualil^ ilr |M>lrrip (lu'on 
>rul olilcnir. .S«-|nn Bn^'iiuirt iAiV. . 1 . p. .I9 , 
!<•« prinriiMUi ilt>v:rai«%anl« xml !•• quarli. 
Ir» mIiIi'*, Ir ^ill■\ . Ia virillf potrrir nul 
>cri»«'c (ililr • rimrnl • ou • rharmol • : , Ir» 
Korira m^lanfféra Hr rharUin ri provr- 
nani «Ir» fori;r« ilr« M'mirirra «lilr» • rarar- 
ltillr««K raniianli-, la »riurr lir lioi». 

|ï«n» la r<(^'ion amlinr dr l'AiTM^nipir 
ilu .S«mI. on rniploir Ir plu« «nuvrni ronunr 
malii*rr« (irgrai«Minlr« dr» rorlu'» gnri*- 
«iipir* rt graniliipir*. (V> *f>nl cr* rochr% 



«|ui ont founii 1rs nonilm-UM^» |Mirliculf>» 
(Ir mira cpic l'on Irouvr ilan» In plu|w«rl 
ilr» |Mtlrri<'» «Ir rrlli" rrgion. \,rs OuirluLi^ 
au noni du lar Tilicara rinpioirnt du 
viblr, selon M. Nonirnsliold '2M, p. :'. 
Lrs Indirns d<>.s pi.iin«->, i»u If» lurrn-^ 
font altvilunirnl liffaut dan» dr \.i\li 
Irrritoirr», m* sonrnl surtout dr \irilli 
pfitrrir pul\ëriM>r : ainsi Ir» Atsahuaras 
du Ilio Madn* dr Dios, »ui>ant Ir nii^nii* 
aulrur. Mai» on i-niploir nu»»i Ix-auctMip 
d'autrr» matirrr». M. .\natolr Bainps [51 
n\ait ronuiirnrr, rn rollaiKtratinn n^rr 
M. \N . Printi. de» étudrs uiirntsropiipii» 
d'un ^r.ind nund>rr d'6<-hanlillon» dr r<- 
raniiipir anirrirainr. surtout dr la rrpon 
nndinr. mais la mort dr M. Bamp» .1 
malhrurruMMnrnt intrrrompu rrs inti'rrs 
sanir» i-Indr». Il a lrou\r. tlan» rrrlaini'^ 
dr rrs iMitrrirs, drs n» pulvrrisi^» rt du 
ralcairr, pmvrnant (lurltpirfnis dr rai- 
dir, d'auln*» fois dr r<Mpiillr» puivrrisér». 
I^s Tolta» liu (".har«( m» srrvrnt ilr rrndrr» 
provrnant do» lin'dës, d'apn^s M. IVI 
(lampana. rite par M. NortlrnskioM 268. 
p. 7 . (/>mmr matii-rr» d<(fn-ai»«antr» ln»u 
xért dan» dr» |N>trrira anrirnnr» r( nu* 
drrnrs provrnant dr divers Indirn» du 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. ',79 

employait une roche gneissique, assez elïritée, composée de 
mica, de quartz et de feldspath, laquelle provenait d'une mon- 
tagne à quelques kilomètres de distance de Cobres. Cette roche , 
bien pulvérisée, était ajoutée par petites portions à la pâte pen- 
dant le pétrissage. Pour former un vase, la potière étendait 
une couche de la pâte, plus ou moins circulaire, sur un 
poncho posé sur le sol. Le centre de cette couche devait for- 
mer le fond du vase; les bords étaient recourbés en haut pour 
en commencer la panse. La potière prenait alors des portions 
de pâte qu'elle aplanissait entre ses mains et appliquait ensuite 
aux bords de la partie du vase qui se trouvait sur le sol. Quand 
elle avait, de cette manière, achevé d'agréger de nouveaux mor- 
ceaux autour de tout le vase, elle commençait un nouveau 
cercle ou, pour ainsi dire, un nouvel «étage», puis un troi- 
sième, et successivement d'autres, jusqu'à arriver aux bords de 
fouverture définitive du vase. Les sutures entre les différents 
morceaux de la pâte étaient bien fermées en les comprimant 
avec ]es doigts. Au cours de ce travail, elle lissait continuelle- 
ment fextérieur et l'intérieur au moyen d'instruments très pri- 
mitifs qu'elle tenait avec la main droite et qui se composaierrt 
d'os de mouton et de lama jeune, surtout des fragments des 
omoplates et des os iliaques. La main gauclie soutenait fautre 
coté de la paroi du vase pendant ce travail de lissage. Lorsque 
le vase se resserrait en haut, vers fouverture, les outils en os, 
trop grands, devenaient difficiles à manier dans f intérieur, et, 
pour ce motif, ils étaient remplacés par une vieille cuillère en 
bois, sans manche. Par ce procédé primitif, la potière arrivait 
à former des vases bien lisses et des courbes très régulières. Le 
vase fini, les anses étaient façonnées à part et collées aux parois 
de la pièce. 

Les vases, séchés à l'air, étaient placés sur le sol et couverts 
d'un monceau d'excréments secs de bœuf, qu'on allumait cl 

Bas-Amazone, M. C. F. Hartl (162, p. 70-72) dros do corlaines sorlos de bois qui con- 
énumèro do la vieille polciie pulvérisée, tiennent heaucoup de silex, enfin des 
du sable, du silex, du granit, des cen- spongiaires siliceux. 



'kHO WTMH ITKS DK. I.\ HK.rilON \M)|\K. 

laissait hriilcr jumui .1 < «- un** < <- coiiihii^tiMr lût C(>in|)lt'tc>iii(>iil 
roiisiiin*'* |)ar If Ifii. Los vas«»s avaient alors jiris iiii(> jolie vtwi- 
\r\iv nni«;e hriciue et «'laieiit bien v{ réj^iilièreiiieiit cuits, ne 
nrésentaiit nresijiie pas de « cniips de Ion ». Los iv\cn»nieiils do 
\uv\\\ axaient été ramassés le lon^ du chemin de la \ allée CiaU 
clia(|uie ;i la I^Jivi»', (|ui |)asNr jirés de (iohreset j)ar lecjuel on 
conduit htMiicnui) de helail en lioliNie. Les excréments d'aue 
Minl de (|u;dil<- iiderieure pour la cuisson de la jM)lerie, ceux 
de lama l't de mouton étant encon» inlérieurs à ces derniers. 
Suixant M""' \l;ilild;i ( inxr Slr\enson 337.p. 376). les /unis du 
N(»uxeau-Mexi(nie empioinil l.i inrnii' iiiftliofic |>(iui cuin' la 
|M>terie, axec des excréments secs. 

Les vases fahricpiés par la xieille potière de ( .ol)res étaient 
destinés à cuire les aliments; dans la Puna on emj)loie prescpir 
cxciiisixement a cette iin des vases en terre cuite, les marmites 
en 1er étant très rares et n'existant «;uère (pie chez les métis 
commerçaiits ou autorili's cpii liahilent les \dla«;es. \j)rès la 
cuisson, les vases devaient être soumis ;i une autn> o|M''ration 
(pi'on appelait '<nrer» {curai las allas . e| (pii consistait à v 
mettre t\\\ houilinn d(> mouton houillaiil. puis a les chauiTer 
lentement an jeu «>t à laisser houiilir le li(|uide dans \v vase, ,1 
len lent, pendant (piehpies heures. Cette o|)eration avait ixiur 
hnl, disait-on, d augmenter la sohdile des vases. J'ai rai)|>orté 
de Cohres (hnx xases (|ui ont fié iahri(|ués sous mes veux. 
dnni I nn est • curé •• et linilre pas, ainsi (ju un troisième vase 
de la même sorte, avant .servi |)endanl dix ins comme marmite 
a cuire. Ces pièces sont actuellenienl conservées an Musée 
d'ethno«jraphir' du Trocadéro. 

\u cours de mes vovai^es dans la INina, j'ai rencontr»' plu- 
sieurs antri's |K»tières, cpii suixaient la même m»'lho<le (pie 
celle de Cohres. I^es seules variantes consistaient en ce (pr(»u 
emplovail dillereiites roches, et aussi de l:i \ieille poterie pul- 
vérisée, coinim* déj(raissanl. Viicune potière n avait essayé 
(rado|)ter le tour, dont ou axait cependant connaissance |>our 
I a\nir xii en iisaj^e chez, les |M)ti(*rs de^ villes, et (jui, sous la 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 'j81 

forme primitive du «plat tournant», a été adopté par certains 
potiers du haut plateau péru-bolivien , comme par exemple 
par les Indiens de la région du Titicaca, suivant M. Erland 
Nordenskiold (268, p. 9-10). Tous les vases fabriqués par les po- 
tières de la Puna argentine étaient de formes très simples et 
très peu variées. La plupart des vases destinés à cuire étaient 
de petites dimensions, d'environ o'''2 à o'"3o de diamètre et 
d'une hauteur à peu près égale. 11 y avait aussi de grands pots, 
d'environ o™5o à o™6o de hauteur, destinés à la fermentation 
de la cJiicha. La seule tentative de décor que j'aie observée est 
la décoration des anses au moyen de dépressions transversales 
ou obliques, très grossièrement façonnées avec les doigts. Nulle 
part on n'appliquait aux poteries un engobe ou une glaçure 
quelconque. 

Si nous comparons la méthode de façonnage de la poterie 
de Cobres avec les procédés d'autres Indiens sud-américains, 
nous trouverons que ces procédés en général se ressemblent 
beaucoup. Le D' Gapitan (93) décrit en détail la méthode suivie 
par les Galibis qui étaient exposés au Jardin d'acclimatation 
il y a quelques années. Une vieille potière de ces Galibis pro- 
cédait presque de la même manière que celle de Cobres; seu- 
lement elle formait des boudins d'argile plus longs que ceux 
que laisait cette dernière, aussi longs que la circonférence (Ui 
vase et qui étaient successivement agrégés aux parois, de jna- 
nière que le vase, une fois achevé, était formé par une série 
d'anneaux superposés. M. Everard im Thurn (348i/.s, p. 276) dé- 
crit d'une manière tout à fait semblable les procédés des Ca- 
raïbes et des Aruacs de la (iuyane britannique. Chez ces Infhens, 
comme chez les Galibis, ce sont seulement les lemmes qui loiit 
de la poterie. Le procédé de C^obres pourrait plutôt se com- 
parer à la construction d'une coque de navire en 1er ou d'une 
chaudière, les boudins d'argile n'ayant jamais plus du tiers 
de la longueur de la circonférence, et correspondant, dans celle 
comparaison, aii\ pliKpics en fer (bi na\ii'(' ou de la chaudièn». 
Sui\ant M. iNordenskiôld (268, p. H), les Chiriguaiios et les .\hila- 



'IH^ \Mini ITKS l)K LV IIKCION ANDINK 

(<» (lu (huimI (.liaco proct'deiil (111110 inaiiirrc |)lus ou moins 
identique à celle des (ialibis, mais certaines trihusde la ré«;ion 
du Rio Madre de Dios forment au contraire leurs vases d'une 
seule luml. d'arj^ilc, (ju'ils liu-onnent avec les mains jus(|ua ce 
(lu'ils ohli.'iincnl la lormc drsiree. Ce derniir pnKcdé est 
sans doute hcaucouj) plus jjriniilirfjue l'autre. M. J. Knsinwsky 
187 fci«, |>. •j<« (l<Miii«' (jiM'l(|ii«'> n'usci^Micnients sur la lahricalitm 
(!•• la poterie par les Indiens ( iualos du Malt()(iross(». Os Indiens 
emploient jirescjue la même méthode (pie les (lalil)i>, elc, 
mais, au lien de former des anneaux superjM)ses, ils sui\enl 
une spirale aNec les lon<(S l)oudin> d'arj^ile (pii servent à la 
construction du Nase. Lnliii M. II. hriinin»; 83 rend compte 
d'une nu-lliodetlillerente, suisie p;ir des potiers de Piura (pi'il 
aNail rencontres a Land)aNe(pn' Pérou . (les potiers moulaient 
le tond de leurs vases sur une pierre de la lorine cpi'ils \ou- 
laient «lonner aux poteries. Seulement le l)<»i(l elail aj(»ute 
après. M. I'. \. KuiMil 188 croit (pu- les vases anciens dr 

ri'.tat t\r lîio (li-.iiide du Sid . hn'*sil ) , ou du nis le Imid Ar 

ces vases, ont été formt's de cette tuauiere, |mis(|u d a \u, 
nrî'S d'anciens ateliers de |M)ticrs, des pii'rres dont la lorme 
corresiMMid.iit i celle dererfnins vases trouN«'s nu !u«*Mue endroit. 



LA PUNA ET SES lIABlTAiNTS ACTUELS. 483 

FOLKLORE DE LA PUNA. 

J'exposerai dans les pages suivantes la collection, que j'ai 
recueillie dans la Puna, de folklore, de mythes, de restes des 
anciennes croyances et du culte des divinités païennes; je 
décrirai également les cérémonies du mariage, de l'enterre- 
ment, qui sont catholiques, mais cependant mêlées d'éléments 
païens. 

C'est à Susques que j'ai ohtenu la plupart des renseigne- 
ments à ce sujet; d'autres proviennent de La Quiaca et d'El 
Moreno. Ceux de Susques sont sans doute les plus intéressants 
en raison de l'isolement séculaire des Indiens de ce district, 
isolement qui doit avoir contribué à un haut degré à la conser- 
vation des anciennes coutumes. Je me rappellerai toujours 
avec plaisir ces intéressantes séances de folklore où, placé sur 
le banc en pierre de la case du capitan Victoriano, devant son 
« bureau » bâti en adobes, j'écoutais les récits des Indiens qui 
étaient assis sur le sol autour de moi. 

Les mythes, les invocations et les coutumes des Indiens de 
la Puna présentent une analogie remarquable avec le folklore 
des vallées de Salta et de Gatamarca, dont nous avons donné 
un aperçu pages 177 et suivantes, et sur lequel nous devons 
des renseignements à MM. Lafone-Quevedo (189, 199), Amhro- 
setti (15, 19) et Quiroga (297, 301). Cette ressendolance est si par- 
iaite, que, dans beaucouj) de cas, les éléments du folklore de 
fune et de l'autre région sont identiques. L'objet |)riiicipal (hi 
culte païen, dans la Puna comme dans les vallées diagultes, en 
Bolivie et au Pérou, c'est Pachamama^'^ dont l'origine péru- 
vienne a été démontrée page 178. Les croyances et les cou- 
tumes de la région diaguite et de la Puna argentine se retrou- 
vent aussi en général, naturellement avec des variantes, sur 
le haut plateau de la Bolivie vA du Pérou. Notre» colleclion de 

*'' lioaucoiip (l'aulciirs con(niul(Mil Pa- dofjriia, cl (lii(|ncl IVicltainaina csl Incii 

clianiainn avec K; dieu |)(''iuvi«'n Paclia- (lillcrciilc. 

cainac, dont lo U'iiiplo so trouvait au sud 



'IH^ \MI(^l ITKS |)K LA HK(;i()N WDINK. 

lolklnrt' (il- la Piiiia ari^ciitiiic a comblé uni* lacuiic (|ui existait 
vidvv Ir lnlkl<m' |x'rii-l)nli\ it'ii «t (M'Iui cIps valléi's dia'^uite.s. 

Kii soiiiiiie, ces laits iiniis toiiriiissiMit tin*- iiomt'Ilc preiixt* 
(if i'cti'itdiir (l(> la ('i\ilisati()ii |)«'rii\i('iiiH' f*t iiiriiic di- i «ninin» 
iiH-asi(|tH' \rrs \r Sud, dans la plus «grande partir d^•^ proxiiiccs 
.HidiiM's de la lii'|)"bli(nn* Arj;«'nlinr. 

Le Iniklnri' de la Puiia , roniMir ( «iui de toittr ia rr<d()U 
aud<>-j)éru\ irnno, est iiiliiin'iiM'ut inèlé à drs éli'UHMits clirr- 
ti(MlS. l'oui cv molli, on \oil les ii(m)> dr l)nii, dr .lr>UN »'l 
(1rs saints à côte de ci'lin dr l*.i( Imiikiiim. <|u«'I(|u<-Iois mrmr 
(oniondus a\<*c crltc diTiiicrc 

(iommi'iiou> Ir Ncrroiis. ou Iruuxe nombre «le iimls esna- 
;;iiolsdaiis le (|ui('inia de la Puiia. (le dialecte du (juicliua pré- 
sente certaines dillereiices par rapport au (piicinia de (ai /ru. 
Ou note même de petites \ariantes entre le (piicluia de deu\ 
lo( alites situées aussi près I un»* de l'autre cpie le sont Susciues 
«1 l.ii (juiaca, ce dernier endroit se trouvant sur l.i Irontiere 
d<- l.i l'una de .lupi\ et de i.i hoii\ie. \a"> diilerences ne sont 
ct'|)endaut pas assez «grandes pour (|ii un Indien de ia l*una 
ar<;eiitnie ne compreinie parlaitemeiit un Indien du l'erou. 

Les prières et in\ocations liront ele di<l«'es fii (piicliua et 
tr.iduites ensuite eu espa«;nol j)ar les Indiens. \u lieu de traiis- 
iornuM' le (piicliua suiNant les rè«;les «grammaticales, j'ai préléré 
transcrire !• - pln.isr-, iitlcralement , sans v rien ( lian^'er. De 
(•'Ite manière, elles ont une \al<Mir nln^ j;rande cniniue sinVi- 
inens (\r l.i Liiil;!!»' lelie (piille est |).iriee dans la Puua. Kn 
dehors de la tr.idu( tion eu Irançais, j ai ajouté, après cliaipi* 
plirasr, la Iradiiclion es|Ki«;nole en coiiser\ant « crliines j).h li- 
cularites de I espagnol parlé par les Indiens. 

Pour le (pii( liiia. j'ai sui\i aulaiil ipie |M»ssihle I orllio«;raj»lie 
de \I. !.. W Middrndorl 238 ' , sans cependant distin-^uer 
cuire les nuanccN daspiration nu de piononcialion e\plnsi\c 

PiMir l«» niiiii« gfHip(nipliii|Ui*« iiiii «Wl «ont MtmWn \r% Inralili-^ rr^iiorli»! ». 

lifCiirrnl «M ii»iii» lin |trrM-iil nii«i A|;r. |M>iir les n<Mii% lii»liHii|iir», i°ii%«f;r p- 

J'ai au rttnlrairr «ui«i Iiivi^t «In |»a\« nrial. 



LA PUiNA ET SES IJ MUTANTS ACTUELS. 485 

de certaines consonnes, indiquées par Middendorf au moyen de 
Tesprit rude du grec et de l'apostrophe ordinaire. Cette dis- 
tinction n'a pas été ])ossible, car il y a une divergence complète 
entre le cpiichua de Cuzco et celui de la Puna argentine, en 
ce qui concerne les consonnes aspirées et exjjlosives; cette 
divergence n'obéit pas à des règles. Par exemple, le k qui à 
Cuzco est aspiré dans un certain mot (7i, selon l'orthograplie 
de Middendorf), prend dans la Puna quelquefois la pronon- 
ciation explosive (/f'), ou vice versa; dans un autre mot, oii 
le k est prononcé à Cuzco avec son son légèrement nasal (/i); 
il devient dans la Puna aspiré ou explosif, etc. Il aurait donc 
fallu une longue étude spéciale de la phonétique du quichua 
de la Puna argentine, pour y pouvoir employer, jusque dans 
ses détails, l'orthographe de Middendorf. Je me permets enfin 
d'attirer l'attention du lecteur sur la prononciation à fespa- 
gnole des lettres cli,j , (ju, II, h et y, selon cette orthographe. 

Diverses invocations à Pachamama (Susques). — Pour tous 
les événements, pour toutes les l^esognes de la vie, même 
pour les incidents quotidiens les plus banals, les Indiens ont 
toujours des prières prêtes, adressées à leur divinité protec- 
trice, Pachamama. Voici quelques-unes de ces invocations : 

En marchant dans les montagnes, pour ne pas se fatiguei-, 
])Our ne pas y être atteint du soroche ou poursuivi par les mahjis 
esprits de la Cordiilière^''. 

''' En disant ces prières, l'Indien jette 'l'erre, mère de tous». Les Indiens dé- 
sur la terre la chique de coca [acullico) signent ces actes par un verbe spécial, 
(pi'il a dans sa bouche, ou, encore mieux, corpancliar, dont la désinence est espa- 
il enterre quelques feuilles de coca à l'en- gnole, mais qui est dérivé du mot qui- 
droil où il se trouve. C'est là le sacrifice chua korjni («hôte», «invité», celui (jui 
le plus commun que l'on offre à Pacha- reçoit l'hospitalité), ou peut-èlre pJulnl 
mama. En général, on doit toujours faire de korpachaj («hôte», celui qui donne 
un sacrifice (|uelconque en même temps l'hospitalité). L'Indien se ligure èlre 
(|ue l'on invocpie celle divinilé. Dans les l'Iiôle (pii offre à Pacliaiiiama la coca cl 
pages suivantes, nous inenlionnerons plu- les aulres ohjels ipii sont sacrifiés. 



sieurs manières de saciiliei' à la « Sainle- 



33 



'ihO WTIOIITKS l)K LA llKCilON WDINK. 

I t y » 

Quichua. l'diltamama rnanapnni apiliuaydin raicoiatalinalirn's- 

Français, racliniiiniiia , im' iii;iiir|r pas. \v rollrirai rcttr 



r«M;i. 



, .a ... 

Espagnol. PailiaiiiaiiKi . ii<> m«' a«;arn's, t'sta coca h* coiiMnarr. 

\}\\v aulu' : 

Quichua. Jrsns l^arluinuimii amnlinajUihimytlm. 

I ■v s .^ J 

Français. .Ir>ii> l'acliamaina, lie IIU' lra|)|)«' |>as. 
Espagnol. .It'sii^ racliaiiiaina , im mr |)r«;ui's. 

M. Viiihrnsrili 19, |> !•):'> rrnrodnit uiir autrr iii\<»(-ali(>ii a 
l*a(-|iaiiiaiiia, »lii iih'miio «;eiire, «1 <|ii il a n'curillit' (laii> la 
\ allrr (ial('lia(|ui«'. 

Pol'R .s\i.rKK i.'\l»\cilKT\. — Nous avoiis déjà parir (lt'> npn- 
rhrlns. paj;r l lo. Dans la Piiiia ar«;riiliiu' rt surit* liaiil plalrau 
l)nli\ irn , ou tnmvr ers inoiiticiili^s \olils mit If point < uliiiiiiaiit 
i\r l«)ii> \r> (l«'lilôs (ju'oii (loil j)ass(*r ri sur Ir honl (h' louU's 
1rs liaulrs haimnrns nù Ton (loi! uîoulrr apn*s avoir travi'rsô \v 
lond du ra\iii <pMll«'s n>ui(>ruirnl rnlir li iii"^ pamis prrpiMidi- 
ndairrs. I n de («s mourcaux d»- pirrrrs, placr sur !«• I»nrd 
d un ra\in, rsl rrproduit ////. cS'A*»' . Xsajmclivta v>\ I aulrl <lr 
Parliauiaïua où \v vova«;rur doit dr|><»s(>r uni* ollraud»* pour 
TaidiMlr la Saiuti*- rrrn*, durant sou \o\a^'«'. Il u\ a pas d lu- 
diiMi (pli UN lassr sa prit'rc v\ sou oiîraiidr. S il est Ir «^uidr ou 
le scrxitciir d iiii schor de Salta ou {\\' .lupi\, il a pciiln'lrc jM'ur 
des plaisanteries indiscrètes et «puhpieloisfçrossieres que lerait 
HOU sriior s'il \o\ait c(>t acte |)aïeii; cepciidaiit le pauxn* Indien 
troii\e toujours un inoineni nu il pi iil se cacher derrien' le 

<'* Xoir la planrlir WMII. (mgr 4i(i. 



LA PUNA ET SES IIABITAMS ACTUELS. 'i87 

monticule pour jeter sa chique de coca sur les pierres sacrées. 
Mais quand les Indiens sont seuls, au cours de leurs longs 
voyages, ils prennent une pierre, quelquefois d'un poids de 
1 o kilogrammes ou plus, dans le fond du ravin ou de la vallée, 
et ils la portent jusqu'au sommet où est placée Yapacfieta, pour 
la joindre à toutes celles que les ancêtres y ont amoncelées 
pendant des siècles. C'est de cette manière que se sont formés 
ces grands monticules qui parfois atteignent jusqu'à 6 et même 
8 mètres de hauteur. D'autres offrandes consistent à asperger 
Xapacheta avec un peu d'eau-de-vie, à y planter un petit drapeau 
composé d'un ])etit hàton en bois et d'un morceau d'étoffe 
rouge, ou à y fixer une houppe de laine rouge ou des plumes 
roses de parina [Phœnicopteras amlimis, PInL, le flamant de la 
Cordillère). Comme conséquence de finfluence chrétienne, on 
forme souvent, de deux petits bâtons, une croix que l'on enve- 
loppe de laine rouge et que Ton plante entre les pierres de 
lapac/ieta. Si la croix est chrétienne, il n'en est pas de même 
de la laine rouge, qui constitue une offrande datant de fépoque 
préhispanique. Cette laine a un nom sj^écial, cunte; nous y 
reviendrons à propos des pompons employés pour « fleurir » 
les lamas. 

Voici une formule pour saluer Vapacheta : 

Quichua. Tala Apac/œla, caipucamillma/iuan caiojacocalinaii''^^ 

"' . ^ "^ . . . ^ . 

ospcdaskaike'^^K Yanapakiiay tucui cUUcjenciaype'^^K 

I 2 5 5_ 3 :i :i 'i 

Français, i^ère Apacheta, je t'olïVe cette laine rouge et ces 

_'i 'i '1 _ ^ . 8 7 8 ^8 

feuilles de coca. Accours et aide-moi dans toutes mes actions! 

I 2 ;s ;i 3 ;> i i 

EspagnoL Padre Apacheta, con esta lana colorada, con estas 

;i '1 '1 5 5 8 7 8^ 

hojas de coca te hospedo. |Ven â ayudarme en todos mis 

s 

trahajos! 

''' [jOS mois liojd («o/rt i)j ^ rcuillc, Ao.v- (jcniia aclioi), allairc, ^oiil cmpiiiiilc'S à 

pcdur («o.«/jecfo») — inviter, oflrir, cl ilUi- l'espagnol. 

3a. 



'iHH 



ANTIOI ITKS |)K I.A HK(.htN \M)INK 



\n \.m iiK BiUHK, s|)écial(MiuMit (jiiaïul ^m Ixni de l'eau-<l«'-\ir 
ou (\v la chu ha, il faut jeter (ju«l(jues «(oulli'b du liquide sur la 
Wiiv rt r«'( ilir I uue de ces formules : 

I. Quichua. I\ii hniiiunta , cttitYu , dtchesurttyfi'^' 

I •-•3 2 3 3 .» 5 

Français, j'arliainaina, joie à toi ' ! I^inlieur et lM)une iliauce! 

I 1 3 3 3 

Espagnol. Paclianiaiiia . ;ale<;ria '! jDirlia v suerte! 



II. Quichua. I*(i( hamama. (Ihidlamuspa. 

Français. Parlianiauia. Je t'en ollre (oM Je t «ri nrrose). 

Espagnol, j Paeliaiiiaina ! Te hospedaré'^' (on Te roriaré . 

Pni H IWSSKMIU.KH I.KS MOlJTO.NS Ol I.KS I. \MAS QUAND ILS SK 
SONT DISPKHSKS : 

I ••' 3 \ 3 

Quichua. imamn muuhastan:a tarisarchus tnnnnachus matchns- 
li(inl,ii vanipu hi'hnnhn tmnnaschayachunnsac ovejaunnntn'^ nntnnni 
liK nrhaskaiiLit htifita'^^ faltahan^^^ znrrohapipuasca . 

I I I I •-• V •.• 3 3 

Français. Ils si' sont dispersas. On l»'s hoiiNerai-je? I>ps Irou- 
\erai-je? l*out-Atre in les 1 1 (nuerai-jf* pas? Où sont-ils? 
Sont-ils loin.' \ (jnrllf lirurr rattraperai-je mes moutons? \v 
les ai déjà trouvés. Tous y sont. Un j)etil man(|uait. Le renard 



13 13 I) 

me In itris. 



MkI <miii|n»m>, iiji|iii< !«•* ir^li-% liti ••ii\-iiiriii«>». Li» mtIm" CMia^m»! liinfnLii 



(|ilirhilii. «Ir» iiKil* r%|i«^'iloU ilirkn 
iMNihi'iir. rt lurrlr iMinnr rhanrc. 

' 1/rirlanMlion rastya Miil lrf«|uriii- 
liirnl Ir nom ilr P«rh«iiiaina <lan« 1rs 



l■^l . «lanft cv »rn», un mol olt^ilrli-. |.« 
\rrl>r i|iiirhiia chaBmt »i^nilir «amMcr* 

''- Oteja (^ ' mmilnn). r^pagnol. 

**' Cniii|KM4* tlii mol «|iiir|iu knj - • un 



|t|-i«Vf« I^» lnalirM« IrailuiMirnl imivn a\r>r la (ln^inrnmlitninuli\i> r%|Nigno|r, i/a 



|Mr !•> mn( r«p«gnol nlryrtn , i^riui>«|pnl 
A • Jnir • vn françai». (^r«l un» dmilp la 



'*' Fallahan , rMtagnnl • iU utan 

i|u«irnl*. OhtMT rtirieiue, Ir» Imlirn* onl 



inoilipurr Iraiiurlion. car riiirya r»l (li*ri\r tn't\ cr \i'H»r nu iiluricl , i|iioii|uo Ir «ujrl 



ilu »itIm' iiiu> M' njiMiir. 

Tra«lurliiin ilomH*r |>ai Ir» liidii'in 



hafila viil au MU^'ulirr 

'^' Xorm irnanl . «*«|Mif{nol. 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 489 

Il l . -1 -1 1 3 

Espagnol. Se han desparramado. ^ Donde las hallaré ? (t Las 

3 II 'I 4 'I 5 5 fi G 

hallaré ? Talvez no las hallaré. ^ Donde estân ? ^ Estarân lejos ? 

777 7 7 ^. ^. 909 9 10 

(i A. que horas haré llegar mis ovejas ? Ya las he hallado. Todas 

10 11 11 ^ l'J 13 13 13 13 13 13 

estân. Un chico laltaba. El zorro me lo ha aaarrado. 



^c»' 



Dans cette invocation, qui m'a été dictée par les Indiens de 
Susques, le nom de Pachamama ne figure pas, mais est sous- 
entendu. A Tujli, près de Cobres, j'étais présent quand les 
lamas d'une vieille Indienne se sont effrayés pour une cause 
quelconque et sont disparus au galop, ce qui est rare chez ces 
animaux. L'Indienne se trouvait là avec deux enfants. Immé- 
diatement tous trois commencèrent à réciter une prière sem- 
blable, où l'on entendait à chaque instant le nom de Pacha- 
mama acclamé avec ferveur. Au commencement, la vieille 
femme resta devant sa case; elle laissa passer un quart d'heure 
avant de se mettre en marche, lentement, dans la diiection 
qu'avaient prise les lamas. Une heure après, je l'ai vue encore 
s'arrêter au pied d'une colline, toujours en invoquant Pacha- 
mama. Je n'ai pu voir le dénouement de cet épisode, mais les 
lamas, j'en suis sûr, ont dû revenir le soir pour passer la nuit 
où ils en avaient l'habitude, et de cette manière la confiance 
de la vieille Indienne en Pachamama aura été confirmée. Je 
n'ai pu malheureusement noter sa prière, qui devait être sem- 
blable à celle que nous venons de transcrire. 

De la Vallée Galchaquie, M. Ambrosetti (19, p. i()8) a pul)lié 
une invocation à Pachamama qui est préventive, c'est-à-diie 
dans laquelle on la prie à' empêcher la fuite des troupeaux. 

En filant la laine. — Ainsi que nous l'avons dit, les Indieius 
comme les Indiennes fdent de la laine toute la journée, aussi 
bien chez eux que pendant leurs allées et venues dans les 
champs. Voici deux invocations pour le succès de ce travail, 
spécialement pour que le fil ne se rompe pas et pour ([ue le 
travail aille vile. La premièic de ces prières est sans doiilc 



V.K) WTIQMTKS \)\ I \ HKriloN \M>INK 

;i(lrrsMM' a Pailiaiii.iiiia ; (laii> la mcoikI»', un a iinlaii;;»' d uin' 
iiiaiiirrr riiiinisr >on nom a\«'C Cfliii do saiiilo Amir, |>a- 
Iroiiiir (1«>.N lilnirN. 

I. Quichua. Piichnitla tallariza ninapiinrliati nuisliataclius iintaia 

'• ' ■• . . '•' '" . . 

ihirnlaclins ' piirhcani nfalsnlm hus^ pitiiuncat hiis yapurliraituruin 

II 
ilmyllatiulmpnilirasa. 

t . ' . ^ . * 

Français. .!«' (ominrnrc à filer, (lomhii'ii Mr fiisraux) n*m- 

|)lirai-j«' aiijniirdlmi ? Hkh ri ^olKJriiitnl lilr.' ()ii si»ra-l-il 

s ; •> ^ ^ !'>_ |.._ t.. !■> Il 

Iraj^ilr? Sr hrisora-l-il (Ir (il) ? J'ai (l(''jà arlirvr «1»' lilrr. Je 

Il II ^ Il II M II 

IH' fiirrai |)lu> <|ih* cr (Irniirr (lusoau). 

Espagnol. l'Impie/*) a liilar. ,' (iiu'iiitos [liii.sos] HrnaiV' liov ? 
(.'hirii liiladn? ,; l'unir? ^i) situ lalso? ,: Sr cnrlarâ ri liilo) ? 

I<> )•• 10 l<> Il II II _ Il 

\ A lir acahado (l<- liilar. l'istc (liiiso) no nias liilaré. 



II. Quichua. Miimita S(tnta .\n<i, alnuum ipnchcana ilv ^ liilan- 

I, <l _ M |ll 

(Icra^^^ tpjcndrni ^ iikiiiki. Shthisinitilitian ( w Intn l\i< Immania. 
I I ••■ 

Français. Prlitr Mrrr .sainte \iiim', li>>n, lilrr, Mrrr (1rs 

(iliMisrs ri (1rs lisscMlsrs. One ce soif a^^'^ les jiiniiis. I\i( liamaiiia î 
I •.• . 

Espagnol. Maniila Saiila \na, trjci-, liilai. Madn* de las liilan- 

1. '» 'I H ^ - |0 

(leras V de las lejedoras. j Que sea roii lus m; s. Parliainania ! 

M. Vinhrosrili 49, p. iR<)) reprndml deux luNocalionsdu même 
«^enre, prnxenaiil de Mnlinos. dans la \all»'e r..il('lia(|Mie. 

r»»! n HMM'KLH» I.KSI'HIT DK OI KI.OI 'l N Ql I I.' ^ • PKRDIi ». 

Dans la solilndr des iiinnln^nes, 1rs Indirns •^•miI son\ent nris 

/)itro ;r«pa)^nnr tltir. «nlitip. — '*'ô fM|»iiL*iiiih mi ronjiinrlionV /''ii/>n r»|w 
gnn\) wm féut. — '*' Mnla mpa^noU 



LA PI NA ET SES HABITANTS ACTUELS. 491 

« 

fTiine frayeur soudaine, sans cause apparente, probal)lement 
parce qu'ils croient sentir la présence de Tun des êtres mysté- 
rieux dont, dans leur imagination, est peuplée la Cordillère. 
Quand une personne s'est effrayée subitement, ils croient que 
son esprit Ta abandonnée, et pour le rappeler il faut des invo- 
cations, dont voici un exemple : 

Quichua. Hcimuy sntimanta kaparina caimanchaskala, Peclro'^^\ 

\ 3 3 -2 2 2 'I '1 i _ 5 

Français. Viens ! Je t'appelle par ton nom. Tu as peur, Pierre. 

12 2 2 3 3 ï 4 

Espagnol, j Ven ! Por tu nombre te grito. Estas asustado, 

5 

Pedro. 

M. Ambrosetti (19, p. 21 5) publie une prière adressée à 
Pachamama, « pour rappeler l'esprit », en vogue parmi les 
Indiens et les métis de Molinos (Vallée Galchaquie). Dans cette 
prière, au lieu que ce soit une autre personne, c'est la per- 
sonne effrayée elle-même qui rappelle son esprit. 

Cérémonies pour la marque du bétail (Susques). — Les la- 
mas et les moutons de différents propriétaires sont marqués 
au moyen de découpures des oreilles. Chaque propriétaire 
marque, une fois par an, les animaux nés pendant Tannée. 
Cette opération donne lieu à une fête, que je vais décrire 
d'après le récit qui m'en a été fait à Susques. Pour cette céré- 
monie, il existe près de toute hutte indienne dans la Puna une 
sorte d'autel, le liiilri, qui consiste en un monceau de pierres 
parmi lesquelles fréquemment quelques-unes sont blanches 
(quartz). Ce monticule a de 1 à ')''' de diamètre; il est distant 
de 20 ou 3o™ de la maison, et généralement situé du même 
côté que l'enclos destiné à renfermer le bétail, le corral. La 
cérémonie de la marque ne peut être accomplie ni le mardi, 
ni le vendredi. 

^'' Pedro PsI lo nom siinposô de icliii (|iii s'est oITmyé. 



Vri WTIoriTKS I)K LA HKCiloN WDINK 

L<' nronrirlnirc r|riii;iii(ir ;i un pnn'iil on i\ iiii .uni d rlro le 
iKirraiii imilrino j)<)ur (••Ih! cV*réiin)iilt', »*t invitr 1(mi^ «»«"n mw- 
siii» i\ nirndrr pari a la ffM»*. «mi mio dr la(|u»'llp il s'rsl iiiuiii 
(l'alHiudantrs |)ri»Nisions do coca ri d«' tliilia. I^rs iiivitrs arri- 
vent la vimIIc, «'I l'urj^ir, avec (laiiso et inusiijue, coininoncc» à .S 
r>il 4 lioiin's (\v l'apn's-inidi. (ic inônir jour, un visitr li» knin , 
(lu'oii asiM'r'^r a\<'c dr la cIikIui . rn )«'lant drs Irudlrs dr cora 
r>ur le nidnccau, (|U(>l(|u«'l()is «mi s lixani aussi dos houppes de 
laine ronge ilaim nintr el en v hrûlanl dr l;i ou/, oii cnlnia , 
j)lanle r^'^sinonse (pi nu arli«»te dans la BoliNie ri (pu c^l coiisi- 
di-n-r ('(unnn* un encens précieux, mais doni y ne connais 
pa^ !•' nom scirnlilnpie. Kn liMs.nil ces (ilTrandes, on adresse à 
l*arlianiani;i l;i pncrc sni\.iiil<- : 

I . . •' . ' ' '• " 

Quichua. (Jinva ' ncliisLaihr linjin râla \umn Mama^^ rai- 

.V . ..' . . '" . . 

riniyiîdilaliiuiii , (o/iiiihiildlman , < ainjitailahiian ^ . rainnrnmillmi- 

II *■! 13 ^ 

liululinun (liitYf'nsliaihr. Multinlirarlia^'^ parhajta. 

Français, le verse de la rhnxa [rliirha^ , Sei^neur-l*ei-e, Daine- 

5 ■• - % % \ ', 'f 

Mèrp"^ Je TiillV»' dr l.i clinva , je rollrc de la riJiiKt. Je t'ollVedes 

V ■' l<l l<* 1» l<) l<> Il II 

petites ieuilles (derora), je t'(»IIVe rett«» laine rou«j[e, je l'ollre 

Il 11 i'.> I' I '• i> 

rette chiiYd. Qu'il niulliplie par centaines i le troupeau^ I 

I 1 i \ i ") : 

Espagnol. ( ilniva erlio. ; l\nrli.ilala , Parlianiania'"! Teronxido 

^ s s > I •! "I |l' 

cnn clin\a, iv cunxido eon coliua, te coinido ron las liojitas, \r 

m _ 10 If) II) m II II II n m 

ron>ido ron esta lana rolorada, con esta rlniv.i le ('on\ido. 

lï ij I.' l^ n 

jOuese innllipli(|uen , los animales) |)or centenas! 

Ckmjfû '^ ckirhn lrr« liin|tiilr, li.^ i lirrlirn*. (/tiiiinr rriiiici r»l un ^Irr 

rUirr. iii«viilin, on nnnlnip âlnm Ir iinni /'«i 

*' .4n«^ifi Trtin . inqni Mumn , lillpralc- rfntlala , de pnrka — iiimiuIo , li^rr , rJ titln 

nirni • S«*i^'nriir Pirr, Diiinr Mf*n' • , iiiai« on lailu — p^rr. 
|p« jiuiirn* iiH' lniiliii*irrnl cr% mot.» p«r '*' Hojiîm (^«p«^nnll, liiminiilif «l<- 

• l*.irh«l«l«, pAihiiiiiAiiiA •. P«rh«iii«iiiii r%l hnja rriiilir. 

• n i;«'nrr«l un ^Irr Iniiinin . inai» i|iirlipic ' Mnllipliritrw >«|Mif{iK>l) — w luuiti 
loi* i'IIp rs\ fonfuiHlur mi-» Ir l)i«i «lr« plirr, %r rrprmluinv 



LA PTINA KT SKS HABIT WTS ACTUELS. VX\ 

Après quoi Ions, lioinines cL leiiiMics, se prciiiieiiL par la 
main et dansent en cercle autour du km ri 

On retourne à la case, et l'orgie continue toute la nuit. Le 
lendemain matin a lieu une autre cérémonie, pour laquelle le 
maître de céans place, sur une table ou sur un poncho, un 
monceau de feuilles de coca , parmi lesquelles un grand nombre 
se trouvent naturellement réduites en petits morceaux par le 
long transport sur le dos des ânes ou des lamas venus du 
nord de la Bolivie d'où provient cette drogue. Les convives se 
mettent à séparer du monceau autant de feuilles entières qu'ils 
peuvent y trouver ^^^ et les remettent au maître de céans, en 
lui souhaitant, pour l'année suivante, que ses animaux se 
reproduisent en aussi grand nombre que celui des feuilles de 
coca remises. Le convive prononce l'allocution suivante en 
présentant ces feuilles : 

Quichua. Huatacanan piunchaa/nna pac/iaj maltipllcani^'-^ canca. 

'i 5 5 'i 'i 3 

Français. Que les animaux (la viande) se multiplient par 

3 _ Il 2 _ ^ ^ -1 

centaines, cette année, comme (ils se sont multipliés] aujour- 
d'hui! 

'i 5 5 'i 'i 3 

EspagnoL jQue los animales (la carne) se multiphqueii por 

3 112 2 2 

centenas este ano como hoy dia! 

En recevant les feuilles de coca, le maître de céans les place 
dans une chiispa spéciale et remercie par ces mots : 

I 2 _ _ 3 _ 1 

Quichua. Dîos''^^ pa(jrasunLI^'^^ alli/iorapila^'^^ cacimii. 

•1 I 2 2 2 'i 'i 3 3 3 3 

Français. Que Dieu te le rende, et que ce soit en une heure 

3 _ 

propice! 

2 I 2 2 2 3 3 3 'i i 

Espagnol. jQue Dîos te 1() pague; en bueua liora ([ue sea! 

'*' Les Indiens désignent celte opéra- '*' Pa(/rtr = payer (espagnol). Les In- 

lion par un verbe spécial, sincnr. diens y ont intercalé un r ijmip-a). 

'^' MaltipUcnr, mot espagnol. ^'' Dans la composition de <«• mol 

<*' D(OS. le Dieu chrétien, en espagnol. entre le mol espagnol lioni heure. 



'l'J'l 



WTICU ITKS DK I.\ nK(;i(»\ WhINK 



KiiMiilr, (mis NDiil ;iii corial nu r>l n'iiicriin* Ir tnmpriui. 

Axaiil <lr pnKM'drr a la iiiar(|ii(', on fait a Pacliaiiiaiiia ccUo 

invocatinii : 

I .' . ' . . . . » . . 

Quichua. I ala - Moma ^ (nuanjuniuhayisclnsliaikc alfrrrsniki^*^ 

rrsilmankn lin manarliii. 

I .• , ^ ...'*• . 

Français. PrK'-M«'n', aujimid'lml j<» t<* forai mu* 1n)iiii(' joiir- 

... » :. :. _ 6 

n(^>. Je suis (ou iH>rt(>H''t<Mi(lanl. Mr ronnais-hi nu non? 

Espagnol. ; Padro-Mafln*! hov Iimon â liacer tu Inwii (lia. S<>y 
lu alIV'rrz. ,M»i coiiocos ô iiô? 



L<* pan;nii coui»»' 1rs nrciilo di-s auiniaux ot nKnr 1rs 
ninrcoaux (IrcoujM's (laus la vlnisjm, où sr (rou\ru( les i(>uillos 
•MilijTos cl<* coca provcnani »lr la cérôinonir |)n''cr(l<'ulr. Lr 
|)roj)iii''tain' du Ix'tail niduil a\«'r l<» saut( l«'> jours drs rou- 
\iNrs,(|ui vvu{)\\{\v\\\ : Diiis jHiijnisunlii Inlat Mamat (JurDiru 
NOUS \v rrudr, nioii Prie, in;i Mi'ir! . 

\j)rrs cpII»" opôralion . on proci'dr ;ni « niaria<{(> • dr doux 

jruurs lauias. un uKilr r| unr JinM'Ili-. Ils sont altaclirs l'un à 

liinlir |).ii li's nattes t)ost(*ri('un>s , (>t Ion Krinl Ir couoN' aNrr 

ers mois : 

I 3 s \ :, ^ t. 

Quichua. Dit'S * hrndinon^^ Inclinrachini uHiii nrani * racliiin 

<i 'I II» Il l; is 

«//^ui liiita mirarlmn^^ uvliipa lialuitpal, larpalttak caclinn. 

Français. Que Dieu nous donne sa iM^nédirliou . dans uin 
lieure propiri*! i}y\ \\ m sni| ainsi! I.,a terre et le .sahie (|u'il> 



'' Non* rcIriMunn» ici le iii^inr inr- 
lan^p tir P«rlt«in«iii« r( «Ir Dini (|iii' nnxw 
nvnn» «i , i , nulr i. 

' -• ; 1 |»or«r-Hend«nl, 

rnwifjnr. 

Mii|« r«|i.i^-n<i|«. An iii'ii «|p Purhji 
iiimn* li^irrnl it i le Dini <|r« rhrrli<'i)« 
ri M ltrn«^iirlif>n , pnilMltlcinrnl |>«n i- 



i|iril <« o^il (I iinr imilalifin du niarin^'i' 
rlinMirn. 

' PrtilMililriiif'nl iirri^r tir korm {f*\^y 
gnoi) •- hourr. 

^) Iri |p vpHit qiiicliiM miray (i^miil 
liplirr' r%\ rni|)lovr «ii lirii ilii irrite r« 
|>.iin*<>l inultifiii--ar, qui lipirr (Un» plu- 
^ipor» |>hri»»<** |»ct^"drnlr«. 



LA PIW ET SES HABITANTS ACTUELS. 495 

]■! 1(1 Kl 11 



produisent! Que (le bétai]) sufïise pour les petits et pour les 

11 13^ 13_ 13 

grands! Qu'il en soit ainsi! 

1 3 2 _ .-) 1 r, 

EspagnoL jQue Dios os dé su bendicion, eu buena liora! 

f) G _9 ^ _ 7 S 

jQue sea asi! [Que multiplique la tierra y la arena! iQue 

12 10 JO 11 11 13 13 13 

alcance para cliicos y para grandes! jQue sea asi! 



La marque terminée, on amène au laiiri le troupeau accom- 
pagné de musiciens qui jouent le charaïKjo ou la (juena. 

On apporte aussi la c/nispa contenant les feuilles de coca (*t 
les morceaux d'oreilles. On boit de la chic/ia, on mâche de la 
coca, et enfin on enterre les morceaux d'oi'eilles dans le hiiiri , 
avec cette invocation : 

Quichua. Cusiya, Pachamama , caimuItipUcunta cnlrefjalLe^^K 

2 \ll^'ifi^fi 3 3 ^ 

Français, t^acbamama, joie à toi! Je te livre ce produit. 

2 1 3 3 'I 'I 

EspagnoL j Pacliamama , alegria ! Este multiplico ^^^ te entrego. 

Après ce sacrifice, on retourne à la maison, on tue un lama 
ou un mouton, on mange, on boit de la chic/ia et l'on danse 
toute la nuit. 

Ces cérémonies sont fort analogues à celles que décrit M. Am- 
brosetti (15, p. 66; réimprimé 19, p. 69) de Moliuos. La dillérence la 
plus remarquable consiste, paraît-il, en ce que le liuiri est per- 
manent à Susques et dans la Puna en général, tandis qu'à 
Moliuos, d'après M. Ambrosetti, il est élevé chaque fois à cet 
('Hel. Les mêmes cérémonies que je viens de décrire de Susques 
se pratiquent partout, avec de très légères modifications, dans 
la Puna de Jujuy et également en Bolivie, selon des renseigne- 
ments qui m'ont été donnés à Rinconada et à La Quiaca. 

'"' £n<r(?^ar (esp.) — livrer, remotlrp. haut platoau pour signifier l'augnionlation 

'* Substantif formé par les fnclions du du troupeau due à la procréation des ani- 
verhe espagnol iiudlliAicar. Usité sur le inau\. 



VM\ WTini ITKS DK ].\ HK(;inN \Nhl\K 

Les (( fleurs » des lamas. A la iii.iKjiw <iii Ix-lail se rattat lie, 
«riiiM' rrriaiiir iiiaiiirri*, la (niitiiiiH' (1rs liidit'iis (le «nriirir» 
(finrrarj 1rs lamas, coiitiiiiic rcpaiifliic sur tnni le haut nialrau, 
(Irj)nis \r IVmou jus(|u a la Puua arj^iMitiiu*. i.viU' coiitiiinc con- 
siste à atlaclicr (1rs h<)U|)|M's dr laine r(»n«çe^*^ à la laine des ani- 
maux, surtout aux oreilles, mais aussi sur le ron, les flancs et 
(I autres parties du corps. Suivant le \ieux l'eliriano (îarera. 
on ne doit einj)lo\er a cette iin (ju une certanie Nort(> de laine, 
dénomnn'e lana nintc, (jui est de la laine d'alpaca, teinte en 
ronj^e aNec une |)laiite n'collée a ( .liallanata , \nv> d()ruro, en 
holiNi(>. On aclièt(M*(?tte laine aii\ li«rl)oristes ambulants boli- 
viens, les (iallabuavas. Irn ai \u aussi en vente dans les i)etit(*s 
bonti(|ues d(>s villages, par exemple à Kinconada, où ce|)endant 

I ai su (pie la laine (pii s\ vendait pro\(Miait ('«paiement de la 
Boli\ie. Quand l»'s Indiens im ml pas de luiui riiittr , ils emploient , 
je crois, de la laine ordinaire, teinte a\ec une matière (juel- 
(onrpie. Si la lame (|ni coinixise les lioujïlX'S est t(U(lue en 
Iniinanl dn lil, elle doit »'|ie loidue à (jaurlir , non a droite, 
coinine c e^l le cas dans je fil (»i(|in;nre. Le lil .ni ino\en dn- 
(|tiel on alfaclie les « lleurs " doil ehe e^Mleineiil Inidn a «gauche. 
lAceplionnelleinenl , | ai \n des lamas d(>C()r(*s de lioiippes de 
lain(> bliMie. 

I ou s les lamas dn lion peau ne sont pas « lie uns •, et certains 
animaux le sont l)eancou|) plus (jue les autres. Les |)lus fleuris 
sont ( en\ (pi'on considère comme des Hlas, c*(\st-à-<lire comme 
des protecteurs dn Ironpeaii. el les lamas favoris (le la lemnie 
de I Indien on d nn anire niemltre de sa famille. 

J ai souvent interrogé les Indiens sur le motil (pii les jM)rte 
a «fleurir» les lamas, mais je n'ai |)ii obtenir (pie des rejMUises 
e\asives. (.ertainenuMit , les houppes de laim* rouge ne sont pas 
des marqiii*s de pro|)ri('>t('*. Je suis conxaincu (pidn ne • fleurit - 
pas non plus les lamas dans un bnl uni(pHMnent (b'coratif. 

II faut se r.ippeler (pie la lami rnnir vs\ consi(l(»n'»e comme 

'*' Cr* hrMi|i|ir% «ont flrnoninirr* piiiHn , m «niirhun. 



LA PLNA ET SES HABlïAiNïS ACTUELS. 'iU7 

une ofïrande très agréable à Pachamama, et, par conséquent, 
il est assez probable que les « fleurs » des lamas sont des sa- 
crifices à Pachamama, afin d'implorer sa protection 2)our le 
troupeau et pour son accroissement. 

On « fleurit» aussi quelquefois les ânes, et très rarement les 
moutons. Mais c'est surtout pour les lamas que cette coutume 
est en usage. 

Chanson quichua (Susques). — Les Susquenos ne sont pas de 
grands chansonniers, comme les métis des vallées interandines 
et comme les gauchos des Pampas. Le jeune Emeterio Vâsquez 
(n" 2 2 du tableau anthropométrique) était le chanteur le jjliis 
applaudi , mais son répertoire se composait pour la plupart de 
chansons espagnoles qu'il avait apprises des métis de la Bolivie 
et qui étaient mélangées de mots quichuas. Il y avait aussi des 
morceaux en quichua, mais d'un air si espagnol, que l'on est 
tenté de se demander si ce ne sont pas des chansons espagnoles 
traduites en quichua. 

Je reproduis ici un fragment de l'une de ces chansons, la 
traduction espagnole m'ayant été dictée par le chanteur lui- 
même. 



1 



Quichua. Caipisayacaiii lacjaij 

Cai/iuasiukupi sayacuni 

5 (i _ 

A tchachus Iwrkoita 
Ranialnj^^^ licanla. 

Il 1 2 

Français, [ci je m'arrête pour chanter. 

Je m'arrête au-dessous de cet abri 
Pour tacher d'enlever 

8 8 777_7 77 7 

Les fleurs de cet abri formé par des branches. 

''' (îéiiilil (|iii(lnia (lu mol espagnol rdiimdti. 



VM AMIQLIIKS DK LA HKC.ION ANDINE. 

Il 13.! 

Espagnol. Ariiii un* paro i\ caiitar. 

:. » » 

i)<'l)ajo (If esU* leclio un' p.iro 
A vtT si nin'do sarar 

» » ■: : " 

l^as flores île esta raiiiada. 

Ouverture des canaux d'irrigation (La Quiaca). — \ Siis- 
(llies, i«' Il iii |»ii nMiM'illir i\r reii.M'i^in'inriifs a pnijxis (1rs 
crrriiionirs ronciMiiaiit I a^ricullun', la(|u«*ll(' un existe j^in'n*. 
Mais à LaOuiara, sur la Iroiilirrr art;;»'Mtiii(>-l><)li\iriiiM'. on m'a 
(li'cril 1rs (uuhinies ()l)srr\«M's a lOuNerlun' (1rs canaux d irri- 
^'alion, 1*1 aux semailles du mais. Les canaux iacnjuias) sunt 
()r;;anis(''s d'.'ipn's le sysl(Mne esj)a«;nnl. (!lia(|n«' |)in|)ri(''taire de 
terre ciilliNi-)' .i i<' dimt ddiiNin. |mii(I.iiiI un certain nondirc 
(Tliriires par scniaiii*-. uni' nrtitr vaiiuc lal«*i'al«' an canal prin- 
cipal, pour laiiT ( (iiilcr de i'can par la ii;i\ill<' parlicnlirrr «pii 
la mené a ses champs. I ouh's 1rs \aiinrs siiiil s(m'umllcnn'ul 
nuNertes le \" annl. 

(!«> j<Mir-là, 1)-^ propi irt.iii es de iiaMlli">, amenant cliacnn 
lin (eil.iiii uonihi f d iiixites. se n'unissent près du canal jirin- 
cip.il. (.iiacpie ^Moupr \ nKin«;e separémenl . ui.iis Ion j)ieud 
à cliatpie peiMMiue jHesenI»' deu\ ( iilllerees d«' lous les mets, 
les(pn'll«'s soiil Nersees d.Ml*^ un iJ'cipieni spécial et mélangées 
a\ec une certaine (piaiilite de dm lin, dCau-de-xie et autres 
li(pieurs dont se miuI ser\is les comixes. Près de (diacnne des 
\aimes, on entern' une portion de ce nn'lanL;«" '1 un peu «If 
coca. 

Pendant cette c«*'n'Mnoiiie, tous se nH*ttent à «genoux en re- 
citant celle prière : 

I . -, . 

Quichua. I*at Immnmn , Snntn l'irrm , cnilialumhapt ' lianiniti» 

.'.'•. ■ ■> '• '" . ." 

miijmuamnj Innnlla Imnhiins minuit iina. knn Pathanminn mijukanLi 

'*' Ihm ^' J<Nir, iiHtI r«|M);niil. 



LA PU-NA ET SES HABIÏAMTS ACTliELS. WJ 

12 13 ^ l'i _ 15 h) ^ 17 

i/mjpacha''^^ patapi. Kancana liuilmalniarKjiuchaj tacuiUa. jSokaica 

18 _ 10 . 20 ^ 21 22 _ 23 

hautapac katimiisaj ku miitiasiij concorimanta. Ciuian cailiatandiapi^-^ 

.-''. -^ . . -'^ . . -'' . -? 

hcndiciaiita''^^ c/iurahuaic/uic naripasciliii liiiasicunianla chica coii- 

2'j _ ;io ;>i S2 :>;> 

leiilos^^^^ icasiskas. Adios^'^^ Pacliamania Pacliatala. 

1 ^2 '1 i '1 

Français. Pachamama , Sainte-Terre, nous sommes venus 

'1 8 7 3 3 3^35 5 ',» _ 10 

nous tous tes fils dans ce grand jour te saluer. Toi, Pachamama, 

11 11 11^ 12 12 12 13 l'i 15 15 15 

tu es ici et un autre dieu là-haut^^^. Vous nous donnez l'existence 

10 18 18 _ 17 _ l'J 20 20 

à nous tous. L'année prochaine nous reviendrons te haiser 

21 _ 22 ^ 23 23 23 ^ 23 _ 25 

à genoux. Aujourd'hui, dans ce grand jour-ci, donne-nous ta 

24 _ 20 20 27 27 28 2'J 30 

hénédiction. Nous rentrons chez nous très contents et nous 

30 30 31 32 33 

nous réjouirons. Adieu, Pachamama, Pachatata! 

1 2 2 3 3 3 3 

Espagnol, ji^achamama, Santa Tierra! en este dia grande 

Il -'(^ 5 C. 8 ^1 'J 10 

hemos venido à saludarte todos tus hijos. Tu, Pachamama, 

11 11 12 12 13 13 13 l'i 15 K')^ 10 

estas aqui y otro dios en lo alto. Vosotros nos criais a todos 

17 18 18 18 10 21 21 20 20 22 

nosotros. Para el ano volveremos de rodillas a hesarte. Ahora 

23 23 .23 23 25 2'» ^ 20 20 20 28 

en este dia grande denos tu hendicion. Ya nos vamos muy 

20 27 27 27 30 30 31 32 

contentos a nuestras casas y nos alegraremos.j Adios, Pacha- 

33 

mama, Pachatata! 

Semailles (La Quiaca). — Quand on veut semer du maïs, 
le propriétaire invite ses voisins et amis pour l'aider à cette 
besogne. On met la semence dans un costal (panier en peau 

''' Un autre dieu (ià-haul), sans doute car la plupail des verbes sont au singu- 

le Dieu chrétien, invoqué conjointeuient lier. 

avec Pachamama. A la fin de cette prière '"' J[)/a=jour, mot espagnol, 

il est invoqué sous le nom de Pacliatala ''^' Beiidicinii , mol (>s|)at,Miol. 

(lain, /rtj/« .^ père), mais les Indiens s'a- '*' Coiilenlo , mol espagnol, 

dressent |)rincipal(iiienl à l'acliainana, '•"' Adios, mol espagnol. 



MIO \N riOl ITKS I)K I.A HKCilON VNDINK. 

iiMiiilir siM (In Knis. liMjiH'l .«>*attaclM* (le cliaciin' côté, sur le 
dos (les àiies . On \ ajoute une certaine (piantite i\i- ieuilles 
(le co(*a el de molle ^\ vi Ton asj)er«;r If Iniil ;i\rc (!•• la tinviin 
r| de l'eau-de-xie, en mélangeant hien. 

I ne \ieiiir li'ninir. (|iii repn'^sente l*a('lianiania, prrnd le 
iKinier, s'asseoit dans le (-lianip et le place à cote d'ellr. Tontes 
les nersonnrs présentes s'asancent, jettent encore un peu de 
cliulia sur la srnience ri la ■ henissent ». Ensuit»* • Paclianiania • 
la distrihne entre les personnes pr(^sentes, (pii doi>ent semer 
cliacmi l.i (piantit('> de f^raiiirs (pi'il a re(:ues. Ku semant, mi 
chante cr refrain, (pii n'est ni (juiclnii , ni avmara, et dont les 
Indirns inr d(V la remit in' pas coinpn'inln' riix-iiirines le sens : 
Saninhisiiina liuavnuta usi/niitysaliiia /luavndca. (ie refrain in* doit 
rlir cliaiilr (pi'eii seiiiaiit du maïs, pas pour d'autn* plantes. 

(juaiid on a acln'\t' de sriner, •■ Pacliamama » recueillf 
(piel(pirs mottes (l(> tel rr ri 1rs |)lace dans un mouclioir (pTellr 
allaclif au (nu d un j^arcMUi dr iq à i .> ans. l'ar nrdir <\i' • l*a- 
cliamama*, celui-ci se Naulrr dans la tnre nu I nn a .senu' le 
maïs, «'Il criant a liaiilr \ni\ : Pach.nnaina ! Li> |runr «^arc^oii .se 
lève et rend .1 la \irill*- Imiine les mottes, en lui rt'pétant â 
l'oreillr If (Il (II* Pacliainaiiia ". Mnliii ou lail un trou dans 
le champ, nu \ cntcric les molles a\i'C de la (lin lia et (h> la coca, 
nn remplil le trou de terre, et l'on danse au-dessus, en réri- 
laiil cette roinuli- : 

Qiiicliua. Vaihdmanm, ùumjmiujHnlii linliinnrasixcat huit. ,\<»/i(i 
iiisinisac junojtihr. 

Français. Pachamama, jeviiMisrh* t «'uterrer. (hie ce soil dans 

> ^ ^ 1 :< ."t t. I ". 

une heure proj)ice! Je me riMoiiirai. (piand In mûriras. 

Espagnol. jPachamama! Va !<* lie enliMiado; (hie sea en hueiia 
> \ • ■• I. I, 

liora ! ^n me alei^'iare ciiaiido madnres. 

/.ilA*ir«i (iillrtii. (iritrh, mi Sikinut l<- li.uil iiInIimii. \a'* Ii iiillr» «l<- mitllr muiI 

MoUr , /.IN. C«-ft {iilin'« n'i'xivlrnl jw» %iii miii» tliMilf ii|i|ior !«■«■» du Im» |ni\». 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 501 

Ces récits à propos de l'ouverture des canaux d'irrigation et 
des semailles, lesquels m'ont été faits à La Quiaca, me semblent 
moins détaillés que ceux des Indiens de Susques. 

M. Amhrosetti (19, p. i33) publie une invocation qu'on adresse 
à Pachamama en commençant les semailles, dans la Vallée 
Calcliaquie. Cet auteur (15, p. 6/i) donne aussi des renseignemenls 
sur d'autres cérémonies delà même catégorie, pratiquées dans 
cette dernière région. L'une de ces cérémonies, que M. Ambro- 
setti dénomme (jûaipaiicho , consiste à se jeter de la boue les 
uns sur les autres, après avoir accompli la semaille du maïs. 
Cette coutume existe aussi à La Quiaca, où elle est nommée 
hiiaUpaiicho^^^ et pratiquée seulement après qu'on a semé les 
pommes de terre. Le propriétaire du champ doit, dans cette 
occasion , être enduit de boue le premier. 

Coquena. — Les Indiens de la Puna croient à un personnage 
mythique, qui n'est pas connu, du moins sous ce nom, dans 
les provinces montagneuses de l'Argentine, ni même en Salta, 
qui est la province la plus proche du haut plateau. Cepen- 
dant Coquena, avec certaines modifications, correspond plus 
ou moins au Llastay des vallées interandines, duquel nous 
avons donné une description succincte page i8o. Dans la Puna, 
j'ai recueilli, ]:)artout où je suis passé, des renseignements sur 
Coquena qui tous sont presque uniformes, ce qui démontre le 
caractère général de ce mythe. 

Coquena est le maître et propriétaire des vigognes et des 
huanacos. En cela il se distingue de Pachamama, qui a aussi une 
certaine influence sur le gibier de la Cordillère, mais seidemeni 
comme étant la mère bienveillante de la terre, des animaux, 
et surtout des hommes. 

Coquena est un être hermaphrodite; les Indiens disent aussi 
bien e/ Coquena que la Coquena. Il est né de la terre, et n'a ni 
])ère ni mère. Il est de très petite taille et habillé entièremenl 

''^ //««///;« ^- poule: ucliu - |)iiiiciit. .le co nom à luw ct'iciiioiiio où nv ligiirriil ni 
ne comprends pas poun|uoi on a ilonné des poules, ni du |)iinenl. 

II. 33 



5(»2 \MlOlHKS I)K I.V llK(;i(»N XNDINK. 

(le rirh<»s tissus de laiin' (!♦• \ij;oj;iie : culotte larj^e orner dor. 
|MMirli(> ri liniit <lia|M'aii, ce dernier à Inn-ds très larges et éga- ^ 
lenieni en lainr dr \ij;()j;ne. 

(^(Kiuena se nroniene surt(»ut jMMidant la nuit, toujours en 
('(induisant une troupe de Ni^o;^nes cliarj^ees (i*ai«(ent ri d'or. 
\j'r> lanières aver lrs(juelles les charj^es .sont atlaclirrs sur If 
dos des >i«;oj;nes s(»nt dvs \ij)eres vivantes. Lorscju un lioninie 
le voit, (!o(|urna disparait, car il n'est (jue un aire, un cspcrito^^^ 
• un air, un esprit ». Les cliarj^es d'arj^enl di>|)araissent aussi 
et seules les \ij;o^nes restnil . iiiiiis on recoiniait 1rs >igo«;nes 
de (](Knicna, car elles onl i»' dos, où la charj^e a «l»' placée, 
nioiiillt' de sueur. 

Dans srs N<»\a^Mvs nocturnes, (iofpiena s'oerujn- A*- pnili-i dr 
I arj^ent de toutes l«'s mines dr la (iorddiere à crlle dr l*(»lnsi; 
c'est |M)ur cette raison (pie le minerai d'arj^ent d«' Polosi ne prui 
jamais ^Ire épuisé. 

I ur irncoiitre sur les ciiemins avec (io(juena est toujours 
funeste, mais cept'iidaiil m* pn'sa^e |)as toujours la mort ou un 
grand mailinii-. Il m rsl anirniD'iil si (loipu'na parait de\anl 
un Indien occuj)e a chasser «son bétail-, les >i«;o«;nes, sur- 
tout s il nr 1rs chasse pas pour rassasier sa Inim. mais les tur 
en grand nond)re pour en \endrt' les prau\. Mors il arriNe 
(pu' (IcxpuMia tue le chasseur ou le punit sévèrement d un«* 
.lulif manière. Parlois l'apparition scnii- (l<' (!o<pnMia sullît 
poiii (|iir |r chasseui Idiiih*' niori .1 Iriidroit mcmi- où il la 
rencontré. 

Sur ces châtiments de (iiupuMia, il y a heaucouj) d'anecdotes. 
Kn Noici une (pii m'a v{r racont<*e à La (^)uiaca. (iiNpu'ua, mmi- 
contrant un richr Indien (jui chassait d«'s \ii;ogn«'s à cou|)s de 
lusil pour en vendre les j)eaux, attacha I honinu' sur le dos 
d un»' vigogne et l.i lit L;.iloprr rntre les rochers jus(ju'à ce (jur 
l'Indien mourût des chocs cjue suhit sa léle contre les pierres. 
Mais, ensuit!*, (io(pi<i).i n>ncontra un aiitir Indien (|ui l'Iaii 

C Btptrih» (avec l'armil loniqiir <uir I i r»l la foniir in<iirnn<' «lu uuA r»|M^nol 
rtfHrilm (r»|inl, àinr). 



LA PlJiNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 503 

pauvre et n'avait que ses Ubes, avec lesquels il cherchait à tuer 
une vigogne pour avoir de quoi manger. Ce pauvre Indien 
inspira de la compassion à Coquena, qui lui donna une poignée 
d'omas^^^ d'or pour qu'il n'eût plus besoin de tuer des vigognes. 

Le conte qui suit provient de Tilcara, dans la Quebrada de 
llumahuaca. 11 y avait une fois, dans ce village, un homme 
très habile dans le maniement des Ubes. 11 tuait beaucoup de 
vigognes. Un jour, Coquena parut devant ce chasseur dans la 
montagne, et lui demanda pourquoi il poursuivait son béLiil 
avec tant d'acharnement. Coquena lui offrit une forte somme 
d'argent, s'il lui promettait de ne plus chasser. La promesse 
donnée, Coquena fit venir sa trou2:)e de vigognes chargées d'ar- 
gent et lui remit plusieurs charges de ce métal, mais en le me- 
naçant de la mort s'il continuait à chasser. Il raconta sa bonne 
fortune à un Indien qui était riche et très avare. Celui-ci se 
mit alors à chasser des vigognes tous les jours afin d'obtenir 
de Coquena le même prix que f autre Indien. Coquena parut 
devant le chasseur dans la montagne, mais au lieu de lui don- 
ner de fargenf , le réduisit en captivité et le condamna à garder 
ses troupeaux de vigognes. Cet homme n'est jamais retourné au 
village, mais des Indiens font vu dans la montagne, gardant 
les vigognes de Coquena. 

Tous les chasseurs sacrifient à Coquena de la coca, de rcaii- 
de-vie, etc., qu'ils enterrent pendant la marche dans la mon- 
tagne, en priant Coquena de ne pas se fâcher s'ils tuent une ou 
deux vigognes. 

Les Indiens croient à Coquena avec une conviction absolue. 
Même le vieux Feliciano Gareca de Rinconada, en général si 
libre de superstition, si exempt de préjugés, m'assura cpiil 
avait en effet vu ime fois Coquena. Comme exemple de la crainte 
des Indiens pour cet être surnaturel, je raconterai fépisodc* 
suivant. Un jour, comme je partais de Yavi pour Abrapampa, 
avec l'intention d'examiner les ruines qui existent à Cangre- 

^'' Monnaie e.sj)tignol(' 8o francs. 

33. 



MVi ANÏIQIITKS |)K LA UKf.M'N \M)I\K. 

jilios, loralit*^ sitiu^f à environ /lo^" au sud de Yavi, jallai \ 
passer la iiuil. Le matin, j'rxjM'diai mes j^ens et mes mulets, en 
retenant seulenn-nt l'un drs midetiers, un nommé lunln'^uez. 
Un Indien sVtant présenté au mnnn'ul où j'allais partir r[ 
sollrant à me montrer des anti(|uités (pii, d'après sa d»'srri|>- 
lion, paraissaient intéressantes, je restai n \n\\ justprau s«)ir 
et n'arrivai à (ian«;rejillos (ju'à minuit, par une nuit Iroide, 
éclairée par cette lune particulière au haut plateau, (pii d'un 
ciel sans nnaj^es ré|)andait sa iumièrr hianclie et jM'uétrante, 
prescpii' incandescenlc. j'i-iidaiit !•• ti.i|tl, iioiis lunes deux <mi 
trois haltes |>our laisser reprendre haleine aux niulrts. (ihaipir 
foi», i^nlri^Miez, selon l'hahitude des muletiers, incendia les 
titlas i)our nous donner un pru de chaliMU- cl cette «'spècr d'ider 
de confort (piinspire toujours un ieu au milieu du (h-sj-rt. 
J'avoue cpu', pendant ces haltes, j'ai songé aux légendes cpie 
l'on m'avait sou\ent racontées h pro|)os de Oxpiena. 

\ minuit, nous arrivâmes à Cangrejillo.s. M«s hoinnu's m'at- 
tendaient av(*c un rôti de mouton e| du mate, I infusion hien 
comme des feuilles de YIlcx parai/ttaycnsis, St.-Hil. Ils avaient 
campé à côté d'une case, et mon lit de campagne «'tait dress»* 
dans cette case, (pie in(*s hommes a\aienl prealahleinent nel- 
tovée. L'Indien et sa lamilie rodaient autour de notre jeu. 
mais ils étaii'ul trop timides jK)ur s'engager dans une conver- 
sation a\ec nn»i. Il> III' ré|)ondaient «pie : Si, Schor, à toiiliîs h*s 
(piestions cpu' je leur laisais. MvidemuHMit, ils ne |K)Uvaient |)as 
s'explitpier «•oninienl j'avais osé traverser \a piina depuis \n\i 
jus(pi a leur hahilation j)ar inie nuit si Iroide et si luguhre. Ne 
pou\ant pas tirer un mot des Indiens, je me mis à plaisanter 
avec liodrigue/, sur uni* n-ncontre imaginaire (pie lunis «mimiv 
«Mie avec (!o(piena. 

Le lendemain, |e me reveill.ii <le très bonne heure |M)ur non* 
li>s ruines v[ continuer ensuite mon vovage pour \hrapani|>;i. 
Je lis mander llndn'n et lui dein.nicl.ii d** me montrer ra/i/f/fi/ 
[les ruines). l*onr rien an mondi* il ne >e laissa |M'rsiiader de 
m'y conduire. Mes promesses d argent «l mes nn-naces n'eurent 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 505 

pas plus (le succès. Enfin il me vint l'idée de le menacer de 
Coquena. Rodriguez se trouvait à mes côtés. Je lui demandai : 
« Que vous semble de notre rencontre avec Coquena.^ Je n'aurais 
pas cru que Coquena fût un personnage si bien élevé. Vous vous 
rappelez quand il alluma sa cigarette aux tolas qui brûlaient. Je 
suis bien content de l'avoir rencontré et d'avoir fait sa connais- 
sance. Et son troupeau de vigognes! Comme elles étaient bien 
dressées! Nous n'avons pas de mulets si bien dressés que les 
vigognes de Coquena » , etc. , etc. Piodriguez répondait fort intel- 
ligemment à mes remarques, et je vis l'Indien trembler en nous 
écoutant. Il prenait bien cela comme une chose sérieuse. Enfin 
je dis,, toujours en m'adressant à Rodriguez : «Et c'est dom- 
mage pour des pauvres Indiens. \ous vous rappelez ce que 
disait Coquena. Dans huit jours , ils seront tous morts. Vous 
vous souvenez que Coquena n'aime pas les Indiens qui ont peur 
des andguos; mais ici il n'y a rien à faire, il faut que nous nous 
mettions en marche. Faites charger les mulets. » Rodriguez 
exécute l'ordre, et je vois mon Indien s'éloigner en murmurant 
des prières. Il revient et me dit : « Huiracocha^^^, là-bas il y a un 
antigain . Nous sommes allés voir Vantigal, flndien s'est bien 
comporté, je fai bien indemnisé et je suis parti de Cangrejillos 
en lui promettant de le recommander à mon ami Coquena, la 
première fois que je le rencontrerais. Tout cela était si naturel, 
si sincère, que je dois considérer cette aventure comme fun 
des épisodes les plus amusants de mes voyages, et en même 
temps comme l'une des expériences les plus intéressantes en 
ce qui concerne les croyances intimes des Indiens du liaut 
plateau. 



<"' Les Indiens (lu haut plateau donnent les vallées inlerandines de Salla et de Ca- 

ce titre, lluiracocha, comme une marque tamarca, mais de nos jours il n'y est plus 

de respect aux Blancs voyageurs qui leur guère usité, sauf dans les vallées situées 

semblent occuper une position élevée, à tout à fait en dehors des chemins, commi» 

cause de la caravane composée de servi- la Vallée del Cajon, en Santa Maria. 
teurs, de mulets et de bagages contenant Con-Tici-lluiracocha était le nom d'un 

des objets inconnus des Indiens, etc. Ce dieu péruvien, blanc et barbu, dont nous 

litre était jadis également en usage dans reparlerons plus loin. 



:»<Mi wrioi iTKs i>K. I. \ hk.ckjn nndink 

Deux ((Huacasn. — (.oiniiir mi h* .s;iiL Irs l'ci ii\ uns doit- 
iKiirnl ;iii iiinl hnaca plusieurs si<;niiicati()i)s (lillcrmli's. 
IVîilMinl. ils ndor.'iitMit. coiiiinc (liNinit«*s locales et coiniiif 
<»rarlrs, ci'rtaiiirs liantes iiioiita^iies, certaines sniirros clVaii, 
rerlaiiis rorliers, certains arbres, etc., (jiii Ions étaient dénoni- 
nu's liuaras. D'antres htutcas étaient (l«'s idoles en |)ierre on en 
ImjÎs, adorées coiiiine riieux protectenr^ d'nne nation on dnne 
|)ro\ince. ()i\ a|)|)el;tit e«;alemeiit hutnas les mdroils on re> 
idoles étaient consersées on les lien\ (jnoii sti|)|)(isnit étn* la 
résidence de ces di\inités. Enfin les tond)ean\ et les corj)s des 
ancétn's étaient anssi dénommés liuncas. 

Les Indiens d< l.i l*iiii;i d»- ln|ny croient encore aux luiacas. 
dans Ir premier sens du mol. <'est-à-<lire coninit* êtres snr- 
iialnreis jiahiianl «ertaines localités. Pendant iimn séjuin- dans 
l.i l^iria. j'en ai entendu parler fie deux. 

L un est un énorme taureau noir aux mux de leu (jui liahite 
les Salinas (trandtvs, dans le centre, on il est pres(jne imixis- 
sd)li' de p.uNcnir, à cause de la hnue InruM'e par un inélanm* 
de sel, d argile et d'eau d (pu ne sèche jamais, (ie hnaca est 
plulol nialvedl.ml ; on dit (pir firs ixTsonnes sont mortes 
subitement <ii h» voyant, «1 (pic d autres m nul perdu la 
raison. 

I )ans la La«;una de Po/uelns, au milieu du lac, eu lace d'une 
localité nommi'e I lualiualniafiu/.ca , il x a un antre huât a. Ce^t 
ini mouton lio <^'rand, (pii nest ni mâle ni femelle, c'esl-à- 
dne (pi d «si lirmiapliroditi'. Il rsj dune couleur hlancli»'. 
rrsplrndissanle, (pii dans la nuit se détache bien de la couleur 
blanc sale des montons ordinaires. Parfois, pendant la nuit, 
le - monton-hnaca • sort du lac et n-joint l'un des troupeaux de 
moutons des Indiens cpii habitent aux e?ixirons. (!rs montons 
connnencent alors à siiupiirler el a bêler. Quehpielois les In- 
fliens (mt essayé d'amener le lidnp<»an an cornai |)onr v faire 
entrer le hiinrn avec les autres moutons, mais celni-ci dis|)arait . 
sans que Ion puisse voir ce qu'il devient. I^a présence momen- 
tanée fie ce hnaca dans un tn»uj)ean est dr très bon augure. 



LA PlINA ET SES HABITANTS ACTUELS. 507 

car on croit que cet événement augmente la reproduction des 
moutons. 

Des croyances semblables se retrouvent chez les anciens 
Collas, qui adoraient comme huacas certains lamas fabuleux, 
également de couleur blanche. 

Opinions des Indiens actuels sur les vestiges préhispaniques. 
— Au cours de mes voyages dans les différentes parties de la 
Puna, j'ai naturellement toujours questionné les Indiens pour 
connaître leurs croyances à propos des ruines, des sépultures 
et des vestiges en général, des habitants préhispaniques du 
pays. Les Indiens actuels ne croient point qu'ils sont les des- 
cendants des anticjuos (anciens), (jentiles (gentils) ou infelcs 
(infidèles), comme ils les nomment. Tout au contraire, on 
entend partout la légende que les anticjuos ont vécu avant que 
le soleil existât. Quand le soleil parut pour la première fois, 
tous les anticjuos moururent, et, comme ils étaient méchants, 
ils ont cassé, avant de mourir, tous leurs pots et tous leurs 
autres ustensiles. C'est pour cette raison que Ton ne rencontre 
guère d'objets entiers dans les ruines. Cette légende est com- 
mune à tous les Indiens de la Puna argentine et à ceux de toute 
la Bolivie. Une seule fois, une autre explication me fut donnée 
sur des vestiges préhispaniques. C'était à Quêta, près de Cochi- 
noca, où une vieille femme me disait que les squelettes, les 
fragments de haches en pierre , les pointes de flèches , etc. , que 
l'on y découvrait provenaient des Indiens qui y avaient habité 
avant la « Guerre des Cuïcos » , et que les Cuïcos les avaient exter- 
minés. Mais il ne peut s'agir là que des invasions boliviennes 
après rindépendance sud-américaine, dans la première moitié 
du xix*^ siècle, car cuïco^^'' est le sobriquet populaire des soldats 
boliviens. Comme on le voit, la vieille Indienne de Quêta rap- 
portait les anticjuos à une époque trop récente, tandis que tous 
les autres Indiens leur attribuent un âge par trop reculé. Mais 

^'' À^H/Vu (quichna) = vor. 



Sns WTIQIITKS |)K l.\ nK(;i()N \MHNK. 

.'iiiniii IikIm'ii iir rmil rtn* un (It'M'riidaiil (les antuiiios ou ni)- 
|)arU'iiir à la iuôiih* rar<' (|u\'ii\. 

Ci*lt(' (>|)iuiou (les lu(li(>u<^ (|ii«- les anlnjuas auraient \ôcu 
avant ra|)|)ariti()ri du soiril a une certaine analo<;ie avec la 
I»*j;cmk1«' cjuc racontent Juan (\v Rotanzos (61, ci. p. i) et d'autres 
clirniiicMU'urs, .1 propos du diru roii-Tiri-lluiracoclia, (|ui, 
surtrissant «If sa diMiirun* dans Ir lac Tilicara, erra la terre, le 
riel et certaines «(eus. Ces f^ens, (jui >iNaieut dans I obscurité, 
olltMisèrent (ion-Tiii, (jui sur«;it alors une antre fois du Titicaca, 
créa le solnl, I»' )<>iii. I.i Imir. les étoiles, «•! coiivfrlit les «(«mis 
(l< l:i nuit en |)ierres. 

L<-N InditMis dr l.t Piiiin otit une jxMir prolonde d«> trouhler 
les rt/*//yMo.< dans l«Mir sommeil éternel, lin Indien, en décon- 
Nraiit accidenirlirmeiil une «grotte lunéraire dans (pnd(]ue coin 
des montagnes jus(jue alors ij^non*, sfmpresse de la relermer 
avec des pierres, sans niènje oser re^^arder les cadavres nioniiliés 
cini s\ linMXt'iil, encore moins les loucher. (Juand il rentre 
cln'/. lui. \\ i-.i( Mille peul-élre a Noix hasse à sa fiMnnie (pi'il a 
Ml nn anlujiut , mais il ne |)arle plus à personne de sa niacahre 
lrou\aille, v{ il trend)le lon<;tein|)s a|)rès^ en son<(eant au\ 
malheurs (pie cette rencontre j)eul a\oir comme consécpience, 
pour lui-même, pour les siens et pour ses troupeaux. Dans plu- 
sieurs localités, on m'a raconl»' 1 histoire d un Indien axant 
hahilé certaine case ahandonnée (ju on me montrait; cet Indien 
serait tomhé malade parce (|ii il a\ail \n un anluiiin, et il en 
était ninil (piehpies jours a|)res. l iiie autre lois, un ludi(Mi axait 
reiH'onlré une sépulture ancienne, et, a la suite de c<*tte ren- 
contre, tous ses moutons j)érireut en j)eu de tt'inps, et» (pli lui 
amena la ruine com|)lél(>. (iett(> superstition a contrihué à la 
conservation des loinhes anciennes, mais, dautn* j)arl, elle 
rend très dilliciles les fouilles arcli(''oloj;i(jues, car il est pre.s(jue 
iiii|Hissihle ddhtenir des Indiens (pi'ils indiquent les sépul- 
tures, etc. «que seuls ils connaissent. Kn étudiant les ruines de 
INicar.'^ de Hinconada, je m'étais lo«;é chez un InditMi qui rein- 
|)lissait lt*s jonctions de jn<;e de paix et (pii a\ait nue casi* 



LA PUNÂ ET SES HABITANTS ACTUELS. 509 

assez confortable, dont j'avais pris possession. J'y étalais, tous 
les soirs, sur les poyos, les crânes, les cadavres momifiés et les 
objets que j'avais recueillis pendant la journée. Le maître 
de la maison lui-même n'osait rien dire, à cause des lettres de 
recommandation que j'avais du Gouvernement de Jujuy, mais 
sa femme était désespérée , augurant pour sa famille et pour sa 
maison tous les malheurs possibles. A mon départ, je réussis 
cependant presque à les convaincre que les antiguos n'étaient 
pas si dangereux qu'ils le pensaient. Il n'en lut pas ainsi pour 
un Indien nommé Pedro, grand connaisseur de tous les coins 
des montagnes et qui habitait près de la maison du juge. Je 
l'avais fait requérir par celui-ci pour m'aider à chercher des 
grottes sépulcrales, ce qu'il faisait avec une bien mauvaise 
volonté et en essayant de toutes les manières de me cacher ce 
qu'il en savait. Par pitié, je l'avais dispensé de prendre part 
aux travaux d'excavation, déblayage, etc., mais, un jour, mon 
bon ami le vieux Feliciano Gareca, que j'ai déjà mentionné, 
vint de Rinconada me faire une visite. Celui-ci, qui a beaucoup 
d'influence sur les autres Indiens, ordonna à Pedro de prendre 
la pioche et même d'entrer à quatre pattes dans une grotte très 
basse pour en extraire un cadavre. Pedro obéit. Mais, le len- 
demain matin, il se présenta tout effrayé : il avait vu Yantigtio. 
Il s'était couché seul dans sa case, la porte fermée, mais, au 
milieu de la nuit, il s'était réveillé en voyant de la lumière qui 
pénétrait par les fissures de la porte. Il avait regardé dehors et vu 
Xanlujuo assis dans le petit hangar qui servait de cuisine, à côté 
du foyer où il avait allumé du feu. Pedro m'accompagna encore 
ce jour-là, mais le lendemain il ne revint pas. J'allai le visiter 
dans sa hutte où je le trouvai sérieusement malade. Je fis de 
mon mieux pour le convaincre que le revenant n'avait été 
qu'une vision, mais ce fut en vain. A mon départ de Rinconada, 
huit jours après environ, on m'informa qu'il était près de 
mourir. Je ne sais pas s'il a survécu à son entrevue avec ïan- 
t'ujno, ou si, en efl'et, il en est mort. J'ai choisi cet épisode 
parmi plusieurs autres pour démontrer combien les Indiens 



:.|0 NNTIOUTKS hK I, V HKr.ln\ WDINK 

rfduiilfiil (lu tr<)iil)lrr Ir rr|x»> <l»:> - iiili(lflr> ». An cniitrain'. 
los morts acliipls ne liMir inspirent aiiciin(> crainte» suj)ersti- 
lirnsr; j«» n\ii jamais entendu parler ci«' revenants de cette sorti», 
ri 1rs \i\ants passeraient, j en suis sûr, sans souci une nuit 
dans un < inn'lière moderne, si cela était n«'»cessaire jM>ur une 
raison (|nr|(-(»nr|ue. 

Traitement d une personne frappée par le Pujio (El Moreuo). 
— Lr l*nii(> rsl un être surnalurrl, (pii n-side d.ins 1rs itjos de 
(Kjiui, c'est-à-<lire dans les sources où l'eau j.-nilit dr l.i In rr. Lrs 
Péruviens adoraient 1rs Pujios rt faisaienl. rn 1 honneur d(* c«*s 
;;énies, des sacrifices et des cérémonies très variés, (iette ado- 
ration des Pujios est nirulionnée par nomhrr d'ancii'iis auteurs, 
parmi Irsrpn'ls nous cilrrons .\rria«(a 39, y. m. i3o\ (ialanclia 
,89; i. II. < . \; 1» .I71 , H<'rrr!a 464-, ili< . v, I. iv. «-. iv; 1. m, p. 1 1 ^ . 

Dans la l^una (\i' .lnjn\,(>n croit aussi au Pujio. A Kl Moreuo 
ir rrnronlrai nnr lamrusr mcdua dojloresse) indiennr, nom- 
mée l'rhniia Alrjo r| (pM ll.ll)llr à pril (|r dlstaUCe d«' Crllr 

Incalilé. J'avais passé la un il précédent»* a la helle éloile, ri 1 nn 
dr nirs lidinnirs, Sr«(undn. soutirait du mal d«' Irir, ç\' (jur |r 
racontai rn causant a\rc Petrona. Klle mr dnnanda si nous 
n avions pas camp»* j)rrs d'nnr sourcr. vr (pir | allirmai en i\v- 
criNanl I rmplacrmrnl <lr notre camp. I..1 mcV//ai d«'clara alors 
(pir Sr<;nndo a\ait v\v Irapp»* j)ar lr Pnjio de cette source rt 
(pir crlui-ci avail « iflmn son rsj)nl ... J'apprlai Srj^undo ikmii' 
lr lairr rv.iniini r p.ir la mnlun. rt jr lui rrcommaudai de iairr 
semhlant d avoir j)erdu la tétr. Il s'en a<"(jnitta à mrrveilli'. ri 
Petrona déclara (pie le cas était «;raNe. Movennant deux piastres, 
un jxMi dr coca rt une houteille d'eau-de-vie, elle promit dr lr 
^'urrir rt consentit à mr raconter comment rllr allait |)nM «'(Irr. 
Mlle aNait phisirurs rrmèdrs à l'usat^'r rxternr rt à l'usajçe 
intrrnr (pi'rllr n*commandail pour 1rs prrsonnes qui avaient 
• |>erdu l'esprit» : ampiliina. n-méde véf^étal |M)ur se frotl«»r lr 
C(»r|)s; des suhslanc(»s mineral«>s nommé(»s mnraya , pirdrn biznnn 
(c'était simplemtMit fin (piart/. hlanc\ pirdrn uijuda , les(jurlles 



I. V IH N A I:T ses habitants ACri KF.S. 511 

servaient aussi Jnen à Tusage externe qu'à l'usage inlerne. Deux 
plantes, matate et toroncjil, devaient se prendre en infusion; un 
remède minéral, piedra de! rayo, devait être pulvérisé et pris 
dans de l'eau. Enfin Petrona recommandait la fumigation du 
malade avec de la copatola et de la chacha, deux plantes qui 
devaient être brûlées ^^l Je crains bien que le patient ne fût 
tombé vraiment malade, s'il avait fait usage de toute cette phar- 
macopée. 

En deliors de ces remèdes, il fallait amener Segundo à la 
source où il avait perdu son esprit, et faire un sacrifice au Pujio 
pour qu'il permît à l'esprit de rejoindre le corps. En y arrivant, 
nous devions brûler une certaine quantité d'une plante dé- 
nommée coa ou co}iua^'^\ qui vient de la Bolivie, et dire cetle 

prière : Hamiuni visitaso^^^ caicoca apamuni caila convidashaïke ^^^ 

caitamihni caitacoke cacharihui espiritunia^^^ liamnkui («Je viens te 

visiter, je t'apporte cette coca, je t'olfre cette coca et ceci pour 

7 7 7 7 9 10 10 10 1 1 ) 1 _ 

que tu le manges et que tu permettes à son esprit de lui 

revenir »). Nous devions y amener une brebis pleine qui devait 
être tuée au bord de la source. Après avoir extrait le cœur du 



''' Plusieurs do ces remèdos avaient 
sans doute été achetés aux Callahuayas, 
les herboristes et médecins ambulants de 
la Bolivie que nous avons mentionnés 
page i32. Ainsi, le minéral nommé ina- 
caya est vendu comme remède à La Paz , 
d'après des renseignements de M. Erland 
Nordenskiôld. Le ioroncjil [Melisxa ojjlci- 
nalis. Lin.) est une plante d'origine euro- 
péenne, souvent cultivée dans les cam- 
pagnes de la Répul)liqiie Argentine comme 
plante médicinale. 

Piedra agiiila («pierre aigle») est un 
Irilobite assez commun dans la l'ormation 
silurique de la Puna , et qui , pulvérisé , est 
[)ns comme remède. 

Piedra del rayo («pierre d'éclair») est 
simplement un minéral noir, manganési- 
lère, et non pas, comme on pourrait le 



croire , du fer météorique. Dans d'autres 
parties de l'Amérique, les indigènes dé- 
nomment «pierres d'éclair» les haches en 
pierre préhistoriques. Le D' Hainv (161) 
décrit deux, de ces haches, du Minas 
Geraes, où les Indiens croient que ce soni 
des éclairs pétrifiés, qu'elles peuvent se 
ranimer et se lancer à travers les maisons, 
perforant planchers et cloisons et ne r(>s- 
pectant ni les animaux, ni l'homme même. 
Quant aux indigènes de la Puua, ils ne 
considèrent pas les haches préliispani(|ues 
conune des pierres d'éclair, mais savent 
très bien que ce sont les armes des un 
tiffuos. 

(') Appartenant probahlemenl à la fa- 
mille des labiées. 

'^' Visitar. cnnvidar, cspirilii , mots espa- 
i:nols. 



r>i2 ANTioiJrii."> l'i i.\ i.»«.M»\ \\i)i\K. 

ixTirardi', crliii-ci (Irxailrlrr n'iii|)li <!«' Iniillfs (it* ccM'a t*l oriiô 
(l>* laiii(> roii^o. En in<*ttaiit la coca flans le pcricanlf. oii(lr>:iil 

<lir<' : Setjiiniln ajupHvskaitli à nu peon '' caclian tuLuisiinki 

convidasiaihc^^ («Je te lais un sacrilice |M)ur qu«* lu vitMines eu 

V J I > j 6 6 ■ ft 

airle à S*^un(lo mou .s(>r\itcur et (juc tu doinies «Milin la 

lilxTlé» [à son esj)rit]). Pour l«)|>éralion dr • llniiir > \v jmti- 
ranle, cVsl-à-<lin' de le df^rorer avec de la laine rouj^i', il y 

avail uiif aulrr iiiNocation (iorpaclicsLailic caitn ajHunum 

\ a (, - ', Il a ^ 

josumaitii tnhinavishaffa nuhunhi Marna (tramlc^^ («Je rollre reri, 

j<- t)> rannniif |M)iir (jiic tu niantes tout ceci, Mania-(îrande •]. 

\a' l(eliis (le l.'i hrehis devrait être placé driniut, sur ses 

riualn* patlr^, ri on introduirait un peu de coca dans sa houclie. 

Il lalliil aussi attaciirr, sur \v dos du fcetus, avec du Id tordu 

à ;(au<ln' . dtMi\ |H'lih's corlx'illcs rcmpiirs de coca. Le jM'ricanle 

'I If I. il Ils (IrNiiinil cln- l'iiterrés au hord dt; la source. Au- 

dt*ssus de cette sépulhirr ou h;ictiMil niic croix dans la terre, 

• 1 SrL;im(l(> devrait preiidr»', aM'c d»- Iran, iiii jm-u de terre 

recueillie au point d'intersection des deux li;;nes iorrnani c«'tte 

croix , et, v\\ iiu^'un' temps, les |)ersonnes (pii assistaient de\ aient 

1 ï t I •; 

(lier: Vanws'*^' esjwrilo npiisunilm esjwrito (•Allons, esprit I 

lie\ iens, esprit ! ■). 

Le traitenieni de l'ilion.» jiour fain' rentnT lesprit dans 
Sei^nndo est un illlele^sanl ecliantillon de l'art médical des In- 
diens du haut plateau. J'aurais xoidu le laire exécuter sur le 
terrain, mais je n'en eus j)as le temps. Si je l'avais fait, j«» suis 
sûr (pie Petrnna sérail reloiirnee à la source le jour suivant 
|M>ur s'i'uiparer fie la coca fine nous flevions v avf»ir enlern^e. 

f A mi ffon , f»|M^Mioi : «à mon mt- rliainaniii , c|iii |Hirt«il iri rr n«Hn »|irri«l . 

vitmr*. «car rllr Imliitail \r\ Salifiai f*raiiiir%>. 

** Conmiiiar, r»|Hi);nol ; lilléralrinrni On (lrv.il( l'in^iNfiicr, |Mii!M|iie la brrliis 

- invilrr, offrir. «Vtail nourrir «Ir» hrrltrt qui |)oiUM<nl Mir 

''• Marna (Iraniir (•(iraixlr Mrrr • , Irt l»onl» «Ir rr» Mlinr». 
i^lail, Miitanl I ripliralion dr Prlnma, Pa '*> InlrrjrclifUi r»|iagnolr. 



LA PUNA ET SES HABITAiM'S ACTUELS. 513 

L'enterrement rituel du fœtus d'un animal est un sacrifice 
en usage en Bolivie également. Ainsi, suivant M. Nordenskiôld 
(265, p. 66,67), les Quichuas au nord du Titicaca enterrent des 
fœtus de lama, chargés avec des petits vases contenant de l'eau- 
de-vie, etc. , à fendroit où ils vont construire une maison ou un 
moulin à sucre. 

En dehors du traitement de la médica Petrona, j'ai vu un 
autre fait qui atteste la crainte qu'inspire le Pujio aux Indiens 
de la Puna. A certain endroit d'El Moreno, l'eau jaillit de la 
terre, formant un gazon vert, une vecja. Sur le bord de cette 
ve(ja, il y a une maison en pierre très bien construite, presque 
Tune des meilleures maisons de la localité. Mais elle est aban- 
donnée et personne ne veut y habiter de peur d'être tué par le 
Pujio de la source voisine. On disait que le Pujio avait pris 
possession de la maison. 

Diverses superstitions. — I. Pour tuer un mouton, les In- 
diens le placent étendu sur le sol, la tête tournée vers l'Est. Celui 
qui va le tuer fait avec le doigt le signe de la croix sur la tête de 
l'animal en récitant à voix basse une prière que je ne connais 
pas, car on n'a jamais consenti à m'en communiquer la teneur. 
Comme je l'ai dit, on ne tue jamais des bêtes ni le mardi, ni 
le vendredi ; les Indiens croient que le troupeau serait frappé 
de la peste ou d'autres fléaux, si on le faisait. 

M. Ambrosetti (15, p.70-73) décrit des coutumes pratiquées 
dans la Vallée Calchaquie, lorsqu'on tue des moutons et des 
chèvres. Dans un autre ouvrage du même auteur (19, p. 196) sont 
insérées deux prières qu'on adresse à Pachamama dans ces 
occasions, et qui sont en usage dans la même région. 

II. Le 2 août , tous les Indiens de la Puna , ainsi que les métis , 
attaclient à leurs doigts, ])articulièrement au petit doigt, un fil 
loi(hi à (jauc/tc qui, selon l(;ur croyance, doit les préserver des 
malheurs (|ul pourraient leur advenir et des maladies doni ils 
pourraient être atteints au cours de l'année. Quelques-uns 



b\'i \\\lnl\n.s DK l.\ liK(.M»\ \M)IM. 

aUaclit'iit aii>>i «lu fil <l«' la même sorte autour dr Iimns jambes 
(Ml (!•' It'urs hra^. 

III. Il N .1 lin j»«'lil MisriHi (Ir cniilrur rnii«;ralrr (ju«' l'ou 
n-iicoutn* (juel(|uelois mu !<• < IhiiiIm. >>i nu TiMitend cliauter 
(w/5ivrt, r//5/v«, il auiiouie uue lK)nur iiouxt'Ilr; mais, s'il chante 
l*t((i( , nilai , il j)resa<;r un iiiallirur pour crlui (|iii l'a rntrndu. 

(iellf même rrovance existe dans beaurou|) i\v pas. s, aussi 
hirn dans le Nouveau qur dans le Vinix Monde Sui\aiit Ir 
D' Lrn/ 213,|». Vj5), rlle est courante chez les Araueaiis (|ui 
altrihuriit a un oiseau nommé (jallanla la menu* iartdl(> de 
nmlire la honin- cl la iiiau\ais(; cliance, en (hantant de ddlé- 
renies manières. 

I\. Lorxjur le Icii |M'hll(', \] f;iul W' clialier a\ec une ha- 
•;u«'ll«*, car c Cst un esprit inaliii (pu cau^e ce hruit. il n a une 
crriaine analo^^ir entrr c«'ci rt iinr ancienne coulunn* p<'rii- 
Nieime, mmlionnrc dans une " instruclion » pour le cirr»;*'. «Ir 
168.*) 18i bii;c'\. ic \:\; y. loj , et coiisistal à jeter du mais, de 
la rliicha, etc., d.ni> le Iru (piaiid il prlillail. afin de I apaiser 
»l (il- If NJ-nérer i*. 

Cérémonies du mariage (Susques). — Ciomme nous laxtms 
dil, le mariai;»' drs Sns(pirini> ('«>l Nuijours crh-hré suivant le 
ritr catlinli(pic et par un prêtre de I enlise catholiipie. On \ 
ajonle (piehpies c»'r«'iiioiiies secondaires, mais dans les(pielles 
on ne irouNe p.is de liâtes ( «Tlaines du pai^aniMue. I^es In- 
di«'iis m Ont assure cpie Ir (pinliua n e>l pins emplové dans ces 
cérémonies, mais IVspaj^nol seul. <'l (pion un lait pas d in\o- 
cations a l'achamama ou à d'autn^s anciennes di>inites. (ie|M'ii- 
<lant il ne laut acce|>ter celte déclaration (pie sous réser>e. 
car les Indiens ne mOnt prohahlement pas dit la serité, de peur 
d elre (lenoiices au cleri^e \ nu 1 Ii di'>(-riptiiiM dis ( nmininrs 
du maria»;»'. 

Les liancés, accompaji^nés du parrain, de la marraine et fh*s 



LA Pl.NA ET SES HABITANTS ACTUELS. 515 

invités, se présentent devant le curé dans l'église. Le sacristain 
enlace les fiancés d'un ruban rouge qui forme un 8 , en passant 
autour du cou de f un et de fautre et en se croisant entre eux. 
La cérémonie catholique commence. Les bagues, en argent 
ou en laiton, fabriquées par des orfèvres indiens de la Boli\ie, 
sont présentées au curé, sur un plat, par le parrain. Le curé les 
remet aux fiancés; le fiancé place fune des bagues au doigt de 
la fiancée qui, à son tour, met fautre au doigt du fiancé. 

La cérémonie religieuse terminée, le parrain tend sur le sol 
à la sortie de f église un poncho rouge, qui doit être neuf, 
jamais usé. Sur ce poncho s'agenouillent rf abord les nouveaux 
mariés. Le parrain et la marraine, f un après fautre, les bénis- 
sent avec cette allocution : 

EspagnoL Ya Bios les ha juntado y la Santa Madré hjlesia. Vican 
bien Iwnrando padre y madré y al padrino y à la niadrina. En nom- 
bre de Dios, del Hijoy del Espirita Santo. 

Français. Dieu et la sainte Mère f Eglise vous ont unis. Wwa 
bien en honorant vos père et mère, votre parrain et \olvv mar- 
raine. Au nom de Dieu , du Fils et du Saint-Esprit. 

Ensuite, le parrain et le père du marié s'agenouillent sur le 
poncho rouge, fun en face de fautre, en posant les mains cha- 
cun sur les épaules de son vis-à-vis et en s' adressant ces mois : 

. EspagnoL Ya Bios hapernulido que seamos Itermanos espintuales'^^^ 
en esta vida y en la otra. En nombre de Bios, del llijo y del EspiriUi 
Santo. 

Français. Dieu a \oiihi que nous sovons des Jrères spiriluefs 
dans cette vie et dans faulre. Au nom de Dieu, du Eils et du 
Saint-Esprit. 

La même cérémonie est répétée par la mèie du marié a^ec 
la marraine, par les jeunes mariés avec leurs beaux-lrères et 

''* Ils sont dorénavant coinixres (<-o/;i/;<(r/»r.\j ; les Iciinncs. coiinMrres [cunnulrcs . 



510 AMini I rK> 1)K LA IlKClO.N A.NDl.Nh^ 

hcllfs-sipiirs, mais (oujoiirN rnln" deux hommes ou entre deux 
it'iiiriM's, |.'iiii.'iis nilrc Iioiimim* et leiinne. 

On rnilrr a ia maison on e^l srrNi un rrpas, donl l«s jxinci- 
naux mets sont nn lama rôti et du nmlr (maïs Ininilli |)ré|>an'* 
d'une maiii«'n' paiiicnlièrej, le tout arrosé de grandes (|nantités 
de chu ha et d'eau-<le-vie. 

\lors commence ia danse au son dr In iiinsifjur exécutée par 
ia trou|M' (|ue nous a\ons décritt; plus liant. Les jeunes mariés 
et it's parrains ne prennent pas part à cetta danse. 

l'rndant i après-midi, on tue devant la maison deux jeunes 
lamas, liin maie, l'autre fenudle, et cjni doivent être de couleur 
noire. Ces animaux sont coupés, ir ionj^du corps, en deux par- 
lies égales, sans en enle\<'r la peau. I)rii\ personnes prennent 
l'une de ces moitiés, cru»-. |);ii ies pattes de dt'\ant et de der- 
rière; ils luttent jM)ur s'eideNer le morceau, et celui (pii réussit 
à l'arracher à l'autre se sauve en courant avec son hutin. i\v 
jeu, (pli doit être très ancien, est deimmmé A;s ciiarttts («les 
(piaris .^ 

\.r lit iHiptial, (()m|M)sé de peaux de lamas et de jMinchos, 
est préparé dans une case ou doiM-nl .nlnr d'ai)ord le parrain 
et la jeune mariée, tpii \ restent renlermés pendant (piel(pie 
temps. Le parrain sort alors, et la marraine y entre avec le 
marié. I^a marraine v reste jusipi'à te (lue les nou\eaux mariés 
.se soient cou<liés; ensuite elle .sort et lerme ia porte de deiiors. 
de manière cpu' les mariés ne |)uissent .sortir sans l'appeler. 
Le |)arrain et la marraine montent la «^ardi* devant la |M>rti* 
toute 1,1 iiiill, et. >i (piricpii' |)e>(>in naturel n|»lii;c i Ull des 
jeunivs époux à sortii, il doit èlr»- escorté j».ir I un «i'eux ju.s- 
c|u'à ce (pi'ii rentre dans la chand)re nuptiali*. (!e n'est (pu* le 
jour sui\anl (pion ou\re la |M)rle pnm iaissrr ies jeunes maries 
sortir iii)remeiit. 

De ia Vailee ( iah liacpiie, \l. Anduosrlli 15. |.. 7f)-Mi) pul)lii' 
(pn'l(pies ren.stMgnements à pro|>os de coutumes relalix's au 
mariage, mais (|ui ne |)réseiitent jkis heaiicoiip d'anaiogit* avec 
celles de Sus(pie». 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 517 

Enterrement (Susques). — Sur les cérémonies funéraires, 
je n'ai pu obtenir que peu de renseignements, probal)lement à 
cause de la crainte qu'ont les Indiens de voiries éléments païens 
de leur rite révélés au clergé catholique. 

Le jour de la mort d'un Indien, on sonne les cloches de 
l'église toute la journée jusqu'au lendemain malin. Pendant 
la nuit, le corps repose dans une hutte, entouré de cierges, 
c'est-à-dire de chandelles en suif, et y est veillé par les parenls 
et les amis. Le lendemain, quatre personnes portent, dans un 
poncho, le corps à l'église, où il est placé sur une table destinée 
spécialement à cette fin. Le corps est entouré de chandelles 
placées dans des chandeliers en terre cuite, de fabrication 
indigène. J'ignore les cérémonies qui y ont lieu. 

Après ces cérémonies, le corps est porté de nouveau à une 
case pendant le temps nécessaire pour creuser la fosse, opé- 
ration qui est accomplie par quatre amis de la famille, qui, 
de même que les sonneurs, reçoivent pour leur travail des ra- 
tions spéciales de coca et de chiclui. La fosse doit être exacte- 
ment de la même longueur que le corps ; si elle était trop longue, 
le mort reviendrait, croit-on. La fosse terminée, on enterre des 
pincées de coca dans le monceau formé par la terre qu'on a 
extraite de la fosse. Dans fintérieur de celle-ci , toutes les per- 
sonnes présentes sèment aussi des feuilles de coca, de même 
que sur le cadavre, déposé sur le sol près de la fosse, sans cer- 
cueil, mais enveloppé dans une j^ièce de tissu gris, dénommé 
barcliila, spécialement confectionné à cet elfet. Le mort j)()rte 
ses usulas, mais on lui attache la sandale droite au pied gauche, 
et vice-versa. On descend le cadavre dans la fosse au moyen de 
cordes en laine, et fou sème encore des feuilles de coca sur le 
corps. On remplit la fosse de terre, en continuant à y jeter (kî 
la coca de temps en temps, pour bien mélanger la tern; a\ec 
les leuilles de coca. 

Quand on a rempli la fosse, toutes les personnes présentes 
otenl avec le doigl Yacallico de; leur boiiclie, cl le jettent sur Ici 
tombeau, s'agenouillant ensuite tout autour pour réciter des 



518 WTIQl ITKS I)K LA l\k(iH)N WDINK. 

|)rii*n».s (lui mr soiit inconnues, niais (|ni |)rnl)a])lrm«'nl ont 
nnelcMir clicjsr dr païen, suivant l'aumùnier du ( iouNerncnicnt 
cies Andes, qui a>ait acconipaj^iH' !♦• ^'ouM'nicur M. Menéndez 
à Snsfiurs. fur fnninr riant iiKufr, rniMnnrii«T pnu-éda à son 
(•ntfrn'iMfiit sui\.inl If rite calli<)li(|in'. (hiaiid il >«• n-lira après 
la crn-inonif, il Nil 1rs Indiens restera jçenonx près d«» la Inndw», 
récitant clés |)rières à \ni\ hasse. Il leur demanda ce cpi iK 
iaisairnl, mais il lui lut iiujx^siMr (\r ncii apprmdre à vv 
sujrl. S'il se lût aj;i d«* j)rieres chrétiennes, les hidirns n au- 
raient rn aucune crainte h l'avouer; il <*st donc prohahie (pi'iis 
récitaient des prières nnïcnfies. ce (iiiils n'osaient pas axoner 
an curé. 

On lail une noiv (\r deux hâtons «mi hois (h' C.rreus, liés 
avec d«' la laine noirr. La « loix est porlri- d'alxird à l'éj^lisr ri 
pla<«'«' siH' la lahir où si- IrouNail 1»- ^(l|•|)^, hupn-llr rst couNrrlc 
d'un p<tu( lu» uoii-. Dr (luKjur cnlr (le lacroix, il V a IIU»' lèlc 
de mort; anlour, drs chandellrs. L ludirn faisant fonctions de 
prètn- hénil la croix, et on la porir au < inirlière sans la tou- 
chrraM'c les mains, mais en iiitii-|)(is,iiil tiu honi dr poncho 
entre celles-ci el la croix. ( )n plante la cinix sur le tondx'an. 
A vv moment , les parents h»s plus jirorhes du délunt tiennent 
dans les mains dru\ hâtons d'on pendent «les «glands noirs, les- 
cpiels iH' dni\rnt pas non plus être touches directenu'ut avec 
la main, mais seulement par l'intermédiaire d'un ixuit du 
pnu( ho ou d'un fonlard. (jes emhlèmes |>assent de I un des 
j)arenls a lanlre; (hacnn embrasse les i;lainls r\ recide (\r 
<piel(pies pas en s'a<;enonillant. 

La cérémonie se termine par une or^ie a\ec de copieuses 
lihations. 

Lavage des effets du défunt (Susques). Le lendemain de 
l'enterrement, tons les ellels asiut ipparlenu au mort sont 
|MM-té> a la ri\i«'re, où tous les nuMnhres <le la famille s'entrai- 
dent a les la\er. Pour celte cérémonie, on ameiir un jenni* 
lama et un agneau, tous deu.x de rnuitui uoii-e. On tue ces 



LA PUNA ET SES II A IMITANTS ACTl KL S. 519 

petits animaux en leur piquant le cœur avec un instrument 
pointu. Après avoir laissé couler le sang, les déchirures de la 
peau sont soigneusement recousues. Ensuite les animaux sont 
ornés de rubans noirs, et on place, en forme de licou autour 
du museau, des cordelettes en laine noire. Sur le dos du petit 
lama on attache, au moyen d'autres cordelettes noires, âxi petits 
sacs contenant des comestibles et de la coca. On dénoninn; ce 
petit lama le maletero ciel aima. 11 porte les provisions du mort 
pour le voyage dans l'autre monde ; l'agneau doit servir de 
nourriture au défunt. Les deux animaux sont enterrés à environ 
200'" de la hutte de ce dernier. 

Suivant des renseignements que j'ai recueillis à Abrapanq)a 
(Puna de Jujuy), cette cérémonie y est célébrée presque de la 
même manière qu'à Susques, mais huit jours après le décès. 
Certaines prières y sont récitées, pendant le lavage des effets, 
par des personnes qui sont désignées à cet effet, en jouant à la 
laba^^K Dans la Vallée Calchaquie, suivant M. Aml)rosetti (15, 
I). 61), la cérémonie du lavage est également en usage, mais 
elle n'a lieu que huit jours après le décès et elle y est plus 
compliquée. On y baigne aussi, dans la rivière, l'époux sur- 
vivant, ce qui n'est pas la coutume dans la Puna. Dans la 
Vallée Calcliaquie, on tue, au lieu d'un jeune lama, le chien 
favori du mort pour quil lui serve de monture dans la vie 
d'au delà. Cette modification est très facile à expliquei-, car, 
dans la Vallée Calchaquie, tous montent à cheval, tandis que 
les Indiens de la Puna vont toujours à pied, faisant porter leurs 
bagages par des lamas ou par des ânes. A Susques, les (dfels 
lavés sont conservés pour fusage des héritiers; dans la Vallé(i 
Calchaquie, on ne s'en sert pas durant un an, et même on les 
brûle quelquefois, comme beaucoup d'Indiens de la Bolivie 1(; 
font des biens mobiliers des morts. 

Cette coutume du lavage des eftets du défunt esl nettement 
péruvienne, comme le démontre la description dv celle (-eré- 

''' Voir la noie |»ago ?}6\. 

M. 



:,20 AN TIOl ITKS DK LA IlKCJloN ANDINE. 

iinmie iiiM»ré«' dans les listes des • Mi|KTslilions » des Indiens 
(in P«'run (ine donnent !♦• P. \rria«;a 39. |.. ^h el l'arclieNt^qne 
d«* Lima, Don Prdn» dr \ illa (iônn'Z (370, loi. (>) : Jùi alijunos 
inirhlits lie lus Ifaims, dtc: dias dcsptws de la miicrle ilcl (li/iinlo, se 
initta toiitf vl HYlItf y pareiUela , y Hevan al paneiUe mas cerrann a la 
/uenle, 6 corricnte del no, (jue tienen schalado y le rebullrn très 
rcces, Y lahan a la ntpa , (jue era de! dijnnlo, y luctut se liacv una 
merienda , y el nnmer bocado que masian lo eclian fnera de la Ipoca, 
Y avabada la borrac/iera se baelven a rasa y bairen el ai>oseiUo de! 
difiiitto, y etlian la basura fnera, cantandn lus hechzeros, y esprran 
canlandn , y behiendn loda la noc/ie SKfuienle al anuna drl di/anto, 
que diren que à de vemr a nmier, y bebcr; y quaiidn eslan ya Unuados 
dil nnn dirrii que vtene el anuna , y le (tfrecvn derramandole marin» 
vinn, y a la mahana que ya esta ri anima en Zamaybaart . que qutere 
decir casa de descanso, y que no bidverà mas. 

La Toussaint (Siisques). — Le i" n()vend)rr, p)nr la lèlfdi' 
l.i r<Mi>Nainl, 1rs indiens placent snr le soi de 1 enlise et sur les 
lonihes du riinetiere des récipients contenant des mets et l)ois- 
snns (dinisis, par exem|)le de la viande rùtie de monton et de 
lama, de la rhirlia, etc. Dans l'éj^iise, ces réci|)ients forment 
nn «^roniM* ponr cliacnn des morts auxrpiels ils sont destinés. 
Qniconcpie récilf im cerlaiii nomhre de prières |)our 1«» nmil 
accpiiert le droit di' man«;er ces nn"ts. A léj^lise de San Antonio 
de los (iohres, les indiens des environs font <\r même |M»ni' 
ienrs parents défnnts. 

dette contnine, cnii est sans «loni»' nn reste des rites païens, 
est en nsaj^e dans tonte la Bolivie, a\ec certaines \ariantes, el 
aussi, .selon M. \nd)rosetti i5. |>. 63. 63), dans la \ allée (iaiciia- 
rpiie, où le i)an(|net des mânes e.st oilert dans nne cliand>n* 
clo.se (pi«' Ion non\re (|ne le lendemain a midi, |H>ur «Miterrer 
alors nne partie des mets et des l)oissons et ctMi.sommer le reste. 

Cérémonie de l'nangelito » (Susques). — .lai parlé ion-^ne- 
menl, jwges itij-iyo, «les luntnmes oi)ser\é<'s dans les pn»- 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 521 

vinces interandines de la République Argentine pour les funé- 
railles des petits enfants, qu'on y dénomme ainjelilos. Je me 
suis efforcé d'y démontrer que ces usages sont d'origine euro- 
péenne. 

J'ai interrogé les Indiens de Susques à ce sujet, mais 
j'avais commis l'imprudence, contrairement aux principes de 
la diplomatie, de raconter d'avance ce que j'en savais de Salta, 
de Gatamarca et de La Rioja. Par suite, je n'ai pu obtenir de 
renseignements détaillés en ce qui concerne les cérémonies 
funéraires des amjehtos. Cependant, suivant Victoriano, les Sus- 
quenos revêtent également les petits enfants morts de papier 
de couleurs criardes, surtout de papier rouge, et l'on danse 
pendant vingt-quatre heures autour du cadavre. 

Fête de Notre-Dame de Bethléem (Susques). — La fête de 
la patronne de Susques se célèbre d'une manière assez sem- 
blable aux fêtes religieuses des villages de la Bolivie. 

La fête commence par la décoration des images de la Vierge 
et des saints. Les images sont placées sur des ponchos tendus 
sur le sol de l'église. La troupe de musiciens entre et avance à 
genoux en jouant de leurs instruments. En arrivant devant la 
Vierge, les musiciens et les autres Indiens baisent ses pieds et 
ses mains, en interposant le bout du foulard entre la bouche 
et la sainte image. Les musiciens sont accompagnés de deux 
étendards rouges, dont l'un est porté par l'Indien qui lait 
fonctions de prêtre, fautre par le fâhrica. Le premier remplit 
dans cette occasion les fonctions lYalfcre: (porte-étendard) de 
la Vierge. 

Des femmes décorent la Vierge et les saints avec du pa])iei' 
peint, des petits miroirs, de la verroterie, des plumes, des ru- 
bans, etc. Pendant ce temps, la troupe de musiciens et toute» 
l'assemblée se tiennent à genoux. La décoration des saints Icr- 
minée, les Indiens se retirent, en marchant en arrière à ge- 
noux, la face tournée vers l'autel, les musiciens jouani de leurs 
instruments. 



r»22 \NTI(}I m N I)|. I.\ l'.KCION WDINK. 

Les ((MiiiiH'N piarciil \^'y^ im;i';rs sur des hraiicards. L«'s ln»in- 
iiM's rcnln'iil dans l'rj^lisr ri dé|x»s«'iil d«*s ciri*«;os en suif de- 
N.inl Yal/rrr:. I ne narlie de ces rier«;es sont placés s«ir Tanlel, 
daulressnr \vs i)ran('ar(l.s, anlour des saints. 

Mors eoninience la |)rocessi()n. Les images, précédées de la 
inusi(|iir «1 (1rs ftiMidards, sont |M)rtéi»s d'ahord a (jiialrr rejH)- 
soirs dressés daii.s les petites ( liapelles des (piatre an«;les de 
l;i riMii (\r r«*;,dise, ensuite aux (piatre aporlirlas, (jui, comme 
iHMe> Taxons dit, sont situé(>s sur les montagnes an nonl, an 
sud, a Trst «'I à l'onesl fin villai^e. On rapj)orle li's maints à 
ré«^|i«>r, on le fàlniiu lail ini discono. 

Les éjrndards son! rmportés dan> la conr, où on Irs rn- 
lonir (if ( n ri;rs r| où sont allnin«'s denN «grands len\. Pendant 
loiilfs ces cérémonies, on lait d»- nomhn'nv lirsavec ces mor- 
tiers spéciaux dénommés ramarvtas , (ionl nnns reproduisons 
lin spécimrn /i/y. K^fî a. 

Lnsnile 1rs ét«'ndar<ls son! portes a la case de Yalltn:. Le 
mnr s est reconveil d'nn ponclio ron^T, derrière Ir imv». On 
) place les étendards, anionr descjuels on allume des rier«(es. 
\a* rajutan , \nl/rrr: de la Vier«;e et le fâhrira pnMinenI place 
de\.inl les étendards, e| Ions les Indiens enlrenl a ^«'iioux 
baiser ceux-ci. 

On laisse un Iminnie p(Uii- lain- la j;arde des dra|)(*aux, el 
tous se mettent en marciie, inusi(jue vu tête, |X)Ur visiter les 
rases I une après ranlic Mans toutes les maisons, on sert de la 
rhirlia il de la coca, il de\anl «liacnne (»n danse un moment. 
(^)iiand on a panonrn ainsi toni le \illat;e, on lelourne à la 
case de laljinr:, on le liai e| rorL;ie conliniienl toute la nuit. 



LA PU\A ET SES IIABITAMS ACTUELS. 523 



ANTHROPOMETRIE DES INDIENS DE SUSQUES. 

Le D'" A. Chervin , auquel avait été confiée rorganisation de 
la partie anthropologique de la Mission, a imaginé d'adopter, 
pour les mensurations, le système inventé par M. Alphonse 
Bertillon, pour l'idenlification anthropométrique des crimi- 
nels. Ce système est universellement reconnu et adopté pour 
l'objet pratique que poursuit la justice et la police : l'identifica- 
tion sûre et rapide des individus. Mais je ne le crois ni adap- 
table, ni suffisant pour des fins scientifiques. Cependant, ayant 
reçu à ce sujet des instructions précises, j'ai dû les suivre pour 
la mensuration des Indiens de Susques, dont le résultat est 
consigné sur le tableau inséré page 626, dressé exactement 
en conformité du modèle qui m'a été remis. Je publie ce ta- 
bleau sans commentaires, dans fespoir que quelques-unes des 
mesures pourront servir de matériaux pour fétude anthropo- 
logique comparative des races américaines. 

L'ouvrage dans lequel M. Bertillon (59) expose son système 
est rare, mais M. Chervin (99, n, p. 3-34) le décrit en détail. Je me 
bornerai donc à donner les définitions suivantes : 

Buste. — Mesure prise sur l'individu assis, depuis le vertex jusqu'au 
siège. 

DiAMFiïRE antÉi\o-postérieur (Bertilf.on ). — Piis de la concavité do la 
racine du nez au point occipital maximum. Cette méthode de prendre I(ï 
diamètre antéro-postérieur augmente un peu l'indice cépliali<|ue calculé 
d'après le procédé général. 

Doigts. — Le doigt, plié d'équerre par rapport au dos de la main, est 
mesuré entre les branches d'un compas à glissière. 

Coudée. — Mesure depuis l'extrémité du doigt le plus long jusqu'à l'ex- 
trémité saillante du coude, le bras étant plié. Prise entre les hianches du 11 
compas à glissière. 

Couleur de la peau. — (iénéralement observée sur l'avaiit-bras (|ue \os 
Indiens portent toujours couvert par les vctemenis. Cependant, couune ils 
ne se lavent jamais, leur peau paraît plus foncée qu'elle n'est en réalité. Une 
échelle spéciale de la Mission, au lavis de la leire de Sienne n"' 1 à y, a été 
suivie. Celte échelle est décrite par le D' Chervin (99, i, p. Sy-i), 



52^ ANTini ITKS DK r. \ llKfilON \MHNK 

.r.ii iiiPiisiin* .i.) Mijt'ls, (loiil .) IfiiiiiH'S. (svs iiie.surt>s doii- 
iiciit les iiioyfMiiirs siiivaiit<*s : 

Taillr i.<ilfi 

(iraiulf f-nviT^un* i ,<»*JO 

Wuslr «73 

Imlicf c(*|ilialiqii(* ' HrriiUon] 7y-l • 

Diamrln- antiTo |MMiUTicur [lifiiillnn) i8.i 

l)i.iiiii-ln' lmii>\«'nM' 1.^6 

On'illr dn»iU* longunii 62 

l'ii-il ^diirlir 'loii^'Uriir •' \^ 

l)i*i;{t iiiifiiuN ^aïK'lir 1 l 1 

l>iii);t aiirictiUirr gaurlic . K() 

Oiud/t' );.'iiicli< \\\ 

Kn «'Tarf.iiil les rrinini's ri () individus àj;»'^ de iikums dr m» 
nii dr |iliis (]>' 60 ans, il ri'sfi' » 1 Ihhimihs d»' uo à [)() ans. L<'^ 
iiinyriiiM's df Itiirs im •^^||•^■s soiil : 

'l.iill. iJtS-i 

(iraii<li* i-ii\rr^iii'f . i,(îV> 

hnsir HH\ 

liidirr (V-|i|i.-||i(|iir Itrriillnii 7^«7** 

hiaiiirtp- anli'n>|»«>*U'Ticur t^UcrùUnu] 1 H(l 

DiaiiK'trr Iraiisvrr»»' 1 A7 

Orrillc (Iroilr 'longueur) (iî 

Pii-il gaiichr (lungurur).. . th"/ 

I)«)igt ni<kliu« gaucho 110 

l><»igt aiiriciilairi' gaurlji- 87 

t'^Midn* ganrhi'. . ,^5î 

\,v i.ijjjMwl i\r la laillr .1 la i^iaiidr «'n\rr^iir«' rsl d«' loo à 
100.3^1 clu'/- 1rs y,^ sujrls iniînsun's, ri «'^airinrnl d«* ion 
h loo.Q^ ç\\v7. Ir.H Q I lioinmes do ao à r>() ans. (1rs rliilTn's dr- 
iiKiiitri'iil niir rnv»'r;^iirr trrs iwlito, .si on la conipan» «î rrllr d»' 
la pliiparl drs j)rn|)l«'s dr la frrnv Mais 1rs Indiens dr Snsc|urs 
n»ssrinl)lrnl , «ious cr ra|>|>ort, aii\ llldil'n>^ i\y' la Unlivir : 
7r> • Qiiirlmas »,' dont K ItMiinics, mrnsun's dans re pay?* |>«t 
la Mission, oui donné «mi niovmnr la |)r()j>()rtion de 100 à 
loo.()4; i II Avinaras, dont 7 irinincs, donnrnt loo.i 100. 8.*). 
\a*s nicsiin'.s (jui m'ont S4*rvi d<* ha.s<> «i ces ralrnls ligunMit (*n 



LA PUNA ET SES HABITANTS ACTUELS. 525 

détail dans i'ouvrage du D*" Ghervin (99, n, p. 190, 272). D'ail- 
leurs, déjà Forbes (135, p. 216) fit remarquer la disproportion du 
membre supérieur par rapport à la taille, chez les Aymaras. 
D'après ses mensurations, c'est l'humérus qui est excessive- 
ment court chez ce peuple, tandis que lavant-bras et la main 
ne présentent pas, en proportion avec la taille, de diflerence 
notable avec les Européens. 

Suivant Forbes {ibid., p. 2o3, 215, 216), les Aymaras ont aussi le 
membre inférieur beaucoup plus court, par rapport à la taille, 
que les autres peuples, et c'est le fémur qui est excessivement 
court, même plus court que le tibia, ce qui n'est pas le cas ni 
chez les Européens, ni chez les Africains. Comme, d'après la 
méthode de M. Chervin, on obtient la longueur du membre 
inférieur en retranchant la longueur du buste de celle de la 
taille, je ne peux pas comparer les Indiens de Susques aux 
Aymaras mensurés par M. Forbes, qui a pris la mesure de ce 
membre depuis le grand trochanter jusqu'au sol. Je dois donc 
me borner à les comparer avec les « Quichuas » et les Aymaras 
mensurés par la Mission en Bolivie, et dont les mesures sont 
exposées en détail dans fouvrage de M. Chervin (99, ii,p. 180, 264). 
En prenant ces mesures comme base et la taille étant ramenée 
à 100, le membre inférieur (méthode Chervin) devient 46.84 
chez les 76 «Quichuas» mentionnés plus haut, 45. 3o chez les 
1 1 1 Aymaras, 45.98 chez les 35 Indiens de Susques, et fiG.iG 
cliez les 21 hommes de 20 à 69 ans de Susques. Par consé- 
quent, les Indiens de Susques se trouvent sous ce rapport 
entre les « Quicluias » et les Aymaras de la Bolivie. 

Je n'ai pu voir aucun Indien nu, et, par conséquent, quant 
au système pileux, je n'ai pu observer que les cheveux et la 
barbe. Tous les sujets mensurés avaient les cheveux lisses, 
droits, durs, rigides et parfaitement noirs. J{^ n'ai pas vu de 
cheveux pouvant être classés comme châtains ou marrons. La 
calvitie n'a pas été observée. Un sujet seulement, le capilan Vic- 
toriano (n" 6), avait les cheveux grisonnants. 

La barbe manquait totalement à la plupart des sujets 



b'iù \MHMin> i)l. I.\ HK/ÎION \\m\K. 

iiieiisiin'vs, ri jf suis sur (jin- l «pilatioii iirUiil pas ru usa»;»*, 
rarnii U's individus ix)ur\us t\v harlx', ccdir-ci était surtout 
HrNrIonnér sur Ir menton, toujours rrlativennMit rlairsmu'f 
♦•l rourlr, mèuir dans les ras (|ui sont annules sur le tahloau 
ronnne • harlx* assez, épaisse ». I.a harhe était noirt> couinie les 
cliev«Mix, l«*s |)oiutes cependant tirant (|uel(pie|ois au rou«;e, 
sans doute par suite de Ijelinn du cliinat e| du inan(pie de 
juoprele. Deux vieillards ( u"* 7 et 20) avaient la harlx» «^rison- 
nanle hien (pie les cheveux fuss4»nt encore noirs 

l/iris était sans e\re|)tion de couleur < liatain ou iii.iirnii. 

.1 ajouterai (pir la deinrniation arlihcielle du crâne est tout 
a lait inconnue j)arnii les Indiens de Sus(pu's et également 
|)arnii tous les Indiens actuels du liant plateau (pie jo coii- 
naiss4'. (ietlf < onluine, si répandue jadis, iw paraît être conser- 
véf» de nos jours (pie par de rares lid)iis. tris les Colorados de 
la liepul)li(pif df rilcpiatt'ur, coiniue la coiislaté réceniiiH'nt 
le D' lli\el 312, |i. i«<j . La delorination enc<u'e praticpiée jKir les 
Teliuelclies de la l'ata«;onie et par les \raucan> n'est pas inlen- 
tionnelleinent a|)pli(piee aux eniants dans un hut pour ainsi 
Him • eslliéticpie ■, mais (»llo est le résultat de riiahitude de 
tenir 1 riilant lii^ot»- dans iiiie soiji- de herceau n^'ide (pu s at- 
tache à la la(:oii d'une selle sur !»• dos d'un ( he\al; la pression 
exercée par celte couclielt»' mii iiMcipital amène un a|)plalis- 
sement de l.i nmpie. Le h'\ennau 368. |». in) décrit celle cou- 
tume telle (pi'ellc a ete ol)serv<'e elle/, les Tehuelclies par le 
comte de La \ .iiiK , (pli a rapporte un herceau teliiirlclir, con- 
servé maintenant au Musée du rrncadero. 



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Batilio (il «M > So 

Jilail Tr«Mlo«iii * iiipii. .I9 

Jow CUiiiliu Vif.iti N 16 

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Srliatlian V kvfi u ' *' t6 

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Marrrliiio V (m;i U \Z 

Manilrl \ ILTS» • 31 

(Wilio S«iT(a).,. 60 

^ ••iIm4 \lari;arîl» (il /«lt> '.... 19 

.i>'|>TiM N (Vil M. 16 

Toma* \ii.nn. . . . .... 48 

Juan Onofrr V(w>i k/ l| 

\lalia« HiMtM , . i3 

H>°iniKii> \ ivii r.j (to 

Prtlni (;»»r»M M\> 4^ 

!>anln« (Iimmi. si 

\wrnri<i .S« «!<•% , . , .... I 60 

Juan (.limam > ivii ►/ ' • ' t^ 

,' {.niiiaitla SiRUXo. . jo 

, \ir»r« (lanatin- * '* 3o 

I Kranriwa Viltm * ' «6 

Nairniina (•<»«(■ Rji * **.... 80 
liMita Srlia«liana (•i(iio)'* .. 1 i) 



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SllM|IR*«. 

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Sii«|iir«. 



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Vicenle Jorci 

Bonifario GAnnu. . . . 

Af(ti«lin I RRAXO 

ManiM-l S>RUM> 

Agii«lin l RBAM) 

Prtlrii V iufi Ml, 

ClrmmU' VisQt w. . . 
Cirilo ('.«Rpt^riui .. . 

Ramon (iiiM\% 

Apolinar Vkr.ist n . . . 

Vimilf JoRoR 

Pablo ViaQin 

Tibiirrin Cru ...... 

KranciM-t» l'ic» 

Sanliafsn \ ii.nok 

Vmanrin Snr«R 

Ra«ilio (uni«% 

Marm« V (mii u 

Bonifaria ViLTC«. . . . 

Palilii V (v.ti Mi, 

Prdni lUuiM 

lAti* (aRriv.iiA) .. . . 

Jnan T. Chirr 

AnM'Imo \» no* . . . . 
04i«inr Daniian \ \w)l 

Andrr» SoRuvt 

Andrr* ('.«%\«tRR. . . . 
Sanlia|:n Vii.nn. . . . 
Salina* Mbmmi/» . . . . 
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832 
865 
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881 
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863 
885 

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905 
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Idem, 

Idem. 

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Néant. 

(37) 
(28) 
(■29) 

Néant. 

(30) 

Néant. 
Idem. 

(31} 

Néant. 
Idem. 

(32) 

Néant. 
Idem. 

(33) 

Néant. 
Idem. 

Idem. 

y,) 

Néant. 
Idem. 

(•■V.) 

30) 

Néant. 
Idem. 
Idem. 
Idem. 
Idem. 
Idem. 
Idem. 
Idrm. 



'" >3. — l'> l.e n" i.') c»l le frùic du n'> 3 '1 , le rousin .lu n' ;to cl le neveu (lu n" tj. — (») \.e» n" 19 el .lo «oui frère cl sœur. — !"' I.e n" .Wi 

ilci Andc» , à l'oucit de Susqaci. 

l>ér« rUil de Tupi« (IJolivie). — (I') Ca^Ulmlo ( l'unn <U- Jnjuv ). ■ f") Lieu de naissanro inconnu. — (") fvuni (llollvic). — (") Rostrio 



,>ucl.|u« pnlls ,ur le- nunlon; i.clllo» mcu^l.nrliet. — ^"1 Knli.re , a«ej. époi«»c. — >') li..rl)e .1 niouola. lie» rh.ir"-inre.. - i") Ouol.|ue« |)oil» 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJllY 

DU DÉSERT D'ATAGAMA 
ET DE LA OUEBRADA DE HUMAHUAGA 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JU.UIY, 

DU DÉSERT D'ÂTAC/VIVIA 
ET DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 

L'un des résultats les plus intéressants des travaux de la Mis- 
sion Française, ce sont sans doute les contributions qu'elle a 
apportées pour la délimitation géographique de certains peuples 
autochtones du haut plateau. C'est justement la grande plaine 
aride des Satinas Grandes qui paraît avoir, pour ainsi dire, 
servi de « zone neutre » entre plusieurs de ces peuples. Les an- 
ciens Atacamas s'étendaient à l'ouest de cette plaine; à l'est ha- 
bitaient les Omaguacas, et au nord, plus ou moins sur la fron- 
tière argentino-bolivienne actuelle, commençaient les Chichas. 
A l'extrême sud de la plaine des Salinas Grandes, c'est-à-dire 
au sud de l'Acay, nous trouvons les Diaguites. Quant à la 
Quebrada del Toro, qui est située aussi au sud des Salinas, 
nous avons déjà dit que les éléments nous manquent pour lor- 
muler une hypothèse sur sa population préhispanique. 

Mes recherches archéologiques dans la Puna de «lujuy et 
dans la Quebrada de Humahuaca confirment cette localisation 
des peuples qui entouraient la plaine des Salinas Grandes. Les 
vestiges préhispaiHC[ues que j'ai trouvés sur ce territoire peu- 
vent être classés dans les catégories suivantes : 

I. Mines de Cobres. — Les anciennes mines de Cobres 
ont sans doute été travaillées avant l'arrivée des Espagnols, bien 
qu'il soit incertain par quel peuple andin elles ont été exploitées 
à l'époque préhispanique. 

IL Salinas Grandes. — Les environs immédiats des Salinas 
Grandes m'ont fourni un grand nond3re d'objets en pierre, 
mais on ne trouve pas d'objets similaires dans les ruines d'an- 
ciennes habilalions de la Pinia ou de la Quebrada (ici Toro; 
et, d'ailleurs, les diverses catégories d'objets en pienc des 



5.10 VNTIQUTKS DK I. \ IIKCMCJN \M>INK. 

S;ilina.s (Irandi-s iin» jciinciit |MMil-t'tre <l«' (Iil1«'rriit«'.s (''|MK]ue8. 
IVaiitri' narl, 1rs ruines tU's «Mivinuis des salines sont Irlleimiit 
«létérioives, nu ^•ll^'^ uv iHTiiielleiil pas de comparaison avec 
les autres ruiner dr la Pnna dr .lnjn\. Il serait donc osé dattri- 
huer l'industrie litlii(|ue drs S.dinas (li;nid«'s .1 1 un <»u à Tautn* 
di's iM'upIrs j)reliistori(jues \oisins. 

III. Kk<.ion dks Vtacamvs. — Au point (l( mh- (!•• Irtlnio- 
•;rapliie ancienni', la ré«;i<»n (\t' (.asahindo, (iocliinoca, Hinco- 
nada et Santa Catalina. limitée du cote dr la plaiiu* |)ar des 
contreforts de la Sieria de ( locliinoca, contiinii' a l'Ouest, à 
tra>ers le nord de la INina de Atacania, jus(|ue dans la partie 
septt'utriiMiale du l)«'serl d'Vl.KMuia. On trouve là, flans li's 
cimetières des en\ irons du Hio Loa, des dehris identi(pn>s à 
ceuv (Mie lournissent les f^rottes lunérain's du nord-tuiest 
de la Puna d«> liiiiis. \ (ialania, sur l<■^ IxinU (lu Wnt Lna , 
\l M. Sénéclial dr la (iran«;e a décdUMil une «grande nécro- 
|M>le; en comparant les noinhrrnx ohjris (|ii \\ \ a evlnnnés 
a\ec ceux di- (!ocliinoca «■! de Hinconada, on >oit (piil n'v a 
pres(pie pas d nlijcts dr (ialama dont on n'ait trouvé un autrr 
spécimen tout .1 lait pan^l dans la l*inia de .lujuv. Les M'sti<;es 
i\r la n'«Mon du Ton Loa. de San Lidro r|r Atacama, etc., et 
ceux dr la l'niia (\i' .ln|ii\ proNiennnit donc du niéiiie peuple, 
ri. rniiiiiir 1rs picm irrs duix eut être atlrd)u«'s ;mi\ anciens \ta- 
cainas, les vestij^es i\r la rr^don de (iasahindo, (iocliinoca, Hin- 
conada ri Santa (iatalina pro\iemiriil aussi dt» ers Atacanias, 
sur lescpiels nous avons donné, paj^es 58 et suivantes, un ré- 
sumé des renseit^nemetits Instoricpu's f|ue nous possédons. Je 
décrirai par conséipient la collrction dv (ialama conjointrinnil 
avec mes n'clierches dans la Puna de .lujuv. 

I\ l'iiMoN 1)1 s Om m;|'\c;\s. — L'arcliéoloj^ie des monta^iu's 
(Hii séparent la Luna de JujuN dr la (Jurhrad.i t\r llurnaliuaca, 
nommées Sierra Occidental dr I luin.diuaca, pri'sente heau- 
r<»U|) fl'analoj^ie avec l'arcliéolji^'ie de cette «piehrada, et tous 
rrs \estij;es proxiennent prohahlenirut di's anciens Onia- 
^liacas, ces Indiens indomplahlrs «pii, d'après les clironi- 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JU.IUY. 531 

queurs, opposèrent une résistance si opiniâtre aux Espagnols. 
Ils paraissent avoir occupé les montagnes clés deux côtés de la 
Quebrada de Humahuaca, jusqu'à la frontière actuelle argen- 
tino-bolivienne au Nord, et également une petite partie du 
haut plateau, car la poterie que j'ai exhumée à Sansana et à 
Yavi Chico ressemble beaucoup à celle de la Quebrada de 
Humahuaca. Je décrirai ces vestiges dans le chapitre consacré 
à l'archéologie de la région des Omaguacas. 

A propos des ruines et des sépultures de la Puna, je dois 
faire une remarque générale : celles des montagnes sont beau- 
coup mieux conservées que celles de la plaine. Dans les pre- 
mières, comme par exemple à Pucarâ de Rinconada, les murs 
restent encore debout, les cadavres, les objets en bois, les 
tissus, etc. , sont bien conservés. Au contraire, les ruines situées 
sur la plaine, comme à El Moreno, à Quêta, à Pozuelos, sont 
complètement rasées; les squelettes qu'on y trouve, réduits à 
des ossements émiettés; la poterie y est brisée en petits frag- 
ments; seuls les objets en pierre ou en métal se sont conservés 
intacts. En jetant un coup d'œil sur la carte archéologique, on 
se rendra compte de ce fait d'après les dilférents signes par 
lesquels j'ai désigné les ruines importantes et bien conservées, 
d'une part, et celles qui sont très détériorées ou sans inrpor- 
tance, de l'autre. 

On a peu écrit sur l'archéologie de la Puna de Jnjuy. La 
littérature sur ce sujet se réduit aux travaux suivants : Le 
l)"^ R. Leliinann-iNitsche (210) a publié un catalogue descriptif 
sur les collections de cette région que possède le Musée de 
La Plata. M. J. B. And)i-osetti (23) décrit dans un de s(«s ouvrages 
d'autres collections de la même provenance. Ni lun ni l'autre 
de ces auteurs n'ont visité personnellemeni l.i Pun.i de bquy. 
Le comte E. von Rosen (346) a j^ublié un lappoil |)réliniinaii<' 
sur l(vs fouilles (^Ifectuées à Casabindo en i()()i par la Mission 
Suédoise. Nous avons aussi une noie sur les haches de picric 



532 \NTI(^HTKS DK I. A nK(.lu\ WhINK. 

(les Salifias (lrainlr> du baron Erlaiid Nonlniskiuld 259 . Knl'iii 
\v \y K. S(>lrr 327 a fait une (-oiiiiiiuiiication soiiiiiiain' à la 
Sorii'lr (l'aiillirn|Mil<)«;i«' (Ir Hrriiii sur l»*.s rnllr(lioii> (!«• la Puna 
dr .lujuN ra|)|M»rhM's vu i^<).i |>ai- I»' D' \l.i\ l lil«'. (juanl à 
rarrlHMilo«;ii' du Drst'rl d'Vlarania, il iirvisl»' (|ur drs riMisi'i- 
^nnnt'iits «'pars, (|ut» nous résuincruns |)lu> loin. |>a«^«*s 715 
(*l siiivaiitf's. 



COHUES. 



PETKOGLYPHKS. - ANCIEN^VES PIRCAS. 

La Quebrada de Gobres ou de Gabi'^', sou ancien nom, Ira- 
veise, comme nous l'avons vu, la chaîne qui sépare la plaine 
des Salinas Grandes du district des Indiens de Susques, dans 
le Territoire des Andes. 

Justement à l'endroit où cette quebrada s'ouvre sur la j)laine, 
on voit sur les rochers verticaux, du côté nord de ]a quebrada, 
des inscriptions rupestres. Le quartzite schisteux de ces ro- 
chers y forme des superlicies plates et lisses, assez grandes. 

Ges pétrogiyphes , dont l'emplacement est indiqué sur le plan 
Jl(j. 102, sont en partie effacés, mais quelques-unes des ligures 
sont encore assez bien conservées. Les traits ressemblent à cen\ 
des pétrogiyphes de la Quebrada del Rosal, décrits page 34 H, 
et paraissent avoir été tracés, comme d'ailleurs tous les ])étr()- 
glyphes de la Pnna, d'après la même méthode. 

La ligun» le mieux conservée du pétrogiyphe /i(j. 100 esl 
laie face humaine carrée, aux yeux circulaires et au nez en 
lorme dé triangle. Le nez est réuni au menton j)ar trois lignes 
verticales et parallèles. La lace est couronnée cl'nne soile (!<' 
rayons représentant |)robablement une coiffure de plumes. Siii- 
beaucoup de pétiogK plies de différentes légions, on voit des 
laces humaines ornées de ces ravons. Mallery (228. |>. 90) repi-o- 
duit un grand pétrogiyphe du \ebraska où l'on soit plusieurs 
têtes à rayons send^lables. 

Au-dessous de cette face, il y en a une luilic, en pailie 

'"' t)an.s lo piocès-verbal de la session Cor/«</eni le col de la Quebrada de Cobics. 

femio par la Commission des limites II doit \ a\oir une erreur, car Ions les 

ari^enlino- chiliennes à Buenos- Aires, le habilanls de la contrée np|)li(|iient à ce 

24 mars iSyy, le représentant du Chili, délilé les noms de A^na de Coin es ou !/"</ 

M. Enri(|uc Mac Iver, dénonnne Ahra de Cnin. 



53^ ANTM^IITKS l)K I.A UKC.ION KNDINK. 

«•Iliurf, (»ù la lM>iiclif a|)))arait sous la Foriin' <l mu* t'lllj)>r. Le 
Irait à f^auclie ïI«* la face roiiiplfle est une partie des c«iitour> 
(l'iMie IroisieiiH' lare humaine dont le reste a disparu. 

\n-<lessus fie ces laei'S se IronNf un j.iL,Miar ;i dus «niiilM' 
ri a\ec une lon^in* (pu'ue. 




Kig. loo. — Cohn-*. lVlrn^K|ilir. iltn gr. n«l. 

Sur uiuî aulre partie planr «In rncher M)nl j^ravés les trois 
animaux /((/. iOI a. h, r. Les deux premiers sont sans doulr 
des jaguars; les rIilVerentes atlitudt's de ces animaux sont très 
hieii imitées : rrlui désigné j>ar la lettre A «»sl hn'u un jaguar 
sapprétani à sauter. La représentation di's tètes, deux cerrli's 
roiu eut ri(pH*s avec un jMWut eentraL est «u'iginale. Auprès de 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 



535 



ces jaguars, il y en a d'autres pareils, mais à moitié eflacés. On 
y voit également les vestiges d'une figure qui paraît avoir été 
celle d'un homme, etd'autres dessins méconnaissables par suite 
de l'action du temps. 

L'animale, qui semble être un insecte, se trouve aussi non 
loin des jaguars. Il est à peu près de la même grandeur (pu; 
ceux-ci. Je ne connais pas d'autre animal de cet aspect, repré- 
senté sur im pétrogiyphe. 





::iox 




l'i;^. loi. — Cobres. Figures d'un |)clrogl\|)li('. — ijio |^r. nat. 

En lace des pétroglyplies, de l'autre côté de la quebrada, sur 
les pentes marquées FF [\)\anfi(j. 102), il y a des restes d'an- 
ciennes pircas, mais elles sont en si mauvais état qu'on ne pcul 
se faire une idée de la forme des constructions dont elles ont 
fait partie. 

L(! iu{)v[\vv fi(j. i05, en grès vert, a été trouvé (miIcitc piiinii 
ces vieux murs. Il a o"*!/! de hauteur et o^io de diamètre 

35. 



536 \MinilTK.S l)K I. A BK(,I()N VM»I\K 

exlériiMir; sa cavité a o^ofiS (\v prulniuleiir. Vu iniluMi, à 
IVxtériiMir, il v a iiii«* larj;»* rainure assez irn*<çuliere eiitouraiil 
tout \t' mortier et avant |MMit-4"*tre spr\i à rattaclu*r à (|n('l(|nr 
<»l)i«'l .111 ninvrn d une corde on (Tnnr conrn»i('. j^.i |);irli(' 
(In mortier ;nMli'Nsnî> (le la rainure est d'une snriace livse «•! 
|M»lie, niais celle qui e.^l inlrTieun' à la rainure est j;n»ssièn'- 
ment tr.iNaillee : on n a lait saut(*r de «grands éclats de pierre 
nnui lui donner sa lorme. 

mim:s PHKifisivwK^i i:s I)i: ( oiiUKs. 

\ l.i sortie de la (^)n('l)ra(ia de (.ohre.s, dans les dernien's 
collines an |)i(>d descjuidles s'étenfl la plaine, il existe un iilon 
de silicate de cuivre hvdralé (clir\socoll«* , minerai très fré- 
(|nenl au Chili et assez ri<lie. les anaKses publiées par les cher- 
cheurs de mines de ce paNs iiidi(|tiaiit de t i «i 'j |>. loode 
cui\ re. 

(!e lil(tn a été exploité aNanI larri\ee des Ks|)a^nols, comme 
le pron\ent les xesti^es (Tune industrie nnniere prehispanicpie 
(pie jai trouvés aux en\ irons. Ln renseij^nement historicpie 
coidiriiK» c«> lait. Dans sa description de la Nille et du territoire 
de l'ntosi, écrite en \~*^~, le «(ouvernenr I )oii .In. m del Tino 
ManrKpie 289 |> ■ i dit (|iie dnis le partido d'Atacama, il \ 
axait, sur la Irontien* dr l.i proNinc*- de S.dl.i. cpiatre niint>s 
d'or, Incahnasi, Snscpies, Olaroz et San Ant<mio de los(iohres, 
(pli avaient toujours »'ti' exploiti'es par les Indiens selon les 
metliodes primiti\es <*l peu avanta^^euses «jni leur étaient |)arti- 
culières». Nous rexiendrons sur Inc^ihuasi en parlant des ^ise- 
nuMits d or de Hinconada; à Suscnies, il n s a pas du tout de 
mines connues; la mine d'Olaroz est ex|)loilée encore aujour- 
d Inii. et j ai en ma |)ossession un échantillon de «piartzaiirilere 
pro\efiant de cette mine. Les iniin's d Incahnasi et d'()lan)Z 
sont meiitioiiiMM's.iMi I 7() 1 , par Don l'ilihertode Mena 235. (• ^*^) 
comme datant (In temps des liuas-. (^)uaiil au «San \iitoiiio 
de los(iohn*s» de Piiio Manri(pi(>, c'est le même (iohres <iue 



Al\CHh:OLOGlE DE LA PINA DE .11.11 Y. 537 

celui qui nous occupe. Comme nous le verrons, on y remarque 
encore les ruines de l'ancienne chapelle de saint Antoine des 
Cuivres, et ce n'est qu'à une époque relativement moderne que 
ce saint a été transporté dans le village actuel de San Antonio 
de los Cobres, chef-lieu du Territoire d^ Andes, qui a pris 
alors son nom. Seulement Pino Manrique se trompe en disant 
que Cobres était une mine d'or, car ce n'est qu'une mine de 
cuivre. Cette erreur n'a pourtant rien de surprenant, étant 
donnée la fantaisie dont ont toujours fait preuve les Espagnols, 
en Amérique, lorsqu'il s'agissait de mines d'or. 

Les collines contenant le filon sont du même quartzite 
schistoïde qui forme toute la chaîne dont elles font partie. La 
gangue est composée de la même roche, mais très métamor- 
phisée et teinte avec de l'ocre rouge. Le chrysocolle est mé- 
langé avec une roche quartzeuse et ferrugineuse, d'une cou- 
leur brune. 

Voici l'analyse chimique ' d'un échantillon contenant des 
parties de chrysocolle et d'autres parties de la roche ferrugi- 
neuse : 

[Analyse sar minerai desséché à 100° C] 

Silice ly.oD p. loo. 

Oxyde de cuivre 16.70 

Oxyde de fer 5i . 20 

Oxyde de ploml) traces. 

Alumine o . i .'^ 

Chaux 0.37 

Magnésie 0.07 

Perte à la calcination 1 /i . 3o 

L'oxyde de fer provient de la roche ferrugineuse. 

Deux galeries ont été ouvertes dans le (don; elles sont dô- 
signées sur le plan^?^. 102 : Mine A et Mine B. Toutes les deux 
sont dirigées de haut en bas, à environ 4^^° d'inclinaison du 
plan horizontal; celle en A a 1 5'" de profondeur, celle en B, 3o"\ 

''' Faite par MM. Morin frères, ainsi que les analyses de cuivre et de scories insérées 
à la suite. 



t^H 



WTMHITKS DK I. \ nK(.M»N \MHNK. 



Lr llluii, iiilrirniiinii n.H li'H»«>n»ii (jiii .1 loiiiir les Ici raiii> nas 
fiiln* li's folliius. apjMraîl à la siiiiatr (!<• la l»*rrr à reiilive (li*s 



19 




//i II II ru y 



KtirftrtiiKT 



«C. 



xL Instrrptfn* sur Ita nniktrx 



.- \ 



1 






— 'Jl 



Kif(. loi. Mail lie* n)ui<** itn'ltit|Miii<iiM>« lir (Uiltr*** cl ilr lr<ir« pn«irnn«. 
I . ».. II.' aplirntimalitr î if6ooa. 

.Sur le ^iiinnct de la tollinr mi est siiii(M> ia iiiiin*/! s<* tn>iiYO 
.1 Mihstnirlinn (rmir linairn. un i]r r»»s fniirin'.nn prrlnspainqiirs 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE .lUJUV. 539 

où le vent était employé coiiuiie soufflet. Une autre substruc- 
tion de huaira est placée sur le sommet de la colline à Touest 
(les cases ( C sur le plan) de la propriétaire actuelle de Cobres, 
une vieille Indienne que j'ai eu l'occasion de mentionner en 
parlant de sa fabrication de poterie. Sur les collines des envi- 
rons, il y a encore huit ou dix substructions de haairas, suivant 
les renseignements qui m'ont été donnés par cette Indienne. 

Les deux substructions de huairas que j'ai examinées consis- 
tent en des plates-formes circulaires en pierre de i"" 5o de dia- 
mètre, couvertes d'un monceau de scories, de culots de cuivre 
fondu, de cendres et de fragments de terre cuite. 

Les analyses d'un fragment de cuivre fondu et d'un autre de 
scorie provenant de la huaira au-dessus de la minei out donné 
les résultats suivants : 

CULOT DK Cl IVRE, 

Cuivre 98 . 7/1 j). loo 

Plomb o . 3 1 

Fer 0.92 

scoRu:. 

{Analyse de la matière desséchée à iOO" C.) 

Silice 40.82 p. 100. 

Oxyde de cuivre 8.i5 

Oxyde de plomb traces. 

Oxyde de fer /i 9 . 00 

Alumine o . 33 

Chaux I . âo 

Magnésie o . 1 3 

Ces analyses indiquent que le cuivre fondu et les scories 
proviennent du mineiai dont nous venons de donner l'analyse, 
page 537. 

Les fragments de terre cuite que j'ai trouvés autour de la 
huaira sont trop petits et trop détériorés pour qu'on puisse se 
rench-e compte exactement de la forme des pièces dont ils ont 
fait partie. Ces fragments ont à peu près o'" o5 d'é|)aisseur. Les 



îAo wTioi rrks dk i.\ nv.i,in\ wdink 

i»iiis «M'aiids soiil Iniius (I ••ii\inm i .> t l'iiliiiM'Iirs. Lrs siiri;in's 
suni riiiH' lé^iM'ciiinil c<»iivc»v ••! l'aiiln' roiicavr; retli» «Irriiièn» 
l'sl lus hmliT : mi \nil (iirelK» a vit* r\|x»s^«* à iiim' i liainir iii- 
h'iis«*. La Inrmi- <\rs lra«(iiirii!s déinoiitre cjuils provipiinoiit <!«' 
«;raii»lrs nii'crs <!«• lonin' r\ lindricjin', à parois livs «'paisst's, t'I 
riaiis riiitiM-ifiir «IrMiurlIrs il s a imi (lu I«mi (liAcloppanl niirtn's 
liaiili* IrmiMialiirr. ( irs lra;;mriils srinhlnit donc rire» clos 
ij'sIps fit* liumrus rii Wvrv do la iik'miio Ininic (pu* ndlrs rpii 
ont tir décrites par les liislorii'iis (jiir j»* rilr plus loin. 

Lrs di'hris <lr siriix l«nini<Mii\ (pir | ai Iroiivi's sur 1rs som- 
mais drs collines dt* ( iohrt^s ^oiil d'aiiriciiiirs hnatms : il n*\ 
a aucun doute. Personne n'aiirail placé sur le haut de colline> 
d'un acj-es didicile des louriMMiix autres (pie ceux (pii axaient 
hesoiii d'elle exposes ail Neiit, laille de soulllt'is. \ (.ohres, la 
liuaira la plus proche des mines est celle cpii se trouve au- 
dessus de la mme 1 ; les clieniins d'acc»»s vsont très escarjX's et 
l'ascension n'esl pii^ du Imit lirile; elle est même assez |M''nil)li*, 
el il a certaiiM'iiMiil lallii heaiirmip de tr.iN.id ixtiir \ iimnlei 
le minerai et l(> comhustihle. Les autres hiiairas sont loin des 
mines et sont situées sur drs j-nllines d'un accès aii^si dilîicdr». 



sinnii plus (IllIlClIr. 



Li* coml)iis|ii)ie eiiipln\e dans <-es hiiairus |M)uvail être la 
Ynri'ln . ipii t\is|»' dans les montagnes autour de Cobres, ou 
peut-être !•• I»(»is (\t> rliumm , arhre très rare dans la Piina. 
comme |e l'ai dit, mais dmil nu trouve justement (piel(nu*s 
spécimens sur les coteaux de l.i |)e|||i' \ allée près des mines. 
Peut-être jadis v avait-il «JaNaiila;;»' de ces arhres; |XMit-/^tre 
aussi einplovail-on la Iminui . excreiiH'nfs secs de lama, (.es 
sortes de comImstiMe donnent une chaleur sullisanle |>our 
loiidre le ( lirv.s<M*olle dans des lourneaux construits connue les 
hiuuras. 

\ii pnd dr rextrêmitéde la colline où se trouve la mine A, 
j.ii lencontre un mantv. riin de ces grands Mo» s de pierre ciue 
les Indiens prehisp.iiihpies employaient pour hrover les mi- 
nerais. Il est reprodiiil //</. lO.'i et sa coupe \erhrale fiq. iO^t. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE .H.IUV. r)M 

L'Indien dessiné à coié du maray csL siinplenienl desllné à 
servir d'échelle de proportion. Le maray est nne œnvre de 
lapidaire bien achevée avec des superficies planes et parfai- 
tement lisses; les arêtes sont arrondies. La roche employée est 
(hi granit dur et compact, grisâtre avec des grains de mica 
noir-^l (^ette roche existe seulement dans un endroit de la Que- 
hrada de Gobres, à environ s*""' des mines : il est probable que 
les Indiens ont apporté de là ce gros bloc. Le maray a o™88 
de hauteur verticale, 0^70 de longueur maximum, o™54 de 
largeur maximum. Ces deux dernières mesures ont été prises 
près de la base, où commence la surface bom]:)ée qui devait 
être mise en contact avec le minerai à bi'oyer. Vers le sommet, 
\v maray diminue peu à peu en longueur et en largeur. Sur la 
face supéj'ieure, il y a une dépression longitudinale, et, à o'"3() 
au-dessous du sommet, le maray est entouré par une rainure 
assez profonde. Des deux côtés les moins larges il existe, à la 
partie supérieure, deux trous d'environ o'"o5 de diamètie et 
d'une dizaine de centimètres de profondeur. Ces trous, la dé- 
pression sur le sommet et la rainure ont servi à attacher les 
barres en bois qui devaient mettre le maray en mouvement. 
Deux ou plutôt quatre hommes, vu le poids considérable^ du 
bloc, devaient imprimer ce mouvement, placés un à un, ou 
deux à deux, de chaque côté. 

Le maray se trouve actuellement en dehors de l'enceinte 
londe qu'on voit sur le plan ficj. 102. Cette enceinte est bâtie 
en pierres unies au moyen de terre glaise. Elle est presque* cii- 
culaire et son diamètre le plus long est d'environ 8'". Le mur, 
(le 2™ de hauteur et de o'"8o d'épaisseur environ, est appuvé 
du côté sud contre un grand bloc de pierre de ^4"' de hauleui-, 
et, vers le nord, le mur est percé d'une porte. Derrière le 
giand bloc se trouvent les murs d'une petite habitation appuyée 
également contre ce bloc cpii reuqilace l'une d(»s parois d(* 
riiabitation. Au milieu de l'enceinte circulaire esl placée une 

'"' «Gianit à hiolilo, un peu chlorilisé ; (|uarl7. bleuâtre», suivant M. Lacroiv. 



:,vi wnoiiTKS i)K i.\ nK(;ic»N vndink. 

;;i.Miil«' |)i«in* |ilalf «Inivinui S'" .u> dr Inii^inMir sur «"' t\r 
larj(«Mir. Ou a saiis<loiil«*l)n)>«* |M'ii(laiil l<ui«;lom|)s (li»s iiiini>i-ais 
sur vriif nirrrr, car «'Ihî ••ii [X»rlr (l«»s Iraci's \isil)l«'s. 

I.r maray est cerlainriiieiit l'œuvre cirs ln<li«'us préliispa- 
iii(|urs il Irur a s«'r\i à hrover l«*s luiuerais. Ku Auiêriqui», 
axaut rarii\«M* (1rs Ksn.i«;u<>ls, sauf |xnir des lins anliiterluralps 
flans les j^rauHi's villes, ers cirrnicrs \\v |)rati(|uai('iil pas la 
sruli)lun' sur pirm*. lis s»* horuaii'ul sans cloule a faire l)ro\er 
les minerais par les Indiens avec les marays cjue ceux-ri avaient 
fal)ri(pi«'s |)alieniinriil .1 l.iidr de inirs iiistruuieuts primitifs. 

Au contraire, le mm (|iii rulniirr le maniy de (!ohi*es a rU' 
prohahiement ronsiruil par f«'s pninitMs flspaj^nols; sa otms- 
Iruttion ne parait pas d'<>ri*;ine indienne. 

Kn dehors de ce mnniy, j'en .m \n, dans ht l*nna. daulres 
avant des formes anal«)j;ues. Deux marays se trouvent |)res de 
i'r^lisr (te Hinrona(ta (*t un autre à Pomp(*ya, à lo^" au sud 
de San \nloni(» dr fosOohres. Nous rn ronnaissons deux de l.i 
région dia«;uil«' : I nn se IrouNr ,1 l.a l*la<illa, dans la Sierra de 
las (iapillitas, (léj)arl)iii('nt d'Andal<;alâ (province de (iatamar- 
ca), et l'autre à lluasan, j)res du xilla^^e d' Andali^alâ. Le |)re- 
mier a «'lé décrit d'ahord par M. l.afonr-( )uevedo 189. |». 5tj), et 
ensuit*' par te |V ten Kate 342. |> ^^2j (|ui en donne une ii^un*. 
Le second maray es! Ii«;un' par M. And)rosetti ,19. p- irïi.«t29, 
I». 178. 179), qui repnMiuil aussi le dessin de ten Kate, du maray 
de Las (iapiltitas. M. \. (jnimi^a 295. p. 107) dit ('>tra|ein(Mil a\oir 
Nil, daii^ le déparlrnit-nl dr 'rino((asta (( latamarca) , de n«un- 
hreux marays «piil a|)pelle ronanas, et \I. I>. S. \«;uiar (6. p. i^ 
nous apprend (in'il v a aussi (l(>s manivs dans la |)roviiic(* de San 
luan. Ce dernier reu'^eij^niMnent est confirmé pai- le fait (pinne 
|)arlie de la Sierra de la lluerta, dans le département de Valle 
l'erlil de c(»tte proxince. est dénommée .Sierra de los Maraves. 

\l 11 \. l'Inlippi 285. |. -'i a \n. rn i8.*>8,dans la n»ine de 
San liartolo, .1 une \in^tainr d<- kilometr(*s au noni d<* San 
Pedro de Atacama, liroyer li* nouerai de cuivre «au m(»ven 
dune |)ierre d'iMniron nn pirtl et demi d'i*iKiisseur et un piivl 



Pl. XLT. 




Fiif. lOo. Cobres. Maray. — i^ao gr. nal. 




Fig. io/|. — (lolires. 

Coupe verticale du inaruy. 

1/20 gi'. nal. 




Fig. loô. — Colires. 

Mortier eu pierre. 

1/3 gr. nat. 






Fig. loO. — (( . Caniavrld en ciiixi'e. — 3//| gr. nal. — b, c, Fragniruts de inoulfs de l'oudi'i'ie 
(lis aiicieunes mines de Cobres. — 3/7 gr. nat. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE .TUJLM. 5'i3 

de largeur, laquelle avait deux J)arres eu bois lixées à ses extré- 
mités ». Ce serait là uu véritable maray, mais l'auteur ue dit 
pas si la pierre était spécialement taillée à cette fin, ou si c'était 
une pierre brute employée dans le même but. En Bolivie, les 
anciens marays ne sont pas rares; on leur v donne le nom de 
(jmmbalrles. 

Les mines de Gobres ont été exploitées, apiès les Indiens 
autochtones, par les Espagnols, qui y ont laissé les ruines 
d'une mission, c'est-à-dire, d'une station pour les religieux, qui 
probablement faisaient travailler les Indiens à leur profit. Ces 
religieux étaient sans doute détachés du grand étalîlissement 
religieux de Casabindo, que nous avons déjà mentionné à 
propos des Indiens de Susques. 

Sur le plan^f^. 102, on voit, à une échelle très réduite, ces 
ruines qui consistent en des murs en pierres , unies au moyen 
de terre glaise. Les murs sont encore conservés jusqu'à plus 
de i*" de hauteur; ceux de la chapelle ont plus de 2'". La mis- 
sion était située au fond d'une petite quebrada où jadis un 
ruisseau, aujourd'hui à sec, descendait des montagnes. Les 
ruines se composent d'une grande cour de 28™ de longueur, 
Est-Ouest, sur 20"' de largeur dans sa partie la plus large, vers 
FEst. Deux portes latérales, à f Ouest, servent de communi- 
cation entre la cour et l'extérieur. Dans le fond, à fOuest, il y 
a une petite voûte au bas du mur, probablement destinée à 
donner entrée au ruisseau qui paraît avoir traversé la cour, 
bien que je n'aie pu en découvrir la sortie qui devait se trouver 
à TEst, mais que les terres de déblayage apportées par les eaux 
ont probablement cachée. Au sud de la cour, on remarque 
un édifice qui paraît avoir été la chapelle. Son intérieur a 
4""X2'"v5o de superficie; ses murs sont plus épais et faits avec 
plus de soin que ceux des autres constructions. Des murs 
d'appui sont placés à fextérieur, comme on le voit encore .1 
de vieilles chapelles européennes. La porte qui donne sui- la 
cour est surmontée d'un arc; à l'Ouest, il y a une fenêtre. Au 
nord de la cour se trouve une chambre fei-mée par des muis 



511 VMinlITKS DK I. \ IIKCMON WhlNK 

«If lr«»is rôli's seiiltMiinil iiiai> nii\«'rlr \«'is la cour, •^n^ iiiir 
li»rr.iss«* i'*l«'v«'i' (\v |»n'> d un iiM'lrc aii-<lessiis du n(»|. \,r toit t\o 
cviU* rliaiiihn* «1 vir soiiIimiii di* vt* vôiv par deux coIoiiik's (|ui 
sont LMicorc t*oiis«*n(*f>s jiiMjuà uni' ccrlaiiu* liaiiUMir. Le long 
di's trois murs dr la rliainhn* il v n dos bancs lixrs, hàlis «mi 
j)i<»rn'. (!«'tt«' nirrr a jXMilH'tn* i*h* \v n'Ircloirc on nn lira de 
rcnnion des n'lii;irn\. A coté se tronve nne antre cliainhre a\ec 
(inatre ninrs et nne ixirtc dnnnaiit mit iiiir aiitn- Icii.ism' (Hm 
lonrlir rrllr (ine nons >enons de dcc rut". I ).ms les coins snd- 
on«'sl t't nord-est, il existe encore <ien\ cliand)res, •'! nne Irni- 
sienie en drliors du mur de circonvallation. 

La tradition roMsrr\(M> par les Indiens actnels raconte (ine 
rima^T dr saint \ntoiin' des (inivres, considérée coinine très 
iiiiiaruliiisi'. aNait jadis sa |)lace dans la clia|)<>lli> de cette mis- 
sion, <l ou elle a ét«' transportée dans l'église de San \nlonio 
de los (,ol)res ou ejjr m- trouxe iiiaiiitenant. 

|).His l.i lueiiir p(>tlte \allee on est située la station des reli- 
j;i«'n\ se li'oiiveni, eu deux eiidn»ils, les restes désignés sur le 
plan: ■ toiirneanx espa;>;nols •.(]<• sont des j)lales-lormes prestnie 
carré<»s, deiniroii .V" de côte chacune, <'onstruites en iiierre. 
(.es constructions sont sitn«*es dans la plaine, et non sur les 
<'ollines comme l«*s hiiniras. Les c^irrés sont couverts de pierres 
hrniée», avant e\ ideninniil apparleiiu a fies lonrneanx riestinés 
a fondre du Minieiai. Mélanges aNec ces pierres, on tronve en 
ahondance des scories, des fragments de culots (!•■ (UiNie fondu 
et de dehris fie moules en terre cuite de formes diverses. 

Parmi les inouïes, riont il ne reste en général (pie des frag- 
ments, ou reconnaît snrl<»ut ceux «pii ont servi à couler di's 
cnmarelas, s<»rte de |)etits mortiers en < ui\re destim's aux tirs 
• •Il I lionneiir des saints, exécutés encore n.u les Indiens |M'n- 
daiil leurs innomhrahles fêles semi-religienses. La /rVy. Kffi a 
représente I nn<> de ces canuirvlns cpie j'ai acciuise d'un Inflien 
a Pncarnde Hinconada. I Va près ce (jnil médit, ou ne fait pins 
maintenant de rnmnirtas dans la Puna; celles (pii > existent 
\ienn(>nt des ancetivs; l'art de fondre fes mi'tanx est lotafe- 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JLJLY. 545 

ment oublié des indigènes de nos jours. La poudre, introduite 
par l'orifice supérieur de la camarela, est parfois préparée par 
les Indiens eux-mêmes d'après la méthode que j'ai décrite 
page 369 ; mais, en généi'al , elle est de provenance européenne. 
Sur la ligure, on remarque le trou qui sert à introduire la 
mèche. 

A coté de la camareta est représentée la moitié d'un moule 
(^fi(j. 106 b) ayant servi à couler des mortiers de cette catégorie. 
Ce moule provient des « fourneaux espagnols » , ainsi que le 
tube en terre cuite fig. 106 c, qui doit être le fragment d'un 
moule à couler des barres cylindriques. On recoimaissait éga- 
lement, parmi les moules des «fourneaux, espagnols», ceux 
qui avaient servi pour couler les lingots circulaires, plans 
d'un coté et convexes de l'autre, et qui étaient en usage au 
temps de la domination espagnole. 

Il y a une vingtaine d'années, les mines de Gobres ont été 
exploitées par un Chilien, nommé Roco, qui, selon les rensei- 
gnements que m'a donnés un Indien ayant travaillé poui- lui, a 
creusé plus profondément de o"* chacune les anciennes ga- 
leries -4 et i>, mais a surtout recueilli des culols de cuivre et (hi 
minerai laissés par les anciens Espagnols. Il faisait transporter 
le minerai à Pompeya, au sud de San Antonio de los Cobres, 
où il possédait une fonderie avec des soufflets actionnés ])ar 
un ruisseau. Il a construit les deux maisons dont les nuirs 
existent encore et qui portent les lettres D et E sur le plan, 
mais il n'a pas fondu de minerai à Cobres. 

Avant de terminei" ce ciiapitre sui; les mines de Cobres, il 
me semble à propos de dire quelques mots sur les liuairas en 
général. 

Ces fourneaux, d'une origine certainement préhispanicpic, 
ont été en usage jusqu'au commencement du dernier siècle, 
au moins flans rpiekpies endi'oits cachés dnns les labyrinllies 
de la Cordillcic, isolés de ioiil le reste du monde, de la ciM- 
lisation et du progiès. 



jiij Wrini ITKS l)K I. V IIK(.I(»N \M»INK 

\(»V()iis (l'iihonl ce (jur (list^'iil (juelqiH's-iiiis des anciens 
('liroiii(|iieni's snr les Ininiras : 

IVilrn <!•• rii'Zii «II* IxMHi 101. r. ij«. |i. ti8) : {Ijos Iiums] iMint «i/iMurrAurM- 
ilrl inriul hiu uin iiiuis jitnitits ilr Intint . ih'l luUi' y inunrm ifiir vs lut iiIlHihatfiirni 
lit' l'.sptina . Iniinuln pin mmhtis ptirlf^ iilijitnus tnjiijrnis o irspirailents. Hit rslus 
tain fttntinn carhtnt . v el inctal enrima; y puesius por las cernts o Ituirnts doiide 
ri rirnto tciiui mas fuerza . sacahan tU'l plata . . . Drsia manrra se sacà (mia vsia 
iniilltliifl tir plata anr ha saluln drste rerm l'otnsi] y los Indins se ilntit nm ri 
mrtal ti los allns dr la rrdnnda dri . a sticar plata. IJaiitan a rslas fin mas ipiai- 
ras, Y dr noehe hay tanta* drilas pm tinlos los campas y col lados que parrrrn 
litmuutrias , y m liempo tfitr hacr riento recio se sara plata ni cantidad; niandn 
il vtrnto falta , pi>r ninqniui manrra pnrdrn sacar ninffuna. — uLes Inc^is, jxnir 
iiii'lln- il jirulil Its iii«'-tdii\. fuisiii«'iit des loniios «n Icrn* ruit»*. s«*mlil;il)li*> 
iiiix ihAs clf ha^ilic d'Kspafçno, et munis d** trous en plusieurs endroits. I)an> 
ce» formes ils niettuienl du rharbon et uu-dessus le nuUai (niiner.ti). 0> 
Tonnes plarj^es sur les rollines et sur les coteaux où le vent était !•• plus fort . 
ils en retiraient l'argent. . . C'est de cette manière qu'on a obtenu toute 
cette grand«> quantité d'argent qu'on a extrait de cette montagne (Potosi). et 
le.s Indii-ns allaient avec le minerai partout aux ••n% irons pour en extraire 
l'arfjent. Ils ap|M-llent ces formes d»'s gtiairas . vl la nuit il y on a un si grand 
ni*inltie sur toutes les collines, (|u'il send)l«- > a\oir une illumination gén<'^ 
raie. l^irM|ue le vent est violent, on obtient beaucoup d'argent; quand il n'y 
a pus d<* \ent, il est inqHissibl*' d en obtenir. • 

Ikilta/ar Hamirez 305 . hJ minlo antiijiio para iH'neftctar los mrtairs aitto 
ifiir se introilnirsr ri azogiir . rnt una fundirion m hornos dr virnto . los ciutles los 
imlios llamaUan iptainis. Estas son hornos portaliles de jonna de itiui cajitritt dr 
Imrro rrndo dr un driln dr ifnirso. Tirnr nna vara n pin-it mas dr alto \ nna trivia 
m anrho m ri pu-, dr alli la rnsanchando hasta metlia vara rn In nuis alto. E.sla 
lleno de ojas à Intcas por la driantrra , por dondr reciltr el riento ron que se enriende 
yfuniie,y en los Ltdos y espalda tienrn otnts ojas poeos v petfurnos por donde salr 
el humo. F.stm hnrnn.t pintrn los indios rn Inifarrs allas v r.rentns , donde 1rs da ri 
nrnin ron Uln-rtad . rtiando ri vtrnto rs rsctuo , sr snben à los rrrnts . y ruanda r.« 
mnrho fe Inijan à la llano qne en ronocer estas tiempos .wn harto dieslros. lùmdrn 
rn estas hitrnas de dia v dr nin'he, rama tienrn ri vienta, hinrhenlos de carbon y 
fMUtrnlrs fitnjn, v rn la alto erhan ri mrtal. M pir drI homa tienen pursta nna 
ra:nrla dr Inirn» rrndo, dondr ui nitirandn ri pinmn nnr noir del métal , \ alli »c 
hare lejiieins. las rnales despaes rrfinan rn hornos de rrfinar {ttoemrhimpn) donde 
«c hare plata. E* fnndirian lotira mrtalr* iiiiiv liras v itara indias que trnqan 
jUrma pani rtftrnilla.-^ » \>anl l'introduclion du meiruri-. l'ancienne manien- 
|M>ur niellri' a |tiolit les métaux était de les londn- dans des fourneaux a 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJU^. 547 

vent que les Indiens appelaient des (jiiainis. Ces fourneaux sont portatifs et 
ont la forme d'un pot en terre crue d'un doigt d'épaisseur. Ils ont une 
vara^'^ ou un peu plus de hauteur, et un tiers de vara de diamètre au pied , et 
s'élargissent jusqu'à avoir une demi-vara au sommet. La (juaira est pleine de 
trous sur le devant où elle reçoit le vent au moyen duquel le minerai 
s'échauffe et se fond. Sur les côtés et derrière il existe d'autres orifices, petits 
et peu nombreux, par où sort la fumée. Les Indiens placent ces fourneau\ 
dans des endroits élevés et exposés au vent, qui y peut souiller librement; 
lorsqu'il y a peu de vent, ils montent sur les montagnes, et, quand il y en a 
beaucoup, ils descendent dans la plaine. Ils sont très habiles à reconnaître 
le temps qu'il fera. Ils fondent dans ces fourneaux jour et nuit, selon le 
vent; ils les remplissent de charbon qu'ils allument, et ils versent le métal 
(minerai) d'en haut. Au pied de ces fourneaux ils placent un pot en terre 
crue où tombe goutte à goutte le plomb '2) qui se désagrège du minerai, et 
qui prend la forme de lingots; ces lingots sont ensuite affinés dans des four- 
neaux spéciaux [toccochimpu) , où ils sont convertis en argent pur. Ce procédé 
de fonte ne peut être employé que pour des minerais très riches et par des 
Indiens qui ont assez de flegme pour attendre. ») 

Fray Baltazar de Ovando (279) : (hmiido los metales acudian à mnclw, no 
los fundian los espaiwles , sino los indios. La causa no se sabe. El mctal cernido 
y lavado echàhanlo à hoca de iioche en unas hornazas que llaman (juairas, 
acjujereadas , del tamano de una vara, redondas , y con cl aire (jue cntonces es 
mas veemente fundian su métal. Decuando en ciuindo lo limpiaban y cl indiofun- 
didor, para (juarecerse, eslàbase al reparo de una parcdilla sobre ifue senlaba la 
(juaira y derrelido el métal, limpio de la escorta, sacaba su tcjo de plata r veniàse 
à su casa muy contento, y a este paso de noclie este cerro era todo luminarias de 
guairas fundiendo plata . . . Cesaron totalmente las guairas desde (jue se empczo 
el béiiefcio de azocjue quefaé el segundo afio del gobierno de don Francisco de 
Toledo. — (« Quand il y avait des métaux (minerais) en grande quantité, ce 
n'étaient pas les Espagnols qui les fondaient, mais les Indiens. La cause de 
ce fait n'est pas connue. Les Indiens, le soir, mettaient le minerai bluté et 
lavé dans des fourneaux qu'ils appelaient (juairas, d'une vara de hauteur, 
ronds et percés de trous. x\ l'aide du vent, qui est très violent à cette heure- 
là , ils fondaient leuis métaux (minerais). De temps en temps, ils les épu- 
raient. Pour se garantir contre la chaleur, le fondeur se plaçait devant un 
j)etit mur, sur lequel la (juaira était placée. Le métal une fois fondu et lihic 

''* La vara ou aune espagnole, varie un '"' Sous le nom de plunil) , i^aniire/. «I»-- 

|)eu dans les diirérenles provinces. La vara sij^ne sans doute far^'enl non adlne , 

rtisIclhtiKi a ()"'<Sr). Daprès liaiMiic/, les niélauf^é a\ee du plonil) el il aulics inipu- 

liiiairas a\aii'nl donc einiion i " de liaii relés. 
leur. 



:,Ï8 \\TIOllll> l»l. I.\ r.K(.h»N \M)INK. 

<!•• scorie, rintlicfi ivlirail vm liiij^ot tiarpnl «l ivnliait rli»/. lui liv> >ii lis- 
fait <l«- son Irav.iil. l-i imil. la moiila«îm' seiublail loul illuiiiinw par le«. 
hiiuims où lim lomlail «I»' rarj:i-nl . . I-.«'S huaints ressu-rent d'être en usajje 
<l«!i ilu'cMi roniineiira à uliliM-r !•• ini'nun-. cv qui airixa dans la d«Mi\i«'n»«' 
aiMié«' du pouvinnMn»Mil d«- l)«»n KranriMO d«' ToK'do ' . • 

\l\;iin Moii.so H;irl)a (53. civ.ji. 79,801, (iiir (Ir Pulosi. dans 
son r\n'll«iil Iniilr Mir l'ail iinlallur^niHH* <h' son r>|MM|ii«>, 
(li^rril l«'H huairas ri les tmiulnmju»s (!•• la maiiit'n* sui\aiilr : 

[>« imtnmlrs ilr rstii tierni mmo 110 iilcanrurvii <7 «.<» de ntwslnts furllrs , iisu- 
nm piint nu ftiiuliciourf lus liornos tfnr Uaman guaints , y uy lus tisan ItHlttVM en 
fsin tillit linfuTial, Y nlnii pttilcs. Sitti sfiin'ifiiilrs à lus (iitsteUnims dirlws . difr 
riiuuinsv m une fun linluf fMirlis isUm llrmis dr m/Jiyrnw , fnti dnitdv eiitnt cl itiir 
aiiimdo el vienlo luipla , lirmpti m ifur soin puedcn fnndir. Stilrn ^mr la fmrtc df 
nluijo de cuda uim dvftos atmjmts nnns conio orrjtts iHUiiieiuis . m t^iir se siislenla 
mil rtirlnm f^u lu Imndii dr f\ura . ptim ifiir entre el nire calientr. I^ànen.w rii 
huinivs idloi , V dnnde cnrrti ri vii'nhi dr nnhnnmt 

l.lamaiise rit esta Pnivinriit Umtrhimpits nnns linrnns senirjanles à las tfne Ins 
nlalrnis llanum ninflas , y à Ins en tfur se hnn'n lus rnsayes de lus Inirnis. h\indrsr 
m eltns jHtr crin Un mrtal nm, m ptan ninlidnd , y los Jndins Ins nsiilmn fMim itJi- 
ntir snlttmrntr : rs un fâlirtni drsir nnnln. Ilà:rsr nn Iwrnn rednndfi , rninn Ins dr 
relM'ih'itirtnn . jM-n» npenns de rrini de ditunrin». Tiene dos pnerltis . la nna fte 
anrnn , adnndr se fuirdr arnmmlar el fnrlle. si sr tinisirsr, p*ini alnvviar lu »»/»m. 
ifrandr la nini . rnfirnlr desia . ruptiz a qnr pur rlla se pnrda fumer denint det 
hnrnn la innfla , nnr es rninn nna inrdia nlla ipandr parlida drsdr la lun^a de alln 
à Imjrtt, Itena Imia de aqnjrnts pur dnnde el fnetpt del rtirinai se mmmnniai. El 
rirrnln nnr descnltc In irdnndn desta innfla ha de lener whn n dirz dédits de diàine 
tw inenns nnr In hnrrn del hnrnn, fHira ifnr m ri rsparin ifiir jutr Indas parlo 
i/iAni #ivfi Inijar fuira el rai^nni. El rnrlln de la innfla lletfne ajnsladainenle a ein 
fHirejar nm la fmertit ifrande del laettrhiiiifin, y si se hnviere de nsar del fuel Ir h<i 
de Irnrr la dnha innfla dn\ riicllits , tfiir llrtfnen ftttr la nna v nlni faille à las dns 
fmerlas. l*nr In alln de la Imln^la de arnlnt sr de.ra nn aifiifcm ivdimdn, futr dnnde 
se aiiadierr el rarlmm nerrssitnn . nmie se fuere (fosiandn v /iirjjpo se eerrtini ctm 
nn liifum de iarm rmidn. yiir se ftimdni y tfiulani fntm este efecln. En cl sneln 
drl hnrnn sr asurnia n '■ ■ , o rrndradn , wifnn >r ifinsirrr olirar. Innpi sr 

arniinnla la innfla > nlf: '• nm nna rninn lalda llana dr Imrn Imrm, Inrn 

rociJo, $e lafta In tfne tfiiedô desritbierln . desde el rnelln de la innfla . hasia In irs 
lanlr dr la fmrria ftnr dnndr se enini. v se enilHirni v ajnsia lurn. ) à In hiiem 

'' l.'aii i.'i7n. 



AIICHEOLOGIE DE LA PUNA DE .lUJUV. 5'i9 

del caello se acomoda olra pueiieçuela de barro , que se (juitay poiie para cebar cl 
métal, ver cl bafio y limpiarlo y lo dénias (jne convemja. 

(« Les indigènes de ce pays, comme ils ne connaissaient pas l'usage de nos 
soufflets, employaient pour fondre leurs minerais des fourneaux qu'ils ap- 
pelaient (juairas, et il les emploient encore aujourd'hui dans cette ville im- 
périale (Potosi) et dans d'autres endroits. Les fjaairas diffèrent des fourneaux 
castillans'^' déjà nommés, en ce qu'ils ont partout des trous par lesquels 
entre l'air lorsque le vent souffle, et ce n'est que lorsqu'il y en a que l'on peut 
fondre des minerais. Au-dessous de chacun de ces trous, il y a des hords 
saillants, où l'on met du charbon que Ton maintient allumé pour que fair 
soit chaud lorsqu'il entre dans le fourneau. Les cjuairas se placent sur des 
hauteurs, oii il y a généralement du vent. 

«Dans cette province, on appelle tocochimpos une sorte de fourneaux 
ressemblant à ceux que les orfèvres nomment moufles et dans les{[uels on 
(les Ivspagnols) fait les essais des lingots. Dans ces fourneaux, on fond par 
bougeage des métaux riches, en petite quantité. Les Indiens les employaient 
seulement pour affiner les métaux. C'est un fourneau rond, comme ceux à 
réverbère, mais ayant à peine une vara de diamètre. Il a deux ouvertures, 
dont une petite, où Ton peut mettre le soufflet, si l'on veut, pour accélérer 
le travail. En face de cette ouverture, il y en a une autre, sufTisainment 
grande pour introduire dans le fourneau le moufle, qai ressemble à une 
moitié de marmite, fendue de haut en bas et pleine de trous par lesquels 
doit entrer le feu. Le moufle doit avoir huit ou dix doigts de diamètre de 
moins que la cavité intérieure du fourneau; l'espace ainsi laissé libie est 
rempli de charbon. Le col du moufle doit correspondre parfaitement avec 
la grande porte du <o(ot7jmtpo, et, si on emploie le soufflet, le moufle doit 
avoir deux cols correspondant aux deux ouvertures du locochiinpo. Au som- 
met de celui-ci, on laisse une ouverture ronde par laquelle on ajoute du 
charbon au fur et à mesure qu'il est consommé; on la ferme avec un bou- 
chon en terre cuite (jui doit pouvoir se mettre et s'enlever pour cela. Le sol 
du fourneau est fait avec du mortier de chaux, de sable et de brique pilée ou 
avec une pâte de cendres. On fait entrer le moufle dans le fourneau et on 
ferme sa grande ouverture au moyen d'une porte plate en lern> cuite (|ui 
doit bien s'ajuster et dont les fentes sont bouchées avec la terre mouillée. 
Le col du moufle se ferme au moyen d'une autre petite porte que l'on doit 

*'' Ces lioriios casleUanox , (|U(> dérril ouvciUiit' pour y inlroduiro la liiycic du 

BarJja avant de parler des /iHo/Va.s- et (lonl il souHlet. En avant, à la base du lourncaii , 

donn(* dos (îf,iiros (|U(' je reproduis//*/. /^> 7 il y avait une aiilre ouverture |)our la 

A, H. étaient r.ylindri(|ues ou carrés, sortie du iné'lall'ondu et de la scorie. (. esl 

d'une ou deux varas de hauteur, ils avaient la Ibriiie la plus simple d'un lourneau a 

à l'arriènî, un peu au-dessus du sol, une soulllet. 



550 



WTIQUTKS I)K l.\ IVfcK.lnN WDINK 



|)uu\oir iiilf\»M p«iur voir L- l»ain i-t le nettoyer, et faire ce qui est iiéc«»siain- 
en général. •) 

L'(»u\raj;«Mlr harha «-laiil ran- «I pni (oiiiiu, je rfpnKluis 
ici .M«s lijçiin's, lt>s stuilt'.s (|in; j»' loiiiiaissr njuV-sriiliiiil l«'> 
lotiriicaiiv iin*!alliirj(i(jiH's niiploys par 1rs Iii(lii'ii> a\aiil la 




Kig. 11*7. ( . /?. Knnrnraiu •radilUoti. C lluniiit. D t., Toeoekimpn. 

Kr|irudiirlM>n ilr« ri-^iirr* tlii P. lUrlta . i6io.)('' 

coiunu'lr. \,ajii/. 107 ('. n'pn'stiiji' la Intaira, (Ion! il isj ln'> 

iiih'rrssaiil dr coiiiiailn' la Iimiih'. On \nil les Ilaiiiinr> .sortir 
|)ar 1rs Irons. 

/) .1 // (ioiiiinit \r locinlnmpo t'I si's (lilIV'n'Mh's parlirs. 

''* l^a Irgmilr nrii;iM«lr ilr cr% npiirr* (» pmetlit Ae Imrro rom qme M tafta In liri 

p«l !• Miit«nti< I llitiHt tftiti h^rtirhimptt; II. f>nri In (ar^iiniA. /. lapon 

i/ritf/ii /{ h'irmntrt' C.tjimmtit ron ynr ^r nrrm ri Incrn kimpo p.ir anilm , 

Àr Ut* ImAtn*. It. Inrnrktmpn, H. »« pmilr pnr tlnmlr tr rrhn ri mrhnn 
frmudt fot tUmJt tmlrm /« mmfla ; F. mafia ; 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUV. 551 

D est le tococliimpo ouvert et montrant la cavité E où doit 
être placé le moufle. F est le moufle, par les trous duquel 
on voit aussi sortir des flammes, et L, non indiqué sur la 
légende originale, doit être une représentation assez primitive 
(le son col, qu'il fallait ajuster dans Touverture que Ton voit 
dans la grande' porte en terre cuite G, destinée à fermer la 
cavité E. H est la petite porte qui sert à fermer l'ouverture 
de la porte G, et / le bouchon appliqué dans l'ouverture du 
sommet du tocochimpo, par laquelle a lieu l'alimentation avec 
du charbon. Naturellement les tocochinipos originaux des In- 
diens préhispaniques n'étaient pas bâtis en briques d'une 
forme régulière, rectangulaire, comme la figure les présente. 
L'application, mentionnée par Barba, d'un soufflet aux loco- 
chinipos , a été, comme on le comprend, pratiquée seulement 
par les Espagnols, qui paraissent avoir adopté ce fourneau 
indien pour y fondre des minerais tout particulièrement 
riches. 

\a\ p. Bcriiabé Cobo (103; I. m, c. wwm; 1. 1, [k 3o8) : « Eslc bencjicio cou fncf) 
es de dos inaneras : iina en giiairas , otra en liornos de rcverberacion. Giiâyranse 
solamente las metales muy ricos . . . Para derretirlos se ponen en los coUados y 
laderas donde con mas fiterza soplan los vicntos , con unos hrazeros (fraudes de harro 
(jue Uanian giiairas , con carbon encendido y cl métal adenlro , y como se va der- 
riiiendoyVa consumiendo el Jiiego la escoria y piirijicando la plala. Toda la que 
sacahan los indios del Peru anlujuamenle era por esLe modo de Jnndicion porque 
no supieron otro béneficio en este reyno y a esta causa no aprovechaban sino los 
metales muy ricos ; y por machos afios no usaron los espanoles otro beneficio en 
este reyno hasta que siendo virey Don Francisco de Toledo se diô con el azo(jue. » 
(« La mise à profit des métaux par le feu se fait de deux façons diflerentes; 
dans des guairas et dans des fourneaux à réverbère. Dans les (juainis on ne 
peut fondre que des minerais très riclies. Pour les fondre, les Indiens se 
placent sur les collines et sur les coteaux où le vent a le plus de force , avec 
une sorte de grands réchauds en terre qu'ils appellent guairas, remplis de 
charbon allumé et de minerai. En même temps que le minerai se fond , le 
feu consume la scorie et purifie l'argent. Tout l'argent que les Indiens du 
Pérou possédaient jadis était obtenu par ce procédé, car dans ce royaumi' ils 
n'en connaissaient pas d'autres, el c'est pour cela qu'ils ne nieltai<>nl à profil 
que des minerais très riches; pendant longtenq)s, les Kspagnols ne se servi- 

3(1. 



:»5Î ANTini ITKS I)K I.V UK(iM>N WDINhL 

n-iit qiu» (le co pnicédé jusqu'à ce qu'on découvrit le m«îrcure, Don Fran- 
cisco (!♦' ToIpcIo étant vice-roi. •) 



i^c i*. (.uImi (loiiiir l'iiMiilf uin- «Irscriptioii dôtaillrr clrs 
• roiiriir.iiix à n'\frh<'n' », iiiInMliiils <rKiin)|)«' par Irs Ks|);i^Minl> 
ri (iiii a>airiil l'axaiila;;*' (|u «m \ |H)ii\ail loiidn' aussi (1rs iiii- 
ncrais pauvres, ri (pi'il iiVlall pas inTi'ssairr d»- hiovrr Ir 
liiiiicrai a\«M' aillant <lr soin (pi il l«' lallail pour l»'s hiunras. 

Lille doiiiMM* iiilfrcssanlr du V. Colx) (lAuf.. p. 509 sr rapporh- 
au hois (pi'nii «•iiij)lovail dans l<»s « luiirneaux à réverbère» : 
Laliûa ijur se iiucmn es mvnnda , de rama, (jur U vanta gran Ilama. 
(- L»' Ixiis (pToii hriil»' «'si luiiin', en priiirs hianclirs; il |)ro- 
diiit iiiu' «^raudr ilaiiiiur. ») (^cla corn'spniid |)arlaiti>iiieiil aux 
diverses esiM'ces de loin de la Piiiia. Tous les auteurs cités par- 
lent de •• (liarhon |)<iiii !•■ ( i>iui)ii>>til)l<' rinplové dans les littai- 
ras: mais il id- iid* p;ir.iit pa> pi-ohaMc (|iii' l«>s judirns aient 
ron\erti la yarvUi «m le cliurijni en cliarhnn axant de les iiietlre 
dans les idiirneaiiv. (larlttiu veut peut-èlrr dire ■ roinhiistihie ►. 
Si la Inla élail aussi en usaj;e pour les Inmiras, re serait la 
uni' preu\e cpinn poiiNait v einplover du Ixiis iioii carl)<>nisé, 
piiistpie ses hranclies sont trop iniiues |MUir en faire du 
('liarl)on. 

(Îie7^ a érril «'u i.).).S. Kaiimr/, m 1 .)(j~, ()\ando m ifio.). 
harha en i()'|oel Toho en i().).i. 

Pour résumer les descri|)tions de ces auteurs, les liuatias 
preliispanitpies étaient de «grands vaisseaux en terre; ellrs 
étaient rondes, d'euNiron 1'" de liatiteur et o" '|o de diamètre; 
plus larges au sommet cpiVi la hase (Hamire/. et Harba); elles 
avaient de nomhreux trous |M>ur laisser enli< r le vent, «pu 
devait attis«'r le leii. Selon Hamire?., ces trous étaient places (11111 
côté siMdemenl. <■( de {'.mire c(')té il v avait des trous d'iint* 
sorte dillérenle, moins j^rands. jxmr laisser échapper la fumée. 
Mais les descriptions des autres auteurs et la li^Mire de IVirha 
semhleiit demonirer (pie les trous fiaient e«;aleinenl distrihui's 
de tons les côtes du lournean. n.nh.i doinir un reusei^ncment 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JU.IUV. 553 

que ne donnent pas les autres : au-dessous de chaque trou il y 
avait un bord saillant où l'on plaçait des braises pour cliaufl'er 
Tair avant son entrée dans le fourneau. Selon Ovando, les 
hiiairas étaient placées sur des socles en pierre, comme nous 
avons vu que c'était le cas à Gobres. Un seul auteur (Rami'rez) 
dit que les hnairas étaient portatives; cependant il me semble 
difficile de transporter des vaisseaux en terre de pareilles di- 
mensions. Peut-être y en avait-il de deux sortes : des hnairas 
portatives et des hnairas fixes. Elles se chargeaient toujours 
par le sommet. On n'y pouvait fondre que des minerais très 
riches. Elles étaient toujours placées en des endroits élevés et 
exposés au vent. Dans les environs du Cerro de Potosi, il y en 
avait un si grand nombre que la montagne paraissait, la nuit, 
toute illuminée. Piamirez dit que le métal, l'argent tout au 
moins, ne sortait pas de la hiiaira à l'état pur, mais qu'il était 
nécessaire de l'alïiner dans un autre fourneau spécialement 
construit à cet effet, le tocochunpo , dont Barba nous donne la 
figure et une description très précise. 

Ovando nous donne un renseignement très intéressant en 
disant que c'étaient les Indiens et non les Espagnols qui fai- 
saient fondre les minerais, et il ajoute : La causa no se sabe. La 
raison était naturellement que dans les armées des conquérants 
il y avait peu de personnes ayant des connaissances en métal- 
lurgie, et d'ailleurs ces conquérants n'aimaient pas le travail 
assidu : ils préféraient profiter du travail qu'ils obligeaient par 
la force les Indiens à exécuter. C'est ainsi qu'à Co])res nous 
voyons les Espagnols faire continuer l'exploitation des mines 
par les Indiens, après avoir conquis le pays. 

Suivant Barba, il paraît que les Espagnols, qui connaissaient 
le soufllet, remplacèrent les ïmairas par les «fourneaux castil- 
lans»; mais, en général, il semble que les huairas ont servi à 
fondre les minerais d'argent jusqu'à l'époque de finlroductioii 
du procédé par amalgamation, c'est-à-dire jusqu'à la décou- 
verte des mines de mercure de Iluancavélica. Si le procédé de 
l'anjalgamation a supplanté celui des huairas pour fargeiit, il 



554 AÎSTIQL'ITKS |)K LA BKGION ANhINK. 

■rt'ii a pas ('•U* (11* iiKMiK* en CP (iiii conrcriir le (-iii\ r«*. (jui iir 
jM'iil |)as (*>tr(> soiiiiiis à rniiial«(aiiia(ion. Pour vv iiinlil, \vs 
/iiiatias ont rcrtaiiiriiKMil coiitiiiiic à siM'vir jxtiir fondn* i(*s iiii- 
iirrais rl<' «•imm*»' anrrs (iircllrs n'ôlaii'ut plus rniplovjM's pour 
l'arf^cMil. Dans rrrlalurs rt'j(ions, couium* nous Ir n errons, Ir 
vent a ôté nnplové au lieu du souillrl jus(|u\i nos jours. 

Lrs liuairas en terre ronsenées jus(ju a notre e|HKnn' sont 
tialurellenieni Ires rares. (!e|MMHlant M. (!arl<»s Perô, anciiMi 
administrateur de plusieurs mines en hoiisie, arlueilement 
domicilie a Huenos-Aires, ma raconté (piil .i\.iit \n, en 1880, 
à lolapampa, |)res de lluanrliaea, un de ces l(Mirneau\ en 
terre cuite, a j)ar(»is Ires i'j)aisses, avant an soujinel un orilice 
pour introdiiin* le minerai, et poni\ii de plusieurs petits 
Irons sur les <(»lés. dette liiintra «'lail |)lac«'»e sm ini socle cir- 
culaire hall en pierre. Lts Indirns iKiniiit. lient ce Inniiiean 
liuatra-( lutta . el ils disaiml (|im 1rs (jcntUt's v a>aienl londu di» 
larj^enl. M. Luis M. Sol.i, acIueHenienl administrateur «géné- 
ral des mines d ar;;enl de lluancliaca, a «'^aleuH'ut vu, entre 
Pulaca\oel Polosi, sur l«'s scunmels de iilnsienrs collines, des 
débris de Intanas en terre cuite dont les Iraj^uM'uts très épais 
étaient jioimnus de hous pour laisser entrer le \ent. 

Dans la ploMinr de Ijpe/, il e\i>,|r l)ea mnil p (je A»/(///Yr< . 

dapresdes renseijr|ipin,»ii|s (|im inoiil ej.- donnés par im \ien\ 
nnneur cnilien ayant beaucoup vova«;é «lans ces para«;es, n^u- 
5ei«;nemeiil> (pn* m'ont conlirnu's toutes les personnes connais- 
sanl Lipe/. a (pii j'ai parlé de ce sujet, (ies Imaints, situées 
sur les sonnnets des collines el nonnuées par les Imliens httaiia- 
chitins . snu\ bâties en pierre avec de la terre j^laise connue mor- 
tier, l'i Iles ont enxiion 1"' dr liautein. Les trous carrés |>our 
{entrée du vent ont eii\iroii ()'"()') <!,• ionirneiir el autant de 
larj;iMir, et sont dis|M)sés de tons 1rs cotés, (les fourneaux se 
cliai^'ent |>ar en liant avec du i liarbon de rZ/J/rf/f/» «1 a\e« 
le minerai. Onand le fourneau loucli<mne, les trous du cote 
op|x)sé au \enl sont Unicbes axec de la terre. Mon inferlocu- 
leiir a>ait \u ces Ittiniras encore en nsa^'e parmi les Indiens de 



Hi 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 555 

San Vicente, Estarca et d'autres iocalités de Lipez. Don Juan 
Lozano Machuca (222, p. xxrv) écrit, en i58i, que «les Lipes 
avaient dans leur pays beaucoup de hiiairas sur les montagnes 
et qu'ils s'occupaient tous à fondre des minerais d'argent ». 

En Catamarca, M. Lafone-Quevedo (189, p. 53) a vu des huairas 
flans la Sierra de las Capillitas, mais il ne dit pas si c'étaient 
des huairas en terre ou en pierre. 

Les huairas bâties en pierre sont sans doute plus modernes 
que les autres, puisque les anciens chroniqueurs n'en parlent 
pas. Cette façon de construire les huairas doit avoir été inventée 
par les Espagnols. 

En résumé : Les mines de Cobres ont sans aucun doute été 
exploitées par les Indiens avant l'arrivée des Espagnols. Ce fait, 
démontré par les huairas et le maray, est confirmé par Pino 
Manrique. Les pétrogiyphes sont également préhispaniques; 
mais sont-ils contemporains des huairas et du maray? Gobi-es 
nous donne lin bel exemple de l'histoire de beaucoup de mines 
de ces régions depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos 
jours. 



ïï. - ENVIRONS DES S4LINAS GRANDES. 



EXPLOITATION ANCIENNE DU SEL. 

Les Salinas Grandes de la Piiiia de Jujuy, situées dans la 
partie sud de la grande plaine qui porte leur nom, sont, 
comme nous l'avons dit, formées par une immense couche de 
sel, parfaitement horizontale, de plus de i,5oo'''"'i d'étendue 
et d'une épaisseur d'environ o™io à o'^bo. 

A l'ouest et au nord des Salinas Grandes, c'est-à-dire dans 
la Puna de Atacama et dans la partie bolivienne du haut pla- 
teau, il existe de nombreuses salinas ; vers l'Est, il n'y en a pas, 
et, vers le Sud, les plus proches sont les Salinas de Poman, en 
Catamarca, et celles de Côrdoba, sur la limite de cette pro- 
vince et des provinces de La Rioja, de Catamarca et de San- 
tiago del Estero. A l'époque préhispanique , c'étaient donc les 
Salinas Grandes de Jujuy qui devaient fournir aux habitants 
des vallées de Jujuy et de Salta tout le sel que l'on y consom- 
mait, cet article si indispensable aux peuples civilisés et telle- 
ment convoité par les sauvages qui l'achètent parfois au poids 
de l'or, si l'on peut s'exj)rimer ainsi en parlant d'un commerce 
où l'or n'est pas le régulateur de la valeur des choses. 

Les chemins de fer n'ont rien changé au commerce du sol 
dans ces régions. Pas plus aujourd'hui que jadis, on n'importe 
le sel parce moyen de transport; ce sont toujours les Salinas 
Grandes C[iù fournissent cet article. L'extraction et le commerce 
(hi sel sont toujours faits par des Indiens d'une manière très 
primitive. Les métis, même les plus pauvres, ne s'occupent pas 
d'un travail qui rappoile un aussi petit bénéfice. Ces Indiens, 
qui habitent les montagnes des environs de la Quebrada (Ici 
Toro et de la grande plaine de la Puna, quittent leurs de- 
meures, distantes quelquefois de iSo""", avec un ti'oupeau de 



5.'.K WTIoriTKS |)K l.\ nK(;ipN WDINK 

<li\ à nÏiij;! ain'^ |H)iir allrr tlinrlu'i* Ir '>r\ .m\ Sdliiias. Suivriil 
riii<li«'M riiiiiH'nc avec lui Imilr sa lamill»'; d'antres fois (Iimiv mi 
trois liidiiMis s'associi^iit pour l<* voyaj^r, chacun d't'ux n«* |)os- 
s/'dant (iiir (iiiatrc ou ciutj àncs. Il v a jhmi de temps encore, 
les lamas riaient «;ein*ralement emploves |M)ur ces trans|)orts, 
mais, depuis (pie les ânes se son! niidhpliés et sont d(>venns 
plus comnnins, on noiI peu de lroupeaii\ de lamas, l ne lois 
arri\es aux SjJinas, les Indiens découpent dans la couche de sel 
des hliK-s carrés (reiiNiron o".'^o à o"3ô de cùlé et a\ant l'epais- 
s«Mir nainrellrde la couche, environ o"io à o^i'j. Ces biocs 
p'sent chacun de joà n^^'^; ils sont charj^és, un de chaque côté, 
sur le dos de l'ane ou du lama. Les Indiens conduisent alors 
leur troupeau à la \ille de Salta ou à celle de .lupi\, où le sel 
e.st vendu à des marchands (pu le dehitent dans la ville ou Ten- 
NoienI d.nis les campagnes. La distance des Salinas (irandes à 
Salla esl d'cii\ non «oo^", el à .liipis dciiNiron i.^o"". 

La •• cliar«;e ■ de scL c est-à-<lii «• drii\ hlocs, .sepaNedaiis h's 
\illes eii\iron S lianes. SouNent les Indiens prennent du maïs 
en «•chaii'^e de leur sel. Les ânes marchant très lentenuMit . les 
Indiens ne mettent pas moins d un mois ri demi iMiur aller de 
chez eux aux Salinas, pour rexiraction du sel, le vovaj^e h la 
Nillf l'I le n'Ioiir .1 leurs hahitations. Si un lrou|HMU .se com- 
pose de \ in^'l ânes, ce (pu esl juescpir le ni.i\nMiiiii . tnni le srI 
iap|MM-|e donc eiuiron (io lianes, un hien niai<;re profil |>our 
ce Iraxail d«* tout un mois et dont il laiit dediiin* les Irais : la 
nourritiirt* drs hoiiiim*s et un iin|MM d'env iron .'>o centimes par 
hele charj^ee de sel, à pa\ei- an ^'on\erneinent de la proxince 
de Salta ou à celui de Injus, selon la partie de la saline lui le 
sel a j'Ie extrait. Quant aux ânes, ils mangent ce (lu'ils troii- 
Nenl .ni\ Imrds du ( lit'iiiiii : un maiirre lourra«:e dans ces 
desiTls pi(M'ren\. Lt encon» ce IxMiéhce est-il généraleuM'iit 
partagé «Mitre trois ou (piahe Indiens; car ce ne sont (pie les 
Indiens ri( lies «pii |H)sse(lent xingt ânes |K)u\ant .s(»rvirde Ix^les 
de somme. Les cain|M>ments de ces trouiMMUx dans les (iiie- 
hradas s4mt curieux a voir : le»» blocs do .sel arrangés en piles. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JU.IUV. 559 

les bals placés en cercle devant, les Indiens, lenrs leninies et 
les enfants assis dans ce cercle antour (In feu où bout une 
marmite avec du maïs, le frugal repas de ces fds du désert. 
Il n'y a que deux endroits sur les bords des Salinas Grandes 
où il y ait de l'eau potable; l'un au Nord-Est, là où l'on voit 
indiquée sur la carte archéologique la Receptona de Jujuy, 
c'est-à-dire la case qui sert de bureau au receveur de l'impôt 
sur le sel du gouvernement de Jujuy; l'autre au sud de la 
saline, à Huâncar, où se trouve la Receptona de Salta. 

En ce dernier endroit, à Huàncar, sur le bord de la saline 
et vers le Sud, le long du chemin entre Huàncar et Lipan, on 
trouve de nombreuses haches de pierre, plates, très grandes 
et très lourdes, en général taillées grossièrement dans des 
grès, des trachytes ou des roches granitoïdes. Ces haches ont 
toutes, sans exception, une gorge entourant toute la hache. La 
Mission Suédoise en a recueilli dix-huit, et dans mon dernier 
voyage j'en ai fait, en trois jours, une récolte de quarante-six 
spécimens. Les dimensions, le poids et la détermination de la 
roche dont ces haches sont faites se trouvent sur le tableau 
de la page 56o où les numéros d'ordre des spécimens reproduits 
fuj. 108 et 109 sont imprimés en italique. Dans ces figures, 
les haches n"* i , 7 , i o , 2 8 , 3 6 et 3 7 sont présentées de face et 
de profil. 

En général, ces haches sont grossières et leur surface garde 
en partie les rugosités de la pierre; mais il y a des exceptions, 
comme les numéros 7 et 12 de ^Sifig- 108, qui sont plus lisses 
et d'une facture supérieure. La moitié des haches sont faites de 
ti-achyte, roche assez tendre pour ne pas permettre un travail 
av(!C la hache sur des corps durs. Anx environs des Salinas 
(irandes il n'y a pas, à ma connaissance, de trachyte. Il a fallu 
aller chercher le trachyte ou fabriquer les haches assez loin des 
.salines, aux environs de Susques ou à Iluachichocana, dans la 
Qnebrada de Purmamarca. Le granit dont quelques haches 
sont faites doit provenir dn sommet du Nevado del Chani, qni 



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35 


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•9 


5ii 


TnM-hUr. 


1 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUV. 561 

est composé de granit; on trouve aussi cette roche en blocs 
roulés dans les petites quebradas au pied de la montagne. 
Excepté à de longues distances, le Chani est la seule montagne 
qui contienne du granit, et seidement au sommet. 

D'après Tun de mes muletiers, qui avait été auti'elois au 
service de Fingénieur chilien M. Francisco J. San Roman, lors 
d'un voyage que ce dernier fit à travers la Puna de Atacama, 
on trouva alors des haches de pierre de la même forme et 
ayant les mêmes dimensions, sur les bords de la Salina de Pastos 
Grandes, au sud-ouest de l'Acav. 

M. Erland Nordenskiôld (259) a émis f hypothèse que ces 
haches servaient, à f époque préhistorique, pour l'extraction du 
sel et pour en former les blocs destinés à être chargés sur les 
lamas. Je me rallie tout à fait à cette opinion, d'autant plus que 
je me suis convaincu par un essai pratique que ces grandes 
haches en pierre peuvent être employées dans ce but. Pendant 
mon dernier séjour aux Salinas Grandes, j'ai fait mettre nn 
manche en bois à l'une de ces haches et j'ai parfaitement réussi 
à décou])ei- ainsi, dans la croûte de sel de la saline, un bloc au- 
quel j'ai donné ensuite, avec la même hache, la forme voulue. 

On n'a pas trouvé, dans la Piépublique Argentine, de grandes 
haches de pierre du type de celles des Salinas Grandes, sauf aux 
endroits que nous avons nommés. La présence de ces haches 
uniquement sur les bords des salinas indique bien qu'elles ont 
été employées pour l'extraction du sel, et leur forme et leur 
poids confirment cette théorie. Elles sont d'ailleurs trop lourdes 
pour avoir servi (farmes ou d'outils à travailler le bois, et leur 
manque de décor et leur exécution j)eu soignée* démontrent 
qu'il ne s'agit pas de haches de cérénjonie. 

Poui- l'Europe, M. Much (251, p. -iScj) mentionne des mai- 
teaux de pierre trouvés dans les mines de sel piéhistoricpies 
de llallstalt, dont deux spécimens sont conservés an Musée de 
Klagenfurt. M. Chanire (95, i, pi. n, li^. 3,6,9) donne ch's ligures 
de «( Miarl(','iu\ en dioiilc hoiivcs dans les mines de sel de 
Koulpc, en Arménie, exploih'cs (l('|)uis la plus lianle anli- 



:»f,2 WTini ITKS DK I. \ HKCION WDI.NK. 

(jiiilt' ». Ces (iiTiiiers iiiarl«'aii\ sont i\i'> liaclu's plaies ri largt's 
romme les noires, bien (hm* de (liiiieiisioiis plus JM•lit^•»^, <\r 
o"'lo à o^'^O Hr loiij^iieiir el i\o o"»)') à o'"i() (le larj^eui-. 

Les liajiies (pie j'ai Iroiivees aii\ Salinas (iraudes nul, |H)ur 
la pliiparl, de ()•"»() à o^.^o de loii^Mieur, de o"i'.i à o"!^ de 
lar«;»'ur, ri pèsent de j à \ kil(><;raiiiin(>s. ri*es(|ue loules les 
li.irlies de la MissKni Suédoise (tut des diuiiMisions seinhlahles. 
mais il v en a aussi paruii ell(>s, e«(alein(Mil n'cueillies sur les 
l)(U*ds des Salinas, de plus petites, de o"iode lon«(ueur, faites 
de ruelles plus dures, rap|)elaul les haches de pierre de la 
\ allée de Sau I* raurisco et de la Sierra Sauta harhara, doul je 
parle paj^eS'iy. Ces petites harhes uOut pas, uaturelleuu'ul 
ser>i à tailler le sel; \I. Nnrdenskinid ( roil (pie re sont des 
haches de «guerre. |).ms iiion deinier vovaj^e, |i' im'ii ai pas 
liniisj* avaul CI» Ispe, mais, parmi les (piaraute-si\ haches de 
ma collection, il v en a Imis d'ime loii^Mieur iulerieure à o" i () , 
et elles ont la im^'iiie loriiie plate (pie les haches «fraudes. Ce 
sniit prohahliMueiit des copies «mi miniature des haches de sel. 
asaiit peut-être ser\i de jouets. Deux d eiilre elles, les u*** 'i 'i et 
^f), sont reproduites //(/. Kfff. 

I.i Missinii Sueduise trouNa à Lipaii une Ii.k lie eu «rres, 
de diiipusions extraordinaires : o^fi'i.S de lou<;ueur, o"« i d»' 
lar«;eur, <)"'io d'épaisseur, et pesant r» kil(»«;ramines. Celte 
énorme hache, li;;urée par \ordenskiold 259. p 3.1H, fig. i , n'a 
pu servir a (h'couper le se|; elh* est he.mcuup trop lourde 
pour cela. L explication de M. N(»r(leuskiold (pu suppose (|ui*lle 
aurait ('>lé eni|)lov(M' sans manche, attachée à la ceintnn* du 
traxailleur et maniée directenuMit a\ec les mains |>our atla(pier 
la couche de sel. ii est pas M'aiseiuhlahle. Klle a prol)ahl(Mn(*nt 
sei'M plutôt d.iiis (piehpie ceremonii* se rap|M)rtaiil au sel et au 
tra\ail des saliuiers 

\ucun indice ne pei mel de di'lerminer I a«;e (le ces haches 
de pien»'. \ucuue h.iclie de <e t\jM' lia ete troinee dans les 
ruines ou dans les sépultures de la Piiiia. Ce|><Mi(lanl il est 
prohahie cpie ces haches ont seixi |>eii(lant lon^tiMups, jmmiI- 



AUCHÉOLOGll^ DE LA PINA DE JUJUY. 503 

être aussi longtemps que la Puna a été habitée. Dans les der- 
niers siècles avant la conquête, on a certainement exploité les 
salines, car les Indiens de la Cordillère appréciaient fort le sel, 
comme nous pouvons le voir en lisant les chroniqueurs qui 
mentionnent souvent le lait que l'Inca avait, dans presque 
toutes les salines du haut plateau, des mdios salineros (Indiens 
saliniers) chargés de l'extraction du sel. 

Aucune des haches des Satinas Grandes n'a été trouvée poui- 
vue de manche, ce qui est tout à fait naturel; les manches en 
bois n'ont pu, en effet, se conserver à travers les siècles, expo- 
sés sur le sol à l'influence de l'air et de la pluie. Mais mon col- 
lègue M. Courty a rencontré, dans les anciennes mines de 
cuivre, à Chuquicamata, près de Calama, dans la province 
chilienne d'Antofagasta, un grand marteau en quartzite très 
intéressant, car il conserve encore son manche original. Ce 
marteau, reproduit y?^. liO sous deux faces différentes, nous 
montre clairement comment on emmanchait ces lourdes haches. 
Le marteau est formé d'une pierre de o°'2 2 de longueur et de 
o™io d'épaisseur, de section presque carrée, sans gorge, gros- 
sièrement façonnée à grands coups. L extrémité qui sert à 
frapper est légèrement arrondie , et semble, d'après les marques 
qu'elle porte, avoir beaucoup servi. Le manche est fait d'une 
branche d'arbre, assez souple, portant encore de l'écorce et 
recourbée autour de la pierre. Il est attaché et renforcé par 
des ligatures en peau assez compliquées. L'une de ces liga- 
tures passe tout autour de la pierre, enveloppant la partie 
courbe du bois, à la hauteur où les haches des Salinas 
Grandes ont leur gorge; l'autre ligature passe au-dessus dw 
talon de la massue et réunit la partie antérieure de la pre- 
mière ligature à sa partie postérieure. Les extrémités de la 
branche servant de manche sont retenues ensemble par une 
autre lanière. Le tout est encore très sohde; le marteau est 
fortement fixé à son manche. La longueui- fotale de ce der- 
nier, piise d(; son extrémité jusqu'au devant du marteau, est 



.'ili'i \NTIOllTKS |)K I, \ IlKr.luN WDIM 

(le o"ir». l/eiiïlnût où vr iiiarti'au a été ln)ii\r iail sii|)|M>.si*r 
(lu'il a (Iti srr\ir à cUrrliicr iiii tra>ail (|U('lcoii(|iii> dans la 
miiir, i)«'ul-rlir a (Irtaclirr on a hroM'i* \r iniiicral. 

\l. (iiislal Ntn<l«'iiskiol(l 270. |i. 107' nprorillit mu- liaclir «Ir 
pirrrr, a f;or«;i', ciniiiaiirliiM' dr la iin'iiif iiiaiiicn', (|iril a 
lroiiM'(> dans in riiiiir dcnoiiiiiHM> Mu;; IIoum', située sur li* i)la- 
t« 111 <\r II \lrsa Wrdr, d.iii«> le (iolorado Fatals-Unis. D'autrr 
part, l< \lll^^•^• d'clliiio^ranlin- du I rncadrin ixKsscdf iim* ih'- 
lilr liarlir a j^oi'^»', catalo«(in'r soiis le 11" t)OJo, proNriiaiit (\*' 
/uni, don d«' llnslitiition sniitliMiniiMine. (]«>tt(> liarlu* est ciu- 
niainluM' (\r la nirin»' nianirrr, mais son nianriir rst trlIiMiirnl 
liiliir, <pM'Ilr na pu srr\irà un usa«;r pralitpir. il s'aj^it proha- 
hlrinful d un»' iiarlir anrirnuo asant flr trou\(M> par un sorcier 
(les /unis actuids, (pu I .1 1 iinnanrlirr pour la |>nrli'i' dans s(*s 
r(^réni()nies. Mais il f^l nileressani dr niuarcpirr (pie ce M»r- 
cirr a rniploNt* la nicuii' inrlliodr d ciuniaiu lirnirnt (pu* les 
Indiens pnM-olond)iens. 

I.r \lnsrr du I rorndél<» pnssrdr aussi drs iiailirs inodnurs 
tu picrrr, de I Ausli.die, eniinaïudiees de la inèineiaron; deux 
lia( lies à j;orge, n"* 'jfitiy.'^ et •t()(>7'|. du Miittiiell District en 
OiM'eiisland, dont les inaurlies soûl en inlaii»; et les ligatures 
e«(aieiuent en Id.iiueiitsdr rot.int^'; une autre, n" i.^i 'i'i« sjiiis 
•;or«;e, proNenanI «lu iiiver l'ehhle. (iippsland. <laiis le sud- 
est de la enlonie \ irtoria, a uu luaiM'Iii' eu hnis «'t des li*^atures 
eu lihri's Ne'çelales. \l. K. M. (ii«;lioli 144. p. 4i. Iïk- ^3) décrit et 
lii^nre aussi nue liaclie eminain liée «!<• même, proNenant <les 
Walookas, du nord (\r {Australie, (.ette hache à la(pielle les 
\\al(N>l^as doniii'iit le imm (le hnl-hal^ est taillée à éclats et 
n»s»(»nihle aux coups-<ie-poiu^ chelléens rrKiii*o|x\ 

(je in(Mle d'eminaiicliemenl pour les haches de pierre existe 
dans dilîéreiiles parties du monde, ri d est plus (|ue prohahie 
(pie les haches des Saliiias (iraudes oui e|r i-mmanchees de 
celle lacon. 



Pl. XLU. 



•,^.î'*--t:"ï^-.'>^ 






12 



20 




15 



'/s die la grandeur naturelle 1 



l'i<r. loS. — Saliiias (iraiidcs. Ilarlics en nicnc 



Pl. xliii. 











13 





/s de la grandeur nàtur-elle 



Fig. 109. — Saliiias (iiaiidos. Ilarlios on pierre, 



Pl. xliv. 




Fi^. iio. — Marteau m [)iprro, 0,111 tnaiirlu', i\v (',liiif|uiraiiiala (proviiirc d'Aiilofagasta, Cliili] 

i/'l ;,'r. liai. 



Pl. XLV. 




' '.!,'• I ' I . 



Saladillo (Salinas (iraiidcs). OI)jol.s en f|iiaT-t/.il(! lailléf, (li'rlicts cl pirccs iiiarlicvécs. 
(irandeur natiirell(!. 



RUINES DES ENVIRONS DE SALINAS GRANDES. 

Les vestiges d'anciennes habitations autour des Salinas 
Grandes sont insignifiants. Ces vestiges se réduisent à des pir- 
cas si mal conservées qu'il est souvent difficile d'en distinguer 
les traces. L'âge de ces murs est également douteux; il est 
en général impossible de décider avec quelque certitude s'ils 
proviennent de l'époque préhispanique ou s'ils sont plus 
modernes. 

Ces vestiges d'anciennes habitations se trouvent naturelle- 
ment près des rares endroits où il y a de l'eau potable. El 
Moreno, désigné sur la carte archéologique sous son ancien 
nom, Tambo del Moreno, se compose actuellement d'une 
vingtaine de huttes d'Indiens et de quelques cultures, arrosées 
par l'Arroyo del Moreno. La localité , favorisée par feau douce 
de cette petite rivière, a sans doute été l'un des premiers en- 
droits de la Puna où se sont établis les Espagnols. Les titres de 
propriété de ce domaine, appelé aussi « Rodeo del Moreno », le 
prouvent. H y a une petite chapelle, construite en 1773 par un 
Indien, nommé Pedro Molina. D'autre part, on trouve dans les 
environs beaucoup de vieilles pircas rasées, et j'y ai aussi fouillé 
plusieurs sépultui-es, dont les squelettes étaient placés dans la 
position accroupie, habituelle chez les Indiens préhispajiiques, 
mais qu'on ne retrouve plus chez les Indiens christianisés. Tous 
les ossements étaient complètement elfrités et les sépultures ne 
lournirent que des fragments de poterie grossière. Ces sépul- 
tures doivent être classées comme préhispaniques et elles dé- 
montrent que la localité était déjà habitée avant farrivée des 
Espagnols. 

Nous avons déjà, page 353, mentionné les ruines qui se trou- 
vent sur le versant nord-ouest du Nevado del Chani, mais 
qui pi'obablement sont d'origine espagnole. Au pied de celle 
nioiilagne, à (pieKjiies kilomèli-es d'El VFoi-eno, on renconlri^ 
II. 37 



51i<i ANTIQl ITK.S DK I. \ r.l.(.l<»N \MH\K. 

aiissidcscli'briscl»* pin as, r«'llf»s-ci corlaiii«'m<'nl préhispaniques, 
à «Ml jiij(or par 1rs srpiilliin's riniit (jiiel(jiios-unes ont été loiiil- 
léc»8 par moi. (.** son! (!«• p«'ht«»s ctMistnirtions isolées, cliai une 
un pu s«'r>ir rriiahilatinn cpi à uiu* (»u deux la m il 1rs. 

\u sud (le l.i saline, au\ euNirnus de lluânrar «•! cir Lipan, 
il existe de nond)reu\ restes de vieilles pirvas raM'es. Il en est de 
niènie à Saladillo, à l'est de la salin»-. 

Mnlin, «l'après des rensei«;nenn'iils (jui m On! été donnés, il 
va des ruines à l^injel, à l'om'^l fir l:i s.iHih'. Malheureuse- 
inenl , je n'ai pu les visi!er. 

Les ruines des en> irons des Salions dr.nides resseinhiciil 
très peu à relies du noi'l-nn.sl d.- Ii l^ima de lojoy. 

s\i \hil.l n. (Il \i;t/.i ii;s T\ii.i.h:s. 

\ loiifNi des Salinas (irandes, près d»' l.i loealilc dciioinniée 
Saladillo, dans deux pe!ites vallées lorniées |)ar les derniers 
ronlrrlnils des innnlai^nes (lui rie re rô!é serxent de btirnes à 
la «^randr pl.iin»' des s.dnn's, le s(»l l'sl parseoM*, ri i-ii cpielcpies 
en<lroi!N lilli'raienit'nl rnu\er!, de derlii'!s ri «l»- jurcrs ina- 
clipvéps provenan! de la lal)rira!ion rrou!ils «*n piii re !aillér (pii 
s'y laisai! sur uin* «grande «•< IhIIc. Poiii Imis ers ou!ds on a mi- 
ployé la même rnelie : un (jn.nl/ilf, dont le «(isenuMi! doi! se 
trouver sur les li<ii\. Il m \ a prescpn* pas de pièri's acliexées, 
re (pii deinnnirr rpi d >a«;i! rra!eliers de ial)ri('a!ioii. Ces lirux 
préHiMi!en! rerlaiiu's analnj^ies aver les ^rand> a!rliers pndiis- 
Inricjnrs di's |'*.!als-l nis. eonime rrux (pn nul •'•li- <li'rri!s par 
\l W II llulnirs 170.171 

\l. l'.rlancl \ordenskiold 261. |> i.|.,) a lij^urr (pirhpies-nns de 
<M».Hnu!iU, recueillis par la Mission Suédoise, el j'en reproduis 
iri, /i</. ///'. d'autres jïiéces. Ellrs snni en «;<'néral oxales. 
|M)in!ne^ ou eliipli(pH*s; raremen! on en Irouvt* (lui (léno!enl 
un»' ♦«prri.dis.ihtHi (luelroïKnir. Les plus petiles. romine ('«'Iles 

l'Iaiiilii' \l.\ ii>«iiii Mil. » Il ii-^ijr âG^. 



ARCHÉOLOGIE DE LA PLNA DE .IL.IUY. 507 

d'en haut à droite sur la figure, peuvent aAoir été employées 
comme j^ointes de flèches, mais ces petits spécimens sont 
très rares à Saladillo. Presque toutes les pièces sont de ces 
instruments universels que Ton trouve dans les gisements 
paléolithiques du Vieux Monde et qui doivent aNoir servi à 
dilïérents usages : comme couteaux, comme grattoirs ou ra- 
cloirs, etc. Les pièces de Saladillo sont un peu trop petites 
pour être comprises sous la dénomination de « coups-de-poing- » , 
d'après la définition que donne de ces instruments Gabriel de 
Mortillet (246, p. loi etsuiv.), et si on les comj)are avec les figures 
typiques de coups-de-poing chelléens du même auteur (247, 

pl. V, fig. 28-39). 

Les pièces de Saladillo ressemblent parfaitement aux instru- 
ments acheidéens et chelléens d'Europe. En les comparant aux 
spécimens typiques réunis par de Mortillet au Musée des anti- 
quités nationales de Saint-Germain-en-Laye, je les classe plutôt 
comme chelléens que comme acheuléens. 

Beaucoup d'instruments en pierre taillée de la Patagoiiii» 
ressemblent d'une manière remarquable à ceux de Saladillo. Il 
en est ainsi, par exemple, des pièces qui ont été reproduites 
par le D"" Verneau (368, p. 2G9, 271, pi. xijîg. u, 20) et par M. Féliv 
F. Outes (276, p. -x-i'.u 275, 276, 286, 288, 291, .379, etc.). A l'exception des 
pièces trouvées en Patagonie, et de quelques trouvailles dans la 
province de Buenos-Aires, on n'a pas décrit d'outils en pieri'c 
taillée de la Bépublique Argentine analogues aux outils paléo- 
lilhiques eujopéens. Il ne faut pas en déduire que ces instru- 
ments n'existent j)as dans d'autres parties de ce pays, les 
collectionneurs n'ayant proba])lement pas considéré ces objets 
primitifs comme assez intéressants pour méi'itei' d'être recu(Ml- 
lis. Pour la République de l'Uruguay, M. José H. Figueira (131, 
p. 186, 187, 19/1), et pour le Chili, M. José T. Médina (234. il-. (;:>, 
i/i8, i.')!), ont publié des spécimens ressend3lanl beaucoup à 
ceux de Saladillo. 

Mon collègue; M. G. Courty a rap[)()rlé de plusieurs lociililés 
(le la province de Sud-Lipez, en Bolixie, des inslnini<'nls iden- 

;i7. 



:.r,« A.NTIOIITES |)K I.V IIK(.I(»N \M>INK. 

liciiH'S à ceux cl»» Snlndillo coiiiine foriiH», facture el nialiiTe. 
(^u;inl aux autres ré«(ioii^ «l»- 1' Nimricjur du Sud. je ne connais 
nas (le publications en ce (|ui concernr ces iiishumeiits pri- 
niitils; excepte toutefois rouMM*;»' <l«' MM. Stûbel l'I Hi'iss 
(340. I. pi. -jo, iig. I 1 1„ où Ton \oil (pit'l(|Mrs spécimens proxenant 
(\r di\erses localités de la Ui'puhlicpie de rK(pialeur. (iepMi- 
danl ns diTiiières pièces sont «'ii nh^idirnne. el rlles pré- 
senlenl des dilTereiices notables par rap|K)rt à nos pièces de la 
Pun;i. 

\u coiiliaire, aux Llals-l-nis, nous trouvons beaucoup d'où- 
lils en jïlrrre ciui sont fort analo«^ues à ceux de SaJadilIn. Kn re- 
gardant les plancliesdu j;rand ouvrage de M. Ilohiies 171.|il. wii. 
\\. xMi. \\\. \\\i. x\\\. xi.m.pir.* sur l'ancienne industrie litbi(pie de 
la région du Poloniac it de la baie de (ibesapeake, nous trou- 
vons un grand nond)n di l\ prscpii sont identi(pies à des pièces 
de Saladillo, excepte de petites dillérences résultant des (jua- 
lilés des diverses roclies (|iii ont été employées. M. Abixitt 
(1. I». 7^*. Hi, 90) reproduit des pièces du New Jersey, égalenuMit 
similaires à celles de la Puna. Les mêmes tvpes, (pioicpie en 
général de dimension j)bis grande, se retrouvent dans deux 
études de \I. rii. W ilson 378. fig. 7-11. pi 379. fiK. 30. ai, >5,a7), 
insérées «lans les comptes rendus des congrès tiMius à Paris en 
|8()() et en i()oo. Ces sjM'ci mens son! de dillerentes matièn>s : 
argile srbistensr durci»', (piart/, (|uart/.ite, silex, argilit»', etc.; 
ils pro\ienm>iit du \lassa<bussets, du Wasbington ^Klal), du 
New .fersev, «lu |)ela\vare. Les formes les plus communes de 
Saladillo, c'est-à-dire la forme elli|)ti(|U<' et la lorme o\ale 
iM»inlue, corn*s|)oiulent aux Iv|M'S A' et Fi\r M. (îerard Kowke 
(136. |> iV'>;, (pn donne leur distribution géogra|)bi(pie aux 
Ktats-liiis de la nianien* suivante : Tv|M' /•.' : Wiscunsin, Ten- 
ni'ssee, \ikansas, (iORdine du Nord, Illinois, \ irgini<», (ian>- 
line du Sud; l'xpe /•': \\ isconsin, Teiniessee, Obio, Illinois, 
\ irginie, K«'nlurk\ . \ikansas, (uMU'gie. Il serait trop long de 
(iter davantage di- littérature sur lindustrie litbitjue de iVun*- 
ri(pi(* septentri«»nale; les exemples donnes sullisenl adenionln^r 



ARCHEOLOGIE DE LA PHNA DE JU-IUY. 569 

r 

que presque partout aux Etats-Unis, excepté peut-être clans les 
Etats de la côte du Pacifique, on rencontre des outils en pierre 
taillée du même type que ceux de la Puna de Jujuy. Seulement, 
à Saladillo, il n'existe pas de ces spécimens de grande dimen- 
sion que l'on trouve en Amérique du Nord et aussi, ajoutons-le, 
en Patagonie. 

Ces instruments primitifs en pierre, analogues à ceux de 
Saladillo, ne se retrouvent pas dans les ruines ou dans les 
sépultures que j'ai examinées dans la Quebrada del Toro et 
dans la Puna de Jujuy. Par conséquent, l'industrie lithique 
de Saladillo appartient sans doute à une époque différente de 
celle des ruines de la Puna et de la Quebrada del Toro. 11 est 
logique de supposer que cette industrie est plus ancienne que 
les ruines. 

Quel peut être l'âge des instruments en pierre taillée de Sala- 
dillo.-^ Ces quartzites ressemblent bien aux instruments paléo- 
lithiques de l'Europe; mais appartiennent-elles, pour cela, à 
une époque paléolithique américaine.^ Il faudrait des fouilles 
très considérables dans le gisement pour obtenir des indices 
d'ordre géologique ou autres, pouvant servir à éclaircir ces 
questions, et, d'autre part, les époques paléoethnologiques éta- 
bhes pour l'Europe n'ont pas d'équivalent en Amérique, où les 
hommes des époques les plus récentes ont souvent continué à 
faire des instruments paléolithiques ou néolithiques. Ainsi, il 
n'y a pas longtemps, on a vu à Paris, au Jardin d'Acclimata- 
tion , des Indiens de la Terre de Feu fabriquer des instruments 
qui ne différaient en rien des spécimens authentiquement pa- 
léolithiques. Tout essai pour établir un synchronisme entre; 
l'Europe et l'Amérique me paraît absurde. 

huAncar. 

Huàncar. — Les montagnes servant, du côté sud, de liinilc 
à la plaine des Sahnas Grandes tournent brusquement, ]nès de; 
Huâncar,en angle presque dioil vers le Sud, laissaiil ainsi libre 



570 WTinriTKS DK I. \ llK(.ln\ WhINK. 

I;i |>l;iiiii' n.ii l.i(|ii«'llr nii arriM' à San Viiloiim df ln> (.ohros. 
.liisIriiHMit a l'anj^lr (juv loriiH'ut (M's montagnes, il existr uni* 
|)«lil<' (niliiir (|iii (Iniiiiiir vi la saiitif «•! la plaine (|ii(> nous 
xriioiis (Ir mnilioiiiirr. Sur vt'Hr rolliiir il n'y a jias dr ruinos, 
mais, dans 1rs iM'lilrs \allécs diTrirr»*, «m \oil (jihjjjin's n-sli's 
<!•• pinas (Irtniilrs. 

La cnlliiic (>sl narscilKM' (l«> |»niiilrs Ar ilcclio, (Iniit (|iiri(|ii(*S 
.sp'riiinMis sont rrpnnliiils fuj. I I \\ n' lfi-'25. (!rs ilèrlies 
soiil ïlr inriiirs assez variérs. Pn'Sijiic toutes sont |)«''(lnuculéos, 
(|Mni(|iMl \ ni ait r\(rj)li()mi('llriiicril (1rs spiMiiinns sans p<^- 
(loiM nie. Le n" "l^i est un exeiiiplc de ces dernières |>ointes, h 
ailrrniis, (lui sont du même tspe (lue relies (lue nous avons 
renmuln'es eu ":raud u()ud)rf a Moroiniasi et a Tasld. ()uanl 
a la malirrr, 1rs pointes de lluânrar sont éj^aleinent d'<»s|H»c«»s 
di\erse> : la plupart snn! m sde\ de |)lusieurs sortes ou 
eu ithsidininc iinire; mais on remar(pi<- aussi dts pmiiti's v\\ 
jaspe, en ralcedoiiif, m ( i ii.i i !/, dr div»*rses roulrui s et r\\ roc II es 
\nlcani(pies. 

.lai reciirilli (piehpies ira^iueiil> (rohsidieiiiii- , dfclirls de 
lal>ricaiioii ; mais é\idemiueul ce n'est cpTune |)etite partie 
des pointes «pii ont été lahiupiees sur les lieux : la \ari«'t«' de 
lorine et df matière le dniioiil i r. Il laudrait |)lutôt sup|)oser 
(|tn' «lis h.it.iiijis (iiij iti Jiiii siif 1,1 coHiiu' et (pir celle-ci a 
souvent servi de <-amp au cours de «grandes cliassps ou d'exjx^- 
rlitioiis t;uerri«'res. I.i |)nsitSo!i slraté«;i(pie dominant les deux 
pi. unes cl l'existence d eau douce au pird de crttr coHiin' la 
rrudeut trrs prn|)re à ces lins. 

Pointes de flécties de la Quebrada de! Toro cl de la Puna 
de Ju)uy. — .l'ai réuni, fi(\. I l'J, des spécimins dr jxtintes de 
lleclirs (pir j'.ii recueillies dans dillerenls endroits, an cours 
de mou dernier \(»vaj;e, et je prolite de celle occasion |>oui- 
laire (pielcpirs réflexions résultant de la comparaison de ces 

|HMUfes. 

Lis \ill.|ir(.s dc Moiuluiasi, i\c Tastil ri dr l'iKai.i cir Ilin- 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE .lU-IUV. 571 

conada avaient évidemment chacun leur fabrication locale de 
pointes de flèches. Toutes les pointes trouvées dans chaque vil- 
lage sont du même type et de la même matière : à Morohuasi , 
des pointes d'obsidienne noire sans pédoncule, à ailerons et à 
bords légèrement arqués; à Tastil, des pointes en silex vert, de 
la même forme, mais plus grandes; à Pucarà (voir le n" 42 de la 
planche) , des pointes en silex gris , toutes absolument semblables 
comme forme et égales comme dimensions, pédonculées, lon- 
gues et étroites, à bords droits. A Morohuasi et à Tastil, j'ai 
rencontré , il est vrai , quelques spécimens qui diffèrent du type 
général; mais ces exceptions sont tellement rares, qu'il n'y en a 
pas une sur cent pointes de forme ordinaire. Il n'y a que les 
pointes de Huâncar et de Quêta qui varient de forme et de ma- 
tière. Quant aux ruines de Puerta de Tastil, j'ai déjà, page 35 7, 
signalé ce fait remarquable qu'on n'y trouve pas de pointes de 
flèches. A Sayate, comme nous le verrons, les flèches trouvées 
avaient des pointes en bois. Enfin, à Sansana, j'ai rencontié 
quelques pointes en silex, identiques à celles de Pucarà de Piin- 
conada. 

Nous remarquons une différence très notable entre les 
pointes de flèches de la Quebrada del Toro et celles de la Puna 
de Jujuy : les premières n'ont pas de pédoncule, tandis que 
celles de la Puna sont en général pédonculées, à de si rares 
exceptions près, qu'on est tenté de croire que les flèches sans 
pédoncule sont de provenance étrangère. 

Pour comparer nos pointes avec celles des régions environ- 
nantes, il nous manque malheureusement des documents de la 
région diaguite. De Lipez, mon collègue M. Gourty a rap])orté 
un grand nombre de pointes, toutes pédonculées, à de rares 
exceptions près. La plupart se rapprochent comme forme de 
celles de Pucarà de Rinconada, et sont faites de silex gris. 
M. A. de Mortillet a recueilli aussi de nombreuses pointes dans 
la Vallée deTarija , toutes pédonculées. De Tolomosa, dans cette 
même vallée, M. E. von Rosen (316, pi. x.) donne des figures d(^ 
quelques spécimens, dont un de noire typcdc» la Ouebrada del 



572 WTini ITKS |)K I. \ IIK(.I(»N XNDINK. 

Toro, sans pédoncule; mais il s'a«;it l.i d mir rNcrptimi. I.a 
Mission Fraiiçai.s<> a rap|X)rt(' aussi une collection i\ti noiii- 
lireuses |)ointes (h' fleclics do Tialiuaiiaco, de roches très \i\- 
riées : silex, cahédoim', quartz, ohNidienne, etc. (les |><)inte>< 
sont |)n*s(jue toutes pr(loii(ul«M's. Kii se basant sur ««• uialeriel, 
on |M?ul «'tahlir la re^ie (jue les |Knutes de llèclies |M'd(nicul<'es 
son! 1rs |)liis (-oniiuuiies d.uis la Puna argentine et sin le liaul 
plateau i)(>li\ieii, et (|ue celles de la Quebrada del Inrn n Oui 
pas de pedonculf. 

Quant à la Pata«^onie, à la H«'pul)li(|ur de II ru«;uav et au 
(iliili, on a décrit de nombreuses pointes de llecbes en piene 
l'ii provenant. Pour le pninier de <es |)avs, le D' NeriU'au 368 
pl. XII', M. Lane l*'o\ (204) et M. Ouïes ,276. p. 376 ri «liv.) en li«;u- 
reiil un bon nr)nd)re. Puni- Il ru;^uav, M. Figueira {130.pl. 7. »-i, 
i3i, p. 19.1-309), et pour I)' rliili, M. MiMlina (234. lii;. Ati-56. 6o-64), 
reproduisent beaucoup d(> s|x>ciiiieiis (pii . jxiiiil.i |ilu|).iit. n's- 
.send)lent aux Iniims iiataj^oniennes. (i«'s jK)intess<jnl en général 
très dillerentes de celles du liant plateau. Prescpu* toutes .sont 
beaucoup plus grandes cl pins grossièreuïent traN aillées. \.v 
type le plus conunun dans l«'s pays nientionnes est une grande 
|)oiiite presfpu' aussi large qtn» longue, et pourNur d'un pé- 
doncule court el Ires large. O tvj)e n'existe pas sur le li.uil 
plateau. Quant au type à ailerons sans pédoncule, de la (^)ue 
brad.i de| Toro, ain un des auteurs cités n'en rej)ro<luit desp*- 
ciinens. i^es lornu's patagoniennes s'étendent sur la côte du 
Pacifnpie juscpi'an nord du (ibili. \ Antofagasta, à en juger 
par une collection publiée par M. l'\. Senecbal de la (irange 
(329), il y a déjà très peu de j)ointes des types j)atag(Miiens. Des 
formes à )>édoncules larges y existent ce|)endant, mais les |)lus 
communes sont les p<»inles fines el petites, à ailerons et sans 
pédoncule, ressemblant asse/.an Ispede la ( hnbrada del Toro, 
(pioi(pu* les ailerons .soient moins jirononcés et la base plus 
anguleuse. Des '>(') pointes de (elle collection, 8 seulement sont 
pedoncnlees. |,f»s |M>intes d' \ntoiagasla xarienl beaucoup de 
fornu' et de matière. 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE .lU.lUV. 573 

Je donne ici la iiste des pointes reproduites sur la planche : 

FiG. 119. — Pointes de flèches en roches siliceuses 

DE LA QlEBRADA DEL ToRO ET DE LA PuNA DE Jujl Y O. 



QUEBRADA DEL TORO. 

Tastil. 

1-5. Pointes sans pédoncule, à ailerons très prolongés, base profondément 
concave, bords légèrement arqués. Silex vert. (La pointe n" 2 n'est 
pas achevée.) 

6. Même forme. Obsidienne noire. 

7. Même forme. Silex vert. 

8. Pointe pédonculée, forme triangle isocèle, base presque droite, bords 

droit. Silex vert. 

9. Pointe non achevée, même forme que les n"* i-5. Silex vert. 

Morohaasi. 

10-14. Pointe sans pédoncule, à ailerons prolongés, base concave, bords 

arcpiés. Obsidienne noire. 
1 5, Même forme. Cachelong blanc. 

PUNA DE JUJUY. 

Haàncar. 

16. Pointe pédonculée, à barbelures peu prononcées, forme triangle iso- 

cèle , bords droits. Silex résinite jaune. 

17. I^ointe à large pédoncule, barbelures très peu prononcées, fornu' 

triangle isocèle, bords très légèrement arqués. Calcédoine. 

18. Pointe pédonculée, forme triangle équilatéral, base droite, bords 

presque droits. Jaspe rougeâtre. 

19. Pointe pédonculée, forme triangle isocèle, base droite, bords droits. 

Cachelong blanc. 

20. Pointe pédonculée, asymétrique, forme triangle isocèle, base droite, 

bords droits. Silex gris foncé. 

C' Les roches ont été délermiiiôos par M. le professeur Lacioix. 



57'l WlloniKS DK l.\ llKCilON NMUM 

21. Poinle p*iluii(*ulë«.' , lonm* triaiigli' isocflf, bas»* droile, bords droits, 
Sil«'\ pri-. r«»nri". 

'2'2. Mriiif lorm»'. ( )b>uli»'nin' noin*. 

2'.S. Point»* |>»*»loncul«''»*, foriiK* Irian^l»' «'(juilali-ral . I»as<* pr<*M|U«* droit»*, 
boni» tn** l»*g»»r»*m«*nl arqu»*s. irn''puli«'n'm«*nt dj'nl»*!»'». Obsidiennt* 
noir»*. 

2'l. Point»* san*» |>»'*tlonculc , à ailorons prnloiii^i's . baso proiondt'ninit con- 
cave, bords arqiK's. ()bsidi<>nn<^ noin-. 

2r». Point»' non a» lM*vr«*. Mj^in»* f(»rm»* quo la pn^V-denl»*. Sil»«x gris foncé. 

(hithi. 

2i'). Point»* p<''«lonriil»''»*, f»>rn»«' trian^i»* is<)C«*l«* tn*s allongi*. base droit»*, 
b<»r»ls droits. Sil«'\ gris fonc»'*. ((jclt»* pointt*. cpii n'rst |ws acli»*vé<*, 
•'■(.lit sans doutf (irstinr»* il avoir la in<''nu> fornit* qu** la |M>inli* n" /|:i , 
• 1' Purani d«* Hinronada.) 

27. I*ns«ju«' la niùin»* fonn»*. Caln-doino. 

2H. Point!' p«'*donriili'r, à ail<*rons vrartrs, foruH- triangii* isoc»*l»*; Intnls 
li'p'p'nipnt ronravfs. p»>(Ionrnl(* s»* terminant »*n point»*. ()arb«'lon^ 

I , .SI-, 

2'.). Piiiiilf sans pcdunriilt*. .1 ail*r<iiis, bas»* profomli'nii'nt ronravc. bords 

l(^(>n*nii*nt aupit's. Obsidienne noire. 
M). Mi^nie Tonne. Silex pris fonr*^. 
IW . P»)inl«' pcdonciiire , triangulaire, l».is« «Imiie, Imids dentelée, l»*g»*re 

nient iinpirs. JasjH' rou^i'àln-. 
.'^2. Poinlr pedonrub'e, trian;;iilaire. à coins arrondis, bonis légi renii-nt 

anpié.s. Calr('*doine. 
XS. pointe p<'*donrul('>c , f(»nne triangb* isoci-le. bas»» droite, bonis ilniits. 

Sijev j»ris lonré. 
.'^'l. Pointe sans pedon<ule, (orme triangle presque étpiilatt'rai . base |»'*ge 

renient ronrave. bords pres^pie «Iroits. Silex gris fijnr*'. 
,'tr». Pjiinle il large pi^donrnle, à barbeiure» tn*;» |x*tites. forme triangle 

é<piilatér:d . bords très Irgèrenient arqu<'*s. ()alc«'*doine. 
'MS. Point»' pédonculée, jonne triangle isor»*le, bas»* prespie «Iroite. 

b»»nls droits. Silex gris fonn*. {C»*lte |>oinle n'est pas compl»*te- 

ment acbevi-e. ou plutôt s;i taille a •'•té manqu«'*e. rar elle »*sl ln»p 

épaisse.) 
'M. Pninti' siUïH |)»'*donrule , à ailerons. bas«> aiicub'Use. bonis li^gi>remenl 

arqués. S'i\rx gris foncé, 
.'IM. Pointe p'donrulée, fonne triangle ivïcèle. base presque dntite, b«»rds 

anpit's. Sile\ uris fonr»'*. 



AHCHKOLOGIE DE LA PITNA DE JU.IUY. :^l:^ 

39. Pointe pédoiicLiléc, ioiiiic triangle presque équilatérai, base droite, 

bords droits. Silex gris foncé. 
^lO. Même forme. Obsidienne noire. 

41. Presque la même forme, bords légèrement arqués. Silex gris foncé. 

PacarA de Rinconada. 

42. Pointe pédoncules, forme triangle isocèle très allongé, base droite, 

bords droits. Silex gris foncé. 



Pl. XLM. 




4 4 ♦ ♦a^' 

IAA44 




♦ ♦ 



l'i 



g. ,,2. __ Ourl.nula .Ici Toro cl l>.ina dr .Iiijiiy. |'(,inl,.s .Ir ll.Vhcs. - Cran.lc.ir ik.ImivII, 



III. - REGION DES ATACAMAS. 

D'El Moreno je me suis rendu flirectement à Al^raparni^a, 
en suivant le bord oriental de laLaguna de Guayatayo. C'est un 
long voyage, de près de i5o''°', à travers la plaine désolée de la 
Puna; on ne rencontre d'eau douce qu'en un seul endroit, 
à peu près à mi-chemin. D'Abrapampa je me suis dirigé en- 
suite à l'Ouest, vers Cochinoca, chef-lieu du département de 
même nom, petit village habité par des Indiens, par les auto- 
rités et par deux ou trois commerçants qui vendent principale- 
ment l'alcool de canne à sucre apporté des plantations de la 
Vallée de San Francisco. La consommation de cet alcool paraît 
être la principale occupation des habitants de Cochinoca, 
surtout des autorités. Ces représentants de l'ordre vivent en 
effet dans une orgie continuelle : ils étaient tous tellement ivres, 
qu'il me fut littéralement impossible de leur parler pendant 
trois jours. Aussi l'honnêteté n'est-elle pas une de leurs prin- 
cipales qualités; j'ai la certitude que les autorités ne furent pas 
étrangères au vol de l'un de mes meilleurs mulets. La seule 
personne sensée était le curé, un Espagnol d'une instruction 
supérieure à celle de la plupart des membres du clergé de ces 
pays. Ce prêtre, M. Domingo Filgueira, s'est occupé de fouilles 
dans les nombreuses grottes funéraires des environs, et je lui 
dois nombre de renseignements intéressants à ce sujet. 

Le village de Cochinoca est ancien. Son église fut achevée 
en 1698; les frais de construction, y conq:)ris le vieil autel, 
ont été payés par le maestre de campo Camperos et par sa 
femme, Dona Juana de Ovando de Camperos. L'église de Casa- 
bindo doit être encore plus vieille , mais les registres qui y restent 
ne datent que de 1793. M. Ambrosetti (23, p. n) cile un docu- 
ment, conservé dans les archives de la ville de Salta, d'après 
lequel Don Pablo Bernardez de Ovando fit, le ').(] octobre 1655, 
meired en laNcur des Indiens de Cochinoca et de (-asabindo des 



:,78 wrinuTKs DK i.v r.».i.h)\ wdink. 

l<»rn*s sitiHM's autour (l«* ces villages. Les Indirus en soiil encore 
|)ro|)riélain's, en Nertu (le cet!»' merced. el ils uni ;;a«(né un Ion»; 
prorrs intriil»' contre eux par l.i laiiiillr Camperos (pii n\eii(li- 
(piail crllr propririr. 

\la \i>itr a (iocliinoca a\ait pnm l)nl d i \plorer se> j^nitlrs 
îMMHilcrales •'! il»* m»' rriidn- conipir dr I «Inidur du territture 
jadis liahitt' par Ifs Indiens ayant i«-iM ( nilrr a Ciasahindn. Ir 
iTai pas cru à projMjs de prendre ce dernit-r endroit, situe à 
lô^'an Mid dr (iocliinoca, connue tlieatre dv mes recherches, 
<ar ir l'aNais d«'ja \i>it«' en i()(>i.«t les collections cpii v lurent 
laites à celte iMxxpie p;>r la \Ii>>Mon Suédoise seront, je res|)èi-e. 
puhliees lot ou tard. 

(iasahindo a été aiissi Nisite p;ii \I. \l.i\ I hl» en i8i).). .lai 
donc IrniiM' itlus nileicss;iii| de ( Ii(>i«>ii- pour nu's ioudies une 
autre (piehrada des eii\nniis, c cilc de SaNate, dont l'entrée est 
située à nii-chennii entre (ineinnoca et (.asahnido. 



s\^ \l i;. 

\ iainhdlos, on entre dans l.i «piehr.id.i de I \rrn\(» de 
Savat»', ruissr;iu \enant de l.i Sierra de ()uichaj;ua et se jetant 
dans le Hio Doncellas (pii n'joint le j^m Miraflores; les eaux de 
ce dernier se deNerseiit d ins la La;funa de (iuavatavo. Kn n*- 
inontant celle (pu'hrada pendant i)^"*, on pai'\ient à un endroit 
où elle s'elar^^it. Le sol de la petite \allé«' et les inonta«;nes cpn 
la hornent s<»nt lorinees de Ira» lixtes el d'andésites, sur h's<pn'|s 
l'érosion a lorleinent exercé .son iniluence. Des j;rottes natu- 
relles ont été creusfM's par les eaux dans ces n>ches. La plus 
^rand»' a une trentaine de nn'tre^ de laii^eur sni' une pro- 
londeur \ariaMe de i^.ïo à .>"'. Llle est divisée en plusieurs 
conipartiinenls naturels, tellement onxerlsdn cote de la «pie- 
hrada , (pie dans certains endroits le nom d ahri sons nudie leui- 
conviendrait mieux (|ue celui de grotte. 

Les di\ers compaiiimeiils de celle :;rolte conlenaieni un 
•;rand noinhre de s<pielettes recouverts en partie <h* chair ino- 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUV. 579 

mifiée naturellement, mais tous avaient été bouleversés par les 
chercheurs de trésors qui en avaient détruit la plupart. La 
grotte avait certainement servi de sépulture à plus de cent 
individus, ])eut-être à deux cents. Tous les cadavres y avaient 
été déposés en position accroupie, les jambes et les bras rej)liés 
sur la poitrine. Des murs en ])ierre, bâtis à l'aide d'un mortier 
déterre glaise ^'^ avaient jadis lermé les compartiments de la 
grotte vers l'extérieur; on voyait encore les débris de ces 
murs, bien que les chercheurs de trésors les eussent détruits 
presque partout. 

Crânes. Mutilation dentaire. — J'ai recueilli, dans la grande 
grotte sépulcrale de Sayate, les crânes que décrit le D'' Chervin 
(99, t. m) sous les n°' i5, 16, 17, 18, 20, 21, 22 et 2 3. Le 
crâne n° 19 et le squelette n** 2 /l proviennent d'autres grottes 
de cette localité, comme nous le verrons plus loin. 

La plupart de ces crânes, comme aussi de ceux provenant 
de la Quebrada del Toro (Golgota, Puerta de Tastil et Tastil), 
de Pucarâ de Rinconada et de Galama, sont artificiellement 
déformés. Je laisse à M. Chervin la description des crânes 
et de leurs déformations, mais je remarquerai ici que l'on 
trouve des déformations dilïérentes dans la même localité 
et que la distribution des diverses catégories de déformations 
ne permet pas d'établir des analogies ou des différences entre 
les diverses localités. Tout au plus peut-on dire qu'une cer- 
taine catégorie de déformation est plus fréquente ou plus rare 
dans une localité que dans une autre, ou qu'une certaine dé- 
formation manque dans telle localité. Cette même observa- 
tion a été faite dans les cimetières préhispaniques du Pérou et 
de la Bolivie. Les documents du xyi*" et du xyii" siècle nous 
donnent d'ailleurs des renseignements au moins sur deux 



''' Chose curieuse, les ruines dan- mais les rnuis (|ui referment les grottes sr- 

ciennes habitations, dans h» Puna comme pulcrales sont tous bâtis avec de la terre 

dans la région diaguîte, sont presque sans glaise comme morliei-. 
exception en pierre sèclie, sans mortier, 



hm) 



\NiioiiTK> \n. I. \ i;k(.I()n wdink 



calr«;orir.s (liMlcIorinatiuiis rraiiirniirs vu vof^ue parmi \vs In- 
diens (le ces rrgioiis. \ illa Gômez (370, fol. 5«) iiieiitioiine l<*s 
Hrlormalioiis nminnôos cavtiima '■ et paltaiima \ et, clans une 
lisfj' (\i's • sii|><>rstilinii.s (1rs Inriicns ■, dn'.ssjT par le (ionriii' 
proxincial (!<• Lima «mi i 5()- il816ù.p. ao.^), nous Inuntuis cl«»s 
(If'fiiiilinn.s, hirn (|iif* pm pn*cis<*s, clo ces rlélormatioiis dont 
1rs noms \ son! rcrils rnito/mmn «•! paUtthoma. La jinMiiièn* con- 
sistai! a • allon«;<T fl amincir la tr*le ■ [llaccn \^las cahczas^ miiY 
lari/as (ulrhiazanihlas . y liazivndulns aiir reiu/a al nutlde de iinos ronut 
hnin'hs, tjiir llaman iliuni, nnifosltis v Inrutjus ; la si'cnnfle, à 
• aplalir la Irlr rt élar;;ir Ir iront •• [Uacrn las lahnas llanas y 
mu lias en la /rriitr . Dans l»* prrmirr cas, il s'aj^il éNidrmmtMil ilv 
la déformation rnnrilormo rourlif'e, dite > dciormation av- 
marai;dans jr second, d un»- driormation Irontalr, condtimH' 
|MMil-(^trr a\r<* un»- driormation ocripitalr, siiivaiil un plan 
jilns nu iiinjns |)arall('lr à rtjiii dr la déformation in>ntale. 
(îarcdaso de la \ «';;a '140: 1. 1\. c. \iii; i.»l. a.l3) décrit le procède 
(|n'emplo\ aient les Indiens de Manta, sur la rôle de la Hepn- 
l)li(pie acintlle de 1 li(jiiatenr, pour applicpier à leurs eidanls 
une deiormation ironlo-ocripilale; ils le taisaient on atlarlianl 
mit planche dr hois mii K- Irnnl el une autre sur roccipnt ; 
tous les jours on serrai! lis lii^atures <le ces |)lanclies, juscpia 
ce (|nr l'eniant eut atteint la»;»' dr \ on f) ans ( Drfttrmahan las 
laht'cas à Ins ninns en nasncndn, juniianlrs una lahlilla m la /irntr, 
Y olra m cl mlndnllo, y sr las apn-taltaii dr dia m dia hasia uur 
rrnn dr (juatm e rmrn a fins , para niir la ( ahr:a mirdasr am ha dr un 
ladii al nlm, y ant/ttsta dr la /rriitr al mlodnlln . ( iieza de Le»)n 
(fOi.c. i..p. 5o4) parle aussi de deux déformations: « . . .les nus 
allon;;eaient la tète, li-s an!ns rélarj^dssaienl • umts la liairn 
[la caltrza] anrlia, y nlms lanja'. Kn iSy.S, le \ ire-roi Tolecio, 
flans I nnr i\r ses ttrdrnancas 48: I ii. lii. i\. ord. \m; fol. iA<>), «lé- 
lend .Mi\ hxliens d«' rontinuer a déformer les tètes de leurs 
entants. 



kmln lit. Iici«||i«. ronlrlcllr. mima li^all|^r••. — ' Pnllhi «|il«li; 

li'lr .Ti'ii- • ■•iii|iriiiii>f> au iiKi\rn «Ir l«Mr : «T^c «nliilir ». 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 581 

Le crâne le plus intéressant de Sayate est le n° 1 5 , reproduit 
fi(j. 113. C'est le crâne d'un enfant âgé de 7 ans^^l Les inci- 
sives supérieures et l'une des incisives inférieures sont tombées 
après la jnort, probablement lorsque le squelette a été remué 
par les chercheurs de trésors. Les trois incisives inférieures 
restantes ont été limées, pendant la vie du sujet, en formant 
des incisions presques rectangulaires, partant du bord tran- 
chant des dents et ayant environ o™ 00 3 de largeur et près 
de o™ oo4 de profondeur (de haut en bas). Les surfaces limées 
sont à peu près planes, les angles de l'incision presque droits 
et bien déterminés. Sur l'une des incisives mutilées, les par- 
ties saillantes ont été cassées, comme on le voit sur la figure, 
mais la surface des cassures démontre clairement que cette 
dent a été limée de la même manière que les deux autres. Pro- 
blablement, la quatrième incisive inférieure, celle qui manque, 
a été aussi mutilée. En ce qui concerne les incisives supérieures , 
on ne peut pas le savoir, car elles manquent. 

La Mission Française a rapporté de la Bolivie d'autres 
crânes ayant des dents limées et qui seront décrits par M. Cher- 
vin. Ces dents diffèrent de celles du crâne de Sayate par la 
forme des encoches qui sont triangulaires, terminant en pointe, 
au lieu de former un rectangle comme les encoches des in- 
cisives de ce dernier crâne. 

Ces crânes sont les premiers crânes anciens à dents défor- 
mées qui ont été trouvés en Amérique du Sud , si nous excep- 
tons toutefois une dent incrustée d'une turquoise, dont 
l'existence paraît d'ailleurs très douteuse, car le seul renseigne- 
ment que l'on ait sur cette dent est celui donné par M. Heber R. 
Bishop (63, II, p. 101), qui dit : « Une dent, incrustée d'une tur- 
quoise et étiquettée «Peru», est exposée au Musée d'ethno- 
graphie de Berlin». Sur ma demande, le D*" W. Lehmann a 
eu l'obligeance de rechercher cette dent au musée, mais il n'a 

'*' L'àg(; a élé déterminé par M. le D' Verneau. 

ir. .18 



r,82 WIKMITKS I>K I. \ nK.r.loN \M)INF. 

j.ii 1.1 troiivpr. I.<'.s clironi(jin'urs espaj^nols ne parlant pa> di» 
mulilalions dnitain's dans rAnurirju»* nuTirlionalr, sauf («•lli» 
pralicnuM' par !••> lluan(M\ilras(l«' la cotr (le Ihcpiatriir, hujucll»' 
ii'c^sl pas uiit' (Icroriualioii aililicitlh- |)mpn*nn'i!t dih*. ( .'wza de 
l^<Mui 101. r. xtix. p. iioî) rap|X)rte que ces Indiens arracliaienl à 
leurs enfanls trois dents à chaque mâchoire, suivant une cou- 
tume relif^^ieuse im nin* Iraditioii (jiii h'ur «'tait j)roj)re. D'apn»s 
(iarrilaso dr la Vega (140; I. u.c. m: fol. aa8i, ce serait i'Inca 
lluavna-(!apac (pii aurait inqK)sé aux chefs des IlnanraNilcas 
cettr mutilation commr punition, parce rju'ils avaient manque 
a ienrs promesses di- lidrlit»- envers son père. Le |)enple, en 
\ovanl si's caciques se distin«(uer de cette manière du rrste de 
la nation, adoptait alors Noiontairement 1 hahitudi- (\r cette 
Miutilalioii dentaii')' <|iii (lt\iiil :iiiisi unf iii(»de «générale chez, 
les lluancavilcas. 

Parmi 1rs Indiens actuels du Hresii, on a constate (piehpies 
cas d'une (h'Inrmatiofi denlnire (jui consiste à limer les inci- 
si\es e| les canines p<»ur les rendiM' pointues. I)'a|)res \on 
Martius 231. 1. 1». BSfi;, les Miraidias (pii hahilenl entre le Hio 
Cauinarv, le Rio I(;a et le liio \iipur.'i, au nord de r.\ma/.one, 
aij^uiseiil leurs (anines juscpTà les rendre hien pointues. 
\l. (luido Ho^'i^iani (65. |». ic»5) a observé chez les (iaduv(M>s du 
Matto (irossn ta même hahitude, s\ipj)li(piant aux canines et 
a toutes les incisi\es supérieures. Kn les limaul , ds 1rs < n'iidenl 
lrian;;ulaires comme les dents d'une scie». M. Hoi^^iani croit 
(pie rohjet de cette mutilation est |)Uieinent esllieti(pie. Dans 
l'extrême nord de l'Américpie meridional(>, sur 1 isthme de 
Panama, M \ !.. Pinarl 288 a (>l)srr\(> la coulume de limer 
les canines en lorme de |K)inte. < Im / les (luyamis de Veraj;uas. 
(ihez ces Indiens, les jeuiu's lemines eide\ent aussi la canine 
sup'rieure j^auche, à l'occasion de leur j)reiniere inenstruaii<tii 
et en si^ni' de nuhilité. (l'est à c»'s mêmes Indiens, prohahle- 
ment, (jue se rap|M>rte le renseignement pul)li«' j)ar M. von 
Tschudi (358. V. p. .4oî , d'après lequel les indiens de l'isthme de 
Panama ont les dents limées en pointe. Linfin, suivant M. von 



Pl. xlvii. 




Fie 



Sayatf 



Crâne ayant les incisives inférieures déformées à encoches. 





Fig. ilxlx. — ((. Incisives médiane et latérale supérieures, à encociies, de Cerro Monloso (\era 
Cruz), Mexique. — /'. Incisive latérale supérieure, à encoclie, di; Cuicallan |^Ua\ara\ Mexique. 
— c. d. Bouches humaines à dents déformées, représentées sur des poteries; de Mislequilla et 
de Paso de Coyoluca (\'era Cru/.) , Mexique. — (Dessins du D' \\ . I.ehmann. i 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 583 

Ihering (176, p. 21 5), les indigènes de Pernambuco ont également 
l'habitude d'aiguiser leurs dents en les limant, mais cet usage 
aurait été introduit chez eux par des Nègres esclaves qui l'au- 
raient apporté de l'Afrique ; d'ailleurs cette coutume est en train 
de disparaître à Pernambuco. Ce sont là tous les renseigne- 
ments que je possède sur les mutilations dentaires de l'Amé- 
rique du Sud. 

C'est plutôt au Mexique et dans l'Amérique centrale qu'il 
faut chercher les différentes formes de la mutilation dentaire. 
Le D"" Hamy (155; déc. n, n° xx, p. 161 ; déc. III, n" XXVIII, p. 88) a publié 
deux intéressantes études sur ce sujet sous les titres de : La 
dent (l'or de Tepito et Matilalions dentaires des Huaxtèques et des 
Mayas. Ces études et une publication récente du D' Richard 
Lasch (207) sont les principaux ouvrages que nous possédions 
sur les déformations dentaires en Amérique. 

Le Popol-Vuh (76, I, c. 6, p. 45) nous offre la légende du per- 
sonnage mythologique Vukub-Cakix (Sept-Aras), qui avait des 
dents incrustées de pierres précieuses. Il mourut parce qu'il 
laissa extraire ses dents par le vieillard et la vieille nommés 
le Grand-Sanglier-Blanc et le Grand-Blanc-Piqueur-d'Epines. 
Brasseur de Bourbourg traduit : « On acheva de lui enlever ses 
dents de pierres précieuses qui brihaient dans sa bouche ^^^). 
Plusieurs des premiers historiens espagnols du Mexique men- 
tionnent aussi la coutume des Indiens de se mutiler les dents. 
Ainsi Sahagun (320; l. x, c. xxix, S 8; t. m, p. i33) dit que les Huax- 
tèques « aiguisaient leurs dents et les teignaient avec des cou- 
leurs noires». Suivant De la Mota Padilla (249, p. 1), les Indiens 
de Pânuco (Etat de Vera Cruz) non seulement taillaient leurs 
dents en pointes aiguës, mais encore y pratiquaient de petils 
trous qu'ils mastiquaient avec une matière noire. Gomara (148, 

''^ H y a un autre passage [ibid., p. 33) face du ciel » La traduction serait plutôt : 
où Vukub-Cakix se vante d'être lo Soleil. «Mes dents brillent de pierres bleues 

11 dit : Nuipu ve rax çavacoli cJii ahnli (juche connue la face du ciel» , car le mot cjuiché 
ri u «a caA, ce que Brasseur traduit :« Mes rax est «bleu» et ahah est «pierres». Il 
dents brillent dans leur émail comme la s'agirait donc probablement de turquoises. 

38. 



58^ WTloriTKS DF. I. A F\Kr.ION WDINF.. 

r.xi.%11. iol. 55) mentionne également Tappointage des dents, «en 
forme de scie», chez ces Indiens. Diego de Landa '203. p. i8i), 
rn parlant d<*s lndi«'nn«*s de Yurat.in, dil • qu'elles avaient |M)iir 
routunic d«' se rouprr Ifs dents rn iorine de scie, ce (lu'elles 
consid»Tairnl c<»inmr une manjue de beauté; c'étaient les 
vieilles femmes (Uii leur rendaient ce senice en Imr limant 
1rs (jrnts avec une certaine pierre et de l'eau ^. Qvw veut dire 
cettr phrasr : «Se couper les dents «ii forme de scie»? Cette 
expn'ssion n'est pas très claire et peut sa|)|)li(juer aussi bien à 
rap|>ointage des (b'nts (pi'à la déformation (Irs dfiits du crànr 
dr .Sa\;ite rt aux dents mexicaines conservées au Musit dr 
Hrrlin et (pie nous allons décrire. 

Les trouvailles arcbéologicjues faites au Me\i(jue compren- 
nenl drs |)ièces présentant trois catégories de délormation den- 
taire : 1. les creux faits à la surface des dents |Miur v incruster 
des j>i»»rn's précieuses; II. l'appointage drs drnts; III. les <mi- 
coclirs d<'N bords Ir.nicliants, comme sur b's incisives du crâne 
de Saxale. 

I. ( i'esl .1 la j)remiére catégorie (jue se rapporte la legiMide 
de \ iikiib ( !aki\ , el iinr variante de celte coutume était celle des 
Indiens de IVmuco, (b» pralicpier à la surlace de leurs dents de 
petits trous «piils rempliss^iient avec une matière noire, au lieu 
d'y incruster d«'s pierres. M. Ilamy (155: «l«v. m. n* \\\ut: p. <)i) dé- 
crit et ligure une tète bnmaine, en terre cuite, appartenant à 
la collection du comte de Leslrang»* el provenant de loudies 
exécutées dans le» ruines de Tejar, j)rès de Me<lellin, dans 
l'Klalde Vera (Iruz. Lcsqu.itre incisives su|>4>rieureNd(> la boucbe 
«Milr'ouverte de cette t^te présent<*nt des trous cvlindri(jues 
réguliers, avant emiron o* oo3 (1< diamètre el o"ooi de 
profondeur. Dans une sépulture des environs de (^im|>ecbe, 
on a rlecouvcrt un maxillaire su|><'rieur. reproduit aussi par 
M. Ilamv ny»^.. p giy et présentant une mutilation pre.s<pie 
identique h celle de la t/^te en terre cuite de Tejar. I^es inci- 
sives el les canines ont au centre de leur surface antérieure des 



AKCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 585 

trous cylindri(jaes, de o" oo3 de diamètre et o" ooi de pro- 
fondeur. Dans ces trous sont incrustées des turquoises, de 
couleur bleu-verdâtre , dont la partie visible est convexe et 
polie. Le percement de ces dents paraît avoir été obtenu par la 
rotation d'un petit cylindre creux manœuvrant indéfiniment 
sur une mince couche de poudre siliceuse. M. Marshall H. Sa- 
ville (323,p. 35/i) a rencontré des dents décorées d'une manière 
semblable dans une sépulture de fEtat d'Oaxaca. Ces dents 
étaient incrustées de morceaux d'hématite, au lieu de tur- 
quoises. La tombe, bâtie en pierre et montrant une archi- 
tecture et des décors zapotèques, se trouvait à f intérieur d'un 
tumulus, fun des « mogotes de Xoxo», près de Xoxocotlan, 
dans la Vallée de Zachila, à deux lieues au sud de la ville 
d'Oaxaca. Le tumulus avait été antérieurement fouillé par le 
D"" Sologuren, et les dents étaient éparses sur le sol de la 
chambre funéraire. Quelques-unes de ces dents étaient aussi 
limées. D'autre part, M. Heber R. Bishop (63, n, p. loi, n° 3io), 
dans sa magnifique Iconographie sur le jade (imprimée ré- 
cemment, après la mort de l'auteur, à cent exemplaires seu- 
lement) , représente trois dents incrustées dejadéïtes vertes, de 
la même manière que celles que nous venons de décrire. Ce 
sont la canine droite, f incisive médiane gauche et f incisive la- 
térale gauche, toutes trois appartenant au maxillaire supérieur 
d'un crâne trouvé par M""" Mary Robinson- Wright dans une 
sépulture de quatre pieds de profondeur, à Tacamarca, près 
de Guadalajara,dans fEtat de Jahsco.Les autres incisives et la 
canine gauche supérieure étaient perdues; le crâne, comme 
tout le squelette , était trop effrité pour qu'il fût possible de le 
conserver. M. Bishop émet fopinion que cette incrustation de 
pierres a été opérée pendant la vie de findividu. Le Peabody 
Muséum possède aussi, d'après M. Bishop, des dents incrustées 
de pierres et provenant du Yucatan. Il paraît enhn que der- 
nièrement, au cours des fouilles pratiquées dans la Galle de las 
Escalerillas, à Mexico, M. Leopoldo Batres a trouvé des dents 
incrustées de pierres. 



586 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINK. 

II. La cleuxirmr calcgorie de déformation denlain*, ra|>- 
jX)iiila«;«', |M'iil se voir sur un crâne trouvé dans un cinietirn» 
tollr(|Uf (!•' Crrrn (!»• las Paliiias, au sud-est de Mexico, en 
l86ô, par M. Doutn'laiin*, pirsid^nl de la Commission fran- 
çaise crrtlmn<;ra|)liir au M«\i(jur. Cr cràiu' <*st (nnscrxr au 
Muséum d'hisloin' nalurcllr dr Paris. L«* mavillain' su|)4'rieur 
conserve les drnts, dont les incisives et les canin(>s ont été 
enlamé«»s aux an«;lrs internes j)ar \v lima«;e à l'aidt' d'un corps 
dur cvliiidri(pu'. Les surfaces limées sont n'^ndimuncnt jKjJii's 
et nettement concaves; les vides qui résultent <1«' la pert»' de 
substance mesurent de o^ooq à o"o()'i dr prolmidrur. Parmi 
les llua\té(|ues actuels, il semble (pie l'Iiahiludr (!«• limer les 
dents rn pointe ne s'est pas eucori' |)erdue. Dans nnr commu- 
nicali<m a la Société d'anlliropolope de Paris, M. llamy (157 
rapporlr (pu- (piehpus I lna\t»'(pies j>nrs. Nivaiit isolés dans les 
iiKUiiaLnies, ai'Miiseiit encore leurs dents, comme Ta constat»' 
\I. Piiiarl pendant son dernier Noya^^e au Mexi(jue. 

III. La linisiciMi' catégorie de délormaiiou dentaire est celle 
des dents a encoches formant hun'clieti»', comme celles de 
notre crâne de Savate. Mais c«' cram* est unicpie, car ses dents 
présentent des incisions rectan^'ulaires, tandis (pu* les encoches 
de toutes les autn*s dents connues de la même catégorie son! 
trian«;ulain's, terminant en nn sinl an^le ai^^u. 

A cette (jeniiere \ariete aj)partiennent les crânes Iniliviens 
à dents déformées cpii ont et»- raj)|)ortés par la Mission. Les 
encoches de ces dents ressend)lenl beaucoup à celles des dents 
d'un crâne décrit et hj^uré par le D' Nicolas Léon (216 , pro- 
venant d'une sej)ullure de .San Luis de Jacona, |)rés de Zamora, 
dans l'Ltat de Michoacan. Ce crâne conserxe toutes les dents, 
excepté la canine inférieure gauchi'. Les incisives et la canine 
gauche du n«a\illaire supérieur ainsi cpie I incisiNe mi'diaue 
droite du maxillaire inlV'riiMir sont limées de façon à former 
une encoche triangulaire de 0-003 à o"*oo5 de |)rofond«'ur, 
terminant vu angh* aigu; les autres dents sont intactes. La 
deni d'or de Tepilo, décrite par M. Ilainv 155; <It. n. n*x\; p. i6i). 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 587 

est rimitation d'une dent à encoche. C'est une dent artificielle 
en or qui a fait partie d'un collier trouvé à Tepito (Mexique). 
Cette pièce est conservée au Musée du Trocadéro et provient 
de la collection Pinart. La face antérieure de cette dent est 
creusée de bas en haut par un sillon large de o^'ooi vers le 
bord tranchant, se rétrécissant de plus en plus à l'autre extré- 
mité et se terminant à o°'oo6 de distance de ce bord. Ce sillon 
représente l'encoche des dents que nous sommes en train de 
décrire. M. H. Strebel (339, i, p. 49, pi. vm, fig. M) reproduit photo- 
graphiquement un crâne qu'il a rapporté de Cerro Montoso 
(Etat de Vera Cruz, Mexique) , et dont les deux incisives supé- 
rieures médianes présentent chacune deux encoches triangu- 
laires, mais l'incisive latérale droite, une seule encoche, l'inci- 
sive latérale gauche étant intacte. Le D'^ Walter Lehmann a 
bien voulu me donner des renseignements sur les dents défor- 
mées qui existent au Musée d'ethnographie de Berlin. Parmi 
ces spécimens on remarque un maxillaire supérieur, catalogué 
sous le n" IV Ca. i8o85 provenant de Los Otates, dans l'Etat 
de Vera Cruz, et rapporté par M. Strebel, de son deuxième 
voyage au Mexique. Les incisives de ce maxillaire, dont deux 
sont reproduites, y?</. lia a, présentent également deux en- 
coches dans chacune des incisives médianes, tandis que les 
incisives latérales n'en ont qu'une chacune. D'autres incisives 
à une ou deux encoches, de la même collection Strebel, sont 
numérotées IV Ca. 17^28 (Cerro Montoso) et IV Ca. 18193 
(Los Otates). Le Musée de Berlin possède aussi un crâne de 
Cuicatlan, dans l'Etat de Oaxaca, numéroté IV Ca. 16-] li^ et 
provenant de la collection du D"* Sologuren. Sur ce crâne, 
seule une des incisives latérales supérieures présente une en- 
coche limée, triangulaire. Cette dent est reproduite y/</. ii4 b; 
sa racine est cassée. Je dois ces dessins à l'amabilité du D"" Leh- 
mann. Il est incertain si les dents « limées » du tumulus de 
Xoxocotlan, mentionnées, comme nous l'avons dit, par M. Sa- 
ville, présentaient cette même déformation ou une autre. 
hesfiçj. lia c, d, également dues à M. Lehmann, repré- 



^8« AMIQLrrÉS DE LA REGION ANDLNE. 

sentent une autre variété de defunnation dentaire , intermédiaire 
entn* notre troisième et notre deuxième catégorie. Ce sont 
des |K)leries décorées de faces humaines, dont la ixuiclie est 
reproduite sur nos li'rures. Ces pièces appartirnufut aussi à la 
colli-rlion Sln-hei; r jHirle au Mus<''e de lierliii le m" I\ Ca. 
14.^70 et provient de Mislecjuilla Vera Ou/. ; d, nunu*roté 
IV Ca. 19727, est de Paso de Coyaluca, étralement en Vera 
Cruz. Au liru de faire des incisions au milieu du l>(>rd tran- 
chant des'dents,'()n paraîtS-Ja voir limé en équerre les incisives 








hig. iiS. - MM-m4l>|i|ir« (Ir^ lunniimrnU ilf C<i|tan \iiriilan 
I^ r«rr du Dirii Soiril . «wv I.-, inrnm-* lnn.-rv |) «i.i^^ |r I)' K. SrW. 

médianes suprnnires, laissant une partie de ces <leu\ dents 
.1 un niveau plus has (jue les parties où «-lies se touchent; on a 
rofitiuur «'usuite à limer hori/.oulalemeut le> incisives lati'rales 
juMpi'à ce cju'elles airnt le nu^Mue ui\»'au cpu' les parties has.ses 
des médianes. Cette drlormation se Noil aussi dans des hiéro- 
l^lyphes gravés sur les monuments de Copn (Yucatan). J'em- 
prunte au \Y Seler (328. ,. 719. 7.î,.8i3) les dessins de quelcpies- 
uns de ces hirroglyplies,y(r/. //.'). a est la face du Dieu-Sdeil 
avec les incisives des maxillaires su|M'ri«Mir et inlV-rieur limées; 
h, c, d represefiteut l'hirroglyphe km - Mileil , joiir, l)ieu-S<deil; 
e est rhién>glyj>he du inuiMni i '| . compose de la face du 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUV. 589 

Dieu-Soleil (lo) et du maxillaire des morts (4). Tous mon- 
trent des incisives supérieures limées de la même manière que 
les dents que l'on voit sur les poteries que nous venons de dé- 
crire. Je ne connais pas de vraies dents présentant cette défor- 
mation, qu'on ait exhumées des sépultures préhispaniques. 

Pour compléter le présent chapitre, il ne me reste qu'à 
mentionner la déformation dentaire, bien connue, des Esqui- 
maux, qui emploient leurs dents pour toutes sortes de travaux , 
comme pour extraire des clous, pour gratter et découper des 
peaux, pour des travaux de menuiserie, etc. Les dents s'usent 
bientôt de cette manière, et alors on les corrige en limant ho- 
rizontalement toute la rangée. Ainsi les individus d'un certain 
âge ont souvent les dents limées jusqu'aux gencives. Cette dé- 
formation présente une différence par rapport aux autres caté- 
gories : elle a une fin pratique, tandis que les autres sortes de 
déformation, selon toute probabilité, ont été pratiquées dans 
un but esthétique. 

Grottes funéraires ''\ — L'un des cadavres de la grande 
grotte de Sayate se distinguait par les vêtements de luxe et 
les outils de tisseur qui l'accompagnaient. Ce cadavre était 
revêtu d'une chemise en fin tissu de laine de lama, dont un 
échantillon est reproduit fiq. 119 , jf 1; au-dessus de cette 
chemise, il y avait une enveloppe en tissu grossier et épais éga- 
lement en laine de lama. Dans les plis de ces vêtements se 
trouvaient quatre fuseaux, dont trois sont reproduits //ry. 121 
c, (1, e, WmiWfig. 121 b, et, formant un rouleau, un tissu ina- 
chevé en fil rouge, récemment commencé, ])eut-être par cette 
même personne à qui on l'avait joint dans son tombeau. 

Les fuseaux sont en bois blanc, d'environ o"'20o de lon- 
gueur et o"oo4 d'épaisseur, pointus à leur extrémité inférieure. 
Les fusaïoles sont d'une forme peu commune : une pyramide à 

^'' Voir les planches XLVIII li, insérées après la page 6o8. 



590 ANTIOl lïKS DK L\ IU.(.H).N ANDINE 

base carm* dViiviroii o^O'jo de côté. Lune d'elles, vue d'en 
bas, est re|)résentée par \à ftg. 1*21 , c'. Ces fuseaux seinhlrii! 
avoir éli* nrinls «mi rnu;;»* : il^ |M»rttMit des traces visibles de cettr 
coult'ur. 

l/oulil //«y. l'^ ï h, «Il I)nis(jiii j).»rait pruvrnir dr la Hrdrcla 
brasilicnsts, sans tranch.Mit <l sans pointe, est |)rol)al)l(Mnent 
aussi un outil dr ti^>a«;<'. Il a n'ic) de lonj^ueur, mesuré «mi 
iif^ne droit»' d une extrémité à 1 autre. 

Ce cadavre est un exemj)l<' dr lliahitud»' (juOiil 1rs Indiens 
d«* toujours joindre aux morts les ohji'ts avant eu un ra|)|)orl 
intiiiH' avrc ruv |)<Midanl l»'ur vir. (.eltr pcrsoiinr occupait 
nroi)al)lement une j)()sition «'1«'\«m', comme \v démontrent ses 
vêtements de luxe. F^llc devait élrr liahile tisseuse ou tisseur, et , 
«^ sa moil, oïl l'a mloiirée des outiU «loiit t'll<» se servait iniur 
son art. En rxaminant les sé|)ultures, on linu\f tonjours des 
excinnies de la menu* coutume; de ces cas, I un d<s j)lns lra|>- 
pants me lut rapjxnlé par l'ahhé l'il«;urira : d avait ren- 
contré dans une ^rollc ImuMain', auprès d'une momie, plus 
de cent mètres de cordes roulées; cétait sans doute la lomi)e 
d'un cordier. 

.le ne m'arrêterai pas a la description de chacun des autres 
cadaNres pinson moins him ( onservés. Li'urs vétenuMits étaient 
tous réduits à l'étal de lamheaux; cependant j'ai pu me rendre 
compte (pu> la plupart consistaient en un(> chemise ou tunicpie 
juste assez longue pour couvrir les organes «génitaux, sans man- 
ches ou à manches courtes, l^ajig. 1 16 montre la iornu* de 
CCS vêlements, ils sont composés de deux lés de tissu «mi laine 
de lama, cousus ensemhli- en I. lissant une lente pour |)asser l.i 
tète. On .1 alors plié par le milieu la pièce ainsi formée et ou 
l'a cousuf* des deux cotés, laissant des fentes |K)ur |)asser le> 
bras. Quand il y a des manches, elles sont fornu'es de pièces 
séparées, cousues aux fentes. La tunicpie présente donc des 
coutures jiar devant, |)ar derrière et sur les deux cotés. Les cou- 
tures sont l.ntes au surjet. Suivant la description sommaire du 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 



591 



D"" Seler (327), les cadavres découverts par le D' Uhle dans les 
grottes funéraires de Casabindo avaient des vêtements de la 
même forme. Plus loin,^?^. 189 , je donne aussi un dessin sché- 
matique d'une de ces tuniques, sans manches, en tissu grossier, 
trouvée dans une sépulture de Chiuchiu, sur le Rio Loa. 

Ces chemises, ou tuniques (^camisetas) , dont nous avons parlé 
page i4o, au sujet de l'industrie textile des Diaguites, étaient 
le vêtement principal des Indiens de la région andine. Tous les 
historiens en font mention. Cobo (103, iv, p. i6o) les décrit sous 
leur nom quichiia iincii. Herrera (164; dec. v, i. iv, c. n; t. m, p. loO) 
dit, à propos des Péruviens, que leurs vêtements étaient une 



min 



Fig. 11 6. — Sayate. Coupe des chemises dont étaient vêtus les cadavres 
des grottes funéraires. 

chemise courte et étroite, sans manches ni collet, et une mante 
de laine ou de coton, d'une aune [vara) et demie de longueur. 
MM. Reiss et Stûbel (308) reproduisent de nombreuses tuniques 
provenant de la nécropole d'Ancon, sans manches et ayant plus 
ou moins la même longueur que celles de Sayate. Ces auteurs 
figurent aussi des chemises à manches du même cimetière, mais 
qui sont en général plus courtes, ne pouvant couvrir le corps 
que jusqu'au nombril. Le D"" Hamy (160, pi. xLvm) donne ia 
figure d'une « tunique en coton brodée en laine » , de Pachaca- 
mac. Celle-ci a exactement la même forme que les tuniques à 
manches de Sayate, et elle est cousue de la même manière. 
Seulement les manches sont un peu plus longues. Elle a 0^83 
de longueur et i™2o d'envergure, les manches comprises. 
M. Wiener (377, p. 8i ) reproduit d'autres tuniques, de Paramonga. 
Sur la fresque de Pucarà de Rinconada,y?</. M7, n"' J-S , 22- 



.VJ2 ANTIQIITES DE LA KECJIO.N ANDI.NE. 

29, 60-66, et sur celle de Chulin, //</. 194, n" 4, on voit des 
personiiaj^es ainsi liabHle>. (ifrtains Indiens actnels pirtent 
aussi ces simples vêlements. M. Nordenskiold 264.|>. ^99) en 
fif^nn' nn, sniis manches, de la même lorme que les Inniqnes 
de Savate, lait dr lilnes >é^'élales, en usaj^e ciie/. les Vtsaiiuacas 
et les (iuarayos du Itio Tand)(>|)ata, au nord du lac liticaca. 

Les tuniques des cadavres de Sayate démontrent (jue l'art 
textile V était assez développé. Sans (loiitf, on a trouve dans 
les ancieimes nécro|)oles du l^érou des tissus supérieurs, mais 
cependant les tissus fins de Sayate peuvent être comparés à 
certains de Tancien Pérou comme (pialité, dessin et richesse 
de couleurs. Trois Iraj^ments de tissus tins en laine de lama, 
provenant des tunnnies des cadavres de Savate, son! irpro- 
duitsyùy. 119. 

Ces étoiles sont tissées avec heaucouj) de n'«;ularité et d ho- 
mo«;énéit«', Ir (il rxl partout dr la même épaisseur. L'etolle est 
mince, mais très compacte et assez lourde; sa surface j>arlait<'- 
ment liss(> a un certain reflet ressend)lant un |)eu à celui de la 
soie, (les (pialités sont idfnticpu's à celles des lisstis péruviens, 
et l'aspect ^«'UJ-ral est le nicnn' chez, les uns et clu'Z les autres. 
Les Indiens actuels de la Puna ne produisent |)lus aujourd hui 
cpir (les tissus ^ro.ssiers, mais certains produits des tisseuses 
mélisses de (intamarca et de Salta rap|)ellent des tissus anciens 
«le II INina. L\idemment , celles-<'i ont en partie hérité leur art 
ilf leurs ancêtres préhisj)ani(pies. 

(Ju.int au dessin, il consiste en i;''inTal simplement en rairs 
de dillerenies couleurs et de ddierenles lanceurs. Les n" I 
ri 2 de la //y. 119 en <lonnent des exemples, mais il y a aussi 
des dessins plus complicpiés, comme ceux du n* S, surtout 
celui (11- la h.Midi- <lii inilit'M. Le procéd(> |M)ur inlercah'r dans 
le fond rou«;e toutes li's petites lij^ures jaunes et verles est le 
même (pie celui •Mn|)lové |>our les anciens tissus pTuviens, et 
décritavec beaucoup de précision par M Holmes 169. p. la.fig. 7), 
dans l'une des pui)lications du liureau d ♦thnoloj^ie des Etats- 
Lnis. C.rWr ihode de ti.ssaj^e a une certaine analogie avec 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 593 

celle mise en pratique pour la fabrication des gobelins : 
chaque petite figure d'une couleur spéciale est tissée à part, 
les fils de cette couleur couvrant entièrement les fils de la 
chaîne. 

Au-dessus de la tunique, les cadavres de Sayate étaient en 
général enveloppés d'un tissu grossier en laine de lama, d'un 
centimètre environ d'épaisseur et ayant la forme d'une couver- 
ture rectangulaire ; elle était pourvue parfois d'une fente pour 
passer la tête, comme les ponchos. Le tissu ressemble à celui 
des ponchos piillus, épais ponchos d'hiver des Indiens actuels. 
Ces couvertures enveloppaient toute la momie y compris la 
tête; le paquet ainsi formé était ficelé au moven de cordes en 
laine de lama. C'étaient évidemment les vêtements ordinaires 
du vivant qu'on y avait employés. Les enveloppes spéciales, 
comme des filets, des sacs, etc., qu'on voit sur les momies 
péruviennes, n'existent pas à Sayate. 

Une tunique et un poncho formaient l'habillement général 
des momies de Sayate; mais il y en avait aussi avec deux tuni- 
ques et un poncho, d'autres avec le poncho seul. 

Quelques-uns des cadavres portaient aux pieds des restes 
de sandales en peau ayant la même forme que les iisiitas des 
Indiens actuels. 

Sur plusieurs crânes, les cheveux étaient conservés et la coif- 
fure assez intacte. Les cheveux avaient la longueur suffisante 
pour arriver jusqu'aux épaules ou un peu plus bas. Ils étaient 
divisés par une raie, sur le sommet de la tête, et formaient 
de chaque côté plusieurs tresses dont les bouts étaient repliés 
et réunis par une cordelette. Cette coiffure ressemble à celle 
de la tête momifiée de Calama reproduite fifj. 167 ; seulement 
il y a sur cette dernière un plus grand nombre de tresses. Les 
Indiennes actuelles de la Puna emploient la même coiffure, 
mais le plus souvent avec une seule tresse de chaque coté et 
sans les réunir. En Bolivie, les femmes ont généralemeni deux 
tresses de chaque coté. Les hommes boliviens portc^nt aussi 



b'J'i \\TinriTF<^ OF. I.\ I.IMuN WDINE 

les chovpux longs et, dans certaines réj^ions, unis en tresses, 
onlinnireinent une seule fie clia(|ue cM^. CepriuLint, aux envi- 
rons (le Tnrnn.'ilra. dans la province de NOnl-Ciliiclias, ils ont 
juscju'à dix (Ml (juin/.<" tressr^. En l^olivie, certaines coilTun's 
>er\ent (iiMlcjnelnis à distinguer les Indiens des diflerents 
districts. 

Quel(jues-uns des cadavres de Sayate avaient d«*s cheveux 
M.iiKs, comme d'ailleurs cVtait également le cas jWMir (juelcjucs 
cadavres de Pucarâ '!•' Tiinconada el du cimetière de Cala ma. 

\uj)n's des cadavres se Irouvaienl une gr.mdr (luaulite de 
ces croclu'ls m hnis si communs dans les sépultures de ces ré- 
gions, et dont nous avons déjà décrit des spécimens d*' Mnro- 
huasi ri «le r.iNlil, it|»r<»(lmK fiq. 7.3 h-n el <!-/. \.,i /nj. I "30 en 
uni t'sciilf (|url(nii'>-uris pin\cii;Mil (les grottes luuéraires de 
SaNalc l.r |)liis l;imii(I dr ces ( rocliets a o" i » en ligne droite 
(rime poiiilc a I autre, le plus petit ()"<)(). PreMjue tous portent 
lis iMar(pi('s de cordes cpii ont été attachées à leurs eviremilés. 
Le plus pclil conserNe encore une grande iiartie de cette corde 
en laine de lama n(»ire el hianche, couleurs naturelles de la 
l.une, sans teniliin'. Il n \ ;i p;is dr ikimkIs : les attaches des 
(Iriix i okIcs ,111 croclicl ainsi (mh- I.i rt'iiiin»ii dr (l'Iles-ci son! 
lattes ;iii iii(>\<'ii d Cpissures semhLihles a celles (prein|)loieiil 
nos marins. M. Lehinaiin-Nitsche (2i0.|>l. iv, i n ) donne aussi la 
ligure d'un de ces crochets, provenant de (insnhindo. nll.iché .i 
une corde comme celle dont nous parlons. 

Il UN a pas un cada\re(pii ne soit accompagne d'un, de deux 
ou plusieurs de ces crochets en hois (hii scml jnut h fait une 
caractéristicpie (h»s si'pullnies de la (hiehrada del Toro, de l.i 
Tuiia et de ( ialaiiia. 

M. Sejer 327) les a interprètes comme des „ mnrs de lama •; 
M. Lehmann-Nits<-he 210. |». njj accepte cette interprétation, 
tandis ipie M. \nn Ih)sen 318. p fi* suppose (piils ont du être 
pla<-es au-dessus du museau du lama.iaisant ainsi partiedune 
sorte de licou. Ni l'une ni l'autre de ces hx|)othesi*s n'est adnii»- 



ARCHEOLOGIE DE LA PLINA DE JUJUY. 595 

sible. Le lama n'a jamais été monté et son mors n'avait donc 
aucune raison d'être. Zârate (382; 1. m, c. n; p. 485) nous raconte 
que les Espagnols de l'armée d'Almagro, après avoir perdu 
leurs chevaux, voulurent monter les lamas des troupes auxi- 
liaires indiennes , mais que ces bêtes ne le supportèrent pas. 
Gieza de Léon (101, c. xxxix, p. 390), en faisant le récit du vol du 
trésor de la ville de Carangue par le chef péruvien Otabalo, dé- 
crit une ruse employée par celui-ci : Otabalo , ayant des forces 
inférieures à celles qui se trouvaient à Carangue, donna l'ordre 
à quelques-uns de ses hommes qu'il avait fait monter sur les 
lamas les plus grands, de paraître ainsi sur les hauteurs près 
de la ville. Otabalo se rendit alors à Carangue, se disant pour- 
suivi par des Espagnols à cheval. Les habitants en voyant de 
loin les hommes montés sur des lamas, les prirent pour des 
cavaliers et reçurent Otabalo qui, une fois dans la place, trouva 
l'occasion de s'emparer du trésor. Il s'agit là d'un stratagème de 
guerre , et cette anecdote démontre que les Péruviens n'avaient 
pas l'habitude de monter ordinairement les lamas. Aucun des 
historiens de la conquête espagnole ne parle du lama comme 
d'un animal de selle, et les Indiens actuels ne le montent jamais. 

Nos crochets ne portent jamais de marques de dents, ce quj 
devrait pourtant être le cas s'il s'agissait de mors. Leurs formes 
et leurs dimensions ne sont pas aptes à cet usage; il y en a, en 
effet, de si petits qu'il est impossible de songer qu'ils aient pu 
servir à cette lin. D'ailleurs, les hypothèses de l'emploi des cro- 
chets en bois comme mors, ou comme licou de lama, tombent 
devant le fait que tous sont très usés à l'angle formé par leurs 
deux bras, ce qui ne peut être produit avec la langue ou avec 
le museau de l'animal. 

Alors quel a été leur usage i^ J'ai vu à Sayate des cordes mu- 
nies de crochets employées pour le ficelage des momies, le 
bout de la corde noué autour du crochet. Mais il est impossible 
que les crochets aient été fabriqués spécialement dans ce but, 
caries cordes immobiles d'un paquet contenant un cadavre ne 
peuvent avoir causé l'usure que nous venons de sigualei-. H est 
beaucoup plus probable (|ue nos crochets en bois renq)la(;aient 



5W 



K.- 



ANTIQriTÉS DE L\ RÉGION ANDINK. 

les anneaux de fer actuels 
j)our nouer les cordes avec 
leMpielles on altaclu* les rliar- 
f^es sur 1rs lamas. I.a //y. //7 
srri (le d<'iMnii>tration de rel 
(Mnpioi prnhahlr (ini evnli- 
(juerait I usure de ces crochels 
à Tauf^le où ils ont été conli- 
nuelleuient e\p»sés au frolt»-- 
imiit de 1.1 rord»'. D'ailleurs, 
les Araix's eui])loienl aujour- 
d'Iiui eiirnre, d'une manière 
send)lal)lr, des crochets en 
bois |K)ur les charges de leurs 
cham(>au\. 

(hiel(jues-uns des crochets 
de Savate présentt'ut une cer- 
taine particularité : on Irouvi', 
comme on le voit sur la plan- 
che, en diih'rents endroits de 
leur surface de petites conca- 
vités circulaires produites par 
la carbonisation du l>ois. Klles 
|)roviennriit . nu h» voit (daire- 
iMciil . de te (HM' les Indiens 
ont lait lonrner un |H'lit ha- 
ton >uv Ir rnH-hel alin de pro- 
duirrdu len. (i'elait là la ma- 
nière hal)i- Inelle de fain* du 
leu chez les Indiens prehis|>a- 
nitpies de la Puna, comUK' le 
démontrent les outils tn)U\és 
dans une grotte funéraire à 
Pucar/i <le llinconada, décrits 
naiçe (iâq et reproduits //ry. 

loi |ir<ilt«hlr « * -» ^ t-» 

,. L. jig. lio. 11V. r f. Fin supj>osnnt (pic 




ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUV. 597 

l'emploi des crochets ait été celui que j'ai indiqué, il n'y a rien 
d'étonnant qu'ils aient aussi servi pour allumer du feu pendant 
les voya«i;es, lorsqu'il n'y avait pas d'autres morceaux de bois 
sec utilisables pour cela. 

La présence en grand nombre de ces crochets dans les 
sépultures n'a rien de surprenant non plus, car l'une des plus 
importantes occupations des Indiens du haut plateau était de 
conduire des troupeaux de lamas chargés, comme ils le font 
encore de nos jours. Etant donnée leur habitude d'enterrer 
avec les morts les objets dont ceux-ci s'étaient servis pendant 
leur vie, il est tout naturel qu'on ait lié les cadavres avec les 
mêmes cordes et les mêmes crochets employés pour attacher 
les charges sur les lamas. 

Ainsi que nous l'avons déjà dit, les grottes funéraires de 
Sayate avaient été bouleversées par les chercheurs de trésors 
d'une façon telle, que tout était déplacé. Les débris qu'on pou- 
vait encore voir auprès des cadavres étaient principalement 
des cordes de laine en grande quantité, des tronçons d'arcs et 
de flèches, des morceaux de calebasses et de poterie grossière, 
enfin des fragments de ces instruments en bois, en forme de 
couteaux, que j'ai trouvés aussi dans les cimetières et les ruines 
de la Quebrada delToro, et qui sont communs dans les sépul- 
tures de la Puna de Jujuy et de Calama. 

Les flèches étaient toutes en bois, avec pointes également 
en bois; leurs hampes faites des tiges très droites d'un arbuste 
dont la moelle est tendre comme celle du sureau européen. 
L'état spongieux de la moelle permet de l'extraire facilement 
de la tige, transformant ainsi la partie supérieure de la hampe 
en tube où l'on insère la pointe. Ces flèches sont faites de la 
même manière que celles du cimetière de Calama, dont un 
spécimen est reproduit y?^. 163. Le bout postérieur est poui-vu 
d'une encoche pour maintenir la flèche sur la corde de l'arc et 
de pennes collées et attachées au moyen de tendons. Devant 
les pennes, la hampe est décorée d'anneaux peints en noir. La 






598 \Mini ITKS DK I. \ HKGION ANDINK. 

luf. I J I h. i, j, montre trois pointes en l)ois, de différentes 
lornies; h est entière, tadins qui* i «t / ont leur partie |M)sté- 
rieiire cass<'*e. La |)<>inte i est de la nièine sorte que celles si 
coMMiiiines à (ialania. La point»'/ <'>t iclrntiipir à uni' jwiinte 
<li' llrclir rn l>ois, de (^a.sal)indn. piihlicf piir M. Lrliiii.iiin- 
\ils( lu- ,210. I' 3;. |.l. IV II 8 ; cet aiilrur »'ii doinn' d'autres «le 
dillfn'ules formes, du uuMne endroit. .!♦• n'ai pas tn)uvé à 
SaNatrdi' pointes en pierre, ce qui esl i-tiinuant, carces |M)intes 
ne sont lias rares à Cas;d)indo, situé très |)res i\v SaNate; à 
Ourta ri à Purarà d«' liiiiconada, dans la nn'nn' n*;;i<»u, il n'\ 
a (jur d«*s ll»Mlies à |M»inl»' en pierre. 

La /In. I "J 1 a monlrr l'un i\v ces «rout»'au\- m l>ois, pro- 
liaMeuirnt des inslrunirnl> d'aj^riculture, si Ireipu'uts dans 
toute la réf;ion. La distance, en li«;ne droite, ««ntre les deux 
extrémités de cette j)ièce, est de «"iio; elli* rst lait<* en lH»i> 
dm, l)l:uM . pi-ol)iil)l«'iurut (le Pmsifis allni , (irisch.; elle est 
poinlur, mais non t imih liaiitc. I.:t Im me de ce s|)écinH>n dif- 
jen» un niii «li- crlle des «couteaux - dr la Ourhrada del l'oro, 
//</. 7^ h, ( , ( . ••! dr (ialaina, /if/ KiS h, c ••! I(i9 /; mais il v 
a>ait à Sa\ate éj^alemenl des Ira^^ments de «couteaux ■ s<* rap- 
prorliaut de ers drruii'rs. 

Les aif^uilles à coudrr, fuj. l'}l I, , l, p(»urvue.s d un «lias, dut 

l.i iiH'iiic loi iiir (|u<' nos aij^uilles à cou<li»' dernes. La |)n*- 

mit-rr a o*" i<>() ri l.i (iiMixiènu' ()'"o87 de longueur. Une autre 
send)lal)lr, pioNruaiil dr (ialama, t's[ re|iroduilr ////. I/'J c. 
(ies ai^uillt's son! laites en l)oi> noir, tn-s dur et Iicn hirn |M>li. 
Li* P. (iol)o 103. IV. |i. i63, dit (pu* 1rs indii mis du Pérou fahri- 
(piai(*iit leurs aiguilles, (pi'ils iioiniii.nriil riradinas, d uin* 
sortr d l'pinr, et M. \iiil)rosrtti 29. |>. aSs), en n'produis.'inl 
uni» aiguille de Oasahindo, siipposr «iiir cell<»-<*i est lailr d'iinr 
é|)im' de cactus, (iepriidant un examen inicroscopi(jU«>, «pic 
je dois au D' A.- T. de Boclirhrune a démolit n* «pir les 
ai«^uill«'s fir Sasale «'t de (ialama sont r\\ hn'is. \|. Thomas 
Lwbank ,125. |»l \ ii • ». di-rnl ri rrproduit une ;^rande aif;uill<' 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUï. 59<J 

en bois noir, d'une sépulture d'Arica; un bout de fil en laine 
de lama était resté dans le chas de cette aiguille. M. Erland Nor- 
denskiôld (269, p. 18, 3/i) a trouvé aussi des aiguilles en bois de 
chonta ( Bactris sp. ) dans des grottes funéraires des Vallées de 
Queara, province de Gaupolican (Bolivie), etdeCorani (Pérou) 
au nord du lac Titicaca. Toutes les aiguilles préhispaniques 
supposées épines de cactus sont sans doute en bois. On fabri- 
quait également en Amérique du Sud des aiguilles en os et en 
cuivre. MM. Stûbel et Reiss (340, i,pL 20,%. 61) reprodidsenl 
une aiguille en os provenant de Ganar, dans la République de 
fEquateur, et dont le chas est de forme rhomboïdale. M. Am- 
brosetti (29, p. 232) figure cinq spécimens en cuivre, de la région 
diaguite, et M. Nordenskiold (269, p. 18) trouva aussi, dans 
fune des grottes sépulcrales de la Vallée de Queara, une ai- 
guille en cuivre. Les aiguilles à coudre, pourvues d'un chas et 
presque identiques à nos aiguilles modernes, ont été inventées 
indépendamment par beaucoup de peuples primitifs de dilfé- 
rentes parties du monde. Pour f Europe, les plus anciennes, 
faites en os, proviennent de fépoque magdalénienne. Mortillel 
(247, pi. xxiv) en reproduit un spécimen. De fw âge de bronze » 
(larnaudienne) il y a de nombreuses aiguilles, mais peu par- 
laites. Les aiguilles romaines, en os et en cuivre, sont égale- 
ment assez grossières. Elles ressemblent plutôt à des passe- 
lacets qu'à des aiguilles, et elles sont de grandes dimensions, 
ce qui d'ailleurs est le cas des aiguilles préhispaniques de la 
région andine. Cobo dit que les ciraciinas étaient largas mcdio 
jeme y (jruesas como naestras colchoneras , horadadas el caho y muy 
puntiagadas. 

Dans la grande grotte funéraire de Sayate, j'ai trouvé une 
autre sorte d'aiguilles, du même bois noir que les aiguilles à 
coudre, mais sans chas et pointues aux deux extrémités. Deux 
de ces pièces sont reproduites yf</. 121 m, n. Ce sont j^eut-être 
des dents ayant appartenu à un petit peigne. 

Les fragments de poterie — on pouvait s'en rendre conq)l(» 

h. 



600 ANTigUTKS Dt l\ HKCilON WDINE. 

|).ir Irur foriiir — apparlfiiaicnt prescjue tous à des vases ou 
il des éruelles de jMîliles dimensions. Les tind)ales |)n>s(|n(' 
cNlindriiino, d'enNiron huit à dix centiinrtrrs dr liauh'ur. 
n'étaient pas rares; on >oNait éj^aleinenl de jM'tils plaU a>er 
ans<*. Toulr relie polrrie élail ^^rossière, ni.tl ciiile, sans (h'ror. 
Le seul Iraj^iiuMil peiiil (|iH' j'aie trou\eesl reprinluil /kj. I"^! ;I- 
Ce fra;(nniil a lail partie du goulot d'une petite ciiulie v[ 
présente un miienient, en forme de main, |)eiul m imir. 

La //</. 1*2 1 1 représente un fra^^meiil d un ohjet taillé en fçrés 
vert siliceux j)ro\enanl de la «grande ^rotti'de Savate. Il e>l dif- 
(irile d»* de>inei- (jiicHe ••l.nl la forme de cellr pirce (niand elle 
était enliere. 

.le n'ai pas riMicontré à Savate de jjhm ««s denlda<;<* en 
pierre — les «crains des colliers des anci(>ns hahitants de I i 
Pnna, — mais M. ral)l)«' lll^ueira me lil cadeau d un c(»llier 
très intéressant , délaclie du «nu d une momie (pi'il avait trou\(*e 
dans une «grotte d'inn* petite (piehr.ida situiM> non loin de celle 
de Sayale. Ce collier est reproduit fuj. l'Jff, n' IS, et d«'( rit 
pa«(e ()'j~. Il est composé de Iroi.s >orles de perle>; la plupart 
sont de lon«;s c\ lindre> perlores, laits d une nudie d'une jolie 
couleur \ert-j)omme r| 1res bien |)olis. Celte roche est fort rare 
et c'est la seule foi> (uie y i .m \ue cmplovi-e pour i.ure de> 
pièces d*en(ila«;e. h. mires cvlindn's plus courl>,<lu même col- 
lier, sont en a«;ate jaune /.onée, et un cslindre iormant jM'ude- 
lo<pie est en sodalile hieue. Le collier est remanpiahie |Kir la 
cordi'Ielte vu laine de lama servant à réunir li'> |)erles et (pii 
s'i'Nt conservée intacte. I'!lle n'es| pas teinte; elle i «insirN»- l.i 
couleur naturelle de la laine. 

Kn dehors de la grande j^rotte dont je viens de décrire le 
contenu, j'en ai examiné deux autres situées l'une à une cin- 
«piantaine de métn*sde distance et l'autre du côté op|>osé de la 
(^)uehrada de Sa\ate. La |>remiere. aussi lH)!de\ersée par les 
chercheurs de trésors cpie la «grande «^rolle. était de dimen- 



ARCHEOLOGIE DE LA PUISA DE JUJUY. 001 

sions beaucoup plus petites que cette dernière, environ i°'6o 
de hauteur, 2°* de largeur et i™5o de profondeur. Elle conte- 
nait trois squelettes, dont j'ai rapporté le crâne n° 19, le seul 
qui ne fût pas brisé; on y trouvait surtout des tronçons d'arcs 
et de flèches. 

La seconde grotte n'avait qu'un seul cadavre , intact et bien mo- 
mifié, dont le squelette est figuré par le D'Chervin (99, t. m), sous 
le n° 2 4. Le mort avait été déposé dans la grotte dans une position 
tout à fait différente de celle des autres cadavres : il se trouvait 
en effet en décubitus latéral; les jambes n'étaient pas repliées, 
mais posées comme celles d'un homme couché sur le côté 
droit. Ce cadavre était nu; je n'ai pas observé de traces de 
vêtements, qui cependant, étant donné le bon état de conser- 
vation dans lequel se trouvait ce corps, auraient dii exister 
encore s'il en avait eu lorsqu'on l'avait déposé dans la grotte. 
Aucun objet ne fut rencontré dans cette grotte, mais on voyait 
à l'entrée les débris du mur qui l'avait fermée. Cette sépulture 
est tout à fait irrégulière, si on la compare aux autres sépul- 
tures de Sayate ou à celles de Casabindo et de Pucarâ de Rin- 
conada. Dans des cimetières du Pérou, on trouve aussi des 
sépultures exceptionnelles comme celle que nous avons décrite. 
Ainsi, suivant MM. Reiss et Stûbel (308, i, pL 10, fig. 7), les momies 
d'Ancon étant en général ficelées en forme de paquet, entou- 
rées de plusieurs vêtements et enveloppes, on en rencontre 
cependant par exception quelques-unes en position étendue et 
nues ou enveloppées dans très peu de tissus. 

En amont de la Quebrada de Sayate, il y a un monticule en 
trachyte complètement percé de grottes, toutes fermées, comme 
celles que nous venons de décrire, par des murs en pierre et 
en terre glaise. Plusieurs de ces murs étai(mt intacts, mais 
toutes les grottes étaient vides; on ne peut pas s'(«xpliqu('r 
pourquoi on les avait closes sans y avoir déposé (h» cachivrcs. 

Andenes. — Dans la Quebrada de Sayate, il ne reste presque 
rien des anciennes habitations. L'Arroyo de Sayate a changé de 



fi02 



ANTIOI ITKS Dl. I. \ Hl.dinN WDINK 



cours à une «''poinn' récente et a détruit beaucoup de \ieu\ murs 
en pirca, dont on >oit encore des débris sur l'une de ses rives. 
I^escullures divs Indiriis actuels ont aussi sans doute contribué 
à faire di^parailn* b»auroup de ces constructions, et cv^i peut- 
être là (pi'rtairnt situjM's jadis les demeures des babitants pré- 
liis|)ani(pi('s dr la (jucbrada. 

Le mortier /m. //<*>' (i, de o"' i T) de dianièlre extérieur ri 
o"o() i\r bauli'ur, en {(rès rou<;«'àtre, y a été trouvé, ainsi 
(Mif l.i pirrre à broyer fi(j. I IS l>, de o^ogS de diamètre el 
o^o.'io dr liaulrur au cenlrr. Crlle pierre, en ^'rès roupie 
siliceux, a la tiiém»' Innix- cpir celles dv (larbajal, décrites 
pa«;e 'i(»K. 




Kig. Il 8. — - Sa>ali-. «i , Mortirr rn pirrrr. h, l'irrrr à liroyrr. — i/i gr. imU 



Mais, birii (|ii il iir r^•>^ll• (|iif dt'> vesti«;es insii^niiiants des 
\i«'ill«'> habitations, nii xoil \r Imii; de I Arroyo de Savate di»s 
terrasses |><>iii raj^riculliirr : andcfus \ Klli's couvrent le v«»r- 
sant des ninntn«;iies (pii bornent la <pirbrada au Nor<l el éj;a- 
Irnirnl tiiir p.irlir incliîirc dn sol, ,-in j)irr| de rrs iiioulaf^nes 



'*• 1^ mol iM>|ta^nol aniien vs\ . rnron* 
ilr nm Joim , t'iiiptuM* an FVniii el en 
iWilivie |K»iir «li-^i^iuT Iim nnrirnnr» Iit- 
ra&v« (ii>«linrr« n la iiilliirt*. (V-nmiInnl 
Ir» hi«|iin<i^'ra|ihi*«, mmmr (ianilAV) de 
la Vega ri Monlrsinm, vntpinicnl ce mol 
non M>ulrnirnl |w»ur «lôsignor rrl|p»-ri. 
iiiai« aiiAfti |Miiir \v\ |prni««r» <lr<« lotir 



n*»<M>« «le» lnr««. Ain»i Monlr^ino* (341. 
r. tu. p. «i' parle irnno f«»rt«'rr*»e n»er 
anêenet tpie l'Inra Tilu-Yii|Mn«pii fil r«tn- 
*lniire |K»iir v (If^lrniln* contre une in»» 
^ion lie» Anii» el d'aiilret ennemi». ( hi 
«lil auMÎ : • letandene» ii'OllanUyUmlM>*. 
I.e mol qnirhiia |M>ur •lerra%»e* ou • fCra- 
ilin • r\\ pola. 



I 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. G03 

et de celles du côté sud. L'angle d'inclinaison du versant est 
de plus de 3o degrés, et je calcule la hauteur de la montagne 
à 25o ou vSoo"'. Du pied jusqu'aux deux tiers à peu près, le 
versant est transformé en gradins de 1°" de hauteur et d'une 
largeur qui varie suivant les accidents du terrain , mais que l'on 
peut évaluer en moyenne de 2 à 3"". Des murs en pierre sèche 
limitent à l'extérieur ces terrasses, retenant la terre dont elles 
sont composées. Les terrains du fond de la quebrada, au pied 
des montagnes, n'ont qu'une faible inclinaison; aussi les ter- 
rasses y ont-elles jusqu'à 10"* de largeur. La différence de 
hauteur entre une terrasse et la suivante y est de moins de i"". 

Les murs de ces andenes présentent, à certains intervalles, 
des ouvertures laissant passage à l'eau. L'ouverture d'une ter- 
rasse ne se trouve jamais directement au-dessus de celle de la 
terrasse suivante, mais toujours loin de cette dernière ouver- 
ture , de sorte que l'eau devait couler le long des terrasses avant 
de rencontrer la sortie menant au gradin inférieur. Ce système 
de conduits semblerait indiquer une irrigation artificielle par 
canaux, dont l'eau proviendrait de l'Arroyo de Sayate. Mais je 
n'ai pas trouvé de traces du canal principal par lequel devait 
venir cette eau , et il me semble d'ailleurs impossible qu'on ait 
pu l'amener à de pareilles hauteurs. Certainement, les Indiens 
préhispaniques du haut plateau, notamment les Péruviens, 
étaient des constructeurs très habiles de conduits d'irrigation 
— ace^uias en espagnol, — mais pour la Quebrada de Sayate 
je n'ai pu me rendre compte de la possibilité de ces canaux. 
D'ailleurs, tous les andenes de l'ancien Pérou n'étaient pas 
arrosés par des canaux d'irrigation. Dans une relation de Don 
Juan de UHoa Mogollon (359, p. 46), sur les CoUaliuas, nous 
trouvons un renseignement précis à ce sujet : l'irrigation arti- 
ficielle par canaux n'y était pas en usage pour les andenes. 

La pluie n'étant pas actuellement suffisante pour permettre 
une culture sans irrigation artificielle, il reste deux hypo- 
thèses : l'irrigation par feau apportée à la main, ou un change- 
ment de climat. 



604 ANTIQLITKS l)K LA IIKC.ION VNDINK 

Bien (|ur M. von Tscliudi 357. |». i; î,upjX)se que les aiidencs 
péruviens ainit été*, en «général, arrosés à la main, en appor- 
tant l'eau (\t' loin flans des récipients en terre cuite, il ne me 
parait pas prohal)!»' rpi'on rùl pu h* laire à Savate, il aurait 
lallu pour cela une |H>pulation l)('aucou|) plus nombreuse que 
celle (pi'a pu contenir cette p<'tite qurhrada à l'éjXMpn» |)réhis- 
panicpu', et (pir (-rll*- (pic (li'iiiontre le nond)re (\r cada\res 
contenus dans les j^rottes luneraires. 

Reste riiv])otlieM' d tiii clian'^rmrnt dr climat. Les jurandes 
CultuH's df Savate nu- .send)ient , en eflet , indiipu'r que la iduie 
y était plus ahondantf il v a (pn'l(pn»s siccirs (pir de nos jours. 
Kn parlant, paj^e S/'i, du climat des valler> d»* la réj;ion dia- 
«;uit«', j'ai mentioinié des faits prouvant que là aussi la (niantitc 
dr pliiir a diiniinii* ri dimniuc nicor»', ri jr suis convaincu 
«|iM 1. iiiiiiir phénomène .se produit dans la l'una. Dans ce c^is, 
1rs h-.Mi's de (niidiiits diMii rt'iM'ont rér> d.iiis 1rs Irrrasses di» 
Sayale srrait'nl des ouNrrtures prali(ju»'«'s dans les murs pour 
lain- écouler, d'un «gradin à l'aulre, le Irop-plein des eaux de 
pluir. On en aurait ainsi profile pour arroser les cultures, 
m rtiriiani sur les terrasses, pcMulant un certain temps, ces 
eaii\ j)i(»\rn.iiil eu ^M'néral d'averses xiolentes et qui, sans les 
amirnrs, aiii.iHril smim Imr clieniiii ii;»liirtl directement vers 
le ruisseau du fond (\r la (luchrada. 

Ouelles liaient les plantes (pion culliNail sur \vs andvncs de 
Sayale.' Dans les droites funéraires, on trouve des épis de maïs 
si lre(|uemnMMil et en si «grande al)ondanc(> rpTon ni' peut sup- 
jMiser (pie les Iinliens preliispa!ii(ju(>s aient apporte toutes leurs 
provisions d«' cette céréale de la terre basse, c'est -à-clin» des 
vallrrs de S.ill.i ••! (\v .lujuN nu «les oasis du Désert d' \Licaina. 
l'it le maïs étant , jadis comiiM' de nos jours. If principal ali- 
mt'iil rlis Indiens du li.nit piileau, lellr <*éreale devait sans 
doute être fa principale plante cultivée sur les lerras.ses de 
Sayate, d autant plus (jurlle jiousse aujourd'hui justement dans 
les vallers très al)rilees ctmnnc celles dr Savate «'t de (iasa- 
oiiiïlo, fpioique li-s crains n'y mùrissi'iit pas et hien que dans 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 605 

la Puna elle n existe que dans ces vallées. Les autres plantes 
alimentaires qui pouvaient exister dans la Puna de Jujuy à 
l'époque préhispanique sont le quinoa, les pommes de terre, 
les haricots, peut-être Yoca. Mais ces plantes n'avaient qu'une 
importance secondaire, et, d'autre part, leur culture réussit 
sans anclejws. Au surplus, selon les historiens, ces terrasses 
servaient, au Pérou, surtout à la culture du maïs. Nous devons 
donc admettre que les aiulenes de Sayate étaient destinés à 
cette dernière culture; cette hypothèse si vraisemblable indique 
que le climat était plus chaud autrefois qu'à présent. 

En voyant les andenes, on se demande pourquoi l'on a con- 
struit avec tant de soin des terrasses destinées à la culture. Les 
raisons en sont très claires : dans les étroites vallées entre les 
montagnes, il n'y a presque pas de terrains horizontaux, et ces 
terrains, qui ne sont auties que de petites bandes çà et là 
auprès des ruisseaux, sont en général saumâtres et par consé- 
quent imj)ropres à la culture. Les plaines du haut plateau 
sont, comme nous l'avons vu, complètement arides. Ce n'est 
que sur les pentes des montagnes que l'on trouve un peu de 
terre végétale, produite par la décomposition des rares plantes 
qui y ont poussé. Ces circonstances expliquent sulFisamment 
la raison d'être des andenes. 

Les andenes de Sayate sont construits tout à lait de la même 
manière que ceux du Pérou, dont tous les voyageurs nous 
parlent et dont M. Wiener (377, p. 172, ly."^, Z-^W) a douiié de 
bonnes descriptions et une bonne figure. Dans une réceute 
publication, M. A. F. Bandelier (52,p. 45o) décrit les andenes 
des environs du lac Tilicaca, dont l'énorme étendue a tou- 
jours fait supposer une population très noud)reuse au lenq)s 
des Incas. Mais M. Bandelier observe que les Indiens n'em- 
ployaient pas d'engrais pour leurs terres et qu'ils les laissaieul 
reposer pendant une période variant de un à dix ans. Tous 
les andenes n'auraient donc pas été cultivés en même temps, 
et le calcul de la population préhispanique basé sur leur 
étendue diminuerait considérablement. Cett(* information est 



OOf. ANTIQLITKS DE LA REr.H»N WDINE 

aniiiiVLM* par lr> rciisci^iKMiK'nts de M. Krland Niirdeiiskiuld 
263. p. io5) sur les cultures des Indiens actuels d»- l.i \ illir dr 
Qut'ara, (lui laissent leurs terres se re|X)ser |)eiidant cincj (»u 
six ans entre rliacint* période (!«• culfnn' d'une dure»' de trois à 
(luatrr ans. (!rs ohsirNations ni«*ritinl drtr»' prises aussi en 
ennsidi'ralion pour Savair ri sa réj^ion, si l'on vent essayer de 
calcidrr son anci«*nin' po|)ulalion d'après l'élciMluf dr> (uulcncs. 
Suivant \I. I>iindrllrr, l« ^ liidinis du Tilicaca construisent 
rncore des andenes, <'l , dans les Ordmancas del Pcru AS. I. n, lii. u. 
ord. xxv; fol. iA8), nous trouvons un décret du vice-roi Oon Fran- 
cisco de Tulrdo, par li'cpirj il ordonnr aux alradrs de niain- 
trnir en hon rial 1rs < Iuk ras de (indcnrs andriies |)nnr la rnllurr 
de mais] , cecpii drinontri'ipi au Pérou les lvspa';nols proiitaient 
des anciennes terrasses. De nos jou^^, on i\v construit plus 
lïandrni'S dans la l*iiii;i ar«;<Mitinr ni dans la réj;i(>n dia«;uite. 



fitw ANTIQl ITKS I)K L\ HfcCilDN WhINF. 



Tir.. 119. SaYATK. Tisses PROVKMVNT D*C \K GROTTE rt'XKIl\IRK. 

(Inulenn. 

\* I. Ftiiid jauin-. Haies iurgi's : liniii fonrc. Haio |)hi> «tmilfs, rassein- 
IiIi'ts par Irois : nuij;r au iiiiiiiHi. avoc hurds hriin foiio-. (.ouliin* Cfiilrali- : 
roiig)'. I^trfi siiiW^ricur surfila : rougr à droilo de la coutun* r4>iilrai(>; bleu à 
gaurlir. 

V 2. 1^ coulure centrale (|ui rasvinble d«*u\ lé.s d elolTe est faite Av lil 
rouge, vert i>t jaune. I^s couleurs des raies de letofTe alternent à paiiir de 
la rniiture renlrale mts la gaiirlir ou \rrs la dmite, dans lUrdr»' suivant : 
l>nni li)n<'<'*, jaune, Imm elair. imu. jiiiiiii-. brun clair, bnni lonr*'*. jaune, 
brun clair, noir, jaune, etc. 

N* 3. Le dessin de ce tissu est divisr en tniis parties qui se r«*pètent. Kn 
coinnienrant du côté gnucbe de la ligure, la prenuèr(> de ces l>aiides est 
composée de carrés contenant d'autres carrés plus petits; les couleurs sont 
jaune fl bnin loncé. 

\m deuxième bande. \i\ plus large, a un fond rouge, sur letpirl est répété 
trois fois en forme de bandes le dessin (pie montn* la figure, com|K>s«* de 
triangles \rrt clair et de |>«tilrs iigiin>s tridi-nlérs, de petits cariV-s et di* |vlils 
rrrlangles jannes. Tiuites ers ligures sont réunies rntre elli's par des ligne> 
d'un*\eii plus foncé. 

I.i troi>irnie bande est composée de rarn'>s jaunes et brun fonc*'* nlti*rnanl 
comme les cnsrs d'un «'cbiipii«'r. 

.\prèv r.fi.' troisième bande, on nlioiivi- la «leuxieme. piii> l.i pi<- 
mien». 




l'Iiot. G, Hij^ar 



Savate. — 'l'issu provenant d'une grotte l'uncrairc. 
'/} «r. liât. 



Pl. xlix. 




Fi?. I20. — Savate. Crocliets en bois, provenant de grottes funéraires. — ^ 7 ?•". nal. 



Pl. L. 





'3 gr. nat. 



+ t 



C 




k I 

m 



'/2 qr. nat. 



I''ii 



Sayalc. a-r, li-ii. Divcis ()l)j(ts m hols. - /. Kriii;mriil (riin i)li|«l en pinii 
f/. l''r;iL;iiiciit (Ir polcrii' |)cirili'. 



QUEBRADA DE RUMIARCO. 

Un peu en aval des grottes funéraires de Sayate, un sentier 
conduit à travers les montagnes du côté nord de cette que- 
brada à celle de Rumiarco'^^ ou de Asuera. Je fus amené à faire 
une excursion dans cette dernière quebrada par les renseigne- 
ments des Indiens disant qu'il y avait là une grande grotte oii 
l'on trouvait beaucoup d'ossements. Je fis des excavations dans 
cette grotte naturelle, creusée par les eaux dans un rocher de 
trachy-andésite altérée. Le sol était couvert d'une couche d'au 
moins o™5o d'épaisseur, formée par les excréments des trou- 
peaux qui, encore aujourd'hui, cherchent dans cette grotte un 
abri contre le mauvais temps. Au-dessous de cette couche se 
trouvait une autre strate, de o"'o8 à o*" lo d'épaisseur, com- 
posée de petits fragments de roche détachés du plafond et 
mélangés à des excréments; elle était tellement dure, qu'il 
fallut employer la pioche pour la rompre. Elle recouvrait un 
dépôt de débris laissés par les hommes qui avaient fréquenté la 
grotte avant la formation de cette couche solide, et com])osés 
de fragments de poterie grossière, sans décor, de monceaux de 
chaumes assez bien conservés, d'os brisés et fendus de lamas 
et de huanacos, de morceaux de bois, etc. Un grand fragmeni 
d'un tissu grossier et épais en laine de lama et un bout de corde 
en fibres végétales furent les trouvailles les plus intéressantes. 
Malheureusement, aucune des pièces rencontrées ne permet 
de juger, avec quelque vraisemblance, de l'âge de ce dé])ôl 
de débris, mais la corde que nous venons de citer ne parait 
pas être de fabrication moderne, ce qui tend à faire croire 
que les débris proviennent d'un temps reculé. 

Près de cet endroit, sur le haut d'un monticule d'accès assez 

''' Lv nom, compose des mois (niiclim clans cellt- quebrada cl qui a clé fonno 
rumi = pierre, el espagnol aveu — arc, parles eaux dans la roche lrachyli(jue. 
provient duii arc naluiel tjui se trouve 



lilO WIIOIITÉS DK LA HK(.I(>N \NniNK. 

(HHicilc*, j«» trouvai un «;rau(l iionihn» d»' petites grtittes avec 
uiH' clôture |)arti('ulii'rr <-oMi|>osée d'un mur en |)ierre ri eu 
mortier d»* Irrrr ^dai>r, irrmant r»nlnM'. Dans ces murs, on 
Novail i\t' nrlilrs j)nilrs, <!«' o"'4o de liauteur sur O^So de 
larj;rur, riicadnM's dr dciiv j)iern's |)lates posées verticalement 
et surmonli'es d'uur autre pierre plate horizontale. Ces murs 
élairnl intacts. L<»s niisniures sont liii|» prlilcs |)<iur pt-rnirtlrr 
IrnlnM- d'un linminr siNaiil ou d un ( ;i(l;«\ ir. (.es jx'tites «grottes, 
d'rn\irnii i mclrt' d.nis tnus les sens, n'axaient donc jamais 
servi de sepulturcN. Kllrs contenaient une cpiantité considérahie 
de maïs à moitié man«;és par des ron<;eurs. (.vs «grottes d'épis 
oui |M'ul-èlre servi de «^arde-man«;er. Les Indiens |)réliispa- 
ni(jnes y auraiejït caché leurs provisions de maïs afin d«' les 
mellie, l'ii lriii|>-> df t^iifiTe, à l.ilui de^ Irihus eniuMuies ou 
pour .i\(>ii Iriif .snhsistaiice assurée s'ils étaient, |)our une 
raison nu iMif ;hi(ii', ohli^n's de se cacher dans hvs montagnes. 
A cette sorle de j(arde-man«;er doivent appartenir les grottes de 
Casahindo, de même coiislrnclion , meiilionnées j>ar M. von 
liosen 316 |>. s , .liiisi (pn* < elle^ de liincon.ida et de Sanjuan- 
maNodonI parle M. \ud)roselti '23.|>. M(i. La snp|H)sition de ce 
deiuni (pif les grottes anxtpu'lles il l.iil allusion seraient des 
sépultures \ides n'est pas vr.iisemhlaMe. 

IMiis Iniii, \ers riiiN'neiir de la Oiiehrada de Itumiarco, |'ai 
rencontré, dans un tenaiii |mu mm line, d anciiMis umicnes, uti- 
lises anjonrd hni par h's Indu'ns actuels |M)ur cultiv<*r (h's fé\es. 

Des ^i<>ll«'s liineraires exislaieni aussi dans une haiile nuui- 
ta«;ne dans la (Juehrada de llumiarco, mais les clierriieiiis de 
trésors avaient |)assé |)ar là, et tout était détruit. 

CASM'.IMM), ( ()(;ill\()( \ Il I.KI HS i:nmiu)\s. 

Toute celh' le^Mon est cc>u>erte (h' ruines, de j^rottes tuue- 
rain's et d (inilrnrs, tels cpu* ceux de Savate nur nous axons déjà 
d/'crits. 

D après l'ahhe l'il'^ueiu. les principales ruines des eiiviruiis 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJL'\. 011 

de Casabindo se trouvent à Piiebio Viejo, à environ ib^"" au 
sud-ouest de ce village, et dans un endroit nommé Doncellas, 
situé au nord de Casabindo. 

Pueblo Viejo est une grande agglomération de vieilles con- 
structions en pirca situées sur un plateau escarpé, d'environ 
So™ de hauteur au-dessus du thalweg de la petite Quebrada de 
Sorcuyo. Ce plateau est à peu près inaccessible. On ne peut 
arriver aux ruines que par un seul chemin de i™ de largeur, 
composé de gradins formant une sorte d'escalier. Aux environs, 
il y a des grottes funéraires et des andenes. 

Les ruines de Doncellas se trouvent aussi sur un plateau 
escarpé qui n'a qu'un seul accès. Je n'ai pas indiqué ces ruines 
sur la carte archéologique, car je ne connais pas exactement 
leur position géographique. 

M. von Rosen (316, p. 8) a vu, à S""" au nord-ouest de Casa- 
bindo, dans une quebrada, les restes d'anciennes constructions 
en pirca, « toutes de forme circulaire », forme qui est rare dans 
les ruines de la Puna. Quant à la comparaison que fait M. von 
Piosen entre ces ruines circulaires et une case de la même forme 
construite par les Indiens modernes (j^iV/., pi. m, 2), il n'existe 
très vraisemblablement aucun rapport entre cette dernière et 
les ruines préhispaniques. Les huttes circulaires construites par 
les Indiens actuels de cette région, sont en effet, tout à fait acci- 
dentelles; je n'en ai vu que quatre ou cinq pendant mes deux 
voyages dans la Puna, et je me rendais très bien compte qu'elles 
étaient provisoires, faites en toute hâte; on leur avait donné la 
forme circulaire parce qu'on n'avait pas de l)ois et que la con- 
struction circulaire était plus facile qu'en la forme générale 
rectangulaire. On ne peut donc considérer ces huttes comme 
une survivance de l'époque préhispanique. Au contraire, les 
Aymaras habitant entre les lacs Poopo et Titicaca construisent 
encore de nos jours habituellement des huttes rondes. Mes 
collègues de la Mission Française, dans lenr voyag(; vers le 
Nord, ont rencontré les premières de ces huttes aux environs 
d'Oruro. Suivant M. Forbes (135, p. 254), les Aymaras «ont des 



012 \NTIOMTF> I'» l.\ liH.loN ANDINK 

huttes circulairi's ou (>\al»*s, (jurltjui'lois rt'clauj^ulairt's. Ces 
cas«»s sont l)àti«'s m picrn* avrc (!«» la Irriv «;lais«* roui un* uior- 
li«T; h' toit isl <l«' cliauuir. l'orlx's, à Sautia«;o de Marliara, 
.i\ait liahiti' une de res ra^'s, dmit la |K)rte n avait (jue S pieds 
de liaulrur ••! i .") |K)UCI's au^dais <!«• I.ir^'eur. 

Les versants des montagnes eniennant l.i (|u«'l)r.ida où sont 
>iluées les ruines décrites par \l. nom hi»N«'n snni «ouverts 
(Wimlfiirs. 

Non loin, dans une j^rollr limrraire. M. nou liosen OlS.p. 9) 
a nMM'oiilrr une <'()r;ie (\r hirui cl les déhris d'un couteau en 
fer à nianclir de hois. Si ces ohp'l.s se trouvaient en ellet eiiv»'- 
lopjM's dans les \étenieiits d'un cadavre intact, ce serait là une 
nreuN»' coiicluaiil»' (jwc les «;n>llr^ ont continué à être ein- 
nlovees (oinine sépultures à ré|NKpie espa<;iiole, mais si la 
<<»rne et le conlt'jn niit été siniplenniil li(»nN«'> auprès des c^i- 
da\res dans la «(rollf, lU p()n\;iifnl .lussi hnii y avoir été intro- 
duits après. \'.\\ ellrl , pre>(jne Innlrs ces grottes lunéraires ont 
cil' «ni\rrte>, >iiion par les ciienlieurs de trésors, au iin)iiis jiar 
(piehpir Indirn (pii a peut-être reli'nné ensuite le iiiur d'en- 
trée, (\r priir d'être cliàlie j>ar l'aiin' du n'douté antiguo. Ce- 
pendant riivpollièse d un a«^e n»lali\»ni('nl nindernp de ces 
sépultures est Inrl \ iMlsrnd)lal)li'. Pour !•• ciinetiénMle Calaina , 
l.i présence daii^ niir sfpullnr»' diin \\\ de 1er servant à n'»|Ki- 
rer une pelle en bois lendue prouve a Tevideiice cpie certaines 
tonihes de ce rinirtièrc sont postérieures à Tarrivce des Kspa- 
^iiols. 

Dans les en\ irons iiniuediats de (.asahindo, il \ a beau- 
coup i\(ui(lrnrs. \l. mmi Hosen 318. pi. i\. i donne une bonne 
pliolo<;r.iplu«' d une parln- du versant d'une iiiouta^ne cou>ert 
de restes de ces terrasses. L'auteur les appellr uiujalum terraccs, 
mais celles cpn» j'ai vues à Ca.sabindo ii'onl pu, encon* moins 
(pii' celles de Savate, avoir d»»s canaux d irn;;alion. Kn x'uaiit 
de la plaiiu' des Salinas Grandes, à I enin'r dr la |M'tite vallée 
où est situe le village actuel (lf> ( iasabindo, on Noit même une 
petite nmntagne com|)lètemenl isolée qui est couverte (Van- 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 613 

denes. Il aurait été tout à fait impossible de conduire l'eau d'un 
ruisseau au sommet de cette colline. D'après ce dont je me sou- 
viens, c'est justement cette colline que représente la photogra- 
phie mentionnée. 

M. von Rosen (316, j». 3 ei suiv.) a décrit sommairement les 
grottes funéraires des environs de Casabindo qui furent fouillées 
parla Mission Suédoise'''. Elles ressemblent tout à fait, comme 
position et comme contenu, à celles de Sayate et de Pucarâ de 
Rinconada que j'ai examinées. 

Le D' Max Uhle a effectué, aux environs de Casabindo, des 
recherches dans les grottes de la Quebrada de Tucute, près 
des ruines de Pueblo Viejo, et à x\gua Galiente. Il en a rapporté 
au Musée royal d'ethnographie de Berlin une belle collection , 
dont les crânes ont été sommairement décrits par M. Virchow 
(373), qui en a trouvé 64,7 P- ^^^ ^^ brachycéphales et 35.3 
]). loo de mésocéphales, mais pas un seul dolichocéphale. Sur 
124 crânes, 1 1 7 présentaient des déformations artificielles des 
catégories les plus diverses : Natchez, Flathead, Longhead, 
« Tête trilobée ». 

Le D"^ Seler (327) a publié une note sommaire où il énumère 
les principaux objets ethnographiques rapportés par M. Uhle. 
Ils sont en général identiques à ceux des grottes funéraires de 
Sayate, de Pucarâ de Rinconada et du cimetière de Calama. 
La collection est spécialement riche en objets de vannerie et 
de corderie. Des cordes très diverses en laine de lama et en 
fibres végétales en font partie. M. Seler mentionne un fait 
curieux : il y a des morceaux d'une certaine racine noués 
dans un grand nombre de cordes, parmi lesquelles quelques- 
unes sont attachées à des crochets en bois, tels que ceux que 
nous avons décrits à propos de Sayate. Ces morceaux de racine 
ne peuvent y avoir été placés que dans un but mystique ou 
superstitieux. H y a également une douzaine d'autres cordes 
dans chacune desquelles sont noués une oreille desséchée et 

'"' Ces fouilles ont été faites par (|iip jV'Iais absent, on voyage pour San 
MM. Nordenskioid et von Rosen pendant Antonio de los Cobres et l'Acay. 
11. ''10 



i,ii WTIOl ITKS DK I.\ I;K(.IoN WDINK 

Il II (lnii:l (If lama dont on a enie\e \v sabot. Ces drriiières 
cordes lurent loutrs trouvées dans la même i.Totte. A uno 
de ces niècrs est nttarlic un couteau en cuivre (!»• la mèmi' 
rornic (|Ufî celui (jur j'ai renconlrr à Quêta (y/*/. /l^V A). 
M. Dhle trouva à (iasahindo des fl«Vhes à piinte imi os et d'autres 
à ix)inte vi\ silrx, ce (|ui sendiie prouver (jur U's dru\ sortes 
rtainit contemporaines. 

\ii\ examinant à IJerlin la coilrt lioii dr \l. Uhle, j v ai trou\é 
deux objets très intéressants (jiw M. Soler ne mentionne pas : 
deux clocbes en bois exactrmnit de la mémr lorme cpie cellr 
de (ialama, décrite j)lus loin rt reproduite //(f/. //.), mais qui 
n'ont (nu* les deux tiers de la f^randeur de crttr dernière. Les 
dcM-lies sont cataloguées sous les n^'X . \. i i.)<».)tt\. \. i i.S/|G, 
il proviennent l'une de Taranta cl l'aulu' d»- la (hn'brada de 
Tucnlr. 

Dans cette même collcctinn [i«(un'nl (lr> pLupirs circulaires 
et rcctanj(ulairrs en cuivre, l ne pLupie de celle dernière forme, 
trouvée par M. l hie à iiio Negro, près de (iasabindo, e>l lii^u- 
ré»' par \I. Viiihrnsetti 29. p. 375). d'aiirès une pboto^rapbie cpii 
lui a été comiiiiiiiKpK'i' di- Berlin. (]ett«' placpie est ornée à sa 
partie supérieure d'une tel» Inimaine et de deux animaux raj>- 
pelant l)eaucnii|) la visradin de la Puna Ijuiidnim prruviantim, 
Cuv.]. On connail dr la Piiiia de .InjuN diMix autres placpies 
décorées en cuisrelondu, lesquelles ont ete publiées |)ar M. \m- 
brosetti 23, j». iS. 19 •■( 29. |>. i(»h. a8^ . Ces deux pla(]ues sont de 
lorme circulaire et proviennent, suivant 1 auteur, de (iasabindo. 
L'un di' ces dis(pn*s est très «;rand, de o*.'^!.') de diamètn*, 
décoré d'un donbl»» serpent formé en reliel dans l.i lonte même. 
L'autre s|M'cimeii, de n"'H de diamètre, présente un animal stv- 
iisé, probablement un crapiiid mi niu* grenouille, dont le 
corps est orné d'une croix, comme les animaux similaires 
qu'on voit peints sur ries urnes lunéraires de la région diaguite. 
\\. Lebmanii-Nitsclie (210, |>. 1 ^. |>l. n. ■'^«•i reproduit également un 
dis<pie en cni\ re, de o^o-M de diamètre, sans décor, niaisc«»usu 
dans une en\elo|>pe de p<'au. Cett<* pièce provient aussi d une 



ARCHEOLOGIE DE LA PUMA DE JUJUV. 015 

grotte funéraire de Casabindo. Enfin, Tune des momies de Ta- 
ranta, dont nous allons parler, porte sur la poitrine un grand 
disque en cuivre, sans décor. Etant donnée la rareté, dans les 
grottes funéraires de la Puna, des objets en cuivre, décorés ou 
d'une facture compliquée, on est tenté de se demander si ces 
spécimens exceptionnels n'auraient point été importés de la ré- 
gion diaguite ou du Pérou. 

M. Ambrosetti (23, p. i4) reproduit une photographie de 
«quatre momies trouvées à Humahuaca, avec tous les objets 
qui les entouraient dans leurs sépultures». Or ces momies ne 
sont point de ïfumahuaca. En effet, cela est impossible, puisque 
le climat de Quebrada de Humahuaca ne permet pas la momi- 
fication naturelle des cadavres. Ces momies furent découvertes 
par M. Advertano Castrillo, commissaire de police à Huma- 
huaca, dans des grottes funéraires à Taranta, à cinq kilomètres 
environ de Casabindo. M. Castrillo les avait exposées à Jujuy, 
où l'on pouvait les voir moyennant un prix modique. La photo- 
graphie fut prise à ce moment- là. D'après ce que m'a dit 
M. Castrillo lui-même, les objets qui entourent les momies ne 
proviennent pas tous de leurs tombes. Il avait en effet, poui' 
rendre son exposition plus importante, réuni des objets d'un 
peu partout, et même y avait ajouté quelques pièces appartenant 
aux Indiens actuels. Les « momies » furent achetées à M. Cas- 
trillo par M. Waldi, commerçant en peaux de chinchilla, qui 
les vendit à M. Uhle pour le Musée de Berlin. 

A Taranta existe le seul pétroglyphe que l'abbé J^'ilgueira ait 
pu voir pendant toutes ses excursions autour de Casabindo. 11 
est principalement composé de lamas figurés avec des traits 
droits comme la plupart des lamas des pétroglyphes. On y 
remarque aussi des figures circulaires de la même forme que 
celles de la grotte de Chulin , fi(j . 195, ii" i, mais peintes en 
rouge, au lieu de blanc comme à Chidin. 

Le catalogue descriptif et illustré des collections de la Piina 
au Musée de La Plata, publié par M. Lehmanii-Nitsrlie (210), 
nous fait connaître de nombreux objets trouvés (hins les groltes 

'lO. 



GI6 ANTIQIITKS l)K LA HK(ilO\ VNDINK. 

luiu'Tairfs par un «Miij)lové de ce musée ou aciirtés à des liahi- 
lanls rl«- l.i H'^^iou. l'anni ces objets, il v en a l)(>auc()U|) (h* 
Casahiiitin. M. Anihrnsrlli 23 rr|iro(liiil |»lusi(Mir> ohjt'ls li«(U- 
H's par M. Lrliiiiann-Nilscln* *'[ ri\ dri rit (picl(|ti( ^ aiiln ^. 

(.rs piiTfs, rrllt's a|)|)artenaiit aux colKctnms drj;i ciliM-s ri 
rclli's trouvées jM-ndant mon voyage dans la Puiia ou |)roM'naiit 
(lu « iinrtiiTe d<' (lalama se ressemhli'iil Imilt-s. L'imilr arcliéo- 
lo^Mcjur i\r rrttr «;rand<' réj^ion est rriiiar(pial)lf. 

1,1 /OUI' lra<livli(|in' dr (iasahindn •! dr Sa\alr contenant 
drs «^rollrsluncraires i'nI très grande. Aux environs du HiuCîuai- 
razul il «'xistr rricorr cir ers «^rottrs intactes d'aprôs l«*s rensri- 
gnrmnits rjui mont été donnrs par Ir capitan t\v Suscpu's, 
rens»'i«;nrnnMits confirmés par des liahitants dr (.ocliinoca. I^e 
mémr <ai>ilan m ;i pari»' é«;aleineiil d un «^rand nonihn- (\r c.i- 
(l;iMt'> lYanliiiitiis (pi'il a\ait vus dans les j^rottes d un pioloml 
canon rnlff dt-^ iocIuts «ii Ir.nlislc, .1 mi nidroii noinnir 
Penas, a Iniirsl du ilio (ïuaira/.ul ri a (>ii\iron 3J^" au nord 
df Siis(|iir.s. Il N aur.iil, aiiprrs dr ers cadaN r»'s, des |)ol«'ri<'s ri 
des priirs ru pirrr»'. J'ai iiidicpir rrs deux rndroils >nr la rarir 
ar('ln'olo«^i(pir; IN'ûas, (pii ne ji«;un' sur aucunr rarlr, a élr 
placé suivant 1rs rensfijj^nriin'iils du caintan de SuMpies. Il ni»' 
lui impnsMJ>|f di- \isilrr ces jocalilés, car une excursion rn 
ces li»'n\ (li'p<inr\u^ d»' l<>nii.iL,M' cl de Innlfs rr^sources «'si 
une véritable expédition au désert, poui' l.i(|ui>lli- |<- n'étais jias 
préparé. 

Dans la priifr plaine enradriM' par drs monta*;nes <pii sr- 
Irnd a l'ouest it au sud du \illai;(' de (iorliinoca, à lo^^enxi- 
ron, à Tinati', j'ai exploré diMix ju'titi's monta«(nes tracli\ti(pM>s, 
isolées au indien dr la |)laine. Ces collines étaient j)ercées de 
j^rotteN >ides, mais où les nombreux jn-tits ira<;iii<'nts de jM»le- 
ries et d'autres débris rbiuontraient (pie celaient d'anciennes 
f;rolles binéraires dépouillées de leur contenn. l'inate est indi- 
(piee sur la carte ar( bi'nlnL,d(pii'. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. (,17 



ABRAPAMPA, LUMARA ET CANGREJILLOS. 

Ces trois endroits sont situés dans la plaine des Salinas 
Grandes, à l'est et au nord de Gochinoca. Je ne sais si je dois 
rattacher les ruines et les autres vestiges préhispaniques de ces 
localités à la région des anciens Atacamas ou à celle des Oma- 
guacas, mais je préfère les mentionner ici, car Abrapampa n'est 
qu'à une petite distance de Gochinoca et parce que Gangrejillos 
et Lumarâ possèdent de ces haches plates en pierre schisteuse si 
caractéristiques de Gasabindo et de Rinconada. Cependant je 
place ces ruines ici sous toute réserve, tout en considérant leur 
classification comme douteuse. 




Fi;^. 12 2. — Al)rapainpa. Mortier en pierre. — 1/2 gr. nal. 

Les ruines d' Abrapampa sont situées au pied d'une colline 
isolée et consistent en pircas entièrement rasées. On voit claire- 
ment, par la- disposition des murs, qu'il s'agit de constriiclions 
préhispaniques. Les fouilles que j'y ai elfcctuées ont donné 
pour unique résultat le mortier^?^. 122, en quartzite très (hir, 
de o'" loo de hauteur, o"' i25 de longueur et o'" loo (\v lar- 
geur. 

Lumarâ se trouve au pied delà Sierra Occidental de Iluma- 
huaca, à environ 20""" au sud-sud-est d'Al)ra|)ampn. Il \ a, 



CI8 ANTK^riTKS DE L\ nKCilON ANDINK. 

à I^uinara, un crrtaiii noiiihn* d'anciennes constructions en 
pirra , rii;il conservées, conij)OS«*es d rnclns dr (iii1cr('nt(>« 
(linienNi()n>, «généralement cle forme rrctan'^iilaire. 

\/d li(j. i'23r, d représente (l<»u\ haches «mi pierre, plates, 
pr(»venant (h* Lumarâ. (ies iiaches sont decoujH'es (hms des 
plarpies de pierre schisteuse et, après le (h'»coupa«;e, |M)lies des 
diii\ côtés. Le tranchant <>st hieii aildc. dans la hache rd'un s<'ul 
c6lé, et dans la haclir d de^ drn\ c()l^•^. Lr tranchant de la 
pn'mière présente la lorme |J, celui d» la liai lie d < elle-ci (J. 
I/épaissrur d«' chacune de ces haches est pn-scpie uniforme 
dans joules les parties de la pièce, o" o i -> j)our la haclu' r et 
o'"()l.) pour la hache d. Seul«'iiM>iit le laloii est plus im|)arlai- 
teinent poli et, par consé(|ueiit , un pru plus rpais. \u ceuln* 
(lu l.ilnii, la iiache r a o"'<)a» d'épaisseur et la hache d o"oi(). 
Les deux hach(*s sont cassées à l'une «h s t \(n*mités. (Juan<l 
elles élait'iil riilHTrs, le Irauchanl dr la Iiache f dr\ail aM»ir 
0*'i7 i\r loii^nieur, celui de la hache d o" ly. La hauteur «If la 
Iiache ( est de o" i '>;'); celle de la hache d de o"' i 'i , non com- 
pris une |)artie du talon (pii «'st cassée. Les haches plates de 
celle lorme sont tout à lail caracl«'risli(pies de la Puna de 
.lujuv, où elles ont été trouvées «i Lumarâ, à Casahindo, à 
Quela, à Pucarâ de Hinconada, a l*o7,uelos, à (!anj;rejillos et 
à Sanjiiaumavo. I ru parlerai plus au loui,' «ti d«*crivant, 
pa«;e f)'|(), la iiniiihiriisr colleclioii (pir |'cii ai lailr à Pucani 
d«> F^iurouada. 

I)ru\ pi'iites pierres trouvées dans les ruines de Lumar.î 
sont rej)roduiles //y. t'2>i a,h. Llles ont prohahirment viv em- 
ployées j)our hroNer des drogues, des couleurs, etc. La pierre 
desi<;n«'e A a cerlainriuinl servi a |)ul\rriM'r de l'ocre rouge, 
ainsi cpie le druiontmil 1rs traces encore \isihles h la surlace 
inlrrit'ure plaie. ! ii |i<'lil pilmi. dr la luiiiic Inruir «1 (\t' la 
même grandeur «pu* celle dernière pièce et pro\euanl des col- 
uM-lioMs lail«'s a /uni |)ar M. .lames Ste>enson, existe au 
Musée du I ro(Mdero, catalogué sous le n" iTîo'iÇ). Noln* pièc»* 
Juj. I*2'i(i. eu andi'silc noirâtre, a o".»- de h.niteur et o'"r).'î.'^ 



Pl. LI. 





Fig. 123. — Lumarâ. Ilaclies ot molettrs on [n'errc. — \l\ (jr. nat. 





Fi". 12/|. — Liirtiarà. l'olriics. — i;3 -rr. iial 



Pi., lu. 




a b c 

Fig. nS. — Oucla. AForlipr en piorro ol l'cnollps en terre cuile. — 1/3 s;r. naf. 




d' 



d e 

Fig. 12 G. — Quota. Ilarlies e( autres objets eu pierre. — i/4 gr. nal. 




m 



Fig. 127. — Oueta. Pièees d'enfilage cl aniies «ilijets en pierre. — u 3 gr. nat. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JU.IUV. 019 

de diamètre pris au milieu; la pièce h, en andésite verdàtre, a 
o""54 de hauteur et o™45 de diamètre maximum. 

Les deux poteries de Lumarâ,^?^. 12â a, h, rapjDellent par 
leur pâte et par leur technique plutôt la poterie ancienne de 
la Bolivie méridionale (Ghichas) et de la Quebrada de Huma- 
huaca, que celle de la région des Atacamas. Le vase a, de 
G™ 100 de hauteur et o™2 25 de diamètre à l'ouverture, est 
d'une pâte fine, de couleur jaunâtre et de cuisson parfaite. 
L'intérieur a été très régulièrement engobé avec de la plom- 
bagine avant la cuisson, ce qui lui donne un joli émail noir et 
brillant. Le vase b, de o"" 2 i de hauteur et o'" 3 1 de diamètre 
à l'ouverture , est également fait d'une pâte jaunâtre , mais moins 
fine que celle du précédent. 

Cangrejillos, à /\o "^"^ au nord d'Abrapampa, a été exploré 
par M. vonRosen (316, p. 9), qui y a recueilli une hache plate en 
schiste , trouvaille qui m'a fait nommer ici les ruines de Can- 
grejillos, au lieu de les rattacher à celles de Yavi et de la Que- 
brada de ïfumahuaca. J'ai pu visiter rapidement les ruines de 
Cangrejillos : grande agglomération de constructions en pirca, 
mais très mal conservées. 

QUEIA. 

Cochinoca est située dans la partie nord-est d'une petite 
plaine renfermée par les Sierras de Quichagua et de Cochi- 
noca, et par un contrefort de cette dernière qui sépare cette 
plaine de celle des Salinas Grandes. De Cochinoca, je me 
dirigeai vers Rinconada en traversant la petite plaine et j'ar- 
rivai à l'Abra de Quêta, défilé menant à travers la Sieria de 
Cochinoca à la grande plaine de Pozuelos. 

Queta''^. — A l'entrée de ce déhlé, au pied des montagnes, à 
un endroit nommé Quêta Cliico ou Pueblo Viejo, se trouve un 

'*' Voir la planrho Ml , insérée a|)rc.s la pape ()i<S. 



C20 ANTIQIITKS DE LA REGION ANDINE. 

villa^'i" pn'lnsj)aFn(nir , mais tt'lIciiKMit réduit à l'état d»' ruines 
(ju il iM'u n*>tf» (|u'un grand entasseinenl de pierres, déliris 
d'anrijMis murs, couvrant une élrndur dr .Son* de longueur 
sur environ ioo" de largeur. Il v a i)eau('oup de Iragnienls de 
vieille poterie grossière parmi les pierres, .l'v ai «'\lnnin' (piatre 
>>(iurlrlles, mais rompl«'tement eilrites. Trois étaient enterrés 
ensemble, le quatrième était seul. Deux des crânes présentaient 
la délormation cunéilornie couchée, dite à tnrt « délormation 
ayinara •. \n|)rés des trois squelefte> furent rencontrées les 
j)etites écueUesyîVy. 125 b, r, en j)oterie gros.siére rougi'alre, 
de o" I I et o^oQ de diamètre maximum chacune. L'ecuelle r 
n'a aucun décor; h est pourvue de d«'u\ jietits mamelons, un 
de cha(nie cot«*, et une cassure (hi IxmjI «leinniitre (jue <rtte 
écuelle a eu un appiMidice proloiig(>ant à cet endroit le Ixud 
vers le li.iiil, jMiil ('(le en Iniiiic (le télf liiiiiiaine ou d'ani- 
iii;il , rniiiiiM' nii !•' \<»il soumiiI sur I ancifMiue poterie de ces 
régions. 

i-f iihmIh r /nj. 1"2îi a , en .indcsilr dr ( nuirur gris foncé, a 
rte troinr pnrmi les pircas éboulées, (ie mortier est de forme 
ohlongur rt ;i o'" i .S 3 de longueur sur o'" 1 m d«' largeur. Sa 
caNit«' rsf prolonde; les parois «l !•■ loml oui lr«'s ikîu d'epais- 
siMir. 

A Ouet.i, loiil II' sol (Ifs iMHiii's ««tait coiiNtrl «I»' fragments 
de ces li.iclirs plates m nicrrr s( histeUM', «onime crlles (pie j'ai 
déjà figurées pro\rii.iiil dr 1 ,11111.11.1. I ,.i //«/. l 'Jfî il, r repré- 
.sente deux sprjimcns de Quêta, et leurs profils sont donnés 
par (t et r . La hache r a o™ l '\ i de hauteur. \r talon coin|)ris, 
et .son tranchant a o^aoj de longueur. Lepaisseur est de 
o*()iQ prés du tranchant et s'augnuMite jus(|irà o" o 1 8 dans 
la partie non polir , .111 < iiilrr du talon. Il est iinpossiltle de 
ni(>sun>r la longunii ri la haiilrm de l.i hache (/, (jui est cass<'*e 
aux drux rxiremités et égaleiiitnl .111 f.don. l/<'|>ais.seur maxi- 
mum de rrllr haclu» est de o"" o l 7. 

\/,\ fiij. t 'Jf) a, h, r rej)résenle trois petits outils en forim' df 
croi.vs;int. Ils sont faits de la inèmr pierre schisleu.se (lue les 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE .lU.lUY. 



021 



haches. Leurs bords ne sont pas affilés, mais le bord convexe 
est arrondi par le polissage. Les trois pièces sont cassées à l'une 
des extrémités, mais ce qui reste intact indique que leur forme 
primitive devait être sans nul doute celle d'un croissant. La 
pièce a, avant d'être cassée, a dû avoir o"* 120 de longueur, 
mesurée entre les deux points les plus éloignés de ses extré- 
mités, la pièce b, 0°' 100, et la pièce c, 0^09 5. L'épaisseur, 
presque uniforme partout, est d'environ o'^oi. Ces croissants 
en pierre paraissent avoir été employés dans le sens de leur 
longueur pour tracer des raies, par frottement sur des corps 
durs, par exemple sur la pierre. Des outils presfjue de la 
même forme, provenant de Pucara de Rinconada, sont repro- 
duits/^. 139feilâ0c. 






Fi^. 1^8. — Quêta. Couteau et pentleloqun, en cuivre. — 2/3 gr. iial. 



Le couteau en cuivre fuj. 128 h a été aussi trouvé parmi les 
restes de pircas de Quêta. 11 mesure o" i35 de longueur sur 
une épaisseur maximum de o°'oo2. Le tranchant, I)ien 
aiguisé, indique incontestablement un long usage. Le Musée 
d'ethnographie de Berlin possède, suivant le D"" Seler (327), un 
couteau en cuivre, exactement de la même forme, qui pré- 
sente la particularité d'être attaché au moyen d'une corde eu 
laine noire de lama à une oreille coupée de lama et à un doigl 
de ce même animal dépourvu de son sabot. Cette pièce a été 
trouvée par fabbé Filgueira dans une grotte funéraire aux en- 
virons de Gasabindo. Elle est cataloguée sous le n" V. A. i i 3/| i 



fi22 ANTIQl'ITKS DE I. \ nF.rJON ANDINK. 

ri ri«(iimî |)ar M, Aiuhro^'lli 29. \>. 193 , d'aprcs uiu' |)lioto<(ra- 
pliic (|iii lui a rté coiiiiiiuni(|ii(M' (!•■ Brriin. (ioininc l«- dit 
\î. \ml)n»srlli, rot ohji't inlén'ssanl se raj)|Kjrlo pn>l)ai)li'iii(Mit 
(1 une iiiaiiirn' (|im>I('()ih|iii> à la c('*n'MiK)ni(> dv ra|)|)(»ition des 
m.'ircjiu's (Ir ijinjuirt»' sur Ir Ix'lail, ()|H'M*ati<>u (|ui rousist»' à 
|)rati(jurr dr.s iucisious dans les oreilles. Nous av<»u.s drcril 
naj^e 49* celle cérémonie, en nsage |K)ur les moulons el jx)ur 
les lamas. Elle esl sans doule une survivance dr (}url(|ue cért^- 
monie |)i*éliis|)aMi(|u<>. 

La fit/. l'JS a, a rej)résenle, vue de deux côtés, une pende- 
iiKjue en cuivre, laile d une lame circulaire pliée en qualre 
el avant les hords rccourhés dr manière à former une sorte 
de pelil»' rloclie à (jii.ittc j)ointe.s. i.a lame j'.sl assez «'|)aiss4", 
o^ooif), ri r<)l)jrl, (|iii iM'sl pas ])arraiti'menl svinétricjue, a 
o^oV» 'lia^^onalrmriil , ciilrr j«'s pointes 1rs pins «'loij^ni'es, ri 
o^o.Sf) nilrr 1rs (|tii\ .mires pomtrs. I ..1 j)it( »• |M»se 20^. 
\ INicarâ (le ruiiroiiada, | ;ii ImiiM' iiiir .iiilif pcndcinipir 
t'ii riMNir, (!«• la mèmr lorme, mais j)lus priilr; vWr esl repro- 
duile /kj. tSa (L Ces ohjels ont é«;al('mrnl rlé trouves dans 
la région (lia«;uil<'. Suivant \ï. \ml>rosrlli '29; |». 2^7. an), !.%<>; 
fip. 43 a. I. , li; Musée national de Buenos-. \ires en pissede 
«pialre spérimens, dont deux provenant de la province de Ca- 
l.iiii;ii ( .1. |)iii\ d.' ers pièces .sont jx'tiles comme la nôtre, mais 
<lrii\ autres soiil hiMiii nii|i plus «grandes, d'euNiron o^og de 
dia«>;onale r[ pesant i 70 et 100"' resperlivemenl. \IM. .^Iiilxl 
rt lîriss 340.1. pl. if), lif;. i3) re|)roduis(Mit une priidiltNpii* en 
rni\rr, t\t' l.i ménie forme, de TialiuanaiM». M. Xndtrosi'lli su|>- 
po.s4> (pir ces pièces ont été londues dans leur lorme actuelle, 
ce (|ui n'est pas le cas de celle de Oueta, au moins, car les 
l>ords de ( elle-<i prés4Milent des traces Ires nettes de cou|)s 
au inoNeii destpiels la lime de cuivre a été pliéi*; il s*v 
est même produit nue petite fracture, >isil)le en a\ occa- 
sionnée par un excès de tension en pliant la pièce. Les spéci- 
mens reproduits par M. \nd)ros«*lti ont exactement la même 
forme (uir relui rie ( hieta . et ont sans doute également été 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. Cri?, 

plies à coup de marteau. Pour ce qui est de la destination de 
ces objets, la pièce de Pucarà de Piinconada était, comme nous 
le verrons page, 655 une pendeloque servant de parure. La 
pièce de Quêta et les petits spécimens de Catamarca ont certai- 
nement eu le même emploi. Quant aux pièces de grandes 
dimensions que reproduit M. Ambrosetti, il ne me paraît pas 
probable non plus que ce soient des campamllas , comme le dit 
l'auteur, c'est-à-dire des sonnailles, qui, pourvues d'un battant, 
s'attachaient au cou des lamas. Elles n'ont jamais pu donner un 
son assez fort pour être employées comme sonnailles, et leur 
forme identique à celle des petits spécimens rend cette hypo- 
thèse invraisemblable. Le spécimen à battant que reproduit 
M. Ambrosetti (i7»iVi, p. 280, %. 46) est sans doute, comme le dit 
l'auteur lui-même, une pièce moderne. 

Un petit objet en pierre est reproduit y?<y. 127 a. 11 est diiïi- 
cile de déterminer sa destination. C'est un fragment de cy- 
lindre creux dont le diamètre extérieur a été d'un peu plus de 
o™ 020, et qui, à son extrémité supérieure, a un trou de 0^007 
de diamètre; comme on le voit sur la figure, il y a aussi un 
autre petit trou latéral, de o™oo/i de diamètre. La cavité inté- 
rieure du cylindre est plus large que le trou de fextrémité. 
Toute la partie inférieure de ce cylindre manque, et il ne 
reste que la moitié de la partie supérieure, la pièce ayant été 
cassée aussi dans le sens longitudinal. L'extérieur, bien poli , 
est décoré de traits gravés en escalier. Cette pièce est faite d'une 
roche noirâtre assez dure, du micaschiste à biotite^'l 

En b et b' de la même ficj. 127, on voit des deux côtés une 
autre pièce énigmatique, faite de la même roche que la pré- 
cédente. Cette pièce est également cassée; la cassure princi- 
pale, oblique, est bien visible en /;; il est probable que le corps 
principal de l'objet a eu, à l'origine, une forme rectangulaire, 
au lieu d'être triangulaire comme à présent. La pièce est percée 
de part en part par trois canaux tubulaires, visibles à la sni- 

''' Collodélorminalion, ronitiic les siiivaiitos, est laile |)ar \\. \o profossnir Larroix. 



ftn ANTIQIITKS DK L\ llK(;iON AVDINE. 

face (Ir la rassure. I)«'ii\ de ces canaux Iraverseiil loulr la |>ièce 
«•l (l('lM)ucliont à la j)arti«» supTieun'; le troisièiiie n'a pas cl'ou- 
\erlure (!«• ce coté et se termine au-<iess()us de la tète, qui a la 
Ifjpnie de trapèze et est déron'e flune croix de Malle «gravée. 
( ne cassure a ouvert latrraleiiieiit le canal (pu* l'un Miit à 
;;aiiclie en //. Kn dehors de la croi\, la pièce est ornéi* de traits 
;(rav«^s, des dniv côtés, l ii Irnii, de suspension sans doute, 
(*st prati(pié dans un ^ippcndice taille dans la même pierre. 
Il ne serait |)as in)|)ossil)ic (juc celle pièce fût une sorte de 
silllet. 

Le sol des riiirirs de (hieta était Ircs riclie en discpics r! 
«slindres perloH's, de diMirnsioiis et de nialière lrè> xariées; 
des pièces d'eidila;;e asanl lait partie de colliers, etc. La 
fif/. Î27 c-m re|)réseiite, aux deux tiers de la grandeur naturelle, 
un certain nonihrr (1rs plus «grands de ces di.sques pt'rlorés. 
Les plus communs étaient < < ii\ dont les siM'cinKMis .sont dési- 
«;nés /. /, /. . ///. Ils ont mNiion ii"'n> de dljinirlrr sur n"* o i 
d « paisseur et sonl d une lorme assez irn'«;ulirre, «;rossienMnenl 
l.nllrs d.iiis des rocln's tendres : tufs volcani(pies, traclix li(|ues 
«Ml rli\<>lillii(pies, de (ouleur j;ris clair, et ar;;il«' laicpieuse 
vi'rte. M. Lelimann-Nitsclie (210. (il. iy, c 3) donne la ligure d'un«' 
série de pièces d'eidila'^e de (!asal)indo, dont plusieurs res- 
seMd)leiil ;ni\ discpies perlon's (pie nous venons de d«'crire. 
(jes dis(jues ressemhlenl anssi heaucoup .1 d .mires de la Pala- 
goni<>,dont !•• I)'\rrnean 368. |>. Qtj.'t. pi. \i\ repnxiuit (luehpies 
spécimens. 

La rondelle r, de o"' ().<() dedi.imelre et ()"'()o.') d'épais.seur, 
hieii polie, est en micascliiste à hiotile, noirâtre; un autre s|M'- 
cimen de mêmes dimensions est en cldorilorliite verte. La n)n- 
delle (l, en nncascliiste, <*st ilii même diamètre, mais elle a 
.seuliMuent o^oo.'^ d'épaisseur, et .ses l>ords sont arnindis d'un 
côté. La j>ièce rectangulain* e, en cldorilorliite verte, est le 
seul s|)écinien trouvé (\v cetti* form»'. La forme conique est 
rare au.ssi : / et y représentent les deux si'uls spj'cimens ren- 
conlrésde ce genre. Il sont faits en talc . 1 un de couleur blanche. 



ARCHÉOLOGIE DE LA PU.NA DE JUJUV. G25 

l'autre violacé avec des taches blanches. La pendeloque li est 
en micaschiste noirâtre. Enfin / est un grand disque en soda- 
lite bleue, de o^ooy d'épaisseur. 

Pièces d'enfilage de la Quebrada del Toro et de la Puna de 
Jujuy. — Quêta a donné, de toutes les ruines que j'ai exami- 
nées, la récolte la plus variée de petites perles en ])ierre dure, 
objets de parure communs dans toute la région andine. Pour 
ce motif, je place ici une planche, y?fy. 129, où sont reproduits 
des spécimens de ces perles provenant des différentes localités 
que j'ai visitées dans la Quebrada del Toro et dans la Puna 
de Jujuy. 

A Quêta se rapportent les jf' 6 à 17. Le dernier de ces nu- 
méros comprend une série de très petits disques en coquille , 
les seuls de ce genre que j'aie trouvés au cours de mon voyage. 
Au contraire, ces disques en coquille étaient communs dans 
les anciennes sépultures des environs de la Sierra Santa Bar- 
bara, que j'ai fouillées en 1 90 1 . Dans le cimetière d'Arroyo del 
Medio, décrit plus loin, j'en ai rencontré beaucoup. A Quêta, 
il y en avait tellement, que j'en ai recueilli une cinquantaine 
en quelques heures. Ces petits disques en coquille se trouvent 
fréquemment au Pérou et en Bolivie. MM. Stûbel et Pielss 
(340, 1, pi. 20, %. /j5, 58, 59, 60) en reproduisent plusieurs spécimens 
de Tiahuanaco. Le if 16 de ^Sificj. 129 est un petit disque en 
calcaire, d'une jolie couleur rose, trouvé également à Quêta. 
Je ne sais si ce calcaire provient d'une roche ou d'un co([uil- 
lage, mais sa structure semble indiquer cette dernière piove- 
nance. A Tiahuanaco, on trouve des perles en coquille de cou- 
leur rose, comme le démontre l'une des figures de MM. Sliibel 

et PieisS {ibid.. lig. 57). 

Parmi les perles en pierre de Quêta, nous voyons, en dehors 
de la turquoise (n°' 9, 12, Ui) et de la sodalite (/r 6, 10, 7/), 
75), (le rares spécimens en roches volcaiii(|ues de couleurs 
grisâtres et noirâtres (/r 7, S, II). Le disque n" 15 est la seule 



020 WTKMIIKS DK I. \ |;K(.I()N \M)INK 

|)i<T<» vn scxlaiitc l)laii('iie que j aie trouvée au cours de mou 
No\af;e; les auln's jK-rlt's eu sodalile étaient toutes de couleur 

\oici la lislr drs jMTles ou litininis. coninir Ifs imlis r[ \vs 
Indiens les appcllrnl , lij^urées sur l.i |)lancli(' : 

Fie 129. QUKUBADA 1»EL T«mo KT VlW I»K JlJlK 

PkRI.KS. l'ENDKLOQl l'IS ET COLLIKB '". 

(hirhnitld ilrl l'ont. 

1. (jOi.gota. Pffli's «ni forme cl»' disqur, Irouvërs aiiprrs d'un Nqurii*lU>. 
DiiiiiirU'r Av \;t j)lii<» giMiid»' . o"«»i5; «'•paissiMir. o'oo-. r)iain«>tn> d»» la plii> 
pelilf, o" ()(»(>; l'paissnir, o'ooa. Turtfnotsr. Poids $|)<'ri(if|tir ini'^al , variani 
do a. 7 à 1.6. à causo do |)articules di* niiiH'raiix «'Inmgfis ({ui adhrrnit à la 
tiir(|iioi.M'. (À)ulour vert-iticii. 

2. (ioi.(;nT\. I^•rl•'s l'ii loniH' de dis4|il)' «t |)<ii«l<|(i(|iii* Kvoidr, Inuivrt's 
auprès (11111 fidixir Di.iini lu- dcs p'rics. o~(M)G. l'ui^uoi.M'. (<uiilrur vt-rt- 
Moii. 

3. (ïoLGOT\. Pi'titr.s |)erl(>.s (ui forme d<> dlMpif. trouvées doiTJèn' i'ocripiil 

d'un sipicli'ltr. |)i;itii<>lri'. »»"«m'| à o"»»Mi. Tlllfiunisr. Poids SI>iVifi(UH- . 

•À.tj.i H -L-j. Deux rniidfllrs analyv'fs ftniiriKtiini •!.■ l'jirid"' pliosphnritnii* 
vl de i'alumiiir. douleur vertTl)leu. 

k. MuKoili AM. Perle trouvée sur le sol du \dlap' pn'>his|Knii(pie. (iylin- 
dri(|u«'. aNM'z inégulitVe; diamètre, <i"(ii'i; r|tai*^vur. o"oio. Smialilr 

l»l»Uf. 

f). Tastil. PeiideliKpie rordifonne. trouvée aupn's d'un Mpielelle. K|Mi>- 
seur. o"oo5. Tiinfuoise verte. 

Ptirm (Ir JitjtiY- 

ft. QiKT\. (,<'H»' |K'rl»'. aui^i «|ur l< > n* - .i i(», a «le lr<iu\t«' sur le 
s<»l «le l'iinplaremenl de l'anrien village pré|iis|).uii(|ue de Quela Chicti. 
Forme de discpie; épaisseur, o"oo5. •Wfi/i/r hli-ue. 

7. QvKTA. Cylindre pcTfor»'*. Diamètre, o'oocj; longueur (é|>ai.sM'ur), 
n"oM{). Rtnhi- voiraniqitr. Couleur l»rune. 

I.r* riM lir^ mil rir ilclrrnilni'r« |Mr voulu on fuirr une Hn<l«- mmiil^lo, mi 
M l«» iirurcMcur A. I.«rnti\, i|ui a hirn riu«co|iiqiir el rliiinii|iif. 



AKCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 027 

8. QuETA. Disque. Epaisseur, o'"oo5. Roche i'o/cfl/i«(/He. Couleur gris clair. 

9. QuETA. Discpie. Epaisseur, o'"oo/(. Tiirquoise verte. 

10. QuETA. Discjue. Epaisseur, o^ooS. SodaUte bleue. 

11. Qdeta. Disque. Epaisseur, o'"oo5. Roche volcanique. Couleur noire 
avec des points blancs. 

12. QuETA. Cylindre j^erforé. Diamètre, o"'oo7; longueur, ()"'oi2. 
Tunjiioisc verte. 

13. QuETA. Disque. Epaisseui% o"'oo5. Sodalile hlcue . 

14. QuETA. Disque. Epaisseur, o"'oo'|. Turquoise \erie. 

15. QuETA. Discjue. Epaisseur, o"'oo5. ^So^/a/t^e blanche. 

16. QuETA. Disque. Epaisseur, o"'oo35. Calcaire rose. 

1 7. QuETA. Petits disques blancs en coquille. Epaisseur, o"' 002 à o'" 00 1 . 

18. Sayate. Collier trouvé sur un cadavre momifié dans une grotte funé- 
raire. Les longs cylindres perforés, bien polis, d'une jolie couleur vert- 
pomme , qui composent la plus grande partie du collier, sont d'une substance 
très hétérogène , résultant de la transformation d'une roche : sous le micro- 
scope, on voit que cette roche est composée d'une substance isotrope, de 
débris de mica et de quartz, et aussi d'une substance fibreuse à structure 
calcédonieuse. Contient de l'acide phosphorique. Poids spécifique, 2.66. 
Les petits cylindres de o'"oo2 à o'°ooG de longueur (épaisseur) que l'on 
voit à droite, en haut sur la figui^e, sont en agate zonée jaunâtre, d'un poids 
spécifique de 2.65. Le long cylindre isolé, au bout du collier, est en sodalilc 
bleue, d'un poids spécifique de 2.26. La cordelette en laine de lama jau- 
nâtre, peut-être blanche à l'origine, est intacte. Cette cordelette présente des 
nœuds faits sans soin, en trois endroits différents, et un autre nœud à l'ex- 
trémité pour retenir le cylindre en sodalite. 

19. PucARA DE RiNcoNADA. Dcux Cylindres perforés, trouvés auprès d'un 
cadavre, dans une grotte funéraire. Sodalite bleue. 

20. PucARA DE RiNcoNADA. Disque provenant d'une grotte funéraire. 
Epaisseur, o"'oo2. Chiysocolle, d'une johe couleur verte, marbrée de veines 
blanches. 

21. PocARA DE RiNcONADA. Pcudcloque provenant d'une grotte funéraire. 
Epaisseur maximum, o'"oo55. Chiysocolle verte. Poids spécifique, 2.16. 

22. PucARA DE RiNcoNADA. Pcudeloquc provenant d'une grotte funéraire. 
Epaisseur, o'" oo3. Turquoise verte. 

Excepté les pendeloques de formes ovoïde, cordifonne, tra- 
pézoïdale, etc., toutes ces pièces ont la forme cylindricpie, 
mais la longueur de l'axe des cylindres varie beaucoup : de 
quatre fois le diamètre jusqu'à un demi-diamètre. Dans le 



628 WrMMIII.s I>l. l.\ I.IC.IO.N AM)I\K. 

l.'iMcaii (|iii pn'crdr j'ai floiinô aux < vliiidn's diiii a\«' court 1(» 
iiniii (le (iis(ni('s nu rir rondrlles. 

La jMTr<)ralinii (1rs |)ir(tvs peut avoir ô\^ op(^r<^o en faisnul 
luiiriKT (III |)rtit l>al(»n on Iniis sur une couclir dr sahlr iiii 
iiiouillf, cleinlur sur la pirrro, ou prut-rln* los anri«*ns liahi- 
laiits (If la Qurhrada (l«l Toro ri de la l^una (\v .lujuv eni- 
plosaii'iit-ils Ci* fon-t |ii'iiiiitit (pii consiste en unr pointe de 
pi«'rn' silicrusr li\éc au Ixml d un l)àton (lu'oii tourne entre 
les mains. M. von dru Sliiiini 335, p. io\< reprodnil un de ces 
insirunicnis (pTil iioiiiinr (jiurlbohrrr vu allemand, et (ju'il a vu 
en usa^e (lie/, les Indiens liahitant la réf^ion des sources du 
liio \in;;n. D'après li-s ol)ser\ations de ce Novaj^eur C(del)re, 
nii iiiritail une cou(die de sahlt- lin sur la pierre (pi'on voulait 
perlorer, ri Ion laisjil a^ir I»' Inid sur le sahl.-, (pu |)nil)al)le- 
UM'iil rliil inoniil)'. Hii |)eut-ètre Ifs ludiciis |)reliispanic|ues de 
la Piina connaissaiiMil-ds le diillr a ar(liel (pu riait rii nsaj^e 
clir/, certains ln(li(>ns chî rAnn>ri(pie du Nord, connue les 
/unis. \l. .lames St«'\enson '336, |il.xiii (lniiii«> une int('*ressante 
plioto^rapliir d'un /^uûi en train de |)erlorer des tunpioises au 
nioven d nii de ces forets. La lorinr l)iconi(pn' du creux des 
perles en pierir (pu nous occupriil dnimntrr (pir la perfora- 
lion a et("^ ^(MK'rali'iiiriil opérée des deux côt(!*s de la pièce, les 
creux sr rriicontraiil au niiliru. 

Lrs perles ont sans doute servi, en j^eneral, à former des 
( olliris. L(' collirr de Savat»», conservé intact, le d('*inonlre, et 
dailirnrs, d.ms 1rs s(''pnltnres, on les troUNc pres(pn' toujours 
près du cou des s(jurlrttrs. (ieprndant elles ont (pH'l(|ueiois 
M tMuploNëes aussi pour d antres parures. Ainsi les |M*lites 
perles d(» la séri(» n" »'i Inrrnl lioii\rrs dninrr l'occiput d un 
s(jiirlrttr, vr (pu sriiiMr iiidiipirr (pi Cllrs ont ser\i (le parure 
|M»ur les cheveux, eidilees dans un lil tirs Un. La prndel(Kpie 
en cuivre /i(f. t.'ifi (/. de Pucara de ilinc(»nada, avec son lil de 
suspension cnn\rrl <\r prrlrs, dnnr»r aussi un exemple d'un 
antre i>ni|iloi. 

Les pelles lie sont pas egalemeiil communes dans toutes les 



f 





(i 








19 

I 




^jracpry^^y^^^j^^ ^^u^^ic^ 



Phot. G. Pissarro 



QUKBRADA OEL 'loRO ET PuNA DE JujLY 

Gr. liât. 



— Perles, pc-ndeloqucs et collier. 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 629 

ruines ou cimetières. Ainsi elles étaient assez rares à Moro- 
huasi; à Puerta de Tastil, je n'en ai pas rencontré; à Tastil, 
où j'ai fait des fouilles pendant plusieurs jours, une seule 
perle en turquoise fut trouvée sur le sol des ruines, et aucune 
dans les sépultures. Au contraire, à Golgota, à Quêta et à 
Sansana, il y en avait beaucoup. Dans les grottes funéraires 
de Sayate, je n'en ai pas rencontré, et dans celles de Pucarâ 
de Piinconada, j'en ai trouvé très peu; mais, par contre, il y 
avait quelques petites pendeloques en pierre, de différentes 
formes. 

La matière employée le plus fréquemment est la turquoise 
de diverses nuances : du vert clair jusqu'à un vert tirant sur 
le bleu céleste. Partout où j'ai trouvé des pièces d'enfilage, la 
plupart étaient en turquoise, et, comme nous le verrons, 
presque toutes les perles trouvées par M. E. Sénéchal de la 
Grange dans des sépultures d'Indiens Changos, à Chimba, 
sur les bords de la baie d'Antofagasta , sont en turquoise, 
ainsi que les perles qu'il a exhumées à Galama. A Ghimba, il 
y avait également des perles en chrysocolle. Mais je ne connais 
pas de gisements d'où la turquoise a pu être tirée, quoique 
j'aie souvent questionné les Indiens sur ce point. D'ailleurs le 
D"" G. Bodenbender (64), dans son catalogue des minéraux de 
la Piépublique Argentine, ne nomme pas la turquoise, et, à ma 
connaissance, le seul minéralogiste ayant mentionné un gise- 
ment de ce minéral dans l'Amérique du Sud est M. I. Domeyko 
(118 iix, p. ^125), qui l'a trouvé à San Lorenzo, dans le départe- 
ment de Ligua (province d'Aconcagua, Ghili). Au contraire, 
aux Etats-Unis on exploite actuellement de nombreux gise- 
ments de turquoises, dans les Etats du Nouveau-Mexique, 
de l'Arizone, de l'Alabama et du Nevsr-Jersey. Dans plusieurs 
gisements du Nouveau -Mexique on a trouvé des vestiges 
prouvant qu'ils ont été exploités sur une vaste échelle à 
l'époque préhistorique. Au Mexique, où les bijoux préhisj:)a- 
niques en turquoise sont communs, on a récemment, en 
igoS, découvert un gisement de ce minéral dans l'Etat de 

H. hi 



i(ini4I.R 



i,:jO \\li«ji ilhN l>K I. \ nFU;iON ANDI.NH 

Zacalrcas. Dans un inéinoin' de M. (icorge F. Kunz 188fcù), 
publié dans h* rompt»' roiuUi dv la \\' sossioii du (!(m«;rès 
iiitiTiiationai drs \iiirricainslrs, a Qiu'Ixt, ou trouNcra li'> d«'r- 
iiicTfs iiouM'lIrs sur U'> «;isi'iufuls dr tur(jUois«'> daus TAnir- 
ri(pir srpli'iilrioualr. AssunMiK'nt , tôt ou lard ou «mi découvrira 
l'gairiurut dans l'AuuTi<pii" nirridiouah'. 

Ou !rou\r aussi prrscjur partout d«'s priles en s<Mlalitr. uiais 
ru iM'lit uoud)n', j;éiiéral«Murut drn\ nu trois pcrii's vu scxlalitr 
iKiur riurpiaute ou immiI eu tuiMjuoisc. Le seul eii<lroit où je 
n'eu ai ii.is reuroutré est le ciuirlitrc de fîoli^'ota. \n INtou et 
eu li<>li\ie, ou euiploxait égaleuu'ul ce uiinerai pour faire drs 
p«Mles. H lut si«;ualé la |)reuiièrp fois en Auiéricpir par MM. K. 
l5aud)rr^M'r el K. l''eussler (49), par lixannii drs pirrrs d'eu- 
lila''»' *\*' la colltM-tiou de MM. Stuhel » I lî. i^s. M. Slid)el avait 
IrouvtMlrs pirjfs en scKlalile sur ji- sol des ruines de Tialnia- 
naco, ainsi cjue des fra«;n»euts de ce uiinéral (ju'il croit être des 
déchets de Irur fahricatiou. M. lîeiss axait é«(aleineut a|)j>orté 
d'Vucoii (pirl(pies-uiies t\t' ces j)erles. Suixaut M. Lacroiv, la 
sudalite avant serxi a la lal)rication do toutes ces |)erles j)ro- 
viPiit rertainenieiit d'une svénit<> népliiliui(|ue, hii-n <pit> cette 
roche soit actuelleuieiit inconnue dans T AnuMUCiuc du Sud. I)r 
rAinéri(pie septentrionale, on conn.iit un certain nond)re de 
j;isenieuts de cette roche renlerinant (h's >ariélé.s de sodalitt» 
hlcui* comparahles à la nôtre. De ces f^isenu'uts proviiMuient 
les s|ïécimrns de sodalite (!•• r\méri(pie du Nord (|ui existent 
à la galerie de minéralogie du Muséum d liisloire naturelle de 
Taris : un échantillon pro\enant de Bancroft (Ontario); nu 
autre, de néphéliue et de sodalite hieue. d. Diingannon (On- 
tario); un Iroisièine rapjMirlé |)ar M. Lacroix de Kangerdlnar- 
Mik ((inienlancr; un (piatriénn* |)rovenanl d»- Ki<'lviug Morse 
Pas» (Oolomhie hritanni(pie). O dernier échantillon a|)parlient 
h la collection de j)ierr«'s précieuses de r\meri(|ue seplenlrio- 
nale, donnée nu Muséum |)ar M. .1. Pier|)out Morgan. Quoicnu' 
aucun giseuuMit similaire m> soit connu dans la Pnna,tres prt>- 
hahlenu'ut la syénitc néphilini(|ue contenant de la sodalite 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. G31 

existe dans les masses de roches érupth es qui composent une 
grande partie du sol de ce plateau. M. Bodenbender (64, p. i25) 
dit qu'il possède dans sa collection minéralogique un spécimen 
de sodalite provenant de la République Argentine , mais il ne 
donne pas d'indication plus précise de la localité. 

Le silicate de cuivre hydraté ou chrysocolle, dont nous 
avons parlé à propos de l'ancienne mine à Cobres, fut trouvé 
en forme de perles et de pendeloques à Pucarâ de Rinconada 
et à Chimba seulement. Au Pérou et en Bolivie, on rencontre 
souvent des pièces d'enfdage faites de ce minéral. 

L'agate ne se trouve que dans le collier de Sayate. 

Les pièces cylindriques de Lapaya, mentionnées page 287, 
reproduites ^</. 13 h, et ayant probablement formé un collier, 
sont faites avec une variété compacte de muscovite , de struc- 
ture cryptocristalline et de couleur vert assez foncé ^^K 

Les perles de couleur noire ou sombre sont rares. Les n"' 7, 
8, 11 de ^^fi(J' 1^9 en donnent quelques spécimens, qui sont 
en roches volcaniques. Une autre roche volcanique , mais d'une 
jolie couleur verte, constitue la matière dont sont faites les 
grandes perles du collier de Sayate. 

La forme et le mode de fabrication des pièces d'enfdage 
trouvées dans les ruines préhispaniques du Pérou et de la 
Bolivie sont les mêmes que celles des perles de la Quebrada 
del Toro et de la Puna de Jujuy, mais la turquoise y semble 
rarement employée ; on ne la rencontre pas parmi les perles 
décrites et figurées par MM. Stûbel et Reiss (340, i, pi. 30). Celles 
qu'ils reproduisent sur cette planche sont en cristal de roche, 
émeraude, serpentine, schiste chloriteu.v, chrysocolle, fluorine, 
sodalite, calcaire, stéatite et en coquille. Il y en a même en 
substance dentaire de mastodonte, qui proviennent de Mani- 
zales, en Colombie. 

*'' Avant l'analyse microscopique et rées comme étant des turquoises, ainsi 
chimique, ces perles avaient été considé- qu'il a été dit page 237. 

'1 1 . 



it.yi 



WTIOI III. s |)| l.\ HHCiloN \M)I\F. 



l'I ( \H \ 1)1. IMNCnN M) \ ". 

\i>n»s .'i\oir IrnNriM' la pnriir mi'I <!•• li |)laiin' <!•• I*o7.im'Io>, 
i'.irri\.'ii n liiiirim.Ml.i , rlirl-lii'ii du (l('|Kirt(Mnriit du iiiôinc nom. 
Il- iir m \ aiT(^lai (|in' l<' l«'in|)> ucrcssairi' |K>ur ('(unplclrr 
iiips provisions ot aclirlrr du lournij;»', mais ri ln/.(>rn(' si'clie, 
ahsoluuHMit nc^cessairrs |x>Mi nii Nova^c dans ce d(>|)art<>mfMit , 
où il n'v a nrrsfiur pas un st-ul hriii d'Iirrhc. Je mr dirij^rai 
(>nsuitr >rrs 1rs iiuportaufrs ruinrs df l^icarâ, situet's à <Mni- 
ron jn kilomrtrrs au sud du \dla^r dr iliucouada. 

M. Aluhrosctii 23, p. 8.%-85) a puhlii^ sur ces ruines (pi(>l(pM*s 
renseignements (im Im <>iil ilr louriii^ |)ar M. (irrlin;;. 
rnipioM' .111 Must'c (|r La iMaia. uiai-^ (|iii ^nnl m partie 
inexacts. 

Ruines. — L'anrieu villaii^e se trouvait sur I un de^ petits 
plalr.ujx fornir^s par le ra\iin'ment i\t- I uumeuse croûte de 
traclivte ''^ (nii limite la | daine de Pozuelos au Sud -Ouest, 
sVlendaut vers l'Ouest jusipran pud du massif pal(W>7.oi(pie 
de (]al)alon«;a, et (-ontinuanl. \«'rs le Sud, juscpià (iasahindo. 
Cette <(»urlie trarliN licpir est divisée en plateaux s<»|Mrés |>ar 
un lal)\rinlln' de ravins. Mlle a une surlare pn*s(jue horizon- 
tale, d Où il n'sullf (pu- Ions les plateaux ont à |)eu prrs la 
même hauteur. Les ra\ins sont d une largeur très \arial)le; ils 
ont (juehpielois moins de l oo"', d autres fois ils srlar^dssrnt 
formant de véritables jwtites plaines entourées de plateaux. 
La rou|>e srliématicpu' /»ry. t 'iO donne une kIit de la forma- 



"> Voir Ir» plAnrhr* l.V-I.X. insérée» 
■près la fMgp r»()V 

* (,r» tr«rh\lr« vtnl iii<*l«nf?<'» <lr (la 
rilr». «l'aiulr^ilr* ri i|r rh\<>li(<'« M. Iji 
rn»i». «pH»* une cimir mirmMrnpu|UP . n 
ilrlrnninr la rorlic du plalrau de Purara 
rnminr dp l« Jarilf n hinlile. C.'r%\ iinr 
rnrhr «olcaniqiir lrr« rirhr m verrr incn- 



lorr, w montrant, au niicro«copr. Irw 
«*lirô. ¥À\r te coinpose dr biolilr inica). 
do ipiarli ri d'un plau'i'X"!**'' don! qiicl- 
ipir» IviH*!» «îkv» l>a«i«pir» allr n 

dr»inr. inaclr« »iiivanl le» lor ii.* 

d«> Carlahad. Cet mint^raui rii»lcnl rn 
f^rand» rri^laux Iré» bris*-» qnî iir «<»nl pa» 
«ccumiva^nc» dr niirrolilr» li>|ii*|Mtluipir«. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUV. 



()33 



tion de ces plateaux. L'action continuelle de l'air et de l'eau sé- 
pare et fait tomber des blocs prismatiques, qui, brisés dans 
leur chute, forment un entassement d'éboulis (^/j au pied du 
plateau. Les éboulis atteignent en général plus de la moitié 
de la hauteur des plateaux. Les flancs de ceux-ci, au-dessus 
des éboulis, sont toujours parfaitement perpendiculaires. Le 
sol des ravins et de la plaine est couvert d'une couche de 
terre et de sable apportés par les eaux. Dans les endroits où 
les ruisseaux ont dénudé le fond , on reconnaît les roches tra- 
chytiques. Les terres de déblayage qui les couvrent n'ont 
souvent que i ou 2°" de profondeur. 



C GroU& /\4Jiéreur-e; cr'euj-ée' peu- l'eai^^ 
ti> EboulLr de /r'ac7iijt^ 




Fig. i3o. — Pucarâ de Rinconada. Coupe schématique d'un plateau de trachyte 
avec grotte funéraire. 



Le plateau sur lequel se trouvent les ruines est situé sur la 
lisière de la plaine de Pozuelos. Du haut de ce plateau, on 
domine celle-ci tout entière. A TEst, on voit le Pan de Azùcar, 
montagne isolée, de forme conique, et à farrière-plan la chaîne 
de Cochinoca. Vers le Nord la plaine continue sans interrup- 
tion jusqu'à la frontière bolivienne. A l'Ouest, par- dessus la 
couche trachytique, s'élèvent la Sierra de Cabalonga et la Sierra 
de San José, séparant cette plaine de la vallée ou quebrada 



n.Ti ANTIQIITKS DE LA RKfilON ANDINK. 

Inrmt'e par \v Kio Urusinavo, affliUMit du Rio Sanjuaiiinayo'", 
(Hil,à travers le haut platrau lM)liNieii, va rejoiudrr \r Pilc»»- 
inavn. 

La /ùy. I.'il inoutn- Ir platrau vu flu \onl. 11 a ruxiroii 
I .'^o" (Ir loM'nn'ur, Ho'" (\r Inrjrcur et lo" (le liauli'ur. La sur- 
face en est bien nlalr il couNerte d une couche de terre de i" 
d'épaisseur iiiaxiniuni. Le ])lateau est coni|)leleineut iuacces- 
sihle, sauf du (*ôté sud p.ir un ( hrimii aihlicirl ni hu rt , très 
es<*ar|M* et a\aiil nioins (h* i "" de larj^eur. \ liiMhml où ce 
chi'iiiiii ahoulil sur le nl.ilfaii. rii a sm |i- pi, m. If iinir d«' 
circoiaallation du village est |)articuhen lueut solide et hien 
construit, (le |)lateau iif présenir |)as de «grottes naturelles 
dans M's flancs, coninir j)lusieurs autres |)lateau\ des envi- 
rons. 

Sur le pi. in juj. I.'i.'i -, on \oil la disposition des ruines, .l'ai 
dressf» ce croquis d'après h'N nif^nirs (pi.- j\ ;ii prises; cep<Mi- 
dant, lis murs étaiil m partie conipleirnient démolis du côté 
ouest (In \illa«;e, il a él«' (pnlijnclois dilVnih' d'en retrouNer 
la direction aNer exarlitnd)'. 

Les murs sont des pircas h.ilirs a\ec des pierres de la nuMue 
roche dont est formé le plateau et prises piohahlement parmi 
les éhoulis. (!es pierres assez dures sont aplaties, à cause de 
l.i lissdil»' (\r la roche, fc^lhvs sont, pour ( •• niolil, hien sujW'- 
rieures pour la constriu lion drs miMN aux j>ierres roulées (les 
puras d'autres ruines, j)ar «xcmple de relies de Taslil. On 
\oit ///y. /.ïî? la structure (\r l'un de ces murs, ils .sont en gé- 
néral conservés juscjtrà r"de li.inlenr. parfois jusrpr.'i i".^o. 
i^' épaisseur est de o'" 5o à o"" 60. 



*"' Cr nom f>l cnni|>oM^ ihi nom r»|»n- 
gnol Sait Juan (<uiin( Jran) et ilii mol 
«|iiirhii« mayo {n>wrv). l^hm la lilli^mliin' 
«rrlirtiliif^iqur. on Ta rrril k lort • .S«n Juan 
t\r \|a>o* ; S.iinl Jr<«n lie-Mai] . m rn>\.inl 
(|u il *°a^>il tlii fiiiii« (Ir niai. |MMi«lAnl Ir 
•|ui'l on! liru li^ f^lr» cir llnilc^prniUnro 
dr la IWpuhiic|ur Argentine. 



(*' M. Amhmarlli 23. p. S3] |Hibiic un 
plan tli* Piirara cir Hinronada. drcM^ par 
M. (ii'rling. Fji rom|»aranl ci> rrorpii» avpr 
Ir mirn. on nr Inuivo pa« une truie ligne 
v^mlil.ililr »ur l'un rt Mir l'aulrr. I.<* pian 
ilr M (irrling r»( lollcnioni fantaiMstr. 
qu'on nr peut «'rnip^her dr douter qu'il 
•oil vraiment monté Mir le plateau. 



Pl. LIV. 




Fig. .3. 



Plateau sur lequel est situé le village preliispauK[ue de Pucarâ de Rinconada. 
\ u du Nord. 




l'"ig. i32. — i'ucarà de Ilinconada. I\irlii'dis ruines du village j)iTlMsj)aiii(|ue 
[c sur le plan lig. i33). 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JU.TUV. G35 

La forme et la disposition des constructions sont beaucoup 
plus variées à Pucarâ de Rinconada que dans les ruines de la 
Quebrada del Toro. Tandis qu'à Moroliuasi , à Puerta de Tastil 
et à Tastil, presque tous les enclos sont rectangulaires et ont 
à peu près les mêmes dimensions, à Pucarâ nous voyons des 
enclos de diverses formes et dimensions, et, d'autre part, de 
grands enclos ayant jusqu'à lô'^x lô"", dans l'intérieur des- 
quels se trouvent de petites « chambres » de 4 à 5°" de côté. 
Cependant, à l'Ouest, les constructions sont plus uniformes : 
là dominent presque exclusivement les enclos carrés ou rec- 
tangulaires de 5 à 6™ de côté, sans «chambres» intérieures. 
On est tenté de s'imaginer que cette partie a été le « quartier 
populaire » de la ville, et que le « quartier aristocratique » était 
à l'Est. Des rues tortueuses, au niveau du sol naturel, renfer- 
mées entre des murs , réunissent les différentes parties du vil- 
lage. Ces rues sont indiquées sur le plan lorsque j'ai pu les 
tracer avec certitude, ce qui n'a pas toujours été possible à 
l'Ouest, où des pircas tombées empêchaient de les suivre. 
Quelques-unes des rues se terminent en cul-de-sac, et, comme 
à Tastil, beaucoup d'enclos ne touchent pas les rues; il y faut 
passer par-dessus les murs de plusieurs autres enclos, pour 
atteindre une rue. 

A côté de l'entrée a est située une grande construction h, 
de 8™ de longueur sur 4"" de largeur, mesures intérieures. Elle 
est bâtie plus soigneusement que les autres, avec des dalles en 
trachyte spécialement choisies; ses murs ont plus d'épaisseur 
que les autres murs du village et sont encore bien conservés 
jusqu'à plus de i" 5o de hauteur. Cette maison est la seule 
pourvue d'une grande porte, au milieu de la faça(h* (h)nnant 
sur le village. Derrière la maison, il y a une petite cliambre 
semi-circulaire reliée au mur, mais qui n'a pas d'ouverture ou 
d'issue d'aucune sorte. En parlant, page ^ly, des ruines de? 
Lapaya, nous avons vu que dans ce dernier village préhispn- 
nique il existe aussi une maison de construction spéciale, 
comme celle que nous venons de décrire. Quelle était la desli- 



6S6 AMIQIITÉS DE LA HKGION ANDINE. 

nation (l«* ces maisons? Peut-tHre étaienl-ce ies habitalion^ du 
cln'f ou l)irn (l«*s iocaux (lrstin<^s aux asseml)lées, coninir la 
(lasa (Ir la C.nmuiiitlail (lu Nilla«;e nuxln nf (l«' Suscjues? 




KÏK. i33. Porarâ lir Hinmnaila. IMan ilii «ilUitr pn''lii*|MiiiK|ur. l'X'Itolk! i i/iooo. 

].rs porlrs sont tn-s rares dans les murs de l'ancien villaj;e 
t\r Pur.ir.i ri Ir hon rial de rons«T\alion dr rrs murs pernu'! 
d ailirnuT (|w«' l.i plupart des enclos n (>n ont jamais eu; ceux-ci 
ne communi(pirnt |)as non plus avec les rues |)ar des i)ortes. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 



637 



Nous nous retrouvons ici, comme dans la plupart des ruines 
de la région diaguite et dans celles de la Quebrada del Toro, 
en face du même problème au sujet des communications entre 
les divers enclos : on ne peut les expliquer qu au moyen 
d'échelles. Les quatre ou cinq portes que j'ai vues, toutes de 
petites dimensions, i"" de hauteur sur o°'5o de largeur, ser- 
vaient d'entrée à de petites « chambres » situées à l'intérieur 
de grands enclos. Au pied du mur 
d'une construction ayant la forme 
d'un quart de cercle et qui se trou- 
vait dans le coin d'un grand enclos , 
non loin de feutrée a, il y a une 









ouverture rectangulaire de o"5o 
Xo'^ôo, c'est-à-dire si petite qu'un 
homme adulte ne peut y entrer qu'à 
plat ventre. 

Dans de nombreux enclos, la 
moitié environ, se dressent, debout, 
des pierres cylindriques, taillées ar- 
tificiellement en dacite tendre. Pres- 
que tous ces « menhirs » sont main- 
tenant tombés, mais leur position IMkn^' 
démontre qu'ils avaient été placés 
dans le centre des enclos. Ce n'est 
que dans les petits enclos que fon 
rencontre des pierres de cette caté- f^'s- ^'^^ — î'^^a'-â do Rincona.ia. 

^ T . , . «Menhir» (c sur le plan /?(/. 133). 

gorie ; dans les grands je n en ai pas 1/20 gr. nat. 

trouvé. L'un des plus grands de ces 

«menhirs» est reproduit de deux côtés fuj. 134. Il a r"(S8 
de hauteur, o'^gG de circonférence et o"'3o de diamètre. 
L'extrémité inférieure, introduite dans le sol, est arrondie; 
le sommet est légèrement aplati des deux côtés; à o''''2'^ de 
l'extrémité supérieure une rainure est esquissée, ressemblai! l 
un peu à la gorge des haches de pierre. Ce même « menhir » 
se voit sur la photographie fig. 132, et sa place est marquée c 



«3« WTIQIITKS DK LA HKCION ANDINF. 

sur \t' phiii. Qii«|(jin»î*-uiis de ces « ineiiliirs • ont des jçorj^es, 
d'autres n'en ont pas, mais tous sont cvlindricjues, \ariant dr 
i" à I* dr liautrur. (!es pij'rri's corres|)ondent à celles (jue l'on 
IrouM* souNrnl plantées drhnut dans les ruines d«* la ré;^ion 
din^Miili' il dont nous avons parif pa»;»' 107, et aussi aux 
dallfs jMi pirrn' \erle des enrlr>s de I a>lil, décrites pa«;e ^^70. 

Dans la plupart des enclos, il v avait des pierres à surface 
li'gèrenuMit concave destinées à hrover les grains. Ces mrtalcs 
ne sont pas à proprenirnl parlrr drs niortiiM's, la concavit»' de 
lf>ur surface étant trop pni |)rolon(l<' pour (|n On leur donne 
ce nom. \\s portent des traces d'un lon^ u>a^e vi sont tous 
faits (\r (piart/itr micacé ' , rochr durr (pii, d'après les Indiens, 
ne sr trouM' pas auv en\ irons de Pucara, mais (pii doit avoir 
été a|>|)ortée dr loin. La lonj^ueur de ces métalt's est générale- 
nit'iil df» ()".*>o à o"(>t). 

lin louill.nit, il I ^'>^l «lu Nilla^M-, |'.ii découvert dans dru\ en- 
clos une sorlf de cli.iinhres soulerrauies d'enN non 1'" de r«>l«', 
formées de i^iandes dalles de dacite. Te ne sont pas là des 
sépultures : les ossements humains, en elle!, v faisaient défaut; 
les seuls dehris «•laienl <piel(pies os brisés de liuanaco et de 
vif(o«jne. PeutH'tre étaienl-ee des ^'arde-inan;;er ou des raclietles 
pour les ohjels précieux. 

I .11 loudie e|;alemeu! le sol d;ni^ |)lusieurs autres endroits 
des ruines et j'en ai evlinmé lieaucoup de morceaux de jK)tt»rie, 
de nond>ren\ ira<;ments (\v ces haches |)lates en piern* schis- 
loïde, si caracti*i'isli(pn's de toute la réf;[ion, et dont j'ai troux»' 
un grand nond)re entières, rej)resentées //ry. /.V/V, dans les 
grottes d«»s environs; enfin, des (»s i\v huanaco et de xigogne, 
mais peu <ros (pir I nu j)uisse attribuer avec certitude au lama. 

I.a |M)terie consistait pres<pn' Inule en fragments de très 
grands récipients, h |)arois épaiss<>s et |>ourvues danses, <le 
pâte gn)ssiére, sans décor, (iftinme sur le plateau il na 

'*' Dpirnninr |tar M. luirroii. Fomu' Irllr» i\f tnuacovitc. avec quoique» minr 
lirllniirnl (\i' i|ii.iiii ri ilr finr^ |Mil mut iirTO*»oirr« . romnir U tourmâlinr. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 639 

jamais pu y avoir de source d'eau, les anciens habitants de 
Pucarà ont dû apporter leur eau d'une source qui existe encore 
dans le ravin, à quelques centaines de mètres de distance du 
plateau. Il était alors nécessaire, surtout en cas de siège, d'en 
avoir de grandes provisions. Ainsi s'explique la surprenante 
quantité de débris de ces grands récipients en terre cuite dont 
les fragments démontrent qu'ils avaient en général une hauteur 
de o'^So à i"". 

On trouvait aussi des débris de poterie plus fine , provenant 
de vases et d'écuelles de formes simples, quelques-uns engobés 
avec de la terre ocreuse rouge, presque tous sans décor ou 
ornés simplement de lignes noires, ha ficj. lâl représente un 
grand fragment d'une de ces écuelles qui, avant d'être cassée, 
avait o'" 35 de diamètre et o"i2 environ de hauteur. Cette 
pièce est intéressante par son décor de lignes noires quadrillées 
qui ressemble parfaitement à celui d'autres poteries que j'ai 
trouvées à Morohuasi et à Tastil, lesquelles sont reproduites 
fi(j. 70 et 85. 

L'anneau en ipierre fig. lââ f,f', en andésite décomposée, 
provient aussi du sol de l'un des enclos. Cet anneau pèse SSô^*" 
et a ©""oQ de diamètre extérieur maximum et o™o4 de hauteur 
(épaisseur); le trou a o^oil\, de diamètre minimum. C'est la 
première fois qu'une pierre perforée de ce genre, si communes 
au contraire dans d'autres parties de l'Amérique, a été ren- 
contrée dans cette région. Je parlerai de ces pierres plus en 
détail, en décrivant les pièces similaires que j'ai trouvées à 
Pozuelos. La pierre ronde, y?^. iàO e, de o^'oy de diamètre 
maximum et de o™o53 de hauteur, provient également des 
ruines. Elle a une concavité de chaque côté, mais peu pro- 
fonde. Peut-être s'agit-il d'un anneau de pierre comme celui 
que nous venons de décrire, mais dont la perforation était à 
peine commencée. 

Le fragment, y/</. 1Â0 c, de o"'oi'.^ d'épaisseur, est la moitié 
d'un de ces outils en pierre schisteuse, en forme de croissant, 
semblable à ceux de Quêta qui sont décrits plus haut et repro- 



6^0 \NTI(HITKS DK LA REGION ANDINE. 

duils //(/. l'jfj a. h. t. La //</. I.'W / rtipiéseiiie un autre de ces 
outiU. Ces deux pièces ont été trouvées dans le sol des ruines. 

L'objet fuj. L'iiS h est un tnjxt ou peut-être plutôt un instru- 
ment cîe tissa«;e, lait de la moitié d'un métatarsien Tendu de 
lama ou de huanaco. Du rofé NJsihle sur la llj^ure, on voit les 
traci's de la coiuaNite natureile de l'os. Ci'tte pièce a o"* l .') de 
longueur. LU»' a été trouvée dans le sol de l'un des enclos. 

Sur Ir sol (lu jil.ili-.m j ai iciicontré, m <»ulrf, d»- prlites 
perles perforées, en lurtpioise, et deux ou trni> pointes de 
lleclies identi(pies à celles des jçrottes funéraires dont la fuj. î 12, 
n' 42 (page ^7^]^ montre un spécimen, et Ivsftu. I,'i7 aai î3Sa 
trois autres avec leurs llamp(•>^. H n\ .nait pa^ (\v pointrs dr 
IUmIh's d'autres itunies. 

Au cours de mes fouilles sur !•• plalrao, |r n ai rxliumé des 
os Inimains (Mir dans un >ciil riKJrnit, mannié d sur le pl.iu. 
C'étall un s(jinlrllr riilnr, (pu se IroiiNait couché sur le dos, 
pres(pi«' iinincdiatement au-d«'ssnus de la surface du sol, <'n 
drlicirs drs riiclos, pn-s du Ixud du plalrau. Les OS étaient 
dishxpies et en partir drtruits par le pirtiiirment sur le sol, 
mais, chose curieiisr, Ir criiiir «'tait assr/. hieii conservé. Il 
présiMile la déformation cum'ilorme couchée, 1res prononcée, 
déformation (pii était rare dans les grottes funéraires des en- 
virons. Ce cràni' poilr Ir n" 3u dans InuNi.ii;»' <l>i h' ( ,|jrr\iii 
99. 1 III i. 11 v avait, auj)rés du scpudette, des os hri.ses de 
huanaco et des morceaux di* cliarixin. ( . rs| le srui cadaxre 
(h' Pucarâ cpii ait été Irome en dehors des gn»ltes srpulcrales. 
|)es circonsl.nuTs parliculirres, avant ra|)j)ort à la mort dr ce 
^njrl. pourraient seulement e\pll<jii»T crltr anomalie. 

Grottes funéraires. - l)<u\ plalraux situes a l'ouest de 
celui ou sr trouM'iit Ifs niiiirs ^\r Pucarâ pn'senlent ties 
grottes ou les hahilants de ce >ill.igeout rusjM'Ii h»urs inortâ. 
Les trois |)lateaux .sont s«^|>arés entre eux |)ar des ravins de 
aoo* de largeur environ. I^a formation des grottes s<^ voit sur 
la coupey/<y. L'iO c. Llles sont toutes sur la ligue ou .se termine 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 611 

la partie perpendiculaire du mur trachytique [b) et où com- 
mence l'entassement d'éboulis [cl); elles ont été creusées par 
l'action de l'eau sur la roche, qui est très tendre. Je n'ai pas 
observé de traces d'un approfondissement artificiel de ces 
creux. En dehors des grottes de ces deux plateaux, il doit y 
avoir d'autres sépultures de la même catégorie dans les plateaux 
des environs. Les Indiens disaient, en effet, qu'il n'était pas rare 
de trouver des grottes sépulcrales même à une assez grande dis- 
tance de Pucarâ, mais il lut impossible de les leur faire mon- 
trer, par peur de la vengeance des antujuos dérangés dans leur 
sommeil éternel. Ces dires des Indiens sont vraisemblables, car 
le nombre des morts dans les grottes des deux plateaux men- 
tionnés ne correspond pas du tout à un village aussi grand 
que celui de Pucarâ. A environ 600™ au nord -est des ruines, 
isolé dans la plaine, se trouve un petit plateau très miné, très 
déformé et très morcelé par l'érosion, où j'ai trouvé aussi des 
grottes funéraires, mais, à une exception près, complètement 
détruites et dépouillées de leur contenu. C'est sur ce même 
plateau, comme nous le verrons plus loin, qu'il y a de nom- 
breuses figures de lamas gravées sur les rochers. Les Indiens 
ont un nom spécial pour les grottes funéraires; ils les ap- 
pellent J)OtOS. 

J'ai fouillé une vingtaine de grottes ; dans la moitié les 
cadavres étaient dans un assez bon état de conservation. Ces 
grottes avaient été pourtant visitées par les chercheurs de 
trésors, mais ceux-ci s'étaient bornés à fouiller légèremcMit les 
cadavres et ils les avaient même quelquefois laissés dans leur 
position primitive. 

Les grottes ont des dimensions à peu près uniformes : :^"' de 
hauteur, environ 2™ de profondeur et 3 à 4"' de largeur. L'ou- 
verture est en général d'une forme circulaire irréguhère, 
d'environ i°'5o de diamètre; les parois, le plafond et le sol 
sont concaves : la ficj. 130 c en montre une coupe normale. 
Toutes les grottes avaient été fermées par des murs en pierres 
assemblées avec de la terre glaise; comme nous l'avons déjà 



i,,2 WTinilTKS I>K I. \ itK(.lUN ANDINK. 

VU, ('«'sl aussi \v cas |X)ur \vs j;rotU*s funérairrs de Sas aie et de 
louli' la réj^ion. (^es murs sont inaiul«Miaiit , ou compIrlenxMi! 
rasrs, ou a moitié écroulés : U'i> clierclieurs de Iresors .soûl 
ualurrllruirnl lr> auliMirs de ces dégàls. 

La couca\ilé du sol des j^rolles «'st n'iMj)lir d uii«' couche 
dr sahlr d*ru\irou o".'h) dépaissrui, :ij)|M)rlé sans douh' j)ar le 
mmI. ann's la deslrucliou des iimis (jui Irrmaienl les f(n)lles. 
\l. \nii llosrn '318. p. 4) rapporlr I»' iiu'Iih' Hiit nu sujrl des 
groltcs (luil a examinées à (^asahiiulo, mais, sui\aul sou ttpi- 
niou, la conclu' de sahle aurail déjà exislé lors(|Uon a déjH)sé 
1rs morts dans la grotte, et crnx-ci auraient ele enterrés dans 
le sahle. Il insinue ménu' (jin' 1rs murs avaient eu |X3ur but 
(rrmiMclM'r !•• \«iil d ridr\er ce sahle. Ci'llr «'\|)li(ahon est tout 
à lait in> raisrMd)lal)lr, coiiiinr la position des cadavres de 
Pucarâ le démontre. Il \ a\ait en ellel plusieurs cadavres assis 
nres(jui' sur la roche et recouverts de sahle jusqu'à la taille à 
peine. Or il est impossible (jne l'on ait creusé un trou pour v 
laire entrer uni(piement la partie inlerieuie du corps. A Pucarà 
aussi hieuipia (iasahindo', les cadavres ont certainement tou- 
jours été déiMisés dans la grotte ni poMlimi assisi*, sans être 
eiilern's. Le sahle a ••!(• .ippoite ultenenremeiil par h* \ent et 
est entré jiar les fissures des murs. 

(.harpu* grotte contenait eu général (piatre ou ciufj caflavres, 
parfois jus(pi'à sept ou huit; dans une seule grotte il n'v avait 
(pie d(Mix cada\res, mais aucune n'en aNait moins. La plupart 
des cadaM'es étaient des adultes; il v avait |)eu d enfants Là ou 
la grotte n'avait pas été Iroj» bouleversée, on |>ouvait se n'udre 
compte (pir 1rs morts axaient ete placés h' long des parois, 
dans leur |>osilion accrouj)ie hahiliielle, les jamhes rejïliées sur 
la poitrine et les genoux touchnut prescpie le menton. Les 
hras axaient dilTériMiles |)ositions, mais ils etaitMit aussi tou- 
jours plus ou moins re|>liés sur la |K)ilrine. Lu général, la 
chair n était j)as hit'ii conservée. Plusieurs cadaxri's gardaient 
encore leurs cheveux arrangés en tresses, de la manière déjà 
décrile à pn>|v»s des cadavres de Savate. Comme à Sayale et 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 043 

à Calama , il y a avait à Pucarâ des cadavres ayant les cheveux 
blancs. 

Les crânes recueillis dans les grottes funéraires de Pucarâ 
de Rinconada portent, dans l'ouvrage du D"" Chervin (99, t. m), 
les n°' 25, 26, 27, 28, 29, 3i, 33, 34, 35, 36, 37. 
Tous ces crânes proviennent des grottes situées à l'ouest des 
ruines. Le squelette n" 3o a été trouvé dans l'une des grottes 
du petit plateau isolé, au nord-est des ruines. De ce cadavre 
il ne restait que les os réunis par leurs ligaments. La chair et 
les vêtements avaient disparu, et, autour du squelette, je n'ai 
rencontré aucun objet qui pût avoir un rapport quelconque 
avec le mort. 

Les vêtements des cadavres de Pucarâ étaient tous presque 
détruits par l'action du temps : je n'ai pu recueillir que de 
petits fragments d'étoffes semblables à ceux de Savate comme 
technique textile, dessin et couleurs. En dehors de ces étoffes 
en laine de lama, il y avait à Pucarâ d'autres tissus en fdDres 
végétales, provenant probablement de l'une des broméliacées 
qui existent dans le pays, peut-être d'une Pitcairnia. Ces der- 
niers tissus ressemblent aux gilets en fibres de Bromelia Serra, 
Griseb., employés par les Matacos et autres Indiens du Chaco 
comme cottes de mailles pour se protéger contre les flèches de 
l'ennemi. 

Parmi les objets trouvés dans les grottes de Pucarâ, les arcs 
et les flèches étaient très communs. Les arcs étaient tous brisés; 
lay?<y. 135 donne la section de fun d'eux, très semblable à 
celle de deux arcs de Santa Catalina, dont des coupes sont 
figurées par M. Lehmann-Nitsche (210, p. 5). Le bois de ces arcs 
n'est pas originaire de la Puna; il n'y a aucun arbre sur le 
haut plateau susceptible de l'avoir fourni. Ce bois, de même 
que celui qui a servi à la fabrication des autres outils trouvés 
dans les ruines et dans les cimetières de la Puna, ainsi que 
la plus grande partie du bois des outils préhispaiiiques de la 
Quebrada del Toro, a dû être apporté du Chaco ou des vallées 



fii'i WTIQUITh.S m. \.\ i;h(.l(>N ANHINF. 

fie Jujuv pt (\v Salla. Ce fait i\\w \v> liidifiis de la réf^ioii 
.iiidiiu' clirrcliaioiil l«* bois dans la basse lerre, à de longues 
dislaiicrs, est roidiriné par le \\ Lo/.aiio 220.\.p.Ho\ suivant 
lr(jurl on a\ait rrntontrr, \ers i(».>7, dans les forêts de la 
rr«(inn d'Ksjrro, trois rents (ial(*lia(|nis (|ui v étaiiMit di'sceiidus 
ixHir enniM'r dn Ixùs et m ial)ri(|ner des arcs. Ils retournaient 
chez eux cliarnn awc >ingt arcs. Bien qu'il y ail m des arbres 
dans l:i N.illée (^alclia(|iiie, l»- bois d«' ces arbres ne servait pro- 
bablement |)as à faire cb's arcs. 




Kig. |3S. ~- l'iiraru <ir Kinrooaila. (i«ii|w 11*110 arr. 

('•raixlt-nr nahirrllr. 

Les lleclies ilf l'iic.ir»i sont toiiles idrMiticpns nitre rljes. .lai 
«'•lé nssr/ lienreiiN j)«)ur «mi rmieillir (nirJMucs-imrs entières, 
dont Tune est rc prcKhiile Jnj. L'i/ a, et la j)arlie antérieure 
(\v deux antres, j)n*s(nH* en «j^randenr natundlr. /nj. l.'iS n. La 
lianinr rs| di\is«M' m drux |)arties : la j)artir postérieure e>l 
(piehinclois lailr d imr sort»' d«' roM-au, cf d'antn's fois du 
inéin»' l)oi> à nio<dl(* ti'ndr»' (pu- im)Us a\oiis iinulioinjé plus 
liant, pn«;es l\\} et ô()7, à j)roj)os des flècbes de Moroliuasi ri 
de Sas air. \ Piirarâ, les banipes de ce bois, roninie crile de la 
Jitj. L'i? a, son! beanron|) |)lns communes (pic (elles en ros(>au. 
(iette partie |>ostérieure de la bamj)e est j)oiirvue de |M»nnes 
lixées au ino\rn d nnr malière collante et attacbées avec des 
iilaiiHMits de Irndons. Les barbes de ces pennes .sont con|)ers 
• 'Il li«;in' droite très près (!<• la liampe, de façon (jiir la lar- 
geur de la p<>nne ne dépas.s(> |)as S ou f\ milliini>lres. Près de 
r«'xtiémité |>o>térieure, la bampe est entourée dnii anneau fait 
dune malirre résineuse nirlaiiL,'»'»' dr terre et ser\ant de conlre- 
|Mnds. (iel anneau est noir, Nerdalre ou rougeàtre; il |>orte de> 
stries longiludinaies. La hampe a toujours à .son extrémité une 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. dS 

légère encoche destinée à l'empêcher de ghsser sur la corde. 
Elle est ornée, au-devant des pennes, d'anneaux peints en noir 
le plus souvent, mais aussi en rouge. Les dimensions et la 
disposition variées de ces anneaux permettent de supposer 
qu'ils constituaient des marques personnelles que chaque 
guerrier appliquait sur ses flèches. A l'autre extrémité de la 
hampe, lorsque celle-ci est en bois, on a extrait, comme dans 
les flèches de Sayate, un peu de la moelle spongieuse pour y 
insérer la partie antérieure , qui est toujours en bois : un bois 
dur, assez lourd. Quand la partie postérieure est en roseau, 
on a simplement inséré la hampe antérieure dans le tuyau 
formé par le roseau. Le bout creux du bois ou du roseau est 
toujours renforcé par une ligature de tendons coupés en fila- 
ments très fins. La pointe est emboîtée dans ce creux; elle y 
est consolidée avec une matière résineuse et attachée exté- 
rieurement au moyen d'une ligature de tendons. Toutes les 
pointes de flèches recueillies à Pucarâ sont taillées en silex 
d'une couleur grise, et sont à peu près de la même grandeur et 
de la même forme : triangle isocèle à base droite et pédoncule 
cylindrique relativement gros. L'une de ces pointes est re- 
produite^^. iî2 (page 576), sous le n" â2. Les pointes en bois 
semblent ne pas avoir existé à Pucarâ. Les flèches ont une 
longueur très uniforme d'environ o"6o; la partie antérieure 
de la hampe comprend environ le tiers de la longueur, la 
partie postérieure les deux autres tiers. Les flèches se trou- 
vaient auprès des cadavres des grottes funéraires en faisceaux 
de 10 à 20 chacun. Au Pérou, on trouve des flèches à pointes 
en silex, emmanchées exactement de la même manière que 
celles de Pucarâ de Rinconada et de Morohuasi. M. Ch. G. Ab- 
bott (1, p. 279) reproduit l'une de ces flèches péruviennes, qui 
ajustement la même longueur que celles que nous venons de 
décrire, o™6o. 

Un autre objet que j'ai trouvé dans toutes les grolles sans 
exception est la hache plate du type de celles de Lumarâ et de 

II. '12 



fi'iG \NliniITFS I)K LA liK(.h»N VMUNK. 

OiK't»'! , (Irja (i<Miit«'.s j)aj(«'s6l8el Gin.fin. 123 c, d vi l'2(hl,e. 
Six s|M•cillH'Il^ (Ir Piirarâ sont n'profluits f(j. l.'W d, h, i,j, 
/. . /; / ri /. N sniil i';;.ili'mriil n'pirsiiitrs cil prolil. (ifs hacllPS 
soiil tontes laites d iint* vovUt' srlii^teuse, assez dnro, cléter- 
iiiinée par M. le pnilesseur Lacroix, comme étant nne aii- 
«lésite à hypTstèiie à j^rains lins, renlernianl niir assez ^rancl(> 
(inantité de phéno-cristan\ d livprislene de pelili* taille. La 
lissilite de la rorhe pTinet de la diviser assez. larilcMnent en 
lames rie i à 'i centimètres d'épaissenr. ni.n^ «'lie n'est |)as 
lendleléi-, 

(ii'tti* rodu", très propre a la ronleclion i\r> iiaciies v[ dr.s 
pelles n'existe pas dans la Pnna de Jnjuv, d'aiirès ce que m'a 
assuré mon excellent cicérone à Pucaré, le viel Indien l'eii- 
cianoCîareca, ponr (pii. coninn* ]• Tu (|i|.i dit. il ii\ a pas une 
pierre, |)as une |)rlile (jnehrad.!, pJ^ un s<Miinn*| de monta«(ue 
dans toute la Pnna cpii lui soit incornui. Il ma ditaNoir\n près 
de Itosario de Al.icani.i, dans je Territoire dt-s .\nd(*s, nne an- 
cienne carrière de celle j)ierre (lui paraissait avoir ete exploitée 
an temps des anlnjtios, et où il v avait beaucoup de ces haches 
inachevées et cassées. Si on 1 en croil — «1 je ne doute pas de la 
véracité de ses renseij^nemcnts, — touti's ces haches plates des 
endroits les plus dilleriMils di» la Puna seraient <»ri«;inaires de 
cette carrière située à plusieurs journées de distanc(> des ruines 
où je les ai lrou\ées. 

(.es ji.irhes soiil toul à iail «araclerislnpies de l.t Puna <le 
Jujuy; nulle antre pari en \m<*ri(pn* on n'a renconln' de haches 
de ce type. Au contraire, dans la réj^ion cnie j'ai étudiéi*, 
elles ne maïKjueut dans aucun ancii-u Nilla«;e, exci'pté à Savate. 
A PucaCtî, nous avons nu (jne le sol du plateau est parsemé de 
fra^^'uients rie ces haches et (piil en existe dans toutes les j;n)ttes 
lunéraires; en outre, j'en ai trouxé de nondireux s|)cciinens 
a Lumarâ, à Quêta et à Pozmdos. M. Leinnann- Nitsrhi' 
(210. I» ^M, |il. \, \ :\) reproduit I une de ces haches «h* Sanjnan 
mayo, en Santa f'.alalina, endroit indicine sur la carte ar- 
chéolo^icpie. \|. \ud)rosetti(23, 1». 5.Î) en représ<Milc une autre 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 647 

«de Rinconada ». La Mission Suédoise a recueilli plusieurs 
haches de ce type à Casabindo et à Cangrejillos; le comte von 
Rosen (316, p. 6-9, pi. vm, à) les décrit et donne la figure de l'une 
d'elles. 

J'ai rapporté de Pucarâ onze haches de cette catégorie. Elles 
sont assez minces, d'une épaisseur qui, dans différents spéci- 
mens, varie entre o'" 010 et o*" 020. Comme nous l'avons 
dit, la pierre dont elles sont faites se fend facilement en lames 
assez lisses et d'une épaisseur qui ne varie que de 2 ou 3 milli- 
mètres dans les diverses parties de la même hache. La surface 
des haches est très souvent polie ; le talon fest cependant moins 
fréquemment que le reste de la hache. Le tranchant est soi- 
gneusement affdé d'un ou des deux côtés, donnant ainsi fuu 
de ces deux profits : P ou IJ ; la première de ces formes est 
plus fréquente que la seconde. La longueur du tranchant et la 
hauteur verticale, y compris le talon, des onze haches de 
Pucarâ sont les suivantes : o™ 35o eto™ 196; o'" 2 55 et o™ 1 70; 
G"' 2 10 et o"" 2 10; o™ 100 et o"" 1 yS; o'" 220 et o"' 196; o"' 1 70 
et o'" i55; o"" 220 et o'" i3o; o*" 2 3o et o"* 200; o'" i85 et 
o"" 195; o™ 2 25 et 0*" i4o; o™ 120 et o" i2 5. 

M. von Rosen (316, p. 7) croit avoir trouvé à Casabindo un 
manche en bois ayant appartenu à fune de ces haches, mais 
cette pièce fut recueillie dans une grotte où il n'y avait pas de 
lame de hache. D'après M. von Rosen, les lames s'adaptent 
bien à ce manche et plusieurs lames présentaient des stries 
pouvant provenir du frottement d'un manche sendjlable contre 
la lame de pierre. Le manche dont M. von Rosen donne une 
figure sur la couverture de sa brochure est courbé, et la partie 
au bout de laquelle devait être fixée la lame forme un angle 
d'environ 45 degrés avec la partie qu'on devait tenir dans la 
main. Quant à la direction de la lame, elle aurait été placée 
suivant le plan formé par les deux branches du manche, et 
non, comme on pourrait le supposer, verticalement contre ce 
plan, tel que les lames des outils dits « herminettes». La hache 
emmanchée de cette façon aurait, suivant M. von Rosen, servi 



li'iH AMinUTF.S DF r\ RKCION \M>INF 

à cli'tarhrr rfiivrl()j)|)e extôrieiire tiMicIre des caclus-citTges. 
Pour moi, c«'s li\ j><)lli«*srs nt* sont pas sullisammtMit fondées, 
hirn (lu'il ne s<»il jki^ absolument impossible (pie les liarbes 
aient été emnian('b«'«'> et employées de la manière cpie nous 
venons d'exiMiser. Mais je trouve l'instrument présenté par 
M. \on Rosen p<n prati(jue et très diiriril(> à mani<*r. r[ y nr 
puis romiirendre pourrpioi on aurait en brsnin d'un nntil si 
sixVial |>our peler les cactus. n'aiil«in> I li\ polliés»* n est fon- 
dée (uie sur un seul spécimen du mancbe snp|)osé, et d'autre 
part je n'ai trouvé, sur aucune des nomi>rens«'s lames de 
liarlu's n'cueillies par moi en dillérentes localités, de stries 
send»lables à celles (pie mentionne M. von Rosen. En somme, 
il n \ a (pie la trouvaille d'une véritable iiaclie emmanrliée 
(lui pourrait nous doiuicr la snliilmii de re |)roblèine. 

Avec la même rorlie scbisteuse, les anciens babitants de l*u- 
carà ont é»;alement fabritpié des jielles: la //</. Î>i9 a, h, c en 
inontn' trois spérimeiis, dont h est représentée aussi de profil. 
(!es j)rllrs, lonles d'environ o"* oi dCpaissenr, ont leur bord 
allil»', mais moins (pi(> les bacb(>s. Drs j)rlles en srbisteaNanl la 
même iornuî ont élt- lioiivées pai \l. Si-m'cbal de La (iranj^e 
dans le cimetière dr (ial.mi.i ; (jt'iix d rnlrr rllrs, donl lune ein- 
manrlié(\ soni re|)r(»diiil»s //y. jfiS <l »| l(i!/ p. Une pelle m<H 
derne «Ml \ri\ l.ibiKpn'e par les Indiens acinrjs de la proMiice 
bolixirnne de Nord-Lipe/, /nj. Uiiy, démonln* (pic les Indiens 
de nos jours ont conservé très fidèlement la lorine des onlils 
en pierre contectionnés par leurs ancéires. La fin. î.'iff (j (Umïiw 
une autre |)elle en scbiste de l'ncarâ, mais plus petite (pie les 
autres it d un tra>ail moins arbevé. M. (ieor«;es (iourt\ a re- 
( u»'illi en Lipe/. de nombreuses petites pelles exactement sem- 
blables. |)i's prlles vu scbiste. de la inèine f«»nu«' cpie celles 
de l'iicar.î et de ( ialaina, ont été nMicontrees dans des minimls de 
1 \inéri(pie du Nord. 

Les deux j)etiles pièces en scbiste. /kj. /.V/V r. f, provenant 
aussi des grottes de Pucara, servaient |)robableinenl a faire des 
raies sur des matières dures, par exemple sur la j)ierre. Leur 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 049 

bord convexe est très usé et arrondi par le frottement. Ces 
pièces ont o"' oo5 d'épaisseur. 

Parmi les outils qui se trouvaient presque toujours dans les 
grottes funéraires, il faut citer une sorte de bâtons rustiques 
de o™ ^o à o"" 60 de longueur, dont la^^/. iS7 h montre un 
spécimen. Ces bâtons, quelquefois étaient peints en rouge, 
sont d'un bois qui ressemble beaucoup à celui de Xahjarrobo 
(^Prosopis alla , Griseb.)^ et ils ont tous une de leurs extrémités 
taillée en pointe. Il s'agit probablement d'instruments pour 
fouiller la terre, pour extraire des racines, etc. 

ha. fig. 137 c est un «couteau» en bois, semblable à ceux 
que nous avons décrits, provenant de la Quebrada del Toro 
[fy. 74 b, c, e), de Sayate [fiçj. 121 a) , et à ceux de Galama 
que nous décrirons plus loin [fig. 168 b, c; 169 J). Le spéci- 
men dont il est question est cependant moins bien travaillé 
et d'une forme un peu différente. Cette pièce est de o"" 28 de 
longueur, pointue et très tranchante; le bois dont elle est 
faite semble être Valgarrobo. J'ai trouvé aussi des fragments de 
« couteaux» plus grands, du type de ceux de la Quebrada del 
Toro. Suivant M. Seler (327), M. Uhle rapporta de Casabindo 
de nombreux spécimens de ces instruments. M. Ambroselti 
(23, p. 5i) donne la figure d'un autre spécimen provenant «de 
Rinconada « ; il le désigne sous le nom de « boomerang » ; nous 
avons déjà signalé, page 34o, qu'il est impossible que cet 
instrument ait été une arme de jet, c'est-à-dire un boome- 
rang. 

Les crochets en bois, si fréquents à Sayate, étaient moins 
communs à Pucarâ; cependant il n'y avait aucune grolle où 
l'on n'en rencontrât au moins un ou deux. Deux de ces crochets 
sont reproduits fig. 137 e, J; celui marqué c mon Ire bien 
l'usure de ces pièces dans l'angle formé par ses deux bras. Le 
fragment de corde qui adhère à ce dernier crochet est en laine 
de lama, tandis que la corde du crochet /est en libres végé- 
tales et attachée autour du bois au moyen d'une épissure. 



Ii50 ANTIOl!ITI^S I)K LA Bl^r;IO^ ANDINU 

Sur l'einplni prohahlr de ces crochets, nous avons exposé 
noln' ojiiniuii |)age 5c)r>. 

I^a li(f. 137 d re|)rés«Mile une |)arlie d'un cordage assez 
romplifjué. (i'esl une corde en libres végétales, provenant 
prohahleinent d'une hnunéliarée; les dilTérentes j)arlieN ont 
été réunies par fies i«pissures assez lial)ilenient laites. Lci'illrl, 
où passr le bout terminé par un gros nœud, est entouré d "un 
tressage en p<»au j)our éviter que la corde ne soit usée par le 
frottement, (ie cordage nous oHn» un exemple dr i habileté 
des anciens habitants de Pucarâ à se seoir dis cordes. Les 
fragments de cordes en libres végétales étaient (Tailleurs com- 
niuns dans les grottes funéraires. L un de> cadavres avait um* 
corde dr crite sorlf attachée aiiloiir (bi cou i*l 1rs j.iinbrs Iiim'S 
par une autn*. 

Sur la fuj. l'iS sont n'j»ru(hiil~> plii^^i» m s prlils outils en 
bnis. Lrs (\v\i\ cndlères c et d soiil ilr loinifs (hilérentes. La 
|niiiin I r, dont l«' III. niche est cassé, rappcllr nos cuillères 

mndi'iiies, tandis (nir l.i (irii\ici si rmianpiahle par son 

mancln* courbe. M. Lehmann-.Nitsche 210 publie 1rs figures de 
|)hisieur.s cuillères en bois de la Puiia di* .Iii|ii\, i\r Imnie cir- 
culaire, mais toutes à manche droit. 

Les petits gobelets en bois ne soiil p.is rares dans les grottes 
• II- INicar^. Deux d'entre eux sont reproduits fuj. 138 c, f; le 
premier a f)" o()2 de haut(>ur, sa surlaci» extérieure est incur- 
vée, et, dans sa j)arlir l.i plus ««troitcà mi-hauteur, il est orné 
d'un anneau en relie!. L intérieur est <'\ lindri(pie et prolond, 
h* fond avant seulenuMit o"* ooK d'«'paisseur. M. Lelimann- 
Nitscln' 210. |i. .!.*>. |il. IV «. H re|)n)duit un j>etit gobelet de (!asa- 
bindo, de la même fornu», mais dont la cavité nest cn-usée (pie 
juMpi'à la moitié. Oiiant à l'os |>erforé |)lacé dans ce dernier 
gobeirl, je doute (ju il en l.issr p.ulir. Le gobelet f, de o" o5() 
de hauteur, est très simple, ex lin(lri(|U(\ .sans décor. 

Les pièces ficj. 138 h, I, en l>ois blanc tendre, sont arron- 
dies d'un C(')té et plates de l'autre; elles ont donc la forme d'un 
cylindre diN isé longiludinalenienf par In moitié. L(»c6té arrondi 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUV. (iôl 

porte les traces très visibles des fils qui ont attaché ces pièces 
à un autre objet. Le côté plat ne porte aucune trace de lils. 

haficj. iS8 fj représente un outil en bois, dont l'emploi m'est 
inconnu. C'est une mince tige ronde avec une petite boule à 
l'une de ses extrémités. Cet objet a actuellement o"" i55 de 
longueur, mais il est cassé à l'extrémité opposée à celle de la 
boule. 

Les curieuses tablettes en bois, dont l'une est reproduite 
fi(j. iS8 j, ont été rencontrées depuis la région diaguite jusqu'au 
Pérou. Notre spécimen de Pucarâ, dont la moitié manque, a 
o" 086 de longueur sans le manche, o'" 01 1 de hauteur, et 
avait o™ o4o de largeur à l'origine; le manche a o™ o43 de 
longueur. La tablette présente une dépression rectangulaire 
entaillée de o" o63 de longueur, o™ 3oo de largeur primitive 
et o™ 008 de profondeur. La pièce est faite d'un bois blanc, 
pas très dur. Des tablettes semblables, mais d'un travail plus 
achevé et avec des manches sculptés en forme de figures hu- 
maines monstrueuses et de têtes de condor, ont été trouvées 
par M. Sénéchal de la Grange à Calama, et sont reproduites 
jig. 171 a et 172 a. Une autre tablette avec deux manches plus 
simples provenant d'une sépulture de Chiuchiu, près de Ca- 
lama, est représentée^!!/. 174 h. Le Musée d'ethnographie du 
Trocadéro possède une de ces tablettes, en bois dur, orné(î 
de deux figures humaines rudimentaires servant de manches. 
Cette pièce, cataloguée sous le n" 4538, appartient à la collec- 
tion Gaimard et provient du Bas-Pérou. M. Lehmann-Nitsche 
(210, p. 8, 22; pi II, 17, 18 et m, 26) décrit et figure deux tablettes de 
Santa Catalina et une autre de Sanjuanmayo. Les deux pre- 
mières ont des manches assez simples, mais fune d'elles est 
incrustée de pierres polies de diverses couleurs; la labhîtle 
de Sanjuanmayo a comme manche un mammilère sculpté. 
M. Ambrosetti (19, p. /i3 et 23, p. 23, 25) reproduit deux tablettes : 
la première, de Quilmes (Vallée de Yocavil), ornée de trois 
personnages sculptés formant manche; la deuxième, provenant 



052 ANTIQL'ITKS DE LA REfJION ANDINE. 

• (Ir Riiiroiiacla •, avec deux jx^rsomiaf^es. \I. \ in hrosctti s'étend 
lon«;iiein«Mil sur la valeur invtlu)ln«;i(|up de ces ligures et lait 
|)r»Miv»' d inu' iniat^iiiation très riche : l«'s trois pTsoiniaj^esde la 
l.il)l«'tt«'d(>Qnilrn('s se uoiinncraicnt * l'idolr Taii'^alaii^a », sim- 
nlfiiit'ut |)an'(> (lur li> V. (ialaiulia inciitioiiiir une triiiitc ixtr- 
tant vr nom «1 (|ni était adorée j)ar les Indirns dr ( lliu(|nisara ". 
Encore : les rliu\ j)ersonnaj;es de la lahltllr dr l'iiuconada 
seraient la in^'uie ■ idole Tanj^alanga ■, où I un (li'> nnwnhres de 
l.i Irinité aurait été omis par le sculpteurl M. I). S. \guiar 
(6, p. a3j pul)li(> la j)lioto«;raj)hie (h» deux tahlelles de Calin«;asta 
(San Juan , l'une en hois ornée de d«Mi\ létes humaines, l'autre 
eu |ii«'rn' pourvue d'un manche i>im|)le. La photo<^raphie 
montre une tele humaine de lautre côte de cette tahlette, mais, 
d'aj)res M. A«;uiar, elle n appai lien! pas à cette dernière : elle 
y a élécollée ulterieuremenl. \l. \mhrosetti 23. p. aH) rej)nKluit 
ces figures, mais il donne l.i t.ihlellr m hois comme étant cellt* 
en pierre, et vice-versa. Cette tahlette en pi«»rre est la premien* 
de cetle matière (pie je connaisse; cej)end.inl , il v a (inehpn' 
temps, le I)' \\ . Lehmann, du Musée d ethnoi^raphie de Herhn . 
m'a iidorme cju»', dans une grande collection achetée j)ar ce 
musée à M. Manuel /avaleta, se trouvent plusieurs tahlettes 
en pierre provenant de it \all«'e Calchacpiie. 

Le décor si varié de ces tahlettes en hois el en j)ierre — dé- 
cor (jiii, sous forme de manches, représente (les jM'rsounages 
humains, des personnages monstrueux, de simples tètes hu- 
maines, des tètes de condor, des (piadrupèdes et même des 
lorines gèometricjues, — celle \ari«'t«' de décor indi(pie (piil 
ny a aucune signiiication ni\ iiiologicpie dans ces tahlettes; en 
e(T«'t,sil y en avait une, lc»s ligures devraient toutes représenter 
la même «Hn inite à laipielle elles auraient été consacn'*es. Les 
ligures formant les manches ne sont pr(»hahleme!tt (jue des es- 
sais arlisti(|ut>s du sculpteur indien |M)ur emhellir les ustensiles 
d un usage (pioli»lien. M. \nd)r<»srlli siijipose cpie ces pièces M^ 

llrrrna 164. ••" ». I n. «.•.!. m. viiUiil trUr lnni««* ri qui ^lâil «tior^ 

I». lift) inrniH.nnr aii%«i unr iilojr rrpns |>ar I» IniliciM dr (JiiM|uiMCA. 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 653 

raient des tahlitas de ofrendas, c'est-à-dire des tablettes sur les- 
quelles on présentait des ofFrandes en sacrifice aux dieux; mais 
cette théorie n'est appuyée sur aucune donnée exacte. 

Quel aurait été alors l'emploi de ces tablettes? 11 est impos- 
sible de résoudre ce problème avec quelque certitude, mais 
je me permettrai de rappeler à ce sujet les tablettes très ana- 
logues en bois sculpté, à manche et à dépression, employées 
par les Mundurucùs du Brésil pour pulvériser les semences 
d'une légumineuse, la parica (^Pipladenia peregrina, Benlh. 
[syn. Mimosa acacioides, Benth,])^ qu'ils prisent comme du 
tabac. Spix et von Martius (333, atlas, pL 33, fig. 6i) reproduisent 
une de ces tablettes de Munduruciis, et récemment le D"^ Do- 
menico Del Campana (91,p. loetsuiv.) en a décrit et figuré un 
autre spécimen de la même provenance, conservé au Musée 
préhistorique et ethnographique de Rome. Ces pièces ressem- 
blent beaucoup à nos tablettes. D'après la relation de Don 
Pedro Sotelo Narvaez (253, p. 162), les Indiens de Côrdoba (Ré- 
publique Argentine) prisaient une poudre provenant d'un 
autre arbre du même genre, le cébil [Piptadenia Cehil, Griseh.) 
et, suivant Lozano (219, p. 96), les sorciers des Lules (Tono- 
cotés) du Grand -Chaco absorbaient aussi cette poudre par 
le nez, au moyen d'un tube. La poudre de ce&t/ leur produi- 
sait une extase qui était nécessaire pour les danses et autres 
cérémonies. Naturellement, je cite ces faits sans vouloir pré- 
tendre qu'ils prouvent fusage des tablettes de la Puna pour 
la préparation d'une poudre à priser. J'ai seulement voulu dé- 
montrer que ces dernières tablettes peuvent avoir servi pour 
la pulvérisation d'une substance précieuse quelcon([ue. Le 
fond de la dépression de certains spécimens porte en effet 
des traces d'un tel usage. 

En dehors des objets que nous venons de décrire, un grand 
nombre de fragments d'objets en bois furent trouvés dans 
les grottes, mais tellement détériorés, qu'il a été impossible 
de déterminer leur forme primitive. Les fragments de petits 



654 ANTIQLITliS I)K I. A HKfilON AM)I\E. 

^olwlel.s, siMilMahh'sà ceux (Je la /ny. 138 e, /, étaient très com- 
iiiiins, ainsi (|ue les débris (le fuseaux, de cuillères et (1*11111' sorte 
de s|)atMlrs dont M. Leliinann-Nitsche 210. |.l. n. ao-aA. iv. 3, repn'»- 
sfMite plusieurs provenant de Santa (Àitalina et de Casahindo. 
Il f;mt surtout n'uiarcpirr des morceaux de «grands récipients 
• •n Iwiis dr ictint (Irdnia brasilirnsis , A. 7mj5. , arl>re (pii |)ousse 
dans le Cliaco et dans les vallées de Jujuv. A en ju^'er par les 
restes, ces récipients, taillés d'une seule pièce d«' l)ois, devaient 
avoir jusipi'à o" 5o de diamètre; les parois en étaient tn*s 
minces, de o* o3, pa^ davantaj;e. 

Toutes les grottes oH'raient des calebasses coujM'es par la 
moitié (|ui a\aient servi de réci|>ients; un spécinuMi était pciiil 
rn rnii'^r ;i irvléririir. Ir nai pas Irouv»* dr calebasses graxées 
dans la INina, mais MM. Lrlimaiin Nilsciic 210. p. 3(î. .^7; et Am- 
broselti 23 . p. fi<j ri «liv. ) |iublieiit (pu'bpies dessins assez coin- 
|>li(piés ri \ari«'s de «-alebasses d«* (iasiibindn. de (aM'IiiniMM, 
de Santa (ialalina, rlc. M. l'Idr a éj^aleinenl hoiivé des cab*- 
hasses pvro^ravées à Casabiiidn, l<'s(Tiirlles, d après M. Seler 
(327), prn\i«>iidraient d'une espèce de Cresicntia , cecpii n'est pas 
vrais(MMblablr, car louirs les cabdiasses cpie j'ai recueillîesdans 
les sépultures de Morobuasi, l'uerta de Tastil, Tastil, Savate 
el Pucar/i dr Kinconada, ainsi (|u<* celles qu'a exbunn*es M. Sé- 
néclial de la (iraii«,'e à (ialama, sont dis fruits d'une cucurbi- 
lacée, comme je l'ai si«(nalé paj;»* 3/|3. D'ailleurs le véritable 
calebassier [Cirscmlin (jijrtr, l.in.) , si commun au Brésil, 
n'existe pasdans la réj;ion andin»' dr V \rj(entiiie et de la lioli\ir. 

Les ira^ments de vannrri*', d'un lv|)e tout à fait idrnli(pir 
à celui de la >annerie (\i' (ialama irpn>ent«T //V/. iS^t. IS.'), 
187, drmontrcnt iuw 1rs anciens babil. mis (]*- INir.ir.'i ;«\.ii«'nl 
une certaine babilete dans ce j;«»nre. 

F^es objets en nu'tal étaient assez, rares, comme d'aill<Mirs dans 
les mines et les sépultures de la Puna en général. La /i(j. 1^6 vu 
donne cin(| : Le p»«tit ciseau imi cuivre a, de o* oij^ de lon- 
gueur, In's Irancbanl. est cotnpnsi» dr drnx morceaux soudés. 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 655 

Le gobelet minuscule h a o"" 028 de hauteur, o"' 01 2 de dia- 
mètre au fond et o"" 01^ de diamètre à l'ouverture. Il est en 
argent repoussé, d'un travail analogue à celui des orfèvres 
de l'ancien Pérou. La fuj. 136 c représente une pendeloque 
en forme de cuillère, faite d'une mince lame de cuivre. Le 
couteau e, en cuivre également et dont le côté gauche est cassé, 
a son trou de suspension placé de telle sorte qu'il semble ne 
pas s'être trouvé au milieu du couteau quand celui-ci était 
entier. La pendeloque d, sorte de petite cloche, est une trou- 
vaille intéressante. Cette pièce était cousue à un morceau 








Fig. i36. — Pucarâ de Rinconada. Ciseau, pendeloques et couteau en cuivre. 
Petit récipient en argent repoussé [b). — 2/3 gr. nal. 

d'étoffe qui avait fait partie des vêtements d'un cadavre, au 
moyen d'un £i\ en laine de lama brun et jaune sur lequel sont 
enfilées treize perles perforées : une de grandeur moyenne 
en chrysocolle, une grande en sodalite bleue, et onze petites 
vertes en chrYsocolle et en turquoise. Le fil passe par le trou 
de suspension se trouvant au centre de la petite cloche et 
forme un nœud du côté intérieur. La pièce est faite d'une 
mince lame de cuivre pliée quadruplemcnt en rayons, ce qui 
la fait ressembler à une étoile à quatre pointes. Nous avons 
déjà mentionné cette pendeloque page 622, en décrivant une 
pièce plus grande, de la même forme, que j'avais trouvée à 
Quêta. 



G5f» WTIOL'ITKS DE LA HKfJON WDINE. 

Parmi l«'s divers objets de parure des uiorU de Pucani se 
Imuve le hrarrh't fuj. 138 A. Il est compost» d'une ficelle en lainr 
dr lama sur l.i(ju«l|»« <»sl enroulée «mi spirale une étroih' lanière 
en |)f'au. M. Lriimniin-NilMlu' 210. p. 19. pi. m, 8) reproduit le 
fr.'i;;inriil diin hr.icriel srinhlablr provenant de Sanjuanmayo. 

On voyait aussi, auprès des cadavres, des |)erles perforées, en 
lunpioise, en clirysocolle et en scnlalile, ainsi (|ue des jMMuie- 
lofpns. Deux de ces dernières, provt'naiil d» Pucarâ, ont été 
n*|)roduitesy/</. i:?9(paj(e 6'i8) : ie«°2/, en chrysocollr. .1 N- 
n" *2'J. efi lunpiois»* verte. Le n' 20 de la même fij;ure est un 
|)etit (fis(pie |M)li vi perforé, de o"' 018 de diamètre et o" ooq 
d'enaissiMir, en chrNsocoile d'une jolie <"oideur \erl bleu mar- 
bré de blanc. 

[jw aulr»' peiidelo(jue (»ii amidelle assez curieuse e>l un 
Iniit (11' Marlviiui (iiKjnUita , Lnuli. ', aucpnl jhMhim' um IiI en 
l.iiiir ;ni moyen (bupit'l I*- Iniil dix.iil .i\<iir été attache à un 
véleinnit on .1 nn colber. 

L'ocre rou;;e en j)àte se trouNail dans pbisienrs «^rolles. Nous 
donnons j)lus loin, pa«;e ()()(i, l'analvse ( liiinicpie d'nn échan- 
tillon (h' cette couleur. 

La //Vy. t ) ^1 représenir, cir hier ri decoli-.nn lubr apl.ili en 
os, de ()■ \!\ de lon«;ueur, o'"o^S (h» lar«;eur «'t 0*02 d'épais- 
.senr. H *>s| f.iit de la partie centrah' du radius d'un lama d'une 
grandeur extraordinaire. L<»s |)résenle partout les tracesde l'in- 
strument (pii a servi à le «gratter ahn de lui donner sa lorme 
actuelle. Une partie est impn'j^in'e d Oxyde de cuiNre; les extré- 
mités du tube sont taillées de telle sorte que les ouvertures 
pn*s(M)tent des arêtes. La cavité qui travers»* lon^itudinale- 
nienl cet os est étroit»' : elle na (pu* o"o3 dans un sens et 
f»"»)! dans l'autre. !.•- lama aucpiel a a|)partenu cet os était 
telliMuent ^rand, cpie ce n est (piaprés beaucoup d hésitation 
et après aNoir exaininé attentÎNenient les sfpn-leltrs de tous les 

'*' Délrmiini^ |Mir M. Jules l*uusoo. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUiNA DE JUJUY. 057 

autres mammifères de ces régions que je suis parvenu à déter- 
miner cet os comme un radius de lama. 

D'autres tubes en os ont été trouvés dans les grottes funé- 
raires de Pucarâ. Ces tubes sont faits de la partie centrale de 
fémurs de lamas. L'un d'eux a o"" 12 de longueur et o™02 5 
de diamètre extérieur. A o"" 026 environ de l'une de ses extré- 
mités on voit, autour du tube, une raie faite avec un instru- 
ment tranchant et destinée à attacher le morceau de peau ou 
d'étofle qui fermait cette extrémité. Ces tubes ont donc servi 
d'étuis. Ils ressemblent à ceux de Puerta de Tastil, ficj. 78 c, 
et de Calama, y?^. 172 h, i. 

hâfig. Iâ2 représente un sac trouvé auprès d'un cadavre, 
avec les outils qui y étaient contenus. Ce sac, d, tissé en laine 
de lama, présente des raies de différentes couleurs : rouge, 
noir, vert et trois nuances de jaune. La partie supérieure du 
sac est rabattue à l'extérieur, et il était fermé au moyen d'une 
ficelle en laine. La cuillère a, en bois blanc, de o"" 2 i de lon- 
gueur, se trouvait en dehors du sac, mais elle y était attachée 
avec la même ficelle qui servait à fermer celui-ci. J'ai repro- 
duit à côté une cuillère moderne fabriquée par les Aymarâs 
du sud du Titicaca. On peut voir, en comparant ces deux cuil- 
lères, la transition qui existe entre la forme préhispanique et la 
forme européenne, transition que Ton remarque d'ailleurs pour 
un grand nombre de produits de l'industrie indienne ac- 
tuelle de la Bolivie. Ce sac renfermait un autre sac plus pelil , h, 
fait de la peau d'une patte de cerf, ce qui a permis d'évitei" les 
coutures des côtés. Ce dernier petit sac contenait une pou(he 
blanchâtre d'origine organique. Le « poinçon » carré c, en cuivre, 
a ©""lô de longueur et o™oo35 d'épaisseur; ses deux extré- 
mités ont été rendues pointues à coups de marteau et afïVctciit 
une forme presque pyramidale. Cet instrument rap])ell(' la 
pièce similaire de Tastil, ficj. 67 a. M. Ambrosetti (29, p. 190, 
iig. 7 a, c) en publie de semblables d'hicabuasi, ])rès de l\ischn 
(Salta). Notre pièce de Pucarâ est entourée d'une lanière en 



fl58 ANTlonrUS I)K I.V RK(;iO.N V.NDINK. 

iwaii; entn' les tours de celte lanière, à o^oôS de l'extnMnilé 
fin jxjiiiçon, apparaît une licelle en laine de lania, de o" '|6 
dr l«ni;;ueur. l/anlre Ixmt de cette licelle, (|ue Ton xoit libre 
sur la li«;nre, était, à l'orif^iue, lixé de la uièuie manière à 
é;;ale diNtanci* de l'autre extréniil»- «lu |)(iinçon; on voit eu 
ellel, à cet endroit, des restes (!•• I.i Ik rllr. J»* nr pui> nie 
rendre compte df> leiuploi de cet instrument. Le ciseau en 
cuivre, «, «le o" if) de l(»n;;ueur, dillère un |M'u des cistMUX 
ordinaires de la Puna. l/onlil li est t<»ut à fait éni^inatique; il 
eNl ( (MiiiHtsé de dru\ n)seau\ , (le o'" i" ,i et o'" 'J.');) i\*' lon^^ueur, 
dont les houts sont unis, (11111 cc)té, par une li<;ature très 
renne, laite avec des libres vi'j^élales. Les exliéinites libres des 
roseaux s'écartent I iiiif d»* j.mln' •'( m* sont pas bouclu^es. Au 
contraire, b-s oinnliires des extrémités unies sont recouvertes 
d un niiM-(-r:iii (\i- piMu (b> iornie oblon«;ue, retenu au milieu 
par une attaclir (mii i unit a la ligature enveloppant le.s bouts 
des deux roseaux, i'.ir consiMpnMit, le morceau de jieaii n'est 
(pie snj)erpos<' aux (»u\<'i lurt's des roseaux, etlair j>eut entrer 
librement entre les Inuds (b' ces derniér(»s et ceux du cou- 
\ercle. Le .seul objet etlino«;ra|)bi(pie analo«;ue «pie je connai.sse 
est une pièce reproduite par Spix el \on Marlius 333, alla». |il. 33. 
^•49)«**( (|>>>, comme 1,1 ii()tre,se comi)US<* de deux tubes unis 
(11111 C(")te, mais dont les extrémités oppo.sées .sont libres et 
s'ecarttMit. Seulement, dans ce spécimen, les tubes sont des os, 
et l'on ne peut pas Noir sur la lij;ure si les «'xlnMiiites jointes 
ont un couvercle ou non. Les Muras du Hio Madeira .si* servent 
de cet instrninenl p<iui absorber, par le ne/., la ^»nricfi , «ette 
poudn> iiarcoti(pie (pie iwuis avons mentionnée |)lus liant, .le 
cite celle pièce seulement i titre (\r comparaison, bien (piil 
soit tout à lait incertain m notre speciim'ii a ete emj>loNé de 
cell»' manière ou d'une autre. 

Knliii, au lumibre des obp'ts conliMius dans ce sac, il laul 
citer les outils |M>ur laire du leii, (b'sij;nes cet /sur la //</. /4î?, 
et (pii sont en l>ois hiaiir. La tablette /', sur laquelle ou faisait 
tourner les petits bâtons c. a 0*082 de lonj;ueur, o^'oifi de 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 659 

largeur et o^'ooy d'épaisseur. Ces bâtons ont o'^oSô, o™07o, 
o'^oSô et o'^oyo de longueur; Tune de leurs extrémités seu- 
lement est carbonisée^^l La tablette est entière; elle n'est pas 
fendue comme pourrait le faire supposer la position, au bord 
de la pièce, des trous qui s'y sont formés en faisant manœu- 
vrer les petits bâtons. La position de ces trous au bord de la 
tablette est donc probablement due à la manière dont on tenait 
celle-ci quand on faisait du feu. Les bâtons ont juste l'épaisseur 
voulue pour être introduits et fixés dans le creux de l'extrémité 
d'une hampe de flèche, comme celles si communes à Pucarâ. 
H en était certainement ainsi : c'est en fixant les petits bâtons 
au bout d'une hampe de flèche qu'on leur imprimait le mou- 
vement de rotation, comme le font encore de nos jours les 
Cainguâs du Rio AltoParanâ, d'après M. Ambrosetti (14, p. 708), 
et les Chorotes du Rio Pilcomayo, suivant M. von Rosen (317, 
p. 8, pi. xrii et XVIII, 3, A). Les outils à feu de ces derniers ressem- 
blent beaucoup à ceux de Pucara que nous venons de décrire. 
Cette méthode d'obtenir du feu est d'ailleurs la méthode géné- 
rale de tous les Indiens de l'Amérique du Sud. M. Everaid 
im Thurn (348 his. p. 257-259, flg. 17) fa observée chez les Indiens 
de la Guyane britannique; M. von den Steinen (335, p. 22/1 ), 
chez les Indiens du Rio Xingù; M. Ehrenreich (121 bis, p. 16, 55), 
chez les Carayas du Rio Araguaya (Goyaz) et chez les Yama- 
madis du Rio Purus; enfln M. Nordenskiôld (264, p. 29/»), chez 
les Atsahuacas et les Yamiacas de la région du Rio Tamb()])ala 
et du Rio Inambari, aflluents du Rio Madré de Dios. Ce[)en- 
dant les bâtons tournants des tribus de la Guyane et du Xingû, 
des Carayas, des Yamamadis et d'autres peuplades sont assez 
longs pour être mis en mouvement rotatif directement avec 
les mains, sans les fixer au bout d'une hampe de flèche. Dans 
un mémoire |du D' Max Schmidt (325), nous trouvons figurés 
des appareils semblables provenant des Rotocudos, des Gua- 
tos, des Chamacocos et des Yamamadis. Le Musée d'etlnio- 

<■' Par l'erreur d'un employa, l'une de ces pièces a été maajuéc « Sayale ■> au lieu 
de « Pucara ». 



r,i.<» VMIOIITKS |)K I. V IIK(.1»).N ANDINU 

j;raj)liif (lu Troradéro |)ossède cies outils pour faire du feu 
d'ann'sia nu^me iin'lliodi', provenant du Rio Javarv fn" S.'^.SHc) 
du ralalo«(U<'; collrction Jac(jut's d' Anllionay), des Indiens 
Apalais du Hio Paru, dans la Guyane (n* 5i63; collection 
Crevaux), et de l'OréniKpie (n*** 5o.^6, 5o47, 5o5(); rollfction 
Crevaux]. De l'OnMiocjue, Crevaux a égalenuMil rapporté un 
drill»' à corde (n" So^ifi du catalojçue), cpii y était «'uij)lové 
pour fain* du feu, au lieu du siinplr hàton (pi'on nn-t m niou- 
v«MiuMit dirrrtrinrnt avec les mains. M. Scliniidl nproduit un 
drillr .s«'nil)lal)lr, en usafçe rhex les Ks(piiinau\, mais cpii est 
iM)ur\u d lin arclirt. Suivant Garcilaso de la Ve<;a (140; Lvi. 
c. Mil: fol. 149), les anciens Périls MHS ohtrnairnt le 1<mi au moyen 
(le (\r\\\ Ihitoiis dune demi-jara (environ o" .^o) d«" lon^urur, 
m lor.iul I un .'i\«'c l'iiiitir. IK portaient rrs outils avec eux 
dans leurs voya«;('s, pour allumer le ieu à TiMidroit où ils 
devaient passrr la imit. (Irt ap|)ar«'il était nommé f/vara. Lrs 
anciiMis Araurans rmj)lovairiit «'j^ali'mt'ut (•••Ile mclliodr, selon 
plusiiMirs rhronicpii'ursdu (lliili, cités par M. Mrdina 234. p. 174). 
1 II ( iiririix imtlic (1rs Populacas de la Mi\té(iue, sur l'orij^ini' 
(If lut (Ir lairc du l«'u de ct'tic manière, se trouve dans un 
manuscrit intiliilt- : llYsloire tlii Mvchujnc trailnulc de Spannol , 
auto<;raplir d Viidrc IhcNt't 347. p. 1 a), et j)ul)lii' récemment: 
•« I n^ i\v « is l*opulo(jncs, comme ils lusreiit oisds, et «(eus 
(pii ne avo\n( soin^ de rien, prenant iiit^' haston iort sec, ai<(U 
d'un costé, le mit sus une pièce de hois aussi fort séclie, 
p. H- le costé ai«;u eslani an soledi, et sans i pen.ser tournovl 
le h.iton sus II pi< ( . (Il hoNs à manière de laravre à fçrand 
lorj'e, a\ec(pii>s If ipicl iMoiiNeiiieii! ipn-lcpics j>elitN esclats 
sortoini d uuf; 1>on.s et de aultres, et se moulovnt iort menu, 
jns(pies à tant (pie pour le i;rand et continuel mouvement 
(pie le Indien iaisoNl, le haston se aluma par le inoien (l(*s 
esclats (pii conceurent soiid.iin le Ieu " 

La poterie, dans les grottes luneraires de la Puiia en gém^ 
rai, n est ni nomhrens4\ ni riMnanpiaMe j>ar son décor (»u sa 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 661 

forme. Il en est de même à Pucarâ, où Ton trouvait à peine 
quelques fragments de deux ou trois petites tasses ou écuelles 
grossières dans chaque grotte. La tasse fuj. 140 d, en poterie 
grise, de o" 09 de diamètre et o"" o5 de hauteur, en est un spé- 
cimen. Les deux récipients minuscules y<^. 140 a, h, de o'"o43 
de hauteur chacun, fun rouge et l'autre noir, proviennent éga- 
lement des grottes. La pièce la plus remarquable est la timbale 
fig. 145. Elle a o"" 12 de hauteur et o^" 10 de diamètre à l'ou- 
verture. Elle est engobée d'un joli rouge et ornée de lignes 
peintes en noir; du côté non visible sur la figure, on aperçoit 
les traces d'une anse qui devait avoir eu la forme de celle de 
certains pots à bière allemands. 

Dans fune des grottes funéraires de Pucarâ de Rinconada, 
j'ai rencontré un squelette de chien dont le crâne est repro- 
duit fi(j. 143. La forte usure des dents démontre qu'il s'agit 
d'un individu très vieux. Ce squelette gisait au-dessous de deux 
squelettes humains qui ne paraissaient pas avoir été déplacés 
])ar des chercheurs de trésors. Le squelette de chien était tout 
à lait enterré dans la couche de terre qui couvrait le sol de la 
grotte; les squelettes humains conservaient encore en partie 
la chair desséchée et se trouvaient à demi enfouis dans cette 
couche. 

D'après les études approfondies de M. von Tschudi (353, 
p. 2/17-250), le chien européen i^Canis Jamiliaris , Lin.) n'existait 
pas dans l'ancien Pérou : les chiens domestiques préhispani- 
ques de ce pays appartenaient tous aux espèces Caiiis liujœ, 
Tschudi''^^ et Canis caraibicus, Less. De la première de ces es- 
pèces Tschudi avait rencontré de nombreux cadavres momifiés 
qui accompagnaient les cadavres humains dans les sépultures 
péruviennes et également des crânes de ces chiens que Ton 
avait rangés de manière à former certaines figures pour la 
décoration des tombes. L'autre espèce, le Cams caraibicus, lui 

<'^ Les principaux caractères du Canis Iiujœ sont son museau recourbé \ers le haut 
el son front très bombé. 

43 



062 WTinriTKS DK LA lUfilON SMUNK. 

n'iicoiitm» par (ioloinh aii\ \iilill«'s. pnr (^(>rl<»z au Mrxicjue 
ri |)ar Pi/.arm au l¥rou. Ce jx'lil diicii, (jui a la jH'au tout à 
r.ill iiur, (IrjM)urvur cir |)oils, rsl riiron' trrs (oiiiiiiuii d.iiis 
la ir;;iini ha-NM* (lu IN'rnu , mais il ni' .su|)|H)rt(' |)a> le climal 
lrni<l (1(1 liant plateau. On l'v iioniine perro diimi, ainsi (ju'on 
donne en France le nom de « cliien chinois •• aux |)etits cliiiMis 
sans |K)ils (lu'on >oil assez Iréqueninient chez les marchands 
de chiens et (jiii re^seinhhMit heaucouj) au Cams caraibuus de 
rAmeri(jue'. Apres Tschudi. M. Mh.d Nehrin^' 254 .-i 255) a 
imhlie (rint«''ressanles («tudes mii Ii-^ chiens domestitpieN de 
rancieii Pérou et a réuni, dans le musée de 1 l'A'oie ro\al(* 
des hautes études d'a'^riculture de Berlin, une j;rande collec- 
tion de crânes et de scpielettes de ces chiens. M. N«*hrin{; '255 a 
divise l'esprce (juits Inija' en trois Narietes : C. lutjtv pcruanus. 
vcrtatiits et ninlnssnidcs. Il \ donne des (ij;ures tspiipies des 
crAnes de ces trois varic^tés. I ous les nond)reu\ s|)écimens de 
chiens des s«''|>ultures pn-hispanicpies du IVrou (ju'il a etu(li/»s 
appartiennent à ces variétés du (,(uns ln<i<r: au contraire, il n'a 
>u, parmi ces restes, aucun s(juelette du (.. carathuiis. Sui\ant 
M. Nehrin«(, le (!. Iiuja' ne descend ni des chiens eurojx^ens, ni 
d inrun ( ;niid»' siid-americain; son ancêtre sau>a«(e serait pn»- 
hahlenienl le loup nord - ami'ricain , Canis (Kiidcntalis , lin lis. 
Les variétés du (Atnis Ini/œ se seraient loryn'es sans cn>i.se- 
nient a\ec des chiens <Miro|)«''ens. MM. Heiss et Stûhel '308 i 
pi. .1.^ rt. CiR. f>) rej)roduisent une momie fin Cams liKjœ, de la 
nécro|M»le d' \ncon. 

Notre chien de la grotte lunerair»* de Pucarâ n'est m le i.nms 
Inffir. ni \r (!anis caraibinis. \\. !<• pi-of«»sseui I.. TLile. succes- 
seur de M. Ni'hrin^ à la chaire de zoologie d»- I Ixole d agri- 
culture de Hnhn, a hien \onlu comparer le crâne de Pucara 

'*' Lr Oinif ramiftiriij p»t rotnmiin chn rr* métis Ir nom de cmTco: cvpcncUnl rr 

lr« iiirii* (lr« pri)«ln«-r>« intfmnHinrt cir la nom ne virnl im». roiiiiiic on |t(Himiil l«* 

iWpiililiqur .\r^rntille, où il est nnmm*^ rroirr, du nom Ho lu >illr de Ciuco, A est, 

pila, mol drrix^ dr pr/itr/n •dépoiinudr vion loiilr pmhulttlili^, uni» romiplion 

poil**. I)'iiulrr« |tolit« (tiîrns. Iré« m<^lan du mol r«|M^nol yncqiir. qui veut dire 

géspl win« rnrr, iiiai» |viidii« , porlriit rhri • itrlil rhirn», rn glanerai. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JLJU\. 6()3 

avec les crânes péruviens de la collection de cette école et l'a 
déterminé comme Canis magellanicus, Gray, « ou comme une 
forme domestiquée de cette espèce». J'ai comparé le crâne de 
Pucarâ avec deux squelettes du C magellanicus conservés au 
Muséum d'histoire naturelle de Paris, l'un rapporté de la 
Terre de Feu en 1891, par MM. Rousson et Willems, l'autre, 
de la Patagonie, en 1897, par le comte H. de La Vaulx. Ces 
deux squelettes proviennent d'individus adultes, d'environ 2 
ou 3 ans. Ils sont presque identiques entre eux, mais présen- 
tent certaines différences par rapport au crâne de Pucara. 
Ce crâne provient d'un individu très âgé, comme le démon- 
trent les dents fort usées. Malgré ceci, le crâne de Pucarâ est 
celui d'un individu beaucoup plus grêle que ceux de la Terre 
de Feu et de la Patagonie; les dents sont moins fortes, le front 
moins bombé et les crêtes occipitale et pariétale beaucoup 
moins développées. H y a dans la collection de Berlin quatre 
crânes de chiens trouvés dans des grottes sépulcrales de la 
Puna de Jujuy, probablement en partie rapportés par le D"" Max 
Uhle, en partie provenant des fouilles de la Mission Suédoise 
de 1901. Suivant M. Plate, ces quatre crânes sont identiques 
à celui de Pucarâ. Un problème se présente ici : le Canis nia- 
(jellaniciis de Pucarâ, serait-ce un chien domestique ou s'agit-il 
simplement d'un individu sauvage qui serait entré dans la grotte 
pour y mourir.'^ La première hypothèse me paraît assez vrai- 
semblable, bien que celte espèce soit assez éloignée du Canis 
familiaris, car les différences entre le crâne du Canis macjella- 
nicas sauvage et les crânes provenant des grottes funéraires 
sont assez grandes pour admettre une variété domestiquée, et, 
du reste, l'individu de Pucarâ n'avait certainement pas re- 
mué les cadavres humains sous lesquels il se trouvait enterré, 
comme un animal sauvage faurait fait. Nous aurions alors là 
une nouvelle espèce de chien américain qui a été tenue en 
domesticité par les Indiens préhispaniques de l'Amérique méri- 
dionale. 

Il serait à désirer que l'on gardât et qu'on étudiât les sque- 



664 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

letles cl les crânes de chiens qui se trouvent quelquefois dans 
les anciennes sépultures. ïVapns M. Anii)rosetti (28. p. m, , un 
empIoN»' du Musc'e dv La Piata a reuroiitrr un squelette de 
chien <lans une sépulture — une «grotte luuéraire sans doute 
— à (iasai)in<l<», et M. \nd)n)selli lui-niéuie eu a derouvert 
un autre dans une sépulture préhispanicjue à Molinos ^Vallée 
Calchacpiie . 

Cultures. — En teriuinant la descri|)li()n de Pucarà de Rin- 
conada, il nous reste à dire deu\ mots sur les vestij^es d'an- 
ciennes cultures qui se trouvent dans plusieurs ravins aux 
einirons, fjuelcpies- uns à d'assez «^nandes distances, jusqu'à 
lo kilomètres du \iilage. Ces cultures ne sont pas des andcncs 
comme à Savate et à Casahindo. Ce sont des terrains d'où l'on 
a enlevé les pierres, situés ^généralement sur les plans inclinés 
formés par les éhoulis des plateaux de trachvte et couverts de 
terre \éj;élale. Les pierres enlevées de ces j)etits chanq)s sont 
entassées autour de ceux-ci, formant des luoureaux. Je n'ai 
vu aucune de ces cultures où une irri'^ation artificielle ail été 
|>ossil)le. Prohahlement , à réjXKpn* où ces clunups étaient cul- 
tivés, la pluie était sullisante pour les arroser. Le fait que hvs 
anciens hahitants dt* Pucarà mit m leurs < luunps ass(*7. éloi- 
fçnés (\r It'iir \dla«(e présente une aualo«;ie avec les Puehlos, 
dont les cultures sont en j^éuéral situées à une faraude distance 
i\i' leurs liahitations. Dan^ lu in* et dans l'autre de ces régions 
il faut chercher la cause de cet éloi<^Miement (h's cultures j>ar 
rap[M)rt aux Nilla^es dans la difliculte dr trouver du terrain 
cultiNahle. V Pucarà, ce n «'st c|m' sur les |)entes lormées par 
les élxiulis de certains plateaux tracln ticjues que l'on ren- 
contre de la terre fertile, el encore faut-il que ces terrains 
soient ex|K)s<''s au soleil du Nord ri cpiils soient si>écialement 
protej^i's contre le vent. 



Pl. LV 




l'if^. li-j. — Pucai-i'i (le Kiiu'i)ii:i(la. l'Irclic , liiiloii à rmiilli'f, m-inilraii » fil liois. 
Corda"!' en lilircs vi'ijclalcs. Crnclirls en liiii>. 



Pl. LVI. 




Fig. i38. — l'iirarà de; Uinconada. l'IiVlics à poinl.s t-n silex (a). Oiilils en os (/< 
cl en l)(»is (c-j). niacclct i-n poaii (A). 



Pl. uni. 




l'i". i.Mi. — l'iicaWi (l(^ Ilinconaila. IVllcs cl Imclirs m piciTc. — i/â ^r. nal. 



Pl. Lvni. 









Fig. ilto. — Piicara de Rincoiiacla. Poteries (a, h, d] l'I objets en pierre [r. e . /'). 

iJ2 gr. nat. 




Fit;. il\^- — Piicarà de HiiicniiMdii. I''raj;ment d'une érnelle peinli'. i /i) ^'f. nat. 



Pl. LIX. 




h'i". 1A2. — l'iicai-à (le lîiriCDiiadii. Sac ni l.iim' i\r lama cl -on cuiilciiii. 
(I.a ciilllcic 11" i.')iji csl luiMlcriii'.j — 1/.) i;r. nal. 



Pl. LX. 





Fig. i43. — Pucarâ de Rinconada. Crâne de rhicn d'uue grotte lunérairc. 

1/2 gr. nat. 





Fig. l/i4 Purarà de Uiiicoiiad:!. 

Tnl)e fait du radius d'un lama. 
— 2/3 gr. liai. 



Fig. i'i5. — l'ucari'i de Itiiicoiiadu. 

Timbale en lerie ciiile. 

1/2 gr. liai. 



FRESQUES RUPESTRES A PUCARÂ 
ET DANS LA GROTTE DE CHACUNAYO. 

PÉTROGLYPHES DES ENVIRONS DE RINCONADà. 



Abri sous roche de Pucarâ de Rinconada, — En face du 
plateau où est situé l'ancien village de Pucarâ de Rinconada , 
vers le Nord, à 5oo™ environ de distance, se trouve un autre 
plateau beaucoup plus vaste que le premier. A mi-hauteur 
de ce plateau, on voit, sur la ligne 
où commence l'entassement des 
blocs trachytiques tombés , un abri 
sous roche regardant vers l'Est et 
formé de la même manière que les 
grottes funéraires. Dans cet abri 
est peinte , sur le mur de trachyte , 
la fresque que représente la planche 
en couleurs, y?^. iàl . 

La partie saillante, formant le 
surplomb ou toit de cet abri sous 
roche, ne s'avance guère que d'un 
mètre. Le rocher du fond de l'abri yjjl \\j\ 
est perpendiculaire et assez plat, 
bien que présentant des sinuosités 
et de petites aspérités sur toute sa Fig. i/iC. — Reconsiiuuion des pcrson- 

^ ^^ nages n°' 1-8 de la In-squc do Piuara 

surface. Deux lignes sanlantes de de Rinconada. 
la roche, se dirigeant de haut en 

bas, partagent le mur en trois parties quon pourrait appeler 
des panneaux. Ces lignes n'ont pas été représentées sur la 
planche, afin de ne pas troubler l'impression que font les 
peintures. Sur la planche ne sont reproduits que le grand 
panneau du milieu et le panneau de droite; les figures de 
celui de gauche étaient trop effacées par l'influence du temps 




6fl6 



ANTIQLITKS I)K LA RK(iIO\ ANDINK. 



j)<)iir pHivoir pire copiées. La jx-lite crèlc, qui sépare le jwii- 
neatidu milieu de criui de riroile, j)ass<* entre la fij^ure u" jg"', 
fl'im côlé, et le groujH» n" 3o, de Tautre. 

i.e sol d«' Tahri est plat, loniié par la roche elle-mèiiie. qtii 
n*e>t recoiiNerte (lUe d'une mince couche (h- terre de (pieKpies 
centimètres d'épaisseur seulement. .I«* n'ai pas tniUNe d'ohjets 
d'un intérêt (uielconcpie en fouillant cette couche. Le sol 
.s'avance en une sorte de plale-lorme natun>lle de » ou .^■' de 
larfjeni. (iiii «si hordée en avant par des eJHiulis toinlx^s du 
sommet du plateau. 

Une partie saillante de la roche fni ine, au pied du mur, au- 
de.ssous des peintures, une sorte de hanc naturel en pierre. 

I.,a roche sur lacpielle on a j)eint les (i«(ures est couverte 
d'une patine ros«» «grisâtre, un jm*u plus sale j)eutH*tre (pie la cou- 
li'iir du ImikI de la pl.iiK lie. Les teintes emiiloyées pnin les 
(i^'ures sont au nninhre de (juatre : rou«;e tirant sur le ■ hruii \ an 
l)v<k <• des peintres, non-, \eit et rose (diair. Kn grattant une des 
ligures, j'ai recueilli un peu de roii^'etpii a été analysé etcpii a 
donne pour résultat del'owde de 1er. (!«*lte analyse ressend)le 
parlaiteinent a celle d Un échantillon de couleur rou(;e, en jxite, 
trouvé auprès d'un cada>re dans um* des j^i-ottes luiu'raires 
(les en> irons. Les deux échantillons sont ideiiti(|iies (|uant aux 
matières (|u'ils contiennent ; hs pnipor limis seules dillerent ^. 
le liai j>.is Minlii prendre d'e<haiitilloiis des trois autres cou- 
h'Urs pour ne |kis détruire les lij^uri's. 

Les peintiin*s du panneau du milieu (iMiNreiit une surLue 
d*en>iron i"'.')o de hauteur sur i" :)0 «le lar;;eur; ci'lles du 
panneau d«' droite, une surface d'einiron o* .^o de liau- 
leiir snr i mètre de largeur. La surlaci* du panneau «gauche. 



"' V'«iir Ir niiiiirnilA^r *nr \.^ n-dnclinn 
rn noir c|ui Aciotnpa^nr l.i plamho. 

^ Voici Iw dm» anAJ^rart, r(r(*rtii<>rs 
jNif MM Mnrin ri»rr*. I..1 itrrmirrr ro 
lonnr «Ir rhifTn'» v rjpixirtr * I rrlian- 
lilli»n <lr U frr^jur; \a «Iriixirmr, a rriui 
in.nw <|an« la ^'mllr ««•pulrr.iir 



SliCT 
0««.|r >ïr Ut 

Mununr . 

Civaiit 

M*|p>4«t 

IWlr 4 la «alriMliM. 



I 0.6' 

••9 

tM 
4.10 






irrnt»». 
•M 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. G67 

non reproduit, a plus ou moins les mêmes dimensions que ce 
dernier. 

Je me suis donné toute la peine possible pour copier exac- 
tement les figures, en mesurant avec soin leurs dimensions et 
en réduisant ces mesures à Téchelle. Quoiqu'il eût été facile de 
reconstituer plusieurs ligures, dont certaines parties sont effa- 
cées, j'ai préféré ne pas le faire; mais, sur la réduction en noir 
de la planche, j'ai reconstitué toutes les figures dont il était 
possible de s'imaginer la forme primitive. 

Les figures sont les suivantes : 

N*" 1-8. Personnages habillés de tuniques rouges à manches 
courtes et portant au baudrier des écharpes ornées de pointes 
triangulaires dont la couleur est complètement effacée. Ces 
personnages portent des huinchas^^^ rouges, surmontées de 
cinq plumes noires. La tête et les jambes des n"' i, :^ , 7 et 8 
sont effacées. Ces figures sont tout à fait caractéristiques de 
l'art autochtone du haut plateau. La transformation des lignes 
courbes du corps humain en lignes droites, formant ainsi des 
figures géométriques, est l'un des traits les plus saillants de 
ces artistes primitifs. La fig. iâ6 donne la reconstitution 
de l'un de ces personnages. 

N" 9. Tache de peinture verte. Les contours sont telleuKMit 
effacés, qu'on ne peut se rendre compte de la forme primitive 
de cette figure. 

N** 10. Écu noir à bordure rouge, surmonté d'une sorte d(^ 
panache noir. Ce panache a dû avoir une autre foruie, mais 
il est en partie effacé et il n'en reste que ce que l'on voit sur 
la planche. 

N'' 11. Lignes rouges, restes de figures effacées. 

'"' Huincha (qulcliua), bandeau entou- du Ctiaco , surtout les Cliin{,aianos, en ont 

rant la tête et servant à retenir les cheveux. toujours. Les Diaguilcs, suivant les PP. 

Les métis et les Indiens actuels, vêtus Homero et Monroy, cités dans le présent 

presque à l'européenne, portent souvent ouvrage, page 9.9, portaient «à l'en- 

aujourd'hui encore des huinchas. Ils pré- tour de la têle un cordon de laine lllée, 

tendent que ces bandeaux préservent du la où ils y mettaient plusieurs plumes 

mal de tête. Plusieurs nations sauvages colorées ». 



668 ANTIQl'ITKS DE LA RÉGION ANDINK. 

N'** 1:^-17. Six reclaiif^les noirs, à jmhi pn's de la lucme 
graiidrur, j)Iacés en lij^ne. Il esldiflicilede se faire un»* idée de 
ce que ces iip^ures représentent, (^e sont peul-ètn* des maisons, 
nu bien on a voulu fij/urer de cette MKniièn» six rliNisions de 
guerriers ou six IroujxMUx de lamas. 

N° 18. Un lama de la lornje tvpi(pie. 

N* 19. Une tache verte à contours eflacés comme celle qui 
|H)rte 11* n" g. La couleur verte, prohahlement à hase de carlxn 
nate de cuivre, est celle (jui a le moins résiste à I iniluence 
du t(>mps. 

iN° 20. Un autre écu, rou«;e, avec hord noir. Ce honl j)ré- 
M'nle xmv particularité : il a dahord été gravé et rempli en>nile 
de couleur, ce (pii n'est pas le cas des autres ligures; celles-<i 
sont tout simplein(Mit j)eintes, excepté |)ourtaiit (piehpies-uiis 
des lamas cpii figurnil .m h.is <\r l.i h-rs(|(if. 

N" 2 I . hectangir imir (!•• o'" i .io sur o^o^f). 

N** 2'2-'2{). Personnages doiil la l.ur cl l«'s jamhes sont elTa- 
cées. (le sont hien là des ligun^s humaines; il ne peut y avoir 
aucun doute : leur analogie ave<' les personnages n"* i -H |r 
démontre clairement. Ils ont drs tunicjues vertes, à manches 
courtes rouges, et à hordur»' inlérieure rouge également. Ils 
|)ortenl dru\ hmnrhns. I iiiii' rougr et I autre noin\ 

N" M). Sur \r p.min'.iu dr droite : l'n grouj)e de vingt-huit 
ligures CM deux lignes. (iha( uiir de ces ligures S4î com|)ose 
de deux petits carrés se touchant parles coins, et d'une sorte de 
panachr sortant du carr«* supérieur. Il est diilicile de se rendre 
compte de cr (pir representiMit ces ligures. Peut-<*'tre chatpie 
figure a-tH>ll(> été com|>osée à lorigine de cpiatre carrés au 
lieu de deux, comme le corps des jM'rson nages n~ 52-58, les 
deux carn's (jui man(|uent avant été pMutsrrune autre couleur 
plus jM''ri.s.sahle et se trouvant maintenant rllacés? Ces figun\s 
avaient piMit-étn* une tête et des jaud)es, représentant alors 
des personnages comme les autres. Tout vr (pii en reste .se 
xoit sur la planche. 

iN"* 31-35. Corj)^ liiiMi.iius. dont la lele et les jand)es .sont 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 669 

effacés. Ces personnages paraissent être réunis entre eux au 
moyen d'une corde : ce sont probablement des prisonniers. 

N"* 36-39. Quatre personnages armés de lances ou de bâ- 
tons. La partie supérieure du corps est rouge; la partie infé- 
rieure, rose; les jambes, rouges. 

N*"' 40-44. Cinq personnages armés de haches. Ici, au con- 
traire, la partie supérieure du corps est rose; la partie infé- 
rieure, rouge. Le n° [\o est incomplet et n'a pas de hache; au 
n** 42 , il manque la tête. 

N*** 45-50. Prisonniers attachés l'un à l'autre par le cou, 
comme les n°^ 3i-35. 

N° 51. Figure humaine bien conservée, et ressemblant 
beaucoup à une Indienne moderne de la Puna, avec jupon 
court, noir, corsage rouge, les cheveux coiffés en tresse, qui 
tombe sur le dos. Il n'est pas possible, cependant, que ce soit 
un jupon, car les Indiennes préhispaniques n*en portaient 
pas. Il y a probablement des parties effacées dans cette figure 
et son aspect primitif devait être différent. 

N*** 52-57. Personnages dont le vêtement sans manches est 
divisé en quatre carrés : deux rouges et deux roses. Les jambes 
sont rouges et d'une forme différente de celle des jambes de la 
rangée n°' i-8; la face est rose. Ces personnages ont des coif- 
fures qui ressemblent à des bonnets, surtout au béret (hoiiia) 
des Basques. Sur certains vases anthropomorphes du Pérou, 
spécialement de Trujillo, on voit des coiffures présentant 
quelque analogie avec ces bonnets. Ceux-ci sont rouges chez les 
n"' 52 et 53, roses chez les n"' 54 et 55, noirs chez les n"' 56 
et 57. Le n° 57 présente, au milieu du corps, une tache verte 
à contours dégradés, reste sûrement d'un ornement vert du 
vêtement. Les tuniques, écartelées de la manière de celles des 
personnages qui nous occupent, ont souvent été trouvées dans 
les anciennes sépultures du Pérou. Dans la région diaguito, 
on décorait aussi les tuniques de la même façon. Ainsi nue 
plaque de cuivre de Loma Rica, figurée par MM. Liberani et 
Hernândez (217, pi. 3i), reproduite par M. Ambrosetti (19, p. lai 



f.70 ANTIQL'ITKS l)K L\ HKr.ION \M)I\E. 

fi 29. |) ^73), montre (\vu\ jMTsonnafçes à tiinicjiies écaiifliM's, 
'II* (IfTor <Iii (jiiarti«»r supTieur droit sv réjx'lanl dans |r (juar- 
tiiT inlorii'iir «(aiirln*, ri Nice-versa. 

.\"* 58-59. I)<ui\ iMTSomia'jrs dr la mrmr fnrim- (|ii(' \vs 
nH*C^(\vi\{s, a\rv rrtlr srid»' dilL'mir»' (jur Irur Nrt«'m»'iit i»sl 
divisé «Ml six l)aiidrs liori/mitalcs, altrrnati\(>iiirii( rmij^o v[ 
roses, au lini di*s (piatrc carrés. L«»s bonnets sont nMij;«'s. 

N** ()0-()i). Nui Ir |)ai)ii('aii «I» droit»*. Srpt |M'r>oiiiia«;»'s à 
tiiiii(|ues vertes, avec Ir l)onl iidjTii'iir rmii^r. Les tuni(|ues 
ne |)araiss(Mit pas avoir de inanrlies, him (|ii \\ \w soit |)as ini- 
|M>ssil)lc (|u il «'Il ait existé, et (jurllrs aifiit ete ellacées par Ir 
temps, car c»'s (if^ures sont vw mauvais étal dr (Miiiservalioii. 
La tctr et les jandx's maïKpiciil, mais la coiilun*, iormi>r dr 
cin(| plumes routes, est conservé»* sur j)lusieurs li«;ures. 

N"* ()7-()8. I)«»ux |)ersonnaf(es ni ron«;f, armés de lances 
nu de haloiis rt roillés du mémr honiitt (pit' l«'s n*** Si-fïQ. La 
lace et livs jaiid)«'s maïupn'nt. 

N"* ()9-72. Lamas dr la lorim- l\pi(pn'. prints en noir. 
Quel(pirs-uns sont «^raNés d'ahord «t Irs Ir.iits remplis rnsuile 
de roult'iir. La pln|)arl sont |)n's(pn' ellaci's; Mids les u * (Jc)- 
"1 sont l)irn consrrvés. Tous ces lamas marrlient dans la 
ménir dircclioii, \rrs la droitr. Ils couvrent unr surface consi- 
dérai)!»- dont II |)lancli<* necom|)nMid (jue la partie su|>érienre. 

i\° 73. (]ell«' li;;nn', plus ;;ran<l«' (pu* l<'s antres, dr o"' i fi 
de liantfMir, sr Ironve si'ulr à nin' dislancr de o"* i^8 au-<lessus 
de \vr\i m" 'M). La li«;un' n'est pas prrpt'ndicnlain', comme on 
la \nil sur la planclir; rllr i«st un pru iiirlinrr \<«rs la droite, 
(iellf rrprrsrniation Inimainc, si simpir «'t si rudimrntaire, se 
retrouve «;ravéf sur l'un des |)élro«;lN plirs de la Puerta de l»in- 
cnnada ri prinir dans la ^rolle dr (ilndin, (pu* nous décrinins 
|)lusloin. Lllri\is|»» d'ailleurs, comme nous le verrons paj»;e ()8o, 
dans (1rs |M'lro^lN|)lH*s dr diverses réjçions de l'Vmériqnr. 

(iomme nous l'avons dit, les |)eintnres du panneau de 
gauche, (|ui n*«*st pas re|)résenti' sur la j)lanrlir, sont presque 
complrfriiiriit «llacées. (ie|)(Midanl on |>t'ul i)ien y distinguer 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 671 

les traces de rangées de figures identiques à celles du groupe 
n" 3o. Seulement elles sont placées en sens inverse de ces der- 
nières, c'est-à-dire que les carrés supérieurs des figures sont à 
droite et le panache est incliné vers la gauche. On dirait que 
les êtres représentés par ces figures se dirigeaient, sur plu- 
sieurs lignes de chaque côté, vers les personnages du grand 
panneau du milieu. 

Dans la fresque de Pucarà, il y a très peu de figures sus- 
ceptibles d'une interprétation symbolique. Les seules qui ne 
soient pas nettement des représentations d'hommes ou de la- 
mas sont les écus, les rectangles noirs et les petites figures 
rouges à panaches du groupe n" 3o. En ce qui concerne les 
« écus » , il en existe de beaux spécimens sur la fresque de 
Carahuasi, reproduite par M. Ambrosetti (13), et également sur 
beaucoup de pétroglyphes et de poteries de la région dia- 
guite, comme je fai signalé en parlant des pétroglyphes de 
cette région. Ces figures ont évidemment la forme de bou- 
cliers et rappellent bien les écus nobiliaires de f Europe qui 
ont eu leur origine dans les boucliers du moyen âge. Mais 
dans aucune des fouilles archéologiques qui ont été effectuées 
dans la région diaguite et dans la Puna, on n'a rencontré de 
restes de boucliers, et je ne connais pas non plus d'exemple 
d'ancien bouclier qui ait été trouvé dans d'autres pays ap])ar- 
tenant à la zone de civilisation péruvienne. Cependant des 
guerriers tenant des boucliers sont représentés sur certaines 
poteries de fancien Pérou, et un renseignement historique 
démontre aussi que les Péruviens employaient cette arme de 
défense : le P. Cobo (103, iv. p. igS) dit qu'ils avaient des bou- 
cliers formés d'une claie de minces tiges d(* bois n^couverle 
d'abord de peau de cerf et ensuite d'un tissu lin de coton ou de 
laine. Sur ce tissu on peignait « des blasons et des devises » ^'l 

<') Le texte espagnol dit : Tvaian unas de Venado j cnbriunlas pov la jxirlv de à 

rodetas tcjidas de varus de palma y algodon fuera con un licnzo riro de algodon , lima <> 

en las manos, no redondas. xino prolonyadas pluma miiy luhrado de vnrios colores, y en 

como escudos, para amparar la cabeza de ellas solian pinlar divisas y Uasones. 
los palos y pedradas. AJorràhanlas de cuero 










Cc&^ 


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ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 673 

D'autre part, d'après la description de Jaiija, dressée en 1082 
par Don Andrés de Vega (366 bis, p. 85), les Indiens de cette pro- 
vince employaient des boucliers en bois (hrocjuelejos de madera). 
Il est donc permis de supposer que les « écus » des pétrogiv plies, 
de la poterie, etc., représentent en efiet des boucliers. Quant 
aux rectangles noirs, comme je l'ai déjà dit, il est difficile de 
les interpréter. Ce sont des représentations conventionnelles 
d'objets que nous ne pouvons pas nous imaginer. Enfin j'in- 
cline à croire que les figures du groupe n° 3o représentent des 
hommes. 

Pour conclure, la fresque de Pucarâ de Rinconada paraît 
être un tableau commémoratif d'un événement quelconque : 
une assemblée, une grande fête, le retour d'une expédition 
guerrière. 

En ce qui coneerne l'âge de ces peintures, il n'v a rien qui 
indique une époque postérieure à l'arrivée des Espagnols. On 
pourrait objecter que les personnages n°' 52-69 seraient des 
Blancs parce qu'ils ont la face de couleur rose, mais les cou- 
leurs des fresques préhispaniques sont toujours convention- 
nelles et choisies suivant la fantaisie du peintre; par consé- 
quent, la couleur de la face de ces figures ne doit pas être prise 
en considération. On pourra également observer que ces per- 
sonnages paraissent avoir des pantalons, ce qui n'était pas 
l'usage chez les Indiens préhispaniques, mais la manière de 
ces artistes de dessiner les jambes humaines est en général si 
rudimentaire et si variée, que rien ne donne le droit de sup- 
poser qu'il s'agisse de pantalon. 

Mon opinion est qu'aucune influence espagnole n"a guidé 
les peintres de la fresque de Pucarâ, et rien n'indique que 
cette œuvre ne soit pas antérieure à l'époque espagnole. Quant 
aux rapports entre la fresque et les ruines, il n'y a aucune 
raison de douter que la première ait été peinte par les anciens 
habitants du plateau de Pucarâ. 

La fresque que nous venons de décrire n'est pas le seul ou- 
vrage d'iconographie rupestre à Pucarâ. A environ 600 mètres 



674 \Mini ITKN DK I. \ KKClnN WiUNK. 

au nonl-i'sl «lu plalrau où vWv »*st jK»iutt', se Imuve un auln* 
iM'lil nhil«'au (l(> tracliN !♦•, (liTuirr tomoiii (!<• la puissauli'courln' 
tracliN li(|U(', (lur Irrosion a lai.s>r i^nlé sur la |>lauii' (|U elle a 
di'UudiM'. D'un ( otr di* vr |)lat<'au, il <>\ist(* un ahii sous nM-Jir 
Irt'N «çrand dmil 1rs parois sont rou\«'rl<»s ih' lamas jçravés, |M»ur 
la nlu|)irl du t\|i<- i\v ('«'lui (|ui portr le n" G() sur la plaurlic 
<l«' la liTMiuf dr l'iKara. I).ui> «ri ahri, |<- ii ai J^a*^ \ii «l'aulivs 
ii^iu'tvs (|ue ces lamas. 

Grolte de Chacunayo. — lin nilraiit d.in^ Irdrdalr d«' ravius 
(lui jiariourl tii tous s«'us la coutlu' dt* IracliNlt* fl la divis»' 
«•u plateaux, ou trouve h euvin)n 3^" des ruines de Purarâ, 
dans la direction du Siid-C )ue>l . un de ces plateaux aucpu'l les 
Indiens donnnil le nom d(> (!liaruûa\o. \ l'ouest de ce pla- 
teau, rt ( reuM'«> nalni'fllfnn'nt par 1rs rau\ dans son ilauc dr 
Iraclivte, il n a une ^'roll<'<reu\irou .V"de proloudeur a\ec uu<' 
ouNrrture (\i' V" dr liaulmr sur autant de lar«;eur. Dans «ctti' 
grotte se trou\eut 1rs in'scpu's nproduilrs /nj. I jS. 

Les couliMirs einpiosees sont : noir, hlanc, hrnn »•! rou^e 
minium. L.i pahm* du hacliNlr dt> (iliacunavo <'^t un peu plus 
foncée »•! plus jaune (pu» rellf (!•• lahn son>> rorlir de Pucarâ. 

\ii plafond di" la ^roltr «'sl peint l«' rerrir ipi»- I on soit dans 
la parti»' superirnn' di- l.i |)lan('li('. Son diamrtre est de o" 'J'i, 
l«'s dents non mmpiisrs. (ir reirle n est pas tout à fait n'*- 
guli«'r. Il a \raisrnil)lal)leinent etc |)eint dans un hut lUNstiipie, 
mais je m* veux pas lain* d»' conjectures (piant à sa si«;udica- 
liou, car des raisonnements dans un cas comme celui-ci ne 
conduisent a rini. Il «st a rmiarcpici- (pir I a\r dente cpii s<* 
lion\e dans I inlmnir du cenlr iTesl m diri«:é vers ItMiln'C 
(\r II «grotte, ni paiallile à cettt' «Mitrée; il a une |>ositiou 
ohlnpu' par rapport a Taxe de la j^rotte, cVst-iwlire à la li«;ne 
(pii, partant du centre de lentrée. divisi* la j^rotte en deux 
parties ej^'ales. Il tant remanpuT «••paiement (pU' les iMiints noirs 
(pli entourent les cercles des extrémités de l'axe iMMut sont de 
clia(|ue C()le au nund)rc de douze. L'axe présente sept dents 




';-^ESgUE SUR le PTJ\F0ND de lA GRC] :UNA!r'0 

prés de PUCARA DE Rïï-ICOî^lADA (Puna de Jujuy) 

yV3 grandeur natitrelle 




FRESpUE EN FFJSE À L'INT^JEUR 
(Vs cpandeur 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. G75 

d'un côté et six de l'autre. Quant aux dents du cercle extérieur, 
j'ai malheureusement omis de relever leur nombre exact. 

Autour de la grotte court une sorte de frise formée par une 
bande de trachyte plus dur que la roche environnante. Les 
eaux n'ont pu corroder aussi facilement cette frise que le reste 
du trachyte qui est plus tendre , et il s'est formé ainsi une frise 
saillante qui entoure toute la grotte. 

Sur cette frise sont peints en ligne un grand nombre de 
lamas de différents types et couleurs, mais tous dessinés au 
moyen de lignes droites, comme presque toutes les représen- 
tations de lamas dans les pétrogiyphes. Les angles des hgnes 
formant la tête, le cou, les jambes, la queue sont différents 
dans les diverses figures. Quelques-uns de ces lamas paraissent 
avoir la tête double, la ligne supérieure représentant probable- 
ment les oreilles. Les couleurs sont différentes aussi : les plus 
communes sont le brun et le noir; mais il y a aussi des lamas 
noirs à cou et tête blancs, des lamas blancs avec des points 
noirs, et d'autres combinaisons encore. La figure inférieure de 
la planche montre les principaux types. 

Sur cette dernière figure on voit aussi une sorte d'ar])re à 
quatre branches, peint en rouge minium avec des points noirs 
sur la frise et au fond de la grotte. Les lamas les plus proches 
de cet arbre marchent de chaque coté vers lui, mais ceux qui 
s'en trouvent plus éloignés sont placés sans règle dans les deux 
directions, c'est-à-dire quelques-uns vers farbre et d'autres lui 
tournant le dos. Cet arbre est la seule figure peinte en rouge 
minium. 

En dehors de la frise, il y a aussi des ligures de lamas dis- 
tribuées irrégulièrement cà et là sur les parois de la grotte. 

En bas, dans l'intérieur, l'érosion a laissé une sorte d'échelon 
de trachyte plus dur, que l'on pourrait être tenté de prenche 
pour un autel, si Ton suppose que la grotte a servi à une (in 
cultuelle. 

Le sol consiste en pierre nue; je n'ai pas lionvé an\ ('M\i- 
rons de vestiges des hommes qui, au tenq)s j)iéhispani([ne, 



676 WTinriTKS l)K LA HK(.IU.N ANDINL. 

fn-qiHMilaieiil c«*lte f(rotle. Aux alentours, il n\ a pas non plus 
«I.' \ifillcs pinas ou d'autres dehris préln«>})nni(niev>. 

La j^rotte (le (iliaiuûaNo «'tait |)n)l)al)ieiiu'iil un endroit 
saen* ou iii\sti(|n«' jxKir les iialiitauls (le Pucarà de Uiii- 
conada. 

Pétroglyphcs de Puerta de Rinconada. — Une petite (jue- 
hrada, de ^j^"* d«' longueur environ, met le village de Hinco- 
nada, rlirf-lieu du département, en rommuniration avec la 
plaint' de l*o/nrlos. ( irllr (|n«'i)rada [)ort<' le nom de Pm'rta de 
iiinronada. Les monla;;nes (pii l'entourent s«uit de la même 
roche (pie la plupart des chaînes (\r l.i Puna de Jujuv : du 
(piarl/itr dm , très schisteux , tl (|iii ni rst d luif couleur n»u- 
jçeàtre. 

Près df l.i ^orln- de crllr (jui'hr.ida mts I.i plainr, il \ a 
plusieurs pelroi^ls j>lle^ ^ra\rs sur h's j)arties platrs du mur 
loriiH' |)ar les nMlirrs. (hirl(jnes-uns d'entre eux sont tellement 
• •Hacj's, <pn' tout»' copie en est im|H)ssihle. .l'ai pu en dessiner 
trois, hieii (jue certaines parties en eussent aussi dis|)aru. J ai 
naturellement suiM mon pi iii(i|)»' di' in' rrproduire (pir les 
li«^nes tout à lait \isil)les, en laissant de ( nli- (•Iles don! je ne 
pniisais distinj^uer le tracé avec certilud»'. 

La moitié des li«(ures du «^rand j)<'lro«;lN plie, //</. 74^/, st)nt 
ella<Tes. (ie iM'troi^K j)he offre un inl<'n'l spécial en ce cpi'il pré- 
sente des analfi^'ies aNec certains p«'lroj;l\ plies de la n'j;ion 
(liaLMiilc. Les mêmes couches irn'^^uhereiiieiit entrelacées, les 
mêmes li*:nes de terminaison di«ntiiornic se retrouvent en effet 
sur j)lusieurs jx'lro^ds phes de cette dernière réj^ion. 

Le |)étroj;lN j)he //ry. I!}0 est (lu même j;enre; seulement il 
est si effacé, (pi il n'en reste (pu- h-^ lij^nes (jue montre la ligure. 

La y»'/. /.')/ représente (pialre petits lamas j^ravés sur un 
autre rocher à proximit»' du dernier petro^^ls plie. La tête de 
ces animaux est representi'e par un douhie trait, et, ce qui 
est rare, 1(> lama au-<lessous a aussi le corps formé par une 
ligne douhie. 




''o- '''O- — Puerta de Rinconada. Pélro.;l)i)lic — i/ao '^i: nat. 



67» 



ANTinl ITKS DK I. \ UK.KiN A.NUI.NF:. 



Dans !♦• piHro^rU phe ftg. ià9, les trois reprôsentiitions hu- 
inaiiifs rudiiiH'nliiin's. forini'*es (Ir li^n»»s simples «t (l'un jK)inl 
rond pour la l«*lr, m>uI 1res intéressantes. Nous avons déjà vu 
une (ij^ure ëenihlable sur la fresque de Pucarà de Rinconada 



^. ,.^ 




rv 



\ 



Kig. iSo. — PaarU lir Rinmnada. IVtro{;ly|)be. — 1/16 gr. nal. 

et iHMis en \erron.s une iiulre, peinlr dans la «grotte de (Jiulin, 
fuj. 19^1, n° 1.(]ps repr/'senlations tout A (ait priniitivesdu corps 
humain sont frécuientes dans les p«'tro«^dvplies d»* pres(pir 



rMr-( 



r( 



Fig. i&i. — Piirrta ilr Rinmoad*. IVirogKpbe. — l/io gr. twi. 

toutes les réfçions de I Vuirrupn-. J ai réuni, /kj. Î5'2, i.) de 
ces figures, dont la |)lupart sans doute représentent des 
hommes. Cependant, les n** Q i-a5 démontrent que les Indiens 
ftc servai»*nt et se servent encore de nos jours du môme schéma 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 679 

si simple, pour figurer des animaux. Le n° i 7 représente peut- 
être aussi un animal. Ces dessins d'animaux sont en général 
tout à fait conventionnels. Ainsi personne ne pourrait s'ima- 
giner que le n'' 21 représente une libellule, si l'on ne savait 
que les Moquis actuels dessinent de cette manière cet insecte. 
Il serait également impossible de reconnaître le scorpion n° 2 3 
et la tortue n** 24, si ces animaux n'avaient été dessinés par 
les Oyampis actuels, sur la demande de Crevaux et sous ses 
yeux. Quant aux caïmans ou lézards n*" 22 et 26, qui font 
partie de pétrogiyphes de la Californie et du Rio Xingù, leur 
corps se rapproche un peu de la forme naturelle, au lieu d'être 
tracé avec une simple ligne droite. Ces animaux sont donc 
faciles à reconnaître. Cependant les figures du n° 26 pourraient 
aussi représenter des singes, bien qu'il soit beaucoup plus pro- 
bable qu'on a voulu figurer des caïmans. 

Dans plusieurs figures nous voyons la ligne représentant le 
corps se prolonger en bas, formant une sorte de queue; mais, 
dans ces cas, il ne s'agit vraisemblablement pas d'une queue; 
cette ligne de prolongation représente plutôt forgane génital 
masculin. Sur quelques figures, les bras et les jambes sont 
pourvus de doigts. La tête du sujet à gauche du n° 7 présente 
une sorte de coiffure, et celle du n° 16, deux appendices en 
forme de cornes, représentant probablement deux plumes fixées 
sur la tête de ce sujet. Enfin le n° 18 est porteur d'une arme. 

La « queue » du n" 19, du grand pétroglyphe de Puerta de 
Rinconada, est prolongée par une ligne ondulée, pourvue 
de deux appendices terminant en des points semblables à cehii 
que forme la tête du sujet principal. Il est possible que ce 
soient deux petits sujets secondaires, agrégés à ce dernier, 
analogues à une autre figure secondaire que nous voyons agré- 
gée à l'une des figures n" 20, laquelle fait partie d'un pélro- 
glyphe du canon du Rio Manco, dans le Colorado (Etats-Unis). 
Un pétroglyphe de l'Arizone, reproduit comme ce deruier 
par Mallery (228, p. 5o, fig.8), offre aussi une figure présentant 
des appendices similaires à ceux de notre n" 19. 



ÙM) \N TIOI ITKS DK I.A i;K(.l()N A.NDINh: 

Voici li'î» localiU's (Ifs jM'lroj^lypIu's qin' compn'ud lay/y. i.*)?. 
et les ouvrages dans lesquels se trniivrnt les reprorlurtions dr 
ces jM'*lrogl\ plies. 

1. GrolU" iJp Chulin (Sii-rni 0<cid«'nlal de lliiiiiuluiar;i . Fivm|ih' rup^stn*. 
Voir f,g. i9't. 

2. Piirar.1 «If Kiiiconada (Puiia dr Jujiiy). PVesquf ruiH-stro. Voir/i^. /^7. 

3. Puerta di- Rinconada (Piina de Jujuy ). Pclrogiyphc gravé. Voir/i«/. I't9. 
h. Piurlii dr liiiironada. Prln «j^lyplie fjravr. Voir /i</. 1fi9. 

f). Marhuca, jirrN de San harlolo (IK-serl d'Atacama). IVlroglypIu- gra\r. 
(Ptiilippi : 28S. p. 73., 

0. Yoiiaii, sur le Rio Jequetepeque (Cajamarca. Pérou). Pétroglyplie 

gnivé. (Ilnlrliinton 174. 11. y. 17»"» 

7. .\ni|)ajangu (Saiila Man'i \';ill.'r dr Y«Ka\iI . r;il.iin.ii«a\ Pélroglyphe 
gravé, ((^iro^a : 303. p. 117.' 

8. I>oma (iolorada (Valli-"* dr ^<)ra\il. rurunianj. Priroglvj)hr gruM". 

; (}uin>(;a : 303. |>. iil.j 

\). Canon du Rio Manco ^Colorado. Ktats-Dnis). PétrogUphr gravé. 
( (;. MonlnukiôU : 270. p. i3o.) 

M), ('..inon du Rio Nfanro. Pétio^KpIir gi-avé.(r;. NorricntkiAM : 270. p. i3o. 
I I. Idalio ; Ktal>-l'ni.s). Pélroglyplir gravé. Mallcry : 228. p. 77.) 

12. Owens Valley f Californie. I^tals-Unis). P.troglyphr gra\é. M-IW»: 228. 
p. 5^. pi. m.) 

13. Piji4' .Sjiring ' l tal> . KtaU-Lnisj. Prlroglyplie gravé.' ^Malfcrj 228. 
p. no.) 

14. Tundania (Colombie). Fresque i-u|>estn*. (BuUan . 57 ^ù. p. n . pi. 1, 
Cg-O.) 

15. Cafiond \«uza( I Al» Angeirs, Californie. Klals l nis). Tn Mpn- ruprsip-. 

{Mallrrt! 228. p. .^53.) 

Mi. l«ii.s Kleclias (San (iarlos, Vallé«« Calchaquie, Salla). Pélroglyjilir 

gravé. (AmhrowUi : 13. p. ."l^H.) 

17. Rio ^apun'i (Brésil). Pélroglyplir gravé. Spi» r\ »on M*r«ni« : 333. aUai. 
pi. 3..) 

18. Santa Ikirhara (Californie. KlatvlJnis). Péln>glyphc gravé. Mallrp 
228. p. 67.) 

lu. Purrla dr l\inronada fPini.i di- .lujuv). Pélroizlvphr gravé. Voir 
fS- I^i9. 

20. (ianon ilu Rio Manro (Ccdorado, Ktatsl^nis). Péln>glyphc gravé. 

(MallTy !S28. p. ^X] 

21. Ariione (Ktaivrnis). Figure ron\enti<innrilr , n^prt'senlanl la lil»el 
Iule; conunune sur le^ pétroglypht^ des Moquis. (Mdkrj: 221. p. 708.) 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 081 



10 11 



12 13 14 -^ K 



16 17 18 






20 



19 



22 23 ^^ I 2^ 






Fig. i52. — Figures primitives représentant des hommes et des animaux. 
(Pétroglyphes et dessins de diverses régions de l'Amérique.) 



(i»2 ANTIQUITES DK LA HKCilO.N ANDINE. 

22. Tille River (Califomip. Klats-Unis). FrcMjur rup»î»tn*. Rrpn'sente 
prohahloinoiit un caïman ou un léiard. 'M«U«Ty : 238. p. 55.) 

2.V (îiivaiM*. Scf)q)i<>n <l«'NNin«'' par l»'s ()\;impis. Oevaut : 111. |». an.) 
2'l. (iuyano. l'orlu»' <l«'N>iii««' par l«'s (Kampi-». (>r»«u» : 111. y. ïh.) 
25. Itaniarara [Ki«» \ingii. Bn'sil . IVlroKlvpli** gravr. (>,s fi^un'5 ix'pré- 
M-ntcnt prohabiiMiicnt il(*s rainian.s. (NpiIo : 356 l>i$. \>\. \. 

\ (|ii«-l(|iirN kiloiiirtros (li; l.i l'iit'rt.i (le liiiK oiKid.i , Mil' des 
mcher>, dans 1rs inoiilaj^iies (IjhiikiiiI sur la laj;uiie de Pozue- 
los, à un endroit iioiniiié Arislucuii, il «visle éj^aleinenl des 
|m'»1 roj(lv plies "^ Je regrelle de n'avoir pas eu le tein|)s de m'y 
n-ndre jM)iir les relever. Suivant les rensei«;nenients recuiMliis 
auj)n's de personnes (jui ni'a(coni|)af^naient iorscpir je relevai 
les |M''tro«;l\ plies de la Puerta de Kinconada, ceux (iVrislurun 
(*oiiliriineiit aussi des lii^'ucs rourlx's futrclacées et des lamas. 
La lii;ure liuiuaiiic rudiuicutairc dt)nt nous \enous (\r nous 
mxujMT .s'y retrouve aussi. 

Vi)/A KLOS. 

La vaste laj^une de l'o/.uelos a q mètres de profondeur à 
peine aux endroits les plus prolonds. Le fond est tt-llenient 
lanj;eu\, ipic, miinr lors(|u il parait ne pas v avoir d'e.iu dans 
la lacune, il est im|M)SMl>li- de s*j'|oi«;uer henucoup des l>ords : 
liommes et hèles s'enlisenl ri disparaissml dans la vase sau- 
màtre. 

\ r<'xtrémit«'' sud dr l.i l.ii;une, il v a (;à et \à (pielipies 
Imites (rindiens. C'est à rel endroit (pi'étaient situées les de- 



''' iViu rrprrxiiirlion* Hr |M»lmf'|ynlic« 
cl'Aritlunin fii^irml «l*n« iinr l»n>rhurr 
tlo M. l'ahl»!' Julian T«(vann : Inn-tln/a- 
riomei tohrr nryiiro/ii^Kt ar^enlma , S»U» . 
M)o^, |i. t\. ^<\; nii%rA^r iUn« lrt|iM-l 
r«illriir »'r(TM|Tr (Ir ilriiinnlrrr là |»i'**i 
liilili* dr iliVhiiïrrr \r% |M>lmf;lvplir« de 
(latAitiarra. dr Salla ri dr JnJilv à l'aidr 
d» *ignr<i «^f(vplirn«, ph«^nirirn«, rir. Mai» 
lr« rrpnitiurliont dr« tirlroglvphr* ipir 



ronlirnl cri nnvragr ont mallirureu»*- 
iiirnl ««1^ failp*. Mir la doin.tndi* dr 
M. T(t«rano. par dc« prntnnnr» non apir* 
!\ Ir fairr. Cr* dr%Mn« n'ont dnnr aiininr 
\alrur. r«>mnir Ir dt^tnonlrrnt Im rrpr«» 
diirlion» t\r\ |>^trn^l\|)||r« dr Puerta Ar 
lUnronada ri dr la (^irlirada dri RiMal 
ifciW.. |v 17. >», 3i, Ji; qtii n"onl aiioinr 
n-x«oinlilanc<* t\rc me» drsMn» de* mémr» 
prln*Kit|ilirt.^5. 59. lii*. LW. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 683 

meures des habitants préhispaniques de ces parages^'^ Il n'en 
reste plus qu'un entassement de pierres et de débris, de 3oo™ 
de longueur sur 200" de largeur environ; mais on reconnaît 
1res bien l'emplacement de l'ancien village : le terrain envi- 
ronnant ne contient guère de pierres et l'épaisse couche sur- 
élevée de terre noire, dernier témoin du temps jadis, se dis- 
tingue parfaitement de la terre jaunâtre d'alluvion dont est 
formée la plaine. Dans cette couche on voit les pierres des 
anciennes pircas, maintenant écroulées, des os de huanacos, 
de lamas et de vigognes, des fragments de poterie grossière et 
surtout de très nombreux morceaux des mêmes haches plates 
en roche schistoïde que nous avons observées en si grand 
nombre à Quêta, à Pucarâ, etc. Ces fragments sont tellement 
nombreux, qu'on pourrait en ramasser des centaines en 
quelques minutes, mais je n'ai pas trouvé une seule hache 
entière. 

A Pozuelos, une trouvaille mérite d'être tout spécialement 
mentionnée. C'est celle de trois pierres perforées, en forme 
d'anneaux, dont j'avais déjà trouvé, sur le plateau de Pucarâ, 
un spécimen reproduit y?^ lâOfei décrit page 689. 

La fig. 153 a, b, c représente les trois pièces de Pozuelos, 
chacune vue de face et de trois quarts pour mieux montrer 
la forme de la perforation. Les dimensions et les poids de ces 
anneaux sont les suivants : 







DIAMETRE 




DIAMÈTRE 


HAUTEUR 


MINIMUM 




KXTiiniEur. 
iiia\imuin. 


( ÉPVissEcn ). 


île la 
perforation . 


POIDS. 


niilliin. 


millim. 


millim. 


grammea. 


96 


58 


21 


878 


88 


r>o 


9.6 


476 


9-^ 


/il 


■>.k 


/i49 



La pièce a est faite d'une roche très ferrugineuse et très 
lourde, h de grès dur grisâtre et c est également en grès, qui 

<'' Les vestiges de Pozuelos ont été espagnoles ou douteuses », au lieu de celui 
marqués, par erreur, sur la carte arcliéo- de «ruines préhispanicjues très détériorées 
logique du signe correspondant à « ruines ou de peu dimportance ». 



ÙHï ANTIQUITES DK LA UKGION ANDINK. 

contient des cristaux de pyrilr de ler, dunl on xiit plusieurs 
enij)reintes sur la surface de la pierrr. 

Dans les trois spécimens, particulièrement en A, mi voit 
très nettement l.i l<»rmr hiconicpir de la |H>rioralion , (jiii. 
comme prescjue toutes les anciennrs perforations dr la piern-, 
a été exécutéi» des deux côtés. 

(iest la |)remière lois (pir Ton a rencontu- de ces anneaux d«* 
pierre tlans le nord de la H«*pnl)li(pie Ar;;eiiliiie. Dans ce pavs, 
on n\fn connaissait que de San .luan, d a|)res M. |). S. A^uiar 
(6.1». SG.lig.;), et de la ré«;ion andinede la Pata<;onie,dont M. Outes 
(276. |). 437 rt ftuiv.) décril cpialre sj)écimens. Parmi les autres 
pays de l'AniéricpM» méridionale, c'est surfont dans la partie 
c(>nlrale du (iliili, depuis (!n(piiini)o jus(prà \aldivia, (pn* 
ces pierres soiil coniniunes. M. .1. 1. Mrdina 234, j». i4«> «•» wii».. 
fig. iH\b)vi\ n'|)rodiiil j)lusieurs, provenant toutes de cette der- 
nière ré«;ion. Leur diamètre l'xtérieur varie de 0*1 1 à o" iH, 
et (>lles on! pom- l.i pliipjil l.i iininr Iniim- (Iid- «elles de Po- 
/.nelos. Selnii M. Mrdm.i, le Nhiscr ii.iIkui.iI de Santiaj(o-<lu- 
(.liili |)os.sède d'autres spécimens du Pérou, de (iliinchiu dans 
I»' Désert d'Atacama, de La Paz en Iiolivie,etc. M. E. 11. Gij^dioli 
(144. I». a.'»'») possérie dans sa collection quatorze pierres perlo- 
rées • spliéroïdales ou annidaires», é«;alenient du(ilnli, dont 
un e\enq)laire emmanché, proviMianl d«' La Sei ena ( iiHpiindM)]. 
De (ia( li.qMjal, dans ce nn^ne pays, M \l .Stiil)el et Heiss 
(340. I. |il. Hj. fiK- •»7) li^urent aussi un sinVinu'ii . «le <>'" 1 1 de 
dianu'lre. \IM smi llierin;; 177. |». f>4 . lig. 3. 4 ) et L. Netto (256 bit. 
I». ytS. l'i. *i. lig, aa) décrivent des pierres perforées de Hio (îrande 
do Sul, de o^oq h <>"' i ■} de diamètre. Klles sont communes 
dans cet Ltal hrésilien; M. xori llierin»; les nomme mnrhndm 
(marteaux). M. \. de Moilillel a rap|M>rté une InMitaine d«* 
s|M'cinu'ns de Tarija, en liolixie. (pii ont en général envi- 
ron o" I 5 de diamètre «'xtérieur. La plnp.ul des pierres j>or- 
lorées de Tarija ainsi (pie celle^ du \\\i">\\ ne .sont |>as, 
comme celles de Pozuelos et la plus «grande partie des pièces 
cliilieiines, des ann«MUX .i seclimi pins nu moins cinulairr. 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 685 

mais elles sont aplaties et leur périphérie forme une arête 
assez tranchante. La Mission Française a également rapporté 
plusieurs de ces pierres de Tiahuanaco, d'où MM. Stûbel 
et Reiss (340, i, pi ig.fig. 16) en figurent aussi six spécimens, 
de 0°* 09 de diamètre et o™o3 à o"o4 d'épaisseur. Deux de 
ces derniers ont, d'un côté de la périphérie, des creux dé- 
montrant que le manche n'a pas passé par le trou de la 
pierre, mais qu'il était attaché à la périphérie de celle-ci au 
moyen de lanières passant par le trou et ensuite autour du 
manche. M. Erland Nordenskiold (269, p. 45, pi. 4, fig. 7) reproduit 
un anneau en porphyre, d'environ o"" 10 de diamètre, prove- 
nant de la Vallée d'Ollachea (Pérou), au nord du Titicaca. 
M. A. Bamps (50, p. 139, pi. xxxiv, %. 9) représente une de ces 
pierres, de o'"o85 de diamètre, de Quinjeo, province d'Azuay 
(Equateur); MM. Stûbel et Reiss (340, pi. 17, fig. 9, 10; pi. 18, fig. 19), 
deux autres, de Quito, d'environ o"'o8 de diamètre extérieur 
et o"'od d'épaisseur, et une troisième, de Cajamarca, pierre 
naturelle d'une forme assez irrégulière où seul le trou paraît 
être artificiel. En ce qui concerne la partie nord du Nouveau 
Monde, les anneaux en pierre qui nous occupent ont été ren- 
contrés dans l'Amérique centrale et dans le Yucatan, mais ils 
sont surtout fréquents dans le sud de la Californie, dans hi 
Basse-Californie et dans les îles de l'archipel californien. Le 
Musée d'ethnographie du Trocadéro en possède une belle série 
provenant des îles San Miguel, Santa Barbara et San Nicolas, 
rapportée par M. J.-L. de Gessac. Les pierres perforées de la 
Californie ont été décrites par plusieurs archéologues améri- 
cains. Ces pierres existent également dans plusieurs régions 
des Etats-Unis, suivant M. Henry W. Henshavv (163, p. 5). 

La question de l'emploi de ces pierres a été très contro- 
versée. De diverses parties de l'Amérique on en a signalé plu- 
sieurs applications tout à fait diilerentes; pour ce qui est des 
spécimens se rapprochant comme forme et dimensions de ceux 
de Pozuelos et de Pucarâ, il y a surtout trois hypothèses qui 



6«0 AMiQLITkS DE LA RÉGION ANDINE. 

peuvent être prises en considération : ou les pierres ont été 
employées comme casse-téte, ou bien connue instruments 
(ra«;rirulture destinés à ronipn' les mottes dr tcnr durcie 
dans les champs, ou riA'ui pour augmenter le poids de cer- 
tains h.ilons à fouiller. 

L«' dernii'r de ers riiiiiluis lut .si;;nid«' j).ir M. lltiishaw ^163,, 
dans son extrllent inénu)ire sur les pierres |)erforées de la (!ali- 
lornie. Dans ce pays, dans les comtés de Santa Bârhara et de 
Ventura, iilusieurs Indiens des plus âgés lui avaient déclaré 
(lue les nond)reuses pierres perforées qu'on y trouve avaient 
jadis fait partie de dujijiiuj- sticks, em|)loyés par les femmes 
jM»ur rxtraire de la ti'rre une certaine racine qui constituait un 
.dinicnt inqiortaiit pour ces Indiens. Ces (//(/7/m/-5//( /•.< rlairnl 
des l)atons sur IcMjuels on avait lixé, plus ou moins au milit'u, 
une pierre |)<*rforée, le l)at«)n passant par If h nu dr la j)i<'rre. 
Celle-ci servait à augmenter !•• pmcK du h. itou, ( r (jin permet- 
tait dr l'enfoncer plus faciliMuent dans la Irrre. Ces renseigne- 
ments ont été donnés .1 M II» mi^Imw par drs Indiens en plu- 
sieurs endroits dillérents, indeprndamnu'nt les uns des autres, 
il n*N a donc aucune raison de douter de leur véracité. Au 
(iluli, <n\ p.irail aNoir enq)lo\e jadis les pierres perforées dune 
manière semblable, suivant Don Francisco Nùnez de Pineda v 
Dascunan (272. p. 19a), qui écrivait veis 1G70 et (|ui dit av(»ir vu 
les Indiens du (^liili, à l'occasion d'un enterrement, creuser la 
fosse • avec un Indenl en iornie de lourcbelle. en bois dur 
et résistant, et (|ui avait autour du manche une j)ierre |)er- 
[(irée servant à lui donner plus de |)oids'. D'après ce récit, les 
anciens Araucans semblent avoir eu des dujijiinj-slîrks analogues 
à ceux des Californiens; seulement ceux des Araucans se termi- 
naienl |)ar trois |)ointes. Mais l(>s uns et les autres fa(;onnaient-ils 
cl p<*rforaient-ils les |)ierres eux-mêmes on einj)lovaient-ils des 
jïierres d'uni* époque antérieure cpiils avaient ramassées sur 
le sol? Cette ({uestion reste douteuse. Ln .Xfricpie, plusieurs 
peuples emploient des bâtons à fouiller send>lables à ceux de 
la (.alifornie. Parmi les llottentots, <>t hvs Hos( jiin.ins «'es bâtons 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 687 

sont très communs. Du Harrar (Abyssinie), le Musée du Tro- 
cadéro possède des bâtons à fouiller, en bois et à pointe de fer, 
pourvus de pierres perforées servant à en augmenter le poids. 
Les indigènes de f Abyssinie emploient la même méthode pour 
rendre plus lourds les pilons avec lesquels ils pilent du tabac 
dans des mortiers en bois. Au Musée du Trocadéro est conservé 
un de ces mortiers avec son pilon, qui consiste en un gros 
bâton, autour duquel est placée une pierre perforée. Cette 
pièce provient aussi du Harrar, et, comme les bâtons à fouiller, 
elle a été rapportée par M. Bourg de Bozas. Les pierres per- 
forées de l'Afrique sont, en général, plus sphéroïdales que la 
plupart des spécimens américains. 

Certains peuples de l'Amérique du Sud emplovaient une 
sorte d'instruments d'agriculture qui étaient formés d'une 
pierre perforée fixée à fextrémité d'un bâton. Ces outils étaient 
employés pour briser les mottes de terre après qu'on avait 
labouré le terrain. Suivant M. BoUaert (66, p. 178), « Darwin vit 
l'une de ces pierres perforées, utilisée par les Indiens, qui 
était fixée au bout d'un bâton et formait un instrument rus- 
tique d'agriculture. Ces pierres étaient d'une forme circulaire, 
aplatie, et avaient cinq ou six pouces de diamètre ». Cette des- 
cription correspond bien à une grande partie des spécimens 
du Chili. D'autre part, on lit dans les dictionnaires quichuas 
de von Tschudi (354, p. 34o) et de Middendorf (238,p. /i63) ce qui 
suit : Jiaipu (Middendorf) = pierre ronde perforée pour être 
emmanchée, employée pour briser les mottes de terre dans les 
champs; huipuha (Tschudi), même définition; hiiipay (verbe) 
= briser les mottes de terre dans les champs. Ces deux auteurs 
ont recueilli leurs vocables au Pérou même , et le quichua de 
Middendorf surtout est celui qui est parlé par les Indiens ac- 
tuels des environs de Cuzco. L'existence de ces mois daius la 
langue courante démontre que les hiiipiis sont encore, ou loiil 
au moins étaient, il y a peu de temps, en usage chez les habi- 
tants du haut plateau. Garcilaso de la Vega (140; l. v, c. n; loi. 101), 
dans sa description des anciens procédés dr ciiUiirc, bien 



MH ANTIQUITKS DK L\ nKGlON ANDINE. 

(lu il iH' iiM'iitioiiiic j)a> (riiistriiiiirnts a jiit'rn' |>erforée, ikmis 
appnMui c<*|M'ii(laiit (jue l'une dvs jiriiicipales opérations con- 
sistait à bris«'r les inoll«*s cir terre, et «jn il «'\istait, |><>ur acconi- 
na^^'iHT cette n|M'Tatii»n et la ivIIiiiht, drs ehaiisoiis spêriales 
(Iniil Ir nlraiii rtail le mot Havlh. \( liu'llrnient , 1rs IndiiMis 
(lu haut plateau ne labri(|uent |)lii.s de pinrrs j)erlorees, mais 
les faits (|ue nous vtMions (le signait r |)n)uvent suflis^iminent 
(jin- ces pierres senaient jadis de hnipiis. 

Les pierres perforées ont éj;aleinent été «•in|)l()yé(*s comme 
casM'-téte. Nous imi trouvons mir pniiNr dans la description 
de Jauja, écrite en i[yH'À par Don Andres de \c^a 368 6». p. »5), 
ntrnujidiir de cette j)rovince, d'après les récits des Indiens jirin- 
cipanx de la contrée (pii avaient été conNo(pies |)()ur donner 
des renseif,'nements sur h» |kivs et sur les coutumes des indi- 
j;ènes avant roccu|)alinfi espa«;nol«». Selmi 1rs déclarations dt* 
ces Indiens, ils a\aieiil «n lltal)ilii(l<- «de se hattre avec (les 
massues (pi'ils ial)ri(piai«'nt «n iii<>tt.iiit des |)ierres iM'rforées 

sur drs hâtons • ( julcalnin cou unas luirrns que liacian po- 

mrniht unas nirdrns linrafhutds m uni>s pains ;. D'autre j)art, 

on connaît du Pérou, du (iliili et de la (laliiornie des spéci- 
nuMis enunancliés de hu^'on a |>ouvoir servir d'assommoirs. Du 
cimetière d'Ancon, Ut IV llaniv 160, |>l. ui. fig. utg) re|)roduit 
mil- pn'( r (If ( rllr caté^'orie, avant la pierre lixée au l>out d Un 
haton ; crlte pii'rre est plus s|)liéroidalf (|in' les s|)écimens d»' 
Pozuelos. \l. Iv II. (lii^lioli 144. p. a54) diM i il un .mire casse- 
lélr «ornpnsr d uni* pierre p«'rlorée lixée au i)oul <l un JKiton et 
exlnnné d'nnr srpulture près dr La Serena (!o(niind)o , au 
Chili. Dans la (ialilornie, on a é;;alemenl Irouvédi's spécimens 
emmanchés de cette manién*. M. Ilenshaw (163. p. a9.3o)en re- 
produit trois (pii ont été rencontrés dans une grotte prés de 
Los Angeles, et (pii ont l.i pierre fixée au manclir au iiiuNni 
d nn ciment d'asph.dte, matière (pii est commune dans le |)ays. 
Les pierres sont d'une forme .srinhlahle à celle de nos sj>éci- 
mens de la Piina, mais ellrs sont un peu plus grandes, de 
o* I I à o" i fi de diamètre; les manclies ont de o^.iH à o".^() 



ARCHEOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUY. 689 

de longueur. M. Henshaw suppose que ces objets ne sont pas 
des casse-tête, mais des bâtons de cérémonie ou de comman- 
dement. Cette thèse pourtant ne me semble pas suffisamment 
fondée, l'argument principal étant la faible épaisseur des 
manches; or, si le bois était élastique et résistant, je ne vois 
pas pourquoi ces instruments n'auraient pas été des armes très 
efficaces. M. Henshaw va encore plus loin : il incline à croire 
que toutes les pièces en cuivre et en pierre , perforées et étoi- 
lées, bien connues de la région ando-péruvienne, ont fait partie 
de bâtons de commandement au lieu d'avoir servi d'armes. 
Un ancien tableau à l'huile que j'ai vu au cours de mon voyage 
m'a donné une nouvelle preuve de ce dernier emploi des 
pièces étoilées. Ce tableau avait longtemps servi de plafond 
dans une cellule du couvent des franciscains de Jujuy. Suivant 
la légende, le tableau a été peint à Cuzco, mais malheureuse- 
ment la toile était déchirée justement à l'endroit où avait été 
indiqué le millésime^''. Cependant l'orthographe de la légende 
et le style du tableau démontrent que celui-ci est assez an- 
cien et date probablement du xvu'' siècle. Selon la légende, la 
peinture représente un miracle qui avait eu lieu à Cuzco en 
l'année 1 532 ^^^ : quelques Espagnols se trouvant enfermés dans 
un hangar de bois et entourés de nombreux Indiens ennemis, 
ceux-ci avaient mis le feu au hangar, qui commença à brûler; 
mais, dans ce moment critique, la sainte Vierge paraît dans 
l'air, verse de l'eau sur le hangar incendié, éteint le feu et 
sauve les Espagnols. En effet, on voit au milieu du tableau 
une maison qui brûle et, dans l'air, la sainte Vierge versant 
de feau sur le feu. Au fond, à gauche, il y a une forteresse in- 
(henne enterrasses. De tous les côtés, des Indiens armés courent 

'■' La légende dit : Acahose Kata ohm '■' Suivant la légende du liihleau. Il 

En la Nuestra Çiudad del Cuzco En semble y avoir un anachronisme, car 

ÎO de Maio de l'Inca Atahualpa ne l'ut oniprisonné par 

En 1904, cet intéressant tableau se Pizarro, à Cajamarca, que le i5 novembre 

trouvait à Buenos-Aires, en possession i532. Il est difficile ([ue les Espagnols 

de M. Eduardo A. Ilolmberg, qui l'avait se soient établis à Cuzco dans la même 

acquis des franciscains de Jujuy. année. 



OttO ANTIQIITF.S DE I.A RKr.ION ANHINF. 

vprs la maison inrrndi(''c; Inirs armes, outr»- (1«> Irondes, sont 
pour l;i plupart jiistrmfiit des casse-tète étoiles, lixes près de 
l'extrémité d'un halon. (!elui-ci se termine par une pointe, ce 
qui semhir indiquer cpie celle ariii»* j)oii\.«it être employée et 
comme assommoir et comme arme à percer. Cependant les 
Touilles faites au Pérou n'ont pas donné de |)oinles de la forme 
(ni'on voit sur le tableau, et il se peut que le peintre ait ajouté 
ers pointes suivant son iinaj^ination. Lrs vêtements des Indiens 
«•onrorflent avec les descriptions cpii nous sont parvenues du 
tennis de la conquête. Quoicjue le peintre les ait peut-être 
décorés un pMi selon sa fantaisie, ce tai)leau constitue cepen- 
dant un document précieux pour l'i tudf des vêtements et des 
armes des anciens P(''rii\iens. Il dcnKniIre (jue les cass<»-tête 
étoiles portés par pre.s(pie tous les j^uerriers qui y fif^urenl 
étaient en elTet des armes, et non des hâtons de cérémonie. 
Naturellement, les casse-tête en pierre ou en cuivre, simples 
ou étoiles, mais spécialement décorés, peuvent avoir servi d'in- 
.signes d'autorité ou joué un rôle dans des cérémonies. Parmi 
tous les peuples, les armes se transforment souvent en insij^nes. 
Notre éj>ée moderne loiiiiiil nti exemple de cette transfor- 
mation : (lit/ lis olliciers d'inlanterie l'Ile n'est j^uère (piuii 
insi«(ne,el chez les fon<lioiinaires ci\ds elle .1 totalement j>erdu 
son caractère d'arine. 

Dans r\nieri(pie du Sud on a donc constate trois enqilois 
dillerents des pierres perfon-es. Quelle a été leur destination 
primitiNe? Dans quel hut onl-«||(»s été inventées? A mon avis, 
elles ont du seisir d'arnu's cont<»n<lanles d'ahord,car l'homme 
était certaintMuenl chasseur avant d'être agricull«Mir, et l.i j)lu- 
parl des trihus pi imilives s<» servent de massues c<Mnnie armes 
et é;;.deinenl connue outils p<Mn* divers travaux. 

l'in dehors de ces trois iis.ii;«'s principaux des pierres jM'rfo- 
rées, certains Indiens de 1 Vmeritpie se|)tentrionale s'en servent 
dans un jeu où il s'agit de jeter une lance on tirer une flèche* 
dans le tron d< l.i pierre pendant (ju elle roide sur le sol. On 
a également \n des pierres |>erforées emplovées comm<* jKiids 



Pr.. LXIII. 









'"ig. 103. — Poziielos. l'icrrcs jH-irorccs. — 1/2 gr. nul. 



Pl. lxjv. 




Fig. i54. — Kio Urusmayo llincoiiada). Mortier en pierre polie. — 1/2 <^r. iiat. 




Fig. i55. — Ouirquimlios (Rinconada . liroyeiir en |)ieiTi; polie. — i/'i gr. iial. 




Fig. i56. — Morcno (Rinconada). Ilaeîie en pierre polie. — \\-\ gr. iial. 





ig. lO-y. — C'.oNpiiniayo ^ lîiiiconada). Petits reci|)ii'nls j)oiir garder li'> pépites d"or [dorirliuiu] 

1/2 gr. liai. 



ARCHÉOLOGIE DE LA PUNA DE JUJUV. 691 

dans les filets de pêche. Mais, assurément, ce sont là des usages 
tout à fait secondaires et auxquels ces pierres n'étaient pas des- 
tinées par ceux qui les ont fabriquées. 

AUTRES RUINES ET SÉPULTURES 
DANS LES DÉPARTEMENTS DE RINGONADA ET DE SANTA CATALINA. 

En dehors de Pucarâ et de Pozuelos, il y a dans le départe- 
ment de Rinconada, d'après Feliciano Gareca, des ruines pré- 
hispaniques à Guayatayo, localité se trouvant au nord-ouest 
de la lagune de Pozuelos, à Chacrahuaico, situé à 40""° au sud- 
ouest du village de Rinconada, et à Abra de la Laguna et Quir- 
chinchos, deux endroits situés sur le Rio Urusmayo, affluent 
du Rio Sanjuanmayo. Toutes ces ruines sont désignées sur la 
carte archéologique. 

Les ruines de Guayatayo sont totalement détruites, comme 
celles de Pozuelos. 

Chacrahuaico paraît être, suivant la description très précise 
qui m'en a été donnée, un grand village en ruine occupant un 
plateau inaccessible, comme celui de Pucarâ. Aux environs, 
il y a beaucoup de grottes sépulcrales. Chacrahuaico est situé 
au milieu d'un dédale de profonds ravins se croisant entre des 
plateaux de trachyte. Le manque absolu de ressources de toute 
sorte dans ces parages actuellement inhabités y rend une excur- 
sion extrêmement difficile. 

Abra de la Laguna et Quirquinchos sont des ruines dans 
un assez mauvais état de conservation. H y a 5*"" de dislance 
entre ces deux endroits. Aux environs, on voit aussi des grottes 
funéraires. 

La pierre à broyer, ^^. 155, a été trouvée à Quinpiinchos. 
Elle ressemble beaucoup à celle de la Vallée de Lerma, repi'o- 
duite fi(j. àà a et décrite page 3o6. La première, en grès 
vert bien poli, a o°'490 de longueur, mesurée en ligne droite 
entre les deux extrémités; sa largeur maximum est de o" 082 
et sa hauteur au milieu de o'^oqS. La section de cette pièce 



092 \NTIQl ITKS DK I. \ HKCION ANHINK 

est asspz srmhlaMc à rrllc du hioyrur do l'iuara dv Lrriiia; 
la surface qui .s«'rt a hruyer est (ourlu' dans \o. sens transversal 
vi asyuHHncjUJ» do la iiienie manièn». 

Lp mnrli<*r//y. J')^i, «mi obsidienne inc <»iii|»l«'lenient \itriliée, 
très diirr «1 Mm pnlir, proNicnt aussi des environ^ du Hiu 
IJrusniayo. Cv morlirr ••>! d iiin' luriin* oNoidr. de o"' jn de 
lnii;;ueur et o" I () dr lar;;rur. 

La liarlie fii/. I ~}6 , InMivrr .1 Mdnin», oiidnnl silué aussi 
dans Ir drj»arl«'nit'nl dr Hinrnnada, est éj;al«'ini'nl laile en 
nhsidienne opacjue 1res dure, pdie. Celle hache a o* i.^b de 
lon<;n(>ur loiale, o" 060 dr iarf^eur inaxiiimiii et o^oSf) d'épais- 
seur niaxiniuin ; elle iM'sl pas 1res tranrhanle. (!e Ivjwde hache 
est rare dans la Puna d»- lujnv : au contraire, il est commun 
dans la Vallée de San l'rancisco et dans la Sierra Santa Hâr- 
hara, d'où la \lis>ion Sm-dois»' en a rap|)orlé une viuL^laiiie. 
rr<»is d entre elles oui él»* li^Min'es par M. Krland Nordenskioid 
[262. |il. '). liff. 7. fi. 9). M. .\nd)ros«'Hi 23. y :»i) reproduit aussi 
deux de ces haches de Pampa Hl.iiica. daii^ la \alle«' de San 
l''ran<'is<-o. \.r-^ li.n lies polies, (\r ^Mandenr moyenne, avec 
^or«;e iaisant !<• Imir de l( •nie la li.icln' . du même I vpe (pie celle 
«pie nous v<*uo!is de drcru'e, j)euveul elre c(msidérées comme 
«aracléristiipies de la ré^don orientale de lujuv. Il v a tout lieu 
de sou|)Couuer (pif noire sjxMiiiH'n d»' riiiMonada a ele iin- 
pniN' dr cette dernière ré«^iou. 

Les seules collections publiées du dip.n Iniuul de Santa 
(iatalina soni celles des «^rôties funéraires de Sanjuanmavo et 
des environs du Nillay;e de Saida (.alalina. Ces collections ont 
él«^ décrites ri liirurét^s par \l Lrlimaini-Nilsche r210 . Nous 
avons déjà mentionné beaucoup de ces objets en les coin|)araiii 
avec ceux (pu* nous avons trouvés nous-nu"^me. M. \mbn»«>elli 
en a |)ublié au^si (juel(pn*s-uns de ce département. rj)us ces 
objets sont analo^^ues h ceux de Hincnnada. .le ne connais pas 
de ruines de villages préhispaniqnes en Santa Catalina, mais il 
tsi probabir (jii il ni existr. cachées dans les labyrinthes de ses 
monla*;nes rt de ses quehradas. 



EXPLOITATION DES GISEMENTS D'OR. 693 

EXPLOITATION DES GISEMENTS D'OR DE RINCONADA 

PAR LES INDIENS. 

Le sol des quebradas des environs du village de Piinconada 
est tout percé de puits construits pour extraire la terre auri- 
fère. L'entrée même de ce village par la plaine de Pozuelos, 
la petite quebrada nommée Puerta de Rinconada , est tellement 
remplie de ces puits qu'on n'a laissé pour ainsi dire intact que 
le terrain où passe le chemin. La plupart des quebradas des 
départements de Rinconada et de Santa Catalina présentent le 
même aspect. Des milliers et des milliers de mètres cubes de 
terre ont été remués pour chercher le métal précieux. 

L'extraction de l'or date de temps très reculés et, bien qu(î 
je n'aie pas trouvé de preuve concluante qu'elle se pratiquât 
avant l'arrivée des Espagnols, il est fort probable que les Indiens 
préhispaniques ont exploité les terrains aurifères de cette 
région. Je ne crois donc pas devoir omettre une courte des- 
cription de l'exploitation de l'or par les Indiens actuels, telle 
que je l'ai vu faire sur les lieux. 

L'or a son origine dans les fdons de quartz des montagnes 
des deux départements cités plus haut; ces fdons ont été égale- 
ment travaillés comme le démontrent les nombreux puits que 
l'on y voit partout. Suivant Juan del Pino Manrique (289, p. i4), 
quelques-uns de ces travaux semblent dater de l'époque 
préhispanique. Dans sa description de la ville et du territoire 
de Potosi, déjà mentionnée à propos des mines de Cobres, il 
cite Incahuasi parmi les mines d'or du partido d'Atacama 
exploitées par les Indiens avant la conquête espagnole. Selon 
toute probabilité, cet Incahuasi n'est autre que le Cerro Inca- 
huasi, situé, comme on le voit sur la carte archéologique, au 
sud de Rinconada^'l Aux premiers temps de la conquête, les 

<') M. F. .1. San Roman (322, 11, p. ! 73) nique serait un autre Inraluiasi (|ui est 

suppose que la mine d'or dénommée « In- situé près d'Antofagasta do la Sierra, 

cahuasi » et exploitée à l'époque préhispa- dans la partie sud de la l'una de Ala- 

II. A3 



604 WIl'M FTFS ÎU; I.\ IlKr.ION wniNF. 

Fs|)aj;iinls ont sans doute continué l'explnilatinn dp ces fdons 
di» cjuarlz anrifcn», mais, à lV*p<K|UP de Piiio Maiiricjue, Inca- 
liuasi «'tait d<*jà ahniidonii/', car il dit : «(!«'tt«* ininr d'or vs{ 
aujourd'hui ruiiHT, hicii (ju'cllt' ait ru jadis un «;raiid riMioni ». 
Une autre.» nioiitaj;in', I»' (ierro Cal)alon«;a, situé un jm»u au 
nord du (!«rio Incalniasi, seinhlr avoir été Iwancouj) travaillé, 
dans des teni|)s très reculés, pour extrair»- l'or cpii se trouve 
dans ses liions de (juart/. M. Flnrcncr ( )'(lri^( nll 273. p. 397 3ij8 , 
qui a étudié très en détail les terrains aurifères de Rincona<la, 
a exploré cette nionta^nie. Il y a trouvé. j)rès du sommet, dr 
nond)reu\ puits d aiirieimes mines vi d'énormes déjHJts dv d»- 
blais,dans lesipiels il y avait de iiom])reu\ morceaux de (juarl/. 
contenant d«* l'or. Il est p)ssil)lr (|iii I txploilalion de ces mines 
date de ré|N>(pie préliispani(ju« 

Au siècl»' (Irniin, |)lusieurs entn'j)rises minières ont été 
comin(*ncées pour lexploilation de ces liions, mais tous ces 
(>ssais, i)lus ou iiioiii>> imporlants, ont périclite faute de ca- 
pitaux, de Ixtiiiie administration, à cause (ie> «'normes Irais de 
transport des pn»\isioiis, ontds, etc., mais mmIouI par suilr 
du manipn* d'eau, de comhusiihie et i\t' lourra«;r. 

IjCS Indiens Mexploilnit anjourd liiii <|ih' la Irm* aurdere 
pro\enant d«' l'érosion des monta«(nes et lormant le .sol di's 
(piehradas, où elle a été amenéi> |)ar les torrents à des éjxnpies 
j;éolo;;i(pn'^ anti'rieures. (iette industrie ««lail surtout en |)leiiu' 
prospérité il y a un siècle : 1rs villa«;es <\r Hmcoiiada et d«' 
Santa (iatalina étaient alors des centres im|>ortants liahites jtar 
des connnercants (pii ^a^niaient de petites f(»rtunes en achetant 
l'or aux InditMis. Maintenant encore, lorstpi'd jil»'ut, ce (|ui est 
tout un évéïienuMit à Rinconada, les pépites d'or a|)|)araiss<>nt 
dans la terre sur la pla( r inéinr du villai^'e; après la pluie, on 
pnit voir tous les habitants : hommes, ieunnt's <>t enfants, à 
plat \«'iitrr sur la i^hi.'n. rJH'rrli.Mil le iiH'tal j)n'cieux. I ne 

ratiin. A mu ri>niiai«Mnrr. on n'n |t.^« <lr pnihiililr que irt autour» ancien* font allu 

• ••imitI li'nr Mi\ rn\iron« de rv lirriiirr »i<in .tu ()rm> lnr«hua>i que no«i» vcnon» 

liiialiuaiti. ri il r»l |Mr (iinMi|urnl ^>\u% ilo mcnlionncr. 



EXPLOITATION DES GISEMENTS D'OR. 695 

grande partie de la population des deux départements vit, en 
effet, du lavage de l'or. 

A Colquimayo ^^', à 8^"^ environ au sud de Rinconada, j'ai 
pu étudier la méthode de travail des habitants d'une hutte 
indienne : un homme, deux femmes et trois enfants, dont la 
seule ressource était le lavage de l'or. Cette hutte était située 
dans une petite quebrada, de 3""" de longueur et de 3oo à Boo"" 
de largeur, aboutissant à la plaine de Pozuelos. La terre auri- 
fère s'y rencontrait, comme dans toute la région, dans des 
aventaderos et dans des veneros. Les Indiens donnent le premier 
nom aux anciens lits de ruisseaux à la surface du sol, tandis 
que les veneros sont des gisements se trouvant à une certaine 
profondeur. Ceux-ci sont aussi des lits de ruisseaux, mais 
recouverts aujourd'hui par de nouvelles alluvions. 

Pendant toute l'année, les Indiens creusent des puits et ré- 
unissent en monceaux la terre aurifère. Ils prétendent que les 
veneros sont plus riches que les aventaderos , et leur principal 
travail est exécuté dans les premiers, généralement à une pro- 
fondeur de 2°", quelquefois jusqu'à 3 ou 4"". Pour rencontrer 
et suivre le filon, ils recherchent une certaine terre grasse, 
blanchâtre ou jaunâtre, qui contient toujours de l'or et qu'ils 
dénomment llampii^^\ Les Indiens regardent aussi comme un 
signe certain de la présence de l'or de petits cristaux de pyrite 
de fer transformés en limonite par décomposition. Ils appellent 
ces cristaux huinchu; ils racontent que «tout l'or de l'inca s'est 
converti en huinchu », et c'est pour ce motif que l'on doit trouver 
du vrai or lorsqu'on rencontre du huinchu. Je ne sais si les 
cristaux de pyrite de fer ont quelque chose à voir avec l'or, 
mais j'en ai effectivement recueilli personnellement dans un 
venero à Colquimayo. 

Lorsque la pluie a rempli une petite mare qui se trouve près 

'"' Colique (qulchua) = argent; mayo que les gisements aurifères y sont coni- 
= rivirre. Il est assez curieux que cet en- inuns. 

droit porte ce nom , quoiqu'il n'y ait pas ''' Le mol (|iiichua Uampii \o\d dire 

de mines d'argent dans la région, tandis « tendre ». 

45. 



696 ANTIQLITKS DK LA Rt(iION ANDINK. 

(le leur liutlo, \e> liuVwns cominencenl le iavage. Une certaine 
(luaiitité (le terre aurifère, ramassée d'avance, est nnse dans 
une batea, bassin en bois oblon*;, assez plat et léj^èrenient 
concav*', de o" ôo de lnn<,^ueur a peu près. En balançant la 
batca, l'or lourd se de|x)se au fond; on enlève les pierres et 
le llampu, et il ne reste avec les pépites d'or qu'un sable fin 
nommé relavi (\ue l'on écarte peu à peu en prenant l'or avec 
les doij^ts. 

L'or est de|H).>é dansdi ptlits récipients ouverts : coruhuas * . 
La fi(j. 157 en montre quatre : celle de «;aucbe est un morceau 
de limonite en seplaria, naturelle; l'antre, en calcaire verdatr»'. 
est taillée et cn-usée artilic ielb'nienl; les deux de droite sont 
en terre cuite. Cette babilnde de conserver les pépites d'or 
dan> de petits récipients si peu pralKjnes doit être très an- 
cienne. Les Indiens attacbent aux conchuas une idée super- 
stitieuse, et une vieille ienime me disait (jii il ne serait pas bon 
■ de j^arder l'or dans des boîtes modernes». I^es corichuas sont 
peut-être un reste des coutumes de l'épcupie prébispanicpie. 

La balance employée j)ar les Indiens dr (iolcjuiniav»» jM)ur 
pesiM' lor était en bois, d'une construction très |)rnnitive. Les 
jMlids consistent en cailloux tarés d'après les poids des com- 
merçants de Hinconada. On compte l'or en onces et en crains, 
à l'espagnole. 

Lne lainille d Indiens, en ex|)loitant les gisements de terre 
aurifère dune manière aussi j)rimitive (jue celle cpie nous 
^enons de décrire, j)eut gagner, normalement et certainement, 
environ Soo a (ioo Irancs par an, somme très sullisante |M)ur 
SCS besoins. De nond)reuses lamilles d'Indiens, en Hinconada 
et en Santa (iatalina, vivent ainsi. Les commerçants de ces 
villages gagnnil pins de loo p. i oo sur lOr (pi'ils acbètent 
aux Indiens, et (ju'ils pavent généralement en marcbandises 
données à crédit et vendues à des prix exorbitants lors<pi il « 
plu et cpie l'on a j)U laver la terre aurifère. 

C kori (qukhua - or 



EXPLOITATION DES GISEMENTS D'OR. 697 

Une pépite d'or de Colquimayo, analysée par MM. Morin 
frères, a donné le résultat suivant : 

Or 93,00 p. 100. 

Argent 6,10 

Cuivre o,od 

Fer 0,33 

M. V. Novarese (271, p. 29) donne, dans son intéressant travail 
géologique sur la région aurifère de la Puna de Jujuy, l'ana- 
lyse d'une pépite de la mine Eurêka (Santa Catalina), très sem- 
blable à la précédente : 

Or 93,70 p. 100. 

Argent 3,86 

Fer 0,43 

Dans un district aurifère comme celui de Santa Catalina et 
Rinconada, il est étonnant que l'on ne trouve pas d'objets 
de parure en or dans les sépultures anciennes, mais c'est 
sans doute parce que toutes les grottes sépulcrales ont été 
fouillées par les chercheurs de trésors. D'après les dires des 
habitants les plus âgés, de véritables expéditions auraient été 
organisées dans ce but en Bolivie, et auraient fait une bonne 
récolte dans les tombeaux de Rinconada. 



«06 



wTrnriTF.N m. i. \ i.im.kin whink 



ITINKIUIHK I)K M\TIK\/() \ THWKKS I.\ V\ \\ \)V. Jl JIV 
IlINKHVIitK i> U.M\(iH(). 

Itinéraire de Matienzo. — L'un clos plus aiicItMis (lociiiiHMits 
r«,|)d^iiols n-liilils a l.i Piina do .liijuv «'st la Carta â S. ^/. dcl 
Oitlnr tir Ins (Jiarras, Liccnciadit Juan de \t(itici\:n, lotiro flalôo 
(lu À j.iiivirr !.'>()(), où ro foiu lioiiiiairo |)r()|)oso au roi d'Ivs- 
pa^iio I l'Iahlissomont d uuo routo stratô«;i(juo ot counuorcialo 
(|ui motlrait la vil!»' dr La IMala i artnrll«Mnoul Sucre ou (Ihu- 
(juisaca) eu commimic.itinn avec la n dli- dr Saiilla;;o dol Ksloro 
ot lo Hio Paranà. 

Ce (JornuH'îit rlimm- rimj)rossi()ii (lud a ôlé écrit j)ar un 
liomnit* |uali(ni«' (|ui |)()^^^^•dait d'ox(ollrnt> ronsolj^iMMUoiits sur 
Ir lorritono dont il j)arl«'. Malioii/.o r>l l'auteur do nlusicMirs 
()U\ ra«;o.s r|r juris|)ru<lriuf, j)ul)iio.st'n l>|)a«;iir, ri d'un ouvraj;o 
iu)|M)rtaiit sur l«' IVtou, (|ui <»sl resté inodil, uiais dout lo uia- 
uusrrit esl conservé au Hrili>li Musouui, srlcui \I. Pascual de 
(layauf^os (443. u. Add. 5469. p. 470). ri iiilihil. : Ctovierno de El 
Prin, lirhuum dri Idno intitulado Govivi no dv El Pcnt , auc liico cl 
Ltr''" Miitienro, itvdur de la andiimia de la riadad dr La Plata^ 

Ktaut doiinéo la j^raudo iuiportaun* dv la lettre do Matienzo 
coniuio source lùstoriijue louruissant dos nMis«'i^uouu'nts sur 
les Irihus indiennes (|ui liihilaient la l*una (\o Jujuv iuimé- 
diatouieiil iprès la découNerlr de l'Amt riijiic, je reproduis ici, 
d'après les lirlarinnrs </c<Kirâ/icas dr Indias (232). les jKirtios du 
doeiiriK'iit (jiii peiiM'iil nous inlérossor : 

} porqur irti ]'. M. la disposicion de la tierra, ptmgo aqiu las jtvnadas que 
hay hasia Sanliagn del Estero, y de alli hasta la lagitna dr Ins Quiloazas y 
Fnrtrlc:a de (ialmin . y de allt A Espana. 



'' Nir..U« Aninnin ,35, „. p. ,ju, ri 
l.mnl*inrln 215, n. roi. ;('>j; tnrnlinnnrnl 
rrl nu>r»gr »iiu« Ir liJrr de Gohirrnn i/W 
Ver». .Srion I^Min l'inrln (Barria , il y 
ni avait . dan« la lNl»linUi(>f|ui> dr Jamlni* 



Kritiu». k Amttrrdain . unr mpir m dcat 
\uliimi*^. dnni Ir nmiiirr ronirnail rin- 
i|iianlr-4l)'tn ri Ir «orond lrrnl(*-<irut rh«- 
pilrr^. \.» ropir du Bnli«h Muaroin c»l 
r^nlrmnil nMii|to*or dr drii\ \<ilumc». 



ITINERAIRE DE MATIENZO. 699 

6. La primera jornada en saliendo desta ciudad de La Plata à las ventas de 
Qaijada, al Terrado, que llaman , hay seis léguas. 

7. De alli por el caniino de Ëstopifian, à un pueblo de yamparaes Uainado 
Chacabuco, y luego à Cuesma , pueblo de indios, que es la dormida desta jornada, 
y son siete léguas. 

5. De allia Calala, pueblo de indios uruquillas, Jiay cinco léguas. 

7. De alli à Calcha y pàsase por Ayavisca, pueblos de indios chichas, hay 
siete léguas. 

6. De Calcha à Vichada, pueblo de indios chichas, hay seis léguas. 

5. De alli à Ascande, pueblo de chichas, hay cinco léguas. 

Desde agui se ha de advertir que dire luego oiro camino acabado este. 

6. De Ascande al Turqui, ques pueblo de indios chichas, hay seis léguas. 
5. De alli à Palquisa, pueblo de chichas, cinco léguas. 

5. De alli à Talina, pueblo de chichas , cinco léguas. 

5. De alli à Calahoyo, tambo real de Inca despoblado , cinco léguas, y hay 
alrededor junto à este tambo pueblos de indios chichas bien ccrca , que pueden 
servir en el tambo , como servian en tiempo de Inca. 

7. De alli à Moreta, pueblo de indios chichas , y tambo del Inga, hay siete 
léguas. 

6. De alli à Casavindo el Chico, tambo del Inga, y junto à él hay indios 
encomendados en Martin Monje, vecino de la cibdad, son seis léguas y média. 

5. De alli à Tambo del Llano hay jagueyes de buena agua y mucha, son 
cinco léguas y média. Quedan en medio Los Tambos grandes de Casavindo; es 
despoblado y hay pueblos de indios muy cerca. 

4. De alli al Rincon de las Salinas, cuatro léguas buenas; es depoblado. 

8. De alli al Tambo de Moreno hay oclio léguas; es por un llano de salinas, 
buen camino, esta despoblado y cerca indios. 

6. De alli à Los Tambos de Buena Yerba, que por otro nombre llaman La 
Ciénaga Grande, hay seis léguas y esta despoblado. 

5. De alli al pie del puerto que se pasa para entrar en el valle de Calchaqui, 
tambo del Inga, hay cinco léguas. 

4. De alli por la manana se pasa el puerto al Tambo de la Paloma, cuatro 
léguas, que no hay otra cosa que no sca muy llana, y esta to es tambien. 

0. De alli à Pascaoma, pueblo de indios de Calchaqui , ques el que ahora esta 
alzado, hay seis léguas. 

6. De alli â Chicuana, pueblo de Calchaqui, otras seis léguas. 
4. De alli à Guocuil, pueblo de indios, cuatro léguas. 

4. De alli à Angostaco, pueblo de indios, cuatro léguas. 

4. De alli à la cibdad de Côrdova^^\ que solia ser de espanolcs , qucsiâ 

'"' « Côrdoba de Calchqui », dont nous avons parh'î page 3i. 



700 \MI(M MIS DF I.A HKr.FON ANHINF 

ahora despiMada por el ubanurnto de (Mlchaqui, (fues en los dutgiutas , seis 
ligtuis. 

f). De alli à los Tolombones . puehlo de indios, cinco léguas. 

'l. I)e alh à los Tambos de la Ciénttga, caalro léguas. 

De alh se aparta ri canitnn del inga para la cihJad de Ijondres , y de alli pa'-a 
Chili, p*>r la (jtirdillent de Almagro, que dicen, sobre la mono derecha; y .^ubre 
la izifuierda se toma el camino parti C.ahete y Santiago del Ester» , gués metièn- 
dnse hacia los Uanos del Rio de Im Plata. 

(}ae son f^tr tmlas las jornada* que se halla haber desde esta ribdad a la de 
Santiago del Estero, ciento y setenta y nuet^e léguas , y antes se han alargado diei 
de las que verdaderamcntr ha\. Entre cada una destas jomadas que se han 
rontiidn hay pnrhlit.% de indios chirhas y de otras nacionrs . v taml*erias del inga , 
di- que no se ha hrrho nirncion . todas con agna . yerlut y Icna . y rasas y pare 
dnnes descubiertos; porque todas las jomadas del Inga son de très léguas, y las 
que nuis de cualro;y en los tambos que no se ha dicho que huy indios , apaciguada 
la turra , potirinn <alir bts indios romarcanos a servir, como se hace en el Peni y 
/o hacian ellos mismos en tumpo drl Inga , fhtnjurstdn sus pueblos cerranos del 
eamino , a dos , y a très , y a seis léguas , ri qiies nuis lejos. 

hr La l'iala 'J dr rncrv dr i.'i66 ahos . . . El lirrndiado Matienzo. 

Le hiil priiK i|>.il (|iM- M.ilirii/o .i\ail m \ii«> vu j)n)|X)sai)l 
rclnhlissciiiriit dr si loiitr rtail de donnrr aux vovaf^ours es- 
pagnols des st.itioMs où, à la fin de clj.i(|Ut' journJT, ils Irou- 
\(>rairnl <lrs Indiens au service du (iouMiininen! qui leur 
fourniraient les vivn'S nécessaires el leur serviraient de «guides 
el dr |)orleurs. Les chevaux el les hrlrs dr somme devaient \ 
trouver aussi des paluraL^es el d«>s ^Mrdiens. Malien/.o vou- 
lait prohahlement établir dans ces stations de petites j^arnisons 
permanentes ou j)rovisoires jxnu ol>lij;er les Indiens du voisi- 
nage à rrs|)ectpr la souveraineti' du n»i (rKsj)a^ne el leur 
imposer l'obéissance aux Ks|)a^'nols. 

•le donne sur la c^irte arcliéolo«;i(|ue la roconstiluliou «le 
la route proposée par Nfatien/.o, et je crois, après mes deux 
vovaf;es dans la Puna, connaître assez, bien les routes prati- 
cables de ce territoire |>our allirmer (ju il n'est j^uère ixissibb' 
(pie l'itinérairr rpie j'ai trac<^ ne soit jws celui de Matienzo. 



ITINÉRAIRE DE MATIENZO. 701 

Cependant les noms de la plupart des étapes de Matienzo 
n'existent plus, et d'autres servent aujourd'hui à désigner des 
localités qui ne pouvaient pas se trouver sur sa route. Il est 
donc nécessaire d'analyser les différentes directions que pou- 
vait suivre celle-ci. 

En passant de la Bolivie sur le territoire argentin, la roule 
va de Talina, village bolivien au sud-ouest de la petite ville de 
Tupiza, dans la province de Sud-Chichas, et neuvième étape 
journalière de Matienzo, à CalaJwyo (étape X) et de là à Mo- 
reta (étape XI). Ces deux localités existent encore sous les 
mêmes noms; les distances entre elles correspondent aux jour- 
nées ordinaires de voyage de nos jours, et l'on ne peut douter 
que ce ne soit là les mêmes endroits que ceux indiqués par 
Matienzo. 

Casabindo el Chico (étape XII) doit, à en juger par les 
distances données, avoir été situé quelque part à proximité du 
Rio Doncellas, où il y a de l'eau potable. 

J'ignore où pouvait se trouver le Tamho del Llano (étape XIII), 
mais dans un ou deux endroits au sud de l'actuel Casabindo, 
il y a des sources d'eau douce [jacjûeycs, suivant le texte), et 
l'étape devait naturellement être établie dans une de ces loca- 
lités. Les « Tambos Grandes de Casabindo » , qui devaient être 
situés à mi-chemin entre Casabindo el Chico et Tambo del 
Llano, sont sans doute l'actuel Casabindo. 

llincon de las Sallnas (étape XIV) est probablement une petite 
quebrada, près de l'endroit qui actuellement porte le nom de 
Rinconadillas, où il y a de l'eau et de la végétation. 

De là le chemin suit les bords des Salinas Grandes, par un 
llano de salinas, comme dit Matienzo, jusqu'à El Moreno, loca- 
lité où une petite rivière donne assez d'eau douce pour y former 
une espèce d'oasis dans la steppe aride de la Puna. Comme 
nous l'avons dit page 565, on trouve à El Moreno de nom- 
breuses traces d'une population préhispanique, et les documents 
démontrent que cet endroit a continué d'être habité depuis les 
premiers temps de l'époque espagnole. En raison de ces faits et 



un ANTIQl'ITKS l)K LA llKf.lON WhINF 

(le sa situation très favoristV aux hnnis d'iiiM' rivièn» d'oau 
(louer, jp lu* |)uis douter cju'El Morciio ne soit le Tambo de 
\fnrrnn 'rla|M' \\ dr \lalieu/.o, hini que puir entrer dans la 
\ allée (ialchaquie il v ail un petit d<'tour a iain» en passant 
par cet endroit au lieu de sui>re le rlieniin a l'ouest des Salinas 
(Irandes. Néanmoins, le fait que ce dernier chemin traverse un 
désert, et p(Mit-4*>tre aussi le voisinajçe d'Indiens ddliriles à ré- 
duire ont-ils conduit N!ati<Mizo à se d/'tourner de cette dernière 
route. Je ne puis croire (pie le Tandx» df Moreno soi! un 
autre endroit (pie l'actuel Kl Moreno. 

DMI Moreno. c'est-à-dire du hoid sud-est des Salinas 
(irandes, on pcMit arriver à la \ all»'e (^alclia(piie par (leu\ routes 
dillrrenles : par San AiiIoîho de los (!ol>res et le défilé de 
lAcav, on |).ir la Qnehrad.i il- I Inm, l.i \ .dli'e de Lerma el la 
Quehrada de Escoipe. 

La raison «pie jnn a donin-e à l'appui de I livpothèse (jne 
Matien/.o aurait choisi le cluMuin de la (Juehrada d(>l Toro est 
je nom de sa vint(tieine étape, (Juninna, le Nillai^e actuel de 
(ihicoana étant situi> dans la partit* sud de la \ allée de Lerma. 
Mais Matien/.o dit (pie son ('Jmiiana est un ■ villa«(e de (lal- 
chacpif », c'est-à-dire de la \ allée (ialcha(|uie, et, d'autre part, 
il est ifnj)ossiJ)|r d'aniMT de l'actuel (ihicoana, celui de la 
\ alh'ede Lerma, dans dinx |)etit(\s journées de ■ quatre lieues» 
[environ 3a^*) chacune, à \n«;astaco ' , vin;;t-den\ieme éta|>e, 
située au sud de Molinos, dans la \ allée ( ]al( liaipiie, car la 
distance entre ces deux localil«'s, en sui\ant la (hiehrada de 
Lscoipe, seul chemin praticahle, est en realité deiniron 170^". 
Le (ihicuana de Matienzo est donc certainement non |)as l'ac- 
tuel (illicoana, mais une localité dont le nom (>st aujourd hui 
onhlii', et qui se trouvait entre (iachi et Mnlinns. Dailleurs, 
le (.hiciiana de la \ allée (!alcha(|uie est nommé par Lo7.ano 
(220. n.p. •) . (pii dit clainwnent : (Jiimana rn anucl nswnU* y vallc 
fie Cahluujm , ce cpii, en aucune manière, ne |)ent être le (Ihi- 

' Malirnio ( ^ v|.«r«». inni^ ilan« la Vailrr (^Irhaquic «m |»rononc«* ■rliirllr 

liirnl • •* nmn \ii 



ITINERAIRE DE MATIENZO. 703 

coana de la Vallée de Lerma, car cette vallée, à l'époque de 
Lozano, n'aurait pu être confondue avec la Vallée Calchaquie. 
Un autre passage de Lozano {ibid.,\,p. 189) confirme la situation 
de Chicoana dans la Vallée Calchaquie : le gouverneur Mercado 
y Villacorta, en venant de Salta à la poursuite de l'aventurier 
Boliôrquez, campa dans le village de Chicoana quelques jours 
après être entré dans la Vallée Calchaquie par la Quebrada de 
Escoipe, et quelques jours avant d'arriver àTolombon, dans la 
Vallée de Yocavil. Or ces renseignements donnent justement 
à Chicoana la situation que je lui ai donnée en suivant l'iti- 
néraire de Matienzo. Le P. Guevara (154, p. gS) parle aussi de 
Chicoana, dans la Jarisdiccion de Calchacjin. Comme nous le 
verrons à propos de l'itinéraire d'Almagro, plusieurs auteurs 
emploient même le nom de « Province de Chicoana » comme 
synonyme de Vallée Calchaquie. 

Il y a, du reste, d'autres raisons qui démontrent que Ma- 
tienzo ne voulait pas faire passer sa route par la Quebrada 
del Toro. 11 parle d'une plaine qui devait exister entre sa dix- 
septième et sa dix-huitième étape; cette plaine n'existe pas dans 
le chemin d'El Moreno au Chicoana de la Vallée de Lerma. De 
plus, Matienzo dit que la dix-septième étape est située au pied 
du défilé [puerto^ par où l'on entre dans la Vallée Calchaquie. 
Or cette indication du défilé n'est pas d'accord avec les dis- 
tances données, si l'on prend le chemin par la Quebrada del 
Toro et l'actuel Chicoana. 11 n'y a que deux défilés qui donnent 
entrée à la Vallée Calchaquie en venant du Nord : ce sont la 
Cuesta del Acay, si Ton y passe directement du haut plateau, 
et la Cuesta del Obispo, dans la Quebrada de Escoipe, si l'on 
passe par la Vallée de Lerma. Les étapes de Matienzo ne peuvent 
pas s'expliquer si son chemin passait par la Cuesta del Obispo; 
il ne nous reste donc qu'à admettre la route par le défilé de 
l'Acay. 

Si l'on n'admet pas cette route passant par le défilé de l'Acay, 
il reste encore l'hypothèse qu'elle aurait suivi la Quebrada del 
Toro jusqu'à El Tambo, où est situé le village préhispaniqut» 



70'i WIKjUTf^S DK I. A lil.(.lu\ ANOINF 

(le Morohuasi. De la, Malienzo aurait eu linteiilion d'utiliser 
l'une (les anciennes chaussées, au flanc des monta<(nes, qui 
niônont nlncahuasi V^allée de Lernia^ et à I^avon^asta (l«*parle- 
iiHMit de La Poina I, et (jur nous avons décrites |)a«;es S\j-3\S. 
Dans le premier cas, la route passerait par la \ allée de 
I^crma, et nous avons vu (jin* cela était impossihl»'; dans le 
deuxième cas, ce sont toujours les distances données et l'exis- 
tence, d'après Nfatien/.o, <l un»' plaine entre la dix-septième et 
Il <li\-liuitième étape (pii s'opposent à cette livp)thése. 

Il n rxiste |)as d'autres cluMuins j^raticahles, et il faut, jxjur 
conclure, adnn'ttn' comme le seul j)ossible le chemin par 
la plaine dr San Vntimio de los Cohres et par la (iuesta dri 
Acay. 

La station (pii suit h* I ambo de Morcno sr iioiiiiiif Tamhos de 
liiiriia Yerha ou Civna<i(i ( t ra nde [éiàpc Wlj.Le mot cieViaya ou 
iiéneffa sif^nilir ■ marais»; il faut «Ioik clitrc 1ht, à une journée 
i\r distanc«\ un endroit maréca^^rux , mais ceiiendant |M>urvu 
d'rau d(»n<M*, pour v localiser crttr nouvclh» ««tai)»". Dans la 
(^)u('l)ra(la drl lOro, nous le trouverions à Très (iruces, niais 
nous avons déjà ahandonné l'hvjxithèse que la route de Ma- 
tienzo passât par cette (jiiehrada. En tournaiil le coin cpie 
iorment !• ^ iiionta<(nes à Can«;rejillos, au ^ud-ouesl des Sa- 
linas (îrandes, nous Iioiinoiis une antre ncnvtja où sont des 
vestiges de ruines; c l'st vraisend)lal)leinent l.i (jn'efait située la 
seizième étape de Matienzo. 

La A I //' vtnjw , » au |)ied du delih' (pie Ion prend |M»ur entrer 
dans la Vallée (!alcha({uie », était sûrement placée aux environs 
de San Antonio de los Cobres,où l'eau est en alxmdance. 

if dois avouer (|iit' les distances indicpiées j)ar Matienzo 
entre la (piinzième et la seizième étape ((i lieues) et entre la 
seizième et la dix-septième (5 lieues) ne coïncident jws tout à 
fait avec les endroits où j'ai placé ces stations, |)uisque la dis- 
tance entre (ian^'rejillos et San Antonio de los Cohres est plus 
grande que celle d El Moreno à Cangrejillos. mais il est im- 
possible de |)lacer ces étapes diflén>mnient ; les deux premières. 



ITINÉRAIRE DE MATIENZO. 705 

en effet, sont séparées par un désert sans eau où une station 
ne pourrait pas être établie. Il doit y avoir une erreur de dis- 
tance de la part de Matienzo. 

Tamho de la Paloma (étape XVIII) était situé au j^ied de la 
Cuesta del Acay, au Sud, là où commence la Vallée Calcha- 
quie. Dans cette vallée, les noms de Pascaoma (étape XIX), 
de Chicuana (étape XX) et de Giixail (étape XXI) n'existent 
plus de nos jours, du moins à ma connaissance; mais Amjas- 
taco, étape après Guxuil, est encore aujourd'hui un village 
de quelque importance. Les étapes mentionnées peuvent être 
distribuées proportionnellement aux distances données par 
Matienzo de la façon suivante : Pascaoma serait située près de 
Payogasta, Chicuana aux environs de Seclantàs, et Guxuil au 
sud de Molinos. 

M. Lafone-Quevedo (197) a publié une étude accompagnée 
d'un croquis, sur la suite de la route de Matienzo jusqu'à 
Santiago del Estero. 

Matienzo estime la distance de La Plata (Chuquisaca) à San- 
tiago del Estero à 179 léguas (lieues), divisées en 32 journées 
de voyage. Sur cette distance, 65 léguas calculées pour 
1 2 journées correspondent à la distance du chemin entre 
Calahoyo et Angastaco que nous venons de décrire. En suivant 
le chemin que j'ai indiqué, la distance de Calahoyo à Angas- 
taco est d'environ 500""", distance presque égale à 65 lieues 
coloniales espagnoles de fépoque, qui font à peu près 52 0*"", 
chaque légua colonial ayant 10,000 varas ou 8""" environ. Les 
douze journées sont d'environ /IS"^"' chacune, ce qui consti- 
tue, en effet, une journée moyenne pour les voyages actuels à 
mulet ou à cheval, à travers le haut plateau. Les endroits où 
l'on peut établir des étapes sont si peu nombreux, que je ne 
puis imaginer une autre manière de reconstituer l'itinéraire 
de Matienzo que celle que j'ai décrite. 

Nous avons, page 61, attiré fattention sur les renseigne- 
ments précieux que nous donne Matienzo en indiquant, dans 
son itinéraire, la limite sud des Chichas à Moreta, et la limite 



TOfi 



WlloriTKS I)K LA HK(;i()N ANDINK 



iionl (1rs (ialcIwHjiiis nu Diaj^uilt's, à tPascaoma», c esl-a-<liri* 
dans la Vallct* Calclia(|iiir, an ^iid fin Wxado i\v\ \rav. 

Itinéraire d'Almagro. — Le premier Kspaj^iinl (|iii a |MM)(''trf> 
<laii>l'«*\lrriin* nonl-oin'st (li* rarlin'l U'rrit<»irr dt* la Hfj)iil)li(|ii<> 
.\rj;riiliin' rsl lailtlanlmlo Don Dic^o (le Alma«;ro, dans sa 
inanlic imhic I.i roiKjinlr du (.liili, ru io3G'''. La narration 
dclailItM* du \ovaj;ccr\lina;;nn'lail contenue dans deux roulrauv 
de iianier (lui nialheureusiMnent ont disparu, mais dont 1 exis- 
tence est prou\ée |)ar TinNentain' des documents (jue laissa à 
sa mort Don Mon.so de Santa (iruz, cosnu»«;ra|>lie du n)i d'Ks- 
iKi^iie. Suivant cet inventaire^^^ daté à \fa(lri(l du 12 octobre 
i56'i , ce seraient : 

(In ntllo (jraiidf île fuifnl de nuis de sets à siele nu as , en yiir rsUi puiludn 
y hislnriadii todu et viaje «^iir hizo don Diego de Mmagro à (Ihile , figitnidn de 
aAorrs. 

Oint ndin de la misiiut manent , m que sr eonttnmt la nusma htshna > rutje. 

I*.if suil«' d«' I.I |»ril«' de ( l's dn« uiiniiK, d ne nous reste sur 
la inarcln' d Mma^Mo d .mires rensei«;iHMnents (|n(' les relations 
(pien ont iait(*s les historiens d*' l.i coiMpiète et (pii en, ^i'- 
nt'i.d, sniil inconinirirs et confuses. 



*'' (,)ur|iMir^ ,iiin<"«> ;»\nnl I «'XIH'iIiIiimi 
irAliiiaf^n», Ir vildal pA|M^nol ()(^ar, avrc 
<|U)'l(|iii*% I l>lll|Ml^non%. nvnil lra%rrv« In 
n-piti) ili.i^'iiili' l'I I.I (i4iriiill«*ri>, aiir^ i|iiiii 
iU «'rtairiil n*nilii^ nu IVniii, vn Miivnnt 
la vMr rhiliciini' jii«<(u'ii Ataraiiin. CéMir 
a|ipartpnnil à la ^'nmiMin «lu Fort «lii.S«inl 
K»|»ril . *ih»> Mir lo l\io Pnmnn, |>r^ «Ir 
i'riiilHiurliiiri* ilii llio( jtrraranii. iVrr fiH"! 
il fui rnvovp |Mir S^liaMirn Cabol |KNir 
l'iplorrr II* jMiy» inronnii i|iii v tiniivait h 
l'Oiir*!. 0«ar |K'nrlr.» <lnn* le» vallp«'\ ri 
lt'« iimnln^nr^ «Ir In rr^iun dia^tiilr, nini« 
n Min rrlmir il Innna le fort tlrtniit par \e% 
Imlirnt.rl la ^ami«on partie. Il rrlimiuM 
«!«»r* rliriiiin ri w» rrmiil au Pj'rtMi on 
!»«<«.'« ni pnr \larama , «m il arriva rn i.').^;i. 



Sm \o>n^r n ilonnr nai^aanrr n liraunMip 
(II* légrnilrs Mir (1rs P*y* myttfnmx <pii 
ont, |M-nilnn( lon^lrnip^. prr4M-ru|>o lit 
K«|Mgn<>U. Uni |)i.ii lie (lU/inan 116. ■ <. 
r. Il; p. 3i) p»l le pn'mirr aulrur cpii a «Ir- 
rrit le voya^r avrnlur«nii de (^rMir ri ilr 
»p» comfMgimnt. 

'" Ihihli*' j»ar M. Jinx^nrf «le la K*p.i<la 
«Inn» les aniecrdrnirt du dru\ii-nir «nlunir 
dr» IlrlacioKft groyréficas dt Ittdiat, p. Xll 

ri S\\\\ . M. JiuK^nri ; %^'^J . mmletrMmIn.p.ltlU ' , 

Mip|io«r ipio (iri^tnlial do Midina oM l'au 
tour do latlrM-riplion du «oya^'r d'Alni-i^To. 
nionliitnntV dan* I in^rnUirr du roMuo 
graplir Santa Crur. (^Ilr opinion, fomli^* 
Mir uno Irliro do Molina, r»l Inrt vraitrm 
Idal.lo. 



ITINÉRAIRE D'ALMAGRO. 707 

La plupart de ces historiographes mentionnent le passa"-e 
(l'Almagro par un endroit ou district nommé Chicoana, et 
tous les auteurs modernes supposent qu'il s'agit là du village 
actuel de Chicoana, dans la Vallée de Lerma, au lieu du Chi- 
coana dans la Vallée Calchaquie, dont nous venons de parler 
à propos de l'itinéraire de Matienzo. Gomme cette question est 
importante pour la géographie ethnique, je profite de l'occa- 
sion pour rectifier cette erreur. 

Gomara (148,c. cxxxi, fol. 167), Zârate (383; 1. m; 1. 1, p. 172 etsuiv.) et 
Garcilaso (140; l. n, c.xx; fol. 31-32), en décrivant la conquête du 
Ghili, ne donnent pas de détails sur les aventures d'Almagro 
depuis sa sortie de la Bolivie jusqu'à sa traversée de la Gordil- 
lère entre Gatamarca et le Ghili. Des descriptions meilleures 
ont été faites par Oviedo y Valdez (280; 1. xlvh, c. h, t. u, p 263 et suiv.) 
et par Ovalle (278, i, p. 25i et suiv.). Herrera (164; déc. v, 1. x, c. i; t. m, 
p. 283 et suiv.) ne fait presque que répéter ce que dit Oviedo. 

A Tupiza, Almagro se réunit à flnca Paulin, qui devait 
l'escorter, accompagné de nombreux Indiens et du luullajumu, 
le grand -prêtre de Guzco. L'avant -garde perdit beaucoup 
d'hommes et de bagages dans des batailles contre les Omagua- 
cas, probablement dans une localité quelconque de la Que- 
brada de Humahuaca. Pourtant Almagro arriva à Jujuy : 
« Xibixuy » , selon f orthographe d'Oviedo. Suivant cet auteur, 
depuis Jujuy jusqu'à une autre province nommée Gbicoana, 
le pays se trouvait sans population [Ilasta alli [jusqu'à bijny] 
es loch despohlado é de alli adelanle [à partir de 'lujuy] liasta 
otra provincia cjiie se dice Chicoana). Ce territoire « dépeuplé » 
comprend — on ne peut en douter — l'actuel déparlemcnl de 
Caldera (province de Salta) , la Vallée de Lerma et la Quebrada 
de Escoipe. Oviedo {ibid., p. 264) continue : De alli pasô cl adc- 
lanlado à la provincia de Chicoana (jucs de septcnta Icfjnas ô mâs 
de sehorio («De là [de Jujuy] Yadelantado passa à la jH-oviiice de 
Chicoana dont les domaines s'étendent à soixanle-dlx bciics 
ou plus»). Sans aucun doute, celte «province (h* Chicoana» 
n'est autre que la Vallée Calchaquie qui est Icmjoiirs mcnlion- 



708 VMigiJTKb Dt LA llK(ill).N ANDI.NL. 

nôi» par les auteurs anciens comme avant soixante-dix lieues de 
lonj^urur. (iertaint'inent il ne s'a^^it pas du viHaj^e de Cliiroana 
de la \allre de Lernia, ni dr cette n allée en gênerai. Toujours 
M'Ion Oviedo, liay dcsdr (ujnella pmvincia à la de Ptnayapu cm- 
(jiunta jurnadas de dvspohladn , excepta très 6 cuatro pobicçuelos de 
caribes ' * Il v a de cette |)rnvince [Chicoana] à celle de FWayajX) 
[(iopiapôl cin(piante journées'*^ de désert, excepté trois ou 
(piatre petits >illaj;eN d'aiillirn|)<»plia;^es •). Ce désert ue peut 
être nue la partie sud de la Puna dr \tacama, et l'un des «vil- 
lages d anlhr()|M)pliages • serait Antolagasta de la Sierra. 

D'après d'autres auteurs, comme llerrera ibiA.. p. a85) et 
Ovalle [ilul.. p. a5a , (iliicoana ou (Jiacuana serait une localité au 
lieu d iNir . j»n>\iiice ». Suix.iiiM )\.ill<', Miiiagn» \ livra une ba- 
taille aux Indiens (les Cal('lia(|uisi , où il p«*rdil son cheval. De 
là, Widclanltido traversa |)endant sej)t jours le désert mentionné 
plus liant et arriva enfin à la (Irande (iordillère où son armée 
devait suhir, à cause du Iroid, de grandes soullranco vi de 
grandes jMMies, jus(|u*à son arrivée à (!oj)iap6. La traversée 
de la (iordillere sCllrc lii.i [»i(»l).il)l«'iin'iil p.ir le delilé de San 
Francisco; Malien/.o iiniinnc («lli- |)aih(' de la (iordilh're la 
• Cordillerade Mmagro <•. ( )uel(ju«s auttnirs modernesont voulu 
faire passi'r \lmagro par Sanla M.iria, helni «1 Tmogasta, cVst- 
à-din' par les \allees et les (pu'hradas de la pro\ince de (!ata- 
marca, masi vr chemin n'est pas la vraie roul«\ car le dfsrrt 
dont j)arlent les historiographes n y existe |)as. 

(!omme nous l'avons vu, Chicoana était à la fois le nom t\r 
tonli- Il \ allée Cal('ha(|iii«* el crliii ci une localité (pii v était 
située et OÙ Mmagro livra hataillr ;iii\ Indiens. Cette localité 
est .sans doute \v Chicoana de la vingtième étaj)e de Matienzo 
(voir |)age 702), et comme Mmagro passa immédiatenuMit au 
haut plateau, nous pouvons «(msidiMrr comme un fait (jn il 
y entra par Molinos et j)ar la (Ju«'hrada de Luracatao. 

'*' l.e rhilTiT (Ir rinquanlr joiirnrr» rtl r( lani dr priant ion«, qur Ir rhrmin Jrvail 
fort riaf;rrr, rr qui r%l tout n«lurrl. car paraiirt* In» lon^ à lui ri à tr* roinpa 
l'arnirr il' Mnmgm v miIùI Uni <lr |icrln gnuiu. 



ITINERAIRE D'ALMAGRO. 709 

En résumé, l'itinéraire de Don Diego de Almagro, depuis 
Jujuy, passe par Caldera, par la Vallée de Lerma, par la Que- 
brada de Escoipe, par la Vallée Cal chaquie, par la Quebrada de 
Luracatao , par Antofagasta de la Sierra et par le défdé de San 
Francisco. La bataille de Chicoana n'eut pas lieu dans la Vallée 
de Lerma, mais dans la Vallée Calchaquie, entre Cachi et 
Molinos. 



^6 



710 ANTIQl ITKS DK LA RK(ilON ANDINE. 

LE l)KSFJ5T I)\T\(:AMA". 

Hl i.NK.s. 4.IMI.ill IU>. n.iU<M.|.U'lll> 

Comiiic nous l'avons dit pa^^e 53o, les foullli's du ( iiiiclièrt' 
(If Calaina, effi'rtuôes par M. E. Séiiécliiil dr la (iranj^r, onl 
dfiiiofiln* ruiiilé arrlu^ologique d«' la r«'<;inii dv Cas^dtindo. 
(iorliiiioca, Hiiiconada vi Santa Catalina d'un càU\ vi du IV- 
>rrt d'Nlacania, d** l'autrr. Avant dr cninnionrcr l'ôtudr dr l.i 
(hichrada dr llumaliuara et du dcparttMncnt de ^a\i, (|ui. 
roniinc rrttr (lut'hrada, scudilc avoir lait partie fin tiTritoirr 
drs anciens Oma^uaras. il iix- tant ahandonncr mon itinéraire 
»l m«' lransi)orter do liiiironada, à environ .^oo^"'à vol d'oiseau 
N«rs l'Ouest, juscpi'à Calania, pour d«M'rlre ce cimetière pro- 
\enaiit san^ doute des anciens \tacamas, conjointement avec 
les vesti«;es trouvés dans la Puna de lujuv, dicrits plus liant 
et (lue j'attrihue é«(alement à ce peuj>le. HnaMuiada e>t sej)aii' 
de (Jalania par la partie sud de la |)roMnce de Li'pe/., inai> 
les montaj;nes ne permettent pas de suivre une lij^ne droite 
pour ^f rendre (\r l'un a I autre de cj's (lis|ri(l>. Il faut |)ren(lre 
soit une roule heaucou|) plus au Nord, a travers Lîpez |)ar 
Ciaciayo, Pedernales, I^a^una (Céleste, Ouetena Cihiro, La^una 
Colorada, (iuesta de Paniri, \i(piina et (llnucliiu. ce (pii f«*rait 
plus de '|oo^"'; soit une autre route plus au Sud. à tra\er> la 
partie nord de la Puna de Atacama |)ar \nti^uvo, Hosario de 
Atacama, /apaleri, Aj^uas (MiliiMites, (lajon, San IVdn> de Ata- 
cama et I^a Fera. Le> deux routes traversent des dt^serls sans 
ress^nirces, sans lourraj^e, sans cond)ustil)le. et où l'on ne 
trouve d'rau potaMe (pi'en certains endroits tnîs éloignes les 
uns de> autre>. Le dernier chemin surtout n'est praticahle (pie 
|>onr des Indiens à pir-d et des lamas. 

•'' Voir la fttrivjij. I. in*^^' «pn » h im^r Wo. 



ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 711 

La partie du haut plateau comprise entre Rinconada et San 
Pedro de Atacama est presque géographiquement inconnue 
par suite de cette grande difficulté d'y voyager. Si, comme les 
trouvailles archéologiques semblent le démontrer, le même 
peuple, les Atacamas, habitaient ces deux régions, il doit y 
avoir de leurs vestiges dans le territoire intermédiaire, c'est-à- 
dire des ruines et des séj)ultures. Bien que ce territoire soit l'un 
des plus arides de la terre, il suffisait à ces enfants du désert 
qu'il y eût un peu d'eau potable pour qu'ils s'établissent dans 
un endroit quelconque de leur haut plateau. En dehors des 
sépultures de Penas que j'ai mentionnées, le seul renseigne- 
ment que j'aie recueilli sur des vestiges préhispaniques dans 
la partie septentrionale de la Puna de Atacama m'a été donné 
par un employé du Gouvernement des Andes qui y avait beau- 
coup voyagé. D'après lui, il y a près de la Laguna de la Léjia, 
sur le chemin de Catua à San Pedro de Atacama, au pied de la 
Grande Cordillère, les ruines d'un village préhispanique assez 
grand. A Catua, mon interlocuteur aurait vu aussi des «anti- 
quités » entre les mains des Indiens. 

On donne le nom de Désert d'Atacama au territoire situé à 
l'ouest de la Puna de Atacama entre la Grande Cordillère et 
le Pacifique, des vallées et montagnes de Copiapô au Sud jus- 
qu'au Rio Loa au Nord. Ce territoire, ainsi que la Puna de 
Atacama, relevait, depuis la conquête espagnole, de la pro- 
vince de Potosi qui faisait partie de l'Audience de Charcas, 
l'une des grandes divisions de la vice-royauté du Pérou. En 
1776, l'Audience de Charcas fut transférée à lavice-royaulé de 
Buenos-Aires, et, en 1782, la province de Potosi fut érigée en 
«Intendance de Potosi». En 1787, suivant le gouverneur de 
cette Intendance, Don Juan del Pino Manrique (289, p. i3 i/j), le 
partido d'Atacama, comprenant et le Désert et la Puna, avait 
pour limites : au Nord, les «provinces de Lipez et de Tara- 
pacâ»; au Sud, le «royaume du Chili» (Copiapô); à l'Esl, la 
«province deTucuman » (Puna de -lujuy et Vallée CalclKH|uie); 
à l'Ouest, la «Mer du Sud» (le Pacihque). Après riii(l('|M'n- 



712 ANTIQIITKS DK L\ llKdlU.N A.NDINK 

(lance, ce même territoire constitua le déparlement lH)livien 
(T Atacama, avec San Pe(lro de Atacania comme clH-l-liru. A la 
>uile (le la ^MHTH' du Parilicjur de i«S79-i<S8q, la HoliNie dut 
If céder au (^liili, Kn i«SM(), Ir (iiiili reda la Puna de Atacama, 
cVst-à-<lire le liaul pays, à la l{epul)li(pie Arj^entine. et ce qui 
en resta, le Désert d'Alacama, forme acluellemeiil la proNince 
( liilieiiiie d' \nt()fa«;asta, d(jnt le chef-lieu est le j)()rl d'Antofa- 
•;asla. La province chilienne au sud de celte |)rovince dWnto- 
laf(asla |M)rt(î ie nom de «province d'Atacama». Son chef-lieu 
est (!npia|)ô. 

On ne sail au juste à (piellr <p(»(pie l«'s Lsj)a^MJ()ls m» M»nt 
deliiiiliNeinent etahlis dans le Désert d Atacaina, mais les cloches 
de l'église de San Pedro de Atacama en donnent un indice. 
Selon M. Alejandro hertrand 60, |i. agi), Tinscription (piClles 
portent fait mention dn wiT siècle, et il semble exister dans 
cette éj(lise des rej^istres (pii datent dn < oinmencement de ce 
siècle. 

Au pied de l.i (Cordillère, le Désert d \tarama (■omj)rend de«% 
njonta;;nes et des vallées ou (juehradas. Au milieu de ces mon- 
tap^ncs se trouvent, comme dans la Puna, de grandes |)laines 
formant des hassins Indro^^raphiques ni(le|)endants et occu|m^s 
par d immenses satinas dont le nom chilien est salarrs; la |)lus 
Jurande est le Salai de \l.i( una, à .i,j.)o"' d altitude au-dessus 
du lUNean de la mer. A fouest de cette zone nionla;;neuse, les 
pentes de la (iordillere forment des chaiîies j)aralleles, séj)an'*es 
iwr des plaiiies moins régulières et moins hien uiNclees (pie 
celles de la Puna, et dont les échelons de.scendeni juMpià la 
cùle. Une dernière chaine s'élève le lonj; de la c<")te même. 

Ce dé.sert continue vers le Nord . conservant toujours le même 
aspect et |)res(pie la même structure géologique, à travers toute 
la pnivince de larapaca. Dans celte province, la longue el 
lar;;e plaine formée entre la chanie de la C(»le et les chaînes 
au pierl de la (irande Cordillère porte le nom de Pam|)a de 
1 amarugal. 

Le D(^serl d'Atacama mérite parfaitement son nom : la pluie 



ARCHEOLOGIE DU DESERT D'AÏACAMA. 713 

y manque absolument, excepté sur les pentes de la Cordillère; 
les sources donnant de l'eau potable y sont très rares; la végé- 
tation est presque nulle. 

Le D' R. A. Philippi (285) a fait, en i853, un voyage à 
travers le désert et a donné une description de sa faune, de sa 
flore et de sa géologie. 11 mentionne comme seuls mammifères 
de cette région : la vigogne, le huanaco, le lama, la viscacha 
(^Lagidium peruvianum, Cuv., figurant dans l'ouvrage de M. Phi- 
lippi sous le nom de Lagotis crinujer, Lesson) ; le chiacliiUa 
( Eriomys Chinchilla, Lichtenst. ) ; deux espèces à'ucultuco ou ociilto, 
dénommé au Chili chululo [Ctenomys atacamensis , Phil. et Cte- 
nomys fulvus, PhiL); une petite souris [Mus Capito, Phd.^^^) et 
enfin des renards, mais dont M. Philippi n'a vu aucun spécimen. 
Deux mammifères de la côte sont d'une grande importance 
économique pour lesChangos : un loup de mer [Phoca lapina, 
Molina) et une loutre, le chuncjungo i^Lutra felina, Molina). 

Au point de vue de la végétation, le Désert d'Atacama est 
l'un des territoires les plus arides du monde. Cependant, dans 
le nord, il y a des oasis, entre autres celle de Calama et celles 
de San Pedro de Atacama et deToconao. Ces dernières sont les 
plus fertiles. On y cultive de la luzerne, du maïs, des pommes 
de terre, des courges, et, dans ces deux derniers endroits, il y 
a même des poiriers et des pêchers. 

La végétation sauvage est extrêmement pauvre dans le dé- 
sert, mais il y a pourtant quelques tolas et dans les quebradas 
d'autres sufTrutescents plus ligneux fournissant du combustible; 
ces derniers sont des Cœsalpinia, des Cassia. Deux arbres mé- 
ritent d'être cités comme ayant été d'une grande ressource pour 
les habitants préhispaniques. Le premier est un caroubier, 
Prosopis Sili(jaastram, DC, portant, comme les caroubiers de 
la République Argentine, le nom vulgaire d'rt/j/arro^o. Quelques 
voyageurs parlent aussi d'un autre caroubier, le tamarugu,de la 

<*' Ce nom n'est pas un synonyme du Ctenomys j comme le dit M. San Roman (322, 



71^ AMIQIITKS DE LA RÉGION ANDI.NK. 

provliico (le TarapacM, rl'où !♦• nom d»» Pampa fie Tainaruj^al. 
Ils rloiiixMit à cet arbre le nom de Prosopis Tainarwjo, esp*ce 
fpie je n'ai pu retrouver dans la littérature botanique; n)al*>;n'» 
mes rrrlHMclies, je ne saiN si c'est là un svnonvme dr la /^n>- 
snpis Stli(iuastr(irn ou s'il s'aj^it d'une autre espèce, (lomme nous 
le verrons j)bi> loin, M. Sénéilial de la (iranj^e a trouvé des 
cpiantités de fruits di* plusieurs espèces (Yahjairoho dans les 
si'pultures de (ialania, et, en elFi't, il est certain (pie ces fruits 
jouaient un ;;rand rôle dans l'alimentation des anci(Mis liabi- 
tants du IVsert d Vlacama, comme dans celle d(vs Indiens pré- 
liis|>aniques des >allées inter.indines de r\r«;enllne. Beaucoup 
d'objels en bois rencontrés (l;in^ le cimetière de (ialama sont 
faits en bois de /Vo5*y)/5. M. IMillippi a \u la Prosopts Sili(jitastrum 
en |)lusieurs endroits de son parcours, de|)uis ('.opia|)6 jus(pi'iî 
San l*edn» <lf \l.ic.ima, not.imnuMil dans ce dernii'r lieu. Il v 
a un fin <!• ii\ siècles, les Pmsopis formaient cà et là des fon'ls 
dans le Désert d'\tacama, mais iii.iintin.int I e\sndation du sel 
et du nitrate; de soude, les sables transportes d'un lieu à un 
autre |).ir le vent, et très probablement un clian^«Mnent b'ut 
de climat ont lait disparaître ces forets. Fre/.ier 137. p. i.'^i raj)- 
p)rte (pi'en i 7 iq il v avait, près de (!alama, là où la x'^j^ètation 
berbacéi' elle-même est aujourd lini pres(pie nulle, une fon't 
(Ydlijarrnbos, M. Kranci.sco .1. San Homan 322. n.p. i8«i) a vu, 
dans le sud du hcs, ri <!' \t.icama, des forêts mortes d'nA/(irn'5oi 
enterrées d;ins \v sable. On les exploitait jMJur en tirer du coni- 
bnsliblr. Le IV A. Pla^ninann 290. |». 17 , (|ui a beaucoup vovaj^è 
dans la |>ro\ince de larapa<\'i. donne, dans un ouvraj^e sur le 
.salpélri" du (.liili, des rensei«^'nements très intéressants sur les 
Vrosopts de cette» n'gion, «pi il appelle aussi bien lamnrutfos 
{\\\(Uijinn>hns. I) après bii, \\ \ a (io ou 70 ans, on vovail en- 
core des forêts iX alijnrntbos près d.- I.i \illc {\r Tarapacâ, dont 
les f!nvirons seuit maintenant complètement dês(»rts. Les babi- 
lants de cette >ille v miMiaient leurs troupeaux de moutons l'I 
leur faisaient man;;er les Iruils de ces arbres iK)ur les en- 
graisser. Les industries minière rt sa l|KHriere se sont servies au 



ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 715 

début, comme combustible, du bois de Prosopis enterré par le 
sable mouvant. Ces forêts souterraines portent dans le pays 
le nom de minas de leha (mines de bois). Les forêts qui cou- 
vraient jadis le désert ont disparu par suite de la diminution 
de l'eau venant des fleuves de la Cordillère, et peut-être aussi 
à cause de la diminution de la pluie. M. Plagemann dit avoir 
vu, dans une bibliothèque à Santiago-du-Chili, une carte de 
Tarapacâ, datant de la fin du xviii*" siècle, sur laquelle on 
remarquait un grand nombre de fleuves se jetant dans le Paci- 
fique, ce qui est maintenant le cas du Rio Loa seulement. J'ai 
signalé, page 84, des phénomènes analogues dans les vallées 
interandines de la République Argentine. Le second arbre im- 
portant est un chaïiar, mais d'une autre espèce que celui de 
f Argentine. Selon M. Philippi, c'est la Gourliea chilensis, Clos.; 
il l'a vue en grand nombre en différents endroits qu'il a par- 
courus. Il mentionne aussi une plante, Cumingia campamilata , 
Don., nommée papitas del campo par les indigènes qui se nour- 
rissent beaucoup de ses oignons, surtout dans les environs de 
Paposo. 

Ruines. — Plusieurs voyageurs qui ont parcouru certaines 
parties du Désert d'Atacama mentionnent des vestiges d'une 
population préhispanique; mais aucun de ces voyageurs n'a fait 
de fouilles. M. Bollaert(66) même, qui voyageait dans le but de 
faire des recherches archéologiques, ne donne que des ren- 
seignements très sommaires. Les environs de San Pedro de Ata- 
cama et le bassin du Rio Loa paraissent avoir été le centre de 
la population préhispanique. D'après des indications ([ui m'ont 
été fournies par une personne connaissant bien San Pedro de 
Atacama, ily a des ruines et des sépultures en plusieurs endroits 
aux environs de ce village, notamment à Catarpe, à 7'"" au AOrd. 
Il y existe des constructions anciennes en pirca, d'une grande 
étendue etsurle sol desquelles on trouve de nombreuses ])()intes 
de flèches en obsidienne. A San Bartolo, à environ iô'"" phis au 
Nord, M. Philippi (285, p. 71) a vu beaucoup de ruines formant 



716 AMIQintS I)K LA UK(.IuN A.NDINE. 

un purarà, c'esl-à-din' un villa«(»' Inrliliô. M. San Homaii 322. 
ii.l> i57-iSS) décrit aussi ces ruines. Ce sont, selon lui, sur la 
iMMilt' d'une montagne, des ronstrurfions rectanf^ulaires, des 
- lourelle.s rirndairr.s » et drs re>t«'S de murs de circouNallation. 
Sur les |)entes du volcan éteint, le Licancaur. à Test de San 
IVdro de Atacama, il existe aussi, d'après MM. Naisse, Hovos 
et Kriievrrria ;361. p. 5^:')), des ruines d'un «;rand xilla^M' })réliis- 
|)ani(|ue >isilé lré(|ueninient par les chasseurs dr ( liint Inllas. 
\u <»iilrr de ces ruines se trouve une jurande j)ierre creuse, 
dans la cavité de Kujuelle les chasseurs déj>i)sent tnujours des 
ollrandrs de coca, etc., en sacrihce pour Ir bon succrs de la 
ciia>se et du vo\a«;e. Le trou est ensuite lernie j)ar une ])ierre 
spéciale. Ijrancaiir veut dire • le villaf^e de la haute montagne •: 
lirkan \illa«;e, rt ckabiir h.mlr montagne, en atacanieno. 
Sur les hords du Hio Loa, à Chiurhiu, sont situées d'iinp)r- 
tanti's ruines mentionnées p.n M l'xrtrand (60. p. aa. 370). A 
(iaspana, <>n amont du Hio Loa, il parait (pi'il v a aussi des 
ruinrs |)réhispani(pi('.s. M. Hollaert 166. p. 173) j)arle (\ • une 
\ieillr lorlrressiî |)éruvienne « à «Lasana», localité que lui- 
même, dans une note, supjK)se être identi(|ue à Caspana. 
Sel(Mi lui, cette «forteresse» est située sur um* ilr entre les 
<leu\ hras d iiiir prhir rivière. Ces ruines, cpir nous aNons 
«lèjà mentionnées, à pro|)os de celles de Tastil, |)a^e 3*77, 
auraient été jadis, d'après M. l^ollaerl, habitées par 1 Tîo fa- 
milles d'IndicMis en\iron. L'auti'ur ajoute (ju'ellrs ressend)lenl 
hcauroup à celles nommées Incapirca, |)rès (h» Canar, dans 
la lh'puhli(pie de 1 10(|uateur. (Cependant la descri|)tion (pi'il 
doniu> de « I^asana • ne concorde pas avec les descriptions 
connues d'In^apirca. M. Bertrand 60.p. aa) a vu à Chiuchiu 
et à (Jaspana un j;rand nond)r<' de terrasses de culture : 
(indrnrs. Plus loin, nous décrirons les fouilles du hanm \. d«* 
hirtrich a Chiuchiu. M. liollaert 68. p. if»;) mentionne de nom- 
hrrusrs séj)nllures anciennes à (^)uillai;ua dans le hassin infé- 
rieur du llio Loa, à environ .'>o^"' dv la cote du Parilicpie. 
Le Musée de Herlin |KKssèdf* une c^)llection d'ohjets (pii ont été 



ARCHEOLOGIE DU DESERT D'ATACAMA. 717 

exhumés dans ce cimetière par le D"^ D. Diehl, et qui ressem- 
blent à ceux de Cala ma. 

A quelques lieues de distance de Calama, près d'un endroit 
nommé Tambo de Huacate, sur le chemin de Calama à Cobiia, 
il y a, suivant M. vonTschudi (355, p. 32, et 356, v, p. 96), sur le sol 
du désert, des alignements de pierres assez curieux. Ce sont des 
rangées de pierres d'une couleur claire formant des cercles et 
des rectangles de grandes dimensions. L'auteur (356, v, p. 96) 
donne la figure d'un rectangle ainsi formé, divisé au moyen 
d'autres pierres alignées en six autres rectangles, égaux entre 
eux. Les rangées de pierres blanchâtres se détachent d'une 
manière remarquable du sol, qui est de couleur foncée. Le 
D' A. Plagemann (291, p. 33-34), dans son récent ouvrage sur les 
pétroglyphes du Chili, range pour cette raison les figures ainsi 
formées parmi les pétroglyphes ou pintaclos, mais je ne puis 
approuver cette classification, car les alignements de pierre de 
la même catégorie sont fréquents dans la région diaguite, sans 
que la couleur des pierres se distingue notablement de celle 
du sol. La couleur distincte des alignements de Huacate est 
donc probablement accidentelle , et en général les alignements 
de cette catégorie ne sont pas des dessins destinés à frappei* 
l'œil. A la page 99, nous avons décrit les alignements de 
pierres de la région diaguite. Je ne puis trouver une explication 
satisfaisante du but de ce genre de constructions. 

Par San Pedro de Atacama passait le chemin que les Incas 
avaient fait construire pour mettre le Cuzco en communication 
avec leurs domaines du Chili. M. Philippi (285, p. 80, 91) a suivi 
de grandes parties de ce chemin, qui allait de San Pedro de 
Atacama par Peine, Tilopozo, Puquios, Rio Frio, Agua Dulce, 
Pasto Cerrado et Chanaral Bajo, à Copiapô, localités toutes dé- 
signées sur la carie fi(j. 1. Selon M. Philippi, ce chemin, sur 
de longs trajets, suit une ligne absolument droite et ne con- 
siste alors qu'en une bande de terrain, de quatre pieds de 
largeur, où toutes les pierres ont été soigneusement enlevées. 
Des deux côtés du chemin, il y a beaucoup d'anciennes /7tr- 



7IK WlKKillN |)i: I.A nKf.ION WDINE. 

cas, surtout dans les enviruns tlt* HioFrio. M. San Roman 322. 
II. p. ^o\ n)(M)tioin)(> aussi crtte ancieniu* rout«', mais sans la (ii*- 
rrirc*. D'anrrs rrt autiMir, rlli» roininonco à raiiihillos, j)n's dt» 
(iopiajx'), rt suit <Mi «;«'n»Tal une li;;n«' sVcartaiit dv 2 > iU'*^rvs 
(lu mcri(ii(>n astron(>iiii(|UP, vers l'tlst. M. San Homan a suivi 
le chemin justju'.iu pitd du Licancaur, à 58o^" de distance de 
(iopiajKS. Un autre «chemin dr l'Iiica» j)araît avoir traversé 
la Puna de Atacama du Nord .m Sud; j)rès d'Antola«;asla de la 
Sirrra, ce chemin, |)artant de ce village et se dirij^eanl vers 
le Nord en ligne droite, rxiste encore sur une assr/, grande 
étendue. D'après h's rriisrignements (pii mOnt viv donnés, il 
serait construit en remblais. 

Pétroglyphes. M. li. \. Tliilippi 285. p. 75) décrit un grand 
p<'»troglvphe gravé mif* un mur •11 IimcIinI»- pn-s (lune l(»calile 
nommée Machuca, :in imid de S. m Barlolo. L«'^ nombreuses 
ligures représrnirni pour l.i plnparl des lamas, mais d v a 
aussi des lionimrs, drs clnfiis . des «renards», (h's ■ oi- 
seaux», des " serj)ents ". M. Plidij)pi rrpnKluit (piehjues sjH*ci- 
mens de ces ligures. D'après M. Plagemann 291. p. a8. fin. 3\, il 
existe plusinir^ p»lroglvplies dans les enviroiis de Quillagua. 
Il publie la pliotograpinr d un de ces |M''troglvphes gravé sur un 
grand bloc de pierre, cpii »• IrnuNc nn pm .m sud de cette 
dernière localité. On y voit des lamas et d autres animaux, des 
hommes, des cercles à |)oint central, des S et d'autres signes. 

.Sni\ant ce dernier aulrnr lAu/., p. 3.» . ilv a également près de 
Oiiillagua un jM'IrogIvjibe d'une autre catégorie. (!e .sont des 
rectangles, des cercles, des lamas et des images humaines, de 
dimensions gigantes(|ue*^ «t (pii remplissriit !•• llun- d une 
montagne. I*nnr j)r<)duire ces ligures, on a eidevé, sur de 
grandes su|>erlicies de l.i inonlagne. I.i crnnte noirâtre et les 
|)iern's détachées (|ni couM'aimt la roche, (lelle-ci étant d'une 
ronleur claire, brun-rougeàtre, les ligures se détachent nette- 
UHMit sur le fond noir, et, grâce à leurs grandes dimensions. 
•'Iles .sont visibles à une longue distance. 



ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 719 

Les pétroglyphes gigantesques de ce genre sont spéciaux, à 
la province de Tarapacâ, où on leur donne le nom de pintados. 
Le pintado le plus au sud de toute la série est celui que nous 
venons de décrire, Quillagua se trouvant dans la province 
d'Antofagasta , sur la limite de celle de Tarapacâ. M. Bollaert 
(66, p. i58-i62, planche p. 109) mentionne de ces pintadoa de Las 
Rayas, d'un endroit situé sur le chemin dlquique à La Noria, 
d'une autre localité cinq lieues au sud de Las Tisas, sur une 
montagne près de La Pena et à Huara. Ces grands pétrogly- 
phes se composent principalement d'énormes figures géomé- 
triques, surtout des rectangles formant des sortes de croix et 
d'autres combinaisons. H y a également des cercles simples et 
des cercles concentriques, des hommes, des lamas, des « pumas » 
et d'autres animaux, etc. Quelques-unes de ces figures ont, 
d'après M. Bollaert {ibid., p. 162, 2^5), 20 ou 3o pieds de hauteur, 
et les lignes ont de 1 2 à 1 8 pouces de largeur et de 6 à 8 pouces 
de profondeur. La série de Las Tisas occupe une lieue de 
longueur. M. Forbes (135, p. 271, pi. xxi, fig. 10) reproduit un autre 
pintado de La Pena : un lama qui présente deux rangées de 
triangles sur le corps^^^. M. Plagemann (291,p. 37etsulv.,fig. 5,6, 7) 
décrit d'autres de ces gigantesques pétroglyphes, d'une loca- 
lité nommée Los Pintados, et il en donne trois bonnes photo- 
graphies. On y voit des cercles, des carrés, des rectangles, des 
combinaisons de rectangles, des escaliers, d'autres figures géo- 
métriques, des hommes, des lamas et d'autres animaux. Ces 
pintados occupent 5 ou 6^"' de longueur environ. Tous h's 
pintados que nous avons énumérés se trouvent sur un terri- 
toire relativement peu étendu, dans la Cordillère Maritime, à 
l'est, au sud-est et au nord-est d'Iquique. On ne connaît pas 
de pétroglyphes de cette catégorie dans d'autres régions; ils 
doivent donc être considérés comme particuliers à Tarapacâ. 
L'extension des anciens Atacamas dans cette province étaiil 
incertaine, il n'y pas de raison pour les leur attribuer. 

<'' Quoique l'auteur ne s'exprime pas saignements, qu'il s'agit d'un pintado de 
très clairenjcnt, il parait, d'après ses ren- grandes dimensions. 



720 ANTIQl ITES DE LA BEGION ANDINK. 

On trouve aussi eu Tarapacâ des |)étr<»«;I\ j)lies j^ravés de 
(linieusions ordiuaires, surtout à l'est de la Pampa de Taniaru- 
gal, daus les rjuehr.id.is formées par les coulreforts de la 
(Irande (iorrlillrre. M. BollaiTl 66. p. i6a, en mentionne di'u\ : 
la <• Piedra de! Léon », près de Maraya, rej)résentant un |)nma, 
un liomnK', des lamas, des cercles, des serpents; et un autre, à 
Manî, où sont fi^ravés > le soleil, la lune, les étoiles, des Indiens 
et des animaux ». Macava rt Maiii sont situés sur les lM)rds dv 
deux torrents des mêmes noms qui sortent de la (lordillere et 
se perdent dan> les sahles de l.i l\imj)a dr ramarn«;al. Selon 
M. Francisco Latrill(>, cité par M. iMai^eniaini '291. |». -y , il y a 
un antre petro;;l\ plie «^ravé dans la (Jnrhrada de Clni)ana,(nii 
appartient an même sNstème liNdro«;raplii(iue cpie les tj)rreiits 
de Wnui et de Macaya. M. Pla«;einann (iW..|). 3o) mentionne 
encon*, sans cepiMidant en donner des détails, des |)étroj;lvplies 
d un endroit nommé Montevidro, iiilrr Icpiicpic et Pisa^ua, 
dans la (.ordillére Maritime. Miifiii. le iim-dm' auteur [ibitL. 
p. 3o 3:i. lig. ii) décrit et li;.,Mire nn j)étro^d\ j)lie d«' la Quchrada de 
finatacondo, située dans la même reL;i'>n (jiie c«'l|«'> dr (ilii|>ana 
et de M. mi. Mais ce pétrogK phe (•>! dilh-rent de tous les autres : 
ce sont d(îs ii«;ures en relief (méplat^ : un lama, et (juatre 
li«;nres j^éométricpies. A ma connaissance, ce pétroj^K plie est 
uni(pir m sdii «(enre dans rAim-rirpie du Sud. 

CM \M \. 

Le mII.i^'c (le (.alama ' «-st situe sur les IxinU du Hm Loa, a 
aï' a8' latitude Sud et 71" 1 5' longitude Ouest du méridien 
de Paris. 11 y a une .station de la ligne du chemin de fer d'An- 
lolagasta a Oruro, sur 1(* haut plateau hnii\i<ii. La distance 
de Calama à Antolagasta, pu !•• < In min de 1er, est de aS'»^". 

n'aj)rès le plan otliciel du clieiiiin «Ir irr, (ialama est à une 

•*' MM VaitM*. IInyo« cl Echcvrrri» — drmrurr : • drinrurr Hr pcrdrii ». Chow 
(361. p- •U. ci<^rivrnt Ir nom (iaUina do« ruririMT. il riitlr une aiitrr litcalit^ nom- 
liiiiU dUiaiiii ri(>« rkiUitm ' |M'nlrM. <-t artt iiin* (iaUnu ilan* \» Vallrr dp Tarija. 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 721 

altitude de 2,266°" au-dessus du niveau de la mer. La localité 
est donc située sur l'un des gradins de la Cordillère qui for- 
ment le Désert d'Atacama. 

Le village se trouve au milieu d'une vaste plaine d'alluvion 
bornée par des chaînes de montagnes; cette plaine est dépour- 
vue de végétation, et couverte en quelques endroits de sables 
que le vent soulève et transporte d'un point à un autre. Cala- 
ma doit son existence à une sorte d'oasis d'environ 100""° car- 
rés, formée par le Rio Loa. On y cultive, au moyen de l'irri- 
gation artificielle par canaux, un peu de mais et une assez 
grande quantité de luzerne qui, dans ce pays dépourvu de 
fourrage, constitue une grande ressource pour les habitants du 
village. Selon M. von Tschudi (356, v, p. 91,92), la culture de la 
luzerne ne fut commencée que vers 18^0. On essaya d'abord 
avec de la semence européenne, mais sans résultat. On sema 
ensuite des graines provenant du Pérou , avec un résultat mé- 
diocre. La luzerne ne pouvait prendre racine dans le sable. 
On forma alors de petites bandes de culture longues et étroites, 
séparées par des murs en pisé. Le sable une fois enlevé, ces 
murs empêchaient le vent d'y en apporter de nouveau, et ils 
servaient aussi à régulariser la distribution de l'eau d'irrigation. 
La luzerne de Calama est toujours cultivée d'après cette mé- 
thode. Cette luzerne pousse à une hauteur considérable, mais 
elle est d'une qualité inférieure à cause de la forte proportion 
de salpêtre contenu dans la terre. Il ne pleut jamais à Calama : 
la luzerne sèche est conservée dans des cours ouvertes, sans 
loiture. Dans le village on voit quelques rares arbres plantés 
et des haies servant à renforcer les clôtures des cultures, for- 
uiées avec un arbuste, la clidca (^Baccharis Chilca, H. B. K., selon 
M. von Tschudi), qui pousse spontanément dans l'oasis. Sur 
les rives du Rio Loa, il y a une ve(ja : ce sont des terrains ma- 
récageux dont la végétation ne fournit qu'un maigre pâturage à 
quelques animaux domestiques appartenant aux Indiens trop 
pauvres pour les pouvoir nourrir avec de la luzerne. L'eau du 
Loa n'est guère potal)le; les Indiens pauvres la boivent, mais 



722 WTIoriTKS DK I. \ KEGIO.N ANDI.NK. 

les liahitaiils un jwu ais<^s fout venir Teau d'une source dis- 
tante de huit lieues du \illa«;e. \.a fuj. I5S montre la \é«;éta- 
tidii des bords de l'otisis, (*nni|xisée de cinicas et d'autres ar- 
bustes semblables au\ Ittlas d»' la Puna. On v voit, à riiori/.on, 
la rliaine d(> monta«(nes (jui limite à l'Kst la plaim» où est situé 
(ialama. La //y. J.'yff représente une partie (hi lim Lo.i, pn*N (bi 
village, et \^ Ji'f- 1^*^^ «i"*' l*<iininc(i, Inriiire j)ar les alVouillt»- 
inents de cette ri\ière. 

Le villaf;c de (ialama avait, en 1860, :)()() a 600 habitants, 
selon M. von Tsebudi; Son en 1880, siiivant W. hertrand, et 
1,000 en i8()(i, d'après M. San lîonian. 11 nie semble repen- 
daiit (pie €{' dernier rbillre est exa«;éré. A peu d'exeeptions près, 
ce sont des Indiens, dmil l.i |ibi|).irl doiNtiil flre des Atacanic»- 
nos. Sni\aiit MM. rinbppi i-l \nii Tsebudi, nu \ parl.iit jadis 
rataramcno, mais aujourd bui cette lan^Mie a rte totalement 
supplantée par res|)a<;nol. (iràce à son oasis, (ialama parait 
a\oir ru une certaine imj)ortaiice flepuis les premiers jours de» 
la con(pirte espai^nole. Ainsi O\iedo v \al<le/. 280. I. \lii. r. v. 
1. 1^. I» ■i-]\) rap|)orte (pi Almaj^ro, à son rrtour du (ibili, «arriva 
à la province de (ialama>. 

Cimetière'''. — Sur 1rs Ixuds de l'oasis de Calaina, du côté 
su<l »bi \ill.ii;r, M. S«MH'cbal de la Granj^e découvrit, en jan- 
vier 190^1, un cimetirre ancien d'une vaste étendue. 11 v 
trouva (pirbpu's crânes et des ossements bumains parsemés 
sur le sol, dans un endroit limite dun côté par une harranca 
de i"5o de bauteur, formée |)ar d'anciennes crues du I\io 
Loa, ddiil It (ours actuel se trouve à en\in)n Soo* du « inie- 
lière. On voyait aussi des os saillir dr la coupe de la barranc«i. 
M. (!• (ji'cpii Mniitlort fl08 a piiblii' un rap|M»rt préliminaire 
sur les ionilirs (|u ellectua alors M. .Srnécbal de la (iranj^e dans 
la nécropole de (ialama, r[ |e compb'trrai i«'i la description de 
ce cimetière. 

Voir I4 |iIaikIii- l.WI. iiiM-n-r iri. ri li » |ilait(-hr» LWil-I.WXI . inMTr<-» «|)rr« 



Pl. LXV. 



h: 











Fi<;. i58. — Plaine tic, Calaina. 




Fig. i5(). — Ia' Win Loa à Calaina. 



Pi.. LXVI. 




Fig. iGo. — Barranca foniH'c par le llio Loa , à (lalaina. 







5 - - 







Kitr. i()i. (limctièir <li' C.alama. 



ARCHEOLOGIE DU DESERT D'ATACAMA. 723 

hdi fi(j- 161 représente une partie du cimetière. Comme on 
le voit, la végétation consiste seule en quelques fo/as et chilcas. 

Voici comment M. Sénéchal de la Grange décrit ses fouilles 
(le 1904. 

En partant du bord de la barranca , il a creusé une surface 
(le quelque /io"" carrés jusqu'à une profondeur de i™5o. H y 
a exhumé environ cent squelettes, dont il a recueilli ôg crânes. 
Bon nombre de corps se trouvaient dans la position où ils 
avaient été enterrés; leurs vêtements et leur mobilier funéraire 
étaient assez bien conservés. Ils étaient tous plus ou moins 
momifiés. Dans une partie du terrain fouillé, où le sol paraît 
avoir subi des mouvements, les squelettes et les objets avaient 
téé déplacés et écrasés par la pression de la terre. 

Ainsi qu'on pouvait l'observer sur les cadavres restés en 
place, tous ont été enterrés les jambes repliées et attachées 
près de la poitrine; les bras, également placés sur la poitrine, 
quelquefois croisés; la tête, inclinée. Sur les cadavres bien con- 
servés se trouvaient les vêtements : des mantes ou des tuni- 
ques sans manches. Tous avaient, suspendus au cou ou pendant 
sur les épaules, un ou deux petits sacs en laine, rayés ou por- 
tant des dessins multicolores tissés. Le tout était enveloppé 
dans une mante d'étoffe grossière et solidement lié au moven 
de cordes en laine de lama. Le paquet ainsi formé et contenant 
]^arfois, entre les différentes enveloppes, divers objets de pe- 
tites dimensions, était placé verticalement dans la tombe, la 
tête en haut. 

Immédiatement contre ce paquet, en dehors des enveloppes, 
étaient disposés les objets de dimensions plus considérables, 
tels que des arcs et des pelles; autour, des vases en terre 
cuite et des calebasses contenant encore des restes de maïs 
et d'autres aliments. 

Les têtes des cadavres se trouvaient en général à o™ 5() on 
o" 60 de profondeur. La distance d'une sépulture à l'autre ne 
dépassait pas i^ôo. Parfois la même sépultnic conlcnnil drnx 
cadavres et même plus. 



72i ANTIQIITES DE LA REGION AXDINK. 

Le cimetière occujx* une* jurande étendue. Il i\\ a aucune 
pierre, ni jjour recouvrir les touihes, ni j)our sij^naler leur 
«•mplamiiriit. Il existe cependant, au milieu du cimetière, 
des restes de murs en |)ierre sèche formant un carré. M. Séné- 
chal de la (lran«(e a trou\é dans cet enclos j)lusieurs crant's v{ 
ossements humains à demi calcinés par le feu, mais il est 
prohahle qu'ils l'ont été à une éj)o(|ue postérieure à celle à 
laquelle aj)parliennent les sépultures. Ce sont |)rol)ahlement 
des os mis à découNcrt par les érosions et brûlés après jM)ur 
déblaver le terrain ou |)Our tiii aiitir motif (pielconque. 

M. Sénéchal de la Granj^e a donne a tiln- d'exemples les 
descrii)tions des si'pnilun's suivantes : 

N" I. (iada\re dont la diair et les \('teinrnt>, à re\cej)lion 
de (luehiues hnnheaux, avaient disparu par l'action du tenq)s. 
Pourtant le tissu en laine de lama, (pii lui servait d'enNeloppe 
extérieure, était assez l)i«n conservé, de même qu'un sac, sem- 
hlahle à ceux déjà mentionnés, |)lacé sur le dos et susjmmkIu 
au cou par une coi*de en laine. Le corps se trouvait incline en 
avant; les jambes étaient l«'«;èrement repliées, les bras croisés 
sur la |M)itrine. Kn drliors (\v ren>elop|)e, appuvées sur \v 
de\ant du pacpn-t iuin'raire, étaient disj)osés, les manches en 
haut, unv jhII. rn bois Ji(j. tdS a et une autre (/!</. lOSdj 
«Ml pierre schisteuse avec manche en bois, ainsi (ju'un second 
s|Mvimen de cette dernière catéj^orir, mais sans manche. Autour 
du cadavre étaient placés |)lusieurs j)etits vastes en terre cuite, 
un |)lat «Ml sparterii* //Vy. liS^f et deux ou trois moitiés de cale- 
basstîs. Oui'hpies-uns de ces réci|)ients contenaient encore du 
maïs, des ;;raines d'une autre es|)èce et des matières organi- 
ques cpii de\ aient ètn» les restes d'aliments enterrés avec le 
ninil. Innl .lulnni (In cailavre se trouvaient des gousM\s d'a/- 
fjarroluK 

N" 2. Un ciidavn> d'enfant de lo à i 5 ans était en amtact 
immédiat avec le précèdent; ses jand)es étaient tout «i fait re- 
pliées, sa positiiHi presque verticale. Sur l'enxeloppe avait été 
|K)sé un petit arc encore muni de sa corde, dillerents morceaux 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 725 

de bois et un carquois en peau contenant des flèches attachées 
avec une cordelette [fuj. 169 s, t). 

N° 3. Cadavre enveloppé d'abord dans une tunique sans 
manches avec ornements tissés, et ensuite dans une enveloppe 
de tissu f^rossier. Il portait deux petits sacs en laine de couleur, 
l'un sur la poitrine, l'autre sur le dos. Entre les enveloppes se 
trouvait un tube en bois sculpté contenant des épines {fuj. 171 
d, e), plié dans des morceaux d'étoffe attachés avec des cor- 
delettes de laine. En dehors de l'enveloppe funéraire était 
placé un instrument en bois ayant la forme d'un couteau 
[fuj. 168 b, c). 

N° 4. Cadavre momifié, dans un état de conservation par- 
faite, jambes repliés, bras croisés, tête inclinée sur le côté. Ce 
cadavre était enveloppé dans une couverture noire en laine, 
œuvre de tissage remarquable, garnie d'une longue et épaisse 
toison. Cette couverture, dont un fragment se trouve reproduit 
fi(j. 188, était attachée à faide de deux grandes aiguilles en 
bois noir. Avec ce corps se trouvaient une pelle en bois et une 
autre en pierre, analogues à celles de la sépulture n" i. A côté, 
il y avait un amas de minces plaques et lanières de viande 
desséchée, aliment jusqu'à nos jours très en usage chez les 
Indiens du haut plateau et auquel ils donnent le nom de 
cliarcjui [fi(j- 169 a). 

N° 5. Cadavre très bien conservé quant à la chevelure, (|iii 
montre parfaitement la coiffure [ficj. 167) des anciens habi- 
tants de Calama. fJans l'enveloppe, un peigne [fuj. 17 IJ) et 
un petit sac contenant de l'ocre rouge; enfin divers fragnu^nls 
de bois sculpté représentant des figures analogues à celles du 
iuhe fi(j. 171 d, e. 

En janvier i()o5, M. Sénéchal de la Grange ])assa de nou- 
veau par Calama et continua ses fouilles dans le clnu'llère. Ces 
dernières fouilles ont été faites également sur le bord de la bar- 
ranca, mais à la distance d'une tientaine de mètres des fouilles 
de 1904. 

II. '»7 



720 ANTIQriTÉS DK LA RKCJION ANDINK. 

Siirics fouiilps nouvelles, M. S<^nôchal de la Grange m'a com- 
iiiiiiii(|U(^ les (li^laiis suivants : 

« Dans celle parlie du cunelière, les louilles ont ^nnluil en- 
viron une centaine de r.idavres. Aucun d'rux n'rtait nettenimt 
isol<^ : cVtail un nirlirN ri renient de corps dans toutes les jxisi- 
lions. On tnanait plusii'urs cadavres en contact les uns avec 
les autres, et Ton creusait ensuile i" ou i"* ^o avant d'en ren- 
contrer d'autres. Cet entassement des cadavres, (jui, en cer- 
tains cas, a produit lin inrian^^e intiin»», n'est pas un fait dû à 
l(Mir inininiation, mais hwi\ la cons«*(juenc«' d'un déplacement 
du terrain <pii !«'> nMir«'nnait. 

• L«*s cadavn's cnlij'remrnt moiiiiln*> (jur ) avais n'ncontnvs 
laniuM* pn'crdt-nle n'existaient plus (pi'i Tctat d exception, au- 
cun d'eux n'était assez comj)l('t pom rire considén' comme 
« momie» à proprement |)arl«'r, saul loutelois un cad.iNn' d «*n- 
lant comj)let«'ment intact. 

' Dans 1rs fouilles nouvelle>, j ai tn)uvé de |)lace en placr 
drs i)ierres plates (|ui avaient dû être primilivemenl placées 
au-<lcssus de certains cadavres; leur lorme était généralement 
rectangulaire. Les plus grandes j)ou\aient avoir o" /:> de lon- 
gueur sur o" 5o de largeur et o"07 ou o^oS d'épaisseur, (i'est 
du tulcalcaire, et elles ont du «Ire aj>portées du Hio Loa, dont 
\r^ allnnillements mettent au j<nir des <'onclies de celte n)clie. 

• Les fouilles d." i()()5 onl donne, en j>oterie, des vases plus 
élégants de forme, plus grands, mieux ornementés, de |>al«' 
plus fine, rpie ceux des louill(*s de H)o^, et une quantité im- 
portante de petits oI)j(>ts en lM)is travaille. Les nouxelles louilles 
ont été plus riches en objets en pierre taillée, tels cpie pelles 
et haches. Kn revanche, en flèches et en arcs, les secondes 
Iniiilli's oui donné iimiiis de résultat; du moins les arcs et les 
ni'ches trouvés sont inférieurs comme conservation. Les étoiles 
étaient idenlicpies à celles trouvées antérieurement. Dans cet 
onlre d'idées, je n'atirai à signaler qu'un objet nou\eau : un 
fragment delolfe, d'environ o"" 4o sur o* :i(>. orne de franges 
en « lirMMix humains. • 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 727 

M. Sénéchal de la Grange a fait don au Musée d'ethnoo^ra- 
phie de Monaco des collections provenant de ses fouilles de 
1905. Malheureusement, je n'ai pu étudier cette collection, 
excepté deux pièces qui m'ont été envoyées à Paris. Je dois 
donc me borner ici à décrire la collection de 1 90^ , qui est con- 
servée au Musée du Trocadéro, mais j'ajouterai cependant les 
renseignements que M. Sénéchal de la Grange m'a donnés sur 
les objets recueillis en 1905. 

Crânes. — Les crânes exhumés par M. Sénéchal de la 
Grange au cours de ses premières fouilles à Calama figurent 
dans l'ouvrage du D"" Chervin (99, t. m) sous les n°' 6 1-78, 76- 
85, 87-98, 100, 101, io3-i 17, 119, 121-124, 126. La plu- 
part de ces crânes, comme également presque tous les crânes 
de la Quebrada del Toro et de la Puna de Jujuy, présentent 
des déformations artihcielles. 

Quelques têtes, comme celle reproduite ficj. 166 , avaient les 
cheveux tout à fait blancs, c'est-à-dire d'une couleur blanc sale, 
jaunâtre. Dans les grottes funéraires de Sayate et de Pucarâ de 
ninconada, j'ai d'ailleurs aussi recueilli des parties de cheve- 
lures entièrement blanches. Je n'ai pu soumettre ces cheveux à 
un examen histologique , ce qui eût été intéressant pour vérifier 
s'il s'agit de cheveux décolorés pendant leur séjour dans la sépul- 
ture ou de cheveux ayant naturellement blanchi par suite de 
l'âge de l'individu. Cependant il serait étonnant que les che- 
veux de certains individus seulement aient été décolorés dans 
les sépultures, lorsque la plupart des cadavres inhumés dans 
la même sorte de terre conservent leurs cheveux parfaitement 
noirs. 

D'autre part, la tête que je reproduis est celle d'un sujcl 
très âgé, ayant perdu toutes ses dents sauf une molaire, et les 
alvéoles sont toutes complètement fermées, excepté celles des 
incisives supérieures. L'âge avancé de ce sujet indique donc 
que les cheveux des anciens habitants de Calama et de la Puna 
de Jujuy blanchissaient dans la vieillesse. Chez les ]ndi(;ns 



728 ANTIoriTKS DK LA RKGION ANDINIL 

acliiols du haut platrau jp n'ai jamais vu de cheveux hiaiics, 
r[ même les individus (grisonnants sont fort rares. 

La t(^te momiliée, fiy. 107, très l)ien consentie, montre la 
roifliirr des anciens Atacanias. Les rh»'v<'U\. noirs rt ri<^ides, 
sont di\i>rs sur If .sommet de la tètr ri tormmt dr rha(|u»' côté 
d«* nond>rrus»"s tressrs, dont les extrémités sont reliérsavrc un 
lil en laine. D.ins chacun de ces nœuds «si j»lacée une fortr 
éninr dr cactus qui sert d «-pin^dr à chrvmx. (irrtains lndi«*ns 
du haut plateau de la Bolivie arranj^ent encori» leurs clu'veux 
• Il plusieurs tn'sses de chaque côté, (\*' l.i même manièn' (|ue 
les anririis h.ihitants d»» (lalama. 

Objets en bois. — La collrclion dr (ialama est surtout ricin* 
rn ohjrl.s de hois, qui se sont conservés dans un j)arlait état, 
j;ràce à la .sécheresse du cliiiKil ••! jm nt-élre aussi à la coinjM»- 
sition chimicpic du terrain. 

Arcs kt fi.èchks. — Un arc, rrj)r(»<liiil pins l(»in. /<</. Uiii /, 
a o"'()fi5 de loii«;ueur. Le hois dont il rsl lait parait avoir été 
plus ou moins hianc, à lihres droites et |)roi)al)lement très 
dur «'l élasti(pu'. Je m» connais pas de lM)is de cette texture 




Kig. 169. - CaUma. (Utiipr de l'arc j(j. iSS /. — Gran<iriir Dalurrllc 

poussant <laiis le Heserl d \lacania, et il ne sap;it pas non pins 
«in hois de chimta [/hctrts .</5.). <|ni a été employé jM)ur de 
nnmhienx ohjel.s trouvés dans les sépultures |)réhis|>ani<pH*H 
fin Penm. Le Iwis (|ui s«*r>ait an\ anciens Atacamas |>onr la 
conleclioM de leurs arcs était |)rohahleinent aj)j>orté de loin. La 
coupe dr cet arc, //r/. !()"?. prise au milieu, est un pMi dilfé- 
renli' de celh» des arcs de Morohuasi //«y. 57) p[ do Pucarâ 
de liiuconada (Jly. É35]; les arcs de (ialama présentent la lace 



ARCHEOLOGIK DU DESERT D'ATACAMA. 

antérieure aplatie, et la face postérieure, c'est- 
à-dire celle de l'intérieur de la courbe , arron- 
(lie, tandis que les arcs de Morohuasi et de 
la Puna de Jujuy ont la face antérieure arron- 
die et la face postérieure aplatie. D'autres arcs 
de Galama sont du même bois, de la même 
forme et coupe et à peu près de la même lon- 
gueur. L'un de ces arcs porte à l'une de ses 
extrémités un reste de la corde, en fibres vé- 
gétales. 

Toutes les flèches exhumées dans les sépul- 
tures de Galama ont leurs pointes en bois. 
M. Sénéchal de la Grange n'y a pas trouvé 
une seule pointe de flèche en pierre, alors que 
celles-ci sont si communes sur la côte, par 
exemple à Antofagasta. En ce qui concerne 
les flèches, le cimetière de Galama est ana- 
logue aux grottes funéraires de Sayate, où il 
n'y avait que des flèches à pointe de bois. 
Une pointe de flèche de Sayate, y?^. 121 i, est 
identique aux pointes de Galama, à en juger 
|)ar le fragment que j'ai recueilli. De Casa- 
l)lndo, M. Lehmann-Nitsche (210, p. 37, pL ivh.), 
rej)roduit plusieurs pointes de flèches en bois 
dont quelques-unes sont semblables à celles 
de Sayate et de Galama. 

Plusieurs flèches de Galama sont reproduites 
à une faible échelle, y?^. 169 g-m, et une autre 
au tiers de la grandeur naturelle, ficj. 163. 
I.es flèches ont de o'^ôq à o'" 5o de longueur 
totale. Elles se composent de deux parties, la 
lianqie et la pointe. La longueur de la pre- 
mière est toujours de o" 4o environ. G'est la 
longueur de la pointe qui varie. 

La hampe a o"'oo8 à o"'oo9 d'épaisseur el 



f\ 



■2<) 



! 



730 A.MigilTh.S DK LA RKf;i()N ANDINK 

est faite (ruii l)ois à inoeile ln*s sjK)iigieuse, |)r()I)al)lement la 
cliilca, qui ewsle en jçrande cjuaiitité dans l'oasis de (ialania. 
A l'extréniilé antérieure de la hanijx* on a extrait la nnu'lle 
jnsfjira uiH* proloudeur de o^oS à o'oô, formant ainsi un 
(Tfux cNlindricjue destiné à recevoir l'extrémité de la |K)inte. 
Autour de l'ouverture de ce creux, la hampe est renforcée par 
une ligature en tendons ou peut-être en l)oyau. Le i)out jm)s- 
térieur est pourvu d'une encoche |)our maintruir la flèche sur 
la corde et de deux pennes collées et atlaclu*es par une autre 
lij^alure. (]es |)einies ont seulement o^oou dv larj^eur. H y a 
de rares fleciies |K)rtant un anneau en résine j)rès de Textrémité 
i)ostérieure, comme certaines flèches de Pucarâ de Hinconada, 
décrites paj^e 6/|4- La ham{)e est généralement décorée d'an- 
neaux peints en noir et en rouge, en nond)re variahle «1 i\v 
dilIVreutes largeurs. Le spécimen /?</. Ki.'i j)rés<Milr un large 
anneau noir .1 I extrémité antérienir de la hampe et cpialn- an- 
neaux d'um* largeur moindre vers le miln'U, également peinis 
eu noir, avrr, (pialre cercles hlancs sur chacim. (!es anneaux 
sont sans doute dvs manpies de propriétr. 

I^es p)int(*s sont de deux catégories. Celles de la première 
sorte ont de o^q.S à o^^iS de longueur et sont faites des tiges 
hien lisses et < \ liii(lri<jut's (11111 arhuste on d un arhre. VMe^ 
sont pins légères cjue les pointes dr la deuxième catégorie, 
faites d une autre sorte de lK)is, rougeàtre, j)lus lourd et présen- 
tant (h's aspérités à la surface, (les dernières pointes sont moins 
lonj^nes, de o'" 1 .3 à o" l f) seulement. Toutes les pointes nnl 
lune des extrémités pointue, laulre arroiulie. On jmmiI le> 
|)lacer comme on le désire, soit l'extrémité pointue, soit l'ex- 
trémité ohtuse dans lecrenx de la liam|)e. Dans le^ s(''pult lires. 
Il plupart <les flerhes étaient dis|M)sées de la première de ce» 
manières. Sur la ////. /6Vi, on voit à gauche la |K)int«» isolée; au 
milieu, |)lacé(> l'extrémité |)ointiie dans la haiii|X'; à droite, 
lextniniti'ohtuse gardée et lextrémit/' pointue lihre. Cette dis|M>- 
silion avait j)n>l)al)leinent pour hut <h' préserver la pointe de» 
chocs, etc.; {x'ut-èlre emplovait-on aussi la ]M)int<* obtuse pour 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 731 

étourdir de petits oiseaux ou de petits mammifères, comme le 
semble prouver une flèche exceptionnelle, y?^. 169 h, qui est 
faite d'une seule pièce de bois, sans hampe spéciale, et dont la 
pointe est obtuse. Cette dernière flèche ne pouvait servir que 
pour étourdir de petits animaux par le choc. Elle est pourvue 
de ligatures et d'anneaux peints comme les autres flèches; son 
extrémité postérieure est pourvue d'une encoche et porte des 
traces de pennes. 

Le petit 3ircfig. 169 ?, de o™6i5 de longueur, fut rencontré 
près d'un cadavre d'enfant. Cet arc a la même forme et est de 
la même sorte de bois que les grands arcs. La corde est en 
laine. Auprès de cet enfant se trouvait également le carquois 
fi(j. 169 s, fait de la peau d'une partie du cou d'un lama ou 
d'une vigogne. La peau est bien grattée et débarrassée de sa 
laine. Le fond du carquois est fermé par une couture, dont on 
voit les trous dans la peau, le fil ayant disparu. Le carquois est 
rempli de flèches brisées, afin de les rendre toutes de la même 
longueur, o™ 4o environ. Elles sont de la même sorte que celles 
que nous avons décrites; dans leur état actuel, elles n'ont pu 
servir pour tirer; peut-être les a-t-on brisées pour les déposer 
dans la sépulture de l'enfant, ou plutôt celui-ci s'était-il pendant 
sa vie servi comme de jouet de ces flèches brisées. La corde 
qui servait à attacher le carquois au cadavre est en laine 
blanche. 

Pelles en bois. — Une demi-douzaine de ces pelles font 
partie de la collection de Calama conservée au iNIusée du Vio- 
cadéro. J'en reproduis ici trois spécimens,y?ry. 168 a et 169 //, o. 
Le bois dont les pelles sont faites ressemble à celui de Yahjarroho. 
Elles sont toutes très usées à l'extrémité, ce qui démontre que 
ces outils sont bien des pelles, et les Indiens du haut plateau 
de la Bolivie se servent d'ailleurs encore aujourd'hui de pelles 
en bois, de la même forme, pour labourer la terre. La largeur 
maximum des spécimens de Calama est de o"* 120 à o°* 10 j; 
l'épaisseur de la lame, de o*"oi5 à o'^oio. Les manches sont 



7:i2 ANTinnTKS DK LA HKMON ANDINE. 

f^rossièromrnt arrondis. I.a |M'lle fi^. i(iS a a i" lo dt* lon- 
;;in'iir, dont !«• inaiiclie o" jy; l«* s|>«»ciineii fuj. KiU n, o^Sy, 
<l(Mit If* inaiicli(* 0"*!:^; la pfllt» //</. Ifif) o, o^.'x), dont \v 
iiiaii(-|i(' ()"' i(). ijv d(>rniiT tlait {)roi)al)i('iiHMit prolongé au 
iiiovt'ii d'un hàtoii, qui drvait v ôtre attaché, car If dos du 
iiiaiirlir est aplati, et rcxtréinitr, {M)urvuf> d'une incision aniiu- 
iain* rpn d(*vait s(*rvir à fixer l.i pitcf lic proloii<;('ni«'nt. 

I)«*u\ «le ces pt'llr», ont été tendues j)ar I u.sa«;e, mais on ii-s 
a réparées en |)i'alKpiant de petits trous de rlnupie côté de la 
lente et e!i les reliant ensuite. Les attaches du s|)écirnen 
//y. IfiiS a sont faites avec des cordelettes en laine d»' lama 
noire, dont des fra«;nients restent encore dans les trous. Par 
contre, pour rattach(> <!•' I.i prllc fi(j. IdU n, on a cniploNé un 
iil iiirl.iihipie. l'AideniiiMiit , nti .iN.iit continué à traNailler avec 
la pelli* l(Mi;;temps après (pi rjie eut été réj)arée d»* cette ma- 
nière, car if II! a lonné un j)etit sillon assez j)roiond dans le 
hois. Dans ce mIIoii adhéraii'iil des fra^nienls fort owdés 
du hl niétalli(jue. .le les ait lai! analyser |)ar MM. Morin treres. 
Voici I aiialvs(>, (pii porte le numéro d enrei^istreinent '|.')8.'>3 
(3juill.l i(j()8). 

Fer ... Mo. 96 p. 100 

Oiydu df liT 1 ij.oi 

Cuivre n^ant. 

IMoml» ... ntant. 

Zinc néanl. 

KUin liront. 

C'est doiK 1111 lii (le ier certaineiiMMit d(»rij;ine euroj)éenne, 
car, comme on le .sait, les Indiens à l'epocpie |)réhisj)anique 
Il exploitaient j)as le fer. D'ailleurs, à ma connais.sance, ils ne 
.sa>ai(Mit non plus étirer le cuivre |K>ur en lahriipier du fil. 
Contre riiV})othè.se de l'ori^^ine européenne du lil de fer dont 
il est (|uestion, on |)ourrait ohjecter (pi il aurait pu être lahri(pie 
de fer méléoricpie, provenant des grands météorites (piOn a 
découverts dans plusieurs endnûts du DéstTt dWtacama. Mais 



ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 733 

cette provenance n'est pas admissible , car la composition chi- 
mique de ces météorites est différente de celle du fd de fer^'l 
Celui-ci prouve donc, de toute évidence, que les Indiens de 
Calama ont continué à se servir du cimetière après l'arrivée 
des Espagnols. 

Comme les Indiens de la Bolivie, les Chiriguanos actuels 
emploient des pelles en bois de la même forme que celles de 
Calama. M. Domenico Del Campana (90, pi. vm, fig. i) reproduit 
une de ces pelles des Chiriguanos. 

Couteaux. — Lesficj. 168 h, c et i^P/ représentent deux 
de ces instruments en forme de couteau que nous avons déjà 
décrits de Morohuasi, de Sayate et de Pucarâ de Rinconada. 
Ce sont peut-être des outils d'agriculture, comme il a été dit 
page 34o. 

Le spécimenyï^. 168 i, c a 0^4 i5 de longueur, mesurée en 
ligne droite entre les deux points extrêmes; celui reproduit 
Ji(j. 169 f, o'^Syo. La lame du premier de ces spécimens a 
o"'o44 de largeur maximum et o'"o4o d'épaisseur maximum. 
La section transversale de la « lame » est donc presque carrée. 
La lame du second spécimen est plus mince, o™o'i5 d'épais- 
seur maximum sur o"'oGo de largeur maximum. Naturelle- 
ment, aucune de ces lames n'est tranchante , mais toutes deux 
sont bien pointues. Les boutons terminant les manches sont 
presque carrés, avec les arêtes légèrement arrondies. Adhérant 
au manche de lapièce^i^. 168b, c, se trouve un morceau d'étoile 
grossière en laine de lama couleur brun clair et qui doit avoir 
servi à rendre plus doux le contact avec la main. Cela indicjue 
que ces instruments étaient employés pour un travail particu- 
lièrement dur. 

''> Voici l'analyse de l'un de ces mé- Calrimn o.i3 

léoiilcs, provenant de la Lafjuna de Inii- " " "".' " ' r 

, ' 11^4 Pol.ISMUlU o.lb 

lac, au sud-ouest du Salar de Alarania : Pliosnlion' o-33 

ff «**•"' I' '"" Celte analyse a été laite dans le labora- 

'^'"'^"^ '"'^ tolre de Bunsen et publiée par M. I. !)-.- 



Cobalt . 



0.70 



Magnésium 0.22 nieyko (118 bit, p. 73). 



7:»'i ANTinriTKS ni i \ IlECION wdine. 

(inociiETS EN BOIS. — Prescjiu* tous les cadavres de Calaina 
avaient auprès dVux un ou plusiiMirs crochets en lx>is, de ia 
nH'Mue Inniie cpie ceux (|ue nous aNoiis reiicoutrés dans toutes 
les sépultures de la (Jiiehr.ida del lOro et de la l*uua de .lujuv. 
La //</. 170 en re|)réseiile (]uel(|ues spécimens provenant de 
Oalania. Pour la plupart, on a cluiisi des morceaux de branches 
darhres naturellement courlw'es. Une seule pièce est faite d'une 
ti^e droite et |)résente maintenant la forme d'un arc, à c^use 
de la pression à laquelle elle a été soumise. La distance entre 
l«»s }N)intes extrêmes des diverses |)ièces tr()uv<*es à Calama esl 
de n" i'.\'}. ;i o^o.S.'). Les cordes en laine attachées aux crochets 
sont pour la plupart tressées de cordelettes de dillérentes cou- 
if m s : iMtir. Manc, hrun loncé, brun clair. 

.Nous avons, page ^gS, discuté en détail la destination |)rf>- 
hable. de ces curieux crochets. 

DiNins oiiiKis. — Fuj. KiS r. Haton en bois l)lanc, proba- 
bleiniMit i\ahi<iirnho, de o""u.> de lon«^iietir. L'extrémité su- 
périeure de i'v bâton représi'ute une tête humaine a lace plate, 
où les veux et la bouche sont indiipiés au moyen d'incisions; 
le nez est en rehel. I.fxtrémité iidérieure n'est pas cassée, 
ronnne on poin r.iit le mure; la piècx» est donc reproduite sur 
la li«;ure dans toute sa lon;;ueur primitive. Il s'ajrit |)eul-élre 
d un bâton de eonimandement. 

/'*//. las tj. LoiiL^m* pieci* plate en b<us blanc a ld)res 
droites, de o'j)!.) de lon^Mieur, o^o'j.) de lar;;eur maximum 
et o"oo6 d'épaisseur. Les b»>rds sont léj^erement arrondis et 
bien lisse», (iette pièce ressembir |)arlaitement à celle du cime- 
tière (II' Morohuasi, reproduite fuj. 7 à a v[ décrite |)age '.\^i. Cv 
sont très probablenn-nl des outils niiploNes dans le métier a 
tisser, peut-étn' pour serrer le (il de l.i IraiiM' loixpul a «tr 
introduit entre les (ils de la chaîne. 

Iiij. îff'J h. l'elil balon c\lindri(pie de o™j3 de longueui'. a 
extrémités arrondies. Près de l'une des extrémités se trouve une 
incision annul.iire. Lmploi inconnu. 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 735 

Fig. 169 d. Pièce mince, en bois très dur, pointue. Emploi 
inconnu. 

Fig. 169 e. Petits bâtons en bois, de 0"" 18 à o'" 19 de lon- 
gueur, et dont l'une des extrémités est perforée. Huit de ces 
pièces se trouvaient ensemble dans une sépulture. Leur des- 
tination est énigmatique. 

Fig. 169 (j, r. Deux petites tablettes rectangulaires, minces, 
bien lisses. La première est de o™ i3o de longueur sur o'°o55 
de largeur; la seconde, de la même longueur sur o'^oSS de 
largeur. Près de l'un de leurs bords, ces tablettes présentent 
une rangée de petits trous. La première de ces pièces était 
entourée d'une ficelle tressée en laine de lama couleur brun 
clair. On ne saurait dire quel a été femploi de ces tablettes. 




Fi|^. 164. — Peigne moderne, en bois, fabriqué par les Aymaras du sud du lac Tilicaca. 

2/3 gr. nat. 

Fig. 171 f. Peigne de g"* i55 de longueur, à dents en bois 
blanc. Les dents sont disposées entre deux pièces de bois 
renfermées dans un tressaj^e très babilement fait avec de la 
ficelle en laine de lama. Cette ficelle sépare les dents en même 
temps que le tressage les retient à leur place entre les deux 
pièces de bois. Les dents semblent être cassées d'un coté de 
ces pièces et ont probablement été de la même longueur de ce 
côté que de l'autre, comme c'est le cas pour deux peignes très 
semblables, provenant de grottes funéraires de Casabindo et 
reproduits par M. Lehinann-iNitsclie (210, p. 34,35; pi. iv, f 7, g 5), 
ainsi que pour deux auties peignes, trouvés par M. Erland Nor- 



75r, WTini ITKS I)K LA UKCIo.N VMUNF 

(ifiiNkiold 269, |>. 3o. 3i; pi. 3.(Ig. 4. i); dans des grottes sépulcrales 
de la \ allée (r()Ha(liea, au lun'd du lar Titicaca. Les Indiens 
aelufls de la Hnli\ie lahriquent des pei^ii«»s d'aj)rès la même 
uielliode. J'en reproduis, y/y. Kr^t, un spécimen jM)ur serxir de 
comparaison. Ce |)ei«(ne, de lahrication avmara, lut ac^piis 
p.ir il Missidii à ta grande ioire de Copacahana. Il <>st lait 
e\act(*menl <!•• la même manièn* cpir (ciin du <imelièn» de 
(ialama. Les dents en l)ois sont placées entre deux morceaux 
de ro.seau fendu, enveloppés d'un tressage en Id de coton 
hieu et hianc. formant un d«\ssin. I)<*s peignes fal)ri(|ués de la 
même manière sont «'galrment en usage chez des trihus habi- 
tant (Ml rlehors du haut plateau. M. .Nordenskiold \2BA, p. 398) 
nprnduit nii peigne fait d'après la même métluKle, des Atsa- 
huaca.s di* la région du Ilio Tand)o|)ata. dépendant les dentN 
de ce dernier peigne sont moins nond)reuses et l>eaucou|) |)lus 
longues (pie celles des |)eignes (pie nous venons d(» décrire. 

I''i(j. I7"J (. \iguille a coudre, de o'" 1 .S() de longueur, 
poui'Nue d un chas, très j)oinlue, en hois noir très dur. (iette 
aiguille servait à attacher r»'!i\eloj)pe du cadavre décrit plus 
h. ml soiis le m" 4- L'aiguille l'sl i(lenti(pie à celles de Savate, 
reproduites y/*/. 1 '2 1 /. . / e| «jecnles |)age ^98, s<Milement ces 
dernières sont plus j)etites. 

l'ifj. 17'2 i',/. Deux lusaïol(>s en lK)is dur. 

/''jf/. ty'iij. Ltui en hois, de o^o.) de hauteur, ouverture 
ohlniigue, creux jus(|u'.i une profondeur de »»'"<» '| , à parois el 
lond minces. 

De nomhreux fragments d'autres ohjets en l)ois provenant 
des si'pullures de (ialaiiia .sont impo.ssihles à identifier en ce 
qui concerne |;i tonne d(\s oJ)jets dont ces fragments ont fait 
partie. On reconnaît cependant plusieurs morceaux de hâtons 
à fouiller, semhlahles a ceux (pie nous avons décrits d(» Pucara 
de ninconada, pag»* f>'|(), et (huit un spécimen est reproduit 
Juj. I.'i? b. IMusieurs autres fragments pro>iennenl de cuillères 
en bois. 

Au cours de ses dernières fouilles a Calama , M. .Sénéchal de la 



ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 737 

Grange a trouvé, dans une sépulture, une trompe en bois d'en- 
viron o°8o de longueur, affectant la forme d'un olifant. 

Une autre trouvaille intéressante de ces secondes fouilles est 
une sorte de chapeau ou coiffure composée de petits morceaux 
de bois plats ayant des encoches à une de leurs extrémités, 
qui permettaient de les réunir en forme de cône. A cette coif- 
fure adhéraient encore des plumes roses de flamant. 

Une statuette en bois, de o"' 20 de hauteur, ressemble à la 
figure sculptée sur la spatule reproduite y?^. 173. Cette sta- 
tuette a une main placée sur le ventre et l'autre sur le dos. 

Des fouilles de 1906 proviennent aussi de petits récipients 
carrés, taillés d'une seule pièce de bois et divisés en plusieurs 
compartiments. M. Thomas Evvbank (125, pi. x, Hg. G) reproduit 
un objet semblable, provenant d'Arica. Au Pérou, on a fré- 
quemment trouvé de ces petits récipients, mais en terre cuite. 
Ce sont des boîtes à fard, comme le démontre un spécimen 
mentionné par M. L. Wittmack (380). Cette petite boîte, pro- 
venant d'une sépulture d'Ancon, avait quatre divisions, toutes 
remplies d'une pâte (^urucû) du fruit de Bixa Orellana, Lin., 
duquel, comme on le sait, se servent encore de nombreuses 
tribus indiennes pour se peindre la face et le corps. La boîte 
était fermée par un morceau d'étoffe attaché avec une licelle. 

En dehors des armes et des outils de travail et ustensiles de; 
ménage que nous venons de décrire, les sépultures de Calama 
ont fourni d'autres objets en bois, d'un emploi problématique, 
sculptés avec un soin et une imagination artistique assez re- 
marquables. Ces œuvres des sculpteurs du Désert d'Atacama 
se retrouvent toutes dans les grottes funéraires de la Puua (!<; 
Jujuy. Ces objets, si compliqués et en même temps si res- 
semblants, constituent l'une des meilleures preuves cl*' l'nnllc 
ethnographique de ces deux régions et indiquent (pie la Puna 
(le Jujuy fut jadis habitée par des Atacamas, comme le D('\sert 
d'Atacama. Ces pièces consistent en de petites tablettes sculp- 
tées, en tubes sculptés contenant des épines et en certains 



758 wiioniKs m: i.\ ntmofi andine. 

outils avant la forme de spatuir avrr d«\s Hj^iires sculptées au 
bout (in manche. 

IMu.KTTKS SCLIJ'TKKS. — Lt'S /ay. 1/1 a v[ 17^2 a, a n-piè- 
Nriilnil (jru\ fl«* rrs tablettes. La première est faite de l>ois dur, 
iXnlqnrntlm probablement; elle a o" i 'i de lonj^Mieur, V compris 
le mancli)', el o^o.î de lar«;eur. La dépression rectan«;ulain' 
de celte tablette est le«(èrenient concave el le dos montre une 
coiiNcxité cfirrespondante. Le manche représente une tète de 
condor sculpté»» a\ec beaucoup de naturel. L'autre tablette, 
en lw)is noir très dur, se Noit //y. 172 a, a des deux côtés; elle 
a o"* 12.) de Ijuij^ueur totale et o°*o'|o de lar«;eur. La dépres- 
sion rectan«;ulaire a o^oG.H de lonj^ueur sur o""OQ2 de lar- 
f;eur. Une partie dr l.i l.d)lette est detruil»- el des éclats se sont 
détachés sur !•• (It\.iiil des dru\ ligures servant de m. niche. 
(!elles-ci repré.sentent des personnaj^es monstrueux avec un 
museau de chien tombant sur la poiliine. Les deux têtes ont 
des oreilles diri^^èes vers le haut; l'une ;i iiiii> corne sur le 
Inuit, l'autre a du é«;alement avoir un«' corne, mais elle est 
sans doute tombée avec une jiartie de la fac<». Les bras n\s- 
seinhlenl a des bras humains; ils .sont séparés du corps par des 
fentes. Les deux personnalises ont de l.iri;e> ciintures ornées de 
j^reccjues. Le bord latéral de l.i tabh'lle. (|ui est entier, j)résente 
au milieu une p(»tite dépression reclani^ulaire; l'autre lM)rd 
a\ai( probablement une dépression semblable. Dans la collec- 
tinii donnée au Musée de Monaco, d v a une troisième tablette 
d(Mil le manche représente un personnaj;e monstrueux. En 
décrivant paj;e 6.^1 une de ces tablettes, provenant d<* l'ucani 
(Il liinconada, j'ai énuméré tous l»s spécimens connus et j'ai 
rendu ( nm|)te de leur distribution ^éo^rajihicpie depuis le Bas- 
IVroii jus(prà la province Av S;\u luan, dans la République 
Arj;;entine. J'v ai parlé aussi des sup|)ositions émises en ce cpii 
coiicrrne l'emploi de ces l.d)letteH. 

Tl BK8 SCULPTÉS CONTKN\NT DBS ^.PINKS. Un He CCS lllbes 



ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 739 

est reproduit, vu de face et de profd,^?^. 17i d, e. 11 est fait 
d'une seule pièce de bois ressemblant à celui du cedro [Cedrela 
Lrasihensis, Jiiss.), qui est employé, comme nous l'avons déjà 
dit, pour un grand nombre d'objets de la Puna de bijuv. Le 
tube, d'une longueur de o'" 176, est percé d'une extrémité à 
l'autre d'un canal cylindrique de o"oo5 de diamètre en liant, 
diminnant jusqu'à o"'oo/4 en bas. Le tiers supérieur du tube 
est plus large que le reste; cette partie a la forme d'un cylindnî 
à surface incurvée. Au-dessous est sculpté un personnage à tête 
monstrueuse : grandes oreilles et grand museau. Le corps a la 
forme humaine; les bras sont séparés du corps par des fentes; 
les jambes manquent. Dans la partie supérieure du tube est 
placé un petit paquet d'épines de cactus, dont les extrémités 
non pointues étaient, lorsque la pièce fut trouvée, attachées 
ensemble au moyen d'un fil de boyau. Cette ligature a été 
défaite, de sorte que la figure montre les épines séparées, dé- 
passant l'ouverture du tube. Quelques-unes des épines gardent 
encore le petit corps discoïde qui reste toujours au bout de 
l'épine de cactus quand on l'arrache de la tige, d'autres ne 
font pas conservé. Ce tube se trouvait enveloppé dans un mor- 
ceau d'étoffe ficelé au moyen d'une cordelette en laine et placé 
entre les vêtements d'un cadavre. 

Les fouilles à Calama, en igoô, donnèrent une pièce ana- 
logue à celle que nous venons de décrire, et qui présente le 
même personnage monstrueux, mais représenté dans la posi- 
tion assise. Cette pièce est conservée au Musée d'ethnographie 
de Monaco. Un autre spécimen, très semblable, provenant 
d'une sépulture de Chiuchiu, est reproduit fuj. 17 â a et 
décrit page 769. 

Un tube de la même catégorie, mais beaucoup plus sim])le, 
sans ligure sculptée, reproduit //</. 171 c, a été exhumé à Ca- 
lama. Dans cette pièce, la partie supérieure seulement, la phis 
large, est en bois (ïahjarrobo, semble-t-il; la partie inférieure 
est un tube plus étroit, formé par une portion du radius d'un 
pétrel géant, introduit dans le tube en bois. Ce dernier a o"'0 7'i 



7'iO ANTIQl ITES I)K LA RECilON \M»I\K. 

cl«' lonf^iieur pI 1«* tiilx» en os o" i38; la pièce complète, lorscpu* 
l<*s cl»*u.\ tiib«'s son! l'iiilMïifès l'uii dans l'autre, a une lon«;ueur 
de 0*165. La ix»rrf)ration de la partie en lx>is présente une 
section ohlon'MH*, d»- la même form»* et d»* la mèm«' jrrandrnr 
mw Tos (Hii doit \ entrer. Lrxtrémité du tube en os pré>ente 
des marques fini jxMivrnt avoir été faites avec les dents d'une 
ix'rsonne (jni aurait «ii Ir tuhe dans la 1k)ucIu*. 

I)rs tul>es srulj)tés semhlahlrs contenant di's pa(|uets d'épines 
de cactus lùuil «li' trouvés que dans le Désrrt d'Ntacama, 
dans la Puna de Atacaina et dans la Puna de Jujuy, excejjlé 
deux ^pécimi-ns qui ont été décrits comme provenant de la 
Vallée de VocaNii. (ies ohjel^ jxMivent donc être considén's 
comme caracl<'risll(|ues de rarcln'olo«(ie de la ré«(ion des an- 
ciens .Atacamas. \oicl les spécimens (pii ont rU' publiés juscpi'à 
présent. \l. I.»liiii.irm-Nitsclie (210: p. 10, a3 el a8: pi. 11, a4. a5, î6: 
III. 3i;iv. A 6) décrit, sous la dénomination (Yal/ilvlcms ou escan- 
firadiirrs, trois de ces tubes de Santa (iataliiKi. un de Sanjuan- 
mavo et un de (iasabindo. M. And)rosetti 28. |». la ri wiiv.. |»l. n 
reproduit les |)ièc<«s publiées par M. Lebmann-Nitscbe et v 
ajoute un spé( imen (I Wntola^asla de la Sierra partie sud de la 
Puna «le \tacama), un autre de Santa Maria <»t un troisième 
d.\inaicba. I unies ces pièces .sont send)lables <piant à la lorme 
j;énérale «1 a l.i ptrloration; ileiu spécimens de Santa (iatalina 
el ciliii (!»• .S;ii)|ii;iiimavo couserveut encore leurs pacpiels 
depines, comme les nôtres d(* (ialaina et de (iliiuchiu. Il est 
donc liors de doute (lue tous ces tubes ont contenu des éj)ines 
de cactus, L»'s lij^ures sculptét's dillerent; 1 un des tubes de 
Santa (iatalina n'a pas de sculpture, il ressemble à celui de 
(ialama y/y. /// r, a\ec ctllr (bllV-rence (pi'il est fait (l'une 
seule pièce en lM>is, au lieu détre coin|)osé d'un tul>e en Ixiis 
et d un auln' en os, comme ce diTuier. Deux s|M'*ciniens de 
Santa (iatalina montrent ries |M*rsoiniap>s monstrueux tout à 
fait stMublables à ceux de (lalama, //«/. /// d. r, et de (lliiu- 
chiu. La lij^Mire s<idpté«' sur le tuU» de (iasabindo est incom- 
plète el il est ini|)o.sbible de l.i rei oim.iîlre, de même cpie celle 



ARCHEOLOGIE DU DESERT D'ATACAMA. 741 

du spécimen d'Amaicha, dont il ne reste qu'un fragment. La 
pièce d'Antofagasta de la Sierra représente un Indien assis 
tenant en mains une hache. Enfin les tuhes de Sanjuanmayo 
et de Santa Maria sont ornés de figures sculptées de quadru- 
pèdes ressemblant à des pumas; celui de Santa Maria présente 
on outre, du côté opposé à la figure de puma, une figure hu- 
maine entière, étendue de dos sur le lube. Dans la collection 
Zavaleta, à Berlin, il y a un tube entièrement fait d'un morceau 
d os et ayant les mêmes dimensions et la même forme que les 
tubes en bois : la partie large en cylindre à surface incurvée, 
et la partie étroite en tube droit et mince. D'un côté de cette 
pièce est esquissée en relief une ligure rudimentaire, peut-être 
anthropomorphe; de l'autre côté, un caïman ou lézard est 
sculpté dans fos avec beaucoup de naturel. En outre, la pièce 
porte comme décor plusieurs cercles à point central gravés, 
semblables à ceux du topo ficj. 13 a, et autour de la partie 
étroite est enroulé un ruban en cuivre laminé. Cette pièce, 
cataloguée au Musée de Berlin sous le n** V. C. 4583, provient 
de Luracatao, situé sur la frontière de la Puna de Atacama et 
du département de Molinos (Vallée Calchaquie). 

La destination de ces tubes, d'un décor tout spécial, et de 
leurs paquets d'épines est énigmatique. Les épines n'ont pu 
servir d'aiguilles ou d'épingles; elles sont trop faibles pour cet 
emploi. Si les tubes avaient été de simples étuis destinés à con- 
tenir celles-ci , ils n'auraient pas été perforés d'un bout à l'autre ; 
le creux aurait eu seulement la longueur suffisante pour faire 
entrer les épines. De plus, les paquets d'épines sont liés d'une 
manière qui démontre que cette ligature devait être définitive 
et qu'on devait se servir du paquet entier, sans l'ouvrir. D'ail- 
leurs, s'il s'agissait d'aiguilles à coudre, elles auraient dû être 
pourvues d'un chas comme les aiguilles en bois que nous 
avons décrites; les épines de cactus avec le corps discoïde ne 
pourraient jamais servir d'aiguilles à coudre. Seraient-ce des 
aiguilles à tatouage.^ Plusieurs tribus du Chaco et du Brésil 
se servent en effet d'épines de cactus pour se tatouer; mais si, 

n. A8 



742 ANTinriTKS hl I \ Kh(.lU.\ AM>I.Nh. 

comme il me semble, les paquets étaient liés (l'iiiie façon per- 
manente, ce n'est pas jHnir le tatuuaj^e que les épines ont été 
employées : il n'en fiiiil |X)iir rrttr opération (pi un»' srulr à la 
lois. Knlin, iMUircjuoi uirllrr U's éj)inrs a tatouer dans un IuIm- 
«1 iMiii pas dans un étui ayant un fond.' 

\I. Lrlimann-Nitsche (210. |». io)a iorniulé um li\|Kjlliès<' sur 
l'usaj^e de ces paquets d'épines ri mu Inirs ^^aines «mi l)ois. 
D'après lui, les épines auraient été employées pour srarilier la 
i)eau, et les tubes auraient servi ;i |)niii|M'r le sanj; à l'endroit 
scarilié. 

T. a srnrillralion lait parlu- des operalions inédirales pra- 
ti(piées elle/, beaucoup de tribus indiennes, aussi bien dans 
r\niéri(ju»' du Sud cjue dans rAuiéricjue du Nord. Suivant Lo- 
zano(219. |». 97), les « médecins » des Lules (Tonocotés)du (ibaro 
suçait'ut le sang des malades, en tenant iirn' |nMnle <le flecln" 
dans la bourbe. L'opération aebevée, \v <• médecin • montrait 
la |)oinle de Herbe vu disant au malade (pu! l'aNait extraite 
de la blessure. La tbéorie de M. Lebniami-Nitscbe n'est donr 
pas invraisend)lal)le, l)i«'n (pie sa certitude ne soit pas sulli- 
samment prouvée. Ce (pii m'étoiuie dans I argumentation de 
M. Lelunann-Nitscbe, c'est i|imI \eul voir des « vampires • dans 
les iHTsonnages monstrueux des deux tulx>s de Santa (^atalina, 
send)lables à ceuxde Calamai't de (ibiucbiii, il donne ce lait à 
l'appui de sa ibéorie sur ri'iiij)l(ii de ces tub«'s jK>ur |)omjM'r 
bî sang. Ces personnages ont tous un corps bumain, et, d après 
ce cpie je pms vou', leurs tètes ont très peu de ressend)lance 
avec les vampires. Dailleurs, les autres sjM'cimens, ornés de 
pumas, etc., ne confirment |)as rbNj>otbésc de Ttruiploi de ct*s 
tubes |)our sucer le sang. 

Il faut tenir < (>n)|)te (b> ce cpie la scarification n'avait |)as 
loujours un but médical. IVapres Lo/.ano (221. 1. p. 16), les In- 
diens d(> Santiago del Lstero se .saignaiiMit lors de la mort d'un 
parent. L<»s anciens Mexicains se picpiaient les oreilles et la 
langue avec cbvs épines d agav«* ihitit:h , pour ollrir en sacrilite 
aux dieux les gouttes de sang qui n>staient a la jKtinte de 



ARCHEOLOGIE DU DESERT D'ATACAMA. 7'i;i 

l'épine. Ces hiiitzli étaient conservés d'une manière spéciale : 
trois épines alignées étaient plantées dans une quatrième et 
la pointe de cette dernière était introduite dans une balle de 
paille d'une certaine forme, nommée zaca-tapayol IL Les luiitzli 
et les zacatapayolli sont ùf^urés dans plusieurs des codices mexi- 
cains, et Sahaoun (320, i, p. 21 3) décrit ces sacrifices de santr 
extrait au moyen de piqûres laites avec des épines d'agave. Si 
les paquets d'épines de cactus décrits plus haut sont des instru- 
ments pour scarifier, il se pourrait que cette scarification ait 
eu un but religieux aussi bien que médical. 

Quoi qu'il en soit, aucune de ces solutions ne dépasse les 
limites d'une simple hypothèse; nous n'avons pas en effet de 
documents pour pouvoir définir avec quelque certitude fusage 
de ces tubes sculptés. 

Spatule sculptée. — A sa deuxième visite à Calama, 
M. Sénéchal de la Grange a trouvé dans une sépulture une 
sorte de spatule en bois noir, conservée au Musée de Monaco 
et reproduite de face et de dos fi(j. 173. Elle a o"" 26 de lon- 
gueur. A fextrémité supérieure est sculptée une figure hu- 
maine, coiffée d'un bonnet dont la partie postérieure retombe 
sur le dos. Les yeux sont formés par des pierres verdatres, 
cylindriques, incrustées dans le bois, mais celle de fœil gauche 
est tombée. Seule celle de fœil droit reste; elle est perforée au 
milieu, le trou représentant la pupille. Cet art de décorer les 
objets en bois avec des pierres incrustées était commun aux 
anciens habitants de Calama et à ceux de la Puna de Jujuy, 
comme le démontre une tablette rectangulaire provenant de 
Santa Catalina et reproduite par M. Lehmann-Nitsche (210, p. 8, 
pl. 11,18). Les oreilles du personnage de la spatule sont repré- 
sentées comme étant perforées et traversées horizontalement 
par un morceau rectangulaire de bois qui n'est pas visible sur 
la photographie. L'homme est vêtu de deux tuniques, fune 
plus longue que l'autre, et autour de ses épaules est attaché 
un autre vêtement, probablement un poncho roulé de la ma- 
is. 



744 ANTIQIITES DE LA RKGION ANDINE. 

nière en usaj^e chez les Indiens actuels, quand ils v envelopjxMit 
des objets jK)ur les porter. 

(iette |)ier«Tonlril)ue à un haut de^^re à démontrer l'analof^ie 
d«*s Irouv.iilles de (ial.mia avec celles de la Puiia de Jujuv. 
MM. Lehniann .Nilsclie 210. p. a;, pi. i\. a a" et And)ro.srlli 23. 
p. a;) re|)roduisent et décrivent une spatule très semblable pro- 
venant de (iasabindo". Elle est presqu»' de la même grandeur, 
et à peu près de la même forint' (jin' le spécimen que nous 
avons décrit; .seulement, au liiii d im personnaj^e sculj)té, elle 
• Ml j)rést'nte deux, enlacés comme les jumeaux siamois et dont 
les coilîureN diflerent de notre spécimen. Par contre, des coif- 
fures .send)lables à cr'lle de cettr dernière se trouvent sur la 
léle des pi-r.sonnaf^es sculptés qui .ser\ent de manches à unr 
labN'It»' rn i)ois provenant dr Itinconada, décrite et n*produili' 
pu \I. \iid)rosetli '23. p. 7b). 

Cloches en bois. — Ces < loc hes .sont peut-être les pièces les 
plus remarcjuables de (lalaina. M. S^Miéchai de la Gran«;e «»n 
a trouvé une dans ses premières lojiillrs r[ trois autres a .sa 
deuxit'ine visite. La première est rej)ri .sent«*e dans (jualre |M»si- 
lions diirérentes, //V/. 175. Klle se trouvait parmi les j)oleries 
(|ni acc(Mnpa^naient un cadavre dans .sa sépulture. (!ette doclu' 
a o" i()o de hauteur; son ouverture v\ sa face suj>érieun" ont 
la lorme d'ellipses dont les ax«*s lon<;itudinau\ «t transversaux 
ont resj)ectivemenf : pour l'ouverture, o" 'àSo et o"o93; |)our 
la face supérieure, o'" oc).') rt ()"'()(]>. I^a cloche est faite d un 
bois fibreux et lé^'er, de couirur brun Iniiré, |)eut-être du bois 
de Crdrvlti. iy«'xlerieur est |)nli, parlailrnienl lisse; mais a 1 in- 
térieur on voit les traces de linstruinent (pii a .servi à creu.ser, 
•'I (pii était une .sort»' (If j)iiiin. priit-être en |)ierre; toutefois 
\\ \\\' ^a^^il pas d un instrument m Inmie de coutiMii «î lon^' 
tranchant, «-oinin»' !»• démontrent clairement les traces. Les 
parois de la cloche sont remarcjuables parla rej^ularite de hur 

<*' M. A>nhnt»cUi donnr rrUc pièi-c nad« . I«n«ii> qiM> , d'apiV% M. I^hmann 
eommr provenant de Piiram Hr nin«-rv Nil»rhf. rlle « i^té trouvée à CaMbinHo. 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 745 

épaisseur, qui est sur les côtés larges de 0°" oo3 , et augmente, 
vers le haut, jusqu'à o'^ooS; sur les arêtes latérales de la 
cloche , l'épaisseur est de o"' o 1 o à o"' o 1 1 , et celle de la face 
supérieure, de o"* oi5. Dans cette face supérieure, il y a deux 
trous rectangulaires dont la position se voit sur la figure dé- 
signée b. Sur les côtés, au-dessous de ces trous, on remarque 
deux autres petites perforations de o"^ oo4 de diamèlre, visibles 
sur les figures b et d. Les grands trous aussi bien que les petits 
ont dû servir pour fixer le battant et la corde au moyen de 
laquelle la cloche était suspendue. La cloche a été fendue près 
du bord, d'un côté, comme on le voit sur la figure b à gauche, 
et la fente a été refermée probablement au moyen de ficelles; 
les petits trous où l'on a fait passer ces ficelles sont visibles 
sur la figure, deux de chaque côté de la fente. Les trois autres 
cloches sont identiques à cette première et ont presque les 
mêmes dimensions. 

Comme il a été dit page 6 i 4, le D' Uhle a trouvé dans les 
grottes funéraires aux environs de Casabindo, dans la Puna 
de Jujuy, deux cloches en bois de la même forme que celles 
que nous venons de décrire. Ces spécimens et ceux de Calama 
sont les seules cloclies en bois connues de TAinérique du Sud, 
et les trouvailles de ces objets si spéciaux et dans le Désert d'Al- 
tacama et dans la Puna de lujuy démontrent d'une manière 
positive que le même peuple habitait jadis ces deux régions. 

Des cloches en bois sont encore, de nos jours, en usage chez 
des peuples sauvages d'autres parties du monde; par exemple, 
les Niam-Niams de l'Afrique en ont, pourvues de battants. 

Il est étonnant qu'on n'ait pas découvert dans les sépultures 
de Calama les instruments qui ont servi à travailler tous ces 
objets en bois, dont quelques-uns, surtout les cloches, sont 
fort profondément creusés, et d'autres constituent des œuvres 
très compliquées de sculpture. On n'a pas trouvé, non plus, 
dans le cimetière, d'outils en cuivre pouvant avoir servi à tra- 
vailler le bois. Il faut donc supposer que les menuisiers et 



7^6 ANTIQl ITKS DK LA RKfilON ANDINR. 

Ipssriilptriirsd** (ialaina s«» sont servis dinstniincnts en pierre. 
Il est surprenant (piils aient pu faire ce qu'ils ont fait avec 
des outils primitifs, |i|s (jue des morceaux <h' sil«'\ «m (f'(»j)si- 
(liiMiiir. 

Masoii. k> iiois, — Au (ouFbde ses fouilles de lyo.), M. S«»- 
nf^'clial de la Graiij^e a trouvé, dans une s«''pulture, un masque 
en Imis parfaitement adaptable à la face d'uii jimiime, iMUirvu 
(l'un Ihiil; riiiiM'.iii rt ayant des trous pour les yeux. D'autres 
petits trous ser\«'nt à fixer la cordelette avec lacpielle on alla- 
cliait le mas^pie à la tète. Le mas(|ue a une certaine ressem- 
blance avec la fif^ure monstrueuse sculptée sur les tubes con- 
t(*nant <fes ••j)ines de cactus (pie nous \eiions de décrire. (!rtt«' 
pièce fut trouvée auprès d iiii cada\re, mais en deliors des 
vêtements qui I <'ii\('lop|)aient. 

N'ayant pas nu cri luléressant objet, (pii est conservé au 
Musée (If Monaco, je donne cette descrij)li<ni (raj)rès les i*en- 
sei«^nenu'nls (pu* iii'rn .1 fournis M. Sénéclial dr la (îran«;e. 

Calebasses. — I^es sépultures dr (ialania ont fourni un 
^rand nond)re de calebasses coupées par le milieu et servant de 
récipients. Il v en avait dr |>lusieurs «;;randeui*s et de divenw's 
Iniiiits. siiriniil (lis spliéricpies rt des i)\riformes. Mais toutes 
ces calebasses pn>\ Il iiuiMil , selon M. .Iul(*s Poissnu, de la même 
esjxMi" (le (•u(url)ilacée, celle (pu a fourni «'i^alement les cale- 
bas.ses de Morobuasi, de Tasiil cl de PucarA de Hinconada. 

Plusieurs spécimens, dont (piel(pii>s-uns sont repHubiits 
//(y. I /(> el 1/?, montrent d«'s dessins coinpli(pn*s, exi'cuté.N à 
la pyroj^ravure. (!es dessins ne présentent pas Ix'aucoup d'ana- 
logie avec ceux des calebasses pvn)j;ravées de Tasiil, n'pro- 
duites//y. 8â , mais certains ornements de calebassi's de (ialama, 
cdimne celui ipii es| < oinposé de S coucbés, s«* retrouxent sur 
des calebasse> ^'ia\ee.s |)ro\enanl d'Vrica et dont une est n»pro- 
duite par \IM. Slilbel et Heiss 340. 1. pi iT». n^v 19 . (]et ornement 
se retrouve, également sur d<'s calebassi's de la Pnna de Jnjuv, 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. ikl 

suivant les figures publiées par MM. Ambrosetti (23, p. 7G-78) et 
Lehmann-Nitsche (210, p. 47). Les calebasses de Calamay?<y. 176 
a, c présentent une rangée d'oiseaux gravés au-dessous de la 
bordure. Un décor analogue se trouve sur une calebasse pyro- 
gravée de Rinconada, reproduite par M. Ambrosetti (23, p. 72), 
mais dans cette dernière pièce on ne voit que la tête et le cou 
des oiseaux. 

Une des calebasses de Calama contenait des gousses de Pio- 
sopis; plusieurs autres, des grains de maïs; dans un autre sj)é- 
cimen, on voit encore le contenu de graines de Prosopis, 
formant une masse solide qui adhère à la calebasse. 

Objets en os. — Deux topos, ou épingles servant à attacher 
les vêtements, sont reproduits y/ry. I7'J h et i72 h. Le premier, 
dont f extrémité est cassée, est imprégné d'une matière, pro- 
bablement un sel de cuivre, qui fa teint en vert. Plusieurs 
autres topos en os, la plupart avec la tête en forme de spatule, 
comme le spécimen Jig. 171 b, furent exhumés au cours des 
fouilles de 190 5. 

Les tubes y?^. 172 h, i, de ©""oôS et o"'o85 de longueur 
respectivement, sont faits de la partie centrale de deux fémurs, 
le premier de vigogne, le second de lama. L'intérieur est bien 
gratté, ce qui rend les parois minces. Ces tubes ont dû être 
employés comme étuis, puisqu'on remarque, près des extré- 
mités, des incisions superficielles qui sans doute ont été faites 
pour bien fixer le fil au moyen duquel devait être attaché le 
morceau d'étoffe ou de peau qui fermait le tube. 

Un autre tube, fifj. 172 d, de o"* 1 6 i de longueur, beaucoup 
plus mince que les tubes précédents, est lait d'une portion du 
ladius d'un pétrel géant. Ce tube porte les traces do quatre 
ligatures. Son emploi est inconnu. 

La fi(j. 169 c représente un objet commun dans les sta- 
tions préhistoriques de différentes parties du monde. On s'esl 
habitué à dénommer ces outils «poinçons», mais peut-être 
leur destination était- elle quelquefois tout autr(\ coin me \v 



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ANTIQIITÉS DK LA RÉGION ANDINK. 

<l»"iii()n!n' l'oiilil à tisser reproduit /i(j. 95 d et 
dfcnl [)a«;e V|3, fait de la môme maiiien*. Il v 
a\.ii! |)lii>i«Mirs de ces pièces dans les s»*|)ultures 
(Ir (iiilaiiiii. Klles sont faites de la partie supé- 
rieiin> du nctatarsifii d'un lama, cet os avant 
ètè rendu bien pointu en le pilissant avec 
beaucoup de patience. M. Lelimann-Nilsche 
210. I». 3i. pi. IV. c 5 reproduit un d»' («'s oulds, 
|>ro\enaiil d un»* «grotte lunéraire de (iasahindo. 



Objets en pierre. — Les j)Iun {(mumiums sont 
Ifs jxllrs, dont une est rej)ro(luil«' //y. liiS d. 
i.v[U' prli»' est eu scliiste, d'environ G* oi 
d épaisseur. !.•• manche, qui send)le en Ixïis 
(\ (ilijiirndm , est I)i»mi (IkhI, mais f^rossièrenn'nl 
arrondi. •'! a o" 79;') de lon<(ueur et o" o3.) d <•- 
p.iisM'ur. l/extrémil»' du niaïuhe présente un»- 
iiilaillr aplatir, d'une lon;;u»'ur (le o" 080, ser- 
N.uil à v li\»'r la pcHr en s( liiste, (oii prohahle- 
Micnt était attaciiee au mau(d)r par i\y> l.uiiere.s 
ffi |M'au. De ci'tte manière, il jiarait dilTirile de 
lixtT solidi'inrnl l.i j)t'||i', (|ui «st ass«*7. larj^e, au 
ni.(ii(lH' htMuroiii) plus rtrnit; mais nue i)elle 

• iiiinaiM'Iiee, de (iliiurliiu, la(pielle sera men- 
li(inn«''i> plus loin, démontre (|ue ces |X*lies 

• liittil ••nnuanrliées comme nous venons de le 
Awi'. Lis pidir.s en scliiste sont communes dans 
II" cimetière de (ialama. Hans certaini's sé|)ul- 
lures, M. Sénéchal d«' la drange a tnmvé des 
|»f|l«'s sans maiirlir, dont lune est n»prés«Mitée 
//y. laU p: dans d'autn\s sé|)ultures, il y avait 
seulement le manche; ce|XMidant la pelle repro- 
duite fiif. !f)tS d a été tnuivée n\ec son manche. 

Les Indiens actuels lahricpieut des |>elle.s en fer, mais ils 
ont garde lancieu modèle des judles en schiste. .le reproduis 




ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 749 

fig. 165 une pelle en fer fabriquée par les Indiens de Colcha 
(Nord-Lipez). La forme et remmanchement sont les mêmes 
que dans les anciennes pelles en pierre. Cette pelle a o"" 700 
de longueur totale, dont la lame o™ 2 45; la partie étroite de 
cette dernière, où elle est fixée au manche, a 0°' 080 de lon- 
gueur. La lame est très solidement attachée au manche avec 
une lanière. 

Au cours des fouilles de 190^, il ne fut pas rencontré de 
pièces d'enfilage en pierre, ni en coquille; mais, en igoS, 
M. Sénéchal de la Grange trouva quelques rares perles en 
turquoise , en forme de disque , ainsi qu'une petite pendeloque 
perforée représentant un oiseau. 

Céramique. — Toute la poterie trouvée à Calama au cours 
des premières fouilles de M. Sénéchal de la Grange est faite de 
la même sorte de terre, avec le même dégraissant contenant 
de très petits grains de feldspath et de mica. La pâte est assez 
grossière bien qu'homogène, toujours de couleur rose. La 
cuisson est assez parfaite et égale sur toute la surface du vase , 
mais on y voit souvent des taches noires provenant de brû- 
lures. Les formes sont très simples, sans décor modelé et sans 
peinture, excepté un seul vase décoré de lignes courbes très 
simples, et aussi le petit \ase fi(j. 181, qui, je crois, a été intro- 
duit à Calama du centre de la Bolivie. Quelques rares pièces 
sont engobées avec de l'ocre rouge. 

Voici des spécimens des formes principales : 

Fifj. 178. Hauteur, o"'238; diamètre extérieur à l'ouver- 
ture, o*" 160; diamètre de la panse, o"" 240. Engobé en rouge, 
décoré de lignes courbes très simples, peintes en noir. Il existe 
deux autres vases de la même forme, sans décor peint; l'un 
d'eux a les mêmes dimensions que celui figuré ici; l'autre 
est un peu plus grand. Ce sont les vases les plus grands de la 
collection. 

Fig. 179. Hauteur, o"" 160; diamètre de l'ouverture, o"' 1 4o; 
diamètre de la panse, o"" 2 35. Forme sphéroïdale aplatie. Sans 



750 ANTIQUITES l)K LA RKCION ANDINE. 

décor et sans «mi«(oIm*. La surface présente plusieurs hrùlures 
faites |)<Mirlant la cuisson. L'extérieur a été raclé avec un 
instrument (|ui v a laissé de nonihreuses stries fines |)res(jui' 
toutrs liuri/.oiitales. Lintérirur montre une croûte noire j>ro- 
Nenanl d inir matirre or«(ani(ju«' dont ce Nase a été rempli. Il \ 
a un aulre sjM*cimen, plus pariaitement splu-rique, de o" 180 
de liautcur. 

l'itj. 180. Vase de la même formr (|ii. !«• précédent. Ilau- 
l«'ur, ()"' i,S5; diamctrt' dr l'ouNrrture, o"" \\\i)\ diamètre de la 
panse, o" 300. (ie va-se a, au lieu d'anses comme les autres et 
au même endroit, de petits mamelons allon«^és. Il a été trouvé 
enl<Min' d une corde (pii servait a le suspendre, (ietle corde, 
(pli foriiH' aii-dess(Mis du vase un lrianj;le, est tressée en laine 
de lama de deux conirurs : l»i nn «'l rouj^e; la première cou- 
li iir rsl n.ihirrjl»', mais la «iruxirme a vU' ohienue i)ar une 
Il inhirr. Les dillérentes |)arti(*s de la corde sont réunies au 
nioNen d'éj)issiires, et non par des lueuds. 

/'/y. lS,'i u-i. Neiil vases et éiuelles repn'srniant les formes 
les pliiscommunes de» la poterir rln riincfiere de ( lalaina. Toutes 
ces pièces n'ont pas de di'cor; deux seulement sont enj^olx'i's 
en roupie. Un vase, de la même forme que celui désif^né par la 
l«'llrr jf , élait lernn' an niovrn d un morceau d'étolTe serré 
autour du «;onlot |i ir nnt> conlel(>ltr m laine noire et hianclie. 
I*ar-<lessus s(» tron\.Ml nnNersée la cal<*l)asse j^ravée /k/. 177 c. 

hHf. îiSl. Petit vase de o*" 1 jH de liauleiir, 0*100 de dia- 
mètre extérieur a l'ouverture et o"' 1 j.) df diamètre à la pan*»e. 
trouvé dans lune d(»s sépultures dt» (lalam.i. I\ile plus rouj(«' rt 
plus line (pie «elle de la poterie j^énéraN* de ce cinn»tière. Sans 
enrobe, décor juin! rn noir, (ie vase, le snd d»' ce jjenre parmi 
l(vs lions. lillrs de Calama, est |)r(>s(jue identicpie comme |)ate, 
forme et décor à celui re|)roduit //y. ItS'J et cpii j>rovient des 
loiiilles de Nt (if ('.ré(pii Monllorl dans d'anciennes sé|)ultures 
de la \ allce i\r (!aj;ua, dans le canton «le Yura !|irovince d«* 
Porco), sur le liant plateau l>oli\ieii, iMitre Pot<»si et Huan- 
chaca, à en\ir<»n Ifw.^"' do distance à \nl d'oiseau de (!alama. 



ARCHEOLOGFE DU DESERT D'ATACAMA. 751 

Les fouilles dans les vallées formées par les petites rivières de 
Cagua, de Panagua et de Yura ont donné une grande collection 
de poteries du même style et du même décor que ce dernier 
petit vase. La figure de celui-ci se trouve, ainsi que celles de 
quatre autres vases de cette région, publiée dans le rapport 
de M. de Créqui Montfort (108, pi. vu, vm) sur les fouilles de 
Calama. 

La céramique de cette région est d'un style si uniforme et 
si exclusif, que l'on ne peut douter que le petit Yase fig. 181, 
trouvé à Calama, ne provienne du centre du haut plateau, 
c'est-à-dire d'un pays habité à l'époque de la conquête par les 
Chichas. La trouvaille de ce petit vase, unique en son genre 
dans le cimetière de Calama, démontre qu'un commerce exis- 
tait, au temps préhistorique, entre ces deux régions; le cime- 
tière de Calama et les sépultures de la région de Yura sont 
donc contemporains. 

La partie du cimetière de Calama fouillée par M. Sénéchal 
de la Grange en iQoS a donné, d'après ses renseignements, 
des poteries plus élégantes de forme, plus grandes et mieux 
ornées que celles de la partie explorée en igo/J. Comme ces 
pièces se trouvent au Musée de Monaco, je ne puis les décrire 
ni en donner des figures. 

Vannerie. — Le platy?ry. 18â a o^Si de diamètre, le petit 
plat,/^. 185, 0°' 17. Le petit panier, y?</. 187, a o'^og de hau- 
teur et 0°* isî de diamètre à l'ouverture. Les grands plats, de 
dimensions plus ou moins égales au premier de ces spécimens, 
étaient assez fréquents dans les sépultures. M. Sénéchal de la 
Grange en a rapporté une demi-douzaine. Dans fun de ces 
plats, en l'exhumant, il avait trouvé des grains de maïs. 

La vannerie de Calama est très régulière et bien tressée. Les 
fils disposés en cercles sont comjîosés de chaumes réunis en 
Faisceaux et provenant probablement d'une (espèce de Siijm. 
Les chaumes simples qui croissent et recouvrent ces minces 
faisceaux sont d'une autre graminée ou peut-être d'une c)pé- 



752 ANTIQL'ITKS I)K LA HKCilON ANOINE. 

racée. Ces derniers cliauines sont larges deo^ooS, plats, très 
réguliers «»t très longs. A Putarâ de Rincunada, jai trouvi* des 
fraifinfiilsde vannerie tout a l.iit (Iri.i même confection. D'autre 
part, M. L«'limann-Nitsclir 210. |. s.). |.l. i\. l.^ reproduit un j)lat 
de Casahindo, (|ui, a en jug«*r par la figure, est fgalrmfut de 
la menu* .sorlr d«* vannrrie cpu' celle de (ialama. 

L#e pacniet de joncs, //</. 186, se trouvait dans un p)l cassé, 
exliumé d'une s«^j)ullmi'. Il n'v a ri«'n à l'intéririir du p.icjuet. 
Je n«' saurai dire (oirlle était la destination de ces joncs, (|ui 
sont diUiTtrils des chaumes ayant ser\i à la conlectioii d»- la 
vannerie. 

lin i()or), M. SéiU'clial de la (irange troUN.i .nilniir de la tête 
d'un cadavre, et servant de coillure, un handeau d'In-rhe très 
Fortement nattée et ayant inn' longueur de o"()o sur o'" lo de 
largeur et o^oa d'épaisseur. Ce handeau formait deux epais- 
seu^^ •'! était recouvert d'une lourrure dans no tri état de di'^ 
«niiijxtsilioii , (|ii'il ne lu! pas possihie (!•• I.i conserver. 

Tissus. Cordes. — Les vêtements cpie portaient les cada\res 
de (i.ilama «'laient des mantes ( ponchos j et des chemises ou tu- 
nicpies ramiscfds^ sans manches. M. S<'»néchal de la (irange 
dil (III il ii'.i |);is Nil (If ces tmiicpies avec des manches courtes, 
telles cpie j'en ai Kiicontré à Savate, cl (pie 1 on Ikhinc souvt*nt 
sur les iMoiiiies péruNieinies. Toutes les élolle> provenant de 
(ialama sont en laine de lama ' . Aucun tissu en lihres végétales 
n*a «'le trouve. 

Prexpie Ions les lisMis sont épais et grossiers, .semhlahh's 
aux ponchos des Indiens actuels. Le dessin consiste pre.scpie 
exclusivemiMit en raies de dillV-rentes largeurs et cjuileurs. Les 
tissus lins, coiiiine ceux de Savate, //</. 119, élaii'ul rares; leur 
dessin ne.se com|)os«' (pu- de raies. 

' Jr uni |»«* ru l'ocrn^ion tir »ou vign^nr . d(il|>>r.i ri tir iiioiilon , jr liai 

mellrr cr% Uinrt à un rtumon mirro Irouvo nurun »pTimcn qui rrttrmlilàt « 

«copiqiir, nini», en lr« rompamnt atrr rc» divpr*c» %ort<»» dr Uinr. 
tie» ^rhanlilinn« dp Iamio dr hi><tn«ro. do 



ARCHÉOLOGIE DU DESERT D'ATACAMA. 753 

Comme il a été dit, les morts avaient généralement un ou 
deux sacs rectangulaires en tissu de laine de lama, pour la 
plupart à raies multicolores et ayant en moyenne o™ 26 à o"" 1 5 
environ de longueur. L'ouverture se trouve de l'un des côtés 
courts du rectangle. Tous ces sacs ou chiispas sont pourvus de 
cordelettes de suspension, également en laine de lama. Un sac 
difïere des autres : l'ouverture se trouve de l'un des côtés lons^s 
du rectangle, et des quatre coins sortent des cordelettes. Ce 
sac devait probablement s'attacher autour de la taille, commet 
l'on attache une ceinture. MM. Reiss et Stùbel (308, n, pi. 72) 
reproduisent un sac de la même catégorie, provenant de la 
nécropole d'Ancon. 

Un tissu tout à fait remarquable fait exception aux tissus 
communs de Calama; c'est celui d'un poncho noir, dont un 
morceau est reproduit fig. 188. M. Sénéchal de la Grange 
trouva deux pièces de cette sorte qui servaient à envelopper 
deux cadavres, l'un à quelque distance de l'autre. Notre plan- 
che ^'^ représente l'endroit et l'envers de l'étolfe qui est tissée de 
fd très épais de laine, de o™oo5 à 0^007 d'épaisseur, simple- 
ment tordu, mais pas natté. Des bouts saillants de ce iîi, de 
o™ 1 o à 0°* 1 5 de longueur, forment à la surface de l'étoffe une 
frise ou toison très épaisse, l'étoffe avec cette frise donnant 
une épaisseur de o™o3 au moins. Quant à la forme de cette 
pièce, il est difficile de la déterminer maintenant, puisqu'elle 
est en partie déchirée et détruite. Les bords semblent avoir été 
garnis de cordes en laine. Dans un endroit de l'étoffe se trouve 
ime fente comme celles des ponchos modernes, qui sert à y 
passer la tête. Je ne saurais dire si cette fente était placée au 
milieu de la pièce quand celle-ci était entière. La fente est 
également garnie de cordes cousues le long de ses bords. 

Certains cadavres avaient la tête entourée d'un grand nond^re 
de minces bandeaux tressés en fd de laine de plusieurs cou- 
leurs dont le rouge prédomine. Chaque bandeau a environ 

'' 11 y a une faute d'impression dans la légende de celte figure : ;iu lieu de tissus. 
lire lissa. 



75^ \NiMM ITK> 1>K I. A IIK(.I(».N ANDI.NE. 

un (Irnii-iN'iiliiiH'tre do largeur. Ils étaient placés autour dv la 
lét«', une dizaiiK' ensiMiihi»'. 

Tous l^•^ radavn'S étairiil liés avi'C drs cordi'b, d«' I ^'j)ais^^'ur 
du pouce, ;(énéral«'nu'nt hicolores (l)laiic l't noir, ou hiaur et 
hruii), iMi laine de lama. Dans cpieUpies séj)ultures il v avait 
une Jurande (piauiité de ces cordes. 

Kniiii on V reniarcjuait des fraj^inents de Irondes, bien (pie 
rares, liahiliiin'iil tressées en laine de plusieurs couleurs et 
pré>i'iil;ml des drs.sins assez compliqués. (!es frondes sont sem- 
hlahlrs à (••Iles (pi'on a exlmmces à .\ncon el dans d'autn's 
cinielieiTs (in INmou. 

Restes d'aliments. — Plusieurs ii'(ij)ifiit.s ••n Irrrc cuitr ri 
en vannerie conservaient des n'stes d»' l'ui (ontiMiu. 

Il y avail, dans iiii pot cassé provenani duiii' s«'j)ullun*, une 
(piantité di' \iai)(|r serlie (rliar(iin\ bien conservée. Nous re|)H»- 
diiisons, //y. Kiff a, im morceau de ce rlianiui, avant la formr 
d une mince j)l.i(pn', ri d'autres en Iihiih- dr lanière^: I nu»' 
de ces lanières sert à lier les autres. 

Plusieurs poteries, ainsi ([iit I un des j)lals en vannerie, con- 
tenaient flfs L;iMms (il* maïs. M. le con.sedh'r intime L. \\ ill- 
mack, prolesseur à l'tcole rovale des hautes études d .i^^ri- 
cnlture di* B(*rlin, a bien voulu examiner (l(>s écliantillons de 
ce niais (jne je lui ai envovés; comme il a été dit plus liant 
(paj;e 8:)), il les a\ait d abord déterminés comme étant des 
grains de Zea Mnvs <iuas<<incnsis [<nias(iuinirnsis)^ liona/oiis, 
mais postérieurement il les a trouvés plus raj)pr(Khés de Zca 
\fays piTUviana , H'tttmack (380 6m), variété qu'il a fondée sur 
des épis provenant d» l.i nécropole d'Ancon. Dans une note 
publié»' j^ar M \\ illmack (380 frr snr les échantillons de 
(ialaina (pie je lui ai remis, b\s grains de mais v exhumés sont 
rap|>orlés a cette dernière variété. Dans les fouilles de ipof), 
M. .Sénech.il de la (irange a trou\é moins de grains de mais 
qu'en 190.^, mais |)ar contre l>eaucou|)de mais en épis. 

Dans les sépultures, surtout dans celles fouilléi's en iQoiJ, 



ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'AÏACAMA. 



/oo 



il y avait de grandes quantités de gousses de Prosopis, ahjar- 
roba en espagnol. La plupart de ces fruits avaient été jetés sur 
les cadavres en les enterrant; une partie se trouvait dans des 
récipients. M. Wittmack en distingue trois espèces, l'une, la 
Prosopis Siliciuasùmin, DC, et deux autres qui n'ont pu elre 
déterminées. 

Une écuelle et plusieurs calebasses contenaient des graines 
de Prosopis qui ont été reconnues par M. Wittmack et par 
M. Jules Poisson. Ce dernier m'écrit, ta propos du contenu d'une 
des calebasses : « Quant aux semences qui se trouvent empâtées 
dans une calebasse , ce sont des graines de Prosopis enveloppé(\s 
chacune dans l'endocarpe cartilagineux du fruit disparu, mais 
dont la portion pulpeuse a été en partie conservée et qui forme 
terreau autour de ces semences. Les fruits ont probablement 
été malaxés avant d'avoir été introduits dans la calebasse. » 

Une autre écuelle contenait une matière organique dessé- 
chée et mélangée avec de la terre. Dans cette matière M. Witt- 
mack a trouvé de petits fragments de l'épiderme de grains 
de maïs, du mycélium d'Oidium et de nombreuses cellules d<' 
levure. Par conséquent, l'écuelle avait certainement contenu 
de la chicha. 

La plupart des sacs en laine contenaient une poudre noire 
rougeàtre, provenant probablement de la décomposition de 
leuilles de coca. Dans les anciennes sépultures du Pérou, on 
rencontre souvent des sacs ayant contenu de la coca. M. Wiener 
(377, p. 82) en a trouvé à Paramonga, et M. Wittmack (380, p. 328) 
mentionne im sac rempli de ces feuilles qui avait été trouvé 
auprès d'une momie d'Ancon. 

Un petit sac, placé entre les vêtements d'un cadavre, conte- 
nait une forte quantité de petites graines noires provenant d'une 
espèce de Sisymbriiim, suivant l'examen microsco])ique aucjuj'l 
ces graines ont été soumises par M. Wittmack. 

Tous les sacs renfermant diverses matières, trouvés auj)rès 
des cadavres du cimetière de Galama, étaient fermés, leurs 
ouvertures étant cousues. 



756 ANTIOI ITKS DK LA UKfMON ANDI.NK. 

Crâne de chien. — Dans l'une des sépultures fouillées pen- 
dant son (leruirr séjour à Calania, M. Sénéchal de la (iran«(e 
trouva un erain* dr cliieii aucjuel adliéraitiit trois xertehres du 
cou; mais, malgré de soi«;neuses reclierdu's, il lut ini|>ossible 
de retrouver le reste du scjuelette. Ce crâne est conservé au 
Musér i\r Monaco. Je l'ai comparé avec la planche cpie donne 
M. Mln-d Nrlirin»; 255 dans sa remanjuahle étude sur le chien 
des autochtones rlii Pcimi, (|ii«> nous avons déjà mentionnée 
pa«;e ()G'i. Le crâne exhumé |);ir M. Sénéchal de la (îranjçp 
concorde si j)arlaitrmeiit avec la li^Mire du crâne du C.anis liujiv, 
Tschiuli , var. vcrtayiu, .\i'/tnii<j, cpiOn pourrait se demander si 
r^îtte lif^ure n'a pas été dessinée justement d'après le crâne ch* 
Calama. L'> dimensions de ce dernier concordent éjçalement 
avec celles cnir doiiiir M. N» liriu"^ pour l.i variété l'erfatiiis, le 
crâne de Calama ayant o'" iaH de lonjçueur hasilaire' , et les 
crânes du vviiaijus éhi(li«'s par M. Nrhrm^. de o"'!^" à 
o" 1 I 'i . 

''* Sous la (Jrnoiiiinalioii Je • lungiu-iir itrcipiul cl lo lK»nl |KnU'*rirtir de l'alvroie 
l>a%ilairr*, M. Ncliriiig rniii|ir<M)<i la tli.s- dr l'iinf* df>« incisiTi*» médianes Mi|ié- 

ianr*' mire I'- Ix'"' nnlérieur du Irou rii-iire». 



Pl. lxvii. 





'"^^H 


^HHI^^^^'' 


-'^ x^^^iii^!j|^^^^| 




_14^^- -^^QS^^^^^I 






^H^BC "T^MHIHH 










^^^^^^^kk v^^^^H 



Fi". 166. — (lalama. Tète à clie\eiix blancs. 







^^^^^^^^^^^ 






^^^^^^^Hn^' 






K|M^L,.v.y^ 






^HMIH&Mr^ j 






^^F^SêBS^ 


^''W^ 













Flj;. 1(17. — Cnliiinii. IVlf inomilin'. 



Pi. IAVIII. 




Ki'-. Mis. Ciilaiiiii. I' 



r, iiir il jiiilns onlils in liois. l'illr m |iii>iii- ii iniim lu- ni Imi^. 
F.iniron i fi j;r. nul. 



Pi.. LXIX. 




Ki^'. iCu). - (;;ilim;i. l'.ll.-i 'n. n), nrr (rcnfiint [l], (liVlirs (7-Hi^ fl niilrrs .MiliN ••ii Ixiis. 
(:nrc|li<iis (iViil'iinl (..iiloiuml d.s ll.Vlics (*). Poinron i-ii <>» ;. '. l'.ll.- ni |M.Tri> j)). Clianjut (a) 

i/G gr. nul. 



Pl. I.XX. 




Fii,'. 170. - (!iiliim;i. (ii'iii'lii'ls m Imis. — 3/^ ]iV. mil. 



Pl. lxxi. 




Fig. i-yi. (^iilama. Taljlctli' en l)ois sciil|iti'! (a . l'opo en os iji,. Tiiho cuiitcnaiil des f|>inrs (r. </. cj. 

l'eij^iK! (Ml bois (y]. — Einiron 2/3 gr. nat. 



Pl. lxxii. 




Fig. 172. — Calaina. Tahirll.' vn Ix.is s(iil|.l.' <i\ Aiiiiiillr r , rnsaï.ilrs (.•./; ri éliii [ij] m lM.l^ 
Topo [h] cl liilx's ^(/, II. 1) t'ii os. — a/;i gr. nul. 



Pl. lxxui. 



\<ù. 



\l^ 



F'v'. l'ji. — Calama. 

Spatule en hois sculpté. 

3//| gr. nat. 




. i7'i. — r.iiiiK-Jiiii. 
l'ulio en liois s(?iil|)l*'' coiih-Daiit (1rs i''|(iiii's (n] 
Tul)lctlc (Il liois snilptc Ji^. -- [\j'\ ^r. mit. 



Pr.. I.XXW. 





l'ig. 175. — Calama. (iliK-lic ni l»<)i>. — 1 'i5 j^i". nal. 



P... [AXV 





l''i|^. i-G. (ialama. C.iilcImsM's |)yrogravces. — 5/6 i;r. nal. 



Vi.. lAWl. 




Ci.Iiim;.. (;:.l.-l.ass.-si.)n.-ri.N.Vs. .>,ti i;- ■ '-•■'■ 



Pi- LXXVII. 




Fig. 178. - Calama. \ aso en terre cuilc. — i/3 gr. nal 




P'ig. 179. — Calama. — \ ase en leiie cuite. i/3 gr. iial. 



Pl. lxxviit. 




Fi". 180. — Calaina. Vase (!ii l(!rre cuite suspendu au nioven d'une rorde en laine de lama. 

i/.'i '^r. nat. 





Kif;. 1 !S I . — Calanin. 

Vase en lerre euile, mec diToi' |)einl en noir. 

ij?> ^r. nal. 



Fin. 1S2. \ allée (le Caiîiin (Yiirn. iirovinn- 

de l'oi-ei);. 
\ use en terre euile. iivee rléeor peint en noir. 

i/.'i gr. nul. 



Pi- L\XI\. 




Vie. i83. — ("-alaina. l'olcrlcs. — i/?> -t. nal. 



Pr- r.xxx. 



it:. 







Um 







Fi". i84- — Calama. Piat en vannerie. — Environ i 3 "v. nat. 





Kig. i8ô. — C.alania. 
l'elil plat en vanneri»;. — ■ i/3 i,'r. nal. 



l'v^. iH(i. C.alania. 
I'a(|iiil (le joncs. — i/3 },'r. nnl. 




Fig. 187. — Calama. l'anlei' en \aniierie. - i/i ;,'r. nal. 







^ 



i ^ 




S:^K'll» 



/ 




Phot. G. Pissarro. 



Cimetière de Calama. — Fragment de tissus enveloppant un cadavre. Ijulroit et envers. 

1/3 gr. nat. 



/ 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 757 



CHUQUICAMAÏA. 

Les mines de cuivre (carbonates, oxychloriin; et pyrites) 
(le Chuquicamata sont situées à environ 2 5""" au nord-ouest de 
Calama et reliées par une ligne de chemin de fer avec la grande 
ligne d'Antofagasta à Oruro. La montagne minière est toute 
criblée de petites cavités nommées Uamperas et qui représentent 
l'emplacement d'anciennes exploitations de cuivre, à l'époqut» 
préhispanique. On y a surtout exploité l'oxychlorure de cuivre 
(atacamite), qui se trouve à la surface. 

M. Georges Courty a trouvé, dans une de ces Uamperas, un 
lourd marteau en pierre, conservant son manche en bois et 
que nous avons décrit page 563, à propos des haches de pierre 
des Salinas Grandes, et reproduit y?^. 110. M. Courty trouva 
également dans une llampera un fragment de pelle en pierre. 

M. Sénéchal de la Grange rapjwrta en 1902 de Chuquica- 
uiata un cadavre de femme momifié qui a été décrit par le 
D"" A. Chervin (98, p. 706). Auprès d'elle se trouvaient un mar- 
teau en pierre emmanché, semblable à celui que nous venons 
de mentionner; un sac en peau contenant deux pierres; enfin 
un petit panier de la même sorte de vannerie que nous avons 
décrite de Calama. (^ette femme doit avoir travaillé aux mines 
de Chuquicamata, où elle aurait eu la tête écrasée par un ébou- 
leinent. 

11 est surprenant que les anciens hal)itants de (îalama, (pii 
se trouvaient si près de Chuquicamata, n'aient pas eu d'outils 
en cuivre, à en juger par fabsence de ces outils dans les sépul- 
tures du cimetière de Calama. Ce fait paraît indlquci- (jur les 
anciens travaux dans les mines de Chu([uicaniata ont eu lieu à 
une époque différente de celle à laquelle appartenaient les morts 
enterrés dans ce cimetière. Mais, d'autre part, la vannerie iden- 
tique trouvée dans fune et l'autre de ces localités constitue un 
argument en Faveur de l'hypothèse qu(» les Iravauxdes mines 
seraient contemporains de fépoque de Calama. 

n. ''9 



r58 .\>riOl ITES DK LA nK(.H).\ ANUINE. 



CHU CIIK . 

(ioiiimr iMni"> i'a\on.s dit, j)lii.sHMir> «'\j)lnr.ilriirs du |)«'mtI 
(lAtacama iiuMitioniinil 1rs ruines diiii f^rainl Nilla»;»' |)réliis|)a- 
niqup à (iliiiirliiii. CviU' localitf^ est située à ih^'" au nortl-pst de 
(ialania, à l'endroit où le lUo Salado rejoint le Rio Loa. L'eau 
de ce dernier est douce jusqu'à ce (ju il re(;oive les eaux sau- 
iiKiIrrs du Hio Sala<lo. (lliinrliiu jouit donc d'un avantage très 
•;rnnd dans ces ré*(ions, celui d'avoir à sa dis|M>silion de l'eau 
(limer. Nussi les terrains sont-ils meilleurs |)our l'aj^rirulture 
(jua (ialania; on \ cultive du maïs et des lej^umes. Les domi- 
nicains avai(*nt lond<^ un sièjje à (ihiucliiu en i()o(). Les 
cloclies de l'éi^lise aciuell»- du villa«;e datml du wiii sirric. 
i)'a|)r('s M. San Roman (322, t. i». 176), Cliiucliiu aurait actuelh'- 
inenl .Hoo liahitants''^ chillre que je crois exagéré. Ce sont 
tous des Indiens. (!onime ceux de (ialaina, ils |)arlaient jadis 
Tatacamefio, mais ils l'ont maintenant tout à lait ahandonné 
|)<)nr l'rsj)a«;nol. l'rézier (137, |». i.'ii, visita (iliiuclnu >rrs 1713. 
Il r.i|)|)*l|c « \tacama la hasse»*^' et évalue sa |)<)|)ulatinn à 
<S on 10 Indiens scMdemciit. Je ■^ii|)|>ose (|u il >eut dire 8 ou 
I o lamilles. 

\ii Mus. I' (r(>tlnio<;ra|)liie du Irocadero, il existe une petite 
collection ])rovenant de deux sé|)nllnres de (iliinrliiu, catalo- 
L,Miée sons 1rs n"* '|n5.S()-'|()6.i7, et r.»|)jn)rlée en iH{)4 parle 
haron Alhert de Dirtricli . (|ui a fouill»- Im-méme ci*s sépultures 
r{ a lait don au musée des ohjets (ju'il v a trouvés. 

Tous ce.s ohjets ressend)lent ahsolumtMit à ceux du cinie- 
tii'^re (\r (ialama. Voici l'inventaire de la collection : 

Unr |)elle en schiste (n" /|o599^, emmanchée, de la même 
rorme que celles de (ialama. O'ite pdle est attachée au manche 
au moyen dniif ligature m |)<mu. dans la même |M)sition (pie 

' 1^ iii^mp mitriir (322, n.p >) (>>inmc il • r\é tlil |iliit li^iil. 

ilnniir, fUn» iiiir .min» pit*' «lu ' , ,•■ (îS, re nom « «UHM clr nn|ilit|u<- » 

ouvi.»w>- uni liifTrviliilcmil , .'»«mi|i«I>i( , ■ (. ilaiiui. 



ARCHÉOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 751) 

le spécimen de Calama,//</. 168 d. La ligature, fort bien con- 
servée, est très solide, bien que la partie étroite de la pelle soit 
beaucoup plus large que le mnnche. Celui-ci n'est pas arrondi 
artificiellement comme ce-ix des pc^lles de Calama, mais formé 
simplement (fune ;ige d'arbre a .s z mince et gardant encore 
son écorce. 

Des cuillères en bois, un petit gobel l en bo s dir et noir, 
revêtu d'une enveloppe en peau; um fu^aïole en bois pareille 
à celle de Calama, fi(j. 172/; des crochets pour attacher les 
charges sur les lamas ayant la même forme que ceux déjà 
décrits du cimetière de Calama, fi(j. 170, et de presque toutes 
les sépultures de la Puna de Jujuy et de la Queljrada del 
Toro. 

Des flèches en bois, avec la pointe également en bois, iden- 
tiques à celles de Calama. 

Un tube en bois sculpté (n** 4o6i/i), contenant un paquet 
d'épines de cactus et reproduit de face et de càlé.fuj. 17 â a^^K 
Ce tube est semblable à celui de Calama, y?^. 171 d, c, que 
nous avons décrit page 789. H est fait en bois noir, dur, de 
la même sorte que celui de la tablette de Calama, f(j. 172 a; 
sa longueur est de o"'i85, et le canal percé à l'intérieur, 
d'un bout à l'autre, a o™oo4 de diamètre. Ce tube a la même 
forme que celui de Calama, et il est également orné d'une 
figure monstrueuse ressemblant au personnage que l'on voit 
sur ce dernier, mais sculpté avec plus de soin. Le corps a la 
forme humaine; les bras en sont séparés par des fentes prati- 
quées dans le bois; les mains indiquées, mais sans doigts; les 
jambes sont aussi indiquées par une partie plus éj^aisse du bois 
avec une dépression au milieu et des raies obliques sur It^s 
côtés. Autour de la taille, devant aussi bien que derrièn', on 
voit une large ceinture avec des ornements formant des /. I.»' 
personnage paraît être vêtu d'une tunique dont le bord inlé- 
rieur est indiqué; ce sont peut-être les manches courtes de 

('' Voir la planclie LXXIll, insérée apns la page 7IJG. 

19- 



760 ANTIQIITKS DE LA HtGIO.N AM)I.NE. 

cellr tuiiiqup que l'on aperçoit a la partie siipérii'ure (les hras. 
La léle est |)ourMie d'un museau très saillant; les niàcliuires 
trt»s pn^Mninantes sont fermées, maison >(>it le jour entre (leu\ 
ranj^'érs (|r drnls trianj^ulaires; sur la l«'\n* supériiMin-, il \ a 
une parti»' surelr>ée ou sont placées, dr tiia(jue coté, les na- 
rines; les veux sont convexes avec de petites concavités repré- 
sentant 1rs pupilles; sur !•• Iront, on renianpir iiim- sort»' (!• 
handeau et, au-<lessus de ce bandeau, une protubérance. Deux 
autres protubérances, plus ou moins cNlindriijues, une de 
cluKiue coté de la tète, représentent probablenu'nt les oreilles. 
Sur celte piecr de (ibiurbiu, sur celle de (laiama, a la(pielle 
nous \enons de faire allusion, et sur lt> deu\ lubcs de Santa 
(iatalina (pie reproduit M. Lelimann-Nitscbe f210,pl. ii.rig. a5. i6), 
on a é\idiMnnienl \oulu rejirésenl» r l»- nirm»' p»*rsonna«;e m\- 
lliNipie, (pioi(pic la forme d(>s oredies varie un peu dans les 
diflV'rentes pièces. Dans la partir suj)érieun' du hibe de Clliiu- 
cliiu se trouve un pacpiet de si\ e|)ines d(> cactus (|ui gardent 
encore, du côté non |)ointu,le corps discoïdr au nioven du- 
(juel elles étaient fixées a la lij;e. (]es «'xlrrimles non pointues 
des épines sont liées par une attaclie m libres >éf;elales tpii se 
\u\{ Juj. 17 ^i, surpassant l< hibr. Vax drbors de cette ligatun*, 
deo"oi.') de largeur, les épines sont IiIm«n »! di- difTerenles 
longut'urs; la |)lus longue a o"o(). Nous avons déjà discute la 
destination di* ces tidx^s en d>'i-i isint relui de (!alaina. 

I n«' tablette rectangulaire en bois ^^^n" 4<>^i''> . reiu'oduiti' 
//*/. /7'î A ' , est analo;;iie aux tablettes de Purara de Hincoiiada, 
/«/. l'i^ J, et de (lal.iin.i, //(/. 1/ I a et J?:^ a. Lon^MUMir l'xté- 
rieure, o*o83; largeur, o*o5.^; longueur de la dépression 
rectangulaire, o''o67; largeur, o'^o.'îy. Même .sort»- de lH)is 
(}ue le tube |)récédeiit. I,.i t.iMell»- pinte d. h\ a|)pendices ou 
manclies (|ui devaiiMit n-présenter des tètes bumaines, car on 
y remar(|ue encore, bien que pre^cpie efï'acées, des traces du 
ne/, et des veux. L'autre côte dr l.t tablette < -^t b-^n-reinent roii- 

'" V«r L |il«iii)ir lAXIil. illMirr «ptr» U pâgr -jbit. 



ARCHEOLOGIE DU DESERT D'ATACAMA. 701 

vexe. Dans l'intérieur de la dépression on peut observer des 
marques qui semblent indiquer que cette tablette a été em- 
ployée pour y moudre ou y broyer quelque chose. 

Deux topos en os , dont l'un a presque la même forme que 
celui de Calama, fg. 171 b. La tête de l'autre est plus large 
et presque rectangulaire. 

Des calebasses avec des ornements pyrogravés. Le décor 
est plus simple que celui des calebasses de Calama dont nous 
avons donné des figures. Sur une calebasse, on voit les mêmes 
volutes doubles formant des S que sur celle de Calama, 
fig. 177 c. Dans fornementation d'une autre, il entre plusieurs 
croix . 

Vanneries identiques à celles de Calama comme confection 
et forme. 

La poterie des sépultures de Chiuchiu, sans décor, est de 
la même pâte et des mêmes formes que celle de Calama. 
A citer : un plat engobé intérieurement avec de la plomba- 
gine noire et percé au centre d'un trou fait intentionnellement 
après que le plat était déjà achevé et cuit. Un vase en forme 
de timbale, fendu d'un côté, a été réparé en réunissant les 
deux parties au moyen des tiges fines d'un arbuste passant par 
de petits trous pratiqués dans ce but; l'attache a été alors en- 
duite de résine. 

Trois pièces de tissus. La plus intéressante est une tunique 
ou chemise i^camiseta) ^ sans manches, très bien conservée, 
portant dans le catalogue du Musée du Trocadéro le n" 40089. 
Elle est faite d'un seul lé de tissu épais, grossier, en laine de 
lama noire, mélangée de quelques rares fils blancs provenant 
probablement d'une tache blanche de l'animal qui l'a fournie. 
La/^. 189 montre la forme de cette tunique, vue de devant 
et de dos. 11 n'y a d'autres coutures que celles des côtés. Une 
fente au miheu, pratiquée en tissant la pièce, sert pour passer 
la tête. La partie ouverte de cette fente a o""42 de longiienr 
totale, dont o*" 21 de devant et o"" 2 1 de dos. D'un côté, la lente 
a été prolongée encore de o"'20, mais cette partie, marquée 



76Î ANTIQLITKS I)K LA RÉr.ION ANDINE. 

Mir la fi^iirr au iih»v<mi tl'iine li^n«' j>ointiHée, a été recousue 
au surjrl. Il UN a pas d'ourlrls : !•• n-hord inférieur ainsi que 
ceux fies ouvertures rie la tête et des bras sont formés par des 
lisières faites au métier même. La tuuirpie a i"io de lon- 
j;ueur, l"o6 de lar«;eur sur les épaules et o^Ha de largeur 
dans la partir inférimn'. La lar^^'ui ^^uv les é|)aules r>t lorl 
exagérée, eouiUK* daill«'urs, selon \l\l. Ilriss et Slid)»*l 308, 
II. inir.IrUpl. s-i^ cVsl |p cas de Ix'aucoup de vêtements ana- 



V fi V 



Fif(. 1S9. — (Jiiiirlitii. riii>miM* m éloiïr r|iai««r f|<> Uinr dr lama. 
Viir (Ir fjcr et «If clo». I -^o (;r. n«t. 

lofjues exhumés des sépnlhires d Anron. Pour avoir les hras 
libres, on rerurillnil |)rnl)al)lein«'iit ces vélcmenls en plis sur 
les épaules; (piand \rs bras étaient inartiis, on laissait tomber 
l'étollé |)oiir les proléger contre l«' (roid. 

Les autres tissus d»' l.i rnllecllon Dietrieb sont un sar ri 
une pièce rectangulaire de i^y^ sur o"8(). (iette dernière 
|M»rti' le n" \f^^^()'. (i'esl une pire .• de li>«»u grossier, d Un renli- 
inetre d'épaisseur, en l.nne brune de lama. Les relninls sont 
des lisièn»s formées dans le nulier. Le sac, catalogué sous 
le n" ^o.'»c|H, a o^jj! de longueur sur o^'ii de largeur. 
Il est rave. Les raies sont de dilVerenl«*s largiMirs; (juebpies- 
uii(>s sont blancbes, mais la plupart sont brunes en (pi.itie 
Ions divers, depuis |r brun 1res foncé juscpiau bistre clair. Il 
s<Mnble (pie ce soient les couleurs naturelles cle la laine, sans 
teinture artiiirielle. Le sac e.st i>our>u d une cordelette de siis- 
|MM)sion, en laine noire, simplement tordui'. 

line sorte de mirasse en p»Mii. rousnea>er délroih's |,T!iièn»d 



ARCHEOLOGIE DU DESERT D'ATACAMA. 7()3 

en peau. Cette cuirasse devait protéger la poitrine et le dos de 
l'homme qui la portait; elle est d'une longueur suffisante pour 
recouvrir le corps à peu près jusqu'au nombril. 

Une parure en plumes roses de flamant attachées avec des 
ficelles en laine était probablement destinée à être portée au- 
tour de la tête. 

Il doit certainement y avoir beaucoup de sépultures à 
Chiuchiu, mais un renseignement, publié dans un journal 
d'Edimbourg et recueilli par M. BoUaert (66), parlant de 5oo 
à 600 momies trouvées par le D"" Reid « assises en ligne for- 
mant une grande demi-lune, accompagnées de poteries rem- 
plies de maïs » , ne me parait pas vraisemblable. 



764 ANTIQLITÉS DE LA REGION ANDINE. 



CIIIMIU. 

Kii janvier 190a, M. N'iirclial <lr la (iraiij;»' a loiiillé d'aii- 
ciiMiiH's M'niilliin's sur li's rives <1»' r.in'>r H*- (!liimh.i (jui fail 
partir (!«• la liai»* d' Anlolaf^asta. 

Os s«'i)iilliin's i)rovi«»iiiHMjt saii> floiilrdts liidinis (!liaii<(os 
on (\v li'urs anrèlrps, les lJ^^^ «Ir la cnlc du l*;i(ili(jin'. Sur c<'s 
IndifMis nous avons donné, j)apps 67 ri snis.iiiliN, mi résumé 
dos nMis(Mj(ncmi'n!s liisloriqu«'s (jiH nmis possédons. 

I^'s (ihangosou Uros se distiii^iirnt dr l.i j)lii|)arl desauln^s 
iMMiiiIrs dr CCS réf^ions «»n cr (piils rntri riiiml It-urs morts ou 
iHisitinii étrudur, comiiu' l'on «'nl«'rn' 1rs (\idiiNn's rn l'.nroj>r. 
»'l non accrouiii.s romnn' l«'s <ada\n's du cinirtirn* <lr (.alama 
ou riMix des jMMipli's ap|)art('nant à la ci>ilisation ando-|)éni- 
virunr m général. lV()rl)i«;n\ 274. 1 p. 3.^71, (|ui lonilla (pidcpifs 
sépultures h (iol)ija m i83n. ht l.i n-niarcpir (jin- l«'s cadavri^s 
(ini m jnrt'iit rxlinmés «étaient concJH's m Ion»;, routumi* 
qu(> nous u avons retrouvée rlie/. aucune autre des nations 
anu''riraines, reploNanI «irdinairrnienl li- corps de manière a 
les remettre dans la position naturflic i\r i iiomme avant sa 
naissance.-. M. Hollaert 66, p 1-1 donne le n>èn>e renseigne- 
ment a propos dune • liuaca » (piOn a\.iil oiixerte à Oohija 
en i83o; peut-être s*agit-il des louilles d. d()rl)igu\. (|uoicpie 
M. Hollaert ne le mentionne pas. liastian 57, n. p. 915) signale 
aussi la dillérence des ummIcs dVnti'rnMuent riiez le» anciens 
Ouicimas, Vvmaras et Alacamas, (pii «Miterraient leurs morts 
en position accroupie et les (ihangos (pii |<>s inliumaient en 
|M>sitioii étendue. 

\a*» cadavnvs evliumés par M. Sénéchal de la Grange à 
/iliimha elai(*nt aussi ent<>rrés en position étendue, cousus dans 
des p«'au\ de loup marin { Plioca lupina, Molina). Ouatre crânes 
prf)venant de (iliimha ont été donnés par M. Seneclial de la 
(irangi- à la Société d'anthropologie de Paris, et des |)hotogra- 
plue& de ces crânes figurent dans nne communication laite a 



ARCHEOLOGIE DU DÉSERT D'ATACAMA. 765 

cette société par le D"" A. Chervin (98, p. 707). Ces cinq crânes 
(n'"' A, E, I, 0) et un squelette (n** 69 ) figurent aussi dans l'ou- 
vrage de M. Chervin (99, t. m, pi. 45, 46) sur la collection de 
crânes de la Mission Française. Les cadavres étaient enterrés 
dans le sable de la falaise qui, à cet endroit, a environ 2 5"" de 
hauteur au-dessus de la mer et est composée de couches alter- 
natives de sable et de calcaire formé par fentassement de co- 
quillages. 

Les sépultures se trouvent dans la couche superficielle de 
sable, à i'"ou i°'5o de profondeur. Aucun signe extérieur ne 
décelait leur emplacement qui fut découvert par sondage au 
moyen d'une longue tige de fer que l'on enfonçait dans le sol. 

De ces sépultures M. Sénéchal de la Grange exhuma trois 
squelettes d'hommes adultes, un de femme et le cinquième 
d'enfant. Auprès de ces cadavres, il trouva un certain nombre 
d'objets en pierre, en bois et en os, qu'il a donnés au Musée 
d'ethnographie du Trocadéro, dans le catalogue duquel ils figu- 
rent sous les n"' 5383 1-53866. Les objets démontrent que ces 
Indiens étaient des pêcheurs. Parmi ces objets, on remarque 
surtout une sorte de grands hameçons, dont les manches courts 
sont en bois et dont le crochet consiste en un solide os de 
poisson spécialement travaillé, inséré dans le manche, dirigé 
en arrière, et formant avec celui-ci un angle de /i5 degrés. 
M. J. T. Médina (234, p. 420, llg. 120) reproduit un outil ana- 
logue, provenant des environs de Santiago-du-(Jhili. D'autres 
objets remarquables, de Chimba, sont une sorte de poignards 
à manche gros et court, conservant encore leur pointe en 
roche siliceuse ^t de forme lancéolée. Ces armes ressemblent i\ 
une pièce provenant d'Arica que reproduisent MM. Stùbel el 
Reiss (340, I, pi. 20, %. 32). Deux tubes, portant dans le catalogue 
du Musée du Trocadéro les n"' 53863 et 53864, sont faits du 
radius et du cubitus d'un grand albatros, probablement Dm- 
medea cxalans, Lin. Enlin, dans les sépultures de Chimba lureiil 
aussi rencontrées deux de ces tablettes rectangulaires (mi bois, 
dont nous avons décrit et figuré des spécimens de Fucarà de 



766 ANTIQUITÉS l)K LA RÉCilON ANDINE. 

Kinconada, (!»• ('alaiiia «l de Cliiucliiu. Les lablelles de Cliiinba 
nul (l.s iiiaiiclies siiiipl«*s, sans lijçures sculptées, mais elles 
sont oriuM's d'un desNlii de li;;nes brisées. 

A l'eiidroil où se troiivaiiMit les sépultures, et partout sur les 
lïords de la baie d'Anl«)r.iL,Mst;i, M. SeiM'clial de la (lrau«;e a 
raniasM* un j;rand nonibn? de pointt's de lleches en roclies sili- 
reusi's, d«' di\erîM\s formes et dimensions, mais analo«riies à 
celles (nie l'on trouNe le Ion*; de la rôle cbilienne en général. 
Ces iMiinles (jr Herbes ont été l'objet d'une publication dr 
M.Sénecbal de la Granjçe (329), acconipa«;née (!<• d. u\ plancbes 
en cbromoplioto<;ravure. 

Kniin lun'iil recueillies dans les sépultures de (".liiinba de 
nombreuses jiieces d'enlilaj^e en lorme de discpie, dont ipiel- 
(nii's-un«'s sont «mi cbrvsocolle, mais la plupart en tur(jUoise, 
d'après M. Lacroix. 



REGION DES ATACAMAS. RÉSUMÉ. 



RESUME. 

Sous le titre de « Région des Atacamas » nous venons de dé- 
crire, au point de vue de nos études archéologiques, la partie 
de la Puna de Jujuy qui est située à l'ouest de la Plaine des 
Salinas Grandes et, d'autre part, la région du cours moyen du 
Rio Loa, dans le Désert d'Atacama, 

Pour la comparaison de ces deux régions, nous ne pouvons 
pas dire grand'chose à propos des ruines de villages préhispa- 
niques, car les renseignements que nous possédons sur celles 
du Désert d'Atacama sont très sommaires, comme on l'a vu 
page 71 5. Cej)endant, s'il existait de petites variantes de con- 
struction, etc., entre les diverses ruines de la région, ces va- 
riantes n'auraient pas d'importance, car, dans les pays andins 
en général, on remarque toujours des différences de ce genre, 
même entre des villages situés très près l'un de l'autre et pro- 
venant évidemment du même peuple et de la même époque, 
comme ceux de la Quebrada del Toro, décrits plus haut. Quant 
aux pétroglyphes , les deux qu'on connaît du Désert d'Atacama, 
celui de Machuca et celui de Qaillagua, sont, à en juger ])ar 
les figures et les descriptions données par MM. Philij)|)i el 
Plagemann, plus ou moins du même type que la plupart des 
pétroglyphes de la Puna de Jujuy. 

Mais, si les ruines ne nous donnent pas de points de coui- 
paraison, les collections rapportées du Désert d'Atacama par 
MM. Sénéchal de la Grange et de Dietrich et, pour ce (|ui est 
delà Puna de Jujuy, ma propre collection, celle du D' Uhle el 
celles décrites par MM. Lehmann-Nilsche, Ainbroselti el von 
Rosen, constituent un matériel sulTisant pour pouvoir émettre 
des opinions générales en ce qui concerne les anciens hahi- 
tants de ces régions, sans qu'on ail trop à craindre que les con- 
clusions ainsi formulées soient qualifiées de téméraires. 

Bien qu'à Calama et à Gliiuchiu on enterrai les morts et 
que, dans hi Puna (]v Jujuv, on les déposât dans des grottes, ces 



768 WTIQLITKS DK I. V RK(iI<>\ WDINK 

cadavres m* n»ssfml)leiit sous tous les raj)|>orts, el la (lillrniicr 
de» sépultures sV\|)li(|ue iiaturellenieiit parir fait (jn'il iTevistr 
iws de jçrolles dans la réj^inii du Loa. La position des cadavres, 
leur coilTure, leurs vêtements, leur parure sont tout à fait si- 
uiilain's dans le Désert d'Atacania et dans la Puna. l/art tex- 
tile, la cordehe ollrenl les nièuies caractères. La vannerie d«*s 
«leux répons présente la ultime technicpie à la fois |)erfec- 
lionnée et hieii |)articnlirre. Les |M»teries sont très seinhlahles 
ri indicpii'iit l.i même trclmi(pH' «1 Ir même dejjrê de déve- 
lo|>prm«'nl dr l'art crraFuitpn". En j^eneral, de |)n's(pi«' tous les 
objets provenant des cinu'lieres du Rio Loa, on a trouve des 
écpiivalentsdans la Puna de .Injn\. Ponr en citfr qiU'Kjnes-uns, 
les jM'Ilrs ou s<liislj', les ■ couleauv • en ixjis, les crochets si 
spéciaux «pie nous sup|N)sons avoir été employés |K)ur lixer les 
attaclu>s des cliarp's sur le dos des lamas, les hâtons à louiller, 
les toDits en os d ini cntain nindrlr, sniit ( «innnnns dans les 
M'pultures du IV-simI d \lacama et d.nis < rlles de la l'nna. Les 
pei«;nes oITrenl nn rxenipli" d»- lidentite (\i' technicpic de lin 
dustrie preliispaiii(pi(> dans les deux réj^icns : ton lron\e dans 
I niM* ou dans r.uilrr des specinuMis dr ces onlils, dont le tres- 
saj(e Tort complexe sr ressend)le si parlaitement (pie on jxmr- 
rail être tenté de croire que ces spécimens ont été fahricpiés 
|>;ir la même main. L^'aleintiil id«'iiti(pies sont certains onliU 
éni^mati(pies en hois. dmit nn n'.i rencontré que des fraj;meuts 
trop incomplets |)our cpron puisse s<* rendre comptr de la iia- 
liire et de la destination des objets dont ils ont lait parti»*. Ces 
fragments, de lormes assez coinpliqn«'es et idriiticpies entre 
<>ux, se retronviMit aussi bien dans la collection de (.alaina (pir 
rifliis celles pro\enant de dilVertMits endroits de la Puna de 
.liijuy. Otiand on voit que ces objets si .s|)éciau\ sont communs 
aux deux n'^ions, on nr |MMit pas douter (pie les xesti^es de 
l'une cl de l'autre proviennent du même j>enple. Les cbudies 
en lx>is el enraiement les spatules (pie nous avons dt^rites 
P^K** 7^'^ ^>"^ certainement des outils très particuliers, et 
elles sont caractéristiques autant dti cimetière de (ialaina que 



RÉGIOxN DES ATACAMAS. RÉSUMÉ. 709 

des stations préhistoriques de la Puna. En somme, de toutes 
les pièces de Calama et de Chiuchiu, à très peu d'exceptions 
près, on a trouvé d'autres spécimens dans une localité ou dans 
une autre de la Puna de Jujuy, tandis que beaucoup de ces 
catégories d'outils ne sont pas connues d'autres régions, ou 
bien, si l'on en connaît, la forme, la facture, etc., en sont dillé- 
rentes. 

A cette similitude générale du matériel archéologique de la 
Puna de Jujuy et du Désert d'Atacama vient s'ajouter l'identité 
de certaines œuvres de sculpture sur bois, dont des spécimens 
ont été trouvés dans les deux régions. Les tubes mystérieux 
contenant des épines de cactus nous fournissent un exemple 
de ces créations de fart primitif. Avec de très légères variantes, 
le personnage monstrueux sculpté est le même sur plusieurs 
de ces pièces, dont deux ont été exhumées à Colama (voir 
page 789 ety?</. J7i d, e), une à Chiuchiu (voir page 769 et 
fi(j. i7â a) et deux à Santa Catalina (reproduites par M. Leh- 
mann-Nitsche). Un autre personnage sculpté, celui de la spa- 
tule de (Calama i^fuj. 173^, se retrouve sur une tablette de 
Rinconada que reproduit M. Ambrosetti (23, p. 25 ). Ces person- 
nages si caractéristiques sont aussi laciles à reconnaître sur les 
pièces du Désert d'Atacama et de la Puna de Jujuy que le sont 
certains personnages légendaires des sculptures sur bois, sur 
ivoire ou sur pierre, du Japon et de la Chine, ])ar exemplr 
les «sept dieux du bonheur» ou « Ashinaga, l'Iionimc aux 
longues jambes, etTenaga, l'homme aux longs bras». Si f ho- 
mogénéité de la technique industrielle* ordinaire ne sulïll pas 
à ])r()uver l'origine commune des vestiges dtî la Puna et du 
Désert d'Atacama, ces œuvres de l'art autochtone» nous en con- 
vainquent. Et il ne peut pas s'agir là d'objets (pii onl v\r im- 
portés d'un pays dans fautre, car ces trouvailles se répètent 
trop fréquemment pour que cette dernière explication soil 
vraisemblable. Certes, si l'on se base seulement sur la descrip- 
tion des ruines et des sépultures que je viens d'éludier, \vs 
laits y exj)Osés ne sont pas suffisants poui- en liier la roiirlusion 



770 ANTIQIITES DE LA REGION ANDINE. 

que j'ai formulée, mais la comparaison de ce matériel avec 
criui (lu'oiil fait cnniiaitr** anlérieuremeut d'aulres auteurs 
confirme cette conclusion, et nombre de jM'tits dclaiU (jiii 
n'ont pu être nHiitionnés dans mon ouvrap* la ronsolidt-iil 
d iinr manièrr drlinilix*. Quand , dans l'unr et l'autre de> deux 
n*«;ions, on se trouve constamment en présence de vestij^es 
olVranl les in«^mes caractères géniTanx. «t (piand on retrouve 
il rhajpie instant des p»tits ouliU <'l antres ohjrts hii'u parll- 
culiers nui partout smil d«- mêmes lormes, (\r L même fac- 
ture, de la même leclini(|ue, ju.s<^pie dans leurs moindres dt^ 
tails,et si siinilain-s (pi'ils j)araissriif nvoirélé fa ts p;ir 1«' même 
ouvrier, — drvant tous ces laits, on nv pmt pas lirsilrr à 
classer ces vestij;es comme provenant du nirinr prupl»-. 

Les habitants prébispanicpi(>s de (!alama et dr (liinchiu, 
ainsi (lue cru\ du bassin (bi Salai d Vlacaina, «-t. lient certaiiu»- 
mrnt (b"s \tacainas, comme 1(> dcmonln'nt les renseifçnements 
bistoricpies rt lin;;nisli(pn's (pic nous avons résuuH'S pajçes 58- 
(iy. Le nord-ourst de la Puna de lujuN clait donc aussi babité 
par cb's Vtacamas, rt . par suit»*, d «'si loi;i(pir df snppos(M- (|ur 
\v territoin? intt'rmrdiaire, c'est-à-dire \v nord dv la Puna de 
Atacama, appartenait aussi à repeuple, dont l'étendue j^éoj^ra- 
|)bi(pi«* drmi'iin' par consécnuMit (l(t**i iiniirr dans la forme 
qui est sij^nalée sur la carte «'tbnicpic //f/. / , pajçe 80). 

I . on pourrait trouver dans la lo|)onvmie (\r l.i Puna de .lu- 
ju) une obji'ction contre cette ext«Mision des Atacamas jus<pie 
daîiH celte dernièn* réi^ion Mn elTet, celle toponvmie est jK)Ur 
la plupart denxee du (piirbna, tandis (|ue dans le Désert d Ata- 
cama mil* partie et, dans la Puna de Macama, plus de la moi- 
tié des noms de lieux viennent di» l'alacameno. Mais ces faits 
s'expliipn'ul larilemenl pai l'action pins un moins ellicace et 
C(»ntinue du ^ouveriuMuent péruvien. Dans la Puna d(> Jujuv, 
I inlbience jx^ruviiMine parait sèlre lait sentir avec une intensité 
plus ^'rande cpu» dans le Desrrl d'\taran)a. et, dans la Puna 
de Alarama. prescpie inbabilable et iinpr.itieable, les noms 
alacamehos ont persiste mieux, que dans les régions habitée». 



RÉGION DES ATACAMAS. RÉSUMÉ. 771 

A ce propos, nous n'avons qu'à nous rappeler d'autres régions, 
encore plus éloignées du centre de l'empire incasique, où les 
noms quichuas ont presque totalement supplanté les noms dé- 
rivés des langues indioènes, comme la région diaguite. D'ailleurs 
les noms de lieux dérivés de l'atacameno, bien qu'ils soient rares 
dans la Puna de Jujuy, sont fréquents jusque dans les mon- 
tagnes qui séparent Rinconada et Cochinoca de la Puna de 
Atacama. La toponymie de caractère atacameno s'étend donc 
au moins jusqu'à la frontière de la Puna de lujuy que nous 
attribuons aux Atacamas, ce qui diminue ou anéantit presque 
l'objection contre notre hypothèse que l'on pourrait fonder sur 
la toponymie. 

Quant à l'époque à laquelle les anciens Atacamas occupaient 
le territoire où nous avons étudié leurs vestiges, nous savons 
qu'ils l'habitaient pendant les siècles qui ont précédé immé- 
diatement la conquête espagnole et qu'ils continuèrent de 
l'habiter pendant un certain temps après cet événement, sans 
changer leurs anciennes habitudes et leur ancienne manière 
de vivre. Pour le Désert d' Atacama, c'est ce que démontre le 
lil de fer trouvé dans une sépulture à Calama; en ce qui con- 
cerne la Puna de Jujuv, les trouvailles de M. von Rosen, dans 
une grotte funéraire de Casabindo, d'une corne de bœuf et des 
débris d'un couteau de fer l'indiquent également. 

Mais, si les Atacamas s'étendaient jadis jusque dans la ré- 
gion de Casabindo, Cochinoca, Rinconada et Santa Catalina, 
étaient-ils les seuls habitants de cette région ou y avait-il peut- 
être aussi d'autres Indiens? Matienzo nous a fait connailre 
qu'il existait au xvi'' siècle un village de Chichas à Moreta , loca- 
lité située à l'ouest de Rinconada et au nord de Cochinoca. 
D'autre part, il est hors de doute que la Puna de Jujuy s'est 
trouvée pendant des siècles sous le gouvernement régulier et 
continu des Incas. Les renseignements de Matienzo, à propos 
du grand chemin incasique qui y passait, le prouvent; la per- 
sistance de la langue rpiichua et des croyances péruviennes, 



77Î ANTIQIITKS l)K l\ KECilON ANDINK. 

ainsi cju»- la toprivinie, le conliriiuMit. Par siiilr, il v^i fort 
nrolKil)!»" (|in* It'S Iiiras a\aii'iil nivoyé dans la Piiiia dr Jujun 
de»» colonies de milimas, comme ils avainil I li ihitinlr d»- le 
faire dans les prn\inces «doignées. 

Os col<»nies l'tran^'ères aux Ataramas «vjjlifjiHMaifnl vvr- 
laiiies diUV'n-nrj's qu'on peut noter entre \r niairriel arclieo- 
lu^'icju»' dis di\»'rses ruines et sépultures de la réfçion que nous 
JiMir attril)uoii>, difl'erences qui n« j)« un.hI pas être explicpnM-s 
n.H riiv|K»lhes«* (pie ces vestiges proviennent (rt'|)<Kpies dilVé- 
rentfs, rar tout inditpn* qu'ils soiil plus ou moins contein|K>- 
rains, ou du moins que Imi dill» rnM •• d'a^M* ne doit pas de- 
|)ass«'r un si«Vle ou deux. 

Sous <e rap[M)rl, le fait li- |ilii> rcnianpiahlf t'^l prul-«'trr 
l'absence de llfclu'.s a pointrs d«» |)i«'rre dans le rimelièn' dr 
(ialaina. Du moins, M. Séneelial de la (iran«(e ii'\ a renrontré 
(pu- drs lin lifs a poiul«'s «'u l)ois, ce (pii rependant ne signilir 
ms (pi'il w peut pas y avoir des preniierr.s, ainsi cpi'il en 
fxiste dan> daulus 1(m ilil<s du Désrrt d Atacama où ont ha- 
bité Ifs Ataramas prilnspaiiicpns, coininr à Catarpr. Dans la 
Pniia (\r .lujuv on n'a IrouNr aussi (pu* dfs ponilrs ru pierre 
seuleinenl dans certaines localités et (pie des pointes en hois 
dans d'autres endroits. Ainsi je n'ai recueilli (pie des premières 
a Pucarâ de l\in((»na(la, tandis <pi< Iniihs les llèclies (pie j ai 
trouvées à Savate avaient des |Miint(*s en Ixtis. Dans les environs 
de Casdiindo on en a rencontre des dnix sortes, mais je ne 
sais i)as si elles ont été Ihmivim's ensemhb* dans les méuïes 
grottes, ou dans dinerents endroits. La connexil»* d'origine et 
la rontein|H)raneite des flèches vi\ hois et en pierre n'est d'ail- 
leurs pas invrais(Mnhlahle, car cpiehpies-unes des pn*niièn*s, 
pn)venant de (ialama, comme egalemenl plusi(Mirs flèches à 
|Hmit(\s en iiierre de Pucar.i, |)rés"ntent a 1 extrémité «le la 
hampe un anneau i>n matière resineus«> (pii, dans les deux 
localités, est strié longiludinalement d'une manière identique. 
Ce petit détail paraitr.i peut-être insignilianl . mais il est néan- 
moins d'un(> certaine ini|>ortance, (ai il est dillicile (|U ou ait 



RÉGION DES ATACAMAS. RÉSUME. 773 

inventé, d'une manière indépendante, dans les deux localités, 
cette sorle de contrepoids, d'une facture si singulière, et dont 
on trouvera la description page 6/44- 

Ces faits sont dignes d'être remarqués, mais, après toul, 
peut-être est-ce simplement le fait du hasard que l'on n'ait pas 
trouvé dans une localité ou dans une autre des ])ointes en 
pierre ou des pointes en bois, quoiqu'il en existe. J'ai déjà 
signalé (voir pages Sôy et 67 1) l'irrégularité des trouvailles fie 
pointes de flèches dans les diverses ruines et la spécialité que 
présente chaque village quant à la fabrication de ces pointes, 
même quand il s'agit de villages évidemment contemporains et 
appartenant au même peuple. Cependant, Pucarà de Punco- 
nada, qui n'a fourni que des pointes en pierre, serait peut-être 
une colonie d'étrangers; tandis que Sayate et plusieurs loca- 
lités autour de Casabindo et en Santa Catalina, où les flèches 
sont à pointe en bois, auraient été habités par des Atacamas. 
Pour la solution de problèmes de cette nature, il faut des 
fouilles méthodiques dans un grand nombre de localités, el, 
malheureusement, ce qu'on a surtout lait dans la Puna, 
comme, à peu d'exceptions près, dans la région diaguite aussi, 
ce sont des collections de curiosités et non pas des études 
arcliéologiques. 

Dans le même ordre d'idées, un autre fait cà signaler rsl ((ur 
M. Sénéchal de la Grange n'a pas rencontré à Calama de ces 
haches plates en pierre schisteuse qui se trouvent (hnis presque 
toutes les ruines de la Puna de Jujuy, mais, d'autre ])arl, les 
pefles fabriquées de la même roche et suivant la même mé- 
thode y sont commîmes. 

Mais, comme nous l'avons dit, il ne faut pas être surpris rl«; 
rencontrer des petites particularités locales dans une région 
dont les vestiges préhispaniques en général préseiilciil uin' 
grande similarité et homogénéité. Nous retrouvons |)artuul 
dans la région ando-péruviennc le même phénomène : chaque 
localité présente des spécialités si remar([ual)l(!s et des difle- 
rences si notables par rapport à toutes les autres localités, 

5o 



774 ANTIQUITES DE LA HE(.ION ANDINK 

(luon est quelquefois tente de se deniandiT s'il y a eu autant 
de peuplades dillérentes (ju'il y a de viiia^^cs vu ruines. Jr 
citerai à ce pr()|)os ce (pie dit M. Wiener ^377. p. i5»j, en par- 
lant des ruines i\r l'aiirien IV*rou : On se trouve donc en pr»'»- 
seiice d'une double liV|)othese : ou i)ien le Pérou a ete iiahité 
mr autant de races que l'on rencontre de groupes de ruines, 
ou bien il a été habité par une seule race ayant des dispositions 
î>m»ciales et inulliples. Pnui nous servir d'une exj)ression (!«• 
notre é|)o<|ue, ces bâtisseurs n'auraient |)as été des caractères 
à princii>es, mais bien des tcmprranunts s'assiniilant avec une 
extn^nie facilité .lu milieu dans lecpiel les avait amenés le hasard 
de la ;;uerre ou la lo^'i(ju«' des migrations. • (iependani je 
nadiièn* pas à la dernière partie de cette phrase, car je consi- 
dère la race ando-péruvienne comme très homogène et je crois 
que ce n'est (pi'à une épupie très reculée (pi'elle a pu être 
lormée |)ar le mélange de plusieurs races ou (pi'elle a absorb»* 
des éléments étrangers (!<• (juchjue iin|)ortance. 

Pour revenir aux vi'sliges de nos Macamas, d nous reste a 
signah'r les dillérences (pie présente leur région, en ce cpii 
concerne l'archéologie, par rapport aux nagions circonvoi- 
î»ines. 

D'abord, (piani à celle des l)iaguit(>s, leur culture ne peu! 
|>asse confondre avec celle des anciens Atacamas. Chez les pre- 
miers, nous trouvons fort (lévelo|)pés l'art de la cérami(pie. I.i 
sculpture sur pierre, la métallurgie du cuivre et I arl de tra- 
vailler ce métal. Au contraire, ( hez les Vtacamas, ces arts se 
trouvaient dans un étal tout à fait primitif et rudimentaire. 
Quant au cuivre, il est même douteux (pie ces derniers aient su 
extraire ce métal du minerai el m iabri(pier des outils et des 
objets de parure. \ (ialama et à (ihiucliiu on n'a pas nMicoutn* 
d'objets en cuivre, et il est |)lus (jue probable (pie les ran*** 
pièces trouvées dans les ruines et dans les grottes funéraires (\r 
la Piina de lujuv pn)viennent des >all«'es diaguites, de la 
l^>livie ou (lu P/tou. d'où ils seraient par\enns .i la Pnna 



REGION DES ATACAMAS. UÉSUMÉ. 775 

argentine par la voie du commerce. Ceci est spécialement fort 
vraisemblable en ce qui concerne les disques ornés, mentionnés 
page 61 4. De plus, sur les objets préhispaniques provenant de 
la région des Atacamas, nous ne retrouvons aucun des traits 
caractéristiques de l'ornementique diaguite qui présente un 
style particulier, bien que dérivé du style général du Pérou 
et en faisant partie intégrante. Chez les Diaguites, la céramique 
était richement décorée; chez les anciens Atacamas, grossière 
et sans décor. Chez ces derniers, l'art textile et la sculpture sur 
bois seulement avaient atteint un certain degré de développe- 
ment; les autres industries, les autres arts étaient dans leur 
première enfance. En somme, la culture diaguite se trouvait 
à un degré différent et bien supérieur à celui de la culture 
préhispanique du Désert d'Atacama et de la Puna de Jujuy; 
fidentilication des autochtones de ces dernières régions avec 
les Diaguites est donc impossible, comme, du reste, les ren- 
seignements historiques le confirment en partie. D'ailleurs 
aucune particularité de l'archéologie des Diaguites ne se 
retrouve dans la région que nous désignons sous le nom dv 
«Région des Atacamas ".'Seuls, les éléments du folklore sont 
très semblables dans ces diverses régions, mais ces légendes 
et ces cérémonies sont d'origine péruvienne, communes à 
toute la région ando-péruvienne, et ont sans doute été in- 
Iroduites pendant la domination péruvienne dans ces |)ays. Au 
nord de la Puna de Jujuy, la continuation du haut ])laleau, 
c'est-à-dire la partie australe du haut pays bolivien, était, sui- 
vant les documents historiques, habitée, à l'époque de la con- 
quête, par les Chichas, qui parlaient le quichua et n'avaient 
pas de langue propre, motif pour lequel ils sont souvent dé- 
nommés « Quichuas ». Une grande partie des Indiens mensurés 
en Bolivie par la Mission Française y appartiennent et la plupart 
des crânes anciens exhumés au cours de ses fouilles en Bolivie 
proviennent probablement des ancêtres de cette peuplade. 
M.Chervin, dans son ouvrage sur ces mensurations anthropo- 
métriques et sur ces crânes, applique aussi à ces Indiens le 

5o. 



776 ANTK^I ITK.N DK 1 A hKf;iO\ WDINK 

nom de - Oiiichuas"^. Cependant il nw semblo quo ccHo 
(l(^nominati()ii psi pliilôl fquiv()(|iif, car ou a|)|)ellf rgalniuMil 
.Qiiicliiias» \vs Iiirli^Mis (lu haut pays du IVrou, sr|)an*> des 
proinirrs partout»- la n^^'ioii ayniara ; t't hicu qu«' \vs • (Juicluias ► 
du Vvrnn «t < «'ux du sud dt* la Bolivie |)arlent la même lanjçue, 
leurs aHinitr-s fl dilTéreiires soniatoloj^iques et elliuicpirs iioiil 
nas^tô f'ludi<^es et, par suite, ne sont ps connues. \rcln'olo- 
gi(pnMii(Mit, l«Mir région est aussi tn-s p» m (oiiuui', les seules 
iouillcs (Hii y ont rtô |)ratiquées étant cellrs lïv la Mission Fran- 
çaise. Pourtant 1rs rollrclions (pii en ont été le n'sultat, crll«'s 
faites i)ar la Mi^^sion Suédoise a Tarija en i()()i et un certain 
noiniin* d'nhjrls épars cpie j'ai eu rocrasiou de voir dans la 
Hépnl)li(pn' Vrgentine, mont démontré que la culture préliis- 
pani(pie de cette région était hien dilliTenl)' dr ( «llr de la 
Puna de Injuv et <lu l)é>ri I d' \lacama. Tous lésants mentionnés 
ci-dessus y étaient beaucoup plus dévelop|)és cpie dans ces 
dernières «•ontrée>, rf Ir matériel arcln-ologicpu» pn'sente un 
stylf dlllérent, slxle qui. ainsi (pu* le slvlr di.ignil»'. constitue 
une Narieté du style |)eruvien. 11 s'ensuit <pie la jullure des 
<!liiclias était hien autre que celle de*; anciens hahitants de la 
l*nna argentine el du Dts» ri d'Atacama. 

Nous pouxMis en dire autant d«' la cultun> des anciens Oma- 
guacas (|ui habitaient à l'est <li l.i Pima dr IwjuN. I/archéologie 
de leur région, cpii se compose de la (Jnehrada «le llumahuaca 
et des montagnes enNironnantes, a aussi «'te peu «'tudiee. Je 
n'ai eu le l«nq)s {\ \ faire (pie de légères observations (pii sont 
exposées plus loin, mais j'ai vu assez pour me convaincre cpie 
celle culture preliispani(pie était bien dillrnMile dv celle (h* la 
Puna de Jujuy. Cesl surtout le slvle assez particulier de la céra- 
ndqm» de» anciens Omaguacas (jui Ir prouve; on noie aussi 
dans les ruines des |)arlicularite> df < (instruction el de dis|K>- 
silion assez, remanpiables. 

'' M ('.ln»r»in WTÎI (Jnrrhuas , urth.T iliMH»inin*l!<.ii r|.i«Mi|iir r«ii*t;ni>|r tjai- 

gniphr qui iiiiilr un IM'ii niirtn , birn rhnnt . r|iii li^tirr i|.>im t<>n« lo« <li>rtimrnlt 

nu f ;«u««i . la nrononrialinii I' ol nui a rlr .nlnnlrr ilAittlmilr»» 

(lu qiiirliu.i Jr urrfrrv l.i !• > •'un>p4^('nno«. 



RÉGION DES ATACAMAS. RESLME. 777 

Sur la côte du Pacifique, les voisins des Atacamas vers le 
Sud étaient les Araucans, mais ceux-ci étaient séparés des 
premiers par de vastes déserts et c'étaient des Indiens qui 
n'appartenaient pas à la civilisation ando -péruvienne et qui 
ne présentent pas d'affinités avec les Atacamas. 

Au nord du Désert d'Atacama, dans la région basse située 
le long de la côte du Pacifique, habitaient une série de peu- 
plades, dont la plupart, celles surtout des provinces littorales 
du Pérou, sont comprises sous le nom de Yuncas. C'est peut- 
être de ce côté qu'on pourrait trouver des affinités en ce qui 
concerne les Atacamas, mais les documents nous manquent 
pour des études comparatives sous ce rapport. 

Voilà les résultats de mon essai de délimiter, surtout à l'aide 
des découvertes archéologiques, mais cependant en tenant 
compte aussi des données qui existent dans les domaines de 
l'histoire, de la linguistique et de l'anthropologie physique, 
les grandes sous-divisions de la partie australe du territoire 
occupé jadis par la civilisation péruvienne. En commençant 
par le lac Titicaca au Nord , c'étaient d'abord les Collas ou 
Aymaras, ensuite les Ghichas, puis les Atacamas; à côté de 
ceux-ci, les Omaguacas, de moindre importance; enfin loul 
ce qui reste de la région andine vers le Sud présente les traces 
de la culture diaguite. Toutes ces diverses cultures préhispa- 
niques font évidemment partie de la grande civilisation péru- 
vienne, de laquelle elles émanent, mais elles présentent aussi 
chacune des traits caractéristiques, des variantes assez con- 
stantes pour permettre de les distinguer entre elles avec une 
certaine précision. 

On me critiquera peut-être de formider des théories préma- 
turées, mais je suis d'avis que nos connaissances dans I ethno- 
graphie préhispanique de la région andine sont (h'jà assez 
avancées pour ouvrir la discussion sur ces questions. Les pre- 
miers essais d'une délimitation ethnogéographique seront sans 
doute modifiés quant aux détails par de nouvelles recherches, 



7» 



ANTIOI I TKS l)K 1. \ HKGIUN ANDI.NK 



niaii^ ce sera toujours pour moi une satisfaction d'avoir pu 
;ip|)orlpr ma roiitrihulioii |K)ur r»'rlairrissenn'nt de (jurlquos- 
uiis<lr> |)rnl)lrmrs >i iiil«'n'>>Stinls (pic sugfçere rrlude des races 
autoclilnins dp la (iordillrre des Andes ''. 



■'' La iiii»€ m |>JK^ ^^ prrvnt \olumf 
déjà iCTininrr. an rnll^içue <!«• Berlin a 
ru l'oliligcanrp île m'cnvoycr un ouvrage 
rrrrnt <lr \1. Juan IV .\tiilm>»r((i, dont au- 
run exemplaire ne parait Hrr parvenu .i 
Pari* et qui est ioliloié : KjrpInrarioHet 
m^meoiftaifM m la ciuAail prrhiituricu Âr 
Lm l'aya \alle Calrlirttjtti . Prorinria dr 
Salla . rrtm/Hin<n d>- l'JOti » l*JO:. ' Hevi*t.i 
de la lJni«er»idad de Hueno» Vire*, t. VIII ; 
l'ublicarione* de la Facultad de Filosofia n 
l.elra«, N* 3 . IWieno* Ain-», u|oy-ii|o8. 

I)an« < et (tinra^e. I auteur dérril le^ 
Toaille* furt ini|)or(ante« cpiil a pratiquée». 
|iendanl le» ^ic» de iQof) et de t[)o~. djn» 
le» ruine» du villa|,,'e prelii»|tani<pie de 
1^1 nnu» avons nu%»i rnppfirtè 

uni' Il d'objet», (Im-HIc plu» liant, 

pag« 31 5- a46. I^ livre de M. Ambro- 
Miti contient lienufoup ' <<-i\\s 

inléfMannl» *ur re* nm .et 

e^alenii-nl «tir la maivinil onnetee1hu^1<^■ 
la nillecljuii t|ue nous a«on» eluiliée. 

M. Amlinwelli a Toaillé, dan» l'ancien 
«illage de I.i|M\a et dnn» le rimeliére r«>n- 
li^u. eiMirnii drui reni» ««'pullures et a 
dreita^ un inventaire détaillé de» nombreux 
i>bjet» ipi'il y a ethumé». l'ne grande partie 
«le ce» nb)et« ««int analogie» a ceux qui 
••ni été • n% \r iVvrI d'Atarama 

'• «laii» I . :•• Jujii\, Ain»i v voit on 

plutietin tableurs en lx>i» à manehr» tculp^ 
le» et lul»e» conirnani de» épine» de f ar 
ta», orné* de |iei-»nnnaffe» et de figure» 
»nomorpbe» «ruipté». I,e» • muteaux • et 
le« rrociiel» en boi», «in»i que le» lopot m 
oa retermblent |>arfailemenl à ceux de la 
Puna de JttjaY et de (jilama . el également 



ont élé exbuine» .i La|>a>.i plusicur» pelle» 
en boi» de la même furiiie tjue celle» de ce 
dernier cinieticre. Kn somme, le matériel 
«I 1 |ue de I«i|tava présente une ana- 

l'. 'ii|ualile avec relui que nous al- 

Iribuon» aux ancien» Atacainas. et les 
fouille» de M. Anibro»«-tli semblent démon- 
trer i|ue ce dernier |M-uplc s étendait au»si 
dans la partie nord de la Vallée (^alrba- 
quie, un est situe Lapava. 

Comme nous l'avons vu page aa, cette 
partie de In vallée était, suivant les ren»ei 
t:nenii'nl* historique*, liabilêe n l'époque 
de la conquête espagnole par une peuplade 
dénommée Puiare», «juc non» avon» »u|»- 
|>oȎ faire partie des Hiaguites, faute de 
documents nrrlu-ologiinie» ou linijuisti- 
ques, d'après le»«piels elle |K)urniit élre 
classée. Or, en conséquence de» dernières 
découvertes de M. \ ni bro»el li , c«*» Puiare* 
s4-iiiblenl «-Ire une Iriliii des \lacainn». 
venue par iininigralion ilans la Vallée Ol 
cbaqnie n trn\e » la Puna de Atacama, ce 
qui est confirmé |>ar leur nom, dérivé trè» 
probablement du Grro Pular. haute mon 
lagne située imméiliatement au sud est du 
.Nalar de Atacama. 

Comme céramique, le» fouille» de l.a- 
pava ont fourni, outre île nombreuse» 
pièces de poterie grossière el d aiiln"» de 
certains Ixpcs pénixien», quehpie» jiiiTe» 
de fonues el de décor semblables à la |to 
terie cararleristiqiie île la région diaguite. 
ce qui est tout naturel , piiis^pie les ancien» 
habitants de l.apavA avaient |>otir voisin» 
imniiHliat» les Diaguites, avec lesquel» ils 
devaient maintenir de» relations commer- 
ciales et autres. 



IV. - REGION DES OMAGIACAS. 

A Pozuelos, je me suis écarté de mon itinéraire, afni do 
décrire les vestiges préhispaniques du Désert d'Atacama en 
même temps que ceux de la Puna de Jujuy. 

De Pozuelos, je me dirigeai vers le Nord-Est, et, traversant 
par le col d'Escaya la Sierra de Cochinoca, j'arrivai à LaQuiaca 
et à Yavi, deux villages situés sur la frontière argentino-boli- 
vienne et appartenant au département de Yavi , qui forme le 
coin nord-est de la Puna de Jujuy. 

La Quebrada de Humahuaca y commence, et les antiquités 
que j'ai exhumées en Yavi sont si analogues à celles de cette 
quebrada, que je n'hésite pas à les classer comme provenant 
du même peuple. D'autres collections de ces régions conhr- 
ment cette appréciation. 

J'ai résumé, pages 78 et suivantes, les renseignements histo- 
riques que nous possédons sur les Omaguacas, habitants pré- 
hispaniques de la Quebrada de Humahuaca et probal)lemoiit 
aussi de Yavi. Je n'ai pu y faire que très peu d'études archéo- 
logiques, que je vais décrire. 

YAVI CHICO. SANSANA. 

J'ai fait des fouilles, aux environs de Yavi, en deux en- 
droits : à Yavi Chico, à S*"" au nord du village de Yavi, et à 
Sansana, à environ i5''"' au sud-ouest de ce même village. 

A Yavi Chico, au pied d'une énorme barranca (h 3o"' dr 
hauteur, sur les bords d'une petite rivière, on voit des débris 
d'anciennes pircas détruites et rasées. Mes fouilles m'y firent 
découvrir une tombe bâtie en pierre, formant une chambre 
souterraine cylindrique, avec toit voûté, de i""!)^ do hauteur 
sur un peu moins de 1 "" de diamètre. Le petit vase Jifj. 190 



rM) 



ANTIQUITES Dt LA RKC.ION ANDINF. 



\ fut trouvf avec un sfjuelcttt? roin|)l«*ltMn«'nt flôsaj;n^gô. Ce 
vase a o^ogQ de hauteur et o^ogS de diamètre uiaxiuunn a 
la panse. Le fond est apl.iti afin dr jxiunou le piacrr delM)ut 
>ur une surlare |)lane. La pâte est asst»/. Iiiie, couleur rose. 
L'ouverture n'est pas rirruiaire, roniin(> relie de la |)lupart des 
poteries de formes semMahles, mais ohlon^ue, de ()"oj[i de 
lon^Mieur et o" o I o d«' lar«;eur. Les anses oi)li(pi(>s ne sont pas 
|)larees dans le sens du diamètre du vase, mais (\v telle sorte 




KiR. 



^«ti (Uiirtt. \«M-. 



I 1 ;;r. liai. 



jjiie la dislanre entre leurs e\trémit«'*s inférieures, du côte \i- 
sihle sur la li«;ure, est de o*" loo, tandis cpie la miMue dislann- 
mesurée de lautre côte est de o'^iHo. Sur le hord du j^oulol 
WHil escpiissés les yeux, les narines et la Kourlie d'une face 
liumaine. 



A Sansana, sni- une «ollinr au pie<l de lacpielle roule un 
ruisseau, il ) a l)eaucou|) d'anciennes constructions vn pirca; 
la plupart sont des enclos rectanj^'ulaires ou carrés de i â 4"" 
de cote; il n a aussi des enclos plus ^'rands. Une de ces con- 
structions était formel* de deux chand)res carrées, dont l'une 
a\ait .i*" sur i"*. Dans le sol de cette dernière se triuivail. 
à o":>o de profondeur, une faraude pierre plate de i" de 
lonj^ueur sur o" 8n de lar^^eui. tellement lourde cpi'il fallut 
trois liouimes pour la soulever, \u-dessous de cetti- |)ierre 
étaient eiitern»*. dans la position «)rdinaire accroupie, deux 



Pr.. TAWII. 




*~' 




l'i;;. 11)1. - Saiisaiia. l'olci-ii-. rvlmmi'is d'imi' M|Millmr. i^'3 f^r. nnl. 



ARCHÉOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 781 

adultes et un enfant de 12 à 1 5 ans. Ces squelettes étaient 
complètement effrités. Autour des trois cadavres étaient placés 
les onze vases et écuelles reproduits y?^. 191. La pâte de ces 
poteries est identique à celle du petit vase de Yavi Chico que 
nous venons de décrire. Cette poterie à pâte rose, assez fine, 
est caractéristique de la Quebrada de Humahuaca. Toutes 
les pièces ont le fond aplati. Les pièces d,J\ h sont ornées 
de figures modelées : fanse du vase d représente une tête de 
serpent;y^a une face humaine modelée sur le bord du goulot, 
et II, comme anse, une tête de lama. Les anses obliques des 
pièces y et i ne se trouvent pas aux extrémités du diamètre 
horizontal des vases, mais sont placées de la même façon que 
les anses du vase de Yavi Chico. Dans plusieurs écuelles el 
vases, il v avait des cuillères de bois qui tombaient en pous- 
sière dès qu'elles se trouvaient en contact avec fair. Leur forme 
était semblable à celle de la cuillère de Pucarâ de Rinconada, 
Jiçf. 142 a. Comme cette dernière, plusieurs avaient sur les 
côtés du manche des incisions en forme de dents de scie. 

La sépulture de Sansana me fournit une trouvaille très 
intéressante: un coquillage de fespèce marine Oliva pernvinna , 
Lmck., qui existe seulement dans fOcéan Pacifique. Ce spé- 
cimen était entier, sans mutilation d'aucune sorte. Les Oliia 
étaient très estimées par les Péruviens, comme fêtaient et le 
sont encore de nos jours, chez les Indiens de la région occi- 
dentale des Etats-Unis, les coquillages du genre 0//i;e//a , proche 
du genre Oliva. h'OUia peruviana, ainsi que YOlira pnipasia, 
Duclos, suivant M. de Rochebrune (314), ont été rencontrées en 
grande quantité, formant des colliers, dans les sépultures 
d'Ancon. Le Musée du l'rocadéro possède plusieurs de ces 
coUiers, provenant des fouilles de M. Wiener. Des anciens 
cimetières de Tiahuanaco, M. G. Courty a rapporté de iioiii- 
breux spécimens de ce même coquillage a>ant le sommet scié, 
de façon à pouvoir les enfder sur une ficelle. Quant à la Répu- 
blique Argentine, j'ai rencontré des Oliva peruviana dans 1rs 
urnes funéraires du cimetière d'Arrovo del Mcdio, (pie \v 



7H2 



ANTIQIITKS l)K LA RÉGION ANDINK. 

drcrirai nlu> loin. J'ai egalt'iiinil \ii, dans la collection Zava- 
lela, au Musée de Berlin, un spécimen du même coquillage 
(n* V. C. 6901 dn c.italoj^up , exhumé à Quilmes (\ allée d<» 
Yoravil). D'autres c<Mjnillrs marines provenant du Pacifique 
ont été trouvées par \l. Moreno '244. p. 11 , dans des urnes 
funéraires exhumées Mir 1« .s bords du llio Dulce, province 
dr Sanliaj;o del Kstero, et dans une autre urne funéraire de la 
province de San Juan. \I. Moreno n'en d«'termine pas l'esp'ce. 
Aujourclhui encore, les colliers en coquillaj^es marins sont 
en u.saf^e dans (|U(>l(pies endroits de la Pun;i d»* \tacama. \ 
Pastos (irandes, villa«;e situ»' dans ce territoire, près de la 
frontière de Salta, les Indiens, d'a|)res \l. Eduardo A. Holm- 
h»'r«,' 186. I». 7-» « im|X)rtenf toujours, pour en conlectionner des 





Fij. 19t. S«nMn«. PiJrr» irrnfiUgr. •» ^ zr. nal. 

cj»lli»'rs, descjMjuilla^i's (lu (.lnli,dont M. iiolinher^' cej>endant 
ne détermine pas resjx'ce. Il aurait été intéressant de savoir si 
ce S4»nt des Olivn . «-omme à li-jxxjue |)relns|)anique. Les Ohm 
lournissfMit un l)oii iii(h(«' l'u «e (pii concerne le rayon de 1 in- 
fluence pTUvienne. 

Sur le sol des ruines de ^ansana, j ai recueilli heaucoup de 
pièces d'i'nlilaj;e. Les plus communes étaient de «grands discpies 
en pierre, dont trois sjx'cimens sont reproduits ////. lif'J. Ils 
ressend>l«'nt parlaitement a ceux deChieta. repnxluits //</. t^iJ i. 
/, k, m, et .sont taillés d'une manière assez, défectueu.se dans 
un tul volcaniqut' tendre, j^énéralement d une couleur j;ris 
pâle, quoirju'il y en ait cpu'lques-uns de couleur rose, (.es 
distjues ont de o*o.Hr> à o^o:».*» de diamètre sur o"oi5 à 
o*oio d'épaisseur; ils sont en j^énéral un peu plus j;rands 
que ceux de Ouetn. î.,a pertnratiofi a (pirKpipfois la forme 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 783 

biconique, d'autres fois le trou est parfaitement cylindrique. 
Ces pièces ont probablement servi à former des colliers. 

J'ai également recueilli à Sansana de petites perles cylin- 
driques en turquoise et en sodalite, deux ou trois éclats d'obsi- 
dienne, une pointe de flèche de la même forme et de la même 
roche que celles du Pucarâ de Rinconada dont un spécimen 
est reproduit/^. 112, jf â2; enfin, un fragment de couteau 
en cuivre, dont fanalyse chimique est donnée sur le tableau 
inséré plus loin. 

LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 

Cette quebrada commence au sud-est de Yavi et se termine 
à la ville de Jujuy, suivant une ligne à peu près droite du 
Nord au Sud. C'est une étroite vallée très analogue à la Que- 
brada del Toro, encaissée entre de hautes montagnes. Sa lar- 
geur, en certains endroits, atteint 2""". Dans d'autres endroits, 
la quebrada se rétrécit, formant des passages de 3o à 100"' 
de largeur seulement, où l'eau coule entre des parois presque 
à pic, de 50*" ou plus de hauteur. Quelques-uns de ces pas- 
sages, nommés nnfjostos, ont 5""° de longueur et parfois davan- 
tage. Pendant les crues, il est impossible de s'y aventurer : en 
1901, j'ai dû m'arrêter pendant trois jours devant fAngosto 
de Yacoraite, jusqu'à ce que les eaux de la crue eussent dimi- 
nué. Cette fois, la rivière engloutit deux personnes qui avaient 
tenté le passage, tandis qu'en temps ordinaire cette même 
rivière ne forme qu'un petit fil d'eau au milieu de son lit 
sablonneux. Dans la partie supérieure de la quebrada, c'est- 
à-dire dans sa partie septentrionale, les montagnes sont com- 
posées de quartzites compacts et de schistes plus ou moins 
plissés (phyllades); de Humahuaca à Tumbaya, les schistes 
sont en grande partie couverts d'un grès « ])saminile » pulvé- 
rulent, tendre, rouge foncé en général, mais aussi jaune, bien, 
vert, violet, dont les tons sont très accentués, ce qui donne 
lieu qnelquefois à des effets de coideurs tellement étranges 



78Ï WTM^IITKS l)K LA REGION ANHINE. 

nn'itiï l«> (lirait imj>ossil)l»'s Ni im les vo>ail «mi |MMiihin'. Le 
IV L. hrarkcbiiscli 74 considère les schistes comme siluri(|iies 
r! il classe les gn»s tendres dans sa • fornialinn jMlrolifi're ». 
(lui iirolKihlement serait une formation sous-crelacée. La 
végétation t'si la même que dans la Quehrada d»! Ton» : au- 
dessus de •j,ot)o'" d'altitude, il n*N a (\w (juchpics arbustes et 
de r)etits arbres épineux, (juel(|u«»s toulle^ de ;;raminées, des 
broméliacées et (b's cactées jMiussaul entre les pierres (jui 
couxrent le flanc des montagnes. A Tumbaya (environ a,ooo"), 
le pavsage commence «^ changer, et, dans la jiartie inférieure 
de la Qnebrada de Humabuaca, entre Léon ( i «(ioo* et Ju|u\ 
(l,i58*), une xegélation |)res(pie tropicale remplace la végé- 
tation racbiti<pie de la partie haute de la (piebrada. La rivière 
(pii cnule au fond de la (hiebr.ida de linniabuaca se nomme 
le liin (iraiide de .lujuN. \ (pielipie distance (Ml a\al de la 
\iHe de bijuN. cette riNiere tourne à gauche, décrit un grand 
arc vers l'Kst. pimi se diriger ensuite au Nord, p.ir l.i Xalléi» de 
San Francisco, sous le imin de Hi«> .San l'ranci.sco; puis elle 
contourne l'extrémité .septentrionale de la Sierra Santa Hàrbara 
et rejoint le Rio Hermejn, cpii tra\erse les forêts du drind 
(iliaco jusipiau Hi(» Paraguax. Le Hio (Irande de .lujux est 
d un débit plus abondant «pie la rixiere de la (hiebrada del 
r(»ro, et jMMir cette raison la culture de la ( hiebrada de lluma 
huaca est plus iin|M)rtante (pie celle de la Ouebrada del Poro. 
On v cnlti\e pres(jne excInsivenuMit de la lu/.erne et on x xoil 
parfois des saules (Sali.r lliimhnldliana. flilld.)^ des |XVhers 
et d'autres arbres fruitiers, de la vigne même. Kn (h*»cendnnt 
la (pn'brada . les pnMiiiers .saules (pn» j'ai xus se tron>ent dans 
le xillage de Humabuaca i'i,'Jt\\'" . Ils sont bien racbiticpu's, 
mais ds fdrnu'iil néanmoins des .dlées dans ceil nms lues de 
ce village. 

IV la Puna, on peut tra\erser la .Si(»rra Occidental de 
Humabuaca jiar trois chemins. De Yavi. par de vast(»s step|>es 
inhabitées et |)ar le col de l'Abra de las (iordaderas, on des- 
cende Ojo de Agna dans la Ouebrada de Humabuaca. O'Xbra- 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 785 

pampa, par le col de Très Cruces, le Gouvernement argentin a 
construit un chemin carrossable aboutissant dans la quebrada 
àNegra Muerta. Des Salinas Grandes, par TAbra de Pives et la 
Quebrada de Purmamarca, on rejoint la Quebrada de Huina- 
huaca à la Puerta de Purmamarca. J'ai parcouru les trois 
chemins. H y en a d'autres encore, mais praticables seulement 
pour les Indiens allant à pied, non pour des cavaliers. 

RUINES DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 

Malheureusement le temps calculé pour mon vovage étail 
presque écoulé, lorsque je parcourus la Quebrada de Huina- 
huaca en revenant à Jujuy. J'aurais pu y faire, s'il en eût été 
autrement, de longues et intéressantes études archéologiques; 
mais, durant mon passage, je n'ai pu que visiter rapidemeiil 
quelques-unes des ruines situées sur mon chemin et rele\ei' 
quelques pétroglyphes et fresques jusqu'alors inconnus. Le 
hunps me fit défaut pour entreprendre des fouilles. 

En allant de Très Cruces à Negra Muerla, on trouve, à 
environ îK)"""' avant d'arriver à la Quebrada de llmnahuaca, 
trois huttes d'Indiens désignées sous le nom d'Azulpai)q)a. 
Une route, d'origine préhispanique certainement, traverse à 
cet endroit, du Nord au Sud, la route carrossable (pie nous 
avons mentionnée. Suivant les renseignements des Indiens, la 
route ancienne se continuerait, en passant près de la sourc<' 
de fArroyode Coraya, dans fenchevêtrementdes montagnes de 
l'intérieur de la Sierra Occidental de llumaluiaca, juscpi'an 
Cliani, où elle rejoindrait la Quebrada del Toro. Ces inlor- 
mations des Indiens me paraissent vraisemblables, car les 
chaussées anciennes ne suivent pas en général les quebradas, 
mais sont construites sur les pentes des montagnes <mi con- 
servant le même niveau, si bien que leur rampe est toujours 
très douce, même dans les terrains les plus accidentés. Nous 
avons déjà décrit une de ces routes entre iMorolniasi, dans l.i 
Quebrada del Toro, et la Vallée de Lerma. Celle d'A/.ul|)anq);i , 



'bù 



ANTIQUTKS DE LA HKCilON \M>INE. 



(ioiil j'ai iii(li(|uo sur la carte archéologique la |)arlie que j'ai 
vue, n'est pas si bien consenée que cellr de Moroliuasi. 

\u Mirl (lu cliemiii actuel et à (jin'l(jiie> kilomètres à l'ouest 
(!•• i;i roul«' |)reliis|Miii(jue, il n a heaiM-uuj) de restes d'aii- 
i U'iiin's nii ras: ces ruiiirs portent le iioiii de Tfj VDAS. 

Kii parcourant \vs nioiitai^nes entre Azulpauipa et le Nilla<;e 
de lluMiahuaca, on traverse une haute plaine d'une ass«*y. 
Jurande étendue, dénommée Alto dk Zapagua. Dans cettf 
plainr. un rencontre à cliacpie pas, pendant plusieurs kilo- 
mètres, des Dircws en ruinr. L \lf(» (If /aj)a«;ua jiarait a\nir cte 
tn*s peuple a répo(pie preliisjianitpie. 

Dans la Quchrad.i df I luniaiiuac a, il \ a , d après ce (pie j en 
sais, des ruines aux endroits suiNants : lluinaliuaca, Cialete, 
Chucalezna, ^acoraite, lluacalera et Tilcara. De llumahuaca 




Ki^;. 193. iliintaltiiarj. Va«r ornilhniiior|tlit-. i/i ;:r. iial. 

à Tilcara, la distance est d emnxui ho^"'^ ce (pu démontre une 
densité de |H>pulation assez, remanpiahie a re|)oque prèhis- 
pani(pie, si toutes ces ruines sont contem|M)raines. ( e «pu mr 
semble probable. 

lit M Mil ACA. — Sur les liauttMirs à l'ouesl du Niila^^e actuel, 
il y a de vieiile;^ constructions. C'est l.i (pia été exhumé le \aM' 
fiff. Iff.'i, en forme d'oiseau, peut-étn» \^ pnm del monte (/V/ïc- 
lopr nhsntra . Vieill. [?] i , gallinacé assez, grand , existant encore en 
grand nond^re dans ces régions et qui est très chasse |>our sa 
chair rc&si*mblant un peu a celle du coq de bruyère eiin»- 



ARCHEOLOGJE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 787 

péen. Ce vase est d'une pâte assez fine, et de couleur rose. La 
longueur maximum du corps, la tête et la queue non com- 
prises, est de o"" 10. En dehors de l'ouverture principale du 
vase, formée par la queue de f oiseau, il y a un petit trou 
dans le bec, destiné sans doute à laisser pénétrer l'air quand 
on versait le liquide contenu dans le vase. Sur les côtés de 
cette poterie, il y a de faibles traces d'un décor peint, grossier, 
représentant probablement les plumes des ailes. 

Dans les montagnes en face de Humahuaca, du côté est de 
la quebrada, il y a aussi des ruines en plusieurs endroits. On 
m'a également dit qu'il existe d'importantes ruines à quelques 
kilomètres plus à fEst, dans une localité nommée Pucarâ et 
située à environ 4,ooo'" d'altitude, c'est-à-dire à près de :^ooo"' 
au-dessus du niveau de la quebrada. 

Galete est une colline de plus de loo"' de hauteur, située 
au point de jonction de l'Arroyo de Calete et de la Quebrada 
de Humahuaca, du côté est de cette quebrada. La colline, 
presque à pic, est accessible d'un côté seulement, par un pas- 
sage qui la relie à une autre montagne. Les pentes de la 
colline, à partir de ib'" au-dessus du niveau de la quebrada 
jusqu'au sommet, sont transformées en terrasses d'une largeuc 
moyenne de 2 mètres, bordées à fextérieur par des murs en 
pirca de 1'" à 1 ""50 de hauteur. Ces gradins sont divisés par des 
nmrs transversaux formant des enclos rectangulaires dont les 
niveaux diffèrent quelquefois un peu de l'un à l'autre, sur 
la même terrasse. 

La colline de Calete, défendue par des hommes arnu's de 
llèches et de pierres, devait être inexpugnable; pour des enne- 
mis sans armes à feu, et très difficile à prendre même pour 
des soldats européens n'ayant à leur disposition que les arnu's 
imparfaites de fépoque de la conquête espagnole. La lorli- 
lication en terrasses de cette colline est basée sur h; même 
principe que les forteresses incasiques, par exemple ()llaula\- 
lambo. La dilférence consiste seulement en ce que les lorle- 
resscs permanentes des Jncas, les terrasses et les murs de 



788 A.NTiyirrtîi DE LA UEGIO.N A.NDINt. 

(léfi'nMî t'taienl construits avec de farauds hlocs de |)ierr«* taillée, 
tandis (lu'à (iaiete et dans les autres forteresses de la Ouehrada 
di* llunialiuaca, il n'v a (jue d«» sini|)les ^/r(Y/5 ; murs en |)ierre 
lu iili' siins mortier. Mais !»• svsteme de terra>ses est le même; 
d ailleurs les incas construisaient aussi de^ lorteresses provi- 
soirrs m terrasses lorsqu ils crai;;naient les attaques d einiemis 
n*doutal)les. Montesinos 241, r. xir. p. 8i) décrit avec l>eaucou|> 
dr détails la construction d'une de ces forteresses, très sein- 
Mahle à celle de Calete, à I aniputoco, par litu-YupaïKpii, Ir 
dernier de la dvnastie des Amautas. (!elui-ri mourut |)endaiil 
l'assaut de cette lortf'resse |)ar les Coll.i^ «1 j.v \iilis. ( Ir hit 
la fin de l'euipire des Amaula^. 

(ilM (, VLKZN \. — J«* n ai pu «'xaiMiMcr (•^'^ rumr>. mais, 
d après les renseij^neinents (pii m'ont été donnés, elles for- 
iiH'iit une colline fortifiée avec des terrasses coinine celle dr 
Calete. 

^ NcouMTK. — H y a à <«'| «'iidroil un»' rtiHinr, |(»rlili«M' aNec 
des pircas, dominant une |)artie étroite dv la (piehrada; mais 
les «(radins n sont moins i<'<(uliers (pi'à (ialetf. Prés de cette 
colline un Noit un tre> j^raiid carré formant une sorte de cour. 
n'iiferuM'e rntrr des murs en piKn el dans l'intérieur de la(pieili' 
se trouNe un ^'laiid ndiiihn- dr prtitrs rliamhres le loiij; des 
murs, (ie .sont sans doute <-ts ruines ipie mentionne, en I7()i. 
Don l'iliherto de Mena 235.|i. iii comme <>tant situées «dans 
un pass;i^(* étroit forme p.ir je |{io de llnmalinaca, entre llua- 
calera et I t(piia •. Mena parle aussi d'une forteresse «axec des 
meurtrières de forme lei tani^ulaire • à l'entrée de la ()uel>rada 
de Purmainarca (Puerta de Purmamarca . .le ne connais |>;is 
ces ruines, bien que je me sois arrête plusieMirs fois à Pur- 
mainnrca, où les liahitants mont dit (pi d ii \ a\ait j)as de 
\ estimes des antuiiufs. 

llliACM.F.RA. — A fîoo" en amont de 1 1 ferme putaiil ce 
nom, du c(\té est de la qutdirada, on a|)ercoit une colline rou- 
\erte fl'enclos carres el reclan^'ulain-s, de difliMentes dimen- 
Moiis .11 pirca. Les murs ont et«' roinp|«tement détruits j>ar 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 789 

l'eau qui a miné et fait effondrer la pente où ces ruines sont 
situées. J'y ai fait quelques fouilles, sans résultat. 

TiLCARA. — La montagne, au-dessus du village actuel de 
ce nom, est parsemée d'anciennes constructions de forme» et 
de dimensions variées. Sur les pentes au nord de Tilcara, il y 
a aussi partout des sépultures préhispaniques. Au cours des 
travaux du chemin de fer de Jujuy à la Bolivie, Hgne actuelle- 
ment en construction, on a mis au jour un grand nomhre de 
ces sépultures. A mon dernier passage à Buenos-Aires, j'ai eu 
l'occasion de voir une collection d'environ cent pièces de poterie 
provenant de ces sépultures, poterie dont la forme, la pâte, la 
cuisson et le décor modelé ont une telle analogie avec celle 
de Yavi Chico et de Sansana, représentée y/</. 190 et 191, que 
cette ressemblance est presque suffisante pour considérer les 
anciens habitants de ces endroits, situés sur le haut plateau, 
comme appartenant à la même peuplade qui a habité la Que- 
brada de Humahuaca. Je crois savoir que la collection de po- 
teries de Tilcara est actuellement dans la possession du Musée 
national de Buenos-Aires. 11 serait à désirer que les nombreux 
objets préhispaniques découverts pendant les travaux du che- 
min de fer de Humahuaca aient passé en de hou nés maius, 
et il est à regretter que des archéologues n'aient pas surveillé 
Texhumation de ces objets, qui malheureusement ont été re- 
cueillis par des personnes sans connaissances en la matière. Les 
travaux du chemin de fer auraient en effet fourni une excelleulc 
occasion, perdue maintenant, pour faire des études archéolo- 
giques intéressantes. 

HuACHiCHOCANA est situé dans la Quebrada de Puruiaiuarca, 
sur le chemin des Salinas Grandes cà la Quebrada de Huma- 
huaca. Pendant mon dernier voyage, je n'ai pas parcouru l.i 
Quebrada de Purmamarca, mais, en 1901, je l'ai suivie deux 
fois. A Huachichocana, dans une montagn<» de trachyle, il y a 
des grottes qui paraissent avoir été habitées à l'épocpie préliis- 
panique et qui routienneut d'anciennes sépullures. Un s(|urlell(' 
avec le crâne déformé artiliciellement y lut trouvé, ainsi ([uc 



700 ANTIQIITKS DE LA KKC.ION A.NDINK 

lU'spinas, (Ifs Iraj^iiii'iilsde poiene à (iécorp.iiit , des os brisés 
.-l d'autrrs d.'hris dôiiioiilranl (|iio ces grottes avaient été jadis 
des demeures Imiiiaiiies. M. Kriaiid Nordeiiskinld 258 p. hbo, 
a donné nnr iinlicr sur r.s «;n>tl.'s ainsi (|ue des dissin> dr 
fn'Mlurs nrinlrs dans deux ahris soub roclu' ;«ii in«in«' «muIumI. 
ri quf jr reproduis plus loin. 

Les nu>nlaj;nes séparant la liante plaine des Satinas (irandes 
de la Quehrada de llnnialiuara, au nord «1 au >\u\ d. Iluaclii- 
choraiia, reidérinent peutH'tr»' d'intéressants xestij^es. (ies ninn- 
laL'ues sont jus<|u'à preM'iit t(»ut à lait inconnues au |M)int de 
\ue arrliéolo^i(pie, et seuls les Indiens ont pénétré dans vr 
lah\rintlu' tU' p«*liles cjuehradas catln*es paiiiii lr> rorliers. 

\i.io DK (Jil.MANA. — Sur une lianlnii- portant ce nom, 
Mluée au nord-ouest dr la Nill«* dr lnjus, sr lnm\rnt beaucoup 
d'ancieinies constructions m pin a, icnides «1 rr( tan^'ulaires. 
D'après les traditions des lial)itanl«> df l'ijn\, <»• seraient la 
les rester <!•• la Nitill»' \ill«' «>|)a^Miol»', «Idruitr par les Indiens; 
mais la construction des murs, la lorme des enclos et les Irajj- 
mi'iits de |>oterie «pie l'on N a reiH«)iitn's démontrent (pi'il 
saisit de> ruims d un \illa«;e pr«'ln>>pani(pie. 1) ailleurs ces 
ruines sont nn-ntionnées sous le nom d'un pucarà ijrande de 
pivJra iNu* grande forteresse indiiMUie en |)ierre) dans les 
urdcnnn:a$ édictées pu I )nn Francisco de Arjçanara/., fondati'ur 
i\v 1.1 nÏH»' de Injuv, le jnm iiMiiie de II loiidation de celle 
\ille, le K) avril i.'x).^. î n extr.iil (l« ce dorunuMit a «-té publié 
par le D' Quesiida 294, p. a.» 

Toutes ces ruines sont-elles cnnteuiporaines et proxiennent- 
elles des dernifTS occupants de la (biebrada de llumalmaca. 
les Omaguacas? Eu me londani ^\\\ mes nrhercbes jMîfMm- 
nelles et sur les collections (pu* j ai examinées, je crois |)ou- 
\oir allirmer (|ue |)resque tous ces xestiges datent de la m^nu* 
épo<pn'. (biant au |)euple du(|uel ils proviennent, ce ne |>eul 
être (p»e celui (pie nous venons de nommer, car, si toutes ces 
mines sont coiiteiii|M)raines et ne proN ieinieiit pas «les Oma- 



ARCHÉOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 791 

guacas, ceux-ci n auraient laissé aucune trace. Or cela est 
inadmissible, alors qu'il s'agit d'un peuple qui a occupé la 
Quebrada de Humahuaca pendant des siècles, ainsi que nous 
le prouvent les renseignements que nous possédons sur leurs 
guerres contre les Incas et contre les Espagnols. De plus, les 
Indiens habitant ces montagnes à l'époque de la conquête 
n'étaient pas des Indiens sauvages. D'après la description de 
Jean de Laet (188/er;i. xiv, c. xii;p. d68), les Omaguacas «sont tous 
riches et civils; ils se vestent de draps de laine, car il s'y 
trouve un nombre infini de brebis du Peru (lamas), la laine 
desquels ils sçavent d'ancienneté carder, hier et tistre fort 

proprement Leur ordinaire viande est le mays ou des 

racines des papas (pommes de terre) ». Don Pedro Sotelo Nar- 
vaez (253, p. i5o) dit aussi, à propos des Ocloyas, que c'étaient 
des « Indiens du Pérou ». Et, en effet, les forteresses et les sépul- 
tures de la Quebrada de Humahuaca se rangent sans le moindre 
doute dans la série des vestiges provenant de la civilisation 
ando-péruvienne. 

SANTA VICTORIA, IRUYA ET VALLE GRANDE. 

A fest de la Quebrada de Humahuaca, nous Irouvous une 
vaste région montagneuse: enchevêtrement de ni()nlagn<is, di» 
quebradas et de cols presque isolés du reste du monde, à cause 
de la dilhculté de communication. Les diverses parties de ces 
montagnes portent des noms différents; les principales chaînes, 
si dans un tel labyrinthe on peut distinguer une chaîne d'nin; 
autre, sont les Sierras del Porongal, de Zenla et d(^ (i.ililegiia. 
Le pic le plus liant paraît être le Calilegua, dont fallihidc ce- 
pendant est inconnue. Cette région a])partient, au |)()inl de \\\r 
administratif, au\ départements de Santa Victoria, (rhu\;i cl 
de Valle Grande. Le seul savant qui y ait pénétré est h\ Dr. L. 
Brackebusch (74 et 75), qui visita les deux premiers de ces dé- 
partements pour y effectuer des études gé()l()gic|ues. En ce 
qui concerne f archéologie, cette région est al)sohinient terra 



7«Jt» ANTIOflTKS l)K LA l\K(;i()N ANDINFL 

incoyntta. A «mi jnj;«T par cjuehjues ohjt'ls, ))rinri|)al('ment des 
pièces en pirrn* >riil|)l»'H' (|Up j'ai vues à Jujuy, je suis sûr 
(juiMip rxnrdilioii arrlnM»loj;i<|ue dans ces montaf^nes donnerait 
lU'S réMdlals inaiN'iidus. 

Suixaiil IrN rriiMM^nriiH'iil.s lii^ltu i(|in'> lUnii nous aM»n> 
donné un résunié j>aj;e 76, une grande jKirlie de celle région 
montagneuse était, à ré|)o(jue de la conquête, liahilée jwir les 
()clo>as, (jiii. d'ajirès ma manière de voir, faisaient partie des 
Omagnacas. Kn tout cas, les Omaguacas se répandaient certai- 
nenuMit sur un ravon assez considérable à l'est du village de 
llunialinara, et, jusqu'à ce que d(»s recherches arciiéologiques 
iiirnl démontré le contraire, nous devons supposer (pie ces 
inontagnes, ou du moins la plus grande partie, étaient hal)ité(>s 
par les Omaguacas. 

IKI S(M KS 1)1, LA (.llOTTi: hK ( Hl LIN. 
PKTIKMil.YIMIKS lU: I.V «.UKHIUltV 1»! III M VIII \(:A. 

Grotte de Chuliii. >iir l.i khiIc prchi>j)aiii(pie dont nou> 
a>ons parlé, à 'i ou f)^"* au sud d \/nlp;Miq)a. il v a, du cMv 
est de vv chemin, une grande groll»' uahirejje iorinée par les 
eaux «lans le grès tendre, (pii est la roche caractéristicpu' de 
cette partie de la Sii'rra Occidenl.il <!•• ilumahuaca. 

La grotte Ne trouNe près d'une hutte indienne |>ortant le nom 
«le (ihulin; elle a en\iron '|o"' de longueur sur \ à .)"' de |>rt»- 
londeur et plus i\v H)"* {\r hauteur. Les Indiens app4'llent cetti* 
grotte la (i rot te tic (Jiiilin ou Inrariirra, c'est-»î-din' la «grotte 
de riiica •. ( .V n'est |)n's<pn' (priin ahri sous roche, comph'le- 
ment «»ii\ert >ers le Sud -Ouest; cependant le siirplomh forme 
un plalond concave «pii protège |)arlaitenieiit les parois et une 
partie du sol conln* la pluie, (^est pour ci inotii (pi<> je préfèn* 
la dénomination de «grotte» à celli* d'ahri sous i-oclie. Les pa- 
rois sont assez, lisses, et le gre.s.duin* couleur ronge ioncé , est 
couvert d'une |>atiiie jaunâtre. Hne couche de terre peuepais.se 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBRADA DE IIUMAIIUACA. 79.1 

s'étend sur la roche qui forme le sol. Des fouilles faites au 
hasard dans cette couche, en deux ou trois endroits, n'eurent 
pas de résultat. 

La paroi du fond, d'une surface d'au moins 5oo mètres 
carrés, et aussi les parois des côtés sont litéralement couvertes 
de figures peintes en noir, blanc et rouge. Gomme dans la plu- 
part des pétroglyphes , ces figures sont distribuées sans ordre , 
indépendantes les unes des autres ou bien formant des groupes 
ou des rangées. Une grande partie des figures sont tellement 
effacées, qu'il est impossible de les reproduire sans faire des 
reconstructions qui enlèveraient au dessin son caractère docu- 
mentaire. 11 faudrait d'ailleurs plusieurs semaines pour copier 
toutes les figures et tous les restes de figures qui composent 
cette énorme fresque. Je me suis donc borné à reproduire 
seulement les figures et les groupes les mieux conservés et les 
plus intéressants. Les figures que j'ai copiées donnent une idée 
assez complète de ces peintures des anciens habitants de la 
région de Humahuaca. J'ai aussi laissé de côté les milliers de 
lamas qui forment le plus grand nombre des figures et qui sont 
tous à peu près semblables. Je n'en ai copié que quelques-uns 
présentant un intérêt particulier. 

Comme dans beaucoup de pétroglyphes de rAmérique du 
Nord, nous trouvons dans la grotte de Cluilin de nombreuses 
figures placées à une hauteur telle, qu'il a fallu des échafaudages 
élevés pour f exécution de ce travail. 

En examinant les peintures de la grotte, on peut distinguer 
deux séries différentes comme style, dimensions et couleurs. 
La première série, représentée /fVy. 19 â, comprend des pein- 
tures d'un style nettement indien, sans influence européenne. 
Elles sont beaucoup plus petites que celles de faulre série 
et elles sont noires et rouges, la couleur blanche n'entrant 
qu'en petite quantité dans leur composition. La deuxiènur 
série, dont hfuj. 195 donne des spécimens, est composée de 
peintures de dimensions beaucoup phis grandes, quelquch)is 
jusqu'à o"* 5o de hargeur on de h)nguenr, très sinq^los romnn' 



79i ANTIQUITES DE LA BÉGIU.N ANDINK 



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10 II 





Fîf- ij4. — Groll» Je Ctiolin Kifarr* ppinlc* m frMqiir. %'* »rrN>. 
V I, tjh fr. fMl. n** 9 à 1 1 . I 6 gr. nal. 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 795 





ilOiUlOO 






QO 



'i". lûS. — GroUo (le Cluilin. Fi(;iiros peintes en Inscinr. •.' snie. 
" N" 1. l'io ur. nnt.; n"' 5 à 8, 1/8 gr. nnl. 



-Ofi ANTIQIITKS l)K I. \ RKC.ION WDINE. 

loriiies et rcprt'seiilanl riitre auln ••, «N^ ( lit\au\ très recuiiiiais- 
sables, desimaj^es liuinaiiiesd'uii style (jiii <lill«'re absolument 
«le celui des Indiens, et des dessins qui semblent imiter des 
cornes de IkeuF^. !.a plupart des figures de cette deuxième 
série sont blanc ln•^; par exception on a employé le noir, mais 
jamais le rouge. On voit très bien (pie plusieurs de ces grandes 
figures ont été jieintes par-<lessus cellrs de la première série, 
sans avoir égard à ce (pion ellaçait et recouvrait ainsi ces 
dernières. En n»gardanl les diNcrses figures des deux j)laucbe>, 
on remanjue les diflérences qui existent «iitn' le> deux séries; 
mais, iMUir bien se rendre compte de la variété des dimensions, 
il Faut se souvenir (pu' l'éclielle n'est |)as la même |M>ur les deux 
séries. Etant donnés les Faits (pu? je viens de signaler, je n'bésite 
|)as à conjecturer fpie les deux séries ne sont pas de la même 
épo(jne : je en »is (pie les ligures de la j)reiniere série ont été 
peinle> asanl l'arrivée des Ks|)agfiols, et («Iles de la deuxième, 
plus lard, lorsque l'induence européenne avait déjà commencé 
à se faire sentir. Il n'est pas (lilllcile de s'imaginer qu'un artiste 
indien ;iit \nnlu l;iire une imitation rusti({ue de Fart des moines 
(pii accompagnaient les armées esj)agnoles, et cjii il a exécuté 
des |>eintnres d'un nouveau style par-dessus celles (pie s(\s 
ancêtres aNaienl jadis Failes d'aprrs Irnc r(tnc«'|)lion aulocblone 
dt* l'art de. peindre. 

riu.MiKHK SKIUK. — Les figures qui ^.• Irouvent sur la pan>i 
lalérab* sud de la grotte sont mieux conservées que celles de la 
grande paroi du ImikI. Les n*^ / à <S de la //(/. t9^i appartiennent 
à celte jKiroi latrrale. tandis (pir 1rs tf U a /l'appartiennent au 
lond. 

N" 1. (îrand»' image liuiuaiue. dont lecorjjscl les extrémités 
sont iorinés |)ar des lignes droite> et dont la tête est circulaire, 
nianièri> de représenter FlKunme (pie nous avons déjà vue sur 
la lres(pie de Piicani de Rinconada et Mir nu ]>étroglvpbe de 
Piierla di* lîinconada. •! (pii, comme nous l'avons expo.^'' 
page fi8o,r>t Frécpicmment emplovée dans des|)etroglv|)hesde 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 797 

diverses régions de TAmérique. Gomme à Pucarâ, cette figure 
a des dimensions beaucoup plus considérables que les autres 
figures de notre première série : le corps, de la tête jusqu'à la 
pointe de l'appendice qui paraît être une représentation du 
membre viril, a o"" 54 de longueur. Les lignes, contrairement 
à celles de la plupart des autres figures, ont été d'abord gravées 
et remplies ensuite de peinture noire. Elles ont environ o"'o3 
de largeur. La ligure est placée dans une position oblique, à 
une hauteur de 3"" environ au-dessus du sol, dans le coin de 
la grotte. Entre les jambes et les bras de ce personnage, il y a 
diverses figures de petites dimensions. 

N*" 2 et 3. Deux figures humaines, la première assise, la 
seconde debout, peintes en noir, d'environ o"' i3 de hauteur, 
la tête ornée de plumes. 

N° 4. Très semblable aux n"' i-8 de la fresque de Pucara 
de Rinconada reproduite y?^. Iâ7. La tête et les jambes sont 
noires, la tunique rouge. Cette figure est la seule dans son 
genre dans la grotte de Chulin. 

N° 5. Lama femelle allaitant son petit. 

]\" 6. Quadrupède dont f espèce est difficile à déterminer. 

N" 7. Lama noir, avec la tête, une partie du cou et la laine 
du poitrail blanches. La laine épaisse, qui forme une sorte de 
jabot sur le poitrail des lamas, est bien représentée sur celte 
figure. Beaucoup de lamas de la grotte de Chulin et despélro- 
glyphes de la Quebrada de Humahuaca montrent ce jabol, 
tandis que sur les lamas des pétrogiyphes delà Puna il n'exish^ 
pas. Les pattes de devant de ce lama sont placées sur un 
rectangle composé de lignes parallèles, dont la signification 
m'échappe. H y a encore deux ligures semblables. 

N" 8. Troupeau de nandous noirs à ventre blanc. La forme 
des nandous, et surtout leur disposition en marche, avec ini 
vieux mâle à la tête du troupeau, sont très fidèlement repré- 
sentées d'après nature. 

Les figures rf' 9 à 12 se trouvent au milieu du Fond d»' la 
grotte, à une faible hauteur : i"' n i'" ^o du sol. 



7W VMKHITKS DE L\ HKGION VNDINK. 

%• 9. Haiijç<^e de lamas. L<» cou dv chacun de ces iauias pa- 
rait èlre rrli«^ à la (|UCMir du |)rr^ced«Mjt .m iiinvrii (1*11111' (onlr. 
Le iircniiiT lama de la rangée est mené |)ar un lininine. l ne 
rangée de lamas analo^^ue ."i crlle-ci est j;ravee sur l'un des 
[M''ln>«(lv|)ln's de Horlero, //y. Iffd. 

N" 10. I rois jKT.snnuaf^es, celui du iniiieii asec une coii- 
lure remanjuahle. Les deux autres send)lent |)orl«'r celui-ii sur 
une sort»' <l«* chaise a jiorleurs indi(|uée par uin' li«;ne hori- 
zontale, (iette manière de n'|)n'senter la ( liaise à |M)rteurs est 
sans doute très rudimenlaire, mais nous l.i \(tN(ins «'uiploNée 
aussi sur la j)olerir du I'«tou, Ires arli>li(|u«>nient décorée 
de relirfs d'une exécution adinirahle. M. \\. A. IMiilippi 287. 
|. II. |.l \ii. 'i , .1 n'produil un \asr d«' rrn|illo, <(»Ms«'r\e au 
Musée national du (.luli, ->iii Ircnjrl on \(iit un personna«;e 
|)orté pardrux autres sur une simple harn- droite. Cette lij(ure 
difl'ère d(» celle de (.liulni ni « r (jin- lepersonna«(e est assis sur 
une sorli' dr Irùne suppoilc par la harrr. au lu ii drlu' pl.irr 
directement sur celle-ci, aNrc 1rs jaiiihf^ pendantes, comme le 
pers<Hma;;r de notre lres(jue. 

N" II. Ilnil persnijiia;(rs hahilles de lnni;ues rohes noires 
et (pu seinhieiit être commandes par un neuNieme |)lace plus 
haut à droite de la ran«;ée. (les huit |)ersonnaf;es |)ort(Mit des 
objets tpii présentent (piehpie analogie avec les haclu»s |)lates 
en schiste «If l.i Puii.i. lU sont iniil noirs, excepté les pieds re- 
présentés par des taches hianches de forint» circulain»; la coif- 
fure consiste en deux j)lumes : hianches v\ droites chez les six 
personnn»;es de «gauche; Manches à |)ointes inures et londiantes 
chez, les deux de droite. Le chef diilére des autres par la télé, 
(pii est hlanch(\ |)ar les plunn^s |)lus j)etites, noires, et pars<Mi 
arme, dont la lorine ne corres|K)ud à aucune arme cpie nous 
c<mnaissions. Le sixième personnaj^e, à |)artir de la ^'auche, 
et la coijlure du (|uatrièuH> sont prestpie elTacés. Ces lij;ures 
ont environ o*o8 de hauteur. 

N" 12. Ce groupe semhie représenter une scène de lutte. 
(^uel(jueH-uns ih's personnages cpii v apparaissent sont pn'sque 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 799 

eflacés, mais on peut se rendre compte que toutes les taches 
représentent des hommes. Les deux taches à droite sont pro- 
liablement des morts couchés par terre. 

Ces douze numéros ne sont que des échantillons pris parmi 
les groupes les plus intéressants de la première série. La plu- 
part des autres figures de cette série sont des lamas placés en 
rangées ou seuls, qui s'y trouvent par centaines, tournés de 
toutes manières et dans toutes les directions. Parmi ces lamas, 
])eints en noir et en rouge, quelques-uns ont la même forme 
que ceux du groupe n" 9, mais dans la plupart le jabot est in- 
diqué comme dans le rf 1 . Plusieurs allaitent leurs petits, 
comme le n" 5. Très haut, à 9°* du sol, on remarque d'autres 
lamas noirs, beaucoup plus grands. 

En dehors des lamas, on voit des groupes représentant des 
rangées d'hommes, des scènes de lutte, de petits quadrn- 
pèdes, etc. Les différents groupes sont indépendants les uns 
des autres. Les parois de la grotte sont entièrement couvertes 
de figures. 

Deuxième série. — La fi(j. 195 représente les principales 
peintures de la seconde série. Pour les raisons que j'ai don- 
nées, je considère ces peintures comme postérieures à la con- 
quête espagnole et, par conséquent, comme plus modernes 
que celles de la première série. 

N** L Grands ronds peints en blanc, géométriquement des 
«couronnes», de o" 4o à o™ 3o de diamètre extérieur et 
environ o™2 de largeur. Un de ces ronds est situé à 8"' de 
hauteur au-dessus du sol, deux autres à 3"" et six à 2"", dispo- 
sés en rangées horizontales au-dessous du premier; à droite 
de la rangée inférieure on voit, à quelque distance, une autre 
rangée de six figures semblables. Tous ces ronds se Irouvenl 
sur le fond de la grotte. Leurs contours ne sont pas parfaite- 
ment circulaires, mais présentent de petites irrégularités. 

N" 2. Trois ligures blanches, chacune d'un peu moins de 
o"* 20 de longueur, formant une rangée à peu près borizontale. 



800 ANTIQIITKS DE LA BÈf.lON \NDINK. 

Il N a plusieurs aulres ligun*s, pres^jur «'H'arfes, «l»- l.i iim'mihî 

lornu*. 

N* 3. Grande ima«;e lui mai ne, à bras levés, punie eu hla ne, 
de o"56 de hauteur. OUe figure, ainsi que les suivantes, m» 
trouve sur I»» fond de la j^rotte,à '.<'" environ du sol. 

N" ^1. Celtr ligure, blaneii»' ronune les pn»cédiMil»'s, res- 
MMiihle à un»' paire de rornes de IxiHif; au-dessous, trois rec- 
tangles. Hauteur verticale, environ o" 3o. 

N* T). (hiaire carn*s formant une croix; au-dessus six p«»lils 
rectangles en rangée horizontale; le tout surmontr <l un c pois- 
sant inverti. Hauteur, o".^ i. 

N° f). l'igure humaine peinte en Manc avec larges bords 
noirs. Vutour dr la tète, un cercle bl:ni<' (pii rnpp»*ll«' l'atin-ole 
des saints. Hauteur, o* t\. 

N" 7. Deux mires de cornes d»' hou! d»' la inrmr form»' 
(Hie celles du n" ^l. \n-dessniis de < li.i(|iii' paiir dr cornes, il 
N a trois rectangles, ««t au-<lessus df l.i p. m»' inlrnenn' on \oil 
Mil |H)int circulaire, dette ligure n est pas tout à lait symétri(|Uf; 
elle est p<Mnte en blanc. Hauteur totale, o* f)3. 

N" 8. Des chr\au\ montés j)ar des cavali(»rs portant des 
lances, (ies figures sont peintes en noir avec d(>s bords i)lancs. 
Les traits n»présentant les rênes et la |)oint«* de la lance du 
cavalif^r de gauche S4)nt blancs, ainsi (pie la lance du c^ivalier 
de droite. La longueur des ligures, <l<' l.« léte des chevaux 
à l'extn'mité di l.i (|iniir, est (Truviron o"2o. Non loin de 
ces figures il v en a une autn» .send)lable. |>rrs(jue eflacée. 
\insi fpi'on le voit, ind doute (jue ces ligures m* représentent 
«les honunes montes sur des chevaux; elles sont donc |M>sté- 
rieures A l'arrivée des con(piérants espagnols dans la (Juebrada 
de Hnmahuaca. Ce sont |>eul-élre les soldats dWlmagro ou de 
l>on Juan Nune?. del Prado (jue h»s Indiens ont voulu repré- 
senter |)ar ces pùntures. L'ex|MMlition d'Almagro eut lieu en 
K».'i6. celle de Nunex del Prado en iTi/jy ou i55o; les Ks|)a- 
gnols ne réussirent \ soumrllre 1rs Omagnacas cpi'iMi \\^^^. 
Une in'Mjur rnpestre, reproduite fir^. "Jth'i »| (pii sr trouve à 



ARCHÉOLOGIE DE LA QUEBRADA DE UUMAHUACA. 801 

Huachichochana , dans la Quebrada de Purmamarca, repré- 
sente aussi des cavaliers portant des lances et montés sur des 
chevaux, mais ceux-ci, sauf un, sont dessinés avec des lignes 
droites, comme les lamas des pétroglyphes de la Puna. 

Les figures que nous venons de décrire forment la prescpie 
totalité de celles classées comme appartenant à la seconde 
série. Quelques-unes d'entre elles sont répétées plusieurs fois. 

Pétroglyphes de Rodero. — A i o""" environ au nord du vil- 
lage de Humahuaca finit TAngosto del Rodero , partie étroite 
de la Quebrada de Humahuaca, ayant de 1 5 à 20""° de longueur 
et qui commence un peu en aval de Negra Muerta, localité où 
la Quebrada de Très Cruces rejoint la Quebrada de Humahuaca. 

Les parois rocheuses de fAngosto del Rodero présentent de 
nombreux blocs de schiste, à surface lisse très propre aux in- 
scriptions. La roche, d'une couleur violacée, a été déterminée 
par M. le professeur Lacroix comme du phyllade. 

11 y a des pétroglyphes en plusieurs endroits. Ceux qui sont 
composés de lignes ont probablement été gravés par frotte- 
ment longitudinal avec une pierre formant biseau; les figures 
à surface étendue, comme les corps de plusienrs des lamas 
Jig. 198 , 199 et 200 , doivent avoir été creusées au moyen d'un 
instrument de percussion, et on les a polies ensuite par frot- 
tement. 

J'ai relevé les pétroglyphes suivants : 

Ficj. 196. Rangée de lamas; le cou de chaque animal est 
rattaché à la tête du suivant par une corde; celui qui est en 
tête est mené par un homme, à moitié effacé. Cette rangée de 
lamas ressemble beaucoup à celle qui est peinte dans la grotte 
de ChxAïnfuj. 194, n" 9; seulement, dans cette dernière, le cou 
du premier lama est relié par une corde à la queue du second , 
et ainsi de suite. Dans la collection que le Musée d'ethnogra- 
phie de Berhn a achetée récemment à M. Manuel Zavalein, il 
existe une écuelle en terre cuite, cataloguée sous le uuniéro 
original 3o63, provenant de b'uerte Quemado (Santa Maria, 



802 ANTIQIITKS DK l\ HKGI(»N ANhINK 

(:alamarca\aaiis riiileri.-ur de laquelle sont juMiiles, en iiuir 
sur engol)c jaunp, et séparées par une bande de dessins geonié- 






T(r 





Fig. 19C. — Rudcru. l'i (rut:l\|tlM'. — i/i« gr. oal. 

Iricnies, deux rangéi's de lamas, iepn'>en!ées //</. /.'y/, (jue Ir 
\y \\ Leliniann a eu I nhli^M'ance (If m»' rtiiielti»'. (.vs lamas 
>()iit d'im lvj)f «lillVinil (\i' c »liii des lamas des petro^KpIies 





Fig. 197. Hirrir «^hirmji-io NtnU Maria. GiUinsrra . Drrnr |«-inl clan* une r<iirllr. 
» .1 RT. nal lV««in «lu IV W. |>rltmann 

de la Puna, mais ( eux de lune <le> lauî'ee^ sont attaches l'un 
h l'autre et conduits |Mir un homme « précisément comme les 



ARCHEOLOGIE DE LA QUEBKADA DE HUMAHUACA. 803 

lamas du pétrogiyphe dont nous parlons. Cette répétition d un 
même motif sur une pièce de poterie d'une région si éloignée 
est intéressante : elle indique Thabitude des Indiens préhisi^a- 
niques de mener les lamas attacliés les uns aux autres en file, 
usage qui n'existe plus. Au-dessous delà rangée de lamas gravée 
sur la i^ierreficf. 196 , il y en a une autre identique, mais telle- 
ment efl'acée qu'il était impossible de la reproduire avec exacti- 
tude. Les lamas de la rangée supérieure ont o™i i de hauteur; 




V\<^. 198. — Rotlero. l'étroglvplic. — i/i5 |j;r. nat. 

la rangée entière, C^yy de longueur. Cette pierre se Iiounc 
du côté ouest de la quebiada, presque au commencement de 
l'Angoslodel liodero, lorsqu'on y arrive en venant de Huma- 
huaca. Près de ce pétrogiyphe il y a un autre bloc gravé, avec 
des lamas presque totalement effacés, non placés en rangée, 
mais dispersés çà et là sur la pierre. 

Les pétroglyphes suivants sont gravés sur iiii groupe (h» 
blocs à environ 2""" au nord du premier, du coté est, el à en- 
viron 10" de hauteur du sol de la qiiebrada : 

Fi(j, 198. Un seul lama, très grand, de o'"3o de hauteur, 
avec un jabot représentant la laine épaisse et saillanfc (\\\ pni- 
Irail (l(^ l'animal. 



804 



ANTIQIITKS |)K I. A HK(.I(>N AMUNK 



/'iV/. 199. Ni'uf lamas dont la lêle et la queue suiit repré- 
siMilee» (le dilléreiiles manières, probablemiMil jxiur in(li(|u»r 
«liventes attiUi(lt>s de ces animaux. Six dv cfs lamas ont Irj.ilml 
de lainr hirn indi(|in''. \n-d••^s^Is dfs lamas, on Nuil (rois li^Min-s 




Kig. 199. H,-I.r. IVir.. .K|.|.. , ,,, ., „4|. 

prfsc|ui* nT(an;;nlaires aver un |M»inl .m crnlre, rap|M>lant les 
r»Trles .1 |H)int rmlra! (|nr nous a\ons vus sur les iW'tnij^lvplu's 
<l«' la Oin'hrada di'l nn>al. //«/. 59 o ri fiO , el (|ni son! d'ail- 
Ifurs rnmmuns dans les insrri|)ti()ns rnprslres drs dillrriMiIrs 
|>arties dr r.\uiêri(pie. La pierre a i"'3() de hanlenr sur 1" 
de larj^eur. 



ARCHÉOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAIIUACA. 



805 



Fig. 200. Lamas de différentes formes et en diverses posi- 
tions. 11 est à remarquer qu'un seul de ces lamas a le jabot de 
laine indiqué, et que les autres ont, à la place, de une à cinq 









Fig. 200. — Rodero. — Pétroglyphc. — i/i5 gr. nat. 

petites protubérances. Serait-ce qu'on avait fhabitude de par- 
tager la laine du jabot en l'attachant avec des rubans, comme 
cela se fait quelquefois de la crinière des chevaux? Ou ces pro- 
tubérances représentent-elles les pompons de laine rouge que 




Fig. 201. — Tilcara (Quebracla de Humahuaca). Vase on terre cuilc. orné d'une tôle de lama, 
dont le cou est orné de protubérances. (Dessin de M. E. A. Holmbcrg.) 

les Indiens de nos jours placent dans la laine et au l)()ut des 
oreilles de leurs lamas, coutume que nous avons mentionnée 
page 496, et dont l'usage date sans doute de ré])()qu(' préhispa- 
nique.^ M. Éduardo A. Holmberg possède, à Buenos-Aires, un 

5' 



805 ANTIQLITKS DE LA HK(;iON ANDINU 

|K»lil vase en terre cuite trouvé dans une sépulture à Tilcara, 
dont l'anse représente la tôte et le cou d'un lama; le cou a de 
iHîtites pnilnliérances seinhiaMes a celles (pu* l'on voit sur notre 
|)étrof;lNplie. M. Ilolinher^ a bien voulu m»' («nmnunicpier un 
cnxpiis de ce \a.se, (pie j«* reproduis //y. "Jifl. M. \oii Tsclnidi 
(311,p I03 dit (pie IcN anciennes statuettes de lamas du Pérou 
ont souvent sur le cou des protuIxTances et des sillons n»- 
pn'>sentant la laine épaisse que ces animaux jKjrtent à cet 
(Midroit. 

Fi(j. W"2. l'ace humaine j^ravée sur nii autre bloc de schiste, 
situé dans !<• même j^roupe que les pélro«;lvphes précédents. 




Fif. «OB. — Hotlero. Kigiirr d'un |Kint({iyplM*. i/6 ^r. nal. 

IlautiMir de la li^Mire o'"3o, lar«;eur o"' ic). Sur Ir mmimc bloc, 
il s .1 beancouj) de lamas et driix tm Irnis ii<;ures liumaint^s, 
mais |)res(pi(' com|)l(teNiriit rllacées. La face, gravée en traits 
plus protonds, s'est mieux conser\ée. 

On m'a dit (pi'il v avait drs pcIroL^dv plies en |»lu.sieiirN 
autres cndinits, dans l'Angosto di'l Tiodero. mais je n'y ai rvu- 
contré (pic ct-ux cpie je viens de di-crire. Les habitants de llua- 
mahuaca mV)nt également rlonné des renseignements sur les 
IM'troglyphes existant dans les montagnes, à Test de leur vil- 
lage, notamment entre Coctaca et \chic>ole«à environ i.'i^^au 
nord-est de lliimahuara. Sur une montagne près de Coctaca, il 
y aurait aussi les rniiifs d'un anrim \illage d'une certaine 
importanrc. 



ARCHÉOLOGIE DE LA QUEBRADA DE HUMAHUACA. 807 

Pétroglyphe de Lozano. — Cet endroit est situé dans la 
partie inférieure de la Quebrada de Humahuaca, à une ving- 
taine de kilomètres de la ville de Jujuy. 

D'après les renseignements qui m'ont été fournis, il y a, 
à Lozano, une grande pierre couverte de lamas et d'autres 
ligures gravées. 

Fresques de Huachichocana. — Nous avons déjà eu l'occa- 
sion de mentionner Huachichocana, dans la Quebrada de 












l''ig. 2o3. — Huachichocana (Quehrada du l'iiriiiainarcaj. Figures peintes en freMjne 
dans des grottes. (Dessin du haron Ë. Nordenskiôld.) 

Purmamarca, à propos des grottes habitées à l'époque préliis- 
])aniques et contenant également des sépultures. Dans deux 
aljris sous roche de la montagne trachytique qui renleruie ces 
grottes, on voit des figures peintes, la plupart en noir, quelques- 
unes en rouge. Plusieurs ligures ont été d'abord gravées et les 
traits remplis ensuite avec de la couleur. 

M. Erland Nordenskiôld (258, p. 45i) a relevé, lors du passage 
de la Mission Suédoise en cet endroit, plusieurs des figures de 
ces fresques. Je reproduis ici, fi(j. 20S, sou dessin. 



808 ANTIQl ITKS l)K LA ntXION ANDINE. 

Les fresques (\v Huaclnchocana, ccrlainenicMil postérieures 
à rarriv«'*e des Esnaj^iiol.s, représentent surtout des Iininiiies à 
rlieval ixirtaiit des lances et d'autres armes. C^s dessins ni- 
|)estres sont iKUir la plu|)arl ((uniMisés unitpieuKMit de lif;;nes 
dniites, rommr le M)nt l«'s lamas vi heauroiip d'autres Hj^nires 
di'N |M'»ln>j;lvpln*s dr la Puna, des >allées intrrandinrs dr I Ar- 
^iMilini-, de la Ikdivie et du IVrou. Sur tous ci*s jM'troglNjdies, 
les auteurs ont su n»présenter, au moyen de simples lignes, les 
attitudes les plus diverses des lamas, cl. j)ar la même mê- 
tlunle primitive, les artistes d«' lliiacliirhorana ont dessin*^ des 
rlie\au\ et des cavaliers dans de nond)reuses |H)stures difl'ê- 
renles. Dans ces o-uvres rn|)estres, on voit représentées, a\ec 
heaucoui) (U' naturel, (\vs lutles nitn' des ra\ali<'rs, dt's luttes 
rntre un ca\alier et un hnmmr à j)ie(l, l'tc. 

IVrniérenîent, M. Nordenskiold (267, p. 346) a publié la |)lio- 
tograiiliie d un pétrogivphe gravé [pcched) de (iarecoa, près de 
(!aral)uco (province d'Omasn\ns. H<)li>ie), sur la ri\«* nonl-esl 
du Tilicaca. (!e |M'»tro';l\|)l»e présent»! d<*s ligures rectilignes de 
ca\aliers i*t de chevaux, très analogues à celles de Muacliiclio- 
cana. A ma connaissance, ces drn\ pétrogivplies l't la frexjue 
de la grollr i\v (iliwlin [^fuj, l!f'), n" tS'j .sont les seules ou>res 
ruiM'stri's reproduisant des chevaux, qu'on ait découverts dans 
lAméricpn' du Sud. l n petn»gl\plir présentant l'éhauche 
d'un iia>ire euro|)4Tii du wi siècle, et (|ni par (-onstMpienl 
date égaleuM'ut d une éptxpir jM)stérieun' à l'arrivei» des Euro- 
|)éens, a été reproduit par M. Mverard iiii llnirn 348 /.i. . p. 4oo. 
fi|r 3«j). O dessin est gravé sur un hloc dr |)ierre a llha de 
Pedra,sur le Hio Nrgro, dan^ la (lUNanr hritannique. Le navire 
est iacile à reconnaitif . hnn i|ur !•• dessin M)il de stxle nette- 
ment indien. 

Rapports entre les pélroglyphes décrits et entre ces pélro- 
glyphfs et ceux de l'Amérique du Sud en général. — Outre 
nnlir roumé, pages |-o-|--, .sur les prtrogK plies (pii ont 
été puhhes de la région diaguite, nous aNons dans le présent 



PETROGLYPHES. 



809 



ouvrage décrit et figuré, ou simplement mentionné, les pétro- 
glyphes*'^ suivants. 

Quebrada del Toro. 

Quebrada del Rosal, pages 348-352, fig. 59, 60. 
Pancho Arias, page 352. 
Lagunas del Toro, page 352. 

Quebrada de las Cuevas , entre Puerta de Tastil et Tastil , pages 364- 
367,7/^. 65. 

Tastil, page 379. 

Incahuasi, pages 3'jQ-^8o,fi(j. 86. 

Piina de Jnjny- 

Cobres, pages 533-535, /r/. 100, 101. 

Taranta (Casabindo), page 61 5. 

Pucarâ de Rinconada (fresque), pages 665-673 , [((f. Uil . 

Pucarà de Rinconada (pétroglypbes gravés), page 674. 

Chacunayo (fresques), pages 674-676,^^. 11*8. 

Puerta de Rinconada, pages 676-678, /j^. 749, 150, 151. 

Aristucun, page 682. 

Désert d'Aiacama. 

Machuca(San Bartolo), page 718. 
Quillagua, page 718. 

Province de Tarapacà (plusieurs pétroglypbes n'appartenant pas aux ré- 
gions que nous étudions), pages 719-720. 



''' Dans plusieurs auteurs, le nom 
« pétroglyphe » , introduit par Richard 
Andrée, dans ses Elhnographischc Paral- 
lelen uiid Vcrgleiche, est appli<[ué seulement 
aux inscriptions gravées, tandis que les 
fresques rupestres sont dénonnnées « piclo- 
graphies», mot qui ne les définit pas avec 
une précision suffisante, mais signifie plu 
tôt une peinture sur une maiière (|uel- 
conque. D'autre part, les ethnographes 
des Etats-Unis emploient ce dernier mot 
|)our désigner toutes les difl'érentes caté- 
gories de peintures idéographiques des 
Indiens, et non spécialement les peintures 
sur des rochers. 



Pour ce motif, je comprends en géné- 
ral, sous la dénomination « pétroglyphcs», 
et les inscriptions gravées et les peintures 
anciennes qui se trouvent appliquées (h- 
rectement sur des rocliers ou des hlocs 
de pierre naturels, l/étymologie (hi mot 
« pétroglvplie » scmhicrail peut -être s'y 
opposer, mais ou peut aussi liien parler 
de « pétroglyphes peints» rpi'on le lait de 
« hiérogly[)hes peints». D'ailleurs, si l'on 
appelle « pétroglyphes n les inscriptions 
gravées et « pictographies • les fresques, 
comment dcnommerail-on les inscriptions 
qui sont gravées d'ahord et dont les lignes 
ont ensuite été renq)lies de couleurs? 



glO ANTIQl ITKS DE LA BKCION ANDINE. 

()uelrada de Hunuihuara. 

(ihulin (frosques). pages 791-801. /î^. t9(i . 195. 
UoiLto. pagrs 801-806. /î</./9<î. )9S . 199. WO . 90'J. 
Ixizano. papi' 80-. 
Iliiarhirhoraiia ( fre!M|Uos ) . paRi'> 8ji 7-808, //j^. ^20.'i. 

Mil «•xaniinaiil la localisation dr ccb iiiM'nptioii.^ , iiou.^ rciiiar- 
quoiis (HH* la nliijiart (r«'iitn' rllrs se IrouviMil le Ion»; de clieiiiiiis 
qiii()nl«'*t<'»fr('*(jiu'iilésà IV'pcKjue |)rélii.sj)ani(jii««,siirt()nl(laiis(irs 
endroits où ces cheiiiins traversent des |)arties (étroites des qiie- 
bradas.ou bien au |)ied 011 au soiniiirt du passade (Tune inon- 
taj;in' ou d'un ra\iii. Ainsi les |)etro^dy|)ln's de Panclio \ria>, 
dr la Ourbrada de las C^uevas, de Pucrta (b- Hiiiconacbi et de 
Hodi'H) se troiiNtMit dans des j)assa«(«'.s étroits des (juebradas, ou 
celles-ci sont ««ncaissc^es entre des parois |)res(pie perjM'ndicii- 
laires. Les p<^troj;l\ j)bes de (iobres sont plactVs près de bi sorti»» 
dr cettr (Hiebrada sur la j)lain«'. (iciiv de l.i (jnebrada (b'I Hosal 
sont j^ravés sur des blocs sr li<m\ant |)res du coininenctMnent 
et à la iiii de la cb\sceiite, dans cette dernière (jiH'brada, de la 
cbaussi^e prrbispaiii(|iie (|ui va de Morobuasi à la \ allé»» de 
Lerina. (!«'uv dr Ta>lil sonl placés é«;ab'iiient à cotéd'un clu'inin 
prébis|)aiii(pie, crlui de .\b)i'obuasi a l\ivo«^asta, à l'endroit ou 
ce cbeiiiin iiioiilr la ptMite a|)rès avoir traversé bi (piebrada 
où coub' rVrrovo de Tastib La «;;roll<' di- (!bulm. a\ec ses nom- 
bnMises fres<pies, est aussi située sur un passa^^e étroit d'un»* 
roule |)réliispani(jur dont nnr partie est si«;iialée sur notre 
carte arcbénln;;ic|ue. 

ba j;raii(b' hcsipu* et les p<'*trotjlvj)bes <\i' Piicara de l^iiico- 
nada ne se trouM'iit pas à |)ro\iiiiitr d un cbeniin, mais tout 
près des ruines du \illap' prébis|)ani(pie de ce nom. La grotte 
(b* Cbacunayo est située assez. b)in des li* ii\ bai)ités, mais, 
comme nous l'avons dit, tout indi(pie que les fresques de celle 
jçrolle .Vînt aussi l'œuvre des anciens babitants de INic^ird. H 
est d'ailleurs assez, rare de rencontrer des pétroglypbes dans 
les environs imniédiats drs anciens vilInL'es. 



PETROGLYPHES. 811 

Nos inscriptions rupestres datent-elles toutes de la même 
époque, ou sont-elles les œuvres de divers peuples qui se se- 
raient succédé dans ces régions à des époques éloignées l'une 
de l'autre? A cette question, je répondrai volontiers que tous 
ces pétroglyphes proviennent de la même époque et qu'ils ne 
donnent pas de traces de races dillerentes qui auraient occupé 
le territoire l'une après l'autre. Tous les pétroglyphes gravés 
sont plus ou moins du même « style » , et leurs éléments princi- 
paux sont les mêmes : des figures de lamas et quelquefois 
d'hommes, dont le corps et les membres sont formés par des 
lignes simples et pour la plupart droites; d'autre part, des 
lignes courbes irrégulières, entrelacées, formant des enche- 
vêtrements qui défient tous les essais d'interprétation de la 
part de certains archéologues qui s'efforcent de découvrir une 
écriture embryonnaire dans les pétroglyphes américains. 
Certes, il y a quelques pétroglyphes où ces éléments n'en- 
trent pas. Ce sont ceux de la Quebrada de las Cuevas (entre 
Puerta de Tastil et Tastil), d'Incahuasi et de Cobres. Le pre- 
mier, composé seulement de tracés (Vasntas, gravés dans la 
pierre, est unique parmi les pétroglyphes de la région andine 
de l'Argentine; mais, comme nous l'avons signalé, l'on ren- 
contre çà et là, dans tous les pays, de ces pétroglyphes repré- 
sentant des empreintes de pieds humains. Le style du pétro- 
glyphe d'Incahuasi diffère des pétroglyphes de la Puna, mais 
on y trouve des analogies avec certains pétroglyphes des val- 
lées diaguites. Les images de jaguars de Cobres ne se retrou- 
vent pas dans d'autres inscriptions rupestres des régions ([ul 
nous occupent, mais les faces rectangulaires esquissées au 
moyen de lignes presque droites ressemblent à des faces hu- 
maines d'autres pétroglyphes, par exemple à celle de l'Augosio 
del Wodevo, fig. 202. En somme, les pétroglyphes d'hicahuasi 
et de Cobres ne présentent pas de dilTérences de style assez, 
importantes pour les attribuer à une époque ou à un peuple 
diflérent. Enhn le procédé qu'on a employé pour graver el 
ces pétroglyphes et celui de la Quebrada de las Cuevas est 



812 WTIQLITÉS DE LA HKGION \M>INK 

éviclpiiiiiimt le iiH^me qu'un a omployé jmmm I«'s autrrs cl dont 
nous avons parlé pajçe 349- 

Passons aux p<'*lro;;lvpliPs p'ints, et commonçons par cou\ 
de Pucarâ d«* Rinconada et de (iliarunavo. Ces deux <;rand«*s 
fn'sques sont assur/Muent l'crtiMe des liahitniits dr Pucara : 
la pinxiniilf du >illa^'e riiidi(|ue, les li«;ures de lauias s»' res- 
si'nil)l<-iil dans Tune rt dans l'autre, la tec huicpie dr la peintun* 
et les couleurs des deux fresques sont aiialo«;ues. Quant à la 
grotte cjr (ihuliii. il v a, coniMir nous l'avons reinai-qué, une 
si^rii* de lifçures (pii send)lent rlrr plus niodernes(|ue les autn*s 
ri <pii ('•videininent datent d'une époque j)ostérii'ure à rarriv«'»c 
des prcniiiMS Ksj)a;;nols. Kn cv (|ui ronrerne l'autre série de 
li;;ure.«>, — la si'rie prélnspani(|ui', — Ineii (jm- la plupart de 
tes dernièn's ne se répélrnl pas dans la ln\s(pir de Pneara, il 
V en a d autres (iiii iiidiipiriit la ronnexitc entre r(>tle fresque 
• t la série de (iliulin (pie nous siip|M)soiis préliispanicju**. Ce 
sniit surtout II' prtit lininnie à hini(pi«' rou^t* de la trescpie 
de (iindin, //Vy. //V^ /i' /s, fort send)l iMe à ceux de la fnvsque de 
Wu'iivii, Jiij. I^l7 n"' Î-S: éj^aleinenl la lij^ure n" I de la pn*- 
niirre, analo«(U(* au n" 7.'i de la derni»'re, ri d'ailleurs de noin- 
hrenses li«;ures de lamas (lui sont identi(pn*s dans l'une et 
l'auln' ïl«' ces deux œuNres de l'arl rupeslre. 

Les pélro<jlv plies |>einls, c'est-à-dire les fresques, sont-ils 
dr l.i Oléine orii^Mic <| d.- |;i inrini' cjuMnif (Mir 1rs pétro- 
i^In plies j^ravés? En général, les ligures |MMntes ne resseinhieni 
pas aux ligures gravi'i's, exce|)lé les ligures rectilignes de 
lamas et cnlaines autres. Nfais celte manière si caractéris- 
li(jue d»' repimliiire les lamas |)arle à un haut degré en fa- 
veur de la connexite entre les inscriplions gravées cl les 
Irescpies. Les dilfén'nces (\v slvl»* «1 di- re|>réseiilalion des 
divers sujets sVxpli(|iient d'aillriirs |)arlait(*ment par les con- 
ditions matérielles dinérenles (|iriin)M>sent l'art de la jMMiilun* 
et celui de la gravure sur pierre. Clie/, tous les peuples nous 
trouvons d»vs dilfrrences de foriin'. d'altitudes, de developpe- 
iiiiii! (If MioiiM'inent, entre les œuvres de peinture, de gra- 



PETROGLYPHES. 813 

vure, de sculpture ou de modelage. D'autre part, des indices 
spéciaux confirment la contemporanéité de certains pétro- 
plyphes avec les fresques. Ainsi les lamas peints de la grande 
fresque de l'abri sous roche de Pucarâ de Rinconada sont de 
la même forme que les nombreux lamas gravés dans un autre 
abri sous roche se trouvant sur le flanc d'un plateau trachy- 
tique des environs. Comme il n'y a pas d'autres ruines dans 
la région que celles de fancien village de Pucarâ, on ne peut 
douter que les habitants de ce village soient les auteurs tant 
de la fresque que des pétrogiyphes gravés. Quant aux pein- 
tures de la grotte de Chulin, nombre de lamas appartenant 
à la série de figures préhispaniques de cette grotte, par 
exemple le n" 7 de ^Sifig. 194, sont pourvus de bosses sur le 
poitrail, lesquelles ressemblent aux bosses de certains lamas 
gravés des pétrogiyphes de Rodero^?^. 198 et 199. Ces jabots 
si particuliers n'ont pas été vraisemblablement inventés par 
des artistes appartenant à des époques historiques différentes. 
Les rangées de lamas peints de Chiûin, fig. 19â, n" 9, et de 
lamas gravés de Rodero, fuj. 196 , sont aussi presque iden- 
tiques. La connexité des pétrogiyphes de Rodero avec la série 
préhispanique des fresques de Chulin est donc presque évi- 
dente. En ce qui concerne les fresques de Huachichocana, 
elles sont de l'époque espagnole, comme le démontrent les 
figures de chevaux qu'on y voit, mais elles ont dû être faites 
immédiatement après l'arrivée dans le pays des premiers Es- 
pagnols, car la technique de ces figures est indienne, et on 
voit que ces chevaux et ces hommes ont été dessinés par les 
mêmes artistes qui ont gravé les lamas des pétrogiyphes. 
Enhn, dans les fresques, il y a quelques figures qui ont été 
gravées d'abord et dont les traits ont été ensuite remplis de 
couleurs. Ce fait vient aussi à fappui de l'hypothèse que faii 
de la peinture rupestre était contemporain de celui des ni- 
scriptions gravées. 

A propos des rapports entre les œuvres rupeslres que nous 
avons décrites, il convient de faire une remarque sur les 



8|<k ANTIoriTKS DF LA RKfilON ANDINF. 

lamas p)urvus (iiin jabot, cjui lij^urenl dans ies pôlrot^dyplips 
(11* Riwirn» pt clans les fn*M|iies de Chiiliti, mais qui nVxistnil 
pas dans 1rs n«''trn«;lvplH'S (le la Piina. On ponrrait inrlin(>r 
p«Mil-«^lre à voir dans ce détail nn indicé d'indj'pendanre de 
l'art rnpcstre de la Quehrada de llnmaliuaca et de la Pnna 
dr Jnjnv. Mais, dans rrt <»rdn' d'idrrs, il ne lant pas onhiirr 
rni'il «'xistf a (Jndin et a hodern hcanconp d'antres ianias dont 
le dessin ri 1rs .itlilndrs resseinhli-nt parfaitement aux lamas 
t\ps p<^tn)f;l\pli<'s (U' la Piiiin. Lr jaixtt des lamas de (ilinlin et 
dr lUxlero doit donc f^tre considéré comme unr sinipir nuMli- 
lication local»* dans la manière d»' n'j)n'senler rrt animal. 

Les pélro«;lNpln's rt l<vs Irescjurs sont-ils Itenvre des anciens 
liahitanls d»'s \illai^'«'s m rniiic. on rloivent-ils être attrihnés 
a un»' rpo(pn' dillrn'nt»' de crllr (\t' ces Ndla«;rs.' Très vraiscni- 
l)lal)lrmciil , c»*s «eiivrrs pro\ irnncnt des penpiades (pii ont 
liahité les villages anx(pi«>ls ii(»n> faisons allnsion. Onant anx 
lr('s<pics et pétro(>;lvplH'> dr j'iicira i\r HuMonada. on ik* priit 
pas dontrr (pi'ils aient ét(* peints et gravés par les liahitants de 
ce \illa«;r, et , en j;énéral . il ii \ a pas di' raison jK)ur snp|M)ser 
que les rninrs rt 1rs prlin^d\ plirs appartiennent à des épinpies 
liist»»ri(jni's diiléniilis. liicn «Mitrndn, |e ne jjarle pas, dans cv 
cas, d'une contt>nq)oranéité ahsolne. mais ) entends j)ar «'p<Mpie 
liistoritpie la période |M>ndant hupielle la même race a liahité le 
pays sans autres interruptions «pie |)ent-ètre des immi<;rations 
partielles de Irihus (Uii, poin une cause ou pour une antre, se 
S4uit >U('s dans la nécessité d'ahandonner leur patrie antérieun*. 
Les si'uls vestij^es dans ces réj;ions (pii doi\ent être considérés 
comme proxenanl d'une êptupu* tout à lait reculée et dilTérente 
de celle di'.s ruines sont les (juart/.iles taillés des Satinas (iran- 
dps, pt il n'y a pas de raison |>our mettre les pétn»j;:lN|)lies en 
rap|M>rt avec C4»s derni«*rs outils. 

Kn ce (|ui concerne le Désert d'.Ntacama, les deux |>étn>- 
^lyphes (pie l'on en connatt. ceux de San Bartolo et de Quil- 
lagua, sendilent être analoj^ues à ceux de la Pnna de Jujuv. 

Vtnxr ronrlnre. to>il |v>rtr à croire (pie les fresc^pu's et les 



PETROGLYPHES. 815 

pétroglyphes de la Puna de Jujuy, de la Quebrada del Toro et 
de la Quebrada de Humahuaca sont plus ou moins contempo- 
rains et qu'ils appartiennent à la même époque que les ruines 
préhispaniques de ces régions. 

Pour comparer nos pétroglyphes avec ceux d'autres régions 
il est nécessaire de donner d'abord un aperçu su^ les pétrogly- 
phes de l'Amérique du Sud en général, au sujet desquels les 
renseignements sont éparpillés dans un grand nombre d'ou- 
vrages. Quand on examine les reproductions de pétroglyphes 
de ce continent qui ont été publiées, on remarque qu'il est 
(lifTicile de les classer en groupes. Logiquement , il devrait y 
avoir quelque unité dans les figures, les signes et le style des 
inscriptions rupestres provenant du même peuple, et on s'at- 
tendrait à retrouver des éléments caractérisques dans les pétro- 
glyphes de chacune des régions ethniquement différentes. 
Mais, en fait, chaque pétroglyphe présente généralement des 
figures et des signes propres qui ne se retrouvent pas dans 
d'autres pétroglyphes de la même région. Évidemment, les au- 
teurs de ces inscriptions se sont surtout inspirés chacun de son 
imagination personnelle. Cependant il y a de rares figures on 
plutôt des catégories de figures qui se répètent sur la phqiarl 
des pétroglyphes de certaines régions, comme par exemple les 
lamas et autres animaux formés par des lignes droites, ([ue 
nous avons retrouvés dans de nombreuses inscriptions étudiées 
dans le présent ouvrage. On peut aussi distinguer certains 
traits qui sont caractéristiques du « style » de presque tous les 
pétroglyphes de certaines régions. Pourtant, ces analogies d«> 
style sont dilhciles à décrire; on les découvre plutôt, pour 
ainsi dire, par intuition, en examinant et comparant attentive- 
ment les pièces qui composent la collection d'inscriplioiis 
rupestres de chacune de ces régions. De cette manière, Mallery 
(228, p. 676(tsuiv.) a réussi à distinguer certains types de pétro- 
glyphes nord-américains, comme le «type shoshonien » , le 
«type algonquin», etc. Certains pétroglyphes de la Colombie 



HI6 wriQlITKS l)K LA HKGION ANDINE. 

I)ritamii(nn- *'{ dr I \ia>ka loriiuMit iiii l\|)t' l>i«u caraclérisé 
ri offrtMil ai iiiltTèl spécial qui' Ifs lij;iirt»s y représenté«»s soiU 
tout à lait sc*inl)lal)l»s à cA\os sculptées sur les colonnes lolé- 
nii(ju«'8(l«*s llaïdas, |M'inl<'.s sur Irurs outils et lalouées sur leurs 
corps. Au fur el à mesure (pie h' nuitériel puhli»'' s'an«;niente, 
on (liTonvre de nouv«'au\ tvpes. Ainsi pliisiiurs spécimens de 
|)élrn^dsplu's priiils de la Basse-Caliloi nie, j)ul)lij's recemmenl 
par M. Leoii l)i«^uel 117), se jçroupent lacilemiMit avec d'aulres 
>j)«'cimcns des régions voisines des Ktals-Unis, cjua re|)roduits 
Mallerv, et form»'iil mi lype s|)érial. 

Kn Améiicpir du Sud , dans le même ordre d'idées, de nom- 
breux pélro;;lvplies du Venezuela et de la (Colombie consti- 
lueiil un iNpe assi'Z Facile à reconnaître et (pii est caractérisé 
par «les li«;uieN lormées de li^Mjes couches lort n'<;uliéres et 
pas très complexes; rré(|uemmeid il v a des laces liumaines 
d une certaine Im me particuli«'i r ri (pii représrnlent peut-étn* 
des mascpies cérémoiiiaux. \ < •• l\pe <-oloml)iano-véné/.uélien 
ipparlieiHit'iil une pailif des pétro^Kphes reproduits par 
MM. Bastian 57 t..,|»l. i. n , Ernsi (124 Au. p. tir»i-65î. fig. i, i. 3) el 
Hol). Hartmann 161 /rr, pi. xvi), ainsi (pie les spécimens lij^urés 
par M. (i. Marcano ;228 /•». p. fif»-»);. lig. Vj -ii^, des environs i\v 
(iaracas, tandis (pir 1rs pétroj^lyphcs trouvc'vs par ce dernier 
voyaj^eur dans la réj^ion des raudals de l'OréncKpie sont dillé- 
rents. Ceux (jue n-prodnil M. un rimin i348 lu>. p. ^cp, Sg.S, tip. 35. 
37), sous \v nom dr slialloii' rmiravimis, d< l.i i/^ion du (v>ren- 
lyne, dans I.» (invaiir l)ritanni({ue, j)n"seident aussi certains 
|K)ints d(> cont«u t av(*c le type aucpiel nous iaisons allusion, 
tandis (pie d'autres pétroglvplies de cv. dernier pays, dénommés 
|)ar le même auteur [ilid.. p. 3i)3 . .^gA. lîg. 3(1. pi. i\; (Ictp rm//Yir»my5, 
sont d'un tv|>e dillérent, ce cpii est aussi le cas d(»s sjM'ciniens 
reproduits |)ar Sir Hohrit Sclinnd)ur«;k (325 icr. p. 297), de 
rKsse(piil>o, par M. (iliarles li. Urown 78 /ù , de plusieurs l(Ka- 
lilés dans la (iuvane hritanni(|U(*, et |)ar M I. (lliaflanjon 
(94&ù,p. iHg), du Cerro Pintado, prèsdAlures, sur lOrénoque. 
Le ty|>e colomhiamvvéné/.u'dien parait être npniidu as.sez, loin 



PETROGLYPHES. 817 

en dehors des pays mentionnés , car certains pétroglyphes des 
Antilles, ainsi que ceux du Rio Yapurâ, reproduits par Spix et 
Yon Martius (333, atlas, pi 3 1) et quelques-uns des spécimens du 
Rio NegTO, afïluent de l'Amazone, desquels M. Ladislao Nelto 
(256 6j,s, pi. M-xv) a publié des figures isolées, enfin le ]^éln)g]vj)lie 
de Caldera (Veraguas), figuré par M. Bollaerl (66, p. .io, pi. i), 
présentent quelque analogie avec les pétroglyphes typiques du 
Venezuela et de la Colombie. 

Le Brésil paraît être très riche en pétioglyphes , la ])lu])art 
gravés, quelques-uns peints. M. Tristào de Alençar Araripe 
(8, p. 2i3 etsuiv.) donne une longue liste de localités où il y au- 
rait des inscriptions rupestres, suivant un manuscrit inédit du 
P. Francisco de Menezes. Cette liste comprend les provinces 
(actuellement Etats) de Piauhy, Pernambuco, Cearâ, Para- 
hyba et Rio Grande do Norte. Dans fouvrage de M. Alençar 
Araripe, nous trouvons aussi de nombreuses reproductions 
de pétroglyphes : 36 planches, dont 26 représentent des in- 
scriptions du district d'Inhamun , dans fEtat de Cearâ. Outre 
MM. Spix et von Martius et M. Netto, que nous avons déjà 
cités, d'autres voyageurs ont reproduit des pétroglyphes du 
Brésil. Ce sont Alfred Russel Wallace (373 tts, p. 524, pi. vu, vm), 
du Rio Uaupés; J. Whitfîeld {315 his), de l'État de Cearâ; 
H. Coudreau (105 Us, p. 149 i5i), de Cajituba etCaxinguba, dans 
la région de Rio Xingù; Max Schmidt (325 bis, p. 1/18-1 49), de la 
Lagoa de Gahiba, sur l'Alto Paraguay (Etat de Matto Grosso); 
Ph. Rey (308 his)^ de la Serra da Onça, sur le Rio Doce (Elat 
de Minas Geraes); P. Ehrenreich (121 bis. p. 45-48, Cg. ^3), de hi 
llha dos Martirios, dans le Rio Araguaya (Elat de Goyaz), à 
G'' 22' latitude Sud; Edwin R. Heath (1626,5. p. 157-161), du Rio 
Mamoré et du Rio Madeira, où les pétroglyphes se trouxcul 
généralement à proximité des rapides; F. Keller-Eeu/.iiigcr 
(184, p. 45, 48), des rapides de Ribeirào et de Eaage, sur le Ma- 
deira. Un spécimen de la Cachoeira (rapide) do Ribeirào a 
été dessiné par les deu\ derniers auteurs, mais leurs dessins 
diffèrent un peu. Nous possédons trop peu de reproductions 



918 ANTIQl ITKS l)K LA BKGIO.N ANDINE. 

de iwlrnglvplw's du Brésil \univ jMmvoir liMilrr de ies gr()U|MT. 
On |K»urrail nrobahh'iiieiil distinguer plusieurs lyp«"s dilTé- 
renb dan» cel immense territoire. L<'s jx-troj^ls plies hrêsiliens, 
excepté une partie de ceux de la réj^ion de i'Vrnazone, sont 
en j;éneral très imparfaits et iort eniantins ((nnine dessin et 
comme exécution; les ligures reconnaissables v sont rares. 

La Patagonie j)ossède son Ivpe propre de petro^dx plies. Les 
.siMils (lui aient été reproduits sont ceux de Vaca Mala^de Man- 
7,anito et df Junin de los Andes, sur les(juels M. (larlos lirucli 
79,81) a publié des notes accompaj^nées «le ligures. Mais plu- 
sitMirs voNageurs donnent des renseigne inent> sur d'autre> 
pétrogU plies de di\«i>rs |)nrlie>(lu territoire patagonien. Ainsi 
\r IV Francisco V. Moreno 243, |>. 35o3:>.l , le colonel (iarlos 
M. Movano 250. |>. ai. Il), M. Allredo \\. Iglesias (175, p. 8o), le 
comte 11. (!.' La VaiiK 365. |.. 127. 167). Suivant ces n*nseigm'- 
nieiits, tous ces pétroglvplies se resseMd)l«'iil : ( r sont dr gros- 
sières ligures, rouges, |aunes mi blaiiclies, peintes avec de5 
couleurs ocn'uses et distribuées irn-giilièreiinMit , sans ordre, 
sur la surface drs rorliers. Les traits sont (piel(|uelois graxés 
d abord et ensuite remplis de couleur; les ligures seul»'iiieiit 
gravées, sans couleurs, .sont rares. L<'s éléments caractéris- 
ti(pies des petrogivplies patagoniens sont surtout des repro- 
ductions d'eiiipreiiites de |)i(Mls i\r nandous, de Inianacos, 
i\r pumas ri d hommes, ainsi (jue de mains humaines et de 
cercles concenlri(pii>s 11 v a au.ssi des ligures grotes(pn's, ou 
plutôt des ébauches eidantines représentant des hommes. Lin 
peirogivphe de la Terre <le l'eu, pr«'seiitanl entre aiitn's li- 
gures une main printe en n)iige, mentionne par M. Bastian 
{$1 kii, p.b), appartient probablement ,111 l\pi' patagonien. (ie 
t>|M* est tout à lait dilFen'iit des pi*lrogl\ plies d»- l.i région 
andiiM' de la litpublitpie Argentine ri aussi de ceux des 
proxinces centrales du (ihili. (ie|MMidaiit , une .série de fre.s- 
ipies rupesires de la |>artie nord (!•• la Sierra de Côrdoba. 
c esl-à-dire de la lisière entre la région m«»iilagneuse de I \r- 
gentine et les plaines, semble se ra|)prn« Inr du lyiH,* patago- 



PETROGLYPHES. 819 

nien. Nous avons déjà mentionné, page 89, ces peintures, dé- 
crites par M. Leopoldo Lugones (224), et qui se trouvent dans 
des abris sous roche et sur des rochers, dans le département 
de Rio Seco (province de Côrdoba). 

Un autre type de pétroglyphes tout à lait spécial, et cpii n'est 
répandu que sur un territoire très limité , est constitué par les 
gigantesques ^m^aJos deTarapacâ, desquels nous avons donné 
un aperçu page 719. 

La région ando- péruvienne à laquelle appartiennent les 
territoires que nous étudions est riche en pétroglyphes dans 
toutes ses différentes parties. Mais, en ce qui concerne l'Equa- 
teur, le Pérou et la Bolivie, la littérature archéologique n'ollre 
que très peu de reproductions d'inscriptions rupestres. De la 
République de l'Equateur, je ne connais que celles données 
par M. F. Gonzalez Suàrez (149, atlas, pl.xiv, fig. 1, 2, etpl.xxxvi), du 
Rio de Calaguro (province d'El Oro)''^ et dingues, près d'Angel 
(province de Carchi) , sur la frontière de la Colombie. Du Pérou, 
des pétroglyphes ont été figurés du Rio Jequetepeque (Caja- 
marca), par M. Th. J. Hutchinson (174, n, p. 174, 17G); des en- 
virons de Huari (Ancachs), par MM. Rivero et von Tscliudi 
(311, p. 102); d'Alto de la Caldera, entre Uchumayo et Vilor, à 
l'ouest de la ville d'Arequipa, par M. Forbes (135, p. 271, pi. \xii, 
xxin); d'une autre localité à 8 lieues au nord d'Arequipa, ])ai- 
MM. Rivero et von Tschudi (311, p. 101); des Vallées de Gorani 
et d'Ollachea, au nord du lac Titicaca, par M. Nordenskiold 
(269, p. 52, 54; pi. 6, fig. 6). De plus, M. Bollaert (66, p. i52) men- 
tionne des petites figures peintes en rouge sur les parois d\uw. 
grotte nommée El Infierno, au pied du Mono de Arica, dans 
le territoire annexé par le Chih. Cependant les diverses réglons 
du Pérou sont sans doute riches en pétroglyphes. Plusieurs 
auteurs, comme Bastian (57, n, p. 87(,) et Rivero et von Tschudi 
(311, p. 102), l'affirment. On trouve aussi accidenlelIenKMil des 

' La ligure de ce pétroglyphr, que inséré dans les Vcrhandkngcn dev licrli- 
publie M. F. Gonzalez Suàrez, est la re- ncr Anthrapohfjischrn Gescllsclwjt . iHHo. 
production d'un dessin de M. Th. Woll, [>. 222. 



820 ANTIQLITKS l)K LA RKGION ANDINK. 

rensoij^iiciiH'nls rrlalifs à d«*s péln)«;lypli«'s péruviens dans des 
publications locales de divers genres ''. Les nnmhmix arcliéo- 
jogues ayanl jjarrouru l<* Pérou ont prohahlenient été trop 
occuiMVs d«' IV'lujIr de ses ruines «grandioses jM)ur penser aux 
pélro^lvpln*>, e«'s nionuinrnts plus uiodrstrs. mais ec|M>iidani 
si iiilrnssanls, d«* ci\iiisalions (lisj)aru«'s. Dr la linliv i»«, M. .\or- 
dcnskiold 267. |>. 3^5. 346,ri 269.|>. S.'i) a récenininit puMié des 
plioto«;rapliies d«' p«*tn»«;lv plies (h- Ouilinia «1 (\f (Jarecoa, pn*s 
de (iarahuco, sur la risf iinrd-<«st du Tiliraca, ainsi que des 
ligures iMMntrs sur (l«'s rochers, a (ialia, prés (!•• Nfojos. (]esonl 
là h'S seuls pélro«^d\|)lirs de la Holivir (pii airnl été relevés, cr 
(pii rst e\pliral)lr, carr»* pavs, ••xcrptr lialMianaco et la région 
(1(1 1 iticaca, est tout a l.iit inconnu au point de vue dv l'ar- 
clu'ologie. Mais Forlxvs 135, p. 270) dit que les |M'»troglv plies sont 
communs dans la région habitée par les Avmaras, et c'est sans 
doute le cas d(> tout*- l.i p.ntif bolivienne du haut |)lat(MU. Dans 
la pro\inc«> deSicasica, entre Totora et (iurabuara, au nonl- 
ouest du lac Poo|m'), \r D' 1 M«', suivant \irrbow '373, p. io8,, 
a tn»u\é drs pétrogl\|)bi's. Pour cr (pii est drs inscriptions 
ruprstrt's du (.hili, nous avons énunirré, |»agi* 7^0, |)lusi(>urs 
p«'*troglvphes gravés «le la provinc»» di» Tarapacâ (Macava. 
Mani\ (ibipana, Montevideo', les(|uels stMnbJenl analogues à 
ceux du Pérou «l de j.i lM>li\ie; etbnologi(pi(>nient, Tarapacâ 
a d'ailleurs plus (rallinité avec ces derniei*s pavs cjuavec le 
(.lidi. Km suiNant la côte vers le Sud , après les deux pétroglxpbes 



*'> Voiri qurli|u«>4 ItK-iiiilos : ^ancji. 
(Un« Ir tli«lrirt lir ilii.«i dr 

SanU. (l<^|Mrtrnirnt li \ii i m tu, 

MIT le rhctnin tir Sayan (pmvincr dp 
(Jianray, tli^partrmrnl de I.infa' à 0\nn 
(pm«inrr «Ir ('^jaUiiil>n, il«-|>ar1rinrnl 
d' Snr«rh« : lliia^Urn ' pmtinrr dr CA>ln> 
^in-ynâ. tlr|Mrtriiirnl dr llu«nr«trlirâ; ; 
ParacM (pr^« «Ip Pi«co. pmtinrr dr Chin- 
■ ' ■ -î T i.m- 

|Mir 
ir 4.hdi 

A |»fT>p«»t ilr l« noiiirnrUliirr ^iSigTâ- 



phiipir dr» rrpuliliipirs andinr». jr miiar- 
qiirrai qiraii iVrou ri m B<>li»ir Ir» 
grandr» dniticm» Irrritorialrs Ktnl nnni- 
méea • dt^i^artniirnU • ri Ira aoua-ditUifin» 

• prf»vinrrs ». Au rcintrairr. dan« l'A 
linr ri au Ohili. Ir« ^randr» divi»ioii 

tlr« •pnivinrr»*. IrMpirlIr» Mtnl MilMim- 
M-r» rn •drpartrnirnU •. Kniin, dan» la 
l\rpulili(pir dr TMcpialrur, ir» diii»tt4i» 
Irrrilorialr» dr prrniirr onirr »nnl dr» 

• di»lrirl»«. (Iha<pir di»lrirl %r roinp«>*r 
dr «pnninrr»*; rriira-ri »onl divi»<'ra m 

• ranlnn»». 



PÉTROGLYPHES. 821 

que nous avons mentionnés du Désert d'Acatama, aucune in- 
scription rupestre n'a été relevée, à louest de la Cordillère, 
jusqu'à la province d'Aconcagua, immédiatement au nord 
de Santiago-du-Chili , c'est-à-dire sur une étendue de près de 
lo degrés de latitude ^^l Mais ce manque de renseignements 
ne prouve pas que les pétroglyphes fassent défaut dans cette 
région, car le Chili est le pays le moins connu archéologique- 
ment de tous les Etats du Pacifique. Tout au contraire, il est 
fort vraisemblable qu'il y existe de nombreux pétroglyphes. 
Dans la Sierra de Chacabuco, sur la limite des provinces 
d'Aconcagua et de Santiago, près d'une montagne dénommée 
Morro del Diablo, M. J. T. Médina (234, p. 401-402, lig. 197, 198, 
201) a trouvé une grotte contenant des fresques, surtout des 
dessins en échiquier, peints en rouge, blanc et noir. Plus au 
Sud, dans la province de Colchagua, on a relevé plusieurs 
pétroglyphes, les uns gravés, les autres peints. Quant aux 
premiers, trois grands blocs couverts d'inscriptions se Irou- 
vent dans le domaine de Cauquenes, situé dans la vallée (hi 
Rio Cachapoal. L'un d'eux, placé près de l'embouchure de la 
petite vallée latérale nommée Quebrada del Rapiante, a été 
reproduit par M. Médina (234,p. 46, 423,fig. aSa) ainsi que par 
M. Daniel Barros Grez (54,pl. i); ce dernier dénomme cette 
pierre la « Piedra de la Batalla ». Quelques-unes des figures de 
ce pétroglyphe ont aussi été publiées par M. Richard Andrée 
(33,1, pLiii, fig. 17), d'après un dessin du D*^ R. A. Phillppi. Le 
deuxième pétroglyphe de Cauquenes se trouve aussi dans la 
Quebrada del Rapiante et a été reproduit par M. Bairos Grez 
(54, pi. II, m), qui lui applique le nom «Piedra del OHinpo», 
nom qu'il a inventé ^^l Du troisième de ces pétroglyphes, la 

C Cependant , d'après M. Forbos (135, tain; peiit-ôtre s'agit-il du district minier 

p. 271), une personne lui aurait raconté de Cabcza de Vaca, au sud-est de Copiapo. 

qu'il y a de nombreux dessins de lamas ''' Parmi tous les pétroglyphes connus 

sur les rochers le long du chemin qui du Chili, la uPiodra del Olimpo» est le 

traverse la Cordillère à Cabeza de Vaca, seul que ne menliomic pus le D' Plage- 

«dans le sud du Désert d'Atacama». L'en- mann dans son excellent ouvrage où il a 

droit oîi se trouve cette localité est incer- épuisé complètement la lill» lalure sur les 

53 



g22 ANTIQUITÉS DE LA RÊCIOX ANDINE. 

• Pirdra del Indio • . M lMaf;«»mann 291, p. ai. Gg. i. a) donne 
deux bonnes pholof^raphies. Quant aux pélr<)j;I\ plies |)einls de 
(^lrli.'if(ua, il V a une série de li«;iires en noir, rouj^e v{ blanc 
dans l'intérieur et dans les environs d'une «grotte située dans le 
(iaion de riii;;uiririra. haut»* \;dlée dans la (iordillére. au-<les- 
sus de (iaucjuenes. M. Karl Stolp (338, en a reproduit les prin- 
ripales. M. lMaj^«Mnann 291, p. 18-19) mentionne d'autres fres(|ues 
rupestres dans trois endroits dillérents, aux environs de (iau- 
(uienes. De l'une de ces fresques il a donné une (ij^ure cpie je 
n'ai pu voir ''. Enfin, de la dordillen' Maritime de la province 
de (iolrliagua, M. Médina (234, |.. i;) mentionne un |x''tro- 
^Ivplie j;ravé, • représentant le soleil », dans les inonta^jneN 
prés du villaj;e de Malloa. 

Les pétro^lvpbes de la réj^ion ando-péruvieiine, y compris 
ceux de la Hé|)ul)li(]ue Arj^entine et «lu (liili, constituent-ils 
un nu |)lusieurs types, dans le même sens (pie le type cohuii- 
biano-Néné/.uélien, le tvpe pata^oiiien , etc.? Il est dillicile de 
répoiidn* d'une iiianién» délinitive à cette (|uestioii, surtout a 
caus«' du nianrpie de documents (juant au Pérou et à la Bo- 
livie'^, et, dautn' part, les |)rincij)aux de ces documents, les 
dessins de Forbes et de lîivero et voii Tschudi, ne |)eriiiettent 
pas (\v voir bien la tecliiiicpu» et la nature des inscriptions qu ils 
reprcMluisent. On ne sait pas si les lignes iormant ces dessins 



|M-lrt>^>phr« rliilii-n». l'.v p«>lrn^lv|ihr p»l 
rrprnUanl liirn ditlinrt tlr<t ilinii «iiIrTf^ 
intrriplinnt dr (^iiqurnr*. ( luire unr 
phniographir . M. Burnt^ (irr/ vn ilimnr 
un dMMfl roMlrn«nl \r cirvrinpprmrnt clr« 
lÏKnrt ffnvér* %ur l» pirrrr. dëvrlnppr- 
inrnl qtii r»» fait avrr dartt^ cl prrcisinn. 
l'ttur rr i|ui r%l du mrmuirp accompagnant 
rr* figurr*. cr n'r*l cpi'un r«\«i d'« in- 
lrr|irrlalion • dépounru de loul»* »«I—f 
•ripnlirM|iiP. 

I>in« i'navragv Hi* M MAlIrrx 223. 
p- ••«>. fcf. Il»' figiirr au««i unr reprmlur- 
lion dr la • PiMlra d*»l (Himpo*. d'aprr* 
unr plmlngraphi*' quVn a rappniii^ du 



Chili un oITirirr lir la niarinr anirrirainr. 
mai» «ans indicalion do la localité nti *f 
Irotivr ce p<^lroglvphr. 

■' Pulil.it' <l«n» un nu'nioirr dp M I'' 
grniann : Antflàjr m dm kordtUrrc u 
lloeiettdm Ae Cau^uenn Wrliandlungrn 
dr» [VulM-hm \Vi%»on»chaftlirhrn VVr 
riiir» fil .Vinli.im». t. I. |». i-- ri Mii» ■ 

" Kn rr qui ronrrnir lr« prtmf:K ' 
i\r rMquaIrur, nn nr |>rut |mi« irf fw»' . 
|wir Ir» drut dr»Mn« dr M. Gontairt Sua> 
rr» . Mirtoiil qur l'unr dr cr« ii' 
r«t d un tvpr rirrnlmnnrl rt c[ 
*rmhlr w rapprocher dr» peirogivph' ^ 
\a (>i|omlii<* 



PETROGLYPHES. 



823 



sont des traits gravés dans la pierre, ou si ce sont les contours 
de superficies entamées par percussion, comme le sont les 
corps de lamas des pétrogiyphes de Vxodero , fuj . 198, 199, 200, 
et les figures de la grotte de Corani. Fort probablement, cette 
dernière supposition est la vraie. Les figures du Rio Jequete- 
peque, de M. Hutchinson, sont aussi, paraît-il, assez schéma- 
tiques ^''. Malgré ces difficultés, en examinant l'ensemble des 
inscriptions rupestres connues de la région andine, on s'aper- 
çoit qu'il y a dans le style de ces pétrogiyphes certains traits 
caractéristiques communs qui les rapprochent entre eux et 
qui les distinguent des inscriptions rupestres des autres par- 
ties de f Amérique du Sud. Toutefois il faut excepter certains 
spécimens mi cj eue ris qui existent çà et là dans la région, ce qui 
d'ailleurs est également le cas dans d'autres régions présentant 
un type particulier de pétroglypes. Cependant, en passant 
d'une partie à fautre de la vaste région ando-péruvienne, on 
observe aussi des différences en ce qui concerne les pétro- 
giyphes. Au Pérou, le lama est félément principal de l'icono- 
graphie rupestre, et ces lamas sont toujours représentés de la 



'"' La reproduction des pétroglyplies est 
un travail très difficile et fort délicat. On 
peut les reproduire par le dessin , par la 
photographie ou par le procédé dit « es- 
tampage». Quant à ce dernier, il ne peut 
être employé que pour des pétrogiyphes 
gravés à traits profonds, et qui n'ont pas 
été trop endommagés par l'érosion; ces 
spécimens sont très rares, voire exception- 
nels. On entend souvent recommander la 
photographie comme étant le seul moyen 
« documentaire » pour reproduire les pé- 
trogiyphes, tandis que le dessin est cri- 
tiqué, parce (ju'il ne rend pas les ligures 
avec une précision absolue. La photogra- 
phie est sans doute la méthode la plus 
précise, quand les inscriptions se trouvent 
sur une surface parfaitement plane, mais 
comme c'est fort rarement le cas, les di- 
verses courbes, les rugosités et les aspé- 
rités de la pierre dénaturent généralement 



la plupart des figures, (pieiquefois jusqu'à 
les rendre méconnaissables. De j)lus, il 
est presque toujours nécessaire de remplir 
les traits gravés avec de la peinture blanche 
pour qu'ils puissent paraître sur la platjue 
photogra[)hique, et, comme frécpiemmonf 
il est difficile de suivre les fignes en partie 
effacées par l'action du temps, cette opéra- 
tion est souvent |)resque aussi dangereuse 
pour l'exactitude (|ue le dessin. L'idral 
consiste, sans doute, dans l'emploi simul- 
tané des deux méthodes : dessiner le pé- 
troglyphe d'abord et le photogra|>liier en- 
suite; mais, si on ne le fait pas, un bon 
dessin est , je crois, préférable à une ph(»lo- 
graphie médiocre. 

En ce (jui concerne les pétrogiyphes 
peints, la j)h()t()graphie n'est guère utili- 
sable; les ligures en sont jjrescjue toujours 
trop dégradées pour faire impression sur 
la plafjue. 

53. 



Si% ANTIQIITÉS DK LA RÉGION ANDINF 

même manière caractéristique, presque sans lignes courbes, 
en empinvant Hans le dessin uniquement fies lignes droites 
ou fies superficies limitées par fies lignes flroites. Dans le Sufl, 
flans la région fliaguitr, les lamas flevitMinent ran»s sur les 
pélroi;lvpln*s et sont rrmplarés j)ar d'autres ligures Narif'^es. Au 
rontraire, les encln'vètrements de lignes courlx's irrégulières 
entrelacées, que nous avons souvent mentionnés, v fle\i«'nnenl 
plus Iréfuients, »*t, flans l'extrême Sud, m MmfloAa et flans les 
j)rovinces centrales fin riiili. rr dernier genre de pétrogivplies 
est 1«' plus rnmmuii. Lr pélrogK j)lir dr Hajo fie Canota, publié 
par M. Mf)reno 244, |». 8), et les trois hlfKs gravés fie Cauquenes 
en sont fies spécimens tvpiqties. Kn comparant l<'s variatif)ns 
extrêmes dvs pélroglvjiln's dr la région andinr, on n«' hmi- 
contrerait peut-être pas de points fie cf)ntact; mais si l'on étuflie 
toute la sérif, on Inmxrra (pi'nn grou|)e a fies analf)gies très 
marfjuées avec le gnmpe \r |)lus jiroclie, celui-ci avec un autn» 
group', etc. ; fie ces analogies successives résulta ralluiité géné- 
rale fpii flétermine le tvpe. Par contre, cette allinité lait fléfaut, 
si l'f)!! conqiare 1rs pétrogivplies fie la région ando-péi in icnne 
a\ec ceux d»'s aiitn's régions de r.\nién(|iie du Sud. 

N<»s pétroglvpln's de la Puna de .lujuN, fie la QiU'hrafla de 
lliimaliiiara et d«> la Qncbrafia (l< i loro forment um* tran- 
sitif)!! entre ceux du INtoii ri crux (\v la région diaguite, se 
r.ipprocliant rependant j)lusfles premiers. Ceux fit* Hodero, sur- 
tout, .sont fl'un ty|M* l)it*n péruvien. Crux fie lluacliiclu>cana n»s- 
si'inhlefit l>«'aiironj)an pétrogKpIir dr (îarecoa, sur le Titicaca. 
(.«•nx i\t' Pueila d»' Hiiiconad.i. fT Aristncun et de la Quehrafla 
i\r\ Hosal présentent et 1rs lignes entrelacées ])articulién*s à la 
n'gion flia^iiile et les lamas caractéristiques flu Pérou. A ces 
|M'lroglvplies Si* rattachent, au moins en ce qui concerne les 
li^^'ures dv lamas, ceux de Lf>7.ano, de Tarant.i, dr TastiLfles 
l.agiinaH flid Tf>ni et fie Panclio Arias. Quant aux lamas, f)n 
trouve une légi'»re diiïérence rntre ceux de la Puna de .lujuv 
et ceux fies pétroglvj)lies péruviens : le Cf>rps fies i^remiers est 
généralt'inonl Inrin»' par un»' simplr ligne, celui de.s flerniers. 



PETROGLYPHES. 825 

plus souvent d'un reclangie. Les pélrogiyphes de Gobres, d'iii- 
cahuasi et de la Quebrada de las Cuevas sont, comme nous 
l'avons dit, des spécimens exceptionnels. 

Les grandes fresques rupestres de Pucarâ de Rinconada, de 
Ghacunayo et de Ghulin sont, avec celle de Garahuasi, uniques 
jusqu'à présent en Amérique du Sud, mais peut-être en dé- 
couvrira-t-on dans l'avenir de pareilles au Pérou et dans la 
Bolivie. 

En résumé, à en juger selon nos connaissances actuelles, 
toute la région ando-péruvienne présente une série de pétro- 
glyphes sans solution de continuité et qui tous montrent une 
certaine affinité, depuis le Pérou jusqu'à Mendoza et à Golcha- 
gua,mais aussi certaines variations locales. Gelles-ci, pourtant, 
ne sont pas constantes ; ainsi les inscriptions du Rio Jequrte- 
peque, dans le nord du Pérou, sont fort semblables à plusieurs 
pétroglyphes de la région diaguite, et, vice-versa, il y a des 
figures de lamas bien péruviennes jusque dans le sud de cette 
dernière région, dans la province de San Luis. 

En parlant des inscriptions rupestres de la région diaguite, 
j'ai abordé, page 176, le problème de l'origine des pétiogly- 
phes et des raisons qui peuvent avoir motivé leur exécution. 

Beaucoup d'auteurs ont donné leur opinion à ce sujet. On 
peut dire que c'est Richard Andrée (33, i, p. 259 et suiv.) qui a 
commencé la discussion en refusant toute importance à ces 
vestiges préhistoriques, qu'il qualifie d'œuvres de simple passe- 
temps accidentel d'individus désœuvrés, et qu'il conq)ai(' .111 
gribouillage et aux ébauches dont les écoliers couvrent le mo- 
bilier et les parois de fécole ou dont la populace rem pi il les 
murs de certains endroits publics. M. von den Steinen (335, p. -iU) 
se déclare partisan de cette manière de voir, et ajoute, pour 
réfuter une objection que l'on a souvent faite à cette tliéone, 
que «le plaisir de ce passe-temps n'est qu'augmenté par les 
difficultés matérielles de l'exécution; le temps enq)loy«'' n'a pas 
d'importance; un caprice banal ne devient pas [)lns sérieux 



M2f. ANTIQUITES DE LA RÉGION ANDINE. 

narc»' qu'on a dû travailler la pierre pendant une couple de 
mois p>ur ex«^cuter ce caprice ». 

Bien que je n'admette pas les conclusions de MM. \ïidrée et 
von den Steinen,je vais raconter un épismie qui semblerait les 
conlirmer, s'il n'y avait pas d'autres raisons p)ur donner aux 
p«»tro«;lvplies une l)eauron|i plus haute valeur. En 1901, je 
rlinaiH un soir dans une elinumirre située flans la forèl vierj;e, 
au pl«(I i\r la Sierra Santa Harhara, du côté du (îrand (iliaco. 
Lr métis propriétaire de la chaumière se trouvait auprès de 
moi et jf i)rolitaisde l'occasion pour l'interroj^er sur les Indiens 
et sur les vestiges des (jentdes (ju'il |)ourrait connaître dans les 
envintns. Il me rapporta entre autres choses (pi'il avait vu, au 
C4)ursd'uii de ses vova»;es dans le Chaco, \\\w picdra cscrita — 
un p<'trn«(lvphe — sur lacjueilr étaient j^ravés «le soleil, la 
hnir, U's rloilrs, des Iiomimm's, di's animaux, desarhres», etc. 
Sur ma demande, il m'iii(li(|ua lilinéraire (ju'il lallait suivn* 
pour N arii\rr <•( nir (IimiimI aNrr |)rérision I «'udroit où s<* 
trouxait la j)ierre, près du passaj^e d iiim- jmIiI.' rivièn», h plu- 
sii'un» journées de Novaj^e dr la localili' où nous étions. Oes 
rens«'i«;nement.s étaient donnés avec une clarté et une |)récision 
tellrs, que je restai ronvainru de la vérité de son récit. Le |>étro- 
•(Isplie m enthousiasma, car on ne C4)niiait |)as «h* ces inscri|>- 
linii» dan» le (îrand (ihaco, et j'étais prescpie résolu à aller le 
voir, quoi(pie ma caravane ne lût j^uère en état de sup|M>rter 
ce loiij; voyagi' supplémentaire dans la forêt vierj;e. Mais l'un 
de mes hommes avait écouté la conversation. Celui-ci iaisait, 
tous les ans, |M)ur le conq)te d'une plantation de canne à sucn* 
de la \ allée de San l" r.mrisco, des NONaj^es dans le Chaco 
|)our end)aucher des Malacos et les amener travailler h la 
récolte. Il connaissait hien le |)assaji^e de la rivièn* où devait s<* 
lrou\er le jM^roglyphe et avait l'hahitude d'y campT avec ses 
Indien.s. C'étaient ceux-<*i (pii étaient les auteurs du • pHro- 
glNphe». !«T lx«rge de la |M'lite rivière est formée d'une roche 
si tendre cpi'oii |mmiI facilement v fain* des incisions avec un 
couteau ou a\er un morceau de verre. Les Matacos, en passant. 



PETROGLYPHES. 827 

ajoutaient toujours quelques figures nouvelles à celles que 
d'autres Matacos avaient dessinées avant eux. Ce « pétrogl\T)he » 
est donc fort analogue aux inscriptions que faisaient les char- 
retiers sur une longue clôture en planches , dans la propriété 
du prince de Fûrstenberg, en Bohême, et que mentionne 
M. Andrée. 

Contre l'opinion de M. Andrée sur l'inanité des pétroglyphes 
se sont levés plusieurs ethnologues. Entre autres, M. im Thurn 
(348 his, p. 4o3) la réfute par une série d'arguments forts logiques. 
Il existe d'ailleurs des indices du caractère symbolique ou reli- 
gieux de certains pétroglyphes de l'Amérique du Nord. Un pé- 
troglyphe ayant une autre signification se trouve reproduit 
dans l'ouvrage récent de M"*^ Matilda Coxe Stevenson (337, p. àU, 
pl. cvn), sur les Zunis. Cette inscription représenterait l'itinéraire 
qu'aurait suivi , pendant ses migrations , l'une des « fraternités 
ésotériques » de ces Indiens, et, en outre, diverses constella- 
tions, etc. 

Quant à la cause primordiale qui a porté les hommes à graver 
ou à peindre des figures sur les rochers, je crois que c'est ce 
que nous pouvons appeler 1'" instinct artistique », c'est-à-dire 
disposition esthétique de l'homme. Cet instinct se montre la 
d'une manière fort semblable chez l'enfant des races civilisées 
et chez l'homme des races primitives. Il n'y a pas une grande 
différence entre les premiers essais de gribouillage de nos en- 
fants avec un crayon sur un papier et les dessins que font les 
sauvages sur le sable avec le bout d'un bâton. Chez les premiers, 
c'est une manifestation du penchant naturel pour l'art gra- 
phique; chez les derniers, l'expression de l'état définitif actuel, 
chez la race, du développement de cette faculté naturelle. Après 
le dessin dans le sable, les sauvages ont inventé la gravure sur 
des roches très tendres et, en s'apercevant que ces dessins étaient 
plus durables, ils ont commencé à graver des lignes sur les 
roches dures. 

Ainsi ont dû être faits les premiers pétroglyphes, les plus 
rudimentaires et les plus incompréhensibles. Plus lard, a ufi 



828 VNTIQLITKî» I)K LA UECilON ANDI.NF:. 

degré plus élevé dcrivilisalioii, comim* cln*z nos Aiidiiis, on a 
gravé dr vraies images (robjrls réels, el on les a stylisées. 
Les artistes v ont ajouté les ornements (ju'il> «ml j)u inventer. 
Quand l'art fut déjà formé, on l'a iiiipiové jxmr décorer les 
lieux sacrés, |)our commémorer certains événements extraor- 
dinaires, etc. 

Il r.sl naturel (|[if (•«'.•> arti,«>te> priinitil> airiil tu des iiintalem>, 
des élèves. ;\insi,dans le cas que nous avons intMitionné plus 
haut, les Mataco.s (jui ajoutaiml dr noiiNrlIos li«;ures à c*'ll«'s 
de.ssinées sur le rocher au passage de la prtile rivière dans le 
(iliaco n'étaient (jue les élèves <1< ^ \latacos (pu avaient com- 
nit*ncé ce pétroglsphe unnlerne. 

Le.soMiNre.s rupesln-s dr la région ando-péruvieinie montrent 
un état heaucoup plus avancé de lart. (pi«>, |)ar exemple, ceux 
du Ih'ésil. La In'scpie de Pucarâ de Itinconada a toute rap])a- 
rence d'ètn* un tahlrau composé d'éléments cohérents et repré- 
.sentant un événement histori(pi«>, prut-ètre une assemhlée ou 
\v retour d un«' expédition guerrier»'. Plusieurs des grou|)es de 
la grotte d«> (ihulin, (|uoi(pu* indépendants entn> eux, con.sti- 
tuent cependant chaniri la rrprésciilation roliérenti' de scènes 
de dixerses natures. Les |)eiiitiireâ de la grotte de (iliacunaxo 
|)ro<luisent I impression d axoir été exécutées dans un hut n*- 
ligieux ou iihnl. Le cercle mystérieux <lii plaloiid de cette 
grotte peu! hien a\oir une signification spéciale, relative à 
cette destination supposée de la grotte. Lu ce cpii concerne les 
|H'*lroglxpli(>s gravés de la Puna et des Quehradas del Toro et 
de Minn iliuara, on ne note aucune cohérence entre les divers<'s 
ligures de rh.M|ue nisriiption , comme c'est d'ailleurs égalemenl 
le cas de pres<pn' tous les pétrogix plies américains. Ce ne sont 
«pie des ligures indéjMMidantes les unes des autres et des • signe.s • 
et lignes prohahlement ornemeulaux et non idéogra|>hi(|U«'s 
ou symholi(pies. Même (juand les in.scriptions sont composées 
seulement de lignes courlK*s irrégulièrement entrelacées, il est 
|>ossil)le (jue ces lignes aient été tracées dans un hut estlu'ticpH'- 
Je me réfcn! aux pétroglyphes du giMire de ceux de Pncarâ «le 



PETROGLYPHES. «99 

Rinconada, y?^. 149 et 150, ou de celui de la Quebrada del Ro- 
sal.fg. 60, qui comprennent cependant aussi quelques rares 
figures d'hommes, etc., ou bien de ceux de Bajo de Canota, eu 
Mendoza, et de Gauquenes, au Chili, où seul l'enchevêtrement 
de lignes irrégulières couvre les rochers tout entiers. Peut-être 
les hommes de l'époque des pétroglyphes regardaient-ils même 
ces œuvres énigmatiques simplement comme des œuvres d'art 
qui satisfaisaient leurs conceptions esthétiques, sans avoir au- 
cune signification précise. 

Comme je fai dit, je ne crois pas qu'on réussisse jamais à 
déchiffrer les pétroglyphes ou à découvrir la signification de 
ceux qui en ont eu une. Ce ne serait qu'au moyen de traditions 
conservées par les Indiens actuels qu'on pourrait arriver à ce 
but, comme fon a de cette manière acquis des renseignements 
à propos de certains pétroglyphes de f Amérique du Nord. Mais, 
dans les régions qui nous occupent, ces traditions n'existent 
pas : tout ce que les Indiens peuvent dire sur les pétroglyphes, 
c'est qu'ils ont été faits par les anticjaos. 

Cependant fétude des pétroglyphes a une grande impor- 
tance. Lorsqu'ils seront définitivement classés en types ou 
groupes, suivant leur style, leurs analogies et leurs différences , 
ils pourront nous donner de précieux indices quant à la dis- 
tribution géographique ancienne des peuples américains cl 
quant à leurs migrations. Mais, pour cela, il faut qu'on relève 
un grand nombre de ces monuments. Tout voyageur doit col- 
laborer à cette fin, en apportant des reproductions exactes 
de toutes les inscriptions rupestres dont il peut obtenir des 
renseignements au cours de ses voyages, sans se laisser dé- 
courager ni par les excursions supplémentaires, souvent assez- 
pénibles, ni par la perte de temps que demande le relevé de 
ces inscriptions. 



REGION EXTRA-ANDINE 

DE LA PROVINCE DE .lUJUV 



ARCHEOLOGIE 
DE L'EST DE LA PROVINCE DE JUJUY. 

Mon dernier voyage dans la Puna s'est terminé à Jujuy. 
J'y ai pris le train pour Salta, le 8 septembre igoS, pour y 
recueillir et emballer les collections que j'y avais expédiées 
des différentes étapes de mon voyage, et ensuite me rendre à 
Buenos-Aires. 

Ce voyage a compris seulement la partie andine de la pro- 
vince de Jujuy, mais, en 1901, j'avais parcouru pendant trois 
mois la région extra-andine, c'est-à-dire la région orientale de 
cette province, comprenant la Vallée de San Francisco, la Sierra 
Santa Barbara et la lisière du Grand Chaco, à l'est de cette 
dernière chaîne de montagnes. 

Au cours de mes deux voyages, j'ai pu me rendre compte 
non seulement de la différence entre les vestiges archéologiques 
que l'on trouve dans la région andine et ceux qu'on découvre 
dans la région extra-andine, mais aussi de certaines analogies 
qui indiquent des déplacements dans la population préhispa- 
nique, des mouvements expansifs et rétrogrades de la race 
andine. Mon ouvrage ne serait pas complet sans le résumé que 
je vais donner dans les pages suivantes des résultats archéo- 
logiques de mon voyage dans l'est de Jujuy. 

VALLÉE DE SAN FRANCISCO. 

A l'est des Sierras de Sapla et de Calilegua s'étend la large 
et fertile Vallée de San Francisco, séparée du Grand Chaco 
par la Sierra Santa Barbara. Cette vallée est située à /ioo'" <'ii- 
viron au-dessus du niveau de la mer. Le climat est chaud et 
humide, presque tropical. Le sol est plat et complètement rou- 
vert de forêts épineuses et obstruées par les lianes tellement 
entrelacées, qu'en général on ne peut pas y pénétrer sans s'y 



854 WTIOTITFS Dh I. \ l'.K.r.ION ANDINK. 

frayer un chemin à l'aide de la hache. (Cependant de grandes 
entendues de forcH C3n Hé ahaltues, pour faire place à de vastes 
cultures de canne à sucre. Pour l'exploitatioFi de ces cultures, 
driix ini|x»rlantes entreprises se sont installées dans le pavs 
depuis une trentaine d'annf^es et \ ont inont^ de grandes 
usines. L'une appartient à des Argentins, l'autre à des Anglais, 
les frères L(>ach. Ces derniers sont hien connus pour leur Iwau 
voyage en canots, ellectu^^, il \ a (jueKpies annr'»es, de leur 
«'•lahlissenient Ksperan/.a, par le l\io San Francisco et le Rio 
lif'rniejo, jiisnn'nu Para«;ua\ . »'t dont t«Miles les revues g«^()gra- 
phiipies ont rendu J'oniple. Lor> de njes vovages dans la j)ro- 
vince de Jujus, MM. Leach m'ont cond>lé d'attentions de hniiv 
sorte, et je saisis cette occasion pour l« iir en exprimer ma vi\e 
gratitude. 

l'in i()oi, j'ai e(Terlu«'', dans la \ allrr ilt- San l'rancisco, 
un assez. gran<l nombre de louille^s. l.i plupart avi'c M. Kriaiid 
Nordenski<)ld. (ie sont les seules explorations archéologicpies 
(pii ont été laites dans cette vallée. M. Nordrnskiold 262 a 
puhlié une étude sur nos recherches, à lacjuelle je niiMin' !«• 
lecteur jMUir la description drlaillée de ces fouilles 

Kn décrivant le cimetière d'l!l Carmen, j'ai signalé, page iSf), 
les sépultures dans des urnes funéraires, vraisendilahlenu'ut 
d'origine tupi-guaranir, (pu* j'ai examinées à Providencia, aux 
environs de San Pe<lro. 

\ l'i'st du Ilio San Irnu is«o, cnh"' « r Ihinr ri la Sierra 
Sanla harhara, nous avons (h'rouverl six stations |)réhispn- 
iiicpies, désignées sur la carte archéologicpie, ou plutôt huit 
stations, car en deux endroits, Palo c^ Picpie et Santa Clara, il 
e\iste deux stations à peu de distance l'une de l'autre, (.es 
em|)lacements d'anciiMines hahitations sont signalés par (h*s 
couche* de dehris d'une étendue considérable, de plusieurs 
centaines, qn«*l(|nrfois même de milliers de mètres de longueur 
et d une largeur proportionnidie. L'i'jiaisseiir de ces couches 
varie, à p<îu d exceptions près, entre o" 3o r\ o'"f)o, et elles 
sont recouvertes par de» couches de lerre, d'une épaisseur 



REGION EXTRA-ANDINE DE JUJUY. 835 

de o"" lo à o'" 3o, formées après l'abandon de ces endroits par 
leurs anciens habitants. Les couches de débris contiennent 
des fragments de poterie, des coquillages, du charbon et des 
cendres, des os brisés de mammifères, d'oiseaux et de poissons. 
Les os de mammifères proviennent d'espèces vivant encore 
dans la région, excepté une Auchenia, huanaco ou lama, ani- 
maux qui n'y existent plus. Dans deux de ces stations, Palo 
à Pique et Agua Blanca, il y avait des enceintes formées par 
des remparts en terre. Celle de Palo à Pique est rectangulaire, 
de iSo*" sur 80°", sans ouvertures; celle d'Agua Blanca forme 
deux croissants renfermant un terrain de forme oblonirue, 
mais avec des ouvertures aux extrémités. Nulle part on n'a 
observé de ruines de huttes; celles-ci, construites en bois sans 
doute, ont totalement disparu. 

Ces emplacements d'anciens villages sont couverts d'une 
forêt vierge séculaire , appartenant à la catégorie que les bota- 
nistes nomment « forêt sèche » , épineuse, dense, remplie d'une 
sous-végétation et de lianes qui rendent la circulation très 
dilFicile. La forêt est évidemment aussi dense et aussi ancienne 
à ces endroits qu'ailleurs. Les habitations préhispaniques ne 
peuvent pas avoir été construites dans cette forêt, si toutefois 
celle-ci existait lorsque les stations étaient habitées. On ne 
s'explique l'existence de ces villages qu'en supposant qu'ils se 
trouvaient dans des clairières naturelles ou artificielles, main- 
tenant obstruées par la végétation séculaire. Une autre circon- 
stance fait croire également à un changement profond dans 
l'aspect physique du territoire : les endroits habités jadis sont 
en général assez loin de feau, tandis qu'il n'y a pas de courbes 
de débris auprès des ruisseaux qui descendent actuellemeni de 
la Sierra Santa Barbara; donc ces ruisseaux sont plus mo- 
dernes et l'hydrographie n'est pas la même qu'autrefois. Toul 
démontre que les stations sont d'un temps très reculé. Quant 
à f ancienne population, les couches de débris d'une si grande 
épaisseur prouvent qu'elle a été sédentaire et qu'elle était très 
nombreuse, car les stations explorées par nous ne sont proba- 



896 \NTIQriTES DR LA REGION ANDINE. 

hlciiimt qu'une fail)!*' jjarlie de celles qui existent; la fon'l 
nrrsiiup inipruôlrahie en cache sans floute beaucoup d'autres. 

Lin seul ciinrlirn' fut drcouvcrt dans la \'all(^r do San Fran- 
cisco, non loin dr la slalioii d«' PicjurI»'. (In ruissivui v avait 
CHMis»' un lit trrs nrolond, loriiiant de liaulrs barrancas dr 
ciia(|U(> côté. Dans «ne de ces harrancas ap|)araissaient deux 
jjroupos dp scnudettps, enterrc^s à environ 3" i\p j)rofondeur. 
Dans la même harranca, entre* les j^roupes de s(juplettes, on 
voyait, à x'^l^o au-<lessous du sol actuel, c'est-à-<lire peu au- 
dessus du nixMU des s(juel(>tt(*s, un(* couciiecontcMiant c|uel(|ues 
fraf^inents de |)olerie, des os d'animaux, entre autn*s des os 
i\' Aiu htnin , un peu de charbon et de cendre, il v avait aussi des 
Iragments de haches de |)ierre. Si celte couche de débris est 
contemporaine des sépultures, les q".^o de Imr sr trouvant 
par-<lessus deNaient donc avoir été apportés parles eaux ajirés 
renterrement (h's cadavres. Sur six cadiiNre^, (l<'ti\ étaient en- 
terrés dans la position assise, un autre étendu sur le dos, et 
deux en décubitus latéral, le dos courbé et les |and>(>s ramas- 
sées. I/un des scpielelles assis avait le craiu' déformé arlduMel- 
lemeut, et, dans la bouche, était plac(> un petit tube fornu* de 
la partie su|)érieure d un Iniiiu'rus hiirii.iin. perforé dans le 
sens longitudinal; çv luhr paraît <tre une pipe à tuvau droit, 
eu forme de porte-cigare, coinmr les piprs eu usage chez plu- 
sieurs tribus actuelles du (.haco, par e\«in|il<' les Malacos. Il est 
dillicile de dire si ces séjmitures pro\ieiiiieiit (hvs anciens habi- 
tants des stations (pu* nous venons de (h'crire. 

La |)oterie, toute eu petits morceaux, lrouv«'e dans les cou- 
ches de débris des stations est assez gn>ssière comme pâte, 
cuisson et iacturi'. Le décor général consiste en lignes gravées, 
droites, formant des liguri's géomélricpu's tn\s simples. Les 
ornements les |)lus communs sont cb«s triangles, des séries de 
triangles en escalii-r, des carrés et des zigzags. Les triangles 
snnt (pielrpu^fois reiujdis de points. Les lignes sont souvent 
doubles. On voit également de j>etits cercles c«)ncentri(pies et 
d autres p<Mits cercles entourés à 1 extérieur i)ar un second cercle 



REGION EXTRA-AN DINE DE JLJUV. 837 

formé de points. Les traits gravés sont irréguliers et présen- 
tent beaucoup de défauts de symétrie. La poterie peinte, avec 
des décors très simples, existe aussi , bien que plus rare que la 
poterie gravée. Quelques fragments de poterie montrent des 
têtes humaines et des têtes d'animaux, modelées en relief", 
mais avec un art plus naïf et moins stylisé que celui des 
anciens habitants de la région diaguite et du haut plateau 
en général. M. Nordenskiôld reproduit une fort intéressante» 
série de fragments gravés, peints et modelés de la Vallée de 
San Francisco. Les fragments de grands vases grossiers, sans 
décor, étaient très communs dans les couches de débris. En 
dehors de la poterie, on trouvait des morceaux de haches en 
pierre, plus ou moins polies, d'un type que nous avons si- 
gnalé comme caractéristique de la région orientale de Jujuv, 
en décrivant, page 692, une hache de ce type [fy. 156) qui 
a été trouvée dans la Puna (Rinconada), mais qui probable- 
ment y a été importée, peut-être au cours de quelque incur- 
sion que les Indiens du haut plateau ont faite à la terre basse. 
Dans les stations nous avons également trouvé des mortiers en 
pierre; de petits disques perforés en coquille, employés comme 
pièces d'enfilage des colliers, etc.; quelques rares perles en 
pierre; des pendeloques en coquille et en pierre; enfin une 
seule pièce en cuivre: une bague de la station près de Piqueté, 
et un petit fragment du môme métal, de Palo a Pique. 

Dans mon opinion, toutes les stations préhispaniques à 
l'est du Rio San Francisco, fouillées par la Mission Suédoise, 
sont plus ou moins contemporaines et proviennent du même 
peuple. M. Nordenskiôld (262, p. i5) émet des doutes à ce sujet, 
parce que les fragments de poterie décorée sont phjs rares 
dans deux des stations que dans les autres, mais je ne Irouvc 
pas dans ce fait un argument suffisant pour ne pas admettre la 
contemporanéité et la connexité de tous ces vestiges. Parloul, 
en eifet, nous avons rencontré de la poterie exactement de la 
même sorte et avec la même ornementation. 



54 



898 WTIQIITES DE LA KEGION VNDI.NE. 



riMKTIKKK DKNFANTS D'MUiOV) DKL MKhio. 

lV*farln' (Ir la \lissi«)n Suéfloisr j)oiir lairc des rechrrriios 
archj'olof^iqups dans la Sierra Santa Barbara, je fus assez heu- 
reux iMiur (liTouNrir ce cimetière, (jui est sans doute la trou- 
vaille la plus intéressante de celte mission au |>oint de vue de 
l'arclieoloj^ie, car auparavant ces cimetières d'enfants enterré> 
dans des urnes n'étaient connus que dans la région dia«;uite. 

J*ai publie 67) un mémoire en espagnol sur le cimetien* 
d'Arroyo del Medio; j'en ai aussi 70) donn»' une description 
sommaire en rran(;ais ". et M. Krland .Nordenskioid 262 a dé- 
crit la collection en provenant, conservée actuellement an 
Musée d'ethnographie de Stockiiolm. 11 convient cependani 
d'en donner ici une description. 

A environ lo^" à l'est de la Sierra Santa Barbara et à 30^*au 
sud-<»sl de l'extrémité nord de cette chauie sont situées trois 
huttes de métis occupés à la garde d'un certain nombre ih- 
héles à corn(»s semi-sauvages, ii|)partenant à des propri«'tain"*« 
de Jujuv. < es huttes ont pris leur nom, Arrovo de! Medio, de 
celui d'un ruisseau ou petite rivière qui, descendant de la 
Sierra Santa Barbara, rejoint une autre ])etite rivière de même 
origine, l'Arroyo Santa Bila. lecpiel aboutit au I^io San Fran- 
cisco. Tout le pavs est couvert de forêts vierges. C'est le (îrand 
(ihaco qui conunence ici, et ses forêts ne se terminent, à l'Kst. 
(jue sur l«'s bords du Bio Paraguay. Arrovo del Medio est situr 
à une altitude de (piehnie .').)<>'" au-<lessus du ni>e.iu «le la nier. 
et ses environs sont légèrement onduli's. 

I^a petite rivière a creus*'» dans le terrain friable un lit |)ro- 
iond, un véritable canon. Chaque année, à l'épHiue de» crues, 
elle emporte des parties des berges, hautes de 7 à 8". C'est 

' Lt^ fifn»^* (fo* •rmmiMgnrnl ce» M. Nordrntkioltl . où Iroi» umrt «ont rr 

Hrui pulTliraliiin* «nnt dr^ rrnquii qur produites pi 'rlletdmi 

J"«i fail« Mir pUrr Cr» figurr^ riani un aiilrr». nin^ . . dcMinée* 

peu »rhrm«tiqii«« . j«» pr^ferr, pour \r .i Slorkliolm 
priant oavrag». rmpninler crlle» Hr 



RÉGION EXTRA-A^DINE DE .ILJl V 



839 



ainsi qu'elle a mis au jour quelques-unes des urnes funéraires 
du cimetière que nous décrivons. 

La/</. 20â montre une coupe verticale de mes excavations. 
Le terrain se compose des couches suivantes : 

a. o'"2 déterre noire végétale; 

h. o"" 3o de terre rouge, sablonneuse, provenant d'une sédi- 
mentation moderne; 

c. o"'o2 de sable fin blanchâtre, mélangé de terre végétale; 

d. 0^46 de terre noire végétale; 




Fig. 20^. — Coupe verticale de la partie fouillée du cimetière d'Arroyo del Medio. 

Echelle 1/60. 



e. ()'" environ (jusqu'au niveau de la rivière) de terre roii- 
geàtre, sablonneuse, poreuse (lœss). Dans cette dernière couche, 
j'ai trouvé quatre urnes funéraires, contenant des squelettes 
d'enfants en bas âge et désignées sous les n"' II à V; l'un des 
métis avait, avant mon arrivée, déterré une autre nrne, !«' 
n" I, dont l'empreinte se voyait encore très nettement dans la 
barranca. A côté de cette dernière urne, le métis avait essaya 
d'en extraire une autre, mais il l'avait cassée. L'empreinle de 
celle-ci, qui ne porte pas de numéro sur la coupe, était aussi 
parfaitement conservée. Les urnes étaient placées en ligne à 
peu près droite et presque à la même profondenr : le lond (h- 
l'urne n° I était à a*" au-dessous de la surface actuelle du sol; 



H\() ANTIQIITKS DK l\ KKGION ANDINK. 

celui du n** Il a i"8^ et celui du n" V à i"7o. La distance 
du centre de l'urne ca.ss<'»e par le métis au centre du n" I 
était de o" ^9; à celui du n" 11, de q™ iG; à celui du n" \\ di» 
^" if). La lijçne (>rcup«*e jiar les six urnes avait (Umc ^"iio 
de lon^MH'ur. D'après les habitants dr la localité, un •^rand 
nond)re d'urne>, dix ou vin^'t au moins, avaient été cuijKjrlres 
par les eaux. 

Les dimensions des urnes sont les suivantes : 



■ACnCB DUMKT«K HACTSCrH •itiaia 

■ tiiara «c tiottor. Ja (••Ul. 



n* I <»"i3 0*29 o*M o*i4 

n" Il .... o .^7 o 33 o i5 o i4 

t'rnr/ 11' III.... o ^4 u 33 o 1.) o i3 

nM\ . . . . o V^ o 33 u I ^ (I i3 

n* N . . . . o '».'> o 35 o iH o iti 

Les urnes sont in Ifirr cuite d'une pâle assez fine et d'une 
cuis.son a.ssez |)ariaite. Ltles ont toutes siu* le «goulot, comme 
les urnes d'riifants Av l.i r«'i;i(»n di.i«;uite, une lace humaine 
j;n)les(pn* comjMKsée d veux et de nex; sur deux urnes, le iirr 
est continué vers le haut par de lonj^s «sourcils- arcpiés. (!e> 
organes, aiii^i (p>«* la houciu', Icsornllrs «l h»s hras du person- 
nage — (|uan(l il \ en a — sont pastilh's en relief par super- 
|M)sition de terre avant la cuisson. \\.i\-> 1rs ornements |>eints si 
caractéristiques des urnes d<» la région diaguite n'existent |)as; 
ils .sont ninplacés |>ar des cond)inaisons très simples ch* traits 
grossière un* nt gravés sur le goulot et sur la |)anse. Les cpiatre 
urnes rpu' j ai déterrées étaient j^lacées de telh' sorte rpu* toutes 
ces lacfs humainrs rl.iii'nt Inn ruées vers l'Kst. 

Voici le détail et le contenu i\v chacune ch* ces urnes : 
Ummk H" 1 fifj. 905). — C'est cett. urnr (|ni a>ait été 
tniuvée jjar le métis. En relief : veux, nez continué par des 
• .M)urcils • arcjués, oreilles, Inniche composée de deux lèvre» 
tressaillantes. Ortte urne, selon le nn'tis, avait contenu les o» 
d un petit enfant et des morceaux de rliarl-K^n. 



Pi- LXXXIII. 




Kig. 2o5. — Arroyo (Ici Mcdio. l 'mes fiiiirrain-s n"' I, I\ , V. — Knviron i/ô gr. nnt. 



RÉGION EXTRA-ANDINE DE JLJLV. 



841 



Urne n° II [ficf. 206). — En relief : le nez, divisé par trois 
dépressions horizontales en quatre parties; celle du bas a les 
narines marquées; les yeux avec des pupilles convexes; deux 
bras rudimentaires. Au-dessus de la partie supérieure du nez 
sont rangés, sur deux lignes horizontales, treize petits mame- 
lons pointus. Au dos de l'urne, du côté opposé au nez, on 
remarque une anse, mais tellement petite que l'on peut à peine 




Fisr. 206. 



Arroyo ciel Medio. (rues funéraires n"' Il et 111. — Environ i T) ^i-. nal. 



y introduire un doigt. Cette anse n'avait donc pas un but pra- 
tique : elle était purement décorative. Cette urno, comme les 
suivantes, était recouverte d'une écuelle à décor gravé, mais 
qui était brisée; quelques iragments étaient tombés dans l'in- 
térieur de l'urne, d'autres à côté. Une reconstitution de celte 
écuelle est donnée y?</. 207. L'urne était pleine de terre dans 
laquelle se trouvaient : le squelette d'un enfant âgé d'un an 
et demi environ; de petites perles formées de disques en co- 
quille; de petits morceaux de char])on; des coquillages des deux 



h42 ANTIQUITES DE LA REGION AN DINE. 

espèces terrestres, le Hiihmus oblon<jus, MiilL, et if Biilimulus 
apodemetes. D'Orbe \ enfin sept sjM»ci mens du coquillaj;e marin 
OUva peniviana, Lmck., du Pacificpie, dont nous avons déjà 
parlé, page 781, au sujet d'une trouvaille idenlicjm* (pie j'ai 
faite à Sansana. sur le haut plateau. 

I K!«K >" III litf. ^J0() . — Kn reiiel : seuleuieiil le iwi ou la 
bouche lormant un her de o"o3 de lon«;ueur, diri«;é un peu 
vers le haut; les yeux et deux |)etits bras, plus rudimentaires 
encore cpie ceux de l'urne préc»''dente. Il s*a^it sans aucun 
doule de bras, aussi bien sur cette dernière que sur les n** II, 
l\ . \ . Sur la [xjterie de la réf^ion dia«(uite, on remarque des 
bras rudimentaires très anaio<^ues, et, aj)rès la face, les bras 
s4int toujours la partie du corps (pii est représentée de j)réfé- 
rence; il i*sl facile de suivnî sur la j)ott*rir «h* cette re«ijion le 
dévelo|)pement rétrograde des bras avant une forme plus ou 
moins nalurelie ju.sfpi'aux bras rutbmentaires ou convention- 
nels comme crii\ dr juriii' <pii nous (x ciipr. Sur la j)oterie de 
la région diagiute, connue sur nos urnes, la ]M)sition des bras 
par rapp<jrt à la lace est très arbitraire. L'urne n" III n'a i>as 
d'an.se. Une écuelle, reproduite fiij. '}()/, décoré»* d'un dessin 
lormé de traits «graves, lermait lurne, le iond en haut, (ielte 
«lerniére était r<Mnpli(> de terre et contenait le .s(pn*lelte d'un 
l(L*tus a terme, beaucouji de perles en ccKpiille. de petits 
morceaux de charbon et des ccxpiilles provenant des espèces 
terrestres, Y Ejnplirntjmnplutia tritjrHmmrphom , D'Orh.. et le Biili- 
multts ajHulvmrtes , D'Orh. 

\]\\\Y. N* IV (JKj. WC}]. - Kn relief: la i)ouche, en forme 
de bec de canard, (h' o"ot de longueur; le nez continué vers 
le haut |)ar deux arcs ornés fie raies obli(jues transNcrsales; 
les yeux A pupilles concaves et deux petits bras rudimentaires. 
\u dos de lurne, du < «>tr opposé au l>ec, um* petite anse 
comme celle de l'urne u" il. l/ecuelle, fiq. 207 , servant de 
couvercle, le fond ••ii li.ml. .n.iil un (b'cor gravé formant des 

• •"« ■ ■ ^ "nl rw lirirrmiiir* p«r \l. N«triirn%ki<ilil 



RÉGION EXTRA-ANDINE DE .ILJLV. 



843 



losanges à lignes doubles; elle était brisée. L'urne, remplie de 
terre, contenait le squelette d'un enfant âgé d'un peu plus 
d'un an, des perles en coquille, des coquillages et du charbon. 




\M\liV\\/V/\\/\\/W 





Fig. 207. — Arroyo del Medio. Écuelles ayant servi de couvercles aux urnes funéraires n°' Il à V. 
Développement du décor appartenant à lecuelle n° V. 

Ukne n" V (//</. 205). — En relief: la bouche avec mie 
seule lèvre de o'"02 de hauteur; yeux convexes; nez, aux na- 
rines bien marquées, continué vers le haut en hgne (hoile et 
Formant un arc à l'extrémité supérieure; bras nubmentaires, 
ornés de raies obliques comme le nez; petite anse au dos. 
L'écuelle,/?.fy. 207, encore entière, fermait rorifice de l'urne; 



S%k A.NTIQLITKS DE L\ RKGION ANDINK 

pIIo était placée le fond en bas, et non en haut comme sur les 
autres urnes; cette (Misition avait empêché ia terre de ptMiétrer 
dans TunH', «jui contenait le squelette diin enfant un |x*n 
plus aj;é (un* les autres et des morceaux «le cliarlxm. (iettt' 
écuelle a o" ij') de diann'tre entre l<"s ImmcIs et o"* i i .') de dia- 
mètre au lond; les parois, o" loo de largeur. Klle est décorée 
dr lij^nes en /i^;/.aj; alternant a\ec des tètes de ser|>ents en 
Inrnie de losanges remplis de jK>ints. Le fond d»- I urne était 
|>osésur deux pierres plates, d'environ o" i ô Xo" 08, indiquées 
sur la coup» fuj. "20 ^j, ainsi (pie deux autres |)ierres plate.; 
deo"20Xo" i;*>, placées liori/.ontah'ment à o" i.'> au-dessusd«' 
lu IxMirlie fie l'urne, à la limite du hess ' e) et de la couche 
iidV'rii'ure de ternî \é«;étale r/). Je 11e sauniis dire si ces der- 
nifres pierres avai(Mit été mises \h intentionnellement ou si 
elles s'y trouvaient déjà, mais la Imrranra ne cimtient |)as de 
pierres de celle grosseur; il v «mi a hirn (pieKpies-unes, mais 

heniM (MM) |)lll^ priltt's. 

Syi KLKFTK DADLi.TK. — A ^'"lo de profondeur et presque 
à o" 3o .lu-dessous de l'urne n" I\ etail enterre un adulte 
accroupi, les jand)es repliées de telle sorte i\uv les genoux tou- 
chaient la |M)itrine; les bras étaient aussi re|)liés sur la poitrine, 
les coudes en has et les mains m li.nit; i;i lèle inclinée en 
a\ant. \nlnm du cou de ce squelelte y trouvai heaucouj) di' 
p«'lits discpu's perlori's «mi nupiille, sans doute h's |)erles d un 
collier. Cesl le seul adulte (pii existait dans ce cimetière; il y 
avnit sans doute été enterré jxmr une raison parliruln-re, mais 
sa présrnci' ne m enqM'>che i)as de classer le cinuîtiere d \rri)yo 
del MiMlio conim«> un cimetière s|xVial dVnfants en l)as àfçe 
enterrés dans «les urnes caractéristi(jues. 

Après axoir degaj^e les urnes et le s(pn*lette, jai continue 
mes fouilles autour de l'tMidroit où j'avais trouvé ces objets 
jusfpi'a ce (pir mon excaxation atteignit 7" de longueur le long 
d.' I.i hiirraïua, à a ii" de largeur et à à 3* de |)n)londenr J'ni 



REGION EXTRA-ANDINE DE JUJUY. 8i5 

ainsi remué près de ôo""" de terre sans rien découvrir : ni un 
seul objet travaillé par la main de l'homme, ni un os brisé, ni 
même un fragment de poterie. La terre des couches a et b au- 
dessus des urnes ne paraissait pas avoir été remuée; il est pro- 
bable que ces couches sont plus modernes que le cimetière. 

J'ai fait de soigneuses recherches aux environs d'Arrovo 
del Medio jusqu'à 3*"° de distance dans toutes les directions 
Je croyais rencontrer des traces d'anciennes habitations près 
du cimetière, mais il n'y en pas. La sous-végétation de la forêt 
n'est pas très épaisse ici, et, si une couche de débris avait 
existé, je l'aurais certainement trouvée, car le sol est miné 
par les terriers d'un tatou, le (jualacate [Dasypiis setosus, 
Pr. Wied?) , qui met toujours au jour quelques fragments de 
poterie lorsqu'il creuse ses terriers aux endroits habités jadis; 
ce tatou nous a aidé à découvrir toutes les stations de la Vallée 
(le San Francisco. Le cimetière d'Arroyo del Medio send)le 
avoir été situé loin des habitations de ceux qui y ont enterré 
les urnes avec les enfants. 

Des Indiens Matacos que j'ai rencontrés dans ces parages 
et auxquels j'ai montré les urnes m'ont raconté que, dans les 
forêts environnantes, il y avait en plusieurs endroits «des 
vases enterrés de la même sorte et avec la même face sur le 
goulot que ceux que j'avais déterrés». Entre autres endroits, 
ces Matacos dirent avoir vu à Paso del Tala, à 2 5'"° au nord 
d'Arroyo del Medio, trois de ces urnes dont les goulots ap- 
paraissaient à la surface" du sol, et à Mealla, à 3o''"' à l'est du 
village de Santa Barbara, deux autres urnes^'l Cepenrlanl, 
malgré les renseignements des Matacos, je ne suis pas sûr s'il 
s'agit de sépultures d'enfants enterrés dans des urnes anthro- 
pomorphes, ou si ce sont des sépultures d'adultes dans des 
urnes grossières, analogues à celles de Providencia et d El 
(larmen que j'ai décrites. Une expédition dans le Cliaco à lesl 
et au nord de la Sierra Santa Barbara donnerait peut-être des 

('> Paso del Tala est indiqué sur la carte archéologique , mais Mealla est en dehors de 
la limite de cette carte. 



946 ANTIQLITES DE LA KKGIO.N ANDINE. 

résultaU iiiatteiidus, mais le succès dépend tout a fail du 
hasard, car les ve-»li^es archéologiques, s'il y en existe, soni 
radiés parla lorél iiiijM'iiélrable et muelle, liabiléo seuleiiMMil 
par ifs liidifMis .sauva;;es. Du reste, ce voyag«* est diflicile en 
raison du niancjuedVau et de fourrage, fie la clialeur excessive 
et des insrrlfs xfMiinieux, eidin ;i cause de la necessile d'avoir 
iinr nond)r('Use escorte jM)ur se défendre contre les Indiens. 

\l. NordenskiOld (262, p. i5), se basant sur l'existence des 
nienies ornements gravés sur les urnes d'Arrovo del Medio i*t 
sur des fragments de jx)leries des stations |)réliispaniques de 
la Vallée de San Francisco, considère ce cimetière et ces sta- 
tions comme conlemjMJrains et provenant du même j)euple. 
Fin ellèt, les ornements des écuelles avant servi de couvercb's 
aux urnes n ' III «l |\ fuj. 207 sont prescjue identitjnes au 
décor gravé de deux fragments de pott'rie que rej)rodnil 
M. Nonlenskiold ibiA.. pi. ^, Fir. 4. i8), trouvés dans les stations 
de |\do à Pi(|ue. \I.iis il s'agit là d'ornements géomélri(pies 
ass(>7. simples, et, dantrr |)art et an contraire, les faces Ini- 
maine> représentées sur les goulots des urnes d'Vrrovo del 
Mrdin sont fort stviiséi's et ont un cachet tout à lait sjx'cial, 
tandis (jue les ligures /.noinorplies modelées sur la j)otrrie 
des stations imitent la nature «l'une façon assez réaliste, bien 
que gn»ssièrement. Cependant ces faces stviisées des urnes ré- 
|HMident prut-étre à la destination spéciale de ces vases funé- 
raires, et, qiioi(pie la connexité ne soit pas j)rouvée jiiscpi'à 
ré\i<b'iHr, il est |)ossibl(> (pie les stations et le cimetièn» soient 
dr la inémr proNenanrt», vu les ressemblances du décor de la 
|M)teri*' (|ui Inniiriit l'argument de M. Nonlenskiold. 

Ml Mil \ s \N r\ u\i;i; \i; \. 

Celte sifira forme la partie noni d une longue chaîne de 
montagnes qui commencf* près de Metaii, en ,Salta. et (|ni. aux 
\vi' et xvir siècles, |H)rtait le nom de «Cordillère d'hlsteco». 
.\ctnelliMnent . I.i pnrtir Mid de la rhnine se iionime Sierra de 



RÉGION EXTRA-ANDINE DE JUJUY. 847 

San Antonio, se continue vers le Nord sous le nom de Sierra 
de la Lumbrera et se termine par le pic de Cachipunco. Ici la 
chaîne se ramifie formant deux chaînes presque parallèles, 
dont foccidentale porte au commencement le nom de Loma 
Pelada jusqu'au défdé de fAbra de los Morteros, et, au nord 
de ce défdé, celui de Sierra Santa Barbara. La ramification 
orientale est la Sierra del Maiz Gordo. Entre cette dernière et 
la Sierra Santa Barbara se trouve une haute vallée, montanl 
vers le Sud jusqu'à environ i,4oo"' au-dessus du niveau de la 
mer, au pied du Cachipunco. Cette longue chaîne de sierras est 
isolée des montagnes de Salta et de Jujuy, et forme dans cette 
région le dernier contrefort de la Cordillère des Andes. Au 
pied commence l'immense plaine couverte de forêts, et, vers 
fEst, on ne rencontre plus d'autres montagnes jusqu'à celles 
(lu Paraguay. 

Dans mon voyage à travers la Sierra Santa Barbara, j'iii 
suivi depuis Arroyo del Medio la haute valleé que je viens 
de mentionner. Avant d'arriver près du pic de Cachipunco, 
je n'ai rencontré en fait de vestiges d'ancienne civilisation 
que des haches de pierre qui étaient si communes, ([ue je pus 
en acheter une ou deux presque dans chaque hutte de métis 
située sur mon chemin; j'en ai acquis à San Rafaël, à San Mi- 
guel del Rastro, à Las Juntas, à Santa Barbara et à Cachipunco. 
D'après ce que me déclarèrent les métis, ils trouvaient souvenl 
de ces haches dans leurs champs. Ces haches, petites, polies, 
en général assez bien aiguisées, à gorge entourant complète- 
ment la hache, sont identiques à celles dont nous avons ren- 
contré des fragments dans les couches de débris de la Vallée 
de San Francisco. M. Nordenskiold (262, pi. 5, fig. a, 6, 9) en 
figure trois. Comme nous favons indiqué pages 692 et 887, les 
haches de cette forme sont typiques pour la région orieiitale 
de Jujuy, c'est-à-dire pour la Vallée de San Francisco d |)nin 
la Sierra Santa Barbara. J'en ai aussi nu des spécimens pro- 
venant du département d'Anta, situé à fest de la Sierra (h- l;i 
Lumbrera. 



M4S ANTigilTES DE LA REGION ANDINE. 

A Saladillo, au pied de Cachijiunco, j'ai evaminé en d<ni\ 
(Midroits des couches de débris d'anciennes liahilalions, d'une 
assez vaste étendue et contenant des os bris«'*s et des lra<(nients 
de |M>terie analoj^ue à crlle de la Vallée de San Francisco. Il v 
avait aussi drs vestiges d'ancirns murs en puca. Dans un hlor 
horizontal étaient creusées sc|)l cupules d'une profondeur de 
o" 1.) à o^îo et de inônie diamètre à j>eu près. \ Arlwil Solo, 
a lo^" de Saladillo, il v aurait aussi une couche de débris, des 
/nrcas et des sépultures mises au joui p.ir !«' ravinement d'un 
ruisseau, mais je n'ai eu ces renseignements (pi'aprés mon 
n»lour à Santa Barbara et je n'ai |)ii prolonger mon séjour, 
Inute de fourrage j)our mes bétes. 

I)r La> Juiilas, | ai lait 1 ascensimi dr la Sierra Santa Bar- 
bara, en sui\ant la petite cpiebrada lorniée par l'Arrovo Santa 
Bita, (lui descend de la montagne à cet endroit. Je suis redes- 
cendu de l'autre côté, dans ia \ alhr i\v San Francisco, en lace 
d* \gua Blanra. ("est la |)remi<'re ascension de la Sierra Sanla 
Barbara laite |)ar un Blanc. Excepté par ces deux chemins, l'as- 
ciMisiou est im|>ossibl(', car les flancs de la montagne sont par- 
tout couNt'rls d'unr luxuriante Negétation tropicale tellrnirnl 
épaissi* et touflue, (piil laudrait «*mplov<»r pendant plusieurs 
jours un grand nond)re d'ouvriers pour v ou\rir un .sentier à 
la hache, (ie (pli rend ce tra\ail dillicile, c'est surtout la prt»- 
MMice d inie band)usacée du genre (lliusquca, rampante et avant 
i'a>|M*ct du rotang, tenace conioie cette |)lante. longue d'une 
xingtaine de mètres et même davantage, |)res<jue im|X)ssible à 
coujM'r avec un couteau ou une bâche, et (pii s'entrecroise 
entre les arbres et les arbustes, les reliant et les entourant si 
M)lid(*ment, que le tout lorme une seule masse compacte : une 
zone im|KMiétrable d'envimn un kilomètre de largeur autour 
de toute la montagne. Les Matacos eux-mêmes, |>our les(|uels 
il n'y a pas de lorét imp'uétrable, n'v passent |>as. D'ailleurs 
h*s flancs de la sirrra .sont pres(pn» |)artout à |)ic, et l'ascension, 
même sans celle barrière v«'gélale. ne serait pas facile. Je n'avais 
|)as d'instruments |K)ur déterminer la hauteur de la chaîne qui 



RÉGION EXTRA-ANDI.NE DE JUJUY. 849 

est presque uniforme; je crois quelle a environ 2,000'" au- 
dessus du niveau de la mer. La crête est presque au-dessus 
de la limite des arbres et des arbustes. Il n'y a qu'une sorte de 
(juenoa [Polylepis), probablement la Polylepis racemosa, 1i. P., cl 
Valiso [Alnus ferriiginea, Kunth, var. Aliso , Griseh.); ces deux 
arbres nains sont ceux qui croissent à la plus grande altitude 
des montagnes de ces régions. La crête de la chaîne est cou- 
verte de vastes prés de graminées, qui offrent un evcellenl 
pâturage et un abri sûr aux timides tapirs et au bétail échappé 
aux éleveurs de Jujuy; ils vivent là et s'y reproduisent en hberté 
depuis plusieurs générations. Il y a quelques années, trois ou 
quatre métis se sont établis dans ces prés où ils élèvent de 
petits troupeaux de moutons. 

Ces métis, qui doivent connaître tous les recoins les plus 
cachés de la crête de la Sierra Santa Barbara, m'ont dit n'avoir 
jamais trouvé de vestiges d'anciens habitants, et j'incline à 
croire que c'est la vérité : les Indiens préhispaniques n'ont pas 
pénétré sur ces hauteurs complètement isolées du reste (hi 
monde par une barrière créée par la nature elle-même. 

Les vestiges préhispaniques de la haute vallée entre les 
Sierras de Santa Barbara et del Maiz Gordo sont-ils contemjx)- 
rains de ceux de la Vallée de San Francisco et proviennent-ils 
du même peuple.^ Le matériel que j'y ai recueilli n'est pas 
assez important pour qu'on puisse émettre une opitiion londéc 
à ce sujet, mais les haches en pierre du même type caracléris- 
tique, trouvées et dans la vallée et dans la sierra, constitucnl 
un indice que ces deux régions ont été habitées jadis par la 
même peuplade. 



H&O ANTIQUITES DE l.\ HE(.M>N ANDINK 

RÉSUMÉ. 

mk.iuthjn^ I'I'.kiii^I'vmoi ks. 

Nous .iNoiis rciicoiitrc, dnn> ia if^ioii r\tra-aii(liin' lïv la 
|)ro\iiu*(> (\v JujiiN, c'est-à-^lire dans la \ allée de San rrancisru 
••I dans la Sierra Saiila Barbara, des vestiges |)réliispai)i(|iies 
de trois tatéj^ories : 

I" Si^pidtures d'adidttvs enterrés dans des urnes j^nissieres, à 
Providencia, près de San Pedro, décrites page a.)t); 

•j" Les courlu's de déhris des stations préinspan icjues de 
In Vallée de San Francisco, (pii seiid)lent pn»N«'inr du même 
pruple (jui jadis a liahite la Sierra Santa B.irl)ara, a en ju«;er 
d après les ol)S(>rvations tout à lait rapides (jue j'ai |)u (aire dans 
cette dernière, au point de \u«' arcliéolo«(i(pi«»; 

3" Le cimetière (ItMilants d \no\o dri Nîedio. provenant 
peut-être du iiiéine peuple (pii liahilait les anci(>ns villages de 
la Vall«'e (!•' >>.m I' rancisco. 

1 ou^ ces \esli«;es ii nul .iucuih' aiialo«^ie a\ec ceux des an- 
ciens liahit.ints des moiil;i«^r|,,.s à l'ouest de la vallée, les Omagua- 
ra». Il tant donc écart«'r l'IiNpollièse (pie les vestiges préliis|)i«- 
iii(pn's prérédiMiiment décriK de l.i N.ilJee d»* San Francisco 
et de la Sierra Santa Barbai. i proviennent de ces derniers. 

Ces vestiges ne peuvent non plus provenir des Tohas qui, 
à l'éjxMpie de la concpiète, lial)itai(>nt cette Nallée, comme nous 
la>t)iis démontré, |)ages 77-7(). à laide des renseignements 
liistorKpM's cpie nous iM>ssé(lons à ce sujet. Les l'ohas étaient, 
comme ils le sont encore aujourd'hui, d«'s (iuaNcuri'is nomades 
compleleineiit sauvages et |)riinitirs. (jui ne peu\enl être les 
auteurs des rruvres de céramicpie trouvées dans les stations de 
la Nallée de San Francisco, et rpii étaient également incajiahles 
de ial)ri(pier d<'s haches en pierre |>olie; du moins, ils ne le 
lotit pas de nos jours, et il n'\ a aucune raison de supix»ser 
(pi ik s.iv iiiiii Ir taire jadis. 



REGION EXTRA-ANDINE DE JUJUY. HDl 

Il faut donc chercher une autre origine j^our ces débris. 

Quant à la première catégorie, les cimetières où tous les 
cadavres, d'adultes ou non, sont enterrés dans des urnes gros- 
sières, sans décor, et que j'ai examinés à Providencia, je suis 
convaincu que ces sépultures proviennent d'un peuple tu])i- 
guarani, comme je me suis efforcé de le démontrer, ])agesi62- 
276, à propos du cimetière d'El Carmen, dans la Vallée de 
Lerma, dont les sépultures sont similaires à celles de Provi- 
dencia. Mais ces sépultures n'ont aucun point de contact avec 
les stations de la Vallée de San Francisco, ni avec le cimetière 
d'enfants d'Arroyo del Medio, car les sépultures d'El Carmen 
et de Providencia n'ont donné aucune pièce de céramique 
décorée, mais seulement de la poterie tout à fait grossière el 
])rimitive. Ces sépultures ne peuvent donc provenir du même 
peuple qui a fourni la céramique relativement artistique des 
stations. 

En ce qui concerne le cimetière d'Arroyo del Medio, nous 
(levons chercher des analogies ailleurs. Dans notre aperçu sur 
les antiquités de la région diaguite, nous avons consacré ini 
chapitre (pages i/i8 et suiv.) à la description des cimetières spé- 
ciaux d'enfants en bas âge, ensevelis dans des urnes de formes 
particulières et pourvues, presque sans exception, d'une gro- 
tesque face humaine fortement stylisée et surmontée de grands 
sourcils arqués, esquissée en relief ou en peinture sur le goidol. 
Nous avons démontré que ces cimetières, où il n'y a ])as de 
sépultures d'adultes, existent exclusivement dans la région dia- 
guite et qu'ils doivent être considérés comme caractérisli(|ues 
de cette région. Arroyo del Medio présente tous les caractères 
d'un cimetière de cette catégorie. 1^'adulte qui y a été Irouvé 
au-dessous des urnes n'ôte pas à ce cimetière son caractère de 
cimetière spécial d'enfants, car cet adulte unicpie y a sans doute 
été enterré pour une raison particulière que nous ne ])ouNons 
nous expliquer à présent, mais qui existe, car on ne peut pas 
s'imaginer un cimetière ordinaire où il v aurait seulement un 
cadavre d'adulte sur vingt sépultures d'enfants en bas âge et de 



8:,2 \NTIQIITKS l)K I. A UK(.lC)N ANDINh 

fcrlus, OU ppuMtre beauwuip |)lu>. IVulH'tre cet homme a-t-il 
été inhumé dans re lieu sacré |>our hii rendre un honneur, ou 
iMMil-étre M's fonctions ou sa jMisilion dans la Nie sr trouvaient- 
rllfs iMi rapport iwvc h* cidti* ou le F'ilr (|ui ont drlnniiin' ce> 
mtern-nuMil-s 5*1» ijeneris de petits enliiriK. Ouoi (ju'il en soit, 
les seules dillérences entre le cimetièn* d \ii(>\<> d» 1 \Irdio «'1 
ceux déniants d»' l.i iM'^lmi dia«;Mite consistent dans la fornir 
des urnes ri dans l'absence de peintures polychromes sur 
«rllrs d'NrroNo dri Mrdio. Or, comme nous Tavons dit, l.i 
coutume d'rnterri'r des |)elits enfants dans des urnes réunies 
dans des cimetières ml hoc est tout à lait di.i«;uite, et cette cou- 
hiMie ««si trop particulière |)our ne pas \nir dans le cimetièn* 
d'\rroNo del Medio un indice ou pres(jue une preuve (|ue la 
rej^ion de la Sierra Santa Barbara a été habit«'e a une certaine 
épo<pie par une j)eiipla(l»' (!•• I.i iihimc race à hupudle ap|)ar- 
tenaient les cimetières d'enfants des vallées diaj;uites. i^es dil- 
lérences de la forme el du décor des urnes ne constituenl 
pas un ar«;ument suHlsant contre celle li\potbèse, cardes par- 
ticularités de stsle el d'exécution dans la ceramitpie peuvent 
bien exister chez les diverses pi'uplades a|)j)arlenanl au même 
|MMiple, mais habitant des réj^ions éloij^nées l'une (h* l'autre, 
et axant vé( u peut-être à des é|)oques dilférentes. 

Kn étudiant les objets pro\t nanl drs stations, l'on découvre 
aussi certaines analof^ies, certaines ress4Mid)lanc«'s avec larl de 
la région dia^niile, bien (pie le matériel de la \allée de San 
Francisco démontre nn de<;n' intérieur de deNelop|)einent, ce 
(pii pourrait s'explicpier par des influences «'traiif^i'n's ou en 
admettant (pie ce dernier matériel est d'une éjMKpie plus 
reculée. 

Kn acceptant l'IiNpothese d'unr occupation teiii|H)raire de la 
région de Santa Barbara par une peuplade dia^uite, on vou- 
drait y voir |>eut-élre les • (ialcha(|uis » de la\alleede Cala- 
marca, (pii. selon les IM*. Lozano 220. i n. p 171 et Ciuevara 
/IS4; I ii.r.\: p 9«;, émigrèrent en masse aux premiers temps de 
la cnncpiéte vers l'intérieur du (ihaco, |)our ne |)as se soumettre 



REGION EXÏKA-ANDINE DE JUJUY. 853 

aux Espagnols. Mais cette émigration est trop moderne pour 
s'appliquer aux Diaguites supposés de Santa Barbara. Ces Cal- 
chaquis émigrés sont peut-être plutôt ceux qui ont habité nne 
partie tout à fait différente du Grand Cliaco : dans l'extrême nord 
de la province de Santa Fé, où ils ont laissé leur nom à l'Arroyo 
Calchaqai, allluent du Rio Salado. Pendant le xvii'' siècle et au 
commencement du xviii% ces Calchaquis ont constitué un 
danger permanent pour la ville de Santa Fé. En i64o, d'après 
Techo (341; 1. xn, c xxxix; p. 343), ils brûlaient les fermes des envi- 
rons de cette ville et tuaient leurs habitants. Quoi qu'il en soit, 
la Vallée de San Francisco, comme nous l'avons dit, était, à 
l'époque de la conquête espagnole, habitée par des Tol)as, et 
les conquérants ne trouvèrent des Diaguites qu'au sud de la 
Vallée de Lerma. D'ailleurs, le développement indnstriel cl ar- 
tistique plus primitif de la peuplade de la Vallée de San Fran- 
cisco indique une plus haute antiquité que celui de la plupart 
des vestiges de la région diaguite. C'est donc à une époque 
beaucoup plus reculée qu'il faut placer le peuple préhistorique 
qui nous occupe. 

En somme, les cimetières de Providencia et d'El (iarmen, 
auxquels il faut ajouter peut-être les sépultures d'aduUes en- 
terrés dans des urnes grossières, découvertes récemment par 
M. Ambrosetti à Pampa Grande ^'\ indiquent l'c'xpansion 
jusque dans la province (\v Salla, ou ])eut-(Mre encore ])his 
au Sud, à une certaine époque, de la race tupie-guaranie, dont 
les représentants les plus proches sont, acluellemenl comme 
à l'époque de la conquête, les Chiriguanos du Pilcomayo. 
D'autres faits servent d'appui à la théorie d'une expansion tem- 
poraire tupie-guaranie à travers le Chaco jusque dans la région 
diaguite : ainsi les pipes préhispaniques, la coutume de hiiiiei- 
la pipe ayant du être introduite au Brésil, comme nous favons 
remarqué page 123. D'autre part, les vestiges de ranneime 

'"' Voir p;t<,M' i'|(), V raU-f^oric. 

Il ."iô 



gS-fc ANTIQl'ITKS l)K LA UECION VNDI.NE. 

civilisation que nous trouvons autour rie la Sierra Santa Bar- 
bara, surtout notre cimetière d'enfants d'Arroyo drl Mrdio, 
Mint une indication que les Guaranis eux-mêmes auraient été 
i)récè<iès,àune«'|)oquerecul«'*e, |)ardes tribus andines connexes 
;iii\ l)ia«,'uites, lescnnds se répandaient alors JMs({n'au\ limites 
du ( ihaco, an n«»rd de la Sierra Santa Barbara. Ces tribus aii- 
«lines ont «'té reloulées plus tard par les (luaycurûs (jui à 
IVMMKiue de la conqu«*'te babitaiml Ir (iliaco et dont faisaient 
partie lesTobas de la Vallée d« S;ni Francisco. 

\ mniii^ (pir dr nouvelles découvertes ne viennent modifier 
ce» conclusions, nous n(ms trouvons par const»quent en pré- 
sence de trois minorations di^tin^tes et successives. Un j)remier 
ci.urant tnpi-«;narani vi'ini du centie dr rVmrricjne du Sud 
se .serait diri«(e vers les vallées du territoin' argentin actuel. 
Une expansion postérieure des tribus andines se serait jinn 
dniti'dansla direction (oiifraire. Midln les (iuavcurùs, venus 
»!•• I l>l , aurairnl oblij^é les Iribus andiiu*s à rétro^^rader vers 
leurs inonta«;nes et les (iuaranis i ><• retirer vers le Nord ou Ir 
Nord \M. 



ANALYSE CHIMIQUE 
D'OBJETS PRÉHISPANIOUES EN MÉTAL 



bb. 



ANALYSE CHIMIQUE 
D OBJETS PRÉHISPANIQUES EN MÉTAL. 



CUIVRE ET SES ALLIAGES. 

Parmi les objets en cuivre rapportés par la Mission Fran- 
çaise, j'ai choisi vingt-six spécimens qui ont été analysés par 
MM. Morin frères, essayeurs de la Banque de France. De ces 
objets, quatorze proviennent des collections que j'ai rapportées 
de la République Argentine (vallées de la province do Salta 
et Puna de Jujuy); quatre proviennent des fouilles de M. de 
Gréqui Montfort dans la province de Porco, en Bolivie; sept, 

1 




Fii 



Hache en cuivre de la Répuhliqiic de l'Kqiialeiir. .\nal\se n" (ti.] 
i//j gr. nal. 



de la collection faite par M. Gourty à Tiahuanaco; enfin une 
hache de cuivre, dont les contours sont reproduits /t^. 20S , 
provient de la République de TÉquateur et a été acquise par 
la Mission, à Antofagasta, d'une personne venant de ce dernier 
pays. Les lourdes haches de cette forme sont très communes 
dans rÉquateur, voire même caractéristiques de ce pa\s. Un 
morceau de culot de cuivre, recueiMi par moi à Col)res (Puiia 
de Jujuy) parmi les débris d'une liuaira, selon toute proh;»!)!- 
lité d'origine préhispauique, a également été analysé. 

Ces analyses sont disposées, par ordre géograplncpic (bi 
Sud au Nord, sur le tableau inséré a])iès la ])age K(i8, où j'ai 



S5A ANTIQL'ITF'S DF I. A HKCJION NNDINE. 

ajoiilf* toutes les analyses crobjels anciens en cuivre et en 
■ hronze • (le rAniéri(|iie du Sud |)ul)li(^es ant«*rieunM«enl par 
divers auteurs. 

Parmi les métaux alliés au cuivn' dans ces objets, il ii \ a 
que l'étain et, dans certains cas. If zinc, l'or et l'ar^'enl. jui 
|)eu\ent avoir été ajoutés inlenlionnellrnient en tondant le in«'- 
tal. Tontes les autres matières : le jilcnnl), Ir 1er, l'antimoine, 
l'arsenic , If nie k»l, Ir cohall. Ir bismulli, la siln «• ri !«• soufre 
proNienntMit sans aucun doiitr drs ndnerais d'où Ion a extrait 
il' rni\r«' un l'élain. (l'est certainement aussi le cas des j>etites 
(juantites de zinc des analyses n** 3, 5, 9, 12, i4 (0.81 à i.6r> 
n. 100^ de la ré<;ion diai^niitc et n° (^C^ ''1.60 p. 100^ de la 
llépnl)li(pn> de l'iùiualenr. Parnii les impuretés contenues dans 
les minerais de cuivre, il s a souvent de prtit«*s cpiantités d«» 
zinc ; d auln's fois, des minerais de zinc, «-ninnie la hiende (pii 
est très coninnnu', sr Iioum'iiI à proximité des minerais de 
• iMMc, cl (\r> parcelles des pn'uiiers peuvent |)arfois adhérer 
aux minerais de cuivre cpn' l'on extrait de la mine. Les jx»lites 
quantités d'arj^ent des analxsrs n" i .^) (o.'i» p. 100' et n" .^8 
(0.17 p. 100), ainsi (pu* li's traces d(» ce nn-tal (pu* pn'sentent 
plusieurs autres j)ie(«'s, sont é«;alenient des impnretc's (pii -exis- 
taient dans l<>s minerais de cuivre. 

Tn)is pièces senlinnrit ( (mliriinciil du soufre, un lra«;nn*nl 
de pla(pH> de Lapava (\ allée (!alclia(piit>], n**î7, et deux cram- 
|KMis des ruines de Tialnianaco, n"* 4''> ''t 4^» 1-'* fraj^menl de 
f.ap.iNa apj)arle!)ail à la collection de cette localité, (pu» j*ai 
acquise de \l. Manni'l I )el«^'ado, et me fut présenté par celui-ci 
connue a>ant été exlnnné dans la menu» ionille où il aNait dè- 
liTfè tous les objets de cette collection, (le fra^nuMit démontrait 
bien (piil avait lait j)artie d'une placpn* rectanj;ulaire; du reste, 
il était fort oxydé et présentait nn aspect fort ancien. ()e|)en- 
dant l'analyse est bien flilléreutt' de c«'llc de toutes les autn»s 
pières; |»» fragment en (piestion ne contient |)as d'étain, comme 
la plupart de celles-ci, mais, |>ar contre, deux matières dont il 
n existe cpir des Iraccs dans les antres c»bjels de la Hépnblicpn- 



ANALYSE CHIMIQUE DE METAUX. 859 

Argentine, Tarsenic (5. 20 p. 100) et le soufre (i.46p. 100). Le 
métal de cette pièce provient donc d'un minerai différent de 
ceux qui ont fourni le métal pour les autres objets^^^ Comme 
je n'ai pas exhumé ce fragment moi-même, je ne veux pas, 
malgré ma confiance dans la véracité de M. Delgado, écarter 
la possibilité que la pièce ait été incluse dans la collection par 
un hasard quelconque et qu elle soit alors d'une autre prove- 
nance. 

Beaucoup plus intéressantes sont les deux pièces qui portent 
sur le tableau les n''' 45 et 46, dépourvues d'étain mais conte- 
nant respectivement 2.55 et 0.87 p. 100 de soufre. Ce sont des 
crampons en forme de I^h^H et qui se trouvaient emboîtés 
dans les murs des ruines de Tiahuanaco, servant à maintenir 
ensemble les grands blocs taillés qui composent ces murs. 

La présence du soufre dans ces pièces indique qu elles pro- 
viennent d'un sulfure de cuivre, tandis que l'absence de cette 
matière dans tous les autres objets énumérés sur le tableau, — 
excepté toutefois le fragment n° 27 dont, comme nous favons 
dit , l'authenticité n'est pas parfaitement certaine, — prouve que 
les Indiens préhispaniques depuis la République de rÉqualeur 
jusqu'à la République Argentine ne faisaient pas usage des sul- 
fures, qui sont communs dans les différentes parties de la Cor- 
dillère, notamment les cuivres gris, la chalcosine, la chalcopy- 
rite, etc. La raison de ce fait est probablement que les Indiens, 
avec leurs méthodes primitives , ne pouvaient pas isoler du métal 
le soufre qui le rend fragile et friable. D'autre part, ces minerais 
sont pour la plupart assez difficilement fusibles. Les Indiens se 
sont bornés à exploiter le cuivre natif, les sihcates (chrysocolle ) , 
et probablement les carbonates (malachite, azurite) etfoxydilo- 

'■' Suivant M. Lacroix, le cuivre ilc (juc conticnl la pifco pouirail aussi pro- 

cette pièce provient probablement de i'é- venir de fragments de inispl( k<l sullo- 

nargite (sulfoarséniure de cuivre), mine- arséniure de fer) qui adhéraient au nune- 

ral qui est connu de beaucoup de fdons de rai dont on a extrait le cuivre. l>c rapport 

la République Argentine, specialeineni de fer et d'arsenic est dilT.T.'nl a (■.•lui <ln 

de Famatina (La Rioja) et de Las Capil- niispickei.mais une partie du fer p..unail 

litas (Catamarca). Cependant, l'arsenic «"-tre passée dans les scories. 



8f,0 ANTIQUTKS I)K I. A RKrilON ANDINE. 

rure (atacaiiiit<>y df* cuivre. Ces iiiiiK'rais sont plus faciles à ioiidre 
el iTout paslinconvéuientclu soufre. En liolivie, on semble a\(>ir 
r\j)l«)il^ un MiiniM'ai rlinV-rent de ceux dont on s'est ser\i dans les 
;mln's pavs, car la plupart des objets en provenant coiilienuriit 
dr lantiuioine, — de o.nfi à o. i 7 p. i 00; il v a même uih- j)i«'re 
avec 3..')'! p. 100, — nn'tal (pii n'existe pas dans l«'s ol)jel> des 
autres réj(ions, mais riont la présence s'explicpie j)ar le lait (lue 
des niin(^raux anlimonifères sr tioiiMnl hvs souvent, dans c<* 
pays, dans les gisements de cassitérite d'où provient lélain 
contenu dans ces pièces. De nièiiir. le ploinh fait déiaut dans 
les pii'ces p<^ruviennes, mais existe dans la plupart des objets 
de» autres pavs, et, d'aulrr part, trois pirces de la côte du 
Pérou (n"' r).K .)8 et 60) contiemunl d»- Inrlis cpiantités fl'ar- 
senic : d»* ^.\^ h i..^.^ p. 100. 

Seuls mit lirr l«'wr <iii\ii' di' sulfures les construcleurs des 
monuments cvclojM'ens de riabuanaco. (pii. suiNant lou> b's 
bistorio;;rapbes el d'.ijurs 1rs traditions répandues parmi les In- 
diens de ré|M>(pu> de la concpiéte, sont fl'un à^e très reculé et 
certainement antéri«Mirs à la dvnasti»» des Incas. Mais tous les 
outils et objets d art en cuivre trouvés à Tiabuanaco sont laits 
de minerais ne conttMiant pas de soufre, et \r cuivre y est allie 
avec de lélain, ce cpii n'est pas le cas des crampuis mention- 
nés. On |)ourrait facilement en coiicbit» (|iif l«'s objets ne 
proviennent pas du |)euple nui a construit les édifices aujour- 
d Imi en ruine, mais d'un nutre iieupbMpii a babité Tiabuanaco 
.1 nnr éjMMpi»' |)ostérieure. Je ne désire c(M)endant |>as formuler 
une tiM'on»' dansce sens, car il v a beaucou|>d autres ar^niments 
(pli font sup|)oser (pi'une j;rande partir des objets exbumes du 
sol de Tiabuanaco proviennent en réalit»- du peu|)l<* cpii a con- 
struit les moiniments mé^alitbi(pirs. le nie borne à constater 
les faits. 

fous les objets i\r \,\ Hépubli(jue Ar^MMitine, excepté le frag- 
ment n" Q7 déjA mentionné, une lourde bâche h oreilles 
(n" i.'i) de l.apaya, et un petit ciseau [n" .'^q^ de Tastil (Oue- 
brada del l'oni . rontimiirnt dr rét.iin , de même (pie tous les 



ANALYSE CHIMIQUE DE MÉTAUX. 8()1 

objets de la Bolivie, sauf les crampons de Tiahuanaco. Quant 
aux objets péruviens, il y en a d'un alliage de cuivre et d'étain, 
mais d'autres pièces ne contiennent pas d'étain. Ces dernières 
sont toutes de la côte, de l'ancienne région de Yuncas; des 
pièces contenant de l'étain, deux (n"* 5o, 5i) sont du haut 
plateau, de Cuzco; les deux autres (n"* 62 , ôgj , de la côte, la 
première de Pachacamac, la seconde de Trujillo. Des pièces 
équatoriennes, une seule, le n** 65, de Quito, contient de 
l'étain. On voit donc que les objets du haut plateau du Pérou 
et de la Bolivie ainsi que ceux des vallées interandines de l'Ar- 
gentine, presque sans exception, contiennent de l'étain, tandis 
que celles de la côte du Pérou et de la Répubhque de l'Equa- 
teur n'en contiennent pas, excepté trois objets provenant de 
Pachacamac, de Trujillo et de Quito, localités occupées pen- 
dant longtemps par les Incas, formant des centres de leur 
gouvernement et de leur culte. Ajoutons que le ciseau de 
Quito, dont l'analyse a été publiée par Boussingault (73), avait 
été trouvé dans une ancienne carrière d'où l'on avait jadis 
extrait de la pierre pour paver le chemin incasique de Cuzco à 
Quito. Malheureusement on n'a pas publié d'analyses d'()l)jets 
préhispaniques en cuivre provenant de la Colond)ie, mais le 
D' Uhle (340, I, p. 6q) rapporte qu'un certain nondjre d'objets 
de ce pays, conservés au Musée d'ethnographie de Berlin, ont 
été analysés par M. Weeren, et qu'aucune de ces pièces ne con- 
tenait de l'étain, bien que M. Richard Andrée (34, p. i53) dise, 
sans cependant en donner de preuves, que lesCliibchas alliaient 
le cuivre avec l'étain. 

Comme conclusion de cet examen de la métallurgie préliispa- 
nique du cuivre chez les dilïerents peuples de la région andinc 
de l'Amérique méridionale, nous pouvons établir, sous ce rap- 
port, deux régions bien dilï'érentes. La première, d'où Ton ne 
connaît pas l'alliage avec l'étain, se compose de la Colond^ie, 
de l'Equateur et de la côte péruvienne. La deuxième région, 
où l'on trouve presque constamment l'alliag*'. du cuivre avec 
l'étain, comprend le haut plateau du Pérou, dr la holi\i<'«'t dr 



Wiî ANTIQIITKS DE LA REGION ANDINE. 

la rK|)iil)ii({(i«> Argentine, ainsi (|ue les vallées interandines 
(le ce dernier j)ays, c'est-à-dire la réf^ion (lia<(nit('. La ré«(i<»n 
des Vuncas semble donc avoir »'u, avant l'in\asion des Incas, 
une inétallnrj^ie ind('|)(Midant(> de celle du IV'rou, mais ana- 
loj^n»' a la nn'tallnr*,ne autochtone de la (iolond)i(> rt de 1 Kriua- 
ti'ur préincasique, les pièces contenant de l'etain (ju'on trou\e 
dans ces pays, ou du moins l'art de produin' cet alliage, v 
ayant |)rol)al)l«'ment cte importf^s pendant la domination inca- 
sicpie. Au contraire, l'ancienne métallurgie de la région dia- 
gnitr apj)artirnl à la nn-lallurgie péruvienne, cetpii noiisfournil 
un»* preuve de l'origine ando-péruvienne de la cullure diaguite, 
comme nous l'avons déjà rcmanjué page i ()o. 

Nos deux H'gions UM'Ialliirgicpirs de l'AuM'Hcnir du Sud sonl 
l)ien dillérentes de ccllrs de l'Aniéricjue septentrionale. Dan^ 
crlli» dernière partir du continent, nous distinguons aussi 
diii\ H'gions métallurgi(pu>s (jur dtM til tii drl.iil M. Viidréc 
(34, |>. i43i5i. 157), dans son érudit travail dcjà cite. La pre- 
mière, où l'on prati(piait l'alliage de cuivn» cl dCtain, est 
cniujKiMM" du Me\i(jm' et, parait-iL de 1' Vméri(pn* centrale un, 
du in«)ins, dr (crtaines parties d«' cette dernicre. Ainsi, tout 
a fait au sud de rAméricjue centrale, dans la |)ro>ince de 
(iliiricpn. située dans l'isthme de Darien, sur la Iroutien* de 
la Ué|)id)li(|ur d»' (iosta lUca, les anciens habitants alliaient 
aussi le cuivre et l'élain, sui\aiil M Holmes jl68, p. ab). Cet art 
doit avoir été introduit eu (!hiri(pii du Mexicjue, car les voi- 
sins du Sud, les ludieus de la C(dond)ie, n'employaient pas cet 
alliage. Suivant M. \ndree, «les hrou/.i's mexicains pn>sentenl 
une autre com|)osilioii <pie c<mix du Pérou, ce (jui coidirnie 
I iude|MMidance de lune et de l'autre de ces régions nielallur- 
girpu's». Les alliages mexicains sont de véritables bnmz.es, 
contenant presque toujours en moyenne 9 à 10 p. luud'étain. 
tandis (|ih' la quantité dv ce métal contenue dans les objets 
sucl-ami'ricains est, comme nous le verrons, tout à fait arbi- 
traire, n'exréflant généralement j)as 1 à \ p. 100. Les anciens 
Mexicains sa\ aïeul fondre le < ul\re e| lallier avec l'élain. mais. 



ANALYSE CHIMIQUE DE METAUX. 8r)3 

dans la deuxième région métallurgique de l'Amérique du Nord , 
comprenant les Etats-Unis, le Canada, etc., les Indiens pré- 
colombiens ne fondaient pas de minerais de cuivre; ils ne 
faisaient que travailler le cuivre natif, en le martelant à froid. 
La plupart de ce cuivre natif provient des environs du Lac- 
Supérieur, d'où le métal, très facile à reconnaître par les grains 
d'argent pur qu'il contient, était emporté vers des régions très 
éloignées des gisements. H y a quelques exceptions à cette 
règle, notamment de petits disques fondus, sorte de monnaies 
de o"o3 à o'°o5 de diamètre, trouvés dans des mounds, selon 
MM. Squier et Davis (334, p. 196-207), mais il n'est pas prouvé 
que ces objets soient précolombiens. 

La quantité d'étain contenue dans les objets de l'Amérique 
du Sud est très variable. Des 49 pièces contenant ce métal, 
les analyses en ont donné de 1.67 à 3 p. 100 en i3 pièces, de 
3 à 4 p- 1 00 en 1 G pièces, de 4 à 7 p. 1 00 en 12 pièces, de 7 à 
10 p. 100 en 8 pièces. Dans 6 pièces seulement la quantité 
d'étain excède le 10 p. 100; ce sont un topo (épingle) de la l^o- 
livie (10.2 1 p. 100), une ])laque de la Bolivie (io.3i p. 100), 
une hache du nord de la Bolivie (1 1.42 p. 100), un ciseau de 
la Vallée Galchaquie (i3.52 p. 100), un bracelet de la Qnc- 
brada del Toro (i4.i3 p. 100), un disque de La Rioja, dans 
la République Argentine (16.62 p. 100). Presque la moitié des 
objets contiennent donc moins de 4 p. 100 d'étain, et, pour cv 
motif, je me suis abstenu de dénommer « bronze » cet alliage dv 
cuivre et d'étain, car sous ce nom on comprend généralement 
dans la métallurgie moderne l'alliage de 90 ]). 100 de cuivre 
avec 10 p. 100 d'étain; d'ailleurs, la quantité d'étain des bronzes 
préhistoriques européens est beaucoup plus élevée et plus con- 
stante que celle de falliage que nous trouvons dans la région 
ando-péruvienne. Il me semble qu'on ne peut guère dénommer 
«bronze» des alliages qui ne contiennent que 2 ou 3 p. ion 
d'étain, et, si nous apphquions ce nom seulement aux alliages 
contenant au-dessus de 6 ou de 10 p. 100 d'étain, nous aurions 
deux métaux de noms dilférents, le cuivre et 1<' bronze, (juoi- 



8f,^ ANTIQUITKS DE LA REGION ANDINE. 

(lu'ii ne s'af^isse en réalité que d'une seule caléj^orie d'alliage 
a |)r<>|)ortions varial)les. 

l'ji classant 1rs ohjrls d'ajjrùs iriir pays de provenance, 
nous notoriN cjue la (piaiitité (i'j'laiii est moins élevée et plus 
\nrial)l«' dans 1rs pièces dr la H» |)iil)li(pM' \r«;jMitin(» cpie dans 
< •'lli"> dr la linliNie v.i du Pérou. i)vs i 7 objets provenant de ces 
«Irrniers pays île ciseau de Ouilo, n" 65, y compris), il n'y en 
a cpu' f) contenant moins de 5.83 j). 100 détain; de ces cin(j 
pièces, deux contiennent respectivement f\ et \.îio p. 100. les 
trois autres, de u.io à i.-jb p. 100. 

(.(unmr on le sait, on ajoute de Télain au cuivre surtout 
dans le l)ut de rendre le métal plus dur. (i'est donc sjM'ciale- 
ment pour les armes el les iii>hiiiin'iils Iranrliants, (Muplovés 
pour conjM'r, (pie l'alliaj^e est util»'. M.iis les Indiens, en alliant 
le cuivre et l'étain, ne se sont absolument pas préoccujM's de 
Il destination des objets (|n iU labritpiaient. lai ajoutant aux 
'|() pièces contenant (!<• lelain l«'s .'^ ol)|r|s de la He|)nbli(pit* 
Ar;;entine qui n'en contiennent |)as, nous pouvons diviser ces 
Tï'i objets en trois calé;;ories : 1" 3'i objets de j)arnn' el outils 
sans lil. (jui n'etairni pas destinés à cou|)er et pour lescpiels 
lallia^^e a\er Triai 11 in'tait j)ar conséquent «;nére nécessaire 
[i\ distpu's et |)la(|nes, 1 bracelet, i pendelocpu', 3 épinj;les, 
I rpiloir, I casse-téte, 1 b<nde); 'i" i (S outils destinés à ci»U|M*r 
(10 barbes de dillérentes sortes, u couteaux et 6 ciseaux); 
3* 'i rlocbes on l'alliaj^e avec (!< IrLim |Minvait être utile |H»ur 
améliorer le son. Dans aucune <le ces catéj^ories, la tpiantité 
délain ne correspond aux difT«'rents dej^res de dureté (pie 
devaient motiver les dixerses destinations de^ objets. Au con- 
traire, partout la (uiantité d'étain est tout a lait arbitraire, et les 
outils |N)nr les(piels la dureté du métal est une qualité (*ssen- 
lirllc nn ne contiennent souvent |M)iiil d'etain ou des quantit(*s 
ln»s inférieures À celles (|ui ont et»- trouvées dans des pièces où 
la dureté n'est pas nécessaire. Ainsi les objets de la |)remiére 
catégorie |)résentent toutes les dillérentes (piantités d'etain de 
1 erliell(>. depuis o p. mki jnsrpi'an maximum, ifi.f)"» p. 100. 



ANALYSE CHIMIQUE DE MÉÏALX. «65 

Quant à la deuxième catégorie , où la dureté du métal est une 
qualité essentielle, nous trouvons également que l'étain varie 
entre o p. loo et iS.S-j p. loo. Les quatre lourdes haches à 
oreilles ont 6.06, 5. 78, 3.34 et o p. 100 d'étain, respective- 
ment; les quatre haches à pédoncule central, 6.71, 5.83, 3. 80 
et 2.49 p. 100; deux autres haches, 11.42 et 2.10 p. 100; les 
six ciseaux, i3.52, 4.5o, 4.43, 4, 2.5i et o p. 100; les deux 
couteaux, 7.68 et 3.65 p. 100. Enfin les deux pièces de la 
troisième catégorie , deux cloches de la Vallée Calchaquie, con- 
tiennent aussi des quantités différentes d'étain, l'une 6 p. 100, 
l'autre 3.92 p. 100. La proportion d'étain de ces cloches est 
heaucoupplus faible que dans le « métal de cloches » européen, 
qui généralement contient 20 p. 100 d'étain. 

En ce qui concerne la provenance de fétain contenu dans 
les objets analysés, ce métal a sans aucun doute été ajouté au 
cuivre intentionnellement, les minerais de cuivre dont peuvent 
avoir fait usage les Indiens préhispaniques ne contenant pas 
d'étain en alliage naturel' 'l Les arguments qu'on pourrait oppo- 
ser à cette hypothèse sont les suivants : 1" Les Indiens préhis- 
paniques ne connaissaient pas fétain pur, ])uisqu'on n'a jamais 
rencontré dans les sépultures et dans les ruines d'objcls lails de 
ce métal; 2° La quantité d'étain contenue dans les pièces est, 
comme nous f avons vu, entièrement inconstante : de o à 16.62 
p. 100; 3'' Les minéraux d'étain dans certains pays, surtoul en 
Bolivie, se trouvent quelquefois intimement mélangés aux mi- 
néraux de cuivre, et, dans ces cas, l'étain pourrait prov(Miir de 
parcelles du minéral d'étain qui auraient été involontaireinciil 
extraites de la mine en même temps que le minéral de cuiMc 
Mais contre ces arguments s'élèvent ces faits : 1" liien (pie 
fétain des pièces qui n'en contiennent qu'niic laible quanlilé 
puisse provenir de parcelles de cassitérite, accidentellenicnl 
mélangées au minerai de cuivre, cela ne peut |);is cire le ca.s 

<"' Exceplionnelletnent, le cuivre nalil" finciiicnl (iiic m'oul .lomic M\l. Moiiti 
de Corocoro (Bolivie) contient de très pc- frères, Icsqii.Is ont .malysè de noinhreiiv 
tites quaiilitcs d'étain, suivant un rcnsci- ('■chanlillons de cuivre de ce pays. 



H60 ANTIQIITKS DE LA KKf.lON WDINK. 

qnaiil aux pièces qui a)iitii>nn(*nt de lo à 16 p. 100 de ce 
nu'lal; 'i" L'alliagr du cuivre avec de letain est aussi fréquent 
dans It's pays où les niiiiéraux délain s(uit prescnn' inconnus 
«•l rrrfaiin'nient 1res rares, roniine I \r«(riilinr rt le IVrou, ciue 
dans le.s pass où les j^isenients de ce nn'lal sont très ronnnuns, 
ronnne la Boli\ie. f*ar conséquent , il faut ahandonner l'Iivpo- 
ihivM' de l'orif^ine accidentrll» . ( niitunllr i\v l'i'tain contenu 
dans les objets (jur nous étudions. 

Quant au minerai d'élain (jin- les Indiens ont exploité, il 
ne jM'ut être (juestion (pie dr la cassitérite (oxvde d'étain), 
minéral facilement lusil)!»- rt Ins riche rn métal ~i) i). 100 
d'étain, ai j). 100 dow^ènr. La cassitérite est commune en 
liolivir, mais au Pérou ellr n'a pas été trouvé**, du moins jus- 
(pi'en 187H, d'après M. \. lîaimondi (304/'ii.|). Hiy (pii ne nien- 
tionnr d'autn- minéral d'etain dr « •• dernier pavs (pie la plundx>- 
stannite. dnul un srnl «;isemrnt n «'\istr, dans la province de 
Iluancané, et qui ne parait pas a\nir pu Inuniir lit liii d«\s 
alliances |)réhispaniqnes, car ce minerai contient Ixaucoup de 
soulre, matin»' (pii ne se trouvi- })as dans ces drrniei^. Les 
Lsj)a«;nols du wiT siècle ne connaissaient pas non j)lus de mine 
d'étain au Pérou. |)uis(|U(> le P. (ioho (103; I. m. r. \i.i\ ; 1. 1. p. 536) 
\\r mentionnr (pi'une miiir d»- ce métal dans la vice-n)vaulé 
du Pérou, crllr (li> (iaracoll<», près dOrnin, m BoliNir. Dans 
Il Hèpid)li(pir Vr^^entinr, la cassitérite est aussi très ran*; 
\L (1. liodcidx'nder (64. p. 171) dit m» ja c(»nnaitre (|ue |)ar un 
srui échantillon provenant de la province de (latamarca, et il 
i^'uore la localité où .se trouNe la min(> de la(pielle cet échan- 
tillon a été extrait. Selon M. \nd)rosetti 29.,. iH.^). dernien»- 
ment on a décou\« il um mine de cassitérite dans le Cern» 
de las Minas, situé dans le département d*\rauco, pn)\incede 
La Hioja. Prohahlemenl, les habitants j)réhispaniques de la 
région dia^uite connai.viaitMit d'autres mines (le ce minerai, 
maintenant onhiiées, car on peut dillicilenjent sup|>oser qu'ils 
aient introduit letain d'aussi loin (pie de la HoliNie. Pour ce 
qui est du P(^roii, pjut-ètre y importait-on la cassitérite d. I.i 



ANALYSE CHIMIQUE DE METAUX. 807 

Bolivie, à moins toutefois qu'il n'y en existât aussi des mines, 
bien qu'à présent on n'en connaisse aucune. 

Certains auteurs ont émis l'hypothèse que tous les ohjcts en 
cuivre de la région diaguite y auraient été importés du Pérou. 
Certes je crois que les Péruviens y ont introduit l'art de la 
métallurgie, et je crois aussi que quelques-uns des objets pré- 
hispaniques en cuivre qui y ont été trouvés proviennent du 
Pérou; mais, d'autre part, il est certain qu'on exploitait et qu'on 
travaillait ce métal dans la région diaguite même. En dehors 
de beaucoup d'autres arguments, deux analyses de débris trou- 
vés dans des ruines diaguites le prouvent. Ce sont deux culots 
provenant d'anciennes fonderies, l'un rencontré à Fuei-te Que- 
mado et l'autre, trouvé par M. Ambrosetti, à Tolombon, ces 
deux localités étant situées dans la Vallée de Yocavil. L'échau- 
tillon de Tolombon est presque identique, quant à sa compo- 
sition chimique, à une hache à pédoncule central provenniil 
aussi de Tolombon , et qui figure sur le tableau d'analyses sous 
le n** 2 2. La composition du spécimen de Fuerte Quemado esl 
très semblable à celle d'un fragment de disque, analyse n" (). 
Je reproduis, d'après M. Ambrosetti (29, p. i85), hîs analyses de 
ces deux culots : 



Cuivre 

Etain 

Arsenic 

Fer 

Des différents faits que nous avons signalés résulteul les 
conclusions suivantes : i'' Les Indiens préhispani(pies de l;i 
région ando-péruvienne, excepté les constructeurs de Tialuia- 
naco, n'exploitaient pas les sulfures de cuivre. 2" Ils ()])tenaieiil 
leur cuivre des silicates (chrysocolle) et probableiuenl aussi 
des carbonates (malachite, azurite) et de roxycidorure (alaca- 
mite). 3" Ils alliaient presque toujours le cuivre avec une 
certaine quantité d'étain, provenant probablement delà cassi- 



TOLOMBON. 


KIJERTE Ol'EMADO. 


()5.Go 


()().8o (). I UO 


3.2i 


1.3/1 


- 


o./|() 


traces. 


traces. 



868 ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 

térite. 4** Les proportions d'étain sont si variables, que l'on peut 
conclure que les Indiens en question ignoraient l'art de gra- 
duer l'alliage selon la destination des objets. C'est empirique- 
ment et au juger qu'ils ajoutaient l'étain, parce que l'expérience 
leur avait enseigné cette manière de durcir le métal. 

Gomme il a été dit, parmi les objets analysés, il en existe 
quelques-uns qui présentent un autre alliage artiliciel que 
celui de cuivre et d'étain. Ce sont un bandeau frontal d'Ancon 
(n*" 56), en laiton, et deux autres bandeaux (n°' 55 et Sy), de 
la même provenance, ainsi qu'un ornement de tête (n° 64), 
de Canar (Equateur) , ces trois dernières pièces fabriquées d'un 
alliage de cuivre avec de l'argent et, dans deux cas, contenant 
de petites quantités d'or. Dans ces trois pièces, l'argent est 
sans doute le métal principal, et, pour ce motif, nous en parle- 
rons en traitant les objets en argent. Ces pièces n'ont été por- 
tées sur le tableau des analyses de cuivre que pour rendre ce 
tableau aussi complet que possible, et elles sont aussi indi- 
quées sur les tableaux d'analyses d'or et d'argent, sous les n°* 74 , 
76 et 82. Le bandeau en laiton n° 56 est intéressant, car les 
Indiens préhispaniques ne connaissaient cet alliage ni n'ex- 
ploitaient le zinc; le laiton a sans doute été importé de l'Europe 
ou composé en Amérique après la conquête des Espagnols. 
Les proportions des deux métaux, 65.90 p. 100 de cuivre et 
32.o4 p. 100 de zinc, sont celles du laiton commun euro- 
péen. Il n'y a aucune raison de douter de l'authenticité de cette 
pièce qui a été exhumée d'une sépulture de la nécropoh; 
d'Ancon par M. Léon de Cessac, et analysée par M. Terreil. 
Elle prouverait donc qu'on aurait continué d'enterrer des morts 
dans le cimetière d'Ancon après la conquête espagnole. 



ANALYSE CHIMIQUE DE MÉTAUX. 869 



OR, ARGENT ET LEURS ALLIAGES. 

Les tableaux ci-dessous contiennent toutes les analyses pu- 
bliées jusqu'à présent d'objets préhispaniques en or, argent et 
alliages de ces métaux. Ces analyses sont beaucoup moins nom- 
breuses que celles des objets en cuivre. La Mission Française 
y a contribué par six analyses, dont trois se rapportent à deux 
objets en or et à une pièce en argent provenant de mes collec- 
tions de la République Argentine, les trois autres à des objets 
de la Bolivie. Ces derniers sont de simples lames minces, de 
moins d'un millimètre d'épaisseur, sans décor, mais cependant, 
selon toute probabilité, employées comme parure, fixées sur 
des vêtements ou des coifFures. De ces pièces, une lame d'or 
et une autre d'argent ont été rapportées par M. G. Courty, de 
Cobrizos, dans la province de Nord-Lipez; et la troisième 
lame, en or, provient des fouilles de M. de Créqui Montfort, 
en Yura, province de Porco. Toutes les pièces qui figurent sur 
les tableaux sont des objets de parure, moins les quatre sta- 
tuettes de la Colombie. J'ai dû réunir les objets en or et en 
argent dans les mêmes tableaux, car presque tous contiennent 
les deux métaux. Dans le premier tableau, les objets sont énu- 
mérés par ordre géographique, du Sud au Nord; dans le 
deuxième, ils sont rangés d'après leur proportion d'or; dans 
le troisième, d'après leur proportion d'argent. 

Le plomb, le fer, le cobalt et le nickel qui paraissent dans 
les analyses sont certainement des impuretés naturelles qui 
n'ont pas été introduites intentionnellement dans le métal. Il 
en est probablement de même pour les petites quantités de 
cuivre, au-dessous de 5 p. loo, qui existent dans toutes les 
pièces de la République Argentine et de la Bolivie, ainsi que 
dans quelques-unes des pièces du Pérou (n°' 76, 79, 80, 81). 

Il y a peu d'objets dont le métal soit à peu près pur. Ce sont 
seulement les pièces en argent n° 69 , de la Quebrada del Toro 
(Argentine), et n° 71 de Cobrizos (Bolivie); peut-être peut-on 

ji. 50 



870 



ANTIQUITÉS DE LA RÉGION ANDINE. 



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