(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Dictionnaire raisonné de l'architecture franc̜aise du XIe au XVIe siècle V.1"

r 



DICTIONNAIRE RAISONNE 

L'ARCHITECTURE 

FRANÇAISE 

DU XJ e AU XVJ e SIÈCLE 

I 

Droits de traduction et de reproduction réservés. 



B- 73t7.- Impr. MorrEoz et MAl'ttr-, 7, rue Saint-Benoit, Paris. 



DICTIONNAIRE 

RAISONNE 

DE 

L'ARCHITECTUBE 

FRANÇAISE 

DU XI, « AU XVI « 

SIÈCLE 

PAR 

E • 

VI O LLET- L E-D UC 

kRCdITECTE 

TOME PREMIER 

PARIS 

LIBRAIRIES-IMPRIMEBIES 

RÉUNIES 

ANCIENNE MAISON MOREL 

BUE SAINT-BENOIT 5 



PRÉFACE 

Lorsque 

nous commentions à élli,-,r l'a _ _ "_ 
rt'hitecl,ro d,t mayon agc, 

il n'existait pas l'o,tvrages qui l,sser! na,ts ,non/ter la voio à sivr, -. 

Il nous so,tvlon! «l, alo,'s un gran! nonbr-, d. J,,;,ilros 'n «,r«'ltit,.cture 

couvrent 1,. sol !,: i'Etrol)ê , et d,: la Fran«; larli«:li,'.,',:,nott. A l,ein," 

permettait-on l'6tudc d • q,elqos 6ditices de la ren«issan,:e l,';,nf aise 

et italienne; quant à «o,tx qti avai;nt tfi «ons,rtils l,:.luis 1,' '"" 
DtlS- 

Emlire .iUSlt'au xv' siè«lo, on n'en l,arlait ,,tt;.re», «t, . 1 «'r les citer 

com,-' d.s lra,llits ,le l'ignorance' et ,le la ba,'lari,.. Si nous naus 

.entions I l'une sorte d'adntiralion mvsl.,3riouse iour nos ,;,lisos 
et nos fo'leresses lrançaises lu toyen age, nous n osions avouer 

un l,.n«ltant, qti nous se,ni»lait une sorte de d:lravation tlu gofil, 
d'in«linalion leU avoable. Et «eponlan, par instin«', nos filions 

attiré vers ces grands monmenls lonl les Irfiso,'s no,ts laraissaient 

reserv6s pour ceux q,tl vo,dralenl 

Après un s6.1our de leux ans on ltalio, noirs fùmes l,lus 

\ivement 

frappé encore de' l'asl,oCt (le nos 6difi;:es francais, de 

la sag.sse el de 

la science qui ont présidé à leur 

ex).cution, de l'unité, de 

l'harmonie 

et de la métltode suivies dans leur construction ('omme lans leur 



parure. Déj5 copondant des esprits distingués avaient 

éclairés par les travaux et l'ad,tliration de nos voisins 

songeaient à classer les édifices par styles et par époques. 

tenait 1,1us à dos textes la llul, art erronés, on adn«ttait un 

ouvert la voie; 
les Anglais, ils 
On ne s'en 
classenent 

ar«l;_.olo,..zi,tu e l,as,: 
it'eli,_.rs travaux de 3I, de 
bien lranclfis l,'s 

du No'd. 

Stll" l'observation des monuments etix-lllèllleS, l.es 
Caumont faisai,'nt ressortir des caractères 
_ " é'o t,'s poqu 
,,ntro dllç l_n fi es de l'ar,:ititectro française 
1831, 31. Vitot adrossait at lllinislre de l'inlél'ieur un 

l-alporl sr l,,s 
Nor, l, ,I,. la 
signalait fi 
qu'ils t'ssont 
r,','l,'',:l,,.s si 
totês les 
l'édili«cs que 

IIIOlIIilIlelIIS les 

délartelltents de 

l'Oise, do l'Aisno, du 

larlle ot iu l'as-de-Calais, dans lequel l'filCant écrivain 

l'att'ntian tlu ,,Ol_lVOl'llelllent 
nos jol'les. J'lus lai'ri, 
]euleusellent connen,'éês 
ancienn,'s p'ovin«es 
personne alors 
'iclesse 

M. I)idron exl»liquait les 
«:ttlédrales, et poursuivait à 
voulait tenler qtelque o:uvre 

les It'éSOl'S inconnus, bien 

31. Mé'im,_;e l,oursuivait l,'s. 

et parcourant 
par 31. Yitet, , 
Fcaneo, salivait d,' la 'uine quantité 

ne son.,.:.cait à regarder, 
et l'orgueil des illes qui le 
po/_:ncs sculptés et peints qlli 
outrance le. vandalile pal'lOtit 

de destruction. 

et qui font 

possèdent. 

COl_lVl''n t llOS 

06 il 

3lais, il faut le dire à 

notre loto, les arlistos l'eslalent en arrièl'e, les 

arclitêctes couraient 

en 
ils 
et 
lin 

Itali,._, IIP c,Jtllen£ant à ouvt'ir les veux. qu'à Gènes ou h 

Fiot'e neo ; 

l'eVelai'llt leurs lOl'[,.l'elli,_,s retllis d'études Ktites sans ctilique 

salis ollre, et se ni«ttai,'nt à l'tt.UVl'e sans avoir IlliS les l,i,:ds dans, 

lliOntllllen[ d,-' letlr l,a?s. 

La COltlli,-sioll dos 
rnin-  . 
.-,tere d,, l'intérieur 

liistoriques instituée ]rès le 
cependant à recruter un petit 
d'étudier et fie réparer qiel- 

llïOllUlflen[s 
tomlnencait 

d'artistes qu'elle ctlargeait 
de nos l,lus beaux fnonunents du loyen 
donn,:e dès l'o'i,,-ine.__., avec prudence que 

" {7," ' 
:,o-. ost a cette 

nous devons 

la conservation des eilleurs exemples de 

notre architecture na- 

tionale, une heureuse révolution dans les Cudes de l'architecture, 

d'avoir pu étudier pendant de longues années les édifices qui 

couvrent 

nos provinces, et réunit' les 

éléments 

de ce livre que 



--- Ill ----- 

nous présentons aujourd'hui au public. Au milieu de 

diffieultés 

sans cesse renaissantes, avec des ressorces minimes, la Commission 

monuments historiqes a obt.nt dos résullats imm,nsos; tout 

[hillo «le soit cet lomage dans nolre I)ou«le, il " atlt'aill de l'in- 

gralildo à ne pas 1o li rendre : car, en cons,'vanl nos bdifi«es, 

eil a odifié lecours des éludes d - l'architecture ,in Franc.'; on 

s'occulan! d las..;é, elle a fondé dans l'avenir. 

Ce qi çonstihe les nationalit6s, c'est le lien qui unit élroil,,luont 

les diff,;'entes lériodcs de lever existence; il faut llaindrc l,'s lêupl,:s 

qti renient leur passé, car il n'y a l,aS d'avenir lOttr 0_'ux  Les 

civilisations qti ont profondément c'cus,_', leu," sillon dans l'listoi,',* 

sont celles cl,ez lesq,elios les l,'alilions ont Cé 1,-. ,,-t,.ux 1" l:_.,.l,'' 

or dont l'àg«' mùra conservé tous les ca,'actèr,'s de l'enfance. La ,:ici- 

lisation 'omaine est lb pot" nous lVésenter un exemlle licn fral,l,ant 

de ce q,te nous avançons i,.i; êt qu,_,l l,-,ullc Ctlt .I;.tttats l,lus de 

respect lOtr son bol'cea qtle 1,, lel,l ' t'ottain ! Politiqe]ent par- 

lant, auctn l,a3's, malgcd des dillëvences d'ocigines lien tnavquées, 

n'est fond, dans un pl'incile l'unité plus col)act,t qe llt Fran,'e; 

il n'était donc ni juste ni sensé d,, vouloir Ilelii'« A néant une dos 

causes ,le «elte unité : ses avls depuis la décaden,:c rot,ain." jusqu'à 

la l'PllaiSSallf'e. 

En off,,l, les 

arts en France, du IX e ail XV e siè,l,;, c,n; suivi une 

marotte vëgulière et logi,tu,', ils ont. ra3onn" Pli kn,î, lelerr , en Aile- 

magn «, dans le nord de l'Fspa,,ne, e , ,_,t .lUSqU on ltali,,, ,.n Si«ile_ et en 

Orient. Et nos n' 

lrofit,'rions I,as de 

ce la}»'u,' d,t l,lttsieuts si,r'clo_s ! 

Nous no ,'ons,.rverions pas et nous l'P['tlSel'iOllS ]C r,'olnaitt'c «.ps 

vieux lil'es enviés avec raison lav toute l'Eurol,e! N,,us s,.,'ions les 

decniovs à dtdier notre propre langue! L's tnontnents de pierre 

011 (le bois périsçnt, ,'e sorait foli,; de vouloir l,"s conserver ,t de 

tenter de l)roIongêv leur existence en dépit des conditions de la ma- 
tière; mais ce qui ne peut et ne doit périr, 
' c e[ l'esprit qui a fait 
élever cas monuments, car cet espril, ê'est le n6tre, c'est l'àme du 
pays. Dans l'ouvrage que nous livrons ,'ijord'lui au public, nous 



--- IV m 

vons 

essavé non-seulemont de donner de nombreux exemples des 

formes di;erses adoptées par 
un ordre chronologique, nais 

l'architecture du moyen ge, suivant 

surtout et avant tout, de faire connaitre 

les raisons d'ètro de ces formes, les principes qli les ont fait ad- 

mettre, les retours 

naissance. Il ne, us a pal'u diffi, 

tions successives des arts de 

et les id,os au milieu desquelles elles ont pris 
• ilo de rendre compte des transforta- 
l'architecture sans donner ,,n m,',n-e 

temps un aporç.u de la ,.ivilisation dont 
l enveloppe; et si la tà«he  e( trovée 
alll'OS ail ln(,ins ouvert llnp 
saions a,lneltre l'Cude du 

l']omrne «li 
de l'art niso 
qui existe entre 
niliêu d,-'sqols 
d] nrxeh fi-o se 
pr,î, c6,1e par ne 
a-t-elle entrêvl llll 
arrive promlt.nent 
son tlaème : «'et là 

cette archit¢«turo est compile 

au-dessus de nos forces, nous 

,,oie nouvelle à parcourir, car nous ne 

vètement indépendamment de l'étude de 

le porte. Or, toute syn-ipathie pour telle ou telle forme 
de c,',té, nous avons été fl'appé de l'harmonie complète 
les arls «lu mayen àge et l'esprit des peples au 
ils se sont dévelc, l,f, és. Dl jour où la civilisation 
sont vivre, élle tend à [,redresser rapideaent, elle 
sit,-, essai¢ sans s arrèter n instant; à peine 
l-,rin«il,o, qu'êlle en dédiait les conséquences, et 
à l'ablS sans se ,lonnêr lê teml,S de développer 
le c,:)tfi thil_,le, mais aus.i le «6té instructif des 

arts du xii a XVI e siècle, l,,s arts cotnl,lis dans cette période de trois 
siècles no l,,-,lVOnt, IOtlF ainsi dit',-,, ,'.tre saisis suc un point; c et une 
chaîne non interrompue dont to l:s annoax sont rivés à la làto par 
o 1 ' 
les lois iml-»_rioses de la logique Vouloir écire une histoire de ar- 
«hilecturo du noyen fige, c serait pout-èlre renier l'impossible, car 
il faudrait crut;tasser à la fois et faire marcher parallèlement l'histoire 

religieuse, 1-,olitiqe, féodale et civilê de 

con.tater les infloncos diverses qti ont al-,l)Ol'té leurs 

plusieurs peul,les : il faudrait 
éléments à des 

degl'éS ditÏérent. dans telle ou telle contrée; trouver 

le lien de ces 

influences, 
compte dos 
tions, des lais 
commerciales, 

analyser leurs mélanges et 

définir les 

traditions locales, des goùts et des 

imposées 

mœurs 

du gdnie 

par l'emploi des ]natériaux, des 

résultats; tenir 
des pol:;ula- 
relations 

particulier des homnlês qui ont exercé une 



action sur les événements, soit en làtant leur nal'cle naturelle, soit 

en la 
d'une 

faisant dévier; ne pas perdre de vue les rochot'c|,es incessantes 
civilisation qui se fore, et se pénCtrer de l'esprit encyclo- 

pédiquo, religieux et plilosol,hique du moien âge. Ce n'est pas 
d'aujou('d'lui que les nations clrétionnes occid,;ntalès ont inscrit sur 
leur drapeau le mot « Progrès »; et qui dit progrès, dit labeur, lutte 
et transformation. 

La civilisation antique est simple, une : elloal»sorbe au lieu de se 
répandre. Tout autre est la civilisation chrfitionn«. : lle reçoit et 
donne; c'est le mouvelnent, la divergonce sans interrultion lossibl« '. 
Ces deux civilisations ont d n_'c,ssairem.nt I -  
ment dans l'expression de 1 

arts; on l}Out 

aller à l'encontre. On pet 
ou romain, parce que ces 
monte à l'apogée et dos«end 
d'un homme n-, suffirai 
des arts du moyen age, à 
à compter un fi un tous 
rivée, quoite çomposOe 

On a pu, lorsque les 

écrire une listoi,'e 

arts suiv,.nt tn, - voie 

à la dé,:'ad,.n,-'o sans 

1,. regretter, aais non 
des arts .e'gylti,'n, grec 
doigt la pnte égale 
d,vier; mais la vie 

pas fi tléçrire l,,s transfol'ttations si rapides 

cher«]ter les catses de ,.es Irans[ormalions, 

les clainons de «'ette long,_le claîno si bien 
d'élénonls si div,'rs. 

btudes ar«héologites 

su," le lloven ;],vo rie 
,, 

faisaient que poser les prelniers jalons, tenter une «las.ifi,:'ation toute 

de convention, et di;iser les arts l,ar p,}l'iol,,s, par st)les l)ri,aire, 

secodtire, tertiaire, de tratsitio, et Sul)pos:'r le la :ivilisalion 

moderne avait pro,-'édé comm,-, notr,-' .glob, ", ,lont 

la croùl,-' attrait 

changé de nature après chaque grand,:, convulsion; nais, par le fiait, 

cette classification, toute 

satisfaisante 

ql'ellô 1,araisse, n'existe oas 

plus dans l'histoire de nos arts que dans la 

dence romaine à la renaissance du xvl" siècle il n'ya qu'une sui.,; de 

transitions sans arrèts. Ce n'est pas quo nous roulions ic.i blàmer une 

méthode qui a rendu d'immenses services, en ce q'ell, - a posé des 

points saillants, qu'elle a mis la première de l'ordre dans 

les études, 

et qu'elle a permis de défl'i«hor lê terrain ; mai, nous le répétons, cette 

classification est de pure conv,'ntion, et nous croyons 

que le moment 



est venu d'étudier l'art du moyen tge comme on étudie le d&eloppe- 

ment et la vie d'un ètre animé qui de l'enfance arrive à la vieillesse 

par une suite de transformation« insensibles, et sans qu'il soit. possible 

de diro lo jor o6 cesse l'enfance et où commence la vieillesse. Ces 

raisons, natr,, insffisanc,-, pout-,:tre, nous ont d6termin6 à donner 

cet ouvrago 1; for,-o d'n Dictionnaire. Cette formo, en facilitant les 

recherclês at le,'t.tr, nous pêrmet de présnter une masse considé- 

rable le rensei«nements 
,-y_ - 
l,lace dans une listoire, 
intclligiblo. Ello nous 
des ex,:nples dônnés, 
re,'onnaitl'e les liverses 

et d'exemples ,-li n'eussent 
sans r,:ndro le dis,_'ors confus et 
paru, précisfiment à cause de 
ètr«, l,lus favorable aux 

pu trouver ]etlr 
presqlo in- 
la multiplieité 
études, mieux 

tJi'e 
ent 
monunnts dt moyen àg,-., ptisq'ollo nos oblige, pour ainsi ,lire, 
à les di,:qer 
tbrmalions (1. 
«,,l,li,-'ation des arts lu moy,n ào, la 
c,.tte ro,'lr«.tê in«essa: t. lt mieux qui arrive rapidement à l'abus, 
ont r,.t,tt6 l,i,.n los esi»rits, ont ét6 «ase de la r6pulsion qu'on Aprou- 
vait el q]'on 61rotve encore pour une 6tul dont 1 bt n'apparait 
l,aS ,'lairomenl. Il est plus court de nier que d'étudier : longteml,s on 
n'a valu voir dans ce développement d'un des facultés intellectuelles 
1,. notro lays quo 1,' chaos, I alsence de to t ardre, de tole raison; 
et cepen,lant, lat'sqt'on pénbtre at milieu de ce chaos, qu'on voit 
sordre une à un. lês sourcos de l'a't de l'architecture du moyen àge, 
qu'on prend la peine de stivro leur cours, on ddcouvre bient6t la pente 
naturelle vers laquelle elles tend,nt toutes, êt combien elles sont 
cond  11 fat roço que _ 
e. nnaitro 1 t,'mps de la n6gation aveugle est 
d6jà loin d no,s : notre si6cle cherche à résuer le pass6 ; il semble 
re«onnaitre (or en cla nos croyons qu'il est dans le vrai)qle pour se 
frayer un chemin dans l'ax»nir, il faut savoir d'o6 l'on vient, profiter 
ont laboriusemnt anass6. Ce 

parti,-s «Oml,liqéos, mais rigorets.e- 

,les élénonts qti entrent dans la çomposition de nos 

s ;larérnent, tout en ,lécrivant les,¢ fonctions ,,t les trans- 

«ês diversês l,arlios. 

de tott ce que l,s siècles 
sentiment est quelque chose de plus 

Nous n'iffnorons l,as que cette 
diversité do leur origine, et 

profond qu'une réaction contre 



l'espr destructeur du siècle dernier, c'est 
si quelques exagérations ont pu effrayer les 

un besoin dtl moment: et 
esprits sérier, x, si l'amour 

du passé a parfois été poussé jusqti'au fanatis,-le, il n'en veste pas moins 

au fond de la vie intellectuelle de notre époqtte une tondance généralc 

et très-prononcée vers les études historiques, qu'elles al, parti,:nnent à 

la politique, "a la législation, aux lettres et aux arts. Il suffit, 

pO U F S'PI1 

convaincro (si cotte observation avait besoin de S'alptlyer sut" des 

preux'es), de x'oir avec quelle a'idité le public en France, en Angleterr,., 

en Italie, en Allemagne et en Pussie, se jette sur toutes les oeuvres qui 

traitent de l'tistoire ou de l'archéologie, avec quel enpressetnent les 

elTetirs sont relevées, les monuments et les textes mis en luniève. Il 

semble quo les découvertes nouvelles vionnênt en aide à ce mov,:ment 
général. Au lnonent où la main des artistes ne suffit pas à ,-ecu,:illil" 

les restes si nombreux et si précieux de nos éditices anciens, ai»pavait 

la photograpltie, qui forme en quelques années un inventai',: tidèle 

de tous ces débris. [te sages dispositions administvatives r;uni-,- 
.. ent et 

centralisent les documents épars de notre histoire; les départements, 

les villes, voient des sociétés se fonder dans leur sein lOUr la «onser- 

s, ation des monuments épargnés pal" les révolutions et la spéculation; 
le budget de l'État, au nilieu des crises poliliquos les t, lus graves, 

ne cesse de porter dans ses colonnes des soin 
sauver de la l'uine tant d'oeuvres d'al't si long 

mes i,l,,:,vtantes [}0[] 1 l 
tprfllS mises en oubli. 

Et ce tnouvement ne suit pas les 

lluctuations d'une lnode, il est 

constant, il est cloaque .jour plus marqué, et, après avoir l:,:'is nais- 
sance au milieu de quelques hommes ClairC, il se répand peu à peu 
dans les masses; il fallt dire mème qu'il est surtout prononcé dans 

les classes industrielles et ouvrièl'es, parmi les honmes chez lesquels 

l'instinct, agit. plus que l'éducation: ceux-ci sembl,nt se reconnaitvc 

.dans les ceuvres issues du gënie national. 

Quand il s'est agi de se serir ou de continuer 
siècles passés, ce n'est [,as d'en bas que nous sont 

cultés, et les executanL ne nous ont jamais fait défaut. Mais c'est 
précisément parce que cette tendance est autre chose qu'une mode 



-- VIII- . 

ou une eaction, qu'il esl 
une critique impartiale et 
riaux qui peuvent contribu«'r à rendre 
à son génie. Si cette étudo est in,-'otn I 

important d'apporter un choix scrupuleux, 
sévère, dans l'étude et l'omlloi des maté- 

et fera llus de mal que de l»in; 
l'anar,'li,: dans lc.squolles les arts 

quanto ans, o! qLll nous 
un élémont'dissolvant de 

notre lays un art conforme 

l,:,te, étroite, elle sera stérile 

avec intell,,"l,..,c rl,-'o_ et soin 
ment et arrète ainsi ses 

elle augmentera la confusion et 

sont tonl)és depuis tant6t cin- 

conduiraient à 1« d :cadence ; elle 
lls. Si, au cont,'aire, cette étude 
; si l'ens,:igne,-ent élevé l'adopt,-' 
é,?atls, réuni! sous sa main tant 

apportera 
est dirigée 
ri-anche- 

d'offerts 

qti se sont l,or, lus faut,  ,l'ln ,:entre, les l'ésultats ne se firon! pas 

attcn,lve : l'a't ,1, • l'ar,'lit,:«ture reIrendra le rang qui lui 
('iez .tne n«tion émin«'mttênl ,'réatrice. 

convient 

ces 
les 

Des convictions is,l,:,.s, si fort,s ,t  '. 
 cllês soient, ne l,ouvent fire 
une t evoltion dans .,.s c'ls. 5i at.jar,l'lui nous ,:herchons à renouer 
fils brisAs, à pr,:n,lr, ,lans tn passé qui nous alparlient 
éléntents d'tn art «'antènpo'ain, « n'est l»as au prolit 

de tel ou tel al'liste o ,l'ne «ol,'rie; nous ne sornettes 
que les inst'uenls l,_,,:ilcs les goùls ê! d,:s.idéos de 

et c'est aussi l,Otll" ,-,-.la qti,. 
le dé«oul'a,r.,.nl no saurait 

faisons ,lévier l,;s «rls 

en l,ropre 
,l,s go6ts 

au contraire 

notre temps, 
n,_,,ts avons foi dans nos Arudes et que 
nos atteindre, ge n'es! pas nous qui 
,l,:. n,»lrc (,lO(te, c'est notre élOqUO qui nous 

entraine ..... Où ? [)tti lè .-,,ait 

d,, notre nicux 

! Faut-il au lnoins que nous 
la tà,'le qi nos est ilnposée pat- les 

temps off nous vivons. 
limités, car la vie 1,-, l'hom,-o 
à l'architecte ,l'e 
,brasser un 

r,-'ml,lissions 
tendances du 

Ces ,'ff,_,rts, il est vrai, ne pewent ère que 

n'est l,as assez longue pour perinettre 
ensênble ,.le travax à la l;»is intel.lec- 

tuêls et matériels; l'arclite,-:te '. 
n est et 

ne l,:,ut è|re qt'nê partie d'un 

tout:il commence ce que d'attres 
d'autres ont commencé; il ne saurait donc 

car son-œuvre no lui appartient [,as en 
peintre, le poëm au poëte. L'architecte 

achèvent, ot I,;rmine 

un art à toute une époque 

travailler 

ce que 

dans l'isolement, 

propre, comme le tableau au 

ferait un 

qui prétendrait seul imposer 
acte d'insigne folie. En étudiant 



="- IX --- 

l'architecture du moyen ;ige, en cherchant à répandve cette étudê, 
nous devons déclarer hautement qu notre but n'est l.as de faire 
rétrograder les artistes, de leur fournir les éléments d'un art oublié, 
pour qu'ils les reprennent tels qels, ci les appliquent sans 
aux édifices du xx  siècle,; ,-.«,lto exlravagan,.e a p nous 
chAe, mais elle n'a lteureusement jaaais été 1,-. but de nos 
la consëquence de nos principes. On a pu 'aire 
he 

raison 

repro- 
des COl, ios plus o, noins 

ments d'un art perdu, non comnê le résultat auquel 

architecture moderne. Si nous regardons l'étude tic 

mop:n âge conn,e utile, 

révolution dans.fart, 

des essais des[incs5 retrouver les él, »- 
doit tendt'e notre 
l'architecture du 
et pouvant anener peu à peu une 

ce n'est pas à coup sùv pour obtenir des ouvr,.s 
sans originalité, sans style, lour "toit reproduire sans choix. 
comme une forme muette, }oS monuments remarqttables srtot 
a cause du principe <lui les a fait ëlever; nais « e-t au centi'aire lour 
que ce principe soit connu, et qt'il puisse l,or/er dos fi'uits aujour- 
d'hui comme il en a produit pondant les xt + et xttl + siècles. En sui,- 
posant qu'un architecte de ces époques revienne pat-mi nous, avec 
ses formules et les principes auxquels il obéissait de son temps, 
initié à nos idées nodêrnês, si l'on mettait à sa 

et qu'il puisse 
disposition les 
tirait, pas un 

porfectionnenents apportés dans l'industrie, il ne bà- 

Louis, 
loi de son art, qui est. de se 
rnonent : d'ëtre rationnel. 

édifice du renfleS tic Plilippo-Augusto ou de saint 

parce qu'il fausserai',, ainsi la lremièl'è 
eonforme, r aux besoins et aux lceurs du 

ètve 

Jamais peut-ëtre des ressourc 
architectes : les exécutants sont 

es plus fécondes n'ont été offo'tés aux 
nonbreux, intelligents et habilesde 

la main; l'industrie est arrivée à un degvé de puissance qui n'avait 

pas été atteint. Ce qui 
principe ",'i-,'ifiant qui re 

manque 
nd toutè 

à tout 
ceuxre 

cela, c'est une tme; c'est ce 
d'art respectable, qui fait que 

l'artiste peut opposer la raison aux fantaisies souvent ridicules des 
particuliers ou d'autorités peu compétentes, trop disposés à consi- 
dérer l'art comtne une supe'lluité, une affaire de caprice ou de mode. 

vent ëtre çonsidérées que come 

ureuses des édifices antérieurs au xv  siècle; ces tentatives ne doi- 



Pour que 
la conviction 
basé sur les 
chose, et 
conviction no plisse 
respectera 
fantasqe, 

- X 
l'artiste respecte son œuvre, il faut qu'il l'ait conçue avec 

intime que cette œuvre est énanée d'un principe vrai, 

règles 
pour que 

,-,oùt 
du bon sens; le ..:,_ , 
l'artiste soit respecté 
ètre mise en doute : or, 

l'al'liste (lli, soumis à toutes les 
lui t,'tira, suivant le caprice du 

«linc, i.-_'e, arale, gothique, ou dë 

atl milieu! de lOtit ceci: » N'est-ce 
stli'ant nat,',, fanlaisie, inais qui 
peut avoir ni p,'éférence, ni goùt 
tout 1" ._ 
a'tisl,_. «l'éateur, l'initiativo'? Mais 
dont la |'Ol'te est soulfiso à un l,rin«il-,O, 

5 l'intclliaence, 
.et superficielle. 
reta.'dé les 
nationale, 
le zèlo nal divig,:, la 
beau,-'aUl-, e voient qu 

ClPF le t.anl. Notts avons Vl surgir ainsi 
dont l'àmo est absente. Les archéologos, 

formes, n'Cai.ni_ _ 

pa'lor quo de ce 

pottrqtoi devait nécessairement nanquer 
mont matériollês, et le bon sens public s'est 

à la vue de reprodtlctions d'un art dont il no 
d'ètre, qui lui paraissait 
ques esprits curieux do 
fallait bien se garder de s'en aΠ
g ,_.er. 

souYe 
lui-mème, 
comnent 
puérilités d'un 

ni, n'esl pas autre 
il lhut que sa 
slplosêr qu'on 
amateur 

moment, une maison 
la renaissance ? Que devient l'artiste 
l, as le costumier qui nous habille 
n'est i .n par lui-mëmo, n'a et ne 

propre, ni ,'e qui consti[uo avant 
l'étde d'une architecture 
comme le corps est soumis 

pour ne t,oint l'ester S[él'ile, ne saul'ait ë[t.o incoml-}lète 
Ne, us ne «raindr«,ns pas de lê dire, ce qui a le plus 
dévclol,l,,:nen[s de la renaissance de noire arcltitêcture 
l'ênaissanco lont on doit Iii-er profit pour l'avenir, c'est 
connaissance inparfaite d'tin art dans lequel 
'une fc, rme originale et séduisante sans appré- 
d,. pàlos copies d'tin corps 
on décrivant et classant les 
l,as lOtijOtlrS arcldteçtes praticiens, ne pouvaient 
qui fl'appait lents }'eUX; mais la connaissance du 
à ces classifications l)ure - 
trouvó justement choqué 
comprenait pas la raison 
un jeu bon lout au plus pour amuser quel- 
vieilleries, mais dans la pratique duquel il 

C'est qu'en effet, s'il est un art sérieux qui doive toujours ètre 
l'esclave de la raison et du bon sens, c'est l'architecture. Ses lois fon- 
damentalês sont les mèmes dans tous les pa,'s et dans tous les temps : 
la première condition du eo« 6t en architecture, c'est d'ètre 

soumis à 



ces lois; et les artistes qui, après avoir blàmé les imitations contem- 
poraines de temples romains dans lesquelles on ne pouvait retrouver 
ni le souffle inspirateur qui los a fait élever, ni des points éo rai, parts 
.avec os habitudes et nos besoins, se sont nais à construiro (les pasti- 
ches des formes romanes ou gothiquos, sans s, rendre compte des 
motifs qui avaient fait adopter ces formes, n'ont thit qte 
.d'une manibre plus grossière encore les erreurs contre lêsqttollos ils 
s êtaient ëleves. 

Il y a deux choses dont on doit tenir comlle avant tot dans l'étle 

-,l'un art, c'est la connaissance 

lvincipe créateuv, et le ct-oix dans 

l'rouvre créée. Or, le principe de l'architecture fl'an,.-aise a 

.où elle se développe avec un,-' granule énergie, du xtt  au Xlll-siècle, 

étant la soumission constante de la forne ax lll(l?Ul'S, aux idées du 

!-I1011-10 
sant, 1o 
saurait 

l'havmonio entre, le vètenent et le corps, le proès inces- 
" 
contraire 1 l'inmobilitc; al, llication 
faire rétrogvadev l'art, ni nèe le vendre 

de ce principe ne 
stationnaire. Tms 

les tnonuments enfantes par le 
qu'ils ne devraient donc i,as 

moien fige seyaient-ils irréprochables, 
ètre attjourt'hi servilement eo[.ies, 

si l'on élève un édifice neuf; ce. n'et qt'n lan,-,-a,e...,_, dont il faut 

pensée, mais non pour répéter 
r.staurations, mème 
répaver los parties 
de se vendre compte 

servir pour exprimer sa 
ont dit. Et. dans les 
le reprodui,'e ou de 
est d'une très-grande importance 

apprendre a se 
ce que d'autres 
ne s'agit que 
.ou aitCées, il 
• des causes qui ont fa 
t,rinitive, appliqer 
,l'architecte 

it adopter ou modifior telle ou toile disp.osition 
telle ou telle forme; les règles générales laissent 
sans rêssou,'ces devant les exceptions nombreuses qi se 

présentent à 

chaque pas, s'il n'est, pas pénëtré de l'esprit qui a dirigé 

les anciens cOl:ls[ructeurs. 

On rencontrera sou',ent dans cet. ouvrage dos exemples qui accu- 

sent l'ignorance, l'incertitude, les 

tàtonnements, 

de certains arlistos; mais, qu'on veuille bien 

lrouvera aussi l'influence, l'abus mèmo pal'fois d'un 

les exagérations 
remarquer, on , 
principe vrai, une 

méthode on mme temps q 'une grand« Iii erté individuelle, l'unit 



XII ----- 

du style, l'h trmonie dans l'emploi des formes, l'instinct des propor- 

tions, toutes les qualités qui constitent un art, qu'il  applique à la 
plus humble maison de paysan ou à la plus ri«le 
au palais du souverain. En eltt, une civilisalion 

catltédrale, comme 

ne peut prétendre 

posséder un art que si cet art l,,;nètre partout, s'il fait sentir sa pré- 
sence dans les œuvres les plus vul,,_,airès. Or, do tous les pays occi- 
dentaux d,  l'Europe, la Fl'ancê esl encore cêlui chez qui cette heu- 
ç • ç • I ç 
reuse faculté s est lo mioux conse'vce, car c ,-'st «êlui qll a possédée 

au plus haut degré lepuis 
France a imposé ses arts et 

nent ott'OlȎen 
faire italienne, 

nalif q,ti résid,. 

¢' IllO 
son  

la d,_'.ca,lence romain,'. De tout temps la 

ses no,les à une grande l,artie du conti- 

: elle a essavé vainem 
allenandê, «spa,,ê,nole, 
dans loutos i,es classes 
l, rol,re en la r,.l,vant 

ent del,uis la renaissance de se 

grecque; son instinct, 1,  gofit 
du l,ays, l'ont toujours rame- 
al,rès les plus graves erreurs. 

Il est l,on. nc,ts ct'oyons, d, • le re,:nnailre, cal" trop longtemps les ar- 

listes ont IféCOllIlu Cê 

le règne d,-. Louis XI¥ 

sêntim,.nt et n'ont las su en profiter. Depuis 

surlout, les. arlistes Olll lail ot l)rétendu faire 

un cO'l,S isole' dans le l,ays, sort, • d'aristo,-ratiê étrangère, méconnais- 

san! ces inslin«ts des luasses. En se Se'lavant de la foule, ils n'ont 

i)ls été ,:onpris, ant 

p,:t'd,t to,t,, influ;.n«,., et il n'a pas dépendu 

d'eux qt,-, la ba'bari, • no gagnfi! sans l't_'lO/il" I'O qti restait en dehors 
de leur sl,l,.re, l'inf,;t'iovilé l'ex,7.,'tli,»n dans les ,_'vres des deux 

de'niers 

i/.,:les cor,iarativen,ent aux siècles précédents nous en four- 

nit la l-,r,-.w,e. L'ar«litecltre 
l'aide d'unê ._.:-rande_ quantité 

s,rtout, qui ne, l}Olll se produire qu'à 
dê lotis états, ne présentait 

plus, à la fin ,lu XVIII siè,:l, , 
lauvro et dépourvue de style, 

d'ouvriers 
q'une exéculion 
à ce point d," faire 

l,roduetions du Bas-E,npi,'e. l.a royauté de 

• • 
nleres 

nettant ,.à la place da toute ,-'loso en Franc:e, en 

abgttardie, molle, 
,regretter les der- 
Louis XIV, en se 
voulant ëtre le prin-. 
du pas, plus encore 
l'artiste a besoin, 

cipe dê tout, absorbait sans ff'uit les forces vives 
peut-ètre dans 1,s arts que dans lapolitique;et 
pour produire, de conserver son indépendance. 

n'était certainement pas 

protecteur 

Le pouvoir féodal 
de la liberté matérielle; le rois,. 



les seigneurs sOculiers, comme les Ovèques et les abbés, ne compte- 

naient pas et no pouvaient comlrondre ce que nou appelons les 

dvaits politiques du peuple : on en a mesu._e de notre temps, qu'en 

eUt-on fait au x' siècle! Mais ces pouvoirs séparés, viraux m,'.m 

sovenl, laissaient à la population intelligente et laborieuse sa libeité 

d'allure. Les arts appartenaient at l,Ol,lo, et personnê, i,anni 

classes supérieures, ne songeait_ à les di'i,-,-ev, h l,'s faire d,»vio_ r d,' leur 

,,'oie. Quand les arts ne furent plus oxclsivonent l-,raliqbs 1,af Iv 

cleraë régulier, et qu'ils sortit'ent dos monastèves |,Oltl" Se rël»andre 

dans cent corporations laïques, il ne semble i,as q,l',n seul 

se soit élevé contt'o ce tnouvement naturel; et eomn,-.nt s[poser 
d'ailleurs que des chefs de l'Église, qi avaient si l,uissamtttent et 

• ""'-" __ id,. ' la civilisation cicrCienne, 
avec une s laborieuse pel,,e,eranro a " , 

eussent arrèté un mouven-ent qui indiqait miex qe tott altre 

sympt6me que la civilisation pénétrait dans les classes noyonnes ,-'t 

inférieures? Mais les at'ts, en se epandant en d,.lors dos couven,s, 

entrainaient avec eux des idéos d'émancipation, dê lit)ert(, into]l,c- 

ruelle, qui durent virement séduire dos l,opulations avides 

prendre, de vivre, d'agir, et d'exprinev lecs 7oùts ci leurs ten- 
dances. C'était dov6navant sur la liovro ,,t le l)ois, dans ]os peintures 

et les ilraux, qo ,-.os pot,,lati,ns-allaient imprimer leurs désirs, 

leurs espérances; c'Cait l[t q,,-: sans «onlrainle elles pouxaient pro- 
tester silencieusenent contre l'al»us dê la fore.o. A l-,avtir dtl Xlff siècle, 

cette protestation no «essê 
qui alCotent nos édifices 
elle s'appuie sur les textes sa«rés; 
xii  sib«le, et finit au XV  par la 

dê se lroduire dans tolos les a.vres d'art 
d,l moyen àg,-' : ,-.11o ,:'ommenc«. graven-lent, 
elle devient satit'iqtlo à la fin du 

caricature. Q,lelle qlle soit sa forme, 

elle est Ioujours flanche, libl'e, crue m,,-n l-,arfiJis, kvêc quelle com- 
plaisance les artistes de ces époquos s'étênlont dans letrs ceuxres sur 
le triomphe dos faibles, sur la cltute dês l,uissants ! Quel est l'artiste 

du temps de Loui XIV qui eùt c, sé placer un roi dans l'enfer à côt 
d'un avare, d'un homicide?. Quel est le peintl'e ou le sculpteur du 

siècle qui ait placé un roi dans des nuAes, entouré d'une auréole, 



-- XIV --- 

glorifié comme 
puissants du siècle,9. Est-il possible 
,,randes «ath(,dvalos nos chàteaux 
qu'une atttv' volonté que celle de 

un Dieu, tenant la foudre, et ayant a ses pieds les 

d'admettre, quand on étudie nos 

et nos habitations du rnoyen fige, 
l'artie ait influé si.il-la forme de 

leur at'cltite,"ture, sur le système adopt,; dans lèur décoration ou le,ri" 

,_'es concoltions, la 

construction? L'unité qui règne 

,'on,:'ovdan,'e des détails avec 

ries, n, : «lémontr÷nt-elles pas 

lion de ces ,_euxres 

de l'artiste? Et ne 

eul'ent li,.u sous Louis 

roi, lê surintendant 

dans 

parfaite 

l'ensemble, l'larmonio de toutes les par- 

qu'une seule xolonté a pt'ésidé à l'érec- 

,l'art ? cetle volonté peut-elle. 

ètr,-' autre que celle 
discussions qui 

',oyons-nous l)as, à propos 
XIV, lorsqu'il fut. question l'acltever le Louvre, 
dès bàtinents, Colbert, et_foule la cour donner 

:,;'d'«s, des coriches, et de tout ce tui touctte 

SOll axis, S'O'CtllOl' des 

h 1 al't, et finit" l,al" ,'(,ntler oeuvre a un holn-e qui nétait pas arclti- 

faiv,, un dispendieux I,la,-'age, dont le moindt'e 
ratta,-'her en aucune facon au monument et ,le 

te«lt,, et ne sut qlp 
,léthut est (le ne se 

t'en,_l'e inutile le tic,art de sa 
sês arts, car les al-tS sont 
,:l)OT.e, et il n'ya l,as ,t'avt 
l.',:tud, • des 

stipêl" 'p. 
l'énergiqe 
sans l'in,l,é_'pendancp de l'artist,ê_. 

On jauge une civil.jsation par- 

expression des idées d'une 

t,leine 
étude 

arts ,lu lno.ven àg, est no t,-in0" inépuisable, 

tenant l'inaginaion éveilléo; celte 

,-'esse, et l,ar «onequênt elle développe puis- 

d'idées originales, ltardi.os, 
oblige à çlel'«lêt' sans 
samment l'intelligence 
jusqu a la renaissance, 
elle les aborde toute_s, 

de l'artiste. L'arehitecturê. del-,tis le xtt  siècle 

n • se laisse l, as vain,-'re t,al" les dil'ticltés, 
fi'an«_lement; n'Atant .lainais a l»ot de ces- 

sources, elle no va cepondant les 1,uisèc 
Elle al,use n;,me tl-'Op souvent l, cette 

diffi,:ultés l,armi lesquelles ello aitne 
vons-nous le lui rêprocher ? 11 tiên/à 
à ses progrès et à ses conqtëtes dont 

que dans un principe vrai. 
labitud,, de surrnonter dos 

à Se lllOtlVOil'. Ce d,;faut! pou- 
la n;lure d'esl)rit de notre pays, 
nous l,rofitons, au milie dans 

lequel cet esprit se développait. Il 
la civilisation moderne ,>st SOl'tic; 

dénot les ofibvts intellectuels d'où 
et 'a civilisation lnoderne est loin 

d'ëtre simple Si nous la comparons a la civilisation païenne, de coin- 



 XV--- 

bien de rouages nouveaux ne la t,'ouverons-nous pas surchargée : 

pourquoi donc "ouloir revenir dans les arts à des formes simples 

quand noire ci.vilisation, don! ces arts ne sont que l'êmpreinte, es/i 

com[,lexe? 'l'ott adnirable que soit l'art ,¢re«, ss lac'unes sont trop 

nombreuses pour que dans la pratique il l»uiss, , ètre aplliqu(. à no- 

moeurs. Le principe qui l'a dirigé est trop étran,er_, à la civilisation_ 

moderne pour 

inspirer e! soutenir nos avlistos mod,,'n,.s : poul'q/c,i 

donc ne pas labituer nos esprits à ces fertiles lal.»urs des 

nous somnes sortis? Nous l'errons vu Il'op souvent, «'e q,li lflaIlqU' 
• 
sui'tOut aux conceptions ]nodernes en arclite«ture, c'est la SOul,l,:'ss,', 

cette aisance un art qui -it dallS llle sOl:iété qu il l'Oll!ldl|; 

architecture gène_ ou est ...,e«'née, en delors «le son siècle_, ou 
sanle .iusq, a la bassesse, jusqu au ne[_,ris du bon s,.ns. Si don,' 

recmnnanduns l'Cude des arts des siècles lassés avant l'époq,' o6 

ils ont quitté leur' voie nattl-elle, ce n'est pas quo nos désirions ,)i" 

élever cloz nos aujoul'd'tui des lnaisons et des l,alai« du XIII sib,'l,_', 

c'est que nous regardons cette étude cotte l_»ouvant rendre' aux. 

arclitectes celle souplesse, «etle imbitude d,' raisonner, d'al,llit,'r 

à toute e/lose un 

i,l'incipe vrai, 

cett,' originalité 

native et 

indépendance qtti tiennent au ,,Cie d,' notre pavs 

N'aurions-nous que ihit naitre le désir' «liez nos l,.,-'t,.trs d'al,l,rO- 

fondir un art trop longtemps oul)lié, att'ions-not,s col}tt'ibu,; s,:ule- 

ment "a faire aimer et resle«ter des u:uvres qui sont la x-ivante exlr,'.- 

sion de nos progrès pend:nt plusieurs siècles, ,|uo nous Cl'oi,'ions 

notre triche remplie; et si faibles qlte soient los résultats de nos cil'ort.;, 

ils feront connaitre, nous l'espérons du moins, qu'entre l'antiquité 

et notre siècle il s'est fait un travail itnmensê dont nous pouvons 

profiter, si nous savons en recueillir et choisir l,s fi'uits. 

"flOLLET-LE=IOUC. 



DICTIONNAIRE 

RAISONNE 
L'ARCHITECTURE 

DU XI  AU \ri  SIÈCLE 

tBOUe:, s. m. (tai/lob-). Tablette qu_ couronne le chapiteau de la 
colonne. Ge membre d'architecture joue un r61e essentiel dans les con- 
structions du moyen age. Le chapiteau, recevant directement les nais- 

équilibrer le porte 
donc à la saillie du 
Biseauté générale- 

sances des arcs, forme un encorbellement destiné à 
à faux du sommier sur la colonne:le taitloir ajoute 
chapiteau en lui donnant une pus grande résistance. 
ment dans les chapiteaux de l'époque romane primitive (fig. 1), il affecte 
en projection horizontale la forme carrée, suivant le lit inférieur du soin- 
I. -- I 



[ an,a.u ] -- 2 -- 
mier de l'arc qu'il supporte; il est quelquefois décoré de moulures simples 
et d'ornements, particulièrement pendant le xI  siècle, dans l'I[e-de- 

3 

France, la Normandie, la Cham- 
pagne, la Bourgogne et les provinces 
méridionale(fig. 2). Son plan reste 
carré pendant la première moitié du 
Xll  siècle; mais alors il n'et plus 
décoré que par des profils d'une 
coupe tri}s-re'aie (fig. 3), débordant 
toujours les ïeuillagês et ornements. 
du chapiteau. L'exemple que nous 
donnons ici est tiré du chœur de 
l'église de Vézclay, bàti vers i200. 
Au milieu du xI  siècle, lorsque 

moulures 

les arcs sont. refouillés de 
des saillies comprises dans des 

polygunes, 

accentuées présentant en coupe 
les abaques inscrivent ces 

fa- 

nouvelles firmes (fig. h). Alors les feuillages des chapiteaux débordent la 
saillie des tailloirs (église de Semur en .çuxois et cathédrale de Nevers). 
ques crc.ulares dans les édifices 
f.'ilII lil ...,o souvent des aba- 
I.= _il 5 de la prownce de Normandie. -k la 
 a Eu, au Mont-Saint-Michel, à Dol 
--III ,eathédrale de Coutances, à Bayeux, 
- en Bretagne, les abaquês circulaires 
-- ' apparaissent vers le milieu du XIII' 
siècle; les profils en sont hauts, pro- 
' ____., Il f,)ndément refouillés, comme ceux 
des 

Palais, comme à la 

poque. 

chapiteaux anglais de la meme 
Quelquefois, dan les cha- 

.h 

cathédrale 

piteaux des meneaux de fenêtres 
(comme à la sainte Chapelle du 
d'Amiens, comme dans les fenêtres des 



OU 

---3--- 
chapelles latérales de la cathédrale de P- "- 
arl), de 230 à 
sont eireulaires (fig. 5). 
Vers la fin du x « siècle les abaques diminuent peu à peu d'impor- 
tance; il. deviennent bas, maigres, peu saillants pendant le xv«siècle 
(fig. 6), et di@araissent presque entièrement pendant le xv « (fig. 7). Puis. 
l'influence de l'architecture antique, le, abaques reprennent de l'ira. 

7 

portance au commencement du xv" siècle (voy. ÇIlAPITEAU). 
période romane et la première noitié du xI « siècle, les abaques ne fbnt 
pas partie du chapiteau; il ont pris dans u,c autre assise de pierre; ils 
remplissent réellement la fonction d'une tablette servant de upport et 
point d'appui aux sommiers des arcs. Depuis le milieu du 
qu'à la rcnai.sance, en perdant de leur importance comme nolurc, les 
abaques sont le plus souvent pris dans assise du chapi[e« ; qelluefois 
mm les feuillages qui décorent le çhàpiteau viennet nur«|re :ur les 
membres inïérieurs de leurs profils. Au xv  iècle, lè ornement,: enve- 
' ,. :ration. 
loppent la moulure de 1 abaque, qi »e cache sou.,_ cet cxcè de 
Le rapport entre la hauteur du profil de l'abaqe et le clapitcau, entre la 
saillie et le galbe de ses moulures et la disposition des feuillagc ou orne- 
ments, est fi_,rt important à observer; cal' ces rapports et le caractère de 
ces moulières se modifient, non-eulcment uivat les progrès de l'archi- 
tecture du moye ge, mais aussi scion la place qu'occup,_.nt les chapi- 
teaux. Au xI'- siècle principalement, les abaqes sont plus ou moins 
épais, et leurs profils sont plus ou mois compliqués, suivant que les 

Pendant la 

ABAT-SONS, s. m. C'est le nom qu'on donne aux la-mes de bois, re- 
eouvertes de plomb ou d'ardoises, qui sont attachées aux charpentes des 
beffrois pour les garantir de la pluie, et pour renvoyer le son des cloches 
vers le sol. Ce n'et guère que pendant le x[]  iècle qu'on a commencé 
à garnir les betfrois d abat-sons. Jusqu'alors les baies des cloehers élaien[ 
letites et étroites ; les beffrois restaient expo»és à l'air libre. On ne trouve 

chapiteaux sont placés plus ou 
des édifices, les at)aques sont 
dans les parties basses ils sont 

moins près du sol. Dan les part!es élevées 
très-épais, largement pr0filés, tandi» ,Ite 
plus minces et tinemeîït'--)iOJlurés. 
- 



[ ABSIDE ] 
de traces d'abat-sons 

thédrale de Laon, 

antérieurs au xv* siècle que dans les manuscrits 
(fig. 1). Ils étaient souvent décorés d'ajours, de 
dents de scie (fig. 2) à leur extrémité inférieure, 
ou de gaufrures sur les plombs. (Voy. BlaO .) 

ABAT-VOIX, s. 

ABBAYE, s. f. 

m. --- Voy. CIIAIttE. 

-__ ,r. ARCIIITICTUBE MONASTIQUE. 

A5StDE, s. f. (quelques-uns disent apside). C'est 
la partie qui termine le chœur d'une glise, soit 
par un hémicycle, soit par des pans coupés, soit 
par un mur plat. Bien que le mot «bside ne doive 
rigoureusement s'appliquer qu'à la tribune ou 
cul-de-four qui cl5t la basilique antique, on l'em- 
ploie aujourd'hui pour désigner le chevet, l'extré- 
mité du chœur, et morne les chapelles circulaires 
ou polygonales des transsepts ou du rond-point. 
On dit: «l, apelles a6sidales, c'est-à-dire chapelles 
ceignant, l'abside principale ; abside carrée." la ca- 
i'ég_iise de Dol (Bretagne), sont terminées par des absides 



---5é 1 [ ABSIDE ! 
carrées, ainsi que beaucoup de petites ises de l'lle-de-France, de Cham 

pagne, de Bourgogne, de Bretagne et de Normandie. Certaines églises ont 

leurs croisillons terminés par 
des absides semi-circulaires : 
tels sont les transsepts des cathé- 
drales de Noyon, de Soissons, 
de Tournay en Belgique; des 
églises de Saint-Macaire 
de Bordeaux, Saint-Martin de 
Colognc, toutes églises bàties 
pendant le xu  siècle ou .u com- 
mencement du xm . Dans le 
midi de la France la disposition 
de l'abside de la basilique anti- 
que se conserve plus longtemps 
que dans le nord. Les absides 

I ,1 , IIIl ] l,;j Il, U I tl îl JII I '1 
rt,' «' I,':l_ -,: 1 
des 6glises de Provence sont g6- 
néralement dépourvues de bas 
cètès et de chapelles rayonnantes jusque vers le milieu du xrr[ ¢ siècle; leurs 
routes en cul-de-four sont plus basses que celles du transsept. Telles sont 
les absides des cathédrales 
d'Avignon, des 6glises du Thor • 
{fig. l)(Vaucluse); de Chauvigny 
(Basse), dans le Poitou (fi. ); =  3 
d'Autun, de Cosne-sur-Loire 
(fig. 3); des 6glises de l'Angou- 
mois et de la Saintonge, et plus .:.., _ .. ,_ . 
tard celles des cathèdrales de -. il 
' - -- 
L) de B6 iers, de la if6 de 
Carcassonne, fie Viviers. Mais il ";",."' 
, , , 
est nècessaire deremarquer que ' , , , ,i  _ -.,,,,=.,, _ 
.i _ _ . ,, 
vence sont @néralement bàties 
sur un plan polygonal, tandis #.1» _ •  . i1111 
.--: - .l .. ,i I .i,- 
que celles des provinces plus ,., . . = ,,_ 
voisines du Nord sont élevées '  * ' 
I 
sur un plan circulaire. Dans ,$ 
,,-  I I 
les provinces du centre, l'in- 
fluence romaine domine, tandis " 
qu'en Provence et en remon- 
tant le Rh6ne et la Sa6ne, c'est 
l'influence gréco-byzantine qui se fait sentir jusqu'au xm  siècle. 
Cependant, dès la fin du xI  siècle, on voit des bas c6t6s et des chapelles 
rayonnantes circonscrire les absides de certaines 6g]ises de l'Auvergne, 
du Poitou, du centre de la France ce mode s'étend pendant le xI  siècle 



[ ABSIDE ] --- 6 -- 
jusqu'à Toulouse. Telles sont 
(fig. h), de Notre-Dame du Port 

"iue 
Ce n'e-t point là ce- 
pendant une règle é- 
nérale : l'abside de l'6- 
glise de Saint-Denis 
possède des chapelles 

et prennent déjà une grande importance ; il en est de mème das le chœur 
de l'église de Saint-Martin des Champs, à Paris lfiT. ). Ge plan présete 
une particularité:c'est cette travée plus large percée dans l'axe du 
chœur, et cette grande chapelle cenlrale. Ici, commeà Saint-Denis, 
comme dans les églises Saint-lierai de Reims et de Yézelav tfig. 8), 
con,t'uctions élevées pendant le x  siècle ou les premièrès années 

qui datent du xii* siècle, 



dU Xlll e, on remarque une disposition de chapelles qui 

aux églises abbatiales. 
Ces chapelies sont lar- 
gement ouvertes sur les 
bas c6tés, peu profon- 
des, et sont en commu- 
nication entre elles par 
une sorte de double bas 
c6té étroit, (lui produit 
en exécution un rand 
effet.. 
(;'est pendant le cours 
du x  siècle que 
les chapelles absidales 
prennent tout leur dé- 
veloppement. Les che- 
xets des cathédrales de 
Reims, d'Amiens(tig. 9) 
at de Beauvais ,élevés 
de 1:22.0 à _'270, nous 
en ont laissé de rcmar- 
quables exemples. 
C'est alors que la cha- 

pelle absidale, placée 
dans l'axe (le l'église 
et dédiée à la sainte 

Vierge, commence 'a 
prendre une imp,,rtan- 
ce qui s'aecroit pendant 
le xv ¢ siècle, comme "à 
Saint-Ouen de ltouen 
(fig. 10), pour former 
bient6t une petite église 
annexée au chevet (le 
la grande, comme h la 
cathédrale de Rouen, et 
plus tard dans presque 
toutes les 6glises du 
xv" siècle. 
Les constructions des 
absides et ehapelles 
absid«tles qui conser- 
vent le plan circulaire 
dans les édifices anté- 
rieurs au Xll" siècle, 

abandonnent ce parti 

I ..... n;o ..... 

0 

avec la 

[ ABSIDE ] 
semble appartenir 

7 

8 

N\ 

9 

tradition romane, 



pour se renfermer dans le plan polygonal, pl.us facile à c, ombiner avec 
le système des vofltes à nervures alors adopte, et avec I ouverture des 

grandes fenêtres à meneaux, les- 
quelles ne peuvent s'appareiller 
convenablement sur un plan cir- 
culaire. 
En France, les absides carrées 

ne se rencontrent guère que dans 
des édifices d'une médiocre impor- 
tance. Toutefois nous avons cité 
la cathédrale de Laon  et l'église 
de Dol, qui sont terminées 1 af 
des absides carrées et un grand 
fenesIrage cornme la plupart des 
églises anglaises. 
Ce mode de clore le chevet des 

églises est surtout convenable pour des édifices construits avec économie 
et sur de petites dimensions. Aussi a-t-il 6t6 fréquemment employé dans 
les villages ou petites 
l t bourgades, particuliè- 
rement dans le Nord 
er la Bourgogne. Nous 
citerons les absides 
'-' ,  " -  r" ," "'  ""']: carr6es, des_ -- églises de 
1 
I 
 - '- ' - ' ç'-' Montreal (Yonne), XII e 
  siècle; de Vernouillet 
I-  :, --, Gssicourt, xv « siècle, 
_-"' . 1,, près de de 
" ' ' ,  , - .--. .,  ,, ,. Mantes; 
"--'  ,   '  '  '-' Tour (fig. 12) fin du 
' '' "-''' '''' ,«   siècle, 
 , - , . : , , près de 
,,, , , - . , ,_.:,  Bayeux; de Clamecy, 
[_1 XIII siècle, circonscrite 
par le bas c6té. 

Nous mentionnerons aussi les églies h absides jumelles; nous 
_ en connal-ons 
 .-. ">< I" "*  " . plusieurs exem- 
-/' pies, et, parm les plus remar- 
quables, l'église deYaren, XII e 
I" >< '¢<-I À,i cle (Tarn-et-Garonne), et l'église 
siècle (fig. 1). Dans les églises de 

i I1 faut dire que l'abside carrée de la cathédrale de Laon a été rebàtie vers la seconde 
moitié du xtn e siècle. Orîginairement, cette abside était circulaire, avec bas c6té pour- 
tournant le sanctuaire, ainsi que des fouilles récemment faites l'ont démontré. 



• -- 9- [ ACCOLADE ] 
fondation n ' " ' • 
a clenne, c est toujours sous I abmde que se trouvent pla.cées 
les cryptes ; aussi le sol des absides, autant par suite de cette disposition 
que par tradition, se trouve4-il élevé 
de quelques marches au-dessus du'sol 

de la nef et des transsepts. Les églises 
de Saint-Denis en France et de Saint- 
Benoit-sur-Loire présentent des exem- 
ples complets de cryptes réservées sous 
les absides, et construites de manière 
à relever le pavé des ronds-points de 
quinze à vingt marches au-dessus du niveau 

du transsept. (Voy. 

Parmi 
citer celles des églises d'Ainay à Lyon, de l'Abbaye-aux-Dames à 
de Notre-Dame du Port à Clermont, de Saint-Sernin à Toulouse, 
• xii  siècles; de Brioude, de Fontgombaud; des cathédrale» de 
de Ileims, d'Amiens, de Bourges, d'Auxerre, de 
de Séez; des églises de Pontigny, de Vézelay, 
-xn ¢ et xu[  siècles; des cathédrales 
de l'église Saint-Ouen de Rouen, XlV ¢ siècle; de la cathédrale de Tou- 
louse, de l'église du Mont-Saint-Michel en mer, xv  siècle; des églises 
Saint-Pierre de Caen, Saint-Eustache de Paris, de Brou, xv ¢ siècle. 
6énéralement les absides sont les parties les plus anciennes des éditices 
religieux : 1 ° parce que c'est par cette partie que la construction des 
églises a été commencée; 2" parce qu'étant le lieu saint, celui où s'exerce 
le culte, on a toujours dù hé,iter à moditier des dispositions tradition- 
nelles; 3 ° parce que, par la nature mème de la construction, cette partie 
des monuments religieux d(t nloyen age est la plus solide, celle (lui ré- 
siste ê trouxe, 

CRYPTE.) 
les absides les plus remarquables et les plus complètes, , peut 

Caen 
XI e (2t 

Paris, 
Chartrês, de Beauvais, 
de Senur en Auxois, 
de Limoges, de Narbonnê, d'Albi; 

le mieux aux poussées des voùtes, aux incendies, et «lui 
dans notre climat, tournée vers la meilleure exposition. 
Il est cependant des exceptions à cette règle, mais elles sont 
rares, et elles ont été motivées par des accidents particuliers, ou parce 
que, des sanctuaires anciens ayant été consêrvés pendant que l'on 
reconstruisait les nefs, on a dù, après que celles-ci étaient élevées, rebatir 

assêz 

les absides pour les remettre en har- 
monie avec les nouvelles dispositions. 

ACCOLADE, s. f. On donne ce nom à 
certaines courbes qui couronnent les 
linteaux des portes et feng.tres, particu- 
lièrement dans l'architecture civile. Ce 
n'est guère que vers la fin du xv ¢ siicle 
que l'on commence à employer ces 
formes engcndrées par des arcs de 

cercle, et qui semblent uniquement destinées à orner les faces extérieures 
des lintêaux. Les accolades sont, à leur origine, à peine apparentes (fig. 1); 



[ ccol_'vot ] -- iO-- 
plus tard elles se dégagent, sont plus accentuées (flg. 2); puis, au com- 
mencement du xv: siècle, prennent une grande importance (fig. 3), et ac- 
conpagnent pre,que toujours les couronnements des portes, les arcatures; 

décorent les sor-nnê/s (le: lcarnes de pierre, e retrovent dans les plus 
menus'détâils des galeries, de batrades, des pinacles, des clochetons. 

sonnes assises dans deux .-,talle 

Cette courbe se trouve appliquée 
indifféremment aux linteaux de 
pierre ou de bois, dans l'architecture 
domestiqte. (Voy. C, ONTRE-COUtlBE.) 

ACCOUDOIR, s. n-l. C'est le nom que 
l'on donne à la séparalion (les .-talles 
•  
et qui permet aux personnes assises 
de -/accouder lor..:que les ,iséri«ordes 

ont relevées 
coudoirs des 
elargis 5 leur 
spatule. 
voisines de 

(VOy. STALLE$). Les ac- 
stalles ont toujours 
extrémité en forme de 
pour permettre aux per- 
s'accouder ,ans e g(ner 

I 

réciproquement (fig. 1). Les accoudoirs 

'1 
ilJJ,) 
I 

sont souvent supportC, 

soit par 



--- 11-- [ ALBATI1E ] 
des animaux, des t.tes, des figures, ou pat' des colonne[tes (fig. ). On 
'oit encore de beaux accoudoirs dans les stalles de la cathédrale de Poi- 
tiers, des ég|ises de Notre-Dame de la Hoche, de Saulieu, x' siècle; 
dns celles des églises de Bamberg, d'Anellêau, de l'abbaye de la Chaise- 
Dieu, de Saint-6éréon de Cologne, x'" siècle; dê Flavigny, de 6assi- 
court, de Simorre, xv' siècle; des cathédra|es d' klbi, d'Aueh, d'Amiens; 
des églises de Saint-Bertrand de Comminges, (le Motréal (Yonne), de 
Saint-Denis en France, provenant du chtteau (le Gaillon, xv ¢ siècle. 

AGRAFE, s. f. C'est un morceau de fer ou de bronze q,li set à rdier 
ensemble deux pierres. (Yoy. 

AIGUILLE, S. f. On donne souvent ce nom à la terminaisc, n pyramidale 
d'n clocher ou d'un clocheton, lorsqu'elle est fort aiiie. n désigne 
aussi par aiguille l'extrémité du poinçon d'lne charpente q]i perce le 
comble et se décore d'ornement de plomb. (Voy. F.Ècne, l',,Ix'çox.) 

ALBATRE, s. n-. Cette 
moyen lge, du milieu du 
beaux et s,,uvent mème les bas-reliefs 
ments alCoupés se détachant ur du 
marbre noir (fig. ), et des retables, 
vers la tin du xv*e siècle. L'exemple 
que nous donnions ici proviet des 
magasins de 9aint-Denis. Il existe, 
dans la catlédrale de Narlanne, 
une statue de la sainte Vierge, plus 
grande qe natl['e, l'albttre orien- 
tal, du xv" siècle, «lui est un véri- 
table chef-d',euvre. Les belles sta- 
tues d'albâtre de cette époque, en 
France, ne sont pas rares; malheu- 
reusement cette matière ne résiste 
pas à l'humidité. _u Loue're, dans OE 
le musée des monuments français, 
dans l'église de Saint-Denis, on .ren- 

matière a .té fréqemment employée dans le 
x « siècle au x'«" pour faire ,les statue» de rem- 
décorant ces tombeaux, des orne- 

contre (le belles statues d'albltre provenant de tombeaux. Le« 

arlistes 

du moyen tge polissaient toujours l'alb.tre lorsqu'ils l'eml)loyaient pour 
la statuaire, maisà des degrés différents. Ainsi, souvent les nus ont laissés 
à peu près mats et les draperies polies; quelquefois c'est le contraire 
qui a licol Souvent as.,.i on dorait et 1 »n peignait la statuaire en albItre, 
par parties, en laissant aux nus la eouler naturelle. Le musée deToulouse 
renferme de belles statues d'all)atre arrachées à des tç, mbeax; il en est 
une, entre toutes, d'un archevëque de Narbonne, d'ait»aire gris, de la fin 
du ,»v*e siècle, qui e,t d'une gr,'inde beauté; la table sur laquelle repose 
eette figure était incrustée d'ornements de métal, probablement de cuivre 
doré, dont on ne trouve que les attaches. (Voy. TO»IBEaU, ST,¢I"t'alItE.) 



ALIGNEMENT, s. m. De ce que la plupart des villes du moyen fige se 
sont élevées successivement sur des cités romaines ou sur les villages 

gaulois, au milieu des ruines ou à l'entour de 
en a conclu, un peu légèrement, que l'édilité au 

mauvaises cabanes, on 
moyen ge n'avait au- 

cune idée de ce que nous appelons aujourd'hui le alignements des rues 
d'une ville; que chacun pouvait batir à sa fantaisie en laissant devant 
sa maison l'espace juste nécessaire à la circulation. Il n'en est rien. Il 
existe, en France, un assez grand nombre de illes fondées d'un jet 
pedant les xii , xI et xv  siècles, alignées comme le sont les villes 
de l'Améri,.lue du Nord btties par les émigrants européens. 
Le pouvoir féodal n'avait pas à sa disposition nos lois d'expropriation 
pour case d'utilité publique, et quand, par suite de l'agglomération suc- 
cessive des maisons, ne ille se trouvait mal alignée, ou 1)lut6t ne l'Cait 
pas du tout, il fallait bien en prendre son parti : car si tout le monde 
souffrait de l'étroitesse des rues et de leur irrégularité, personne n'était 
di.po.é, pas plus qu'aujourd'hui, à démolir sa maison bénévolement, à 
céder un poucê de terrain pour élargir la voie publique ou rectifier un 
alignenênt. Le représentant suprême du pouvoir féodal, le roi, à moins de 
procéder à l'alignement d'une vieille cité par voie d'incendie, comme 
Néron à ttome, ce qui n'eùt pas été du goflt des bourgeois, n'avait aucun 
moyen de faire élargir et rectifier les rues de ses bonnes villes. 
Philippê-Auguste eut, dit-on, l'odorat tellement offensé par la puan- 
teur qui a'exhalait des rues de Paris, qu'il résolut de les empierrer pour 
faciliter l'écoulement des eaux. De son temps, en et%t, on commença à 
paver les voie publiques. Il pouvait faire paver des rues et acheter des 
maisons qui se trouvaient sur son domaine, mai il n'avait pas à con- 
traindre les pouvoirs féodaux ayant leurs juridictions dans la cité, à se 
soumettre à un projet d'alignement ou de percement. Il ne faut donc 
pas trop taxer nos aïeux d'instincts désordonnés, mais tenir compte des 
mœurs et des habitudes de leur temps, de leur respect pour ce qui 
existait, avant de les blamer. Ce n'était pas par goùt qu'ils vivaient au 

milieu de rues tortueuses et mal nivelées; car lo;'squ'ils btissaient une 
ville neuve, ils savaient parfaitement la percer, la garnir de remparts 
réguliers, d'édifices publics, y réserver des places avec portiques, y élever 
des fontaines et des aqueducs. Nous pourrionsciter comme exemples les 



villes d'Aigues-Mortes, la ville neuve de Carcassonne, ¥illeneuve-le-Roi, 
Irilleneuve-l'Archevëque en Champagne, la ville de Monpazier en 
Périgord, dont nous donnons le plan (fig. I), la ville de Sainte-Foy 
(Gironde) : toutes villes btties pendant le xu  siècle. 

ALLÉGE, s. f. Mur mince servant d'appui aux fen¢etres, n'ayant que 
l'épaisseur du tableau, et sur lequel portent les colonnettcs ou meneau: 
qui divisent la croisée dans les édifices civils (fig. l). Pendant les Xl', x  et 
xi  siècles, les alléges des croisées sont au nu du parement extérieur du 

mur de face. Au xv « siècle, la moulure ou les colonnettes qui servent de 
pied-droit à la feni}tre et l'encadrent, descendent jusqu'au bandeau posé à 
hauteur du plancher, et l'allége est renfoncée (fig. 2); indiquant bien ainsi 

litllll|illll. 

qu'elle n'et qu'un remplissage ne tenant pas au corps de la construction. 
Au KV * siècle, l'allége est souvent décorée par des balustrades aveugles, 
comme on le voit encore dans un grand nombre de maisons de Rouen, à la 
maison de Jacques Cœur à Bourges (fig. 3); au xvI  siècle, d'armoiries, de 
chiffres, de devises et d'emblèmes, comme à l'ancien hôtel de la chambre 
descomptes de Paris (fig./0, bati par Louis XII, et dans quelques maisons 



[ A,ME. ] 
d'Orléans. 
dilications 

La construction de cette partie des fenêtres subit diverses mo- 
: dans les premiers temps, les asises sont continues, et l'allégê 

fait corps avec les parements extérieurs; plus tard, lorsque les alléges sont 
accusées à l'extérieur, elles sont faites d'un seul nmrceau posé en délit; 
[luêlquefois nëme le meneau descend ju-qu'au bandeau du plancher, et 
les deux parties de l'allége ne sont que des remplissages, deux dalles 
posées de champ, parfaitement propres à recevoir de la sculpture. 

personnifie 

/MI='$ (LE.C,)» S. f. La statuaire du moyen age 
les ames. Dan« les ba-reliefs représentant le jugement dernier 

i I 4 I 
I 

3IENT DERNIER), dans les bas-reliefs 
les vitraux, les tombeaux, le, ames 
sentAes par dê formes humaines, 

I 

fréquemment 

I 
le front ceint ,l'une crtlroite, l'tme 
épreuves avat d'ètre admise au ciel. 

(voy. Jcçw- 
légendaires, 
sont rpré- 
junes soli- 

vent drapées, quelquefois nues. Parmi les figures 
qui décorent les voussures des portes principales 
de nos églises, dans le tympan desquelles se 
trouve placé le jugement dernier, "h la droite du 
Christ, ..n remarque souvent Abraham portant 
de., groupes d'Cus dans le pari de son manteau 
(tic 1/: ce sont de petites figures nues, avant les 
bras croisés sur la poitrine ou les mains jointes. 
Dans le curieux ba.-_-relief q,li remplit le fond de 
l'arcade du tombeau de Dagobert à aint-Denis 
(tombea,l élevé par saint Lo,is), on voit repré- 
»enter, »,u., la tbrme d'un personnage nu, ayant 
de Dagobert soumise à diverses 
Dans pre-que tuus les bas-reliefs 

de la mort de la sainte Vierge, sculptés pendant les XlII e et xv ¢ siècles 
lXotre-Seieur assiste aux derniers moments de sa mère, et pot.te son 
me entre ses bras comme on porte un enfant. Cette 'me est représentée 



-- 5- [ AMORTISSEMENT ] 
alors sous la figure d'une jeune femme drapde et: cout'onu6e. C,e char- 
mant suet, ettqt-eint d'une tendresse toute di'ire, de, ait inspirer les 
habiles irtistes de ced_te époque; il el. toujours traité avec amour et 
exécuté avec oin. Nous donnons un bac-relief en boi.s du XIII ° siècle 
existant à Strasbourg, et dans lequel ce suet et habilement rendu 
(fig. 2). On voit, dans la chapelle du Liget (Indre-et-Loire), une .peinture 
du Xl  siècle «le la mort de la Vierge: ici l'ame e,t figurée nue; le Christ 
la remet entre les ]»ras de deux anges qui descendent du ciel. 
Dans les vitraux et les peintures, la po»session des 'Urnes des morts est 
souvent disputée entre, les anges et les démons; dans ce ca, l"ame, que 
l'on représente quelqueïois sortant de la bouche du mourant, et tou- 
jours figurée nue, les mains jointes, et sous la figure humaie, jeune et 

sans sexe. 

AMOBTI$$EMENT, S. m. 3lot qui s'applique au couronement d'u 
édifice, h la partie d'architecture qui termine une facade, une toiture, 
un pignon, un contre-fort. Il est particulièrement employé pour dési- 

gner ces groupes, ces frontons contournés, décorés de vases, de rocailles, 
de consoles et de volutes, si fréquemment employés pendant le XVl ' siècle 
dans les parties supérieures des façades des édifices, des portes, des cou- 
poles, des lucarnes. Dans la période qui précède la renaissance, le mot 



[ ,CE ] --- 6--- 
«orssemert et également applicable / certain couronnement ou 
ermnsors : nini on peut conidérer l'extrémité culptée de la couvr- 
ture en dnlle de l'abside de l'éfflie du Thor (Vaucluse)comme un 
nmortiement (fi. 1/; de mme que cerlain fleurons placés  In pointe 
des pignons, pendant les x  (fifre. 2), x ' et xv  siècles. Les ttes des 
contre-forts de la chapelle absidale de la Vierffe h la cathédrale d'Amiens, 
x  siècle (fig. 3), sont de véritables amortissements. 

ANCRE, s. f. Pièce de fer placée h l'extrémité d'un chainage pour 
maintenir l'(cartement des murs (voy. CnAiAç). Les ancres étaient 
bien rarement employées dans les constructions antérieures au xv  siècle; 

les crampons scellés dans les pierres, qui les rendaient solidaires, rem- 
placaient alors les chainages. Mais, dans les constructions civiles du 
xv  siècle, on voit souvent des ancres apparentes placées de manière à 

Ces ancres affectent alors des 
des croix ancrées (fig. 1), des 

retenir les parements extérieurs des murs. 
forme pltls ou moins riches, présentant 
croix de Saint-André (fig..'2); quelquefois, dans des maisons particulières, 
des lettres (fig. :), des rinceaux (fig. h). 
On a aussi employé, dans quelques maisons du xv  siècle, bhties avec éco- 
nomie, des ancres de bois retenues aec des clefs également de bois (fig. 5), 



--17- 
et reliant les solives des planchers avec les 
pans de bois de face. 

sablières 

hautes et 

aN6ES, s. m. Les représentations d'anges ont (:té fréqen,ment em- 
ptoyées dans les édi/ices du moyen "ge, soit religieux, soit civils. Sans 
parler ici des bas-reliefs, xitraux et peitures, tels que les jugements 
derniers, les histoires de la sainte Yiêrge, les légendes où leur place 
est mar_l6e , ils j,»tient un grand r61e ,lans la décoration extérieure 
et intéri,tre des églises. Les ages se divisent en neuf chers et en trois 
ordres: le prenier ordre comprend les Trdes, !es Ch6rtbins, les Séra- 

phins; le deuxième, les Dominationq, les ! ert««s, les Puissances; le troisième, 
les Priï,«ipautés, les I rcha,g, s, les 
La cathélrale de Chartrês présente u bel exemple se/lpt6 «le la hiérar- 
chie des anges au portail méridiona! (x « siècle). La portenord de la cathé- 
drale de Bordeaux donne aussi une série d'anç,»-conl»lètc dans ses vous- 

sures. La chapelle de Vincennes en offre une autre du x  siècle. Comme 
peinture, il existe dans l'église de Saint-Chef (Ière) une représentation de la 
hiérarchie des anges qui date du x  siècle (voy. pour de plus amples détails, 
la savante dissertation da Dîdron dans le Manuel d'honographie chrdtienne. 



I AS ] ---  --- 
p. "] I). A la cathédrale de Rims, on vot un admrabl série de s[atues 
d'an ces placées dan les grand pinacles des contre-forts (ffg. !). Ces anges 
.-ont représentée.drapés, les ailes ouvertes, nu-pieds, et tenant dans leurs 
mais le ,olei! et la lune, les instruments de la passion de Notre-Seigneur, 
ou les différents ob- 

jets nécesaires au 
sacrili«e Ce la sainte 
polie 
centrale de la eathé- 
drale de Paris, au- 
dernier, deux anges 
de co- 
dimensions 

, ,; lossale:, placés des 
yY de,x cOté- du Christ 
tri,»mptlant, tien- 

i-trument» de la 
,»rd le la cathédrale 

pa.-_-sion. La m . 
en-le 
de 

Au musée 
bre (fig. 5), 

5 

disposition ...e trolve à la 
Bordeaux (fig. 2);à Chartre.-. h Amiens 
voy. Jt'6E.IE.T r, ER.XIEI). A la cathé,lrale 
le Nevers, des anges .-_ont placés à l'in- 
{érieur, dan le tympam du trit;:,rium 
(fig. 3). \ la .-.ainte Chapelle de f'ari-, des 
anaes occupent une place analogue dans 
l'arcature inférieure; ils ¢ont peint-et 
dorée-, se détachent.,_ur des fonds inerustés, 
de verre bleu avec dessins d'or. et tiennent 
des couronnes entre los sujets peints 
repré-entant des martyrs {fig. ).  la 

porte centrale de la cathédrale de Paris 
bien que la »érie ne soit pas complète et 
qu'on ne trouve ni les séraphin, ni les 
chérubin.-_, les deux première vou.-_,ures 

,ont occupées par des anges qui, sortant 
à ni-corps de la gorge ménagée dans, la 
moulure, semblent assister à la grahe 
scène du jugement dernier, et forment 
autour du Christ triomphant comme une 

double auréole d'e.-,prits céleste-. Cette 
disposition est uni,lue, et ces figures, 
dont les poses sont pleines de vérité et 
de ..ràce, ont été exécutées avec une 

perfection inimitable, comme toute la 
sculpture de cette admirable porte. 
de Toulouse, on voit un ange fort beau, du x' siècle, en mat- 
provenant d'une Annonciation. Il est de grandeur naturelle, 



tient un sceptre de la main gauche, et ses pieds nus portent sur un dragon 
dévorant un arbre feuillu. et ange est nimbé; les manches de s nique 
sont ornées de çiches broderies. 
Au-desus du Christ tomphant 
Bordeaux,xI « siècle, on remarque 
deux an gés en pied, tenat le soleil 
tion symboliquff se trouve généra- 
lement employêê dans lês crucifiê- ' 
ments (voy. Cox, eçcFx). ans la 
eathédrale de Sasbourg, il existe 
lin pilier, dit « pilier des Anges », 
au sommet duquel 5ont platCs des 
statues d anges sonnant de la trom- 
pette, xn  sècle (fig. 3). Ces anges 
sont ninb6s. Surlesamortissements 
qui terminent les pignons ou gbles à jour des chapelles du x-rç  siècle de 
l'abside de la catt6drale de Paris, on v»yait autrefois ne série d'anges 
.jouant de divers instruments de musique; ce motif a été fréquemment 

7 

%. III I 
I' 

employé dans les églises des XIV e et xv  siècles. Le,. anges sont souvent 
thurifévaires; dans cé cas, ils sont placés à c6té du Christ, de 1 sainte. 
Vierge, et m*me quelquefois à c6té des saints martyrs. A la sainte 
Chapelle, les demi-tympans de rarcature basse sont décorés de statues 
d'anges à mi-corps, sortant d'une nuée et encensant les martyrs peints 
dans les quatrefeuilles de ces arcatures (fig. 8). Presque toujours, de la. 
main gauche, ces anges tiennent une navette. 



La plupart des maitres autels des cathédrales ou principales églises 
de France étaient encore, il y a un siècle, entourés de colonnes de 
cuivre strm,)ntGes de tatues d'anges également de métal, tenant 

[es 

instrutnents «le la passion ou des tlainbeaux (voy. AUTEL). 
Les sonmct des Ilèches de bois, recouvertes de plomb, ou l'extrémiié 
des croupe» des combles des absides, étaient couronnés de figures 
d'angc ,le cuivre ou de plomb, qui sonnaient de la trompette, et, par 
la manière durit leurs ailes étaient disposAes, servaient de girouettes. Il 

existait h Chartres et "h la sainte 
«les charpentes, ,.le..; anges ainsi 
poire sottt qtel«ltefois posés aux 

Chapelle dtt Palais, avant les incendies 
placés. Des anges sonnant de la trom- 
sommets des pignons, eomzne "à Notre- 
de Sainl-Père 

de Semur en 

,le Paris; ax angles ,les clochers, comme à l'église 
Vézelay..', la base de la ileche le pierre de l'église 

Auxois, ,tuatrê 

anges tiennent des Otltres, suivant le texte de 1' li,o#a- 
l,.tpse (chap. v0: « .... Je vis quatre anges qui se te- 
« traient aux quatre coins ,le la terre, et ,lui retenaient 
« les quatre vents lu mOll,|e .... » La tlèche centrale de 
l'église de l'abbaye du Mont-Saint-Michel était cou- 
ronnée autrefois par une statue colossale de l'ar,-'hange 
satitt Michel terrassant le démon, qui se voyait de dix 
lieues en ner. 
Dans les eonstructions civiles, on a abusé des repré- 
sentations d'anges pendant les xv  et xx  ,iècles. On 
leur a fait porter de.« armoiries, des devises;on en a 
t2tit des supports, des culs-de-lampe. Dans l'intérieur 
de la el6ture du ch,eut de la cathédrale d'Albi, qui 
xx  siècle, on voit, au-dessu.- des do.-.iers 
tentant des phylaetères (fig. 9). 

date du commencement du 
des stalle, une suite d'anges 

ANIMAUX, s. m. Saint Jean (.ll)ocal?]pse , ehap. iv et v) v«,it dans le ciel 
entr'ouvevt le tr6ne de Dieu entouré de vingt-qtmtre vieillard vëtu de 
robes l)lan,:hê..,:, avec des couronnes d'or sur leurs tëtes, des harpes et 
des vases d'or entre leurs mains ; aux quatre angles du tr6ne, sr»nt quatre 
animatx avant chacun six ailes et couverts d'veux devant et derrière : 

le premier animal est se[hblable à un lion, le secr, nd à un veal, le troi- 
sième fi tn homme, le quatrième h un aigle. Cette vision mystérieue 
fut bien <les fois reproduite par la sculpture et la pointure pendant le.., 

X|[ e, XI[I e 
fications 
des quatre animaux, 
à saint Marc, le veau 
l'aigle à saint Jean; 
ne pouvait songer 'à 
considérée 
vers le Vil e 

, xtv" et xv  siècles. Cependant elle ne le fut qu'avec des modi- 
importantes. On lit, dès le+, premiers siècles du êhristianisme, 
la personnification des quatre évangélistes : le liort 
à saint Luc, l'ange (rhomme ailC h saint Mathieu, 
cependat saint Jean, en écrivant son Apocalypse, 
cette personnification. Toutefois, l'Apocalypse étant 
cçmme ne prophétie, ces quatre animaux sont devenus, 
siècle, la pêrsonnitication ou le signe des évangélistes. Pen- 



[ ANIMAUX ] 

riant le XII  siècle, la sculpture, déjà fort 
toute symbolique; le texte de saint Jean 
portail occidental de l'église de Moissac, 
pari de la porte, le Christ sur 

avancée comme art, est encore 
est assez exactement rendu. Au 
on 'oit repré.-enté, sur le t3m- 
un trône, entouré des quatre animaux 

nimbés tenant des 
et dépourvus 
linteau, sont 
cathédrale de 

phylactères, mais ne 
de ces 3eux innombrables; au-dessou 
sculptés les vingt-quatre vieillards. Au 
Chartrês (fig. l), on w»it aussi 

possédant chacun que deux ailes, 
du Chri:t, dans le 
portail royal de [a 
le 

Christ 'nturé des quatre animaux seulement ; 
les inst-quatre x-ieillard sont disposés dans 
les voussures de la porte. Au portail extérieur 
de l'église de Vézelay, on retrouve, dans le 
tympan de la porte centrale, les trace» du Christ 

des vtngt-quatre vieillards placés en deux grou- .:!J]i t 
pes de chaque côté du tr6nê. Plus tard, au  
par exemple, sous les ap6tres, aux quatre ,.l/;},. 

XIII e siècle, les quatre animaux n'occupent plus 
que des places très-seeondaires. Ils sont poés 
comme au portail principal de Notre-Dame de 

Paris, 

angles saillantset rêntrants des deux ébrase- 
ments de la porte. L'ordre observé dans la 
ision de saint Jean se perd, et les quatre ani- 
maux ne sont plus là que comme la personnifi- 
cation, admise par tous, des quatre évangélistes. 
On les retrouve aux angles des tours, comme 
à la tour Saint-Jacques la Boucherie de Paris 

(xw" siècle); dans les angles laissés par les 
encadrements qui circonscrivent les roses, 

dans les tympans des pignons, sur les contre-forts des façades, dans les 
clefs de s'otes, et mèm« dans le chapiteaux des piliers de choeurs. 



[ AIIMAUX ] 

-- 22 --- 
çvant le XlIi e siècle, le. quatre animaux sont ordinairement seuls; mais 
plus tard, ils accompagnent »cuvent les évangélistes, qu'ils ont alors 
destinés à faire reconnaître. Cependant nous citerons un exemple qurieux 
de ,talues d'6vanélistes de la fin du xlI  siècle, qui portent entre lur 
bras les animaux symboliques. Ces quatre statues sont adosées à un 
pilier du cloître de Saint-Bertrand de Comminge (fig 2). 
La décoratiun des édilices religieux et civils présente une xariété infinie- 
d'animaux fanta»tiques pendant la période du moyen ge. Les Bestiaires 
des xH ¢ et Xtll ¢ iècles attribuaient aux animaux réels ou fabuleux des 
qualités «vmboliqle dont la tradition s'est longtemps conserxée dans 
" l'esprit des populations, gràce aux 
_._._¢ ___¢ innombrables sculptres et peintures 
,. .,,,,!,j,[llt/lllil . qui couvrent nos anciens monu- 
, ',,I!11! '' . ":":'[ "'" " " ments; les fabliaux venaient encore 
/ ).![I, ',. :itl l ajouter leur contingent àcette série 
I j  I I d e représentations bestiales. Le lion, 
  - --,  symbole de la vigilance, de la force 
e t d u coura g; l'an t ula, de la crua u t é; 
,, : ,". " roiseau caladre, de la pureté ; la si- 
t 1'- " [[ rène; le pélican, symbole de la cha- 
i . rité; l'aspic, ,lui arde le» 1,auines 
,  précieux et résiste au sommeil; la 
.. '. - chouette, la uivre. le phénix; le ba- 
" silic, personnification du diable; le 
t  ' ' dragon, auquel on prëtait de.-_ vertus 
I [ si merveilleuses (voy. les lldlages 
,,: I I 
411! t ' i I ]  l w'chéol, des RI{. I'I'. Martin et Cahier), 
'.,, ff.- , tous ces animaux se rencontrent dans 
.',.  . ]es chapiteaux des x" et x  ¢iècles, 
,/ -« _./..._,.,...,,,.;. dans les frises, accrochés aux angles 
des monuments, sur les couronne- 
ments dês contre-forts, des balu,Arades. A Chartres, à Reims, à Notre-Dame 
de Paris, à Amiens, à Rouên, à Vézelay, à Auxerre, dans les monuments 
de l'Ouêst ou du Centre, ce ont des peupladês d'animaux bizarres, rendus 
tou]uurs a-ee une grande énergie. Au ommêt des deux tours de la façade 
de la cathédrale de Laon, les culptêurs du Xil  siècle ont placé, dans les 
pinacles à jour, des animaux d'une dimension colossale (fig. 3). Aux angles 
«les contre-forts du portail de Notre-Dame de Paris, on voit aussi sculptées 
d'énormes hères, qui, en se découpant sur le ciel, donnent la vie à ces 
masses de pierre (fig. h). Les balustrades de la ea[hédrale de Reims sont 
surmontées d'oiseaux bizarres, drapés, eapuehonnés. Dans de_, édifices 
plus anciens, au XlI" siècle, ce sont des frises d'animaux qui s'entrelacent, 
s'entre-dévorent (fig. 5); des chapiteaux sur lesquels sont figurés des 0.tres 
étranges, quelquefois moitié hommes, moitié bëtes, possédant deux corps 
pour une l.èt% ou deux tètes pour un corps. Les églises du Poitou, de la. 



Saintonge, de la Guyenne, les 

des bords de la Loire, présentent 
maux, (lui. tout ett sortant de la nature, ont 
cependant une physionomie à eux, quelque 
cho.-_e de réel «lui frai)pe l'imagination :c'est 
une hisoire naturelle à part, dont tous les 
individu.s pourraient ètre clas& par e-pècês. 
Chaqoe province possède ses types particuliers, 
qu'ot retrouve dans les édifices de la mème 
époqle; re:ris ces tyles ont un caractère connun 
de puissance sauvage; il. sont tous emprêints 

monuments romans de la ]3olrms_' 
__....,ne et 
une quantité prodigieu.e 1. • ces ani- 

d'uli entinlelt (l'obervation de la nature très- 
reuarluable. Les nemhres de ces cr6atures 
bizarres sont toujours bien attaché, renilus 
avec vérité; leurb conlours sont. si6ples et rap- 
çellent la grlce que l'on ne petit se lasser 
l'admirer dans les animaux de la race féline, 
les oiseaux de proie, chez certains reptiles. 
dOllIOs ici un de ces animaux, cullté 
un des vantaux de porte de la cathédrale 

dans 
Nous 
SLIF 
du Puy e Velay (fig. 6). ge tigre, ce lion, si 
l'on veut, e,t de boi.; sa langue, suspendue 
sur un axe, se ment au n,ven d'un petit contre- , .,e-. 
poids, quand on ouvre les vantaux de la porte; tl-'i"' 
il était pei[lt en rouge et el-I vert. Il exi.,_te, ï- 
sur quelques chapiteaux et Col'bea,x de l'6glise ,' . 
Saint-Serniu de Toulouse, une certaine qlantité ' 
de ces siguliers quadrupèdes, qui enblent 
s'accrocher à l'architecture avec une -cotte de frénésie; 

I 

il» .-,_»t culpté:,s 
de main de maitre (tig. 7). Au xv  biècle, la «ulpture, en devenant plus 

pauvre, plus maigre, et se bornant presque à l'inlitatu tre la llure d, 
Nord, supprime en grande partie les aimaux dans l'ornementation 
sculptéê ,»u peitê; mais, pendant le xx  siècle et au commencement du 
xv, on les voit reparaitre, imités alors plus scrupuleusenent sur la. 



alure, et ne remplissant qu'un r61e très-secondaire par lour dimension. 
Ce sont des sin_es, des chiens, des ours, des lapins, des rats des 
rcnards, de lin,a,j,,,., de.-_ larves, des lézards, des salamandres; parfois 
aussi, cependant, des animaux fantastiques, contournés (fig. 8), exagérés 
dans le,,rs m,»uven,ents : tels sont ceux ql'on voyait autrefois sculptés 
sut" !es accolade de l'h6tel de la Trémoille, à Pari. Les représenta- 

fablia,lx ,levielnent 

parf,,is, se retrouvent 

plus-fréquentes, et, quoique fort peu 
dans dea ehapiteaux, des frises, des boi- 

,:eries, des 
croyances 

lers édifices 
vient balayer 
égarements. 

stalle..,, (les jubés. La satire remplace les traditions et les 
pr, plaires. Les artistes abusent de ce» détails, en couvrent 
.,_a,., «,tif ni raison, jusqu'au n;oment où la renaissance 
tous ces jeux d'esprit usés, pour y ubstituer ses propres 

ANNELÉE (COLONNE).- Voy. BA6UE. 

gPOChLYPSE, 
guère à la culpture ; nai,, 
peinture : aus.,_i ces visions 
été rendues e, entier, dans 
raies ou ,les vitraux. 
et la nultildicité de 
"cet'tiers de développer 
talc de l'égli.-,e de Mantes, dont les 
ment du xIII ¢ iècle, reproduisent 
vi,ons de saint Jean. La rose de la 
• à la fin d xv  siècle, présente les 
sire linesse. 'armi les peintures 

s. f. Le livre de l'Apocalgpse de saint Jean ne se prëte 
en revanche, il ouvre un large chainp à la 
di ines, ces l»rophéties obscures, n'ont-elles 
le moyen àge, que dans des peintures mu- 
Les roses des grandes églises, par leur dimension 
leurs compartiments, permettaient au,: peintres 
cet immense sujet. Nous citerons la rose occiden- 
vitraux, qui datent du commence- 
avec ule énergie remarquable les 
sainte Chapelle du l'alais, exécutée 
mêmes sujets, rendus avec une exces- 
murales, devenues fort rares aujour- 

d'hui en Fr.ance, nous mentionnerons celles du porche de l'église de 
Saint-Savin en l'oitou, q¢i donnent quelques-unes des visions de l'Apo- 
calypse. Ces peintures datent du commencement du Xtl" siècle. 

APOTRES, s. m. Dans 

désignés dans l'ordre 

le canon de la 
suivant: Pierre, 

messe, les d.o.uze apôtres-sont 
Paul, And, e, Jacques, Jean, 



-- 25 -- 
Thomas, Jacques, Philippe, Barhélemy, 
Toutetbis, dans l'iconographie chrétienne 

française 

[ APÔTRES ] 
Simon et Thaddée. 
du x  au xvl  siècle, 

cet ordre n'et pas toujours exactement suivi : Nathias, (.lu ap5tre à la 
place de Judas Iscario[e (tctes des apdtres, ehap. «), remplace souvent 
Thaddée; quelquefois Jacques le Nineur et Simon cèdent la place aux 
deux évangéliste___s Luc et Iarc; Paul ne peut trouver place parmi les 

4 

I 

'1 

douze apôtres qu'en excluant l'un de ceux choisis par Jé.,:us-Christ lui- 
mëme, tel que Jude, par exemple. Il e,t donc fort difiicile de désigner 
les douze ap6tres par leurs noms dans la statuaire des x, Xil  et 
Xl  siècles; plus tard, les ap6tres p,,rtant les instruments de leur mar- 
tyre ou divers attributs «lui les font distinguer, on peut les désigner 
nominativement. Cependant, dès le Xlr siècle, dans la ._,tatuaire de nos 
eahedrales, quelques ap0tres, sinon te, us, sont déj5 dé.,:ignés par les 
objets qu'ils tiennent entre leurs mains. Saint Pierre porte générale- 
ment deux clefs, saint Paul une épée, saint &ndré une croix en ,autoir, 
saint Jean quelquefois un calice, saint Thomas une équerre, saisit 
Jacques une aum6nière garnie de coquilles et une épée ou un livre, 
saint Philippe une croix latine, saint Barthelemy un coutelas, saint 
Nathieu un livre ouvert. Ce n'est guère qu'à la fin du x  siècle ou au 



conncncement du XII ¢ que la figure de saint Pierre est représentée 
tenant le clefs. Nous citeron le grand tympan de l'église le Vézelav, 
qui date de cette époque, et dans lequel on voit saint Pierre deux fois 
représenté tenant deux grandes clefs, à la porte du paradis et prè. du 
Christ. A la cathédrale de Chartres, portail méridional, la plupart des 

apStres tiennent des rè,-,le,; à la 
(Xlll e siècles, les instruments de 
ci-dessins. Luelquefois l'nul, les 
liennent des livres fermés, comine 
on ,toit une .-.tatue de saint Pierre 
latine en souvenir de son martyre. 
portés par de petites ti("ures 

cathédrale d'Amiens, portail ,occidental 
attribut dési_'znés 
Jacques et Jule, 
Ieims; à .mie, 
tenant une eule ciel" ,et une croix 
Les apôtres sont fréquemment sup- 
représentant les personnages lui le ont 

leur martyre ,)u les 
évangéli«te«, l'ierre, 
à la cathédrale de 

persécuté..., 

ou qui rappellent (tes trait_, principaux de leur vie. 

surt,,ut pendant les xIv' et xv' ,,iècle que les ap6tre ,3ont repvésentés 
avec les attributs qui aidelt à les faire rec,_,nnaitre, bien que ce ne 
;,,oit pas là une règle ab.-,:,lue. Au portail méridional de la cathédrale 

d' \miens, le litteau de la I»:rte est rempli par les statues deni-nature des 
douze ap6tre.-_. Li il sont représentés di«ertant entre eux; quelque.-- 
uns tienent des livres, d'autres de,rouleaux déployés (ri.,..'. 1 et I b&). Ce 
l:eau bas-relief, que nous donnon« en deux partie,, bien qu'il ,e trouve 
sculpté ..,ur un lintêau et divi,é seulement par le 

dai- qui couronne la sainte Vierge,.est de la der- 
nière m,_,itié du xi  siècle. A l'intérieur de la cl6- 
turc du choeur de la cathédrale d'-klbi (c,_,nnen- 

cenent du X'¢l e siècle), les do/lze ap5tre_, -ont re- 
pré.-eté.., en pierre peinte; ciacun d'eux tient à la 
main une banderole sur laquelle e»t écrit l'un des 
articles du t ,'edo. Guillaume Durand, au XIIl  siècle 
(dan.-: le ltationole dici,, o/fie.), dit que lê apôtres, 
avant de se .-Carer pour aller convertir les nations, 
composèrent le ¢','edo, et que chacun d'elx apporta 

une des douze propositions du symi, ole (-oy. les 
notes de Didron, du Manuel d'i¢ooropie ehré- 
tienne, p. 299 et ,uiv.). (n trouve souvent, dans les 
édifiees religieux du xl" au xxff siècle, les légendes 
éparées de quel,tue,-un, des apôtres; on les ren- 

contre dans les 
l'listoire, de la 
drale de Pari-, 
facade et dans 
Auxois, dan le 

bas-reliefs et vitraux représentant 
sainte Vierge, comme à la cathé- 

à la belle porte de gauche (le la 
la rue du Cloître. A ,'Seinur en 
tympan de la porte êptentrionale 

(xm" siècle), e,t représentée la légende de saint Thomas, culptée avec. 
une -are fine,se. Cette légende, ainsi que celle de saint Pierre, so 
re,'ouve fréq,memment dans les vitraux de cette époque. En France, 
« :,:.-tir du xl  .-ièele, les types adaptés l«)lr representer chacun des 



-- 27 --- [ AP6TRES ]' 
apôtres sont conservés sans trop d'altérations jusqu'au xv  sibcle. 

douze 
Ainsi, saint Pierre est toujours représenté avec la barbe et les cheveux 
erCus, le front bas, la face large, les épaule hautes, la 
taille pelite; saint Paul chauve, une mèche de chevex 
, 
sur le rr,nt, le crâne haut, les traits fin, la barbe longue 
et soyeuse, le corps d61icat, les mains lines et longues; 
saint Jean, imberbe, jeune, les cheveux l»uelés, la ply- 
sionomie douce. Au xv' et surtout au xv  siècle, ,àint 
Pierre, lorsqu'il est seul, est souvent vëtu et pape, la 
tiare sur la tèle et les elelg à la main. 
l'armi les plus ]»elles statu]es « apôtres, nous ]Je dew,ns 
pas omettre ceLLes qui sont adossées aux piles intérie]res 
de la sainte Ghapelle de l'aris (XIlI e siècle), et ,lui portent 
toutes une des croix de consécration (fig. ). Ces tigurcs 
sont cçécutées en liais, d] T[us admirable travail, et couvertes d'orne- 
ments peints cL dores imitant de riches étfls rehaussecs par de» bordures 

semées de pierreries. Cet usage de placer les ap6tres contre les piliers des 
églises, et des chmurs particulièrement, était fréquet : nous citerons 
comme un des exemples les plus remarquables le chteur de l'ancienne 



cathédrale de rcsonne du commencemen du XlV  iècle. Les pOres 
e plçicnt aussi sur les devnn duels» sur les retnbles de Fierre» de bois 
ou de rnénl  sur les piliers des cloitres comme  int-Trophime dArles  
autour des chapiteaux de l'dpooEue romane, sur les jfl»ds; en raure, 
dans les bordures des tombes, pendant les xv  x '" et xv  siècles (fig. 3) 
-  " 
A la cathédrale de Pari, comme h Chartres, comme àAmiens, les douze 
apOtres se trouvent rangés dans les ébrasements des portes principales, des 
deux cotés du Christ homme, qui occupe le trumeau du centre. Plus an- 
ciennement, dans les bas-reliefs des XI e et xii e siècles, comme à Vezelay, 
il» sont asis dans le tympan, de chaque coté du Christ triomphant. A 
Vézelay, ils sont au nambre de douze, disposés en dçux groupes; des 
rayons partent des mains du Christ, et se dirigent vers les ttes nimbées 
des apOtres; la plupart d'etrc eux tiennent des livres ouverts (fig. ). 
Au portail royal de Chartres, le tympan de gauche représente l'Ascen- 
sion: les apOtre sont assis sur le linteau inférieur, tous ayant la tte 
tor5c vers Notre-Seigneur, enlevd sur des nuées; quatre anges des- 
cedent du ciel vers les ap5tres et occupent le deuxième ]inteau. Dans 
tolte les sculptures ou peintures du Xl  au xvI,  »ibcle, les apOtres ont 
t,uj,»urs nu-l)ieds, quelle que soit d'ailleurs la çichesse de leurs cos- 
turnep; il ne sont représentés coiffés que vers la fin du xv  siècle. 
L'exemple qle nous avons donné plus haut, tiré du portail méridional 
d' kmicn» (Xlll  siècle), et dans lequel on renarque un de ce apOtres, 
aint Jacques, la t6te couverte d'un chapeau, est peut-ëtre unique. Quant 
au cotumc, il se compose invariablement de la robe longue ou tunique 
non fedme h manches, de la ceinture, et du manteau rond, aec ou 
sans agl'atbs. Ce n'est guère qu'à la fin du xv  siècle que la tradition du 
costune e perd, et que l'on voit des apOtres ao]verts parfois de vètements 
dont les fornes rappellent ceux des docteurs de cette époque. 

APPAREIL, 
de taille qui 

adopté un appareil qui 
règles communes. Aussi 

s.m. C'est le nom qu'on donne à l'assemblage «les pierres 
sont employées dans la construction d'un édifice. L'appareil 
varie suivant la nature des matériaux, 
suivant leur place; l'appareil a donc 
I une grande importance dans la con- 
strction :c'est lui qui souvent com- 
mande la forme lu'on donne à telle 
ou telle partie de l'architecture, puis- 
qu'il n'est que le judicieux emploi de 
la matière mise en œuvre, en raison 
de sa nature physique, de a rési.,:tance, 
de sa contexture, de ses dimensions et 
des ressources dont on dispose. Cepen- 
dant chaque mode d'architecture a 
lui appartient, en se soumettant toutefois à des 
l'examen de l'appareil conduit souvent à recon- 



naitre l'ge d'une construction. 
les traditions transmises par les 
ne disposait alors que de moyens de 
transport médiocres; les routes étaient 
à peine praticables, les engins pour 
monter les matériaux, insuffisants. Les 
constructions sont levées en maté- 
riaux de petites dimensions, facile à 
monter; les murs, les contre-forts, ne 

présentent que leurs 
li»rre, les intérieurs 
(]." blocage (lg. ]). Les 

parement. de 
sont remplis 
matériaux mis 

(i [elvre sont court», sans queues, 
et d'lne hauteur donnée par les lits 
de carrière : mais ces lits ne sont pas 
toujours observés ,à la pose; parfois 

Jusqu'au x « siècle l'appareil conserve 
constructeurs du Bas-Empire; mais on 

les assises sont alternées hautes et basses, les hautes en délit et les bas.,.es 
sur leur lit. Ce n'iode d'appareil appartient plus particulièrement au midi 
de la" France. Dans ce cas, les assises 
basses pénètrent plus profondément  . .X --.'llIi 3 
que les assises hautes dans le blocage, ''.1...:.. ' 
, ,-} ,.-,,--:.:. 
et relient ainsi les parements avec le 
noyau «te la maçonnerie. Lesrcs sont 
employés dans les petites portees, parce 
que les linteaux exigent des pierres _.I-i'. 
d'une forte dimension, et lourde par 
eonséquent (lig. 2). Les topisseries sont 
souvent faites de moellon piqué, tandis que les pieds-droits des fênètres, 
les angles, les contre-forts, sont de pierre appareillée. Ces constructions 
mixtes en moellon et pierre de taille 
se rencontrent fréquemment enc<,re 
pendant le xii  siècle dans les bàtisses '-  "-, 
élevées avec économie. dans les cha- 
teaux forts, les maisons particulières, 
les é-lises des petites localités. La '.:1 ,,----.:'lthTF: >.1 
nature des matériaux inlue puissam- 
ment sur l'appareil adopté : ainsi dans " --N 
les contrées où la pierre de taille est 
résistante, se débite en grand.-'e«han- 
tillons, comme en Bourgogne, dans . 
le Lyonnais, l'appareil est grand, les 
assises SOl,t hautes; tandis que dans 
les provinces où les matériaux sont 
tendres, où le débitage de la pierre est par eonséquent facile, comme en 
l%rmandie, en Champagne, dans 1'0 , 
uest l'appareil est petit serre;les 



[ APPAtLEIL] 
tailleurs d pierre, pour 

'1 

5 

I 

Illl.lllL, 

ils st. dirigent 

--- 30 
faciliter la 
les joint-. 
l'appareil 

pose, n'hésitent pas h multiplier 
Une des qtalités essentielles de 
adopté pendant les xt , xn  et 

xx'" siècles, c'est d'éviter les évidements, les 
déchets de pierre:ainsi, par exemple, les 
retour¢, d'angles sont toujours apparêillés 
en tescce (fig. 3). Les piles cantonnées de 
colonnes sont élevées, pendant les xt" et 
xt ¢ siècles, par assises dont les joint.,_ se 
croisent, mais où les évidemets sont soi- 
gneusemênt évités (tig. h). l'lus tard, dans 
la première moitié du xttt siècle, elles sont 
sourent formées d'un noyau éleré parassises, 
et les colonnes qui lescantonnent sont isolées 
et composées d'une ou plusieurs pierres 
posées en délit (fig. 5). Les lits des sommiers 

des arcs sont horizontaux ju«q,l'au 
oU, se dégageant de leur pénétration 
chacun de 8011 coté, et forment alors une 

pç, int 
COl'Il- 
suite 

 7 

ri 

_,','O,t',,t, 1 t,t,' 

claveatx 

matériaux 

extradossés (fig. 

de différentes 

6). Chaque membre d'architecture est pris 
dans une hauteur d'assise, le lit placé toujours 
al point le plus favorable, pour Cirer des 
évidenênts et des pertes de pierre ainsi '- 
: 1 astra- 
gale, au lieu de tenir à la colonne, comme dans 
l'architecture romaine, rait partie du chapiteau 
(fig. 7). La base conserve tous ses membres pris 
dans la mëme pierre. Le larmier est séparé de la 
corniche (fig. 8). Les lits se trouvent placés au 
point de jonction des moulures de socles avec 
les parements droits (fig. 9). Dans les contrées où 
natut es offrent des échantillons variés comme 



--31 
exemple, 

,couleur, en Auvergne par 
calcaire l,lanc, êt la lave grise, de manière à former des 
mosaïques sur les parcments des constructions : lc.s 
églises de Notre-Dame du Port à Clêrmont tlig. 10), de 
Saint-Nécaire, du Pu)-en Velay, d'lsoire, présentent 
des appareils où les pierres de diIlërêntes couleurs 
forment des dessins par la façon dont elles ont asscm- 
blées. Pendant les xt  et xt  siècles on a beaucoup fait 
usage «le ces appareils produits par (les conbinai:ons 
géométriques ; non-seulement ces appareils compliques 
ont Ce employés pour décorer des parements unis, mai: 

• construction des arcs, ainsi «l u' on 
peut le voir dans quel,lles édilices 
du Poitou, de la 51ayenne et des 

bords de la D, ire. 
dentale de l'église 
ci(., s;e ets nous 

La porte occi- 
Saint-Etienne 
donne un bel 
rcs appareillés 
ut particulier 
siècle, ces re- 

exetple de ces a 
avec tin soin to 
(fig. 11). . XIII e 

cherches, «lui sentent leur origine 
orientale, disparaissent pour faire 
place à un appareil purement 

résultat 
et de la 
principe 

rationnel, méthodique, 
les besoins à satisfaire 
nature des matériaux. Le 

est toujo,lrs d'une grande .,impli- 
cité ; l'exécution, pure, franche, apparente ; 

dimensions exigées pour la 
place qu'ils occupent. Le 
,'arps (le la constrction 
ebt une bItise durable, 
les assises sont posées sur 
leurs lits; tandis que tout 
ce qui est remplissage, dé- 
eoration, meneaux, roses, 
balustrades, galeries, est 
élevé en matériaux posés 
en délit, sorte d'échafau- 
pierre idépen- 

(lage 
dant 

de 
de 
qui 

de l'6di- 
détruit 
nuire à 

P, ien ne témnntre rnieux ce 

-- [ APP.'REIL ] 
on a employé le grès jaune ou le 

l'ossature 
lice, peut getre 
ou remplaeé sans 
sa solidité (voy. 

I 

dans 

9 

la 

les matériaux n'ont que les 

principe que l'étude de l'appareil d'une 



APPAREIL " 
de ces grandes 
transsepts. 

ro-_es de pierre 
Fo»es comme 

--- 3'2_--- 
qui s'ouvrent sos les x-oùtes des nefs et des 
toutes les l>nètres à meneaux, ne sont que 

de véritables ch&,sis de pierre que l'on peut enlever et remplacer comme 
on remplace une croisée de bois, sans toucher "à la baie dans laquelle 
elle est ench.,ée. Les divers morceaux qui composent ces roses ou ces 
meneau,, ne se maintiennent entre eux que par les coupes des joints et 
par la fêuillure dans la,luelle ils viennent s'enca»trêr. L'appareil de ces 
ch.ssis de pierre est disposé de telle façon que chaque fragment offre_ 

12 

une grande solidité en évitant les trop grand., déchets de pierre (fig. 
[voy. MENE.t.UX, ROSES]. Les joints tendent toujours au centre des deux 
«OUl'bê» itérieures, »ans tenir compte »ouvent des centres «les courbes 
maitressê. {fig. 13), afin d'éviter les épaufrures qui seraient produites par 
des coupes maizves. Du re.te, les meneaux comme !es roses servent de 
cintre aux arcs «lui le, recouvrent ou les entourent, et ces ch.ssis de 
pierre ne peuvent sortir de leur plan vertical à cause de la rainure ména- 
gée "a l'intrados de ces arcs (fig. lt). Quelquefois, c,:,mme dans les fenêtres 

ds bas "" " 
cote., d ê la nef de la cathédrale 
hure :le»tinée à maintênir le meneaux 
placée par des crochêt saillant, ménagés 

d'Amiens, par exemple, la rai- 
dans un plan vertical est rem- 
dans quelque.,-uns des claveau, 

de l'archi volte 
pase le meneau 
de bois. 
Un des grands 
x'«' siècles dans 

(fig. 15); ces crochets intérieurs et extérieurs entre lesquels 
remplissent l'office des pattes à scell,nent de nos ch.ssis 

partie 

principes qui ont dirigé les constructeurs des xm ° et 
la disposition de leur appareil, ç'a été de laisser "a chaque 
de la constt'uctio, a fonction, on élasticité, sa liberté de mouve- 



-- 33 

ment, pour ainsi dire. C'était le moyen 
gigantesques monuments. Lorsque des 
grande résistance à la pression, ils sont 
• 

d'éviter les déchirements dans ces 
arcs scout destinés à préenter un,, 
cc)mpc)sés de plusieurs ran d,' 

claveaux soigneusement extradosses et d'une dimension ordinaire Oie 0",30 
à O,hO environ), sans liaison entre eux, de manière à pern«ttre à la 
construction de tasser, de s'asseoir sans occasionner des ruptures de vous- 
oirs; ce sont autant de cercles concentriques indépendats les uns lcs 

autres, pouvant se mouvoir et glisser marne les uns sur les autres(fig. 16). 
De mëme qu'une réunion de planches de bois cintrées sur leur plat et 
concentriques présente une plus grande résistance " la pression, par suite 
de leur élasticité et de la multiplicité des surfaces, qu'une pièce de bo'is 
homo@ne d'une dimension égale " ce faisceau de planches ; de morne ces 
rangs de claveaux superposés et extradossés sont. plus résistants,et surtout 
conservent mieux leur courbe lorsqu'il se produit des tassements ou des 

mouvements, qu' 

I'II'I,| I 

un seul rang de claveaux dont la flbche serait égale à celle 
des rangs de claveaux ensemble. Nous devons ajouter que les coupes des 
claveaux des arcs sont toujours normales " la courbe. Dans les arcs formés 
de deux portions de cercle, vulgairement désiiés sous le nom d'ogives, 
toutes les coupes des claveaux tendent au centre de chacun des deux 
arcs (fig. I î'), de sorte que dans les arcs dits en lancette, les lits des claveaux 
p:ése.ntent des angles très-peu ouverts avec l'horizon (fig. 18). C est ce qui 
fait que ces arcs offrent une si grande résistance " la pression et poussent si 
peu. L'intersection des deux arcs est toujours divisée parun joint vertical; 
iln'y a pas, à proprement parler, de clef: en effet, il ne serait pas logique 



--- 3h -- 
tion de deux arcs qi viennent buter l'un 
et l'ogive n'est pas autre chase. 

[ APPAREIL ] 
de placer une clef à l'intersec 
contre l'autre à leur sommet, 
La dernière expression du principe que nous avons émis plus haut se 
rencontre dans les édifices de la fin du xn  siècle. L'appareil des mem- 
bres de la cotstruclion qui portent verticalement diffère essentiellement 
de l'appareil des constructions «Iai butent ou qui contribuent à la déco- 
ration. L'église Saint-Urbain (le Troyes nous donne un exemple trè«- 
remarquable de l'application de ce principe dans toute sa rigueur logi- 

47 

que. La construction de cette église ne 

se compose réellenent que de 

contre-forts et dé xoutes. Les contre-forts sont élevés par assises basses 
posées sur leurs lits; quant aux arcs-boutants, ce ne sont que des (rais 
de pierre et non point des arcs composés de claveaux. Les intervalles 
entre les contre-forts ne sont que des claires-voies de pierre, comme de 
°t 
grands châssis pos6s en rainure entre ces contre-forts; les chéneaux son 

le.,, dalles portant 

tëte (les contre-forts .et soulagées dans lever portée 

par des liens de pierre formant des pignons à jour, comme seraient des 
liens de bois sous n poitrail. Les décorations qui ornent les faces de 
ces contre-forts ne sont que des placages (te pierre de ctamp pos6e en 
déliL et reliée au corps de la construction, de distance en listance, par 

des assises qui font partie 
ne sont que des cloisons 
lantes les formerets des 
porches se composent de 

de cette construction. Les murs des bas côtés 
perc6es de fenêtres earrées à meneaux, dis- 
voùtes. Les arbres (arcs olivês ) des voùtes des 
longs morceaux de pierre très-minces, courbes, 

et posés bout à bot. Il semble qne l'architecte de ce charmant édifice 
ait cherché, dan la disposition de l'appareil de ses eon.,,truelions, à écono- 
ni.el-, autant que faire se pouvait, la pierre de taille. Et cependant cetle 



-- 35 --- [ arPAIEIL ] 
église porte ses cinq cents ans, sans que sa construclion ait notablement 
soffert, malgré l'abandon et des restaurations ininteiligen/es. La n«- 
nière ingénieuse avec laquelle l'appareil a été conçu êt exécuté a préservé 
cet éd tire de la ruine, que son excessive légèreté semblait devoir prompt<- 
ment provoquer(voy. COSTatm'rIos). L'étude de l'appareil des nonument 
du moyen tige ne saurait donc ëtre trop recomnatdéc : clic est i,(li<pcn- 
sable lorsqu'on veut les restaurer sans conproncttrc leur ,ulili/é ; elle «,q 

utile toujours, car jamais cette 
plus surprenants 
plus parfaite des 

science 

pratique n'a 

avec des moyens plus simples, avec 
matériaux, de leurs résistances et de lers qualité. 

Dans les édifices du xl  au XVI ¢ siècle, les lin/eax ne sont générale.- 
ment employés que pour couvrir de petites ouvertrcs, êt sont alors 
d'un seul morceau. Dans les 6difices civils particlièrcnct, t,ù les 
feng.tres et les portes sont presque toujours carrées, les iinleaux sot 
hauts, quelquefois taillés en triangle (fig. 19) pour mieux ré¢.i.,tt.v à la 
sion, ou soulagés près de leur portée par des consales tcant «x pic,ls- 
droits (fig. 20). Quand ces linteaux doivent avoir une ratt(le lonzt,:ur, 
comme dans les cheminées dont les manteax ont .,:otvcnt j«|u'5 h OU 
5 mètres (le portée, les linteaux sont appareillés en plates-ban,les (ti c. 21), 
à joints simples ou à crossettes tfig. 22}, ou a 
tenons (tig. 23). Les constructeurs connais- / \ 
salent donc alors la plate-bande appareillée,  ¢ 4 2 2 
et s'ils ne l'employaient que dans des cas 
" I 
exceptionnels et lorsq|l'ils ne pouvaient faire ii } ,1 , 
autrement, c'est qu'ils avaient reconnu les iJ 
inconvénients de ce genre d'appareil. D'ail- 
leurs il existe du cété du lqhin, là où les grès rouges des  ,»-:ges donnett 
des matériaux très-résistants et tend<es, un grand nombre ile platC- 
bandes appareillées dans des difices des .xt *, x ¢ et xv«»iècles. Dans 
la portion du ch'ateau de Coucy qui date du xlv' siècle, on xoit encore 
d'immenses fenétres carrées dont les linteaux, qui n'ont pas noins 
de tf mètres de portée, sont appareillés.en claveaux, sans aucun ferre- 
ment pour les. empécher de glisser. Mais ce sont lb des exceptions; 
portions d'arcs de cercle sont toujours préférées par les appareilleurs 



[ APPAREIL  

anciens (ri._-. 2h), du moment 
me tlre l'emploi d'un seul morceau de pierre. 

---36_-- 
que les portes sont trop grandes pour per- 

Depuis l'époque romane jusqu'au xv' si{'cle exclusivement, on ne 
ravalait pas les édifices, les pierres n'étaient point posées épannelée.,, 
mais conplétement taillées et achevées. Tout dvait donc être prévu 
par l'appareilleur sr le chantier avant la pose. Aussi jamais un joint ne 
vient couper gauchement un bas-relief, un ornement ou une moulure. 
Les preuves de ce fait intéressant abondent : 1 ° les marques de ttcherons 
«lui se rencontrent sur les pierres; 2 ° les coups de bretture, qui diffèrent 
à chaq,le pierre; l'impossibilité de refouiller certaines moulures 
3 ' . o O 
scu l (,t,, res après la pose, comme dans la figcre 8, pa, r exemple, h 
iag,;ï,:,!::!,i«ii}!  tracés (les fonds de moultïres que 1 on retrouve da[as 
llll{:',;g{l;llld[!ll;,,,,i les joints derrière les ornements (fig. '2_5) ; 5 ° les erreurs 
1 !!}!!t!] ''' (te mesures, qui on, t forcé les po.,seurs de couper par- 
r,,i, une portion d une feuille, d une sculpture, pour 
faire entrer à sa plaie une pierre taillée sur le ehan- 
'i' tier; 6 ° les combinaisons et pénétrations de moulures 
!i! de meneaux, qu'il serait impossible d'achever sur le 
 .i la pierre eût été posée épannelée seulement; 
o_.5 enfin, ces exenples si fréquenls d'édifices non 
, o ter- 

pierres posées sont entièrement 

modifie profondément..Le désir 
la profusion des ornements, des 
sur l'appareil raisonné prenant 
C'est alors la décoration 
hauteurs de bancs; il en 
et les joints, des déchets 
pour maintenir ces immenses 
en aide au con.-tructêur pour 
tenir sans son secours et par 

minés, mais dans le,qtels les dernières 
achevées o-,mme taille ou sculpture. 
Au x" siècle, le système d'appareil se 
de produire des effê. extraordinaires, 
pénétrations de moulures, l emp_rtent 
Tour base la nature des matériaux employés. 
qui commande l'appareil, souvent en dépit des 
réulte de fréquen'ls dérrochemenis dans les lits 
considérables de pierre, des moyens factices 
gàbles "a jour, ces porte à faux ;-le fer vient 
t«erocher ces alCotations qui ne sauraient 
les 

règles naturelles de la _,tatique. Cependant encore ne voit-on jamais 



un ornement coupé par un lit : le corniches sont pries dans une hau- 
teur d'assise; .les arcs sont extradossés ; les meneaux appareillés suivant 
la méthode employée par les constructeurs antériers, bien qu'ils affec- 

tent des formes 
de la pierre. On ne 
siècle plus tard, où 
colonnes au moyen 

qui se concilient 
peut encore 
l'architecte 

difficilement avec les qualités ordinaires 
signaler ces énormités si tréq,entes n 
du château d'Ëcouen app«reillail des 
de deux blocs posés en délit avec u .ioit vertical 

dans toute la hauteur; où, comme au ch'ateau de Gaillon, ,n trouvait 
ingénieux de construire des arcs retombant sur un cul-de-lampe sus- 
pendu en l'air; où l'on prodiguait ces elet's pendantes das les voûies 
d'arête, acerochées aux charpentes. 

Constatons, en finissant, ce fait principal, qui résume trute les observa- 
tions de détail contenues dans cet article. Du xv" siècle à la lin du xiv ". 
quand la décoration des édifices donne dos lignes horizotales, la construc- 
tion est montée par assises horizontales ; quand elle dotne des lignes x et'- 
tieales, la construction est verticale : l'appareil suit natrellement cette loi. 
.u xv' siècle, la déeoration est toujours verticale, les lignes horizontales 
sont rares, à peine indiquées, et cependant la construction est touj,,urs h,- 
rizontale, e'est-à-dire en contradiction manifeste avec les formes a|optée. 

APPENTIS, s. fil. C'est le nom qu'on donne à certaines constructions 
de bois qui sont accolées contre des édifiees publics ou btiments privé% 
et dont les combles n'ont qu'un égout. L'appentis a toujours ]n earac- 

tère provisoire, c'est une annexe à un btiment achev6, que l'on 6lève 
par suite d'un nouveau besoin à satisfaire, ou qu'on laisse construire 
par tolérance. Encore aujourd'hui, un grand nç, mbre de nas édifices 
publics et particulièrement de nos cathédrales, sont entourés d'appentis 
élevés contre leurs soubassements, entre leurs contre-forts. Ces con- 
structions parasites deviennent une cause de ruine pour les monuments, 
et il est utile de les faire disparaître. Quelquefois aussi elles ont été 
élevées pour couvrir des escaliers extérieurs: tel est l'appentis construit au 



[ AI'PLICATIOX ]  38 -- 
xv  siècle contre l'une des parois de la grande salle du ch;pitre de la catbé- 
dràle de Meaux (fig. 1); pour protéger des entrées, ou pour établir des mat'- 
chés à couvert autour de certains grand édilïces civils. 

APPLICATION, s. f. 0[ désigne par ce mot» en architecture, la super- 
psition de matières l)récieuses ou d'un asoec décoratif sur la pierre, la 
brique, le moellon ou le bois. kinsi on dit l'e.ppli,'atio d'un enduit peint 
sur un mur; l'application de feuilles de métal sur du bois, etc. Das 
l'antiquité grecque, l'application de stucs très-tins et colorés sur la pierre, 

dans les temples ou les maisons, était presque générale. A l'epoque 
romaine, on remplaça souvent ces enduit.,: assez fragiles par «les tables 
de arbre, ou ëtne de porphyre, que l'on appliquait au moyet d'un 
ciatênt très-adhérent sur les parois des murs de brique ou de noellon. 
Cette tnanière de décorer les ittérieurs des élitices était encore en ts;gc 
dans les premiers sîècles du moyen fige en Orient, en l talie et dals tout 
l'Occident. Les mosaïques à fond d'or furelt mème substituées aux 
peintures, dès l'époque du Bas-Empire, sur le» parêments des roLhtes et 
des murs, COlnne plus durables et plu riches. Grégoire de Tours cite 

ltel(tues églises 1)gtties de son temps, qui ét:tient décorées de marbres 
"1 
et de mosaïqes à l'intérieur, ntre atre l'église de _,hgtlon-sur-Saône, 
elevée par les soins de l"évëque Agricola. Ces exemples d'application de 
mosaïques, si communs en Italie et en Sicile, sont devenus fort rares en 
France, et nous ne connaissons guère qll'llll spécimen d'une voùte d'al»side 
décorée de mosaïque», (lui se trouve dans la petite église de Germigny-de»- 
Prés, près de Saint-Bênoit-sur-Loire, êt qui semble appartenir ,'tu x ¢ siècle. 
Depis l'époque carlovingienne ju.,_qt'au Xll" -iècle, le clergé en France 
n'était pas a..,êz riche pour orner ses églises par des procédés décoratifs 
aussi dispendieux; il se préoccupait surtout, et avec raison, de fonder 
de grads 6|abli,senent-agricoles, de policer les populations, de lutter 
contre l'esprit désordonné de la féodalité. 5lais pendant le xn" siècle, 
deretu plus riche, plus fort, possesseur de biens immenses, il put songer 
à employer le Sul»ertlu de ses revenus "à décorer d'une manière somp- 
tueuse l'intérieur des églises. De son cété, le pouvoir royal disposait déjà 
de rem, source» eonidél'ables dont il pouvait consacrer une partie à orner 
ses palais. L'immen.e étendue que l'on était obligé alors de donner aux 
églises ne permeltait plus de les couvrir à l'intérieur de marbres et de 
mosaïques; d'ailleurs ce mode de décoration ne pouvait s'appliquer à 

la nauvelle architecture adoptée; la peinture seule était propre à décorer 
ces voùtes, ces pile.-: composées de faisceaux de colonnes, ces arcs mou- 
lurés. L'apllication de matiëres riches sur la pierre ou le bois fut dès 

lors réservee aux autel,, aux retables, aux jubés, aux tombeaux, aux 
.'lôtures, enfin à toute., les parties des édifices religieux qui, par leur 
,limcnsion ou leur destination, permettaient l'emploi de matières pré- 
cieuses. Suger avait fait décorer le jubé de l'église abbatiale de Saint- 
eni par des applications d'ornements de bronze et de figures d'ivoire. 



-- ,9 -- [ APPLICATION ] 
Il est souvent fait mention de tombeau, et d'autels recouverts de lames de 
cuivre émaillé ou d'argent doré. Avant la r6volution de 192, il existait en- 
core en France une grade Iuantit6 de ces objets (voy. Tot.«u), qui ont 
tous disparu aujourd'hui. Sur les dossiers des stalles de cette mme 6glise 
de Saint-Denis, qui dataient du xi  siècle, on voyait encore, du temps de 
dom Doublet, au commencement du xx't  siècle, des applications de cuirs 
couverts d'ornement dor6s et peints. Les portes principales de la façade 

étaient revëtues d'applications de lames (te cuivre émaillées et d'o['lc- 
ments de bronze (lofé. (Dom Dotblet, t. I, p. 250 et suiv. l'avis, 1625.) 
Nos monumets du moyen gge ont été complétement dénattr6s pen- 

dat les derniers siècles, et radicalcment dévastés en 1793; nous ne 
voyons plus aujourd'lui lue lêurs murs dépouillés, hetrex encore 
qtand nous ne leur reprochons pas cette nudité. Le badigeon et la 
poussiè'e ont remplacé les peintures; des scellements arrachés, lcs 
coupsde martea so[t les seules traces indiquant lesrevëtements de métal 
qui ornaient les lombes, les clôtures, les autels. Quat aux n:ttières 
moins préeieu.-_es et lui ne povaient tenter la cupidité des réfuvma- 
teurs, on en re,:ontre d'assez nombreux fragment. Parmi les applic«t- 
tions le plus fréqettment etnplo)6es depuis le xt[  siècle jus(tu' 
renaissance, on peut citer le verre, la terre cuite vernissée et les ptes 
ffCs. Les mari»res étaient rares dans le nord de la France pendat le moyen 
âge, et souvent des verres colorés remplaçaient cette matièt'e; on les Chi- 
ployait alors comme fond (tes l)as-reliefs, des arcatures, les to[nbetx, ,1(,,, 
autels, des retables; ils décoraient aussi les itérieurs des palais. La saite 
Chapelle de Paris nous a laissé un exemple complet de ce genre d'applica,- 
tion.',. L'arcature qui tbrme tout le soubassement intérieur ,le cette chapelle 
contient des sujets représentant des marlyrs; les fonds d'tne partie de ces 
d' 
peintures sont renplis de verres bleus appliqués sur (les feilles argent et 
rehaussés h l'extérieur par des ornement. très-lins dotC. Ces verres, 1', 
ton vigouretx, rendus ehatoyants par la présence de l'argent sous-apposé, 
et semés d'or ,à leur surface, jouent l'émail. Toutes les parties 6vilées de 
l'areature, les ['nds des anges sculptés et dorés qui tiennettt des couronnes 
ou des encensoirs, sont égalenent appliqués de verres bleus ou couleur 
@aille, rehalSSés de feuillages ou de treilli d'or. On ne peut concevoir 
une décoration d'un aspect plus riche, quoique les mc, yens tl'ex.éculi,n 
ne soient ni dispendieux ni difficiles. Quelquefois atssi ce sont des verres 
blancs appliqués sur de délieates peintlres auxqlelles il donnent l'éclat 
d'un bljo émaillé. Il existe encore à Saint-Denis de nombreu' fragmen/s 
d'un autel dont le fond était entièrement revëtt de ces verres blancs appli- 
qués sur des peintures presque aussi lines que celles qli ornent les marges 
des manuserits. (les procédés si simples ont été en usage pendant les xIti °, 
xtv' et xv* siècles, mais plus particulièrement "à l'époque de saint Loui.. 
Quant aux applications «te terres cuites vevnissées, elles sont devenues 
for[ rares, étant surtout employées dans les édifices civils et les maisons 
particulières : nms citerons cependant comme exemple ne maison ,le 



[ ,l'rLC.Wm ]  hO  
bois de Beauvais, ce la lin du x ' siècle, dont tous les remplissages de 
1hec sont garni., de terres cuites émaillées de diverses couleurs. 
. partir du xl  ._,iècle. les applications de pttcs gaufrees se trouvent 

lré(l u e mm e 11 t 
rieure. Ces applicatios .,e composaient d'un 
sur lequel, pendant qu'il était encore mou. on 

sur les ,tatues et les parties délicates de l'architecture inté- 
enduit de chaux très-mince, 
imprimait des ornements dé- 

liés et peu saillants, au moyen d'tll- noule de bois ou de ter. On décorait 
ainsi le.,_ vëtemmts des tatue-, les fonds de retable, d'autel (voy. lleTal'._IC, 
ST.,,'rt;alt:), lés nelt»res de l'architecture des jubés, des clôtures; quel- 
,[ue/bib au.,_,i la nenui,erie destinée à être peinte et dorée; car il va sans 
dire que le gaufrures lU'On ,btenait pat" ce procédé si simple recelaient 
l.OUj,_,lrS de lit dorure et de la peinture, ,lui leur donnaient de la cnsistance 
, et assuraient leur durée. Nous présentons ici 
 (ti e. 1)!lll exemple tiré des applications de 

pares dorées 
.,:acraire de la 
e.t moitié de 
combien ces 

,li couvrelt les arcatures du 
.,.ai-te Chapelle; cette gravure 
l'exécution, et peut thire roir 
gaufrures stnt délicates. Ce 

n'était pas seulement dans les intérieurs que 
l'on appliquait ces p.tes; on retrom-e encore 
dans les portails des églises des Xl' et x" siè- 
cles des traces de ces gaufrures sur les vëte- 
ents des statues. A la cathédrale d'Angers, 
sur la robe de la Vierge du portail nord de la 
cathédrale de Paris, des bordures de draperies 

sont ornées de pales. Au xv  sii}cle, l'enduit de chaux est remplacé par une 
ré-ine, «li b'ebl écaillée ét disparait plus promptement que la chaux. Des 
restaurations laite à cette époque, dans la sainte Chapelle du Palais, pré- 
sentaient quelques traces visibles de gaufrures non-seulement sur les vête- 
mets des statues, mais mOme sur les colonnes, sur les nus des murs : 
c',:talent de grafides tleurs de lis, des monogrammes du OErist, des 
étoiles à rais ondés, etc. 
l'eldant les x , x  et xv  siècles, on appliquait ausbi, sur le bois, du 
xélin rendu tléxible par un ,éjour dans l'eau,'au moyen d'une couche de 
colle de peau ou de fromage; sur cette enveloppe, qui prenait toutes les 
tormes des moulures, on étendait encore un encollage gaufré par les pro- 
cédés indiqués d-dessus; puis on dorait, on peignait, on posait des xerres 
peints par-dessous, véritables fixés qu'on sertissait de pâ.tes ornéês. 
Il existe encore, dans le bas côté sud du choeur de l'église de West- 
nister, h Londres, un grand retable du Xl  siècle, exécuté par ces pro- 
cédés; ous le citons ici parce qu'il paraît appartenir ". l'école française 
de cette éI«,qle, et qu'il a pu ëtre fabriqué dans l'Ile-de-France (voy. le 
Dictionnire d« mobilier, article flv.ra.v). Le moine Théophile, dans son 
.'ssai sur divers a,'ts (chap. xx', xx'm et XlX), décrit les procédés employes 
au x * siècle pour appliquer les peaux de vélin et les enduits sur les 



pavmeax. Il parait que u temps d oie Théophile o al-)pliqit, 
par la cuisson, des verres colorés sur des vitraux, de manière à figurer 
des pierres précieuses dans les bordures des vtements, sans le secours 
du plomb. Il n'existe plus, que not;s sachions, d'exemples de vitrau, 
ïabriqués de cette manière; il est vrai que les vitraux du x  siècle sor.t 
fort rares aujourd'hui . 

APPUI, s. m. C'est la tablette supérieure le l'allége des fenëlre» (voy. 
ALLÉGE). Orl désigne aussi par barres d'aiq, ui, les pièces de bois <,, le fer 
que l'on scelle dans les jambages des t'enëtres, et «lui permettent de 
s'accouder pour regarder à l'extérieur, lorsque ces fenCtres sont ouvertes 

jusqu'au niveau du sol des planchers. Les barres d'appui ne sont guère 
en usage avant le xw ¢ siècle, ou si elles existent, elles ne sont compo6es 
que d'une simple traverse sans ornements. Par extension, on donne 
néralement le nom d'appui à l'assi»e de pierre posée sous la fenëtre dans 

L 

3 

I I 

les édifices religieux, militaires ou civils, quand mëme ces fenOtres sot:l 
très-élevées au-dessus du sol. L'appui, dans les édifices élevés du ,cm  au 
xw" siècle, est toujours disposé de façon à emp6cher la pluie qui frappe 
contre les vitraux de couler le long des parements intérieurs. 11 est ordi- 

TheophtTi presbyt, et monach, diversarvm arthtm Schedula. Paris, 18h3. 
I. ---. 6 



[ APPUI ] 

 h2 --- 

nairement [nuni à l'extérieur d'une pente fortement 
mier et d'une feuillure intérieure qi arrête les eaux 
les interstice» des vitraux et le force de s'épancher 

inclinée, d'un lar- 
pénétrant 'à travers 
en dehors (fig. l). 

Quelquefois l'appui porte un petit caniveau "h l'intérieur, aec u ou deux 
orifices de»tinés à rejeter en dehors les eau): de pluie ou la buée qui se 
forme contre les vilres. Celle disposition, qui fait. ressortir le soin qu'on 
apportait alors dans les moindres détails de la construction, se trouve 
particulièrement appliquée aux appuis des fenêtres des habitations. On 
remarque dans la plupart des fe- 
n(tres des tours de la cité de Car- 
•  cassonne, «lui datent de la liil du 
 x  siècle, des appuis ainsi tailiés 
/ (tig. '2_). Dans lêsédifiees de l'époque 
" --, romane du xt  au Xil e siècle, ces 
t précautions ne sont pas employées; 
-".- les appuis des fenëtres ne sont alors 
r. , qu'une simple tablette horizontale 
(fig. 3), comme dans les bas côtés 
de la nef de l'église de Vézelay par 
exemple, ou raillée en biseau des 
dux cétés, cxtéricurement pour 
faciliter l'écoulement des eaux, 
intéricurement pour laisser péné- 
. trer la lumière (fig. h) (voy. FENË- 
• SE). Da)s les 6glises élevées pen- 
I dant la première moitié du XIII e 
-, "'""' ' " siècle, les appuis forment souvent 
. ' , cç, nme une sorte de cloison mince 
t I I t' ous les meneaux des fenêtres 
supérieures, dans la hauteur du 
comble placé derrière le trifovium 
-:: - "- sur les bas cétés : telles sont dispo- 
-'.i. ,OE sées la plupart ds fenêtres hautes 
'"« des éditices bourguignons bàtis 
de 1200 h 1250, et notamment 
celles de l'église de Semur en Auxois (fig. 5), dont nous donnons ici 
un dessin. Ces appuis, contre lesquels est adossé le comble des bas c6tés 
doublêa du chœur, n'ont, pas plus de 0",15 d'épaisseur. Ces sortes 
d'appui sont fréquents ausi en Normandie, et la nef de l'église d'E 
nous en donne un bel exemple. 
Dans l'architecture civile ds xi ' et xii ' siècles, les appuis des fengtres 
forment presque toujours un bandeau continu, ainsi qu'on peut le voir 
dans un grand nombre de maisons de Cordes, de Saint-Antonin (Tarn- 
et-6aronne), sur les façades de la maison romane de Saint-(;illes (fig 
de la maison des Musiciens à Reims, des charmantes maisons de la ville de 



Gluny. Plu. tard, au x ' siècle, les appuis font une saillie portant lar- 
mier au droit de chaque fenêtre (fig. 7), et sont interrompus parfois soin 

les tr,meaux. Dans les édifices civils et 
portent plus de larmicrs et forment une 

habitations du xv  sibcle, ils ne 
avance horizontale profilée à ses 

7 

r i 

extrémités, de manière 5 offrir un accoudoir p[u facile aux 
qui se mettent "à la lent.tre : not]s en donnon ici un excn)plc tir5 de 
l'hte! de ville de Cmpiègae (i. 8). Cettedisposition ne c perd que ers 

la fin 

du XVI e siècle, lorsque les appuis de pierre 

sont remplacés, dans l'af- 

chitecture civile, par des harres d'appui de fer faqonné. Les fenêtres de 
maisons de bois qui existent encore des xx " et xvt" siècles sont munies 
d'appuis qui se relient aux poteaux montants, et donnent de la force et 
de la résistance au pari de bois par une suite de petites croix de Saint- 



[ all ] -- a', -- 
André qui maintiennent le dévers. Les pan. de bois de face des 
du xv  siècle ne sont, la plupart du temps, que des claires-voies 

maisons 
rotinCs 

de poteaux dont l'aplomb n'est conservé q'au moyen de la combinaison 
de la charpente des appuis. Voici un exemple d'appuis tiré d'une maison 
bgttie pendant le xv' siècle "aRouen, rue Malpalu{fig. 9). lu commencement 

du XYI" aiècle, ce système de croix 
est @néralement abandonné; les 
sablière que par de petits potelets 

de Saint-André appliqué aux appuis 
appuis ne sont portés au-de,sus des 
verticaux ,ouent enriclis de sculp- 

turcs, entre lesqels sont (li:po.-_:és des panneaux plus ou moins ornés : 
en voici un e,:emple (tï 10) provenant d'une autre maison de llouen, rue 
de la Gro.,se-Hurlogê (voy..l.,so.xs). On d,-,nnê aussi le nom d'appui h la 
tablette qui couronne le. balustrades pleines ou à jour ( oy. 

ARBALÉTRIER, s. m. Pièce de charpente inclinée qui, 
s'assemble à son extl'émité inférieure ur et 
supérieure au :ommet du poinçon. 
chiC du triangle dont l'entrait est la 
apparentes au rev{.lues à l'intérieur 
un berceau, les arbalétriers portent les épaulements qui reçoivent les 
courbes sous lesquellesvîennent se clouer les bardeaux (fig. 1). L'a rbalétrier 

dans une ferme, 
l'entrait, à son extrémité 
Le arbalétriers forment le.,; deux 
base. Dans les charpentes anciennes 
de planches ou bardeaux formant 

parte le., pannes recevant les ehevrons dans les charpentes antérieures et 
po.,térieures "a l'époque dite gothique; mais, pendant les x 
et morne xv  siècles, les arbalétriers sont dans le mëme plan que les ehe- 
vrons, et portent comme eux la latte ou la volige «lui reçoit la couverture. 
Dan les charpentes non apparentes des grands combles au-dessus des 
vofites, l'arbalétrier est quelquefois roidi par n sous-o'balétrier destiné 
à l'empècher de fléchir dans sa plus longue portée (fig. :2). Dans les demi- 
fermes 'à pente simple qui couvrent les bas cotés des églises, et en général 
lui composent les combles en appentis, l'arbalétrier est la pièce de bois 
qui forme le grand c6té du triangle rectangle (fig. 3). (Voy. 

ARBRE, s. m. 
charpente (voy. 

On a souvent donné ce nom au poinçon des flèches de 
(HAIPENTE» FL:crtr:). 

ARBRF.. DE JSSg.-- Voy. JFssÉ. 



ARC, s. m. C'est le nom que l'on donne à tout assemblage de pierre, 
de moellon, ou de brique, destiné à franchir un espace plus ou moins 
grand au moyen d'une courbe, ce procédé de construction, adopté par 
les Romains, fut développé encore par les architectes du moyen age. On 
classe les arcs employés  cette époque en trois grandes catégories : les ores 
plein einlre, formés par un demi-cercle (fig. 1); les arcs surbaissés ou en 
de panier, form6s par une demi-ellipse» le grand diamètre à la base (g. ); 

les a'cs en ogive 

3 

ou en tiers-point, formés de deux portions de cercle qui 

se croisent et donnent un angle curviligne plus ou moins aigu au sommet, 
sui'ant que les centres sont plus ou moins éloignés l'un de l'autre (fig. 3) 
Les arcs plein cintre sont quelquefois suraussés (fig. a) ou outre-passds, dits 
alors en fe" à oev«l (fig. 5), ou bombés, lorsque le centre est au-dessous de 

5 

la naissance (fig. 6). Jusqu'à la fin du x « siècle, l'arc plein cintre avec ses 
'ariétés est seul employé dans les constructions, sauf quelques rares 
exceptions. Quant aux arcs surbaissés que l'on trouve souvent dans les 
voûtes de l'époque romane, ils ne sont presque toujours que le résultat 
d'une déformation produite par l'écartement des murs (fig. 7), ayant ét6 
construits originairement en plein cintre. C'est pendant le xtt  siècle «tue 
l'arc formé de deux portions de cercle (et que nous désignerons sous le 
nom d'arc en tiers-point, conformément à la dénomination admise pen- 
dant les xv  et xvt  siècles)est adopté successivement dans les provinces 
de France et dans tout l'Occident. Cet arc n'est en réalité que la con- 
séquence d'un principe de construction complétement nouveau (voy. 
COiSTRUCTION» OGIVE» VOUTE); d'une combinaison de voùtes que l'on peut 



conidérer 
[rdifion antiques. 
de l'art, du moyen 
inhérent à la retire 
dans h 
parties 
étaient 
lant définîtivement 
que d'y substituer, 

--- h6 -- 
comme une invention moderne, rompant tout à coup avec les 
L'are en tiers-point disparait avec les dernières traces 
ge, vers le milieu du xv  siècle; il est tellement 
moderne, qu'on le voit longtemps encore persister 
construction de ces voùtes, alors que déj'à, dans toutes les autres 
de l'architecture, les formes empruntCs à l'antiquité romaine 
successivement adoptées. Les architectes de la renaissance, vou- 
exclure cette forme d'arc, n'ont trotlvé rien de mieux 
comme à Saint-Eustache de Paris, vers la lin ,l, xv  
siècle, les arcs en ellilse, le petit diamètre à la base; cotri)e d'un effet 
désagréable, difficile à/racer. pls difficile "à appareiller, et moins ésis- 
late tue l'arc en tiers-point. 
Olre les dénominations precéden/ês qui distinguent les variétés d'arcs 
employés dans la construction des éditices du moyen fige, on désigne les 
arcs par,les noms différents, suivant leur destination. Il y a les archi«ol¢es, 
les arcs-doublea«x, les arcs ogives , les a,','s /brmeréts, les a,'cs-boutants, les 
arcs ,.le d,.:charge. 
ACn'«OLTES.  Ce sont les arcs .lui ont bandés sur les piles des nefs 
ou des clvitrês, ._,ur les pied»-droits de_, p,_,rtails, des perches, des porle 
ou des fenOtre, et qui supportent la charge des murs. Les arehivoltes, 
pendant la période romane jusqu'au xn" siècle, sont ldein cintre, quel- 

8 

quefois 
courbe 
de-France et la Champa,,zne.; vers la fin 
gogne, le Lyonnai., l'Anjou, le Poitou, la 
lat le XilI" siècle, da 1Amergne, le 
l'revente. 
ltCtlIYOLTES S'OUVBAXT SUR LES BAS C6TÉS. 
le si  siècle, d'un ou deux 

eomposees, 

sur-haussées, très-rarement en fer à cheval. Elles adaptent la 
brisée dite en tiers-point dès le milieu du ,(¢ siècle, dan» l'Ile- 

pendant 

du XlI e siècle, dans la Bour- 
Normandie; et seulement pen- 
Limousin, le Languedoc et la 

Elles sont généralemenl; 
rangs de claveaux simples 

(fig. 8) sans moulures; quelquefois le second rang de claveaux, vers 
]a fin du x  siècle, comme dans la nef de l'Abbaye-aux-Dames de Caen 
(fi".. 9), est orné de bdtons rompus, de rn(a,dres ou d'un simple boudin 
(fig. t0). L'intrados de l'arc qui doit reposer sur le cintre de charpente, 



---h7 --- 

[ AIC ] 
décorent 
toujours 

pendant la construction, est toujours lisse. Les ornements (lui 
les sêconds arcs varient suivant les provinces; ils sont presquc 
empruntés aux formes géométriques dans la Normandie, aux traditions 
antiques dans la Bourgogne (fig. l !) (nef de l'église abbatiale de Vézelay), 
dans le Maconnais, le Lyonnais et la Provênce. C'est surtout pendant 

tl 

le .',tf ° siècle que les archivoltês se couvrent d'ornemets; toutefois l'arc 
intérieur reste encore simple ou seulemêtat rerouillé atx argtes par un 
boudin inscrit dans l'épannelage carré du claveau, pour e pas gèner la 

I 

pose sur le cintre de charpente (fig. 12) (nef de la cathédrale de Bayc,x). 
Le rangs de claveaux se multiplient et arrivent jusqu'à trois. L'lle-dc- 
France est avare d'ornements dans ses archivoltes et prodigue les tn[,u- 
lures (fig. 13), tandis que le centre (le la France reste fidSlc h la tradition, 
conserve longtemps et jusque vers le commencement du XIII ¢ siècle ses 



[ ,ac ] -- aS -- 
deux rangs de claveaux, celui intérieur simple, tout en adoptant l'arc en 
tiers-point (cathédrale d'Autun) (fig. la). Mais alors les ornements dispa- 
raissent peu à peu des archivoltcs des nefs et sont remplacé» par des mou- 
lures plus ou moins compliquées. EnNormandie, on voit les bdtons rompus, 
les dents de scie, )ersister dans les archivoltes jusque pendant le xiff siècle. 

En Bourgogne et dans lt Maconnais, parfois aussi les billettes, les pointes de 
diamant, les rosaces, les besants ,'en Provence, les oves, les rinceaux, les denti- 
cules, tous ornements empruntés à l'antiquité. L'intradus de l'arc intérieur 
commence à recevoir des moulures très-accentuées pendant le XIII e siècle; 
ces moulures, en se développant successivement, finissent par faire perdre 

a:x claveaux des arcs cet aspect rectan gulaire dans leur coupe qu'ils avaient 
conser'é jusqu'alors. Nous donnons ici les transformations que subissent 
les archivoltes des nefs de 1200 à 1500 : cathédrale de Paris, Saint-Pierre 
de Chartres, etc. (fig. 15), 200 à 1230; cathédrale de Tours (fig. 16), 220à 
i2t0 ; cathédrale de Nevers (fig. ), 1230 à 1250. Dans ce cas le cintre de 
charpente nécessaire à la pose du rang intérieur des claveaux doit tre 
double. Autre exemple de la m_.me époque (fig. 18 et t9), avec arc exté- 
rieur saillant sur le nu du paremet, Saint-Père sous Vézelay, i2h0 à 



t250. Cathédrale de Paris (fig. 20), 1320 à 
et 

1330; 

[ ARC ] 
cathédrales de Narbonne 

de Clermont (fig. 21), 13h0. Les profils s'évident de plus en plus à 

mesure qu'ils se rapprochent du xv  siècle: 
(fig'. 22), xv  siècle ; église de Saint-Florentin (fig. 

Saint-Séverin de Paris 
23), commencement du 

vt ¢ siècle. "Vers la fin du xv , les coupes des arcs et des 
peu près identiques dans t,)us les monuments élevés à 

courbes sont 
cette epoque. 

ARCIIIVOLTES DE CLOiTRES. -- Elles conservent la f,3rnc 
tard, jusque vers la fin du xm ¢ siècle dans le centre et 
France (voy. CLOi'/'rtE). 
]. 

plein cintre fort 
le nidi de la 



.\[t(::UlVOLrES oE PORTAILS.---Les murs-pignons des faç, ades d'églises 
état toujour.- d'ue forte épaiseur, les portes sont nécesairêment cin- 
tr6es par une ,ccession d'archivoltes superposées. Ces archivoltes, dans 
les (:,dilices ronan, pr6etent quelquefois jusqu'à quatre ou cinq rangs 

de claveaux, un plus grand nombre encore dans les édifices bAtis pen- 
dant la période ogile; les murs de ces derniers monuments, par suite 
de leur hauteur et lc leur épaisseur, doixent ètre portés sur des arcs 
très-solides : or, co,me les constructeurs du m,_,.VCl tge avaient pour 
mOlh,-,de, lorsltt'ii.-,_ voulaient résister à une forte pression, non d'aug- 
menter la loxgueur de la flèche des claveaux de leurs arcs, mais de 

l'll,llJl 

I ! /// • 

I 

mltiplier le nOl,brc de ces arcs, méthode excellente d'ailleurs (voy. CoN- 
STRUCTION), il c r6.,ulte qu'ils ont superposé juslu'à six, sept et huit arcs 
colcentriques au-dcsus des linteaux des portes de leurs façades. Ces 

sdries d'archi,colles ..«.,nt decorées 
la riche.,,se du.- édifices Pendant le 
snt plein cintre; elles fadoptent 

avec I)IIHS OU moins de luxe, suivant 
xi e siècle, les archivoltes de portais 
la forme ogivale que vers le milieu 

.tu xtt ¢ siècle, sau dans quelques provinces oh le plein cintre persiste 
jusque pendant le Xl  siècle, notamment dans la Provence, le Lyonnais 
et la Bourgogne. Elles se distinguent dans l'llê-de-France et le centre, 
l, endant le x  siècle, par une grande sobri6té d'ornements, tandis qu'en 

lormandie, en Bourgo«ne, en Poitou, en Saintongc, oi1 les 
_ 
gées, pendant le Xl  siècle particulièrement, d'une profusion 
d'entre-lacs, de figures, de rosaces. En 1N'ormandie, ce sont. 

ments 
Caen, 
ments 
la 

voit char- 
incroyable 
les orne- 

g6ométriques qli dominent (fig. 2h) (église de Than, près de 
xl ¢ siècle). Dan la Provence, ce sont les moulures fines, les orne- 
plats sculptés avec délicatesse. Dans le Languedoc et la 6uyenne, 
multiplicité de» moulures et les ornements rares (fig. 25)(église Saint- 



Sernin de 

Toulo.,;e); église de Loupiac, Gironde (fig. 26); portail sud 

I 

I 



compose de moulures 

 presque toujours chargées 
- t I de figures sculptées cha- 
" dune dans un claveau; ces 
I I, figures sontcomprises dans 
" ' ' " ! t.-. 11 ._ l'épannelage des voussoirs: 
" . 11 ple (fig. 3 ) tiré du por- 
I 
' tail sud de la cathédrale 
!1 d'Amiens, XlII ° siècle; A 
." ' indique la coupe des cla- 
veaux avant la sculpture. 
"--'- "" '- De mme, si l'archivolte se 
avec ou sans ornements,, la forme première du 

A 



claveau se retrouve (fig. 31): porte latérale de l'église 
Carcassonne, xiv  siècle. 

.ARC 
Saint-Nazaire de 

Au xv ° siècle cette methode change : les archivoltes des portails sont 
posées avec la moulure ou gorge qui doit recevoir les tigures; cette 
porte seulement les dais et supports des statuettes, et. celles-ci sont 
accrochées après coup au moyen d'un gond scellé dans le fond de la 

32 

moulure (fig. 52) (portail de l'église Notre-Dame de Semur) ; dès lors ces 
staluettes, sculptées dans l'atelier et adaptées ai)rè coup, n'ont plus 
, '  dan les portai!s des 
cette uniformité de saillie cette unité d apect qui, 
.ira  et :v « siècles, fait si bien valoir les lignes (les archivoltes et leur 
laisse une si grande fermeté, malgré la multiplicité des détails dont elles 
sont chargées. 
ARCttlVOLTES DES PORTES.--- Toutes les portes des époques-romane et 
ogivale étant, sauf quelques exceptions qui appartiennelt au Poitou et à 
la Saintonge, couronnées par un linteau, les archivoltes ne sont que des 
arcs de décharge qui empichent le poids des maçonneries de briser ces 
linteaux. Les moulures qui décorent ces archivoltes subissent les mmes 
transformations que celles des portails; le plein cintre persiste dans les 



[ ,nc ] -- 5t-- 
archivoltes des portes; on le voit encore employé jusque vers la fin du 
x,,' siècle pour les baies d'une dimension médiocre, alors que la courbe 
en tiers-point domine partout sans mélange (voy. POINTE). 
4CVOLZS DS F.'S.  Elles restent pleins ciboire, jusque pen- 
dant le xl ¢ siècle dans les provinces méridionales et du centre; adoptent 
la c,-urbc en tiers-point dans l'Ile-de-France vers le milieu du x  siècle.; 
«lans la Normandie, la Bourgogne, la Picardie et la Champagne, de 1200 
h 220 environ (voy. FENÈTBE). Elles sot généralement, pendant la 
p6riode ogivale, immédiatement posées sous le formeret des voûtes et 
se confondent mëme parfois avec lui. Exemples: cathédrales d'Amiens, 
(le Bcauvais, de Tr»yes, (le Reims, etc. 
ARC-I,OUBLEAU, ARC OGIVE, ARC FORMERET. ----L'arc-doubleau est l'arc 
qui, partant d'une pile h l'autre dans lesédifices vofités, forme connm 

G 

Nous 
n o m s 

nerf saillant sous les ber¢éaux (fig..33), 6u sépare deux vofites (l'ari}te 
donnons ici le plan d'lnê vofite d'arëte, afin de désigner par leurs 
les différents arcs qui la composent (fig. 35). Soient EF, 6H, les 
murs : AB, CD, sont les arcs-doubleaux; AD, CB, les arcs ogives; 

AC I!» les arcs formercts. 
Les routes sont construites en berceau 
du Xlt  siècle; les arcs«loubleaux alors se 

jusque vers le commencement 
composet d'un ou deux rangs 

de claveaux le pls souvent sans moulures ni ornemets (fig. 35). Quel- 
quefois les arçs-doubleaux affectent en coupe la forme d'un demi- 
cylindre, comme dans la cte.'pie de l églse Saint-Eutrope de Saintes 
(lig. 36). Les nefs de la cathédrale d'Autun, des églises de Beaune et (le 
Saulieu, qui datent de la première moitié du x  siècle, sont voûtées ne 
bercea ogival; les arcs-doublaux se composent de ,leux rangs de cla- 
veaux, le second étant orné d'une moulure ou d'un boudin sur ses arêtes 



(fig. 37) : «athédrale d'Autun. La nef de l'église de Vézelay, antérieure à 
cette époqu% présente des arc»-doubleaux pleins cintres; lesroUtes sont en 
arëte, mais sans arcs ogives {[fig. 38). Dans les édifices civils Ou x  siècle, 
les arcs-doubleaux sont ordinairement simples, quelquefoi chanfeinés 

37 

3 

seulement sur leurs ar{es (fig. 39): c'(st vers la fin ,lu x  siècle que 
les arcs-doubleaux commencent à se composer d'un faisceau de tores 
séparés par des gorges: cathédrale de Paris (fig. 40) ; églises de Saint- 
Julien le Pauvre, Saint-Étienne de Caen, de Bayeux, etc. Mais comme 

on peut l'observer à la cathédrale de Paris, les arcs-doubleaux sont alors 
minces, étroits, formés d'un seul rang de claveaux, n'ayant pas beau- 
, coup plus de saillie ou d'épaisseur que les arcs ogives avec lesquels leurs 
" profils les confondent. Vers le milieu du xm ¢ siècle, les arcs-doubleaux 

prennent deux et même quelquefois trois rangs 
rent ainsi ule beaucoup plus grande résistance 
quels ne se composent jamais que d'un seul rang 
de ces arcs 

de claveaux, et acquiè- 
que les arcs ogives, les- 
de clavcaux. Les prolils 

se modifient alors et suivent les changements observés plus 



haut dans les archivoltes de» nefs. Nous donnons ci-dessous les coupes 
des arcs-doublêaux  et des arcs ogives B de la sainte Chapelle du 
Palais (fig. /il). Ces formes d'arcs se rencontrent avec quelques variantes 
sans importance dans tous les édifiêes de cette époque, tels que les cathé- 
drales d'Amiêns, de Beauvais, de Reims, de Troyes, les églises de Saint- 
Denis, les salles du Palais, la salle synodale de Sens, etc.; les profils de ces 
arcs ..,e conservent mème encore pendant le xv' siècle, plus maigres, plus 
retbuillés, plu recherchés comme détails de mou.ures (voy. PaOFL, TIAn'). 

struire les remplissages des votes. 
courbes de bois nécessaires à la pose 
remplissages (voy. COXSTRUCTIOS). Il 
arcs ogives, les arcs-doubleaux, ni les 
moellons des remplissages, ils ne font 
le feraient des cintres de bois : c'est là 
des édifices romans ou gothiques ne se départent pas, 

3Iais, au xv  siècle, les tores avec ou sans arêtes saillantes, sont aban- 
donné» pour adopter les formes prismatiques, anguleuses,, avec de 
grandes gorEes; le arcs-doubleaux et les arcs ogives se détachent de ] 
xoùte (fig. h2); la saillie la plus forte de leur profil dépasse la largeur 
de l'extrados, et ceci était motivé par la méthode employée pour con- 
Ces saillies servaient à placer les 
des rangs de moellons formant ces 
faut remarquer ici que jamais les 
formerets, ne se relient avec les 
que porter leur retombée comme 
une règle dont les constructeurs 
car elle est impé- 
rieusemênt imposée par la nature mgme de la construction de ces 
sortes de voùtes (voy. Vot}. C'et pendant le xx « siècle que les arcs- 
doubleaux et les arcs ogive.c, aussi bien que les archivoltes, viennent 
p6nétrer les piles qui les portent en supprimant.les chapiteaux. Quel- 
quêl;»is les profils de ces arcs se prolongent sur les piles jusqu'aux bases, 
,-,ù ils viennent mourir sur les parements c«lindriques ou prismatiques 
de ces piles, passant ainsi de a ligne verti:ale à la courbe, sans arrg.ts, 
sans transitions. Ces pénétrations sont toujours exécutées avec une en- 
tente parfaite du trait (voy. Tr.«:). 
Les arcs formerêts sont engagé» dans les parements des murs et se pro- 



filent comme une 

[ Il 

--57 

moitié d'arc ogi e 

OU 

d'arc-doubleau (fig. 

.f AB(:: ] 

ils nepré- 

sentent que la saillie nécessaire pour recevoir 
des vofites. Souven{, à partir du 
x « siècle, ils traversent l'épaisseur 
du mur, forment arc de décharge et 
archivolte t l'êxtérîeur, au-dessus des 
menêaux des fen(trcs (tic. th) : Saint- 
Denis, Troyes, Amiens, Beauvais, 
Saint-Ouen de Bouen, etc. Les 
.oùtes des églises de Bouryone, 
btiês pendant le x  siècle, pré- 

particularité remar- 
formerets sont isolés 
ce sont des arcs indé- 
portant les voûtes et la 
des combles. Les murs 
sont plus que des clôtures 

sentent une 
quable : leurs 
des murs; 
pendant.,_-, 
charpente 
alors ne 

minces, sortes de cloisons percées de 
fen(tres et portant l'extrémité des 
chéneaux au moyen d'un arc de dé- 
charge (fig. h5). Cette disposition 
offre beaucoup d'avantages; elle 
annule le fàcheux effet des infiltra- 
tions à travers les chéneaux, qui ne 
peuvent plus alors salpbtrer les 

murs, puisque ces chéneaux sont 
elle permet de 
aérés ïar-dessous ; 
contre buter les vofites par des 
contre-forts intérieurs qui reportent 

la portée des remplissages 

plus sfirement la poussée sur les arcs-boutants; elle donne toutes 



facilités pour percer les murs de fenêtres aussi hautes et aussi larges 
ue possible, celles-ci n'ayant plus à se loger sous les formerets (voy. 
C'SttL'CçtO'). De plus, l'aspect de ces vootes, bien visiblement port&s 
l)ar les piles et ind6pendantes de l'enveloppe ext6rieure de l'6difice, 
est disposition 
trbs-heureux; il y a dans cette quelque chose de lo- 
gique qui rassure l',fil, en enant itelligible pour tous le système 
de la construction. On voit, ans que l'ndique la figure h5, comme les 
arcs-doubleaux, les arcs ogives et les arcs formerets viennent se p6n6trer 
à leur naissance, afin de poser 
-   XX sur un 6roit sommier, et repor- 
  "-.J > // OE ,  k  voÙts SlIP UII pOl"t PelldU iiii- 
. , ç3  /7 " 2    mobile au mo3en de la butee 
.    /> Ç   de lave-boutant. 5[al,,dans les 
 z   7   ,] rutiles des bas c6tes, il y a un 
/ "    . . • 
i- . 'ç  ï - • s'agit I d'avoir des aPchivoltes 
 /   assez 6paisses pour porter les 
 ",.. ,?   du aussi minces qe ossible 
!Jl"  supporter, non-seulement la 
,-!1 ret?mbée de ces archivoltes, 
 mats aussi celle des arcs-dou- 
. bleaux et de arcs ogtves. La 
Il I.  p6n6tvation de ces arcs, dont 
 les et les u 
épaissetrs large fs 
sont très-difr6rentes, pr6sente 
donc des difficult& à leur point de d6part »ur le tailloir du chapiteau. 
Elles sont vaincues h partir du xIi  siècle avec une adresse remarquable, 
et nous donnons ici comme preuve la disposition des naissa»ces des 
arcbivoltes, des arcs-doubleaux et arcs ogives des bas c6t6s du chœur 
de la cath6drale de Tours, XllI'Siècle (fig. hfi). L'archivolte , aussi 
6paisse que les plies, est surhauss6e afin de pouvoir p6n6trer les voùtes 

au-dessus de la naissance des arcs ogives B, et ses derniers :ran« de cla- 
xeaux reportent le poids des murs sur le sommier de l'arc-doubleau C: 
ainsi l'arc ogive et la voùte elle-mgme sont indépendants de la grosse 
construction, qui peut tasser sans dechirer ou écraser la structure plus 

légère de ces voûtes et arcs ogives (voy. t_ONSTRUCTION, "VOUTE). 
A. la réunion du transsept avec la nef et le ch,:etr des dglises, on a 
toujours donné, pendant les époques romane et ogivale, une grande 

force aux arcs-doubleaux, tant pour résister "à la pression 
pour supporter souvent des tours ou flèches centrales. 
doubleaux se composent de trois, quatre ou cinq rangs 
çomme 

des murs que 
-klors les arcs- 
de claveaux, 

à la cathédrale de Rouen, à Beauvais, à Bayeux, à Coutances 



seul, ainsi qu'on le pratiquait 
Champagne: cela permettait 
piliers et de mieux démasquer 

h Eu, etc. En Normandie particulièrement, où la croisée des églises était 
toujours couronnée par une tour centrale, les grands arcs-doubleaux 
ont deux rangs de claveaux placés c6te à côte h l'intrados, au lieu d'un 
dans l'lle-de-France, la Bourgogne et la 
de donner moins de saillie aux quatre 
les choeurs; toutefois cette disposition c 
d arc concentriques se débor- 
rassure pas l'oeil comme cette succession ' - 
riant les uns les autres et reposant sur un seul arc à l'intrados. 
A partir du x  siècle jusqu'au xv ¢, les arcs-doubleaux, les arcs ogives 
et les formerets ne sont plus ornés que par des moulures, sauf quelques 
très-rares exceptions : ainsi dans les chapelles du eh(eut (le Saint-Étienne 

de Caen, qui datent du commencement du x,  siècle, les arcs ogives 
sont décorés par une dentelure (fig./7); mais il faut dire qu'en Nor-- 
mandie ces sortes d'ornements, restes de l'architecture romane, soit par 
suite d'un goùt particulier, soit à cause de la facilité avec laqelle se 
taille la pierre de Caen, empiètent sur l'architecture ogivale jusque vers 
le milieu du XH  siècle. 
Pendant le xn  siècle, en Bourgogne, dans l'fie-de-France, on voit 
encore les arcs-double,ux et les arcs ogives ornés de dents de scie, 
de pointes de diamant, de b.tons rompus fig. t8) : salle capitulaire de 
l'église de ¥ézelay, porche de l'église de Saint-Denis, etc. Les arcs ogives 
du chœur de l'église de Saint-Germer sont couverts de riches ornèments, 
C'est à la fin du xv  siècle et pendant le xv  que l'on appliqua (le nou- 
veau des ornements aux arcs-doubleaux, arcs ogives et formcrets ; mais 
alors ces ornements présentaient de grandes aillies débordant les mou- 
lures:le chœur de l'église Saint-Pierre de Caen est un (tes exemples 
:es plus riches de ce genre de décoration appliqué aux arcs des voùtcs. 
Mais c'est là un abus de l'ornementation que nous ne saurions trop bla- 
mer, en ce qu'il détruit cette pureté de lignes qui séduit dans les x'oU{es 
en arcs d'ogive, qu'il les alourlit et fait craindre leur chute. 



XRC-BOUTAT. "---- Orl donne ce nom aux nrc» extérieurs qui, par leur 
position, sont detinés à contre*buter l poussée des voùtes en rcs d'ove. 
Leur naissance repose sur les contre-forts, leur sommet arrive au point 
de l poussée réunie de» arcs-doubleux et des 
goùts de chaque école, on a beaucoup blmé ou beaucoup loué le svs- 
t.ème des arcs-boutants; nous n'entreprendrons pas de les défendre'ou 
de faire ressortir leurs inconvénients: il n'y a qu'une chose à dire, à 
n,,tre ens, sur ce système de construction, c'est qu'il est l'expression la 
plus franche et la plus énergique du mode adopté par les constructeurs 
du moyen ige. Jusqu'à leur application dans les églises gothiques, tout 
est tàtonnement; du moment que les arcs-boutants sont nettement ac- 
cu»és dans les constructions, la structure des églises se développe dans 
son véritable sens, elle suit hardiment la voie nouvelle. Demander une 
église gothique sans arcs-boutants, c'est demander un navire sans quille ; 
c'et pour l'égli-e comme pour le navire une question d'O.tre ou de n'O.tve 
pas. Le problème que les architectes de l'époque romane s'étaient donné 
à résoudre était celui-ci:élever des vofltes ur la basilique antique. 
Comme disposition de plan, la basilique antique satisfaisait compléte- 
ment au programme de l'église latine: grand espaces rides, points 
d'appui minces, air et lumière. Mais la basilique antique était couverte 
par des charpentes, l'abside eule était vofitée; or, dans notre climat, 
les charpentes ne pré,ervent pas complétement de la neige et du vent ; 
elles se pourrissent assez rapidement quand on n'emploie pas ces dispo- 
sitions moderne de chéneau,: de métal, de conduites d'eau, etc., pro- 
cédés qui ne peuvent 6tre en usage qu'au milieu d'un peuple chez lequel 
l'art de la métallurgie est arrivé à un haut degré de perfection. De plus, 
les charpente brùlent, et un édifice couvert seulement par une char- 
pente que l'incendie dévore est un édifice perdu de la base au faite. 
Jusqu'aux x  et x  siècle il n'est question, dans les documents écrits 
de notre histoire, que d'incendies d'églises qui nécessitent des recon- 
structions totales. La grande préoccupation du clergé, et par conséquent 
des architecte qui Cevaient des églises, était, dès le x  iècle, de voùter 
les nef des basilique. Mais les murs des basilique«, portés sur des co- 
lonnes grèles, ne pouvaient présenter une résistance suffisante à la poussée 
des voùtes hautes ou basses. Dans le centre de la France. les construc- 
teurs, vers le x  siëcle, avaient pris le parti de renoncer à ouvrir des" 
jours au ommet des murs des nefs hautes, et ils contre-butaient les 
routes en berceau de ces nefs hautes, soit par des demi-berceaux, comme 
dans la plupart des églises auvergnates, soit par de petites voùtes d'arête 
élevées sur les bas c6tes. Les nefs alors ne pouvaient tre éclairCs que 
par les fenêtres de ces bas c6tés presque aussi hautes que les grandes 
nefs. Le_- murs extérieurs. épais et renforcés de contre-forts, maintenaient 
les poussées combinée, des grandes et des petites vofites (voy. Aacm- 
':CrCaE E.(;:CS). Mais dans le nord de la France ce système ne pou- 
,ait prévaloir : de grands centres de popul.ir»ns exigeaient de va,tes 



duoi un demi-berceau continu 
p.oussées sont reportCs sur 
qes points espacés au droit de 
chaque pile ? I1 y a quelque 
chose d'illogique dans ce 
.ysème, qui dut bientôt frap- 
per des esprits enclins à tout 
ramener à un principe vrai et 
pratique. Or, supposons que 
le demi-berceau A fi guré dans 
la coupe de la nef de l'Ab- 
baye-aux-ltommes (fig. 
soit coupé par tranches, que 
ces tranches soient conser- 
vées seulement au droit des 
poussées des arcs-doubleaux 
et des arcs ogives, et suppri- 
c est-h- 
reCs entre les piles, ' • 
dire dans les parties off les 

églises, on avait besoin de lumière; il fallait prendre des jours directs dans 
les murs des nefs, et renoncer par cons6qent à contve-blcr les vofltes 
hautes pardes demi-berceaux continus élevés sur les bas eStC. Dans quel- 
ques églises de Normandie, celles entre autres de l'Abbaye-«x-ll,mmês 
et de l'Abbaye-aux-Dames de Caen» les constructeurs, au x  siècle, avaict 
cherché un moyen terme : ils avaient élevé sur des piles flrt épaises lc 
grandes voOtes d'arëte des nefs hautes, et., ménageant de petits jours sous 
les formcrets de ces voùtes, ils avaient cherché à contre-buter leur pougéc 
par un demi-berceau continu bandé surle triforium (fig. h9). laisce demi- 
berceau n'arrix'e pas au point de la poussée de ces volutes hautes. Et pour- 
pour maintenir une voflte d'arC, te (lnt les 

poussées des grandes voùtes n'agissent pas,l'arc-boutant est trouvé; il per- 
met d'ouvrir dans les travées des jours aussi larges et au,si bas que pos- 
sible.Le triforium n'est plus qu'une galerie à laquelle on ne donne qu'une 
importance médiocre. Le bas côté, composé d'un rez-de-chaussée, est cou- 
vert par un comble en appentis. Ces murs épais deviennent alors inutiles ; 
les piles des nefs peuvent rester grêles, car la stabilité de l'édifice ne 
consiste plus que dans la résistance des points d appu cxtérieurs sur 
les.quels les arcs-boutants prennent naissance (voy. CONTtlE-FORT). Il fallut 
deux  siècles de t',ttonnements, d'essais souvent malheureux, pour arriver 
à laotion de ce problème si simple, tant il et vrai que les procédés 
les plus naturels, eri construction comme en toute chose, sont lents à 
[rouver.. Mais au«si, dès que cette nouvelle voie fut ouverte, elle fut par- 
courue avec une rapidité prodigieuse, et l'arc-boutant, qui naît à peine 

au XII e siècle, est arrivé à l'abus au XIV e. Quelques esprits judicieux veu- 
lent conclure, de la eorrupt!on si prompte du grand principe de la con- 
struetion des édifices gçthiques, que ce principe est vicieux en lui-mOrne; 
et cependant l'art grec, dont personne n'a jamais contesté la pureté, soit 



["ARC ] 
comme principe, 
et Périclès n'était 

soit 
pas 

--- 62 --- 
comme forme, a duré à peine soixante-dix ans, 
mort que déjà l'architecture des Athéniens arrivait 

à son déclin. Nous pensons, au contraire, que, dans l'histoire de la civili- 
sation, les arts qui sont destins ,à faire faire un grand pas à l'esprit 
humain sont précisément ceux qui jettent tout "à coup une vive clarté, 
pour s'éteindre biênt6t par l'abus mgmê du principe qui les a amenés 
promptement à leur plus grand développement (voy. ARCIIITECTURE). 
Les besoins auxquels les architectes du moyen 'Age avaient  satisfaire 
en élevant leurs élises, les amenaient presque malCWeux ' employer 
l'arc-boutant; nous allons voir comment ils ont su développer ce sys- 
tènte de construction et comment ils en ont abusé. 

Ce n'est, comme nous venons de le dire, qu'à la fin 
l'arc-boutant se montre franchement dans les édifices 
de la France;il n'apparait dans le centre et le midi 
importation, 

du XII e siècle que 
religieux dtl nord 
que comme une 

vers la fin du xIII e siècle, lorsque l'architecture ogivale, 

la Champagne et la Bourgogne, se 

et parmi les plus anciens, l'un des 

déjà développée dans l'lle-de-France, 
répand dans tout l'Occident. 
Nous donnons en première ligne, 

arcs-boutants du choeur de l'église Saint-I',emi de Reims, dont la con- 
struction remonte à la dernière moitié du xn - siècle (fig. 50). Ici l'arc- 

boutant est simple; il vient contre-buter les voûtes au point de leur 
poussée, et répartit sa force de résistance sur une ligne verticale assez 
longue au moyen de ce contre-fort porté sur une colonne extérieure, 
laissant un passage entre elle et le mur au-dessus du triforium. Mais 
bient6t les constructeurs observèrent que la poussée des vo6tes en arcs 
d'ogive d'une très-grande portée agissait encore au-dessous et au-dessus 
du point mathématique de cette poussée. La théorie peut, en effet, dé- 
montrer que la poussée d'une vote se résout en un seul point; mais la 
pratique fait bient6t reconnaitre que cette poussée est diffuse et qu'elle 



agit par suite du glis.,:ement possible des claxeaux des arc« et de la ml- 
tiplicité des joints, depuis la naissanc.e de ces arcs jq'à la oitié 
environ de la hauteur de la voflte (fig. 51). En effet, soit A le point ma- 
thém:,tique de la pous.-,ée d'une vofite en arc d'ogive; si la VOlte a une 
portée (le 10 à 15 mtres, par exemple, un seul arc-boutant arrivant en A 
ne suftira pas pour empècher la vottte d'agir au-dessus et au-dessous de ce 
point. De mëme qu'en étayant un mur qui boucle, si l'on est prudent., on 
posera verticalement sur ce mur une couche de bois et èeux étais l'un au- 
dessus de l'autre pour arrgter le bouclement; de mgme les con.,tructeurs 
qli Alevèrent, au commencement du XIII e sibcle, les grandes nefs des cathé- 
drales du Nord, établirent de. C en B un contre-fort, véritable couche de 
pierre, e! deux arcs-boutants l'un au-dessus de l'autre, le prenier arriva,t 
en C, au-:tessous de la p«,ussée, le second en B au-de,»us de cette pous.,ée. 
Par ce moyen, les 'o6tes se trouv.i,nt étr,;sillonées à l'ext'_rieur, et les 

verticalement. Les volutes hautes du 

arcs-doubleaux ne pouvaient, non 
plu.s que les arcs ogives, faire le 
moindre moucmcnt, le point réel 
de la p,-_,uss!e se trouvant agir sur 
un contre-fort maintenu dans un 
plan vertical et roidi pat' la b(ttée 
des deux arcs-boutants. Xu-dessous 
de la nais.-_ance de la vofite ce contre- 
îort CB cessait d'(tre utile; aussi 
n'est-il plus porté que par une 
colonne isolée, et le poids de ce 
contre-fort n'agissant pas verticale- 
ment, les constructeurs, ,ont anae- 
nés peu à peu à réduire le diam/}tr'e 
de la colonne, dont la t'onction se 
borne à prévenir (les dislocations, 
• à donner dtl ,vide à la çonstruction 
des pile.,; sans l»ren(lre de charge. 
Aussi ver le nilieu du Xlt" siècle, 
oeseolonnes isolées sont-elles faites 
de grandes pierres minces posées 
en délit, et peuvent-elles se compa- 
rer à ces pièces de charpente nom- 
tuées ct«,,delles, que l'on pose plu- 
t6t pour roidir une c'c»n.,,.truetion" 
faible que pour porter un poids 
agissant 

| ! 

chœur de 
premières 

la cathédrale de 
années du xiIl e 
(fig. 5:2) dont les 

Soissons, dont la constructiop_ remonte aux 
siècle, sont conlre-butées par des arcs-boutants doubles 
ttes'iennent s'appuyer contre des plies portAes par des colonnes engagées. 
Un passage est. réservé entre la colonne inférieure et le point d'appui ver- 
tical qui reçoit les sommiêrs des votes. Il est nécessaire d'observer que le 



l ac ] --6h--- 
dernier clan'eau de chacun des arcs n'est pas engagé dans la pile et rete 
libre de glisser dans le cas où la votte ferait un mouvement par suite 
d'un tassement des points d'appui verticaux; c'est là encore une des 
conséqcences de ce principe d'élasticité appliqué à ces grandes btisses, 
et sans lequel leur tabilité serait compromise. La faculté de glissement 
laissée aux arcs-boutants empche leur déformation, et il n'est pas be- 
soin de dire qu'ils ne peuvent conserver toute leur force d etrésfllonne 

5[ ,/ 
/ / 
. 
 / 
îl 

meurt qu'autan qu'ils ne se déforment pas. En effet (fig. 53), soit ABC 
un arc-b,ulanl, la pile verticale D venant à tasser, il faudra, si l'arc est 
engagé au point A, qu'il se rompe en B, ainsi que l'indique la figure 1. 
Si, al contraire, c'est le contre-fort E qui vient à tasser, l'arc étant en- 
,,agé en A il se rompra encore suivant la figure II. On comprend donc 
combien il importe que l'arc puisse rester libre en A pour conserver, au 
moyen de son glissement possible, la pureté de sa courbure. Ces précau- 
tions dans la combinaison de l'appareil des arcs-boulants n'ont pas été 
toujours pri.,:es, et la preuve qu'elles n'étaient I a inutiles, c'est que 
leur oubli a presque toujours produit des effets ftcheux. 
La nef de la cathédrale d'Amiens, élevée vers 12.30, présente une disposi- 
tion d'arcs-boutants analogue à celle du chœur de la cathédrale de Soissons; 
seulement les colonnes supérieures sont dégagées comme les colonnes in- 
férieures, elles sont plus sveltes, et le chaperon du second arc-boutant sert 



de canal pour conduire les eau'; des chéneaux du grand comble à l'extré- 
mité inférieure de l'arc, d'où elles t)mbent lancées par des gargouilles 
lvoy. C,:.,u, G.,.a6..). Ce moyen de résitance opposé aux poussées 
desvoûtes par les ar«s-boutants doubles ne sembla pas toujours assez puis- 
sant aux con.tructeurs du x  siècle; ils curent l'idée de rendre solidaires 
les dêux arcs par une série de rayon., qui les réunissent, les é|ré.illonnent 
et leur donnent toute la résistance d'un mur plein, en leur laissant une 

normaux aux courbes; qu'enfin 
oblique destinée à résister à des 

c'est là une con.tructinn entiOrement 
pesanteurs agissant obliquemeflt. 

grande légèreté. La cathédrale de Chartres nous donne un admirable 
exemple de ces sorte l'arcs-boutants(g. 5h). La eon,tructiun de cet édi- 
fice présente dans toute» ses parties une force remarqable; les vogtes ont 
une épaisseur inusitée (0',0 environ): les matériaux employés, lourds, 
rugueux eompaetes, se provient peu au, délicatesses de l arçhitecture 
gothique de la première moitié du x  sièclê. Il était nécessaire, pour ré- 
sister à la poussée de ces voatês épaisses et qui n'ont pas mois de 15 mètres 
d'ouverture, d'établir des buttes énergiques, bien assisês : aussi, figure A, 
on observera que tout le bystème des arcs pénètre dans les contre-forts, 
s'y loge comme dans une rainure;que tous les joints de l'appareil sont 



Ce »v»tèmc d'étrésillonnemcnt ,les arcs au moyen de rayons intcrmé- 
diaires ne parait pas toutefois avoir été fréquemment adopté pendant le 
X[l" siècle ; il e,t vrai q'il n'y avait pas lieu d'employer des moyêns aussi 
pui.,.sants l,our résister à la poussée des voltes, ordinairement fvl't légères, 
mèmc lan lês plus grandes églises ogivales. A la cathédrale de Rcims, 
, un de l'autre ; les 
les alcs-boutanls sont doubles mais indépendant 1' 
contructcur deviennêrt plus hardis vers le milieu du xn  siècle, alors 
que le pile., sont plus grëles, les vo0tcs plus légères. Une fois le principe 
de la con.-.truction des églises gothiques admis, on en vint bientôt à l'ap- 
pliquer las cs conséquencês les plus rigoureuses. Observant avec 
jltcssê ,I'unc vo0te bien contre-bukée n'a besoin, pour soutenir .ca nais- 
sance, (le d'un point d'appui vertical minçe comparativement a poids à 
supporter, les constructeurs réduisirent pc . peu les piles et reportèrent 
tote la force de rési[ance à l'cxté'icur, sur les contre-fort (voy. C(,'- 
ST[',tCTm.'). [1 évidèrct complétcment les intervalles entre les piles, sous 
les tvrmerets, par de grandes ïenStrcs h meneaux; ils mirent à jour les 

galeries au-dessous de ces fe- 
nOtres (voy. TltlFO/tlt.l), et tot 

le système de la construction 
des grandes nefs se r,_"duisit 
h des piles grëles, rendues ri- 
,_,ide. par la charge, et main- 
[ellues dans un plan ve['ti«al 
par suite de l'équilibre établi 

r I I ,1 1_ ' 
• , '. , trouvons adopté au 
" L i i I 
 ' dans les ch_eurs des cathé- 
 ........   ï ŒE , 

entre la poussee des voùtes et 
la butée des arcs-boutants. 
La nef et l'oeuvre haute du 
choeur de l'église de Saint- 
Denis, bties sous saint Louis, 
nous donnent .une des appli- 
cations les plus parfaites de ce 
principe (fig. 55), que nous 

siècle 

:' i  '-'17 drales de Troyes, de Beauvais, 
,-- ' , et plus tard, au xi'«  siècle, à 
" Saint-Ouen de Itouen. Toute la 
science des constructeurs d'é- 
glises con.-itait done alors à établir un équilibre parfait entre la poussée 
des vo6tê., d'une part, et la butée des arcs-boutants, de l'autre. Et il faut 
dire que s'ils n'ont pas toujours réussi pleinement dans l'exéeution, les 
erreurs qu'ils ont pu commettre démontrent que le système n'était pas 
mauvais, puislte , malgré des alCormations effrayantes subies par quel- 
ques-uns de ces monuments, ils n'en sont pas moins restés debout depuis 



six cents as, rce à l'élatcté de ce moe e co$truclo. Il faut 
ajouter aussi que dans les grands édifices btis avec soin, au moyen de 
ressources suffisantes et par des gens habiles, ces d6fl)rnations ne se 
rencontrent pas, l'équilibre des constructions a été maintenu avec une 
science et une adresse peu commlnes. 
La courbure des ares-boutants varie suivant la eous'bure des ares-dou- 
bleaux, le diamètre de ces arcs-boutants, leur épaisseur et l'épaisseur de 
la culée ou contre-fort. 
Ainsi les ares-boutants primitig sont généralement formés d'un quart 
de cercle (fig. 56); mais leurs claveaux sot ,pai el l,_urds, ils rsitent 
à l'action de la poussée des vofltes par leur poids, et, venant s'appu3"er au 

droit de cette poussée, ils ajoutent ur les piles A une nouvelle charg h 
celle des voùtes : c'est une pesanteur inerte venant neutraliser une pous- 
sée oblique, f0uand on comprit mieux la véritable fonction des arcs- 
boutants, on vit qu'on pouvait, comme nous l'avons dit déjà, opposer 

à la poussée oblique une résistance oblique, et non-seulement ne plu., 
charger les piles A d'un surcroit «le poids, mais nëme lés .-_oulager d'une 
partie du poids des voùtes. D'allient.c, on avait "pu obserxer que les arcs- 
boutants, étant trac& suivant un quart de cercle, se relevaient aupoint 
B lorsque la poussée des voùtes était considérable, et si le poids dea 
elaveaux des arcs n'était pas exactement calculé de manière à conserver 
leur courbure sous l'influence de cette pression. Dès lors les arcs-boutanls 
furent eintrés sur une portion de cercle dont le centre était placé en 



[ ARC ] 
dedans 
étai, 

--- 68 -- 

des piles des nefs (fig. 57); ils remplissaient ainsi la 
n'opposaient plus une force passive à une force active, 

l I 

veture), et dont la pouss6e 
1 ac]it,-', des arc»-doubleaux; car 
en pivotant ur leur sommier D, 

fonction d'un 
mais venaient 
porter une partie du poids de la voOte, en 
mëme temps qu'ils maintenaient son ac- 
tion latérale, et déchargeaient d'autant les 
piles A. Si, par une raison d'économie, ou 
faute de place, les culées C ne pouvaient 
avoir une grande épaisseur, les arcs-bou- 
tants devenaient presque des pilês incli- 
nées, très-légèrement cintrées, opposafit 
aux pou.,:.,ée, une résitance considérable, 
et reportant cette pous,ée presque vertica- 
lement sur les contre-forts. On voit des 
arcs-boutants ainsi construits dans l'église 
Notre-Dame de Semur en .uxois (fig. 58), 
monument que nous citerons sou'cent à 
cau.,e de son exécution si belle et de l'ad- 
mirable enlente de son mode de construe- 
iOll. Toutefois les ares-boutants ainsi 
construits ne pouvaient maintenir que des 
voùtes d'une faible portée (celles de 
Dame de Semur n'ont que 8 mètres d'ou- 
se rapprochait de la verticale par suite dê 
ils se seraient certainement déversés 
si les arcs-doublêaux, me rapprçchant 

du plein cintre, eussent produit des résultantes de pression suivant un 
angte v,,isin de h5 degrés. Dans ce cas, tout en cintrant les arcs-boutants 

sur un arc d'un très-grand 
conséquent, on avait le soin 
r.aissance, près de la culée, 
a.lopt6 dans la construction 

rayon, et d'une courbure peu sensible par 
de les charger puissamment au-dessus de leur 
por éviter le déversement. Ce système a été 
des inmenes arc»-boutants de Notre-Dame 



de Paris, reïaits au xt ¢ siècle (fig. 59). Ces arcs prodigieux, 
moins de 15 tnètres de rayon, furent élevés par suite (le disp,.,siti,ms 
exceptionnelles (voy. (ATIlÉDtlALE) :c'est lgt un fait unique. 
Tous les exemples que nous venons de donner ne reproduisetlt 
des arcs-boutants simples ou ,loubles d'une seule volée; nlai dans les 

[ APC ] 
qui 'ot pa 
tout 

chceurs des grandes cathédrales, par exemple, ou «lans les; nef.,; des xt ¢, 
xx" et xv « siècles, bordCs de doubles ba c6tés ou tic bas c.Otes et tic 
ehapelles communiquant entre elles, il eut fallu Oral»lit ,les arcs-b,_,utants 
d'une lrop grande portée pour' t'ranchir ces espace», s'ils etent été 

s'appuyer sur les contre-k, rts extérietrs, Oll ces cotre-f,.»rls aur«tient dù 
alors prendre un espace étendu en dehor des éditicc.,. Or tous 
pas oublier que le terrain était chose à nénager ,lans les villes 
lge. Naus le répétons, les arcs-boltants de la cathédrale de 

ne devons 
dll lllOVel 
Paris, qui 

franchissent les doubles bas cotés, sont un c'temple utti,lue; ,_,rliaire- 
ment, dans les cas que nous venons de signaler, les arc-boutants ont à 
deux volées, e'est-à-dire qu'ils sont séparés par un point d'appui inter- 

médiaire ou repos, qi, en divisant la pousée, détruit une partie (le »on 
elle/, et permet ainsi de ré(ltire l'épaisseur des contre-forts extérieur_-. 
Dans les cheurs des grandes (églises bfities pendat les xi , xv  et 

xv" siècles, les chapellês pré.,cnIent finéralenlelt en plan une di.-_position 
telle que derrière le.,, piles qui t;»rtnet la séparation do c.o» «hapelles, les 
murs sont réduits à. uue épaisseur extrèntêmêut faible (lig. [_;0,, à c;tttse 

de la disposition rayonnante 
plein sut' le mur 
turc au point C, 
tout le poids de 
fort sur la partie résistante de 
le contre-fort ne serait pas assez 

de séparation 
car c'est sur 
l'arc-boutant. 

de l'abside. Si l'on élevait un contre-fort 
de t. en B, il y attrait cel't«i,ettell rup- 
ce point faible que viendrait .,_e reporter 
Si l'on se contentait d'élever u contre- 
cette séparation, de C2 en B par exemple, 
épais pour résister à la poussée des arcs- 

boutants bandés de D en C, en tenant çoml)te surtout de la l;tlteur ,les 
naissances des voûtes, comparativement à l'espace CB. t. la calheIrale 
de Beauvais, la longueur AB de séparation des chapêlles est à la hau- 
teur c'les piles D, jusqu'à la naissance de la voùte, con.?me 1 est à. 6, ét la 
loagueur CB comme I est à 9. Voici donc comme,t les constructeur:, 
du xttt' siècle établirent les arcs-boutauts du chueur de cette immons¢: 



[ ,c ] -- 70- 
église tfig. 6). Pour laisser une plus grande r(sistance à la culée de, 

I 
l 
| 
| 
| 
| 
| 
| 

B 

oontre-forts A, C, ils ne craignirent pas de poser la pile A 

en porte à faux: 



sur la pile B, calculant avec raison que la poussee 
SUl)érieurs tendait à faire incliner cette pile A, et 

de.,, deux 
reportait 

ARC ] 

arc-boutant 

sa charge ur 

son parement extérieur h l'aplomb de la pile B. Laissant un vide entre la 
pile A et le contre-fort (3, ils bandèrent deux autres petIs arcs-boutants 
dans le prolongement des deux grands, et surent ainsi maintenir l'aplomb 

de la pile intermédiaire k chargée par le pinacle D. Gr'aee à celte division 
des forces des poussées et à la stabilité donnée à la pile k et au contre- 
fort C par ce surcroit de pesanteur obtenu au moyen de l'adjonctian 

des pinacles D et E, l'équilibre de tout le système s'est conservé; et »i le 
chmur dê la cathédrale de Beauvais a menacé de s'écrouler au xiv  siè- 
cle, au point qu'il a fallu élever de nouvelles pilcs entre les anciennes 
dans les travées parallèles, il ne faut pas s'en prendre au sy.-tème a,lolté , 
qui est trè.s-savamment combiné, mais à certaines inl, erfections dans 
l'exécution, et »artout "h l'ébranlement caus à l'éditice par la chute 

la flèche centrale élevée imprudemment sur le 
struction de la nef. D'ailleurs, l'arc-boutant que 
tient au rond-point, dont toutes les parties ont 
ous citons le chœur de Beauvais parce qu'il 

transsept avant la con- 
nous donnons ici appar- 
conservé leur allomb. 
e.-,_t la dernière limite à 

laquelle la construction des grandes églises du x  siècle ait pu arrixêr. 
C'est la théorie du systèn-m n-tise en pratique avec .-.es conséquen«es 
morne exagérées. A ce point de vue, cet éditice ne saufait ètv,. 6ttdié 
avec trop de soin. C'est le Parthénon de l'avchilecture franc'aise; il ne 
lui a manqué que d'ètre achevé, et d'ètre placé au centre d'une polula- 

tion conservatrice et sachant, comme les Grecs de l'antiquité, al.,lr,«icr , 
respecter et vanter les grands effort» de l'intelligence humaine. Le 
architectes de la cathédrale de Colcgne, «lui bStirent le 'ho_'ur ,le cette 
église peu après celui de Beauvais, appliquèrent ce système d'ar«s-lou- 

lants, mais en le perfectionnant SOIIS le rapport de l'exécutivi. I1_, char- 
gèrent cette construction simple de détails infinis ,li nuisent à s,) oit'et 
sans augmenter ses chances de stabilité (voy. 
:rio.x). Dans la plupart des églises bàties au commeicement du Xll e siècle, 

les eaux des chéneaux des grands combles s'gouttaiênt par les larmiers 
des corniches, et n'ét.aient que rarement dirigées dans des canaux dés- 
tinés à les rejeter promptement en dehors du périmètre de l'édifice (vc,.v. 
Gn£.'v.au). On reconnut bientôt les inconvénients de cet état de cho.es, 
et, vers le milieu du xiii  siècle, on eut l'idée de se servir des arcs-boutant 
supérieurs comme d'aqueducs pour conduire les eaux des chéneaux des 
grands combles h travers les tgtes des contre-forts; on évitait ainsi de 
longs trajets, et l'on se débarrassait des eaux de pluie par le plus court 
chemin. Ce système fut adopté dans le ch,eur de la cathédrale dê Beau- 
vais (fig. 61). Mais on était amené ainsi à élever la tte des arcs-boutant.- 
supérieurs jusqu'à la corniche des grands combles, c'est-gt-dire bien 
au-dessus de la poussée des rot_lieS, comme à.Beauvais, ou ,à conduire 
les eaux des chéneaux sur les chaperons de ces arcs-boutants au moyen 
de coffres verticaux de pierre qui avaient l'inconénient de causer des 



infiltrations au droit des reins des ofites. La poussée de ces arcs-boutants 
supérieurs, agissant à la tte des murs, pouvait causer des désordres 
dans la construction. On remplaça donc, vers la fin du xm' siècle, les 
arcs-boutants supérieurs par une construction à claire-voie, véritable 
aqueduc incliné qui étrésillonnait les têtes des murs, mais d'une façon 
passive et sans pousser. C'et ainsi que furent construits les arcs-boutants 
du chœur de llt cathédrale d'Amiens, élevé. vers 1260 (fig. 62). Cette 
première tentative ne fut pas heureuse. Les arc»-boutants trop peu 

charas par ce aqueducs à jour, purent se maintenir dans le rond-point, 
là où il n'avaient à contre-buter que la pouéc d'une seule nervure de 
la vo0te; mais, dans la partie parallèle du ctceur, là où il fallait résistcr 
à la poussée combinée des arcs-doubleaux et des arcs osics, les arcs- 
boutants se soulevèrent, et au xv ' siècle on dut bander, en c0ntre-ba 
des arcs primitif, de nouveaux arcs d'un plus grand rayon, pour neu- 
traliser l'effet produit par l- poussee (.c» grandes ofitc. Cette expérience 
profita aux constructeurs des XlV' et xv « siècles, qui combinèrent dès 
le+-. aquedttcs surmontant les arcs-boutants, de façon à éviter ce relècone.t 
dartgerêux Toutefois ce système d ajueducs appartient particulièrement 

et on le voit rarement 
de File-de-France,. de 

aux églises de Picardie, de Champagne et du .ord, 
employé avant le XVl  siècle dans les monuments 
l« Bourgc, gne et du Nord-Ouest. ._ 
Voici comment, au xv  siècle, l'architecte q:i r6édifia e rade parlie. 



--- 73- [ .p,¢ 
"e chœur de l'église d'Eu sut prévenir le relèvement des arcs-boutants 
surmontés seulement de la trop faible charge des aq ue(lucs à jour. Au lieu de 
poser immédiatement les pieds-droits de l'aqueduc sut" l'extrados (le l'arc 
(fig. 63), comme dans le chœur de la cathédrale d'Amiens, il établit d'abord 
sur cet extrados un premier Araide pierre AB. Cet étai e,t appareillé comme 
une plate-bande retournée, de façon à opposer une résistance puissante 
;tu relèvement de l'arc, produit au point C, par la poussée de la voùte; c'est 
sur ce premier étai, rendu inflexible, que sont posés les pieds-droit de 
t'aqueduc, pouvant dès lors ëtre ailA@ sans danger. D'après ce système, 

,t 

à-jour D ne 
déformation 
qu'un corps 
neutralisent 

sont que des étrésillons qui sont dcstinés à empècher toute 
de l'arc de E en C; l'arc ECH et sa tangente rB e furment 
homogène parfaitement rigide, par suite des forces qui se 
en agissant en sens inverse. L'intlexibilité de la première ligne 

AB étant 
droite et forme un second étai de 
supérieures de la vodte :la figure 
mur plein sans en avoir lt: poids. 
et le mgme principe est adopté 

opposée au relèvement de l'arc, le chaperon FG conserve la ligne 
pierre qui maintient encore les poussées 

ECHFG présente toute la eslstance d'un 
Ces arcs-boutants sont à doubles volées, 
dans la construction de chacune d'elles. 

L'emploi 
approfondie de la poussée des voùtes, poussée qui, 
dit plus haut, varie suivant la nature des matériaux 

de l'arc-boutant dans les grands édifices exige/lre expérience 

comme nous l'avons 
employés, leur poids 
.--- i0 



[ t, sc ] -- 7' ---- 
et leur degré, de résistance I1 ne faut donc pas s'étonner si de nombreuseg 
tentatives faites par des constructeurs peu expérimentés ne furent pas 
toujours couronnées d'un plein succès, et si quelques édifices périssent 
par suite du d6faut de savoir de leurs architectes. 
Lorsque le goOt dominant vers le milieu du Xl  siècle poussa les 
constructeurs à élever des 6glises d'une excessive 16gèret6 et d'une grande 
616ration sous routes, lorsqu'on abandonna partout le système des arcs- 
boutants primitif dont nous avons donn6 des types (fig. 50, 52, ha), il 
dut y avoir, et il y eut en effet, pendant près d'un demi-siècle, des taton- 
nemcnts, de h6sitations, arant de trouver ce que l'on cherchait: l'arc- 
boutant r6duit à sa v6ritable fonction. Le constructeurs habiles résolurent 
proptemcnt Ie problème par des voies diverses, comme  Saint-Denis, 
" I' , 
COlnme  Beauvais, comme à alnt- ierre de Chartres comme h la cathé- 
drale du Mans, comme ¢k Saint-Étienne !' Xuxerre, comme àNotre-Dame de 
Semur, comme aux cath6drales de Reims, de Coutances et de Bayeux, etc., 
tous 6ditices bàtis de IOE0 h 1260; mais les inhabiles (et il s'en trouve 
dans tous les temps)commirent bien des erreurs jusqu'au moment oh 
l'èxp6rience acquise h la suite de nombreux exemples put permettre 
dëtablir des règles lixes, des formules qui pouvaient servir de guide aux 
constrcteurs novices ou n'6tant pa» dou6s d'un g6nie naturel. A la fin 

l'arc-boutant appliqué 
les rèalês touchant la 
les écoles de construc- 

du XIII e siècle, et pendant le XIV e, O11 voit en etrêt 
sans hésitation partout; on s'aperç.oit alc, rs que 
stabilité dês voùtes ont devenues classiques, qtê 
tion «,tt admis de.,_ t-)rmttle.-, certaines; et si quel,lues génies 

audacieux 

S'el écartent, ce sont des exceptions. 
Il existe en France trois grandes églises bttiés pendant le xIv" siècle, 
qui nous font voir ,iusqt'h qtel point ces règles sur la construction des 
vc,fttes et des arcs-boutants étaient devenues tixes : ce sont les cathédrales 

de Clerlont--Ferrand, de Limoges et de 
l'oeuvre d'un seul homme, ,.,u au IlOils 
qu'ils .-:oient élevés tous trois au delà 

Narbonne. Ces trois édifices sont 
d'une école particulière, et bien 
de la I_orê, ils appartiennent à 

l'architecture (lu Nord. Comme plan et comme construction, ces trois 
nmnumênts préentent une complète analagie; ils ne ditrèrent que par- 
leur alAcotation ; leur stabilité est parfaite ; un peu froids, un I»eu soumis 
à des règles classiques, ils sont par cela nème intéressants à étudier pour 
nous aujourd'hui. Les arcs-boutants de ces trois édilïees (les chreur's seuls 

ont été construits à Limoges et à Narbonne) sont combinés avec Ull grand 
art et une cottai.,,sance approfondie des poussées des VOfltes; aussi dans 
ces trois eathédrales, très-lé@res d'ailleurs comme système de batisse, 

vertica!es dans 
arcs-boutants 

les piles sont restées parfaitement 
voùtes n'ont pas une lézarde, les 
pureté primitive de leur courbe. 

toute leur hauteur, les 
ont con,.eme" s • toute la 

N'ous donnons ici (fig. 6.) un des arcs-boutants du choeur de la cathé- 
rivale de Clermont (Puy-de-D6me), construits, comme toute cette église, 
lave de Volvic. La figure 65 présente un des arcs-boutants du ch,eut de 



m W. 

I 

la cathédrale de .arbonne, laquell e,t con'ruite en pierre de 

Lucie, qui est 

un calcaire forl rébitaut. 

uaat au chœur de la cathéiral« 



[ ABc l " -- 76  

de Linoges, il est bàti de granit. Les piles interrnédiaires de ces arcs- 
boutants repo.-_ert sur les piles de tëte des ehapelles, et le vide entre 
ce« piles el les culées se trouve au-dessus de la partie mince des mur de 
,éparation de ces chapelles, comme  Amiens. Ces constructions sont 
ex6cut6es arec une irréprochable précision. Alors, au .xr' iècle, l'arc- 
boutant, sous le point de Xlê de la science, avait atteint le dernier degré 
de la perfection : fouloir aller plus loin, c'était lomber danb l'abus; mais 
les eonstrlcteurs du.moyen lge n etent pa gens  s'arrëter en chemin. 
Évidemnt. ces t,s à deneure 6tatent une accu,alion prtée ç,-»ntre le 
sytbmo general adopté dans la construction de leurs grandes églises; ils 
 i " ..,, 'Ï x _  / 
Il 

s'évertuaient "a les dissimuler, soit cil les chargeant 
les masquant avec une grande adresse, comme à la 
pat" (les tètes de contre-forts (lU sont autant 
les réduisant  leur plus simple expression, 
roideur que doit avoir un étai..C'est ce dernier 

d'ornements, soit en 
cathédrale de l',cires, 
de chefs-d'muvre ; soit en 
en leur donnant alor» la 
parti qui fut franchement 

admis 'à 
l'église Saint-Urbain 
cette figure, et. l'on 

n,-_,mi»re de morceaux 
e'enples précédents, 
une certaine élasticité 
et acquérant ainsi les 
charge que l'arc 

la fin du XIII" siècle, dans la construction des arcs-boutants de 
de Troyes (fig. 66). Lue l'on veuille bien examiner 
reconnaitra que l'arc-boutant, composé d'un petit 
de pierre, ne molette plus, comme dans tous les 
une succession de claveaux peu épas. conservant 
, mais au contraire des pierres posées bout à bout, 
qualités d'un étai de bois. Ce n'e,t plu par la 
conserve sa rigidité, mais par la combinaison de son 



-- 77 -- [ xc ] 

appareil. Ici la butée n'est pas obteIue au moyen de l'arc ABC, mais par 
l'Cai de pierre DE. L'arc ABC, dont la tlexibilité est d'ailleurs neutrali»ée 
par l'horizontale BG et le cercle F, n'est là que pour empècher l'Cai DE 

de fléchit'. Si l'architecte qui a tracé cet arc-boutant eût p faire tailler 
le triangle DBG dans un seul morceau de pierre, il se fût dispensé de 
placer le li,.n AB'. Toutefois, pour oser appareiller un arc-boutant de 
cette façon, il fallait ëtre bien sùr du point de la poussée de la voùte et 
de la direction de cette poussée; car si ce système de butée ê6t 6té placé 
un peu au-dessus ou au-dessous de la poussée, si la ligne DE n'e6t pas 

été inclinée .ixat le seul angle «lui lui convenait, il y aurait eu ruptve 
au point B. l'our que cette rupture n'ait pas eu lieu, il fat supposer 
que la résultante des pressions diverses de la voùte agit absolument sur 

le point D. Ce n'est donc pas trop 
l'arc-boutant, au xv  siècle, était 
complet. Mais on peut avoir raison 
reCrie, et manquer de 
de l'église Saint-Urbain de Troyês 
meilleur mathématicien que ceux 
leims ou d'Amiens; cependat ces 
mier l'a dépassé en voulant 
sons éométriques 
qui sç»t eu complet  
désaccord avec lêur 
nature et leurs qua- 
lités; en voulant 
donnerà la pierre le 
r61e qui appartient 
au bois; en torturant 
la l,rnc et l'art en- 
fin, pour se donner 
la puérile satisfac- 
tion de les sou- 
mettre à la solution t 
d'un problème de 
géométrie. Ce sont  
là de ces exemples 
qui sont aussi bons 
à étudier qu'ils sont 
mauvais à suivre. 
Cem,meprincipe 
est adopté lans de ll 
grands édifices. On voit dans la partie de 

s'avancer que de dire : le système te 
arrixé à son développement le pl,ls 
suivant les règles absolues (le la géo- 
sens. L'homme qui a dirigé les c.onstvucti,»ns 

était certes beaucoup plus savant, 
qui ont blti les nets de t, hartres, le 
derniers ont atteint le bt, êt le lire- 
appliquer ses matériaux à des combinai- 

E 

la nef de la cathélrale de Troyes, 

qui date du xv  siècle, un arc-boutant à double volée, parliculièrement 
bien établi pour résister aux potssées des grandes routes. Il ..,e compose 
de deux butCs rigides de pierre réunies par une arcatuve à jour (fig 6) ; 



la butée inférieure e,t tangente à i'extrados de l'arc, de manière "à reporter 
la poussée sur la naissance de cet arc, en le laissant libre toutefois par la 

disposition de l'appareil. Les pieds-droits de 
pendiculaires à la direction des deux butAes 
beaucoup mieux que s'ils étaient verticaux, co 

l'arcature à jour sont per- 
, et, les étrésillonnent ainsi 
mme dans les arcs-boutants 

des ch_eurs de la cathédrale d'Amiens et de l'église d'Eu, donnés figures 
et 63. Ces deux butAes rigides AB, CD, ne sont pas parallèles, mais se 
rapprochent en A¢ comme deux étais de t»is, afin de mieux reporter la 
l»,:.,ée ai.,_sant de B en F sur l'arc-boutant unique de la première volée E 
La butée rigide AB sert d'aqueduc pour les eaux du c_,mble. Par le fait, 
cette construction est plus savante que gracieuse, et l'art ici est con:- 
plétement sacrifié aux combinaison, géométriques. 
Ce système d'arcs-b,»utants à j»ur, rigides, fut quelquefois 
avec bien plus de raison lorsqu'il 'agis.,ait de maintenir une 

agissant sur un vide étroit, comne dans la sa 
(.\ :iècle). Lb cet arc-b,-,tant se compose 
venant opposer une résistance fort légère en 

en réalité, 

employé 
poussée 
inte Chapelle basse de Paris 
d'ne seule pierre évidée 
apparence, mais très-rigide 

• à la pression d'une voflte. La sainte Chapelle basse du palais 

se compose d'une nef et de deux 
bas c6tés étroits, afin de dimi- 
nuer la portée des voùtes dont 
on voulait éviter de faire des- 
cendre les naissances trop bas; 
mais les voùtes de ces bas côtés 
atteignent la hauteur sous clef 
des voùtes de la nef (fig. 68), il 
fallait s'opposer a la poussée 
des grands arcs-doubleaux et 
des arcs ogives au point A, au 
moyen d'un véritable CfAsillon. 
L'architectê ima_,zina de rendre 

fixe ce point .\, et de reporter 

sa poussée sur les contre-fi»rts 
extérieurs, en é, tablissant un 

trian 
dans 
Ce 
plutA 

gle à jour A BC découpé 
un seul morceau de pierre. 
système d'arc-boutant, ou 
t d'étrésiIlon, est. emplo3é 

souvent dans les constructions civiles pour contre-buter des poussées. Les 
manteaux des quatre cheminées des cuisines ditesde saint Louis, au Palais 
de Paris, sont maintenus par des CfAsillons pris également dans un seul 
morceau de pierre découpé à jour (voy. CCS'E). 
Il n'en résulte pas moins que l'arc-boutant surmonté d'un aqueduc se 
perfectionne sç, us le point de vue de la parfaite connaissance des poussees 
pendant les xv  et x; « si6cles, comme l'arc-boutant simple ou double. 



./ "/9-.- 

faut donner 
Le caniveau 

Les constructeurs arrivent à calculer exactement le poids qu'il 
aux aqueducs "a jour pour empocher le soulèvement de l'arc. 
qui couronne l'aqueduc devient un étai par la force qu'on lui donne 
aussi bien que par la manière dont il est appareillé. 
gomme il arrive toujours lotsqu un système adopté est poussé f ses 
derniè, res limites, on finit par perdre la trace du principe qui l'a dve- 
loppé. A la lin du xv  iècle et pendant le XVl , les architectes prétendirent 
si bien améliorer la construction des arcs-boutants, qu'il oublièrent les 

conditions premières de leur stabilité et de leur résistance. Au lieu de 
les former d'un simple are de cercle venant franchement contre-buter 
les paussées, soit par lui-mème, soit par sa combinaison avec une con- 
struetion rigide serant d'étai, ils leur donnèrent des courbes composées, 
les faisant porter sur les plies des nefs en mëme temps qu'ils maintenaient 
l'écartement des voùtes. Ils ne tenaient plus compte ainsi de cette con- 
dition essentielle du glissement des tëte d'arcs, dont nous avons expliqué 
plus haut l'utilité; ils tendaient à pousser les pilesen dedans, au-dessous et 
en sens inverse de la poussée des vo'tes. Nous donnons ici (fig. 69) un des 
arcs-boutants de la nef de l'église Saint-Wult'ran(! d'Abbeville, construit 



 80 --- 
pendant les premières années du xvt" siècle. 
de graves désordres par suite de leur dispo- 

sition 
ruptures et 
empçché le 
nients. Les 

[ ARC ] 
d'après ce dernier principe 
Ces zrcs ont produit et 
viciêuse. Les contre-forts êxtérieurs ont tassé; il s'est déclaré des 
des écrasements aux points A {les arcs, les sommiers B a)ant 
glissement qui aurait pu avoir lieu sans de grands inconvé- 
arcs rompus aux points .',. ne contre-butent plus les voûtês, 
par le déversement des murs, les aqueducs supé- 
ces arcs défi»treAs, chargés par ces aqueducs qui 
vofites, agissent puissamment sur les sommiers B, 
piliers vers l'intériêur à la naissance des voùtes, 

qui poussent et écrasent 
rieurs; en mëme temps 
Slbissent la pression des 
et, possant dès 1,-,fs les 

au.,:entent encore le« cal.es d'écartement. Pour nous expliquer en peu 
(le mots, lorsque des arcs-boutants sont construits d'après ce sy, tème, 
la poussée des voùte qui agit de _ en D chare l'are  v(,rtîealement, el 
aumentant la pressian des pieds-droits de t a luedtc. Cette charge verti- 
cale, se reportant sur une constrtction éla.,_tique, pousse de A en B. Or, 
plus la poussée de A en B est puissante, plus la pous.-ée des voûtes agit en 
par le renversement de la ligne DC. Donc les somtniers placés "à la rote 
arc.,-boutants e B sont cotraires au principe mème de l'arc-boutant. 
1' Saint-Urbain de Troves. peuvent 
Les porches nord ê|, sud de é,.zlie "' 
donner une idée bien exacte de la t'onction lUe rempli.sent le» arcs- 

70 A 

K L 

/»utants dans les édifices 
la dissection d'une petite 
sur des colonne minces et 
ielnent se reposer sur des 
monument; pas de ms: 
isolés, et les arcs-l»utants 

(le la p,;riode ogivale. Ces perches sont eamme 
église du xv  siècle. Des xottes légères, portCs 
longues, sont contrê-butées par des arcs qui 
cntre-forts complétement indépendants du 
(les colonnes, des voùtes, des contre-forts 
placés suivant la résultante 

des poussées. Il 
cependant, qu'un 

n'entre dans toute cette construction, assez importante 
xolume très-restreint de matériaux posés avec autant d'art que d'éco- 
nomie (fig. "70). A indique le plan de ce porche; B, la vue de l'un de ses 
arcs-boutants d'angle. Comme dans toutes les bonnes construetions de 
} . - • 
cette épç, que, 1 arc-l»utant ne fait que s appuyer contre la colonne, juste 
au point de la poussée, étayant le sommier qui reçoit les arcs-doubleaux, 



les archivoltes et les arcs ogives. Au-dessus des arcs-boutants les contre- 
tbrts sont, rendus plus stables par des pinacles, et les eolonnes elles-mêmes 
sont ehargées et roidiès par les pyramidions qui les surmontent. Il est 
aisé de comprendre, en examinant le plan A, comment les deu,c vo(tes 
du porche, qui reposent d'un côté sur le mur du transsept, et de l'autre 
sur les trois colonnes C, D, E, ne peuvent se maintenir sur des points 
d'appui aussi grèlês qu'au moyen de la butée des trois arcs-bo,tants 
GF, DG, Ett, reportant les résultantes de leurs poussées sur le._, trois 

contre-forts I, K, L. L'espace MCDEN 
un grand dais suspendu sur de frèles 
colonnes. Cette élégante construction 
n'a éprouvé ni mouvement ni déver- 
sement, malgré son extrême légèreté, 
et quoiqu'elle ait été laissée dans les 
plus mauvaises conditions depuis 
longtemps (voy. l'oacn). 
On aut-a pu observer» d'après tous 
lesexemplesque nous avon 
que lesarcs-boutants ne commencent 
à ëtre chanfreinés ou ornés de mou- 
lures qu'5 partir dc la deuxième moi- 
tié du xtV siècle. En général, les 
profils des arcs-botttants sont tou- 
jours plus simples que ceux des 
arcs-douhleaux; il est évident qu'on 
craignait d'aflidblir les arcs-boutants 
exposés aux intêmpéries par des évi- 
dements de moulures, et qu'en se 
laissant entraîner à les tailler sur un 
profil, on obéissait au désir de ne 
point faire contrastêr ces arcs (l'une 
manière désagréable avec la richesse 
des archivoltes des fenètres et la pro- 
fusion de moulures qi couvraient 
tous les membres de l'architecture 
dès la fin du x  siècle. CeFendant 

est seul couvert, et fortfe comme 

I 

Il 

les moulures qui sont profilAes à 

l'intrados des arcs-boutants sont toujours plus simples et 
une plus grande apparence de force que celles appliquées aux 

le système 
isolées, on 
des nefs et 

et aux arcs des voûtes. 
Lorsqu'à la fin du x  s-'.ècle et au 
des arcs-boutant3 pour les 
ne songea d'abord qu'à 
des chceurs. Les voùtes 
droit, n'étaient contre-butées que 
se fiait sur le peu de longueur des 

conservent 
archivoltês 

commencement du x  on adopta 
grandes voûtes portAes stlr des piles 
contre-buter les poussées des voùtes 
des transsepts: se retournant à angle 
par des contre-forts peu saillants. 
croisillons, composés de deux ou tt;ois 
.-- 11 



AIC ] 

--- 89. --- 

travées de 
gnons et celles des murs 
des arcs-doubleaux entre 

vofltes; on supposait que les butées des contre-forts des pi- 

B 

des nefs suffisaient pour maintenir la poussée 
ces butées. A la cathédrale de Paris, par exemple 
(fig. 71), il a été construit des arcs-bou- 
T1 tants de A en B pour maintenir la poussée 
des vo0tes de la nef et du choeur;mais 
r. l'éca'tement des voùtes des croisillon 
n'est maintenu que par les deux contre- 

forts minces D et C, et il n'a jamais existé 
d'arcs-boutants de D en A e! de C en A. 
On ne l),:,uvait songer en effet à ba.nder 
des arcs-boutants qui eussênt pris les 
contre-forts AE en ilanc, en admettant 

-' s 
lue :e contre-forts fussent arrivés jus- 
qu'au prol,»ngement de l'arc-doubleau 
CD, ce «lui n'existe pas à la cathédrale de 
l'afin,. Cette difficulté non résolue causa 

quelquefois la ruine des croisillons peu de 
temps aprbs leur cr, nstruction. Aussi, dès le milieu du xttt  siècle, on 
dsposa les contre-forts de angles ïormés par les transsepts, de manière 
à pouvoir buter les voùte dans les deux sens tlig. 79). A la cathédrale 

° 72 

d' kniv, l»;t ' exemple, ces contre-forts, à la rencc,ntre du trans.-ept et 
du ch,.ur, préentent en plan la forme d'une croix, et il existe des arcs- 
boutant de 1-) en C comme de t. en B. Quand les arcsboutants sont à 

doubles olées, la première  olée est bandée de E en F c,»mme de G en F. 
.'-,_,uvent il arrivait aus,i que les arcs-boutants de., nefs ou des choeurs, 
pots.-:ant sur la tranche de contre-forts très-larges, mais très-minces, 
et qui n'étaient en réalité que des murs (fig. 3), comme aux choeurs de 
Notre-Dame de l'aris, dê l'ézlise de Saint-Denis, de la cathédrale du 
3Ians, tendaient à faire déverser ces murs; on établit également, vers le 
milieu du XIII e siècle, des éperons latéraux k sur les flancs des contre- 
forts, pour prévenir ce déversement. 
On ne 

s'arrëta pas là; ces masses de constructions élevées pour main- 



tenir les arcs-boutants ne 
xv ' siècle, qui voulaient que 

---- 83 -- [ c 1 
pouvaient satisfaire le, contrlcteurs d, 
leurs éditices parussent pls légevs ecore 

qu'ils ne l'Caient réellement. Dans quelq(tes égli..,es, et notanment 
le chwur de l'église du Mont-Saint-Michel en mer, il» t'cmplacèrent les 
éperons k de flanc par des arcs bandés d'un contt'e-forth l'autre, 
une scces.sion d'étr6sillons desirés à rendre tous lescontre-l'ont« 
arcs-boutatts solidait'es. 
De tout ce qui pr6cb(le on peut conclure que les architectes du 
ge, après avoir résolu le problème de la costructiot lcs vofic.., sur 
des plies minces ci; isolées, au moyen de l'arc-boutant, ont été frappes, 
sitSt ap/'ès l'application (lt principe, «les di['[ictIt6s l'exéct[i,n qt'il pt'C- 
sentait. Tous leurs clt'o'ts c,t_ tendit h établir l'éltilibre entre la poss,'e 
des routes et la résislaee ,_lés arcs-]»utants, à f,.)der ce syslèe sur des 
règles tixe«, ce «lui n'etait pas possible, p.uisque les c.ditiçms d'Clui - 
libre se modifient à l'itIini en raison de la nattre, dl pc, ils, de la rési..- 
tance et de la dimension des matériaux. Les honmes ,_l'tn génie 
rieur, eonme il arrive toujours, ont su vaincre ces lit'lïcultés, plutôt l»ar 
'" 1 obseratmn des fatts pa't.iculicrs ,lle 
l tnstinct que par le calcul, par ' • " 
par l'application de règles absolues. Les constructeur.._ vulgaires ont 
suivi tels ou tels exemples ,lu'ils avaient s,»us les )'eux, nai..s sas 
rendre compte des cas exceptionnels qt'ils avaient à traiter; so'«clit 
alors ils se sont trotnpés. Est-ce à dire p,»ur cela qte l'a/'c-1)outant, l:trce 
qu'il exige une grande sagacité de la part du constructeur, e...t un n,,yen 
dofit l'emploi doit 0tre proscrit? \o.s ne le croyons pas. Car [le ce que 
l'application d'un système présenle de-; lif[icltés et une certaie lines.e 
d'observation, ce n'est pas une raison [»,»tir le cot).(_lannet', //a[s c'et est 
une pour l'étudier avec le plus grand soin. 
AIC , ,Ec».n(;E.----Eêst l'arc qu'on noie, dans les construction¢, 
au-desss des linteaux des portes, au-dessus des rides en général, e 
parties faibles des eonstructions inférieures, I)our rep,t"ter le p,i(l., des 
eonstructions supérieures sur (les points d'appui dont la »tabilit,', ,.-t 
assurée. Les arehivoltes des portails et portes sont de "«érit;tbles al'eS de 
décharge (voy. CUVOLTeS, variété de l'Auc); toutefois on ne donne 
guère le nom d'at'es de décharge qu'aux arcs dont le parement al'tleul'c 
le nu des murs, qui ne se distinguent de» assises h,_,rizontales que 
par leur appareil, et quelluefois cependant par une l'aible aillie. 
tlans les constructions romaines élevées e petits nateriatx ,et en 
cage, on rencontre souvent des arcs de déclar«.e en brique et en tnoel- 
lons noyés en plein mur, atin de reporter les pesanteurs sui" des poitts 
des fondations et soubassements établis plus solidement lue le reste de 
la. b'atisse. Cette tradition se conserve encore pendant la période romane. 
Mais à cette époque les eonstruetions en l)lr, ca«e n'étaient plts en usage 
et l'on ne trouve que très-rarement des arcs destinés à diviser les pesan- 
teurs dans un mur plein. D'ailleurs, dans les édilices romans, la cot- 
struetion devient presque toujours un motif de décoration, et 



. arc de décharge, on cherchait -à les accu-- 
mac_,nnant, on avait besoin d'  
ser, soit par une saillie, et mème quelquefois par un filet orné ou mou- 

lutA 

qui se voient le long du 
Nevers (/in du xt* siècle) 
à charger les piles des 
bas côtés qui reçoivent les 
poussées dês routes; les 
murs n'étant pas armés de 
contre-forts, ce surcroit de 
charge donne aux points 

à l'extrados. Tels sont les arcs de décharge 
des bas c6tés de l'église Saint-Éticnne de 
7h). Ici cc arcs sont surtout destinés 

' f [ ! ' t 

leur fonction essentielle 

d'appui principaux une 
grande stabilité. C'est un 
système qui permet d'Ce- 

ver des murs minces entre 
les pilcs destinées à recevoir 
le poids des constructions; 
il présente par conséquent 
une économie de maté- 
riaux: on le voit appliqué 
dans beaucoup d'églises du 
Poitou. de l'Anjou,de l'Au- 
vergne et de la Saintonge 
pendant la période romane. 
Inutile d'ajouter que ces 
arcs de décharge sont tou- 
jours extradossés; puisque 

est de reporter les charges sup6rieures sur leurs, 

somiers, ils d«,ivent tendre à faire glisser les maçonneries sur leurs reins. 
Le pignon du transscpt sud de l'église Notre-Dame du Port,à Clermont 
(Puy-de-D6me), est ainsi porté sur deux arcs de décharge "à l'extérieur, 

_[ 

reposant sur une colonne (fig. 75). Souvent, dans l'architecture civile des 
x, et x ¢ siècles, on rencontre desportes dont. les linteauxsont soulagés par 
des arcs de al(charge venant appuyer leurs sommiers sur une port;e ména- 



-- 85 -- [ ac ] 

gée aux deux extrémités des linteaux(fig. 76); quelquefi»is aussi, au-dessus 
1.  _ 
des linteaux, on voit une clef posée dans 1 assise qui le» srmonte, et. qui 
forme ainsi une plate-bande appareillée reportant le poids l,s mr. surles 
deux pieds-droits (fig. 77). Un vide est laissé alors etre l'iltrado de la clef 

et le linteau po,r bviler la charge 

de cette clef en cas de mo]vemet «lans 

les constructions. Des arcs de décharge se,lit 
ments intérieurs des portes et des fenêtres 
dans presque tous les 6difices civils d 
moyen ge. Ces arcs sont plein cintre 
(fi. 78) (@ateau de. P,-,lignac, lta,te-78 
, , ,. , 
. 
seulement pour prendre mon de hau- 
teur sous le» plancllet ( .Io. I ENETBE). 
Pendant la perode ognale, les construit- 
teurs ont à franchir de e«vand" es, paces 

vide; ils cherchent sans cesse h diminuer 
à rez-de-chaussée les points d'appui, afin . "=i! " 
de laisser le plus de place possible a la --- 
foule, de ne pas gëner la vue. Ce principe 
les conduit à établit" une partie des con- 
structions supérieures en porte à fax; si 
dans le travers des nefs ils établissent des 
e6tés, pour.reporter la poussée des grandes voùtes à 
dans le sens de la longueur, qu'ils évitent 
de faire peser les murs des galerie en 
porte h faux sur les vo0tes de ces bas 
c6tés, trop légères pour porter la charge 
d'un mur, si mince qu'il soit. Dès lors, pour 
éviter le facheux effet de ce poids sur des 
voùtes, des arcs de décharge ont été rué- 

nagés dans 
des galeries 
reportent la 
sommiers 
côtés (voy. 
). On 

l'épaisseur des mtlrs de fond 
au premier étage. Ces arcs 
charge de ces murs sur les 
des arcs-doubleaux des bas 
ÇONSTRUGTION ALERIE TFO-- 
trouve des arcs de décharge 
tiers-point, dans les galeries hautes de 

arcs-boutants au-dcub deb bas 

l'extérieur, il faut, 

en 

triforium des nefs des 

Notre-haine de Paris, dan» le 

cathêdrales d'Amiens (g. 79), de Reims, de Nevers. 



[ .c ] --$6- 
.Mais. à Amiens. les fenêtres upérieres étant posée sur la claire-voie inté- 
rieure (lu triforium, ces arcs de décharge ne porteSt que le paids d'un mur 

mince, qui ne 
80 

s'élive que 

jtl.-qu'à l'appui du fenestrage. Dans les édifiees 
de la Bourgogne et d'une partie de 
la Champagne, les fenètres, au lieu 
d'0trê posées sur l'areature inté- 
rieure, sonten retraite surlesmurs 
extérieurs du triforium. Dans ce 
cas, l'arc de décharge et d'autant 
plus nécessaire, que ce mur exté- 
rieur porte, avec le fenestrage, la 
bascule des corniches «le couron- 
nement; il e»t quelquefois posé 
immédiatement au-dessus de l'ex- 
' trados des archivolte,, afin d'éviter 
même la charge du remplisaage, 
' 1,, qui, comme à Reims, h Paris et à 
i  Amien.,_, garnit le des,ou.,: de l'arc 
en tiers-point; ou bien encore 
l'arc de déchare n'ê»t qu'un arc 
' b,-,mbé, noyé dans l'épaisseur du 
mur, un peu au-deCsus du sol de la 
' galerie, ainsi qu',_,n peut le remar- 
 quer dan, l'église de Saint-l'ère 
sou.; Vézela. (fig. 80). 
s. On rencontre des arcs de dé- 
char.cêàla base des tours centrales 
des églises reposant sur les quatre 
transsept:, c,»mme à la cathédrale de Laon ; sous les 
comme à Notre-Dame de Paris. Il en existe aus-i 
au-dessus des voù|es, pour reporter 
 ]- I le poids des bahuts et des char- 
 pentes sur les piles et soulager 
I les meneau,: des fenetres tenant 
.d' îv=- lieu de-formerets, comme à la 

arcs-doubleax des 
bcffrois des clochers 

t \ X,..,,.v  »",0 . sainte Chapelle de Paris, comme à 
 .-:.î, " # .). Amiens, à la cath.édrale de Troyes 
"ç:" (fig. 81). -tu x'" sècle, les arcs de 
-_4(( " a '" "X " aéchare ont été tort en u-ag.e 
• "*x . \\ pour porter des construclir»ns_ mas- 
sives, reposant en apparence 
des constructions à jour; pour soulager les cintres des grandes roses du 
poids des pignons de face. 
Il n'est pas besoin de dire que les arcs jouent un grand r61e dans la 
con»truction des édilïces du moyen àge : les architectes étaient arrivés, 



-- 87 -- [ co ] 
dès le xI  siècle, "à acquérir une connaissance parfaite de leur lbrce de 
résistance, et de leurs effets sur les plies et les murs; ils mettaient un 
. soin particulier dans le choix des matériaux qui devaient les composer, 
dans leur appareil, et la façon de leurs joints. L'architecture romaine n'a 
fait qu'ouvrir la voie dans l'application des arcs  l'art de biir; l'archi- 
tecture du moyen ge l'a parcourue aussi loin qu'il était I)osible de le 
faire, au point d'abuser tuf me dr ce principe h la ti du x ' iècle, par 
un emploi trop absolu peut-être et des raffinemeuts i)oussés à l'excès. 
La qualité essentielle de l'arc, c, et l'élasticite, l'lus il est étendu, plus 
l'espace qu'il doit franchir est large, pls il est n6cessairc q'il soit flexi- 
ble. Les constructeurs du moyen age ont parfaitement uivi ce principe 
en multipliant les joints dans leurs arcs, en les compo»ant de claveaux 
égaux, toujours extradoss6s avec soin. Ce n'est q'au xv  siècle, alors 
que l'art de batir proprement dit oumettait l'emploi des matbriaux 
des formes qu ne con'enaient ni h leu-s qualité», ni h leurs dinensicms, 
que l'are ne fut plus appliqué en raism de sa xritable fonction. Le prin- 
cipe logique qui l'avait fait admettre cessa de diriger les constructeurss. 
En imitant ou croyant imiter les formes de l'antiquité romaine, les archi- 
teetes de la renaissance s'écartaient plus du principe de la construction 
antique qe les architecles les xii  et xII  siècles; o plt6t ils n'en 
tenaient nul compte. Si dallS leurs construction» massives, inbrallab les, 
les Romains avaient compris la lécessité de laisser ax arcs une cerlaie 
élasticité en les extradossant, et en les formant ,le rangs de «laveax 
eoncentçiques, lorsqu'ils a'aient besoin de leur donner ne -rande r6sis- 
tance,  plus forte raison dans les batisses du maycn ge, off tout est 
équilibre, et mouvement par cottséquent, devait-ott ne pas perlre ,le vue 
le principe qui doit diriger les arclitectes dans la construction des arcs. 
Du jour que l'on cessa d extradosser les arcs, qu'on voulut les composer 
de claveaux inégaux comme dinension, et comme poids par constituent , 
les appareiller d crosseltes, et les relier aux assises horizontales au moyen 
de joints droits à la queue, on ne comprit plus la vé'itable fonction de 
l'arc. {¥oy. Coxsrccrlos, 

APCADF., s. f. 3lot qui désigne l'ensemble d'une ouverture fermée par 
une arehivolte. On dit : Les a'ca&s de e.ê port;q.«e s'o«cênt sur ue cour. 
Le mot arcade est général; il cou,prend le vide comme le plein, l'archi- 
volte comme les pieds-droits. On dit aussi arcade a«eutle, pour désigner 
une arehivolte ou arc de décharge formant avec les pieds-droits une 
saillie sur un mur plein. Les arcs de décharge des bas côtés de l'église 
Saint-Étienne de Nevers (voy. Ac, fig. 7) sont des arcades aveugles. 
Les arcades aveugles sont très-souvent employées dans les édilîees romans 
du Poitou, de l'Auvergne, de la Sainlonge et de l'Angounois; toutefois, 
quand elles sont d'une petite dimension, on les désigne sous le nom 
d'arcatures (vo)'. ce mot). Les constructeurs de l'époque romane, en 
donnant aux murs de leurs édifices une forte épaisseur suixant la tradi- 



[ .rCXTt'lE ] ---- 88 -- 
ton omaine, et aussi pour résister à la poussée uniforme des voùtes en. 
berceau, cherchaient (autant pour économiser les matériaux que pour 
décorer ces murs massifs et les rendre moins lourds)h les alléger au moyen 
d'une suite d'arcades (voy. Arc D r0ÉCUAIC,E), qui leur permettaient 
cependant de retrouver les épaissêurs de murs nécessaires pour main- 
tenir les poussées des berceau: au-dessus de l'extrados de ces arcs. Par 
suite de l'adoption des voates en arcs d'ogive dans les édifices, il ne fut 
plus utile d'élever des murs épais continus; on se contenta dès lors d'éta- 
blir des contre-forts saillants au droit des poussées (voy. COxsTr, uc'ro), 
et les intervalles entre ces contre-forts n'étant que des clétures minces 
de maconnerie, les arcades aveugles, ou arcs de décharge, n'curent plus 
de raison d'tre. Toutefois cette traditior, subsista, et les architectes de 
oivale continuèrent, dans un but purement décoratif, à pra- 

la période 
tiquer des 
bas cétés, 

arcades aveu«les (arcatures) sous les 
dans les intérieurs de leurs édifices, 
puis s'aplatissant peu à peu à la fin du Xlt ¢ siè.cle 

appuis des fenëtres des- 
d'al)ord très-saillantes, 
et pendant le xv , pour 

ne plus getre qu'un placage découpé plus ou moins riche, sorte de fili- 
grane de pierre destiné à couvrir la nudité des murs. 

R¢gTURE, s. f. 3lot par lequel on désigne une série d'arcades d'une- 
petite dimension, qui sont plutôt destinées "à décorer les parties lisses des. 
murs sous les al»puis des fenëtres ou sous les corniches, qu'à répondre à 
une écessité de la construction. On rencontre, dans certains édifices du 
Bas-Empire, les rangées d'arcades aveugles qui n'ont d'autre but que d'or- 
net' les nu des murs. Ce motif de décoration paraît avoir été particuliè.re- 
nèt admis et conservé parles architectes de l'époque carlovingienne, etiI 
persiste pen,lant les périodes romane et ogivale, dans toutes les provinces 
de la France. Il est bon d'observercependant que l'emploi des arcatures est- 
plus ou moins bien justifié dans les édifices romans:quelques contrées, 
telles,lue la Normandie par exemple, ont abusé ,le l'arcature dans certains 
monumentsduxI«siècle ; ne sachant trop comment décorer les façades des 
grandes églises, les architectes superposèrent des étages d'arcatures aveu- 
gles de la hase au faite. C'est particulièrement dans les édifiees normands 
b;ttis en 'tngleterre que cet abus se fait sentir : la façade de l'église de 
Petetb,»rough en et un exetnple. Ilien n'est plus monotone que cette super- 
position d'areatures égaies comme hauteurs et largeurs, dont on ne com- 
prend ni l'utilité comme système de construction, nt l'agrément comme 
,lécoration. En France, le sentiment des proportions, des rapports des rides 

avec les pleins, perce tans l'architecture 
la barbarie. Dès le xt  siècle, ces détails 
maçonneries, tels que les arcatures, sont 

du luoment qu'elle se dégage de- 
importants de la décoration des 
contenus dans de justes bornes, 

tiennent bien leur place, ne paraissent pas Otre, comme en An«leterre ou 
en ltalie, sur la façade de la cattédrale de Pise, par exemple, des placages 
tl' 
une stérile invention. Nous diviserons les arcatures : '1 ° en arcatures de- 
• )° «rcatures «le cotronnement» 3 0 arcatures ornements, 
rez-de-c/«« uss& , _ 



-- 89 --- 

AICATUPE. DE P, EZ-DE-ChUSSÉE,---- Ceà sortes d'arcatures sont générale- 
ment placées, dans l'architecture françai.e, à l'intérieur, sous les appuis 
des fenê, tres basses, et forment une série de petites arcades aveugles entre 
le sol et ces appuis. Les grandes salles, les bas c5tés des églises, les cha- 
pelles, sont presque toujours tapissés dans leurs soubassements par une 
suite d'arcature. peu saillantes, portée» par des pila.,:tres ou de. colonnettes 
détachés reposant sur un banc ou socle de pierre continu. Nous donnons 

I I 

I I 

r 

I ! I I 

comme premier exemple de ce genre de décoration une travée intérieure 
des bas cStés de la nef de la cathedrale du Mans (fig. I). Dans cet exemple, 
qui est du xff siècle, la construction de maçonneries emble justifier 
l'emploi de l'arcature; les murs sont formés de blocages parementés ca 
petits moellons cubiques comme certaines constructions gallo-romaines. 
L'arcature, par son appareil plus grand, la fermeté de ses pieds-droits 
monolithes, donne de la solidité à ce soubassement en le décorant; elle 
accompagne et couronne ce banc qui règne tout le long du bas cSté. Le 
plus souvent moeme, à cette époque, les arcatures sont supportCs par 
des colonnettes isolées, ornées de ha»es et de chapiteaux sculptés : nous 

I.--- 



[ AIICATUIIE ] 

-- 90 ---- 

choisirons comme exemple l'arcature des bas c6tés de l'église abbatiale 
de Souvigny (Allier)(fig 2), reposant toujours sur un banc, conformément 
à l'usage adopt6. Dans ces arcatures, la base, le chapiteau et les claveaux 
dès petits arcs sont engagés dans la maçonnerie du mur, et le, fùt des 

I 

colonneltes, composés d'un seul morceau de pierre posé en délit, sont 
détachés. A Souvigny, les arcs reposent alternativement sur un pilastre 
rectangulaire et sur une colonnette cylindrique. 
Cet exemple remonte aux pçeinières années du xi  siècle. A mesure que 
l'architecture se débarrasse des forme quelque peu lourdes de l'époque 
romane, les arcatures basses deviennent plus fines, les arcs se décorent 
de moulures, les colonnettes sont plus sveltes. Dans le bas c6té sud 
de l'église Sainte-Madeleine de Chateaudun, on oit encore les "reste 
d'une belle arcaure du xu ' siècle, qui sert de transition entre le style 



roman et le style ogival (fig. 3) : le.,. 
finement moulurés; les archivoltes 
areatures basses des mo- 
numents de la Normandie 

sont, vers cette /:poque, 
curieusement travaillées, 
parfois composées d'une 
.,_uite de petits arcs plein 
s en trecroisent, 
cintre qui -' _ 
et portent, soit sur un rang 
de eolonneltes, soit sur «les 
eolonnettes et des cor- 
beaux allernés. Mais c'est 
particulièrement en An- 
gleterre que le style nor- 
mand a développé ce genre 
de d6eoration, dans lequel 
quelques esprits plus ingé- 
nieux qu'éclair(îs ,rot voulu 
voir l'origine de l'ogive 
(voy. 
Le côté nord du ch,ur 
térieur, entre les fenètres 
de la crypte et celle (les 
une arcalure 

tailloirs des «hapiteaux en sont variés, 
sont décorécs de dents de scie. Les 

I 

I 

de la cathélrale (le Cauterbur) présente à l'ex- 

,lu xii  siècle. Dans l'étage 
nl'érieur de la four Saint- 

Romain de' la cathédrale 
de Rouen, les colonnettes 
des arcatures sont accou- 

plées, supportant (le == 
p.etits arcs en tiers-point, (_ [ = ___ 
ben. que le plein cintre - I .' -1 I __L 
persiste longtemps d.ans 
ces membres accessoires 
de l'architecture, et jusque 
vers les »remiires années 
du XHl  siècle. Aind les 
chapelles du chœur de 
l'église abbatiale de ','ézelay sont. |apissées, sous les appuis des fcnëtrcs, 



[AC,r ] -- 92 -- 
d'arcature, ,ppartenant par les détails de leur ornementation auxm ' siècle, 
tandis que leur arc sont franchement plein cintre (lig. h). En Bourgogne, 

i 

l'arc plein cintre persiste mëme dans les 

arcature« jusque vers le milieu 
du xt ¢ siècle. La petite église 
de Notre-Dame de Dij,n, dont 
la con.-_truction est postérieure 

au ch,.eur de l'église de l'abbaye 
de Vézela), lai«se encore voir 
dans les soubassements de ses 
chapelles du tran,»ept de belles 
arcatures plein cintre sur des 
chapiteaux qu.i n'ont plus rien 
de l'ornementation romane. La 

courbe en tiers-point ne .,.'ap- 
plique aux archivoltes des ar- 
catures que vers 1'2.30; l'arc 
trilobé sert de transition:on 
le voit employé dans le trans- 
sept nord de l'église Saint-Jean 
de Cinglons-sur-Marne (fig. 5), 
dont la partie inférieure date 
de 1220à 1230; dans les travëes 
encore existantes des bas cStés 
de la caIhédrale d'Amiens, 

même date. Plus tard, de 1'2.30 à 120, l'arc en tiers-point règne seul 
(fig. ri), ainsi qu'on peut le voir dans les chapelles du chœur de la cathe- 



drale de Troyes, d'abord simple, décoré seulement par des moulures 

' 

largement 

profilCs, puis 

un peu plus tard, vers I.'250, par des redents, 

I 

I 

comme dans les chapelles du chœur de la cathédrale d'Amiens (il.g. 7) ou 



[ ARCATURE ] --- 95--- 
dans la sainte Chai»elle basse du Palai à Paris. Jusqu'alors, cependant, 
les arcature basses, qu'elles appartiennet à un monument riche ou 
à ne église de petite x illc, sont à peu de chose près semblables. Mais 
vers 12h5, au moment oi l'architecture ogivale arrivait "à son apogée, 
les arcatures, lns les édifices btis avec luxe, prer, nent une plus grande 
importance, s'cnrichissènt le bas-reliefs, d'ornements, d"h-jour, lendent 
à former sous les fenëres une splendide décoration, en lais.saut toujours 

voir le nu des mllrs lans les entre-colon nemet-[ ; ces murs eux-ml:mes 
rêq'oivent [le la peinUre, des applications de gaufrures ou de xerres colo- 
ré. et dorés. La sainte Chal)elle haute [lu Palais fL Paris nous offre le plus 
bel exemple que l'on puisse donner d'une sé, rie l'arcatures ainsi traitées 
(fig. 8). Alor.¢, dans les édifices religieux, le parti adupté par les construc- 
teurs ne laissait voir de murs que sous les appuis des fenètres des bas 
cotés; toute la construction se bornant h des piles et (les rides garnis de 
verrières, on conç'oit qu'il eùt é[é désagréable de rencontrer sous les 
verrières des bas cStés, à la hauteur de l'(cil, (_les parties lisses qui eussent 
été en désaccord complet, avec le système général de piles et d'à-jour 
adopté par les architectes. Ces arcatures servaient de transition entre le 
sol et les meneaux des fenêtres, en conservant cependant, par la fermelé 



--- 95 --- 

des profils, l'étroitesse 
des bancs, une certaine 
hument. Les bas c6tés 

(les entre-colonnements et les 
solidité d'aspect nécessaire à 
de la cath6drale de Reims, 

ces larges bancs avec marche en avant, n'ont jamais 
de leur areature; aussi est-on choqué de la nudité 

[ ARCATUtlE ] 

robustes saillies 
la base d'lin m,- 

quoique pourlus de 
êll, Otl SOn| d4pouill4s 
de ces mrs le pierre 

sous les appuis des fenëtres, nudité qui contraste avec la richesse si sage 
de tout l'intérieur de l'éditice. Pour nous, il n'est pas douteux que le, 

L 

j I 

bas c6tés de la catlaédrale de Reims ont dr 6tre ou ont été garni d'ar- 
ratures comme l'étaient autrefois ceux de la nef de l'église abbatiale 
de Saint-Denis, les parties infcrieures ,le ces deux nefs ayant les plu 

grands rapports. Nous donnons ici (tig. 9) l'arcalllre basse de la nef de 
l'église de Saint-Dênis, roplacée ên partie, et dont tous les débris existaient 
encore dans les magasins de cet éditicê. Dibons, en passant, que c'est 
avec quêlques fragmêntsde cette arcature que le tombeau d'Hèloïsê et 
d'Abailard, aujourd'hui déposé au l'ère-lachaise, a été compos par 
M. Lenoir, dans le nausée dês Petits-Augustins. ' 
Il ne faudrait pas croire, que les arcatures ont suivi rigoureusement la 
voie que nous venons de tracer pour atteindre leur dévêloppêment. Axat 
d'arriver à l'adoption de la courbe en tiers-point, on rencontre des 
tttonnements, car c'est particulièrement pendant les périodes de 
transition que les exceptions se multiplient. Nous en donnerons une 
qui date des premières années du xn  siècle, et qui peut compter parmi 



I AlCATURE ] 

--- 96 --- 

les plus originales : elle se trouve dans les bas côtés de l'église de Nontiær 
en Der (Haute-Marne) (fig. 10), 
charmant édifice rempli de 
sin gu larités arc bi tec toniques. 
---  .J/J Vers la/in du x  siècle, les 
-.. x.--"--, 
' , l/. !  arcatures basses, comme tous 
_ . ,...  les autres membres de 1' 
'-',I«tttt""*ll, " , chitecture ogivale s'amai- 
 ,,i - ,,,,,, | ! ----,--- ' 
.-""""'- ' • " ""-'-"---- - grissent;ellespêrdentl'aspêct 
.V= i I , ..q.. ,,-u d' 
. ..,, /t!;</-;I y ' une construction, d'un sou- 
[1 -« I -  -% I , bassement, qu'elles avaient 
---. 1-',---,] .ç,¢"  renferlner dans le rôle de 
"--._ l._ o 'l 4¢oEla'-" l g''- placages. Le génie si impé- 
. :,x ''2--_  rieusement logique qui inspi- 
[', ] .,11 " '- I I 7. rait les architectes du moyen 
 ll,,--. - : " - " 
[)  ,.. . .,. , ,.--.,---- ge les amena bwntot, e cect 
k  V -----3// .  k_>.>_. ,n 
,--- ,.,  _.¢l''--;U,,ç'i%')= comme en tout, à I ai{us. 
J ,/1 ,-,\.-.\...__Zf'_"'. Ils voulurent ,oir dans l ar- 
>_'E[ 2 l"'"'""'" ].. ,,. cature d'appui la eontinua- 
 -----" -' tion de la fenètre, comme 
une alh:ge de celle-ci. 11» firent passer les meneaux des fenêtres à travem 
la lablette d'appui, et l'arcature vint se confondre avec eux. Dès lors 
la fenêtre semblait descendre 
I jusqu'au banc inférieur; les 
. 11 . dernières, traces . du mu.r 
IIl - i " - roman d,sparaissa,ent ains,, 
..... '  " et le système ogival s'établis- 
sait dans toute sa rigueur 
(fig. 11). Cet exemple, tiré 
des bas c6tés du choeur de 
la cathédrale de Secs, date 
des dernières années du 
siècle. Toutefois les petits pi- 
gnons ménagés au-dessus des 
] arcs donnent encore à cessou- 
I .  bassements une décoration 
qui les isole de la fenëtre, qui 
• .'-- "- , en fait un membre à part 
• ,OE\,*\ _ l I 
-- ayant son caractère propre; 
X '] ŒEE] tandis que plus tard, au coin- 
_ .--.\9 t,, I mencement du xi¥ e siècle, 
----------' .... -'-----' comme dans le chœur de 1'é- 
_ -! t . L .. • J -- glise Saint-Nazairede Carcas- 
onne, l'arcature basse, ense reliant aux meneaux des fenO.tres, adopte leurs 



-- 97 -- [ cu ] 
formes, se compose des IneS membçes de moulures, répète leurs 
compartiments ([i. 12). Ce n'est plus en réalité que la partie infé- 

rieure de la fenetre 
parement intérieur 
neaux se dé,," - 
Cacr en 
seur qui équivaut à une simple cloison. 
loin. Pendant les xv ¢ et xv" siècles, les 

qui est bouchée, et, par le fait, le mur, dont le 
est au nu des vitraux, laisse la moitié des me- 
bas-relief, et ne conserve pls qu'une faible épais- 
11 était impossible d'aller plus 
arcatures basses conserxent les 

mmes allures, fie variant que dans les détails de l'ornemontation sui- 
vnt le gofit du moment. On les voit disparaitre tout à coup vers le mi- 
lieu du x, • siècle, et cela s'explique par l'usage alors adopté (le garnir 
les soubassements des chapelles de boiseries plus ou moins riches. Avec 
les areatures, disparaissent également les banes de pierre, ceux-ci étant 
à plus forte raison rem[lacés par des bancs de bois. Des mœurs plus raf- 
finCs, l'habitude prise par des familles riches et p,aissant.es ou par les 
confféries de fonder des chapelles spéciales pour assister au ser,-ice divin, 
faisaient que l'on préférait les panneaux de bois et des siéges bien secs 
à ces banes froids et humides. 
Nous ne pouvons omettre, parmi 

les arcatures (le rez-de-chaussée, les 
. --- 13 



[ ARCATURE ]  O,q -- 
gt'andes arcatres des bas côlé. de la cathédrale de Poitiers. Cet édifice 
(voy. C,rnÉrAE), bàti à la tin du XIl ¢ siècle et au commencement du 
::[tt, présente des dispositions pacticulières qui appartiennent au Poitou. 
Les vofitcs des bas c6tés sont "à peu près aussi hautes que celles de la 
nef, et le mr sous les fctrês, épais et élevé, forme une galerie servant 
de passage au niveau de L'appui de ces fenêtres. Ce haut appui est décoré 

I 

I "II 

I 

l)ar llll  suite de grandes arcatures plein cintre surmontées d'une cor- 
nicli,, d,,nt let ,illie est soutenue par des corbelets tinement sculptés 
(lig. 13). Des arcatures an«dogtes se voient dans la nef de l'église Sainte- 
]ladeg..nde (le Poitiers, (l(i dat.e de la mëme époque. 
ARCATçRE l,EC[UIONNE.IENT.- DallS quelques églises romanes, par- 
ticulièrement celles élevées sur les bords du Rhin, on avait eu l'idée 
,l'6clairêr les charpentes au-dessus des routes en berceau, au moyen 
,l'une suite d'arc«ttures à jour formant des galeries basses sous les cor- 

niches (voy. GALERIEs). Les voûtes en berceau des nefs, ou en cul-de-four 
les absides, laissaient entre leurs teins et le niveau de la corniche (con- 
;'enablement élevée pour laisser passer les entraits des charpentes au- 
dessus de l'extrados)un mur nu qui était d'un aspect désagréable, et 
qui, de plus, était. d' . 
une grande pesanteur Soit (fig. lb) la coupe d'une 
voùte en berceau plein cintre ou en cul-de-four, les fen¢:tres ne pou- 
wtient se cintrer au-dessus de la naissance A des vofites, à moins d'ad- 
mettre des pénétrations, ce qui était hors d'usage : il restait donc de A 



-- 99 -- [ _«laCaVt'lE l 
en B, niveau de la corniche, une él&'ation de mur commandée par la 
pose de la charpente. On perça ce mur en C par une galerie ,à jour o' 
fermée par un mur miner, destinée alors, soit à donner de l'air 
les combles, soit gt rormer comme un chemin de ronde allégeanl les con- 
s[ruetions inférieures. Cette disposilion, inspirée par un eal(.ul de con- 
structeur, devint un motif de décoration dans quelques monuneIs 
religieux de France. Au x  siècle, la partie supérieure des murs 
la nef de la cathédrale d'Autun, fermée par une voùte en berceau ogival 
renforeée d arcs-doubleaux, fut décorée par une arcCute aveule 
fleure qui remplit cette surélévation nue des maçonneries, bien que 

le fait elle ne soit 
cuper les yeux, et 
romans des bords 
qu'elle est, comme forme, une 

d'aucune utilit6; elle n'était placée la que pour oc- 
comme une tradition des galeries . jour des éaliflees 

du Rhin. Cette areature (Iig. 15) a ceint de parlieulier 
imitation des galeries ou cttemins de 
ronde des deux portes antiques existant encore dans eetle ville (porles 
de Saint-André et d'Arroux). Il faut croire que ce motif fut très-goùté 
alors, car il fut répété à satiété dans la eahédrale d'Autun et ,lan: les 
églises de Beaune et de Saulieu, qui ne sont que tle imitations de cet 
édifice, ainsi que dans un grand nombre de petites églises du 31àconnais, 
de la Bour-o-ne,  et de la haute l;hampagne. A l'extérieur des ab-ides, 
les areatures romanes sont prodiguées dans les éditices religieux ,lu 
Languedoe, de la Provence, et particulièrement de la Sainlonge, ,lu 
Poitou et du Berry. On voit encore une belle ceinture d'arcatures alter- 
nativement aveugles ou percées de fenètres à l'extérieur du triïorium 
de l'église ronde de Neury-Saint-Sépulcre (lndre), xI" siècle (voy. S,tI.T- 
S'w.ct). Ce système d'areatures encadrant des fenëtres est adoplé en 
Auvergne à l'extérieur des absides, dans les pa, vies supérieures des nefs 
et des pignons des transsepts : en voici un exemple tiré du bras de croix 
nord de l'église Saint-Étienne de Revers, élevée au xt ° siècle sur le plan 



[ ARCATURE ] -- 00 -- 
des é,,zli-es auvergnates (fig..16). Cette arcature présente une disposition 
t«i appartient aux é«lises¢ de cette province, c'est ce triangle qui vient 
ïêmplacer l'arc plein cintre dans certains cas. L'église Notre-Dame du 
l'[rt, à 01ermont, nous donne à l'extrémité des bras de croix nord et 
sud une arcature à peu près pareille à celle-ci; mais à Saint-tienne 
le Nevers ces arcatures décorent l'intérieur et l'extérieur du pignon e 

,tu croisillon nor,1, tandis qu'à Notre-Dame du Port elles n'existent qu'à 
l'in|érier. Il n e.t pas besoin de dire que les arcaures haules des nefs 
et ab_,ides ne pouvaient plus trouver leur place du moment que la voùte 

en arc o._-ive_ r;lait adoptée, puisque alors les archivoltes des fenëtres 
'élevaient ju.,«tue ous les corniches supérieures; aussi ne les rencontre- 
t-on plus «lans les monuments des x , xv  et xv  siècles, si ce n'est 
dans la cathédvale de lteims, où l'on voit appavaitre comme un dernier 
reflet de la tradition des arc.aiures romanes supérieures. Ici ces arcatures 
suvmontent les corniches et pourraient .tre considérées comme des ba- 
lustvades, ci leur dimension extraordinaire n'empôchait de les confondre 
aec ce membre de l'architecture ogivale; ce sont plutôt des claires- 



voies dont on 
cathédrale de 

-- 101 -- [ aC,TCU  
ne s'explique guère l'utilité. Les chapelles du clmur de la 
Reims sont surmontées de ran«éês de colonnes isolées pot- 

tant des arcs et un bandeau. Cette décoration, qui date du nilieu du 
XIl' siècle, prend une grande in, portance par ses dimensions; elle a le 
défaut d'ètre hors d'échelle avec les autres parties de l'édifice, et rapeti»e 
les ehapelles à eau.,e de son analogie avec le formes d'utie balt,,:trade 

I 

(fig. ). Les couronnements du ch_eur de cette me, me catt('dralê ;.iaiet 
également terminés par une areature en partie aveugle, dont il re:te tttlO 

grande quantité de fragmenls reposés et re.,taurés à la tin du xx " siecle, 
après l'incendie des combles. Lt't cette areature se comprend nieux, elle. 
masquait un chéneau; mais l'arcaturê t jour de la nef, refaite égaleteI 

au xv" siècle en suivant les formes adopt6es "à la fin du x" siècle, n'est 
plus qu'une imitation de ce parti quant à l'apparence extérieure sele. 
ment, puisqu'elle ne répond à aucun besoin. Les tours centrale.-_- 
églises, élevées sur le milieu de la croisée, sont souvent décorées à l'ittté- 
rieur ou à l'extérieur, pendant les époques romanes ou tic tran¢ili,n. 
d'areatures aveugles, surtout dans la Normandie, l'Y.uvêrgnê, la 
et l'angoumois, où ce mode de tapisser les nus des murs dans les parlies 
supérieures des édifices parait avoir été particulièrenen! adopté. Les 
souches des tours centrales des eathédrales de Courantes t l'intérieur, de 
Rouen à l'intérieur et à l'extérieur, de Bayeux à l'ext,-'_,rieur, de.,_ é.ulises 
Saint-Étienne de (laen à l'intérîeur, Notre-Dame du Port et d'lssoire 
à l'extérieur, de la plupart des églises de la Charênte, etc., sont m,nies 
d'areatures (vo)'. CLOCUtla). Nous voyons aussi les areatures êmployées 



[ ARCATI_RE ] -- 10 -- 
comm décoration dans les étages supérieurs des clochers plantes sur les 
fa',des des églises romanes et du commencement du XlII  siècle, au-dessus 
des portails, sos les roses. Les trois derniers' élages du ciocher nord de la 
calhédrale de Sens, dit toper de Plomb, sont entourés d'areatures aveugles 
formant galerie à jour seulement dans les milieux du second étage. 
Nous donnons ici (fio. ) le dessin de l'areature trîlobée supérieure 

x 

(1. ce clocher. On remarquera que les 
arcature sont supportées par (les tigures 
de carvatides se rencontrent dans 
(l'une partie de la Bourg,ne. 
ARCATURES ORNE.MENTS. -- Il nous 

colonnettes accouplées de cette 
marchant sur des lions : ces sortes 
quelques édifices de la Champagne et 

reste à parler des arcatures qui se ren- 

contrent si fréquemment disposCs dans les soubassements des ébrasements 
des portails des églises, et qui sont bien réellement 3lors une simple déco- 
ration. La plupart des arcatures dont nous avons précédemment parié sont 
b,',ti«s, font presque toujours partie de la construction; leurs arcs sont com- 
posés de claveaux, et forment, ainsi que nous l'avons fait ressortir plus haut, 
comme autant d'arcs de decha%e portés sur des colonnes monolithes 
tandis que les arcatures de socles sont la plupart du temps évidées dans des 
blocs de pierre. Telles sont les arcatures placées au-dessous des statues au- 



-- 103- [ ARC tTURE] 
jourd'hui détruites des porails de la cathédrale de Sées (fig. 19), qui datent 
des premières années du xu ¢ siècle; celles du portail nord de la cathédrale 

:/-9 

de Troyes, qui, bien qu'un peu postérieures, présen len t une disposition ana- 
iogue; celles du portail sud de la calhédrale l'Amiens, avec des arcs entre- 
fier  
lacés ( . 20) posées de 1'2_2o à 12:3; celles si finement sculptées et d'un 

goùt si pur, qui tapissent les parements des soubassements de la porte 
cent, aie de la cathédrale de Paris, et entre lesquelles sont représentés les 



[ ARCATURE J 
\ ertus et les Vices (fig. 

1220 

10  
environ; 

celles 

qui 

sont 

disposées de la 

mème 
sont 

maniOre à la 

porte 

gravées en 

Sainte-Anne de cette façade, 

et entre lesquelles 
tenture; celles enfin 

creux des fleurs de Ils simulan! une 

de 

COVPE 

la porte do la 

l 

Vierge (fiî. 22), toujours de la cathédrale de Paris, irai- 



-- 105 -- 
ées avec un soin e une grandeur de style peu ordinaires. 
areature peut ëlre donnée comme un des modèles les plus 

Cette dernière 
complets de ce 

genre de décoration, et nous ne connaissons rien qui puisse lui ëtre coin- 
paré. Elle est enrichie de sculptures de la plus grande beauté, et qui ont 
le mérite d'tre parfaitement disposées pour la place qu'elles occupent. Les 
personnages ou animatx ronde bosse qui remplissent les écoinç.ons entre 
les arcs forment comme des supports sous les grandes figures adossées à 
des colonnes et placées debout sur ce soubassement; ils rappellent le mar- 
tyre des sai:ts ou les personnifient. La forte saillie de ces figures s'échap- 
pant entre les petites archivoltes est en rapport avec la grandeur et le haut 
relief des statues, tandis 1 toute la sculpture placée sous les arcs et dans 
les cntre-colonnemcnts n'est plus qu'une sorte de tapisserie dont le peu de 
relief'ne détruit pas l'unité que doit conserver un soubassemêltt. On peut 
voir, bien que la gravure ne donne qu'lne faible id6e dé cette décoration, 
comme la saillie des bas-reliefs se perd avec le t'nd à mesure <lu'ils se 
rapprochent du sol. Les ornements entre les colonnês ne sont. I»l.,- mème 
que des gravures en creux, non point sèches cotonne un .,inl»le trait, 
mais présentant des parties larges et grasses évidéê en coquille. La con- 
struction de ce soubassement est en harmonie parIhite aec l'ornemen- 
ration. Les fonds tiennent à la bttisse. Les colonnettes jumellês nono- 
lithes, rendues tr?s-résistantes par l'espece de cloison oriée qui les relie 

(oy. la coupe), portent les 
avec leurs tympans et leurs 
mentation est sculpté dans 

arcs pris dans un nène norceau de pierre 
ecoinçons. Chaque conpartilnent de l'orne- 
une hauteur d'assise. lalheurelselnent la 

main des barbares a passé par là, et la plupart des figures placee 
les Coinçons ont été mutdées. Quant aux petits bas-reliefs tan,gés 
les tympans, ils ont seri de but aux pierres des enfants pedant 
longtemps. Ces bas-reliefs peuvent aller de pair avec ce que la 
antique a produit de plus beau. 
On voit peu "à peu les ar, catures oreets s'amaigrir vers la fin d 
XliI' siècle; elles perdent leur caractère particulier pour se confondre avec 
les arcatures de soubassement, dont nous avons donné des, exemples. Les 
profils s'aplatissent sur les fonds, les colonneltes se subdivisent er fais- 
ceaux et tiennent aux assises de la construction; les rides prennent de 
rimportanee et devorent les parties mouluréês. Cependant il e.q quel- 
ques-unes de ces arcatures qui conservent encore un certain caractère 
de fermeté : celles qui tapissent les ébrasements de deux dê portes de la 
façade de la eathédrale de Bourges rappellent un petl la belle arcattre 
de Notre-Dame de Paris que nous venons de donner, mais appauvrie. 
0uelquefois les vides des fonds, comme dans l'area/ure de la porte cen- 
trale de l'église de Semur en Auxois, sont remplis de emis, de rosaces, 
de quadrillés "a peine saillants qui produisent un bel effet et conviennent 
parfaitement à son soubassement. Nous citerons encore les charmantes 
areatures de la porto de droite de la façade de l'ancienne cathédrale 
d'Auxerre (fin du x' siècle), et dans lesquelles on voit, représentée en 
I.-- lb 

dans 
SOllS 
tbI't 
.-culpture 



ligures ronde bosse, l'histoire de David et de Bethsabée; celles de la porte 
de droite de la façade de la cathédrale de Sens (x « siècle), décorCs de 
petits pignons au-dessus des arcs, et de figures dans les entre-colonne- 
ets. Ces décorations disparaissent au ,v  siècle, et les soubassements 
des portail ne sont plus occupés que par ces pénétrations de bases aussi 
lifticilês à compredre qu'elles sont d'un aspect monotone (voy. Ta). 
Les petites arcaturês jouent un grand r61e dans les tombeaux, le 
paremets d'autel, les retab.les (voy. ces mots); génératement les socles 
des tombes qui l»)rtent les statues couchées de,; morts sont entourés 
d'arcaturcs dans lesquelles sont rcprésentés des pleureurs, des religieux, 
uu mëme les ap6tres. _u commencement du x  siècle cependant, le 
arçatures sunt le plus ,ouvent rides et faites de pierre ou de marbre blanc 

se détachal]t sur un fl:,nd (le mari)re noir: telle.,; étaient les arcalures des 
lombes refaites par le roi saint Louis h Saint-Denis, et dont il reste des 
fra0ments (!ig. :23). Plus tard ces :reaures'leviennent plus riches, sont 
surmontéês ,le pignons h jouir, finement sculptées dans la pierre, le 
marbre ,_,u l'albâtre ; elles encadrent des statuettes, quelquefois aussi des 
écus aux armes du mort; elles sont aecoladées au x'v ¢ siècle, et forment 
des niches renfoncées entre des colonnettes imitées des ordres antiques 
au xvl e (vr, y. Toall3Eat). On peut. juger, pat" cet aper(.u fort restreint, de 
l'importance des arcatures dans l'architecture du moyen .ge, et du 
noml,re infini de leurs variétés; nous n'avons pu qu'indiquer des types 
principaux, ceux qui marquent par leur disposition ingénieuse le goût 
qui a présidé à leur exécution, ou leur originalité. 

ARCHE (D'ALLIANCE), S. Ï. Est souvent figurée dans les vitraux qui 
reproduisent les scènes de l'Ancien Testament. On lui donne générale- 
ment la forme d'une chasse. Devant le trumeau de ia porte de gauche 
de la façade de Notre-Dame de Paris, est posée uue grande statue de la 



l'enfant Jésus, et 

enroulé autour de l'arbre de science; 

sainie Vierge, tenant 
femme, 
de la sainte Vierge, replacée depuis 

les pieds sur le serpent .à tête de 
au-dessus de cette statue 

quelques années, deux anges suppor- 
tent un dais couronné par l'arche d'al- 
liance (fi«. 1); les prophètes sont assis 
des deux côtés sur le linteau; dans 
«rands bas- 
le lympan on voit deux  

reliefs représentant la mort de 
-Vierge et son couronnement. 
l'alliance occupe donc l' 
symboliqc, clic est comme 
ire l' ,ucien 
Quelquefois 

et |c Nouveau 
l'arche 

la sainte 
L'arche 
une place 
le lien en- 
Testament. 
d'alliance affece 

supportée 
d'une table 
sculpteurs 
• ge ne 
l'arche 
forme 

forme d'une 
OU 
d'autel 
ou les 
paraissent 
d'alliance de 
particulière ; 

armoire à deux hattants 
gardée par des lions; 
avec reliquaire, l.es 
peintres du moyen 
pas avoir donné à 
l'ancienne loi une 
ils se bornaient, 

dans leurs bas-reliefs ou leurs pein- 
|ures, à. figurer les objets qu'ils avaient 
continuellement sous lés yeux, les meu- 
bles par exemple, qu'il était d'usage de 
placer aux côtés des autels, ët où l'ou 
refermait les reliquaires, les 
qui eontituaient le trésor 

charles, et tous les objets précieux 
ne église (voy..AUTEL, 

OU tilres 

Ar, cnr: rE NoÉ.  Est représentée dans les bas relief.,, ou les vitraux sous 
la forme d'un navire srmonté d'une maison avec toit et fcnètres. Souvent 

les personnages compo.-_ant la famille 
fenêtres, et la colotnbe, délivrée par le 
AlCnE E 'O,T. -- Voy. PONT. 

tic Noé montrent la tête à ces 
patriarche, s'élance dans les airs. 

ARCHITECTE, s. m. Il ne semble pas que ce 
xvff siècle aux art iste chargés de la direction 
ments. L'architecture tenait sa place 
LIBÉ:RAUX) et était personuifiée par un 

titre ait été donné avant le 
des constructions de btti- 
parmi les arts libéraux (voy. AroEs 
homme ou une femme tenant une 

équerre ou un compas. 3lais l'artiste, l'homme de métier était q,alifié de 
magt,.e de l'oeuvre, désignation bien autrement positive, du reste, que celle 
d'architecte, car par œuvre on entendait tout. ce qui con.,_tituait l'immeuble 
et le meuble d'un b'atiment, depuis les fondations jusqu'aux tapisseries, 
aux flambeaux, aux menus objets mobiliers. Il n'existe aucune donnée 
certaine sur le personnel des architectes avant le xll" siècle. Les grand-; 
établissements religieux, qui renfermaient dans leur sein, jusque vers la fin 



[ ArtCIllTECTE ] --- ]08 --- 
dtl Xll  iècle, tout ce qu'il y avait d'hommes lettrés, savants, studieux, dans 
l'Occident, fournissaient très-probablement les architectes qui dirigeaient 
non-seulement les contrctions monastiqes, mas aussi les constructions 
çiviles et peut-être mme militaires. Les écoles fondées par Charlemagne 
s'élevaiet h l'abri des glises; c'tait là qe devaient nécesairement se 
réfugier toute les intelligences vouées à l'étude des sciences et des arts. 
La géométrie, le dc»in, l scll,ture et la peinture ne pouvaient ètre 
cnseignés que dans les euls établisseents «li conservaient encore un 
lC de calme et de tranqillit5 au milieu de cet effroyable chaos de l'époque 
carlovingienne. Vers la lin du x  siècle, au noment où il emblait qte la 
vciét6 allait s'6teindre dans la barbarie, une abbaye se fondait à Cluny, 
d' 
et dl sein de cet ol'dre religieux, lendant plus un siècle, ortaient 
presque tous les hçmmes qui allaient, avec une 0hernie et une patience 
c._,ntriber à atTdter les progrès de la barbarie, mettre 
ltelque ordre dans ce chaos, t'onder des établissements sur une grande 
partie de l'Europe ,ccilentale, lepuis l'Espagne jusqu'en l'ologne. Il 
'est pas louteux que ce centre de civilisation, qui jeta un i vif éclat 
l,endant lt.s x  et x  "siècles, 'ait eu sur les arts conme »ur le lettres 
et la politi,le une imnene itluence. Il n'est pas douteux que gluny 
n'ait fourni h l'Erope occidentale des architectes c«,nne elle fournissait 
de clercs r6formateur, de protecteurs pour les 6tolet, de peintres, des 
savants, des n6«lecins, des anbassa,leurs, des 6rOques, des souverains 
et des papes; car rayez Cluny dt x  siècle, et l'on n trouve plus guère 
que ténèbrcs, ign._,vance grossière, alus laonstrueux. Pendant que saint 
tlugues et se succêeeur luttaient contre l'esprit de barbarie, et par- 
dcsus tout maitenaient l'inlépêndance du pouvoir spirituel avec une 
9ers6v6rance dont l'histoire des civilisations offre peu d'exemples, il se 
faisait dans le tiers état une révolution dont les conséquence, curent une 
imense porl6e. Un grand nonbre de villes, les plus importantes du nord 
et de 1 est de la France se «.ojo.aiet et s'établissaient en co,,,,es. Ainsi 
l'6tal»lissement feodal carlovingien était sapé de deux c6tés, par le pouvoir 
spiritel d'une part, et lar les insurrections populaires de l'autre. L'esprit 
civil apparaît pour la première fois sur la scène, depuis la chute de l'em- 
pire, avec des idées d'organisation; il veut se gouverner lui-mme, il 
colnntence à parler de droits, de libertés : tout cela est fort grossier, fort 
incertain; il se jette tant6t dans les bras du clergé pour lutter contre la 
noblesse, tant6t il se ligue avec le suzerain pour écraser ses vassaux. Mais 
au milieu de ces luttes, de ces ettbrt, la cité apprend à se connaitre,  
mesurer ses forces; elle n'a pas plut6t détruit qu'elle se presse de fonder, 
ans tr,-,p savoir ce qu'elle fait ni ce qu'elle veut; mais elle fonde, elle se 
iit donner des chartes, des priviléges; elle se façonne  l'organisalion par 
corporations; elle sent enfin que pour ètre forts, il faut se tenir unis. Se 
xendant  tous les pouvoirs, ou les achetant tour à tour, elle vient peser sur 
fous, les énerve, et prend sa place au milieu d'eux. Cest alors que les arts, 
les ciences et l'industrie cessent d'ètre exclusivement renfeemés data 



- 109 --- 
l'enceinte des cloitres (voy. AICrIITECTURE). La grande co»2u,'ation de 
cité se subdivise en con]«rat[ons de citoyens pat" corps d'état. Chacune de 
ces corporatîons obtient, achète des priviléges; elle garde sa ville, est 
armée; elle a ses lois, sa juridiction, es finances, ses tarifs, »on mode d'en- 
seignemznt par l'apprentissage; si bien qu'au xI,  siècle le pouvoir royal 
reconnait l'existence de tous ces corps et leur domc des règlements. 
Une fois sorti des monastères, l'art de l'architecture, comme tous les 
autres arts, devient un étît. Le maltre de l'oevre e»t laïque; il appartient. 
à t_n corps, et il commande à des ouvriers qui font tou partie de cor- 
porations; les salaires sont réglés, garantis par 
travail, les rapports des chefs avec les subalternes, sont définis. On fait 
des devis, on pase des marchés, on impose la responsabilité, tIors du 
cloître, l'émulation s'ajou[e à l'Cude, les traditions se transforment et 
progressent avec une rapidité prodigieuse; l'art devient plus personnel, 
i[ se divise par écoles; l'artiste apparait enfin au xt  iècle, fait préva- 
loir son idée, son gofit propre. Il ne faut pas croire que le haut clercL fit obstacle à ce mouvement, ce serait mal comprendre l'eprit qui diri- 
ge.ait alors le corps le plus éclairé de la chrtient5. Tout p,rte à sppo- 
ser qu'il l'encouragea, et il est certain qu'il sut en profiter, et qu'il le 
dirigea dans les voies nouvelles. Nous voyons dès le C-mmencement du 
xm  siècle un évque d'miens, Evrard de Fouilloy, charger un archi- 
tecte laïque, Robert de L(lzarches, de la con.,truction de la grande ca- 
thédrale qu'il voulait élever sous l'invocation de N'otre-Dame. Apr6, 
bert de Luzarches, l'leurre est continuée par Thomas de Cormont et par 
son fils Regnault, ainsi que le constate l'inscription suivante qui se trou- 
vait incrustée en lettres de cuivre dans le labyrinthe placé au milie 
pavage de la nef, et enlevé depuis peu sans qu'uê voix ,e soit élevée 
contre cet acte sauvage. 

IIÉMOIRE QUAND L'EUVRE DE L'EGLÊ 
DE CI1EENS FU C03IENCHIEET FI.E 
IL EST ESCRIPT EL MOILON IrE LE 
MAISON DE DALUS t. 

EN. L'AN'. DE. GRACE. M IL. 1 IG. 
EŒEE.XX. FU. LOEUYBE. DE. CltEENS, 
PREMIEI:IEMENT. ENCO.ENCIIIE. 
A. DONT, Y'ERT. DE.CHESTE. EVESQUIE. 
EVRABT. EVE$QUE. BENIS. 
ET.ROY, DE.FRANCE, LOYS 2. 
Q. FU. F! LS. PltELIPP E. LE. SA IGE. 
CHIL.Q. MAISTRE YERT. DE. LOEUVRE. 

t Maison de Dnlm', maison de Doedalus, labyrinthe. 
I E'est une erreur. En 1220 Philippe-Auguste régnait encore; mais il ne faut pas 
oublier que cette inscription fut tracée en t288. 



[ ARCIIlTECTE ] 

MAI STR E. ROBERT. E ¢ Tf31T .NOMES. 
ET. DE. LUZARC lIES. SURNOMES. 
MA/STRE. TffOMAS. FU. A PRES. LUY. 
DE. CORM ONT. ET. APRE$. SEN. FI LZ. 
MA ! STR E. R EGNAU LT. QU !. MESTRE. 
F! ST. A. CHEST. POI'T. CH I. CH ESTE. LEiIRE. 
QUE. LrNc, AILNA T 1 ON. VA L(;IT 
X 1 lI. C .ANS. 51015 $ • XII. EN • FA LO IT. 

Pierre de Montereal, c,u de Montreuil, était chargé par le roi saint 
l.,»ui.,; «le contril'e, en 120, la sainte Chapelle du Palais à Pari-, et par 
les religielx «le Saint-Germain des Prés, d'élever la charmante chapelle 

le la \ ier,,v,..., qi cc,lvrait_ ne partie de la rue de l'Abbaye, actuelle. 
Pierre de lontereau était laïque. On prétend que saint Lc, uis l'emmena 
e Égypte avec lui, le fait et d,u[eux; et. si Pierre de Montereau fit le 

v,,v:,,e d'outre-mer, il lle s'inspira -lère les édifices arabes qu'il fut à 
lènê «le visiter, car son archilecture ressemble aussi pel alx anciens 
l,»lnents qu'il put visitér en Égypte ou en Syrie, qu'aux temples de 

Pestm. Qu«,i ql'il en soit, la lée 
-en(le est bonne h loter, en ce qu'elle 
d,,e la neure «le l'estime que le roi saint Louis faisait de l'artiste. 
l'lette dé Monteréa fut ênterré avec sa femme a nilieu du chœur 
de cette belle clapelle de Saint-Germain des Prés qu'il avait élevée avec 
u .,-,in particulier, et qui passait à juste titre pour un chef-d'oeuvre, si 
nous jugeons «le l'en,,emble par le fragmets dél)Oés lans le dépen- 
dances de l',:.glise le bait-Denis. Cette tonbe 'était qu'une dalle 
.'_4carC; elle fut brisée et jetée aux gravois lorsque la chapelle qui la 
contenait fut délnolie. 
Lil»ergier can:truisit à lleim« ne église, Saint-Nicaise, admirable 
monmen! 61êvé ,lans l'espace de trente années par cet architecte • une 

belle et fJi]t2 gravure lu xv e siècle nous conserve seule l'aspect de la 
f:tç'«t,le le cette église, la perle de Reims. Elle fut ven,lue et démolie 
comme bien national. Toulefois les llémois, plus scrupuleux que les 

Pari.iens en détruisant 1' 
, euvre de 
tombe dans la ca{hédrale de 
c'est une pierre gravée. 
duée, dans sa droite tin 

Nicaise; 
disposés 
suivante 

à ses pieds son 
des deux c6tés 
pourtourne la 

leur compatriote, transportèrent sa 
Reims, off chacun peut la voir aujourdhui : 
Libergier tient à la main gauche une verge gra- 
modèle d'église avec deux flèches, comme Saint- 
t .ravés un compas et une 6querre; deux anges 
le sa t6te tiennent des encensoirs. L'inscriptio 
dalle: 

+ CI . GIT.MAISTRE. IIUES LIBERGIERS.QUI.COMENSA.CESTE . EGLISE.AN.LAN.DE . LINCARNATION. 
M.CC.ET.X_X.IX.LE.MARDI.DE.PAQI'ES • E'i". TRE$PASSA.LAN DE. LINCARNATiON. M.CC.LXlII. LE.SAMEDI. 
APBES.PAQUES. POUR. DEU.PRIEZ. POR.LUi I 

Voyez la Notice de M. Didron sur cet architecte et la gravure de sa tombe (tnnale» 
«z,'chéologiques, t. I, p. 82 et 1 t 7). 



-- I1 --- [ APCIIITETE ] 
Lihergier porte le eostumé laïque; nous donnons er que nous possé- 
dons de »on œuvre dans le Dietior»ah'e. 
Jean de Chelles construisait, en 1257, sous l'épiscopat de Iegnault ,le 
Corbeil, les deux pignons du transsept et les premières ehapel[ês du 
choeur de Notre-Dame de Paris. La grande inscription sculptée en relief 
sur le soubassement du portail ud, par la place qu'elle occupe et le 
soin avec lequel on l'a eéeutée, fait ressortir l'impovlanee que l'on 
attachait au choix d'un homme capable, ci le ouveniv que l'on tenait 
à conserver de son œuvre. Voici cette inscription : 

AN''O. DOM [NIo MCCLVil. *dENSE. FFBRUARIO. IDU$ oSECUNDOo 
HOC.FUIT. I NCEPTUM.CIIRISTI. GE. ITRICIS. IIOYORE. 
KA LLE.NSI . LAOEHOM O. 371VE.T E. JOHA_N E. MAGIS'IBO. 

En t277, le célèbre architecte Erwin dc St.eitbach commençait la con- 
struction du portail de la cathédrale de Strasbourg, et au-dessu de la 
graade pocte on lisait encore, il y a deux siècles, cette inscription : 

AN'NO. DOMIYl. MCCLXXVI !. IN. DIE. BEATI, 
I.'BBAN l. HOC.GLOI IOSUM .OPUS. IYCOBA,'I'I. 
MAGISTER. E RVIN US. DE. STE IMBACH. 

Erwin meurt en 1318, et son fils continue son œuvre jusqu'à 
grande plate-forme des tours. 
ge respect pour l'rouvre de l'homme habile, intelligent, n'et plu 
dans nos mœurs, soit; mais n'en tirons point vanité : il ne nous semble pas 
que l'oubli et l'ingratitude soient les signes de la civilisation «l'n peple. 
(;es grands architectes des x  et x  siècles, nés la plupart dans le 
domaine royal et plus particulièrement sortis de l'lle-de-France, ne 
nous sont pas tous connus. Les noms de ceux qli ont b/tri les cathé- 
drales de Chartres et de Reims, de Noyon et de Laon, l'admirable façade 
de la eathédrale de Paris, ne nous sont pas conservés, mais les recher- 
ches préeieuses de quelques archeologues nous tiret chaque jour décou- 
vrir des renseignements pleins d'intérêt sur ces artistes, sur leurs Cu- 
des, et leur manière de procéder. Nous possédons un recueil de croquis 
faits par l'un d'eux, Villard de ttonnecourt, avec des observations et 
annotations sur les monuments de son temps. Yillard de Itonnecourt 
qui dirigea peut-être les construetions du chœur de la eathédrale de 
Cainbrai, démolie aujourd'hui, et qui fut appelé en Hongrie pour entre- 
prendre d'importants travaux, était le contemporain et l'ami de Pierre 
de Corbie, architecte célèbre du x * siè, cle, constructeur de plusieurs 
églises en Pieardie, et qui pourrait bien/}tre l'auteur des chapelles absi- 
dales de la eathédrale de Reims. (les deux artistes composèrent ensenble 
une église sur un plan fort original, décrit par Villard . 

t ]l. Lassus, notre reetté confrère et ami, a annoté 
Floanecourt, qui, depuis, a étd publid par M. Darcel. 

le manuscrit de Villard de 



[ AP, CIIlTECTE ] 
C'est principalement dans 
munes au x' siècle que l'on 

les villes du Nord «lui s'érigent Ch com- 
toit l'architecture se dégager plus rai)i- 

dement des traditions romanes. Le mouvement intellectuel, lans ce_. 
notveau'¢ mut,icipes du Nord, ne conservait rien du caractère ar:sto- 
rratique de la municipalité romaine; aussi ne doit-on pas être surpris de 
la marche progres,ive des arts et de l'industrie, dans un es,ace de temps 
assez court, au milieu de ces cités affranchies avec plus ou moins de uc- 
't 1' l'i _ 
cès, ._ reprittance que devaient prendre parmi leur concitoven 
le hInlne, qui étaient appelés 5 diriger d'immenses travaux, soit'par 
le clerg6, soit par les seigneurs laïques, soit par les villes elles-mëmes. 
Il et fi»vt difficile de savoir aujourd'hui quelles étalent exactement le 
/btt«ti,ns du maitve de l'uvre au xm  siècle. Était-il seulement chargé 
de donner le, des.iris des batiments et de diriger les ouvriers, ou adminis- 
trit-il, comme de nos jours, l'emploi des fonds ? Les documents que nous 
po,sç, dons et qui peuvent jeter quelques lumières sur ce point, ne sont 
pu» atérier» au xv • siècle, età cetle époque l'architecte n'est appelé que 
c,»nme un h,-,mme de l'art que l'on indemnise de son travail personnël. 
Celtti p»tlr qui on batit, aclète h l'avance et approvisionne les maléria 
néce,saires, endauchê des ouvriers, et tout le travail se fail suivant 
le mode connu aujourd'hui sous le nom de rdgie. L'évaluation des 
ovrages, l'administration des fonds, ne paraissent pas concerner l'archi- 
tectC Le mode d'adjudication n'apparait nettement que plus tard, à la lin 
du xv ' siècle, mais alors 1 «trchitecte perd de son importance : il semble 
«lUe chaque corps d'état traite directement en dehors de son action pour 
l'.cxé-uti,»t_c de chaque nature de travail; et ces adjudications faites au 
l,r,,tit du maître de métier, qui offre le plus fort rabais h l'extinction des 
lux, ont de vévitables forfaits. 
Vici un crieux documett' qui indique d'une manière précise quélle 
6tait la fonction de l'architecte au commencement du xv  siècle. Il s'agit 
de la construction de Ia cathédrale de 66rone; mais les usages de la 
Latalonê, h cette époque, ne devaient pas différer des nétres; d'ailleur 
 et question d'un architecte français: 
« Le chapitre de la cathédrale de G6rone se décide, en t 312, à rempla- 
« «er la vieille 6.._e romane par une nouvelle plus grande et plus digne. 
a Les travaux ne commencent pas imm6diatement, et l'on nomme lesad 
« ministrateurs de l'wuvre (o,,,eos), Raymond de Viloric et Arnauld de 
« 3Iontredon. En 1316, les travaux sont en activité, et l'on oit apparaître, 
, en février 1320, sur les registres capitulaires, un architecte alCigné sous 
c, le nom de maitre Henry de Narbonne. 31aitre Henry meurt, et sa place 
c, est occupée par un autre architecte son compatrtote, nommé dacques de 
« Favariis; celui-ci s'engage à venir de Narbonne six lors l'au. et le cha- 
, pitre lui assure un traitement de deux cent cinquante sous par trimestre 

Extrait du registre intitulé : Cu»ia del vicariato de Gerona. itLe»e «o!ular«m, ab 
annr_., 1320 ad 1322ç folio t8. 



• [ ,cmcv. ] 
« (la journée d'une fenme tait alors d'un denier). » Voici donc un 
• conseil d'administration qui, probablement, est chargé de la gestivn 
des fonds; pis un architecte étranger appelé, non pour suivre l'exé- 
êution êhaque jour et surveiller les ouvriers, mais eulenent pour 
• rédiger les projets, donner les détails, et veiller de loin en loin à ce que 
l'on s'y conforme: pour son travail d'artiste on lui assure, non (les 
honoraires proportionnels, mais un traitement «lui équivaut, par tri- 

mestre, à une somme de quinze cents francs de nos 
qu'alors le mode d'appointements tixês était en 
un architecte. " 
A côté de tous nos grands :.difices 
maison dite de l'a'uvre, dans laquelle 
ouvriers qui, de père en fils, étaient 

jours. 11 est probable 
uage lorqu'on employait 

religieux, il existait touj,,urs 
logeaient l'architecte et les naitres 
chargé» de la continuation des 

vrages. L'œuvre de Notre-Dane 
jusqu'à nos jours, et l'on peut 
maitrise, une partie des dessins 

à Strasbourg a conservé cette tradition 
voir encore, dans une des alles (le la 
sur vélin qui ont servi à l'exécutic, lu 

portail de la cathédrale, de la tour, de la flèche, du porche nord, de la 
chaire, du buffet d'orgues, etc. Il est de ces dessins qi remontent aux 
dernières années du xn  siècle; quelques-uns sont des projets qui n't 
pas été exCutC, tandis que d'autres sont évidemment des détails prc- 
parés pour tracer les épures en grand sur l'aire. Parmi ceux-ci on 
remarque les plans des différents étages de la tour et de la flèhe super- 
posés. Ces dessins datent du x ' siècle, et il faut dire qu'ils sont exé.cu- 
tés avec une connaissance du trait, avec une pr&ision et une entette 
des projections, qui donnent une haute idée de la science de l'archi- 
lecte qui les a tracés. (Voy. FLÈcuE, TIAT.) 
Pendant le x,e  siècle, la place élevée qu'occupaient les architectes 

des XIil e et x/v ¢ siècles s'abaisse peu gt 
dent-elles ce grand caractère d'unité 
les belles époques. On s'aperçoit que 

peu; aussi les constructions per- 
qu'elles avaient conservé pendat 
chaque corps de métier travaille 

de son c6té en dehors d'une direction générale. Ce fhit et frappant 
dans les actes nombreux qui nous restent de la tin du xv  siècle : 
les év}ques, les chapitres, les seigneurs, lorsqu'ils veulmt faire bgdir, 
appellent des maîtres maçons, charpentiers, sculpteurs, tailleuç d'ima- 

-ges, serruriers, plombiers, etc., et chacun fait son devis et son marché 
de son c6té ; de l'architecte, il la'en est pas question, chaque corps d'état 
exécute son propre projet. Aussi les monuments de cette époque pré- 
sentent-ils des défauts de proportion, d'harmonie, 
fait repousser ces amas confus de constructions par 
renaissance. On comprend parfaitement que des 
d'ordre, comme Philibert Delorme par exemple, (lui pratiquait s,:,n art 
aec dignité, et ne concevait pas que l'on pùt élever mème une bicoque 
sans l'unitA de direction, devaient regarder comme barbare la ntéthode 

employée à la fin de la périr)de gothique, lorsqu'on 
édilice. Nous avons entre les mains quelques devis 

«lui ont avec raison 
les architectes de la 
hommes (le sens et 

.coulait élever un 
dressés "a la tin du 
I. --- 15 



[ 
x  siècle 

AICIIITECTE 

et au commencement du xv , c)i cet esprit d'anarchie se 
rencontre à chaque ligne. Le chtpitre de lleims, après l'incendie qui, 
s.:s le règne de L,-,uis Xl, détrusit toutes les charpentes de la cathédrale 
et une partie des maçonneries supérieures, veut réparer le désastre ; il fait 
oparaitre devant lui chaque corps d'état : maçons, charpentiers, plom- 
biers, serruriers, et il demade à chacun son avis, il adopte séparément 
rhabille projet (vey. Dc.«s). Nous vo.verts aujourd'hui les résultats mons- 
truetlX de ce désordre. Ces restaurations, mal faites, sans liaison entre 
elles, h,:,rs de pv,-,portic)n avec les anciennes constructions, ces œuvres 
séparées app,-,rtées le« unes à c6té des autres, ont détruit la belle harmonie 
de cette admiralle Oglise, et compromettent sa ,l,rée. En effet, le char- 
pentier, préoccupé de l'idée de faire quelque chef-al'revivre, se souciait peu 
que s« charpênle ft)t d'accord avec la maqonnêrie »ttr. laquelle il la plan- 
lait. Le pl,_,nbier venait, qui nénageait l'éco .êment (les eaux suivant sen 
projet, sans s'i,,l,tieter si,/k la chute (tu c(,mble, elles trouveraient le,rs 
pentes natu,'elles et convenablement ménagées da les chéneaux de 
pierre. Le :cllptetr pt:enait l'h«tbit,,le ,le travailler dans son atelier ; puis 
il attaclait »,,, ruvre à l'édilice cern,ne un tableau à une muraille, ne 
«,mprenat pl» qu'une œuvre d'art, pour erre bonne, doit avant tout 
ëtre faite pour la place '5. laquelle un la de,tine. Il faut dire h la louange des 
archite,'te.,_ de la telaissan,:e, qu'ils sucett relever leur prul'es-ion avilie 
:t x'  siècle par la prépoD.déranee des corps de métiers, il, purent rendre 
h litelli._,zence sa véritable place; mais en ret;_»lant le travail manuel au 
scc,_,tl ralg, il., l'6nerxèrent, lui enlevèrent son originalité, cette vigueur 
native ,lu'il avait t,mjours conservée jusqu'alors dans notre pays. 
Pendant le.., xt  et :,:v ' siècles, le» architectes laïques sont sans cesse 
aI»p,'16 ail loin pour diriger la cSn.trcli,-n de égli.._es, des mc, nastères, 
de, palais. C'e.t surtout dans le nord de la Fvace que l'on recrute des 
actif-tes l,;tre élever des étifices dans le goùt n,,«ea,. Des écoles laïques 
d'avclit,'cture devaient alors exister dans l'lle-de-France, la Ncrmandie, 
let l-'icardiê, la l_Aanl»a,,ne, ., la Bourgogne,_ et Flandre et uv les bords du 
Ilhin. 51ai- le, moyens ,l'enseinement nëtaient prCbablemcnt que l'ap- 
prêntissa._'a'e chez les patrons, ce que nous appêl,,ns aujourd'hui les ate- 
liers. L'inpul;i,-,n donnée à la lin du xt ¢ siècle et au commencement du 
xit  h l'architecture fut l'oeux ve ,le quelques honmes, car l'architecture, 
5 cette ép,:,que, est empreinte d'un caractère individuel qu n'exclut pas 
l'nit,-'.. Peu à peu cette individualité s'efface : on voit que des règes, 
«:iplyées sur des ex.etnples adoptés comme types, s'établissent; les carat- 

evient,  
ce ave e 
«o mbinaisons, 

définis par provinces; on compose des méthode« ; l'art enfin 
proprement parler, classique, et s'avance dans cette voie tra- 
monotonie de formes, quelque chose dé prévu dans les 
qui devait nécossairement amener chez un peuple doué 

d'une imagination vive, avide de nouveauté, les aberrations et les tours 
de force d/l XX 'e siècle. Quand les arts en sont arrivés à ce point, l'exécu- 
tion l'emporte sur la conceptton de l'en,emble, et la main qui façonne 



finit par étouffer le 
tectes, perdus dans 

A RC 111 I.'--C i .. j 

 115 
génie <lui conçoit. A la fi du v  ibcle, le archi- 
les problèmes de géométrie et les ubtilités de la 
construction, entour6s d'une arm6e d'exéctant» habiles et faisant par- 
lie de corporations puissantes qui, elles a»si, avaient leurs tl»es et,q- 
sacrés, leur m6thode et une 

haute opini,n «le lever ntérite, 
n'étaient plt.., de force à diri- 
g.er ou à ré»ister; il.-, devaient 
succomt)er. 
Nous avons donné quelqes 
exemples d'inscriptions o,en- 
siblentett tracée» sur les 
fices du xn  siècle et de-s., tn( :es 
à perpétuer, tton sans un cer- 
tain setinent d'orgueil, le 
nom des architectes qui les 
ont élevés. Quêlquefois au,:i 
la sculpture est chargée de 
représenter le naitre de 
vre. Sur les chapiteaux, dates 
quelques coins des portails, dan 

les 
comp3s ou 1 ,:querrc en main, vëtu 
nue ou cç,iffée souvent d'une ma- 
nière de béguin fort en usage alors 

vitraux, 
toujours 

<n rencvtttre l'architecte, le 
d,t «<,st,me laï,Iue , la lte 

parmi les différents corps d'6tatsent- -,.. -. 
ployês dans les bàtinents. On voit ,ç.) 

sur l'un des tympans des dossiers des 
«lui datent du x" siècle, un archi- 
bletle ,,:,t t(- 
bas-relief a 

ieete assis devant une tablette et té- 
nant un conpas; ce joli 

été gravé dans les A,nales a,'ch&lo- 
gques. L une des clefs de route du 
bas c6té sud,de l'église de Semur en ' I .-" 
Auxois represente un architecte qe 
,, 
nous donnons'ici (fig. t). "',L  "3 ' 

Une des miniatures d'un manuscrit 
deMathieu Paris, marqué NE[o. i). i. 
(biblioth. Gottoniênne). xtIt  siècle, 
représente Offa, fils de \Varmud, roi 
des cnglais orientaux, faisant bà.tir la 
célèbre abbaye de Saint-Alba à son 

retour de Rome. Offa donne des ordres au. mailre de l'oE»uvre, qui tient un 
grand compas d'appareilleur et une équerre; des ouvriers que le maitrê 
montre du doigt ont oecupés aux eontructions (fig. 2). tue grand compas 
tait supposer que l'architecte tracait «e_ épures lui-mëme sur l'aire :il n'ch 



[ ARCIIITECTURE ] ----116 -- 

pouvait ëtre autren,ent, aussi l,ien pour gagner du temps que pour g.tre 
assuré de l'exactitude du tracé, puisque encore aujourd'hui il est impo- 
,ible d'élever uné construction en style ogival, si l'on ne dessine ses 
,:purês soi-mëme. N'oublions pas que toutes les picrres étaient taillées et 
:chevéê ur le ch,tntiAr avant d'ètre p,_,sées, et q'il fallait par consé- 
l uent apporter la plu.., grande précision et l'éttdc la plus complète dans 
]t tracé des épure.-. (Vc, y. +t,.PI'AREIL., <OSTitC'CI'IOX» TRAIT.) 

ARCHITEC'I" URE, . 
61g.me1t.,.. la th6orie et ia pratilue. La 
nent dit. les règles inspirées par le g,ùt, 
qi icit ,-e dén,,ntrer par de. t;['mules 

f. Art «le b.atir. L'architecture e colnpo_,e de deux 
théorie colnprê,d : l'art propre- 
issues des traditions, et la .-ciencê, 
invariallcs, absolues. La pratique 

e-t l'application de la théorie atlx besoins; c'est la pratique qui fait plier 
]'at ci ]t sciêncê à la natre des matériaux, a climat, aux n,t, urs d'une 
6l, otle , aux nécesit6 du ltOlnent. En prettant l'architecture h l'origine 
d'tne civilisation qui suc@de à une atttre, il ttttt né,:esairenent tenir 
 d  
c,,tnpte de tradition une part, et des besoins nouveaux de l'autre Nous 
diviserons d,nc cet article en plusieurs parties. La première comprendra 
une histoire »omnaire des origines de l'architecture du m,_,yen ge en 
France. La seconde traitera des développements de l'architecture depuis 
le x  siècle jtlsqu'au xxl ; des causes qui ont amené son progrès et sa déca- 
dence, des différents styles propres à chaque province. La troisième com- 
pren,lra 1 architecture religieuse; la quatrième, l'architecture monastique; 
la cin,luiènte , l'architecture civile; la sixième, l'architecture militaire. 
(tUt6tXES E L'.UCnTECTt'e rtaNçAISE. Lorsque les barbares firent 
irruption dans les Gaules, le sol était couvert de monuments romains, les 
p,,pulations indigène, étaient fOrlnées de longue main à la vie romaine; 
" fallu 
at_ t-il trois siècles de désastres pour faire oublier les traditions 
aliqes. Au xi ¢ siècle, il existait encore au milieu des villes gallo-romai- 
ne., ut rand nombre d'Gdilices épargnés par la dévastation et l'incendie; 
mais le, arts n'avaient plu, quand les barbares s'établirent détinitivement 
ur le sol, tn setl représentant; personne ne pouvaitdire comment avaient 
été élevCs le monument romaine. De exemples étaient encore debout, 
Colnme des énigntes h deviner p,,ur ces populations neuves. Tout ce qui 
tient à la vie jburnalière, le e.«auvernement de la cité, la langue, avait 
encore urvécu a désastre ; mais l'art de l'architecture, qui demande de 
l'éttde, d temps, du calme p,ur e produire, était nécessairement tombé 
dan l',ubli. Le peu de fragments d'architecture qui nou restent des v ¢ 
et xt  siècle ne ont que de ples reflets de l'art romain, souvent des dé- 
bris amoncelGs tant bien que mal par des ouvriers inhabiles, sachant à 
peine poser du n»elIon et de la brique. Aucun caractère particulier ne dis- 
tingue ces btises înforne,, qui donnent plut6t l'idée dela décadence 
d'un peuple que de n enfance. En elDt, quel éléments d'art les Francs 
avaient-ils pu jeter au milieu de la population gallo-romaine? Nous 
• -oyons alor le clergé s'établir dan, les basililues ou les temples testés 



debout, les rois habiter les thermes, les rins des palais o des 
romaines. Si lorsque l'ouragan barbare et pas»C larsque les nouveaux 
maîtres du sol commencent à s'établir, on btit de égli,es 
on reproduit les types romains, mais en évitant (l'attaqer 

ou des palais, 
les dit'licltés 

de l'art de btir. Pour les églises, la basili(tue antique ,ert tcujor« de 
modèle; pour les habitations princières, c'est la vilb gallo-rottaine qtc 
l'on cherche à imitêr. Grégoire de "l'ors décrit, d'une mière a,êz 
vague d'ailleurs, quelqtes-tns de ces élilices reli«'..,eux o civils. 
Il ne faut pa croire cependant que tote ilée de lxe frit ex«le «le 

l'architecture; au cotraire les édifices, le plu 
barbare, se couvrent h l'intériettr dê peinttres, «te narbres, de nJosaiqwes. 
Ce mëme attteur, 6tegoire de Tors, et parlatt lt', .l'bglise d, Clerniont- 

Ferrand, b&tie au v ' ,iècle 
cèsc, fait une peinture po 
description:« Il lit (saint 
« qui est la plus ancienne 

parsaint Numatius hitiène é ,", ' 
• x e tre: de ce di,-)- 
mpeuse de cet édili«e. Voici la traduction de sa 
Numatis) b3tir l'église qi sbsiste ecore, et 
de celles qt'on voit dans l'inté.rier «le la ville. 

« Ellea cent cinquante pieds de l»ng, soixante de large, et cinquate pieds 
« de haut dans l'intérieur de la nef .isqu'5 la charpente; a d¢,vant est 
« une absidê de forme ronde, et de ehaqe cété s'élendent des ailes d'une 
« élégante structure. L'édifice etier est disposé en forme de croix:; il a 
« quarante-dex fenètres, soixante-dix colonnes, et huit portês... Les l-,aroi, 
,, de la nef sont ornées de plusieurs espices de mari)res aju.-:tés ensemble. 
,, L'édifice entier ayant é/6 achevé das espace de ,_loz,. 
là une basilique antique avec ses col,»n.es et ses bas cétbs (oscell«) ; sa 
«»nera, que nous croyons devoir tradire par «harp,:tt,,, avec d'atant 
plus de raisan, que cette église fut complétement détntile par les tlantnte., 
lorsque l'epin enleva la ville de Glernont a dtc d' \qitaine Edes, à et, 
point lU'il fallttt la reb(Itir entièretnent. Dats d'autres pasa,._,e.,,.,_._ «le on 
Hist,»ite, çt'égoit'e de Tours parle de cet'laines habitati,-ns l.ritici/'_'r«'s dont 
les portiques sont couverts de charpetttes ornées de vives peintures. 
Les nouveaux maitres des 6aules s'établirent de préf(,rence at nilieu 
des terre qu'ils 'étaient partatgées; ils tr,uvaient là une agglomération 
de coloris et d'esclaves habitués à l'exploitation agricole, ne SOlrce ,te 
revenus en nature faciles à percevoir, et (lui devaient satisfaire 
• enc »re 
désirs d'un chef germain D'ailleurs, les villes avaient 
leur gouvernement municipal, respecté en granule partie par les 
Ces restes d'une vieille civilisation ne pouvaient que gëner les 
venus, si forts et puissants qu'ils t'uent. Des conqtérants 
n'aiment pas à se trover en présence d'une pc, pulalion qti, 

soumise, leur est supérieure sous le 
tion; c'est au moins une contrainte 
habitués "a une vie indépendante et 

à tous les 
conserve 
larlares. 
notlveaux 
élran,q,rs 
lien 

rapport «les mteurs et de la civilisa- 
mçrale li embarrasse «les hontmes 
sauvage. Les exercices violents, la 

t ttist, ecclés, des Frnnc«, par C,. F. Grégaire, évèque tic Tours, en l0 livres, revue 
et collat, sur de n«,u, manuscr., et traluite par MM. 3. Guadet et Taranne. A Paris, 1836. 
chez J. Renou;rd. Tome I, p. .78 (,«o.v. Éc&irciss. et Observ.). 



[ AI',CHITEÇTURE ] 
ch;t.',se. |,t 

118-- 

«,crre: ce, mme dela.sement, les orgies, s'accommodent de 
la vie ,_le chan,p». .\u.-_»i, »6us la première race, les v/Iice sont-elles les 
réi«lenccs prbférée» de- rois et des poses»êurs du sol : là vivaient ensemble 
vain«lueur ¢.t vaincu. Ce hab,tations »e composaict d'une suite de bàti- 
ment« destines à l'exploitation diséminés dans la campa? 
b]ant assez à nç,s rand» élablisencnt agricoles. L5 les rois francs lenaicnt 
lê,r cour. » livraienl au I, laisir de la chae et vivaient des prc, duits du sol 
r«;unis dans d'immen,es magasins. Q,and ces approvisionnements étaient 
c,_,n«,mnés, il chageaient de résidence. Le bàtiment d'habitation Cait 
d,;coré avec lnc cert(tine .,,..,ce.,;,. (l'oique tbrt simple cotonne construc- 
i,, et «listribti,_,n. De va.te» p,)rtiqes, des écuries, des cour» spacieuses, 
,l,Clques r«u, ds cpaces coverts où l'on convoquait les syn,-,des des 
,;v&le». où lc roi» franc- préidaient ces grandes as.smblées suivies de 
ces t.-tin» tra,(itic, nnêl ,lui dég,;nóraient en orgies, composaient la rési- 
dente du chef. « Ator du principal corps de logis se trouvaient diposés 
, l)«tr or,Ire les 1,9gernent des officiers du palais, soit barbares, oit rnmains 
,, ,l',_,riinê... D'autre mai»ons de moindre apparence 6raient occupées 
« par  grnd n,_,nl,re d,  familles (lli exerçaient, hommes et femmes, 
, t,)ute» »,,rte, de n,étier, depuis l'orfévrcrie et la fabrique d'armes, 
« j,s(I,'( l'état de tisserand et de corroyeur'... » 
l'en,lant la póri,de mérovinienne les ville seules 6raient fortifiée,. Lc 
vill,,,,:taient ouverte», d6tendues seulement par des palissades et des fossés. 
S,,, le» roi de la première race, la féodalité n'existe pa encore; les 
le des no c, nt ,lUe de «rands propriétaire établis sur le sol gall,-romain, 
»c, umi» à une autorité .up6riêure, celle du chef tYanc, mai autorité qui 
':,tthil,lit à mesure que le sovenir de la conquête, de la vie commune 
«le» canl,, se perd. Les nouveaux possesseurs de terres, éloignés les uns 
des a,tres, »par6 l,ar de f,:,rOts ou des terres vagues (lévatées par les 
uerrc», povaient »'étendre h leur aie, ne rencontraient pas d'attaques 
('trangères à repc, usser, et n'avaient pas besoin de chercher à empiéter 
»r le» propriét6s de l(.urs voisins. Toutefois ces homme habitués & la 
vie avc.ntureuse, au pilla««.c., au brigandae le plus effréné, ne pouvaient 
devenir tout à c,,up de tranqilles propriétaires se contentant de leur part 
,te conquëte ; ils e ruaient, autant par dé«euvrement que par amour du 
:,in, sur les 6tabl}ement» religieux, sur les villages ouverts, pour peu 
,lu'il s'y trouvàt quelque chose à prendre. Aussi voit-on peu à peu les 
,n,_,natère», le» aglomérations œall,»romaines, quitter les plaines, le cou 
des fleuves, pour »e réfugier sur les points élevés et s'y fortitier. Le plat 
pays est aLandonné aux courses des possesseurs d, sol, qui, ne trouvant 
plus devant eux que les fils ou les petits-fils de leurs compagnons d'armes, 
}e atquent et pllent leurs villce. G est alors qu elle s'entourent de 
murailles, de fos6s profonds; mais, mal platCs pour se défendre, les 

t Aug. Thierr. Récits de tern2os rnérorinyiens tome I page _z3 
(Paris, 18a6j. 

édit. Furne 



cillre sont bient6t al)an(l.)nnées aux col,_,ls, et les chefs francs s'6tablisse 
dans des fi_,rleresses. Au milieu de cette efrrayat»le aarchie que les 
derniers rois nérovingiens étaient hors d'6tat de réprincr, le, év¢.qles 
et les 6tablissements religieux luttaient seuls : les tns par leur patienter, 
la puissance (l'tn principe soutenu avec ferneté, leurs exhortations; les 
autres par l'Cu:le, les travaux agricoles, et en r6unk, sant derribrc letrs 
murailles les derniers débris de la civilisation romaine° 
Charlemagne surgir au milieu de ce chaos. 11 parviett p«tr la sotlopuis- 
sance de son génie organisateur à établit' une sorte d'tit.6 adttlti-trativc; 
il reprend le fil brise de la civilisation antiqe et tcttc de le renouer. 
letntgne voulait faire ne re»oisso_'e. Le.,_ arts mo,lenes allaiet 1,r,,liter 
de ce suprënm eff,rt, non en -uivant la route tracée par ce rand 
mais en s'appropriant les élémenis nouveax lu'il awtit etc chercher 
Oriènt. Charlemagne avait compris que les lois et la t;_,rce matériello :ont 
inplissantes "a réf,-,rmer et à orgai:er des l»l»llati,is ig(,r«,tcs et bar- 
bares, si 1'o ne commence par les éclairer. Il avait compris qe les arts 
les lettres sont un des moyens les plus eflicaces à (,l,p,)ser h lat barbarie. Mais 
en Occident les instruments lui manquaient; (lel»uis l,,gtemps les ler,ibres 
lueurs des arts antiques avaient disparu. L'empire d'+ rient, +irai tt'avait pas 
été entibrement bouleversé par l'invasion de peplades sauvages, conserv«it 
sesarts etson industrie. .t£ ,«t+ siècle c'était là qu'il l;tllait aller dentader 
la pratique «les art». I)'ailleurs Charlemagne, «lui avait etl de 
diltërends avec les empereurs d'Orient, s'ét.«tit mainten en ]»,jne intelli' 
gence avec le calife Ilaroun, qui lui fit., en 801, ces+ion des lieïx saint,. 
llès 7"/7 Charlemagne avait fait tn traité d'alliance avec les 
mauresques de Saragosse et de lluesca, l'art ces alliat«es, il sc. nénageai! les 
mo.vens d'aller re«leillir les sciences et, les arts là où ils s'ét«tiet 
Dès cette époque, les Maures d'Espagne, cottne le krat»eb de b.vrie. étaient 
fort avancés dans les sciences malhénatiques et dans la pratique de t,»us 
les arts, et bien que Ch:trlemagne passe pour avoir rantelé de llome, en 
ï87, des grammairims, des musiciens et des nathématiciens en France, 
il est vraisemblable qu'il manda des professeurs de géométrie à .,_es alliés 
de Syrie ou d'Espagne; car nous pouvcms jlger, par le peu de monu- 
ments de Rome qi ,latent «le cette é.poqe, ,à ,lel degré d'ignorance pro- 
fonde les constructeurs étaient tombés dans la capitale de la chr6tiet6 
occilentale. 
Mais pour Charlemagne tout devait partir de ttome par tn,li|io; il était 
avant tout empereur d'Occident, et il ne devait pas lais»er croire tle 
lumière pût venir d'ailleurs. Ainsi, à la -rêno.sanre fontaine qt'i! voulait 
faire, il mlait, par la force des choses, des éléments étrangers qi allaient 
bient6t faire dévier les arts du chemin sur lequel il prétendait les replatcer. 
L'empereur pouvait s'emparer (les traditions du gouvernement l'on,a, 
rendre des ordonnances toutes romaines, composer une administration 
copiée sur l'administration romaine; mais si puissant que l'on soit, on ne 
décrète pas un art. Pour enseigner le dessin à ses peintres, la géométrie 



[ ARCHITECTUIE ] --- 1'2_0 

à ses architectes, il lui fallait nécessairement faire venir des professeurs 
de Byzance, de Damas, ou de Cordoue; et ces semences exotiques, jetCs 
en Occident parmi des populations qui avaient leur génie propre, devaient 
produire un art qui n'était ni l'art romain, ni l'art d'Orient, mais qui, 
partant de ces deux origines, devait produire un nouveau tronc tellement 
vivace, qu'il allait après quelques siècles étendre ses rameaux jusque sur 
les contrées d'où il avait tiré son germe. 
On a répété "à satiété que les croisades du xi ¢ siècle avaient eu une 
grande influence sur l'architecture occidentale dite gothique; c'est une- 
erreur pt,:,fonde. Si les arts et les sciences, conservés et cultivés en Orient, 
on! jeté des éléments nouveaux dans l'architecture occidentale, c'est bien 
plut6t pendanl le X'll « siècle et vers la fin du xi . Charlemagne dut ëtre 
frappé des moyens employés par les infidèles pour gouverner et policer 
les populations. De son temps déj'à les disciples de Mahomet avaient établi 
des écoles célèbres où toutes les sciences connues alors étaient enseignées; 
ces écoles, placées pour la plupart à l'ombre des mosquées, purent lui 
fournir les modèles de ses établissements à la fois religieux et enseignants. 
Cette idée, du reste, sentait son origine grecque, et les nestoriens avaient 
bien pu la transmettre aux Arabes. 0uoi qu'il en soit, Charlemagne avait 
des rapports plus directs avec les infidèles qu'avec la cour de Bvzance, 
et s'il ménageait les mahométans plus que les Saxons, par eemple, 
frappes sans relâche par lui jusqu"5 leur complète conversion, c'est qu'il 
lrouvait chez les Maures une civilisation très-avarieC, des mœurs policées, 
des habitdes d'ordre, et des lumières dont il profitait pour parvenir au 
but principal d,. son rè,,ne : l'instruction. . Il trouvait enfin en Espagne 
plus à prendre qu'à donner. 
Sans être trop absolu, nrus croyons donc que le règne de Charlemagne 
peut (:.tre considéré comme l'introduction des arts modernes en France. 

l)out ' faire conprendre notre pensée par 
partir de ce règfie, jusqu'au XII e iècle, si la 
:estent romaines, l'étoffe est orientale. C'est 

une image, nous dirons qu'à 
coupe et la forme du v6tement 
plus particulièrement dans les 

contrées voibincs du siCe de l'empire, et dans celles où Charlemagne fit 
(le longs séjours, que l'infllence orientale se fait sentir : c'est sur les bords 
du Rhin et (lu Rhône, c'est dans le Languedoc et le long des Pyrénées, 
que l'an voit se conserver longtêmps, et juslu'au xm  siècle, la tradition 
de certaines/brmcs évidemment importées, 6trangères à l'art romain. 
Mais, malgré son système administratif fortement établi, Charlemagne 
n'avat I) faire pénétrer partout également l'enseignement des arts et des 
.,:cicnces auquel il portait une si vive sollicitude. En admettant même qu'il 
ait pu (ce qu'il nous est difficile d'apprécier aujourd'hui, les exemples nous 
alqlant), par la. seule puissance de son génie tenace, donner "à l'archi- 

t ecture, des bords du Rhin 
diflërenees de nationalités, 
Charlemagne avait de fait réuni 
pui.sance temporelle;il s'agissait 

aux Pyrénées, ne unité factice en dëpit des 
cetfe grande œuvre dut s'écrouler après lui. 
sur sa tëte la puissance spirituelle et la 
de sauver la civilisation, et les souverains 



--- ' ïl ------ [ .tI1CIIITECTL'RE ] 
ponliDs, qi avaient vu l'glisê p réscrvbe des al taq,es des -. fa bes, d«. 6 rets 
et des Lon,bards par l'empereur, adnettaiênt cette omnipatence du monar- 
que germain. 5lais l'empereur mort, ces nationalités d'origines ditlëretes, 
réunies par la puissance du génie d'un seul homme, devaiet se diviser de. 
nouveau; le clergé devait tenterdeconquérir pied àpied le pouvoir spirituel, 
que s'arrogaien t alors les successeurs le Charlemagne, non pour le sa 
garder, mais por détruire tc, utê liberté dans l'Église, et trafiquer de biens 
et digniiés eçelésiastiques. Les germes de la féo,la|ité qui êxi_,taient dans 
I esprit ,les Francs vinrent encore contriber à désunir le faisceau si labo- 
rieusêment lié par ce grand prince. Cinquante ans après sa rn,,rt, chalue 
peuple reprem! son allure naturelle ; l'art «le l'architecture se fractiontc, le 
génie particulier h chaque contrée se peint dans 1,es m,_,nments des x" ,et. 
x" siècles. Pendant les x  et Xlt ¢ siècles, la diversité est encore plus marquée. 
Chaque province forne une école. Le système féodal véait sr l'ar,'hitec- 
turc; de m.me ¢le chaque seigneur 'ent'erme dans son d,»naine, que 
chaque diocèse s'isole du diocèse voisin, l'art de batir se mo,lèle sur «cite 
nouvelle organisation politique. Les constructeurs ne vont plus chercher 
des matériaux précieux au loin, 'usent plus des mëmes recettes ; ils tra- 
c'allient sur leur sol, emploient les matériaux/k leur portée, modifient leurs 
procédés en raison du climat se, us lequel ils vivent, ou les soumettent à des 
intluences toutes locales. Un seul lien unit encore tous ces travaux qui 
s executent isolément : les étahlissements rêligiex. Le clergé régulier, 
qui, pour conquérir le pouvoir spirituel, n'avait pas peu contribué au mor- 
cellement du pouvoir temp,,rel, soumis lui-nène à la o-,ur de Borne, fait 

converger toutes ces voies ditt'érentes vers 
se rencontrer un jour. (n comprendra con 
fertiliser le sol des arts, et quel immense 
allait prendre, après tant d'ett;)rts parliels, 
talc, renaissante au Xtlt  siècle, réunirait 
assouplis par une longue pratique et par 
Parmi les arts, l'art de l'architecture e.-_t 
d'affinité avec les instincts, les idées, les 

un nème but où elles devaient 
bien ces labers isolés devaient 
développement l'architecture 
1,,rsque l'unité f.,»uvernen«n/ 
SOlS sa main tous ces esprits 
la difliculté vaincue. 
certainement celui qui a le plus 
n-,eurs, les pr«-,grès, les besoins 

des peuples; il est donc difficile de se rendre cc, mpte de la direc'ion qu'il 
prend, des réultats auxquels il e:,t amené, i l'on ne connait les tendances 
s ,t développé. Depuis 
et le génie des populations au milieu desquelles il 
le xv  siècle la pe'sonnalité dt! peuple en France a rot,jours été ab,otbée 

par le 9out,ernement ; les arts sont devenus officiels, quitte à réagir vio- 
lemment dans leur domaine, comme la politique dans le sien à certaines 
époques. Mais au xit ¢ siècle, au milieu de cette société morcelée, où le 
régime féodal, faute d'unité, équivalait, moralement parlant, à une 
liberté voisine de la licence, il n'en était pas ainsi. Le cadre étroit dans 
lequel nous sommes obligé de nous renfermer ne nous permet pas de 

faire marcher de front 'histoire politique et l'histoire de l'architecture du 
x'tt' au x ¢ siècle en France; c'est cependant ce qu'il faudrait tenter si 
l'on voulait expliquer les progrès de cet art au milieu des iècles encore 
i. ---- .Iii 



[ ARCHITECTURE ] --- 1'2_2-- 
barbares du moyen ge; nous devrons nous borner à indiquer des points 
saillants, généraux, qui seront comme les jalons d'me route "à tracer. 
Ainsi que nous l'avons dit, le système politique et administratif em- 
prunté par Charlemane_ aux traditmns romaines avait pu arrêter le 
désordre sans en d6truire les causes. Toutefois nous avons vu comment ce 
prince ]etait, en pleine barbarie, des éléments de savoir. Pendant ce !on 
règne, ces semenccs avaient eu le temps de pousser des racines assez 
xivaces pour qu'il ne fùt plus possible de les arracher. Le clergé s'était 
thit le dépositaire de toutes les connaissances intellectuelles et pratiques. 
Reportons-nous par la pensée au IX  siècle, et examinons un instant ce qu'é- 
tait alors le sol des C;aules et d'une grande partie de l'Europe occidentale. 
L féodalité naissante, mais non organisée;la guerre; les campagnes cou- 
vertes de forgts en friche, à peine cultivées dans le voisinage des villes. Les 
13opulations urbaines sans industrie, sans commerce, soumises à une orga- 
nisation municipale décrépite, sans lien entre elles; des cil&z, chaque jour 
ravagées, habitCs par des coloris ou des serfs dont la condition était à peu 
Irès la moe. L'empire morcelé, déchiré par les successeurs de Charle- 
magne et les possesseurs de fiefs. Partout la force brutale, imprévoyante. 
Au milieu de ce désordre, seule, une classe d'hommes n e.-_t pas tenue de 
prendre les armes ou de travailler à la ter'e; elle est propriétaire d'une por- 
tion notable du sol ; elle a seule le pri ilCe de s'occuper des choses de l'es- 
prit, d'apprendre et de savoir; elle est mue par un remarquable esprit de 
patience et de charité ; elle acquiert biêntt3t par cela morne une puissance 
morale contre laquelle viennent inutilement se brier toutes les forces ma- 
térielles et aveugles. C'est dans le sein de celte classe, c'est à l'abri dês 
murs du eloitre que viennent se réfugier les esprits élevés, délieats, réflé- 
chis; et, chose singulière, ce sera bientôt parmi ces hommes en dehors du 
siècle ¢le le siècle viendra chercher ses lumières. Jusqu'au xi, siècle cepen- 
dant, ce travail est obscur, lent; il semble que les établissements religieux, 
que le elergé, soient oeeupés h rassembler les éléments d'une civilisation 
future. Bien n'est constitué, rien n'est défini; les luttes de chaque jour 
contre la barbarie absorbent toute l'attention du pouxoir elérical, il parait 
même épuisé par cetle guerre de détail. Les arts se ressentent de cet 
état incertain, on les voit se trainer péniblement sur la route tracée par 
Charlemagne, sans beaucoup de progrès; la renaissawe romaine reste 
stationnaire, elle ne produit aucune idée féconde, neuve, hardie, et, sauf 
quelques exceptions dont nous tiendrons compte, l'architecture reste enve- 
loppée dans son vieux linceul antique. Les invasions des Normands viennent 
d'ailleurs rendre plus misérable encore la situation du pays;et comment. 
l'architecture aurait-elle pu se développer au milieu de ces ruines de 
chaque jour, puisqu'elle ne progresse que par la pratique? Cependant 
ce travail obscur de cloitre allait se produire au jour. 
[}ÉYELOPIESIE.NT I)E L'ABCHITECTUPE E.N FRANCE DU XI" A XYI ¢ SIÈCLE.----- 
]JES CAUSES QUI ONT A31ENÉ SON PROGRÈS ET SA DÉCADENCE.---DES DIYFÉRENTS 
ST3LE PBOPBE$ A CrtAOUE PBO¥ICE. -- Le xJ e siècle commence, et avec lui 



[ '.. RCYIITECTUBE 
une nouvelle la p«,litique. Nous lavons di 
plus hallt, les s'étaient renferne.,_ dans l'en- 
ceinte des cloitres depuis le règne de Charletagne. Au x  .,iècle, le 
-ime féodal Alait organisé autant qu'il pouvait l'ètre; le territ,»ire, 
ré_ 
celé en seigneuries vassales les unes des autres .j lsqu'a!, suzerain, 
tait l'aspect d'tne arène oh chacun venait dót'eudre .ses droits attaqttés, 
ou en conqtérir de nouveaux les arme» h la ttain. L'or.ganisatio écrite 
du systènm féodal était peut-être la seule qli ptt cc, nvenir dans ce,: temps 
si voisins encore de la barbarie, nai.,_ en réalité l'application rép«,nlait 

--- 2a --- 
i,re por les arts comme pc_,ur 
lettres, les sciences et les arts 

peu au pricipe. C'Carir une guerre civile permanente, une suite non 
interrompte d%pprê.sions et de vengeances de seigneur à seigneur, de 
r&oltes contre les droits dtl uzevain. \u nilieu «le ce conflit perpé- 
tuel, qu'on se figure l'état «le la population des campagnes ! L'institut 

monastilue , épuisé ou découragé, dans ces temps oh nll ne senti»lait 
avoir la connaissance «1 ju.,te et ,le l'injste, ofi les passions les plus 
brutales étaient les seules lois CoutCs, était lui-m0Ine dans la plus 
déplorable situation Les monastères, pillés et br01és par les Normad 

rançonnés par les seigneurs sécttliers, possédés par des al»l/_,s laïqtes, 
étaient la plupart dépeuplés, la vie régulière singulièrement rêlàchée. 
voyait dans les monastèves, au miliet des moines, des chanoines et des 
religieuses même, les abbes laïques qui viaient in.,tallés là avec leurs 
femmes et leurs enthnts, letrs gens d'armes et le,ifs rneutes ' 
. _e pendant 
queh]ues établissements religieux conservaient encore les traditions de la 
vie bénédictine. Xu conmencement «lu xt" siècle, non-seulement les droits 
féodaux étaient exercés pat" des seigneurs laïqtes, mais aussi par des 
é.v{,ques et des abbés; en perdant ainsi bon caractëre de p,,uvoir plrement 
spirituel, une partie d haut clergé autorisait l'intluence que la feodalité 
séeulière prétendait exercer sur les élections de ces évëquês et abbés, 
puisque ceux-ci devenaient des vassaux soumis dès lors a régime féodal. 
Ainsi conmence une lutte dans laqtelle les deux principes 
du temporel se trouvent en présence : il s'agit ou de la liberté ou dl vtsse- 
la,.,._, de l'gglise, et l'Église, il faut le reco.nnaitre, entame la lutte par une 
réforme dans son propre 
En 909, Guillaume, duc d' ,quitaine, avait fonlé l'abbaye de Cluny, et 
c'est aux saints ap6tres Pierre et |'aul qu'il donnait tous les biens qui 
accompagnaient sa fondation"-. Une bulle de Jean IX (mars 9:32) confirme 

la charte de 6uillaume, et 
« de quelque roi, évèque 
« Guillaume s... 
Il 

« affranchit le monastère ,le toute dépendance 
ou comte que ce soil, et des prc, ches mème de 

ne faut point juger cette intervention des pontiïe romains avec nos 

t Mabillon, A'an. Boaed., t. III, p. 330. 
 Bil, l. çlua., col. 1, 2, 3, /t. --- Clun 9 ou 
t "«ol. L.on, Paris. 
a Bull. CIu,«., p. t, 2, "3. --- lbM. 

xt e siècle, par l'abbé F. 

Cuchera b t851, 



[ ABCIIIFECTUIE 
idées m«,dern. 

] -- t2h -- 
Il faut songer qu'au milieu de cette anarchie uSnérale, de 

ces empi(.tements de tous les pou,«oirs les uns ,ur les autres, de cette op- 
prcssi«,n etrrénéede la force brutale, la suzeraineté que s'arrogeaitla chaire 
de Sint-l'ierre devait opposer une barribre invincible à la force maté- 
rielle. établir l'indépendance pirituelle, constituer une puissance morale 
immense en plein coeur de la barbarie, et « est ce qui arriva. Tout le x  siè- 
cle et la première noitié du ::t  sont rempli par l'histoire de cesluttes, d'où 
le p,,uroir spirituel sort t-jotrs vainquetr. Saint Anselne, archevëque 
de Canterbury, saint ltuzues, abbé de Eluny. et Brégoire Vil,sont les trois 
grande tigre (li (lominent cette epoque, et (tti établissent d'une ma- 
nière inébranlable l'indépendance spirituelle du clergé. Con'me on le peut 
cr,-,ire, les p,-,pulations n'étaient pasinditlërentesàces grands débats; elles 
vyaient alors un refue êflicace contre l'oppres,ion dans ces monastères 
oh se cançentraient les hommes intelligents, les esprits d'élite, qui, par la 

seule puissance que d«,nno une convicti,n 
dév,uée, tenaient en échec t,)us les grands 
servir d'un tn,,t m6dêrne, était p,-,ur eux, 
soutien : le clergé ré,uliêr résumait alor 
de la cla,ê inférieure; il ne faut lonc 

profl)nde, une vie régli?re et 
du siècle. L'opinion, pour nous 
et ce n'était pas leur moindre 
à lui seul toutes les espérances 
point s'étonner si, pendant le 

Xl e -iècle et au commencement du XII e, il devint le centre de toute in- 
fluence, de tout progrès, ,le t,-,ut savoir. Partout il fondait des écoles où 
l'on ensêiunait le.- lettres, la philosophie, la théologie, les sciences et les 
arts. A l'abt»aye du Bec, Lanrranc et saint knselme étant prieurs ne dé- 
daignent,, pas d'intruire la jeunesse séculière, de corri««,z._r pendant leurs 
veilles les Inanuscrits fautifs des auteurs païens, des Écritures saintes ou 
des t'ères.  Cluny, le- -oins les plus attentitç étaient apportés à l'ensei- 
gnêmet, l'ldari«' c,»nsacre deux chapitres de ses Co,tumes à détailler les 
devoirs de- maitres envers les enfants ou les adultes qui leur étaient con- 
riC:. « Le plus zrand prince n'était pas éleré avec plus de soins dans le 
« palai» de rois lUe ne l'était le plus petit de enfhnts à Cluny . » 
;es c,-,nmnauté,: prenaient dès lors une grande imp,-,rtance vis-à-vis 
de la population de, ville.,_ par leur résistance au despotisme aveugle de 
la féo,I;tlité et à son esprit de désordre, participaient à toutes les affaires 

I,ub]iqe» par l'intellizêtcc, le »avoir et les capacités de leurs membres. 
Aussi, comme; le dit l'un des plus profonds et des plus élégants écrivains 
de notre temp: ,lan, un livre excellent : « Les abbés de ces temps 
« d'aust,rilé et ,le dés,/,rdre re.seml)laient f,,rt peu à ces oisifs grassement 
« rentes dont s'é»t raillée plus tard notre littérature br, urgeoise et sati- 
« ri,lê : leur a,l,ninistration était laborieuse, et la houlette du pasteur ne 
« demeurait pa: immobile dans leurs mains. » Cette actix lté intérieure et 

-- Bernardi Cons. coenob. 

t Udalrici .l,tiq. consuet. Cl'.tn. mon., lil. 1II, c. Vil| t'[ IX. 
 ¢'lun aU W e siècle, par i'abbé F. Cuclerat. 
3 Udalrici AMi. consuet. Clur. mon., lib. 11, c. viit, in fine. 
Clun., p. I, c. xxv.  12abbé Cucherat, p. 83. 
 . An.elm« ,le Can¢., par M. C. de Rémusat. Pari.,, t853., 



extérieure du monastère devait,- 
particulièrement à l'architecture, 
des abbayes 

comme toujours, donner 
un grand essor; et c'était 
mëmes que se formaient les maître «lui allaient., 

aux al, fs, (,[ 
dans lê sein 
au xI  iècle, 

leur donner une importance matérielle égale à leur prépondérance reli- 
gieuse et morale dans la chrétienté. Le premier architecte qui jêtte les 
fondements de ce vaste et admirable monastère dê Cluay, pre-que eatiè- 
rement détrit aujourd'hui, est un clunitc, nommé Gauz,n, ci-devat 
abbé de Baume . Celui qui achève la grande église est un F.lamanl reli- 
gieux, Ilezelon, qui, avant son entrée à Cluny, enseignait h Lié«e ; lçs 
rois d'Espagne et d' kn«loterreo - fl-,rnirent les fonds écessaires à l'achè- 
vement de cette grande constrction (voy..kRClIITETçRE M(tNASTI¢.2UE). 
Non-seulement ces btinerts grandioscs allaient sêrvir de types à tous 
les monastères de la règle de Cluny en France et d:tn-: tne 
de l'Europe occidentale; mais les sintples paroisses, les 

rurales, les monuments 
ces centres de richesse 
trouvaient le bien-¢etve, 
et dignes. En 1009, avant 
sous Pierre le Vénérable, « 

rande partie 
co,-_tvuctions 
publics des villes, prenaient leurs n,dèles das 
et (le lumière. Lfi,_ en effet, et là seulenten/, se 
les dispositions étudiées et prévoyantes, salubres 
mëme la construction (le l'abt,ave «le Clunv 
Hugues de Farfa avait envo.vé un de ses di- 

, ciples, nommé Jean, observer les lieux et décrire pour l'usage parti- 
« culier de son monastère les ,s et coutumes de çlung. Cet ouvrage, de- 
« rueurWmanuscrit dans la bibliothèque vaticane, t° 68o8-, coq,tient des 
« renseignements que nous ne retrouverions pas ailleurs aujourd'hui. 
« Nul doute que ces dimensions que l'on veut transporter à Farfa ne 
« soient celles de Cluny au temps de saint Odilon. Quand nous serions 
« dans l'erreur à cet égard, toujours est-il certain que ces proportions 
« ont été fournies et ces plans elabote 5 C.luny, dont nous surprenons 
« ainsi la glorieuse influence jusqu'au cœur de l'Italie. .... L'Église dee, it 
« avoir lit0 pieds de/ong, 160 fenêtres vit,'ées ." deux tours à l'entr&, fo,'mat 
« ,n parvis pour les laïques.,. ; le dortoir, 160 pieds de long, 3h de hauteur, 
« 92 fenëtres vitrées, agant chacune plus de 5 pieds de hauteur et 2 I]2 «le lar- 
« geur; le ré[ectoire, 90 pieds de long et 23 de hauteur... : l'aum6nerie, 
« fiOpieds de longueur: l'atelierdes verriers, bijontiers et o-f_'évres, 25pieds 
« de long sur 25 de large a ; les dcuries des chevaux du monastère et des etrnn- 
« 9ets, 280 pieds de lon 9 s.r 25..... ,, 
Mais pendant que les ordres religieux, les évoques, qui n'admetlaiet 
pas le vasselage de l'Èglise, et le souverain pontife à leur têtê, otenaiet 
avec ensemble et persistance la lutte contre les grands p,-,uv,»irs féodax, 
voulaient établir la prédominance spirituelle, et réforner le» abu qui 

L'abbé Cucherat, p. 10. 
Ana. Bened., t. IV, p. 207 et 208. 
« inter proedictas cryptas et cellam 
inclusores et ,,itrei magistri operêntur; 
tudinis xxv. » 
Cluny ou x  iècle par |'abbé Cucherat, 

no,,itiorum, posita sit alia ceila nt, i atrifi«es, 
quoe cella habeat longitudinis cxv pedes, l:ati- 

p. 106 et 107. 



ARCHITECTURE 

-- i26 --- 
le clergé, les populations des xilles profitai?nt 
d'indépendance morale répandues aulour des 
le besoin d'une autorité publique et 
à l'imitation de rautorité unique du 
intérieure des couvents; elles allaient 

s'etaient introduits dan 
des lumières et des idées 
grands monastères, éprouvaient 
une administrati,-,n intérieure 

aint-siége et de rorzaniatiun 
réclamer leur p,rt de garantie contre le pouvoir personnel de la téo- 
dalité séculière et du haut clergé. 
Ces (le,Ix mç, uv,mets sont distincts cependant, et s'ils marchent pat'af 
lblemênt, ils sont complétêment indépendants run de l'autre. Les clerc.,, 
qui onseigaiênt alors en chaire au milieu d'une jeunesse avide d'ap- 
prendre ce que l'on a.ppelait alors la physique et la théologie, étaient les 
premiers h qualilier d'ea.(;crablês les tentatives de liberté de villes. De 

mène lUe les borge,jis qui réclanaient, et ubtenaient au besoin.par la 
force, les frclises debtinées à protéger la liberté du c,-,mmerce et de 
l'indubtrie, pourbuivaient à COUl» de pierres les disciples d'Abailard. Telle 
est cette épo,l,e d'eïantemênt, de c,,ntradietions étranges, où toutes 
les classes de la société semblaient concç, urir par «les voies m.v,térieuses 
h runité, s accusant récipr,quement d'erreurs, sans s'apercevoir qu'elles 
marchaient vers le nëme but. 
[»armi les abl»ayês Iui avaient été plat'ées sous la dépendance de Cln.v, 
et qui poss6daiêt les mëmes privilé-e,, était l'al»baye de Vézelay. Vers 
î I 19, les congres de Nevers prétedirent avoir des droits dê suzeraineté sur 
la ville dépen,lant du mona,tère. « lls ne pouvaient voir sans envie les 
« grands proIirs qe l'al»lé de Vzelay tirait de l'affluence des étrangers, 
de tout rang et de tout état, ains que de l'oire, qui se tenaient dans 
le bon,rg, partic,librement à la fète «le sainte Marie-Madeleine. _,erre 
foire attirait durant plusieurs jours un concours nombreux de mat- 

(( 

(I 
(( 
(I 

ch«tn,ls, venus .,,oit du ruyaume (le France, soit des communes du Midi, 
et «l«,tnait à tn b,_,rg de quelqe milliers d'àmes ute importance 
pre:,lUe égale à celle des grandes illes du temps. T,,,lt serfs qu'ils 
taiet le rai)bave de bainte-Marie, les habitant, de Yézelay aaient 
gra,luellement acquis la propriété de plusieurs donaines itués ,lans 
le voisinage; et leur servitude diminuant par le cours naturel des 
choses, .,'était peu h peu réduite au l»ayemet des tailles et des aides, 
et i l'oblization de por/êr leur pain. leur blé et leur vendange, au four, 
au moulin et au pressoir publics, tenus ou affermés par l'abl»aye. Une 
Iungue querelle, :ouvent apaisée par l'intêrvêntion des papes, mais 
toujours renouvelée sous dittërênts prétextes, s'Ceva ainsi entre les 
comtes le Nevers et les abbés «le Sainte-Marie de Vézelax-. .... Le comte 
6uillaume. plusieurs fois sommé par l'autorité pontificalè de renoncer 
à ses i)rétentions, le» fit valoir avec pls ,l'acharnëment que jamais, et 
lé«a,., en mourant à son tils, du mème nom que lui, toute son inimitié 
contre l'abbaye '. » Le comte, au retour de la croisade, recommença la 

1 Lettres sur l'histoire de Fraace, par Aug. Thierry. Paris, 18t2, p. 01 et 02. 



---- 7--- [ ARCItITECTURE ] 
les habitants, le pomettant de econ- 
mme, en jurt fidélité ax bourgeois. 

utte par une l|iance avec 
naitre la commyne, y entrant 
Les habitants de Yézelay ne sont pas plutSt affranchis et con»titus en 
ommne, qu'ils se fortifient. « Ils élevèret autour de leurs maisons, cha- 
, cun selon sa richesse, des murailles créncle, ce qui tait la maque 
« et la garantie de la liherté. L'un des plus conidéahlc paçmi eux, 
« nomm Simon, jeta le fondements d'une grosse tour carrée ... » Peu 
d'années avat ou aprSs cette époque, le Mans, Cambrai. Saintuetin, 
Laon, Amiens, Bcauvais, Soissons, Orléans, Sens, Reines, s'Staicnt consti- 
tués en communes, les unes  main arneeç et violemment, les atres e 
profitant de querelles survenues entre les seigneurs et évoques, qui, cha- 
cun de leur cSté, étaient en possession de droits féodax sur ces villes. Le 
caractère de la population indigène gallo-romaine, longteIps conpriné, 
surgissait tout  coup; les populations ne renversaient pas comnte de t,»s 
jours, avec ensemble, ce qui gënait leur liberté, mais elle faisaient des 
efforts partiels, is,-,lés, maifestant ainsi leur esprit d'in(15pendal«e avec 
d'autant plus d'6nergie qu'elles 6raient abandonnSe h elles-mèmes. Cette 
époque de l'affranchissêment des comm,,ns marque une place importante 
dans l'histoire de l'architecture. , etat un coup port6 à l'intluence f6odale 
oeculière ou religieuse (voy. kCnTCTE). De ce nonent les grads cettres 
religieux cessent de posséder exclusivement le domaine des arls. Saint 
Bernard devait lui-mëme contribuer à hater l'acconplissement le cette 
révolution. Abbé de Clairvaux, il avait établi la règle austère de Citeaux ; 
plusieurs fois en chaire, et notamment dans cette église de V6zelay, li 
alCendait de Cluny, il s'était élevé avecla passion d'une conviction ardente 
contre le luxe que l'on déployait (lans les églises, contre ces « figures 
bizarres et monstrueuses » qui, à ses yeux, 'avaient rien de chrétien, et 
que l'on prodiguait sur les ehapiteaux, sur les frises, et jusque dans le 
sanctuaire du Seigneur. Les nonastères qui s'érigeaient sous son it>pi- 
ration, empreints d'une sévérité de style peu commune alors, dépouillSs 
- exce,sive richesse des 
d'ornements et de bas reliefs, contrataient avec 1' • 
abbayes soumises à la règle de Cluny. L'ifluence de ces constructions 
austèrcs desséchait tout ce qui s'Cevait autour d'elles (voy. kCnTCTLUE 
mXaSTQçE). Cette déviation de l'architecture religieuse apporta pendant 
le cours du xtt ¢ siècle une sorte l'indécision dans l'art, qui ralentit et 
eomprima l'élan des dcoles monastiques. Le génie des papulations gall,- 
romaines était contraire h la réforme que saint Bernard voulait établir, 
aussi n'en tint-il compte; et cette réforme, qui arrèta un intant l'esor 
donné h l'architecture au milieu des grands établisements religieux, ne 
fit que lui ouvrir le chemin dans une voie nouvelle, et qui allait appactcnir 
dorénavant aux corporations laïques. Dès la fin du xV iècle, l'architecture 

t Lettres sur l'tiçtoire de France, par çug. Thierr. Paris, i82, p /12 -- ltu« 
Piclav. Hist. Ve.:eliac. rnonast., lib. 111, apud æAcher Spicilegiu,t, t. II, p. 533 
et 535. 



[ ARCHITECTURE 
 --- 1'2.8---- 
religieuse, mona,tituc ou civile, appelait à son aide toutes les ressourc 
de la sculpture et de la peinture, et les établissements fondés par aint 
Beard restaient comme des témoins isolés de la protestation d'un seul 
homme contre les goùts de la nati,n. 
Dans l'organisati¢,n des corporations laïques de 6tiers, les communes 
ne ftisaient que suivre l'exemple donné par les 6tablissements religieux. 
Les grandes abbayes, et mëme les prieurC, avaiet depuis le Ii  sibcle 
6tabli autour de leurs cloitres et dans l'enceinte de leurs domaines des ate- 
liers de corroyeurs, de charpetier, menuisiers, ferronniers, eimenteurs, 
d',»rfé res, de sculpteurs, de peintres, de copistes, etc. (voy. ACnITgCTç 
»,AST,CE). Ces ateliers, quoiqu'ils fussent composés indistinctement 
de clercs et de laïques, 6taient oumis à ue discipline, et le travail était 
m6th«,dique : c'6tait par l'apprentissage que se perpétuait l'enseignement; 
chaque établiselnent religieux représentait ainbi en petit un éritable 

Élat, renfermant dalle SOI1 
I, ropriétaires cultivateurs, 

sein tous ses moyens d'existence, es chefs, es 
son industrie, et ne dépendant par le fait que 

de son propre =ouvernement, sous la suprématie du souverain pontife. 
Cet exenple profitait aux communes, «lui avaient soif d'ordre et d'i.ndé- 
petdancc en nmê temp,. E changeant de centre, les arts et les métiers 
ne ct,angèrcnt pas bru.,_quemelt de direction : et si des ateliers se formaient 
en dehors de l'enceinte de.,_ mona,tèrês, ils étaient organisés d'après les 
racines principes; l'esprit séculier seulement 3" apportait un nouvel 
élén-tent, très-actif, il est vrai. mais procédant de la mme manière, par- 
I'association et une sorte «le solidarité. 
Parallèlement au grand mouvement d'affranchissement des villes, une 
révolution se préparait au sein de la féodalité séculière. En se précipitant 
en trient 5 la conqtlte des liex saints, elle obéissait à deux sentiments, 
le sentiment religieux d'abor, l, et le besoin de la nouveauté, «le se dérober 
ax luttes locales incesante:, 5 la suzeraineté des seigneurs puissants, peut- 
être aussi h la monotonie d'une vie isolée, difficile, besoigneusê morne: 
la plupart des possesseurs de tiet; laissaient ainsi derriire eux des nuées de 
çréanciers, engageant leurs biens pour partir en terre sainte, et comptant 
sur l'imprévu pour les sortir des difficultés de toute nature «lui s'accumu- 
laient autour d'eux. Il n'est pas besoin de dire que les rois, le clergé et 
le peuple des villes trouvaient, dans ces émi_-rations en mases de la classe 
noble, des avantages certains: les rois pouvaient ainsi étendre plus facile- 
nent leur pouvoir; les établis.-ements religieux et les évoques, débarra._-és, 
temporairement du moins, de voisins tUl.bulents, ou les voyant revenir 
dépouillés de tout, augmentaien.t les biens de l'Église, pouvaient songer 
avec plus de sécurité à les améliorer, à les faire valoir; le peuple des villes 
et des bourgs se faisait octroyer des chartes à prix d'argent, en fournissant 
aux seigneurs les sommes nécessaires à ces expéditions lointaines, à leur 
rachat s'ils étaient prisonniers, ou à leur entretien s'ils revenaient ruinés, 
ce qui arrivait fréquemment. Ces transactions, faites de gré ou de force, 
avaient pour résultat d'affaiblir de jour en jour les distinctions de faces, de 



vainqueurs et de ancus, de Francs et de Gallo-omans. Elles contri- 
buaient à former une nationalité lée par des ntérêt» commn, par des 
en«-ens pris de par et d'autre Le pouvoir royal abandonnait le 
r61e de chef d'une caste de coufluérauts pour devenir royauté 
hale destinée à proéer toutes les classes de citoyêns sans distinction de 
race ou d'éat. Il commençat à agir drectement ur les populations, 
sas intermédiaires, non-seulement das le domaine royal, mais a 
mlieu des possessions de ses grand vassaux. « U seigneur qi 
« troyait ou pendait une charte de commune se faisait prçtcr serent 
« de fid61ité par les habitants, de son c6t6, il jurait de maintenir leurs 
« liberl6s et franchises; plusieurs gentilshr, nnes se rendaient garants de 
« sa foi, s'bligeant h se remettre entre les mains des habitants si leur 
« seigneur lige violait quellues-uns de leurs droits, et à rester prisonniers 
« jusqu'à ce qu I leur eùt fait justtcc Le roi iterve[ait toujours dans ce 
« trait6s, pour cotfirmer lês chartes et pour les garantir. On ne pouvait 
«, faire de commune sans son consentement, et de là toutes les ville de 
« commun furent rput6es ëtre e la seigneurie du r,i: il les appelait 
« ses 6onne.¢ cilles, titre qu'on trouve emph»y6 dans les ordonnancês dès 
« l'ann6e 122fi. Par la suite on voulut que leurs officiers reconnussent 
«tenir leurs charges du roi, non h droit de suzerainêt6 et conme 
tt seigner, mais à droit de souveraineté et conme roi . » 
Cette marche n'a pas la r6gularit6 d'un système sivi avec persdv6rance. 
Beaucoup de seignêurs voulaiet reprendre defirce cês clarles vendues 
dans un moment de detresse; mais l'itervention royale penchait du c6t6 
des communes, car ùes instituti,»ns ne pouvaient qu'abaiser la puissance 
des grands vassaux. La lutte CntçC le cicrg6 et la noblesse s6clière sut)- 
sistait toujours, et les seigneurs s6«uliers 6tal)lirent ouvent des cont- 
mtnes dans la seule vue d'entraver la puissalce dês 6verrues. Tous les 
pouvoirs de l'État, au x ¢ si6cle, tendaient donc h faire renaitre cette pr6- 
pond6rance nationale du pays, ctouflëe pendant plusieurs siècles. Avec 
la conscience de sa ferce, le tiers dtat reprenait le sentiment de sa dignit6 
lui seul d'ailleurs renfermait encore dans son sein les traditions et cer- 
taines pratiques de l'administration rcmaine: « de chartes de cota- 
it munes des xn ¢ et xt  siècles semblent n'erre qu'une cofirmation de 
« priiléges subsistants .  Quelques villes du Midi, sous l'inlluence d'un 
r6gime tëodal moins morcel6 et plus libéral par cons6quent, t'lles que 
Toulouse, Bordeaux, P6rigueux, Marseille, avaient conscrv6 h pea prs 
inctes leurs institutions municipales ; les illes riches et populeuses de 
Flandre, dbs le x  siècle, étaient la plupart afl'ranchies. L'eprit d'ordre est 
toujours la cons6quence du travail et de la richesse acquise par l'indust:ie 
et le commerce. Il est intéressant de voir en face de l'anarchie du système 
f6odal ces organisations naissantes des communes, sortes de petites r6pu- 

¢ornmuœes de Frtuwe, par le baron 

C. F. E. Dupin. Paris, 183. 

L-- 17 



[" ARCHITECTURE ] ---- 130 --- 
bliques qui possèdent leurs rouages administratifs; imparfaits, urossiers 
d'abord, puis présentant déià, pendant le x  siècle, toutes les garanties 
de véritables «onstitaions. Lés arts, comme l'industrie et le commerce, se 
développaient rapidement dans ces centres de liberté relative;les-corpo- 
rations de métiers réunissaient dans leur cin tous les gens capables, et ce 
«lU plus tarl devint un monopole g,nant était alors un foyer dê lumières. 
L'intlcnce des établisscmcnts monastiques dans les arts de l'architecture 
ne l«,uait ëtre conbattue que par des corporations de .ns de métiem 
(Iu prcctaient toutes les garanties d'ordre et de discipline que l' 
trouvait [lans les nonatèrcs, avec le lnobile puissant de l'émulation, et 
l'cprit éculicr de pls. Des centres comme Cluny, lorqu'ils envoyaient 
leurs nloines cb,ent«,urs pç.ur l)Air un prieuré dans un lieu pls u moins 
éloigné de l'all)«.yc nèrc, les expédiaient avec des pl'o'amne arrèté, des 
recettes admisê, des l, Oncifs ((I'on nous passe le mot), dont ces archi- 
lectcsc!crcs c pouvaient et ne devaient s'écarter. L'architecture, soumise 
ainsi h  reginc lhSocratique, non-eulemet n'admettait pas de dispo- 
tios ,,velles, mas reproduisait à peu près partout les mème, formes, 
salis tenter de progresser. lais quand, à c51é de ces écoles cléricales, il se 
fut élevé de COrl»ç, ration laïques, ce dernières, posséddes de l'eprit nova- 
-tenir qui tient à la civilisation moderne, l'emportèrent bientSt, mème dans 
l'e»prit du clergé catholique, qui, rendons-lui cette juslice, ne repoussa 
pa alor les progrès, de quelque c6té qu'ils lui vinssent, surtout quand 
ces pr,_,gr5 ne devaient tendre lU'à donner plu« de pompe et d'éclat aux 
cérémoies (1 culte. Toutefois l'inlluence de l'esprit laïque fut lente à se 
liire senlir dan» les con»tructions monastiques, et cela se conçoit, tandis 
qu'elle apparait pre»quê subilenent dans les éditices élevés par le» évoques, 
lels que les cathédeales, les évOchés, dans les chteaux féodaux et 1 

b.tinents nunicil)aUX. 
trol en contact avec les 
«ile l'on pouvait tirer du 
arclitecte laïques; il 
lemp tui le caractéri.ait, 

cette époque, le haut clergé était trop éclairé, 
issants du siècle, pour ne pas sentir lout le parti 
génie novateur et hardi qu allait diriger les 
eml)ara avec cette intelligence des choses du 
et devilt .,on plus puissant promoteur. 

Ail Xlt  siècle, le cler,.a,, n'avait pasà prendre les armes spirituelles seule- 
-nt contre l'esprit de déc.ordre des grands et leuts excès, il se formait à 
«.ôté de lui un eseignement rival, ayant la prétention d'6tre aussi orthodoxe 
que le ie,a, mais voulant que la foi s'applytt sui" le rationlisme. Nous 
avots dit déjà que les esprits d'élite réfugiés dans ces grands établissements 
religieux étudiaient, c)mmentaient et revoyaient avec soin les manuserits 
«tes auteurs païen.-_, des Pères ou des philosophes chrétiens rassemblés dans 
les bibliothèqes des co,vents ; il est difficile de savoir si les hommes tels 
que Lanfranc et .,aint Anselme pouvaient lire les auteurs grecs, mais il est 
certain qt'ils connaissaient les traductions et les commentaires d'A ristote, 
attribués à Boece, et que les opinions de Platon étaient parvenues jusqu a 
eux. Les ouvrages de saint Anselme, en étant toujours empreints de cette 
pureté et de cette humilité de cœur qui lui sont naturelles, sentent 



cependant le savant dalecticien et métaphysicien. La d 
logique étaient passées d'Orient en Occident ;les méthodes 

A I1C !1 ITECTUBE ] 
ialeclique et la 
pl,ilo«ophique 

des docteurs de Byzance avaient suivi le grand nottvement-iutellectuel 

imprimé par ;harlemagne. 
œuvre, dès le xt  siècle, dans 
ressources de la raiscm et de 

Les théol,gicns occidentax mettaient en 
leurs écrits ou leurs di,«cussions, toutes les 
la logiqe p«ur arriver 5 la dbmonstrati,-,n et 

à la preve des vérilés mvstérieuses. lê la reli,,ion'm . .l'ersonne n'ignore 
l'immense popularité que s'Cait :,C«lise Abailarl dan. l'enseignement 
lendant le xt  siècle. Cet esprit élev,: cet subtil, croyant, mais l,elchant 
vers le rationalisme, fa«onnait la .i,unesse les écoles le l'aris à 

argumentation scolastique, à cette 
infaillihlement le.,_ intelligences qu 
loute. Nous retrc, uvons cet esprit 
., "ce et dallS 
111 moyen il , 
sciences positives que «le 
comprit que cette arme 

rigtteur de raisanncntent (ti amènent 
i e sont p;l AclairCs d'le lai vive au 
d'exa-nen das toutes le.-,_ evres d'art 
l'architecture surtout, qui dépend autant des 
l'inspiration. Saisit Bernard sentit le dger : il 
«lu raisonnenent nise entre les mains de la 

jeunesse, dans les temps si voisins de la bart»al'ie devait p,»rter un cup 

l'tneste à la foi catholique; aussi n'hésite-fil pas à comparer Abailard 
Arius, à PélaFe et à Sestorius. Ahailard, en '1122, se voyait trc}, au «otcile 
-de Soissons, de hrùler le sa propre main, salis mème avoir été entendiez, 
son lntrod,ctlm d h, ttt&log, dans laquelle il se pr-psait de 
la trahirWet l'unitWle Bleu contre les arguments des lhilosol»hes, en 
soumetlanl le dogme à tomates les ressources de la dialectiqe ; el en 1 
à la suite des eensres du concile de Sens, il dut se retirer à l'abbaye de 
Cluny, off les deux dernièl'es années le sa vie trent coscrées à la 
pénitenee. Cependant, malgré cette condamnation, l'art lê l;t dialectique 
devint de plus en plus ttmilier aux écriva iris les plus orthod«,xe, et de cette 
éeole de théologiens scolasiqes sortirent, ait xtlt e si0,'le. «les hottues tels 
que Roger Baron Albevt le Grand et saint Thomas  kqui SaintBernard 
et Abailard étaient les deux lotes des deux grands prin,'ipês qui s'étaient 
irouvés en présenee pendant le cours du xV siècle a ein du clergé. Saint 
Bernard représentait la fi»i pure. le sens droit;il croyait fermelnent à la 
théocratie comme au seul moyen de sortir de la barbarie, et il commencait, 
en homme sincère, par introduire la réforme parmi ceux d,»nt il voulait faire 
les maitres du monde : l'esprit de saint Paul résidait en lti. Ahailard repré- 
sentait toutes les ressources de la scolastique, les subtilités de la logique et 
i'esprit d'analyse poussé aux dernières limites. Ce dernier exprimait bien 
plus, il faut le dire, les tendances de son époque que saint Bernard ; au,si 
le haut clergé ne chercha pas à briser l'arme dangereuse d'Abailard, mais 
'en servir; il prit les formes du savant docteur en conservant l'orthodoxie 
Ou saint. Nous insistons sur ce point parer qu'il indique clairement, à notre 

t Gré#oire VIl, saint Françoi« d' 4ssise et 
,Paris, t8tl/l t. II, p. 6/t à 85. --- Ouw'a9es 
duction, p. CLV et suiv. 

sabot Thomas d'.tquin, par J. Delecluze. 
inédit d'Abailord, par 51. Cousin. lntro- 



[ /,lCa'Ec'rcE ] ---- 32-- 
sens, le mouvement qui s'était produit dans l'étude des arts et des sciences 
ci la conduite du haut clergé en face de ce mouvement ; il en comprit l'im- 
portance, e il le dirigea au grand profit des arts et de la civilisation. Tout ce 
qui surgit h cette époque et irrésistible ; les croisades, la oif,lu savoir et 
besoin d'affranchi»semeur »ont atant de torrents auxquels il fallait creuser 
des lit: il semblait que l'Occident, longtemps plongé dans l'engourdisse- 
ment, se réveill«it plein de jeunesse et de anté; il se trouvait tout à coup 
l' 
rempli  une force expansive et absorbante à la fois.Jamais l'evie d'ap- 
prendre n'avait produit de telle» merveilles. Quanl Abailard, condamné 
par  concile, figitif, désespérant de la justice humaine, ne trouva plus 
qu'un coin de erre sur les ]»rdsde l'Ardisson, où il prit enseigner libre- 
ment, ous le conentement de l'évëque de Troyes. sa olitude fut bientôt 
peplée de disciples. Laissons un instant parler M. Guizot. « A peine 
« disciples curent-ils appris le lieu de a retraite, qu'il accoururent de fou» 
t, coe, ' .t le lon de la rivibre se bâtirent autour de lui de pelites cabanes. 
«, Li, couches sur la paille, vivant de pain grossier et d'herbes sauvages, 
t, nais leureux de retrouver leur naitre, avides de l'entendre, ils 
« nourrisaint de sa parole, cultixaient ses champset pourvoyaient à ses 
t, besoins. Des prëtres e mëlaient parmi eux aux laïques; et ceuw, dit 
¢, Hél«ïse, q,i ivnt}t des bénces eccldsiastiques, et q«i, accoulumds à 
« recevoir, ,,n à fai»e des o'andes, aoaie, t des moins pourprendre, on pour 
« don,e', eeua'-là nëlne se mo,traie,t prodigues et presque impo'tns dans 
« dons qu'ils apportaient. 11 fallut bienl6t agrandir l'oratçfire, devenu trcp 
« petit pour le nomhre de eex qui se réunissaient. Aux cabanes de roeaux 
« succbdbrent des btiment de pierre et de bois, tou construits par le 
« travail ou a,x frais de la col«nie philosophique; et Abailard, au milieu 
« de cette attctueue et tudieuse jeunesse, ans autre soin que celui de 
« l'instruire et de lui dispenser le sav«ir et la doctrine, vit '61ever l'6ditice 
« religieux qFen mmoire des consolations qu'il y avait trouvées dans son 
« infçrtune, il déclin au l'araclet ou consolateur '. » gainais la ri»i, le besoin 
de mouvement, le désir de racheter des fautes et des crines, n axaen 
prcduit un 61an comme celui des croisades. Jamais les etlbrts d'une 
nation n'avaient été plus courageux et plus peristants pour organiser une 
administration civile, pour constituer une nationalité, pour conquérir ses 
premières libert6s, q,e ne le fut cette explosion des communes. Le haut 
clergé condamnait l'enseignement d'Abailard, mais se mttait h son niveau 
en maintenant l'orthodoxie, provoquait le mouvement des eroisades, 
et en profitait; ne comprenait pas d'abord et anathématisait l'esprit des 
eomunes, et cependant trouvait bient6t au sein de ces corporations de 
bourgeois les artistes hardis et actifs, les artisans habiles qui devaient 
6lever et décorer ses temples, ses monastères, ses h6pitaux et ses palais. 
Admirable 6poque pour les arts, pleine de séve et de jeunesse I 

t A boilard et Hlo'ise, essai historique» par 
atiSrement refondue. Paris, 1853. 

M. et 1 me Guizot. louvelle éditiott 



--- 153  [ AnCnTECTçP, n   

A la fin du XII t siècle, l'architecture, déjà'pratiquée par des artistes 
laïques, conserve quelque chose de ,ot origine théocratique; bien 
contenue encore dans les traditions romanes, elle prend n caractëre de 
soudaineté qui fait pressentir ce qt'êlle deviendra cinquante ans plts 
tard; elle laisse apparaitre parf,»is «les hardiesses étranges, des têntati,,es 
qui bient6t deviendront des règles. Chaque province élève de va,tes édi- 
fices qui vont sertir de types; au milieu de ces travaux partiels, mais qi 
se développent rapidement, le tlomaine royal conserve le premier rang. 
Dans l'histoire «les peuples, interviennent toujor's les homnos des cir- 
constances. Philippe-Auguste régnait alors; son habileté conttttcpoli- 
tique, son caractère prudent et hardi à let fois, élevaient la royauté h tan 
degré de puissance inconnu depuis Charlemagne. Un des preniers il 
avait st mcuper sa noblesse h des entreprises vraiment tationalês ; la ff:o- 
dalité perdait sous son règne les tlerniers vesti,,. 
ç, es de ses habiludes de 
conquérants pour raire pat'tic de la nation. Grtttd n,»mbre de villes et ,le 
simples bourgades recevaient des ehartes octroyees de plein gré; le 
clergé prenait une moins grande part dans le.,, ail'aires séculi}res, et se 
réformait. Le pays se constituait entin, et la royauté de fait, selon l'ex- 
pression de .XI. Guizot, etait placée au niveau le la royattté le droit. 
L'unité gmvernementale apparaissait, et sous ,on intleee l'architec- 
ture se dépoillait de ses vieilles formes, emprutées (le tous côtés, pour 
se ranger, elle aussi, sous des lois qui en !irent un art national. 
Philippe-Auguste avait ajouté al domaile royal la Normandie, l'Artois, 
leVermandois, le Maine, la Touraine, l'Anjott et le t'citons, c'est-5-dire 
les provinces les plus riches de France, et celle., «lui renfermaient les 
populations les pls actives et les plus indu,,trieuses. La prép,n,lérance 
monarchique avait absorbé pet à peu dan. les provices, et particulië- 
rement dans l'lle-de-France, l'intluence de la féodalité séculière et des 
grands établissements religieux..\ l'onbre de ce pouw,ir naissant, les 
villes, mieux protégées «l«t. leurs liberté., avaient organisé leur almi- 
istration avec plus de sécurité et le force; luel,lues-unes tnëme, eomne 
Paris, '. " . _ , 
n ,tvaelt pas eu besoin pour développer letr industrie de s'ériger 
en communes, elles vivaient immédiatement sos la protection du pourvoir 
royal, et cela leur suïfisait. çr, on n'a pas tenu assez compte, il me setnble, 
de cette influence du pouvoir monarehiqte sur les arts en France. Il sem- 
ble que Françç, is I « ait été le pretttier roi qut ait pesé sur les arts, tandis 
que dès la fin du xI  siècle ,_ous voyons l'architecture, et les arts qui en 
alCendent, se développer avec une incroyable vigueur dans le domaine 
royal, et avant tout dans l'Ile-de-France, c'est-h-dire dan. la partie de 
ce domaine (lti, après le démembrement féodal (le la tin tltt x  siècle, était 
restée l'apanage des rois. De Philippe-Auguste à L,»uis XIV. l'esprit géné- 
rai de la monarchie présente un caractère frappant ; c'est quelque chose 
d'impartial et de grand, de contenu et de logiqte dans la direction des af- 
faires, qui distingue cette monarchie entre toutes dans l'hist,...ire de,; peu- 
ples de l'Europe occidentale, La monarchie française est peut-0tre, à. pat'- 



[ ARCHITECTURE -- 13h  
tir du xt  siècle, la seule qui ait été réellement nationale, qui se soit îden- 
tifiée à l'esprit de la population, et c'est ce qui a fait. sa forceet sa puissance 
croissantes, malgré ses fautes etses revers. Dans ses rapports avec la cour" 
de l)one, avec .,.es grand vassaux, avec la nation elle-méme, elle apporte 
toujours {nous ne parlons, bien entendu, que de l'ensemble.desa con- 
duite) une modération ferme et un esprit éclairé, «lui sont le partage des 

hommes de oùt, pour nous servir 
rament dans la manière de voir les 
se retrouve lans les art.,_ jsqu'à Lo 
expression de l'esprit d'un peuple, 

d'une expression moderne. Ce tempé- 
choses et dans la conduite des affaires 
uis XIV. L'architecture, cette vivante 
e.,t enpreinte dès la/in du xttt" siècle, 

dans le donaine royal, de la ,,'raie grandeur qui 6vite l'exagération ; elle 
est toujours contenue mème dan es écarts, et aux époques de décadence, 
d;tns les limites du goût; sobre et riche h la fois, claire et logique, elle se 
plie "a toutes les exigences sans jamais abandonner le st,jle. C'est un art ap- 
partenant à des gens instrits, qui savent ne dire et faire que ce qu'il faut 
pour ètrê compris. N'oui»lions pas que pendant les xt ¢ et xni ¢ siècles, les 
écoles de Paris, niversi/ê, étaient irequentees par tous les hommes qui, 
non-seulement et France, mais en Europe, voulaient connaitre la vraie 
science. L'enseignencnt des arts devait ëtre au niveau de renseignement 
des lettres, de ce qu'on appelait la physique, c'est-à-dire les sciences, et de 
• l'ltalie ét la l'rovencê, particulièrentent, en- 
la théologie L' \llemagne, 
voyaient leurs docteurs se perfectionner à Paris. Nous avons vu que les 
grands établissenents religieux, dès la tin du x  siècle, envoyaient leurs 
moines kttir des monaslères en Angleterre, en Italie, et jusql'au fond de 
l'Allemagne. A la tin du x ¢ siècle, les corporations laïques du domaie 
à prendre la direction des arts ,ur toutes les pro- 

royal commençaient 
rinces de France. 
Mais aant d'aller 
élét-tent., divers qui 
un caractère local. 
Saéne avaient eonse 

plus loin, examinons rapidement quels étaient les 
avaient, dans chaque contrée, donné à l'architecture 
De 51arseillê à Ch.lon. les vallées du Rhéne et de la 
rvé un grand nombre d'édilicês antiques à peu près in- 
tacts, et là, plus que partout ailleurs, les traditions romainês laissèrent des- 
traces jusqu'au x ¢ siècle. Les édifices des bords du RbAne rappellent pen- 
dant le cours des x  et xt  siècles l'architecture des bas temps : les égiises 
du Thor, de Venasque, de Pernes, le porche de'otre-Damê des Dores à 
Avignon, ceux de Saint-Trophime d'Arles et de Saint-Gilles, reproduisent 
dans leurs détails, sinon dans l'ensemble de leurs dispositions modifiées en 
raison des besoins nouveaux, les fr;tgments romainsqui couvrent encore le 

sol de la Provence. Toutefois les 
avec l'Orient apportèrent dans 
données générales, des éléments 

relations fréquentes des villes du littora 
l'ornementation, et aussi dans quelques 
byzantins. Les absides 'a pans coupés, les. 

coupoles polygonales supportCs par une suite d'arcs en encorbellement, 
les arcatures plates ,lécorant les murs, les moulures peu saillantes et dii- 
sées en membres nombreux, les ornements déliés présentant souvent 
combinaisons étranères à la flore, des feuillages aigus et dentelés, sen- 



--- 135 --- 
talent leur origine orientale. Cette infusion 
l'on remonte le RhSn.e, ou du moins elle 

( ARCB[TECTURE 
étrangère se perdh mesure qe 
prend un autre caractère en 

venant se mëler à l'ifluence orientale partie des bords du Rhin. Celle-ci est 
autre, et voici pourquoi. Sur les bords lê la Méditerraée, lês populations 
'-. • lies 
avaient des rapports directs et constants avec l'Oriet. At xt[  st _.rie, c 
subissaient l'tluence desarts orientaux c,_,:tenq»orains, et on l'itl|en«e 
archéologique des arts antérieurs, de lt cette titessê et cette recl.erchê lue 
l'on rencottre dans les édifices de l'rovênce q,i datett de cette époque ; 
mais les arts l»yzantits, qui avaient laissé des trace sur Les bord.s lt Rhin, 
dataient de l'époque de Charlemagne; depuis lors les rapport ,le ces COll- 

tfCs avec l'Orient avaiettt cesé 
l'une avait puisé autrefois, et 
orientales, se rencontrett dans 

d'ëtre directs. Ces dettx archite«ttres, dnt 
dont l'autre pisait e,care aux ources 
la llaute-Sa6ue, st' le sol [ctr?tign,l et, 

dans la k, hattpagne : de là ces nélage de style issus «lel'arctiteclrc ro- 
maine du sol, de l'itfltence orientale sud c¢mtemloraitte, et «le l'illuece 
orientale rhénae traditionnelle; de là des nonuments tels qe les 5gli»es 
de Tournus. des abbayes de Vézelay, «le Cluny, de _Jarliet. llt cvpelant 
ces mélanges t'orment un tout harttmnieux, car ces blitices étaiet exAeu- 
tés par des hommes nés sur le s,»l, tt'ayant subi qte «les intltcces ¢1¢_,t ils 
ne connaissent pas l'origie, dirigés parfois, comneà Clun3, l»ar des btran- 
gers qui nese préoccupaient pas as»ez des détails de l'exécution iuctr Ite lt 
tradition locale ne conservàt pas une large part dans le mode de l»;ltir et 
de décorer les monunents. L'in[lence orieu[ale e lexa{ pas péuctrcr 
sur le sol gallo-romain par ces deux voies setleet. En 98. e vaste 
église avait éié fundée à l'érigueux, repr«.luisant exactcmet la son plau 
et ses dispositios un édilice bien connu, Saint-Marc de Veie, 
peu d'années auparavant. L'église abbatiale de Saint-Frot de l'éri3uex 
est une église à coupoles sur pendetifs, élevée peut-ètre sos la ,litre- 
tion d'un Français qui avait etudié Saint-Marc, ou -ur le» dessin d'un ar- 
chitecte vénitien, par des ouvriers gallo-rond,tins; car si l'a'chitectu/'e dt 
monument est énitienne ou quasi urientale, la costructiau et les dtails 
de l'ornemenIation appartiennêntàla léeadence r,:,maie et e rappelleit 

en aucune façon les .-,culptures ou le mode 
de Venise. Cet éditice, malgré son étranger 
complète dissemblance avec les édi{ices q 
partie des Gaules, exerça une -rai,de inlluet«e sr les «o 
pendant les x  et x  siècles au nord de la Garonne, et 

de htir appli«lé. h Saint-Marc 
é à l'épotltle ,»h il ft élevé et sa 
ui l'avaient précéde lans cette 
structios élevées 
l;3it ressortir l'ira- 

portance des écoles monastiqesd'architeclure.iusqu'à llt tin du xt¢ si(.,.le. 
Un (le nos archéologuês lps plus di.-_tiugués ' explilue cette transfus,.'o de 
l'architecture orientale ax eonfin» de l'Occident p:r I« présenee des colo- 
nies vénitieunes établies alors ,à Limoges et sur la c6te uccidettale. Alors te 
passage du détroit de Gibralt3r présentai! les [»lus grands risq,es, 5 cause 
des nombreux pirates arabes qui tenaient les c6tes d'Espagne et d'Afritue. 

i M. Félix de Verneilh, l'Architecture by:atine en France. Pari, 1852. 



[ ABCIIITECTU, llE ] --- 3(J--- 
et. t.aut le commerce du Levant avec les côtes du nord de la France et 
la Bretagne (l'Angleterre) e faisait par Mareille cu Narbonne, prenait 
h voie de terre pat" Limoges, pour' reprendre la mer à la ]lochêlle ou h 

Nantes. 
atant par 
sition de 
bien l'à 
loin de 
exerça une 
cette élise 
totes les 

Mais l'église abbatiale de Saint-Front de Périgueux se distingue 
..on plan, qui n'a pas d'analogue en France, que par a dispo- 
coupoles à pendentifs (voy. ARClIITECTUftE RELIGIEUSE). C'était 
en cil'et une importation étrangère, importation «lui s'étend fort 
l'érigueux ; ce qui doit faire supposer que si l'église de Saint-Front 
influence sur l'architecture religieuse de la côte occidentale, 
ne saurait cependant ëtre considérée comme la mère de 
églises à coupoles b/tties en F,'ance pendant le xn  siècle. Il 

' o rn an&'e 

Limoges 

chut admettre que le commerce de transit 
centre et l'oet de la France (les principes 
points Ofl il eut ne certaine activilé, et où 

du Levant importa dans le 
d'art étrangers, sur tousles 
pr«,lablement des entrepOts 

avaient éiA établis par l'intelligetce cc, mmerciale des Vénitiens. Sur ces 
matières, les documents écrits contemporains sont tellement insuffisants 
o laconiques, qu'il ne nous senl)le pas que l'on doive se baver unique- 
ment sut" des renseignements aussi incomplets, pour établir un système ; 

mais si nous examinons les faits, et si nous 
plus naturelles, nous attirerons peut-ëtre 
intéressante de l'introduction de la coupole 

en tirons les inductions les 
à éclaircir cette question si 
à pendentifs dans l'architec- 

française des x  et xi' siècles. A la fin du X e siècle, la France était 
divisée(fig. 1): noub voyons dans sa partie moyenne une grande 



-- 13"/ -- [ aacn,CTt a ] 
province, l'Aquitaine, Limoges en est le point central; elle est bordée au 
nord par le domaine royal et l'Anjou, qui suivent à peu près le COtlrs de la 
Loîre; à l'oue»t et au sud-ouet, par l'Océan et le cours (le la Garonne; 
au sud, par le comt6 de Toulouse ; à l'et, par le Lyonttais et la B«»urgogne. 
Or, c'est (|ans cette vatê province et seulement dan cette proincc que, 
pendatt le cours des x' et xI  siëcles, l'architecttre franç'ai.,_' adai»te la 

coupole " pendentif portée sur des arcs-(loubleaux. Le lectieil manucri! 

des Antiquit& de Limo¢.ffs, cité 
Vénitiens dans cette ille entre 
commerce, il contient ce passage : 
«portent qtle, aItiennentent, les 

« (lise» d'Orielt, 
« l'Orient par la 
« tar à cause (le 
«pourquoi 

ne pouvant passer 
mer M6diterranée 
quelques rochers 
• ,indrent demeurer à 

par 3I de Verneilh  ' " 
• , place 1 arnvée ,les 
les années 988 et 989; en parlant de leur 
« Les vieux registres du pay» ous rap- 
Yénitiens traffiquans des maran- 
leurs navires et gallere decendans de 
c-lotus 1' " 
cê«n par le detroit le Gibral- 
fesant empeschement adit «lestroit, 
Lymo,,- »e, auquel lieu etabliret la 

« Bourse 
« du Levant, descendre à Aigues-Mortes, puis de 
« à Lymoges par mule{s et voitures, p. de là, à 1 
« g|eterre, Eseosse et lrlande ; lequels Vénitien 
« lo.-aguement et e tenoient près l'abbaye 
« fierent sur lc vieilles ruynes faictes pet 
les Yénitiens n'eus,ent été s'installer en 

de Venise, faisant apporter les espicerie, et attI'es Iïlarchanli:e 

là les faisoient con,luire 
lochelle, Bretane, An- 
demeuverent ,à Lymoges 
de Sainct-Martin, qu'ils réédif- 
r les D«tn,:,is (Normand.,) ..... » Si 
Aquitaine que potlr établir un 

entrepôt destiné à alimenter le conmeree de la « Bretagne, de l'lcc,...se et 
de l'lrlado », ils n'atlraient pas pris Limoges comme lieu d'approvi-ion- 
nement, mais quelque ,cille du littoral. Ce comptoir étal»li 5 Lim«e-, au 
centre de l'Aquitaine, indiquée, il nous senble, le be,oin manifeste de four- 
nir d'épieeries, de riches étoffes, de denrées levantines, tc.,ttos les provinces 
de France aussi bien que les courtCs d'outre-mer. A une époque où l'art 
de l'architectre était ente, re à chercher la roture qu'il allait suivre, aù l'on 
essayait de remplacer, dans le» édi[ices religieu,, le charpentes destruc-- 
.libles pal, des ,«oùtes de pierre (voy. Co_xs'rurca'.x), où les ccnstncteurs 
ne connaissaient que la voùte en berceau, applicable seulement h de petits 
monuments, il n'est pas surprenant que de riches commercants etrangers 
«tient vanté les édifices de leur pays natal, qu'ils aient ,:,lt'ert «le faire venir 
«les architectes, ot l'envoyer des moines at-ehitectes d' ,luitaine visiter 
et étudier les églises de Venise et des bords de l'Adriatique. La coupole 
pouvait ainsi s'introduire dans le centre de la France par cent voies dilré- 
rentes: chaque architecte amené pat" les Vénitiens, ou qui allait visiter 
les églises de l'Adviatique, faisait reproduire du miê' q,'il potvtit, par 
des ouvriers inhabiles, des construction.-, étrangères et que l'on regardait 
comme des œuvres bonnes à imiter. Il 3' aurait donc exagération peut-ëlre, 
nous le pensons, à considérer Saint-Front de l'érigteux cotonne le type, 
l'église mèr de tous les monuments à coupoles de France. Si Saint- 

L'architecture by:,u«t»,e en Frace, par M Féhx de 

Verneiih. 



[. ARCIIITECTURE ] ---- 138--- 
Fr,,nt est une copie du plan et de. la disposition 
dê Venise. ce n'est pas à dire que cette église 

générale de Saint-Mare 
abl)atiale soit la source 

unique t laquelle on ait puisé pour 
l'Aquitaine et le midi de la France 
Saint-Front a pu etre l'origine des 
l'érigord et. de 1' X.ngoum,_,is, mais nou» croyo,s 
églises d" X.uver,,n» ,., celles du Lyonnais,. celles de 
par exenple, ont vêc:u leur influence directe dê 

faire des églises à coupoles dans toute- 
pendant le cours des Xl ¢ et .XII e siècles. 
églises 'à coupoles sur pendentifs du 
que les coupoles des 
la cathédrale du Puy.'. 
l'Orient, au plut6t de 

l'A,lriatique, par l'intermédiaire du commerce vénitien ». 
.uoi qu'il el soit, et prenant le fait tel qu'il se produit dans les monu- 
ments de l'Aquitaine pendant les x , Xl ¢ et Xlt ¢ siècles, il a une impurtanee 
considérable ClallS l'histoire de l'architecture française; ses conséquenees 
»e font sentir jusque pendant le Xlll e siècle (lallS cette province et au delà 
(VOy..kCllITECTt'I/E BELlt;IEUSE, CONSTfltCTION). Lt.-, cathédrales de l'oiliers, 
d'Angers, et du Mans ëne, conservent dans llt lanière de construire 
les voùtes des grandes nefs une derièce trace de la coupole. 
X_u nord-ouest dê la France, les monuments qui exi.taient avant l'inva- 
sion des Normands ne nous sont pas connus, les icursions de Danois ne 
laissaient rien debout derrière elles; mais bielt6t établis sut" le sol, ces 
barbares deviennent de hardis et actifs constructeurs. Dans l'espace d'un 
siècle et demi, ils couvrett le pa.v sur lequel ils on t détinitivenmnt pcis terre 

d'édificcs religieux, monastilues ou 
peu conmunes alors. Il est difficile 
apporté de Norwége des éléments 

civils, d'une étendue et d'une richesse 
de supposer que les Normands aient 
d'art ; mais ils étaient possédés d'un 

esprit peristat, penetrant; leur 
deur. Conquérants, il._-, Cèvent des 
ils veconnai.sett beltot la force 

force brutale ne manquait pas de gran- 
chltteaux pour assurer leur domination; 
morale du clergé, et ils le dotent riche- 

ment. Presés d'ailleurs d'atteindce le but, lorqu'ils l'ont entrevu, ils ne 
laissent aucune de leurs entreprises inachevée, et en cela ils différaient 
completement des peuples méridionaux de la Gaule; tenaces, ils étaient 
les seuls peut-ëtt'e, parmi les barbares établis el France, qui eussent des 
1' 
idées  ordre, les seuls «lui susent conserver leurs conqugtes et. eonposer 
un État. lls durent trouver les ce.tes des arts carlovingiens sur le terri- 
l,)ire où ils s'implantèrent;ils y mèlèrent leur génie national, positif, 
grand, quelque peu sauvage, et délié cependant. 
_es peuples ayant de/'réquents rapports avec le Maine, l'Anjou, le Poi- 
t,,u et toute la c6te occidentale de la France, le goOt byzantin agit aussi sur  
l'architecture normande.Mais au leu de s'attacher à la construction comme 
dans le Périgord ou l'Angoumois, il influe sur la dêcoration. Ne perdons 
point de vue ces entrepôts d'objets, ou de denrées du Levant plaeés au cen- 
tre de la France. Les Vénitiens n'appurtaient pas seulement en France 
du poix re et de la cannelle, mais aussi des étofl'es de soie et d'or chargées de- 
riches ornements, le rineeaux, d'animaux bizarres; étoffes qui se fabri- 

t Vo.vez l'article de M. Vitet, inséré dans le Jou'nrl des Sat, ants, cahiers de janvier,. 
f&rier et mai 18b3 sur l'A'chiteture bj:antine en F'ace par 3I. de Verneilh. 



--- 'l .q  [ AP,(;ttlTE(;TI;RE 
quaient alors en Syrie, à Bagdad, en Égypte, sur les c6tes de l' ksie 'Mineure, 
àonstantinople, en Sicile et en Espagnc. Ces étoiles d'origine orientale, 
que l'on retrouve dans presque tous les tombeaux du xsiècleou sur les 
peintures, étaient fort en vogue h cetie époque; le haut clergé particuliè- 
rement les employait dans les vtements sacer(lotaux, pour les rideaux uu 
les parement d'autel (voy. AL'TEL), pour couvrir les che» ,les saints. Les 
tapis sorrazinois, comme on les appelait alors, et qui originairement étaient 
¢ 
fabriqués en Perse, se plaçaient dans les eglses ou dans les palais de riches 
seigners. Les premiè.reb croisades et les conquètes «les Normands en 
eile et en Orient ne lirent que répandre davanta«,, en Frace et. en Nor- 
mandîe principalement, le goflt de ces admirables tissus, t)rllats et har- 
monieux de couleur, d'un dessinsi pur et ,i racieux. L'architecture de 

Saintonge, du Poitou, de 
s'empara de ces dessins et 
numents romais d'une 

l'Anjou, du Mairie, et surtout de la Normandie, 
de ce mode de coloration. Pavlout ,off des 
certaine richesse d'ornementation existaient 

encore dans l'Ouest, l'inlluexce de ces tissus sur l'archit.ectJrc est peu en- 
sihle. Ainsi à l'érigueux par exenple, dans 1' " 
, ,.tntllue Vésonê renplie 

débris romains, comme nous l'avons dit dé.i/i,.si la t;_rne des éditices reli- 
gieux est empruntée à l'Orient, la décoration reste romaine ; mais dans les 
eontrées, comme laNormandie, où les fragnents de sculpture romaine ;a- 
xaient pas laissé de traces, la déeoratiun des monu ments des x" et x" siècles 
rappelle ces riches galons, ces rinceaux habilement agencés que l'on re- 
trouve sur les étoffes du Levant (voy. P:.XTt:,v., $CC.PTCÈ), tandis que la 
forme générale de l'architecture conserve le» tvaditios gallo-romaies. 
L nfluenee byzantine, comme on est con',enu de l'appeler, s exerç.ait donc 
très-différemment sur les provinces renfermées dans lt France de celle 
époque. L'art de la statuaire appliqué à l'architecture se léveloppait à la 
fin dux" siècle, en raison des m6mes cause.,_. En l'rovence, tout le long d 
RbAne et de la Sa6ne, en Bourgogne, en Chanl»ague, dan le comté de 
Toulouse, à l'embouchure de la Gironde, dans l'Angotmois, la Sainton,,.... 
et le Poitou, partout enfin où des monuments romains avaient laissé de 
riches débris, il se formait des écoles de statuaires; mais l'architecture 
de Normandie, du Nord et du Rhin était alors aussi paulre en statuaire 
qu'elle était riche en combinaisons d'ornements d'origine orientale. 
Pendant le xxl" siècle, le domaine royal, bien que réduith un territoire 
fort exigu, était testWpresqe étranger à ces intluences, ot plutôt il les 
avait subies toutes à un faible degré, en conservant plus q'aucune autre 
eontrée de la France la tradition gallo-romaine pure. A la tin du xF siècle et. 
au commencement du xi ", sous le règne de Philippe-Auguste, le domaine 
royal, en, s'étendant, repousse ce qu'il pou,ait y avoir d'excessif dans ces 
produits étrangers; il choisit, pour ainsi dire, parmi tous ces éléments, 

ceu. qui conviennent le mieux à ses go0ts, "a ses 
un art national comme il fonde un gouvernemênl 
Il manquait à l'architecture romane' un centre, 

habitudes 
national. 
une unité 

et il forme 

d'intluence 

t La déaomiaatioa d'architecture romane est trës-ague, siuon fausse. La langue 



[ AItCI-IITECTUBE ] 

pour qu'elle prit devenir l'art 
notls l'avons dit, par les 
leurs règles particulières, 
l'attorité unique qu'elles 

d',no nation ; enseignée et pratiqtl6e, comme 
étal)lissements religieux, elle était soumise à 
règles qti l'avaient d'autre lien etttre elles'lue 
reconaissaient, celle du pape, ne pouvant exer- 

cet" atcune action matérielle sur les formoa (le l'art. Cette architecture en 
était ré(luitê, ou h resler stationnaire, Otl h prendre ses éléments de progrès 
(le tous c6tés, suivant les caprices ou les gc, ùt des abbés. Mais quad l'unitL «lu pouv(,ir tnonarchique eommen'a de s'établir, cette unitb, secondée par 
(les arti»te» laïques faisant partie (le corporations reconnues, dut, par la 
force naturelle les choses, ff_,rmer un centre d'art qui allait rayonner de 
lotis c6tés en mème teltl,, l,l'elle exerçait son action politique. Ce résultat 
est apparent dès le contnencement du x  siècle. On voit peu à peu 
l'archite('ttlre l-mane s'('teitdre, ,'at-rol, hier sous l'architecture inatlgtlrée 
pat" les arti:tes laïlUeS ; elle recule (levant ses progrès; se conserve quelque 
tenlS in(lficise (las les fitablissements monastiques, dans les provinces 
où l'at«'ti,_,n dll p,uvoir mo,archique ne se fat pas encore sentir, jus, lu'au 
lnt.lt h tnê nouvelle conqlëte de la m,_,narchie lans ces provinces en 
détrtlit Irus, lement les derniers vestiges, en venant planter tout à coup et 
Sall> aetlne transiti,»n lin montinet sorti du ¢l,»,ane royal, cotonne on 
plante un éténdard a, nilietl d' , 
une cité gagnee. A partir'du Xll' siècle 
l'arehitect,lre suit pas à pas les progrès du p,,,lvoir royal; elle l'accont- 
lagne, elle senble faire partie de ses prérogatives: elle se développe 
avec énereie lb où Ce pouvoir est fo.ri, inconte.-_té; clle e,-_-t mélangée et 

ses tori,'s s,,nt incertaine« là où ce pouvoir e,t faible et contesté. 
C'est pendant les derrières années du Xll  siècle et a commencement 
du ,III  que tute., les grandes cathédrales du domaine royal SOlt fondCs 
et preslue eltiè,'ement terlninées ,ur des plans nouveaux. Notre-Dame 
de l»aris, N,»tre-Dame «le Chartres, les calhédrales de Bourges, le Laon, de 
• .. , d' ,rra., 
Soissons de Meatlx:, de No'con d'Amiens, de Rouen, de Cambrai, 
• • .s de Bayeux »ont commentCs sous le 
dt' Fous, de Sées, de Couta]ce._, , 
règne le Plilippe-Auguste, pour ètre achevées presque toutes à la fin du 
xlt  siècle. La Champagne, si bien liée, politiquement parlant, atl domaine 
-. _-,. 
rc,.val s,,tlS saint Louis, élève «le son c6té les grandes cathedrales de Reims, 
«le Cliàlolis, «te Troyes. La Botlrgogne et le Bourbonnais suivent la nouvelle 
direction itnprimée à l'architecture, et bà.tissent les eathédrales d'Auxerre, 
de Nevers, de Lyon. Bient6t la vicomté de Car«assonne fait partie du 
d,_,maine royal, et reçoit seule l'influence directe de l'architecture o[fleieile 

au milieu 
romailleS 
d'Anglete 
fra n ça ie 

le cottrées (lui continuent jusqu'au xv  siècle les traditions 
ab.tardies. Quant "à la G uienne, «lui reste apanage de la couronne 
rte jusque sous Charles V; quant à la Provence, qui ne devient 
que sous Louis XI, l'architecture du domaine royal n'y pénètre 

ron;ane « était circonscrite sur un sol dont on connait les limites» en deçà et au delà. 
,, ,le la Laite ». En peut-on dire autant de l'architecture que 1'o,i désigne sous le nom 
de romane 9. (Vo.ez, dans l'article de M. Virer précité, pages 30 et 31, la judicieuse cri- 
tique sur cette dénomination.) 



pas, ou du moins elle n'y produit que 
dépaysées au milieu de ces contrées. 

• 
tristes imitations qui semblent 
Bretagne, elle ne se développe 

que tardivement, et con»erre toujours un caractère qui tient auiant 
à l'Angleterre qu'à la Normandie et au 5Iaîne. Nous donnons ici (fig. ) 
les divisions de la France "h la mort de Philippe-Auguste, en 1_')23. Ce 
mouvement est suivi partout, dans les constructions qu gélvent da 
les villes, les bourgs et les simples vill.ages ; les tablisenents monasti.iues 
sont entraînés bient6t dans le courant creuxWpar le nouvel ait. Atour 

Bayëax Reîm 

C de o;douo 

des monuments importants tels que les cathédrales, les évëchés, les palais, 
les chtteaux, il s'élève des milliers d'édifices auxquels les grandes et riches 
eonstructions servent de types, comme des enfants d' une mme famille. Le 
monument raère renferme-t-il des dispositions particulières comnmndéès 
quelquefois par une configuration exceptionnelle du sol par un besoin 
local, ou par le goût de l'artiste qui l'a élevé, ces mèmes dispositions 
se retrouvent dans les édifices secondaires, bien qu'elles ne soient pas 

indiquées par la nécessité. Un accident 
repentir, l'insuffisance des ressources, ont 
le projet type: les imitations vont parfois 
ces erreurs, ou les pauvretés résultant de 

pendant la construction, un 
apporté des modification dans 
jusqu"à reproduire ces défauts, 
cette pén urie. 

Ce qu'il y a de plus frappant dans le nouveau système d'architecture 
adopté dès la fin du xn" siècle, c'est qu'il s'affranchit complétement des 
traditions romaines. Il ne faut pas croire que de cet affvanchîssement 
résulte le désordre ou le caprice; au contraire, tout est ordonné, logique, 



harmonieux 
une rigueur 
architecture 

: une fois ce principe 
qui n'admet pas 
écrivent de son 

posé, les conséquences 
les exceptions. Les défauts 
principe impérieusement 

l'architecture françai.se qui riait avec le xIII e siècle, les 

s'ensuivent avec 
mmes de cette 
poursuivi. Dans 
dispositions, la 

construction, la statique, l'orncmentation, l'échelle, diffèrent absolument 
«les dispositions, de la construction, de la -tatique, de l'ornementation et 
«le l'échelle suivies dans l'architecture antique. En étudiant ces deux arts, 
il faut se placer à deux point de vue opposés; si l'on véut juger l'un en se 
basant sur l.s principes «lui ,,nt lirigé l'autre, on les trouvera tous deux 
absurdcs. C'c-t ce qi explique les étranges préventions, les erreurs et les 
contrtdi«tions dont faurmillent les critiques appartenant aux deux camps 
«,pposé. des défenseurs ,le.; arts atiq,, et goaiq,,e. Ces de(ix arts n'ont 
besoin d'erre d6fcndus ni l'un ni l'autre, ils sont tous deux la cons6qence 
«le leux civilisations partant de principes différents. On peut préférer la 
civilisation rCnlaine à la «irilisation née avec la monarchie lrançai,e, on 
ne peut les mettre à néant ni l'une ni l'autre; il nous semble inutile de 
le. cç, mparcr, mais on trovcra prç, fit h les connaitrc toutes deux. 
Le m,-,nument romain est une orte de m«,«lage sur forme qui exi..,zo 
l'emploi très-rapide d'nê masse énorme de matériaux; par conséquent 
un per.,_onnel immense d'ouvriers, des moyens d'exploitation et de 
transport établis sur ne très-vaste échelle. Les Romains, qui avaient à leur 
disposition lés armées habit uée., aux travaux publics, qui pouvaient jeter 
une population d'esclaves ou des réquisitions sur un chantier, a,,aient 
adoplé le mode «lUi convenait le mteux à cet état social. Pour élever un de 
ces grands édifices alors; il n'était pas besoin d'ouvriers très-expérimentés: 
quelques hammes péciaux pour diriger la constrletion, des peintres, des 
slucateurs pour revgetir ces masses de maçonnerie d'une riche enveloppe, 
qelque.,_ artistes grecs pour sculpter les marbres employés, et, derrière 
ces h,_,mmes intelligents, des bras paur casser des cailloux, monter de la 
brique, corroyer du mortier ou pilonner du bé/on. Aussi, quelque éloigné 
que fût de la métrapole le lieu c,ù les Romains élevaient un cirque, des 
thermes, des aqueducs, des basiliques ou des palais, les mèmes procédés 
de construction étaient employés, la mëmê forme d'arehit,cture adopter: 
le monument romain est romain partout, en dépit du sol, du climat, des 
matériaux même, et des usages locaux. C'est toujours le monument de 

la ville de Rome. jamais l'œeuvre d'un 
le pied quelque part, elle domine 
étranger; c'est là sa force, et ses arts 
politique. Lorsqu'ellê s'empare d'un 

artiste. Du moment 
seule, en effaçant 
suivent l'impulsion 
territoire, 

que liome met 
ce qui lui est 
donnée par sa 
elle n'enlève au peuple 

conquis ni ses dieux, ni ses coutumes locales; mais elle plante ses temples, 
elle bàtit ses immenses édifices publics, elle établit son administration po- 
litique, et biênt6t l'importance de ses établissemens, son organisalion ad- 
ministrative, absorbent les derniers vestiges des civilisations sur lesquelles 
elle projette sa grande ombre. Certes il y a là un beau sujet d'études 
et d'observations; mais au milieu de cette puissance inouïe, lhomme 



--'- 1/13 --- [ AI/CI-IITECTUBE ] 
dîsparaît, il n'est plus qu'un des roages infimes de la grande machine 
poliqe. La Grèce elle-même, ce foyer s Clamant des ars et d tout ce qi 
ient au développement de l'esprit hman, la 6rèce sëeit os le sot'fl 
de Rome. Le christianisme seu'. pouvait lutter cont e le géant, en rendant 
h l'homme isol6 le sentiment de sa personnalit6. Mais il faut des si5cles 
pour que les restes de la civilisation païenne disl)araisset. Nous n'avons 
p, envisager qu'une des parlies de ce grand travail humai, du nç, yen fige; 
à la fin du xii  siècle, tous ces principes qui dev,ient assurer le trionphe 
des idées enfant6es par le christianisme ont posés (pour ne parler que du 
sjetqui nous occupe), le principe dela responsabilit,: personnelle apparait : 

l'homme compte pour quelque chose dans la societé, quelle que oit la 
• classe à laquelle il appartienne. Les arts, e se ,l«pouillant alors conplé- 
tement de la tradition antique, deviennent l'expre_,sion individuelle de 

l'artiste «lUi concourt à l'ceux're génerah, sans en trottl»ler l'ord,_,nnance, 

mais en y attachant son inspiration par 
fois. Les corporations devaient amener 
dans leur organisation des règles tixes, 

ticuliere ; il y a ¢lnitc et variétéà la 
ce résultat, cars elles établissaient 
elles n'imposaiet pas, cotute les 

Académies modernes des f,rmes immuables. D'ailleur», unité est le 
. grand besoin et, la tendace de cette épOlUe, mais elle n'eq pas encore 
tyrannique, et si elle oblige le sculpleur ot le peitre à se renfermer dans 
certaines données monumêntalês, elle lever laisse à chacun une grande 
liberté dans l'exécution. L'architecte dmait la bas,teur d'n chapitea, 

d'une frise, imposait leur ordonnace, nais le sculpteur pouvtit faire de ce 
chapiteau ou de ce morceau de frise son œeuvre propre, il se mouvait dans 
sa sphère en prenant la responsabili|é de son œuvre. L'architeclure elle- 
mi}me des xi" et xtii  siècles, tout en étant soumise h n mode unit'orme, 
en se fondant sur des principes absolus, conserve la pls grande liberté 
dans l'application de ces principes; les nombrêlX exemples lonnés dans 
ce Dictionnaire d6montrent ce que nous avanços ici. Avec l'invasion 
laïque dans le domaine des arts commence une ère de pragrès si rapides, 
qu'on a peine à en suivre la trace; n nonument n'est pas plutôt élevé, 
qu'il sert d'échelon,, pour ainsi «lire. h celui qui se fi_,de; n nouveau 
mode de construction ou de décoration n'e.-.t pas plut6/essayé, qu'on le 
pousse, avec une rigueur de logique incrayable, à ses lernières limites. 
Dans l'histoire des arts, il thut distinguer deux élémens : la nécesité 
et" le goût. A la fin du Xil e siècle, prê,«lue totls les monunents romans, 

religieux, civils o,1 militaires, ne 
nouveaux, particulièrement dans 

pouvaient, plus satisfaire aux besoins 
le domaine rayal. Les églises romanes, 

étroites, encombrées par des piliers massifs, sans espace, ne pouvaient 
convenir aux nombreuses réunions de fidèles, dans les villes dont la 
population et la richesse s'accroissaient rapidement; elles _taient Iristes 
et sombres, grossières d'aspect, et n'étaient plus en harmonie avec des 
moeurs et une civilisation avarieCs déjà. Les maisons, les ch,teaux, 
présentaient les mëmes inconvénients d'une façon plus choquante 
encore, puisque là vie habituelle ne pouvait s'accommoder (te demeure» 



! 
ARCHITECTURE j 
dans lequellc aucun des 
l'architecture militaire, les 

besoins., nouveaux 
perfectionnements 

d attaque exigeaient, l'emploi de dispositions 
ces progrès. (Voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, 
Il fallait élever des églises plus vastes, dans 

n'était satisfait. Quant à 
apportés dans les moyens 
défensives en rapport avec 
CIYILE» blILITAIRE.) 
lesquelles les points d'appui 

intérieur devaient prendre le moins de terrain possible, les aérer, les 
6claircr, les rendre plus faciles d'accès, mieux closcs, plus saines et plus 
propres à contenir la foule. Dans presque toutes les provinces du Nord, 
les églises romanes 6raient combinécs, comme construction, de faqon à ne 
p,»xoir durer (voy. CONSTRUCTION) ; elles s'Gcroulaient ou menaçaient ruine 
p(rtout : force 61ait de les rebatir. Il fallait 6lever des palais ou des clt- 
teax pour n personnel plus nombreux, car la féodalité suivait partout 
mouvetnent inprim6 par la monarchi ; et i 1 roi prenait une plus 
part l'autorit6 sr ses rands vassaux, ceux-ci absorbaient les petits liefs, 
ccntralisaielt ch«IUe j,-,ur le pouvoir chez eux, comme le roi le centra- 
lisait autour de lui. Il fallait h ces bourgeois nouvellement affranchis, 
ce_ corp,,rati,»ns nai»santes, dc lieux de rGunion, des hGtels de ville, des 
boures, o1 i,arloi,'s, comme on les appelait alors, des chamb'es pour les 
corps d'Gtats, des maisons en rapport avec des m,rurs plus policGes et des 
lesoits plus noml)reux. Il fallait enfin h ces villes affranchies des murailles 
cxtGricurc , car elles conprênaient parfaitement qu'une conqu0te, pour 
ëtre durable, doit 0tre toujours prète à se dGfendre. Là 6tait la nGcessit6 
dç reconstruire tous les 6ditices d'après un mode en harmonie avec un 
6rat social n,uveau. Il ne thut pas oui»lier non plus que le sol 6tait couvert 
de lines; les lutles todales, ls i]vasions des Normands, l'61ablissement 
des communes, qui ne s'Gtait pas fait sans grands dGchirements ni sans 
cxcè populaires, l'ignorance des constructeurs qui avaient élev6 des 
6diticcs peu durables, laissaient tout à fonder. A c6t6 de cette impGrieuse 
nGce»itG, que l'hisoire de celte 6poque explique »ut'fisamment, naissait 
un goùt nouveau a milieu de cette population gallo-romaine reprenant 
son ra de nation. Nous avons essay6 d'indiquer les ressources diverses oh 
ce godt avait 6t6 chercher ses apirations, mais avant tout il tenait au gGnie 
du peuple qui occupait les bassins de la Seine, de la Loire et de la Somme. 
Ces peuples, doués d'un esprit souple, novateur, prompt à saisir le cGt6 
choses, actif, nobilê, raisonneur, dirigés plut6t par le on 
l'imagination, semblaient destinGs par la Providence à briser 
entraves de la barbarie dans les Gaules, non par des voies 
brusqles et par la fi»rce mat6rielle, mais par un travail intellectuel 
qui termenit depuis le xI  siècle. ProtGgGs par le pouvoir royal, ils 
l'entourent d'une aur6ole qui ne cesse de briller d'un vif 6clat jusqu'après 

pratique des 
ses que par 
les dernières 

1 époque de la renaissance. Aucun peuple, si ce n'est les théniens peut- 
erre, ne fit plus facilement litière des traditions; c'est en mëme temps 
son défaut et sa qualité: toujours déireu,: de trouver mieux, sans s'ar- 
r¢ter jamais, il progresse aussi rapidement dans le bien que dans le mal; 
il s'attache à une idée avec passion, et, quand il ra poursmvie dans ses 



derniers retranchements, quand il l'a mise à nu par l'analyse, quand elle 
commence à germer au milieu des peuples ses voisins, il la dédaigne pour 
en poursuivre une autre avec le thème etrainement, abandotnant 1 
première cotonne un corps ué, vieilli, comme un cadaxre dont il ne 

peut plus rien tirer. Ce caractère est reste le n6tre encore ajourd'hui, 
il a de otr.ê temps produit de belles et de misérables choses; c'e»t enlin 
.ce qu'on appelle la »o& depuis laient6t trois cents ans:or, la mode 
s'atlache aux futililés de la vie comme aux principes sociaux les plus 
grax'es, elle est ridicule ou terrible, gracieuse ou pleine de grandeur. 

On doit tenir conpte (le ce caractère particulier à ue pç, rlion de la 
France, si l'on ,teur expliquer et comprendre le grand mouxement des 
arts à la fin du x  siècle ; nous ne faion que l'indiquer ici, puisque nous 
reviendrons sur chacune des divisions de l'architecture en an;tlvsant les 
formes que ces divisions ont adoptées. Il n'et pas besoin de dire lue ce 
mouvement fut contenl tantque l'archilectre théorique ou pratilue resta 
entre les mains des établissements religieux; tout devait alors contribuer 
 l'arrler : les traditions forcément suivies, la rigueur de la vie clau»trale, 
les rélbrmes tentées et obtenues au sein du cler pendant le x  siècle et 
une partie du x . lais qand l'architecture elt passé des mains des clercs 
aux mains des laïques, le génie national ne tarda pas à prendre le dessus; 
pressé de se dégager de l'enveloppe romane, dans laquelle il se trouvait 
mal 5 l'aise, il l'Cendit jusqu'à la faire éclater : une de ses premières 
tentatives fut la canstruetion des voùtes. Profitattt des rstltatsassez confus 
obtenus 3usqu'alors, poursuivant son but avec cette logille ri«oreuse 
qui faisait à cette épçque la hase de tout travail intellectuel, il pçsa ce 
principe, déjà développé dans le mot 
suivant des poussées obliqes, il fallait, pour les maintenir, dt.. réqtances 
3  . e 
les constructeurs avaient reconnu que l'arc plein cintre avait une force 
de poussée tcop condérab]c por pourvoir ë[çe élevé à une wange 
hauteur sur de» mur» minces o des piles i«AScs, urtout dans de larges 
'asseaux, 5 moins d'ètre mantena par des çlScs 5norme»; ils rempla- 
cèrent l'arc plein cintre par l'arc en tiers-point (voy. Ac), con»errant selle- 
ment l'aca plein aintce pouc les fçntçes et les poctées de peu de lacgeuc; ils 
renoncècent complé[ement à la voùle en berceau, dont la posée cntinue 
deit êtçe maintenue paf une hutée continue. éduiant le point» 
résistants de leurs conlrctions h des piles, ils 'ingén]èrent h faire tomber 
tout le poids et la pousséc de leurs voùtes sur ces piles, n'ayant plus 
alors qu'à ]es mantenç par des arcs-botants ndépendants et reportant 
toutes les pesanteurs en dehors des grand» édifices. Pour donner plus 
d'assiette à ces piles ou contce-forts solés, ls les chargèrent d'a 
supplément de poids dont ils firent bientçt un des motifs les plus riches 
de d&oçation (voy. P.«a). Évidant de pls en pls leurs difices, 
et reconnaissant à l'arç en tiers-point une grande force de résitance ca 
même temps qu'une faible action d'écartemeal, ils l'appliquèrent par- 
. 9 



ARCHITECTURE 

tout, en abandonnant l'arc plein cintre, mme dans l'architecture civile° 
Dès le commencement du Xl  siècle, l'architecture se développe d'après 
une méthode coraplétement nouvelle, dont toutes les parties se déduisent 
les unes dcsautresavec une rigueur impérieu.e. Or, c'est par le changement 
de métho;cle que commencent les révolutions dans les sciences et les arts. 
La construction commande la forme. Les piles destinéêsa porter plusieurs 
arcs se divi.,ent en autant de colonnes qu'il y a d'arcs : ces colonnes sont 
d'un diamètve plus ou moins toff, sui'ant la charge «lui doit peser sur 
elle_,; s'élevant chacune de lever côté jusqu'aux vofites qu'elles doivent 
...oulcnir, leur..; chapiteaux prenent une importance proportionnée 'à cette 
charge. Les arcs .-.Ol-t minces ou larges, eomposés d'un ou de plusieurs 
vang..s le claveaux, en raison de leur tbnction (voy.-Auc, Co.xsTttc'rox). 
Les murs, devenus inutiles, disparaissent complétement dans les grands 
édifices et sont remplacés par des claires-voies décorées de vitraux colorés. 
Toute éce-sité est un motit' de décoration : les combles, l'Coulement 
des eaux, l'introduction de la lumière du jour, les moyens d'accès et de 
circulation aux diltërent étages des b'atiments, jusqu'aux menus objets, 
tels ,lue les ferrures, la plomberie, les scellements, les supports, les moyens 
de chauffage, d'aération, non-seulemert ne sont point dissimulés, comme 
ou le tait si souvent dêpttis le xv  siècle dans nos édiiees, mais sont au 
contraire fl'a,-chement accu,és, et contribuent, pal" leur ingénieuse 
combinaison et le goùt «lui préside toujours à leur exécution, à la richesse 
de l'architecture. Dans un bel édifice du commencement du xI  siècle si 
splendide qu'on le -uppose, il n'y a pas un ornenent 5. enlever, car chaque 
• • • 
ornement n est que la eonsequênce d'u/ besoin renpli. Si l'on va cherêher 
les imilations de ceséditices thites hors de France, on n'y trouve qu'étran- 
cetA; ce imitations ne s'attachant qu'aux formes sans deviner leur raison 

d'tre. Ceci explique comme quoi, par uite de l'habitude que nous 
avons chez nous de vouloir aller chercher notre bien au loin (comme si la 
distance lui dominait plus de-prix}, le c,'itiques qui se sont le plus élex-és 

contre l'architecture dite grt]dqw avaient prêsqe toujours en vue des 
édiliees tels que les cathédrales de Milan, de Sienne, de Florênce, certaines 
glies de l'Allemagne, mais n'avaient jamais songé à. faire vingt lieues 
pour aller sérieusement examiner la structure des cathédrales d' X_miens, 
de Chartres ou de l-teims. 11 ne faut pas aller étudier ou juger l'architecture 
françai.,ê de cette époque là où elle a été importée; il faut la voir et la.luger 
sur 16 sol «lui l'a vue naître, au milieu des divers éléments matériels ou 
moraux dont elle s'est nourrir. Elle est d'ailleurs si intimement liée ànotre 
histoire, aux conqu/}tes intelleetuelles de notre pays, "à notre caractère 
national, dont elle reproduit les traits principaux, les tendances et la titrer- 
lion. qu'on a peineàcomprendce comment il se fait qu'elle nesoit pas mieux 
connue et. mieux appréciée, qu'on ne peut concevoir comment l'Cude n'en 
est pas prescrite dans nos école comme l'enseignement de notre histoire.. 
C'est précisément au moment où les recherches sur les lettres, les 
ciences, la philosophie et la législation antiques sont poursuivies avec 



[ ARClilTECTUBE J 

ardeur, pendant ce xtt ' siècle, que l'architecture abandonne les derniers 
restes de la tradilion antique pour fonder un art nouveau dont le principe 
est en opposition manife.te avec le principe de arts de 1" 
.tntiquité. Faut-il 
conclure de là que les hommes dtt xll e siècle n'étaient pas co.,équents avêt: 
eux-mOrnes? Tout au contraire; mais ce qui distintaue la ren«,issa,.«e du 

xtt ¢ siècle (le llt "etoissanee du 
l'esprit antique, tandis que la 
dialecticiens du Xll e siècle, en 

xv e, c'est que la pven,i/_'re s. ' " 
._e p,énetva,t de 
seconde se lai:ait ,éduire par la l'orne. Les 
étudiant les auteur.,, païens, les l'ères et les 

Écvit,ures, voyaient les choses et les hommes de leur terril,.', aec les .,,'eux 
de leur temps, comme l'eht pu faire «Xristotê, s'il eùt vécu au x  siècle, et 
la forme que l'on dotnait alors aux 
art était deduile des besoins 
ou des idées du moment. Prenos u exel»le bie tral»pat , 
en architecture, l'echelle. Tout le monde ait que le ordre, de l'arcli[ectu re 
des Grecs et des Bomain pouvatent ètt-e considét'é cotttme des uttité 

typiques qu'on enployat da- 
leurs d»,ens&s et conerva,t 
étaient plus ou nmins grands 
de Thésée à Athènes sont 
dorique appliqué à ces deux 
proportion : pour nous faire 

le édiliceen auënenlat ou dininant 
leur_-_ propo'[ions, sclo q,e ces édilice» 
d'&belle. Ainsi le Parthénon et le temple 
d'ule dimension t'ovt diltérette, et l'ol'dt'e 
moumênts est à peu près identiqe comme 
iex eomi»redre , nos diros ,lUe l'ordre 

dorique du l'atthénon est l'ordre dorque du tentple 
un verre grossissant. Rien dans les ordres antiques, 

rappelle une echelle ,nique, et 
&belle invariable, impérieuse, 
dê l'homme e change pas, que 
donnez le dessin géométral d'un 
les dimensions ou de tracer 

tentple 
une échelle, 
colonnes de ce temple ont h, 5 ou 10 
pour l'architecture d,te 9othique il n'en 
retrouve partout indépendamnênt de 

tic Théée vu à travers 
cependant il y t pour le n,-,nnenls une 
dirons-nous : c'est l'homme. La dimension 
,,and ,u petit 
le monunent soit  . 
antique e négligeant de coter 
il sera ipos>ihle de dire si les 
mètres de haleur; landtsqe 
est pas ainsi, l'échelle bunaine e 
la dimênsion de» éditices. Entrez 

dans la cathédrale de lleitns ou dans tlne église {le village le la même 
époque, vou. retrouverez les mëme hauteurs, les ,ëtne pr«»lil de 
bases; les colonnes s'allongent ou se raccourcissent, mais elles conservent 
le m0.mê diamè/ve; les moulures se mltiplient dan., un gr:,td édilice, 
mais elles sont de la méme dimension que celles du petil; les balustrade, 

les appuis, les .socles, les bancs, les galeries, les 
les détal de I architecture qui entrent dans 

frises, les ba.,-relietg, tous 
l'ordonnatce des éltlices, 

rappellent toujours l'ëchelle type, la dimension de homme L'honne 
apparait dans tout : le monument est fait pour lui et par li, c'est son 
vëtement; et quelque vaste et riche qu'il sot, il est toujours à sa taille. 
Aussi les monuments du moyen tge paraissent-ils plus grads (lu'ls ne 

le sont réelIement, parce que, 
hunalne est rappelée partout, 
de comparer les dimensions 
L'impression 

mme-en l'absence de l'homue, lëchelle 
parce que l'oeil est continuellement forcé 
de l'ensemble avec le module hunai. 
contraire est produite par les monuments antique : on ha e- 



[ A.qC.I!!TETURE ] ---- 158-- 
rcn,1 cmpte de leur dincnsion 
l,rsqu'on a placé près d'eux tin 

qu'aprè, avoir fait un 
homtne comme point 

raîsonnemên» que 
de comparaison, et 

encore (.st-ce plutôt l'homme qui parait petit, et non le monument «lui 
semble grand. Que ce soit une qualité ot n défaut, nous ne discuterons 
laS ce pc, int, nous ne faisons ,lue constater le fait, qui ct de la plus haute 
importance, car il creuse un abime entre les méthodes des arts antiques 
 t dit tt),,yen 3ge. 
N,_,u ne di',os pas ,le l'art é h la fin du x * siècle sur nê portion du 
s,,l de l;t France est l'art chr6tiet p:tr excellence : Saint-l'ierre de Rome, 

S:tite-5ophie de Con»talinople, Saint--}'aul hors des murs, Saint-5larc 
«le Yenise, nos églises re, maries de 1' .uvergne et du Pitou, sont des 
-nlnets chrcties, puislu'il, ont bà.tis par des chrettens pour l'usage 
]u cll., l.eçh'istJanisne estsublime ,lans les calaconbes, dans les déserts, 
«,,e h .";ait-i'ierre de i{ome ou dans la eathédrale de Chartres. Mais 
n,-» ,lenanlerons : -as le christianisme, les n,-nmets du nord de la 
Fra«e auraient-ils pu 0Ire élevé» ? Évidêmment non. Ce grand principe de 
l'ite l',_:«helle l._nt nous venons d'entretenir nos lecteurs, n'e.-.t-il pas un 

»ytb,,le ..«tisissaltt de l'esprit chrétien 
avec Di'I. rn{:fe ,lans les temples les 
I 1101-| 

? Placer ainsi l'homme en rapport 
plus va.-te.-, et les plus magnitiques 

la c6nparais,,n continuelle de sa petitesse avec la grandeur du 
mcnt religieux, n et-ce pas là une idée chrétienne, celle qui ff'al)pe 

le lls, les poplati«,ns ? N'est-ce pas l'application rigoureusement suivie 
de celle ,;thode «las nos monumelts qui inspire toujours ce sentiment 
indélini.,,:«lle de respect en face des grande-; églises gvtliq«s? Que les 
architectes des, Xlt  et xit ¢ siècles aient thit l'application de ce principe, 
d'insti«t ,,11 lar le raîs,onnemet, t,_,ljours e-t-il qu'il préside à toutes 
«iviles ou militaires jlsqu'à l'époque de la 
les COl,trtctions religieuses, __ 
relais,,ance atiqe. Les architecte.,, le l'époque ogivale étaient aussi 
co.,,éq uetts dans l'enploi des t'ornes nouvelles que l'étaient les architectes 
grecs ,l«ns l',tpl,licatio de leur svstène de proportion des ordres, in- 

dep,.nl«,nment des din,e,sions. Chez 
ab..trait ; l'art grecest ,,,,, et il comman 
at.v matédau.v et aux hommes : c'es 

arcl 

celx-ci l'architecture était un art 
de plut6t qu'il n'obéit; il commande 
t le fat,m, antique; tandis que les 

itectes occidentaux du moyen àge étaient soumis "à la loi chrétienne, 
re«ol-nai.,ssant la souveraine puissance divine, laisse à l'homme son 

]ibte arbitre, la responsabilité de ses propres œuvres, et 
infime qu'il soit, pour ne créatlre faite à l'image du 
Si nous suivons les conséquenees 
('hréliennes, nous voyons encore les 

le compte, quelque 
Créateur. 
logiques de ce principe issu des idées 
formes de l'architecture se soumettre 

aux natériaux, les employer dans chaque localité tels que la nature les 
fhurnit, l_.es mat6_riaux sont-ils petits, les membres de l'architecture 
prennent une médiocre importance (voy. CoxsTrtcc'rto,,¢); sont-ils grands, 
les profils, les ornements, les détails sont plus larges ; sont-ils fins, faciles 
à travailler, l'architecture en profite en refouillant sa décoration, en la 
rendant plus déliée; sont-ils grossiers et durs, elle la simplifie. 'l%ut dans 



l'architecture ogivale prend sa place et conserve sa qualité, chaque 
homme et chaque objet comptent pour ce qu'ils sont, comme dans lt 
créatmn chaque close a son r61ë tracé par la main dixinc. Et conme s'il 
semblait que cet art ne dût pas cesser dëtre méthodique jusque dans sa 
parure, nous le voyons, dès son origine, abandonner tous les orne.ment.-; 
laissés par les traditions romano-byzantinês, pour revëtir ses fci.cs, ses 
corniches, ses gorges, ses càapiteaux, ses voussures des tlêrs et t'etillês 

empruntCs, aux t'Ol'61s et ax 
merveilleuse ! l'imitation des vL con formeà eêl ui de la nature; les 
Les bou'9eo»s sont les premiers 

champs du nord de la France. Chose 
gétaux setble elle-tnOme slivre un ordre 
exemples sont là qui parlent d'eux-mëmes. 
phénomènes sensibles de la végétation, 

les bourgeons donnent nais¢,ance à des scions ou jeunes branches char76es 
de feuilles ou de fleurs. Eh bien ! lorsqte l'architectu'ê française, à la 
lin du xi" siècle, s'en,pare le la tlore conme m«,yen de décoration, elle 
commence par l'itnitation des cotylddons, des bou«9êons, des scio».¢, pouf 
arriver bient6l, h la reproductioq des tiges et (les t'eilles développées 
(voyez les preuves dans le mot FLORE). 11 va sans dire qe cette métho,le 
synthétique est, à plus forte raison, suivie datts la stati,lc, dans tou» les 

moyens employés par l'architecture por 
Ainsi la forme pyramidale est ad,_,ptée 
horizonlax sont exclus comme arrëtant 
platC, sans exception, par des plans 
données générales d'ensemble, si nous 
frappés de l'organisation intérieure «le 
humain porte sur le sol et se 

résister aux agents destructeurs. 
come la plus table, les plans 
les eax pllviales, et sc, nt rem- 
.,, , 
fortement inclies. A cote de ces 
exaninons les détails, nos restons 
ces édifices. De mème que le corps 
1' 
a nloye de lê,¢ poinls  appui 

simples, gré.les, occupant le moins d'esi»ace possible, se complique et ._..e 
développe à mesure qu'il doit contenir un grand nombre d',_,vganes impof 
lanls; de morne l'édifice gothique poe ses poils d'appui d'après les données 
les plus simples, sorte de luilla9e dont l:t .-,tabilité n'est naintenue que par 
la combinaison et les développements des parties supérieures. L'édillce 
gothique ne rdste debout qu'h la condition d'ètrê complet; on ne peut 
retrancher un de ses or.qrtnes sous peine de le voir pé_rir, car il n'acquiert de 
stabilitë que par les lois de l'équilibre. C'est là du rê»tê ut des reproches 

qu'on £dresse le plus volontiers h cette 
apparence de raison. Mais ne pourrait-on 
la perfeeIion de son organisation, et le 

Toutefois le principe qui dirigeait 
qu'il était basé sur le raisonnement 
forme; du moment que l'architecture 
époque et d'une population, elle ne 
mg.me 

architecture, non sans 
alors reprocher aussi à 
regarder coninle une 

quelque 
l'homme 
créattre 

inférieure aux reptiles, par exemple, parce qu'il e:,t plus sensible que 
ceux-ci aux agents extériêurs, et plus fragile ? ..... Dans l'architecture 
gothiq«e, la matière est soumise à l'idée, elle n'e.-.t qu'une des conséquences 
de l'esprit moderne, qi dérive lui-mëme du christianisme. 
c.ette architecture, par cela 
humain, ne pouvait s'arrëter à une 
s'était idêntitiée avec les idées d'une 
pouvait manquer de se modifier en 
temps que ces idées. Pendant le règne de Philippe-Auguste on 



 ,acurrEca't'E ] --- 150--- 
s'aperçoit que l'art de l'architecture progresse dans la 
l'influence d'homme réunis par une communauté 

voie nouvelle sous 
,le principes, mais 

conservant encore leur physionomie et leur originalité personnelles. Les 
uns, encore attaché.,; aux traditions romanes, plus timides, n'appliquent 
qu'avêc réserve la néthode synthétique; d'autres, hardis, |'adoptent 

résolùment : c'e.-t porquoi on trouve, dans cerlains édifices bàtis simul- 
lanénent à la fin tl x" siècle et pendant les premières anées du Xl , 
,les dillërences nolables dans le svstbme de la eonslruclion et dans la 

decoration ; «les es»ais qui serviront de potnt de départ à de» règlessuivies, 
• " . _.e» arti,tes qui 
,-u tli seçont abaldonnés peu apres leur apparition  - 
marchent dans le morne sens, mais en conservant leur génie propre, 
fornet atant de petites 6cole provinciales qui chaque jour tendent 
se rapprocher, et ne dilDrent etre elles que par certaines dispositions 
de d61ail d'ne nt6diocre importance. 
Dè 1220 ces 6c«-,les peuvent 6tre ainsi class6es : 6cole de l'fie-de-France, 
6cole de Chanpagne, 6cole de Pi«ardie, 6cole de Bourgogne, 6cale d Mairie 
et de l'Anjo. 6cr, le de Nornandie. Ces divisions ne sont pas lellement 
r;tnch6es qu'on ne puis,e rencontrer des 6difices inlermédi;ires appar- 
tenant h la fois à l'une et à l'autre; leur développement tit l'ordre que 
nous donnons ici. On batissait déjh dans l'ile-de-France et la Chanpagne 
des édifices absol,,ment 9athiq,es, quand l'Anjou et la Normandie, par 
exemple, se débarras»aient à peine des traiitions romanês et n'adoplaient 
pas le oveal mode de construction et de décoration avec toutes ses con- 
séquences rigoreu,es (voy. pour les exemples, ARCUITEETURE RELIGIEUSE, 
IONATIQ"E Cl ILE et 5IILITAIRE. tO ll'e»t qu'h la fin du x e siècle que 
ce dstinc/ion, s'effacent complétement, que le génie provincial 
son riginali{é pour se fondre dans une seule architectve, qui s'étend 
successivement ur tote la superlicie de la France. Toutefois l'Auvergne 
{sa.r po,-la canstruction de la cathéIrale de Clermont-Ferrand) et la 
Provence n'adoptèrent jamais l'architectue gothique, et cette dernière 
province {devene française seulement h la fin du xv ¢ siècle) passa de l'ar- 
chite«tttre romane dégénérée à l'architecture de la renaissance, n'ayantubi 
i'inlluence des mr»nmenls du Nord que fort lard et d'une manière incom- 
plète. Le fayot de l'architecture française est donc au xt  siècle ccentm 
dans le d,-onaine royal; c'est là que se btissent les immenses cathédrales 
que nous admirons encore aujourd'hui, les palais somptueux, les grands 
établissements pt»lics, les chàteaux et les enceintes formidables, lesriehes 
monastères. Mais en perdant de son originalité personnelle ou provinciale, 
exclu>tement entre le mains des corporalians laiqes, l'arehi- 
enpassant " - • 
lecture n'e,l pi s exécu tée avec ce soin minutieux dans les détails, avec cette 
recherche dans le choix des matériaux, qui nous frappenl dans les édifices 
batis à la fin du xtt' siècle, alors que les architectes lai,Iue étaient encore 
ilibtlS des traditions monastiques. Si nous mettons de c6t6 quelques rares 
.édfices, comme la sainte Chapelle du Palais, comme la cathedrale de 
Reims, comme certaines parties de la cathédrale de Paris, nous pourrons 



remarquer que les monuments élevés pendant le cours du Xl  siècle sont 
souvent aussi néli gés dans leur exécu tion que savamment coin binés comme 
système de construction. On sent apparaître dans ces bàtisses le,prit 
d'entreprise : il faut faire beaucoup et promptetnent avec peu d'argent, on 
est pressé de jour; on néglige les fondations, on élève les monuments avec 
rapidité en ulilisant tous les matériaux, bons ou mauvais, sans prendre le 
temps de les choisir. On arrache les pierres (les n-tains (le ouvrier avant 
qi'iis aient eu le temps de les bien dresser, les joints sont inégax, les 
blocages faits à la haie. Les constructions sont brusquement interrotapues, 
aussi brusquement reprises avec de profottdes modilications (lan lc projet.; 
primitiïs. On ne trouve plus cette sage lenteur des m,,itres appavtenac: 
aux ordres réguliers, citer ne commençaient un édifice quc l,»r.¢qu'ls 
avaient réuni longtemps à l'avance, et. choisi avec soin, les natériaux 
écessaires, lorsqtFils avaent pu amasser les somntc sulliantes, et nftri 
]êurs projets par l'Cude, il semi»le que les architectes laïles ne se 
préocclpent pas essentiellement des détails (le l'exéction, (li'ils aient 
hhte d'achever leur œuvre, qu'ils soient (léj,»t scs l'empire (le cette fièvre 
de rechorche.q et d'activité qui d,-,mîne toute la civilisation moderne. 
M(me (lats les monuments l)àtis rapidement, an sent que l'art ..,e/t,:,diIie a 
mesure que la constructicm s'éleve, et ces moditications tiennent toujours 
à l'application de plus en plus absolue des principes sur lesquels .,e base 
l'architecture gothique; c'est une expérience perpétuellc. La symétrie, ce 
besoin de l'esprit hunain, est-elle mème sacrifiée à la recherche ince«sante 
du vrai absolu, de la dernière limite à laquelle puisse atteindre la malière; 

et plulSt que de continuer suivant les 
sent)le imparfaite, quitte h rompre la 
n'hésite pas à modifier ses dispositions 

mënes données une œeuvre qui lli 
symétrie, l'architecte du Xill e .-_iè«le 
primitives, à appliquer immédiate- 

ment ses nouvelles idées (Iévêloppées sous l'inspirati«m du principe lui 
le dirige. Aussi combien «le monuments de cette époque commeneés avec 
hésitation, sous une direction encore incerlaine, quoique 

eutC, se développent sous la pensée dll 
et le perfectionne à chaque assise, pour 

rapidenent exC 
constructeur qui apprend son art 
ainsi dire, et ne cesse de chercler 

le mieux que lorsque l'oeuvre est complèle ! Ce n'est pas seulement das 
les dispositions d'ensemble qu'on remarque ce progrès rapide; rouis les 
arlisans sont mus par les mëmes sentiments. La statuaire .e dépouille 

chaque jour des formes hiératiqes des x  et x  siècles pour imiter la 
nature avec plus de soin, pour rechercher l'expression, et mieu, thire 
comprendre le geste. L'ornemani.,_te, «lUi d'abord s'appliqle à dcmnev h sa 
flore un aspect monumental et va chercher ses modèle» dans les germes 
des plantes, arrive rapidementà copier exaclenent les teille. et les tleuvs, 
et à reproduire sur la pierre la physionomie et la liberté des végtax. La 
peinture s'avance plus lentement dans la voie de progrès suivie par les 
autres arts, elle est plus attaehee aux traditions, elle conserve les types 
conventionnels plus longtemps que sa sœur la sculpture; cependant, 
appelée à jouer un g.vand r61e dans la décoration des édifices, elle est 



[ ARCItITECTUItE ] --= 52 

cntrainée par le mouvenent général, 
recrute pour l'aider dans les effets qu'elle veut obtenir 
Vn'nat:x). Nous rmarquons ici que ces deux arts (,la 
peinture) se soumettent entièrêment à l'architecture 

s'allie plus franchement à l'archi- 
(voy. P V.lrtJlE, 
sculpture et la 
lorsque celle-ci 

arrive à son ap,gée, et reprennent une certaine indépendance, 
letr profite guère, du reste, lorsue l'architecture dégénère. 
De ce qlle beauc«,llp de nos grands éditices dJ moyen "age ont été 

commencés à la fin du xi  siècle, et 
en conclut qu'on a mis deux r_, trois 
exact. : jamais peut-ëtve, si ce n'es! 

qui ne 

tertninés pendant les xIv e OLI XV', O1"1 
cents ans à les b;Itir; cela n'est point 
de nos jours, les constructions n'ont 

été élevées plus rapilement qe pendant les xii[  et xv  siècles. Seule- 
let ces monuments, bà.tis au moyen des ressources l)articulières des 
(.Vë, lUêS , des nanaslères, des chapitres, ou des seigneurs, ont été souvent 
interroipus par des évéleents politiques OI1 t'ate d'argent; mais 
lotsltle les resbources ne manquaient pas, les architectes nenaient leurs 
lravaux avec une rapidité I'rodi''ieusee . Les exemples_ ne ous font pas faute 
pour .ilstitier cette assertion. La nouvelle catlédrale (le Paris fut fondée 
en 1103 : en 1196 le choeur était achevé; en 12_'20 elle était complétement 
lerninée; les chapelles de la ief, le deux pignons de la croisée, et les 
châpelles du chœeur 'étatt (lê des m«ditications à l'édifiee primitif, dont 
il eùt pli se passer (voy. CATIIÉDRALE). Voici donc un immense monument, 
«lui ne co6terait pas oins «le quatre-vingt-dix millions (le noire monnaie, 
(,levé en cinquante as. Pre.,que loutes nos grandes cathédrales ont été 
btties, ..,atl les adj«,nclions postCleures, dans un nombre d'années aussi 
restreit. La sainte .,hape.lle de l'aris fut élevee et complétement aehevée 
en mon de ciq années (voy. C[.eEtLE). Or, quand on so,ge à la quantité 
inn,,brable ,le sla[tle, de bculptures, aux burfaces éndrmes de itraux, 

Si de xa.,.tes 

aux ornements de t,»ut genre q,i entraient dans la conposition de ces 
m,)l,uments, o sera émerveillé de l'activité et du nombre des artistes, 
artisan, et ouvriers, dont on disposait alors, surtout lorsqu'on sait que 
tles ces sculptures, soit d'ornements, soit de figures, que ces vitraux 
étaiet terninés au f,r et à mesure de l'avancement de l'oeuvre. 
nonunents religieux, couverls de riches décorations, 
construit,; aussi rapidement, à plus forte raison des 
chàteaux d'une architecture assez simple généralement, 
satisfaire à des besoins matériels immédiats, devaient-ils 
de temps très-court. Lorsque les dates de 

pouvaient #_.tre 
monastères, des 
et qui devaient 
0tre élevés dans un espace 

tbndation et d'achèvelnent fo'nt défalt, les constructions sont 15 qui 

montrent assez, pour peu qu'on ait quelque pratique de l'art, avec quelle 
rapidité elles étaient menées à fin. Les grands établissêments militaires 
tels que Coucy, Chgtteat-Thierry, entre autres, et plus tard Yineennes, 
Pierrefonds, sont sortis de terre et ont été livrés à leurs garnisons en 
quelques années (voy. ARCHITECTURE 1MILITAIRE, CIIATEAt;). 
11 est dans l'histoire des peuples de ces siècles féconds qui semblent 
contenir un effort immense de l'intelligence des hommes, réunis dans un 



milieu favorable. Ces 
à certame époques; 

p6riodes de 
mais ce qui 

production se sont rencontréês partout 
distingue parliculièrement le sitScle qui 

nous occupe, c'et, avec la quantité, l'unitA dans la production. Le xttt  
siècle voit naitre dans l'ordre ntellectuel des hommes tels qu'Albert le 
Grand, saint Thomas d'Aquin, Roger Baron, plilosophes, encyciopédstes, 

savants et théologiens, dont tous les ellbrts 
dans les connaissances acquss de leur 
sciences et de la philosophie antiq,es 

tenaient à 
temps, "à 
pour les 

mettre de I t nléthode 

chrétien, pour htter le 
L'étude et la pratique 
marche régulière dans ut 
le dévelol)pement des arts 
synthétique dont toute» 

mouvenent intellectuel de 
des arts se coortlonet, 

mëne sens. NOlS ne pouvoirs mieux conparer 
• à cette époque q'à une cristal{i»ation; travail 
les parties se réunissent suiï«lnt ue loi lixe, 
un tot homogène dont nulle fraction 
l'esemble. 

forme n'est que la conséquence 1 la loi lathénatiqe; de nJ?rne que 
dans l'ordre moral, la foi, les croyancês, cherchent à s'établir sur la raison 
humaine, sur les preves tirAes des Écritures, sur l'observati)n des pliCo- 
mènes physiques, et se hasardent avec une hardiesse et une grandeur de 
vues renarquables dans le champ de la dl.;cu..,sio, f ne dot point perdre 
-rand siècle l'élite des intelligences était ortlodoxe. 
de vue que, dans ce  , _ _ 
Albert le Grand et son élève saint Thomas d' .qin faisaiert converger les 
connaissances Cendues qu'ils avaient pu acquéviv, la p6ntration sing- 
lière de leur esprit vers ce point dominant, la théolo,:,ie. Ielle tendance 
ç 1'72 
est aussi celle des arts du Xl  siècle, et explique lever parfaite unité. 
Il ne faudrait pas croire cependant que l'archilecttlre religieuse fut la 
seule, et qu'elle impostt ses brmes à l'architecture civile; loin de là. On 
ne doit pas oublier que l'architecture française s'était eon,ttuée au mlie 
du peuple conqis en face de ses conquérants; elle prenait, ses in,pirations 
dans le sein de cette fraction indigène, la pls nomlreuse de la nation ; elle 
était tombée aux mains des laïques st6t après les premières tentatives 
d'émaneipation; elle n'était ni théocratique n féodale. C'était un art 
indépendant, national, qui se pliait à tous les besoin», et Cevait un elàteau, 
une maison, une eathélralè (voy. ces mots), en employant des formes et des 
proeédés appropriés à chacun de ces édifices; et s'il y avait harmonie entre 
ces différentes branches de l'art, si elles étaient sorties du mëme tronc, 
elles se développaient cependant dans des conditions tellement diIlórentes, 
qu'il est imposs_,ble (te ne pas les distinguer. Non-seulement l'architecture 
française du xt" siècle adopte des formes diverses en raison des besoins 
auxquels elle dot satisfaire, mais encore nous la voyons se plier aux 

matériaux qu'elle emploie. Si c'est un édifice (le brique, de pierre ,) de 
bois qu'elle élève, elle donne à chacune de çes constructions une apparên,:ê 

différente, celle qui convient le mieux à la nature de la matière dont elle 
dispose. Le fer forgé, le bronte et le plomb coulé ou repoussé, le bois, le 
. --- 20 

logique, harn,onie,l.,,e, pour tbrmer 
ne peut ëtre d,str,t, te sans détr,ire 
La science et l'art ne ri)rit q'n 

siècle, la 

réunir les débris des 
>oumettre à |'esprit 
le,ifs contetporains. 
suivent dès lors ue 

dans architecure «lt 



[ ARCIIITECTURE ] 
marbre, la terre cuite, les pierres dures 
rentes, commandent des formes propres 

-- 15h -- 
ou friables, de dimensions diffé- 
à clacune de ces matières; et cela 

d'une faÇOll si absolue, si bien caractérisée, qu'en examinant un moulage 
ou un dessin, on peut dire, « cet ornement, cette moulure, ce membre 
d'architecture, s'appliqelt à telle ou telle matière ». Cette qualité essen- 
tielle appartient aux arts originaux des belles époques, tandis qu'elle 
manque le plus souvent au,: arts des 6poques de décadence; inutile de dire 
combien ellé donne d- valeur et de charme aux moindres objets. Le judi- 
cieux empl,-)i des matériaux distingue les constructions du xt ¢ siècle entre 
celles qui les ont précédées et suivies; il séduit les hommes de goùt comme 
les esprits les plus sinples, et il ne faut rien moins qu'une thusse éduca- 
tion pour faire perdre le sentiment d'une loi aussi naturelle et aussi vraie. 
.l;tis il n c-t pas d',euvre humaine qui ne contienne en germe, dans son 
sein, le principe de sa lissolution. Les qualités de l'architecture du xm" 
siècle, exagees, devinrent (.les défauts. Et la marche progressive était si 
rapide alors, qu,. l'architecture gothique, pleine de jeunesse et de force dans 
les premières années du règne de saint Louis, commençait à tomber dans 
l'abus en 1"_)60. A peine y a-t-il quarante ans entre les constructions (le la 
façade occidettale et tin portail méridional de la cathédrale de Paris; la 
grande fa,:a,le laisse encore voir quelques restes des traditions romanes; et 
le portail Sld est d'ne architecture qui fait pressentir la décadence (oy. 
ARCnlTE(;TUnE RELIGIEUSE). O11 ne trouve plus dès la lin (lu x  siècle, surtout 
dans rarchiteclure religieuse, ce cachet individuel (lui caractérie chacun 
des édifices typês du commencement de ce siècle. Les grandes dispositions, 
le mode de construction et d'ornementation, prennent déjà un aspect 
monotone qi fenil l'architecture plus facile à. étudier, et qui favorise la 
médi,,crité aux dépens du génie. On s'aperçoit que des règles banales 
s'établissent et mettent l'art de l'architecture à la portée des talents les plus 
vllgaires. Tout se prévoit, une forme en anaène infailliblement une autre. 

l.e raisonnement remplace l'imagination 
a,ssi l'exéc,/ion devient plu, égale, plus 

, la logique tue la poésie. 5lais 
savanle, le choix des matériaux 

llus judicieux. 11 semble que le génie des constructeurs, n'ayant plus rien 
à trover, satisfasse son besoin de nouveauté en s'appliquant aux détails, 
recherche la quintescence de l'art. Tous les membres de l'architecture 
s'amaigrissent, la sculpture se complait dans l'exécution des infiniment 
petits. Le sentiment de l'ensemble, de la vraie grandeur, se perd ; on veut 
(tonner par. la hardiesse, par l'apparence de la légèreté et de la finesse. La 
science l'en,porte sur l'art et l'absorbe. C'est pendant le XlV  siècle que 
se «léveloppnt la connais.ance des poussées des voûtes, l'art du trait. 
C'est alors q,'on voit s'élever ces monuments qui, réduisant les pleins' des 
ditnensions aussi reslreintes que possible, fo»t pénétrer la lumière dans 
les issues praticables; qu'on voit ces flèch, es 

les intérieurs par toutes 
découpées s'élancer vers 
l,as pouvoir les soulenir; 
membres infinis; que les 

le ciel sur des points d'appui qui ne paraissent 
que les moulures se divisent en une quantité de 
piles se composent de faisceaux de colonnettes 



--- t55 -- 

.aussi nombreuses que les moulures des arc qu'elles 
sculpture perd de son importance, appauvrie par 
géométriques de l'architecture; elle semble ne plus 
elle devient confuse à force (le vouloir ètre délicate. 
recherche des combinaisons, et 
parties de l'architecture, eelles-c 
dans lesquels on rencontre plus 
II faut dire d'ailleurs que le x  siècle avait lai --'. 
e leu 
au xv  en fait d'architecture religieuse. Nos grandes 
presque toutes achevées à la fin du x  siècle, et, sauf' 

[ AIIClIITECT'IE ] 
doivent pnrter. La 
les conbinaison, 
trouver sa place, 
Malgré l'excessive 

cause du calcul qui préside à totos les 
VOtlS laissent froid devant tant d'efforts, 
de raisonnement que d'inspiration. 

de chose à faire 
églises étaient 
Saint-Ouen de 

Rouen, on trouve peu d'églises commencées et terrainAes pendant le 
cours du x'' siècle I1 ne restait plus aux architectes de cette ep»que 
qu'à compléter nos vastes cathédrales ou leurs dépendances. 
Mais c'est pendant ce siècle que la vie civile prend un plus grand 
développement; que la nation, appuyée sur le ponoir ryal, cç, mmence 
à jouer un r61e important, en éloignant peu à peu la féodalit6 de la scène 
politique. Les x-illes Cèvent des maisons communes, des march6s, des 
remparts; la bourgeoisie, enrichie, bàtit des maisons plusvastes, plus com- 
modes, où déjh les habitudes de luxe apparaissent. Les seigneurs f?odaux 
donnent à leurs chteaux un aspect moins sévère; il ne s'agit plu pour 
eux seulement de se d6fendre contre de puissants voisins, d'élex'er des 
forteresses destinées 5 les protéger contre la force ou h garder le produit 
de leurs rapines; mais leurs droits respectifs mieux réglés, la souveraineté 
bien établie du pouvoir royal, leur permettent de songer à vivre sur leurs 
domaines non plus en conquérants, mais en possesseurs de biens qu'il 
faut gouverner, en protecteurs des vassaux réunis autour de leursehteaux. 
ès lors on décore ces demeures naguère si sombres et si bien eloses; on 
ouvre de larges fenêtres destinées h donner de l'air et de la lumière dans 
les appartements; on él6ve des portiques, de grandes salles pour donner 
les fètes ou réunir un grandi concors de monde; on dispose en dehors 
des enceintes intérieures, des bAtiments pour les etrangers; q¢elquefois 
même des promenoirs, des 6glises, des hospices destin6s aux habitants du 
bourg ou village, viennent se grouper autour du chàteau seigneurial. 
Les malheurs qli désolèrent, la France h la fin du xIv ¢ .sibcle et au 
commencement d xv  ralentirent sinulièrement l'essor donné aux 
constructions religieuses ou eiviles. L'architecture suit l'impulsion donnée 
pendant les x  et xv  siècles, en perdant de -ue pe h peu son point 
de d6part; la profusion des détails étouffe les dispositions d'ensemble : le 
raisonnement est poussé si loin dans les combinaisons de la construction 
et dans le tracé, que tout membre de l'architecture qui se produit 5 la base 
àe l'édifice p6nètre h travers tous les obstacles, montant ertiealement 
jusqu'au sommet sans interruption. Ces piles, ces moulures, qui affectent 
des formes prismatiques, curvilignes coneaves, avec arètes aillantes, et 
qui se pénètrent en reparaissant toujours, fatiguent l'il, préoccupent plus 
qu'elles ne charment, forcent l'esprit à un travail perpétuel, qui ne laisse 



[ ,nCnITECrUI; ] ..-- 156 
pas de place à cette admiration calme 
Les surfaces sont tellement divisées 

que doit causer toute œuvre d'art. 
par une quantité innombrable de 

nerfs aillants, (le compartiments découpés, qu'on n'aper¢:oit plus nulle 
part les nus des constructions, qu'on ne comprend plus leur contexture 
et leur appareil. Les ligne horizontales ,ont bannies, i bien que l'oeil, 
lbrcé de suivre ces longues lignes verticales, ne sait où s'arrêter, et ne 
(.Olq[ rezd pas pourquoi l'éditice ne s'élève pas toujours pour se perdre 
dans les nuage.-_-. La sculpture prend une plus grande importance, en 
suivant encore la méthode appliquée dè le x  siècle. En imitant la 
flore, elle pousse cette imitation à l'excès, elle e,:agère le nodelé; les 
feuillaes, les tleurs, ne tiennent plus à la construction, il semble que les 
artistes aient pris à t'che de faire croire à de superpo,itions pétrifiées: 
il en ré.-ulte une sorte de t'ouilli qu peut paraitre surprenant, qui peut 
6ronfler par la diflicllté de l'exécltion, mai: qui distrait et fait perdre de 
vile l'en..-emi»le des éditices. Ce qu'il y a d'adnirable dans l'ornementation 

appliquée h l'architeclure du x  siècle, c'e.-_-t sa parfaite harmonie avec 
les lignes de l'architecture; au lieu de aener, elle aide 5 comprendre 
l'adoption de telleou telle l'orme : on lle pourrait la déplacer, elle tient 
h la pierre. .u xv  siècle, au contraire, l'ornementation n'est plus q'un 

appendice 
l'on enlèverait 
pour une tëte. 

nalurels ne peut 
moins (III'ail X, "e 
de gcom5trique, 
sculpture. 
détails de 
de pierre, 

(lui peut être supprimer,: sans nuire à l'enseble, de mëne que 
une déeoration de feuillage appliquée  un monument 
Celte recherche puérile dans l'imitatio exacte des objets 
s'allier avec les lorgnes rieides de I architecture, d'auant 
siècle, ces t'ormes ont quelque chose d'aigu, de rigoureux, 
en complet désaccord avec la .-,ouple»se exagérée de la 

L'application systématique dans l'ensenble conme dans les 
la ligne verticale, en dépit de l'horizontalité des constructions 
choqle le bon sens, mOne lorsque le raisonneme,t ne vient 
ellet. (Voy. APPAREIL, TRAIT.) 
en diminuant les pleins dans leurs 
et les remplaçant peu à peu par des 
Œarnir ces villes par de,, claies-voies 
ire que les compartiments 
cl6tures o1 les chàssis de 
la statique, et que la pierre 
ces claires-voies deviennent 
trop grëlês et ne peuvent plus se maintenir qu'à l'aide d'armatures de fer; 
çepêdant les dispositions premières sont con.êrvéês..tu xv" siècle, les 
claires-voies de.,_ baies, ajourées comme de la dentelle, présentant des 
conbinaisons de courbes et de contre-courbes qui ne sont pas suffisam- 
ment motivées par la construction, donnant par leur section des formes 
prismatiques atguës, ne peuvent plus ètre solidement maintenues qu'à 
l'aide d'artifices d'appareil ou de 1-onbreux ferrements, qui deviennent 
une des premières causes de destruction de la pierre. Non content de 
garnir les baies par des chassis de pierre tracé» sur des épures conpliquées, 

pas vous rendre compte de cet 
Le arcliteetes du Xl * siècle, 
élilice, en supprimant les murs 
h-jour, avaient bien été obligés de 
de pierre (voy. ME>:EaU, ROSE); nais il faut 1 
de pierre découpée «li forment comme les 
leurs baies sont combinés suivant les règles de 
conserve toujours son r61e. Au xv' siècle déjà, 



les architec!es du x-'- siècle 
aveugles qui r,e sont que «les 

couvrent les nus des murs de meneaux 
placages simulant des rides là off souvent 

l'oeil, e sachant où se reposer, demanderait un plein. Pendant le xv" sibcle 
déjà, cet usage de masquer les nus sous de faux mcneaux avait été l'o't 
goûté; mais au moins, à cette époque, ce gent'e de décoration 6tait 
appliqué d'une façon judicieu.-.e (voy..XRCIllTECTURE RELIGIEUSE), etre lc 
points d'appui, dans des espaces qui pat" letv position peuvent paraitrc 
l,gers, tandis q'au xv" siècle, ces décorations ,le fausses baies covrent 
les contre-forts et toutes les parties de l'architecture qui doivent pré,eter 
un aspect de résistance. Il senti»lait qu'alors les architectes eusent torreut" 
du plein, et ne pussett se ré.soudre à laisser paraître leurs p,itts d'appui. 
Tous leurs efforts tendaient à les dissimuler, pendant que sotvent lês 
murs, qui ne sot qte des rentplissages, et ne pottant rien, auraient lU 
erre mis 'à jour ou décorés d'at catures ou de fausses baies, êstent nus. 
Rien n'el, plus choquant que ces nturs ltsses, froids, entre des contre-t',rtt 
cout'erts de détails inlinis, petit d'échelle, et qui amaigrissêttt les parties 
des édi[ices auxquelle.s on attache une idée de force. 
Plus on s'éloigne du domaine royal, plus ces défauts sont apparents 
dans l'architecture du xv  siècle, plus les constructeurs s'écartett de:; 
principes pos6s pendant les xttt ¢ et xtv  siècles, se livrent aux combinaisons 
extravagantes, prétendent faire (les tours de force de pierre, et danne,t 
à leur architecture des l'ormêq étrangères à la ature des matériaux, 
obtenues par de moyens facliees, prodiguant le fer et les scellements; 
accrochant, ineru-tattt une ornêentation qui 'est plus à l'&/celle des 
édifices. C'e-t ur les monuments de cette époque_ ql'on a voulu lon«-, 
temps juger l'architecture dite 9otlttq,e. C'e»t à peu près comme si l'an 
otllait porter un jugêment sut- l'architecture romaine à Baalbek cu 
à Pola, sans tenir-cunipte de chefs-d'«_euvre du siècle d' kugustê. 
Nous devons ici faire une remarque d'une importance majeure. Bien 
que la domination anglaise art pu paraitre, politiquetnent parlant, très- 
assurée dans le lord et dans l'ouest de la France pendant une partie des 
xtv' et xv  siècles, nous ne connaissons pas un seul édifice qui rappelle 
dans les eontrées conquies les conbtruction,, qu'on Cevait alçrs en An- 
gleterrê. L'architecture ne cesse de rester franqai..,ê. On ne se fat pas fato 
enNormandie ou dan les provinces de l'Ouebt d'at|ribuer certains édifices 
aux Anglais. Que ceux-ci aient fait construire des monuments, nous ou- 
lons bien l'admettre, mais ls n'ont eu recours alors qu'5 des arti,tes fran- 
çais, et le fait est facile 5 eonstaler pour qi a vu les architectures des deux 
pays : les dissemblances sont frappantes comme principe, comme déco- 
ration et comme moyens d'exécution. Pendant le xtl" siècle, les deux arts 
anglais et français ne diffèrent guère que dans les détails ou dans certaines 
dispositions généralês des plans; mais à partir du xl'«  siècle, ces deux 
arehiteetures prennent des voies dillérentes qui s'éloignent de plus en 
plus l'une de l'autre. Jsqu'h la renaissance aucun élément. n'est venu en 
Franoe retarder ou modifier la marche de l'architecture; elle s'est nourrie 



( AltCHITECTURE ] 
de son propre tbnds, 
de torturer la métho 
conséquences. Tous 
arrive par une pente 

tentative, chaque effo 
pidement à l'apogée, 

-- 158 --- 
abusant des principes, poussant la log, que au point 
de à force de vouloir la suivre et en tirer toutes les 
les exemples du lJctonnaire font vo,r comme on 
insensible du xtl ¢ siecle a xv ¢ fatalement. Chaque 
ri, chaque perfectionnement nouveau conduisent ra- 
aussi rapidement à la décadence, sans qu'il soit pos- 

sible d'oser dire : « C'est là qu'il faut s'arrëter. » C'est une chaine non inter- 
rotnpuê d'indu«tions, donton ne peut briser un seul anneau, car ilsont tous 
été rivés en vert du principe qui avait ferrné le premier. Et nous dirons 
qu'il serait peut-ëtt'e plus facile d'étudier l'architecture gothiq,e en la pre- 
nant à a décadence, en remontant successivement des effets aux causes,. 
des conséqueces aux principes, qu'en uivant sa marche naturelle: c'est 
ainsi que la plupart d'entre nous ont été_ amené.,_ à l'Cude des origines de- 
cet art, c'est, e, le prenant à son déclin, en remonta,at le courant. 
Par le fait, l'architecture gothique avait (lit à la fin du x'«" siècle son der- 
nier mot, il n'était plus possible d'aller au delà: la matière était sbumise, 
la science n'en tenait plus compte, l'extrëme habilelé, manuelle des exécu- 
t'.ants ne pouvait être natériellement dépasée ; l'esprit, le raisonuetnent,. 
aaient t'ai! de la pierre, du lois, du fer, du plomb, tout ce qu'on en pouvait 
faire,jusqu'«'t franchir les linites du bon sens. Un pas de plus, et la matière 
oe déclarait rebelle, le monuments n'eussent pu exister lUé sur les épures 
oi dans le cerveau de., constructeurs. 
Dès le Xl'«  siècle, l'ltalie, lui n'avait jamais franchement abandonné les 
Iraditions antiques, qui n'avait qe subi partiellement les influences des 
arts de l'Orient ou du Nord, relevait les arts ramains. Philippe Brunel- 
lesehi, né en 137 à Florence, après avoir étudié le monument» antiques 
de llone, non pour en connaitre seulement les formes extérieures, mais 
plus encore pour se pénétrer des procédés enployés par les eonstructeùrs. 
romains, revenait dans sa patrie au commelcement du xv'.,iècle, et après 
mille difticultés suscitées par la routine et. l'envie, 6levait la gra:de coupole 
de l'église Sainte-Marie de, Fleurs. L'ltalie, qui conserve tout, nous a 
transmis jusqu'aux moindres détails dêla vie de ce grand architecte, qui ne 
se l»)rna pas à cette ,»uvre seule ; il construisit des citadelles, des abbayes, 
les églises du Saint-Esprit, de Sait-Lauret à Florênçe, des palais .... . 
:Brunelleschi était un homme de génie, et peut Otre considéré comme le 
ère de l'architecture de la renaissance en Italie; car, s'il sut connailre et 
appliquer les modèles que lui offrait l'antiquité, il donna cependant à ses 
oeuvres un grand caractère d'originalité rarement dépassé par ses succes- 
seurs, égalé peut-ëtre par le Bramanle, qui se distingue au milieu de tant 
d'artistes illustres, ses contemporains, par un goat pur, une manière 
d' " 
simple et une grande sobriété dans les moyens execution. 
A la fin du xv  siècle, ces merveilles nouvelles qui couvraient le sol de 
l'Italie faisaient grand bruit, en France. çtuand Charles Vlli retint de ses 
folles campagnes, il ramena avec lui une cour étonnée des splendeurs 
d'outre-monts, des richesses antiques et modernes que renfermaient les. 



villes traversees par ces conquérant 
que palais, jardins urnés de statues, 
lonnes. Les arts de l'ltalie devinrent 
9othique, épuisée, "h bott de moyens 

159- [ scnn'rc's ] 
s d'un iour. On ne rëva plus dès lors 
fontaincs de marbre, portiques et co- 
la passion du moment. L'architecture 
pour produire des effets surprênants, 

s'empara de ces nouveaux éléntctts; ott la vit bient6t mëler à ses déco- 
rations des rémintscences des arts italiens. Mais on ne change pas un art, 
non plus qu'une langte, du jour au lendemain, l.es artistes [lorentins ou 

milanais qu'avait pu amener Charles ¥III avec lui étaient singulièremenl. 
dépaysés au milieu de cette France encore toute 9othique: leur in[luence 
ne pouvait avoir une action directe sur des corporations de gens de métiers 
habituésà reproduire les formes tradilionnelles de leur p«tys. Ces corps 
de métiers, devenus puissants, possédaient toutes les bran«les ,les arts 
et n'étaient pas disposés à se l;,iser dominer par des étrangers, fort bien 

'enus à la cour, mais fi»rt [nal vus par 
artistes intrus se dégoùlaicnt bient6l, 
les comprenaient pas ou ne voulaient 

la classe noyenne. La plpart de ces 
ne trouvant que des ouvriers qu ne 
pas les eotnprendre. Conme il arri e 

toujours d'ailleurs, les hommes qui avaient pu se résoudre à qitter l'Italie 
pour suivre Charles , III en France n'étaient pas la crème des artistes ita- 
liens, nais bien plut6t ces médiocrités qui, ne pouvant se faire jour dans 
leur patrie, n'hésitent pas if risquer fortune ailleurs. :t, ttirés par les belle,. 
promesses dès grands, ils se trouvaient le lendemain, quand il fallait en 
enir à l'exéeution, en face de gens de métier habiles, pleins de leur 
savoir, railleurs, rus&, indoeile, lnaladroits par système, opposant "a la 
faconde ilalienne une sorte d'inertie décourageanle, ne répondanl aux 
ordres que par ce hochement de tëte gaulois qui fait prés" ç 
.aeer des difficul- 
tés sans nombre là où il aurait fallu tt'ouvet" u lerrai aplani. La cour, 
entrainée pat" la mode nouvelle, ne pouvant ëtve inttiée h toutes les dif[i- 
cultés matérielles du métier, n'ayant pas llt moin,lre idée des c,»n naissances 
pratiques, si étendues alors, des constructeurs français, en jetant quelques 
malheureux artistes italiens imbus des nouvelles lorgnes a,_loptées pat" l'Ita- 
lie (mais probablement très-pauvres traeêuvs ou appareilleurs) au milieu 
de ces tailleurs de pierre, charpentiers, rompus à toutes les diffictltés du 
tracé géométrique, ayant une parfaite connaissance des serrions de plans 
les plus eompliquées, et se jouant chaque jour avec ces difficultés ;la cour, 
disons-nous, malgré tout son bon vouloir ou toute sa pui»sace, ne pou- 
rait faire que ses protégés etrangers ne fussent bient6t pris pour de 
ignorants ou des impertinents. Aussi ces tentatives ri'introduction des arts 
italiens en France à la tin du xv* siècle n'curent-elles qu'un médiocre ré- 
sultat. L'architecture indigèt, e prenait bien par-ci par-15 quelques bribes 
• à la renaissance italienne, mettait une arabesque, un chapiteau, un lieu- 
ton, un masearon imité sur les imita/laits de i'antiquité à la place de 
feuillages, de ses corbeilles, de ses choux et de ses charrions 9otbites, 
mais elle conservait sa constrution, son procédé de tracé, ses disposi- 
tions d'ensemble et de détail. Il est clair que pour toute personne étran- 
gèreà la pratique de l'architeet<tre, cette robe nouvelle, ces ornements cm- 



[ ARCHITECTURE ] --- 
prunté. semblaient passer, à leurs yeux, 
dant demeurait, non-seulement quant à 
trucure. à la manière d'inlerpréter les 
Les arts ,l,i se développent à la fin du 
la natio «alio-romaine, ils sont comme 
dances, de son énie particlier; nous 
,lehors des classes privilégiées en mëme 

leO -- 
pour un art neuf. Le fond ccpcn- 
la composi[ion, mais quaet à la 
programmes. 
x  siècle sont sortis du seid de 
le retlet de son esprit, (le ses ten- 
avons vil conme ils naissent en 
temps que les premières institu- 

lions politiques conquises par les population« lrbainês. Ce n'est point 
ainsi que »ê dévêloppa en France le mouvement d'art que l'on appelle 
la renai.-_-ance, l'rovoqué dès la seconde moitié lu xv' siècle par la no- 
blesse et notamment par le,; dues d'Orléans, les Valois; derenant irrésis- 

Iii)le, comme toute mode noux elle, après les guerres d'italie de Charles YIII 
et (le Lolis XII., il allait, cho.,,e étrange, trouver un puissant appui dans 
la réform«ti,,,. La n»l)lesse française, éblouie par les splendeurs nou- 
velles lot se revètait l'art talien; les classes lettrées, qui, à l'instar de 
revenaiet avec ardeur à l'élude des lêllres antiques, allaient cm- 

l'.ltalie. 
brasser la réfi,rmation faite co 

la cour le liome, compoée 

tre le pouvoir pontifical. Alars, cependant, 
d'érudits, de savants, de poëtes, entourée 

 lne auréole d'arti_,te, attirait les regards de l'Europe entière 
En \llemagne et en France, les évoques étaient po.sesseurs de pouvoirs 
téodax l»lls »u nloin> étends, tout comme les seigneurs séculiers. Les 
grands établi»ements religieux, après avoir longtemps renlu d'immenses 
services à la civilisation, après avoir défriché les terres ineultes, établi des 
ie«, a.,aini les nacai.,, propaé et conservé l'Cude des lettres antiques 
et clrétiennes,lutté contre l'esprit désordonné de la féodalité séeulière, 
«-,llert llll retlge h tous le. max physiques et moraux de l'humanité, trou. 
• ,-aient enfin un repos ql'on allait bientôt leur faire payer cher. En 6erma- 
nie, le pouvoir .ouverain était divisé entre un grand nombre d'électeurs 
êccléiaslique., et laïque., de marquis, de dues, de comtes qi ne relevaient 
que de l'empereur. La portion éculière de cette noblesse souveraine n'ac- 
qtlitt:,it q'avee répugnance les subsides dus au saint-siCe ; obligée h une 
rêprésentalion qui n'Cait pas en rapport axee ses revenus, elle avait sans 
ce.se be.-_oin d'argent. Lorsque'en '1517, Léon X, pour subvenir aux dé- 
pense, prodigieuses de la cour de Re, me, fit publier en Allemagne les in- 
dlgences qi étaient destinées/k remplir le trésor vide de Saint-Pierre, les 
Frères pr,cheurs trouvèrent dans les classes élevées, comme chez les pau- 
vres gens, une as:ez vive opposition. Ces indulgences payées argent comp- 
tant faisaient sortir du pays des ressources auxquelles les grands comme 
les petits trouvaient chezeux un emploi pls utile. C'est alorsqu'un pauvre 
moine au eutin attaque les indulgences dans la chaire à Wittemberg; 
mmédiatement la luttes'en«mar.e, avec le saint-siége, lutte pleine de passion 
de la part du moine saxon, qui se sentait soutenu par toute la noblesse 
d'Allemagne, pleine de dédan de la part des pontifes romains, qui d'abord 
ne comprennent pas l'étendue du péril. Ce pauvre llolne était Martin Lu- 
ther. Bientét l'Allemagne fut en feu. Luther triomphait;la sécularisation 



--- 61 --- 
des couvents était un app'3,t pour la cupidté de tous 
qui pouvaient alors mettre la main sur les biens des 

ces princes séculiers 
abbayes, enlever les 

chasses d'or et (l'argent, et les va.es sacrés. La sécularisation des covents 
eut lieu, car Luther, qui épuisait tot le vocabulaire «les injures contre la 
papauté, les évëques et les moines, ménageait avec 
princes, qui d'un mot eussent pu étouffer sa parole. 
arrive lorsque l'équilibre politique.est rompu, ne 
de la partie. I! n'y avait pas trois annéc que 
guerre contre le pouvoir de la cour de lone, 
prdpres disciples le débordent et divisent la réforme en sectes nnom- 
brables : on voit naitre les BueCiens, les Carlstadiens, les Zwingliens, les 
Anabaptistes, les OEcolampadiens, les Mélanchthoiens, les Iilyriens. O 
voit un Munzer, curé d'Alstoedt, anabaptiste, soulever les paysans de la 
Souabê et de la Thringe, périr avec eux à Frankenhausct, sous les 
coups de cette noblesse qui protégeait la réforme, et nê trouver che,: 
Luther, en fait de sentiment de pitié (lui qui était la ca.se preniè.re ,le 

le plus grand soin ces 
Le peuple, ainsi qu'il 
tarda pas h se mOler 
Luther avait comecé la 
que d6j autour de lui ses 

ces dé»astres), que ces paroles cruelle»: « A l'me, du chardon, un btt 
« le fouet, c'est le sage qui I'a (lit; aux paysans, de la paille d'avoine. 
« veulent-ils pas cSder, le baron et le nousquct; c'et de droit. Prions 
« pour qu'ils obéissent, sinon point de pitié : si l'on ne fait sifllcr rarqe- 
«, buse, ils seront cent fois plus méchants . » 
Luther voulait que ron conservat les images; un lè ses disciples, 
Carlstadt, brise pre»quê sous ses )'eux les statues et les vitraux de l'église 

Tous-les-Saints de Wittemberg. L' kllemagne se couvre de 

ruines ; le 
figures des sai,ts 
privés; les riches 

d 
marteau de ce. nouveaux inçonoclastes va ïrapper les 
jusque dans les maisons, jusque dans les oratoires 
manuscrits couverts de peinture sont brfilés. 
Voilà comment débute le XVl  siCcle en Allemagne. 
peuple n'tait qCun instrument, ci la noblesse éculière 

la sécularisation, o 
« Trésors d'églises et 
l, uther, 

Par le fait, le 
profitait 

plutét la destruction des 
de couvenls ,), disait 5lélanchlh,»n, 
« les électeurs gardent tout, et ne veulent 

de la réforme par 
ments religieux. 
disciple fidèle de 

François 1 , commençait à res- 
qui s'opérait en .llenmgne, et 
de plus vastes projets, n'opposait 
mëme, en affaiblissant le pouvoir 
une partie de ces projets, e! pen- 

«rien donner pote" l'entretien des gcoles !  
Cependant la France, sous le règne (le 
sentir le contre-coup de cette révolution 
à laquelle Charles-Ouint, préoccup6 
qu'une résistance indécise. Peut-être 
du saint-siCe, la réforme servait-elle 

sait-il po,tvoir la diriger dans le sens de sa politique, et l'arrèter à son 
temps. Luther ne polvait cependant exercer en France la mèmê influence 
qu'en Allemagne; sa parole brutale, familière, ses prédications semées 
d'injures ramassées dans les tavernes, n'eussent pas agi sur l'esprit des 
classes ClairCs de notre pays ; ses doctrines toutefois, condamnées par 

Lettre de Luther à Ruhel. 

---21 



[ AIlCIIITECTUItE j ---- 162 --- 
la Sorbonne, avaient rallié quelques adeptes : on a toujours aimé la 
nouveauté chez nous; et déjà, lorsque parut Calvin, les diatribes de 
Luther contre le pape et les princes de l'Église avaient éduit des doc- 
teurs, des nobles lettres, des écoliers en théologie, (tes artistes jaloux de 
la protection donnée aux Italiens et qui croyaient avoir tout  gagner en 
secouant le joug de tlome. La mode était "h la réforme. Il ne nous appav- 
tiet pas de nous éto»ncr de ces entrainements des peuples, nous qui 
avons vu s'accomplir une révolution en un jour, aux cris de la r(forme. 
Calvin était né en 1509, à Noyon. Lulhêr, le moine saxon, avait la parole 
insolente, le visage empourpré, le gc.,te et la voix terribles; Calvin, la 
démarche austère, la face cadavéreuse, l'apparence maidive : il ménagera 
la forme dans ses discours comme dans ses écrits; nature opinià[re, pru- 
lente, il ne tomleva pas chaque jour dans les plus étranges contradictiorls, 
comme son prédëces,eur de Wiltemberg; mais marchant pas à pas, 
théologien diplomate, il ne reculera jamais. Luther, ne sachant comment 
maitviscr la temp(.te qu'il avat déchainée cont;'e la société, poussait la 
noblesse allemande au massacre de milliers de paysans fanatisés pal-un 
fou; Calvin poursuivrâ, dénoncera Servet et le fera brt)ler vif, parce q'l 
e sera attalué à sa vanité de réformateur. Voilà les deux hommes qi 
allaient modifier profondément une grande partie de l'Europe calholique, 
et qui, prétcndalt affranchir les «'mes de la domination exercée par 
Ito-e, commençaient par s'appuyer sur le bras séculier, auquel 
livraient les richesses amassées depuis (les siècles par l'Église. Les arts 
devaient ressentir profondément les effets de cette crise sociale aulant 
que religieuse. Le catholicisme crut. pouvoir soutenir la guerre en oppo- 
sanl h l'esprit, d'examen et au libre arbitre une milice réunie sous une 
ti.ciplie sévère. Comme contre-poids au principe de la réforme, les 
discilles de saint Ignare de Loyola s'appuient sur le principe de 
sance absolue. Ainsi béleint au sein m0.me du calho]icisme ce 

vivifiant de discussion, de controverse, 
(lui avait fait naitre nos grands artistes 
L'imprimerie d,nnê tout 'h coup une 

l'obéis- 
germe 
d'examen, d'innovation hardie, 
des xlt" et. XIII e siècles. 
extension immense h des luttes 

qui, sans elle, n'eussent peut-Ire pas dépassé les murs de Witlemberg. 
6vàce 5 ce mo3en dê répandre les idées nouvelles d'un bout de l'Europe 
à l'autre parmi loutes les classes de la soeiété, chacun devient docteur', 
discute les Eritures, interprète 12 sa guise les mystères de la religion, 
chacun veut ïormêr une Église et tout ce grand mouvement aboutit 
parfois " la confu,ion du spirituel et du lemporel sous n mme des- 
potisme, ttenri \:lll, roi théoloien, comprend le premier l'imporlance 
politique de la rét'orme, e après avoir réïuté les doetrines de Luther, 
ne po«vant obtenir du pape la rupture de son mariage avec Catherine 
d'Aragon, 1 adople brusquement les principes du réformateur, épouse 
Anne de Boulen, confisque à son prot le pouvoir spirituel de l'Angle- 
terre,, en mi.me temps qu'il supprime les abbayes, les monasères, et 
s empare de leurs revenus et de leurs trésors. De pareils exemples étaiënt 



-- 163 -- [ ,,,CuTCcnv. ] 
bien fait pour séduire la noblesse catholique : se oustraire aux enva- 
hissements du pouvoir religieux, s'emparer des biens tcnporels ecc]é- 

siastiques, était un app'at qui ne pouvait manquer d'en|rainer la féodalile 
séculière vers la réforme; puis, encore une fois, la mode s'en m-lait en 
France. Sans se rager avec enthousiasme sous la bannière (le LuIher ou 
sous celle de Calvin, la curiosité était excitée; ces luItes contre le pouvoir, 
i fort alors, (le la papauté, altiraiènt l'attenlion; on était. comme fou- 
jours, en France, disposé dans la classe éclairée, sans en prévoir les 
conséquences, à protéger les idées nouvelles. Marguerite dé Navarre, 
dans sa petite cour de Nérac, donnait asile à Calvin, à Lefebvre d'::taples, 
.qui tous les deux étaient mai avec la Sorbonne. Les grandes dames se 
moquaient de la messe catholique, avaient compos une messe à 
points, et s'Cevaient fort conre la confession. La Sorbonne ..,e 
on la laissait dire. La duchesse d'Étampes avait "a c,eur d'amener le roi 
François à écouter les réformistes. On disputait; chaque jour Alevait 
nouveau prédicateur cherchant  acquérir (lu renom en énonçant quelque 
curieuse extravagance. Les esprits sains tel ils sont toujours en nir, orité) 
s'altristaient, voyaient bien quelles tempëles s'amoncelaient ,lcrrière ces 
discussions de solons. Mais, il faut le dire, l'agitalion Cait dans la .-_o«iéié. 
Les anciennes Cudes tléologiques, ces sérieuses et grave néditations 
des docteurs des xl' et x  siècles, avaient fait leur temps, la socié|é 
réclamait autre chose; l'Cude du droit, fort avancée alors-, venat pro- 
tester contre l'organisation féodale. François I « fondait en Francê (les 
:haires de droit romain "à l'instar (le celles de Bolc, gne: il dotait un 
• collége trilingue, dont Érasme eùt été le directeur si Carles-(Juint ne 
nous l'eùt enlevé. On s'éprenait exclsivement des lettres antiques. C'était 
.un mouvement irrésistible comme celui qui, au x[" .iècle, axait fait ortir 

la société de la barbarie;mais cette 
allait diriger ce mouvement, c'était 
droit naturel; c'était la société civile 

rois ce n'était plus la 
l'esprit d'examen, le 
q,i se constituait. 

Nous avons dit un mot du peu 
pour faire prévaloir en France les 
4:es efforls n'avaient pu entamer 

de succès (les tentatives de 
arts de la renaissance ilalie 
l'esprit traditionnel de 

théologie qui 
sentiment du 

Ciarles YIII 
n ne ; comme 
corporations 
du x'«  siècle 
direction, et 

direction. On voit 
en France, qui, à 
cour et des grand 

en mëme temps, soumettant les ouvriers à l'unitWde 
surgir sous le règne de François I  des hommes, 
l'imitation des maitres italiens, et lar la volonté de la 

d'artisans; nous avons vu (voy. ARCIIITECTE) comme à la lin 
la puissance de ces corporations avait absorbé l'unité de 
comment l'architecte avait peu/i peu disparu sots l'intluence séparée de 
chaque corps d'état agissant directement. L'Italie, Florence, Rome sur- 
tout, avait appris à nos artistes, ne fùt-ce lue par la présence en France 
.de ces hommes amenés par Charles VIII et auxquels on voulait confier la 
-direction des travaux, que ces merveilles tant admirée, au delà (les Alpes 
étaient dues non point à des corps de métiers agissant séparément, mais 
à des artistes isolés, à des architectes, quelquefois sculpteurs et peintres 



[ ABCIliTECTUltE ] ---- lfb- 
seigneurs, viennent à leur tour imposer leurs lJrojets aux corps d'arti- 
sans, et les faire exécuter sans admettre leur interventîon autrement que 
comme ouvviers. Et parmi ces artistes, qui ont appris de l'Italie à relever 
leur profession, «lui s'inspirent de son génie et des arts antiques si bien 
renouveles par elle, beaucoup embrassent le parti de la réfor[ne qui 
met Reine au ban de l'Europe ! qui désigne Léon X, le protecteur éclairé 
des artistes, comme l'Antechrist ! 
Mais il faut dire qu'en France la réforme ne se montre pas àson début, 
comme ch kllcmagne, ennemie des arts plastiques; elle ne brise pas les 
images, ne l)rf, le pas les tableaux et les manuscrits enrichis de peintures: 
au contraire, p['esque exclusivement adoptée par la classe noble et par la 
portion la plus élevée du tiers état, on ne la voit. faire des prosélytes au 
milieu ,les cla_-_-es inférieure que dans quelques provinces de l'Ouest, et 
lans ces contrées où léjà au x  siècle les Albigeois avaient élevé une 
héréie e face de l'Église catholique. L'ari.,,tocratie, plus instruite qu'elle 

ne l'axait jmais été, lettrée, adonnée avec 
suivait le ,nouvement imprimé par le roi 
inconnu jusqu'alors dans la construction 

passion à l'étude de l'antiquité, 
François I" dérlovait un luxe 
de ses chteaux et de ses mai- 

sons (le ville. Elle démantelait les vieux manoirs féodaux pour élever des 
habitation overtes, plaisantes, dée«,rées de portiques, de sculptures, de 

statles de m:vl)re. La royauté donnait l'exemple en tlétruisant ce vieux 
Louvre de Philippe- Xuguste et de Charleg V. l.a gro,e tour du Louvre, 
de la,luellc relevaient tous les fiefs de France, clle-mëme, n'était pas 
épargnée, on la rasait pour commencer les élégantes constructions de 

où jusqu'alors 
de 

Pierre Lescot. François 1 « veldait son h6tel Saint-Paul, « fort vague et 
« ryneux.., auquel n'avons accoustumé faire résidence, parce que 
« av,_,ns elt no.:tre bonne ville plusieurs autres 1)ons logis et places 
« s,,npttleuses, et que ledit hostel nous est et à no-tredit domaine de peu 
« de valeur ... » L'architecture civile envahissait l'a'chitecture féodale, 
tout était presque entièrement sacrifié aux dispositions 
défense; et le roi François accomplissait ainsi au moyen des arts, en 
entrainant sa noblesse dans cette nouvelle voie, la grande révolution 
politique commencée par Louis XI. Les ,eigneurs féodaux, subissant 
l'empire de la mode, démolissant eux-mmes leurs forteresses, prodiguant 

leurs trésors pour changer 
,le plaisant,., adoptant les 
rayaient pas que le peuple 

leurs chàteaux sombres et fermés en maisons 
nc, uveautés pr¢'chées par les réformistes, ne 
applaudissait à leur amour pour les arts qui 

détruisait leurs nids féodaux, ne le suivait pas dans leurs idées de 
réforme religieuse, que la royauté les laissait faire, et qu'à un jour donné 
rois et peuple, profitant de cet entrainement, viendraient leur arracher 
les derniers vestiges de leur puissance. 
L'étude des lettres et des arts, qui jusqu'alors avaient été exclusive- 

Aliénation de l'hostel Saint-Paul, ann. t516. (Dom 
• 
Paris: tome I11, Pièces justifie., p. 57t. 

Félibien, 

Hstoire de la mlle de 



165 -- 

[ AICYIITECTURE ] 

ment cullixés par le clergé et le tiers état, pénétrait dans la cla,e aristo- 
cratique, et jetait ainsi un nouvel élément de fusion entî'ê les différentes 
classes du pays. Malgré le désordre administratif, les faute_,, et les malheurs 
qui signalent le commencement «lu xv  .,iècle en France, le pays était 
en voie de prospérité; le commerce, l'industrie, les sciences et le.; arts 
prenaient un développement immense: il «mblait que la France eut 
des trésors inconnus qui comblaient loutes les brèches faites à son crédit 
par des revers cruels et des dilapidations eandaleuses. Les villes tre- 

raient leurs 
sait sur des plans plus vastes les h6tels de 
on jetait des ponts sur les rivière»; on 
L'agriculture, qui jusqu'alors avait été un des plus 
d'influence employés par les établi.,sscments religieux, 

vieilles enceintes de tos c6tés pour s'étendre; on recostrui- 

ville, le» narchés, les ho,pices; 
perçait de nç,velle, rotes. 
l»uiants noyes 
comn,ençait à tre 

etudiée et pratiquée par quelqes grand propriétaires appartenant au 
tiers état; elle devint « l'objet de dispositions législatives doigt qel,lueS- 
,'ueur t ». L'État établissait une police »ur les 
« unes sont encore en vi. 
eaux et forêts, sur l'exploitation des mines. Ce grand mouvenent etraçait 
peu à peu l'éclat .ieté pat" les n-tona»tère dans le, .-.ièeles précéde,ts. Des 
abbayes étaient sécularisées, leur influence morale se perdait, et. beau- 
coup d'entre elles tombaient en des mains laïq¢es. La France était rem- 
plie d'églises élevée pendant ]es trois derniers siècles, lesquelle., sut'li- 
saient, et au delà, aux besoins du culte, et la réforme dinuait le 
nombre des fidèles. Rome et tout le clergé catholique n'avaient pas, dès 
le commencement du xv « siècle, compris toute l'irnportatce des doc- 
trines prëchées par les novateurs. L'Église, qui se croyait détinitlvement 
affermie sur sa base divine, n'avait las mesuré d'abord toute l'étedue 
du danger «lUi la menaçait; elle allait au concile de Trente tenter d'ar- 
rëter les progrès de la réformatian, mais il était Irop tard. Une réforne 
était devenue nécessaire dans sun .,_ein, et l'Élise l'avait elle-morne 
solennellement reconnu au cocile de Latran; elle fut débordée par 
cetle prodigieuse activité inlellêctuelle du x'' ¢ siècle, par les nouvelles 
tendances politiques des populations d'kllemagne et de France; elle 
fut trahie par son ancienne ennemie, la féodalité, et la/ëodalité fut " 
son tour emportée par la tempëte qu'elle avait soulevée contre l'Église. 

L'esprit original, natif, individuel (les peuples s'épisa dan. ce luttes 
terribles qui, chez nous, désalèrent la .,_-econde moitié du xvt  siècle, et 

la royauté seule s'établit puissante sur ces ruines. Louis XIV clôt la 
renaissance. Les arts, comme tçujours, furent associé., à ces grands 
mouvements politiques. Jusqu"à Louis XIV c'et un fleuve rapide, fécon- 
dant, varie dans son cours, roulant dans un Iii tant6t large, tant6t 
resserré, attirant à lui toutes les sources, intéressant à suivre dans ses 

t Essai sur l'h£toire du t«erŒE état, par M. A. Thierr., t. I, p. 1 16, édit. 
t853.----P, ecueil «les anc. lots [ranç., par M. lsamberb t. XI et XII, edtt. de 
Cotterets, ao6t 1539. 

Fume, 
Villers- 



I ARCtlITECTURE ] --- 166 -- 
dbt.rs. Sou. l.ouis XIV, ce fleuve devient un immense lac aux eaux: 
dormantes, inlëcondes, aux reflets uniformes, qui étonne par sa gran- 
deur, nais qi ne nous transporte nulle part, et fatigue le regard par la 
monotonie de ses aspects. Aujourd'hui les digues sont rompues, et les- 
eaux s'échappent de toutes paris en déordre par cent issues. Où vont- 
elles ? Nul ne le ait. 
Avec la renaissatce s'açrëent les développements del'architecture reli- 
gieuse en France. Elle e traine pendant le xv  siècle indécise, conser- 
vant et repoussant tour à tour se traditions, n'ayant ni le courage de 
rompre avec le formes et le système de construction des siècles précé- 
dent, ni le myen de les conserver (voy. ARCHITECTURE RELI6IEUSE). 
L'architecture monastique, frappée au c[ur, s'arrSte court. L'architecture- 
civile prend un nouvel essor pendant toute la durée du xv  siècle et pro- 
duit seule de oeuvre vraiment originale (voy. ABCHITECTCBE CIVILE). 
Quant h l'architecture militaire, il n'est pas besoin de dre qu'elle se 
modilie protondément au moment où l'artillerie vient changer le système 
de l'attaque et celui de la défense des places fortes. 
AnCmTECTUSE mEt'S.- Chez tous les peuples, l'architecture 
religieu, et la première h se développer. Non-seulement au milieu des 
civilisations naissantes, le monument religieux répond au besoin moral 
le plus puissant, mais encore il est un lleu d'asile, de refuge, une pro- 
rection contre la violence. C'est dans le temple ou l'église que se con- 
servent le-archives de la nation; ses titres les plu précieux sont sous la 
garde de la Diinilé; c'est sous son ombre que se tiennent les grandes- 
asembl6es religieuses ou civiles: car, dans le circonstances graves, 
le soci6t6s qui se constituent ont besoin de se rapprocher d'un pouvoir 
surhumain pour anctionner leurs d61ib6rations. Ce sentiment, qu'on 
retrouve chez tous les peuple, se montre très-prononcé dans la soci6t6- 

chrétienne. Le temple 1)aïen n'et qu'un sanctuaire où ne pénètrent que 
les ministres du culte et les initiés, le peuple reste en dehors de ses. 
murs; assi les monuments de l'antiquité, là où ils étaient encore debout, 

en ltalie, ur le sol des Gaules, ne 
basilique antique avec ses larges 
bas cStés, son portique antérieur, 

Il est mëme probable que 
certaine influence sur les 

pouvaient convenir aux chrétiens. La 
dimensions, sa tribune, ses ailes ou 
se prgtait au culte de la nouvelle loi. 

moment qu'ils purent 
siblement. Mais dans 

les dispositions de l'édifice romain curent une 
usages adoptés par les premiers chrétiens, du 
sortir des catacombes et exercer leur cuite osten- 
les limites que nous nous sommes tracées, nous 
point de départ la basiliquê chrétienne de 
dont les dispositions s'éloignaient déjà de la 

devolls prendre comme 
répoque carlovingienne, 
basilique antique. Alors on ne se contentait plus d'un seul autel; il fallait 
élever des tours destinées -à recevoir des cloches pour appeler les fidèles 
et les avertir des heures de la prière. La tribune de la basilique antique 
n'était pas assez vaste pour contenir le clergé nombreux réuni dans les. 
églises; le choeur devait empiéter sur les portions abandonnées au public- 



' dans le monument romain. L'église n'était pas isolée, mais autour d'elle, 
commé autour du temple païen, se groupaient des bâtiments des|inés 

à l'habitation des pr6tres et-des clerc.s; des portiques, des sacristies, 
quelquefois m6me des écoles, des biblothèques, de petiles salles pour 
renfermer les trésors, les chartes, les vases sacrés et les ornements sacer- 

dotaux, des logettes pour des pénitents ou ceux qui profitaient du droit 
d'asile. Une enceinte enveloppait presq,e toujours l'église et se» annexes, 
le cimetière et des jardins; cette enceinte, fermée la ntit, était percée 
de portes fortifiée.s. Un grand nombre d'églises étaient desservies par un 
cleroé régulier dépendant d'abbayes ou de preurés, et se rattachant 
ainsi à l'ensemble de ces grands établissements. Les églises collé'iales, 

0 0 

f 0 

0 0 

paroissiales et les chapelles 
tion plus restreinte tous les services 
de petits cloitres, des sacristies, des 
desservants. D'ailleurs les collégiales, 

elles-mëmes pos«édaiênt dans une propc»r- 
nécessaires à l'exercice (lu culte; 
trésors, des logements pour les 
paroisses et chapelles étaient pla- 

cées sous la juridiction des Cê.ques; le.s abbayes et les prieurés exer- 
çaient aussi des droits sur elles; et parfots mëm'e les seigneurs laiques 
construisaient des chapelles, érigeaient des paroisses en collégiales, sans 
consulter les év0.ques, ce qui donna lieu souvent à de vives discussions 
entre ces seigneurs et les prélats. Les cathédrales comprenaient dans 
leurs dépendances les batiments du chapitre, de vastes cloitres, les palais 
des évgques, salles synodales, etc. (voy. ÉvÈcttÉ, CLoh:, AcnrrEcv. 
li:0NASTIQUE, TRÉSOR, SACRISTIE SALLE ,. 

Nous donnons ici (fig. 1), pour faire connaitre quelle .était la dispo- 
sition générale d'une église de moyenne grandeur au x  secle, un plan 



[ ARCIIlTECTUBE ] 

--- t68 -- 

qui, sans être copié sur tel ou tel édifice existant, résume l'ensemble de 
ces dispositions. -- I est le portique qui précède la nef, le narthex de 
lt basilique primitive, sous lequel se tiennent les pénitents auxquels 
l'entrée de"" ' "- 
 egte est temporairement interdite, les pèlerins qui arrivent 
avant l'overture des pot|es. De ce porche, qui généralement est couvert 
n appentis, on pénètre dans la nef et les bas cétés par trois porIes 
lernées pendant le jour par des voiles. N, les fonts baptismaux pla«és 
soi[ au centre de la nef, soit dans l'un des collatéraux I. 6, la nef au 
nilieu de laquelle e,t réservé un passage libre séparant les lommes des 
femmes. P, la tribune, les ambons, et plus tard le jubé où l'on vient lire 
l'Apitre et l'évangile. 3_, le bas ch«'r où se tiennent les clercs. O, l'en- 
trée de la confcs,ion, de la crypte qui renferme le tombeau du saint sur 
lequel l'égli.e a été élevée; des deux cétés, les marches pour nontêr au 

sanctuaire. C, l'autel principal. B, 
1 siCe de l'évèque, de l'abbé ou 
ou des religieux 'étendent plus 
extrétnité du tl-ansept. D, des 
muni,luant au cloitre L et aux 
pélètre d;is le cl«.itre 
chers étaient presque 
près du lransept, en 
religieux e Irouvaient 
pour le. oflice de nuit, 

l'exèdre au milieu duquel est placé 
du prieur; les stalles des chanoines 
ou moins "à droite et à gauche. E, les 
altels ,êcondares. F, la sacristie, com- 
dépendances. Quelquefois du porche on 
par un pa-sage et une porteie K. Alors les cio- 
toujours placés, non en avant de l'éiise, mais 
M, Sllr les dernières lravées des collatéraux. Les 
ainsi plus à proximité du service des cloches 
ou n'étaiet pas obligés de traverser la foule 

«les fidèles 
de i'rés avait encore, à la fin du 
pla('óes. Cluny, Vézelay, beaucoup 
tés, des paroises méme, un grand 

pour aller sonner pendant la messe. L'abbaye Saint-Germain 

siècle dernier, ses deux tours ainsi 
d'autres é-lises_,:, abbatiales, de prieu- 
nombre de cathédrales, possèdent ou 

possédaient des clochers di.-:posés 
laisse voir cric»re les étages inférie 

de cette manière. Chlons-sur-Marne 
urs de -es deux tours bàties des deux 

cétés du choeur. L'abbé Lebout, dans son histoire du diocèse d'Auxerre, 
rapporte qu'en 215, l'évèque 6uillaume de Seignêlay, faisant reb&tir 
le ch.a, ur de la cathédrale de baint-Étienne que nous admirons encore 
aujourd'hui, les dex clochers tomates, qui n'avaient point encore ét6 
démolis, as qui étaient sapés à leur base pour permettre l'exécution 
des nouveaux ouvrages, s'écroulèrent l'un sur l'autre sans briser le jubé, 
ce qui fut regardé comme un miracle'. 
A cette époque (nous parlon du x ¢ siècle), les absides et les étages 
inférieurs des clochers étaient presque toujours les seules parties voùtées; 
les nefs, lc bas côtés, les transsepts, étaient couverts par des charpentes. 
Cependant déjà des efforts avaient été tentés pour établir des vofltes dans 
les autres parties des édifice religieux où ce genre de construction ne 

t 31dru. concernant l'bief, civile et ecclés, d'Auxerre et de son ancien diocèse, pa 
labbé Lebeuf, publié par MM. Challe et Quantin, t. I, p. 377 (Paris, Didron; Aulerre, 
Perriquet, 18ttS). 



présentait pas de grandes 
lite église de Vignory [Itaute-Marne) 
chapelles ab.side, les pourtournant le sanc- 
tuaire. Cê bas c6té B es voùté en ber- 
ceau quatre autres petits berceaux s6pa- 
rés par des arcs-doubleaux flanquent les 
deux travées qui renplacent le transsept 

-- 1 -- [ AICISITETUIE ] 
difficultés. Nous donnons (fig. _'2) le plan (le la pe- 
«lui déjà contient n bas c6t, avec 

en avant de l'abside. Le sanctuaire C est 
'oùté en cul-de-four, et deux arcs-dou- 
bleattx DD contre-butent les bas côtés A k 

sur lesquels 6talent 61evés deux clochers ; 
un seul subsiste encore, reconstruit en 
grande partie au x ¢ siècle. Tout le reste 
de l'édifice est couvert par une charpente 
apparente et façonnée '. La coupe transver- 
sale que nous donnons également sur la 
(fig. 3) fait comprendre cette intéressante 
construction, dans laquelle on ,,oit apparat- 
Ire la voùte mêlée,au systène primitif des 
couvertures de bois. On remarqera que la 
aefprésente 

un simulacre de galerie qui rappelle encore la galerie du pre- 

mier étage de la basilique romaine; ce n'es/plus à¥ignory qu'une décoration 

 Ce curieux édifice» le plus complet que nous connaissions de cette date, a Ce 
i..-- 22 



[ APCn[TECTUP, E ] -- 0 ---. 
sans usage et qui parait tre une coucesson "à la tradition. Bientôt cepen- 
dant on ne se contenta plus de voùter »eulement 
absida|es et leurs annexes, on voulut remplacer 
destuctibles par des voùtes de pierre, de moellon 
penes brG|Meut ou se pourrîssaeut rapdcmeut; quoîque peiute, elles ue 
présenta]ent pas çet aspect monumental et durable que les constructeurs 
lu moyeu "ge s'effoççaeut de douuer "à l'ég|ise. Les diflérentes contrées 
qui depuis le .[ siècle composent le sol de lâ France ne procédèrent pas 
uest à Péri- 
de la morne manière po,r voùter la basilique laline. Dans 1'0 , 
gueux, dès la fin du x ¢ siècle, on élevait la cathédrale et la grande église 

le chœur, les chapelles 
partout les charpeules 
ot de brique:ces char- 

abbatiale de Saint-Front [voy. ARCHITECTURE (développement de 1')] sous 
l'influence de l'église à coupoles de Saint-Marc de Venise '. Ce monument, 
dont nous donnons le plan et une coupe transversale, succédait à une ba- 
silique batie suivant la traditiou romaine. C'était une importation étran- 
gère à tout ce qui avait été élevé h cette époque sur le sol occidental des 
Gaules depuis l'invasion des barbares. Le plan (fig./) reproduit non-seule- 
meut la forme, mais aussi les dimeusious de celui de Saint-Marc, à peu 
de différences près. La partie antérieure de ce plan laisse voir les restes de 

d.couvert par M 
depuis peu aec 
été. plafonnée dans le 
intactes. 
I L'Architecture 
t852. 

X.lérimée, inspecteur général des monunîents historiques, et restaur 
une grande inteiligem:e par M. Boeswtlwald. La charpente avait 
dernier siècle, mais quelques-unes de ses fermes étaient encore 
byzantine en France, par M. F. de Veraeilh, I vol. ln-tt °. Paris, 



l'ancienne 
d'une coupole derrière le narthex, et d'un cloclter posé 
les travées de l'ancienne nef. L'église de Saint-Front se 
posséder un avant-porche (le narthex primitif), un second 
le vestibule 

--- 171 --- [ ABCHITECTUIE J 
basilique latine modifiés à la fin du ' siècle par la construction 
à cheval sut' 
trouvait alots 
porche vo6té, 
sous le clocher, et enfin le corps principal de la construction 

couvert par cinq coupoles posées sur de larges arcs-doubleaux et sur pen-- 
dentif» (lig. 5}. Ici les coupoles et les arcs-doubleaux ne sont pas t,'acés 
comme à Saint*Marc deVenise, suivant une courbe plein cintre, m«s pré-- 
sentent des arcs brisC, les formes ogivales, b,en qu'alors en France l'arc 
en tiers-p0int ne fùt pas adopté; mais les constructeurs de Saint-Front, 
fort peu fahiliers avec ce système de voates, ont ccrtaineme,,t recherché 

l'arc brisé, afin d'obtenir une plus grande 
résistance et une poussée moins puissante 
(voy. CO,'ï'S'I'RUETION, CUPOLE). Cette importa- 
tion de la coupole sur pendentifs ne s'appli- 
que pas seulement à l'église de Satnt-Front 
et à celle de la cité de Périgueux. Pendant 
les x ' et x'siècles on construit dans l'Aqui- 
taine une grande qu«,ntité d'églises "h cou- 
po!es: le» églisçs de Souliac, de Cahors, 
d'Angoulëme, de Trémolac, de Saint-Avit- 
Senieur, de Salignac, de Saint-l;'milion, de 
Saint-Hilaire de Poitiers, de F6ntevrault, du 
Puy en Velay, et béaucoup d'autres encore, 
possèdent des couioles élevées sur pênden- 
tifs. Mais l'église de Saint-Front présente 
seule un plan copié sur celui de Saint-Marc. 
Les autres édifices que nous x crions de citer 
conservent le plan latin avec ou sans trans- 

donnons 

sept et presque toujours sans bas c5tés. Nous 
belle église abbatiale de Fontevrault (fig. 6), qui date du XII e siècle, et qui 
possède une série de quatre coupoles sur pendentifs dans sa nef, dispo- 
sCs et contre-butCs, ainsi que celles de la cathédrale d'Angoulgme, avec 

ici le plan de la 



ARCHITECTURE 

beaucoup d'art. Voici (fig. 7)une des travécs de la nef de l'église de 
Fontevrault. Jusqu'au xI  iècle, l'influence de la coupole se fait sentir 
dans les édifices religieux de l'Aquitaine, du Poitou et de l'Anjou; la 
cathédrale d'Angers, balle au commencement du Xll  siècle, est sans 
bas côtés, et ses oOtes, quoique nervées d'arcs oéives , présentent dans 

leur coupe de véritables coupoles (voy. CONSTRUCTION, 
des cathédrales de Poitiers et du Mans sont encore 
influence de la coupole, mais dans ces édifices les 

l'oDte). Les nefs 
soumises à cette 
pendentifs dispa- 

raissent, et la coupole vient se mélanger avec la voùte en arcs ogives des 
monuments de l'lle-de-France et du Nord '. 
En Auvergne comme centre, et en suivant la Le,re jusqu a Neers, un 
autre système est adopté dans la construction des édlfices religieux. Dans 

L'étude de ces curieux édifices a étë poussée fort loin par M. F. de Verneilh dans 

l'ouvrage que nous avons cité plus haut ; nous ne pou'ons qu'y renvo)er nos 
Des planches, très-bien exCutCs par M. Gauchel:el, expliquent le texte de la 
la plus claire. 

lec[eurs. 
manière 



ces contrées, dès le x « siècle, on"avait renoncé au.< charpentes pour 
couvrir les nefs; les bas cotés de la basilique latine étaient conservés ainsi 
que la galerie supérieure. La nef centrale était voûtée en berceau plein 

cintre avec ou sans arcs-doubleaux; de_-, demi-berceaux, comme des arc,- 
boutants contitus, élevés .ur les galeries supérieure, contre-btaient la 
voùte centrale, et les bas cét.és étaient voûtés par la pénétration de deu 

demi-cylindres; suivant le mode romain. Des culs-de-fi»ur 
le sanctuaire comme dans la bailiquc antique, et le centre 
était couvert par une coupole à pans accusés ou arrondis 

terminaient 
du transsept 
aux angles, 



[ ,acc'uar. ] -- 17h- 
portée sur de. trompes ou des arcs concentriques, ou mme quelquefois 
de simples encorbellemenls soutenus par des corbeaux. Ce système de 
construciion «les édifices religieux est. continué pendant le x' siècle, 
et nou le voyons adopté jusqu"à Toulouse, dans la grande ClOse de 
Saint-Sernin.'Voici le plan de l'égli-e du prieuré de Saint-Étienne de 
Ncxers (fig. 8), bAtie pendant la econde moitié du x" si.ècle,, et qui 

t0 

T 

Il 

présente un des types les plus complets des églises h neI voùtées en 
berceau plein cintre contre-buté par des demi-berceau-( bandés sur 
les galeries des bas c6tés. Le plan de l'église Notre-Dame du Port à 
«. 9) un peu postCleure; (fig. 0) la coupe trans- 
Clermont-Ferrand (ti_ , 
versale de la nef de cette église, et (fig. 10 bis) la coupe sur le transsept, 
dans laquelle apparait la coupole centrale, également contre-butée par 
des demi-berceaux repo.ant sur deux murs à claire-voie portés sur deux 
arcs-doubleaux construits dans le prolongement des murs extérieurs. 
Dans ces éditices toutes les poussées des voùtes sont parfaitement main- 
tenues; aussi se sont.ils conservés intacts jusqu'à nos jours. Toutefois, en 



-- 175 --- 

étant inspirées en partie de la basilique 
servaient pas au-dessus de la galerie supériere, 
qui éelairaient les nefs centrales des éditïces 
maintenir la route en berceau par ne butée 
demi-berceau sur les galeries, interdisait 

[ ABCHITECTURE ] 
romaine, ces églises ne con- 
ou trifo,b«m, les fenêtres 
romains; la nécessité de 
continue sous forme «le 
aux constructeurs la facult¢, 

d'ouvrir des fen6tres prenant des jours direc 
centrale. Les nefs de ces églises ne sont ClairCs 
bas c5tés ou par les jours ouverts 
obscures et ne pouvaient convenir à des c0ntrées où le soleil est 
caché, où le ciel est sombre. 
, uest et dans 
Dans le Poitou dans une partie des provinces de l'O 
quelques localités du Midi, on avait adopté au x  siècle un autre mode de 
construire les églises et tic les voter : les bas c6tés étaient élevés jusqu'à 
la hauteur de la nef, et de petites x'oftes d'arête ou en berceau élevées 
sur ces bas cbtés contre-bulaient le berceau central. L'église abbatiale do 

au-dessous de la vo6te 
que par le, fenêtres des 
à la base du triforium; elles ,,_ont 
SOtlVel-lt 



[ ARCHITECTURE ] -- 176--- . 

Saint-Savin près de Poitiers, dont nou» donnons le plan (fig. 1), est 
construite d'après ce système; de lon- 
gues colonnes cylindriques portent des 
archivoites sur lesquelles viennent re- 
 poser le berceau plein cintre de la nef 
" " et les petites voùtes d'arëte des deux 
, bas c6tés, ainsi que l'indique la coupe 
> I transversale (fig. 1.'2). Mais ici la ga- 
î . lerie supérieure de la basilique latine 
/" et supprimée, et la nef n'est éclai- 
>,.ll.. . r@ que par les fenëtres ouertes dans 
I. -, les murs des bas c6té. Pour de pe- 
I rites églises étroites, ce parti n'a pas 
', t 1\, = d'inconvénients; il laisse cependant 
! t>ç le milieu du monument et surtout 
, i )<. les voùtês, dans l'ohgcurité, lorsque les 
 convenir aux grandes églises du Nord. 
"L On observera que dans les édifices, 

• o,-«,,- soit dé l'Auvergne, soit du midi de la 
France, élevés suivant le mode de bas c6tés avec ou sans galeries contre- 

t2 

| 

la xoùte centrale, les voùtes remplacent absolument 

butant les char- 



pentes, puisque non-seulement elles ferment les nefs et bas ctés, mais 
encore elles portent la couverture de tuilês ou de dalles de pierre. Ce 
fait est remarquable. Reconnaissant les inconvénients des charpentes, 
les architectes de ces provinces les supprmaient complétement, et fai- 
saiênl ainsi disparalré toutes causes de destruction par le feu. Dans les 
pro'inces du Nord, en Normandie, dans l'lle-de-France, en Chanpac, 
en Bourgogne, en Pl«ardie, lorsqu'on e décide à voùtêc la basilique 
latine, on laisse presque toujours ubiter la charpente au-desus de 

ces s, ottes; on réunit, les deux tnoyens : la volute, pour miex cl¢ve l'di- 
lice, pour donner un aspect plus digne et plus monumental aux inté- 
rieurs, pour empê.cher les eha:-penlês, en cas d'incendie, de calciner les 

nefs; la charpente, pour recevoir la couverture de tuiles, d'ardoises ou 
de plomb. Les couvertures poséês directement sur la n;t:,_,nneriê des 
voùtes causaient des dégradations fréquentes dans les clinats humides; 
elles laissaient pénétrer les eaux pluviales à l'intérieur par intiltvation, 
çu même par suite de la porosité des matériaux êmployés, dalles o terre 
cuite. Si les constructeurs septentrionaux, lorsqu'ils commencèrent à 
s'oùter leurs églises, employèrent ce procédé, ils durent l'ahadonner 
bientbt, en reconnaissant les inconvénients que nous venon» de signaler, 
et ils protégèrent leurs v,)ftes par des charpentes qui permettaient de 
surveiller l'extrados de ces vo0tês, qui laissaient circuler l'air sec au- 
dessus d'elles et rendaient les r'parations faciles. Nous verrons tout 
à l'heure comment cette nécessité contribua à leur faire adopter une 
.combinaison de voùtes particulières. Les tentatives pour élever des 
églises voùtées ne se bornaient pas à celles indiquées ci-dessus. Déjh dès 
le x  siècle les architectes avaient eu l'idée de v»ùter les bas côtés des 
hasiliques latines au moyen d'une suite de herceaux plein cintre posant 
sur des arcs-doubleaux et perpendiculaires au murs de la nef; la 
grande nef restait couverte par une charpente. Les restes de la basilique 
primitive de l'abbaye de Saint-Front de. ['érigueux conservet une 
construction de ce genre, qui existait fort développée das l'église abba- 
tiale de Saint-lierai de Reims avant les modifications apportées dans ce 
.curieux monument pendant les x  et x  siècles. La figure 13 fera 
comprendre ce genre de batisse. Ces berceax parallèlês posant sur des 
arcs-doubleaux dont les naissances n'étaient pas très-élevées au-dessus 
du sol ne pouvaient pousser à l'intérieur les pilés des nefs chargées par 
des murs élevés; et des fenètres prenant des jours directs étaient ouvertes 
au-dessus des bas côtés. Dans la !tautê-Marne, sur les b,_,rds de la haute 
Sa6ne, en Normandie, il devait exister au x  siècle beaucoup d'églises 
tlevées suivant ce système, soit avec des voùtes en berceaux perpendi- 
eulaires à la nef, soit avec des volutes d'ara_te sur les bas c6tés; les nefs 
restaient couvertes seulement par des charpentes. La plupart de ces 
édifiees ont été moditiés au Xltt  ou au xtv  siècle, c est a dire qu on a 
construit des voûtes hautes sur les murs des nefs en les contre-butant 
par des ares-boutants; mais on retrouve facilement les traces de ces 
I,  23 



[ ARCHITECTURE ] "---" 1'8-- 
dispositions primitives. Quelques édifices religieux bàtis par les Normandç 
en ,nglêterre ont conservé leurs charpentes sur les grandes nefs, les bas 
cotés seuls étant voùtés. Nous citerons, parmi les églises françaises, la 
petite église bint-Jean de Chiions-sur-Marne, dont la nef, qui date 
de la fin du x  siècle, conserve encore sa charpente maquée par un 
berceau de plaches fait il y a peu d'années; beaucoup d'églises de la 

1'é 
Cham,pagne; glise du Pré-Notre-Dame, au Mans, de la mgme époque, 
qui n axait dans l'origine que ses bas c6tés voûtés; les grandes églises 
abbatiales de la Trinité et de Saint-Étienne de Caen, dont les nefs 
devaient être certainement couvertes primitivement par des charpentes 
apparentes, etc. A Saint-Remi de Reims il existe une galerie supérieure, 
aussi large que le bas c6té, qui était 

mgme manière. Nous avons supposé 
bas côtés enlevées, afin de laisser 
collatéraux. 
On ne tarda pas, 
pour contre-buter 

très-probablement voûtée de la 
dans la figure 13 les charpentes des 
voir l'extrados des bercêaux de ces 

dans quelques provinces, à profiter de ce dermer parti 
les vofites, qui remplacèrent bient6t les charpeates 



--- 179--- [ arcnxc'ctvr [ 
des nefs principales. Dans la partie romane de la nef de la cath6drale 
de Limoges, dans les églises de fih',ltillon-sur-Seine, et de l'abbaye de 

Fontenay près de Montbard, de l'ordre de Citcaux, on voit les bas c6tés 
vofités par une suite de berceaux parallèles pcrpcndiculaires à la nef, 
portant sur des arcs-doublêaux; les travées (le ces nefs sont larges; la 
pouss6e conti,ue du grand berceau supérieur se trouve contre-but& 

par les somme[s des berceaux 

perpendiculaires aux bas c6tés et par des 

! 
murs élevés sur les arcs-doubleaux qui portent ces 
sont de véritables contre-forts, quelquefois m.me all6g6s 
et servant en meme temps de points d'appui aux pannes 
inférieurs. L'exemple (fig. th) que nous donnons ici fait 
toute l'ossature de cette construction : A, arcs-doubleaux des bas c6tés 
portant les berceaux pêrpendiculaires à la nef, ainsi que les murs porte- 
pa»nes et contre-forts B, allégés par des arcs «le décharge, véritables 
arcs-boutants loyés sous les combles. Dans ces édilices religieux, la 

bêrceaux; murs qui 
par des arcs 
des comlles 
eom pren d re 

charpente supérieure se trouvait supprimée, la tuile 
ment le berceau ogival C. Ouant "à la charpenle des 
trouvait réduite à des cours de pannes et des ehe tons 
ou de la tulle creuse, ou de grandes tulles plates le plus 

recouvrait simple- 
bas c6tés, elle se 
l)orlant également 
souvent ver. 



[ ¢,RCnTcrcrv. ] --- 80--- 
nisées (voy. TcOE). Mais les grandes nefs de ces églises ne pouvaient 
ëtre éclairCs par des jours directs, elles étaient obscures dans leur partie 
supérieure; ainsi on se trouvait loujours entre ces deux inconvénients, 
ou d'éclairer les nefs par des fen?tres ouvertes au-dessus des voûtes des 
bas côtés, et alors de couvrir ce.,; nefs par des charpentes apparentes, ou 
de les xofiter et de se priver de jours directs. 
Tos ces mon uments étaient élevés dans des conditions de stabilité telles, 
qu'ils sotlt parvenus jusqu'à nous presque intacts. Ces types se perpé- 
lueur pendant lesx  e! xH  siècles avec des ditërences peu sensibles dans 
le centre de la France, dans le midi, l'ouest, etjusqu'en Bourgogne. Dans 
file-de-France, la Champagne, la t'icardie, dans une partie «le la Bour- 
go«nec et en Normandie, les procédés pour construire les éditices religieux 
prirent une atre direction. Ces contres renfermaient des villes impor- 
tantes et populeuses; il fallait que les édifîces religieux pussent contenir 
n gran,l nonbre de fidèles : la basilique antique, aérée, claire, permet- 
tan! la constructir, n de larges nefs séparées des las c61és par deux 
rang6es de colonnes minces, 
 3 ce programme. 
atisfaisait 
à 
 En effet, si nous examinons 
(fig. 15) la coupe d'une basili- 
que construite suivant la tra- 
", dilion romaine, nous voyons 
,] ,ne nef A, ou vaisseau prin- 
cipal, «lui peut avoir de t0  
. 12 mètres de largeur, si nous 
= I. _t subordonnons cette largeur 
_  . a s à la dimensio.n ordinaire des 
",5 [  b,_,is dont étatet formés les 
- .... entraits; deux bas cbtés 13 de 
5 ,à 6 melre de largeur, 6clairés par des fen:,tres G; au-dessus, deux 
galeries C permettant de voir le.sanctuaire, et éclairées elles-mëmes par 
des jours directs; puis pour éclairer la charpente et le milieu de la nef, 
des baies suprieures E percées au-dessus des combles des galeries. Cette 
con.,struction pouvait être élevée sur un plan vaste, à peu de frais. Mais 
nous l'avons dit, il ïallait à ces populations des édifices plus durables, 
d'un aspect plus monumental, plus recueilli; et d'ailleurs, à la fin du 
x ¢ siècle, les Normands n'avaient guère laissé d'édifices debout dans les. 
provinces du nord de la France. On songea donc pendant le x  siècle à 
reconstruire les éditices religieux sur des données nouvelles et capables 
de résister à toutes les causes de ruine. Le système de la voûte d'arête 
romaine, formée par la pénétration de deux demi-cylindres d'un diamètre 
Cai, n'avait jamais été abandonné; aussi fut-il appliqué aux édifices 
religieux, du moment qu'on renonça aux charpentes. 5lais ce système 
ne peut Cre employé que pour voùter un plan carré, ou se rapprochant 
beaucoup du carré. Or, dans le plan de la basilique latine, le bas côté 



seul présente un plan carré h chaque travée; 
ment compris entre chaque pilier étant plus 

 ARCIIITECTURE ] 
quant à la nef, l'espace- 
6troit que fa largeur du 

vaisseau principal, l'espace h oûter se trouve tre un parallélogramme et 
ne peut tre fermé pac une voûte d'arête romaine. Exemple (fig. 16): 

16 

soit une portion de plan d'une église du XI  siècle. A, les bas c'61és; Il, 
la nef principale; les surfaces CDEF sont carrées et pecnt ëtre facile- 
ment vofltées par deux demi-c)lindres d'un diamètre bgal, nais les 
surfaces 6HIK sont des parallêlogrammes; si l'on bandê ua berceau ou 

' 3"7 

demi-cylindre de G en H, le demi-cylindre de 6 en I viendra pén6trer le 
demi-cylindre GH au-dessous de sa clef, ain.i que l'indique la figure 1 7. 
Le cintrage de ces sortes de voûtes devait paraitre difficile à des construc- 
teurs inexpérimentés ; de plus, ces voùtes, dites en arcs de cloitre, sont 

pesantes, d'un aspec! désagréable, surtout si elles sont très-larges, comme 
on peut s'en convaincre en examinant la figure 8. Les coastructeurs 
septentrionaux du x  siècle n'essayèrent morne pas de les employer; ils 
se contentèrent de fermer les bas c6tés par des vofites d'arête romaincs 



[ ARCFIITECTUII ] 

--- 182 --- 

et de continuer h couvrir les grandes nefs par une charpente apparente, 
ainsi que l'indique la figure 13, ou ils curent l'idée d'élever des berceau,: 
slr les murs des nefs, au-dessus des fènëtres supérieures. Ce second 
parti (fig. 9) ne pouvait ëtre durable: les grandes vottes A, n'élant point 
ec, ntre-bulées, durent s'écrouler peu de lemps après leur dé..cinlrage; on 
plaçait des contre-forts extérieurs en B, mais ces eontrCforl» ne pou- 
x'aient maintenir la poussée continue des bereeaux que sur certain: 
points isolés, puis ils portaient à faux ur les teins des arc-doublêaux C, 

9 

les déformaient en disloquant ain,i tout l'ensemble de la bàtissc. Pour 
-liminuer la puissance de poussée des berceaux, on eut l'idée, vers le 
commencement du x" siècle, dans quelques localités, de les cintrer 
suivant une courbe brisée ou en tiers-point, en les renforçant (comme 
dan la nef de la cathédrale d' kutun) au droit des piles, par des arcs- 
doubleaux saillants, maintenu. par des contre-forts (fig.20). Il y avait l' 

une amlioration, mais ce mode n'en était pas moins 'icieux; et la plu- 
part des églises b'aties suivant ce principe se sont é.croulées, quand elles 
n'ont pas été consolidéês par des ares-boutants, un siècle environ après 

leur conslruction. C'est alors que les clunisiens reconstruisaient la plupart 
de leurs élablissements : de 089 à 110 environ. 

Cluny, la nef de l'abbaye de 
plus parliculièrement de ce 
aujouvd'h , 
ui tandis qu'une 
édifiee de saint ttugues et 
A ¥ézelay, l'architecture 

la grande église de 
Yézelay sont élevées. Nous nous occuperons 
dernier monument religieux, encore debout 
rue et des jardins ont remplacé l'admirable 
de Pierre le Vénérable (voy. AaCnlTCWCa 

religieuse allait faire un grand pas. Sans 



' -- 183 -- 
abandonner le plein cintre, les constructeurs 
sur la nef principale aussi bien que sur les bas 
arriver la pénétration des portions de voùtes 

[ .ncr(rrc'r:n: ] 
établirent des voltes d'arëte 
c6tés ; seulemet, pour faire 
cintrées suivant les forme- 

rets plein cintre jusqu" la clef du grand berceau, également plein cintre, 
de la nef, ils curent recours à des tgttonnements très-curieux 5 etudier 
(voy. Co.,,'sracCTlO, VOUrF). Voici une vue perspective de l'intérieur de 

2O 

cette nef regardant vers l'entrée, qui donne l'idée du ssteme adopté 
(fig. 21), et n'oublions pas que cette nef était terminée en 1100, peu de 
temps après celle de Cluny, et que par conséquent l'effort était considé- 
rable, le progrès bien marqué, puisque la nef de l'église de Cluny était 
encore vofitée en berceau plein cintre, et que mëme après la con- 
struction de la nef de Vézelay, vers 1150, à Autun, à I]eaune, à Saulieu, 
on construisait encore des voùtes en berceau (ogival, il est vrai)sur 
les grandes nefs, ainsi que l'indique la figure '20. L'innovation tentée 
à VézeIay n'eut pas cependant de bien brillants resultats; car si ces 
vofites reportaient leur poussée sur des points isolés, au droit des piles, 
elles n'étaient CaulCs que par des contre-forts peu saillants. Elles 
firent déverser les murs, déformer les vo6tes des bas cotés; il fallut, 
après que quelques-unes d'elles se furent écroulées et. toutes les autres 
aplaties, construire, "à la fin du xtt « siècle, des arcs-boutants pour arrëter 
l'effet de cette poussée. A Cluny comme à Beaune, comme à la cathedrale 



ARCHITECTURE ] 
d'Autun, il fallut de 

-- _8/ -- 
mSme jeter des arcs-boutants 

contre 

les murs des nefs 

I I I 

i I 

I 

pendant les Xlll  et xI¥ e siècles, pour arrêter l'écartement des vottes. 



-- 85- l ncmïcTvr ] 
[1 est certain que les effets qui se manifestèrent dans la nef de Vézelay 
durent surprendre les constructeurs, qui croyaient avoir paré h l'écarte- 
ment des grandes vofites d'arëte, non-seulement par l'établissement de.,." 
contre-forts extérieurs, mais bien plus sùrement encore par la pose de 
tirants de fer qui venaient s'accrocher au-dessus des chapiteaux, à la nais- 
sance des arcs-doubleaux, à de forts onds chevillés ur des longrines de 
bois pIacées en long dans l'épaisseur des murs (voy. (U*LNAGE, CONSTRUETIO[, 
TIs¢). Ces tirants, qui remplissaient la fonction d'une corde à la base de 

l'arc-doubleau, cassèrent ou brisèrent leurs gonds; car. à cette poque, les 
• 
fers d'une grande longueur devaient ètre fort inégaux et mal for,e. Mais 
cette expérience ne fut point perdue. Dans cette mème église de Vézelay, 
vers  !3t), on bàtit un porche fermé, véritable narthex ou atéglise, con- 
formément à l'usage alors adopté par la règle de Cluny (voy. ARC[tITECTUF 
tONASTtQUE, PoaCnE, fig. 3 et tf); et ce porche, dans lequel les arcs-dou- 
bleaux adoptent la courbe en tiers-point, présente des routes d'arête avec 
et sans arcs ogives, construites très-habilement, et savamment contre- 
butCs par les voûtes d'arëte rampantes des galeries supérieures, ainsi que 
l'indique la coupe transversale de ce porche (fig. 2.9» Mais ici, comme dans 
les églises d'Auvergnê, la nef principale ne reç, oit pas de jours directs. Pour 
trouver ces jours, il efit fallu élever la voùte centrale jusqu'au point A; 

alors des fen6tres auraient pfi ëtre percées au-dessus du comble du trifo- 
. --- 2h 



[ nC,[TC't'l ] --- 86 --- 
vum dans le mur B. Une suite de petits arcs ou un second triforium aurait 
éclairé ces combles en E; et pour contre-buter la grande voOte, il eùt suffi 
de construire, au droit de chaque arc-doubleau, un arc-boutant (2 repor- 
tant les poussées sur le contre-fort D, rendu plus résistant au moyen d'une 
plus tbrte saillie. Ce dërnier pas était bien facile ' franchir;aussi voyons- 
nous presque tous les édilices religieux du domaine royal, de la Cham- 
pagne, de la B,; rgogne et du Bourbonnais, adopter ce parti, non sans quel- 
ques t'atonnenents, pendant la seconde moitié du x siècle. Mais en renon- 
cant. aux v«,fles en berceau dans les provinces du Nord et les remplaçant 
par des voùies d'ar(le [m(me lorsqu'elles étaient combinées comme celles 
du porche ,le l'é8lise de Vézelay, e'est-à-dire très-peu élevées), on devait 
en mëme temps renoncer aux couvertures posé.es "3 cru sur ces voùtes; il 
fallait dê. charpentes. Une nouvelle difficulté se présentait. Des voûtes 
c«,nstv,iies d'apv5s le système adopté dans le porche de Vézelay exigeaient, 
o des charpentes sans entraits, i les murs goutterots ne s'Cevaient que 
jusqu au point E e est-,à-dre jusqu "à la hauteur de la clef des formerets, ou 
une sréléxation de ces murs go,tterots jusqu'au sommet G des grandes 
voOtes, si l'on voulait que les fermes fussent munies d'entraits. Or nous 
voyc)ns que, pour obtenir des jOtlrs directs au-dessus du triforium en B, on 
.était déjà amené  donner une grande élévation aux murs des nefs: il était 
donc trape)riant de gagner tout ce qu'on pouvait gagner sur la hauteur; on 
fut alors entrainWà baisser la clef des arcs-dout)leaux des grandes voùtes 
au niveau des clefs des formerets, et comme conséquence, les naissances 
de ces arcs-doubleaux durent ëtre placées au-dessous des naissances de 
ces formerets (voy. tONSTRUCTION,'_"- "-" _ fig. h8 '5 55). Ce futaprès bien des hésita- 
tions que, vers 1220, les sommets des arcs-doubleaux et des formerets attei- 
gnirent détinitivement le mème tliveau. Les grandes voùtês de la nef et du 
porche «le Vézelay ont «le la peine "/i abandonner la forme primitive en ber- 
ceau ; évidêmment les constructeurs de cette époque, touten reconnaissant 
qe la pou«sée continue de la voùte en berceau ne pouvait convenirà des 
élilices dr, ni, les plans ne donnent que des points d'appui espacés, qu'il 
l"allait diviser cette poussée au moyen de ïormerets et de voùtes pénétrant 
le berceau principal, n'osaient encore aborder franchement le parti de la 
voflte en arcs d'ogive; d'ailleurs ils commençaient à peine, vers le milieu 
du xii ¢ siècle, h poser des arcs ogives saillants, et les arètes des routes ne 
pouvaient tre maintenues sans ce secours, à moins d'un appareil fort 
compliqué que des maçonneries de petits moellons ne comportaient pas. 
Les plus anciens arcs ogives ne sont que des nervures saillantes., des bo.u- 
tins, dêstores simples, doubles ou triples, qui sont évidemment placés sous 
les artères des routes dans l'origine, pour les décorer et pour donner un 
aspect moins froid et moins sec aux constructions. Dans le porche de 
¥zelay, par exemple, deux votttes seulement sont munies d'arcs ogives; 
ils ne sont qu'une décoration, et n'ajoutent rien à la solidité des voùtes, 
qui ne sont pas combinées pour avoir besoin de leur secours. Les grandes 
oùtes, presque coupoles, des cathédrales d'Aners et de Poitiers, sont 



--- 18" -- 
alCorCs d'arcs ogives très-minces, sans utilité, 
remplissages, sont portés par eux au moyen de 

[ ARGIIITETUhE ] 
et qui,au lieu de porter les 
queues pénétrant dan» le» 

arêtes à peine saillantes de ces voùtes. Mais bient6t, pendant la seconde 
moitié du x  siècle, les architectes (lu Nord s'emparent de ce motif de 
décoration pour établir tout leur système de construction des routes 
arcs d'ogive. Ils donnent aux arcs ogives une épaisseur et une force assez 
grande non-seulement pour qu'ils put.osent se maintenir par la coupe de 
leurs claveaux, mais encore pour pouvoir s'en servir comme de cintres sur 
lesquels ils viennent bander les triangles de remplissages formant autant 
de petites voûtes indépendantes les unes (les autres, et reportant tout leur 
poids sur ces cintres. Ce principe une fois admis, ces architectes sont com- 
plétement maitres des poussées des vofites, ils les font retomber et les diri- 
t et par l'application savante de ce principe 
gent sur les points résistants. "" "" 
qu'ils arrivent rapidetnent à reporter tout le poids et la poussée de voùtes 
énormes sur des piles extrêmement minces et présentant en projection ho- 
rizontale une surface très-minime. Nous ne nous étendrons pas davantage 
sur ce chapitre, développé aux mots Cors'vc-rto et ¥ou:re. 
La figure 19 faitvoircomme les architectes qui construisaient des églises 
étaient conduits, presque malgré eux et par la force des choses, à donner 

une grande élévation aux nefs 
La plupart des auteurs «lui ont 
écrit sur l'architecture reli- 
gieuse du moyen ),ge e sont 
émerveillés de la bas,teur pro- 
digieuse de ces nefs, et ils ont 
voulu trouver danscette éléva- 
tion une idée symbolique. Que 
l'on ait exagéré, à la fin du 
xm « siècle et pendant les x''«  
et xv' siècles, la hauteur des 
édificês religieux, indépen- 
damment des nécessités de 
la construction, noqs voulons 
bien l'admettre; mais au mo- 
ment où l'architecture reli- 
gieuse se développe dans le 
nord de la France, lorsqu'on 
étudie scrupuleusement les 
monuments, on est frappé des 
efforts que font les architectes 
pour réduire au contraire, au- 

centrales 

comparativement à leur largeur. 

tant que possible, la hauteur des nefs. Un exposéfort simple, fera com- 
prendre ce que nous avançons ici. Supposons un instant, que nous ayons 
• gliseàeonstruire d'après les données admiseslafin du x  siè, cle(fig. 3): 
h nef doit avoir l mètres d'axe en axe des piles, les bas c6tés 7 mètres; 



[ ARCIIlTECTUBE ] ---- 188 -- 
l,our que ces bas c6tés soient d'ule proportion convenable par rapport 
• 5 leur largeur, et pour qu'ils puissent prendre des jours élevés de façon 
-h éclairer le milieu de la nef, ils ne peuvent avoir moins de  2 mètres de 
hauteur jusqu'à la clef des voûtes. Il faut couvrir ces bas c6tés par un 
comble de 5 mètres de poinçon, compris l'épaisseur de la volute; nous 
arrivons ainsi au faitage des combles des bas côtés avec une hauteur de 
7 mètres. Ajoutons à cela le filet de ces combles, et l'appui des croisées, 
ensemble '1 mètre, puis la hauteur des fenêtres supérieures, qui ne peuvent 
avoir moins de deux fois la largeur de l'entre-deux des piles, sî l'on veut ob- 
tenir une proportion convenable. Or les bas cStés ayant 7 mètres de largeur; 
l'entre-deux des piles de la nef sera de » :,50 ce qui donnera à la fenêtre 
une hauteurdel I mètres. Ajoutons encore l'épaisseur de la clef de ces feni}- 
tres 0,/0, l'épaisseur du formeret 0",30, l'(paisseur de la votte 0"25, le 
bahut du comble 0",60, et nous avons atteint, en nous restreignant aux hau- 
teursles plus moderées, uneélévation de 32 mètres jusqu'àlabase du grand 
conble, et de 30 mètres sous clef. Le vide de la nef entre les piles étant de 
10",50, elle se trouvera avoir en hauteur trois fois sa largeur environ. Or, 
il est rare qu'une nef de la fifl du x ¢ siècle, dans un monument à ba 
c6tés simples et sans triforium voùté, soit d'une proportion aussi élancée. 
Mais s'il s'agit de construire une cathédrale avec doubles bas c6tés comme 
Notre-Danse (le Paris; si ]',-,n veut élever sur les bas c61és voisins de la nef 
un triforium voflté, couvrir ce triïorium par une charpente; si l'on veut 
encore percer des fenëtres au-dessus de ces combles sous les .ïormerets des 
grandes voûtes, on sera foreement entraîné à donner une grande élévation 
à la nef centrale. Aussi, en analysant la coupe transversale de la cathédrale 
de Paris, nous serons frappés de la proportion courte de chacun des 
étages «le llt construction, pour éviter de donner à la nef principale une trop 
grande hauteur relativement à sa largeur. Les bas e6tés sont écrasés, 1 
triforium est las, lesfenëtres supérieures primitives extrëmement courtes; 
c'est au noyen de ces sacrifices que la nef centrale de la eathédrale d 
Paris n'a sous clef qu'un peu moins de trois fois sa largeur (voy. fig. 27). 
Car il faut abserver que cette largeur des nefs centrales ne pouvait dépasser 
une certaine limite, à cause de la maigreur des points d'appui et du mode 
de costruction des voûtes maintenues seulement par une loi d'équilibre : 
les nefs les plus larges connues, avec bas c6tés, n'ont pas plus de 16',60 
d'axe en axe des piles. Cette nécessité de ne pas élever les voîtês "a de trop 
grandes hauteurs, afin de pouvoir les maintenir, eontribua plus que toute 
autre chose "à engager les architectes de la fin du x  siècle, dans les pro- 
rinces du Nord, à chercher et à trouver un système de voùtes dont les clefs 
ne dussent pas dépasser le niveau du sommet des tenètres supérieures. 
Mais, nous l'avons dit déjh, ils 6taient embarrassés lorsqu'il fallait poser 
des voûtes, même en arcs d'ogive, sur des parallélogrammes. L'ancienne 
méthode adoptée dans la voûte d'arête romaine, donnant en projectioa 
horizontale un carré coupé en quatre triangles égaux par les deux diago- 
ales, ne pouvait 6tre brusquement mise de côté. ; cette configuration res- 



• --- 189-- [ At:rlITECTIJ/E ] 
tait imprimée dans les habitudes du tracé: car il faut avoir pratiqué l'art de 
la c/nstruction pour savoir combien une ligure géométrique transmise par 
la tradition a d'empire, et quels efforts d'intelligence il faut h un praticien 
pour la supprimer etla remplacer par unêautre. On continua donc de tracer 
les v«,ùtes nouvelles en arcs d'ogive sur un plan carré ;»t'rté d'tne couple 
de tracCs (fig. 2h). Les arcs-doubleaux AB, EF, étaient e tict's-point, les 
arcs diagonaux ou arcs ogives ilein cintre; l'arc CD également ,n tiers- 
point, comme les arcs-doubleaux, mais plus aigu sovenl. Les clefs des 
formerets AC, CE, BD, DF, n'atteignaient l',as le niveau (le la clef t,, et les 
çenêtres étaient ouvertes sous ces f,,mêrêts. Ce mode de construire les 
routes avait trois inconv6nients. Le premier, de masquer les/'en6tt-es par la 
projection des arcs diagonaux AF, BE. Le second, de répartir les poussées 

inégalement sur les piles, car les points ABEF, recevant la retomb6e des 
arcs-doubleau: et des arcs ogives, étaient bien plies chargés et poussés au 
vide que les points C et D ne rece ant que la retombée d'un seul arc:. 
plaçait bien sous les points 3.BEl? .trois co!onnettês pour" porter les trois 
naissances, et une seule sous les points CD; mais les piles infërieures 
ABCDEF et les arcs-boutants extérieurs étaient souvent pareils comme 
force et comme résistance. Le troisième, de forcer d'élever les murs goutte- 
rois fort au-dessus des fenètres, si l'on voulait que le» entraits de charpente 
pussent passer librement au-dessus des routes, car ]es arcs ogives AF, BE, 
diagonales d'un carré, bandés sur une courbe plein cintre, é[evaient ior- 
cément la clef G h une hauteur égale au rayon GB; tandis que les arcs- 
doubleaux AB, EF, quoique bandés sur une courbe en tiers-point, n'éle- 
'aientleurs clefs H qu'h un niveau inférieuràcelui de laclef G ; en outre, les 
triangles AGB, EGF, étaient trop grands : il fallait, pour donner de la 
dité aux remplissages, que leurs lignes de clefs Gll fussent très-cintrées, 
dès lors les points I s'Cevaient encore deprès d'un mètre au-dessus de la 
clef ll. Ces voùtes, pour ëtre solides, devaient donc tre très-bombées et 
prendre une grande hauteur; et nous venons de dire que les constructeurs 
cherchaient à réduire ces hauteurs. (Yest alors, vers 1225, qu'on renonç.a 
délànitivement à ce système de voùte et qu'on banda les arcs ogives dans 
chaque travée des nefs, ainsi que l'indique la figure 25. Par suite de ce 



I AItCIIITECTURE ] ---- 190 --- 
nouveau mode, les piles ABCD furent egalement poussées et chargées, les 
fenêtres ouvertes sous les formerets AB, CD, démasquées; les clefs G ne 
furent élevées qu'& une hauteur égale au rayon A G au-dessus des nais- 
sances des arcs; et les triangles A BG, CDG, plus petits, purent ètre remplis 
sans qu'on fùt obligé de donner beaucoup de flèche aux lignes des clefs GH. 
Il fut facile alors de maintenir les sommets des formerets et les clefs G, H 
au même niveau, et pareonséquent de poserlescharpentes immédiatement 
au-dessus des fenêtres hautes, en tenant compte seulement des épaisseurs 
des clef des formerets et de la voùte, épaisseu['s gagnées à l'extéri_e.ur par 

_96 

la hauteur des assises de corniche. La coupe transversale que nous donnons 
ici (fig. 26), faite ur IK, laisse voir comment les constructeurs 6talent 
açrivés, dès les premières années du x  siècle, à perdre en hauteur le 
moins de place possible dans la combinaison des voùtes, lout en ména- 
geant de jours supérieurs très-grands destinés  Clairet directement le 
milieu des nefs. 11 avait fallu cinquante années aux architectes de la fin du 
x  siècle pour arriver des voùtes encore romanes d'Autun et de Vézelay 
à ce gçand résulat, et de ce moment outes les eonstruetions des édifiees 
religieux dérivent de la disposition desvoùtes. La forme et la dimension des 
piles, leur espacement; l'ouverture des fenêtres, leur largeur et hauteur; 
la position et la saillie des contre-forts, l'importance de leurs pinaeles ; la 
force, le nombrê et la courbure des arcs-boutants; la distribution des eaux 
pluviales, leur écoulement; le système de couverture, tout procède de la 



combinaison des vofites. Les voùtes comtnandent l'ossature du monument 
au point qu'il est impossible de l'Cever, si l'on ne commence par les tracer 
rigoureusement avant de faire poser les premirês assi-es ,le la construc- 
tion. Cette règle est si bien établie, que si nous voyots une église du milieu 
du xtn' siècle dérasée au niveau des bases, et dont il ne réste que le plan, 
nous pourrons tracer infailliblement les voû.tes, indiquer la direction de 
tous les arcs, leur épaisseur. A la tin du x[v ¢ siècle, la rigueur du systèn-te 
est encore plus absolue; on pourra tracer, en examinant la base d'un édi- 
fice, non-seulemeat le nombre des arcs des vot)tes, leur directi,»n, et recon- 
naitre leur force, mais encore le nombre de leurs moulures et jusqu'5 leurs 
profils. Au xv" siècle, ce sont les arcs des routes qi descendent eux-mOrnes 
jusqu'au sol, et les piles ne sont que des faisceaux verticaux formés de tous 
les membres de ces arcs. A près cela on sê demande comment ,les hontmes 
sérieux: ont pu repousser et repoussent encorê l'étude de l'architecture 
du moyen âge comme n'étant que le produit du hasard ? 
Il nous faut revenir sur nos pas, maintenant què n,us avonstracé som- 
mairement l'histoire de la voùte, du sinple berceau plein cintre er de la cou- 
pole,  la rot)te en arcs d'ogive Nous avons vu comment, dans les égl.tses cio 
l'Auvergne, d'ne partie du centre de la France, de la lourgogne êt de 1« 
Champagne, du x  au x" iècle, les bas c6lés étaient urmotés s,»uvet 
d'uu triforium vo6té, soit par un demi-berceau, comme à Saint-Étienne 
de Nevers, 'à Notre-Dame du l'ort de Clêrmont, soit par des berceaux per- 
pendiculaires à la nef, comme à Saint-Ilemi de P, eims, soit par de» voùtês 
d'arëte, comme dans le porche dê Vézelay. Xous retrouvons ces dispositio 
dans quelques églises normandes, 5 l'Abbaye-aux-Itotnne de Caen, par 
exemple, où le tritbrium est couvert par n berceau buta,t qui est plus 
qu'un quart de cylindre (voy. AItC--IOUTANT, fig. hg). Dans le domaine royal, 
à la tin du Xii e siècle, pour peu que les églises essent d'imp,-,rtance, le bas 
eÇté était surmonté d'une galerie votée en arcs d'ogive : c'était une 
tribune longitudinale qui permettait, les jours s, lennels, d'admettre un 
grand concours de fidèles dans l'ênceinte des églises; car, par ce m,,yen, 
la superticie des collatéraux se trouvait doublée. Mais n,»u àvons fait voir 
aussi comment cette disposition amenait les architectes, soit h é.lêi'er 
démesurément les nefs centrales, soit h sacrilier les jors »uperieurs ou à ne 
leur donner qu'une petite dimension. La plupart des _grandes.é.lises du 
domaine roya! et de la Champagne, l)ies pendaat le rètc de Philippe- 
Auguste, possèdent une galerie voùtée au-dessus (les c,_,llatéraux : nous 
citerons la cathédrale de Paris, les églises de Mantes et de aint-6ermer, 
les cathédrales de Noyon, de Scnlis et de Laon, le ch_.ur de Saint-Rêmi 
de Reims, le croisillon sud de la cathédrale de Soissons, elc. Ces galeries 
de premier étage laissent apparaitre un mur plein dans la nef, entre leurs 
vofites et l'appui des fen¢tres supérieures, afin d'adosser le combles " 
pentes simples qui les couvrent, comme à Notre-Dame de t'atis, à ?,lantes: 
ou bien sont surmontées d'un triforium percé dansradossement du comble 
et l'éclairant, comme à Laon, à Soissons, à Noyon. L'architecte de la cathé- 



 ARCHITECTLRE ] 

drale de Paris, commencée en 1163, avait, pour son temps, entrepris une 
grande tàche, celle d'élexer une nef de 11 mètres d'ouverture entre les 

D'V. E TkVEE 

COVPE 

! 

• 

E 

I I I 

I 
I , I ! 
I I 
I ! 
| | I 
s I 

piles, avec doubles bas côtés et galerie supérieure 'ofités. Voici comment 
il résolut ce problème (g. 7). Il ne donna aux collatéraux qu'une mé- 



-" "](}3 --- " AttCI]ITECTUIE 
diocre hauteur; les fenêtres du second collatéral pouvaient h peine alors 
donner du jour dans les deux bas côtés A, B. La galerie construite au-des- 
sus du collatéral B fut couverte par des voùtes en arcs d'ogive rampantes, 
de manière à ouvrir' de grandes et hautes fenêtres dans le mur extérieur 
de (:en D. La claire-voie E permettait ainsi à ces fenêtres d'éclairer le xais- 
seau principal, la projection de la lumière suivant la ligne ponctuce 

| ! 

! I I Ioe 

I 

DEBR'I%E. 

Un comble asse-z plat pour ne pas obliger de trop re'lever les appuis des 
fenêtres hautes, couvrir les v0ùtes de la galerie; le mur 6H resta plein ou 
fut percé de roses (voy. (ATIIËDRALE).. et les fenëtres supérieures ne purent 
6clairet que les grandes voùtes. Des arcs-boulants à dnuble volée contre- 
butaient alors ces grandes voùtes. A l'exerieur, l'aspect de cette x-aste 
église avait beaucoup d'unité, était facile à comprendre (fig. S); mais il 
n'en était pas de mème h l'intérieur, où apparaissaient de graves défauts de 
proportion. Les collateraux sont non-seulement bas, écrasés. mais ils ont 
. --- 25 " 



[ AItCIIITECTURE ] ---- 91 --- 
l'inconvénient de présenter des hauteurs d'arcade.-_ à peu près égalesà celles 
de la galerie supérieure; le mur nu urmontant lesarchivoltes de premier 
étage, ou percé de ro.,es donnant sous le comble, était as»ez misé.rablement 

terminé par les fenOtres perdues 
(fig. 29). Il senible (et l'on peut 
examinant la première travée de 

sous les formeret des grandes voùtes 
encore se rendre compte de cet effet en 
la nef laissée dans son état primitif)_que 

les constructeur aient été embarrasséde finir un édifice commencé 
sur un plan vasle e! largement conçu. Jusqu'à la hauteur de la galerie on 
trouve dans les moyens d'exécution une sûreté, une franclise qui se per- 
dent dans les œeuvre hautes, trahissant au contraire une cerlaine timidité. 
C'est qu'en effet, jusqu'aux appui des fenOtres supérieures, la tradition 
des con.'- «tructions roma- 
( [[[ ZO nes. servait ae guide; mai», 
a partir de celle arase, il 
1 de construire encore bien 
, / " 
IlOUl eau. 
auts n apparaissent pa 
au morne degrédans les 
_'  ronds-poinl de grands 
, édifices de cêtte époque: 
ç/ [ç/ 1"/,,, par suite de leur planta- 
tion irculaire, les con- 
. naîent ILIs facilitent; 
ls routes supêrleUrs 
"   n exerçaient pas dans les 
 arable à celle des voùes 
des nefs a gissant sur deux 

leur stabilité propre. 
du raronnement du 

murs parallèles, isolés, 
maintenus sur les piles 
inférieures par une loi 
d'équilibre et non par. 

Ces piles, plus rapprochées dans les choeurs à cause 
plan (voy. C.,'ru/:t,at:), donnaient une proportion 
moins éerasée aux arcades des bas c6tés et galeries lautes; les fenêtres su- 
périeures elles-mèmes, mieux encadréês par suite du rapprochement des 
faisceaux de colonnettes portant les voùtes, ne semblaient pas nager dans 
un espace xague. Le rond-point de la cathédrale de Paris, tel que 5lauriee 
de Sully l'avait laissé en 1196, 6tait certainement d'une plus heureuse pro- 
portion que les travéês parallëles du chœur ou de la nef; mais ce n'était 
encore, à l'intérieur du moins, qu'une tentative, non une œuvre complète, 
.-eussie. Une construction moins vaste, mais mieux conçue, avait, un peu 



plus tard, été commencée à Soissons par l'év6que Nivelon de Oh6risy ( 117.5): 
nous voulons parler du cri.ilion sud de h catt,édrale, dont le ch,-eur 

et la nef ont été 
rebâtis et ache- 
X'éS ail o0111111011- 
ement du Xlil" 

siècle. C,, croisil- 
lon est par excep- 
tion, comme ceux 
des cathédrales 
de Noyon et de 
Tournai, en for- 
ne d'al»side semi- 
circulaire (voy z 
TI-,SSSE['I') ; une 
sacristie, ou tcé- 
soc if deux 
roOfAs, le tlaque 
vers sa partie 
(fig. 30» l'af I t:xa- 
mon du plat o 
peut reccnnaitre 
l'eu,,re d'un a- 

vant 
Ce bas 
posé 

architecte. 
c5té, coin- 
de piles 

résistantes sous 
les nervures de 
la grande vofite, 
et de simples co- 
lonnes pour por- 
ter les retombées 
des petites voûtes 
du collatéral est 

d'une proportion 
bien plus heu- 
reuse que le bas 

côté du chœur de 
h'otre - Dame de 
Paris.La construc- 
tion est à la fois, 
ici, légère et par- 
faitement solide, 
çt la preuve, c'est 
qu'elle est encore 

sionnée par 

bien 
l'explosion 

I 

i ! I i 1 

l 
t 

conservée, malgré la terrible commotou occa- 
d'une poudrière en 1 81 3. Comme " Sotre-Dam 



«le Paris, comme à Noyon, à Senlis et à 3Ieaux, comme "h Saint-Remi de 
lleim,; le collatéral est surmonté d'une galerie vofllée; mais, à Soissons, 
le mur d'«dosse,nent du comble de cette galerie est décoré par un trifo. 
rium, pa.,.ge étroit pris dans l'épaisseur du mur; les triples Iienètres 
supcrieurês remplissent parfaitement les intervalles entre les plies, sont 
(l'.ne heureuse proportion et éclairent largement le vaisseau central. 
\'c_,ici (fig. 31) une travée intérieure de ce rond-point. 
Datts le choeur de l'église de Mantes les architectes de la fin du x  siècle 
avaient, :le mèmê qu'à Notre-Dame de Paris, élevé une galerie sur le col- 
latéval, mai,, ilb avaient voùté cette galerie pat' une suite de berceaux en 

tiers-poit lepoant sur des linteaux et 

des colonnês 
doubleaux in 
les berceaux 

porlées par les arcs- 
férieurs. Dans ce cas, 
peuvent gtre ram- 

pants (fig. 32), car les formerets 
.aBC du côté intérieur aant une 
base pltls courte que les formerets 
ektérieurs FDE, à cause du rayon- 
nement de l'abside, la clef I!5 est 
pltls élevée que la clef C, et ces ber- 
oraux sonl des porlions de c5nes. 
Cette disposition faeilito l'intro- 
duction de la lumière à l'intérieur 

par de grandes roses overtes sous les formerets FDE (vo3". TIIFOl[t't, 
fig. 7 t.'.). Les exemples que nous avon (lonnés jusqu'à présent tendent à 
démontrer que la préoccupation des constructeurs à cette époque, dans le 
lomaine royal, était : 1 ° de voùter les édifiees religieux ; 2 ° de les Clairet 
largement; 3 ° de ne pas se laisser entrainer à leur donner trop de hauteur 
sos clef. L'accomplissement de ces trois conditions commande la strue- 
lre ,les peliles églises aussi bien qe des grandes. Les roses, qui permet- 
tent d'ouvrir des jours larges, sont souvent percées sous les formerets des 
voùtes des nefs, au-dessus du comble des bas e6tés, comme dans l'église 
d'Areueil, lar exemple. Bien mieux, dans la Champagne, où les nefs des 
églises des bourg ou villages conservent des charpentes apparentes jusque 
vers 1"_330. on rencontre encore des dispositions telles que celle indiquée 
dans la fi._-tre 3.3. Pour économisersur la hauteur, les fenètres de la nef sont 
percées a-dessus des piles; les ares-doubleaux (les bas eôtés voùtés portent 
des chéneaux, et ces bas eôtés sont couverts par une succession de combles 
à doble pente perpendiculaires à la nef et fermés par des pignons ac- 
coles. 11 e.-.t difficile de trouver une construction moins dispendieuse pour 
une contrée où la pierre est rare et le bois commun, prenant une moins 
grande hauteur proportionnellement à sa largeur, en mëme temps qu'elle 
Iit pénétrer partout à l'intérieur la lumière du jour. Ce parti fut adopté 
dans beaucoup de petites églises de Normandie ét de Bretagne, mais plus 
tard et avec des voùtes sur la nef centrale. Dans er cas, les fengtres de la 
net' SOlt forcément ouvertes au-dessus des arehivoltes des eollléraux, afin 



de faire porler les retombées des grandes vofltes sur les piles; les pignons 
cxtérieurs sont à cheval sur les arcs-doubleaux des bas c6tés et les ché- 
neaux au milieu des voûtes; les fen¢tres éclairant ces bas c6tés et percées 
sous les pignons sont alors jumelles, pour laisser les plies portant les 
voùtes des bas côtés passer derrière le pied-droit qui les sépare, ou bien 
ces fenëtres se trouvent à la rencontre des pignons, ce qui et fort disgra- 

33 

cieux. Nous le répétons, les architectes du commencement d,1 x « iècle, 
loin de prétndre donner une grande hauteur aux intérieurs de leurs édi- 
fices, étaient au contraire fort préoccupés, autant par des rai.ons d'éeo- 
nomie que de stabililé, de réduire ces hauteurs. 5lais ils n'osaient encore 
donner aux piles isolées des nefs une élération considérable. La galerie 
vofitée de premier étage leur paraissait évidemment utile à la stahilité 
des grands édifices; elle leur avait éé transmise par tradition, et ils ne 
croyaient pas pouvoir s'en passer: c'était pour eux comme un étrésillon- 
nement qui donnait de la fixité aux piles des nefs; ils n'adoptaient pas 



 ARCHITECTUBE 

--- 198 -- 

(ncore franchement le système d'équilibre 
de l'architeclure 9othique. 
Dès ]es premières années ,lu xH  siècle 
bâtie: elle possédit des collatéraux avec 

qui devint bientôt le principe 

la cathédrale de Meaux avait élé 
galerie de premier étage voùlée, 
comme à la 
comble des 
il ê déclara 

tote la hauteur de celte galerie, en ne conser- 
pratiqué dans le mur d'adossement des combles 
des architectes plus bardis ou plus sùrs de leurs 
premières années du xl" iècle, bàti de grandes 

églies, telles que les cathédrales de Chartres et de Soissons, par exemple, 
sans galerie de premier etage sur les bas c6tés, ou sans étrésillonnement 
simulant ce aleries et rendant les pile; des nefs plus solidaires. Ce qui est 
certain, c'es qu'au commencement du x • siècle on n'admettait, plus les 
collatéraux bas, qu'on sentait le besoin de les élever, d'eclairer le milieu 
des nefs par de randes fenètres prises dans les murs de ces collatéraux, 
et que ne voulant pas élever démesurément les voùtes des nefs, on renon- 
çait aux aleries de premier étae, et l'on se contentait du triforium pra- 
tiqué dans le mur d adossement des combles des bas cotes, en lui donnant 
une plus grande importance. La cathédrale de Bourges nous donne la 
curieuse transition des grandes églises à galeries voùtées et à doubles bas 
eôtés, comme Notre-Dame de Paris, aux églises définitivement 9othiques, 

ic'ofiter les collatérax de 
gant pls que le triforium 
latéraux. Cependant déj5 
matériau.( avaient, dès le 

et lriforium praliqué, comme au croisillon sud de Soissons, 
cathédrale de Laon, dans l'épaisseur du mur d'adossement du 
• ' ,"  
galeries Or, cette égli.e, ee ce à la hle avait été mal fondée; 
des movêments tels dans ses maçonneries, peu de temps après sa construc- 
tion, qu'il fallt 3 faire de réparations importantes : parmi celles-ci, il faut 
camptev la démalition des voùtes des bas cotés du choeur, en conservant 
celles ,le la galerie lu premier étage, de sorte que le bas cOté fut doublé de, 
haleur ; on laissa toutefois subsister dans les travées parallèles du chœur 
les archivoltes et la claire-voie de la galerie supprimée, qui continuèrent 
 étrésili,)nner les pile.« parallèlement  l'axe de l'égli:e. Dans le mème 
Icmp., de 1200 à 1'225, on con-truisait la nef de la eathédrale de ltouen, 
,h l'on établissait bénévolement une disposition semblable "à celle qu'un 
accident avait provoquée "àla cathédrale de Mêaux, e'est-'5-dire qu'on CfC 
sillonnait t, ,ut es les piles de la nef en tre elles parallèle men t à l'axe de l'église, 
h pet près h moitié de leur hauteur, au moyen d'une suite d'archivoltes 
 qui n'existe pas, et n'a jamais 
simulaut une galerie de prentier éta,:,_e 
existé. ' E, nèmê disposition. Le chœur de l'église abbatiale dEu. avait 
5té éle.,é, ainsi que le Iranssêpt et la dernière Iraxéê de la nef, avec bas 
côl5s surmontés d'une ealerie voùtée (le premier étage dans les der.nières 
années (lu xI1  siècle. La nef ne fut élevée qU'Ull peu plus tard, vers 27.5, 
et comme h la cathédrale de l'ouen, avec un simulacre de galerie seule- 
ment, en renonçant aux voùtes des bas c6tés et Cevant ceux-ci jusqu'aux 
v,-,Ote¢ «le la «alerie. C n'était donc que timidement, dans quelques con- 
tfCs (lu moin., q',:,n s'aventrait à donner une grande hauteur aux bas 
cOté« et h supprimer la alerie vofilée de premier étage, ou plut6t à faire 



-- 19!)- [ ARCHITECTURE ] 
telles que les cath6drales de Reims et d' çmiens, du Mans, et de Beauvais 
ur'tout. Bourges, c'est Notre-Dame de Paris moins la galerie du premier 

t 

I I 

! ! 

J i 

I 

i I 

I 
I 
I 
I 
| 
| 
| 

| 
t 
| 
| 
I 
| 
| 
| 
I 

étage., La coupe transversale de cette immense cathédrale que nous don- 
nons ici (lig. 3/0 nous fait voir le premier bas c6te A débarrassé de la ça- 



[ rctJ'¢«'c | -- 00-- 
lette qui le surmonte à la cathédra]e de Paris. Les piles s'élèvent isolée» 
jusqu'aux voùtes, qui, à Notre-Dame de Paris, sont au premier Cage;les 
jours B, qui à. Paris ne peuvent Aclairet la nef qu'en passant à travers 
la claire-voie de la galerie supérieure, éclairent directement la nef à 
Bourgcs. Le second bas cété C est seul réduit aux proportions de celui 
de l';ris et s'éclaire par des jours direcls D. Deux lriforiums E, E décorent 
les murs d'adossetnent des deux combles F, F des deux collatéraux. Les 
routes sont 6clairAes par les fenétres (] pratiquées, comme à Notre-Dame 
de Paris, au-dessus du comble du premier bas côté surmonté de sa ga- 
lerie. C'e:! à Bourges, plus que partout ailleurs, peut-ëtre, qu'on aper- 
(:oit les ettbrts de's constructeurs pour restreindre la hauteur des édifices 
religieux dans les limites les plus trictes. Examinons cette coupe trans- 
versale : ipossble de construire un bas cété extérieur plus bas que le 
collatéral C; il faut le couvrir, la hauteur du premier comble .F est donnée 
tbrcément par les pentes convenables pour de la tulle; il faut éclairer la 

nef, les fenëtres B sont larges et b;tsses, elles commandent la hauteur du 
collatéral intérieur ; il faut aussi poser un comble sur les routes de ce 
collatéral, la hauteur de ce comble donne l'appui des fenOtres G; ces 

qu'à. la cathédrale 
hauteur trois fi»is 
symbolique dans la 
nécessité contre laquelle les 
qtlante années avant d'arriver à 
de grands édifices vo6tés d'une 
de les éclairer, et de 
proportion heureuse. 
Les plies seules de la 

fenêtres supérietres elles-m.mes sont courtes et d'une proportion écrasée, 
elles donlent la hauteur des grandes voùtes..'Xl0me proportion de la nef 
de Paris; la nef de Bourges, sous clef, a environ en 
sa largeur..x.insi donc, avant de chercher une idée 
hauteur des nefs got/«iques, voyons-y d'abord une 
constructeurs se débattent pendant cin- 
la solution du problème, savoir: d'élever 
stlisante largeur, de les rendre stables, 
donner à toutes les parties de l'architecture une 
Or ce problème est loin d'êlre résolu à Bourges. 
nef ,ont démesut'ément longues, les fengtres sont 
premier collatéral hors d 

courtes, les galeries du trforium écrasées, le 
proportion avec le second. 

Si le doubles collatéraux étaient utiles dans le voisinage du transsept 
et du chœur, ils étaient à peu près sans usage dans les nefs, ne pouvant 
servir que pour les processions. On y renonça bientét; seulement, ne 
conservant qu'un bas côte dans les nefs des cathédrales, on le lit plus 
large. L'étroitesse des collatéraux double ou simples ds églises de la 
fin du x' siècle et du commencement du xi' siècle était motivée par 
la crainte de voir leurs routes pousser les plies à l'intérieur (voy. CO" 
STRUCTION). 

Dans le chœur de Beauvais, bati dix ans 
mëme disposition pour l'unique bas côté 
pelles; un triforium est percé lans l'adossement du comble de ces cha- 
pelles, et des fenétres éclairant directement le chœur sont ouvertes au- 
dessus du triforium sous les voùtes. A la cathédrale du Mans, le chœur avec 
double bas côté, bàti pendant la première moitié du xttt" iècle, présente 

plus tard que celui de Bourges, 
qui donne entrée dans les cha- 



la mëme coupe que celui de 
rapports de proportion entre 
DRALE) 

--- 01 --- [ ARCHITECTL'BE ] 
Bourges, mais beaucoup mieux étudiée; les 
les deux bas c6tés sont meilleurs (voy. 
les fenétres supérieures moins courtes;les chapelles rayonnantês 

prennent un plus grand développcmcnt : 
est plus savant. Mais un parti simple et 
domaine royal pour la construction des 
dans les nefs on remplaçait les doubles 
c6té très-large, on renonçait également 

tout le système de la costruction 
large devait ëtre adopté dans le 
églises, dès Il e._.0. De même que 
bas cét!s étroits par un seul bas 
dans les ronds-points aux deux 

collat6raux, qui obligeaient les constrl«teurs, commeà Chartres,comme "à 
Bourges, comme au Mans encore, à ne donner aux chapelles ra)'onantes 
qu'une médiocre hauteur. On sentait le besoin d'agrandir ces chapelles, et 

par conséquent de les élever et de les éclairer largement. Si dans la Notre- 
Dame de Paris de Maurice de Sully, il a existé des chapelles absidales, 
ce qui est douteux, elles ne povaient ètre que très-petites et basses 

(voy. A.BSIDE). A Bourge.s et h Chartres, ces chapelles ne sont ente, re 
des absidioles propres h contenir seulement l'autel; elle» sott espacées et 
permettent au collatéral de prendre des jours directs entre elles. X Reim., 
à Amiens surtout, ces chapelles sont aussi hautes que le bas c6t6 et pro- 
fitent de tout l'espace compris entre les contre-forts recevant les arcs- 
boutants supérieurs; elles empiètent mëme sur leur épaisseur (voy. 
BOUTANT, fig. 60; (ATI1ÉDRALE, fig: 13 et 19). t.lors plus de triforium entre 
l'archivoltc d'entrée de ces chapelles et le f;»rmeret ,les voùtes du bas 
côté, comme à Beauvais, comme au Mans; le lriforim n'existe qu'entre 
les archivoltes du bas côté et l'appui des fenètres hautes. Mais ici il nous 
faut encore retourner en arrière. Nous avons dit et fait voir par des 
exemples que le triforium, dans les églises bAties de I160 à 1220, était 
percé dans les murs d'adossement des combles des bas cétés. Aux x  et 
xtt'-siècles, il s'ouvre sur «les galeries voùtées dans les édifices du centre 
de la France, tels que l'église Notre-Dame du Port (tîg. 10). Mais en Cham- 
pagne, en Normandie, sur le domaine ro)al, le triforium est une claire- 
voie donnant simplement sous les charpentes des bas cétés et les éclairant 
(voy. Tsosu). Du milieu de la nef on.pouvait donc apercevoir ls fermes, 
les chevronset le dessous des tulles de ces couvertures à travers les arcades 
du triforium : c'est ce qui fut pratiqué dans les cathédrales de Langres, 
de Sens et dans beaucoup d'églises du second ordre. La vue de ces dessous 
de charpentes sombres n'était pas agréable, et les combles, ne pouvant 
tre parfaitement clos, laissaient pénétrer dans l'église l'air et l'hunidité. 
Pour éviter ces inconvénients, dès les premières anées du x ¢ siècle, le 
lrifi)rium fut fermé du cété des charpentes par un mur mince portant sur 
des arcs de décharge, et ne devint plus qu'une, galerie étroite pemettant de 
circuler en dedans de l'église au-dêss(us des appuis des randes fen(tres 
supérieures. Dans la nef de la cathédrale d'Amiens, à Notre-Dame de Reims, 
à Chartres, à Ch',tlons, et dans presque toutes les églises du Nord, dont la 
constructi«»n remonte aux premières années du Xl:  siècle, les choses sont 
ainsi disposées. Mais au Xtl  siècle on avait adopté un mode de décoration 

I, --- 26 



[" acnrrc'rclE ] ---- 202-- 
des édifices religieux qui prenait une importance considérable: nous 
vo.ulons parler des vitraux colorés. Les peintures murales, fort en uage 

dans les siècles antérieurs,.ne pouvaient lutteravec ces brillantesverrières, 
• 
• , 
qui, en m.,c temps qu'elles pte._entaient des sujets parfaitement visibles 
par les temps les plus sombres, laissaient passer la lumière et atteignaient 
une richesse et une intensité de couleurs qui faisaient p'alir et eitaçaient 
nme complétement les fresques peintes auprès d'elles. Plus le système 
de l'architectureadoptée forçait d'agrandir les baies, plus on les remplissait 

de vitraux colorés, et moins il était possible 
parties lisses des murs des sujets historiques. 
loré. dans des édilices religieux fort anciens, 

de onger à peindre sur les 
Il est question de vitraux co- 
gt une époque où les fen:,tres 

destinées à les éclairer étaient très-petites; nous ne sarons conment étaient 
traitées ces verrières, puisqu'il n'en existe pas qui soient antérieures au 
,/siècle, mais il e,t certain ,lu'avec le mode de coloralion et de dislribution 
des verrières les plus anciênnes que nous connaissions, il est. difficile de 
lhire de la peinture harmonieuse opaque, autre que la peinture d'ornement. 
Dans dês ouba.enents, .ur de. ltlS de mure, près de l'eil, les fresques 
peuvent encore soutenir la coloration translucide des verrières ; maisà une 
grande hauteur l'cil'et rayonnant de vitraux colorés est tel, qu'il écrase 
toute peinture modelée. Les tentatives faites depuis peu dans quelques-uns 
de nos éditices religieux pour allier la peinture murale à sujets avec les 
vitraux ne lbnt, à notre avi., que confirmer notre opinion. Dans ce cas, ou 
les vitraux paraissent durs, criards, ou la peinture m,»delée semble flasque, 
pau,, re et p,,drese. L'ornemêntation plate, dont les couleurs sont très- 
divinCs, et le- l'ormes fortement rêdessinées par de larges traits noirs, ne 
compot tant que des tons francs, simples, est la seule qui puisse se placer 
h c6té «les xitraux colorés, et mëme faire ressortit" leur brillante harmonie 
(voy. l'Exrt'rE, V'rn».ux). Préoccupés autant de l'effet décoratif des inté- 
riêur de leurs édifices religiex que d s.v.lèe de construction qui leur 
sêmilait devoir être définitivement adopté, les architectes du xt « siècle 
se trouvaient peu à peu conduits, pour satisfaire aux exigences du nouvel 
art inauguré par eux. à supprimer tous les nus des murs dans les parties 
hautes de ces édifices. Ne pomant harmoniser de larges surfaces peintes 
avec les vitraux colorés, reconnaissant d'ailleurs (lue ces ",itraux sont cer- 
tainement la plus splendide décoration qtl puisse convenir à des inté- 
rieurs de monuments élevés dans des climals où le ciel et le plus souvent 
voilé, qe les verrières colorées enrichi»sent la lumière ptle de noire pays, 
font resplendir alx yetx les fidèles une clarté vivante en dépit d'un ciel gris 
et triste, ils profitèrent de toutes les oceasion «lui se présentaient d'guvrir 
de nottveatx jouets, afin de les gat'nir de vitraux. Dans les pignons il» 
avaient percé des rc,..,es qui rempli«ient entièrement l'espace laissé sous 
les vofiles; des r,:,rnerets ils avaient fait les arcbivoltes des fenë.tres supé- 
rieures et inférieures; ne laissant plus entre ces fenêtres que les points 
d'appui rie,-_,ureusement nécessaires pour porter les voùte., divisant morne 
ces points ,l'appui en faisceaux de colonnettes afin d'éviter les surfaces 



plates ils ouvrirent aussi les triforiums et en firent des 
trées, Cette transition est bien sensible à Amiêns. La nef 

a tc nrccrctt; ] 
claires-voies vi- 
de la cathédrale 

I 

I 

d'Amiens, élev6e (le 1230 
sement plein derrière les 

l'..)hO, possède un 

I 
I 
I 
I 
! 
! 

combles des bas 

trifi)rium avec mur d'ados- 
c6tés (fig. 35); et l'oeuvre haute 



[ atCnn'ECT'S ] -- 20 -- 
du chœur, batle de 1250 à 165, nous montre un triforium à claire-voici 
xitrée : de sorte q'il n'existe plus dans ce chœur ainsi ajouré, en fait de 

o I 

G 

murs lisses, que les triangles compris entre les archivoltes des bas cStés, 
les faisceaux des piles, et l'appui du triforium; c'est-à-dire une surface 



-- '2_05---. 

[ acnxvc,caa ] 
enviroït de rides 

de 20 mètres de nus, pour une surface de 800 mètres 
ou de plies divisées en colonnettes. 
Les parties supérieures du chœur de la cath6drale d'Amiens ne mar- 
quent pas la premibre entative d'un triforium ajouré. Béjh les architectes 
du chœur de la cathédrale de Troyes, de la nef et du choeur de l'église 
abbatiale de Saint-Dents, bttis vers 12h0, avaient considéré le triforium 
comme une véritable continuation de la fenêtre supérieure. N._,us donnon: 
(fig. 36} une travée perspective de la nef (le l'église abbatiale de Saint- 
Denis, qui fait comprendre ce dernier parti, adopté depuis lors dans presque 
toutes les grandes églises d domaine royal. Mais pour xi'rer et laisser 
passer la lumiërê par-la claire-voie pratiquée en A dans l'ancien mur 
d'adossement du comble du bas estC il était nécessaire de supprimer le 
comble à pente simple, de le remplacer par une couvertre B à double 
pente, ou par ne terrasse. L'6tablissement du comble à double pente 
exigeait un chéneau en C, et des écoulements d'eau compliqués. Ainsi, en 
se laissant entrainer aux conséquences rigoureuses du principe qu'ils 
avaient admis, les architectes du xII  siècle, chaque fois qu'ils voulaienl 
apporter n perfectionnement dans leur mode d'architecture, 6latent ame- 
nés à bouleverser leur système de construction, de couverture, d'écoule- 
ment des eaux; et ils n'hésilaient .jamais à prendre un parti franc. 
Dans les édifices religieux (le l'époque romane, les eaux des combles 
s'écoulaient naturellement par l'égout du 
toit sans chéneaux pour les recueillir et le ,/' N, N ,37 
conduire à l'extérieur. La pluie qui fouette 
sur le grand comble A {fig. 37) s'égout|e sur 
les toitures des bas c6tés B, et de là tombe à 
terre. Dès le commencement du x « siècle 
on avait reconnu déja, dans les climats plu- 
vieux, tels que la Normandie, les inconvé- 
nients de ce système primitif, et l'on avait 
établi des chéneaux à la base des combles - 
des bas c6tés seulement en (3, avec gar- ', 
gouilles saillantes de pierre, alCuAes de scul- 
pture. Mais lorsqu'on se mit à élever de __1 _. _ 
très-vaste; églises, la distance entre les com- -" 
bles A et B Cail; telle, que l'eau, poussée par le vent, venait frapper les 
murs, les vitres des fenêtres largement ouvertes, et pénétrait à l'inté- 
rieur; les tulles dérangées par le vent tombaient du comble supérieur sur 
les combles des bas c6tés, et causaient des dommages considérables au,: 
couvertures : de t 00 à 1220 des assises formant chemin de couronnement 
furent posées "à la base des grands combles, et les eaux s'échappirent le 
long des larmiers dont les saillies étaient très--prononcées (voy. 
Cnratr). C'est ainsi que les écoulements d'eaux pluviales sont disposés 
à la cathédrale de l;harlres. Bient6t on creusa ces assises de couronne- 
ment posées à la base des combles, en chéneaux dirigeant les eaux par 



[ ARCHITECTUE ] 
des gargouilles saillantes 
(VO. AB.C-BOUTANT); puis 

au 

--- 06--- 
droit des arcs-boutants munis de caniveau, 
chénêaux furent bordé de balustr'ades, ce 

qui permettait d'établir au sommet de l'édifice t,n circul ttion utile pour 
surveiller et entretenir les toitures, d'opposer un obstacle à la chute des 
tuiles ou ardoises des combles supérieurs sur lê,.couvertures ba.,ses. 
l'lus les édifices religieux devenaiett importants, él,.«és, plus il était 
nécessaire de rendre l'accès faciIe ,k toutes hauteurs, soit pour réparer 
les toitures, les verrières et les maçonneries à l'extérieur, soit pour tendre 
et orner les intérieurs lors des grandes solennités. Ce 'était donc pas 
sans raisons qu'on établissait à l'extérieur une circulation a.-,_-ez large 
dans tout le pourtour des édifices religieux; à la base des combles des 
collatéraux en D (fig. 35 êt 3), au-dessus du triforium .en E, à la base des 
grands combles en F;  l'intérieur en G, dans le triforium, l'out ne pas 

interrompre la circulation 
religieux du XIIl e siècle, on 
trit'orium, derrière les piles 

au droit des piles dans 
ménageait un passage "h 
en H, t l'extérieur en !, 

les grands édifices 
l'intérieur dans le 
entre la pile et la 
les constl'tcteurs 

colonne recevant la tète de l'arc-boutant, l'lus tard 
ayant reconnu que ces pas.-_ages avaient nui ouvent h la stabilité des 
édifices, montèrent leurs plies pleinês, faisant 
dans le triforium et au-dessus, derrière 

DEB 

pendant le XII e siècle, avaient jeté un si 
de biens immenses, avaient élevé de vastes églises, penchant vers leur 
déclin déjà au x' siècle, laissaient seuls sub.ister les monuments qui 
marquaient l'époque de leur splendeur; les prieurC, les paroisses pauvres 
conservaient par force leurs églises romanes, en remplaçant autant qu'il 
était possible les çharpentes par des voùtes, commençant des reconstruc- 
tions partielles que le manque de ressources les obligeait de laisser ina-" 
clevée souvent; mais tous, riches ou pauvres, étaient possédés de la- 

l)ourtourner les pa.,sages 
ce._, pile., ainsi qu'on peut 
l'ol»server dans lescathédrales 
de Narbonne et de Limoge, ; 
mais alors les bas côtés étaient 
couverts en lerraes dallées 
-. z8). 
De.- besoins nouveaux, l'ex- 
périence des constructeurs, 
des habitude, de richesse et 
de luxe. modifiaient ainsi ra- 
pidement l'architecture reli- 
gieuse pendant le XI/l" siècle. 
Dans le domaine royal on 
rempla,7ait t,-,utes les ancien- 
nes églises romanes par des 
monuments conçus d'après 
un mode tout nouveau. Les 
établisements religieux qui, 
vif éclat. et qui, possesseurs alors 



fureur de b',llr, et de 
constructios élevées 

-- :07 -- 
remplacer les vieux. édifices romans 
avec une rapidité Drodiiese. Le 

ARCilITECTU[+,E ] 
par d'61égantcs 
év6«,ues étaient. 

et amplifier encore 
 160 à 12h0 n'6taiett 
que nous l'avons dit 

à la tët.e de ce mouvement, et faisaient, dans toutes les l---ovinccs <Lu Nord, 
rebgttir leurs cathédrales sur de nouveaux plans que l'on venait modifier 
peine achêv6ês. Les grandes cathédralcs élevées de 
pourvues de chapellcs qu'en che et. Les nefs, ainsi 
plus haut, n'étaient accompagnées que de collat6- 
faux doubles ou simples. La cath6drale de Paris, entre autres, 6tait dé- 
pour-,'ue de chapeIles mème au rond-point pr,bal»lement celle.-, de Boures 
et de Chartres n'ont que de petites chapelles absidalcs pottvatt à peine 
contenir un autel. En 1230, la cattédrale de Paris 6tait achevce (voy. C- 
I'IIÉDRALE)» et en l'2a0 déjà on crevait les ,nu,'s des bas c6tés de la nef 

pour 6tablir des ('hapeiles 6clairAes par de larges fel6tres 
entre les satllies des contre-forts. Cette opération était cour 
1:260 sur les c6tés parallèles du clmur; les deux: pignons 

nleneaux 
inuée "ers 
[rasept 

étaient entièrement reconstruits avec roses et 
les fenbtres supérieures de la ner et. d cl,ur 
qu au-dessus des ar«hi,«oltes de la galerie 
voùtes de cette galerie nodi[iée» ; et enfi 

claires-voies a-,lessous, 
élargies et alln«,:» 
- o ..... jus- 
du prenlcr ét:ge ; lmr uite, les 
at cotnencetttent dtl lV e iècle 

t5rieure date de 1250 

on établissait de grandes chai)elles [out autour du round-point. Tel 6tait, 
alors le désir de satisfaire aux besoins et aux goùts du moment, qu'on 
n'hésitait pas à reprendre de fond en comble un immetse éditicê 
neuf, pour le mettre en harmonie avec les dernières disl,o.sitions adoptées. 
Toutefois la construction des chape!les de la ef de la cathedrale dê Paris 
devance de beaucoup l'adoption de ce parti dates les atres églises 
don-mine royal. A lteims, la nef, dont la parti, • an 
environ, n'a pas de ehapeles; à miens, on ne les 
le xv' siècle. A cette époque, on n'admettait pls 

établit que pendant 
g,èt+e +le bas c6tés 
Clermo n t-Fe rra n d 

sans chapelles : les plans des nefs des cathédrales de 

de Limoges, (le Narbonne, de Troyes, ont été 
ceux des eathédrales de Laon, de ]louen, de 
modifiés pour en recevoir, de 1.300 ,à 1350. 
Les nefs des églises appartenant à la règle 
d'une avant-nef ou porche fermé, ayant un 
comme à Vézelay,  la Charité-sur-Loire, à 

conçus avec des 
Coutances, de 

cllapelles; 
Sens, $Ollt 

de Cluny taient précél¢;s 
e très-grande iml)ortance , 
Clny nême; ces porcbes 

étaient 

surmontés de (leux foyers; quatre totrs aecompa«aient en oulre 

les deux croisillons du transsept, et tta clocler cctral couronnait la croi- 
sC. Celte disposition, qui dale du x e siècle, n'et pas adoptée dans les 

églises de la règle de Citeaux; les nefs ne sont lr6cé16es qe d'un l>orcle 
bas, fermé aussi, mais peu praf,-,r,d ;_ le pi,',nc, n... _ (le la fa«ade n'est pas flanqé 
de tours, non plus que les bras de la eroi%e; une seule tlèehe 
sur le milieu ltt trahi, sept : ainsi étaient conçues les églises le Clairva1x, 
de Fontenay, de Morimond, de Pontigny, etc. Ce luxe de tours ne pouvait 
convenir à l'atstérité de la règle de Citeaux : les religieux de cet ordre 
n'admettaient que le strict nécessaire; un seul cloeler sur le milieu de 



[ ARCHITECTURE ] -- '2.08-- 
l'église devait suffire aux besoins du monastère (voy. ARCrtITECTIIRE hIONAS- 
TqUE). Les cathédrales du domaine royal, à la fin du x • siècle, prirent 
aux randes é_,glises monastiques une partie de leurs dispositions, en 
poussèrent d'autres. Elles devaient .tre largement ouvertes à la foule; ces 
porches frmés, reserrés, interceptant les isues, si bien appropriés ax 
besoins des monastères, ne convenaient pas aux cathédrales: on y renonça. 
On se contenta de porches très-ouverts, comme à la cathédrale de Laon, 
comme à celle de 'hartres (voy. cette CATUgD,LE), OU morne, vers le com- 
mencement du xI  siècle, de portails évasés, s'ouvrant directemént sur 
les parvis, comme 5 la cathédrale de Paris, à Amiens, à Reims, à Sens, à 
Sées, à Coutances, . ourges, etc. Mais telle élait l'influence des grandes 
élises abbatiales dans les provinces, que nous voyons leurs dispositions 
se perp,_'.tuer dans les cathédrales, les collégiales ou les simples paroisses 
élevées dans leur voisinage. Les porches de Cluny et. de Citeaux se retrou- 
vent dans la cathédrale d'Autun, voisine de Cluny, dans la collégiale de 
Beaune, dans le églises de B,,urgogne et du Mtconnais ; seulement ces 

porches s'ouvrent sur leurs trois tace, et ne 
t'ernée. La règle de Citeaux a sur lesconstructi 
plus marquée encore, autour de ses grands 
mairie royal, les cathédrales adoptent les tou 
dictines clunisiennes. La cathédrale de Laon 

forment plus une avant-nef 
ons religieuses une influence 
établissements. Dans le do- 
rs des grandes églises béné- 
possédait et possède encore 

en partie deux tours autrefois couronnées de flèches sur la façade, quatre 
tours aux extrémités des bras de croix, et une tour carrée sur les arcs- 
doubleaux de la croisée centrale. Chartres présente la même disposition, 
auf la tour centrale. Reims, cette reine des églises françaises, avant l'in- 
cendie (le la fin du xv  siècle, était munie de ses six tours et d'un clocher 
central terrainWpar une flèche de bois; de mêmeà Rouen. C'est en Norman- 
(lie surl_,ut que les tours centrales avaient pris une grande importance 
dan les églies monatiquês coron-te dans les cathédrales ou les paroisses, 
et letlrs éta.ges décorés de galeries à jour se voyaient de l'intérieur, for- 
mant comme une ,mmense lanterne donnant de l'air, de la lumière et 
de l'espace au centre de l'édifice. Les égli.-es Saint-Étienne et de la Tri- 
nité de Caen, de l'abbaye de J umiéges, les cathédrales de Coutances, de 
Bayeux ', et quantité de petitt:s églises, possèdent des tours centrales qui 
font ainsi partie du vaisseaa intérieur, et ne sont pas seulement des cio- 
chers, mais plt,.t6t des coupoles ou lanternes donnant de la grandeur et de la 
clarté au centre de l'édifice. E revan,.he, les clochers de façade des églises 
normandes sont élroits, terminés par des flèches de pierre d'une excessive 
acuité. Dans l'fie-de-France, les totrs centrales sont rares; quand elles 
existent, ce sont plutôt des clochers terminés par des flèches de bois, mais 
ne se voyant pas à l'intérieur des édilîces, tandis que les tours des façades 
:ont larges, hautes, construites avec luxe, puissamment empatées, comme 

J Cette disposition primitive à Ba.eux fut modifiée au xnle siècle par la construclion 
d'une ohte au centre de la croisée. 



-- 2O9 --. 
dans les églises de Notre-Dame de Paris et de 
Ct.ocn e.a, FL/CllV.). 
A I.'et de la France, sut" les bords du Rhin, 

Mantes 

[ ABCIIITECTUIE ] 
(VOy. CTHÉDRALE, 

l,à où l'architecture carlo- 

tuaire. Sur 
Trèves et de 
entre autres 
cathédrales 

vingienne laissait des monurnents d'ne grande importance, pendatt les 
xff et xtt« siècles, des églises avaient été 6levées uivant un mode particulier 
comme plan et comme système de construction. Plu.sieurs de ces monu- 
ments religieux possédaient deux absides en regarl, l'une à l'est, l'atre 
à l'ouest. C'était là une disposition f,»rt ancienne, dont nous trouvons 
des traces dans l'Histoire de Grégoire (le Tours '. Comnte pour appu)er 
le texte de cet auteur, nous voyons encore h la cathOdrale le Nêvcrs une 
abside et rt trasscpt du corWde l'et, qui datent d(t xt e siècle; le sol de 
cette al»side et relevé sur une crypte ou confessioti. L'auteur du plan de 
l'abbaye de Saint-Gall (voy. kaCtTCTCaE .tOXAST0t;r), dans le curieux 
dessin du Ix  siècle parvenu jusqu'h nous,'trace une grande et petite église, 
chacune avec deux absides, l'ute du c5té de l'entrée, l'autre pour le sanc- 
le territoire carlovingien par excellence, les calhOdrales ,te 
Mayencê, l'église abbatiale de Laach (\t , xt  et xtti e siècles), 
, possèdent des absides '5 l'occident comme à l'orient. Les 

de Besançon et de Verdun 
présentaient des dispositions pareilles, 
modifiées aujourd'hui, mais dont la trace 
est parfaitement visible. Cette dernière 

cathédrale mtme se trouve avoir deux: 
transsepts en aant de ses absides; et 
quatre to(trs plantCs dans les angles 

rentrants formés par les transsepts ac- 
compagnaient les deux ronds-points. Des 
escaliers à vis, d'une grande importance, 
flanquaient les deu,¢ tours du coté de 
l'ouest. Ce parti se trouve plus franche- 
ment accué encore dans l'église cathé- 
drale de Mayence, dans l'église abbatiale 
de Laach, et e-t indiqué déjà dans le plan 
de l'abbaye de Saint-Gall. Lorsque l'on 

visite la cathédrale de Strashourg, on et 
frappé de l'analogie des con.¢,tructions 
du chœur avec celles des cathédrales 

llayence et de Spire, et il y a lieu 
croire qu'at xti e siècle, Notre-Dame de 
sides comme 

3q 

de 
de 
Stra»bourg 

possédait ses 
la plupart des grandes églises rhénanes.Voici (fig. 

deux ab- 
C9) le plan 

 Lit. II. Grégoire de Tours, en pariant de l'église bàtie à Ciermont par saint Numa- 
tius, dit: « Au devant est une abside de forme ronde » (ba,le absMem rolundom ha-- 
ben}. On peut entendre « une abside du corA 
du saut:tuaire. (Grég. de Tours, t. I, p. 180, 

de i'entrée », ce qui n'excluait pas l'abside 
édit. Rcnouard, t836. ) " 
.----27 



t A RCIIITE(ITURE ] '--- _'210 --- 
dela cathédrale de Verdun telle qu'elle était,à la fin du x Ç siècle, et dé- 
barra.ssée de toutes les adjonctions qui la dénaturent aujourd'hui. En A, esl; 
I,. sanctuaire autrefois fort élevé au-dessus du sol de la nef, avec crypte 
au-dessous, ccmme à Spire, à 5Ia.vence, à Besanqon et'à Strasbourg. 11 existe 
encore à Yerd un des traces de cette crypte ou confession sous les chapelles_,P 
qui étaient relevées au nixeau (tu sanctuaire. En f'_,, le tran«sept_ de l'est; 
D, la nef; E, l'enlrée ancienne ; F, le Iranssept de l'ouest; G 1'---- 
, «u,ide occi- 
dentale, convertie aujord'hui en vestibule; e, H, un cloître ; en B et en I, 
(les tours. Probablement il existait a centre du transsept de l'est, en C, une 
coupole à pans coupés porlée sur des arcs posés en gousse| ou sur des Irom- 
pillons, conimê à Spic'e, à 5layence et  Strasbourg. On le xoit, ces disposi- 
tions ne rppelaient ullemênt celles adoptées au xsiècle dans les églises 
lu domaine royal, de llt Normandie, du Poitou et de l'Aquitaine. 11 entrait 
dans ces plans un élément étranger aux traditions latines, et cet élément 
avait été introduit dans Austrasie dès I epoque de Charlema_ne: c'était, 
,_ n'en peut guère douter, le produit d'une influence orientale, comme 
un nélange de la ba:ili(lue latine et du plan de l'êglise byzantine. lais si les 
architectes de l'Austrasie, par suite des traditions qui leur avaient été Irans- 

nises, n'éprouvaient plus, a! 
et les coupoles des transsepts. 

x  siècle, de difficultés pour xoùterles absides 
il., ..,e trouvaient dans le mème embarras que 

tous letrs conf'ères de l'Occident, 1,rsqu 1 fallait voùter des nefs élablies 
sur le plan latin. 13"un autre c6té, par cela mème qu'ils n'axaient pas cessé 
(le faire (les "«oùtes, et que les tradilions rc_,maines s'étaient assez bien con- 
servées en X utra.,,ie, ils firent l'application de la x-oftê d'arèle antique avec 
moins d'hé4Iation que les conslrueteurs de l'fie-de-France et (le la Cham- 
pagne;ils ,tr'ivaielt h la c,nstvuit'e sans avoir passé par la "«oùte en berceau, 
cotonne les architectes bour-i,...,nons et (lés provinces du Centre, et sans 
chercher l:ns l'af,." e tiers-point un moyen de diminuer les poussées. 
Aussi, dans les p'ovince de l'ancienne Ausrasie, la courbe en tier-point 
e vient-elle que fort tard, ou exceptionnellement, non comme une néces- 
site nais comme le résultat d' ' 
. une influence, d une »ode irrésistible, ers 
le ilieu du xii  siècle. Entre les monunentspurenent rhénan et les 
cathédrales de Strasbourg et de Cologne par exemple, à peine si l'on aper- 
ç'oit lllle transition; il y a continuation du mode roman de l'Est jusqu'au 
moment où l'architecture dtl domaine royal étudiée, complète et arrix'ée 
• a son dernier degré de perfection, fait une bru-que invasion, et "rient poser 

ses règles sur les bords du 
France. On rencontre bien parfois dans les 
cation du tyle alopté au commencement 
royal, mais ce ne sont que les formes de 
principe, qui sot admises; et 

l,hin comme dans toutes les provinces de 
provinces austrasiennes l'appli- 
du xi  siècle dans le domaine 
cette architecture, et non son 
cela est bien frappant dans la grande salle 

ondc bittie au nord de la cathédrale de Trèves, où l'on soit toutes les 
Ii»t'mes, les prolils et l'ornement:ttion de l'architecture française du com- 
mencement du Xil  siècle, adaptés à un plan et à des disl)ositions de con- 
structions qui appartiennent aux traditions carlovingiennes. 



Examinons donc comment les constructeurs lorrains, ou plut6t des 
provinces situées entre le Rhin, la Champagne et les Fiandres, avaient 
procédé au x ' siècle, our résoudre ce problème tant cherché, de l'éta- 
blissement des routes sur les nefs des basiliques latines. Nous l'avons dit, 
pour les absides dont la partie semi circulaire, sans bas côtés et sans cha- 
pelles rayonnautes, était voùtée en cul-de-four, et dont les c6tés parallèles 
étaient puissam ment épaulés par des tours carrées const fui tes su r les peti tes 
chapelles s'ouvrant dans les croisillons du transsept, nulle (lifficulté ; mais 
pour les nefs avec leurs collatéraux, il fallait appliquer, lorsq,'on renonça 

aux charpentes apparentes (car dans ces con/rees, 
cendies ruinaient les édifices religieux de fond en 

comme partut, les in- 
comble), un sstème de 

/) B 

voûtes qui re poussât pas les murs en dehors. C'est dans une pauvre église 
peu visitée que nous allons suivre pas "a pas les tentati es des constructeurs 
de l'Alsace et de la Lorraine. Il est intéressam d'étudier certains édifices, 
peu importants d'ailleurs, mais qui, par les modifications qu'ils ont subies, 
découvrent les transformations et les progrès d'un art. Telle est la cathé- 
draledeSaint-Dié. 13atie pendant lasêconde moitié dux¢ siècle, cette église 
présentait probablement alors la disposition du plan rhénan adopté dans la 
cath6drale de Verdun. L'abside de l'est fut rebatie au xtv" siè.cle, sut' les 
fondements anciens; quant à l'abside de l'ouest, elle a été remplacée, si 
jamais elle fut élevée, par une façade moderne, llais la partie la plus inté- 
ressante pour nous aujourd'hui, la nef, existe encore : voici (fig. hO) le plan 
de cette nef. Nous avons indiqué en noir les construc|ions du xt"siècle, et 
en gris les modifications apportées au plan primilif pendant le xt • siècle. 



[ ARGHITECTUBE ] -- | "--" 
Les piles A, B, supporta lent des voùtes d'arëte construites suivant le mode 
romain, c'est-à-dire par la pénétration de deux demi-cylindres, et séparées 
entre elles par des arcs-doubleaux; des fenëtres jumelles éclairaient la nef 
sou les formerets de ces routes qu étaient contre-butées par des arcs- 
d,:)ubleaux latéraux bandés de A en C et de B en D. Les parallélogrammes 
ACDB étaielt couvet'ts par un plafond rampant tbrmé simplement de che- 

| I 

I 

vrons, ainsi que l'indique la figure/t 1.3lais alors, si la nef centrale était 
voOtée facilement par suite de la disposition carrée de chaque travée AB BA, 
les collatéraux ne pouvaient lëtre que par une x-oùte barlongue, et la dif- 
ficulté qui avait arrëté les architectes de la Champagne ,l,and ils avaient 
voulu voùter les nefs centrales, évitée dans ce cas pour celles-ci, se repro- 
duisait dans les bas c6tés. En admettant mème que les obstacles qui empë- 
chaient de faire des voùtes d'arëte sur un plan barlong cussent été franchis 
en faisant pénétrer des demi-cylindre¢ dont le diamètre eùt été C dans 
de zrands demi-cylindres dont le diamètre eùt été AB, les formerets CI) 
eussent eu leur clef au niveau de celles des archivoltes AB; dès lors les 



--- 213 -- ' 
combles, par leur inclinaison, seraient venus masquer les fenètres ju- 
ruelles percées sous les formerets des grandes vofites. Le système de che- 
vronnage posé simplement de ABen CD, et formant plafond rampant, avait 
t'avantage de ne pas perdre la hauteur du comhle des bas c6tés. Ces char- 
pentes furent d5truites par un incendie, et au xu  siècle les constructeurs, 
renonçant aux plafonds rampants, voulurent aussi voùter le bac c6tés; ils 

établirent alors entre les plies du x  sii,cle (fig./0) des plies pl,. minces E, 
pour obtenir des plans EBDF carrés, sur lesquels ils purent sans difficulté 
faire des voûtes d'arëte composées de demi-cylindres égaux se pé_n(,trant, 
et dont les clefs ne s'élevaient pas assez pour empocher de trouver la hau- 
teur d'un comble de H en K (fig. 52)'. Cette disposition de vofies d'ar6te 

J Cette conslruction fut encore modifiée au xni e siècle par la réfection de nouvelles 
vohtes sur la nef contre-butées par des arcs-boutants; mais on retrou,,e facilement les 
traces de ces transformations successb, es. 



ARCHITECTURE 

-- 2lb -- 

 plan carré sur les nefs et sur les bas c6tés au moyen de la pile intermé- 
diaire pos6e entre les piles principales, se retrouve au xii" siècle dans les- 
cathédrales de Mayence, de Spire, dans la curieuse église de Rosheim, 
et dans beaucoup d'édifices religieux d'Alsace et de Lorraine. non plus 
comme à Saint-Dié, obtenue par suite d'une modification au plan primitif, 
mais définitivement admise, comme 

nef» centraIes 
pcoblème une 
leurs lorrains 
rent jusqu'au 
turc du 
invasion 
Avant 

procédé pour voùter à la fois les 
et les collatéraux; et ce 
fois résolu, les construc- 
et alsaciens ' l'appliquè- 
moment où l'architec- 
domaine royal français fit 
chez eux. 
d'aller plus loin, nous de- 

expliquer ce 

vons 
par influence byzantine, 
byzantine, pour /._tire 
comment cette influence 
l'architecture religieuse du 
compris entre le Rhin, le 
l'Océan. 
Il existe en Orient trois plans types 
eglises. Le plus ancien est le plan circulaire, 

que nous entendons 
architecture 
comprendre 
s'exerce sur 
territoire 
Rh6ne et 

qui ont été appliqués aux 
dont le Saint-Sépulcre de Jérusalem est un des modèle¢ les plus connu,. 
Le second type est un dérivé de la basilique antique, mais avec tra,rssept 

terminé par deux absides: telle est. l'église de la Nativité du couvent de 
Bethléem (fig./,3). Le troisième est le i31an byzantin proprement dit, se 
composant d'une coupole centrale posée sur tambour ou sur pendentifs, 
avec quatre ouvertures vers les quatre points cardinaux, galeries laté- 
raies, une ou trois absides à l'est, et narthex du côté de l'entrée. Telle 
est l'église de Sergius, à Constantinople (fig. hh), antérieure à la grando- 



église de 
certaines 

Sainte-Sophie 
moditlcations, 

que nous donnons ici (fig. 
les petites églises d'Athènes 

[ .,tncnrrrc-rclt ] 
h5). Telles sont, aec 
dont nous présentons 

l'un des types (église de Kapnicarea)(fig_. h6). Ces monuments, ben quz 
très-différents par leurs dimensions et la manibre dont ils sont constt'its, 
dérivent du mëme principe. ¢'est toujours la coupolê centrale sur tatbour 
ou pendentifs, épaulée par des routes letCaies en 
bercêa, ou d'arète, ou en quart de sphère. L'église 
circulaire terminée par une coupole avec .ioder «'en- 

traI ou fenëtres percées ,à la base de la voùte était 
plut6t un lie consacré, une enceinte destinée h 
conserer, soit des traces divines, comme l'église 

de l'Ascension à Jérusalem ', soit une sépulture, 
comme le Saint-Sépulcre, qu'une église, dans la vé- ,, 
ritable acception du mol. Cependant cette forme . 
primitive, adoptée dès l'époque (le Gonstantin, et Il [ 
une influence sur tous les éditices chrétiens élevés 
en Orient, dans lesquels on retrouve le plt;s souvent l'enceinte co/tsa- 
crée, la coupole centrale, à moins que pat" exception, comme dans l'blise 
de Bethléem, le parti de la basilique romaine n'ait été preslue complé- 
tement appliqué (fig. h3). 
Dès les premiers siècles du christianisme, il semblerait que le plan cir- 
culaire adopté en Orient eùt cependant exC¤é en Occident une inlluence 
notable sur l'architecture religieuse. Sans parler des noml»reux édifices 
circulaires qu, sous le règne de Constantin, furent élevés à Rome, et (lui, 

t Yoy. l'Archttecture monastique, l,er M. Albtrt Lenoir. Paris, 1852, p. 2/,9 et sui,,. 



[ ARCIIITECTURE ] 
après tout, étaient romains aussi 
Xl  siècle on btit en Occident un 

-- 16 --- 
bien que le Saint-Sépulcre, du v « au 
assez grand nombre d'églises rndes. 

A Paris, Childebert fit b'atir l'église Saint-Vincent («tujourd'hui Saint- 
Germain l'Auxerrois), que l'on désignait sous le nom de Saint-Vineent 
le Rond . A la gauche du portail de la cathédrale de Paris, il existait 
une chapelle «lui avait conservé le nom de Saint-Jean le llond . 
A l'abbaye baint-Bénignê de Dijon, on voit encore ljétage inférieur 
de la rol,:,nle commencée au vu" siècle derrière l'abside de l'église. Cette 
rotonde avait trois étages, compris la crypte, avec galerie de pourtour 
coin,ne le Saint-Sépulcre 3 [voy. SÉpt'tCIE (Saint-)]. Charlemagne avait 
élevé l'élise circulaire d'Aix-la-Cha pelle, imitée au XII e siècle dans l'abbaye 
d'Ottmarbheim. Au x  siècle, à Neuvy-Saint-Sépulcrc, lU'ès de Chateau- 
roux, on jetait les fondements dune église reproduisant les dispositions 
du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Au Xlt ¢ siècle, on construisait la grande 
église abbatiale de Charroux, dont la nef se terrninait par une immense 
rotonde avec bas cGtés triples [voy. ,qÉI'ULCRE (Saint-)]. A la m.me époque, 
au fond du Langueloc, l'église de llieux-Minervois s'Cevait sur un plan 
circulaire précédé d'un petit.porche. Et comme pour faire ressortir l'im- 
portance de certaines taditions; nous voyons encore en plein XVl' siècle 

Catherine de 31édicis faire construire, au nord de l'église abbatiale de 
Saint-Denis en France, un monument circulaire aveê bas eGté à deux 

étages, comme le Saint-Sépulcre de Jérusalem, pour abriter la sépuilure 
de son époux et de ses successeurs. Ouand l'ordre religieux et militaire 
du Temple ft intitué, les commanderies de cet ordre prirent comme 

type de 
sont fou 
(vOy. TE 
procéda 

leurs églises, ou plutGt de 
s d'une petite dimension), le 
.pLE). Mais si l'on peut tons 
nl d'une intluence orientale, 

leurs chapelles (car ces monuments 
plan du Saint-Sépulcre de Jérusalem 
idérêr ces édificês circulaires comme 
puisque l'édifice mère qui leur servait 

d'original 
byzantins, 
décadence 

Bethléem comme le type qui, au XII e siicle, a fait 
septs lerminés par des absides semi-circulaires, 

était en Orient, on ne peut loutefois les regarder comme 
puisque le Saint-Sépulcre de Jérusalem est un monument de la 
romaine. De m0tne, si nous prenons l'église du monastère de 
élever les églises à tn, ns- 
telles que les cathédrales 

de No 3 on, de To,trnai, de Soissons de Bonn su," le Rhin, de l'église de Saint- 
Macairê sur la Garonne. nous ne pouvons guère non plus considérer cette 
influence comme orientale, puisque l'église de la Nativité de Bethléem est 
une basiliq,e romaine couverte par une clarpente apparente, et ne diffé- 
rant de Saint-Paul hors (les murs, par exemple, que par les deux absides 
ouvertes dans les deux pignons de la croisée. 
Les véritables lypes byzantins, c'est Sainte-Sophie de Consta.ntin@le; 
ce sont. les petites églises de Grèce et de Syrie, élevées depuis le règne de 

Le Thédtre des antiquités de Paris 
Ibid., liv. I. 
Don Plancher Hist. de Bourgogtae. 

par J. Dubreul. Paris, t63, liV. 1II. 

----- Mabillon, .lnn«l. S. Benedicli, t. IV p. 152. 



--- .'217 --- [ AlaCrlITECTUIE ] 
Justinien, ce sont des églises à coupole portée sur q.tre pendentifs 
(voy. PErrzsT).Or ces monuments n'ont une intluen:.e directe bien mar- 
quée que sur les bords du t'hin, par suite de la prépondérance donn(.e aux 
arts d'Orient par Chatlemagne; dans la partie occidentale de l'Aquitaine 
surtout, par l'imitation de Sai,t-larc de Venise, et en I)rovence par les 
relations conslantes des commerçants des Bouches-(lu-lihône axec la Gt"èce, 
Constantinople et le littoral de l'Adriatique, l'artout ailleurs si l'influence 
byzantine se fait sentir, c'est h l'insu des arti.tes pour ains dire, c'est par 
une infusion plus ou moins prononcée due, en _grande partie, à l'introduc- 
tion d'objets d'art, d'étoiles, de manuscrits orientaux dans les différentes 
provinces des Gaules, ou pat" (les nitations de econde main, exécutées 
par des architectes locaux. A ux x' et xtl  siècles, les relations de lOccident 
avec l'Orient étaient comparativenent beaucoup plus suivies qu'elles 
ne le sont aujourd'hui. Sans compter les croisades, qti précipitaient en 
Orient des milliers de Bretons, d'Allenands, de Français, d'Italiens, de 
Provençaux, 1 ne faut pas perdre de vue l'impo.tance des établissêmenls 
religieux orientaux, qui entretenaient des rapports directs et constants 
avec les monastères de l'Occident; le commerce; l'ancienne prépondé- 
rance des arts et des ciencês dans l'empire byzantin; l'élat relativement 
civilisé des peuples arabes; la beauté et la t'ichesse des ptoduits de leur 
industrie; puis entït, pour ce qui touche particulièt'ement à l'architecture 
t'eligieuse, la vénération que tous les chrétiens occidelttaux portaient aux 

édifices élevés en terre sainte. Un exemple, a premier abord, reposant. 
sur une base bien fragile, mais qui, par le fait, est d'une certaine valeur, 
ient particulièrement appuyer ces derniè'es observations, et leur ôter 
ce qu'elles pourraient avoir d'hspothetique aux seux des personnes qui, 

en archéologie, n'admettent avec rai,ot que 
église Saint-Sauveur de 'evers, 6croulée en 
chapiteau du contmencement du xtt « siëcle, sur 
église que nous donnons ici (fig. h T). Cette église 

des faits. Dans l'ancienne 
839, existait un curieux 
lequel était sculptée une 
est. complétement orien- 

talo. Coupoë au centt'e portée sur pendentifs que le sculpteur a eu le -oirt 
d'indiquer naïvement par les arcs-doubleaux apparaissant à l'extérieur, 
à la hauteur des combles; tvanssêpt terminé par des absides semi-circu- 
]ares, construction de maçonnerie «lui rappellë les appareils orné des 
églises grecques; abs_ence de contre-forts, si apparents à cette époque 
dans les églises françaisês; couvertures qui n'ont rien d'occi«lêntal ; clo- 
cher c)'lindrique planté à cSté (le 1, nef, sans liaison avec elle, contraire- 
ment aux uages adoptés dan nos contrées ; pot'te carrée, non sut'montée 
d'une archivoite ; petites fenètrês cintrées, rien n'y manquée : c'est là un 
édifice tout autant byzantin que Saitt-31arc de Veni_-e, qui n'a de byzantin 
que ses coupoles à pendentifs et son narthex, et qui, comme plan, rap- 
pelle une seule église orientale détruite aujourd'hui, celle des Saints- 
.Ap6tres '. Or, à Nevers, au xt" siècle, voici un ouvrier sculpteur qui, sur 

curieux fragment fut décou,ert dans les dccombres de l'église Saint-Sauveur 
. --- 8 



[ AncnrrEcTcn ]  218 -- 
un chapiteau, figure une église qu'on croirait gtre un petit modèle venu 
d'Orient. Ou bien ce sculpteur avait été en Grèce ou en Syrie, ou on lui 

avait remis, pour tre reproduit, un fac-simile d'une église byzantine: 
dans 1' - " 
un comme dan l'autre cas, ceci prouve qu"à cette epoque, au mi- 
lieu de contrées où les monuments religieux construits n'ont presque rien 

de Nevers en 18t3, par Ml M6rimée, inspecteur g,..néral des monmnents historiques, et 
par nous. Il fut transporté dans h- musée ,le la x ille, sur nos pressantes sollicitations, 
nous espérons qu'il s'.v trouve encore. (Vr,.. les lnnales ord, eologiques, ,oi. II, p. tt6 
et suiv. La gravure est accompagncê d'une judicicu.,.e et savante notice de M. Didron, 
à laquelle nous ne pouxons mieux faire que de renvo.ver nos lecteurs.' 



--- 219 --- [ AttCtilTt:Cr(.r.aE ]" 
qui rappelle l'architecture byzantine, ni comme plan, ni comme détail 
d'ornementation, on savait cependant ce qu'était une église byzantine; 
les arts d'Orient n'étaient pas igrtorés ct dexaient par conséquent exercer 
une influence. Seulement, ainsi que nous l'avons dit déjà, cclte influence 
ne se produit pas de la m/me manièrc partout. C'est un art plus ou moins 
bien dtudié et connu, dont chaque contrée se sert suivant les besoins du 
moment, soit pour construire, soit pour disposer, soit pour décorer 
éditices religieux. Dans le Périgord, l'Angounois, une pariie du Poitou 
et de la Saintonge, c'est la coupole sur pendentifs qui est pise à l'Orient. 
En Auvergne, c'est la copole sur troDes form5e d'arcs concentriquês, 
les appareils façonnés et multicolores. Sur les bords du Bhiu, ce sont les 
grandes dispositions des plans, l'ornenentalion de l'arcllitecturê qu 
reflètent les dispositions et l'ovnementalio byzantines. E Iq'ovence, h 

finesse des moulures, les absides à pans coupe., qui rappellent les óglise 
grecques d'Aie. En Normandie et en l'oitou, on relrouxé cotnme une 
réminiscence des imbrications, des zigzags, des combinaisons géomé- 
triques, et des entrelacs .si fréquents dans in sculpture chrétienne de la 
8yrie centrale. 
Les premières croisades ont une part évidente dans cette influence des 
arts byzantins sur l'Occident; mais c'est précisément au momett où les 

guerres en Orient prennent une grande importance, que nous voyon, 
l'architecture occidentale abandonner les traditions -allo-roaines ou 
byzantines pour se développer dans 
On s'explique comment l'architecture 
les mains des clercs, dut renfermer 
la fréquenee des rapports des établissemênls religieux de l'Occident avec 
la terre sainte et tout le Levant, ou le norl de l'Italie, qui, plus qu'au- 

un sens complétenent nouveau. 
religieuse, talt qu'elle reslt entre 
quelques éléments orientaux, pat 

rune autre partie du territoire occidental, avait été envahie par les 
arts hyzantins '. Mais quand les arts de |'architecture furent pratiqués 
en France par des laïques, vers le milieu du x  siècle, cés llOlVeaux 
artistes étudièrent et pratiquèrent leur art sans avoir ,:t leur disposition 

des architectes appartenaut à des ordres 
durent prendre l'architecture là où les 
ils profitèrent de cette réunion de tra- 

ces sources diverses auxquelles 
religieux avaient été puisC. Ils 
monastères l'avaient amenée ; 

ditions accumuléês par les ordres 

les éléments 
diverses, un 

monastiques, mais en faisant de ces 
orientaux et occidentaux se 

appartenant, au g6nie des 

les provinces de France en 
ou des élablissements reli- 
ne povaient s'élever h un 

amalgames dans lesquels 
trouvaient mélangés à doses art 
populations indigcnes. 
L'architecture religieuse se développe dans 
raison de l'importance politique des évèques 
gieux. Dans le'domaine royal, les monastères 
degré 

d'influence égal à celui de la royauté. Mais des établissements tels 

• 
Voyez, sur l'archftecture byzantine en France, l'extrait des articles publies par 
Vitet (cahiers de janvier,, ferfier et mai 1853), p. 36 et 



[ ARCIIITECTURE ] --- 220---- 

de son uzcrain temporel, érigeait une cathédrale plus riche, plus vaste 
ci plus imporlante que les égl|ses des abbayes qu'il prétendait soumettre 
l' 
à sa juridiction. Tel était ce grand mouxenent ver. unité gouverne- 

d'une province, élevait un ch,teau supérieur 
étende  lous les ch'ateaux qu'il prélendait 
mëme l'évèque d'un diocèse du domaine royal, 

comme force et comme 
faire relever «lu sien, de 
appuyé sur la puissance 

mentale qui se manife,tait mëme au sein de la féodalité cléricale ou 
séculière, pendant le Xl  siècle, non-seulement dans les actes politiques, 
mas jusque dans la construction des édifiees religieux ou militaires. 
Cette tendance des évëques "à mettre les églises abbatiales au second rang 
par un signe matériel, aux 3eux des populations; nous dirons plus, ce 

besoin à la fois 
d(sordres 
XII' siècle, 
inouïs pour 
calhédrales, 
quables par 
majestueux, sont 

religieux et politique, si bien 
qui s'ét;,ient introduits au sein des 

de rendre l'unité à l'Église, fit faire 
arriver à construite rapidement de grandes et magnifiques 
et explique comment quelques-uns de ces édifices remar- 
leur étendue, la richesse de leur architecture, et leur aspect 
élevés avec ,égligencê et parcimonie, n'ont pas de 

justifié d'ailleurs par les 
monastères dès la fin du 
à l'épiscopat des efforts 

que Cluny étaient en possession aux xt ° et XII e siècles d'ne puissance bien 
autrement indépendante et étendue que celle du roi des Français. Un sou- 
verain, si faible de caractère qu'on le suppose, n'est pu tolérer dans son 
domaine une sorte d'Élat indépendant, ne relevant que du saint-siCe, se 
gouvernant par ses propres lois, ayant de nombreux vassaux, sur lesquels 
le roi n'exerçait aucun droit de suzeraineté. Aussi voyons-nous dans le 
domaine royal les évèques, qui, au temporel, étaient de véritables seigneurs 
féodaux, luttant souvent eux-m.nes contre le pouvoir immense des abbés, 
acquértr une puissance très-étendue sous la suzeraineté royale. L'épisco- 
pat, ayant vis-,'-vis de la royauté les caractères de la vassalité, ne lui por- 
tait pas ombrage, et profitait de sa l)uissance naissante. C'est aussi dans le 
domaine royal que les grandes cathédrales s'Cèvent en prenant, comme 
monuments religieux, une importance supérieure à celle des églises ab- 
btiales; tandis qu'en dehors du territoire royal, ce sont au contraire les 
églises abbatiales qui dominent les çathédrales. Comme seigneurs féo- 
daux, les évêques se trouvaient dans le siècle; ils n'avaient ni le pouvoir ni 
surtout la volonté de conserver les formes de l'architecture consaerée par 
la tradition; bien nieux, gènés par l'importance et l'indépendance de 
puissantes abb;,yes, ils saisirent avec ardeur les moyens que les artistes 
laiques leur offraient au Xl  siècle de se soustraire au menopole que les 
ordres religieux exerçaient sur les arts conme sur tOUS les produits de 
l'intelligence. Alors l'église était la plus saisissante expression du génie des 
populations, de leur richesse et de leur foi; chaque évêque devait avoir 
fort à cœur de nontrer son poux'oir spirituel par l'érection d'un Crite 
qui devenait comme la représentation matérielle de ce pouvoir, et qui, 
par son éten,lue et sa beauté, devait mettre au second rang les églises 
monastiques répandues sur son diocèse. Si le grand vassal du roi, seigneur 



fondations, ou présenlent 
t6riaux empoyés, ne sont 
et de grandeur. 

des conslructions 
guère en rapport 

qui, 

[ AacnTr:c-r:a ] 
par la pauvrete des ma- 
cette apparence de luxe 

Des esprits sages et réfléchis parmi nous cherchent 'h démontrer (nos 
ne savons trop pourquoi) que noire vénérable architeclure religieu,-e na- 
tionale pèche par plus d'un poinl, e présente notamment de ces négli- 
geces incroyables d« construclion qi compromettent la durée 
cerlaia nombre d'éditices ; ils voudrot b}en ternir conple de ces néces- 
sités impérieuses plus fortes que les artist.es, et qui les coIraignent bien 
malgré eu.-,-, dans tous les temps, à e phs employer les moyens indiqués 
par l'expérience ou la science... De ces deu, manières de raisonner quelle 
est la plus juste?... La cath6drale de lteims est adnirablement fondée; 
ses plies, hierAes en grands et beaux matériaux de choix, bien posés et 
ravalés, n'ont subi aucun mouvement; ses voùtes, solidemet et j,li- 
eieusement contre-butées par des ares-boutants bien couverts, d'une por- 
tée raisonnable, par des contre-forts largement empattés, ne présentet 
pas une fissure, et cette cathédrale a été la proie d'un incendi" terrtble, 
et l'incurie de plusieurs siècles l'a laissée livrée aux intempéries, et cepen- 
dant on n déeoure dans toute »a construction ni une lézarde, nt une 
déformation: donc les architectes du xt ° siècle étaient d'exce!lents con- 
structeurs.. Ou bien, la calhédrale de ._êes est élevée sut" de vieilles 
fondations imparïaites, qui par/out ont cédé ; les matériaux employés dans 
sa construction sont de qali|6 médiocre; sur tOUS les points on a cher- 
eh6 l'économie, tout en voulant élever un vaste et magniliqe monument; 
cette eathé«lrale craque de toutes parts, se disloque et se lézarde, sa ruine 
est imminente:donc les architectes du Xil" siècle étaient de mauvais 
eonslructtrs, ne fi»ndant pas leurs Adit]ces, les Cevant en ntatériaux 
insuffisants comme résistance, etc., etc. 
Les évêques, comme les arclitec/es de ces temp., ont dù obeir h une 
donnée politique et religieuse qui n , leur permettait pas le choix des 
moyens. Les diocè, ses pavres devaient élever d'immenses et magnifiques 
cathédrales tout comme les diocèses riches. Et ne jetons pas le bl',tme aux 
architectes qui, placés dans «les conditions alCavorables, avec des res- 
sources insufiisantes, ont encore su, avec une adresse rare, remplir le 
programme imposé par les besotas de leur temps, et élever des édiIices 
proches de leur ruine aujourd'hui, mas qui n'en ont pas moins duré six 
cents ans, après avoir rempli leur grande mission reliiese. Avant de 
juger sévèrement, voyons si les évques qui cachaient leur pauvreté sous 
une apparence de richesse et de splendeur pour concotrir à la grande 
œuvre de l'unité nationale par l'unité du pouvoir religieux, si les arehi- 
teeles hardis qui, sans s'arrèter devant des dilficultés matérielles, insur- 
montables pour n,»us, ont élevé des édifices encore debout, ne sont pas plus 
méritanls, et n'ont pas développé plus de science et d'habileté que ceux 
abondamment pourws de tout ce qui pouvait faciliter leurs entreprises. 
La peinture, la statuaire, la musique et la po.ie doivent Otre jugés 
d'une manière absolue : l'oeuvre est bonne ou mauvaise, car le peintre, le 



[ ¢,nCnTCa'rnr ] -- 222 --- 
sculpteur, le musicien et le poëtc peuvent s'isoler; ils n'ont besoin pour" 
e.,primer ce lue leur esprit conçoit qe d'un peu de couleur, d'un mor- 
(.eau de pierre ou de marbre, d'un instrument, ou d'une écritoire. )lais 
a, chitectuve est soumise "à des circonstances complélcmcnt étrangères 
car,t(tetes fi'apl}ants de Var- 
a l'artiste et plus fortes que lui: »r, un des -" • ' 
chitectuvê religieuse inaugurée par les altisles laïques à la fin du xii" siècle, 
c'est «le pouvoir se prêter ;'t toutes les exigences, de permettre l'emploi 
le l'ovtementation la plus riche et la plus chargée qui ait jamais été 
appliquée aux édilices, ou des tormes les plus simples et des procédés les 
llus {,conomiques. Si "à cette époque quelques grandes églises altectent 
une richesse al)parente, qui contraste avec l'extrè.me pauvreté des moyens 
,le construction employés, cela tient 'à des exigences dont nous venons 
d'indiquer les motit's; motifs d'une importance telle que force était le s'y 
sotmettre. « Avant tout, la cathédrale doit êlre pacieuse, splendide, 
éclatante de verrières, décorée de sculptures; les ressources sont modi.- 
ques, n'imporlel il faut satisfaire ,à ce besoin religieux dont l'in,portance 
est supérieure à toute autre consitération; contentons-nous {le fonda- 
tions impavt'ai|es, de matériaux nédiocres, mais Cevons une église 
nulle autre égale dans le diocèse. Elle périra promptement, n'importel 
il taut qu'elle soit élevée; »i elle tombe, nos successeurs en bâtiront une 
autre .... » V,:,ilh comment levait raisonner tin évoque à la fin du xii e siècle; 
et s'il ¢tait dans le faux au poinl de vue de l'art, il était dans le vrai au 
point ,le vue tlê/'unité religieuse. 
,«;- que les architectes 
Ce n'était lonc ni par ignorance, ni par n._..._nce, 
du Xl  siècle construisaient inal, quand ils construisaient mal, puisqu'ils 
ont élevé (les 6di/ices irréprochables comme con.,;truction, mais bien 
parce qu'ils étaient dcminés par un besoin moral n'adnet|ant aucne ob- 
jection, et la preuve en est dans cette quantité innoubrable d'égli.es du 
second ordre, «le collé« 1 de pa' 
,a es, t,»e où la pénurie des ressources a 
produit des édices d'une grande sobriété d'ovnementation, mais où l'at 
tin constructeur app,rait d'autant plus que les procédés sont plus sim- 
ples, les matériaux I»lus grossiers Otl de qualité médiocre. Par cela morne 
que beaucoup de ces édifices construits avec parcimonie sont parvenus 
jusqu'à nous, après avoir traversWplus de six siècles, on leur reproche 
leur pauvreté, on accuse leurs constructeurs! mais s'ils élaient tombés, 
si les cathédrales «le t_21artrês, de Ieims ou tl'Amiens étaient seules debout 
aujourd'hui, ces constructeurs seraient donc irréprochables ? (x, oy. COS- 
STttUCTIO.S, C.tTÉr, ttaCE.) Dans notre ._tècle l'unitWpolitique et adminis- 
trative fait çc, nvevger toutes les ressources du pays vers un but, suivant les 
besoins du temps, et cependant nous sommes témoirs tous les jours de 
l'insuffisance de ces ressources lorsqu'il s'agit de satistaire h de grands 
intérëts, tels que les chemins de ter par exemple. 5lais au xii  si6cle, le 
pays, morcelé par le syslème féodal, composé de provinces, les unes pau- 
vres, les autres riche, s, les unes pleines d'activité et de lumières, les autres 
adonnées à l'agriculture et ne progressant pas, ne pouvait agir avec en- 
semble ; il fallait donc que l'ellort de l'épisêolt tt)t immense pour réunir 



___ O_O.B ___ [ AICHITECTUBE ] 

des ressources qui lui permissent d'ériger en cinquante années des 
cathédrales sur des plans d'une étendue à laquelle on n'était pas arri,,é 
" d' 
jusqu alors, et une richesse, comme art, supérieure à tout ce qu'on avait 
vu. De mëme qu'au Xl, siècle le grand dévelopi,'ement pris par les éta- 
blissements religieux avait intlu6 sur toutes les construct[ons religieuses 
de cette époque; de m6me, au commencement du x  siècle, les grandes 
entreprises des évêques se réllétaient sur les édificês religieux de leurs 
diocèses. Au xt" siècle, les églises monastiques avaient servi de modèles 
aux églises coll6giales, aux paroisses et mme aux cathédrales; au 
Xt]l" siècle, ce sont h leur tour les cathédrales qui imposent les dispositions 
de leurs plans, leur système de construction et de décoration aux églises 
colégiales, paroissiales et monactiques. Le but de l'épiscopat se trou,-ait 
ainsi rempli, et son intluence morale pr6doninait en neme temps que 
l'influence matérielle des édifices qu'il s'élai! tnis à construire avec tant 
d'ardeur, et au prix tl'énortnes sacrifices. Ces grands monuments sont 
donc pour nous respeclables sous le point de vue de l'art, et comme l'une 
des productions les plus admirables du géie humain, mais aussi parce 
qu'ils rappellent un etlbrt prodigieux de notre pays vers l'unitWnationale. 
En cirer,  la tin du xn  si{ele, l'entreprise de l'épiscopat était populaire. 
La puissance seigneuriale des abbés se Irouvait attaquée par la prédomi- 
nance de la eathédrale. La ,oblesse séculière, qui n'avait pas vu sans envie 
la richesse et'oissante des établi,.;ements monastiques, leur immense in- 
fluence morale, aidait les évëques dans les ettbrts qu'ils, faisaient pour 
soumettre les abb:yes à leur juridiclion. Les populations urbaines x oyaient 
dans la eathédrale {non sans raisons) un monument national, comme une 
représentation matérielle de l'unitWdu pouvoir vers laquêlle tendaient 
toutes leurs espérances. Les églises abbaiales étaient des édi/ices particu- 
liers qui ne satisfaisaient que le sentiment religieux des peuples, tandis 
que la cathédrale était le sanctuaire de tous; c'était à la fois un 6difice 
religieux et civil (voy. C,.'rUÉDa,tL), Où se tenaient de grandes assem- 
blées, sorte de fo.««m saeré qui devenait la garantie des libertés politiques 
en même temps qu'un lieu de prières. C'était enfin le mono:ment par ex- 
cellence. 11 n'était donc pas étonnant que les évg.ques aient pu runir lout 
à coup, dans ces temps d'émancipation politique et intellectuelle, les res- 
sources énormes qui leur permettaient de rebàtir leurs ealhédrales sur tous 
les points d domaine royal. En dehors du domaine royal, la eathédralê 
se développe plus lentement, elle le cède longtemps et jusqu'à la fin «lu 
x' siècle aux églises abbatiales. Ce n'est qu'à l'aide de la prépondérance 
du pouvoir monarchique sur ces provinces, que l'épiscopat élère les grands 
monuments religieux sur les modèles de ceux du Nord. Telles sont les 
eathédrales de Lyon, de Limoges, de Clermont-Ferrand, de ,Narbonne, 
de Béziers, de Rodez, de Mende, de Bayonne, de Gareassonne, et ces édi- 
fiees sont de véritables exceptions, des monuments exotiques, ne se ratta- 
chant pas aux construetîons indigènes de ces eontrées. 
Le midi de la France avait été le |héttre des guerres religieusês pendant 



[ ARCHITECTURE ] -- 22//---. 
le XII e siècle et une partie du Xllle; SOli architecture était restée s{aticm- 
naire, alors que dans lê Nord elle faisait de si rapides pt'ogt'ès. La plupart 
des glises avaient Ce détruites pendant les guerres civiles, résultat de la 
lutte des hérésiarques avz2 e catholicisme, et il et difficile aujourd'hui 
de savoir, à cause de la rareté aes e..emples, quelle étit la marche suivie 

par cette architecture. 
Xll e siècle, nous trouvons 

Parmi les monuments 
des plans qui rappellent 

religieux antérieurs au 
les dispositions (le ceux 
du Poitou, d'autres qui ont les rap- 
port« les plus directs avec ceux de 
l'Auvergne : telles sont, par exemple, 
la grande église de Saint-Sernin de 
Toulouse, la partie ancienne des ca- 
thédrales d'Auch et de Saint-Papoul; 
d'autres enfin qui sont construits dans 
des données qti paraissent appartenir 
au centiWde Toulouse : ce sont ceux- 
là dont. nous nous occuperons parti- 
culiè,en,ent. 
Nous avons vu que la plupart des 
édifi«es religieux du Nord, du Poilou, 

de l'Auvergne et de la Bourgogne 
procédait'nt de la basilique latine. 
Datis lne parlie de l'Aquitaine et sur 
les bords du Rhin, par exception, des 

églises avaient été élevée, sans collaté- 
raux. En Provence et sur le territoire 
du comté de Toulouse, nous retrou- 
vons, avant le Xil  siècle, des traces 
de monuments religieux qui procé- 
daient d'une disposition antique dont 
la basilique de Constanlin à Rome 
est le type : c'est une nef couverte par 

des voUtes d'ar6te contre-butées par des contre-forts intérieurs réunis par 
des berceaux plein cintre (fig. t8). Les cathédrales de Marseille et de FfAjus, 
monuments presque antiques, ont encore conservé cette donnée. Dans le 
comté de Toulouse, sauf la partie ancienne de la cathédrale de Toulouse, 
qui dtte du XII e siè('le, les autres é,lifices antérieurs attx guerres des Albi- 
geois, et qui étaient constrtits d'après ce système, n'existent plus; mais dès 
le Xlll e siècle, slt6t après les désastres, nous voyons reprcduire ce mode 
de b,-ttir les édltïCeS religieux. Dans la ville basse de Carcassonne, les deux 
églises élevées par les habitants, sur l'ordre 
cette disposttion de nefs sans collatérattx, avec 
contre-butant la voùte principale ; seulement alors 
a remplacé la voùte d'argte romaine, et les travées, 
que la nef, forment comme autant de chai:elles 

de saint Louis, reproduisent 
contre--forts intérieurs 
la ver, rte en arcs d'ogive 
beaucoup moins larges 
entre les contre-fort. 



fenëtres sont 

--- .-0 --= [ ABC[IITECTUBE ] 
de cl6ture qni ferme et surnonte ces chapelles, «le longne 
ouvertes qui éclairent l'intérieur (fi. 9). Le sanctnairc de ce 

6glises se compose, ou d'une seule abside: telle est l'église de Montpezat 
(Tarn-et-Garonne), fin du x  siècle (fig. 50); ou de trois absides, une 
grande et deux petites, comme à Carcassonne. La plupart de ces églises 

, t I 

étaient précédées d'un porche s,rmonté, d'un s,ul clocher placé dans l'axe 
de l'église. Pendant le xlv siècle, la grande cathédrale d'Alby fut construite 
à'après ce système; seulement on établit deux étages de chapelles, afin de 
renfermer en tièrement les contre-forts dans l'intérieur (fig. 5 l), et les rot)tes 
en arcs d'oive des chapelles de premier étage, handCs sur les formerets 
de la voûte de la nef, atteignirent son niveau; les jours étaient pris dans 
/es murs de cl6ture des chapêlles hautes par de longues et étroites fenètre.,,. 
Au lieu de trois absides percées dans le mur de l'est, comme dans les deux 
églises de Carcassonne, le chœur d'Alby se tertnine par sept chapellcs 
rayonnantes à double étage comme celles de la nef (voy. CA'rn ÉDr.Lr.).Cêt:e 
disposition e»t grandiose : la nef de Sainte-Cécile d'Alby n'a pas moins ae 
17",70 dans œuvre; mais-il faut dire que, pour le culte catholique, ,es 
grandes églises sans bas cbtés ne sont pas commoles. Rien dans ce grand 
t. -- 29 



[ AP, CIilTECTUIE ] ---- 226- 
visseau n'indique la place des fidèles, celle du clergé; à Alby, on a d 
établiv. au xv  siècle, un chœeuv fermé par une biCante elaire-oie de 

pierre, qui forme comme un bas c6té aulouv du sanctuaire ; les chapeiles 
sont pelites. Ce monument, sans eollatéraux, sans transsept, dans lequel 
lè sanctuaire est eomne un meuble apporté après coup, est plut0t une 
slle qa'une eathédrale appropriée aux besoins du eulle. Les ehapelles du 
premier lage, qui communiquent enl'e elles par de petites portes, n'ont 

I ! 

I 

i 

pas d'utilité, ce sont des tribunes qui ont l'inconvénient de reculer ies jour«, 
et assonbvissent par conséquent l'intérieur. Ce monument, bti de briques, 
a été couvert de peintures qui datent de la fin du x" siècle et du com- 
mencement du xv ". Celte décoration produil un grand effel, et di,simule 
la lourdeur de ces voùIes, qui, ,à cause de l'extrëme larger «le la nef, 

lrennent leur naissance à moitié 
œuvre ; les contre-forts refermés h 
les fenêtres et font paraître les pili 

environ de la ha leur totale du dans- 
l'int6rieur, par leur projection, cachent 
ers portant les vofites plats et maigres. 

Dépourvu d ses peinlures, cet intérieur serait froid, triste et lourd, et ne 
supportêrait pas la comparaison avec nos grandes cathédrales du Nord. La 
cathédrale d'Alby produisit qu«.lques imitations, les églises abbatialês de 



-- 7 -- [ ,CnTïCtn ] 
- Moissac, de Saint-Bertrand de Comminges, entre autres; ce type ne dé- 
passa pas le territoire où il s'était développé, mais s'y perpétua jusqu'à 
l'époque de la renaissance. Le midi de la France avait été épuisé par les 
guerres religieoses pendant les xu  et x  siècles, il ne pouvait prodoire 
que de pauvces édifices ; en adoptant l'église à une seule nef, sans bas 
côté, comme type de ses monuments religieux, il obéissait à la nécessité ; 
ces cousttuctions était beaucoup moins dispendieuses que n'est cci le de ns 

51 

églises du Nord, avec leurs transsepts, leurs collatéraux, 
rayonnantes autour du chœur, leurs galeries supérieures, 
lants et leurs grandes claires-voies à meneaux alCorAes de 

leurs chapelles 
leurs arcs-bou- 
sl)lendides ver- 

rières. Le souvenir des guerres civiles faisait, donner 'à ces édifices religieux 
l'aspect de constructions nilitaires, et beaucoup d'en/re eux 6talent réel- 
lement fortitiés. L'église abbatiale de Moissac avait été fortifiée au moment 
des guerres des ,lbigeois. Lescathédralesd'Alby, de Bézies, de Narbonne, 
et presque toutes les églises paroissiales ou monasti<les 6levées pendat 
les xna • et xv  siècles, étaient défendtes comme de véritables forteresses, 
adoptaient par conséquent des formes simples, ne prenaient <ite des jours 
étroits et rares à l'extérieur; se couronnaient de tours crénclées, de m'- 
chicoulis; s'entouraient d'enceintes; se construisaient str des points déjà 

défendus par la nture; n'ouvraient que des 
souvent, difficiles d'accès, protégées par des 
Après les guerres civiles étaient survenues 
toutes les villes du Languedoc faisant partie du 

portes latéralcs, détournées 
défenses (voy. CATllËDRALE), 
les guerres avec l'Arago; 
dolnaine ro3"al sous saint 



Louis, Philippe le Hardi, Philippe le Bel et Charles V, frontières du 
.2ous.qllon et du comté de Foix, étaient continuellement en butte aux 
incursions de lcrs puissants voisins. Chaque édifice avait été utilisé dans 
ces villes pour la defênse, et naturellement les églises, comme les plus 
éle'és et les plus importants, devenaient des forts, participaient autant de 
l'architecture militaire que de l'archilecture religieuse. La Guyenne, dont 
la possession était continuellement contestée pendant les xr et xv  siè- 
cles, enlvA les rois de France et d'Anglêterre, conservait ses vieilles églises 
romanes, mais ne b'tissait que de rares et pauvres édificês religieux, vIles 
rëflets ,le ceux ,_lu Nord. Riche d'ailleurs, adonnée au commerce sous la 
domination anglaise, cette province songeait pluôt à bltir des 6ostide.«, 
des maisons ët de. édifices municipaux, qu' ériger des monuments reli- 
gieux. Quant à la Bourgogne, populeuse, unie, elle développait son archi- 
lêcttre religieuse sous l'inspiration de celle du domaine royal, mais en 
y nêlant son génie fortement pénéré des [raditions romanes, et dans 
lequel les églises clunisiennes et cisterciennes avaient laissé des traces 
inaltérables. Cette province est une des plus faverisées en matériaux de 
qalités excellentes. Les bassins supérieurs de la Seine, de l'Yonne et de 
la Saéne fournissent abondamment des pierres calcaires et des grès durs 
ét ten,ires, faciles à exploiter en rands morceaux, d'une beauté de grain, 
d'une résistance et d'une durée sans égaies. Aussi les édifices bourgui- 
gnons son--]s, en général, bàli» de grands malériaux, bien conservés, et 
d'un appareil savamment tracé. Celte abondance et ces qualités supérieures 
de la pierre intluent ur les formes ,le l'architecure bourguignonne, sur- 
otut à l'époque où l'emploi des matériaux joue un grand réle dans la con- 
lexlure des éditices religieux. Au x  siècle, les constructeurs de cette 
province proti/ent de la facilité «lui leur 6tait donn6e d'obtenir de grands 
blocs très-lésistants, et pouvant sans danger Cette posds en délit, pour éviter 
de multiplier les assises dans les points d'appui principaux. Ils ne craignent 
pas d'gelever des plies monoli|hes; ils sont des premiers à établir sur les 
corniches, à la clule des combles, de larges ehéneaux formant, à l'inté- 
rieur, des plafonds entre les formerets des vofiles et les murs (voy. Àtc 
rou.eu.¢, fig. /,à). Possédant des caleaires faciles à lailler, mais très- 
t'ermes cependant, ils donnent "à leurs profils de fortes saillies, les accen- 
luent énergiqement; à leur sculpture d'ornement de la grandeur, une 
physionomie plantureuse qui distingue leur décoration de pierre entre 

celle les provinces voisines. Les architectes bourguignons n'adoptent que 
tard les meneaux compliqués, les balustrades à jour, la maigreur qui 
dCjà, dans la seconde molliWdu x  siè, cle, s'attachait aux formes archi- 
'ectoniques de la Champagne et de l'Ile-de-Franee. 
3_ Patfs, à Reims, à Troyes, l'architecture ogivale 

penchait déjà xers 

sa décadence, 
vaient encore 
de l'orneme 
,v  siècle que 

que dans l'Auxois, le Dijonnais et. le Mconnais se conser- 
les dispositions simples, la fermeé des profils, la largeur 
ration, l'originalité native de la province. Ce n'est qu'at 
l'architecture bourguignonne devient sèche, monotoue. 



Alors les caractères particuliers "à chaque province s'effacent il n'y a plus 
qu'une seule architecture sur le territoire qui compose la France d'au- 
iourd'hui; ou du moins les différences qe l'on peut remarqer dans 
chaque province tiennent plut6t h une imitation grossibre o imparfaite 
d'une architecture admie qu'à des influences ou 
Nous avons donné (fig. 20)la coupe transversale de la calhblrale d'   tun, 
balle vers 1150, et dont la nef est voùtée en berceau ogival, l'eu après la 
construction de cet édifice, on dlevait h Langrcs la cathdrale qui existe 
encore aujourd'hui ' C'est la cath6dra]c d'Aulun, avec des routes en arcs 

d'ogive sur la nef et le transept, bas côté pourlournant le choer, et une 
seule chapelle au chevet. "x oici ,fig. 52) le plan de la cathédrale d'Autun, 

et (fig. 53) celui de la cathédrale de Langres. Le porche de la cath6drale 
d'Autun est peu postérieur à la construction (le la nêf; la façade de la 
cathédrale de Langres ayant été rebtie dans le dernier siècle, nous ne 
savons si jamais elle fut précédée d'un porche. Le choeur de la ea/héd'ale 

de Langres, avec son bas c6té pourtournant, est fort intéressant à étudier, 
earjusqu'alors, dans cette partie de la France, les ab,,ides étaient presque 
toujours simples, sans collatéraux et voùtées en quart de slhère. Langres, 
do,t le sanctuaire date de 1160 environ, donne la lransiti«)n entre les 

ehoeursconstruits suivant la donnée romane 
x  et au commencement du xi  siècle. Nous 
à A utun, le choeur commencer par une Iravée 

de la nef. A Autun, cette première 

et ceux b]evés à la lin du 
voyons 5 Langves, comme 
en tout semblalle h celles 
travée est doublée d'une seconde, puis 

t La cathédrale de Lanes est sur le territoire 
chatectur% elle appartient à la Bourgogne. 

champenois; 

mais comme stle d'ar- 



[ AICHITEETURE ] --- 230 ---- 

vient l'abside principale simple, sans bas côtés, flanquée de deux pelites 

absides comme les églises du 
du chœur, c'est une série de 
voûtes d'arête à nervures du 

Rhin. A Langres, après la première travée 
colonnes posées en hémicycle, portant les 
collateral. Ces voùtes sont naïvement tra- 

cées : car chaque travée rayonnante du collatéral formant coin, et les arcs 
ogives donnant en projection horizontale des lignes droites, il s'ensuit 
que les rencontres des liagonales ou les clefs sont bien plus rapprochées 
du sanctuaire que du mur extérieur; les naissances des avchivoltes ban- 
dées d'une colo,ne ' l'aulrê éant au morne niveau que les naissances des 
formcrels tracés sur les murs du pourtour, et les arcs formerets comme 
les archivoltes éant des tiers-poinls, les clefs de ces formerêts sont plus 
S' 
élevées que les clefs des archivoltes, et par con. equent les ltgnes de clefs 
des voûtes sont fortement inclinées (voy. CSTUCIO,, fig. 3"). I.es ar- 
chivolles de la première travée du chœur donnant la hauteur du triforium 
perc6 dans le mur d'adossement du comble, il reste dans la partie circu- 
}aire, entre la base de ce triforiunl et les archivoltes banalCs sur les co- 
lonnes, un espace plus grand. Il y a donc changement de sy.,ime complet 
entre les p«triês parallèles du chœur êl le rond-point; ce sont pour ansi 
dire deux édifices qui sont accolés l'un h l'autre, et se relient mal. Les 
g'andes vo6tcs rendênt encore ce défaut d'unité plus sensible, car la pre- 
mière travée est fermée par une voûte en arcs d'ogive, et le rond-point 
par un cul-de-four engendré par le dernier arc-doublcau ogival; et, fait 
remarquable, cette route en cul-de-four est maintenue par des arcs-bou- 
tants qui datent de sa construction. A la naissance du cul-de-four s'ou- 
vraient de petites fenètres plein cintre dont les archivoltes venaient le 
p6n6trer, landis qte sous les formerets de la première travée les feng/res 
pouvaient tre haules ci percées dans les murs goulterols. Le système de 
la construction ogivale franchement adopté dans tout le reste de l'édifice 
djà se trouvait ainsi complétement étranger au rond-point, qui restait 
roman, au moins dans sa partie supérieure. Un défaut d'harmonie aussi 
cloquant ne pouvait manquer de faire faire aux constructeurs de nou- 
xeaux eflbrts pour appliquer aux ronds-points, comme à tout le reste des 
édifices, le mode de voùter en arcs d'ogive. Comme ornementation, la 
cathédrale de Langres reste également romane : le triforium s'ouvre dans 
les combles couvrant les bas chiC; les piles sont composées de pilastres 
cannelés, comme h A ulun, à Beaune, à Clu»y, à la Charité-sur-Loire, con- 
f,»rmémênl h la tradition antique; les contre-forts du ch,:ur sont plaqu¢s 
de gros pilaslres cannelés, termin6s par des clapiteaux corinthiens; les 
chapiteaux des colonnes du chœur sont des imitations des chapiteaux 
romains '. La partie antérieure de la nef elle-même, élevée de 1180 à 1190, 
laisse voir des chapitcaux "à crochets, quoique les piles restent composées 
de pilaslres cannelés comme dans le cb.oeur et le transsept. Sur une partie 

 Langres esl une ville romaine; on y voit encore une porte 
tres cannelés. 

antique décorée de pilas- 



du territoire 
tard dans les 

-- '2_31 
bourguignon, la tradition 
6glises épiscopales, et l'on 

-- [ ARCHITECTURE ] 
romane se prolongeait donc assez 
n'adoptait la vo. te en arcs d'ogive 

I 

I 

,I 

i 

I 

I I I i I 

I ! I I 

I I I I 

I 

ci les arcs-boutants que par nécessité, et comme un 
appliqué pour voûter les éditices sans pousser les 

moyen 
murs. 

nouvcllement 
Ce ne fut que 



[ acnrrEcTrrE ] -- 232  
de 1200 à t210 que l'architecture ogivale fut franchement introduite en 
Bourgogne, lorsqu'il y avait déj trente et quarante ans qu'elle régna:.t 

,lans le donaine royal et. la Champagne. Un des premiers et des plus beaur 
exemples de l'architecture ogivale bourguignonne se lrouve dans le chœur 
et le tl'anssept de l'abbaye d,.. Yézelay, t cette abbaye appartenait p,litique- 
ment plut6t au Nivernais qu'h la Bourgogne (voy. ASDE, fig. 8, le plan 
lu rond-point). Ce choeur dut Otre bti par l'abbé ttuues, de 1198 à 1206; 
rat en celle lernière année l'abba Hgues fui deposé pour avoir endetlé 
le mona.,tère de 2-220 livres d'argent '. Les vofites du choeur de Vézelay 
avaient été élevées lans l'origine sans arcs-boutants; mais il paraitvait que 
peu après leur achèelnent, on fut obligé ,l'ê.n construire. Le triforium 

donnait dans le çon,ble (lu collaléral, 
comme à la cathélrale de Langres, 
et bientôt ce conble fut remplacé 
par des demi-rofiês d'arëte butant 
la naissance de grandes routes. 
Yoici (fig. 5h) le.-. deux premières 
vées de ce chœur (coupe longitudi- 
nale) e! (fig. 55) le plan de ce» deux 
premièreb travées. On remarquera la 
disposition particulière des piles, et 
la division des travées. La premi,ère 
 lravée est largement ouverle : e est 
une archlvo!te partant de la grosse 
r, pile du transsept, laquelle est com- 
po-ée d'un faisceau de colonnes en- 
gagées, et reposant son sommier de 
droite sur une colonne monolithe. 
Au-dessus du triforium cette travée 
une pile intermédiaire portant un are- 
de deux arcs ogives reposant sur les 
AB (lig. 55). Mais la seconde travée se 

se divise en deux au moyen d' 
doubleau. La voùte se compoe 
deux point. d'appui principaux 
divise en deux au moyen de 
e,t fermée par une voùte en 

la clef E un arc 
arc ravonnanls 
t,aute peuvent 
comme hauteur; 
doubleau GEest 
sée BCG sert de 

colonnes jumelles C. La première division 
al'es d' , 
ogive la seconde projetle contre 
CE qui vient puissamment contre-buter la poussée des 
du rond-point. D'après cette li-position, les fenOtres 
roules être de mê.me dimension comme largeur et 
l'effort des arcs rayonnanls stir le son]met de l'arc- 
bien maintenu par la diagonale CE, et la travée divi- 
transition entre les traxées rayonnantes I(i et la pre- 

1 Gallia Ch,,i,'lmna. 
t2 denier». 12 lires 
ci'argent représentait 
 t t0 000 francs, 

La lire d'argent était divisée en 20 sous, et 

le SOll 011 
denier. La li,re 
et 2220 lires 

de pain coffraient environ» à cette époque, un 
donc emiron 500 francs de notre monnaie, 



jours ne difficulté 
cathédrales, c'était 
nement des travées 

mière grande travee AB, afin d'éviter la poussée qu'exerceraient les petites 
avchivolles rayonnantes IG sur l'archivolte plus large 6B,si cette archivolte 
t,'eflt pas été divîsée. Ce danger de la possée n'était plus à craindre sur 
la pile B,h cause de la grande charge reportée sur cette pile, et l'on pouvait 
sans inconvénients laisser ouverte dans toute sa largeur l'archivolte 
Le problème que les architectes de la cathédrale de Langres n'avaient pu 
ésoudre, savoir : de faire concorder la construction des vo5tes des ronds- 
points avec celle des travées parailèles, se trouvait ainsi très-neltetel! et 
très-habilement résolu, trente ou quarante ans plus tard, ,las le ch,rr te 
l'église abbatiale de Vézel;y, et par des procédés q,i 'éta,-.t pas ettière- 
ment ceux qu'employaient les architectes du domtine royal, moins sottis 
aux traditions romanes. Comme disposition de llan, il se présentait ton- 
dans la construction des choeurs de» grande» églies 
le rayon- 

qui espa- 
çait démesurémen! les points 
térieurê, st les points de la cir- 
copférence intérieure conser- 
,'aient le même espacement 
que ceux des p ara I lb les; ou 
qui rapprochait trop ces points 
d'appui intérieurs, si ceux de 
Calent convenablement dis- 
tantC. uand les choeurs 

étaient pourtournés de dou- 

bles collatéraux, comme 
Notre-Dame de Paris, comme 
/k Bourges, cet inconvénient 
était bien plus sensible 
cote. Dès 165, c'est-t-dire 

peu de temps après la con- 
struction du chœur de la ca- 
thédrale de Langres, l'archi- 
tecte de Notre-Dame de Paris 

avait su élever un chœur avec double bas 

c6té, qui déjà résoh'ait ces difficultés, en s'affranchissant des traditions 
romanes. Ne voulant pas donner aux travées intérieures du rond-point 
un entre-colonnement A moindre que celui des travée parailèles B (fig. 5 ri), 
Ci) étant le rayon du cercle, il s'ensuivait que la première travée rayort- 
hante donnait un premier espace LMHG difficile et un second espace 
tt;EF impossible à voûter. Car comment établir un formeret de F en E? 

Et)t-il été plein cintre, que 
à la clef de l'archivolte en 
s'ouvrant davantage encore, 

sa clef se fùt élevée "5 un niveau très-supérieur 
tiers-point LM. La seconde travée rayonnante, 
augmentait la difficulté. Le constructeur 

I, -- 3O 



[ 
.leva 
e6té. 

AICIIITECTLRE ] -.- zo4--- 
doncdes plies intermédiaires O, P, en,re les colonnes du second bas 
une pilê inermédiaire également en Q, sur le mur de pr@inetiot 
«le la première travée, et deux piles intermédiaires Il., S, sur le mur de 
l,récinction des traves suivantes. Cette dispoilion donnant , 3 plies 
dans la première lravée, 2, 3 et  plies dans les aulres, rendait impossible 
1 canstruction de voûtes en arcs d'ogive, qui ne se composaient alors que 
de diagrmales d'un earré ou d'un parallélogramme, ne pouvant retomber 
par conséquent que sur des piles correspondantes en nombre Cai. Le 

\ i\ 

constructeur ne fut pa. arrëté par cette difficulté : il abandonna le système 
de vo6tes en arcs d'o._,zive croiées, et ses arcs-doubleaux M6F, NIK éta- 
blis, il banda d'atre, arcs NP, 5IP, 6R, PR PS, IS, passant ainsi sans 
difficulté ,l,t nombre pair au nombre impair; quant alx triangles de rem- 
plissa,,e ils prc)c6,1èrent de cette construction des arcs (voy. COSTrtC- 
TION, fig. lift, et ¥oUTE, fi«. 26). On_ arrivait ainsi de l'archivolte de la tra- 
vée intérieure aux d,lX arc-doul)leaux du second collatéral et aux roi 
formerets du mlr de précinction ; sous ces fl»rmerets pouvaient s'ouvrir 
trois fen6tres égales comme hauteur et largeur à celles des travées paral- 
lèles. L'ordonnance exl6rieure et intérieure de l'édifice se suivait sans in- 
lerruption,sans que l'unitWfflt rompue dansla partie rayonnante du chœur. 



-- 235 --- [ 
Il n'est pas besoin de faire ressortir ce qu'il y avait d'habileté dans ce 
système, et combien l'art de l'architecture s'ét;it développédéjà das 
l'fie-de-France dès la fin du x  siècle ; combien l'unit d'ordonnance et 
de style préoccupait les artistes de cette prosince. Jamais, en effet, dans 
les monuments religieux, grands ou petits de l'lle-de-France, on ne ren- 
contre de ces défauts d'harmonie, de ces soudures plus ou moins adroi- 
tement déguiées, qui, dans les édifices, mëme de p,'ovinces 
dénotent l'cttbrt de gens auxquels manque le génîe créateur qui co,ç,it 
son œuvre tout d'une pièce, et l'exécute sans hésitation. 
Ce beau parti, qui consistait à donner aux travées des rond.-point.,: une 
largeurégale aux travcs parallles des nefs, ne fut passuivi, malheureuse- 
ment, dans les auire cathédrales du domaine royal. A Bourges (1250), 
chœur de la cathédrale appelle la belle dispo»itioa de celui de Paris 

Il 

I 

(fig. 5). Mais si les voûtes sont très-adroitement combinées dans 1 second 
bas-c6té, les piliers de ce second collatéral n'étant pas doublés, comme h 
Kutre-Dame de l)aris, les plies intérieures ont dû tre rapprochées, et, par 
leur multiplicilé et l'étroitesse des entre-colonnements, elles masquent les 
bas c6lés et les chapelles. A Chartres (1.'220), le choeur de la cathédrale 
(li. 58) présente un plan qui ne fait pas rand honneur à son architecte : 



ARCHITECTURE ] 36 

il y a désaccord entre le rond-point et les parties parallèles du sanctuaire ; 
les e.pacements des colonnes du second collatéral sont laches, les volutes 
;t:ez pauvrement combinées ; et malgré la zrande largeur des entre-colon- 
nénents du dëxième bas cété, il a fallu cependant rappr_,cher les piles in- 
térieures. 5Iaisiciapparait une disposition dont les architecte., du Xl ¢iècle 
rê se départent plus à partir de 1220 environ: nous voyons, en effet, les 

piliers intérieurs du rond-point prendre, comme surface en plan,une moins 
grande impot'tance que ceux des travées parallèle.,. Cela était fort bien rai- 
.,onné d'ailleurs. Ce piles plus rapprochées, et ne recevant qu'une seule 
nervure de la rande voûte, n'avaient pas besoin d'ètre aussi épaisses que 
ç'élles des travées parallèles, plus espacées et recevant un arc-doubleau et 
deux arcs ogives des grandes voùtes. Le chœur de la cathédrale du Mans, 
I, eu postérieur à celui de Chartres, présente unebeaucoup plus belle dispo- 
ttion (fig. 59) : les voùtes du double collatéral rappellent la construction de 



celles de Bourges, mais plus adroitement combinées; ici les chapelles sont 
grandes, profondes, etlaissent encore entre elles cependant des espaces li- 
bres pe ur ouvrir des fenetres destinées " éclairer le double bas «ôté. Comm 
à Bourges, cês deux collatéraux sont inéga ux en hauteur, et le second, plus 
bas,estsurmonté d'un triforium et de fenetres éclairant le premier bas cSté. 
A dater de  220 "à 1:30, il est rare de voir les sanctuaires des cathé- 
drales entourés de doubles collatéraux : on se contente d'un bas coté 

O 

simple, 
églises ogivales primitives, cotonne la cathédrale «le Boue, 
dont les sanctuaires ne possèdent qu'un seul collatéral, lc 
sont qu'en nombre restreint, de manière à permettre entre 
tare de jours directs dans le bas c6té (fig. 60 '). Nous voyons 

et les chapelles rayonnantes prennent plus d'importance. Dans les 

par exemple, 
chapelles ne 
elles l'oufer- 
ici des rot)tes 

t Nous donnons le plan de ce choeur a',ec la chape|te de la Vierge cotstruite au 
xlv e siècle, sur i'etnplacement d'une elapelle de ciselet semblable aux deux autres qui 
existent encor% mais et1 peu pltLs grande. 



[ .«rcnTCTCl ] -- 238- 
combinées suivar' un mode peu usité à cette époque. Entre les chapelles, 
dans le bas côté., le grand triangle ABC est divisé par un arc enant se 
réunir à la clef des arcs ogives; c'était là un moyen, moins simple que celui 
employé à Notre-Dame de Paris, pour faire une oùte portant sur cnq 
points d'appui, mais qui était plus conforme au principe de la vorate 
9othique. Dans le collatéral du chœur de la cathédrale d'Auxerre, le naÇme 
--.ystème de voûte a été adopté avec plus d'adresse encore (voy. 

, 

Vers le milieu du XII1 e siècle,on renonce,dans les églises munies de bas côté 
pourtournant le sanctuaire, avec chapelles rayonnantes, à conserver des 
fënètres entre ces chapelles. Celles-ci se rapprochent et ne laissent plus 
entre elles que l'empattement du contre-fort recevant les arcs-boutants. 
Ces chapelles, comme toutes les absides, adoptent détinitivement en plan 
la forme polygonale, plus solide et plus facile à construire. Les chapelles à 
plan circulaire étaient un reste de la tt'adition romane qui devait disparaitre 
comme to,tes le autres. Voici (fig. 61)le plan du chœur de la cathédrale 



-- 239--- [ ArtCUTC'rUa ] 
de Beauvais (12t0 h t250), qui fait voir combien les-dispositions des plans 
s'étaient simplifiées "à mesure que l'architecture ogivale po. ursuivait réso- 
lment les conséquences de son principe . II est facile de voir, en exami- 
nant ce plan, jusqu'h quel point les architectes du xv siècle cherchaient 

h ddbarrasser les intérieurs de leurs 
pouvaient gêner la vue, et combien 
ils étaient désireux d'obtenir des 
espaces larges, et par conséquent de 
diminuer et le nombre et l'épaisseur 
des points d'appui (voy. 
Plus tard, au xr  siècle, on Alevait 
l'6glise abbatiale de Saint-Ouen, qui 
résumait les données les plus sim- 
ples de l'architecture religieuse. Nef 
sans chapelles; transsept avec bas 
(:6té et chœur avec chape]les rayon- 
nantes, celle du chevet plus grande; 
tour sur le transsept, et deux cio- 
chers sur la hçade (fig. 62) 
A partir du xv  siècle, l'architec- 
ture des édifices religieux devient à 
peu près uniforme sur tout le terri- 
toire soumis au pouvoir royal; les 
plans sont, pour ainsi dire, classés 
d'après la dimension des édifices, et 
suivent, sans de notables différences, 
les dispositions et le mode de con- 
struire adoptés à la fin du xff siècle : 
c'est seulement dans les détaiis, dans 
l'ornementation, dans les prolils des 
moulures, que la transfi)rmation 
fait sentir. Nous renvoyons donc 
édifices religieux traitées dans le 

édifices religieux des obtaclcs qui 

62 

ço 2.0 ''z-" 

se 
nos lecteurs aux différentes parties des 
Dictionaire, pour appr&:ier la nature 

de cette transformation, en connaitrelcscases et les résultats. Le x°siè- 
cleavait tant produit, en fait d'archileclure reli._qieue, qu'il laissait pcu à 
faire auxsiècles suivants. Les guerres «lui bouleversèrent la France pendan 
leg x ve t x v«siècles n'a u raien t plu s pe rm i.s d'e n tre p ren d re des édi/ices d'une 

t Le plan que nous t.tonnons ici est celui du choeur ,le Beau',ais tel qu'il fut exécuté 
ail Xill e siècle avant les restaurations des xxv" ci xvi e siëcles. 
,2 Les tiocllers indiqués sur ce plan aaient etA commoncés au xv e siècle seule- 
ment; ils ne furent jamais terrainC, mais ils présentaieht une dispo,ition particulière 

qui ne manquait pas de grandeur, donnait un large porche et au total, un bea, 
parti de plan. Leurs souçhcs ont dtd démolie. pour f;;ire place à une laçade dans le st le 
du xv e siècle. 



l AIC[ITECTUIE I -- 250--- 
importance égale. à nos grandes cathédrales, en admettant qu'elles n'eus- 
sent pas été toutes élevées avant ces époques désastreuses. Les édifices reli- 
gieux compléement b;ttis pendant le xv  siècle sont rares, plus rares en- 
core pendant le siècle suivant. On se contentait alors, ou de terminer les 
églises inachevées,ou de modifier les dispositions primitives des églises des 
Xl' et XllI" siècles, ou de les restaurer et de les agrandir. Cest à la fin du 
xv" siècle et au commencement du xvI', alors que la France commence . 
ressaisi, if sa puissance, qu'un nouvel élan est donné/k l'architecture reli- 
gieuse ; mais la tradition gothique,bien que corrompue,abâtardie, subsiste. 
Bêacoup de grandes cathédrales sont terminées ; un grand nombre de 
petites églises dévastées pendant les guerres, ou tombées de vétusté par 
site d'un long abandon et de la misère publique, sont rebàties ou répa- 
rées. Mais bient6t la réformation vientarrëter ce mouvement,et la guerre, 
les incendies, les pillages, détruisent ou mutilent de nouveau la plupart 
des édifices religieux à peine restaurés. Cette fois le mal était sans re- 
mède, lorsqu'à la fin du xv' siècle le calme se rétablit de nouveau. La. 

renaissance avait êfl'ac6 les dernières traces 
longtemps encore, dans la construction des 
sitions des églises françaises du xrtr  siècle 

avait présid( à leur 
quer les formes de 
mal, au système de 

construction 

du vieil art national, et si, 
édifices religieux, les dispo- 
furent suivies, le génie qui 
était éteint, dédaigné. On voulait appli- 
romaine antique, que l'on connaissait, 
des églises ogivales, que l'on méprisait 

l'architecture 
construction 

sans les comprendre. C'est sous cette inspiration indécise que futcommen- 
cée et achevée la grande c»-Iise de Saint-Eustache de Paris, monumêt, 
mal conçu, mal construit, amas confus de débris empruntés de tous 
c6tés, sans liaison et sans harmonie ; sorte de squelette gothique re(tu 
de haillons romains cousus ensemble comme les pièces d'un habit d'ar- 
lequin. Telle était la force vitale de l'architecture religieuse née avec la 
prédominance du pouvoir royal en France, que ses dispositions générales 
se conservent jusque pendant le siècle dernier; les plans restent gothi- 
ques, les voùtes hautes continuent à être contre-butAes Far des arcs- 
I_,outants. Mais cette architecture batarde est frappée de stérilité: Les 
architectes semblent bien plus préoccupés de placer les ord,'es romains 
dans leurs monuments que de perfectionner le système de la construc- 
l:,on, ou de chercher des combinaisons nouvelles; l'exécution devient 
l,»urde, grossière et maniérée en morne temps. Nous devons cependant 
rendre cette justice aux artiste du XVllSiècle qu'ils savent conserver 
dans leurs édilïces religieux une certaine grandeur, une sobriété de 
lignes et un in-tinct des proportions que l'on ne retrouve nulle part 
ailleurs en Europe à cette époque. Pendant qu'en ltalie les architectes 
se livraiêt aux extravagances les plus étranges, aux débauches de 
goùt les p|s monstrueuses, on Cevait en France des églises qui, rela- 
tivement, sont des chefs-d'oeuvre de style, bien qu'alors on se piqu:ît 
de ne trouver la perfection que dans les monuments de la Rome an- 
ti,lue ou moderne. Cette pveférênce pour les arts et les artistes étrangers 



et surtout italiens, nous }tait venue avec la renaissance, avec la protc,:- 
tion accordée par la courh tout ce qui venait d'outre-nots. La monar- 
chie, qui, du xit" au xv"iècle, avait grandi au milieu de cette pç, pulation 
d'at't»tcs et d at'tisans français, dont le travail et le ec«'-çtie t'aaient pas 
peu contribué à augmenter sa gloire et sa puissatce, oubliattt (,n ot'igno 
toute nationale, tendait dorénavant à imposer ses goùts à la tation. Du 
jour oh la cour p'étendit diriger leb arts, elle étoulta le e naturel 
aux vieilles populations gallo-romaine, re discret,, 
si elle ne veut pas etl'oucher les arts, d¢'s ,'llVl'eS 
originales, ont surtout besoi de liberté, aclitecte 
qu paraissaient pr6senter le plus d aplitude, envoyé a lt,-,ne sous ue 
,lirection acalémique, je[és aisi en sortat de l'école das ue ville doigt 
ils avaient e[edu vatnter le innombrables êrveille, l»erlaiet leU h 

peu cette fra,chse d'a[lut'e, 
rimentale qi di.tinguaiet 
pleins de modèles ama:sés 

La pvote«lio doit et 
«lui, pour l»oduive 
Depui.,s L,,uis X IV. les 

cette origila|ité native, cette 
les acien maitte de «uvrcs; let's 
sat ordt'c et >ans ct'itiqte, «'s architectes 

revenaient étr;tgers au ilieu de.,s 
partie d'eux-mènes, eomnle leurs 
'isolait de» [»_,pulation.,s uvales el 
pour atl'aibliv une inlluence co,tre 

ouvriers qui jadis étaiettt 
ni 'nbres. La rovautb 
altiral la noblc..,»e t'éodale à la cour 
laqdelle se.,. prédéces.,_cvs 

tat de luttes à soutenir;elle s'isolait ég«lênet de. «ovporatios d',_,u- 
vriers des grandes villes, e voulant ternir os sa 
ëoùt la lute de arts ; elle croyait ainsi atteindre cette ilé l»Olil,le el. 
ntellecluelle, but co>tat de la mnarchie et des l)Ol)laliolS dcl)is 
xn  siècle, et ne voyait pas qu'elle se plaçait avec »a oblt,»e et ês arlis- 
tes en dehors d l)ay. Cet ot»li d'u passé si plein d'ese.igemênt Cait 
bien eoplet alors, puisqtté Bossuer lui-m0nte te tvotvait «le des expres- 
ion de dédai pournotre acienne acchitccture religieuse, et l'clt coin- 
prenait ni le sens ni l'esprit. 

AICIIlTECTUi{E I',IONASTIQUE. ---- Pendant les premiers .iècles du chri.,- 
lianisme, des chré/iens, fuyant les excède! les talheurs auxqels la .,ociété 
nouvelle était en bu/le, s'élablivent dans des lieux déevts. 
où l'on voit d'abord la vie cénobitique 
v'sibcle, la règle écritepavsaint ' " 
plent de religieux réulisparles règles de»aill golonban et de saint 
Mais alor» ces pvenier» religieux,retirés dan des caverncs,las de ruiniez, 
ou das des huttes sépaée», adonnés à la ve contenplative, et culliva,t 
quelques coin de terre pour ubvenir à leur nourriture, ne lrnaiet 
pas encore ces grandes associa{ions connues plus tard sç,s le nom de 
astères; ils se réunissaiet seulenent dans un oratoire construit en bois 
,»u en pierre èche, pour prier en commn. Fuyant le monde, pvoDssant 

C'et en Orient 
se développer et tlVl'e, dès le 
Occident, le.,_ solitudes se 

la plus grande pauvreté, ces hommes n'apportaient dans leurs solitudes 
ni art, ni rie de ce qui pouvait teinter' la cupidité (les l,a['bace,s ou des 
.--- 31 



ARCHITECTURE ] ---- 212---- 
itdigènes. Au x' siècle, saint Benoit donna sa règle; d 
elle se répandit bientôt dans tout l'Occident avec une rapi- 

les vcrlts clréticnne.,, à respecter letacs semblables. Ce.sont eux qui jettent 
u nilieu des peuples avilis les premiers germes de liberté, d'indépen- 
dmcê, qui letlr donnent l'exemple de la résistance morale "à la force bru- 
laie, ci tli letr otlvrenl, comme dernier refuge contre les maux de l'ame 
et du corps, un asile de prière inviolable et sacre. Aussi voyons-nous, dès 
le x" siicle, les établissements monastiques arrivés déjh àun grand déve- 
loppement : no»seulement ils comprennent lesédifices du culte, les loge- 
ments des religieux, les bà.timents destinés aux approvisionnements, mais 
aussi des dépendances considérables, des infirmeries pour les vieillards, 
des écoles, des cloilres pour les novices, pour les étrangers ; des locaux 
sépavés pour divers corps d'états, des jardins, etc., etc. Le plan de l'ab- 
baye de Saint-(3all, exéculé vers l'année 8)0, et que possè.dent encore les 
archives de ce mona»tère supprimé, et un projet envoyé par un dessi- 
nateur à l'abbé (3ozbert. Mabillon pense que ce dessin est dù à l'abbé 
Éginhard, qui dirigeait les constructions de la cour sous Charlemagne; 
quel que soit son auleur, il est d'un grand intérël, car il donne le pro- 
gramme d'une abbaye à cette époque, et la lettre h l'abbé 6ozbert, qui 
accompagne le plan, ne peut laisser de doutes sux l'autot'ité du person- 

ent et enseignent le» lettres, les sciences et 
leur donnent l'exeinple de l'al)négation, 
protéger les thible,, h secourir les pauvres, 

les arts ;ils fortifient les ",1mes, 
leur apprennent à aimer et à 
h expier les fautes, à pratiquer 

populations 
Jnont Cassin 
(lité prodigieuse, et devint la seule prati(uée pendant plusieurs siècles. 
l'our qu'une institution ait cette force et cette durée, il faut qu'elle ré- 
ponde ' u be«oin général. E cela, et considérée seulement au point de 
Vle philosoplique, la règle de saint Benoît est peut-erre le plus grand fait 
historique du moyen ;'.e..\'eus qui vivons sous des gouvernements rég'u- 
liers, au nilic d'une »,»ciété policée, nous nous représentons' difficile- 
ment l'effro),tl,le désordre de ces temps qui suivirent la chute de l'empire 
re,main en Occident: partout des ruines, des déchirements incessants, le 
triomphe de la force brutale, l'oubli de tout sentiment de droit, de justice, 
le mépris de la dignité humaine; des terresen friches sillonnées de bandes 
a,limdes; des villes d6vastées, des populations entières chassées, massa- 
crées ; it peste, 1; famine ; et à travers ce chaos d'une société à l'agonie,. 
des inondations de barbares revenant p6riodiquement dans les Gaules, 
c,mme les tluts de l'etAan sur des plages de sable. Les moines descendusdu 
mont Cassi, en e répandant en C;ermanie, dans les (3aules, et jusqu'aux 
limites septentrionales le l'Erope, entrainet avec eux une multitude 
de travailleurs, défrichent les forëts, rétablissent les cours d'eau, Cèvent, 
«les monast5res, (le.,_ usines, autour desquels les populations des campagnes 
viennent se rouper, trouvantdan zes centres une protection morale pltls 
efficace que celle accordée par des envahisseurs fusés et cupides. Ces nou- 
veaux apet.res ne songent pas seulement aux besoins matériels qui doivent 
a.surer lever existence et celles de leurs nombreux celons, mais ils culti- 



--- 3 -- [ aacmwect;. 
nage qui l'a écrile . Nous présentons icitfig. 1) une réduction de ce dessin 

L'église occupe une grande 

opposées, comme beaucoup 

place dans ce plan ; elle est à deux absides 
d'églises rhénanes (voy. AIt(:;IIITE(:;TUtlE ttELI- 

I Le plan original de l'abbae de Saint-Gali (en Suisse) est conservë dans les archives 
de ce monastère; il est reproduit à une petite échelle par dom Mabillon (Anales Bene- 
,ttinG t. II p. 57t), et a été récemment publié en [oc-simile par M. F. Keller avec 
une notice descriptife. (Vo. Instructions sur l'arch. »ma«st., par bi. Albert Lenoir.) 
2 Voici le passage de cette lettre donaé par Mabillon (Ann. Bened.» t. Il, p. ,57t, 
5): « Hœec tibi, dulcissi,ne fili Gozberte, de positione offîci,tarum paucis exemplata 
t dire,d, quibus sollertiam exerceas tuam, meamque dêotionem utcumque cognoscas, 
«qua tuoe bonoe voluntati satisfacere me segnem non ineniri confido. Ne suspiceris 
« aut«m me hoec ideo elaborasse, quod ",os putemus nostris indigere magisteriis, sed 
«potius, oh amorem fui, tibi soli pcrscrutanda pinxisse amicabili fraternitatis intuitu 
« crede..--, raie in Ghristo semper memor nostri. Atnen. » 



[ ArCr,TECrt'n ] -- 2,' -- 
GIEUS:) : A est le chœur à l'orient, la confession sous le sanctuaire ; BD, 
l'exê,re, la place de l'abbé et des dignitaires ; C, autel de sainte Marie et 
de saint Gall, avec ue ovte de galerie alentour, intitulée sur l,î_ plan 
involuto circum ; derrière l'autel dédié à saint Gall est son sal'eopha«e • 
E, des stalles pour les religiex, les deux ambons pour lire l'épître et 
l'évangile ; F, li'ers autel ; G, les fours baptismaux, tl, un second eheur 
à l'occidet ; I, un second exèdre pour les religieux ; K, l'ecole, avec ,ês 
cours di»posées comme l'implu«ium des Romains et des salles alentour; 
des latrines isolées communiquent au bàtiment par un passage ; à l'«,uêst 
de ce b'tittent, de, celliers, une boulan-erieet_ une cuisine pour les hôtes ; 
L. la sacristie à la droite du chœur oriental; M, une salle pour les scribes h 
la gauche du ch,eur, avec bibliothèque au-dessus; NN, cieux e»caliersh vis, 
montant dans deux salles circulaires où se trouvent placés de autels dé- 
diés auxarchanges saints Michel et Gabriel ;O, l'entréede l'é-lise réservée 
au peuple, avec narthêx ; autour du sanctuaire I, un double collatéral 
p,_,ur les fidèles; P le vêstibule de._- familiers du couvert', ; Q le vestibule des 
hoteset des écoliers ; le long du bas côté nord sont disposAes diverses salles 
destinées auxmaitres des écoles, t ceux «lui demandent asile, des dortoirs. 
Au midi, I, le cloitre; S, le réfectoire avec ve,.tiaire au-dcsus; T, le cellier 
«eec salle au-de.-_-uspourconserver des provisions de bouche; U, desbains; 
V, le dortoir avec chauffoir au-dessous : le tu.vau de la cheminée est i-olé; 
X, des latrines isolées et réunies au dortoir par un passage étroit et coudé; 
Y, la cuisine avec passage étroit et coudé communiquant au réfectoire : ces 
pasa._,zes sont évidêmnênt disposés ainsi afin d'empëcher lê- odeurs de 
se répandre, soit dan_, le dortoir, soit dans le réfectoire; Z, l'olfi«ine pour 
12ire le pain »acré. b, le jardin potager, chaque plate-bande et indiquée 
avec le noln de, léume, qui doivent y ëtre cultivés; b', la maison du 
jardinier ; d. le verger avec l'indication dê, arbres à fruit et lêur nom ; e, un 
bStilnênt ré.ervé aux novices d'un c6té et aux infirnes de l'autre, avec 
chapelle double : chacun de ce.." . batiments contient un cloitre avec allês 

alentour, des chauffoirs, des latrines isolées; [, les poulaillers et le loge- 
ment du chef de la basse-cour; 9, le logement du médecin; h, un petit 
jardin pour cultiver des plantes médicinales; h', la pharmacie, , le loge- 
ment de l'abbé ;j, la cuisine de l'abbé, un cellier, dês bains, et les chambres 
de ses familiers; l, le logement des h6tes avec écurie, chambres pour les 
beriteurs, réfectoire au centre, chauitoir et latrines isolêes; m, des loge- 
ments avec Curles et étables pour les palefreniers, les bergers , porchers, 
les familiers, les serviteurs, etc. ; n, l'habitation des tonneliers, cordiers, 
I,ouviers, arec étable»; des magasins de grains, une officine pour torréfier 
des graines; o, des b/ttiments destin6s à la fabrication de la cervoise, dès 
lo.-ements de serf.,_, un moulin à bras et des mortiers;p, le, logements et 
ateliers des cordonniers, bourreliers, armuriers, fabricants de boucliers, 
tourneurs, corroyeurs, offertes, serrurier¢, ouvriers ïouleurs; q, le frui- 
tier: r, les logements des pèlerins, des pauvres, leur cuisine et réfectoire. 
On ",-oit ainsi que, dès " 

cette epoque, les monastères ne b'oeeupaient 



pas seulement d'agriculture, et ne se conenaient pas 
aux'a.mes pieuses, dégoûtées du monde;ils savaiet 
vriers., d'artisans, et préparaient ainsi la renaissance de 
,n le établiemets reliiex 
arts; et en cil'et, déjà sous Charlema e, _ 
avaient acquisdes richesseset une importance considév;,blcs ; ils tenael 
l'agriculture, de l'industrie, des arts et des 

la tète de 
sciences; 
C'était de 

l'enseignement, de seuls, ils présentaient des «onstitutions 
leur sein que sortaient tous les hommes 

[" ARCFIITECTUI/E ] 
d'ouvrir un asilo 
s'entourer d'ou- 
l'industrie et des 

r6glières, stables 
apI)elés à jouer un 

I'51e en dehors de la carriOre des armes. Depis sa l;»datio jus(lU';tt 
concile de Constance, en 1005, l'ordre de Saint-Be,_,it avait Olevé quinze 
mille soixate-dix al)bayes daTns le nmnde alors conttu, (lonné à l'église 
vingt-quatre papes, deux cents cardinaux, quatre cet archevè(l,es , 
sept mille éVè(lues. lais cette itluence prodigie.e avait été la cause le 
nolbreux abus, mëme au sein du tiercé régulier" la règle le Saisit- 
Benoît était ('o't relàchée dès le x  si(:cle, les ïnvasios lit.,lique.-, les 
1Nol.malds avaient détruit des nonastères, dispersé le_, ,»ine.-_; la mi:èro, le 
désordre qui e est la suite, altéraient les caraetère de cette inqilui,»n ; 
le morcellement féodal achevait (le détruire ce que l'abus (le la riclosse 
et du pouvoir, aussi bien que le m:lheur de» tenps, avait eta . L'in- 
stitut monastique ne pouvait revi re et roprêndce le ,Gle iml,OVl:t ,l'il 
était al»pelé à jouer pendat les x ¢ et Xl ¢ siècles qu'apvès ue 
La civilisation ntoevne, à peine naissante s,us le règne de Chavle- 

magne, semblait expirante au x e siècle ; mas dt., l'ordre de Sailtt-Be,-,it, 
réformé pac les ahl»és de Cluny, par la règle ,le Citeaux, il devait .-,vgiv 

des rejetons vivaces. Au x  siècle, Cluny était un petit village lu Màco- 
nais, qui de.',it, par testament, la propriété d dc d'Aquitaine, Gil- 
laume le Pieux. Vers la fin de sa vie, le duc Guillaume voulul, suix;,nt 
l'usage d'un grald nolnbre de seigneurs puissats, fonder un novêau 
monastère. Il manda Bernon, d'une noble fanille de bé,-llanio, ;bl».; ,le 
Gigny et de Baume, et voulut, en conpagnie de ce saisit persvnn:ge, 
chercher un lieu propice à la réalisation de son projet. « Ils arrivèc,.nt 
enfin, dit la chl'otitlue , dans un lieu écarté de toute ociélé humaient, 
si désert, qu'il semblait en quelque sorte l'image de la solitade cd&s«e. 

frétait Clunv. Mais colnme le duc objeclait _ClU 1 n'était gubre possible 
s'étalalir en tel lieu, à cause des chasseurs et des chiens qui remplis- 
saient et troublaient les forèts dont le pays était couvert, Bernon 
dit en riant : Chassez les chieras et [aires venir des moines ; car e sace:-t, ous 

pas quel profit meilleur vous demeurer« des ctiens de chasse o«« dos 
monastiques ? Cet|e répon-ê décida Guillaume, et l'abbaye fut créée . » 
etmt vers 909. Nous croyons devoir transcrire ici le testament, I ate de 
donation du duc Guillaume; cette pièce est une euvre remarquable, au- 
tant par l'élévation et la simplicité du langagê que par les détails plèins 

 Hi'tob,e de l'abba.te de C&ny, par M. P. Lorain. Pari«, 185, p. t6. 



I" ARCFIITECTURE ] --- 2fi6 -- 
d'intérët qu'eJlê renferme et l'esprit, qui l'a dictée 
r 
d'ailleurs importance morale et matérielle que 

t : elle fait comprendre 
l'on donnait alors aux 

établissements religieux, les influences auxquelles on voulait les sous- 
traire, et la grande mission civilisatrice qui leur était confiée; elle réèle 
enfin toute une époque. 
« Tout le monde peut comprendre, dit 16 testateur, que Dieu n'a donné 
« des biens nombreux aux riches que pour qu'ils méritent les récom- 
« Fenses éternelles, en faisant un bon usage de leurs possessions tempo- 
« faites. C'est ce que la parole divine donne à entendre et conseille ma- 
« nifêtement lorsqu'elle dit: Les richesses de l'ltomme sont la rédemption 
« de soa &,,e (P'overbes). Ce que moi, Guillaume, comte et duc, et Ingel- 

« berge, 
« efiCOl'e, 
« saire de 
« (lui me 

ma femme, pesant mùrement, et désirant,quand il en e,t temps 

pourvoir à mon propre salut, j'ai trouvé bon et me'me néces- 
disposer au profit de mon "ame de quelques-unes des choses 
ont advenues dans le temps. Car je ne veux pas, "à mon heure 
«dernière, mériter le reproche de n'avoir songé qu't l'augmentation 
,, de nes richesses terrestres et au soin de mon corps, et ne m'ètre ré- 
« servé aucune consolation pour le moment uprt?me qui doit m'enlever 
,, toute» choses. Je ne puis, h cet égard, mieux agir qu'en suirant le pré- 
« cepte du Seigneur: Je mê ferai des omis parmi les l)a,,vres, et en pro- 
« longeant perpétuellement mes bienfaits dans la réunion de personnes 
« mona.-_tiques que je nourrirai "à mes frais ; dans cette foi, dans cette 
, lérance, que si je ne puis parvenir assez moi-mème à mépriser les choses 
,, le la terre, cependant je recevrai la récompense des justes, lorsque le: 
« :noines, contempteurs du monde, et que je crois justes aux 3-eux de 
« Dieu, auront recueilli mes libéralités. C'e..,t pourquoi, à tous ceux qui 
« vivent dan. la foi et impl,orent la miséricorde du Christ, à tou. ceux 
« l,i leur.-,uccéderont et «lui dcivent vivre juaqu'h la fin des .iècles, je 
« l'aih savoir que, pour l'amour de Dieu et de .notre sauveur Jésus-Chris/, 
« je donne et livre au-( saints ap6tres Pierre et l'aul tout ce que je pos- 
e sède à Cluny, situé sur la rivière de Gr6nê, avec la chapelle qui est dé- 
c liée 'à sainte Marie, mère de Dieu, et à saint Pierre, prince des ap6/rê% 
« sans rien excepter de toutes les choses qui dépendent de mon domaine 
«, dê Cluny (villa), fermes, oratoires, esclaves des deux sexes, vignes, 
« cllamps, prés, forëts, eaux, cours d'eaux, moulins, droit de passage, 
« terres incultes ou cultivées, sans aucune réserve. Toutes ces choses 
,, »ont situées dans le comté de 51aeon ou aux environs, et renfermées 
«dans leurs confins, et je les donne auxdits apôtres, moi, Guillaume, et 
« na femme Ingelberge, d'abord pour l'amour de Dieu, ensuite pour 
,, l'amour du roi Eudes, mon seigneur, de mon père et de ma mère; pour 
« moi et pour ma femme, e'est-.-dire pour le salut de nos ames et de nos 
« corps; pour l',line encore d'Albane, ma sœur, qui m'a laissé toutes ces 

est de l'excellent ouvrage de 3I. P. Lorain que nous 
Cl«n., op|. 1, 2, 3, /¢.) 

extra)ons cette traduction. 



---" 2/-17 --- [ AP, CIIITECTUIHù ] 
« possessions dans son testament; pour les lmc. de nos fl'brcs et de nos 
«sœurs, de nos neveux et de tous nos parents des deux sexes; pour les 
« hommes fid51es qui sont attachés h notre service; pour l'entretien et 
1' 
« ntérité de la religion catholique. Enfin. et comn,c nous sommes 
,, unis h tous les chrétiens par les liens de la m6mc foi et de la m6mc cha- 
, rité, que cette donation soit encore faite pour tous les ort]odoxes des 
,, temps passés, présents et futurs. Mais je donne 
, monastère r6gulier sera construit 5 Cl,ny, en l'lonc,r ,les ap6tres 
« Pierre et l'aul, et que lb se réuniront les moine vivant selon !a r6gle de 

« Saint-Benoit, possédant, détenant et gotvernant à perpét,;ité les choses 
« données : de telle sorte que cette maison devienne la vé,.ral»le d,_.meure 
« de la prière, qu'elle soit pleine sans cesse de v«.x li,lèles et de sppli- 
« cations pieuses, et qu'on y désire et qu'on y recherctte à j,,ais, avec 
« un vifdésir et une ardeur intime, les merveillés d'un entretien avec le 
« ciel. Oe des sollicitations et des prières contituelles y ,:,ict adres- 
« sées sans relàchê au Sêigneur, tant pour moi «[e po:r t,-,_te.., les per- 
« sonnes que j'ai nommées. Nous ordonnon, que notre lottation serve 
«surtout à fi:,urnir un refuge à ceux qui, sortis pauvres du si0cle, n'y 
.« apporteront qu'une volonté juste; et nous voulons qte n,»t'e spet.fl,t 
« dmienne ainsi leur abondance. Que les moines, et tomates les choses ci- 
« dessus nommées, soient sous la puis,ance et domination de labbé Ber- 
« non, qui les gouvernera régtlièrement, lattt .lt'il vivca, selon sa science 
« et sa puissance. 3lais, après sa mort, que les me, inc.,: aient le dr,»it et. 
« faculté d'élire lbt'cntent pour abbé et pc, ur maitre un lomnc de 
« ordre, suivant le ban plaisir de Dieu et la règle de . ait-Bcnoii, sans 
« que notre pouvoir, ou tout autre, puisse contredire «)u eml)ëcher 
« éleetion religieu.-,e . Qe les noines payent pendant cit( 1 ans à li,)ne 
« la redevance de dix sous d'or pour le lumiaire de l'fi«li-ê [les Ap6tre 

cet que, se metta.t ainsi sous la protection desdit.,_ ap6lves, et ayant pour 
« défenseur le pontife de l.ome '-', ils bAti.ssent eux-mënes un monastère 
« à Cluny, dans la mesure de leur pouxoir et de leur .,avoir, dtns la pléni- 
« rude de leur coeur. Nous voulons encore que, dans noire lemp., et dans 
« le temps de nos successeurs, Cluny soit, autant quo le pernettronl du 
«moins l'opportunité du temps et la situation du lieu, overt chaqe 
« jour, par les œeuvres et les intentions de la miséricorde, aux pauvres, 
« aux nécessiteux, aux étrangers et aux plerins. 
« Il nous a plu d'insérer dans ce testament qe, dès ce jour, les moines 

« réunis à Cltlry en congrégation seront pleinement affranchis de notre 
« puissance et de celle de nos parents, et ne seront soumis ni aux fais- 
«ceaux de la grandeur royale, ni au joug d'aucune puissance ter- 

 « .... ]ta ut nec nostra, nec alicujus 
« dumtaxat electionem impediantur... » 
« .... Habeantque tuitionem ipsorum 
et defensorem... » 

potestatis contradtctiote contra 
apotolorum arque romanum 

religiasam 

pontificem 



« restre ' Par Dieu, en Dieu et tous ses saints, et sous la menace 
,, d jugetet dernier, je prie, je supplie que ni 
« ni éèque, ni le potifc lui-mëme de l'Eglise 
« possessios des sërvltêurs de Dieu, ne ende, 

redoutable 
prince sêculer, n contre, 
romaine n'ênvahisse les 
ne diminue, ne donne à 

(( 

titre de bétélice, it qui que ce soit, rien de ce qui leur appartient, et 
ile permette d'ctablir sur eux un chef contre leur volonté ! Et pour que 
« ,'ctte ,_léfcse lie llU- fortement les méchants et les tentéraircs, j'insiste 
,, et j',doute, ,et je vous conjure, 6 saints apétres l'ierre et Paul, 
,, i,»lifê des lontife du siée apo.s_tolique, de retrancher de la 

COlll - 

,, nui,»t de la -aitc I;;::li.-c de Dieu et de la vie (,ternelle, par l'autorité 
« caoni,l,,' ci ap,,t,)li,lte que tu as reçue de Dieu, les voleurs, les en- 
,, vali.cur-, lc vcdeur de ce que je vous donne, de ma pleine satis- 
,, la'tio, et de n,, 6vi,lente volonté. Soyez le tuteurs et les délnseurs 
,, de Cluny, et dc el'viteurs de Dieu qui y deneureront et séjournerolt 
,, enseble, ai,i que ,le t,»us leurs donl;tlne detinés h l'aum6ne, à la 
, clénclce et à la miséricorde de notre très-pieux Rédempteur. Que i 
,, quel,lu'ln, t,an parent ou étranger, de quelque condition ou pouvoir 
,, ,lfil ,oit (ce «lte préviendrout, je l'espère, la miséricorde de Dieu et le 
, l»«ttronage des ap6lres), que si quelqu'un, de quelque maniè'e et par 
« quel,lue rue que ce s,oit, tente de violer ce tetanent, que j'ai voulu 
« sanetionuer p;tr l'atnour de Dieu tout-puissant, et par le re»pect dù aux 
« princes des ap6tre» Pierre et i'aul, qu'il entoure d'abord la colère de 
,, Dieu tout-pisant; que Dieu l'enlève de la terre des vivants et elthce 
« »on nom [lu livre de 
« toi de nous; ,lu'il 
« terre s'est ouverte 

« le 

« 111 

vie; qu'il soit avec ceux qui ont dit à Dieu : ltetire- 
.,oit avec Dathan et Abiron, sou les pêds des,luel: la 
et que l'enfer a engloutis tout vivant:, t3u'il dêviene 
c',ni»agnon de Judas, qui a trahi le Seigneur, et oit en,eveli comme 
i dalls (les slpplices éternels. Qu'il ne puisse, dans le siècle préent, 
montrer impunément aux regards humains, et qu'il subisse, dans, 
n propre c,_,ri».,, les tourments de la damnation future, en proie à l:t 

do punition 
à peine et deti-nort 
fil)le, et dont l'autre 
haut, les nembre_- 

uble d'Héliodore et d'Antiochus, dont l'un 
des coups répétés de la flagellation la plus 
expira misérablement, frappé par la main 
tombés en pourriture et rongés par des 

s'échapl a 
ter- 

Yç'rs 

« innoml)rable-. Qu'il ,oit enfin avec tous les autres acriléges qui ont 
« osé ouiller le lré.-_or de la main de Dieu: et, s'il ne revient pas à ré- 
«sipiscence, que le .grand porte-clefs de toute la monarchie des églises, 

«et à lui joint aint l'aul, lui ferment à jamais l'entrée du bienheu- 
creux paradi_-, au lieu d'ètre pour lui, s'il l'eut voulu, de très-pieux 
¢,interce,.eu's. 0u'il ,oit saisi, en outre, par la loi mondaine, et con- 
« damté par le pouvoir judiciaire à payer cent livres d'or aux moines 

 tt Placult et[am huic testamento inseri ut ab hac die, nec 
« nostrorum, nec fascibus regiœe magnitudinis, nec cujuslibet 
« sut,jiciantur iidem nlonachi ibidcm conoreoati.. » 

nostro, nec parentum 
terrenœe potestatis jugo 



--- 2h9  [ ARCIIITECTUIIE " 
« qu'il aura VO, ll alta,-ler , et, que son entreprise criminelle ne prolise 
« aucun effet. Et que ce testament soit rêvëtu de toute auto6té, et de- 
« meure  toujours ferme et inviolable dans toutes es stipulations. Fait 
,« publiquement dans la ville deBourges. » 
Les imprécalions contenues dans cct acte de donation ¢c, ntçe ceu qi 
oeront mettre la main ur le biens de moine de Cluny, ou alt6çer le,rs 
priviléges, fblt vir de quelles i»r6cautios les donaters croyaiet alors 
devoir entourer leur legs t. Le vieux duc Guillaunie ne s'eti ttt pas là, il 
fit le voyage de llome afin de fitire ratifier sa donation, et payer h l'liso 
des Xp6tres la redevance pr'oinise. Bernon, uivant la rbgle de baint-l,_- 
noir, installa à Cluny doze oines de ses nonastbres, et Ceva des btti- 

ments lui devaient contenir la ouxelle congrégation. Mais c'et ait 
Odon, second abbé de Cluny, qli mérite eul le titre de chef êt de ct'6aler 
de la mai»on. Odon descendait d'une noble l',mille franque; c'était un 
humme i»rof,»dément instruit, qui l»ient6t acquit ne iflence considé- 
table. !1 lit trois )'ages à l[ome, réforma dans cette capitale le monas- 
tère de 5aitt-l'atl hors des illtlrs ; il soumit égalenent h lat règle de Clty 
les couvents de Saitt-Augustin de Pavie, de Tulle en Limousit, d'Au- 
rillac et Auvergne, de Bourg-Dieu et de [assay en Berry, ,le baint-llenott- 
sur-Lore, de baint-Pierre-le-Vil' h Sens, de Saint-Allyre (le Clermc,t, 
de Saint-Juliel (le Tours, de Sarlat en l'érigorl, de llomal-Moùtior 
le pays de Vdud ; il fut choisi colnme arbitre des ditt?rents qui s'étaiett 

élevés elltre llugues, roi d'Italie, et .lbéric, patrice de l'ome. Ce lt 
Odon qui le premier réalia la pensée d'a(ljoindre à son abbaye, et sos 
l'atorité de 1" , 
,tbbé les conmuautés nouvelles qu'il érigeait et celles 

dollt il parvenait à réfi»rmer l'observance. ,, l'oint d'abl)és particuliers, 
mais des prieurs seulement pour t,»us ces mona.,tères ; l'abbé de l_;ltl 3' 
seul les gouvernait : nité de régime, de statuts, de règlement.,:, de d..,ci- 
plinc. C'était une agrégation de 1nonastères autour d'un .-,eul, «lui en dev.- 

I On avait taujours cru «levoir emplo.er ces sortes d'imprt:cations, car d,:jà, ,Iès 
le vtt ¢ siècle, dans ttn acte de donation d'une certaine Tleodetrtt, le à l'abb,t,ve «le S,tttt- 
Dcui% «,n lit ce passage « .... Propterea rago et contêstor caram Deo et Angt.lis t jus, 
« omnt nationi Iitlnilllllll tare prpin,luis quam extraneis, ut nullus contra delibcrat,,ne 
« mêa impêdimentum sancto Dimt)sio de hac re quoe ad me per has littcras ,leputatum 

¢, et facere presunat, si fuertt qui minas suas ad hoc apposuerit faciendo, a_,ternus Rex 
« peccata na çd,olvat» et ille maledictus it uferno itteriori et Aathcma et Marauatha 
« percussus cure Juda cruciandus descen,.lat, et peccatum quem amittit in filios et i ,lavabo 
« sua cru,lelissima plaga ut leprose pro l,ujus culpa à Deo percussts, ut non sit qui 
« inlabitet in dmo ejus, ut eorum plaga in multis tim,-,rem concutiat, et q,tantum res 
« ipsa meliorata 
de Saint-Dent:% 

valuerit, duplex, satisfactione fisco egênti exsolat .... » (Hist. ,le l'abbaye 
.Fëlibict, pii.ces justif.» p. v.) Dans une charte de GalnmOn pour Ic 

nastère de Limeux, en 697 (An,:al..Bened., t. 1, append., art. 3h); dans la clarte ,le 
fondation des monastères de Poultiers et de Vézelay, donnée par Gérard de Roussill«m 
au tx « siècle (Hag. Pict., Courtépée), et dans beaucoup d'autres pièces, ces malédicti,,ns 

se préseRent à peu près dans les mèmes terlnes, connne ott le ott d'ailleurs par les 

Formules de Marculfe. 



riait 
par 

CIIITECTURE ] -- 50--- 
ainsi la métropole et la t6te. Ce système fut 
d'autres établissements monastiques, et 

bient6t compris et adopt 
notamment par Cîteaux, 

,_,ndé en 1098. Conservant 
différaient entre elles que 
xers moyens imaginés pour maintenir l'esprit bénédictin, et 
ou moins grande austérit6 dans la discipline commune. Nulle 
sait, à vrai dire, une autre tin que celle de ses compagnes. Ce n'était point 
là proprement des diltërenccs d'ordres, mais seulement de congrégations. 
l'artout la rgle de Saint-Benoit demeurait sauve, et par là l'unité de 
l'ordre se maintenait intacte, malgré de rivalités «lui éclatèrent plus 

tard . » 
Ces réformes 
les ahl)é,s et les 

la règle de Saint-Benoit, ces agrégations ne 
par le centre d'autorité monastique, par les di- 
par une plus 

ne se propo- 

étaient devenues bien nécessaires, car depis longtemps 
moiaes a',aicnt étrangement faussé la rb.le de Saint-Be- 
noit. Pendant les invasions dês Normand- particulibrenent, la discipline 
s'était perdue au milieu du désordre général, les abbayes étaient deve- 
nions des fortercsses plus remplies d'hommes d'armes que de religieux; 
les abbés eux-mèmes commandaient des troupes lalques, et les moines, 
, 
chas¢,és de leurs monastères, étaient obliee souvent de changer le froc 
contre la co.te d'armes "-'-. Toutefois, si après les réfi_,rmes de Cltlny et de 
Cîteax, les abbés ne se m6lèrent plus dans le qlerelles armées des sei- 
gneurs laiqes, ils ne demeuraient pas moins seigneurs féodaux, agissant 
comme tels et étant ainsi obligés de s'occuper d'intérèts temporels ; leur 
instruction, leur habitude du gouvernement de grands domaines et 
d'un personnel nombreux, fai.-:aient qu'ils étaient appelés par les souve- 
rains non-seulement pour réformer des monastères, mais aussi comme 
conseillers, comme ministres, comme ambassadeurs. Dès avant les 
grandes associations clunisiennes et citerciennes, on avait senti le besoin 
de rénir en faisceau certaines abbayes import;,ntc. Vers S:t2. l'abbé de 
Saint-Germain des Pr6s, Ébroïn et ses religieux avaient formé une asso- 
ciation avec ceux de Saint-Remi de Reims. çtuelquc temps auparavant 
les moines de Saint-I)enis en avaient fat autant. I'«tr ces as.-:ociations, 
les monastères se promettaient une amitié et une assistance mutuelle 
tant en sanlé qu'en maladie, avec un certain nombre de prière_, q'ils 
s'obligeaient de faire après la mort de chaque religieux des deux coin- 

munautés . 
que la règle 
fournir tous 
teux siècles, 
car Cluny est 

Mais c'est sous saint Odon et saint. 3Iaïeul, abbés de Clunv, 
de Saint-Benoît réformée va prendre un lustre tout nouveau, 
les hommes d'intelligence et d?ovdre qui, pendant près de 
auront une influence immense dans l'Europe occidentale, 
le véritable berceau de la civilimtion moderne. 

i Histoire de l'abbaye de Cluny, par bl. P. Lorain. 
'2. En 893, un abbé de Saint-Dents, Ebles, fut tué en Aquitaine d'un coup de 
à l'attaque du château qu'il assiégeait comme capitaine d'une troupe de soldats. 
de l'abbaye de Saint-Denys, par D. Félibien, p. t00.) 
3 

pierre 
(thst. 

Hist. de l'abbaye de Saint-Germain des Prds, par D. Bouillard. Paris, t72[t, p. 30. 



-'- .'251 ---- [ ABCnlTECTURE ] 
1Maïeul gouverna l'abbaye de Clhny pendant quarante ans, jusqu'en 99. 
La chronique dit que ce fut un ange qui lui apporta le livre de la rCgle 
monastique. Devenu l'ami et le confident d'Othon le Grand, la tiare l,,t 
fut offerte par son fils Othon I1, qu'il avait réconcilié avec sa met'e, saitc 

Adélaide : il refusa, sur ce que, disait-il, « les Romains et lui dittëraiet 
aura.rit de mœurs que de pays ». Sous sort gouvernement, un grand 
nombre de monastbrês furent soumis "à la règle de Cluny ; parmi les plus 
importants nous citerons ceux de Payerne, du diocè-e de Lausanne ; de 

Classe, près de Ravente ; de Saint-Jean rÉvangélite, à Parme ; de Saint- 

l'antique mona,tère de Lérins, en 
Sailt-Maur 

Proverlce; 
les Fo,sés 

Pierre au ciel d'or, à l'avie ; 
de Saint-Pierre, en A uverŒEne ; de 51(,rmoutier, de 
et de Saint-Germain d'Auxerre, de Saint-Bénigne 
Amand, de Saint-Marcel lez Chlons. 
Saint Odilon, désigné par Maïeul comme son 
par cent soixante-dix-sept religieux de Cluny : 

de Dijon, de Saisit- 

successeur, fut confirmé 
il réunit sous la di,ipline 

clnisienne les monastères de Saint-Jean d' n-'.lz._ y, de Saint-Flour, «le 
Thiern, de Talui, de Saint-¥ictor de Genève, de Farfa en ltalie ; ce fut lui 
qui exécuta la réforme de Saint-13enis en France qu'Hugucs Capot avait 
demandée àMaïeul. Casimir, fils de 51iceslas II, roi de Pologne, chassé 
du tr6ne après la mort de son p.'re, fut, sous 3laïcu|, diacre au rlonaslère 
«ne en 10al il fut relev6 de ses w-_eux par le 
de Cluny; rappelé en Polo. , 
pape, se maria, régna, et en mémoire de son ancien état monastique, il 
créa et dota en P'ologne plusieurs couents qu'il lcupla lc religieux de 
Cluny. On prétend que ses sujets, pour perpétuer le souvenir (le ce fait, 
s'engagèrent à couper leurs cheveux en forme de couronne, symbole de 
la tonsure monastique. Saint Odilon fut en relations d'esime ou d'amitié 
avec les papes Sylvestre II, Benoît VIII, Benoît IX, Jean XVIII. Jean 
XIX et Clément II; avec les empereurs Othon III, saint llenri, Conrad le 
Salique, Henri le Noir; a',-ec l'impératrice sainte .délaïde, les rois de 
France Hugues Capet et Robert; ceux d'Espagne, Sanche, lqamir e Gar- 
cia¢, saint Étienne de ttongrie, Guillaume le Grand, comte de Poitiers. 
Ce fut lui qui fonda ce que l'on appela la t'éve de Dieu et la fëte des »orts. 
Il b,tit à Cluny un cloitre magnifique, orné de colonnes de marbre qu'il 
fit venir par la Durance et le Rh6ne. « J'ai trouvé une abba 3 e de bois, di- 
sait-il, et je la laisse de marbre. » Mais bientôt l'immense influence que 
prenait Cluny émut l'épiscopat : l'év¢:,que de 5lcon, qui voyait croitre en 
richesses territoriates, en nombre et en réputation, les n-toines de Ciuny, 
-,oulut les faire rentrer sous sa juridiction générale. En exécution des 
volontés du fondateur laïque de l'abbaye, les papes avaient successive- 
ment accordé aux abbés des bulles formelles d'exemption ; ils menacèrent 
même d'e,¢cornmunication tout évëque qui serait renié d'entreprendre 
sur les immunités accordées "à Cluny par le saint-siége. « Les é.ques ne 
pouvaient pénétrer dans l'abbaye, la visiter, y exercer leurs fonctions, 
sans y ëtre appelds par l'abbé. Ils devaient excommunier tout individu qui 
troublerait les moines dans leurs possessions, leur liberté; et s'ils vou- 



[ ARCHITECTURE ] --- ")-- --- 
laien! au contraire jeter un interdit sur les prëtre«, les simples laïques, 
les sêrvieurs, les fournisseurs, les laboureurs, sur fous ceux enfin qui 
vivaient dans la circonscription abbatiale, et qui étaient nécessaires h la 
vie physique ou spirituelle des moines, cet interdit était nul de plein 
droit. Cçs chartes abotdent dans le cartulaire de l'abl)aye ; ius de qua- 
rante papes, h diflérentes époque, con]irment ou amplifient les priv]- 
iécs cccléiastiques du monastère. En 1025, l'évêqc de Mcon, Gau- 
lcnus, dénonca à l'archcvëque de Lyon, so métropolitain,/es abbds et 
religieux de Clu»,y, qui t,'o«blaient l'état mis en l'Ëglise dès sa aissance, 
pour s'exo,q,ter de h juridiction ordinab'e de leur diocdsin . 
L'able6 fut conlamn6 après une longue r6sistance et se soumit, l.e 
temps 'était pa encore venu où la papaut6 pouvait outenir les privi- 
16gc qu'elle acc,_rdait; mais cette premibre ltte avec le pouvoir épis- 
eop«tl explique la olidarit6 qui unit Cluny et la cour de lome quelques 
,,s lus tard 
anee i ) . 
A vingt an«, ]]lgues, sous Odilon, était d6jh prieur h Clny ; il était Il6 
d'atI'cction intine avec le moine Hildebrand. ]]llgUffS, tils de Dalnace, 
«c,ntc de Scmur en Brionnais, succ6da h saint Odilon ; Hildcbvand devil-t 
;régoire VIl. "Fou» deux, (la ces temps si voisins le la barbarie, suret 
t«irc prédominer un granl 1,rincipc, l'in(lépc,lancc spiriuclle de l'É- 
glise. Mais Gvéguive VIl visait plus loin; ce qu'il vc,lait, en triomphant 
le Henri IV, c'était assurer le suprëme pouvoir  la chaire de Sait- 
l)mvre sur les lr6ncs de la chréticnt6. Saint t[gucs ut rester l'ami des 
dcx rivaux qui remplirent le x" siècle de ler lutles. Il cl le représen- 
tant de l'esprit mona»tiqne arrivé h son apogée, dans un iècle où l'esprit 
nonastique eul 6tait capable, par son unité, sun indcpcnlance, ses lu- 
mières, et l'ordre qui le diriç,ai" de civiliser le monde Que ccuxqui 
 ç • 
prç, chent aux h6nédictins louis immenses richesses, leur lrépondérance, 
leuç e¢prit de l)ropagande, et l'omnipotence qu'il avaict su acqu6rir, se 
dc[andent »i tou ces bicn terrestres et intellectuels cussent été alors 
]ls utilcmcnt placés pour l'huanilé en d'autrc mains? Était-ce la féo- 
dalité éculière sans cesse divis6e, guerroyant c, barba[ e, ignoran[e ; Cai t-ce 
le peuple, qui se connaissait  peine lui«n6me ; Atait-ce la royauté, dont 
pouvoir contcte s'appuyait tantSt sur le bras s6culieG tani6t sr I ascen- 

dallt ,]es évèques, tant6t sur le peuple des villes, qui pouvaient ainsi ru- 
nir en un faisceau toutes les forces vitales d'un pays, les coordonner, les 
faire fructifier, les conserver et les transmettre intactes à la postérité ? 

.N,»n, certes; les ordres religieux, voués au célibat, éunis sous une règle 
commune, attachés par des voeux inviolables et sacré.,, prenant pour base 
la charité, étaient seuls capables de sauver la civilisation, de prendre en 
tutelle les grands et les peuples pendant cette minorité des nations. Les 
ordres religieux au xrsiècle ont acquis cette immense influence et ce pou- 
¥oir ne relevant que d'un chef spirituel, parce que grands et peuples coin- 

 lli;t, de l'atbaye (_le Cluny, par M. P. Lorain, p. /11 et sui,,'. 



"--- 53  [ ARCII1TECTUIE ] 
prenaient instinctivement la nécessité de cette tutelle sans laquelle tout 
fùt retombé dans le chaos. Par le fait, au x" siècle, il n'y avait que deux 

ordre. en Europe, l'ordre militaire et l'ordre religieux, et comme, dan. ce 
monde, les forces morales tinissent toujours par l'emporter ur la foc'ce 
matérielle lorsqu'elle et divisée, les monastères devaient acquérir pls 
tl'intlence et de richesses qle les chfiteaux ; ils avaient pour eux l'opini«.n 
des peuples qui. à l'ombre des eouvents, ë livraient à leul" idu..-trie, cul- 
tivaient leurs ehanps avec plus de sécurité que sous le nlVs des 
fesses féodales ; qui trouvaient tin soulagement à lers outt'rances mo- 
raies et phssiques dans ces grand: étahli.-_semeut _,ù taut était .,,i lien 
ordonné, oh la prière et la clarité ne faisaielt janai deiaut; lie d'aile 

pour les mes malades, pour les grands repentir.,, polir les 
çues, potlr le Iravail et la né(litatio, pour les plaie in«u 

espérance.- (16- 

pc)ur la faiblesse et la palvret(é, dans un temp-, ()11 la prenère c(-)l(lilion 
de l'existence mondaine etait une taille élevée, u) bva._, l)esant. (les épaules 
capables de porter la çottê d'amies, tin siècle I)1< far(l, l'ierre le Véné- 
table, dans une réponse à saint Bernard, expli(le mieux que nou.- ne 
saurions le faire les cau.-:e (le la riches.,,e de (.;ln.v. ,, Tc)ut le onde .-_ait, 
dit-il, de quelle manière les mailres séculier, traitent lê,rs seri et leurs 
serviteurs. Ils ne se conterlert I)a,, du service tl.'s_t('l qui leur est dù ; nais 
ils revenliqlent sans niséicorde les bien: et les personne«, les personles 

et les biens. De lb, ,-)ut'ê les cens «t('c()utunaés, il.,, l.s SUl'clavgenl (le ser- 
xices innombrables, de charges inul»potal»les et .2_fax-es, tvoi ou quatre 

fois par an, et toutes les fois qu'ils le veulent. Xu.:i v(?it-on les '(»!1 . ,le 1 
campagne al)andonner le sol et tuir en d'au[re. liex. 3lais, cl,-e 1,lu.., 
affreuse! ne vont-ils p'as jusqu'à venlrê por ,le l'argent les honne, qe 
Dieu a rachetés au prix de son sang? Le moines, au contraire, qand il 
ont des po,se.<.,<lOnS, agi.sent bien d'autre .,,orle. Ils n'exi.,.zent de.- c,,l,,ns 
que les choses dues et légitimes; ils ne réclament leurs services que pour 
les nécessités ,le leur existence; il.,_ ne les tourmentent d'aucune exac- 
tion, ils ne leur imposent rien d'i,.-upportable; s'il le» voient nécessi- 
teux, ils le nourrisent de leur propre substance. I1.< ne les lraitenl pas 
en esclavês, en serviteurs, mais en frère.,... Et voilà i-)ourquç, i les moines 
sont propri;,taires à aussi b¢,n tilre, à meilleur til:e n-lëtne que le.- laï- 

ail XI e 
raison 

ques. » 11 faut donc voir dans l'immense impc)rtance (_le Cluny, 
siècle, un mouvement national, un colnmencement d'ordre et de 
aprè les détéglenents et le I.iilage. Saint Hgues, en etfet, participe à 
toutes les grandes ait;aires de so siècle, comne le feront plu_, tard l'abbé 

uger et sai)t BerIard lui-mème. Saint tt,'es n'e.-_l 1-)a .,,e)lcnent oc- 
cupé de réformer des nona.-tères et de le, soumettre à la règle de Clun.v. 
de veiller à ce que l'al)bave, mère croisse en ..»-van(leur et en richesses, à 
ce que ses priviléges soient naintenus,il e.-.t mèlé à tous les év6nemets 
importants de son siècle; les rois et les princes le prennet pour arbt)'e 
de leurs diffévends. Alphonse VI, roi de (astille, qui pv«)fcs.ait |)c)tt' lui la 
plus vive amitié, le charge de fonder deux mona»tève. clunisies en Es- 



pagne; il contribue à la construction de la grande église mère commencée 
par ttugues. Guillaume le Conquérant sollicite l'abbé de Cluny de venir 
gouverner les affaires religieues de l'Angleterre. D'antiques abbayc 
deviennent, pendant le gouvernement de saint Hugues, des dépendances 
de Cluny : ce sont celles, de Vézelay, de Saint-Gilles, Saint-Jean d'Angély, 
Saint-Pierre de Moissac, Mâillezâis, Saint-Martial de Limoges, Saint-C)- 
prien de Poitiers, Figeac, ;ain-Germain d'Auxerre, Saint-Austremoine 
de Mauzac, et Saint-Bcrtin de Lille. Tout en conservant leur titre d'abbé, 
les supérieurs de ces établissements religieux sont nommés par l'abbé 
général. « Déjà, cinq ans auparavant, saint Hugues ne consentait à se 
charger du monastère de Lézat qu'à la condition que l'élection de l'abbé 
lui serait abandonnée et à ses successeurs après lui. En pareille circon- 
stance, dit Mabillon, il mettait toujours cette condition, afin, comme 
l'exprime la charte, de ne poht traeailler en ra5, et dans la crainte qoE 
le monastère réformé ne vint bientôt à retomber dans un gtot pire que le 
premier . » Saint Hugues fonde le monastère de la Charité-sur-Loire : de 
son temps çAun)" était un xéritable royaume, « sa domination s'étendait 
sur trois cent quatorze monastères et 6glises. L'abbé général était un 
prince temporel qi, pour le spirituel, ne dépendait que du saint-siCe. 
Il battait monnaie sur le têrritoire morne de Cluny, aussi bien que le roi 
de France dans sa royale cité de l'avis -2... » 
Pour gouverner des établissements répartis sur tout le territoire occi- 
dental de l'Europe, des a,emblées de chapitres généraux sont in«tituées ; 
• à d époqucs rapprochées et périodiqucs, ch verra de tous les points de 
l'Italie, de l'.klIemagne, «le la France, de l'Aquitaine, de l'Espagne, du Par- 

ttlgal, de l'Angleterrc, de la llongrie, 
l'abbé les spérieurs et délégués des 

de la Pologne, accourir 'à la 
monastères. « Saint Benoit 

voix de 
voulait 

que, dans les affaires importantes, l'abbé consult5t toute la communauté. 
Cette sage précaution, cette espè.ce de liberté religieu.,:e sera transportée en 
grand dans l'immense congrégation de Cluny. Au ctapitre général, on 
discutera des intérts et de, bêsoins spirituels du cloître, comme les con- 
elles font des intérët« et des besoins de l'Église. On rendra compte de l'Arat 
de chaque communaut6; toutes -eront groupées par provinces monasti- 
ques, et le chapitre général, avant (le se séparer, nommera deux visileurs 
pour chacune de ces provinces. Leur devoir sera d'y aller assurer l'exé- 
cution des mesures décrétées dans le chapitre général, de ,,'oir de près 
l'Arat des choses, d'entendre et d'accueillir au besoin les plaintes des 
faibles, et d') régler toutes choses pour le bien de la paix a. » 

I Cluny au "(l e ii'cle, par l'abbé Cucherat. --Voy. Mabillon, Ann. B,'ned., t. ,, p. 70 : 
« ..... Ne in ,acuunt laborarê ,,ideretur, et ne semêl recuperatu« lotus iterum in pej,ra 
« i«beretur. 
2 Hist. de Saint-Etinne Har&'ng, p. 26a.--Voy. Essai sur l'hist, monC, de l'abbaye 
de Cluny, 18t2, p. $ (tiré à 25 exempl.), par 51. nato|e BarthelemI. 
 Clun, d au xt e sècl, 5 par l'abbe Cucherat, p. 23. 



-- 255 -- [ ,acuv.cvaa ] 
Ainsi, politiquement, Cluny donnait l'exemple de l'organisation centrale 
qui, plus tard, sera suivie par les rois. Mais non content de cette surveil- 
lance exercée par des t, isiteurs, nommés en chapitre général, Itugues 
veut voir par lui-nëme ; nous le suivons tour à tour sur tous les points de 
l'Europe où sont établies des filles de Cluny; il fait rédiger les coutumcs 
de son monastère par un de ses savants disciples, Bernard ; il fonde 'à 
Marcigny un couvent de femmes, dans lequel viennent bientSt se réfugier 
un grand nombre de dames illustres, Mathilde de Bevgame et Gastonne 
de Plaisance; Véraise et Fr6doline, du sang royal d'Espagne; Marie, fille 
de Malcolm d'Écosse; la sœur de saint Anselmc de Cantorbévy; Adèle de 
1Normandie, fille de Guillaume le Conquérant ; Mathilde, veuve d'Eticnne 
de Blois; llermingarde de Boulogne, sœur de cette princesse, et Émelinc 
de Blois, sa tille. Parmi tant de personnages, Avembuvge de Vergy, mère 
de saint tIugues, vient aussi se retirer au monastère de Marcigny. En 
Angleterre, en Flandre, et jusqu'en Espagne, cette nouvelle commu- 
nauté eut bientSt des églises et des pricurés ous sa dépendance. 
Rien de comparable à ce mouvemet «lui se nmuifeste au xff siècle en 
faveur de la ie religieuse régulière. C'e,t qu'en effet l'à seulement les 
esprits d'élite pouvaient trouver un asile assuré et tranquille, une existence 

intellectuelle, l'ordre et la 
qui s'adonnaient à la vie m 
rieures de la société, mais, 

paix. La plupart des hommes et des femmes 
onastique n'étaient pas sortis des classes infé- 
au contraire, de ses hautes régions. C'est la 

tëte du pays qui se précipitait avec passion dans cette voie, comme la 
seule qui put conduire, non-seulement à la méditation et aux inspirations 
religieuses, mais au dSveloppement de l'esprit, qui pùt ouvrir un vaste 
champ à l'aclivité de l'inlelligence. 
Mais une (les grandes gloires des ordres religieux, gloire trop oubliée 
par des si:cles ingrats, ç'a été le défrichemênt des lêrres, la réhabdita- 
tion de l'agriculture, abandonnée depuis la conquêle des barbares aux 
tnains des colons ou de serfs avilis. Aucune voix ne s'Ceva à la lin du siècle 

dernier pour dire que ces vastes et riches propriétés possédées par les 
moines avaient été des dserts arides, des forèts sauvages, ou des marais 
insalubres qu'ils avaient u fertiliser. Certes, après l'6mancipation du tiers 
état, l'existence des couvent» n'avait plus le degré d'utilité qu'ils acIui- 
rent du x  au x  siècle; mais à qui les classes inferieures de la soci66, 
dans l'Europe occidentale, devaient-elles leur bien-ëtre et lëmancipation 
qui en esl la conséquence, si ce n'est aux établi»ements religieux de Cluny 
et de Citeaux 
De nos jours on a rendu justice aux bénédictins, et de graves autoriés 
ont énuméré avec scrupule les immenses services rendus à l'agriculture par 
les établissements clunisiens et cisterciens. Partout où Cluny ou Citeaux 
fondent une colonie, les terres deviennent fertiles,.les maruis pestilcnticls 

 B6I. Clun., dans les notes d'André Duchesne, col. '2tt, 
 Mabillon, sixième préface de ses Acta saactorum ord. S. Bened., t. V, 

n °s t8 et h g. 



[ çRCItlTECTUIE j --- 56---- 

changent en vertes prairies, les forëts sont aménagées, les coteaux 
aridês se eou rênt de vignobles. Qui ne sait qe les meilleurs .bois, les 

moi:sons les plus riches, les vins précieux proxiennent encore aujourd'hui 
le terres dont les moine ont été dépossédés ? A peine l'oratoire et les cel- 
lule., des bénédictins Caient-ils élevés au milieu d'un désert, que «tes chau- 
tilière-:, venaient se grouper alentour; puis, à mesure que l'abbaye ou le 
prieuré s'enrichissait, le hameau devenait un gros village, puis une bç, ur- 
"I. 
2ale, puis une ville. Cluny. f'aray-le-Monial, Marcigny-les-Nonains, Char- 
lieu,X ézelay.Clairvaux, Pontigny, Fontenay, Morimond, etc., n',-,nt pas une 
altrê ori:ine. La ville renl'ermait des industriels inslruits par le moines; 
de« tannetrs, lê., ti:serand., des drapiers, de- corroyeurs, livraient à l'al»- 
baye, n»,yennant salaire, les produits fahriqués de. 
«,';ildre le ch6magê, la plaie de nos villes manufaclurières modernes; 
abba}e, les infirmes et le 
letlr's enfalit.,, étaient élevés gratuitement à 1' 
vieillard soi.,2ne dan, des maisons hospitalières bien dispo_-ées et bien 
bàties; ,ouvent le., m,_,nastèrês élevaient de.., usines pour l'extraction et le 
ta,.',,nnage des métaux: c'étaient alors de» forgeron.,, de... chaudronnier.,, des 

ortévre_, mëme qui venaient se 
liait tltie année de di_-ette,.,i la 
e_._.,,-,, iêrs de l'abbaye s'ouvraient 

,,r,,uper autour des moines, et s'il surve- 
,-uerre dévatait les eampaanes les vastes 
pour les ouvriers sans pain. La charité alors 

ne se couvrait pa, de ce manteau froid de nos établi-_,em,'nt, modernes, 
n,ais elle accompaenait ses ,lons de paroles consolantes, elle etait 
là, pré,ente, personnifiée par l'É,z_lisê. Non eontene de donner le 
elle l'appliqlait elle-ëme, en .uivait les progrès, connai,at le 
:a famille, son état, et le suivait u-_qt'au tombeau. Le pa,..n de 
était attache à la terre, c,,mmê le paysan du seigneur .._,:'culier, 

tolljOU fs 
renède, 
nlalaqle, 
l'abbaye 
mais par 

. ' " -," politiqtle- 
cela mëme loin rie ._-,e plaindre de cet état, voisin de ! esclav,tm 
nent parlant, il en tirait protection et as:istance perpétuelle pour lui.et 
:s entants. Ce que nou: avon., vu 6tabli au IX  siècle dans l'enceinte d'une 

t./la (voy. le plan de l'abbaye ,te baint-Gall) s'étendait, au x  siècle, ..,tir 
ttl vaste territ,;ire, o relnpli-,ait le.. mur» d'une ville. Dire qle cet état de 
ch,»e.- ne conlortait a,actn abu.: _:erait une exagération; nais au milieu 
,l'tnê société divisée et de..,ordonnée comme était celle dli x  siècle, il et 
certain qlê le._, établi.'ements monastiques forn-iaient un élat relative- 

,ent l»)n. Ce n'e.-t pas tot : les monatères, dans tlll tenps ah les routes 
étaiênt,petl sùres. étaient un re{'u.gê asuré pour le voyaïeur, qui jamais 
ne frappait en vain à la porte des m,-,ines. Ceux qui ont Vi>lté lOrtent savent 
,:on,bien e.t précieu,e l'ho,pitalité donnée par les cotavent.- à tous venants; 
li, c,-,mbien devait ètre plus efficace et plus magnilique surtout celle 
ltl',n trouvait lan, de maisons, eon-lme Cluny, comme Clairvaux. -' ce 
l,r,_,l»S ,lU'On nou_- pêrnette de citer ici un passage d'Udalric' : « Comme 

a Udtlr. 4.hq. eo»ç»rtml., Ilb. 111 cap. xxv. Naus empruntons cette traduction à 
romraçe «le M. l'abbé Cut-herat, que nous avons déjà eu occasiot i,, cter plu_,.ieurs 
fois. le» .4tlui,are» co,içuetu&.es clu.iace.s; moaaterii dUdahic se trou,,-ent 



--- 257 -- 
les h6tes A cheval étaient reçus par le custode ou çardie de 
ainsi les voyageuçs à pied l'étaien pae ['aum6nier. A ¢tiacun l'aum6nio 
distçibuait une livçe de pain e une mesure suffisante de vin. En utre, 
à la IIIOFt de chaqtie frère, on distribuait pendant trente jours 
au premier pauvre qti se présentait. On lui donnait en us de la iande 
comme aux hOtes, et h ceux-ci un denier au moment dt départ. 11 y 
avait tous les.]olrs dix-huit prébendes ou portion» destin&s aux pauvres 
du lie, auxqels on distribat en eonOquenee unê livre de pain ; p,r 
pitance, les f(«es qatre jours la semaine, et (le, lélnles les troi autre 
jours. Aux grade, olennités, et vingt-cin,I foi par an, la via,le rem- 
plaçait les f0ves. Chaque année, à Pfiques, on donnait h chacn d'eux 
neuf coudées d'étottO de laine, et à Noël une paire e souliers. Six reli- 
giex étaient cmpl,,yés à ce service : le majordon-e, qui faisait la,listri- 
bution aux pauvres et aux h6tes; le portier de l'aum6nerie ; det allaiet 
chaque jour au bois, dans la forët,avec lettr» ànes ; lesdeux autce étaient 
charés du four. On distribuait des aumotes extraordinaires à certains 
jour anniversaires et en mémoire de qelqes illu»tres personnages, 
tels que saint Odilon, i' 
émpereur Henri, le roi Fêrdinan,l (lils de Sanche 

,, le Gran,I, roi de Castille et de Léon, mort le 9.7 décembre lO65) et on 
«épouse, et les rois d'Espaëne. Chaque semaine, l'aunôier la,ait 1,:- 
« pieds à truis palvres, avec de l'eau chaude en hiver, et il leur d,_,nnai! it 
« chacun une livre de pain et la pitance. En outre, chaque jour, on di:lri- 
,, huait doze to,'tés, chacune de trois livres, aux orphelin. et «x veu- 

« res, aux bolte«x et aux aveugles, aux vieillards et ,à tous les malades «ltli 
« se présentaient. C'était encore le devoir de l'am6nier de parcaurir, 
« une foi la .-emaine, le territoire de l'abbaye, s'itf,rmant le, niala,le«, 
cet letr remettant du pain, du vin, et tout ce qu'on i_c, uvait avoir ,te 
« meilleur.,, U«lalrie ajoute plus loin que l'année où il écrivit se» co,tumes, 
on avait. listril»t6 det, cent cinqta::te jambons, et fait l'aum6te à tlix- 
sept mille pauvre». Chaque mona.tère dependant de t21ny init;tit ,'et 
exemple selon ses m,-,yêns. Si n,:,u, ajoulo:> h ce.. oceupalion», t,»te: cla- 
rilablês, l'«lclivité e'lérieure des moies de Cluny, lever inflence p,:,lili«lle 
et religielse, les affaires considérables ql'ils avaient h traiter, la ge:ti,-,n 

»plrituelle et temporelle de leurs domaines et les prieurés ,li lépen- 
daient de l'abbaye mère, l'enseignement de la jene».-e, le- traax litle- 
faites du ci,titre, «,t enfin l'aecon-lplisement_ de nc, nbl'ex_ dev,»irs leli- 
gieux «le jour et de nuit, on ne s'étonnera pas de l'in-lportance 
acqlise cette naison à la fin dtl Xl  siècle, Vél'itable gouernement qi 

devait tout attirer à lui. grandis et petits, influence morale et riches-.es. 
C'e,t alors aussi que la construction de la :vap.de église e-t commecçe. 
Du temps de saint Hugues, l'église de Cluny ne stffisait p|tts au nottbre 
des moines; cet abbé entreprit, en 1089, de la rêcon»truire. La légen,le 

intégralement imprinlées dans le Spicile9;um (t. I, in-folio, p. 61 et suix.). On 
réunies à l'oeuvre du moine Bernard, dont il ê.,t l'abréviateur (iu-t ° ch t 2; pages). 
.-- 33 

les a 



[ ARCrlITECTtBE I --- 8-- 
dit qte saint Pierre en donna le plan au moine Gauzon pendant son som- 
meil. Cétait certainement ]'élise la plus vaste de l'Occident. Voici (fi. ) 

- k . 

le plan de l'albae telle qu'elle exi.-_tait encore  à la fin du 
nier; malheureusement à cette époque déjh, comme dans la 
gands mona:tères de bénédictin¢, les bâtiments claustraux 
presque entièrement recon,,truits, mais l'église élait intacte. 

siècle der- 
plupart dcs 
avaient été 
Commencée 

 Ce plan est à I échelle de Om,O005 pour rnèlre. 



-- 209--- [ ARCIIlTECTUIE ] 
par la partie du chœur sous saint FIugues, elle ne fut dédiée qu'en 1131. 
Le narthex ne fui, achev qu'en t20. A était |'entrée du monastère, fort 
belle porte du x « siècle à deux arcades, qui existe encore. En aant de 
l'église, en R, cinq degrés conduisaient dans une sorte de parvis au milieu 
duquel s'Alevait une croix de pierre, puis on trouvait un grand emmar- 
chement interrompu par de larges paliers qui descendait à l'entrée du 
narthex, tlanqué de deux tours carrées. La tour méridionale Cait le siCe 
de la justice, la pison; celle du nord était réser'ée à la garde des arcli- 
res. II ne semble pas que les églises clunisiennes aiet été précédées dt 
porches de cette importance avant le xii" siècle. Le narthex B de Clu) 
• datait des premières années du xnl  siècle; ceux de la Ctarité.-ur-Loire 
et de Vézelay ont 6té btltis au xI . A Vézelay, cependant, il exi,lait ,n 
porche construit en mme temps que la nef "h la fin du x  siècle ou au 
commencement du x e, mais il était bas et peu profond. Il e,t diffiùile 
de savoir exactement à q,lel usage cette avant-nef était destinée; une 
nécessité absolue avait dù forcer les religieux de la règle de Cluny, ver le 
milieu du x' siècle, d'adopter cette disposition, car elle se développe 
tout à coup, et prend une grande importance. A Cluny, "h la Charilé, 
à Vézelay, le narthex est une véritable église avec ses collatéraux, son 
triforium, ses deux tours. A Vézelay, le triforium se retourne au-dessus 
de la porte d'entrée de la nef intérieure, et devient ainsi une véritable 
tribune sur laquelle aait été placé un autel au xt ' siècle, dans la nicle 
centrale formant originairement l'une des hales éclaivant le pignon occi 
dental (voy. AICnTECTCnr IELIaEL'S, fig. 22). Ce vestibule Cait-il destié 
• a contenir la suite des nobles visiteurs qui étaient-reçus par les moines, 
ou les nombretx pèlerins «lui se rendaient à l'abbaye à certaines époqtte 
de l'année? Était-il un narthex ré.ervé pour les pénitents? Cette dernière 
hypothèse nous paraitrait la plus vraisemblable; un texte vient l'appyer. 
Dans l'aneiea pontifical de Ch'alon-sur-Saône, si voisin de Cluny, on li- 
sait : « Dans quelques églises, le prètre, par ordre de lëvèqle, célèbre la 
« messe sur un autel très-rapproché des portes du temple, pour les l»bni 
« lents plaeés devant le portail de l'église '. » A Cluny ml}trie, près «_le 
la porte d'entrée «' gauete, dans le ve,tibule, on voyait encore, avant la 
révolution une table de pierre de quatre pieds de lon, sr deux pieds 

et demi de large, qui pouvait passer pour un autel du xtt e siècle . 
Du vestibule on entrait dans la grande église par une porte plein cintre 

dont le linteau représentait probablement, comme à 5loissac, les vingt- 
quatre vieillards de la vision de saint Jean 3, bien qe les dcscription.'s ne 
relatent que vingt-troi. figures. Au-dessus, dans le tympan, etait sculpté 
de dimension colossale, comme aussi dans le tympan de la porte méri- 

(( 
jtt» episcopi, 
Ibid. 
Apocalyp«e. 

In quibusdam ecclesiis sacerds in aliquo aitari foribus proximiori celel,rat missam, 
poenitentibus ante fores ecclcsioe constitotis. » (Lorail p. 66.) 



[ ARGIIlTECTI..'IE ] -- 60-- 
dionale de l'a],])aye de .Mois«ac, le Christ assis tenant l'Évangile et bénis- 
saint; autour de_ lui étaiel-,t les quatre évangélistes et quatre anges suppor- 
tan! l'aré,»lc ovoide dont il était entouré. La nef immense était bordée 
,le doubles c,_,llatéraux, comme l'église Saint-Sèrnin de Toulouse; elle 
était vôfttée en berceau plein cintre. Au-dessus de la porte d'entrée, dans 
l'épaisseur «ltt mur _-épatant le narthex de la nef, et formant un encor- 
bellement de 2',00 à l'intérieur, était pratiquée une chapelle dédiée à 
sailt Mtchel, h laluelle on arrivait par deux escaliersà vis. Nou., avons vu 
l'fi l'abb«ye de Sant-Gall (fi. 1) une petite chapelle circulaire, élevée 
:-les.,« lt] .,«1, etait ééalemênt dédiée à saint Michel. A Vézelay, à la 
calledrale d' .tittn, c'et une niche qui surmonte le portail et dan., la- 
:ilelle pouvait èlrè placé un autel. Il sentblêrait que cette di,poition 
:ppartint aux églises clunisicnnes; en tout cas, elle mérite d'ètre men- 
lioléè, car ott., la retrouvons à Sailt-Andoche de Saulieu ; dans l'église 
de 3Ionlréal, lrè, d'.\vallon, ous fi:rme de tribune avec .-,on autel encore 
en Ilace (voy. Tlt»t.xc!..Mais ce qui caractérise la grande éli.,e de Clun.x, 
Ce.,t ce double tnt--_.ept ,l,t aucune église en France ne nous donne 
i'exelnple. E 1, élait l'autel principal; en F, l'autel de retro; en F, le 

IOliibeau le sai,t ttu«lle. , mort en 1109. La grande quantité de reli,_"ieux. 
,lli o«cupaiei (;liy à la lin du xI" siècle explique cette disposition da 
louble tl'an_,ept; en effet, le.., stalles devaient -'étend,'e depuis l'entl'éè 
,lu transsêpt c, riental jl.«ile vers le tombeau du pape Oélase, en G, ci 
rêrmaient ainsi le de,ix çroisillons de la première croieC. Le ,econi 
tvanssèpt devait ètre résêvvé au culte, "à l'entrée comme à la ortie ies 
religieux ; et le, deux croi-illons du premier transsept, derrière le.-.-.toiles, 
,:tai,..,t dè_.-tiliCs au service des quaive chapelles ouvertes à l'e:t, peut-ètre 
«.,si ux hôte., noml.,reux qe l'abbaye était souvent obligée dé loger, 

,;oit len,lanl le .gran,les ;s.-emblées, lrs de_ 
let'SOln«t"e , souvean. Du côté du midi était 
lotirWde bàlimenl_, l,,ll 011 retrouve des traces 
,'t en I. -- K, L, claient leg 

:éj,-,urs des pape.-, et des 
un immense cloitre en- 
encore aujc, urd'hui en 0 
deux abbatiales recon.-truites h la fin du xx" 

,iècle et au cc_,nmencement du xvtœ; M, une boulangerie qui .-ubisle en- 
cote ,-._, N, le bàtiment._ rêbatis au comnaencement du siècle dernier 
.,ur l'enplacêmenl ,les_ cc, n,tructions_ primitives ; P, la paroi:se; '1', la rte 
longeant la ,'16ture de l'abbay.'e; V, les jardins avec de grand, viviêr-. Une 
chroni,lle ,_te l'abl»aye fait remonter au gouvernèmett de saisit ltgue» 
,, la con.-lruclion d'un immense réfectoire, au midi ,lu cloitre. Ce réfec- 
toi're, long de cent pieds et large de soixante, contenait .-ix rangs de 
t:tbles, ans COlnlter trois autres tables transversales, de-tinées aux fonç- 
lionnaires de la communauté. Il était orné de peintures qui retraçaient 
les hi-toives némorable de l'Ancien et du Nou,,eau Te.,tament, les por- 
trait des lrincil»aUX fondateurs et bienfaiteurs de l'abbaye. A l'un des 
bouts, une grande peinture représentait le jugement dernier . » Cet 

t Laraiu. lb,t. de i'abboye rie Cluny. 



usage de peindre la scène du jugement dernier dan les t eçcctre le 
la règle de Cluny était fréquent;il y a quelque têps que l'on xoyait 
les traces d'une ¢le ces représentations dans le réfectoire de l'abha3e 
de Mc, is»ac, détruit aujourd'hui pour donner pa»age au cheniin de ler 

Bordeaux 'a Toul«,use. 
La ville de Cluny, «lui e»t bà.tie au midi 

coteau 'inclinant vers l'égli,e, 
çharmattes ntai.«Jn. des Xl' et 
ver« la fin du x'-siècle par les 

renferme 
x ¢ siècles; 
abbés, 

de l'al»bave, 
ellcoré Ulie 
elle fut 

-r le rampant ¢l'n 
grade quantité de 
entourée de mur,, 
et pour reconnaitre ce service, la 

,cille gengagea dès lç's  payer 
tours du narthex, l'égli.,e de 
Cluny possédait lroi clochers 
posé.,,  cheval sut-son pren-tier 

transsept et un clocher sur le 
centre de la deuxième croi.-_.ée, 
que l'on désignait _-ous le nom 
de cloct, er des lampes, parce 
qu'il contenait à sa base les cou- 
tonnes de lumières qui brù- 

des dimes au mona-tèce. Outre le deux 

iaient perpétuel!ement au-des- 
sus du grand autel. Il n'est pas 
.I--l-.--r-, ! 
douteux que l'abbaye, ne fùt en- 
routée de murs forttfiés avant 
la construction des murs de  , 
faisait, pour ainsi dire. partie 
du monastère. La curieuse 
abbaye de Toucus, dont nous 
donnons ici le plan (fig. 3). était 
entourée d murs continuant 
les remparts de la ville du 
e6té nord et po{sériant ses déDnses particulière» du côté du midi dans 
la citd mëme . Une charte de Charles le Chauve ddigne ainsi Tournus : 
« Teo,,«ai,» caslr«m, lbrnutium villa, et cella Sancti l.ler&,i ,,, le 
château, la ville de Tournus, et l'enceinte sacrée de Saint-Valérian. Ces 
divisions étaient fréquentes au moyen àge; et, lorsque les monastères 
" 
étaient voisins des willes, soit parce qu ls s aient élablJs proche de 
cités déjà existantes, soit parce que successivement des habitation, 
laïques s'étaient agglomérées près d'eux, ils maitenaient toujaurs u 
c6té découvert donnant sur la campagne et ne se lais»aient pas etourer 
de toutes parts. A Paris, l'abbaye Saint-Germain des Pres possédait une 
,aste étendue de terrains situés 
la ville s',Cendit singulièrement pour déborder ces prés qui se prolon- 

 Ce plan est a l'ëchelle de O s 0005 pour mètre. 



[ AaCnTCWt'n ] -- 262 --- 
geaient jusqu'au dcl de la rue du Bac. L'abbaye de Moissac avait so» 
enceinte fortifiée, séparée de l'enceinte de la ville par une rue commune. 
Il en était de nëme' l'abbaye Saint-Ren)i de. Reims, hà celle de Saint- 
Denis; les abbayes de la Trinité, de Sant-Etienne, Caen (fig. h), se 
trouvaient dan» une situation analogue '. Il arrivait souvent aussi que 

les monatères bhi» à une certaine distance de villes populeuses étaient 

4 

I 

à peu près gagnés par les contructions particuliere; alors, au moment 
des guerres, on englobait les enceintes de ces monastères dan les nou- 
x-elles fortifications des villes. C'est ainsi qu'à Paris, le prieuré de Saint- 
Martin des Champs, les Charlreux, le Temple, les Célestins, l'abbaye 
Sainte-Genevibve, Saint-Germain des Prés, les Blancs-Manteaux, fure'nt 
Cuccessivement compris dans l'enceinte de la ville, quoique ces établis- 
sements eussent été originairement élevés extra muros. 
Comme propriétaires fonciers, les ordres religieux possédaient tous les 

t La vue cavalière de l'abbaye Saint-Etienne de Caen que ,ous do,nons ici est copiée 
sur une gravure de la Topographie de la Gaule .. Noa.«xme (Mérian, édit. Francfort, 
t662). Voyez au.4 les Monogr. d'abbayes, biblioth. Sainte-Geneiève. 



droits de seigneurs féodaux, et cette situation mme ne 

[ A BCHITECTURE 
contribua pas 

à leur décadence, lorsque le pouvoir royal, d'une part, et les privilégcs 
des communes, de l'autre, prirent une grande importance ; elle les plaçait 
souvent (et à moins d'exemptions particulières, que le suzerain n'adn,ct- 
tait qu'avec peine)dans l'obligation de fournir des hommes d'armes en 
temps de guerre, ou de tenir garnison. A la fin du xtt' siècle, quand la 
narehie devient i)r(,pond(rante, les grands établlsseme,ts religieux 
se sont élevés, humbles d'abord, en face de la féodalité, absorbent le chl- 
teau. puis sont abso'bés 'a leur tour dans l'unité monarchique; nais c'est 
au moment où ils passent de l'état purement monastique h l'état de pro- 
priétaires féodaux c'est-à-,lire sous les règnes de Philippe-Au,,,,te et 
de saint Louis, qu'ils s'entourent d'enceinte fortifiées. Toute nstitutîon 
tient toujours par un point au temps où elle fleurit. L'institut mona.,_tique, 
du moment qu'il était possesseur de ferres, devenait forc6ment pouvoir 
féodal, car on ne comprenait pas alors la lropriét6 sous une autre r,ï,,.me. 
Les abbés les plus illustres de Cluny avaient senti combien cette pente 
était glissante, et pendant !es x ' et x" siècles ils avaie,t, par ,les réfor- 
mes successives, essayé d'enlever à la propriété mona-tique son caractè,e 

féodal; mais les moE, urs étaient plus fortes que les réformes, et. Clun3, q,li, 
par sa eonstitulion, son importance, le personnel intlent qti faisait 
partie de l'ordre, les bulles d»s papes, et ses richesses, paraissait invll- 
nérable, dvait êlre attaqaé par le .,cul côté qui donnait au suzerait le 
moyen de s'immiscer dans ses affaires; et ce c6t6 attaqable, c'étaient 
les droits seigneuriaux des abbé». 
Dans les dernières années du xt' siècle, trois religieux de Molesmes. 
saint Robert, saint Albérie et saint Étienne, après s'ètre etl'orcés de rét'ot - 

mer leur abbaye, qui était tombée dans le plus grand reltchement, allèren t 
'a Lyon, en compagnie de quatre autres frères, trouver l'archevèqe 
ugues, légat du saint-si6ge, et lui exposèrent qt'ils désiraient fonder" 
un monastière où la règle de Saint-Benoit fùt suivie avec la plus grande 
rigueur; le légat loua leur zèle, mais les engagea à n'entreprendre cetle 

t.ache qu'en compagnie d'un plus grand nombre de religieux. En effet., 
bientôt quatorze frères se joigniren "a eux, et ayant reç.u l'a'is faorablê 
du légat, ils partirent ensemble de Molesmes et allèrent s'Cai»lit dans une 
fort notnmée Citeaux, située dans lë diocèse de ChIlon. C'était une de 
ces solitudes qui occlpaient alors une grande partie du sol des Gaules. Le 
vicomte de Beaune leur abandonna ce désert. La petite colonie se n,it 
à-l'oeure et éleva bient6t ce que les annales cisterciennes appellent 1,: 
monastère de bois Ce lieu était humide et marécageux; l'orale, ire fut bàti 
en un an, de 1098 à 1099 : ce n'était qu'une pauvre clapelle. Le  ingt et un 
religieux n'curent dans l'origine ni constitution ni règlement., particuliers, 
et s'attachèrent littéralement h la règle de Saint-Benoit; ce ne rut qu'un 
peu plus tard que saint Albéric rédigea des statuts. « Les nouveaux soli- 
taires devaient vivre des travaux de leurs mains, dit l'auteur des annales 
de l'ordre, sans toutefois manquer aux devoirs auxquels ils étaient obligés 



[ AItCItlTEC'TUBE ] 

n llalite de rêl,_':'ieux .... Saint Pierre de Cluny, aj,ute cet auteur, faisant 
réllexion sur leur vie, la croit non-seulement difficile, mais mëme imp,»- 
cil»le aux f,)rees humaines. Comment e peut-il faire, -'écrie-t-il, que des 
,,taire.,. accablé de fatigues et de travaux, qui ne se nourris-:.ent que 

d'helbe, et de legumes, qui nentretiennent pas le, Ibrces du corps, et 
tlète petlvet à peine conserver la vie, entreprennent des travaux que 
le exl de la campagne le, plu r,_,buste- tr)uveraient très-rudes et très- 
difficiles it -Ol,p..-,rter, et ql'ils souflrent tant6t le» ardeur, du oleil. tant6t 
les pluie-, les nei«es et le.. glace.- de l'hiver ? .... Si les reli8ieux recevaient 
des frèles cover- ', c'Cait pour n'ètre pa obligé, de sortir de l'enceinte 
du onatèl'e, et i»:,ur ,le ces t'rère pu«:ent s'employer aux affaires exté- 
rieur'es. » aint Robert et -es compagnons, en fondant Citeaux, compre- 
naient déjà quelle prise donnait aux pomoirs séeuliers la règle de Saint- 
lenoit, entre le mains de» riches établisements de Clunv; aussi avec 
quelle l'iger ce, fondateura repou-»ent-ils les donations, (lui ne ten- 
,laien! «l'h les soulager d'une partie de leurs- rudes labers, au détrimet 
de le,tf in,1,-pendance ! ne con»ervat que le »ol ingrat «lui pouvait à peine 
les nourrir, afin de n'tre à charge à per-çnne, « car, ajoute l'auteur déjà 
club_., c'e.t cequ'ils craignaient le plus au monde». Cependant Eudes, 
duc de Bourgo-ne. Ceva un chàteau dans le voisinage, afin de se rappro- 
cher dë ce relibieux qu'il avait aidés de ses dons lor de la con,truetion 
de lever oratoire; on |i1 Henri voulut bient6t partager leurs travaux, il se 
lit loinê. Mai, Cîteaux ne prit un grand essor que quand saint Bernard 
et ses compagnons- vinrent s'y renfermer; à partir de ce m,)ment, une nou- 
velle milice se présente pour relever celle fournie par Cluny un siècle au- 
paravant. De la forèt marécaeeue où les vingt et un religieux de Nolesmes 
,_,nt bgtti quel,lue_, cabanes de bois, cultivé quelque coin de terre, -ont -or- 
tir. en moin- de vingt-cinq an, plus de soixante mille moines cisterciens, 
qui se répandront du Tibre au , olga, du 5lançanarez à la Baltique. Ces 
n,,ine, appelé, de tous c6tés par les seigneur féodaux pour défrieher des 
terre abandonnées, pour établir des usines, élever des troupeaux, as.,ainir 
des marai., vont prèter à la papauté le concour le plus puissant par leur 
uni,,n, par la parole de leur plus célèbre chef; à la royauté et au peuple., 
par la réhabiltalion de l'agriculture ; car au milieu d'eux, sous le mëme 
habit, on verra des seigneurs puissants conduire la charrue 'à côté du 

' Le frëres co,tvers dtfferaient des frères profès, en ce que leurs oeux etaient simples 
ét non solenn,.ls. C'Calent des ser.iteurs que les cisterciens pouvaient s'attach,:r aec la 
permission de l'ëvèque diocésain. A une époque où les monastères étaient pleins de reli- 
gieux de race noble, les frëres con'.êrs étaient pris parmi l/s laboureurs, les gens de 
métier. : ils portaient un costume régulier toutefois et mangêaiént à la table commune au 

rcfectoire. On conprend que dans des temps où la condition du peuple des campagnes 
etait aus,i misdrable que possible, les cou,.cnts cisterciens ne de,.aiênt pas manquer de 
lrères convers, qm retrouvaient ainsi, en entrant dans le cloitre, la sécurité, une graada 
liberte relati',e et une existence assuree. 



pauvre colon. Citeaux enlèvera des 
p[ir ses huit ou dix mille granges '. 
immortel représentant prëchcra la 
l'Europe contre les Maures d Espagne par la 
faites de Calatrava, d'Alcantara, de Montêsa. 

q_- [ ABCttITEfiTUIIE ] 
milliers de bras à la guerre por rem- 
Ses travaux ne s'arvëteront pas là, son 
seconde croisad, Citeaux défndra 
formation dés ordrês mili- 
Les templiers demanderottt 

des règlements à saint Bernard. Citeaux, plus encore que Cluny, xiendva 
au secours des pauvres, non-seulement par des aun6ne, nais en em- 
ployant leurs bras; et ses dons sortis de monatères .,imples et au,/ères 
d'aspect, répartis par des moines.se livrant chaque jour aux travaux les 

plus rudes, paraitront plus précieux en ce qu'ils 
don du superflu,mais le partage' du nécessaire. 

ne sembleront i»a 
Ce 'e-t pas sur les lieux 

Olevés que se fondent les monastères cisterciens, mais dans les vallons ma- 
réca$eux, le long des cours d'eau : c'e,t là que la culture pourra fertiliser 
le sol en convertissant des marais improductifs en praires arto.,ées par 
des cours d'eau; c'est là que l'on pourra trouver une torce motrice pour 
les usines, moulins, huileries, sciêries, forges, etc. Citeaux, la Fevt«;, 
Clairvaux,Morimond, Pontigny, Fontenay, l'al»b;tye du Val, sont bAtis 
dans de creux vallons, et encore aujourd'hui, autour de ces établie, se- 
ments ruinés, on retrouve à chaque pas la trace des immenses travau, 
des moines, soit pour retenir les eaux dans de va.,tes étangs, soit pour lês 
diriger dans des canaux propres aux irrigations,soit pour les amener dans 
des biefs de moulins. Comme exemple de ce que nous avançons ici, et 
pour donner une idée de ce qu'était, à la fin du Xl  .siècle, un monastère 
cistercien, voici (fig. 5) le plan général de l'abbaye de Clairvaux, fondée 

par saint Bernard =. On remarquera tout d'abord que ce plan se divi.e 
en deux sortions distinctes. La plus importante, celle de l'e»t, retlferme 
les bltiments affectés aux religieux: en A, sont placés l'église et deux 
cloitres dont nous donnons plus bas le détail; en B, des fours et moulis 

t grains et à huile; en C, la cellule de saint Bernard, son oratoire et 
son jardin religieusement conservés; en E, des piscines alimentées par 
l'étang; en F, le logement des h6tes; en G, la maison abbatiale, voisine 
de l'entrée et de l'h6tellerie; en H, des Curles; en I, le pressoir et grenier 
à foin; en Y, des cours d'eau, et en S un oratoire. L'entrée principale 
de l'abbaye est en D. La section du plan située à l'oued, t, et sépatée de la 
première par une muraille, comprend les dépendances et les lc,eme-ts 
des frères convers attachés à l'abbaye. T e»t un jardin (promenoir). K, le 
parloir ;-L, des logements et atelier d'artisans; M, la boucherie; N, d .s 

t Citèaux arrira promptement au nombre incroyable de deux mille maisons monas- 
tiques des deux sexes; chaque maison possé,latt cinq ou six granges. (Histoire de l'abbaye 
de Morimond, par l'abbé Dubois., 2 e édit., 1852..---Atnales de l'ordre de Citcaux : Essat 

sur l'histoire «le l'ordre de Citeauz, par D. P. l.e Nain, t 696.) 
9_ Nous devons ce plan à l'obligeance de M. Harmand, bibliothécare de la ville de 
Troc-es, et de M. Millet, architecte de ce dtocèse., qui a bie ,,oulu nous en fournir iltt 
calque. 

1. -- 3/1 



 ARC[IITI:',CTUIE 1 
granges et Cables; 

O 

--- 266- 
pressoirs publics; 

P, la porte 

principale; 

¢,. L k i,..rd W LL F-N  I' 

pE6gID    

restes du vieux monastère; , une tuilerie; X, son four. Des cours d'eau 
circulent, au milieu de ces divers batiments et usines. Une enceinte 



ainsi que ses 
à l'extrémité 

dépendances; 
esl, et arrosés 

des jardins potagers et des 
par des rigoles. Voici (fig. 

vergers sont situés 
6) le plan des btti- 



[ ARCHIrECTURE 
ments réervé 
est terminée , 
|e[le orientCs 

] --- 268--- 
aux religeux. On remarqera tout d'abord que l'église A 
l'abside par neuf chapelles earrée. Quatre autres cha- 
s'ouvrent sur le transsept; outre les stalle.,_- des religieux 

utres stalles sont platées immédiate 
di@oées en avant de la croisée, (l'a - 
ment après la porte d'entrée dans la nef : ces stalles étaiet probablement 
réervées aux frères convers. B e.-_t le grand cloitre avec son 
vert, grand bassin d'une seule pièce muni d'une intinité de 
gouillês tout alentour (voy. L.«v,tBo). C, la salle capitulaire 
un petit jardin. D, le parloir des moines  : le 
valt ètre observé entre les religieu', un endroit péeial était réservé pour 

les entretiens nécessaires, afin 
t'rères. E. le chautloir : c'était 
du soleil, le religieux transis 

lavabo cou- 
petites gar- 
éclairée sur 
silence le plus abclu de- 

de ne pas exciter le scandale'parmi les 
là ql'après le chant de, laudes, au lever 
pendant l'office de la tuit allaient 

se 
réchauller et graisser leurs sandale, avant de se rendre aux travaux du 
n-atin. F, la cuisine, ayant sa petite cour de service, .,_on cours d'eau T, 
une laverie et un garde-man-er h proximité 6, le réfectoire placé en tace 
du grand bassin de ablutions, tl, le cimetière au nord de l'église, l, le 
petit cloître avec huit cellules réservées aux copistes, éclairéês du cété 
du nord et s'ouvrant au midi sur l'une des galeries de ce cloitre. K, l'in- 
firmerie et ses dbpendances; L, le no-«ic.iat; M, l'ancien logis des étran- 
ger.; N, l'ancien logis abbatial; O, le cloître des vieillards infirmes ; P, la 
salle de l'abbé; k, la cellule et 1' , 
oratoire de saint Bernard; tt des écu- 
rie. ; S, des granges et des, celliers; U, une scierie et un moulin à huile, 
mus par le cours d'eau T; Y, un alêlier de corvoyeurs; X, la sacristie; 
Y, la petite bibliothèque, armariolum, où les frères déposaient leurs livres 
de lecture; Z, un rez-de-chaussée au-dessus duquel est établi le dortoir, 
auquel o accëde par un escalier droit pris dans le couloir qui se trouve 
à côté du parloir D. Au-dessus de ce parloir était disposée la grande 
bibliothbqe, à laquelle on montait par un escalier donnant dans le croi- 
sillon sud de l'église. Cet escalier conduisait également au dortoir, afin 
qte les religieux pro-sent descendre à matines directement dans l'église. 
Du porche peu profond de l'égli,e on parvient "à la cuisine et à ses dé- 
pendances, sans passer dans le cloitre, par une ruelle qui longe les granges 
et celliêrs; cette ruelle est accessible aux ehariots par une porte charre- 
fière percée à la droite du porche. Ainsi, communications faciles a-,ec le 
lehovs pour les services, et cléture complète pour les religieux profès, Si 
'.»on semble. Au sud du petit cloitre on voit une grande salle : c'est une 
école, ou plutét le lieu de réunion des moines destiné aux conférences en 
asage dans l'ordre de Citeaux. Ces co-nférences étaient de véritables com- 
bats théologiquês, dans ce temps où déj'à la scolastique s'était introduite 
dans l'étude de la théologie; et en effet, dans le plan original, ce lieu et 
désigné ainsi: Thesiù p. pugnand, oula. 

t Colloqui locu. 
2 C«lef«ctorium. 



-- .'269-- [ A BCHITECTUBE 1 
On conçoit que de rudes travaux manuels et de nombreux devoirs re- 

gués, tant par 
cloitre venait 
tuelle d u mon 
e discutaient le thèes 
gieux qu'ils ne devaient 

ligieux ne pouvaient satisfaire entièrement l'intelligence d'hommes réunis 
en raml nonbre, et parmi lesquels on comptait ds personnages distm- 
leur rang que par leur éducation littéraire. Autour du petit 
donc se grouper ce qui était destiné à la pature intellec- 
astère : la bibliothèque, les cellules des copi.-tes, la salle où 
théologiques; et comme pour rappeler aux reli- 
pas s'enorp:,uêillir de leur sac'oir, de la ,ivacité de 
leur intelligence et des succès qu'ils pouvaient obtenir parntt leurs frères, 
l'infirmerie, l'asile des vieillards dont l'esprit aussi bien que le corp: 

étaient afthilli.-, pal" t aoe et les travaux, se trouvait là pres du centn, 
intellectuel du couvent. Entre cette salle et le dessou.- du dortoir, de,_- 

c6té de 1;t grande saI|c 
le chapelle des comtes 

latrines sont disposée le lon ,les cours d'eau... 
K c,.t une petite chapelle, dési-née sous le nc, m 
de Flondre. 
Certes, ce plan est loin de sati_,faire aux exigence» académiques ax- 

q,elles on croit, de no» jours, devoir sacrifier le t»)n'sens et les prora mm,. 
les mieux écrits; mais s: nous prenons la peine de fanal.v.,er, nc,« re-te- 
•  _ 
tons peu tré,, de la sagesse de ses dispositions. Le. l»e.,_oin.-,_ matériel.,, de 1 
vie, granges, celliers, moulins, cuisines, sont h proximité du cloitre, nai.,. 
restent cepenlatt en dehors de la cl6ture, afin que le voisinage ,1, ces 
services ne puissent distraire les religieux profës. A u sud de l'e,3li.,_e e..-t le 
 auxq elle.,_ le, reli_,zieux doivent 
cloitre, entou'é de toutes les d.pendances u 
aecéder facilement ; chacune de ces dépendanee.., prend l'espace t|e terrai 
qui lui convient. Au deigt, un plus petit cloitre parait réervé aux travaux 
intellectuels. Si nous jeton» le..; }eux sur le plan d'ensemble (tig. 5), nouo 
voyons les u_-ines, les vaste granges, les Cables, .les logement» de- artisan 
disposés dana une première enceinte en dehors de la clôtre religieu_-.e, 
sans s-cmCrie, mais en raison d terrain, des cours d'eau; de l'orienta- 
tion. Une troi.,_ième enceinte à l'est renferme le jar,lins, vivier.-, prises 

d'eau, etc. To,t l'établissement enfin e.-_t 
fuis»eaux pouvant mettre l'abbaye à l'abri 
De tos ces bttiments si bien dispo.,_és et 
à durer jtsqu'à nos jours, il t,e reste plus q 
Cair'eaux, entièrement reconstruite dan_- 
q'un faible intét'ët. Cette abbaye avait 

enclo.,, dans de« murs et des 
d'un coup de main. 
qui étaient con_-truit., de façon 

._ L' 
ue des fta_-tneit,, abbaye de 
le ,,iëcle dernier, ne présente 
In plu- ...«rande anal,»._'zie avec 

l'abbaye mère. La plupart de ses di:positions étaient capiées Sill" celles (le 
Citeaux. La constitution de l'ordre, qi avait Cé rédigée definitivcment en 
'1119, dans ne a._,semblée qui prit le nom de prenier chapitre aénét-al ,le 
Citeaux, par Hugue, [le .Mtcon, saint Bernard et dx autre abbé.- de l'ordre, 
F ° ç "'t, 
et qui est un vertable chef-d'oeuvre d'organisation, en s ,_,coupant de, bati- 
ments, dit : « Le mona,tère sera con.-truit (_i faire e peut) de telle faço 
qu'il réunisse dans son enceinte toutes les choses n éce.-,__,aire_- ; savoir: l'eaux, 

un moulin, un jardin, des ateliers pour divers métiers, afin d'éviter que 
moines n'allient au dehors. » L'église doit être d'une grat;de implicité. 



(ARCIIITECTçRE ] --- 2"0 --- 
« Les sculptureset les peintures en sero:.t exclue»; les vitraux uniqtement 
èe couleur blanche sans cro ni ornemen . 11 ne devra poin re élevé 
de tours de pierre ni de bois pour les cloches d'une hauteur immodérée, 
et par cela mme en désaccord avec la simplicité de l'ordçe.... Tous les 
mnastère de Cieau seront placés sou l'invocation de la aineVierge .... 
Des granges ou métairies seront réparties sur le sol possédé par l'abbaye; 
leur culture confiée aux frères convers aidés par des valets de ferme.... 
Les animaux domestiques devront tre propagés, autant qu'ils ne sont 
s'éloigncrot 
pas bties h 

,l'utilcs.... Les troupeaux de grand et de petit bétail ne 
pas t plus d'une journée des granges, lesquelles ne seront 
moin, de deux lieues de Bourgogne rune de rautre :. » 

Nous donnons (fig. 7) le plan cavalier de l'abbaye de Citea 
l'ordre; il et facile de voir que les dispositions de ce plan ont 
sur celles de Clairvaux 3. O est la première enlrée à laquelle on 
une avenue d'arbres; une croix signale au voyageur la porte 

tère. Une clapelle D e.t bttie à c6té de l'entrée. AussitSt (le 
portier entendait frapper à la porte, il se levait en disant : D«o 
rendant ainsi gràces à Dieu de ce q'il arrivat un éranger ; en 

ux, bète de 
été copiées 
accède par 
du monas- 
le frère 
gratias *, 
ouvrant, 

il ne prononçait que cette parole : Benedicite, se mettait à genoux devant 
le nouveau venu, puis allait prévenir l'abbé. Quelque graves qle fu.,_ent 
ses occupation., l'abbé venait recevoir celui que le ciel lui envoyat; 
après s'ëtre pro.,_terné ii ses pieds, il le conduisait à l'oratoire : cet usage 
expliquée la destination de cette petite chapelle située près de la porte. 
Après une courte prière, l'abbé confiait on h0te au frère hospitalier, 
chargé de s'informer de ses besoins, de pourvoir à sa nourriture, à celle 
dé sa monture s'il était à cheval. Une écurie F était h cet effet placée près 
de la grande porte intérieure E. Les hôtes mangeaient oriinairement avec 

l'abbé, qui avait pour cela une table séparée de celle ,les frères. Après 
les compiles, deux frères semo,ie's, désignés chaque dimanche au cha- 
l,itre pour cet office, venaient laver le, pieds du voyageur. 
De la première entrée on acc6dait dans une cor A, autour de laquelle 

taient platCs des granges, écuries, étables, etc., puis un grand btti- 
nent 6, contenant des eelliers et le logement des frères convers, qui ne se 
trouvaient pa ainsi dans l'enceinte réservée aux religieux pçofès. En H, 
était le logement de l'abbé et des h6tes, également au dehors du cloitre ; 
en \, rézlise,  laquelle les frères convers et le¢ hôtes accédaient par une 
porte particulière en S. B, le grand cloitre; K, le réfectoire; I, la cui«ine; 

* Il existe encore, en effet, dans la grande église abbatiale de Pontigny, des ilraux 
blancs (le l'époque de sa construction, dont les plombs seuls forment des dessins d'un 
beau st)le, et comme le ferait ua simple trait sur une surface incolore (o). 

2 Voyez la .Notice sur l'abt, nye «le Pontigny, par le baron Challiou des B:rres, 18ha. 
:3 Ce plan est extrait de la Topographie de la France (Bblioth. nations., Estampes). 
Ces bàtimcnts furent :ompiétement alterés au cotntnetCeln .nt du «lcrnier siècle. 
s Jul. Pàris, E,pr. primit. «le Cit., sect. 10 et 11 ; De l'off, du po,-tier. -- Hisloire de 
2"qbbaye de Morbnon«l par l'abbd Dubuis. 



copistes, comme  Clairvaux, avec la bibliothèque au-dessus; R, la grande 



[ ABCIIITECTUEE 
itfirmrie, pour 
et les malades. Une enceinte enveloppait 
cotrs d'eau de._,tiné. à leur arrosage. On 
ton le l'or,lre concernant la ,lisposition 

] -- 272 -- 
les vieillards incapables de se livrer aux travaux actifs, 

tous les batiments, les jardins et 
voit qu'ici l'article de la constitu- 
des bltiments était scrupuleuse- 

ment exécuté. Sur l'église, ne seule flèche, de modeste apparence, élevée 
au çentre ,lu transsept, suffisait au petit nombre de cloches nécessaires 
au mona.,_tère; mais à Citeaux l'abside était terminée carrément, et en 
cela le chce,r de l'église le Clairvaux, bati pendant la seconde moitié du 
x . siècle, dillërait de l'abbaye robre. 

L'abb:ye de Pontigny, fond6e en '_, iÆ, un an avant celle de Clairaux, 
dans une vallée du diocèse d'Auxerre, jusqu'alors inculte et déserte,parait 
avoir a,l,-,pté la seconde, vers la fi du xC siècle, dans le plan de son église, 
ne abside avec chapelles carr6es rayonnante..Voici (fig. 8) le plan de cette 
:bbaye. De mêne qu'h Clairvaux et qu'à Citeaux, le transsept possède qua- 
tre chapelles carrées. L'église k est précédée d'un porche bas, s'ouvrant sur 
le dehors par une suite d'arcades. Ici le grand cloitre C est situé au nord de 
l'6glise, mai cet/e,lispoition peut s'expliquer par la situation du terrain. 11 
f, tllait que les -ervices du monastère fussent, conformément aux usages de 
Citeaux,h proxinité de la petite rivière qui coule de l'et à l'ouest, et l'église 
:xe pouvait C.tre batie-sur la rive droite de ce cours d'eau, parce que cette 



--- 273 -- [ aRCHTCTE ] 
rie est vaseuse, tandis que la rive gauche donne sur un bon o1: dè lors 
le cloitre, devat ëtre forcément placé entre l'églie et ce cours d'eaux, ne 
pouvait 0tre bàti qu'au nord de la nef D'ailles, le climat est beaucop 
moins rude  f'ontigny qu'à Clairvaux et Citeaux, _ 
et l'c, riêntatic, n 
dionale du cloitre était moins nécessaire. B et l'oratoire prinitif qui 
avait été conseré; D, la salle du chapitre; E, le grand réfectoire; F, la 

cuisine et ses dépendances, avec sa petite cour sépavée :uc le cours d'eau; 
G, le chauffoir; H, le noviciat; I, les pre=,oir; K, la _-acristie; L, (les 
granges avec les lc, gêments de frères convers à proxinité, en dehors dt, 
la cl6ture des religieux, comme à Citeaux et à Clairaux. Le loge[elt. 
de l'abbé et des hôtes, ainsi que les dépendances, étaiet à l'oued, t, proche 
de la première entrée du mona,tëre. M, la chapelle de saint Thonas 
Becket, «lui fut, entame chacun sait, obligé de se rétg_,ier à f'ontigny. 
grand bassin aux al»lutionsétait placé au milieu du cloitre. De 
jardins entouraiet cet établissement ét s'étendaiet à l'est (le l'égli:e. 
Comparativemet à Citeaux et à Clairvaux, Pontigny e,t un mona.-ti:re 
du second ordre, et cependant sa filiation s'étendait e Fvace, e Itali', 
en Hongrie, cil l'ologne et en Angleterve ; trente maison» étaiet l»lacées 
,ous sa juridiction, toutes fondCs de 1119 à 120. Parmi ces maison.-_ 
citerons celles de Condom, de ChŒlis, du Pin, de Cercatnp, de Saint-Leunat'd, 
en France; de Sa-Seba.,tiano, de Saint-Martin de Viterbe, en Italie; 
Saite-Croix, de Zam, de Kiers, en Hongrie, etc., etc. 
!1 ne parait pa_ que l'abbaye de Pontigny ait jamais été entcurée de fo,tes 
murailles comme sa mère Citeaux, et ses sœurs Clairvaux et Morimod; 
c'était là un établi.-sement pre»que exclusivement agvicc, le : ous 'y trou- 
vons plus ce petit cloitre réservé aux travaux littéraires ; pas cl'école, l,as de 
cellules pour les copistes, pas de grande bibliothè,lue. Le uines de 
tigny, en effet, convertirent bientôt la vallée déserte et marécageuse où ils 
s'étaient établis en (n riche territoire qui est devenu l'une (le.,_ v:llée.-, les pi(s 
Drtiles de l'Auxois ; ils possédaient .'2895 arpenl (le bol.,: ; ils avaient! plalaté 
-" "'. à Pontigny, à Saint-Bri»; entreten:tielt .',0 arpets 
des ignes à Çh&bll.,, 
de beaux prés, trois moulins, une tuilerie et. de nombreux donaie 
Comme Ponti,,ny l'abbaye desVaux-de-Cernav, dans le diocè-_e de l'afin, 
était un établissetnent purement agricole. Fondé en 1128 (1i7. 9i, il 'avait 
pas l'importance (les établisements de Clairvaux, de Morino[(l, (le Ponli- 
gny, mais on trouve dans ce plan la simplieité d'ordonnance et la régula- 
rité desédifices enfantés par Citeaux: toujours les (lualre chpelles ouvertes 
t l'est dans le trans.ept, et comme à £iteaux une abside carrée. E \, est 
l'églie; en B, le cloitre; en C, le réfectoire, disposé pêrpendiculairemet au. 
cloitre, conformément au plan de Citeaux et cottrairemettt aux usages 
monastiques adoptés par les autre,règles. La cuisine et le chault'oir étaiett 

 L'église de Pontgn. et la grange à l'entrée sont encore conserées. Cette église, 
quoique d'une simplicité un peu puritaine, ne laisse pas d'ètre fort belle ; nous ne saxons 
sil a jamais existé un clocher sur le transsept il n'en reste plus de traces. 
. -- 35 



AI4CrlITECTUI:tE .  27  
proximité. Le grand btiment qm prolonge le transsept contenait au 

9 

i I 

rez-de-chau:see la salle d,1 chapitre, 

 bis 

la sacristie, 

parloirs, etc. ;au bout, 
des latrines; au- 
desus, le dortoir. 
Près de l'entrée, 

comne à Pon- 
tigny, il existe 
une grange très- 
vaste; en E, un 
lori,bief D, que 
nous avons réuni 
h ce plan, se 
trouve éloigné du 

tenay, près de Montbard (fig. 9 bs). 

cloitre dans les 
vastes dépendan- 
ces qui entourent 
l'abbaye . Mais 
voici maintenant 
une abbaye de 
troisième classe 
de l'ordre de Ci- 
teaux : c'est Fou- 

L'dglise A est d'une extrg.me simplicité 

t C,e plan nous a été communiqué par M. Hérard, architecte, qui a fait sur cette ab- 
baye un tra,a,l graphique impartant, accompagné d'une excellente notice à laquelle nous 
renvoïons nos lecteurs. Ces plans sont au.ourd'hui la propriété du mini.,-tère des Beau,-Arts. 



-- 75- [ ARCHITECTURE } 
comme construction ; son abside est carrée, sans chapelles, et quatre cha- 
pelles carrées s'ouvrent seulement sur le transsept. Cette disposition appa 
rat toujours, comme on le voit, dan les glises de la règle de Cîteaux 
ainsi que le porche fermé en avant de la nef. Le cloilre C et placé au 
midi, le cour d'eau tl étant de ce côté de l'église. E F et là salle capitu- 
laire ; à la suite le réR.ctoire, les cuisines et le chauffoir avec sa chemin_o; 
en I3 sont les dortoirs : mais ces constructions ont été relêvées au xv" siècle. 
Dans l'origine le dortoir était placé, suivant l'usage, à la suite du transselt 
de l'église, an de faciliter aux moines l'accès du chœur pour le offices de 
nuit. Le long du ruisseau sout établis des anges, eelliêrs, etc. La porlê 
est en E, avec es étables et Curles. Les autre» »ervices de cet établisse- 
ment ont dsparu aujourd'hui. Le monabtère de Fontenav et itué dans 

un vallon resserré, saura-e, et de l'as ect le 
. , - -  . p p us pittore.:que, de 
eonslderables, retenus par les mornes en amont du couvent à l'est, 
encore aujourd'hui  lhire mou- 
voir de nbreuses usines, telles 
que moulln, fouleries, scieries, 
dan les bhments desquelles on l 
rênontr quautit6 de l'ragments 
du xii" s,ècle. Fontenay était suc- 
tout un éblissement industriel, / 
comme Pontigny était un-6tabli- / 
sement agrtcole. On tt'ouve en 
amont du nonastère des traces 
con,i«erables Ce machefer, ce qui /  
donne lieu.de supposer que les  c 
autour de la maison religieuse '. ] 
'ous avons vu plus haut que des :'-'.c /.:.((.'// 
voisinage des grandes abbayes pour 
la culture des terres, qui bien/6t 

vinrent augmenter le (lomaines ' 
des religieux. Ces métairie conser- 
vaient leur nom primitif de v, lla, .. c'étaient 
par des frères cotvers et des valêts, sous la 

de grandes fermes oecup6es 
direction d'un religieux qui 

avait le titre de li'ère hospitalier; car dans ces vil!w, comme dans les 
simples granges isolées m6.me, l'hospitalité était assurée au voyageur 
attardé : et à cet effet, une lampe brillait toute la nuit dans une petite 
niche pratiquée au-dessu ou à c6té de la porte de ces bâtiments rurax, 
comme un fanal destiné "à guider le pèlerin et à ranimer son courage e. 
Voici donc (fig. 10) t'une de ces métairies; dépeudance de Clairvaux, 

Fontena' appart,ent au,iourd'l,ui aux descendants 
nastère est devenu une papeterie importante. 
Annales ctslerc., t. Il, p. 50. • 

du cclebre Mo,ltg,lfier; le mo- 



[ ARCHITECTrBE ] ---.16--- 
elle est jointe au plan de ce monastère donné plus haut, et est intitulée 
vilhe Outra,be. En A est la porte principale de l'enceinte, traversée par 
un cours d'eau B; deux granges immenses, dont l'une est à sept nefs, 
svnt blties en C; l'une de ces granges a son entrée sur les dehors. Dans 
une enceinte particulière D sont disposés les bàtiments d'habitation des 
frères convers et. des valets; en E sont des étable et écuries. Une autre 
porte s'ouvre à l'extrémité opposée à la première, en F ; c'est là que loge 
le frère hospitalier. Ces villa' n'étaient pas loujours munies de chapelles, 
et leurs habitants devaient se rendre aux églises des abba)es ou prieurés 
voisins pour entendre les offices. 
Il fallaik conformément aux statuts de l'ordre, qu'une villa, qu'une 
grange, fussent placées à une certaine distance de l'abbaye ,-ère pour 
prendre le titre d'abbaye, et qu'elles pussent suffire à l'entretien de treize 
reli.,:ieux au moins. Quand le., établissements ruraux ne possédaient que 
des revenu trop modiques pour nourrir treize religieux, il con.ervaient 
le'lr titre de v,[l,'t ou de simple grange '. 
L'ordre bénédictin de Cluny possédait de_,. établissements secondaires 
qui avaient des rapports avec les ran_ges cisterciennes; on les désignait sous 
le nom d'o/_,(dienc,:_sZ Ces petits établissements possédaient tout ce qui 
constitue le monastère: un oratoire, un cloitre avec se, tlépendances; puis 
autour d'une cour voisine, ouverte, les batiment, dêstinés à l'exploitation. 
C'était dans les obédiences qu'on reléTait pendant un temps plus ou 
tanin» lon: les moines qui avaient fait quelque faute et devaient. ubir une 

pénitence ; 

ils se trouvaient soumi. ik l'autorité 

E 

du prieur, et condamnés 
aux plus durs travaux 
manuels, remplissant 
le, foctions qui, dans 
le: grands établi.._.e- 
ent.-, étaient contiées 
aux valet.. La plupart 
de ces domaines ruraux 
-ont devenus depuis 
longtemps des fermes 
abandonnéesaux mains 
laiques, car bien arant 
la révolution du dernier 
siècle, le- moines n'é- 

lori fertile, perdu au milieu des 
un charmant oratoire de la fin 
et des dépendances en ruine. Nous 

raient plusastreints à ces pénitences eorporelles; cependant nous en avons 
u encore un certain nombre dont les bàtiments sont assez bien conservés. 
Auprès d'Avallon, entre cette ville et le village de Savigny, dans un val- 

bois et des prairies, on voit encore s'élever 
du xt" siècle, avec les restes d'un cioitre 
donnons (fig. 1 l) te plan de cette ohé- 

Annales ctstec., t. III, p. 
Du Cange, Glossa5,e. 

t-O, et t. IV, p. 



prieuré de Saint-Jean les Bons-Itommes. 
est couverte par un berceau ogival con- 

taience qui a conservé le nom de 
En A est l'oratoire, dont la nef 
struit en briques de O",hO d'épaisseur; toute la construction est d'ailleurs 
en belles pierres bien appareillées et taiilées. Une porte B très-simple, 
mais d'un beau caractère, permet aux étrangers ou aux colon du voisi- 
nage de se rendre aux ofices sans entrer dans le cloitre; une seconde 
porte C sert d'entrée aux reliseux pour les offices. En D est le cloitre, 
sur lequel s'ouvre une jolie salie E dans laquelle, après laude,,, [es reli- 
gieux se réunissaient pour recevoir les ordres touchant la distribution du 

jour. Le dortoir était au-dessus; en F, le réfectoire et la cuisine ; 
celliers, granges et b2ttiments d'exploitation. Une cour It, ou- 
sur la campagne, était de.-.tinée "h contenir les étable» et chariots 

travail du 
en 6, des 
erte en I 

né:essaires aux travaux 
par une porte K. Le frère 

des champs. 
portier était 

DEBR/II' E. 
On entrait dans l'enceinte cloitrée 
probablement 1,»gé dans une cellule 

l'extrëme 
la salle E 
clunisiennes du XlI e siècle. 

constructions sont à peine visibles, au- 
ayant une issue sur 1 jardin. Un petit 
une cl6ture enfermait du 
monastère. Voici (fig. 1"_,) 
l'abside de la chapelle, qui donne-une 
simplicité ne manque ni de 
e,t charmante, et rappelle les 

l'institut monastique, 'étendent jusque dans 
médiocres, jusque dans les batiments ruraux 
sent pris d'admiration pour cette organisation 
le sol de l'Europe occidentale d'établissements à la 
conqus, où l'art éritable, l'art qui sait ne faire que 
faire tout ce qu'il faut, n'était jamais oublié. On s'est 
siëcle 

On comprend comment de vastes établissements, richement dotds, tels 
que Cluny, J u miéges, Saint-Denîs, Vézelay. Citeaux, Clairvaux, apportaient 
dans la construction de leurs bltiments un soin et une recherche extraor- 
dinaires; mais lorsqu'on voit que ce soin, ce respect, dirons-nous, pour 
les constructions les plu 
les plus retreints, on se 
bénédictine qui couvrait 
fois utiles et bien 
ce qu'il faut, mais 
habitué dans notre 
• à considérer l'art comme une superfluité que les riches seuls peu- 
vent se permettre. Nos colléges, nos maisons d'écoles, nos hospices, nos 
séminaires, sembleraient, aux yeux de certaines personnes, ne pas remplir 

en L. Les traces de ces dernières 
jourd'hui. En M était la sacristie 
ruisseau passait au nord de l'oratoire, en N, et 
cété de l'et le jardin particulier de ce petit 
une éléation prise du cété de 
idée de ces constructions, dont 
grace ni de style. L'entrée de 
constcuctions 



| ,ncnx'rrc'rtme ] -- 278 -- 
leur but, s'ils n'étaient pas froids et misérables 
dénué, dê tout entimcnt d'art: la laideur parait 

d'aspect, repoussants, 
imposée dans nos pro- 

grammes d'établissements d'éducation ou d'utilité ptblique. Comme si ce 
n'était pas un dc moyens les plus puissants de civilisation que d'habituer 
le yeux à la vue des choses convenables et belle à la fois! comme i 
l'»n gagnait quelque chose à placer la jeunesse et les cla$cs inférieures 
au milieu d'objet qui ne parlent pas aux yeux, et ne laissent qu un sou- 
venir froid et tri..te ! C'est h partir du moment où l'égalité politique est 
entrée dans les mœurs de la nation qu'on a commencd h considérer l'art 
co:nme une chose de luxe, et on plus comme une nourriture commune, 
aussi nécessaire et plu» nécessaire peut-ètre aux pauvres qu'aux riches. 
Les bénédictins ne traitaient pas les questions d'utilité avec le pédantisme 
no(lcrne; maisen fertilisant le sol, en établisant de usines» ch desséchant 
dc marais, en appelant les populations (le, campagnes au travail, c 
ils habituaient les )'eux aux belles et bonnes 
i,trtliant la jeunesse, 
choses; leurs con.truction Atalent durables, bien appropriées aux besoi 
et gracieuse. cependant, et, loin de leur donner un aspect repoussant ou 
de les surcharger d'ornements faux, (le décorations menteuses, ils faisaient 
en sorte que leurs écoles, leurs couvents, leurs églises, laissassent des 
souvenirs d'art «lui devaient fructifier dans l'esprit des populations. Ils 
enseignaient la patience et la résignation aux pauvres, mai ilconnais- 
salent les hommes, sentaient qu'en donnant aux cla.,:scs ignorantes et 
déshéritée- la distractioh de 3"eux "à défaut d'autre, il faut e garder du 
faux luxe, et que l'enseigr:emcnt purement moral ne peut convenir qu'à 
des esprits d'élite. Cluny avait bien compris cette mission, et était cntree 
dans cette voie hardiment; ses monuments, ses Cilles, étaient un lix're 
ouvert pour la foule; les sculptures et les peintures dont elle ornait es 
portes, ses frises, ses chapiteaux, et qui retraçaient les histoires sacrées, 
le Iégendes populaires, la punition des méchants et la récompense des 
botis, attiraient certainement plus l'attention du vulgaire que le» elô- 
quentes prédications de saint Bernard. Aussi voyons-nous lUC l'influence 
de cet homme extraordinaire (influence qui peut ètre difticilcment coin-- 
prise par notre siècle où toute individualité 'efface) s'exercesurle grand., 
sur les évëques, sur la noblesse et les souverains, sur le clergé régtlier, qui 
renfermait alors l'Cire intellectuelle de l'Occident: mais en s'élevant par 
sa haute raison au-dessus des arts plastiques, en les proscriva:t comme 
une monstrteuse et barbare interprétation des texte, sacrés, il se mettait 
en dehors de son temps, il déchirait les livres du peuple; et si sa parc.le 
émouvante, lui vivant, pouvait remplacer ces images matérielles, après 
lui l'ordre monastique efit perdu un de ses plus puissants moyens d'in- 
fluence, s'il efit tout entier adopté les principes de l'abbé de Clairvaux. 
Il n'en fut pas ainsi, et le xI  ,iècle commençait à peine, que les cister- 
ciens eux-mëmês, oubliant la règle évère de leur ordre, appelaient la 
peinture et la sculpture pour parer leurs édifices. 
Cette constitution si forte des deux plus importantes abbayes de l'Oc- 



--- 2"79- [ ARCIIlTECTURE  
ident, Cluny et Cîteaux, toutes deux bourguignonnes, donne à toute 
l'architecture de cette provînce un caractère particulier, un aspect robuste 
.et noble qui n'existe pas ailleurs, et qui reste imprîmé dans ses monuments 
jusque vers le milieu du xm • siècle. Les clunisiens avaient formé une ecole 
d'artistes et d'artisans très-avancée dans l'étude de la constructîon et des 

combinaisons architectoniques, des sculpteurs habiles, dont les œuvres 
sont empreintes d'un style remarquable; c'est quelque chose dê grand, 
d'élevé, de vrai, qui frappe virement l'inmgination, et se grave dans le 
souvenir. L'école de statuaire des clunisiens possède unesup6riorité incon- 
testable sur les écoles contemporaines du Poitou et de la Saintonge, de la 
Provence, de l'Aquitaine, de la Normandie, de l'Alsace, et m:me de l'lle- 
de-France. Quand on compare la statuairê et l'ornementation de Vézclay 
des x  et xH  siècles, de Dijon, de Souvigny, de la Charité-sur-Loire, de 
Charlieu, avec celle des provinces de l'Ouest et du Nord. on demeure 
convaincu de la puissance de ces artistes, de l'unitWd'école " laquelle ils 
s'éient formés (voy. ST,TU.«r, SCCLPrrrE). Les grandes abbayes bour- 
guignonnes établies dans des contrées où la pierre est abondante et d'une 
• excellente qualité, avaient su profiter de la beauté, de la dimension et d. 
la force des matériaux hrés du sol, pour donner à leurs édifices cette gran- 
deur et cette solidité qui ne se trouvent plus dans les provinces où la pierl'C 
est rare, .basse et fragile. L'architecture de Cluny, riche déj5 dës le xt  siècle, 
fine dans ses détails, pouvait encore être imitée dans des contrées mois 
favorisAes en matériaux ; mais le style d'architecture adopte par les cister- 
iens était tellement inhérent à la nature du calcaire bourgoignon, qu'il e 
put se ddvelopper ailleurs que dans cette province. Ces raisons preme! 
natérielles, et les tendances générales des ordres monastiques vers le luxe 
extérieur, tendances vainement combattues, contribuèrent h limiter l'n- 
fluence architectoniqe de la règl d Citeaux. Pendant que saint 13ernad 
faisait de si puissants efforts pour arrêter la décadence, déjà prévue par l,i, 
de l'ord/e bénédictin, une révolution dans l'enseignement allait enlever 
-aux établissements monastiqes leur prépondérance intellectuelle. 
Au x  siècle, après de glorieuses luttes, des travaux im,»enses, l'ordre 
mona»tique réunissait dans son sein tous les pouvoirs. Saint Bernard 
représente le principe religieux intervenant dans les affaires tcmporclles, 
les gouvernant mme quelquefois. Suger, abbé de Saint-Denis, c'est le 
religieux homme d'État, c'est un ministre, un régent de France. Pierre 
le Vénérable personnifie la vie religieuse il est, comme le dit fort jdi- 
cieusement M. de Rémusat, « l'idéal du moine' ». t cété d ces tois 
hommes apparaît Abailard, l'homme de la science (voy. AaCrtTCTr, 
l)éveloppement de /'). Deux écoles célëbres déjà au commencement du 
xt  siècle étaient établies dans le cloître Notre-Dame et d..ts l'abbaye 
de Saint-¥ictor; Abailard en fonda une nouvelle qui, ._ réunissat à 
t'autres élevées autour de la sienne, constitua l'Université de Paris. La 

I Saint Anselme de Cantorb., par 5I. C. de Rémusat (Paris, 1853) : voî. les chap t et u. 



I ACI-IITECTURE ] --- "2_8(}-- 
renommée de ce nouveau centre d'enseignement 
les école des grandes abbayes d'Occident. 
Les éablissements religieux n'avaient pas peu contribué 
,l'organiation qu'il présentaient, la solidarité entre les 
rll/liC mona-tbre, parleur esprit d'indépendance vis-h-vis d u pouvoirlaïque 
,.t ,liceCain, au ,léveloppement des communes. Des chartes d'affranchis- 
sement flt'ent accor,lée, au xtt' siècle, non-seulement par des évèques, 
,eigneurs temporel, ', mais aussi par des abbés. Les moines de Morimond, 
le Citettx, de l'ontigny, furent des premiers à provoquer des établisse- 
mett» ,le communes autour d'eux. Beaucoup de monastères, en mainte- 
riant l'tnt6 paroissiale, enfantèrent l'unitWcommunale : leur archives 
o l,,nnent des exemple d'administrations munieipales copiées sur 
l'a,l[iti»tration conventuelle. Le maïeur, le syndic représentaient, l'abbé, 
.t le. ancien appelés h délibérer ur les affaires et les intérts de la eom- 
ntne, le, vieillard, du monastère qui aidaient l'abbé de leurs conseils 
l'élection, qui était la base de l'autorité dans le monastère, était également 
adoptée par la commune. Plus d'une f,is les moines curent lieu de se 
pentir d'avoir aisi aidé au développement de l'esprit municipal, et l'orga- 
nisation qu'ils avaient su établir autour de leurs abbayes leur fut fatale. 
11 suivaient en ceci la marche naturelle des choses. our prospérer, il 
tkilait fonder l'ordre et le travail sur le territoire de l'abbaye; l'ordre 
el le travail sont les premiers enseignement, de la liberté : aussi les vas- 
saux ,tes abbés réclamaient-ils bient6t des chartes d'affranchissement. 
Avant le xt  siècle, un grand nombre de paroisses, de col le gia l es, étaient 
,levenues la proie de seigneurs féodaux, qui jouissaient ainsi des béné- 
lices eccléiastiques enlevé« au pouvoir épiscopal. Peu à peu, 
t i'eprit de suite des ordres religieux, à leur influence, ces bénéfices leur 
furent concédés par la noblesse s6culière, à titre de donations, et ben- 
t6t les al»b6s se de,saisirent de ces fieg en faveur des évoques, qui ren- 
tr0rent ain,i en possession de la juridiction dont ils avaient été dépouill6s : 
car il faut rendre cette justice aux ordres religieux, qu'ils contribuèrent 
ptissamment à rendre l'unitW lÉglise, soit en reconnaissant et 
l'endant l'aulorité du saint-siCee, soit en réuni,sant les biens ecclésia»- 
tiqe cnvahi par la féodalite séculière, pour les replacer sous la main 
" • 
ép_«opale Des hommes tels que saint Hugues saint Bernard, Suger. 
l'ierre le X énérable, avaient l'esprit trop élev6, pour ne pa comprendre 
,lue l'Cat monastique, tel qu'il existait de leur temps, et tel qu'ils l'avaient 
fait, était un état transitoire, une sorte de mission temporaire, appel6e 
à tirer la sociét6 de la barbarie, mais qui devait perdre une grande partie 
de son importance du jour où le succès viendrait couronner leurs effort,. 
En ett'et, à la fin du XII" siècle déjà, l'influence acquise par les bénédictins 
dans les affaires de ce monde s'affaiblissait, l'éducation sortait de leurs 
mains. Les bourg et villages qui s'étaient élevés autour de leurs établis- 

éclipsa bient6t toutes 

, par le modèle 
habitants d'un 

Entre autres, ceu de leims, d'Amiens et de Laon. 
Il,st. de l'abbaye de Morimod, par 5I. l'abbé Dttbois chap. 

XXlil. 



.- 81 -- [ ,,,lCUr,crr ] 
sements, érigés en communes; possédant de terres h leur tour, n'étaient 
pus des agglomérations de pauvres coloris abrutis par la misère; ceux-ci 
devenaient indépendants, quelquefois mme indolents. Les évêqes repre- 
naient la puissance diocésaine, et prétendaient, avec raison, être les Sells 
,représentants de l'unité religieuse; les privil6ge monastiqes &taient 
vent combattus par eux comme une atteinte h lever juridiction, ne relevant. 
elle aussi, que de la cour de Borne. La papauté, qui avait trouvé t]tl seca', 
si puissant dans l'institut monaslique pendant le, x  et x" iè«les,  l',;l,- 
que de ses luttes avec le pouvoir impérial, voyant les gouvernements sé,'- 
liers gorganiser, n'a'ait plus les mmes motif pour accorder une in,lél,en- 
dance absolue aux grande abbayes; elle sentait que le moment était venu 
de rétablir la hiérarchie catholique conformément à on institution pri- 
mitive, et avec cette prudence et cette connai»satce des temp qi carac- 
térisaient alors ses actes, elle appuyait le pauvoir épicopal. 
Pendant le coursdu xii  siècle, l'institut hén5dctin ne 'était pas 
comme nous avons pu le voir, au développement de l'agriculture. L'ordre 
deCiteaux particulièrement, s'occupant avec plus de ollicitde le l'6t,?a- 
tion des basses classes que celui de Cluny, avait organisé ses fères c,,nvers 
en groupes: il y avait les frères meuniers, les frères bolangers, les frères 
brasseurs, les frères fruitiers, les frères corroyeurs, les rouleurs, les ti>e- 
rands, les cordonniers, les charpentiers, les maçons, les maréchaux, le 
menuisiers, les serruriers, etc. Ctaque compain avait un contre-maitre, 
et à la tëte de ces groupes était un moine directeur qui était chargé de 
distribuer et de régler le travail. Au commencement [lu xI  siècle, sous 
l'influence de ce souffle organisateur, il s'était mëme élevé une sorte 
de compagnie religieuse, mais vivant dans le monde, qui avait pri le 
titre de pontifice., (constructeurs de ponts) . Cette congrégation se char- 
geait de l'établissement des ponts, routes, travaux hydrauliques, chaus- 
sées, etc. Leurs membres se déplaçaient suivant q'on les (lemandait ur 
divers points du territoire. Les ordres religieux" ouvraient ainsi la voie aux 
corporationslaïques du xIII e siècle, et lorsqu'ils virent le monopole du 
progrès, soit dans le lettres, les sciences ou les arts, sortir de leurs mains, 
ils ne se livrèrent pas au découragement, mais au contraire ils se rappro- 
chèrent des nouveaux centres. 
Vers 1 120, Othon, fils de Léopold, marquis d'Autriche, h peine gé de 
vingt ans, se retira h Morimond avec plusieurs jeunes seigneurs, ses amis, 
et prit l'habit de religieux. Distinguant en lui un esprit élevé, l'abbé du 

t Du Cange, Glos. : t« Poatifex, pontium exstructor. F'atres Poni« sub finem secundoe 
« stirpis regum Franc. ad hoc potissimum institut, ut iatoribus tutelam, hospitium, aliaque 
« necessaria praestarent. Fratres Pontis dicti quod pontes construerent uti facilius et tutius 
« fluvios transire possent viatores. Sic Aenionensem pontera proesidente et an:hitecto 
t S. Benezeto exstruere, ut fusius docetur in ejusdem sancti lJitolia Aquis edita ann. 
« t707 in-tf. Horum hospi[ala'iorum Pon[ificum, seu Factorum Pontium (sic aliquando 
« ocantur) habitus erat vesti»" aiba cure signo poti et crucis de panno supra pectus, ut 
« loquitur charta ann. t/tTt, pro Hospitali Pontis S. Spiritus, ex sctmdis D. Lan¢elot. » 
.-- 36 



[ ,acnccrtg ] -- 82- 
monastère l'envoya à Paris après son noviciat, avec quelques-uns de ses 
compagnons, pour y étudier la théologie scolastique. C'est le premier 
exemple de religieux profès quittant le cloitre pour puiser au dehors 
un enseignement qui alors, dans la capitale du domaine royal, remuait 
profondénent toutes les intelligences. Othon s'assit bmntSt dans la chaire 
abbatiale de Morimond, nommé par acclamation. Il Ceva l'enseigne- 
ment, dans cette maison, à un degré supérieur; depuis lors nombre de 
religieux appartenant aux ordres de Cluny et de Citêaux allèrent chercher 

la science dans le cloitre de Notre-Dame, et 
Abailard, afin de maintenir l'enseignement 
dc connaissances du temps. 5lais la lumière 

dans les écoles fondées par 
de leurs maisons au niveat- 
commençait à poindre hors 

du cloitre, et son foyer n'était plus à Cluny ou à Citeaux. A la fin du xii  
siècle et pendant le Xl  siècle, ces établissements religieux ne s'en tin- 
rcnt pas là, et fondèrent des écoles à Paris mme, sortes de succursales 
qui prirent les noms des maisons mères, où se réunirent des religieux qui 
vivaient suivant la règle, et enseignaient la jeunesse arrivant de tous les 

points de l'Europe pour s'instruire dates ce 
ordres religieux conservaient donc ainsi leur 
de leur temps, bien qu'ils n'en fussent plus le centre. 
Du ix" au Xl ¢ siècle les ordres religieux, préocchpes de 

domaine des sciences. Les 
action sur l'enseignement 

grandes réïor- 

mes, se plaçant ik la tgte de l'organisation sociale, avaient eu trop à faire 
pour songer à fonder de vastes et magnitiques monastères. Leurs ri- 
chesses, d'ailleurs, ne commencèrent à prendre un grand développement 
qu'h cette époqe, par suite des nombreuses donations qui leur étaient 
faites, soit par les souverains voulant augmenter leur salutaire influence, 
soit par les seigneurs séculiers au moment des croisades. C'est aussi à 
cette époque que l'architecture monastique prend un caractère particu- 
lier: rien cependant n'est encore définltivement arrèté; il fallait une 
longue expérience pour reconnaitre quelles étaient les dispositions qui 
convenaient le mieux. Cluny avait son programme, Citeaux avait le sien; 
tout cela différait peu de la donnée primitive adoptée d6j'5 du temps où le 
plan de l'abbaye de Saint-Gall fut tracé. Mais c'est vers la fin du xl" siècle 
et au commencement du xitl ', que les établissements monastiqe., dëve- 
nus riches, n'ayant plus à lutter contre la barbarie du siècle, moins préoc- 
cupés de grands intérgts moraux, peuvent songer à construire des de- 
meures commodes, élégantes mëme, bien disposCs, en rapport avec les 
habitudes séculières de ce temps. Les données principales sont conser- 
vées : le cloitre, placé sur un des cStés de la nef, le plus souvent au sud, 
donne entrée dans la salle du chapitre, le trésor, la sacristie, et au-dessus 
le dortoir est bati dans le prolongement du transsept, par les motifs déduits 
plus haut. Le long de la 
longe la nef, est élevé le 

qu'un rez-de-chaussée. 

galerie du cloitre opposée et parallèle à celle qui 
réfectoire, aéré, vaste, n'ayant presque toujours 
En retour et venant .rejoindre le porche de 

l'église, sont placés à rez-de-chaussée les celliers, au-dessus les magasins 
de grains, de provisions. La cuisine est toujours isolée, possédant son o1'ti- 



-'--283--- [ AI1CIIITECTUIE ] 
cine: son enirée et sa cour particulières. En aile à l'est, à la suite du r6- 
fectoirc, ou le long d'un second cloitre, la bibliothèque, les cellules des 
copistes, le logement de l'abbé, l'infirmerie. Près de l'entrée de l'église, 
du côté opposé, l'hôtellerie pour les étrangers, l'aumSneric, les prions, 
plis enfin les dépendances autour des bttiments du grand cloitrc, sépa- 
rées par des cours ou des jardins. A l'et, un espace libre, retiré, placet6, 
et qui semble destiné à l'usag particulier de l'abbé et des religieux. Pour 
résumer ce programme, lne fois l'église donnée, les services purcmet 
mtériels, ou qui peuvent erre remphs par des laïques, sont toujours pla- 
cés du côté de l'ouest, dans le voisinage du porche, tandi» que tout ce 
qui tient à la vie morale et . l'autorité religieuse se rapproche du chœur 
de l'église. 5lais si pendant le "Xl"siècle l'institut bénédicti s'6tait porté 
de préférence vers l'agriculture; s'il avait, par un labeur incessant, par 
sa persévérance, fertilisé les terres incultcs qui lui avaient été donnée, au 
milieu du xn « siècle cette tache était remplie : les monastères, entourés 
de villages nouvellement fondés et habités par des paysans, n'avaient plus 
les mornes raisons pour s'adonner presque exclusivement h la culture, ils 
pouvaient dorénavant affermer leurs terres et se livrer à l'enseignement. 
Après avoir satisfait aux besoins matériels des populations, en rétablis- 
sant l'agriculture sur le soi occidenta| de l'Erope, ils étaient appeiés h 
nourrir les intelligences, et déjà ils avaient été dépassés dans cette voie. 
Aussi nous voyons, vers la fin de ce siècle, les ordres se rapprocher des 
-illes, ou rebàtir leurs monastères devenus insuffisant près des grands 
centres dê population; conservant seulement l'église, ce lieu consacré, 
ils élèvent de nouveaux cloitres, de vastes et beaux batiments en rapport 
avec ces besoins naissante. C'est ainsi, que l'architecture monastique com- 
mence à perdre une partie de son caractère propre, et e fod déjà dans 
l'architecture civile. 
A Paris, le prieur de Cluny fait rebatir complétement le couvent, de 
Saint-Martin des Champs, sauf le sanctuaire de l'église, dont la construc- 
tion remonte à la réforme de ce monastère. Voici (fig. 13 ') le plan de 
ce prieuré. L'abbé de Sainte-Geneviève fait également reconstruire son 
abbaye (voy. fig. lb 2). Puis, un peu plus tard, c'est l'abbé de Saint-Ger- 
main des Prés qui, laissant seulement subsister la nef de l'élise, com- 
mence la construction d'un nouveau monastère qui fut achevé par un 
architecte laïque, Pierre de Montereau (voy. fig. 15 3). 

t A, l'église» dont le chœur remonte aux premières années du .I1 e siècle, et la nef 
lut rebàtie vers 12t0; B, le cloitre; C chapelle Notre-Damel D, réfêctoire ; G salle capi- 
tulaire; I-l, mortuaire; E, petit dortoir i I, grandes salles, dot'toits au-dessus i K, ceIlie-s i 
I, cuisine; N, chapelle Saint-Michel. 
2 A, l'église : la base de la tour est seule conservée, sa construction date du x e siècle. 
B, le tgrand cioitre; C» le chapitre; D» jardin i E, le réfectoirel F, les cttisines. 
3 A, l'église; B, le cloltre; C, la porte principale de l'abbaye du c6té de la ville; 
D, porte dite Papale, du c61é des prés ; E, salle capitulaire et dortoirs au-dessus ; F, |a 
chapelle de la Vierge., bàtie par P. de Monterêau; G, le réfectoire, bti par le mëme 



ARCHITECTURE ] ---" 23h -- 
Ce n'est pas à di'e cependant que les ordres religieux, au 

commen- 

cernent 

du 'H' siècle, abandonnassent complétement les campagnes; 

architecte; Il, celliers et pressoirs; I, la maison abbatiale 
M, dépendances. L'infirmerie à l'extrémité du bàtiment E. 

les fossés; L» jardips 



'ils sentaient la nécessité de se rapprocher des centres d'activité, de par- 

ticiper à la vit nouvelle des peuples ayant 
tion, ils continuaient encore à fonder des 
rait mème qu'à cette époque la royauté 
nance des abbayes dans les campagnes; 

soif d'organisation et d'inbtruc- 
monastères ruraux. Il semble- 
déir&t maintenir la prédomi- 
peut-ëtrê ne volait-elle pas sans 

inquiétude les nouvelle ten.dance de+- ordres à se rapprochêr des villes, 
et abandonnant ainsi les chanps aux ittluexces t'éodale +-éculiOrê+, qu'ils 
avaient jus(lu'alors si éne'giluêment conbattues. La nère de sai,t L,,uis 
lit de nombreuse donations pour élever de llOUVeatlX elablieet dans 
, l'aljb,tve de _laul»ui--«n, 
le campagnes; ce fut elle «lui funda en 19.6, . .. 
detinée aux religieuses de l'ordrê (le Citeaux. 0-retrouve ecorê dans 
ce plan (fig. 16) la +,érCitWprinitive des di:l»)itions ci._-terci nne., 
dans le ,tvle de l'architecture -- confine Val, dut la re- 
con+-truction remonte à peu près à la IiièIlle des conce+,+-ic, ns 
sont faites au goùt dominant de l'epoque; la 'e.-t plu., exclue 
des cloitres, le rigorisme de »aint Bernard be-oin d'art, «lUt 
alors e faisait sentir julUè coxl.-_ttttcti<_,Is le, llu.-mde.,,tes. 
L'abbaye de laubuis»on était en mèlne tenl., un établi.-,cnelt aé:ricole 
, t une maison d'éducation pour le, jeune, lille.,. Au Xll' .:iècle, le.-, teli- 
gieux ne cultivaient plus la ferre de leur.- propre., main.,, ntais e cotet- 
talent de surveiller leur ferniers, et de {:eter leur« biens- 'uraux, à IlUs 
forte raison les religieuses en usaient-elles aitisi. Déjh niètne au connêm 
cernent du xl  siècle, le travail de chantp etitblatit dé.[ms.,,e [cm fç, r«es 
de femmes, et il est probable Cille la re-le:__ . <li 'appli+Itxait t, ux t'eli+,ieu.-es 

à l'abtave du 
él)O(lue -- 
+-culpture 
le cède au 
dan. les 



[ ARCBITECTUIE ] 

-- 86- 

comme aux religieux, ne fut pas longtemps observée par celles-ci. Il est 
curieux de lire la lettre qu'Héloïse, devenue abbesse du Paraclet, adresse 
à ce sujet à Abailard, et l'on peut juger, par les objections con/enues 
dans cette lettre, combien de son temps on s'était peu préoccupé de l'or- 

6 

I • I 

I I I 

• 

ganisation intérieure des couvents de femmes. Si, ac, xIIr siècle, les 
règlements monastiques.auxquels les religîeuses étaient assujetties se 
ressentaient du relàchement des mœurs à cette époque, cependant nous 
voyons, en examinant le plan de l'abbaye de Maubuisson, que ce monas- 



"" -S'---- [ ARCHITECTURE ] 
tère ne différait pas de ceux adoptés pour les communautés d'hommes. 
En A es[ i'église; dans le prolongement du traussept, suivant l'usage, 
la salle du chapitre, la sacristie, etc. ; au-dessus le dortoir. En B, le cloltre; 
en C, le réfectoire; en D, le pensionnat; en E, le parloir et le logement des 
tourières; en F, les cuisines; 6, les latrines disposées des deux cStés d'un 
cours d'eau ; H est le logis de. l'abbesse; I, des fours et écuries; K, l'apo- 
hicairerie; L, l'habitation réservée pour le roi saint Louis, lorsqu'il se 
rendait à Maubuisson avec sa mère. Car, "h partir du x  siècle, on lrouve 
dans les abbayes fondCs par les personnes royales un logis réservé 
pour e|les. M est l'infirmerie; N, une srange; O, un colombier; P, une 
porcherie; 0, des écuries, étables; de I aux Curles, étaient construits 
des bâiimenis qui contenaient le logement des hStes, mais ces contruc- 
tions sont d'une époque plus rScente; en R était l'abreuvoir. De vastes 
j.rdins et des cours d'eau entouraient ce bâtiments situés dans un 
charmant vallon, en face de la ville de Pontoi.e, et le.tout était ceint de 
murailles fianquées (le tourelles . 
Le nouvel ordre politique qui naissait aec le x  iècle devait nécessai- 
rement modifier profondément l'institut monas|ique. Il faut dire que les 
établissements religieux, du moment qu'ils cessaient de combattre soit les 
abus de pouvoir des seigneurs séculiers, soit les obstacles que leur oppo- 
saient de terres incultes, ou l'ignorance et l'abrutissement des populations 
rurales, tombaient rapidement dans le relachcment. Leurs richesses, leur 
importance comme pouvoir reliseux, et comme possesseur territoriaux 
et féodaux par conséquent, ne pouvaient manquer d'introduire au milieu 
des monastèrcs de habitudes de luxe qui n'étaient guère en ralîport aec 
les vœux monasiiques. Saint Bernard s'était élevé avec énergie contre les 
abus qui dSjà de son temps lui semblaient devoir amener promptement 
la décadence des ordres, et, socti de Citeaux, il avait cheçclé à rendre à 
la règle de Saint-Benoit sa .pureté_ primitive, avec une constance et une 
rigueur de principes qui eurent un plein succès tant qu'il vécut. De son 
temp la vie monacale conquit une immense i:.fiuence morale, et s'Cendit 
jusque dans les camps par l'institution et le développement des ordres 
militaires. Il n'y avait pas alors de famille princière qui n'eût des représen- 
tants dans les différent monastères de l'Occident, et la plupart des abbés 
élaient de race noble. L'institut monastique tenait la tête de la civilisation. 
Du jour où le pouvoir royal se fat constitué, où la France eut un véritable 
gouvernement, ces petites républiques religieuses perdirent peu à peu de 
leur importance; et renfermées dans leurs devoirs de 

priétaire, fonciers, 
au dehors pendant 
saute, se perdit en 
tout entier. La noblesse fournit tous 

de corps enseignant, l'activité q 
les XI e et x  siècles ne trouvant plus une 
querelles intestines, au graud détriment 
les jours un contingent 

religieux, de pro- 
u'elles avaient déployée 
pàture suffi- 
de l'institut 
moins nom- 

J Voyez la Notice de M. Hérard r cette abba.-e (Paris, i851), et le curieux tra'ail 
graphiquc de cet architecte, déposé aux archives des monuments histor., minist, des Beaux- 
Arts. --- Le chemin de fer de Pontoise passe aujourd'hui à travers les clc,s de l'abbaye. 



[ ARCHITECTURE ] ---- '2-88---- 
breux aux couvents, et livrée dès le xl" siècle exclusivement à la carrière 
des armes, commençant à dédaigner la vie religieuse, qui n'offrait plus 
qu'une existence intérieure et bornée, elle laissa biet6t ainsi les ordres 
monatiques tomber dans un état qui ressemblait pas.-:ablement à celui de 
riches et paisibles propriétires réunis en commun sous ne discipline 
«lui devenait de moin, en moins rigide. Bientôt les abbé.-., considérés par 

le roi collirllc des s_.i-neurs féodaux, ne pouvaient, comme tels, -e mettre 
en dêhor_, de l'organisation politique établie:tant que les pouvoirs 
séculiers étaient divsé, il leur était possible, sinon facile de maintenir 

et mème d'aecroitre le leur; mais quand ces pouvoirs féodaux vinrent se 

canf,.mdre tlan la royauté basée sur l'unitWnationale, la lutte ne pouvait 
durer; elle n'avait pa, de but d'ailleurs, elle était contraire "à l'esprit 
mc, na,tilue, qui n'aait fait que tracer la route aux pouvoirs potlr arriver 

à l'unitC Les grands établis_-:êments religieux se r&igaèrent donc, et 
ce«_èrent de paraitre sur la ..cène politique. L'ordre du Temple seul, par 
.a cvn»tituton, put continuer h jouer un r61e dans l'Élat, et à prendre 
une part active aux allaire- extérieures; réunissant les rete de la puis- 
.,.ance des ordres religieux et la figrce militaire, il dut faire ombrage "à la 
l'OVaUté, et l'on ait comment, au commencement du xIV  siècle, cette 
in_.titution fut anéantie par le pouvoir monarchique. 
L'lnlluence de la vie militaire sur la vie religieu..e e fait sentir dès le 
x Iii" -iècle dan l'architecture monastique. Les contructions élevées par les 
abbé. 5 cette épç, que se re-sentent de leur état politique; eigneurs féo- 
tlaux ilsen prennent le-allure_. J ' 
, usqu alor si lescouvents étaient entourés 
d'enceintes, c'étaient plut6t des cl6tures rurales que de murailles propres 
h ré.-istêr à une attaque à main armée; mais la plupart des monastères 
que l'on bttit au x  siècle perlent leur caractère puremenl agricole pour 
devenir de, e-ll«e t;»rtifiée., ou mme de véritable fottereses, quand la 
.-ituation de lieux le permet. Le., abbaye» de l'ordre de Citeaux, CiéCs 
dan_- de_. vallées creuses, ne permettaient guère l'application d'un s3-stème 
defensif qui e0t qêl,le valeur; mais celles qui appartenaient à d'autres 
rèzles de l'ordre bénédictin, construites souvent sur des penchants de 
coteaux, ou mème de lieux esçarpés, s'entourent de défen-es établies de 
t'açOl à poufoir _-outenir un siCe en règle, ou au moins se mettre à l'abri 
un coup de main Parmi le-abbayes qui présentent bien nettement le 
caractère d'un établissement ,à la fois religieux et militaire, nous citerons 
l'abbaye du 31ont-Saint-31ichel en mer. Fondée, si l'on en croit les légendes, 
 ers la fin du VIII e iècle, elle fut "à plusieurs repri.-és déva_,tée par les guerres 
t le incendie-:. En let)a, devenue vassale du domaine rosal, elle fut 
presque totalement reconstruite par l'abbé,louràain au moyen de sommes 
con_-idérables que lui envoya. Philippe-Au«uste-, les batiments nouveau' 
turent continués par le successeurs de cet abbé ju.-que vers 1260. 
Le mont Saint-3lichel est -itué au fond d'une baie sablonneuse couverte 
eh:t,lue jour par l'Océan aux heures des matCs, non loin de Pontorson et 
d' ,vranches. 3'était un point militaire important à cette époque où la 



=- 89- [ CrïCTE ] 
monarchie française venait de s'emparer de la Normandie, et où elle pou- 
vait craindre chaque jour une de.cente des Anlo-ormauds. Toutefois 
Philippe-Auguste laisse le moot en la possession des abbés, il les considère 
comme vassaux, et en leur donnant de ubides pour mettre leur propriété 

en état de défen.e, il ne semi)le pas do]ter que les religieux ne puissent 
conserver ce poste aussi bien que l'eùt pu faire un possesseur séculier. 
C'est là un fit caractéristique de l'époque. Voici le plan général de ce 
rocher baigné par la mer deux fois par jour, et dont le sommet est élevé 

à plus de 70 mètres au-dessus de son niveau (fig. 17). Une étroite plage 
rocailleuse s'ouvre au sud, du cSté de Pontorson ; à quelques pas de la 
mer, le rocher s'élève abrupt. On trouve u_ne première porte fortifiée en (3, 
. --- 37 



[ ARCE1TECTURE ] 

290  

avec corp» de gr[le . Une .eeç)nde porte s'ouvre en D et 
,las la petite ville, hal)itée de temps immémorial par des 
cette porte on ,,ccède ax «hemins de ronde par un escalier, 
les rempart qui s'Cèvent «ur le rocher vers re,t, on arrixe 

donne entrée 
pcheurs. De 
et en suivan! 
bient6! h des 

cmlf:trchements eonsil,.rtllcs 
l'al»baSe F 

t,trnant vers le nord jusqu'à la porte de 
dél'et(lue par Ulle prenière encinte E. En B est le cloitre ; en A, 
l'figlise lui est Ci- 
F---- 
 , , ,__,/  gée ur le pc, int 
• ,,,M  culminant de la 
« \ 1 nlon[aêne; les es- 
" « - "" pares G, dispo»és 
\ \ 
, - en e.,,paliers du 
 . c6té sud, étaient 
/ ,. les jardins de l'ab- 
bave;, sousl'église 
 " e._,,! une citerne. 
II. un chemil le 
ronde auquel on 
- accédait par un 
Y- tmmense escalier 
/  tort roide LK, et 
qui était destiné, 
 en cas de 
à permettre l'i- 
ï;._ troduction de se- 
la pleine mêr. L 
 / /. est une fontaine 
 / - ,l'eau saumàtre, 
 mais bonne pour 
/ les usages ordi- 
- naires; 31, un ora- 
'  taire S/lF un FO- 
L 
cher isolé, 
à :aint Hul)ert; 
P, une entree for- 
tifiée donnant ac- 
les magasins (le l'abbaye sont placés en IO. x," et S 
un n»)ulin à vent po.-,: r une toper ; I, une grande 
et charpente, par laquelle, au moyen d'un treuil, 
provisi,,ns du mona:tère. 0 est la paroisse de la 
. 
franchissons le seuil de la première dé- 
le plan de« bàtiments qui, formant fez- 

Il  Il 

cès dan.s une COtlr Off 
s,-nt (le citernes ci, R 
trénlie Cll nltconnerie 
on thisait monter les 
ville, et T le eimelière. Si nous 
tense de abbaye, a 
r . voici (ti". l S) 

i L'enceirtte de la  ille fut recon,truite sous Charles VIl, mais elle 
fleurions plus anciennes dont on retrouve de nombreuses traces. 

remplat]ait des forti- 



-'-- 2,I ---- [ AIRCIIITECTUS i 
de-cbaussée, entourent le sommet «lu rocher. En A sor, t les premières 
entrées défendues par un chItêlêt auquel on monte par n petit ecalir 
droit. B et la porte, formidab|e défense couronnée par deux tourelles et 
une salle, dont le plan êt détaillé en C. Sous cette porte e,t pratilué un 
escalier roide, qui conduit à une seconde:16ture 
moEchicoulis, et à une salie de laquelle on ne 

et 
le monastère que 
par des guichets 

masqués et des 
escaliers tortueux 
et étroits. Au-des- 
sus de cette salle 

19 

defendue par des herses 
peut s'introduire dans 

que par un cou- 
loir sombre dé- 
fendupardes her- 
ses, et un eealiêr 
à vis; de plain- 
pied avec la alle 
d'entrée, sous le 
réfeetoire, et la 

salle où l'on introduisait les pauvres auxquels on distribuait des am6nes. 
En G est une salle devant servir de réfeetoire à la garnison, avec eealier 
pavticlier pour descendre dans le chemin de ronde. Du c6té du midi, 
en I, sont platCs les c.aves dtl logement de l'abbé et de h6tes, en L et 
en K des prions et défenses. Au-dessus de ces .,_oubasements, les b'ti- 
ments gagnent sur le rocher et prennent plus d'importance (tic. 19). 

 « Adhoeret huic portœe domus prima custodiarum, tlbi ab ingressuris, si qua babean 
tt arma, deponuntur, nisi ea retinere permittat monasterii prio.', qui arcis prorector est. » 
:labillon, Amal, Be,erhct., t. IX,, p. "5.) " 



[ AICI]ITECTUIIE ] 

_-- 292  

On arrixe par des détours inextricables, des escaliers étroits et coudés, 
au point B, où se trouvaient placées les cuisines. D était le dortoir des 
moines; E, la salle dite des Chevaliers . C est une vaste crypte reconstruite 
à la fin du xv ' siècle pour supporter le chœur de l'église, qui fut rebâti à 
cette époque; F, Il, sont les soubassements de l'ancienne nef et du lrans- 
sept romans, afin de suppléer au rocher qui, sur ces poinls, n'offrait pas 
une assez grande surface ; G. les logements de l'abbé et des h6tes; I, le des- 
sous de la bbliothèque. Le cloitre est situé au-dessus de la grande salle 

des (;hevaliers E. L'aire de ce cloître est couverte de plomb, afin de recueil- 
lir les eaux pluviales, qui se rendent dans deux citernes disposCs sous 
le bras de croix du nord. -ku-dessus de la porte en A est une salle de guet. 
Enti l'é.,_.,l,e (fig. 20) domine cet ensemble de bfitiments gigantesques, 
construit en granit, et qui pré,entent 1 a.pect le plus imposant au milieu 
de celte baie brumeuse. Les grands b;ttiment qui donnent sur la pleine 
mer, du c6té nord, peuvent passer pour le p'lus bel exemple que nous 
possédions de l'architecture religieuse et militaire du moyen ge; aussi 
les a-t-on nomnés de tout tenps la .lle'veille"-. La salle'des Chevaliers 
(fi-. 9, E) possède deux vastes eheminées et des latrines en encorbelle- 

i Ce nom ne lui fut donné qu'après l'institution de l'ordre de Saint-3lichel, sous 
Louis XI. C'était probablement, au xlt e siêcle, le dortoir de la garnison. 
2 Le Mcml-gaint-Michel est aujaurd'lu une maison de détention; des planchers et 



-- 293 -- 

[ AICIIlTECTUBE ] 

ment. Nous donnons (fig.21) une. ue extérie6re de ces b'Atiments prise de 
la. mer, et (fig. 22) une vue prisê du c6té de l'et. La llèche qui .-,urmontait 
la tour centrale de l'église est détruite depuis longtemps; elle a-ait été 
réédifiée à plusieurs reprises, et la dernière fois par l'abbé Jean de Lamps, 

x'ers 1510 : nous la supposons rétablie dans la vue que nos donnons ici; 
une statte colossale de l'archange saint Michel, qui se voyait de ff, t! loin 
en pleine mer, couronnait son sommet. La foudre dbtruisit cette fl6che peu 
après sa construction. L'abbaye du Mont-Saint-Michel se trouvait dans 
une situation exceptionnelle : c'était une place militaire qui outint des 
siéges, et ne put Otre enlevée par l'armée anglaise en lh2. Itarement les 
établissements religieux présentaient des défenses aussi formidables ; ils 
conserva.ient presque toujours l'apparence de ,illce crénclées, défendues 

des cloisons coupont la belle salle des Chevaliers et des dortoirs. En 183-. la (l,ar- 
pente de la nef de l'église fut incendiée, et les maçonneries remaries du a,s.,ealt 
frirent beaucoup de ce sinistre. Le chœur est bien conseré, et quoique bMi tic granil, 
il présente un des exemples les plus ouvragés de l'architecture ogivale des derniers 

temps. 



[ ARCttlTECTUIE ] -- 29-- 
par quelques ouvrages de médocre mporance : on rerouvat l'arch- 
recrute monacale sous cette enveloppe mlitare. D'ailleurs» alCourri,l:. 

22 

1 

1 

originairement de moyen,: de défense, ces couvent» ne e ff, rtifiaient que 
successivement et suivant qu'ils s'assimilaient plu ou moins aux sei- 
gneuries féodales. 
Voici l'abbaye de Saint-Allyre à Clermont en Auverne, dont la vue 
cavalière donne une idée de ces a-«lomérations de contructions moitié 
rnona»tique-, moitié militaires (fig. '2_3) . Bàtie dans un vallon, elle ne pou- 
xait résister à un iége en règle, mai elle était assez bien munie de mu- 
railles et de tours pour soutenir l'attaque d'un corps de partisan.. 
A est la porte du monastère défendue par une tour; à c6té, V le éeuries 
destinées aux montures des h6tes; B, uue première cour qui n'est point 
défendue par des murs crénclés, mais seulement entourée «le b2ttiments 
formant une clôture et ne prenant leurs jours qu'à l'intérieut. B', Jne 
seconde porte crénelée, qui conduit dans une ruelle commandée par 
l'église C, bien munie de créneaux et de màchicoulis. La face orientale, 

Cette vue est copiée sur une des graxures du 
d'abba.ves, biblioth. Sainte-Genexiève). 

Mo,açhco Gallicum (Monographies 



--- -95   ),IClITECTUï, E ] 
l'abside de l'église, est couronnée par deux tours, l'ue ,lui con]mande 

l'angle de La rueLLe, L'autre qui domine la porte S donnant entrée dans 



[ ARCIIITECTURE ] ---- 296-- . 

les batiments; de plus un mâchicoulis surmonte cette porte. On entre dans 
une première cour étroite et fermée, puis dans le cloitre 6. EE' sont des 
clochers crénelés, sortes de donjons qui dominent les cours et batiments. 
Sous le clocher E était l'entrée de l'église pour les fidèles. I, les dortoirs; 
K, le réfectoire et L la cuisine; H,la bibliothèque; N,les pressoirs; o,rin- 
firmerie; 5I, les logements des h6tes et de l'abbé; X, des granges et cel- 
liers. Des jardins garnis de treilles étaient placés en P, suivant l'usage, 
derrière l'al»side de l'église. Une petite rivière tt' protégeait la partie la 
plus faible des murailles et arrosait un grand verger planté en T. Cette 
abbaye avait été fondée pendant le x  siècle, mais la plupart de, construc- 
tions indiquées dans ce plan dataient, de la seconde moitié du x « siècle. 
II y a lieu de penser mme que ls défenses ne remontaient pas à une 
époque antérieure au XII|  siècle. 
Lesabbés étan t, comme seigneurs féodaux, j usticiers sur leurs domaines, 
des prisons faisaient partie des btiments du monastère; elles étaient 
presque toujours placées à cté des clochers, souvent m.me dans leurs 
étages infériêurs. Si, dans le voisinage des villes et dans les campagnes, les 
construction monastique, au x  siècle, rappelaient chaque jour davan- 
tage les constructions féodales des seigneurs séculiers, dans l'enceinte des 
villes, au contraire, les abbayes tendaient à se mOler à la vie civile ; sou- 
vent elles détruisaient leurs murailles primitives pour bAtir des maisons 
régulières ayant vue et entrée sur le dehors. Ces maisons furent d'abord 
occupées par ces artisans que nous avons vus enfermés dans renceinte des 
couvents; mais si ces artisans dépendaient encore du monastère, ce n'était 
plus que comme fermiers, pour ainsi dire, obtenant l'usufruit de leurs 
logis au moyen d'une redevance sur les bénéfices qu'ils pouvaient faire 
dans l'exercice de leur industrie; ils n'étaient d'ailleurs astreints à aucune 
règle religieuse. Une fois dans cette voie, les monastères des villes perdirent 
bient¢)t toute action directe sur ces tenanciers, et les dépendances sécu- 
libres des maisons religieu.-_es ne furent plus que des propriétés rapportant 
un produit de location. On ne peut'douter toutefois que les corporations 
de métiers n'aient pris naissance au milieu de ces groupes industriels que 
les grandes abbayes avaient formés autour d'elles. _, est ainsi que 1 nsttut 
bénédictin avait initié les populations 'à la vie civile; et, à mesure que celle- 
ci se développait sous le pouvoir protecteur de la royauté, les monastères 
voyaient leur importance et leur action extérieure décroltre. L'enseigne- 

ment seul leur restait; mais 
richesse, la gestion de biens 
accumulés dans leurs mains 

leur qualité de propriétaires fonciers, leur 
considérables qui s'étaient démesurément 
depuis les croisades, ne leur laissaient guère 

I Rivière Tiretaine. m L'abbaye de Saint-All)re avait été rebhtie sous le pontificat de 
Pascal II, par conséquent dans les premières années du Xl e siècle. Elle était autrefois 
comprise dans l'enceinte de la ille de Clertnont, mais ne fut fortifiée que plus tard, 
lorsqu'elle fut laissée en dehors des nouxelles fortifications, xers la fin du xi e siècle. 
¢31ablllon., Ann. Beued. --..:lntiuitœes de la France, in-12, 1631.) 



--- 297 --- 
le loisir de se dévouer à l'enseignement, de manière 
avec les écoles établies dans les cloitres (les grandes 
patronage des évques 
viève. 
Au commencement du 
termin6 sa mission active; 
datelr de l'ordre des Frères pr(cheurs. Xprès aoir défi'iché 
l'Europe, après avoir jeté au mi!leu des peuples les premières 
vie civile, et répandu les premières notions de liberté, d')rdre, 

[ ARCHITECTURE  
à pouvoir rivaliser 
cathédrales sous le 

, et surtout à Paris, sur la montagne Saintc-Gene- 

x  siècle donc, l'institut bénédictin avait 
c'est alors qu'apparaît saint Dc, minique, fon- 

le sol de 
bases de la 
de justice, 

de morale et de droit, le temps était venu pour les ordres religieux de 
développer et guider les intelligences, de comt)attre par la parole et nène 
par le glaive les hérésies (les Vaud,-,is, «les Pauvres de Lyon, des En,aba- 
tés, des Flagcllants, etc., et. enfin des tlbigeois, qui semblaient les ré.,_u- 
mer toutes. Les frères pr6cheurs acquirent bient6t une immense influetce, 
et de rares intelligences surgirênt parmi eux. Jean le Teutonique, Hugues 
de Saint-Cher, Pierre de Vérone, Jean de Vicence, saint Ityacinthe, et 
saint Thomas d'Aquin, remplirent l'E,rope de leurs prédications et de 
leurs écrits. C'est assi vers ce temps (1209) que saint François d'Assise 
institua l'ordre des Frères mineurs. L'établissement de ces deux ordres, 
les Dominicains et les Frères mineurs, -- les premiers ad<,nnés à la pré- 
dieation, au développement de l'intelligence humaine, au maintien de la 
foi orthodoxe, à l'Arude de ce (l'on appelait alors la philo»ophie; les 
conds pr(chant la renonciation aux biens terre,tres, la pauvreté absolue, 
-- était une sorte de :éaction ('ontre.l'institution quasi féodale des ordres 
bénédictins. En ettet, dans sa règle, saint François d'assise, vc, ulant reve- 
nir à la simplicité des premiers ap6tres, 'admêt pas de prie,o', tous les 
frères sont mineurs, ne doivent rien posséder, mai au contraire 
pour les pauvres et pour subvenir à leurs besoins; il prétendait « amener 
le riche à faire don de ses biens aux pauvres, pour acquérir le droit de 
demander lui-m/,mê l'auméne sans rougir, et relêver ainsi l'état de pau- 
vreté',,. Mais saisit François n'était pas mort, que son ordre s'était, déjà 
singulièrement écarté de cette simplicité et de cette pauvreté primitives; 
et dès le x11  siècle, les frères mineérs Cevèrent des monatères qui par 
leur richesse ne le cédaient en rien aux abbayes des ordres bénédictins. 
Saint Louis avait pris en grande affection les frères prècheurs et men- 
diants; de son temps morne, cette extrëme «,llicitu,le pour les disciples 
de saint Dominique, de saint François d'Assise, pour les ermites augus- 
tins et les carmes, qui jusqu'alors 6talent à peine connus, fut, non sans ,lê 
bonnes raisons, l'objet de satires amères. Comme prince, saint Louis était 
certainement disposé à donner aux nouveaux ordres une prédominance 
sur les établissements trop indépendants de Cluny et de Citeaux, et il 
trouvait chez les fi'ères prëcheurs une arme puissante pour vaincre ces 
hérésies populaires nées au xi  siècle, dans le midi de la France, avec 

J Saint François d'A9sise et saint Thomas d'Aquin, par E. J. Delecluze, t. I er, p. 278 
et sui,. 

t. --- ;58 



[ ARCilITECTURE ] ----q_95  
tous 1«. caracèresd'un ._:,rand mouvement d'émancipaion cornmuna|e 
contre le pouvoir que s'arrogeait le suzerain, mai plus encore d'une ré- 
volte conlre la puis-sance qu'avaient acqui_e llone et le haut clercC 
Saint Louis fit btir à Paris le couvent de» Jacobins, qui avalent été mi_- 
par maitre Jean, doyen de Saint-Quentin, et par |'Uliversité, dè 1'2_21, 

_ d' 
en possession une nai:un ituée dans la rue Saint-Jacques, en face de 
Saint-Étienne des Gre,:'s . L'égli,,e le ce couvent présentait une disposi- 
tion inusitée ju.,,qu'alors : le vaisseau se composait le deux nefs divisées 
par une rangée de eolonnes. Pet-ëtre cette dispsition parait-elle favo- 
rable aux predications, car, les slalles de religieux étant placees dans 
1' ') ,j 
une ._les riel's, l'autre parallèle re_,tait libre pr.ur les fidèles, qui pou- 

• /. 

valent ain_,i pll_lS fit«ilement voir et entendre le prédicateur ,éant dans une 
chaire à l'e des extrémités..Mais les frères prcheurs arrivaient lard, et 
comme la nature de leur ni:ion devait le_- ,blig_'r de .-_e rapprocher de 
grand centre de population, il.., le lrou aient plus de va-_-tes terrains qui 
.leur permis.ent d'étendre et ie disposer le.,, crnstruction: de leurs mona,- 
lbrt,, stiivant une donnée uniforne. On trr,,«e d,)ne pls rarenent dan. 
les e,,,ents de. orlres mendiants cette ordonnance traditionnelle qui 
est -i bien conservée dan_-les é|abll.-_sement, de.-: b,Snélictins, .,urtot de 
la règle de Citeaux. Le plan des Jacobins de Pari. (fig. '2_ est fot irrégu- 
lier : le réfectoire joignait le P«Hob" a«x bourqeois [«i traver.-:ait les mu- 
raille de la ville élevées sou, Philippe-Au-u+, C 
e o,,_. _,e réfectoire avait été 

 Th&ître «les antiquitg «le Pa»i¢, par J. Duhreul, 163t. liv. II, p. 378.- Nous avons 
u dëtruire» lors ,lu percement ,le la nouvelle rue Sou!lier» les derniers esti,zes du cou- 
vent des Jaeoblns. qui se trouvait à cheval sur les murailles «le Paris. (Va?oz la StatitioEue 
vourn. «le Pumç, publiee sous la direction de M. Albert l.e,oir.) 



blt, en 1256, au moyen d'une amende de dix mille livres que le sire 
guerrand (te Couci, troisième du nom, avait été condamné 
a'oir fat pendre trois eunes Flamands qui avaient été pris 
sês forê, ts . Les 3cobîns, ressêrrés le long de ces murailles 
rent par obtenir 1. Parloir eux bou.ryeos, que 
en  65, après avoir acquis le cens et la rente 

/ payer pour 
chassant dans 
de ville, tini- 
le roi Charles Y leur dona 
de cette propriété munici- 

paie. Depuis, les l)Œtiments du couvent furent reconstruits en partie; mais 
l'église A et le réfectoire B dataient de 1-t construction primitive. L'éo»le 
de Saint-Thomas D était une jolie salle de la renaissance, que nou» av,ms 
vu démolir il y a peu de temps.- L'église des Jacohins d'A gon, |)àtic ers 
le milieu du .xH" siècle, est à deux nef», ainsi que celle des Jacobins de 

Tou!ouse, 
(fig. 2 bis)le 
coïplétement 
rond-point ne 

élevée dans la seconde moitié du XIII e siècle. Nous d,»nnons k'_i 
plan de ce bel étal)lissement. Originairement l'église était 
dépourvue de chapelles, celles des nefs comme celle_ du 
furent élevé.es que pendant les xv  et xv  siècles. L'entrée 

des fidèles et au sud, sur le flanc (le la nef de droite ; h l'extrémité anté- 
heure de la nef de gauche A étaient les »talles des religieux. Sur la paroi 
de la nef de droite adossée au petit eloitre C, on remarque la chaire, de- 
truite aujourd'hui, mais dont les traces sont visibles, et qui be trouve 
indiquée sur un vieux plan déposé au apitolê de Toulouse. L'entree des 
fidèles était précédée d'une cç, ur ou narthex ouvert : c'était par cette cour 
que l'on Fénétrait également dans le monastère, en passant par le petit 

' J, Dubreu|, 1'tédtre des antuttes de Paris, p. 380. 



[ AttCIIITECTUBE ] ---- 300 -- 
¢loitre. En B est le grand cloitre; en D, la salie capitulaire: en F, la sa- 
cristie; en E, une petite chapelle dédiée à saint Atonin; en G, le réfec- 
toire. Les batiments indiqués en gris sont du dernier iècle. Toutes ces 
constructions sont de brique, exAeutAes avec un grand soin et couvertes 
à l'intérieur de peintures qui datent des xi  et xv" siècles '. Alors les 
frères prç.çheurs .'étaient fort 61oignés, dans leurs constructions dl 
moin, de l'humilité recommandée par leur fondateur. (Voy. CLOioEi, 
CIIAPELLE, ÉGLISE, RÉFECTOIRE.) 
De fondation'ancienne ', l'ordre des Frères ermites de Saint-Augustin 
n'avait acquis qu'une faible infltlence jusqu'à l'institution des ordres 
mendiants; mai: alors il prit un grand développement, et fut spéciale- 
ment protégé par les roi» de France pendant le» x ", xv" et xv' siècles. 
Cependant les établissemen|s des frères augustins conservèrent long- 
temps leur caractère de simplicité primitive; leurs églises étaient presque 
toujours, o eonposée d'une seule nef, ou d'une nef avec deux bats 
côtés, in;tis sans transsept, .,;ans chapelles rayonnantes, ans tours: ainsi 
étaient li.-.posés les églises des grands augutins à Paris. Voici (fig. '2_8 te,') 
le monastëre des frères augustins de Sainte-Marie des Vaux-Verts pr's 
/3ruxelle a, qui nous cil're un exemple parfaitAment complet de ces 

ThdtJtre des aatqutés de Parrr, li. Il.) 
3 « Monaster. B. Mariae Viridis vallis, x ulgo 
August. congreg. Windesimensis in silva Zonioe 
et prceloria nobil. Braba;tlioE, coenobza,tue ce&b. ad ,iv. delin, eac museo 
Le Boy. Antverpioe, l figfi.) 

t Ce beau monastère, fort nutiié aujaurd'hui, a 6t, longtemps occupe par un quartier 
d'artillerie : l',église a étë dii,,de en étages, les beaux meneaux de pierre des fenèttes 
sont dëtruits depuis quelques années. Des écurics ont etA disposAes dans le cloitre et 
dans I:t j,,lie chapelle peinte de 3tint-Antonin. Parmi ces peintures, il en est de fart 
re,narquables et qui ne le cè,lent 
mis elles s'altërent daxantae chaque jour. Les colonnes et cb,tplteaux du grand cloitre 
sont de ttarbre gri 
"2 « Fuit eniln . Aug'ustit,us dignitate major bealo Francisco, sec.! et aliquot seeulis 
,, antJqui«,r .... Le«licts Irères Hermites de l'ordre de Sainct-Auustin trot eu trois diver.,es 
« tnaisans t Paris. Premièrement ils ont demêuré en la rue dicte encore auj.urd hui des 
« Vteux-Augttslins .... Leur esglise estoit la dapêlle Saincte-Marie Ég.ptienne, près la 
« forte M,,ntmartre, iaquelR, pour lars hors l.t ",ille, axoit estA rebastie aux. despcns et à 
« lt poursuite d'un marchand drapier de Paris .... Seeondement ils ant demeuré auprès 
« la porte ainct-Victor, en un lieu ague ittcult, et re:npl. de chard,ms, qui pour cela 
« s'apl»el,-,it Cn,'di,etu,n a carduis, et s'estendoit depuis ladicte parte jusques en la rue 
« ,le Bief-re. of lesglise Sainct-Nicalas enclase retient ce surnam de Cha,'do,,,et .... En 
« l'atnee 128fi, le roi Philippe le Bel concéda aux augustins l'usaéc des murailles et 
« tournelles de la .,ille : delfi:ndant "h toutes personnes d'y passer, ny demeurer sans leur 
,, ca»gé. 5lais vo.vats qu'en tel lieu t],_-ne pouvaient commodénent ire, pour le peu 
,, d'autnosnês qu'on leur faisait : du consentement dudict ray et de l'exesque de Paris, 
« Simon Matiphas dê Bucy, ils rendirent ce qu'ils avaient arquais au Chardonnet, et s'en 
« vindrent tenir au lieu où ils sont de prescrit : que leur cédèrent les frères de la péni- 
« tence dt. Jësus-Christ, dicts en latin Saccarii, et en franços Sachets.... » tDubreul, 

Groenendael, ord. can. reg. S. P. 
prope Bruxellas situatum. » Caslella 
Jac. Baronts 



-- 301 
"" 
établissements de frères mendiants:celui-ci prit ce développement lors- 

qu'il fut érigé en chapitre en 1559. A et l'église ans transsept etsans tours 



[ acnîca'raz ] -- 302--- 
conformément ax usages admis dans les 

couvents 

au«u.¢tins; 

bliothèque, longue galerie au-dessus du cloitre ; C, les dortoirs 
gieux; D, le dortoir des laïques; E, le grand cloître des 
cloitre des laïques; G, le réfectoire; H, l'infirmerie ; I, la 
niŒEuant au réfectoire par un petit, pont couvert; K, des 

B, la b- 
des reli- 
religieux; F, le 
cuisine, commu- 
logements pour 

les hommes (hôtes), L, pour les femmes; M, des maisons d'artisans; N, le 
logis de l'empereur (Charles-Quint); O, chêne, dit la légende, sous lequel 
se trouvèrent réunies sept t¢tes eouronnées; P, la porte principale du mo- 

nastère; Il, des vacherie et greniers à fourrages; S, des jardin» avec un 
labyrinthe, allées plan tées d arbres, chapelles, etc. Ce séjour était admi- 
rable, a milieu des bois, dans un x a'llon pourvu de belles eaux, voisin 

(le prairies et de grands vergers, et l'on comprend que, dans des établis- 
sements pareils, les souvêr,ins aimassent à se reposer loin de.,, affaires et 
de l'étiquette des cours :ces congrégations d'augustins avaient su faire 

de leurs maisons des résidences 
disposition, et comme réunion de 
la vie agréable et tranquille. Des 

délicieuses comme situation, comme 
tout ce qui povait contribuer à rendre 
habitudes de luxe et de mollesse ne 

pouvaient manquer de s'introduire parmi eux, 
converti leurs pauvres cabanes de bois et leurs 
palais et en jardins magnlfi,tues, qu'il. recevaient des 
leurs murs, et pouvaient leur offrir les délassements 
affectionnent d'ordinaire, tels qle la chase, la pèche. 
de gens doctes et dislingués, de bonnes bibliothèques, et 

et la liberté des champs. Il 
tique ou celle des premiers 
le x  siècle. 
Pêut-ëtre l'insitution des ordres 
ger l'exislencê de la vie religieuse; 
temps l'unité. Mais ce n'était plus 

n'en est pas moins 
ordres s'Cait 

du moment qu'il avaient 
maigres champs en vastes 
souverains dans 
que les grands 
Oll le entretiens 
,ut.tout le calme 
évident que la vie,cénobi- 
singulièrement modifiée depuis 

mendiants contril)ua-t-elle à prolon- 
elle en conserva du moins quelque 
cette large et puis..ante organisation 

bénédictine; les temps héroïques de saint Hugues et de saint Bernard 
étaient passés. A partir du x]]  siècle, l'architecture mona:tique ne pré- 
sente plus de ces belles dispositions d'ensemble qu'on aime 8 voir à Cluny, 
à Citeaux, à Clairvaux; chaque jour amène ute nmditication à l'ordon- 
nance première: les services se divisent; le monastère semble se con- 
fondre peu à peu avec les habitations séculières. Bient6t chaque moine 
aura sa cellule; l'al»bé se fait bttir un logis "a part, une résidence souvent 
assez éloignée des bàtiments principaux du couvent; il a son entrée par- 

ticulière, sa cour, son jardin. C'est un 
peu de celle des laïques. Ce,; 
marqués jusqu'à l'époque de 
moralement effacée, si elle ne 
de jeter les )'eux sur les plans 

seigneur dont la vie ne diffère que 
signes de décadence sont de plus en plus 
la réformation, où la vie monastique fut 
fut pas abolie de fait, en Ocei,lent. Il suffit 
d'abbayes successivement modifiées pen- 

dant les xi¥ e et Xx, 'e siècles, pour reconnaitre cette confusion, ce défaut 
d'unité. Ces sympt6mc» sont frappants dans les abbayes bénédictines de 
Saint-Ouên de Rouen, de Fécamp, de Saint-Julien de Tours que nous 



--- 303 -- 

dc, nnons ici (fig...3). C, ettc abbaye avait été reb:'ttie a 
cessivemmt modiliée pendant le.,_ xv et xv" siècles. B 

l ABCIIITECTI'BE ] 
Xln « siicle et suc- 
est l'entrée dl me,- 

nastère, également destinée a ux lidèles se rendant it l'église ; A est le cha.ur 
réservé aux religieux; D, la nef potée le pullic. C, la porte des religieux; 
X, la cellule du portier; ,, la procre; E, le cloîlre; L, la sacri-tie prise 

25 

aux dépens d'une salle qui n'était pas destinée à cet u,age. M: des maga- 
sins; N, les prisons; F, le t'éfectcire et la cuisine G ; K, une chambre polir 
les visiteurs (parloir). Le dortoir était au-dessus de la grande salle, dans 
le I»rolongement du transsept, suivant lancien usage; Z, des caxs; a- 

tlessus, des chambres "à provisions, l, la boulangerie; II, une itirnlerie et 
sa cuisine 13: à c6té, des écuries. R, le logis de l'aurn6iec et so, jardin; 
T, le jardin des religieux. P, le palais abbatial, avec sa cor, sun êntvéc 
particuliëre, ses écuries et communs o, et .-,o jardin à l'est. ,'5_', la cha- 
pelle de la Sainte-Trinité. On voit que si dans ce plan les anciennes dis- 
positions traditionnelles sont encore eonser-,ées, il règne une certaine 
confusion dans les services qui n'existait pas dans les plans du x] ¢ iècle. 

llais si nous examinons le plan d'une abbaye reconstruite au XlV  siècle 
nous serons encore plus frappés de l'amas de dépendanees, de services, qui 



[ ARCIIITECTUBE ] -- 3{)5- 
viennent s'agglomérer autour des b'atiments principaux. Constance, femme 
du roi Robert. aait fait construire l'église Notre-Dame / Poissy, et .v 
installa des moines au gustins; depu is, Philippe le Bel fit refaire entièrement 
tous les b&timents du monastère pour y mettre des religieuses de l'ordre de 
Saint-Dominique. Voici (fig. 26)le plan d'une portion de cette abbaye : H est 

une entrée fortifiée, avec les btiments de la gabelle et le logement du 
m,decin. A, l'élise; B, le grand cloître; ç, le réfectoire; D. E, des dortoirs; 
F, le dortoir des novices ; K. de cimetières. A l'ouest de l'église sont des 
«r"iers et la buanderie. N la cuisine maigr, : la cuisine 9,'asse est h l'ex- 
 11 » _ 
lrémit6 ,lu dorloir de l'ouest, h l'angle du cloitre. De la cuisine maigre on 
eomtIuuiqe h une (alle isolée dan, laquelle est percé un puit¢ avec 
manége. G, le petit cloitre; autour, l'infirmerie et sa cuisine, des apparte- 
ments pour les étraners, et L une chapelle dédi6e h saint Jean. O, des 
atèliers pour de» menuisiers et une cuisine. M, la chapelle d6diée A saint 
Dominique ; autour, les appartements des princesses avec dependanees et 
cuisinée». Près des cuisines maigres, le logement de la prieure; 5 la suite, 



à l'est, le bâtiment des éirangers; à la suite du petit cloitte, au sud, des 
granges, des celliers, des dépendances pour les p,'inccsses du sang royal, 

qui venaient souvent résider à l'abba)e de Poissy; puis de beaux jardin,, 
viviers, etc. Une des raisons qui contribuaient le plus à jeter une grande 
confusion dans les dispositions des bàiments des établissements monas- 
tiques, c'était cette habitude prise par les rois, reines ou princesses, par 
la haute noblesse séculière, surtout h partir (lu xtt" siècle, de faire des 
sèjours sourent assez longs dans les abbayes, qui prenaient alors le tilre de 
royales. A l'abbaye des dames de Maubuisson, nous avons vu le logis du roi; 
à Poissy, toute une portion considérable des bàtiments du monastère 6tait 
réservée aux membres de la fatnille royale. Cet usage ne fit que prendre 
plus de consistance pendant le xtv' siècle. Philippe de Yalois, en 1333, 
datait ses lettres d'État de l'abbaye du Val, où il résidait. Charles V y 
demeura également en 1369. A la. fin du xt" siècle, le trésor des rois de 
France était dépos au Temple à Paris; le roi Philippe le Bel y prit qtel- 
quefois son logement avant l'abolition de l'ordre; il y demeura en 1301, 
depuis le 16 janvier jusqu'au '2.5 février . Souvent le personnes royales 
se faisaient enterrer dans les églises monastiques fondCs ou enrichies l,tr 
elles : la mère de saint Louis. la reine Blanche, rut enterrée dans le ch,fur 
de l'église de Maubuisson; une sœur du morne roi était morte et avait 
ensevelie à Cluny. Et enfin chacun sait que la grande dglise de l'abbaye 
de Saint-Denis fut consacrée à la sépulture des rois de France depuis les 
commencements «le la monarchie. 
:tu x' siècle, l'enceinte des abbayes servait atssi de lieu de réunion 
aux souverains qui avaiett à traiter des affaires d'une grande importance. 
Lorsqtte Innocent IV fut forcé de quitter Rome et de chercher dans la 
chrétienté ut lieu où il pùt, en dehors te toute influence, venger l'abais- 
-.emeat du trdne pontifical, il choisit la ville de Lyon; et là, dans le réfec- 
foire du couvent de Saint-Just, en l'année lltS, il ouvrir le concile 
pendant lequel la déposition de l'empereur Frédéric II fut proclamée. Les 
évêques d'Allemag,e et d'Angleterre n'y voulurent point, paraitt'e, et 
saint Louis tïtgme s'abstint; il nê ptt toutefois refuser l'entrêvue que le 
souverain pontife sollicitait, et l'abbaye de Cluny fut prise pour lieu de 
rendez-vous. Le pape attendit qinze jours le roi de France, qui arriva 
avec sa mère et ses frères, «ecompagné de trois cents sergents d'armes et 
d'une multitude de chevaliers. De son cèté, le pape av..if ;vec lui dix-huit 

évêques. Voici comment la chro_nique du monastère de Cluny parle de 
cette enrevue"- : « Et il faut savoir que, dans l'intérieur du monastère, 
reçurent l'ho.pitalité le seigneur pape avec ses ehapelains et toute sa 

cour; l'évèque de Senlis avec sa maison; l'évèqe d'Èvreux avec sa mai- 
son; le seigneur roi de France avec sa mère, son frère, sa sœur et toute 
'leur suite; le »eigneur empereur de Gonstant:nople avec toute sa cour; 

J His[. du &bc. de Par&, par l'abbc Lebeuf, t. let» p. 332, et t. V, p. 216. 
"-' Hst. de l'abbaye de Cluny, par 5I. P. Lora,n, p. 15t et suiv. 

I.  39 



roi d'Aragon avec tous ses 
gens; et beaucoup d'autres 

[ aCnla'c'rt;P,V, ] -- 306 --- 
le fils du 
tOUS ses 

nous passons sous silence. Et cependant, 
jamais les moines ne se dérangèrent de 
de leur chapitre, de leur infirmerie, de 
d'aucun des lieux réputés conventuels. 

gens; le fils du roi de Castille avec 
chevaliers, clercs et religieux que 
malgré ces innombrables hStes, 
le«r dortoir, de leur réfectoire, 
leur cuisine, de leur cellier, ni 
L'évëque de Langres fut aussi 
un mois entier 

logé dans l'enceinte du couvel't. » Innocent IV séjourna 
à Cluny, et aint Louis quinze jours. 
Ce passage fait bien connaitee ce qu'étaient devenues les grandes ab- 
bayes au x  siècle, à quel degré de richesse elles étaient arrivées, quelle 
6tait l'Cendue incroyable de leurs dépendanees, de leurs b'atiments, et 
colbie l'in,titution tnonastique devait s'altérer au milieu de ces intluen- 
ces séctlièrë. Saint Lotis et ses successeurs se tirent les protecteurs im- 
médiats de Cluy; mais par cette protection mme, attentive et presque 
jalouse, ils enlevaiet au grand monastère cette indépendanee qui, pen- 
dant les Xl" et x  siècles, avait été d'un si puissant secours au saint-siCe '. 
En perdant leur indépendanee, les ordres religieux perdirent leur origi- 
nalité comme artistes constructeurs; d'ailleurs, l'art de l'architecture, 
enseign6 et professé par eux, Cait sorti de leurs mains à la fin du x  siècle, 
et à partir de cette époque, saur quelques données traditionnelles conser- 
vées dans les couvents, quelques dispositions particulières apportées par 
les nouveaux ordres pr0.cheurs, l'architecture monastique ne diffère pas 
de l'architecture civile. A la fil du xv  siècle, la plupart des abbayes étaient 
tomt»6es en c,mmende, et. celle de Cluny elle-m0me Chut à la maison 
de Lorraine. Au xvt  siècle, avant la réform,ttion, beaucoup furent sécu- 
lariséês. Autour des établissements religieux lou| avait marché, lout s'é- 
tait élevé, gr.ceà leurs ettorts persévérants. à l'enseignement qu'ils avaient 
répandu dans les classes inférieure.,_. Pendant le cours du x  siècle, les 
ordres mendiants avaient eux-m¢emes rempli leur t&ch : ils ne pouvaient 
que décliner. çuand arriva la tempète religieuse du XYl t siècle, il forent 
hors d'état de rési»ter, et depuis celte époque jusqu'à la révolution du 
dernier siècle, ce ne fut qu'une longue agonie. Il faut rendre cette justice 
aux bénédictins, qu'ils employèrent cette dernière périr»de dé leur exis- 
tence (comme s'ils pvévoyaient leur tin prc_,chaine) ù. réunir une. masse 
énornê dWdocunents en,buis dan leurs riches bibliothèque¢, et à former 

ces volumineux rêcueils 1 nous »ont devenus si précieux 
et qui sont comme le testament de cet ordre. 
Nous ne nous sommes occupé que des établissements 

aujourd'hui, 

religieux qui 

t Pour donner une idée des tet,,lances d« pouxoir ro.val en France dès le xl e siëcle» 
nous citerons cette parole du ro sai,t Louis en apprenant qu'après axoir excommunié 
l'empereur Frédérie, et délié ses sujets du serment de fidëlité, 6rég«fire X ,)il'rait la cou- 
ronne i,npéri.le au comte Robert, ri'ère du roi de France : « 11 s'étonnait, dit-il» de l'au- 

dace téméraire du pape» qui osait déshëriter et pcécipiter du tr6ne un 
qui n'a poiut de supérieur au d'égal parmi Iês chrétieus. » (J/i.st. de 
par l.orain.) 

aussi grand prince, 
l'abbaye de Cluny, 



eurent une inIluence direcle sur 
contribué au développement de 

307 --- [ ,ttctc'c. I 
leur temps, des institutions «lui avaient 
la civilisation; nous avons dù passer sous 

silence 
de vue 
sur les 

un grand nombre d'ordres qui, malgré leur importance au point 
religieux, n'exercèrent pas une action particulibre sur les arts et 
sciences. Parmi ceux-ci il en est un cependant qt,e ,ous ne sau- 
rions omettre: c'est l'ordre des Clartreux, fondé, h la fin du x + siècle, 
par saint Bruno. Alors que lês cluisiens étaient constitués en gouverne- 
ment, étaient n.lés à toutes lesatt'aires de cette époque, aint Bruno éta- 
blissait une règle plus austèrê encore que celle de Citcaux : c'était la vie 
cénobitique dans toulWsa pureté primitive. Les chartreux jeOnaie,t tou» 
les vendredis au pain et à l'eau ; ils s'abstenaient absoluntent de viande, 
mène en cas de maladie, portaient un vëtcmcnt rossier, et faisaient 
horreur à voir, ainsi que le dit Pierre-le Vénérable au second livre des 
Miracles. Ils devaient vivre dans la solitude la plu absolue; le prieur 
et le procureur de la maison pouvant seuls sortir de l'enceinte du 
nastëre; chaque religieux était renfermé dans une cellule, à laquelle on 
ajouta un petit jardin vers le milieu du xt - siècle. 

Les chartreux devaient garder le silence en 
eux sans dire un mot. Cet ordre, qui conserva 
dité des premiers temps, avait sa principale 

tous lieux, se saluant entre 
plts que tout. autre la fini- 
maison à la Grande-Char- 

treue, près de Grenoble; il était divinWen eize ou dix-sept province», 
contenant cent quatre-vingt-neuf monastère, parmi lê.,quel on en c'onp- 
tait quelques-uns de femmes. Ces monastèês prirent tous le nom de 
ehartreuses, et étaient établis de préférence dates des déserts, dans ,le» 
montagnes, loin des lieux hahités. L'architecture des chartreux e 
de l'excessive sévérité de la règle ; elle est toujours d'une simplicité «lui 
exclut toute idée d'art. Sauf l'oratoire et les cloitrês, qui présentaient un 
aspeetmonumental, le reste du couvent ne consi.-,tait qu'en cellules, com- 
posées primitivemênt d'un rez-dê-chau.-_éê avec un petit enclos de quel- 
ques mètres. A partir du xv  siècle seulemenl, les arts pénétrèrent dans 
ce établisements, mais sans prendre un caractère particulier; les cloitre-, 
les églises, devinrent moins nus, moins dépouillé»; on les décora de 
peintures qui rappelaient les premiers temps de l'odre, la vie de e ri»n- 
dateurs. Les chartreuses n'curent aucune inflence sur l'art de l'archi- 
tecture; ces eouvents restent iolés pendant le moyen àge, et c'e.,_t à cela 
qu'ils durent de conserver presque intacte la pureté deleur règle. 
dant, dès le xllt  siècle, les chartrêuses présentaient, comparativemcnt 
ce qu'elle étaient un siècle auparavanl, des disposition prê»que confor- 
lables, qu'elles conservèrent sans modification importantes jusque dans 
les dernier.,: temps. " 

Nous donnos le plan de la chartreuse de 
en 1676. On peut voir avec quel soin tout et 

Clermont (ri,"... 27)', modifiée 
pévu et combiné danscette 

I Nous de,.«ns ce plan à l'obligeance de M. Ma|[a, architecte diocésaiu de Clermont 
(Pu.,, de-D6me) qui a bien oulu nous envoyer un calque de l'original. La graudc char- 



cellules, 

--- 3O8--- 
ainsi que dans les services généraux. En 0 est 

treuse de Clermont est située à 50 kilomètres de cette ville, du c6té de Bourg-Lastic. Le 
plan que n,ms presentons est u, projet de restauration qui n'a pas été entièrcmcnl exé- 
cuté; mais il a paur nous cet aantage de lournir ut, ensemble complet dans lequel les 
scr,,ices sont étudiés et disposés avec soin. 



--309  [ aRCTCt'I: ] 

la porte du monastère, donnant cntrêe dans une cour, autour de laquelle 
sont disposé., e I ) quelques chambres pour les hStes, un f,urnl en T; 
en N, des étal»les avec chambres de bouxiers ; en Q, des grand.es pour e. 
grains et le foin. C'est une petite cour relevée, avec fontaine, réservée au 
prieur; G, le logis du prieur. B est lech[eur de frères et A lesanctuaire; 
L, la sacristie ;lXl, des chapelles ; K, lachapelle (le Ponlgl)a[ ; E la salle 
capitulaire; $, un petit cloitre intérieur; X, le réfectoire, et V, la cuinc 
a'«ec ses dél)endances ; a, la cellule (lu ou»-périeur avec o pelit jar- 
din h. De la première cour, on ne comm¢lniqle au grand cloîtreqlepar 
le passage F, assez large pour permettre le charroi du bois néçe«saire aux 
chartreux. I)est le grand préau entolré par les galeries du cloitre, don- 

nat entrée 
a'ee jardin 
fière. H est 

dans les cellules I, formant clacune un pctil 1,»gis séparé, 
particulier ; I, des tours de guet ; Z, la prison ; y, le cime- 
une tour servant de colombier. 

.5 

L 

Les chartreux ne se réunissaient au réfectoire que certains jours de 
l'année'; habituellement ils ne sortaient point de leurs cellules, un frère 
leur apportait leur maigre pitance à travers un tour. Le plan (fig. 8)d'une 
des cellules indique clairement quelles étaient les habitudes claustrales 

t ,labi||on, Ann. Be,ed., t. VI, p. ltS. 



310- 

[ akRCHITECTUBE ] 
des chartreux..'t e,t la galerie du cloitre ; B, un premier couloir qui isole 
le religieux du bruit ou du mouvement du cloître; K, un petit, portique 
qui permet, au prieur de ",oir l'intérieur du jardin, et d'approvisionner le 
chartreux de boisou d'autres objets nécessaires déposésen L, .-_ans entrer 
dans l cellule ; C, une prenière salle chauffée; D, la cellule avecson lit 
et trois meubles : un banc, une table et une bibliothèque ; F, le prome- 
noir couvert, axec des latrines à l'extrémité; E, l'oratoire; I-l, le jardin; 
I, le tour dans lequel on dépose la nourriture : ce tour est construit de 
manière que le rA¿i¤ieux ne peut voir ce qui se passe dans la galerie (lu 
cloitrê. Un petit escalier con_,truit dans le couloir B donnait accès dans 

le. combles, soit t)our la urveillance, soit pour les réparations néces- 
saires. Ces dispo,ition- ,e retrouvent à peu près tes mëmes dans tous le.s 
cou,,ent, de chartreux répandus sur le ol de l'Europe occidentale. 
Nous ne finiron pas cet article sans transcrire lesingulier programme 
de l',tbbayêde Thélème, donn5 par Rabelai, parodiant au xx-  siècle ces 
rndes rondations du moyen age. Cette bouffonnerie, au fond de laquelle 
on trouve un c6té sérieux, comme dans tout cequ'a lai,-é cet inimitable 
,"crivain, dg, voile la tendance de.-, esprits à cette époque, en fait d'archi- 
tecture, et c,-_,mbien on respectait peu ces institutions qui avaient rendu 
tant de services. Ce programme rentre d'ailleurs dans notre sujet en ce 
qu'il présente un sin«ulier.., mélan«e._., de traditions monastique:, et de dis- 
positions empruntCs aux chàteaux élexés pendant lespremiers têmps de 
la renaissance. .près une conversation burlesque entre_frère Jean et 3ar- 

une abbaye d'hommes et de femmes, 
bon semblera. Donc : « Pour le basti- 
6argantua feist livrer de content vingt 

._'zantua, celui ci se lécide à fonder 
de la,luêlle on pourra sortir quand 
« ment et a,:ortiment de l'abbaye, 

« et ept cent mille huyt cent trente et ung moutons à la grand laine, et, 
« par chascun an..iu¢ques h ce que le tout feust parfaiit, asigna, sur la 
« recepte de la Dire, seze cent oixante et neuf mille escuz au oleil et 
« aultant à 1' estoille pous,iniere. Pour la fondation et entl'etenement 

d'icelle, donna à perpetuité vingt et troyscent soixante neuf mille cinq 
cent quatorze nobles à la ro:e de rente foncière, indemnez, anmrtyz, 
et olvable» par chascun an à la porte de l'abbaye. Et de ce leur passa 
belles lettres. Le bastinent feut en figure exagone, en telle façon que 
à cha_-eun angle e,toit bastie une grosse tour ronde, à la capacité de 
soixante pas en diamêtre. Et estoient toutes pareilles en grosseur et 
portraict. Lariviere de la Loyre decoulloit sus l'a»pect de septentrion, ku 
pied d'icelle estoit une des tours assise, nommée Artice; et, tirantvers 

l'orient estoit une autre nommée 
l'autre après 5le..embrine ; l'autre 
Entre chascune tour esloit espace 
à six estazes, comprenent les 

Calaer. L'autre ensuivant Anatole ; 
après Hesperie; la derniere, Cryere. 
de trois cent douze pas. Le tout basty 
caves soubz terre pour unz. Le second 

, etoit voullé à la forme d'une anse de panier. Le reste estoit eml)run(hé 
• de guy de Flandre. à forme de culz de latnpes. Le dessus couvert d'ar- 
c doise fine, aec l'et, doussure de plomb à figures de petitz manequins et 



«animaulx 
« muraille 

-- 311 -- I ACnIECE 1 
bien assortiz et dorés, axec les goutieres qui issoyent hors la 
entre les croysées, pinctes e figure diagotale d'or et azur, 

« j,lques en terre, ou finissoyent en grandz eschenaulx, qui tous condui- 
« soyent en la riviere par dessoubz le logis. 
« Ledict bastiment estoit cent foys plus ma-ifique que n'e»t Bonivet 
« ne Chanbourg, ne Chantilly, car en icelluy estoient neuf mille troys cent 
« trente et deux chambres, chascuneguarnie de arriere-«ham|re, cabinet, 
« guarderobbe,chapelle et yssue en une grande salie. Entre clascune tour, 
« au mylieu dudict corps de logis, estoit une riz brisée deda¢s icelluy 
« mesme corps, de laquelle les marches estoient part de porphyre, part le 
« pierre nunidicque, part de marbre serpentin, longues de vingt et deux 
' l'ascite par nombre de douze 
« piedz; 1 eslesseur estoit de tro.ys doigtz, 
«entre chaseun repous. Entre chaseun relous e.toient deux beaulx 
« areeaulx d'antieque, par lesquels estoit repeeu la elairté; ci par ieeulx 
« on entroit en ung cabinet falot  clere-voys de largeur de ladiçe riz, 
« et monoit juqes au-dessus de la couverlure, et là. finoit ei pavillon. 
« Par icel!e riz on enlroit de ('hascun couslé en une grande salle et des 
« salles/2s clambres. De la tour Arliee jusques à Cryere esloient les belles 
« grandes librairies en grec, la/in, hebrie, frnçois, tusean et hespaignol, 
« disl)arties par les divers estaiges, selon iceulx languaiges. X.u nylieu 
« e.,,toit une merveilleuse riz de laquelle l'entrée esIoit par le dehors 
« du logis en ung arceau large de six toizes. Icelle estoit faiele en telle 
« s)mnetrie et capacité que six hommes d'armes, la lance sus la cuie, 
« povoyent (le front ensemble monter jusques au-dessus de loul le l,as- 
« timent. Depuis la tour Anale)le iusques à Mesmbrine estoict belles 
« grandes galleries, tomates l)inctes des antieques prouesses, hisIoyres et 
« descriptions de 1« terre. A u mylieu estoit une pareille tontée et porte, 
« comme avoues dict du cousté de la riviere... 
« Au m)-Iicu de la basse court esoit uc l'ontaine nagifie(-tue de bel 
«alabastre. Au dessus, les Irovs Graces, aveeqes cornes abundance, 
« (.t ieetoyent l'ea par les m:mnelles, bouche, aureille¢, yeul,:, et aultres 
« olvertures du corps. Le (ledans lu logis sus la dicte bas»e court e.Ioit 
«sus gros pillier» de eassidoine et porphyre, /beaulx arcs d'anieque, au 
«dedans desquelz estoient belles gualleries Iolgues et anples, aornées 
« de pincures, de cornes (le cerfz, licornes, rliuoeeros, hippopotames, 
« dens de elephans el. autres choses speetables. Le logis des dames coin- 
« prenoit depuis la lour-Xrtiee jusques  la porte Mesembrine. Les homnles 
« occupoient le reste. Devant ledict logis de. dames, aftin qu'elles eussent 
« l'esbatement, entre les deux premieres tours, au (lehors, esloient les 
« lices, l'hippodrome, le theatre et natatoires, grecques le bains miri- 
« fieques à triple.',olier, bien garniz de tous assortimens et foyzon d'eau 
«de m)'re. Jouxte la riviere estoit le beau jardin de plaisance. Au myliêu 
«d'icelluy le beau labyrinte. Entre les deux aullres tours etoient les 
«jeux de paulme et de grosse balle. Du cousté de la tour Cryere estoit le 
« verger, plein de tous arbres fructiers, toutes ordonnées en ordre quin- 



[ AItCnlTECTrllE ] -- '2_-- 
« cunce. Au bout estoit le grand parc, foizonnant en toute saulvagino. 
« Entre les tierces tours estovent les l)ttes 1' l'are et 

« 
(t 
(( 

. potr arqtel)use, 
l'arbaleste. Les offices hors la to,r ltesperie, à simlle estaige. L'e,curye 
au delà des offices. La fauleonnerie au devant d'ieelles, gouvernée par 

asturciers 
Candiens, 

bien expers en l'art. Et estoit 
Venitiens ci Sarmales, (le tOtltes 

annuellement fotlrnie par 
sortes d'oyseaulx paragon., 

« Fa.',- ce que vouldras, parce que », ajoute Rabelais, « gens liberes, 
« bien nayz, bien in.truictz, conversans en compaignies honnestes, ont 
« par nature ung instinct et aiguillon qui tot.,:jours les poulse à faictz 
,, vertueux, et retire de vice, lequel ilz nommoient honneur.., lceulx, 
« quand par vile subjection et contraincte sont. deprimez et asserviz, 
«detournent la noble affection par laquelle à vertuz franchement tett- 
e doiont, à deposer et enfraindre ce joug de servitude. Car nous entre- 
« prenons tousjours choses defendues, et convoitons ce que nous est 
« denié... Tant noblement estoient :tpprins qu'il n'estoit entre eux celluy 
 d' 
,, ne celle qui ne sceust lire, esçripre chanter, jouer instrumens har- 
« monieux, parler de cinq à ix languaiges, et en iceulx composer tant en 
« carme qu'en oraison solue... » Toutes les illusions des premiers mo- 
ment,, de la renaissance sont contenues dans ce peu de mots; il fallait 
almettre que la société en Occident n'élait composée que de gens bien 
nés, instruits et « poulsez par nature à faictz vertueux ,,. Les ordres mo- 
na.tiques, malgré les critiques trop justifiées dont ils étaient l'objet 
,tepuis longtemps, malgré leur inutilité dès le Xlll ' siècle, avaient jeté 
de profondes racines dans les couches inférieures de la société. Ils le 
prouvèrent cruellement ?t la fin du xv ' siècle. 
Nous avons dù, dans cet art;cle déjà bien long, nous occuper seule- 
ment des dispositions générales des monastères; nous renvoyons nos 
lecteurs, pour l'étude des différents services et btiments qui les compo- 
saient, aux mots: ARCI-IITECTL'BE RELIGIEUSE» EGLISE CO1TRE POROEF, 
RÉFECTOIRE, CU1SINE, DORTOIR, GRANGE, PORTE, CLOCHER, SALE, TouR, 
TOUItELLE, CLOTURE, etc., etc. 
ARCItITECTERE CIVILE.  Il n'existe plus aujourd'hui, en France, que de 
bien rares débris des édifices civils antérieurs a XlI  siècle. Les habita- 
, 'à 
tions des nouveaux dominateurs des Gaules ressemblaient fort jusqu 

aigles, gerfaulx, autours, sacres, laniers, faulcons, esparviers, esmeril- 
lons et aultres, tant bien f,,ictz et domesticquz, que, parlans du çhas- 
« teau pour s'esbatre es ch«tmps, prenoient tout ce qte rencontroiênt. 
,, La venerie estoit ung peu plus loing', tyrant vers le parc... 
,, Toutes les salles, chambres et cabinets, cstoiênt tapissez en diverses 
« sortes, selon les saisons de l'année. 'l'out le pavé estoit couvert de dr«,p 
« verd. kes iietz estoient de broderie... 
« En ehascune arriere-ehambre estoit ung mirouer de ehristallin en- 
«chassé en or fin, autour garny de perles, et estoit de telle grandeur 
« qu'il povoit véritablement representer toute la personne... » 
La règle des Thélémites se bornait à cette clause : 



l'époque féodale, 
timents disposés 
sans symétrie, 
résidences des 
vingienne, des 

aux t, illce romaifles; 
sur des rampanls de 

31.3 -- [ .cn'rrca-t- " 
c'étaient des agglomérations de b,à- 
coteaux presque toujours at midi, 

et entourés d'enceintes, de palissades ou de fossés. Les 
grands ne différaient guère, pendant la période méro- 
établissements religieux, qui ne faisaient que perp(,tuer 

la tradition antique. « Quand », dit M. de Caumont, « les villes gallo-fo- 
« maines, in,luiCées, puis pillées par les barbares, firent obligées de res- 
« treindre leur périnètre, de le limiter aux points les plus favorables à la 
« défense; quand le danger devint s pressant, qu'il fallut sacritier les plus 
« beaux édilices, les démolir pour former, de ces matériaux, les fonde- 
ments tlcs murs de défense, de ces murs que nous otfrent encore Sens, 
le latts. Anges,13ourges, Langres et la plupartdesvilles 7.allo-romaines, 
alors il fallut comprier les maisons entassées dans c,s enceintes »i 

étroites, comparativement 
bution dut en éprouver des 
tées établies sous le sol et 

à l'Cendue primitive des villes; la distri- 
moditications considérables ; les salles 
l'addition d'un ou deux étages au-dés_,us 

(( 
Il 

« du rez-de-chaussée durent 6tre, au moins dans certaines localités, 
« conséquences de cette condensation des populations urbaines. '» Dans 
les granules cités, des édilices romains avaient été conservés, toutefois : les 
curies, les cirques, les lhéatres, les thet+mes.+ étaient encore utilisés sous 
lês rois de la première race; les jeux du cirque n'avaient pas cessé brus- 
quement avec la fin de la domination rotnaine; les nouveaux conquérants 
mëme se piquaient de conserver des usages établis par une civilisation 
avancée, et telle était l'influence de l'admini.,tration de l'empire romain, 
qu'elle survivait aux longs désastres des v  et 't+ siècles. Dans les villes du 
lXlidi et de l'Aquitaine surtout, moins ravagées pat" te pa+,sage des barbare+, 
les formêsde la municipalité romaineAtalent maintenues;beaucoup d'édi+ 
lices publics restaient debout; mais, au nord de la Loire, les villes et les 
campagnes, sans cesse dévastées, n'offraient plus un seul édifice romain 
qui pùt serir d'abri. Les rois francs batissaient des villa" de maçonnerie 
grossière et de bois, les évëqucs, des églises et des monastères; quant à la 
cité, elle ne possédait aucun édifice public important, ou «lu moins il n'en 
reste de traces ni dans l'histoire, ni sur le soi. Les vill«e des campagnes, 
les seuls éditïces qui, jusqu'h l'époqte carlovingienne, aient eu quelque 
valeur, ressemblaient plut6t à de grandes fermes qu'5 des palais; elles 
se trouvent décrites dans le capitulaire de Charlemagne (De villis). Le sol 
de la Belgique, du Soissonnais, de la Picardie, de la Normandie, de l'Ile- 
de-France, de l'Orléanais, de la Touraine et de t'Anj,_,u, en était couvert. 
Les vill,e se composaient presque toujours de deux vastes cours avec des 
batiment+atentour, simples en épaisseur,-n'ayant qu'un rez-de-chaussée; 
on communiquait aux diverses salles par un p,»t+tique ouvert. L'une des 
cours était réservée aux seigneurs, c'était la t, illa urbona; t'autre aux 
coloris ou esclaves chargés de l'exploitation, on l'appelait villa rustica. 

t De Caumont, Abécddaire; a'chit, civile, p.   et SlUi-o 



[ AIt(::nlTE(::TUItE ] --- 3|h m 
La villa mérovingienne est donc la transition entre la ville rotn:tine et le 
monastère de l'épbque carlovingienne (voy. ArtcnlTzc'rue, E : ArcnTzcTurtz 
,IOSASTIQU E). 
Après Charlemagne, la fdodalité changeabient6t la tilla seigneuriale en 
ch/teau fort. Les monastères seuls conservèt'ent la tradition romaine. 
f)uant aux villes, elles ne commencèrent à élever des édifices civils qu'après 
le grand mouvement des communes des x' et xii' siècles. Il s écoula mème 
n laps ,le temps considérable avant que les nouvel[es comtnunes :tient pu 

acquérir une pr6pond6rance assez grande, 
complte, pour songer h l,?ttir «les hStels de 
des marchés. En effet, dans l'histoire de 

établir une organisation assez 
ville, ,les halles, des borse-. ou 
ces communes, passablement 

connue aujourd'hui, gr.ce aux travaux le M. Augustin Thiêrry, il n est pas 
question té fondation d'édifices de qelque importance. Les bourgeois 
atfranchis de Vézelay construisent des maisons fortifiées, mais ne paraissent 
pas soner à établir dans leur cité la curie romaine, l'lt6/el de ville dt 
moyen ge. « Les habitants des villes, que ce mouvement politique avait 
« gag, nés, se réunissaient lans la grande église ou sur la place du marché, 
« et là ils prëtaient, sur les choses saintes, le serment de se soutenir les uns 
« les autres, de ne point permettre qte qui que ce fùt fit tort h l'un d'entre 
« eux ou le traittt désorInais en serf. Tous ceux qui s'étaient liés de cette 
« manière prenaient dès lors le nom de co,nnu,iers ou de j:,rés, et, pour 
« eux, ces titres nouveaux cotnprenaient le,_" idées de dev,_,ir, de fidélité 
« et de dévouement réciproques, exprimés, dans l'antiquité, par le mot 
« de citojen. ... Chargés de la tache pénible d'ètre sans cesse ;k la tète du 
« peut, le dans la lutte qu'il entreprenait contre ses anciens seigneurs, les 
« nouveaux magistrats » (conseils dans les villes du Midi, j,,'és ou éche- 
.ins dans celles du Nord) « avaient mission d'assembler les bourgeois 
« au son de la cloche, et de les conduire en armes sous la bannière de la 
« cominu,e. Dans ce passage ,le l'ancienne civilisation abttat'die à une civi- 
« lisation neuve et originale, les restes des vieux monuments de la splendeur 
« romair.e servirent quelquefois ,le mat6riaux pour la construclion des 
« murailles et des tours qui devaient garanlir les villes libres contre l'hos- 
« tilité des chteaux. On pêut voir encore, dans les murs d'Avles, un grand 
« nombre de pierres couvertes de sculptures provenant de la démolition 
d  _ 
« un thé:atre magnifique, mais devenu inutile par le changement des 
« mœurs et l'interruption des souvenirs. » Ainsi, h l'origtne de ces grandes 

luttes, c'est l'église qui sert de lieu de réunion, et le premier acte de 
pouvoir est toujours l'6rection des murailles destinées à protéger les 
libertés conquises. Lorsque les habitants de Reims s'érigèrent en com- 

mune, vers 1138, le grand conseil des lourgeois s'assemblait dans l'église 
Saint-Symphorien, et la cloche de la tour de cette église servait de beffroi 
communal. « D'autres villes offraient, à la mg.me époque, l'exemple de cet 
« usage introduit par la nécessité, faute de locaux assez vastes pour mettre 

Lettres sur l'hist, de Fvaace, par Atg. Thicrrs, 18/2 lettre xtt. 



-- 35-- 

• a. co,vert une assembl.ée nombreuse. Aussi 
sance ecclésiastique employait 
mur, e, était de faire défense 
autre motif que la prière, et de 
celles des offices'. » Les luties 

[ ARCIIlTECTURE 

un des moyens que la puis- 
pour gèner l'exercice du droit de coin- 
de se ré,nir dans les églises pour un 
sonner les cloches h une aulre he,rc que 
incessanes des communes du dom-ine 

royal avec le pouvoir féodal, pendant le x[r siècle, et leur prompte déca- 
dence dès que le pouvoir royal se constitua sur (les bases durables, au com- 
mencement du x" siècle, ne permirent pas aux villes lelles que 
le Mans, Laon, Sens, Reims, Gambrai, Amiens, Soisons, etc., d'élêvC de 
grands édifices municipaux autres que des murailles de defense et les 

beffrois. Le beffroi était le signe le 
commune, le signal qui annonçait 
blées populaires, ou les dangers 
(voy. BrFoO. Mais les communes 

plus 
aux bo,rgeois l'ouverture des 
auxquels la cité se tro,B'ait 
de Flandre, du Brabant, ou du 

manifeste de l'élablissement de la 
asselll - 
expo«& 
nidi 

la France, qui conservèrent leurs frachises jusqu'au xv,  siècle, eurent le 
loisir de construire de grands édificés municipaux dès lat fin ,lu Xtl ¢ siècle, 
et surtout pendant les xii  et xtv  siècles. Plusieurs de ces édilïces exis- 
tent encore en Belgique; mais dans le midi de la France, ils ont tous été 
alCruits pendant les guerres religieuscs d,t xvt - siècle. Nous n'en connais- 
sons qu'un seul encore debout dans une ,les petites villes d comté ,_le 
Toulouse, Saint-Antonin, située à qêlques lieues au nor(l-ouêst (le M,)n- 
tauban (voy. ItbTEL De VLtE). II en est de m0mê des halles, bourses; 
ne possédons, en France, qu'un très-pê',it nombre de ces édiIiccs, et 
cote ne se sont-ils conservés que dans des villes de peu d'imporlancc; 
tandis qu'en Belgique ]es villes de Brugcs et d'Ypres, de Gand, de Lou- 
vain, de Maliues, d'Anvers ont eu le bon esprit de préserver tic la destruc- 
tion ces précieux restes de leur grandeur pendant les x - et xv ¢ siècles 
(voy. tt6TEL DE VILLE). 
Pendant les xi , xl", XIII e et XIV e siècles, un gr;,nd nombre d'h6pitau, 
furent fondés. Les év(ques et les établissements religieux furent des pre- 
miers à offrir des refuges assurés et rênté.., aux malades pauvres. Les pes- 
tes étaient fréquentes au moyen àge, dans des villes non pavees, resser- 
rées entre des murailles d'autant moins étendues que leur construction 
occasionnait des dépenses considérables. Les guerres avec l'Orient avaient 
introduit la lèpre en Occident. Beaucoup de monastères et de château,: 
avaient établi, dans leur voisinage, des Iéproseries, des maladreries, qui 
n'étaient que de petits h6pitaux entretenus par des religieux. Les moines 
augustins (hospitaliers) s'étaient particulièrement attachés au service des 
malades pauvres, et dès le xt  siècle un grand nombre de maisons hospi- 
talières des grandes villes étaient dêsservies par des religieuses augus- 
tines. De simples particuliers, « meuz de pitié ,,, comme dtt le P. Dubreul, 
abandonnaient des propriétés aux pauvres malades « passans par la ville » ; 
ils les dotaient, et bient6t ces maisons, enrichies de dons, pourvues de 

Lettres sur l'hist, de France, par Aug. Thierry, 18t2, lettre xx. 



[ ,r.¢nlTECTCIE ] --- 316 -- 
priviléges accordés par les év:.ques, les princes séculiers et les papes, de- 
venaient de grands établissements, quisesontconservés jusqu'à nos jours, 
rêCpectés par tous les pouvoirs et à travers toutes les révolutions. Niais 
c'est à partir du x" siècle que les hôpitaux sont construits suivant un 
programme arrêté. C'étaient de grandes salles voùtées, hautes, aérées, 
souvent divisées par une ou plusieurs rangCs de colonnes. A l'une des 
extrémités était un vestibule, ou quelquefois un simple pérche ou auvent; 
h l'autre bout, une chapelle. En aile, une officine, pharmacie ; puis les 
cellules des religieux ou religieuses, leur réfectoire, leur cuisine. Souvent 
un c.loitre et une église complétaient cet ensemble de batiments presque 
tç, uj,,urs entourés d'une muraille (voy. HôTEL-DIEt). Des jardins étaient, 
autant qu'il se pouvait faire, annexés à l'établissement. 
Ces maisons, dans certains ca, ne servaient pas seulement de refuges 
aux malades, mais aussi aux pauvres sans asile. On lit dans l'ouvrage du 
P. Dubreul ce passage touchant l'hépital Sainte-Catherine, primitivement 
Sainte-Opportune, fondé en la grande rue Saint-Denis, à Paris : « Est à 
« n,:,ter que audit hospital il y a unze religieuses qu vivent et tiennent la 
« reigle de monsieursainct Augustin, laquelle en leur profession elles font 
« serment de garder, et sont subjetes à monsieur l'évêque de Paris, lequel 
« les viste par lui et ses vicaires, et font leur profession entre ses mains, 
« et a esablv et confirmé leurs statuts. Plus elles font les trois vœux de 
« religion, et vivent comme ès autres maisons réformées, hormis qu'elles 
« n'ont cloistre ni closture h cause de l'hospitalité, et qu'elles sont ordi- 
« nairement autour des pauvres, lesquels elles sont tenues de penser. 
« Elles man.e .. 
_ nt en commun . lesdites religieuses sont subjetes et tenues 
« de recevoir toutes pauvre. femmes et filles par chascune nuict, et les 
« héberger par trois jours consécutifs; et pour se faire, garnir de linges 
« et couvertures quinze grands licts, qui sont en deux grandes salles bas- 
« ses dudit hospital, et ont lesdites religieuses le soin de les penser, traic- 
« ter et chauffer de charb»n, quand la saison le requiert. Aucune fois les 
« licts sont si plains, que auçunesdesditesfemmes et fillessont contrainc- 
« tes coucher entre les deux portes de la maison, où on les enferme de 
« peur qu'elles ne lacent mal, o qu'il ne leur advienne inconvénient de 
« nuict. Plu. elles sonttenues de recueillir en ladite maison lous les corps 
« morts ès prisons, en la rivière et par la ville, et ausi ceux qui ont esté 
Lesquels le plus souvent on apporte tous nuds, et 
ensevelissent de linges et suaires à leurs despens, 
payent le f,»ssoyeur et les font enterrer au cimelière des Saincts-lnno- 
cens. Lesquels quelquefois sont en si rande quantité, qu'il se Irouve 
par acte signé des greïfiers de justice, avoir esté portez en ladite mai- 
son en moins de quatorze mois, quatre-x ngt-dix-huict corps morts...» 
De toute ancienneté, conformément aux usages ehrétiens, on enlerrait 
morts autour des églises, si ce n'est les hérétiqtes, les juifs et les 

« ruez par ladite ville. 
« néantmoins elles les 
« 

 Dubreul, .:ltrtulés de la t'ille de Paris, liv. III. 



--- 317 -- [ AnctirrCCTUllc ] 

êxcommur.iés. Les grands personnages avaient leur sépulture sous le pavé 
mème des églises ou des cloitrës. Mais, dans des villes populeuses, sou- 
vent les églises se trouvaient tellement êntourées d'habitations particu- 
lières, qu'il n'était pas possible de conserver un espace convenable aux 
sépultures; delà l'établissemêntdc charniers ou cimetières spéciaux pro- 

che de quelques églises, autour desquelles 
espaces libres. Tels étaient les cimetières des 
Saint-Denis à Amiens, etc. Lorsque l'édilité 

alors on réservait de vastes 
Saints-Innocents à Paris, de 
commença de s'établir dans 

les grandes villes, que l'on prit pendant les Xll ¢ 
de salubrité et de police urbaine, on entoura 
clôtures avec portiques, formant de vastes 

etxlv ¢ sièclesdes mesures 
les champs des morts de 
cloitres sous lesquels s'élevè- 

rent des monlments destinés à perpéter le souvenir des nobles ou des 
personnages importants ; puis bient6t, Iorsqtle survinrent des épidémies, 
reconnaissant l'insuffisance et le danger de ces enclos compris dans i'en- 
ceinte des grandes villes, on établi! e:ctro muros des cimêlièrês assez sm- 

du roy 
Saincts- 

qui, aujourd'hui, sont attk'ctés aux sépultu,'es. 
environ Caresme, en vertu (tes lettres patentes 
« Philippe VI, dit de Valois, pour lors régnant, le cimetière «les 
« Innocens fut du 
« les portes et entrées estans murées pour 
« que l'air de Paris, à raison de la mortalité 
« couroit, ne fust gasté et corrompu, et que 

tout clos et fermé sans qu'c,n y entrast aucunen-tent, 

blables h ceux 
« En 13h8, 

l'utilité du peuple, de peur 
ou épidémie tli pour lors 
par le grand amas les corps 

« pour lors enterrez audit cimetière, et qui y pouvoient encores estre 
« apportez, il n'advinst un plus grand inconvénient et péril. Et suivant la 
« volonté du roy, l'on benistun autre cimetière hors les murs de la ville, 
« pour enterrer tous les corps de ceux qui mourroient durant lalite épi- 
« démie: suivant laquelle ordonnance plusieurs corps y furent portez 
« (j'estime que ce soit celuy de la Trinité pour lors hors la ville, où encoves 
« pour le jour d'huy s'enterrent tous les corps morts de la contagion qui 
« sortent de l'Hostel-Dieu de Paris '...). » (Voy. CIMETIÊRE.) 
Mais ces maisons de refuge, ces h6pitaux et ces champs de repos entou- 
tés de portiques, ressemblaient en tous points, jusqu'atl xlv ¢ siècle, aux 
conslructions monastiquês, et n'en étaient pour ainsi dire qu'une bra- 

donné les premiers modèle de ces con- 
plus avant encore dans l'architecture 

che. Les grandes 
structions ; elles 

abbayes avaient 
étaient entrées 

purement civile, en affectant des parties de leurs terrains à des foires ou 
marchés perpétuels ou temporaires, machés qui devenaient un produit 
d'une certaine importance dans le voisinage des grands centres de popu- 

Paris, bttirênt une boucherie sur leur 
haute, moyenne et basse -. Philippe- 
préoccupa sévieusement et avec cet 
le distingue, de l'agrandissement et «le l'assainissement 

lation. Les chevaliers du Temple, à 
territoire, où ils exerçaient justice 
Auguste, qui, un des premiers, se 
esprit de suite qui 

 Dubreul, Antiquitds de h« ville de Paris, liv. I11. 
2 Dom Félibien, Hist. de la c:lle de Paris, t. ter» 

103. 



[ auCl'rECTCc ] -- 318  
«le la ville de P,ris, acheta de la léproserie établie hors la ville de Paris un 
narcté. qu'il tvansféra « dans une grande place vuide plus'à portée du eom- 
« inerte, appellée Champeaux, e'est-à-dire Petit-Champs, déj'à destinée  
« l'u-age du pblie par le rob" Louis x,'I, son ayeul. Ge fut là q'il fit bastir 
« l,-s halles pour la comodité des marchands. 11 pourveut de plus à la 
,, sùreté de leurs marehandises par un mur de pierre qu'il fit construire 
,, :tor des halles, aec des portes qui fermoient la nuit. Et entre ce mur 
« de closture et les maisons de marchands il fit faire une espèce de galerie 
,, coq,verte en manière d'apenlif, afin que la pluie n'interrompîst point le 
, commerce... Le basliment de Philippe Auguste contenoit deux halles, 
« et le mur qui les environnoit estoit garni de loges '. Sous saint Louis, il 
,, y avoir leux halles aux draps, et une autre entre deux, avec un appenti. 
« De dire si ces halles aux draps sont les mëmes que fit faire Philippe 
,, Auguste, c'est ce que je ne sai pas. Qu:,nt à l'appenti et à la troisième 
« halle, on y avoir fait des loges, ainsi que dans êelles de Philippe : le roy 
,, en éoit propriétaire, et les louoit soixante-quinze livres aux mereiers 
« et ax corroyeurs... Avec le temps, la halle devint si grande, et l'on en 
« fit tant d'autres, que les marchands et les artisans de Paris, de toutes 
« vocations, en eurent chacun une à part; si bien qu'alors, au lieu de 
,, se servir du mot de halle au singulier, on commença  s'en servir au 
« pluriel, et à dire les halles. Quelque temps après, ceux de Beauvais, 
« de Pontoise, de Lagni, de 6onessê, de Saint Denys et autres villes des 
« environs de Paris, y en curent aussi. On en fit de mëme pour la plupart 
« des villes de Picardie et des Pays-Bas, et pour quelques-unes de Nor- 
« mandie, que nos rois,  l'exemple tic saint Louis, louèrent aux habitans 
« des villes de ces provinces-l" 
Successivement ces halles,  Paris comme dans toutes les randes villes, 
furent noditiées, ¢tendues, pour satisfaire 't des besoins nouveaux, et 
aujourd'hui il ne nous reste que des débris de ces édifices publics dans 
quelques villes du second ou du troisième ordre. D'ailleurs le bois jouait 
u r«tnd rôle dans ces constru,-'tions : c'étaient, ou des appentis, ou de 
granules salles fesse mblant assez alx ran es des m onastè res, qui n'é taien t 
pas bàties de fa¢:on  pouvoir demeurer intact-es au milieu des villes, qui 
s'embellissaient chaque jour. Toutefois, dans de.-,: cités du.'X'ovd, dans ces 
petites républi,tues manufacturières de.,, Pays-Bas, ainsi que nous l'avons 
dit plus haut, on bàtissait, pendant les x , xv  et xv  siècles, des halles 
.,s_plendides, et qui se sont conservé'es juqu"à nos jours (voy. tt»,U.l::). 
0uant aux constructions civiles, telles que lesponts, les égouts,lês quais, 
les h6tels, etc., nous renvoyons nos lecteurs à ces mots, aussi bien pour 
la partie historique que pour la pratique; rions nous bornerons ici à quel- 
ques données générales sur les habitations urbainês, soit. des grands, soit 

des bourgeois. Il faut dire que l'architecture privée .uit pas b, pas, jus- 
qu'au xt  siècle, les données monastiques : lo parce que les établissê- 

I Dom Félibien, Hist: de la ville de Pn»is, t. 1 e', p. 20. 
: Saura, I, llist, et a,ttiq, de la t'ille de Po,'g_, t. I er, p. 658. 



--- 319 --- [ AREHITEETL'I/E ] 
ments religieux étaient à la tête de la civilisation, qu'ils avaient conservé 
les traditions antiques en les appropriant aux meeurs nouvelles; 2 ° parce 
quele moines seuls pratiquaient les arts de l'archilecture, de la sculpture 
et de la peinture, et qu'ils devaient par conséquent apporter, mëme dans 
les constructions étrangères aux couvents, leurs f,»rmules aussi bien que 
les données _générales de leurs b'timents. Les palais; comme les couvents, 
possédaient leur cloilre ou leur cour enlourée de pottiques; leur grand'- 
salle, qui remplaç'ait le réfectoire des moines et en tenait lieu; leurs vaCtes 
cuisines, leur dortoirs pour les familiers; un logis séparé pour le .,ei- 
gneur comme pour t'évque ou l'abbé; l'h6tellerie Iour les étranger ; 
la chai»elle, les celliers, greniers, jardins, etc. Seulement, 'a l'extérieur, 
le palai_ séculier se revètait de hautes murailles fortifiées, de tours., de 
défenses beaucoup plus inporlanles et Cendues que celles des abbayes. 
Le palais des rois à Paris, en la Cité, contenait tous ces divers services et 
dépendances dès avant Plilippe-Aguste. Quant aux maisons des riches 
citoyens, elles avaient acquis, mme pendant la période romane, une 

grande importance, soit. comme 
suivaient le mouvement imprimé 
sculptves las les provinces où 
simples dans les 

étendue, soit comme décoration, et elles 
pat' l'architecture bénédictine; riches de 
l'influence clunisienne se faisait sentir, 
environs des établissements eisterciens. lais à la fin du 

Àll e siècle, lorsque l'at-chitecture est 
tions particulières se débarrassentde 
ue physionomie qui leur est propre. 

pratiquée par les laïques, les habita- 
leurs langesmonatiques,et prennent 
Ce qui les caractérise, c'est une grande 

sobriété d'ornementation extérieure, une o»mplète observation des besoins. 
La méthode raionn(,e qui,'à, cette époque, s'attachait mëme aux conslruc- 
tions religieuses, perçait à plus forte raison dans les constructions privées. 
llais il ne faudrait pas croire qe cette tendance ait conduit l'architecture 
civile dan. une voie étroite, qu'elle lui ait fait adopter des données .,èches 
et invariables,desigoacil's comme ceux qui de nos jours sont appliqués à 

certaines constructions d'utilité publique, en 
mat, des habitudes ou des traditions de telle 

dépit des matériaux, du cli- 
ou telle province. A_I COn- 

traire, ce qui distingue la méthode des XIl e et XllI e siècles de la nôtre, c c..t, 
avec une grande rigidité de principes, la liberté, l'originalité, t'aversion 
pour la banalite. Cette liberté est telle, qu'elle déroute fort les architectes 
archéologuês de notre temps, qui veulent ne voir que la forme extérieure 
sans chercher le pt-incipe qui a dirigé nos anciens artiste.., du moyen tgo. 
Il n'y a pas, à proprement parler, de règles absolues pour l'application de 
certaines formes,il n y a d'autres règles que I _,bservation ri,'-oureuse d' un 
principe avec la faculte pour chacun de se mouvoir dans les limites posées 
par ce principe. Or, ce principe est celui-ci : rendre tout besoin et tout 
mo)'en de construction apparents. L'habitation est-elle de brique, de bois 
ou de pierre, sa forme, son aspect, sont le résultat de l'empl,_,i de ces 

divers matériaux. A-t-on besoin d'ouvrir de grands jours ou 
fenêtres, les raçades n:'ésenten des baies larges Oll étroites, 
trapues. Y a-t-il des x:oùtes à l'intérieur, des contre-forts les 

de petites 
longues ou 
accusent à 



[. AItCIlIf££TUIE ] --. 320--. 
l'extérieur; sont-ce des planchers, les 
bandeaux marquent, la place des solives. 

contre-forts disparaissent et des 
Se sert-on de tuilês creuse.-, pour 

couvri,', les contbles ont obtus; de tulles plates oa d'ardoises, les comblt 
sont aigus. L'ne grande salle e_-,t-elle néeessaire, on l'Claire par une suitê 
d'arcades ou par une galerie vitvée.Les étages sont-ils di.tril,ués en petites 

pièces, des ouvertures sont sépavées 
mtnée sur un mur de face, son tuyau 
ment accuségt l'extérieur, et passe à 

par des trumeaux. Faut-il une che- 
porté en encorbellemelt est franche- 
travers tous lesétagesjusqu'au faite. 

Faut-il faire un escalier, il est placé en 

compris entre ses nurs, les 
paliers, réglant toujours 
ces paliers. A l'intérieur, 
apparentes, _,implenent 
et mg.me sculptées si la 

dehors du b'atiment; ou s'il est 
fenètres qui l'éclarent ressautent co,n,ne les 
la hauleur de leurs appuis à partir du niveau de 
les solives des planchers, les enchevètrures sont 
équarries si l'habitation est modeste, noulurées 
construction est faite avec luxe. Les portes des 

appartements sont 
le placement des meuble;elles 
dans sa chambre ou son salon. 
Ici,êtres sont larges et longues, 

percée là où elles ne peuvent gëner la circulation et 
sont basses, car on n'entre pas à cheval 
Si les pièces sont hautes, spacieuses, les 
mais la partie upérieure est dormante, et 

la partie inférieure seule, s'otvrant facilement, permet de renouveler l'air 
ou de se nettreà let fenëtre, sans ëtre gêné l)ar le vent;les volets eux- 
mèmes, divisés par compartiments, laissent passer plus ou moins de 
lumière. Tout est prévu: les meneaux portent des renforts pour recevoir 
les targêtte, les tableaux des croisées de petite saillies pourintroduire les 
pivots. Si l'on veut placer des bannes d'étoffe devant les croisées ou devant 
les boutiques, des eorbeaux de pierre échancrés en crochets sont destinés 
h les porter. Dans les grandes habitations, les services, les cuisines, sont 
éloignés du bà.timent principal; un couloir poté en encorbellement le 
long d'un des murs de la cour relie au premier étage ces services avec les 
«ppartements des maitres; au rez-de-chaus_,ée, cette saillie forme un abri 
utile, qui n'empiète pas sur l'aire de la cour. Pour éclairer les combles, 
de grandes luearnes apparentes, soit de pierre, soit de bois. Des tuyaux 
de cheminée, visibles, solides, ornés mOme souvent, percent les toits, et 
protégent leur jonction avec la couverture par de larges filets ranlpants. 
Chaque boutique a a cave avec escalier partmulier, et son arrière-magasin. 
Si la maison est munie,l'une porle charretière, une porte plus petite et 
ouverte à c6té pour le service de nuit et pour les piétons. Certes, il y a 
loin de là "h no maisons de brique qi simulent la pierre, à no, pans de 
bois vex-gtts de pltItre, à nos escaliers qui coupent les feuètres par le mi- 
lieu, à nos jours aus:i larges pour les petites pièces que pour les.grandes, 
à nos tuyaux de cheminée honteux de se laisser voir, à cette perpetuelle 
dissimulation de ce qui est et doit ètre dans no habitations privées, où le 
plà.tre est peint en marbre ou en bois, ou le bois e.-,t peint en pierre, où la 
construction la plus pauvre se cache sous une enveloppe de luxe. Pour 
faire une construction gothique, il ne s'agit donc pas de jeter sur une 
façade quelques ornements pillés dans de vieux palais, de placer des me- 



"-- 321 ---" [ ARCHITECTURE ] 
neaux dans des fenêtres; mais il s'agit avant tout d'ëtre vrai dans l'emploi 
des matériaux comme dans l'application des formes aux besoins. Ainsi, 
pour ne citer qu'un exemple, si les fenëtres en tiers-point sont employées 
dans la construction des glises ou des grandes salles oùtées, cela est 
parfaitement justifié par les formerets des vofites, qui, étant eux-mtmes 
en tiers-point, commandent la forme de la baie destinée à faire pénétrer la 
lumière à l'intérieur; mais dans les habitations dont les étages sont séparés 
par des planchers horizontaux, l'emploi de la rénette en tiers-point serait. 
ridicule, sans raison; aussi voyons-nous toujours les fen,trcs des habi- 
tations ferreCs par des linteaux ou par des arcs bombés ayat peu de 
lit:che. Si par exception les fen0tres sont en tiers-point, un lintean peu épais 
ou une imposte placée à la n,issanee de l'ogive, qui n'est là qu'un are 
de décharge, permet de poser des chlssis carrés dans la partie inférieure, 
la seule qui soit ouvranle, et la partie supérieure de la fênètre compri.,_'e 
entre les courbes est dormante. 
L'architecture ogivale, née à la fin du xI  siècle, est avant lout logîque, 
et par conséquent elle dot affecter, dans les édifices religieux et dans 
les éditices privés, des/brmes très-différentes, puisque les donn6e. pre- 
mières sont dissemblable.,. Si l'architecture appliq ' 
uee aux édifices religieux 
sëloigne de son principe vers le xv«siècle, si elle se charge de détails 
superflus qui finissent par touffer les données générales et très-savam- 
ment eombinées de lt construction; dans les édifices civils, au contraire, 
elle suit la marche ascendante de la civilisation, se développe, et finit, 
au x,,'t  siècle, par produire des œuvres qi, si elles ne sont pas toujours 
irréprochahles sous le rapport du got, sont très-remarquables comme 
di.-positions d'ensendlê, en satisfaisant aux besoins nouveaux avec une 
adresse et un bonheur rares, kutant qu'on peut en juger par l'examen des 
constructions eiviles qui nous restent des x , xI" et XlV  siècles, les don- 
nées générales des palais comme des maisons étaient simlles.L'habitation 
princière se composait de cours entourées de portiquea; les écuries, les 
logements des serviteurs e! des h6tes en dehors de l'enceinte du palais. 
Les batiments d'habitation comprenaient toujours la grand'salle, d'un 
aecès facile. C'était là que se réunissaient les vassaux, que ron donnait les 
fores ou des banquels,que se Iraitaient les affaires qui exigeaient un grand 
concours de monde, quese rendait la justice.A proximité, les prisons, une. 
salle des gardes; puis les cuisines, offices, avec leur cour et enlrée parti- 
culières. Les logements des maitres étaient souvent ratlaçhés à la g-and'- 
salle par un parloir et une galerie; c'Cait 1'3 que l'on dépo.sait des armes, 
des objets conquis, des meubles précieux, dépouilles souvent arrachées  
des voi.sins moins heureux.Des peintures,des portraits,ornaient la galerie. 
Les chanbres de,tinées à l'habitation privée élaent groupées irrégulière- 
ment, suivant les besoins ; comme accessoires, des cabinets, des retrails, 
quelquefois po.ésen encorbellement ou pris au, dépens de l'épaisseur des 
murs. Ces logis 
était établie au 

étaient à plusieurs étages, et la communication enlre eu, 
moyend'escalie_rs àvis auxquels.on n'accédait que par des 



[ A RCII!OE£CTUfiI 

détours connus de.., familiers.L'influence de la demeure t6odale, de la for- 
teres.e, se faisait sentir dans ces constructions,qui du reste, "à l'extérieur, 
lr6sentaient toujours une apparence fortifiée. La maison du riche bour- 
geois possédait une cour et un b'atiment sur la rue. Au rez-de-chaussée, 
des b,utiques, une porte charretière, et une allée conduisa,t à un escalier 
droit... premier étage, la salle, lieu de réunion de 1 famille pour les 
repa., pour recevoir les h6tes; en aile, sut" la cour, la cuisine et ses dépen- 
dances, avec son escalier 'à vis bâti dans l'angle. Au deuxième étage, les 
chabres "3 coucher, auxquelles on n'accédait que par i'escalier à vis de la 
cour, m,-,ntant de fond;car l'escalier droit, ouvert sur la rue, ne donnait 
accès que dans la salle oh l'on almellait les é.trangers. Sous Jes combles, 
des g«lctas pour les serviteurs, les commis ou apprentis; des-greniers 
pour d6poser les provisions. L'escalier privé descendait ,l.ns les caves 
d maitre, lesquelles, presque toujours creusées sous le b'aliment des 
cuisines en aile, ,'élaient pas en communication avec les caves afférentes 
•  chaqe boutique. Dans la cour, un puits, un appentis au fond pour les 
provisions de bois, qclquefois une écurie, une buanderie et un fournil. 
Ces maisons n'avaie,t pas leur pignon sur la rue, mais bien l'égout des 
toits, qi, dans les villes méridionales surtout, était saillant, porté sur les 
abouts des chevrons maintenus par des liens. Ces dessous de chevrons 
et les f«tçades elles-mêmes, surtout lorsqu'elles 6raient de bois, recevaient 
des peitures. O,ant à la maison du petit bourgeois, elle n'avait pas de 
cour particulière, et p,ésetait, surtout à partir ,lu xv  siècle, son pignon 
sur la rue; elle ne se composait, à rez-tle-chaussée, que d'tne boutique 
et d' ' " 
une allée conduisant "à 1 escalier droit, communiquant à la salle, 
l«qu Ile remplîssait tout le premier éIage. La cuisine était oi.ine de cette 
alle, donnant sur une colr commune et formant bùcler otvert au rez- 
de-chatlssée. On acçédait aux 6rages supérieurs par un e«alier privé, 
souven! en encorbellement sur la cour commune. Ainsi, chez le bourgeois 
comme chez le noble, la vie t,riv6e 6tait Ioujours soigneusement séparée 
de la vie publique. Dans le palais, les portiqtles, la grand'salle, la salle 
des garnies, étaient accessibles aux invités; dans la maison, c'était la bou- 
tîque et la salle du premier étage; tout le re.,_te du logis était réservé à la 
famille; les étrangers n'y pénétraient que dans des cas particuliers. 
Dans les villes, chaque famille possédait sa maison. La classe bourgeoise 
ne se divisait pas, comme atljourd'hui, en propriétaires, rentiers, com- 
merqants, industriel..,.', artistes, etc. ; elle ne comprenait que les négociants 
et les gens de nétier. Tous les hommes voués à l'Cat militaire permanent 
se rolvaient attaché.-. à quelque seigneur, et logeaient dans leurs de- 
meures féodales. Tous les commis marclan,ls, apprentis et ouvriers, 
I »geaient chez lever» patrons. Il y aval! peu de lcation., dans le sens ac- 
tu_.l ILI m)t. Dans les grandes villes, et surtout dans les 
h6tellerics, éritables garnis, recevaient les étrangeté, 
aventuriers, les jongleurs, et tous gens qui n'avaient pas 
fixe. Lb on trouvait un gîte au jour»à, la sert)aine ou au 

faubourgs, des 
les écoliers, les 
d'établissement 
mois. C'était de 



ces maisons mal fam6es pour la plupart, que sortaient, dans les temps 
de troubles, ces flots de gens sans aveu qui se répandaient dans les rues, 
et donnaient fort à faire à la police municipale, royale ou seigneuriale. 
E'était là que les factions qui se disputaient le pouvoir allaient recruter 
leurs adhérents. L'Université renfermait, un grand nombte de ces garnis 
dès le x  siècle, et ce fut en grande partie pour lr'«euir les abus et 
désordres qui étaient la conséquence d'un pareil état de choses, que beau- 
coup d'établissements monastiques et des évëques fondèrent, sur la mon- 
tagne Sainte-Geneviève, des colléges, dans l'enceinte desquels la jeunesse 
trouvail,en mb.me temps que l'instruction, des demeures convenables et 
soumises à un régime régulier. Les cloîtres des cathédrales avaient pr6- 
cédé ces établissements, et derrière leurs murs les professeurs comme 
les écoliers pouvaient trouver un asile. Abailad loue un logis au cha- 
noine Fulbert, dans le cloitre Notre-Dame. 
lais il est certain que dans les grandes villes, à une b_poque où les 
classes de la société étaient tellement ditinctes, il devait se trouver une 
quantité de gens qui n'6taient ni nobles, ni religieux, ni soldats à solde, 
ni marchands, ni artisans, ni écoliers, ni laboureurs, et qui formaiett 
une masse vagabonde, vivant quelque part sorte d'écume qu'aucun pou- 
voir ne pouvait faire disparaltre, emplissant mëme les cités lorsque de 
longs malheurs publics avaient tari les sources du travail, et réduit à la 
misère un grand nombre de pauvres gens. Apo'ès les frittes guerres du 
 "é 
XlV « siècle et du commencement du xv' il s tait formé ;'t l'aris une orga- 
nisation de gueux qui avaient des ramifications dans toutes les grandes 
x, illes du royaume. Cette compagnie occupait certains quartiers 
capitale: la cour du roi François, près du Ponceau ; la cour Sainte-Cariée- 
fine, la rue de la Mortellêrie, la cour Brissêt, la cour Gentien, partie de 
la rue 31ontmart'e, la cour de la Jussienne, partie dela rue Saint-Honoré, 
quelques rues des faubourgs Saint-Germain et Saint-31arceau et la butle 
Saint-Roch. llais le siCe principal de cette gueuserie était la cour des 
Iiracles. « Elle consiste, dit Saurai ', en une place d'urne grandeur très- 
et considérable, et en un très-grand cul-de-sac puant, boueux, irrégulier, 
«, qui n'est point pavé. Autrefois il confinoit aux de-'nières extrémités de 
« Paris... Pour y venir, il se faut souvent égarer lans de petites rues ri- 
« laines, puantes, détour'riCs ; pour y entrer, il faut descendre une assez 
« longue pente de terre tortue, raboteuse, inégale. J'y ai vu une maison 
« de boue à demi enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourri- 
« turc, qui n'a pas quatre toises en quarré, et où logent n6anmoins plus 
« de cinquante ménages, chargés d'une foule de petits enfants légitimes, 
« naturels et dérob6s. On m'assura que dans ce petit logis et dans les 
« autres habitoient plus de cinq cents grosses familles entassées les unes 
« sur les autres. Quelque grande que soit à prsent cette cour, clic l'Aloir 
« autrefois beaucoup davantage: d'un c6té elle s'étetadoit jusqu'au,: 

Tome ler p. 510 et sui. 



[ ARCII[TEC'rURE ] 
«anciens remparts appelés 
« l'autre, elle couvroit une 

-- 32/t ---- 
aujourd'hui la rue Neuve-Saint-Sauveur; de 
partie du monastère des Filles-Dieu, avant 

« à la conduite de cette 
« Miracles d'une rue qui 

entreprise r6solurent de traverser la cour des 
de-oit monter de la rue Saint-Sauveur " la rue 

« Se,ve-Saint-Sauveur; mais quoi qu'ils pussent faire, il leur fut impos- 
« stble d'en venir h bout: les maçons qui commençoient la rue furent 
« l)atts par les gueux, et ces fripons menacèrent de pis les entrepreneurs 
« et les conducteurs de l'ouvrage. » Ces réunions de filous, de gens sans 
aveu, de soldats congédlés, étaient soumises encore aux xv  et xvt ¢ siè- 
cles à une sorte de gouvernement occulte, qui avait ses officiers, ses lois, 
«I tenait «les chapitres réguliers, où les intér.ts de la république étaient 
discutés et des inslructions données aux diverses provinces. Cette popu- 
lation de vagabonds avait une langue particulière, un roi qui prenait le 
nom iê grand CoOsrê, et formait la grande congrégation des Argotiers, 
diviéc en Cagoux, A['chisuppôts de l'argot, Orphelins, Marcandiers, 
ltifodés, Malingreux et Capons, Piètres, Polissons, Francmitoux, Callots, 
Saboleux, ltubins, Coquillarts, Courteaux de boutanche, Narquois. 
Ainsi partolt, dans le moyen age, pour le bien comme pour le mal, 
l'esprit de corporation se faisait jour, et les hommes déclassés, qui ne. 
l)OUvatent trouver place dans les associations régulières, obéissaient mme 
à ce grand mouvement des populations vers l'unitC de réaction contre 
les ledanccs féodales. (Voy. (0RI'ORATION.) 
La ptisance des corps de métiers êl de marchands, les droits et privi- 
I(.gcs dont ils jouissaient dès le x' siècle, les monopoles qui les rendaient 
maitrcscxclusifsde l'indue, trie, du commerce et de la main-d'oeuvre; l'or- 
gani.'ation des armées, qui le lendemain des guerres laissait sur les routes 
les nllliers de soldats sans paye, sans patrie, avaient dù singulièrement 
déxclopper ces associalion.s de vagabonds, en lutte permanente avec la 
s,-ciété. Les maisons de refuge, fondCs par les moines, par les évëques, 
lê rois et nème de simples particuliers, pour soulager la misère et re- 
cueillir les pauvres, à peine suffisantes dans les temps ordinaires, ne pou- 
vaiet, après de longs troubles et des guerres interminables, offrir des 
as/les 5 tant de bras inoccpés, à des hommes qui avaient pris des habi- 
tdcs de l)ill«ge, dégradés par la misère, n'ayant plus ni famille ni foyer. 
Il fallut un long temps pour que l'on pot guérir cette plaie sociale du 
paupérisme organi.,,é, armé pour ainsi dire; car, pendant le xv" siècle, 
les guerres de religion contribuirent - perpétuer cette situation. Ce ne fut 
que pendant le xv  siècle, quand la monarchie acquit une puissance 
inconnue jusqu'alors, qe, par une police unique et des établissements 

t, qu'il passat à l'ordre de Fontevrault; de l'autre, elleCoit bordée de 
t, maisons qu'on a laissées tomber en ruine, et dont on a fait des jardins î 
« et de toutes parts elle Coit environnée de logis bas, enfonc6s, obscurs, 
,, dill'orme, faits de terre et de boue, et tous pleins de mauvais pauvres. 
:, Quand, en 1630, on porta les foss6s et les remparts de la porte Saint- 
« Denys au lieu où nous les voyons maintenant, les commissaires députés 



de secours largemen! conçus, 
de la misère et du vice. C'est 

--- 325--. [ ARCIIITEGTUllE ] 
on put éteindre peu à peu ces associations 
dans cet esprit que nos grands h6pilaux 

furent reb,tis pour centraliser une foule de maisons de refuge, des 
dreries, des dotations, disséminées dans les grandes villes; que l'h6pital 
central des Invalides fut fondé ; que la Salpëtrière, maison de 
des pauvres, comme l'appelle Sauval, fut bàtie. 
Le morcellement féodalne pouvait, seconderdes mesuresd'utilit6 
raie; le système féodal est essentiellement égoïste:ce q'il rail, il le 
pt, ur lui et pour les siens, à l'exclusion de la génralit. Les tablissement, 
monastiques eux-mëmes 6taient imbus, jusqu'à un certain point, de cet 
esprit exclusif, car, comme nous l'avons dit, ils tenaient aux h,bitudes 
féodales comme propri6taires fonciers. Les ordt'es mendiants s'étaient 
élevésavec desidées complétement 6trangères aux mœurs de la féodalit6; 
mais, devenus riches possesseurs de biens-fonds, ils avaient perdu de vue 
le principe de leur institution ; séparés, rivaux morne, ils avaient cess6, 
dès la fin du xt  siècle, de concourir vers un but commun d'intér(,t gé- 
néral; non qu'ils ne rendissent, comme leurs prédécesseurs les bénédic- 
tins, d'éminents services, mais c'étaient des services isol6s. Il appartenait 
à la centralisation politique, à l'unitWdu pouvoir monarclique, de cr6er 
de véritables ét«bl«ssements p«blics, non plus pour telle ou telle bourgade, 
pour telle ou telle ville, mais pour le pays. Ne nous étonnons donc point 
de ne pas trouver, avant le xv « siècle, de ces grands monuments d'uti- 
lité générale, qui s'Cèvent à partir du xv ' siècle, et qti font la vérilable 
gloire du siècle de Louis XIV. L'état du pays, avantcette époque, ne coin- 
portait pas des travaux conçus avec grandeur, exécutés avec ensemble et 
produisant des résultats réellement efficaces. Il fallait que l'unitA du pou- 
voir monarchique ne fat plus contestée pour faire passer un canal 
vers trois ou qatre provinces ayant chacune ses coutumes, ses 
et ses priviléges ; pour organiser sur toute la surface du territoire un sys- 
tème de casernement des troupes, d'h6pitaux pour les malades, de ponts, 
d'endiguement des rivières, de défense des ports contre les envahissements 
de la mer. Mais si le pays gagnait en bien-ëtre et en sécurité à l'établis- 
sement de l'unité gouvernementale, il faut convenir que l'art y perdait, 
tandis que le morcellement féodal était singulièrement propre à son 
développement. Un art officiel n'est plus un art, c'est, une formule; l'art 
diparait avec la responsabilité de l'artiste. 
L'architecture nationale, religieuse et monastique s'6teignit avec le 
xv' siècle, obscurément ; l'architecture civile avec la féodalité, mais en 
jetant un vif éclat. La renaissance, qui n'ajouta rien à l'architecture reli- 
gieuse et ne fit que précipiter sa chute, apporta dans l'architecture civile 
un nouvel él6mentassez vivace pour la rajeunir. Jusqu'alors, dans les con- 
structions civiles, on semblait ne tenir aucun compte de la symétrie, de 
l'ordonnance générale des plans. Plusieurs causes avaient éloigné les 
esprits de l'observation des règles que les anciens avaient généralcment 
adoptées, autant que cela était raisonnable, dans l'ensemble de leurs b.- 



 ,acncc ] .--3'2_6-- 
timents. La première était ce type de la villa romaine suivi dans les pre- 
mières habitations seigneuriales ; or la villa antique, habitation rurale, 
ne présentait pas dans son ensemble des dispositions symétriques. La se- 
conde était la nécessité, dans des habitations fortifiées la plupart du lemps, 
de profier des dispositions naturelles du terrain, de soumettre la posi- 
tion des btiments aux besoins de la défense, auxservices divers auxquc!; 

il fallait satisfaire. La troisième 
terrains livrés aux habitations 
enserrées entre des murailles 

, l'excessive étroitesse et l'irrégularité de» 
particulières dans des villes populeuses, 
d'autant plus faciles à défendre qu'elles 

offraient un moins grand périmètre. C'est ainsi que les lois de la symé- 
triê, lois si ridiculement tyranniques de nos jours, n'avaient jamais exercé 
leur influence sur les populations du moyen age, surtout dans des con- 
tfAes où les traditions romaines étaient effacées. Mais quand, au coin- 

mencement du xx' « siècle, l'étude de 
connaitre un grand nombre de plans 
symétrie sont ob,ervées; les chateaux 

l'antiquité et de ses monuments fit 
d'édifices romains où les lots de la 
féodaux, où les btiments semblent 

placés pgle-mèle suivant les besoins, dans des enceintes irrégulières ; les 
maisons, palais et. monuments publics élevés sur des terrains tracés par 
le hasard, parurent aux yeux de tous des demeures de barbares. Avec la 
mobilité qui caractérise l'esprit français, onse jeladans l'excès contraire, 
et l'on xoulut mellre de la symétrie nëme dans les plans d'édifices qui, 
par leur nature et la dixersité des besoins auxquel ris devaient satisfaire, 
n'en comportaient aucune. Nombre de riches seigneurs se firent élever 
des demeures dont les plans symétriques flattent les yeux sur le papier, 
mais sont parfaitement incommodes pour l'habitation journaltère. Les ma» 
sons des bourgeois conservbrent plus l,_,nglemps leurs di,posilions sou- 
mises aux bêsoins, et ce ne fut guère qu'au xv" siècle qu'elles commen- 
cèrent, elle aussi, à sacrifier ces besoins aux lois quelque peu raines de 
la symétrie. Une fois dan,, cette xoie, l'architecture civile perdit chaque jour 
de son originalité. De l'en,emble des plans cette mode passa dans la dispo- 
sillon des faça,le», dans la décoration, et il ne fut plus possible de juger 
dans un édifice, quel qu'il fùt, du contenu par le contenant. L'architecture, 
au lieu d'ètre l'enveloppe judicieuse des divers services qui constituent une 
habitation, imposa sê. lois, ou ce qu'on voulut bien appeler ses lois, aux 
distributions intérieures; comme si la première loi en architecture n'é- 
tait pas une soumission absolue aux besoins I comme si elle était quelque 
chose en dehors de ces besoins ! comme si les formes purement conven- 
tonnelles qu'elle adopte avaient un sens, du moment qu'elles gênent au 
lieu de protéger ! Cependant l'architecture civile de la renaissance, sur- 
tout au moment où elle riait et commence à se développer, cest-à-dire de 
1500 à 1550, conserve presque toujours son caractère d'habitation ou d'é- 
tablissement public, si franchement accusé pendant la période gothique. 
L'éiCent antiqte la'al»porte guère qu'une enveloppe decoratve ou un 
besoin de pcmdération dans les dispositions des plans; et il faut dire que, 
s¢us ce double point de vue, l'architecture civile de la renaissance fran- 



--- 327- [ ,ecuv.ca ] 
çaise se montre bien supérieure à celle adoptéA en Italie. Les grands ar- 
chitectes français duxv' iècle, les Philibert Delorme, le Pierre Lescaut, 
les Jean Bullant, surent allier avec une adresse remarquable les vieilles 
et bonnes traditions des siècles antérieurs avec les formes nouvellcment 
admises. S'ils employèrent ]es ordres antiqes et s'ils crurent souvenir 

imiter les arts romains, ils 
leur tenps et se soumirent 
ne fut que sous Louis XIV 

respectèrent dans 
aux exigences du 
que l'architecture 

leurs édifices les besoins de 
climat et des matériaux. Ce 
civile cessa de tenir compte 

de ces lois si nalurelles et si vraies, et e produisit comme un art abstrait, 
agissant d'après des règles toutes conventionnelles en dehors des mœurs 
et des habitudes de la civilisation moderne. (Voy. l.so, PALAIS.) 
ARCtllTECTURE lqlLITAIRE.---Lorsqc, à titre d'auxiliaires de ]'empire 
ou autrement, le, barbares firênt irruption dans le Gaules, quelqes villes 
possédaient encore leur. f,.)rtifications gallo-romaines; celles qui n'en 
étaient point pourvues se hà.tèrent d'en élever avec les débris des monu- 
ments civils. Ces enceintes, successivement forcées et réparées, furent 
longtemps les seules défenses des cités, et il est probal,le q'elles n'étaient 
point soumises à des dispo.,_itions regulières et systématiques, mais qu'elles 
étaient construites fort divecsement, suivant la nature des lieux, des ma- 
tériaux, ou d'après certaines traditions locales que nou ne l«,vons 
apprécier aujourd'hui, car de ces enceinte il ne nous resteqedes débris, 
des soubassements modifiés pat" des adjonctions successives. 
Les ¥istgoths s'emparèrent, pendant le "« siècle, d'une grande partie 
des Gaules; leur domination s'étendit, sous Vallia, de la Natbonnaisê 
à la Loire. Toulouse demeura qatre-vingt-neuf ans la capitale de ce 
royaume, et pendant ce t(.tttps la l)lttpart des viLLe de la Sei)titaanie fut'eut 
fi»rtiliéesavec grand .,_oin eteurcnt "5 subir des siéges fi'éqents. Narbonnê, 
Béziêrs, Agdc, Carca»»onne, Toulousc, furent entouréês de emparts 

formidables, construits d'après 
l'on en juge par le» portions im 

les traditions romaines des bas temp.-., si 
lorlanIes d'enceintes qui entourent en- 

core la cité de Carcassonne. Les Yisgoths, allié des Romains, ne faisaient 
que perpétuer les avt de l'empire, et cela avec un certai succès. Quant 
aux grands, ils avaient conserv6 les habitude» germaines, et leurs établis- 
sements militaires devaient ressembler à des caml) f,.t.ti[ié.-:, entourés de 
palissades, (le fl)ss6set de quelques talus dê terre. Le bois joue un grand 
rôle dans les fortifications des premiers temps du moyen age. Et si les 
races germaines qui occupèrent les Gaule laissèrent aux Gallo-Romain 
le soin d'élever des 6gli»es, des monatères, des palais et des édifices pu- 
blics,ils durent conserver leurs usages militaires en face du peuple au milieu 
duquel ils s'établissaient. Les Romains eux-mêmes, lorsque'ils faisaient la 
guerre sur d,_.s territoirescouvert» de for6ts, comme la (iermanie et la Gaule, 
Cevaient souvent des remparts de bois, sot.te» de logis avancés en dehors 
des camps, ainsi qu'on peut le voir dans les bas-reliefs de la colonne Tra- 
jane (fig. '1). Dès l'époque de César, les Celtes, lorsqta'ils ne I ouvaient tenir 
la campagne, mettaient les femmes, les enfants, et ce q'ils possédaient de 



[ ARCIIITECTUt{E "] .i. 328--- 
plus précieux, à l'abri des attaques de l'ennemi derriire des fortifications 
faites de buis, «le terre et de pierre. « Ils se servent ,,, dit César dans ses 

Commentaires, « de pièces de bois droites dans toute leur longueur, les 
« placent à uno di,:tance de deux pieds l'une de l'autre, les xent trans- 
« versalement par des roncs d'arbres et remIlissent de terre les  ides. but 
« cette première as,iettê, ilb posent une assise de gros fragments de fo- 

- 
« chers, et, lors(le ceux-ci sont bien ]oints, ils établissent un nouveau 
« radier de bois disposé comme le premier, de faç'on que les rangsde bois 
« ne se touchent point et ne portent que sur les assises de rochers inter- 
« po.és. L'ouvrage est ainsi monté  hauteur convenable. Celteconstruc- 
« lion, par la variété de ses .matériaux, eomposee de bois et de pierres 
« tbrmat un parement régulier, e.,t bonne pour le service et la défense 
« (les places, car les pierres qui la composent empëchênt les bois de brù- 
« ler, et les arbres ayant environ quarante pieds de longs, liés entre eux 
« dans l'épaisseur de la muraille, ne peuvent être rompus ou désassem- 
« biés que très-difficilement . » 
Les 6ermains établissaient ausi des remparts de bois couronnés de 
parapets d'oiêr. La colonne Antonine, ,5 Rome, nous donne un curieux 
exemple de ces sortes de redoutes de campa8ne (fig. 2). lais ce n'étaientlà 
probablement qe des ouvrages faits à la hate. On voit ici l'attaque de ce 
fort par les soldats romains. Les fantas:ins, pour pouvoir s'aplrocher du 
rempart, se couvrent de leurs boucliers et forment ce que l'on appelait 
la tort«e : app.vant le sommet de ces boucliers contre le rempart, ils pou- 
vaient saper sa base ou y mettre le feu, à l'abri de projêcliles, Les assiégés 
jettent des pierres, de roue, des épées, des torcher, des pois-h-feu sot 

la tortue, et des soldats romains tenant des tisons entlammés semblent., 
attendre que la tortue se soil approchée complétement du rempart, pou 
passer sous les bouclierset ncendierle fort. Dansleurs camps retran"hés. 

ffall., llb. Vil, cap. xxu¢. 
en forme de portion de c.-lindre étaient réservés pour ce genre 

1 Coesar. Bell. 
2 Lcs boucliers 
d'attaque. 



-- 3'2_9-- [ aCUT¢:tioE ] 
les lomains, outre quelques ouvrages avances construits en bois, éle- 
vaiènt souvent, le long des remparts, de distance en distance, des chà- 

I 

! 

2 

faudages de charpente qui servaient, soit à placer des machines destinées 
à lancer des projectiles, soit de tours de guet pour reconnaitve les appro- 
ches de l'ennemi. Les bas-reliefs de la colonne Trajaae présentent de nom- 

3 

breux exemples de ces sortes de constructions (fig. 3). ries camps étaient 

de d..eu sortes :il y avait des camps d'6t, castra «est&a, logis purement 
prosores, que l'on Cevait pour protégev les haltes pendant le cours de 

I. --- h 



[ artcrrr:crtrrE ] -- 330--- 
la campagne,et qui ne se composaient qe d'un fossé peu profond et 
d'un rang de palissades plantCs sur une petite escarpe; puis les camps 
d'hiver ou fixes, castra hiberna, castra stativa, qui 6taieat défendus par 
un fossé large et profond, par un rempart de terre gazonnde ou de pierre, 
flanqu6 de tours; le tout était couronné de parapet crénelés ou de pieux 
celiés entre eux par des longrines ou des liens d'osier. L'emploi des 
tours rondes ou carrées dans les enceintes fixes des ltomains était gé- 
n6rai, car, comme le dit Végèce, « les anciens trouvèrent que l'enceinte 
« d'uno place ne devait point 0.',re sur une m0.me ligne contnue, à cause 
« des béliers qui battraient trop ais6ment en brèche; mais, par le 
« moyen des tours placées dans le rempart assez près les unes des autres, 
« leurs murailles présentaient des parties saillantes et rentrantes. Si les 
« ennemis veulent appliquer des échelles, ou approcher des machines 
« contre une muraille de cette construction, on les voit de front, de re- 
«, vers et presque par derrière ; ils sont comme enfermés au milieu des 
« batteries de 1 place qi le foudroient. )) Dès la plus haute antiquité, 
i'utilité des tours avait été reconnue afin de permettre de prendre les 
assi6geants en flanc lorsqu'ils voulaient battre les couttines. 
Les camps fixes des llomains étaient généralement quadranglaires, 
avec quatre portes p,rcées dans le milieu de chacune des faces. La porte 

chiteclure en 
présente une 

principale avait nom l, rétore»ne, parce qu'elle 
s'ouvrait en face du l»,cetorum, demeure du 
général en chef; celle en face s'appelait dé- 
cuman; les deux lutCaies étaient désignées 
ainsi : principalis dextra et principalis sinistra. 

Des ouvrages avantC, 

appelés antemuralia, 

procastria, défendaient ces 
ciers et soldats logeaient 
terre, de brique ou de 
chaume ou de tulles. Les 
de machines propres à 
des pierres. La situation 
souvent cette disposition 

potes '. Les offi- 

dans des huttes de 
bois, recouvertes de 
tours étaient munies 
lancer des traits ou 
des lieux modifiait 
quadrangulaire, car, 

comme 
propos 
« Pour ce 
« peuvent 

l'observe judicieusement Yilruve à 
des machines de guerre (chap. xxI). 
qui est des moyens que les assiégés 
employer pour se dé[endre, cela ne 

« se peut pas écrire. » 
.s La stalion milliaire de Famars, en Belgique 
{Fanum Martis), donnée dans l'tlistoh'e de l'or- 
Belyique, et dont nous reproduisons ici le plan (fig. 
enceinte dont la disposition ne se rapporte pas aux plans 

t Godesc. Stewechii 
Balav., t592 in--t2, 

Conect. ad oEt Jul. Fronlint hbr. 

Stratagm 

• , p. ri05. Lugd. 



-- 331  
ordinaires des camps romaias; il est vrai 
rait tre antérieure au tt' siècle '. Quant 

[" ARCItITEGTURE 
que cette fortificati,rt ne sau- 
au mode adopté par les 

mains dans la construction de leurs fortifications de vtlles, il «onsi,ait 
en deux forts parements de maçonnerie séparés pat" un intervalle de 
,ingt pieds;le milieu tait rempli de terre provenant des fossés et de 
bien pilonnées, et formant un chemin 

l'Coulement 

de ronde lgèrement in- 
des eaux; la pat oi extérieure» 

biocaille 
clinWdu 
s'Cevant 
min de ronde, était ép:isse 
et percée de crénêaux; 
celle intérieure éttit peu 
élevée au-dessus du sol de 
la place, de manière/ ren- 
dre l'accès des remparts 
facile au moyen d'emmar- 
ehements (fig. 5) % 
Le château Narl.,onnais 
de Toulouse, qi joue un 
si-grand r61e dans l'histoire 

côlé tic la ville pour 
au-dessus du cle- 

de cette ville depuis la 
domination des Yi,igotls 
jusqu'au xv" siècle paraît 
avoir 6té const'uil d'apv 
ces données antiques. 11 se 

composait « de deux grosses tours, une au 
« midi, l'autre au seplettrion, blties de terre cuite et de cailloux avec 
« de la chaux, le tout entouré de grandes pierres sans mortier, mais cvam- 
« ponnées avec des lames de fer scellées de plomb. Le chëtteau 6tait élevé 
« sur la terre de plts de trente brasses, ayant vers le midi deux portails de 
« suite, deux vo61es de pierres de taille jusqu'au sommet; il y en avait 
« deux autres de suite au septentrion et sur la place du Salin. Par le der- 
« nier de ces parlail..,,, on entrait dans la ville, dont le terrain a été hauss6 
« «le plus de douze pieds.... On voyait une tour earvée entre ces deux tours 
« o plates-formes de déf«nse, car elles étaient terrassées et remplies de 
«/erre, suivant Guillaume de Puylaurens, puisque Siphon de 5Iontfovt 
« en fit enlever roules les/erres qui s'Cevaient jusqu'au comble s. » 
L'enceinte visigolhe de la cité de Carcassonne nous a conservé des dis- 
positions analogues et qi rappellent celles décrites par Végèce. Le 
de la ville est beaucoup plus élevé que celui du dehors et pt'csquê au 
niveau des chemins de ronde. Les courtines, fort épaisses, sont compo- 
sées de deux parement de petit appareil cubique, avec assises altêrnécs 
de brique ;le milieu est rempli non de terre, mais de blocage maçonn6 
à la chaux. Les tours s'Cevaient au-dessus des cottrtines, et leur com- 
munication avec celles-et pouvail O.tve coupée, de manière à faire dc 

 Voy Hist. de l'archit, en Belgique, par A. G. B. Schayes, t I, p. 203 (3ruxelles). 
'z Végèee, lib. llI, cap. m» tir. : Quemad»iodum muris terra jungatur e,qeta. 
 Anales de la ville de buloue. Paris., t 771, t. [, p. h3ti. 



[ ABCttlTEçTURE ] --- 332 --- 
chaque tour un petit fort indépendant; "à 
cylildriques, et du c6té de la ville elles sont 

l'extérieur, ces tour sont 
carrées; leur souch» porte 

également du c6té de la campagne sur une base cubique'. Nous donnons 
ici (fig. 6)le plan d'une de ces tours avec les courtines: A est le plan du 
rez-de-chaussée ; B, le plan du premier étage au niveau des chemins de 
ronde. On voit en Cet end les deux fosses pratiquées en avant des portes 

i 

D 

ol 

de la tour, afin d'intercepter, lorsqu'on enlevait les ponts de bois, la 
communication entre la ville ou les chemins de ronde et les étages des 
tours. On accédait du premier étage à la partie supérieure crénelée de la 
tour par un escalier de bois intérieur posé le long du mur plat. Le sol 
extérieur étant beaucoup plus bas que celui de la ville, le rez-de-chaussée 
de la tour était en contre-bas du terre-plein de la cité, et l'on y descen- 
dait par un emmarchement de dix à quinze marches. La figure 6 bis fait 

Ces bases à plans quadrangulaires appartiennent aux défenses antérieures romaines. 



-- 333 -- [ ,acm.CTUa ] 
oir la tour et ses deux courtines du côté de la ville; les ponts de commu- 
nication sont supposés enlevés. L'étage supérieur crénelé est couvert par 
un comble, et ouvert du ct6 de la ville afin de permettre aux défenseurs 

.l 

I 

1 

de la "tour de voir ce qui s'y pas»e, et aussi pour permettre de monter des 
pierres et toutes sortesde projectiles au moyen d'une corde et d'une pou- 
lie . La figure 6 ter montrecêtte mëme tour du c6té de la campagne; nous 
y avons joint une poterne dont le seuil est assez élevé au-dessus du sol 

t Ces tours ont été dénaturées en partie au commencement du xnt e siècle et après la 
prise de Carcassonne par l'armée de saint Louis. On retrou,,e cependant sur divers points 
les traces de ces interruptions entre la cotu'ti,,e et les portes des tours. ¥o]ez, pour de 
plus ami, les détails l'arttcle Tot-s.: 



[ ARCHITECTURE ] --- 
pour qu'il faille un escalier volant 
terne se trouve défendue, suivant 

33 -- 
ou une échelle pour y accéder . La po- 
l'usage, par une palissade ou barrièr», 

chaque porte ou poterne éta:t munie de ces sortes d'ouvrages. 
Conformément à la tradition d._ camp fixe romain, l'enceintedes villes 
du moyen age renfermait un château ou au moins un réduit qui com- 
mandait les murailles ; 1 chateau lui-même contenait une défense ioiéo 
plu. forte que toutes les autres, qui prit le nom de donjon (voy ce not). 
Souvent les villes du moye»ge étaientprotégées par plu.,ieurs enceintes, 
ou bien il y avait la cité, qui, située sur le point culminant, était en- 
tourée de fortes murailles, et, autour, des faubourgs défendus par des 
tours et courtines ou de simples ouvrages de terre et de bois avec fossés. 

B 

Lorsque le,Romains fondaient une ville, ils avaient le soin, autant 
faire se pouvait, de choisir un terrain incli,é le long d'un fleuve ou d 

que 

uni3 
rivière. Quand l'inclinaison du terrain se terminait par un escarpement 
du c61é opposé au cours d'eau, la ituation remplissait toutes les condi- 
tions désirables; et pour nous faire mieux comprendre par une figure, 
voici (fig. 7) le plan cavalier d'une assiette devillc romaine conformeà ces 
données. A 6tait la ville avec ses murs bordés d'un c6té par la rivière ; 

souvent un pont, défendu par des ouvrages avancés, communiquait h la 
rive opposée. En B était l'escarpement qui rendait l'accès de la ville dif- 
ficile sur le point où une armée ennemie devait tenter de l'invetir ; D, le 
chateau dominant tout le système de défense, et le refuge de la garnison 

 Cette poterne existe encore placée ainsi à cbté d'une tour et protégée par .¢c.,n flan(: 
:vo'. 



dans le cas ou la vlle tombai au mains des ennemi. Les points, les 
plus Faibles éaien alors les deux fronts C, C, e c'est là que les mural|es 
éaien haues, bien flanquées de ours et proégées par des fossés larEes 
e proonds. La position des assiégean% en face de ces deux çrons, 
ai pas rès-bonne d'ailleurs, car une sortie les prenan de flanc, pour 
peu que l grnison ï brave e nombreuse, pouvai les culbuler dans 
le fleuve. Dans le bu de re¢onnaire les dispositions des assiéeans, 
aux angles E, E, éaien construites des (ours for élevées, qui perme- 
aien de découvrir au loin les rives du fleuve en aval et en amont, e les 
deux front _,, C. C est suivant ces dotrnées que les villes d'A , 
utun de 
Cahors, d'Auxerre, de Poitiers, de Bordeaux, de Périgueux, etc., avaient 
6t6 fortifi6es à l'époque romaine. Lorsqu'un pont réunissait, en face du 
front des murailles, les deux rives du fleuve, alors ce pont était défendu 
par une 16te de pont G Ou c5t6 opposé. à la ville. Ces ttes de pont prirent 
plus ou moins d'imporlance: elles enveloppèrent des faubourgs tout 
entiers, ou ne furent que des châtelets ou de simples barbacanes (voy. ces 
mots) . Des etacades et des tours en regard, bties des deux c016s du 

tleuve en amont, permettaient de barrer le passage et d'intercepter la 
navigation en tendant, d'une tour à l'autre, des chaines ou des pièces de 
bois attachées bou{ . bout par des anneaux de fer. Si, comme à Rome 
mëme, dans le voisinage d'un fleuve il se trouvait une réunion de marne- 

• 
« A Autun, la téte de pont s'Cendait très-loin dans la campagne, de l'autre cbtë «le 
l'Arroux. Tout porte à croire que les restes de l'ëdifice connu sous le r, om de tonple de 
Janus ne sont au{re chose que l'ourage avancé de cette tètc le pont, assez aste pour 
«ouvrir un grana faubourg. - 
: ¥o)ez le plan de Romeo 

lons, on avait le soin, non d'envelopper ces mamelons, mais de faire 
passer les murs de défense sur leurs sommels, en fortifiant solidement 
les intervalles qui, se lrouvant dominés des deux c5tés par des fronts, 
ne pouvaient .,tre attaqués sans de grands risques. A cet effet, entre les 
mamelons, la ligne des murailles était presque toujours inlléchie et con- 
cave, ainsi que l'indique le plan cavalier (fig. 8) . Mais i la xille occupait 



[ ARCrllTECTCRE ] --- .336-- 
un plateau (et alors elle n'était généralement que d'une md'locre impor- 
tance), on profitait de toutes les saillies du terrain en suivant ses sinuo- 
sités, afin de ne pas permettre aux assiégeants de s'établir au niveau du 
pied des murs, ainsi qu'on peut le oir à Langres et à (arcassonne, dont 
nous donnons ici (fig. 9 l'enceinte risigothe, nous pourrions dire ro- 
maine, puisque quelques-unes de ses tours sont établies sur des souches 

romaines. Dans les villes antiques, comme dans la plupart de celles éle- 
vées pendant le mo 3en Age, et comme aujourd'hui encore, le chà.teau, 
c,stel&,, , était b?tti non-seulement sur le point le plu. élevé, mais encore 
touchait toujours à une partie de l'enceinte, afin de ménager à la garni- 
son les moyens de recevoir des secours du dehors si la ville était 
Les e,trées du chàteau étaient protégées par des 
s'étendaient souvent assez loin dans la campagne, 
les premières barrières et les murs du chàteau 
de place d'armes qui permettait à un 
dehor des enceintes fixes et de soutenir 

lranchements avancés 

prise. 
ouvrages avancés qui 
de faqon à laisser entre 
un espace libre, sorte 

corps de troupes de camperen 
les premières attaques. Ces re- 
Calent généralement élevés ,en demi-cercle, com- 

 Copdhol, coplol) en langue d'oc. 



posés de fossés et 

ment, de manière à obliger 
de flanc devant les murs de 
Si du x ' au v « siècle le 

-- 337--- [ aRCut:rr_cTCt4: ] 
de palissades ; les portes étaient alors ovêrtês latérale- 
voulait forcer de se présenter 

de la fortification romaine 

l'ennemi qui les 
la place. 
système défensif 

s'était peu modifié, les moyens d attaque avaient nécessairement perdu de 
lcurvaleur ; la mécanique jouait un grand r61ê dans les sié¢,es.- des places, 
etcet art n'avait pu se perfectionner ni mënê se main tenir sous 1« domi- 
nation des peuplades barbares au niveau où les Romaits l'avaient placé. 
Le peu de documents qui nous restent sur les si¢}g,s de ces époqes accu- 
sent une grande inexpérience de la part des a.-,saillants. Il était toujours 
difficile d'ailleurs de tenir des armées it'régtlièt,e.,_ et mal di,ciplinées 
devant une ille qui résistait quelque temps; et si les sié«es traiaie.nt en 
longueur, l'assaillant était pre.,_que certain de ,,oir se. t',upes se dét»ander 
pour aller piller la campagne ; alors la défense l'emp,»vtait sur l'atta,le et 
l'on ne s'emparait pa d'une ville défendue par de t»:nnes murailles et une 
garnison fidèle..Mais peu ;'t peu les moyens d'attaque se pCrfectionnèret 
ou pltt6t furent suivi. avec une certaine méthode. L,»rsq'on voulut in- 
vestir une place, on (}tablit, ainsi que l'antiquité l'avat pratiqu6, deux 
lignes dt] remparts de terre un de b,.,is, munis ,le fo..,.-é., l'une du c6té «le 
la place, p,mr se prémunir contre les sortiê des as«i6gé...et leur 6ter t,-,ute 
communication avec le deors, qi e.-t llt ligne de cont,et'alotion;'l'autre 
du e6té de la campagne, pour se garder contre les secours extérieurs, ,li 
est la ligne de «ircon,all,tio,. On opposa aux tours des remparts attaqés 
des tours mobiles de bois plus élevée., qui commandaient les renpa'ts des 
assiégés, et qlll permettaient de jeter sut-le.; rempart.,, au ncyen de ponts 
volants, de nombreux assaillant.,_. Les tours mobiles avaient cet aatage 
de pouvoir être placg, e en face des point» faibles de lt dét'ese, contre des 
eourti..es munies de chemins de ronde peu épais, et l»;tr consé,Ient n'op- 
• atlaqe prol;nde et se 
pasant qu une ligne de.,oldat, contre une colonne d" _ 
précipitant sur ]es murailles de haut en bas. On perfectiona le travail du 
mineur et tous les engins propre, à battre les muraille»; dès lors l'attaquée 
l'emporta sur la défense. Des machines dc guerre de., Roumains les afinCs 
des premiers siècles du moyen tge avaient conservé le bélier (mouto» en 
langue d'oil, tmsson en languir d'oc). Ce fait a quelqefois été révoqué en 
doute, mais nous possédons les preuves de l'emploi, pendant les x' xt  
xtt', xv', xv  et m.me xvi  siècles, de cet engi propre 'à baltre les re,l- 
railles. Voici les copies de vignettes tirées de manuscrits de la Bibliothè,lc 
nationale, qui ne peuvent laisser la moindre incertitude sur l'emploi 
du bélier. La première ,fig. 9 &.,) repré,ente l'attaque des palissades ou 
des lices entourant une fortification de. pierre' : on y distinguée parfaite- 
ment le bélier, prté sur deux roues et poussé par trois hommes qui se 
couvrent de leurs targes; un quatrième assaillant tient une arba!ète. 

t Haimonis Comme,,l. 
Germain, latin, 303. 

n Ezect,. ,,.Biblioth. nation., manuscr, du x" siècle, fonds a;nt-. 



[ AICHITECTUIE ] --- 338- " 
L,a seconde. (fig. 9 ter) représente 1-une des visions d'Ézéchie| : trois 
beliers munis de roues entourent le prophète L Dans lesiége du château de 

Beaucaire par les habitants de cette ville, le bosson est employé (voy. plus 
loin le passage dans lequel il est question de cet engin). Enfin, dans les 
Chroniques de Froissart, et plus tard encore au siCe de Pavie, sous Fran- 
çois I «, il est question du bélier. Mais après les premières croisades, les 
ingnieurs occidentaux, qui avaient été en Orient 'à la suite des afinCs, 

pÉçAD C. 

apportèrent en France, en Italie, en kngleterreet en Allemamae quelques 
perfectionnement à l'art de la fortification;le système féodal, organisé, 
mettait en pratique les nouvelles méthodes et les améliorait sans cesse, 
par suite de son état permanent de guerre. A partir de la fin du KII  siècle 
jusque vers le milieu du xv , la défense l'emporta sur l'attaque, et celle 
situation ne changea que lorsqu'on fit usage de la poudre "à canou dans 

l'artillerie, Depuis lors, l'attaque ne cessa 
défense. 
Jusqu'au x  siècle, il ne parait pas que 

pas d'être, supérieure à la 

les villes fussent défendues 

I Bible» n ° 6, t. I11, Biblioth. nation., anc. fonds latin, manuscr, du x e au xt e siècle. 
Nous de'ons ces deux calques à l'obligeance de M. A. Darcel. 
9. « .... Figurez un siCe en forme contre elle, des forts» des leées de terre, une 
« armée qui l'environne, et des machines de guerre autour de ses murs.... Prenez aussi 
te une plaque de fer, et ous la mettrez comme un mur de fer entre vous et la ,allie ; puis 
te regardez la ille d'un isage ferme... » etc, (Ézéchiel» chap. Iv, ers, 2 et 3.) Ezéchiel 
tient en effet la plaque de fer» et autour de lui sont des bdliers 



--- 339-- 

[ AttCItlTECTURE ] 

autrement que par des enceintes flanquées de tours : c'était la méthode 
romaine; mais alors le sol était déjà couvert de chateaux, et l'on savait 
par expérience qu'un château se défendait mieux qu'une ville. En effet, 
aujourd'hui un des prîncipes les plus vulgaires de la fortification consiste 
à opposer le plus grand front possible à l'ennemi, parce que le plus grand 
front exige une plus grande enveloppe, et oblige les assiégeants à exécuter 
des travaux plus considérabtes et plus lvns ; mais lorsqu'il fallai_t battre 

les murailles de près, lorsqu'on n'employait, pour dtruire les ouvrages des 
assiégés, que la sape, le bélier, là mine ou des engins dont la portée état 
courte; lorsqu'on ne pouvait donner l'assaut qu'au moyen de ces tours de 
bois, ou par escalade, ou encore par des brèches mal faites ou d'un accès 
difficile, plus la garnison était resserrée dans un espace étroit, plus elle 
avait de force:car l'assiégeant, si nombreux qu'il fut, obligé d'en venir 
aux mains, ne pouvait avoir sur un point donné qu'une force égale tout au 
plus à celle que lui opposait l'assiégé..Au contraire, les enceintestrès- 
étendues pouvant être attaquées brusquement par une nombreuse armée, 
sur plusieurs points à la fois, divisaient les furccs des assiégés, exigeaient 



[ A RCfllTECTCRE ] 

une garnison au moins égale à l'armée d'investissement, pour garnir 
suffisamment les remparts, et repousser des attaques qui ne pouvaient 
être prévues souvent qu'au moment où elles éiaient ex6cutées. 
Pour parer aux inconvénients que présentaient les grands fronts forti- 
fiés, vers la fin du x  siècle on eut l'idée d'établir, en avantdes enceinte,; 
coninue< flanq,ées de tours, des forteresses isolées, véritab|esforts d6a- 
chés désti,é à tenir l'asaillant éloigné du corps dc la place, et à lA forcer 
de donner à ses liones de conlrêvallation une étendue telle qu'il e.flt fallu 
une armée immense pour les garder. .veel'artillerie moderne, la conver- 
c._,.e de feux de I assiégeant lui donne la supériorité sur la divergence 
des feux Clé l'assiégé; mais, avant l'invention des bouches à feu, l'allaq,e 
ne pe;avait t,e q,e très-rapprochée, et toujours pe7endiculoie au 
positif déf«,,sif" il y avait donc avantage pc, ur l'assiégé h opposer à l'as- 
saillant de» points isolés ne se commandant pas les uns les aut,e., mai. 
bien alCendus : on éparpillait ainsi les forces de l'ennemi, en le contrat-- 
gna.,;t à entreprendre des atlaques sinultanées sur des point» choisi.., par 
I asle«a, et munis en conséqience Si 1' 
' ".. . assaillant laissait derrière lui les 
réduits iolé p,-,,r venir attaquer les fronts de la place, il devait s'atten,lre 
h avoir sur les bras les garnisons des fort.-_ détaehés au momet de donner 
a.saut, et .-a pasition était mauvaise. Q,elquefois po,r éviter de faire le 
siégé en règle de chacun de ces fort_,, l'a»siégeant, s'il avait une armée 
nombreuce, Cevait des bastilles (le pierre sèche, de bois et de terre, 
é.tablissait de» lignes de contrevallation autour des foteresses isolées, et, 
renfermant leurs garnisons, attaquait Iê corp.¢, de la place. Toutes les opé- 
rations préliminaires des siCés étaient longues, incertaine; il ïallail des 
approviionnenents considérables de boi-, de projectilê«, et :ouven les 
ouvrage, ,le contrevallation, les tours mobiles, le ba..,tille fixes de bois 
et les engins étaient à peine achevés, qu'une sortie vi,;aureuse des assiégés 
ou une allaque de nuit délruisait le lravail de plu.,_ieur mois par le 
feu et la hache. Pour éviter ces désastres, les assiçgés étal,lisaient leurs 
lignes de contrevallation au moyen de doublés rangs de forle¢ pali.-ades 
de bois epac& de la longleur d'une pique (trois à quatre mètres), et, 
1' 
creusant un fossé en avant, se servaient de la terre pour remplir inler- 
valle entre le.,_ palis; ils garnissaient leurs machines, leurs lours de bois 
ixes et mobiles de peaux de bceur et de cheval, fraiches et bouillies, Oll 
d'une grosse étoffe de laine, afin de les mettre à l'al»ri de., prnjectiles in- 
cendiaires. 11 arrivait souvent que les r61es changeaient, et que les assail- 
lants, repoussés par les sorties des garnisons et forcés de se réfugier dans 
le,,r camp, devenaient à leur tour assiégés. De tout temps les travaux 
d'ai»proche des siCés ont été longs et hérisés de diftïcultés; mais alors, 
bien plus qu'aujourd'hui,les assiégés sortaient de leurs murailles soit pour 
e,ca,moucher aux barribres et étape.cher des établissements fixes, soit pour 
,letruire les travaux exécutés par les assaillants. Les armées se gardaient 
mal, comme loules les troupes irrégulières et peu disciplinées; on se fiait 
a,lx palis pour arrêter un ennemi audacieux, et chcun se reposant sur son 



-- 3bi --- [ .ARCHITECTURE 
voisin pour garder les ouvrages, il arrivait fréquemment qu'une centaine de 
gens d'armes, sortant de la place au milieu de la nuit, tombaient à l'im- 
proviste au CœUr de l'armée, sans rencontrer une sentinelle, mettaient 
le feu aux machines de guerre, et, coupant les cordes des rentes pour 
augmenter ledésordre, se retiraient avant d'avoîr tout le camp sur les bras. 
Dans les chroniques des xt , xttt" et xtv  siècles, ces surprises se renou- 
vellent à chaque instant, et les armées ne s'en gardaient pas mieux le 
lendemain. C'6tait aussi la nuit souvent qu'on essayait, au moyen des 
mactines de et, d'incendier les ouvrages de bois des assiégeats ou des 
assi6g6s. Les Orientaux pos6daint des projectiles incendiaires qui cau- 
saient un grat,d efftoi aux arm6es occidentales, ce qui faitsupposer qu'elles 
n'en connaissaient pas la composition,- au moins pendant les croiades 
des XII e et x,," siècles,  et ils avaient des machines puissantes ' q,ti dillë- 
raient de celles des Occidentaux, puisque ceux-ci les a,.lptèrent en con- 
servant kurs noms d'origine d'engins turcs, de pierrières t«'qes. 
On ne peut douter que les croisades, pendant lesquelles on fit tant le 
siéges mémorables, n'aient perfectionné lês moyen d'attaque, et que, par 
suite, des modifications importantes n'aient été apport6e, aux défenses 
des places. Jusqu'au xt ¢ sèc]e, la fortification est prot6ge par sa force 
passive, par la masse et la bituatiqn de ses con,tructions. Il suffisait 
renfermer une faible garnison dans des tours et derrière des murailles 
hautes et épaisses, pour défier longtemps les eflbrts d'assaillants, qui ne 
possédaient que des moyen d'attaque tr6,-faibles.Les chteaux normand]s, 
élevés en si grand nombre par ces nouveaux conquérants, dan le not'l- 
ouest de la France et en Angleterre, présentaient des masses de constrc- 
tions qui ne craignaient pas I escalade h cause de leur éldvation, êt qe la 
sape pouvait difficilement entamer. On avait toujours le oin, d'ailleurs, 
d'établir, autant que faire se pouvait, ces chteaux bur des lieux élevés, 

une assiette de roche rs, de les entourer de 
rendre le travail du mineur impossible; et 
1' 
prise ou de trahison, enceinte du ch.teau 

fossés t)rofonds, de nanière h 
comme refuge en cas de sur- 
contenait to.jours un donjon 

isolé,commandant tous les ouvrages,entouré lui-mëme souvent d'un fossé 
et d'une muraille (chemis,.), et qui pouvait, par sa position et l'élévation 

t « Un soir atint, là où nou. guietiens les chas-chatiaus de nmt, que il nous a,,ierent 
« un engin que l'en appèle perr&'e, ce que il n'aoient encore f.lit, et mistrent le feu 
« gregoiz en la fonde de l'engin....... Nostre esteingnour lurên! apparcillie pour estaindre 

,, le feu; et pour ce que il Sarrazin ne pooient traire à aus, pour les dous cles des 
,, paveilions que il ro)s y avait fait faire, il traioient tout droit xers les nues, si que il 
,, plet (dards) lour cheoicnt tout droit vers nus. La manigre clou feu gregois estoit teix, 
« que il venoi! bien devant aussi gros comme un t,,nniaus de verjus, et la queue dou feu 
,, qui partoit de !,, estoit bien aussi grans comme uns grans glaixes. Il iaisoit tel n,,ise ou 

• enir, que il sembloit que ce fust la foudre dou ciel..... Trois foiz 
feu gregois, celi soir, et le nous lancicrent quatre fl,iz, à l'arbalestre à 
sire de Joi;vtlle» publ. par M. Nat. de ,Vadly, 1858.) 

nous geterent le 
tour. » (.lierre. de 



( ,,,aCnTr.cTcr. ] -- 3h2 --- 
,le ses murs,permettre à quelques hommes de tenir en échec de nombreux 

assaillants.Mais,après les premièrescroisades,et lorsque le système féodal 
eut mis entre les mains de quelques seigneurs une puissance presque égale 
à celle du roi, il fallut renoncer à la fortification passive et qui ne oe 
défendait guère que par sa masse,pour adopter un système de fortification 
donnant à la défense une aclivilé égale à celle de l'alaque, et exigeant 
des garnisons plus nombreuses. Il ne suïfisait plus (et lê terrible Simon 
de Montfort l'avait prouvé) de posséder des murailles épaisses, des ch- 
teaux situés sur des rochers escarpés, du haut desquels on pouvait mé- 
priser un assaillant sans moyens d'at[aque actifs ; il fallait défendre ces 
murailles et ces tours, et les munir de nombreuses troupes, de machines et 
de projectiles, multiplier les moyens de nuire à l'assiégeant, déjouer ses 
êfforts par des combinaisons qu'il ne pouvait prévoir, et surtout se mettre 
à l'abri des surprises ou des coups de main: car souvent des places bien 
munies tombaient au pouvoir d'une petite troupe hardie de gens d'armes, 
qui, passager sur le corps des défenseurs des barrières, s'emparaient des 

portes, et donnaient ainsi à un corps d'armée 
tin du Xll e siècle et pendant la première moiti5 
d'attaque et de defense, comme nous l'avons 

l'entrée d'une ville. Vers la 
du Xlll e siècle, les moyens 
dil, se perfectionnaient, e! 

étaient surtout conduits avec plus de méthode. On voit alor., dans les 
armées et dans les places, desingénieurs (e,geg,eo,'s) sp&ialementchargés 
de la construction des engins destinés à l'attaque ou "à la défense. Parmi 

ces engins, les uns étaient défensifs et 
dire construits de manière à garantir les 
les autres, offnsifs seulement. Lorsque 

offensifs en mt_,me temps, c'est-à- 
pionniers et à battre les murailles; 
l'escalade (le premier moyen d'at- 

laque que l'on employait presque toujours) ne r6ussissait pas, lorsque les 
portes étaient trop bien arm6es de défenses pour èt c forc6es, il fallait en- 
treprendre un siCe en règle: c'est alors que l'as-iégeant construisait des 
bet]rois roulants de bois (t,e#rai:), que l'on s'efforç'ait ,le faire plus hauts 
que les murailles de l'assiégé; 6tablissait des ch,ts, cats o gatês, .orles de 
galeries de bois couvertes de mairains, de fer et de peaux, que l'on appro- 
chait du pied des murs, et qui permettaient aux assaillants de faire agir le 
»oulon, le 5osson (bélier des acien.._'), ou de saper les tours ou courtines 
au moyen du pic-hoyau, ou encore d'apporter de la terre et des fascines 
pour con-tbler les fossés. 
Dans le poëme de la croisade contre les Albigêois, Simon de Montfort 
emploie souvent la gote, qui non-seulement semble destinée h permettre 
de saper le pied des murs "à couvert,mais aussi à remplir l'office du beffroi, 
en amenant au niveau des parapets un corps de troupes.-- «Le comle de 
« Montfort commande:.... Poussez maintenant la gale et vous prendrez 
« Toulouse.... Et (les Français) poussent la gale en criant et ifflant; 
« entre le mur (de la ville)et le ch.têau elle avance à petits sauts, comme 
« l'épervier chassant les petits oiseaux.Tout droit vient la pierre que lance 
« le trébuchet, et elle la frappe d'un tel coup à son plus haut plancher, 
« qu'elle brise, tranche et déchire les cuirs et courroies... Si vous retour- 



--- 3/13 --- [ AI|CIIITECTCRE 
nez la gare (disent les barons (au comte de Montfort), des coups vos la 
garantirez. Par Dieu, dit le comte, c'est ce que nous verrons tout à 
l'heure. Et quand la gate tourne, elle continue ses petits pas saccads. 
Le trébuchet 'isê, prépare son jet et lui donne un tel coup à la seconle 
fois, que le fer et l'acier, les solives et chevilles sont tranchés et brisC. » 
Et plus loin: ,, Le comte de Montfort a rassemblé ses chevaliers les 
vaillants pendant le siCe et les mieux éprouvés ; il a fat! (à sa gate) de 
bonnes défenses munies de ferrures sur la face, et il a mis dvdans ses 
compagnies de chevaliers, bien couserts de leursarmures et les hcaumes 
lacds. Ainsi en pousse la gare vigoureusemet ci vile ; mais ceux de la 
ville sont bien exprimentés : ils ont tendu et ajusté le(lr rébuchets, 
ont placé dans les frondes de heau morceaux de t'ochc taillés, qui, les 
corde l',tchées, olent impétueux, et frappent la gate surlc devant et les 
fiancs si bien, auxportes, aux planchers, auxarcs entaillés (dans le bois), 
que les éclats voient de tous eStC, et que de ceux qi la poussent beau- 
coup sont renversés. Etpar toute la ville il s'élève un cr :Par De«! dame 

« fausse gare, jamais ne prend»'ez rats '. » 
6uillaume 6uiart, à propos du si6ge de Boxes par 
parle ainsi des chats : 

Phililpe-A uguste, 

Devant Baves fit l'ost de France, 
Qui contre les Flamans contance, 
Li mineur pas ne sommeillênt, 
Un chat bon ét fort appareillent, 
Tant curent dessous et tant caent, 
Qu'une ant part du mur dcstravent.... 

Et en l'an 1205 : 

Un chat faut sur le pont atraire, 
Dont pieça mention feismes, 
Qui fit de la roche racisme, 
Li mineur desous se lancent, 
Le fort mur à miner commencent 
Et font le chat si nombrer, 
Que tiens ne les peut encombrer. 

Afin de protéger les travailleurs qui font une chaussée pour traverser 
un bras du Nil, saint Louis « fist faire deux beffrois, que l'on appelle Oaa5 

 Hzst. de la croisade contre le hd,.étlques albigeois, écrite en vers provençaux, publ. 
par M. C. Fauriel. Coll. de dorure, inéd. sur l'hist, de France» te série, et le manuscr. 
de la Biblioth. nation. (fonds la Valliêre, n ° 9t). ---Ce manuscrit est d'un auteur contera. 
porain, témoin oculaire de la plupart des faits qu'il raconte; l'exactitude des détails donne 
à cet ouvrage un grand intérèt. Nous signalons à l'attention de nos lecteurs la description 
de la gàte, et de sa marche par pettts sauts « entrel mur ci castel ela venc de sautetz », 
qui peint avec énergie le trajet de ces lourdes charpentes roulantes s'avannt pat" 
soubresauts. Pour insister sur ces détails il faut aoir -u. 



[ .,nC[lrEc'ru'P,E ] ---3hh-- 
« chastiaus. Car il avoit dous chastiaus devant les chas et dous massons 
« darrieres les chastiaus, pour couvrir ceusqui guieteroient, pot les cos des 
« engins aus Sarrazins, liquel avoir seize engins tous drois ». » L'assaillant 
appuyait ses beffrois et chats par des batteries de machines de jet, trébu- 
chets (trib,,quiaus:), mangonneaux (manoniaux), calabres, pierrières, et 
I»ar des arbalétriers protégés par des boulevards ou palis terrassés de clairs 
et de terre, ou enecre par des tranchées, des fascines et mantelets. Ces 
divers engins (trébuchets, calabres, mangonneaux et pierrières) étaient 
mtts par des COlttre-poids, et possédaient une grande justesse de tir ; ils 
ne pouvaielt toutefois que détruire les créneaux et emp6cher l'assiégeant 
de se maintenir sur les murailles ou démonter leurs machines. 

I Le sire de Joinillo, Hit. du roi s-abat Louys, edit. 1668, du (',ange» p. 37. ---Dans 
ses obser,.ations, page 69, du (2ange explique ainsi ce passage : « Le roy saint Lou's fit 
t, da»c faire dêux beffrois, ou tours de b,is. pour garder ceur qui lravailloient à la 
« claussée : et ces b:ffrois estaient appellés chat ctoteil, c'est-à-dire cati castellati, 
« parce qu'au dessus ,le ces clats, il y aoit des espèces de clàteaux. Car ce n'estoit l. ts 
« de simples galeries, telles qu e.toent les chats, mais des galeries qui estoient défendues 
, par des tours et des beffrois. Saint Lous en l'él, istre de sa prise, parlaut de cette 
« chaussée : t« araceni aulem è coatra toti" re'ile, tes coa«tibt maehinis nostriç qua 
« erexeramu', ibidem machinas oppoçueru,t quamplures» quib caslella nos'l»a hnea, 
« quoE super passum collocari eceramus eum,#m, conquasala lol)t«hbus et coafl-acta 
t« combusserunt totahter Oae 9roEco..... » Et je crois que l'étage inferieur de ces tours 
« (chateils) estoit à usage de chais et galeries, à cause de quoi.les cha de cette sorte 
t estoient appellds cha.9 chatel9, c'est-à-dire, comme je iens de le remarquer, chats fir- 
« ti/iés de chfiteau. L'auteur qui a décrit le si6ge qui fut mis dexant Zara par les Vdni- 
« tiens en l'au 1 3h6» iib. Il, c. vt» apud Joan. Luc)tm de re9,o Dal»ml., nous représtnte 
« ainsi cette espbce de chat : « Aliud e.at hoe in9enium , unus cottuç Ioneu9 salis debihs 
« er,ci con[ectiontç, quem machbtoE 3ad,.oE soEpi jactando penetraba,t, in quo erat 
t« cotalï'ucla quoEdam eminen tut'ri»" duorum propug,aculorum. I1,o m duoE maxhnw 
« carrucoE Sul,portabanl. » Et parce que ces maciiues n'estoient pas de simples chats» elles 
« furent nomm6es ch,t« [au, qui aoient figure de beffroil et de tours, et néanmoins 
« estoient à usage de chats. Et c'est aitsi que l'on doit entendre ce passage de Froîssart : 
« Le le,utemain vindrott deux maitres engoneurs au duc de Norman&e, qui dirett que 
« s on leur vouloit liw'er du ho& et ouvriers, il« [ero&nt quatre chotux (quelques 
« manuscrits ont chut.ç) que l'on menerot aus murs du ¢hatel et sero&,d si hauts 
« qu'ils surmonteroienl les murs. » D'où vient le mot d'E.«ch,ffauz, parmi nous, pour 
« signifier un plancher haut élevé. » {Voïez lê Re«eil « Bourgog«e ' de M. Perard, 
O-ZOO.) 
2 Voy. Éludes sur &passdet lt, ent> de gartillort?, par le prince L.-N. Bonaparte, t. Il. 
Cet ouvrage, plein de recherches savantes, est certainement le plus complet de tous ceux 
qui s'occupent de l'artillerie ancienne.Voici la descriptiou que donne du trebuchet l'illustre 
auteur. « 11 consistait en une poutre appelée t, erge ou flèche, tournant autour d'un axe hori- 
zoal porté sur des monn. A l'une des extrémités de la erge on fixait un contre-poids, et 
à l'autre une fronde qui contenait le projectile. Pour bander la machine, c'est-à-dire pour 
abaisser la verge» on se servait d'un treuil. La fronde était la partie la plus importante de la 
machine, et d'après les expérionces et les calculs que le colonel Dufour a insérés daas 



--- 315---- [ ARCllITECTURE ] 
De tout temps la mine avait été en usage pour détruire des pans de 
murailles et faire brèche. Les mineurs, autant que le terrain le permet- 
tait toutefois, faisaient une tranchée en arrière du ïossé, passaient au- 
dessous, arrivaient aux fondations, les sapaient et les étançonnaient au 
moyen de pièces de bois ; puis ils mettaient le feu aux élançons, et la mu- 
raîlle tombait. L'assiégeant, pour se garantir contre ce travail souterrain, 
établissait ordinairemetat sur le revers du fossé de, palissades ou une mu- 
raille continue, véritable chemin couvert qui protégeait les approches et 
obligeait l'assaillant à commencer son trou de mine assez loin des fossés ; 
puis comme dernière ressource, il contre-minait et cherchait à rencontrer 
' la galêriede l'assaillant; il le repoussait, l'étouffait en jetant dansles gale- 
ries de fascines enflammées, et détruisait ses ouvrages. Il existe un cu- 
rieux rapport du sénéchal de Carcassonne, Guillaume des Ormes, adressé 
à la reine Blanche, r6gente de France pendant l'absence de saint Louis, 
sur la levée du siége mis devant cette place par Trincavel en 120 '. A 
" 'é 
cette epoque, la cité de Carcassonne n tait pas munie comme nous la 
voyons aujourd'hui , elle ne se composait guère que de l'enceinte visi- 
gothe, réparée au Xl" siècle, avec une première enceindre ou lices, qui 
ne devait pas avoir une grande valeur (voy. fig. 9), el quelques ouvrages 
avaneés lbarbacanes). Le bulletin détaiil6 des opérations de l'attaque et 
de la défense de cette place, donné par le sénéchal Guillaume des Ormes, 
est en latin; voici la traduction : 
« A cxcellente et illustre dame Blanche, par la grâce de Dieu reine des 
(t Français, Guillaume des Ormes, sénéchal de Carea.ssonne, on humble, 
« dévoué et fidèle serviteur, salut. 
« Madame, quVotre Excellence apprenne par les présentes que la ville 
« de Careassonne a été assiégée par le soi-disant vicomte et ses complices, 
« le lundi 7 seplenbre 12h0. Et aussitôt, nous qui étions dans la place, 

son intéressant mémoire sur l'artillerie des anciens (Genève, 1850), cette fronde en 
augmentait tellement la portée, qu'elle faisait plus que la doubler ; c'est-à-dire que si la 
flbche eût été terminée en cuilleron» comme cela avait lieu dans certaines machines de 
jet en usage dans l'antiquité, le projectile, toutes choses égaies d'ailleurs,, eut été lancé 
moins loin qu'avec la fronde. (Voyez l'article E.,,t;is. i 
t, Les expériences que nous a,ons faites eu petit nous ont donné les mèmes résultats. » 
Une machine «le ce genre fut exécutée en grand en 1850 d'après les ordres du pré- 
sident de la république, et essayée à Vinccnnes. La flèche aait 10m,30, le contre-p,ids 
fut porté à ttS00 kilogr., et aprës quelques t5tonnem,:nts on la,qa un boulet de 2t à la 
distance de 175 mètre.s une bombe de 0",22 remplie de terre à tas mè{res et des 
bombes de 0',27 et 0',32 remplies de terre à 120 mètres. (Voyez le rapport adressé au 
ministre de la guerre par le capitaine Favé, t. II p. 38 et suiv.) 
t Voy. Biblioth. de l'École des charles, t. II, 2 e série, p. 363, rapport publié par 
I. Douët d'Arcq. Ce texte est reproduit dans les Etu,tes su,. l'artillerie, par le prince 
Louis-Napoléon Bonaparte, ouvragë déjà cité plus haut, et auquel nous empruntons la 
traduction fidèle que nous d,nnons ici. 
2 Saint Louis et Philippe le Hardi exécutèrent d'immenses travaux de fortification 
à Carcassonne sur lesquels nous aurons à revenir. 

I. -- 



[ hRCIIITECTURE ] ..l. 3h6 --- 
« leur avons enlevé le bour Graveillant, qui est e'n a'ant de la porte de 
« Toulouse, et là nous avons eu beaucoup de bois de charpente, qui nous 
« a fait grand bien. » [Ledit bour s'étendait depuis la bad»acane de la cité 
jusqu'à l'angle de ladite place.] « Le mme jour, les ennemis nous enle- 
« xèrent un moulin, à cause de la multitude de gens qu'ils avaient - 
« ensuite Olivier de Termes, Bernard Hugon de Serre-Longue, Géraud 
« d'Aniort, et ceux (lUi étaient avec eux se campèrent entre l'angle de la 
« ville et l'eau'-, et, le jour mëme, "à l'aide des fossés qui se trouvaient 
« là' et en rompant les chemins qui étaient entre eux et nous, ils s'enfer- 
« mèrent pour que nous ne pussions aller à eux. 
« D'un autre c6té, entre le pont et la barbacane du chateau, se logèrent 
« Pierre de Fenouillct et Renaud du Puy, Guillaume Forl, Pierre de 
« la Toure, et beaucoup d'autres de Carcassonne. Aux deux endroits, ils 
« avaient tant d'arbalétriers, que personne ne pouvait sortir de la ville. 
« Ensuite ils dressèrent un mangonneau contre notre barbacane; et 
« nou., nous dresse.mes aussit6t dans la barbacane une pierrière turque -, 
« t,'es-bonne, qui lançait des projectiles vers ledit mangonneau et autour 
« de lui; de sorte que, quand ils voulaient tirer contre nous, et qu'ils 
« voyaient mouvoir laperche de notre pierrière, ils s'etfuyaient et aban- 
« donnaient entièrement leur mangonneau; et l'à ils firent des fosés et 
« des palis. Nous aussi, chaque fois que nous faisions jouer la pierrière, 
« nous nous retirions de ce lieu, parce que nous ne pouvions aller à eux, 
« à cause de fossés, des carreaux et des puits qui se trouvaient là. 
« Ensuite, Madame, ils commencèrent une mine contre la barbacane 
« de la porte Narbonnaise ; et nous aussit6t, ayant entendu leur travail 
« souterrain, nous contre-minâmes et nou rimes dans l'intérieur de la 
« barbacane un grand et fort mur de pierres sèches, de manière quc nous 
« gardions bien la moitié de la barbacane, et alors ils m,'ent le feu au trou 
' s etaat brùlés, une portion anté- 
« qu ils faisaient ; de sorte que, les bois "'" _ 
« rieure de la barbacane s'écroula. 
« Ils commencèrent "à miner contre une autre tourelle des lices s; nous 
« contre-minames, et nous parvinmes à nous emparer du trou de mine 
« qu'ils avaient fait. Ils commencèrent ensuite une mine entre nou et un 

i C'était le moulin du roi probablement, situé entre la barbacane du chàteau et 
|' çude. 
 A l'ouest (voy. fig. O). 
3 « Posteà dressarunt mangonellum quemdam ante noslram barbacanam, et nos contra 
« illum, statim dressavimus quamdam petrariam turquesiam valde bonam, infra.... » 
* A l'est (voy_ fig. 9). 
5 Au std (,,oy. fig. 9). On appelait lices une muraille extérieure ou ,,ne palissade 
de bois que l'on établissait en dehors des murailles, et qui formait une sorte de chemin 
couvert: presque toujours ua fossé peu profond protégeait les lices, et quelquefois un 
second fossé se trouvait entre elles et les murs. Par extension, on donna le nom de hces 
aux espaces compris entre les palissades .t les murs de la place, et aux enceintes exté-- 
rieures mêmes, lorsqu'elles furent plus tard construites en maçonnerie et flanquées de 



-- 3h7 .---. 

[ ARCHITECTURE ] 
des lices ; mais nous 

certain mur, et ils détruisirent deux cré.neaux 
rimes là un bon et fort palis entre eux et nous. 
« Ils minèrent aussi l'angle de la place, vers la maison de l'év6que t, et, 
à force de miner, ils vinrent, sous un certain mur sarrasin , jusqu'au 
mur des lices. Mais aussit6t que nous nous en aperç5mes, nous rimes 
un bon et fort palis entre eux et nous, plus haut dans lcslices, et nous 
contve-minames. Alors ils mirent le feu à leur mine, et nous renversè- 
rent à peu près une dizaine de brasses de nos créneaux. Mais aussit6t 
nous rimes un bon et fort palis, et au-dessus nous rimes une bonne bre- 
t.Oche  (fig. ]0) avec de bonnes archères : de sorte qu'aucun d'eux n'osa 
approcher de nous dans cette partie. 
« Ils commencèrenl aussi, Madame, une mine contre 

la barbacane de 
qu'ils volaient 

« la porte de Rodez », et ils se tinxeat en dessous, parce 

tours. On appelait encore lices les palissades dont on entourait les camps: «Lici,'v, 
eastrorum eut urhium repagula. » --- Ept. anonymi de copra urbe CP. ann. 120te, apud 
Marten., t. I» Anecd., col. 786 : et Eercitum nostrum grossis palis circumcinximus 
et l,ciis. » --- Will. Guiart ms. : 

.... L[ tendent les tentes faitices, 
Puis environnent l'ost de lices. 

Le Roman de Garin : 
Devant les lices commencent li hmtins. 

Guill. archiep. Tyr. contbtuata Hist. gallico Uhomate, t. V ampliss. Collcct. Marlen., 
col. 620 : « Car quant li chrestiens vindrent devant Alixandre, le baillil" les fist bcrber- 
« gier, et faire bones lices entor eux. » Etc. (Du Gang% Gloçs;) 
t A l'angle sud-ouest (voy. fig. 9). 
2 Quelque ouvrage avancé de la fortification des Visigotts probablement. 
 « Bretachiae castella ligna quibus castra et oppida munlebantur» gallice bretesques, 
l, reteques, breteches. » (Du (3ange» Glos.) 
La i11¢ fit mur richement garnir, 
Les fosses fere, et les murs enforcir, -- 
Les bretesches drecier et e.-bandit. 
{Le Roman de Garin.) 
As breteches monterent, et au mur querneld.... 
Les beteches garnir et les pertus garder... 
Entour ont bretesches le,,'des, 
Bien pldnchiées et quernelés. 
OEe Roman de 'acces.} 

..., OEoy, BrrÈcar ) Les bretëches étaient souvent entendues comme hourds ,vo,. ce 
mot). Les bretëches dont parle le sénéchal Guillaume des 0rmes dans son rapporl 
adressé à la reine Blanche étaient des ourages proisoires que l'on Alevait derrière les 
palis pour battre les assaillan/s lorsqu'ils avaiet pu faire brèche. Nous avons exprimé 
(fig. t 0) l'action dont parle le sénéchal de Carcassonne. 
 Archères, fentes étroites et longues pratiquées dans les maçonneries des tours et 
eoudines, ou dans les lourds et palissades pour envoler des flèches ou carreaux aux 
aillan. (Vo. 
 Au nord (o. fig. 9). 



., art!ver à notre mur » et ils se firent, mrveilleusement, une grande voie; 
« mas, nous en étaot aperçus, nous rimes aussitSt, plus haut et plus 

« un grand et tort palis; nous contre-minmes aussi, et les ayant rencon- 
« trés, nous leur enlev'Ames leur trou de mine. -. 

« Sachez aussi, Madame, que depuis le commencement du siCe, ils 
ne cessèrent pas de nous livrer des assauts; mais nous avions tant de 
bonnes arbalètes et de gens animés de bonne volonté à se défendre, que 
c'est en livrant leurs assauts qu'ils éprouvèrent les plus grandes pertes. 
« Ensuite, un dimanche, ils convoquèrent tous leurs hommes d'armes, 
arbalétriers et autres, et tous ensemble assaillirent la barbacane au- 

t Ce passage, ainsi que tous ceux qui précèdent, décrivant les mines des assiégeants, 
prouvent clairement qu'alors la cité de Carcassonne était ntunie d'une double enceinte. 
En effet, les assiégeants passent ici dessous la première enceinte pour miner le rempart 
i " " 
nterleur. 
 Ainsi, lorsque les assiégés aMent connaissance du tra,,ail du mineur, ils élevaient 
des palissades au-d:ssus et au-dessous de l'issue présumée de la galerie, afin de prendre 
les assaillants entrœe des cl6tures qu'ils étaient obligés de forcer pour aller plus 
avant. 



--- 3h9-- [ Ala(:nITECTUI4E ] 
dessous du chgteau . Nous descendimes à la barbacane et leur jetames 
et lanç'ames tant de pierres et de carreaux, que nous leur rimes aban- 
donner ledit assaut; plusieurs d'entre eux t'urent tués et blessés =. 
« Maisle dimanche suivant, aprèsla f0.te de saint Mchel, ils nous li,rè- 
rent un très-grandassaut;etnous, gr'ace à Dieu et à nos gens,qui avaient 
bonne olonté de se défendre, nous les repoussames :plusieurs d'entre 
eux furent tués et blessés; aucun des n6tres, grace h Dieu, ne fut tué ni 
ne reçut de ble»sure mortelle. Mais ensuite, le lundi I 1 octobre, vers le 
soir, ils curent bruit que vos gens, Madame, venaient à ,otre secours, et 
ils mirent le feu aux maisons du bourg de Carcasonne. Ils ont détruit 
enhèrement les maisons des frères 51neurs et les mai.-ons d'u monas- 
tère de la benheureuse Marie, qui étaient dans le bourg, pour prendre 
les bois dont il ont fait leur palis. Tou ceux qui étaet audit ..,iége 
l'abandonnèrent furtivement cette mëte nuit, moine ceux du bourg. 
 Qtant à nous, nous étion» bien préparé, gr5ce ,à Dieu, à attendre, 
Madame, votre secours, tellement que, pendat,t le iége, aucun de nos 
gens ne manquait de viwes, quelque pau re qu'il If t; bien plu,.ladame, 

« nous avions en abondance le blé et la 
s'l t'eét fallu votre secours. 
« lontemps, , 
« ttteurs ruèrent, le second jour de leur 

viande pour attendre pendant 
Sachez, 
arrivée, 

Madame, que ces ruai- 
t,ente-trois prëtres et 
«autres clercs qu'ils trouvèrent en entrant dans le bourg; sachez en 
« outre, Madame, que le seigneur Pierre de Voisin, votre connétable de 
« Careassonne; Raymond de Capendu, Gérard d'Evmenville, se sont très- 
« bien conduits dans cette affaire. Néann-toins le connétable, par sa ri,éi- 
« lance, sa valeur et son sanfroid, 'est distingué par-de,,tlS le autres, 
« Qant aux autres affaires de la terre, nous pourrons, Madame, vous en 
« dire llt vérité quand nous serons en votre présence. Sachez donc qu'ils 
« ont commeneé à nous miner fortement en sept endroits. Nous avons 
« presque partout contre-m/né et n'avons point épargn6 la peine, lls 
,, comm..-nçaient "à. miner à partir de leurs maisons, de sorte que nous 

« ne savions rien avant qu'ils 
« Fait à Carca,.,onne, le 13 
« Sachez, Madame, que les 

arrivassent à nos lices. 
octobre t 2h0. 
ennemis ont brélé les 

« ouverts qu'ils ont rencontrés dans leur fuite. 

Quant au bélier des anciens, il était certainement 

le pied des murailles dans les siéges, dè-s le x ¢ 

chàteaux et 

encore au poëme 
sage qui ne peut 
courir le ch'ateau 
habitants; 

les lieux 

employé pour battre 
siècle. Nou., empruntons 

croisade contre les Albigeois un pas_- 
cet égard. Slmon de Montfort 'eut .-,e- 
tient pour lui et qui et a-iégé par les 

provençal de la 
laisser de doute à. 
de Beaucaire qui 

il assiége la ville, mais il n'a pas construit de nlachlnes suffi- 

 La principale barbacane, celle située du c6té de l'Aude à 1 ouest 
2 En effet, il fallait descendre du ch5teau, situé en haut de la colline, 
commandant le faubourg en bas de l'escarpement. (Voy. le, plan de la 
sonne alrbs le siéée de 12tt0 fig'. tl.) 

(o.. fig. 9. 
à la barbacane 
cité de Carcas- 



[ ccç,  --»0 -- 
santes» les assauts nont pas de résultats pendan ce temps les Proven- 
çau pressent de plus en plus le chtteau (le capitole). « ... Mais ceux de h 
«ville ont élevé contre (les croisés enfermés dans le chlteau) des engins 
« dont îls battent de telle sorte le capitole et la tour de uet» que les pou- 
« tres» la pierre e le plomb en sont ffacassés» et à la Sainie Pques est. 
« dreé le bosson» lequel est long, ferré» droit» aigu, qui tant frappe, 
« tranchê et brise que le mur est endommagé» et que plusieurs pierres 
« s'en déachent ç,à et lb; et les assiéés» quand ils s'en aperçoivent» ne 
«sont pas découraés. Ils font un" lacet de corde qui est attaché /t unê 
« machine de bois et au moyen duquel la tête du bosson est prise et re- 
« enue. De cela ceux de Beaucaire sont randement roublés» jusqu'à ce 
«que vienne l'ingénieur qui a mîs le bosson en mouvement. Et plusieurs 
« des asîéeants se sont loés dans la roche» pour essayer de ndre la 
« muraille à coups de pics aiguisée. Et ceux du capitole les ayant aper- 
« ç.us, cousent, mëlés dans un drap, du leu, du soufre et de l'étoupe, 
« qu'il decendent au bout d'une ehaine le long du mur, et, lorsque le 
« feu a pris et que le soufre se fond, la flamme et l'odeur les suffoquent 
« à tel point (les pionniers), que pas un d'eux ne peut demeurer ni ne 
« demeure. Mais il vont à leurs pierriers, le» font jouer si bien, qu'il 
« brient et tranchent les barrières et les poutres . » 
Ce curieux pa:sage fait connaître quels étaient les moyens employés 
alors pour battre de près les murailles lorsqu'on voulait faire brèche, et 
que la situation des lieux ne permettait pas de percer des galeries de mi- 
ne, de poser des étançons sous les fondations, et d'y mettre le feu. Quant 
aux moyens de défense, il est sans cesse question, dans cette histoire ,le 
la croisade contre les Albigeois, de barrières, de lices dê bois, de pali- 

Pero illi de la ,,ila lot an tals gens tendulz 
L)uel capdolli ci miracle (rnirador, tour du get) n aîsi combatutz 
(ue 1o fust e la peira et 1o ploms nes fondutz 
E a la santa Pca es lo bossos lendutz 
Ques be loncs e ferral.z e adreilz e agutz • 
Tant fer e trenca e briza que 1o murs es fondulz 
0,1en mantas de maneiras nais calros abatutz 
E cels dlns can o viron no son pas esperdutz 
A«s feiron latz de corda ques ab lengenh tendulz 
Ab quel cap del bosso fo pres e retengulz 
Don tuit cels de Bticaire f,.,rtmeat son irascutz 
Tro que venc lenginhaire per que lot fo lendutz 
E de dins en la roca ha intrat descondutz 
Que ¢uiderol mur fendre ab los pics esmolutz 
E cels del ca[,dolll preson cant los i an saubutz 
Foc e solpre e estopa ins en un drap cozulz 
E an leus ab calena per Io mur dessendulz 
E caa 1o focs salumpna ci soli,res es fondutz 
La sabors e la tic, ma Ios a si enbegutz 
(:us deLs noi pot remandre ni noi es remazulz 
E pois ab las peireir.s son saisi dêfendulz 
Que debrizan e Irencaa las barreiras eh fulz .... 

(HOEt. dç la croisade contre les Albtoeois , Docum. îal. sur l'hist, de France, 
|re sérîe, vers 4i8 et suiv.) 



-- 351 -- [ ,aculrcz ] 
sades. Lorsque Simon de Montfort est obligé de reenir assiéer Tou- 
louse, après cependant qu'il en a lait raser presque tous les murs, il trouve 
la ville défendue par des fossés et des ouvrages de bois. Le château Nar- 
bonnais seul est encore en son pouvoir. Le frère du comte, Guy de Mont- 
fort, est arrivé le premier avec ses terrible croisés. Les chevaliers ont 
mis pied à terre; il brisent les barrières et le portes, ils pénètrent dans 
les rues; mais là ils sont reçus par les habitants et les hommes du comte 
de Toulouse et sont forcés de battre en retraite, quand arrive Simon, 
plein de fureur: « Comment, dit-il il son frère, se fait-il que vous n'a 3 ez 
« pas déj/i détruit la ville et brfilé le maisons ?-r- Nous avons attaqué la 
« ville, r!pond le comte Guy, franchi le défenses, et nous nous sommes 
«trouvés p61e-m(le avec les habitants dans les rues; là nous avons ren- 
«. contré les chevaliers, les bourgeois, les ouvriers armés de masses, d'é- 
. pieux, de haches tranchantes, qui, avec de grands cris, des huées et de 
[,grands coups mortels, vous ont, par nous, transmis vos rentes et vos 
« cens et peut-il vous le dire don Guy votre maréchal, quels marcs d'ar- 
c gent ils nous ont envoyés de desus les toits I Par la foi que j,: vous dois, 
 il n'v a parmi nous personne de si brave, qui, quand ils nous chassèrent 
« hor de la ville par le.» portes, n'eut mieux aimé la fivve ou une ha- 
« taille rangée...» Cependant le comte de Montfort et obligé d'entre- 
prendre un siée en règle, après de nouvelles attaques infi'uctueuses. « Il 
« poste ses bat, ailles dans les jardins, il munit les murs du eh'&teau et les 
«vergevs d'arbalètes à rouet  et de flèches aiguës. De leur côté, les hom- 
«¢ mes de la ille, avec leur légitime seigneur, renforcent les barriè.res, 
,oecupent le terrains d'alentour, et arborent en dvers lieux leurs ban- 
, nières aux deux croix rouges, avec l'enseigne du comte (Raymond); 
« tandis qte sur les échafauds , dans les galeries , sont portés les hom- 
« mes les pus vaillants, les plus braves et le plus sfirs, arm6s de perches 
« ferrée» et de pierres à faire tomber sur l'ennemi. En bas, "à terre, d'au- 
¢, tres sont restée, portant des lances et d«rtz lïorcariss«¢ls (épieu,:), potr 
« défendre les lices, afin qu'aucun assaillant ne s'approche des palis. Aux 
« archères et aux eréneaux (]eestrals), les archers défendent les ambons 
« et les courtines, avec des arcs de différentes sortes et des arbalètes de 
« main. De carreaux et de sagettes des comportes  ont remplies. Partout 
« h In ronde, In foule du peuple est armée de haches, de masses, «le bà- 
« lons ferrés, fndis que les dames et les femmes du peuple leur povent 
« des vases, de grosses pierres faciles à saisir et à lancer. La ville est bel- 

I Ba[estas tornissas ('ers 63t3 et .uiv.). Probablement de grandes arbalètes x rouet. 
 Cada[als, C'étaient des bretëches {oy. fig. i 0). 
3 Corseras. Hourds, chemins de ronde, eoursières. 
I Semais. Les haquets de bois dans lesquels on transporte le raisin eu temps de en- 
dange se nomment encore attjourd'hui semais» mais plus fréquemment comportes. Ce sont 
des cuves ovales munies de manches de bois sous lesquel on fait passer deux b.tons 
en guise de braacards, 



ARCHITECTURE 

--- 352-- 

« lement tortifiée à ses 
« de France, munis de 
« de direrses manières 

portes; bellement aussi et bien rangés les barons 
feu, d'échelles et de lourde pierres, s'approchent 
pour s'emparer des barbacanes '... » l¥oy. 

31ais le siCe traîne en longueur, arrive la saison d'hiver; le comte de 
Montfort ajourne le»opCations d'attaque au printemps. Pendant ce l.mps 
les Toulousains re,ï,_rcent leurs défi:nses. «...Dedans et dehors on ne voit 

« qu'ouvriers qi garnis»ent la 
« 1,s bretèches et les hourds 
« lices, le» pont», le» e»caliers. 
,, tiers (lui font d,es trébuchets 
,, château Narbonnai.,, dëvant 

ville, les portes et les boulevards, 
double (««daf,,lcs dobliers), 1. 
Ce ne sont, dans Toulouse, que 

le» murs, 
fossés, les 
charpen- 

doubles, agiles et battante, qui, dan le 
lequel ils ,ont dressé», ne lais._,ent ni tours 

« Iii salle, ni créneau, ni mur entier...» Sitnon de Montfort revient. 11 erre 
la ville de plus prè»; il »'empare dê deux tours qui commandent le rives 
de la, aronne ; il furtifie l'h6pital itué hors des remparts et en tk3it une 
bastille avec l'os»6s, palissades, batbacanes. Il établit de bonnes cl6tures 
avec des fo»s6s ras, des mur percés d'archères à plusieurs étage. Mais 
aprè, maint a.saut, maint fait d'armes sans résultals pour les as.»iégeants, 
le comte de M,_,ntf,)rt est tu6 d'un coup de pierre lancée par une pierrière 
b:ndee par de» femmes près de Saint-Sernin, et le siCe e,t lev6. 
De retour de a premibre eroisade, saint Louis voulut faire de Car- 
«assonne une dês place» le» pls forte» de on domaine. Les habitants 
dc [ub,urgs, qi avaient ouvert leurs p,,rtes h l'armée de Trincavel , 
l'uret cha»ds de leurs mai,on bùl6e» par celui doter ils avaient em- 
brassd la cause, et leurs renpart ratés. Ce ne fut que sept an après ce 
si6 z,e que saint Loui, sur les in»tances de l'evqe Radulphe, permit 
par lettres patentes aux bourgeois exilds de rebàtir une ville de l'autre 
c6t6 de l'Aude, ne voulant plts avoir prbs de la cit6 (le» sujets »i peu t- 
dblcs. Le saint roi commeça par reb&tir l'enceinte ext6riere, qi n'6tait 
l:s assez t»rt, et qi avait 6t6 f,rt end,3mmag6c par les troupes de Trin- 
cavcl. Il 6leva l'6orme t,3ur appel6e la Barbacane, ainsi que les rampes 
qui commandaient les bords de 1' Xube et le pont, et permettaient à la 
g,rni,3 du chteau de faire des sorties sans ëtre inqui6t6e par ds 
assidzeants, euent-il» 616 maitres de la première enceinte. Il y  tout 
lieu de croire que les murailles et tours ext6rieures furent 61cv6es assez 

rapidctnent après l'expédition manq,ée de Trincavel, pour mettre 
t,,ut d'abord la cité à l,"bri d'un coup de main, pendant que l'on pren- 
réparer et d'agrandir l'enceinte intérieure. Les tour« 

drait le temps de 
de cette enceinte extérieure, ou 
c6té dz la ville, afin de rendre leur possession 
et les chemins de ronde des courtines sont 
lices» de sorte qu'étant 

première enceinte, sont ouvertes du 
inutile pour l'a»iégeant, 
au niveau du sol des 
pris, ils ne pouvaient »ervir de rempart contre 

Bocals. Eutrée des licc 
Les faubourgs qui entouraient la cité de Carcassonne étaient clos de murs et de pali- 
sades aa m,.,ment du siCe décrit par le sénéchal Guillaume des Ormes. 



-- 353-- 
l'assiégéqui, étant en force, restait le maitre de sê 
et de les culbuter dans les fossés. (Voy. COURTI3E, 

[ ARCHITECTUBE ] 
jeter sur les assaillant» 
"rock.) 

Philippe le Hardi, lors de la guerre avec le roi d' X.ragon, continua ce 
travaux avec une grande activité jusqu'à sa mort (15). Carcasonne st. 
lrouvatt erré alurs un point vtJisin de la frontière fort iml-ortant, et le roi 

de France y lint son parlement. Il fit élever les courtine«, tours et porles 
' ' avança l'enceinteintérieure du c6té sud, etlit réparer les 
du côté de l e.t  
murailles et toursde l'enceinte des Visigoths. N,»us donnons ici (fig. 11) le 
plan de cette place ainsi molifiée. En A est la grosse barbacane du c6té 
de l'Aude, dont nous avons parlé plus haut, avec ses rampes fortitiées jus- 

t E.tre autres, la tour dite du Tresau et la porte Narbonnaise. (Voy. P,:,T, Tut'rt.) 
t. -- h5 



. ARCrIITECTUIE 
qu'un château F. Ces rampes 
par les défenses extérieures 

-- 35h-- 
sont disposées de manière à ètre commandées 
du chàteau ; ce n'est qu'après avoir traversA 

plusietrs portes et suivi de nonbreux détours, que l'assaillant (admettant 
qu'il se fut emparé dela barbacane) pouvait arriver à la porte L, et là il lui 
fallait, dans ut, espace étroit et co:nplétement battu par des tours et 
railles fort élevées, faire le sié«e en règle (lu ch',tteau avant derrière lui un 
escarpement qui interdisait l'emploi des engins et leur approche. Du c6té 
de la ville, ce chteau était défendu par un large fossé N et une l»arbacane E, 
batie par .-.aint Louis. De la gro.-_:e barbacane 'h la porte de l'Audê en C on 
montait pardon chemin roide, crénelé du c61é de la vallée de manièreà dé- 
feindre tout l'angle rentrant l;_rn»i par les rampes du château et les murs de 
la ville. En B e,t située la porte Narbonnai,e, à l'est, qui était munie d'une 
barbacane et prolégée par un foss6 et une seconde barbacane pali,sadée seu- 
'f 
lêment. En S,du c6té où l »n pouvait atteindre au bas de murailles presque 
,le plain-pied, est un large f_ssé. Ce fossé et ses approches sont comman- 
dés par une forte et haute tour O, véritable donjon iolé, pouvant soutenir 
un siCe à lui seul; toute la première enceinte de ce c6té fùt-elle tombéeau 
pc, uvoir des assaillants. Nous avons tout lieu de croire que cette tour commu- 
niquait avec les murailles intérieures au moye d'un souterrain dans lequel 
,,n pénétrait par un puits dans l'Cage inférieurde ce donjon, mais qui, 
étant comblé aujourd'hui, n'a pu tre encore reconnu. Les lieês sont eom- 
prise entre les deux enceintes de la porte Narbonnaise, en X, Y, jusqu'à la 
tour du coin enQ. Si l'assiégeanl s'emparait des premières défensesdu c6lé 
du -ud, et b'il voulait, en suivant les lices, arriver "la porte de I'Aude en C, 
il se trouvait al'r0té par une tour carrée R, à cheval sur les deux enceintes, 
et munie de barrière., et de machieouli,. S'il parvenait h pas,er entre la pot'le 
Narbonnaise et la barbacane en B, ce qui était difficile, il lui fallait fran- 
clair, 1,our ar'iver en \ dans les lices du nord-est, un espace étroit, com- 
munalA parune 6norme tour I, dite ton,. du T'ésau. De V en T, il était pris 
en llanc par les hautes tours des Visigoths, réparées par saint Louis et 
l'hilippe le llardi, puis il trouvait une défense 5 l'anële du chateau. En D 
est une gr«tnde paterne protégée par une barbacane P, d'autres poternes 

]lus petites sont réparties le 
de faire le tour des 
ouvrir les portes principales. 
que la polerne percée dans 

long de l'enceinte et permettent "h des rondes 
mme de descendre dans la campagne sans 
C était là un point important; on renarquera 
la tour D, et donnant sur les lices, et placée 

latéralement, nlasqtée par la saillie du contre-fort d'angle, et le seuil de 
cette paterne est h plus de :2 mètres a-dessus du sol extérieur; il fallait 
,loue poser des échelles pour entrer ou sortir. Aux précautions sans nom- 
hre que l'on prenait alors pour défendre les portes, il est naturel de suppo- 
_,er que les assaillants les considéraient toujours comme des points faibles. 
L'artillerie a modifié cette opinion, en changeant les moyens d'attaque; 
mais alor on conç-oit que, quels que fussent les ob.,lacles accumulés au- 
tour,l'une entrée, l'assiégeant préférait encore tenter de les vaincre plu- 
t6t que de enir se loger au pied d'une tour épaisse pour la saper à main 



--- 355 -- 

[ ARfiBITECTUIE ] 

d'homme, ou la battre au moyen d'engins très-imparfaits. Aussi pendant 
les xii', x  et xx « siècles, quand on voulait donner une haute idée de la 
force (l'une place, on disait qu'elle n'avait qu'une ou deux portes. Mais, 
pour le service des as»iegés, surtout lorqu'ils devaient garder une d,»uble 
enceinte, il fallait cependant rendre lescommunicalions faciles en|re ces 
deux enceittes, pour pouvoir porter rapidement des secours sur un po'-tr-t 
attaqué. C'est ce qui fait que nous xoyons, en parcourant l'enceinte inlé- 

fleure de Carcassonne, un grand nombre 
dissimulées, et qui devaient permettre à 
les lices sur beaucoup de points à la fois, 

de poternes plus ou rapin., bien 
la garnison de se répandre dans 
à un moment donné, ou de ren- 

trer rapidement dans le cas où la première enceinte eùt été fi)vcée. Otre 
les deux grandes portes publiques de l'Aude et Narbonnaie, nou comp- 
tons six poternes pereées dans l'enceinte intérieure, à quelques m}tres 
au-dessus du sol, auxquelles, par eons6quent, on ne pouvait arriver qu'au 
moyen d'éehelles. Il en est une, entre autres, ouverte dan.,_ la grande courtine 
de l'évëehé, qui n'a que :2 mètres de hauteur sur 0,90 dé largeur, et dont 
le seuil est placé "à 1:2 mètres au-dessus des sols des lices. Dans l'enceinte 
extérieure, on en décovre une autre percée dans la courtine enlre la 
porte de l'Aude et le chà.teau; celle-ci est ouverte au-dessusd'un escarpe- 
ment de rochers de " mètres de hauteur environ. Par ces issues, la nuit, 
en cas de blocus et au moyen d'une échelle de cordes, on pouvait recevoir 
des émissaires du dehors sans craindre une trahison, ou jeterdans la cam- 
pagne des porteurs de messages ou des espions. On obserx era que ces deux 
poternes, d'un si difficile accès, sont plaeées du c6té où les fot'tifications 
sot inabordables pour l'ennemi à cause (te l'escarpement qui domine la 

rivière 
ceinte 
par le 

d'Aude. Cette dernière 
extérieure, donne dans 
mur crénelé (lui suivait 

poterne, ouverte dans llt courtine de en- 
l'enclos protégé par la grosse barbacane et 
la rampe de la porle de I'A ude; elle pouvait 

donc servirau besoin & jeter dans cesenclos une compagnie de soldatsdé- 
terminés, pour faire une dixersion dans le cas où l'ennemi aurait pressé de 
trop près les déïenses de cette porte ou la t)arhaeane, mettre le leu aux e- 
gins, beffroisou chatsdes assiégeants. Il est certain que l'on attachait une 
grande irai)pi'tance aux barbacanes; elles permetaient aux a.,_i«'gés de fai'e 
des sorties. En cela, la barbacane de Careassonne est 'd'un grand intérêt 
(fig. 1:2). Batie en basde la eôte ausommet de laquelle est construil le ch't- 
teau, elle met celui-ci en communication avec les bords de l'Aude '; elle 
forçait l'assaillant à se tenir loin (les remparts du ch'ateau ; assez vaste 
pour contenir quinze h dix-huit cents piétons, sans compter ceux qui gar- 
hissaient le chemin de ronde, elle permettait de concentrer un corps COl- 
sidérable (le troupes «lui poux'aient, par une sorlie vigoureuse, culbuter 
les assiégeants dans le fleuve. La barbacane D du chtleau de la cilé cal- 

! Le plan que nous doa,ons ici est : l'Ci,elle de 1 cetinètre pour 15 mftrcs, l.a 
barbacane de Carcassonue a été détruite eu 1821 pour construire uu mou|it; ses R,u,l«- 
lion,, seules existent, mais ses rampes sont en grande partie conserées, surtout dans la 
partie voisine du chàteau., qui est la plus itltéressante. 



B, qui des rampes 
droiteet "agauche. 

[ ] °5i 
ARCHITETURE ---- o -- 
cassonnai«e ma-que completement 1: porte 
la campagne. Ce rampes E sont crénelées à 
rein est coupé par des parapets chevauchés, et l'ensemble de 

donne sur 
Leur che- 
l'outrage, 

qui monle par une pente roide vers le chàteau, e-t enfilé dans toute sa 

I I J II 

E 

D 

reliait ail s()[lllllêL «le 
il etait alors battu de 
porl.e bien munie el 
devait longer un parapet percé 

eut par une tour et deux courtine 
la première rampe, 
tlane ; en 
crénelée. 

supérieures. Si l'a_-,iégeant par- 
il lui fallait se d(_.tourner en E: 
F. il trouvait un parapet fortifié, puis une 
S'il franchi»ai/ cetle première porte, il 
d'archères, forcer une barrière, se détour- 



nerl»r«qucment et s'emparerd'une deuxième porIeG, 'Iantencore battu 
de llalc. lors il e trouvait devanl un ouvrage consilérable et bien dé- 
fendu : e'élait un couloir long, suronté de deux étages sous lesquels il 
fallait passer. Le premier battait la derniëre porte au noyen d'une défense 
de bois, et élait percé de n$tclicoulis dan la longuer du passage; le 
second commniqait_ aux crénela«",e tloat soit à l'extérieur, du c6té 
les r;înpes, soit au-{lessus nêle de ce pa»sage. Le plancler du premier 
étage ne communiquait avec les ehenius de ronde des lices que par une 
petite, porte. Si les-assaiilants parxenaient à s'en enl»arer par escalade, 
ils étaient pris comme dates un piCe ; car la petite potte t,rmée sr cx, 
ils se trouvaient exposés aux projecliles lancés par les màchicolis 
deuxième étage, et l'extrémité du plancher étant ilerronlte hruslte- 
net en tt du e6té opposé à l'etrée, il leur élait imlosible l'aller plus 
avant. S'ils franchissaient le coloil. à rez-de-cliaussée, ils 6t«iet arrètés 
par la Iroisième porte 11, percée davis un mur surmont6 par le liàch [coulis 
du troisième étage comnuniquant avec les chemins de tort(le 
lu etàteau. Si, par in,possible, ils s'emparaient du deuxième élage, ils ne 
trouvaient plus d'issue qu'une petite p,rte donnanl dans ue »ecode 
salle située le long des niurs du ehteau et ne commniquat à celui-ci 
que par des détours qu'il était facile de barricader el u in,lacet» ci qui 
ci'ailleurs étaient déDndus par de forts vantaux. Si, malgré tos ces 
stacles accumulés, les assiOgeanls t',_rçaient la lroisième porte, il lever 
f:tll«it alors attaquer la polerne I du chfiteau, gardée par ul systbme de 
léfense formidable: des meurtrières, deu mfichicoulis plaeés 1' au- 
dessus de l'autre, un pont avec plaucher mobile, une herse et les 
Se fUt-on emparé de cette porte, qu'on setrouvait  î mètre en contre- 
bas de la cour intérieur L du chfileau, h laquelle on l'arrivait que par 
des rampes étroites et en passant à travers plusieurs portes en K. 
Eu supposant que l'attaque ft poussée du c6té de la porte de l'Ade, 
on était arrèté par un poste T, une porte axee ouvrage de bois et un double 

nchicaulis percé dans le 
avec la grand'salle sud (lu 
p,:uvait ëtre détruit en un 

plancher d'n élagesupérieur communiquant 
chàtêa, au :noven.. d'u pass;,,,,,._ en bois «lui 
in._-tant; dé orte lu'et s'emparant de cet étage 

supérieur, on n'a,ait rien faI. Si, après avoir franchi la porte du rêz-dc- 
ehaussée, on poussait plus loin ur le chemin de ,'onde le long de la grande 
guete carrée S, on rencontrait bient6t une porle bien munie de mttchicou- 
Ils et bà.tie parallèlementau couloir 6H. Après cette porteet ces dét'enses, 
c'était une seconde porte étroite ci ba»._,e percée das le gros nur ,le re- 
fend Z qu'il fallaitlor«er; ptis entin on arrivait à la polerne I du «làeau. 
Si, au conlraire (cho,e qli l'était guère possible}, l'asa.illant se pre.,,e- 
lait du côté oppusé p.ar les lices du norl, il était arrèté pat' ttue défense V. 
Mais de ce c6té l'«tttaque ne pouvait ètre tentée, car c'('st le l»oiI de la cité 
qui est le mieux dél'edu par la nature, et p,:,ur forcer la preière enceinle 
enlre la tourdu 'rréau (fig. I I)et l'angle du chttteau, il fallait d'abord gravir 
une rampe fort roide, et escalader des rochers. D'aillettrs, en attaquant llt 



[ AICIIITECTt'RE ] ---- 55---- 
porte  du nord, l'assiéeant se présentait de flanc aux défenseurs arnis- 
sant les hautes murailles et tours de la seconde enceinte. Le gros mur de 
refend Z, qui, partant de la courtine du château, s'avance à anle droit 
jusque surla descente de la barbacane, était couronné de mchcoulis trans- 
versaux qui commandaient la porte Il, et e terminait à son extrémité par 
une échauuette qui permettait de voir ce qui se passait dans la rampe 
descendan à la barbacane, afin de prendre des dispositions intérieures 
de défense en ca de surp'ise, ou de reconnaitre les troupes remontant 
de la barbacane au château. 
Le chateau pouvait donc tenir longtemps encore, la ville et ses abords 
tant au pouvoir de l'ennemi; sa garnison, dOfcndant facilement la bar- 
bacanc et ses rampes, restait maîtresse de l'Aude, dont le lit était alor< 
plus rapproché de la cité q,'il ne l'est aujourd'hui, s'approvisionnait par 
la rivière t empëchait le blocus de coté ; car il n'éit guère possible à un 
cot'ps de troupes de se poster entre cette barbacane et l'Aude sans danger, 
n'ayattaucult m,»)'en de se cou«rir, et le terrain plat et marécageux ént 
d,»tnin6 de toutes parts. La barbacane avait encore cet avantage de mettre 
le moulin du Roi en comnunicatioa avec la garnison du chateau, et ce 
notlin lui-roCadeCait fl»rtifié. Un plan de la citd de Carcassonne, relevé 
el 1 çTh, lOte dans sa légende un grand outerrain existant sou le boule- 
ard de la barbacane, mais depuis longtemps fermé et conbl6 en partie. 
l'cut-ëtre ce souterrain Cait-il destin6 h établir une communication cou- 
verte entre ce moulin ci la forteresse. 
Du coté de la ville, le château de Carcassonne était également défellu 
»af une gratde barbacane Cen avant du fossé. Une porte A' bien défendue 
donnait etrOe dans cette barbacane ; le pont C communiquait h la l»,»rte 
principale O. De astes portique N étaient detinOs h loaer une garnison 
temporaire en cas de siCe. (tuant h la garnison ordinaire, elle logeait du 
cote de 1' tude, dans des batiments h trois étagê Q, I'. Sur le portique N. 
coté ud, était une 'ast salie d'armes, percée de meurtrière du corWdu 
ibs6 ci prenatt ses jours dans la cour M. Rit étaient les donjons, le plu 
grand séparé des constructions voisines par un isolement et ne pouvant com- 
mi,ler avec le autres batiments que par de ponts de boi qu'on ênle- 
rait facilement. Ainsi, le chttteau pris, les restes de la garnison l»»uvaient 
encore se réfugier dans cette énorme tour complétement fermée et tenir 
quelque temps. En S est une haute tour de gtt qui domine toute la ville 
et ses environs; elle contenait seulement un escalier de bo. Les tours X, 
Y, la porte 0 et les courtines intermédiaires sont du xt  siècle, ainsi que 
la toper de get et les soubassemeht des bAtiments du coté de la barbacane. 
Ces constructions furent complétée et restaurées sous saint Louis. La 
grosse barbacane de l'Aude atit deux étage de meurtrière:s et un chemin 
de ronde supérieur crénelé et pouvant ètre muni de hords '. 

I Hourd» bout: xo.-ez ,:c mot pour les ddtatls de la construction de ce gete de 
ddk,se. 



-- 359 --. 

[ AIIçHITECTURE ] 

Voici (fig. 13) une vue cavalière de ce chateau et de ,a barbacane, 



[ ARCtllTECTURE j --" 36f --- 
viendra compléter la descripti,_,n que nous venons d'en faire ; axec le plan 
(fig. 12), il et facile de retrouver la position de chaque partie de la défense. 
Nos avons suppo-é les fortification afinCs en guerre, et munies de leurs 
défensês dr bois, bvêtches, hourds, et de leurs palisades avancées. 
Mais il est. nécessaire, avant d'aller plus avant, de 
que ces hou,'ds, et les motifs qui les 

ce que c'étaient 
dè« le x ¢ siècle. 

bien faire connaitre 
avatent fait adopter 

t',»r'tilications «le la cité de Carca.,sonne nous 
lorsqu'on voulait de bonnes défensês, on avait 

en donnent un exeml)!e), 
le soin de conserver pavtott 

au-dessus d,1 sol servant d'assietteau pied de murs et tours un minimum 
de hauteur, alin de les mettre é-alement à l'abri des escalades st, r tout 
leur dévelopI»ement. Ce ninimun de hauteur n'est pas le mème l,OUt" les 
deux enceintes extérieure et intérieure:les courtines de la première 
défense sont maintenuês à 10 mètres environ du fond dl fossé ou de 
la crète de l'esarpêment au sol des hourds, tandis que le courtlnes de la 
seconde enceinte ont, du sol des lices au sol des hourds, 1 mètres au 
moins. Le terrain servant d'assiette aux deux enceintes n'étant pas 
un pl«n hori,«»ntal, mais présentant des dittërêncês de uiveau considé- 
tables, les remparts e conforment aux mouvements du sol, et les Iourds 
suivent l'inclilaison lu chetin de r,.nde (voy. COURTINE). Il y avait donc 
alov. des donnée.,, des i'è,lê,., (les formules, pour l'architêctul'ê militaire 
cO,-lme il en existait pour l'architecture religieuse ou civile. La suite de 
cci 'licle le pvovera, nous le croyons, surabondamment. 
Avec le ystètne de créneaux et d'archères ou mêurt,'ières l-»ratiqués dans 
le- l,arapet, de pierre, ,_n ne pouvait empècher des assaillants nombreux 
t_'l havtis, pv,)tégés par des chts recouverts de peaux ou de matelas, de 
-:l»er le pied des tours ou courtines, puisqe par les meurtrières, malgvé 
l'iclinais,_,n de leur liynê de plong_.ée, il e-t impossible de voir le pied 
les fovtilicatic_,ns, et par les créneaux, à moins de sorlir la moiteWdu 
cc, vps, o ne pouwtit non pls viser un objet placé en bas de la muraille. 
Il fallait lone 6tablir des galeries saillantes, ch encorbellement, bien mu- 
nies de délense,, et. permettant à un grand nombre d'assiégés de battre 
le pied des muraille ou «les tours par une grole de pierres et de projec- 
tile de toute nature. Soit (lig. 1) une COUl'tine couronnée de evéneaux 
et ,l'ar«hèrês, l'homme placé en A ne peut voir le pionnier B qu'à. la 
c-,ndition d'avancer la lète en dehors des eréneaux ; mais alors il se dé- 
masque eomplétement, 'et toutes les fois que des pionniers étaient atta- 
ehés au pied d'une muraille, on avait le soin de protéger leur travail 
envoyant des volées de flèches et de earreaux aux parapets lorsque les 

(navait rec«,nnu le danger des défenses de bois au ras du sol,l'assaill«n. 
y nettait facilement le feu; et du temps de sai,t Louison renpl;,çait tléjà 
les lices et bavbacanes de bois, si fvéquênment employées dans le siècle 
précéde,t, par des enceintes extévieures et des barbacanes de maçonnerie. 
Cependant on ne renonçait pasaux dét'ênsesdecharpentes, on se conteitait 
de ie. placer a,sez haut pour rendre difficile, sinon impo..,sible, leur coin- 
bu.tion par ,;les projectiles incendiaires. Alors comme aujourd'hui (et les 



assiégés se 
siècle 

--- 361 -- 
laissaient voir. En temps de siée, dès le 
on garnissait les parapet de hourds C, afin 

[ AICITECTUIIE 
commencement 
dë commander com- 

plétement le pie,l ,les 
seulement ,les hourds 

murs, a,, moyen, un machicoulis conlinu D Non- 
remplissaient parïailement cel objet, mais ils lais- 

t Le chàteau tic la ¢ih; de Carcass,mne date du c,mmencemcttt du xtt e siecle; 
ses tours et courtines ctaiet,t bien mutics ,le hourds, qui deaient ètre très-saillants, 
,l',tprès les précautions prises pour empëcier la bascule des bois tlcs planchers. 

.  tt6 



[ arCnECT[:. ] 
salent les dSfenseurs 
des projectiles et la 

--- 362 -- 
libres dans leurs mouvements; l'approvisionnement 
-circulation se faisant en dedans du parapet, en E. 

D'ailleurs si ces hourds étaient garnis, outre le mSchicoulis continu, 
de meurtrières, les archères pratiquées dans la construction de pierre 
restaient démasquées dans leur partie inférieure et perme|aient aux 
archers ou arbalétriers postés en dedans du parapet de lancer des 
traits sur les assaillants, x.x-ec ce système, la défense était aussi active que 
possible, et le manque de projectiles devait seul laisser quelque répit 
aux assiégcant. On ne doit donc pas s'étonner si dans quelques siéges 
mSmorables, après une dê'ênse prolongée, les assiégés en étaient réduits 
à découvrir leurs maisons, à démolir les murs de jardins, à enlever les 
cailloux des rues, pour garnir les hourds de projectiles et forcer les as- 
si6gcants à s'Coi,mer du pied des fortilications. Ces hourds se po»aienl 
promptcmet et facilement (voy. HOL'RI); Ol les retirait en teml)s de paix. 
Nous donnons ici (fig. 15) le liguré des travaux d'approche d'une courtine 
flanquée de tours avec fo,é plein d'eau, afin de rendre intelligibles les 
direr» moyes de défene et d'attaque dot nous avons parlé ci-de.sus. 
Surle premier planest un clat A: il sert à combler le fossé, et s'avance vers 
le pied de la rnuraille sur les amas de fascines et de matériaux de toute., 
sortes que les assaillant jettent sans cesse par son ouverture antérieure; 
un plancher de bois (lui s'établit au fur et à mesure que  avance le chat 
pernet de le faire rouler ans craindre de le voir s'embourber. Ce! engin 
e»t mù, soit par des rouleaux à l'intérieur, au moyen de levier», soit pat" des 
Ireuil. e| (les poulies de renvoi ]3. Outre l'auvent qui e»t placé à la lèle du 
chat, ,les palissade_-_ et des mantelets mobiles protégent les travailleurs. Le 
chat et garni de peaux fraiches pour le 1)rée ver des matières inflammables 
qi peuvent ètre lancées par les assiégés. Lesassaillants, avant de faireavan- 
cet le chat contre la courtine pour pouvoir saper sa base, ont détruit les 
hourds,lc cette courtine au moyen de projectile lancéspar des machinesde 
jet. Plus loin, en C, eat un grand trébuehet; il bat les hourds de làseconde 
courtine. Ce trébuchet est l)andé, un homme mêt la fronde avec sapierre 
en place. Une pali--ade haute protégel'engin.A c6té, desarbalétriers postés 
derrière des mantelêts roulant.,., en 17), visent les assiégés qi se démas- 
llent. Au delà, en .E.e.-,t un beffroi muni de son pont mobile, garni de 
leaux frai«hcs; il avance slr .un plancher de madriers au fur et à mesure 
«[ue les a_-saillants, protégé« par des l)alissadê, comblent le fossé; il est 
mù comme le chat. par des treuils et des poulies de renvoi. Au delà en- 
core est une batterie de deux trébuchets qui lancent des barils pleins de 
matière, incendiaires contre les hourds des courtine.;. Dans la ville, sur 
une ro-,e lotir carrée terminéê en plate-forme, lesassiégé. Ollt monté un 
trebuehet «lui bat le bêIli'oi des aaaillant, l)errière les murs, un autre 
tfCutiner, masqlé par le courtines lance de projectile contre le en- 
gins des assaillal-. Tant que les machines de l'armée ennemie ne sont 
pas arrivées au pied des murs, le r51e de l'assiégé est à peu prè pa-_-if; il se 
contente, par les archères de ses hourds, d'envoyer force café-eaux et sa- 



gettes. S'il est nombreux, hardi, 

la nuit il pourra tenter d'incendier le 



I ARClllTEC'IURE  ---- o°6-i 
t. j 

beffroi, les palissades et machines, et sortant par quelque po.erne éloi- 
gnée dll loint d'«.ttaque. Mais s'il est tinile ou démorolisé, s'il o peut 
di.,po.-er d'une troupe aulacieuse et dévouée, ;.iii point du .iOtlr SOli fosbé 

.,s:era comblé; le plancher de madriers légèrement incliné vers la colr- 
line permettra au belrroi (le s'avancer rapidenlent par son propre poids, 
les assaillants n'aur.-,nt qu'à le niaintenir. Sur le débris des hourds mi, 
en pièces par les pierres lancées par les trébuchets, le pont mobile du 
belfroi s'abattra tout à coup, et une troupe nombreuse de chevaliers et 
«_le soldats d'élite se précipitêra Stlr le elemin de ronde de la courtine 
(fig. 16). Mais cette cata-trophe est prévue. Si la garnison et |idèle. en 
abandonnant la courtine prise, elle .,se renferme dans les lours qui l'in- 
terrompent d'e.,pare en esace (fig. 17 ); elle peut se rallier, enfiler le 
chenlin de rolde et le couvrir de projectiles ; faire par les deux portes 
A et B une brsque sortie pendant qle l'assaillant cherche à de«endre 
clowns la ville, el, avant ql'il .-_oit trop nombreux, le cllbuter, s'emFarer 
i[tl bêlrr«,i et l'incendier. Si la garnison forcée ne petit renier ce coup 
tardi, elle :e barricade dans le, tOUrS, et l'a.-saillant doit faire le siége 
le chacune d'elles, car au besoin cloaque Iour peut faire un petit fort .,,é- 
paté, indépendant; bêaucoup sont munies de puits, de fours et de caves 
polir con.,s_erver les provi.ions. Les portes qui mettent le tour en com- 
nunication avec les chenin de ronde ont étroites, bien ferrées, fernées 
à linél'ier, et renforc6es de barres de bois qui entrent dans l'épais.-,eur 

de la mtraille, de orte qtt'en un in.lant le vantail peut (tre poué et 
tarricalé en tirant rapidement la barre de boi.-, (voy. BAIItE). 
On reconnait, lorqu'on éttdiê le système défensif adopté dtl Xlt" au 

XYI e siècle, avec quel soin on s'est nais en garde contre (les surprises; toutes 
le,; précautians sont prises pour arrèter l'ennemi et l'embarrasser à chaque 
I,aS par des dispositions compliquées, par des détours impo.,.-ibles ,à pré- 
voir. Évi.lêmment un siége, avant l'invention des bouches  feu, n'était 
sérieux pour l'assiégb con-line pour l'assaillant que quand on Cait venu 
it :e prendre, pour ainsi dire, corps à corps. Une garnison aguerrie luttait 
avec quelque chance de succès jusque das ses dernière, défenses. L'en- 
henni pouvait cintrer dans la ville par escalade, ou par une brèche, sans que 
pour cela la garnison se rendit ; car alors, renfermée dans les tours, qui, ne 
l'olblions pas, sont autant de forts, elle résistait longtemps, épuisait les 
forces dê l'ennemi, lui faisait perdre du monde 'à chaqle attaque partielle... 
!1 fallait briser un grand nombre de portes bien barricadées, se battre 
corps :'t corps sur .les espaces étroits et embarras»és, l'tenait-on le rez-dê- 
chau.,sée d'ne lor, les étages supérieurs conservaient encore des moyens 
puissts de défense. On voit que tout était calculé pour une lutte possible 
pied à pied. Les escaliers à vis qui donnaient accès aux divers élages des 
tours étaient t'acilement et promptement barricadés, de manière à rendre 

i L'exemple que nous donnons ici est uré de i'eceinte intérieure de la cité de Carcas- 
sonne, "partie bàtie par Philippe le Hatdi. le plan des tours est pris au ni,,eau de la cour- 
line ; ce sont les toars dites de Dart'.ja et Sait-Laurent, cèté sud. 



-- 365 -- 

[ A£ICIIlTErTLFIE ] 

vains les efforts des asaillants pour monter d'un étage "à un autre. Les 



[ zrtcuta'crcaE ] --- 366-- 
bourgeois d'une ville eussent-ils voulu capituler, que la garnison pnuvait 
sc. garder contre eux et leur interdire l'accès des tours et courtines. (;'est 
un système de défiance adopté envers et contre tous. 
C'est dans tous ce alCail, de la d5t'ense pied à pied q,l'on prend sur le 
fait l'art de la fortification du Xl" a 
[  ]7 xx'l  siècle. C'est en examinant avec 
:- soin, en étudiant scrupuleusemen; 
. jusqu'aux moindres traces des ob- 
stacles défensif de ces époques, que 
 l'on cotnprend ces récits d'attaq,es 
gigantesqtles, que nous sommes trol) 
. disposés à taxer d'exagération. Devant 
- ces moyens de défense si bien p6vus 
-. ]- 
--  et conbiné,., onse figure sans peine 
'- ces travaux Ano,mes des assiégeant¢, 
]!___ '- ces beffrois mobiles, ces estacades, 
" boulevards ou bastilles, que l'on op- 
 -- posait "h un assibgé qui avait calculé 
toutes les chances de l'altaque, qui 
 prenait souvent l'offensive, et qui était 
dispos6 '5 ne céder un point que pour 
se retirer dans n autre plus fort. 
: Aujourd'hui, grace à l'artillerie, un 
r général qui investit une place non 
secourue parune armée de çampagne, 
:." peut prévoir le jour et l'heure où 
f 
, cette place tombera. On annoncera 
,. d'avance le moment où la brèche sera 
. praticable, où les colonnes d'assaut 
l , entreront dans tel ouvrage. C'est une 
partie plus ou moins longue à jouer, 
que l'assiégeant est toujours sùr de gagner, si le matériel ne lui fait pas 

défaut et »'il a un corps d'armée proportionné à la force de la garnison. 
« Place attaquée, place prise », dit le dicton français t. Mais alors nul ne 
pouvait «lire quand et comment une plaçê devait tomb?r au pourvoir de 
l'assiégeant, si nombreux qu'il fùt. Avec une garnison déterminée et 
bien approvisionnée, on pouvait prolonger up. siAge indéfiniment. Auss 
n'est-il pas rare de voir une bicoque @sister, pendront des mois entiers, 

t Conme beaucoup d'autres, ce dicton n'est pas absolument vrai cependant, et bien 
dês exemples viennent lui donner tort. 11 est certain que, mème aujourd'hui, une place 
défendue par un commandant habile, ingénieux, et (Iont le coup d'oeil est prompt, peul 
tenir beaucoup plus longtemps que celle qti sera défendue par un homme routinier et 
qui ne trouvera pas dans son intelligence des ressources nouvelles à chaque phase de 
l'attaque. Peut-ëtre, depuis que la guerre de siége est dccnue une science, une sorte 
de formule a-t-on fait trop bon marché de toutes ces ressources de détail qui 6taient 



-a 
cette insolence du faible en face du fott et du 
de la ré.istanee individuelle qui faisait le fond 
lité, cette énergie «lui a protiuit de si grandes 

d'abus, qui a 
relever après 
constituées. 
lien n'est 

une armée nombeeuse et aguer,'ie. De là, souvent, cette audace et 
puissant, cette habitude 
du caractère de la féoda- 
choses au milieu de tant 
permis aux populations françaises et anglo-normandes de se 
des revers terribles, et de fonder des nationalités fortement 

plus propre à faire ressortir les différences profondes qui sé- 

parent les caractères des hommes de ces temps reculC, «le l'esprit de notre 
époque, que d'établir une cc)mparaison entre une ville ou un ch'atea for- 
tifiés au x  ou au xv* siècle et une place forte maderne. Danscetteder- 

nière rien ne frappe la vue, tout est en apparence unil'orme; il est difficile 
de reeonnaitre un bastion entre tous. Un corps d'armée prend une ville, 
 peine si les assiégeants ont aperçu les défenseur; ils n'ont vu devat 
eux pendant des semaines enlières que des talus de terre et un peu de 
fumée. La brèche est praticable, on capitule; tout tombe le mème jour ; 
on a abattu un pan de mur, bouleversé un peu de terre, et la ille, les bas- 

tions qui n'ont mme pas vu la fumée des canons, les magasins, arsenaux, 
tout est rendu. Mais il y a quelque cinq cents ans les choses se passaient 
bien dilférêmment. Si une garnison était lidèle, ag 
ain.,:i dire, faire capituler chaque tour, traiter avec 

pied le pote qui lui 
les choses dussent se passer ai 
soi et sur les siens, et l'on 

lui plaisait de défendre pied -à 
moins, 6tait disposé pour que 
bituaît à ne compter que sur 

lerrie, il fallait, p,,uv 
chaque capitaine, s'il 
était conlié. Toul, lu 
nsi. On s'ha- 

se défendat 

envers et contre tous. Aussi (car on peut conclure du petitau gvaud) il e 
surtisait pas alors de prendre la capitale d'n pays pour que le pays tùt 
à vous. Ce sont des temps de barbarie, si l'on vet, mais d'une b:vbarie 
pleîne d'énergie et de ressources. L'étude de ces grands monuments nlli- 
&ge n'est donc pas seulement curieuse, elle rail connailre 
lesquelles l'esprit national ne pourrait que gagner 5 se 

taires du nioyên 
des mœurs dans 
retremper. 
Nous voyons 
avec quelques 
tenir en échee 

le siége. Bien 

au commencement du xtt  siècle les habitants 
seigneurs et leurs chevaliers, dans une ville 
l'armée du puissant eonte de Monlfol't et la fo 
mieu encore que les villes, les grands vassau 

de Toulou«e 
mal l'ernée, 
rcer de lever 
, rell'ermés 

dans leurs chàteaux, croyaiet-ils pouvoir résister non-seulement à leurs 
rivaux,mais au suzerain et à ses afinCs. « Le caractère propre, général, de 
la féodalité, ditM. Guizot, c'est le démembrement du peuple et du pouvoir 

employées encore au xv « siècle. Il n'est pas douteux que les études archëologiques, qui 
ont eu sur les autres branclês de l'architecture une si grande influence, réagiront égaie- 
ment sur l'architecture militaire ; car, à notre a,,is (et notre opinion egt partagée par 
des personnages compétents), s'il n'y a, dans la forme (le la fortification dl.l mo.ven fige, 
rien qui soit bon à prendre aujourd'hui, ei face des mo)ens puissants de l'artillerie., il 
n'en est pas de même dans son esprit et dans son principe. 



n une mltitde de petits peuples et de petits souverains; l'absence de 
t,,ite «tti ,n .«en_fiale, de tOtlt ouvel nement central... Sou quels enne- 
mis a succomb 1« fç»olalité ? ¢i1 l'« conbattue en France? Deux orces : 

les comnunes riel'autre. Par llt rovauté s'et formé 
la royauté l'e p:rl, . 
en Françe _u aouvernement ce-tr:tl; par les communes s'est formée une 
la[ior «étéralè itli et venue se groul»er autour dl gouve,'nement cen- 
trer| '. » Le ,lévelol»pem,:t dl y»lèmê féodal et ;lune limilé entre les x' et 
xlv  siècle.._. "et alor.., qle la féodalité élève ses fortereses les plus impor- 
tantes,, ql','ile fait, pendat ses llttes de -êigneur  seigneur, l'éducation 
ilitaire ,le» lel»les occidentalX. « \vee le x'  .-_iècle, ajoute l'illu.-.tre 
" Ilerl'es 
hi.t,»rien, les e«"lerres chan gent, de caractère . Y.lors commencent les... 
é|ran«ères, non plus le var..al à .-,zerain ou de vassal à vassal, mai.+ de 
peuple à peul»le, de gouvernement, ."t ,..toux ernement. A l'avénement de Phi- 
lippe de Valois,6cl:tent les grandes guerres de Francai contre les Anglais, 
les prétentions de.-+ rois 1' X.naleterre, non sur tel Otl tel lief, n-rai+. ur le 
la.vs et le tr6ne de France; et elles se prolon,+.et juqu'h Louis X I. Il ne 
.,,'agit Ils aloi': de glerres Dodales, mais de guerres nationales; Ireuve 
certaine qle l'époqle féodale s'atrrète à ce limites, qu'ue autre société 

a d}.i corlmencé.» A ussi le 
lère dot'en»if ,lue lorsque'il 
ille ri'hês et l,-,l»lleuses, 

(.hSte«t féodal e prend-il son véritable carac- 
est isolé, que lorsque'il e...t éloJgné des grandes 
et qu'il ,lomine la petite vlle, la bourgade, ou 

le village. Alors il profite de dispositions d+l terrain avec grand soin, s'en- 
t,,'e de lr,écipice>, de fos»ésou decours 'eau.Qand il tient à la gran,le 
ville, il en devient la citadelle, et obligé de sul»rdonner ses déDnses à 
celles ,les enceindre» rbainês, dê e placerau point d'oùil peut re>ter maitre 
dtl dê,lans et ,lu lel,,rs.l'or llOlls ttire bien comprendre en peu de mot», 
, petit ,lire qe le véritable chàteau t'éodal, atl point de vue de l'art de la 
, ' . almrd choisi son asietle,vçfit peu t peu 
t',, tillcali,,n e»t celliqi,ayant d' _ _ _ 
les lal»ittion.e gr«,uper autour de lui. Autre choseest le chàteau, dont la 
c«,n>trction, étant lostérielre à celle de la ville,a dù ubordonner son em- 
llacement et sesdisposition it la ituation et atlx dispositions ddfensives de 
la cit6. Paris, le Loutre de l'hilil»lm-Auguste fut videmment construit 
lVant çe dernière donn6es. Jusqu'au règne de ce prince, les rois habi- 
taient ordin;irement le palai» »is dans la cité.Mais lorque la ville de Paris 
eut pris tlll assez ,grand développement sur les deux rives, cette résilence 
«enr:le ne p,uvail convenir h un souverain, ci elle evenait nulle comme 
déDnse.Pilippe-Augute,en bàti<sant le Louvre.posalt necitadellê surle 
p,,it ,le la ville où le, attaquesCalent le pls à craindre, où son redoutable 
rival Iticlard devait e pré»enter; il sui'veillait les deux rives de la Seine 
en aval le la cité, et c,-,mmandait les marais et les chan,ps qui, de ce point, 
s'étendaient jlSqu'aux rampes de Chaillot et jusqu' Meudon. En entou- 
rant la ville de nrailles, il avait le soin de lisser son nouveau ch&teau, sa 
ctadelle, en dehors de leur enceinte, afin de eonseer toute sa berté de 

• lli.toh'e «I,+, b+ ciciliç«+lion en France, par 31. Guizot, 2 e part., 



-- 369 -- [ .tcit'ïcrc ] 
défense. On xoit dansce plan de Paris (fig. I), comme nou» Fax-on»dit plu 
haut, qu'outre le Louvre ç, d'autres établissements fortifiés sont 
minés autour de l'enceinte. H e,t le ch&tenir du Bois entouré de jardins, 
maison de plaisance du roi. En L e»t l'hôtel des dues de Bretagne ; en 

B 

le palais du rç, i Robert et le monastère Saint-5lartin des Champs entouré 
d'une enceinte fortifi6e ; en B, le Temple, formant une citadelle sépar:;o, 
avec ses murailles et ,on donjon; en G, l'h6tel de Vauvert, b&ti par le rci 
Robert et entouré d'une enceinte . . 
Plus tard, pendant la prison du roi Jean, il fallut reeulercette eceite, 
la ville s'étendant toujours., surtout du c6té de la rive droite (fig. 9). Le 

t En I était la maison de aint-Lazare; en k, la maladrerie; e .\1 et N, les halles k 
en O, le grand Chàtelet., qui défendait l'entrée de la cité au nord; en P, le petit 
telC, qti gardait le Pe|it-Pont an sud. En E., Nolre-Dame et l'é'è:lé ; en D., lanricn 
Palais; en F, Sainte-6eneviè'e et le palais de Clm-is, sur la montagne. (Descrit;tio, de 
Parù» par Nie. de Fer, t 72.--- I.&çertatio, ordolo:./ique s'«r les ar«..ie/nes ece&tez 
de Paris» par Bonttardot, 1853.) 



[ acu'rÈC'rc ] -- 370 --- 
Louvre, le Temple, e trouvèrent compris dans les nouveaux murs; mais 
des portes bien défendues, munies de barbacanes, purent tenir lieu de 
forts détachés, et du estWde l'est Charles V fit batir la bastille Saint- 
Antoine S, qu commandait les faubourgs et appyait l'enceinte. Le palais 
des Tournelles R renfo:'ça encore cette partie de la ville, et d'ailleurs le 

19 

E 

Temple et le Louvre, consem'ant leurs enceintes, formaient avec la Ba,tille 
comme autant de citadelles intér:eures. Nous avons déj'a dit qte le système 
de fortifi,_'ations du moyen 'age ne se prèlait pas à des défenses Cendues; 
il perdait sa puissance, en occupant un trop grand périmètre, lorsqu'il 
t'était pas accompagné de ces ïorteressesavancées qui divisaient les forces 
des assiégeant.,_ et empi}chaient les approches. Nous avons vu à Carcas- 
sonne (fig. 11) une ¥ille d'une petite dimension bien défendue par l'art et 
la nature du terrain : mais le chateau fait partie de la eité, il n'en est que 
la citadelle, et n'a pas le caractère d'un ch'ateau féodal; landis qu'à Coucy, 
par exemple(fig. :0), le château est tout et la ville n'en est que l'annexe, le 
défense extérieure. Aussi n'est-il peut-ëtre pas en France de château qui 
ait plus complétement lê caractère féodal. [ndépêndant de la ville, qu'il 



protége 
ne communiquant axec la citd C que par la porte E, qui 
la ville. Le chateau étant seulement accessible de ce cété, 
établi le mur de traverse de la baille 
à l'étrangle,ment du plateau, afin 
de rendre l attaque, plus difficil.e. 20 
Cette porte E est d ailleurs mnc .,..«.- 

-- 7 -- [ »_£tcnPca'trs ] 
, il en est cependant séparé par une vaste l)aille ou place d'armes A, 

de bons tbssés, et flanque complé- 
tenent la courtine. Le chateau, bàti 
sur le point culminant de la culline 

domine des escarpements fort roi- 
ép é d pi 
des et est s af e la are d'ar- 
mes pa un large fossé D Si la ville 
" pl ' en x 
état prise, la are d armes et 
suile le château servaient de refuges 
assurés h la garnison. C'était dans 
respace u'étaient disposés le 
écuries, les communs et les loge- 

ments de la garnison, tant qu'elle -.: .,,,,,,,..¢..,,. 
n'était pas obligée de ,,e retirer dan +*, ,,. • ., ,,,. 
renceinte du chlteau; des poternes 

percées dans les courtines de la place d'arntes permettaient de faire 
des sorties, ou de recevoir des secours du dehors, si l'en+emi tenait 
la ville et n'était pas en nombre suffisant pour garder la cité et blo- 
quer le ch'ateau. Beaucoup de villes présentaient des dispo.,:itions défên- 
sives analogues à celles-ci: 6uise, Chàt.eau:Thierry, Chatillon-sur-Seine, 
Falaise, Meulan, Dieppe, Sauront, Bourbon-rArchambault, Montfort- 
l'Amaury, Montargis, Boussac, Orange, Hyères, Loches, Chauvigny en 
Poitou, etc. Dans cette dernière cité, trois chteaux dominaient la ville 
à la fin du XlV" siècle, tous trois bàtis sur une colline voisile et étant 
indépendants les uns des autres. Ces cités dans lêquellês les défênses 
étaient ainsi divisées passaient avec raison pour ètre très-fortes; sou- 
vent des armées ennemies, après z'Otre emparées des fortifications ur- 
baines, devaient renoncer à faire le siége du château, et, poursuivatt 
leurs conqu+tes, laissaient sans pouvoir les entamer des garnisons qui, 
lë lendemain de leur départ, reprenaient la ville et inquiétaient leurs 
derrières. Certes, si la t'Godalité eût été unie, aucun système n'était plus 
propre à arrêter les progrès d'une invasion que ce morcellement ,le la 
défense, et cela explique m+me l'incroyable .facilité avec laquelle se per- 
daient alors des conquêtes de province ; car il était impossible d'assurer 
comme aujourd'hui les résultats d'une campagnepar la centralisation du 
pouvoir militaire et par une discipline ab+olue. Si le pays conquis était 
divisé en une quantité de seigneuries qui se défendaient chacune pour 
leur compte plutét encore que pour garder la foi jurée au suzerain, les af- 
reCs etaient com posées de vassaux, qui ne devaient, d'après le droit féoda', 



t ,aCnTECTCIV. ] -- 372 --- 
que quaranle ou soixante jours de campagne, après lesquels chacun re- 
tournait chez soi, lorsque le uzerain ne pouvait prendre des troupes 
à solde. Sous ce rapport, dès la fin du x" siècle, la monarchie anglaise 
avait acquis une grande supériorité sur la monarchie française. La féoda- 
Ité anglo-normande formait un faisceau plus uni que la feodalité fran- 
çaise ; elle l'avait prouvé en se iaisant octroyer la grande charte, et état, 
par suite de cet accord, intiraement liée au suzerain. Cete forme de 
gouvernement, relativement libérale, avait amené l'aristocratie anglaise 
à introduire dans ses afinCs des troupes de gens de pied pris dans les 
villes, qui Catent déjà diseipliné.s, habiles à tirer de l'are, et qui détermi- 
nèrent le gain de presque toutes les funeses batailles du xv * siècle, Créey, 
Poitiers, etc. Le mme sentiment de défianee qui faisait que le seigneur 
féoda[ français isolait son château de la ville placée sous sa protection, 
ne lui permettait pas de livrer des armes aux bourgeois, de les familiariser 
avec les exercices militaires; il comptait sur ses hommes, sur la bonté 
de son cheval et de son armure, sur son courage surtout, et méprisait le 
fantassin, qu'il n'employail en campagne que pour faire nombre, le ëomp- 
tant d'ailleurs pour rien au moment de l'aetipn. Cet esprit, qui fut si fatal 
à la France à l'époque des guerres avec les Anglais, et qui fut cause de la 
perte des armées franqaises dans maintes batailles rangé.es pendant les 
et xv  siècles, malgré lasupériorité incontestable de la gendarmerie féodala 
de ce pays, tait essentiellement favorable au développement de l'archi- 
tecture militaire; et, en effet, nulle part en Occident on ne rencontre 
de plus nombreuses, de plus complètes et plus belles ïortifieations féo- 
dales, pendant les xiI' et xlv  siècles, qu'en France (voy. Cn.TÈ..., Do.o.',', 
POTE, Torl) . C'est dans les chàteaux féodaux surtout qu'il faut étudier 

les dispositions militaires; 
xiv e siècle, avec un luxe de 
ordinaires. 

c'est 15. qu'elles se développent du xI" au 
précautions, une puissance de moyens extra- 

« Auditis eorum contradicionibus 
, ibidem fieret et remaneret. » 
hppe III t279. l. II, p. lit7.} 

J Le nombre des chàteaux qui couvraient le sol de la France, surtout sur les fron- 
tières des prox'inces, est incalculable. Il n'était guère de x-illage» de bourgade ou de 
petite ille qui n'en possédàt au moins un, sans compter les chàteaux isolés, les postes 
et les tours qui, de distance en distance» étaient plantés sur les cours des rivières, dans 
le» -allees servant de passages, et dans les marches. Dans les premiers temps de l'orga- 
tisation feodale, les seigneurs, les xilles, les évèques, les abbés, a'aient dù dans maintes 
circonstances recourir/x l'autorité suzeraine des rci. de France pour interdire la construc- 
tion de nouveaux chàieaux, préjudiciables à leur. intérèts et « à ceux de la patrie ». Les 
Ohm.) D'un autre c6té, malgré la défense des seigneurs féodaux, le roi de France, par 
acte du parlement, au/orisait la construction de chîtêaux forts, afin d'amoindrir la puis- 
nce presque riale de ses grands vassaux. « Cùm abbas et convêntus Dalonensis asso- 
, classent dominum regêm ad quemdam locum qui dicitur Tauriacuæ pro quadam bastida 
 ibidem construênda, et dominus Garnerius de Castro-.Novo, toiles, et vicecomes Turennz 
, oe opponerent, et dicerunt dictam bastidan absque eorum prêjudicio non posse fieri : 
et racionibus, prouunciatum fuit quod dicta bastida 
,l.e Olim édit. du .linist. de l'instruct publ. : Piïi- 



373-- [ AICItlTEfiTUI',E ] 

Nous avons distingué d6jà les chteaux servant de refuges, de 
aux garnisons des villes, se reliant aux enceintes urbaines, des 
isolés dominant des villages, des bourgades et des petites villes 
ou commandant leurs défenses, et ne s'y rattachantqe par des 

citadelles 
châteaux 
ouvertes, 
ovrages 

intermédiaires. Parmi ces chteaux, il en était de plusieurs sortes. Les uns 
se composaient d'unsimple donjon entouré d'une enceinte et de quelques 
logements. D'autres comprenaient de vaste« espaces enclos de fortes mu- 
railles, des réduits isolés, un ou plusieurs donjons. Placés sur des routes, 
ils pouvaient intercepter lescommunications, et formaient ainsi des places 
fortes, vastes et d'une grande importance sous le point de vue militaire ; 
ex[geant pour les bloquer une armée nombreuse; pour les prendre, un 
attirail de siCe considérable et un temps fort long. Leschateaux, ou plut6t 
les groupes de chteaux de Loches et de Chaavigy. que nou, avons déjà 
cités, étaient de ce nombre '. Autant que faire se pouvait, on prç, fitait des 
escarpemênts naturels du terrain pour planter les chateaux; car ils se 
trouvaient ainsi à l'abri des machines de guerre, de la sape ou de la mine; 
l'attaque ne se hisant que. de très-près, et le machines de jet ne pouvant 
élever leurs projectiles qu'à une hauteur assez limitée, il y avait avan- 
tage à dominer l'assaillant, soit par les escarpements des rochers, soit par 
des construction, d'une grande élévation, en se réservant dans la con- 
struction infdrieure des tours et courtines le moyen de battre l'ennemi 
extérieur au niveau du plan de l'attaque. Nous avons vu que les tours de 
l'époque romane ancienne étaient pleines dans leurs parties inférieure», 
et les courtines terrassées. Dès le commencement du x  siècle, on axait 
reconnu l'inconvénient de ce mode de construction, qui ne donnait à l'as- 
siégé que le sommet de ces tours et courtines pour se défendre, et livrait 
tous les soubassements aux mineurs ou pionniers ennemis; ceux-ci pou- 
vaient poser des etançons sous les fondations, et faire tomber de larges 
paris de murailles en mettant le feu à ces étais, ou creuser une galerie de 
mine sous ces fondations et terrassements, et déboucher dans l'intérieur 
de l'enceinte. . 
Pou prévenir ces dangers, les constructeurs militaires établirent. dans 
les tours, des étages depuis le sol des fosse ou le niveau de l'eau, ou l'a- 
rase de l'escarpement de rocheç; ces étages furent percés de meurtrières 
se chevauchant ainsi que l'indiquée la figure 1, de manière à envoyer des 
earreaux sur tous les points de la circonférence des tours, autant que 
faire se pouvait; ils en établirent galêment dans les courtines, surtout 
lorsqu'elles servaient de murs à des logis divisés en étages, ce qui dans les 
chàteaux avait presque toujours lieu. Les pionniers arrivaient ainsi plus 
difficilement au pied des murs, car il leur fallait se garantir non-eule- 
ment contre les projectiles jetés de haut en bas, mais aussi contre les trais 
décochés obliquement et horizontalement par les meurtrières; s'ils parve- 

t Nous renvoyons nos lecteurs au mot CxrEt. Nous dounons 
article important, les diverses dispositions ét le classement de 
ainsi que les moyens particuliers de défense, de secours, etc. 

en détail, dans cet 
demeure. fëodales, 



riaient à faire un trou au pied du mur ou de la tour, ils devaient se trouver 
en face d'un corps d'assiégés qui, prérenus par lescoups de la sape, avaient 
l:,U élever une pal[,sa,lo cu un second mur en arrière de ce trou, et rendre 

A 

ET_,AG-  , EGAO. o ETAq. A 

21 

.FACE 

leurtravail inutile. Ainsi, lorsque l'assaillant avait, au mo3"en deses engins, 
démonté les hourds, é(rtté les créneaux, comblé les fossés; lorsque avec 
ses compagnies d'archers ou d'arbal,triers balayant le sommet des rem- 
parts, il avait ainsi rendu le travail des pionniers possible, ceux-ci,/k moins 
q«'il¢ ne Fussent très-nombreux et hardis, qu'ils ne pussent entreprendre 



--- 375 -- [ ABCHITE¢TU[tE [ 
tic larges tranchées et taire tomber un ou rage entier, trouvaient derrière 
le percement un ennemi qui les attendait dans les salles basses au niveau 
du sol. L'assaillant eSt-il pénétré dans ces salles en tuant les d6fenseurs, 
qu'il ne pouvait mt»nter aux étaes supérieurs que par des escalicrs 6troits 
tacilement barricadés et munis de portes ou de grilles. 
Nous dewns faire observer que les d6fenses ext6rieures, les tours des 
lices, étaient percées de meurtrières permetlant à l'assi6g6 un tir rasant, 
afin de défendre les approches à une grande di»tance, tandisque les meur- 
lnères des tours et courtines des secondes enceintes (,raient percées de 
façon à faciliter le tir plongeant. Toutefois ces ouvertures, qui n'avaient 
 l'extérieur que 0 ,10 de largeur environ, et 1  à 1,50 h l'int6rieur, ser- 
valent plut6t h reconnaitre les mouvements des assi6geants et h donner 
du jour et de l'air dans les salles des tours qu'à la d6fense; elles battaient 
les delmrs suivant un angle trop aigu, surtout quand les murs des tours 
sont épais, pourqu'il fûtpossible denuire sérieusement aux assaîllants., en 
décochant des carreaux, des sagettes ou viretons par ces lentes 6troites 
(voy.. Tot'a). La 6ritable défense était disposée au sommet des ouvrages. 
Lb, en temps de paix, et quand les hourds n'étaient pas montC, le mur ,lu 
parapet, dont l'Caissent varie de 0,50 à 0"',70. perc6 d'archères rappro- 
ch6es, dont l'angle d'ouverture est généralement de 60 °, battait tous les 
points des dehors; les cr6neaux, munis de portières de bois roulant sur 
un axe horizontal et qu'on relevait plus ou moins au moyen d'une cré- 
maillère, sui'ant que l'ennemi était plus ou moins éloigné, permettaient 
de découvrir facilement les foss6s et la campagne en retat h couver. 
(Voy. CRÉNEAU, MEUSTIÈBE.) 
Les tours rondes flanquant les courtines r6sitaient mieux à la sape et 
aux coups du b61ier que les tours carr6es; assi avaient-elles é adoptées 

22 

D 

dès les premiers siè.cles dt moyen "age. 5lais jusqu'à la fin d x" siècle 
leurdamètre était petit; elles ne pouvaient contenir qu'un novembre trè.,- 
restreint de défenseurs; leur circonférence peu étendue ne permettait 
d'ouvrir que deux ou trois meurtrières à chaque étage, et par conséquent 
elles battaient faiblement les deux courtines vo,sines : leur dia.:ètre fut 
augmenté au Xlll ¢ siècle, lorsqu'elles furent munies', d'étages jusqu'au ni- 
veau du fossé. Il état plus facile à un assiégeant de battre une tour qu'une 
courtine (fig. 22); car une h,i: logé au pointA, du momentqu'il avait dé- 



t-uit ou brillé les hourds de B en C, l'assiégé ne pouvait l'inquiéter. Mais 
dans les enceintes des villes toutes les tours étaient fermées h la gorge enD; 
lorsque l'assaillant avait fait un trou en A ou fait tomber la demi-circonfé- 
rence extérieure de la tour, il n'était pas dans la ville, et trouvait de nou- 
velles diftic ultés à vaincre, t2'est pourquoi dans les siéges des places on  atta- 
quait de préférence aux courtines, quoique les approches en fussent pls 
,lifficilesque celles des tours (fig. 23) : l'assiégeant, arrivé au pc, int t_ après 

avoir détt'uit les défenses supérieures des toursB, C, etfait -on trou ou a 
brèche, était dans la ville, à moins, ce qui arrivait souvent, que les assié@s 
n'eussent élevé promptement un second mur EF; mais il était rare que ce» 
défenses provisoires pussent tenir lon gtêmps.Toutefois, dans les siéges bien 
,liri«,é !'assaillant faisait loujours plusieurs attaques simultanées, le 
unes au moyen de la mine, d'autres par la sape, d'autres enfin ter cêlles-Là 
étaient les plus terribles,)au moyen des beffvois roulants; car une fois 
le beffroi amené le long des murailles, la réussite de l'assaut n'était guère 
douteu-e. Mais pour pou oir amener, sans risquer de les -oir brùler par les 
a.,iéé:, ces tours dê bois conlre le parapet, il fallait détruire les hotvds 
et crëtes des courtines et tours voisines, ce qui exigeait l'emploi de nom- 
breux engins et beaucoup de temps. Il fallait combler solidement le fos- 
:es; s'ètvc a,suré, lorsque le fossé était sec, que l'a,siégé n'avait pas miné 
le fond de ce fossé .ous le point où la tour était dirigée, ce qu'il ne man- 
,luait pas de tenter, lor.que la nature du sol ne s'y oppo»ait pas. 
A la fin du xIIt  siècle déjh, on avait senti la nécessité, pour mieux battre 
les co,,'tines, non-,eulement d'augmenter le diamètre des tours, et de 
rend,e p.tr conséquent la destruction de leurs défenses supérieures plus 
longue et plus difficile, mais encore d'augmenter leurs flancs en les termi- 
riant à l'extérieur par un bec saillant qui leur donnait déjà la forme d'une 
corne (fig. 2). Ce bec A avait plusieurs avantages : l°il augmentait consi- 
dévablement la force de résistance de la maçonnerie de la tour au point où 
l'on pouvait tenter de la battre avec le ,nouto, ou de la saper; 2 ° il défendait 
mieux les courtines en étendant les flancs des hourd BA, quise trouvaient 
ainsi se rapprocher l'unê li.n.» perpendiculaireaux remparts (voy. Toç's); 
3 ° en éloignant les pionnier,, il permettait aux défenseurs placés dans les 
/ourds des courtines, en D, de les découvrir suivant'un angle beaucoup 



[ ARCIIITECTUIIE 

moins aigu que lorsque les tours étaient circulaîres, et par conséquent 
leur emoyer des projectiles de plus près. A Carcassonne, les becs sont dis- 
posés ainsi que l'indique en plan la ligure 2h..Iais au chîteau (le Loches 
comme à Provins à la porte Saisit-Jean, on leur donnait la forme et plan 

de deux courbes brisées (fig. t bis);  la porte de Jouy de la mëme ville 
Ifig. t ter), ou aux portes de ¥illeneuve-sur-Yonne, la forme d'ouvrages 
rectangulaires posés en pointe, de manière ' batlre c, bliquement l'ettrée 
et les deux courtines voisines. On avait donc reconnu dès le xn  siècle 

2/. 

l'inconvénient d,,s tours rondes, leur faiblesse au point de la tangente 
parallèle aux courtînes (xoy. POaT). L'emploi de ces moyens parait avoir 
été résarvé pour les places très-f3rtemn" défendues, telles que Carcas- 
sonne, Loches, etc. ; car parfois, .. la fin du xnt  siècle, dans des places 
du second ordre, on se eontenta':, de tours carrées peu saillantes pour dé- 
fendre les courtines, ainsi qu'on peut le voir enco(e de nos jours sur ]'un 



[ ARCI]ITECTUIE ] 

--- 378--- 

,le fronts de l'enceinte d'Avignon et d'Aigues-Mortes (fig. 25), dont les 
remparts (salf la tour de Constance A, qi avait été b'atie par saint. Louis 
et qui servait de donjon et de phare) furent élevés par Philippe le Hardi t. 

0 

Mais c'est ax angles saillants des places que l'on reconnut surtout la 
nécessit6 de disposer des défenses d'une grande valeur. Comme encore 
aujourd'hui, "' "'- 
t assaillant regardait un angle saillant comme plus facile à 
attaquer qu'un front flanqlé. Les armes de jet n'étant pa.-_ d'une grande 
portée jusqu'au moment de l'emploi du canon, les angles saillants ne pou- 
vaient gtre prot6gés par des défenses éloignées, dès lors ils étaient faibles 
(tig. 26}; et lorsque l'assaillant avait pu se loger en A, il était compléte- 
ment délilé des défenses rapprochéês. Il fallait donc que les tours d« coin, 
comme on les appelait généralêment alors, fussent très-fortes par elles- 
mêmes. 0,; les b;ltissait sur une circonfét'encê plus grande que les a,,tres, 
on les tenait plus hautes; on multipliait les obstacles à leur base à l'exté- 
rieur, par des fossés plus larges, des palissades, quelquefois mgme des 
ouvrages avancés; on les armait de becs saillants, on les isolait des cour- 

J. « Philippe le Hardi, parti de Paris au mois de féxricr t272 à la tète d'ule armée 
nombreu«e, pour aller prendre possession du comté de Toulouse, et pour cl,àli«.r en 
passant la révolte de Roger Bernard, comte de Foix, s'arrêta à Marmande. Là il signa, 
dans le mois de mai, avec 6uillaume Boccanegra, qui l'ava:.t joint dans cette ille, un 
traité par lequel celui-ci s'engageait à consacrer 5000 Il,ores :-urnois (88 500 fr.) à la 
construction des remparts d'Aigues-Mortes, mo)-ennant l'abandon que le roi lui faisait, 
à titre de fiefs, ainsi qu'à ses descendants, de la moitié des droits domaniaux auxquels 
la xille et le port étaient assujettis. Les lettres patentes données à cet effet furent contre- 
signées, pour les rendre plus authentiques, par les grands officiers de la couronne. En 
mgme temps, et pour contribuer aux ,nêmes dépenses, Philippe ordonna qu'on iè-erait, 
outre le denier pour lb, re déjà établi, un quarantième sur toutes les marchandises qui 
entreraiênt à Aigues-Mortes par terre ou par ,ner. » (Hist. /dé»'. du I.ançt«edoc, reg. 30 
du trésor des charles, n ° ta 1. ttt, d'Aig«es-M,».tes, par F. E,n. dt Pietro, t8t19.) 



-- 3ç9 
lines voi,ines; ot avait le soin de bien 

---" [ ARCIIITECTIIIE  
munir les deux fours en retour 

2(; 

.zo 20 30 40 50 ' 

CLO;URE 

A DALS 

et parfois de réunir ces tours par un second rempart intérieur(fig. 26 bis). 
On évitait d'ailleurs autant que possible ces angles saillants dans les places 

t Le plan que ne, us donnms ici est celui (le l'augle ouest de la double enceinte de la 
cité de Carcassonne, I,àti par Philippe le Hardi. 
2 Cêt angle saillant (fig. 26 bis)» qui présente clairement la di.position signalée ici, 
est une des défênses du xitt e siècle dépen,lant du clàteau de Falaise (oy. C,,Tn,t;). 



[ ,xcnrrECTC,.: ]  380  
l,ien [brtifiées, et, lorsqu'ils existaient, c'et qu'ils 
la configuration du terrain, afin de dominer un 

avaient été imposés par 
escarpement, de coin- 

mander une route ou une rivière, et pour empècher l'ennemi de s'établir 
de plain-pied au niveau de la base des remparts. 
Jusqu'au xv  siècle, les portes etaientmunies de vanaux bien doublé», 
de herses, de mchicoulis, de bretëches à doubles et triples étages, mais 
elles ne possédaientpas de ponts-levis.Dans leschMeaux, souvent des ponts 

volants ou à bascule, en bois, qu'on 
complétement les communications 
des villes, des barrières palis.adées 

relevait en cas de siége, interceptaient 
avec le dehors; mais dans les enceintes 
ou des barbacanes défendaient les ap- 

proches; dureste, une fois la barrière prise, on entrait ordinairement dans 
la ville de plain-pied. Ce ne fut .uère qu'au commencement du x" siècle 

que l'on commença d'établir, à l'entrée dbs ponts jetés sur les fos_,és 
devant les portes, des ponts-levis de bois tenant aux barrières (fig. '2), ou 
à desouvrages avancés de maçonnerie (fig.'28)'. Puis bient6t, vers le milieu 
du xtv' siècle, on appliqua le pont-levis aux portes elles-mêmes, ainsi 
qu'on peut levoir au fort de Vincennes, entre autres exemples(voy.POlTE). 
Cependant nous devons dire que dans beaucoup de cas, mgme pendant 
les xtv' et xv" siècles, les ponts-levis furent seulement attachés aux ou- 
vragesavancés. Ces ponts-levis étaient disposéscomme ceux généralement 
employés aujourd'hui, c'est-à-dire composés d'un tablier de charpente qui 
se relevait sur un axe, au moyen de deux chaines, de leviers et de contre- 
poids ;en se relevant, le tablier fermait (comme il ferme encore dans nos 
forteresses) l'entrée du passage. Mais on employait pendant les xu , x  
et xtv ¢ siècles d'autres genres de fermetures à bascule : on avait le tapecu, 

t Entrée du chateau de Montargis, du c6té 
Les plus excellen bastimens de France.) 

de la route de Paris à Orléans. 

(Dueerceau, 



spécialement adapté aux potêrnes, et qui, roulant sur un 

28 

[ ABClllTECTUBE ] 
axe placé hori- 

L 

i I 
• I| 111 

zontalement au sommet du vantai|, retombait sur les talon du sortant 

(fig. 29); 

les portes de barrières, qui roulaient su[ des 

axes 

horizontaux 



[ A.'ClllïECTUItE ] 

382  

posés vers la moitié de leur hauteur (tig. 30), l'une des deux moitiés servant 
de contre-poids à l'autre. Dans le beau manu«rit des Chro,,iques de Frois- 
sart, de la Bibliothèque nationale ', on trouve une vignette qui représente 
l'attaque des barrières de la x ille d'Aubenton par le comte de Hainaut. 

31) 

La porte de la barrière est disposée de cette manière (tig. 31); elle et 
nie et défendue par deux tours de bois. En arrière, on voit la port' de 
la ville, qui est une_, construction de pierre, bien que le texte dise que la 
ville d'Aubenton « n'estoit fermée que de palis ». Des soldats jettent pav- 
desus les créneaux tre banc, de meubles, des pots. 
Nous avons vu comment, pendant les Xll  et XIl.  siècles, il était d'usage 
de gavir les ommet de tours et courtines de hourds de bois. Il n'est pas 
besoin de dire que les as.aillants, au moyen" les machines de jet, cher- 

I Manuscr. 8320, ":. l, in-ri)l., commencemêtt du xv e siècle. Cette,vignette, dont nous 
dolm,.ns ici une partie, accompagne le chapitre XLV de ce manuscrit, intitulé : Commot 
le co,le «le Hay,ault print et der,'uit Aubenton e Terasse. C'est le chapitre c (le l'edition 
(les Chroiques de F'oiçsa't dtl Poth,on litres'ab'e. « ..... Si commença l'assaut graud 
« ét fort durement» et s'emp[oyer2nt arbalétriers de dedans et dehors à traire m(,ult -ig«u- 
« reusemcnt i par lequel trait, il y en eut moult de blêssés des assaillans et des défendans. 
« Le con:te de Ha)nault et sa route» où noult avoit d'apperts ciealiers et ecuycrs, in- 
« rent jusques aux barrieres de l'une des p«-»rtes.... Là eut un moult grand et dur assaut. 
« Sllr le pont mesmement, à la porte -ers Chimay, estoic«t messire Jean de Bcaumout et 
« messire Jean de la Boe. Là eut trcs grand assaut et forte escarmouche, et convint les 
 François retraite dedans la porte; car ils perdirent leurs barrieres, et les conquircnt les 
« tlainuyers et le pont aus»i. Là eut dure escarmouche forte» et grand assaut et felonneu% 
car ceux qui estoicnt montés sur la porte jetoient bois et mairein contre val, et pots 
« pleins de chau% et gran«! fois.n de pierres et de cailloux, dont ils naroient et mes- 
« haignoient ,-,en.c, s'ils n'estoient f«)rt arlnéS .... » 



[ ABEIIITECTUBE ] 

ehaient à briser ces hourds avec des pierres, ou à les incendier avec de 
projectiles enflammés, ce à quoi ils parvenaient facilement, i les mu- 
railles n'étaient pas d'une très-grande élévation, ou si les hourds n'Caient 
pas garnis de peaux fràlches. Déjà, vers le milieu du Xl  siècle, on avait 
cherché à rendre les hourds de charpente moins faciles "a bvOler en les 

3I 

1 

I 

F £ G  ,.)..ç'C. 

portant sue des consoles form6es d en»vbellements de pierre. C est ainsi 
qu'à Couey les hourds des portes de la ille, des tours et du donjon, 
qui datent de cette époque, étaient supportés (roy. ItorlV). Mais encore 
les parements et les planchers de ces hourds pouvaient-ils rendre feu. 
u xv  siècle, pendant les guerres de cette époque, où tant de villes en 
France furent incendiées et pillées, « arses et robCs », comme dit Frois- 
smt, on remplaça presque partout les hourds de charpente par des bre- 
tches continues de pierre, qui présentaient tou les avantages des hourd., 
en ce qu'elles battaient le pied des murailles, sans en avoir les inconé- 
nients. Ces nouveaux couronnements ne pouvaient ëtre incendiés et résis- 
raient mieux au projectiles lancés par le engins; ils étaient fi,es et ne 
e posaient pas seulement en lemps de guerre comme les hourds de bois. 



[ AP, CIIITECTURE J 
Mais, pour offrir un 
sr le nu des murs 
dimension, il fallut 

large chemin de ronde aux défenseurs, et une saillie 
qui permit d'ouvrir des mAchicoulis d'une bonne 
bientt)t modifier tout le système de la construction 

des partie supérieures des défenses. Au moyen des hourds de bois, non- 
seulement on aj,utait au chemin de ronde demaçonnerie fixeA(fig 32)une 
eoursière t percée de michicouli. en Cet d'archères en D,mais on augmen- 

I 

I 

tait encore souvent la largeur des chemins de ronde, soit en faisant 
deborder les hourds à l'intérieur de la ville en E, soit en ajoutant au 
chemin de ronde des planchers de bois F dont les solives entraient dans 
des trous ménagés de distance en distance sou la tablette de ce chemin de 
ronde, et étaient supportCspar des poteaux G Ces suppléments de de- 
fenses étaient ordinairement réservés pour les courtines qui paraissaient 
•  - t" 
faibles' Les hourds avaient lavantage de laisser subsister les parapets 
de pierre et de conserver encore une défense debout derrière eux, lors- 
qu'ils étaient brisés ou brùlés. On obtenait d,fficilement avec les bretèches 
et màchicoulis de pierre ces grands espaces et ces divisions utiles -à la 
défense. Voici comment on procédaitpour les courtines que l'on tenat 
"a bien munir (fig. 33). On posait des corbeaux les uns sur les autres for- 
mant encorbellements, espacés d'environ 0%î0 "à 1",20 au plus d'axe en 
axe. Sur l'extrémité de ces corbeaux on Cevait un parapet cré.nelé B 
de 0"',33'h 0,h0, de pierre, et de :2 mètres de haut. Pour maintenir la 
bascule des corbeaux, en C onmontait un mur percé de portes et d'ouver- 
tures carrées de distance en distance, et qui était assez haut pour donner 
à la couverture D l'inclinaison convenable. Derr,ère le mur C, on établis- 
sait les coursières de bois L, qui remplaçaient les chemins EF des hourds 

' A Carcassonne, du c6té du midi, les remparts de la seconde enceinte étalent munis 
de ces ouxrages de bois en temps de guerre ; les traces en sont parfaitement conservées 
de la porte Narbonnaise à la tour du coin à l'ouest (vo.v. fig. 



-.-- 385---- 

ARCHITECTURE ] 

de bois (fig. 32), et qui étaient nécessaires à l'approvisionnement des pa- 
rapetset à la circulation, sans g6ncr les arbalétriers ou archers postés 
en G (fig. 33). Pour les tours on fit mieux encore (fig. 3h). Disposant 
l'étage des mlchicoulis G comme celui des courtines, on suréleva le mur 
C d'un étage H percé de créneaux ou de meurtrières, et mime quelque- 

fois, à la chute des combles en I, on ménagea encore un chemin décou- 
'ert créinelé. Ainsi le chemin G eUt-il été pris par escalade ou au moyen 
des beffrois mobiles, après la destruction des parapets B, qu'en barrica- 
dant les portes K, on pouvait encore culbuter l'assaillant qui serait par- 
venu à se loger en 13 sur un espace sans issue, en lui jetant par les 
neaux, des étages H et I, des pierres, madriers et tous autres projeciiles. 
Le manuscrit de Froissart, de la Bibliothèque nationale, qe nous avons 
.-- 



[ ARClIlTECTURE ] " --380- 
.déjà cité donne dans ses vignettes un grand nombre de tours disposées 
de cette manière (fig. 35)'. Beaucoup de ces figures font voir que l'on 

conservait avec les mchicoulis de pierre des hourds de bois A. mainte- 
nus pour la défense des courtines ; et, en effet, ces deux défenses furent 
longtemps appliquées ensemble, les bretëches et hourds de boi étant 

Vignette accompagnant le chapitre cxxv» intitulé : « Comment le roy David d'Escoce 
(Daid Brute d'Ecosse) int à tout grand ost devant le neuf chasteau sur Thin. » 



-- 387 - [ AICIITECTUIE ] 
beaucoup m.oins dispendieux à établir que les mchicoulis de pierre 
(voy..M.cacoucs). Le ch.teau de Pierrefonds, bt.i pendant les dernières 
années du xv  siècle, pr6sente encore d'une manière bien complète ces 
sortes de défenses supérieures. Voici (fig. ,36) l'Cat ruinéde l'angle formé 
par la tour du nord-est et la courtine nord. On 'oit parfaitement en A 

les mtchicoulis encore en place ; en B, l'arrachement des parapets de 
pierre; en C, le filet de l'appentis qui recouvrait le chemin de ronde D ; 
en E, les corbeaux de pierre qui portaient le laitage de cet appentis; en 13, 
les portes qui donnaient entrée de l'escalier sur les chemins de ronde, 
et en F des ouvertures permettant de passer du dedans de la tour des 
projectiles aux défenseurs des créneaux ; en H, un étage crénelé cou- 
vert au-dessus des mchicoulis, et en I le dernier crénelage découvert à la 
base du comble ; en K, la tour de l'escalier servant de guette à son som- 
met. Mais, dans les chateaux avec logis, à catse du peu d'espace réservé 
entre leurs enceintes, les courtines devenaient murs goutterots des blti- 

me.nts rangés entre les tours le long de ces enceintes, de sorte que le 
ch.emin de ronde donnait accèsdans des salles qui remplaçaient l'appentis 



[ »,acurtcruroE ] -- 388- 
de bois I, indiqué dans la figure 33 (voy. CIIATEAU, (ttEi',IIN E RONDE). Voici 
l'état restauré (fig. 37) de cette partie des défenses de Pierreïonds. On 

comprendra ainsi facilement la destination de chaque détail de la con- 
_qruction militaire que nous venons de décrire. Mais c'étaient là les dé- 



[ RCLIIa'ECTURE ] 

l If v '1 
I 

,. I 

I 

I 

I 
f 

 I II 

j  

Il v 

f«nses les plus fortes des tours et des murailles, et beaucoup leur étaient 



t artcnta:cTuroE ] -- 390-.- 
inférieures comme disposition, se composaient sulement de créneaux et 
machicoulis peu saillants, avec chemin de ronde peu large. Tels sont les 
murs d'Avignon, qui, comme conservation, sont certes les plus beaux qu'il 
y ait sur lesol actuel de la France, mais qui, comme force, ne présentaient 
pas une défense formidable pour l'époque où ils furent élevés. Suivant la 
méthode alors en usageen Provence et en Italie, les murs d' kvignon sont 
flanqués de tours qui, sauf quelques exceptions, sont carrées t. En France, 
la tour ronde avait été reconnue avec raison comme plus forte que la 
tour carrée; car, ainsi que. nous l'avons démontré plus haut, le pionnier 
attaclé à la base de la tour ronde était battu obliquement par les cour- 
ries voisines, tandis que s'il arrivait à la base de la face extérieure d'une 
titoui" carrée en O, il était complétement masqué pour les défenses rap- 
prochees (tig. 38); et en empèchant les défenseurs de e mç, ntrer aux 

crénêaux, en détruisant quelques mtchicoulis placés perpendiculaire- 
ment au-dessus de lui, il pouvait saper en toute sécurité. Contrairement 
aussi aux usages admis dans la fortilication française des x  et XlV  siè- 
cles, les tours carrées des remparts d'Avignon sont ouvertes du coté de 
la ville (lig. 39), et r,e pouvaiênl tenir, par conséquent, du moment que 
l'ennem 'était introduit dans la cité. Les murs d'Avignon nesont guère 
qu'une enceinte flanquée, comme l'Calent les enceintes extérieures des 
ville.s munies de doubles murailles, et non des courtines interrompues 
par des tvrt pouvant tenir COltre un ennemi maitre de la place. Ces 

I On a x u plus haut que les remparts d' tigues-Mortes sont également, sur un front, 
flanqués de tours carrées, et nous ne devons pas oublier qu'ils furent éleés par le Genois 
B,ccanegra. Cependant l'enceinte de Paris» rebàtie sous Charles V, était également flan- 
quée de tours barlongues» mais l'enceinte de Paris te passa jamais pour très-forte. Les. 
tours carrées appartiennent plut5t au midi qu'au nord de la France: les remparts de 
Cahors» qui datent des xt e, x e et xz,, " siècles presentent des tours carrees d'une belle 
disposition défensive ; les remparts des ,,illes du comtat x, enaissin sont garnis généralemênt 
de tours carrées qui datent du xtv e siècle. Ainsi que la plupart des illes de Provence 
et des bords du Rh6ne, Orange était munie de tours carréês construites à la fin du 
x siècle. Les Norlnands et les Poiteins, jusqu'au_moment de la réunion de ces pro- 
vinces au domaine ro.val, c'est-à-dire jusqu'au dommencement oeu xm e siècle, paraissent 
avoir de préférence adopte la forme carrée dans la construction de leurs tours et donjons. 
La plupart des anciens chàteaux bàtis par les Normands euAngletêrrê et en Sicile pré- 
.content des défenses rectangulaires. (Voy. DONJo.n'» Tots.) 



tarir'ailles ne sont mg.me pas garnies dans t6ute leur étendue de mt- 
chicoulis, et le c6té du midi de la ville n'est dét'endu que par de 
simples crénelages non dêstinés h recevoir des hourds de bois. Leur hau- 
teur n'atteint pas le minimum donné aux bonnes défenses p,.ur les 

mettre à l'abri des éche, lades . Mais en revanche, si l'enceinte (I'.-',xinon 
n'était qu'une défense du deuxième ou du troisième ordre, le chàteau, 
résidence des papes pendant le xv  sibclê, était une redoutable cita- 
delle, pouvant, à cause de son assiette, de son étendue, et de la hauteur 
de ses tours, soutenir un long siCe. Là encore les tours sont carr6es, 
mais d'une épaisseur et d'une élévation telles, qu'elles pouvaient défier 
la sape et les projectiles lancés par les engins alors en usage; elles 
étaient couronnées de parapets et m'àchicoulis de pierre pç)rtés sur de» 
corbeaux. Quant aux machicoulis des murs, ils se composent d'une 

Escalade au molen d'écbelles. 



[ .CnlTZCTCe ! --390 _ __ 
ute d arcs en ters-point laissant entre eux et le parement extérieur 
un espace vide propre à jeter des pierres ou tous autres proectiles (fig. hO) 
(voy. MaccocLS, PAAS). Dans les provinces du Midi et de l'Ouest, ces 
sortes de mchicoulis étaient fort en usage au xv  siècle, et ils étaient pré- 
férable aux màchicoulis des hourds de bois ou des parapets de pmrre 

I 

poant sur des corbeaux, en ce qu'ils étaient contînus, non in{errompts 
par les solives ou les conoles, et qu'ils permettaient ainsi dejeter sur l'as- 
saillant, le long, du mur, de longueset lourdes pièces de bois qui, tombant 
en travers, brisaient infailliblement les chats et pavois ous lesquels se 
tenaient les ponners. 
I/art de la fortification, qui avait fait, au commencement du xn  siècle, 
un grand pas, et qui était reslé à peu près stationnaire pendant le cours de 
ce iècle, fit de nouveaux progrès en France pendant les guerres de 1 0 à 
 00. Quand Charles Y eut ramené l'ordre das le royaume, et repris un 



 --- 393 --- [ ARCI:IITECTURE ] 
nombre considérable de places aux Anglais, il fit réparer ou reconstruire 
presque toutes les défenses des villes ou chttteaux reconquis, et dans ces 
nouvelles défenses il est facile de reconnaitre une mSthode, une régula- 
rité qui indiquent un art axancé et basé sur des règles fixes. Le chàteau de 

Vinccnnes en est un exemple, et sa siluation stratégique est des mieux 
entendues, puisque encore aujourd'hui elle est considérée comme très- 
forte {fig. h 1) '. Bati en plaine, il n'y ax'ait pas à profiter là de cerlaines dispo- 

t Nous donnons ici le plan du chMeau de ¥incennes, parce qu'on peut considérer 
cette forteresse plutôt comme une grande place d'armes, une enceinte fortifiée, que 
comme un chdteau dans I ancienne acception du mot. Nous y ret.enons du reste, dans 
les mots Ca,x:At; Tot:e,. En E» sont les deux seules eutrees de l'enceinte, qui étaient 
. --- 50 



[ Att(:IIlTE(::TUIE ] --- 39- 
sitions particulières du [errain ; aussi son enceinte est-elle parfaitemen: 
r!gulière, ainsi que le donjon et ses défenses. Toutes les tours sont bar- 
longues ou carrées, mais hautes, épaisses et bien munies à leur sommet 
d'échauguettes saillantes flanq,uant les quatre faces et de machicoulis ; 
le donjon est également, flanque aux angles de quatre tourelles; les dis- 
tances entre les tours sont égales; celles-ci_s_ont ferreCs et peuvent se 
défendre séparément . Le ch,teau de Vincennes fut commencé par Ph- 
lippe de Valois et achevé par Charles V, sauf la chapelle, qui ne fut ter- 
miéc que sous Fran(;ois 1  et ttenri II. 
Le système féodal était essentiellement propre à la défense et à l'attaque 
des places. A la défense, en ce que les eigneurs et leurs hommes vivaient 
continuellement dans ces forteresses qui protégaient leur vie et leur avoir, 
ne songeaient qu'à lesaméliorer et les rendre plus redoutables chaque jour, 
afin de pou oir défier l'ambition de leurs voisins ou imposer des conditions 
à leur suzerain. A l'attaque, en ce que, pour s'emparer d'une forteresse 
alors, il fallait en venirau,: mainschaquejour, disposer parconséquent de 
troupes d'élite, braves, et que la vigueur et la hardiesse faisaient plus que 
le nombre des assaillants, ou les combinaisons savantes de l'attaque. Les 
perfectionnements dans l'art de défendre et d'attaquer les places fortes 
étaient déjà très-développés en France, alors que l'art de la guerre de cam- 
pagne était resté tationnaire. La France possédait des troupes d'élite ex- 
cellentes composées d'hommes habituésaux armes dès leur enfance, braves 
jusqu'à la témérité, et elle n'avait pasd'armées ; son infanterie ne se coin- 
po,ait que de soudoyers génois, brabançons, allemands, et de troupes irré- 
gulières des bonnes villes, mal afinCs, n'a'ant aucune notion des manoeu- 
vres, indisciplinéês, plus êmbarrassantes qu'utiles dans une action. Ces 
troupes se débandaient au premier choc, se précipitaient sur les réserves 
et mettaient le désordre dans les escadrtns de gendarmerie . Le passage 

,léfendues par «les ouxraes avancés et doux [o111 barlongues; en A, est le donjon 
entt, uré d'un mur d'enceinte particulier» d'une chemise B et précédc d'un chàtelet. Un 
très-large f«sse rexëtu, C, pn,tégc ce donjon. En K, sont les fossés de l'enceinte, dont la 
contrescarpe est également reètue et l'a toujours é/é. F est la chapelle, et G le tres«,r; 
D, le pont qui donne accès au donjon. H et I, des logements et ccuries. (Voy. l'ues «les 
maiso, ç royales et cilles, lsraël S.vlvestre, in-P.  Nous n'axons extrait du plan d,,nné 
par Israi)! que les co,structions anterièures au xvt" siècle; il devait, pendant les xv e et 
xv e siècles, en exister beaucoup d'autres, mais nous n'en connaissons plus ni la place ni 
la forme.) 
t Le petit c6té du parallélogramme de l'enceinte, compris la saillie des tours, a 
o12 m/_.tres. 
OE « Il n'est nul home, tant fut présent à celle journée (de Créc.v), ni eut bon loisir 
« d'axiser et imaffiner toute la besogne ainsi qu'elle alla» qui en sçut ni put imaginer» ni 
« recorder la x6ri/é» espécialêment de la partie des Frant;ois, tant .v eut pwre arro.v et ordon- 
, nance en leurs com'ois; et ce que j'en sais» je l'ai sçu le plus par les Anglois, qui imaginè- 
« vent bien leur convenant, et aussi par les gens de messire Iean de Ha.vnaut, qui fut touj,urs 
, de-lez le roy de France. Les Anglois qui ordonnés étoient en trois batadles, et qui séoieat 



-- co5- [ ,CmTC:S ] 
de Froissart que nous donnons en note tout au long, fait comprendre 
ce qu'était pendant la première moitié du x!v  siècle une armée fran- 
çaise, et quel peu de cas la noblesse faisait de ces troupes de bidauds, 

t(jus à terre tout bellement» sitSt qu'ils irent les François approcher, ils se levèrent 
« moult ordonnément, sans nul effroi, et se rangèrent en Leurs batailles (di'isions), celle 
« du prince to,t dexant, leurs arct, ers mis en manière d'une herse » (formant une ligne 
dentelée de manière à ne pas se gëner les uns Les autres pendant le tir), « et les gens 
« d'armes au fond de la bataille. Le conte de Narhantonne et le conte d'Arondel et leur 
t« bataille, qui faisoieat la seconde, se ten«ient sur aile bien ordannement, et aisés et 
« pourvus pour conforter le prince, si besoin Coit. Vous devez sa,)ir qud ces seigeurs, 
« rois, dues, contes, barons françois, ne inrent mie jusques là t,us ensemble, mais l'un 
« devant, l'autre derrière, sans arro" et sans ordonnance. Quand Le roi Philippe ",lut jus- 
« ques sur la place oit les Anglois Croient prës de là arrëtés et ordonés, et il les -ist, 1 
« san lui mua, car il Les héoit; et ne se fut adonc nul|ment refréné i abstenu d'eux 
« combattre, et dit à ses mareschaux : t, Faites passer nos Genne',ois dcxant et c»mmencer 
« la bataille,au nom de Dieu etde monseigneur saint De».xs. » Là axoit de cesdits Gennevoi 
« arbalétriers, en'iron quinze mille qui eussent eu aussi cher néant que commencer 
« adoac La bataille; car ils Arotent durement las et travaillés d'aller à pied ce jour plus 
« de six lieues, tous afinC, et de leurs arbalres porter; et ,lirent ad,me à leurs 
« courtCables qu'ils n'Cotent mie adonc ordonnés de faire gran,l exploit de bataille. 
« Ces paroles ",'olèreut jusques au conte d'Alençon, qui en fut durement courroucé et dit. 
« On se doit bien charger de telle ribaudai|le qui raillent au besoin ..... » 
«. .... Quand les Gennexois furent tous recueillis et mis ensemble, et ils durent appro- 
t cher l:urs ennemis, ils commencèrent à crier si très-haut que ce ht merveilles, et le 
« firent pour ébahir les Anglois : mais les Anglois se tinrent tous cois, ni oncques n'ch 
t« firent semblant. Secondement encore crièrent eux aussi, et puis.,alièrent un pe.tit pas 
« en avant : et les Anglois restoient tous cois, sans eux mouxoir de leur pas. Tiercemcnt 
« encore crièrent m,_,ult haut et mouit clair, et passèrent a;ant, et tendirent leurs arba- 
« lètres et commencèrent à traire. Et ces archers d'Anzlct¢rre, quand ils xirent cette 
te ord,nnance, passèrent un pas en aant, et puis firent v,,ler ces sagettes (le ..-rand'façon, 
t« qui entrèrent et descendirent si ouniement sur ces Gennt.vois que ce s«ml,l,,it neige. 
t« Les Geanevois, (lui r,'avoicnt t, as appris à trouver tels archers qui sont ceux d'Angle- 
«terre, quand ils sentirent ces sagettes qui leur p«rçoient bras, tètes et lan-lèxre 
« (le visage), furcttt tantost déconfits; et coupèrent les plusieurs les cordes de leurs arcs et 
t« les aucuns les jetoient jus : si se mirent aisi au retour. 
« Entre eux et les Frantois avoir une grand'-haie de gens d'armes, m,ntés et pards 
t« moult richement, qui regardoient le conenant des Gennevois; si que quand ils cuidèrent 
t« retourner, ils ne purent, car le ro.v de France, par grand mautalent, quand il vit leur 
« povre arr,y, et qu'ils ddconfisoiênt ainsi, commanda et dit : « Or tSt, ruez toute cette 
t« ribaudaille, car ils nous empeschent la voie sans raison. » Là  issiez gens d'armes en tous 
« lez entre eux férir et frapper sur eux, et les plusieurs trébucher et cheoir parmi eux, 
« qui oncques ne se relevèrent. Et toujours traioient les Anzlois en la plus grand presse, qu 
« rien ne perdoit de leur trait; car ris empalloient et l'esoient parmi le corps ou parmi 
« les membres genz et chevaux qui là chéoient et trebuchoient à grand meschef, et ne 
«, pouvoient ëtre relevés, si ce n'croit par force et grand'aide de gens. Ainsi se commença 
« la bataille entre Bro)'e et Crdcy en Ponthieu, ce samedi à heure de xespres. » (Froissart, 
Bataille de Crdcy, chap. cctxxxvlt.) 



[ ARCHITECTURE ] ----396-- 
de 6rigands', d'arbalétriers génois, de l'infanlerie enfin. Les Anglais 
commencèrent à cette époque à mettre en ligne une nfanterie nom- 
breuse, disciplinée, exercée au tir de l'arc: -, se servant déj& d'armes à 
feu a. La supériorité de la chevalerie, jusqu'alors incontestable, était 
à son déclin; la gendarmerie française ne fit en rase campagne que se 
précipiter de défaite en défaite ; jusqu'au moment où du 6uesclin orga- 
nisa des compagnies de fantassins aguerris et disciplinés, et par l'ascen- 
dant de son mérite comme capitaine, parvint à mieux diriger la bravoure 
,le sa chevalerie. Ces transformations dans la composition des armées, 
et l'emploi du canon, modifièrent nécessairement l'art de la fortification, 
lentement il est vraï, car la féodalité se pliait difficilement aux innoxa- 
tion dans l'art de la guerre; il fallut qu'une longue et cruelle expérience 
lui apprit à ses dépens que la bravoure seule ne suffisait pas pour gagner 
des batailles ou prendre des places; que les fortes et les hautes murailles 
de ses chlteaux n'étaient pas imprenables pour un ennemi procédant 
avec méthode, ménageant son monde et prenant le temps de faire des 
travaux d'approche. La guerre de siCe pendant le règne de Philippe de 
Valois n'est pas moins intéressante à étudier que la guerre de campagne; 
l'organisation et la discipline des troupes anglaises leur donnent, une supé- 
riorité incontestable sur les troupes françaises dans l'une comme dans 
l'autre guerre. A quelques mois de distance, l'armée française, sous les 
ordres du duc de Normandie , met le siége devant la place d'Aiguillon, 
située au confluent du Lot et de la Garonne, et le roi d'Angleterre assiége Ca- 
lais. L'armée française, nombreuse, que Froissart éva!ueà près de cent mille 
hommes, composée de la fleur de la chevalerie, après de nombreux assauts, 
des traits de bravoure inouïs, ne peutentamer la forteresse; le duc de Nor- 
mandie, ayant déj'à perdu beaucoup de monde, se décide à faire un siége 
en règle: « Lendemain (de l'attaque infructueuse du pont du ch;tteau) 
,, vinrent deux maitres engigneurs au duc de Normandie et aux seigneurs 
,, de son conseil, et dirent ,lle, si on les vouloir croire et livrer bois et ou 
« vriers à foison, ils feroient quatre grands kas » forts et hauts sur quatre 
« grands forts nefs et que on méneroit jusques aux murs du ch'tel, et 
« seroient si hauts qu'ils surmonteroient les murs du chateau. A ces paroles 
« entendit le duc volontiers, et commande que ces quatre kas fussent faits, 
« quoi qu'ils dussent coter, et que on mit en œuvre tous les charpentiers 
« du pays, et. que on leur pay't largement leur journée, parquoi ils ouvris- 
« sent plus volontiers et plus appertement _.e quatre kas furent faits à 
« la devise  et ordonnance des deux maitres, en quatre fortes nefs ; mais 

Ainsi 

nommés parce qu'ils 

portaient une casaque appelée brigantine. 
l'avenir de l'artillerie, par le prince 

Voyez Études sur le t, assé et 
Bonaparte, t. I er, p. 16 et suiv. 
A Crécv. 

Fils de Philippe de Valois» le 

roi Jean, 
La suite de la narration indique que ces 
Conformément au projet. 

6 

pris à Poitiers. 
kas étaient des beffrois ou 

Napoléon-Louis 

chas-chateils. 



« on y mit longuement, et cotera randsdeniers.Quand ils furent parfaits, 
« et les ens dedan entçé qui à ceux du chtel devoient combattçe, et 
« ils euren passé la moitié de la rivière, ceux du ch'te! firent descliquer 
« quatre martinets  qu'ils avoient ouvellement fait ïaire, pour remédie 
contre les quatre kas desus dits. Ces quatre martinets jetèrent si çoses 

« 

pierres et si souvent sur ces kas, qu'ils furent bientôt dél)risé», et i 
froissés, que les gens d'armes et ceux qli les eonduisoient ne se purent 

dedans garantir. Si les convint retraite arrière, aînçois q'ils fussent 
outre la rivière; etên fut l'un effondré au fond de l'eau, et la plus grande 
partie de ceux qui étoient dedans noyés; dont ce fit pitié et dommage : 
car il y avoir de bons chevaliers et écuyers, qui grand desir avoiet de 
« leurs corps avancer, pour honneur acquêrre"-. » Le due de N«,rmandiê 
avait juré de prendre Aiguillon, personne dans son camp n'osait parler de 
déloger; mais les comtes de Ghines et. de Tancarville allèrent trouver le 
roi à Paris. « Si lui reeordèrent la manière et l'Cat du siCe d' iguillo, 
« comment le duc son fils l'avoit fait assaillir par plusiers assauts, et 
« rien n'j: eonquéroit. Le roi en fut tout énterveillé, et tre remattda point 
«adone le duc son fils; mais voul,fit bien q'il se lint encore devant 
« Aiguillon, jusques ,à tant qu'il les eflt contraints et eolluis par la 
« famine, puisque. Far assaut n" les pouvoir avoir., 
Ce n'est pas avec cette léméraire imprévoyance que procède le roi d'A n- 
gleterre. 11 débarque à la Hogue, à la t0te d'une armée peu nombreuse, 
mais disciplinée; il marche'à travers la Normandieen ayant toujours le on 
de flanquer le gros de son armée de deux corps de tr«,upes légères com- 
mandées par des eapitaines connaissant le terrain, qui battent le I,a) à 
droite et à gauche, et qui chaque soir x iennent camper autour de lui. Sa 
flotte suit les e6tes parallèlement à son armée de terre, de manière à lui 
ménager une retraite en cas d'échec; il envoie après cha,Iue prise lansses 
vaisseaux les produits du pillage des villes. I arrive aux portes de Paris, 
continue sa course victorieusêjusqu'en Pieardie;là il est enfin rejoint par 
l'armée du roi de France, la défait à Créey, et se présente devant Calais. 
« Quand le roi d'Anglêterre fut venu premièrement devant la ille de C- 

lais, ainsi que celui qui moult la desiroit conquérir, il assiégea par grand'- 
manière et de bonne ordonnance,et lit batir et ordonner entre la ville et 
la rivière et le pont de Nieulay h6tels et maisons, et charpenter de gros 
merrein,et couvrir les dites maisons qui étoient assiseset ordonnée..,par 
rues biett et faitieement, d'estrain a et de gents, ainsi comme s'il dùt là 

Engin à conlre-poids propre 
Froissart, chap. CCLXtt, édit. 
De chaume. 

à lancer de grosses pierres. 
Buchon. 

demeurer dix ou douze ans; car telle Coit son intention qu'il ne s'en 
partiroit, par hiver ni par été, tant qu'il l'e0t conquise, quel temps ni 
quelle pointe il y dt mettre ni prendre. Et avoir en cette neuve ville 
du roi toutes choses néeessaires appartenant 'a un ost, et plus encore, et 
place ordonnée pour tenir marché le mercredi et le amedi  et là étoient 



[ ARCIIITECTU ] --- 398 --- 
« merceries, boucheries, ballade draps et de pain et de toutes autres né- 
« cessi" t .. 
tes, et en recouvroit-on ton aisément pour son argent; et tout ce 
« leur venoit tous les jours, par mer, d'Ang!eterre et aussi de Flandre, 
« dont ils étoient confortés de vivres et de raarchandises.Avec tout ce, les 
,, gens du roi d'Angleterre couroient moult souveat surle pays, en la comté 
« de Ghines, en Therouenois, et jusques aux portes de Saint-Omer et de 
« Boulogne ; si conqueroient et ramcnoient en leur ost gran4'foison de 
« proie, dont ils étoient rafraichis et ravitaillés. Et point ne faiso" ¢. oi ses 
« ge,s assaillb" ladite ville de Calais, car bien savoir qu'il y perdroit s " 
« et qu'il se travaillerot en vain. Si éparmaoit ses gens et son artillerie, et 
« disoit qu'il les affameroit, quelque long terme qu'il y dfit mettre, si le 
« roi Philippe de France derechef ne le venoit combattre et lever le siége.»" 
Maisle roi Philippe arrive devant Calais'à la tëte d'une belle armée: aussit6t 
le roi d'Angleterre fait munir les deux seuls passages par-lesquels les 
Français pouvatent l'attaquer. L'un de ces passages était par les dunes le 
long du rivage de la mer ; le roi d'Angleterre fait « traire toutes ses nages 

« et ses vaisseaux.par dexers les dunes, et bien garnir et fournir de bom- 
« ha " ' " ' " " 
rdes, d arbaletre, d archers et d esprmgale, et de telles choses par 

L9 
« quoi l'ost des François ne pot ni oslit par là passer. » autre était le pont 
Niêulay. « Et fit le comte de Derby son cousin aller loger sur ledit pont 
« de Nieulay, à grand'foison de gens d'armes et d'archers, afin que les 
« François n'y pussent passer, si ils ni passoient parmi les marais, qui sont 
« impossibles à passer. Entre le mont de Sangattes et la mer de l'autre 
« c6té devant Calais, avoit une haute tour que trente-deux archers anglois 
« gardoient; et tenoient là endroit le passage des dunes pour les Fran- 
« ç'ois; et l'avoient à leur avis  durement fortifiée de grands doubles 
,, fossés. » Les gens de Tournay attaquent la tour et la prennent en perdant 
beaucoup de monde; mais les maréchaux viennent dire au roi Philippe 
qu'on ne pouvait passer outre sans sacrifier une partie de son armée.('est 
alors que le roi des Français s'avise d'envoyer un message au roi d'Angle- 
terre : « Sire, disent les envoyés, le roi de France nous envoie pardevers 
« xousetvous signifie qu'il est ci venu et arrgté sur le mont Sangattespour 
« vous combattre; mais il ne peut ni voir ni trouver voie comment il puisse 
« venir jusqu'à vous; si en a-t-il grand desir pour désassiéger sa bonne 
« ville de Calais. Si a fait aviser et regarder par ses maréchaux comment 
« il pourroit venir jusques à vous; mais c'est chose impossible. Si verroit 
« volontiers que vous voulussiez mettle de votre conseil ensemble, et il 
« mettroit du sien, et par l'avis de ceux, aviser place là où l'on se prit 
« combattre; et de ce sommes-nous chargés de vous dire et requerre . » 
Une lettre du roi d'Angleterre à l'archevique d'York fait connaître 
que ce prince accepta ou parut accepter la singulière proposition du roi 
Philippe , mais qu'après des pourparlers, pendant lesquels l'armée assié- 

Contre leurs attaques. 
Froissart, chap. cccxvHt, édit. Buchon. 
Lc récit de Froissart n est pas conforme 

à la lettr du roi : d'après ce chroniqueur, 



geante ne cessa de se fortifier davantage dans son camp et de garnir les 
passages, le roi des Français délogea subitement et licencia son monde le 
'2. août 13h7. 
Ce qui précde fait voir que déjà l'esprit militaire se modifiait enOccident, 
el dans la 'oiê nouvelle les Anglo-Normands nous avaient précéd6s. A cha- 
que instant au xv « siècle, l'ancien esprit chevaleresque des Français vient 
se heurter contre l'esprit positif des Anglais, contre leur organisation 
nationale, ne déjà, et puissante par conséquent. L'emploi de la poudre 5 
canon dans les afinCs et dans les siges porta un nouveau et terrible coup 
à la chevalerie féodale. L'énergie individuelle, la force matérielle, la bra- 
voure emportée, devaient le céde bieat6t au calcul, à la prévoyance et à 
l'intelligence d'un capitaine secondé pac des troupes habituées à l'obéis-.' 
sance. Beçtcand du 6uesclia sert de transition eat'e les chevaliers des x  
et x « sècles et les capitaines habiles des xv" et xv  siècles. Il faut dire ' 
qu'en France, l'inféciorité à la.guerre n'est jamais de longue durée: une ha- 
lion belliqueuse par instinct est plut6t instruite pac ses revers encore que 
par ses succès. Nous avons dit un mot des défiaaces de la féodalité ri'an- 
çise à l'égard des classes inférieures, défiance qui était cause que dans 
les armées on préférait des soudoyers elrangers à des nationaux, qui une 
fois licenciés, ayant pris l'habitude des armes et du péril, se lrouvant cent 
contre un, eussent pu se coaliser contre le réseau féodal et le rompre. 
La royauté, genée par les priviléges de ses vassaux, ne pouvait direclement 
appeler les populations sous les armes; pour réunir une armée, elle con- 
roquait les seigneurs, qui se rendaient à l'appel du suzerain avec les 
hommes qu'ils étaient tenus de fournir; ces hommes composaient une 
brillante gmdarmerie d'élite suivie de bidauds, de valets, de b»igands, for- 
mant pltt6t un troupeau embarrassant qu'une infanlere solide. Le ro 
prenait à solde, pour combler cette lacune, des arbalétriers génois, bra- 
bançons, des corporations des bonnes villes. Les premiers, comme toule 
les troupes mercenaires, étaient plus prêts à pilier qu'à se battre pour une 
cause qui leur était étrangère; les troupes fournies par les grandes com- 
munes, turbulentes, n'aimant guère à s'éloigner de leurs foyers, ne devant 
qu'un service temporaire, profitaient du premier échec pour rentrer dans 
leurs villes, abandonnant la cause nationale, qui n'existait pas encore à 
leurs yeux par suite du morcellement féodal. C'est avec ces mauvais élé- 
ments que les rois Philippe de Valois et Jean devaient lutter contre les 
armées anglaises et gasconnes déjà organisées, compactes, disciplinées 
et régulièrernentpayées. Ils furent battus, comme cela devait être. Les 
malheureuses provinces du Nord et de l'Ouest, ravagees par la guerre, 
braiCs et pillées, furent bient6t réduites au désespoir:des hommes qui 
avaient tremblé devant une armure de fer, lorsque cette armure paras- 
sait-invincible, voyant la fleur de la noblesse française détruite par des 
archers anglais et. des coutilliers gallois, par de simples fantassins, s'af- 

le roi Édouard aurait refusé le cartel de Philippe, disant qu'il n'avait qu'à venir le trouver 
dans son camp. 



[ ARCHITECTURE ] --- /0(--- 

ruèrent à leur tour (que leur restait-il d'ailleurs?), et formèrent les 
terribles compagnies des Jacques. Ces troupes de soldats brigands, licen- 
ciées, ahandonnées à elles-mmes après les défaites, se ruaient sur les 
villes et les chateaux :« Et toujours gagnoient povres brigands, dit 

« lroissart, à dérober et piller villes et châtea.ux, et y conquéroient 
« s grand avoir que c'Coit merveille... Ils Cloient, telle fois étoit, et 
« bien souvent, une bonne ville ou un bon ch'tel, une journée ou deux 
« loin; et puis s'assembloient vingt ou trente brigands, et s'en alloient 
« tant de jour et de nuit, par voies couvertes, que ils entroient en celle 
« ville ou en cci ch'A(el que épié avoient, droit sur le point du jour 
et boutoient le feu en une maison ou en deux. Et ceux de la ville 
cuidoient ,Iue ce fussent mille armures de fer qui vouloient ardoir leur 
ville : si s'ênfuyoient qui mieux mieux, et ces brigands brisoient mai- 
sons, coffres ét écrins, et prenoient quant qu'ils trouvoient, puis s'en 
alloient leur chemin, chàrgés de pillage... Etre les autres, eut un bri- 
gand en la Languedoc, qui en telle manière avisa et épia le fort ch:ttel 

de Combourne qui ied en Li 
vaueha de nuit à tout trente 
chtel, et l'échellèrent et ,a 
on appelloit le vicomte de 

mosin, en très-fort pays durement. Si che- 
de ses compagnons, et vinrent à ce fort 
nèrent, et prirent le seigneur dedans que 
Combourne, et occirent toute la maisnée 

de léans, et mirent le seigneur en prison en son ch.tel mëme, et le tin- 
« rent si longuement, qu'il se rançonna à tout vingt-quatre mille écus 
« tous appareillés. Et encore détint ledit brigand ledit êhatel et le garnit 
« bien, et en guerroya le pays. Et depuis, pour ses prouesses, le roi de 
« France le voulut avoir de-lez lui, et acheta son ehatel vingt mille écus; 
« et fut huissier d'armes du roi de France, et eut grand honneur de-lez le 
« ,'oi. E Coit appellé ce brigand, Bacon. Et Coit toujours monté de bons 
« coursiers, de doubles roncins et de gros palefrois, et aussi bien armé 
« comme ,n comte et v?tu très-richement, et demeura en ce bon état 
« tant qu'il vesqui . » Voici le roi de France qui traite avec un soldat de 
fi»rtune, lui d,,nne une position supérieure, l'attache à sa personne : le roi 
fait ici pour la défense du territoire un grand pas; il va chercher les de- 
fenseurs du ,ol en dehors de la féodalité, parmi des chefs sortis du peuplê. 
C'est avec ces compagnies, ces soldats sans patrie, mais braves, habitués 
au métier des armes, avec ces routiers sans foi ni loi, que du 6uesclin 

xa conquérir une à une toutes les places fortes 
des Anglais. Le malheur, le désespoir, avaient 
les paysans eux-mëmes tenaient la campagne et 

tombées entre le mains 
aguerri les populations ; 
attaquaiënt les ehteaux. 

Pour conquérir u»e partie des provinces françaises, les Anglais n'avaient 
à lutter que cet;tre la noblesse féodale; après avoir pris ses ch'teaux 

et, domaines, et ne trouvant pas de peuple 
dans leurs places fortes que des garnisons 
ques armures de fer soutenues d'un petit 
pensaient que la 

sous les armes, ils ne laissèrent 
isolées, peu nombreuses, quel- 
nombre d'arehers :les Anglais 

noblesse féodale française sans armée ne pouvait, malgré 

i Fro issart, chap. cccxxtv édit. Buchon. 



 bravoure, reprendre ses ch'ateaux. Gva,lc fut aussi la surprise des 
capitaines anglais quand, à quelques anées d'intervalle, ils se trouvè- 
rent assaillis non plus seulement par ne brillante chevaler:,e, mais par 
des troupes intrépides, disciplinées pendant le combat, obéissant aveu- 
glément "à la x'oix de leur cher, ayant foi e son «,»rage et en s«m éloil«, 
se battant avec sag-froid et posé,lant la ténacité, la patience et l'expé- 
fiente de xieux soldats '. La féodalit] avait, dès la tiu du xx  siècle, 
son réle militaire comme elle avait joué son réle politique. Son prestige 

I Nulle place forte ne résistait à du Gesclin ; il savait enlra;ner ses sol,lats et prenait 
presque fautes ]es villes et chàteaux en bru..qluant les attaque., il avait compris que les 
firtifications de sot temps ne pouvaient résister ci utte atta«lue conduite sans lésitatiot|s» 
avec 'iueur et promptitude. Il donuait l'assaut en jetant tn ,-,-fatal tt«tttbre de solda.ts 
hra,.es et bleu armés, munig de fascine. et ,l'éch,.iles, sur tttt lmittt, les faisait appuyer 
par cit. «mbreu' arbalétriers et ateliers c_m,,t.rts, et fornaut uue coltmtm d'attaque 
d'hommes dévoués» il perdait ptu de re,noie en agissant a,.ec ,.-igueur et prmnplitle. Au 
siCe de Guing«nnp : 

Des arbres el de boiz et ,te lr, vi«.«,»s r;,mez 
Ont les fics n.,saillants ,'e,,,p{iz le g,;ms fosçez ; 
En .!1. lieox ou en plus et de merrier) ra»ez. 
A la porte est 'enus Berl'att ri 
gel eriot bault : « Gesclin ] or Io»l les-os montez! 
Il eon'ient que je soie là dedens estelez. 
Eschieiles ont dr&les co,u»e fiers , t osez; 
Là .cissez monter celle geus barriez 
Et i,orter sur leur chier gra,s iui,, qui sont bendez. 
Fee»tr«s et escuç q«i estoient ne'ez, 
l'out la ,oube des i,ieres ,lui giétent 
Cilz qui firent de,lens furent esp,aez 
Aux créna,x »e s'osoient aloflSIlel', ce 
Pour le trait qui xenoi q»i doit eslre doubtez. 
Li chaslelains esloit e,, oo donjon 
Et regarde asailhr ces bomjois alostz, 
Qui d'assaillir estoient lellement escha,fz 
Qu'il ne doublent la mort la mu»te de .ll. dez. 
(Chro,que de Be't'and du t;,es«lin, wr 

Dt Guescli n'cml:loyait pas ces tours mol,lies, ces moyes le,ts, lispcJ,lieux et dilfi,'il,_.. 
d'attaque : il ne se servait guère que des engins trensifs; il empl,,yait la mine, la sape, 
et c'était toujours aec cette actb.ite, cette promptitude, cette abondance de ressources 
êt ce soin dans les menus details ,.lui caracterisent les grands capitaines. 

Il investit le d,.mjon de 3leulan : 

Li chaslelains esloit en sa tour demourant • 
Si l'ort eoit la tour qm n'aloit riens ,toubtant. 
l:¢ieu pom,,eu furent ens ou lamps de devant, 
De pain, de char salée et de bon ri, riant 
Pour ,ix're .XV. mois ou plus (.n .|. lenant. 
Bertran en est niez au clastclai parler, 
Et Il reqoist la roof, qui Il ,'cille Ils-ter, 
Et qui la rende a, duc, qui tant fat à ioer. 
• Tout sauemert dit-il, je vous lerai nier. » 
Et dis! Il chaslelains : « Foi que dol S. Orner! 
Ainçois qu'en cest« tout" ous puissiez ho:te/er, 

51 



[ RfittITECTI_'RE ] --- /0 ---- 
était détruit, et Charles YII et Louis XI curent de véritables arm!es 
régllières. 
Si nous nous sommes 5tendu sur cette question, c'est qu'il nous a paru 
nécessaire de faire connaître les transformations par lesquelles l'art (te la 
guerre a dû passer, afin de pouvoir rendre compte des différents »ystèmes 
de défense qui furent successivement adcpés du x" au xv  siècle. Il n'est 
pas besoin de d(montrer tout ce qu'il y a d'impérieux dans l'art de la 
fortification ; ici tout doit êlre sacrifié au besoin de la défense, et cepen- 
dant telle était la puissance de la radition tëodale, qu'on emplom 
longtemps, et j.,_-qu'5 la in du x'v  siècle, des formes, que l'on conserve 
de» dispo»itions qui ne se trouvaient nullement à la hauteur des nou- 
veaux moyens d'attaque. C'est surtout aux fortifications de ehSteaux que 
cette observation 'appliquê. La féodalité ne pouvait se résoudre à rem- 
placer ses hautes tours par des «uvrages bas et étendus;pour elle, 
le grand donjon de pierre dpais et bien fermé était toujours le signe de- 
la force et de la domination. Aussi le chteau passe-l-il brusquement, 
al XVl e siècle, de la fortiticalion du moyen ',ige à la maison de plaisance. 
Il n'en est pas de même pour les villes. Par suite de ses désastres, la 
gendarmerie tt'ançaise perdait peu ' peu de son ascendant. Indisciplinée, 
mettant toujours l'intérOt féodal avant l'intérèt national, elle en était, 
pendant les guerres des xv'- et xv  siècles, h jouer le r61e de partisans. 
surprenant des chteaux et des villes, les pillant et brùlant, les perdant 
|ê lendênain; tenant tantôt pour un parti, tant6t pour un aut,:e, suivant 

Vous conviendra, je crut, aprendre à haut voler• 
Bertran du Guesclin fist fort la tour assaillir; 
Mais asut ne les fisl de rien nulle esbahir : 
Bien furent pourvéu pour longuement tenir. 
Adonc fist une mine et les ttJineurs fouir, 
Et les fais,,it garder, c'on ne les puit honnir ; 
Et les m,neurs penserenl de la mine fornir, 
La terre font porter et la ri,inc te,,ir, 
Si que cil de la tour ne les purent véir. 
Tant ,uinerent adonc, ce sachiez sans faillir, 
(due par-desoubz les murs pueent bien a,-enir. 
Dessouz le fondement font la terre ra,'ir, 
A fors eschanleilhms (élançons) la firent sou»tenir, 
Grans, baux, fors et/,esans y uni fait establir. 
Dont ,inrent Il mineur sans point de l'alentir, 
Et diren! à P, erlran . • Quand vous arez ,lcsir, 
Sire, nous vous ferons cesle tour-ci chéir. 
--- Or tu:t, ce dit Bertran, il me ,lent à plaisir; 
Car puis qne cil ledens ne veulent obéir, 
il est de raison c'on les face morir. 
Li mineur ont boulé à fore» et à bandon 
Le feu dedens la mine, à lors division. 
Li bois lu Ires-bien oint de graisse de baron 
Et l'cure qu'il fut ars, si con dit la chançon, 
Chei la haute tour ains qu' .l. coron. 

.,Chronique àe Bertra du C, uesclin, vers 3956 O ,v ) 



qu'elle y trouvait sort intrît du moment. Mais les corporations des 
toonne» villes, qui ne savaient pas se battr à l'poque d la conqut 
d'Édouard III, sëtaient aurries; plus discplines, plus braves et mex., 
armées, elles présentaient déjà. à la tin du xv siècle des troupe as,oz »olide.s 
pour qu'on pùt leur confier la garde de postes importants . Vers le ni- 
lieu de ce siëcle, on avait déjk fait emploi de bouches à feu, soit dans le 
batailles l'anée, s,it dans les siAgés '-'. Ge nouveau moyen de destructi-n 

t C'est surtout pendant le xtv e sibcle que s'organisèrent d'une maqière régdière les 
corporatiots d'arbalétriers et d'archers dans les ,illes «lu Nord. Par une ordonnance datée 
du mois d'aofit 1367, Charles V institue une connétatiie «nu compagnie d'arbalétriers dates 
la ville de Léon. l.e roi n,,mma pour trois ans Michauld de La'.al contétable de cette 
compagnie. « Dans la suite », dit l'article 1 er de cttte ordotnance, « les arbalestricrs 
« esliront de trois en trois ans utt connestable à la pluralité des oix. Michaul,l de, Laal 
« a,,ec le conseil des cinq ou six des plus experts au jeu de l'arbalestê, ch«isira les 
« vitg't-cinq arbalestriers qui doivent conposer la compag'niê. Les arbalestriers obéiront 
«au connestable» dans ce qui reguarde leurs fonctions, sous pôiue d'une amettde de 
« six sols. » 
L'article .'2 porte : « Le roi retient ces arbale«triers à «o» «ervie,', et i les met sous 
« sa sauve-g'arde. » -- Suivent «les articles qui étahlisseut certains çriiiëes en faeur 
de l companie tels que l'exemption de tous imp6ts et ta:.iles, 5 l'exception « de l':ride 
« establie pour la rançon du roi Jean ». 
Le mème roi instit«e une compa,ie de îngt arbalétriers à 
En 160 est organisée "h Paris }a corporalion des arbaletriers au ombre de dcu 
cents; par une ordonnance datée du 6 no,etnbre t373, Charles V fixe ct. tombre à Iuit 
cents. Ces arbalétriers qui appartenaient à la classe bourgeoise et ne faisaient pas leur 
métier des armes, ne pouvaient quitter leur corporation pour servir dans l'armée ou ail- 
leurs sans l'autorisation du pré,ét de Paris et dtt prévét des marchands. Lorsquo ces ma- 
gistrats menaient les arbalétriers faire un ser',ice hors de la banlieue de Paris, hommes 
et chevaux (car il y avait arbalétriers à cheval et à pied) étaient nourrir; chaque .homnie 
percevait en outre trois sols par jour, leur conaëtable louchait cinq sols aussi per jour : 
le tout aux frais de la ville. 
Par lettres patentes do. t2 juin lt l 1» Charles VI ordonna qu'une confrérie d'arch.rs, 
composée de cent vingt hommes» serait établie i Paris; qtt¢ ces cent ingt archers seraient 
choisis parmi les autres archers «lui existaient déjh ; que cette confrcrie serait specialement 
chargëe de garder la personne du roi et de la défeuse de la x ille de Paris .... 
Charles Vil, par lettres patentes du 22 avril t_ttrzS, institué les fi'ancs-archer.ç pour 
serir en temps de guerre. Pour la formati«»n de ce corps pri,ilégie, on choisit dns chaque 
paroisse des hommes robustes et adr«its, pris parmi les habitants aisés, parce que 
francs-archers Calent obligés de s'équiper à leurs frais ou, à défaut, aux dépens de la 
paroisse. Le chiffre du contingent était à peu près d'un h,,mme par cinqu.ante feux. 
(Recherches histor, sur les corporat, des archers., des aréaletriers et des arguebusters , 
par Victor Fouque. Paris, 185'2..) 
 L'armée anglaise aatt du cann à la bataille de Crécy. Dès !32fi, la  ille de Florence 
Lisait faire des carie, us de fer et de nétal (Bibl. de l'École «les cho»'t,'.¢, t. VI. p. 50). 
En t339, dêu, chevaliers, les sire de Cardilhac et de Bleuie, reçoi,,ent du maitre des 
arbalétriers de la ville de Cambrai « dis canons, clinq de. fer et chinq de métal » (proba- 
blement de t'er forgé et de métal fondu), « liquel sont tout fait don commandement doudit 
« maistt:e des arbaletriers par nostre main et par nos feu.s, et qui sont eu la garde et ca 



[ ARCIIITECTURE 
j --- h0 --. 
,levait changer et changea bient6t toutes les conditions de l'dtaque et 
,le la défense des places. Peu importante encore au commencement du 
xv  siècle, l'artillerie h feu prend un 7rand dévelappement vers le milieu 
de ce iècle. « En France », dit l'illustre auteur déjà cité ', « la guerre de 
« l'indépendance contre le, Anglais avait réveillé le génie guerrier de la 
« nation, et non-seulement l'héroïque Jeanne Darc s'occupait ëlle-mème 
« «le diriger l'artillerie -; mais deuxtlommes éminents sortis dtt peuple, les 
« trère Bureau, apportèrent tous leurs soins à perfectionner !es bouches 
« à R.I et à la codite des siéges. Ils commencèrent à employer, quoique 
,, en petit nombre, les boulets de fer au lieu des boulets de pierre a, et 
« alors ln projectile lu mème poids occupant u pls petit valume, on 
 put lui dolner une plu,; grande quantité de m,lvement, parce que la 
« pièce, a.xant un nmindre calibre, offrit plus de ré.-i..,tance à l'explosion 
. le lat poudre. 
,, Ce boulet plus dur ne se brisa plus et pt pénétrer ,lan.: la na,:on- 
,, nerie ; il y eut atvantage à augmenter -a vites,e en diminuant sa masse : 
« les bambardes devinrent moins lourdes, qu,_,ique leur etfet fût rendu 
« plus dangereux. 
« Au lieu d'élever des bastilles tout autour de la ville . les assiégeants 
« élablirent devant les grandes f,:,rtere,es an parc entouré l'n re/tan- 
« chement .,itué lans une position cetrale, hors de la portée du canon. 
, De ce point, ils eonduisiret un «u deux boyaux le tranclée vers les 
« pointes où il,; placèrent leurs batteries »... Nous somme arrivés au mo- 

« la defferlse «le la ville (le Cambray. » (O,'i(jinal parchemin, parmi les titres s«ell,;s ,le. 
'llll''l'lllIt, l(ll.llt,t ll--Ill XXViq', fol, 18ï.5. Bibi. «le t r-.o«e ([e chartes, t. VI, p, 5 t.) « ., Plltir « sali»ëtre et suffre  iz et sec achetez p«,ur les canons qui sont à Cambray, onze livres quatre 
« soolz 111. den. tour,mis. » (l&d. ,'o}ez larti:lê de 51. La.cabane, ,nème vol., p. 
 Etudes sur le pa.ç.¢d et çarenir de lartillerie, par L. Napoleon Bonaparte t. II, 
1'. 96. 
 Déposition du duc d'Alênçt, n. (Miclelet, tli«t. ,le Fra,ce, t. V» p. 99.) 
 Les trdbucbets, pierriers, ma»gon»eaux, lançaient des boulets de pi¢rre; il était 
aturel, l«rsqu't,n changea le madé de pr«,jêction, de conserver le projectile. 
a Vaycz le siege d'Orléane en 128. Nous reettons sur les travau exécutés par les 
çnlais paur battre et blaquer la ville (vo. SEUE). 
S Au siCe de Caên, en 150 : « Puis après on commen¢a du costd de mo.seigneur le 
t conuestable h faire des approclcs eouvertes et descouvertes, dent le Bourgeois en con- 
« duisait une, et nessire Jacques de Chabannes l'autre; mais celle du Bourgeois fut la 
« premiere à la muraille, et puis l'autre arriva, et ïut minée 1« muraille en l'endroict. 
« En telle ,naniere que la ville eut estd prinse d'assault, si n'eust cté le roy, qui ne le 
,, vulut las, et ne voulut bailler nulles bambardes de ce casl6; de peur que les Brelons 
« n'assaillissent. » (H£st. d'Arlu Iil. d»c de Bretaine et connest, de France de nouceau 
,n'e en lumiè,e» par T. Godefro-, 16 .» 
Au si6ge ,l'Orl6ans, I h29 : « Le jeu,ty troisiesme jour de mars, saillirent les François, 
« au m.ti, cantre les Angloi faisant pour lors un foss6 pour aller à couvert de leur 
, boleert de la Croix-Baissée à Saint-La, Ire d'Orléans, afin que les Fra,ç,,is ne les 
«, pts»eut eoir ne grccr de canon et bombardes. Celle saillie fist grand dommage aux 



---- [103 -- [ ARCIIITECTUIE 
ment où les tranchées furent employées er, mme moyen d'approche con- 
curremment avec les couverts en bois... Aux frère Bureau revient l'hon- 
neur d'avoir les premiers fait l'empl,)i le pls jdicieux de l'artillerie 
feu dans les siéges. De sorte que les obstac|es tombèrent devant ex, 
murailles frappéesne résistaientplus à lers bc,lets et volaient e é('lats. 
Les villes que défendaient les Agais et q'il. avaient nis de moi 
entiers à assiéger lors de lever invasions, furent enleee -a-s en pe de semai- 
nes. Ils avaient employé quatre mois à assiéger Harlleur, e I hhO', Iit 
mois "à. assiéger Rouen, en 1618 ; lix mois à s'emparer le Cherborg, e 

(( 
(( 
(( 
(( 

toute la ('onqzëte de la N,jrmandie. qJi obligea 
siéges, fut accomplie par Charles VIl en un an 

rcéê 

thlS, tandisqu'en lb50, 
à entrepcettdre soixante 
et six jours . 
« L'infl,,ence morale exe par la grosse artillerie est ,levenue si 
grande, qu'il suftit de son apparition pour faire re,idre les villes. 
« Disons-le donc en l'honneur de l'arnte, c'est atttatt a,tx icogrès de 
l'artillerie qu'à l'héroï«me de Jeanne Date, q,e la Fr«,nce est redevable 
d'avoir p secouer le joug ëtranger de 1828 .:t '150. Car, la crainte que 
les grands avaient du peuple, les dissensions de,,_ nobles, eu.-_set peut- 
gtre amené la ruine de la France, si l'arlillerie, tabilement conduite, ne 
fùt venue donner al pouvoir royal une f,»rce novelle, et lui f,»urnir 
à la foi.-, le moyen de repousser les ennemis de la Frace et de détruire 
les chàteaux de ces seigneurs féodaux qui n'avaient p,»int le patrie. 
« Cette période de l'histoire signale une ère nouvelle. Les Anglais ot 
été vaincus par les armes à feu, et le roi, qui a reeonqui. son trSnê avec 
des mains plébéiennes, se voit pour la première fois à la t0te de forces 
qui n'appartiennent qu'à lui. Charles VIl, qti nagtère empruntait au,: 
villes leurs canons pour faire lessiéges, possède une artillerie assez 
nombreuse pour établir des attaques devant plusieurs places à la fois, 
ce qui excite à juste titre l'admiration des contemporains. Par la erC- 
lion des compagnies d'or(l,)nance et par l'établissement des francs- 
archêrs, le roi acquiert une cavalerie et une int'anterie indépendantes 
de la noblesse... » 

« Anglois, car neuf d'eux y furent prins prisonniers ; et outre, en y tua Maistre-Jean d'une 
« cou|e,,-rine ciq h deux coups. » (Hist. et discours du siCe qui fut »ds devant la ville 

Cherbourg. 
de l'autre. 

d'Orléans, Orlëaus, 161 t.) 
t « .... Et fut mi.,; le siége à 
tt pi m¢mseigneur de Clerm»nt 

Et se logea mon dict seig'neur d'un costé, 
Et l'admiral de Coiti'i, et le marqal, et 
« Joachim de l'autre costé devant une porte. Et y fut le siAge bien un mois, et .v furent 
« rompues et empirées neuf ou dix bombardes que grandes que petites. Et y inrent les 
« Anglois par mer, cuire autres une grosse nef nommée la nef Henry, et y commença 
« un peu de mortalité, et y eut monseigneur bien à souffrir, car il aoit toute la charge. 
« Puis feit mettre q,tatre bombardes devers la mer en la grëve quand la mer estoit retirée. 

« Et quand la mer vcnoit toutes les bombardes esioient couvertes., manteaux et foui, et 
« estoient toutes chargées et el telle manière habillêês, que dès ce que la mer estoit rêtirëe, 
« on ne f, isoit que mettre le feu dedans, et faisoient aussi bonne passee cotnme si elles 
t,. eussent esté en terre ferme. » (Hi«l. d'Artv.. 11I, etc., p. 



[ ,,.nCntTr'.CTrV. ] .-- h06 -- 
L'emploi des bouches  feu dans les siéges dut avoir pour premier 
ésultat de faire supprimer partout les hourds et bretches de bois, et 
!ut cortribuer à l'établissemet d m',tchicoulis et parapets crénêlés de 
pierre portés sur corbeaux en saillie sur le nu des murs. Car l.es premières 
bouches à feu paraissent être souvent employées non-seulement pour lan- 
cer des pierres rondes en bombe, comme les engins à contre-poids, mais 
aussi des projectiles incendiaires, des barillets contenant une composition 
intlammable et détonante, telle que le feu grégeois décrit par Joinville, et 
connu dès le XII e siècle par les Orientaux. A la fin du xv  siècle et au com- 
mencement d xv *, les artilleurs emploient déjà les canons à lancer des 
boulets (le pierre, de pl,»mb ou de fer horizontalement; on ne s'attaque 
plus alors sellement aux créneaux et aux défenses supérieure., des mu- 
railles, nais on les bat en brèche à la base; on établit de véritables batte- 
ries de siégc. Au siégê d' rléan., en 1_t'2_8, les Anglais jettent dans laville, 
avec leurs l)omt»ardes, un nombre considérable de projectiles de pierre 
qui passent par-dessus les murailles et cïèvent les toits des maisons. Mais 
du c5té (les Français on trouve une artillerie dont. le tir est (le plein fouet 
et ili cau.e de grandes pertes aux assiégeants : un boulet tue le contre 
de Sali,l»ury qui observait la ville par l'une des fenëtres des tournelles '. 
C'e:t 1111 hmme sorti du peuple, maitre Jean, Lorrain, qui dirige l'artil- 
lerie de la ville. 
Po,: a.iéger la ville, les Anglais suivent encore l'ancien système des 
bastilles de bois et des boulevards; ils finissent par être assié'géS à leur 
tour par ceux d'Orlé«ns; perdent successivement leurs bastilles, qui sont 
(létruite. par le feu de l'artillerie française.; attaqués vigoureusement, ils 
sont ol»ligé de lever le siCe en abandonnant une partie de leur matériel: 
c«tr l'artillerie " feu de iége, comme tous les engins employés jsqu'alors, 
avait l'inconénient d'ëtre difficilement transportable, et ce ne fut guère 
que sous Charles VIl et Louis XI que les pièces de siCe, aussi bien que 
celles (le campagne, furent montées sur roues. On continua cependant 

 « Durant les lestes et service de Noël, jettèrent d'une partie et d'autre, .rès-fort et 
« llwriblement de, bombardes et canons ; mais surtout faisoit moult de mal un cou- 
« levrimer natif ,le l.orraine, estaut lors de la garnison d'Orléans nommé rnaistre Jean, 
« qu'on disoit estre le meilleur maistre qui fust lors d'iceluy métier, et bien le montra : 
« car il a-oit une grosse coulevrine dont il jettoit souvent, estant dedans tes piliers 
«du pont, près du boulexert de la Belle-Croix, tellement qu'il en tua et bléça moult 
« d A.ngl[fi.. » tHist, et discours au vray du siége qui. fut mç devant la ville d'Orleans. 
Orléans, 16 ! 1.) 
« ..... Celuy jour (pénultième du mois de février i329), la bombarde de la cité pour 
« lors assortie à la croche «les moulins de la poterne Chesnau, pour tirer contre les 
«ttournelles, tira tant terriblement contre elles, qu'elle en abbatit un grand part de 
« mur. » Ibid.) 
« Les François conclurent ledit chastel de Harecourt d'engin et du premier coup qu'ils 
« jetereut percierent tout outre les murs de la basse-cour qui est moult belle à l'qui- 
« polent du chastel qui est moult fort. » (Alain Chartier, page 162, ann. ltat9.) 



-- ;07 -- [ cIa, rca, clr ] 
d'employer les bombardes (grosses pièces, sortes de mortiers à lancer 
des boulets dt: pierre d'un fort diam6tre) jusque pendant les premières 
annees du xvi  siè, cle. 'oici (fig. h'2_) la représentation d'u double canon 
de siége garni de son mantelet de bois destiné à prot#ger la pièce et les 
serxants contre les projectiles. --- Fig. 53, le tracé d'un double canon, 

I 

mais avec boîtes s'emmanchant dans la culasse et contenant la charge 
de poudre avec le boulet . A c6té de ia pièce sont d'autres boites de re- 
change, et le calibre ç avec son anse pour mesurer la charge de poudre. 
--- Fig. h3 bis, le dessin d'un canon à boites monté sur un art'Of à erA- 

 Copié sur les vignettes du manuscr, de Froissart, xv e siècle, Biblioth. nation. 
n ° 8320, t. l. Les canons (fig'. t3) se trouvent dans les igncttes intitulées : Commet le 
roy arAn91eferre ossiége_q 1, cit de Rotns... Comment lo rlle «le Dtros fut osse9ge 
et prinse d'assault par les François. Ces canons étaient fabriqués dans l'origi,c au 
moyen de bandes de fer forgé réunies comme les doues d'un t«,ntcau et cerclées par 
d'autres bandes de fer c.-littdriques ; iorsquïls étaient de petit calibre, ils étaient ou forgés, 
ou fondus en fer 



[ ABCIIITECTUBE ] ---/|},q --- 

maillère, permettant de pointer la pièce. Les boulets de ce dernier canon 
sont de pierre, tandis queceux des canons doubles sont de métal. On met- 
tait le feu à la poudre renfermée dans la boite au moyen d'une tige de fer 

rougie dans un fourneau. L'établissement de ces pièces en batterie, leur 
chargement, surtout lorsqu'il fallait après chaque coup remplacer les 
boîtes, les moyens accessoires pour mettre le feu, tout cela était. long. Au 
«ommencenent dl XV* siècle, les canons de gros calibre employés dans le 
siéges n'étaient pas en assez grand nombre, étaient d'un transport trop 

difficile, ne pouvaient pas être chargés assez rapidement pour pouxoir pro- 
duire des et!'ets prompts et décisifs dans l'attaque des places. Il fallait avoir, 
pour éloi«ner, les défenseurs des créneaux, des archers en grand_ nombre 
et ,les arbalétrier ; des archers su tout, «lUi avaient, ainsi que nous l'avons 
vu, une grande spériorité sur les arbalétriers, à cause de la rapidité du 
tir de l'arc. Ctaque archer (fig. th) était muni d'un