DICTIONNAIRE
RAISONNE
L'ARCHITECTUI{E
FRANÇAISE
OU XI' AU XVl" SIÈCLE
\'I!1
Droits de raductlou et de reproduellon r+servs
DICTIONN_iI{E RAISONNE
DE
L'AI/C_ll li? E C T 1 I_ E
FRANÇAISE
DU Xl e AU XVI «
SIÈCLE
PAR
E. VIOLLET- LE- DUC
ARCHITECTE
TOME HUITIÈME
PARIS
LIBRAIRIES- 1311'RISIERIES
REUNIES
ANCIENNE MAISON MOREL
,, RUE SAINT- BENOIT, 5
DICTIONNAIRE
RAISONNÉ
L'.RC H IT ECT U P,E
FRANÇAISE
DU XF AU XVr sIÈCLE
QUAI, s. I1,. (quay). Mur de
ges d'l=ne rivibre r)u d'un port, por
inondations ,j,= les éml)i6tements.
Les ports antiqes 6taient nui de
villes romaines élevées sur le l),_,rd des
coeurs. Nos villes du movcl ge laissc}t
entais-ser
élcv6 l),-,tr ttaint.lir l.s
les «,urs d'c«t, fivitcr
])eallX lai., et, las
tleuve«. [le.,_ llais r6-l«tiett lcr
(llais, bien bàlis, en gros i-ll;trliers le pierre.
Lês anciennes mlrailles l'«maincs [1«, let Cité de l'«tri servit'.al l,-,ng-
tenps de llais, et 1'o en retrouve la trace sur ]»ett«p (le p,,inls; mais
on '61eva qu'assez lard des quais sur lc rive lc [Irr)ite ci ,1. o,,.t«', «'le de
la Seine et lorsque la ville s'était (lé]à tbrt etenduc au or«! :t at td.
« Soine, qui l)assc par dcssos le p,,nt Sait-5lichcl, et 'ctcnd
,( gttis : ,'tins seulenent Illle salsayc, à l'oral)re de l:tllell,, les lmli-
,, fans (le t'aris s,uloient promener et rafraischir ch ctfi. l:tis lourc
,, ,lu'«'n hyver le d6bordement des eaux venç, it jsqtes (las les
« lrevo, t et eschevins de l'aris de fitire (,) lltslot (',titter le ltay ja
« ron}rnellcé) [le ¢«roses muraillc en toute (liliget(.c av;tnt l'hvv.r. ,
« ses letre paeltes donn6e, in regali aObeti, b.t«e Jie'ie. ju«ta
« serein (qui et 3laubuiso). le 9 de jin 1312 .... . }
I Le Thddtre les anliluités de Par&, edit. de 1612, p. 772.
- Le quai Conti.
%'III.---- 1
[ 0tr,i ] -- '2_ --
Les murs de ce quai existaient encore en partie avant le» travaux de
canalisation du petit bras de la Seine. Ils étaient faits ea belles assises'
['6gléc. de roche de la plaine.
Sç, us Fraçois I « et tlcnri II, on construisit à Paris des qai» ur lc.
lcux rivc de la Seine, depuis la vallde de Misère jusqu'à la porte Neuve
en aal du Lovrc , et depuis la porte Saint-Bernard jusqu'au bas de
Saint-Victor .2.
La constrlction de cc quais ne ditiërait pas de celle adoptée dz nos
.ir, urs; clic cosistai! en n mur très-épais de bloca,c.rev.tl cx6ricurc-
nent d'un parement de pierre de aillc; q('l«lCt'oi, si ct' nr. (le ou-
I
i I , I ,
,I t
i I )
I I '
teencnt avaient bcalcoup «te relief, r,n leur donnait de la résistance et
de l'a::icttc par «les contro-t;-_,rts intérieurs nové dan- les remblais. La
i,lacc élat far(,. (la la plupart (le.; villês du m'oycn ai{e, on cherchait à
aner -ur la riviSrc at n,_,)-c d'encorbellements, sans rétrécir le che-
al. Mai: ce ruodc de ,:,_,-truction, dont nous donnons n exemple (tig.
avait l'ic,,nvénicnt de pr6:enler une »uite d'obstacles au cour.., de l'eau
dat.- le, f,,rte.- crtcs, et «,, ne l'cmploya guère que si les murs de quais
avaient ,,n trè--ra,,,l rlier au-de»s,,s de [é!iage. (n pr6féra, dans cer-
laine.- ,:irconstaccs, la::(.r tn chenal route snus le quai, en posant le
tnur extérieur sur (1,, pile» is,_,lée réunies par des arcs. Quelques
t!nts «te (ltais ;v;ti(.tl ;tii ét,: C,l,n.-_truitc- à Paris. notamment le lon:
«1(' l;t CitS. ,'[',té n,rl. La xillc (le Lx,, l.»s6dait l';s,cz belles parties de
quai.-_ .,,ur la rive dn,il. 1. la Sa6n( dè.-_ le xx" .-ièclc, qui avaient ét6 Ale-
Corr«zet, .4,,tiluite_; de
2 Dubreul, p. 77t.
Para , p. t60.
--- ,3 --- [ QUATREFEUILLE ]
vées pour garantir cette rive basse, le long des coteaux de Foul;vières,
contre les inondations de llt rivibre.
Toutefois ces travaux, dans les gran-
«les villes du moyen 'ge, maquaient
ci'ensemble; ils étaient fraclionnés,
laissaient des lacunes, «les berges
abandonnées. Il fallait, ou la puis-
s«tnce romaine, ou notre centralisa-
tion administrative moderne, avec
ses moyens d'expropriation, pour
lOUvoir ordonner et ntccr h tin tout
n syst5me de quais le lotg lies rives
ci'un fleuve traversant utte ville po-
puleuse. Ce n'est que de nos jours,
en effet: qu'on a pu etablir des lignes ---
(_' (luas continues dans des vtlles
,'omme Paris, Lyon, Bordeaux, Nn- B
les, Rouen, etc., et noire g6n6raton
« vu encore, dans la plupart de ce
grandes cit6s, les maisons, sur bien
«l,,s points, baign6es par les cours
1 eau.
hTRE[ILLE, s. m. Dans le lan-
'" " " ! " ' "
,tge des archeolog e, c est le non
lu'on donne h un membre d'af
«hilecture compos6 de quatre !obe,' - "
'irculaires. La tigure I donne en A un
quatrefeuille parthit, c'est-à-dire ccni-
l.)sé de quatre demi-cercles, dont les
«liamètres sont les quatre «St6s d'uit
.'«trré. Les qmtrefeillcs s(,tt parfoi.,,
s_'..es comme le tracé B: sur les tlancs
les tours (le ht cathédrale [le Paris,
p«trexemple, et principalênent dans
«l*sconstructions du çonmencement
,11 x]] siècle. On dit aussi quine-
/;'uille pour désigner un membre
composé.de cinq lobes (voy. en C).
Pendant le XlV siècle, le quintefêuille
et quelquefots tracé suivant la figure
l), c'est-h-dire au moyen d'arcs brisés; toutefois cette forme est rarement
[ IECLUSOIR ] l -- h---
adqptée. Ces figures géométriques remplissent habituellement (sauf
celle B) le oeils supériéurs des fenêtres à mcneaux; c'est un moyen de
diminuer l'cspacê à vitrer et de maintenir les panneaux de verre. Les
(latrcfeuilles et quintefeuilles forment aussi des ornements sur des
nus, et al,,rs sont aveugles; les extrëmités de redents sont fréquenment
orttées de bouquc/s feuillus (voy. FEXËTv., MV..XE.U, REE"T).
plut6t ule laliterlc de> morts,
pt'e,qCte tous lc cimclières du ltoven «
RECLUSOIR, s. 1. Il était d'l.',age de pratiquer, auprès de certaines
égli.-e ,lt l=lO.vell àge, de petites celllles dans lesquelles s'enfërmaient
«lc ff'nmes renonçant pour janiai au non(le. Ces reclusoirs avaient
le plus souvent une pelite couverture grill6e s'ovrat sr l'i16rieur
de l'église. Le I'. Dulreul l'aCo[e «l'tne cert«tie klix let
s'Cotit fait enfern,er atinsi das petit logis lroche dll grad portail de
l'église des Inttocents : « Et p,aur remarque, ajoute-t-il, »e voit encore
« u treillis en une petite Dnètre qui a veuë dans l'églie, par où elle
« entendoit la messe. » Un toznl»ea de t»r«»nze avait été élevé à cette
recluse en la chalelle Notre-Dame, en 1h66. Tç, utes le recluses n'étaient
pas volontaire. « Renée le Vendontois ayant fait tuer son nari », dit
a)ue Lebeuf en parlant du recluoir des aints lnnocents, « le roi,
« c,»nsiddrati,_,l du duc d'Orléans, lui lit grâce en h85; et le parletnent,
« elttre altres l»tnitil, la co(laInna à demeurer pel'pél.«'llen,enl re-
« cluse et ,,,.ré tll citetière de Inoeenl,, en une petit, m;tison qi
« li devoir {.tre faite . J" "_
.. avç,s pensé, ajotte Lebeuf, «lUe la t,rricul,,
« oct,»goe et isolée qte ,»n voit dans ce cimetière auto, il pu èlre la pri-
« son qu'on li dana. » Mais l'édicle d,,nl parle Lebêll" était l»ien
cr, mne il était d'usage l'en élever
Le Iiiêlltê auteur rai,porte (lt'en l'églie Saint-Médard « avoit été fait
« «otnne e llusieur autre ,.le l'aris, au xv et xv" siècle un reclu-
«sir, «'et-à-dire ue cellule o{1 vivoit une t>mlne recluse pour le reste
« de se> jours. »
il n'y avaît .ianiais, dal chaque égli«e, ql'ne
celles ,11
lsage ét
seille recluse à la fois,
Cet
i l»l'étendaient lui .-(lccélcr attendaient l'elle tut ll-lorte.
ait foi'! ancien, puisle lan l'acienne aibaye de aint-Victor,
et avant sa recostrlc|iol pal: Louis le Oto.-_ tlne certaine Basilla, re-
clu,;e, awtit été ensevelie dans le reclu.oir o(1 elle avait pa»é sa vie "-'.
On voit encore dans l'église dt l«ts-d'-zil (Ariége), proche du chur
et dans l'épaisseur du IllUl', Ille petite cellule dall laquelle il était d'usage
J Tttddtre des antiq, de Parle, edit. de 1612 p. 837.
«lioc. ,te Paris, t. I, p. 80.
" L'abbë Lebeuf tli»t, du dioc. de Paris, t. 11, p. 5t2.
L'abbé Lebeuf» Hist. du
d'enfermer un fou. Cette cellule très-exiguë ne prenait de
que de l'intérieur de l'église. Il y aait bien là tout ce qu'il
[ REDENT ]
jour et d'air
fallait pour
rendre fou un homme sensé; nous n'avons pu savoir si c'était dans l'es-
poir de guérir ces malheureux qu'on les chartrait ainsi. Charles V fit cle-
- pour une ter-
ver n bel oratoire de boiseries h Sant-Merr), sa paroisse,
taine Guillcmcttc, qui passait pour .aintc et se tenait constammet tans
ce lieu, où on la pouvait voir en extase. Toute la cour avait grande foi en
sa sainteté et se recommandait à ses prières.
REDENT, s.
t'ornée de dents lUi garnisent l'itériellr
de t'enètres o1 des intrados d'arcs, ou
NÈTRE: 3|ENEAU). La tigure 1 donne HII
«lit terlnin6s par un ornemênt feuillu, comme
Chapelle du Palais à Paris.
Les
I11. C'est ainsi ql'c)n nomme
des
des
re(lent.
les découpures de pierre en
compartiel lc meneaux
gàbles lc pign,»ns (voy. FE-
(Juelqefois ces redents
aux fenètres de la sainte
redents sont simples ou redentcs. La figure 1 présente un
redent
I
simple; la figure :2, de» redents redentés de deux sortes. Le premier, A,
est le plus ancien et apparait déjà au commencement du XIII e siècle; le
second, B, ne se rencontre guère qu'à dater de 12h0. Dans le premier
de ces exemples, le doble redent ne se compose que du mme membre.
de profil. Dans le second, il y a deux membres de profils, l'un pour le re-
dent principal, l'autre pour le redênt secondaire. Quelques fenêtres hates
du transsept de la cathédrale d'Amiens mantrênt. ,lans les grands oeils de
leurs meneaux, des rêdents conposés comme celui A. L'architecture de.
Normandie de la fin du XIII e siècle et du XlX ' possède souvent (les re-
dents composés comme celui qui est figuré en B. Il est facile de recon-
naitre que ces portions des chassis de pierre sont combinées pour dimi-
nuer les dimensions des panneaux des vitraux. Les redents d'oeils les
plus anciens sont enchàssés dans la moulure circulaire (voy. la section a).
Plus tard ils font partie de l'appareil m.me des menêaux (voy. la sec-
tion b). Les petits arcs brisés qui couronnent les meneaux verticaux des
fenêtres, à dater de 1230, ont souxent armés de redents (vo)'. le tracé 13,
en d). C'est aux fenêtres de la sainte Chapelle du Palais à Paris qu'on
rencontre, peut-ëtre pour la première fois, ces derniers redents, qui ont
pour résultat de donner de la solidité et du nerf aux branches d'arcs e
(VO.V. MENEAU).
Des redents sont posés aussi comme simple décoration, à dater dt
commencement du XIII e siècle, soit à l'intrados d'arc: de porches ou de
portes, soit sur des rampants de pignons ou sur de g'bles. C'est ain:i
qu'on voit de très-beaux et grands redents border intérieurement l'archi-
volte d'entrée des trois avancées du portail de la cathédrale d'Amiens.
(]es redents sont terminés par des bouquets de feuillage d'un bon
style et bien compoés, dont nous donnons (fig. 3)un éçhantillon. En A,
est tracé l'ensemble de cette découpure de pierre, maintenue à l'in-
-3
I
trados de l'archivolte, d'al)ord pat" les COll)e.-_ f et lar des T de cuiv'e
I
¢oul6s en plomb. En B, est donnée la section des redcnts sur les bran-
I BÉDUI ]
ches courbes
1"_)0 envir,,i,.
lt
de
g-_
en a/_, et sur les intervalles en ac.
Ces redents
le rett'c, rcalt. Cette 16c«,ration
lrale de Borge élevées cintre
Les arlicle, GaBLE, Po_x-o.x, montrent l'application
ratl»at., lui :e dbtachet, soit sur des nus, soit sur
datent de-
tu lieu d'ç.tre fet'tée par de, lintcaux, la purte centrale du portail de
cathédrale de Bourges est terninée par deux arcs plein cintre orné.
rodent., ricbeent .culptés qui ..,e (lécoupelt sur le vide de la baîe. La
ure h c.,_t u le ce.« redevais têant au claveau «le l'are de tructure et
de la ca[hé-
appartient aux constructions
12h0 et 1250.
des
redents aux
le ciel. Il et utile
,l'ol,ervcr, à ce slljel, ('-,lnl)ien Ces détails sont gbnéralement l)ieli niis ('l
l'(,chell,, de l'«trchilêcture lll'il. ,, c,-,lrOnlent, et comme, lorsqll'ils sont
d(,c«Uller
U LPTU lIE.)
Sttl" le ciel, il., l»rennert jtlte la valellr relative
cilcl'c, llS, l»arlni les redelts le plus heureu-
, eotx qi couronnelt le pigon Ilu trans-
de l'aris redents dot des morceaux entiers
, et qui Olt été rel»lacés depuis peu.
flIDUIT, s. iii. Dernier refuge d'lile forteresse. Les ville.- fijrtitiéê.., du
nioyeli 5gt, avaieltt lelir réduit, ,lui était le chAteau; le chgtteau avait se, il
rédllit, qui était le donjon. Le d,:,lj,_-,l avait mèlne part;:,is son réluit, der-
Itière dél%.n.,c periltettant l'obteliir line «apitulatioli, OU de prelidre le
teinps d'éaclier la place par de.; souterrains ou les potene, masquée,.
La défei..,e des places et de_, po.-lcs était .-:i bien divi.,_ée pendant le
m,,yen age, ,l'elle pouvait se prolonger pour chaque poste, pour chaque
t,,tr. Elle était h outrance au l»c._,,_,it; de telle ,urtc qu'une poizée
d'h,,Itttc.,. ltertilt;,s tenait {211 échec, a 1 occasion, un corp d'arlnée.
C,'el ainsi qte heu., vc,.vons de l»li.,_Salts ..,eigneurs, h la tëte de troupes
loltl)rellSCS, obligés d'as.,iéger l»en,lant des mois une petite garitisoi
l'le cet[aie d'h,.,ntmcs. On prêai[ (in ouvrage, il fallait recommen-
cer. Ot prenait illle partie d'tlll donjon, il fallait prendre l'autre. On
s'emparait «l'ue p,»rte; la tour voisine, réduit de cette défense, tenait
('liCOl'(.'.
La [,71iaeilé c.-t certainemet, dans l'art de la guerre et surtout dan»
la gterl'e «le siéges, une qualité supérieure. La féodalité nous a é[é ute
tlll'e école polir acquérir cette ([ualité. Nous la po.-,,édions, et nous avons
ntontré qle IiOUS la possédons encore, à la guerre du moins. Soyons
donc pl.-quital»leb lorsqu'il s'agit de pet'ter un jugement sur cette
vieille instiion contre laquelle il n'et, pa.s besoin de tant invectiver,
puibqu'elle es l»ie nore et que nous avons recueilli le meilleur et le
plllb pur (le s«,t__ héritage. Qui ,_,serait dire que davis les reines de
petitb fanta.,:is abandonnés dans lin blockhaus ou dans quelque village,
pivot d'une grand.e nanoeuvre, et qui br,filent jusqu'à leur dernière car-
toucho, as espoir d'ètre secourus, il n y a pas un peu de ce sang tra-
--9--
RÉFECTOIRE
ditionnel des vieilles garnisons fé»dales, défendant pied à pied chaqe
tour, chaque étage d'une tour, s'ingéniant à accumulcr les obstacles et
à retarder la chute d'un poste, ne fùt-ce que d'une leurc ! Nous
d6crit ailleurs les défcnscs générales ou particulière» des places et ch-
teaux, il n'y a pas lieu d'y rexenir ici à propos dc r6duits, qui ne Sl'
qu'un point relatif de ces défenses; aussi nos lecteurs voudront-ils rccot-
rit aux articles : ARCHITECTURE MILITAIRE, ÇIIATEAU, DOyJON, SÉ(_;E, Toul.
RËFECTOIRE, s. m. (refi'etouer). Salle detinée à la réfection des ne-
bres d'une communauté. Les maisons conventuelles possédaient leur
réfectoire;les religieux réguliers prenaient leurs repas en commun dans
une salle spacieuse, bien aérée et donnant sr le cloitre (v»y. AICITV.C-
TORY. tO..STt?Ct:). Habituellement l'élise longeait l'ln (les pe, triques du
cloitve, le réfectoire était accolé art portiqtte opposé. "
[ (, [ J
j i J
"I_ il
I I
I ,
A
Un des plus anciens documents qui ous restent sur les réfêct,ires
des maisons religieuses du moyen age est certainement le plan mau-
scrit de l'abbaye de Saint-6all, adressé à un abbé. Ce plan, que Mabillom
attribue à l'abbé Eginhard, est certainement de l'épolue carlovingiene
(820 environ) . Il indique le long du cloitve, à l'opposite de l'église, le
réfectoire. Nous donnons (fig. 1) le fac-similê de cette portion du
manuscrit. En A, est le portique qui longé le réfectoire (3; en B, le l)c,r-
Archives de l'abbaye de Saint-Gall.- Voyez l'ensemble de ce plan, AnCtllTECTt'RE
MOSASIQt'E (fig. l), et l'Architecture monastique par bi. Albert Lenow.
viii.- 2
[ RÉFECTOIRE ] ---- 10-
tique qui longe le chautfoir des moines; en C, celui «lui 'ouvre sur les
cellules, et en D, celui qui est planté latéralement .à l'église. Ce plan e,t
intéressant en ce qu'il indique la place réservée à chaque portion de.-
membres de la communauté. En a, est marquée la communication dé-
tournée du réfectoire avec la cuisine F; en d, les tables de moines, avec
leurs l)ancs a(lssés aux murs; en c, la chaire du lecteur; en b, le buffet
«otenant la vaisselle; en e, la table de l'abbé et des dignitaires ; en f, let
lable «les h5tcs. Le couloir H communique avec le btiment réselwé aux
provisions.
Ces dispusitions générales se retrouvent dans toutes les grandes ab-
bayes. Le réfectoire est toujours en communication directe arec la cui-
sine. Il affecte la forme barlongue, est habituellement voùté, à dater de
la tin du Xl siècle, soit d'une seule, volée, par travées, ,oit sur une épine
«le colonncs. Une chaire est réoervée au lecteur ur l'un «les grands côtés
«lu parallél,»gramnw.-.k pr,-,ximité du réfectoire, et mème parfois sur l'un
de .,es côtés, e trouve placé le lavabo pour les ablution. des moines.
Lorsque le lavabo n'et point dispo,é da. un édiclle séparé, il consiste
en ne cuve barlongue placée le long des murs du cio}tre ou dans le ré-
fectoire mëme. Un efoncement ménagé dans la maçonerie la reçoit.
O oit encore des iches de lavabo à l'abbaye de la Luzerne, près,
d'-vranches, et à l'abbaye, de Beaufort (Normandie). Un «les plus beaux
réfectoires d'abbayes, est celui «lui fut costruit au comlnencement du
" _ -' "à Paris.
Xlll" siècle, dans le prieure elunisien de Saint-Martin des hanaps,
Cette salle, dont la eonpoition est attribuée à tort à Pierre de Montereau,
puis, que, lorsqu'elle fut élevée, ce maitre des uvres devait ëtre encore
enfant, se compose de deux rangs de voùtes posat sr des colonne.,,
trè,-délicates de pierre de liais. De belles fenètres à r»aces l'éelairenl
laléralenet et par les bouts. C, elles-ci ,o11[ percées dan: des pignons.
d'
La porte de ce l'éfech»ire, un »tyle admirable, dominait ur le cloitre, e
face du lavabo, placé dans lin des angles de ce cloitre. Une chaire de
lecteur 'ouvre ur l'un des cétés (voy. Ctt.,IrE. lig. 3). L'abbaye
«le Sainte-Geneviève (aujourd'hui lycée Napoléon)conserve encore
acien réfectoire du Xlll e siècle: c'est une grande alle voùtéê en
,gies sas épine de colonnes.
son
arc
Le réfectoire de l'abbaye Saisit-Germain des Prés, à Paris, était une
«les oeuvr remarquablês de Pierre de Montereau. Bàti ers lh0, par
l'abbé Simon, ce réfectoire avait cent quinze pied.; de long sur trente-deux
le largeur (hO mètres sur 10). Il n'avait pas d'épine de colonnes au
miliêu, et la clef des voùtes s'élevait à prè., de 16 mètrê, au-dessus du
.-ol. Seize fenëtrês décoréê de vitraux l'éelairaiênt, huit de chaque e6té.
I V,,.. Lxvxso. N Voyez l'article Lxvol, Dictioanaire du mobilier fi'tançais.
- La monographie complète du réfectoire de Saint-Martin des Champs est graëe dans
la Stathtique ,nor, umentale de Paris, sur les dessins de feu Lassus. Ce réfectoire sert au-
jourd'hui de bibliothèque au Conservatoire des arts et métiers.
11--- [ lEl'OSOllt ]
Sa construction, au (lire de D. Bouillard, était d'une apparence très-déliée.
La chaire du lecteur, très-ouwagée et soutenue sur un cul-de-lampe de
pierre dure, se composait de deux assises décorées d'un cep de vigne
ajouré '. Le réfectoire de l'abbaye royale de l'oissy, b'Mi par Philippe
le Bel, était plus vaste encore; il avait dans çuvre h7 nètrcs de lon-
gueur sur t2 de largeur, et les clefs de voùtes étaient posées à '2_0
au-dessus du sol. C'était une admirable consrction du xv siècle, qui
subsista jusque sous le premier empire. Ce réfectoire n'avait pas d'épi.s
de colonnes.
C, ntrairement à l'uge, le réfectoire de l'abbaye royale de Poissy
était planté perpendiculairemcnt "à l'église, ,:t l'extrémité sud du trans-
sept, donnant d'ailleurs sr un des c6ts du cloitre.
Satf quelques détails, tels que les lavabo et les chaires de lecteurs,
les l'6.fcctoires rentrent dans les programmes ordinaires des salles. Nou.,
lC crovo pas devoir en donner ici des figures, qui trouvent leur plat(.
«lans l'rticle spécialement destiné aux salles. C'est donc "à cet article quc
III)IlS renvoyons nos lecteurs.
Les réfectoires des communautés du moyen fige n'ont plus d'ana-
logucs dans nos édificcs,.tels que lycées, séminaires. Il faut. passer
Manche, et. aller c Angleterre, pour trouver encore dans les vieilles ui-
vcrsités de Cambridge et d'Oxford les dispositions vastes, saines, bie
entendues, qui rappellent celles de nos anciens réfêctoires d'établissc-
ments fl'ançais. Encore les réfectoires des communautés d'Angleterre
nt-ils coverts par des charpentes lambrissées et bien rarement vofités
en maçonnerie. Les réfectoires de nos grands établissements franç'ais
sont aujourd'hui (les salles mal aérées, basses sous plafond, surmontécs
d'étage.,_, tristes, s'imprégnant d'une odeur nauséabonde, et font regretter
les dispositions si larges et bien Cendues du moyen "age. En cela, nous
aurions quelque chose à leur prendre.
Les ch'ateaux n axaent pas, "à proprcment parler, de réfectoires. Si 1
rélnissait un grand nombre de convives, la grand'salle était transformée
en réfectoire, mais cela n'avait lieu qu'à l'occasion de certaines solcnni-
tés. Les garnisons, diviséês par postes, prenaient leurs repas séparément
dans chacun de ces postes, et le seigneur se faisait servir avec sa famille
dans le donjon ou dans ses appartements. (Voy. SxiIr.)
REMPART, s. m.--Voy. ARCHITECTUIE ]tILITARE, CHATEAU, COURTINE,
(RÉNEAU, HOURD, MACHICOULIS, SIÉ6E.
REPOSOIR, s.m. Il ne s'agit point ici de ces ouvrages provisoires de
tcntures, que l'on élève pour permettre aux processions de la FSte-Dieu
de stationner pendant quelques instants, niais de petits 6difices qu'on
Cevait sur le bord des grandes routes pour offrir un abri aux voyageurs,
Voyez l'Hist, de Saint-Germain «les Pré.« par D. Bouillard, p. t23.
[ REPOSOIR "] -- t'-
un asile et un lieu de prière. On rencontre encore beaucoup de ces édi-
cules le long dês voies publiques en Italie, mais ils sont devenus très-
rares en France. On a pensé qu'ils étaient avantageusement remplacés
par les brigadiers de gendarmerie, ce qui est certain. Mais il n'était pas
nécessaire pour cela de les détruire.
Quelques-uns de ces monunents ont été convertis en chapelles, et les,
contréc, du centre «le la France en conservent encore sous ce titre. Ce
ne sont pl,s toutefois des refuges
,acralI'eS où, à certainês occasions,
,,uvcrts pendant la.t(mp.ëte, mais des
le prètre le plus voisin vent dire une.
mes.-e. Nos ne connaissons qu'un t, ul de ces édicules ayant la double
destination de reliage et de lieu de prière, conservé dans le nord de la
France. Il e-t itué prè,«le Fi,,mes, sur le bord de l'ancienne voie romaine
allant de l',eim à Soissons. Enc«re le c,»uronnemet de ce petit monu-
meut a-t-il été refait à la tin du x,« siècle. Il fut b'ti par Enuerrand
de Courcelles, en 17.65. Nous en donnons le plan (fig. 1). Un autel rem-
plit le fond de la cellule. Une piscine est ménagée dans le mur de droite.
Une vo6te en arcs d'ogive ferme cette cellule, et le mur du devant est
percé d'une porte et de deux claires-voies. Nous traçons en -k le détail du
iambage de la porte avec une des claires-voies. La porte n'Ctait fermée
qu'au loqet, afin d'empêcher les bestiaux d'entrer dans la cellule. Les
claires-voies n'étaient pas vitr6es, mais muniês de barres de fer erticales,
comme l'indique le détail A. La figure 2 donne la coupe de ce repo-
soir, et la figure 3, son élévation perspectivê, avec le couronnement res-
-- 3 -- f EOSOn ]
tauré . Six grands arbres séclaires, et probablement replantés a la
mênie place, forment un ombrage sur le monument, lequel était ,-',;uvtrt,
semblerait-il,
re'parations.
par dcs dallcs, afin
d'oit'rit i_ili al»ri l,ltls SÙl'
et d'éviter des
i I. Leblan architecte a bien voulu relever pour nous ce curieux reposoir,
[ IESTAUITION ] lb --
Les deux iches latérales, refaites au xv siècle, sont veuves de leurs
.,tatues, et le crciïx que ous aons replacé sous le pigon n'exi.-te plus.
Mais au-dessus du liteau de cette porte ou voit encore la petite uiche
carrée q éat detîée à contenir u falot. Un mur de souteement,
avec deux devras, borde la voie publique, et laisse une terrasse en aant
«le l'édicule.
RESTAURATION, s. f. Le ntot et la chose sont modernes. Restaurer un
étifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir
das u état ce, replet «lui peut n'avoir jamais exi.;téà un moment donné.
Ce n'est qu'à dater du second quart de notre siècle qu'on a prétendu
rc.,,taurer des édifices d'un autre fige, et nous ne sachions pas qu'on ait
16tïni nettement la restauration architcctonique. Peut-être est-il opportun
,le se rêndre un «onpte exact de ('c qu'on entend ou de ce qu'on doit
entendre par un restauration car il .,emble que des équivoques nom-
breses se ,ont liss6cs sur le :en.,_ qu'on attache ou qu'on doit atta-
cher à cette opération.
Nous ,tv,_,, dit que le mot et la chose sont modernes, et en effet au-
«une civilisation, acun peuple, dans les temps écoulés, n'a entendu
f«irê des restaurati«,ns comme ne, us les comprenons aujourd'hui.
E Asie, autrefois comme aujourd'hui, lorsqu'un temple ou un palais
.,_ubissait les dégradatios du temps, on en Cevait ou l'on en élève un
attre à c6té. On ne
d«nne à l'action des
détruit
siècles,
pas pour cela l'ancien édifice; on l'aban-
qui .'en emparent comme d'une chose qui
leur appartient, pour la ronger peu à peu. Les Romains restituaient
nais ne restauraiet pas, et la preuve, c'est lue le latin n'a pas de mot
lti corresponde à notre not re,tauration, suivant la signification qu'on
lli donne aujourd'hui. Instaurare. reficere, venovare, ne veulent pas
lirc restaurer, mais rétablir, refaire à neuf. Lorsque l'empereur -Xdrien
prétcndit remettre en 1»(, état quantité de monuments de l'ancienne
C, rèce ou de 1' Xsie Mineure. il procéda de telle façon qu'il soulèverait
«,,ntre li auj,»ur(l'hi tomates les sociétés archéologiquês de l'Europe,
l,ien qu'il eùt des prétentions aux conrtaissancês de l'antiquaire. On
ne peut «nsidércr le rétablissement du temple du Soleil, à Baalbek,
,'omne une restauration, mais comme une reconstruction, suivant le
oe admi au ntonent où cette reconstruction avait lieu. Les Ptolé-
nées eux-mëmcs, qui se piquaient d'archaïsme, ne respectaient pas
absolument les formes dê n,_,tuments des vieilles dynasties de l'É-pte,
mais les restituaient suivant la node de leur temps. Quant aux Grecs,
loin de rectaurer, c'est-à-dire de reproduire exactement les formes des
édifices qui avaient ubi des dégradations, ils croyaient évidemment bien
faire en donnant le cachel du moment à ces travàux devenus nécessaires.
Élever un arc de triomphe comme celui de Constantin, à Rome, avec les
l'r;tT, ments arrachés "à l'arc de Trajan, ce n'est ni une restauration, ni
uc reconstruction; c'est un acte de vandalisme, une pillerie de bar-
--- 15 -- [ RESTAURATION
bares. Couvrir de .,,|ries l'architecture dl temple de la Fortune virile, ,:t
llonte, ce 'est pas not plus ce qu'on peut consîdérer er, mme une res-
tauration; c'est une mutilation, ll faut reconnaitre que le goftt pour les
restaurations sinon arehaïques, au moin considérées comme renouvel-
lement des édificê, s'est manifesté de tout temps à la til (tes périodes de
civilisation chez les so«iét eS. -}ii restaurait,, «,u plut6t on réparait les
tonuments antiques de la 6rèce, lorsque s'éteignait le génie grec sous
lourde main de Rome. L'empire lui-mëme se prit à restaurer les templcs
au me, ment où l'église allait le,If (,tre sub.tituée, et chez nous c'était
:tvêc tze sorte de hMe qt'«»n repril, qu'on rélmra et ql'on achcva qttatt-
tité dë_glises cath«,liques à la veille de la réformation.
Mais d'aillers le noyen àge n'eut pots pls que l'antiqlité le sentinet
,les restaurations comntc nous les comprenons aujourd'hui; loin
Fallait-il dans un éditice du x ¢ siècle remplacer un chapiteau brisé,
,"était un chapiteau «lu x , du xv ou du xv siècle q'on posait à
sa place. Sur une longue frise de crocS.ets du Xl ¢ siècle, tn ntor«cau,
tn seul, venait-il à maquer, c'était un ornemett dans le goret du
moment qu'on itcrustait. Aussi est-il arrivé bien les fi»is, avant quo
l'étude attentive de styles flt poussée à ses dernières limites, qu'on était
0,ntrainé à considérer ces modifications comme des étrangetés, et. q'on
«lonnait une date fausse à des fragments qu'on eùt dù considérer comnte
,les interpolations das ltt texte.
On pourrait dire qu'il y a autant de danger à restaurer en reprolui-
sant en [ac-simile tout ce qu'on trouve dans un éditice, qu'e ayant
1« prétention de substitler à (les formes postérieures celles qui devaiet
exister primitivemênt. Dans le premier cas, la bonne f,i, la sincérité de
l'artiste peuvet pr«duire les plus graves erreurs, en consacrant, p,,ur
ainsi dire, une interpolation; dans le second, la subtitltion d'une ftrttte
première à une brne existante, reconnue postérieure, fait également
lisparaitre les traces d'ute réparation dont la cause coq,nue arait pctt-
tre permis de costater la présence d'une disp,»sition exceptionnelle.
N,_,us expliquerons ceci tout à l'heure.
Notre temps, et notre temps seulement depuis le commencement dés
,iècles historiques, a pris en face du passé une attittde inusitée. Il a
x-,,ulu l'analyser, le comparer, le classer et f,,rmer sa véritable histoire
.t suivant pas à pas la inarche, les progrès, les transformations de l'hu-
ttanit6. Ut fait aussi étrange ne peut tre, comme le supposênt qtelques.
.sprits superficiels, une mode, un caprice, une intirmité, car le phéto-
tènc est complexe. Cuvier, par ses travaux str l'anatomie comparée,
l;tr ses recherches géologiques, dévoile tc:tt à cc, up allX )'eux des cot-
tcmporains l'histoire du monde avant le règne «le l'hoinme. Les imagi-
l,:ttions le suivent avec ardeur dans cette tc, uvelle voie. Des philologues,
«l)rès lui, découvret les origines des langues européennes, toutes sorties
l'une mëme source. Les ethnologles poussent leurs travaux vers l'étude
«les faces et de leurs aptitudes. Puis cntïtt viennent les archéologues.
[ RESTAURATION ] ---- 16 --
qui, depuis l'Inde jusqu'à l'E'l,te et l'Europe, comparent, discutent,
séparent les produetions d'art, déma-quent leurs origines, leurs filia-
tions, et arrivent peu h peu, par la nélhode analytique, à les coordonner
slivant certaines lois. ¥oir là une fantaisie, un(. mode, un état de malaise
moral, c'ct juger n fait d'une portée considérable un peu légèrement.
Autant vaudrait prétendre que les ]hils dévoilés par la science, depuis
Nêxvton, s,-,t le résultat, d'un caprice «le l'eprit humain. Si le fait et
considérable dans son ensemble, COl-tmênt pourrait-il ëtre sans impor-
tance dans ses détails ? Tos ce» travaux »'enchainent et se prëtent un
concours mut,cl. Si l'E,lvopéen en est arrivé h cette phase de l'esprit
humain, q,le tout en marchant à pas redoublés vers les dêstinécs à
venir, et. peut-0trc parce qu'il marche vite, il cnte le besoin de recueillir
lout o, pas.é, com,-nc on recueille une nombreu,e bibliothèque pour
l,r,!'parcr ! .s
e labers futurs, et-il raisonnable de l'accuser ,le se laisser
,.trainev i,«tr n ,'aprice, une fantaisie éphémère ? Et alors les retarda-
mëme «lui dédaignent ces
lin fatras inltile ? Dissiper
n'est-ce pas, au contraire,
faites, les atveugles, ne :ont-ils pas ,._eu.x-lb"
éttdes, en 1,rétendant les considérer comne
de pvéjtlgéS, exhlêr ,les vérit ,_s ,,_,.lbliées,
n les moyens le. plais actifs de développer le progrès ?
Notre temps n'au,'ait-il à
th,,,le nouvelle d'étudier le
soit ¢lais l'ordre moral, qu'il
transmettre aux siècles futurs que
cho.es çlu passé, soit dans l'ordre
aurait bien mérité de la postérité.
le savons de reste; notre tenp.,_ ne se contente pas le jeter
SCrltateur derrière lui
pr,,blèmes p,-,sés dans
qui suit I anah e.
cette né-
inatériel,
Mais !1012S
u regard
: ce travail re'tr,-,.spe«tif ne fitit que développer les
l'avenir et faciliter leur solution. C'est la .,_vlthèse
passe, ces archéologues
(le arts qu'on spposait
Toutefois ces scrutateurs, d
l»atienment les moindres débri.-_
à vaincre des prejuges entretenus
exhumant
perdus, ont
avec ...,-in par la classe nombre]se des
découverte ou tout horizon nouveau est la perte
ge.., pour lesqel t,»ute
c'est h dire ln
de la tradition, - - 1'
ode. L'histoire :« Calilée est d
plusieurs échelons, inais o la ret
état ,le quiétude de l'esprit assez COlll-
e tous le¢, temps. Elle s'élève d'un ou
rouve toujours sur les degrés que gra-
vit
/llle
ue véritable
littértture ; Cil
que le 6poques signalées par
avatar, se ,-jnt di.tinguées entre toutes par
m,_,i partielle ,1,. passé. Le Xll' siècle, en Occident, fut
reaissancê l»oliti,lê, sc,,:'iale, philosophi,luc, d'art, et de
mënlC tenp.-_ quellues h,_mrnes aidaient it ce mOUVCtlClt
l'hutlanité. RenarllOn.,_. , en pa.sant,
grad nouvenet en
étu«le au
recherches dans le passé. Le XYI e siècle préscnta le mëme phé-
donc pas "à s'inquiéter beaucoup de ce
par des
llolllèlle. Les archéologueb ]'onl
te,p> l'arrët qu'on prétend leur
imposer, car non-seulement en France,
mais dans t,Jute l'Europe, leurs labeur( sont appréciés par un public
avide de pénétrer avec eux au .-ein "des àges antérieurs. çue part'ois ces
arçhéologues laissent la poussière du pas._,Wpour se jeter dans la poé-
n,lue , ce n'chi pas du temps pêrd, car la pol(,ique engendre le. idées
m 17 ---
[ ItESTAUItATION ]
et pousse à l'examen plus
tio aide à les réoudre.
attentif (le.,_ prob.ème (louteux; la contradi,'-
N'accusons donc pas ces esprit_- iobili:és
ltns la colteniplation dtt pré,ent ou attachés h (les préjt,,e.;
ttOltL de tvaditi, n, tt'tttattt le yeux levattt Les richesses exh
l»aSs6, et pr6têndant dater l'hul«tnité du jour de leur
nous sommes ainsi fi:,rc6s de suppleer à lelv ny-lie et
de plus près le résultat de nos recherches.
parés dl
la.._se
is Ite dil'e le ce.,_ fanatiques, chercheur-: de CCl't«till» tl'é.'-Ol'-, ne
etta,t pa.., qtl'Oll fatlille dalis un sol qu'ils olt ,évli,,: c,n.;ilér;ttit 1«
collne ute ,atière h exploiter it l'aidê d'tl ,,,l,,l,,l,. , ,.t lé«la-
ravit hatltelelit qtlC l'htlnialiité n.'t proluit «les o:uvl'e l»nn¢.z h rcctteillir
que l»endatt cet'tailles p6riodes hist«»viqes par ex limit6es; lui pr6ten-
det arracher des chat»itl'e entiers de l'histoire les travttx htinlailis; qui
s'érigeltt Cil celetir de la clas,e de archéologue-, en leur ,li«alt : « Telle
veille est lialsailie, le llt lbuillez pas; i xous la niettez cil llnière, IIOUS
xts d6»ços 5 v,,s c,_,ttemporais courtine des cOrrliptetlr- » 011 trai-
taitailisi, il y a pett d'/tllllées, le holnme pasallt letr veille à «16xoiler
les arts, les cotttllneS, la littérature du noyen itge. Si ce 12tti;ttiques
ont dilninu6 elt lOtbl'e, cetx lui pel'si,tett 'elt »oltt ,lue llus l;t- -
siolli6s dans leurs atta,lue, et ,:,t atlOl»16 le tacti,lue a-»ez hal)ile por
el iliposev aux gen pêtl disp,»és h voir le fi)l,_l lês ch,),e,. Ils raist-
nett ailli : « X'tls étudiez et VOtlS pl'étedêz Otls faire conltaitro les ;rifs
du noyelt àge, donc vous vottlez nous thire revenir atu n«,3-t. ;lge, 'L
vous excltez l'etude lc l'antiquit6; si l'on w_,u lai»e thire, il y aura
obliettes da c.halUe oiolott et ttlte salie de tt,rtttt'e à c6té ,le ta sixièttc
chambre. Vous lts parlez dês travatx tle tt,»ie», tlt« N,us v¢,ulcz
llOUS l'aliielier au régime des liloine, à la dillie ; lott- faire lc't,-,ller
tt acétisnie énervant. Yous t,»us parlez les chàteatlX lé,,,lax,
vous en voulez aux prilcipe de 89, et si l'on v,»s écoute, 1,'..;
er,)l-t rétal»lie. » Ce qu'il .v a de plaisalt, c'e,t qtle ce.,, t'alalilles
tiiailtel,_,t, le not) 110|1. l»rodiguetit l'él»ithète d'excl«si/; parce '!'",
l»robabletent, liOtl Il excluon» pas l'étude des arts lu ln,,ycl àmt et ,1 ,
n,»us nou» l»ernett, de la reeomnader.
O11 llOtl demndera peut-ëlrc quel- rapl»)rts c« ,luerellc l»eUVet
arc, if avec le litre de cet article, n,»us allon le dire. Le» architectes,
France, le e l»resent pas. Déjh, ver la tin du lrelnier quart de
sible, les études littéraires suc le moyet 5ge avaiêll pri» un développe-
ct érieux, que le architectes ne x-ovaient encore lan» le- voùtes
thi,lues qtlOl'imitot&n des forëts de la Oer»anie (c'etait Ulle phra»e COl-
acrée) et davis l'ogive qU'Ul art molade. L'are cil tiers-p,,it est brisé,
d,c il et nalade, cela est concluant. Les église du moyen àgc, dévas-
lée» peldat la révolutio, abanlollées, noircies par le leml>, potrriê
par l'hulidité, e présentaiet que l'apparelce de gralls cerceils rides.
De là le phrases funèbres de Kotzebuc, répétées aprè, lui . Le ilél'ieurs
t Vo3e z da,ris les 5oureirs «le P«,'is en 180t, par Aug. Kotzebue (t,'al. ie l'ailct,tavd
[ RESTAUIATION ] ----8---
des édifices othiques n'inspiraient que la tristesse (cela est aisé à croire-
dans l'Cat où on le avait mis). Les flèches percées à jour e ddtachant
dans la brume provoquaient des périodes romantiques; on décrivait les
dentelles de pierre, les «lo«heto dressés sur les contre-forts, le éléçantes
colonnette gvoupées pour soutenir des vofites h d'effrayantes hauteurs.
Ce t6moins de la piCW(d'autres daient le fanatisme)de nos pères ne
reflétaient q.'une sorte d'état moitié mystique, moitié barbare, dans
leqel le caprice r6gnait en maître. Inutile de nous étendre ici sur ce
galimatia batal qui thi»ait rage en 1825, et qu'on ne retrouve plus que
dans les t'cilletons de j«urnaux attardés. Quoi qu'il en soit, ces phrase»
creuses, le Musée des monuments franqais aidant, quelques coqlection%
conmc celle de du Sommerard, rivent que plusieurs artistes se prirent à
examiner curieusement ces débris des siècles d'tnoro»,ce et de barbaree.
Cet examc, quel[lue peu uperticiel et timide d'abord, ne provoquait
l»a moins d'a«.z vertes remonlrances. On se cachait, t)our de»siner ces
momelt blcvé par les Goth, comme disaient quelques graves
personages. Ce fut algrs que de homnes qui, n'étant point arli»les,
c trouvaiet ainsi hors de portée de la férule académique, ouvrirent la
où ils furent
(.anl)agne par dt'» travaux fort remarquables pour le temp
tairs.
E t830, 31. Vilet fut nommé inspecteur général des
lqlOll I1 l))Pnts
liistorilues. Cet, écrivain délicat sut apporter dans ces nouvelle, fonc-
tions, non de grandes connaissance» ar«héologique» que per»orme alors
ne pouvait po,séder, mais un e,wit de critique et d'analyse qui fit
pénétrer tout d'M»ord la lumière dan» l'histoire de no» anciens monu-
ntents. En 131, M. Virer adressa au ministre de l'intérieur un rapport
lci,le, méthodi,lue, »ur l'inspection à laquelle il s'était livré dan» les
del,arteet du Nord, qui d6voila tout à coup aux esprits éclair6s des
t'6sor» juq',lor ignoré, rapport considéré aujourd'hui comme un
chf-d'oeuvre en ce genre d'Cudes. Nous demanderons la permission
d'en citer quelques extrait» : « Je sais, dit l'auteur, qu'aux yeux de bien
« des gens qui font autorit6, e'êt un singulier 9aradoxe que de parler
« 6rieusemet de la sculpture du moyen ge. A les en croire, depuis
« le Antoni_ jusqu'à François I «', il n'a pas été question de sculpture
« en Erope, et le tatuaires n'ont été que des maqons incultes et
« gr»siers. Il uffit pourtant d'avoir des yeux et un peu de bonne foi,
« I,ur faire jstiee de ce préjugé, pour reconnaitre qu'au sortir des
« iècles de pre barbarie, il s'est élev6 dans le moyen age une grande
t805), sa tsite à l'al_,i,a.-e de Saint-Dents. On oit poindre dans ce chapitre l'admiration
ronatique ou romanesque pour les -ieu'¢ édifices. « En partant de ce lieu souterrain,
dit l'auteur, nous rêmontàmes dans l'enceinte solitaire, où le temps commence main-
tenant à promener sa faux. Le ieillard (car il .,," a toujours un icillard dans les
ruines) se
ques mots
coùteuses,
flatte de oir un jour restaurer cette abbaye; il fonde cet esp«fir sur qttel-
échappés à Bonaparte. 5lais comme ces réparations seraient extrèmement_
il ne faut pas y pnser pour le moment..... »
[ RESTA UBATION J
et belle école de sculpture, h6ritière des procédés et mme dl style
de l'art antiqlc, quoique toute nolerne dans son esprit et dans ses
ett'ets, et qui, comme toutes les ecoles, a eu ses phases et s«.s révoll-
tions, c'est-à-dire son enfance, sa maturité et sa décadence.....
« ..... Aussi faut-il s'estiiner heureux quand le hasard nous fait dé-
couvrir dans un coin bien abrité, et où les cops de marteau n'ont
pu atteindre, qlelques fragments de cette belle et noble sclptre. »
Et comme pour combattre l'influence de cette
en,ployée alors qu'il
lge, plus loin M. Vitet
phraséologie sépulcrale
Bons,ments du mcyen
de la o»loration appli-
s'agissait de décrire des
s'exprime ain.i à propos
« En etfet, de r6cents voyages, des expéricnces
« du XVI e siècle, gr'cc
« d'autres causes, notre
« moins naturelle, l)lus
« belles églises pointes,
au protestantisme, au pédantisme, et à l)ien
imagination devenant chaque jour llloins vive,
terne pour ainsi «lire, on se mit à l)lan«hir ces
on prit goùt aux murailles et aux l)oi«crics
« lutes nues, et si l'on peignit encore quelques décorations int(.rieures,
« ce ne fut plus, pour ainsi (lire, qu'en miniature. De ce que la chose
« est ainsi depuis ,leux ou trois cents ans, on s'est habitué h conclrc
« qu'il en avait toujours été de mgme, et que ces pauvres monument,
« s'étaient vus (te tout temps pMes et dépouillés comme ils le sont
« aujourd'hui. 3lais si vous les observez avec attention, vous découvrez
« bien vite qlelqucs lambeaux de leur vieille robe : partout où le badi-
« geon s ecaille, vous retrouvez Il( peinture primitive..... »
Pour clore son rapport sur les monuments des provinces du Nord
visitées par lui, M. Vite(, ayant été singulièrcment frappé de l'aspect
imposant des ruines du chateau de Coucy, adresse au ministre cette
demande, qui aujourd'hui acquiert un à-propos des plus piquants :
« En terminant ici ce qui concerne les monuments et leur conserva-
« tion, laissez-moi, monsieur le ministre, dire encore quelques mots à
« propos d'un monument plus étonnant et plus précieux peut-ëtre que
« tous ceux dont je viens de parler, et dont je me propose de tenter
« la restauration. A la-vérité, c'est une restauration pour laquelle il ne
,, faudra ni pierres, ni ciment, mais seulement quelques feuilles de
« papier. Reconstruire ou plut6( restituer dans son ensemble et dans
« ses moindres détails une forteresse du moyen "ge, reproduire sa dé-
c cotation intérieure et jusqu'à son ameublement; en un mot, lui re(lre
« sa forme, sa couleur, et, si j'ose le dire, sa vie primitive, tel est le
« projet qui m'est venu tout d'abord à la pensée en entrant dans l'en-
« ceinte du chateau de Couci'. Ces tours immenses, ce donjon colossal,
« tures jusqu'h l'extérier de ses édifices, et pourtant, sur la foi de
« qelques morceaux de marbre déteints, nos savants, depuis tr,_,is
« siècles, nols faisaient rëver cette architecture froide et déc,,l«,r6e.
« en a fait autant à l'égard du moyen age. Il s'est troxé «lt'à 1« fin
quée à l'architectre :
« incontestables, ne permettent l)lts de douter aujord'hti q.lC la Grèce
« antique poussa si loin le goùt de la couleur, q'elle c_ovrit (le pein-
RESTAURATION
«ert«tins a.lects, b;ltis d'hier. Et dans letrs parties
ve:tiges de peintre, de sculpture, de di.tributions
de locument pc, ur l'imaginatian ! que (le jalons
,!« af/i-tes alrbs etx.
2;tl,,rze as l,l,s tatr,l: '.e bnc berivain, tc,j,-,lrs alta«hfi ;h l','llVl''
,l,'il a«tit ,i l»ict ce-minentC, /bi>ait l'lti>toir, 1. la c«llfi,lrale d,,
N,,y,-,n, 'l c't'>t ainsi ,le dan> ce rcnarqlal»le travail'il c,-,nstatait les
el;lc, I,:tr«,r_,-'s l;r le: s:tvanls t.t le» ;trtisles alfa 'hç's ax mèmes
6lle. « I{ .tt'.t e i,, t, -,n«til.re l'hi,l,,ire d'u art, ce e,t pas assez
« le delerminer les diverses lfiri,,les ql'il a larc,,rles l:tn n lieu
« dç, nn6. il fall sivl'e a narche dal l,us le., lielX ,,h il .'es[ prodlil,
« indiqer le> variet6s de l',re qu'il a sc«es»iw.tcnt revêlues, et
« lre-.-t.r 1. ta]le;tt compal'atlif de toupies ,:'e v«ri,'.l,'.s ¢I1 mettant en
« regarl, non--eulemenl challe nalin, lai, «ha,|e province d'un
« vxème lays... _. c.,t ver.,_ et, lol»le bt, c t s! ,l«n.._ cet esprit qu ,,nt été
« dirigfies i,re,«itte t,-,tttt..., le, rc«her'hes
«
C
cxtrel,rîses ,lcpuis vingt a.,
ltz m,,yc, «1c. Dç'.it, vers le
,,nnencemet (lll .-_iècle, itel,lue savants (l'Anglcterre et d'Allemagne
I a-ez la
l.niel Raée»
" P,,,,_,e 38.
Monogrophie de l'église Notre-D,tme de Nogo,, par 3I. L. Vitet et par
I8tl5.
.| --- [ BE.gTA[ RATIN ]
nou. avaiett domé l' _ "
exelill|e lmr ,|e.,, e,.,sais .,,p(,«ialem«,t tll»|ique-
a,x «:dificé de ces ,letix I;tys. Lt,,lrS trax'«,,x n'etirent p:ts l,lutôt
pOétré en France, et parti«ulièl'eliiet cil N,,c[natmdie, qlll'il-; ex«itèI'emt
tlne vive 6nitllation. E Ala«e, et Lorrtite, en Languedoc, en i'oitou,
dans t,,ltes ti«,s lroviti«es, l'anic,lr de «.s s,rtos «l'(.ttlle, se prolmgea
ral)i«lcment , et ntainteltant partcttt «rit tr;tx';tillc, l)[.trtctt «-t çhcrch.,
on préIat['', on amasse des matéfialx. La na,le. «ilii se glis(. .t t.
m01« ax che.ses nouvelles, potr l,.s gll'r tien ,atv«.tl. n'et m;tlheu-
resentent pas respecté cettt «it.tce laiss«tt« «.t (.n a p(.lt-[.tre in
p(. «onll)romis le progrès. L' g(.t [ll nl,l(le », nl lr(,>>és (le j, lir;_-
il,; ont denaldé
sa date
« vrais tx'«,vailletir.s "C,litiluent letr ll.llVlq. IlV('' p«tli.,«, et
« Les x(.rits fhIld;tIllClit:tl's sOilI aoIti's; la sCiOll' 'xi-to il
« plt]s citée le la Colisolider et d(. l'6tel(lre, 't légagC;tlt
« n«,ti«)n ettççtc cnih;trrassées, ett achevant qtte[(ltes d6rttont.ratilis
« incoml)lbtes. 11 ret' leatic,up à tltirê : lllaib le r6sttlt:tt
« t.ls qtl'h cotll» ,tir le but doil Otre ul j,tr «l#tiuiliveltelt atteint.
Il nous tltudrait citer la llus grande l:trtie le «« lexle l)lr nic, ntrer
«,inbiên son atiteur s'bt«tit «tvancé dali l'étlldO t't l'apprb«i«tti,,ti
;trts ltt moyen_, agc, et C/tIllIllC la lumière »e titisait au sein les
l'6ptndues aut,uv d'eux. « C'e»t ,,, dit 5I. Virer aprbs avoir tlolitré
clairement quê rarchitêcturc de ce tetttps est un art cOtnllet,
ses lois n«,uvelle et a raisons, « fittlte «l';tvoir ,»uxert les yêttx,
« traite toutes eês s6rités le chinbre el ltl'n se rênfentê
. incrédtlité dbl;tignetse ' ».
Alors 3I. virer avait al)andoltné l'in.,_lectic, lt
historiques;ce.,, f,,c:tions, depuis
esprits les Ilus distingtés de notre
t'est sous ces detx parrains que
gétl('r;tle (les
183.5, avaiettt été l',lliç'% à l'un lcs
époque, à M.
se fornm un preslsier
d'artistes
ce..s art
jeunes, désireux (le péztétrer dans la connai.-aiice intine de
«ubliés; c et sous leur inspiration sage, toujour, ,oumi-e a une
critique
sévbre, que (le» restaurations furent entreprises. i'at»-,r(l avec une grandit.
rés.rve, pis bientôt avec plus de harliesbe et d'ue manière plus éte-
due. De 1835 à 18/,8, 51. Vitet l)l'ésidt
lii;t,ri(lues , et pendant cette période un
l'antiquité rc, nmine et (! moyen. àge, en
ats.,_i préservé» de la l'uilie. Il faut dire que
lauration était alors close toute nouvelle.
Page /5.
RESTAUBATION j -- 2- 9 ----
restauration faites dans les iScles précédents, et (lui n'Caient que des
subtitutions, on avait d(j'3, dSs le commencement du siècle, cssayé de
danner une idée des art ant(ricurs par des compositions passablement
fntaiqucs, mais qui avaient la prétention de reprodire des formes
anciennes. M. Lenoir, dans le Musée des monument français, compose
par lui, avait tenté de réunir tous les framents sauvés de la destruction,
dans un ordre chronologique. Mais il faut dire que l'imagination du
clSbre cmscrvatcur était intervenue (lan ce travail plutôt que le savoir
et la critiq.c. C'est ainsi, par exemple, quc le tombeau d'Héloïse et
d'AbCard, aujourd'hui transfert au cimetière de l'E.,t, était composé
avec des arcalurc et col,ncltes provcant du bas côté de l'église
abba(iale de Saint-I)enis, avec les l)as-reliefs provenant des iombeaux
d(. Philippe ci de Lauis, ffSrc et tils de aint Louis, avec des mascarons
prçvcnant le la chapelle (le la Vierge de Saint-Germain des Prés, et
stature» de Charle V e! de Jeanc tic
(le S«il-Denis, taient posScs ur de»
h la ,:haicllc du ch'tcau (le Gaillon,
xv siècle. C'est ainsi que les
Bourbon, provenant du tombeau
boiseries du xv siècle arrachée»
et .,_-urmonlées d'un édicule de la
fin (! Xlll e iècle; que la salle lile du xl'« siècle était déca)rée avec
une arcature provenant d jubé de la sainle [.hapelle et les statues
dll Xlll siScle adossées aux piliers du m¢.me édifice; qlC faute d'un
L,_,uis IX et (l'une Margerite de Provence, les statues (le Charles V et
de Jeane de B,urbon, qui aulrefoi décoraient le portail des Célestins,
el. l«tl)lisécs oto du >aint roi et de a lmme ' Le
5 l'aris, avaient é «lt .
Musée des monnets français ayat 6té ,létruit en 1816, la conflsion
ne ti que s'accvoitve paçmi {ant (le monuments, tranférés la plupart
à Sait-Denis.
l'af la volonté de l'empereur Napoléon I ¢', qi en toute chose devan-
çait son temps, et qui comprenait l'imporlance des vestaurations, cette
église de Sait-Denis était de»tin "
ce, non-seulemenl a servir de sépullure
à la novelle (lynastie, mais h offrir une ovte de sp6cimen des progrès
de l'art du XIII e au XYl siècle en France. De follds furent atR.ct6s par
l'enpereur cette restauration; mais l'ettt répondit si peu à son attente
dès les premiers travaux, que l'architecte alors chargé de la direction
de l'oeuvre dut essuye des reproches assez x.ifs de la part du souverain,
et en fut affecté au point, dit-on, d'en mourir de regret.
Cette malheureuse église de Saint Deni fut comme le cadavre sur
lequel s'exercèrent les premier artistes entrant dan la voie des restau-
rations. Pendant trente ans elle subit toutes les mutilations possibles, si
bien que sa solidité étant compromise, après des dépenses considérables
et après que ses dispositions anciennes avaien{ été modifiées, tous les
beaux monumets qu'elle contient bouleversés, il fallut cesser cette
Cette substitution
chargés (le représenter
fut cause que depuis lors,
ces personnages donnèrent
presque tous les peintres ou sculpteurs
à saint Louis le masque de Charles V.
m 23 ---
oûteuse expérience et en rexenir au programme posé
des monuments historiques en fait de restauration.
RESTA URATION
par la Commission
Il est temps d'expliquer ce programme, uivi aujourd'hui en Angleterre
et,en. Allemagne, qui nous avaient devancés dans la voie des éludes
theonques des arts anciens, accepté en Italie et en Espa«e, qui pré-
tendent à leur tour introduire la critique dans la conservation de leurs
vieux monuments.
Ce programme admet tout d'abord en principe (Ie chaque édifice ou
chaque partie d'un édifice doivent ëtre restaurés dans le tyle (lui leur
appartient, non-eulement comme apparence, mais comme .,tructure. i\
est peu d'édifices qui, pendant le no)'e fige .,,urtou, aient été b.atis
d'un seul jet., «u, s'ils l'ont été, qui n'aiet ubi dc- nodifications
notables, soit l)ar des adjonctions, de tran.fonnations o de., change-
rachats partiels. Il est donc essentiel, avant tout travail «le réparation,
de constater exactement l'fige et le caractère de chaque partie, d'en
conposer une sorte de procès-verbal appuyé .,mr de.-, documents certain,
soit par de notes écrites, soit par des relevés coraphiq,c. De plu.,
France, chaque province possède un tyle qui lui appartient, ne
dont il faut connaitre les principes et les moyel- l,l'atilue. Des ren-
-seignements pris sur un monument de l'Ile-de-Frace ne peuvent donc
servir à restaurer un édifice de Champagne ou de
rentes d'écoles subsistent assez tard; elle c_,nt
loi qui n'est pas réglièrement suivie.
xr« siècle de la Normandie séquanaise
de l'lle-de-France h la nOne époque,
essentiellement de la renaissance de Paris et de se evirons. Dans qel-
ques provinces m6rilionales, l'architecture dite gothique ne fut jamai,
qu'une importation; donc un 6difice gothique de Clermolt, par cxenllle ,
" («L I'C£L s-
peut Otre sorti d'une école, et, h la me'me epoque, un 6dificc de "'
sonne d'une autre. L'architecte charg6 d'une restauration doit d,.c
connaître exactement, non-seulement les types affercnts à chaque p:-
riode de l'art, mais aussi les styles appartenant h chaque école. Ce n'est
pas seulement pendant le inoyen ge. que ces diff6renccs 'obscrvcnt ; le
même ph6nomène apparait dans les monument» (le l'atiqité greC,lUe
et romaine. Les monuments romains de l'époque antoine lUî couvrent
le midi de la France diffèrent sur bien des points de tnouments de
Rome de la. mOme époque. Le romain
ne peut ëtre confondu avec le romain
ou de la Syrie.
Bourgogte. Ceb diflé-
rnarqu)c- :vivant une
Ainsi, par exenple, bi l'art
c rapproche beaucoup ,le ,.e|ui
la reai,sancc normanle dilrbrc
Mai,s pour nous en tenir ici au moyen ge, les diflicultés ,'accunulent
en prêsence de la restauration. Souvent des monuments ou des parties
de monuments d'une certaine époque et d'une certaine école ont été
réparés "à diverses reprises, et cela par des artiste (lui n'appartenaient
pas à la province où se trouve bti cet édifice. De là des embarras consi-
.dérables. S'il s'agit de restaurer et les parties primitives et les parties
des c6tes orientale de I'A driatique
de l'Italie centrale, de la t'rovincc
[ lrç'rAt.ta'rc,x ] "" 2
noditiée , faut-il ne pa: ternir c,»lnpte de dernibres et rétablir l'unitW,le
slvle derangée, ou reproduire exactement le tout avec le- n,»lilicatian.
lo.térieure. ? C'est
al«,r- «lU
c, lt'rir (le: dan,'_'er.-_, et qu'il
acun (les deux princile.-
«ireon:tance_- particulière-.
e l'adoptic, n ab.c_,lte d'tn de. deux pal'ils pet
et léCessairê, al ec_,ntrail'e, en n'admettant
l'llne manière ab..oluo, d'agir en rai«_n des
(0lelle sont ce- circonstances particulière-'?
Nou, e l»-,rrion: lê indiqlêr tOlte-; il nou: .-uffira d'en simaler
quel(lue-.e" parmi le» plu» importante-, afin de faire re..ortir le e6t6
critique 1 trav:til. Avant tant, avant d'ètre archéalague, l'architecte
chargé d'ue re.talrati,, ,l,,il ètre con,tru«teuv hal)ile et eXl6rimenté,
,-,n la" ,t«leent h point de ve eénral, mai au p,»itt de Vle
pariclier; c'e,t-h-lire l'il loit connaître lt. lr,«édés de construction
«lmi aux dittérente él»Ole de nr,re art et danle-diver»e Colet.
2es l»rocédé de con.trucicm t (. valPur relative et ne bont pa tou.
,.f..alement l»c,n.._. Qlel,le.-t lllèllle c, nt dù etre al)andonné: parce
«lu'il« étaient ,l.fi.ctt.«x...i.-i, par exenlle, tel édifice bctti aCt
.,.iè«le. et «li 'axait l:t: lt' «héeax -ou.- le-égaut- de.-conble.-, a
lçl ètree-talr,: au xI .-_iècle et. uni ,le chéneax avec
¢'c, mt»iné.-. "l'out le ,:olr,-,lneent e-t en mauvai- état. il »'agit «le le refaire
en eztLiez'. tzpprinera-t-oz le. chéneaux
l'ancienxte corniche du xx'. ,lont on
('ex'te ,oxl; il l'ittl.ll'a l,:tablix' la conichê
[li ,',ll...el'valtt la I',l'lle ,_le cette époque,
le corriche ,:t chéne,ttx dL .x"-. t't qu'en
let l»rétenti,, ,le li d,-,ler 1,' caractère
du x .-iècle
retrouverait d'ailleur
à ch6nêaux du
pi.I',n e
étal»lit une
,le l'architecture
l»-,ur 'établir
le.. .lément- ?
Xlll e iècle. en
saturait trouve,"
imalzinaire, «txec
(le cette époque,
ce serait tative 111-1
d'lne nef du XII e
létritês en partie
ala«hroni.-me cil pierre. Atre exemple:Le_, voùtes
«iècle. par ...uite ,1" accident (ltel«onque, ont été
et relaitc plus tard, nol dan» leur forne première,
Ge-,lernière, voùle- à leur toper
lai d.'aprè:, le lnode alors admis,.-', . ,
llenacent rllilit'; il t;'tlt le« recotruire. Le: rétablira-t-on dan: lette
l,_,rme po:téliere, , l'Cai»lira-t-ou le: voùte.- primitive.-? lui, parce
l'il n'y a 11 avanta,_'e à faire attvement, et ,lu'il y en a I111 considé-
r, ttle à rendre à l'éditi,:e -,911 lnité. Il ne s'agit pa. ici,. c'onle dans le
:t. précédent. «le con.-evvêv une anélioration app«,rtée à un :ystème
delectex, nais de COl.-idérer que la restauration po.,_tériêur a été
t'aitê san.. critique, -uivant la méthode apili,té jusqu'h n,,tr siècle,
,I qui con.i.tait, dan.. t,_té réfeeti,_ ou re_-.tauratic, n d'un édifice. à
;,l,»pter le« t'orrle, adn-li.-e, tlall« le temp, présent; (le noël.,: pr,-wédon..
«l'atprès un princii»e ,_,pl»_,-é, cou,i-talt à re-raturer chaqe édifice dan..,
le .-tyle qtli lui c.st propre. 5lai, ces voùte- d'uit caractère étranger aux
l»remières et qte
l';lle, ont été
.lles c, nt été c,,nbiées
c«,n..:truction extériêule
pc, ur se donner la sati,fa,
rec,,l.-truirê, ont remar,lual)lêlnent belle..
,lVl'ir des verrière- garnies de beaux vitraux,
le fa«,,n à -'arrall,..,er axee l.out I111 .-_vstème de
1'
, une grande; valeur. Détruira-t-on'tout cela
lic, n de rétal»lir la nef primitive dan.._ :a pureté?
[ RESTAURATION
Mcttra-t-c,t ,'es verrièrcs c magtsin ? Laissera-t-o, sans mo[if,
'mtre-forts et arcs-boutants extérieurs qui 'avai,t pls vie à
lorter ? Non, certes. On le voit donc, les pvin«ip,s «t]slts ct ces
tières peuvent condire à l'al,sut'de.
Il s'agit de reprendre en sotts-t'txro les liliers inc, lés l'ttao s«tll,, lc-
quels s'écrasent sous la ch;tr«', l;trç, ' lt, , les natéri«ttx ,.tld,,5é ont
lrop fragiles et Irop bas d'assises. A ldtietr: éltl's , lt'lltCs-tts
««,s piliers ont 6t6 repris, (,t ot letr et (lonté tic, sccti« ts (lti te
l»ilt celles {ratAes primitivenenl. Devl',ns-ots. cil ret'aisanl ces l»ilier
vu' d,s pr,-vbs
_ _.. t'l,
Il li'l, par ex.ll. ,
Il Cil .,;t11-11'1151"12, Ilétl'llilqtllS-llll-,
celle
tl:tis
II«tllS
trace si ilér«sstl, tl'llll lrc,.j«t lti ll';t llS ,té t'litièl','lllell 'Xt'Clltfi.
qi lét«,le les lelal«es d'l. é ',le ? Nc, ; .s les rt'pr«,luir,lts
lever firte m:-liti6e, puislte ces tc, diti««tlit» p.tvet éclaircir
pitt de l'hist,,ire d,. l'trl. Dans n édili«e lu Xlll siècle, l,t l'Cool-
des e;tllX si, fais'.ail p:tr l,s larmiers, er, mme h la catlédr, tlo de
Lhartres,' par exemlle, tll a l'FIl lcvoir, l»our_ lietlx réglof. 't'l é«oilo-
"1
ent, ajonc.ter le.; gargollille, ;tlx chéliealx pend«tnt le xv iè«lc'.
g«trg,-tille« soltt ltauvaisês, il ttut les remllacer. Sll.-.lillel',s-lll.,
leur place, sts prélexte d'tlité. les gal'gc, uilles 1 x siècle 7 N-,,I.
disp.siti«m primitive itév,.-,-
l'estaurtliol postérietrt'.
chal,elles ont été ;tjoltees al>rb..
cha.pelles et le.; l,ie,ls-droi[s ,les
a/tCtlne t'aq,)l are,_' ces ,-:,-ttre-l'rt't llts an,:ien.-.
ces COll.S[l-'llc|i,»ns SOllt atjo.ltée.,, altl'èS ,'O/ll). 11 et
léCCssaire ,le
,lti SOlll rongés .pal-' le
notts relier ces deux
l'estalll'OllS Cil lOme
l'appareil distinct
jours reconnaitre
ctmtve-tbrls.
De morne, (lan les
ter scruIuleusenent
les ptrent, nt. e.x erie
i'el-'netlreS des chai,elles. Devl-'Ol>-
l'él»Oqtle ditl'él'etes ci lue ll,311S
llOIIS CtlICI'VCI'OIIS sOigllO/lselliell[
des deux parties, les
,lue les chapelles ont
déliaisons, atin qu'on puisse
été ajoltée apl'eS COlp elilro i,...
1,artie cachées des élitices, ,levl'ots-OlS l't'S.l,ec-
toutes les traces quî .pe'uvent .;ervir à constater des
adjonctions, des mo,litications aux dispositions prilnitives.
Il existe certaines cathédrales en France, .parni celles refaites h la
[lit
[ RESTAURATION ]
du xn' siècle, qui
les eath6drales de
n'aaient
Sens, de
-- 26 ---
point de transsept. Telles sont, par exemple,
Meaux, de Senlis. Aux XIV" et xv * secle, des
transsepts ont été ajoutés axx nefs, en prenant deu- de lers tracCs.
Ces modiiications ont été pll.,. c_,u moins adroitement faites; mais, pour
les )'eux exêrcés, elles laissent subsister des traces des dispositions pri-
xnitives. C'est dans de cas semblables
puleux jusqu'à l'excès, et qu'il doit
ces modifications que les dissimuler.
Mais 'il s'agit de faire "h neuf des portion de
reste nécessités de
nulle trace, soit par
que le restaurateur doit ëtre scru-
plutôt faire res-ortir les traces de
monument
construction,
dont il ne
soit pour
coml)létér une oeil'erg mutilée, c'est alors qe l'architecte chargé d'une
rêstalration doit se bien pénétrer «tu style, propre au monunent dont
la restauratic, n lui e.-,t confiée. Tel pinacle du XIII e siècle, copié sur un
bditice du mëme tenps, fera une tache i vou,_ le tran_,portcz sur un
autre. Tel prolil pris sui" un petit éditice jurera appliqué à un grand. C'est
<l'aillcur. une erreur ro.sièrc de croire qu'un membre ci'architecture
du noyen àge peut (_.tre gradi ou diininué impunément. Dans cette
architêcture, chaque membre ct. à l'échelle du monument por lequel
il e.-t composé. Changer cette échelle, c'êst rendre ce membre difforme.
Et à ce sujet nous ferons remarquer que la plupart des monuments
9othiq.«es que l'on élève à neuf aujourd'hui reproduisent souvent à une
autre échelle des édifices connu:-. Telle église ,era un diminutif de la
cathédrale de Chartre,, telle autre de l'église Saint-Oc de llouen.
e.t partir d Illi princil»e ol»p,_,se à celui lu'adInettaient, avec tat de
rai.on, les maitres du moyen /,ge. 5lais si ces défauts :ont choqlants
dat. des éditices neuf et leur enlèvent toute valeur, il» s6nt monstrueux
lor-q'il s'agit de restaurations. Chaque monument du m,,)en "age a
son échelle relative à l'en.,_eInl»le, bien ,lue cette éehellè soit toujours
sournoise h la dimet,ion de l'homme. Il taut donc y regar, ler à deux fois
lor.,lu'il s'agit de compléter de parties manquante_- sur un ddifice du
moyen ;tée, et s'Otre bien pénétré de l'échelle admise par le constructeur
primitif.
Da les restaurations,
toujours avoir présente,à
enlevée que des matériau,
il et Ulle condition dominante qu'il faut
9 ° " "p
1 esplt, q_, est de ne substituer à tc)ute partie
meilleurs et de "
moyens plu energiques ou
parfaits. Il faut que l'édifice re_-tauré ait pa.,sé pour l'avenir, par
a laquelle on l'a soumi:, un bail plu- long que celui
peut nier que tout travail de re.,tauration est pour
plu.-_
suite de l'opération
déjà écoulé. 011
une COltruction une épreuve assez dure. Les 6chafaud le étaiq le,
arracllemenls necessaires, les enlèvement parliels le maçonnerie, eau-
-ent dan> l',uvre un el»ralement qui parfoi a déterminé des accident,
très-graves. Il e»t donc prudent le compter que tou{e construction laissée
a perdu une certaine partie de sa force, par suite de ces ébranlements,
et que vou devez suppléer à cet amoindrissement de force par la puis-
san çede partie neuves, par des perfectionnements dans le système de
9
[ ItEST.,UIIATIttN ]
la structure, par des chainages bien entendus, par des l'ésistaccs pls
grandes. Inutile de dire que le choix des atériaux êntre pour une
grande part dans les travaux de restauration. Beaucoup d'édiliccs ne
menacent ruine que par la faiblesse ou la qalite mé[liocre des matcriax
.employés. Toute pierre à enlever doit (l,,c ëtre remplacée 1)af une pierre
d'une qalité supérieure. Tout système de cramponnage suppriné doit
gtre remplacé par un chainage continu posé à la place occupée pat"
ces crampons; car on ne saurait modifier les conditions d'équilibre d'un
monument qli a six ou scpt.sibcles d'existence, sans courir des risqcs.
Les constructions, comme les individus, prennent certaines hal)itdes
dëtre avec lesquelles il faut compter. Ils ont (si l'on ose ainsi s'cxl)rimcr)
leur tempérament, qu'il faut étudier et bien connaitrc avant d'entre-
lr'ndrc 1111 traitemclt régulier. La nature des nl«tt61"iax, la llalité (les
ortiers, le sol, le système g61éral de la structrc par p,-,ilts d'al)pi
vel'ticax OI1 par liaisons horizontales, le poids et
d
de concr6tion des voùtcs, le plus ou moins 61asticit6 lc la I.ttisse,
çonstituent (les temperalneltts ditférelts. Dals tel édilicc ,Jh le., l),»itts
(l'allti verlicaxx sont fo.rtement roidis par des c,lonnesen délit, «otnllC
en Bourgogne, par exenple, les «onstructions se conl,ç, rteront t,:ut
altrcment que dans un élifice de Normandie o1 de Picardie, oh toute
la structure est faite en petites assises basses. Les moven, de reprises,
d'élayenent qi réussiront ici, causeront ailleurs des accidents. Si l'on
peut reprendre ilnpunément par parties une pile composée entièremct
d'assises basses, ce mèlnc travail, exécuté derrière des colonnes en délit,
causera «les brisurcs. C'est alors qu'il faut bourr.er les joints de ntortier
h l'aide (le palettes de fer et à coups de lnarteau, I)our 6virer toute ,lépres-
si,n, si minime qu'elle soit; q.u'il faut mème, en certains cas, enlever les
molostyles pendant les reprises des assises, pour les replacer après que
tout le travail en sous-oeuvre est achevé et a pris le temps de s'asseoir.
Si l'architecte chargé de la restauration d'un éditice ¢loit connaïtre les
lombes, les styles appartenant à cet édifice et à l'école dolit il et »orti, il
doit .mieux encore, s'il est possible, connaître sa structure, son anato-
mie, son tempérament, car avant tout il faut qu'il le fasse vivre. Il l'au[
qu'il ait pénétré dans toutes les parties de cette structure, cotonne si
lui-mOrne l'avait dirigée, et cette connaissance aClise, il d,oit avOil" h sa
disposition plusieurs moyens pour entreprendre un travail le reprise.
Si l'un (le ces moyens vient h faillir, !111 second, un troisième, doivent
¢*tre tout prëts.
N'oublions pas que les monuments du moyen age lJe sont pas construits
comme les monuments de l'antiquité romaine, dont la structure procède
par résistances passives, opposées à des forces actives. Dans les con-
strctions du moyen ge, tout membre agit. Si la x'oflt.e pousse, l'arc-
boutant ou le contre-fort contre-butent. Si un sommier s'écrase, il ne
suffit pas de l'étayer vertiealement, il faut prévenir les poussées diverses
qui agissent sur lui en sens inverse. Si un arc se déforme: il ne suffit
[ IESTAUBATION ] -- 28 --
point de le cittrer, car il sert de butée h d'autres arcs qui ont une action
obliqte. Si ve>us enlevez un poids qtelcç, nque sur une pile, ce poids a
ue action le l ression à-ltquellc il ravit suppléer, l';n tin nlt, vous
'avez lins h naittcir lcs l'c, rces inertes agissat seulelet dans le ens
vertical, nais lc tkrees qtli tutes agissent en sens opposé, pour établir .
lin 6qilil»re; [,-,1 enlèvement ,l'une partie ten,l donc h ,léranger cet
6quilibr.. Si ce» l»ro]16nes pr6s at re[auratcur dérot[.tt et enbar-
raison[ à «haquet in,tant le cons[ruclclr tlli 'a 1)a Ihit UlC aplrécia[ic, n
cxac[c de ce c,litions d'éltilil'e, ils deviennent n s[intulat pour
" cst 1<, gerre, ule suite
celui qti ctail li.n l'6dili«c h rcparcr. ("
lc manvrc- q'il fat tttditier «haqte jç,r par ue observalion con-
«largês, par ,mite de
r autre, et tic, rit
,le «lel«les
Ce »c_,t lb le ce
h la «c,nliti,-,l
ett,t qlli peUVelt se
de el,chel'- établis
ll-'Cdllire. Nous avons Vil, pal" exemple,
sur latre I«)its d'appui, porter les
.,.olS-pvre, tltôt sur 1111 point, tanl6t
h l'izonlale
rêprises el
l';txe chatgeail -,)t poilt[ de pr«,je'tio
tre-en vit-llatrc hclres.
elk, ts d,)t l'arclit,«te exlK'ri
d'avoir toujours dix lllayell I»O111" 1
c«ditiç d'inslirer asez de c3ti;mce
le les latiqtes e pissent vaus enlever !es oyelS de l;trer h chalue
clôtA .-.e j,,e, nais
n de prévenir un
aUX O!!vFieFs pOtll"
('v6l,leil, .;tn délais, sans tItonlemelt.-, salis nallik.ter des craintes.
l'ar,'hitecte, tlats ces ea lit'li«iles qli se présentent -ovel peldant les
re»iauraii,n,, ,1,_,il avoir tot 1)rév, juqu';tx effct les l»lls iatt(,l(lus,
.t doit «tx,ir el rOuet've, >ts hàte cl sas tr,,ul»le, les mc, yens d'en
pv,-venir les c,-,né,le«es désa>treses. Disols ,lice lats ces sortes de
[ratvatlX les ,,vriers, ,lui ,_'hcz llOtl conl»rennet ff»rl bie les matl,elvres
qu'«, leur orl,,e, otrt, nt ,lll[tll[ le COllfiall'O et de dév,-,ement
l,,rs«l'il ont 61ravé l:t 1,r6v,,y;tnce et le sang-fraid d chef, ql'ils
ltotrent le d61iace 1,_,rsqu'ils aperçoivent l'alIarence tl'!ll trOtlble
«lats les ,,frire,
Les lvavaux de retatrali,»l lti, ;t l»çint de ve s6rieux, pratique,
tl»lmrlienlcl à nç, tre I.elS, lui feront honleUr. Ils ont Rrce les
;trchilecles à 6lendre lers colati>:tnces, h s'enqérir des noyens
éneriques, exléditig , sùrs; h se mettre en rapports plus directs avec
les auvriers de bStients, 5 les instruire aussi, et h foncier de noyaux,
soit Cil province, soit h l'aris, qi R, urnissenl, h tout prendre, les meil-
leur sujets, dans les ?rands chantiers.
C'est grgtce à ces travatux de restauration, que de> industries impor-
tantes se SOlt relevées 1' "
, que execltion des maçonneries est devenue
plus soignée, qle l'emploi des matbriatux s'est r6pandu; car les archi-
t C'est ,lans les ciantiers ,le restauration que les industries de la serrurerie fine fm'gée,
de la pl,tlmriê au, raiC, «le la ln,.:nuiserie, comprise comme une struclurc propre ; «le
la itrcric d'art, le la peinlure mtralê» se sent releees «le l'Cat d'abaissement où elles
étaient tonbées au commencement du siècle. Il serait intéressant de donner un état de
lectes chargés de travaux de restauratiol, ouvenl dan.> des villes
villages ignorés, dépourvus de tout, ont dù s'enquérir
besoin en faire rouvrir d'ancienes, former de attelier>.
toutes les ressources que fournissent les gratnds centre, ils o1[ dù en
t'réer, faqoner des.ouvriers, établir des étholes I'6gulibl'eS,
comltabilité , soit comme conduite de chantiers, u«t ainsi que des
natériaux qui étaient inexploités oint élé mis dan, la circulalion ; que de
néthodes régulières se ot rélmnlles dans de» ,l,ptrtelel[S «li n'e
l»OSédaient linS; que des cetl'«S l'ovrier deeu «atl»atble ot
des ujets dans i111 rayo éted; que l'habitllc de l'é»,-)llll'e les lil'ti-
t'ultés de Coltruc[ion s e»t i.llr,_,lite atl lilieu de l,,llalion
tivc fral(;aie a les mérites et lcs avatages lle ,_,1. ,. lli
pas, elle a «inet6 l'nité politiql.; ais il e tat pas ». di..iler
ic«,lVli'ts. 1',111" e.lal'ler ici lle de l'al'chitecll'e, la
a ttutt-seulelneut eulev6 aux lr,_,viuces lettrs 6«,,les, et arc.," ,lles l's
pr,cédé patrti«li.r, le. illtrie l»c«tles, mai le sjet» ,'atlalles qi
tous venaielt s'absor]er h l'aris » lalS lex , ll'i» -r«tls «cll'e;
si ]ien le dans les chetg-liex le lélartenent , il y a trelc
trolvait li u architecte, li /111 enll'epreer, i clel" l';tleliel', i
OllVl'ier e état de liriger el d'exécller les [l'aValX «lelle le il,,'-
tats. Il suffit, pour avoir la lretlVe le ce qle nous disolS ici, de
en passatt les églises,. airies, les arcl;s, l,,pilatx, etc., l5tis lc I s 15
à 18a5, et qli ,-,t res[és lel»ot das les viii,., le lr,,vice (,'atr ]eaColl
n'oint eu ql'une durée éphénère). Les lelf dixiè. ,1,' ,'es :lilice
(nous ne l»al'los pas de lotir style)aCCle[ lne igorat'e ,1,»ulolreue
des principes les l»lu élmentaires de la COl,trclion. La ce[l':tligati,»t
eoluisait, e ttit d'architectre, h la ]»ar]»arie. Le »avoir, le- lratliliols,
les 6tlodes, l'exécutio nalrielle, se retir«tielt pe à peu
nit6s. Si ene«,re, h Paris, t' écale liri,,ée vers 1111 llt lil,. et lrtlile
,,1é les artistes capatl»le
avait i» rendre aux incivil)res 61oi m _ _
OI1
«le Cal'rières,
Loin de rou'«er
des con-tructions, les écoles provinciales 'aUl'aient las
des, mais on aurait ainsi FçllVOyé SlIP
hommes q,i, co,t***e cela se voit
, [êrrit,,ire (les
-[s (t cll;tl-:ees,
naintiennent à un iveal égal tomates les con..,tl'clio, 'i[repri.-c-
les départeets. L'école d'archil:eclul'e établie h l'cri'i-_, et él;tblie h l';tri
seulernet, sngeait h loute autre clo,,,e; elle f,l'Zltit !,,,
1 Acadéie. de Fralce h l{,_,n.e, l;,_n._.s ,lêssinatell'.._, ll,,llrris le ,'hières.
nmis fi-rt peu propres h diri:,er ln cl;tli.r en Fra«t. t xx siècle. Ces
éltls, rentrés S/II" le sol nat«tl aloi'ès Illl exil de eill[ anné.., lclia| lellel
ils avaiet relevé quelqttes noumets antiques, n'ayant .i«t«ti... etA lis
|O[IS les ateliers forlnéS par les lraaux de rcstaurati,»n, et dans i.squels les i,lus ardents
délracteurs de ces sortes d cntl eprises s,,nt ,,elilis cl,ercher ,les ouriers et «les lneth,,des.
On COlnprcndi'a le motif qui 11ails interdit ,le furnir 1tric piece de cette nature.
[ BESTAURATION ] ---- 30----
aux prises avec les difficultés pratiques du métier, préféraient rester à
Paris, en attendant qu'on leur contiat quelque UVre digne de leur
talent, a labeur journalier que lever offrait la province. Si quelques-uns
d'entre eu: ret,-,trnaient dans les départements, ce n'était que pour
«,ccupcr (les l,,sitions supérieures dans nos plus grandes villes. Les
l,-,calités secan,laires restaient ainsi en dehors de tout progrès d'a.rt, de.
tout savoir, et .-e voyaient contraintes de confier la direction des travaux
municipux à des conducteur.,_ des ponts et chaussées, à des arpenteurs,
voire à des naitres d'é«,,lc un peu géomètres. Certes, les premiers qui
p«.nsèrcnt à saliver de la ruine les plus beaux édifices sur notre sol,
lcgués par le pass6, et qui organisèrent .le service (les monuments listo-
t'i«lttes , 'agirent que sous une inspiration d'artistes. Ils furent etrrayés
de la destl'ction qui menacait los ces débris si remarquables, et les
:ctes de vandalisme accomplis chaque jour avec la pl.s avegle inditré-
rence; mais ils ne purent pr6voir rouit d'abord les r6sultats consd6rables
le leur Xl'e, a point lc ve lurement utile. Cependant ils e tar-
lèrcl l»«,il 5 reconnaitre que plus les travaux lu'il faisaient exécuter
be tr,uvaient l,lac6s dans des localit6s isol6e, plus l'intluence bienfai-
sate de ces travaux se thisait sentir et rayonnait, pour ainsi dire. Après
«luelltle anndes, des localit6s où l'on n'exploitait plus de belles c'arrières,
oh l'on ne trouvail ni tt tailleur de pierre, ni ttn charpentier, ni un
t,_,rgero capable de tltç,,nner autre chose qle des Drs de chevaux, four-
issaiet h tous les arr,,ndissenents voisins d'excellents ouvriers, des
n-ótholes économiques et sfires, avaient vu s'61ever de bons entrepre-
neutre, des appareilleur subtils, et inaugurer des principes d'ordre et
le réglarit6 dans la marche administrative des lravax. Duelques-uns
,le ces chantiers virent la plupart de leurs tailleurs de lierre fournir des
appareilleu-s pour 1111 grand nç, mbre d'ateliers. Iteureusement, si dans
n,_.,tce pays la 'outine règne parfois en maitresse dans les sommités, il
est ais6 le la vaincre e bas, avec de la persistance et )lu soin. Nos
otVl'iers, parce qu'ils sott intelligents, ne reconnaissent guère que la
pissance de l'intelligece. Autant ils sont négligents et inditDrents
das un chantier où le salaire est la seule r6compense et. la discipline le
seul moye d'action, autant ils sont actifs, soigneux, là oh ils sentent
tlne direction m6thodique sùre dans sesallures, où l'on prend la peine
de leur expliquer l'avantage ou l'inconvénient de telle méthode. L'amour-
propre est le stimulant le plus 6nergique chez ces hommes attaehés à u
travail manuel, et, en s'adressant leur intelligence, à leur raison, on
peut tout en obtenir. "
Aussi avec quel int6r0t les architectes qui s'étaient attaehés cette
uvre de la restauration de nos anciens monuments, ne suivaient-ils
pas de semaine e semaie les progrès de ces otw'iers arrivant peu à
peu à se prendre d'amour pour l'eu., re à laquelle ils concouraient ? il
y aurait de noire part de l'ingratitude h ne pas consigner dans ces pages
les sentiments de désintéressement, le dévouement qu'ont bien souvent
-- 31 -- [ Ir:STAt:IATO.
manifestés ces ouvriers de nos chantiers de restauration; l'empressement
avec lequel ils nous aidaient à vaincre des difticultés qui semblaient
insurmontables, les périls mème qu'ils affrontaient gaiement quand ils
avaient une fois entrevu le but à atteindre. Ces qualités, nous les
vons dans nos soldats, est-il surprenant qu'elles existent chez nos ou-
vriers ?
Les travaux de restauration entrepris en France, d'abord sous la direc-
tion de la Commission des monuments historiques, et plus tard par le
service des édifices dits diocésai,s, ont donc non-sculentent sauvé de la
ruine des UVreS d'une valeur incontestable, mais ils ot rendu un set'-
vice immédiat. Le travail de la commission a ainsi cotbattu, jusqu'à un
certain point, les dangers de la centralisation adtninistrative en fait de
travaux publics; il a rendu à la province ce que I'É«,le (les beattx-arts
ne savait pas lui d,»nner. En présence de ces résultats, d,-,nt n,»us sontttes
loin d'exagérer l'importance, si quelques-uns (le ces docteurs qui pré-
Le,dent régenter l'az't de l'architecture sans avoir jamais fait po»er
brique, décrètent (lu fond (le leur cabinet que ces trtistes avant l»:_t.,,s
une partie de leur existence à ce labeur périlleux, penible, do'nt la
part du temps on ne retire ni grand honneur, ni l»rofit, ne sont pas ,_les
architectes; s'ils cherchent à les faire condamner à une sorte d'otracisnc
et à les éloigner des travaux à la fois plus honorables et plus fructu,tx,
et surtout moins difficiles, leurs manifestes et leurs dédains seront oui»lies
depuis longtemps, que ces édificcs, une (les gloires de notre pays, pré-
servés de la ruine, resteront encore debout pendant des siiclcs,
témoigner du dévouement de quelques hommes plus attachés à perpétuer
cette gloire qu'à leurs intérëts particuliers.
Nous n'avons fait qu'cntrévoir d'une manière générale les difficultés
que doit surmonter l'architecte chargé d'une restauration, qu'idiquer,
conflit llO[IS 1' "
aons dit d'abord,, un programme d'ensemble l»oe par
des esprits critiqtleS. Ces difficultés cependant ne s bornent pas à dc
faits purelnent mat6ricls. Puisque tous les édificês dont on entreprend la
restauration ot une destination, sont affectés à un service, on ne peut
négliger ce c6t6 d'utilité pour se renfermer entièremcnt dans le r61e (le
restaurateur d'anciennes dispositions hors d'usage. Sorti des mains de
l'architecte, l'éditice ne doit pas ëtre moins commode qu'il l'était aant
la restauration. Bien souvent les archéologues spéculatifs ne tiennent
pas compte de ces nécessités, et blament ertement l'architecte d'avoir
cédé aux nécessités présentes, comme si le monument qui lui est conlié
était sa chose, et comme s'il n'avait pas à remplir les programmes qui lui
sont donn6.s.
Mais c'est dans ces circonstances, qui se présentent habituellement.
que la sagacité de l'architecte doit s'exercer. Il a toujours les facilités de
concilier son rôle de restaurateur avec celui d'artiste chargé de atisfaire
à des nécessités imprévues. D'ailleurs le meilleur moyen pour conserver
un édifice, c'est de lui trouver une destination, et de satisfaire si bit, n à
t RESTAURATION ] --- 32 ----
i,). le« beoins.qe commande cêtte dcstinati,n, qu'il n'y ait pas lieu
,l'v t'ire de.; changements. Il est clair, par excnple, que l'archile«Iê
chai'cé «le faire du beau réfectoire de Saint-Irtin «les Chaps une
°
i»il»liohbque I»,-,r l'École de, art, et. métiers, devait s eltbrcer, tout e
1.esle«at i'6dilice et en le restarat mëme, d'rganier le casiers de
telle :»re qu'il ne fùt pa n6ce:saire d'y reverdir jamais et d'altérer
li.,pc,.,ili,n: tic celle -allc.
Diln- de.-circuite-tances parcillc.
le nicux c:t [le se mettre h la place
«le l'al'clitcctc lrimitif, et lc ...lpp(cr ce qu'il ferait, i, revenant
llolldc, Oll lli 1,,,ait lesprc, grallnlc-,lli n,»s »,311 l),_,s6s h notls-mëme.
3lotis on conlr'll ,lt'al,-,r il Ktut p6s6(lcr tmtte le res,,t"ces qle
p,,s6laicnl «c taitre anciens, «ll'il faut pr'éder COnllle ils l)roc6-
l;tict[ cx-m5ne-, llcureu>cltmnt» cet art ,lu_ lOVel. à"«'c, b,rne par ceux
,itt ne lc c,j«tis.ent pas, h ltcllC fi»rmulc 6tl'oitc, c-t au contraire,
«l,a,l ot le pénctrc, si ,-,uplc, ,i s,l»til, si 6tcndu et libéral dans
t,,vc» d'cx6cutiol, ,lt'il n'ct l»a, lc Iragvat,me [l.'il tc l»i» rcnt-
ldir. Il 'al»l)uic nr des l»ritcil)e, et ,»t sur u, fi,r,,llairc; il peut erre
le tou lc tcnl» ,.t sati-fairc h to, lc l»c,ins, «,,ttt. tnc langue bien
i'ait' lclt expritner t,,lte le- i,lée satin» thillir 5 »a gramntaire. C'et
,1,_,," cetle gra,,atire lu'il faul p,»sfider et biel
li'nt I m
«'¢,n,«ietl_lr,_n: l.tc let pCll[2 (_'.',[ gli:sanle l,t ,»tlclt Itt'on ne 'el
.-. h la l'el»rodlcli,,l liftAraie. lte ct'.-_ patrti., e d,,ivent ètre ad,,p-
lat (lernière extr,niilé ; ,ai.., il faut Colvenir au...i qu'il- -ont par-
(',,llllllalldé. l«ts de. néce.-.ité.- imp(:rieu:e ttxquelle on 11(_" .,_erait
atlnlis h ,,ll»,,sel t non i,ossum»s, f_.}ll'llll atrchitecte -e refu.,e h faire
1,:t-ser (le: ttyatux de gaz dal,: illte égli-e, atin d'éviter (le niutilatiol.,_ et
[le. :t«,'ide,.lt.-. ,_,1 le er, reprend, l)arce ,I'o pet éclairer l'édifice pat"
«l';tttl'e lll,-,yells; lllai.', q'il ne -e pretc l)a.-h l'étal»li.,.-ClClt d'ull cal,,-
rifère, lar ,'Xelllde,-,ou- le prétexte ,le le III,-,Vell ëe 'avait pa.,_
et, y»tèe le chautfac «lu le-édiliccs reliÇictx._ «l'il «»ldi'e ainsi
lidcle-h 'eltl'llllller [lt' par l'arch6d,,:.ie, cclat [,,ll»e dalls le ridicule.
Ce- ln,,ycl¢ ,1,. cllalttktge cxigealt ,le tuyaux de ,'hcntillée, il doit pro-
cé,let', c,-le aurait fait tn aitre 1 n,,ven àge - il eùt été dans l'obli-
-ati,,, d'('l 6tablir, et »111'[oi1[ le p;t chercher h li>silttlcl" ce nouvcat
lmm.l,lrê, li:lte le- naitres allCiell-, l,_,ii de di»ilmllcr i11 1)esoin,
«hcl'«h«tiet a COltraire h le rcvëtir le la fi»rlne qli lti convel)ait, elt
l;ti...atlt tèlte lc cette néce»ité atél'iellc 11 ,,tif «le décoration
.'a3att h refaire à nel' le col»le [1'11 éditi«c. l'att'chitecte repou»e la
eOll>tl'tlCliOll ¢11 fer, l»arcc [lUe le, niaitI'c- dt IIIOV(_'II à"e n'nt pas fait
le ,_'harl»ette le t'er, c'c-t ul tort, h n,,tre avi._-, pui.,qtl'il fiviterait ai.-i
le-_ terribles- challCe. d'illcndie qui c,l| t;tlit tic foi- été fittale /'t llo.,.
nltlnlênt.- aciel:. Mai.- alor., le doit-il l»a: lenir COlpte de la
iti,,n des poit.,_ l';tlli ? D,-,it-il «lla,,er le.- cc_,tdition, de podérati,l ?
Si la charpeltte de l»,,i: à rên-lplatcer chargeait égalemelt le lnurs,
«l,,it-il pa.-cher,'her ln .,.y.-tèle de tructure e fer qui présente
--- 33 ---
RESTAURATION ]
m(mes avantages? Certainement il le doit, et surtout il 'arrangera pour
que ce comble de fer ne pèse pas plus que ne pesait le concilie «le bois.
C'est là un point capital. On a eu trop souvent à regretter d'avoir ur-
-chargé d'anciennes constructions ; d'avoir re.tauré «les parties spérieure»
d'édifices avec des matériaux plus lourds que ceux «li furent primitive-
employés. Ces oublis, ces négligences, ont causé pls d'n sinistt',.
ne.saurions trop le répéter, les nOlnets du moyen hge sont
Rien de trop «l;ts le.ur.¢,
cotlition «le cet orga-
COIIIII-I('
peu
ment
Nous
savamment calculés, leur or9olsme et «15licat.
uvres, rien d'inutile; si vous changez l'une d
nisme, vou nodifiez toutes le autres, l»lusiê
n défaut; l)»ur nous, c'est ne qualité que
OS
urs sigalent cela
los négligeon
trop dans nos con.tructions mc)dernes, dont on pourrait enlcer
membre, sans CClprc, mettre leur existence. A «loi, el ettk.t, doivet e'vir
,_
la science, le calcul, si ce n est» en far de construction,
«eUvl'e qle jlste les forces n6cessaires ? l'Otlrqoi ces colon,s,
les pouvons enlever sans compromettre la solidit6 de l'ouvrag
«les turs coùtcux de 2 mètres d'épaisseur, si des trs de 50 «cttitt6tces.
reflcds ' de distance_ en distance_ par les coltr'-fic[s_ d't èlt'c carre
«le section, présentent une stabilit6 sut'iisanle ? DalS la stv«t,tl'C du
nto)'et fige, toute portion de l'euvre rcnplit tc t'oncti«,tt et l»Ossèd(.
uue actiou. C'est ;k couuaitre exactemeut la valeur' dr l'une (.t le l'autre
que l'architecte doit s'attacher, avant de riê entveprenlre. Il loit agir
comme l'op6rateur adroit et expériment6, qui e touche à tl ovgale
qu'aprs avoir acquis tilde entière c,)naissace [lcsa foctio, et (lu'après
avoir pv6vu les couséqueuces ium6diatcs : fittves de s, ,»p6ration.
S'il agit au hasard, mielX vaut q'il s'abstiene..Mieux v«ttt lais,r
tourir le nala(lc que le tuer.
La photographie, qui chaqte jour prend t rSle plus sériex lts
Cudes scietililues, sortable ëtre venue h p,»iut pour ;til.r à ce graduel
tt'awtil de restauration les alciêns 6difices, d,»tt l'Eurpc etttière
pr6occttl)e aujourd'hi.
En eltçt, lorsqe les architectes n'avaieat à leur [lispoiti,- ,le les
moyens orditaires du dessin, morne les plus exacts, c,_,nne la chanbre
claire, par exemple, il leur était bleu difficile dr u pas lhire lehlCs
oublis, de ne pas négliger certaines trace» à peine apparetes. I). plu,
le travail de restauration achev6, on pcttvait t,,tj,trs le' contet.r
l'exactitude des procSs-verbaux graldiques, de ce lU',»tt appelle des dtots
actuels. Mais la photographie I»r6setc cet avatagu, tle dresser des procès-
verbaux irrécusal)les et des (loctetts lu'o peut sans cesse
mène l91'Slue les rcstauratiols masquett de traces lai,ecs par
ruine. La ph,»tographie a cot[luit taturelleet les avchit.«tes à ètve
plus scrupuleux encore dans leur respect l»)lr les oillrcs dél)ris
d'une (lisp»sition ancienne, à se retdve ttt[cux c,-,mpte de la stvuctve,
et leur fourrait u moyen permanent le justifier de let's opérations.
Dans les retauratios, on ne saurait donc trop user de la Idotogaphie,
ll. -- 5
[ IETABLE ] ---- 3/1----
car bien souvent on découvre sur une épreuve ce qu'on n'axait pas
aperçu sur le monument lui-nëme.
Il e,t, en fait «le rc.,tauration, un principe dominant dont il ne faut
jamais et ous aucun prétc.xte s'écarter, c'et de tenir compte de toute
trace ildiquant une disposition. L'architecte ne doit ëtrc complétement
atisfait et ne mettre les ouvriers à l'oeuvre que lorsqu'il a trouvé la
conbinaison qi s arrange le mieux et le plus simplement avec la trace
restée apparente; décider d'une di.-position "à priori sans s'ètre entouré
de tou,, les ren.,cignements qui doivent la commander, c'est tomber
dans l'hypothè»ê, et rien n'est périlleux comme l'hvpothèse dans les
travaux de restauraion. Si vous avéz le malheur d'ad)ptcr sur un point
une disposition qui s'écarte de la véritable, de celle uivie primilivêment,
vou êtc entrainWpar une suite de déductions logiques dans une voie
fausse dont il ne vous era plus possible de ortir, et mieux vous raison-
ez dan.,s ce cas, l»lls vo(: vous éloignez de la vérité. Au.«i, lorsqu'il
s'abit, par exemple, de COmldétêr tll édifice en partie ruilé; avant de
conmêncer, faut-il tout fouiller, tout examiner, réunir les moindres
tragments en ayant le soin de constater le poïnt où ils ollt été découverts,
et e .-e mettre à l'Jeuvre que quand tous ces
Itet leur lestinati,on et leur place, comme
l,atien(;e. Faute de ce. soins, ,_,n :e prépare le
débris ont trot/vé logique-
les morceaux d'un jeu de
plus fàchcusês déceptions,
et tel fraglncnt qte vous décovrez apr/_. une restauration achevée.
demontre claireent que xou VOila ètes tronpé. Sur ces l'ragnents que
1'o raa»>e dan» des fouilles, il faut examiner le» lits de pose, les joint,
la taille; car il est telle ci»dure qui n'a pu ëtre faite que pour produire
ttll certai cilet à une certaine hauteur. Il n'e.t pas jusqu'à la manièrê
«l,»t ce. t'ragncn so c en qui ne soit souvent
- ts »e nt omportés tonbant, _
e indicali,n de la place qu'ils occupaient. L'architecte, dan» ces cas
l,;cille( de cecon-tvuction de parties d'édifiees démoli, doit donc .tre
l,résent l,»v, des f,ille et les contier h des terrasier intelligents. En
l'enontat les c,»nstruction» nouvelles, il doit, autant que faire »e peut,
replacer ces (iébri, aciels, fussent-ils altérés : c'et une garantie qu'il
donnée et de la incérité et de l'exactitude de ses recherche.
Nou, en avons assez dit
contre l'architecte chargé
pour faire comprendre le difficulté que ren-
d'une rê.-tauration, 'il prend .-_es fonction au
sérieux, et 'il xet no-»eulement paraitre -incère, mais achever 011
uvre avec la conscience de n'avoir rien abandollné au hasard et de
n'avoir jamai cherché à e tromper lui-mème.
RETABLE, . l..Xs expliquons, à l'article AUTEL, conmeltt lc reta-
hles n'cxitaicnt pas sur les autcl de la primitive Égli,e. Thicrs , auquel
il est toujour utile de recourir lorsqu'il b'agit de l'ancienne liturgie,
' J. P,. Tlliers Disse,,tatwn eccl&'ia,,-tique sur le principaux autel» de.
i688 p. iSi.
RETABLE
s'exprime ainsi à propos des retable : « Les anciens autels qui avoient
« pour caractère particulier la implicité, étoiênt disposés de telle sorte
« que les évëques u le.s prestrcs «lui y célél)roient les mystères divins,
« et les pcr.,.onncs qu étoicnt derrière, se pouvoient w»ir les uns les
« autres. En voici deux raions qui me paroissént dignes (le conid6-
« ration.
« La première est prise des siégcs ou throsnes épiscopaux... Ces
« étoicnt placés derrière les autels et afin qle les prélats .,,'y pus.ent
« assez»if, et afin qu'y étant assis, ils eussent en vuë leur clergé et leur
« peuple.., et qu'ils fussent eux-mëmes en vui 'h leur clergé et à lelr
« peuple. Ainsi, où il y avoit des siéges épiscopaux, il n'vavoit point de
« retables; il y avoit des siége épiscopaux au moins îJan toutes les
« églises cathédrales...
« La seconde raisn et tirée de l'a-cienne cérémonie pour laqclle,
« aux nese solennelles, le ous-diacre, après l'ohlation, c retiroit
« derrière l'autel avec la patène, ql'il y tenoit cachée en regardant
« néanm'oins le célébrant... »
Or, le retable étant un dossier posé ur une table d'autel et fi»rmant
ain_i, devant le célébrant, une ortc d'Cran, les rêtables ne furent donc
placés ur les autels principaux qll'à dater de l'époque où les chu_'rs
et les siéges épiscopaux s'établirent en avant, et non plus autour de
l'abside. Et mëme alors, dans les cathédrales du moins, le retable ne fut
guère admis pour les maitres autels (voy. AUTEL). Dans son Iietionnaire,
ç)uatremère de (Juincv. détinit aîlsi le retable: « Ouvrage d"architecture
« titit de marbre, de pierre ,)u de bois, qui forme la décoration d'un
« autel adossé. » I| va là une erreur manifeste. D'abord les autels
n'étaient pas et ne devaient pa ëtre adoés, puisque certaines cérémo-
nies exigeaient qu'on tourner autour; puis les retablcs n'étaient pas et
ne pouvaient pas erre ce qu'on appelle un ouvrage d'architecture, mais
l)icn un simple dossier décoré de bas-reliefs et de pcintlrCS.
Les autels primitit's n'étaient q'une table posée horizontalemcnt sur
tes piliers isolés, table sur laquelle, dans l'Église grêcquê cotonne dans
l'Ëglise d'Occident, jusqu'au xv iècle, on ne posait que l'Ëvangile et
le ciboire au moment de l'office. I)an lc choeur, le célébrant pouvait
ainsi ëtre vu de tous les points de l'abside. Mais vers la fin du x siècle,
en Occident, salis adosser jamais le autels aux p«'ois d'un mur, puisqe
certaines cérémoies exigeaient qu'on en fit le tour, on plaça parfois
des retables ur les tables de l'autel, pur former derrière celui-ci un
réduit propre à renfermer des reliques. Ces retables étaient mëme le
plus souvent nobiles ', en orfévrerie ou e.n .bois, quelquefois rec_.ouverts
d'étoffes . Nou n'avons à nous occuper e que des retables fixes, et
Voyez le Dictionnaiee du mobilier français, art.
'='- Vo)ez à l'article Av'L l'autel matutinal de Saint-Denis lfig. 7) les autels
cathédrales d'Arras et de Paris (fig. 8 et 9).
[ BETABLE ] "--- 6
ou n'en connaissons pa. en France qui soient antérieurb au commen-
cement du xn siècle. Celui que nous donnons ici (tic. l)et un des plus
intéressants. Il appartient h la petite église de Carrière-Sain-Denis près
Paris, et date de cette epoque. Il est taillé dans troi morceaux de
I 0
I
pierre de liais, et relrésente, au cenlre.
tlF béS me''llOtlX; a
Sauveur. Un richê
le ba-.
Ce relable
maquait
de»us ni
plus tard
Jeus
:tuche l'.\n.on«iatiol,, et à lrite le lal»tème du
rinceau encadre les ba.,_-reliel'.._ latéralcment et par
n'a q'ue taible
une capsa, un toit're,
un crucitix. i
ql'Ull pla,2a le
le pot-ait sur l'autel. Les
,ie l'autel, sur une table
uant aux autels
l'avon ,lit.
la Vierr..'.e tenat l'efant
épai»eur : c'est ne dalle >culptée qui
zzz z'eliqtzaire . )n ze pouvait placer au-
de llanl»eaux. EI effet, ce ne fut que beaucoup
crucilix ur le l'elal»le; jtqu'au xx-i" si6cle, on
flambeaux étaient placé ur le, marche, à c6té
voisine, ou pal'foi» ur la table mème de l'autel.
majeurs de-cathédrale-, il, 'avaient comme non»
de retal»le fixe; beaucoup mèc ll'ell poédaient
p,-,int de mobile : ils c,_,sis{aient e ue .-iplè l;tble .,_Ir tic» colollne-.
Les retable., paraiselt avoir été plus particulièrenent adopté d'abord
dan le églises conventuelles ,lui posédaient de., reli, lueq nombreuses
,t qui le suspendaient au-dessu.,_ et derrière l'autel. Nou, avons indiqué,
t Ce retable, enle,é à 1 ëglise de Carière-saint-Denis fut replacé en 187 dans cet
édifice par les soins de la C,,mmission dês monuments historiqu,..s. Il est bien conseré; une
partie de l'ornenwnt inférieur a seule été brisée.
à l'article AUTEL (i. 13, 13 is, lb, 15 et .16), comment étaient disposés
ces reliquaires, et conment les fidbles pouvaient se placer, en certaines
circonstances, au-de.sous d'eux . Cet arrangement nécessitait un retable:
qui servai ainsi de .upport , la allete sur laclelle était posé_ le reli-
quaire, et qui formait une sorte de grotte (voy. AUTEL, fig. lb, 15 et 16).
f
Voici (fig. 2) une des dispositions fréquemment adoptées pour les autels
secondaircs des églises. Le retable mas(luait et supportait le reliquaire,
sou lequel on pouvait se placer, suivant un ancien usage, pour obtenir
la gUél'iso (le certaines itirmités. Cet excnple, tiré d'une représcntatio
de l'autel des reliques de ré.glise d'Erstcin, indique l'utilité du retable.
Plus tard, on plaqa les reliquaires sur le retable lui-n0mc, et cet usage
est encore conserxé dans quelques églises.
On comprend comment les retablês devinrent pour lês Scllpteurs, "/l
dater du xI siècle, en France, un motif préciex de décoration. Et e
effet, ces artistes en compo.,Srent un nombre cousidérab|e. Ilal)ituelle-
ment, c'était sur un retable qu'on représentait la légende du saint sous
le vocable duquel était placé l'autel. Ces bas-reliefs, dont les figures sont
d'une petite dimension, sont êxécutés avec une grande délicatesse et
empreints parfois (l'un beau style. Il est peu d'ouvrages de statuaire
d'un meilleur caractère que le retahle de la chapelle de Saint-Germer,
déposé aujourd'hui au muse de Cluny. L'église (le Saint-Dents possède
de charmants retablês en liais, avec fonds de verre damasquinés, ou
Voyez la disposition des autels
Saint-Denis, fig. t 3 et 17.
des chapeiles
de la sainte Vierge et de saint Eustache
[ aOSACE ] ---- 38-
enrichis de peintures et de gaufrurcs dnrées. (;es bas-reliefs sont encadres
d'une moulure et nt la forme d'un quadrilatère;jamais une porte de
' . L usage des tabernacles ainsi
tabernacle ne s ouvre dans leur milieu ' -
disposés ne date que de deux sibcles '. Le clergé du moyen ge, en France
ne pensait pas que cc.¢, amas d'ornements, de tlambeaux, de vaoes, de
boites à ciboire, dont on surcharge aujourd'hui les autels de nos églises
valussent une disposition imple, calme, facile à saisir d'un coup d'oeil
et d'un aspect monumental.
un trèfle, un
des rosace
romane; des
la périnde
d'un beau
ROSACE, ,. f. En sculpture d'ornement, s'entend camme groupe de
feuillages formant une composition symétrique inscrite dans n cercle,
qvatrefeille. Les architectes dll moyen tge ont fait emploi
pour décorer des soffites de corniche., pendant la période
g&bles, des nus de fausses arcatures ou fausses baies, pendant
g,thique; des tympars. Ces sortes d'rnêments sont souvent
caractère et d'une excellente exécution, particulièrement
pendant la première période gothilue. Un exemple :tlffira ici pour faire
saisir l'ornement qu'on nomme rsace. Celle-ci (fig. l), inscrite dans un
trilobe provient de l'arcaturê de la chapelle (le la Vier-e bltiê au chevet
de la cathédrale de Sées, et date (le 1230 environ. L'architecture nor-
mande est, entre toutes les écoles de France. la plus prodigue de rosaces.
On en voit ;le fort belles sur les tympans du triforium du chur de la
,«hédrale du 3lans. *'ous aurons l'occasion de présenter des exemples de
ce genre d'ornementation sculptée .à l'article Sccct, a'cr r'ort.E.tE,,,"r.
t Vo.vez le Dictionnaire du mobilier françaL,, rt. T,mcax,cLr.
--- 39 --.: [ nOSE ]
ROSE, s. f. C'êst le nom qll'Oll donne aux baies circlaires qui s'ou-
vrent sut" les parois des égli,s du moyen 'tge. L'oculs «le la primitive
basilique chrétienne, percé dans le pignon élêvé au-lessus de l'entrée,
parait ètre l'origine de la rose du moyen tgê. Mais jusque ers la
du Xl ,ècle, la rose n'e, qu'une «uvcvturc l'tu faible diamètre,
dépourvue de ch&ssis de pierre: c est ne baie circllaire. L'architecture
roane française du Norl et du Midi n'enpl,:,ie que rarcmet ce genre de
fenëtre, «lui n'a gtère alors pls de 50 ccntittètres "à I n,ètl'e de lianètl'e.
Mais à dater de la ._.«_.cotdc moitié du x" siècle, lorsqc l'écolê laïque se
développe, les roses allaraissent, et l»renrent
plus considérables, jusque vers le milie dt XIII e siècle.
dals l'lle-dc-Francc et les provincês w)isine.-,, telle» lle la
la l'icardie, les roses s'ouvrent sous les voùte._-,. «l«tt, toute
nei's. En Normaldie et en Botrg,e, au «, ,l raire, les
raissent ¢I¢' t«,rd, c'c.,_t-h-dil'e vers la li; dl x[" ..ièclc.
La l)aic circulaire al)partient à totês 1« él«,qle.., ,le
depuis le Bas-Empire. 5lais (le l'oculus ron,al, non vitt'é
rose occidentale de la cathédrale de l'aris, il y a
ce progrès s'est-il acc,mpli ? l'orquci la li.urc
a(l,,ptée? Telles sont les questions po»éc.., tout
il faut répondre. Nous devolls
s'ouvrent dans les murs pignons
des dinensions de pls et
Alors, .-,r[out
Champt.ne et
la largetr «les
roses n'appa-
l'architecture,
solvent ' à la
n lrogrcs.
circlaire a
distinguer, elttc le«
de celles qui n'oint ltt
secondaire.
()11 corroi, rend , pal" exemple, que dans une ,-,ra,le t'l" ,'oriente celle
de la cath6dralc de l'avis (w»y. CATUÉDRALE, fig. 2 et h), si 1'o1 voulait
ouvrir des baies au-dessus de la galerie du triforit pour all,¢er la
ç»tstrtction eL fournir de la lumière sous les combles de cette oalce, il
eùt 6té tbrt disgracieux de donler à ces oeivertures la lbre ,l'ullC lk'll,tre.
Une rose, au contraire, allégissait la construction e étrésillonnant les
piler, et donnait à ces baies UlC apparence particlière lui les di»tin-
gait entre les claires-voies vitrées.
--.' ' la pens6e d'étr6sillouer les naçonnevies
[»Otlr Ces 1 ose cc »ndaires,
l»lt en les allégissant, avait dù, en maintes circ,-nstances, iml)oer la
lignite civclaire. C'est ainsi, par exemple, qu'à la base des t,l'S de la
c«tthélrale de Laon, l'architecte a pvati[lU6 des ouvertures circlaires de
pr6t'érence à des baies avec pieds-droits, pour donner plus de solidit6
à l'ouvrage.
Mais ces rides civcttlaires, du m,»ment l'il atteiniret tlll diamètre
de 3 à h nètres, étaient bie tvistes, surtout s'ils '6taient point vitvés,
comme h Notre-Danse de Paris, au-dessus du tvifi-rium. Les architectes
pensèrelt donc h les garnir de découpures de pierre plus o moins
riches. Si ces l'OSes
pierre maiteaient
de fer, et p,,vtient
étaient destinées à ètre vitrées,
les vitl'ax cotonne le ferait lin
l'éister à la pre.-,sion dll vett.
ces décopures de
châssis ,le l),_,is ou
I Vo}-ez FENËTrtE, fig. 1 2 3 et 6.
[ laOSV. ] -- hO --
Nou.> le pourrions dire aujourd'hui i
cathédrale de l'aris, btltis sou Maurice de
les pignons du transsept de !a
Sull3, étaient ou devaient être
percés de roses. Cela est pl'obal»le toutefi,is; nous l»ensons mëme que
l'ue de ces roses a existé du c6té sud, car dans les maçonneries refaites
au Xlll" siècle de ce c6té, nous avons trouvé des fragnents employés
d«tns les blocages, et qlli ne pouvaient avoir appartenu qu'à une rose
d'un grand diamètre. EII supposant que cette rose eùtexisté, elle daterait
de 1180 environ, et serait une des plus anciennes connues, dans tle
diesi«,ns jusqu'alors inusitées. En effet, les roses qui datent de eette-
6pc_,,lue ne dépassent guère 5 ou 6 mètres de dianètre.
A défat de grandes roses muniês de eh.assis de pierre, antérieures à
119, 1-1OUS en trouvons de petites, percées dans le chmr de Notre-Dame
,le Pari», 1)out éclairer le triforiun,
que, e celle aee 11", 1'"
,bb,: ,1,
qu'il vit ce ch,.r v,>ùt( . Ce roses
¢2ao, lors([,'o voulut agva(lir les
',-)uvraiet., çOlle lOU veols de le
d[l premier étage.
et qui datent de 1165 à 1170, puis-
Mot-Saint-Michel en mer raconte
avaiet été supprimées déjà, vers
fêlètres hautes du ch-Btlr et qui
dire, solos les combles de la galerie
Il existe troi. lodèle
r,,,es las le chcL.tlr. Notes
a q'",85_ le lianbtl'«, et le
igulièl'e, ne se compose
les rayos d'e roue
des clavê«tx tbl'nat
celles 6clai'at le
maintetus l«tr des
différents (le clra_sis de pierre ,lui garnissênt ces
d,tllons l'uli d'ellX (lig. 1); le vide circulaire
ch'assis de piel're, d'ttne COml»osition très--
que de huit morceaux qtti sont posés comme
enl)revés d'un
le cercle. Si ces roses
trit'oriun, le panneaux
pitol,s cellés -III" la face
cetinètre ou deux dans l'intrados
étaient vitrées, comme le sont
de verre étaient simplement
intérieure des pierres compo-
sat le châssis..la, is ,ts revieldrons tout à l'heure sur cette disposition.
La rose que ,»ls tt'aç'.s ici, étant une de celles «lUi s'ouvraient sous le
«amble de la galerie, n'était l»oit mutile de vitraux, et sa face ornee se
Cette ornemelation consi.te en des pointes
creux et en saillie, ces dernières recoupéesên petites
l»)utos, ainsi que l'indi,luent le détail B et la section C.
que les janbettes ..k sont diminuées latéralement et
l'mil iraiArieur, par deux corbelets latéraux formant
pt'éseter un étrésillonnement plus solide. En effet, ce.
pré,entait vers l'iterier.
cit. diamat en
feuilles, et en des
( 111 rearqera
terni6es, vers
chapiteau, pour
lui é'ite partictlièrement d'ëtre observé dans cette composition d'un
ehsis de pierre, e est le système d étrésillonnement bien entendu pour
6virer toute brisure et pour maintelir les clavêaux du cercle comme les
raies d'une roue naintiênent le.,_ jantes.
Ce lrincipe a évidemment conmandé la composition des châssis de
piêrre des premières grandes roses dans l'architecture de l'fie-de-France,
et il faut reconaître q'il est excêllent. Une des plus anciennes parmi
les grandes roses, êt certainement celle qui s'ouvre sur la façade occi-
dentale de l'église Notre-Dame dê Mates, église qui fut btie en mëme
temps que la cathédrale de Paris, peut-ëtre par le mëme architecte, et
-- al -- [ os ]
qui reproduit ses dispositions générales, son mode (le structure et quel-
ques-uns de ses détaiis.
! ' ' ' I I I !
I
|
3
Mais nous devons d'abord dire quel était le motif qui avait fait adopter
ces grandes baies circulaires. Lorsque l'école laïque inaugura son sys-
tème d'architecture pendant la seconde moitié du xH" siècle, elle s'était
¥III. --- {i
l2
principalement préoeelpée de la slruetuve des voùtes. Elle avait adn.s
que la v,»ùte en arcs d'ogive reportant toutes ses ehares sr les o-
niers, et par eonéquent sur les piles, les murs dexenaient inutiles.
eathédvale de l'aris, les fenêtre hautes pvimitives ne remplissent
pas exactemet tc»ut l'espace laissé sous les formerets des roules, s'il
va quelque pe d'héilation dans la slvcture de ces baies, et si l'on
voit ecore les vestes de tympans, ces restes sont tellenent réduits,
que l'on «»mprend comment ils devaient bientôt dispara]tre et comment
les fivmevets eux-mëmes allaient devenir les arehivoltes des fenètres.
Si l',,n vilail ainsi, par uitê d'un raisonnement très-juste, tous les
tympans sous les l'rmerets, si l'on suppvimait les mrs lat6ralement,
il 6tait logiqe de les slppl'imer sos les grands fornerets les façades
«lcmnant l,t prc,jection des arcs-doulleaux. Mais ces arcs-lol)leaux
;,talent en ticrs-l«int, étai.nt des al'eS bris6s. Les architectes prirent
al,,r le parti de ne point thire du formeret de face la projection des
avcs-dobleaux. Pour ces formerets, ils adoptèrent le plein cintre:ainsi
ils obtenaient un demi-cercle au. lieu d'un arc hrisé, ce qui d'aillers ne
pOl.vait les g0er pour la structlre des voùtes; et, complétant ce demi-
cercle, ils ouvrirent n grand jour circulaire prenant t»ute la largeur de
la vc, ùte, d,_,nnant à I extelaeur sa projection I1 ne s gissait plus alors que
de remplir ce grand vide circulaire par un châssis de pierre permettant
de poser des vitraux. 3'cst ce jour circulaire que Yillard de Itonnecourt
appelle ne reode ,erribre.
Bie «lUe les ares-d,ubleax des grandes voùtes des cathélrales de
Paris et de Lao, de l'6«lise de Mantes, de celle abbatiale de Braisne
soient en tiers-point, les tbrnerêts de ces w»ùtes joignant les nurs pi-
gnons sont plein cintre, afin de pouvoir inscrire lne rose circulaire sous
ces fc, rncrt, ts, lui devienent de grands arcs de décharge.
¥oici l'histoire des trast',)rmations des grandês roses tracée en quel-
ques lignes (tig. 2).
D'ab,_,rl, aisi que nous venons de le dire (exenple A), la projection
de la v,_,ùte itél'ieure se traduit par un plein cintre, quoique les arcs-
«l,-lblêaux de cette v,,Ute soient de, tiers-poinls. Vêts le milieu du
XIII ¢ siècle cependant, il semble que dans la Champagne, province où
l'on poussait les conséqlences de l'architecture laïqte à outrance, on
'oulut éviter ce mélanëe «lu plein cintre et de l'arc hrié, ou plut6t ce
qu'il y avait d'illogique à l,ner ext6rieurement un plein cintre eomtne
projecti9 d'une v«ùte et tiers-point. L'architecte de la catl6drale d«
Reims inscrit les grandes roses sous un arc en tiers-point, ainsi que le
montre l'exemple B; et comme p»tl.r mîeuxfaire sentir la projection des
arcs-doubleaux de la voùte, 1 espace a est ajour6 La reonde verrière n'est
plus alors qu'une immense tn6tre ouvérte sous le grand tbrmeret. Ce
n'est plus la rose de l'Ile-de-France. Dans cette dernière proince, berceau
de l'école laïque dll. Xlll e siècle, la rose, juslU"à la lin 11 XIll e siècle, reste
la reonde verrière, c'êst-à-dire qu'elle demeure circonscrite par un
formeret plein cintre. Telles sont les roses des pignons du lransscpt de
la cath6drale de Paris, qui datent de 1257.5lais, à celle époqe, ce cercle
de la rose s'inscrit lans un carre, comme le montre l'exemple C. Les
Coinçons b sont aveugles et les Coinçons inférieurs « ajourés au-dessus
(l'une claire-voie dvn nous parlerons l«ul
on va plu loin :on isole le formeret de I
un denie arc-doubleu. On lie- entre
à l'heure. A la même époque
voùte, et ce formeret devient
ce dernier arc et la rose tn
espace, et l'«,n nlet h .i,,lr non-scellement la reonde verrière, mais les écoin-
ç'ons b supéricurs. Telle et construite la rose de la sainte Chapelle du
château de Saint-Germain en Lave que nous décrirons en détail. Telle
est la rose nord du transscpt (le ia cathédrale de Sées. Là le maitre de
l't'lvre a tcrniine le vofltagc du bras (le croix par une dcmi-vofite dont
la clef vient .,, ,pllycr ur le milieu (le la rose de sorte que celle-ci coupe
cette demi-voùie ur .on axe longitudinal, qui est une ligne horizontale.
Aisi tout le carré inscrivant la reonde verrière peut Otre ajouré. 3lème
prcwédé a ('té tenté
Clermont, mai avec
a.,.-cz mauvai effet.
Reprenons
rc,se qui nous sot
Nos l'avons dit
s'ovre sr la face
relie roe relonte
I)OIIF
illle
les roses (lu transsept de la cathédrale de
indécision dans la structure, qui produit un
chronologique,
ret,:es.
et exaninons les premières grande:,
tc, ut à l'heure, une des plus anciennes
occi[lentale de l'église de 31antes. La
aux dêrnièrês années du xi siècle,
e...t contempovaille, ,-,u peu s'en faut, de llt petite rose
Notre-Dame de l'avis que nou., avons donnée tigure 1.
Ete, re lne observation avat de nnlS occuper de la rose occidentale
(le lantes. La division princîpale des chassis de pierre qui garnissent
ces roses pro, cède, sauf (le rares exceptions, du dodécagone, c'est-h-dire
que les compartinelt principaux de l'armature de pierre forment douze
coins et dOlze rayon», ainsi que l'indiquent les exemples A et C (fig. 2).
Dans les ro_-,es primitives,
l'exemple x., tandis
est celle (lui
structure de-
c'est (lire qu'elle
du triforium de
Voici do« (tig. 3)le tracé le la rose occidentale de Notre-Dame de
Mantes. C'est encore le système de rayons 6trésillonnants qui domine
ici Les COllOnnêttc (le l'ordre extérieur sont tvurnées la base vers la
circonférence. Ces colonncttes rcç'oivent des arcs qli h leur sommet
parlent l'ordre intérieur des colonnettes, dont les chapitcaux sont de
me, me tournés vers l'«.il central. Cet eil, qui subit lle grande pression,
est plus épais que les rayon, ce qui et bien raisonné. L'armature de fer
d vitrail n'est l)vint engagée en rouillure à mi-épai.sur de pierre,
mais est scellée intérieurcment, comme l'indique la section A, et des
piton scellés alssi dans la pierre maintiennent les panneaux contre
celle-ci. C'est encore suivant ce système que la rose de la façade occi-
dentale de Notre-Dame de, Paris est combinée. Cette rose est postCleure
à celle de Notre-Dame de ,lantes : elle date de 1220 environ; sa com-
position est léjà plus savante en présentant des eompartiments mieux
entendus et d'un aspect plus gracieux. Le problème consistait à disposer
Xlll e iècle, ce s,,t les rayons (Il.Il, le plus
lt.s axes, cvnne ,lans l'exemple C.
les rides se trouvent sur les axes, comme dans
dans les roses composées depuis le milieu du
habituellement, sont posés sur
[ ROSE ]
les compartiments de pierre de manière
des vitraux, des espaces h peu près égaux.
5lantes les rides joignant la circonférence
intérieurs, démesurément larges. On avait
extérieurs par
grands cercles
tivement aux
l'armature de fer;
de fer B avaient
panneaux C,
à laisser, pour les panmaux
On voit qe las la rose le
sont, l'elativettent aux rides
suppléé à l'étetdle des vid(.s
mais les panneaux maintens par l.s
une sllrface trop consi(léralle, rela-
et nécessitaient l'adjotctiol de ltombreuse»
.3
tringlette.
stftisante
ou t)arres secondaires, qi ne présenlatient pas une résistance
à reffort des vents. De plus, le poid.,_ (les chà.,_sis de pierre se
reportait tout entier sur les deux colonnettes inférieures, ce (lui l)résen-
tait un danger, car, dans ce cas, la solidité de la rose était fort compronise.
La composition de la rose de Mantes, lrès-hardie déjh polir lill. vide (le
8 mètres de diamètre, devenait d'ne cxéclion in,possible >i ce dia-
mètre était algmenté. Or, le dianètre du vide de la rose occidentale lc
Notre-Dame de Paris est de 9m,60. L'architecte préte'ndit donner à son
réseau de pierre h la fois plus (te solidité et plls de légbrelé. EII collsé-
quenee (fig. h), il divisa le cercle en vingt-quatre parties pour la zone
êxterieure, en douze part;es puur la zone intérieure. Il retourna les
[ rOSE ] -- h6 --
colonnettes, c'est-à-dire qu'il plaça leurs bases vers le centre et leurs
chapitea.ux vers la circonférence. Il posa sur les chapiteaux des colon-
nettes de la zone extérieure lne arcaturê robuste, plus épaisse que les
colonnette», et qui à elle seule formait déj'à un clavage complet, pouvant
se maintenir comme les claveaux d'un arc par leur coupe. Dès lors il
diminuait le diamètre du réseau de plus d'un mètre. Entre les deux
zones de colonnettes, il posa une seconde arcature robuste qui formait
un second cercle clavé; puis l'«iI renforcé également claé. Les co-
lonnettes n'étaient plus que des étrésillons rendant ces trois cercles
solidaires. Ellc. n'avaient à subir qu'une assez faible pression, aussi le..,
fit-il très-légères. Il et difticile, le problème d'un grand chassis circu-
laite de pierre étant posé, de le résoudre d'une manière plus heureu«e
et plus savante.
Dans cette composition, l'armature de fer nécessaire pour maintenir
les panneaux des vitraux n'avait plus qu'une in,portance nulle au point
(le vue de la solidité du système. Cette armature était scellée avec grand
soin au plob, ainsi que les pitons; car dans cette rose, confine dan.
celle de Mantes, le vitrail était accolé à la face intéri,re et lion ell
que le réseau portait toute ,n épaisseur à
feuillure; (le telle sorte
l'extérieur '.
La meilleure preuve
que la compoitiol de la rose occidentale de
Sotte-Danse de Paris est parfaitenent entendue, c'est que ce réseau
n'avait bubi que des dégradations très-pe importates. Troi colonnette.-
avaient été lëlées par le gonllemet des scellements de l'armalurc, et
cieux norceaux d'arcature étaient altérés par des brides de fer
pour Inaintenir le butt'et d'orgues. Cepeidant le grand «'htsis dtait
dans o plan vertical, malgré le poids de vitraux, l'effort du vent et ce»
attaches de fer qu'on avait sccllée pendant le dernier siècle, contre
des parties d'arcatures, lorsqu'on monta les grandes Ol':,bs. En
tracée la coupe de cette rose. Des détails sont ndcessaircs pour faire
apprdcicr la valeur de cette structure. Nous donnons en x. (tig. 5)
coupe sur l'oeil, renfiJrcé par le protil a, comme on reIt'orce le moyeu
d'une roue de carrosse. En B, la section d'une des colonncttes ité-
rieures, dont le diamètre a 0",lb avec le prolil b de la l,ase. Et C, uit
des chapiteaux des cololettes extérieure.-, avec la ba,e c et son renfort.
En D, la section de l'arcature ext6rieure et la ..,_ecti dt segment de
cercle externe qui les réunit. L'épaisseur de cette arcature externe et
itterne n'a pas plus de 0",'23, et celle ds c,olonnettcs, y conpri le
0" 18. Il n'est pa de rose d
renfort, dans lequel sont scellés les pitons, ,
moy'en ge dont le réseau présente de plus faibles, ections rclativemet
au diamètre du vide, et il la'en est pas qui ait mieux résisté à l'actiol
du temps. Si nous revenons à la figure h, nous observerons qu'en effet
l'appareil est ' la fois très-simple et très-habile; les pressions s'exercent
sur les morceaux de pierre, de faqon à éviter toute chance de brisure.
Les colonnettes-étrésillons, renforcées "à leurs extrémité. par la aillie des
bases et des chapiteaux, donnent beaucoup de r,»ide à tout le svstèlne
arcatre.-. L',
et s'apparient bien sur les sommiers et les tètes d' ,:[1. plu
épais que tout le reste du réseau, offre tin point central résistant. Ce
réseau est entièrement taillé dans du cliquart d'une qualité upérieure;
les protils, les moindres détails ont conservé toute leur pureté. La
eulpture des fleurons, ainsi que celle des chapiteaux, et admirable-
t l.ors de la restauration, afin d'éviter les ellels de l'ox-dation du fer sur la pierre et
de ne pas charger ce rés«au de pierre, les panneaux des vitraux ont été posés sur une
armature intérieure de fer indépendante. Ainsi n'existe-t-il plus aucune chance de des-
truction pour cette belle composition.
l
I
il
ment traitée. Autrefois ce r6sêau était peint et doré. On voit encore,
--- 9 [ .SE ]
sut" les ffits des colonnetles, la trace d'étoiles d'or «lui les eOtlVl'ai(llL
d azur. Quand on examine dans ses 16tails cette charcutant,'
, fnd ' " _
compensation, qtl O se rend compte du savoir et lê let tiesse l'olserv«ttitt
qti ont pr6sid6 h son ex6cttion, l.ltX 'tlos's Sl'l»r'tlell[ : c'est 1,'
«lével-,ppenent si rapile de cet art «lui, pêie s,,vti lt r, man, 6tait si
sùv de ses moyens et le l'«ffç.t «i'il vol«tit pr,lirc; c'est encore ,1'
pr(.tedçe «¢s ¢ltuev 5 croire que ce ottt lb les cxpt'esioltS ltliiles
«1 t art maladif, étr;tge, Olnis :tx capricieltx 16Vel'gola
gintIios ecre b:trtarcs, s«t liches avec les h;trlicsses de FeSlvi
alertée. Et x'riI6, h i_te 6poqt« ('lllllllit' la n6trê, off des ;tr«litectes fie
pal'vieet pas touj»rs h n;itletir les murs e I)leie pierre dans
lClr plt verti«;tl, on ptrr;it s« ntll'.r plus modeste ct llts s -
ciellx ic s'clqtrir des .thc,les
xt «:«,ve c.hAssis «le pierre le
«lestl:,'ti,-,li pell«tltt ix ou sept
clartc dtt soleil h «etx qui, non contt.nts |'av,ir l»;ttleatl star l,s y'tx,
lC sotft'relit pas x,»l,,tiers que «hat'llt puisse cher«h,,r lt
La rose oc«ilcnt«tlc le let cathélral, de Paris,
tott à l'heure, tic 1,' ,'è,lc à auc,tlic a,tre, nëmc ,l'uc ,g.l,,lC i)l,t
récente, con,' volume de ltatiècc ltisc en ,.,tvre.
u la surface vitvee, d atttant qte les 6vilettt«tts st let
Il est d't cêrt«tin int6vèt lc «on«titr. le 'tl»c lc pierre
das ce resea" u, c comptant 'haqe ,_,rct'au in»crit ,las le pls, petit
parall61ipipbde, stixat la lé[.htlc alopt6e de tut tetps.
L'arcature extCrieure cube . . . /t m 118t
Les grandes colonnettes tic la z«,,tel externe cul,e,t . . . . I m ,188
Les pelites .................................... I m» 08
L'arcaturc interne cube. ......... 2 ! 21î5
Les c,lotettes de la z«tê itttérieure cul»ênt 0'" 828
1
Tttal .....
l.a surface de la rose étant
que :le
«le 71 m,56,
le cube «le
pierre par tnètre ,le surface ,'est
. N,»ts verrons ,lUe cette l,_"èl'ett réelle ,. tu! l,as attclt,te, C.tn,. h
l'6PO,lUe ,-,fi l'trchitecture cherchait h l,araitrc sil,,liOrelnCt ,161i«ate.
Peu avant la COlstructi,-,l «le. la Kt.'«tle occilentale de la cath6drale (le
Paris, ou élevait l'élisc abbatiale de Braisnc, tne «les l,lUS If-elles 6lises
du Soissonais '. Cette 6glise, détruite en l»artie al_ljolrl'hui, coq,serve
son transsept et son__ chur. Dans les pi,.nos _ de ce tr:tlssept s'ouvr.nl
des roses d'u ,tyle excellent, d'une structure remarqttable, p:trltiteent
1
Robert de Dreu,, en 1180. (Voyez la
bi. Stanislas Prioux, 1859.)
La construction de cet édifice dut ëtre commencée par ,gn;_. iê Braisn% [emme «le
Monographie de Saint-l'ced (le Brais.e, par
VIII. 7
ROSE
con<ervees.
la lonnée
potCs les bases vers la
50 ---
Nous traçons (fig. 6) une de ces roses. !ci, conformément à
admie à l:t fin d Xl siècle, les colonnettes-rayons sont
circonférence; mais déjà une arcature externe
réunit tout le système, comme à Notre-Dame de Paris. L'appareil, d'une-
rande simplicité, pv6sêntê toutes les aranties de durée, mais cette r.se
e..t 1,»in d'avoir la légèreté de celle de la cathédralê de Paris. D'ailleurs
le svt?_,ne le
La ro._,e de
vitrage e.-_t le mëlne.
la fac.'ade de Notre-Dame de Pari fut taillée vers 1220,
le disions plus haut. tOuarante ans plus tard environ
"0 I1i l'lle 1-1011.
(en laV), on Cevait le., deux pignons sud et. nord du transsept de cette
égli.-e. pour allonger ce'tran.-_sept de quelques mètres ». Or, ces deux
pignons sont percé, de rases énormes qui n'ont pas moins de 1'2-=,90
de diamètre, et qui 'ouvrent sur des galerie.-, ajourées. Ces roses sont
construites d'après le syst me indiqué dans notre figure 2, en C; e'est-à-
dire que le., éeoinçon.-_ inïérieurs compris dans le carré inscrivant le
cercle ont ajourés comme le cercle lui-mëme, tandis que les Coinçons
supérieurs sont a-eugle.,, étant masqué.,, par la voùte. Yoîei (fig. 7)le-
tracé extérieur de l'une de ces deux roses, celle du sud. Les éeoinçons-
I 1,'OeZ CATiIEDRALE.
--- St ---
[ osE !
E
A sont aveuff[es, tandis que ceux B sont ajourés; ce qui était naturel,
puiq ce
la «urfac
treillis de
compri.,,e
-- 52 1
pierre repose sur l'arcature ajourée C, et qu'ainsi
entre le bas de cette arcature et le niveau 13 ne
fi-rme_ qu'une immense fen0tre d'une haIeur de 18",50 sur 13 mètres
(le large,il'. S,)us la rose. la galerie l,,uble (voy. la coupe E), vitrée
en V, (.st placée camnto tn chevalement sous le grand réseau de pierre,
de façcn h laisser deux passages P, 1", l'un extérieur, l'attt'e intérieur.
_ " h7 Le f,rmeret de la
L'épaise, eut «le cette claire-w)ie n'et que de 0 , .
voùte envelolpe exactAment le deni-cerclê ..,upériêur «le la rose, et
fl,rnc con,équcnmcnt tn arc plein cintre.
N,,tre dcssi l'ait voir les lnodiiications lroli»n(le
ancêtres, s'étaiclt intro(luiles dans la c«,mp<,sition tc
«lui, en qelques
,'e,, parties de la
gral, ar«litc«ture
art l'imm,,bilité, car il est difficile de
c«,tllbte , lcul en demcratt li(lble
rdeatt se ç«niplilte , se stll»livise, et
ctier lans la rose ccitlenltle de
L'al'Ct{tre ex[ei'liC, qtli
'e.,,t. légagbe_ , lttai.', elle
.,,t etrbsill,)lfie., avec
l'un a,,réable.., aspéct,
à réfléchir. Car, dans
bollt calclés avec
l'tl»pareil indilué dot
rictre dl grand cin
charge pas le l'Ceaux,
I.lle ces «har.es
étrésillonnéb lans
éviter lc brisures
laïqtte dtl XII e siècle. 011 lle satlr;tit repr««her à cet
se transf«rmer d'une manibre plais
aux preniicrs principes adtli. Le
le sytèniê qtie l,,us trouvons d6jà
Notre-Danse ,le Ptris s'et etend.
das la l')se le 1220, ri/vrac 11 cl«tvage trapu,
existe ; les colannettes-rayc, ns subistent et
plus l'tdre»se; l'eil s'et amoildl'i; entin les
oint ét6 per«és, paur ajouter une aurtitce de plu
c de vitratx. Si la colposi[ion de ce réseau est
le savoir du eonb[rlC[elr est tiit l»,-r nous donner
ce grand ch;sis de pierre, les cflk.[s de pressions
ne adresse rare. D'abcrd, en jetatt lea veux Slr
ns (lle t,,ltê la paçtie supé-
l'arcatl'e extne G, ne
q/1'
a partir (le coupes H.
notre figure, on verra
tre, compris le clavage de
qui ne pèse slr lli-mème
rel«rtées sur les rayons principallx K, lesquels sont
t,».s les sens;que l'appareil est tracé de nanière h
en cas «t'u movement. Que les coupes 6tant tou-
jours n,»rmales aux courbe, les pression s'exercent dans le bens des
l'6sitatce, tge les 6cç, in«:ons ajourés .B, qui supportent une pression
c,-,tsidérable, -oint ,'onbin6s en vue de résister de la fhç,,n la plus efficace
5 cette p/'ein. Que lcb arnatures de fer destin6e à maitenir les
panneaux de verre, l»ri en feuillure dans l'6paisseur du réseau, ajoutent
cher, re au système général d'étr6sill,)nnement .
t Cette rose sud du transsel, t de Notre-Dame ,le Paris, par suite l'un mouvement pro-
noncé d'écartement qui s'était pr,duit lès les f«niati«,ns, dans les cieux contre-forts du
pi'n«n (le sol sur ce p,int étant compressible), aait subi «le telles déformatious, sans que
t-utef,,is ces ddf,,rmations eussent causé une catastrople, que le cardinal de N«mille% au
commencement du dernier siècle, entreprit cie. faire reconstruire à neuf ce réseau de
pierre. Mais les cc, upes furent si mal combinées et les matériaux d'une si médiocre qua-
litC que 1 ouragê menaçait ruine en ces derniers temps; on avait d'ailleurs refait les
ecoinçons inçérieurs pleins, croyant pr,bablement que cette modificatiou donnerait plus
de solidité à l'ourage, ce qui était une grande erreur, r, uisque ces écoinçons reposent
-- 53 -- [ lOSV. 1
Quand l'ingénieur Polonceau imagina le système de cercles de fer
pour résister à des pressions entre le tablier et les arcs l't lnt, il l
faisait, à tolt i)reldl'e, qu'appliquer un principê «lui avait été «nployé
six siècles avant |ui. On xanta, et avec ri.,,,jn, le systene
plutôt renouvelé, mais personne ne songea h t,-:ltnter les
cathédrale de l'avis et bie d'autres édifices du xt" siècle,
011
de
nouveau o
VelX vrs la
lanb lequels
avait si souvent et si heureusement eml»l»v6 les cercles connc ttoyen
résistance opposé al des pressions. Da,; "les de,ix ro,es «lu tratssept
Notre-Dartre de Paris, il n'était pas possihle de trouver tn t)'ett
plus efficace pour résister à la pressio ,lti s'exerce sur le c6t6 ctvviligne
,le ces triangles que 1 cercle de piert'c B, étrésill,,nt(' ltti-ntèrne puis-
samtttet par les petits triangles cut'viligtês il,. Les Cl'ochets-étr,;,,,illo,ls S
eonplètent le systèm des résistaces. N'oublions pas qe cette
claire-voie circulaire ne pose pas sur i111 mtr l)lein, mais
aj,,ul'ée elle-nème, d'ule extrènte délicaLessc ; qtc pour
le colonnettes et prismes le celle g«lerie, il fallai! ,-lte
nc galerie
pas écr;tser
tic; car si les
c,_lsid é rai» le
Le l»V, ,blème
SUI" ç{_' frëles points d'appui une
points d'appui verticaux le
l»res..,_io égalt,ent répar
galerie ,,t lllle résislace
eisemble, ils n'cil o11[
COlsi.s[ait doc à faire de la rose le arma[tl'e
pas plus sr u poit lUe sur tn attro Les
leur grad cercle B, leurs triangles cucviligne, [ Il et lett's, ct'uchets S,
répartissent les pesalleurs sur l'assise itël'iel'e T, de telle s,»t't.e que
,tillettrs
tous les point, de cette assise »e trouvent 6galetet charsC. I)"
les de,ix parois ajotlrées X, Y, d, la galt'l'ie, t)»Vll«tlt chêvaletient,
hon,3gèlte, 'al)l)uyant
j "
eCOill(.'(-)llS a ()111'C5 aVeC
découposet les pressiu> a moye de
suite d'étré.-_illons remplaçant des etc, ix
La preuve qe le moye adopté e,t bot,
l'avc«ttuve C, qui l'vle tne
de Saint-André e charpete.
c'est le, lalgré le l'e»taura-
tions maladr,)ites du derltier siècle, llalgré l',;C;tl'tetelt de> co[l'c-l')rts,
aucune des piletles de cette galerie n'était brisée. L'arcature E ellu-nëne
avait ri'ès-peu souffert '. Pour diviser les pressi,»s, pour atvvix,v h faire
eu-mèmes sur une claire-,6e qu'on chargeait ainsi d'un poids inutile. Il fallut donc,
il ' a quelques autléêS, refaire cette rose. Heureusement, des lragments anciens existaiet
encore, les panneaux des 'itraux primitifs a.aent éle replaces ainsi q,e les armalures de
fer. Il fut donc facile de reconstituer la rose dans sa f,_,rmê premi0rc (cette forme aait
été quelque peu modilié% notam,nênt dans la coupe des prolil). Ut l,uissa,t cllainage
fut l.,Sé en L et en 51, pour é,'iter lutt écal'lenefl; les c»nlre-forts furent c,tsolidés. La
rose du nord u'avait pas été refaite, bien qt'elle se fùt dél;,rmée par suite ci'un ecarte-
ment des contre-forts; il a suffi, pour la- restaure,', «le la déposer, et de rêl'aire les nior-
- ceaux brisés sous la charge par suite de cet ëcartelnent. Mais ce «lui fait ressortir la résis-
tance de ces grands chàssis de pierre, iorsqu'ils s,nt lieu combiués, c'est .|u'ils demeurent
eltiers pendant des siècles, malgre les accidellts tels que ceux que nms signalons.
t Les pilettes principales h n'm,t que 0'",20 sur 0'I',36 de section eu mo}'ênne ; les
pilettes intcrmédiaires i n'ont que 0 m,10 sur 0 m, 15. Elles sont tail|ées dans du cliquart
de la butte Saint-Jacques, Lorsqu'ou les frappe, ces pilctles résonnent comme du métal.
[ aos, ] -- 5 --
de ce ch/issis de pierre une surface homogène, le maltre de l'oeuvre,
Jean de Chelles, avait d'abord ses douze rayons rectilignes principaux
étrésillonnés h moitié de leur longueur par les arcs l, contre-Strésillonnés
eux-mêmes par le douze rayons sccondaires m. A ce point, le réseau
s'épanouit, e divise, répartit ses charges par une suite de courbes et de
contre-corbc sur vingt-quatre rayons aboutissant au cercle principa.l,
qui ct doullc. Un de ces rayons porte sur l'axe de la galerie;les dLx
autres, à droite et à gauche de l'axe, ont leurs pressions décomposécs
par les écoin:ons armés de leurs cercles et de leurs triangles curvilignes.
Ce» «harge »ont si bien àivisées, décomposées, que des membres entiers
de cette roc porraient ëtre enlevés sans que l'ensemble en souffrir.
C'était ,lo,' un raisonnement juste qui avait conduit ,'t adopter ces
rbseaux ave. c,,urbes et. contre-courbes. Dans les fo<es primitives,
c«,Inme .'elle., de Braisnc ou (le la façade occidentale de la cathédrale
le Paris, si ut ray,;n, n membre venait à manquer, toute l'économie
(1 sy.,.tèlc était compromise; landis q'ici les çhace« de co)serva-
ti,,n étaict multiples, et, en effet, beaucoup de ces roses, qui ont
.,,ix siècles ,l'cxistcnce, «lui ont subi des déformations notables ou des
utilatio.-,, sont ccpc«la! testAes entières, comme un large treillis
de bois pr, ttvant impttn6ment être déchiré partiellement sans tomber en
nlorceaux.
Il y a autre chose, dans ces compositions, que le capricieux déver-
g,»ndage d'une inagination non réglée; il y a une profonde expérience,
un calcul judicieux, un 6avoir étendu et une bien rare itelligence de
l'application des nécessité. de la ,tructure 8 l'ellt décoratif.
Nou donnons ici le cube de pierre employé dans ce réseau, à partir
du niveau dê la galerie h jour.
L'oeil cube ...... . ........ o ......... . ............
Les colonnettes intérieures cubent.., ......... . ......
Les découpures au-dessus cubent ...................
Les colonnettes extérieures cubent ............... ..
Les petilés colonnettes intermédiaires cubent... ........
Les grandes découpures au-dessus cubent.. ...... . .....
l.s petits redents cubent.... ..... . ..........
Les morceaux d'arcatures sommicrs cubent ...... . ......
Les redents intermédiaires cubent ......... . ..........
Les grands morceaux d'arcatures cubent... ............
les morceaux d'entourage cubent
Les Acoinçons cent ............ . ................
O 9
2m,12
2m,26
I m 8
,
5 m 2
,
m 86
,
,
1,7
11m,28
1 8 m O0
3m,lO
Total 5h ' /tt
La surface de cette rose. a)ant l/t3 mètres, le cube de pierre par mètre superficiel est
de 0,38; cube très-supérieur à celui de la rose occidentale.
Il nous faut maintenant examiner les sections des differents membres
de cette rose (fig. 8). Le protil dont l'axe est en A est la section sur ab
-- 55 -- [ nosr ]
(voy. la fig. 7), sur les membres principaux de la rose. Le profil dont
l'axe est en B est la section sur les membres econdaires c, d. Le profil
dont l'axe est en C est la section sur les membres tertiaires, qui ont
les redents. La section totale EF, comprenant le, (lex
principaux (_,, A, est faite sur or, le profil se' simplifiant
comme il est marqué en G. Enfin le profil ce ce' est la
(de l'ensemble), c'est-à-dire la section sur le grand
La circonférence de la rose est donc f,rmée dc
principaux a, A, et en dedans du grand cercle de
cercle
deux
l'ecoicon
gros lollinb
à l'extrados,
section sur/,j
de l'écoinçon.
gros boudins
qi subit
une forte pression, il y a un supplément de f,rce fe'; le boudin C du
membre composant le retient étant rêculé en c et relié au gros b,)udin
par le biseau hh. A l'intérieur, le profil e»t simplifié conme le marqu,.
notre tracé en I. Ici les armatures de fer et vitraux ne sot plu.a, po.-_és
contre le parement intérieur du réseau de pierre, nais iris en fêlillurc
en V, de façon à mieux calfeutrer le panneau,: et à empècher les eaux
pluviales de pénétrer à l'intérieur. En L, sont tracés le.-_ chapiteaux et
la .aillie
56
r,yllS pricil-)aux lolt les grgs l)oudis t;;l't, nt çolonneites;
do_ l)«.,es Atant_ portée par n con,',,_.z. I sur la face, atin que le
lit int'érieur de celle ba.-e puisse tonler al nu du boudin ik.
Dan.-, le, teux roses nord et sud du transsept (le Ne»tre-Danse (le
les deux éc,,inqon.., :lpérielrS bont avelgles et le l;,rmeret de la
j,)it la Iarti ', .lpérietlre (le la circonférence (le la r»se. Si le cercle est
con-pris da tn carré, d;tllb 1111é orle le cadre enclavé entre les eontre-
l;_,rl latérax, la p:trtiê ajorée, le çha.sis vitré, se termine par le «itre
'" - dès- 12'0 des
(i,, la rose elle-mëme. Cepedant, çonme nous 1 ,I')11 dit, ,
inaitres avaielt jlaé l)r,)p, d'aj«,urer nc, n-eulement les Coinçons
if«i'it.rs, n;ti atsi les écc, içcns tlI)él'ier- les roses. Ce fut à cette
6poque lUe l'c, «,»>tmlii la chapelle {111 chleau de Saint-Germain
en Lae . .c.l élili«e dont la »lructure e-t les plais remarquables,
tiet alat aux écoles ch:tmlen,»ise et l»urglignonne qu'à celle de
l'llt.-de-Fl'ace. L'«trchite«te lle prouvait manqer d'appliquer ce système
d. fi.nebtra,'e gt la l'O>e. Celle «lalelle , del»i les travaux entrepris dans
le ,'hitleau os L,_,is XIV, était «c, mplbtement engagée sous un enduit
. un de IIOS
de plaire. La relatlrati,»n de ,'et éditice ,tvant été contiée à 1'
I11> lal»ile» ar«'hile«te», Xl. Nillet, «eli-ci reconlut biel vite l'inp,r-
tabacs* le la »«tinle Chap.lle de Saint-Germain en Laye; il s'empressa de
la d.larr«sser le naalelacontreux embellisse,,e, ts 1'1 lui avait fait
s]»il', il relrouva l'arcature inDrielre e rétal»li»alt l'ancien sol, et fit
lonl»er le llàtrage lli na»ltlait la roe. Or, cette rase, une des plus
lelles que llotlS connai,i,ns, et inscrite dan 111i earré compldtement
- " " ( 9)
ajore. S,l el!senble, lra«o el A m,,. , e comp,-,»e de douzê rayons.
1,ricl»alX, les ,luatre écoin2,n btant à jour et viii'C. L'architecte a
Xollu prenlre le I»11 le lmibre po,ible, car lê pile d'angles qui
[,rlelt les vaùte (voyez le lla partiel B) tnt saillie ur le diambtre
de la roe.; le tbrerel pOltant but les colonnette» a lais»e entre ltli
et la rose l'esp«tee b, et le linteau qui réunit la pil à l'an?le de la chapêllê
est biaisé, aisi que l'indiqle la li-ne ponctu6e e, atin le ddgagêr cette
FObe.
l'our indiquer plu: clairement le trac6 (le la ra:e de la ,ainte Chapelle
de Saisit-Germain en l.,aye, nou n'en dollllOllS qu'un (les quatre angles,
aV('O 1111 «le ses é('oinçons ajc, urés, à l'échelle de 0",02 polir mètre. On
remarlera qu'i,-i elcare, ,.onfc, rmément aux dispo.-:itians des premières
roses, le colonnettes ...ont dirigées les chapiteaux ver. le centre. Le
doze ray(,ns principaux, étréillonné par les cercles itermé(liaires I),
ol'relt ulc ré,istance ,'on«idérable. A leur tour, ce-cercles intermé-
diaires .,,I étré¢illonné- par le, arcature F et par des colonnettes
internédiaire.,,. .uatl'e de ceb colonnette» >econdaire, sont parfaitement
butée» lar les grad, «ercle G des Coinçons, les huit autres butent
contre le chlts«is. Quant aux rayons principaux E, quatre 1)utent suivant
,o)ez CHAPELLE, fig. fA, 5 et 6.
--- 57
[ lOqE ]
les deux axes» ët les huit autres sont maintenus par les
trèlle.,s It, qui,
'II1. 1 8
[os ] -- 58 -- .
à leur to, ur, etré.lllonnent les grands cercles d'écon.c.ons G. L'apparell
, n» ierre est excellent, simple et résltant. En L, nous
de ce resea,, . Vdu réseau prlncipa; en M, celle des redents. L'exté-
donnons la section
rieur de la ro_,e étant en V, on remarquera que le profil intérieur et
plus plat lue le profil extérieur, alin de ma.-«luer aussi peu que possible
les panneaux «le itraux par la saillie des moulures "à l'intérieur, et de
produire à l'extérieur des effets d'ombres et de lumières plus vifs. Ici
les vitrax et |eh armature.-_ de t'er sont en feuillure et non plus attachés
contre le parement intérieur. Non- avons encore dans cette rose Ul
exemple «le la olidité de ces délicats treillis de pierre lorsqu'ils sont bien
cmbinés ; car, malgré des
nutilations n,mbreuses, la ro-e
l,_,rqu'il agira de la déma-quer,
pl'Atrages, des trous percé après coup, des
de Saint-Germain en Laye tient; et
beaucoup de ces morceaux pourront
ëtre utilisés.
L'école de l'lle-dc-France le fit que rendre plu.-_- légères les sections
san.,_ modifier d'une manière notable le
des camIartiments des roses,
système dé leur composition. Mais il faut signaler les roses appartenant
h une autre école, et «lui dittï.ent sensiblement de celles appartenant "a
l'école de l'lle-de-France. Les exemples que n,,u- enon de présenter
dans la constructi«n de ces claires-voies, les architectes
font voir que,
empl,,yaient autant que possible de grands morceaux de pierre, d'épaissês
dalles découpées et des rayons etrsillonnant-. Cs ensembles formaient
aisi une armature rigide, n'offrant aucune élasticité. Ce système s'ac-
cordait pari'aitenent avec la nature de- matériaux donnés à cette pro-
viorne. Mais, en Champagne, on ne po«édait pas ce beau cliquart du
ba.,si de Paris; les nalériaux cah:aire dont on disposait, étaient d'une
résitance relativeInent moindre, et ne pouvaient s'e,:traire en larges et
lones morceaux. Il fallait bgttir par assises ou par claveaux. (;es pierres
ne pouvaient b'employer en délit comme le lias ou le cliquart. .ussi les
architectes de la cathédrale de ltein, adoptèrent-ils d'autres méthodes.
I1, construisirent les réêau, des ro,ès comme les meneaux des fenêtres,
par superposition de claeaux et embrèvement des compartiments dans
des cercles Cat.,:, clavés comme des arcs de vofite. Telles sont faites les
deux roses nord et sud du transsept de cette cathédrale, qui datent de
1230 environ. La rose n'est plus fermée par un formeret plein cintre,
comme à f'aris, mais s'inscrit dans un arc brisé, projection des arcs-
doublëaux de la grande vorlte; si bien qu'au-dessus du cercle propre de
la rose, il reste un écoinçon vide (voy. fig. 2, le tracWB). La roe de la
façade occidentale de cette eathédrale, éle-ée plus tard, c'est-à-dire
vers 1250, est construite d'après la mme donnée. Le cercle principal
est un épai cintre composé de elaveaux, dans lequel s'embrèvent les
eompartiments. Ces roses étant parfaitement gravées, avec tous leurs
détails, dans l'ouvrage publié par 1I. 6ailhabaud , il nous parait inutile
L'Architecture du v e au xw e siècle, et les arts qui en dél)endent. Gide édit., t. I.
--- 59 --- [ rOSE ]
de les reproduire ici. Les cercles principaux dc rotes du transsept
'ont pas moins de 1,60 d'épaisscur, et con.-tituent de véritables arcs
construits par claveaux. çuant aux compartinents intérieur.», formant
les eh.assis vitrés, ils n'ont que 0",2h d'épais.eur, non
des bases et chapitêaux des colonnettcs. Les panneaux
attachés au parement inférieur (lu ré-eau, comme à la
occidentale de Notre-Dame de Pari.
compri.s la aillie
de vitraux ,ont
La rose occidentale de la cath6drale
roe de la façade
de Ileim se rai)proche
(l«tvantage
exi.,te pas
d'architecture
0",82.
re--o rt i r
nlovens
bien ces
du système de l'Ile-de-France, mais le grand cercle clav6 n'en
m, ois_, et a 2 , 18 d%paisseur, ce. (lUi en fait un nembre
d une grande force. Pour le rçseau, on épai:.,cr e.,t
panneaux de vitratx ont pris en feuillure. Mais nous avons fait
ailleurs (voyez CATIIÉI,IALE) la p,is,ance extraordinaire de, etnployés par les architectes (1, Notre-Dame de Ileint.,. 'us.,i
grandes claires-voies, déj5 si légèrc. à Pari.,, a,, cc, n,r,en,:cn,et,t «tu
Xltl e siècle, sont à Notre-Dame de Rêims (les constvuctiolls inélra-
lables, épaisses et reposant nnn pls Stl" de- .,eçtions ,1(, o=,o6 à o',1o
superficiels, mais de 0",20 à 0 m,25. Cependant, de, lés dernière.- années
du Xlil ¢ siècle, ces architecte., champenoi: avaient atteit et nç, tne
dépa««é la limite de la légèreté d,:,nnée a,x 'é,ea,x de« clai,e-v,-,ie.-
dans l'Ile-de-France. C'et qu'alors ces archite,:les avaient su trouver
des matériaux très-lins et ré,,istants, tels, par exeml,le , ,lue le lias de
T,-»nwrre, et que, protitant des qualités particulières à ces pierres cal-
caires, ils donnaient aux compartiments de leurs fenëtres, aux meneaux
une ténuité qui ne fut jamais dépa»ée.
on peut se rendre compte de la légèreté
des claires-voies chape,)ises, en exami-
et aux réseaux des ,ections,
Dans rarticle '-'-"
{.ÀJNSTRUCTION,
.extraordinaire des membres
figures relatives à l'église Saint-Urbain de Troyes, balle à la tit
siècle. Mais à Reims mëme, il existait une égli, dont nous
fréquemment, Saint-Nicaise, bàtie par l architecte Libergier,
nant les
(ltl Xlll e
détails étaient d'tlne valcr
dénmlie au COlmenccntent
tunulaire de r_, architecte,
parlons
et. dont l'ord,jnnance, la .,lructtlre et les
tout fait exceptionnelle. De cette église,
de ce siècle, il ne nous reste qle la dalle
qu'une rose
la nef.
aujolr(l'hui déposée dans la cathédrale; (luel,l,tes fra-mentse de pavage
et d'_
ornements, des plans, un petit nomlre de dessins et Ul,e admirable
gravure. Au-de,.-u d'un porche trè-remarquablelnent de,siné ', au
centre de la façade occidentale, s'ouvrait une ro.e (l'une composition
toute champenoise, en ce qu'elle formait plut6t un immense fenestrage
proprement dite, inscrit sous le forlneret de la voùte de
Nous présentons (fig. 10) cette composition. L'arc A est le formeret
ou plut6t un premier are-doubleau de la grande voùte. Le cercle qui
inscrit le réseau est indépendant de cet arc et ne s'y rattache que par les
[ ROSE ]
-- fiO --
I
cinît sommier B. Le r6seau est, conformément "à la donnée rémoise,
, (:(: upç £11 I -
indépendant du cercle ainsi que le fait. voir la , C. Pour nai
tenir ce cercle, ont 5t5 p,és les cercles- ctrSill«,n D, E, F. On observera
« 1 ç
que dans le tracé du réseau, arcature cxterne est étrésillonnee par une
,_.uit de jambettes (3, qui ne tendent plus toutes al ,'entre, comme les
rayons des roses de la première moitié du XIII e siècle mais qui ,:nt
résistance oblique, et par cela morne cmpëchct une d6formati,_,n qui
s'est produite parfois. En effet, il arrivait, p,,tr des rose, d'un .__-rand
diamètre et dont les ntembres avaient ne titiblc section, que la
mati«,n se pr«,duisait, ainsi que l'indique la figure 11. Si une partie de la
circonférence de ces ro.,c sbis.ait une pression trop forte, par
d'un ta»semen! ou d'un écartenent, l'«il piv(,lai! slr son centre, et le,
ray»ns, a lie de Icndre à ce cetre ïaisaict tou, un mouvement de
rotation à leur pied '.
Les accidets qui résultaient de ce mouvement '«,t pas l)e»oin d'.tre
sialés; ils compromettaient la solidité (le tout l',-,itVl'ac en ,i,:tevni-
riant des epauïrurcs et en enlevant au ré-cau t,)ut .,,,»n roilc. Ce 'ctait
pas, certes, dans les roses robustes de la cathédrale de Icin., que
pareils effet p,-,uvaicnt e produire. Mais Libcrgier arait
observé ce riouvement de déformation par rotation dates des rose., de
l'lle-de-France plus délicates que celles de Notre-Dame de Rein»;;
voulant atteindre et m0me d6passer cette délicatesse dans la structtve tic
I l.a section des réseaux a.-ant beaucoup de champ (vo)ez celle du réseau de la ro.e
sud de Notre-Dame «le Paris), et peu de largeur, pour laisser phls (le place aux x itraux, il
est évident que si une pression s'exerçait sur un point (fil grand cercle,
pouvant rentrer en eux-mmes, trouvant une résistance sur leur champ,
dans le sens le plus faible de leur section et le faisaient pivoter.
lês ra.ons» ne
poussaient
[ BO.E ]
éviter ce>
(fie. 10). il
XIV e Et XV e
ful'ent l»eaucc,p
Le svstOnte de
clayon', cl»revatt
---- 62 ---
idcitale de Saint-Nicaise,
lan,qr.s. A l'aide des étrésillons
lrévint le mouvement de rotation
ê ccssa de poursuivre dans la
il adopta un système (lui devait
en décharge de cette rose
de l'oeil. Ce fit là l pro-
composition des roses des
siècles. Celles-ci, conbinées dès 1,_,rs d'après ce principe,
moins sujette h se déformer.
la rose champenoise, compo,ée d'un cercle puissant.,
les compariments int6rieurs formé.,; de pierre en délit,
avait cet avantage de pI-'é._,enter ne
il'éviter les charges partielles sur
«t'«hitectes chaml»enois de la fin du Xlll siècle étaient des
leurs très-exlél'itl-enté., et très-hal)iles; et
Saint-Nicaise de Reims n'est plt!s là pour
encore celle de Saint-Url)ain de Troyes,
cerlaine élasticité et le permettre
ces compartiments. Mais aussi ces
construe-
si. malheureusement, l'église
le démontrer, naus possédons
qui et certainement la plus
mervcillelSe applicatio d .ystèlne de structure gothique.
Le x siècle le .,,e n«,ntra pa.,, aussi in,éiieux dalls redites les pro-
vitt«cs. nai.,, cependant quelques maitres tentaient de pr6venir la rotation
.\ Ariells, par
it, vers I"
.,'..)5,
idrs lar Illl
pignon nord du transsept de la cathédrale
randc ro.-,e dont les compartiments, en-
ne tendent plus au centre du cercle, mais
formant ril: c'Cait un noven d'Cirer le
cette rase n'e.,t pas d'une heureuse COlnpo-
le commencement du xv n'Cevèrent qu'un
exenlle , le
:t; percé d'une
g, peltagone,
aux a;le.,, «le ce pentagone
piv[lt'llel! les rayons; lnai.,_
sili,-,. La li) :l xv" si6c]e et
tr0-pêtit nonlrê
de cette
lin lu rè«ne de
EI
(lç.tiliitiveliicnt 1-t-évalu, et la ro:e o.'cidentale
t»atlai,,,, 't l'tl'is, rêc«liStt'tlite au .kv siècle, e:t
petite-tille de celle le aint-Nicaise de Reims. Nous donnons (fig.
d'élifice. religieux ell France ; les guerres, les inalhers
donnaient d'autres soucis. Ce ne fut ql';Tt dater de la
Charle Vil (lle les architectes se remirent à l'euvre.
ce qui concerne le roe, le système (le Libergier parait alors avoir
le la sainte Chapelle du
6videnment une arrière-
12) le
(l(.lziene le cette ro:e h l'('chelle «le 0 m I)3
Lorsqu'on .jette les yeux sur ces réseax
excllsivement de ligne: court)es, il emble
lnailles (lui l»résentet un enchêvètvement
te conception maladive aux autres,
-puur nètre.
(le pierre, composés presque
, au premier abord, que ces
des plus gracieux aux uns,
suivant les goùts ou les opinions,
ne sont délerminées que par le caprice. Il n'en est rien cependant. Que
l'on ait pour l'architecture de cette époque, ou une admiration, ou un
l»làme de parti pris, il t'aut avoir atthire à la géométrie, pour se rendre
,'onpte de ces compositions; or, la géométrie ne peut passer pour une
scielcê de/'a.taisistes.
Dans la rose de Saint-Nicaise, non-seulement les rayons sont recti-
lignes, mais aussi les jambettes, qui font l'office d'étrésillons obliques;
mais en supposant un ett;)rt, une pression sur tin point de la circonfé-
rente, ce, étrésillons auraient eu besoin eux-mOrnes d'ètre étrésillonnés
--- 63 1
[ ROSE
pour résister à cette pression. En
i h
I
I
I
I
I
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observant,
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I
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I_2
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I
I
I
I
if
I
par exemple, la
contextare
I
I
I
I
I
I
!
I
!
!
!
I
I
des plantes, on remarque que les réseaux qui forment les feuilles, la
pulpe le cci'tains fruits, pvbsentent un système cellllaire trSs-rési,;tant,
si l'on tient conpte de la lénuité des filaments et de la mollesse «le ces
,,rg:nes. C'est ln principe analogue «lui dirige le.,_
des roses (lil x,¢ e siècle. Ils
le.; coin lais.-.és entre eux
rav(
«
(1'1111
mailres dan. le trac
Dtl
lig
lig
a I il'(' u ne
se«ondaires. Les charges ou l)ressions se rél)artissent dès lc)rs sur l'en-
.,.enble de l'ar«a[ul'e. Mais il ne falt pas croire, comme plu.-ielrs att'eetcnt
de le dil'e. lle ce. coricides sont cain'ieieusement agencSe_ , elles dérivent
[racb .,.aéoné[ri,lue [rès-rigorex. Le rayon «le l'eil a ayant été
llt l)'[in lu grandi r«tyon bc ve...tat a (.15 divisée en trois parties
La lige ae est le diaè[re 1'1111 hcxagcne, SlV les c6t"
es duquel
l,.,s,-;s les ('entres f (-les 1,-,v[i,-,n.., (le cercle bg. Slr le c6t(_./'[' de
t l't C (_',
t
l'laexag,»ne a été p,,..,6 le ,'en{ve h de la l)o['tion de cercle g/; du point h il
tirée un. ligne parallèle al grand rayon aB; prenant le tiers de la
ortion de
(l(_)ivent se
.'Rllr let ligne AC paradl('_-l(' ail grad I'IV()II OB, (-)I1 1 cherché
(l(' I't',_' ,_le (.'er('le/.], l:t ligne IK état i):trallèle al c6lé (le
circont'érence cB, on a ol)tentl le point j. De ce point j on
ligne tatgelte à la ',_)lr]e gi, lui donne l'axe sur lequel
renc()nlrer les cç)'l)e., (1 réseau .-ccondaire (ltl
l'hexagne.
1';
l),)i! K ç)ll -1 tiré lne lige l)erl)el(liculaire h l'axej'D; sur cette
,. a 6t6 ('he'('hé_ Cil t le (('lre' (le l'arc de cercle il. >u cette mëme
. Em, h ne égale ,lisialee ,le l'axe Dj, en o, a été posé le centre de
ri'(" ,ï; Slip ('elle lllèllle lichera . en p, a et6 cherch6 le ('êtl'C de l'arc mq;
»1" le pr,-,longement (le celle mème ligne, vil ' a été cherché le centre
(le l'arc ml). Ainsi ont blé tra('ée» les principales courbes d/l COlnparli-
ne))l. I'n triangle
arand
le centre K
",qilatéral divi.,g, par l'axe D./" a donné les cen/ves des
lobe.- sec,_,llaires, conne d'aut'e Iriangle, éllilatéraux, dans le grand
l()l)e >tll)él'ieul" , (-)zit donné lc< cetres de loi»es
partie. Le c6t6s de ce,trianglc 5(llilat6raux
econdaires (le cette
dollné les positions
(les 1)(_)ite,,, (les redent,,, de,-_lil :
(_s à c,ms,-)li,ler le réseau. Notre figure fait
assez comprend(Ire la p().«ition (Je' ces (_'el-lre.,, .,qlV les côté.,; (le.,, triangles
('.(llilaléraux, p(-)tr qu'il ne s(-)il pas écessaire de fc)urnir (le..; expliea-
tions I)lls détaillées. Le prc, til G donne la secti,_) (les menbres princi-
pallx et celle 1! des ruerai)res st.çc,daires. Le Ira(.'é L, à lle plus grande
,;,'helle, fait v,)ir ,_'omnelt ,'es cnl)l'cs secoldaire.,_" l)énètrent dans les
ncmbres principalx. On observera qle l',vil e..,t renforcé extérieure-
let par ul cercle et ln re(lenté saillants qui li ,lorgnent plais d'épais-
.-.eut, et pat' ç,_).>éqcn[ plu, (le rési.-tance, toutes les charges aboutissant
h ce ,:cr,'lc cenlral. L'al,l,areil inliqlé sur notre ligure fait voir comment
les ,,r,.'CalX (le pierre .-,on COll»("s el raison de pressions qu'ils ont
à subir. Tos ce. joints sont d'ailleurs coulés en plamb, comme dans
conservent quelques rayons, et remplissent
par une véritable ossature cellulaire, a.,s.sez
n],latl,l,. h celle (les or,..,ancs ,les v,:gétalx.
Aii es! Ira,'ée la rose ,,c«i,lentale de la «ainte Chai,elle 111 Palais. Six
,ts l'eclil',_.,l...,ll()S la ,liisent (: six grat(ls .-egments, qli sont remplis
(lex c,-,tvl)es prinçipales étrésillonnées par un réseau de courbes
65 --
[ ROE ]
"ioutes les roses (le quelque importance, à dater du XIIl ee siècle; le plomb
formant lui-m(.me goujon : tandis que dan. les ro,.es à rayons des XIII ¢
et xv siècles, les constructeurs ont placé des gOU.lOnS de fer (la, les
lits, goujons qui. en s ox)dant, ont fait parfois éclater les pierres. La
rose de la sainte Chapelle du Palais a été taillée dans de la pierre dure
de Vernon, et n'avait subi que des alteration partiellcs, par suite (l'un
écartement des deux tolrelles formant contre-t;,rts '.
Il n'était pas possible de pousser plus loin la lé_gèret,: en
ces réseaux de pierre destin:es à maintenir des vitrax. La
tracé, la pr6cision de l'exécution, le calerai (les
tances, avaient atteint leurs
¢I1COFe ail ('OFIIIII¢IIC(.'.flII211[ dll
degré ces conditiols.
derni?_.res
XYI e i6cle
la
du
(le
linites,
olt
combinant
sciecê (ll
prc,.,,ions et des résis-
et les roc, qu'on lit
luin de remplir at nème
C est dans le,; l)rovinces de l'lle-dc-FraI«e et (le la Champagle qle
les ro..,es ,t le plus d'élêndue et ont cc, ml)os6es avec le pls le savoir et
de goût. Cependant on ne saturait passer sous silence les belles roes le
la cath6drale de Chartres, qii datent de la première noiti6 «1 XIII e »iècle,
et qui sont si remarqal, les par leur style et leur ex6cution . Celle de la
hcale occidentale, notamnent, et u v6ritablc chef-d'oeuvre, qi avait
attir6 l'attention de Villard de II,»necourt, l»uisqu'il le dunne da on
albun; tais cette ruse a 6t6 grav6e lan» plusielr recueil avec acz
de soin et d'exactitude pour que nous ne ccoyions Ias né«esaire de
la reprodtire ici. Elle se recuttmallc par /lllC srcture singulière-
ntctt robuste et des combilaisons d'al»pareil d'une 6nergie rare. Mais
la pierre enployée (calcaire de Berchère) ne permettait pas ce d61ica-
teses de tl'ac6, ce tinês d6coui)ures dê rose de l'llc-lê-Frace «.t de
LhampaCnc.
Çne éçole du moycn fic foçt remaçqable, celle le
cnblc "- .
n avoir admis le pricipc des roses qu'avcc (léfia«c Dan cette
pçovincc, les roc» ont pctitcs et n'apparai»scnt que taçdivemci. Ccpcn-
«lat la Bourgogne «»Sdc dcs mat6riax qui se pçëicnt p«rf«itcmcnt
e gcnçc lc «laiçc«oics. On voit apparaitçe lc pçci6rc roç dan
petite 6glisc de Montréal (Yonc), qui date
xI siècle. Celle qui 'oavre l'abside est rcmaçqual)le par la naïveté
sa stru«iure. No en donnn lc quart (tig. 13). Elle c conpoe de
irois zones de petites dallcs découp6cs, de 0,13 (l'SIaicur , foçmant
tois tan@es de dcmi-cerclcs ajoués et chafi-'einS entrc le,c»upes.
P,ur faire »aiir la taille de ces moçccaux de pierre, o prç'enion ch
l'un de ceu de la zone intcrnSdiaire, et en B l'un de ceux lc la zone
intcricuçc. Ce d«llcs sont sinl)lcmcnt pç»cs sur moçti(.r et f,,rcnt trois
raSes de «lavcau évides. A l'intSrieur, les chanfiein ont çontinus,
i Vo)ez la Monographie de la sainte Chapelle dt« Palais, par V. Caillat, 1857.
'2 , o.ez la 31oito(traphie «le la cathédrale de Cbartres, publiée par Lassus, sous k:s aus-
pices du 5|inistère de l'instruction publique.
[ nos ] ---66---
comme il est indiqué en a, pour mieux dégager les panneaux de vitraux
pris en feuillure. La rose occidentale de la morne église se compose
d'une suite de rayons f.ormé.s par de très-jolies colonnettes et terminés
par une arcature ajouree. Sgnalons aussi les roes de la cathédrale de-
Langres, qui, comme style, appartiennent 'à la Bourgogne et qui datent de-
I
I I
3
la m6me époqe (tin du XII e siècle). Ces roses consistent silnpleinent
de grand, ,'edents ajou,'6s, clavés entre eux, et réunis au cent're par un
cercle de fer (fig. 'lb). es rosses sont d'une très-petite dimension, et ne
peuvent être mises elt parall_,le avec nos grandes roses de l'lle-de-France
datant de la mëme époqe, comme
Paris, dc Laon. «le S(»issots, etc.
On peut classer parmi les roses
celles de Braisnê, des cathédrales de
des oeils de t à 2 mètres de vide, qui
s'ou'rcnt dans des g'3.bles de pignons et sous les murs-tympans de que[-
ques 6dificcs de la France m6ridionale.
Le mur de l'abside carrée de la curieuse 6glise de Royat (Puy-de-DGme)
est percé d'une jolie rose du x siècle, à si,: lobes, sans réseau intérieur.
Cette rose, dont nous donnons (fig. 15) la face extérieure en A et la coupe
en B, se compose de cinq rangs de claveaux assez gauchement appareillés.
Mais l'art dù ",k l'école laïque du Nord ne put jamais être admis dans les
provinces méridionales autrement que comme une importation. O
subissait l'influence de cet art, on en acceptait parfois les formes, sans
en comprendre la valeur au point de vue de la structure.
\ -.,
Deux de ces oeils provenant de la cathGdrale de Paris, tracGs en C et
en I), font ressortir «u c(ntraire l'importance de la structure dans |
composition de ces ajours d'une .petite surface. La rose C est percée dans
le gablc (lu pignon occidental, et est destinée à éclairer la charpente.
Celles D sont ouvertes dans l'Cage inférieur du beffroi des tours. Ici le
dessin coïncile avec l'appareil, et donne une suite d'encorbellements
très-judicieusement combinés pour ouvrir un jour dans un parement,
sans avoir recours à des arcs.
En terminant cet article, il faut citer les belles roses du milieu du
XIII siècle, de l'église abbatiale de Saint-Denis; celle de la chaplië"de
Saint-Germer, qui reproduisait très-probablement la rose prirhitive de la
sainte Chapelle du Palais à Paris; celle du croisillor sud de la'balhGdale
de S6es, habilement restaurée par M. Ruprick Robert. Pari les
de la fin du xIIl siècle et du commencement du xiv , celles du bras de
- I ) " I , '
croix nord de la cathGdrale de Sées, de Clermont q .sot ,jour,es,
compris les Coinçons hauts et bas, comme la roseçe la sainte Chapelle
[ os. ] --18-
de Saint-Germain en Laye ; c«lles du transsept de la cathédrale de
Itoucn, charmantes de style et d'exécution.
L'ecole normande toutefois, comme l'école anglaise, fut très-avare
de roes. Dans l'architecture de ces contrées, les grandes fenêtres rem-
placent habituellen-ent les roses ouvertes dans le, murs-pignons des
transept,. On nê voit pas que l'archit.eciure gothique rhénane ait adopté
les grandes rose,. A la cathédrale de Metz, par exemple, ce sont d'im-
menses fene.traee« qui éclairent le transept. Les roses appartiennent
i A la cathedrale de Clcrmont, les roses ajourées en carré sont ouvertcs sous
meret donnant une ceurbo très-plate» ce qui produit un assez mauvais effet.
n'est pas à Ciermont qu'il faut aller étudier l'art du 'l:lll e siècle.
Ull for-
Mais ce
--(9 -- [ SACRISTIE ]
donc aux écoles laïques (le rlle-de-Frànce et de la Champagne, et encore
voyons-nous que, dans cette dernière
sous les formerets des grades voùtes,
comme dt. véritables fentres.
province, les roses sont inscrites
et peuvent ainsi Otre considérées
SAC;RAIRE, s. III. Petite pièce x ofité, e, située près du choe]r dos églises,
où l'on renfermait les vases sacrés. Dans un grand nombre
la sacristie servait de sacraire; c'était dan la sacri.,,tie qu'on déposait
les vases sacrés. Cependant on signale de véritables sacrairc.,, ail ;
_ nex,
des choeurs d'églises et de saintes Cbapelles du moyen lge. L'ancienne
cathédrale de Carcassonne possède deux sacraire à droite et à gauche
du sanctuaire (vo3. EATIIÉDRALE, fig. hg), qui sont voùtés très-bas et
munis d'armoires à d(.,ubles vataux. Ces sacraires datent d xv ¢ siècle.
Nous en trouvons égalelnent dans la cath6lrale (te (J;tlons-sur-Marne,
(lui datent du Xl siècle. Ces réduits n'ont pas d'issues,"t l'extérieur,
et s'ouvrent sur régli.,,e par des p,_-,rtes étroites et bien ferrées. Deu'
sacraires sont disposés aux deux côt6s des ch(eurs des saintes Chapelles
de Vincennes et de l'ierrefi:mds. Ces dernier ne sont pas fermé .,,_IIF le
chur par des portes, mais forment deux nichês prof,»nde, nunie ,le
petites armoires et éclairée..; par des fene..,trellcs. Dan certaies égliê«
conventuelles, le sacraire, c'est-à-dire le dép6t des vases sacrés, con-
sistait en un édicule de pierre ou de bois placé près de l'autel. Cette
disposition était observée autrefois dans l'église abbatiale de Cluny,
dans celle de Saint-Denis, en France (voy. CnoEua, fig. 2).
SACRISTIE, S. f. Salle situ6e près du chur des églises, servant à la
préparatit des cérémonies du culte, permettant au clergé de rcvëtir les
habits de chur, de renfermer les ornements, le vases sacrés dans des
armoires dispos6es " cet effet. Pendant le moyen age, les églises étaient
toujours entour6es de dépendances importantes. Autour des 6glises
conventuelles s'élevaient les b&timents de la communauté; ,ur l'un
des flancs des églises cathédrales, les b&timents épiscopaux; dans le
voisinage des paroisses, la cure et quelquefi»is des hospices. Ces annexes
aux églises permettaient d'établir "h rez-de-chaussée, et de plain-pied
avec le chur, des salles plus ou moins nombreuses et vastes, qui
étaient affectées au service religieux. Cela explique comment beaucoup
de nos églises, dont les batiments annexes ont été démolis, sont dépour-
vues de sacristies anciennes.
Cependant quelques cathédrales ont conservé leurs sacristies, parce
qu'elles dépendaient du monument lui-mème. C'est ainsi que la cathé-
[ SACBISTIE ]
drale de Rouen
au flanc sud du
de Laon on voit
possède encore sa sacristie de la fin du x ' siècle, accolée
chur; quc «les doux cStés du transsept de la cathédrale
deux belles sacristies du commencement du x ¢ siècle;
que la cathédrale de Tours possède une vaste sacristie du xttt siècle,
ainsi que celle du Mans; que celle de Chartres, a c6té nord du chur
o
conserve une belle sacristie du xv siècle (voy. CATHÉDRALE). Toutefois
ces dépendances sont alj,»r(l'hui rarement sffisantes pour les besoins
du clerg6, les év5ch5s ou b;timent moastiques avant ét6 d6molis ou
attctés h d'autres usages. Ces sacristies donnaient soùvent sur un cloître,
comme à la cathédrale d' micns.
Une des plus anciennes 2acristies (loir nous 9yos osyr[6 les dispo-
sitions, est celle de la cathedrale [le Pars, lui rents«t 1 cglse au palais
O
..- . .,= ,. .
11111« IN/IN/[ .I-
III I 1» [ I
I'
épiscnpal. Il nous reste de ces salles de très-curieux dessins déposés aux
archives de l'empire ', dessins que nous reproduisons ici (fig. 1). Cette
sacristie de Notre-Dame de Paris se composait d'un btiment 'à deux
et
Des calques de ces dessins nous ont été donnés par M. A. Berty (vo.
PALAIS, fig'. 7
[ SACRISTIE ]
4!rages, l'un au-dessous du sol de l'église, l'autre à 5 mètres environ
au-dessus.
Lesconstructions indiquées sur le plan A en noir dataient du temps
-de Maurice de Sully, c'cst-à-dirê de la fin du Xl siècle; celles tcint6cs
en gris étaient postérieures. En B, est le bas c6té sud (lu chur de la
cathédrale; en C, le degré de six marches descendant h la sacristie basse,
et en D, l'escalier montant "a la sacristie haute, qui servait aussi de trésor.
Il est vraisemblable que du temps (le Matrice de Sully, la sacristie Iasse
.comme la salle haute comprcnaie,t tout le batimcnt. Mais l[»rsqu'au
commencement (lu xxt siècle, l'évëque Étienne (le l'c, ncher fit d,,t)ler
la grande salle 6 par une galerie E, le passage F etre la sacristie et
l'évOché se trouvant masqué, on établit un passage tt ax dé_lens de la
salle basse. L'oflicialité (le 1.'év(,que étant établie a rez-(le-chatssée de
la grande salle 6, la tour I servait de ge61e. La coupe P, faite str l'axe
longitudinal de la sacristie, indique la disposition des salles atrcctées au
service religietx. En dén,_,lissant la sacristie btItie par Sottt'll,t «las le
dernier siècle, nous avons retrouvé les fcètres en tiers-poilt K, percées
à travers les contre-fi-)rts de l'église. Du palier C, on descendait encore à
deux petits vêstiaires voùtés sous les chapelles qui, au Xil ¢ siècle, furent
b;tties entre ces contre-ri)frs.
Ces annexes contemp,raines de l'évèque Matric, «le Stlly, constrle-
-teur dtt choeur de l'église Notre-Dame ,le Pari.,_, font COnliaitre ,lue les
services des sacristies, autrefois, n'avaient pas l'itiportace qtt'ils ont
ac,luis de nos jours..es services se eoniposaelit d une 011 de dettx alles
(le médiocre etenlue. Il est vrai
il existait des l)fitiments occupés par les
tout habillés au chcer par les cloitres. Les
de (:es églises cathédrales,
chaloines, qui arl'iv«tient
sacristies des cathédrales
qui existeltt encore,
cathédrale de Paris.
deux travées, et qui
sitions plus
étroites et se
vent, comme à Notre-Dame de
qui servait de trésor, d'archives, de
pour les livres du chur.
Nous ne devons pas omettre ici la
de Troycs, de Langres, d'Amiens, de Tours. de Chartres, de Noyn, du
Goutances, de Clcrnott, de NarbolnC, (le Limages,
Mans, (le Bayêux, de '
n'ont pas mëme l'étendue (le celles ancienes [le la
Ce sont des salles voùtées qui prennent c ou
se confandcnt pour ainsi (lire dans l'ord,_,nance
du grand monumet. A l'ext6rieur, elles affectent cependint (les dispo-
fcrn6es que les chapclles; leurs fenètres grill6es sont plus
rapprochent (lu style adopté pour les éditices ivils. Sou-
Paris, elles possèdent un premier étage
bil)liothèque, c'est-à-dire de dép6t
jolie sacristie qui flanquait la
sainte
Chapelle du Palais, "à Paris, et (lui avait ét6 construite cil mëme temps.
Cette sacristie avait trois étages : le rez-de-chaussée, au iveau du. sol
de la chapelle basse; le premier, au niveau du sol de la chapelle haute
ou Royale; le troisième, lambrissé, (lui contenait de précicuses chartes
(oy. P,I.IS," tig. 2 et 3). Ce b'atimcnt n'était réuni à la sainte Chapelle
que par une petite galerie, et paraissait ainsi isolé. Il était orienté
I SALLE ] '72
comne la sainte Chapelle et terniné "-a l'est par une abside à cinq pans
(VOy. C, IIAI'ELL.E fig. I et _'2). Ce charmant édifice, dont nous ne possédons
,ie les de<,ils et des gravurês, fut démoli vers la fin du dernier .-iècle,
pour b'atir cette galerie qi, du c6té ,lu nord, masque si désagréablement
la ainte Chapelle. tu chateau de Vincenes, on voit elcore une dispo-.
.-,itio, aal,gue bien conservée. La sainte Chapelle de ce chateau est
llanqeê :le dex sacraire, et d'une sacristie, aec tf&or au-dessus. Mais
habi
tellemet les sacristies
dans le bàtinents joignant
a,t,»l»tée Chantilly, à Creil,
CI 9, CI InATEAU).
des chapelles de chateaux sont comprises
ce, chapelles. C'et la disposition qui fut
à Pierrefo,d.-, etc. (Voy. CAI'ELLE t fig. 8
SALLE, .
eme]lt va.,t e
plus .,,paciex
l,'endat le
derne, entre
centre, le
chambres,
pour les gel, leb falniliers;
lnaitre et les >iel.-,_.
N,,ll.'; aVOll> peut-ëtre pris
«lttéralts,
tiol d'ul
celle d'tin
dll IIIoVI211
l'olllailleS
d'aalogie
f. A proprement parler, salle .,.'entend comme espace relati--
ci couver[. \isi, pour une naison, la salle est l'espace le
où la fanille se réunit, [-,ù l'on reçoit le étrangêrs.
moyen fige, on ne faisait pas cette ,listinction, toute mo-
le salon et la salle ;'t ma,ger. 11 y avait la salle, qui était le
local conmun où l'on recevait, où l'on mangeait, puib des
garder,_,l)e.s et ré,luit,. Il y avait la alle ])a--e (rez-de-chaussée),
la salle haute (au premier étage), pour le
certaines habitude: aux l'«,mains, nos con--
' l'habita-
et il est à croire (It au deuxièIne «iècle de notre ère,
riche Gaulois ,-,u Gallo-ttonain, i 1',» veut, re.,mblait fort h
llomain de Rame. Xlai.-_ cil pélétrant dan le., preliers temps
tige, ,)11 11t2 trouve que peu de trace: de ces habitudes, purement
tandib qu'on en découvre beaucoup d'autre, qui n'ont point
aveccelles-ci. Or, Oll llOLlb perIettra le po,er ce dilemme
«tllX
de»
n'éta
lan,
cédé
plu.,
lottbl'eux historiens int.,,.,és et préseltb qui t'ont prévaloir l'illuence
noeurs romaines sur les populatio-s gauloises. It cette influence
it pas au-i considérable qu'on veut le croire, 'avait pas pénétré
le, cla.-._,e nlc,yenle et inférieure de la nation, ou elle a bien vite
aux Inmurs des envahiseurs dll nord-est vers le IV siècle, puisque,
llOIIS llOl.lS el'onçonb dans le prolbldeurs du moyen tge, plus nous
tl'OtiV(ls des usages qui le ';ont nullellent romaine. Dans l'um ou l'autre
le ces hypothèses, il faudrait recon]aitre, ou que la nation gauloise était.
re_,tée fidèle "à ces eurs atiromaines, malgré la l»O--e-.,ion romaine, ou
qtt'elle »'e.,,t empre,sée de saisir la prenière OCCa.'Sioll qui lui permettait
de reprelldre des habitudes «lui lui étaient chère. et qtt'elle n'avait
al»andolée volontiers. Il y a peu de temps, il e.,t vrai, qu'on 'est mis
à étudier et à écrire l'histoire en regardant au delà des événements poli-
tiques, le-quels l'ont pas sur lë nations l'intluence qu'on leur a prëtée
si loigtemps. Conluérir tlll pettple ou changer .,es rumeurs, ce sont deux
opérations bien dilt'érentes et nous v,-,yons ,lue, mëme de nos jours, de,
populatioIS nominativemêrt englobées dan une circonscription poli-
tique, dévoilent tout à coup (lc, tclt(lanccs, des g[,ùts, des aptitudes anti-
pathiques à cette classitication politille.
ç)ue les études archéol,gilueS et ethn,»logiqtes aient été I)c, ur qelqe
chose dans ces manifestations modernes, cela et possible, et explique-
rait même la répulsion instinctive de quelques personna;ês pour ces
études; mais le symptôme ne se manife,terait pas si la cause n'existait
pas. Or, dans les recherches historiques, les sympt6mes ou les effets,
si l'on veut, doivent ëtre signalés avec soin, sous quelque forme qu'ils
se présentent. Donc, pour en revenir à l'objet (lui IIOUS occupe, l}OtS
vfyOllS que dès l'époque mérovingienne, la ,alle prend un rôle très-
important. Ces barbares, ces Fracs veus d nord-est, qui envahissent
le sol gaulois, bàtissent des salles, ou transforment des édilices gallo-
romains de manière à posséder avant tout tne salle propre à réunir leurs
leudcs, et "à organiser ces banquets holnériqles qui duraient tant qu'il
restait des vivres h consommer. Ri,n de ,etlblable lalisles habitudes (le
Romaiis. La basiliqe romaine était un éli!ice public, sorte de borsc
où se traitaient toutes sortes (l'aIfaires; lie de rendez-vous, tribtnal où
l'on rendait la jtstice. 5lais la basiliqc r,,mainc 'avait pas le caractère
individuel de la salle des Mérovigiens. Le Romain, chez lui, recevait peu
de monde; s:, vie se passait sur la place l»ublique, dans lc thernes
sous les portiluCS. Ses clients, ses all'ranchis, l'attedaient à la porte
de sa Inaison, sur la voie publique. ]ntrc la famille du liot«tin et ses
clients, si nonbreux ou si gros personnages lu'ils fussent, il y avait
toujours une barrière infranchissable. Or, les auteurs ancicls lui ont
d6crit les murs des 6aulois ous les représentent conmc aintalt le,
réunions nombreuses, les banquets, les assenblées, conme introdui-
sant facilement dans leurs maisons, non-seulement leurs proches, le.
hommes du clan, nais les étrangers; comme se plaisalt à l'hospitalité
plantureuse. Les conquérants barbares malifestênt les mèmes gofits, et
la nation gauloise tout entière, loin d'ètre romanisée sous ce rapport,
et de réagir contre ces murs des nouveaux venus, les adopte, ou, ce
qui parait plus probable, n'avait jamais cesé de les pratiquer. Si, pour
un chef franc, la salle était l'habitation tout entière, si les ville, méro-
vingiennes consistaient surtout en un grand batinent propre à recevoir
une nombreuse assemblée, entouré de qelques dépêndances pour l'ha-
bitation des serfs, des colons, pour abriter les bestiaux et contenir des
provisions, l'habitation du citadin, d'au,si loin que nous pouvons l'en-
trevoir, se compose également de la salle où l'on reç'oit les allants et
venants, où l'on réunit la famille, les amis, les étrangers, où l'on mange
en commui où se traitent les affaires.
La salle appartient donc bien aux faces du Nord; on la retrouve par-
tout où elles s'établissent, en Bretagnc, en (;ermanie, dans les 6aules.
C'est donc un des programmes les plus importants dans l'art de l'archi-
tecture du moyen age, un de ceux lui se inoditient le moins depuis les
premiers siècles jusqu'au xx'l'; et, chose singulière, c'est un des pro-
¥III. 10
[ SALLE ] -- 7/4-
grammes les moins définis, probablement parce que tout le monde, du
petit au grand, savait ce qu'était la salle.
Dans son Dictionnaire historique d'architecture, M. Quatremère de
Quincy s'exprime ainsi à propos des salles ." « Il ne serait point possible
« aujourd'hui d'assigner dans l'architecture moderne (c'est-à-dire depuis
« l'antiquité), aux salles les plus rêmarquables, ni forme particulière, ni
« caractère général susceptible de devenir l'objet, soit d'une théorie,
« soit d'une pratique fondée sur quelque usage constant... »
Si nos nous en renions h cette phrase un peu ambiguë du célèbre
acadénicien, les grandes salles des palais, des chgtteaux, n'auraient pas
été « l'objet d'une pratique fondée sur un usage constant ,). Probable-
ment ces vastes espaces couverts auraient été dus au hasard. C'est
pourtant h lies conclusions dê cette force que conduit l'esprit exclusif,
fùt-il appuyé slr le savoir et une habite intelligêncc.
Le noyen gC nOlS a laissé des programmes l'églises,
palais, de mona,tères, lê nanoirs et le mai.,os, il ne
légtlé sur le,,, satlle,,,; nais, à léfat des programnes,
exi.,_tent, et nc»s pernettent de combler cette lacune, car ils sont tous
élevés d'après une donnée générale, qui fi'appe les moins clairvoyants,
et ,"t c6té des
dans le.,aluel
détini. Nous
de chateaux, de
nous en a pas
les monuments
que pour mémoire; il ne reste
.-,_truits presqe entièrement en
à étdier les salles [le slr les
debout aucun de ces mouments, con-
charpente. NOlS ne potlvoils commencer
nonunents du xii" siècle. La grand'salle
lu palais épiscopal bàti par Maurice de Sully entre la cathédrale de Paris
et. le petit bras de la Seine, al sud, affecte déjà les caractères particuliers
alx grandes salles des palais et. chateaux du moyen age. Ce batimênt se
composait de deux étagc,, l'un au rez-de-chaussée, l'autre au premier
(voy. PALAIS, fig. "), tOUS deux voùtés, celui du rez-de-chaussée sur une
épine de colonnes, celui du premier (l'une seule volée. Le rez-de-chaus-
sée était, l'»t'ticialité ; le prenier, la salle de réunion, à laquelle on mon-
tait par un escalier dispos6 dans la. tour barlongue (voy. SaCriSTiE, fig. 1).
Le chéneau était crénelé dtl c6té de la rivière, et formait une défense
(voy. PALAIS, fig. 8).
De l'examen de cette disposition adoptée au xi siècle, on peut déjà
conclure que toute grande salle de palais ou ch,teau devait se composer
d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage, et en effet nous allons voir
que les programmes adoptés jusqu'au xvI siècle ne s'éloignent guère
de cette donnée prenière. Si la salle synodale de l'év6ché de Paris
n'existe plus que sur des plans anciens et des gravures, celle de. l'arche-
vë.ché de Sens est entière dans son ensemble et ses détails. Elle date du
règne de saint Louis, de 1260 enx iron. Le rez-de-chaussée, b'ati sur caves,
est votifA sur une épine de colonnes et contient les salles de l'officialit6
et les prisons (voy. PlISO.X, fig. 1). Une entrée carrossable passe sous
monlments se dressent de nombreux doc,lments écrits,
les usages auxquels la salle était detinée sont maintes fois
ne parlerons des salles mérovingiennes et. carlovingiennes
-- 75----
SALLE
l'extrémité septentrionale de cette sal!e, et un large escalier p.a.rtant, de.
,'e ,assa,,e conduit "à la salle du premier étage ou salle synodale ams
u'.le'.oit , le a.(. , .). ç-ta.mo, d p.e.!em
rivée de ce degré dans la salle. Celle-ci état en communcauon (nrecte
avec les anciens btiments du palai» par la petite porte B. La première
cour (le l'archev6ché est en C, et c'est sur cette cour que s'ouvrent les
rares fenëtres des prisons, ain.i qc la porte qui permet d'entrer dans
l'officialité. Sur la place, h l'ouest, la faqade de la grande salle du premier
étae est écIairée par de grandes fenêtres h meneaux (lu plus beau style
(voy. FENÈTIE, fig. 38 et 39), et sur la rue, D, par une claire-voie. Du côté
de la cour, au contraire, tes fenêtres sont étroites, simples et très-rele-
E
I
vées au-dessus du pavé de la salle. En (3, est une cheminée, et en K un
petit escalier à vis qui nonte aux crénelages supérieurs. L'assemblée
réunie était disposée faisant face à la grande claire-voie méridionale,
l'orateur tournant le dos à cette immense fenëtre. Ainsi était-on bien
préservé du vent du nord et du nord-est par le mur sur la cour, percé
de fenëtres étroites et relevées, et recevait-on du midi et de l'ocst la lu-
mière, tamisée d'ailleurs à travers des vitraux. L'archevëque, arrivant de
ses appartements, entrait dans la portion de la salle servant de tribunal
ou de parquet; l'assistance arrivait par le fond, et se plaçait successive-
ment selon les rangs de chacun. On pouvait ouvrir les parties basses des
grandes verrières, soit pour donner de l'air, soit pour rearder au dehors
sur la place et dans la rue. Cette grande salle était vofitée. En 12fi3, la
tour méridionale de la cathédrale tomba sur ces voùtes et les effondra;
on se contenta de réparer le dommage à la hate et de couvrir la salle par
une charpente. 3lais lorsque la restauration de ce monument fut ordon-
née sur l'avis de la Commission des monuments historiques, on retrouva,
dans les reprises faites à la fin du xm siècle, tous les membres des
[ SaLEr. ] -- 76- "
voûtes, avcs-doubleaux, arcs ogives, clefs, etc. Ces vofltes ont été refaites
depuis peu, et l'archcve[luC de Sens, ainsi que la municipalité de cette
ville, sont fort heureux de trouver ainsi un magnifique vaisseau où l'on
peut réulir facilement huit " neuf cents personnes, soit lors des assem-
blécs du clergé, soit pour les distributios de prix, les congrès, ban-
Clapets, etc. « L'lage constant » de cette allc s'est dom conservé pendant
plsicurs iècles, et aujourd'hui chacun, h Sens, s'accurde à reconnaître
qu'on ne peut [rouvêr un vaisseal mieux dispasé pour de grandes réu-
i,»s. La ligure 2 présente en k la l«çade méridionale de la salle syno-
dale de Scs, sur la rue, et en B a coupe transversale, sur le cbté occiden-
lal. Les qalrê «ngles du btimcnt sont couronnés par des échauguettes,
et tout le chénei, est cr6nelé sur la cour de l'archevêché, comme sur la
place et la rtc. Ne)tre tigurê 2 trace l'admirable claire-voie «lui, au subi,
termine let salle. Dt côté de la place, des conlre-flrls sont o_,uronnés par
des pinacle très-riches, variés, ,,lrtotant des statues, l»armi lesquelles
«; distingue celle dl roi saint Louis, la seule peut-ètre qu'il y ait encore
en France, de so tenps .
La clptrc (le let alle synç)dale de Sens peut ëtre conptée parmi les
ncilleure le cette ép«lue. Les prolils, lc détail, -,ot traités éviden-
tet par illl taitrc, et aucun édilice e l)réscte u fcnestrage Iieux
eo.;tl et «l'un :tSlect plus grandiose.
Le ch&teau le Blois consevve encore la grand'alle dans laquelle filrent
tenus les États sous lleri III. Elle date du conmencement du Xltl e siècle,
et se cOnl»O.-_e de deux vaisseaux séparés par une épine de colonnes.
Cette salle fait exception; elle est située "h rez-le-chauséê et n'a pas
d'étage intërieur conformément "à l'usage général; elle est couverte par
deux berceaux de bois lambrissés. C'est d'aillelrs une assez pauvre con-
struction . Il est vrai de dire qu'au XIII e siècle, le chtteau de Blois n'était
qu'une résidence sans grande valeur. Autrement importante était la
grad'salle du chIteau de Montargis, dont du Cerceau, dans Les p(us
exeellens bastimens de France, nous a eonservé des plans et détails tres-
précieux. La grand'salle du ch&teau de Montargis remplissait exacte-
t Cette salle est aujourd'hui «,mplétement restaurée, sous la direction de la Commis-
sion des monuments historiques. Le bàtimet aait été divisé en plusieurs étages par des
planchers, les v9ùtes hautes détruites en totalité, celles du fez-de-chaussée eu partie. Sur
les six fenëtres de l'oue.-.t, deux seulement étaient conser-ées. Des éehoppes adossées aux
contre-f,.,rts a-aient miné leur base. Les combles étaient à refaire à neuf, ainsi que les
chénêau' et les couvertures. Les crénelages avaient été suppritnés, il n'eu restait plus
que deux ou trois mêrlons. Par suite de la cloute de la tour de la cathédrale,, un écarte-
ment s'était mat, ifesté dans les deux murs latéraux. Cette restauration a coftté tt5 000 ff.
D'ailleurs, rien d'incertain ou d'h)pothétique dans ce travail ; car, pour les piliers, les
coffres hautes, il existe une grande quantité de fragments qui ont été conserés comme
preuves à l'appui de cette restauration.
'-' Voez les Archives «les monuments historiques, publiées sous les auspices du Minis--
tère de la Maison de l'empereur.
f_ SALLE ]
I
I
I
, i bJ
ment le programme admis dès le x[ sibcle : salle basse, salle du premier
[ SALLE ]
-- 78--
étage aec grand perron; comlnunication avec l'habitation seigneuriale,
le donjon (voy. CnaTrAU, fig. 15).
¥oici (fig. 3)le plan de ce bàtiment au premier étage. Le rez-de-
chaussée dtait voflté sur une épine de colonnes. Un escalier monumental
à trois rampes A , partait de la cour du ch'/tteau, et s'élevait, en p.assant
sur des arches, jusqu'au =iveau de la salle du premier étage. Ce asseau,
l'un des plus grands qui fussent en France, avait 50 mètres de longueur
C,
sur 16 mètres dans oeuvre. La grand'salle était couverte par une char-
pente lambrissée en berceau, avec entraits et poinçons apparents, le
tout richement décoré de peintures. Quatre cheminées C chauffaient l'in-
térieur à chaque étage, et six tourelles flanquaient le bMiment, qui datait
de la seconde moitié du x" siècle. Le seigneur se rendait à la grand'-
salle-de plain-pied par la galerie G passant sur une arche, en H. De plus,
des appartements on pouvait entrer dans la salle par la pëtite porte I. Du
côté B, le batiment dominait un escarpement planté en jardins, qu'on
Voyez, à l'article ESCALIER, la figure 2, qui donne le détail de ce perron
r¢paré par Charles VllI. Yoyez, à ce sujet, le texte de du Cerceau.
b'ti ou
-- 79N
[ SALL] ]
pouvait voir en se plaçant sur une sorte de balcon' placé en D. Une
coupe transversale faite sur ab (tig. h) explique la disposition de ces
deux salles superposées. En A, était un crénêlage couvert sur les deu-¢
murs goutterots du btiment, découvert devant les piguons. Entre les
contre-forts des murs goutterots s'ouvraient de belles fen6tres à meneaux,
plus larges que celles qui étaient percées dans les pignons. Cinq contre-
forts extérieurs maintenaient ceux-ci dans leur aplomb (voy. le plan).
I Ce balcon, qui n'est point marqué dans l'oeuvre de du Cerceau existait cependant»
ainsi que l'indique un dessin du xvl e siècle, en notre possession.
[ SALLE ]
Dans lês
de',,tination
le lieu propre
(l clergé, au
m 80 --
palais épiscopaux, les deux salles superposées avaient une
bien connexe. La salle basse était rol'ficialité; la salle haute,
aux grandes réunions diocésaines, synodes, assen,blées
bésoi salle de banquet,. D'ailleurs les évëques etaient
seigneurs féodax, et, comme tels, il., devaient, dans maintes cireon-
,tance-, réunir leurs vassaux. On a peut-ëtre moins éclairci la destination
de» deux salle» superposées dans le, chateaux des seigneurs laïques.
pedant cette disposition est trop gén6rale pour qu'elle n'ait pas élé im-
p,_,ée par des usa-es uniformes ur tout lê territoire féodal de la France.
C'est en examinat soigneusement les voisinages de ces grandes salles,
la manibre l,-,nt leurs ouvertures sont platées, leur iue, quê nous
pouvons nou renlre compte des usages auxquels étaient destinées les
a,lvre basses, car, pour l'étage supérieur, sa destination est parfaitement
ddlinie.
Ouand on voit les ensembles des plans de nos grands chteaux féodaux,
on rearlUe qu'il n'y avait pour la garnisan que des locaux peu étendus.
.e_ "i s'expIi lue par la compii,, mèmê de ce garnisons. Bien peu de
seigeurs leudaux potlvaient, e,»eeme le chàtelain de laOIl(y, aU Xlll e siè-
cle, eltretenir t»te l'ann6e citlante chevaliers, «'et-à-dire cinq cents
hoInes «l'arnm. La l)lul»art le «e eigers, XlVtt «le re(levance de
leur> «,olo>, e 1-,»lvatiet, e telp» l'diairê, conserver près d'eux
qu'u l,,nbre ,_l'hone ,l'arnes très-linil6. Élaiet-ils e gerre, leurs
vas»atux devaiet l'e,tage , la gal'le dl chàteau beigneurial, pendant qua-
tante jaur» par a (telnps moye). 3lai- il 3 avait deux -ortes de assaux,
les homme li9es , ,lli devaielt iersonnellement le ervice militaire, et
les vassaux simples, qui pouvaient se faire remplacer. De cette coutume
féodale il réaultait que le sei-neur était
('epter le service militaire (le gês qu'il 11
nétier de se battre l),ur qui le.- payait,
souvellI (lans l'obligation d'ac-
e connai.-.-_ait pas, et (lui, faisant
étaient accessible.,_ à la eorrup-
tiot. Dans bien des cas d'ailleurs, le.., hommes liges, les vassaux simples
,_,u leur remplaqants, ne pouvaient suffire "à défendre un château sei-
gneurial; on avait recour à de troupes de mercenaires, gens se bat-
tant bien pour qui les payait largement, mais au total peu sùrs. C'était
donc dans des cas exceptionnels que les garnisons des ch'at.eaux étaient
ioInl)reuses, mais il faut reconnaitre que dtl XII e au xv e siècle, la dé-
t'e»e était tellement supériere à l'attaque, qu'une garnison de cin-
quante homlnes, par exemple, suffi,ait pour dét'endre un chàteau d'une
étendue médiocre, contre un nombreux corps d'armée. Quand un sei-
gneur fai.,ait appel à ses vassaux et que ceux-ci s'enfermaient dans le.
château, on logeait lC hommes les plus ùr dan.; les tours, parce que
chacune d'elles formait un poste séparé, eommandé par un capitaine.
Pour les mercenaire ou les rCnpÂa¤'ants, on les logeait dans la salle
ba«se, qui fournissait à la fois un dortoir, une salle à manger, mëme une
cuisine au besoins, et un lieu propre aux exercices. Ce qui indiquerat
cette destination, eç sont les dispositions intériêures de ces salles, leur
---81
[ SA LLE ]
isolement des autres services, leur peu de communications directes avec
les défenses, le voisinage de vastes caves ou magasins propres à contenir
des vivres, des armes, etc.
(;es salles basses sont en effet ouvertes sur la cour du chatciu, mais
ne communiquent aux défenses que par les dehors ou par des postes,
¢'est-à-dire par des escaliers passant dans des tours. Ainsi le seigneur
avait-il moins à craindre la trahison de ces soldats d'aventlre, puisqu'ils
ne pouvaient arriver aux défenses qle commadés et sous la slrveil-
lance de capitaines dévoués. A plus forte raison, les occupants de ces
salles basses ne pouvaient-ils pénétrer dans le donjon que s'ils y étaient
appelés. Dès la fin du XIII é siècle, ces dispositions sont déj'à apparentes,
quoique moins bien tracées que pendant les xIv ¢ et xv siècles. Cela
s'explique. Jusqu'à la tin (lu XIII e siècle, le régime féodal, tout en s'affai-
blissant, avait encore conservé la puissance de son organisation. Les soi-
' ' - a.z consi-
gneurs pouvaient s'entourer d un nombr d hommes .,,rs,
.alCable pour pouvoir se défendre dans leurs chMealx; mais à laler «lu
xIV siècle, les liens féodaux tendent à se rel'cher, et les seiners
possédant de grands fiefs sont ol, liaés, en cas de guerre, d'avoir l'eçOIlrs
aux soldats mercenaires. Les vassaux, les homnes ligcs mëmcs, lês va-
vasseurs, les villages ou bourgades, rachètent à prix d'argent le service
personnel qu'ils doivent au .seigneur féodal; et celui-ci, «lui, en temps
de paix, trouvait un avantage à ces marchés, en cas de guerre se voyait
obligé d'enrélêr des troupes d'avcnt,ricrs «lui, à dater de cette époque,
n'ont d'autre métier que de louer leurs ,crviccs, et lui dcvicnct un
fléau pour le pays, si les querelles entre seigneurs s'éteignent. Pendant
le temps de calme qui permit "à la France de respirer, sous Charles V,
après les désastres du milieu du xIv" siècle, ces troupes devinrct un si
gros embarras, que le sage roi ne trouva rien de mieux que (le les placer
de du 6uesclin, pur les emmener en Espagnc,
sous le commandement
contre don Pedro.
A l'époque où l'on éleva la grand'salle du ch'teau de 5lontargis, l'état
féodal n'en était pas arrivé "b. cette extrémité fachêuse de rcCrtltcr es
défensêurs parmi ce ramassis de routiers, et déjà, cependant, ,n voit
que la salle basse est isolée, n'ayant d'issues que sur la cour, sans com-
munications directes avec les défenses. Nous verrons o-,mment, dans des
chateaux plus récents, cette disposition fut plus nettement accuée, et
quelles sont les précautions prises par les seigneurs féodaux pour tenir
ces troupes de mercenaires sous une surveillance c,mtante.
Avant d'en venir à donner des exemples de ces dispositions toutes
particulières, nous devons, en suivant l'ordre chronologique,-parler ici
de la grand'salle du Palais de Paris, btie sous Philippe le Bel, par
Enguerrand de Marigny, comte de Longueville. De cette salle, la plus
grande du royaume de France, il reste auj,,urd'hui l'étage inférieur, des
plans, et une précieuse gravure de du Cerceau, non tèrminée, dont on
ne possède qu'un très-petit nombre d'épreuves. Cet étage inférieur est
YIII.---- 11
[ SALLE .
82 ---
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] !
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1
voùté ur trois rangs de piliers, ceux du inilieu plus robustes, pour »up-
porter l'épine de i'étage supérieur. Nous donnons (fig. 5)le plan du.
-- 83 -- [ srr ]
premier étage au-dessus du rez-de-chaussée votté. En A, était le grand
perron qui, de la cour du May, donnait entrée dan cette salle. En B,
s'élevait une galerie accolée à la salle du côté du midi, laquelle commu-
niquait à une sorte de vestibule C, d'où l'on entrait, soit dans la grand'-
salle, soit dans les galeries D, bAtics de mëme par Enguerrand de Ma-
rigny. Deux cscaliers à vis E mettaient en outre la galerie basse vofitée
en communication avec la galerie haute. Bien qtc la grand'salle haute
eût été rcbatie après l'incendie (le 1618, par l'architecte de Brosse, ces
dispositions de galeries existaient encore presque entièl'eS en 1777, ainsi
que le constatent deux dessins provenant dt la collection de M. «le Mon-
merqué, et «lui ont été reproduits en [ac-simile par Lasus. En effet,
ces dessins, exécutés pendant les démolitions, lai,,ent w»ir la porte G,
tout l'ouvrage C, les deux tourelles E, la galerie D d'Enguerra«l, et le
perron A. Par la galerie D on arrivait de plain-pied au porche .-tpdrietir
de la sainte Chapelle '.
La grand'salle proprcment dite a 70,50 de long ur 27,50 de large
dans uvre. Par la porte F, on entrait dans la alle dorée, bAtie ç»us
Louis XII; la grand'chambre du parlcnient, où le roi tenait son lit (le
justice . Les escalicrs à vis It montaient de fond; ceux I ne commenç'aicnt
qu'au premier étage, pour monter ax combles. Quatre chenin6es, K,
chauffaient cet immense vaisseau. En L, était la fameuse table de marbre 3
Les bâtiments modernes existant aujourd'hui sont d'ai|leurs élcés sur les aniennes
porte F, ainsi que le rapporte Corrozet
fondations.
2 Ce fut en 1550 que fut percée la
Paris, p. t 72.)
(A,ttiq. de
3 « A l'autre bout de la salle (opposé à celui où etait la chapelle), dit Saurai, Atoit
« dressée une table qui en occupoit presque toute la largeur, et qui de plus portoit tant
« de longueur, de largeur et d'épaisseur, qu'on tient que jamais il n'y a eu de tran-
« ches de marbre plus épaisses, plus larges ni plus longues. Elle servoit à deux usages
« bien contraires: pendant deux ou trois cents ans, les clercs de la basochê n'ont point
« eu d'autre théâtre pour leurs farces et leurs momeries; et cependant c'Coit le lieu où
« se faisoient les festins royaux, et où l'on n'admettoit que les empereurs, les rois, les
« princes du sang, les pairs de France et leurs femmes, tandis que les autres grands set-
« gneurs mangeoient à d'autres tables. »
Maitre Itenri Baude, poête du xv e siècle, décrit ainsi les environs de la table de marbre
de la grand'salle du Palais :
Entre un vieil cerf et une grand lizarde,
Entre trois ctmrs, et dessoubs deux grands roys ;
Au coin d'un gourt (hourd) que le quint roy regarde,
Dessoubs marbré et tout enclos de bois,
Où les jours maigres on oyt diverses voix,
Hante un Barbeau et s'y tient par coutume,
Groz, bien nourry, du lez de Gastinois
Qui vit de cry et se nourrist de plume. »
{Le Testament de la mule Barbeau.}
Ce « vieil ced" » était un modèle de bois d'un cerf qui devait être fait en or fin pour
[ s,.r. ] -- 8 --
et en M une chapelle bâtie par Louis XI. Adossée " chacun des piliers
était une statue de« rois de France, depuis Pharamond. Nous donnons
(fig. 6) la coupe de la grand'salle du Palais, faite sur a. De grandes
I
fenêtres s'ouvraient dans les quatre pignons, et latéralement d'auires
fengtres pourvues de meneaux, mais dont les alléges se relevaient plus
ou moins, suivant la hauteur des b.timents accolés, éclairaient large-
le trésor du roi, lequel modèle avait été déposé dans la grad'salle. Quant à la « grand
lizarde », c'était probablement un crocodile empaillé déposé dans le mème lie% comme
objet de curiosité. La table de marbre était, semble-t-il,, revëtue d'une estrade de bois»
destinée aux « momeries » des clercs de la basoche.
men les deux nefs lambrissées en berceau, avec en,faits e poinçons
apparents.
Ces lambris, ainsi que les piliers et sa[ues des rois, étaient pein[s e
dorés. Corroze nous a eonervé le catalogue des rois dont les effigies
décoraient les piliers isolés ou adoss(s.
Des supports avaient été réservés pour les successeurs de Philippe le
Bel, puisque ce mëme Corrozet nous donne quarante-deux noms jusqu'à
ce prince, et depuis, onze rois dont les statues ont été posées après la
reconstruction de la salle. Il annonce en outre que les tatues des rois
François I «, Henri II, François II et Charles IX doivent (:.tre prochaine-
ment montées sur leurs supports xides, il y avait donc ptace pour cin-
quante-sept statues. En effet, nols trouvons cinquante-cinq supports.
Louis XI ayant fait enlever deux (le ces statues pour les loger aux deu-
c5tés de la chapelle élevée par lui, Charlemagne et saint Louis, le nom-
bre donné par Corrozet est contbrmc aux indications du plan, car on
observera qu'il n'existait pas de statues
sur le trumeau de la porte G. Des bancs
lement dans les renfoncements formés par
tigure 6 donne en A une travée double le
en B une travée des piliers de l'épine.
La salle du Palais de Paris 6tait élevée
aux deux angles O, non plus que
de pierre étaient disposés latéra-
les alléges des fenëtres. Notre
long des murs de la salle, et
d'après un programme (lui ne
touchait en rien à la défense de la place. Lors(lu'elle fut btie, en effet, il
n'était plus question de considérer le Palais comme un chatêau f,,rtifié
propre 'à la défense. Le Palais n'était plus au xv sibcle qu'une demeure
souveraine et le siége du parlement. Cependant les dispositions féodales
sont encore apparentes ici; la salle basse conserve sa disposition secon-
daire, n'ayant de communication qu'avec les cours, tandis que de la salle
haute on pouvait se rendre aux galeries, à la sainte Chapelle et aux
appartements.
Mais si nous jetons les yeux sur le plan de la grand'salle du chateau
de Coucy, salle (lui fut reconstruite par Louis d'Orléans pendant les pre-
mières années du xv siècle, nous voyons que le programme du chateau
féodal est ici rigoureusement rempli. La salle basse n'est nullement en
communication avec les défenses, tandis que la salle haute donne 'à la
fois accès "/i tous les grands appartements, à la chapelle, aux tours et
fronts de la défense (voy. (HATEAU, fig. 16 et 17).
Ce mëme programme est rempli encore d'une manière plus coin-
piète dans !e chateau de Pierrefonds, construit d'un seul jet par ce
prince et suivant des dispositions très-arrëtées. A Eoucy, Louis d'Orléans
avait dû conserver des tours et courtines anciennes et tout un système
de défense du commencement du xi siècle, fort bien entendu et
complet. A Pierrefonds, il avait carte blanche, et ce château s'Ceva
Voyez Saurai, t. 1I, p. 3.
Anliquitds de Paris» p. 99.
[ SALLE ]
sr les donnees
--- 86--
admises "à cette époque pour un ch'&teau qui était h la
fois une demelre princière, une habitation commode et une place im-
porane au point de ue de la défense. Aussi la grand'salle du chMeau
de Pierrêfonds noub parait-elle résumer le programme complet de ces
vastes vaisseaux.
Le batiment qui renferme la grand'sallc du ch'teau de Pierrefonds
occupe le cSté occidental du parallélogramme formant le périmètre de
cette rési[lence seigneuriale. Ce bàtiment est à quatre étages; deux de
ces etages sont voûtés et forment caves du c5té de la cour, bien qu'ils
soîent élevés au-dessus du chemin de ronde extérieur; les deux derniers
donnent un rez-dc-c.hausséc sr la cor et la grand'salle au niveau des
appartements du premier étage. En A (fig. 7), est tracé le plan du fez-de-
chaussée sur la cor. C est l'entrée
pot-levis en E. D est l'entrée de la
charretière du chàteau, avec son
polerne, avec son pont-levis en F.
E entrant dans la cour G, on trouve à rez-de-chaussée une première
salle H qi est le corps de garde, séparé de la porte et «le la poterne par
la herse tc, mbant en a. De ce corps de garde on communique directe-
ment au portile b, lêquel est. séparé de la cour par un bahut et une
grille. De la cour G on peut entrer sous le portique par les portes c et d.
En face de la porte c, la plus rapprochée de l'entrée, est un banc e destiné
à la sentinelle (car alors des bancs étaient toujours réservés là où une
sentinêlle devait ëtre postée). Il faut donc que chaque personne qui veut
p¢nétrcr dans les salles basses soit reconnue. En g, est une porte qui
donne entrée dans un premier vestibule I; de ce premier vestibule on
pénètre dans une salle K, puis dans la grand'salle L, qui n'a d'issue sur
le portique qe par le tambour h. L'escalier 1 permet de pénétrer dans la
toper M, de descendre dans les caves, et de monter au portique entresolé
en passant par-dessus l'arcade n. L'escalier O, "3. double vis, monte au
portique entresolé, à la grand'alle du premier et aux défenses. En p,
sont des cheminéês; en P,, des latrines auxquelles on arrive, soit par le
corps de garde H, soit par le vestibule I. Le tracé B donne le plan de la
grand'salle au premier étage. On ne peut y monter que par les escaliers
du corps de garde ou par l'escalier à double vis O, situé "à l'extrémité du
portique. Le seigneur pénétrait dans cette salle par la porte s communi-
quant au donjon par une suite de galeries. Entrant par cette porte s, le
seigneur était sur l'estrade, élevée de trois marches au-dessus dti pavé de
la grand'salle. C'était le parquet, le tribunal du haut justicier; c'était
aussi la place d'honneur dans les cérémonies, telles qu'hommages, in-
vestitures; pendant les banquets, les assemblées, bals, etc. C'est sur cette
estrade que s'élève la cheminée, comme dans la grand'salle du palais de
t'oitiers (voy. CIIEMINÉE, fig. 9 et 10).
On pouxait aussi, du donjon, pénétrer dans la grand'sal!e en passant
sur la porte du ch&teau, dans la pièce située au-dessus du corps de
garde et le vestibule V. La grand'salle du premier étage était en com-
munication directe avec les défenses par les issues X, très-nombreuses.
En cas d'attaque, la garnison pouvait être convoquée dans cette salle
seigneuriale, recevoir des instructions, et se répandre instantanément
sur les chemins de ronde des màchicoulis et dans les tours,
La conpe (fig. 8) sur t u, en regardant vers l'entrée, explique plus com-
plétement cc dispositions. Au-dessous de l'étage A et un étage de caxes
dont le .,,ol e»t au nixeau du chemin de ronde extérieur, B étant le niveau
du sol de la cour. On voit, dans cette coupe, comment est construit le
p,»rtiquc de plain-pied avec la balle basse et entresolWde façon à donner
une vue et, au besoin, une surveillance sur cette salle basse., o.ccupée par
la garni.-on de ncrccnaires, car le portique inférieur est wtre en a, tan--
di que le portique d'entresol est vitré en b. Au niveau du plancher de la
grand'allc du premier étage, ce portique forme une terrasse ou pro-
mcnoir extérieur sur la cour. On voit en d le chemin de ronde des m'A-
chicoulis, qui ct çgalemclt de plain-pied avec la grand salle.
Sut" le vestibule V (v,ycz le plan) de ccttc grand'allê, c.t une tribune
qti servait à llaccr dc ntusicien.q lors des banquets ou ff, tes que donnait
le scigtcur. I)e ces dispositions il r6ultc claircnicnt, que les salles basses-
ét,ie[t ic ,lce, (les (lét'eses, tandi que la grad'salle haute, située au
lrcttcr Arage, était. au contraire ch conmunication directe et fréquente-
«vcc elles; ttc la ,lle haute, ou grand'sallc, était de plain-pied avec
les ;lI;rtcacat.,, du seigneur, et qu',,n séparait au besoin les hommes se
tentant labitucllenet dans la salle basse, des fonctions auxquelles était
ICetxcc Ici plus haute. Ce progralnme, x bien écrit à Pierrefonds, jette
u jour ouveau ur les habitude» des seigeurs féodaux, obligés de
recevoir dan, leurs chAtcaux des garnisons d'avcnturicrs.
On nous objectera peut-être lUe ce.,_ dispositions à t'icrrefc)nds étaient
lcllcnent ruiaées, que la rest;tratio peut 0tre hypothétique. A cette
.l»jection nous répondrons : 1 ° t.ue le mur extérieur était complétement-
c.ncrvé, par COll.,_é(tucnt los hauteurs des étages; 2 ° que le portique
etait écrit par l'Cal»eut du nur intériêur et. par les fragments de cette
structure trouvé dan les fouilles; 3 ° que l'escalier l du plan, conservé,
c noqtant qu'à utc hauteur d'cltrcsol, indiquait clairement le niveàu
«le cet ctrcsc_,l; h ° que la position de l'ccalier à double degré était don-
née par le plan conservé; 5 ° que les cheminCs étaient encore en place,
ainsi que les murs de refend; 6 ° que les dispositions du corps de garde
et de ses issues sont anciennes, ainsi que celles de la salle des latrines;
7o que le tambour h (voy. les plans) était indiqué par des arrachcment;
8 ° que les pieds-droits des fenëtres hautes ont été rctrouvés dans les déblais
et epl«cés; 9 ° que les pentes des combles sont données par les filets
existant le long des tours. Si donc quelque chose est hypothétique dans
cette restauration, ce ne pourrait ëtre que des détails qui n'ont aucune
impc)rtance et dont nous faisons bon marché, car ce n'est pas de cela
qu'il s'agit.
|
Les grand'.allcs avaient des destinations distincte«, suivant le temps
où ellés furclt construites. Jusqu'au milieu du XlIff siècle, il ne semble
pas que le bAtimcnt contenant la grand'salle frit nécessairement divisé.
-- 89 --
SALLE
I
en salle haute et salle basse. Le seigneur féodal vivait alors avec son
VIII.- t2
m,,nde. Oue!ques-lnes de ces grand salles étaient à rez-de-chaussée.
Ainsi, par exenï-lqlC dan le roman (le la ! engeam'e de Raguidel par le
trouvère Raoul, nous voyons qu'un chevalierentre à cheval dans la salle
Où mangent le roi et ses hommes :
,, Quant del mangier furent levé,
« Atant es vos tuit abrievé
« Parmi la sale, .I. chevalier,
« Qui tu armés son" .I. destrier
« i,'ecu au col, la lance au puing.
((
« Le roi salue et salua
. Tos les haus h.mmes qui 15 sont
« Et li roi Artus li resp¢nt :
« tnis» Dius vos saut, bien vigniés,
« Descendès, laves, si mangiès . »
Dans le Roman de & ciolette, G5rard monte à cheval devant la salle:
Atant deman«le son cheal
Gerar% car il v«doit monter ;
S'êspéê si court a p«,rter
Uns dausiaus cul il L'or baillie,
Par devant la salle entaillie (sculptée)
Monte Gérars, congié a pris,
Comme sages et bien apris 7. »
Bien que déjh al «,mmcnccment du XIV" siècle, les grand'salles soient
sitée. ail premier étage, de vastes perrons permettent d'y monter direc-
tement a. Elles ,nt en communication directe avec la cour, comme à
Paris, à Troyc-:, à l'oitiers. ,lais xers la fin du xs,, « siècle, la grand'salle
du chateau prend un caractère plus privé, et, tout en conservant son ca-
ractère de triblnal, de lieu d'a.cmblbc, de salle de banquet,,, elle s'isole,
ne communiquée pl. guèrê avec le dehors que par des escaliers détour-
qés ou des galt, ric. II y a entin la salle basse et la salle haute.
Cependant ch France, dè., l'ép«quê carlovingienne, on trouve la trace
de la salle haute, appelée al»rs solo,'ium, mais elle n'a pas le caractère
de la grand'salle des chateaux. C'est la salle du seigneur, comme nous
dirions aujord'hui le salon de son appartement.
Ces salles, pendant le moyen age, étaient richement décorées :
« Li rois fu en la sale bien peinturée à liste
t Messire Gauvain, ou la l'engeance de Raguidel»
C. llippeau» vers ta199 et sui-.
" Le Roman de la violetle ou de G(rard de Nevers,
-er. 2252 et sui».
: , oyez Pno.-.
Li romans de Bette auç 9rans piés, chap. xo (x» e
par le trou',ère Raoul» publié par
xL e siëcle, publié par Fr. Michel,
siècle).
91 [ SAt, LE ]
Non-seulement d(, peintures, des l)oieries, voire des tapisseries, cou-
vraient leurs parement, mais on y Sl«pendait des armes, des traphées
recueillis dans des campagnes. Saurai rapporte que le roi d' Xngleterre
traita magnifiquement saint Louis, au Temple, lors de la cessi6n si fu-
neste que fit ce dernier prince, du Périgord, du Limolsin, de la Glyenne
et de la Saintonge.
Ce fut dans la grand'salle
« mode des Orientaux, «lit
du Tenple (lle se donna le banquet. « A la
Salirai, les nlrs de la salle étient COlverts
« de boucliers; entre autres s'y remarq,oit celui de llichard, premier roi
« d'Angleterre, surnommé C«ettr de Lion. Un seigneur anglois, l'ayant
« aperçu pendant qle les deux rois dinoient ensemble, alssilét dit à
« son marre en riant : Sire, cotonnent avez-vous convié les Francois de
« venir en ce lieu se réjouir axec vous; xoilà le bouclier «tu magnanime
« Richard qui sera cause ql'ils ne mangeront qu'en crainte et en Item-
« blant. »
Nous avons vu qte la grand'salle
nombreuses statues et de peintures.
du Palais, à Paris, était
La grand'salle du chMeal
était de mgme fart riche : outre la grande cheminée qli était
sur les parois de celle salle on voyait les tatues colossalcs
preux'-'; des verrières caloriées garnissaient les fenëtres, k l'ierrefonds,
la grand'salle haute était de mème décorée pal" des peintures. La porte qli
donnait dans le ve,tiblle était toute brillante de sculptlres et slrmantée
d'une claire-voie. La voflte était lambrissée en berceau et percée de
grandes luearnes du célé de la cour. La cheminée
mité opposée -à l'entrée
prelses. La salle basse
ainsi que le constatent la cheminée
beaux qui portent les poutres et les
Mais tou les seigneurs n'étaient
aussi somptueux. Nous voyons dans le palais archiépiseopal de Narbonne,
vérîtable résidenee féodale, une grand'salle au premier étage, construite
par l'archevëque Pierre de la Juée, vers le milieu du xv* siècle a. Cet
¢}difice se compose d'un rez-de-chaussée avec épine de piliers suppor-
tant un plancher, et d'une grand'salle dont le plafond est soutenu par
des arcs .de maçonnerie. La ligure 9 donne en k le plan de cette grande
salle, en B son élévation extérieure sur le dehors du palais, et en C sa
coupe transversale. Cette salle était crénelée dans ses uvres hautes sur
le dehors et sur la cour. Des murs d'une forte épaisseur l'épaulaient
ntre les baies, mais l'étage supérieur au-dessus de la gr»nd'salle n'était
plus maintenu que par des murs peu épais, avec petits contre-forts
destinés "a contre-buter les murs de refend qui supportaient les pannes
décorée de
de C«,ucv
Scllptée,
des ne,f
qui terminait l'extré-
supportait; sur son manteau, les slatues «les neuf
était elle-mëme décorée avec un certain luxe,
qui existe encore en partie, les cor-
fragments du portique.
pas en état d'élever des bttiments
Tmne Il, p. 26.
Les niches «le ces
Yoyez P, Lals, fig.
statues existent encore.
tt» 12 et t3.
du comble, et formaient ainsi une suite de pièces éclairées par de petites
--- 93--- [ SALL ]
fenëtres. C'est un des rares exemples d'une grand'salle surmont!e de
logements.
La grand'salle est donc la partie la plus importante des ch.tealx et
palais; c'est, chez le seigneur féodal, le signe de sa juridiction, le lieu
Où se rend l'hommage, où se réunissent les vassaux, où l'on rassemble
les défenseurs en cas de siége, où se tiennent les plaids, où se donnent
les banquets, les ballets, les mascarades, les fè./es de toute sorte. Il n'y a
pas de ch'àteau féodal, ni même de man.oir, qui n'ait sa salie. Le bour-
ge.ois de la ville, dans sa maison, possède aussi sa salle «ù il réunit sa
famille, ses amis, où il prend ses repas et reçoit les gens qui traitent
d'affaires. Quand les cités purent élever des hStels de ville, il va sans dire
que ces b'timcnts contenaient la salle de la commune. Le programme
est le mme du petit au grand.
Cette tradition se conserva très-tard dans les chMeaux, quand mme
ces résidences n'avaient plus le caractère de places fortes. Ainsi, à Fon-
tainebleau-, la galerie dite de Henri II est une tradition de la grand'salle
du ch'teau féodal. Cette belle galerie, comme beaucoup de salles de
ch'teaux f6odaux, donne entr6e sur la tribune de la chapelle. A Saint-
6ermain en Laye, on voit encore la grand'salle voûtée qui occupe tout
un côté des batiments. A Yersailles mëme, la galerie de marbre n'est
que la tradition de la grand'salle des résidences seigneuriales.
Les monastères possédaient aussi des logis qui prenaient le nom de
salles. Il ne s'agit point ici des réfectoires, dortoirs et bibliothèques, qui
-étaient de véritables salles p.ar leur structure, sinon par leur destination,
mais des salles propres à réunir les religieux pour traiter des affaires du
couven.t. Ce sont les salles capitulaires. Ces locaux, plus ou moins vastes,
suivant l'Cendue du monastère, ont un caractère particulier. Les salles
capitulaires sont rarement oblongues, cette forme ne se prêtant pas au,:
délibérations, mais plut6t carrées, sur le sol français du moins, car en
Angleterre il existe des salles capitulaires sur plan circulaire ou "poly-
gonal, avec pilier au centre pour recexoir les retombées ff'arcs des
outes. Les salles capitulaires des monasteres français '
s ourent sur le
eloître, et proche de l'église habituellement. Il nous suflira, pour ne pas
donner à cet article plus d'étendue qu'il ne convient, de présenter un
.exemple très-complet de l'une de ces salles capitulaires, dépendant de
l'abbaye de Fontfroide, près de Narbonne. Ce monastère est presque
entièrement conservé. Sur le eôté oriental du cloître s'ouvre une jolie
salle capitulaire dont les vofites reposent sur quatre eolonnes de marbre
blanc (voy. le plan fig. 10). Sur trois côtés, des bancs de pierre élevés sur
un marchepied également de pierre garnissent les parois de la salle, qui
reçoit du jour par la galerie du cloître et par trois fenêtres plein cintre.
Cette construction date de la fin du Xl siècle et est d'un charmant style,
malgré son ext.rëme simplicité. La tigure tl en donne la coupe longitu-
dinale. Des peintures décoraient autrefois les routes. De la galerie du
cloître aucune cl6ture n'empchait de voir ce qui se passait dans la alle
[ SALLE ]
capi t u laire. Ainsi
pou', ait-on
-- 9h ---
appeler, au besoin, les frires convers ou
I0
les noines, qui, n'ayant pas xoix délil)6rative, n'en 6taient pas moins,
en certaines circonstances, admis au milieu de l'assemblée pour avoir à
-- 95 -- [ SA,OE ]
répondre sur des faits d'ordre intérieur et de discipline. De la salle capi-
tulaire, les frères pouvaient se rendre directement ii l'église par une porte
percée à l'extrémité de la galerie (voy. la coupe).
Villard de tlonnecourt, dans son .llb,,,, , done un plan qui phrait
bien ëtre celui d'une salle capitulaire. C plan n'est tracé par lui que
pour indiquer comment on peut voùtev une .-_aile carrée d'une grande
portée, à l'aide d'une seule colonne centrale. « Pa chu », écrit-il au-
dessous de son croquis, tt met oto on capitel duit colonbês a one sole.
« Sert nest mies si en conbres. Sest li machonerie b,_,e . » Voici (fig. 12)
le plan de Villard. Au sommet c des quatre arcs diagonaux a viennCt
aboutir les arcs. econdaires de; le branches de sont égaies aux bran-
ches le. Des formerets sont posés au-dessus des cintres des fên6tres. Ainsi,
les clefs de remplissages sont placéês suivant les lignes ch, ce, Il, 9c.
C,tte structure de route est très-simple, aussi a-t-elle été fréquemmeIt
employée , notamment dans les collat6raux de Notre-Dame de Paris,
à Noyon, à Braisne. Toutes les clef sont posées au mme niveau, les
poussées bien maintenucs. Une salle faite d'après ce plan, ajourée sur
t Voyer l'Album &, Villard de Honnecourt, archit, du xnt e siècle, manuscrit publié
en fac-simile et annoté par Lassus et A. Darcel (Impr. impér., 1858, pl. xQ.
2 « Par ce tracé c0mbine-t-on les chapiteaux de huit colonnes correspondant à une
seule, sans qu'il y ait encombrement : c'est de la bonne maçonnerie. »
3 Dans les notes de Lassus, mises en ordre par M. Darcel, ce tracé de voùtes a été
compliqué par l'adjonction d'arcs inutiles, et qui d'ailleurs ne sont point indiqués sur le-
croquis de Villard.
[ SANCTUAII/E ] "-- 96--
les quatre faces, n'ayant qu'un point d'appui au centre, se prëtait par-
faitement au service capitulaire d'un monastère. C'est la donnée des
salles capitulaires anglaises réduite "à la forme carrée.
SANCTUAIRE, s. m. (carole). Partie de l'église où se trouve placé l'au-
tel majeur. Les sanctuaires des églises du moyen ,ge sont orientés de
telle façon que le prbtre, à l'autel, regarde le lever du soleil d'équinoxe;
du moins cet usage paraît-il avoir été établi depuis le Vill e siècle, en
Occident.
Cependant il est quelques exceptions à cette règle. Le sanctuaire de
l'église abbatiale «le Saint-Victor, à Paris, était tourné vers l'orient
d'été .
La plupart des églises rhénanes possèdent deux sanctuaires, l'un à
l'orient, l'autre à l'occident, et le plan de l'église de l'abbaye de Saint-
Gall, attribué à l'abbé Eginhard, vivant du temps de Charlemagne , pré-
sente la mème disposition. Toutefois, dans ce plan d'église, le sanctuaire
oriental est seul pourvu de stalles, d'ambons, qui manquent au sanc-
tuaire de l'ouest.
L'adoption des doubles sanctuaires se retrouve dans quelques églises
françaises, dans les cathédrales de Besançon, «le Vêrdun, de Nevers rnème
(voy. ÇATII ÉOBALE).
Dans les églises abt)atiales, le sanctuaire est au-dessus du chur, lequel
est le plus souvent installé, soit dans le transsept, soit dans les dernières
travées de la nef. Tel 6tait disposé le sanctuaire de l'abbaye de Saint-
Denis (voy. CnoEun) 3. Le sanctuaire «les églises abbatiales se trouvait
habituellement élevé au-dessus d'une crypte dans laquelle é.taient enfer-
tuées les chà,:.cs des corps-saints (voy. AcnTECTt:Ur ItONASTIQUE). Cs
cr3"ptes ou confessions, avec les sanctuaices qui les sucmontent, sont con-
scrvécs encore dans les églises abbatialcs de Saint-Germain d'Auxerre,
de Vézelay, de Sainte-Radcgondc h Poitiers, de Saint-Denis en France,
de Saint-Benoit-sur-Loire, de Montmajour prs d'Arlês, de Saint-Sernin
de, Toulousc, etc. Alors le sanctuaire proprement dit est relevé de quel-
ques marches au-dessus du pavé de la nef, et formait un lieu réservé
possédant un autel particulier, dit autel des reliques, tandis que le
maître autel est placé au-dessous de ce sanctuaire, devant le chur des
religieux, ct. s'appelait autel matutinal, c'est-à-dire devant lequel on
chantait les matines.
Nos cathédrales françaises, rebtties pendant la seconde moitié du
xff siècle ou au commencement du xfl ¢, ne possédaient pas, à propre-
I L'abbé L¢beuf, Diocèse de Paris, t. Il, p. 5h3.
2 Voyez Mabillon et l'Architecture nonastique de M. Aibert Lenoir, p. 2tt.
3 Vo.ez, pour la disposition ancienne du sanctuaire de l'église abbatiale de Saint-
Dcnis, la Cosmog'aphie untverselle François de Belleforest, 1575, 2 e vol. du tome Ier»
et D. Doublet. ..
-- 9"/ --
SCULPTURE ]
ment parler, de sanctuaire, mais seulement un chmur au milieu duquel
s'élevait l'autel. La cat/,ed,'a, le siCe épiscopal, trait posée au fond du
chur, derrière l'autel. Il faut se reporter au temps où furent élevés ces
grands monuments, pour apprécier les motifs qui avaient fait adopter
cette disposition qui appartient aux provinces d6pcndant du donaine
royal. Nous avons indiqué ces motifs dans notre article ]ATIIÉDRALE, et
nous ne croyons pas nécessaire d'insister. Il nous suffira lc dire que ces
grandes églises étaient si peu pourvues de ce
dans les églises abbatiales, que le chur était
plain-pied axec le collatéral. "
qu'on appelle .anctaire
généralement établi de
Cette disposition existait primitivement à Notre-Dame de Pari.s, dans
les cathédrales de Senlis, de Meaux, de Chartre, de Se,. Le chur
n'était pas mëme s6paré des bas «6tés par des cl6tures, célles-ci ayant
été établie. plus tard, vers le milieu du xn .-:i¢_'cle, au n,»ment où ,:es
grands monuments perdirent lêur double detilation civile êt religicl.e
pour ne. conserver que la dernière. 3Ième alors- le choeur était clos, mais
il n'était pas établi une séparation distincte entre celui-ci et le .-anc-
tuaire, ou plut6t l'autel était placé à l'extrémité oriêntale lu cha:ur, «tu
centre du rond-I»)int. Tout sanctuaire inpliqe la pr,_".êi«e d'une couci'c.,-
sion, d'une crypte contenant un ou plu.,_ielrs corps-saint.; or, les grandes
cathedrales, ,-eblties aux x et Xl" siècles, sauf dê rares excêption.,,.. ', ne
possédaient pa de cryptes, partant pas de sanctuaires.
SCULPTURE, s. f. Nous comprendrons dan cet article la statuab'e et la
sculpture d'ornement. Il serait difficile, en effet, de s6parêr. ,lan, l'archi-
cture du mayen zge aussi bien que dans celle de l'antillit6 , ces deux
branches du mëme tronc; et si, dans les temps moderne», les sclpters
statuaires se sont isolés, ont le plais souvent pratilué leur art dans l'aie-
lier, en ne tenant plus compte, ni de l'ornementation, ni de l'architec-
ture, c'et une habitude qui ne (late guère que (lt x icle, 6e
sein des Académies. Jadis les sculpteurs tatuaires n'étaient que des
giers. Ce titre ayant paru naigre, on l'a changé. Ces inagiers travail-
latent pour un monumênt, dans les chantiers de ce monuntênt, tonton,-
raient directement l'oeuvre, sous la direction dtl maitre; nais
leurs ouvrages (qu'on veuille bien nous passer l'êxpression) étaiclt
immeubles po," destination. L'institution des Académie ne pouvait tol6r,,r
une pareille ervitude : les imagiers, devenus statuaires, ont pr6tcttdu
travailler chez eux et nëcouter que leur inspiration:ils «,nt.ainsi pu
faire des chef»-d'oeuvre h lur aise, mais des-chefs-d'oeuvre me,bles meu-
bNnts, qu'on achète, qu'on place un peu al hasard, comme on achbt«
et l'on place dans un appartement un objet pr6cieux. Depuis quelqte
années cependant, on a cherché h rendre h la stat6aire une de,tinatio
lLxe, on a tent6 de revenir aux anciens errements; quelque statuaireà
t Bourges, Cbartr¢s.
YIII. -- 1 3
SCULPTURE
98 --
o-t 6té appelé« à travailler sur le tas, c'est-à-dire à exécuter sur le mo-
unent mëmc des parties de sculpture, suivant une donnée générale
définie, arrètéê. Mais, malgre ces tentative's dont nous apprécions la
v«ler, l'habil, d ravai! «le l'atelier était si bien enrcinée, que ce»
sculptures emblent, le plus bouvent, des hors-d'oeuvre, des accessoires
décoratifs apportés après coup, et n'avant avec l'architecture aucuns
rapports d'échelle, de style et de carat[ère. Nous n'avons pas à appré-
cier ici le plu ou moins de valeur de la sculpture moderne. Nous avons
tenu seulement tout d'abord " établir cette distinction entre les uvres
de l'antiquité, du noyen ge e de temp modernes, savoir: que, dans
l'art du moyen ge, la culpture e se épare pas de l'architecture; que
la sculltUre statutaire et la sculpture d'ornenent sont i intimement
liées, (l u on ne baurait Ni.re I histoire de l'une sans faire l'histoire de
l'autre.
Cette histoire de la sculpture d, moyen fige exige, pour ëtre conlprise,
q(c nous jetivn.-_ un regard rapide sur les oeuvres de l'antiquité, les-
(tuellc ont inllué >ur l'art occidctal à dater du Xl siècle, tantSt dircc-
tclncnt, tat6t par des voies détournées, trb-6tran«,. et généralement
pc coq,nues.
La sclpturc, (las l'antiquité, procède de dcu pvincipc diflërents,
qui tbrmcnt deux divisions pçincipale. Il y a la sculpture hiératique et la
culpturc qui, prenant pour poit de départ l'imitation de la nature, tend
h e perfcctiunner dans cette voie, et san s'arr5tcr un jour, après ètve
lontéc h l'apog6e, descend peu h peu vers le r6alisnie pour arriver h la
d6cadencc. Lc peuple» orictaux, 'Indc, l'Asie Mineure, l'Égypte mëme,
'ot lratiqu6 la sculpture qu'au point de vue de la conservation de
certains typês consacr6s. Grèce seule s'est soustraite h ce principe
6ervat, et. partie des types admis chez des civilisations ant6rieures,
pour le. ancer, par l'observation plu ùl'C ét plu, evctc de la nature,
lar uc uitc de progrès, oit dan le choix, oit da l'ex6cution, ac
beau absolu. 5lai, par cela mëme qu'ils marchaient t,ujours en avant,
lc 6rets ',nt pu 6tablir ni l'hiératime du beau elon la nature, ni
l'hi6ratise du convenu, d'où ils 6raient partis. Aprbs ëtre mont6s, ils
sont (lcscendu. Toutefois, en descendant, ils ont semé sur la route des
erncs qui devaient devenir fécond. C'est lb, en effet ce qui 6tablit la
,up6riorit6 du prvgrès sur le re,ect ab,lu h la tradition, ur l'hiéra-
tisme. S'il 'en 6tait pas aits, on l»urrait soutenir que l'hi6ratisme,
el le :upposant arriv6 dès l'abord à un
Égyl,te, est supérieur au progrès, puisqu'il
teinps possible str ce ommet, tandis que
lcrt'ectiç, n n j, mr,
de l'ascension. L'art
point très-61cvé, comme en
maintient l'art le plus long-
la voie progrcs.qve atteint la
p,tr descendre aus,it6t nc pente opp,sée à celle
hiératique est stérile. Ses produits p'&lis.ent chaque
jour, à partir du poit de d6part,
tier vulgaire, d'où le.- civilisations
est impossible de ne pa. ètre fral)pé
pour se per(Ire peu à peu dan.. le mé-
po.-térieures ne peuvent rien tirer. Il
d'étonnement et d'admiratiort devant
-- 9,9 ---- . SCULPTURE ]
les .«ulptures des premières dynasties égyptiennes. Il senble qtle cet art
si c,_,nplet, si élevé, dont l'ex6cutim et si merveilleuse, (toivc fournir
aux artiste ,le t,»,lS lc tcml).S un point d'appui solide. !1 n'en est
,'cpendant; cette adnivation peut conduire à des pastiches, o
mvelle créations. Cet art, si l)ea¢ qu'il soit, est innédiateet
ul, conme dogme; on ne p,.ut rien e retvachev, rié y
c'e»t blvc de porphyre. L'art grec, i»'ogressiste (qll'Oll
ol), est a contraire un métal ductile,
(le l'mês nouclIes. Pourquoi certaines
¢le arts lixés, pour ainsi lire, dan un hiératisne 6troit ?
d'alre ont-elle fait itervenir das le productios l'«'t
hun«tine, les p..a«ions obil es. les
de la recherche dt mieux ?
tien
a de
ff»r-
,lt.v :
la»e le
doIlt on petit sans «es.,e tirer
civilisations ont-elle- |rdttit
lt l'aion
G.l:t serait liffi«ile_ à expliquer Oll quelqlleS li,,'nes , et
sons lUC le stjet est délicat à traiter. Cependant il e»t
IIOUS reconnais-
ule observation
qle li«}tl. el'Oyolis devoir
nols aidera pls tard à
la ,:culpture pendant le ntoyen àge.
«tdmettre en ce» nmtières, 1i011 plus
lu haard; pisque nous v,9"ons
faire ici, d'une maiè.re sonmaire, parce qu'elle
e'«,,ltions de l'art ,le
expliquer les singulièl'es :'
D'ailleurs, comttie lious le sauriols
que dan.s toute autre, l'intervélion
l'effet, llt cause doit existel'. Ouelle
est-elle ? Nous cr,-9"os l'entrevoir dans les aptitudes propres à certaines
rates. P, emarquos d'abord que toute explosion d'art et la ..,c.ullturë
e»t ici en prenière lige ne se produit dans l'histoire qu'au «(,tact de
deux faces différentes. Il senble que l'art ne .-,oit jamais que le résultat
d'une sorte de fi,rmentation intellectuelle de natures polrvues d'apti-
tudes dixevses. Examinons donc d'abord sous quelles influences se dée-
loppent les arts.
Tou le hones, ou plut6t toutes les race» humaines ne sont pas
égaleet pol'tées vers le besoin d'examiner êt de comprendre. Aux
nes, il sflit de croire et d'ériger les croyances en systènu; pour les
;tre..,, le.,_ croyances ne dépassent jamais une sorte de règle de conduite
et «e ,»lt p«t alX prises avec les aspirations vers l'inconnu. La phi-
l,sophie appartient à ces raees privilégiées qui examinent, anal.w, ent
et mlent comprendre pour croire; à cellC-l'à aussi appartient l'art,
tel que les Gt'êc,l'ont développé, tel que nous l'entendons en Occident.
.Mais, phénomène singlier! chacune des trois grandes rares humaine.,
,lui se partagent le globe terrestre n'est pas apte, iolémet; à produire
ce qu'on appelle des arts. Clle-ci, la race tryane, la race blanche p«tv
excellence, est pouvue d'instincts guerriers; elle enfante les héros; elle_
domine, elle gouverne; elle établ]t les premières religions, elle règle
leur culte; elle méprise le travail manuel et forme des sociétés de pa-
teur., et de guerriers, avec le patriareat comme principe de tout gouver-
nement. Cette autre, la race jaune, la plus nombreuse peut-être sur
notre planète, e,t industrieuse, se livre au commerce, au calcul, à l'agri-
culture, aux travaux nianuels; elle et habile à façonner les reCaux;
[ SCULPTURE ]
elle se prète facilement
un bien-ëtre purement
bte philosophique, ne
--- tO0 --
,h tout labeur, pour,u qu'elle entrevoir at bout
ntatéricl; dépourvue d'aspirations élevées, de
se ,,_ourlant gtère de l'inconnu, elle demeure
sta
élevé u,l ardre social passable. La troisième,
violente, ne reconnaissant (l'autre puissance
perstitieu»e, -"
guid'e par e besoins physiques
ti,,n«tirc du jatr où elle a, grwe h son travail et à son industrie,
la race noire, est ardente,
que la force matérielle, su-
ou son imagination mobile
et déréglée.
raire éclore
I'ils exigent d
ne peuvent les
pouvu de ce ré
pal)le [lc fixité
Auculie de ('es trois rares principales, bien distinctes, n'a pu
art. Les rares blanches pures ne .,_avent se pvëter à ce
e soins lat3ricls, d'études et de travaux; les rares jaunes
élever q]'à la hatltettr d'un métier. Quant au noir, dé-
gulateur qui n'abandonne jamais l'esprit du blanc, inca-
dans ses idées, il laisse son imagination s'égarer jusqu'à
«oncev,ir et 5 enfatter (les mon,tres en totte chose. Il et adroit, subtil,
incnex,,,: " mai,; trop fanta.-qe puur ëtre
l,.,s del»ui- l'anliquité; car il n'est pas
Le noir 'alnet l'iltervention de la loi qe dan.,s l'ordre
ltti, la loi, c'est la f,_-,rcê matérielle, mais son intelligence
artiste, eomn-ie Il(tU.-; l'enten-
d'art sans lois, sans principes.
idiysique ; pour
n'en admet pas
dans le d,-,n;tine des choses de l'e.prit. Or. si le 1)lanc et le llOil-(ce der-
nier en pv,,p,-,rtion minime) se trouvent rénis, l'art se développe rapide-
ment et. das le sens du progrès incessant. Dans le mélange de l'élément
blan,' et jale, l'art éclét a«,;i, mais peluche vers l'hiératisme.
Nous ne lrétcndon moltrer ici que
à apprécier; car, d;tliS l'orgatti,;nie
aussi imples et. tranch6ês : ainsi, par
de la manière la plus évidente que les
des Avyans, qu'elles appartiennent
chent etcore moin de> jaunes ou
d;tlit elles tiennent l)ar n point h
certaine grande divisions faciles
de ce molde, les choses ne sont pas
exemple, la philologie a démontré
rares dites .,_émitiqes ne sont pas
h un autre groupe; elles se rappro-
des rares mélaniennes, mais cepen-
ces dernières par la vivacité et. la
mobilité de leur in-agination. Pas plus que le l)lanc o1 le noir, le Sémite
seul n'est arti,;te, ou, s'il le devient par le contact d'un apport relative-
nent rail»le du blanc, c'est dan.,, le sens hiératique absolu.
Au contraire, si un no3-;tu àryan consi«lérable se trOtlVe en contact
avec un peuple séiti«lue , le ferment intellectuel «lui en réslllte produit
n développement d'art splendide, et. dans le selle de la recherche, du
progrès. La civilisation grecque en est la démonstration la plus évidente.
0 ne manq.lera pas ici de nos accuser de matériali,,me. Mais qu'y
pourrions-nous faire? Il y a si longtemps qu'on n,)us repaît de phrases
vide lor.-qu'il e.,t qtlostion de discuter sur les arts ou de définir leurs
qualités, que l'envie nous a pris de traiter cette faculté de l'lme hu-
-naine à l'aide de l'analyse et du raisonnement.
On l'a bien fait pour la philo»ophie, nous ne voyons pas pourquoi on
ne le ferait pas à propos des arts. Quand vous nous aurez dit que des sta-
tuait-es sont doeiles au souffle de l'inspk'ation, i1o pouvant croire séricu.-,e-
ment que Minerve les protége, si vous.ne nous dites pas de quoi l'inspi-
--- 101---
[ SCULPTUBE ]
ration" procède, nous ne serons guère avarieC. En ajoutant que telle
stature est remplie d'm sent5nen religieux, si vous ne nous expliquiez pas
comment un sentiment religieux se traduit sur la pierre ou le marbre,
votre observation ne nous importe guère, (l'autat ie beaucoup de
gens très-religieux font des statues qui prêtent à ,'ire, et que (les artistes
passablement sceptiques en sculptent «lui vous font toucher à genoux.
Pérugin, ce peintre par excellence de sujets religieux, et qi parfois est
si touchant, « avait peu de religion et ne Votllait pas croire à l'im,norta-
litA de l'gtme ». C'est du moins ce qu'en lit Vasari. On vot(lra donc ne
pas chercher dans cet article sur la Sctllpttre l'attirail (le phrases stéréo-
typées à l'usage de la plupart des critiques en matière d'art, dont nous
notes garderons de médire, mais qti, en ne nous faisant part que de
leurs impressions, pelvent nous intéresser mais ne sauraiet nous faire
avancer d'un pas dans la connaissance des phénomènes psycbologiques
plus ou moins favorables au développement de l'art.
!1 s'agit de chercher comment l'art le plus Ces'Wpeut-¢tre, celui de la
statuaire, nait ou-renait at sein d'un nilieu social, où il va piser.,,;
élélnents, s'il n'est qu un ressouvenir, cotonne (lit ocrate, ou s 1 e, n
développement spontané, commettt il se développe et progresse, et coin-
ment il décline.
ous avons parlé de l'hiératisme et du progrès, (le la recherche l.e
l'idéal. Plus nous remontons le courant des arts de l'antique Égypte,
plus nous trouvons les arts, et la ataire notamment, voisins de la per-
rection. Les dernières découvertes faites par l'infatigable lXl. Mariette ottt
mis en lumière des statues de l'époque des pasteurs qui, non-seulement
dépassent comme exéction les figures anciennes de Thèbés, ntais pos-
sèdent un caractère indivitluel très-prononcé. L'art, dès ces temps rec-
lés, était arrivé nê grande élévation. Ce ne pouvait ëtre par l'hiéra-
tisme, mais au contraire
progrès. L'hiératisme ne
atteint déj'à une grande
par un effort humain, une suite d'Cudes et de
s'était donc établi qu'au moment où l'art avait
perfection. Nous vOyOllS le mëne phé,olène
se produire chez les populations de l'Asie. L'art s'élève (nous ne sav,»ns
par quelle suite d'efforts)juslu'à un point supérieur, et, arrivé lgt, on
prétend désormais le fixer. Ce sont ces arts fixés que rencontrent les
Grecs lorsqu'ils occupet i'llellade; ils les prennent à cette é.poque (1
fixité, mais les font, pour ainsi dire, sortir de leur chrysalile pour les
pousser avec une ardeur et une rapidité inouïes vers ut idéal qui prend
potr point d'appui l'étude attentive et passionnée de la nature. Suppo-
sons un instant que ces quelques tribus d'Aryans ne fusset point vênues
s'établir sur le sol (le la Macédoine, de l'Attique et du l'éloponèse; les
arts des peuplades de l'Asie Mineure et de l'Égypte, enfermés dans leur
hiératisme, s affatssant chaque jour sous le poids de cet hiératisme
mëme, s'abimaient dans une négation. Le sphinx et le chérubin restaient
pour les générations futures le véritable symbole de ces arts, c'est-h-dire
une énigme. Les Grecs, en se«oant cette immobilité, nous en font devi-
[ SCULPTUIE ]
ner les
--- t02 ---
secrets, nous permettent de supposer les cfforls qui l'avaiet pré-
cédée. En effet, les premières infusion ryanes en 'sie, en E¢)ple, au
contact des faces aborigènes, s'étaient trouvées dans ce- conditions
favorables au développement des arts, et ceux-ci aaient atteint rapide-
ment une supériorité extraordinaire;
nat de plus en plus, ces arts s'étaient
se fixent certains !iqides par l'apport
mais l'éiAmeurt sémitique donti-
arcët6s dans leur marche, conlnle
d'u agent chimiqe à une cet-
|aitte
Gêci lett pa.,,-er pour une hypoth.èse; n«ti., ce qui n'en esl pas tnê,
ç'e.t le tnoement que les 6rets avent imprimer aux arts chez eux.
Ils prennet lê ri,trucs hiératiques de 1' t.sie Mineure; peu à peu not
voyons qu'il, le naturalisent : ils procèdent por les avt, comme pour la
tythologie. Desrands mytlle. asiatiques, ils font de,; héros, les per-
s,tlnalités; l'homtne, l'individtt se sub..,titue 5, la ca»te; l'espr# modero,
en ttn me, t, .-ê fait jour. La divinité ou se.., énanations se personnifient.,
non plus p:tr tln,: sorte de superp,_,sition d'attribut«, comme chez les
.siatiqtos, ai. par des lualités ou «les passions humaines. En mêne
tenp,, l;t philo,ophie e dégage «lt cevveau ,humain, jt.,;qtl'alors enserré
dats le ,l,_gmati,me. dar, observons bien ceci, l'art, mais l'art afl'raxehi
«le l'hi61"atiste, l'art à la recherc.he de l'idéal, du principe ','rai, marche
t,,tljotrs c6te h cet,' de la philosophie. Lor,que celle-ci s'élance hardi-
ment à la recherche des prol»lèmes humain,, l'al't se développe avec
énergie et ses prodtlits sC,lt merveilleux; lor,lUe la philosophie, hale-
tate, ballottée au miliet de système., opposés, ,e jette, Colnme pour-e
lixer sur q,elques points, dans la scolatiqne, l'art, h »on t,,ur, se for-
mule, et arrive par une autre pente cet hiévati_mê d,-,t il avait si bien
su s'att'ranchir. L'art grec, libre, progres.,_if, le regar,l fixé sur un idéal
sublime qu'il recherche «ans repos, sou._, Périclès vit à c6té le l'laton.
L'art .-rec, p«trallèle à l'école d'Alexandrie retc, mbe dan., une .,erre de
f,,rnulaire hébetant, sans i,,sues. Avec le christiani.,_me, notes le voyons
,tatuaire, comme s'il s'avouait qu'il en aait
ne l'avaient conduit qu'au réali.-,.me le plus
ab;ttdonner entièrert-tent la
abu.-« et (le ses recherches
v.tlgaire.
n pet donc con.,;tater l'inlluence de ces lois générale.,,. 'tvec la théo-
cratie, l'liératisme dan.., l'art, et dans l'art de la statuaire surtout. Avec
les développements les idées métaphysiques, l'étude de la phil,,.,,ophie,
la recherche d'un idéal dans l'art, en prenant pour base l'examen attentif
fie la nature, le progrès par conséquent, inais aussi les erreur.,: et les
chutes.
Oevra-t-o conclure des observations précédentes relative.., a contact
de.,, race» liver,es «ie, por obtenir un Phidias, il consiet de mettre
en rapports intellectmels qelques Aryans et un Sémite, sos une cet-
laine latitude ? ie les arts se forment comme le eompositicn, chi-
mi,le.',_, l'après une formule et un peu de chaleur o ln courant élec-
lrique ? Non. Mais dans l'étude historique des arts, comme dans celle de
|03 ---
[ SCULI'TI'BE ]
la philosophie, des mouvements de l'e,;prit
autre chose q'ne éclosion itcllectuclle
--- il est 16cess:tire le
cette
connaitre et de constater les
éclosion, par conséquent de
produits successifs le ces mélanges.
On s'est un peu trop habit6, peut-ëtre,
d'après ce qu'on appelle le sentiment; intlue
conditions favorables ou alCavorables h
signaler les courants, lers mélanges
à Ira.lier les questions d'"
dl'[,
nce mobile connc la
fugitive, et qui a le graxid inconvdnient, d'éloigner l'artite le let reclierchc
des causes, des origines, de l'idée philosopliquc sa la, lelle l'art
q,t'est ql'n m6tier a, l'enploi ,l',ne recette.
Le senti,ncnt, a,intett;tit ,lu'il thille cnmll'r «tvec 1,1i, a bc,r, ili
p«,it l'«tllti; oh le trotvera-t-il, si ce t'.st l«tls l'altalyse, le raisol-
tenent, l'oisêrvalion et le savoir? Jge,lS lc, choses l"art are,' ,_,tre
selincnt., si l'on vettt, n«is 6levons otrc ,etitet, ou plut6t
facult6 le selir, h la htutetr l'tnc science, st ,tts prétendons thit'e
accepter nos jgcmettts par le ptllic itnpartial, l':till«urs, 'e est-il
un peu du sentiment cmme ,le let fni, qi accepte, mais ne cl'6t'
A la ntison htlntaile etlle est rést'rv6e la tt«tll, le ,'r6er; c'est la rai>ol
qtti conduit h l'art par la recher«ll.« et le tl'i;tge d'oh l'eSs ,ri la d3finiti,,l
et la conscience du beau et du boit; c'est la ration q,i c.ondlit h la pli-
losophie par les mëmes proc6dés. _tn 'a jaiais fait de phil,_,sophie
sable a'ec ce que nous appel«,s le St,lttinlettt. Le Grecs, «lUi s'y connais-
.saient uit l,,ri, l',»t jalnais «rt qtte le sentiment seuil lùt gtiiler,
dans la pr«ttiqtie des arts, soit dans les jugemenls q',, petit .lrl,,r
sur leurs prnductions. « TOltes choses étaient ensemble; l'iilelli,.en,'c
« les divisa et les arrangea », lit Xnaxagore t. Si la l:,i et le setitinient
font des miracles, ce n'est pas de cette façon. La foi thit niçuvir l.s
manlagnes peut-gtre, mais elle ne sait ni ne s'enqtiert de qtoi les I,-,-
tagnes sonL faites, ni pourquoi elles sot montagnes. Si elle le savait,
elle se garderait de les d6ranger de leur place.
Ou'est-ce, dans les arts, que le sentiment de choes, salis la Cotn:ti-
sance des choses ?
Ce serait trop sortir de notre sujet
«ur ces influeces qui ont dirigé les
hiératique, soit lans la recherche
quelques-uns de ces courants, avant de présenter
a statutaire pendant le moyen ;ge, tableau à peine
éveloppe chaque jour devant nos yeux.
que de nous etendre pl,s log[elps
arts de l'antiquité, sait datns la w, ie
du tttieux. Il nous suffit d'idiqer
le talleau de l'art le
entrevt, bien qt'il
Ce qu'était devenue la seUil»turc s,»us l',,mpire, dans les Gaules, chacun
le sait. Des types antiques perfectionés par les Grees, répands
tout le continen occidental de l'Erope par les Ronmins, repralits par
une pnpulation d'artistes qli ne s'61evaient l,as a,t-dess,s ,le l'olvrier
t Cammencement d'un ouvrage (Diog. Laerce, II, 6; \, alken, Diat,.ih. , Euril.,i:l.
f'"'9','.).
[ SCULPT{_'IE ]
vulgaire, il nous reste
têt arch qui
eologitlle
-- lOt --
dc. fragments nombreux. Laissant de c6té l'inté-
s'attache à ces débris, considérés comme uvres.
d'art, il ne causent (ltl'un ennui et un dégoût profonds. Nulle appa-
' d'originalité; les auteurs de ces euvres monotones
rente d individualité,
lravaillelt à la tche pc, ur gagner leur salaire. Reproduisant des modèles
déjh copiés, ne rec,,lralt jamais h la source vivifiante de la nature, trai-
à Coutances, de I«von "2t Bordeaux, leurs ponri/s,
al partout, de Mat'seille
il.,; court'clôt la Gaule romanisée de monuments tous revëtus de la m.,me
(,remett¢tti,n banale, «les mèmes bas-reliefs mous et grossiers d'exécu-
lion, c,-,nnc ces .ic, ueurs d'orgues de nos jours qui vont porter les airs
d'opéra., jUSl(e dans nos plus petits villages.
_ c ebt-
La .,,clllture das les Gaules, au moment des grandes invasions, '
h-dire au lv siècle, n'était plus un art, c'était un métier, s'abitardissant
cl:qe jour. ,'tu point de vue de l'exécution eule, rien n'est plus plat,
llms vulgaire, plus négligé.
!.1 [lqllV(' CllCOre dal.S ces
,li n cx»le 1)lu.,_- «lans les
Mais comme composition, comme invention,
i'raglnénts une s,)rte de liberté, d'originalité
tristes moumets élevés en ltalie depuis
COll.'.taltill juslll'à la chaire
de l'eml)ire d'O .
ccident
L'esprit gaulois-
percer quelqle chobe qui lui est particulier dans cette sculpture
charëde, banale, Salis caractère, et
l,,nain e pleine décadence, kinsi,
h ,les rcl»r,,luctionsidentiques d'
- I111
¢1"1 ordrê dépendat d'un édifice.
d'ornemel t.,_ variés.
s'atrranchit parfois du classicisme
pour exemple, il ne s'astreint pas
lnèmê modèle por les ehapiteaux
Leb fùts des colonnês se couvrent
Les types admis par leb ordres se modifient; il y a
('Cmlne tilde tentative d
lus etedre sur la va
C,,ltsi,lérallê,
c,,llaîtlt' tlle
le la ll'alili,) les artb
llot-
atrralchissement Ce n'est pas ici l'occasion de
leur le ces sympl6mes qui, au total, n'est pas
ci qui dat.elt des III e, IV e et x " siècles, indiquent ces tendances originales.
Vi,ici tin de ces fi'«tgmets, cintre autres, un chapiteau (fig. 1) provenant
¢1 l-«,rtilue le ciAlute du temple de Champlieu, près de Compiègne,
lti présenle une diq»sition particulière et qu'on ne retrouverait pas
ltll.,, le.', édilices italielS de
('l«pileaux apl)artenant ail
nëme mo,ièle. Cette variété,
la nff.'Ine époque (llI e siècle). Or, les autres
ltèrno portique ne sont pas taillés sur le
dans un temps où la sculpture n'était qu'un
llOIlb
d'ouvriers assez grossiêrs, est retnarquable. Elle permettrait de
suppober titre ces Gaulois rolllanisés des derniers temps étaient fatigués
dWces reproductions ab;ttardies des
à les abandonner.
.,erre
Gaules,
s'Ceint
mëmes types, et qu'ils cherchaient
t.ctdalce, -- en admettant qu'elle fùt générale sur le sol des
--se perdit dans le flot des invasions. L'art de la sculpture
sous les conquéraltS du Nord, et si, dans les rares édifices qui
restet de l'époque mérovingienne, on rencontre çh et là quelques
maib cependant llOIlS devolls les signaler, parce qu'ils follt
la 6aule ne restait pas absolument sous l'influence étroite.
romains. Des fragmênts existant à Autun, au
DcI'e, à Auxerre, à Lyon, "h l/eims, à Dijo. dans le Soissonnais,
--- 105 ---- [ SCL:LI'TURE ]
fragments de sculpture, ils sont arrachés à des monuments gallo-ron,ains.
Sous les Carlovingiens, des tentatives sont faites pour renouer la chaiue
brisée des arts, nais ces tentatives '- "
n aboutissent guère qu a de pàles co-
pies (les types de rantiquit6 romaine, s(,ts ne iltluence |»yzatine lls
ou moins prononcée. Charlemagne ne povait songer h alre chose, en
fitit d'art,
(Ie(lues
pratiques
qu'à remuer les cendres de l'empire rOllail 1.)ur y retrulver
étincelles; il essayait une renaissance de.., fo, fines et de« moyens
oubliés. De semblables tentatives n'aboutissent qu'h les pas-
riches grossiers. On ne refait, pas des arts avec des lois, de.., instilIi,.-,,
ou des règlements; il ravit d'altres élémenl.; potr les rendre vi«tll,,s et
les t'aire pénétrer chez tne nation. Or, se, us les C«rl.avingiêns, l'heure
«l'lne véritable renaissance des arls n'élail pas sonnée. Les t'erreront.,_ «tp-
portés par les peuplades conquérantes élaien! lepuis trap peu de tettlS
mèlé. h llt vieille rivilisation gallo-romaie pmr lU'Un art, comme l;t
sculpture, prit éclore.
Ce 'est en ett'et qu'à llt fin dt Xl ¢ siècle qu'on w»it apparaître les
premiers embryons de cet art de la .culplure fi'ançaise, qui, cent ans
plus tard, devait s'élever à une si grande hauleur. Alors, h la tin du
x siècle, les seules provinces de la Galle qui essent cr, nservé les Ira-
ditions d'art de l'antiqtité étaient celles dont l'organisation mlni«ipale
romaine s'était maintenue. Quelques villes du Midi, à cette époqe, se
gouvernaient encore intra muros, comme sous l'empire; par site, elles
possédaient leurs corps d'artisans et les traditions des arts antiques, très-
affaiblies, il est vrai, mais encore vivantes. Toulouse, entre toutes ces
anciennes villes gallo-romaines, était pelt-ëtre celle qui avait le miex
conservé son organisation nunicipale. La pratique des arts, chez elle,
n'avait pas subi une lacune complète, elle s'était perpétuée. Aussi cette
vin. lb
[ gCULPTUIIE " --- 106
cité levint-ellê, lès le commencement du xm sibcle, le centre d'ne
pisante ci lont l'influence s'6tendit ur un vate territoire.
Da,s une aulrê r6gion de la France, l'ordre de Cluny,
nencemet tl x sibcle, avait pris, a milie du x , n
ll'od i gie ux ' .
.X cette 6poque, le ,"llisiels 6ient en rapport aec l'Espagne,
l'Italie» 1' kllen«t=,e, 1' kgleterre, la Itongrie ; non-seulement ils po6-
«l«tient les maisos la» ce> conlrées, mais encore ils entretenaienl des
l.l«t[ic,s avec 1' riênl. C'est at sein de ces 6lablissemënts clunisies qle
école
COlll-
dévelopleent
!1118 IIVS ec»s[«t[er t]] éritable n]ouvement d'art vers la seconde
moitié ;1 Xl" siècle..lsqu ,tl,rs, .-._ur le ..,,»1 «les ç, aules, et depuis la chute
«le l'epire, la .,«lllllre n'e.-t plus; lai tot h eop elle ,e montre
,',JllllllC i111 al't léjà coplet, lO,édant se prinçipes, e« lllOyel|s exe-
{_-]' e.'5_ t ce[te
pa Cel)endant c;onme de. chan-
d'lll travail plus ,,1 ,.,ins lang, et
gééal,-gi,, ,l'il COlvict ,l'alc,rl
cc, mmanl(.e lar (;cdefroi, le comte
chr(.tie,-s
B:tlo]l, l,,h5.ttc_,n(l, Tancrèle, Rayntot(l de Saisit-Gilles et l»eaucoup
d'altl'e, chefs, .,,'en,para (1' \ntioche, et depis cette épc«llé juql'en
126s, cette ville resta au. pouvoir des Occidentaux. nti,-,che fut comnn.
le cur le.., Cl.'oigade-; prelde (le cette l»ériode de COlluëte« et
elle en fui aussi le lernier boulevard. C'était dans c.e, villes
(le
de
la cil6 impériale de Constantinople. que le,
..X monet de l'arrivée ,les croi-és. Antiache
,:,pulete, industrieuse, ct po:..,é,laltt de.- re.,te.-
le sat «plendeur. T«,utê entourée de ce-villes
leli.., les invasi,ns de l lslam, nais reslées
ville., dans lesq,.lles ,» trouve ecore aujourd'hui t,-»us le: élé-
I'éVOFS
Syric, l»ie plu- que dan
al'ls grec« s'6taient réfugiés.
était encore une ville
m,,nbl'elX de l'épC«lue
reCles atl»andonrées
«lebolt
neltt.,_ de noire archilectre r,,tae, kti,,che levint une base d'opéra-
li,-ns pc, ur les Occidentaux, ntais asi un centre conmercial, le poit
-'vineipal de réunion de religieux envoyés par les établisements
tlles de la France, larsque les chrétiens se furent emparé, le la Syrie.
D'ailleurs, avec les premiers croises, étaient partis de l'Oecfllelt, h la voix
«le l'ierve l'Ermite, non-seulement des hommes de guerre, ttais de
',en le totlte scrtes, ouvriers, marchands, aveturiers ,ltti biet6l,
«tvec cette lhcilité qu'ont les Français prineilmlement d'initer les ch,,>e
ouvelles qi attirent leur attention, se thçonèl'Cllt atlx art- et mélier
1)rati(lés._ ,lans ces riches cités de l'(rient. ,cst''.' en ctDt £t dater
lremières anées du x. ¢ siècle que nous voyos l'art de la sculpture se
tl'asforncr Sle_ le sol de la Fl'ace, Inais avec des variétés qu'il fhut
ignaler. Les tonuments grecs des Xl et Vlt ¢ siècles qui remplissent le-
illcs de Syrie, et notamment l'acienne Cilicie, l)ossèdent une ornemen-
I VO,Ye..RCtlITEç'i'I nE 310.ASTIQUE.
107 ---
[ SCCLPTURE ]
tation sculptée d'un beau style, et (lui rappelle
de la Grèce antique , mai »ont, absolument
Cependant il aait existé à Constantinople, avant
iconoclastes, (les écoles «le sculpteurs statuaires,
tirWde meubles en bois, en ivoire,en orfévrerie,
celui des meilleurs temps
dépourvus de tatuaive.
et aprè le fureur. des
qui fabriquaient qua-
que le Vénitiens et le
Génois r(}pan(laient en Occident. Nous po,,édon, dans nos musée., et
nos bibliothèques, bon nombre de ces objet. antérieurs au xn siècle. Il
ne parait pas toutefois que les artistes byzantins se livrasent h la grande
tatuaire, et les.exemples dont nous parlons ici sont, à tout prendre, de
petite dinaension et d'une exécution souvent barbare. Il n'en était l)a- lc
d
mëme pour la peinture:les Byzantins avaient prodlit dans, cet art
leurres tout à fait renarquables, et dont no(ls p,,uvons nous faire
idée par le.,; peintures des église.-, de la Grèee " et par le., vigette.,,
manuserits de la Bibliothèque impériale.
Or, parmi ces croisés parti des différents points (te l'extrène Occident,
le uns rapportent, dès le commence'ment du xI" siècle, de hOnni)feux
motifs de ,ulpture d'ornement d'tin bea carac, tère, d'altre: de l',,rne-
mentati,:,n et de la statuaire.
Nous voyons, par exemple, h cette époque, le Poitol, la aint,»n>e,
Normandiè, l'lle-de-France, la Picardie, l'Auver,gne, répandre .r
édifiees, des rinceaux, (les chapi!eaux, (le» frisé d'ornement, d'u lrè--
beau style, d'une bonne exéeuhon, qui semblent copié., ou d ravin,,
immédiatement inspirés par l'ornementation byzantine de la Syrie, tal, di,
qu'à côté de ces ornemeI)ts, la statuaire demetlre à l'éta-t l)arbarc et l-e
semble pa.,, faire lin progrès sen.ible. Mais .,i nolS nous transporlon.-
Bourgogne, sur les bords de la SaSne, d;tllS le voisnage des princip;tlX
monastères clunisiens, e'e:,t tout autre eh.se. La statuaire a fait, au con-
meneement du xI siècle, un proarès aussi rapide que l'ornement«ttion
sculptée, et rappelle moins encore par son style les diptyqles byzaltin:,
que les pointures qui ornent les monuments et les manseri/: «rec,,.
Ced s'explique. Si des moines grossiers, si des ouvriers i,gnorat. pol_l-
valent reproduire les ornelnents grees qui abondent sur les édifice.,, de
la ,qyrie septentrionale, ils ne pouvaient copier des statuê. ou ha.,_-rêliefs
à uje/s, qui n'existaient pas. Ils s'orieatal&ieat luant à la déeoration
seulptée, et restaient gaulois qmnt à la statutaire. Pour transposer dans
les arts, il fat un certain degré d'instruction, de savoir, qle les cluni-
siens seuls alors posédaient. Les cluniiens firent donc chez eux lne
renaissance de la statuaire, à l'aide de la peinture grecque ._,ea est. en-
sible pour quiconque est familier avec cet art. Si notls ne, tic
tons, par exemple, devant le tympan de la .¢ rande parte de l'éali,e abba-
1
l'avez l'ouvrage de I. le comte Melchior tic Vo¢"fié et (le M. Duthoit, sur les x-illcs
entre Alep et .utioche (Syrie centrale).
2 M. Paul Durand a calque un grand nombre de ces peintures qui datent des v e,
x', x e et x e siècles, et qui sont du plus beau st..,le. II serait fort à désirer que ces calques
fussent publiés,
[ SCELPTURE J 108----
tialé le Vézelay, ou même ,levant celui de la grande porte de la cathédrale
d' kutln, qui lli est quelque peu postériegr, nous reconnaltrons dans
ces deux pages, et partiçllibrcment dans la première, une influence byzan-
tine prononcSe, incantetable, et cependant, cette statuaire ne rappelle
pas les diptyques byzantins, ni par la composition, ni par le faire, mais
bien les peintures.
Autant la statlaire t)yzantine ancienne prend un caractère hiéra-
tiqle, autant elle est bornSe dans les moyens, conventionnelle, autant
la peinture se fait remarquer par une tendance dramatique, par la com-
position, par l'exactitude et la vivacité du geste . Ces ëmes qualités
e retrouvent à un haut degr5 dans les bas-reliefs que nous venons de
ig:tlcr. De pls, dans ces bas-reliefs, les draperies sont trait6es comme
dan les pcintlres grcçqe, et ncn ce, mme elles le sont sur les monu-
lllçl[S tyzantin çllpt6s. La cnl.)itiol [le ])a-rcliefs de V5zclay, par
la n«tnière l,»t les personages ont croupC, rappelle égalenett les
«ampositions les peintures grecqes; on y remarquée plusieurs plans, des
agencements de lignes, un molvemet dramatiqle très-prononc6. lais
pair cela mme qe les elunisiens transposaient d'un art dans l'autre,
t,,t e laiat voir la source d'où sortait la statuaire, ils étaient obligés
1. recourir, pour une foule de détails, à l'imitati«n des objets qui les
.tauraient. Aussi l'architecture, les meubles, les instruments, sont
t'ranqais; les habits mêmes, salir ceux de certains personnages sacrés, qui
sont évidemment eapiés sur les peintures grecques, sont les habits portés
e Occident, mais ils sont by:antiés (qu'on nous pardonne le barba-
risme) par la manière dont ils sant rendus dans les d6tails. Quant aux
tëtes, et cela et digne de fixer l'attention des arehéologues et des ar-
tistes, elles ne rappellent nllbment les types admis par les peintres grecs.
Les sclptelrS occidentaux ont copié, aussi bien qu'ils ont pu le faire,
les lypes q'ils voyaient, et cela souvent avec une délicatesse d'observa-
tian et ne mpleur très-remarquables. .
Nous avons souvent entend discter ce point, de savoir si ces bas-
reliefs de Vézelay, d'Autun, de 3loissae, de Charlieu, etc., étaient sculptés
par ;les artistes envoyés d'Orient, ou s'ils étaient. dus des sculpteurs
,«ci,lentaux travaillant sous une influence byzantine. Longtemps nous
avans hésité devant ce problème; mais, après avoir examiné beaucoup
de ces sculptures fmnçaises, de« sculptures et des peintures grecques,
surtot des vignettes de manuscrits; après avoir réuni des dessins et des
photographies en grand nombre pour établir des comparaisons immé-
dîate, notre hésitation a dù cesser. D'ailleurs, si des artistes grecs avaient
été appelés en France pour exécuter ces sculptures, ils auraient trahi
11 ne faut pas prendre ici
nont Atl,os l'ont faite depuis
t»ut de recettes, figé; les peintures des manuscrits
tère plus libre et une tout autre valeur. Nous en
recueillies par M. Paul Durand.
la pei,ture grecque telle, par exemple, que les noines du
le x,x e siècle et la font e,icore aujourd'hui. C'est là un art
des VWl e, ix e et x e siècles ont un carac-
dirons autant des peintures grecques
-- 109--- [ SCULPTURE ]
leur origine sur quelques points, une inscription, un meuble, un atcn-
ile. Rien de.pareil ne se rencontre 8111" atlCUll decc5 ba-reliefs. Tout
occidental, et encore ue fi»is la sculpture de Bvzantilis à cette époqle
n'est pas traitée conme celle de ces bas-reliefs fràn;ais. Il e»t, por rouit
praticien, une preuve de la transposition de l'art de la peiture byza-
tine dans la statuaire chez les elunisiens. O ait lle les draperies «les
personnages figurès sur ces peintures sont faites au oven d'u ton loc;l
sombre, ur lequel les clairs sant indiq6s non par u] modelé adoci,
mais par des traits qui rendent l'êttt de la lunière accrochant le l»orls
de plis tins et répètés. En seuil»turc, pOlV obtenir le apparece aa-
logue, il est nécessaire de proc6der par plans ilus ou inoins inclinés, et
de produire ainsi les deni-têiles ay:tnt l'intensifA du ton local, ais
en ménageant des arètes ettecnt coupé-s, etre ces plans, qi ,lonet
des traits lumiieux très-vil. C'est ainsi que ,oint traitées les rirai»cries
des bas-reliefs de Vèzelay (voy. fig. 3); or les scll»teul'S byzatins
procé(laient pas ainsi, nais ail contraire l)ar tilde
adoucis, mous, séparés par des traits creux t'ol'Iant comme un
noir destiné h rehausser un modelé faible.
dcssil
Dans cette tatuairc fraçaisc (lue IIOUS (le
la peinture I)yzantil-e, très-anciene, car (le
manuscrits servaiet de types aux cllllisiêns, et ces llalUScl'its pOllvaiellt
ëtre très-antérieurs au x siècle,- une des qlalités qlli frappent le ldUS
ç _
les personnes qui savent voir, e est l'exactitude et la vérit6 saisissates
du geste. Or, quand on sait «lUel degré de bavl»avie était tonl»ée
l'egarlolS COlllllle (lérivée
certainelnent les vignettes
la statuaire au x * siècle, et combien cette qualité était oul)liée al,:,l', les
artistes sortis des écoles de Cluv avaiett dù recouril' à des lmdèles
d'une grande valeur, conme art, i),ur e l'orller.
Mais il en est de ce fait historilte contrite de bic l'atres, il f;tut s,
garder d'établir un système s,r IIll Selll «l'uIe l'cl»sel'V;t[i,,, C' «l,ti est
vrai ici peut Otre erroné la. Si les clllnisiels sont l»arvellS, atll C(IIIIIII'II-
cenent du Xll e siècle, à firnler line école le Sçlll[)[elll'S avec les élélClls
que nous venons d'indiquer, il est Aviolent lle Sllr les l»orls (11 lhil,
qu'en Provence et à Toulouse, l'intluence byzaltie ,'était l'ait eltil' lès
avant les prenières croisades, et avait permis de constituer des éc, des le
sculpture relativement tlorissantes. Sur les b«»vd. «lu P, hh, les tentatives
de Charlemagne pour faire renaitre les arts avaient porté quelques fruits.
Ce prince s'était êltouré d'artistes l)vzati
Syrie des présents considérables Cil obje
traditions introduites pat" les artistes ori
les monabtères, dans les palais, avaient
pseudo-byzantine, qui ne laissait pas d'avoir ue
En Provence, dans une partie du Languedoc, et.
ns, avait
ts d'art.
reçu de Byzance et de
Depuis SOli règlle, les
les objets rélllliS dans
de tbrlner Illle éc,le
une autre école s'était constituée dès le x siècle, en ,'appuyant sur les
exemples si nombreux d'objets d'art rapportés d'Orient pat' le commerce
de la Méditerranée.
certaile valeur relative.
à Toulouse lotammelt,
[ SCULPTURE ]
-- 110 ---
Ail x e
nombre
.ibcle, les Vénitiens avaient des comptoirs
de villes du Midi et j:q'à Limoges. (;es
.,aient les province du Midi et du Centre
l,i.i,)x, (le colrret: et tl-ten»iles d'ivoire
,t;ttinople, à Damas, à tntic, che, à Tyr.
dans un eeriai,
négociants f.urnis-
d'étoffe le soie orietales, (le
et de métal fal)riqléS à Co-
Il suffit de voir les sculpture.
du xI .-iècle qui exitelt ente, re autour du chur de Saint-Sernin de
1"oul,-use, et dans le eloitre de Moissae, pour reeonnaitre dans cette
..,tatuaire de» copies grossières des ivoires bvzantins.. Voici (fig. ) un
,le ces exenple provenant du cloitre de Moisae. Cette image de saint
PiOrre, de marbre, est très bas-relief. On retrouve là, non-seulement le
SCULPTURE
«aractSre (les sculptures (le Byzance, nai le faire, le style
llaiél'é, ci .isi'aux procédés 1)ov indiquer lcs draperics. Il
quc lcs artistes qui taillaicnt ces images ne regardaient ni l
mètnc lc
dans cette
byzant, ins
hiératile
est, ccrtai
;atre, i
nombreux fl'agments de l'antiquité romaine qui itb,,lldaielt
courtC, mais qu'ils n'avaient d')'eux «le l)OUV ces ,)vrages
d'ivoire, de cuivre ou d'arget repoussé qu'ot exl)octait sans
cesse de Constantinople. Tout (lans cette sctll)ture est de convention;
om n'y retrouve que les traces ettheées (l'un art qui ne procède plus que
pat" recettes. Mais de cette sculptre qui set si fort la léca(letce, à celle
qu'on lit u, siècle plts tard à peine, dans les mëtws provittces, il y a
toute uue révolution; car cette del'i,,'re t repris l'atil' 1« .i(.esse qli
appartict à ul art aiss;ttt. Cé 'est pltls la bacbal'ic Sélile, c'e.',l le
conmellcement (l'ut art (1i va se (lévclol)l)cr. Des causes l)olili(lueS ent-
p(}chèvent cette école lang)edocielC (le s'élever, aii (lUC nous l'exl),)-
Sel'()lS tot h l'he/'e; nais ('e qt(. o)s ven,-)s le tire exl)liqlt, les
diverses natures des influences byZalltines en France l)eldaltt le Xl siècle
et les premières années du x . Ces artistes de l)r()vence, du La)gle(lç)(-,
dt Rhin, par cela monta qu'ils avaiet entre les mais u grad onl)ve
d'objets seulpt.és proveiant de Byzance, n'av;iieltt pas t., cotllc les
clunisiens, à transposer l'art de la peinture dalS la tatu;ti'c; aussi leurs
lroduits n'ont pas cette originalit6 des teuvres de l'école cluisie,_', qli,
procédant de la peinture à la sculpture, devait nettre beaucoul du sien
daltS les imitations byzantines.
Y,,iei donc, h la fi dll Xl e siècle, quel 6tait l'6tat des écoles de sclp-
lute lans le diltëreItes provices de la France actuelle. Les lraditiois
ronaine 'étaiet Ceintes à peu l)CèS pal'tout, et e l«tissaiellt llts v,,ir
que [le faibles luetlrs dans les villes du Midi. En Pro.vente, les l'eSlOS les
. 1'
molUlllelts rolmins étaient assez nolbretlX pour «lC éc[_,l' lc
turc renaissante h cette époque s'inspirer prineipalenent de la statuaire
antique, tandis qu'elle allait chercher les ornenelts et les li,res le
l'acchitccture eu Ovieut'. L'écule de Toulouse avait al)andoné
radiliol ronaine, et s'ispirait, quat à la statuaire, [lc llOlll]l't.llX
exemples sculptés rapl)ortés de Byzanec : l',»rnemetati,-, était
cou,promis entre les traditions gallo-romailes et les excnplcs vents de
Byzance. Das les provinces rhélanes l'éléent byz:ttî, natis
«loniait [lans la statuaire et l'oremellati[n. Dals les provinces oeci-
dentales, le Périgord, la Saintonge, la statuaire était à peu près nulle, et
l'ovementation gallo-romaine, bien que Saint-Front eùt été b&ti sur un
plan byzantin. A Limoges et les villes voisies, vers l'ouest et le slld, la
proximité des comptoirs vénitîens avait donné naissame à ue éeole assez
florissante, appyée sur les types l)yzantins. En Auvergne, le Nivernais
et une partie «1 Berry, les traditions byzantines ispiraient la statuaire,
tandis qe l'orementation conservait un caratère gallo-romain. Mais
Voyez Pe,la'tF» fig. 66» et le texte qui accompagne cette figure.
[ SCULt,'rurE ] --- 112 --
ces provinces étaient en rapport par Limoges avec les Vénitiens, et rece-
vaient dès lor un grand nombre d'objets venus d'Orient. En Bourgogne,
dans le Lyonnais, l'école clunisicnnc produisait seule des uvres d'une
valeur originale, et comme statuaire, et comme ornemcntation, par les
motifs déltits plts haut. Dans l'Ilc-dc-France la statuaire n'avait nulle
valeur, et l'ovncmêntation, comme celle de la Normandic, s'inspirait (les
cotpo,tions byzantincs, h cause de la grande quantité d'étoiles d'Orient
qti pénétraient dans ces provinces par le comnicrcé dc Vénitiens et des
Génois. En l'oitou, la statuaire était également tolnbée dans la plus
grossière barl)aric, et l'ornêmcntation, lourde, était un mélange de tradi-
tion gallo-romtincs et d'intluencc, byzantincs fi»urnics par les étoffes et
les stensilês d'Orielt.
Si l'on consulte la carte «lle ous aVOIIS dressée pour accompagner
l'article CLOCnt:l (tig. 6), t, se rendra compte d'ue partie de ces divi-
sios d'écoles, bien que les arts de la sculpture n'aient pas exactement
les rnëmes foyers que ceux (le l'architecture. Ainsi, il y a une école d'af-
chitecture normande au conmeicement du xI e siècle, et il n'y a pas, à
lvopvelnênt parler, d'école de sculpture normande. L'éeole de sculpture
de l'lle-de-France ne commence à l'ayoner que vers la fin de la pre-
Iière nmitié du XI' siècle. Si l'inlluence de l'architecture rhénane se
fait sentir au comnencement du Xl" siècle jusqu'gt ChMons-sur-Marne,
la scull)ture des bords du I,hin ne pénètre pas si loin vers l'ouest. Tou-
louse, li 'a las, "à la lin (lu Xl siècle, une école d'architecture locale,
l.-,ssè,_le déjà une puissante école de "
._culpture. L'architecture, déve-
loppée «tu Xl sit.cle dans les provinces oecidentales, ne montre des
écoles de sculpture dignes de ce nom qu'au xii siè.ele. On peut donc
COlnpter xer 1100, en France, cinq écules de tatuaire : la plus ancienne,
l'école rhénane; l'école de Toulouse, l'école de Limoges, l'école proven-
(:aie, et la tlerliève née, l'école clunisienne. Or, cette dernière allait
pronpteent en former de nouvelles ,ur la surface du territoire, et
renouveler entièrement la pllpavt de celle «lui lui étaient antérieures,
en les poussant elt dehors de la voie hiératique, à la recherche du vrai,
vers l'étude de la nature. Contatons d'aburd que partout où résident les
,'lnisiens au connencement du Xl' siècle, la sculpture acquiert une
-Ul)ériorité marquée, soit eoInlne orlementation, soit comme statuaire.
Le témoignage d'un eontemp,»rain, celui de saint Bernard, qui s'éleva
si vivemelt contre ces écoles (le sculptures clunisiennes et. qui essaya de
combattre leur influence, serait une preuve de l'iInportance qu'elles
avaiet acquise au Xll * siècle, si les monuments n'étaient pas l'à.
L'école clunisienne etait la seule en effet qui pouvait se développer,
Irai'ce qu'en prenant pour point de dépaI't, pour enseignement, dirons-
ous, l'art lyzantin, elle observait la ature, tendait à s'éloigner ainsi
des types consacrés, "a se soustraire peu à peu "a l'hiératismc des "arts
grecs des bas temps, et qu'elle avait su prendre, dans ces arts, comme
modèle, celui qui avait conservé les allures les plus libres, ta peinture.
--- ] |3 [ SCULPTURE
La peinture bzantine, en effet, n'excluait pas encore à cette époque
l'individualisme, tandis que la sculpture semblait ne reproduire que des
types uniformes, consacrés. Les vignettes de manuscrits grccs du ri" au
siècle présentent, non-.seulement des compositions empreintes d'une
liberté que ne conservent pas les sculptures
vrerie, mais qui reproduisent évidemment
tiennent compte de la perspective, de l'effet
de ivoires et objets, dorïé-
de portraits. Ces vignettes
pro,lit pat" de., plans dittë-
rents, par la lumière; quelques-ne mët,e sott profondément em-
preintes d'une intention dramatique '.
Nous allons montrer comment les cluniiens avaient introdit dans la
etc, le byzantine,
sculplure, imitée comme /;_ire et cc, nme tyle de
ces éléments de liberté et l'observation de la nature, -oit par la repro-
luction vraie du geste, soit par l'étude des tyl)e, qu'il, avaiet -o., les
yeux.. es la porte principale de l'église abbaliale de " ezelay, ouxrage
une grande valeur pour l'ép,_,que, (li va ,)u t,urnir les exemples les
plus renar,lal)les de cette .,_tatuaire i».eudo-b.vzantine des clunisie.-,,
à la tin du x siècle ou pendant les première.., accentues dt
L'e.nsemble de cette oeu,,re est préentée dan l'article l'»nTr: (ti« I 1)
On remarquera, tout d'abord, qu'il y a dans cette
x-ement, une mise en scè;e, qui t'exi.,tent pas dans le... c,jtttp,,siti,n.,_ hyzatt-
lines de la même époque «». attéricures. L'idée [lrattlati,lle .-tl»:i.te au
tnilieu de ces groupes de persotnages auxquels l'arti.-_te a v,_,tllt ,lotincr
la vie et le mouvement. Voyols les (létails. Voici. figure 3, ,leux lcs
tigures trois quarts nature, sculptées ur le pied-droit ,le lr,,ite; c'e»t
un saint Pierre qui discute avec un autre ap6tre attentil" et paraissant
e disposer à donner la réplique. Le geste du aint l'lette e-t flet, bie
accusé, et sa tëte prend une expression d'insi»tance grave qui e,t tout à
fait remarquable. A c6té de ce ,'&lisme, le/aire des
dont elles sont disposées, ces plis relevés par le
byzantine. Examinant attentivement les type.., «les
on reconnait qu'il» n'ont rien de comnun avec la
Les sculpteurs clunisiens e sont i,pirés de ce qu'il« v,yaielt autolr
d'eux. Ces Cèles présentent des caractères individuel«, ce e olt plus
des types (le convention. Sur de.-, chapiteaux de la mème porte, «les per-
sonnages fournissent des types variés. L'un, celui A, ligure h, a le nez
Voyez dans les uvres de Dioscoride de la Bibliothèque imperiale (le Vienne, manu-
scrit du ri e siècle, la miniature représêntant Juliana Anicia ; les manuserits grecs, n « 139
6gt, 70 de la Bibliothèque impériale de Paris, x. siècle ; les manuscrits de la bibliothèque
de Saint-Mare de Venise; celui conserxé au Louvre. Beaucoup .le x-ignettes de ces
nuscrits se font remarquer par la grandeur et l'encrgie
du geste et par la physionomie tout individuelle le
Itistotre des art« au moyen dge, M. Labarte a reproduit
ignettes. Dans le mème om rage on peut voir des copies
x sibcle, obtenues par la photoaphie qui [ol'ment par
«ontraz£ frappant avec ces peintures.
des c«,mpositions, par la netteté
certains personnages. Dans son
fidèlcment quêlques-unes de ces
d'ivoires b',zantins du v e au
leur caractërc i,iérali,lue , un
SCULPTURE ] --- 1 |/i --
3
I
long, lin, le front découvert, les yeux grands, à fleur de tète, l'angle
"--" 1|5--- [ SCULPTI'I1E ]
externe l(gèrement releve ; la bouche petite, la lbvre infCrieure ailla,te,
le menton rond et la barbe sc)yc**se. L'a,Iv'e, ccl**i B, a .le nez cturt, les
yeux couverts, la bouche large et la n,5choirc dévcloppSc. La tète du
premier est longue, celle du secç)nd ro**de. La tStc de t'c******c C 1)rSscnte
l I I II1 I
un autre type. (]eLLe l'enime, v(te seulement (l'n cou't jupo de
tient e frontale de la ain droite; à so bras gauche ct. atta«lé une
sorte de lo('lier (rn« l'ne croix, et (lerri're lequel elle semble se
cacher. Cesl ¢, sainl, Malelcine chassant au désert, por lorv«,ir
sa nourritre. U gros oiseau «si levant elle. Le sclpter a-t-il
Ce qui et cer-
lner à cette tète n caractère (l'il upposait orieItal ? "'
tain, c'est le les traits de celle lçmme litt'è, ret des types adnis
les sculptures (1 nonument. Les yeux ont longs, les ponnéttes sail-
lantes, le menton et la bouche vive.ment acceltu6s, le ez très-tin et
recourb6. Il y a donc dans cette écoe déjà ule recherche des physi»nc-
mies, des trails, sur la ature. Si cs regardons les pîels, les nains des
personnages de ces bas-reliefs, nos pouvons 'onslater également
étude déjà fine de la nature, on a recours à elle; et l'intlueace byzantine'
se fait sentir seulement dans la faç, on d'exprimer les plis des draperies,
daus crtains procédés adoptés pour faire les cheveux, les accessoires :
la mème ohservatioa pourra ëtve faite sur le bas-relief de la cathédrale
d'Autun, bas-relief postérieur à celui de V6zelay de vitt ott tre¢te ans
au plus, et d'un moias boa style. Mais dans cette uvre de sculpture,
les types des tètes ont un caractère bien prononcé et qui n'est nullement
byzantin.
L'une de ces tëtes que nous donnons figure 5, et quç nous avons pu
avoir entre les nain.s parce qu'elle avait ét5 brisée et jetée dans des pla-
tras, lorsque ce bas-relief fut muré la tin du dernier siècle, reproduit
un des types gSn6ralement admis dans cette sculpture, ge type, tout
h fait particulier, n'a rien de romain ou de byzantin, mais possède un
SCULPTURE ] -- 1 16
caractère asiatique prononcé; il emble appartenir ailx belles rates
aucasiques. Les lignes du front et du nez, la délicatesse de la bouche,
I enchgssement de l'oeil couvert et légèrement relevé à l'angle externe,
la longueur des joues, le peu d'accentuation des pommettes, la petitesse
extrême de l'oreille, la barbe -oyeu-c et friée, accu.cnt une belle race
qui n'et ni romaine, ni germaine. L'oeil est rempli par une boule de
verre bleu, et le sourcil e,t accu.é par un trait peint en noir. Ce t.vpe
de ttê ne se rencontre nulle part dans les figures de Yézelay, où généra-
lement les fronts sont hauts et développés, la distance entre la bouche et
le nez grande, l'oeil très-ouvert, les pomméttes prononcées. Mais ce qui
et à remarquer, c'est que si l'on se promène dans les campagnes du
Morvan, sur les points les plus éloignés de la circulation, en rencontre
assez fréquemment ce beau type chez les jeunes paysans. Yoici donc
dans deux monuments très-voisins,--puisque Autun n'est qu"à 90 kilo-
mètres de ¥ézelay,-- la mème école de sculpteurs ayant pris pour point
de départ l'étude des arts byzantins, qui s'inspire des types vares que
fournissent ces localités. Mais si nous pénétrons dans d'autres régions,
oumise à d'autres écoles, nou trouverons également " cette époque,
-- 117--
c'cst-à-dirc de llO0 à
nature et 1 )l)se ati
On comprendra qu'il
d'exemples
1150, ces nlëmes tendances
des types locaux.
ne nous se.rait pas po,-:sible de
que comporterait u pareil sujet et «lui
vers
[ SCULPTUIIE ]
l'étude de la
fournir la qtantité
demanderait,
seul, un ouvrage éten(l. Nous levons nous bor.er h signaler luelques
points saillants afin d'attirer l'attention les artistes, d.es archéologues,
des anthropologistes, sur ces lueslion dont la valeur est trop d6daign6e.
Nous avons 1)arlé ie l'école ,le Tolose, t,lte byzantine a Xl" si¢'['ie.
Comme ses seuvs, a x" siècle cette école almn[lonne en partie l'hibra-
tisme grec des bas teps p,»v chercher l'6tle de la nature.
Le petit h6tel de ville (le Saint-Atonin (Tal'l-et-6aronne) est n les
plus j«dis édi[i«e du uilie d x" siècle, c'est-h-clive «le 1 lhO environs.
Il apl)articllt à I'6cOIe de Toulotse. Sa Sctllpture est traitée avec ln soin
et une perfl,('tiol rare.s.
Entre tutres figres, star ta des «hapiteaux lc la galerie 111 i)veniier
étage (le
masque
ce monu[lent est
(fig. 6). S'il est u
scuiptë
tyl)e
I111
tCte
roi dont nous tlOllllOIlS ici le
biel caractérisé, évidentteltt
' Vo.ez lISTing. Dt: VtLI.E, fig. 1, 2 et
|
[ SCULPTUBE ] -- 1|8 --"
pris sur la nature, c'est celui-là. Ce front large; ces yeux bien fendus,
eil; ce nez fin
grands, ces arcades sourcilières éloiées du globe de 1' ,
canbré, serré à la racine et près des narines, celles-ci étant mince.,,,
relevées; ces lèvres fermes et nettement bordCs; cette barbe en longues
mbehes, ces oreilles 6eartées du er'Une, ces-cheveux longs et soyeux, ne
présentent-ils pas un de ces types slaves comme on en trouve en Hongrie
et sur les bords du bas Danube . A côté de cette tête il en est. d'autres
qui présentent un caractère absolument diflërent et qui se rapprochent
des types les plus fréquemment adoptés dans la statuaire de Toulouse
Pourslivons cette revue avant de reprendre l'ordre que notls devons
suivre dans cet article.
Tran,portons-nous à Chartres. Le portail occidental de la cathédrale
présente une suite de statues d'une exécution très-soignée. Ce sont de
grandes- tigures l,,nges tli semblent emmaillottées dans leurs vètement.,,
cotonne le,; nç, mie dans leurs bandelettes, et qui sont profondément
pénétrées de la tradition byzantine comme/ai'e, bien que les vëtements
.,oient uccideltaux. Les tètes de ce« personnages ont l'aspect, de portraits,
et de portrait., exécutés par des maitres. Nous prenons l'une d'elles, que
«onlaissent toutes les personnes «lui ,-,nt visité cette cathédrale'-" (fig. ).
Ces statues de Chartres datent aussi de
qui a sclpté cette tëte, tout somis
1 lb0 environ. A coup sùr l'artiste
qu'il fùt à la donnée byzantine
SOllS certains rapports, s'en écartait encore plus que ceux dont nou.
venons (le présenter les euvres, au point de vue de l'étude de la nature.
Des types lue nou- venons de présenter, celui-là ,eul a lin caractère
vraiment français ou gaulois, ou celte »i l'on veut. Ce front plat; ces
arcades soureilières relevées, ces .,,'eux à tleur de tëte; ces longues joues;
ce nez largement aceusé à la base et un peu tombant, droit sur son pro-
fil; cette bouche largë, ferme, éloignée du nez; ce bas du visage carré,
ces oreilles plates et dévelappées, ces longs cheveux ondés, n'ont rien du
Gernain, rien du R,»nmin, rien du Franc. C'est là, ce nous semble, un
vrai type du vieux 6auloi.. La face est grande relativement au cràne,
l'oeil peut facilement devenir moqueur, cette bouche dédaigne et raille.
Il y a dans cet ensemble un mélange de fermeté, de grandeur et de
finesse, voire d'un peu de légèreté et de vanité dans ces sourcils relevés,
mais aussi l'intelligence et le sang-froid au moment du péril. Les mas-
ques des autres statues de ce portàil ont tous un caractère individuel;
l'artiste ou les artistes qui les ont sculptés ont copié autour d'eux et ne
se sont pas astreints à reproduire un type uniforme. Ce fait mérite d'au-
tant mieux d'ètre observé, que vers la fin du xW siècle, ainsi que nous
le démontrerons tout h l'heure, la tatuaire admet un type absolu qu'elle
i Cette tëte, comme toutes les sculptures ,le cet édifice, était peinte. On oit encore
la trace des prunelles d'un ton gris bleu.
2 Autant que possible ces dessins sont faits sur des moulages que nous possédons» ou
sur des photographies.
¢,onsidère comme la perl'cction, et
lisme des personnages.
119
ne se preoccupe
[ SEULPTI RE ]
plus de l'individua-
tl existe encore dans l'église abbatiale te Saint-Dents deux statue6
transportCs par Alexandre Lenoir a Mus,e des monuments français et
provenant de l'église Notre-Dame de C,-,rteil : ces deux figures, baptisées
des noms de çAo,¢is et de Clotilde, sans autorité, sont de la m:.me époque
.que celles du portail occidental de Chartrcs. Longues comme celles-ci,
exécutées avec un soin extrème, remarqablês d'ailleurs comme style,
très-intéressantes au point de vue des vëtemênts, rendues avec une grand(.
finesse, cllos nous fournissent des types de tëtes qui ne rappellent, en
rien ceux de Chartres. Voici (fig. 8) celle du roi. Ce masque n'est, pas la
d'
reproduction d'un type admis, un canon; c'est pour qui sait voir, u
portrait ou plut6t un type de race, un individu par excellence. Les
SCULPTURE J
grand,
e.,t; lès
la
pee,
arcades
barbe
jolies
lèvre
rendus comme ceux des plu.« belles races venues du nord--
plates, le nez bien fait, droit; la bouche petite et biën eou-
sttpérietlre étant saillante; le front très-large et plat, les-
sarcilières charnues et suivant le contour du globe de l'oeil; la
souple et le mou.,_ taches prononcées, les cheveux abondants et.
U
Il
longs, tou ce.,_ trait appartiennent au caractère (te physionomie donné
,à la race mérovingienne. Que l'on compare ce masque à celui que donne
la ti,..,ure 7, et l'on trouvera entre ces deux types la différence qui sépare
le mérox ingien ou le dernières peuplades venues du nord-est, du vieux
sang gaulois. Le dernier type, celui tigure 8, est évidemment plus beau,
plus noble que l'autre. Il y a dans ces grands yeux si bien ouverts une
hardiesse tenace, dans cette bouche fine quelque chose d'ingénieux, qui
n'existent pas davis le masque de Chartres. Ces deux tëtes mises en
parallèle, ç,n comprend que le type n ° 8 domine par la hardiesse et la
conscience le sa dignité le type n ° 7; mais on comprend aussi que ce
dernier, dan la physionomie duquel perce un certain scepticisme, finira
par redevenir le maitre. Il v a dans les traits du roi, et dans la bouche
notamment, une naïveté qui est bien éloignée de l'expression du masque-
--
(le Chartrcs. La t5tê (le la reine
C,t'beil, et qli faisait pendant à
,llable. Mais p,»lr ttieux faire
[ CULPTURE ]
provenant du portail «le Notre-Dame «le
la statlc «lu roi, n'ct pas mois remar-
saisit" avec quelle tincssc ces écoles d
x' siècle
qu ils avaient sos les )'ex, tous mettons en
statue de femme (lt portail dê la cathédrale
satue provenant le Corl)eil (tig. 9).
en Frame rt.Ir«luisaient les earael(;ros des types hlnains
parallèle le m,sqe l'le
,le Chartres et ,:'elti (le la
Si l'on demandait laquelle de ces deux fentmes est la maitre._,se, laquelle
la servante, personne ne s'y tromperait; il y a dans la rote le la reine A,
«le Corbeil, une distinction, u sentiment de dignité, te gr:tvité intelli-
gente qui ne se trouvent pas danb la ttte B, de Chartres. Mais si nous
!'
mettons en parallèle la rote (le felilrlle (le Charircs ave celle te, homme
(fig. 7), (?es deux types appartiennet bien à la morne race; si nous
voyons ensemble les tëtes dl roi et de la reine de Notre-Dame de Cor-
beil, il est évident «lte ces personnages appartiennent tous detx ;llSSi
à une motive race. t_-',e qu'il v a (le railletr et d'amer dans la bouche (te
l'hollime de Chartres st. traduit daiis
expression de banhonie nalicieuse.
le maslue (le la feriinle par line
Les yeux de ces deux masques
,,'iii. --- 16
[ SCULI'T['RE ] l q_"2_ m
sont fendu« de mgme, les paupières couvrent en partie le globe; le nez
est large h la base et la màchoire développée. Les personnages de Corbeil
,,nt t,_,ts deux le, yeux bien ouverts, les arcades sourcilières emblables,
la bouche identique, la mIchoire fine, le nez dêlicaL '.
Entrons dans une autre province; en Poitou, vers la mëme époque,
c'e.,t-à-dirê de 1 t'2.0 "à 1 lb0, la statuaire abonde .ur les monuments.
Cette statuaire est t'ortement empreinte du style byzantin, mais cepen-
dant l'individ«disme, l'étude «le la nature se fait sentir.
Vai«i (fi:. 1) la t:,tê d'une femme faisant partie d'un relief représen-
tant là nai:sance du Sauveur, -ur la façade de Notre-Dame la Grande,
Ici partie supériclirc du
charnue_.,, la rttcIch,,ire
veux .i-e-. lai,; nuus
h t'oilier.. [.iii ne reconnaitrait là un de ces type- -i fréquent dans
le t:,,it, ? l.',tgle externe de l'oeil est abaissé; le nez e.t fi:Jrt., droit,
f,l'Inant avec le l'rolt une ligne continue; le front e_-t l)ien fait. mais ha_-;
crâne plate, la l)ouche prè_, du nêz et les lèvre«
ronde et développée, les joue- grande.,, les che-
devons limiter cet examen de l'observation des
types hulnain. h .llelqué exêmple et reprendre l'histarique des diverses
écoles de ,-_culpture du ol f.ran(.'ais.
Les inlluencês bvzantines, n'ont pas été les .eules qui aient permis
à l'art de la Scllpture de .-_e relever de l'Cat (le barbarie absolue où il
était toIlibé.
Il e.-t cerlaili que des
éléments d art, très-peu développé il est vrai
avaiett été itr,-,dllits par les envahiseurs des v" et YI e siècles. Les
Bur,_,ondes, croire lotis ces barbares venus du nord-es/, semblent avoir
apporté avêc elX ,Iuelquês-uns de ces éléments tout .a fait étrangers aux
arL, (le la Rome atilue ét mème de Byzance.
Il existe dans les cryptes de l'ancienne rotonde de Saint-Bénigne, à
i Les deux: statues de Ne»tre-Dame de Corbeil étaient peinte«. On xoit encore sur la tëte
de la fe,nnie la coloration des sourcils et des prunelles. Mais nous devons revenir sur
cette question de la peinture de la statuaire.
13lion..reb'tie e 1 O01
lu v ,,iècle. Ces
turcs, lesquels
rctrouvés dans
conséquent ne
par l'ahb6 Gui|laumc, (les
[ SCULPTURE
fragmets de l'éditicc
fragments consistent en débris de moulures et le scllp-
ont "à nos yetx un intérèt particulier. L'un des chapiteaux
les massifs (tt commencement d xI siècle, et qui pat'
peuvent avoir appartenu qt'à un
n'a rien qui rappelle le style gallo-romain. Cette
nous donnons (tig. 11) n dessin, se
types d'orncmentation de; l'Indc.
mottlment plus ancien,
6trange st:tll)turc, dout
ralprochcrait phttGt de certain«
_, est un entrelacelnent d'Gtres monstrleux l)armi |esquel,
«les serpeuts. Certaines sculptures anciennes de Scandinavic et d'IsIaudc
«»nt avec ce chapiteau des rapports de parent6 no contcstal)lc.. On v
retrouve cette abondance de monstres, ce travail par itaillc,, ces crne'-
menls en forme de palncttcs, ces entrelacs.
« La conquGte des provinces méridionales et orientales de la Gaule
« par les Wisigoths et les Burgondes fut loin d'ètre aussi violente que
« celle du Nord par les Francs. Étrangers à la religion que les Scandi-
« naves propageaient autour d'eux, ces peuples avaient émigré par né-
« cessité, avec femmes et enfants, sur le territoire romain.
« C'était par des négociations réitérées plutôt que par la force des
« «rmes qu'ils avaient obtenu leurs nouvelles demeures. A leur entrée
« en Gaule, ils étaient chrétiens comme les Gaulois, quoiqc de la secte
« arienne, et se montraient en général tolérants, surtout les Brgondes..
,, Il paraît que cette bonhomie, qui est un des caractère actuels de la:
SCULPTURE ]
« race germanique, se montra de bonne heure chez ce peuple. Avant
« leur établisscmént "à l'ouest d, J,ra, presque tous les Burgonde»
« étaient gên de mS[iers, ouvriers en charpente ou en menuiserie. Il»
« gagnaicnt le,r vie h ce travail dans les intervalles de la paix, et étaient
« ainsi trancrs h c double org,cil du guerrier et du propriétaire civil,
qui no,rrissait l'insolence dc autres, conq,érants barbares . »
C'est en elt'ët dans les provinces de la Gaule romaine où s'établirent
les Burgondc ci les Wisigoihs que nou po,vons signaler un sentiment
d'art 6lrangcr aux r,,lition., gallo-romaines. C'est dans ces provinces
de l'E.,t conq,iscs i)ar le.,_ Burgondcs, et dans l'Aq,ilaine, occupée par les
\Visig,lhs, q,e les écales (le sculplure se développent plus particulière-
ment avant le x,, ieclc, tan(li, que les provinces cnvahies par les Francs
dcnêUrclt aachéc-aux iralition» gallo-romaines jusqu'au moment
«les prcnibvc, cvoisalcs. Lc N,-,rmands ne laissèrent pas d'apporter avec
cx lu,'ll,,e fernents d'art, mais ,'ela se l)arnait à ces ornements qu'on
rctro,ve chez les l»c,ples candinavês, et c concernait point la statuaire,
«lui .,,cmblc l,.,sv avoir élé tc),t h fait t.trangère. Si les monuments nor-
man(l les pl,l. acicn, c'est-h-dire du XI e ièclc, conservent quelques
trace, de ,Cllltres , celles-ci c l»,rncnt à dt.s ctrelacs grossicrs, à des
iltl)rication et lcs itaillc.,; ll.ais la ti.3tlre ll'y apparait qu'h l'état mons-
tl'êHX ; (211CoI'P c..t-elle l'are.
Les invasions .,,ctnlilaves li crent lieu dès le ri" siècle sur les c6tes
de l'Ouest av:ict-elles as.i déposé quelques .germes de cette ornemen-
taticn d'cntvclac ci le II'lt
xl ¢ siècle sui les monumert
ce que n,»s ne sal'iOlS déc
I,tFO.,_ tordus lu'on rencontre encoFe au
, (lu l)a. Poitou et de la Saintonge? C'est
idcl'. [Juoi lu'il en soit, cette ornementa-
caractère gallo-romain al);ttardi qu'on trouve
érigord, le Limousin et une bonne partie de
siècle, et qui ne cessa de se reproduire en
tion lle, ['l,tservc I»ls le
encc, re e,tier [lalls le P
l'Auvérgne peladant le x
Provencc jslu'au xi ¢.
Nols avoues montré par un exemple (lig. 2)ce qu'était devenue la
statuaire au x e siècle dans lê, villes d'Aquitaine ayant conservé des
écoles d'art. Elle n'était plus qu'un pa,tiche grossier des ivoires byzantins
répandus par les légociants en (ccidént. Cependant cette province,
c(,,ne celles du Nord et de l'Est, fait au commencement du xii siècle
un efl;)rt pour abandonner le., lypes hiératiques; elle aussi cherche le
dranatique, l'expression vraie du .,_..,este, et elle ne dédaigne pas l'Cude
de la atuve. Le musée (le Toulouse et l'église Saint-Sernin nous
offrent de très-beaux spécimeas de ce passage de l'imitation plate des
types rapportés de Byzance à tin art très-développé, bien qu'empreint
encore des données grecques byzantines.
I Vo.ez Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire «le France, VI e. « Quippe omnes fere
« sunt fahri lignarii, et et hac arte mercedcm capientes» semetipsos alunt. » (Socratia"
Hist. Eccl.» lib. VIl, cap. xxx, at)ud Script. ter. Gallic. et Franc.ç t. I, p. 60tt.)
--- 5---- [ SCULPTURE
Le fragment (fig. t'2_) (lui représente un. signe du zodiaque, et qui fait
partie du musée de Toulousc, date de la première moitié du xtt siècle.
La figure est trois quarts de laturc. 11 y a dans cette sculpture un mou-
x'ement, une recherche de reflet, une .tanière qu'on rencontre das les
peintures grecques, mais point dans les sculptures. 11 semblerait donc.
!
I
que la méthode adoptée par les clunisiens, consistant h s'in»pifer des
peintures plut6t que des sculptures byzantines, était désormais admise
par les pricipales écoles de la France. Mais on peut distinguer dans
le centre d'art qui se développait à Toulouse, au XII e siè.cle, l'une faqon
1' "
si remarquable, deux écoles, une qui tendait vers rexagcration des
types admis chez les peintres grecs, l'autre qui inclinait xers rimitatioa
[. SCULPTURE ]
,le la nature. Un certain nombre
'l'ouloe et provenant des
«l'une finesse d'exécution,
scènes représentées sur ces
de la nature et nctammelt
rinces voisines et mème sur
Voici
chapiteaux déposés ail musée de
cloitres de Saint-Sernin b'tis vers llhO, sont
d'une recherche de style exceptionnelles. Les
chapiteaux sont, au point de le de l'étude
(lu geste, c avance sur les écoles des pro-
celles dll Nord.
13) u fl'agmet d'un de ces chapiteaux representant Sa-
lotJé, 1;, fille l'llérodialc, au ltoment où elle obtient d'It6rode, pendant
tl festin êt en dalSant devant lui, la tête de saint Jean-Baptiste. Les
gestes de ces deux-personnages sont êxpriinés avec délicatesse indiquent
le sujet non sas (,e certaine gr,ce maniéré, e. Les draperies, les détails
[ SCULPTUBE ]
des vëtements, d'une extrëme richesse, sont rendus avec une lr('cisin,
lnC vivacité et un style qu'an ne rencontre plus à cette époque dans
la sculpture engourdie (le Byzantins.
Ces belles écoles tou|ousaites du xI: siècle, dont il nous recto de si
rcmarquables fragments, s'éteignent pendant les cruellê» guerres contre
les All)igeois. Cependant, si l'ott <'onsidère leurs tettvres à Toulousc, à
Moissac, "à Saint-Antolin à Saint-Ililaire t à Saitt-Bertrand (le Com-
minges =, on peut adnettre qu'elles ettssent pu rivali.,,er avec les nieilleure
écoles du Nord pendant le xI slecle. Faire sortir un art libre, pouvsui-
wtnt le progrè.s par l'Arude de la nature, cil prenant tin art hiératique
cotonne point de del)art , c'et ce que firent avec un inconparablesuccè
les Athéniens de l'alitiquité. Des sculptures dites é.ailétiqties, c'c,t-à-
dire empreintes encore pvofondénieltt d'ult caractère hiératique, aux
sculptures de Phidias, il y a viligt-citq ou trente as. Or, nous VOyOn.>
en France le n-lèlne phéon(..le
Corbeil, de ChzlloI-sur-3larle,
(Seine-et-Marne), à la .,tatuaire
se produire. Des statue., de Chartre, de
(le Notre-Dame de l'al'i, a de Saint-Loup
du portail occidental de la cathédrale de
l'aris, il y a i111 ilttervalle [le cinqualite ans environ, et le pas fi'altchi est
imneltse. Dans cette ,atuaire des pvemièw-:s années du xt'" siècle il
a plus rien qui rapl)elle les données byZalitilleS, l»a, llu ,[u',-,li lie retr[-,uve
de traces de la statuaire éginétique, toute empveiite de l'hiératisme (le
l'Asie, dans les sculptures du temple de Thésée ,:,t du l'avthén,»n.
Cela, si nous elivisaeon l'art à un point de vue l»hil»ol»hique, nté-
rite une sérieuse atte.liti,jn, et tendrait à détruire t::e opiion générale-
ment répandue, savoir : que l'art ne sauvait se 16velol»l»er (lan le
du progrès ''ll prend pour point de départ [111 art a" s,_,l ,15clill, Cllfel'lll[
dans des formules hiératiques. Les Ilellèes Cel)e,lalt se saisirelt tic»
arts déjh engourdi de l'Asie et de l'Égypte cOIle c)l se aiil d'un
lan«-«»,...o... En peu de telllp, avec ces élémelts, de»,lllel> .iu--qu'h eux
ne savait tirer qu'un cêrtain nombre d'idée t'ovuuléê> de la nète mit-
ière, ils surent tout exprimer.
Comment ce phénomène put-il
se praduire? C'e>t qu'il., n'avaient
. _ Ici-fie rtaivc en
eonsidéré l'art hiératique ,lue omme i111 moyen qla-i , . -. d' -
seignement, un moyen d'obtenir d'abord ne certaine pevl'ectiol d'exC
turion, un degré déjà l'vanchi, au-dessous duqtêl il était inutile de
redescendre. Çltlallt| leurs artistes cuvent appris le m:tier à l'aide de ces
arts, très-développés au point de ve de l'exécution matérielle; quand ils
t'lrent assurés de l'habileté de leur mai; quand (p,_ur nous servir en-
,:,re de la eomparaiso de tout h l'heure) ils erent ne pari'aire con-
naissance de la grammaire, alors seulenent ils cherclièrent à manifester
magnifique sarcophage de marbre du Xll e siëcle.
7. Le cloitre.
Sous parlons ici ,lu
occidentale}, lequel date
tympan de la porte Sainte-,ntc (porte de droite de la façade.
de 1 1 t 0 en iroml.
[ SCULPTUBE ]
leurs propres idées ;'t l'aide de ce lan«-o,.,..., qu'ils savaient bien. Une fois
certains de ne pas tomber dans une exécution matérielle inférieure à
celle des arts asiatiques, ils n'csavèrcnt plus d'en reproduire les types;
mais, se tournant (lu cté de la rîature, étudiant ses ressorts physiolo-
giques et psychologiques avec une tinessê incomparable, ils s'élancèrent
à la rechercle de l'idéal ou plutôt de la nature idéalisée. Comment
cela? D'
,,l»»rd, de la reproduction plus ou moins fidi}le de types hiéra-
tiques (lui leur .,_errent de modèles, ils en viennent à chercher l'imita-
tion des types vivants qtli les entourent. Cet effort est .visible dans les
sculptures- dorielnes de la Sicile, de la grande Grèce et dans celles de
l'llcllade les llus anciennes. Comme chez les Eypticns et les Assyriêns,
le portrait sinon de l'indivilu, de llt race au moins, apparait dans la
,atuairê doriene immédiatcmelt al»rè, «les essais informes.
Mai au lieu de faire cotonne l'artiste assvrien et ;«- "
. pten «lui, per-
létuant ces repro(luctions (le types,
nière absolumett 'convelitionnelle;
poncifs pour faire un Libyen, un
arrivait h les expriiner d'une ma-
lui l.»ssédait «les forniules, des
Nul»ie, t lonien, un Mède ou un
Carien, le Grec rélit pel
de race ; il leur t'ait sulir une sorte (le
pour prodire un ëtre idéal, l'humain
peu ces types divers d'individus et mëme
gestation das son cerveau,
par excellcce. Ce n'est pas
le Mède. :. ou le Macédonien, le Sémite pur ,,1 l'Éëyptien, le S3Tien Otl le
Scythe, c'e.-,t l'holnme. Cherchant une abstracti,»n parfaite, il ne saurait
s'arrëter ; il retouche sans cesse ce modèle abstrait qli est une création
«ternellelnent rt.ttse dts le Inoule, et pat" cela mëme qu'il cherche
touj,_,urs, lu'il va devant lui, étant monté aussi haut que l'artiste peut
atteidre, il doit redescendre. C'est ainsi que le Grec tourne le dos à
l'hiératislle oriental.
Ce phéltontèlie dans l'histoire de l'art se
tin du XII e siècle sui" ulie grande partie
elé.êts smt moins purs,
est la nëne.
Les statuaires du Xl" siècle en
de, Byzatins ; il faut avant tout
reprodtit identiquement "à la
du territoire français. Si les
les résultats moins considérables, la marche
France comtlencelt par aller à lëcole
apprendre le méti«r ." t est "à l'aide des
modèles l»yzantins que se fait ce premier enseigenent. Cependant
l'artiste occidental, ne pouvant s'astreindre à la reproduction hiératique
dès qu'il sait son nétier, regarde autour de lui. Les physionomies le
frappent ; il comnence par copier des types de tètes, tout en conservant
le faire byzantin dans les draperies, dans les nus, dans les accessoires.
Bient6t de tous ces types divers il prétend faire sortir un idéal, le beau;
il y parvient. {.tue ce beau, que cet idéal ne soient pas le beau et l'idéal
t.rouvés par le Grec, cela doit ëtre, puisque jamais, dans ce monde, des
causes semblables ne produisent deux fois des etfets identiques. Que
cet idéal soit inférieur à celui rêvé et trouvé par le Grec, en considérant
le beau absolu, nous le reconnaissons; mais ce mouvement d'art n'en
est pas moins un des faits les plus remarquables des temps modernes.
--- 129 ---
Les conditions faites à l'art du tatuairc par le
elles d'ailleurs aussi favorables au développement
[ SCULI)TU IE j
christianisme taien t-
de cet art qe l'aait
été l'Arat social de la Grèce ? Non. Chez le firec, la religion, le, habi-
tudes, les murs, tout semblait concourir au développement le l'art du
.,tatuaire. Si les Athéniens ne se promenaient pas tott ns dans les rues,
le 'mnase, les jeux, mettaient, sans cesse en relief, aux 3"eux du pople,
les avantages corporels de l'homme, et les habitants
pouvaient distinguer la beauté physique du corps h
nos jours le peuple de nos illes distingue 5 premiè
bien mis et portant son vëtement avec aisance, d'Ull
pouvant plus se déx-elopper en obserxant et reprodisant axec di.,tinc-
tion le c6té plastique du corps humain, devait e faire jour d'une autre
manibrc. Il s'attacha donc à étudier les reIlets de l"ame sur les trait.,;
du visage, dans les gestes, dans la façon de porter les vètements, de les
«les villes grecque«
lmain, comme de
re vue un homn.
nmlotnl. L'art,
dites de l'école moderne, nous se
[ue les habitudes introduites par
tuaires dt moyen/tge en ont tiré
tons amenés h cette conclusion, savoir :
le christianisme 6tant admises, les sta-
le meilleur parti et ont su dével,pp,,r
leur art dans le sens possible et rai. Au lieu ,le
le voyons faire aujourd'hui, à reproduire des
grecque, ils ont pris leur temps tel qu'il était,
art intelligible, vivant, propre h in-truite et h
chercher, eommo
modèles de l'antiquité
et ont trmlvé pour lti
éleer l'eprit du pepl..
Un pareil résultat mérite bien qu'on s'y
nées au,;si 6tl'oitc:, ces artistes ont atteint
à eux s'il ne sculptaient point le Chri:t
Apollon et X cnu:, test le,tf fait,. ne
que les Grecs cux-mèntes ne :ê ,nt pris d'amour
la beautd plastique ,lépotillée de tot voile. 5lai la
stat,aire étant une atrairc de murs, avoir
traits, ,ne expre_-_,ion très-élevée, aux gel-tes un
jours simple, aux draperie,; un style plein de grandeur, c'6tait là ln x é-
ritable mou-,ement d'art, neuf, original et certes plus s,Mcux que ne
saurait l'ètre l'imitation éternelle des types (le l'antiquité. Ces intilatios
de ,,hic, le plu souvent, et dont on a tant abus6, n'ont pu faire, il ':t vrai,
descendre d'un degré les chefs-d'oeuvre dos l»eaux temps de la V.rbcc (ltts
1 esprit des amants de l'art, et c'e, ce qui fait
valeur de ces ouvrages; mais cela ne saurait lês
de la foule : aussi la statuaire de nos jours e.,t-elle
entretenue par les gouvernements, ne répondant à
penchant de l'intelligence du public. Or nous ne
soit, s'il n'est compri,; et aim6 de tou.-.
A Athènes,
contraire, les
toute la ville se pas.ionnait pour une statuts. A Rome,
objets d'art étaient la jouissance de quclqes uns; aussi la
arrëte, surtout si dan. dc. d._n-
le beau, l'id&tl. S'en p'cndre
et la -ainte Yierge nu
sin-ulibrê qtterell,, d'autat
qu'asscz tard
n6ccssité le /.tir
doliner at visage le
entiment vr,ti ét tot-
temps
les re-
re.-sortir l'in'tl)pr,:cial)lc
faire estime' dav«tnta.,c
devenue affaire [le luxe,
aucun .besoin,
pcn,;ons p qu'
draper. Et ainsi limité, il atteignit encore une grande éléation.
Si donc nous "«ç»lons co.sidérer l'art de la :tatuaire dans les
antiques et dal,le moyen tige, du c6té historique et el oubliant
[ S(;ULPTUt/E ] -- '1:0 --
Rome inpériale n'a pas tn art qui lui .-,oit propre, au moins quant à la
statuaire, l'endat les beatx telnp. du moi'en àge l'art de la statuaire
;ait conpri>, c'était un livre lvert où chacun lisait. La prodigieuse
,-lUaltité d'etlxres de tatuaire qu'on lit à cette époque prouve com-
lien cet art était entré dans les neur>. Il thut consi16rer d'ailleurs que
si totte ce+ ,culptures ne sont pas des chefs-l'euvre, il t'elt est pas une
1 »oit vtluaire; l'e.xécutian est l)lus Otl loins l)arfaite, mais le style,
la ]'ItSe, tc t',,lt jalais dfaul. La stlttuaire remplit un objet, signifie
,[lel,llle cl,-,»e, sait ce lu'elle X-clôt lire et le lit toujours. Et l'on pourrait
t:l, tre «t deli ,le trc, uxer dans Ul m«nlmelt du moyen ige une figuPe,
,n«, >cule. ç«Clpant lne pktce >ans atl'e raison, colnne cela se fait tous
1,.» .],,11" a xx" siècle, que de loger luellue part une statue achetée
p«tr l'l:]tat à 31. X ....
[+t -tatuaire dan« .-.un atel;er fait. lnC statue pour une exposition
l)lllique : cette >tatlo Carir, il y a trente ails, tn Cincinnatus, Otl tin
S,,l,,tt, ,,t te tyntI,le; at}or<l'hui cest tin jeune pàtre, Otl une idée
etaph3>i+l,te, l'IC,p;r«ttce, l'+ttente, le Desespoir. Deux ou trois parti-
cliêt's et lran«e, o1 l'État, petxent seuls acheter cette euvre... Acquise,
la llace-t-on "? Dans I111 jardin t... Dan, un mtsée de province ; dans
niche xi,le de tel ou tel éditice ; dan+ une chapelle ou dans le vestibule
l_lr, ,',_)ett tne ,',taille COllt.'lle ,|a.llS lin atelier, sans savoir quelle
sera sa le.,,tina ..,i elle sera éclain.ê
ltlaCel', cortilelit
SiOll +111' le lliltJli, -
tion, par les ra)'ons du ...oleil ou par
,, .iottr intérieur; conment cette statue, ;tchet(.e par des personnes «lui
,,, l',,t point delnandée pour un objet +pécial et «lui ne savent où la
cette t;ttte, (_lisons-ttCtls, produirait-ellê une impres-
"? Excepté quelques amatetlr,« li pourront appréeier
«,'t't,tie.', ll;tlité. i'exécutian, qui s'en occupera ? qui la regardera ?
Si ,le.- .\th:tien, v,-,.vaiet ce.s_ niches xides dans no. éditices, attendant
,i,.., .-tatues iltconnues, et ce.-, statues dans des ateliers demandant des
pla»es «lui n'existent pas, n,»s crayons qu'ils nous trouveraient de
,.itzulieres_ , id,'.e.. ur les arts, et q'en allant re,mrdera les p,rtails de
,,hat tre.,, d.e I afin, d'Anciens, ou de Reims, ils nous demanderaient quel
,:tait le leple. ,li:persé aujotlrd'hui, auteur de ces rouvres. 5lais si nous
lever répo,li,,.,,. ;tinsi que de raison, que ce maitres pas.sés étaient nos
alCç[l'O«, t,_,s ancètres.., barl)ares, et que nous, gens cixilisés, nous
statuaire pour cinq ou six cents amateurs eu
tels; qle d'ailleurs la multitude n'est pas faite
l)rati<lttal.,, l'art le la
Françe ou lrétettls
l»ur cottlretlre ce,_ prodttits
erre clattde
Le raltd
e>t attaclé
académiques développés à grand'peine
le-_. Athéniens nous riraient au nez.
entel,lt, c'est le supposer que le beau, parce qu'il est
à une seule forme; or, la ïurme que revët le beau et
l'e.-_s,cc d,l beau ce ot tlctlX choses aussi distinctes que peuvent l'ëtre
u' lesée et la façon de l'expeimer, le principe créateur et la créature.
L'erg'eut nodernc des statuaires est de croire qu'ên reproduisant l'en,e-
-- '3i
«l u e
l'instrument,
SC['LPTURE ]
ils donnent
pouvez retrouver ces conditions, cherchez autre
pas nécessaire d'ëtrc croyant pour expriter, par
sentimeuts «lui impres.sionnet des croyants; il
Phidias ne fut nullement déwt : nais il faut vivre
ayant cours pour pouv,-,ir leur
chose. » Certes il n'est
les arts plastiques, (les
c,,,t fort pssil»le lUe
dans u niilieu (l'ilées
(lorgner une valelr Col-nlréheisible et
pour pou-«oir animer le bloc de marbre ou (le pierre. Un athée païen
pouvait la tatue [le Jpiter d'Olympie, le
Phidias, parce athée qu'il frit, s,
e rendtit compte
de l'idée é -"
_lexee a Zeus et vivait au nilieu [le gens
qui l'adoraient, séparait cil lui «le l'incrédulité.
prendre et a(lmettre la foi ou la posséder, cela est f,-,rt litt'éreit. Mais
aussi est-ce bien plutGt, le dirons-nous encore, l'intelligence qe le
sentiment qui permet à l'artiste de pc(-,duice une impressic, n, de donner
le souffle à sa création. -- Il est enteltdt que n,:,ts prenons ici l'itelli-
genee comme intellect, faeulté de s'approprier et de rendre des idées
mème ne .,ous al)partenant pa,;. Il e est de cela comme de l'acteur
qui généralelnent produit d'autant plus d'effet sur le public, qu'il con-
prend les sentiments qu'il exprime, non parce qu'il el est ému et qu'ils.
émanent de lui, mais parce qu'il a observé comment se c,-,mportent ceux
qui les éprouvent. Or, notls est-il possillê aujolrd'hui te croire qe
ètre saisi de respect devant
,lue cet home, tout
(lue le Grec attachait
L'intelligence se
nous faisons des statues pour (les Grecs du tenps de t'ériclès ? l'eut-il
avoir entre le public et nous cette communauté d'idées--adnettat
que nous soyons, nous, mythologes savants---qui existait entre l'hidias.
et son public ? Cette eommunauté d'idées n'existant .pas, ces figres qe
nous faisons en imitant la statuaire grecque peuvent-elles avoir une-
tme, émaner d'une pensée compréhensible pour la foule ? Certes non;
dès lors ces ceuvres sont purement matérielles. Ne portons donc pas
sommes impuissants h rendre l',àne «lui l'a fait aitre ! N,)us avons la
prétention de nous croire spiritualistes au c«,ntvaire lol'sqe c_,us ,lis_,s :
« Ou ayez sur les forces de la atre, sur les émanations de la Divinité
les idées des G ,- _ , _
rec.,:, vivez dans leur milieu si vous voflez essayer de
faire (le la statuaire comme celle qt'ils nats ont laissée, c, tt si vous
idées, ni les
que tans ce cadavre va venir -e loger un souftle, c'est
étrange que serait celle [lu fabriCalt «le tleurs arti!icielles atteldat
l'épanouissenelt d'un t)oulo le rose fa;,,né p;tc li avec llllf' rare
perfection. Le merveilleux, c'est le n,,s entendre ae«ser de malSria-
lisme en fait d'art par ceux qui ne oient dans l'art le la .,tarifaire que
la repro(luction iItléfiic (1' tyl)e recOllll! beaux, lais a(lucl
loppe, ils reproduisent l'5tre; copiant
l'idée de la mélodie.
L'idéal plastique dll Grec possède l'agent, l'tme, le souftle qi l'a fait
composer, parce que l'artiste grec a chereh; logiquement une l;)rne qui
rendit sa pensée et r a trouvée; mais faire l'opération inverse, lVe(tre
l'imitation plastiqe seulenent, pisqe nos ne porons avoir i les.
aspirations intelleçtuêlles qui gidaient l'artiste, et croire
[ SCI_'LPTUBE ] ---- 132 --
l'accusation de matérialistcs à ceux qui cherchent autre caosc dans la
statuaire qu'une reproduction de types qui n'ont plus do vie au nfilieu
lc notre societé, et «lui croient que la première condition l'unc a'nrc
d'art c'et l'idéc qui la cr5e.
Nous allons voir comment l'id5e se dé«,,» pendant le maycn ci.ge des
lentatives faites pat" les écoles de statuaires du x" siècle. Nous avons
cssayé le faire .sentir comment ces statuaires, instruits far les méthodcs
byzantines, avaient peu à peu laissé de côté l'hiératisme byzanti et
avarient cherche l'individalisme, c'est-h-dire s'étaient mis à copier iidè-
lemêt «les types qu'ils avaient sous les yeux. Tomates les écoles cep,.ndant
c pr,,cédaiclt pas de la mème manière; pendant que celles dt Nord
pasaiet lc l'hiératiste a réalisme, ou plutôt n6laie:.t l.s tra.lilions,
les téthodes et le faire du byzantin h une imitation scrul,llouse das
l«.s s, 1..,, t,:les, le. piels, les nains, d'autrçs écoles ,,nife.taient
¢l'alve's tendances. La belle 'cole de Toulouse penchait vers tne êxécu-
l iot lt' pls en plus délicate, ,;tudiait ;tec scrtlplle le geste, les ,lr:tpe-
vies, l'expression dramatique. L'école provençale, sous l'illence de la
sclll)ttlre all«,-rOlnaie se déga«""it bien lifficileltet de ,''s ntdèles
,i s,-,sl»reux 111" If' se, l. U IIe atr. Ce,le thisait des etlbrts I,or él)uI'er
If.> néth,dcs lyzalines sans chercher la préciosité de l'C, le toulou-
;tile, i l»ccher vers le réalisle des écoles d Norl.
,et[, bec, le a lai,s6 des traces d'Angulële à Cahols, et ,,,-'eupe i111
l',ti-,''l'clc' iont ue
tne e I
branche nait dans llt Charente, ,lévelolpant
Limoge._-, Uzerche, Tllle, Brives, Souilla,' êt Eahors.
joint à Moissac 1 école de Toulouse. On sait que dès
,,qe f,vt recllée du m,-,ye ige, il y gtvait à Limoges «l.s comptoirs
ionc pas surprenant que lesvilles que ,as relions
des raplorts très-étendus et fréquents av'c l'Orient.
ces cotrées pren¢l un caractère i. grandeur et
poit à Toulouse. Il semblerait
eùt
|11 Xll" sibcle, il exi.,,te un grald
assez l,»il les Scllltlres (le la
et dans le.- lravillces de l'Ouest.
(ti.,_,. 1') qu en occlpe le cettre
l'influence
ilus tôt, elle
tile l'ùt l)lts pre, o, du moins qu'ayant CllllllellCé
donné le tenp, aux artiste lacaux de se d6vcloppcr av«t la réactio
la ia du XII e siècle. En etiçt., h Cahors, sur le tytnpan !o la porte
tentrionalc de lit cathédrale qui parait appartenir au conencenent
bas-relief d'une t)eauté de style lai»sant
mëme 6i)O(l,e qll'Oll v,)it à T,tl,use
De ce bas-relief nous dot,ons le Crist
dans une aur6ole allongée. Cette belle
t,lr,, contenporaite, ou peu s'en faut, de celle de la porte de
lay, n'en a p;ts la s6chevesse ni l'apret6. Mieux modcl6c, plts savante,
accuser lê tendalces au r6alisme des 6coles du Nor, i, ni l'aff6terie
de celle de T,,
VOl. trè...-lar,_,e,
Iart aillotlrs su
I'l oitet, la .-cllptlre
llOtlSe, elle idique un état relativement
lne recherche du beau dans la forme, lui
r le sol franç'ais à la mëme époqe.
e peut ëtre considérée comme
avance sui" Ulle
n existe nulle
art que du
--- 133
SCULPTURE
I
I I
'1
°1
/
/
.i,ur où elle se met à la recher,'",e de l'id6al. Le xn ¢ sièc;
une cpoque
[ SCULPTURE ] --- 13--
de préparation ; les artistes sont occupés à apprendre leur état, mais, ---
grlce h cette liberté d'allure qui, tSt ou tard en France, finit par prendre
le dcsus,- tentent de se soustraire à l'hiératisme byzantin, d'abord
ch cherchant dans la peinture grecque les éléments dramatiques qui
nanqucnt dans la ,tatuaire, puis en recourant "à la nature.
Cette 5volution de l'art français coïnïide avec un fait historique im-
portat : le dévêloppcmcnt de l'e»prit cc»mmunal, l'affaissement de l'Cat
mona,tiquc et l'aurore de l'nité politique se manifestant sous une in-
fluence prép,nd5rante prise par le pouxoir royal.. L'art de la statuaire
aplrtient aux laïques; il 'émancipe avec ces nouvelles écoles affran-
('hies, vers la fin du xii e siècle, de la tutelle monastique.
Il y a ici des questions complexe» qui ne semblent pas avoir été suffi-
amment apprCciéê-. Les hi.-_toriens sont peu familiers avec l'étude et la
pratique dc arts plastiqe, et les artistes ne vont .guère chercher les
causes d'un développement ou (l'un affais»cment des arts dans un état
lrticulier de la ociété. Ainsi vivons-nous ous l'empire d'un certain
lu»nbI'e d'opinions reçues dont personne ne songe à contrSer la valeur.
Pour que les arts arrivent à une sorte de tlovaison rapide, comme chez
les .théniens, comme au commencement du Xlll iècle chez nous,
,'omme dans certaine» villes italiennes pendant le xv et le xx'* siècle, il
faut qu'il 'établisse un milieu social particulier, milieu social que nous
n,mmerons, faute (l'ul autre nom, dtat »,unicipal. Lorsque, par suite de
circonstances i»litiquês, des cités sont entrainCs à faire leurs affaires
elles-mèmes; qu'elles ont, comme Athènes, nais de c6té des t}rans;
,lu'elles ont, comme nos villes du nord de la France, pu obtenlr une
indépendance relative entre des pouvoirs également forts et rivaux, en
«lonnant leur appui tantôt aux uns, tantôt aux autres; comme les répu-
blique. italiennes en s'enrichissant par l'industrie et le commerce, ces
«te, forment très-rapidement un noyau compacte, vivant dans une com-
union intime d'idée_,, d'intérèts se développant dans un sens favorable
aux expressions de l'art. Alors la nécessité politique d'existence forme
de associations solidaires, des corporations que les pouvoirs ne peuvent
dissoudre et qu'ils cherchent au contraire h s'attacher. Ces corporations,
si elles sont, comme en France, en préence d'une organisation féodale
luttant contre une puissance monarchique qui cherche 'èt se constituer,
obtiennent bient6t les priviléges qui assurent leur existence. L'émulation,
le désir de prendre un rang important dans la cité, de marcher en axant,
de dépasser lês villes voisines, nun-seulement en influence, mais en ri-
,:hesse, de manifester extérieurement ce progrès, deviennent un stimu-
lant très-propre "à ouvrir aux artistes une large carrière. 11 ne s'agit plus
alors de cpier dans des cellules de moines des uvres traditionnelles,
sans s'enluérir de ce qui se passe au dehors, mais au contraire de riva-
liser d'efforts et d'intelligence pour faire de cette société urbaine un
centre assez puis.ant, riche et composé d'éléments habiles, pour que,
quoi qu'il advienne, il faille compter avec lui.
[ SCL'LPTUBE ]
Au commencement du XIII e siècle, les moines ne sont plus maitres
ès arts; ils sont débordés par une société d'artistes laïques que peut-erre
ils ont 61evés, mais «lui ont laissé de c6té leurs mcthode« surannée.,_. La
cour n'existe pas (mcore, et ne peut imposer ou avoir la pr6tentiç)n
< c-t fait depuis le xv siècle. La t(;,),la-
d'imp,)ser n goùt, comme cela '. _
lité, tout occupée de ses luttc inte.,tines, (le tout,battre les cmpiétêmenls
du haut clergé, des établissements monastiqucs, et du l»_,uvoir rc, yal,
songe guère à gëner le travail qui se fait dans les granules cités, ,lu'elle
n'aime guère et c,h elle réside le noins po:sible. On court:oit donc ql,,
dans un semblable État une clasc comme celle des arti-tc. j,-,uissc d'u,'
liberté intellectuelle très-étendue; dit n'e-t l)aS s(-).-, la tutelle.
Académie; elle 'a pas att'aire à de pr(:teldus «onai:seurs, ,_,u à plaire
une cour; ce qu'elle considère c,me le pro.,.._,rè, séreux de l'art l'inquiète
seul et dirige sa marche.
L'attitude que les évëques avaient pri.,,_e à cette époque vis-à-vis le la
féodalité laïque et de établissements religieux, en s'appuy;tnt sot" l'e.pril.
communal prët à s'organiser, était favorable à ce progrès des atrt,
nitivement t()mt)é dans les mains des laïque.,s. (2es prélats pensèrent lift
moment établir une sorte de théocratie muicipale, a:tl,»ge à celle,
qui avait existé à la chute de l'empire romain, et, ne fois devenu. na-
gistrats suprëmes de grandes cités, n'avoir plu, à compter avec roule
la hiérarchie féodale. Dans cette pensée, ils, avaielt pui»,annent aidé
à ce tléxeloppement des arts par l'érection de ces ,«a,-_les cathédrale, que
nous voyons encore aujourd'hui.
Ces monunents, (lui rivalisaient de splendêr, furont, le t 160 h
l'école active des architectes, imagiers, peintres, .,.culpteurs, (lli tr,,-
xaient là un chantier ouvert dans chaque cité et sur lequel ils c,:,nser-
valent toute leur indépendance; car les prélat.,, désireux avat
d'élever des édifices ¢_ii fussent la narqle perpétuelle de. leur protection
sur le peuple des ,,iIles, qui pussent consacrer le p»uoiv aulel il.,,
aspiraient, se gardaient «le gOner le.,_ tendances de ces artistes. L,-,in de
là, la cathédrale devait ètre, avant tout, le monunet le la cité,
chose, son bien, sa garantie, sorte d'arche d'alliance etre le p,,uvoir
épiscopal et la commune; c'était ¢1,-c à la populatio laï, lue à l'Alever,
et moins la cathédrale ressemblait à une égli.,_e conventuelle, pll
-l'éëque devait se flatter de voir s'ét:tblir entre la commune et lui cette
alliance qu'il considérait comme le seul moyen d'a-surer sa suprématie
-au centre de féodalité. Le r61e que joue la statuaire dans ces cathédrale.-
est considérable. 8i l'on visite celles de Pari, de Reims, de Bourge.
d'Amiens, de Chartres, on e»t émerveillé, ne fùt-ce que du nombre
prodigieux de tatues et de bas-reliefs qui conplètent leur décoration.
A dater des dernières années du xii siècle, l'école laïque, non-seule-
ment a rompu avec les traditions byzantines conservées dan« les mona--
-tères, mais elle mattifete une tendance nouvelle dans le choix des sujets
et la manière de les exprimer.
SCULPTURE ]
.. lieu de s'e; tenir
.iets lé,,edairês dans la
-- 136 --
presque exclusivement aux reproduetions de
statuaire, eomne cela se faisait dans les églises
eot'lluellcs, elle ouvre l'Ancien et le Nouveau Testament, be passionne
luur le.- cncyclopédie, et cherche ft rendre saisissables pour la foule
certaies idées métaphybques. Il ne seinble pas qu'on ait pris garde
it ce »uvemcnt d'art du commencement du .II e siècle, l'un des t,aits
illClIeclueI, le- plu intéresanis de nore histoire. Qu'il ait 6té aidé par
l'épi.col»at, ce n'e:t guère douteux; maib qu'il émane de l'eprit laïque,
ce l'est, ecore moin.. Au:si qu'arri-e-t-il ? Les chroniqueurs d'abbayes,
«.l»rcssé.-, avalt cette épOlue, de vanter le moindrê travaux dus aux
ttoizes; (lui z'elatent avec un soin mizztieux et une exagération naïve
1« exbéllibsencxts de leurs églises; «lui voient du marbre et de l'or là
,i 1') emploie de la pierre ou du ploxnb dol'b, c taisent tout à coup et
'é«'ricnt plus ux lot touchant le-coi.qI'uctions dorénavant conIiées
«l, laïques, xënc dal les inona:tbreb. Il.,_' subi..,_cnt le talent de ces
Olveaux venu daxs la pratiqlC dc- arts; ils acceptent l'oeuvre, mais
«lUalt it la vanter ou à mettre en lumibre son auteur, ils n'ont garde'.
l',«r le.- cathédrale:, .,:i la chronique parle de leur construction, elle
,»xtxc de.-_ i»,-,lulation, entières mue., par un ,ouffle religieux amenant
les pierres et lc. elcvant comme par l'etret d'une grâce toute péciale.
(r inagine-t«)n dc- i«pulations urbaine.- concevant, traçant, taillant
.t drebbant dêb éditicc, comme la cathé(lrale de Chartres, coxnme celle
lc I'«'i ou (le llcis, et ces racines citadin prenant le ciseau pour
.-«!ll»tCl'Cês inyriades de figures ? Vait-o ces boui'gêois, ouvriers de tous
't«tts, lti:sant là conInerce, industrie, attitire, pendat dix ou quinze ans,
et viv«tlil d'eau claire, probablement, eux, leurs femnes et leurs enthnts,
.,«,lte,., par la passiol de la b&tisse ? l:;videmmet l'hi.,.toire d'Orphée
plus de vraiȐmblance. C'est cependant sur ces graves niai,eries que
l»caucoll jugent ce arts; conme s'il était du ressort de la foi, si pure
,lu'elle fùt, d'enei,,er¢ la géonélrie, le trait, la prali,lue de la construc-
i En cela les llloiJleS procedaienb à l'égard des maitres laïques, comme proc/:dcnl
inxaridiement les congrégations. Ils ,wganisaiênt la conspiration du silence contre ceux:
«lui élaient en dehors de la congrégation. Cela réussit passablement, puisque peu de
noms ,le ces maitres des xii - et xm e siècles
,[tl'lllle autre congrégation, aujourd'ilui,
sauraient être dus à la conception
t'existent pas, mais ne sont que la
assez semblable à celui qui produit
sont parvenus jusqu'à nous. Le piquant, c'est
nous dit que ces tnanuments prodigieux ne
sa,,ante et réfléchie de maitres, puisque leurs noms
conséquence d'une sorte d'effort commun, instinctif,
les madréporês .... . De telle sorte que le silence des
¢ongrégations, qui seule% aux xii e et Xlll e siècles, tenaient la plume du chroniquêur, a
laissé oublier le nom des artistes en dehors des ordres religieux, et que ces noms étant
ainsi soigneusement omis, une autre congrégation nie la xaleur d'uvres d'art dues néces-
sairelnent '5. une sorte d enrantênent commun, pm.qu elles n'ont pu conserver les noms
,le leurs créateurs. Et ainsi n'est-il pas merveilleux de -oir comment, avec quel esprit
de suite et sans s'ëtre donne le mot, les congrégations, de tout temps, arrivent fatalement
"à ce résultat, savoir : de supprimer ce qui est en dehors de la congrêgation.
----- .37 ----- [ SCULPTURE T
tion, l'art de modeler la terre ou de sculpter la pierre, et de donner du
pai à des milliers d'ouvriers pendant des années.
Dans les églises clnisiennes du Xl et du Xl siècle, la statuaire ne
reproduit guëre que des sujets eUl, rutés aux légendcs de saint Antoiê,
de saint Benoit, de saite Madeleine, ou mëme de personnages mois
cosidérables, et il f:ttt recontmitre que dans ces légendes les imagiers,
qui certes alors travaillaiett dats les couvents s'ils n'étaient moies eux-
mëmes, choisissaient les sujets les plus étranges. Pour des portail.s,
reproduisait les grandes scètes du Jugement. On i;aisait les honneurs du
lieu saint aux personnages divins et aux apétres, mais partout ailleurs
les scènes de l'Ancien ou du Nouveau Testanent ne prenaient qu'une
petite place. Saint Bernard, e s'élevant cottr, cette al)«n(l;tncc «1(. re-
présentatiots sculptées qu'il considère comme des qtbles grossières mises
sous les 3"eux du peuple, sut iterdire l'art de la statuaire 't l'ordre itstitlé
par i. Les cistc'ciens du xu" siècle skt de véritahles i«onoclastes. Soit
quc le blàme aer (le saisit
que l'épiscç,lat partageait el
philosopliquc êùt déjà pé,étré
jours est-il que lorsqu'on élève
graphic de ces édificcs prêld
jusqu'alors
légcndes disparais.,_ent presque
ses ittspiratipns (lats l'-_tcicn et
tout u ystème icutographique
Bertard ait porté
partie .,_es idées à
les populations
cuup sur les esprits, soit
ce sujet, soit qu'u esprit
les
Ull
des gratds centres, tOl-
«tthédralês, de t 180 à t:230, l'icono-
caractère diltërett de celle a(lt-ic
(laits les églises totastiques. Les sujets elnI)rltés
cntièrement. La culpturc va chercher
le Nouveau Testanettt, puis clic alopt,.
sans précédets. Elle devic,t ute ecy-
cloIédic représentée. Si les scètes pritcipales i,liquées das le Nouveat
Testanet prennent la place importante, si le Christ assiste au jugect,
si le royaume du ciel et tigu'é, si l'tistoire de la satintc Vierge e déve-
loppe ',,',., ,
.,...mmt, si la hiérarchie céleste etoure le Sauveur ressuscité
à e6té de ces scèttes plrelnelit religieuesapparaissent l'histoire de la
Créatif»n, le combat des Vertus et des Vices, des ligures ymboliques, la
Symgogue, l'Église personlitiées,
la 31er, les productiolts terrestres,
qui annoncent la enue dll Messie,
di(lte commençant à Jessé.
Il y a donc (laits cette sttuaire de llOS grattdes cattaédrales un ordre,
les Vierges sages et folles, la Ferre,
les Arts libéraux. Puis les l)rophéties
les ancëtres du Christ, le cycle davi-
et u ordre tr5s-vraisemblablcment établi par les éèques, suivant ut
systènc étra,ger à celui qui avait été adnis dans les églises COl,,ell-
ruelles. Mai à cété de cet ordre, it y a t'exécution, qui, elle, appartiett à
l'école laïque. Or, c'est dans cette exécution qu'apparait ut esprit d'i-
dépê,dancc tout nouveau alors, mais qui pour cela n'en est pas moins
if. Dans les représentations des Vices condamnés à la géhenne éterelle,
les rois, les seigneurs, ni les prélats ne fo,t defaut. Les Vertus ne sont
plus représcntées par des ntoines, comme sur les chapitcaux de quelques
portails d'abbayes, Inais par des femmes couronnées : l'idée symbolique
s'est élevée. Parmi ces Vêrtus ou ces béatitudes, pour emprunter le lan-
vtt [. -- 1S
[ SCULPTURE J
--- 138 ---
ceur qelque peu
gage théologique, apparaît, comme à Chartres, la Liberté (libertas).
L' .varice, figurée sur les portails des églises abbatiales de Saint-Sernin
de Toulouse et de Sainte-Madeleine de Vézêlay, par un homme portant
au cou une énorme sacoche et tourmentWpar deux démons hideux, est
représentée au portail de la cathédrale de Sens par une femme, les che-
veux c, dés,_,rdre, assise sur un coffre qu'elle ferme avec un mouvement
plein d'élergic. L'artiste remplace la représentation matérielle par une
pensêe philosophique. Plus de ces scènes repoussantes, si fréquentes
dans les églises abbatialês du commencement du xI siècle. Le statuaire
""- ainsi que l'artiste grec, a sa pudeur, et s'il figure l'enfer
du XIll slecIê,
comne à la grande porte occidentale (le Notre-Dame de l'aris, c'est par
la conlinaison tourmentée des lignes, par les expresions de terreur
dotinee aux personnages, par leurs mouvements étranges, qu'il prétend
décrire la .,,cène, et non par des détails de supplices repoussants ou
ridicules. Le côlé des dal-nés sur les voussures de la porte principale de
Notre-Dame de l'avis est empreint d'u caractère farc, uche et désordonné
«oltraste singulièré,tent avec le style calme de la partie resêrvée
Alus. T,_,ttes ces figures des 61us expriment une placidité, une dou-
mélanco!ique qui tkit soger et qu'on ne trouve pas
datl_, la tatuaire du Xl siècle, iii morne dans celle de l'antiquité.
C'et naitttenant qtle llOUS devons parler de l'expres,ion des senti-
ntents moraux, si vivenent sentie par CeS artistes du xttt ¢ siècle et qui
les classe at premier ratg. N«, lecteurs voudront bien croire que nous
il'allons pas répéter ici ce qte de admirateurs plut6t passionnés qu'ob-
servateurs de 1"
art gothique ont dit sur cette belle statuaire, en préten-
dant la mettre en parallèle et ntëme au-dessus de la statuaire de la bonne
époquegrec,lue, en rel'ustnt à cette dernière l'expression des sentiments
de l'me _
ou plutôt d'un état moral. Noël; nous ous garderons de tom-
ber dates ce exagérations, qui ne prouvent qu'une chose, c'est qu'on n'a
ti v, li 6tli61es euvres dont on parle. Les artistes qui, au xI sibcle,
pr6tendaiet faire de la statuaire expressive, 6talent aussi 61oign& de l'art
du moyen age que de l'art antique, et le Puget, malgr6 tout son m6rite,
n'est qu'un artiste nmniér6 h l'excès, prênatt la fureur pour l'expression
de la force, les grimaces pour l'exprêssion de la passion, le th6atral pour
le dramatique. De toutes les figures de Michel-Ange, n«,s yeux la plus
belle est celle de Laurent de Médicis dans la chapelle de San-Lorenzo, à
Florence. Mais cette statue est bien loin encore des plu» belles UVres
grecques et ne d6passe pas certaines productions du moyel Age. Expli-
quons-nous. La statuaire n'est pas un art se bornant à reproduire en
terre o1 e lnarbre une académie, c'est-à-dire un modblc plus ou moins
heureusêmett choisi, c ce ne serait alor, qu'un m6tier, une sorte de
tie au p,»itt. Tout le monde est, pensons-Iuus, d'accord sur ce cha-
pitre ; tout le mande (sauf peut-t'tre quelques r6alistes fanatiques)admet
qu'il est n6cessaire d'i16aliser la nature. Comment les Grecs ont-ils
idéalisé la nature ? C'est en fi,rmant un type d'une r6union d'individus.
139 --
[ SCULPTURE ]
"De mgme que, dans un poëme,
qui se trouvent éparses chez un
chacun, en particulier, a la consc
mëme sur un bloc de marbre ou avec u peu de
alteur
grand nonbre
ici,ce sans les
peut. réunir toutes les vertus
d'llommes, mais dont
pratiqler à la fois ; de
terre, le statuaire grec
a su réunir toutes les beautés
dus choisis. La "
l'artiste,
pression
laquelle
empnlntées à un certain n,-,ml»re l'indivi-
consequenee morale et physique de cette opération de
c'est d'obtenir une pondération parfaite, ponlératio dals l'ex-
intellectuelle. Par conséquent, si violente ,lUê soit l'a,'|ion "h
se'.,ivre ce type, si vifs (file soient ses sentiments, dll ll,,Ient
que l'idéal est admis (c'est-à-dire le heau par excellence, c'est-h-dire
la pondération), la grimace, soit par le geste, soit par l'expression
des traits, est exclue. Les Lapithes, qui combattent si bie le_, Cen-
fautes sur les métopes (lu Parthénon, expriment par.fail(.ent le,le
action, mais ce n e.-t ni pal' des gri
ni pal" Ul jeu outré des Inuscles.
ensemble, filemelt observé dans
point de contorsios h la manière
les traits de leurs visages paraissent conserver une
litA, le mouvement des tëtes, un léger froncement
maces, ni par l'exagération du geste,
Le geste est largemelt vrai «lats son
les détails; ais ces homnes ne .font
des personnages de :Michel-Ange. Si
sorte d'impassibi-
lc smrcil, expri-
ment la lutte bien mieux que
lignes de la face. On ne saurait
ne l'aurait
prétendre
t'ait une déconiposition les
que les tètes, malheureuse-
ment trop rares, des statues de la belle époque grecque, soient, dép,,ur-
vues d'expression : elles ne s,nt jamais grinac, atcs, d':tccor[l ; il ne
faut pas plus les regarder après avoir vu celles du Plget qu'il e .fait
goûter un mets délieat après s'ètre lrùl5 le palais avec lle venaison
pimentée. Mais pour rctrotver cette exl)ressio si line des types ,le
grecques, il ne s'agit pas de lc copier niaiscment et de nous enconbrer
d'un amas de pastiches plats; niieux vaut alors tomber datls le réalismc
brutal, et copier le premier m[lèle venu, voire le mouler, ce qui. e,t
plus simple. Est-ce'à dire qle ces tyl)es du beau, trotlVéS par les Grees,
fussent d'ailleurs identiques, qu'ils aient exclu l'individualité ? Slr les
quatre ou ein(l tëtes de Vénus réparties dans les musées (le l'Eurole,
et qui datent de la belle époque, bien qu'on ne puisse se méprendre
sur leur qualité divine, y en a-t-il deux qui se ressemblent ? l'armi, ces
lëtes qui semblent appartenir
1'
intellectuelle supérieure, ne
ieuse, l'autre laisse deviner, à
à une race d'une perfection l)hy, iluc et
possède une expression de bonté inso,l-
travers ses traits si purs, une sorte d'in-
]lexibilité jalouse, une troisième sera dédaigneuse, etc. ; mais toutes,
comme pour conserver un cachet appartênat "à l'antiquité, font songêr
à la fatalité inexorable, qui jette sut" leur ,front camme un voile de séré-
nité pensive et grave. Retrouvons-nous ce milieu qui nous permette de
reproduire ces expressions si délicates ? Voyons-nous autour de nous des
gens subissant ces influences de la sociét6 antique? Les cerveaux d'au-
Non, certes. Mais nos physio-
possible aux statuaires de pro-
jourd'hui songent-ils aux mèmes choses ?
nomies ne disent-elles rien ? BI'est-il pas
[ SCUI.,TUI ] -- lt, O --
céder au milieu de notre société comme les Athéniens ont procédé chez
eux? Ne peut-on extraire, et de ces formes physiques, et de ces senti-
melts lll,-,I',lllX d,»minants, des types beaux qti, dans deux mille cinq
cents ans, produivaient sur les générations futures l'effet profond
qu'excvccnt sur nous les uvres grecques? Cela doit 0tre possible,
puisque cela s'est fait déjà au milieu d'une société qui n'avait nuis rap-
ports avec la soeiété -veeque.
_ctte école dtl XIII" siècle, qui n'avait certes pa étudié l'art grec en
Occident et qui en soupçonnait h peine la valeur, se déeloppe comnle
l'école grecque. Après avoir appris la pratique du métier, ainsi que nous
l'avons démontré plus haut, elle ne s'arrète pas à la perfection purement
matérielle de l'exécution et cherche un type de beauté. Va-t-elle le saisir
de seconde main, d'après n enseignement académique? Non; elle le
contpose en regardant autour d'elle. Nous verrons que pour la sculpture
d'_,rnement cette école procède de la ème manière, c'est-à-dirc qu'elle
abandonne entièrcment les errement, admis, pour recourir h la nature
c.,nIne h une ft't-tc t[_u.i,ur vivifiante. Apprendre le métier', le conduire
jl«q'à ne grande perfection en se faisant le dicil)lc ..,oumis d'une tra-
dition, luittev pêu à peu ce guide pour étudier mat6riellcnent la na-
ture, puis un jour se lancer à la recherche de l'idéal luand on se senl
des ailes assez forte,, c'et, ce qu'ont fait les Grccs, c e,t ce «lU ont fait
les écoles du XH" sii'clc. Et de ces écoles, la plus plre, la plus élevée
est, sans contredit, l'école (te
de près, puis l'école picarde.
en dernier lic, parce qu'en
l'lle-de-France. Celle de _,haml)agne la uit
Quant à l'école rhéanc, nous Ch parlcran
effet elle se développa, plus tardivêncnt.
Dès les premières années du XIII t siècle, la faqade occidentale de
N,,tvc-Danc «te l'aris s'élevait. A la mort de Philippe-Auguste, c'est-à-
dire en 19.23, elle était tons, truite juqu'au-dessu de la rose. Donc--
toutes les sculptures et tailles étant terrainCs avant la pose -- les trois
l.,rtes de cette façade étaiet n«,ntées en 1220. Celle de droite dite de
Sainte-Arme, est en grande partie refaite avec des culpturesdu Xll siè-
cle. mais celle de gauche, dite portê de la Vierge, est une composition
complète et 1' "
une de mêilleures de cette epoque '. Il et évident, pour
to,t ob.,crvateur attentif et non prévenu -- car beaucoup d'artistes, bien
c,»Ivaincus q(le cette, sculpture est sans valeur, n'ont jamais pris la peine
de la regarder ,2___ que les statuaires auteurs de ces nombreuses tigurês
,,,,t abandonné entièrement les traditions byzantines, dans la conception
c,,mme dans les détails et le faire, qu'ils ont soigneusement étudié la
Vo)ez POle'rE, fig. 68.
Nous n'exagérons pas. Possedant des moulages de
nant de cette p.rte, il nous est arrié de les m.ntrer à
net. Frappes de la beauté des types et de l'exëcution,
quelques-unes des tOes proe-
des sculpteurs, dans notre cabi-
ceux-c nous demandaient d'où
provenaient ces che[s-d'oeuvre. Si nous avions l'imprudence de leur aouer que cela était
moulé sur une porte de Notre-Darne de Pari% immédiatement l'admiration tombait dans
la glace. Mais si, mieut aisé, nous disions que ces moulages enaient de quelque mo-
-- 15 1 -- [ CtLI'TUII i
n,ture, et qu'ils atteignent un idéal leur appartenant en propre. Voici
lig. 15) une tëe d'un des rois, petite nature, qui garnissent lne des
VOtlSHl'eS «le cette porte. Ct.'rte» ,_'-]a tc
ce n'est pas la beauté greClue; mais ne
rcsscl»l' l,«ts «t]x lyl,cS re's,
pas recon«it, re qu'il 3' a das
hument d'Italie -- or au con, mencemcnt «lu x,t e siècle la sculpt.ure italienne était assez
barbare- c'était ute recrudescence d'enti,ousiasme. La congrégalion académi,lO,:, t,m-
seulement ne permet pas d'aimircr ces uvres Iran.t:aises, mais elle considère comme ,tte
assez nechante action de les regarder. Tout au moins ce serait une bien mauvaise note.
[ scrtlçn ] -- lb2 --
cette tète toute les conditions de la beauté et d'une beauté singulière,
c'est., nous semble-fil, nier la lumière en plein jour. Le ens moral im-
primé sur ce vi.age n'est pas non plus celui que dénotent habituellement
le: traits des stattes grecques. Ce front large et haut, ces
verte., à peine abrité,,, par les arcades sourcilière, ce
bouche fine et un
l'audace réfléchie,
ce n'c.,t plus là, comme
portrait l'un individu ;
n,,llec li de beauté.
.'il nous fallait présenter
tiscs évidemment à Ull
llcfit, pas pl¢ls que ne »e
nage, >culptés sur les métopcs du t'arthéno.
Si nou nous attachons à l'exécution [lc cette
ce f, irelarge, simple, pl'cque inaisi.,,able de
c .,,t la morne »,briété de nc, yens, le nème
mèche souples._,e et la nème Drmeté h la
les lus. D'ailleurs ces tigures ont taillées
égale lre>que celle du narbre de Paro-.
-crt'é et le niex choisi.
.N',,tl. arc, n. lécrit h l'article
dl lortail te N«,tre-Danie [le
si¢_,l ,,ble de: tètel'elle se
3"eux très-ou-
nez mince, cette
plates, indiquent
à l'occasion. Mais
statuaire, nou trouvons
belles euvres grec,lues ;
sacritice des détails, la
foi.,, dans la facr (te modeler
dans une pierre dont la dureté
C'e.t du liais cliquart, le plus
tCtllelt de la inère dt/Chri:t, dont nous
bie inuflisant, fait a,ez eonnaitre que
«t-etcer lê ligte ,l'un groupe etrendre
et pitl' l'expl'e»si,l dll este; les tëte»
blelnent belle lar
PoRTEeette statuaire, la pls remarquable
Paris. Ce n'c..t pa. seulêmênt par l'expres-
re(',inn«tnlc ; ;iii p.»it de ue de la coin-
l»,-,«ition elle acc(se un art très-pr,-,fi-_)ndément étldié et senti. Le bas-
relief de la mo,'t de la Vierge e,t ,,ne scène admirablement entendue
c:,ne effet ;lramatique. comme a._'zecêment de lignes. Celle du couron-
préenton figure 16 1111 tracé
ce arti,te, avaient composer,
ule action par le inouvements
deux personnages ont admira-
la simplicité de attitudes et la pureté de l'expression.
C'e-t ici le ca.., de faire une observation. On parle beaucoup, l,:,rsqu'il
et question de cette statuaire dt Xlit sièclê, de ce qu'on appelle le sen-
timent rêligieux, et 1",-, est a,sez di,osé à croire que ces artistes étaient
des personnages vivant dans les cloitreset tout attachés atx plus étvoites
pratiques religieues. 3lais sans prétendre que ces artistes fussent
croyants tiède, il serait assez étrang cependant que ce sentiment
gieux se fut manifesté, d'une inanière tout à fait remarquable dans
de la statuaire, précisénçent au moment r,ù les arts ne furent plus guère
pratiqués lue par des laïques et sur ces cathédrales pour la construction
desquelle les évëques se gardaient bien de s'adresser aux établisse-
ments religieux. Il ne ,erait pas moins étrange que l'art de la statuaire,
pendant tout le temps qu'il resta confiné dans les cloitres, n'ait: produit
que des uvres possédant certaines qualités entre lesquelles ce qu'on
des
reli-
l'art
peu délaigeue, ces longues joues
une iltelligence hardie, empc, rtée
dans les figures du XII siècle de Chartres, le
c'est un tyl, e , et un tyl)e qi ne manque ni de
Notts donnerions trop d'étendue à cet article,
ln :rand notlbre (le ces ligures, toutes sou-
type «le beauté adnis, mai« qui ne ,e re,sem-
resseblent êntre etx le» ri,orges de. person-
peut appeler le sentiment religiex n'apparait guère que sOtlS
purement traditionnelle, ainsi que des exemples précédents
faire voir.
13 -- SCCLeCae f
une forme
ot pu le
Voici le vrai. Tant que les arts lle furent prati,lés que par des oines,
la tradition dominait, et la tradition l'était qu'une inspiration plus ou
moins rapprochée de l'art byzantin. Si les moines apportaient quelque
progrès "à cet état de choses, ce n'était que par une imitation plus exacte
de la nature. La pensée était pour ainsi dire dogmatisée sous certaines
formes; c'était un art hiératique tendant à s'émanciper par le c6té pure-
ment matériel. Mais lorsque l'art franchit les limites du cloitre pour en-
[ SCULPTUBE ] --- l l lb ---
trer dans l'atelier du laïlUe, celui-ci s'en saisit comme d'un moyen d'e-
primer se aspirations longtemps contenues, ses désirs et ses espérances.
L'art, dans la saciété des villes, devint, au milieu d'un état politique très-
imparfait, qu'on nou passe l'expression, une sorte de libo.téd,.
presse, un exutoire pour les intelligences tojours prète à réagir
les abs de l'Cat féodal. La société civile -it dans l'art un registre ouvert
où elle pouvait jeter hardiment ses pensées sous le manteau de la
rclii,n ; le cela flt réfléchi, nus ne le prétendons pas, mai cétait
instinct : l'instinct qui pousse une fç,le manquant d'air vers une
porte ouverte. Les évèques, au sein des x-illes clôt Nord ,lui avaient dès
l.ongteps maniDsté le besoin de s'affranchir des pouvoirs f6odax, dans
ç qu'ils crurent ètre l'int6rët de lever domination, poussèrent active-
ment à ce d6velc, ppement dc art», a s'apcreevvir ,lUO les arts, une
fois entre le ain. laïques, allaict devenir un moyen d'affrachi»,e-
tzent, «le critiquée intellectuelle doigt il» e seraient bient6t plais les mai-
tres. si 1'
on exatile avec le attenti,,n l)rofl»(le cette sc,lpture
du x si6cle, i ,n l'étdie «lan ses n»indres détails, on y d6couvre
bien atre cho»e qe ce qu'cn allcllê le sêntiment religicx : ce qu'on
y voit. c'e»tavant tot un entimcnt d6,-,«ratilue proncédan la ma-
ière (le traiter lc programmc donn6s, lllle haine de l'oppre»ion (lui
e fait jour partout, et ce qi ct plu» noble et ce qui en fait un art
de ce 1o, le [16zagement de l'intelligence lcs lange th6ocra[i«luC- et
f6o[laux. Considérêz ce» t6te de per, onnacsqui garissent les l»or -
tails de Notre-Dame. lu'y trouvez-v, ? L'ctI)rcinte de l'intcllige('c,
de la ptissance me)raie, s, toutes les lbrmcs. Celle-ci est pensive et
sSvère;cctte autre l«ti»s' porter une pointe d'ironie etre ses lèvres ser-
rSc. L5 st ces pr,ph6tcs lu lintêau de la Vierge, d«mt la physi[»nomie
n6lit«tive et intclli-ette linit, si on les considère de près el pedant
cert«tin temp», par vou- embarra-scr comme un problène. Plu-le,tf,,
anint6s d'lne f,-,i an n61ange, ont le- traits d'illumin6; nti-
plu, expriment (n (l,ute, l»,sent ue question et lamé«litent? Au.»i
expliquc, ns-n«,tt: ajour«l'hui les dédains et
dans certains esl,rit , l'admiration que nOlls
stlrtout si ous le.-_ déclarons francaises.
les colères lllèllle qu'exci[.,
professon l)or ces
fond, cette protestation est
artislc possbdt,
à notre admiratim,
/lli examen sincère
conplétement. La
raisonnee. Longtemp.-_ n,,u. avons pcltsé -- car tout
do.e (le naïveté --qu'il y avait, dans cette opposition
i_,znarance des oeuvres, présomptions ou préjuges qu
polrrait vaincre à la longue. Nous nous abusions
(le-tio, c'e...t qu'il ne fo:: i,as que cet art puisse paser pour beau; et il
e f,»t pas que cet art olt admis comme beau, parce qu'il est une mar-
«lue prol'odc de ce que peut obtenir l'att'ranehissement des intelligences
et des développement, que cet att'ranchissement peut prendre. Une école
«lui, élevéesou de cloitres, dans de traditions respectéc,, s'e éloigne
brusquement, pour aller demander la lumière à sa propre itelli,..,etce,
à. sa raisoli et à so examen, pour réagir contre un d,,lnatisne .,..éculairo
SCULPTURE
et courir dans la voie «le l'émancipation en tote chose ! Quel dan.,-ereux
exemple qu'on ne saurait trop repousser! Toutes les débauche-nous
seront permises en faït d'art et «le gofit, plutôt tle l'admiration pour la
seule époque de notre histoire où les artistes affranchis ont su trouver,
en architecture, des méthode- ét «les ffrmes toutês notvelles, ot su
6lever une école de eulpteurs qui ne .«nt ni grees, i byzantins, ni fo--
mans, ni italiens, ni qtl«,i que Ce :oit qi ait
depui,; le siècle de Périelès;qui pui.-_ent lan
nant les yeux (lt dogmatisme en rail l'al.t.
en tutelle l'itelligenee hulminc c<,mne e
¢ématmiper, il est clair qU'Ull tel précédent
parti dans le chanp 1o.- arts
leur prnprt, fond: et dçtour-
P(llll" «lli prétend mintenir
mineure trop pronpte à
intellectuel dan., l'hi:toil'e
d'un peuple doit ètre considéré comtne un écart l'ule:te; cela
que. Mais il est plus diflicile d'expliqtlêr comtnent il arrive que
de pèrsonles en France, dévouée:, prétendent-elles, ax idée
cipatialt, et. ,_li croiett en prote:,er l'expression, è voient dan.
du xnl siècle que des produits nlalat|ifs, étouffes .,ot: n ordre
oppressif, lU'n ,igne d'asservi.-sement moral. As.,_êrvissenent t
logi-
onlbro
d'éman-
nc> al'lS
quoi
On n le
ti,,_te '
11 a
dit pa« clairement. E.t-ce à la thé«reratie. Jalnais noyau d'af
11, llieux que no inagier, dll XIII e ,iècle, manit'e-ter l'illlé-
pêldance de l'idée; car, derrière le sujet religieux ,.,u historique, -e
cachent toujours la pen.,éo et l'expre«siol philosophique. E.,t-ce h la
féodalité ? Certes les grand,, le fort..., les pui,sanls, 'ont janais élé
montrés
cendre«
il n'ya pa .urand pdril,
mai.-_ p,)ul.quoi écI'a.er
plus liardiment vainc,ts
rel'roidie de la féodalité et
ont st les premier.,_ s'en affranchir en
itellecttlêl a moyen àge ? Cela est-il
par l'éternelle ju.,ticc. Foulez les
de la theocratie, ..,i bon vous .cnble,
car vous savez qu'elle.,_ nc sauraient se réchallt'er;
du mëme talon le sy.-lème oppressif et ceux ,li
contre l'én,:vv,_,net
réagissant
équitable,
courageux et hal)ile?
Le m,»n,tnent religieu-¢ etait à l,et près le seltI où l'artiste p,_,lvait
exprimer ses idées, ,es êntinent.; il le fa?t d'une facon ildél»enlante ,
hardie mète. Il repousse l'hiératisme qui s'attache toujours à me .-o-
ciété _ ,
,.ouvernéêpar un de,,pe, tic, me quelconque théocratique ou nonar-
chique. Pourquoi lui refu«eriez-vous ce r61e de précursêttr dan, llt vt)ie
de l'émancipati6n de l'intelligence ?
On peut reconnaitre les qualités d'un art en considérant quêl« -onl :es
détracteurs. Leb admirations n'apprennelt pas rad'chose, mais llt cri-
tique de parti pris et le c6té d'où elle xient sont un ensêincnent pré-
cieux. Si vou« voyez un siècle tout elitier s'Cever contre u art d'un
temps antérieur, vous pouvez ètre a-...ur«" qte le.,_ idees qui ont domine
dans cet art vilipendé sont en cotra,lictio lialiift?bte avec le.,_ idée. de
la société qui le repou«e. Si ",-,»us xoyez un corps, une association, une
coterie d'art.i:,tes rejeter un art, v,,s potlvez ëtre assré que les qualités,
de cet art sont en oppositim lirecte avec les méthode..s et le. ratons
d'ëtre de ce corps. Si une écale se signale par la médiocrité o1 la plati-
*de de ses productivns, xc,u« pouvez ètre assure qe l'A,:,,le r;.jetée
ll.- 19
SCULPTUftE ,
amèrement par elle.-e ,li-tinguait pat" l'originalité, la recherche du pro-
grè et l'examen. Dans la république des arts, ce qu'on redoute le plu,..
ce n'e.-t pas la critique contemporaine, pouvant toujours ëtre soupçon-
,:e de partialité. ,-'e:t la protestation silencieu.,e, mais cruelle, persi«--
tante, d'un art qui se recommande par le.- qualités qu'on ne possède plu,.
Dans tn tenp., comme le siècle de Louis XIV. où l'arti»te n'était plu:
guère qu'n ,'ommensal de quelque grand seigneur, pensionné par le
roi, subissant te, us les caprices d'ne cottr, dispo,é à toutes les conce:-
,iats p,-,tr plaire à tottes les flatteries pour vivre (car on flatte avec le
('i«ea con,me avec la platine), il n'est pas .,«rprenant que la ,tatuaire du
xtrt e ,ièclc. avec »on caractère
}are. l'lacez rt «le ce-beaux
indi,,iduel, indépendant, dùt paraitre bar-
bronzes étrusques comme le 5lsée Britan-
cheminée d'une dame à la mode, au mi-
liett de chitc,i:erie:, «le biscuits, de vieux Sèvres, «le ce. mièvrerie. tant
recher«hées de la lin dt dernier siècle, et voyez «luelle figure fera le
? Il «-tait natrel qie le. critiqe du dernier .-iècle, qui
bronze atiqle
mettaient, lar
de: pltt: belle.,.-.
exetlle, le
l)rO,ltction
,ctlpture hardie., de« beaux
t,,mbea,l du maréchal de Saxe au niveau
de l'antiquité, lrouva.-sent importunes les
temp, ,lt nmyen "age. Le clergé lui-mëme
nit un acharnement particulier à détruire ce» d6nonciateurs perma-
nents de l'Cat d" . _
,tvili,,emett oh tombait l'art Ceux dont le devoir ,erait
«le lut/eroî, t/re l'att2tibli,sement d'une société, et qui, lain d'en avoir le
,-«,rage t,L la t_,rce, profitent «le ce z'elàchenett m,,ral, 'aLtaquent habi-
ttellcmett à t,,u/ce «ltti fait un contra»te avec l'état de décadence oh tombe
cette s,-,ciété, t2uand le chapitres, quand le abbés (lt dernier siècle je-
t;tient bas le, ,t,tzvz'e ,l'art «les l)eax moment, du moyen àge, ils ren-
«l;tient h ce ,euvres le seul hommage qu'ils fussent désormais en état de
leur rendre; ils ne potzvaien/ soutt'ir qu'elle, f,ent le témoin de»
platitt«les dont on rezpli,sait aloz'- lea éditices religieux. C'était la pudeur
it,tinctive de l'homme qui, livz'é à la débauche, raille et cherche à dis-
perser la :,ciété ,le, onnèe, en,. Les tatue, pen«ives et graves de
o, p,-,z'tail, n'étaient bonnea «ltz' envoyer de mauvais r0ves aux petits
abbé de salon ou à ce, chanoizies qui, afin d'auzmenter leurs revenu»,
vedaiêzi/ le enceintes de leurs cathédrales pour bàtir des échoppe,.
Xujoztz'd'hui encore tzne partie du clerg6 français ne voit qu'avec défiance
se manife.ster l'admiration pour la bonne sculpture du moyen age. Il y
là dedans de. hardiesses
ligr«, (le pierre ot l'air
l'air évaporé, aux gestes
, de.., tendances indépendantes fàcheuses; ces
trop méditatives. On aime mieux les saints
théàtral.,, ou les vierges ressem.blant à des
bonne« décentes, ce.,; anges affadi et toutes ces pauvretés auxquelles
l'art e.-t à
rien.
point
z-z oz-zt
gzque
peu près étranger, mais qui, ne disant rien, ne con-tpromettent
Beaucoup ,.le pêr«onnages respectables et nous placant à leur-
(le vue, noir« camprenons parfaitement l'esprit qui les guide--
pa.,_- vu sans une certaine appréhension ce mouvement archéolo-
qut I:_,u.-_-_ait les intelligences vers l'étude des arts du mo.en ",îge
[ SCULI'TURE J
si soigneusement tenus «eus le boisseau; ils ont
entrant sur ce terrain du passé, allait remettre
série d'idées qui ébranleraient plusieurs temples : celui de la
[acile, élev6 avec tant «le soin depuis le XVll « siècle; çelti de l'art
elthcé, «lui, n'admettant
tout travail intellectuel, comme une hérésie.
senti q,te la critiltte,
en lumière toute une
,,eligion
officiel,
q.'une forme, rejette bien loin tote pensée,
Tout s'enchaîne dans une.ociét, et, quand on y
aucun fait t'est isolé. La socét6 qui au ntilieu ,l'elle
compagnie puissante condtmnlt l'esprit hmain
de toute personnalité, à une soumis.,:ion avêgle, à
dont on ne devait ntème pas chercher le ens et la
devait bient6t voir s'élever comme cor(-)llaire, dans le
un principe semblable, ennemi acharné dê tout ce lui pouvait
l'individualisme, l'examen, l'indépedance de l'acti.,te,
avant le rê«pcct pour le do,me qui prétend le diriger.
Ce (lui frappe toujours dans ]es ¢euvres grêc,lUeS, c'est qte .'avti,te
d'abord respecte son art. On subit la mëme inpre.,_sion lor.,_qu'on txamine
les bonnes productions du x siècle : qe l'artiste soit religieux
non, cela nous importe pe; mais il est évi,lémment croyat à son art.,
et il manifeste toute la liberté d'un croyant, dont le pls grand ,oin e-t
de ne pas mentir à sa conscience.
Nous avouons que, pour notre part, dans toute production d'art, ce
qui nou .,aisit et nos attache, c'e,t pre-,lue aut:tnt l'empreinte de
l'homme qui l'a créée que la valeur intrinsèqe de l',_,bjet. La culI»turê
grecque nous charme tant que nous entrêvc, vcns l'artiste à travers son
uvre, que nous pouvon,;,._ sur_ le mari»re «l;il a 1.tL-.'- ,é, sivl'e_ es pen-
chants, ses désirs, l'expression de son vottl,,ir; mais quand ces proluc-
tions n'ont, plus d'autre mérite que celui d'nê exécution d'atelier,
e.-t ubtittlé à l'arti-te, 1' . . ï
quand le praticien -' .... ennti llOIlS .,«ti,it e lUe
nous aimons par-dessus tout dans la statuaire du moyen fige, mOne la
plus ordinaire, c ê,t l'empreinte individuelle ,le 1,trtste toujottt' ou
presque toujour. profondément gravée sur la pierre. Dans ces fiures
innombrables du xl ,iècle, on retrouve les joies, les espérances;, le
amertumes et les déceptions de la vie. L'artiste a «ulpté comnte il
pensait, c'est son esprit qui a diri«6 son ciseau ; et comme p,)ur l'homme
il n'est qu'un sujet toujours neuf, celui qui traduit les sentiments et les
passions de l'homme, on ne sera pas surpris si, en dCinant l'artiste der-
rière son oeuvre, nous sommes plus touché que si r ceuvre n'est qu'un
rearde de près,
alnettait qll'lll-le
h n abal,l- absol
ne dire,'tio morale
raison, cette societ6
de l'art,
»i-n:tler
le re-pect de l'art
solide revêtant une belle forme.
C'est là la question pour nous, au xIX e siècle. Devons-nous considérer
le beau suivant un canon admis? ou le beau et-il une es.,ence se dee-
loppant de différentes manières, suivant des lois aussi variables que sont
celles de l'esprit humain ? Au point de vue philosophique, la repon.ê
ne saurait être douteuse :. le beau ne peut Otre que l'émanation d'un
principe, et non l'apparence d'une forme. Le beau nait et réside dans
[ SCULPTUBE ] III8 --
l'Ame de l'artiste et doit se traduire d'après les mouvements de cette
ame qui s'est habituée à concevoir, le beau, la vérit& Ce n'est pa nous
qu disons cela, nais un Grec. Et ,5 ce propos qu'il nous soit permis de
faire ressortir une de ces contradietians enlrc tant d'autres, quand il
est question de l'esthétique. Nos philosophes modexnes, nos éerivains,
ne sont p,-,int artiste: ; n,_,s artiste.-_ ne s«,nt rien moins quephilosophes.
le se, rte lUC ce lex expressions de l'esprit humain, chez n«u., 1 art et
la philo»ophic, s'en vont chacune de leur c5t6 et se tvompent vócipro-
qement, ou lrompent le public sur
l'influence qu'elles-ont pu exercer
l'une sur l'atre. Il est 5vident que Socrale (:tait fort sensible à la 1)eat5
plastiqe; il avait quelque peu pratiqué la sculpture. Il vivait dans un
milieu que ]amai il ne voulut quitter, mme pour échapper h la
mort,- où la beauté de la forme eml»lait subjuguer tou les esprits,
et cependant, c'e-t ainsi qu'il s'exprime quelque part : « La philosophie,
« recevant l'àmc liée véritablement ci. pour ainsi dire, collée au corps,
« e»t forcée de cc,nsidérer les cho»c-non.par clle-mème, mai» par l'in-
« termédiairc des organes comme h travers les murs-d'un cachot et
« dan une obscurité absolue, reconnaissant que i,u(c la ,fourre du
« cachot vient des passions qui font que le prisonnier aide lui-mèmc
« à serrer sa chainc; la philosophie, di.je, recexant l'Sine en cet état,
« l'exhorte d,_,'cnenl et travaille h la dGlivrer. Et I««r cela elle lui
« montre que le témignae des yeux du corps est plein d'illusion
« cotonne celui des crcilles, ce, ml]le celui des autres sens; elle l'en«race- « h se éparev d'eux, autant qu'il est en elle; elle li conseille de se
« ecueillir et de se concetrer en elle-mème, de ne croire q.'h elle-
« nOme, après avoir examiné au dedan d'elle et avec l'eenee mème
« de sa pen»ée ce qe chaque ehoe et en on esencê, et de tenir pour
,, faux tout ce qu'elle apprend par un autre qu'elle-mème, tout ce qui
« varie selon la différence de intermédiaires : elle lui enseigne que ce
« qu'elle voit ainsi, e'esl le ensible et le visible; ce q'elte voit par elle-
, mème, c'et l'intelligible et l'immatériel... » E avant Socrate le poëte
Ëpiehavme n'avait-il pas dit :
« C'est l'esprit qui oil, c'est l'esprit qui entend
« L'oeil est a-eugle., l'oreille est sourde, »
Donc ces Cirera- qu'on n,_u« représente (lorsqu'il est question des art,)
«,_,mne ab,olment dév,-,ué au culte de la beauté extérieure, de la
;)Vlne, po:édaiênt au milieu l'eux, lès avant Phidias, des poëtes, des
philo,ophe, qui chantaient et. professaient quoi ? L'illusion des sen, le
déta-'hemnt de l"ame du corps, de ses appétits et. de ses passions, l'as-
.-_ervissement de l'enveloppe matérielle à l'esprit. On avouera que sous
ce rapport le ehri»tianism n'a rien inventé. Mais si les .,thénîens, tout
i Phgdon» trad. de V. Cousin, édit. de 1822. Bossange, totoe 1, page 23.
en
de Thésée, ils alliaient difficilement
importance merveilleuse donn6e h
condamné fi mort; Phidias fut exilé
moment de la civilisation athéniennê une lutte
ces deux. principes, de la prépodér:nce (le
écoutant Socrate, raillaient les_ marbres du Parlh6non et d |emp|e
les théories du philo...ol»hc avec cette
la beauté extérieure... Socrate fut
:tê qui tendrait à prouver qu"h ce
sourde commençait entre
la matière sur l'àme, de
l"amo sur la matière. Et en effet Phidias n'est pas plut6t h Olympie, qu'il
façonne cette-statue de Zêus, d'une si étrange beauté, i l'on en croit
ceux qui l'ont vue, en ct,.qu'elle reIlétait, sur ue admirable forme, la
pensée la plus profonde. Déjà donc, "a l'apc, gée de la splêndeur.platique
de l'art grec, s'élève la réaction, non cottre la beauté plastique, ntais
contre la suprématie «le cette beauté sur l'intelligence, sur ce que Socrate
lui-mème.appelle.la vérité née ie la rai.,:on lumai,e. Qt'ont donc. fait
ces statuaires de notre.belle écolê lahlue primitive, si ce n'e,t de tivrc
cette, voie.ouverte par les Grecs cux-nènlt.,s et (le chercher, non l»,,it/_
par une imitatimt plastiqle, mais dans leur pe,ée, tous les élément., (le
l'art dont ils nous ont laissé de si beaux exemples ?
Les »tatuaires du xii[ si,cle ne pouvaient avoir les idée, les sêntirnets
des.statuaires du temps de Périclès; ayant d',,utres "- .s '
det _, d autres-,en-
timents, il était naturel qu'ils eherchassent, pour les rendre, des moyens
différents de ceux employ6s pat" les artistes grecs, et en cela ils étaient
al:accord avec les principes énis pat" les Grecs, si n.-Js en croyons Platon.
Mais, objectera-t-on: « Nous ne contestons pas cela;nous 'accu«ons
pas les artistes du moyen "àge de.ri'avoir pas prodtit des wuvrês au»i
bonnes que le permettait le nilie social où ils vivaient.
constater seulement que leurs euvves ne sont
recque, et .que, par
d'étudier celles-là. »
aussi belles que celles de l'épolue
et bon d'étudier celles-ci, funeste
d'accord, sauf sur la conclusion en ce qu'elle.a au moins
répondrons: « Il est utile d'étudier
en mëmc temps de l'état social «tu
parce que ('et art est en harmonie
N,Ju |elios h
p,/l va i e n t ët re
cot.,_é,luent il
Nous-ommês
d'absolu. Nos
sensible est parfaitement belle; mais notre état social muderne étant
différent de celui des Grees, il est utile de savoir comment à d'autres
époques, dans des conditions nouvelles étrangères "a celles de la soc.letL greeque,,des artistes ont su aussi développer un art sans intiter les Grec
et en conservant leur caractère propre ; parce qu'il est utile toujours de
eonnaitre.les moyens sincèvês qu'êmploie l'intelligence humaine pour -e
manifester. » Niêr que l'état-sociat et religieux de la 6rèce n'ait pas été
le milieu le plus favorable «tu développement des arts plastiques «lui ait
jamais existé, er serait nier la lumière en plein midi; mais prétendre
que er milieu puisse être lê seul, o1 plut6! que tê qu'il a produit doivc
sans cesse .tre reproduit, même dans d autres milieux, e'et, nier le
développement de l'esprit humain, si bien préconisé par les Grees eu,-
mëmês, et considérer les aspirations vers des horizons nouveaux oomme
la statuaire grecque et (le s'enquérir
milieu du(luet elle s'et développée,
avec cet état social et que sa forme
[ SCULPTURE ] ---- 150 ----
les boutt'ée d'une satte vanité. Nc, ui accordons qu'on
la beaut: l)la.-,tique de la tatuaive grecque, alot's la
ëtre de chercher une autre face non
ce sens que les effarts des statuairês
leurs ouvrages, la beauté prement
ne saurait dépasser
conclusion devrait
développée de la beauté. C'est dans
du x ' siècle se sont diriges. Dans
plastique est certainement fort au-
dessous de. ce que nous a laissé la Grèce; mai n nouvel élément
itervient, c'et l'élément intellectuel, lue les 6recs le, premiers ont
hit surgir. La statuaire n'est plus seulement une admirable forme exté-
rievê, une ,ublime apparence natérielle, elle devient un être révélant
lotc une slite d'idées, de entiments. Tautes les statues grecques
'e._ rlent dans le,," pvesent
.,,la
de
les copier aj,.,uvd'hli qte ce
tes du moyelt rtge des bons temps
l'htmaiité tout entière et emt»let
(l**i trous faisait lire tattt à l'here qtle
tt le doute, na le doute ntélancolique
lacieux, investigateur; ce doute qui,
---et c'est pour cela qu'il est si ridicule
e..,.t bien loin, tandis que les
manifestent une pensée qui est
vouloir deviner l'inconnu. C'est
beatlcoup d'entre elles expri-
et découragé, mais le doute
h tout prendre, (:onduit au
grand développement «le, sociétés
Itcon, le Galilée, les l'ascal, les
,les Gvêcs e,t .-,teur de la poé,ie;
ntodernes, ce doute (lui a tovinA les
Newton, les De»cartes. La »tatuaire
celle du Inoyen 'tge pénèlre dans le
d,»naine de la psycholozie
Qu'v faire ? .,,i ce 'est en
fait, a lie d'essayer de
ont-ils pa un peu camm
dê mnanuscl'its enluminés
prinierie ?
Il ne faudrait pas
n'ont pas pu, quand
gorieu-e qui e-t le
et de la philo,ophie. Est-ce un malheur ?
.prendre vé«olflment san parti et pvolïtev du
le cacher. La plupart de nas .-_tattlaires ne
des scribe 'amsant à recopier sans cesse
refusant de reconnai{re l'invelion de l'in>
croire cependant que ces statuaires du Xlll siècle
ils l'ont oulu, expriner celle érénité brillante et
propre de la foi. ' Paris, à ]eims, ]»on nombre de
15 --
ernpreinte.> de ces sentilnent. de noble béatitude (lue ima
allX Otres .,,UlȎrieur 5
l'hunanité.
eu/un tno/if de compositio,.,_ remarquablês, soit
dans l'expression des tëtes.
n peut voir dans les vou«res de la
de l'arts deux zones d'anges à mi-corps
Les ages ont été_pour
comme ensemble, soit
porte principale de Notre-Dame
_ _ O" , ,
dont les ,e._te, et les expres>ions
d'une gràce ravissante. La cathédrale de I',eims a conservé une
grande quantité de ces représentations
111-1 l'tl'e InCite. Les anges po.és sur le.
de dimensions
d'
D'autres, Ule
d'ètres supérieurs, traitées avec
grands contre-forts, et qui sont
colossales, sont presque tous des-rouvres magistrales.
époqle un peu plus ancienne, e'est-à-dire qui ont dû
être sculptés vers l'année 1225 et qui sont adossés aux angles des cha-
I»elles absidale.,, sous la corniche, ont des qualités qui les mettent
presque en parallèle, comme faire, avec la statuaire grecque du bon
temps. Nous donnons (fig. 17) la tète d'un de ces anges. L'antiquité
n'exprime pas mieux la jeunesse, l'ingénuité, le bonheur calme et ùr,
151 ---
[ SCULPTURE ]
el cel)endant dans ces traits iltelligents rien de niais ou de mignard.
C'est jeune'et gracieux, mais en même temps puissant et sain. Nvu»
inviterions les personnes qtti, san. av<,ir janmi.s regardé la statuaire du
moyen ",tge que sur des bahuts tlamds couverts de magots lifti-Jrme
ou sur quelques diptyques, ne voient das cet art q'ut dével,,l)l»elnet
du laid, d'aller fairê un vvyage à tteims, it dhartre» t, t knicns et
d'examiner avec quelque atteltion les bonleb bt«tlut, s cvlvsst|es de ces
églises et les deux ou trois rnille figures des "«olsbtlres et bas-reliefs;
peut-g.tre leur jugtmt.nt serait-il quelque peu m3di/ié '.
Les planches jouit)tes à cet article ont toutes ,;.té dessinees, soit sur des estamlm.'-'es,
à la chambre t|aire, soit ,|'après des ldotograplies, soit sur les orig_,tttau', de
t l'aide de la chambre claire. Nous faisons cette obsêrvation, parce «lte, de bo[c foi
d'ailleurs,, quelques personnes ont prétendu que nous donnions à la statuaire dt
"1SCULI'TURE J -- 15 `) --
Si cette turc d'ange est belle, intelligente, cette beauté re,semble-t-elIe
-à celle des bcautes grecques ? Nullement. Le front est haut et large,
les yeux longs,, h peine enfoncés sous les arcadcs.sourcilières ; le nez est
petit, le chine large aux total)es, le menton fin. C'est ut type de jeune
Champenois idéalisé, qui n'a rien de commun avec le type grec. Ce n'ct
pas là un tort, h nos yeux, mais une qualité. Idéaliser les 61énents que
l'on possède autour de soi, c'est lb le véritable réle du stuaire, plutét
que de reproduire cent fois la tëte de la Yénus de 5Iilo, en lui enlevant
h chalte reproduction, quelque chose de sa lieur de beauté originale
Nous n'avon pas sflisanment insisté sur les conditions dans lesquelles
le l)ca ,c développait chez les Athéniens entre tous les Grecs. Si 6levée
que s,_,it la doctrine de Platon, si merveilleux que ,it le Phédo, comme
grandctr et sérénit6 de la pensée, il ressort 6vi(lemment de l'argumen-
lati,, de S,,«rate que la fi de l'hç, nme c ct lui. c est le perfectionne-
nent de so, esprit, le déta«hcet de so cime de cho»es matérielles.
y a lans le l'hédo,, et (la le C'ito, particlièrect, une des plus belles
déliilion du devoir «lU',,n ait janai, thitc. 3loti» il n'est ,lestion que
d devenir cnver la patrie; l'humanité n'entre pour rien dans le- pensées
exprinées par So«nttç. C'et à l'homme h s'61cvêr par la recherche de
la sacsc, et par cette recherche il c déta,.'he autant du pr,»chain que
de s,)n propre corps. La recherche de la beaut6 danb le, art-, ,uivant les
Athénies, lroc6dttit de la m.mê manière; l'homme c,t ul)line, l'hu-
' _ cst pourqloi tat de peronnê., jugeant des
manite n ex, sic I, as.
clic, ses d'art avec leur instinct sêulmet, tout en adtnirant une ,tatue
grccqle, lti reprc, chent le d6faut d'cxpre»sion, ce lui n'est pas exact,
nais plutét le (16faut de scnsibilit6 humaine, ce qui berait plus près de
la vérit6. T,,tt b,di«idu-statue, plu,il e,t pariitit chez l'Athénicn et plus il
se rapproche (l'u ,nythe-homme, complet, mai ild6pendant du rete de
l'humanit6, d6tach6, absolu dans a pêrfcction, kusi voyez la pente:
de l'homnc supérieur, le 6rec fait un héros; du héros, mî dieu. Certes
il y a là t véhicule puis,ont polir arriver à la beauté, mais est-ce à dire
que ce vbhicule soit le seul et surtott qu'il soit applicable aux sociétés
mc,lcrcs ? Et cela est particlièrement propre aux Athénien, non
p[,int h t,,tte la civilisation grecque. Les découvertes faites en dehors
de l'Atliqte ,»u.,_ dém,_,ntrent qu on s est fait chez nous, sur l'art grec,
dc idées trop absolues. Les (3recs pris en bloc ont Ate des artistes bien
lge un car;ictere de beaute qu'elle ne possède.pas. Nous ne saurions accepter cette cri'-
tique flatteuse. Mais oerait-elle raie qu'elle prou-êrait que l'etude de cette s£ulpture
peut conduire ceux «lui s'y iirênt à faire n)ieux, tout en conoerant son st.le et son carac-
ti_'re; donc cette étude ne serait pas une mauvaise chose.
t Sur un édifice recent, qu'il est inutile de citer, nous avons compté ,,-in-deux tëtes
de la Vénus de Milo, autant que de statues.. Sur l'«»bservation que nous faisions à un
scuiptêtlr de cet abus d'un chef-d'oeuvre» il nous. fut l-epoadu : « Ces. statues. Cai.eut
si mal pa-ées ! » Soit ; mais alors qu'on ne xienne pas mettre en aant les intérèts de
l'art.
--- |53 -- [ SCULPTURE l
plus romantiues qu'on ne le xeut croire.il uffit, pour s'en convaincre,
d'aller visiter le Musée Britannique, mieux fourni de productions de la
statuaire grecque que le Musée du Louvrê. Ce qui ressort de cet exanet,
c'est l'extr6me liberté des artistes. Les framents du tombeau
par exemple, qui certes datent d'un bon temps et qui ont
ressemblent plus à de la statuaire de Reims qu' celle du
Nous en somme ddolé pour les classiques qui e sont fait
rec comnmde pou, leur usage particulier et celui de leurs
c'est d'un déplorable exemple, mais c'est grec et bien grec; et ce mo-
nument était forî prisé par les Grecs, puisqu'il fut considSr5 comme la
septième nerveille des arts. l'ouvons-nous admettre que les Grecs ne
s'y connaissaient pas ?
de Mauolc,
trè»-beaux,
Parth"
un petit art
proselvtes "
La statue du roi de Carie est presque eniièrement conservée, compris
la redite; et tout le personnage rappelle singulirement ue des tatues
du portail de Ileims que nO(lS donnons ici (lig. 18), cil engageat le
sculpteurs à aller la voir. C'e.,_t la première sur l'ébrasement de gauche
de la porte centrale. Or, quand o:-. songe que eetle statue dtl roi Mausole
à la statuaire (le l'hidias, on peut assurer
recopiaient pas et qu'ils chcrchaiet le
craindre (l'aller sans cesse recourir à la
et postérieure de soixante ans
que les statuaire» grêcs ne se
neuf sur toutes les voies, sans
naturecomme à la source vivifiante. Au Musée Britannique on peut voir
d'assez nombreux exemples de cette tatuairc grecque des c6tes de l'Asic
Mineure, qui, bien qu'empreinte d'un tyle excellent, dittère autant que
la statuaire du moyen fige elle-mëme de la tatuaire de l'Attique. Si
les musées en France étaient des éablissements sérieusement attbctés
h l'Cude et plaeé en dehors des systèmes exclusifs, "
n aurait-on pas déjà
dù réunir, dans des salles spécialcs, des moulages de la tatuaire antique
et du moyen fige comparécs. Rien ne serait 1)l lrolçc h ouvrir l'intel-
ligence des artistes et h leur montrer comment l'art, h toutes les poiues ,
procède toujours d'aprbs certains principes identiques. Cela ne vaudrait-
il pas mieux et ne serait-il pa plus libéral que de rcpaitre notre jeu-
ncsse de banalités, et d'entretenir au milieu d'elle une ignorance qui, si
les choses continuent ainsi, nous fera honte cil Europe ? Si dans de
salles on plaçait parallèLement des tigttres grec(lues de t'époque 5ginC
tique et des figures (lu XlI" siècle de la statuaire française, on serait
frapp6 des analogies de ces deux arts, non-seulement (Iuat h la forme,
mais quant au ri, ire. Si plus loin on mettait en regard des tigures de
l'époque du développement "grec et du xi siècle français, on x errait
par quels points de contact nombreux se réunissent ces deux arts, i
I I1 y a déjà plus de dix ans, notre belle
pour ëtre en,,'o'ée en Angleterre, et former
rèt, à tous les points de vue. A la mène
de nwulage, des épreuves de ces modèles
¢omparéeo II n'a, pas été répondu à cette
statuaire des XII e et XIII e siècles a été moulée
des mus:ês comparatifs du plus grand inte-
epoque, nous avons offert d'envoyer» sans frais
pour e, former à Paris un musée de statuaire
offre.
[ SCULPTURE ]
L
ditïérents dans
des arti-tes et
leur exl»rcion. 3lai cela tendrait à émanciper l'esprit
[aire reconnaitre qu'il y a un art français ax-ant le
--- 155 ---- [ SCULPTUIRE ]
xx. ' siècle, deux cho.,,es {lu'i! faut empècher "à tou prix, parce que ce
serait la mort du protectorat acadéinique en matière d'art, et que le
protectorat est commode pour ceux qui l'exercent colnlne p,ur ceux qui
s'y soumettent, et en profitent par cons6quent.
Ce qu'il est important de maintenir, c et qu axant le xvI ièçle, toute
production d'art en France n'était qu'un essai grossier, barbare ; que
l'ltalie a eu l'heureuse destinée de nous éclairer; que certains artiste
assez adroits, au xvi siècle, en France, sous l'influence de la cour de
Franç, ois I , se sont d6grossis au contact des Italiens et ont prodit de»
.uvres qui ne manquent pas de charme..lais qu'au xv; siècle eul,
c'est-à-dire à l'Académie qui en est une incarnalim, il laii réerxé de
coordonner tous ces 61ément et d'en faire un corp de doctrine d'où la
lumière, h tout jamais, doit jaillir. Si on laisentl'evoir que la France a
_ i hie
possédé un art avant cette iu«,culation italienne ,lu xx « siècle,
réglée par l'cadémie, tout cet échafaudage scellé, dressé avec tant de
soins et à l'aide de mensonges historiques, s'6eroule, et nous nous retrou.
ons en face de nous-m0mes, c'et--dire de nos uvres à nous. Sous
reconnaissons qu'on a pu thire de chel-d'euvre sans école de Beaux-
Arts et sans vil& .lled&.i. Nous II'aVOIIS pl, en fait de protecteu,'s de
arts, que notre talent, notre étude, notre g6nie propre et lotre coura e.
11 n'v a plus de gouvernement possible das l'art avec ce 616ent,sels,
lout'e»t perdu pour les gOlvernants conme l,,ur une b,,ne partie des
gouvernés, et surtout pour la clase des censeurs la'ayant jamais tenu ni
l'ébauchoir, ni le colnpas, ni le pinceau, mai vivant de l'art confine
le lierre vit du chène en l'étoutthnt >ou »on plantureux Duillage.
Le ',rai peut quelquefois n''|re pas xraisemblable !
Si l'on efit dit à ce., artistes, pardon, à ce, inagier, d(l XllI e -ièclc :
« Bonnes gens, qui faites de la sculpture comme nulle part on n'en fait
ec)le mère aù ,,n vient étudier, «lui en
de votre temps, qui formez 1'-« ,. _ 1'_ -
voyez des artistes partout, qui pratilleZ votre art avec la f,,i el vos
uvres et une parfaite connaissance des mc_,yens matériel:, qui covrez
notre pays d'un monde {le statues égal. au ntoins, au m,-,nde de statues
des villes grecques; il arrivera un moment, en France, à l'ari_,, lb où
vous placez le centre de w» écoles, où des homnes, Français comlne
vous, nieront votre mérite, --cela VOll importe peu, mais esayeront
de faire croire que vous n'avez pas existé, que rob oeuvre ne «ont pa.- de
vous, qu'elles sont dues au hasard protecteur, et donneront, COlnllle
preuve, que vous n'avez pas signé vos statues... » Les
raient pas ajouté foi à la prédiction. Cependant le
prophétisé.
Nous ne demanderions pas mieux ici que de nous
de nos arts anciens; nais il
comparaisons, si l'on prétend
bonnes ëens Il'au-
prophète ett bien
occuper seulemmt
et biel difficile d'éviter les parallèles, les
ëtre intelligible. La statuaire est un art qi
l SCULPTURE ] --- 156 --
possède plu- qu'aucun autre le prix il5ge de l'unité. Elle n'est point,
comnc l'architecture, forcée de se soumettre aux besoins du moment,
comme la peinture, dont. les ressources sont tellement variées, infinies,
qu'entre une fresque des catacombes et un tableau de l'école hollandaise
il y a mille routes, nille sentiers, mille expressions diverses et mille ma-
nières dill'ércnte de lç employer. Faire l'hi»toire de la statuaire d'une
époque, c'ct entrer forcément dans toutes les écoles qui ont marqué.
[du'on x euille donc bien nos pardonner ces cxcurions répétées oit dans
l'antiquité, soit chez nos statuaires modernes. Pourrions-nous faire saisir
la qualité que nous appelons dramatique, dansla statuaire du moyen ge,
sans chercher jusqu'à quel point les anciensl'ont admise et ce que nous
er, avons fait attjourd'hui ?
Il e,t-nécesaia'e d'abord d'expliquer ce que nous considérons comme
l'élément dramatique dans la statuaire. C c,t lé m,:,)'en d'imprimer dans
l'esprit du spectatêur, non pas seulement la rcpr6sentation matérielle
d'ut personnage, d'un mythe., d'un acte, d'une scène, inais tout un ordre
d'idées (lui »e rattachent à cette r .l.r6,entatiuu. Ainsi une statue parfaite-
ment calme dans bon geste, dans l'expression m_.me de ses traits peut
poséder des qualitées dramatiques, et une scène violente n'en posséder
aucune. Telle tatuê antique, comme 1' .grippine du Musée de Naples,
par exemple (admettant mOme qu'on ne sùt pas.quel personnage elle
représente), est éminemment dramatique, en ce sens que dans sa pose
att'ais»de, dans l'ensemble profondCient triste et pensif de la figure, on
deviae toute une histoire furie»te, .tandis que le_ groupe de Laocoon est
bien loin
mr, dilc,
d'émotvoir l'esprit et (le dévclvppcr un drame. Ce sont des-
et le., .;erpents ne sont là qu'un prétexte pour obtenir des effets
l»o-e et de muscles. Ne, us choisissons cxprbs ces deux exemples dans
lne péri,de de la tatuaire où l'on
«lramatiquc, et oh (t11 ne 1 )ttenait
c'et-à-dirc dan quelques portraits.
cherchait précisément cette qualité
,lue quand on ne la cherchait pas,
Bien que dans la statuaire la beauté
de l'exécutiol soit plus nécessaire.que dans tout autre art, cependant
l'élément dramatiqtte n'e,t pas e_,sentiellement dépendant de cette exé-
cution. Tel bas-relief des métgpes de Sélinonte, quoique d'une exécution
primitive, roide, telle sculpture du xi siècle qui présente les rot?mes im-
perfections, ,ont profondément empreint de l'idée dramatique, en ce
qtte ce «ulptures transportent l'êsprit du spectateur bien au delà du
champ re-treint rempli par l'artiste. Il est h remar.quer d'ailleurs que la
«lualité dramatique dans la statuaire semble s'affaiblir à mesure que la
perl'ection .d'ex6cution
ég)ptiens de la_haute
ci'autant, plus profonde
Dan
matérielle -e développe. Dans les monuments.
antiquit6, l'impression dramatique est sou,ent
que l'exécution est plus rude .
le arts du dessin et dans la sculpture particulièrement, l'im-
Nous ne nous-ser-ons pas du m«t naïf, qui nous mble appliqué fort mal à propos.
lorsqu'il s'agit des arts dits pnmitifs. Sculpter un lion comme les Eg.ptiens, en suppri-
-' 157 [ qCULPTUE )
pression dramatique ne se communique au spectateur que si elle émane
d'une idée simple, et que si cette idée se traduit, non par l'apparence
matérielle du faît, mais par une orte de lraduction idéale ou pobtiqe,
ou par !'expression d'un sentiment parallèle, dirons-nous. Ainsi, donner
à un héros des dimensions upSr.icures à celles des personnages qu'il
combat, c'est rentrer dan la première condition. Donner cà ce héros une
physionomie impassible pendant une action violente, c'e:t rentrer dan,..
la seconde. Représenter un personnage colossal lançant d lat de son
(:ha[', entrainé par des chevaux au galop, des traits sut" une foule de pe-
tits ennemis renversés et uppliants, c'e.,,t une traduction idéale ou poC
tique d'un fait; donner auY traits de ce pers'on.nage une expres.qon im-
passible, de telle .,,orte qu'il senble l-e jeter sur ces vaincs q'un regard
vague, exempt de. pas.ion c, lê colère, c'est graver dans l'esprit
«pectateur une impression, de grander morale qui produit instinctive-
ment l'effet voulu.
Nous ne possédons malhereu-_ement qu'ln trè«-petit nombre (le
grandes compositions de la statuaire grecque, et il serait difficile «le suivre
la filiation du dramatique d«ns cet al'll. La composition dès ïrontons
(lu temple d'Égine obtenle au moyen le statures repré.-entant, dans (li-
verses poses, un fait malériel, n'a rien «le dramatique. 3lai cependant le
sentiment du dramatiqe est profondément gravé dans rart grec dès une
assez haute antiquité, si l'on en jlgê par certains fragments du temple de
Sélinonte déjà indiqués, et par le,; peintures dê- race,;. Le -entiment
dramatique (la vérité du ge,te mi»e h pari) est très-dé',eloppé dans la
statuaire du Parthénon et dll temple de Thé,,ée, n-mis lóveloppé dans le
sens purement matériel. C'est beaucoup d'émouvoir par la beauté exté-
rieure, et c'est peut-6tre ce qu'avant leur doit chercher le statuaire, mais
ce n'est pas tout, croyons-nas. Il est, d'autres cordes qe l'art petit, faire
vibrer, et la difficulté est de réunir dans un mëme objet, et la beaupré
plastique qui saisit l'esprit, par les yeux, et. ce reflet d'une pensée qui
transporte l'esprit au delà de la représentation matérielle. Ilarement ces
deux résultats sont atteints dan¢, l'antiquité ; plus rarement encore dans
l'art du moyen ",].ge. Le sens-dramatique, ,i pro.fond souvent dans la
, " semble gëner le développement du bea plas-
statuaire du moyen a,=,e,
tique, et le statuaire, taut pénétré de son idée, l'exprime sans s,:,ger ,à la
beauté de la forme. Il n'en faut pas mains distineuer ces qualités et en
lenir compte.
Quelques bas-reliefs de la fin du x « siècle «le l'école de l'lle-de-
France sont très-fortement empreints du ,entimênt dramatile. Nos
citerons entre autres celui qui, sur le tympan (le la l)orte
cathédrale de Senlis, représente la mort de la Vierge, et là
centrale de la
l'exécution e.-_t
ruant quantité de détails, mais en rendant
mal, ccla n'est point de la naiYeté; tout
réfléchi et très-sUr de ce qu'il fait.
d'autant mieux l'allure inposante de cet ani-
au. contraire, c'est le résultat d'un art très-
[ SCULPTURE ]
belle. Dans cette
rendte
ccle»tes
-- 158 --
cbne, à laquell(., a-sistent des anges, !1 y a une pelsée
avec une grandeur magistrale. L'événement emeut les esprits
plu, peut-ëtre quc les apStrês et dans cette émotion des anges
il
cne
Christ
v a comme un air de triomphe qui ren,ue le cur, en enlevant à cette
toute apparence d'une nort vu|gaire. Ce n'est plus la mère du
s'étci,.,,nalit au miliet des apStres qui expriment leur douleur,
c'e.,t une "ame dégagée de.,: liens terrestres et dont la venue prochain(
réjoit le ciel. L'idée, dans des sujets emblablês, de placer le Christ
parn,i le apôtres, recevant dans ses bras, sous la tiure d'un enfant,
l'àn,e de »a mère. ê»t déjh l'expresson très-dramatique d'un sentiment
Cevé, touchant, et cette idée a ou-«ent été rendue avec bonheur par
les artiste, dtl commencement (lu XIII ,iècle ""
L ecole rhénane n]anifeste
as«i des tendance dramatiques dès le Xll « siècle, mais avec une certaine
recherche qui fait pre:.,entir les défaut.s de cette école inclinant ver,!o
manieré. "
La clS(ure (u ch,-eur oriental de la cathédrale de Bamberg représente,
sou, une arcature, des ap6tres groupés deux par deux, qui accusent bien
le- tendances de cette école rhénane si intére.-,ante à étudier. La figure 19
donne un de ces groupes. Il y a dans le ge»tes, dans les expressions de
ce per.,onnae. qui discutent, un sentiment dramatique prononcé, pen-
--- 159
lle trouve à
dramatique
[ SCULPTUBE ]
chant vers le r6alisme, q'on cette époque dans aucune
autre école. Mas ce sentiment manque «le l'élévation qte
possède la statuaire (le l'Ile-de-France. Cette province est l'Xttiqe
moyen âge. C'est à son école q'il est bon le recmrir qand on veut .-e
rendre compte du dévêloppement (le la .tatuaire, soit cotonne pensée, soit
comme exécution.
Nous avons parlé déjà des scènes qui garnissent lês x'osres (le la
porte centrale de Notre-Dame (le Paris (c6t6 des damnes), et de l'expres-
sion terrible de ce.,s scènes mises en regard de la béatitule et |u calne
des élus. L'une dé (:es scètes rêpr6sente une femlne tc, les .veaux banalC,
tenant un large coutelas dans chaltC uai ; elle e«t "à cheval, et derrière
tombe, h la renverse, n hotnne d,,nt l,.s intestins s'échappent par
large blessure (voyez ligtrc 20). « Et en t,ène tetps je vis
elle
line
« un cheval pille; et "eh_ci qi était monté le.,,ss s'appelait la
« l'enfer le suivait; et le pouvoir lui fut donné sur la quatricn
« de la terre, pour y faire morir les hommes par l'épée, par la
t par la mortalité et par les btes sauvages . L'apparition des quatre
chevaux de l'.pocalypse est rendue das un grand onbre d'é,lilicês
religiex de cette ép,,qe, t la catlé,lrale de Reims notantent; nais
quelle dittërence dans la iianière doigt dst exl, rimée cettê scène! Ici, à
paraitre
.llort, et
e partie
farnine,
Notre-Dame, l'arti,c a donné ;Tt celui lui lnonte le quatrièc cheval
figure d'une femme, la .llo,'t. Elle a les yeux 1)andés. Il set,ble qu'elle
se soit élancée sur ce cheval monté par l'honne orgueilletx, et que
du mëme coup elle ait éventré cet homne,
poussière. Cette façon d'interpréter ce verset
dont la tète traic ,1;tn. la
de r \l,ocalyp.._e, de le tra-
Mort, dont les jaltll»es étrcigneltt forte-
" 1'
alandonne de l'homle, expression
tic« lignes de ce grouille,
ile d'aller plus loin da
queh ue chose de
sujet. La t6le de l'animal,
de,sculptre remar, lables et doigt
id6e fort incomplète. On retrouve ce
grand noml»re de bas-relieg de la nlOme
imal, la caml,sition
terrible. Il est diffi«
l.'exécttion mème a
heurtC
celle
duire en scull)ture , le geste de la
ment le cheval, le n,,vcment
ellhrée de la rote de l'an
présentent un ensemble
l'expression dramatique.
de nlde, qui s'harmç, ni.,o avec le
l'holnme renversé, bOlt lcs t,tvres
notre tigure ne petit donner qt'lne
sentiment dramatique dans tin
époque, c'est-à-dire de la première moiti6 du x ¢ siècle. Les Proph6ties,
les Vices du portail de la cathédrale d' _miel>, les ba.-reliefs (les porches
de Notre-Dame de Chartres, possèdent ces qualités indépen,lantes le
rexec ttion nmterlellc, qui parfois est défectteuse Ces artistes avaient des
idées et prenaient le pls court chemin pour les exprimer.
les Grecs, atteignaient-ils souvent la véritable g.randeur ; car il thut l)icn
reconnaitre que la sclpture ne po.,_sède pas les ressources étendues ,le
la peinture, stlrtolt de la peinture telle qu'elle a été comI)rise depuis
le xv ¢ siècle ; elle n'a ni le prestige des effet.,, obtenus par la perspective»
Apocalypse de saint Jean, chap. vt, v. 8.
[ SCULPTUBE ] -- 160-
la coloration, la différence des plane. Elle n'a, pour exprimer un senti-
ment dramatique, que le ete et la composition de» lignes. Là pénurie
J
de ces moyens exige une grande netteté dan la conception. Or, on doit
reconnaitre que le» avti.,te.,, du XlU ièclc out possédé ces qualités à un
de,ré trè-élevé.
---- |6 1 ---- [ SCULPTURE l
Il ne faudrait pas croire cependant, que dans leurs m,vrcs l',xéc,tion
matérielle ne lint pas une grande I)la,'e. 11 (, " _
s agit pas ici [le «cite per-
rection mécanique qui consiste à tailler et ciselet" adt'oitclnet la l»ierre.
le marbre ou le bois : ils ont prouvé que, sous ce rapport, ils ne le cé-
daient à aucune école, ) compris celles de l'atilité; tnais il s'agit d.
cette exécution si rarement conprise de nos jours, et qui tient h l'«,bjet,
à sa place. à sa destination. Les scull)teui's du lilO}'t211 tge «illt ««lillIO.'-c
de. trbs-petils bas-reliefs et des eol,)s.ses. Si o.s «)s l'el»)rtons "a la
belle alillité grcçqle, nous »l»serveros «le les itiliet lelits e
sculpture sont lraités conne les,elVl'eS d'c linlesin extra-natrelle.
Les procédés almis pour le n,[lelé d'(, tigtre (le 1 cctintètre ,t 2 dt.
hauteur sr ue pierre inlaillée grecque soli[ les lëttes «ltc ceux ap-
pliqu6s 5 un colosse. En etlt, p,î,r tl'Ul colosse' lar«iss¢
suftit pas de lui loer une dinensio exlra-n«tturelle; il tt sa«ritier
luantité de détails» exagérer les masses, faire ressrtir «êt'laies
i1 e est de nène si 1', 'herche l'intiinet l».tit. L'échelle al«rs os
,,blige h sacrilier les lélails, h faire xaloir les n«tsses pricilndes. Ai
les pierres graw'.es grecques donnent-elles l'idée d'lne gra,de «ltose;
i 1'o reculait ttire un c«losse avec !111é de c's tig,res de 2 c',ttitttètre
,le haleur, il n'y aurait q'à la granlir en obse'vant exacletenl les
lrocé¢16s de l'artiste. Les Égyl,tiet, flattes la haute ati,luit6, aValt
t'toiCCs, ott mieux qtt'ttctt peuple ,_",.»l, ris c«tt' loi: letrs
dont ils ne sont point avitres, scttt trait6s ett raisott de llt
c'est-à-dire ¢le plus ils sont grads et pls les détails sut saeriliés, ldUs
les points saill;uts de la tOl.le gén6rale sont setis, l»l.,»,,.6s.
les colosses 6gyltiens paraissent-ils plus grads elCO-t'e lu'il
réellenient, tatidis que les gl'aldes statties ,lte ous ttisolis auj,,Ul',i']lui
ne donnent gtière l'ilée que «le la dinensi , liattirelle.
Les artistes de la première noitié du Xl ¢ sicclc ont scullté
le colosses, et eti les sculptant, ils ont obset'vé cette loi si bleui pl'ati{lee
datts l'atttiquité, d'ul»tettir utte exécutiott d'tutattt llus .sitttp[o «ltt« l'objet
est plus gr;ud et d'insister sur certaines parties qu'il s'agit de faire valoir.
Voyus, par exemlle , ceinture sont lrait6es les statues colossales
galerie des rois de la catléd'ale d' kties. La lltp:trt de ces slatte» s,_,t
assez médiocres, mais toutes lroduiset l'ur cil'e! le
manière dont elles sont traitées; qel,lues-unes SOll lrès-b,,llies. Les
draperies sont d'ue simplicité exlrè.te, les lélails sacritiés, nl«tis les
mouvements nettement accusés, accuses même sovent à l'aide
traces ttits à la fornte réelle. D'ailleurs tout, datts l'
en vue de la place occupée par ces statues, qui son
du sol. Prenons ue tëte de l'un de ces colosses (ti
comme les traits sont coupés en raiso t_le la halter if la,luclle sol placées
ces statues. L'oeil se détache lrORldément de llt r«tcine du nez _',ltlite
dans certains colosses le la ]aule Égypte. Il est inclié vers le .,_ol. Le
nez est raillé hardiment, avec exagération des saillies à la ra,.'ie. La
d'Oll-
e'écutiott, est tu;tirL t posees h 30 ntètres
, 2t). On observer
I SCUI.PTURE ]
liaison du front avec le
les cheveux traités par
sou les pommettes, afin de
points saillants du visage. Les
162 --
sourcil e.,_t vive;la bouche est coupée nettement;
grandes masses bien d6tachées; les joues aplaties.
lais.,er la lumière accuser virement les
mornes procédés sont employés pour les.
i /
draperies,
ex«tgeraliul .le partie., ,lli pelvet faire res.,,nrtir
Trè«-l'réqettetl w_.,i[-on la- les nonutetl,
ILI XIII e siècle (lc. sIatuc (lli l)roduise.t Ull effet
1»11' le., 11115; sacrifice (les détails siniplicité de noyens,
l'ossature de la figure.
de la première noitié-
excellent à leur place,
et qui, lJO]ée-,, I»»S('e,;. d;t.,, II l ' -
u»ee, ,ont. dét'ectueses. Le contraire
¢t tr,»p ,»lVell lie ,tllj,,llr,l'hlli ; de, statues satisfaisantes dans l'atelier
de l'artiste .,ont léfectuetl»(_'s lllm fl)is nises en place. La question se
borle à s;tv,,ir s'il ('lvict de faire
de l'artiste et de luelluêS amis qui la
prétërable, dans l'exécution, de songer
teurs iu noyen ;tge n'avaient point
envoyaient leur ceuvre lȍ, llr les faire
n'ebt laS l'aspect détinitif. I1 pensaiet
la statuaire pour la satisfaction
voiet dans l'atelier, ou s'il est
cette place défiitivc. Les sculp-
d'expositions annuelles où ils
voir isolees, sous un apect qui
avant tout à la destination des
figures qu'ils smll»taient, h
de cette destination. Ils se
exagérations que l'effet en place jusiific pleinement, mais
condamner dans une sa||c d'êxposilion aj»urd'hui.
A notre avis, exposition d'une statue, en dehors de la
on la destine, est un piCe pour l'artiste.
exhibition isolée, pariiellc, et alors il c lient
16"
---" .,---- [ C('EPTUItE J
l'etrct ,lU'CI|es ,levaient produire en raison
permettaient ainsi des irrégularités ou (!es
qui le feraient
ment, du milieu d6finitif; ou il satifiit à ces
ne saurait contenter les amaters qui
regarde un meuble ou un utensile lont
On peut produire une ruvre de siataire
mème sa valeur, et plusieurs de n,s taiaircs
place h laquelle
il lravail|e e ve le cette
pas 'olnpe de l'emplace=
icrnièl'es conditios, el il
volet x'oir sa slate coe o
la place n'e»t poinl ar[luée.
charnanle, poss5lat e file-
cela ({'tait possille encore auj,-)url'hi. Mais s'il s';tgit ,!,, la slalaire
appliquée à l'architecture, il est l,s clilions partielièr's aXlelles
on doit satis[hire, conditions d'effet, d'emplacement, sç,,scn opl»u>6es
à celles qui peuvent l>lcilicment satistitire dans l'alclicr, lll', le> s'ull)lcurs
du moyen Age avaient :tcqliis une granle CXl»6ri.nce <le ces clli'ts, en
raison de la place et, le l'eiitolir;tge: ., de la ll«illlellr, de let lillensi«)n
vraie ou relalivc. (! p«»urrait nème sç)utcnir «1( ,, soirs ce rapp)rt, les
statuaires du moycii àge sont allés liel al «lclà «les Gvecs, soli farce
qu'ils plaçaient laiis les éditices un noml)ve l»e;tu«olip pll, «olsictér;illlc
de figures, soit parce «lC ces éditices çtat «le liensiç)s ilicolllll;tr;i]llt'-
ment plus gran«les, ils <[cvaiet tenir c«npte de ces ditcnsi)s lrs«lu'il
s'agissait de pr«,dre certains cil'ets «le l'éloigeent, la lCVslc«tive ,
tendaient à dé[ruire.
[1 est évi«lenl, par exemple, que les l'ar<les dt frantcm du Partl6ncn,
ces incon.parat)lcs statures, ont été faites bien ldU[6t l,r ètrc vcs dan
un atelier que sur le larnier «lu tenl[c lc Micrve. k cet[c llace, la
plupart des détails n'étaiet vus lte «les hir»lclles, e les [igures assises
c, ntceent 0tre es .
devaient presque ' "'.'. . asqu6 par la saillie de la corniche
Dans le mème nonmcnt, les las-reliefs de la frise sous le portique,
éclairés de reflet, pauvaicnt «li['[icilêment ëtve appr6ciés, bien qc le
sculpteur, pat" la nmnière d,nt sont traîtres les fige., ait évidemment
pensé à leur éclairage. Mais comnm dimensi»n, «lu'est-ce «lue le Parthenon
C est dans ce dernier édifice où l'
comparé h la cathédrale de Reims ? ' - on
peut constater plus particulièrement la science expérimentale des sta-
tuaires (lu moyen/tge. Les statues <lui ganissent les grands pinacles des
contre-forts, et qui ont plus de h mètres de produisent un effet
complétement satisfaisant, xue d'e bas; ,i examinons de près,
toutes ont les bras trop courts, le cou trc, p les
jambes courtes, le somnmt de
Cependant la pratique la plus
que ces défauts sont. calculés
où l'on peut voir
règles que dans
hauteur,
nous les
long, les
épaules basses,
la tëte développé en largeur et en hauteur.
ordinaire (le la perspective fait reconnaitre
pour obtenir un effet satisfaisant, du point
ces statues. On ne sauvait donner géométriquêment les
des cas pareils les statuaires doivent observer, c'est là
sct'tPU ] -- 16-
une affaire d'expérience et de tact; car les règles se modifient suivant,
par exemple, que le., statues sont encadrées, qu'elles se détachent su[ de, fonds clair» ou obscurs, sur'un nu Otl sur le ciel, qu'elles sont isolées
ou a«compaTnée» d'autre» figtres. Ce n'est donc pas à nous à dédaigner
les ,euvres de ces maitres qui avaient su acquérir une si parfaite, connais-
sance (les cilet: (le la ,tatuaire monumentale et qui ont tant produit dans
des ¢enre.- ¢i divers.
Il e,t a<lni ,lue le,;
tizure» allon«ée.,,,
..t',il,... sats vie et :ans
a<c,;ti«le et maladive.
Un
statuaire, du moyen .a,.ze n'ant su faire que des
,.orlcs (le gaines drapée.,, en tuyaux d'orgues, corps
mouvenen(., lerminés par (les lè[es à l'expression
critiquée. n jor, après av,-ir vu les longue« ti._,zres du x" siècle
de N,,tre-1)ane d. Chartl"e, a fait sur ce thème qelque, phrases, et la
tole de le répéter; car, ob,erv,_,ns qu'en fait d'appréciation des euvres
,l'arl. rie 'et llu- comme, de ,lue ces opinions toutes faites, qui dis-
l,.n»,-,t de s'en,l,Srir par »oi-nèe. cette en(lOte ne dùt-elle demander
,l'e lle(re. N,_,( av(,ns donné déjà, dan» cet article un assez grand
nr.lre d'ëxemple de stalues qti ne reaeml)lent nllement à des Caines,
et de tèle li n'«,nt rien moins qu'une expression ascétique ou maladive.
Que le artite du moyen ge aient cherché à faire prédominer l'expres-
sio, le setienl nora ur la forme plastique, ce n'e,t pas douteux, et
c'e-I on grande l)arlie ce qui constitue leur orieinalité ; nai ce sentiment
m,-,ral, empreit »ur les phy»ionomies, dans les de,tes, et plut6t éner-
..i,ite que maladif, plzt6/ izdépendan/et ferme qz'hzmble ou contrit.
t-tir ire saturait nier par exemple, [lue les statues qui décorent la façade
,le la maisan des Musiciens, h Beims '. tatues forte nature, n'aient toute
la vie ,11(' ,-,-,mp,-,rte_ un pareil ,ujet. Le joueur de harpe (fi-.¢ 2), par sa
po,e, l'cxprc..ion line de e trait,, la simplicit6 charmante du x0tement,
e-t bie 1,,i de ce typ banal tl'on prëte h la tatuaire du xu siècle.
Et à pr,,p,-,, de cette tatue, pe»de à 6 ou 7 mbtres au-de,us du par6
tl'ue rue 6tr,,itc. nous ¢,b.serverons conmen[ le sculpteur a [ênu compte
,le la llace. Vue à »on niveau, cette figure a le corp, trop développé
l,,ur les jambes: mais de la rue, à cause du peu de reculée, les jambes
lrennent ,le l'importance et le corps diminue, si bien que l'ensemble
e»t parfaitement en proportion. Et ce n'est pas lb l'effet d'une maladresse
,3 de l'ignorance de l'artiste; toutes les figures assises de cette façade
,ont dan le morne ca:.- - De mOme, on pourra remarquer que les statues
po,ée à quelque» mètres au-dessus du »ol, dans les monuments du
ç,3en àge. ont les bras relativement courts et très-rarement aban-
donnés le 1,)nz du corp,. C'Cait un moyen de donner de la grandeur
aux figures et ,le la grâce aux mauvements. Vestris, le célèbre danseur,
,lisait qu'il avait pa-é dix ans de sa vie à raccourcir ses bras. E en effet
le- bras sont parfois au-.-i gènants dans la statuaire que dans un salon.
figure 1 t.
f f:5 -i,--
CILPTURE ]
t
La plupart des statues antiques nous sont parvenues sans ces membres
[ SCULPTUBE ]
superieurs : elles ont
critilue; mais celles
statuaires grecs ne se
bras de l'homme, soit par des
tion de la dimension réelle.
--- t66
ainsi un avantage,.en échappant par ce c6té à la
qui e sont pourvues font très-bien voir que les
faisaient pas faute de dissimuler la longueur des
artifices, des raccourcis, ou une diminu-
tl'èS-caractç, ris6., et très-habilenent conposés. CellX qui sont plac6s dans
les tynl,as de l'ar«tre le la porte de la Vier«e sont, entre autre»,
d'il!le charmante facture t,t dtl iiieill«ur style, tin de ces bas-reliefs que
llolls dllllOIlS ici (fig. 23), et «lt]i représente l'archange Michel terras-
sant le dragoli, lt,sb(le toutes les qualit6s de la meilleure statuaire:
excellente compositi,n de li-nes, pondération des masses mouvement
bicl senti et exprimerC sot)riété (le moyens, noblesse de style. Cette coin-
' Cette figure
positi,n petit rivaliser avec les belles uvres de 1 antiquit6.
O .
n'a rien de la roideur archaïque q n prOte si volontiers à la statuaire
«lt moyen àge; elle n'est ni grle, ni enveloppée de ce plis en tuyaux
ci'orgues. Mais, pas plus que (lans la statuaire grecque, on ne sabrait
trouver là ces gestes théAtrals, ces mouvements outrés, ces poses acadé-
tti(ltes, auxqtels nous nous sommes habitués et que nous prenons trop
sottvettt pour de l'action et de l'énergie. Or, tous les bas-reliefs de cette
arcature e valent et (latent des premières années (lu xttt siècle. Plus
tartl, nos retrouvons, avec un style moins large, mais avec une obser-
vation llus fine de la nature, ces mème qualités dans les bas-reliefs.
Téioin ceux te la porte sud du transsept de la mème église qui repré-
ette,it des épsodes le la vie des éttliant l(, l'I'liverit6 (le Paris et
faisaient pas faute d'adopter le
\ Nt,tl'e-l)anie de l'aris, on voit
fa'adt. ,ccilentale des bas-reliefs
des ])ons temps
p»ur donner de
; ,_,-, , ient les mouvements
lunineuses ils aen 'a
uj»urs de l«trgês parties éclairées. En effet,
nttnientale, r.posev l'oeil lu spectateur sur
se.,_, pour l'aire saisir un sujet ou le mouve-
étaient placés près (le l'o:il, ils ne c
n,,de lins-relief avec tous ses artiti¢'es.
Mais il est Ulle qualité, dans la l)onne statuaire du moyen /tge, dont
on u arait trop tenir conpte. E'est celle qui consiste à bien r6partir
la lière sur les compsiti,ns c, tt les figures isolées, afin d'obtenir uu
, c ulpteurs grecs
effet, z l,z«léz'ali«,zz des masses. Les s"
pss#da]ex[ cette «luaLiL: ils avaient faire des sacrilL«es
la valr h «erLaines
de ler tire ex laissant L
il fat, la La CU]lture mo
«les mae [xples,
z«[ «l'e lîgzre, à zzz« z'«r«le «lierarite. Exanzinons les bas-z'e]ief» ou
le tatues do otre école du ] siècle, nous observerons qu'au milieu
de la plus riche faça(l'. , t'fit-on éloi,x , . dl ino:uinext, ces bas-reliefs
,,t statures s'6crivent clairenent. On a pr6tendu lue les sculpteurs du
rtl,ycl ;Xe nê savaient pas faire de bas-reliefs et lu'ils proc6daient tou-
jors lar la I'(nle bosse. Cela n'est point exact. Comme les Grecs, lors-
«Iu'c,n tre p,ttvait voir la st«ttttairc qu'à une assez grande distance, ils
l,roc6dait'l en (,lift par juxal)ositi,3 de »tattes, ainsi que Phidias l'a fait
l)or les tyttpans des t'ronrons dt l'arth6non; nais lorsque les sujets
---- 167
qui sont de véritables chefs-d'muvre;
.d'Auxerre (église Saint-Étienne), «lui,
subies, nous laissent encore voir des compositions
comprises comme bas-r,eliefs et d'un style tout h fait
.qu'on pourri tout à l'heure en juger.
[ SCULI'TUBE
ceux des portes de la cathédrale
malgr5 les mutilations (lu'ils ont
charmantes, bien
v'emarqat)le, aisi
Cependant, comme il arrive toljaurs au sein d'ne école de staluaire
déj'a développée, on inclinait h admettre un canon du beau. Ce caon,
qui était loin d'avoir la valeur de ceux adis par les artistes (le la belle
antiquité grecque, avait un mérite : il nous al)l)artenait ; il était établi sur
t'observation des types français, il possédait son originalité natixe. Aussi
est-il aisé de reeonnaitre, "à première xue, une statue appartenant :'t
l'école de L'fie-de-France du milieu du xiff siècle entre mille autres. Ces
types ont un charme; leur exacte observation, après tout, donne des
l" SCt'LTUIr ] --- 168 ---
r,"stltats supérieurs h ceux que peut produire l'imitation de seconde main
«l'lne nature p!ysique qui lous est devenue étrangère. Nous l'avons di
,lejà, le beau n est pas heureusement limité dans une certaine forme
La nature a u répartir le beau partout.; c'est h l'artiste à le distinguer
du vttlgaire, à l'extraire, par ttne sorte d'opération intellectuelle d'af/i-
nage, du milieu d'éléments g,'ossiers, ab'atardis, où il existe à l'état par-
cellaire. Les statuaires grecs n'ont pas fait. autre chose. 5Iais de ce que la
Véus de 5Iilo est belle, on ne saurait admettre que toutes les femmes
«_lui ne ressenblent pas à la Vénus de 5Iilo sont laides. Le beau, loin
d'ëtre rivé "a une certaine t»rme, se traduit dans toute créature par une
harmoie, une padération, qui ne dépcdent pas esentiellenent de la
forne. Il nous e.st arrivé à tous, devant un geste vrai, une certaine
liaisot parfaite entre le sentilnent de la personne et son apparence cxté-
rieurc, d'ètrc virement touchés. C'est à rendre cette harmonie entre l'in-
telli,,e,ce. . et sc)n enveloppe qle la belle école dl m,-,ven. tge s'est particu-
lièrenent attachée. D;t le traits (lu visage, conme dans les formes et
les nt,)uvetett- dtl corps, 011 retrouve l'individu moral. Chaque statue
l»O-ède on
le s-!lVelil"
p'jrlos ici
caractère personnel, (lui reste gravé dan, la mémoire comme
d'tl être viva! qll'Oll a I_'Ollllll. Il est entendu que nous ne
lue de., 'UVl'eS ayant tilde valeur au l»jilt de vue (le l'art,
ct.uvres qti l'ailleur sunt nollbreuses. Une grande partie des statues
«les p,»rches de N,»tre-Dame de Chartres, des portails des eathédrales
d'Anciens et 1« Ileims, possèdent ces lualités individuelles, et :'est ce «lui
explique pour,[uc, i ces statues produi,ênt ur la foule ue bi vive impres-
siol, -i l»ielt l'elle les n,»nne, les connait et attache à chacune d'elles
Illle idée, otvett nèlne une légende. Telle e.,t, entre autres, la belle
.,t.atue de la Vierge de la porte nord du transsept de Notre-Dame de Paris.
t.;umne attittle, comme composition, agencement de draperies, cette
ligure est uli m,,dèle de noblesse vraie; coinme eXll'e.,.-i,n , la tète dévoile
ule itelligece ferme et sùre., une flerté délicate, des qualité., de gran-
deur morale qui r«jettettt, dans les bas-fonds de l'at't cette statuaire peCest-
due religieuse dont on remplit aujourd'hui nos égli.es ; pauvres figure»
aux gestes de coivelition, à l'expression d'une doucereuse fadeur cher-
chant le j,,li pour plaire à une petite église de boudoir.
La statuaire «lui mérite le nom d'art s'et retirée de nos têmples, par
suite des tendances du clergé français depuis le XVli ¢ siècle. Il ne s'agis-
..,ait. l»ls dès lors de trelnler l'esprit des tidèles dans ces hardiêsses,
quelqtet'ois sauvages de l'art, dans cette verdeur juvénile d tem're em-
preites de passions ou de sentiments robuste,, mais de l'assouplir au
cul,traire par un régime dou' et facile à suivre.
Cette Vierge du portail nord de Notre-Dame de Paris, dont nous d,_»n-
llOriS la tète (lig. 2/,), est une f.emme de bonne maison., une noble dame.
I,'intelligence, l'élergie tempérée par la linesse des traits, ressortent sur
cette figtre délieatement modelée. A coup sùr, rien dans cette tëte ne
rappelle la statuaire grecque comme .type. C'est une physionomie toute
-- 169 --
[ SCULI'TUBE ]'
française, qui respire la franchise, la grâce audacieuse et la netteté de
jugement. L'auteur inconnu de cette statue voyait, juste et bien, savait
tirer parti de ce qu'il voyait et cherchait s,tt i«l,:al dans ce qui l'entou-
rait. D'ailleurs, habile praticien,- car rit.n tç'., slrpassê l'exécution des.
bonnes tigures de cette époqe, son cisea docile savait atteindre les
délicatesses du modelé le plus savant.
|
Si impuissante que soit une gravure sur bois à rendre ces délicatesses,
nous espérons néanmoins que cette copie très-imparfaite engagera les
tatuaires h jeter en passant les )'eux sur l'original.
Viii. ---- 22
[ SCULPTURE ] -- |0 ---
NOUS trouvons toutes ces qualités dans les bas-reliefs du portail
de Notre-Dame de Paris qui représentent la légende de saint Étienne
qui datent de la mëmc époque (1'2_57). La composition et l'exécut,
(le ces bas-reliefs le placent parmi les meilleure» uvres du milieu
XIli e siècle.
Il faut citer
du XIII e siècle,
encore parmi les bons ouvrages de statuaire du milie
quelques figres tombales des églises abbatiale de Sainl-
Denis , de Royaumont; les apStres de la sainte Chapelle du Palais if
Paris; certaines tatues du portail occidental de Notre-Dame de Reim»
et des porches da Notre-Dame de Chartres'2. Il résulte toutefois de cet
examen qu'alor», ous le règne (te saint Louis, la meilleure école de
statuaire était celle de l'fie-de-France. On ne trouve pas une figure mé-
li,ocl'e dals la statuaire (le Notre-Dame de Paris, tandis qu'à Amiens,
h Aartrcs, à lcims, au milieu d ux-rcs hors ligne, on en rencontre (lui
...unt trè.,-inférieures, soit comme style, soit conme exécution. A Reims
larticulièrêment, les él)rasements (le« p,,rtes du nord sont décoré,; de
statues du plais nmuvais travail, sauf deux ou trois qui sont bonnes.
L'éc,,lc de l'lit-de-France tenait la tête alors, et la ville de Paris était la
capitale des travax intellectuel« et d'art «omnae elle était déj'à la capi-
tale l»,-,litilue. Ce n'e-t pas à (lire que les autres Cales n'eussent pa. leur
valt.r; l'Acale chatpen,,isc, l'6cole picarde et l'Acale bourguignonne four-
hissaient alors une bcllë carribrc, p«)ssddaicnt leur caraclère particulier.
L'Cale rh5nanc, qui «vait déjà, au x e siècle, jeté un vif éclat, se distin-
,,.:uait etrc les précélentes par une tendance prononcée vers la manière,
l'cxagération, la recherche. Moins l)éétré du beau idéal, elle inclinait
ver.- un réalisme souvent près de la laideur. Cette disposition de l'Acale
m'h6nanc a eu .,ur les opinions qu'on se fait de la statuaire du moyen. 'age
naturellement portés en
ue facheu-e infllence. Colnme llOIIS sommes
France
elles se
à considérer le, uvres d'art en raison directe de la distance où
trouvent «le notre centre, beaucoup de personnes qui n'avaient
janais jeté les 3eux sur la -tatuaire des cathédrales de Paris, d'Amiens
ou d.e Ghartre.,, ne voulant pas que leurs frais de déplacement fussent
perdus, ont regardé avec quelque attention la statuaire de Stra.,bourg
ou de Fribourg. N'ayant donc regardé que celle-là, elles en ont conclu
que la tatuaire du moyen age inclinait vers la recherche du laid, ou
tc, ut au mois était maniérée, maigré, dépourvue de grandeur. Ce juge-
ment est cependant téméraire, même sur les bords du Rhin. Il est quel-
ques statues de la cathédrale de Strasbourg qi sont des uvres capitales:
les deux -tatues de l'Église et de la Synagogue placées à la porte sud, et
qui sont du comnencemcnt du Xtl" siècle, sont remarquablement belles.
t Voyez le Recued de photographies d'après les mo»uments de l'gglise abbatiale de
aint-Denis, publié par 5I. Fichot.
Vo.ez la Monographie de la catMdrale de Chartres» publiée par Lassus, sous 1,
auspices du Ministre de l'instructi,m publique.
[ SCULPTUBE
I
Plusieurs des statues des vierges sages et folles des portes de la façade
[ SCULPTUBE ]
occidentale, datant de la
On en pourra juger par
Ces tatue» grande nature,
'172 --
fin du XIII e iècle, sont des chefs-d'ceuvre.
l'exemple que ilOtlS donnons ici (fig. ?.5).
taillées dans du grès rouge, sont d'une exg-
avaient
ret
Ma
de
de
par le tenips 011 llt lira
pas s'en rapporter,
Xl et xv siècle.-
«ltion excellenlê, et la plupart ont, une très-belle tournure. Ces artistes
rhénans, comme lctll'S confrères de l'Ile-(le-France, de la Champagne,
de la Bourgogne, de la Picardiê, s'inspiraient d'ailleurs des types qu'ils
bous les veux. Ce ne sont plus là les physionomies que nous
rouvons à l'a7is, à llcims ou à 1miens, mais bien le type alsacien.
lheurcuscncll l),.alCc, up ,le ces statue.,_ ou t)as- re lie fs de la cathédrale
Strasl«,urg ,lt été l'clairs à liverses 6p,»quês, car jamais on n'a cessé
travailler cet élitiee. Une statue, un bas-relief, étaient-ils détériorés
in des homnes, on les remplaqait. Il ne faut donc
r porter un jtgettet star l'école de sculpteurs des
Strasbotlrg, 'à l'ensemble des exemples que ous
rcstaurations suc-
tiOlitre la cathédrale, lutis discerner, ati llilicu de ces
ce,,sives, les otvragcs lli récllelnelt aPlml'tiennênt au
cette éc,le.
IOIlC de l',,is de.- critiqtlcS
établi (le.,_
«le SCIl
«lroits.
])eau moment de
, peu tlantiliers avec la l, ratiqtle de l'art, ont
jugement.,_, voire des théories , de» »v»lèes sur des evres
lpture (li le olt que de faibles copies [, des pastiches mala-
Il elt est de la >tatuaire du nloyelt fige COlnme de la statuaire
grc«itle; il csl lit.t !. ,,tvragcs nml reslatlréS ou refaits, bien des copies
,ll'il ne thlt pas c,,nt',,tlre avec les épreuves originales. Que d'amateurs
'p
s xtasient dewt de fallX antiques, les supposant de bon aloi Combien
l' .
[ attres net.tet str le COlnlte (le l'art du moyen age les défauts grossiem
de nauvai l)ati«hes, et jugent ainsi toute une éeole, d'après un exemple
dh à quelle ci»eau naladroit, h queltue pauvre praticien ignorant. Il
et tilde ,lualit6 le cette statuaire du moyen fige du bon temps qui la
fait t,)j,»urs recoaitl'e, mëme dans les euvres de second ordre, c'est la
lç, l'leté du nt,del6, la implicité des moves, l'ol)servation fine du geste,
de la lhysiotl,»mie, dti jet des draperies. 2ette qualité ne s'acquiert qu'a-
près (le loIgues Cudes; aussi ne la oeouve-t-on pas dans les pastiches, sur-
t,ut lorslue ceux-ci ont ét6 faits par des artistes qui, prétendant ne trouver
dans cet art qu'une naïveté grossière, se faisaient plus maladroits qu'ils
e l'Calent réeilement, afin, supposaient-ils, de se rapprocher de la sim-
plicité de cet art. Simplicité d'aspect seulement, car lorsqu'on étudie les
leurres de la statuaire du moyen age, on reconnait bient6t.que ces ima-
giers ne sont rien moins queaïfs. On n'atteint la simplicité dans tous
les arts, et particulièrement dans la sculpture, qu'après une longue pra-
tique, une longue expérience et une observation scrupuleuse de principes
définis. '",
N ¢ ublion pas que dans les choses de la vie, la simplicité est la
marqtm d'un goùt sfir, d'un esprit droit et cultivé; il en est de mme
dan la pratique des arts, et l'on ne nous persuadera jamais que les artistes
[lui ont conçu et ex6cuté les bonnes statues de notre xI" siècle, remar-
«luable par la distinction et la.simplieit6 de leur port, de leur physio-
nomie, de lever ajustement, fussent de
stitieux, grossiers. Tant x aut l'homme,
13,3.11 vres
[ SCULPTURE
diables, ignorants, super-
l'oeuvvè d'art qu'il met
tant vaut
au jour; et jamais (l'un esprit borné, d'un caraclère vulgaire, il ne sor-
tira qu'une uvre plate. Pour faire des artiste., thites des hommes
d'abord. Que les artistes français du moye ge aiet très-rarement signe
leurs oeuvres, cela ne prouve pas qu'ils fttssc,t de pauvres machines
obéissantes; cela prouve seulement q'ils pensaient, non sans quelque
fondement, qu'un nom au bas d'une statue n'ajcuterait rien à sa xaleur
réelle aux )eux des gens de goùt; ceux-ci n'ayan| pa.- bu:oin d'un certi-
licat o d'llll tilre pour juger une uvre. En cela ils étaielt simples,
comme les gens qui comptent pls sur leur bonne naine et leur façon de
se présenter pour ètrê bien recuis partout, que slr le.- décorations dont
ils pourraient orner leur botonnière. Nous avons «hanzé tot cela, et
aujourd'hui, à l'imitatioi de Italiens, de tout temps grands tanbouri-
neufs de répttation, c est 1 attache du nom dê l'avti:te auquel, à tort ou
à raison, on a fait nu célébrité, qui "donne de la -ale¢v à l'¢uvre. Xlais
qu'est-ce que l'art a gagné h cela'? .
0uelques-uns veulent voir dans cette rareté de r,n. d'artistes sur
notre statuaire une marquée d'h,nilité chré|ietne; nmis le., euvces d'art
culptl'e, romanes,
sur lesquelles on trouve le plus de n,-,ms sott dos "
dues à des ai'tistes ntoines, ou d'assez médiocres ,uvvases. Cotonnent
donc les meilleurs artistes et les arti.,tês laïqes eus.-_ent-ils pu montrer
plus d'hmilité chrétienne que des noires et de
petites villes? Non, ces consciencieux artistes ,1
dans l'¢euvre d'art, l'art, et non point leur personne, ou plutôt leur per-
«onnalité passait dans leurs ouvrages. Ils s'animaient peut-ëtve en sc, n-
eant que la postérité, pendalt des siècle», admirerait leur: .,,tatues, et
n'avaient point la vanité de croire qu'elle se s._ci.rait de savoir si ceux
«lui les avaient sculpté.s s'appelaient Jacqes c,t Gillattmê.
D'ailleurs que ronflaient-ils ? Concourir à un en«.ble ; ni le sclpteur,
ni le peintre, lai le verrier, ne se séparaient de l','diti«e. II n'étaient pas
gens à aller regarder le,,." statue, ou/et, r vitrail, ou lez:," peinttre, indé-
pendamment du monument auquel s'attachaient ces ouvrage.-_. Ils se
considéraient comme les parties d'un tout, sorte de ch,t'ur riant, lequel
chacun s'évertuait non pas à crier plus fort ou sur n autre to qe-,_,n
voisin, mais à produire un ensemble harmonieux et complet. _Mai: n,-_,us
expliquerons plus loin les motifs dé cette absence de nom.- ur les ,_euvre
d'ai,l, du Xl ¢ siècle.
'ous n'avons guère donné jusqu"à présent que des exemples is,_,lés
pauvres imagier« de
xtt ,ièclc voyaient,.
i On sait qu'auj,,uri'hui l'amateur pa)e une statue, un tableau
s'ils sont signés que s'ils ne le sont pas. Du mérite intrinsèque de
soucie qu'autant que ce mérite est certifid.
brocanteur de brir-à-brac, achetant pour endre aec
.par conséquent que des objets dùmênt baptisés.
d'art est
bënéfice»
beaucoup plus cher
l'oeUl tf , Oll lle s'en
devenu le bibelotier,
et ne oulant acheter
[ SCUI.PTU ]
--- 17fs --
tirés de ces grands en.cmbles, afin de faire apprécier leur valeur abso-
lue. Il et temps de montrer comme la statuaire sait se réunir à sa sur
l'architecture, dans ces édifices du moyen 8ge. C'est au xm" siècle que
cette réunion est la plus intime, et ce n'est lins un des moindres mérites
de l'art de cette ép,-,que.
Dans les monuments de l'antiquité grec.lue qui conservent les traces
de la statuaire «lui les décaraii, celle-ci ne se lie pas absolument avec
l'architecture. L'archi/cerbère l'encadre, lui laisse certaines places, mais
ne e mële point avec elle. Ce sont des métopes, de frises d'entable=
met«, tc., tympan, de frelatons, des couronnements ou amortis-emênts,
lris cnlre des moulures t'ormant a[our l'cux comme une sorte de ser-
tissure. L'architec[ure romaine, I»l.- .,«-mptuêuse, laisse en outre, dans
.,,e.- O<liti«e.,, de.- niches pt" les =,tatc.,_, «le lare< espaces por de
b«.-'(,liefs, o»nme dans les arcs le tri.-lnl»le par exemple. Mais, à la
lisparaitre .as que
l'aspect général du
pal'lil-et.,, ,",n_étl'i,lUe.., ,le larchitectlve, où la .,culpture d'ornement
et la .,,tarifaire .,,el',-,t li" .,,:
es eseml»le come ti 11 ,_,rti de la mëme
ai. _'est aisi le s,_,t composé.,_ les s,_,uba.,«ênets du gra.nd portail
,le N,,trê-I)ane 1' \iens; tels .,ont ceux ,le-ébva.-_enents des portes de
l'an_
,'ie::::e calhé,lra}e d'Axerre, qui riaient de la fin du xm siècle, et
beac,-»up d'autre.-encore ql'il serait tral 1,-,11'_" d'énumérer. Entre ce
soul»as.-_enènts, ,'ex d'.X.uxerre sont des plu. remarquables. Les sujets
_-,cllpte. sant pris la_, 1' X.ncien et le Nouveau Testament. On y voit la
Création, l'hi.-_toire de Joseph, la parabole de l'enfant prodigue. Ce sont
de ba.-_-reliel akvan! pel de saillie, lrè,-habilement agencés dans un
ré,eau géonetri,lue de moulure, et d'ornenent. L'aspect général, par
le peu ,le relief, e-t «lile, brillant, virement ,enti; le sujets sont traités
avec une verve sa:s égale.
La figure 26 et n l'ragment de souba,sement tapisserie, représentant
l'histoire de l'enfant prodigue. Dan les eompartiments en quatre lobes ,
on voit l'enfa:t prodigue au milieu de femmes, se baignant et banque-
tant. Le médaillon 6 et la moralité de ces passe-temps profanes. Une
femme allaite deux dragons. Cette figure, qui n'a guère que f0 centimètres
de hauteur, est d'un style charmant, d'une exécution excellente. Elle a été
las...enJent ..,_as lc.,_ cangées le »iatues d'un portail
nènes a(lh6rente atlX c,Jl,_,nes, et fl)rment, pour
elle»); ce souba,enet era come une l)t'illatte
(le.,«luelles sont elles-
ain.,,i dire, corps avec
tapi_,,erie où le., coin-
rigoleur, ce, scll»[ure.- l»elvent
L'alliance entre ce deux arts et bie plt intinte pendant le moyen
«ge. Il ne serait pas /»)»»il»le, par exemple, ,]'cn]ever ,le, poi'ches de la
calh6drale de Chavtre la tatuaive, a> Ul»itciner du 0me coup l'ar-
chitecture D«t> de> l»,l'[ail camme ceux de l'afin, nien,
il el'ait lie diflicile le avoir où linil l'evre de l'architecte et où
c«,enc, celle' 1, tat«tire et du >culpteur l'onement. Ce principe
e rt, tvc,ve morne dans le détails. -insi. compose-t-on un riche sou-
passablement mutilée, comme tous ces bas-relief. de oubas.ements,
par les enfants, que jusqll'à ce jouir on laisse faire avec ne paritaire
indifférence, bien q'il y ait des lois punissant la mutilation «te édifi«ês
Mais, tolt h l'heure, 110|1 parlion., (les
Chartres cotonne réuni.-sant d'te manière
la sculpture. En effet, le.- piles qui pç, rtet
.q)partiênnent plut6t à la satuaire qu"
,.l I1 X.
porche du nord présente un de exenplês
porches de la cathédrale de
plus itime l'architecture et
les OIl::lll'e* «le ces p,,rches
rvrmê, archite«toni,lUêS. Le
les plus complets de cette
t Ce fait de vandalisme taiéré par la police des illes n'emp,cle pas ces mèmes villes
posséder des sociétés arché,',logiques qui lisent force mémoires, qui l,réci,ent ol,,ntiers
c,,ntre les restaurations qu'elles e dirigent point à leur ré. Ne feraient-elles pas bien
.ussi d'obtenir de leurs ëdiles une police un peu plus attentive à l'endroit de ces mutila-
tions perpétuellcs de mo,,ume,ts uniques et de grande aleur ? Des deux siècles, au point
,le ue de l'art, quel est le barbare ? Est-ce celui qui a su inspirer ces sculptures et qui
,«ssédait, dans de petites capitales dt province, des arti.-tes capables de les executer, ou
. elui qui laisse détruire ces ouvrages par quelques polissons désoeurés ?
[ CL'Ll,:ra: ] ---- 16---
a!lian«e intime des deux arts. Il suffit, pour le reconnaitre, de feuilleter
la monographie de cette cathédrale publiée par Lassus et les planches
dè l'ouxrae de M. (;ailhabau(l'. Les .,supports des statues, celles-ci et
le colonnes qui leur servent de dossier, forment un tout dont la
silhouette est des plus heureuses, et dont les détails sont du meilleur
st.x le. L'oriTinalité de ces compositions, qui datent de 230 à l'2h0, est
d'autant plus remarquable, qu'à cette époque déjà les maitres des
«vres. çéduits par le« combinaisons géométriques, tendaient à res-
treindre le champ du tatuaire.
Dè.- le» première année du XIII e siècle, il s'était fait dan« l'art de la
cllptre l'ornement une révolutic, n qui tendait d'ailleur à faciliter
l'allia.ce de la .tatuaire avec l'architecture. La .-culpturê d'ornement ser-
v,i! al,,rs dt. lien, «le transition naturelle entre le.-. formes géométriques
et «elle. de la tigure humaine en ce que déjà elle recourait à la flore
(lc, br, i et ,les champs paur trouver ses motifS, au lieu de 'en tenir aux
tra(liti,-,,., dc arts ronains et byzantins. Il nou. faut ici revenir un peu
ch arrière alin de faire connaitre par quelles, phases Iês différentes écoles
fran,:aises avaient fait pa..,er la. sculpture d'ornement, tout en ,'occupant
de développer la statuaire. Jusqu'au xI" siècle, sauf de rares exceptions,
lellcs qe celle présentée figure 1 1, la sculpture d'ornement reproduisait
d'une manière barbare et maladroite les restes de la sculpture gallo-
r«niaine. Nou n'avon fait
,..',-,th, aux Burgonde, aux
licilc d'apprécier l'étendue
qtl'indiquer les inlluence due, aux Wi«i-
Scandinaves (Normands), parce qu'il est dif-
et l'imp,_,rtancê de ces influènee, faute de
l,numents assez nombreux. Mai_,, au moment des l)remières croisades,
let culpture d'ornement se développe, nous l'avons dit déjà, avec une
a]»mdancê telle, que bientôt les modèles orientaux qui avaient ervi de
l,»int de départ sont dépassés quant à la varieté et à l'exécution. Ces
n«,dèles,
S,,rie cmtrale et
,-..-.t plate, un peu
lt,_,tçnie "".
_ . _. e..t 1111
les croi.é cccidentaux le-
à Con,tantinople.
mai.qre découpée,
art de convention
avaient trouvés dans le.-. villes de la
Mais cette sculpture gréco-romaine
et sa composition pèche par la n-lo-
qui n'èmpruntait que bien peu à la
ature. Le bel ouxra_-e sur le.', églises de Contantinople, par 51. Salzen-
bez',; le A'rueil :l'o,.clite«tu,'e «toile et 'eligieuse de la Sgrie ce»trale,
publié par M. le contre Mêlchi,»r de Vo.iié avec lês dessins de M. Duthoit a.
nou., fi_,nt a.._sez connaitre que déjà, au x' siècle, il existait dans tout,-"
cette partie de l'Orient, vi»itée plus tard par les croi,é, une quantité de
nonument dan.,_ lesquels la sculpture d'ornement prend un caractère
particulier, évidemment issu de l'antique art grec, mais profondément
modifié par les influences romaines et asiatiques. Aussi, dans son Avat-
L'Architecture du v e au xv! e siècle, et les arts qui en ,tependent, t. I :
trional dê l'église catl,édrale de Chartres et les détails.
Alt-Cbritlicbe Baudenkmale von Constantinopel. Berlin e 185ta.
Baudr?, Paris. 18fi5.
Porche septen-
177
r SCULPTURE
ropos, M. le comte Melchior de Vog/ié, reconnaissant
art du xl siècle se rapproche de cet art gréco-romi de
fil par ce passage : « Tandis q'en Occident le entinent
« gnait peu à peu, sous la rude étreinte (les barbares,
« Syrie du moins, il ëxistait ue école intelliëette qli
«
con])ie notre
Syrie, tcrtine-
du l'art s'étei-
Uli Orie,t, en
n;tiltenait les
bonnes traditions et les rajeunissait par d'heureu:e.,, innovati»ns. Das
quelles limites s exerça l'intlence de cette école '! Dts quelle nesure
ses enseignements ou ses exenples contribèrent-ils ;'t llt reaisance
occidentale du x siècle ? Quelle part enlin l'Oriet l»yzantit eut-il
dan,; la formation (le notre art fraçai., du moye 'age ?... »
M. le ct, Ite ..X, lelchi,_,r de V«,giié nous fOUrlit UII(3 partie des pièces
t,,lcle à l'ar«hitee-
ot'tit'Illotation
fiëre hunaine
n. 6ce.ssaires à la solltion de ce., ,Iuestions, en ce qui
turc et à la sculpture. Celle-ci ne se ce, repose que
toujours adroitêment compos6e, mai sèche et plate; la
et les aninaux font absolument d6f«tlt, sauf deux ,, trois exeples, un
agneau, le, paons, très-naïvement traités. Ce sont presque touj,»rs des
luilles (lentelées, découp6es vivettent, cannelee dats Ie lleis, de
manière à obteir une »uite d'ambre et de clair sa modêlé. Du v au
1 e siècle, ce genre d'ornelnentati,jt varié à I)eite. A cette ,_,t'tet'ttati,,
emprutée à une flore toute de c,,nvetion se lOlet parti»i» lrtout
das les édifices les plus éloign6s de la chute du pa:muisme «les con-
binais,,ns géométriques, des etrelacs obltrnus i»ar des l»,3étratio, tic
cercles ,-,u de lignes dcoitcs sivant ce'tains angles. E ex;tni;tnt ces
olis monuments, si habilement entendus c,)alltm srttcturê, «ottqus
sagement en s ue du besoin et de l'emploi des matéri:tux, t,ujours d'une
heureuse proportion, qui présentent
n si gral,l llOlllbl'e de ,li.,po.iti,»ns
lans l'ornemeltation cette éche-
pauvreté de ressource-. Les é«lises,
tén,_,igent d'un elat ,le civilis«ttio
la nëlê oI'enentation pendant
-originales, on e»t surpris de trouver
res,e, ce défitut d'imagination, cette
couvent.;, xilla,, bains, maisos» {li
très-partait, présentent à peu près
l'espace de trois siècles, et cette orneInetation ne s'élève pa a-desus
d métier. Elle n'est qu'un poncif tracé :ur la pierre, en[',mcé de quelques
millimètres dans les intervalles le., feuille,; ou brindillc,, des fruit, ou
rosettes, et uniformément modelés à l'aide le ce c,up le ci.,.ea e creux
vif. D'ailleurs, les anciennes .,culptures le l'éi'lise Sainte-S«,phie pré-
sentent le mème foi,.e, avec un peu plus de recherche lans les délails.
Les arti-tes occidentau.x, à dater (les premières croisades, .'in.-:pirent
évidemment de cet art..-Xous avors thit rês,,_,vtic. à l'article Por', com-
ment ils copient les moulures, mais ils ne -e bornent pas à cet enlrunt :
ils prennent aussi des procédés de structure, des di.,positions
et
ne
lê d,;tails
cette ornementation sèche et découpée. Ce_-, Occidentaux cepenlant
sont pa tous pourvus des mëme goùts, des ",
mornes aptitudes. Ce ..,ont
des Provençaux, des Languedocien., de.; Poitêvins, les lourgui,_,ons
des Normand, des Auvergnats, de» llerrichons. En allant à l'école d'art
de la Syrie, ils voient ces monumênt à traver de traditi,:n.., fort appau-
YllI, --- _o
[ SCULPTURE ]
--- 178 ---
vries, mais assez vivaces encore pour que, revenus chez eux, les tra-
duetic»ns auxquelle. ils se livrent prennent des caractères différents. Le»
un, comme les Provcn,:aux, copient presque littéralement cette orne-
nentation des édifices syriaques et la placent "à cSté d'ornements gallo-
romains; d'autres, comme les Normand, inclinent à choisir dans ces.
déc,,rations les coInbinaisons géométriques : d'autres encore, comme les
Berrichns, font tin mélange de ces ornements syriaques et de ceux que
les C, all;»[tomains c, nt lai.%és sur le sol. Les Poitevins, en les imitant, leur
donnent une axnplcur pacticulière. Mais toutes ces écoles, sans exception,
,,èlent bientSt la ligurê à ces imitations d'ornements bvzantins. Cela
tient a, ,_.enic ,)ccide,tal de cette époque; et si grossiêrs que soient ses
premier'.- e,.-_ais, il, e tav, lent auère se
fait rearqable. L'llalie, beaucoup
pl, larl à ce, «onp,,..,ition., d',_,rement
u rôle imprtanl.
«lévelopper d'une manière tout
plus bgzatini.,'&, n'arrive que
, dans lesquelles la figure joue
Xc, y,«., l,,ne ,',-,nlnlelt l)rocèdent les principales
lor.lu'ellê..s prenaient por l»)int de départ les arts de
gI'C,-siers Itlcmnênenl- des x et x siècles-.
écoles françaises
l'Orient, après les
l'iInitation de l'ornementation b 3zantine, bien
.-ênsible. Il et tel édifice de cette contrée dont
les ch«piteaux mëmes, pourraient figurer sur
l'tr «le ce, baiiments de la Syrie centrale. Pour s'en assurer, il n'
qu'à con.,_ulter l'ovra-e 5I. tevoil publie sur l'architecture du a
. qe mdi
,le llt France '..\ous en donnons ici m0me un exemple frappant (fig. 27),
tiré d'ue corniche de la petite église qainte-Croix, à Montmajour,
In'ès d'.'._ries. Dan un grand nombre de monuments du xii siècle, de la
l'rox ence, à c6té d'un ornement évidemment eopié sur la sculpture
Architecture rom«tne du
midi de la France, par tl. B_evoil, architecte. Paris» Morel,
romano-grecquê dé Syrie, se développe une frise, se pose un chapiteau,
qu'on pourrait croire emprunté à quelque» ruines gallo-romaines.
mélange des deux arts, ou plutét de deux branches de l'art romain,
' '" OU
dont l'une s est développée dans les Gaule, et 1 autre en Syrie,
l'influence grecque, ne donne au total «lu'un art médiocre, sans caractère
propre, sans originalité. Ce n'est pas lb le cété brillant de l'architecture
provençale du Xl" siècle. La culpture d'ornement ne prend pas une
allure libre entre deux influences également puissantes. Les cloîtres de
Saint-Trophimc d'Arles, de Montmajour; leséglises de Saint-Gabriel près
de çara@on; de Saint-Gilles, du Thor près d' kvinon, presentent dan, leur sculpture d'rnement ce caractère mixte, hésitant., des réminiscencc
de deux arts ortis d'un mënie tronc, il est vrai, mais qui, s'étant déve-
loppés séparénient, ne peuvent plus »'allier et préoccupent l'mil par la
d'
diversité des styles. On peut fondre deux art origines différentes ou
un art ancien dans des principe» nouveaux; mais deux branche» d'un
mme art, lors[iu'«)n prétentl les réunir, se soudent mal et lais»ent dans
l'esprit le sentitttett d'une cho»e inachevée, ou tout au moins pçoduite
par des artistes isolés, %rt surpris de trovêr leur euvrê m,les.
Tout autre est l'école de Toulouse : célle-lh abandonne franchement.
au xH' siècle, l'imitation de la »culpture d'orhêment gallo-romaine; mai
en s'inspirant de l'art byzantin, en lui emprntant
combinaisons géométriques, »e compositions, elle conserve un caractère
local, dù très-vraisemblablement aux émigrations qui , répandirent
dans le Languedoa à la chttte de l'empire romain. Cette école ,émancipe
et produit des ouvrages très-upérieurs à ceux de l'école provençale.
faut reconnaitre qu'indépendamment de on caractère propre, l'école
de Touloue n'est pas en contact direct avec l'Orient; ce qui l'inspire, ce
sont moins les monument de Syrie ou de Eontantinople que la vue
d'objets provenant du Levant: ivoires, bois cuipté, objets d'orfévrerie,
étoffes, tout lui est bon, tout devient pour elle un notif d'ornement
sculpté. Les Bvzantins ne repréentent, dans leur culpture
talc, ni des aimaux, ni des figures humaines; en revanche
en sont amplement remplies: beaucoup d'ornements de
monumen-
leurs étoiles
ecote de Tou-
louse reproduisent, au milieu
affrontés, ou se répétant sur
galon fait au métier. Le mu.,ée
d'entrelacs de branches, des animaux
une frie comme ils se répètent »ur un
de Toulouse ebt rempli de ces bandeaux
ressemblant fort à de la pas,ementerie byzantine, d'une tinesse d'exécu-
tion toute particulière, et de ces entrelacs rectilignes ou curvilignes, de
ces rineeaux perlés empruntés à des menus objets rapportés d'Orient et
aussi au génie local qui, par les émigrations des Wisigoths, a bien quel-
ques rapports avec celui des peuplades indo-européennes du Nord. Les
figures 28.28 bis et 28 ter donnent, des e:emples de ce»
byzantin se mle à cet art que nos voisins d'Angletêvre
et dont nous aurons tout l'heure l'occasion de parler.
ornement oh le
appellent saxon,
Mais où l'école d'ornement de Toulouse déploie un génie particulier,
[ SCULPTL'BE ] -'- 480 "---
c'est dans la composition ,le ces chaliteaux dont la forme générale,
l'épannelage, et eml)runtee au chapiteau corinthien gallo-romain, et
dont les détails rappellent, avec une délicatesse de modelé mieux sentie,
---" 181 -- [ SCULPTCI|E ]
certail. ornements si fréquents dans la sculpture byzantine ; c'est pl
encore dans ce» composîtions toutc pleines d'une éve original.'..fl des
feuillages tordus, de riceaux, de animaux, s enchevëtrent "'--"« ne
sorte de ra,,,.., se ciCoupent puis.alnient, foralt_ ;tii. dcb reliefs
brillant,,
sente un rand
en e,t lourde,
rendre précie,
ombres vive., d'lin gra,l ,'tt)t. L',»rf,;vrerie byzantine pré-
n,mbre lt. ces sc_,rtt. «lt: compositions; mais l'exécuti,
nolle, uif,rne, tan,Ils lUê l'école de Tololse sait let
heurtée mOnte parfois .iusqt'à la vialence. T,-.m,-,in c,'
chapiteau du portail ,ecidêntal
..,.}
s entrelacent ,les animax d une
Tout in,parfait que soit cet art. après les malles
vence, son énergie charme et attirê l'attcnti,,n; il
peuple cherchant des voies nouvelles, aspirant à se
de Saint-Sernin (fig. 29), dans lequel
phy,i,-,,_,miê »i t'ar,-,tchê ét ,i etrange.
.-ctlptures le la Pr,,-
e.,t l'expre_-sion d'illl
délivrer ,le tradition
abàtardies. Cette
préoccupe, se fait
vente, ,éduisante
Lyser, qu'une réunion de poncifs communs,
d'imitations ou l'indifférence de l'ouvrier.
sculpture lorsque celle-ci ne lui a pas été
par un faux goùt prétendu classique.
mer le caractère de cette population
tant d'énergie aux armées «_le S imon
objets d'art, qu'on ¥oit encore dan , la
quelques villes environnantes, telles
cassonne.
ornementation (le L'école toulousaine du xii e siècle
regarder, provoque l'étude, tandis que celle de Pro-
au premier abord, ne présente, lorsqu'on veut l'ana-
altérés par une longue suite
Un peuple e peint dans sa
impo.-,ée par l'habitude 011
Or, rien ne pourrait mieux expri-
toulousaine qui sut resiter aec
de Montfort que ces norrtbreux
capitale languedocienne ou dan
que Moi»sac, Saint-Antonin, Car-
Cette dernière ville possède des sculptures d'ornement dan,, l'ancienne
cathédrale de Saint-Xazaire, antérieurês à ce!les e Saint-ernin, c'est-à-
dire qui datent des dernières années du x siecle Ce sont principalement
1 "OT£Z CaAPI'I'EAL'g. 1. |8.
[ SCU.»TUa ] --- 182 --
des chapiteaux. Là on peut retrouver les traces mieux marquées d'une
imitation de l'art romano-grec de $3 rie. L'importation est récente, mais
elle se traduit avec une puissance supérieure h l'art original. Voici l'un
de ces chapiteaux (fig. 30), dont les feuillages retournés, les caulicoles,
semblent copiés sur quelques framents syraques du v ¢ siècle, mais
avec un appoint énergique tout local. Il v a l'à les éléments d'un art
qu.i .a se développer, non les symptômes d'une décadence. Les lig,nes
pnncpales sont simples, tracCs d'après ces.principes primitifs qu on
retrouve dans les arts qui commencent en recourant "à l'observation de
la nature. Bien que ces sculpteurs occidentaux aient. été chercher la
forme typique dont ils s'inspirent au milieu d'arts en décadence---car il
faut toujours, dans les arts, trouver un point de départ--- ils renouvel-
-- IS3 ---
lent ces motifs fi(tris, par un apport jux énile, une verdeur qui apparaissent
dans le tracé des lignes principales. Ce que nous leur avons vu faire
(qCULPTURE ]
(las la statuaire, ce compronis entre la tradition de l'école b'zantine-
qui leur sert ,l'ereignement, et l'observation de la nature qui leur et
propre, il» le t_lt pour la cul.pturê d'ornement. Ce qu'il» xn61ent à l'art
,rietal, c'e-t n 61Ameurt vivace, jeune, et le produit qui r6sulte de ce
mélange e.t plus fertile en d6ductions, plus logique que ne r6tait rori-
ginal li-nème. Les conéquence rigoureuses de cette disposition
intellectuelle de» avti»te fraç:ais au xl si6cle ot 6té d6jà expliquées
à l)r,,i,,s lt. let »tatuaire; elle s,»Ill plus »ensil.)le encore dan la sculpture
(l',,rctct, «'elle-ci 'Oant pas riv6e h let reproluctio- d'une certaine
trlnê, la li,ure huaine, et laisat un champ I)lu va,te à l'imagna-
lio »u à 1 fataisie, i 1'o veut.
l:ti il .t n6cessaire, avant l'arriver à la grande tranformation due
alX ;trtite» de la li du x iècle, de suivre ltre revue des divees
école at momet où l'ifluece byzantine e iit »enlir h la suite des
preière» expelitin en Oriet. Ctte illu.ece et trbs-pui»at, ch
Laguedoc, partielle en l'rovece; clle pred un earactbre parliculier au
ce.tre de- 6tabli»enent» de Cluy. La ,clpture d'ornemett de lëTlie
de Vézelay 'a p! riê de rain c_me celle le la l'rovênce; elle
'e»t pa b/za.tib/e, ,it par l'influcce de, ç,nents de yrie, soit
par l'iitati d'hjt.t et d'ét_ttç' app,-,rté l'Orient, comme celle du
La,»"ucd_,t", elle 'inspirê évidcmcnt de l'art romano-grec, mais elle
écl6t tr tt ,,1 i l)ict pr6par6, quc. dè ses premiers cais, elle atteint
l',wigialité. Ne, ilS axOS Cru voir, à la nai,anCe de la tatuaire cluni-
sicttc, tttc lrtn,p«sition de l'art le la leitture grecque; il nous serait
plus difficile d'expliquer comncxt la culpturc d'ornetnent byzantine
atteint, du premier jt't, pro»que à la hauteur d'un art original dans les
grattdc« a]bayc- de Cltltiy. La peinture grec([tic I'a plus lb d'influence,
car la culpture clunisicnnc du commencement du xlt' sibcle ne la
rai»pelle pa-. L'orncmentation romane du xt' sibclê des province» du
Centre et de l'Et n'a rien pr6paré pour cette école cluniienne. L'in-
flucncc byzantit., reconnaissable, semble ëtre comme une graine semée
dat utc terre vierge, et produisant, par cela morne, un végétal d'un
a»pect nouveau, plus grandiose, mieux développ6 et surtout d'une
beaul5 de formes iconnue. 5lalheureusement les premiers essais de
cette tranfi»rmation n,»us manquent, puisque les parties les plus an-
cienne, de régli, mère de Cluny ont été démolies. Nous ne pouvons
la aisir «ltc dans son entier développement, c'est--dire de 1095 à 1110,
ép,quc ,le la construction de la nef de l'église de Vézelay. Est-il une
comp,sition d'ornenents mieux entendue, par exemple, que celle de ce
triple chapiteau du trumeau de la porte centrale de cette église ; chapi-
teau dctié à soutenir leux I)ied-droits et un pilastre d6corés de statues
(fig. 31) (voy. TararE.tu). Si l'on retrouve dans le .faire de cette sculpture
dans ce, feuilles découp6cs, aigues, virement retournées, l'emprunt e
|85 ----- [ $CULPTU[tE ]
bie franc rappellent
contrées; la souplesse
sécheresse
u, ulaire
lb Syrie; si les l»rlils et le parti d'enc,»rl)ellement
pls enc,re rarchitv'tru que la sculpture de ces
dês fl,linles, lêtr ,¢lelé délicat, s'61uignent ¢le la
de L'(,rtementation lyzatite. Le passage ,Lt lilastre recta¢t-
tailloir curxiligne d,t chapitca,l central c,t tr:t«6 ;tvec adresse.
I IIi
I,'IN I u "
IIII
On recm,iait déjà un art co,tenu, «lui se l>osède, et lui et .,t trr,tver sa
voie en dehors ,le l'initation. Cet a,tre chapiteau ,le la el" ,le Vézelay,
avec ses larges feuilles terrainCs par les sortes «le gvappes et de grosses
gouttes pen(lantes (tig. 32), bien qu'il ait (les analoges ailils les édiliccs
dessiné par M. le comte de Yogiié et par51. Duthoil, n'a-fil pas
un galbe d'ensemble
,),lais, dal-ls la plpart
très-su pé rie rs
de ces chapi-
rare bottheur, lil
qui semble, à
leur initiative.
t;,rte école
.x ¢ siècle,
et
,le
Cluny une
commencement du
largeur et une fermeté de modelé,
à ces sculptures gréco-romaines?
teaux, la statuaire se mële "à l'ornementati, avec utt
qu'on ne signale pas dans l'architecture byzantine,
cette époque, appartenir aux 6coles oceilentales, nA
Il y avait donc au centre des établissemènts de
de statuaire et d'ornementation dès le
école qui ne fit que croitre
jusqu'au XllI si.cle, ainsi que nous le ver-
YtII,- 211
[ SCULPTURE ]
rons; école qui
incroyable
d'exemples
186
se recommandait par l'ampleur de ses ruvres, la variété
de ses compositions, la beauté relative de l'exécution. Le peu
ql'il nous est possible de donner fait assez voir cependant que
cette école clunisiénne «lu xll ièclc, sur les confins de la Bourgogne,
n'avait aucun rapport avec celle «le l'rovcncc et celle du Languedoc à la
mëme époque, bien que toutes trois se fussent inspirées dés arts romano-
grecs de l'Orient. "
I
Si nous pélietrolls dans les provices de l'Ouest, nous reconnaîtrons
encore la présence d'une quatrième école d'orttementation dont le carac-
tère est tout 1,_,cal. Là aussi, évidemment, l'influence byzantine due aux
premières croisades se fait jour sur quelques points, mais cette influence
est sans grande importance, au moins jusqu'au milieu 1 x siècle.
Quelques localités de celle partie du territoire français possédaient des
monuments gallo-romains en grand nombre, comme Périgueux, entre
autres. Là l'ornementation se traine dans une imitation grossière de l'art
antique, et le renouvellement par l'apport byzantin n'est guère sensible.
Mais, en Saintonge, en Poitou, des influences qui ne sont dues ni aux
---- 8"]--- [ SCULPTURE ]
Iraditions romaincs, ni aux 'oyacs d'outre-mer, apparaissent. Ces in-
fluences, nous. les croyons, en partie, dues aux rapporls forcés que ces
contrees auramnt eus, dès le x siècle, avec ces hordcs qu'on désigne
sous le nom de Normands, et qui ne cessèrent, pendant plus de deux
sièc|cs, d'infester les cStes occidentalcs de la France. Ces Normands
étaient certes de terribles gens, grands pillards, brfllcurs «le villes ci (le
illas, mais il est difficile d'admettre qu'une peuplade qi procèlc dans
son système d'invasion avec cette suite, cette méth_,le, qi s'5tablit tem-
porairement dans les îlcs des fleuves, sur des prçmontoires, qui sait s'y
maintenir, qui possède une marine relativement supérieure, qli [léploie
une sagacité remarquable dans ses rapports politiques, n'ait pas atteint
un certain degré de civilisatin, n'ait pas lies arts, ou rouit au mçins (les
industries. Ces peuplades ont laissé en Is|andc (luc|qms débris d'art f»rt
.curieux; elles venaient du Danemavk. des bords (le la mer du N,_.r(l, (le
la Scandinavic, oh fou retrouve once»rê au.i«urd'hui des stensiles «l'un
.grand intérèt, en ce qu'ils ont. avec l'ovncmcntatio lindoue des rapports
frappants d'origine. Or, lês manuscrits dits saxons qi existent à L,dres
.et qui datent des x , Xl « et xi e siècles, manuscrits fort ]»eaux l»or la
plupart, présentent un rand ombvc dê 'inettcs dont. |'ornemcntation
,ressemble fort, comme style et composition, à ces fragrncnts (le Scllptrc
dont nous parlons. Ces hommes du Nord, ces Saxons, hommes aux lous
couteaux, paraissent appartenir à la dernière 6migration partie des pla-
teaux situés au nord de l'[ride. Qu'on les no,me Saxons, Normands,
Indo-(3ermains, h tout prendre, ils sortent d'une mème souche, de la
ërande souche "aryenne. Les objets q,'ils ont laissés (lan le nord de l'Eu-
rope, dans les 6aules, en Danemark, et qu'cn retrouve en si ra(l
nombre dans leurs sépultures, attestent tous la nëmc forme, la mëmc
«wnementation, et cette ornementation, est, on n'c I)el/gl.I'e «l»lltcr,
d'origine nord-orientale. Or, les derniers manuscrits dits saxons, cxé-
CUtéS avec une rare perfection, nous présentent encore cette ornencnta-
tion étrange, entrelacement d'animaux qui se mordent, de filets, le tout
peint des plus vives et des plus harmonieuses couleurs. C,»mme exemple,
nous donnons ici (fig. 33) une copie de deux fragments de ces vignettes .
Pour qui a visité les monuments du Poitou et, de la Saintonge, il es! im-
possihle de méconnaitre les rapports qui existent entre la sculpture d'or-
nement des monuments de ces provinces et certaines peinturê de ma-
nuscrits saxons, ou encore les objets ciselés que les peuplades émigrantes
du Nord ont laissés dans leurs sépultlres. Ce fragment de corniche A de
la façade de. Notre-Dame la Grande, à Poitiers, et ce l)eit tympan B (les
.arcatures ornées de statues, sur la mëme façade (fig. 3h), ne raidi)client
pas la sculpture pseudo-byzantine de la Provence, du Languedoc ou de
'Cluny. Ces artistes du Poitou ont subi d'autres intluences oricntalcs,
évidemment, mais venues par le Nord et par la Yole de mer.
I IV Evang. lat. Sax. Bibi. Cotton., Nero D, IV. p. 57. Brii. Museum, xii « siècle.
[ SCULPTURE ]
188 -
Dans cette province, comme dans
actuelle l'art de la sculpture ne se
Poitou, la Saintonge, les
mouvenlellt
leurs artistes
les autres (lui composent la France
réveille qu'à la li du Xl ¢ siècle. Le
provinces de l'Ouest sont entraînées dans le
.%
."ééral prç, voqué par les premières crosades, seulement
oilt chez eux un art h l'état, d'embryon et ils le dévelop-
pent. t_;,,,m¢, la Provence m.le à .,,_-es imitatiçns de l'art gréco-romain de
Syrie les tralitions gllo-romainês localê.,_, les l'oitevins, en apprenant
lever m,:tier le ,clpteurs h l'école gréco-romaine, utilisent les éléments
indo-européens qu'ils ont reçus du Nord, et mème les éléments gallo-
romains. De tout. cela ils composent des mélanges dans lesquels parfois
un de ces élétnents domine. D'ailleurs, entre les traditions qu'ils avaient
pu recevoir du nord de l'Europe êt les arts qu'ils recueillaient en Orient,
il existe «les points de contact., certaines relations d'origine évidentes.
L'alliage enlre l'art romano-grec ou le byzantin et ces rudiments d'art
introduits au nord et ;k l'ouest de la France pendant les premiers siècles
du moyen ge, par les derniers venus entre les grandes émigrations
aryenncs, était plus facile à opérer qu'entre cet art bs, zantin et l'art gallo-
romain. Aussi, dans les monuments (lu P,it»u et mëtne de la Ncrmatdie,
le byzantin s'empreint soux ent de cet art qe nos voisins appellent saxon,
tandis qu'il ne conserve qle de bien faibles traces de l'art romain local.
Ce chapiteau (fig. 35), pr«venant de la nef de l'élisê Stit-t-Ililaire de
3lelle (Deux-Sèvres). est un de ces exemples ,-h
trouvent. La composition des rinceaux rai»pelle
des ornements nord-européens. Il y a une influence
forme générale du chapiteau, dans l'agencement des
les tr,,is éléments se re-
ces entrelacs, c, es nattes,
byzantine dans la
sculptures du rail-
[ ,CILI'TU[tE ] 190 --
lir; il ;va du gallo-romain dans le modelé et les dentelures des feufl-
lages, d u travail un peu lourd et mou. .
En commençant cet article, nous avons dit combien il est périlleux, er
archéologie, (le prétendre classer d'une manière absolue les divers styles
d'une mëme époque. Les enfantements du travail humain, procèdent par
transition,, et, ,'il est possible de saisir quelques types ben caractérisés.
,l.. " """'I' -
qui indiquent ettement des centres, des écoles, il existe une quantité
de points inter'reClaites où se rencontrent et se mèlent, "à diverses doses,
plusieurs inllucnces. Dans l'article COCHER nous avons eu l'occasion
de sigaLer ces points de contact où plusieurs écoles se réunissent et
forment des coposés qu'il est difficile de classer d'une manière absolue.
Il 'c ct pas noins très-important de constater les noyaux, les types,
quitte à 'cconnaitre quelques-uns des points de jonction ou les mélanges
c produisant et «lui déroutent ouvent l'analyse, kinsil à Toutouse, nous
av[3n une école; à Poitiers, nous en voyons, une autre; or, sur le par-
cou' entre ce» deux centres, quantité de monuments possèdent des
sculpture qui inclinent tantôt vers l'une de ces écoles, tant6t vers l'autre,
ou «lui mélangent leurs produits de telle façon qu'il est difficile de faire
la part de chacune des deu influences. Cela s'explique. T.elle abbaye
d'une province établissait une lillê dans une province oisme. Elle .y
envoyait ses art'hilectes, peat-èlre quelques artistes, mas elle prenat
aussi les ouvriers ou artisans de la localité, élevés à une autre école que
celle de l'abbaye mère. De là des mélanges de styles. Ici un chapiteau
-- 191 --- [ SCULPTUItE
toulousain, là un chapileau poitevin ou saintongeois; un bas-relief à
figures d'une école et l'ornemetat.ion d'une autre. O cunprend dom
quels serti.puits, quelle circonspection il faut apporler dans l'exame
de ces mm'res du xlI«'siècle, si l'on prétend les classer et d(,couvrir sous
quelles influences elles se sot prodit('s. Deplis vin,,t-cinqm ans, il a élé
beaucoup éerit sur l'arcléologie monumentale (le la Frace; on est
pas encore parvenu à s'enteldre Slr ce qui constitue la dernière periode
de l'art roman, .iUS(lU'h quel point agit l'illuenee t)yzat.ie, comtnent
et pourquoi elle agit. Plusielrs arcléologues,_ e prenant quel. «lUC
cxentpIes pour le tout, ont prétenlu que cet art rontan ('st tottt iuslJird
du byzantin, c'est-à-dire de l'art rontano-grec à .,,on (lé.clin. <_Zeux-c.i,
s'appu)'ant sut" d'autres monuments, )nt déclaré «le le roman était ab,)-
rigène, c'est-h-dire ,6 sur le sol français, comme potassent «les champi-
gnons après la pluie; quel(lues-us , considéFatnt, par cxe[ple, certains
édi[ices de la l»rovcce, ,-t soutetl que le ronan n'éttit que l'art gallo-
romain repris et brasse par des mains nouvelles, ges opinions diltërentes,
en leur enlevant ce qu'elles ot d'absolu, sot justes si l'on n'exami,,:
qu'un point de la (lestion, fausses si l'on en"lsae,,, l'ensenl»l.. Not'.
roman nous appartient sans ntl doute, mais partmtt il a un pè'e ét.t'at-
ger. Ici romain, là byzantin, plus loin nord-hînlou. Nous lavons é.lex6,
nous l'a'ons fait ce q'il est, mais "h l'aide d'éiCmets qui xiennent
sauf le romain, «le l'Orient. Et le romain lui-mOme, d'où est-il ve ?
Nous avons vu parfois quelques personnes s'émerveiller d ce le
certains etapiteaux (ltt x* siècle avaient des rapports de fesserai»ladite
frappants avec l'ornemetation «les chapiteal ég.vlt.ies les derniè'es
d)'nasties. Cependant il n'y a rien là qui soit COllraire la logilue les
faits. Ces arts partent tous d'une ntëme s»tt'c c(-tnntue aux grandes,
faces «lui ont peuplé une partie de 1' ksie et le i'Eur»l»e , et il '3' a
d'extraordinaire (lu'un orêment sorli de l'lnde pour aller s'implaler
en Égypte ressemble "a (in ornement sorti de l'lde .pour alle" s'impla,le,'
dans l'ouest de l'Europe. Lorsqe l'histoi'e lies grandes énigrali,,s
ir),ennes sera l»ie coq,nue depuis les plus anciennes jl],Sq(l'aux 11
réeentes, si l'on peut s'émerveiller, c'est q'il n'y ait pas encore pl.,_
similitudes entre toutes les productions d'art de ces peuplades sortles
d'un mSme noyau et pourvtes du mëme génie, c'est qu'on ait fait it(er-
venir "a trac'ets ce grand courant une .ace I«tçe, et qu'On ait
Celtes, K)'mris, Belges, Normands, Burgondes, Wiqgoths, Fran('s, los
lndo-Européens, dans cette race dite latine, c'ê,t-t-dire conliée s'
quelques hectares de l'ltalie centrale. On aurait beaucoup simplitié les
questions historiqleS d'art, si l'on n'avait pas pFtendu les faire narchê
avec l'histoire politique des peuples. Une conquîte, un trailg,. le ,l_'_'li-
mitation (le frontières, n'ont une action sur les habitudes et l,s
d'un peuple, et par eonséquett sur ses arts, qu'autant qu'il exi..,le.
dehors de ces t:aits purement politiques, des aflinités de rates ,-)u tol.
moins des relations d'intérêt. Les l/omains ont possédé la Gaule peldat
[ scct»t' ] --!92 --
lroi« siècles, ils ont couvert ses provinces de monuments; or, dès que
le trouble des grandes invasions est. passé, est-ce aux arts romaîns que le
6aulois recourt ? Non, il va chercher aille.ur, s es inspirations, ou plutôt
il les retrouve dans son propre génie ravve par un apport puissant de
peuplades sorties du mëme berceau que lui.
,,n nous dit : « La langue française est dérivée du latin, donc nous
ommc Latins. » D'abord, il faut reconnaitre que nous avon., passable-
ent nodiIié ce latin; que le génie de la langue française diflëre essen-
tiellement d, énie de la langue latîne; puis, après une possession non
«ontcstée pedant trois siècles, le Romain avait e, le temp d'imposer
sa langue, puisqu'il axait en main le gouvernement et l'administration.
Le latin étant admi.- comme langue u»uelle sur la surface de Gaules, on
ne ce.tait pas de parler, ne fùt-ce que pour se I)laindre, dan ces contrées
ravag.ée par des invasions, mais cm ce»sait de bàtir, et surtout de sculpter
et le peindre; du x'" au xI .,iCcle on eut le temps d'oui)lier la pratique
tes arts. Cependant larqu'un état social passablement stable uccède
à ce chaa., lorqu'on peut scnger à bàtir de.-_ palais, des églises, des mo-
na:tères et de naion, 16rsq'o prétend les décorer, pourquoi donc
ce.-_ population gauloie ne prcnnent-elle pa tc,/t simplement l'art
re»main où ,an l'avait lai_,é ? l'ourluoi (surtout dans les choses purement
C et
d'art conne la,culpture) vont-elles s'inspirer d'autres éléments? ' "
donc qu'il 3' avait Uli génie local, à l'état latent, renouvelé encore,
ce,mme ç, us le disions t,-,ut "à l'heure, par de courant« de mëme origine,
et que ce énie. à la première occasion, cherchait "à se développer suivant
._-et nature. Ce n'est pas là une que»tion d'ignorance ou de barbarie,
comme an a si souvent repetê mais une question de têmperament
Par in.,_tinct, sinon par calcul, ce, artistes romans n'ont pas voulu se
re»souder à l'art ronain, ou du moins à l'art gallo-romain. Il serait
étrange, en ettet, que ces architectes et sculpteurs romans du commen-
cement du x iècle, qui aaient autour d'eux, sur le sol gaulois, quan-
tité de monuments gallo-romains les aient négligés pour s'emparer
avec avidité de l'art gréco-romain ou byzantin de l'Orient, dès qu'ils
l'entrevoient, 'ils ne s'Calent pas enti comme une sorte de répulsion
intinctire pour le romain bàtard de la Gaule et une affinité pour le
romain grécisé de l'Orient. C'était. donc cet appoint grec qui les séduisait,
qui leur était ympathique ? Avaient-ils tort ? E le xv siècle a-t-il eu
raison en nous romanisant de nouveau par des motifs fort étrangers
à l'art ? Qtt'Ull souverain absolu comme Louis XIV ait lrouvé commode
d'étouffer le génie particulier à notre pa.vs pour assurer, croyait-il,, le
pouvoir monarchique en France, on le conçoit sans peine; mais que le
pays lui-meme se rendit complice de cette prétention, xoilà ce qui ne
pouvait être. Louis XIV était cependant un grand roi, sinon un grand
homme, et il sut si bien combiner tous les rouages de son m6canisme
de ro»a[sat[o-,, que nous en trouvons encore à chaque pas des pièces
entières fonctionnant tant bien que mal, comme la vieille machine d
-- 193 -- [ SC'LVTUtr ]-
Marly. Parmi cesrouages, les arts l'uret[ des nieux con.,,tité :
moopole académique, l»'otection immédialc du gouvernement sur les
artistes, art officiel, centralisation de ouvrages l'art de toute la France
entre les mains d'un surintendant, rien e lai|lit à ce néçaismê «lu%
la libert,:, l'al'tilité avec le goùts
l'élémet vital (lui développe les arts,
les entiments d'un peuple.
Au commencement du \+ siècle,
il 'y avait i roi, ni »eigncur,
ni prélats <lui pussent prendre ce pouvoir cx,rl)itat de con[iluer le
génie d'une nation au protit d un organisme polilique. Gha(luc pravince
se développait suivant ses traditions, ses penchants, son esprit, acceptait
les influences extérieures dans la ncsre qui convenait h »es goùts ,
ses sentiments; et si dur qu'ot veuille tnontt'er le régittte fl}odal, jatais
il n'eut la prétention de contraignait(, les ;,rtistes h se snetlre ,à lelle
telle école d'art. La marque de cetteildpc,danc« lc l'artiste se
sur les monuments nffcs; n'ct-cc l»aS h cela qu'ils cI»runlcnt lcr
charme le plus puissant ? Si, co,,m à l'6poque gallo-roaie, nous
voyons sur toute la urface d territoire franç'ais, sur ill nonumcnts
divers, le mmc chapiea,, la e con[»-»ition décorativc, le
principe de statuaire ou de sculptrc d'ornement, la lti,c ci
ne sont-ils pas la coséq,en«c de cet blat ,le «hacs? O l,tlc,'«
richesse, nous e voulons bieu; i l' a ,i ' tel d«litcc tic Lyou
100 000 fra,«s de sculpture, o, e, ncttra pour 20 0,0 h Marseill«. No,s
aurous pour 00 000 francs d'enuui a, leu d'en avenir p«tr 100 000
Lc moindre grain d'originalit5 h.rai nic,x notre ,llhirc. Or, 'y a-fil
pas un grand charmeà retrouver la trace des c, ùt de cc proviuccs
diversement pourvues de traditions et d'aptitudes? N'ct-cc pa, u plaisir
très-vif, e,, parcourant les contrécs habitCs o, colo,idc par les rac,'s
grecques, de dScouvrir en Atlique, dan le P51ol»nèc, e Sicile,
Carie, c ionie, en Macéloine et e Tlrace, des cxprcios trè«lix.crscs
pas une vraie aifaclion pour l'el»rit, en litlat
Berry, de Iro,vcr en t'oit.ou, en Norna,,lie
de l'art grec ? N'est-ce
les édilices rOltias
.-, , " reflet« ni l)or ;isi
Langue(l,)c, des styles dilt'érents, des ce )lc Val'ees, ,
dire, les génies divers de ces peuples. Dans chaque niounent ène, les
masses eotetées, ces chapileaux de ¢ol»»itions diverses 'olt'rent-il
pas plus (l'inlerët po,if 1 esprit et les yeux l,,e ces lolgtles til's tic cha-
piteaux romains, tous copiés
l'unitA, objectera-t-on, c,»niniall(lclit cette l'épétilioti
Pour l'unité, elle n'exclut llenet la variété : il 'v. a
parler, d'unité sans variété;
nous importent
fatiguent et n,»,s
c'est tout un.
Les Grecs des bas tenips
de Syrie qu'ils nous ont
admettent la variété
sur le même m,»ule ? La synétrie,
quant ,:t la sy,nétrie et
ces ,lalités, l)rcet lc c,vmti,n,
ennuielt. L'el,li )a.iest,c(x
d',lie lllèlllClOle.
pas, à l»r«»l»renent
à la lajestC, l,C
si elles nous
pensaient ait.q; car,
laissés, à Sainte-ophic
CI2; IIIOIIIIIIICII[S
de Cu.statinople. ils
dans la conposilion des «hapit.a,x l'tn tnèn.
[ SCCLC ] --- l gh--
ordre, dans les ornements des linteaux, des tympans et frises d'un même
monument. Bien entendu, nos artistes occidentaux suivirent en cela
leur exemple, êt se gardèrent de recourir à la majestueuse monotonie
de l'ornementation des monuments gallo-romains, lorsqu'ils reprirent
en main la pratique des arts.
Avant de passer outre, il nous paraît utile de définir, s'il est possible,
cet art byzantin auquel nous faisons appel à ch.aque instant; comment,
en effet,'observer la nature de son influence, st nous n'en connaissons
ni les éléments divers, ni le caractère propre ? Nous serions heureux de
recourir à l'ouvrage d'art ou d'archéologie qui aurait nettement défini
ce qu'on entend par le style byzantin, et. de partir de ce point acquis à
la science. Mais c'est en vain que nous avons cherché ce résumé clair,
précis. Tous les documents épars que nous pouvons consulter ne mon-
trcnt qu'une face de la question, ne considèrent qu'un détail; quant au
thisceau groupant ces travaux,
d,Jc de le constituer, car les
que nous pouvons tirer de
particulier,
sculpture.
sembleront
nôtre en
ici de la
nous ne pensons pas qu'il existe. Essayons
arts byzantins connus, les conséquences
leur influence sur l'art occidental, sur le
naturelles. N'oublions pas qu'il s'agit
compromis
Voir dans l'art de Bvzance un
entre le
traditions de
tyle adopté par,les
l'art grec, ce n est
Romains du Bas-Empire et
quelque
certes pas se tromper, mais c'est considérer d'une manière un peu trop
sommaire un phénolnènê complexe. Il faudrait,- l'art admis par les
Romain. bien connu,- savoir ce qu'étaient ces traditions de l'art grec
sur le Boshore au x ' siècle. Cet art grec était romanisé déj avant
l.'établi.-etnent de la capitale de l'empire "5 Constantinople; mais il s'était
ronanisé en passant par dês filières diverses. Or, comme les Romains,
en fait de sculpture, n'avaient point un art qui leur fùt propre, ils
trouvaient "à Constantinople l'art grec modifié par l'élément latin et tel,
à tout prendre, qu'ils l'avaient admis partout où ils pouvaient employer
des artistes grecs. Les Romains apportaient donc à Byzance leur génie
or,aniateur en fait de grands travaux publics, leur structure, leur gofit
pour le fate et la grandeur; ils n'ajoutaient rien "à l'éiCent artiste
du Grec. Mais ces Grêcs de l'Asie qu'étaient-ils au v siècle ? Avaient-ils
suivi rigoureusement les belles traditions de l'Attique ou même celles des
colonies ioniennes, cariennes? rappelaient-ils par quelques côtés ces pe-
tites républiq(tes de l'Attique et du Péloponèse qui considéraient comme
des barbares tous les étrangers ? Non certes; ces populations au milieu
desquelles s'implantait la capitale de l'empire étaient. un mélange confus
d'éléments «lui, pendant des siècles, avaient été divistis et mgme ennemis,
mais qui avaient fini par se fondre. Le génie grec dominait encore, au
sein de ce mélange, assez pour l'utiliser, pas assez pour l'épurer.
D'ailleurs pourquoi l'empire romain transportait-il son centre à
Byzance ? Dorénavant maitre de l'Occident borné par l'Océan, tranquille
du c6te du Nord (le croyait-il du moins) depuis les guerres de Trajan.
[ SCULPTUIE ]
et depuis qu'il avait organisé comme une sorte de ligue germanique
dévouée à Rome; du c6té de l'Orient, il trouvait un continent profond,
inconnu en grande partie, dans lequel ses afinCs pénétraient en ren-
contrant chaque jour, et des obstacles naturels, et des populations guer-
rières innombrables. Byzanee était (la situation de l'empire admise au
commencement du v siècle) la base d'opérations la mieux choisie, tant
pour conserver les anciennes conque.tes que pour en préparer de nou-
relies. C'était aussi, et c'est l'h ce (lui nous intéresse ici, le nud de tout
le commerce du monde connu alors. Or, il est inutile de dire que l'em-
pire prétendait accaparer tous les produits du globe et l'industrie des
nations, depuis l'ivoire jusqu'au bois de charpente, depuis les perles
jusqu'aux métaux vulgaires, depuis les épices jusqu'aux étoiles précieuses.
Bien avant l'établissement de Constantin à Byzance, cett ville, ou plut6t
les villes du Bosphore étaient le rendez-vous des caravanes venant du
nord-est par le Pont, de l'est par l'AfinCie, de l'Inde et «te la Perse pat-
le Tigre et l'Euphrate. Ai,.ec ces caravanes arrivaiett non-seulement
des objets d'art fabriqués dans ces courtCs éloignées, mais aussi des
artisans, cherchant fortune et attirés par la consommation prodigieuse
que l'empire faisait de tous les produits de l'Orient. Il était donc naturel
que l'éiCent grec qui existait et avait pu dominer sut" les bords du
Bosphorè fùt influencé et modifi profondément par ces appoints perses,
assyriens, indiens mëme, que le.,_ caravanes faisaient affluer sans cesse
vers Byzance.
Constantinople devint plus encore, après l'établissement de l'empire
dans ses murs, une ville orientale cosmopolite. Le luxe de la cour des
empereurs, le commerce étendu qui se faisait dans cette capitale i
admirablement située, donna aux arts que nous appelos l)vzantins un
caractère qui, bien qu'empreint encore du génie grec, offre ùn mélange
des plus curieux " étudier de l'art grec proprement dit avec les arts des
Persês et mëme de l'Inde. Comme preuve, nous présenterions les ouvrages
de M. le comte Melchior de Vogiié, que nous avons cité dé.jà souvent,
sur les villes du Hauvat, et celui de M. W. Salzemlevg sur les plus
anciennes églises de Constantinople, Sainte-Sophiê comprise.
Les monuments du ltauran, c'est-'h-dire renfermés dans ces petites
villes qui, entre Alep et Antioche, n'étaient guère que des étapes pour
les caravanes qui enaient du golfe Pêrsique par l'Euphrate, monu-
ments auxquels nous avons donné la qualification de gréco-romains,
datent du IV e au VI e siècle. Leur sculpture est fortement empreinte de
style grec, sans représentations humaines, sans influences persiques; les
dernières en date seulement présentent quelques réminiscences des
sculptures arsacides et sassanides. 5lais il n'en est pas ainsi pour la
sculpture de Constantinople qui date des ¥¢ et x' siècles t; celle-ci est
I Vo'ez l'ouvrage de M.
o/et'... Berlin, t 85tt.
W. SMzemberg, Alt-Cltristli«he Baudenkmole von Constanti-
[ SCULPTURE ] --- 96
bien plus persique quant au tyle, que grecque ou gréco-romaine. Les
d'
arts des l'êcse avaient profondément pénétré.la culpture ornement
de Byzatce, ce point qtê certain chapiteaux ou certaines fries de
Sainte-Sophie, par exetple, ,mblent arrachés à des monuments de la
Perse et m6me le l'Assyrie. On comprend parfaitenent, en effet, c,n-
"rient (les villes comme celle du Hautain, (lui ne servaient que de lieux
ce rel»»S , que d'étapes p,,ur les caravane »e dirigeant sur Antioche, ne
pouvaient pas recevoir te ces caravane,quantité de produits ou d'objets
le'at ètre livres ax égociants à de,tination. En tlll not, ci pour
eployev une expvesiun vulaire, ce. caravanes ne ,l,;balht,t qu'
Atioche, et ce q'elles laissaient e chcmi e pouvait (.tre lU. des
,ljet de peu d'importance propres à Otre éehangés contt'e la nourriture
et le logement qu'elle trouvaient dan ces villes. Mais Constantinople
était, un entrep6t où xenaiet s'amasser tos les objets les plu.,_ précieux
q'apportaient du g,»lfe Persiqê les caraxanes qui remontraient le Tigre,
pasaient par la petite AvenCie, par la Cap'padoce, la Galatie et la Bi-
thynie, x. Constantilol»le, ces objets étaient Yllb de tou;
artistes perses s'y établis.aiet : l'art grec l»roprêmelt dit,
davis le Hauran, c'et-à«lire dans le voisinage .le ces
grec.., de Lycie, le Carie, de Cilicie,
de es tbyers pvinitifs, était étottl'é
éléllelts persiques.
Ainsi donc, i nous etend,,, par
atl YI e siècle, nous tlevon», en ce
des artisans o1
.,i vivace encore
anciéns centres
l'art, grec, à Byzance, Ioili d'ailleurs
soli.', l'apport constant de tous ces
arl b.vzallil l'art dt" C,,nstantin,,ple
,lui regarde la >culpture,---c,,si-
al't comme un mblage dan. lequel l'élénênt
ement, non-seleet l'élément persique
et tlaz lequel l'élément
coq,traire, nous entendons
per.,ique d,
Sassanides, mais
grec est presque
pac art byzantin
dérer cet
es»etiell
«'('li mêne de» Arsaeide.:,
êlièrenet étouffé. Si. au
l'art de la Syrie du iv au vt ¢ siècle, otg adnettvon que l'élément grec
tl,_-,nitte, stctout :i nou, pcetmt:, la S3t'ie cettrale.
Les ,_'coi»és, 't la tin du xl" siècle ét au commencement du x * s'étant
t'6I,andus e Orient depuis Coltqantinople ju<_lu'en Arméliie, en Syrie
et en alé.,,»l, otamiê ' il ne faut l,oint ètre surpris si dan.,, leb éléments
(l'art
grecques
l)roduites
Si bie,
(lu'ils ont pu rapporter de ces cotrées, on trouve, et tlc:, intluences
pron,»ncées, et des intluence. persiques, et de:, intluences
par des mélanges de ces al'|S déjà ett'ectué altérieurêment.
par exentple, que certaines s.
.culptures ronane de France
rappellent le t'aire, le tyle tlt;'te
1 autres des villes du Itatlra, d autres encore
lÉgypte; on que les croisés aient été ju.lU'en
avaielt eu .-_o» les yeux des objet.s, de:,
]lli étaient inspirés de l'antiqité lersique.
1'
ttêprenons examen de no:- écoles françaises.
d'ornenettt 1 Poitou et de la Saintonge élend
Bordeaux, mais en remonlant la Baronne
de luelques bas-reliefs de PersColis,
de l'alebtine et mëme
l'erse, mais parce qu'ils
llollUlllets Inîeme, pe.ut-être,
L'école de culpture
.-,es rameaux jusqu'à
elle ne va pa au delà du Mas-
f SCULPTURE ---- 197 -- ,
d'Agen. Encoe, dan-s. -cette .dernière ville, cette école subit l'influence
du centre toulousam. L'élse du Mas-al' kgen nous monte de beaux
chapiteaux; les 'uns appartiennent à l'école de Saintonge, d'autres
donnent un mélange des deux éc,le», et se rapprochent de celle de
Toulouse. Tel est, par êxenple, celui-ci (fig. 36). L'ornementation
tailloir appartient, au roman empreint des arts gréco-romain». Les figure.,,
d'un neilleur.tyle que celles du Poitou et de la Saitonge , rappellent
la statuaire de Toulouse.
iqll
.-j
Cahors présente
en statutaire, un
et méridionales.
de Souillac, sur
sculptures
caractère
(lui décorent l'intérieur de
qui tient ,à la fois du.gnie
également, au XII e siècle, en ornementation comme
mélange d'influences (tues aux provinces occidentale
Mais où ce mélange e.t bien marqu, c'est "a l'abbaye
l'ancienne route de Brives à Cahors. Les bas-relief et
la porte «le cette église ont un
nord-hindou, dont nous avon.,
Il faut dire que l'école de statuaire du Poilou est supérieure à celle de la Saiutouge ;
mais ces cieux écoles r,e diffèrent entre elles que par la qualité de l'exécution, les artistes
poitexins éta.t très-supérieurs attx artistes saintougeois. Quant au st.le, il est le" mème
dans ces deux [roiaces.
[ SC,:tVT'I ] --- 198 ---
trouvé de t.races à Poitiers, et I des arts byzantins. Dans la compo,ition
bizarre du plier de gauche tenant à la porte de l'église abbatiale de
Souillac (fig. 37), on peut signaler certains rapports avec le système
de compositian de la figure 33, copiée sur un manuscrit saxon du British
Museum, et dans la statue A qui décore l'un des pieds-droits de la mime
porte, on reconnait l'influence byzantine qui agit si puissamment à
Moissac, dont la culpture dérive de l'école de Toulousc. Ces animaux
du pilier de Souillac, qui se mordent et se nattent, ne se rencontrent
ni dans la sculpture gallo-romaine, ni dans la sculpture ou la peinture
gréco-romaine de Syrie. Pour trouver des analogues à cet art, il faut
recourir aux monuments scandinaves, nord-européens, islandais, ou "à
ces manuscrits dits saxons de Londres, ou encore "à certaines sculptures
hindoes; toutefois il faut rcconnaitrc lUC dans l'exemple que nous
l'ornit l'église de Souillac, il y.a une tendance marquée h imiter la
ature. Quelques-uns de ces almaux ont une apparence de réalité et
ne sont plus agencés régulièrement pour former ornement. Les artistes
avaient donc vu très-probablement un certain nombre de ces produils
nord-européens, mai. ils ne faisaient qe s'en inspirer, 'en rapportant,
pour l'exécution, h l'observation de la nature. Il serait difficile de donner
la signification de cette sculpture étrange. Le bas-relief du tympan
dont ces piliers supportent l'archivolte représente .un sujet légendaire
dans leq(,l un abbé et le démon se trouvent traiter de certaines affaire:
qui tîni.,ent au détriment du tentateur. Deux statues assises de saint
Pierre et d'un saint abbé tlanquent le bas-relief. Nou._ ne saurions indi-
quer une corrélation entre -" s
çê. bas-reliefs et les piliers, si tottefois les
arti.,tes y ,»nt songé.
A M,,issac, on retrouve, sur le trutneau de la grande porte de l'église,
des réniniscences de cet art nord-européen on nord-hindou, dans ces
lions entrelacés, superpoés, compris entre deux dentelures curvilignes.
kin...i
Moi.,,sac
celle-ci selnbl
quité par de
donc l'école de
, à Souillac, avec
e avoir reçu
e:péditions
sculpture de Toulouse venait se mélanger, à
l'école dê, c6tes occidentales de la France; or,
des éléments orientaux d'une assez haute anti-
scandinaves ou normandes, tandis que l'éeole
de
nodiliée, par ui apport l)vzantin.
Il est loin de notre penée de vouloir (!tablir
sifioations absolues, et nous nous garderons,
Toulouse 'obéissait (lU'5 des traditions gallo-romaines profondément
des systèmes ou des clas-
dans une question aussi
cotll)lexe, «le laisser de cSté des exemples qui tendraient à modifier ces
aperçus_ .«,;,éraux, sur les origines des arts français du moyen .age. Il
rete peu de fl'agments d'architecture romane à Limoges. Cependant, par
suite de l'établissement des comptoirs vénitiens dans cette ville, un mou-
vement d'art avait dù s produire dès le x" siècle. Au point de vue de
l'architecture, Saint-Front de Périgueux en est la preuve. Mais en ne
eonsidérant que la sculpture d'ornement, dans les x'illes du Limousin,
on retrotve quelques traces d'u art qui n'est, ni le roman de l'Ouest,
-- 199 --
[ SCULPTURE
I
f ;I,r IJ
)ç
j'i\
celui de Toulousê. Cet art décoratif parait plus qu'aucun autre in.,lil,6
[ SCCLPTUIE ] --- 200
par la vue et l'étude de cette quantité d'ol)jcts, d'étoiles, de bijoux, que
les Vénitien rapportaient, non-seulement de Contantinople, mais de
Damas. «le Tyr, d' .nli,che et de c5tes de l'Asie Mineure. Nous en trou-
vons une trace éidente dans un éditice de la tin du Xl" siècle, Saint-
Martin de Brives : les chapiteaux de la porte occidentale présentent cette
«c)mp,,sition d'ornements (tic. 38) qui rappelle fort les chapiteax nc, n
I1 lyzantins, mais arabes, d'une époque reculëê '.
L'église Saisit-Martin de Brives est d'ailleur« un éditice remarquable.
Ses parties les plus aciennes datent des prelnièrcs anlées du Xll. siècle,
mais la nef et la p«,tle, «lont proviennent les chapiteaux figure 38, ont été
construites vers 118;0. Le vaisseau principal et ses deux collatéraux sont
vo)tés à la mëme hauteur. Des colonnes cylindriques très-élancéês pof
relevé règne intérieurement au niveau des
c6tes. La sculpture, sobre d'ailleurs, affecte
Lent ces voùtes. [Tri passage
appuis des fenOtres dos bas
i I1 est clair que nous
partie dU aux arlistes de
entendons ici l'art dit arabe, mais qui. de fait, est en grande
l'épr, que «les Sassanides.
[ SCULPTURE
ces constructions de llt tin du xt sièch., un caractère orietttal
très-prononcé.
Les monuments du Xll e .siècle dans le Limottsit, ou
contrée qu'occupent aujourd'hui les départements «le
plutôt dans cette
la Creuse, «te la
Haute-Vienne et de la Corrèze, sont rares. Ceux qi restent (lel»,tt sont
d'une telle sobriété d'ornementation, les pls riches ayant été (létvits
lors des guerres de religion, q'il serait difficile de bien définir si là il
existait un centre d'art, ue école (le sculptre au x siècle, contrne
en Langedoc
Centre,
et en l'oitol. Si, al contraire, nos nols rapprochons
.i nous ent'ons t,t Avel'lO et dans le Velay, nus
première
lonbreuses
du PoiLou, ni celui du Limouin. Lb, jusque vers le cotnmencemeit du
xii siècle, le gallo-romain rège en maitre . Les chapiteaux de la partie
la plus acienne du cloître de la cathédrale du Puy, qui datent de la
moitié du x siècle, s)llt des sculptres romaies mal copiées;
traces d'un art qui Fl'et ni celui de,. Toulouse, ni celui
I Les llloilulllOiIIs
Puy en Vela),
galio-romains étaient
irès-abondants
Au' ergn%
notamment au
[ SCULPI'UIIE ] -- 202 --
mais, vers 1130, un nouvel art, fin, recherché, souple, se développe. On
en pourra juger par ce chapiteau (fig. 39) , qui n'est plus gallo-romain,
mais qui n'et byzantin, ni par la composition, ni surtout par le faire.
A coté de ce mçrceau, des portions de corniches de la mëme époque
(fig. h0)accusent au contraire l'influence orientale, soit par la présence
de ces objets du Levant apportés par les Vénitiens, soit par la vue des
monuments de l'époque des Sassanides, car cette ornementation de pal-
mettes arrondies et perlées, entremëlées d'animaux, est plutSt persane
q,ie 1Lvzaittine. l'lu. l;lrl, {111 cuntraire, vers 1180, alors que dans les
lr, wit«cs ¢1 Nord lê« écoles laïques ont complétêment laitsA de c6té les
;.nfluenccs :réco-romaines, !ês artistes d' tuvergne gy ,oumettent, mais
évidemmênt de seconde main. C'e:t le roman pl ou moins byzantinisé
du Languêdr,c, d Lyonnais, qui vient se mëlêr ax débris des traditions
gallo-romaines et à ces éléments ,,rientaux reçu, du Limousin. Ce frag-
ment du porche méridic, nal de la c«thédrale du Puv. dont la construc-
tion n'e,t pa<, antérieure à la fin du xii « siècle (fig. h l), accuse ces in-
lluence.; divere.,_ et leur mélange, qui, malgré l'habileté d'exécution des
sculpteurs, choque par le d6faut d'unité, soit dans l'ensemble, soit dans
les détail.-,.
Par sa situation _<zéoraphique mème, l'école de sculpture de l'Auvercne
reste indécise enlre .,,es w, isines puissamment établies. Elle reflète tantôt.
l'une, tant6t l'autre, et plus elle "'
avance vers la tin du xI" siècle, moins
elle sait irendre u parti entre ce influences différentes. Elle rachète,
il e.t vrai, cette incertitude par la tine,,.-e d'exécution, par une recherche
(les (létail., mais elle ne parvient pa,:, à constituer un .-,tyle propre. Aussi,
quand s'éeignent les belles écoles du Midi, à la fin du Xl « siècle, les
.-_culp|eurs de l'Auvergne, dépourvs de guides, ne laissent rien, ne repro-
Du cloilre «le la catllédrale du Pu.-," en Vela); partie du xii" siècle.
duisent rien par eux-m.mes, et ce n'est qu'à la fin du xn sècle que
l'art de la sculpture se relève dans cette province, avec l'importation de»
arts du Nord.
Il n'en fut pas ainsi dans le Berry. Cette province centrale est une de
celles qui, à eôté de traditions gallo-romaines assez puissances, adnirent
b;«zantins très-ptrs. Nous en avons un exetnple de.,
,à ourge mëme. Il exi;te dan« eelte ville une porte
Sait-Ursin qui date (le la fiti de la premièl'e n[,itib
Itt'on voit encore entière rue du lrie,x-l'oirier. Celle
l):rte est d ab.rd fort intéressante comme construction en ce qt'elle
lréette un lititeau appareillé supportant Illl tympan et déchargé par I111
:rc llcit cintre. Le tvmDan, en reliefs trè.-,-plats représente a sommet
,.ts f«tl»li«tux; au-dessou.,,, dans la etonde zone, une chasse «lui parait
c._,li6e .l'alrè.,, ces ba-reliet's bi fréquemment Sctllptés sur les sarcophages
,!,_..,, lts temps. Dan la zotc ifériêure, les travaux dê mois de l'annee.
lintêau appareillé c développe u enroulement quasi l'omait.
CS
nombretx
sculptures
à
chapiteaux et
, qui sont évidemmet imitée des fl'aznmnl:
Bourge,; au .xt" «iècle, ,e trouvent tic» pieds-
colonnettes engagés qtle l'on croir«tit copié-
IIF 1{ '
.\ «;,té de
dr,-,its,
sr de la sculpture de Constantinople, ,;i bien que plusieur« ont cru
lolt,Atemps que cette porte, élevée ai1 Xll e siècle, avait été complétée à
l'aide ,le t'ragtttnts d'une époque antérieure. Cela n'est pas admi.,,,ille
cepetdalt : car, el y regardant de près, le.- figures sont ri}tues d'habit:
«lt Xl ¢ siècle; le faire, la taille, les in..scriptions, aplmrtiennen! h cette
ép,_,lue. D'ailleur.-, .-,ous le tympan, un cartouche contient cette légende:
oici (li.,z. 2) une partie (te cette porte, qui indiqtle clairement ces
.]uxtapoiti,-,n, le, styles gallo-romain et byzantin. On voit mème que
l'ouvrier char,gWde l'exécution du pied-droit ç avait déjà modelé la partie
«upérieure de l',_,rnelnênt dans le gofit de celui du linteau, et que brusque-
i,ent il abandonne cette exécution lourde et molle pour adopter le style
el'ré
êt e
lfa I
(Iii
dn
les traces
corrompu
, plat, en façon de gravure, de l'ornement byzantin. La colonnette
ttièremett .,_culptée dans ce .,.tyle oriental. Nous en donnons un
ent en B.
voit api»araitre dans le Berry, h Ch'ateatlroux (église. de Déols), à
-lenoit-slr-Loire, à Saint-Aignan, à Neuvy-Saint-Sépulcre, etc.,
la sctllpture d'urnemet de la tin du Xl siècle au milieu du x ,
nan douteuses de ce rapprochement entre l'art gallo-romain
et l'art grfica-ramain de ,.':;yrie importé dès les premières
croisades, sans que de ce mélange
complet, comme dans le roman
205
il résulte
dl.l Midi,
[ SCULPTURE ]
d'abonl n art-formé,
de Cluny ou celui de
Il
I
i
l'Ouest. Ces artistes
du XII e siècle, sans
ttonent
parvenir
pendant pi'e.-.que toute
fon,lre entièremen! ,_'es
la preniSre
deux elément. A
SCULPTURE ] 206- -
côté d'une imitation très-fine de la sculpture byzantine est un morceau
lourdement inspiré des restes gallo-romains, comme dans l'exemple pré-
cédent, qui e rapproche de 1 lb0. Cependant les fragments anciens de la
cathédrale de Bourges' qui garnissent les deux portes nord et sud, et
notamment le linteau à grands enroulements d'une de ces deux portes
( lb0 à 1150), présentent un caractère de sculpture assez franc, se rap-
prochant beaucoup de l'art roman de Chartres et de l'Ilo-de-France.
Par le fait, vers cette époque, l'école romane du Nord se développe
ur une surface de territoire étendue qui comprend l'lle-de-France
proprcmênt dite, une partie de la Normandie Séquanaise, le Beauvaisis,
le Berry, le pays Chartrain et la basse Champagne. Cette école, de
Il30 à l i5, avait, de ces éléments, su mieux qu'aucuné autre (l'école
toulousaine exceptée) composer un style .parti.culier q, ui. n.'est ni le
byzantin, ni une corruption du gallo-romain, n une remnlscence de
l'àrt nord-européen, mais «lui rie.n! un peu de tout cela, et qui, au total,
produit de beaux réultats. Arrvee plu, tard que les écoles du Centre et
clôt Midi, et surtout que la grande école de Cluny, peut-être a-t-elle
pr.fité des etIbrts de ses devancières, a-t-elle pu mieux qu'elles opérer
u mélange plus comI»let de ces styles dix ers.
Cependant, quand on remonte àux premiers essais de l'école dont le
l'oycr e,t l'Ile-de-France, après l'abandon des traditions gallo-romaine
retee-_ sur le sol, on ne peut méconnaitre que cette école réagit plus
qu'aucune autre contre ces traditions. On pourrait voir là dedans le
réveil d'un esprit gaulois, d'autant qu'il est bien difficile autrement de
comprendre l'espèce de répulsion que l'art de la sculpture, au commen-
cement dl Xll e siècle, manifeste pour tout ce qui rappelle le style romain.
Dans les autres provinces, au fondde toute »culpture, on retrouve quel-
quc chose de l'art antique admis dans les Gaules, et plus spécialement
dans les pay de langue d'oc, mais autour de Paris des éléments neuf
ou renouvelés apparaissent.
_:ette école de l'Ile-de-France était certes, au commencement du
xii siècle, relativement barbare. L'échantillon de sculpture d'ornement
datant de cette époque que nous dominons ici (fig. h3), tiré de l'église
abbatiale de Morienval (Oise) , e.,_t bien éloigné de la belle et large sculp-
ture (le Vézelay, de celle de Toulouse, de celle du Quercy. 5Iais on ne
peut voir là eulement de grossières réminiscences des arts antiques.
Le cheval .,,culpté sur l'un de ces chapiteaux se retrouve sur un grand
nombre de monnaies galoises antérieures à la domination romaine.
Cette ornementation inspirée d'ouvrages de vannerie est elle-mëme plus
i Fragments romans replacés aux portes nord et sud, lors de la reconstruction dt= la
cathedrale au x e siècle.
2 Chapiteaux de l'abside, dont la construction remonte aux premières années du
x:l e siècle. Nous devons ces dessins à M. Boesxilwaid qui a bien voulu nous communi-
quer les études très-détaillées faites par lui sur cet intéressant monument.
--- 207 -- [ SCt'LPT'E ]
tïuioise que romaine. Il n'est pas jusqu'au faire qui ne rappelle le travail
linéaire qui décore certains ustensiles de nos aïeux. Pourquoi les souvenirs
des arts romains auraient-ils laissé moins de traces dans ces provinces
que dans d'autres de la Gaule ? c'est ce que nous ne nous chargerions
pas d'expliquer, puisque le territoire de File-de-France, et notamment
i|i, I
L
Il
les environs de
gallo-romains très-importants et
pas. Comment, aprbs onze cents
seraient-ils revenus aux formes
romaine ? Comment auraient-ils
qu'une tradition nationale? Ce
des Cudes historiques, nous ne
Soissons et de Compiègne, traient couverts d'édifices
on t.rome des débris à chaque
dont
ans, les habitants (le ce
d'art praliquées aant la
conservé ces formes à l'etat
territoire en
(l,»mination
latent, ainsi
sont là des problèmes que, dans l'Cat
pouvons résoudre. Les poser, c'est déj'a
quelque chose, c'est ouvrir des horizons notvcattx.
Sans se lancer dans le champ des hypottèses, on en sait assez aujour-
d'hui déjà, pour reconnaitre : que les traditions d'un peuple laissent
des traces presque indélébiles à travers les conquëtes, les invasions, les
délimitations territoriales, comme pour donner ln démenti perpetuel
' l'histoire, telle qu'on l'a écrite jusqu'à ce jour; (lire ce pcicipe des
[ SCULPTURE ] .---- 08---
nationalités reparait à certaines époques pour déconcerter les combi-
naisons de la politique (lui semblent les plus solidement conçues, bans
l'histoire (le ce monde, les peuples, leurs goùts, lers affectigns.,.!eurs
aptitudes, jouent certainement un rôle bien autrement important qu'on
ne se l'imaginait il y a encore un .demi-siècle. Nous pens »ns donc. qu'on
a donné une place trop large à l'nfluence de la civilisation romatne sui-
la Gale, et que cette influence, toute gouvernementale et administrative,
nalgré troi siècles de domination sans troubles, n'a jamais fait pénétrer
dans le ,,»l national que des racines peu profondes; que le régime féodal
et l'introduction d'élément identiques à ceux de la vieille Gaule celtique,
au v .,:iècle, n'_«at pu [lue raviver le génie national comprimé pendant la
périodc rolnaine, et qu'cnfin, ,à cette époque (lu moyen àge où un ordre
relatif se rétablit, ce génie national considère comme un temps d'arrêt,
une lacune, la péri,»de de domination et (le désordre comprise entre le
siècle et le Xl .
Si dans les ntonuments qui nous restent de l'époque carlovingiennc,
s'etforcer de se rapprocher
nous voyons la sculpture, dans les Gaules,
de arts antiques, copier grosièrement des ornenents romaine,, pourquoi
à la tin du .x ,iècle abadonne-t-on ces traditions sur la partie du
territoire qui est dc-tinée à former 1 noyau, de l'unité nationale rëvée
par Vcrcingétorix, cinquate ansavant notre ère ? Pourquoi les arts de
t.e: province» franç'aises entourant Paris, après avoir produit le» grossers
essais dont nous venons de donner un fragment (fig. h3), n'adoptent-ils
qu'avec réserve, soit les importations de l'Orient acccptées avec em-
pre,semet au delà de la Loire, oit les restes des édifices gallo-romains
dont ils étaient cntourés ? Et comment, se trouvant dans, une situation
d'infériorité relative au commencement du xI siècle, si on les met en
parallèle avec le écolê des Clunisiens et celles du Midi, atteignent-ils
«tu contraire, dès- 1150, uc -upériorité marquée .ur ces écoles de l'Est
et d'outre-L,ire ? Ce .-erait donc que le génie national, mielX conservé
dans ce, lr,vince, voisine., de Pari, plus ombrageux à l'endroit des
imp,:,rtati«,ns étragère.-_, se trouvait, par cela mème, plus propre à con-
cevç, ir un art original ?
3lais nous préw_,yons l'objection, on nous dira : que rien n'établit que
le., 6aules, avatar comnie après la conquëte
p,_,pulations d'origines diverses, autochthones
tique, gêrmanique, pos»édasstnt comlne rous
romaine, composées de
peut-ëtre, celtique, kvm-
appelons:le génie nàtio-
nal, une solidarité ,le g(,ùts et d'in»tinct»... Tout, au contraire, tend à
etablir cette solidarit6 Certes, il exil-tait sur le va.,te territoire des Gaules
des centres ditincts; m;tis ces contrées, avant C6sar, n'étaient pas aussi
dépourvues de civilisation,
parfois. 11 existait entre les
d'entente
provinces
commune, qu'on veut le croire
un lien fédératif; elles étaient, la
llupart, indu-trieuses et commerçantes; et. si Rome r6solut de les sou-
tettre à l'empire, c et qu'elle craignait autant leur activité guerrière
q«'elle pouvait profiter de leurs nombreuses ressources.
. ---- 09 " [ C(.'LPTUiI J
L'art roman (le l'lle[de-France et des l)r«winces limitrples, au com-
mencement du x" siecle, est relativênent barbare, ce est pas contes-
table; mais, en peu d'années, dans ces provinces,, ls choses claangent
d'aspect. Tandis que la sculpture des provinces mérdonales et du centre
ne progresse plus et tend au contraire à s'atfaisser vers la seçonde moiteL du xn' siècle, indécise entre le respect por des traditions diveres et
ç ,
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l'observation de la nature; dans le domaine royal, il se tbrme une grande
école qu ne rappelle plus la sculpture gallo-romaine, «lui rêibnd, pour
ainsi (lire, l'art byzantin et se l'approprie, qui ne néglige pas absolument
ces traces éparses de l'art que nous appelons nord-européen, mais qui
sait tirer, de tous ces éléments étrangers des traditions locales, l'unit6
dans la composition, dans le style et l'exécution, fait que nous chercle-
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rions vainement ailleurs sur le .ol gaulois. Cette école préludait ainsi
à l'enfantement de têt art laïque de la fin du x siècle, si complet, si
original aussi bic dans la trueture des édificês que dans la manière
tote nouvelle de les décorer.
Voici (li. t,g,)des chapileaux jumelés du tour du chur de Saint--
5Iarti de» t:hamp, à l'aris, dont la »culpture atteint à la hauteur d'un
art conplct. Certes, on retrouve bleui là des élémets l)yzantins, mais nOl
de cet art byzatin des nonuments de Syrie. Cette sculpture rappellerait
plutSt celle de. diptyques et de., plaques d'ivoire, l'orfévrerie byzantine. Le
setimet de la compositiol est grand, clair, contenu. Dans des fragments
dcp,»..és dtn.,_ les magasins de l'églie impériale de Saint-Dcnis, "à Chartres,
à l'6.,_,li.,_ê de Saint-Loup (!arne), dans (luelques édiiices du Beauvoisis, o
retrouve ces mèmes qualités.
t'Conces ,lui di.,,tinguet cet
cê.,, decnier:, quelle que soit
l'êttt ,_le tentatives, e parviennent pas à
L'uite maque dall.,s.- l'école tau ousaine,
çuercy. Elle ,e retrouve davantage dans
lourdeur, quelle monotonie et quelle con
conpusitiuns déjà claire, et bie écvitê
vers 11 aâ !
Vct-on u exenplc? êxainon., ce, lùts
Il n'et l>as besoin de faire ressortir les dif-
art de.,_ arts roma,s du 5lidi et du gentre;
la beauté de certains exenplês, festett à
»e déve.l,,pper complétement.
dans celle de l'3.uvêrgne et. du
l'école
fusion,
du
poitevine ; mais quelle
en coparaison de ces
ronan de l'lle-de-Frace
de colonnette» qui, au portail
occidental de Notre-Dame de .,ha{ve.,, sépare{ lê tatues. _,ê t'ùts sont
c,,uverts de .,«_'ulptures da t,_,te leur lon:,ueur, et datent de 1135 envi-
l.'L,I1 (li.. 65). Si la c,_ll)ositi,l de
esteldue, .-«tns çOlfi>i,»n, l'échelle
l'ex6cution en est lavfaite. Le pelits
riçeaux SOlt dans le muuvement,
l't, r1e1lenlalioll de nanièrê à
Oh le sculpteurs franç-ais
ces elrelacs est charlnante, bien
de tout ce lui ,e trutlVe à l'entour,
personnages qui grimpent dans le.
lar,,elnenl traitAs, .s arlangent avec
ne pas délruire l'unité de l'effet général.
avaiet-il.,_ pris ces exemples ? Partout et
nulle part... Part,»t, pis, lle depuis l'époque v,-,maine ,on aait souvent
,ctlplé de t'ùt. de col«,nne,, notamment dans les Gaules; puisque dans
le l»l',»vice.., de l'E:t, avant cette époque, des fùts de colonnes étaient
decoré.-_. Nulle part, parce que dans cette sculpture de fùts antiques ou
,lu moyen àge c,n ne rell'ouve ce principe neuf, d'tlll réseau ronde bosse,
eveloppanl la colonne comlne le ferait une branche tordue à l'entour.
Des .,.ten»iles rapportés d'Orient, des manches d'ivoire, de bois, pou-
vaiett avait dominé au .-,c«lpteuv chavtrain l'idée de cette gracieuse déco-
rati,-,t; iti le ,tyle de l'urnenentation et l'exécution lui appartiennent.
llemarquon.-, que ce- colonnettes plaeée, entre des statues d'un travail
,imple Col-nne mas.,e, sin,n comme détaîls, font admirablement ressortir
la ..,latuaive, en formanl, dans
riche tapi.-,sêrie modelée.
3lais ce qui, à cetle époque
de toutes le.,, autre., écoles
les intervalle qui les séparent, comme une
déjà, di.,tingue l'école du domaine royal.
romanes de la France, c'est l'entente parfaite
t SCULPTUBE j
tailloirs dogt la sculpture e.,_t trop
grade: En Provence, ,'e .,,t des ,ifi-
tails itilis sr des nolres
l'c[Rt est d6trtit par le
d'ule 1,-,rde frise. L'cxetll»le de
la l»orte lt. Saint-Ursiu à
mantille d'ob,erYati,l dans le
lorts d'échelle le
.es défttits c,nsilé'tlles solt fivilés
lans le r,nan leveloplé «lt
. "'.st «l,ie faitdéjà
royal,et c e,_ ce
p6rieur, car il ne sll'lit pas
ornetnent soit heau, il fitut